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Commission conjointe de la justice et des affaires
sociales
Projet de loi no 65 Loi de la protection de la
jeunesse
Séance du mardi 27 février 1973
(Dix heures douze minutes)
M. LAFRANCE (Président de la commission conjointe de la justice
et des affaires sociales): A l'ordre, messieurs!
Ce matin, nous commençons à étudier le projet de
loi 65, Loi de la protection de la jeunesse. Je crois que M. le ministre a des
explications à donner sur le projet de loi. M. le ministre des Affaires
sociales.
Remaques préliminaires
M. CASTONGUAY: M. le Président, au début de cette
première séance, il est assez important de situer ce projet de
loi pour bien comprendre sa portée, de donner, peut-être, un bref
exposé de son contenu. Il me semble aussi qu'il y a avantage à
apporter une clarification, au départ, quant à la
législation dans ce secteur, c'est-à-dire situer la Loi des
jeunes délinquants par rapport à la Loi de la protection de la
jeunesse.
Après avoir situé celle-ci, compte tenu de la nature du
secteur, il convient de proposer un certain programme de travail aux membres de
la commission avant d'aborder l'étude des mémoires, de telle
sorte que nous puissions faire l'analyse des mémoires avec un certain
éclairage.
Dans ce secteur de la protection de la jeunesse, il y a un fait assez
important à souligner au départ. Alors que dans bien d'autres
domaines de la législation, il y a eu plusieurs réflexions et
discussions au cours des années, dans le domaine de la protection de la
jeunesse, ce fut un peu l'inverse. C'est un secteur qui n'a pas fait tellement
l'objet d'études, de discussions et où plusieurs questions
importantes se posent pour lesquelles il n'existe pas de réponses
claires et de réponses qui font l'objet de consensus, ou encore, des
questions auxquelles 3 est très difficile de répondre dans
l'état actuel des connaissances.
La Loi actuelle de la protection de la jeunesse a été
adoptée il y a plus de vingt ans, dans un contexte assez
différent. J'ai demandé qu'on en fasse distribuer des copies aux
membres de la commission. On peut voir que cette loi tourne autour de la notion
d'école de protection de la jeunesse et qu'on distingue assez mal cette
notion de celle de l'ancienne école de réforme qui, elle, avait
un caractère presque totalement primitif.
Son application on sera en mesure de s'en rendre compte au moment
des audiences portant sur les mémoires de même que si nous
adoptons un programme de travail tel que nous voulons le suggérer
est extrêmement difficile et parfois presque impossible dans le contexte
social actuel. Ceci par suite du fait que la loi est loin d'être bien
bien claire quant aux objectifs poursuivis. En résumé, on dit
qu'une personne en autorité peut conduire un enfant en danger sans trop
préciser la nature du danger dont il s'agit, devant un juge à qui
il appartient d'étudier le cas et de prendre les mesures qui s'imposent
ou encore de recommander au ministre de confier l'enfant à une
école ou à une autre institution.
Si on réfléchit quelque peu au sens que peut prendre la
protection de la jeunesse, c'est-à-dire la prévention, le
traitement, la notion de plus en plus acceptée qu'il faut tenter de
garder l'enfant dans son milieu, les droits de l'enfant qui peuvent être
identifiés et bien définis, on se rend compte que la
portée de la loi actuelle est extrêmement limitée et assez
contraire à ses objectifs.
Pourtant, malgré ceci, comme je l'ai souligné au
début, très peu a été dit à part ce qui a pu
être dit dans les travaux de la commission d'enquête sur
l'administration de la justice ou encore ce qui a pu être dit à la
commission d'enquête sur la santé et le bien-être social.
Très peu a été dit ou écrit pour corriger cette
situation et ceci aussi bien à titre de suggestions que de
recommandations bien concrètes et précises.
En fait, à mon sens, on ne peut que conclure, quand nous
examinons l'écart entre la réalité et l'état de la
législation dans ce secteur, que les problèmes de l'enfance
délinquante, l'enfance soumise à des dangers, quant à sa
santé, quant à sa sécurité, sont des
problèmes qui, malheureusement, ne semblent pas susciter dans la
population en général tout l'intérêt que de tels
problèmes méritent, d'autant plus que les mesures de
prévention, les mesures de réadaptation, tout
particulièrement, ne sont qu'efficaces que pour autant qu'elles
s'inscrivent vraiment dans le milieu de vie où se trouvent les enfants
de façon générale.
La prevention de la délinquance peut difficilement se faire par
voie législative, de même que la réadaptation des jeunes
délinquants ou des enfants qui ont eu à subir des situations
difficiles.
Alors, par le projet de loi 65, nous avons voulu proposer une refonte de
la Loi actuelle de la protection de la jeunesse, la Loi de la clinique d'aide
à l'enfance, qui y est étroitement reliée, la Loi relative
aux enfants trouvés, placés dans certaines institutions. Nous
sommes conscients que ce projet de loi ne fait pas le tour de toutes les
questions reliées à l'enfance, telles que la question du
développement des divers types de ressources nécessaires dans ce
secteur. Nous croyons que ce type de questions appartient beaucoup plus
à celle de l'allocation des ressources, à la planification du
développement des ressources. Elle ne fait pas non plus le tour
de ce que l'on pourrait appeler un code de l'enfance. Ce n'était
pas notre intention à ce moment-ci. Il y a des questions beaucoup plus
concrètes, plus précises, plus urgentes que nous voulions
aborder, sans pour autant nier l'importance des autres questions.
Quant au projet de loi lui-même, je pense que, par rapport
à la loi actuelle, la principale caractéristique du projet de loi
réside dans la proposition de créer au ministère de la
Justice un service de protection de la jeunesse; le but de ce service est de
permettre à l'avenir de faire d'abord une distinction nette entre les
cas de protection et les cas de délinquance soumis à la cour de
Bien-être social et, selon les propositions du projet, les cas de
protection devront tous être soumis au service de protection pour
analyse. Ce service pourra décider s'il y a lieu de poursuivre avec le
dossier ou de le fermer, et si la décision est prise de poursuivre le
dossier, alors là, de le référer soit à la cour
soit aux centres de services sociaux de telle sorte que les dangers auxquels
sont soumis les enfants puissent être éliminés selon les
moyens pris.
Les dispositions générales du projet de loi innovent aussi
par rapport à la loi actuelle en ce sens que et le ministre des Affaires
sociales et le ministre de la Justice sont chargés de promouvoir
l'intérêt des enfants et de prendre des mesures pour qu'ils
reçoivent une protection efficace.
On n'a quà se référer à la
réalité pour voir jusqu'à quel point, dans la vie
courante, les enfants qui font face à des situations difficiles, aussi
bien au plan du besoin de protection qu'au plan de la délinquance, ne se
retrouvent pas uniquement face à un type d'organismes, soit ceux du
ministère des Affaires sociales, mais se retrouvent également en
liaison plus ou moins étroite avec certains types de services qui
relèvent, de façon générale, du domaine de la
justice.
Aux fins de protéger les enfants, on croit qu'il est important
que toute personne majeure soit tenue de signaler aux autorités
compétentes les situations qui, à leur connaissance, sont
susceptibles de mettre en danger la sécurité, le
développement ou la santé d'un enfant; ceci pour des causes
identifiées, soit le fait qu'un enfant soit délaissé, soit
soumis à de mauvais traitements. C'est le type de situation que l'on
trouve, comme vous pouvez le constater. Que l'enfant soit soumis ou soit sujet
à des troubles caractériels sérieux, ce qui peut mettre en
danger sa santé ou sa sécurité, ou encore qu'il soit dans
un milieu considéré comme étant néfaste, pouvant
devenir susceptible de développer la délinquance, dans un milieu
où l'incon-duite des parents soit telle que l'enfant soit en danger
quant à sa sécurité, quand à sa santé ou
à son développement.
Tous les cas portés à l'attention du service de protection
de la jeunesse, selon les propositions du projet de loi, devront faire l'objet
d'une analyse. Si vous avez remarqué, dans le projet de loi, ce service
de la protection de la jeunesse devra être doté de professionnels
de diverses disciplines, avocats, psychologues, travailleurs sociaux,
médecins. De telle sorte qu'avant d'aller plus loin, une analyse aussi
adéquate que possible des antécédents de l'enfant, des
circonstances et des conditions dans lesquelles il vit et de tous les autres
éléments nécessaires, soit bien portée au dossier,
de telle sorte que le directeur du service puisse décider s'il y a lieu
de poursuivre l'étude du cas, oui ou non.
Le service de protection, évidemment, devra faire ses
recommandations à la suite de son étude du dossier. Si l'on
décide, comme je le disais plus tôt, que le cas doit être
déféré soit à la cour, soit à un centre de
services sociaux, le dossier devra alors être transmis de telle sorte que
le juge de la cour de Bien-Etre social soit bien en mesure d'apprécier
tous les éléments pertinents ou encore que le centre de services
sociaux soit bien en mesure d'avoir tous les éléments en main
avant de déterminer ce qui doit être fait pour assurer la
protection de l'enfant.
Des dispositions sont comprises dans le projet de loi pour éviter
l'hébergement d'enfants pour des motifs qui ne seraient pas valables.
Ces dispositions nous apparaissent nécessaires lorsque l'on constate
l'état actuel de la situation. Encore là il faut se reporter, il
me semble, pour apprécier, analyser ou évaluer les dispositions
qui sont proposées, non pas à une discussion tellement de
principe uniquement, mais aussi à la situation telle qu'elle est
vécue quotidiennement. Les décisions qui pourront être
prises par la cour, si un dossier est déféré à la
cour de Bien-Etre social, sont également énumérées
dans le projet de loi et l'on voit que l'éventail est beaucoup plus
large que dans la loi actuelle. En d'autres termes, le juge pourra
décider de laisser l'enfant dans son milieu familial c'est la
première option, celle qui doit être favorisée et
ordonner aux parents de fournir la protection que la cour peut
déterminer.
Deuxièmement, ordonner à certaines personnes de ne pas
entrer en contact avec un enfant. Encore là je pense que l'esprit est
assez différent de ce qui se produit dans certains cas
présentement. Si les renseignements que nous avons sont exacts, si un
enfant est soumis à un danger, il est susceptible d'être
placé à l'écart. Il peut donc en résulter des
conséquences assez négatives s'il est extrait de son milieu alors
que la cause du danger auquel est soumis l'enfant provient d'une personne
identifiée assez clairement. C'est la raison de cette deuxième
option.
La troisième option consiste à confier la garde de
l'enfant à une autre personne.
La quatrième option consiste à confier la charge de
l'enfant à un centre de services sociaux qui, lui, selon le dossier, et
s'il obtient une ordonnance à cet effet, pourra le placer dans un foyer
nourricier ou encore dans une institution, si l'enfant, pour des troubles
carac-
tériels, par exemple, a besoin de traitements de
réadaptation, ou encore la cour pourra directement ordonner
l'hébergement de l'enfant dans un centre d'accueil ou dans une famille
et ceci, par l'intermédiaire d'un centre de services sociaux, ce centre
ayant les renseignements nécessaires sur les institutions qui existent,
sur les places disponibles; ce centre ayant également la
responsabilité du recrutement des foyers nourriciers, de leur
évaluation et du contrôle des foyers nourriciers. Encore
là, il y a une distinction par rapport à la situation actuelle
parce que, présentement, les décisions des juges sont
considérées par les institutions comme n'étant pas
nécessairement exécutoires avec le résultat que, si une
institution a certains règlements quant aux types d'enfants qu'elle
accepte... nous avons vécu la situation où un enfant est
dirigé vers une institution par la cour de Bien-être et
l'institution refuse de le recevoir. L'enfant commence alors la ronde des
institu tions ou des foyers nourriciers ou encore, comme c'était le cas
il y a une couple d'années, on le retrouvait, dans certains cas, dans
les prisons communes. C'est une situation qui, avec raison, a été
dénoncée et que nous avons tenté, dans l'état
actuel de la législation, de corriger.
On spécifie également que l'hébergement obligatoire
d'un enfant pour fins de traitement, de réadaptation, ne devrait pas
pouvoir excéder une période de deux ans. Ce n'est pas une
période fixe. On croit que, dans toute la mesure du possible,
l'hébergement d'un enfant dans un foyer nourricier ou encore dans une
institution, devrait être aussi bref que possible. Le but de cette
disposition n'est donc pas de fixer une norme indicative, mais plutôt de
fixer une limite maximum.
Suite au dépôt du projet de loi, nous avons vu que certains
organismes et certaines personnes ont réagi de diverses façons
devant ce projet de loi et certains ont réagi de façon assez
véhémente.
A l'analyse de ces réactions, il nous a semblé qu'il
existait une certaine confusion dans ce secteur, par suite de l'existence en
parallèle à la Loi de la protection de la jeunesse de la Loi sur
les jeunes délinquants. C'est la raison pour laquelle il nous avait
semblé nécessaire d'envoyer une lettre aux journaux quotidiens
pour tenter de clarifier cette question, la distinction qui doit être
faite entre la Loi de la protection de la jeunesse et la Loi sur les jeunes
délinquants.
J'aimerais lire quelques extraits de cette lettre, parce que c'est une
question avec laquelle nous allons être confrontés au cours de nos
travaux. Je disais dans cette lettre que le droit criminel est de
compétence fédérale et que cela soit avantageux ou non
n'entre pas dans notre propos. En vertu de sa compétence en
matière criminelle, le gouvernement fédéral aadopté
la Loi sur les jeunes délinquants dont la constitu-tionnalité ne
semble pouvoir être sérieusement mise en doute. Cette loi a failli
être remplacée par le bill C-192 déposé à la
Chambre des communes, le 16 novembre 1970. Toutefois, le bill C-192 n'a jamais
été adopté, à cause des polémiques qu'il a
soulevées et la Loi sur les jeunes délinquants est toujours en
vigueur. La Loi sur les jeunes délinquants couvre tous les cas de
délinquance qui doivent, obligatoirement, être soumis à la
cour, selon les modalités prévues à cette loi. S'il y a
une loi punitive, c'est bien celle-là et nous ne pouvons y toucher.
Je donnais après ça la définition qui apparait dans
la loi fédérale de l'expression "jeune délinquant". "Jeune
délinquant" signifie enfant qui commet une infraction à
quelqu'une des dispositions du code criminel ou d'un statut
fédéral ou provincial, ou d'un règlement ou ordonnance
d'une municipalité ou qui est coupable d'immoralité sexuelle ou
de toute autre forme semblable de vice, ou qui, en raison de toute autre
infraction, est passible de détention dans une école industrielle
ou maison de correction pour les jeunes délinquants, en vertu d'un
statut fédéral ou provincial. La loi fédérale nous
explique ensuite à l'article 3 que le fait pour un enfant de commettre
des actes énumérés on a vu ceux qui sont
énumérés dans la définition constitue un
délit et que les délits doivent être soumis à la
cour.
Voilà l'extension de l'application de la loi
fédérale telle qu'on peut l'interpréter. Nous ne pouvons
faire autrement que de tenir compte de la loi fédérale et ne pas
empiéter sur son domaine d'application. Le projet de loi
québécois se situe à un autre niveau, parallèlement
à celui de la loi fédérale.
La loi fédérale traite de la délinquance, la loi
québécoise traite de la protection des jeunes dont la situation
risque de mettre en danger leur santé ou sécurité. Il
n'est donc pas question pour nous et ici, je cite dans la lettre ce qui
avait été dit dans une première analyse dans les journaux
ou un premier éditorial de tenir un enfant de huit ans
criminellement responsable de ses gestes. Ce domaine appartient à la loi
fédérale. Dès qu'il y a crime, il y a délit et
c'est la loi fédérale qui s'applique. On peut ne pas être
d'accord sur le texte de la loi fédérale mais on ne peut en
ignorer l'existence.
Quant à la création, c'est un autre aspect qui sera
repris, il me semblait nécessaire d'indiquer cette présence de la
loi fédérale sur les jeunes délinquants, son champ
d'application, du fait qu'on ait jugé, il y a deux ans, que cette loi
devait être modifiée afin de bien préciser que la Loi de la
protection de la jeunesse a un but bien limité tel que celui que
j'exposais au début.
Suite aux recommandations qui ont été formulées
dans les mémoires et aux analyses qui ont été faites de ce
projet de loi par certaines personnes, certains organismes, et
particulièrement compte tenu de la remarque que je faisais au tout
début quant à l'état des connaissances dans ce secteur, le
peu de discussion qui à entouré les problèmes qui existent
dans ce secteur, nous n'avons pas la prétention d'avoir
apporté des réponses parfaites et définitives
à tous les problèmes qui se soulèvent, même dans le
cadre de la Loi de la protection de la jeunesse.
C'est pourquoi nous sommes bien d'accord avec ceux qui nous demandent
d'étudier attentivement leurs représentations, de faire preuve
d'ouverture d'esprit dans l'étude de ce projet de loi et des
représentations qui vont nous être faites. C'est un secteur
extrêmement important. On ne peut ignorer que, bien souvent, l'avenir
d'une personne est conditionné et déterminé, dans une
large mesure, au cours de son enfance, au cours de sa jeunesse, et que les
interventions qui peuvent être faites pendant l'enfance, la jeunesse
d'une personne, si elles ne sont pas appropriées ou à propos,
peuvent entraîner, pour l'avenir de cette personne, des
conséquences très graves.
C'est la raison principale pour laquelle nous croyons qu'il est
extrêmement important de faire précéder toute action par
une étude aussi complète que possible des
antécédents d'un enfant ou d'un jeune, des circonstances qui ont
pu faire en sorte que la situation de cet enfant est portée à
l'attention du service de la protection de la jeunesse avant que quelque
décision, à l'endroit de cet enfant, ne soit prise.
Dans les mémoires qui nous sont soumis, comme je l'ai
mentionné au début, certaines questions qui, à notre avis,
débordent ce projet de loi vont être soulevées.
Comme je le mentionnais tantôt, cela n'est pas minimiser
l'importance de ces questions dans notre esprit que de ne pas les retrouver
nécessairement dans le projet de loi, parce que ce dernier a un but
très spécifique et bien précis, celui de la protection de
la jeunesse.
Aussi, afin d'être mieux en mesure d'apprécier
concrètement les problèmes qui existent et qui nécessitent
au plan législatif des solutions plus urgentes que d'autres, avant de
passer à l'étude des mémoires, je proposerais aux membres
de la commission que nous nous entendions, si possible, sur un certain
programme de travail. Et je suggérerais que nous visitions certaines de
nos institutions, que nous puissions rencontrer les directeurs de ces
institutions, certains membres du personnel qui ont la responsabilité
des programmes de réadaptation, de la vie à l'intérieur de
ces institutions et aussi non pas en séance publique à ce
moment, mais en séance privée, je crois, de telle sorte que les
enfants parlent librement que nous rencontrions, comme membres de la
commission, certains de ces enfants, de telle sorte que nous puissions voir par
quelles expériences ils ont pu passer, que nous puissions identifier
beaucoup plus clairement certaines des lacunes du système actuel et que
nous puissions avoir une meilleure connaissance de la réalité
avant d'aborder les mémoires.
J'ai visité, et je suis certain que l'ancien ministre a
visité certaines de ces institutions, a eu à discuter avec les
directeurs de ces institu- tions, a eu à discuter avec les officiers de
probation, a certainement été mis au fait des expériences
qu'ont vécues certains enfants. A moins d'avoir été
exposé à ce type de contact, il est extrêmement difficile
de bien percevoir la réalité de ce monde de la protection de la
jeunesse. C'est pourquoi je fais cette suggestion, avant que nous entrions dans
l'analyse des mémoires, de telle sorte que nous soyons mieux en mesure
d'analyser les recommandations que les organismes nous font et de les
apprécier à leur juste valeur.
Je ne voudrais pas, pour le moment, prolonger le programme de travail,
mais si cette proposition semblait acceptable aux membres de la commission,
nous pourrions revenir tantôt sur l'organisation de notre programme.
M. CHOQUETTE: Si vous permettez, je voudrais seulement dire quelques
mots à la suite du ministre des Affaires sociales. Peut-être que
mes observations auraient pu suivre les interventions des honorables
députés représentant les partis de l'Opposition.
Je voudrais seulement situer le projet de loi dans son contexte
administratif, c'est-à-dire dans les relations entre le ministère
des Affaires sociales et le ministère de la Justice ou entre, d'une
part, l'action du ministère des Affaires sociales dans le domaine de la
protection de la jeunesse et l'action du ministère de la Justice, soit
directement, par l'entremise de ses fonctionnaires, soit par l'action de ses
juges.
Je pense que tous sont conscients du fait que, dans les dernières
années, toute la question de la protection de l'enfance et de la
jeunesse a plutôt été confiée, dans la
quasi-totalité de ses aspects, au ministère des Affaires
sociales.
Cela a correspondu, à mon sens, à une vision de la
réalité qui prévalait à ce moment-là.
C'est-à-dire, aussitôt qu'on touchait aux questions de l'enfance,
il était préférable de tenter de régler ces
problèmes-là par des travailleurs sociaux ou des officiers de
probation ayant une formation nettement sociale et que l'intervention
judiciaire sur l'enfance avait plutôt une caractéristique
traumatisante. C'est ce qui fait qu'au cours des années soixante, le
législateur a opté pour une solution que je qualifierais de
sociale aux problèmes de l'enfance plutôt qu'une solution
judiciaire.
Par contre, il faut admettre que cette orientation qui a
été soulignée très fortement à cette
époque-là a donné lieu à des défauts de
coordination entre l'action des deux ministères. Cela a peut-être
résulté du fait que dans le monde de la justice on ne s'est pas
préoccupé suffisamment des problèmes de la jeunesse. Je
serais très prêt à admettre que la préoccupation de
ceux qui avaient une formation juridique que ce soit au niveau des avocats, des
juges, ou des fonctionnaires de la justice, orientait peut-être ces
derniers dans un sens qui permettait de juger qu'ils n'étaient
peut-être pas aptes à comprendre toutes les dimensions des
problèmes de la
jeunesse. Mais l'orientation qui a été adoptée dans
ce temps-là, sans lui faire des reproches a posteriori, à mon
sens, n'a pas tenu compte de la nécessité d'une double action
très coordonnée de la part des affaires sociales et de la
justice; le projet de loi tente de faire une synthèse entre ces deux
orientations pour le bien-être de l'enfance.
Aujourd'hui, tout le monde se rend compte que dans le monde juridique,
l'apport des sciences sociales et des sciences humaines est absolument
nécessaire et qu'on ne peut pas traiter des problèmes humains, en
particulier ceux de l'enfance, strictement à l'aide d'une
législation tout à fait précise, offrant un
caractère de légalisme qui soit trop poussé. Il faut
à la fois reconnaître l'apport des sciences humaines et des
sciences sociales à tout ce domaine-là et il nous faut le
reconnaître, nous qui appartenons au monde juridique.
D'un autre côté, dans le monde des affaires sociales, on
doit également, je crois, reconnaître le rôle du juriste
même lorsqu'il s'agit de questions qui relèvent de l'enfance parce
que les droits de l'enfant et tout le domaine juridique qui touche à
l'enfance doit être décidé en vertu de certaines
règles établies par le législateur et ne peut pas
être laissé totalement à l'arbitraire le mot est
peut-être excessif de celui de la protection de la jeunesse ou
celui de la probation.
Je crois que les deux sphères d'activité doivent
être réconciliées et le projet de loi, peut-être
imparfaitement, tente une certaine réconciliation, la création
d'un certain équilibre. J'ajouterai que nous sommes devenus de plus en
plus conscients du fait de l'application du "due process of law", autant aux
enfants qu'aux adultes. On ne peut pas, pour les enfants qui ont droit à
la protection, leur laisser un traitement qui fasse en sorte qu'on dispose de
leur cas sans référence à une certaine procédure,
procédure que nous voulons la moins traumatisante possible, mais
procédure qui fera en sorte qu'on pourra garantir quand même les
droits légitimes de l'enfant ou les droits de ceux qui
comparaîtraient devant les tribunaux.
Le projet de loi s'inspire de ces deux notions. Premièrement,
nécessité de réconcilier ceux qui oeuvrent à
l'intérieur du social avec ceux qui oeuvrent dans le domaine juridique.
Deuxièmement, également, l'introduction du "due process of law"
pour autant qu'il s'applique aux enfants. Je voudrais signaler que certaines
critiques qui s'adressent au projet de loi, tout en ayant une valeur, à
mon sens, me semblent prématurées. Ainsi, j'ai lu, dans un
certain nombre de mémoires, que le projet était incomplet,
surtout en ce que les droits de l'enfant n'étaient pas
énoncés avec suffisamment de précision ou encore
n'étaient pas énoncés du tout. Je tiens à remarquer
qu'il n'y a pas de doute que, vu le contexte de la société
actuelle, la famille, les notions de droit traditionnel qui s'attachaient
à la famille sont bouleversées fondamentalement. Ceci a des
répercussions, non seulement au point de vue des relations entre les
conjoints à l'intérieur du mariage, mais également entre
les conjoints, c'est-à-dire les parents, et les enfants.
Aujourd'hui, à l'Office de révision du code civil, on est
en train de réétudier les chapitres qui traitent du mariage, de
l'afiliation, des droits de l'autorité paternelle. Je crois que nous ne
pouvons reconnaître que la critique formulée à
l'égard du projet de loi soit entièrement fondée, dans ce
sens que tout en reconnaissant qu'il y a tout un travail législatif
à faire pour réadapter le droit familial aux conditions modernes,
je ne pense pas qu'on puisse en tenir grief au législateur actuel
lorsqu'il essaie de régler certains problèmes concrets et
réels de ne pas immédiatement aborder toute la question du
droit familial. C'est une question qui requiert énormément de
réflexion et énormément de travail. Je crois qu'il faut
laisser des organismes, tels l'Office de révision du code civil,
continuer à faire leur travail dans ce domaine, et,
éventuellement, nous proposer une législation qui sera plus
conforme aux conditions de vie actuelles. Il en va de même, dans une
certaine mesure, du tribunal de la famille. On sait que voilà une
question qui intéresse énormément de citoyens à
l'heure actuelle. Je ne serais pas surpris de voir que tous les partis
politiques représentés à la table, ici aujourd'hui, se
soient prononcés en faveur du principe de la création d'un
tribunal de la famille. Par conséquent, ce n'est pas la création
d'un tribunal qui est vraiment en cause. C'est l'organisation de ce tribunal,
ses responsabilités, comment il se situerait à l'intérieur
du système judiciaire, comment le situer à l'intérieur
d'un système fédéral, comment réconcilier à
la fois le criminel et le pénal d'un côté, et d'un autre
côté, le civil, les droits civils des individus, et comment le
réconcilier avec un système de protection de l'enfance qui est un
peu extérieur aux notions traditionnelles de droit criminel ou
pénal d'une part ou de droit civil d'autre part.
La création du tribunal de la famille n'est contestée
nulle part comme un objectif légitime pour nous. Elle est, au contraire,
dans les prévisions de tous ceux qui sont ici présents. Mais, sa
création n'est pas chose facile. Actuellement, l'Office de
révision du code civil a justement été chargé
d'étudier la question.
J'avais l'occasion, récemment, d'inaugurer une réunion,
qui fut tenue au Château Frontenac, au cours de laquelle toutes les
commissions de révision des lois des autres provinces et du Canada
étaient réunies, justement pour étudier la question du
tribunal de la famille. Et notre Office de révision du code civil
à cette occasion, a présenté le résultat de ses
travaux dans le domaine du tribunal de la famille, un document fort
intéressant et, à mon sens, qui pouvait faire la base d'une
discussion sérieuse sur le sujet. Actuellement, je ne suis pas en mesure
de rendre ce document public, parce
qu'il fait encore l'objet de discussions au sein de l'Office de
révision du code civil, de discussions confidentielles, mais
peut-être qu'avec la permission des auteurs, je pourrai le rendre public
en temps et lieu. Je tenais à mentionner cette question de tribunal de
la famille parce que, dans un certain nombre de critiques qui sont
adressées sur le projet de loi, il semble qu'on trouve que l'effort du
gouvernement est insuffisant dans le domaine de la protection de l'enfance et
insuffisant dans le domaine de la législation de la famille, dans
l'organisation d'un tribunal de la famille. Je n'ai pas besoin de souligner la
complexité des questions qui sont soulevées par de tels projets,
mais on peut être assuré que ces questions ne nous laissent pas
indifférents, qu'au contraire, elle nous intéressent au premier
chef et que le projet qui est présenté ne cherche sûrement
pas à être une réponse à ces questions qui ont une
portée beaucoup plus générale.
Parmi les autres critiques que j'ai notées à
l'égard du projet de loi, on disait qu'il ne répondait pas au
problème de l'absence de ressources dans le domaine de l'enfance. Il va
de soi qu'un projet comme tel ne peut pas répondre au problème de
l'absence de ressources, soit que l'on parle de ressources humaines, telles que
travailleurs sociaux, officiers de probation, ou soit qu'on parle de ressources
institutionnelles, telles qu'institutions d'hébergement pour les
enfants, soit qu'on parle de ressources communautaires, c'est-à-dire
création de comités de citoyens pour venir aider la cour en
rapport avec les cas d'enfants qui présentent des difficultés. Je
pense bien que le ministre des Affaires sociales serait le premier à
admettre que nos ressources sont insuffisamment développées et
qu'il faudra, sans aucun doute, faire un effort de ce
côté-là. Mais le projet de loi, il faut quand même le
situer dans une perspective un peu plus modeste. Il ne cherche pas non plus
et il ne le peut pas, je pense bien à répondre
instantanément à tout ce problème de ressources.
Je voudrais conclure mes observations en disant ceci: Je trouverais
regrettable qu'à l'occasion d'un effort du gouvernement pour
remédier à certaines carences qui existent dans le domaine de la
protection de l'enfance, on soulève toutes sortes de discussions sur des
aspects tout à fait collatéraux par rapport au projet de loi.
Malgré que je reconnaisse la valeur d'interventions qui peuvent
être faites sur ces questions-là, que ce soit sur des questions de
législation relative à la famille, à l'enfance, que ce
soit sur le tribunal de la famille ou que ce soit sur la question des
ressources qui sont consacrées à ce domaine-là, comme je
l'ai dit tout à l'heure, il va de soi qu'un effort gouvernemental de ce
côté-là s'impose. C'est tout ce que j'avais à dire
au début de ces séances.
LE PRESIDENT (M. Bacon): Le député de Montmagny.
M. CLOUTIER (Montmagny): J'ai écouté avec grande attention
les deux ministres responsables de cette loi devant l'Assemblée
nationale, même si elle est inscrite au nom du leader parlementaire. Un
certain nombre de choses m'a frappé. D'abord, la première chose
je ne le dis pas de façon péjorative, mais je pense bien
que les autres membres de la commission en ont été conscients eux
aussi c'est la nouvelle, ce qui me semble être maintenant la
nouvelle attitude des deux ministres face à cette loi importante. Au
moment du dépôt de la loi, en décembre 1971, nous, de
l'Opposition, avions eu l'impression que le gouvernement voulait
procéder assez rapidement avec cette loi 65.
Nous avions demandé, nous avions insisté, je me souviens
même des questions que nous avions posées à l'article qui
traitait de l'ordre des travaux de la Chambre, pour que cette loi soit
référée à une commission parlementaire qui
maintenant siège, ce matin, pour la première fois. Il nous est
apparu à ce moment-là que le gouvernement pour ne pas dire
les deux ministres impliqués hésitait à
déférer cette loi à la commission parlementaire. Cela a
été accepté. Les nombreux mémoires ont maintenant
été déposés devant la commission parlementaire et
une lecture très rapide nous a fait prendre connaissance de certaines
réactions. Ce n'est peut-être pas de l'opposition. Dans certains
milieux, il y a une opposition très farouche à l'endroit de la
loi 65, de la Loi de la protection de la jeunesse, telle que
rédigée. Dans certains autres milieux, on a des réserves
très sérieuses à l'endroit de cette loi. Comme le ministre
des Affaires sociales l'a dit tantôt, c'est la première fois que,
assez récemment, on s'attaque à ce problème de la
jeunesse. On a légiféré dans le domaine social,
particulièrement dans le domaine de la justice, sur toutes sortes de
choses. Nous avons actuellement encore des lois devant la Chambre; ce sont des
lois importantes, comme le code des professions et comme le code des loyers,
qui concernent les deux ministre qui sont ici, mais c'est la première
fois qu'on entre véritablement dans le secteur de l'enfance, dans le
secteur de la protection de la jeunesse. Au moment où on va entreprendre
une réflexion dans ce secteur important, alors que les problèmes
dans ce domaine sont beaucoup plus aigus qu'ils étaient autrefois, pour
toutes sortes de raisons, contexte dans lequel on vit, il faut entreprendre
l'étude de cette loi avec beaucoup de prudence et aller le plus possible
au fond de la question.
J'écoutais le ministre de la Justice tantôt. Il m'a
semblé poser le problème d'abord en faisant des observatons sur
la collaboration des deux ministères, le ministère de la Justice
et le ministère des Affaires sociales. Je pense que c'est à bon
droit qu'il a dit que cette collaboration n'a pas toujours été
fructueuse; la collaboration a sans doute existé, des essais ont
été faits, mais est-ce que cela a toujours débouché
sur des résultats concrets, intéressants ou souhaités.
Cela n'a pas toujours été le cas et ce ne
l'est pas non plus actuellement. Pour ma part, j'ai eu l'occasion bien
souvent de discuter du problème avec feu M. Bertrand, qui était
le ministre de la Justice. J'en ai discuté aussi avec mon
collègue, le député de Maskinongé, qui a aussi
été ministre de la Justice. J'en ai discuté à titre
de ministre des Affaires sociales. C'était un domaine de coordination
extrêmement complexe entre les deux ministères parce
qu'interviennent des mécanismes tels que ceux de la cour du
Bien-être social. Ce n'est pas facile. Il y a des mécanismes qui
interviennent, des mécanismes auxquels on se réfère, mais
auxquels on ne peut presque pas toucher. Il y a aussi, dans le fonctionnarisme,
des deux côtés, de la Justice et des Affaires sociales, toute une
tradition de travail chez les officiers de probation. On ne voit
peut-être pas le problème dans le même contexte. Ce n'est
pas facile de prendre deux philosophies, deux approches différentes, de
les concilier et de faire que l'enfant qui est pris dans tout ce réseau
réseau qui l'amène de temps en temps devant le
ministère des Affaires sociales, qui l'amène aussi de temps en
temps devant le minsitère de la Justice par la cour du Bien-être
social reçoive véritablement des services, la protection
ou la réforme dont il a besoin.
C'est pour cela qu'on a toujours approché ce problème,
qu'on l'a toujours discuté avec beaucoup de prudence, étant
donné le contexte que je viens de décrire. Je pense que tout le
monde sera d'accord sur la nécessité maintenant d'entrer dans
cette étude de la protection de la jeunesse. De quelle façon y
entrer? Je ne crois pas proposer, à l'Assemblée nationale, comme
on semblait vouloir le faire en décembre 1971, l'étude d'une loi,
de façon rapide, avec toutes ses implications.
Je ne crois pas que cela ait été la meilleure
façon.
La meilleure façon pour l'Assemblée nationale maintenant
d'étudier un projet de loi de cette importance, c'est d'y associer les
organismes, d'y associer le public. On le voit par le nombre de
mémoires. Ces mémoires ont été
préparés dans un temps qui n'était pas propice,
c'est-à-dire le temps des Fêtes et au cours du mois de janvier. On
présente un menu substantiel à la commission, soit environ 29
mémoires et. il y en aura peut-être d'autres qui viendront
s'ajouter. On constate vraiment l'intérêt que ce sujet a
suscité depuis ce temps. On l'a vu aussi par les media d'information. Il
y a eu beaucoup d'interventions de la part des organismes, on a fait
connaître publiquement les positions et aussi le nom des organismes. On
n'a qu"à consulter la liste de ceux qui ont fait des
représentations et qui veulent en faire devant la commission
parlementaire pour voir que cette question a sensibilisé beaucoup de
gens, beaucoup d'organismes. Un large secteur de la population est
sensibilisé aux problèmes de la protection de la jeunesse.
Je souhaite et je le sais par les exemples du passé
que les travaux de la commission parlementaire mettent en lumière toutes
les difficultés et la complexité de ce problème,
même si au terme des séances de la commission, on est
obligé on peut le prévoir dès maintenant de
modifier et de réimprimer le texte de la loi. Je pense bien que c'est le
cas pour le bill 65 de la protection de la jeunesse. Si on était
appelé à se prononcer aujourd'hui, à mon avis, les deux
ministres pourraient voter contre la loi telle que rédigée. Je
pense qu'ils auraient de sérieuses réserves. Il est important que
la commission parlementaire en fasse une étude approfondie, une
étude exhaustive, même si les problèmes soulevés ici
dépassent strictement le cadre de la législation. On n'est pas
là pour dire que tel mémoire ou telle réflexion
dépasse strictement la rédaction des articles, mais les
parlementaires qui sont ici sont désireux d'aller au fond du
problème soumis, d'en voir toutes les implications et toutes les
conséquences.
Le ministre nous a suggéré, tantôt comme programme
de travail, d'aller visiter des institutions. Je concours cent pour cent
à cette initiative. Même si le député de
Maskinongé et moi-même avons eu l'occasion, au cours de la
période de 1966 à 1970, de visiter plusieurs de ces institutions,
nous sommes désireux d'y retourner, d'abord pour voir de quelle
façon ces institutions ont évolué, de quelle façon
maintenant les problèmes sont perçus à l'intérieur
des institutions et de voir aussi dans le contexte actuel, dans le contexte de
cette loi qui nous est proposée, de quelle façon il pourrait y
avoir amélioration de la législation ou même changement de
perception. Parce que la loi 65, telle que présentée, ajoute une
dimension importan-te,soit celle du ministère de la Justice avec tout
son appareil du côté de la probation, toute son équipe. Je
ne parle pas des implications budgétaires, j'imagine que le ministre en
a parlé avec le ministre des Finances, cette question viendra plus tard.
Mais je considère le problème strictement quant à la
philosophie qui va se dégager de ce nouveau projet de loi 65, alors que
le ministère de la Justice va avoir un appareil relativement aux
officiers de probation et tout le personnel qui l'entoure, un organisme
important, une direction importante du ministère. C'est peut-être
un changement. Je faisais remarquer à mon collègue, le
député de Maskinongé, tantôt, que la cour du
Bien-Etre social avait des attributions. Elle continue d'en avoir, et elle en a
davantage par le projet de loi 65. Ce que je retiens et ce qui m'a
frappé, c'est que le ministre de la Justice disait tantôt qu'il
faut se préoccuper aussi de l'enfant selon les approches que l'on fait,
soit l'approche sociale, mais aussi l'approche juridique.
L'enfant, ce qui le frappe, quand il est pris dans tout ce
mécanisme, ce n'est pas l'approche sociale ou l'approche juridique,
c'est qu'il passe devant la cour du Bien-Etre social. Si l'appareil de justice
est pesant, étanche, c'est ça qui va le marquer. Ce n'est pas
l'approche sociale à la cour du Bien-Etre social.
L'enfant est pris dans le mécanisme. C'est l'approche qu'on va
avoir vis-à-vis de l'enfant, et les officiers de probation vont venir
décrire ça devant la commission parlementaire bien mieux qu'on ne
saurait le faire. Disons qu'on le fait ce matin d'une façon
peut-être un peu sommaire mais, au cours des travaux de la commission, on
aura l'occasion de demander des témoignages aux officiers de probation,
aux gens de la cour du Bien-Etre social qui travaillent avec les enfants, soit
dans le cadre de la protection ou dans le cadre de la délinquance.. Nous
aurons des témoignages qui vont nous éclairer.
M. le Président, ce sont quelques remarques que je voulais faire
au début de nos travaux. Nous avions hésité, comme
groupement, comme parti politique; nous avions étudié la loi 65.
Nous en avons discuté à plusieurs reprises. Nous avons
été fortement tentés, je vous l'avoue, de demander il y a
quelque temps le retrait pur et simple du projet de loi 65 pour une nouvelle
rédaction en soit faite, mais, cette fois-là, avec les deux
ministres concernés et un comité qui aurait pu être
formé des gens du milieu, des fonctionnaires qui oeuvrent dans ce
secteur, des officiers de probation, des organismes intéressés.
Il aurait fallu faire une consultation préalable, ce qui n'a
peut-être pas été fait. Cela a peut-être
été rédigé, mais en circuit assez fermé.
Nous avons donc été tentés de demander le retrait
du projet de loi, pour qu'il y ait une nouvelle rédaction, davantage en
communication avec tous les groupements intéressés afin que nous
partions, à la commission parlementaire, avec une loi qui aurait
déjà fait un minimum de consensus. Je ne dis pas que
ç'aurait fait le consensus de tous les organismes mais du moins un
minimum de consensus, ce qui n'est pas le cas actuellement.
Ce n'est pas le cas actuellement, et on le sent, on le voit, parce que
les deux ministres sont obligés de donner moult explications. Le
ministre des Affaires sociales a écrit aux journaux, a envoyé des
lettres aux quotidiens pour expliquer certains aspects du projet de loi qui,
lui semble-t-il, n'ont pas été saisis exactement, n'ont pas
été exactement compris.
C'est pour ça que je tiens également compte des remarques
du ministre de la Justice. Tantôt, il a parlé de l'Office de
révision du code civil. On sait que les travaux se poursuivent depuis un
certain nombre d'années et il reste beaucoup à faire dans ce
domaine-là. Le problème est très complexe. Je ne sais pas
si l'Office de révision du code civil a été associé
assez étroitement à la préparation de cette loi mais il
nous semble, sans que j'aie de détails sur cette remarque que je fais,
qu'il y aurait pu avoir davantage de consultation dans une révision et
une nouvelle version du projet de loi.
A tout événement, je souhaite que l'on procède,
dans la loi 65, Loi de la protection de la jeunesse, comme on l'a fait pour le
code des professions. Le ministre des Affaires sociales n'a pas attendu au
terme des séances de la commission pour proposer des amendements
importants au projet de loi de sorte que, quand les organismes viennent devant
la commission, on ne prend pas une grande partie du temps pour faire une
démonstration sur des articles qui, de toute façon, vont
être modifiés. C'est arrivé au cours de l'étude du
code des professions. On a commencé l'audition des mémoires au
mois de février et le ministre a annoncé des modifications
importantes au cours du mois de septembre.
Entre le mois de février et le mois de septembre, à peu
près tous les organismes sont revenus devant la commission avec les
mêmes revendications, les mêmes remarques, qui ont conduit à
des modifications importantes. Mais si ç'avait été
modifié au tout début, même au moment du dépôt
de la loi, les travaux auraient progressé plus rapidement.
C'est dans cet esprit-là que je le dis. D ne faudrait pas
attendre au terme des travaux de la commission pour nous annoncer des
modifications importantes si, déjà, de nos travaux, il se dessine
nettement que tel changement doit être apporté à la
loi.
Ce sont les remarques préliminaires que nous avions à
faire. Nous avons décidé, après discussion, de ne pas
demander le retrait du projet de loi 65 dans sa forme actuelle, parce que nous
voulons qu'il y ait des travaux d'étude, de réflexion sur ce
sujet. Nous n'exigeons pas le retrait parce que nous savons que, de toute
façon, le projet de loi qui sera étudié par la Chambre
sera réimprimé et sera complètement modifié. Cela
ne nous inspire pas de crainte parce que cela s'est déjà fait
pour plusieurs projets de loi. Je pense que c'est dans cet esprit que les deux
ministres, ce matin, déposent la loi comme un document de travail sur
lequel nous allons nous pencher. C'est dans cet esprit que la suggestion de
visiter les institutions a été faite. Au cours des visites des
institutions, nous allons rencontrer ceux qui travaillent à
l'intérieur de ces institutions, ceux qui travaillent dans le domaine de
la protection de la jeunesse, dans le domaine de la délinquance, et nous
entendrons les témoignages. Cela aidera les travaux de la
commission.
C'est dans cet esprit que nous abordons l'étude de la loi 65.
LE PRESIDENT (M. Lafrance): Le député de Dorchester.
M. GUAY: M. le Président, j'ai écouté attentivement
les explications des deux ministres présents à cette commission.
Je pense que même les deux ministres se posent des questions, au
départ, sur la raison pour laquelle le projet de loi a été
imprimé de cette façon. En plus d'avoir écouté ce
qui a été dit sur le sujet, j'ai lu tous les mémoires qui
sont déjà déposés. Et le ministre des Affaires
sociales l'a mentionné, plusieurs organismes semblent s'y oppo-
ser farouchement. La majorité des mémoires demandent le
retrait du projet de loi qui est présenté actuellement, en ce
sens, je crois, si nous saisissons bien leurs appréhensions, qu'ils ne
veulent pas pour autant que le problème soit oublié, parce que
c'est un problème urgent. C'est criant dans ce domaine.
Cependant, il ressort assez clairement, même dans les propos qui
ont été tenus à l'extérieur des mémoires,
que le projet de loi semblerait donner une mauvaise orientation à tout
le système en faisant dépendre le service de la protection du
service général de la probation du ministère de la
Justice.
Quand on situe bien le projet de loi comme entité, comme document
de travail, ce n'est pas honnête non plus de dire qu'il n'y a pas eu de
travail de fait dans ce sens. Cela serait malhonnête également de
dire qu'il n'y a pas de bonne volonté de la part de ceux qui ont
préparé ce projet de loi. Je le prends comme document qui est
déposé et qui sert de base à des travaux qui devront
être faits, qui devront donner lieu à l'amélioration d'une
loi. Et je m'empresse de dire que le législateur doit prendre le temps
qu'il faut.
Les organismes qui ont critiqué probablement à
raison, partiellement du moins le projet de loi, demandent une
étude beaucoup plus approfondie que celle qui a existé, parce que
les groupes qui ont présenté des mémoires ne veulent
surtout pas que ce projet de loi passe de façon rapide. Ils exigent
également la perfection dans un projet de loi. Je pense que c'est tout
à fait normal. Les ministres disent déjà, avant même
que l'étude du projet de loi soit commencée, que la loi est
déficiente. Je me demande s'il n'y aurait pas lieu de prendre tout le
temps nécessaire. Le ministre nous dit: Nous devrions aller visiter des
institutions. Je pense que c'est une des façons de capter le
problème dans toute sa dimension et probablement d'apporter des
solutions qui semblent le plus appropriées. C'est loin d'être
mauvais parce que, pour une fois, le législateur va vivre dans le
contexte qui va donner lieu à une loi.
Probablement que les discussions qui auront lieu autour du projet de loi
débordent ou déborderont le contexte de la loi,
c'est-à-dire le champ que le projet de loi couvre. Mais nous nous
rendons compte qu'il y a longtemps qu'il n'y a pas eu de chose importante de
faite dans ce domaine et ceux qui en discutent actuellement, ceux qui
l'étudient encore, ne désirent pas une solution partielle. Ils
voudraient avoir une solution beaucoup plus complète, beaucoup plus
globale, peut-être justement à cause de la nécessité
d'une équipe multidisciplinaire qui devra travailler dans le milieu
parce qu'une loi sera encore, je pense bien, une loi-cadre.
Il ne faut surtout pas commettre d'erreur si on veut corriger une loi
qui existait.
Plusieurs ont mentionné également qu'on devra créer
le tribunal de la famille. Nous avons déjà eu le ministère
de la Famille. Je pense qu'il y a déjà eu le ministère de
la Jeunesse aussi, qui a été abandonné de nom, du moins.
Nous nous demandons un peu pourquoi. Je pense que cette étude serait le
moment tout indiqué ou l'occasion de repenser cet organisme, qu'on
pourrait appeler le tribunal de la famille et de l'enfance. Je pense qu'on
devrait profiter de l'occasion pour se servir, en même temps, de toutes
les personnes qui ont fonctionné et ont fait un travail dans ce domaine
et qui y travaillent encore. C'est peut-être justement là la
grande valeur de la visite de ce qui existe actuellement parce que nous serons
en mesure, en même temps, d'évaluer les possibilités,
d'évaluer ce qu'il y a de disponible.
C'est beau de faire une loi et de vouloir protéger l'enfance,
sauf qu'il faut également regarder ce qu'on a comme outil. Il va falloir
faire l'évaluation complète des possibilités que l'on a.
Bien sûr que, si on s'arrête au texte de la loi actuellement, on
doit dire, comme plusieurs groupes, que ça semble s'éloigner
drôlement de la philosophie qui a animé les lois dans le
passé. On veut encore délimiter des champs d'activité. Les
groupes s'y opposent, je ne sais pas pour quelle raison au juste. J'aimerais
mieux qu'ils viennent nous le dire à cette commission parlementaire,
sauf qu'il y a quand même des gens qui ont l'expérience dans le
domaine et qui sont très farouches. Je pense que cette peur est de
produire une loi qui ne donnerait pas satisfaction au problème
présent d'abord, puis avec une certaine projection d'avenir.
Je souhaite, évidemment, que tous les groupes, tous ceux qui ont
une expérience quelconque dans le domaine, viennent faire
bénéficier la commission parlementaire de ce qu'ils ont
vécu, de ce qu'ils savent actuellement, pour que le législateur
soit en mesure de faire une loi qui non seulement sera plus acceptable mais
plus bénéfique pour les Québécois.
En résumé, c'est peut-être un long travail qui
commence, un travail qui ne sera pas facile, mais un travail que le
législateur doit faire. Des lois seront abrogées par celle qui
sera adaptée par la Chambre éventuellement et qui devra
être, bien sûr, meilleure que celles qui existaient. Pour cela, il
faudra que les ministères concernés se laissent aider et qu'on
bénéficie, encore une fois, des gens qui voudront venir nous
aider. Merci!
LE PRESIDENT (M. Lafrance): Le député de Bourget.
M. LAURIN: A l'orée de nos travaux je voudrais, moi aussi,
exprimer au nom de mon parti, mais brièvement, les opinions initiales
que suscite chez nous le présent projet de loi. L'enfant du
siècle inquiète de plus en plus les parents qui doivent
l'élever, les travailleurs sociaux et tous les autres professionnels qui
doivent s'en occuper, les législateurs également, ainsi que la
société en général, car la marche de
l'évolution s'accroît, notre société se
transfor-
me, et il est évident que l'enfant en souffre, dans le bon et
dans le mauvais sens du terme, beaucoup. Par ailleurs, en raison
peut-être de ces transformations rapides, les études sur l'enfant
n'ont jamais été aussi nombreuses et nous viennent de tous les
azimuts, au point qu'on peut dire de plus en plus que nous sommes entrés
dans le siècle de l'enfant.
Il est évidemment difficile, comme les deux ministres l'ont dit,
de traduire aussi rapidement qu'on le voudrait en termes législatifs les
résultats de ces innombrables études car il faut en tirer la
substantifique moelle; il faut ordonner les résultats, les conclusions,
et il faut surtout établir la cohérence à
l'intérieur de toutes les conclusions, orientations, perspectives que
l'on veut adopter.
Il reste cependant qu'il ne faudrait pas trop tabler sur le temps dans
ces matières, car, justement, ce qui se passe dans la
société a de quoi inquiéter tout le monde, et il faudrait
que le législateur presse le pas le plus possible, surtout quand nous
savons que les lois ne reviennent pas souvent, une fois adoptées, devant
l'attention du législateur.
Le ministre nous soulignait lui-même que la loi que le
présent projet de loi amende a été adoptée il y a
plus de 20 ans; or, nous savons que le législateur, avec la somme des
préoccupations qui sont les siennes, n'est pas tenté de revenir
bien souvent avec des projets de loi et surtout même sur des
matières importantes, justement parce que la controverse y est plus
aiguë ou plus passionnée.
Il faudrait donc profiter, maintenant que nous sommes en train
d'examiner ce projet de loi, de toutes les études, opinions qui ont
été exprimées jusqu'à présent, il faudrait
porter à notre attention, c'est-à-dire à l'attention des
partis d'Opposition, les résultats de ces études afin que nous
puissions appliquer à l'étude du projet de loi le plus de
connaissances possible.
J'ai noté, évidemment, avec tout le monde, que le ministre
de la Justice est très content des travaux qui se poursuivent
actuellement à l'Office de révision du code civil. A l'occasion
de l'étude de quelques autres lois sur les droits de l'enfant naturel,
par exemple, nous avons pu nous rendre compte en effet de la qualité des
travaux de l'Office de révision du code civil. Je suis heureux
d'apprendre ce matin que cet office tente un effort maximal pour adapter le
droit familial aux conditions modernes. C'est véritablement une
tâche importante et essentielle. J'aimerais cependant que cet office
travaille d'une façon moins concrète, de plusieurs façons.
J'aimerais savoir, par exemple, si l'Office de révision du code civil
consulte tous les spécialistes en sciences humaines avant d'essayer de
traduire en termes juridiques les nouvelles orientations de notre
société. Peut-être que le ministre pourra me
répondre là-dessus. De toute façon, si cela ne se fait
pas, je pense que cela devrait se faire.
J'aimerais aussi que l'Office de révision du code civil nous
communique, à nous de l'Opposition, sinon la totalité des
résultats de ses travaux, du moins un résumé de ses
travaux, surtout lorsque nous avons à étudier un projet de loi
comme celui-ci où nous aurions grandement profit à utiliser, dans
nos discussions ou dans les suggestions que nous pourrions faire, les
résultats d'études rigoureuses qu'il mène depuis quelques
années dans ce domaine. Je pense que cela pourrait éclairer notre
lanterne de la façon la plus judicieuse qui soit. De toute façon,
je pense que nous devrions profiter de l'occasion pour aller le plus loin
possible et le plus rapidement possible. Je reconnais avec les deux ministres
que la portée du projet de loi est limitée. Je reconnais que,
dans un domaine aussi mouvant et évolutif, on ne peut pas fixer
immédiatement la somme des connaissances qui nous sont fournies ou
harmoniser les opinions, les tendances ou les perspectives qui nous sont
offertes. Mais, étant donné que l'occasion ne s'en
présente pas si souvent, il faudrait profiter de cette occasion pour
faire le débat le plus aéré, le plus public et le plus
complet qu'il soit, afin qu'il en sorte, au terme de nos travaux, la meilleure
loi qui soit. Pour cela, il sera peut-être nécessaire, comme
disait mon collègue de Dorchester, de déborder, ne serait-ce
qu'au stade de la discussion, la portée du projet de loi. Ceci nous
amènera, lorsque le moment sera venu de légiférer,
à situer cette loi dans un contexte social qui soit, pour nous en tout
cas, plus exact, car une loi ne peut que s'insérer dans un contexte
social, et si l'on veut qu'elle s'insère le mieux du monde dans ce
contexte, il nous faut des renseignements qui nous permettront
d'apprécier ce contexte.
Le débat public sur ce projet de loi de la protection de la
jeunesse s'est tout d'abord axé sur le transfert de juridiction du
service de probation.
Pour nous, c'est un des éléments, mais ce n'est qu'un des
éléments du projet de loi. D'ailleurs, nous l'avons vu,
heureusement, le débat s'est orienté rapidement sur des questions
plus fondamentales. Dans ce secteur, comme dans bien d'autres, le Québec
ne peut se donner une politique cohérente et originale le
ministre l'a souligné étant donné la
compétence fédérale sur le droit criminel. En effet, c'est
la Loi sur les jeunes délinquants, SRC 1970, J-3, qui est loin
d'être parfaite, comme le ministre l'a dit, qui a une saveur punitive et
corrective, qui définit la notion de jeune délinquant et de
délit. Cette loi confie, en outre, à la cour de Bien-Etre social
le pouvoir de remettre les jeunes de plus de 14 ans entre les mains des cours
ordinaires. Selon le rapport Prévost, cette procédure
exceptionnelle et discrétionnaire semble s'être
généralisée au Québec selon l'âge et le
domicile des enfants confiés à la cour. Ainsi, il y a quelques
années, dans les districts judiciaires de Terrebonne et de Joliette, le
pourcentage des enfants de moins de 15 ans, ainsi jugés d'après
la loi la plus sévère, se situe
entre le quart et le tiers des accusés. C'est dans le rapport
Prévost, volume IV, tome 1, page 33.
Notons enfin que l'actuelle Loi de la protection de la jeunesse,
adoptée, encore une fois, il y a plus de vingt ans, est centrée
sur la notion de placement et de séjour des enfants dans des
écoles à caractère essentiellement punitif. Le projet de
loi 65 a au moins le mérite d'élaborer un système de
dépistage, de déterminer le cadre de fonctionnement du service de
protection de la jeunesse, de délimiter le champ d'action de la cour de
Bien-Etre social et de garantir le respect de certains droits dans les cas
d'hébergement obligatoire.
Le Parti québécois entend l'améliorer dans le sens
d'une plus grande protection de l'enfant. Réglons d'abord le cas du
conflit de juridiction entre le ministère des Affaires sociales et celui
de la Justice. On peut justifier administrati-vement le rattachement à
l'un ou à l'autre de ces ministères. Nous avons
écouté les arguments des deux côtés; ce sont
d'excellents arguments. Ds se défendent très bien de part et
d'autre. En effet, d'aucuns croient qu'il faut intégrer tout ce qui
touche le système judiciaire. C'est là une recommandation
marquée au coin de la logique. D'autres, par ailleurs, soutiennent que,
si tel était le cas, l'approche pourrait être davantage
orientée sur l'aspect correctionnel et punitif plutôt que sur
l'aspect de protection et de réadaptation.
Dans l'état actuel des deux ministères, nous tenons, pour
le moment, davantage à la deuxième approche, c'est-à-dire
l'approche sociale, qu'à la première approche
suggérée par le projet de loi, c'est-à-dire l'approche
judiciaire. Car, dans l'état actuel du dossier, nous croyons que le
service de protection de la jeunesse aurait grand profit à être
rattaché, du moins encore pour quelque temps, tant que le
ministère de la Justice ne se sera pas renouvelé dans le sens de
cette adaptation du droit aux conditions modernes, aux affaires sociales. D'une
part, parce qu'il sera en relation constante avec le réseau
institutionnel du secteur des affaires sociales quant au dépistage, avec
les centres de services sociaux et les centres d'accueil quant au traitement.
D'autre part, parce que le climat qui devrait y régner est de beaucoup
plus conforme avec celui qui règne au ministère des Affaires
sociales qu'avec celui qui semble encore régner au service de probation
des adultes.
Un autre point. Le congrès du Parti québécois qui
s'est tenu en fin de semaine a adopté une résolution qui divise
le procès pénal en deux étapes. La première,
présidée par un juge ou un jury, qui déciderait du verdict
et la deuxième, composée d'un juge de la peine et de deux
assesseurs spécialisés en sciences humaines, qui
déterminerait la sentence et le plan de traitement.
Ce mécanisme, selon nous, aurait avantage à être
introduit, avec les modifications nécessaires, à la cour de
Bien-Etre social. A défaut de l'adoption de cette solution, nous
insistons sur la possibilité de choisir des juges qui ne sont pas
nécessairement des avocats. Nous insistons également sur
l'importance de leur formation dans les sciences de l'homme afin
d'éviter un juridisme excessif ou, ce qui n'est pas mieux, un
paternalisme dépassé. De plus, nous croyons que le
ministère des Affaires sociales devrait susciter la création de
comités de la cour, comme le prévoit les articles 27 et 28 de la
Loi des jeunes délinquants, avec toutes les modifications que ceci peut
comporter selon les institutions qui existent dans telle ou telle ville.
Enfin, nous croyons, jusqu'à ce qu'on nous prouve le contraire,
qu'il y aurait intérêt à instituer un droit d'appel des
décisions du directeur de la cour, qu'il y aurait intérêt
à distinguer entre les mineurs de plus et de moins de quinze ans, qu'il
y aurait intérêt à examiner la possibilité
d'étendre dans certains cas la juridiction de la cour à des
jeunes gens âgés de 18 à 21 ans, qu'il y aurait
intérêt à lever le huis clos tout en préservant
l'anonymat de l'adolescent et enfin, qu'il y aurait intérêt
à permettre aux parents, dans le cas des moins de quinze ans, et au
procureur ou à l'adolescent lui-même, dans les autres cas, de
consulter le dossier, soit son dossier quand il s'agit de l'enfant, ou le
dossier de l'enfant quand il s'agit des parents.
Nous croyons cependant que la solution idéale serait la
création d'un tribunal de la famille comme le recommandent le
ministre vient de le souligner encore plusieurs organismes, rapports et
partis politiques. Nous sommes conscients évidemment des
difficultés qui s'opposent dans l'immédiat à la
création de ce tribunal de la famille. Il faut en effet prévoir
son organisation, le situer parmi les autres tribunaux qui existent
actuellement, définir ses responsabilités, tenir compte de la
juridiction du fédéral en la matière. Nous savons
malheureusement en effet que la création d'un tel tribunal ne saurait
être faite sans un amendement à la constitution. Mais, s'il
était possible, nous aimerions ne pas devoir attendre
l'indépendance du Québec avant de pouvoir créer un
tribunal dont la création s'impose d'une façon aussi absolue. Il
faudrait du moins préparer le travail le plus possible et
peut-être devrions-nous, à l'occasion de l'étude de ce
projet de loi, nous donner le stade des études où le
ministère en est rendu à cet égard, et quels sont les
obstacles qui demeurent à la création, autres que
constitutionnels, de ce tribunal de la famille.
En somme, nous voudrions que ce projet de loi fournisse l'occasion, non
seulement aux députés mais à toute la
société, à la collectivité
québécoise, de faire le point sur la situation de l'enfant dans
notre société, sur les opinions qui s'expriment quant à la
meilleure façon de lui assurer son épanouissement dans cette
société et que nous profitions de l'occasion pour dégager
d'une façon plus claire des solutions qui s'avéreront à
l'avantage de l'enfant, compte tenu des connaissances nouvelles que nous
avons sur lui et de la société qui doit profiter d'une
façon essentielle de ce développement.
Nous sommes d'accord sur la méthode que suggère le
ministre. Nous avons à plusieurs occasions exprimé l'avis qu'il
est important pour le législateur de quitter parfois sa colline et de
rencontrer directement et non plus par l'intermédiaire de commissions
d'enquête les citoyens, de se rendre compte du visu des conditions qui
existent dans la société. Nous ne le faisons pas assez souvent et
dans ce domaine où les problèmes ont souvent été
cachés à notre vue, je pense qu'il est encore plus important de
nous y astreindre. Nous sommes donc d'accord avec le ministre pour nous rendre
dans diverses institutions et nous lui promettons notre collaboration la plus
entière dans l'organisation concrète de ce travail.
LE PRESIDENT (M. Lafrance): Le député de
Maskinongé.
M. PAUL: M. le Président, mon collègue, le
député de Montmagny, a assez bien résumé la
position de notre parti à l'approche de cette étude de la loi 65.
Je souscris avec empressement aux remarques de mon collègue, le
député de Bourget, lorsqu'il nous dit qu'il ne faudra pas
attendre l'indépendance du Québec pour résoudre ce
problème de la jeunesse, parce que les générations
passeront et le problème demeurera.
M. le Président, je crois que nos délibérations,
l'exposé des différents points de vue, ce matin, nous obligent
à nous arrêter davantage sur l'aspect beaucoup plus social que
juridique que nous devrons apporter à l'étude de ce
problème. Non pas qu'il faille mettre de côté
l'intervention de la justice, mais il faut justement, d'un autre
côté, pour éviter de marquer l'enfant, dans trop souvent de
cas, pour le reste de ses jours, donner à cette loi un caractère
beaucoup plus social qu'un caractère juridique. L'honorable
député de Montmagny mentionnait tout à l'heure que, dans
le passé, il y a eu certaines approches, certaines discussions de tout
ce problème de la protection de la jeunesse, mais il semble que la
philosophie des deux ministères était trop éloignée
l'une de l'autre pour nous arrêter dans une législation qui
réponde à un besoin qui corrige une situation.
Je me demande s'il n'y aurait pas avantage à ce que le ministre
des Affaires sociales de même que le ministre de la Justice invitent les
chefs de services pressentis ou déjà nommés à
assister à nos délibérations pour que l'on puisse
peut-être établir une philosophie commune, une pensée
commune, une action mûrie de la part des chefs de service des deux
ministères. Peut-être qu'alors, le travail du législateur
sera beaucoup plus facile si, au niveau de l'administration, on semble faire
l'entente, si on conçoit le problème sous les mêmes angles,
les mêmes aspects, les mêmes difficultés et la même
portée sociale et juridique de la protection de l'enfance.
Je retiens avec plaisir la suggestion qui nous a été faite
par le ministre des Affaires sociales pour que nous ayons l'occasion de visiter
certaines institutions, d'entrer en contact avec ceux qui ont charge de la
protection de la jeunesse. Je me demande également s'il n'y aura pas
lieu, dans le cours de nos délibérations, d'entendre quelques
juges de la cour du Bien-Etre social nous exposer les véritables
problèmes avec lesquels ils sont aux prises dans l'application,
spécialement, de la Loi sur les jeunes délinquants. C'est par un
travail dégagé de tout opportunisme politique qu'il nous faudra
procéder, comme le disaient si bien mes collègues, le
député de Dorchester et le député de Bourget. Il
nous faudra nécessairement dépasser les cadres que cette loi veut
embrasser. Il nous faudra nous éloigner du principe actuel que l'on
retrouve dans cette loi pour que nous atteignions les objectifs visés
par tous ceux qui nous ont soumis des mémoires. Peut-être que le
ministre de la Justice deviendra plus libéral dans ses propos en nous
communiquant, après avoir consulté les membres de l'Office de
révision du code civil, en étudiant la possibilité de nous
en donner davantage sur tout ce problème qu'ils envisagent, sur le
travail qui a déjà été fait dans la
rédaction future ou sur l'étude de tout ce problème de la
famille, de la protection de la jeunesse et sur cette vision future d'un
tribunal de la famille qui est une nécessité, qui répondra
à un besoin. Il nous faudra peut-être trouver un mécanisme
d'entente pour que l'autorité fédérale concède que
la juridiction devrait être exclusive aux provinces dans ce domaine,
parce que la famille et la protection de la jeunesse devraient être
considérées comme un bloc, comme un tout. Une analyse assez
rapide du texte actuel de notre constitution n'est pas sans soulever de doute
quant à l'autorité exclusive que pourrait posséder le
Québec ou toute autre province dans ce domaine tant civil que
pénal je dis bien pénal dans tout ce
problème de la famille et de la protection de la jeunesse.
M. le Président, mon collègue, le député de
Montmagny, avec toute l'expérience qu'il possède parce que
c'est beaucoup plus lui qui a administré ces lois de la protection de la
jeunesse, alors qu'il était ministre de la Famille et du Bien-Etre
social, que celui qui vous parle...
Actuellement, c'est beaucoup plus encore le ministre des Affaires
sociales que le ministre de la Justice qui est aux prises, le plus souvent,
avec le problème social tel qu'il existe. Le ministre de la Justice doit
intervenir dans l'application des lois, dans le respect des lois qui
régissent les relations ou la conduite des jeunes délinquants ou
des jeunes en particulier. Il ne faudrait pas que le ministre des Affaires
sociales trouve occasion pour se départir d'un aspect plus ou moins
litigieux de l'administration sociale. Ce n'est pas son idée, j'en suis
sûr, mais il ne faut pas, par exemple, qu'il nous donne l'impression
qu'après avoir cédé à certaines
autres juridictions qui relevaient autrefois du ministère des
Affaires sociales, il aille jusqu'à tout céder à son
collègue, le ministre de la Justice. Je suis sûr que le ministre
n'a pas l'intention de se débarrasser de ce domaine. C'est ensemble que
nous allons nous intéresser à ce problème pour que le
ministre ne fasse pas que garder seulement les budgets, mais
qu'également il puisse, avec son collègue et tous les autres
ministres, apporter à la population du Québec une
législation. Le problème de la protection de la jeunesse, le
problème des jeunes délinquants est aujourd'hui d'une trop grande
actualité pour que nous restions indifférents dans cette approche
d'une loi qui doit répondre aux exigences modernes tout en gardant,
au-dessus de cette intervention de la justice, l'aspect humain et l'aspect
social d'une Loi dite de la protection de la jeunesse qui,
nécessairement, ne sera pas celle qui nous est offerte ce matin à
l'occasion de la première séance de la commission conjointe des
affaires sociales et de la justice. S'il nous fallait, dès maintenant,
connaître, savoir que ni le ministre de la Justice, ni le ministre des
Affaires sociales n'ont l'intention de bouger et de s'arrêter sur un
texte tel qu'il nous est soumis, nous nous rallierions facilement à
l'appui de tous ceux qui demandent le retrait de ce projet de loi. Nous allons
en faire une étude complète et ce projet de loi n'est qu'un
instrument de travail. Il nous est permis d'espérer que ce travail de
collaboration puisse nous permettre de présenter une loi qui
réponde à ceux qui oeuvrent dans le métier d'agent de
probation ou dans tout autre domaine social, pour que nous puissions nous
pencher et surtout résoudre les différents problèmes que
commande aujourd'hui la protection de la jeunesse.
LE PRESIDENT (M. Lafrance): Le ministre des Affaires sociales.
M. CASTONGUAY: Je n'ai pas de commentaires, M. le Président, pour
le moment. S'il agrée aux membres de la commission, je pourrais
suggérer, avec mon collègue de la Justice, certaines dates au
leader du gouvernement en Chambre pour voir si ces dates conviennent
Comité directeur
M. PAUL: Est-ce que vous me permettriez de faire une suggestion? Je me
demande s'il n'y aurait pas lieu de former un comité directeur de
représentants, par exemple, vous et l'honorable ministre de la Justice
et d'un représentant des partis, après consultation avec le
leader du gouvernement, comme cela s'est fait lors de l'étude d'autres
lois. La commission de la liberté de presse a agi de cette façon,
ainsi que celle de l'Assemblée nationale pour l'étude de la Loi
électorale, du mode de scrutin etc. Alors je me demande si ce n'est pas
plus facile de préparer un horaire de travail qui puisse conve- nir
à tous et chacun des membres de la commission.
M. CHOQUETTE: Quant à la composition d'un comité
directeur, que suggérez-vous?
M. PAUL: Les deux ministres d'abord et peut-être un
représentant de chaque parti, soit ceux qui sont ici ce matin. Quant
à nous, de l'Union Nationale, on pourrait désigner l'honorable
député de Montmagny. Je ne sais pas si pour le Ralliement
créditiste on nommera le député de Dorchester, ou tout
autre.
M. GUAY: Probablement.
M. PAUL: Et je suis sûr que, pour le Parti
québécois, ce serait le député de Bourget. Disons
que nous les nommons. En attendant d'être au pouvoir, nous les nommons
déjà. Nous sommes dans l'Opposition et nous les nommons
déjà.
UNE VOIX: II y a les indépendants...
M. LEDUC: ... on peut accepter ou refuser.
M. PAUL: Pardon?
M. LEDUC: Vous les suggérez.
M. PAUL: Je les suggère, je les soumets à
l'autorité gouvernementale, au nombre majoritaire de la
députation de l'Assemblée nationale.
M. CHOQUETTE: Avec le président. M. PAUL: C'est ça.
Commission itinérante
M.LEDUC: M. le Président, est-ce que je pourrais faire seulement
une petite remarque? Nous avons déjà essayé, au cours des
dernières années, d'avoir une commission itinérante. Pour
toutes sortes de bonnes raisons, ça ne s'était jamais
réalisé. Quant à moi, le fait que, aujourd'hui, la
commission conjointe accepte qu'on aille dans le champ voir ce qui se passe,
c'est un progrès extraordinaire que nous accomplissons. Nous
créons un précédent qui, j'espère se
répétera en d'autres circonstances à l'occasion
d'études sur d'autres projets de loi.
Je mets tout simplement en garde la commission contre une chose
strictement technique et peut-être un peu stupide mais très
réaliste, c'est la question du budget pour voyager. Il n'y a absolument
rien qui, à l'Assemblée nationale, nous permette de faire
ça. Il faudrait peut-être en causer avec le président de
l'Assemblée nationale, étant donné que la commission
relève de l'Assemblée nationale. Mais c'est une question bien
technique et, quant à moi, j'espère que d'autres commissions
auront l'occasion, au cours des années, de se promener et d'aller
dans
le champ. C'est un précédent tout à fait formidable
et nous devons être très heureux de notre décision.
M.CASTONGUAY: Sur ce point qui est extrêmement important, M. le
Président, quant à notre mode de fonctionnement, et aussi sur le
fait de s'assurer d'avoir les moyens, comme le député de Taillon
le mentionne, de pouvoir faire ces visites dont on parle, afin de ne pas entrer
dans des difficultés, j'avais l'intention de proposer ça
pourrait être discuté à l'intérieur du comité
directeur que nous visitions des centres de la région de
Québec pour commencer.
Ceci compte tenu aussi du fait que nous siégeons
présentement et que, à ma connaissance, avec peut-être
certaines nuances, les problèmes sont passablement les mêmes que
ceux que l'on est susceptible de constater à Montréal ou dans
d'autres centres. De cette façon, on pourrait éviter le
problème que vous soulevez et qui est fort à propos.
M. CHOQUETTE: Est-ce que nous devons laisser le comité directeur
déterminer la date ou si on devrait immédiatement fixer, au moins
provisoirement, une date où on pourrait visiter quelques institutions ou
services qui s'occupent de la protection de l'enfance?
M. PAUL: Est-ce que le ministre ne croit pas que, à la suite de
la réunion du comité directeur, il pourrait y avoir une feuille
de route soumise à une vérification quant à la
possibilité de visiter les institutions?
M. CHOQUETTE: De toute façon...
M.PAUL: Nous n'y voyons aucune objection?
M.CASTONGUAY: Est-ce qu'on peut se fixer un moment de rencontre?
M. CHOQUETTE: Le comité directeur de- vrait se rencontrer cette
semaine peut-être, à la fin de la semaine.
M.CASTONGUAY: On pourrait déjeuner ensemble, non pas le petit
déjeuner, mais le déjeuner, le lunch, et en profiter pour
parapher les points d'organisation à cette occasion.
M. PAUL: Oui, maintenant, il s'agit du jour.
M. CASTONGUAY: Jeudi ou vendredi me conviendrait.
M. PAUL: Jeudi midi.
M.CASTONGUAY: Jeudi midi? Est-ce qu'on pourrait vous prier, M. le
Président, de demander si le président de l'assemblée nous
prêterait généreusement son salon à cette
occasion?
LE PRESIDENT (M. Lafrance): Avec plaisir, je vais le faire cet
après-midi. Dr Laurin.
M. LAURIN: Oui.
M. PAUL: Est-ce que jeudi vous conviendrait?
M. LAURIN: A quelle heure?
M. CLOUTIER (Montmagny): Jeudi midi.
M. LAURIN: D'accord.
M. CLOUTIER (Montmagny): Le comité directeur se réunirait
à l'heure du lunch.
M. LAURIN: Parfait.
LE PRESIDENT (M. Lafrance): Jusqu'à nouvel ordre, au salon du
président. Nous allons lui demander l'autorisation cet après-midi
et, à moins d'avis contraire, ce sera là à 12 h 45. La
commission conjointe de la justice et des affaires sociales ajourne ses travaux
sine die.
(Fin de la séance à 11 h 50)