Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(30 septembre 2025 au 8 avril 2026)
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Le
mercredi 1 avril 2026
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Vol. 48 N° 16
Étude détaillée du projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec
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11 h 30 (version non révisée)
(Onze heures quarante minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bonjour,
tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
des institutions ouverte.
La commission est réunie afin d'entreprendre
l'étude détaillée du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) est remplacée par M. Provençal
(Beauce-Nord); Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis), par Mme Cadet
(Bourassa-Sauvé); Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques), par
M. Bouazzi (Maurice-Richard); et Mme Laflamme (Chicoutimi), par M. Paradis
(Jean-Talon).
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Avant de débuter les
remarques préliminaires, je dépose les mémoires reçus depuis la fin des
auditions publiques. Donc, remarques liminaires, M. le ministre, pour 20 minutes,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Je vais être court aujourd'hui. On a déposé des amendements
auprès des collègues, auprès de la population, M. le Président, dans un souci d'ouverture,
et de faire en sorte que le projet de loi n° 1 puisse
cheminer, parce que l'ensemble des formations politiques à l'Assemblée
nationale ont souhaité, désiré une constitution québécoise. Alors, durant les
auditions publiques, les plus longues de la dernière décennie, que nous avons
tenue en commission parlementaire, on a entendu plus de 200 groupes, 300
mémoires. Ça faisait suite à un rapport de comité d'experts qui mandatait l'État
québécois de se doter d'une constitution, qui recommandait à l'État québécois
de se doter d'une constitution, et c'est ce que nous faisons.
La majorité des dispositions dans le
projet de loi n° 1, qui comprend trois lois, donc la
Constitution du Québec, la Loi sur l'autonomie constitutionnelle, la Loi sur le
Conseil constitutionnel et les dispositions modificatrices, font en sorte de
reprendre essentiellement ce qui existe dans le corpus législatif pour faire en
sorte que les lois qui constituent les lois fondamentales de l'État québécois soient
regroupées, et les dispositions aussi.
Alors, dans un souci d'écoute, d'ouverture
et de faire cheminer le projet de loi, M. le Président, nous avons déjà indiqué
aux membres de cette commission que nous allions retirer l'article 29, sur l'interruption
volontaire de grossesse, que nous allions retirer également l'article 5,
relativement à la possibilité des organismes de contester les lois
fondamentales avec les fonds publics. D'ailleurs, il y a lieu de préciser,
parce qu'il y a beaucoup de choses qui ont été dites, M. le Président, à l'effet
que ce n'était pas un empêchement de contester une loi, mais c'était l'utilisation
de fonds publics. Également, on va venir préciser, à l'article 4, que les
organismes qui sont visés sont des organismes publics ou parapublics, pour,
justement, venir répondre aux craintes des organismes communautaires, aux
craintes des syndicats d'être visés par la loi, et j'avais eu l'occasion de le
dire à de nombreuses reprises, en commission parlementaire, qu'on ne les visait
pas. Et on a une série d'amendements pour bonifier le projet de loi suite aux
consultations.
Alors, j'en appelle à la collaboration de
mes collègues des oppositions. Ils ont deux choix, soit le choix de bloquer,
soit le choix de ne pas avancer ou de faire le choix de la nation québécoise et
l'État québécois et de doter d'un outil juridique et constitutionnel important
pour faire avancer les intérêts du Québec. Alors, j'ouvre cette étude détaillée
avec ouverture, enthousiasme, honneur, parce que je sais que ce sont des hommes
et des femmes d'honneur, et j'espère pouvoir collaborer avec eux dans le cadre
de cette étude détaillée et de mes collègues du gouvernement. Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député d'Acadie,
s'il vous plaît.
M. Morin : Alors, bonjour, M.
le Président, ça fait plaisir de vous retrouver, M. le ministre, collègues de
la banquette gouvernementale, tous les gens qui vous accompagnent, M. le
ministre, Pr Taillon, bonjour, collègues des oppositions et collègues du Parti
libéral, de l'opposition officielle qui sont avec moi aujourd'hui, j'en suis
honoré. Et c'est vrai, M. le Président, on a toujours la possibilité de faire
des choix, bon choix ou mauvais choix, et puis nous, dans l'opposition officielle,
on va faire le bon choix.
Alors, dans le cadre de cette étude-là, on
a des questions à poser, M. le Président, vous n'en avez pas d'idée combien on
en a, de questions à poser. Mais avant même de se rendre là, parce qu'on a le
privilège de pouvoir faire des remarques préliminaires, on l'a dit depuis le
début, le problème, avec le projet de loi n° 1, ce n'est
pas le sujet. La Constitution du Québec, on n'est pas en désaccord. D'ailleurs,
je le rappelais quand on a fait le débat sur le principe, à l'époque, le Parti
libéral du Québec, même à l'époque de Paul Gérin-Lajoie... donc là on se ramène
en 1967... il y avait des discussions...
M. Morin : ...et le Parti
libéral était en faveur. On a une résolution-cadre de nos militants qui disent
qu'on est en faveur. Le rapport de consultation Pratte est présidé aussi par ma
collègue de Bourassa-Sauvé, ils ont écouté plein de gens, des militants, puis
ils sont en faveur, mais, savez-vous, M. le Président, nous, on est en faveur
d'une Constitution pour le Québec, pas d'un projet caquiste. Et, je le dis avec
respect, une Constitution, ça appartient d'abord et avant tout au peuple. C'est
la raison pour laquelle ma collègue députée des Mille-Îles a évidemment déposé
une motion de report, parce que, justement, on voulait tendre la main à M. le
ministre. On voulait lui donner l'opportunité de prendre un temps d'arrêt pour
faire les choses avec des consultations, mais des consultations avec le peuple,
par le peuple et pour le peuple. C'est vrai qu'on a entendu beaucoup de groupes
ici, en commission parlementaire, bien, vous le savez, vous étiez là, M. le
Président. Mais c'est quoi? C'était 10 minutes, huit minutes, cinq
minutes, bon, puis il y a des groupes, ça a été un peu compliqué, n'est-ce pas,
parce qu'évidemment, ils nous l'ont dit, ils n'avaient pas été consultés.
Alors, il est là, l'enjeu du projet de loi
que nous avons aujourd'hui à étudier. Et je vous dirai un des éléments, un des
éléments dont je vais... je vais reparler dans quelques minutes, mais c'est
tout l'apport important des premières... des Premières Nations. J'écoutais M.
le ministre nous parler, dans ses remarques préliminaires, des amendements. Et
c'est vrai, on en a reçu hier soir tard et ce matin, je pense même qu'on était
en... la période de questions débutait ou était sur le point de débuter et M.
le ministre nous dit : Bien, écoutez, on a écouté, on fait preuve
d'ouverture. Oui, mais c'est justement, c'est ça, le problème. C'est qu'une
constitution, M. le Président, ça ne se rédige pas comme ça. On ne peut pas dire
aux oppositions : Bien, regardez, là, on a des modifications, on a écouté
des groupes, puis là, à matin, là, on va... on va faire preuve d'ouverture,
tout le monde, puis on va... on va régler ça rapidement, là. C'est.... C'est
l'antithèse de la façon dont on doit, évidemment, rédiger une constitution.
Mais il n'y a pas juste ça, il y a toute
la question, toute la question de l'apport important que les Premières Nations
doivent, évidemment, jouer dans le cadre de la rédaction d'une constitution. Et
ça, là-dessus, on a eu plusieurs articles qui ont été... qui ont été publiés
dans différents médias. Et permettez-moi de citer Nadir André dans Espace
autochtone de Radio-Canada, dans le cadre d'une chronique Une nation ne peut
en effacer d'autres, et, quand on regarde le texte, la chronique et puis on
fait en fait référence à des citations de M. Francis Verreault-Paul, qui est le
chef de l'Assemblée des Premières Nations, bien, il faut effectivement les
consulter, il faut être capable de travailler avec eux. Puis ce n'est pas
compliqué, M. le Président, on a d'ailleurs une recette dans un document
international, un document de l'ONU, qui s'intitule la déclaration des droits
des peuples autochtones. D'ailleurs, il y a une motion de l'Assemblée nationale
qui fait état de ce document et, évidemment, qui l'appuie. Il n'y a pas de loi
québécoise, mais on a quand même une motion de l'Assemblée nationale. Et puis,
dans la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones,
bien, on rappelle l'importance de la consultation. Permettez-moi de citer
l'article 18 : «Les peuples autochtones ont le droit de participer à
la prise de décision sur des questions qui peuvent concerner leurs droits par
l'intermédiaire de représentants qu'ils ont eux-mêmes choisis conformément leur
propre procédure, ainsi que le droit de conserver et de développer leurs
propres institutions décisionnelles. Ils ont le droit de conserver et de
développer leurs systèmes ou institutions politiques, économiques et sociales.»
C'est l'article... c'est les articles 18 et 20 de la déclaration...
M. Morin : ...et on l'a
vu, M. le Président, si, si les consultations que nous avons faites ici, dans
le cadre de ce Parlement, ont permis de mettre en évidence un élément clé,
bien, c'est que les Premières Nations n'ont pas participé, elles n'ont pas été
consultées, là. D'ailleurs, on l'a vu, ici, là, ça n'a pas été un succès, là,
pour... pour M. le ministre. Et je le dis... je le dis avec respect.
• (11 h 50) •
Donc, on ne peut pas avancer dans un
document en faisant abstraction des nations, des peuples autochtones qui sont
sur le territoire du Québec. Et là, on nous apprenait qu'il y a même une
plainte qui aurait été déposée à l'ONU. On ne sait pas où ça en est rendu sur
le processus, on verra. Mais c'est... c'est quand même quelque chose qui est
important, là. Vous vous rappellerez peut-être, on a... on a entendu en
commission le grand chef de la nation crie Me Paul John Murdoch, qui nous a
rappelé l'importance de la ratification de la Paix des Braves en 2002, puis
comment ça avait été fait, cette entente solennelle entre le Québec et les
Cris. Puis Me Murdoch nous a dit, le grand chef Murdoch nous a dit clairement — puis
d'ailleurs c'est relaté dans l'article — que le projet de loi, et je
cite : «Le projet de loi n° 1 remet en question
cette relation qui a fait l'objet de compromis et de négociations à une autre
époque où les relations entre les deux nations pouvaient être conflictuelles.»
Et on dit : «Pour les Cris, le problème n'est pas que le Québec s'affirme,
bien non, mais le problème est qu'il le fasse comme si son affirmation ne
change rien pour les autres peuples présents sur le territoire.» Puis c'est là,
l'enjeu. Et ça, c'est un enjeu de taille, de taille.
Puis on rappelle dans l'article que, dans
le mémoire que la nation crie a déposé, on fait mention qu'en droit
international, le consentement libre, préalable, éclairé n'est pas une formule
décorative. Ce n'est pas de la déclaration, ce n'est pas de la déclaration,
c'est du droit. Donc, c'est... c'est fascinant. Puis le grand chef Murdoch
invitait M. le ministre à refaire ses devoirs et donc à véritablement prendre
une pause et aller s'asseoir avec les nations, les Premières Nations, pour être
capable d'en arriver, éventuellement, à un texte qui va rassembler les gens.
Parce que, là, présentement, ça a plus un effet de division que de
rassemblement.
Et récemment, un autre article publié dans
La Presse, texte d'opinion de Philippe Mercure et qui s'intitule Quatre
parts d'espoir pour une part de cynisme... Et là-dedans, le chef Francis
Verreault-Paul souligne, et c'est écrit, là, ce n'est pas... Je cite : «Le
projet de constitution québécoise du ministre est encore plus insultant aux
yeux de mes interlocuteurs.» Et ce qu'on dit, c'est : «Jamais les
Autochtones n'ont été consultés dans l'élaboration de ce qui est présenté comme
la loi des lois. À peine leur a-t-on accordé 30 minutes en consultation
une fois le projet de loi rédigé.» Et on nous dit plus tard : «Les
Autochtones ne sont pourtant pas fermés à un projet de constitution. Si jamais
il y a un projet légitime dans lequel on nous invite à participer, c'est sûr
qu'on va tendre l'oreille», dit le chef Francis Verreault-Paul. Et ça aussi,
c'est un... c'est un enjeu, c'est un enjeu de taille, M. le Président, quant à
la genèse même de la conception de ce projet de loi. Et, moi, je veux bien,
comme membre de cette Assemblée, collaborer, mais il faut encore qu'on soit
capables de s'asseoir puis d'avoir les bonnes parties autour de la table. Et
quand on a entendu les différents experts, associations, groupes, assemblées de
Premières Nations et non pas associations de Premières Nations, assemblées,
plusieurs ont émis des réserves énormes quant au texte qui nous est proposé par
le gouvernement de la CAQ.
Alors, je peux comprendre que, M. le
ministre, ce matin, là, nous dépose des amendements en liasse. Mais,
écoutez.... Bien, d'abord, il va falloir qu'on les lise, qu'on les regarde,
qu'on les...
M. Morin : ...analyse, ça,
c'est une chose, mais c'est certain que, pour moi, là, ce n'est pas en déposant
ça, il y a quoi, à peine une heure, que tout ce qu'on a entendu ici, ça va
effacer, puis on va faire table rase, puis on commence à zéro, là. C'est... ce
n'est pas... ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Et ça, je tiens... je
tiens à le souligner.
Et d'ailleurs, d'ailleurs, pour les
relations avec les Premières Nations, on a la déclaration, ils sont venus nous
le dire, ils sont venus nous le rappeler. Bon, le ministre et le ministère de
la Justice au Québec sont quand même au courant de la Déclaration des Nations
unies sur les droits des peuples autochtones, je veux dire, écoutez, c'est un
texte qui est... qui est clair, qui est lu, qui est connu, mais il n'y a pas
juste ça. Quand on regarde différents... différents textes, entre autres
certaines recommandations de l'ONU, on nous rappelle que pour... en fait, pour
rédiger une constitution, une réforme constitutionnelle, bien, il faut
absolument accueillir, travailler avec l'ensemble des parties prenantes dans la
société. Et donc, il faut l'appui des différents segments de la société. C'est
important, c'est fondamental, c'est un atout majeur. Puis là, bien, on commence
avec l'étude article par article du projet de loi ce matin, puis il nous manque
l'assentiment, le travail, la collaboration de toutes les nations autochtones.
Donc, ça, c'est un enjeu... c'est un enjeu de taille.
Mais il n'y a pas... il n'y a pas que...
il n'y a pas que les peuples autochtones. Écoutez, il faut savoir qu'une
constitution, si on veut lui accorder une grande légitimité politique, M. le
Président, on doit... on doit avoir le fruit de la participation du peuple. Et
c'est ce qu'on a demandé depuis le début. C'est à dire qu'il y ait un comité de
différents parlementaires, d'experts, de citoyens, de groupes de la société
civile qui aillent à la rencontre des gens au Québec pour qu'on prenne
véritablement le pouls de la population sur ce projet qui, par ailleurs, est
important, je ne le nie pas, mais qui nous ramène toute l'information partout
au Québec, partout avec, évidemment, les Premières Nations et les Inuits, et
qu'après, évidemment, on puisse rédiger un texte. Mais ce n'est pas ça qui
s'est passé et ce n'est pas ça qui continue à se passer. Et, je vous rappelle,
M. le Président, qu'au niveau de l'ONU, le secrétaire général rappelait, en
fait, certains... certains éléments d'orientation qui aident dans la rédaction
d'une constitution. On parle bien sûr des peuples autochtones, j'en ai parlé,
on parle des enfants, on parle de la jeunesse, on parle aussi des femmes, et
c'est fondamental.
Alors, bien, parlons-en pendant quelques
minutes. Et là je comprends, M. le ministre a dit : l'article 29, là,
on va l'enlever. Article 29, c'était «l'État protège la liberté des femmes
d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse». Alors, le
gouvernement avait essayé de légiférer là-dessus, le gouvernement a reculé. Là,
on réessaie, le gouvernement recule à nouveau. Mais... mais, tu sais, quand on
parle, là, d'être à l'écoute, bien, celle-là, M. le Président, là, je ne l'ai
pas compris. Il me semble que le message était clair. Puis on a pris combien de
temps en commission pour parler de ça? On a eu combien de femmes? Des expertes,
des médecins, des groupes de femmes, des groupes de cliniques d'interruption
volontaire de grossesse qui sont tous venus, vraiment inquiètes, nous
dire : Ne faites pas ça. Mais pourtant, la recette n'est pas compliquée,
elle n'est pas compliquée.
• (12 heures) •
Et, évidemment, on parle aussi de
l'importance des associations de juristes. Alors là, M. le Président, il me
reste quatre minutes, donc, je ne vous... ne relirez pas, le mémoire du Barreau
du Québec, on aura la chance d'en reparler, mais c'était assez clair quant aux
enjeux qui étaient soulevés. Et, en terminant, je vais citer...
M. Morin : ...quelques...
quelques mémoires qui ont été déposés, puis je... je réfère entre autres au
mémoire Mouvement démocratie nouvelle, où, par la plume et la bouche de son
président, Jean-Pierre Charbonneau, ancien président de l'Assemblée nationale,
on disait c'est un... un document qui manque de légitimité. Et je cite le
mémoire : «Le gouvernement caquiste nous le présente en fin de mandat et à
moins d'un an des prochaines élections générales.» Alors, non seulement ça ne
faisait pas partie des promesses électorales de la CAQ, mais quand ça a été
écrit, là c'était à moins d'un an... Et là, bien, évidemment, le temps passe,
donc on arrive dans le dernier droit. Et le souhait du gouvernement de... de la
CAQ, que ce soit qu'on adopte ça à toute vapeur... Voyons! Un texte
fondamental. D'ailleurs, le premier article le dit, là : «La loi des
lois». Puis là, tout le monde va se dépêcher puis on va... finissez ça comme
ça, puis... Écoutez, c'est... ça n'a pas de bon sens!
D'ailleurs, pour revenir aux membres des Premières
Nations, pour avoir parlé avec différents chefs, plusieurs m'ont dit :
Écoutez, nous, ce qu'on demande, c'est que ce soit enlevé, en fait. Enlevez ça.
On peut... on ne peut même pas corriger ça. Alors, ce n'est quand même pas
banal. Puis rappelez-vous, rappelez-vous aussi ce que les professeurs Karazivan
et Valois de l'Université de Montréal, à la Faculté de droit, disaient :
«Atteinte à la primauté du droit et à l'accès à la justice». Ça, ce n'est pas
moi qui l'invente, là, c'est dans leur mémoire, ça a été déposé à la
commission. Atteinte à la protection des minorités. Je peux également vous
citer des extraits du mémoire du professeure Millaire de l'Université de
Montréal, qui nous rappelait comment le projet de loi et la façon dont il a
progressé est en manque de légitimité. Je vous disais, il y a quelques minutes,
la position des membres des Premières Nations. Alors, il y avait un article de La
Presse, opinion de M. Francis Verreault-Paul qui dit : «Nous
demandons le retrait du projet de loi n° 1 purement
et simplement.» Et il indique clairement, en grande partie, ce que je vous ai
souligné.
Je comprends qu'il me reste une minute?
Très bien. Alors, au départ, au départ, on a voulu tendre la main à M. le
ministre, faire preuve d'ouverture, déposer une motion de report pour l'aider
dans le cadre de cet exercice, n'est-ce pas? Je sais. Merci. Mais bon, ça n'a
pas fonctionné, le gouvernement a voté contre. Alors, on est ici devant vous,
ce matin, M. le Président, puis vous savez qu'on va continuer à travailler avec
rigueur dans ce projet de loi. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Maurice-Richard,
s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M.
le Président. Je commence d'habitude par dire : Très heureux d'être ici.
Là je me pose la question, je vous avouerai. Mais, quand même, je suis... je
suis très heureux de faire ma job de parlementaire aujourd'hui. Donc, on est
devant un... un projet de... de constitution préparé par le ministre de la
Justice, sur lequel d'ailleurs le ministre de la Justice lui-même, en réponse à
probablement la future première ministre du Québec, en tout cas, pour quelques
semaines, a bien expliqué que c'était lui qui était souverain. Or, c'est quand
même gênant, parce que, dans un projet de constitution, c'est justement le
peuple qui est souverain. Et ce n'est pas par hasard, M. le Président, que et
dans la constitution de la République française ou de celle des États-Unis les
deux commencent par le «peuple proclame» ou «We the people» pour les
Américains. Et celle-ci, malheureusement, ne pourra jamais commencer par ce
genre de préambule qui est pourtant central dans tout projet de constitution.
Parce qu'avant d'arriver à parler du contenu, ce qui disqualifie le projet qui
est devant nous, de facto, en imaginant que le contenu soit absolument
exceptionnel, et j'y viendrai, vous verrez que malheureusement, M. le
Président, ce n'est pas le cas. Mais ce qui disqualifie cette constitution de
facto, c'est le processus...
12 h (version non révisée)
M. Bouazzi : ...a été suivi, ce
gouvernement n'a jamais, hein, pendant la... leur campagne électorale, parlé du
projet de Constitution il y a maintenant trois ans, il est actuellement au plus
bas dans les sondages, c'est la dernière journée de l'actuel Premier ministre.
On peut évidemment comprendre que l'idée d'avoir une légitimité forte avec une
collaboration forte, il n'y a pas eu de consultation en amont, on n'est pas
allé vers les gens, il n'y a pas eu, évidemment, de constituante, de groupe transpartisan
pour écrire ce projet de Constitution. Or, malheureusement, en fait, les bonnes
pratiques pour écrire des constitutions sont... sont connues et sont, du début
à la fin, pas suivi. L'ONU à travers son commissaire aux droits de l'homme, son
Haut-Commissaire aux droits de l'homme ou par... à travers les recommandations
de son secrétaire général, nous donnent un certain nombre de bonnes pratiques.
D'abord, nous, notre histoire, malheureusement,
M. le Président, sur ce territoire est une histoire coloniale, évidemment. Et
donc on a comme deux choix devant nous : ou on est dans une situation de
réconciliation ou on est dans une situation d'assimilation. Et puis la réconciliation
commence avant tout par une co-construction, par un travail en amont avec les
différents peuples avec qui on cohabite sur ce merveilleux territoire.
Évidemment, ça n'a pas été fait, puis, M. le Président, vous avez entendu comme
nous, tous les écueils qui ont été soulevés par les différents chefs et
représentants des Premières Nations.
Deuxièmement, ce que nous dit l'ONU, c'est
qu'il faut inclure le maximum de groupes marginalisés dans l'écriture de cette
Constitution et ça, ça veut dire aller vers les gens et non pas attendre qu'ils
viennent ici en commission. Moi, je vous avouerai qu'un de mes privilèges
exceptionnels, c'est la partie des commissions où on entend la société civile
venir nous dire ce qu'ils pensent des projets de loi avec leurs tripes, avec
leur jus de cerveau, avec leur temps, souvent du temps pas payé, nous dire
quelles sont les conséquences de ces projets de loi sur eux, sur leur vie, sur
leur vision de société. Mais force est de constater que les personnes qui
viennent en commission, bien évidemment, il y a une surreprésentation des gens
qui ont beaucoup de diplômes, une surreprésentation des gens qui gagnent
largement plus que la moyenne des Québécoises et Québécois, une
surreprésentation d'hommes, d'ailleurs, je ne sais pas si vous l'avez remarqué,
pendant la constitution, il... clairement, il y avait beaucoup d'hommes et c'est
des gens qui nous ont dit beaucoup de choses très intéressantes, mais dans le
cadre d'une constitution, il faut aller vers les gens parce que les personnes
les plus marginalisées, les personnes qui sont plus poquées par la vie, les
personnes qui appartiennent à des minorités, les personnes pauvres, les
personnes qui ont des handicaps, bien, elles sont sous représentées dans les
personnes qu'on reçoit ici et il faut aller les voir là où elles sont, parce
que la Constitution, c'est la Constitution de toutes et tous. C'est vraiment
important que tout le monde se la réapproprie. Et puis évidemment, force est de
constater que cela n'a pas été fait en amont, c'est ça que nous dit l'ONU.
Le troisième pilier. Donc on a parlé de la
question des Premières Nations, la question des consultations larges et
inclusives avant d'écrire le projet de loi. Le troisième pilier, c'est d'intégrer
explicitement les normes du droit international et les différents pactes sur
lequel le Québec a lui-même... s'est lui-même engagé à respecter, hein? Donc,
en 1976, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, en 1978,
la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de
discrimination raciale, en 1981, la Convention relative à l'élimination de la
discrimination à l'égard des femmes. Je pourrais continuer longtemps, il y en a
beaucoup, ils sont d'ailleurs sur le site officiel du gouvernement du Québec.
Or, le projet qui est devant nous, non seulement n'intègre pas les obligations
que le Québec s'est données lui-même en matière de respect du droit
international et en matière d'intégration d'un certain nombre de principes de
droit et d'égalité dans notre propre corpus législatif, mais, en fait, et on le
verra, il s'attelle à les démanteler vraiment de manière méthodique, à toutes
les étapes.
Et puis ensuite, enfin, donc, on a parlé
de ces trois piliers-là, mais enfin il y a aussi la question du...
M. Bouazzi : ...mécanisme qui
est suivi. Donc, il faut mettre sur pied une assemblée constituante et/ou
confier la rédaction à un comité transpartisan, adopter le projet aux deux
tiers, ratifier par référendum. Alors, on n'est pas obligé de tout faire, mais
on s'attend à une combinaison de ces mécanismes-là pour donner la légitimité à
la loi des lois.
• (12 h 10) •
Clairement, rien de ce que je viens de
dire n'a été fait. Ça fait qu'en imaginant que cette constitution était
extraordinaire, bien, on n'aurait comme pas le choix de la rejeter. C'est comme,
on est dans un monde parallèle par rapport à qu'est-ce qui doit être fait, par
respect à l'importance de la pièce législative qu'est une constitution. Et
c'est d'autant plus triste que tous les partis, avec plus ou moins de
différences, sont tout à fait ouverts à l'idée d'avoir une constitution. Et,
par définition, une constitution, ça rassemble. Je sais que ce gouvernement a
déjà cassé avec la transition de cette Assemblée nationale en modifiant la
charte des droits et libertés par simple majorité, et plus... qui plus est,
sous bâillon. Une constitution, il faudrait quand même revenir à des
traditions, par exemple, celle qui avait été suivie par cette institution quand
il a été question d'adopter la charte québécoise des droits et libertés, en
1975, à l'unanimité, et à chaque fois qu'il a fallu la modifier, à la
quasi-unanimité, jusqu'à l'arrivée de ce gouvernement, bon.
Maintenant... maintenant qu'on a dit ça...
et, comme j'ai dit, elle aurait été parfaite, elle aurait été malheureusement à
rejeter, mais elle est très, très loin d'être parfaite. Et je vais mettre à
jour un peu ce que j'avais prévu de vous dire, en y incluant les amendements
que M. le ministre a déposés aujourd'hui. D'abord, ce que les groupes des
Premières Nations sont venus nous dire... ils nous ont dit : C'est un
projet colonial, assimilationniste, dans le pur produit de ce qu'on a pu faire
de pire de manière coloniale et assimilationniste. Il n'y a aucun amendement
qui touche à la question des Premières Nations. C'est quand même... c'est quand
même quelque chose. C'est-à-dire que ce projet de loi refuse aux Premières
Nations leur statut de peuple, alors que la Déclaration des Nations unies des
droits des peuples autochtones, justement, associe les différents droits. Les
36 articles, si je ne me trompe pas, de la déclaration, sont associés au statut
de peuple. C'est un terrible recul.
Et puis je rappelle encore une fois que
cette Assemblée, en 2019, a voté une motion à l'unanimité qui dit qu'il faut
qu'on intègre, dans nos corpus législatifs, la déclaration des Nations Unies.
Après des commissions terriblement douloureuses pour les Premières Nations et
pour notre histoire, je pense évidemment aux questions des femmes autochtones
disparues ou assassiner ou à la commission Viens C'est quand même important,
comme geste, et, évidemment, on ne le retrouve pas. C'est un recul pur et
simple pour les Premières Nations, parce que ce n'est pas juste ne pas leur
reconnaître leur statut de peuple, c'est de ne pas non plus aborder aucune
des... aucun des articles qu'on retrouve dans la Déclaration des Nations unies
des droits des peuples autochtones, et puis c'est aussi un recul, tout
simplement, par rapport à ce que l'article 35 de la Constitution de 1982 leur
donne. Et c'est triste parce qu'on aurait pu justement, nous, montrer la voie
dans à quoi ressemble un processus de réelle réconciliation. Et, dans ce projet
de loi, bien, force est de constater que, si on écoute ce que nous disent les
Premières Nations, bien, il n'y a rien à sauver dans ce projet de loi, qu'ils
ont décrit eux-mêmes comme assimilationniste, bon.
Il y a évidemment la question de la
charte. Le ministre nous dit souvent : Ne vous inquiétez pas, c'est
justement la charte que je mets dans un statut constitutionnel, je le fortifie.
Moi, je ne doute pas de la bonne foi du ministre, mais, quand même, il y a des
limites à nous dire des choses pareilles. La charte, aujourd'hui, elle est
quasi constitutionnelle ou semi-constitutionnelle. C'est des synonymes,
c'est-à-dire qu'elle est au-dessus de tout le reste, au-dessus du Code civil,
qui, aujourd'hui, s'interprète en harmonie avec la charte des droits et
libertés, au-dessus des lois, au-dessus du règlement. Et tout ceci doit, en
gros, se faire conformément, donc, les lois, les règlements, à la charte des
droits et libertés québécoise. Et donc plus on va mettre de choses au niveau de
la charte, plus, en fin de compte, on abaisse le niveau de la charte et puisl
évidemment, donc, la protection des droits fondamentaux des Québécoises et
Québécois. Et là, bien...
M. Bouazzi : ...il y a la
laïcité et l'intégration à la Charte de la langue française, l'autonomie
constitutionnelle, la Constitution, même le Code civil se retrouve, en fait, de
facto, au même niveau de la charte. Ça fait vraiment beaucoup, beaucoup,
beaucoup d'articles, là, qui viennent se mettre à ce niveau-là. Au niveau de
la... de la charte... On en rajoute, même, pour être vraiment clair que c'est
au même niveau. Avant, on disait qu'il y avait juste le Code civil qui devait
s'interpréter en harmonie avec la charte droits et libertés, bien, on rajoute,
à l'intérieur de la charte, qu'elle-même doit s'interpréter en harmonie avec le
Code civil, un texte de plus de 3 000 articles, M. le Président. Il faut
quand même avoir du front pour nous dire que tout ceci relève de la charte à un
haut niveau en la mettant au niveau de la Constitution.
Je pourrais... je pourrais dire...
rajouter beaucoup de différents points. Il y a évidemment la question du droit
collectif. Ça, c'est encore une fois quelque chose de triste. Droits
collectifs, c'est quelque chose... comme la laïcité, M. le Président, c'est
quelque chose de vraiment important dans une démocratie, hein? La laïcité,
c'est quelque chose qui garantit le droit à l'égalité, le droit à la liberté de
conscience, le droit à la liberté de religion, une neutralité, c'est-à-dire
que... un État qui ne privilégie pas ou ne défavorise pas les gens en fonction
de leur religion. Et on en a fait un outil qui, malheureusement, dans les
faits, exclut des parties, des minorités vulnérables de notre société. Le droit
collectif, c'est pareil, c'est vraiment important. D'abord, vivre dans une
démocratie, c'est un droit collectif, pouvoir respirer de l'air de bonne
qualité, c'est un droit collectif. Et puis, ici, on voit bien... Et donc, en
fait, en gros, c'est des choses qui sont effectivement des droits collectifs
mais qui viennent fortifier et non pas s'opposer à des droits fondamentaux, qui
nous rendent plus forts tous ensemble mais qui ne viennent pas écraser un
groupe plutôt qu'un autre sur la base de ces particularités. Or, on rajoute à
la longue liste qui, avant l'arrivée de la CAQ, se limitait à l'ordre public et
le bien-être général... donc... de la liste des choses que les droits
fondamentaux doivent respecter, on rajoute la question des droits collectifs,
qui est quelque chose qu'une simple majorité à l'Assemblée nationale peut
décider. Et ça peut être n'importe quoi, bon.
Il y a évidemment la question de l'article
9, qui dit, en gros... c'est-à-dire que ce projet de loi ne se suffit pas à
juste affaiblir la charte, mais, en plus, on ne peut même plus y faire appel si
une simple majorité met une clause de souveraineté parlementaire sans
contextualiser ni justifier. Donc, ils nous disent : Nous, on n'a même pas
besoin de vous dire pourquoi est-ce qu'on n'applique pas les articles, on fait
appel, donc... on n'applique pas les articles de 2 à 32, si je ne me trompe
pas... 38, de 2 à 38 de la... de 1 à 38, pardon, de la charte québécoise. Ce
n'est pas rien, ça, M. le Président. L'article 1 de la charte, auquel on déroge
sans avoir à contextualiser ni justifier, c'est le droit à la vie, le droit à
ne pas se faire torturer. C'est là où on en est, là, on a le droit de déroger à
tous les articles, y compris celui-là, sans avoir à contextualiser ou donner
une raison, dans une constitution où on prévoit l'avenir de... comment on va
régir l'avenir des relations entre les différents pouvoirs. Ce n'est pas rien,
ce n'est pas rien. Ce n'est pas par hasard que les juristes se sont succédé
dans notre commission pour nous dire : Attention! Il y a des risques
d'autoritarisme, de dérives. Il y a même un juriste qui a parlé d'un coup
d'État législatif. Je veux dire, ça va très, très loin, mais c'est parce que ce
genre d'approche... Je veux dire, on oublie, on nous dit... Le gouvernement a
enlevé l'article 29 sur la question de l'avortement. Évidemment, il a bien
fait, hein, parce qu'absolument toutes les féministes, les groupes de santé et
les juristes sont venus nous dire qu'il fallait absolument l'enlever, mais,
malheureusement, ce que nous ont dit les groupes qui sont passés les uns après
les autres, c'est qu'en fait l'avortement n'avait pas besoin d'une loi parce
qu'il était déjà protégé dans la jurisprudence, il y avait plusieurs décisions
dans la jurisprudence qui permettaient de protéger l'avortement. Mais le droit
à l'avortement, dans la jurisprudence, il est basé sur quoi? Il est basé sur
les chartes, il est basé sur les droits fondamentaux, le droit à la vie, le
droit à la liberté, le droit à la sécurité, le droit à l'égalité, le droit à la
libre conscience. C'est sur ces clauses-là, sur ces clauses-là de la charte
qu'aujourd'hui effectivement le droit à l'IVG est protégé, est un droit
protégé...
M. Bouazzi : ...protéger
est un soin de santé protégé. Or, si un gouvernement nous dit, bien, une simple
majorité peut déroger à tous les droits fondamentaux sans avoir à donner de
raison, y compris tous ceux-là que je viens de nommer — le droit à la
vie, la liberté, la sécurité et l'égalité à la libre conscience — bien,
rien, mais littéralement rien, dans ce texte de loi, dans ce qui est appelé une
constitution, ne peut prévenir qu'une future majorité vienne débarquer et nous
dire : Bien, vous savez quoi, mesdames, on manque... on manque d'enfants
au Québec, et puis, pour la nation québécoise, bien il va bien falloir qu'on
limite le droit à l'avortement. On a vu au sud de nos frontières, on sait qu'il
y a des gens qui sont actuellement et qui gagnent des batailles pour limiter le
droit à l'avortement. Et pas besoin d'aller au sud de la frontière. Au Canada,
il y a toutes sortes de groupes qui se réunissent, qui donnent des conférences,
c'est des lobbyistes, etc., qui sont contre le droit au libre choix. Et bien,
si on accepte qu'on a le droit de déroger aux droits fondamentaux sans avoir
jamais à donner aucune bonne raison, en fin de compte, il n'y a plus rien qui
peut empêcher qu'un futur gouvernement vienne limiter, de manière drastique,
l'accès à l'avortement. Et c'est terriblement grave. C'est terriblement grave,
M. le Président.
• (12 h 20) •
Bon, il y a d'autres problèmes, il y en a
quelques-uns. Il y a le Jeune Barreau de Québec, si je ne me trompe pas, qui
sont... qui nous ont parlé de l'article 31, de l'article 28, de
l'article 27, qui vont à peu près tous dans le même sens, c'est-à-dire qui
rendent de plus en plus compliqué le fait d'obtenir des injonctions, des sursis
de lois, puisque le... les lois sont toutes présumées d'intérêt public et
l'État n'est pas tenu de le démontrer. Mais, l'article 28, c'est que,
quand on fait appel d'une décision, justement, sur un sursis, et bien, l'appel
du Procureur général, qui est le ministre lui-même, hein, c'est une
constitution où le ministre se donne des droits et en enlève aux autres, là,
donc l'appel du procureur général est accepté automatiquement, alors que
l'appel de l'autre partie ne l'est pas.
Dans le cadre d'un jugement qui touche à
une question constitutionnelle, bien, en fin de compte, l'appel est encore une
fois accepté automatiquement pour le Procureur général, donc le ministre
lui-même, encore une fois, et pour... et il est sur permission pour les autres
parties. C'est... c'est quand même... il y a une constance qui pousse au
respect, M. le Président, je dois dire, où, du début à la fin, l'idée, c'est de
concentrer le maximum de pouvoirs au niveau de l'exécutif, voire même au niveau
du ministre lui-même, plutôt que dans une constitution, faire exactement
l'inverse, c'est-à-dire s'assurer qu'il y a un équilibre entre le judiciaire,
le législatif et l'exécutif, et donc assurer une démocratie pour les prochaines
générations. On aura largement le temps d'en parler.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de Jean-Talon, s'il vous
plaît.
M. Paradis : Merci, M.
le Président, puis salutations à toutes et à tous. J'ai écouté le ministre de
la Justice plus tôt aujourd'hui, en point de presse, où il présentait de
nouveaux amendements déposés aujourd'hui. J'y reviendrai dans quelques minutes,
mais je l'ai entendu parler de projet pour l'ensemble de la nation. Je l'ai
entendu parler de rassembler. Je l'ai entendu réitérer qu'il y avait une main
tendue, comme le premier ministre du Québec l'indiquait dans sa déclaration,
qui annonçait le dépôt de ce projet de loi n° 1. Il a
parlé d'écoute, de sens de la nation, de son objectif de s'élever au-dessus de
la partisanerie, dit-il, et de son invitation à tous les autres partis à
s'élever au-dessus de la partisanerie. Ce sont des incantations intéressantes,
mais il est dommage qu'elles arrivent au terme d'un exercice hautement partisan
qui s'est déployé en vase clos, sans qu'il y ait de réelles consultations, sans
qu'il y ait de réelles mains tendues avant de présenter le projet de loi n° 1, sans qu'il n'y ait eu de réelle volonté, ou, en tout
cas, de gestes concrets pour rassembler les formations politiques, la société
civile québécoise autour du projet de constitution, constitution qui, on le
sait, est un document fondateur lorsqu'il... lorsqu'on veut en présenter une
pour une nation...
M. Paradis : ...et donc, cet
appel du ministre arrive trop tard. Et cet appel du ministre n'a pas été
précédé de la réciproque. Et je veux reconnaître son effort pour modifier le
projet de loi qu'il nous présente aujourd'hui. Il y a eu des consultations
générales, il en tire un certain nombre de conclusions et il dépose des
amendements qui sont valables, qui sont intéressants, mais qui ne changent pas
la nature du processus qui a précédé le dépôt de ces amendements et la nature
du document que nous avons devant nous. Bien que le ministre se soit
évertué, à de nombreuses reprises, de dire que ce n'était pas un projet
caquiste, que ce n'était pas un projet de loi qui avait une couleur politique,
qui n'était pas... qu'il n'était pas partisan. Ce n'est malheureusement pas le
cas. C'est un projet de loi profondément caquiste, j'y reviendrai, et
fédéraliste. Il y a eu des consultations générales. Et donc, pour que les gens
qui nous regardent comprennent, c'est que, dans le cadre, donc, du règlement de
l'Assemblée nationale, on a ouvert les portes de cette commission parlementaire
pour des consultations, mais qui sont, de par leur nature, très limitéee. Des
organisations qui représentent la société civile sur un projet aussi
fondamental que la Constitution arrivaient ici avec quelques minutes pour
présenter leur point de vue, bien sûr, ils pouvaient déposer un mémoire, mais
la partie de dialogue avec le ministre, la partie de dialogue avec les députés
ici présents était très limitée, et ça, ce n'est pas suffisant pour atteindre
le seuil qui est maintenant reconnu, un peu partout dans le monde, comme étant
celui qu'on doit atteindre lorsqu'on veut présenter une constitution, lorsqu'on
veut adopter une constitution qui mobilise les forces vives d'une nation. Qui,
bien que c'est le cas de certaines constitutions où il n'y a pas 100 %
d'accord ou de consensus sur toutes les dispositions, on sent que l'effort qui
a été consacré à mobiliser, à réunir, à rassembler, à unir, font en sorte que
la constitution a la légitimité requise. Ce n'est pas le cas ici. On n'a pas
atteint ce seuil, et c'est un message récurrent qui nous a été répété par les
groupes qui sont venus en consultations générales. Certains nous ont dit :
Bien oui, ceci est une consultation, ça nous va, mais une une grande... j'ose
dire, une grande majorité des gens qui sont venus nous voir ont dit... nous ont
dit : Ce n'est pas suffisant. Et cette Assemblée nationale a déjà fait des
exercices de réelles consultations dans le passé, y compris dans un passé assez
récent. La commission que nous avons mise sur pied pour aller à la rencontre
des Québécois sur la question des écrans, une question très chère, d'ailleurs,
à ma formation politique au Parti québécois, a fait en sorte que, de manière
transpartisane, nous sommes allés à la rencontre des Québécois. Nous sommes
allés dans les différentes régions, nous sommes allés dans les écoles, on a
organisé des débats, on les a structurés, ce qui a fait en sorte qu'à la fin,
pour arriver avec les propositions aux Québécoises et Québécois, on était
porteurs d'un mouvement social. Ce n'est pas le cas ici, et c'est ce qui aurait
dû... c'est ce qui aurait dû être fait, et ça a été dénoncé à juste titre par
plusieurs groupes.
Donc, malheureusement, sur le processus,
nous ne sommes pas au bon endroit actuellement. Mes collègues l'ont mentionné,
mais je dois aussi moi-même insister sur le fait que nous sommes en fin de
mandat, en fin de deuxième mandat de ce gouvernement de la CAQ. Comment peut-on
penser adopter une constitution dans l'espèce de frénésie qu'on va vivre dans
les prochaines semaines, avec un changement à la direction du parti politique
de la Coalition avenir Québec, qui est le parti du gouvernement, qui va, bien
sûr, probablement entraîner des changements au Conseil des ministres, qui va
entraîner des changements dans l'agenda législatif, parce que, quand on regarde
ce qui est annoncé par l'un et l'autre des candidats, on se rend compte que ça
va nécessairement avoir des...
M. Paradis : ...impact
profond sur notre travail parlementaire dans les prochaines semaines. Et à
travers tout ça, on pense vraiment qu'on peut faire un travail sérieux pour
adopter une constitution du Québec? Je n'en reviens toujours pas qu'on continue
à foncer tête baissée dans de telles circonstances. Ce n'est pas la façon
d'arriver à ce qu'on devrait considérer comme un contrat social fondamental,
c'est-à-dire la Constitution du Québec. Donc, pour l'instant, c'est un projet
de loi qui est traité comme un simple projet de loi depuis le début par le
ministre et par le gouvernement, alors que si, comme les articles du début de
la Constitution le disent : C'est la loi des lois. On aurait dû prévoir un
processus qui est digne de cette appellation de la loi des lois, et ça n'a pas
été le cas.
• (12 h 30) •
Donc, pour moi, je l'ai dit depuis le
début et je le redis, j'ai en face de moi un projet de loi. C'est un simple
projet de loi et c'est un projet de loi provincial. Le mot province, ça vient
du latin provincia qui veut dire «territoire conquis». Et j'arrive à
l'essentiel de mon propos et du propos du Parti québécois, c'est qu'à à la fin,
ce n'est que ça. Malgré le premier article de la Constitution, parce que ce
projet de loi contient, en fait, trois éléments fondamentaux : Un projet
de constitution, une loi sur l'autonomie, une loi sur un Conseil
constitutionnel. Donc, dans la Constitution, le premier article dit que c'est
la loi des lois et qu'elle... elle a préséance sur tout le reste, et ce n'est
pas vrai. Ce n'est pas vrai parce que tout ce qu'on fait aujourd'hui, tout ce
dont on va discuter, va demeurer subordonné à la Constitution canadienne et à
la Fédération canadienne et au régime fédéral, au carcan fédéral. C'est, en quelque
sorte, une continuation, une continuation de l'illusion de la troisième voie
caquiste.
En 2015, il y a un document très important
qui a été publié par la Coalition avenir Québec, qui est ce qui s'appelle,
c'est l'intitulé, Un nouveau projet pour les nationalistes du Québec. Je
le mentionne parce que c'est l'élément fondateur de la CAQ. La CAQ a été formée
parce que c'est des gens qui se disaient : Ah! On est tannés du vieux
débat entre les fédéralistes et les souverainistes, il y a une troisième voie
qui est possible. Nous, on va réussir là où les fédéralistes, depuis
150 ans, échouent, c'est-à-dire à faire respecter le Québec dans ses
choix, dans son autonomie et à assurer non seulement la survie, mais la
prospérité de notre culture, de notre langue et la prospérité de notre économie
en s'occupant de nous-mêmes de nos affaires. La CAQ a donc nommé, dans ce
document, un certain nombre de demandes essentielles, selon elle, à l'avenir du
Québec au sein de la fédération. Et ce qui est fabuleux, c'est qu'il y a un
tableau. J'invite les Québécois à ne pas seulement écouter le député de
Jean-Talon, aller voir par eux même. Il y a là les demandes essentielles du
Québec. Une de celles-ci, puis je commence par celle-là, c'est la nomination
des juges à la Cour suprême. Le Québec réclame une petite participation pour
être capable d'avoir un mot à dire sur ceux qui décident de l'avenir de toutes
les lois du Québec, y compris ce dont nous discutons ici aujourd'hui. Ça, c'est
le minimum qu'on réclame. Le ministre de la Justice, dont il faut saluer la
vaillance là-dessus, il essaie, mais comme les autres, il s'est cassé les
dents. Puis il est arrivé, la dernière fois, il dit : J'ai une stratégie,
je vais utiliser le renvoi sur la sécession du Québec, puis une nouvelle procédure,
puis là, ils n'auront pas le choix. 24 heures après sa demande, il s'est
fait claquer la porte au nez, comme tous ses prédécesseurs avant lui. Rapport
d'impôt unique, transfert de points d'impôt. Non. Tous les fonds pour les
infrastructures. Regardez le débat que nous avons encore, aujourd'hui, sur le
financement du tramway à Québec. J'en parle comme député de Jean-Talon. Et là
qu'on est encore en train de quémander... le gouvernement de la CAQ est encore
en train de quémander qu'on ait l'argent des Québécois, notre argent de nos
taxes et de nos impôts pour financer une infrastructure sur laquelle tous les
partis politiques ici sont d'accord. Puis là il faut encore aller quémander,
puis là, il y a un nouveau programme...
12 h 30 (version non révisée)
M. Paradis : ...etc., c'est
ça les coûts du fédéralisme, de ne pas décider par nous même. Qu'est-ce que le
gouvernement de la CAQ a obtenu là-dessus? Rien. Zéro. La loi 101 sur le
français appliqué aux entreprises, la charte fédérale, rien. Les pouvoirs en
matière d'immigration. Le premier ministre du Québec, qui a écrit une lettre à
son homologue fédéral pour dire : Je veux tout, tous les pouvoirs, sinon.
Qu'est-ce qui s'est passé? Rien. Rien. Regardez les débats qu'on avait en
Chambre, aujourd'hui encore, soumis à ce que le gouvernement fédéral va
décider. Encadrement du pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de
compétence des provinces. Rien. Le gouvernement fédéral a augmenté ses
interventions dans les champs... dans les champs de compétence du Québec.
Bilinguisme des juges, bilinguisme obligatoire des juges à la Cour suprême. Rien.
Droit de veto du Québec sur les modifications constitutionnelles. Rien.
Abolition du Sénat. Rien. Fonction de lieutenant-gouverneur abolie. Bien non,
nous, on n'était pas en Chambre, mais les députés ici se sont levés pour
ovationner la nouvelle personne nommée comme lieutenant-gouverneur.
Donc, le problème du projet de loi n° 1 déposé par le ministre, c'est que c'est une
continuation de cette illusion alors que le gouvernement de la CAQ et que la
CAQ elle-même devrait tirer les conclusions de cet échec de huit ans à faire
différemment, essayer de faire autre chose que les autres, mais avec les mêmes
résultats. On continue à prétendre qu'avec cette... ce projet de loi, on va
réussir à protéger la place du Québec. Puis ça, c'est intéressant. C'est le
gouvernement de la CAQ qui dit : Ça va être un bouclier. C'est une vision
intéressante du fédéralisme, hein? On a besoin d'un bouclier pour se protéger.
C'est le gouvernement de la CAQ qui dit ça. Donc, c'est une couche de peinture
sur les murs délabrés du projet de troisième voie, donc de faire respecter les
choix du Québec à l'intérieur du régime fédéral. Il va rester que l'arrêt des
arrêts de la Cour suprême, l'arrêt Blaikie notamment, que mon collègue le
ministre connaît très bien, qui dit que le gouvernement du Québec, la
législature du Québec ne peut modifier unilatéralement la Constitution
canadienne. C'est ça, la réalité. Puis ça va rester un pays, la fédération, à l'intérieur
de laquelle, à la fin, c'est Ottawa qui décide, puis c'est Ottawa qui a la
moitié de nos taxes et impôts, qu'Ottawa prend souvent des décisions à l'encontre
de notre intérêt. Et tout ça, à la fin, va être décidé par une Cour suprême du
Canada, nommé par le gouvernement fédéral, qui va appliquer une constitution qui
a une vision fédéraliste multiculturaliste notamment, du vivre-ensemble, ce qui
représente un risque important pour l'avenir de notre culture et de notre
langue.
• (12 h 40) •
Par ailleurs, la question de l'absence de
consultations et du rejet clair et net par les Premières Nations et Inuit du
Québec de ce projet, c'est fondamental. Nous sommes dans un processus de
réconciliation, notamment comme le chef Francis Verreault-Paul de l'Assemblée
des Premières Nations du Québec et du Labrador l'a mentionné à plusieurs
reprises, nous sommes dans un processus de réconciliation législative et les Premières
Nations et Inuit du Québec, les représentants qui sont venus nous parler dans
le petit espace qu'ils avaient, nous ont dit : Nous n'avons pas été
consultés, nous ne sommes pas considérés de nation à nation dans les
discussions sur un projet qui nous concerne. On nous retrouve dans le préambule
et, après ça, il n'y a rien en ce qui nous concerne. Ce n'est pas simplement
que nous n'avançons pas dans le processus de réconciliation, c'est que ce
projet de loi constitue un risque de recul. Et les représentants des Premières
Nationset Inuit sont venus nous dire ici, je leur ai posé la question :
Est-ce qu'il y a quelque chose à faire, y compris par le travail qu'on pourrait
effectuer en commission parlementaire? Leur terme, leur adjectif, c'est :
irrécupérable. Alors, est-ce qu'on... est ce qu'on veut vraiment faire ça en
2026, essayer de continuer avec un projet dont on nous dit non seulement sur le
fond, mais sur la façon dont il a été amené, il n'est pas acceptable pour les Premières
Nations et Inuit? La réponse est évidemment non. Et je pense que le
gouvernement de la CAQ et le ministre de la Justice devraient se poser de
sérieuses questions sur la possibilité que non seulement cette constitution ce
projet de loi n'aide pas, mais nuit.
M. Paradis : ...en
conclusion, et ça, c'est... c'est mon message le plus important, c'est que, si,
comme le ministre l'indique, on veut faire respecter les choix du Québec, si,
comme le dit le ministre, on veut plus d'autonomie, si, comme le ministre, on
veut arrêter d'être soumis à des décisions qui sont souvent prises contre notre
intérêt, à l'encontre de l'intérêt annoncé, énoncé par cette Assemblée
nationale, si on veut protéger et avoir tous les outils pour faire prospérer
notre culture, notre langue française, pour développer notre économie avec tous
les leviers économiques nécessaires, tous les leviers législatifs et
réglementaires nécessaires, si on veut arrêter d'avoir une main dans le dos à
chaque fois qu'on veut faire quelque chose parce que la moitié de nos pouvoirs
puis la moitié de notre argent, qui est à Ottawa, où on a seulement un quart
des votes en diminution... parce que le déclin du pouvoir et du poids du Québec
au sein de la fédération est inexorable, ce n'est pas une question de débat
entre fédéralistes et souverainistes, c'est démontré statistiquement et
démographiquement, notre pouvoir et notre poids dans la fédération diminuent.
Donc, si on veut prendre en main notre avenir, si on veut vraiment de
l'autonomie, si on veut décider nous-mêmes de nos relations internationales, de
notre commerce international, si on veut participer au concert des nations, si
on veut un vrai projet rassembleur, développer ensemble une véritable
Constitution du Québec, avec un vrai processus inclusif, avec nos jeunes du
Québec, qui, ensemble, peuvent redessiner leur pays, redessiner leurs
structures, si on veut le faire main dans la main avec les nations, les
Premières Nations et les Inuits, puis, si on veut le faire avec les nouveaux
arrivants qui vont nous inspirer avec leurs propres expériences sur ce
chemin-là, si on veut une véritable Constitution du Québec, ça a un mot, ça, ça
s'appelle l'indépendance du Québec, et c'est la seule voie pour assurer ce que
le ministre nous dit qu'il va obtenir avec sa constitution. Ça n'arrivera pas,
ce n'est jamais arrivé, ça n'arrivera pas plus dans le futur. C'est
l'indépendance du Québec que ça nous prend.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Mme la députée de Bourassa...
Robert-Baldwin, pardon.
Mme Garceau : Merci. Merci,
M. le Président. Je tiens à saluer M. le ministre et les parlementaires de la
banque... banquette gouvernementale, l'équipe du ministère, rebonjour à
certains d'entre vous, et les membres de... mes collègues de l'opposition.
On est devant un projet décrit comme étant
un projet de loi liberticide, un processus illégitime et antidémocratique, une
menace à l'État de droit et aux droits humains. On est en train de museler les
contre-pouvoirs. On est en train également... la délégitimation des tribunaux,
la centralisation des pouvoirs du gouvernement au détriment des droits
fondamentaux des Québécoises et des Québécois, des nations autochtones et des
Québécois d'expression anglaise. Ce sont tous des termes utilisés par la grande
majorité, et je vais le... réitérer, la grande majorité des 200 groupes qui ont
participé aux consultations générales pendant quatre semaines, qui ont eu lieu
4 décembre 2025 jusqu'au 18 février dernier, évidemment en opposition au projet
de loi n° 1. Il s'agit, nous le savons, d'organismes féministes,
communautaires, des médecins, des juristes, des experts, des universités, les
grands chefs, les chefs, les représentants des nations autochtones, citoyens et
citoyens... citoyennes et citoyens qui ont vivement contesté ce projet de loi
en exigeant pas seulement... Il n'y a pas question ici de quelques amendements.
L'exigence de la majorité des groupes était le retrait au complet du projet de
loi. On le met dans les poubelles et on recommence le processus. On demandait
le retrait complet parce que le projet de loi porte sérieusement...
Mme Garceau : ...atteinte aux
principes de primauté du droit, à la séparation des pouvoirs, à la fonction
juridictionnelle des tribunaux, à l'accès à la justice, à la protection des minorités,
au droit des peuples autochtones, eh oui, et je vais revenir à la protection du
droit des femmes à l'avortement. Et, tel que mentionné par plusieurs groupes,
le projet de loi n° 1 découle d'un processus vicié et contient des
principes violés.
Ce que je retiens particulièrement du
processus de consultation sur ce projet de loi, il est tant cité de la vive
contestation des groupes et des individus en ce qui a trait au processus choisi
par ce gouvernement pour l'élaboration et l'adoption d'une loi constitutionnelle
québécoise étant décrite comme étant la loi des lois. Au lieu d'être une loi
rédigée par le peuple pour le peuple afin de protéger les droits fondamentaux
de toutes les Québécoises et de tous les Québécois contre des abus de pouvoir
potentiels du gouvernement, nous nous retrouvons devant un projet de loi rédigé
par le gouvernement caquiste, avec son agenda, à huis clos pour le gouvernement
et pour l'augmentation des pouvoirs du gouvernement, et particulièrement au nom
de la souveraineté parlementaire. Ce n'est pas un projet de loi qui est
rassembleur, M. le Président. Au contraire, c'est un projet de loi,
malheureusement, comme d'autres lois, qui divise et affaiblit les droits et les
libertés de toutes les Québécoises, de tous les Québécois énoncés dans la
Charte des droits et libertés de la personne.
Et tel que mentionné par plusieurs
groupes, incluant les professeures de la Faculté de droit, dont mon collègue a
mentionné, de l'Université de Montréal, Me Noura Karazivan et Me Martine Valois :
«Le projet de loi n° 1 s'inscrit en
faux avec la norme quasi universelle qui encadre les réformes
constitutionnelles dans toutes nations démocratiques. Cette norme impose que le
gouvernement introduise longtemps en avance le projet de réforme constitutionnelle,
qu'il consulte la population, la société civile, et les autres partis en amont.
Le processus unilatéral suivi par le gouvernement entrave la légitimité de la
Constitution et la légitimité de son contenu.»
«La rédaction et l'adoption d'une constitution
sont un acte juridique majeur dans la vie d'une collectivité, qui doit
impliquer la participation pleine et entière de la société civile et de
l'ensemble de la population.»
D'ailleurs, plusieurs groupes ont constaté
qu'aucun critère, aucun n'a été reconnu en droit international pour l'adoption
d'une constitution légitime, n'a été respecté par ce gouvernement dans le
contexte de l'élaboration et du dépôt du projet de loi, notamment ceux établis
par le Haut-Commissariat des droits de l'homme des Nations unies.
D'ailleurs, dans les derniers jours, nous
avons appris que plus de 800 groupes de la société civile ont demandé le
retrait pur et simple du projet de loi. L'ONU est même venue la semaine
dernière laver un... lever un drapeau rouge sur les agissements du ministre de
la Justice avec ce projet de loi.
En décembre dernier, le chapitre Québécois
de la Commission internationale de juristes Canada avait saisi l'ONU de se
pencher sur le projet de loi n° 1 compte tenu de ses grandes
préoccupations à l'égard de sa légitimité et des conséquences du projet de loi
sur les droits fondamentaux des Québécoises et des Québécois.
Selon le Comité des droits de l'homme, le
ministre de la Justice, et je cite, «s'apprête à violer les droits des
minorités culturelles et linguistiques et de violer les droits des
autochtones.»
De plus, le rapport de la Commission des
droits de la personne des Nations Unies dit d'ailleurs, et je cite : «La
Commission... s'inquiète de certaines dispositions qui pourraient permettre au
Québec, dans certaines circonstances, de ne pas se considérer lié par certains
engagements internationaux pris au niveau fédéral.»
Ces constats, M. le Président, ne sont pas
étonnants pour ceux et celles qui sont venus en commission parlementaire et qui
ont écouté les nombreux groupes et individus lors des consultations générales
puisque les mêmes préoccupations ont été soulevées.
Selon le comité, le gouvernement devrait
assurer que l'étude du projet de loi soit menée de façon inclusive et transparente...
Mme Garceau : ...assurant une
participation publique large et significative à toutes les étapes du processus.
Ceci reflète d'ailleurs la recommandation envisagée dans le rapport
Proulx-Rousseau, dont le ministre de la Justice a complètement écarté.
• (12 h 50) •
En ce qui a trait aux consultations, M. le
Président, et tel que souligné par mon collègue le député de l'Acadie, si nous
n'avions pas insisté, lors du... du dépôt du projet de loi d'élargir le
processus usuel des consultations particulières, nous n'aurions pas eu de
consultation générale. Le ministre de la Justice serait peut-être contenté
d'entendre combien de groupes? Une dizaine? Une vingtaine? On aurait jugé ça
comme étant suffisant et adéquat pour adopter une loi des plus importantes, la
Constitution du Québec.
Alors, M. le Président, même si nous avons
finalement eu des consultations générales, cela ne peut pas venir compenser
pour le manque de consultation de la part du ministre en amont de la rédaction
de son projet de loi. En effet, ce n'est pas en accordant 30 minutes à
chaque groupe que l'on met... que l'on leur... on permet la réflexion en
profondeur nécessaire pour ce genre de section... d'exercice
D'ailleurs, dans bien des cas, nous
savons, les groupes avaient moins de 30 minutes, on devait partager ce
temps avec un autre groupe ou d'autres groupes. Plusieurs groupes ont été
excessivement déçus par le manque de temps accordé lors des consultations. Ce
processus de consultation générale accéléré a également suscité de vives
réactions qui ont alimenté l'effritement de la confiance des Québécois en ce
qui a trait à tout le processus lié à l'élaboration de ce projet de
Constitution.
Et en tant que porte-parole de
l'opposition officielle en matière de la condition féminine, je ne peux pas
passer sous silence sur la décision du ministre de la Justice d'inclure
l'article 29 sur le droit à l'avortement. Oui, vous l'avez retiré, mais ça
a pris du temps. Et quelle déception, quelle déception pour les femmes du Québec,
des femmes qui ont été malheureusement replongées dans un débat complètement
inutile sur la place publique. Un débat qui était clos après des mois de
mobilisation, de... et d'angoisse, et devant l'unanimité de tous les groupes
entendus sur le sujet. Le ministre de la Justice, oui, a finalement reculé sur
sa décision, mais je vous pose une question : À quel prix? À quel prix?
Parce que pour toutes ces femmes qui ont dû se remobiliser pendant des mois
après avoir joué dans le même film il y a à peine trois ans lorsque l'ancienne
ministre responsable de la Condition féminine avait annoncé son intention de
légiférer sur le droit à l'avortement, on avait entendu à ce moment-là les
mêmes groupes qu'on a entendus durant les consultations générales, le Barreau
du Québec, Fédération du Québec pour le planning des naissances, le Conseil du
statut de la femme et certains experts, on a aussi... puis c'était les mêmes
arguments à cette époque en... en ce qui a trait à : Non, on ne devrait
pas légiférer parce qu'on est en train d'ouvrir une brèche juridique pour la
contestation de... d'une loi par les groupes anti-choix qui attendent depuis
longtemps une disposition législative afin de la contester devant les
tribunaux. Évidemment, l'objectif étant de restreindre le droit des femmes à
l'avortement, notamment en introduisant des exceptions, des limites de
gestation et des conditions particulières. Et c'est pour cette raison, devant
l'unanimité des groupes contre une loi en matière d'avortement, que l'ancienne
ministre de la Condition féminine avait converti son comité initial, qu'elle
avait créé pour rédiger une loi en comité pour rédiger un plan d'action afin
d'améliorer, d'améliorer l'accès aux... aux soins d'avortement, aux services
dans toutes les régions du Québec. Et c'est le plan pour améliorer l'accès aux
services d'avortement 2024 à 2027. Ce n'est pas comme si, monsieur... ce
n'est pas comme si la ministre de la Justice n'était pas au courant de toutes
ces consultations. Il y a une grande annexe, je ne vais pas la lire, M. le
Président, mais l'annexe I au plan de...
Mme Garceau : ...au plan
d'accès aux services d'avortement, on fait une liste de toutes les catégories
de groupes qui sont venus en consultation. Et oui, c'étaient des experts, des
organismes féministes et d'autres organismes communautaires.
Et qu'est-ce qui est difficile à digérer,
M. le Président, et au nom... au nom des femmes? C'est que, malgré ce qui s'est
passé en 2023 et aussi malgré tous les groupes qui ont dû revenir en commission
parlementaire, ce n'est... ce n'est que le 20 février que le ministre a
annoncé qu'il était pour retirer l'article 29. Malheureusement, tout ce
que ça a fait, c'est ça a augmenté l'angoisse des femmes inquiètes d'un recul
potentiel en ce qui a trait à leurs droits. Évidemment, on l'a dit, plusieurs
groupes l'ont mentionné durant les consultations particulières... générales
qu'on aurait dû... le gouvernement aurait dû miser ses efforts, son énergie,
son temps pour améliorer l'accès aux services d'avortement, parce que, nous le
savons, il y a une inégalité territoriale sur l'accès aux services
d'avortement, surtout dans les régions, et c'est un enjeu très important, on a
juste à se rappeler de ce qui est sorti la semaine... la semaine dernière, dans
les nouvelles concernant Mme Rose Gervais, qui a dû parcourir
900 kilomètres pour mettre fin à une grossesse en raison d'une grossesse
qui était non viable. C'est quand même assez inimaginable. Elle le mentionne,
ça a marqué sa vie à jamais. Et je la cite : «On ne devrait pas choisir de
ne pas avoir accès à des soins de base. Ça ne fait pas partie du choix
d'habiter en Gaspésie.»
Tel que mentionné aussi, M. le Président,
par la Ligue des droits et libertés dans un communiqué de presse le
20 février dernier, on confirme que le retrait de l'article 29 ne
rend pas le PL 1 acceptable. Et, à ce sujet, je voulais juste vous lire un
extrait du communiqué de presse de la Ligue des droits et libertés, qui se lit
comme suit :
«À la suite de l'annonce par le ministre
de la Justice du retrait de l'article 29 portant sur le droit à
l'avortement dans le projet de loi n° 1 sur la Constitution, la Ligue des
droits et libertés tient à affirmer sans équivoque que cette décision ne rend
aucunement ce projet de loi plus acceptable. Le projet de loi n° 1 n'est
pas amendable, il doit être retiré dans son intégralité. Les critiques
formulées depuis ces mois à l'endroit du PL 1 dépassent largement la
question du droit à l'avortement. Des centaines d'organisations syndicales,
féministes, communautaires, de défense collective des droits et des droits
humains, dont Amnesty International, le Barreau du Québec, la Commission des...
des droits de la personne et des droits de la jeunesse et plusieurs autres ont
exprimé leur opposition de fond à ce projet.» On parle ici que l'adoption
constituerait le plus grand recul pour les droits humains au Québec depuis un
demi-siècle.
Je sais qu'il y a eu des amendements qui
ont été déposés, M. le Président, ce matin, et nous allons les analyser, parce
que je comprends maintenant qu'on a retiré l'article 5 et l'article... on
a précisé l'article 4, et donc ça va faire en sorte qu'on va pouvoir
avancer sur certains enjeux, mais il y a encore, M. le Président, plusieurs
lacunes, plusieurs lacunes dans ce projet de loi. Et évidemment, pour nous, il
est clair et pour toute la majorité des groupes qui sont venus qu'on devrait
retirer le projet de loi au complet. Dans une société démocratique, M. le
Président, c'est la solution qui s'impose.
Le Québec mérite mieux qu'un texte de loi
qui est aussi divisible qu'il est. Les Québécoises et les Québécois méritent
une Constitution qui va refléter la... la richesse et la diversité de toutes
ses voix. Si l'objectif est vraiment de bâtir un projet constitutionnel
durable, il nous faut reprendre le dialogue à la base avec l'ensemble des
acteurs concernés...
• (13 heures) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Merci...
13 h (version non révisée)
Le Président (M.
Bachand) :...désolé de vous couper, mais,
compte tenu de l'heure, la commission suspend ses travaux. Merci. On se voit
tantôt. Merci.
(Suspension de la séance à 13 heures)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 05)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! Bon
après-midi à tout le monde. La Commission des institutions reprend ses travaux.
On poursuit donc l'étude détaillée du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Lors de la suspension de nos travaux, nous
en étions aux remarques préliminaires de la députée de Robert-Baldwin. Mme la
députée, il vous reste 2 min 55 s. Donc, la parole est à vous.
Mme Garceau : Merci beaucoup,
M. le Président. Je vais revenir, si vous me permettez, au retrait...
Mme Garceau : ...au retrait
de l'article 29 et la décision du ministre de le faire... de le faire très
tard dans le processus et même après une motion du deuxième groupe d'opposition
qui avait été présentée. Et donc le gouvernement au complet avait voté contre.
Et le lendemain on avait une séance suite à la demande de l'opposition
officielle, une séance de travail pour débattre de toute la question du retrait
de l'article 1, et, à ce moment-là aussi, ça avait été refusé par les
parlementaires, le gouvernement, et évidemment une source de grande frustration
de de tous les groupes de femmes ainsi que la Dre Geneviève Bois — je crois que
M. le ministre va s'en rappeler — qui est venue en commission parlementaire,
parce qu'elle est médecin, elle travaille aussi dans des cliniques d'avortement
et elle avait misé beaucoup sur le problème que... une loi au niveau de
l'avortement et une loi contre l'avortement, c'est ça qu'elle avait dit lors de
son passage en commission parlementaire.
Et je questionne le retard de prise de
décision. Ça a été excessivement difficile. Grande source d'angoisse des
femmes. Et surtout, M. le Président, à la lumière non seulement des propos de
l'ancienne ministre de la Condition féminine lors de la création du plan
d'action pour améliorer les services au niveau de l'avortement dans toutes les
régions du Québec, mais aussi par rapport au rapport d'étude, une étude de deux
ans qui a été menée entre 2022 et 2024, un rapport... une étude qui était
inscrite, évidemment, qui était liée au plan du gouvernement, de la ministre
responsable de la Condition féminine pour améliorer, évidemment, l'accès aux
services... aux soins de services d'avortement, et on avait fait... cette étude
avait été financée également par le gouvernement et, après deux ans d'études
approfondies en ce qui a trait au progrès des mouvements antichoix, on avait la
recommandation... c'était de ne pas légiférer. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :...Mme la députée de
Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Mme Cadet : Merci... Voilà,
ça ira mieux. Bonjour, M. le Président. Salutations, chers collègues. Bonjour,
M. le ministre. C'est un... Merci, donc, de m'accueillir dans cette commission
parlementaire. Donc, c'est la première fois, donc, que j'ai l'occasion d'être à
vos côtés, là, dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Je n'ai pas eu le loisir d'entendre
les différents groupes lors des... des consultations élargies qui se sont
déroulées au cours des derniers mois, des dernières semaines. Donc, c'est une
entrée dans cette commission. Donc, merci pour cet accueil.
Ceci dit, un peu à l'instar, donc, du
collègue un peu plus tôt, donc, souvent, lorsqu'on est en commission, donc,
nous sommes heureux d'y être, et on est... on est toujours, donc, très heureux,
donc, de pouvoir contribuer à travers l'exercice législatif, à la... l'essor du
Québec, mais ici, comme bien des groupes nous l'ont rappelé, nous sommes devant
un projet de loi qui cause non seulement, donc, de forts remous, mais qui,
essentiellement, fait le consensus contre lui.
Je vais commencer par rappeler, donc, la
position du Parti libéral du Québec relativement, donc, au... à un projet, donc
pas au projet, donc, du... présenté par le ministre, mais à un projet de
constitution québécoise parce que... et le collègue de l'Acadie l'a fait un peu
plus tôt, mais au Parti libéral du Québec, c'est une position historique. Il
faut se le rappeler. Depuis les années 60, depuis Paul Gérin-Lajoie,
nous... Ah! merci, merci.
Le Président (M.
Bachand) :...
• (15 h 10) •
Mme Cadet : Voilà. Je vois
que le ministre a pris quelques notes dans le document que j'allais moi-même
citer. Bon, c'est très bien. Donc, il est familier avec notre... avec le
positionnement historique du Parti libéral du Québec, donc, je le rappelais,
qui, depuis les années 60, propose justement un projet de constitution
québécoise. Il l'a fait à cette époque-là. Et chaque génération de libéraux
s'est approprié le projet...
Mme Cadet : ...et a
établi, donc, la nomenclature et l'architecture d'à quoi devrait ressembler un
projet de constitution québécoise. Donc, ça a été le cas, donc, dans le... dans
le cadre de la Révolution tranquille, mais ça a été le cas aussi, par la suite,
à travers les travaux de feu Benoît Pelletier, député et ministre libéral. Ça a
été le cas aussi, par la suite, dans nos instances. On se rappellera que la
commission jeunesse du Parti libéral du Québec, donc son congrès de 2019, le
proposait également. Donc, quand je parlais de chaque génération de libéraux,
M. le Président, donc on le voit vraiment que, littéralement, donc, de la
Révolution tranquille jusqu'à nos très jeunes, très jeunes militants libéraux,
bien, il s'agit donc d'un projet qui fait consensus. C'est moi-même, et là le
ministre, donc, brandissait un document, mon collègue de l'Acadie l'a rappelé
aussi, un peu plus tôt, bien, le rapport, le comité de relance que j'ai eu
l'honneur de coprésider en 2023, a aussi proposé un projet de constitution
québécoise. Et, je l'ai dit, donc, on ne s'appuyait pas, donc, sur... sur du
vide, on s'appuyait véritablement, donc, sur toutes les propositions qui ont
été faites par nos prédécesseurs, mais aussi, M. le Président, par tout ce que
nous avons entendu lors de cette tournée. Parce que, dans le cadre de ce
mandat-là, moi, j'ai eu l'honneur de faire le tour du Québec, à deux reprises
même, d'entendre des militants, des sympathisants à l'échelle du Québec qui
nous... qui nous ont fait part, donc, de bien des propositions, mais qui,
notamment dans le cadre de cette tournée, nous ont dit : Mais, écoutez, ce
projet-là, il est toujours... il est toujours d'actualité et il est toujours
bien important pour, à notre sens, pour la société québécoise, donc, comme
projet libéral, à mettre de l'avant.
Et, M. le Président, donc, pour nous,
comme libéraux, donc une proposition comme celle-ci, donc l'idée de... que l'on
puisse... que nous puissions proposer à la société québécoise une loi des lois,
un document fondateur énonçant explicitement nos... nos valeurs, mais également
regroupant nos règles, nos normes et les conventions constitutionnelles
régissant le Québec, bien, pour nous, donc ça... ça allait de soi. Et nous
avons même fait un pas de plus, M. le Président, parce qu'on le sait, donc,
le... le document que nous avions que le ministre, donc, vient de brandir à
l'instant même, donc, ce n'est pas un document qui, nécessairement, donc, liait
nos instances. Donc, nous sommes allés plus loin, et M. le député de l'Acadie a
vendu la mèche un peu plus tôt, il s'agit d'une résolution. Il s'agit donc
d'une proposition qui fait partie, donc, des résolutions du Parti libéral du
Québec. Donc, même si nos propositions, nos recommandations, nos pistes de
recommandations ne liaient pas nos instances, bien, nous l'avons présenté, nous
l'avons soumis à notre congrès des membres et l'ensemble des militants
libéraux, donc actuels, donc ceux qui, aujourd'hui, nous regardent, donc ont
comme position officielle de mettre de l'avant une constitution du Québec.
Donc, je dis tout ça, M. le Président,
pour bien mettre la table sur le fait qu'au Parti libéral du Québec, de tout
temps, de toutes générations, nous nous sommes dit qu'il s'agissait donc d'un
projet qui pouvait être un projet porteur. Et je mets ici qui pouvait être un
projet porteur, M. le Président, parce que j'ai l'impression que le ministre
ici, bien, il a raté une belle occasion, une belle occasion de justement, donc,
nous présenter un projet qui aurait pu faire consensus, ce qui aurait pu
rallier la population. Parce qu'un projet comme celui-ci, une loi des lois,
donc ça se veut, ça doit se vouloir être un document fondateur, oui, mais un
document fédérateur. Et malheureusement, en raison du processus, en raison de
la façon dont les choses se sont faites, se sont déroulées, mais aussi en
raison de ce qui se retrouve dans le document qui nous a été présenté, bien,
nous ne sommes pas devant un... un document fédérateur, un document qui a cette
capacité de rallier l'ensemble de la population.
Je reviens ici sur le processus parce que,
d'entrée de jeu, j'ai parlé des consultations générales, mais on se rappellera,
M. le Président, qu'au départ, le ministre, ce qu'il souhaitait, bien, c'était
tout simplement, donc, des consultations particulières, parce qu'il ne voyait
pas la pertinence, donc, d'aller, de consulter plus largement l'ensemble de la
société civile québécoise. Et c'est de peine et de misère après que nous
l'ayons presque forcé, là, on a presque forcé la main au ministre. Donc, mon
collègue de l'Acadie, ici, donc, a soumis, donc, des demandes pressantes,
démontrant, donc, toute la pertinence d'à tout le moins, présenter et offrir,
donc, des consultations générales, parce que, le processus, à la base, semblait
déjà vicié. Mais on se disait : OK, si on est pour être bons joueurs et
rattraper le processus, bien allons-y, au moins, avec des consultations
générales. Il aurait fallu qu'on fasse les choses autrement, il aurait fallu
qu'on fasse les choses, donc, à... bien, à l'envers, là, c'est-à-dire qu'on
puisse consulter d'abord, vraiment, donc, avoir un processus excessivement
élargi. Mais là, puisqu'il y avait... qui nous a été présenté, dont nous avons
refusé le dépôt, ça, c'est très rare en Chambre, là, M. le Président, donc,
quand on... Mme la Présidente, nous demande : Est-ce que l'Assemblée se
saisit de ce projet de...
Mme Cadet : ...que l'ensemble
des parties représentant, donc, la... la balance d'opinion de la population
québécoise est venue dire : Non, on ne peut pas se saisir de ce projet de
loi ci, parce que le processus, mais il est vicié à sa face même. Bien, on aura
compris, M. le Président, qu'à notre sens, bien, déjà là, ça posait un enjeu
fondamental à un document qui doit être consacré comme loi des lois. Et on se
rappellera aussi que le rapport même, le rapport Rousseau-Proulx, là, parce
qu'on le sait, le ministre, donc, il nous... souvent, nous a brandi ce
document-là en disant : Mais regardez, hein, regardez, j'ai consulté,
regardez ce rapport, donc, qui nous amène, donc, des... différents éléments de
ce qui se devrait donc se retrouver dans le cadre, donc, d'une... d'un... d'un
projet, d'un éventuel projet constitutionnel. Mais là-dedans, mais dans le
rapport Rousseau-Proulx, bien, on nous recommandait des consultations.
Ensuite, on... D'abord, donc, ensuite, ce
qui se retrouve à l'intérieur du projet de loi, M. le Président. Ma collègue de
Robert-Baldwin a rappelé un film dans lequel on avait déjà joué, puis là le
ministre va nous dire : Bien, regardez, j'ai écouté, j'ai enlevé certaines
de ces dispositions-ci. Écoutez, j'arrive ce matin avec certains amendements.
Fort bien, M. le ministre, mais, encore une fois, je pense qu'on fait un peu
les choses à l'envers, c'est-à-dire si vous aviez voulu, je vais donner un
certain exemple parce qu'on... nous sommes maintenant, donc, des parlementaires
aguerris, on a eu l'occasion de siéger... peut-être moins aguerris que vous, M.
le ministre, mais quand même, donc, avec une certaine expérience maintenant,
d'étude détaillée de projet de loi. Et d'expérience maintenant, je suis capable
de dire que, dans certaines situations, bien, lorsqu'il y a donc des dépôts de
différents amendements, c'est possible pour le ministre de convier les députés
des banquettes de l'opposition, de présenter ces amendements-là un peu au
préalable ou, du moins, pas nécessairement, donc, le libellé, mais de... de lui
dire : Bien, voilà, donc, j'ai écouté, voici l'essence de ce que je
présente, et voici comment est-ce qu'on peut poursuivre pour la suite. Et ça,
c'est dans le cadre d'un projet de loi normal, là, je ne parle même pas de la
loi des lois, mais je parle juste d'un projet de loi régulier. Ça se fait, M.
le ministre. Et mon collègue de l'Acadie l'évoquait ce matin, bien, de recevoir
des amendements comme ça, donc à minuit moins une ou ce matin, sans être
particulièrement avisé, si je ne me trompe pas... Voilà. Je veux m'assurer,
donc, de... de bien communiquer la bonne information. Donc, je comprends qu'il
n'y a pas eu d'appel ou de séance d'information, donc, au préalable, pour
dire : Mais voici donc les amendements que je présente. Et que ça nous
arrive un peu comme ça. Je pense qu'encore une fois, malheureusement, bien, ça
nous montre donc la... une façon de faire qui va à l'encontre d'un processus
qui, encore une fois, se veut... se devrait se vouloir rassembleur et
fédérateur, devrait vouloir aller chercher l'assentiment non seulement de
l'ensemble des parties prenantes et de la société civile, mais également des
députés représentés à l'Assemblée nationale, qui ont ce devoir et cette
responsabilité de vouloir porter la voix de l'ensemble de la société.
Je reviendrais à certains éléments du...
du contenu, là, comme je le mentionnais. Et puis, tantôt, donc a eu l'occasion,
et M. le ministre, donc a brandi le rapport du comité de relance du Parti
libéral du Québec avec ses recommandations en matière d'adoption d'une
Constitution québécoise et notamment, donc dans le contenu, nous indiquons,
mais la condition québécoise devrait aussi reconnaître les droits des Premières
Nations du Québec et des Inuits, et cette partie de la Constitution devrait
évidemment être rédigée en étroite collaboration avec les nations concernées.
Vous imaginez, M. le Président? Donc, nous n'avions même pas, nous ne pouvions
même pas anticiper donc toute la saga des dernières semaines et derniers mois,
lorsqu'en 2023, déjà, mais nous disions : Bien, d'une part, mais pour
nous, c'est fondamental qu'une Constitution québécoise, qu'un tel projet qui
veut susciter l'adhésion chez l'ensemble de la société québécoise, mais qu'on
reconnaisse de façon explicite les droits des Premières Nations du Québec et
des Inuits, mais on disait : Mais il fallait qu'on soit, si on est sérieux
dans notre processus, si on est sérieux dans notre approche de nation à nation,
qu'on rédige, de façon collaborative, donc, ici, au fait, on rédige en étroite
collaboration avec les nations concernées cette partie de la Constitution, pour
que ça puisse véritablement répondre aux préoccupations, que... que l'on sente
que le... le texte n'est pas tout simplement donc quelque chose qui... qui
tombe... leur tombe dessus, là, essentiellement, mais qui soit... qui... qui
consacre l'essence même de la relation que nous avons choisi de bâtir avec les
Premières Nations et les Inuits. Donc, on voit bien qu'ici, déjà là, encore une
fois, donc dans la façon de faire de la partie gouvernementale, mais aussi
lorsqu'il se retrouve donc dans... dans le...
Mme Cadet : ...dans le projet
de constitution du ministre, qu'on... qu'on faillit à cette tâche.
• (15 h 20) •
Je reviens, parce que j'ai évoqué très
rapidement les propos, donc, de ma collègue de Robert-Baldwin sur les
dispositions sur les articles, donc, sur le droit à l'avortement. Et ça, M. le
ministre... M. le Président, ça m'a... j'ai été éberluée, donc, de voir tout le
débat là-dessus. J'ai trouvé qu'encore une fois, pour un projet qui devrait
pouvoir recevoir l'assentiment de la population, puis là qu'on se disait :
Bien, regardez, nous, on va... Moi, comme souverain, moi, je vais vous imposer
des dispositions dans ma Constitution, consacrant donc le droit à l'avortement,
parce que moi, je considère que c'est essentiel. Ma collègue l'a rappelé il y a
deux ans, au Québec, on avait joué dans exactement le même film, on... On s'en
souvient tous, nous étions tous élus, on parle de cette même législature-ci, là
on ne parle pas d'il y a... d'il y a 8 ans, d'il y a 10 ans ou
peut-être dans une période où certains d'entre nous n'étions pas élus, nous
étions tous présents lorsque cette volonté-là avait, à la base, été exprimée
par la collègue, l'ancienne ministre de la Condition féminine, de la collègue
du ministre. À ce moment-là, on peut comprendre l'intention ici de dire :
Ah! peut-être que ça a l'air d'être une bonne idée, mais, quand l'ensemble des
groupes concernés vient nous dire : S'il vous plaît, ne faites pas ça,
nous, on trouve que c'est une mauvaise idée, on a mal compris l'entêtement du
ministre. Là, il va le dire : Bien oui, regardez, on a... on l'a enlevé,
on a écouté, mais, après s'être entêté pendant plusieurs semaines, le temps
qu'on a perdu, mais aussi le débat qui n'avait pas besoin d'être fait sur cette
question-là, parce qu'il y a même des groupes qui sont sortis et puis qui...
ou, essentiellement, donc, lançaient le message... le message dans l'espace
public : Oh! bien, nous, de notre côté, bien, on... voilà. Donc, si vous
le... si vous le faites, si vous allez de l'avant avec des dispositions comme
celle-là dans votre Constitution, eh bien, on... nous, on va... on va le
contester, là, ça... on va... on va trouver... on va trouver le moyen, donc,
d'y voir... d'ouvrir la brèche et de contester même ce droit-là, qu'on tente de
consacrer à... donc, de document fondamental. Donc, ça vous donne une idée, M.
le Président, de tout ce qui ne fonctionne pas dans le... dans le projet de
loi.
Je vais revenir aussi sur la question de
ne pas pouvoir utiliser les fonds publics pour contester des... des projets de
loi... on dit fondateurs, qui sont présentés par le gouvernement québécois.
Bon, on aura l'occasion, donc, d'étudier la liasse d'amendements qui ont été
présentés par le ministre ce matin, mais quand même, donc, jusqu'à hier soir
ou... en tout cas, en ce moment, donc, dans le document qui est... dans le
document qui nous est présenté ici, là, dans... que nous avons entre les mains,
de projet de constitution, ces dispositions-là, donc, s'y retrouvent. Ici, M.
le Président, quand bien même des amendements ont été présentés en ce sens, le
fait simple de présenter ce type de proposition là puis d'arriver puis de dire
à la société civile québécoise : Bien, regardez si vous êtes des
organismes financés... Parce que, là, le ministre, ce matin, nous disait :
Bien, regardez, donc, tu sais, si vous utilisez, donc, des fonds publics, là,
ça ne viendra pas toucher tout le monde, mais il ne faudrait pas utiliser des
fonds publics pour pouvoir contester le droit du gouvernement. Donc, on
comprend qu'il y a encore un peu... et peut-être que le ministre pourra le
clarifier plus tard, mais qu'on ait... il y a encore une certaine volonté,
donc, de circonscrire ce droit-là...
M. Jolin-Barrette : ...
Le Président (M.
Bachand) :...
Mme Cadet : Bien, on aura
l'occasion de le débattre.
M. Jolin-Barrette : ...
Mme Cadet : Bon, bien,
génial!
Le Président (M.
Bachand) :...non. Remarques
préliminaires. Allez-y, continuez, Mme.
Mme Cadet : OK. Parfait.
Bien... bien, merci. Puis je pense que c'est à ça que ça servira aussi, donc,
de pouvoir clarifier certains amendements. Je pense que, si on avait eu
peut-être une présentation préalable avant le dépôt des amendements, bien, ça
nous aurait permis, donc, déjà, d'ores et déjà, de clarifier ce point-là, mais,
bon, le ministre, donc, le fait à l'instant même.
Mais je reviens quand même, donc, sur le
propos initial, M. le Président, qu'à leur face même il s'agit, donc, de
dispositions qui vont à l'encontre même de l'architecture de notre État de
droit. Moi, je comprends, donc, les très, très, très nombreux groupes qui sont
venus nous dire : Bien, ce projet de loi là, ce projet de constitution du
Québec, ce n'est pas un projet qui cherche à nous rassembler comme Québécois,
mais c'est un projet qui... qui fragilise certains des fondements de...
certains des fondements de notre société. Et... Et ça, M. le Président, ça...
J'entends le ministre, là, qui me dit : Non, regardez, là, on retire ça,
mais, le fait même de l'avoir mis de l'avant, je pense que ça...
Mme Cadet : ...donne une
certaine teinte, et je pense qu'il nous a entendus lors de l'étude... lors des
discours sur l'adoption du principe du projet de loi. On a été très, très, très
nombreux à décrier ce type de dispositions ci, et ce sera bien difficile, pour
bien des gens de la société civile, de se dire : OK, maintenant que vous
enlevez ça, moi, je... j'embarque dans l'autobus, j'embarque dans le train puis
dans l'aventure de la Constitution parce que c'était tout simplement ça, la
problématique. Non, M. le Président, parce que, pour bien des groupes... les
groupes ne sont pas venus nous dire : Bien, nous, en fait, nous, ce qu'on
souhaite, ce sont certains amendements au projet de loi... C'est ce qui arrive.
Encore une fois, donc, dans les nombreux projets de loi sur lesquels nous avons
l'occasion de siéger, il y a des groupes... souvent nous arrivent en
disant : Bien, regardez... même quand ils sont contre le principe de
projet de loi, bien souvent, ils nous arrivent avec des présentations
d'amendements. Mais, non, ce que les groupes sont venus nous dire, ce n'est
pas : Amendez le projet de... le projet de loi n° 1, puis là on va être
corrects, là, on va... on va sentir que tout est beau. Non, non, les groupes
sont venus nous dire : S'il vous plaît, nous, on souhaite que le projet de
loi soit retiré parce qu'il y a un manque de légitimité même dans le processus,
d'une part, mais même dans le document, là, qui nous a été déposé.
Donc, M. le Président, donc, je conclus
sur... je conclus, donc, en revenant, donc, sur les éléments du projet de
Constitution qui nous a été présenté par le ministre qui ne fonctionnent pas.
Donc, encore une fois, ici, là, dès le départ, je pense que, si le ministre
avait voulu faire les choses correctement, s'il avait décidé de consulter dès
le départ l'ensemble de la société civile, de tenir le crayon, comme nous le proposions
dans notre rapport sur la relance du Parti libéral du Québec, lorsqu'on
présentait le projet de constitution québécoise, où on disait : Bien,
voyez, donc, voici les éléments sur lesquels vous devez vous assurer de tenir
le crayon avec les parties prenantes concernées, si on avait décidé, donc, de
consacrer le... les droits, donc, des Premières Nations et des Inuits, si on
n'avait pas mis, là, tellement d'énergie à essayer d'inclure dans ce projet de
Constitution des dispositions qui, certainement, donc, irritent une très, très,
très large partie de la société civile, bien, vous aurez compris, M. le
Président, qu'en regard de nos positions historiques, ce que nous avons
nous-mêmes présenté, ce que nous avons nous-mêmes débattu en cette enceinte...
qu'à ce moment-ci on aurait pu rallier non seulement l'ensemble de la société
civile, mais aussi le Parti libéral du Québec, mais, en raison de la... du
contenu du projet de constitution du ministre et en raison, donc, du processus
vicié qui... en raison du manque de légitimité du document, malheureusement,
nous... voici les raisons qui nous ont poussés à voter en défaveur de... du
principe du projet de loi n° 1.
Le Président (M.
Bachand) :...est-ce qu'il y a d'autres
membres qui souhaiteraient faire des remarques préliminaires? Sinon, nous
allons passer aux motions préliminaires. Je vous rappelle les règles de base.
Donc, c'est 30 minutes pour l'auteur de la motion et les représentants des
chefs de groupes parlementaires et 10 minutes pour leurs... les autres
intervenants. M. le député d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui. Merci, M. le
Président. Alors, j'aimerais présenter une motion préliminaire qui se lit comme
suit...
Le Président (M.
Bachand) : Est-ce que c'est dans... Parce qu'on n'a pas encore
reçu officiellement.
M. Morin : Ah! on va vous
l'envoyer.
Le Président (M.
Bachand) : OK. Alors, je vais suspendre quelques instants, s'il
vous plaît.
M. Morin : Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 29)
15 h 30 (version non révisée)
(Reprise à 15 h 32)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
M. le député de l'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : ...Alors,
merci, M. le Président. Donc, motions préliminaires. Conformément à l'article 244
du règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion afin :
«Que la Commission des institutions entende,
dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, le secrétaire
général de l'Assemblée nationale, M. Siegfried Peters;
«Que l'organisation de cette audition soit
confiée au comité directeur de la commission.»
Voilà. Alors...
Le Président (M.
Bachand) : La parole est à vous.
M. Morin : Merci, M. le
Président. Donc, voilà pourquoi. Vous savez, c'est un... c'est un projet de loi,
on ne peut pas dire que ce n'est pas un projet de loi important, c'est un
projet de loi important, et c'est un projet de loi qui, dans son premier
élément, parce que le projet de loi s'intitule Loi constitutionnelle de 2025
sur le Québec... mais, dans le projet de loi, il y a
différentes parties, et la partie I du projet de loi s'intitule «Constitution
du Québec». Et c'est dans cette partie-là, plus particulièrement au chapitre
deuxième du titre quatrième, où il y a une série d'articles sur le Parlement du
Québec. Et, compte tenu que, dans le projet de loi, il y aura... on peut
appeler ça une codification de certains éléments qui visent le Parlement et l'Assemblée
nationale, il nous apparaît donc très important, bien, de faire entendre le secrétaire
général pour voir comment tout ça va s'articuler, puis est-ce que l'Assemblée
nationale a les moyens. Est-ce qu'elle a cette capacité de mettre en œuvre ce
qui est énoncé dans le chapitre deuxième? Et, je vais vous donner, M. le
Président, quelques... quelques exemples.
D'ailleurs, quand on a reçu le cahier de
commentaires pour l'étude détaillée, en fait, j'avais.... j'avais vraiment hâte,
M. le Président, de... de recevoir le cahier pour en apprendre davantage sur ce
projet important. Et... Bien, en fait, jusqu'à maintenant, peut-être qu'il y
aura des... un addendum qui va être produit évidemment par le ministre, mais
jusqu'à maintenant, je suis... je suis resté un peu sur mon appétit, je vous
dirais, parce que, quand on regarde — et je réfère toujours au
chapitre deuxième — par exemple, l'article 35, «le Parlement est
souverain dans ses domaines de compétences législatives», alors, quand on va
voir le cahier, ça dit : «Cet article réitère la souveraineté du Parlement
du Québec dans ses domaines de compétence.» Oui, ça, je... je l'avais compris
en lisant le projet de loi, là, mais, tu sais, je m'attendais à trouver plus...
M. Morin : ...pour qu'on
comprenne davantage. Puis, c'est la même chose avec plein d'autres articles. Et
donc, ça, c'est un exemple, mais il y a d'autres éléments. Et je cite
l'article 36, M. le Président : «Le Parlement peut légiférer
relativement aux activités relevant de ses compétences législatives, quel que
soit le moyen technologique par lequel ces activités sont exercées.» Alors,
ici, on fait référence à quoi exactement? Est-ce que l'Assemblée et
l'administration de l'Assemblée ont tous les moyens qui sont déjà en place
quand on parle, entre autres, de moyens technologiques pour être capable, bien
sûr, de faire en sorte que l'Assemblée va fonctionner et que l'ensemble des
députés vont être capables d'exercer leur travail au sein de l'Assemblée. La
personne la plus pertinente pour répondre à ces questions-là puis nous en
donner davantage, mais évidemment c'est le secrétaire général. D'où ma demande.
Mais il n'y a pas que ça. À
l'article 42, on dit : «Dans l'exercice de ses fonctions, l'Assemblée
nationale jouit de la protection des privilèges parlementaires.» Quels
sont-ils? Ça s'articule comment? Qu'est-ce qui va arriver? Est-ce que c'est une
codification de tous les privilèges parlementaires dans un document qui va
s'appeler la Constitution? Encore là, je pense que s'il y a... s'il y a un expert
dans le domaine des privilèges parlementaires, c'est bien le secrétaire
général. D'où l'importance, pour cette commission de l'entendre.
Et... et, revenant à la procédure
parlementaire au... du Québec, M. le Président, il y a un volume fantastique qui
s'appelle la procédure parlementaire du Québec, quatrième édition, et... et
j'invite tout le monde à regarder, et à scruter, et à lire ce document-là.
D'abord parce qu'il est très bien fait, très, très bien fait, fait, avec
énormément de sérieux, de rigueur. Et, dans ce document-là, on y retrouve une
foule d'éléments qui, bien sûr, expliquent d'où vient le Parlement, comment il
fonctionne, etc., etc. Et ce qui est important, et d'où évidemment l'intérêt
d'avoir le secrétaire général de l'Assemblée, c'est qu'on nous dit, entre
autres, que... que notre système parlementaire existe depuis longtemps. Et...
et c'est vrai, M. le Président, en fait, le Parlement au Québec existe depuis
1792, 234 ans de Parlement, de démocratie au Québec, c'est tout à fait à notre
honneur, mais ça fait en sorte qu'on nous explique clairement dans le document
qu'entre autres «les principes qui assurent», et je cite le document, «qui
assurent le fonctionnement efficace et démocratique d'une assemblée sont, entre
autres, les suivants : protéger la minorité, tempérer l'imprévoyance ou
l'oppression de la majorité, garantir une conduite ordonnée des affaires
publiques, permettre à chaque député d'exprimer son avis sous réserve des
restrictions, évidemment». Mais vous voyez comment... comment c'est important.
«Protéger la minorité et tempérer l'imprévoyance ou l'oppression de la
majorité», et ça aussi, c'est un élément fondamental que le secrétaire général
pourrait évidemment nous décrire, parce que c'est vrai que M. le ministre a
déposé, je ne sais pas si on peut dire en liasse, mais, enfin bref, une série
d'amendements ce matin, et, entre autres, entre autres, quand je les lisais, il
y aurait éventuellement un retrait de... de l'article 5, mais de la Loi
sur l'autonomie constitutionnelle, mais... mais combien cet article a fait
couler d'encre? Combien cet article a soulevé des débats, mais vraiment
intenses, non seulement au sein de cette commission, mais également au salon
rouge? Parce qu'on le disait, en fait, plusieurs l'ont dit, le Barreau l'a dit,
c'est affaiblir des contre-pouvoirs. Serait-ce que ce document serait un
document revanchard? Mais ces questions-là se posent, M. le Président, et ça se
pose avec évidemment énormément de sérieux. D'où l'importance, bien sûr,
d'avoir l'opinion du secrétaire général là-dessus.
• (15 h 40) •
Mais... mais... mais ce n'est... mais ce
n'est pas tout. Dans le document en question, et particulièrement au
chapitre II, page 110, on dit, on nous parle des sources de la
procédure parlementaire et on dit : «En raison de leurs privilèges
parlementaires constitutionnels, les assemblées de type britannique, comme
l'Assemblée nationale, disposent du pouvoir exclusif de régir leurs affaires
internes sans ingérence extérieure. Et c'est en vertu de ce pouvoir que les...
M. Morin : ...les assemblées
se donnent des règles afin d'établir la procédure qui régit leurs travaux. Et
donc comment ça va s'intégrer? Est-ce que ça va être directement inclus dans la
Constitution? Est-ce que ça va donner un... en fait, un élément, un encadrement
constitutionnel à ces règlements, à cette... à cette procédure-là?
Personnellement, je ne peux pas y répondre, je ne suis pas un expert de ces...
de ces questions, mais il y a une chose qui est sûre, cependant, M. le Président,
c'est que le secrétaire général de l'Assemblée, lui, en est un.
Et c'est d'autant plus important parce
que, là, l'exercice que veut faire le gouvernement de la CAQ avec sa
constitution, et particulièrement le ministre, c'est de... en fait, si vous me
permettez l'expression, de codifier certaines dispositions, mais il y a... et
c'est ce qu'on nous rappelle dans le document, ici, sur le droit parlementaire
et la procédure parlementaire, on dit, cependant, qu'il y a, dans la procédure
parlementaire, «des règles non écrites qui servent moins à la codification de
la procédure existante qu'à l'adaptation des traditions historiques aux
exigences de l'ère moderne». Et, entre autres, on fait une référence au... à
l'ouvrage assez célèbre de Beauchesne sur la jurisprudence parlementaire, mais
celle-ci de la Chambre des communes.
Donc, est-ce que le document, le projet de
loi n° 1 va aussi laisser une place aux règles non écrites? Est-ce
qu'éventuellement on va les inclure? On ne le sait pas. Est-ce qu'elles sont très
nombreuses? Quel est leur impact? Ça, c'est une chose.
L'autre élément, c'est : Mais, si on
ne les met pas et qu'on l'adopte comme ça, le document, qu'est-ce que ça va
faire? Est-ce qu'elles vont continuer d'exister? En fait, c'est loin... c'est
loin d'être évident.
Et ce qui est intéressant, bien sûr, c'est
qu'on dit que le droit parlementaire a cette caractéristique ou, si vous
permettez, cette particularité de permettre, entre autres, au président de
l'Assemblée de l'interpréter, mais aussi de trancher sur une foule de
questions. Est-ce que ça va avoir un impact sur l'autorité et les pouvoirs du
président? Je ne le sais pas.
Et on nous dit, entre autres, que le droit
parlementaire ne diffère pas sensiblement des autres secteurs du droit qui composent
notre ordre juridique et que cela ressort, au demeurant, de l'article 52 de la
Loi constitutionnelle de 1982 et des articles 179 et 180 du règlement qui
codifie les sources de la procédure parlementaire à l'Assemblée et leur rang.
Et là il y a une référence, dans le... dans le document, qui dit, par exemple,
pour la Loi constitutionnelle de 1982 : «La Constitution du Canada est la
loi suprême du Canada. Elle rend inopérantes les dispositions incompatibles de
toute autre règle de droit.» Puis, immédiatement par la suite, dans le même
document, on dit, pour les règlements de l'Assemblée nationale, à l'article
179 : «La procédure de l'Assemblée est régie par la loi, par son
règlement, ses règles de fonctionnement, par les ordres qu'elle adopte.»
180 : «Au besoin, la procédure est déterminée en tenant compte des
précédents et des usages de l'Assemblée.»
C'est particulièrement important parce
qu'on nous dit, immédiatement après dans le document : «Il ressort de ce
qui précède que la Constitution est la première source du droit parlementaire,
et le préambule de la Loi constitutionnelle de 1867 demeure sans contredit la
disposition constitutionnelle la plus fondamentale.» Et ça soulève la question
suivante...
Et ça, M. le Président, je tiens à le
souligner tout de suite, pour que ce soit très clair, là, là, on n'est pas en
train de parler du rapatriement de la Constitution, ça s'est-tu bien fait, ça
ne s'est pas bien fait. Ça, on l'a dit, je l'ai dit publiquement, au salon
rouge, là, ça n'a pas d'allure, la façon dont ça s'est fait, c'est clair.
Québec n'adhère pas à ça, c'est clair, la Constitution de 1982, mais... mais
elle est là et elle s'applique. En tout cas, clairement, dans la procédure
parlementaire du Québec, il y a une reconnaissance que ce texte législatif là
existe et qu'il s'applique. On peut aimer, pas aimer, là, mais c'est là, puis
ça a l'air que c'est un incontournable.
Alors, qu'est-ce que ça va faire avec le
texte qui nous est soumis par le ministre de la Justice? Est-ce que ça exclut
l'application de la Loi constitutionnelle de 1867? Je ne sais pas, je ne sais
pas. Puis on aura, évidemment, éventuellement aussi la possibilité d'en parler,
mais... mais on dit, dans le document, que «la Constitution du Québec a...
M. Morin : ...sur toute règle
de droit incompatible». Et plus loin dans le document, il y a une... une
référence aussi au texte constitutionnel de 1982. Et est-ce que ça a pour effet
de contredire ce qu'il y a dans le document, qui est un ouvrage de référence
important en droit parlementaire? Je ne le sais pas. Peut-être qu'un non, mais
peut -que oui. Et donc, encore là, quelle est la meilleure personne pour nous
parler de cet enchevêtrement entre ces deux textes constitutionnels, par
ailleurs, si ce n'est que le secrétaire général de l'Assemblée. Et je tiens à
le répéter, M. le Président, ce n'est pas... ce n'est pas moi qui l'invente,
là, dans le document... d'ailleurs que... dont on peut faire l'acquisition ici
même, à l'Assemblée nationale, et j'invite tout le monde à le faire parce que
c'est vraiment super bien. Je me répète. Mais on y est écrit... il est
écrit :
«Il ressort de ce qui précède que la
Constitution est la première source du droit parlementaire. Le préambule de la
loi de 1867 demeure sans contredit la disposition constitutionnelle la plus
fondamentale. En effet», et je cite, «comme nous l'avons précédemment
mentionné, il prévoit que la Constitution du Canada repose sur les mêmes
principes que celle du Royaume-Uni, et, par le fait même, que notre régime parlementaire
s'inspire de celui qui existe au Royaume-Uni.» Bon, ça, ce n'est pas moi qui
l'invente, c'est écrit dans le texte.
Puis, si je comprends, si je comprends le
document, puis si je le comprends bien, bien, ça semble aussi s'appliquer au
Québec parce qu'on y dit que c'est une source du droit parlementaire. Donc,
c'est un élément qui, pour moi, est très... est très important. Donc, il
faudrait en tenir compte puis il faudrait vraiment avoir un expert qui va être
capable de... de nous dire, en fait, quel sera... quel sera l'impact.
Plus loin, dans le même document, on dit
que... il y a une référence à la Constitution du Québec, visiblement pas
celle-ci, mais on dit qu'on compte la composition de l'Assemblée, la
présidence, le quorum. Et on dit également que la Loi sur l'Assemblée nationale
comporte aussi des prescriptions concernant la durée du mandat et les pouvoirs
de l'Assemblée, ainsi que tout ce qui est relatif à sa procédure.
Quand on regarde le document qui nous est
proposé, et particulièrement tout ce qui touche le Parlement, on ne parle pas
de la présidence, on ne parle pas du quorum, on ne parle pas spécifiquement de
la composition. Il y a une référence, cependant, à l'article 37 du projet
de loi, qui dit que «l'Assemblée nationale est composée de députés représentant
la nation québécoise». Et ça aussi, c'est un élément particulier. Le... le
gouvernement a décidé d'utiliser les mots «la nation québécoise» et non pas «le
peuple». On verra éventuellement ce que ça veut dire. Mais... mais est-ce que
ça va avoir pour effet d'inclure la Loi sur l'Assemblée nationale? Quel va être
l'impact du document que nous avons à étudier devant nous? Ça non plus, ce
n'est pas... ce n'est pas particulièrement... ce n'est pas particulièrement
clair.
Il y a cependant une autre disposition
dans le projet de loi qui dit que «l'Assemblée nationale établit les règles de
sa procédure. Elle est la seule compétente pour les faire observer». Alors
donc, c'est la loi constitutionnelle qui va s'appliquer avant tout? Ça va constitutionnaliser
les règles de procédure de l'Assemblée ou pas? Est-ce que ça va avoir un impact
sur le pouvoir de l'Assemblée de faire appliquer ses propres règles? On ne le
sait pas, mais il y a une chose qui est sûre, c'est que si cette commission est
d'accord pour faire entendre le secrétaire général de l'Assemblée, bien, ça va
éclairer les parlementaires pour évidemment qu'on soit capables de bien
comprendre l'impact d'un tel... d'un tel document. Et ça, ça m'apparaît
excessivement important.
• (15 h 50) •
On parle également de... des privilèges et
des immunités des parlementaires. Et on parle aussi, dans le... cet ouvrage sur
le Parlement, du conseil, si je peux l'appeler ainsi, de l'administration de
l'Assemblée, qui s'appelle le Bureau de l'Assemblée...
M. Morin : ...l'Assemblée
nationale. Et on dit que ça exerce une fonction de contrôle et de
réglementation sur les divers aspects administratifs et de son fonctionnement.
Quelle est la corrélation ou la concordance qu'on peut faire entre les règles
de procédure qui peuvent être édictées par le Bureau de l'Assemblée nationale et
les références, dans le chapitre deuxième, aux textes que nous avons à étudier
et à regarder? Bien, là aussi, là aussi, il faudra... il faudra le voir, et il faudra
bien comprendre surtout. Parce que, vous savez, loin de moi l'idée, bien sûr,
d'avoir des doutes sur les intentions du gouvernement, n'est-ce pas, avec le
texte. Mais, visiblement, le gouvernement n'est pas un expert en droit
parlementaire. On reconnaît évidemment toute l'expertise, et, ma collègue, la
députée de Bourassa-Sauvé le mentionnait tout à l'heure, on reconnaît toute
l'expertise à M. le ministre de la Justice, qui est aussi le leader du
gouvernement. Donc, il a des années d'expérience, il sait comment ça
fonctionne. Mais quand même, il faut reconnaître que le secrétaire général de
l'Assemblée a une compétence qui lui est propre et une expertise, une
expérience en ce qui a trait, évidemment, à toutes les règles de la procédure
parlementaire au... au Québec.
Donc, comment ça va... comment ça va
fonctionner? Ce n'est pas... ce n'est pas toujours très clair. Et ça, il
faut... il faut savoir, effectivement, qu'est-ce qu'on va faire quand on va
étudier ces différentes dispositions-là et quelles sont... et quelle est la
portée, quelle est la portée. Puis si je vous dis ça, M. le Président, bien,
c'est parce que... Puis ce n'est pas pour rien tout à l'heure que je référais
aux cahiers de... de commentaires. Par exemple, c'est juste un exemple que je
vous donne, mais, tu sais, on aurait pu, le gouvernement aurait pu dire :
Écoutez, par exemple, article 35, article 34, article 38, on
peut en... on peut en nommer d'autres... À 43, l'Assemblée nationale établit
ses règles de procédure. Alors, si on va voir, par exemple, 43, dans les
commentaires, ça dit... Bon. Cet article consacre l'article 9 de la Loi
sur l'Assemblée nationale. Bien, ça aurait été intéressant que le gouvernement
nous développe davantage si on analyse. Même chose à 42. C'est... Quand on parle,
par exemple, des privilèges parlementaires. Ça aurait été fort intéressant de
dire : Oui, non, on a fait une analyse et voilà ce que ça va faire. Donc,
éventuellement, pour les parlementaires qui... qui auront à travailler avec ce
texte de loi là, bien là, à ce moment-là, ça... il y a une clarté et on voit
exactement où le... où le gouvernement veut aller. Mais malheureusement, on n'a
pas ça, M. le Président. Tout ce qu'on nous dit, comme commentaire, c'est très
succinct. Bon, à 41 : «Cet article établit de façon exhaustive les
fonctions de l'Assemblée.» Bon. Et puis vous en avez d'autres, vous en avez
d'autres comme ça. Alors, c'est important. C'est important pour nous, en fait,
les... les députés de l'opposition, de véritablement saisir toute l'ampleur,
bien sûr, du travail, du travail qu'on va faire. Mais ce n'est pas tout, parce
qu'il y a aussi, dans cet ouvrage hyper intéressant sur la procédure
parlementaire du Québec, d'autres... d'autres éléments qui touchent la
procédure législative et qui touchent, évidemment, le fonctionnement de
l'Assemblée. Et ça, évidemment, il faudrait voir ce qu'il en retourne, compte
tenu de ce qui est inclus dans le chapitre deuxième du projet de loi.
Quand on parle des privilèges
parlementaires, et ça aussi on y fait référence dans l'ouvrage, la procédure
parlementaire du Québec, on dit : Les auteurs s'entendent habituellement
sur l'existence des privilèges parlementaires. Bon, certains sont de nature
individuelle, d'autres sont de nature collective. Voilà. Les privilèges dits
collectifs sont rattachés aux assemblées en tant qu'entités formées par
l'ensemble de leurs membres. Est-ce que... est-ce que ce texte-là va avoir pour
effet de les codifier? Est-ce que ça va avoir un impact positif ou négatif sur
cette procédure parlementaire? On ne le... on ne le sait pas. Est-ce que ça va
les constitutionnaliser? On ne le sait pas non plus. Tout ce qu'on sait, c'est
qu'il y a une référence, entre autres, à l'article 42, aux privilèges
parlementaires. Puis, quand on regarde dans les commentaires, on dit : Cet
article consacre, dans la constitution du Québec, de façon générale, le
principe voulant que les privilèges parlementaires profitent à l'Assemblée
nationale dans l'exercice de ses fonctions...
M. Morin : ...constitutionnelles.
C'est tout. Et il me semble que ce serait important pour les députés d'en
apprendre davantage, clairement, même chose avec les règles de procédure.
Et également il y a toute la question du
serment de loyauté qui est un peu différent de celui qui est prévu
actuellement. Quel va être l'impact? On n'en a pas d'idée. Il me semble que le
secrétaire général de l'Assemblée est la personne toute désignée, en fait, qui
pourrait nous expliquer la portée de ce qui est proposé puis de l'impact aussi
sur les députés. Une chose qui est sûre, c'est... quand on lit le document
comme ça, on parle d'un serment de loyauté envers la nation québécoise, ce
n'est pas en vertu... ou ce n'est pas envers le peuple québécois, c'est la
nation, et on parle bien sûr du respect, mais aussi de la défense de la
Constitution. Qu'est-ce que ça veut dire exactement? Ça non plus, ce n'est pas
clair.
Puis à quoi ça expose un député si jamais
il ne se conformait pas exactement aux termes de son serment? Quelles vont être
les conséquences? Qu'un... qu'un député prête serment, c'est normal, on l'a
tous fait, c'est pour ça qu'on siège ici aujourd'hui, mais là on veut changer
le serment. Puis on ne parle pas uniquement du respect, mais on parle de la
défense. Alors, qu'est-ce que ça veut dire exactement? Bien, moi, il me semble
que, si on avait un expert qui était capable de venir nous en parler, ce serait
particulièrement important. Si jamais on critiquait la Constitution du Québec
telle que proposée par le gouvernement de la CAQ, qu'est-ce qui arrive comme
parlementaire? Est-ce que je peux la contester? Est-ce que ça va être perçu
comme une absence de défense de la Constitution du Québec? Quelle est la portée
des actes qu'un député pourrait omettre? Ça veut dire que ça va jusqu'où, la défendre?
Donc, c'est une série d'éléments mais qui
peuvent avoir des conséquences excessivement graves pour les parlementaires,
donc d'où l'importance d'avoir un expert qui pourrait venir évidemment nous en
parler.
Autre élément intéressant aussi, puis je
vous réfère à l'article 37, M. le Président : «L'Assemblée nationale
est composée de députés représentant la nation québécoise», mais... mais...
mais pas le peuple. Et... Puis là, bien, moi, je me suis posé la question. Et,
quand je suis allé voir le commentaire : «Cet article indique la
composition de l'Assemblée nationale.» oui, clairement. Bien, c'est sûr, c'est
écrit, tu sais, je veux dire... mais je n'ai rien appris, M. le Président. Et
est-ce qu'il y a une différence entre représenter le peuple québécois ou la
nation québécoise? Quel est... quel est l'impact? Encore là, il me semble que
le secrétaire général de l'Assemblée serait le mieux placé pour nous en parler.
• (16 heures) •
Donc, vous voyez, dans les... dans les
quelques minutes qui me sont accordées pour expliquer l'importance de la motion
préliminaire que je présente, il y a tellement, tellement de questions, mais il
n'y a pas de réponse. Il n'y a pas de réponse. Et c'est... c'est important
parce que l'autre élément... et je vais... je vais terminer là-dessus, M. le
Président, parce qu'il ne me reste pas beaucoup de temps. Je pourrais en parler
pendant des heures, mais on arrive finalement au temps qui est requis. Dans le
livre de la procédure parlementaire du Québec, on dit, entre autres en parlant
de certains privilèges, qu'il faut déterminer si c'est nécessaire pour que la
législature soit capable de fonctionner, et là, à cet égard, on dit : Il
s'agit de déterminer ce que requiert la dignité et l'efficacité de l'Assemblée.
Puis là, bien, il y a... il y a de la... il y a de la jurisprudence qui... puis
on réfère même à des décisions de présidents d'autres assemblées législatives.
Alors, la question se pose : Est-ce que ça, ça va avoir un impact sur
l'efficacité de l'Assemblée? Puis je reviens à ce que je disais au début, M. le
Président. Quand on dit : «Le Parlement peut...
16 h (version non révisée)
M. Morin :
...relativement aux activités relevant de ses
compétences législatives, quel que soit le moyen technologique par lequel ces
activités sont... sont exercées. Est-ce que ça a un impact sur l'efficacité de
l'Assemblée? Qu'est-ce que le gouvernement a en tête? Qu'est-ce que ça va faire?
Puis je ne vous dis pas que je suis contre, là. On n'est même pas... On n'est
même pas à cette étape-là, M. le Président. Moi là, je ne prends pas position
là-dessus maintenant. Le seul commentaire qu'on a, là, ça dit : «Celle-ci
s'exerce, par exemple, dans l'environnement numérique.» Bon, mais qu'est-ce à
dire? Est-ce que ça veut dire... je ne sais pas, moi, est-ce que les députés
pourraient éventuellement siéger à distance? Est-ce que l'Assemblée peut... a
la capacité de le faire? Il y a des parlements où ça se fait. Puis, encore là,
qu'on me comprenne bien, je ne vous dis pas que c'est ça qu'il faut qu'on
fasse, là. Mais... Mais, si c'est ça, l'idée, bien, il faudrait le savoir. Puis
qui est le mieux placé pour nous parler de tout ça si ce n'est le secrétaire
général de l'Assemblée?
Et je terminerai là-dessus, parce qu'il me
reste à peu près... à peu près une minute. Il y a... Il y a un autre élément, et
puis ça, le texte n'en parle pas, et je ne sais pas pourquoi, c'est... c'est toute
la question de la diplomatie parlementaire. Parce que, dans... dans le texte,
par ailleurs, on parle... on parle de diplomatie, on dit que, bon, le Québec,
par exemple, va ratifier des ententes s'il y consent, participe, etc. Il y a
même un amendement qui va être proposé là-dessus. Mais qu'est-ce qu'on fait de
la souveraineté puis de... surtout de la diplomatie parlementaire? Parce que ça
existe, M. le Président, et c'est excessivement important pour le bon
fonctionnement de nos démocraties et de notre démocratie au Québec. Il n'y a
rien. Est-ce que ça rentre dans les privilèges que l'Assemblée a? Est-ce qu'on
aurait dû, oui ou non, le codifier?
Pour toutes ces raisons, M. le Président,
vous comprendrez comment c'est important d'entendre M. Siegfried Peters. Je
vous remercie.
Le Président (M. Bachand) :
Merci, M. le député d'Acadie. M. le député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, M. le
Président. Peut-être avant, si le ministre nous dit qu'il va voter pour, moi,
je n'ai pas besoin d'intervenir.
Le Président (M. Bachand) :
Allez-y, allez-y...
M. Bouazzi : Non, il n'a pas l'air
de vouloir voter pour. Bon. Ça aurait pu tous et toutes nous faire gagner du
temps.
Je vous avouerai, M. le Président, que ce
n'est pas une motion qui me serait venue à l'esprit naturellement, mais, une
fois que je l'ai vue devant moi, je l'ai trouvée spécialement intéressante. Je
l'ai trouvée spécialement intéressante parce qu'une des choses qui est
importante et ce que les experts sont venus nous dire à l'Assemblée nationale,
c'est que le processus est au moins aussi important que le résultat. Ils sont
tous aussi venus nous dire à quel point est-ce que le processus qui était suivi
était tout à fait inusité et absolument pas à la hauteur des enjeux qui
touchent à une constitution. Évidemment, il faut réfléchir de la manière la
plus... c'est-à-dire avec une énorme volonté d'inclusion, un processus qui
permette d'aller vers les gens, un processus qui permet d'entendre des gens qu'on
n'a pas l'habitude d'entendre pour pouvoir coécrire, réfléchir, prendre les
idées du peuple pour que le document vienne, justement, répondre à cette
volonté populaire, un point de départ de la loi des lois. Et qui mieux que le
secrétaire général de l'Assemblée nationale... qui est mieux placé pour,
justement, pouvoir nous éclairer sur les différentes options qui s'offrent à
nous?
Je vais me permettre, donc, d'appuyer la
motion qui a été présentée par mes collègues de la première opposition et
passer à travers un certain nombre d'arguments qui expliquent en quoi,
justement, la... le fait que cette commission fasse appel au... invite le
secrétaire général à venir échanger concernant la Constitution, mais... mais aussi
et surtout concernant les différents processus qui, justement, nous
permettraient de garantir ou d'améliorer la démocratie qui entoure un processus
aussi important.
Donc, je vais commencer par parler de
manière générale sur le fait d'écouter le secrétaire général. Donc, l'étude d'un
projet de...
M. Bouazzi : ...Constitution
représente un moment exceptionnel dans la vie démocratique d'un État. Une
Constitution ne constitue pas une loi ordinaire, elle établit, et c'est
important, les fondements mêmes de l'organisation politique, définit les
rapports entre les institutions et encadre l'exercice du pouvoir. Elle fixe
également les principes qui guideront les décisions collectives pour les
générations futures. Et c'est vraiment important qu'on se mette justement dans
cette perspective, dans le temps long. Pour ces raisons, son élaboration exige
un processus rigoureux, transparent, inclusif et respectueux des meilleures
pratiques parlementaires.
Donc, dans ce contexte, en fait, il
apparaît essentiel que la commission parlementaire puisse entendre le
secrétaire général de l'Assemblée nationale. Le secrétaire général occupe en
effet une position unique au sein de l'institution parlementaire. À la fois,
c'est important, gardien des procédures, responsable de l'administration
parlementaire et détenteur d'une expertise institutionnelle reconnue, il est
particulièrement bien placé pour éclairer les parlementaires sur la manière
dont un projet constitutionnel devrait être étudié et adopté, dans le respect
des principes démocratiques.
Inviter le secrétaire général à s'exprimer
devant la commission ne constitue pas une démarche partisane, au contraire, il
s'agit d'une démarche visant à renforcer la crédibilité et la légitimité du
processus parlementaire. Et ça, c'est un point que, vraiment, a été beaucoup
mis de l'avant par les différentes personnes, les experts constitutionnels, les
professeurs d'université qui sont venus dans cette commission. Et c'est aussi
quelque chose qu'on retrouve très largement dans la documentation de... de
l'ONU, toute la question de la légitimité du processus parlementaire. Dans la
situation actuelle où on a pratiquement 1 000 organismes qui sont mis
ensemble pour dire «le processus n'est pas bon, il faut rejeter le document»,
je pense qu'il est important, justement, de prendre un pas de recul. Et donc,
dans un contexte où plusieurs observateurs, experts, organisations ont soulevé
les questions sur la manière dont le processus de consultation s'est déroulé,
l'avis d'une autorité institutionnelle neutre et indépendante pourrait
contribuer à éclairer les parlementaires, donc, que nous sommes, à renforcer la
confiance du public envers les travaux de l'Assemblée. Donc, ça, c'est
l'introduction générale.
• (16 h 10) •
Le secrétaire général est une autorité en
soi en matière de procédure parlementaire, il joue un rôle central dans le
fonctionnement du Parlement, il est responsable de la gestion des services
offerts aux parlementaires par différentes unités administratives de l'Assemblée,
notamment en matière d'appui aux travaux parlementaires, de documentation, de
recherche, de diffusion de travaux, de soutien technologique. Au-delà des
fonctions administratives, le secrétaire général agit également comme l'une des
principales autorités en matière de procédure parlementaire. Et c'est ça,
vraiment, ce qui nous intéresse le plus. Son rôle consiste notamment à veiller
au respect des règles qui encadrent les travaux de l'Assemblée et à conseiller
les parlementaires sur les usages, les... les précédents, les bonnes pratiques
institutionnelles. Et je suis sûr que tous mes collègues ici présents ont déjà
eu la chance de faire appel à ses services pour, justement, qu'il nous éclaire
sur des procédures rares, une jurisprudence qui n'a pas été appelée depuis
longtemps. Et il a, on le conviendra toutes et tous, une... une... une
connaissance encyclopédique de ce qui s'est passé dans cette institution, M.
le... le Président, et... et une connaissance vraiment de... de tous les
recoins des procédures qu'on n'aurait pas eu l'idée ou dont on n'a jamais
entendu parler. Et sa contribution, évidemment, dans ce cadre est importante.
Donc, dans le cadre de l'étude d'un projet de Constitution, hein, mais cette
expertise prend une importance particulière. L'adoption d'un texte
constitutionnel soulève inévitablement des questions complexes sur les
procédures à suivre, sur la manière d'assurer une participation démocratique
adéquate, sur la conformité du processus aux... aux principes fondamentaux du
parlementarisme. Le secrétaire général possède l'expertise nécessaire pour
identifier d'éventuels vices de procédure, pour rappeler des précédents
pertinents et pour...
M. Bouazzi : ...les
usages parlementaires qui devraient être respectés dans un processus d'une
telle importance. Se priver de cet éclairage institutionnel reviendrait, en
quelque sorte, à avancer à l'aveugle sur le plan procédural. Et, comme je vous
ai dit, moi, franchement, cette motion, nous, on en avait quelques idées de
motion préliminaire. Celle-là ne nous était pas tout de suite apparue évidente,
mais... mais plus on y réfléchit, plus on pense que c'est une bonne idée et on
ne voit pas trop pourquoi on se passerait de cette expertise au sein de cette
commission. Bon. Et, quand il s'agit de poser des... les fondations
constitutionnelles, hein, d'un État, il est essentiel que chaque étape du
processus soit irréprochable. La légitimité dans une constitution dépend non
seulement de son contenu, mais aussi de la manière dont elle a été adoptée. Les
parlementaires, donc, que nous sommes, ont donc tout intérêt, nous avons tout
intérêt à nous assurer que les procédures suivies respectent les standards les
plus élevés en matière de démocratie parlementaire. Et je suis sûr que, dans ce
cadre-là, M. le Président, on peut aller beaucoup plus loin qu'où est-ce qu'on
est allés jusqu'à présent.
Bon. Il y a aussi toute la question de
l'éclairage nécessaire sur les pratiques entourant l'adoption d'un texte
constitutionnel, hein? L'adoption d'une constitution constitue une démarche
exceptionnelle. Ça n'arrive pas tous les jours. Le ministre de la Justice en a
parlé lui-même, c'est quelque chose de fondateur et de rare et de terriblement
important pour une population. Et donc c'est une démarche exceptionnelle qui
dépasse largement le cadre des travaux législatifs ordinaires, hein? Plusieurs
experts sont venus nous le dire d'ailleurs, dans cette commission. Dans la
plupart des démarches... des démocraties, pardon, les... les processus
constitutionnels font l'objet de mécanismes particuliers visant à assurer une
participation élargie de la société civile et une délibération approfondie au
sein des institutions parlementaires.
Dans ce contexte, il serait
particulièrement utile que la commission puisse entendre le secrétaire général
afin d'obtenir un avis expert sur les pratiques parlementaires appropriées
lorsqu'il s'agit de faire adopter un projet de constitution. Plusieurs se...
questions se posent. Évidemment, le processus suivi permet-il une participation
suffisamment large des différents acteurs de la société québécoise? Les
modalités de consultation ont-elles permis d'entendre les experts... les
expertises pertinentes? Pardon. Les travaux parlementaires ont-ils été
structurés de manière à favoriser une délibération approfondie et pluraliste?
Le secrétaire général pourrait apporter un éclairage précieux sur ces
questions, en s'appuyant sur son expertise institutionnelle et sur sa
connaissance des pratiques parlementaires comparées. Son témoignage pourrait aider,
nous aider à évaluer si le processus suivi correspond aux standards
habituellement associés à l'adoption d'un texte constitutionnel. Excusez-moi...
Ensuite, il y a la question de... Merci.
Il y a la question de la légitimité démocratique du processus. On l'a beaucoup
entendu ici en commission, la question de la légitimité de... d'arriver avec
une... un projet de constitution sans avoir eu des délibérations
exceptionnelles dans leur approche démocratique. Donc, la légitimité d'une
constitution repose en grande partie sur la confiance que la population accorde
au processus qui a mené à son adoption, une constitution qui serait perçue
comme le produit d'un processus précipité, partisan ou insuffisamment inclusif,
risque de voir sa légitimité contestée dès le départ. Et malheureusement, c'est
ce à quoi nous assistons depuis maintenant quelques mois, M. le Président. Or,
plusieurs mémoires déposés devant la commission, devant notre commission, ont
exprimé des préoccupations quant au déroulement du processus de consultation
entourait... entourant le projet de constitution. Certains intervenants ont
notamment évoqué un processus jugé trop rapide, trop contrôlé par l'exécutif ou
insuffisamment ouvert à certaines expertises. Donc, dans un tel contexte,
l'intervention d'une autorité institutionnelle neutre, comme le secrétaire
général, pourrait contribuer à apaiser les inquiétudes et à renforcer la
crédibilité des travaux parlementaires...
M. Bouazzi : ...je suis sûr
que c'est un point qui devrait être cher au ministre de la Justice, étant donné
que le rôle du secrétaire ne serait pas de prendre position sur le contenu du
projet de Constitution, mais plutôt d'éclairer, de nous éclairer sur la manière
dont les institutions démocratiques peuvent garantir un processus équitable et
transparent. Donc, consulter le secrétaire général constitue donc un geste
simple mais symboliquement important. Cela enverrait un message que l'Assemblée
nationale souhaite mener des travaux avec rigueur, ouverture, respect et respect
des principes démocratiques.
Ensuite, bien, il y a la question des
enjeux liés à la représentativité des consultations. Donc, un autre aspect du
processus qui mérite d'être... examiné, pardon, concerne la sélection des
groupes invités à participer aux consultations parlementaires. Les commissions
parlementaires jouent un rôle essentiel dans la démocratie québécoise en
permettant à la société civile, aux experts, aux organisations de contribuer à
l'élaboration des lois. D'ailleurs, je pense honnêtement que c'est un des plus
grands privilèges que nous avons, en tant que parlementaires, d'entendre
tout... toutes sortes d'experts, de composantes de la société civile nous dire
quels impacts ont les lois sur leur quotidien, sur les gens qu'ils desservent,
sur les citoyens et même, tout simplement, la philosophie et les principes qui
sous-tendent leurs analyses quand ils viennent nous expliquer ce qu'ils pensent
des lois qu'on leur propose. C'est... c'est absolument précieux, je pense, pour
notre démocratie.
Dans le cas d'un projet constitutionnel,
l'importance de ces consultations est encore plus grande, M. le Président. Une
constitution doit refléter autant que possible la diversité des perspectives
présentes dans la société. Or, certaines questions ont été soulevées quant à la
représentativité des groupes entendus durant les travaux de la Commission. Par
exemple, des observateurs se sont interrogés sur l'absence de certains
organismes publics indépendants, qui possèdent pourtant une expertise
pertinente en matière d'institutions démocratiques. Il peut être pertinent de
se demander pourquoi des institutions comme Élections Québec ou le Protecteur
du citoyen n'ont pas été invitées à présenter leur point de vue sur un projet
de loi qui touche directement l'architecture institutionnelle de l'État.
De même, la question de la représentation
des peuples autochtones a suscité certaines préoccupations. Et c'est peu dire,
M. le Président, parmi de nombreux groupes entendus en commission, seuls
quelques représentants d'organisations autochtones ont été invités à participer
aux travaux, notamment l'assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador
et le Grand Conseil des Cris. Plusieurs observateurs ont également souligné
l'absence de certaines organisations importantes, comme Femmes autochtones du
Québec, qui auraient pu apporter une perspective essentielle, perspective de
plus sur les enjeux liés au droit et à la représentation des femmes
autochtones.
Ces questions ne visent pas à remettre en
cause le travail accompli par la commission, mais elles soulignent l'importance
de réfléchir à la manière dont les processus de consultation peuvent être
structurés afin d'assurer une représentation aussi large et inclusive que
possible. D'ailleurs, les personnes que nous avons entendues dans cette
commission nous ont, grâce au processus que nous avons suivi, bien expliqué que
le processus était très largement insuffisant. Donc, en soi, le processus a été
pour le moins instructif et utile dans ce cadre-là. Mais le secrétaire général
pourrait offrir justement un éclairage utile sur les pratiques parlementaires
qui permettent de garantir l'équité et la transparence dans la sélection des
groupes invités à participer aux consultations.
• (16 h 20) •
Donc, pour rester sur la question de
l'inclusion des peuples autochtones dans le processus parlementaire, la
question de leur participation dans l'élaboration d'une constitution revêt une
importance particulière, évidemment, étant donné notre histoire particulière et
le fait, évidemment, qu'on a une histoire, malheureusement, de colonisation et
qu'on a un processus de réconciliation important à mener. La relation entre
l'État québécois et le peuple autochtone repose sur des enjeux historiques,
juridiques et politiques complexes qui existent... qui exigent une approche
respectueuse et réfléchie. Et, dans ce contexte, plusieurs intervenants ont
souligné la nécessité d'adapter les...
M. Bouazzi : ...de
consultation qui évite de reproduire des dynamiques coloniales et qui reconnaissent
pleinement la place des nations autochtones dans les discussions sur l'avenir
constitutionnel du Québec. On a beaucoup parlé de la question de coconstruire
avec les Premières Nations. Forcé de constater, d'ailleurs, M. le Président,
que, sur tous les amendements qui ont été déposés aujourd'hui, aucun n'a touché
directement à la question des Premières Nations. Or, c'est vraiment un sujet
qui a été mis de l'avant à de très, très, très multiples reprises par les
différents intervenants qui sont venus, qu'ils soient autochtones ou pas
d'ailleurs, M. le Président, et on ne se l'explique pas. Et justement, le
secrétaire général pourrait apporter une contribution importante à cette
réflexion en partageant son expertise sur les mécanismes parlementaires
susceptibles de favoriser une participation plus inclusive et respectueuse des
peuples autochtones. Son témoignage pourrait notamment nous aider à réfléchir
aux moyens de mieux intégrer les perspectives autochtones dans les travaux
parlementaires, que ce soit des consultations élargies, par des mécanismes de
dialogue institutionnels ou par des adaptations de certaines pratiques
parlementaires.
Bon. Je ne suis pas loin de finir, M. le
Président. Donc, la question du rôle des institutions parlementaires dans la
protection de l'équilibre de pouvoirs est évidemment importante. Laissez-moi en
parler un peu. Donc, une autre dimension importante du débat concerne la
manière dont un projet de constitution doit préserver l'équilibre entre les
différentes institutions démocratiques. Dans les régimes parlementaires, cet
équilibre repose notamment sur la distinction claire entre les fonctions du
pouvoir exécutif, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire. Évidemment,
en plus, quand on a une majorité, le pouvoir exécutif et législatif a très peu,
en fin de compte, de limites, de frontières claires, même si les fonctions sont
différentes. Donc, le pouvoir, l'indépendance du pouvoir judiciaire est
vraiment importante et les institutions parlementaires jouent un rôle essentiel
pour éviter une concentration excessive du pouvoir entre les mains de
l'exécutif. Les procédures parlementaires, les mécanismes de reddition de
comptes, les processus de consultation constituent autant d'outils destinés à
préserver cet équilibre. Dans ce contexte, il peut être utile de s'interroger
sur la manière dont le projet de constitution et le processus qui
l'accompagne... et qui l'accompagne contribuent à renforcer ou, au contraire, à
fragiliser ces mécanismes institutionnels. Le secrétaire général, en tant que
haut fonctionnaire parlementaire et gardien des traditions institutionnelles à
l'Assemblée, possède une perspective unique sur ces questions. Son expertise
lui permet, justement, d'évaluer comment les règles et les pratiques parlementaires
contribuent à maintenir un équilibre sain entre les différentes branches du
pouvoir. Entendre son point de vue pourrait donc enrichir la réflexion des
parlementaires sur les manières, donc notre réflexion sur la manière dont les
institutions démocratiques du Québec peuvent être consolidées dans le cadre
d'un projet constitutionnel.
Je suis presque à la fin. Donc, c'est
aussi un geste de respect envers l'institution parlementaire. Inviter le
secrétaire général à témoigner devant la commission ne constitue pas simplement
une démarche technique. Il s'agit également d'un geste symbolique qui témoigne
d'un respect des parlementaires... donc, un respect de notre part envers notre
institution. L'Assemblée nationale ne se résume pas aux débats politiques entre
les partis. Elle repose également sur une administration parlementaire
compétente, sur les traditions institutionnelles solides et sur une expertise
accompagnée... accumulée, pardon, au fil des décennies... Pardon. Donc, le
secrétaire général incarne, en quelque sorte, cette mémoire institutionnelle.
Son rôle consiste à préserver la continuité des pratiques parlementaires et à
assurer que les travaux de l'Assemblée se déroulent dans le respect des règles
démocratiques. Dans un moment aussi important que l'élaboration d'une
constitution, il serait naturel que les parlementaires souhaitent bénéficier de
cette expertise institutionnelle.
Donc, pour conclure, l'étude d'un projet
de constitution constitue un exercice démocratique majeur qui exige rigueur, transparence
et ouverture. Dans ce contexte, inviter le secrétaire général de...
M. Bouazzi : ...Assemblée
nationale à s'exprimer devant notre commission apparaît comme une démarche
pleinement justifiée. Son expertise en matière de procédure parlementaire, sa
connaissance des pratiques institutionnelles et son rôle de gardien des
traditions parlementaires en font un interlocuteur particulièrement pertinent
pour éclairer nos travaux parlementaires, M. le Président.
Au-delà des considérations techniques,
entendre le secrétaire général constituerait également un signal fort envoyé à
la population québécoise, celui d'un Parlement soucieux de mener ses travaux
avec sérieux, respect... respect des institutions et souci de l'intérêt public,
dans une procédure qui est, évidemment, exceptionnelle, car la loi des lois est
une loi, évidemment, exceptionnelle, et l'apport de... du secrétaire général,
dans le cadre de ces... du processus suivi, son point de vue, sa connaissance
de l'histoire de notre institution, des jurisprudences, des processus
possibles, évidemment, enrichiraient clairement notre travail de législateurs.
Une démocratie forte repose sur des
institutions solides, sur la capacité des parlementaires, donc notre capacité,
de nous appuyer sur l'expertise disponible au sein même de notre institution.
Hein, pour le coup, c'est quand même une invitation plutôt facile, étant donné
qu'il est souvent dans notre bâtiment. Dans un débat aussi fondamental que
celui entourant l'adoption d'une constitution, bien, écouter la voix du
secrétaire général à l'Assemblée nationale relève tout simplement du bon sens
démocratique, M. le Président.
J'espère sincèrement avoir... avoir réussi
à convaincre le ministre de la... de la pertinence de cette invitation. Le
ministre, ce matin, nous a dit, en conférence de presse, qu'il était à
l'écoute, et je pense que c'est bien. Nous aussi, et on a entendu vraiment
beaucoup de groupes nous dire qu'on pouvait faire bien mieux comme processus et
qu'on aurait dû écouter avant et écrire après. Bien, écouter le secrétaire
général pour nous dire quelles sont toutes les options qui s'offrent à nous
pour avoir des processus les plus démocratiques possible, des processus de
réconciliation avec les Premières Nations, des processus où on peut sortir de
l'extérieur, possiblement, de cette enceinte pour aller à la rencontre des
citoyennes et citoyens, tout ceci ne ferait qu'améliorer notre situation, qui,
dans le cas actuel, malheureusement, étant donné toutes les plaintes qu'il y a
eu autour du processus, enlève beaucoup de légitimité au résultat qui est
devant nous. Et ça, ce n'est pas moi qui le dis, M. le Président, c'est plus de
800 organismes qui se sont plaints, évidemment, du contenu, de la... de la...
de la Constitution, mais aussi et avant tout du processus, parce que ça ne se
fait pas, en fait, dans la situation dans laquelle on est. Donc, on est en
train d'essayer, franchement, à travers cette motion et possiblement quelques
autres motions, de sauver la situation et d'améliorer pour pouvoir essayer
d'avoir un processus qui permette à la population du Québec de se réapproprier
le résultat pour que ce ne soit pas seulement le projet du ministre de la
Justice lui-même. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député. Mme la députée de
Robert-Baldwin, s'il vous plaît.
Mme Garceau : ...cette motion
préliminaire de mon collègue le député de l'Acadie est non seulement hautement
importante, mais également très pertinente compte tenu du contexte et l'objet
du projet de loi n° 1, le projet de loi qui contient des dispositions qui vont
avoir un impact sur la procédure et les travaux parlementaires à l'Assemblée
nationale.
Des voix : ...
Mme Garceau : Ça va?
Le Président (M. Bachand) :
...c'est moi.
Mme Garceau : Je continue.
Le Président (M.
Bachand) :...alors excusez-moi.
Mme Garceau : Non, ça va, M.
le Président. C'est pour ça, j'ai pris une pause.
• (16 h 30) •
Nous avons eu la chance, évidemment,
d'entendre plusieurs groupes depuis le dépôt de ce projet de constitution, mais
nous n'avons pas eu aucune communication de la part du secrétaire général de
l'Assemblée nationale, alors qu'autant la Constitution du Québec que la Loi sur
l'autonomie constitutionnelle du Québec auront un impact direct sur les travaux
de l'Assemblée, et nous ne voyons pas comment...
16 h 30 (version non révisée)
Mme Garceau : ...nous pouvons
étudier même et, plus tard, possiblement voter sur de telles dispositions sans
avoir les commentaires de la personne qui devra ultimement coordonner le tout,
les modifications et intégrer tout ça dans le fonctionnement et le déroulement
de l'Assemblée nationale et des travaux parlementaires, M. le Président.
Et donc, vraiment, l'expert en la matière,
c'est le secrétaire général de l'Assemblée nationale. Il n'a pas été entendu,
et j'ose croire qu'il n'a pas été consulté, à moins que le ministre de... le
ministre de la Justice me dise le contraire, sur l'impact de ces nouvelles
mesures sur l'agenda et l'échéancier des travaux parlementaires. Je partage les
propos de mon collègue le député de l'Acadie, qu'il serait important d'entendre
le secrétaire général, et également mon collègue ici, à ma gauche. Il serait
important de l'entendre, le secrétaire général, en commission, sur certaines
dispositions, évidemment, du projet de loi mais aussi de bénéficier de ses
nombreuses années d'expérience et son expertise en matière de procédure
parlementaire.
Et, récemment, M. le Président, j'ai eu le
plaisir d'accueillir des élèves du secondaire V du collège Beaubois à l'Assemblée
nationale, et tout de suite j'ai pensé à : Bien, il faudrait inviter le
secrétaire général de l'Assemblée nationale afin qu'il puisse venir rencontrer
les étudiants et parler un peu de... du rouage parlementaire, nos fonctions et,
lui, qu'est-ce qu'il fait comme travail à la table, à l'Assemblée nationale. Et
évidemment j'ai dû préparer un mot d'introduction lorsque les élèves sont
revenus, et donc j'avais fait une petite recherche et j'avais vu, M. le
Président... et je crois que c'est hautement pertinent compte tenu du niveau d'expérience
qu'a acquis notre Secrétaire général au sein de l'Assemblée nationale et,
surtout, en ce qui a trait aux procédures parlementaires et aux travaux. Et j'ai
ici, M. le Président, le communiqué de presse de la nomination du Secrétaire
général, qui a eu lieu le 22 octobre 2019, et je cite le comité ainsi :
Avocat... on, évidemment... «L'Assemblée nationale a procédé aujourd'hui à la
nomination de M. Siegfried Peters au poste de secrétaire général.
«Avocat de formation, M. Peters est à l'emploi
de l'Assemblée nationale depuis 2002.» Ça fait 24 ans. Je ne sais pas si
tout le monde ici sont au courant que ça fait 24 ans, qu'il est à l'Assemblée
nationale. «Il a d'abord exercé les fonctions de conseiller en procédure
parlementaire et, par la suite, il a eu l'occasion de travailler dans
différentes directions près du secrétariat général, dont la direction des
affaires juridiques. Il a été coordonnateur aux affaires parlementaires de 2011
à juin 2017. Depuis 2017, il occupait les fonctions de directeur des affaires
juridiques et législatives et de la procédure parlementaire.
«Passionné par la formation et la
transmission des savoirs, il a notamment participé à la création de cours de
niveau universitaire sur le droit et la procédure parlementaire et le
parlementarisme comparé. Il a aussi participé à la rédaction des deuxièmes et
troisièmes éditions de l'ouvrage spécialisé expliquant le fonctionnement de l'Assemblée
nationale intitulée La procédure parlementaire du Québec.
«En tant que secrétaire général, il agira
désormais à titre de premier conseiller du président de l'Assemblée en matière
de procédure parlementaire, c'est-à-dire l'ensemble des règles relatives au
déroulement des travaux parlementaires.»
Et, à ce moment-ci, je me pose la
question, M. le Président : Comment se fait-il que le secrétaire général n'ait
pas été entendu en commission parlementaire? Il a quand même un parcours fort
impressionnant, et ce serait très pertinent de l'avoir, évidemment, en
commission pour nous éclairer sur plusieurs dispositions contenues au projet de
loi n° 1.
De plus, à travers les années, je sais que
le secrétaire général a eu des discussions ou des échanges avec ses homologues
dans d'autres provinces canadiennes mais aussi avec des pays du Commonwealth en
ce qui a trait au fonctionnement de leur Parlement, sur les meilleures
pratiques et d'autres enjeux. Honnêtement, il serait dommage...
Mme Garceau : ...de ne pas
pouvoir bénéficier de toute son expérience et de son expertise avant de débuter
l'étude détaillée du projet de loi n° 1. Au fond, mon argumentaire repose
sur une idée de prudence et de rigueur. Je suis convaincue que prendre le temps
d'entendre le secrétaire général maintenant nous permettra d'éviter des débats
inutiles et des incertitudes plus tard.
Compte tenu des nombreuses critiques
formulées par plusieurs groupes sur la qualité du processus de l'élaboration de
ce projet, je soumets que cette démarche est non seulement justifiée mais
nécessaire pour assurer la solidité de nos décisions et le bon fonctionnement
de notre démocratie.
Son expertise est encore plus pertinente,
considérant que le ministre, pour une raison qui m'échappe, a décidé de ne
pas... de ne prendre que quelques sections de la Loi sur l'Assemblée nationale
dans le projet de loi. Il s'agit d'une décision particulière, considérant que
la Constitution est censée être le cadre de fonctionnement de l'État québécois.
D'ailleurs, lorsqu'on lit la Constitution canadienne, M. le Président, et même
la Constitution de la Colombie britannique, on retrouve des sections élaborant
en détail sur le fonctionnement du Parlement.
Nous demandons, à ce stade-ci, d'inviter
le secrétaire général en commission parlementaire afin de répondre à nos
questions, dans le but, évidemment, d'éviter, lors de l'étude détaillée, la
présentation d'amendements ou de questions qui nécessiteraient l'expertise du
secrétaire général. Je crois que ce serait sage de notre part de le... de le
faire bien avant.
Je vais prendre quelques instants pour
faire un survol de quelques questions pertinentes que nous aimerions poser au
secrétaire général avant l'étude détaillée du projet de loi. C'est assez
particulier, M. le Président, que le projet ne contient pas dans son
intégralité l'article 1 de la Loi sur l'Assemblée nationale, qui se lit
comme suit :
«L'Assemblée nationale se compose des
députés élus dans chacune des circonscriptions électorales établies
conformément à la loi électorale (chapitre E-3.3) et dont les noms ont été
transmis au secrétaire général par le directeur général des élections,
conformément à l'article 380 de cette loi.»
À la place, le ministre a décidé, à
l'article 37 uniquement, de mentionner : «L'Assemblée nationale est
composée de députés représentant la nation québécoise.» On peut donc constater
quand même une différence assez importante entre les deux articles. Je suis
sûre que nos travaux seraient enrichis de connaître quand même l'opinion du
secrétaire général à ce sujet. Puis, il faut quand même se poser la question,
M. le Président, car on n'a même pas mentionné dans le... la loi des lois que
les députés doivent être élus, quand même assez particuliers, dans chacune des
circonscriptions électorales. Le tout suscite des questions quand même assez
importantes.
J'aimerais aussi entendre le secrétaire
général sur des différences entre l'article 2 de la Loi sur l'Assemblée
nationale et l'article 33 du projet de loi. L'article 2, qui se lit
comme suit :
«L'Assemblée nationale et le
lieutenant-gouverneur constituent le Parlement du Québec. Le Parlement du
Québec assume tous les pouvoirs qui sont attribués à la législature du Québec.
Aucune disposition de la présente loi ne restreint l'étendue ou l'exercice de
ses pouvoirs.»
Or, l'article 33 se lit comme
suit : «Le Parlement du Québec est composé de l'Assemblée nationale et de
l'officier du Québec.» Je n'ai pas vraiment de question, évidemment, on a... on
a changé le nom de lieutenant-gouverneur à l'officier du Québec, outre,
évidemment toute la question de la constitutionnalité de cette modification.
Mais ce n'est pas vraiment la question que j'aimerais poser au secrétaire
général. Ce serait plutôt de lui demander comment il interprète le choix du
ministre de ne pas inclure le deuxième alinéa de l'article 2 dans son
nouvel article 33. Je comprends que la Constitution est décrite comme
étant la loi des lois, comme on a mentionné, mais, même si nous... nous savons
que, sur le plan juridique et constitutionnel, il y a un enjeu...
Mme Garceau : ...c'est
quand même préoccupant, M. le Président, que le ministre n'a pas jugé bon
d'inclure les mêmes termes dans le projet de constitution. Ça serait
intéressant d'avoir les commentaires du secrétaire général à ce sujet.
• (16 h 40) •
Il y a aussi l'article 4 de la Loi
sur l'Assemblée nationale, qui vient dire ceci : «L'Assemblée a un pouvoir
de surveillance sur tout acte du gouvernement, de ses ministères et de ses
organismes.» La raison de mon questionnement, M. le Président, sur cet article,
est que, lorsqu'on lit l'article 41 de... du projet de la constitution,
puisque la portée du pouvoir de surveillance du gouvernement n'est pas
clairement définie, et on lui dit en effet que l'Assemblée nationale exerce des
fonctions constituantes législatives, délibératives et de contrôle de l'action
gouvernementale. Est-ce que le pouvoir de contrôle de l'action gouvernementale
équivaut à dire que le gouvernement a un pouvoir de surveillance? Il faudrait
mettre ça au clair. Mon questionnement venait aussi du fait que de nombreux...
de nombreux endroits dans le projet de loi, le ministre vient centraliser des
pouvoirs et donne au gouvernement un certain regard sur les actions des
différents acteurs étatiques.
Nous souhaitons aussi demander au
secrétaire général de nous... de nous éclairer sur des dispositions de la Loi
sur l'Assemblée nationale qui viennent prévoir les différents critères et
balises qui assurent le bon fonctionnement de l'Assemblée nationale, et qui ne
se retrouvent pas dans le projet de loi n° 1 du
ministre. On peut parler ici des mesures suivantes, l'article 6. Une
législature commence dès la réception, par le secrétaire général, après des
élections générales, de la liste des candidats proclamés élus transmise par le
directeur général des élections en vertu de l'article 380 de la Loi
électorale (chapitre E-3.3). Chaque législature expire le 21... le
29 août de la quatrième année civile suivant celle qui comprend le jour du
scrutin des dernières élections générales. Toutefois, lorsque la publication
prévue au premier alinéa de l'article 129.1 de la Loi électorale a lieu,
une législature expire plutôt le 27 février ou, dans le cas d'une année
bissextile, c'est le 28 février de la cinquième année civile suivant celle
qui comprend le jour du scrutin des dernières élections générales. Seul le
lieutenant-gouverneur peut dissoudre l'Assemblée nationale avant l'expiration
d'une législature.
L'article 8. Le quorum de l'Assemblée
ou de sa commission plénière et du sixième de ses membres, y compris le
président. Toutefois, lorsqu'une commission de l'Assemblée siège, ce quorum est
réduit au dixième des membres, y compris le Président.
L'article 10. L'Assemblée peut
constituer des commissions composées de députés. Des commissions sont chargées
d'examiner toute question relevant de la compétence que l'Assemblée leur
attribue et d'exercer tout mandat qu'elle leur confie.
On parle ici de dispositions importantes,
M. le Président, à la base de notre système parlementaire. Il est particulier
que le ministre n'a pas jugé bon de les inclure dans le projet de loi. Surtout
que, quand on regarde la constitution de la Colombie-Britannique, on voit que
la plupart de ces mesures sont incluses d'une forme ou d'une autre. Et voici
quelques exemples. C'est les exemples... Je vais les lire en anglais, M. le
Président. L'article 42. Un : «The Legislative
Assembly is not competent to conduct business, except to adjourn, unless 10
members are present.»
Numéro deux : «The
Speaker, if present, is a member for the purpose of determining a quorum under
section I.»
L'article 53.
Un : «A select standing or special committee of the Legislative Assembly
may, if authorized by resolution of the Legislative Assembly, sit :
«a) during a period in
which the Legislative Assembly is adjourned, or
«b) during the recess
after prorogation until the next following session.»
Two: «A committee
authorized to sit under section I...
Mme Garceau :
...must report to the Legislative
Assembly on the matters referred to it following the ajournment, or at the next
session, as the case may be.
«(3) A select standing or
special committee of the Legislative Assembly authorized under subsection (1)
may sit at times and places and examine witnesses and documents in hear
representations from persons and organisations
«(a) as the Legislative
Assembly, by resolution, may direct, or
«(b) as the committee
decides, if there is no direction by the Legislative Assembly.
«(4) For the purposes of
subsection (3), the committee
« may... (a) ...compel
attendance of witness and the production of documents...
«(b) has all the powers
and privileges of the Legislative Assembly under the Legislative Assembly
Privileges Act.
«(5) A warrant or
subpoena issued by the chair of the committee has the same effect as if it were
issued by the Speaker under section 3 of the Legislative Assembly Privilege
Act.»
Il est nécessaire,
M. le Président, d'entendre le secrétaire général à ce sujet. Quel est l'impact
de l'omission des dispositions ou l'absence de ces mesures liées au
fonctionnement parlementaire en ce qui a trait au projet de loi n° 1?
On aimerait aussi entendre le secrétaire
général s'exprimer sur l'absence de mesures encadrant la sélection du président
de l'Assemblée. En effet, dans la Loi sur l'Assemblée nationale, on y prévoit
quand même cinq articles. Il s'agit des articles suivants.
L'article 19 : «L'Assemblée nationale doit, dès le début de sa première
séance après une élection générale, élire, parmi les députés, un président et,
par la suite, un premier, un deuxième et un troisième vice-présidents.
«Les deux premiers vice-présidents sont
élus parmi les députés du parti gouvernemental et le troisième parmi ceux du
parti de l'opposition officielle.»
Article 20 : «En cas d'absence ou
d'empêchement du président ou à sa demande, un vice-président le remplace et
exerce ses fonctions parlementaires.»
Article 21 : «En cas d'absence ou
d'empêchement du président et des vice-présidents, le secrétaire général en
avise l'Assemblée qui désigne un député pour remplacer temporairement le
président dans ses fonctions parlementaires.»
L'article 22 : «Si la charge de
président devient vacante, le secrétaire général en informe l'Assemblée qui ne
peut expédier aucune affaire avant d'avoir élu un président.»
Article 23 : «En outre des fonctions
que la présente loi lui attribue, le président exerce les fonctions que
l'Assemblée lui confie.»
L'article 24 : «Lors d'une dissolution
de l'Assemblée, le président et les vice-présidents demeurent en fonction
jusqu'à ce qu'ils soient remplacés ou nommés de nouveau par la nouvelle
assemblée.
«Dans ce cas, ils continuent de recevoir
l'indemnité prévue au paragraphe 1° et 2° de l'article 7 de la Loi sur les
conditions de travail et le régime de retraite des membres de l'Assemblée
nationale.»
Il y a aussi, M. le Président, les
dispositions prévues dans la Constitution canadienne. L'article 44 : «La
Chambre des Communes, à sa première réunion après une élection générale,
procédera, avec toute la diligence possible, à l'élection de l'un de ses
membres comme orateur.»
L'article 45 : «Survenant une vacance
dans la charge d'orateur, par décès, démission ou autre cause, la Chambre des
Communes procédera, avec toute la diligence possible, à l'élection d'un autre
de ses membres comme orateur.»
L'article 46 : «L'orateur présidera à
toutes les séances de la Chambre des Communes.»
L'article 47 : «Jusqu'à ce que le
parlement du Canada en ordonne autrement, -- si l'orateur, pour une raison
quelconque, quitte le fauteuil de la Chambre des Communes pendant quarante-huit
heures consécutives, la chambre pourra élire un autre de ses membres pour agir
comme orateur; le membre ainsi élu aura et exercera, durant l'absence de
l'orateur, tous les pouvoirs et privilèges et attributions de ce dernier.»
Dans la Constitution, également, de la
Colombie Britannique, on vient encore l'encadrer encore plus avec les articles
suivants. Article 37 : «(1) On its first meeting and
before proceeding to business, the Legislative Assembly must elect one of its
members to be Speaker.
• (16 h 50) •
(2) On being confirmed by
the Lieutenant Governor, the election of a Speaker under subsection (1) is
effective until the final...
Mme Garceau :
…voting day for
the next election or until the speaker dies, resigns the office by writing
address to… by writing address to the Lieutenant Governor or ceases to be a
member of the legislative… assembly.
«3. At the beginning of
every session or as the need arises, the legislative assembly may appoint one
of its members to be deputy speaker.
«38. If there is vacancy
in the office of the speaker, the legislative assembly must proceed with all
practical speed to elect another of its members to be speaker.»
Donc, M. le
Président, pourquoi est-ce que le ministre n'a pas repris verbatim, dans le
projet de loi n° 1, les articles qui se trouvent déjà dans la Loi sur
l'Assemblée nationale? Considérant que le secrétaire général travaille
étroitement avec la présidente de l'Assemblée, je pense que la pertinence de
l'entendre sur cette exclusion est importante. Je pense aussi qu'il pourra nous
offrir un rappel pertinent et éclairant sur le rôle de la présidence et
l'importance de sa présence pour non seulement le bon fonctionnement de nos
travaux, mais aussi au sein de la structure administrative de l'Assemblée. Il
pourrait aussi nous donner des pistes pour améliorer et faciliter le travail de
la présidence. Il est donc important de pouvoir discuter de cet aspect avec lui
avant de continuer nos travaux.
Je veux maintenant parler, M. le
Président, de la pertinence d'entendre le secrétaire général dans le cadre de
l'analyse de la Loi sur la souveraineté constitutionnelle du Québec. Je veux
parler... Je veux parler ici principalement du chapitre sur l'action
parlementaire. On vient, en effet, y prévoir, entre autres, les articles
suivants sur l'autonomie... la loi sur l'autonomie.
L'article 6 : «Le dernier vendredi de
septembre de chaque année, l'Assemblée nationale tient une séance spéciale
exclusivement réservée à l'étude des motions de modifications
constitutionnelles.
«Une motion portant sur les enjeux
constitutionnels du Québec inscrite par le ministre peut également être
débattue au cours de cette séance.
«Les motions de modifications
constitutionnelles sont débattues avant celles portant sur les enjeux
constitutionnels, le cas échéant, dans l'ordre chronologique de leur
inscription au feuilleton. Avec la permission de son auteur, le débat sur une
motion peut être prorogé.
«Chaque motion est mise aux voix
sur-le-champ une fois son débat terminé.»
L'article 7 : «L'Assemblée nationale
tient une séance spéciale le troisième lundi suivant le déclenchement de toute
élection générale fédérale pour débattre d'une motion inscrite par le ministre
présentant les demandes du Québec en matière constitutionnelle aux partis
politiques fédéraux.
«Cette motion est mise également aux voix
sur-le-champ une fois le débat terminé.»
L'article 8 : «Pour la tenue des
séances visées aux articles 6 et 7, l'Assemblée nationale se réunit de 10
heures à 18 h 30, avec suspension de 12 heures à 13 h 40. Il n'y a pas
d'affaires courantes.
«Du consentement unanime de ses membres,
l'Assemblée peut déroger aux heures de suspension et d'ajournement de la
séance.
«L'Assemblée nationale ne tient pas de
séance si aucune... aucune motion n'est inscrite au feuilleton au moins trois
jours avant le début de la séance spéciale prévue.»
Tout d'abord, les connaissances, M. le
Président, du secrétaire général seraient pertinentes en ce qui concerne ce
nouveau mécanisme que le gouvernement veut instaurer. Il sera aussi pertinent
d'entendre le secrétaire général sur l'impact que ces nouvelles mesures vont
avoir sur les travaux de la Chambre. On vient quand même ajouter un processus
parlementaire qui n'existait pas et qui n'existait pas ailleurs au Canada. Nous
avons déjà un agenda, comme nous le savons tous, très chargé, et, en temps normal,
il est donc vital que nous prenions le temps de bien saisir l'impact réel que
ces mesures auront sur nos travaux. C'est dans ce cas-ci que l'inestimable, je
crois, ressource en termes de connaissances sur le parlementarisme, le
secrétaire, doit être entendue.
En conclusion, M. le Président, l'objectif
ici est de souligner que le projet de loi n° 1 possède plusieurs zones d'ombre
qui pourraient être éclairées avec une simple audition du secrétaire de
l'Assemblée... de l'Assemblée...
Mme Garceau : ...à mes
yeux, il est impossible de légiférer de manière éclairée sur des dispositions
qui auront un impact direct sur le fonctionnement de notre institution sans
consulter celui qui, au quotidien, en assure la coordination et comprend les
rouages les plus techniques. Nous avons entendu de nombreux groupes, mais aucun
n'est venu nous parler de ces aspects procéduraux et administratifs pourtant
essentiels.
Mon argumentaire visait à mettre en
lumière certaines décisions du ministre qui soulèvent des interrogations
sérieuses. Je pense notamment à son choix de ne pas reprendre que partiellement
des dispositions de la Loi sur l'Assemblée nationale, alors que la constitution
devrait, en principe, constituer un cadre complet et cohérent du fonctionnement
de l'État. Lorsque je compare cette approche à celle des autres constitutions,
comme celle du Canada et aussi celle de la Colombie-Britannique, je constate un
écart important dans le niveau de détails accordés au fonctionnement
parlementaire. Cela m'amène à me questionner sur certaines omissions qui sont
en train de créer des zones d'ombre, voire des incertitudes juridiques. Et nous
devrions entendre l'expert à ce sujet, le secrétaire général. Il suffit de
rappeler que l'on... que l'on ne précise plus explicitement même que les
députés doivent être élus. Je l'ai mentionné tantôt, c'est quand même quelque
chose d'important dans notre société démocratique. De la même manière, la
modification de certaines dispositions relatives à la composition du Parlement et
la disparition de protections existantes m'amènent à m'interroger sur
l'équilibre institutionnel et sur la préservation de la souveraineté
parlementaire. Ce sont des questions légitimes et je crois qu'elles méritent
des réponses avant que nous poursuivions nos travaux. Dans un contexte où
certaines dispositions semblent renforcer le pouvoir du gouvernement, il est
essentiel de s'assurer que les mécanismes de contrôle parlementaire demeurent
clairs et robustes. Nous ne pouvons pas avancer sans avoir validé ces éléments
auprès de l'expert le mieux placé pour le faire.
Enfin, j'ai abordé des nouvelles
dispositions introduites dans la Loi sur l'autonomie constitutionnelle,
notamment celles qui créent des séances parlementaires spéciales sur les enjeux
constitutionnels. Ces mécanismes sont nouveaux, ils n'existaient... ils
n'existent pas ailleurs au Canada et ils pourraient avoir un impact quand même
significatif sur l'organisation de nos travaux. Dans un contexte où notre
calendrier est déjà assez chargé, je considère qu'il est de notre
responsabilité de bien comprendre les implications de ces ajouts avant de les
adopter. Donc, M. le Président, sur... j'appuie, évidemment, la motion de mon
collègue, le député de l'Acadie, et que c'est vraiment fondamental que nous
puissions recevoir, ici, en commission parlementaire, le secrétaire général de
l'Assemblée nationale. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Mme Cadet : Merci, M. le
Président. J'ai 10 minutes, c'est bien ça?
Le Président (M.
Bachand) : ...
Mme Cadet : Parfait.
Merci. J'ai, pour ma part, donc, 10 minutes pour vous convaincre, M. le
ministre, du bien-fondé de la motion présentée par mon estimé collègue, le
député de l'Acadie, et de vous convaincre de...
Une voix : ...
Mme Cadet : ...presque
convaincu, alors donc, les 10 minutes qui s'en viennent, donc, vont
permettre, donc... donc, de consolider cette entente et... et véritablement,
donc, de vous enjoindre à voter en faveur de cette motion. Donc, je la relie.
Motion préliminaire. Conformément à l'article 244 du règlement de
l'Assemblée nationale, je fais motion afin :
«Que la Commission des institutions
entende, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, le Secrétaire général de
l'Assemblée nationale, M. Siegfried Peters;
«Que l'organisation de cette audition soit
confiée au comité directeur de la commission.»
• (17 heures) •
M. le Président, un peu comme mes
collègues, donc, je prendrais le temps de rappeler quel est le rôle du
secrétaire général, parce qu'on l'a... on l'a bien entendu, donc, ici, donc, on
l'a souvent dit, donc, dans le cadre du dépôt, donc, de ce projet de constitution
québécoise, les choses ont bien souvent été faites un peu à l'envers, et même
dans le cadre des consultations élargies...
17 h (version non révisée)
Mme Cadet : ...que le ministre
a accepté in extremis de tenir, bien, dans ce cadre-là, on a très peu entendu
les experts et les groupes nous parler des aspects procéduraux du projet de
constitution québécoise qui a été présentée par le ministre de la Justice.
Pourtant, quand on lit le projet de loi dans son ensemble, on constate bien qu'il
y a quand même, donc, plusieurs aspects assez techniques, assez procéduraux,
comme j'ai mentionné, qui parcourent ce... ce projet de loi. Donc, il nous
semble qu'à la lumière de ce qui s'y trouve, et surtout, donc, de... de l'importance
aussi, donc, de ce type de dispositions ci, les parlementaires devraient être
éclairés par ceux et celles qui disposent de ces types d'expertise. Et ça tombe
bien, ici, à l'Assemblée nationale, bien, on en a un, on en a un honneur expert
en la matière, en matière de procédure parlementaire, c'est sur le secrétaire
général.
Je vous réitère, M. le Président, le rôle
du secrétaire général de l'Assemblée nationale. Donc, celui-ci occupe la plus
haute et la plus ancienne fonction à l'Assemblée nationale. Autrefois appelé
greffier, il est le premier conseiller du président et des députés en matière
de procédure parlementaire. Ma collègue de Robert-Baldwin a rappelé aussi que
celui qui occupe le poste en ce moment, M. Siegfried Peters, est ici, à l'Assemblée
nationale, depuis 24 ans, depuis 2002, donc, il dispose, donc, lui-même,
bien évidemment, donc d'une... d'une très haute expertise en matière de procédure
parlementaire et d'une expertise actualisée, hein, parce qu'il est l'actuel
secrétaire général de l'Assemblée et donc est à même de nous présenter non
seulement c'est son expertise en matière de procédure parlementaire sur la
durée, mais aussi de l'adapter au contexte actuel de la composition de l'Assemblée
nationale, et au contexte actuel de... de tout ce qui nous est présenté en
matière de documentation, et de jauger de ce qui se retrouve dans le projet de
constitution du Québec.
Donc, je parlerais... je parlais
précisément, donc, de M. Peters, mais je reviens sur le rôle du secrétaire
général tel que présenté par l'Assemblée nationale. Donc, il est, en vertu de
la loi sur l'Assemblée nationale, celui qui assume la surveillance des membres
du personnel et celui qui administre les affaires courantes de l'Assemblée.
Bien évidemment, nous le voyons. Et outre les fonctions que la loi lui
attribue, il exerce les fonctions que l'Assemblée et le bureau lui confient.
Ainsi, il dirige la préparation des séances du feuilleton, du procès-verbal et
du Journal des débats. À l'égard du personnel de l'Assemblée, il a les mêmes
pouvoirs que ceux attribués à un sous-ministre. Et il est bien sûr nommé par l'Assemblée
sur proposition du premier ministre.
Vous aurez donc saisi, M. le Président, qu'à
la lumière donc des fonctions que jouent le... qui sont attribuées au
secrétaire général de l'Assemblée nationale qu'il est... qui nous... en fait, à
notre sens, il nous semble impératif, là, de pouvoir l'entendre afin de bien jauger
de ce qui se retrouve dans le projet de loi, d'une part parce que dans... lorsqu'on
reprend l'article 37 de la Constitution du Québec, donc, à la page 83
du document qui nous a été présenté, du cahier de travail, du cahier de
commentaires pour l'étude détaillée en commission parlementaire qui nous a été
présenté par le ministre de la Justice, nous voyons que l'article 37 se
lit comme suit : «L'Assemblée nationale est composée de députés
représentant la nation québécoise.» Et, comme mes collègues l'ont mentionné, la
Loi sur l'Assemblée nationale, elle même, à son article premier, nous indique :
«L'Assemblée nationale se compose des
députés élus dans chacune des circonscriptions électorales établies
conformément à la Loi électorale, et dont les noms ont été transmis au
secrétaire général par le directeur général des élections, conformément à l'article 380
de cette loi.»
On voit aussi que la Loi sur l'Assemblée
nationale, à 27 reprises, mentionne le secrétaire général et son rôle,
notamment, donc, dans une section, donc, il est attribué, donc, à ces
différents pouvoirs. Et il nous aurait été... je pense qu'il aurait été
pertinent d'entendre le secrétaire sur ses rôles et ses responsabilités.
Une petite note ici. Tantôt, le ministre
semblait avoir bien étudié le rapport sur la relance du Parti libéral du Québec
et les dispositions qui concernent la Constitution du Québec. Bien, on peut
lire, donc, dans notre rapport :
«La Constitution québécoise permettrait de
consolider les principes émanant de documents constitutionnels, législatifs et
jurisprudentiels considérés comme fondamentaux pour la société québécoise, tels
que la Charte des droits et libertés de la personne, la Charte de la langue
française, la Loi électorale, la Loi sur l'exécutif et la Loi sur l'Assemblée
nationale.»
Évidemment, donc, le... le ministre a tout
le loisir de ne pas suivre l'ensemble des... des recommandations des documents
desquels il s'inspire, mais je tenais à le souligner, parce qu'il semble ici y
avoir une... une disparité, certes, mais surtout...
Mme Cadet : ...mais surtout,
quand on reprend, donc, le libellé de l'article 37 que j'ai
mentionné... mais, comme mes collègues, je suis un peu surprise de voir que le
caractère électif, donc notre rôle de député, n'est pas repris dans ladite loi
des lois. On nous dit tout simplement, donc : Les députés... Donc :
«l'Assemblée est composée des députés.» Fort bien, mais ici, donc, a un texte
de la Loi sur l'Assemblée nationale qui précise, évidemment, donc, que nous ne
sommes pas nommés, que nous sommes élus dans chacune des circonscriptions. Je
pense qu'il aurait été à propos de pouvoir... de préciser cet élément-ci, tant
qu'à constitutionnaliser plusieurs des éléments qui composent notre société.
Le projet de loi n° 1 nous arrive
aussi dans le chapitre deuxième, qui se nomme, donc, Du Parlement du Québec...
Bien, en fait, dans cet élément... dans cette section-ci, donc, de la
Constitution du Québec, donc dans le chapitre deuxième, en fait, nulle part,
là, on souhaite, donc, le caractère électif, là. Je tenais, donc, à le
souligner, M. le Président. Donc, non seulement, à l'article 37, on aurait
pu nous dire : Bien là, regardez, on ne le met pas ici, on ne reprend
pas... on ne reprend pas tel quel l'article 1 de la Loi sur l'Assemblée
nationale, mais on le reprend ailleurs, dans le chapitre deuxième de la
Constitution du Québec, on le... on réattribue, donc, ce caractère-là ailleurs
dans le document constitutionnel. Bien, ce n'est pas le cas. Donc, on ne le
retrouve, ce caractère-là, nulle part dans le chapitre deuxième de la
Constitution du Québec.
Dans la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle du Québec, M. le Président, donc, on voit... et là je me
tourne vers les pages 151 à 161 du document, on donne une... donc, on
attribue... on... bon, on le voit, donc, l'Assemblée nationale, de tenir une
séance spéciale, le troisième lundi suivant le déclenchement, toutes élections
générales, fédérales, et etc. Et à l'article 8, bien, on vient préciser la
tenue des séances, on vient dire que «l'Assemblée nationale se réunit de
10 heures à 18 heures 30, avec suspension de 12 heures à
13 heures 40». J'ai hâte d'entendre le ministre de la Justice, donc, nous
préciser, donc, quelle est sa source d'inspiration pour venir codifier les
heures de suspension dans son projet de loi n° 1. Mais ici, donc, on
établit quand même, donc, des spécificités qui relèvent de la procédure
parlementaire et donc du rôle du secrétaire de l'Assemblée nationale. Donc, je
pense qu'il aurait été... certainement pertinent d'entendre M. Peters sur ces
éléments-ci et également, donc, à l'article 11 de la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle. Donc, on a encore, donc, des éléments, donc, on parle, donc,
d'une motion faisant l'objet, donc, d'un débat de 5 h et le fait qu'il
s'agirait d'une affaire prioritaire. Mais je pense que d'obtenir l'avis d'un
expert a été très pertinent.
J'ai déjà très peu de temps, M. le
Président, je termine avec l'article 18 de la Loi sur le Conseil
constitutionnel, à la page 249, qui vient attribuer des pouvoirs
additionnels au secrétaire général. Vous comprenez qu'il aurait été
certainement à propos d'entendre le secrétaire actuel sur la faisabilité de
faire en sorte qu'il administre les affaires courantes du Conseil
constitutionnel, notamment les fournisseurs des ressources nécessaires à la
réalisation de ces mandats dans... dans cette perspective, M. le Président.
Donc, à la lumière des pouvoirs qu'ils se sont attribués de façon unilatérale
au secrétaire général et à la lumière, donc, des éléments qui ne sont pas...
dans la Loi sur l'Assemblée nationale, nous pensons qu'il aurait été pertinent
d'entendre le secrétaire général. Et j'invite le ministre à voter en faveur de
cette motion préliminaire.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Est-ce qu'il y
a d'autres interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons
procéder à la mise aux voix de cette motion. Est-ce que cette motion est
adoptée?
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Oui. Vote par appel nominal.
Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire : Mme Cadet
(Bourassa-Sauvé)?
Mme Cadet : Pour.
La Secrétaire : Mme Garceau
(Robert-Baldwin)?
Mme Garceau : Pour.
La Secrétaire : M. Jolin-Barrette
(Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire : M. Sainte-Croix
(Gaspé)?
M. Sainte-Croix : Contre.
La Secrétaire : Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides)?
Mme Haytayan : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : M. Provençal
(Beauce-Nord)?
M. Provençal : Contre.
La Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
M. Lemieux : Contre.
La Secrétaire : M. Bouazzi
(Maurice-Richard)?
M. Bouazzi : Pour.
La Secrétaire : M. Bachand
(Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) :Abstention. Donc, la motion est
rejetée. Donc, on poursuit dans les dossiers de motions préliminaires. M. le
député de Maurice-Richard, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Oui, on a une
motion. Je ne sais pas si...
Le Président (M.
Bachand) :Oui. On va le mettre à l'écran,
oui. Et voilà.
• (17 h 10) •
M. Bouazzi : Donc, elle va
comme suit : «Que, conformément à l'article 244 du règlement de
l'Assemblée nationale, la Commission des institutions, avant d'entreprendre
l'étude détaillée du projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur
le Québec, tienne des consultations particulières...
M. Bouazzi : ...et qu'à cette
fin elle entende les... le groupe Femmes autochtones du Québec. Je...
Une voix : ...
M. Bouazzi : Merci.
Évidemment, je répète quand même que si M. le ministre compte voter pour, moi,
je peux nous faire l'économie de mon argumentaire, mais j'ai l'impression que,
malheureusement, il votera contre, ça fait que je vais essayer de le
convaincre. M. le Président.
Nous sommes aujourd'hui devant un projet
de loi qui dépasse de loin le cadre habituel de notre travail législatif. La
constitution de la CAQ, le projet de loi n° 1 ne modifie pas une politique
publique, ne corrige pas un programme, ne referme pas un secteur, elle prétend
définir les fondements mêmes de notre vivre ensemble. Rien de moins qu'une
constitution, M. le Président.
Et devant un texte d'une telle portée, je
pense, c'est assez évident qu'une exigence s'impose à nous comme
parlementaires, c'est d'entendre toutes les voix qui seront affectées par ce
cadre fondamental, toutes, M. le Président. Et aujourd'hui il est impossible de
prétendre remplir cette obligation sans entendre des acteurs aussi essentiels
que femmes autochtones Québec.
D'abord, il y a une absence déjà
préoccupante des voix autochtones, et il y en a eu vraiment plusieurs,
commençons par un constat simple mais profondément inquiétant, très peu de voix
autochtones ont été entendues dans le cadre des consultations sur le projet de
loi n° 1, vraiment très peu, alors même que ce projet de loi redéfinit le
cadre constitutionnel du Québec, et ce n'est pas rien, M. le Président,
c'est-à-dire l'architecture juridique et politique qui encadrera les relations
entre l'État québécois et les peuples qui vivent sur son territoire.
Or, comme le rappelle justement Femmes
autochtones du Québec dans leur mémoire, ce projet a été élaboré, et je cite,
«sans consultation adéquate des Premières Nations, des Inuits et des femmes
autochtones». Nous sommes donc devant un double déficit, un déficit de
consultations en amont et un déficit de représentation dans les consultations
en aval, les consultations actuelles. Dans ce contexte, refuser d'entendre
Femmes autochtones du Québec en commission parlementaire ne serait pas une
simple omission, ce serait la poursuite d'un processus déjà décrit par les
Premières Nations comme entaché de manque d'écoute ou même d'exclusion.
M. le Président, il est essentiel de
rappeler que la consultation des peuples autochtones n'est pas une opinion
politique ou une opinion partisane, c'est aussi une obligation. C'est une
obligation morale et juridique, une obligation qui découle à la fois du droit
qui nous régit actuellement, du droit canadien et du droit international.
Évidemment, il y a d'abord l'article 35 de la Constitution de 1982, qui
d'ailleurs est là, entre autres, et les représentants des nations cries nous
l'ont rappelé, parce qu'à l'époque, M. René Lévesque avait laissé son
temps de parole autour de la table aux Premières Nations. Et la voix qui leur a
été faite et qu'il a... le temps qu'il leur a... qu'il leur a... leur a permis,
donc... l'espace qui leur a été donné autour de la table lors des consultations
pour... des premiers ministres, donc, hein, pour la constitution de 82, a donné
le fameux article 35 qui affirme les droits ancestraux et issus de
traités. Ce n'est pas rien, M. le Président.
Puis, ensuite, évidemment, au-delà de la
constitution de l'article 35 de la Constitution de 1982, il y a évidemment
la Déclaration des Nations unies des droits des peuples autochtones qui impose
le respect du consentement libre, préalable et éclairé...
M. Bouazzi : ...je rappelle
ici, M. le Président, qu'en 2019, suite à l'enquête nationale sur les femmes et
les filles autochtones disparues ou assassinées en mai 2019, donc, ce
rapport-là, il y a eu ensuite, en septembre 2019, la commission Viens. Donc, en
2019, à la suite de ces deux rapports, l'Assemblée nationale s'est engagée à,
et je cite, «reconnaître les principes et de s'engager à négocier la mise en
œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones avec les Premières Nations et les Inuits», qui avait été présentée
par, à l'époque, notre chef parlementaire, si je ne me trompe pas, la députée
de Sainte-Marie—Saint-Jacques et adoptée à l'unanimité, ça fait qu'on a du mal
à comprendre comment est-ce que, dans un texte aussi important qu'une
constitution, nous ne respectons pas le b.a.-ba donc de ce qui se retrouve dans
cette déclaration, surtout l'article 18 et 19 de la Déclaration des
Nations unies et des droits des peuples autochtones demandent que les peuples
autochtones puissent participer à la prise de décisions sur les questions qui
concernent leurs droits, à travers des représentants, mais aussi par
l'intermédiaire de leurs propres institutions représentatives. Or, Femmes
autochtones du Québec est très claire, ce principe, pour elle, n'a pas été
respecté.
Le mémoire qui nous a été soumis souligne
que le consentement libre, préalable et éclairé exige que toute mesure
susceptible d'affecter les peuples autochtones soit élaborée sans pression,
avant toute décision, sur la base d'une information complète et selon leur
propre processus décisionnel. Dans le cadre du projet de loi n° 1,
celui qui nous intéresse actuellement, aucune structure de concertation n'a
permis ces quatre points, aucune, M. le Président, et c'est vraiment triste.
Dans ces conditions, M. le Président, la moindre des choses, le minimum absolu,
serait entendre... d'entendre ces voix maintenant sans attendre. Il y a aussi
un principe qui est développé longuement dans leur... dans leur mémoire, où ils
parlent de l'honneur de la couronne et de la respectabilité de l'État. Donc,
au-delà des textes juridiques, ce qu'elles décrivent, c'est qu'il y a un
principe fondamental qui guide les relations entre l'État et les peuples
autochtones, et c'est ce qu'elles appellent, l'honneur de la couronne. Ce
principe exige que l'État agisse avec dignité, intégrité et transparence dans toutes
ses interactions avec les peuples autochtones.
Or, comment peut-on prétendre respecter ce
principe lorsqu'on élabore une constitution sans eux, M. le Président? Comment
peut-on parler d'intégrité lorsqu'on avance vers l'étude détaillée sans même
s'assurer qu'ils aient été entendus, M. le Président? Entendre femmes
autochtones du Québec n'est pas faire preuve d'ouverture, c'est respecter une
obligation. Il y a aussi, évidemment, tout simplement une expertise unique et
irremplaçable. Au-delà de l'obligation juridique, il y a aussi une raison
fondamentale, politique et démocratique, l'expertise unique de Femmes
autochtones du Québec. Parce que cette organisation ne représente pas seulement
une voix parmi d'autres, elle représente une réalité spécifique, une réalité à
l'intersection des droits autochtones, des droits des femmes, des droits
territoriaux, des enjeux culturels... des enjeux territoriaux, pardon, et des
enjeux linguistiques, évidemment, aussi des enjeux de sécurité et de justice.
Et cette réalité, M. le Président, est largement absente, vous le conviendrez,
du débat actuel. Le mémoire de Femmes autochtones du Québec le dit
clairement : «Certaines dispositions du projet de loi n° 1
auront des effets spécifiques et disproportionnés sur les femmes autochtones,
et c'est ce qu'elles pensent. Comment pouvons-nous prétendre étudier un projet
de loi article par article, sans avoir entendu celles qui pensent être
affectées de manière disproportionnée?
• (17 h 20) •
Elles parlent aussi d'une exclusion qui
reproduit des dynamiques coloniales, M. le Président, un des éléments les plus
frappants du mémoire des femmes... de Femmes autochtones du Québec...
M. Bouazzi : ...du Québec.
C'est la manière dont il met en lumière une continuité historique, une
continuité de l'exclusion. Le mémoire parle d'une exclusion systémique des
femmes autochtones qui s'inscrit dans la continuité des structures
coloniales... ayant marginalisé leur voix politique et sociale. Et cette
observation est fondamentale parce que ce projet de loi, loin d'être neutre,
s'inscrit dans une histoire. Et, comme je l'ai dit, cette histoire peut être ou
une histoire de réconciliation... enfin, l'inscription de cette Constitution
s'inscrit ou dans une histoire de réconciliation ou celle d'une histoire de
colonisation. Or, une histoire où les femmes... Donc, jusqu'à maintenant,
malheureusement, la partie coloniale qui fait partie de notre histoire, bien,
les femmes autochtones ont été exclues des processus décisionnels, trop souvent
marginalisées des structures politiques, privées de leur rôle traditionnel dans
la gouvernance. Vous savez probablement comme moi, M. le Président, qu'il y a
une... des structures patriarcales qui ont été calquées sur les cultures
autochtones, qui n'étaient pas les leurs, et refuser d'entendre aujourd'hui
Femmes autochtones du Québec n'est pas seulement une erreur, c'est en fait
reproduire, d'une certaine manière, cette exclusion.
Ensuite, il y a la question fondamentale
de la souveraineté, et le mémoire de Femmes autochtones du Québec soulève
également la question centrale, celle de la souveraineté. Le projet de loi
n° 1 construit un cadre où seule la souveraineté québécoise est reconnue.
Or, dans le droit actuel, la souveraineté autochtone est préexistante. Elle ne
découle pas de l'État québécois, elle ne découle pas de la couronne du droit
canadien, elle est... est préexistante, c'est-à-dire qu'elle existait avant. Et
pourtant, le mémoire... le mémoire souligne que «le projet de loi — et je cite
— omet toute reconnaissance des nations autochtones et crée un cadre qui
invisibilise cette souveraineté. M. le Président, peut-on sérieusement étudier
une constitution sans entendre celles qui contestent, celles qui contestent ses
fondements même?
Puis ensuite, évidemment, étant donné que
c'est contraire à un certain nombre de concepts, y compris qui se retrouvent
dans la Constitution actuelle de 82, bien, il y a toute sorte de risques. Et,
au-delà des principes, il y a aussi les conséquences très concrètes. Le mémoire
de Femmes autochtones du Québec met en garde contre les atteintes à
l'article 35. Il explique que le projet de loi n° 1 pourrait réduire
la portée réelle des droits autochtones dans l'interprétation future des lois
et cela ouvre la porte à quoi, à des contestations judiciaires, à des conflits
constitutionnels, à des recours devant les tribunaux jusqu'à la Cour suprême.
Et c'est vraiment une très mauvaise manière, M. le Président, de commencer une
nouvelle... une première constitution du Québec, en entrant dans une guérilla
juridique avec les Premières Nations plutôt qu'au contraire coconstruire
quelque chose qui, justement, améliorerait le vivre-ensemble et serait dans une
logique de réconciliation. Malheureusement, nous ne sommes pas très étonnés, M.
le Président.
Je vous rappelle qu'en 2019, quand le
fédéral avait adopté la loi C-192, une loi coconstruite avec les Premières
Nations qui affirme l'autonomie gouvernementale de ces derniers en matière de
protection de la jeunesse, bien, ce gouvernement s'y était opposé devant les
tribunaux au motif que la famille est une compétence provinciale et qu'il n'y a
que deux ordres de gouvernement, le provincial et le fédéral. La Cour d'appel
du Québec, en 2022, a bien dit que c'était faux, qu'il avait ce... qu'il n'y
avait pas seulement deux ordres de gouvernement, la Cour suprême en 2024, et
allait dans le même sens, et a exigé que l'autonomie... et a rappelé
l'autonomie gouvernementale des Premières Nations. C'est triste parce qu'au
même moment on aurait pu collaborer avec les Premières Nations pour mettre en
place des politiques qui améliorent justement... et puis d'entraide, où on peut
aider aussi à la mise en place d'institutions des Premières Nations. Et puis,
quand on sait l'histoire douloureuse des pensionnats, nier aux Premières
Nations leur capacité et leur droit à avoir, justement, à gérer les questions
qui touchent au... à la...
M. Bouazzi : ...protection de
la jeunesse et évidemment, en aucun cas, dans un esprit de réconciliation. La
Colombie-Britannique a justement fait ça, c'est-à-dire que, plutôt qu'attaquer
devant les tribunaux, s'est assis avec les Premières Nations et a aidé, pour
ceux qui le voulaient, à coconstruire, a aidé à mettre en place les
institutions des Premières Nations en matière de protection de la jeunesse.
Donc, bref, peut-être que ça n'inquiète pas ce gouvernement, mais nous, on
préférerait ne pas se retrouver dans une saga judiciaire avec les Premières
Nations. Et, en fait, ça serait très simple d'éviter ça, étant donné que, d'un
côté, il faut écouter, et c'est ce qu'on propose aujourd'hui dans cette motion,
mais il faut aussi coconstruire le projet et, évidemment, au minimum, intégrer
un certain nombre de principes, dont ceux qui se retrouvent dans la Déclaration
des Nations unies des droits des peuples autochtones. Donc, M. le Président, si
nous savons qu'un projet de loi comporte des risques juridiques majeurs et que
nous refusons d'entendre les groupes qui les identifient, nous ne faisons pas
preuve de responsabilité, nous sommes plutôt devant un aveuglement, et c'est
quelque chose que je pense qu'il faut absolument éviter.
Ensuite, Femmes autochtones du Québec
aborde un autre élément fondamental qui concerne la langue, hein, le projet de
loi n° 1 consacre le français comme la seule langue nationale, mais ne
fait aucune motion des langues autochtones, M. le Président, aucune. Or, le
mémoire rappelle que les communautés autochtones ont déjà subi une première
assimilation linguistique, notamment à travers les pensionnats. Nombreuses
communautés autochtones se sont vues imposer l'usage de l'anglais, elles se
sont vues forcer d'abandonner leur langue première. L'apprentissage de
l'anglais, pour plusieurs communautés, est le résultat d'une histoire coloniale
traumatisante et, aujourd'hui, l'imposition, pour elles, du français comme
seule langue nationale, pourrait constituer une seconde forme d'assimilation.
Et puis je pense qu'une fois pour toutes on pourrait tous se mettre d'accord
que ce n'est pas les Premières Nations qui représentent un risque pour
l'épanouissement du français au Québec, et il faudrait s'assurer que tous les
problèmes systémiques qui les empêcheraient d'avoir accès à une juste égalité
devraient faire partie des... des obsessions que nous avons pour, justement,
dans un esprit de réconciliation, garantir toutes les personnes autochtones le
droit à l'égalité.
Puis au-delà de ne pas mettre en place
plus de barrières linguistiques, je pense qu'il serait important aussi de
reconnaître que les langues autochtones sont en train de disparaître, pour
beaucoup d'entre elles, et, en tous cas, toutes ont besoin d'un certain nombre
d'aides et, évidemment, la reconnaissance de leur existence et leur importance
pour notre territoire et le b.a.-ba. Donc, M. le Président, c'est un enjeu
d'une sensibilité extrême... enjeu historique, un enjeu identitaire et un enjeu
de justice. Et nous devrions... Comment... comment pouvons-nous avancer sans
entendre celles qui parlent justement de cet enjeu dans un texte aussi
important que la Constitution? Ensuite, il y a la question de l'impact sur la
sécurité culturelle, donc, le mémoire, encore une fois, de Femmes autochtones
du Québec introduit également un concept essentiel, celui de sécurité
culturelle. Ce concept reconnu par la commission Viens est l'enquête nationale
sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées renvoie à la
capacité des institutions de respecter les identités, les langues et les
systèmes de gouvernance autochtones.
• (17 h 30) •
Or, le projet de loi n° 1,
selon le mémoire, risque de fragilité... cette sécurité, fragiliser, pardon,
cette sécurité culturelle, notamment en enchâssant des orientations politiques
sans consultation des peuples autochtones. Et, encore une fois, M. le
Président, ce sont les femmes autochtones qui en subiront les conséquences de
manière disproportionnée. Et c'est bien pour ça que je pense qu'il est
essentiel de les écouter...
17 h 30 (version non révisée)
M. Bouazzi : ...après vient le
lien au territoire et les effets identitaires. Le mémoire souligne également un
point crucial, donc le lien entre les femmes autochtones et le territoire. Ce
lien, il n'est pas abstrait, M. le Président, il structure les pratiques
culturelles, les responsabilités familiales, les relations communautaires, la
transmission des savoirs. Or, en ne reconnaissant ni les droits territoriaux ni
les ordres juridiques autochtones, le projet de loi n° 1 produit des effets
identitaires disproportionnés. C'est ce qu'elles dénoncent. M. le Président,
peut-on sérieusement légiférer sur une constitution sans entendre celles qui
portent ce lien aux territoires?
Et mon avant-dernier point est la question
de la légitimité démocratique. Au fond, la question qui se pose est simple, M.
le Président : Peut-on prétendre adopter une constitution légitime sans entendre
des groupes comme Femmes autochtones du Québec? Pour nous, la réponse est
simplement non, parce que la légitimité d'une constitution ne repose pas
seulement sur un vote, elle repose sur un processus, un processus inclusif,
représentatif, un processus respectueux, et aujourd'hui, évidemment, ce
processus, vous le conviendrez, est incomplet. Un grand nombre, grand nombre
des intervenants sont venus ne nous le rappeler, ceux qui sont venus et ceux
qui ont refusé, d'ailleurs, de venir en commission à date, M. le Président,
étant donné qu'ils... qu'ils considéraient que c'est en amont que les
consultations devaient commencer et que participer à la consultation en tant
que tel, c'était légitimer un processus qui ne pouvait pas devenir légitime.
Ici, on a un groupe qui nous a envoyé un
mémoire, un mémoire fort intéressant, je vous en ai parlé un peu. Et puis je
rappelle quand même, M. le Président, qu'il y a un certain nombre de plages
horaires qui sont restées ouvertes aussi parce qu'il y a eu des groupes qui ne
sont pas venus. Pour des raisons qu'on ne comprend pas très bien, nous n'avons
pas remplacé ces personnes-là par d'autres qui nous ont envoyé des mémoires
entre-temps. Ça fait qu'aujourd'hui on peut toujours corriger cette situation.
Nous avons le choix, bon, nous pouvons continuer, faire comme si de rien n'était,
passer à l'étude article par article et puis ignorer les voix absentes ou nous
pouvons faire ce qui s'impose assez clairement : prendre le temps,
corriger le tir, écouter et, dans le cas qui nous intéresse, entendre Femmes
autochtones du Québec, parce que... parce qu'elles nous disent... parce que... parce
qu'elles... parce que ce qu'elles ont à nous dire et ce qu'elles nous disent, ce
n'est pas accessoire, c'est très important, M. le Président, c'est même
fondamental. Elles nous parlent de droits, elles nous parlent de justice, elles
nous parlent de reconnaissance, elles nous parlent de dignité et surtout elles
nous parlent d'un principe essentiel : on ne peut pas écrire une
constitution pour un peuple sans ce peuple et on ne peut certainement pas
écrire une constitution pour les femmes autochtones sans les femmes
autochtones.
Je vous invite donc toutes et tous à
appuyer cette motion, qu'on pense vraiment importante, d'autant plus que ce
qu'on... les relations, le manque d'écoute... Vous savez, quand on a reçu,
entre autres, les représentants de l'Assemblée... l'APNQL, avouons-le, là, ce n'était
pas... ce n'étaient pas les meilleures... la consultation ne s'est pas faite
dans les meilleures conditions. Nous savons qu'une partie des chefs sont restés
à l'extérieur de cette commission. Nous savons aussi qu'ils étaient vraiment
très nombreux, les chefs, et que, si on divisait leur temps de parole par le
nombre de chefs qui étaient là, ici... Nous avons vu aussi que c'est
principalement aussi des hommes que nous avons entendus jusqu'à maintenant.
Donc, nous avons une chance de montrer une certaine bonne volonté, de se
montrer à l'écoute et donc de recevoir ce groupe de femmes, qui gère des enjeux
très particuliers, hein...
M. Bouazzi : ...parce
qu'évidemment il y a aussi toutes sortes d'histoires de personnes qui se
retrouvent à l'intérieur de cette association, avec laquelle, d'ailleurs, j'ai
eu la chance de collaborer dans une autre vie, bien avant... bien avant
d'être... d'être député, et dont la contribution est très importante. Et le
lien avec les groupes de femmes autochtones est... est très fort et pourrait
vraiment nous aider beaucoup à prendre les bonnes décisions, parce qu'au-delà
du droit qu'elles décrivent bien dans leur... dans leur... dans leur mémoire,
au-delà des questions linguistiques, des questions de sécurité culturelle,
au-delà des différentes... des différents écueils qu'elles... qu'elles...
qu'elles décrivent, il y a aussi des parcours, des histoires, des vies humaines
qui, je pense, nous aideraient à prendre les bonnes décisions comme... comme
législateurs.
Donc, j'espère avoir convaincu M. le
ministre, surtout qu'encore une fois, dans les amendements qu'il a déposés
aujourd'hui, aucun, aucun ne touchait aux questions des droits des peuples
autochtones, et pourtant Dieu sait qu'on en a beaucoup parlé. Aujourd'hui,
grâce à cette motion, on offre la chance à la partie gouvernementale, à la
majorité parlementaire, de pouvoir, justement, entendre et montrer qu'ils sont
à l'écoute. C'est de ça qu'a parlé le ministre aujourd'hui, d'être à l'écoute.
Clairement, étant donné les amendements qui ont été déposés aujourd'hui, il n'y
a pas eu d'écoute visible dans les amendements qu'on a reçus des groupes
autochtones. Et là on a la chance d'avoir un groupe qui a pris le temps de nous
écrire un mémoire, qui est fort intéressant, qui est important, qui est
documenté et qu'on gagnerait beaucoup à écouter et montrer, justement, que
cette écoute est... se retrouve dans les actes. Et, pour l'instant, évidemment,
c'est largement manquant dans les actes et totalement absent, mais vraiment
absent de tous les amendements que nous avons reçus.
Et, encore une fois, c'est plus une
obligation, en fait, qu'un privilège, c'est : nous avons l'obligation,
comme législateurs, quand nous écrivons une constitution, de nous assurer que
les Premières Nations font partie du processus, qu'ils... dans un... dans le...
dans le meilleur des cas et dans ce qui nous intéresse, nous, dans le seul cas
possible, qu'ils participent à une coconstruction de la Constitution. Mais, une
fois qu'on a démarré le processus, le minimum qu'on puisse faire, c'est de
s'assurer d'entendre les différentes critiques, les différents risques, les
différents écueils dans lesquels nous pouvons tomber avant de commencer à faire
les analyses article par article. Surtout, comme je l'ai dit, on s'était
engagés, en 2019, à respecter la Déclaration des Nations unies sur les droits
des peuples autochtones, et la consultation, évidemment, est le B-A-BA du
B-A-BA de ce qu'on pourrait faire pour respecter, justement, cet engagement
qu'on a pris en 2019, qui ne s'est pas encore matérialisé franchement, qui est,
au contraire... malheureusement, on se retrouve souvent devant les tribunaux
parce que nous ne respectons pas, justement, les droits des Premières Nations
sur toutes sortes de problèmes, les questions de territoires, de mines, etc.,
mais là on a la chance d'éviter d'avoir des conversations autour des tribunaux,
mais plutôt ici, en commission parlementaire, et donc d'inviter Femmes
autochtones du Québec à venir nous expliquer, à venir échanger avec nous sur
les différentes améliorations possibles et surtout les problèmes qui entourent
le texte de loi qui est devant nous. Merci beaucoup, M. le Président. J'espère
avoir convaincu tous mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup, M. le député.
D'autres interventions? M. le député d'Acadie. Petite question :
Agissez-vous comme représentant du groupe parlementaire? Donc, savoir si c'est
30 minutes ou 10 minutes, votre intervention.
• (17 h 40) •
M. Morin : ...agir et
représenter pour 30 minutes.
Le Président (M.
Bachand) : Parfait.
M. Morin : Donc, ça va être
le représentant du groupe parlementaire, j'imagine, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Alors, allez-y, M. le député.
M. Morin : Voilà. Donc, j'ai
30 minutes. En fait, mon...
M. Morin : ...m'a convaincu,
mais là j'ai 30 minutes pour convaincre les collègues de la banquette
gouvernementale, y compris M. le ministre. Pardon?
Le Président (M.
Bachand) : …s'il vous plaît!
M. Morin : OK. Non,
écoutez...
Le Président (M.
Bachand) : Juste... M. le ministre vous a entendu. Faites
attention, s'il vous plaît.
M. Morin : Oui, j'ai aussi
entendu, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Alors, la parole est à M. le député d'Acadie, s'il
vous plaît.
M. Morin : Je vous remercie.
Oui, M. le Président, c'est parce que j'ai entendu un mot, puis je ne suis pas
convaincu que c'est un mot parlementaire, premièrement. Moi, je fais mon
travail de député, je le fais avec ardeur, avec rigueur. Mon collègue le député
de Maurice-Richard a déposé une motion préliminaire, puis je vais parler sur
cette motion, parce que l'objet même, ce qu'il demande dans la motion est
éminemment, en ce qui me concerne, pertinent et important.
Et donc je vais lire la motion du député
de Maurice Richard :
«Que, conformément à l'article 244 du
Règlement de l'Assemblée nationale, la Commission des institutions, avant d'entreprendre
l'étude détaillée du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec, tienne des
consultations particulières, et qu'à cette fin elle entende le groupe Femmes
autochtones du Québec.»
C'est important, M. le Président, parce
que, ce matin, comme tous les matins d'ailleurs, je regarde la revue de presse,
je lis les journaux, j'écoute ce qui va se passer, et on a appris que M. le
ministre allait proposer des amendements. Bon, un peu tard, vous me direz, mais
quand même, bon, on commence. Alors, je me suis dit : Bon, c'est bon.
Sûrement, sûrement qu'il va y avoir quelque chose pour les peuples autochtones,
parce que, jusqu'à maintenant, bon, ça n'a pas été tellement... ça n'a pas été
fantastique, les consultations générales avec les peuples autochtones.
Quelques-uns sont venus nous dire que, bon, justement, ils n'avaient pas été
consultés, que c'était très, très mal parti, que ça n'allait vraiment pas bien.
Femmes autochtones, d'ailleurs, ne sont pas venues, nous ont déposé un mémoire.
Et je me disais, il va y arriver quelque chose, parce que, quand on regarde le
projet de loi n° 1 déposé par M. le ministre, moi, je
me disais : C'est sûr qu'il va y avoir des dispositions là-dedans qui vont
reconnaître les droits des peuples autochtones.
On a d'ailleurs, M. le Président, une
occasion unique de le faire, parce qu'on parle ici d'un texte important,
constitutionnel, puis le ministre prend la peine de commencer son texte par
l'article 1, en disant : La Constitution du Québec est la loi des
lois. Donc, je me dis : Il va y avoir des articles, il va y avoir quelque
chose. En fait, quand on regarde le texte, ce qu'on retrouve, c'est quelques
considérants uniquement. Et je suis conscient, M. le Président, que les
considérants, le préambule font partie de la loi, ça aide à l'interpréter, mais
ce n'est pas un article comme tel qui est dans la loi. Et qu'est-ce qu'on
retrouve? D'abord, un des considérants, on reconnaît qu'au Québec il existe des
nations et on les nomme. Par la suite, on dit : «Considérant que l'État du
Québec reconnaît, dans l'exercice de ses compétences constitutionnelles, les
droits existants, ancestraux issus de traités des nations autochtones du
Québec», puis, finalement, «l'Assemblée nationale reconnaît aux Premières
Nations et aux Inuit, descendants des premiers habitants du pays, le droit
qu'ils ont de maintenir et de développer leur langue et leur culture». Donc, on
reconnaît leur langue et leur culture.
Et, quand vous regardez, M. le Président,
la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, vous
allez constater que, quand on fait référence à leur langue et leur culture,
c'est assez mince, parce que la déclaration contient beaucoup, beaucoup plus
que ça, beaucoup plus que ça, et je tiens à le souligner. Mais il n'y a pas que
ça. Donc, dans les amendements, il n'y a rien. Quand on regarde le mémoire qui
a été déposé par Femmes autochtones du Québec, puis je pense que c'est
important d'en parler, de le dire, parce qu'il y a des gens qui nous écoutent,
on souligne que le projet de loi n° 1 du ministre,
qui vise à adopter une constitution québécoise, et je les cite, je cite le
mémoire, «a été élaboré sans...
M. Morin : ...consultation
adéquate des Premières Nations, des Inuits et des femmes autochtones et que
cette absence de participation contrevient au consentement libre, préalable et
éclairé exigé par la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones. Et ce principe, donc, de consentement libre, préalable et éclairé
est important parce que, quand on veut négocier, traiter, travailler avec les
membres des Premières Nations et les Inuits, que ce soit en matière
contractuelle ou autrement, mais entre autres en matière contractuelle, puis on
peut penser qu'une constitution, un projet de constitution, M. le Président,
c'est un contrat avec le peuple... bien, celui-là, en tout cas, ne provient pas
du peuple, c'est plutôt d'en haut vers le peuple, mais, enfin, bref. Et donc ça
met... ça met en évidence un principe qui existe en droit constitutionnel
canadien, parce qu'on est au Canada, et qui s'appelle l'honneur de la Couronne.
Je ne suis pas un spécialiste dans le domaine de l'honneur de la Couronne, mais
ce que je peux vous dire, M. le Président, de ce principe, c'est que ça impose
une obligation à l'État de traiter les peuples, les Premières Nations, les
Inuits, avec loyauté, intégrité, équité et de soutenir la réconciliation afin
de protéger leurs droits ancestraux, notamment issus de traités.
Donc, quand on regarde le principe... bon,
ça, c'est une vulgarisation, mais, quand on regarde le principe et qu'après ça
on apprend des nations autochtones, qui n'ont pas été consultées, puis qu'on
apprend puis qu'on lit dans la mémoire de Femmes autochtones que le principe
qui parle justement du consentement libre, préalable et éclairé n'a pas été
respecté parce que, selon elles, il y a une absence de participation, bien là,
au départ, on a un problème, parce que ma compréhension, c'est qu'il y a un
devoir qui est fait à l'État de travailler avec les peuples autochtones.
Donc, l'honneur de la Couronne, c'est une
relation particulière entre le pouvoir exécutif, qu'il soit du Québec ou du
fédéral, et les peuples autochtones, et ça impose au gouvernement une norme de
conduite plus élevée quand ils traitent avec les peuples autochtones. Donc,
c'est fondamental, c'est utilisé carrément dans le cadre d'ententes
contractuelles, clairement, mais je vous dirais que ça, c'est peut-être lettre.
Si on regarde l'esprit, bien, il faut, quand on travaille, quand on veut
construire, quand on veut élaborer des principes qui touchent les peuples
autochtones... de faire en sorte qu'on doit négocier de bonne foi. On doit
aussi respecter les intérêts des partenaires, les consulter, ah! là, déjà là,
il y a un problème avec ce qu'écrit Femmes autochtones, et également faire en
sorte qu'on agisse mais d'une... de bonne foi.
• (17 h 50) •
Et récemment, récemment, dans une affaire
que M. le ministre connaît bien, et je vais essayer de le prononcer
correctement, Procureur général du Québec contre Pekuakamiulnuatsh Takuhikan,
la Cour suprême a rappelé au gouvernement du Québec son obligation en matière
de traitement. Et, dans ce cas-là, là, c'est une question de financement des
services de police. Donc, je comprends qu'il y a... il y a... on est en matière
plus contractuelle, on n'est pas en train de rédiger une constitution. Je
comprends tout ça. Ça, je comprends ça. Mais il n'en demeure pas moins que la
cour a reproché au gouvernement de ne pas avoir respecté ce principe-là, et
donc elle a souligné au gouvernement qu'il devait... qu'il devait maintenir et
qu'il devait respecter cette obligation-là. Là, on est en matière
contractuelle, dans le cadre, entre autres, de financement de corps de police.
Ça, c'est une chose particulière. Imaginez si, une fois qu'on a dit ça, là on
veut... le gouvernement ne veut pas négocier un contrat, là, là, il veut
adopter une constitution qui va régir un très grand nombre d'activités qu'on va
avoir sur le territoire du Québec et...
M. Morin : ...ce qu'on apprend
de femmes autochtones, c'est que dans ce cadre-là... et les nations autochtones
en général ils n'ont pas été consultées. Donc, quant à moi, et je vous le dis
avec respect, M. le Président, c'est pire. Le gouvernement a une obligation
qui, quant à moi, est plus élevée dans un cas comme celui-ci. Et d'ailleurs ce
qu'on nous dit, et je prends la peine de le souligner pour les gens qui nous
écoutent dans le cas... et je cite leur mémoire, dans le cas du PL 1,
aucune structure de concertation n'a été mise en place, c'est femmes
autochtones qui le dit, pour garantir l'implication des Premières Nations, des
Inuits et des femmes autochtones dans la définition même du projet. Donc, si
vous essayez de rallier ça avec le principe de l'honneur de la Couronne, bien
là, on est... on est vraiment... on est vraiment très loin. Femmes autochtones
nous rappelle que l'État agit... unilatéralement, pardon, alors que le principe
que je vous mentionnais tout à l'heure, qui est reconnu par les Nations unies,
le consentement libre, préalable éclairé, n'a pas été respecté. Et, selon
femmes autochtones, le texte a donc été élaboré à huis clos, sans transparence,
et ça a créé un déséquilibre structurel. C'est particulièrement dommage, voire
triste, parce que le principe du consentement libre, préalable et éclairé, et
d'ailleurs, ça, les nations autochtones nous l'ont rappelé, nous l'ont demandé,
fait en sorte que, normalement, on pourrait même parler de co-construction. On
pourrait même aller plus loin qu'une simple consultation, M. le Président, mais
ça n'a pas été fait. Et donc ce que femmes autochtones du Québec nous rappelle,
c'est que cette absence de dialogue crée un risque réel que la Constitution,
donc le projet de loi, devienne un outil d'exclusion pour les femmes
autochtones plutôt que d'une reconnaissance mutuelle.
Et permettez-moi de... de souligner
quelques... quelques éléments en ce qui a trait particulièrement aux femmes
autochtones. Et je vous dirais, M. le Président, que, s'il y a un groupe qu'on
devrait accueillir ici avec respect, c'est celui-là. C'est... c'est une
coïncidence, mais hier, dans Radio-Canada info, Espace autochtone, il y a un
article suite à une conférence de presse qui a été tenue par femmes
autochtones, notamment sur les femmes autochtones disparues ou assassinées au
Québec. Et le point de presse et l'étude qui a été faite par femmes autochtones
soulignaient qu'ils ont été en mesure de cartographier la tragédie. Alors,
quand on parle de réconciliation, quand on parle de respect mutuel, bien, et
que là on se rend compte, d'après ce qui est écrit dans l'article, qu'il y a eu
124 victimes femmes autochtones depuis 1950, mais dont 50 % depuis
l'an 2000 et qu'il s'agit non seulement d'un fléau qui est arrivé dans le
passé, mais malheureusement c'est un fléau qui est toujours actuel. Et je cite
Marjolaine Étienne dans l'article de journal de Radio-Canada. : «La
cartographie que nous dévoilons aujourd'hui permet de sonner l'alarme, même si
nous crions depuis longtemps l'urgence d'agir.» On souligne dans l'article
qu'elle était visiblement très émue. Puis, je peux comprendre, M. le Président,
les données sont claires, révèlent une réalité grave et impossible à ignorer.
Derrière chaque donnée, il y a des femmes, des filles, des familles, des
communautés en détresse, c'est ça, la réalité, M. le Président. Et, dans leur
mémoire, Femmes autochtones du Québec nous rappellent cette réalité-là. Le
mémoire a été déposé bien longtemps avant l'article, bien longtemps avant la
cartographie de ces événements... Mais il n'en demeure pas moins que c'est une
tragédie. Et là, là, aujourd'hui, là, on est en train, on commence, là, l'étude
article par article d'un projet de loi où le gouvernement a une opportunité. Le
gouvernement a une chance de poser des gestes concrets, M. le Président, qui
vont faire en sorte que cette situation-là, là, on pourrait tenter de la
corriger. Et, pour commencer à le faire, bien, moi, ce que je...
M. Morin : ...je vous
propose, c'est que cette commission, ici, invite Femmes autochtones du Québec
et qu'on les écoute parce que... parce que... Quand on regarde et qu'on lit
l'article qui a été publié, plus de la moitié des cas, comme je le mentionnais,
ont été recensés depuis 2000. Donc, la Présidente, Mme Étienne, soulignait
qu'il s'agit d'une réalité actuelle. 96 personnes qui y figurent sont des
filles ou des femmes assassinées, 14 femmes ou filles portées disparues
n'ont jamais été retrouvées. Et, quand on regarde la carte, on se rend compte
qu'il y a un nombre important qui sont survenus dans le sud du Québec,
notamment dans des milieux urbains. 75 % des disparitions se sont
produites hors communauté, dans des villes ou des villages qui ne sont pas des
villes ou des villages autochtones. Bien sûr, le Nunavik figure parmi ces
régions-là, mais on parle beaucoup de Montréal, l'Outaouais et la Montérégie.
Donc, ce n'est pas... Il y a... il y a un
nombre important de ces cas-là qui se passent ici, dans le sud du Québec, et il
me semble, il me semble que ça vaudrait peut-être un article dans le projet de
loi, suite à... évidemment, le témoignage de Femmes autochtones du Québec, pour
qu'on soit capables, pour qu'on soit capables de commencer à mettre en place
des mécanismes qui vont faire en sorte que ça n'arrive plus. Une femme qui est
violentée, une femme qui est tuée, c'est une femme de trop, et on n'en vu plus.
Et là on parle d'un pourcentage important. C'est un drame pour leur famille,
évidemment. Malheureusement, c'est... pour la victime elle-même, c'est terrible,
terrible pour ses proches puis pour la famille.
Donc, pourquoi je vous lis ça? Bien, c'est
parce que c'est une réalité. Ce n'est pas quelque chose qui est désincarné.
Puis, oui, on a du travail à faire en termes de vérité et de réconciliation,
oui, il y a des drames, il y a une tragédie qui s'est passée il y a plusieurs
décennies, oui, c'est un programme, entre autres, du gouvernement fédéral, puis
il faut le dire, le gouvernement fédéral essaie de se rattraper, puis, oui, il
y a des églises qui y ont contribué, puis c'est une honte, mais là,
aujourd'hui, là, nous, dans cette Assemblée, on a des moyens pour essayer de
réparer des choses. Et c'est l'appel que je fais aujourd'hui au ministre,
particulièrement dans le cas des femmes autochtones, et... et je vais... et je
vais continuer avec le mémoire, justement, de Femmes autochtones. Parce qu'on
nous rappelle que le projet de loi n° 1 impose une vision
constitutionnelle unilatérale, sans consultation des nations autochtones et que
ça reproduit une approche d'exclusion, qui a été souvent dénoncée, ça crée un
cadre qui va exclure. Et, pour femmes autochtones, et c'est ce qu'on nous
indique, l'impact va être disproportionné, notamment dans les domaines de la
culture, des territoires, de la justice et de la gouvernance, puis je vous l'ai
souligné à partir de l'article que j'ai lu, qui a été publié hier, mis à jour
aujourd'hui, sur l'impact réel que vivent les femmes autochtones au Québec.
Donc, on a un enjeu de taille.
• (18 heures) •
Et je me répète, mais je vais me répéter
parce que, souvent, il faut se... il faut répéter, répéter et répéter pour que
le message, finalement, puisse passer. Je vous ai parlé précédemment de la
Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Bien, il
y a des dispositions particulières qui... mettre en lumière ce qu'il faut faire
pour les aider, pour travailler avec eux, pour les respecter. Et, entre autres,
l'article 7 souligne...
18 h (version non révisée)
M. Morin : ...les
autochtones ont droit à la vie, à l'intégrité physique et mentale, à la liberté
et à la sécurité de la personne. Les peuples autochtones ont le droit, à titre
correctif, de vivre dans la liberté, la paix et la sécurité en tant que peuple
distinct. Ils ne doivent pas faire l'objet d'actes de violence, y compris le
transfert forcé d'enfants autochtones d'un groupe à un autre, ce que le
gouvernement canadien a fait. Mais là je vous parle aussi d'aujourd'hui, là. Parce
que, dans l'article publié puis par la conférence de presse donnée par Femmes Autochtones
et par Mme Étienne, quand on parle de sécurité, bien, même aujourd'hui, ça
n'existe pas, là. Et ils subissent une violence qui ne devrait pas arriver dans
notre société.
Mais ce n'est pas tout. Si on regarde la Déclaration
des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, article 13 :
«Les peuples autochtones ont le droit de revivifier, d'utiliser, de développer,
de transmettre aux générations futures leur histoire, leur langue, leur
tradition orale, leur système d'écriture, leur littérature.» Et donc quand on
regarde le mémoire de Femmes Autochtones, on se rend compte que de ne pas
respecter ça... Il n'y a absolument rien, il n'y a pas un article dans le
projet de loi qui consacre ça. Pourtant, ce n'est pas compliqué, là. Il est
déjà rédigé. Puis je rappelle, puis mon collègue de Maurice-Richard
le mentionnait précédemment, on a quand même une motion de l'Assemblée
nationale qui a été adoptée à l'unanimité, qui reconnaît l'importance de la déclaration
des Nations unies. Donc, ça fait en sorte que c'est fondamental. Et les femmes
autochtones jouent un rôle important dans la transmission de la culture. Ils vont
le faire aussi dans le domaine de l'éducation, et ça aussi, ils en parlent dans
leur mémoire.
En matière de respect de leur langue. Le
français, c'est fondamental au Québec. Ma collègue, la députée de Bourassa-Sauvé,
est notre porte-parole en matière de langue française, fait un travail
remarquable, M. le Président. On est tous d'accord, on l'a dit je ne sais pas
combien de fois. Français, il faut le protéger. On est une minorité en Amérique
du Nord. On est quand même quelques millions. Imaginez les peuples autochtones.
Il n'y a pas deux millions de Wendats. Non, ils sont loin. Puis je ne vous
parle pas des Micmacs puis des autres peuples autochtones, puis des autres
nations. Alors, c'est ce que Femmes Autochtones demande : qu'on puisse
faire en sorte que leur langue fleurisse. Et ce qu'elles rappellent dans leur
mémoire, c'est que si on ne leur accorde pas une protection particulière, puis s'il
y a bien une place où on devrait le faire, ça devrait être bien dans un projet
de loi constitutionnelle. C'est qu'il va y avoir des effets identitaires et
territoriaux disproportionnés.
On nous souligne, et je les cite : «Le
lien au territoire occupe une place fondamentale dans la vie des femmes
autochtones. Il structure non seulement les activités quotidiennes, mais aussi
les pratiques spirituelles, les responsabilités familiales, les relations
communautaires et la transmission du savoir traditionnel. Dans de nombreuses
nations, les femmes sont gardiennes de lieux sacrés, médiatrices du rapport à
la terre et détentrices du rôle essentiel dans la gouvernance territoriale.» Ce
qui est très bien, c'est tout à leur honneur. Donc, quand je vous disais, M. le
Président, qu'il est... il est important de reconnaître, comme le mentionne la déclaration
des Nations Unies, de développer et transmettre aux générations futures leur
histoire, leurs langues, leurs traditions, bien, quand on regarde et quand on
lit, et quand on s'attarde aux mémoires de Femmes Autochtones, moi, ce que j'en
conclus, c'est que Femmes Autochtones et les femmes autochtones ont un rôle
prépondérant à jouer là-dedans, transmettre... transmettre leur culture,
transmettre leur savoir. Et c'est fondamental.
Et d'ailleurs, quand on continue dans la déclaration
des Nations unies, on se rend compte, et on le mentionne à l'article 34,
que les peuples autochtones ont le droit de promouvoir, de développer, de
conserver, et je cite : «leurs coutumes, leur spiritualité, leurs
traditions, leurs procédures ou pratiques particulières.» Et donc c'est
exactement ou à peu près la même chose que...
M. Morin : ...qui est dit
dans le mémoire de Femmes autochtones du Québec. Et donc on nous rappelle que,
si on ne leur accorde pas une attention des droits particuliers, bien, les
conséquences vont être particulièrement graves pour les femmes autochtones.
Elles soulignent également que la perte d'accès aux terres traditionnelles
constitue des facteurs aggravants de violence, de discrimination, d'isolement
économique et de rupture identitaire. Alors, je vous ai... j'ai fait référence
à cet article de Radio-Canada qui a été publié sur l'état ou la violence
qu'elles subissent, fondée sur des statistiques, puis il y a une cartographie.
Et, quand on relie ça à leur mémoire, elles nous disent particulièrement que,
suite à une enquête, que la marginalisation territoriale et la perte d'accès
aux terres traditionnelles ont un impact aggravant au niveau de la violence.
Moi, je pense, M. le Président,
sincèrement, parce que je ne suis pas... Moi, je ne suis pas un expert sur la
marginalisation territoriale puis les facteurs aggravants de violence, mais je
peux vous dire ceci, par exemple, Femmes autochtones du Québec sont capables de
parler au nom des femmes autochtones au Québec, M. le Président. Et, compte
tenu, malheureusement, de la violence qu'elles vivent, compte tenu de ce
qu'elles nous disent dans leur mémoire, c'est un... pour moi, sincèrement,
c'est un minimum que de pouvoir les entendre. Puis vous vous en rappelez, M. le
Président, parce que vous avez été là pendant les consultations générales qu'on
a demandées d'ailleurs, les groupes ne sont pas venus parler pendant deux,
trois heures chacun, hein? Ils ont eu quoi? Une heure... même pas. Le
gouvernement a posé des questions. On les a écoutés, on a eu 10,
12 minutes. Ça coûterait quoi, sincèrement, au gouvernement de dire :
Bien, écoutez, compte tenu de la situation, là, puis ce que je viens de vous
décrire, là, on va... là on va prendre une pause et on va les écouter. Puis
après, s'il y a lieu d'apporter des modifications, bien, on pourra en discuter,
on le fera, on le fera.
Dans leur mémoire, Femmes autochtones
disent que la façon dont le projet de loi est rédigé, avec une architecture
constitutionnelle, et, je les cite, «centré sur une conception unitaire du
territoire québécois, le projet de loi n° 1 renforce
ces vulnérabilités. Il crée un espace institutionnel où les responsabilités
traditionnelles des femmes autochtones, protection des lieux sacrés,
transmission des pratiques culturelles, gestion des savoirs territoriaux sont
invisibilisées ou considérées comme périphériques.» Est-ce que c'est vraiment
ça qu'on veut comme société au Québec? Moi, je pose la question. C'est ça qu'on
veut, les invisibiliser, les considérer comme étant des gens en périphérie?
Puis ça, une constitution, M. le Président, c'est supposé être un texte
rassembleur. Bien, moi, je vous soumets avec respect que cette constitution
caquiste divise le Québec. En tout cas, clairement, ça ne va pas aider Femmes
autochtones du Québec ni les femmes autochtones au Québec. Et,
malheureusement, compte tenu de la violence que plusieurs d'entre elles vivent
et compte tenu qu'on a aussi une motion de l'Assemblée nationale — ça
doit dire quelque chose — une fois de temps en temps, nous demandant
de tenir compte de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples
autochtones, bien, la moindre des choses, ça serait qu'on les fasse venir ici,
en commission, qu'on les invite. On ne peut pas les forcer, mais qu'au moins on
tende la main, qu'on les invite et qu'on les écoute, et si, après, il y a des
mécanismes qu'on peut mettre en place, bien, on le fera. Moi, je tends la main
à M. le ministre. Moi, je suis convaincu qu'il veut le bien de la population du
Québec. Alors, il nous reste... il me reste quelques secondes, moi, je vous
dirais que c'est un...
M. Morin : ...et c'est la
raison pour laquelle j'appuie la motion du collègue de Maurice-Richard. Pour
moi, c'est un minimum. Merci, M. le Président.
• (18 h 10) •
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de Bourassa-Sauvé, s'il vous
plaît.
Mme Cadet : ...Donc, à mon
tour de m'exprimer sur la motion préliminaire déposée par M. le député de
Maurice-Richard. Je la relis :
«Que, conformément à l'article 244 du
règlement de l'Assemblée nationale, la Commission des institutions, avant
d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle
de 2025 sur le Québec, tienne des consultations particulières et qu'à cette fin
elle entende le groupe Femmes autochtones du Québec.»
M. le Président, moi, je pense que le
ministre devrait être en accord avec la motion préliminaire qui a été déposée
par le collègue de Maurice-Richard. Vous venez d'entendre mon estimé collègue
de l'Acadie étayer la position du Parti libéral du Québec. Donc, j'aurais des
remarques complémentaires à ce qui a été invoqué.
Je l'ai mentionné, je n'ai moi-même, donc,
pas eu l'occasion de prendre part aux consultations... aux consultations
élargies, consultations générales, donc, qui se sont tenues, mais de ce que je
comprends, de ce que je saisis puis de ce que j'ai suivi, hein, même sans
siéger sur la commission à ce moment-là, c'est qu'essentiellement, donc, sur
toutes les heures de commission qu'on a eues, sur toutes les heures de
commission qu'on a extirpées, hein, au ministre, au final, on a eu à peu près
deux fois 30 minutes d'explications ou de présentation de l'argumentaire émis
par les communautés autochtones, donc soit les Cris et l'Assemblée des
Premières Nations Québec-Labrador. Sur les à peu près 300 mémoires qui ont été
déposés... eu, donc, deux, donc, qui permettaient d'avoir la vision des
communautés autochtones du Québec, dont le mémoire de Femmes autochtones du
Québec.
Je disais un peu plus tôt que je pense que
le ministre, le connaissant, donc, devrait être en accord avec la motion
présentée par le collègue d'entendre Femmes autochtones du Québec non seulement
parce que le processus de consultation ne nous a pas permis d'avoir l'ensemble
de l'argumentaire et de pouvoir se saisir de ses propos et de ses explications
afin de pouvoir réaliser notre travail de parlementaires, mais aussi parce que
je sais que le ministre est un grand ambassadeur de l'égalité hommes-femmes,
est un grand ambassadeur de ce... de ce concept, de ce principe, puis il nous
l'a montré, je pense qu'on peut lui donner ça, il nous l'a montré au cours,
disons... notre côté, à tout le moins, donc, des quatre dernières années, hein,
que ça lui tient... parfois, on a des différends sur comment il s'articule, on
l'a vu, mais, étant donné que le ministre, donc, a à cœur ce principe, bien, je
pense que d'avoir la possibilité de se saisir de l'argumentaire des femmes
autochtones et de bien saisir leurs spécificités et ce qu'elles ont à nous
dire, bien, ça viendrait certainement, donc, étayer notre travail de
parlementaires.
À ce stade-ci, c'est encore plus pertinent
de pouvoir entendre Femmes autochtones du Québec que, il faut le rappeler, le
projet de Constitution du Québec, tel que présenté, donc, par le ministre,
donc, dans le PL 1, ne vient pas consacrer, préserver les droits, donc, des
communautés autochtones. Et on se serait attendus, le ministre l'a dit plus tôt
ce matin, bon, que... puis il l'a dit, oui, en conférence de presse ce matin...
a dit : Regardez, j'ai été à l'écoute, j'arrive avec des amendements. J'ai
déjà commenté le mode de présentation des amendements du ministre, j'ai déjà
commenté le fait que, pour bien des groupes de la société civile, cela ne
venait pas contredire, donc, tout l'argumentaire qui nous a été lourdement
présenté par toutes les parties prenantes sur la légitimité, donc, du document.
Mais c'est d'autant plus... c'est... c'est d'autant plus, donc, important,
donc, d'en... d'en tenir compte, alors qu'on sait que les amendements qui
ont été présentés par le ministre aujourd'hui ne venaient pas toucher, donc,
les enjeux des communautés autochtones.
Je rappelle que, dans le projet de
Constitution du Québec, le seul endroit, là, où on...
Mme Cadet : ...retrouve une
référence aux enjeux autochtones, mais c'est dans trois considérants. Celui qui
nous dit : «Considérant qu'il existe au sein du Québec des nations
abénaquise, algonquine, attikamek, crie, innu, micmac, mohawks, naskapis,
wendate, wolastoqiyik et inuite; Considérant que l'État du Québec reconnaît
dans l'exercice de ses compétences constitutionnelles les droits existants,
ancestraux issus de traités des nations autochtones du Québec; Considérant que
l'Assemblée nationale reconnaît aux Premières Nations et Inuits au Québec,
descendants des premiers habitants du pays le droit qu'ils ont de maintenir et
de développer leur langue et leur culture d'origine.» Donc, ce sont donc les
trois seuls... les trois seuls volets, donc, qui se... se retrouvent dans le volumineux
projet de loi, alors que, je le rappelle, donc, nous, au Parti libéral du
Québec, nous recommandons que la rédaction même de ces volets-là, donc du...
d'un projet de constitution, bien, puisse se faire main dans la main en étroite
collaboration avec les nations concernées. Et évidemment que nous proposions
que, dans des articles mêmes, dans le préambule, on sait que ça n'a pas la même
portée juridique que dans les articles mêmes d'un projet de constitution
québécoise, que l'on reconnaisse les droits des Premières Nations du Québec et
des Inuits.
Je rappelle ici que, dans son mémoire,
Femmes autochtones du Québec nous dit ceci :
«Le projet de loi n° 1 visant
l'adoption d'une constitution québécoise a été élaborée sans consultation
adéquate des Premières Nations, des Inuits et des femmes autochtones. Cette
absence de participation contrevient au consentement libre, préalable et
éclairé, CLPE, exigé par la Déclaration des Nations unies sur les droits des
peuples autochtones ainsi qu'aux obligations du CEDA, notamment la
recommandation générale n° 39. Le PL 1 omet toute reconnaissance des
trois autochtones protégés par l'article 35 de la Loi constitutionnelle de
1982, notamment la souveraineté préexistante, les droits linguistiques,
culturels et territoriaux et des systèmes juridiques autochtones. Pour les
femmes autochtones, ce projet représente un risque accru d'effacement culturel,
linguistique et politique. Femmes autochtones du Québec recommandent donc le
retrait ou la révision complète du projet de loi n° 1, accompagné d'un
processus constituant conforme aux normes nationales et internationales.»
Donc, vous aurez saisi, M. le Président,
qu'en l'espèce nous ne disposons pas, donc, d'un document, donc, qui satisfait
aux revendications des Premières Nations et des Inuits et d'autant plus, donc,
aux recommandations et à la vision qui nous est présentée par Femmes
autochtones du Québec. Le ministre ne nous a pas présenté d'amendement allant
en ce sens, n'a pas cru bon venir bonifier, à tout le moins, son document.
Puis, je comprends que, dans tous les cas, ça n'aurait pas... il n'y aurait pas
eu satisfaction, donc, de la part des... des groupes, parce qu'on le rappelle,
donc, la recommandation, c'est le retrait complet du projet de loi ou sa... le
retrait ou la révision complète, là, du projet de loi. Donc, ici, un dépôt
aurait été quand même, donc, nettement insuffisant, mais, dans le cadre de nos
délibérations, afin de saisir : Ah, bien, comment est-ce qu'à ce stade-ci
nous pouvons, nous... nous... donc, nous pouvons donc bonifier nos échanges,
que nous pouvons tenter, là, véritablement de veiller à ce que les Premières
Nations et les Inuits, donc, soient entendus, que ces revendications... que ces
revendications se retrouvent... à tout le moins que ce discours se retrouve
dans ce que nous nous aurons la chance donc de porter, hein, parce que... bien,
malgré tout, donc, nous nous retrouvons ici. Donc, vous connaissez donc nos
commentaires, donc, sur le processus nous ayant mené au dépôt de ce projet de
loi, mais, vous le savez, donc, nous, notre travail, c'est de faire notre
travail parlementaire, c'est de réaliser ce travail parlementaire là avec
sérieux, avec rigueur, et de le faire en s'assurant de... de porter les
revendications de la société civile et de tous ceux qui nous écoutent ici, dans
cette séance, afin de veiller à ce que ce... ce discours-là soit entendu
pleinement au sein de la société civile. Mais si nous n'entendons pas Femmes
autochtones du Québec, bien, nous n'aurons pas...
Mme Cadet : ...la chance de
pleinement réaliser ce mandat. Le respect, donc, de ce cadre-là aurait
permis... impliquer une participation continue, éclairée et significative des
peuples autochtones à toutes les étapes de l'élaboration d'un texte constitutionnel.
Et, en l'espèce, c'est la raison pour laquelle nous voterons en faveur de la
motion préliminaire du député de Maurice-Richard.
• (18 h 20) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Est-ce qu'il y
a d'autres interventions sur la motion? Mme la députée de Robert-Baldwin, s'il
vous plaît.
Mme Garceau : Je crois que je
vais être la dernière, M. le Président. Le dossier de la cause des femmes
autochtones, et je sais que, le ministre étant un allié, comme il se dit, des
femmes, c'est très important. La voix des femmes autochtones est importante. Et
j'espère que le ministre va appuyer la motion du collègue de Maurice-Richard.
Leur voix doit être entendue dans le cadre du contexte de ce projet de loi
n° 1.
J'ai eu le privilège, depuis mon élection,
M. le Président, de rencontrer les femmes élues des différentes communautés
autochtones lors de rencontres ici, à l'Assemblée nationale. Elles travaillent
quotidiennement à contrer les discriminations, la violence et le racisme systémique
subis par les femmes autochtones. Malheureusement, ces enjeux sont encore bien
présents dans notre société. Le groupe Femmes autochtones du Québec défend les
droits des femmes autochtones depuis 1974, elles ont donc acquis une riche
expertise en ce qui concerne l'analyse de politiques publiques qui risquent
d'avoir un impact sur les femmes qu'elles représentent.
Cette commission a d'ailleurs eu le
privilège, à plusieurs reprises, de pouvoir les questionner sur les
améliorations qu'elles proposaient dans le cadre de diverses consultations. Il
est donc pour le moins particulier, M. le Président, qu'elles n'ont pas été
entendues dans le cadre des consultations générales du projet de loi n° 1.
Je comprends qu'il y a eu peut-être un enjeu administratif, puisque leur
mémoire a été envoyé peut-être un petit peu plus tard que la date limite, afin
de pouvoir participer, mais, si c'est le cas, M. le Président, je crois que
nous avons l'opportunité, vraiment, de corriger le tir, de corriger cette
situation. Tout ce que le ministre de la Justice devrait faire en ce moment,
c'est d'appuyer la motion de notre collègue afin que nous puissions entendre de
façon rapide les femmes autochtones du Québec. La lecture de leur mémoire nous
démontre tout le sérieux de leur analyse et ne fait que renforcer les raisons
pour lesquelles ce groupe devrait être entendu dans le cadre de notre
commission.
Vous me permettrez, M. le Président, de
citer quelques extraits afin de démontrer l'importance de leur travail et la
pertinence qu'elles soient entendues en commission parlementaire. Le mémoire
commence, oui, comme plusieurs d'autres groupes, en ce qui a trait au
processus. Elles mentionnent, et je les cite : «Le processus constituant,
pour être conforme aux normes internationales, doit inclure des mécanismes
permettant une participation continue, éclairée et représentative des peuples
autochtones. Le Consentement libre, préalable et éclairé constitue à cet égard
une norme incontournable du droit international : il exige que toute mesure
susceptible d'affecter les peuples autochtones soit élaborée sans pression,
avant toute décision, et sur la base d'une information complète et
transparente, en assurant une véritable... un véritable consentement obtenu
selon leurs propres processus décisionnels.»
Leur deuxième point d'analyse parle des
enjeux de souveraineté entre le Québec et les Premiers Peuples. Elles
mentionnent ce qui suit, et je le cite : «La souveraineté préexistante des
peuples autochtones constitue un principe...
Mme Garceau : ...du droit
canadien. En élaborant un texte constitutionnel sans reconnaissance des nations
autochtones, le projet de loi n° 1 construit un récit
institutionnel qui efface cette souveraineté. En droit constitutionnel, la
mission peut être aussi dommageable qu'une négation explicite. Elle crée un
cadre narratif et juridique où seule la souveraineté québécoise est reconnue.
Cette invisibilisation compromet la possibilité d'établir des relations de
nation à nation et affaiblit les revendications territoriales, linguistiques et
culturelles autochtones. Elle continue, M. le Président, plus loin l'idée en
disant ce qui suit, et je les cite : «Les atteintes à l'article 35 — qui
ont été mentionnées par mes collègues — découlent du fait que le
projet de loi n° 1 crée un cadre constitutionnel
provincial qui occulte les droits ancestraux issus de traités et les ordres
juridiques autochtones reconnus par la Constitution canadienne en définissant
une identité nationale unique et en consolidant un modèle étatique unitaire. Le
projet de loi n° 1 risque de réduire la portée réelle
des droits autochtones dans l'interprétation future des lois provinciales.» Ces
extraits, à eux seuls, justifient, M. le Président, qu'on l'entend... qu'on
entende le groupe Femmes Autochtones du Québec avant de commencer notre étude
détaillée.
Les Femmes Autochtones du Québec, fidèles
à leur mission, ont aussi abordé la situation particulière des femmes
autochtones dans le cadre de leur mémoire. Et je les cite : «L'exclusion
des femmes autochtones du processus constituant le projet de loi n° 2
s'inscrit dans la continuité des structures imposées par la colonisation qui
ont historiquement marginalisé leurs rôles politiques, sociaux et spirituels.
Dans plusieurs nations autochtones, les femmes occupaient des responsabilités
décisionnelles centrales : gardiennes des savoirs, cheffes de clan ou
détentrices du droit de nommer des... les leaders. L'imposition du système
colonial de gouvernance, fondé sur des chefs élus majoritairement masculins, a
affaibli ces rôles et réduit leur participation institutionnelle.»
L'organisme aborde également les impacts
territoriaux que risque d'avoir la constitution en disant ce qui suit, et je
les cite : «Le lien au territoire occupe une place fondamentale dans la
vie des femmes autochtones. Il structure non seulement les activités
quotidiennes, mais aussi les pratiques spirituelles.»
• (18 h 30) •
J'aimerais, M. le Président, en terminant,
parce qu'il ne me reste pas beaucoup de temps... La motion de mon collègue nous
permet aussi... permet, si je peux dire, de rappeler qu'il y a eu un échec de
dialogue entre le ministre et les différentes nations autochtones, et,
malheureusement, il y a eu une tension assez palpable lors de... lorsque le
chef Verreault-Paul est venu en commission parlementaire, ça a été un échange
assez intense et, évidemment, n'a certainement pas aidé les relations entre le
gouvernement et les Premières Nations. Et nous avons une opportunité, le
ministre a une belle opportunité de corriger le tir. Et je crois que suite
aussi à ce que le chef... les dires du chef Verreault-Paul, le 26 mars
dernier dans La Presse... qu'il mentionne que, malheureusement, c'est un
processus irrécupérable. Peut-être qu'on pourrait le récupérer, M. le ministre.
Voter en faveur de la motion afin de pouvoir entendre les voix des femmes
autochtones. C'est le moment. On a je ne sais pas combien... à combien de
reprises, malheureusement... On parle de coconstruction, on parle de
réconciliation, on dit les mots, mais là il faut agir. Il faut leur démontrer
qu'on est là pour les écouter, parce que, trois considérants dans un projet de
constitution de la nation québécoise, c'est offusquant. Pour les nations
autochtones, s'il vous plaît... Il n'y a même pas un amendement dans les
19 amendements que vous avez déposés. Il me semble que...
18 h 30 (version non révisée)
Mme Garceau : ...que c'est le
temps de leur démontrer un respect et qu'ils soient entendus. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. S'il n'y a pas d'autre
intervention, nous allons procéder à la mise aux voix. Est-ce que la motion est
adoptée?
Des voix : ...
Le Président (M.
Bachand) :Vote par appel nominal, s'il
vous plaît, Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Bouazzi (Maurice-Richard)?
M. Bouazzi : Pour.
La Secrétaire : M. Jolin-Barrette
(Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire : M. Sainte-Croix
(Gaspé)?
M. Sainte-Croix : Contre.
La Secrétaire : Mme Haytayan
(Laval-des-Rapides)?
Mme Haytayan : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Schmaltz
(Vimont)?
Mme Schmaltz : Contre.
La Secrétaire : M. Provençal
(Beauce-Nord)?
M. Provençal : Contre.
La Secrétaire : M. Lemieux
(Saint-Jean)?
M. Lemieux : Contre.
La Secrétaire : M. Morin
(Acadie)?
M. Morin : Pour.
La Secrétaire : Mme Cadet
(Bourassa-Sauvé)?
Mme Cadet : Pour.
La Secrétaire : Mme Garceau
(Robert-Baldwin)?
Mme Garceau : Pour.
La Secrétaire : M. Bachand
(Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) :Abstention. Donc, la motion est
rejetée.
Compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux sine die. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 18 h 31)