(Neuf
heures quarante-cinq minutes)
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît!
Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des relations
avec les citoyens ouverte.
La commission, je
vous le rappelle, est réunie afin de poursuivre les auditions publiques dans le
cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation intitulé La
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Mme la secrétaire,
est-ce qu'il y a des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice)
est remplacée par Mme Bogemans (Iberville); Mme Garceau
(Robert-Baldwin) est remplacée par M. Derraji (Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, mesdames et messieurs les élus, bienvenue. Nous allons donc entendre, ce matin, les groupes
suivants : le Centre consultatif des relations juives et israéliennes, qui
sont devant moi. Bienvenue, mesdames, messieurs. Nous allons ensuite
entendre le Regroupement des intervenants, intervenantes en
Chaudière-Appalaches et le Conseil de la municipalité régionale de comté de
la... de La Matanie, pardon, conjointement avec le Service d'accueil des
nouveaux arrivants de La Matanie.
Alors, je souhaite
donc la bienvenue à notre premier groupe, donc le Centre consultatif des
relations juives et israéliennes.
Mesdames... madame, monsieur, vous allez avoir 10 minutes pour faire votre
présentation, mais évidemment on
voudrait entendre un petit peu parler de vous aussi au début. Ensuite, on va
entamer la période d'échange avec les élus. Alors, le temps commence
maintenant.
Centre consultatif des relations juives et israéliennes
(CERJI)
M. Harrouche (Yannis) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Mme la ministre, chers membres de la
commission, premièrement, merci pour
cette invitation à venir présenter notre mémoire, que nous vous avons soumis le
mois dernier.
Je
me présente, je m'appelle Yannis Harrouche. Je suis directeur, Relations
gouvernementales pour le Québec au
Centre consultatif des relations juives et israéliennes, connu par son
acronyme, le CIJA. Et je suis accompagné par ma collègue Me Emmanuelle
Amar.
Le CIJA est l'agence
de représentation des fédérations juives à travers le Canada. Plus précisément,
notre bureau de Montréal, où nous
travaillons tous les deux, représente les institutions de la communauté juive
québécoise. Il sert de lien entre les
communautés juives et les trois paliers de gouvernement, les représentants des
médias, les communautés culturelles, le monde des affaires, les
universités et la société civile.
Je dois dire que nous
sommes fiers que notre communauté ait toujours participé activement au
façonnement de la grande histoire du Québec.
Pendant plus de deux siècles et demi, les Juifs québécois ont contribué
activement au développement social, intellectuel, politique, culturel,
artistique et économique du Québec. La communauté juive du Québec, qui s'est
renforcée au travers de nombreuses vagues d'immigration au cours des
250 dernières années, compte aujourd'hui plus de
90 000 membres.
Il
est important de comprendre que nous avons écrit ce mémoire après des
consultations avec des intervenants et organismes
de notre communauté, dont l'Agence Ometz, qui est spécialisée en services
d'immigration. Notre organisation présente ici, donc, des
recommandations que, nous croyons, font l'objet d'un large consensus auprès des
acteurs en immigration de notre communauté. Vous comprendrez que cela veut
aussi dire que nous avons fait le choix de ne présenter et de prendre position
que sur les enjeux où nous étions en mesure d'obtenir cedit consensus.
Avant de continuer,
j'aimerais juste dire quelques mots sur l'Agence Ometz, qui a été un de nos
partenaires principaux dans la rédaction de ce mémoire et dans la préparation
de cette présentation. L'Agence Ometz est une agence juive de services sociaux
qui offre des services sociaux, d'emploi et d'immigration pour aider les gens à
réaliser leur potentiel et pour assurer la croissance et le dynamisme de la
communauté montréalaise. Il est important de
comprendre que l'Agence Ometz est le résultat d'une fusion entre différentes
agences, dont certaines existent depuis plus de 160 ans et
comptent, donc, une large expérience.
Pour la suite de
notre présentation, je vais passer la parole à ma collègue, Me Amar.
• (9 h 50) •
Mme Amar
(Emmanuelle) : Merci. Bonjour. Alors, je suis directrice, politiques
publiques et recherche pour le CIJA, et le premier enjeu dont j'aimerais vous
parler, et qui figure à notre mémoire, est le sujet des relations de confiance
avec les organismes clés dans le secteur de l'immigration.
Il semble y avoir une idée
préconçue selon laquelle certaines organisations d'immigration culturelle qui représentent des communautés font double emploi
dans le secteur de l'immigration. Cependant, il est important de garder à
l'esprit que certaines communautés ont des besoins et des sensibilités
spécifiques. L'approche communautaire en personne
est essentielle pour s'assurer de soutenir au mieux les nouveaux arrivants, et
les organismes communautaires sont les mieux placés pour intervenir en
première ligne. C'est le cas, notamment, de l'Agence Ometz dans le cas de la communauté juive, qui est dans une position
unique pour comprendre les sensibilités culturelles importantes que les nouveaux
arrivants doivent naviguer.
En termes de recommandations, il conviendrait de
veiller à tenir des consultations régulières avec les différents intervenants
et organisations clés dans le secteur de l'immigration entre eux et, bien sûr,
les représentants du gouvernement, de garder des communications en continu,
tout ceci dans le but d'avoir des échanges d'idées, d'identifier les tendances
émergentes et de concevoir des solutions en collaboration.
En outre, le renforcement du financement et des
ressources de ces organisations leur permettra de fournir de meilleurs
services. Un financement adéquat leur permettra d'avoir plus d'effectifs et
d'élargir leurs services en matière de programmes linguistiques, d'initiatives
culturelles, de soutien à l'emploi.
Concernant l'immigration de la francophonie,
celle-ci est particulière et nécessite une approche adaptée. Pour préparer les
immigrants, depuis 2015, l'Agence Ometz a activement sensibilisé la population
par le biais de services de préimmigration. Une des recommandations que nous
formulons est que le gouvernement, sur le modèle du nouveau bureau à Bogota,
utilise ses ressources en amont, donc les services de préimmigration, comme les
bureaux à New York ou à Paris, en partenariat avec les organisations
spécialisées, pour préparer au mieux les nouveaux arrivants, ce qui va
faciliter leur intégration une fois sur place.
Je laisse mon collègue, M. Harrouche,
continuer.
M. Harrouche (Yannis) : Merci.
Donc, dans nos consultations, une des choses qu'on a entendues de la part de
plusieurs groupes, c'est que, souvent, les programmes, que ce soit de
partenariat, de subvention de la part... qui sont mis en place par le
ministère, sont basés sur la géographie. On va, donc, avoir, souvent, un
programme qui va être général puis on va
avoir un certain budget pour la Côte-Nord, le Saguenay—Lac-Saint-Jean, puis souvent, même, quand on arrive dans la région de Montréal,
on va dire : Bon, il va y avoir tel... un certain nombre d'organismes pour
l'arrondissement Côte-des-Neiges—Notre-Dame-de-Grâce, un certain nombre
d'organismes dans l'est de Montréal, etc.
Une des choses qu'on a entendues, justement,
aussi, c'est que la majorité des gens qui viennent immigrer au Québec choisissent
leur destination en fonction de divers facteurs, tels les possibilités
d'emploi, les liens familiaux et les affiliations culturelles. Donc, décider où
les fonds sont alloués sur une base géographique peut créer une vision en silo
et qui ne créerait pas une vision d'ensemble à l'intérieur du ministère, où on
se retrouverait avec une situation où chacune des directions régionales ne
serait pas nécessairement au courant de ce qui peut se passer dans d'autres
régions et ferait un peu les... et ferait les choses à sa manière seulement.
En outre, la concentration des immigrants dans
une certaine région spécifique sans programme d'intégration approprié dans ces
régions-là peut souvent entraîner des problèmes de cohésion sociale et
d'intégration culturelle. Une de nos
recommandations est, donc, de réorienter les politiques de financement de
l'immigration vers une allocation fondée sur les besoins et orientée
dans une vision et approche globales.
Il est essentiel d'intégrer un mécanisme
d'évaluation et d'ajustement continu de la politique d'immigration. Des évaluations régulières à l'intérieur du
ministère vont aider à identifier les régions confrontées à des défis
spécifiques et permettre des
interventions ciblées pour y répondre. Cette approche adaptative garantira que
l'immigration reste un outil stratégique pour un développement
équilibré, et ce, dans l'ensemble du Québec.
Nous recommandons également au gouvernement de
fournir des programmes complets d'aide à l'installation et d'intégration aux
immigrants, quel que soit l'endroit où ils choisissent de s'installer. Ainsi,
les nouveaux arrivants auront accès aux ressources nécessaires, à la formation
linguistique, ce qui est très important, et aux services de placement et au
soutien de la communauté, quelle que soit la région qu'ils choisissent. Cela
peut contribuer à une intégration plus harmonieuse et encourager les immigrants
à envisager de s'installer dans des régions offrant diverses possibilités.
Je vais laisser la parole à ma collègue
maintenant.
Mme Amar
(Emmanuelle) : Depuis plus de 160 ans, la communauté juive
répond aux besoins de ses membres en matière d'immigration. Au départ, il y
avait trois organismes distincts, donc Emploi Juif Montréal, le Services à
la famille juive et les Services d'aide à l'immigration juive. Ces trois
organismes se sont réunis en 2008 pour former l'agence actuelle, l'Agence
Ometz, Ometz qui est un mot qui signifie, en hébreu, courage. Chaque année,
plus de 12 000 personnes
bénéficient de leurs services, que ce soit en matière de services
d'intervention, de prévention et de soutien, et plusieurs autres
programmes visant à améliorer la qualité de vie des nouveaux arrivants.
L'augmentation de l'antisémitisme à travers le
monde fait malheureusement en sorte que de nombreuses personnes, au cours des
dernières années, ont fait le choix difficile de devoir quitter leur pays en
raison de l'hostilité, de la haine dont ils ont été victimes. Ces personnes ont
besoin d'un nouvel endroit où s'établir.
J'aimerais maintenant parler de l'importance de
l'immigration économique, soit l'orientation 4 présentée au cahier de consultation. La communauté juive est
fière d'avoir joué un rôle essentiel dans le façonnement du tissu social, culturel,
économique et intellectuel de la société québécoise au cours des
250 dernières années. En embrassant son héritage et ses valeurs, la
population juive du Québec a apporté des contributions significatives qui ont
enrichi le Québec dans divers domaines. De ses premières contributions
économiques à son impact significatif sur la culture l'éducation, l'activisme social, l'héritage de la
communauté juive en est un de progrès et d'inclusion. Leur engagement
inébranlable à construire une société harmonieuse et diversifiée a contribué à
faire du Québec un endroit prospère et dynamique qui embrasse des valeurs de
tolérance. Les membres de la communauté juive du Québec ont établi une présence dynamique et ont contribué de manière
significative à la croissance économique de la province et continuent de
le faire.
Je vais laisser mon
collègue vous parler de l'Initiative France Montréal.
M. Harrouche
(Yannis) : Oui. Je vais y aller rapidement. Je sais qu'on approche de
la fin du temps. Il y a quelques années, l'Agence Ometz a mis en place une
initiative qui s'appelle France Montréal. Comme vous savez, il y a eu une
montée de l'antisémitisme en Europe de l'Ouest dans les dernières années, et
plusieurs membres de notre communauté là-bas
cherchent à quitter. C'est sûr que, pour beaucoup d'entre eux, Israël peut
rester un endroit de choix, mais beaucoup cherchent aussi un endroit
francophone. Le Québec devient, donc, numéro un sur la liste à partir de ce
moment-là.
Par
rapport à l'orientation 1, qui est le rehaussement de la part de
l'immigration francophone, j'aimerais encourager, justement... Le Québec
devrait promouvoir activement son environnement accueillant et inclusif,
notamment auprès des communautés juives francophones en Europe de l'Ouest.
Merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : M. Harrouche, Me Amar, je dois
vous...
M. Harrouche
(Yannis) : Pas de problème.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...vous
couper, mais, ce n'est pas grave, la période d'échange va commencer.
Alors, merci beaucoup
à vous deux pour cette présentation. Donc, la période d'échange avec la
banquette ministérielle commence maintenant. Vous avez un total de
16 min 30 s. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la Présidente.
Merci, M. Harrouche et Me Amar. M. Harrouche, j'aimerais vous
proposer peut-être de conclure, comme vous entendiez le faire...
M. Harrouche (Yannis) :
Merci.
Mme Fréchette :
...votre présentation en vous cédant une partie de mon temps.
M. Harrouche
(Yannis) : Bien, merci. Comme je le disais, le Québec devrait
promouvoir activement son environnement accueillant et inclusif. Personnellement,
je pense être bien placé pour pouvoir en parler. Ma famille a choisi d'immigrer
au Québec il y a maintenant 27 ans, puis je peux dire qu'il n'y a pas une
seule journée où on l'a regretté. On est
très, très, très contents de vivre ici, et d'avoir été accueillis au Québec, et
de participer à la communauté québécoise.
Puis j'aimerais ça
ajouter... Je vais prendre la peine, c'est le seul moment que je vais le faire,
si vous le permettez, Mme la ministre, de
lire directement un passage de notre mémoire parce que je pense que c'est un
passage qui est très, très important par rapport à un principe qui est
important de l'interculturalisme :
«Alors que les
politiques et les approches en matière d'immigration continuent... d'évoluer,
pardon, au fil du temps au Québec, nous pensons qu'il est souhaitable de
veiller à ce que l'interculturalisme continue de jouer un rôle important. L'un des principaux avantages de
l'interculturalisme réside dans sa capacité à renforcer la cohésion sociale et de réduire les conflits sociaux. En promouvant
le dialogue et le respect mutuel, l'interculturalisme atténue la formation d'enclaves
culturelles isolées susceptibles d'engendrer des tensions et des malentendus.
Un engagement commun en faveur de
l'interculturalisme nourrit un sentiment d'appartenance et d'unité parmi tous
les résidents, favorisant une identité collective qui transcende les
origines culturelles individuelles. Il est, donc, important que le processus
d'immigration au Québec veille à ce que les
immigrants adhèrent aux valeurs communes du Québec tout en encourageant les
candidats à l'immigration à enrichir le Québec de leur culture.
«Nous sommes d'avis
que le concept d'interculturalisme doit, donc, continuer à faire partie
intégrante des politiques d'immigration au Québec.» Merci, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Merci. Merci à vous. Vous
avez expliqué assez rapidement, là, la nature de votre organisation. J'aimerais que vous m'en parliez davantage, sur
les actions que vous posez au quotidien avec les personnes immigrantes. Comment
est-ce que ça se traduit au quotidien, là, donc, vos activités, vos actions?
• (10 heures) •
Mme Amar (Emmanuelle) : Alors,
le CIJA, l'agence pour qui nous travaillons, c'est l'agence de représentation de la communauté juive, mais, comme on le disait,
on a travaillé en étroite collaboration avec l'agence Ometz, qui est l'agence spécialisée en immigration, donc qui
travaille avec les nouveaux arrivants qui sont membres de la communauté juive afin de les aider à s'adapter au
mieux. Donc, ils offrent des services d'aide à l'emploi, des services sociaux,
des services en termes de logement puis pour s'assurer que vraiment les membres
de la communauté puissent avoir une immigration réussie quand ils font le choix
de venir s'établir au Québec. Puis les membres de notre communauté, c'est une communauté qui est tissée serré, si je
puis dire, et donc qui n'hésite pas à déployer les ressources nécessaires
pour s'assurer d'avoir une bonne intégration.
M. Harrouche
(Yannis) : Si je peux rajouter là-dessus, Mme la ministre, donner un
exemple concret, en février 2022, on se rappellera tous, la guerre en Ukraine a
éclaté. Dépendant de quels chiffres on regarde, l'Ukraine comptait entre 100 000
et 200 000 membres de la communauté juive, et on savait que beaucoup
d'entre eux allaient fuir comme le reste de
la population ukrainienne. Immédiatement, l'Agence Ometz s'est mise à
travailler, entre autres avec le Congrès juif canadien, avec ses
équivalents dans les autres grandes villes canadiennes, que ce soit Toronto, Winnipeg, Ottawa, Edmonton, Vancouver, pour
s'assurer d'accueillir le plus facilement possible ces gens qui venaient de
vivre une situation qui était extrêmement...
extrêmement difficile. Il y a eu des campagnes de récolte de dons à travers
notre communauté pour s'assurer de fournir des ressources de base.
Je veux aussi dire quelque chose... deux choses
qui sont importantes. Premièrement, oui, l'Agence Ometz est une agence de la communauté juive mais ne dira
jamais non à quelqu'un qui viendrait frapper à sa porte et qui est d'une
autre communauté qui a besoin d'aide. Ça, c'est... ça me semblait important de
le préciser.
Puis, deuxièmement, je l'avais un peu plus tard
dans mes notes, mais c'est important de le dire, on a eu énormément de très bonnes collaborations de la
part du gouvernement, au moment où la guerre en Ukraine a commencé, par
rapport à l'accueil des réfugiés ukrainiens au Québec, puis je pense que... je
tenais à le souligner, à vous remercier, à remercier tous les parlementaires
pour ça, pour le soutien que la communauté a obtenu à ce moment-là.
Mme Fréchette : Bien,
merci. Merci à vous pour votre engagement humanitaire. Vraiment, c'est grandement
apprécié. Et merci également de participer à cette commission parlementaire.
C'est intéressant d'entendre votre voix.
Vous
mentionnez que, bien, il est important, pour le Québec, là, dans le cadre de
son processus de planification de l'immigration, que ce processus-là se fasse
en coordination avec les organisations clés en ce domaine. Qu'est-ce que
vous avez comme définition d'organisations clés? Est-ce que vous avez, comme,
circonscrit un peu le pourtour?
Mme Amar
(Emmanuelle) : Oui, absolument. Merci de la question. Donc, on
parle vraiment des organismes de terrain, donc les organisations spécialisées
en immigration, immigration que ce soit culturelle ou autre, comme par
exemple l'Agence Ometz. Il y a énormément d'immigration... d'organisations
d'immigration qui font un travail formidable au jour le jour, et qui ont le
contact avec ces populations, et qui sont à même de gérer les différentes sensibilités. Donc, c'est très important de
travailler de pair avec ces organisations, avec une communication en continu
et de façon formelle et informelle.
Mme Fréchette : Merci. Et je
vais revenir sur des propos que vous avez eus, Me Amar. Vous disiez qu'on
pourrait utiliser nos délégations du Québec à l'étranger pour aider à mieux
préparer les personnes qui s'apprêtent à immigrer au Québec. Qu'est-ce que vous
verriez comme activité de préparation, là, la plus complète qui soit? On en a
quelques-unes, mais peut-être que vous allez nous en fournir d'autres.
Mme Amar (Emmanuelle) : Absolument.
Par exemple, des... offrir des cours de français à distance ou des mises à niveau. Il y a plusieurs... Il y a l'enjeu
des personnes professionnelles, avoir les équivalences, ce genre de chose,
pouvoir préparer le terrain afin d'avoir vraiment un processus optimal une fois
qu'ils arrivent sur place. Donc, des services, que ça soit informatif et
éducatif, qui leur permettent d'avoir des outils déjà dans leurs poches quand
ils arrivent au Québec.
Mme Fréchette : D'ailleurs,
j'en profite pour mentionner que, bien, la francisation, aussi, en amont, pour nous, est bien importante, là. Donc, c'est un des
axes sur lesquels on se voudra plus actifs pour faciliter la venue des gens
puis atteindre le statut de résident permanent.
Vous expliquez aussi, dans votre mémoire, là,
c'est à la page 2, bien, l'importance de l'interculturalisme. Vous y avez fait référence, M. Harrouche. En
fait, j'aimerais savoir si vous avez des suggestions pour que le gouvernement
du Québec améliore le déploiement de
l'interculturalisme et améliore le développement de son approche pour
favoriser, là, des relations
culturelles harmonieuses... interculturelles, je dirais, harmonieuses. Est-ce
que vous avez des cas d'exemple?
Mme Amar (Emmanuelle) : Oui.
Bien, en fait, comme on l'a expliqué dans le mémoire, on pense que ça doit
sous-tendre les politiques qui vont être mises en place, mais aussi on peut
penser à des formations comme des formations
sur des enjeux importants comme le vivre-ensemble, le... des enjeux comme la
lutte contre la haine. Ce genre de contenu pourrait être bénéfique.
M. Harrouche (Yannis) : Si je
peux ajouter puis faire un lien avec votre précédente question, vous parliez,
justement, de qu'est-ce qui peut être fait en amont dans les services de
préimmigration, je pense que c'est quelque chose, justement, qui va ensemble,
de mettre au clair, justement, au niveau des formations qui sont données,
quelles sont les valeurs québécoises, les valeurs de vivre-ensemble, le respect
de l'égalité hommes-femmes, par exemple, et surtout de s'assurer... au moment
où une personne immigrante arrive au Québec, il ou elle va arriver en même
temps que beaucoup d'autres personnes immigrantes qui viennent de différents
endroits dans le monde, de différentes communautés et de s'assurer que le
message sous-jacent, finalement, de l'immigration au Québec soit qu'à partir du
moment où on arrive on... c'est l'importance du vivre-ensemble au Québec qui
doit primer.
Mme Fréchette : Bon point. Et
j'ajouterai qu'on verra aussi à bien faire connaître la diversité du Québec, au
sens où ses régions, ce qu'elles ont à offrir comme qualité de vie, comme
opportunités d'emploi aussi, soient mieux promues et
connues de par nos délégations à l'étranger, mais... Bien, merci pour ces
idées. Mme la Présidente, je vais céder le droit de parole.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, la députée de... je
m'excuse, d'Iberville. Il reste 6 min 55 s.
Mme Bogemans : Parfait. Tout à
l'heure, vous parliez d'une immigration possible provenant de l'Europe de l'Est francophone. Selon vous, qu'est-ce qu'on
pourrait faire, comme province, pour promouvoir davantage le Québec
comme destination de vie future pour ces gens-là?
M. Harrouche (Yannis) : C'est...
Je vais parler spécifiquement pour la communauté juive, qui est beaucoup
présente en France, qui est beaucoup présente aussi en Belgique et où il y a eu
une montée de l'antisémitisme assez importante.
Il va y avoir un réflexe naturel à l'intérieur de la communauté juive, et qui
est tout à fait louable, que, si jamais on veut quitter le pays dans lequel on
est pour... parce qu'on trouve qu'il y a une trop grosse montée de
l'antisémitisme, on va se dire qu'on va déménager en Israël. Puis
beaucoup font ce choix-là, et c'est un choix très, très louable.
Par contre, c'est sûr que, pour le Québec, de
faire connaître, que ce soit via la Délégation générale du Québec à Paris ou
via des campagnes publicitaires ou autres, en collaboration avec des groupes de
la communauté... de faire connaître le fait : Bien, écoutez, vous habitez
dans un pays francophone, que ce soit la France ou la Belgique, vous faites
votre vie en français, vous travaillez en français, vos enfants vont à l'école
en français, aimeriez-vous continuer à faire ça, et dans un endroit qui va être
beaucoup plus accueillant? Bien, cet endroit, il existe, il s'appelle le
Québec. Il y a beaucoup de Français non juifs qui immigrent au Québec à chaque
année puis que... puis qui y sont arrivés... et de faire connaître, justement,
ces histoires à succès et à quel point est-ce que ça peut être des très, très
bonnes... des très, très bonnes opportunités.
En plus de ça... puis je ne les connais pas
toutes en détail et par coeur, mais je sais que le Québec et la France ont
beaucoup d'accords mutuels, que ce soit au niveau des reconnaissances des diplômes,
au niveau des études, des équivalences, et il y a une plus grande facilité pour
un... quelqu'un qui a étudié en France d'obtenir ses équivalences au Québec, et
corrigez-moi si je me trompe là-dessus. Je pense que c'est quelque chose qu'il
faut faire connaître à l'intérieur, justement... à l'intérieur de ces
communautés-là, de dire que ça va être beaucoup plus facile, justement, au
niveau de se trouver un emploi, le... au niveau de continuer l'éducation pour
les enfants, si des enfants sont d'âge scolaire, qu'on doit les sortir d'une
école en France, les amener dans une école au Québec. Les systèmes d'éducation
ne sont pas exactement pareils, mais on reste dans la même langue, on reste sur
à peu près les mêmes sujets, il y a une continuité qui est beaucoup plus facile
à faire là-dessus. Et donc de faire connaître tous ces atouts-là du Québec et
de les publiciser, en bon français, une bonne campagne marketing, comme on le
dirait, je pense que ça irait loin... ça ferait un bon bout de chemin pour
convaincre, après, ces gens-là d'appliquer sur l'immigration au Québec plutôt
que de penser à un autre endroit dans le monde.
• (10 h 10) •
Mme Bogemans : Parfait.
Bien... Puis je voulais savoir... Comme organisation, vous disiez que vous
pourriez être partenaires de cette promotion-là. Spécifiquement, quel
rôle vous pourriez jouer?
M. Harrouche (Yannis) : Bien,
c'est sûr, l'Agence Ometz a mis en place, et ce que... ce dont j'ai parlé un peu tout à l'heure, l'Initiative France Montréal,
qui a commencé à l'automne 2015. On parle de... Depuis ce moment-là, ils ont... c'est 537 personnes dans... qui
sont membres de 230 familles qui ont été convaincues d'appliquer sur l'immigration au Québec, qui sont venues
au Québec, qui se sont installées, etc. Actuellement, 99 % d'entre eux
sont maintenant devenus des résidents permanents. On parle vraiment d'une
histoire à succès. Nous, dans toutes nos consultations
avec les employés de l'Agence Ometz, avec la direction, ils disaient : Si
le gouvernement veut embarquer là-dedans,
nous parler et devenir partenaire, on est prêts à le faire puis à passer à la
vitesse supérieure sur ça. Donc, nous, de notre côté, la communauté est
prête à travailler avec le gouvernement là-dessus.
Mme Bogemans : Super.
Pensez-vous avoir des bonnes pratiques à partager avec d'autres organismes
communautaires, par exemple, en immigration?
M. Harrouche (Yannis) : Je suis
certain que l'Agence Ometz... Moi, personnellement, maintenant, non, mais je suis certain que les employés de l'Agence
Ometz le feraient. Ils siègent, d'ailleurs... je tiens à le préciser, ils
siègent, d'ailleurs, sur beaucoup des tables de concertation avec
différentes autres organisations qui font le même genre de travail, que ce soit
dans d'autres communautés culturelles ou dans d'autres régions du Québec. Puis
ça a toujours... je sais que ça a toujours
été leur pratique de partager le plus possible les bons coups et d'avertir
quand on fait des mauvais coups pour ne pas les répéter.
Mme Bogemans : Parfait.
Puis, à la page 3 du mémoire... puis, tout à l'heure aussi, vous l'avez
mis de l'avant, là, tout ce qui était ethnoculturel,
l'interculturalisme, puis vous disiez qu'on pouvait collaborer, entre autres,
avec votre organisation puis votre organisation
soeur aussi. Concrètement, comment on pourrait mettre ça de l'avant?
Mme Amar (Emmanuelle) : En
fait, je pense qu'une des richesses du Québec, c'est sa diversité culturelle,
et c'est quelque chose qui tient vraiment à coeur aux membres de notre
communauté. Donc, on a plusieurs initiatives qui permettent de rencontrer les autres
communautés, de s'assurer d'avoir un vivre-ensemble harmonieux. Je pense qu'il
faut multiplier ce type d'initiatives et, comme on disait, de s'assurer que les
initiatives qui vont être mises de l'avant par le gouvernement sont empreintes
d'interculturalisme mais en reconnaissant, justement, la beauté de la diversité
du Québec.
Mme Bogemans :
Oui, définitivement. C'est clairement une richesse qu'on veut promouvoir.
Avez-vous des idées pour une meilleure intégration ethnoculturelle dans la
régionalisation de l'immigration?
M. Harrouche
(Yannis) : Je pense que... puis, je veux dire, comme je l'ai dit dans
notre introduction, on s'est avancés sur des recommandations là où on en... on
sentait qu'on avait un consensus de la part des acteurs en immigration dans
notre communauté, mais, comme on l'a dit tout à l'heure, je ne pense pas que je
vais fâcher personne en disant que c'est sûr
que... je pense qu'au niveau des services de préimmigration c'est là où c'est
clé. Quand un immigrant arrive à Montréal, à Québec, à Chicoutimi ou à
Matane, il doit y avoir, justement, un service de préimmigration qui lui est
donné et une explication de : voilà la région où tu t'es trouvé un emploi,
où on sait que tu vas arriver, voilà certaines des ressources qui sont
disponibles dans la région puis...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup.
M. Harrouche
(Yannis) : Pardon.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, le temps est écoulé pour
cette première partie des discussions. Je me
tourne maintenant du côté de l'opposition officielle, qui bénéficie d'une
période totale de 12 min 23 s. Je crois... C'est M. le
député de Nelligan. Alors, la parole est à vous.
M. Derraji : Merci, Mme la Présidente.
Premièrement, «Chana Tova». Bienvenue, bienvenue en commission parlementaire.
Je tiens à saluer vos efforts pour promouvoir l'interculturalisme, vos efforts
d'intégration avec les autres membres de d'autres communautés. C'est très beau
à voir, surtout dans la grande région métropolitaine.
Votre mémoire, il y a
pas mal de beaux passages, et, sérieux, je ne sais pas si je vais avoir tout le
temps de passer à travers tout, mais ma première question... Vous êtes venus en
commission parlementaire aujourd'hui... Parce que
c'est quand même énorme, ce que vous avez dit, c'est qu'il y a une volonté de
personnes de la communauté juive, que ce soit en France ou en Belgique,
vu ce qu'il se passe, de venir au Québec, mais il n'y a pas assez d'efforts...
surtout, c'est des francophones, on s'entend, ils n'ont pas besoin de
francisation, il n'y en a pas assez, d'efforts, selon vous, pour les ramener au Québec. Donc, est-ce que c'est ça, ce que vous
voulez nous dire en commission aujourd'hui?
M. Harrouche
(Yannis) : Je ne veux pas être là. Le but de notre passage en
commission n'est pas de critiquer, ou quoi que ce soit, donc je ne veux pas y
aller sur... de dire : Il n'y a pas assez d'efforts. On pensait que c'était
important, dans un contexte où il y a une commission parlementaire qui est mise
en place pour parler du futur de l'immigration au Québec, 2024 à 2027, et
possiblement plus loin que ça, de partager avec tous les partis qui sont
présents avec nous et avec Mme la ministre la situation actuellement qu'il y a
en Europe de l'Ouest, premièrement, puis de
parler de cette opportunité. Je le vois vraiment comme une opportunité pour le
gouvernement, pour le Québec en général.
Vous savez, ça a été,
je pense, mon premier réflexe, au mois d'octobre ou de novembre l'année
dernière, quand j'étais avec ma patronne
dans les gradins de l'Assemblée nationale pour le discours d'ouverture du
premier ministre, puis je me rappelle qu'il avait parlé d'augmenter la
part de l'immigration francophone et d'essayer de viser le plus possible
d'atteindre 100 %, ça avait été... si ma mémoire est bonne, ça avait été
ses paroles, puis je me rappelle m'être tout
de suite tourné vers ma patronne puis dire : Il faut qu'on parle à Ometz,
parce qu'avec la situation qu'il y a en France je pense que c'est
quelque chose que le gouvernement devrait être au courant.
M. Derraji :
Mais c'est excellent, parce que c'est là où je veux revenir. J'ai vu
l'Initiative France Montréal, un programme géré par l'Agence Ometz, et je ne
pense pas, autour de la table... aujourd'hui va... qui va vous dire qu'il y a
quelqu'un qui va faire le travail mieux qu'Ometz. C'est très clair, là, Ometz,
c'est une agence qui est reconnue, ils font un bon travail. Mais, aujourd'hui,
votre commande... Je sais que vous n'êtes pas là pour critiquer, je sais, ce n'est pas votre rôle. Je peux jouer ce
rôle, pas de problème. Je suis l'opposition. Que voulez-vous, hein? Je ne suis
pas au gouvernement. Mais on fait une... des critiques, et des bonnes
critiques, et positives. Et, vous, aujourd'hui, votre souhait, c'est que
le gouvernement recommence à travailler avec Ometz, hein, oui? Oui?
M. Harrouche
(Yannis) : Oui.
M. Derraji :
Concrètement, comment?
M. Harrouche
(Yannis) : Il y a plusieurs manières de le faire, que ce soit en
parlant spécifiquement avec l'Initiative
France Montréal ou alors... ou alors en étant partenaire d'Ometz dans
différentes autres initiatives qu'il y a eu. Puis c'est des choses qui
ont été faites par le passé.
Je parlais, tout à l'heure, du moment où la
guerre en Ukraine a éclaté. À ce moment-là, je sais qu'Ometz avait travaillé, si ma mémoire est bonne, avec
certaines personnes au ministère pour s'assurer de travailler sur
l'intégration, justement, des Ukrainiens de la communauté juive qui
arrivaient. Donc, il y a plusieurs manières de le faire.
On
a spécifiquement visé France Montréal parce que ça va directement en lien avec
la conclusion n° 1 du document de consultation, qui
est le rehaussement de la part de l'immigration francophone. Donc, c'était
vraiment, vraiment important pour nous de le mettre là. Mais je pense
qu'Ometz... Et, d'ailleurs, je parle beaucoup d'eux, mais beaucoup d'autres...
beaucoup d'autres organisations gagneraient à être partenaires du gouvernement
et travailler avec le gouvernement. D'ailleurs, c'était une des premières
recommandations dont Me Amar a parlé.
M. Derraji :
OK. Est-ce que l'Agence Ometz est toujours partenaire du MIFI, en date
d'aujourd'hui, sur des programmes?
M. Harrouche
(Yannis) : À ma connaissance, non, pas actuellement. Bien, c'est...
je... c'est quelque chose qu'il faudrait que je revérifie, mais, à ma
connaissance, non.
M. Derraji : Pas
de problème. Dans votre mémoire, vous ramenez un point que c'est... vous
êtes... en fait, c'est... il y a pas mal de points, mais un autre que je
rajouterais : «Le système de financement basé sur les zones géographiques
n'est pas optimal.» Pouvez-vous élaborer? Et, s'il n'est pas optimal, c'est
quoi, votre recommandation pour qu'il le soit, pour qu'il devient
optimal?
• (10 h 20) •
M. Harrouche
(Yannis) : Je vais juste retourner dans mes notes là-dessus, si ça ne
vous dérange pas. Lorsqu'on crée un système
sur base géographique, on va avoir un budget général, qui ensuite va être
attribué un certain pourcentage région x, un certain pourcentage région
y. Il va... Ensuite, ça va être repris, souvent, par des directions... par des directions régionales, des directions
générales. Ce que ça va créer, ce que... ça va être souvent une pensée en silo
ou, ce qui peut se passer à l'intérieur
d'une région, les informations ne vont pas se passer à l'intérieur d'une autre
région.
L'autre chose qui va
arriver là-dedans, c'est que des organisations qui ne sont pas là
nécessairement sur une base géographique...
Et il y en a qui le sont, il y a certaines organisations qui se créent, qui
disent : Nous, on va travailler dans Mercier—Hochelaga-Maisonneuve, par exemple. Ometz, c'est
un exemple, mais elles ne sont pas les seules, qui dit : On va
travailler avec une communauté, par exemple. La communauté juive est présente,
oui, à Côte-des-Neiges, Notre-Dame-de-Grâce, à Côte-Saint-Luc, à Hampstead, à
Dollard-des-Ormeaux, à Pierrefonds, un peu à Laval, etc., donc, finalement, ça
peut créer un très gros problème bureaucratique si jamais on a une organisation
comme... qui veut appliquer sur un des
programmes de subvention pour devenir partenaire du ministère. Le problème,
c'est qu'après ils se disent : Bon, OK, est-ce qu'on applique sur
telle région? Non, on devrait appliquer sur telle autre région. Finalement,
beaucoup des efforts qu'ils peuvent faire à l'extérieur de la région sur
laquelle ils vont finir par avoir appliqué, où ils auront été approuvés, ne
seront pas nécessairement, entre guillemets, reconnus par le ministère ou alors
ne seront pas sujets à la subvention ou au partenariat.
Donc, je pense que la
manière dont les programmes de subvention devraient être conçus devrait prendre
ce fait en compte, que ça peut être facile,
pour le gouvernement, pour les fonctionnaires du gouvernement, de mettre des choses en place de manière géographique puis ça
peut être plus facile pour eux de le gérer, mais la réalité sur le terrain,
ce n'est pas ça...
M. Derraji :
Oui, mais...
M. Harrouche (Yannis) : ...les gens ne pensent pas en fonction de ça au
moment où ils créent des organisations, où ils travaillent dans des
organisations.
M. Derraji :
Oui. Donc, votre conseil, c'est de ne pas aller d'une manière géographique?
M. Harrouche
(Yannis) : Exact.
M. Derraji : Genre, moi, j'ai une bonne
communauté juive aussi dans mon comté, Kirkland. Vous avez mentionné
Dollard-des-Ormeaux, vous avez raison, mais, si on prend la... en considération
le fait géographique, ça veut dire, on va être concentrés, quoi, Côte-des-Neiges?
M. Harrouche
(Yannis) : Oui, effectivement. Je veux dire, si on voulait y aller
directement, disons qu'on voulait y aller
directement là-dessus, ça voudrait dire que, pour la communauté juive, il
faudrait regarder majoritairement Côte-des-Neiges
ou alors Côte-Saint-Luc, Hampstead, un peu cette partie-là, ce qui
représente... en termes de circonscription, ce qui représente à peu près
la circonscription D'Arcy-McGee.
M. Derraji :
OK. Et, les autres, il n'y a pas de programme? Le ministère n'est pas
flexible...
Mme Amar
(Emmanuelle) : Mais, en fait, si je peux ajouter, c'est que notre
recommandation, dans le mémoire, c'est, justement, de ne pas se calquer sur une
répartition géographique et d'y aller avec les besoins. Donc, dans le cadre de
la communauté juive, il faut, justement, faire des partenariats avec les
organismes de confiance, comme l'Agence Ometz, pour voir où sont les besoins de
cette communauté et y aller avec des financements en conséquence et du soutien
en conséquence des besoins, et non pas spécifiquement géographique.
M. Derraji : Excellent.
Je reviens à l'interculturalisme. Probablement, c'est le premier groupe qui le
mentionne d'une manière très claire, et vous avez vos arguments. À
l'époque, on le voit beaucoup, un travail qui a été fait avec plusieurs
communautés pour, justement, parler de l'interculturalisme, notamment des
jeunes chambres de commerce, notamment d'autres communautés culturelles. C'est
quelque chose d'extrêmement important, de tisser des liens intercommunautaires.
Ça, ça fait partie de vos valeurs. Avez-vous déjà eu des discussions avec le
ministère par rapport à ces projets? Si c'est oui, pouvez-vous élaborer? Et,
deuxièmement, est-ce que ça, c'est des projets que vous souhaiteriez que le
gouvernement finance?
M. Harrouche (Yannis) : C'est...
Avoir des discussions spécifiquement, spécifiquement là-dessus avec le
ministère de l'Immigration, à ma connaissance, non.
C'est sûr que ça a
toujours fait partie de nos valeurs. Puis, d'ailleurs, bien, comme vous le
savez, du fait que notre organisation ait travaillé avec vous, même avant votre
arrivée en politique, nous avons des employés dédiés aux relations avec que ce
soient les autres communautés ou alors d'autres intervenants et dont le but est
de construire le plus de liens, et de liens
tangibles et sincères. C'est sûr que, d'avoir des... d'avoir... s'il pouvait y
avoir un programme qui existerait et qui financerait ce genre
d'initiative, c'est quelque chose que... auquel on ne serait absolument pas...
absolument pas opposés. Ça, c'est certain.
M. Derraji : OK. Je veux revenir à
l'Initiative France Montréal. C'est quand même un... une... Moi, je trouve que
c'est une... c'est un beau programme, c'est une bonne idée. Concrètement,
comment votre organisation peut aider et comment nous, on peut vous
aider à faire cheminer l'Initiative France Montréal?
M. Harrouche (Yannis) : C'est
certain que de travailler en partenariat, autant avec le ministère de
l'Immigration... et je pense que, là-dessus, il faudrait rentrer aussi
la Délégation générale du Québec à Paris et les autres... les autres bureaux diplomatiques du Québec, autant en France
qu'en Belgique, pour s'assurer, en partenariat avec l'Agence Ometz, de faire, justement, ce dont je parlais tout à
l'heure, la... premièrement, la campagne publicitaire, d'aller parler dans les
communautés juives françaises, belges, puis
d'aller passer tous les messages que j'ai mentionnés, je pense, à la question de
la députée d'Iberville tout à l'heure, et de faire déjà cette première partie
de publiciser le Québec.
Deuxièmement, c'est
sûr, on a parlé beaucoup, et je le... on le répète depuis tout à l'heure, tout
ce qui est service de préimmigration, encore
une fois, de le faire en partenariat avec les... avec les communautés pour...
Et, entre autres, une des autres
initiatives qui pourraient être faites, c'est de travailler avec des membres du
secteur économique pour s'assurer de...
M. Derraji :
Moi, je pense que vous avez de très bonnes propositions sur la table, que
je vais soumettre en votre nom à Mme la ministre et à ses équipes. Moi, je
pense que l'Initiative Montréal... France Montréal a démontré pas mal, pas mal, en fait, l'enracinement, même au
Québec. Je pense que le taux de... je dirais, d'installation est très élevé, les gens ne quittent pas, et c'est des
francophones, c'est des francophones, donc je pense que le Québec serait très
gagnant.
Donc, moi, je vous le
dis, je vous soutiens et je vous appuie dans cette demande, que je laisserai
entre les mains de Mme la ministre. Je tiens à vous remercier, parce qu'il ne
me reste plus de temps. Je salue ta patronne.
M. Harrouche
(Yannis) : Avec grand plaisir.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Merci beaucoup.
M. Harrouche
(Yannis) : Merci beaucoup.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, cette portion des échanges
étant terminée, je me tourne maintenant du côté du député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour une période de 4 min 8 s. Le temps est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci
beaucoup pour cette très belle présentation et pour votre mémoire.
Vous
avez parlé de faire connaître le Québec, mieux connaître le Québec. Je me demandais :
Des consultations ou des discussions
que vous avez, quelle est-elle, cette perception du Québec, à ce jour, dans les
communautés que vous tentez d'approcher?
M. Harrouche
(Yannis) : La perception est positive, en général, je veux dire, puis je
peux parler un peu de mon expérience personnelle. Comme je l'ai dit tout à
l'heure, ma famille a immigré au Québec. Il n'y a jamais d'endroit parfait sur
la planète, et ça n'existera jamais, mais je pense qu'on s'en approche autant
que possible ici, sincèrement. C'est sûr qu'on a nos défis. Par contre, je
pense que le Québec est vu comme un endroit où il fait bon vivre. C'est sûr, on essaie de ne pas trop parler
de l'hiver quand on parle à ces gens-là, mais ça, c'est une autre histoire,
puis... Puis, c'est ça, le Québec est vu comme un endroit où il fait bon vivre,
où les droits individuels sont respectés, un endroit où on peut
s'épanouir économiquement ou un endroit où... Je pense que, pour beaucoup de
personnes qui immigrent au Québec, le but, c'est de se dire que ses enfants
vont mieux vivre que ce que nous, on a vécu. Puis, quand les gens font le choix
d'immigrer au Québec, c'est qu'ils ont sincèrement la confiance et la
conviction que c'est ce qui va arriver. Que
ce soit grâce au système d'éducation, grâce au développement économique ou
autre, ils ont la conviction que,
s'ils étaient capables de prendre une boule de cristal puis de regarder dans
40 ans, leurs enfants auraient un plus haut niveau de vie, seraient
plus heureux que ce qu'eux ont été au moment de quitter le pays d'origine.
M. Cliche-Rivard : Bien,
ça fait plaisir à entendre, tant mieux. Et on leur souhaite que cette boule de
cristal là soit réelle et véridique.
Dites-moi,
vous parlez, dans votre programme, de procédures d'immigration transparentes et
efficaces comme recommandation. Quelles sont vos solutions tangibles, là, en
modification de programmes? Ou comment est-ce qu'on peut répondre à, en fait, votre demande
principale, qui est d'attirer ces populations-là dans nos programmes
d'immigration?
Mme Amar (Emmanuelle) : Oui. En
fait, on parlait, par exemple, d'avoir des partenariats, des forums, des plateformes d'échanges en continu avec les agences
spécialisées en matière d'immigration, donc celles qui sont sur le
terrain. En ayant ces échanges en continu, ça va être la meilleure façon de
communiquer avec les nouveaux arrivants, puisque,
par exemple, quand on parlait de l'Agence Ometz, qui a beaucoup fait de travail
en matière de préimmigration pour communiquer qu'est-ce qui existe...
Donc, c'est important d'avoir vraiment des canaux de communication en continu
efficaces, qui soient transparents et qui permettent de communiquer les
nouveaux programmes mais aussi d'en élaborer ensemble, en collaboration, qui
vont répondre vraiment aux besoins qui sont vus sur le terrain.
• (10 h 30) •
M. Cliche-Rivard : Donc, il y a
une demande de création de programmes bilatéraux ou... je ne sais... vous voyez
ça, vous voulez que ça se produise, vous cherchez un programme d'immigration qui
se destine à ces gens-là?
Mme Amar (Emmanuelle) : On
cherche vraiment à avoir du travail en collaboration, en bilatéral, afin de répondre aux besoins des populations immigrantes,
et on pense que les organismes d'immigration, dont les organismes d'immigration culturelle, quand on parle, par
exemple, de la communauté juive, sont au mieux placés pour communiquer
ces besoins et échanger avec le gouvernement.
M. Harrouche (Yannis) : Puis,
si je peux me permettre juste de rajouter là-dessus — je
sais qu'on approche de la fin du temps, mais très, très rapidement — on
serait tous d'accord ici pour dire : On veut réduire la bureaucratie en
immigration, puis je pense que c'est un objectif louable. On n'arrivera jamais
à la rendre à zéro, ça, c'est certain. Donc,
d'être capable de passer l'information, en amont, de quels vont être les
moments où il va y avoir une bureaucratie qui va être un peu plus... un
peu plus longue, des fois. C'est ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé.
M. Harrouche (Yannis) : Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Me Amar, M. Harrouche, merci. J'allais
terminer sur une petite note poétique en vous disant : Ah! comme la
neige a neigé. Alors, merci beaucoup.
Je vais suspendre quelques instants, le temps de
recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 10 h 31)
(Reprise à 10 h 35)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Nous en sommes maintenant à l'audition
du Regroupement des intervenants et intervenantes en Chaudière-Appalaches.
Nous avons deux intervenants. Messieurs, vous allez bénéficier d'une période de
10 minutes pour votre présentation, ainsi qu'évidemment, là, vous
identifier pour le bénéfice des élus. Bienvenue à la commission. Le temps est à
vous.
Regroupement des intervenant-e-s
en Chaudière-Appalaches
M. Boivin (Guillaume) : Oui,
bonjour. Merci, Mme la Présidente. Mon nom est Guillaume Boivin, je suis directeur général du Tremplin, Centre pour
personnes immigrantes et leurs familles, qui est un organisme d'intégration
des personnes immigrantes à Lévis.
M. Brebion
(Alain) : Bonjour, Mme la Présidente. Moi, c'est Alain
Brebion, je suis agent d'accueil d'intégration à la CDEMM,
c'est un organisme d'accueil et d'intégration dans la MRC de Montmagny en Chaudière-Appalaches.
M. Boivin (Guillaume) : Donc,
merci beaucoup de l'invitation et du temps que vous prenez, surtout, là, pour
aborder ce sujet qui est crucial. L'immigration et la planification de
l'immigration est un sujet qui ne peut être dissocié
d'autres concepts comme, par exemple, notre besoin comme société en matière,
par exemple, de main-d'oeuvre. On sait que l'immigration est une
solution, une partie de la solution très importante pour répondre à nos besoins
en main-d'oeuvre, à notre pénurie de main-d'oeuvre, qui est un effet aussi très
important sur la courbe démographique au Québec et sur la vitalité des régions.
Et puis, comme société, nous avons une
responsabilité en matière de francisation et d'intégration. Et donc, justement, donc, en prévision de planification de
l'immigration, il faut toujours garder en tête les besoins d'intégration
des personnes que nous allons accueillir.
Donc, comme société, on a la responsabilité de donner des services
d'intégration et de francisation à toutes les
personnes que nous allons sélectionner. D'ailleurs, c'est... ça fait partie,
là, des... en grande partie, là, des recommandations qui sont présentes dans le
mémoire qui a été déposé et qui répondent aussi à des recommandations, là, qui
avaient été faites par la Vérificatrice générale.
C'est sûr que le...
de les... justement, de pourvoir à l'intégration des personnes immigrantes,
c'est quelque chose qui va demander des
subventions assez importantes, mais ça ne doit pas être vu comme des dépenses,
mais plutôt comme un investissement.
Donc, ça va générer, bien sûr, toute la richesse culturelle, là, des personnes
qui viennent s'établir ici, mais aussi la richesse économique. On sait,
il y a toutes les... Plus l'intégration se passe de manière rapide et
efficiente, plus les personnes vont être en mesure, par exemple, de travailler,
de réussir leur projet d'études, vont être en mesure, par exemple, justement,
de ne pas aussi être dépendants des services publics.
Il y a plusieurs
études qui ne portent pas sur l'immigration précisément, mais qui portent sur
la vulnérabilité, la précarité, l'exclusion sociale et qui démontrent que
d'investir en services pour aider les personnes qui sont dans ces situations-là coûte beaucoup moins cher, en
fait, que le coût économique, justement, des gens qui vont aller... qui vont
être dépendants, là, du... par exemple, du système de santé et des services
publics. Donc, il faut investir dans l'accueil et l'intégration des personnes
que nous avons choisi d'accueillir. Et ces personnes-là vont aussi devenir des
ambassadeurs, en fait, de notre communauté pour accueillir de nouvelles
personnes.
C'est un sujet aussi,
la planification de l'immigration, qu'il ne faut pas dissocier de notre
capacité d'accueil comme société. Et, quand on parle de capacité d'accueil, on
ne parle pas nécessairement de restreindre l'immigration, on parle d'accroître
la capacité d'accueil, parce que, comme je le disais en préambule, on a besoin
de l'immigration au Québec. Donc, à ce moment-là, on va parler de sujets qui sont
transversaux à l'immigration et qui vont toucher des ministères autres que le
ministère l'immigration. On parle de pénurie de logements, de pénurie de
garderies, on parle d'accès, particulièrement en région, d'accès au transport
en commun, d'accès à Internet et à un réseau. Donc, ce sont tous des... disons,
des sujets transversaux sur lesquels on doit agir de manière importante et
parallèle à la prévision de l'immigration.
Et, pour la suite, je
passerai la parole à mon collègue Alain Brebion.
• (10 h 40) •
M. Brebion
(Alain) : Merci, Guillaume. Donc, pour aller, effectivement, dans la
suite de ce tableau, effectivement, général et qui correspond aussi à peu près
à toute... On représente, en fait, une partie de toute la région
Chaudière-Appalaches, mais, même s'il y a de la diversité, puisqu'il y a des
régions à dotation plus agricole, plus industrielle dans certaines parties, les
problématiques sont assez communes.
Et, en particulier,
je voudrais souligner également l'enjeu principal, qui est souvent présenté
comme essentiel par le ministère de l'Immigration et le gouvernement au
complet, sur la francisation. La francisation, moi, j'ai... Ça fait cinq, six
ans, à peu près, que je travaille dans ce domaine, il y a eu d'énormes progrès
déjà qui ont été réalisés par les structures qui... d'enseignement qui
collaborent à cet enjeu, mais il y a encore beaucoup à faire. Et beaucoup à
faire, je le dis, parce qu'au fond, plus on parle de francisation, plus on
affirme que c'est un enjeu important, bien, plus on a de candidats, c'est tout
à fait naturel.
Et on se heurte quand
même à des problèmes de ressources qui ne peuvent pas être seulement
solutionnés par des outils technologiques, si bien soient-ils. Bien, l'outil
technologique ne répond qu'à une partie des problématiques qu'on rencontre pour
la francisation, à savoir le manque d'enseignants, à savoir les distances pour
certains travailleurs, où c'est extrêmement compliqué, en fonction de leurs
horaires, de pouvoir assister aux séances, l'enjeu de toutes les conjointes
aussi, qui ne travaillent pas forcément et qui aimeraient pouvoir prendre et
suivre des... de la francisation à temps plein, mais elles doivent se déplacer
à Lévis, justement, la plupart du temps, ou plus loin.
Donc, on a beaucoup
d'enjeux qui sont liés à la francisation et on essaie tous... Là aussi, il n'y
a pas la solution dans une seule structure
ou une seule solution. On essaie de faire travailler ensemble le système
d'enseignement, le... nos structures à nous, le MIFI, toutes les ressources
possibles. Bien, j'avoue que c'est un sujet qui nous tient beaucoup à coeur, parce qu'on attend beaucoup, on
a beaucoup d'exigences vis-à-vis des travailleurs étrangers, y compris
sur les examens pour devenir, plus tard, résidents permanents, mais il faut
qu'on soit aussi en réponse pour pouvoir les aider à franchir ces enjeux.
L'autre sujet dont je
voulais parler, c'est, justement, aussi en lien, d'ailleurs, aussi avec la
francisation, c'est le lien que nous avons avec les entreprises. Je pense
que, depuis quelques années, honnêtement, les entreprises ont compris aussi
qu'elles avaient un rôle supplémentaire au simple fait de demander un EIMT
puis, je dirais, accueillir le travailleur
seulement comme travailleur. L'enjeu, justement, par rapport à la francisation,
à la recherche de logement, au transport, beaucoup d'efforts ont été
faits, mais là aussi les efforts doivent être encore, comment dire, amplifiés.
Et
je pense également que le... sur l'enjeu de francisation, sur lequel je reviens
un peu, il faut encore développer la sensibilisation dans les entreprises, non
pas seulement pour la partie sécuritaire, ça, c'est fait, en général, pour apprendre aux gens à respecter les
règles de sécurité de base, mais également offrir, dans le cadre des
entreprises, avec des salles... elles possèdent des locaux, souvent, faire
venir un enseignant, c'est moins coûteux que de déplacer 15 ou
20 travailleurs, donc essayer d'inciter les entreprises à organiser
également et s'impliquer plus dans la francisation. Et celles qui le font, en
tout cas, obtiennent d'excellents résultats, elles le disent aussi. C'est une
manière également de faire de la francisation en entreprise, d'intégrer ces
travailleurs aussi plus facilement avec les autres populations.
Donc,
on aimerait simplement... Puis, moi, je résumerais un petit peu, donc,
peut-être... la fin de l'intervention, avant les questions, en disant
qu'on aimerait, au fond, que, comme le disait Guillaume, bien, le MIFI
également nous fasse confiance et nous délègue peut-être parfois un petit peu
plus de choses. Comme le gouvernement québécois le demande auprès du fédéral, bien, nous, on a envie de dire : Faites
confiance aux organismes locaux, qui travaillent avec beaucoup d'expérience et
de courage sur ces sujets-là, pour leur donner peut-être parfois un petit peu
plus d'autonomie et de moyens. Je pense qu'on est...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, c'est terminé?
M. Brebion (Alain) : Oui. Je
crois que... Oui, oui.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Vous aviez encore un
petit peu de temps, mais on va entamer la période d'échange si vous le
désirez.
M. Brebion (Alain) : OK, pas de
problème. Oui.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Je me tourne du
côté de la banquette gouvernementale, avec
une période totale de 16 min 30 s. Mme la ministre, le temps
commence pour vous.
Mme Fréchette : Merci.
Merci, Mme la Présidente. Un grand merci à vous, M. Brebion, également
M. Boivin, merci d'être là. M. Brebion, ça me fait plaisir de
vous revoir. On s'est croisés vraiment régulièrement, au cours des derniers mois, donc c'est un grand plaisir de vous
entendre. Merci à vous deux d'avoir pris part à cet exercice-là avec une
intervention fort intéressante.
Vous avez parlé, notamment, de la notion de
capacité d'accueil. Et ça, c'est une notion dont j'ai largement discuté lors de
mes rencontres régionales, hein, j'ai fait des rencontres dans pas moins de
15 régions. Et c'est sûr que cette notion
de capacité d'accueil, elle est très importante, parce qu'il faut en tenir
compte pour définir, dans le fond, ce qui est envisageable en termes
d'accueil de personnes immigrantes.
Et je me demandais quel type de rôle vous voyez
que vous pourriez jouer, en termes de définition de cette capacité d'accueil dans votre région, bien sûr, et
comment vous déclinez, en fait, les ingrédients qui composent la capacité d'accueil,
et puis quelle lecture faites-vous, actuellement, là, de votre capacité
d'accueil, suivant la définition que vous en donnez.
M. Boivin
(Guillaume) : Bien, notre capacité d'accueil, en ce moment, elle
est surtout limitée par les subventions, la hauteur des subventions.
Nous, à la grandeur de la région, et je ne parle pas seulement pour Le Tremplin
mais peu importe à qui on parle, on a un besoin de recruter de nouveaux
intervenants pour les gens qui cognent à nos portes. Et puis on est à la limite de... en fait, de refuser des gens, par
manque de personnel, carrément, et pas faute de... Ce n'est pas en raison de la pénurie de main-d'oeuvre,
c'est en raison de l'insuffisance des subventions, qui ne nous permettent
pas de recruter. C'est sûr que la pénurie de main-d'oeuvre n'aide pas, mais...
En fait, c'est pour ça que je disais, dans mon
introduction : C'est qu'il va falloir se donner les moyens aussi
financiers d'accueillir ces gens-là. Donc, ça, c'est sûr que c'est un
ingrédient qui est très, très important, là, dans l'équation, là, pour calculer
la capacité d'accueil, puis qui va dépendre vraiment des orientations
gouvernementales en matière de financement.
Il y a toutes les autres questions. Là,
peut-être, Alain, tu pourras compléter, mais, en matière de logement, en
matière de transport en commun, c'est sûr que ce qui est le plus criant, pour
choisir, là, c'est vraiment la pénurie de logements
et la pénurie de garderies. Et ce sont deux éléments qui font... qui causent de
la précarité. Quand on ne peut pas,
justement, avoir accès à un logement, bien, une personne va arriver, et puis va
dépenser ses économies dans un hôtel, ce qui va nuire à son processus d'intégration, qui va ralentir vraiment
tout le reste, qui va causer la précarité financière, etc.
Puis, pareil pour les garderies, bien, à ce
moment-là, si on n'a pas accès à une garderie, bien là, on ne peut pas aller
travailler, ou, par exemple, ça peut mettre en jeu des programmes d'études pour
des personnes qui viennent dans le cadre
de... par exemple, comme étudiant étranger pour faire... pour suivre un
programme d'études puis qui viennent avec
leur enfant à titre de personne monoparentale, par exemple. Bien là, à ce
moment-là, ça va nuire à... monoparental ou pas, de toute façon, ça va nuire au programme d'études. Donc, c'est
des... ce sont des enjeux qui nuisent beaucoup, là, au succès de
l'intégration.
M. Brebion (Alain) : Si je peux
me permettre de...
Mme Fréchette : Oui, tout à
fait. Allez-y.
M. Brebion
(Alain) : Bien, je vous ai perdue, Mme la ministre, à
l'écran. Simplement, je voulais compléter ce que disait... On a quand même...
au-delà de ce que vient de dire Guillaume et qui nous concerne, bien sûr,
pareil, on a quand même, il y a deux ans, fait quelque chose. On a été
un peu lanceur d'alerte dans le milieu pour dire que la capacité d'accueil ne
dépend pas que de nous et ne dépend pas, bien entendu, que d'une seule
structure. Donc, on a réuni autour de tables... On a fait deux grandes
rencontres en réunissant vraiment toutes les personnes concernées par le problème du logement. Ça a relativement bien
fonctionné puis ça donne des fruits, c'est-à-dire que, au fond, des gens
qui ne se connaissaient pas ont commencé à
mettre en oeuvre des solutions, que ce soient les promoteurs immobiliers, les
responsables d'entreprise, etc. Il y avait quand même six ou sept entités
différentes, municipales aussi, bien sûr. Donc,
je crois beaucoup aussi que nous, on est un peu à... sur ce sujet, bien
entendu, à l'interface de tout le monde.
C'est souvent un rôle un petit peu pilote comme
ça qu'on peut avoir, si on peut le faire, si on veut le faire, mais moi, j'y crois beaucoup, en tout cas. Puis,
dans les autres domaines, ça peut être la même chose, sur les garderies aussi,
je crois que personne n'a une seule solution, parce que les garderies ont des
difficultés aussi, pas tellement sur... au niveau des locaux, seulement les places mais de recruter des
techniciennes en garderie, puis qu'on essaie d'attendre aussi du
recrutement de gardiennes... enfin, de techniciennes francophones à l'étranger.
Donc, c'est un problème qui doit effectivement, je pense... la sensibiliser, c'est... L'immigration,
ce n'est pas seulement... les structures d'immigration, ce n'est pas
seulement le MIFI, c'est effectivement à la charge un petit peu de toute la
société. Et, si on peut essayer, nous,
peut-être, de temps en temps, d'organiser ça, bien, on est... mais c'est du
travail supplémentaire qu'on ne fait pas avec nos... avec les immigrants
directement.
Mme Fréchette :
Je salue votre proactivité, là, en matière d'organisation de rencontres
entre des acteurs, là, qui sont d'intérêt pour discuter de la capacité
d'accueil. Est-ce que... Ce que vous avez lancé, en termes d'initiatives autour
du concept de logement, est-ce que c'est, donc, une table qui est appelée à se
réunir de manière régulière, ou c'était plus pour dresser un portrait de
situation, et puis...
M. Brebion
(Alain) : On a commencé comme ça il y a deux ans. En fait, on a fait
deux rencontres successives parce qu'il y avait beaucoup de monde. En réalité,
on est... on était presque surpris par l'intérêt. Au fond, ça... c'était
révélateur de l'attente qu'il y avait de tous les acteurs. Donc, on a fait ça
en deux fois pour ne pas que ce soit un forum trop important. Et puis il y a
encore des réunions. Elles ne sont pas forcément toutes régulières, je dirais, on les déclenche un peu en fonction de la
sensibilisation au terrain, mais maintenant, au-delà des réunions, il y a
des rencontres qui se font vraiment entre les personnes concernées et il y a
des programmes qui sont en route.
• (10 h 50) •
Ça nous... ça... On
sait tous que les logements ne poussent pas en six mois, là, donc, mais il y a
quand même des initiatives intéressantes. Et surtout ce qu'on avait fait, nous,
depuis longtemps, c'est un partenariat établi avec les propriétaires pour les
sensibiliser, justement, aux... comment dire, aux particularités de louer à des
immigrants. Et ces gens-là nous connaissent maintenant, puis, avant de mettre
sur le marché leurs logements, bien, ils font appel à nous, ce qui nous facilite quand même beaucoup les choses pour... Parce
qu'il est évident que, quand les gens arrivent de l'étranger, on ne peut
pas admettre qu'on cherche un logement au moment où ils arrivent. Enfin, comme
les... une chambre d'hôtel d'une nuit ou deux, c'est la limite acceptable,
bien, il faut qu'on trouve avant. Puis, avec l'état du marché actuel dans notre région, il faut qu'on soit proactifs,
effectivement, mais ça fonctionne mieux qu'il y a quatre ou cinq ans...
Mme Fréchette :
Eh bien, je retiens l'idée. On va peut-être la promouvoir auprès d'autres
régions. Est-ce que cette discussion autour
du logement portait sur le développement de logements pour les personnes
immigrantes, ou c'était pour la population en général?
M. Brebion
(Alain) : Non, c'était pour... c'était à partir, quand même, des
besoins croissants qu'on voyait apparaître, parce qu'on avait une croissance
très forte, comme à Lévis aussi, de travailleurs temporaires. Et on sentait qu'on était à un goulot d'étranglement. Donc, on
était vraiment plus portés sur... mais le logement pour les immigrants, c'est
aussi de plusieurs natures, parce qu'il y a des gens qui viennent tout seuls,
il y a des gens qui viennent avec des familles
ensuite. Enfin, les... puis il y a des gens qui translatent après, qui passent
d'un logement à l'autre. Donc, ça rejoint, au fond, les mêmes besoins que la
population locale, mais on était quand même concentrés sur une augmentation
soudaine.
Mme Fréchette :
OK. Bien, merci. Je vous... je... pardon, je vous amènerais maintenant sur le
thème de la francisation. Donc, à propos de... l'orientation n° 2, en
page 8, là, vous mentionnez que vous observez, là, des délais entre les
demandes d'inscription et le début des cours de francisation. Là, bon, je
voulais rappeler qu'on a un grand volume de demandes, vraiment, au-delà de ce
qu'on avait même imaginé. En fait, on est en train de mettre sur pied
l'équivalent d'une sorte d'université de la francisation tellement il y a de
gens qui aspirent à bénéficier, donc, des cours de francisation. Nous, notre
engagement, c'est de faire en sorte que, sur une base annuelle... qu'au moins
80 % des demandes, des nouvelles demandes pour des cours de francisation à
temps plein, une première demande, soient répondues dans un délai de
50 jours ouvrables. Au cours de l'été, là, on était en deçà de ça. Donc,
vous dire que, voilà, on met les bouchées doubles, on est très actifs par
rapport à cette notion-là, bien sûr, à ce service qu'on lance.
Et moi, je voulais
vous entendre, dans le fond, sur la francisation en entreprise mais vous dire
avant... Parce que vous y avez fait référence dans votre intervention,
notamment que les conjoints, conjointes souhaitent également avoir accès, là,
le plus facilement possible, aux cours de francisation. Et on était bien
sensible à cette notion, et c'est pour ça que cet été, on a annoncé le
développement, là, d'un projet pilote pour faire en sorte d'avoir des services
de halte-garderie en des lieux où il y a des cours de francisation, de façon à
ce que les personnes... Souvent, les conjointes sont amenées à garder les
enfants pendant que le conjoint va prendre des cours de francisation. Donc, on
voulait éviter ce genre de situation, donc, en offrant des haltes-garderies là
où se trouvent les cours de francisation. Bien, on se trouve à ne pas avoir ce
dilemme qui se pose pour certains couples de personnes immigrantes.
Donc, pour ce qui a
trait à la francisation en entreprise, en fait, quel type de formation puis de
sensibilisation vous pensez qu'un organisme comme le vôtre peut apporter en
matière de promotion, de déploiement des mesures de francisation en entreprise?
M. Brebion
(Alain) : On a... Est-ce que je peux juste...
M. Boivin
(Guillaume) : ...
M. Brebion (Alain) : Parce que
j'ai un exemple en tête. Justement, on a des entreprises, autour de... pas loin
de chez nous, qui ont choisi, justement, cette forme, qui l'ont essayée, au
fond, qui l'ont testée, parce qu'ils étaient un peu
pionniers, puis ça fonctionne bien. C'est-à-dire qu'en fait ils ont... ils ne
regrettent pas du tout leur choix. Il faut simplement que les entreprises
acceptent aussi qu'au-delà du... je dirais, du cadre du travail, il y ait des
moyens, parfois, peut-être mis à disposition. Et puis le... comment dire, le
fait de faire venir des enseignants, également, de les connaître, d'avoir un
suivi, ça établit un lien complètement différent.
Puis, pour les travailleurs, c'est certain que
ça dépend de leur emplacement, mais, quand il n'y a pas de déplacement... Parce
que la problématique, souvent, pour nous, elle est liée au transport,
c'est-à-dire qu'ils peuvent très bien travailler à 15, 20 kilomètres du
lieu de francisation, le soir, etc., repartir le soir ou repartir même dans la journée, c'est un handicap supplémentaire. Et puis
on n'a pas de tramway ni de métro, donc c'est un peu compliqué, donc.
Bien, en dehors de ça, je pense que les
entreprises se parlent aussi, elles, entre elles, aussi, sans nous parfois. On
peut simplement, nous, promouvoir, on le fait. D'ailleurs, on a... j'ai reçu,
ce matin, une offre pour une formation qui
est offerte par le cégep de Montmagny sur une formation à l'intégration. Bien,
nous, on va promouvoir, on va essayer, parce qu'ils n'entrent pas... C'est
parfois difficile d'entrer en contact avec la bonne personne dans l'entreprise,
etc., bon, dans les ressources humaines, ça
bouge pas mal, tout ça. Donc, on peut faciliter les choses, mais on ne peut pas
non plus... Comment dire? Les
entreprises sont quand même, bien sûr, autonomes là-dessus. On peut simplement
leur montrer l'avantage d'avoir des
travailleurs qui ne parlent pas français, juste pour les mesures de sécurité,
parce qu'ils vont pouvoir les garder plus facilement.
Mme Fréchette : Et si...
M. Boivin (Guillaume) : ...
Mme Fréchette : Oui, allez-y,
M. Boivin.
M. Boivin (Guillaume) : Si je
peux ajouter, sur la question de la francisation en entreprise, en fait, ce que
je remarque, c'est que les entreprises,
plus... ça fait une douzaine d'années, là, moi, que je suis pour Le Tremplin,
puis je remarque vraiment une évolution des mentalités puis un vrai
désir que les personnes qui... leurs travailleurs qu'ils accueillent
s'intègrent bien, tout ça. Donc, à ce moment-là, bien, la sensibilisation peut
être continuée, puis je pense qu'elle va être bien reçue.
Puis, d'un autre côté, il y aurait peut-être un
effort du côté des subventions qui sont disponibles pour... les subventions
salariales qui sont disponibles pour les entreprises pour permettre davantage
aussi de francisation. Parce que la... je crois que c'est un maximum de
50 heures, là, à l'heure actuelle, qui est subventionné. Donc, c'est sûr
que ce serait un item qui pourrait améliorer l'accès aussi, là, puis profiter,
là, pour les entreprises.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Je vais céder le droit de parole.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, on va poursuivre
avec la députée de Lotbinière-Frontenac, si je ne m'abuse.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Oui, merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, il vous reste 4 minutes...
4 min 8 s.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour.
Des voix : Bonjour.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Donc, bien, merci d'être là ce matin. Moi, je...
C'est sûr que Chaudière-Appalaches, c'est une région que je connais
bien. J'aimerais qu'on parle de l'apprentissage du français en région. Oui, il y a des enjeux, mais qu'est-ce que
vous... qu'est-ce que vous proposez? Puis j'aimerais aussi que... Tu sais,
vous avez parlé de la francisation en
entreprise, mais j'aimerais ça qu'on parle aussi du nombre, tu sais,
d'immigrants minimum que ça prend.
Parce que, dans certaines entreprises, il y a... ils sont... il y a peu
d'immigrants, puis parfois c'est des petites entreprises. Donc,
qu'est-ce que vous proposez?
M. Boivin (Guillaume) : Bien,
je pense qu'il n'y a pas de minimum, à moins que je ne m'abuse, là, même pour
un seul employé, là, on peut avoir accès à de la francisation en entreprise.
C'est sûr que ce sont des services qui sont payants, là. C'est des services aux
entreprises, par exemple des établissements d'enseignement comme le cégep ou... donc... ou le centre d'éducation des
adultes, par exemple. Donc, c'est aux frais de l'entreprise de soit, justement,
faire venir un prof ou de... justement, de libérer quelqu'un sur son temps de
travail, là. Ce qui peut être fait en sensibilisation, peut-être, c'est
d'encourager à s'inscrire à des cours de soir, hein, peut-être, Alain, c'est
dans cette...
M. Brebion (Alain) : Bien, je
pense qu'il faut... Oui, effectivement, il y a des solutions qui peuvent être, bien entendu, à l'extérieur aussi de l'entreprise,
mais ce que je crois aussi, ce que je constate... Parce que, derrière votre remarque,
Mme la députée, je sais que les entreprises, vous le savez, sont en tension
aussi sur la rétention de leurs employés et le partage de ressources, par
exemple. On pourrait imaginer que deux entreprises qui ne sont pas dans le même domaine, bon, pourraient très bien, peut-être, avec des
moyens en commun, des moyens, des locaux ou des formateurs également... puis se
regrouper. Ça, c'est difficile. Enfin, pour moi, ce que je constate, c'est que
ce n'est pas un sujet encore tout à fait à
l'ordre du jour, parce qu'il y a une certaine crainte que les travailleurs,
voilà, fréquentant une autre entreprise, aient peut-être envie de...
voilà, non pas de s'échapper, parce qu'ils ne sont pas en prison, mais, avec le
permis de travail fermé, c'est quand même un peu compliqué. Donc, c'est un peu
une difficulté, moi, que je rencontre.
C'est justement le... Chaque entreprise, comme
vous le dites, quelle que soit sa taille, bien, est obligée de trouver un peu
des solutions pour le transport, de la même manière ou pour des choses comme
ça, alors qu'il y aurait peut-être possibilité de mutualiser certaines choses,
certains moyens, certaines ressources, mais il faudrait pour cela que les entreprises, comment dire, n'aient pas
cette crainte, en fait. Puis c'est... ce n'est pas facile à... non plus à
l'enlever, de voir leurs... Je le
vois, par exemple, dans la restauration. La restauration, c'est un domaine
extrêmement tendu, hein, où les... tout le monde veut garder, bien
entendu, ses employés, et c'est extrêmement difficile de faire du réseautage, y compris pour faire venir ces gens-là dans des
activités, pas de francisation, mais de discussion. On fait des ateliers de
discussion aussi pour essayer de les mettre à l'aise dans la vie quotidienne,
mais ils ont des difficultés quand même à venir.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Parfait. Merci. Pour ce qui est de
l'orientation n° 7 portant sur l'intégration
sur le marché du travail des personnes issues de toutes les catégories
d'immigration, vous dites qu'il y a des doublons, avec la mise en place d'Accompagnement Québec, dans les
services offerts aux personnes immigrantes. J'aimerais que vous nous
expliquiez ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...s'il vous plaît.
M. Brebion (Alain) : Tu veux y
aller, Guillaume? C'est comme tu veux.
M. Boivin (Guillaume) : Vas-y.
Vas-y, Alain.
• (11 heures) •
M. Brebion
(Alain) : OK. Bien, c'est simplement parce que... quand la
régionalisation du MIFI a été annoncée puis qu'on nous a annoncé, donc,
la mise en place des structures de régionalisation... Enfin, je ne sais pas si
vous avez eu la mise en place des agents d'aide à l'intégration. Un petit peu
partout en région, ces personnes sont là pour gérer
justement une... L'idée, c'était, je pense, d'un premier contact avec les
travailleurs étrangers, de pouvoir les inscrire, et les suivre, et de
faire un début de dossier pour faire un suivi ensuite, par la suite. Et c'est
une idée que je trouve toujours excellente...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Merci beaucoup. Le temps...
M. Brebion (Alain) : Ah! OK.
Désolé.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...le temps imparti à la
banquette gouvernementale est terminé. Je
me tourne maintenant du côté de l'opposition officielle avec le député de
Nelligan pour une période de 12 minutes... totale de
12 min 23 s. Le temps est à vous.
M. Derraji : Bonjour à vous
deux. Merci pour votre rapport très bien détaillé. J'ai eu l'occasion de
rencontrer des représentants du milieu économique il y a quelques années. Ils
sont venus au Palais des congrès décrier l'état de la pénurie de main-d'oeuvre
qui frappe... qui frappait la région. Vous êtes venus aujourd'hui avec pas mal
de points. Le premier point qui m'a le plus interpelé, c'est qu'au-delà de la
planification de l'immigration vous soulevez
aujourd'hui d'autres drapeaux. C'est que vous parlez de la capacité d'accueil.
Et la capacité d'accueil, ce n'est pas uniquement vous, vous avez
dit : C'est des sujets transversaux. Sentez-vous que la région a de
l'écoute par rapport à ces sujets transversaux?
M. Boivin (Guillaume) : Oui.
Bien, si je peux répondre, oui, je sens qu'il y a une écoute. Je sens, par
contre, aussi un énorme besoin d'accélérer toutes les démarches qui peuvent
être prises et aussi de simplifier.
Quand on parle de logement social, pour avoir
siégé sur plusieurs tables de concertation, là où il en est question, on parle vraiment de délais qui sont de
loin supérieurs, là, aux délais pour construire des logements standards,
là, tout autre type de logement. Donc, à mon
avis, maintenant que le besoin est démontré depuis longtemps puis qu'on
parle depuis longtemps de pénurie de logements, il y a vraiment des actions
importantes à prendre qui peuvent être prises sur plusieurs niveaux, des
initiatives, par exemple, où il y a des villes qui vont proposer ou qui
prévoient de proposer des congés de taxes pour des portions de logements
sociaux pour faciliter la construction. Il y a des initiatives comme celle du
Centre multiethnique de Québec, par exemple, où il y a des logements qui
servent de logements transitoires qui sont, a priori, prévus plus pour les
personnes réfugiées, mais qui sont aussi utilisés en certaines occasions comme
logements transitoires. C'est des initiatives qui pourraient être encouragées
puis qui pourraient être supportées par le milieu communautaire, par exemple.
Donc, effectivement, l'écoute est là, mais
ensuite il doit y avoir, à mon avis, des mesures plus rapides et plus fortes,
là, pour accélérer les choses, là, dans ce domaine-là.
M. Brebion
(Alain) : Si je peux me permettre... Pardon. Est-ce que je peux
compléter? C'est juste pour...
M. Derraji : Oui, oui, allez-y.
Allez-y. Allez-y.
M. Brebion (Alain) : OK. Je
voulais simplement ajouter qu'au fond l'argument qui pouvait être auparavant
que les travailleurs immigrants venaient prendre nos emplois, je crois que
c'est un peu dépassé. Maintenant, prendre nos
logements, c'est déplacé également. Il faut bien se rendre compte que, si ce
n'était pas des travailleurs immigrants qui étaient là, bien, ce serait
sans doute des travailleurs québécois qui auraient ces besoins de logements.
Donc, c'est un problème qui n'a pas de rapport direct, au fond, avec
l'immigration.
Simplement, la chose, c'est qu'on voit qu'il
faut faire un changement de paradigme, un peu un changement de mentalité. Dans
les municipalités, par exemple, il y a beaucoup de règlements qui empêchent
aussi la création ou la réutilisation de certains locaux qui sont peut-être à
vocation plus ou moins agricole, industrielle, enfin, j'en passe. Et il y a beaucoup de règles comme ça qui... sur
lesquelles... il ne faut pas complètement les faire sauter, mais simplement
comprendre qu'on est dans une réalité démographique différente. On était dans
un lent et... déclin démographique de vieillissement de notre population, on
l'est toujours encore un peu, mais l'immigration, c'est vrai, a bien redonné
une sorte de... un petit peu de regain, parce qu'il y a des familles avec
enfants. Bien, il faut tenir compte de ça.
Et puis c'est vraiment, au niveau de la société,
les municipalités également qui ont un rôle important à jouer. Parce que je ne
voudrais pas non plus qu'on fasse... toute la charge sur les entreprises. Parce
qu'on parle souvent des entreprises, il y a des entreprises qui ouvrent des
garderies, il y a des entreprises qui font leur mieux pour la... Mais ce n'est pas non plus aux entreprises de gérer
complètement la vie des immigrants depuis... en dehors de leur cadre de travail, c'est le rôle des municipalités, et de
tous les autres organismes, et des autres émanations de ministères différents.
Voilà.
M. Derraji : Je
vous écoute depuis tout à l'heure et j'ai le goût de vous poser une question.
Vous avez mis l'accent sur un... si je peux qualifier, un enjeu majeur
de société, sur la capacité d'accueil. Et, d'ailleurs...
(Interruption)
M. Derraji : À vos souhaits. On
en parlait beaucoup, beaucoup, c'est un enjeu majeur, la capacité d'accueil est
atteinte, on l'a dépassée. Mais vous, vous êtes venus en commission
parlementaire nous dire : Écoutez, là, il faut absolument augmenter la
capacité d'accueil. OK. Vous avez des bons arguments sur la table, parce que
votre région souffre d'une pénurie de
main-d'oeuvre, ce sont des faits. En fait, ce que vous êtes en train de nous
dire : qu'on risque de mettre en
péril l'avenir économique et la création de la richesse dans votre région, si
aujourd'hui on ne travaille pas sur la capacité d'accueil. Est-ce que
j'ai bien compris votre message?
M. Boivin (Guillaume) : Oui.
M. Derraji : Excellent.
M. Boivin
(Guillaume) : Si je prends Lévis, 48 % de la croissance
démographique de Lévis, dans les dernières années, selon les derniers
recensements, est due à l'immigration. Donc, on parle vraiment, là, d'un apport
qui est essentiel à la ville. Et la ville
dépend en très grande partie, là, pour sa croissance puis sa vitalité
économique... dépend en grande partie
de l'immigration. Ce n'est qu'un exemple, mais c'est ce que j'entends beaucoup.
Moi, je vous donne les chiffres de Lévis, mais... Oui, bien, on parle de
vitalité économique, on parle de courbe démographique, on parle de... etc. Oui,
oui.
M. Derraji : C'est très clair,
c'est très clair. Mais vous ramenez d'autres enjeux de société, à savoir :
le logement, garderies, transport en commun. Juste vous dire, en face de vous,
c'est le leader de l'opposition officielle, ces
enjeux font partie de nos discussions chaque jour, sur les missions de l'État,
et on dit que ça craque un peu partout dans plusieurs aspects de la
société.
Mais là je vais faire l'avocat du diable. Vous
allez répondre quoi à quelqu'un qui vous dit qu'on a une crise du logement et que ça n'a aucun bon sens de
ramener d'autres immigrants à la région de Chaudière-Appalaches parce
qu'on n'en a pas assez, de logements, on n'a pas assez de garderies et on
souffre au niveau du transport en commun?
M. Boivin (Guillaume) : Bien,
moi, ce que je répondrais, c'est : si on veut manger local, si on veut une
croissance économique, si on ne ferait... ne serait-ce que d'écouter un peu nos
entreprises... On a des grands projets comme, par exemple, l'entreprise la
Davie Ship, à Lévis, qui va avoir besoin de centaines de travailleurs et qui va
se retourner massivement, juste l'année prochaine... va se retourner
massivement vers l'immigration. Ce sont des projets
à portée nationale, et, dans le fond, la production de ces bateaux-là, on va
avoir besoin de centaines de travailleurs.
Il y a des projets de développement un peu
partout, M. le maire de Lévis vous en parlerait mieux que moi, mais il y a des
développements de serres extrêmement importants qui s'en viennent aussi dans le
secteur. Puis, dans le fond, si on veut, justement, avoir des matériaux de
construction, si on veut transformer notre poulet pour le mettre sur notre table,
il y a tellement de secteurs qui dépendent fortement de l'immigration, entre
autres de l'immigration temporaire, mais de l'immigration tout court, pour
combler ces besoins en main-d'oeuvre là. Notre société a besoin avant tout, là, de
travailleurs pour fonctionner, pour faire rouler les entreprises puis pour
qu'on ait à disposition les biens essentiels de tous les jours.
Donc, à ce moment,
pour ma part, la question n'est pas là, à savoir est-ce qu'on devrait diminuer
le nombre de personnes immigrantes, là. Tous
ceux à qui on parle dans nos concertations, que ce soient des concertations
avec le milieu de l'emploi ou avec le milieu social ou de l'enseignement,
s'entendent sur ce point-là. En tout cas, je parle pour ma part, mais
tous ceux à qui j'ai parlé disent : On a besoin de plus de personnes
immigrantes.
M. Brebion (Alain) : Y compris, d'ailleurs,
dans les services publics. Parce qu'on parle beaucoup d'entreprises, bien
entendu, mais la... vous le savez, la pénurie touche énormément. Chez nous,
c'est le système de santé qui fait appel en grand nombre aussi à ces
travailleurs. Et, sans eux, bien, c'est certain qu'on ne mangerait pas local,
comme le dit Guillaume, mais on aurait du mal à soigner nos... nous-mêmes ou
nos aînés. Donc, ce n'est même pas... Vraiment, la question, je crois que,
simplement, c'est une manière peut-être de fonctionner peut-être un peu
différemment, c'est sûr, de manière plus
transversale. Si on ne fonctionne pas de manière plus transversale, ça va être
compliqué parce que chacun va, évidemment, mettre en avant ses
contraintes et puis ses façons de travailler.
M. Derraji :
Mais je vous rejoins, je vous rejoins dans vos propos et je les seconde.
Écoutez, ce n'est pas la première fois que notre formation politique parlait de
la pénurie de main-d'oeuvre. En 2018, quand on l'a annoncée, faites juste une
petite recherche, c'est le premier ministre qui disait que ça n'existe pas, la
pénurie de main-d'oeuvre. Moi, on n'arrête pas de le dire, au Parlement :
Sortez un peu de la capitale nationale, allez-y voir ce qui se passe dans les
régions, la pénurie de main-d'oeuvre frappe à la fois le service public et le
secteur privé.
Quand je vous ai posé
la question par rapport à la capacité d'accueil, c'est que je ne veux pas que,
demain, quand on va venir... Pas nous, je suis quand même conscient de vos
enjeux. Quand quelqu'un va venir vous dire, en région : Écoutez, la
capacité d'accueil est atteinte dans votre région, bien, j'espère que vos
arguments seront là sur la table. Parce que, là, carrément, ce que je vois,
c'est l'avenir économique de la région qui serait affecté, là.
Parlons de la
régionalisation. Tout le monde veut régionaliser l'immigration, tout le monde
veut que les gens travaillent, utilisent la langue française et que les
services de francisation suivent. Si je vous suis, tout est lié. On ne peut pas régionaliser aujourd'hui si on ne règle
pas les enjeux transversaux, si on ne règle pas des enjeux majeurs pour
éviter la précarité financière. Si vous êtes à la place des élus aujourd'hui,
surtout ceux qui décident, c'est quoi, la première action pour réussir la
régionalisation? Parce qu'il ne faut plus que ce soit un slogan, il faut que ce
soit une réalité, que la régionalisation
suit un peu le portrait de nos besoins en région. Ce serait quoi, en un, deux,
trois, vos actions?
• (11 h 10) •
M. Brebion
(Alain) : Si tu veux, je veux bien commencer sur la régionalisation.
D'abord, je voudrais vous dire, M. le Député, qu'il ne s'agit pas
seulement d'une idée, c'est... il y a des réalisations concrètes qui se font,
mais parfois ce sont des processus plus longs qu'on ne le pense. C'est-à-dire
qu'au fond, quand on y réfléchit, c'est plus facile de faire venir les
travailleurs directement dans les régions que d'aller les rechercher ensuite
par Montréal.
Alors, je n'ai pas de
baguette magique pour ça, mais, pour avoir fait des dossiers de
régionalisation, le problème auquel on se
heurte souvent, c'est que les personnes qui vont se régionaliser, entre
guillemets, elles ne veulent pas repartir le parcours à zéro.
C'est-à-dire qu'elles veulent que, pour elles, ce soit une étape supplémentaire
avec une amélioration quantitative de leur... qualitative et quantitative de
leur qualité de vie mais également au niveau du travail. Parce que, très
souvent, elles vont commencer par faire une job, je vais dire, alimentaire dans
la région de Montréal, mais elles ne souhaitent pas repartir dans une région
pour recommencer complètement ce processus, elles souhaitent aussi accomplir...
On a, vous le savez
aussi, parmi les travailleurs étrangers, une quantité importante, que je
connais, justement, dans ceux qu'on régionaliste, qui sont des entrepreneurs
dans leur pays, qui avaient des entreprises dans leur pays et que... sur lesquels on sous-exploite complètement
leur capacité d'entreprendre. On ne les empêche pas non plus, mais je dirais que ce n'est pas nécessairement vers ça
qu'on les aiguille. Et je sais qu'il y en a certains qui, parfois, viennent
me voir en disant : Tu sais, j'aimerais bien, moi aussi, me lancer, parce
que, dans mon pays, j'avais une entreprise avec 15 personnes ou plus.
Et ce sont des
sujets... La régionalisation, ce n'est pas des autobus entiers, là, qui
viennent se déplacer. C'est du cas par cas. Moi, j'ai traité plusieurs cas qui
ont bien réussi, mais c'est toujours beaucoup d'efforts quand même, beaucoup de
travail. Puis surtout je pense qu'il y a peut-être, effectivement, à revoir,
peut-être, entre des organismes de
régionalisation qui sont sur Montréal et puis nous, une manière de travailler.
On se connaît, on travaille ensemble, mais il y a peut-être à améliorer,
peut-être, la rapidité d'organisation et de processus. Mais c'est un vrai
sujet...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup...
M. Brebion
(Alain) : ...et sur lequel il ne faut pas attendre... Oui.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup.
M. Derraji :
Merci à vous deux.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Je dois vous arrêter. Le temps pour
l'opposition officielle vient de s'écouler.
Mais nous allons poursuivre et terminer avec la deuxième opposition pour une
période de 4 min 8 s. Le temps est à vous, M. le député.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. Merci pour votre mémoire
aussi, c'était très instructif. J'ai vu plein de belles recommandations
là-dedans, alors merci.
Je vous envoie sur la
question du PEQ. Vous parlez d'assouplir les conditions d'admissibilité. Vous
avez peut-être vu, dans les... dans la semaine dernière, nous, on a mis au jeu
ce qu'on a appelé un PEQ régionalisation, je ne
sais pas si vous avez lu ça dans les journaux, mais un PEQ qui viserait à ce
qu'en 12 mois de travail, donc pas 24, là, 12 mois de travail, en
dehors de la région de Montréal, donc Montréal n'est pas visé par ce programme
express, on permettrait de qualifier quelqu'un, toutes catégories confondues,
donc les emplois qualifiés, moins qualifiés, et on lèverait les frais de
traitement de demande de CSQ, donc des économies d'environ 1 500 $
par famille. Mais ce qui est surtout intéressant, c'est qu'on les traiterait en
priorité au-dessus de la pile, on leur donnerait accès au CSQ et à la résidence très rapidement pour que ces gens-là qui
soient déjà établis en région aient vraiment des avantages comparatifs à
y rester et à ne pas partir vers Montréal
par la suite, parce que, finalement, ça irait trois fois plus vite,
potentiellement, devenir résident permanent en région que dans la grande
région de Montréal.
Est-ce que des genres
de mesures structurantes comme ça, des programmes destinés aux régions, c'est
le genre de choses que vous pourriez accueillir ou si vous avez plutôt des
craintes ou des critiques?
M. Boivin
(Guillaume) : Bien, à mon avis, les politiques devraient prendre le
chemin de l'allègement réglementaire. Donc là, je ne sais pas si je peux réagir
à brûle-pourpoint sur votre projet directement, là, au nom des acteurs de ma
région, mais, à tout le moins, ce qui fait consensus, c'est d'aller vers un
allègement réglementaire, c'est-à-dire
que... d'avoir des processus qui sont moins complexes puis qui peuvent être
bénéfiques, là, pour... justement, pour la régionalisation, par exemple,
ou...
Ce que j'entends
beaucoup, là, par rapport à l'allègement réglementaire, j'entends de plus en
plus de personnes immigrantes qui vont choisir d'immigrer au Québec en passant
par une autre province ou en essayant de contourner l'aspect administratif, qui
est quand même plus important au Québec qu'à d'autres endroits. Donc, c'est
pour ça que je tenais à attirer l'attention de la commission sur cet aspect-là
de l'allègement puis de prendre comparaison... peut-être point de comparaison
avec d'autres provinces, parfois.
Ou, si on parle, par
exemple, de l'accès à certaines professions qui sont régies par des ordres
professionnels, on a quand même plusieurs ordres, entre autres dans le système
de la santé, qui est tellement crucial au Québec... on a quand même plusieurs ordres professionnels qui sont plus restrictifs
au Québec que dans d'autres régions, par exemple, pour avoir accès à la
profession de médecin ou d'infirmière. Donc, pour revenir à votre question, ce
serait un peu mon point de vue à moi, là...
M. Cliche-Rivard :
Parce qu'il faut créer un avantage, il faut créer un avantage comparatif
aussi, Montréal versus régions. Je comprends les autres provinces, mais il y a
énormément de gens qui se destinent à Montréal, donc il faut qu'on ait des
mesures structurantes et positives, je devine, qui fait que les régions
deviennent peut-être plus intéressantes ou ont un avantage comparatif sur
Montréal, ce qui va aider la régionalisation.
M. Brebion
(Alain) : Certainement. Mais, si je peux ajouter, ce que veut dire
Guillaume aussi, c'est que, malheureusement, quand on établit des règles de ce
genre-là ou des différences, un petit peu, de statut par rapport à ça, il y a un risque de contournement qui est
encore plus facile, à mon avis, d'une région à l'autre ou d'une région vers
Montréal, qu'entre provinces. Donc, sur le principe, bien, on souscrit à ça
parce que, nous aussi, ce qu'on souhaite, au fond... Mais, je vous le dis, je
pense que le plus probant, c'est surtout que les gens puissent comprendre. Et
ça, c'est la politique, aussi, qui est menée
à l'extérieur, enfin, de toutes les missions de recrutement international,
etc., c'est de faire comprendre que,
dans nos régions... ce qu'il faut faire comprendre, c'est que les immigrants
sont au moins aussi bien accueillis qu'à Montréal.
M. Cliche-Rivard :
On a très peu de temps, mais je voulais vous entendre en 20 secondes
sur un service de garde pour les demandeurs d'asile. Vous en faites une
priorité dans votre mémoire.
M. Boivin
(Guillaume) : Oui. Tu peux y aller, Alain.
M. Brebion
(Alain) : Ah! comme tu veux. Bien, ce qu'on constate, en fait, dans
notre région, pour être tout à fait sincère, c'est que nous n'avons pas, bien
sûr, un afflux de demandeurs d'asile comme on peut l'avoir dans d'autres régions et d'autres parties du Québec. On
en a quelques-uns qui s'en viennent, d'ailleurs, la plupart du temps,
sollicités par les entreprises elles-mêmes. Parce que, dans le fond...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Je dois malheureusement,
M. Brebion, vous arrêter. Je vous ai laissé quelques petites secondes de
plus, mais le temps est écoulé.
M. Brebion
(Alain) : Je suis désolé. D'accord.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, M. Brebion,
M. Boivin, merci beaucoup d'être venus à cette commission.
Je suspends quelques
secondes, le temps de recevoir le prochain groupe. Bonne fin de journée,
messieurs.
(Suspension de la séance à
11 h 18)
(Reprise à 11 h 23)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous en
sommes maintenant à l'audition de deux groupes, c'est-à-dire le Conseil de la
municipalité régionale de comté de La
Matanie, avec le maire, M. Turcotte, ainsi que le Service d'accueil des
nouveaux arrivants de La Matanie, avec la directrice, Mme Annie
Veillette.
Madame, monsieur, bienvenue à la Commission des
relations avec les citoyens. Alors, vous allez bénéficier d'une période de
10 minutes pour votre exposé. Si vous voulez également vous présenter
rapidement, ensuite, on va passer à la période d'échange avec les
parlementaires. Le temps est à vous.
Conseil de la
municipalité régionale de comté de La Matanie
et Service d'accueil des nouveaux arrivants
de La Matanie (SANAM)
M. Turcotte (Andrew) : Merci
beaucoup. Donc, je me présente. Moi, c'est Andrew Turcotte, je suis préfet de
la MRC de La Matanie et également maire de la municipalité de Sainte-Félicité.
Mme Veillette (Annie) : Moi,
c'est Annie Veillette, directrice générale du Service d'accueil des nouveaux
arrivants, qu'on appelle affectueusement le SANAM, en Matanie.
M. Turcotte (Andrew) : Donc, on
vous remercie beaucoup de nous recevoir aujourd'hui, à tous ceux et celles qui sont présents autour de la table, là,
pour nous écouter. Un salut tout spécial à M. Bérubé, qui est notre député
à Matane-Mitis-Matapédia.
Donc, une
petite mise en contexte. Le SANAM et la MRC de Matanie ont un partenariat
solide et efficace qui remonte, quand même, à plusieurs années. Donc,
nous sommes souvent cités en exemple, dans d'autres milieux, pour le travail avec... entre le Service d'accueil
des nouveaux arrivants et le milieu municipal, bien sûr, et institutionnel.
Donc, la MRC
de La Matanie présente un indice de vitalité économique négatif. Elle se situe dans
le cinquième quintile, donc nous sommes une municipalité et une MRC qui
est Q5. La MRC de La Matanie, c'est... on parle de 21 000 habitants
répartis dans 11 municipalités, dans un immense territoire d'environ
3 400 kilomètres carrés qui est couvert par un seul organisme
d'accueil et d'intégration des personnes immigrantes, donc on parlait tantôt,
comme Mme Veillette le disait... le
SANAM. Donc, le SANAM peut nous offrir un service de qualité, mais,
malheureusement, par manque de ressources, les conditions actuelles ne
permettent pas le financement adéquat.
Malheureusement,
nous ne sommes pas considérés comme une région éloignée, comme les MRC du
territoire de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, qui sont quand même tout
près de nous, on est à quelques kilomètres de la frontière, mais nous
vivons exactement les mêmes enjeux que les MRC présentes sur ce territoire.
Malgré tout, le SANAM est quand même innovant,
et nous en sommes fiers, en Matanie, du service qui nous est offert mais,
encore malheureusement, sous-financé. Nous désirons que le soutien à la mission
soit inclus... que le soutien à la mission
inclue l'indice de vitalité dans le calcul du financement, pour une équité
régionale dans le financement public en immigration.
Bien sûr, La
Matanie a fait une planification stratégique qu'on a nommée La
Matanie 2030. La MRC souhaite devenir
un territoire attractif qui se donne les moyens pour réussir son recrutement et
son accueil des nouveaux arrivants et
également devenir un territoire où on y reste pour sa vitalité, son cadre de
vie et sa capacité à intégrer les personnes issues de tout horizon.
Donc, dans
cette perspective, la démarche de mobilisation et de concrétisation entamée en
avril 2021 et financée par le
ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, le MIFI, a
permis de jeter les bases d'un premier plan
d'action territorial, collectif et concertant notre activité : accueil,
intégration et pleine participation des personnes immigrantes et des
minorités ethnoculturelles en Matanie pour les années 2022 à 2025.
Donc,
c'est... bien sûr, il y a plusieurs intervenants et acteurs du milieu
économique, social, culturel, municipal et communautaire ainsi
qu'éducatif, ainsi que plusieurs personnes immigrantes ont participé à une
vaste consultation visant à identifier les besoins et les défis des personnes
immigrantes lors de l'installation et l'intégration en Matanie. Donc, l'objectif était de répondre aux besoins des
défis spécifiques à notre territoire en matière d'accueil et d'enracinement
des personnes immigrantes dans une
perspective de développement durable et continu. Donc, vous avez bien compris
que j'aimerais beaucoup mettre l'emphase sur le mot «enracinement des personnes
immigrantes».
Donc, on
travaille sur quatre grands axes : on a la... mobiliser et engager les
partenaires dans le développement d'une
communauté accueillante et inclusive; en deuxième axe, développer la concertation
puis l'attractivité de La Matanie auprès
des différentes catégories des personnes immigrantes; en trois, bonifier et
développer le service d'accueil et soutien
et... à l'installation des personnes immigrantes; en quatre, mettre en place
les conditions favorables à l'intégration, l'enracinement encore, je le
répète, et pleine participation des personnes immigrantes.
Prochainement, on a une nouvelle entreprise qui
s'installe en Matanie, Duravit, qui... On a fait une annonce cet été, on va avoir un besoin d'environ
250 travailleurs. Donc, les organismes du développement économique du milieu
de... du milieu économique... du milieu travaillent activement pour positionner
La Matanie comme un milieu attractif. Mais
notre petite taille ne veut pas dire nécessairement qu'il est impossible de
recevoir de nouveaux arrivants. Les
changements ou adaptations à faire sont, au contraire, parfois moindres que
dans une plus grande ville, donc c'est beaucoup
plus flexible, on a beaucoup plus de flexibilité localement et c'est beaucoup
plus facile vu qu'on est quand même un petit milieu.
Nous sommes très
heureux de la proximité du bureau régional du MIFI, mais, cependant, on sent
souvent qu'il y a très peu de marge de
décision d'un point de vue régional. Donc, même s'ils connaissent très bien
notre enjeu, et on remercie le gouvernement pour avoir créé ces bureaux
régionaux là, mais ils sont souvent impuissants. Donc, ils ont une... il y a une très bonne écoute et ils ont très... ils ont
une très bonne proximité avec les organismes du milieu, mais,
malheureusement, ils n'ont aucun pouvoir discrétionnaire local. Donc, même
s'ils connaissent nos forces et nos défis, ils ne peuvent quand même pas... ils
ne peuvent rien faire en région sans l'accord, bien sûr, de leurs supérieurs. Donc, vous comprendrez que le bureau
du MIFI, nous, au niveau du Bas-Saint-Laurent, c'est très, très important, on
l'apprécie grandement, mais ce qu'on déplore beaucoup, c'est le manque de
flexibilité qu'eux ont à l'interne.
Donc, je passerais la
parole à Mme Veillette.
Mme Veillette
(Annie) : Rapidement, avant de parler des aspects de notre mémoire, je
voulais quand même relever, parce que ce n'était pas couvert par notre mémoire
qu'on a déposé, les travailleurs migrants étrangers.
Nous,
en Matanie, on en a beaucoup. Ils sont nombreux, de plusieurs entreprises,
notamment en transformation alimentaire.
Malheureusement, c'est une clientèle qui n'est souvent pas couverte par les
services du MIFI en accompagnement individuel. Donc, ça nous a amenés à
développer un nouveau service, un nouveau programme avec Immigrant Québec, qui
vient du financement fédéral, parce qu'on notait quand même des enjeux
importants sur le terrain, d'un point de vue humain, puis beaucoup de
vulnérabilité par le statut précaire des travailleurs temporaires d'avoir un
permis fermé. Je trouvais que c'était... Je trouvais ça intéressant, en
écoutant d'autres personnes que vous avez reçues à la commission, de voir que
c'est un enjeu qui ressortait souvent. Mais nous, on trouvait que des fois
c'était un petit peu un angle mort sur le terrain, en lien avec les organismes
communautaires financés par le MIFI. Ou, en tout cas, nous, en région, c'est
comme ça qu'on le vit.
• (11 h 30) •
C'est sûr que notre
mémoire, il était très terrain comme proposition, là. Il y en a qui étaient
très pointues, donc je ne reviendrai pas nécessairement en détail sur chacune
d'entre elles. Je peux peut-être juste revenir sur l'idée coeur, vraiment, que
M. le préfet a un petit peu abordée. Mais, pour nous, ce qu'on trouve vraiment
important, si on veut que le MIFI et ses
actions en région aient plus d'ampleur, ce serait de vraiment mettre l'emphase
sur la... de considérer l'indice de vitalité des milieux. Parce qu'un
milieu dévitalisé ne pourra pas nécessairement réagir de la même façon qu'un
milieu qui est en croissance, que sa population, elle connaît moins d'enjeux
sociaux ou économiques. Donc, nous, on
trouve que ce serait une façon assez simple d'un point de vue mise en oeuvre,
pour le MIFI, parce que c'est un indicateur qui existe dans d'autres
ministères, de l'appliquer, donc de pouvoir reconnaître nos différences
régionales, notamment d'un point de vue de vitalité.
Un autre enjeu qu'on
relevait pour répondre à nos besoins en région, c'est notamment tout ce qui est
en lien avec le kilométrage. Parce que nous, des fois, on doit se déplacer avec
les personnes immigrantes, puis ça, ce n'est vraiment pas inclus nécessairement
dans la façon que le fonctionnement est avec les enveloppes qu'on a en ce moment, surtout du PASI. Mais l'indice de
vitalité, ça pourrait être reconnu dans les programmes, les autres programmes
du MIFI, dont le PAC et le soutien à la mission, qu'on n'a pas présentement,
mais qu'on dépose vendredi puis qu'on aimerait beaucoup recevoir.
Donc, sinon, on
voulait aussi sensibiliser le ministère sur le fait que les organismes locaux,
bien, ça fait une différence dans un milieu quand il y en a juste un versus
dans des milieux plus urbains où il y a plusieurs organismes qui sont peut-être actifs depuis plus longtemps ou
qui ont plus sensibilisé... Nous, on est le seul organisme. On a souvent
des partenaires qui sont à leurs premières interactions interculturelles.
Donc, on a beaucoup
de sensibilisation à faire. Les ressources manquent souvent pour sensibiliser
tout le monde à la hauteur du besoin. Ça
peut avoir un impact très concret pour les personnes immigrantes en termes
d'accueil ou de rétention, quand ils ont l'impression que les autres
services publics ou communautaires qu'ils reçoivent ne sont pas nécessairement
en lien avec... au courant avec leur spécificité, lieu, issus de leur parcours
d'immigration.
Donc, nous, ce qu'on
demande, c'est vraiment de considérer nos enjeux de financement puis nos enjeux
en région, parce que nous, on pense qu'on peut être un organisme très innovant,
qui a beaucoup d'idées en termes de régionalisation, mais, malheureusement, les
ressources financières qu'on reçoit directement pour ce projet sont vraiment
limitées. Donc, c'est sûr que ça nous limite dans ce qu'on peut faire de
développement de projets ou d'innovation en termes de régionalisation
d'immigration en région plus éloignée, donc.
Et on voulait aussi
relever que, même si le ministère a des ententes avec le ministère de la
Famille ou la CNESST pour régler certaines problématiques, bien, vous avez
souvent besoin d'intervenants locaux pour faire le lien vers ces nouveaux programmes là ou ces nouvelles initiatives là.
Comme nous, on aimerait vraiment ça, avoir une halte-garderie en lien
avec les personnes immigrantes, le service de francisation, mais, par manque de
ressources localement, en termes de... dans notre équipe, bien, c'est
difficile, des fois, de monter des nouveaux projets ou de faire les références
de façon adéquate vers ces services-là qui sont ajoutés ou que... des nouvelles
ententes, de façon plus générale, qui sont faites.
Donc, je crois qu'on
se rapproche du 10 minutes, là, je ne sais pas si on avait terminé.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Vous
pouvez... Il reste encore 40 secondes, mais la ministre vous laisse
du temps si vous n'avez pas terminé.
Mme Veillette (Annie) : Ah!
non, non, je pense que j'avais terminé. 40 secondes...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Oui? Bien, parfait. Alors, de toute
façon, on va commencer la période d'échange
avec les parlementaires. Alors, comme il s'agit d'une audition conjointe de
60 minutes, le temps est réparti ainsi : le gouvernement, qui va
commencer bientôt, 24 minutes, l'opposition officielle, 18 minutes,
et le député de Matane-Matapédia, six minutes. Le temps est à vous, Mme
la ministre.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bien, merci, M. le maire et préfet, merci également, Mme Veillette, pour avoir pris part à cet
exercice-là, un exercice fort important. On vous sent très engagée, très
motivée à prendre action. Alors, je salue ça. Vous avez une belle
proactivité en regard des thèmes de l'immigration en région. Alors, on va s'assurer
de s'inspirer de votre réalité des choses et de vos propositions.
Dans le cadre de votre mémoire, bien, vous
soulevez, en fait, qu'il y a un besoin de maintenir, là, un critère d'analyse en lien avec le lieu d'établissement, le
lieu de travail des personnes immigrantes, particulièrement, là, pour le Programme
de sélection des travailleurs qualifiés, là, un nouveau programme qu'on a
annoncé au printemps dernier, le PSTQ.
Alors, à ce sujet-là, je voulais simplement vous
mentionner que les offres d'emploi validées, que ce soit en dehors de la Communauté
métropolitaine de Montréal ou à l'intérieur, vont toujours avoir un... il y a
toujours la possibilité d'avoir un critère qui est relié au lieu, soit hors CMM
ou à l'intérieur de la CMM, lors de l'invitation. Alors, c'est une dimension
qui pourra être considérée. Donc, c'est simplement pour vous rassurer de ce
côté-là. Il y a également des travaux, là,
qui sont en cours pour modifier la déclaration d'intérêt pour permettre de
cibler plus facilement les personnes qui habitent, ou qui ont étudié, ou
qui travaillent en région.
Donc, vous savez que, pour nous, la
régionalisation de l'immigration, c'est vraiment une priorité. Alors, on est en
train d'identifier l'ensemble des leviers et des mesures qui sont à notre
disposition pour faire en sorte de poursuivre sur la lancée, parce qu'on a
quand même eu une belle amélioration, là, au cours des dernières années, sept, huit dernières années, en matière de
régionalisation de l'immigration, et c'est important de poursuivre sur cette
route-là.
Alors, dans votre mémoire, vous mentionnez tous
les deux, d'ailleurs, qu'il pourrait être intéressant de créer des enveloppes d'innovation pour favoriser, donc,
la régionalisation de l'immigration, et j'aimerais ça vous entendre, là, sur
les suggestions que vous avez à proposer pour faire en sorte que de telles
enveloppes d'innovation soient basées sur les forces de votre région et sur les
enjeux que vous rencontrez.
Mme Veillette (Annie) : Oui,
bien, dans le fond, comme disait M. le préfet, on est vraiment satisfaits de
l'ajout des bureaux régionaux. En termes d'immigration, ça a vraiment facilité
la relation qu'on peut avoir avec le ministère de façon courante, sauf que, des
fois, c'est ça, justement, on trouve que, si on aurait des idées ou on aurait
des choses qu'on voudrait essayer, bien, on sent qu'eux, ils n'ont pas
nécessairement d'enveloppe qui pourrait être disponibilisée, propre avec notre
situation, ou qui peut ne pas être partout au Québec, là. Tu sais, des fois,
nous, on a un territoire, mettons, très grand, où, tu sais, qu'on aurait
d'autres spécificités qui ne sont pas nécessairement partout.
Ça fait que ce qu'on se disait, c'est que
chaque... Nos bureaux régionaux finissent par bien nous connaître. Ça fait que,
des fois, ça pourrait être peut-être un intervenant intéressant qui pourrait
avoir cette enveloppe-là plus discrétionnaire à eux, puis eux-mêmes, peut-être,
des fois, décider comment ils peuvent nous aider ou nous donner une chance
d'essayer des choses plutôt que se référer, des fois, au ministère, plus large
que...
Oui, il y a des enveloppes d'innovation. On sait
que le volet 5 du PASI... mais, des fois, c'est... tu sais, d'un point de
vue terrain, nous, quand on posait des questions sur cette enveloppe-là, bien,
des fois, régionale, ce n'était pas très clair s'il y avait de l'intérêt.
Alors, tu sais, c'est-tu disponible? Il y avait-tu des fonds? Tu sais, des
fois, les critères étaient très généraux aussi. Ça fait qu'on sentait que
c'était un petit peu plus loin. Ça fait qu'on ne savait jamais si... à quel
point cette innovation-là était intéressante pour le MIFI, tandis que, si
c'était un point de vue régional, bien, ça rapprocherait la réflexion commune
de potentiels nouveaux projets, là.
Mme Fréchette : Merci. M. le
maire, voulez-vous compléter?
M. Turcotte (Andrew) : Non, ça
complète très bien. Elle a très bien résumé.
Mme Fréchette : D'accord,
excellent, merci. Je suis allée en Gaspésie, là, l'hiver dernier. J'ai passé
une journée complète en rencontre avec de nombreux groupes de la région, puis
on m'a beaucoup fait part du besoin d'immigrants pour la région, pas juste
comme main-d'oeuvre, là, mais également pour assurer, comment dire, la
revitalisation, la vitalité démographique de la région, et des services, des
institutions. Alors, moi, j'aimerais ça avoir votre point de vue sur cette
question-là. Est-ce que... Quel rôle associez-vous aux personnes immigrantes en
lien avec la vitalité de la région?
Mme Veillette (Annie) : Bien,
c'est sûr que nous, on a une démographie qui est plus vieillissante que la
moyenne du Québec. Ça fait, c'est sûr qu'on sait que, d'ici... Là, je n'ai pas
les stats par coeur, proches, mais, d'ici plusieurs années, il y a beaucoup
d'aînés qui devraient vendre leur maison, par exemple, ou des choses comme ça.
Ça fait que c'est sûr que nous, on a intérêt à ce que l'immigration en Matanie
continue, puis que ces gens-là puissent prendre un rôle social dans notre
communauté, puis qu'on puisse... tu sais, oui, il y a un enjeu de logement...
nous aussi, mais, en même temps, qu'ils puissent... tu sais, que ces maisons-là
ne fassent pas une espèce de... On a déjà connu ça localement. Il y a quelques
années, tu sais, il y avait eu plusieurs maisons à vendre. Ça fait que ça avait
fait une espèce de... économiquement, ça avait été moins plaisant. Donc, c'est
sûr qu'on aimerait ça qu'il y ait, oui, un rôle social. La vitalité de plusieurs
municipalités plus dévitalisées... bien, on pense que ça pourrait être vraiment
un gain social important pour notre milieu. Donc, oui, on est vraiment
d'accord avec la position de nos voisins gaspésiens.
Mme Fréchette : Merci. Et vous
parlez, dans votre mémoire, aussi de... une demande, là, pour bonifier la définition de la régionalisation en ajoutant des
nouveaux critères et... régionaux, et là vous faites référence notamment
à un indice de vitalité économique qui devrait être intégré, inséré, considéré
pour vraiment faire... refléter la nature de la
dynamique qui prévaut chez vous. Alors, est-ce que vous pourriez nous préciser,
là, votre vision par rapport à ce nouveau critère là? Comment est-ce qu'il se définirait, il se déclinerait? Puis
est-ce que l'indice de vitalité démographique pourrait aussi faire
l'objet d'un indicateur, de votre point de vue? Donc, je vous laisse aller
là-dessus.
• (11 h 40) •
Mme Veillette (Annie) : Bien,
nous, on s'appuie surtout sur l'indice de vitalité du ministère des Affaires
municipales et de l'Habitation, qui a, je crois, cinq critères. Il y a des
critères plus en lien avec l'emploi, mais je crois que la démographie... je ne
suis plus certaine, là, mais il me semble que c'était inclut aussi, là.
Ça fait que c'est vraiment... Ce n'est pas juste
une question de... Donc, c'est quand même... on trouvait quelque chose de...
quantitatif, plutôt, je m'excuse, qui existait déjà, qui pouvait être
facilement repris. C'est parce qu'on trouve souvent qu'en termes de
régionalisation c'est souvent la région métropolitaine versus en dehors de la région métropolitaine, mais, tu sais, que ça
inclut comme tous les milieux confondus, alors que nous, on trouve qu'il y a
des milieux qui sont plus dévitalisés, il y en a d'autres, en dehors de la
région métropolitaine, qui vont être plus vitalisés.
Donc, moi, je trouve qu'on n'est pas à... C'est
une espèce d'équité régionale qu'on aimerait, des fois, plus avoir, avec un petit peu plus de détails, de... si
votre... tu sais, si un milieu comme nous est plus dévitalisé, bien, peut-être
qu'on ait plus de ressources pour pouvoir combattre des petites tendances
sociales, des fois, qu'on peut avoir, de... liées, justement, à la
dévitalisation.
Comme, tu sais, nous, on a un taux, des fois, de
littératie qui va être moins élevé ou on va avoir un taux de scolarité, des fois, moins élevé. Ça fait que, des
fois, c'est d'amener un changement social en lien avec le vivre-ensemble, avec
l'ouverture à la diversité. Quand, ici, il y en a moins que dans les milieux
plus urbains, bien, ça demande plus de travail, de sensibilisation que... Nous,
on voudrait faire plus, mais, par manque de ressources, bien, des fois, on n'en
a pas.
Ça fait qu'on se dit : Si c'était reconnu
comme milieu dévitalisé puis que l'enveloppe était comme modulée de façon à...
bien, on pense que ça nous donnerait peut-être plus de chances de mieux
travailler notre milieu selon ses besoins. Ça fait que, des fois, on trouvait
que ce n'était peut-être pas juste, des fois, d'être en compétition avec des milieux très en croissance économique, alors que
nous... tu sais, oui, il y a du... qui s'en vient, puis on est très contents,
mais il y a quand même des tendances sociales qui sont quand même en cours,
qu'on surveille. Donc, c'est ça.
Mme Fréchette : OK, bien,
merci. Est-ce que vous avez eu aussi des échos du milieu entrepreneurial ou des
organismes en lien avec la présentation de notre réforme de l'immigration,
particulièrement pour les travailleurs qualifiés?
Est-ce que vous avez eu vent, là, de commentaires appréciatifs, ou moins, ou se
questionnant par rapport au Programme de sélection des travailleurs
qualifiés?
Mme Veillette (Annie) : Bien,
nous, c'est plus notre organisme de développement économique, là, qui s'en
occupe puis qui avait une entente avec la SDED de Drummondville, là, qui s'en
occupait.
M. Turcotte (Andrew) : Oui,
bien, nous, on avait... avec Développement économique Matanie, on avait une entente avec la SDED. On pouvait faire des
missions à l'international avec eux, mais là, dernièrement, cette entente-là a
été mis fin dû à une très, très grosse
demande du côté de la SDED, qui est du côté de Drummondville. Donc, malheureusement,
on ne pourra plus bénéficier de cette entente-là.
Donc, on bénéficiait beaucoup de ressources que
nous, on n'avait pas nécessairement les moyens de se payer, d'où le pourquoi
qu'on parle beaucoup de l'indice de vitalité économique. On l'a testé un peu
avec le FRR volet 4, là, via le ministère des Affaires municipales. On est...
On a des sommes qui sont bonifiées. On a des sommes qui sont... qui nous sont
données via l'indice de vitalité économique, qui nous donnent une chance d'être
capables de soit créer des nouvelles choses,
ou des nouveaux... des nouvelles activités, ou peu importe, mais, avec ça, au
moins, le montant était modulé en conséquence de l'indice de vitalité
économique, là, pour chaque milieu et chaque territoire.
Mme Fréchette : D'accord. Bien,
merci beaucoup pour ces éclairages. Mme la Présidente, je vais céder mon droit
de parole.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci Mme, la ministre.
Alors, je reconnais la députée de Vimont. Il vous reste 15 min
11 s. La parole est à vous.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous deux. Merci d'être présents.
On va reparler d'indice de vitalité économique,
justement, parce que, je pense, c'est quelque chose qui est assez important. En fait, dans votre mémoire, vous
parlez des paramètres de financement, justement, du PASI et vous ne voulez pas, finalement, que ce financement soit
seulement réparti sur les... aux... sur les trois zones. Moi, j'aimerais
savoir... Maintenant, je pense connaître déjà votre réponse, mais quel
serait... Justement, avez-vous des suggestions pour que l'indice de
vitalité économique puisse davantage bénéficier aux MRC?
Mme Veillette
(Annie) : Bien, c'est sûr que, nous, c'est ça qu'on disait un peu dans
le mémoire, mais en rajoutant peut-être
la... tu sais, on voulait comme rajouter peut-être un niveau d'analyse ou de
répartition, puis ce n'est pas nécessairement d'enlever les trois zones, là,
parce qu'on comprend la... mais de rajouter peut-être une couche de plus
d'analyse, justement, par niveau, de peut-être reprendre les cinq niveaux de
vitalité qui existent déjà, puis que c'est très normé, quand même, comme
critères, puis de juste s'inspirer de ce que l'autre ministère, de l'Habitation
puis des Affaires municipales, fait, puis, c'est ça, nous, on croit que ça
pourrait... tu sais, sans nécessairement tout refaire le fonctionnement, mais
ça rajouterait peut-être une équité, de rajouter un petit volet de tri de ça ou
de... parce que, tu sais, nous, pour un
exemple très concret, là, la Haute-Gaspésie, c'est la MRC juste à côté de nous,
puis, tu sais, eux, ils tombent dans l'autre catégorie, dans la zone 3,
puis ça change... Bien, tu sais, on n'a pas le même volume, là, mais, en termes
de... par personne, par cible, ça a un effet vraiment important, je trouve, en
termes de financement, alors que, tu sais, sur le terrain, on a les mêmes
enjeux ou presque, là, tu sais, on est voisins. Donc, de rajouter ça,
peut-être, ça viendrait diminuer cette... bien, moi, je trouve, c'est un petit
peu inéquitable, là, mais ça rajouterait peut-être une justice un peu entre les
régions, là, pour... selon notre niveau de vitalité.
Mme Schmaltz : Je vais aborder
avec vous la question au niveau de l'immigration. On comprend que vous aimeriez
en avoir davantage. Par contre, vous ne vous êtes pas positionnés sur les deux
seuils qui ont été proposés. Est-ce que vous avez... est-ce que vous auriez
envie peut-être d'en parler davantage, peut-être de débattre sur ces deux
seuils-là?
Mme Veillette (Annie) : Bien,
nous, c'est parce qu'en même temps on... moi, ma... notre position, c'était que les personnes immigrantes de... dans ces deux
scénarios-là, ne se rendent pas en majorité... tu sais, ils sont bloqués
par d'autres aspects structurels, des fois, avant de se rendre en Matanie,
bien, tu sais, dans leur parcours de vie. Ça fait
que nous, on n'a pas nécessairement... Je n'ai pas l'impression que,
localement, on sentirait beaucoup la différence dans un scénario ou dans
l'autre, là, parce qu'on est déjà... Il y a certains enjeux déjà en cours.
Donc, c'est pour ça qu'on ne se positionnait pas
nécessairement sur ces deux... parce qu'on avait de la misère à quantifier
comment ça allait se rendre, tu sais, dans un scénario ou dans l'autre, tu
sais, le... parce qu'on s'est dit, tu sais,
vu que la régionalisation se produit... bien, elle se produit, mais à petit
volume, bien, pour l'instant, on ne trouvait pas que c'était un impact
sur notre milieu, là, différent, d'un scénario ou l'autre, là. On avait trop de
difficultés à se positionner.
Mme Schmaltz : Bien, tu sais,
je comprends, vous en avez... Vous êtes capables un peu de chiffrer, de voir
qu'est-ce que la capacité d'accueil dans votre région?
Mme Veillette (Annie) : Bien,
on n'a pas de chiffre magique à vous sortir aujourd'hui, mais c'est sûr qu'on connaît notre milieu. Ça fait que, tu sais, on
connaît les enjeux de transport collectif. Il y a des enjeux qu'on a comme
tout le monde, mais à des niveaux variables, parfois, localement.
On a fait une étude récemment. La MRC a fait une
étude du logement. Donc, c'est sûr qu'on est allés chercher quand même des
chiffres un peu plus sur notre portrait à nous, qui n'est pas nécessairement la
même chose que ce qu'on entend dans les médias. Oui, on a des enjeux, mais, des
fois, on s'est rendu compte que c'était peut-être certains groupes plus précis
que d'autres.
Donc, ça venait peut-être préciser l'action
qu'on veut faire localement, là, pour répondre à ces enjeux-là, donc, puis c'est pour ça aussi que je trouve qu'en
ayant des programmes plus malléables par région, bien, il y a peut-être des régions qui seraient capables de lever la main
puis dire : Bien, on n'a peut-être pas le chiffre de capacité d'accueil exact,
mais on pense que, sur tel, tel enjeu, on peut faire ça... ou qu'on pourrait,
tu sais, plus facilement y aller par région différente que par des grandes
mesures, là, de... pour tout le monde, là, parce que c'est ça que le préfet
disait. Tu sais, on trouve des fois qu'un petit milieu... on peut plus
facilement se revirer localement avec nos partenaires puis essayer des projets ou trouver des solutions à plus petite échelle,
puis ça... on trouve que c'est bien pour la capacité d'accueil.
Mme Schmaltz : Ma question
s'adresse à M. le préfet. Vous avez, à plusieurs reprises, au tout début, là,
de la présentation... vous avez parlé de... vous avez employé, pardon, le mot
«enracinement». Ça semble un mot qui est important
à vos yeux. Est-ce qu'on peut un peu développer là-dessus? J'ai eu la chance,
d'ailleurs, avec Mme la ministre, de
l'accompagner dans cette tournée des régions, où on a été dans votre région cet
hiver, et effectivement c'est un mot qu'on entend beaucoup. Alors,
j'aimerais un petit peu vous entendre là-dessus, sur ce mot-là, à quel niveau
vous le... à quel niveau vous le percevez.
M. Turcotte (Andrew) : Bien,
l'enracinement, là, écoutez, tu sais, oui, c'est beau, faire... c'est bien,
faire l'accueil de nouveaux arrivants, mais, nous, ce qu'on veut, c'est être
capables de les garder à long terme. Un peu comme Annie disait tantôt, on a une
population qui est quand même vieillissante. On a des revenus médians qui sont
plus ou moins... Tu sais, on a un taux de travailleurs de 25 à 64 ans, là,
qui sont dynamiques, là, au niveau du marché du travail, mais il y en a
beaucoup qui prennent leur retraite. Malheureusement, si on y va avec la
perspective des prochaines années, la Matanie va décroître beaucoup en
population.
Donc, nous, ce qu'on veut, c'est que les
personnes immigrantes se sentent bien ici, en Matanie, puis de trouver les
moyens puis avoir les outils nécessaires pour être capables de bien les accueillir
pour qu'ils s'enracinent vraiment à 100 %. Moi, je
suis un Matanien pure laine. Je suis... j'ai... je suis venu au monde en
Matanie. Je suis parti travailler à l'extérieur. Je suis revenu. J'ai un
sentiment d'enracinement pour mon territoire, mais, moi, ce que je veux, c'est être capable de le donner... de le
donner aux immigrants également pour qu'eux se sentent bien chez eux.
Maintenant, trouver les outils, mais... il faut les trouver, mais il faut avoir
les moyens de les faire, aussi, ces outils-là.
Mme Schmaltz : ...vous
avez besoin? Vous parlez d'outils, mais c'est... concrètement, c'est quoi
qu'on... Est-ce qu'on parle d'argent?
Est-ce qu'on parle de services supplémentaires? Qu'est-ce que... C'est quoi,
pour vous, cette aide-là que vous avez besoin?
M. Turcotte (Andrew) : Je
laisserais Mme Veillette là-dessus... Je pense, elle a des bonnes
réponses.
Mme Veillette (Annie) : Bien,
c'est ça, tu sais, nous, on fait, des fois, des petites actions en lien avec
l'enracinement, mais, tu sais, ce qu'on voudrait, des fois, c'est pouvoir plus
travailler le sentiment d'appartenance, d'avoir peut-être plus de financement,
là, dans la pleine participation, mettons, pour le PASI. On a, des fois, des
fonds pour faire des activités, mais d'avoir des choses pour favoriser plus
le... c'est ça, le sentiment d'appartenance propre à notre territoire, que...
Des fois, le programme du MIFI, c'est plus le sentiment d'appartenance au
Québec, puis c'est très correct de le développer, mais, des fois, on aimerait
ça que ça soit... qu'on puisse avoir une petite enveloppe pour le sentiment
d'appartenance plus local puis de... parce que, nous, ce qu'on se rend compte
d'un point de vue statistique, c'est qu'on reçoit quand même beaucoup de
nouveaux arrivants, mais on a comme, des fois, un problème de rétention. Il y en a qui repartent, que ça soit des nouveaux
arrivants québécois, mais aussi de l'immigration.
• (11 h 50) •
Donc, en termes d'outils, des fois, on ne sait
pas qu'est-ce qui a fonctionné pour ceux qui ont resté puis ceux que ça n'a pas
fonctionné. Ça fait que, des fois, ça serait peut-être aussi d'avoir des...
plus de recherche ou que... tu sais, soit localement ou à l'échelle du Québec,
là, mais d'avoir plus d'information. Tu sais, quand ça a bien marché, qu'une
personne immigrante a décidé de s'enraciner en Matanie, c'est quoi, les
facteurs? Est-ce que c'est des profils plus qu'un autre? Parce que c'est sûr
que, pour nous, la régionalisation, si on savait que...
Tu sais, nous, sur le terrain, des fois, on se
rend compte qu'une famille, ça a plus de potentiel de rester... dès qu'elle
arrive, tu sais, une famille déjà formée, les parents... ou avec les enfants,
que, des fois, des jeunes professionnels,
qu'eux autres, tu sais, des fois, s'ils se cherchent quelqu'un, un compagnon
amoureux puis qu'ils ne le trouvent pas, bien, des fois, ils peuvent
repartir, donc, puis, en région, bien, parce qu'on a une plus petite
population, des fois, le bassin de... c'est très technique, là, mais le bassin
de... avec qui ils peuvent se rencontrer est limité.
Ça fait que, des fois, on a vu des gens
repartir, des fois, pour des raisons comme ça. Des fois, ça peut être juste...
tu sais, ils viennent-tu d'un milieu plus urbain, d'un milieu plus rural,
peut-être, dans leur pays d'origine? Ça fait qu'on ne sait pas qu'est-ce qui
fait que ça marche mieux puis que ça marche moins bien. Donc, des fois, ce
serait d'avoir peut-être aussi ce genre de... bien, donc, soit des ressources
pour, nous-mêmes, avoir plus de temps pour travailler ça avec nos résidents...
que ça a bien fonctionné, même ceux qui partent, là.
À un moment donné, on parlait d'une entrevue de
sortie de La Matanie, comme les entreprises font en ressources humaines, mais qu'est-ce qui n'a pas bien marché, tu sais,
qu'est-ce que, dans votre intégration, n'a peut-être pas fonctionné
ou... Des fois, ils ont le droit d'aller ailleurs aussi, mais, des fois, on
sent que c'est parce qu'on n'a pas réussi à bien les attacher dans notre
milieu, puis qu'ils ont bien créé leur réseau.
Donc, des fois, ce serait d'avoir plus de
ressources, oui, financières, soit, pour nous, en temps de... de mieux
investiguer ça ou de financer peut-être de la recherche sur la rétention en
région, ce serait peut-être quelque chose de vraiment
intéressant, pour nous, comme information à utiliser pour mieux centrer ou
amener nos efforts de régionalisation.
Mme Schmaltz : C'est très
intéressant, justement, là, ce que vous soulevez, l'enracinement, mais plus régional, finalement, que, peut-être, le Québec,
parce qu'effectivement je pense que certaines régions ont vraiment leurs
particularités, un petit peu comme vous l'avez mentionné. Vous avez...
Est-ce que j'ai encore du temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste six minutes.
Mme Schmaltz : OK, parfait.
Vous avez mentionné tantôt la proximité des bureaux du MIFI, hein, des bureaux
régionals qui ont été réouverts sous le gouvernement, semblez être satisfaits
des... quand même, du soutien, mais assez limités aussi, je pense, au niveau de
l'action. Quand on parle de... vous vous sentez... vous vous sentez limités à
quel niveau? Parce que vous l'avez mentionné à quelques reprises, vous semblez
justement bien aimer cet échange-là, mais il semble y avoir un... il semble y
avoir une espèce de mur, là, si on peut employer le terme, là, qui vous empêche
d'avancer dans votre... dans votre mission. C'est quoi, exactement, que vous
rencontrez?
Mme Veillette (Annie) : Bien,
tu sais, nous, on a une conseillère, tu sais, bien, régionale, mais elle
s'occupe de notre MRC. Tu sais, on lui parle souvent. J'ai l'impression qu'elle
et son équipe régionale, là, sont très au courant de nos enjeux en Matanie, tu sais, de nos enjeux... Comme, là, nous, on
n'a pas le soutien à la mission. Donc, d'un point de vue administratif très concret, dans notre
organisme, c'est vraiment quelque chose qui complexifie notre gestion interne.
Ça fait que, tu sais, on en parle souvent, mais,
après ça, s'il n'y a pas d'appel de PSM ou si, quand il y en a un, on n'est pas
choisis, bien, eux autres, tu sais, ils ne peuvent pas nous dire : Ah!
voici une petite enveloppe pour aider à payer ton audit
parce que... tu sais, un... c'est parce que les audits ont explosé, là, c'est
très administratif, là, mais nous, on est obligés, par nos programmes
ministériels, de faire un audit, mais là, quand on a juste des petites
enveloppes à projets puis qu'on maximise notre salaire pour offrir le plus de
salaire à... bien, de services, plutôt, à notre population, bien là on se
retrouve, des fois, avec des frais administratifs qu'on rentre dans des
programmes de projets puis que...
Tu sais, le MIFI nous écoute, là, l'équipe
régionale nous écoute quand on leur parle de ça, puis je sens qu'ils ont
beaucoup d'empathie, humainement, pour ce qu'on vit, mais, après ça, d'un point
de vue administratif, d'un point de vue de
financement, bien, on a l'impression qu'ils se revirent vers le MIFI plus
Québec, là, puis qu'ils disent : Bon, bien, on ne peut rien faire
de plus pour vous aider concrètement, là.
Ça fait que
c'est pour ça aussi que, des fois... qu'on se dit : Bien, tu sais, si,
localement... bien, régionalement, des fois, ils pouvaient nous soutenir
de façon plus ponctuelle ou, tu sais, de... On n'a pas de précision exactement
sur quel genre de soutien, là, c'est juste que, quand on vit un enjeu puis
qu'on leur parle, bien, c'est ça, on sent qu'ils sont très réceptifs... mais
qu'on ne sent pas qu'eux autres, ils ont de la marge pour faire, tu sais, un
changement ou trouver une solution
directement, là. Ce n'est pas... C'est ça. Ça fait que, des fois, on aime ça,
leur parler, mais, après ça, on se dit : Bon, bien, s'ils n'ont pas
de solution, ça ne nous... pas, là, tu sais, c'est les deux...
Mme Schmaltz : Oui.
Je vais vous amener ailleurs un petit peu... bien, ailleurs, on reste toujours,
naturellement, dans notre sujet, mais
je veux soulever avec vous un peu la francisation. Je voudrais voir comment ça
marche, comment ça fonctionne dans votre région. Est-ce que c'est
quelque chose qui fonctionne bien? Est-ce que, dans les entreprises, on sent
qu'il y a un engouement pour la francisation?
Mme Veillette
(Annie) : ...pour l'instant, c'est vraiment, j'ai
l'impression, propre à chaque, tu sais, mentalité interne de gestion,
là. Pour l'instant, on sait qu'il y en a qui ne libèrent pas tout le temps
leurs employés pour de la francisation. C'est sûr que nous, on trouve que ce
serait plus facilitant. Nous, localement, c'est l'école des adultes qui reprend
la francisation puis qui a développé vraiment l'offre d'un point de vue des
dernières années. Donc, il y a vraiment une augmentation des classes, des
heures disponibles.
Donc je trouve que ça... Tu sais, ça facilite
l'accès aux services de francisation, mais, souvent, si l'entreprise, tu sais,
ne libère pas son employé, bien, la personne se retrouve à faire ça le soir
après sa journée de travail, là. Si la personne
a des enfants, bon, on n'a pas de halte-garderie spécifiquement pour
soutenir... Ça fait que, là, bien, je pense que, des fois, il y a des
enjeux de conciliation pour l'accès à la francisation.
Puis on a un enjeu, bien, c'est ça, très rural
aussi, là. Ça fait que c'est sûr que, s'il y a une tempête de neige, mais il y
avait un cours, tu sais, c'est plus difficile de se rendre, mais, nous, notre
centre d'éducation commence tranquillement même à faire des cours... Ils sont
allés à Saint-Ulric, qui est une municipalité rurale. Ça fait qu'ils font comme un partenariat avec l'école de la
municipalité, l'école primaire, pour se rapprocher d'un grand groupe de
travailleurs.
Donc, de ce côté-là, on sent que ça... C'est sûr
que, nous, il y a des petits délais avec Francisation Québec, là, pour l'inscription. Ça fait que c'est sûr que ça a
peut-être rajouté un petit délai pour certaines personnes, en ce moment,
avec l'implantation du nouveau système, là, mais, tu sais, on voulait
optimiser... dans un monde parfait, c'est ça, ça serait faciliter l'accès
peut-être en rajoutant, justement, halte-garderie, peut-être en forçant
certaines entreprises... Tu sais, nous, on
le promouvoit, mais, si l'entreprise décide de ne pas favoriser l'accès ou de
dégager... on n'a pas vraiment d'autre option que, tu sais, préférer le
soir. Ça fait qu'on sent que, des fois, pour certains travailleurs, c'est
difficile. Pour d'autres, ils le font avec plaisir puis ils sont là, là, mais c'est
ça...
Mme Schmaltz : Oui, je
comprends parfaitement. Est-ce que vous avez, dans votre MRC, un bel exemple
d'enracinement réussi, appelons ça comme ça?
Mme Veillette (Annie) : Bien,
en fait, on a plusieurs... Si vous voulez consulter... on a même un microsite, en ce moment, qui s'appelle Bienvenue dans ma
Matanie. On fait des portraits, là, de plusieurs personnes, dont certaines
en entreprise, mais d'autres en milieu
rural, qui ont choisi La Matanie, qui sont bien implantées, puis que c'est
comme un beau succès d'enracinement. Ça fait que c'est des choses aussi qu'on
essaie de promouvoir localement puis qu'on... On met, tu sais, un effort
aussi à ce que ce soit le fun à consulter. Ça fait qu'esthétiquement c'est
beau, tu sais, c'est des beaux portraits avec des belles photos puis c'est très
humain comme...
Ça fait que, oui, on en a plusieurs, là, des
beaux cas d'enracinement, puis on essaie de s'en servir comme outils autant de
sensibilisation pour le milieu que pour donner le goût à d'autres personnes de
dire : Bien oui, ça se fait, il y a des gens qui le font. Puis, tu sais,
même dans notre équipe, au SANAM, on a plusieurs personnes issues de
l'immigration qui sont des bons coups d'enracinement, à des nombres d'années
différents, là, mais, tu sais, on en voit
plein, des belles histoires d'enracinement, c'est juste qu'on en voit aussi
plusieurs que ça n'a pas fonctionné. Ça fait que, tu sais, on a comme
les deux comme points de vue, mais, oui, il y en a, des très belles histoires
d'enracinement en région, puis, tu sais, on
voudrait juste l'augmenter puis d'avoir les ressources pour faire tous les
efforts qu'on peut pour que ça se passe, là.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup, Mme Veillette. C'est tout le temps qu'on avait. Alors, ça fait deux fois que j'entends
parler de neige en l'espace d'une heure, là. J'espère que vous n'êtes pas
oiseaux de malheur pour tout de suite. Écoutez, je me tourne maintenant
du côté de l'opposition officielle avec une période totale de 18 minutes.
Mme la députée de Chomedey, la période commence avec vous.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous deux. J'ai bien apprécié lire votre mémoire.
C'est très détaillé. Il y a
beaucoup de recommandations. Ça va sûrement aider la ministre à prendre les
bonnes décisions afin d'avoir de bonnes solutions pour toutes nos
régions.
D'abord, j'aimerais
vous féliciter. Vous avez été parmi les trois organismes finalistes au Québec
pour les organisations à but non lucratif de l'édition... Ulrick-Chérubin, en
2022. Vous devez être fiers.
Mme Veillette
(Annie) : Oui, oui, on était très fiers.
Mme Lakhoyan
Olivier : Comment vous avez fait... à participer à ce prix-là?
Mme Veillette
(Annie) : Comment on a fait? Bien, on a soumis notre candidature, mais
vous voulez dire : Qu'est-ce qui
était... Bien, c'était une présentation, comme, générale, là, de nos projets,
puis je pense que c'était le fait que, parce qu'on est en région quand
même éloignée, mais on réussit quand même à avoir des outils ou des projets qui
rayonnent... Donc, je pense, c'est ça qui avait été soumis comme candidature.
C'était un petit peu avant... Ça ne fait pas très longtemps que je suis en
fonction. Ça fait que je n'étais pas là, mais je pense que... je pense, c'est
ça qu'ils ont soumis, là. J'ai relu les documents après, là, mais, tu sais, on
a fait des outils qui ont voyagé partout au Québec
aussi en termes de... de façon concrète, justement, comme les propositions
qu'on fait de répondre concrètement à des enjeux. C'est ce qu'on essaie
de faire aussi avec ce mémoire, là, mais...
M. Turcotte
(Andrew) : Bien, un peu comme Mme Veillette disait, là, il y a eu
beaucoup d'outils, là, qui ont été développés dans les dernières années,
surtout pendant la période de pandémie, jusqu'en... jusqu'à tant qu'on dépose
le prix. Donc, c'était vraiment axé beaucoup sur les outils qui avaient été
développés, là, pour... au dépôt du... au
niveau du prix Ulrick-Chérubin, qu'on aurait été très, très fiers de gagner,
parce que j'étais présent à la remise des prix, là, c'était au niveau de
l'assemblée FQM. Malheureusement, on n'a pas gagné, mais ce n'est que partie
remise.
• (12 heures) •
Mme Lakhoyan
Olivier : Bien, tant mieux, et, si je comprends bien, vous avez pu
partager votre expertise avec les autres régions. C'est bien ça que je
comprends?
Mme Veillette
(Annie) : Oui. Par exemple, un outil très concret qu'on s'est fait
beaucoup demander... de s'inspirer de d'autres milieux, là, c'est qu'on a fait
19 fiches d'accueil avec des sujets très variés pour les nouveaux arrivants, mais ça sert aussi quasiment d'outil de
sensibilisation pour les... bien, les partenaires, là, parce que, tu sais, par exemple,
la sécurité, d'expliquer qu'il ne faut surtout pas, tu sais, donner de
pourboire aux policiers, c'est très illégal, bien,
tu sais, dans d'autres pays, tu sais, c'est aussi plus... c'est fait. Ça fait
que je me disais : Même un policier qui lit la fiche d'accueil sur
la sécurité, ça va le sensibiliser : Heille! Une personne immigrante, ça
se pourrait que ça... sur la réalité. Ça
fait que ça, ça a été... Ces outils-là, c'est quand même beaucoup de contenu
qui a été beaucoup partagé. Donc, on est quand même très fiers de cette
expertise-là qu'on développe, d'outils utiles au reste du Québec.
Mme Lakhoyan
Olivier : Ça, c'est un bel exemple, c'est vraiment drôle. C'est bon à
savoir que, vraiment, on a différentes façons de vivre ici puis que c'est important
de le montrer aux nouveaux immigrants.
Est-ce que vous
trouvez que vous manquez des ressources? Depuis tantôt, je vous entends, puis,
on dirait, vous manquez de ressources. Est-ce que c'est le cas?
Mme Veillette
(Annie) : Oui. Concrètement, oui.
Mme Lakhoyan
Olivier : Oui. Est-ce que c'est des ressources d'argent? De quoi on
parle, exactement?
Mme Veillette (Annie) : Bien,
c'est sûr que nous, oui, très concrètement, on manque de ressources
financières, là. Ça fait que, d'un point de vue d'avoir accès à tous les
programmes du ministère... Là, pour l'instant, on a le PASI puis on se fait déléguer par la MRC une grande
partie du PAQ. Ça fait que, localement, on est comme l'organisme en
immigration, mais aussi en sensibilisation puis, tu sais, en promotion des
relations interculturelles harmonieuses. Donc, des deux côtés, je trouve qu'on
manque de ressources en ce moment pour pleinement préparer La Matanie à recevoir plus de personnes ou... Tu sais, des
fois, on est limité dans les implications qu'on peut avoir dans des... tu sais,
des comités locaux, justement, en habitation, qu'on pourrait peut-être
s'impliquer plus puis essayer de pousser certaines solutions ou des
projets pilotes. Bien, des fois, par manque de temps, parce qu'on manque de
financement pour nos ressources humaines, bien, on ne peut pas pleinement faire
partie des solutions locales parce qu'on y va par priorité de répondre aux
besoins urgents, là, des personnes qu'on a en suivi, là.
M. Turcotte
(Andrew) : Vous comprendrez que le financement, bien sûr, impacte
beaucoup sur la ressource humaine. Si nous n'avons pas le financement
suffisant, bien sûr, on ne sera pas capables d'avoir assez de personnes pour
être capables de faire de l'accompagnement. Donc, c'est un cercle vicieux, là.
Mme Lakhoyan
Olivier : Je vous ai entendus tantôt, à plusieurs reprises, mentionner
que vous avez parlé avec le bureau régional du MIFI, et puis ils étaient à
l'écoute, mais ils n'avaient pas de solution. Est-ce que vous avez eu à parler,
par le biais des bureaux, avec le ministère? Est-ce que vous avez eu des
réponses claires de la ministre concernant vos besoins?
Mme Veillette
(Annie) : Bien, ce n'est pas tant qu'on avait des questions qui ne
sont pas répondues, là, c'est plus que...
Par exemple, le
soutien à la mission. Bien, tu sais, il y avait comme des enjeux techniques qui
faisaient qu'on ne pouvait pas l'avoir tout
de suite, mais, tu sais, on en a besoin depuis qu'on est incorporés en OBNL,
là. Ça ne fait pas des tonnes
d'années, mais, tu sais, d'un point de vue structurel... Mais, en même temps,
tu sais, si on n'est pas admissibles, même si on le dit souvent, bien,
ils ne peuvent pas non plus nous le donner parce que, tu sais, il y avait
des... Ça fait qu'ils ne peuvent pas non plus nous donner une nouvelle
enveloppe qui n'existerait pas si...
Tu sais, comme, le
PASI. Bien, ça a été gelé à l'ensemble du Québec. Ça fait qu'on a beau leur
dire : Tu sais, on dépasse... le PASI, on dépasse nos cibles depuis trois,
quatre ans, au moins, puis ils le savent, mais... Tu sais, si tout le monde, au Québec, est gelé dans leurs
enveloppes, bien, même si on le dit à notre... tu sais, notre bureau
régional : Oui, mais nous, on a
dépassé de 45 %, l'année passée, nos cibles en suivi individuel, mais,
même s'ils le savent, ils ne peuvent pas nous donner quoi que ce soit,
là. Ça fait qu'ils nous disent : Ah! c'est bien dommage, mais... C'est ça,
c'est limité, là.
Mme Lakhoyan
Olivier : Donc, c'est pour cette raison que vous aviez mentionné...
vous demandez des enveloppes régionales pour avoir la flexibilité.
Mme Veillette (Annie) : Bien,
à la fois pour l'innovation, parce qu'on trouve que, des fois, nous, on a
tendance à développer des nouveaux outils ou des choses que ce serait le
fun d'essayer d'un point de vue innovation.
Mais c'est sûr que,
nous, d'un point de vue très concret, je pense que nos collègues du CRD, qui
sont venus mardi passé, le relevaient aussi, tu sais, des fois, on a des
besoins non couverts régionalement, Bas-Saint-Laurent. Puis c'est sûr que d'avoir, des fois, des enveloppes d'aide d'urgence
ou, je ne sais pas trop, locales ou des organismes communautaires, ça
ferait une différence aussi. Mais moi, je voyais peut-être que c'était
différent, là : une enveloppe innovation vraiment pour quelque chose de
nouveau, puis peut-être d'autres sortes de petites enveloppes pour nous aider
concrètement sur d'autres choses, si jamais on dépasse nos cibles, ou des jours
comme ça, là.
Mme Lakhoyan
Olivier : Parlant de cette enveloppe, à votre proposition 6, vous
demandez de soutenir financièrement les régions pour la production de contenu
promotionnel destiné aux personnes immigrantes. Pouvez-vous élaborer là-dessus?
Est-ce que... C'est ça, élaborez là-dessus, parce que j'aimerais savoir si
c'est localement ou missions étrangères. De quoi il s'agit exactement, votre
suggestion?
Mme Veillette
(Annie) : Bien, c'est sûr que, d'un point de vue étranger, on avait
l'entente avec la SDED qui nous... en tout cas, là ça va moins bien, mais on
pouvait aller à... notre organisme de développement économique pouvait aller en
recrutement. Ça fait que c'est sûr que, ça, d'un point de vue international, ça
aidait beaucoup. Mais notre recommandation
dans le mémoire, c'était surtout en lien avec... Tu sais, oui, on sait qu'il y
a plusieurs organismes à Montréal qui font de la régionalisation. Mais
ce qu'on sent des fois, c'est que c'est difficile pour eux de promouvoir une région ou plus, puis que... D'avoir vécu déjà,
en salon, de dire : Ah! c'est le fun être en région, on ne vit pas le stress
de la ville, mais, tu sais, ça, ça va être aussi vrai sur la Côte-Nord, au Bas-Saint-Laurent,
en Gaspésie.
Ça fait que, des
fois, c'était de se dire : Comment on fait, à distance, pour montrer qui
on est comme région puis faciliter le
travail des gens qui sont dans... en emploi région ou qui sont de la
régionalisation à partir de Montréal? Bien, moi, je me mets à leur place
puis je me dis : Des fois, ça doit être difficile de pousser plus une
région ou une autre à une personne s'ils ne les connaissent pas de façon un
petit peu plus détaillée en termes de loisirs, ou, je ne sais pas, d'offre de paysages, ou, tu sais, des
fois... Ça fait que je me disais : Bien, si nous, on pouvait produire plus
de... tu sais, de contenu qui présente La Matanie, le Bas-Saint-Laurent,
bien, ce serait peut-être plus facile que... à Montréal, ils veuillent référer,
pour x ou x raisons, telle région plutôt qu'une autre. Tandis que, là, bien,
c'est comme propre à chaque région d'essayer de se financer un peu de budgets,
de se démarquer des autres. Puis là, bien, nous, justement, dans un contexte de dévitalisation, bien, des
fois, on sent qu'on n'a peut-être autant de ressources que d'autres milieux
qui sont plus... ou, en tout cas, qui ont plus de moyens, là, on va le dire
comme ça.
Mme Lakhoyan
Olivier : Une fois que vous avez attiré les immigrants, comment
fait-on pour bien les recevoir, bien les intégrer? Quelle est votre... vos
solutions?
Mme Veillette
(Annie) : Ah! bien, en Matanie, on en a plusieurs. Mais, tu sais,
nous, c'est sûr qu'on va, d'une part, répondre aux besoins individuels, là,
d'information ou de... Mais nous, quelque chose qu'on a débuté en Matanie qui est vraiment un succès depuis 12 ou
13 ans, on appelle ça Rézo Matanie. Puis c'est vraiment une opportunité
de mélanger à la fois la communauté
d'accueil, les nouveaux arrivants québécois ou issus de l'immigration, puis
c'est vraiment des activités mensuelles où ils vont découvrir le territoire,
socialiser entre eux. Ça fait que ça permet, autant à ceux qui sont bien
implantés dans la région, de faire un réseau de contacts. Mais c'est sûr que,
nous, tout est très social, là, tu sais, tout ce qui... L'intégration, on pense
que c'est se faire des amis, connaître les services puis de créer ces liens-là avec plusieurs personnes. Donc, nous,
c'est à la fois informatif, mais, après ça, rapidement, on essaie de les diriger vers des services pour connaître des gens,
se faire des amis, avoir des activités pour créer ce lien-là, plus émotionnel, avec
le milieu, là.
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que
vous avez assez d'accompagnement de la part du ministère pour pouvoir
continuer vos activités que vous offrez aux immigrants?
Mme Veillette (Annie) : Bien,
en ce moment, comme on dépasse... en termes de suivi individuel, en ce moment,
on en manque, là, parce qu'on dépasse la
cible annuellement depuis au moins quatre ans, là. Ça fait que c'est sûr que,
quand on dépasse la cible, c'est un petit
peu difficile pour l'équipe de savoir : OK, toutes les nouvelles personnes
qu'on accompagne, on le fait
quasiment bénévolement ou en compressant le financement qu'on devrait avoir pour
l'année au complet, tu sais. Ça fait que c'est difficile de... On se retrouve
souvent dans des situations où on maximise tellement le salaire que, là, on
manque de frais de déplacement, on manque de frais administratifs, ça fait
qu'on est souvent dans une espèce de gymnastique pour fournir des
services.
Tu sais, moi, ce que
je crains avec l'arrivée de... peut-être, de volumes supplémentaires, si le
financement qu'on reçoit n'augmente pas, bien, c'est comme... nous, on se
retrouve comme à l'urgence, à mettre des codes : Toi, ton besoin, il est plus urgent, OK, on va se
dépêcher à te voir, mais, toi, tes liens sociaux, c'est moins urgent. Quelqu'un
a besoin, tu sais, d'aller trouver un logement ou de comprendre comment le
système bancaire marche, ça, c'est plus prioritaire, tu fais. Ça fait qu'on...
C'est sûr que... Tu sais, nous, on veut recevoir plus de personnes immigrantes
puis avoir les services pour, mais, tu sais,
il faut vraiment qu'on ait besoin de plus d'appui financier, là, pour bien
répondre à leurs besoins.
M. Turcotte
(Andrew) : Puis on ne veut pas se sentir obligés non plus d'être
obligés de couper dans certains services pour être capables de... pour être
capables de répondre à la demande, non plus.
Mme Veillette
(Annie) : Non. C'est ça.
M. Turcotte
(Andrew) : On veut être
capables de donner le même service à chaque personne qui va se présenter
ici, là.
• (12 h 10) •
Mme Lakhoyan
Olivier : ...parlez tantôt de... 250 travailleurs seront nécessaires
prochainement, dans les prochains mois ou
prochaines années. Considérant ce nombre-là et puis tous vos défis, est-ce
que... en plus de tout ça, est-ce que
vous avez assez de logements pour recevoir ces gens-là? Est-ce que... Parce que
ce n'est pas nécessairement juste un travailleur, mais ça peut être des
familles avec des enfants, des couples.
Mme Veillette
(Annie) : Bien, en ce moment, on a plusieurs... Tu sais, j'avais
écouté la ville de Repentigny qui disait qu'elle était construite à 100 %,
mais, tu sais, nous, en Matanie, ce n'est pas ça, notre enjeu. Puis on a la chance d'avoir plusieurs... Dans la ville de
Matane, qui est notre ville centre, là, on a plusieurs constructions nouvelles,
ça fait que c'est sûr qu'on a quand même de l'espoir en termes de logements.
Tout n'est pas parfait, puis on aimerait qu'il y ait plus de
constructions en milieu rural aussi, mais, tu sais, de ce côté-là, on sent
qu'il y a quand même de l'espoir. C'est sûr qu'avec... localement, on se
concerte beaucoup puis on travaille activement à répondre à ça, mais, tu sais, je pense qu'on est mieux placés que
certains milieux en ce moment. Donc, on est alertes, mais pas négatifs, j'ai
l'impression, là. Mais à moins que...
M. Turcotte
(Andrew) : Vous comprendrez que c'est sûr que l'annonce de la venue de
250 nouvelles personnes a suscité beaucoup d'engouement envers des
promoteurs immobiliers. Donc, les promoteurs immobiliers commencent à cogner aux portes des municipalités,
autant pour la ville-centre, la ville de Matane que les municipalités
aux alentours, pour être capable de venir s'établir, ou de construire des
édifices à logements, ou créer de nouveaux développements. On a une
opportunité, actuellement, puis on n'est pas... Tu sais, on a quand même encore
un bon niveau d'abordabilité du logement en
Matanie. C'est sûr que du logement abordable, là, ça va toujours nous en prendre
plus, mais on n'a pas... on n'est pas encore en état d'alerte de ce côté-là,
là.
Mme Lakhoyan Olivier : Bien,
tant mieux. À votre proposition 7, à la page 11, vous parlez de la
francisation, vous apportez plusieurs suggestions et recommandations
concernant les cours de francisation. Pouvez-vous élaborer là-dessus? Quel est
votre point de vue concernant une francisation qui serait bien faite?
Mme Veillette
(Annie) : Optimale, oui. Bien, tantôt, je t'en ai un petit peu parlé,
mais, tu sais, je pense que ça serait vraiment de faciliter l'accès. Ça fait
que, tu sais, autant d'un point de vue familial, tu sais, s'il a besoin de
services de garde pendant les cours, moi, je pense que, si le gouvernement,
aussi, pouvait, des fois, mettre plus de pression
sur les entreprises pour que ça soit priorisé en termes de temps, ça ferait
peut-être une différence pour plusieurs travailleurs. Continuons à encourager les services de francisation à...
Tu sais, justement, s'ils font des points de service en ruralité, moi, je pense
que c'est vraiment quelque chose qui peut faciliter l'accès puis de continuer à
augmenter les ressources, là.
Mais c'est sûr que,
nous, localement... bon, il y a eu des embauches en termes d'enseignement pour
le français, ça fait qu'on sent qu'il y a vraiment un intérêt du milieu. Nous,
c'est le milieu scolaire, là, qui est vraiment intéressé à développer le service, là. Ça fait que c'est de les
soutenir, être le plus accessible possible pour les participants.
Mme Lakhoyan
Olivier : Vous parlez ici de... ce n'est pas... Vous n'êtes pas les
seuls qui parlent de ça, dans les régions, les distances à parcourir pour
accéder à ces cours-là. Même les cours à distance aussi se remplissent rapidement. Est-ce que vous croyez qu'on devrait
ajouter ou on ne devrait pas avoir de limite pour ces cours-là, surtout
à distance? Parce que vous avez parlé de... même les autres régions, là,
parlent de flexibilité d'horaire afin que ces immigrants-là apprennent le
français et puissent réussir dans leur francisation, disons.
Mme Veillette
(Annie) : Bien, je pense que ça peut être un outil technologique
intéressant. Nous, dans le mémoire, on
parlait surtout de la session OI, ça fait que je ne sais plus si... session OI,
c'est comme un petit programme dans le PASI, ça fait que je ne sais plus
si... Mais, dans les deux cas, tu sais, je pense que l'aspect numérique est
intéressant. Mais, en même temps, tu sais, l'apprentissage d'une langue, je
pense que ça peut être complexe. Ça fait que,
tu sais, il ne faudrait pas que ce soit... De ce que je comprenais d'autres
intervenants, ce n'est pas idéal si c'est 100 % en ligne, là. Ça fait que
c'est sûr que ça met une distance puis ça peut ralentir, peut-être, certains
apprentissages.
Nous, session OI, tu
sais, c'était vraiment un petit détail, mais c'était vraiment le cours offert
par le MIFI pour l'apprentissage de la culture québécoise que, ça, nous, on a
des enjeux, localement, là. On a offert la session en ligne à des gens d'autres régions du Québec, puis c'était difficile de...
En tout cas, c'était très technique comme recommandation, celle-là, là.
Ça fait que je ne sais plus par coeur, là, si c'est en lien avec le français ou
session OI, votre question, là.
Mme Lakhoyan Olivier : Concernant
les travailleurs migrants étrangers qui viennent, tantôt, vous avez parlé de la
transformation alimentaire, permis fermés puis vous avez trouvé qu'il y avait
certains problèmes avec les permis fermés. Pouvez-vous élaborer
là-dessus?
Mme Veillette
(Annie) : Bien, c'est sûr que je ne pense pas qu'on est les premiers
intervenants à relever ça, mais je pense que c'est d'un point de vue
structurel. D'avoir un permis fermé, ça met certains travailleurs dans une
position très précaire.
Nous, notre position
comme service qui donne des services aux personnes immigrantes, ce que je
trouve dommage, c'est que, nous, dans le point de vue de suivi individuel avec
le PASI, bien, la transformation alimentaire n'était
pas admissible, ça fait qu'on ne pouvait pas les compter dans nos cibles. Puis
le financement n'était pas du tout couvert pour nous, pour ces personnes-là,
donc c'est sûr que ça nous mettait dans une position de : Bon, on défonce
déjà nos cibles de personnes admissibles aux services. Là, on sait qu'il y a
des personnes qui ont des besoins de plus qui
ne sont même pas admissibles aux services. Mais, en même temps, on est un
organisme communautaire. Ça fait que c'est sûr que la journée qu'ils se présentent
à nos portes, on répond aux services puis on essaie d'aider comme on peut.
Mais là, en ayant
cherché une autre enveloppe, ça nous a vraiment... on est vraiment capables de
bien répondre aux... bien, aux besoins. Puis on se rend compte qu'il y a beaucoup
de sensibilisation à faire sur la défense des
droits, connaître leurs droits. Dès que c'est des travailleurs hispanophones,
l'enjeu de la langue, même s'ils sont en francisation, même s'ils veulent, le fait qu'ils ne sont pas là longtemps, c'est plus compliqué pour apprendre la langue, ceux qui sont en
milieu agricole...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Merci, Mme la députée. Donc, cette période-ci vient de se
terminer. Nous allons clore avec le député de Matane... voyons,
Matane-Matapédia pour une période de six minutes. Le temps est à vous, M. le
député.
M. Bérubé : Merci, Mme la Présidente.
Alors, Mme Veillette, M. Turcotte. Chère Annie, cher Andrew, on se
connaît bien. La fierté que j'ai, comme député, que vous soyez avec nous
aujourd'hui pour cette présentation témoigne aussi du succès du SANAM et des travaux de la MRC de La Matanie pour
bien accueillir les gens issus de l'immigration dans notre région. C'est
un succès fantastique. On peut parler du cégep de Matane, on peut parler de
cette structure, on peut parler de notre
ouverture, c'est nécessaire, mais, aussi, il y a une contrepartie : il
faut s'assurer que les gens qui choisissent notre région soient heureux.
Ce n'est pas uniquement nos besoins à nous, c'est leurs besoins aussi, qu'ils
soient heureux, qu'ils trouvent un appartement, un réseau social, avoir accès à
des services.
Donc, oui, on a de
belles histoires d'intégration partout sur notre territoire. J'y participe
souvent. Je finance, comme je peux, avec le support à l'action bénévole. Donc,
je veux vous témoigner de tout mon soutien. Et je vais moins vous questionner
sur ce que vous faites que sur ce qui est nécessaire pour que vous puissiez
continuer à faire ce que vous faites et
faire de nouvelles choses, qui sont issues des observations que vous avez, des
besoins qui apparaissent.
Mais, juste avant,
sur les seuils d'immigration, parce que la question vous a été posée de prendre
position sur cet enjeu, je pense qu'on se rejoint là-dessus, l'enjeu, c'est de
s'assurer qu'il y en ait davantage dans les régions puis moins à Montréal.
Donc, on peut avoir le même seuil, mais réparti différemment. Alors, qu'il y en
ait davantage dans les régions, c'est... il
y a beaucoup d'avantages. Au plan démographique, ça paraît davantage. Au plan
de l'intégration en français, ça paraît davantage. Les mentalités ont
beaucoup changé. Alors, moi, si j'avais une recommandation à faire au
gouvernement du Québec, outre que de maintenir le seuil à ce qu'il est
présentement... d'ailleurs, le Commissaire à la langue française, c'est ce
qu'il dit au gouvernement : une meilleure répartition dans les régions,
donc, avec les incitatifs nécessaires.
Je veux vous donner
la tribune pour que vous puissiez indiquer quelles sont les demandes que vous
avez présentement avec le ministère de l'Immigration qui sont nécessaires à
court terme. Et, transparence totale, Mme la Présidente, j'ai signé, pas plus
tard qu'hier, une lettre d'appui au SANAM pour ses demandes. J'ai bien révisé
ce qu'ils font. C'est une situation qui est fragile, je pense qu'on peut le
dire comme ça. Les succès n'expliquent pas, par exemple, qu'il y a peu de
ressources. Autrement dit, il ne faut pas se fier là-dessus. Donc, pouvez-vous
nous repréciser — et
peut-être que la ministre aura de bonnes nouvelles, éventuellement, dans les
prochains jours, à vous donner — qu'est-ce que vous demandez directement
et dans quels programmes?
Mme Veillette (Annie) : OK, on
va y aller en détail. C'est sûr que, pour le gros programme de soutien aux
personnes immigrantes, qui est le PASI, bien, déjà, quand on dépasse nos
cibles, de se faire payer pour les cibles qui sont
dépassées — je
pense que c'est une demande qui n'était pas juste en Matanie, là — ce
serait quelque chose, déjà, de positif.
C'est sûr qu'on a une augmentation des besoins, ça fait qu'on aimerait ça
sentir que, de ce côté-là, on est soutenus
de façon réaliste avec ce qu'on demande. Ça, c'est une demande qui est...
plusieurs milieux la font en même temps.
Nous, d'un point de
vue du PAC, qui est le Programme d'appui aux collectivités, bien, on aimerait
avoir plus de sommes pour pouvoir sensibiliser le milieu, vraiment préparer
notre milieu à bien accueillir, à bien favoriser les relations harmonieuses
avec les personnes issues de la diversité ou de l'immigration, donc, parce
qu'on sent que le travail est important à faire, là, de vraiment, des fois...
Mettons, un exemple
superprécis. Bien, juste l'urgence de l'hôpital, bien, des fois, il faudrait
peut-être qu'ils soient sensibilisés à
recevoir une personne immigrante ou hispanophone qui est un travailleur
temporaire. Ou l'intervenante psychosociale ou l'éducatrice de CPE qui a une
famille immigrante, bien, tu sais, des fois, c'est des enjeux spécifiques que,
si on n'a pas ce travail de
préparation là, on peut facilement tomber dans des problèmes de communication
interculturels, qui ont des enjeux, assez rapidement, qui peuvent être
négatifs pour les personnes des deux côtés.
Puis nous, bien, très
concrètement, la lettre d'appui, je me doute, c'est pour quel programme, mais,
vendredi, on dépose, une deuxième fois... on s'essaie pour le Soutien à la
mission du MIFI. Pour nous, ça aurait vraiment un impact très, très important, là, d'un point de vue administratif mais
d'un point de vue de ne pas surutiliser nos ressources humaines pour des
choses comme, des fois, on est obligés de faire, d'un point de vue
administratif, ou...
• (12 h 20) •
M. Bérubé :
Tout à fait.
Mme Veillette
(Annie) : Oui, allez-y.
M. Bérubé :
Non, bien, je voulais vous laisser continuer. Donc, en primeur, là, la
ministre apprend qu'elle va recevoir une
deuxième demande du SANAM pour le financement de base. Alors, je le dis devant
témoins, j'espère que ça va
fonctionner et qu'on aura bientôt une bonne réponse pour cette organisation.
Vous êtes témoins de cette demande.
Quand vous parlez
également de l'adaptation, que ce soit dans les réseaux de la santé, de
l'éducation, de la francisation, également, qui se fait sur le territoire de la
Matanie, on a du rattrapage à faire. Il y a des institutions qui sont plus
rapides que nous. Il y a une grande épicerie à Matane qui a déjà aménagé toute
une section mexicaine, parce qu'on a une communauté mexicaine qui est
particulièrement présente, engagée, sympathique, très appréciée de la
population locale. Eux autres, ils ont bougé rapidement, mais il faut que ça
bouge partout.
Alors, ce que vous
faites, moi, j'aimerais avoir le même type d'organisation dans la Matapédia,
juste au sud, que je représente aussi, et dans La Mitis, quoiqu'il y a des
annonces qui ont été faites récemment. C'est vraiment une organisation qui est
modèle. Mais, comme bien des organisations modèles, pour qu'elles puissent
continuer d'espérer, il faut leur donner les moyens pour réussir, et tout le
monde sort gagnant.
Alors, les demandes
financières que vous avez faites... Je sais d'abord que vous gérez bien
l'argent. J'ai vu votre façon d'opérer, le
Québec y gagne, et notre région y gagne. Il y a des indicateurs préoccupants.
Il y a du rattrapage à faire au plan
économique, au plan social, au plan démographique pour maintenir notre poids
démographique. D'ailleurs, dans les prochains jours, on va apprendre
quoi? Qu'il y a une nouvelle carte électorale, et il se peut que notre région soit encore pénalisée, tout comme l'Abitibi-Témiscamingue, d'ailleurs. Donc, tout ça est relié. Alors,
j'espère que vous serez entendus.
Avec le temps qu'il
me reste...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Sept secondes.
M. Bérubé : ...je vous remercie de
votre passage à la commission, et je suis fier de vous, et j'espère que, pour
longtemps, vous serez au service des citoyens de La Matanie. Merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, M. le député.
Mme Veillette, M. Turcotte, M. le maire Turcotte, merci beaucoup pour
cette audience. Merci de l'apport à nos travaux.
Alors, je suspends la
commission jusqu'après les affaires courantes. Merci. Bon dîner, mesdames,
messieurs.
(Suspension de la séance à
12 h 23)
(Reprise à 15 h 12)
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît!
La Commission des relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Donc, pour cet
après-midi, nous recevons la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. M. Leblanc,
bienvenue à la commission. Alors, vous êtes
un habitué, vous savez, vous allez disposer de 10 minutes pour votre
présentation, et ensuite nous allons entamer les débats avec les
parlementaires. Le temps est à vous.
Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM)
M. Leblanc (Michel) : Merci. D'abord, merci beaucoup d'avoir accepté de nous
accueillir et nous écouter. Deux mots sur la chambre, on fêtait, l'année
dernière, notre 200e anniversaire. Ça fait 200 ans que la communauté d'affaires de Montréal
est mobilisée, s'est mobilisée sur toutes sortes de sujets. Et, je vous dirais,
les talents sont au coeur même de la création initiale de la chambre de
commerce francophone, qui avait été à l'origine de la création des HEC. Et donc
c'est simplement pour vous dire que ça fait longtemps qu'on se préoccupe de la
disponibilité des talents sur le territoire et de l'immigration.
Clairement, il y a
plusieurs enjeux qui sont reliés à la conversation ou à la décision que vous
avez à prendre. Et, je vous dirais, et je
vais commencer par ça, je trouve que c'est un témoignage d'une démocratie en
santé qu'on puisse débattre, d'une façon intelligente, posée d'un enjeu qui
touche l'identité des Québécois, par le biais de l'immigration, qui
touche la réalité de notre capacité économique, par les besoins sur le marché
du travail, l'intégration linguistique et l'intégration sociale de tous ces
gens qui arrivent ici. Et moi, je vous félicite, je nous félicite d'être
capables d'avoir cette discussion-là. On le
voit en Europe, on le voit ailleurs, aux États-Unis, ce n'est pas toujours
facile. Donc, bravo! Comme parlementaires, je pense que vous faites un
excellent travail.
Du
point de vue de la chambre de commerce, on est heureux d'avoir cette
discussion-là, parce que, depuis 2016, on a tiré la sonnette d'alarme sur la
pénurie de main-d'oeuvre et on a, dès le départ, dit que l'immigration n'était
pas la seule solution à la pénurie de main-d'oeuvre mais qu'elle faisait
partie, avec la rétention des travailleurs qualifiés, avec l'automatisation de nos processus, l'amélioration de la
productivité, d'une espèce de cocktail de solutions, mais qu'il fallait
absolument en parler.
Et, en 2016, on
préconisait un accueil annuel de 60 000 immigrants par année. On est
très heureux de voir que, finalement et
progressivement, ce chiffre a fait son chemin. Au départ, on le critiquait, ce
chiffre. Et, pour nous, il répondait à des mathématiques, à des besoins
qu'on anticipait de remplacement de main-d'oeuvre. On avait anticipé les postes
non comblés qui commençaient à émerger et qui allaient devenir de plus en plus
difficiles du point de vue des entreprises.
Et on aurait pu le dire au gouvernement : Si ça va toucher les
entreprises, bien, ça va toucher le domaine de l'éducation, ça va toucher le domaine de la santé, l'administration
de la justice. Notre société manque de bras, manque de cerveaux. Et donc, pour nous, c'est absolument
essentiel qu'on ait aujourd'hui cette discussion-là, oui sous l'angle de
notre société mais également sous l'angle de notre capacité à répondre aux
besoins des citoyens. Et les besoins des citoyens, c'est les services publics,
mais c'est aussi les entreprises.
Clairement, vous
avez, dans le mémoire, les chiffres, la situation de l'emploi est délicate.
Même si on est en ralentissement de la
croissance, vous regardez le nombre de postes non comblés, ça ne s'améliore
pas, au sens où il y a à peu près 200 000 postes non comblés
au Québec. Qui dit des postes non comblés pourrait dire : OK, parfait,
c'est des pressions positives pour les salaires, mais des salaires qui
augmentent sans augmentation de productivité, ça fait juste générer de l'inflation dans l'économie, puis on est aux prises
avec ce problème d'inflation. Donc, c'est un leurre que de penser qu'une pénurie de main-d'oeuvre
c'est bon pour notre collectivité parce que ça améliore... ça augmente les salaires. Du point de vue des entreprises,
évidemment, s'ils sont en concurrence internationale, bien, ça veut dire que
ça réduit leur capacité de faire face à cette concurrence-là. S'ils ont des
projets d'entreprise, ça veut dire que ça affecte directement leur capacité de
déployer ces projets d'entreprise, de répondre à des appels d'offres s'ils
n'ont pas la main-d'oeuvre. Et ça a un impact sur notre économie. Ça pourrait
avoir un impact, éventuellement, sur notre attractivité
d'investissement ou même le déploiement du capital québécois en territoire
québécois si la main-d'oeuvre n'y est pas.
Il
n'y a aucune réserve, du point de vue de la chambre, à accepter le chiffre de
60 000. Il y a des organisations qui préconisent des chiffres plus
élevés. On dit : Marchons correctement vers ce 60 000, dans les trois
prochaines années, et nous pensons que nous
avons la capacité d'intégration. Maintenant, dans le mémoire, on le dit, on a
besoin, nous pensons, dans les trois prochaines années, de définir cette
capacité d'intégration. Je vais vous dire que nous pensons que nous l'avons, cette capacité, d'autres diront : On ne
l'a pas. Bien, peut-être qu'on devrait définir, effectivement, c'est
quoi, les éléments qui permettent de déterminer si on a cette capacité
d'intégration.
Sur la région de
Montréal, on dit que nous avons cette capacité d'intégration, parce qu'il y a
énormément d'organismes terrain. Nous, la
chambre, sommes actifs, depuis maintenant 15 ans, sur la francisation, de
toutes les façons possibles, et on a découvert, avec le temps, des
meilleures façons de le faire. Puis je remercie le gouvernement, la ministre de nous avoir soutenus avec notre
programme J'apprends le français. Je pense qu'on a des défis de francisation,
mais je pense que, sur le terrain, à
Montréal, si on y met les ressources en entreprise, on peut améliorer notre
performance en francisation.
On a des défis, par
ailleurs, sur le côté de l'intégration liée à l'habitation. Et là j'ai une
étude, j'espère que vous l'avez tous lue
attentivement, qui s'appelle Bâtir plus, plus vite et mieux, qui
identifie les freins à la construction d'habitations dans la région de
Montréal, et donc, par conséquent, les solutions. Et l'hypothèse derrière ça,
c'est 69 000 immigrants par année, les 60 000 qu'on
préconise plus environ 9 000 immigrants liés au PEQ étudiant. Donc,
on a, là-dedans, comment améliorer notre performance de construction de
logements dans la région de Montréal pour pouvoir loger correctement et la
population en recherche de logement et les immigrants qu'on va accueillir dans
les prochaines années. Donc, encore une
fois, notre position, c'est que non seulement 60 000, c'est un bon chiffre
du point de vue des besoins de main-d'oeuvre, c'est un bon chiffre du
point de vue de notre capacité d'intégration.
Vous avez vu, j'ai
évoqué que les PEQ étudiants s'ajoutent aux 60 000. On pense que c'est une
excellente décision, si elle est prise, ou,
en tout cas, décision à prendre. Les étudiants, depuis des années, on le sait,
sont des jeunes qui sont formés chez nous. On sait la qualité de leurs
diplômes. Ils ont découvert nos hivers, ils ont découvert notre langue, ils ont
découvert notre réalité. Notre objectif devrait être d'en conserver le plus
possible au Québec pour répondre aux besoins
des entreprises. Donc, nous soutenons la possibilité... ou, en tout cas, la
possibilité que le PEQ ne soit pas inclus dans les 60 000.
Travailleurs
temporaires, c'est un autre enjeu qui attire beaucoup d'attention. Pourquoi il
y a cette augmentation des
travailleurs temporaires? Je vais vous le dire candidement, c'est parce que les
entreprises jugent que les processus fonctionnent mal. Si les processus d'attraction
d'immigrants de transition vers la résidence permanente fonctionnaient, il n'y en aurait pas eu autant. Il y en aurait eu,
la pénurie, elle est là, mais il n'y en aurait pas eu autant. Pourquoi il y en
a autant? Parce que les entreprises se disent : Moi, cette voie-là, je la
trouve plus facile, je vais dans cette voie-là et je fais appel à des travailleurs
temporaires immigrants. C'est la soupape. Toute tentation de dire : On va
mettre... on va fermer cette
soupape-là, je vous dis, on fait juste mettre une pression incroyable sur nos
entreprises d'essayer de répondre à la demande des Québécois, à leurs plans d'affaires,
à leurs plans de développement avec une main-d'oeuvre qui serait
insuffisante. Donc, je dis : Avant même d'envisager de toucher aux
travailleurs temporaires, regardons les processus, améliorons nos processus.
Dans les trois prochaines années, si les résultats sont là, si on voit que les
travailleurs temporaires, c'est moins nécessaire, on pourra considérer, à ce
moment-là, mettre un cap, mettre un plafond sur les travailleurs temporaires.
• (15 h 20) •
Je vais terminer en disant : Vous avez le
mémoire, on a énormément de matériel, on a de l'expérience terrain. Et ce que je vais plaider auprès du gouvernement,
c'est de faire confiance aux gens sur le terrain. Les organismes terrain
qui travaillent avec les immigrants sont
capables de détecter les enjeux d'intégration, que ce soient les enjeux
d'intégration linguistique, professionnelle, diplomation, etc. Des
organisations comme la chambre de commerce, on peut travailler avec les commerçants, sur eux, pour les franciser,
mais aussi avec des immigrants qui auraient des enjeux d'intégration en emploi. Ce qui a fonctionné sur Montréal
fonctionne à Laval, peut fonctionner dans le reste du Québec. Les enjeux sont là. C'est une question de moyens, mais on a
besoin d'aide, la société québécoise a besoin d'aide, et les immigrants constituent
une aide absolument essentielle pour notre essor économique. Je vous remercie.
J'ai essayé de rester dans le temps.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup,
M. Leblanc. Très clair. Alors, on va commencer la période des échanges avec la banquette
gouvernementale, pour une période totale de 16 min 30 s. Mme la
ministre, le temps est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Merci, M. Leblanc, de votre participation à la commission. Je suis également très fière qu'on tienne ce débat-là
de société sur un thème d'enjeu et de grande attention, de plus en plus
marquée, comme attention, ces dernières années. Puis je suis très fière de la
grande diversité des groupes qui ont participé à cette commission parlementaire. Tous les secteurs, pratiquement, sont
représentés. Donc, bien contente de ça. Alors, merci pour votre mémoire.
Concernant... premier sujet, je vous amènerais,
en fait, sur le fait que la chambre a pour objectif d'aider les entreprises à
bien détecter le potentiel des travailleurs qualifiés immigrants puis à en
tirer tout le potentiel possible, aussi, au
bénéfice du développement économique. J'aimerais ça que vous nous parliez, en
fait, des outils, des stratégies que
vous adoptez pour, justement, aller chercher ce potentiel, l'identifier et
faire en sorte qu'on en bénéficie collectivement.
M. Leblanc
(Michel) : Mme la ministre, je ne sais pas si vous abordez ce
sujet parce que vous avez l'intention, comme gouvernement, de rétablir notre
programme, mais, je dirais, il y a plusieurs années, on a établi un programme
pilote qui s'appelait Cap sur le monde, dont l'objectif était d'intégrer en
emploi les immigrants qualifiés dans leur domaine
de qualification. Au fil du temps, c'est devenu le programme Interconnexion,
qui était un programme extrêmement efficace pour aller détecter les
immigrants qualifiés qui n'étaient pas dans leur domaine de qualification.
Alors, si on caricature, c'était le chauffeur de
taxi qui était ingénieur en Algérie, qui, ici, est chauffeur de taxi, parce qu'il fallait qu'il gagne sa vie, ou
la dame qui était médecin dans son pays, puis, ici, elle fait des ménages le
soir. Je caricature, mais c'est des
réalités qu'on nous témoignait. Et là c'était de voir comment on peut
raccrocher ces gens-là, soit à un
emploi directement ou à des mentors dans le secteur qui vont les aider à
comprendre, s'il leur manque un cours, s'il leur manque certaines
connaissances.
Avec le temps, on a eu des taux très élevés de placement
de ces immigrants qualifiés. Ce qu'on voyait, clairement, c'est d'abord leur
désir de réussir leur vie ici avec leur bagage de qualification, leur grande
frustration que ça n'ait pas marché. Et je
vous dirais, aujourd'hui, le marché du travail étant plus tendu, des solutions
qu'on avait à l'époque sont peut-être
moins nécessaires. Parce que, je vous dirais, candidement, les entreprises ont
tellement besoin de personnel qu'elles vont embaucher des gens, même si ce
n'est pas tout à fait le profil, parce que j'en ai besoin. Ça inclut les
immigrants.
Notre défi,
c'est parfois les ordres professionnels, de ce point de vue là. C'est un autre
sujet, mais c'est la rapidité avec laquelle les ordres professionnels
vont reconnaître les équivalences. Il y a des ordres qui font très bien,
l'ordre des ingénieurs, il y a des ordres que c'est plus long, puis là c'est
quelque chose qu'on pourrait regarder.
Bien, je le
dis, notre programme, à Interconnexion, a été suspendu à l'occasion de la
pandémie, pas rétabli dessus. C'est pour ça que j'ai fait la petite
boutade d'entrée de jeu. Mais les immigrants, et je le répète, à tous les
niveaux, témoignent de leur volonté de s'intégrer, professionnellement,
économiquement. Il n'y a pas un immigrant qui vient ici en rêvant d'être sur l'assurance chômage ou en rêvant d'avoir un
emploi pour lequel il est surqualifié. Ça n'existe pas. Il veut travailler dans son domaine de compétence.
Souvent, on lui a dit qu'il pourrait. Puis on en a besoin, collectivement.
Mme Fréchette : Par rapport aux
ordres, avec le Programme de sélection des travailleurs qualifiés, là, on va
s'assurer que la personne est engagée déjà dans un processus de reconnaissance
par un organisme réglementaire, de telle
sorte qu'il n'y aura pas de mauvaise surprise et que les gens ont déjà idée,
là, du... de la formation d'appoint qui est à obtenir, ou de
l'autorisation, ou la certification à aller chercher.
Je vous amènerais
maintenant sur le thème... En fait, sur le secteur de la construction, parce que
vous souhaitez la mise en place, là, d'une
stratégie visant à augmenter l'immigration qualifiée en construction pour
rétablir l'offre de logements. Alors, comment est-ce que vous voyez la
chose? Parce qu'on sait qu'il y a des... quand même des barrières, là, pour le recrutement international dans le secteur de
la construction. On a vu que ce n'est pas le secteur où c'est le plus
facile. Donc, comment est-ce que vous voyez la chose et les solutions à mettre
de l'avant?
M. Leblanc
(Michel) : Pour moi, j'aime ça quand je rends hommage au
gouvernement. Puis, quand rends hommage au gouvernement, c'est que je trouve
que, d'un gouvernement à l'autre, on se passe le relai intelligemment.
La plateforme Arrima, elle a été mise en place
sous les libéraux. On a applaudi. Ce qu'elle devrait permettre, cette
plateforme-là, c'est d'identifier des travailleurs en fonction de nos besoins.
Puis on devrait être capable même d'identifier, d'après moi, en utilisant des
bons économistes, économètres... d'identifier les critères qui permettraient
d'attirer des travailleurs qui vont préférer aller en région plutôt que rester
dans la région de Montréal. Donc, je pense qu'Arrima
devrait être la plateforme par laquelle on sélectionne intelligemment,
judicieusement des immigrants selon des secteurs et selon la probabilité
qu'ils s'installent en région.
Quant aux secteurs, là je pense qu'il y a un
enjeu majeur, c'est qu'il va manquer de bras pour des projets qui vont
bénéficier à des travailleurs de la construction déjà présents sur le
territoire. Alors, il y a une négociation à avoir avec les représentants
syndicaux pour faire en sorte qu'on puisse admettre plus de travailleurs de la
construction dans le lot des 60 000. Si on en admet 1 000 à
2 000 de plus par année, sur cinq ans, ça veut dire énormément de
capacité, ça veut dire beaucoup de projets qui vont se réaliser au bénéfice des
travailleurs déjà présents. Il faut articuler ça, mais ce qu'on pense, c'est que, si on est pour avoir de l'immigration,
ça doit être dans des secteurs où on a des besoins. L'habitation en est
un criant, il y a des contraintes sur la main-d'oeuvre en habitation, c'est
assez évident ce qu'on devrait faire.
Mme Fréchette : Et, parfois
aussi, il faut bien préparer les secteurs, bien préparer les équipes qui vont
cohabiter, côtoyer des travailleurs immigrants. J'ai fait une tournée d'une
quinzaine de régions au Québec et je n'ai pas eu la conviction que nos
entreprises étaient bien outillées pour préparer les équipes à recevoir, que ce
soit cinq, 10, 15 travailleurs
étrangers, et que, souvent, c'était une découverte que les gens étaient un peu
démunis. Il y avait des incompréhensions
qui survenaient, bien entendu, hein, toutes relations interculturelles
supposent ça, surtout si le français n'est pas nécessairement maîtrisé
par le travailleur étranger.
Alors, de ce côté-là, est-ce que vous procédez à
des projets? Est-ce que vous développez des projets? Est-ce que vous voulez sensibiliser
les entrepreneurs, les entreprises? Et qu'est-ce que vous verriez comme
potentiel de ce côté-là?
M. Leblanc (Michel) : Alors, encore une fois... Puis, quand j'évoque ça, c'est
toujours des mandats que le gouvernement
nous confie, parce qu'on travaille bien avec les entreprises. Donc, on a...
dans le cadre d'Interconnexion et depuis, on avait un programme qui
s'appelait Passerelle, ces deux programmes, présentement, sont suspendus, mais l'objectif, ce n'était pas juste d'aider
l'immigrant qualifié, c'était d'aider l'entreprise à avoir les bons processus
d'intégration. Est-ce que je dois avoir une ressource dédiée à
l'interne? Comment mes RH doivent accompagner? Est-ce que je fais des événements avec la famille? Comment je fais en
sorte de faire... d'intégrer socialement et professionnellement mes
immigrants? Présentement, c'est suspendu dans la région de Montréal.
On pense que, dans la région de Montréal, il y a
quand même des apprentissages qui ont été faits. Je suis certain qu'en région
c'est nécessaire. Moi, je vous dis, en région, si on veut de l'immigration en
région, il va falloir aider les entreprises qui le veulent, bien, à prendre les
bonnes décisions. Puis les PME vont avoir besoin. Les grandes entreprises vont
pouvoir détecter les meilleures pratiques, mais les petites vont avoir besoin.
Donc, moi, je vous encourage à trouver des
organisations terrain, à les soutenir pour qu'elles travaillent avec des
entreprises sur les meilleures pratiques d'intégration.
Le dernier point que je dirais, c'est qu'on a
fait une étude, il y a quelques années, sur le cheminement en entreprise des
immigrants vers les postes de gestion, pour s'apercevoir qu'il y avait des
freins dans les entreprises qui identifiaient des immigrants très qualifiés
pour les postes de gestion. Bien, les immigrants avaient des besoins puis des entreprises les comblaient mal. Et on disait
aux entreprises : Ce n'est pas juste de donner des cours de gestion,
parfois c'est de donner des cours de français, parfois c'est de donner
des cours qui vont aider ces immigrants dans leur cheminement dans l'entreprise
pour répondre à vos besoins. Donc, moi, je vous dis, vous avez un bon filon
comment aider les entreprises à réussir cette intégration. Et les PME, c'est
celles qui ont le plus de besoins.
Mme Fréchette : Il
y a peut-être des jumelages, éventuellement, qu'on pourrait imaginer entre des
entreprises qui l'ont déjà vécu et d'autres qui s'apprêtent à le faire.
Vous nous avez parlé de la capacité
d'intégration du Québec. J'aimerais ça que vous ne partagiez votre vision de
comment elle se mesure, comment elle se décline et à quelle fréquence on doit
la réviser. Parce que c'est mouvant, la capacité d'accueil, on le sait, puis ça
peut varier grandement d'une région à l'autre.
M. Leblanc (Michel) : J'ai l'impression qu'il y a un chantier. Si je l'avais, la
réponse, je serais arrivé dans mon mémoire en disant : Voici ce qu'on
devrait regarder. Bien, c'est clair qu'on évoque présentement le logement, la
capacité d'accueillir dans... en logement compte tenu de la pénurie. Il peut y
avoir la capacité dans les écoles, il peut y avoir la capacité dans les
organismes terrain. Puis ce n'est pas juste de dire : OK, on a une capacité,
puis elle est limitée, c'est comment on pourrait
l'accroître, cette capacité-là. Donc, si on s'aperçoit qu'à certains endroits
il y a des organismes terrains très habiles
dans certaines communautés, est-ce qu'on pourrait répliquer ce modèle-là ailleurs?
Si on s'aperçoit qu'il y a des endroits où on a des besoins de main-d'oeuvre,
mais il n'y a pas assez de logements, comment on fait l'arrimage entre une
stratégie de l'habitation et une stratégie de l'immigration reliée aux besoins?
Alors, ce qu'on
pense, vous avez dit «à quelle fréquence», moi, j'ai l'impression que, si on
travaillait sur les bons indicateurs, possiblement qu'aux trois ans, ça ne
change pas si rapidement, on pourrait suivre l'évolution de notre capacité
d'intégration. Ça dépolitiserait un petit peu la discussion et ça nous
permettrait, par exemple, dans trois ans, d'avoir cette même discussion sur les
seuils, mais basée sur des éléments plus concrets pour évoquer la capacité
d'intégration, la capacité d'accueil.
Mme Fréchette :
Jusqu'où vous iriez dans le type d'indicateur que ça devrait inclure? Parce
que, là, on évoque l'habitation...
• (15 h 30) •
M. Leblanc
(Michel) : Bien, j'irais, d'abord, à
l'essai pour voir ce qui est mesurable et, ensuite, j'essaierais de voir dans
quelle mesure je peux agir sur ce qui est mesurable. Est-ce qu'à la fin j'en
arriverais avec des nombres par région? Possiblement pas, mais ça permettrait
de dire : OK, 60 000... 60 000, dans mon esprit, ça présuppose
un Canada qui accueille 240 000 immigrants. Si le Canada maintenait
une trajectoire au-delà du 240 000 immigrants, d'un point de vue du
poids dans l'intérieur de la démocratie canadienne, j'argumenterais qu'on
devrait en accueillir plus. Bien, c'est quoi, notre capacité d'accueil au-delà
du 60 000? Moi, je dis qu'à 60 000 je pense qu'on est correct. Est-ce
qu'on serait correct à 80 000? C'est là qu'il faudrait creuser davantage.
Mme Fréchette :
Donc, est-ce que vous iriez jusqu'à, par exemple, la disponibilité des
places en centres de la petite enfance...
M. Leblanc
(Michel) : Exactement.
Mme Fréchette :
...les soins de santé.
M. Leblanc
(Michel) : Ça fait que c'est tout ça, c'est... dans le fond,
c'est dire : Dans une communauté, la communauté
a peut-être, je ne sais pas moi, 80 000 habitants, bien, desservir...
mettons, je ne sais pas, bien, 10 000 de plus, ça représente quoi, en
termes de services, en termes de capacité? Et on arriverait progressivement à
suivre ces communautés-là puis être... Donc, dans la région de Magog,
est-ce qu'on a des capacités, s'il y a des pénuries d'infirmières, s'il y a des
pénuries de professeurs, s'il y a des pénuries dans des secteurs, d'en attirer?
On veut de la régionalisation. Dans la... À Montréal, c'est pareil, on ne veut
pas aller au-delà des capacités d'accueil, mais on peut agir sur les capacités
d'accueil.
Mme Fréchette :
Et est-ce que vous voyez un enjeu... Parce que, bon, vous savez, là, la
régionalisation de l'immigration, c'est une de nos priorités. Et, heureusement,
on a eu une belle évolution au cours des dernières années. Juste pour rappel, en 2016, les personnes qui étaient arrivées
deux ans auparavant, bien, 20 % d'entre elles habitaient hors la
région métropolitaine de Montréal. Puis en 2023... 2022, plutôt, c'était
30 %, 31,5 %, qui habitaient hors de la région métropolitaine de
Montréal. Donc, bref, il y a eu un bond intéressant, mais on veut poursuivre
sur cette lancée-là.
Est-ce
que, vous, c'est de nature à vous inquiéter, le fait qu'on veuille régionaliser
encore davantage l'immigration et que non seulement on veut la régionaliser,
mais aussi on veut la régionaliser du côté de l'immigration primaire,
c'est-à-dire qu'on souhaite que les personnes immigrantes viennent au Québec
et, d'emblée, aillent s'établir en région plutôt que de passer quelques années ou quelques mois dans la région
métropolitaine? Donc, est-ce que ça suscite plutôt une crainte ou vous
considérez que Montréal est déjà très, très bien pourvue?
M. Leblanc
(Michel) : OK. Bien, non, mais, c'est
toujours la même affaire, c'est-à-dire que, moi, les pourcentages, ça ne
m'inquiète pas tant que le nombre total n'est pas réduit. Donc, si on augmente
la proportion qui va en région puis qu'on se rendait à 50 % de
l'immigration en région, je n'ai pas d'enjeu avec ça. Seulement, il faut
maintenir, à ce moment-là, les nombres à Montréal. Ça voudrait dire qu'on
augmente l'immigration totale. On ne peut pas dire qu'on va augmenter la
proportion qui va en région dans une tarte qui reste la même, parce que, ce que
ça veut dire, c'est qu'on va créer de la tension sur... on va accentuer encore
plus la tension sur le marché de l'emploi à Montréal. Donc, augmentons les
seuils, assurons-nous qu'on augmente la proportion.
Et moi, je pense que,
par Arrima, on peut réussir à augmenter l'immigration primaire en région. Ceux
qu'on va sélectionner vont être plus susceptibles d'aller en région dès le
départ. Mais regardons les niveaux à Montréal pour que, si on augmente la
proportion qui va en région, on ne soit pas en train d'enlever des capacités à
Montréal. Puis je dis Montréal, là, c'est
toute la région métropolitaine. C'est les soins de santé, c'est l'éducation,
c'est tout ce qui a besoin de main-d'oeuvre à Montréal qui va être affecté si
on réduit sur Montréal, parce qu'on voudra augmenter la proportion en
région.
Mme Fréchette :
Dans le cadre du Programme de sélection des travailleurs qualifiés, là, on
va quand même avoir la possibilité, la capacité de favoriser les travailleurs
qualifiés qui auront comme lieu d'établissement, là, une région.
Donc, de ce côté-là, on va continuer à monitorer la chose pour faire en sorte
d'accroître nos pourcentages. Mais on verra qu'est-ce que ça donnerait comme
tarte... pointe de tarte pour la métropole.
Mme la Présidente, il
nous reste combien de temps?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Il reste 3 min 30 s.
Mme Fréchette :
3 min 30 s. Bien, j'en profite pendant que ça me traverse l'esprit,
j'aimerais ça que vous mettiez... que vous nous mettiez à jour sur le projet
que l'on a annoncé. Est-ce que déjà ça commence à donner des suites en termes
d'apprentissage du français?
M. Leblanc
(Michel) : Bien, je me demandais si vous
iriez là parce que... D'abord, moi, je veux dire, on entend des critiques sur Francisation
Québec, puis moi, je peux témoigner,
là, ça ne se met pas en marche sur un dix sous, des affaires comme ça.
Nous, le programme de
francisation qu'on a relancé, qui avait été suspendu depuis le début de la
pandémie, puis j'étais très surpris qu'on
l'ait suspendu si longtemps, mais j'apprécie énormément qu'on l'ait reparti, ça
a voulu dire de recruter 80 commerçants qui sont présentement dans une
cohorte de francisation à ce moment-ci. Ça voulait dire 18 mentors, donc
des étudiants universitaires qui vont dans ces commerces durant les heures
d'ouverture, qui enseignent, qui parlent un français utilisé directement
dans l'emploi, puis ça veut dire huit employés, à la chambre, qui coordonnent
tout ça.
Au
moment où on se parle, ça marche, c'est parti. Ça s'est annoncé durant l'été.
On est là. Mais je fais juste dire : On pourrait aller encore plus loin. Le défi, à ce moment-là, c'est...
dans notre esprit, ce n'est pas de recruter les 80 commerçants, c'est
les 18 mentors universitaires qu'il faut, à ce moment-là, bien arrimer.
Mais on pense, nous, que c'est la solution
de l'avenir, c'est-à-dire de l'apprentissage du français sur les lieux de
travail, durant les heures de travail,
et ça commence par un français immédiatement utile au travail, ce qui fait
qu'ils embarquent, ils sont volontaires.
Et,
je l'ai évoqué, si ça vous intéresse, dans le quartier chinois, ils s'étaient
servis de publicités sur les abribus, en disant : Si vous allez dans ces
commerces-là avec ce code-barre-là, vous allez avoir un rabais, c'est un
commerçant qui apprend le français.
Et donc, le génie de la... du commerçant qui veut profiter de ça pour de la
visibilité positive, tout le monde y gagne.
Mme Fréchette :
Je vous ramène, je pense que j'ai encore un petit peu de temps, sur votre
mémoire. À la page 9, là, vous recommandez que le Québec renforce sa
collaboration avec le gouvernement fédéral pour faciliter le passage du statut
temporaire au statut permanent. Et je me demandais comment vous voyez, en fait,
ce qu'on a mis de l'avant dans le cadre du
PSTQ, le volet 2, particulièrement, qui se trouve être une passerelle pour
faciliter, là, l'obtention d'un statut
permanent pour des travailleurs étrangers temporaires qui ont des compétences
plutôt manuelles. Est-ce que c'est dans la bonne voie, vous diriez?
Est-ce qu'on est...
M. Leblanc
(Michel) : L'intention est bonne, c'est
dans la bonne voie. La réalité, c'est qu'il est trop tôt pour savoir si ça
donne des résultats. Alors, présentement, je suis beaucoup plus exposé à des
critiques d'entreprises qui disent
régulièrement : Ça n'a pas de bon sens, que : Ça fait une différence.
C'est trop tôt. Donc, je pense que les décisions sont les bonnes, je
pense qu'on va dans la bonne direction.
C'est clair que, la
première frustration, là, quelqu'un qui a trouvé son employé temporaire puis
qui se fait dire par l'employé temporaire : Sais-tu, ça n'a pas l'air à
marcher, je n'arrive pas, puis qui... J'ai parlé à quelqu'un qui m'a dit :
En Ontario, ça va plus vite. Ça, là, je reçois un téléphone, hors d'eux, ils ne
comprennent pas qu'est-ce qu'on fait... qu'est-ce qu'on ne comprend pas au
Québec. Donc, moi, je vous dirais, c'est là que va être le test. Donnez-nous six mois. Soit que ça marche, on va le
savoir, on va vous le dire, soit que ça ne marche pas, on examinera
qu'est-ce qui fait que ça ne marche pas. Mais c'est très, très sensible.
Mme Fréchette :
OK. Et je me demandais, en fait... Parce qu'il y a un thème que vous n'avez
pas abordé dans votre mémoire, vous avez
ratissé assez large, mais celui de la reconnaissance des compétences, la
recommandation sur ce sujet-là. Qu'est-ce qui expliquait que vous ne
vous soyez pas prononcés?
M. Leblanc
(Michel) : Je vous dirais que c'est parce
que tout le monde en convient. Et on l'a assez dit, pour moi : Tout le
monde, regardez ce que l'Ordre des ingénieurs fait, là, puis faites pareil.
L'Ordre des ingénieurs a dit : En neuf mois...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : C'est terminé...
M. Leblanc
(Michel) : Voilà.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : C'est terminé pour cette première
portion d'échanges. Merci beaucoup, Mme la
ministre. Alors, je me tourne du côté de l'opposition officielle pour une
période de 9 min 54 s. M. le député de Nelligan, la
parole est à vous.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue. Toujours un plaisir, échanger avec vous. Je me rappelle
de la dernière consultation, vos propos par rapport au PEQ et que nous avons
presque perdu cinq ans. Et j'espère que ça sera, une fois pour toutes, un
retour à la normale, parce que c'est un programme qui a démontré son
efficacité.
Je vais me permettre et
je... Si vous êtes à l'aise, allez-y, là, si vous ne voulez pas, je n'ai aucun
enjeu. J'apprends le français a été réactivé. Malheureusement, moi, je suis
comme vous, je n'ai jamais compris pourquoi on l'a arrêté, je n'ai jamais acheté l'idée que c'est à cause de la
pandémie. C'est un programme qui fonctionnait très bien. Et, quand on dit qu'on doit agir sur la
francisation, ça a été la seule chose à faire, le garder ouvert, le bonifier et
même en rajouter des mentors, comme vous l'avez mentionné.
M. Leblanc (Michel) : Écoutez, on a partagé cette frustration-là, je l'ai
partagée ici. Je témoignerai aujourd'hui que je suis tellement... je suis
content qu'on l'ait réactivé. Il y a des décisions gouvernementales qu'on peut contester, puis, dans le passé, peut-être que
c'étaient des erreurs. Moi, je pense que ça a été une erreur de le suspendre.
Je pense qu'on s'est privé d'une capacité d'accompagner des commerçants qui
voulaient apprendre le français durant ces dernières années. Mais on l'a
réactivé, ça fonctionne, puis, à mon avis, partout au Québec, on devrait s'en
inspirer. Il y a Laval, il y a Gatineau, il y a ailleurs.
Je reviens, les immigrants veulent que ça
marche. Un immigrant qui ne parle pas bien français puis qui se le fait dire,
il est mal à l'aise. Quand il rentre à la maison, puis ses enfants se
francisent à l'école, puis il n'est pas capable de les suivre, il est mal à
l'aise. Si on est capable de leur offrir des solutions faciles pendant les
heures de bureau, les heures de travail, ils
vont y adhérer. Alors, c'est un programme, vous l'avez dit, il a reçu des prix,
il fonctionne, on l'a réactivé, bravo.
M. Derraji : Et c'est du
concret, c'est du concret.
M. Leblanc (Michel) : C'est terrain, terrain, terrain.
M. Derraji : Donc,
on ne doit plus revivre la même chose, surtout que ça donne des résultats. Mais
laissez-moi vous dire que, je viens de l'apprendre, c'est la même chose,
ça s'applique pour Interconnexion et Passerelle. Interconnexion, je vais juste ouvrir
une parenthèse, dans une ancienne vie, j'ai fait affaire avec la chambre, je
déclare mon conflit d'intérêts, j'ai utilisé des personnes de ce programme,
c'est le meilleur programme d'intégration. Mais ça n'a aucun bon sens.
Pourquoi, selon vous, qu'on ne réactive pas Interconnexion?
• (15 h 40) •
M. Leblanc (Michel) : OK. Encore là, Interconnexion, il faudrait qu'on...
Interconnexion a été établi à une époque où les taux de chômage étaient plus
élevés puis où, je dirais, il y avait... je ne sais pas si le mot, c'est
«résistance», «xénophobie», mais il y avait beaucoup d'entreprises qui
pensaient que les immigrants qualifiés n'étaient pas des bons employés. Et là,
je vous dis, il y a 15 ans. On a travaillé avec ces entreprises-là, on a
travaillé avec le milieu, puis, aujourd'hui, là, moi, je vous dirais, un
entrepreneur qui a des préjugés négatifs par rapport à un immigrant qualifié,
c'est lui qui a un problème. Il est en pénurie de main-d'oeuvre, ses gens à
l'interne lui disent qu'il faut qu'il embauche, s'il n'est pas ouvert aux
talents issus de l'immigration, je dirais... j'ai envie de vous dire :
Qu'il se débrouille.
Une fois qu'on a dit ça, moi, ce que je pense,
c'est que, dans notre communauté, dans notre société, il y a d'autres types de ressources qui ont besoin
d'aide. Il y a des gens qui ont des handicaps, il y a des gens qui pourraient
travailler, mais les entreprises ne savent pas comment ajuster leurs lieux de
travail, leurs processus. Ça peut être des gens qui ont des enjeux de vision,
des enjeux d'ouïe, des enjeux physiques. Et donc Passerelle, ça visait à
intégrer des gens qui ont des difficultés d'intégration, et ça, ça a été
suspendu. Alors, je suis moins dans l'immigrant, mais je questionnerais le
gouvernement — on
est sur un autre sujet — sur
notre capacité d'avoir des programmes terrain, dans ce cas-ci, pour aider des entreprises et des PME à s'ajuster pour
accueillir des talents du Québec qui ont des difficultés d'intégration
professionnelle.
M. Derraji : Là, vous ciblez les
personnes éloignées du marché du travail que la CPMT classe à chaque année, là?
M. Leblanc (Michel) : C'est ça. On est dans ceux qui ont des difficultés
d'intégration professionnelle mais qui, par ailleurs, pourraient avoir une
contribution, comment... Puis c'est comment on aide les PME à s'ouvrir à ces gens-là. Alors, je vous laisse faire votre
travail, mais, si jamais vous voulez, là, Passerelle, ça faisait ça, puis ça
marchait. C'est suspendu pour l'instant.
M. Derraji : On
fera le suivi avec Mme la ministre, mais, si elle veut bien, je peux me lever
bien en Chambre et lui poser la question : À quand Passerelle en
action?
Je veux vous ramener sur les travailleurs
temporaires. Je vous cite : «Soupape, plus facile, parce que le processus
fonctionne mal.» Ça, ce sont vos propos. Pourquoi le processus fonctionne mal,
et qui est le responsable?
M. Leblanc (Michel) : J'ai l'impression que, pendant très longtemps, on s'est peu
préoccupé d'un arrimage fédéral-provincial dans une dynamique où c'est de
l'humain qui n'est pas un résident permanent du Québec. Donc, on le considérait
comme secondaire dans tous nos enjeux. Or, ce que c'est devenu, avec la réalité
du marché du travail, c'est que c'est une ressource essentielle pour les
entreprises. Et là, donc, on a des humains qui souffraient, mais qui avaient peu de voix, puis là se rajoutent
celle des entreprises, via les chambres de commerce, via les représentants
d'affaires qui disent : Attention, il faut s'en préoccuper.
Puis, je vous dirais, en
plus, je n'aime pas, moi, la solution du travailleur temporaire parce que je
suis très conscient que ça vulnérabilise le travailleur à certains mauvais
employeurs. Donc, dans les faits, on devrait se dire qu'à long terme c'est une
solution nécessaire, mais c'est une solution qu'on ne veut pas si grande, si
utilisée. La façon de s'en sortir, c'est d'avoir des processus très efficaces,
qui fait qu'on va diminuer l'intérêt à y avoir recours.
M. Derraji : M. Leblanc,
je veux juste revenir à 2018. Là, vous allez me permettre de parler de deux
gouvernements. L'arrivée d'un gouvernement, c'est le gouvernement actuel
de la CAQ, qui prononçait sur toutes les tribunes qu'ils vont baisser les
seuils. Vous-même, vous êtes venu en commission parlementaire, vous avez déjà
levé les drapeaux, pas un, pas deux,
plusieurs drapeaux : Faites attention. Pénurie de main-d'oeuvre, on est en
plein dedans. À l'époque, le premier ministre disait qu'il n'y avait pas
de pénurie de main-d'oeuvre. Là, maintenant, la pénurie de main-d'oeuvre frappe
tout le monde, secteurs privé et public. Aujourd'hui, vous avez vu l'évolution
de temporaires.
M. Leblanc (Michel) : Oui, c'est la soupape.
M. Derraji : Moi, j'ai parlé
avec beaucoup d'entrepreneurs comme vous, et ils me disent la même chose :
C'est la facilité, mais c'est du temporaire. Les besoins d'entreprise, est-ce
qu'ils sont temporaires ou permanents?
M. Leblanc (Michel) : Je l'ai dit, la solution du travail temporaire, elle n'est
pas idéale. Elle n'est pas idéale pour le temporaire lui-même, elle n'est pas
idéale pour son intégration puis, éventuellement, elle n'est pas idéale parce
que l'employeur va être plus réticent à financer de la formation spécifique à
cet employé-là qu'il ne gardera pas. Donc, l'amélioration de son talent ici,
elle est ralentie tant qu'il est dans un statut temporaire. Donc, je dis :
Le temporaire, il est nécessaire. Je dis : Ne jouez pas dedans, parce que
vous jouez dans la soupape qui permet de réduire la pression sur nos
entreprises. Mais, si on est capable d'améliorer les processus, on aura moins
besoin de cette soupape-là puis on pourra reconsidérer. Mais c'est absolument
essentiel, c'est pour ça que c'est si utilisé par les entreprises.
M. Derraji : Oui, mais je fais
l'avocat du diable, OK, je me mets dans la peau d'un entrepreneur qui navigue
dans le système. L'étude d'impact sur le marché du travail, ça coûte des sous,
beaucoup d'argent. Il doit faire son étude
d'impact, aller chercher son travailleur à l'extérieur, il passe lui-même par — moi,
j'ai reçu des appels, quelqu'un bloqué
à l'aéroport parce qu'il y avait un problème — ...passe à travers tous les processus d'immigration.
L'entrepreneur est là pour innover, pas pour faire les démarches
d'immigration. Mais c'est le rôle du gouvernement de faciliter la tâche de ces
entrepreneurs. Mais, s'il y avait des travailleurs permanents disponibles,
l'entrepreneur ne sera pas obligé d'aller chercher du temporaire.
M. Leblanc (Michel) : J'en conviens, et c'est pour ça que je dis : C'est la
soupape. La pression, elle est là. S'il peut trouver un local, quelqu'un,
n'importe qui va réponde, il va l'embaucher, puis il va le garder, puis il va investir, puis il va essayer de le préserver,
alors qu'il y a pénurie de main-d'oeuvre. Les autres vont vouloir le chercher.
Pourquoi il se tourne vers le temporaire? C'est parce qu'il ne trouve pas,
localement, parce que l'immigration était trop
basse, il n'arrivait pas à trouver, donc il se tourne vers cette solution-là.
Elle est utile puis elle est nécessaire présentement.
M. Derraji : Vous étiez parmi
les experts qui ont beaucoup parlé du PEQ, Programme de l'expérience québécoise, à l'époque, sur toutes les tribunes. Vous avez réussi à faire reculer
le gouvernement avec d'autres groupes. La preuve, aujourd'hui, on recule
sur cette réforme, ça veut dire que, cinq ans plus tard, on voit que vous étiez
à la bonne place. Maintenant, vous avez vu l'offre sur la table, le PEQ ne sera
pas dans les seuils. Le PEQ, est-ce qu'on doit l'ouvrir, que ce soit étudiants
ou travailleurs? Au niveau des critères, où on doit aller pour ne pas tomber
dans la même erreur?
M. Leblanc (Michel) : Bon, le PEQ, qu'il ne soit pas dans les seuils, bravo. Je
répète, le PEQ devrait... On devrait être admissible au PEQ, peu importe qu'on
soit dans une université francophone ou anglophone. L'objectif du PEQ devrait
être l'intégration d'un immigrant, peut-être, qui parle bien le français, donc
qui répond à un test. Il n'y a pas de raison de le bloquer selon la langue de
l'université. C'est plutôt la langue de l'individu et sa capacité de
s'intégrer.
Troisièmement, pour ce qui est des travailleurs,
il y a une discussion à avoir. C'est sur les volumes que ça voudrait... que ça
amènerait, si on l'ouvrait au PEQ — Travailleurs hors seuil.
Alors, je ne l'ai pas, la réponse. On devrait l'examiner. Mais moi, je vous
dirais, si, dans trois ans, on en arrive à cette conclusion-là, ce sera bien.
Dans les trois prochaines années, faisons la réforme. Dans trois ans, regardons
si le PEQ — Travailleurs
peut avoir une espèce de voie rapide. On le fera en temps et lieu, mais
commençons par ce qui est là. Moi, je pense que ce qui est là est un bon
départ.
M. Derraji : Pour que ce soit
étudiants ou travailleurs, donc, au niveau de...
M. Leblanc (Michel) : Non, les étudiants tout de suite. C'est les travailleurs,
c'est la voie rapide pour le PEQ — Travailleurs. Autrement dit, l'étudiant,
ce qu'on dit, c'est qu'il sort des seuils. Avant qu'on dise qu'un PEQ — Travailleurs
sorte des seuils, là, je pense qu'il y a de l'analyse à faire, mais je pense
qu'on doit commencer par les PEQ étudiants qui sortent des seuils.
M. Derraji : OK. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Cette période de temps vient de se terminer. Nous
allons poursuivre avec le deuxième groupe d'opposition pour une période de
3 min 18 s. M. le député, la période commence maintenant.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Bien, je voudrais qu'on continue là-dessus, justement. C'est quoi,
votre logique ou c'est quoi, la logique qui ferait qu'on prendrait le PEQ
étudiants hors seuil, mais qu'on prendrait le PEQ — Travailleurs dans le
seuil? Comment vous l'expliquez ou c'est quoi, le rationnel derrière ça?
M. Leblanc (Michel) : Bien, le PEQ étudiants, c'est la plus grande évidence qu'on
les veut. Ils sont formés ici. Un des enjeux, c'est toujours l'évaluation des
acquis, l'évaluation des apprentissages. Ils sont formés ici, ils sont là.
Donc, pour eux, je dirais ce n'est, comme, même pas un enjeu, on devrait
l'avoir déjà, on devrait le faire. Je me suis battu pour le PEQ, je me bats
toujours pour le PEQ, je pense que c'est un bon programme.
Les travailleurs, l'enjeu, c'est le nombre.
C'est des travailleurs temporaires qui sont déjà ici. Si on décidait qu'on veut
leur faire une voie rapide, les volumes sont beaucoup plus élevés. Puis là on a
le 60 000, passer de 50 000 à 60 000, collectivement, il faut
qu'on fasse la paix avec ça, on a une capacité d'intégration. Sortir le PEQ du
seuil, ça veut dire qu'on passe à 70 000. On peut faire la paix avec ça.De rajouter du PEQ — Travailleurs
par-dessus le 70 000, là, j'ai l'impression qu'il y a un enjeu sociétal à
discuter. On n'est peut-être pas rendu là. Puis c'est dans trois ans, on fera
la discussion dans trois ans, il y aura, à ce moment-là, des décisions à
prendre.
M. Cliche-Rivard : Est-ce que
la chambre a une position sur un éventuel programme de régularisation de statut
de personnes sans papiers?
M. Leblanc (Michel) : On a des discussions. L'enjeu, c'est qu'on a besoin de
bras, on a besoin de gens puis on voudrait que ces gens-là soient le plus
régularisés possible dans notre communauté. La seule inquiétude, quand je pose
la question à des gens du secteur privé, c'est qu'ils me disent : OK, mais
on ne veut pas lancer un signal universel
que : Venez au Québec sans papiers parce que c'est super facile, après, de
se régulariser. Alors, il y a un équilibre, c'est qu'est-ce qu'on fait
avec les sans-papiers, ici, d'un point de vue humain. On voudrait régulariser
ça, comment on contrôle le marché vers l'extérieur pour ne pas que ça devienne
un signal : Venez ici, ce n'est pas compliqué, quand vous êtes sans
papiers, vous êtes régularisés par la suite. Je n'ai pas la réponse, mais c'est
ça, la réflexion.
M. Cliche-Rivard : Parce que,
comme on le voit, là, je veux dire, il n'y a rien de facile là-dedans. On est
dans un débat depuis plusieurs années. Il y a des gens qui sont en situation
d'irrégularité depuis cinq, 10, 15 ans. Il n'y a personne ici qui est en
train de parler de quelqu'un qui est sans statut depuis 18 mois ou
12 mois qui choisit cette route-là.
M. Leblanc (Michel) : Alors, on pourrait avoir cette discussion-là. Est ce qu'on
met... Est-ce qu'on dit qu'il y a des
sans-papiers qui sont plus légitimes d'être... Bien, alors peut-être, mais là
on n'aura pas ça sur un cinq minutes.
M. Cliche-Rivard : Non, non, je
comprends, là.
• (15 h 50) •
M. Leblanc (Michel) : Mais moi, je pense qu'on devrait avoir cette discussion-là
parce que le milieu... En fait, le milieu
des affaires veut que le marché du travail soit un marché régulier. Toutes ces
hypothèses de cheap labor, c'est du n'importe quoi. Ce que le marché, ce
que les employeurs veulent, c'est d'avoir des employés qualifiés, d'avoir un
concurrent, une compétitivité efficace, puis c'est juste ça. Ça fait que voilà.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Vous nous avez répété «60 000» souvent. Par contre, 60 000, c'est
2027. Vous n'étiez pas ouvert à 60 000 pour 2024?
M. Leblanc (Michel) : Ah! je suis ouvert à 60 000 pour 2024. Si vous voulez
le faire en 2024, moi, je le ferais en 2024. Je pense qu'on est rendu là. Mais
ce que je vous dis, c'est qu'à tout le moins, là, ça devrait être 60 000
en 2027. Si c'est 50 000 en 2027, on est juste trop lent. Mais, voilà.
M. Cliche-Rivard : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on va terminer cette ronde avec le
député de Matane-Matapédia, pour une période de 3 min 18 s. La
période commence maintenant.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Alors, contrairement aux autres
formations politiques, on n'est pas d'accord avec vous. 60 000, vous êtes
contents et, manifestement, vous allez être heureux de ce
que je pense que le gouvernement va annoncer. Je serais surpris que ça reste à
50 000. Mais vous êtes prêts à aller à plus que 60 000, je vous ai
déjà entendu dans des entrevues. Vous pensez qu'on peut faire beaucoup plus que 60 000. Qu'est-ce qui vous permet de
croire qu'on est capable d'accueillir autant de monde, avec l'hébergement
qu'on a, les CPE, les ressources? C'est tout un enjeu. 300 000
temporaires, je... ça aussi, je veux vous entendre.
M. Leblanc (Michel) : On est dans... Moi, je veux vous dire, je pense qu'il y a
deux angles : il y a la capacité d'accueil puis il y a le besoin de la
société. Alors, on peut en discuter en disant : On prend juste les besoins
de la société. Puis là il y a des gens qui disent : C'est 80 000. On peut
prendre l'angle en disant : On prend juste la capacité d'accueil, puis on
la restreint à la capacité de l'adaptation, puis là on est nerveux dès qu'on
est à 60 000.
Moi, je dis : L'équilibre est autour de
60 000. Notre lecture, nous, puis on l'a faite au niveau de l'habitation,
on pense qu'à 69 000 on est capable de construire suffisamment, en ayant
une politique de l'habitation, puis c'est une autre consultation, mais qui
permettrait de livrer les logements. On pense qu'à 60... Parce que c'est
60 plus 9, là, effectivement. Donc, à 60 plus 9, nous, on pense qu'on
peut y arriver, présentement, et on pense que ça permet de répondre aux besoins
de la population.
M. Bérubé : Il y a déjà une
crise. La population de Montréal diminue présentement. On vient de retirer, je
pense, deux circonscriptions électorales, qui vient d'être annoncé. C'est déjà
très difficile. Si on augmente de façon considérable... Et c'est surtout
concentré à Montréal.
On a parlé de la régionalisation. Je veux bien,
là, qu'on pense qu'on est capable, mais ça va prendre des démonstrations plus
fortes que ça. Chaque jour, on parle, à l'Assemblée, des pénuries de places en
CPE, de logements, et tout ça. Ce n'est pas comme si c'était complètement
dissocié, c'est ensemble. Et je me demande encore comment vous arrivez à :
60 000, c'est correct, puis applaudir le gouvernement là-dessus.
M. Leblanc (Michel) : Si j'ai besoin de bras en CPE, moi, je dis : Utilisons
Arrima puis allons chercher des gens qui sont plus susceptibles de travailler
en CPE. Puis, si j'ai besoin de bras qui sont dans les hôpitaux...
M. Bérubé : De bras?
M. Leblanc (Michel) : De bras ou de cerveaux, là. Ce que je dis, c'est : Si
j'ai besoin d'individus, là... Vous me prenez au mot. Mais, si j'ai besoin
d'individus, allons chercher des individus qui vont donner un coup de main. Puis cette perception que les individus qui vont
arriver vont juste créer des besoins sur lesquels je ne pourrai pas répondre...
M. Bérubé : Mais ça, c'est vos
besoins. Mais leur capacité à eux pour être heureux, tout ce que j'ai nommé,
créer un réseau social, avoir accès à un CPE, avoir accès à des ressources...
Il me semble, vous êtes beaucoup en mode
utilitaire. L'autre contrepartie, s'assurer que la réussite de l'expérience
québécoise fonctionne, je l'entends moins. Mais ce n'est peut-être pas
votre mandat.
M. Leblanc
(Michel) : Bien, moi, ce que je dis, c'est que, si les
immigrants trouvaient que c'était si pire, venir au Québec, ils ne
viendraient pas.
M. Bérubé : Ça
dépend par rapport...
M. Leblanc (Michel) : L'expérience québécoise a l'air très attirante.
M. Bérubé : Ça dépend de quel
endroit ils partent. Il y a un jeu de comparatifs, là.
M. Leblanc
(Michel) : Bien, moi, je vous dis, présentement, à mon avis,
sur la planète Terre, là, il y a un paquet de monde qui dit :
L'expérience québécoise, je la veux demain matin, je la trouve écoeurante.
M. Bérubé : OK. Mais je pense
qu'on peut encore faire mieux pour que les gens puissent s'intégrer et être heureux. Il y a encore du cheap labor à Montréal,
il y a des grandes entreprises qu'on connaît qui engagent des gens qui
sont à risque. Moi, je pense qu'il faut s'attaquer à ça pour que les gens
vivent convenablement à Montréal. Lorsqu'ils acceptent
de venir chez nous, on a une responsabilité à leur égard. Donc, la
responsabilité, ce n'est pas d'en prendre trop, c'est d'en prendre selon
notre capacité, selon nous, bien humblement.
M. Leblanc (Michel) : En tout cas, il y a un parti qui disait : On en veut
moins, mais on va en prendre soin. Ça ressemble à ça.
M. Bérubé : Ce n'est plus ça
qu'ils disent.
M. Leblanc
(Michel) : Moi, ce que je dis, c'est : On en a besoin, on
a besoin d'aide, on est capables de les accompagner. À Montréal, on le
fait. On serait fous de s'en priver alors qu'ils veulent venir.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup...
M. Bérubé : Vous
les avez convaincus, M. Leblanc.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est ce qui conclut cette première séance de l'après-midi.
Merci beaucoup, M. Leblanc, pour l'apport à nos travaux.
Je suspends la commission quelques instants, le
temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 15 h 55)
(Reprise à 16 h 04)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, tous! Nous allons, donc, reprendre nos travaux.
Pour cette autre audition publique, nous
recevons la Clinique juridique Solutions Justes, représentée par... mais, en fait, je vais vous laisser vous
présenter, et vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre
exposé. Ensuite, nous allons échanger avec les parlementaires. Alors, le
temps commence maintenant.
Clinique juridique
Solutions justes (CJSJ)
Mme Pereira (Marta) : Super!
Merci. Bonjour à toutes et à tous. Mme la Présidente, Mme la ministre, et Mmes et MM. les députés, ainsi que les
collaboratrices et les collaborateurs, merci de nous accueillir. Je nous
présente, Anthony et Marta. Nous
travaillons tous deux pour la Clinique juridique Solutions justes au sein de la
Mission communautaire de Montréal, la MCM, dans le cadre d'un projet
de... et sensibilisation concernant les personnes sans statut ou à statut
précaire, et c'est toujours un plaisir, un honneur de participer au processus
démocratique.
La MCM est un organisme communautaire qui
intervient et vient en aide aux personnes immigrantes depuis 1910, plus particulièrement
aux personnes demandeuses d'asile ainsi qu'aux personnes réfugiées. Elle
organise, à travers divers programmes, un éventail d'activités pour intégrer et
briser l'isolement des personnes immigrantes ayant différents statuts. Elle est
reconnue pour sa quête de promotion de la justice sociale, la défense des
droits de la personne et le respect de la dignité humaine.
La clinique Solutions justes offre de
l'information, de l'accompagnement et de la représentation juridique gratuite
aux migrantes et migrantes sans statut et à statut précaire. La majorité de nos
clientes et clients cumulent plusieurs
facteurs de vulnérabilité : problèmes de santé mentale, violence sexuelle
ou conjugale, handicaps, itinérance, précarité financière, etc. La
clinique offre des services juridiques pour les informer, les outiller, leur
permettre de faire face à certaines
barrières systémiques et régulariser leur situation, tout en offrant de
l'écoute et du soutien psychosocial.
Grâce à notre vaste expérience dans le domaine
depuis plusieurs années, de nombreux organismes dans le milieu nous réfèrent des personnes ayant besoin d'aide avec leur
parcours migratoire et se trouvant dans une situation de grande
vulnérabilité et de complexité. Du fait de notre implantation de longue date,
nous avons également bâti un réseau important de partenaires, entre autres se
trouvent AGIR, Médecins du Monde, Foyer du monde, le CTTI et une grande partie
de services gouvernementaux mal ou peu outillés, tels que les CIUSSS ou les
CLSC, qui nous réfèrent une grande partie de nos suivis.
C'est dans ce
cadre que nous recommandons, donc, d'apporter davantage de soutien aux
organismes qui luttent pour un accès
à la justice. Les organismes communautaires de première ligne... est souvent le
dernier filet de sécurité.
M. Rouget (Anthony) : Nous
avons pu développer, dans le mémoire, un aspect peut-être plus juridique, plus
administratif, concernant des procédures spécifiques d'immigration. Et donc on
aimerait profiter de ce petit laps de temps
ensemble pour pouvoir développer concrètement de qui nous parlons, rappeler
concrètement que les statistiques sont des personnes, des familles en
grande souffrance, et donc briser certains préjugés sur ce public. Si nous
sommes invités à cette consultation, c'est,
nous pensons, pour, justement, la spécificité de notre public : demandeurs
et demandeuses d'asile déboutés, personnes sans statut, à statut
précaire, etc.
L'immigration qu'on appelle humanitaire présente
donc une grande variété de profils différents, et c'est important de comprendre de qui nous parlons. Vous l'avez déjà souligné
devant nos collègues du CTTI et le témoignage de Grace, c'est une immigration qui a un visage, un visage souvent
marqué par la souffrance, mais surtout par l'espoir et l'optimisme d'une
vie meilleure.
Quand nous parlons de migrantes et migrants à
statut précaire ou sans statut, on parle de personnes qui sont arrivées au
Québec en fuyant des situations inhumaines dans leur pays d'origine, des
étudiantes, étudiants étrangers qui paient de grandes sommes d'argent pour
leurs études au Québec, des travailleuses et travailleurs temporaires qui font
des travaux essentiels pour la société québécoise. Enfin, on ne parle pas de
personnes qui viennent pour profiter des
services et des aides publics, mais des personnes qui font des contributions
fortes et importantes à notre société et qui vivent dans la précarité,
en subissant parfois des abus, des violences et des situations de dépendance.
En effet, nos suivis sont des personnes dont la
force d'adaptation et de résilience est largement supérieure à la nôtre, en
tout cas, à la mienne. Je ne vous connais pas. Dans l'imaginaire collectif, on
entend souvent de notre public que ce sont des personnes qui ne veulent pas
s'intégrer, qui ne parlent pas français, qui ne respectent pas nos cultures, nos moeurs, viennent voler notre
travail, et j'en passe. Rien n'est plus éloigné de la réalité que nous côtoyons
quotidiennement. On peut assurer que 100 % des personnes que nous
représentons à la clinique veulent s'intégrer, veulent apprendre que ce
soit la culture, la langue, veulent se rendre utiles à la communauté et sont
reconnaissantes de
l'aide reçue. C'est, dans notre imaginaire, la fin d'un voyage souvent pénible,
l'arrivée ici, souvent éprouvant comme quasiment personne dans cette
pièce ne peut l'imaginer.
Quand on arrive ici,
on est reconnaissant au début. En fait, la fin du voyage n'en est pas un.
Commence alors un voyage encore plus éprouvant psychologiquement et
mentalement, un voyage fait d'administration, de droits, de barrières
systémiques. L'arrivée n'en est pas une. L'exploitation, la dépendance
vis-à-vis d'autres personnes, le temps, les préjugés sont autant de défis qui,
plus encore que de prolonger le voyage, le rendent plus difficile encore, ce
que nous traduisons, dans nos recommandations, par la demande, entre autres,
d'octroyer à tous les travailleurs et travailleuses étrangers des permis de
travail ouverts, leur donnant les mêmes droits que les travailleurs locaux, et
donc annuler et remplacer la formule de permis de travail fermé, qui, pour
nous, va à l'encontre des droits humains et des libertés et qui les rendent
vulnérables à l'exploitation, ou encore la modification des lois sur le
parrainage pour permettre plus d'indépendance légale et financière aux
personnes parrainées.
Nous sommes
conscients que certaines de nos demandes concernent le droit fédéral, mais, vu
la place laissée au gouvernement du Québec dans l'élaboration des politiques
migratoires, l'impact humanitaire de ce type de sujet et l'influence de notre
gouvernement, nous avons confiance en votre capacité à faire parvenir ce
message au fédéral et profiter de votre pouvoir d'action et d'influence. Nous
avons toutes et tous notre part de responsabilité dans cette situation dramatique humainement parlant, des
décideurs aux simples citoyens, de ce que nous, nous appelons aberrations
juridiques, aux simples préjugés entendus au
coin d'une rue. Il est donc important de pouvoir communiquer, expliquer et
échanger davantage sur la réalité de l'immigration humanitaire.
Nous avons brossé un
constat froid, qui reflète notre réalité au quotidien et qui peut paraître
pessimiste ou, tout du moins, négatif. C'est un portrait peu flatteur de la
situation, mais il est à relativiser, à relativiser grâce à la force d'un maillage d'organismes communautaires
solidaires, répondant du mieux que possible à des aspects différents des
problématiques de notre public. Maintenant, le fait d'être ici devant vous, et,
je dois l'avouer, notre optimisme infini, nous porte à croire que nous agissons
pour le mieux, que d'être entendus aujourd'hui, d'avoir l'espoir d'être
écoutés, peut amorcer un changement dans la vision du public que nous
défendons.
• (16 h 10) •
Mme Pereira
(Marta) : Le Canada est la terre de destination de plusieurs personnes
demandeuses d'asile et réfugiées. Il a su, ainsi que le Québec, se positionner
comme acteur de référence au niveau mondial dans les domaines d'accueil de
personnes réfugiées et de politiques humanitaires. Cela s'inscrit dans un
contexte mondial où le nombre de mouvements migratoires, notamment de réfugiés,
ne cesse de s'accroître. Au début de l'année 2023, le nombre de demandes d'asile atteint un chiffre
record au Canada, tout comme l'année précédente. En 2022,
58 830 personnes demandeuses
d'asile sont arrivées au Québec, une hausse de plus de 50 % par rapport à
2019. Entre janvier et juin 2023, 57 515 personnes demandeuses
d'asile sont arrivées au Canada, dont 31 060 au Québec.
Ainsi,
il est important de changer l'approche de la politique migratoire et
d'actualiser la politique humanitaire québécoise en fonction des besoins et du
contexte actuel. C'est pour cela que nous demandons, entre autres, une
manière d'aborder l'immigration sous l'angle humain et non sous l'angle
économique et utilitariste, sans oublier les contributions importantes des
personnes immigrantes à la société québécoise actuelle.
On demande aussi la
transmission des statistiques et des données concernant la catégorie autres
migrants, et la création de canaux de communication plus fluides avec
l'administration, ainsi qu'une régularisation la plus large et inclusive
possible pour mettre fin aux situations de précarité et de vulnérabilité vécues
par plusieurs personnes migrantes. Plusieurs d'entre elles ont fait des apports
essentiels à l'économie et à la société québécoise durant la pandémie, et le font encore. C'est pour cela que
l'ensemble de nos demandes visent à créer un climat de travail collaboratif
afin de changer la donne et d'améliorer la vie de ces personnes qui vivent dans
la précarité et qui subissent plusieurs vulnérabilités.
En conclusion, nous
parlons volontairement de collaboration, d'écoute, de communication car nous
sommes convaincus que ces valeurs-là seraient bénéfiques pour les organismes de
première ligne, pour l'administration, et, en bout de ligne, les plus
importantes pour les personnes. Merci beaucoup.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cet exposé.
Alors, on va entamer la période d'échange
avec les parlementaires. Pour le groupe du gouvernement, une période de
16 min 30 s est accordée. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette :
Merci, Mme la Présidente. Alors, merci à vous deux de prendre part à cette
consultation. C'est très apprécié que vous nous partagiez votre expertise,
votre expérience, vos points de vue et la réalité de ceux avec lesquels vous
travaillez au quotidien. Donc, merci pour ça.
J'ai vu que, dans
votre mémoire, là, vous semblez opposer une approche utilitariste de
l'immigration à une approche humanitaire de l'immigration, et vous faites
notamment référence à ça, là, en page 8, où vous vous positionnez, là, sur
un certain nombre d'enjeux dans les orientations qui sont proposées par le gouvernement.
Donc, je vous amènerais, en fait, sur une question assez large, au sens où
est-ce que vous ne pensez pas qu'il soit possible de faire les deux? Parce qu'en termes de capacité d'intégration c'est
sûr que l'accès à un emploi, un emploi à la hauteur des compétences des personnes immigrantes, ça me
semble faire partie de la recette du succès des processus d'intégration qui
sont réussis, alors, et ce qui n'empêche pas, à mon point de vue, d'avoir un
accueil, une approche qui soit humaine et complète en regard des
personnes immigrantes.
Donc,
j'aimerais vous entendre là-dessus. Il me semble qu'il y a possibilité de faire
se rejoindre ces deux visions.
Mme Pereira (Marta) : Oui,
en fait, on parle de l'approche humanitaire car... On parle de l'approche humanitaire,
mais, on le dit dans le mémoire, on veut que
le fait qu'on parle de personnes, des êtres humains, que ça soit dans les
centres de... quand on pense à... on conçoit les politiques
d'immigration, mais, bien sûr, sans oublier les contributions importantes que ces migrants font à la société, et
donc sans oublier la partie plus liée à l'économie, à la main-d'oeuvre,
et tout ça, mais toujours en mettant
l'approche humanitaire avant car, bien sûr, l'immigration, c'est humain. On
parle de personnes. Donc, c'est pour
ça qu'on aurait voulu voir plus cette approche humanitaire dans le cahier de
consultation, et on a pensé qu'il
manquait cette approche, et que le cahier mettait plus d'accent dans l'approche
utilitariste et économique que dans
l'approche humanitaire, mais, bien sûr, après ça, les immigrants, les réfugiés,
les demandeurs d'asile font des contributions fort importantes à la
société. Il faut ne pas oublier ça aussi.
Mme Fréchette :
En tout cas, de mon côté, je veille toujours à rappeler que ce sont de
personnes dont on discute, et que ce sont
des trames de vie sur lesquelles on a un impact, et qu'il importe, en fait, de
les considérer dans le sens plein et entier de ce qu'ils peuvent nous apporter,
donc, de faire en sorte de ne pas seulement voir le côté travailleur étranger, mais
bien personne immigrante qui vient se donner une nouvelle chance dans la terre
d'accueil qu'est le Québec.
J'aimerais ça vous
entendre également sur le processus de prise en charge des réfugiés par l'État.
Comment est-ce que vous percevez ce
processus-là? Et qu'est-ce que vous pensez du fait que les villes d'accueil
soient essentiellement localisées...
en fait, les villes d'accueil soient composées surtout de grandes villes, de
villes assez urbaines? Donc, j'aimerais entendre votre avis sur cette
dimension-là.
M. Rouget
(Anthony) : En fait, déjà, premièrement, quand on parle de personnes
réfugiées, ça ne va pas être notre champ
d'expertise, OK? Nous, on va s'occuper beaucoup plus des gens qui n'ont pas le
statut de réfugiés. Donc, quand on parle de statut de réfugié, on parle de
demandeurs d'asile qui ont déjà l'asile ou qui sont à la fin d'un processus.
Donc là, c'est important de les prendre en charge, de les intégrer, de les
aider dans le travail, dans le partage de la culture, notamment quand on parle
de régionalisation, où c'est des enjeux qui sont très compliqués, humainement parlant, que ce soit d'un côté ou de l'autre,
mais, nous, ça ne va pas être notre champ d'expertise parce qu'en fait, du coup,
ces gens-là ont déjà un statut. Donc, nous, on s'occupe de gens qui ont des
statuts très précaires, le statut de réfugié l'est beaucoup moins, ou qui n'ont
pas de statut du tout.
Donc, on va... Bien,
je ne vais pas pouvoir vous répondre réellement sur tout ça, sur la
régionalisation et tout, peu importe. On est toujours d'accord sur le fait
qu'un partage de culture, c'est toujours très intéressant, que c'est
enrichissant pour tout le monde, et que la diffusion de ça, c'est... ça nous
touche énormément. Il faut juste faire attention
avec ça, à mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour que cette
régionalisation soit efficiente pour tout le monde, qu'on ne mette pas
des gens dans des cases et dans des endroits en leur disant : Bien, bonne
chance!
On a des clients qui
sont au Saguenay, ça se passe très, très, très mal, et que ce soit avec la
population au quotidien, mais aussi avec les services gouvernementaux, qui ne
sont pas outillés. Ils se font aider par des services comme le CIUSSS ou des services comme ça, qui ne comprennent même pas
les enjeux de tout ça. Donc, peut-être que, sur l'enjeu de la
régionalisation, c'est important, vraiment, de mettre un cadre, de ne pas juste
les mettre dans un endroit et de dire :
Bon, bien, c'est bon, on les a sélectionnés, ils vont là-bas, tout se passe
très bien. Non, ça ne se passe pas bien du tout. En tout cas, de nos
clients et des gens qui nous appellent, il y a vraiment des enjeux là-dessus.
Mme Fréchette : Eh bien, on pourra s'en
parler par la suite, question de ne pas dévoiler, là, des situations qui relèvent
de la confidentialité. Donc, bien, Mme la Présidente, je céderais la parole à
des collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci,
Mme la ministre. Alors, je reconnais la députée d'Iberville. Il reste
10 min 50 s.
Mme Bogemans :
Parfait. En fait, vous faites mention de l'orientation 8 un petit peu
plus particulièrement dans votre mémoire, qui parle de la reconnaissance des
compétences, des acquis sur les personnes qui sont formées à l'étranger. On reconnaît... puis notre
gouvernement pense vraiment que l'intégration sur le marché du travail fait
partie intégrante des facteurs qui permettent une bonne intégration des
personnes immigrantes dans notre société, puis ça participe également à
leur bonne rétention, peu importe la région où ils sont établis.
Puis, au
printemps 2021, le gouvernement s'est doté d'un plan d'action
interministériel qui est concerté puis qui reconnaît les... qui reconnaît des
actions, finalement, là, transversales pour reconnaître les compétences des
personnes immigrantes. On veut améliorer les pratiques d'évaluation des
compétences, améliorer aussi l'offre de formations d'appoint, les stages qui
sont requis. On ouvre les discussions aussi avec toutes les parties prenantes
puis, lorsque c'est requis aussi, on donne
accès aux professions puis aux métiers réglementés. Donc là, ils ont parlé de
l'ordre, par exemple, l'Ordre des
infirmières, pour ne pas les nommer, avec la cohorte qu'on a eue récemment.
Est-ce que vous êtes d'accord avec cette approche-là?
Mme Pereira
(Marta) : En fait, on parle de l'orientation 8. C'est la
page 8 dont on parle, et on parle...
Mme Bogemans : Bien, je parle de
l'orientation par rapport... Attendez un petit peu, juste un petit peu plus
haut, là, dans le fond, nous, on a les orientations sur la planification
stratégique, là, l'orientation 8, pour vous la nommer, c'est :
«Bonifier les actions visant la reconnaissance des compétences des personnes
immigrantes afin qu'elles puissent s'intégrer rapidement au marché du travail
en occupant les emplois à une hauteur de leurs compétences.»
• (16 h 20) •
Mme Pereira
(Marta) : En fait, on fait référence à cette orientation comme exemple
en soutenant l'élément d'utiliser une approche plus humanitaire dans
l'élaboration de politiques d'immigration, dans le sens qu'on pense que la plupart des orientations parlent de
l'approche utilitariste, de l'approche économique, et ça, c'est l'un des
exemples, mais, vraiment, c'est... Je ne sais pas si mon collègue...
M. Rouget (Anthony) : En fait,
je pense que l'intervenant juste d'avant était beaucoup plus au fait et
beaucoup plus au clair avec ça, et évidemment c'est quelque chose de très
important pour l'intégration des gens, qu'on
puisse reconnaître et qu'on puisse avancer sur la reconnaissance des diplômes,
et tout ça. Encore une fois, ce n'est pas notre champ d'expertise. On
s'occupe de régulariser leur statut. On en est au stade 1 de ce qui se
passe, et là vous nous parlez, et on en
parle aussi, hein, mais d'un stade déjà supérieur, d'une intégration de
reconnaissance de diplômes. On ne
reconnaît même pas leur statut pour l'instant. Donc, pour nous, c'est vraiment
compliqué d'en parler, et je trouve... Enfin, vous avez eu nombre d'experts là-dessus,
et je pense qu'ils ont répondu quand même assez bien à ces questions-là.
Donc,
effectivement, c'est une très bonne chose de développer la reconnaissance des
diplômes internationaux. C'est une très bonne chose pour que les gens
puissent travailler dans leur domaine d'expertise, que... Pour que l'intégration se passe au mieux, il faut être
heureux, et, pour être heureux, il faut faire des choses qu'on aime faire. Donc,
c'est pour le mieux. Donc, je ne sais pas à quel point on pourrait aller plus
loin, à quel point des partenariats avec d'autres universités à l'étranger
pourraient faciliter... Je sais qu'il y a des questions d'ordres aussi, que
l'Ordre des travailleurs sociaux, c'est plus compliqué que l'Ordre des
ingénieurs, visiblement. Je n'étais pas au courant, là. Ça se passe plutôt
bien. Moi, je pense qu'il y a ce travail-là à faire. Ce n'est pas le nôtre,
mais, en tout cas, on l'encourage, évidemment, quoi, mais ça sera un stade
supérieur au stade où on en est, nous et nos travaux, quoi.
Mme Bogemans : Oui, oui, bien,
je comprends l'enjeu de reconnaissance à la base de la première étape, mais, de ce que je comprends de votre discours
aussi, c'est la pleine intégration, d'avoir la chance aussi d'être au Québec.
Puis les délais sont ce qu'ils sont aussi à cause du fédéral, puis la
reconnaissance, puis le temps de la première audience,
puis tout ça, là. On comprend, mais, dans ce laps de temps là, quand l'audience
est obtenue puis qu'on a les papiers, les premières choses qu'on doit
mettre en mouvement... C'est pour ça que je le mets sur la table, parce que
l'autonomie financière, pour toutes les strates de la société, Québécois,
nouveaux Québécois, est superimportante pour être capable de se développer puis
avoir une indépendance, faire reconnaître ses droits. C'est en ce sens-là que
j'amène la question.
M. Rouget
(Anthony) : ...avec ça, mais, en fait, là, vous nous parlez
d'audience, et tout ça, en fait, là, du coup, c'est spécifique aux demandeurs
d'asile. Nous, on ne va pas avoir d'audience. En fait, ça va être des processus
administratifs qui vont être avec le MIFI ou avec IRCC, mais il n'y aura
pas d'audience ou quoi. Donc là, effectivement, dans ce cadre dont vous êtes en
train de parler, c'est des demandeurs d'asile qui vont avoir un permis de
travail, et donc, dans ce cadre-là,
effectivement, c'est très important de pouvoir reconnaître leur diplôme et
qu'ils, du jour 1 où ils le reçoivent, puissent donner à la société
québécoise ce qu'ils sont capables de donner et pas moins. Donc, oui, oui, oui,
c'est très bien, mais, encore une fois,
nous, on en est au stade vraiment inférieur à ça. On travaille pour qu'ils
aient ne serait-ce qu'un permis de travail.
Mme Bogemans : Dans les outils qu'on
pourrait déployer pour être capable de vous accompagner au jour le jour, vous parlez d'outiller... parce que
j'amenais l'aspect interministériel, puis vous, vous parlez, entre autres, du
service du CISSS, de ce qui est offert sur le terrain autant à Montréal qu'en
région, avez-vous des suggestions en ce sens-là?
M. Rouget (Anthony) : En fait,
le problème, c'est qu'effectivement je pense que... Je ne suis pas d'ici. Donc, je ne connais pas la formation qu'il y a
pour les travailleurs sociaux ou quoi. De ce que j'en reçois sur le terrain,
c'est que c'est très, très, très insuffisant, c'est-à-dire qu'en fait ils ne
sont pas outillés pour faire face à ce genre de public qui ont des
questionnements particuliers, des besoins particuliers, qui sont... et eux
viennent nous voir pour nous demander : Comment est-ce que je peux faire
ça, comment est-ce que je peux faire ça?
Et donc ça, c'est vraiment une problématique
énorme pour nous, c'est qu'il faudrait peut-être plus de formation pour ces travailleurs-là
qui sont quand même en première ligne du... plus de formation, et pareil pour
les agents d'IRCC ou du MIFI. C'est que nous, ce qu'on prône, c'est que... Ce
qu'on fait aujourd'hui, c'est travailler ensemble, OK? Nous, on s'en fiche, des
partis politiques ou quoi. On essaie de travailler ensemble et on essaie d'établir depuis longtemps cette collaboration-là
avec le MIFI. On ne travaille pas contre, OK? On fait des recommandations,
effectivement, ou on fait des soumissions auprès du MIFI ou de l'IRCC, mais ça
ne veut pas... Nous, on ne considère pas travailler contre ces gens-là. On
travaille avec eux. On a les mêmes suivis, finalement, et ça nous paraît
important de rétablir ce climat de travail-là, sain, de collaboration,
d'écoute.
Donc, ça va passer, potentiellement, je ne sais
pas, par une ligne directe, je sais que ça existe déjà avec les députés du fédéral, mais une ligne directe pour
avoir des informations, pour qu'on puisse travailler vraiment ensemble
pour accélérer le processus, fluidifier la manière de travailler, mais, pour
ça, il va falloir, bien, du temps, et ce n'est peut-être pas comptable. On ne
va pas vous dire : Bien là, il faut faire ça ou quoi. Ça va aussi dépendre
de ce climat de travail là qu'il va falloir
changer, et, en tout cas, nos recommandations, dans ce sens-là, vont vers cette
orientation. On travaille vraiment fort là-dessus.
On essaie
d'impliquer le MIFI, par exemple. On essaie de les impliquer aussi dans ce
qu'on appelle des victoires. Une fois qu'on a réussi à régulariser le
statut de quelqu'un, bien, souvent... En tout cas, nous, là, c'est vrai qu'on envoie des messages au
MIFI, ou ce genre de chose, pour se plaindre, pour dire : C'est trop long,
où est-ce qu'il en est, mon dossier?
Bien, ce qu'on fait, c'est d'essayer de leur dire aussi : Merci pour la
réponse, c'est génial, cette personne-là, elle a dit ça, elle vous est
reconnaissante sur ça, et donc d'essayer de créer un climat de travail où il ne
faut pas faire attention... plus sain, c'est tout.
Mme Bogemans : ...respect sur
tous les fronts, finalement.
M. Rouget (Anthony) : Oui, oui,
oui, vraiment, de travailler en collaboration. On travaille avec un public qui
est très sensible. Il n'y a pas besoin de rajouter encore plus d'adversité, de
combats où on est obligé de se battre avec des agents parce que ça n'avance pas
ou... et c'est vraiment ce qu'on essaie d'enlever et de travailler, pour ça, et
je pense que ça réduirait énormément des
enjeux de délais, par exemple, si on peut travailler ensemble et qu'on puisse
dire les choses réellement, de dire : Bien, écoute, Anthony, je viens de
recevoir ton dossier, ça, ce n'est pas clair. Bien, en fait, du coup, dans la
seconde, on peut avancer le dossier. Donc, c'est ça qu'on essaie de viser, en
tout cas.
Mme Bogemans : Super! Bien, la
proactivité, c'est sûr que ça fait une grande différence.
M. Rouget
(Anthony) : Et c'est réceptif, c'est... En tout cas, la partie
humanitaire du MIFI semble... peut-être parce que ce n'est que des
échanges de mails, ça, c'est un problème aussi, de ne pas pouvoir avoir
quelqu'un en face pour parler, mais semble très réceptif là-dessus. Donc, c'est
vraiment à encourager et à continuer, ce travail-là, parce qu'on en voit déjà
quelques bribes de réussite, et ils sont réceptifs à ça. Donc, c'est très bien.
Mme Bogemans : OK, parfait.
Donc, il y a une amélioration déjà. Puis, moi, ce que je voulais savoir, c'est
au niveau de la situation... Quand les gens sont en attente d'un statut,
comment vous voyez l'octroi de permis de travail, par exemple, par le fédéral?
M. Rouget (Anthony) : C'est-à-dire,
le...
Mme Bogemans : Si le statut
n'est pas en ordre, là, puis qu'il y a une émission d'un permis de travail en
attendant que la personne puisse avoir son statut permanent ou temporaire,
comment vous percevez ça, cette façon de faire là?
M. Rouget (Anthony) : Bien, ce
sera toujours quelque chose qu'on va demander, en fait. Par exemple, sur une
demande auprès de l'IRCC, qui va être une demande pour considération de motif
humanitaire, ça ne va pas... ça ne va
suspendre en rien les... Par exemple, les mesures de renvoi, ça ne va pas
accorder les droits qu'ils avaient quand ils étaient demandeurs d'asile.
Nous, ce qu'on demande, c'est que ça le soit, en fait, que, du coup, en fait,
c'est pendant ces procédures-là, effectivement, que ces personnes-là aient un
permis de travail, continuent de s'intégrer et continuent de travailler, parce
qu'au-delà des aspects financiers, et tout ça, c'est, encore une fois, un
public qui est très reconnaissant. Ils ne sont pas là pour profiter de l'aide
sociale ou pour quelque chose d'autre. Ils sont là pour travailler. Leur vie,
elle était moins bien avant. C'est horrible de devoir tout quitter. Vous vous
imaginez, quitter toutes vos attaches? Vous
avez enterré vos parents à un endroit, enfin, et vous devez partir pour un
nouvel endroit, ce n'est clairement pas pour profiter de l'aide sociale, c'est
pour travailler, pour s'intégrer, pour être bien avec la communauté,
avec les gens, et tout. Donc... Pardon, oui.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Alors, cette
première portion des échanges est terminée. Je me tourne maintenant du côté de l'opposition officielle avec la
députée de Chomedey, pour une période de 9 min 54 s. Le temps
est à vous.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour.
Merci beaucoup. Merci d'être venus. Merci pour votre mémoire. C'était la première fois, en une semaine et deux jours,
qu'on entend parler de l'immigration côté humanitaire. Ça fait du bien à
savoir qu'il y a un groupe comme le vôtre qui s'occupe de ces gens-là. Vous
jouez un rôle important pour des gens de statut très précaire. Pouvez-vous
élaborer sur la quantité de demandes que vous recevez? Est-ce qu'il y a une
liste d'attente? Comment ça fonctionne chez vous?
• (16 h 30) •
M. Rouget (Anthony) : En fait,
déjà... Merci beaucoup. On n'était pas les premiers parce que le CTTI, bien
qu'ils s'occupent des travailleurs et travailleuses temporaires, on fonctionne
beaucoup avec eux, et ils ont un aspect très humanitaire, et ils travaillent
énormément là-dessus, mais c'est tout. Nous, notre manière de fonctionner,
c'est qu'on est la seule qui donne de
l'information et de la représentation juridique gratuitement, OK? On est
vraiment le dernier filet de sécurité.
Donc, effectivement, ça implique qu'on a
beaucoup, beaucoup, beaucoup d'appels, et, de plus en plus, donc, et on a des
moyens très, très limités. On est actuellement deux juristes à pouvoir faire
les soumissions, à pouvoir répondre, et on... sous la supervision d'un avocat.
Donc, ça nous fait trois personnes pour vraiment énormément d'appels. Donc, oui, en fait, dès qu'on va
recevoir un appel ou un mail, on va le mettre sur une liste et puis essayer de
répondre, un, en fonction de l'urgence de la
situation. Si les personnes ont une mesure de renvoi, bien, il faut vite qu'on
se dépêche, tout du moins, de leur donner de
l'information, sinon de les suivre, mais on est quasiment dans l'incapacité
de pouvoir représenter des personnes. Donc, on donne
beaucoup d'informations et on essaie de le faire, bien, soit au fur et à mesure, ce qui n'est pas possible vu le
nombre de demandes, sinon la nature des demandes. Donc, c'est comme ça qu'on
fonctionne à la clinique.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est bien. Est-ce que vous trouvez que le ministère devrait
fournir un service, un comptoir où ils peuvent répondre à toutes ces questions
que les gens ont? Mais ils ne savent pas où aller, ils vous appellent ou bien
ils demandent à n'importe qui, même les bureaux des députés. Moi,
personnellement... on reçoit beaucoup... et
c'est très déchirant. Donc, pensez-vous, peut-être, qu'on devrait retourner à
avoir des bureaux d'immigration où les gens peuvent avoir des réponses,
clairement, avec l'adresse du gouvernement? Pensez-vous que c'est la chose à
faire?
M. Rouget
(Anthony) : Oui. C'est dans le même cadre que... de ce dont on
discutait tout à l'heure sur la... sur essayer de changer la collaboration
qu'on fait et d'enlever cette adversité-là. Oui, c'est très, très important. La
première des choses, c'est la communication, OK? Si on n'arrive pas à
communiquer, bien, on n'améliorera pas la situation.
C'est pareil dans un couple, c'est pareil dans la famille, c'est pareil
partout. Et donc le fait d'avoir un comptoir, de pouvoir voir des gens,
ça change tout.
Ce public-là, comme
n'importe qui, ils ne sont pas idiots, OK? On le sait, que c'est difficile, on
le sait, qu'il y a des procédures qui sont longues ou des choses comme ça,
mais, s'il y a quelqu'un qui vient et qui les écoute, OK, qui les entend et qui les écoute, qu'il y a un
contact, déjà, ça faciliterait énormément les choses, OK? On ne parle même
pas d'accélération ou quoi, ça serait vraiment, en tout cas, de ce que je
comprends, un comptoir d'information. Donc, ce ne serait pas d'accélérer les
choses, mais juste ça, ça changerait énormément les dynamiques qu'on a, et
donc, oui, ça serait quelque chose de... En tout cas, on milite vraiment
là-dessus, et que ce soit effectivement des comptoirs au MIFI ou d'IRCC.
La pandémie a apporté
beaucoup de choses, le télétravail, et tout, c'est des acquis qui sont vraiment
très bien, mais ça a aussi détruit certaines choses, et il faudrait qu'on
puisse revenir aussi et se dire : Eh bien, en fait, c'est bon, là, on peut
recevoir des gens dans les bureaux et ça se passe très bien. Enfin, le travail
en première ligne, en contact direct, ça se passe très bien, ça facilite
beaucoup les gens et ça enlève de la pression, OK? Là, il y a beaucoup de colère, il y a beaucoup d'incompréhensions, de par
nous-mêmes déjà, mais le public qu'on représente aussi. Si on pouvait avoir
quelqu'un en face de nous qui nous dit : Oui, Anthony, je t'ai écouté, là,
OK, c'est comme ça que ça va se passer, il peut y avoir ça, je sais que
c'est long, ça irait déjà beaucoup mieux.
Donc, oui, oui, oui,
ça serait très important qu'on puisse avoir des comptoirs d'information et puis
que ça puisse être fait aussi... Je sais que la ville de Montréal travaille
aussi là-dessus et... mais à l'aéroport aussi, directement, qu'on ne laisse pas les agents de l'ASFC en roue libre
comme ils sont maintenant. Et d'avoir un comptoir d'information,
d'aiguillage, ce serait très, très, très bénéfique.
Mme Lakhoyan
Olivier : Votre... Un de vos points, vous parlez d'augmenter les
nombres de CSQ détresse accordés vu la nature urgente et délicate de ces
demandes et publier des statistiques afférents. Est-ce que vous trouvez qu'il
manque de la transparence du ministère?
M. Rouget
(Anthony) : Oui. En tout cas, sur l'aspect humanitaire, effectivement,
je... on trouve qu'il manque de transparence. Encore une fois, dans ce
cadre-là, OK, on reste dans ce cadre de travail, en collaboration, on est
ensemble et on travaille pour la même chose, bien, tu sais, il faut qu'on sache
qu'est-ce qui marche, qu'est-ce qui ne marche pas et que, du coup, en publiant
ces statistiques-là, en sachant ces choses-là, on pourra beaucoup plus
facilement répondre aux besoins de notre public, mais aussi ne pas surcharger
l'administration. C'est-à-dire que, si je sais que cette procédure-là, elle ne
marche pas dans ce cadre-là, chose qu'on ne sait pas parce qu'en fait on n'a
pas de réponse... mais, si, par exemple, un de mes collègues fait cette
procédure-là, ça ne marche pas, bien, qu'on puisse le savoir et qu'on puisse ne
pas surcharger l'administration avec cette même procédure pour ce même
problème.
Donc, dans tous les
cas, ce... on reste vraiment dans cette optique-là de transparence, de
travailler en collaboration, de rétablir la
communication. Et donc c'est important pour nous d'avoir une transmission des
statistiques, que ça soit vraiment transparent et qu'on puisse savoir
comment est-ce qu'on travaille, comment est-ce que vous, vous travaillez et qu'on
puisse s'adapter aussi. Encore une fois, je pense que ce sera bénéfique pour
tout le monde, pour notre public d'abord, mais aussi pour l'administration,
pour la réduction des temps de délai, pour tout ça.
Mme Lakhoyan
Olivier : J'entends, j'entends la communication. Vous demandez la
communication de l'information, et ce que j'entends aussi, c'est la flexibilité
de la part du ministère. Quand ça vient... Par exemple, les permis de travail
fermés, puis, quand cet employé vient puis ça ne marche pas ou il n'aime pas
son travail et il aimerait changer à un autre, pouvez-vous élaborer là-dessus?
Parce que vous devez avoir des exemples pour... à ces points-là.
M. Rouget
(Anthony) : Oui. Oui, oui, oui, on a des exemples de... et notamment
le CTTI en a plein. Parce qu'en fait, du coup, dans ce domaine-là, on va
beaucoup vous référer auprès du CTTI, qui sont des experts, vraiment, avec ça
et c'est pour ça qu'on se joint totalement à leurs demandes à eux. Mais, en
fait, pour nous, c'est simple, c'est que tout ce qui est statut à dépendance,
là on parle, donc, de permis de travail qui sont fermés, qui sont limités,
bien, ça crée une situation de dépendance
avec quelqu'un. Vous, vous pouvez changer de travail quand vous voulez, OK, donc
ça vous donne cette liberté-là. Moi, si j'ai un permis de travail fermé, je ne
vais pas pouvoir. Donc, forcément, ça crée une situation...
Alors, ça ne veut pas dire
que les gens l'utilisent nécessairement, cette situation de dépendance là, mais
ça crée un cadre dans lequel on peut être...
on peut être utilisé à des mauvaises fins parce qu'en fait on aurait énormément
à perdre à changer d'employeur. Si je change d'employeur, je n'ai pas de statut
ici. Donc, oui, c'est difficile. Oui, bon, parfois, il me touche les fesses,
oui, parfois il... mais, en fait, finalement, je vais laisser courir. Pourquoi?
Parce que j'ai un permis de travail fermé et
que, sinon, je perdrais tout. Ce n'est pas normal. Ça ne peut pas exister, des
situations comme ça. Et, en fait, ces statuts à dépendance créent des
situations où ça peut arriver.
Donc, c'est pour ça qu'on milite, pour enlever
ces statuts, ces permis de... ces permis fermés. Et, pour nous, le remplacement potentiel par d'autres pistes ou
voies d'amélioration qui seraient sectorielles ou qui seraient localisées
dans... géographiquement parlant, c'est... en fait, c'est remplacer une
dépendance par une autre. Donc, on n'est pas... enfin, on n'est pas très
sensibles à ça parce qu'en fait, du coup, on déplacerait ce statut de
dépendance vers une autre dépendance, certes plus grande, plus vaste, OK, mais,
en fait, ça reste un statut de dépendance. Et on lutte tous et on a toujours tous lutté pour nos libertés, donc je
ne vois pas pourquoi et comment... quelle légitimité on aurait d'imposer
de la dépendance à des personnes. Donc, c'est pour ça qu'on lutte contre ça.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci
pour votre réponse. Concernant le statut étudiant, la vulnérabilité de plus en
plus accrue, donc vous avez beaucoup d'étudiants où... je suppose, ils
décrochent, ou ils ne veulent plus continuer, ou ils prennent un break...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
M. Rouget (Anthony) : Très
rapidement, ce n'est pas qu'ils décrochent ou qu'ils ne veulent plus continuer,
il y a des situations qui font qu'ils
décrochent ou qu'ils ne veulent plus continuer. Une personne enceinte qui va
perdre son statut parce que...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
M. Rouget (Anthony) : C'est
pour ça.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci
beaucoup pour votre temps.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, cette période-ci vient de se terminer. Merci, Mme la
députée. Je me tourne maintenant du côté du
deuxième groupe d'opposition pour une période de 3 min 18 s. M.
le député, le temps est à vous.
• (16 h 40) •
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Et merci beaucoup pour votre travail aussi au quotidien. J'ai
beaucoup de respect pour ce que vous faites. J'ai eu à côtoyer votre travail
dans les dernières années. Alors, je le souligne publiquement ici.
Je suis très intéressé par le fait que vous
appuyez une demande de régularisation auprès du fédéral, aussi d'appuyer une
demande de suspension de renvoi. Et moi, je pense que le Québec peut faire bien
plus que ça, il peut exercer et revendiquer ses pouvoirs de manière beaucoup
plus affirmative que ça. Je pense qu'au Québec on n'a pas à attendre après le
fédéral, on peut exercer un rôle de leadership et on doit le faire. Par
exemple, en régularisation, on a des pouvoirs de décerner des certificats de
sélection. On l'a fait pendant la COVID-19, dans notre programme de pandémie.
On a décidé, on a fait notre programme, on a dit : Ces gens-là, on les
régularise, et on peut le faire. Le Parti
québécois l'a déjà fait avec la
communauté haïtienne dans son histoire. On a un rôle de leadership, de
régularisation et on n'a pas à attendre que le fédéral nous dise quoi faire et,
en même temps... même chose pour le sursis. Comment ça se fait qu'on
accepte, au Québec, que le fédéral renvoie des gens qui habitent au Québec sans
solliciter l'avis du gouvernement du Québec, de la ministre de l'Immigration du
Québec, de surcroît, quand cette personne-là a été sélectionnée, quand elle a
un certificat de sélection du Québec d'autant plus? Comment ça se fait qu'on
accepte ça?
Alors, moi, je voudrais vous entendre sur quel
rôle de leadership le Québec lui-même, à l'intérieur de ses pouvoirs et avec
tous les pouvoirs un jour, peut-il exercer dans cette catégorie-là de ce que
vous parlez, la régularisation et le sursis.
M. Rouget (Anthony) : Je pense
que vous êtes déjà plus au fait que nous des pouvoirs du Québec dans ce
cadre-là. C'est juste qu'on aimerait au moins rappeler juste que ce programme
de régularisation, peu importe, pour nous, qu'il vienne du Québec ou du
fédéral, en vrai, peu importe, pour nous, sur le terrain, ça ne changera rien.
Il faut vraiment appuyer sur la pérennisation de cette régularisation. C'est
bien beau de régulariser en donnant, par exemple, des CSQ ou de régulariser sur
un permis de travail temporaire ou quoi. OK, c'est bien, on a régularisé tout
le monde, on leur a tous donné un permis de travail valide d'un an...
M. Cliche-Rivard : La
résidence.
M. Rouget (Anthony) : La
résidence permanente, du coup, c'est autre chose. Mais, du coup, nous, on
milite pour ça, pour que ce programme de régularisation soit vraiment... que ça
soit important qu'on parle de résidence permanente, pas juste de régularisation
d'un statut, mais de la pérennisation de ces statuts-là. Donc, c'est pour ça que... c'est pour ça qu'on tient vraiment à insister
là-dessus. Et, après, pour ces histoires de leadership, et tout, nous, on est
tout ouïe à des leaders qui veulent appuyer sur ça, peu importe les manières et
les modes d'action.
M. Cliche-Rivard : ...beaucoup,
on attend le fédéral, hein? On attend le fédéral. Et vous le dites aussi, ça
fait un an et demi qu'on attend le fédéral,
depuis la lettre de mandat. Il y a un nouveau ministre fédéral, on le salue,
d'ailleurs, mais qu'est-ce qui se passe, là, hein? On ne le voit pas
venir, ce programme-là. Et je pense que le Québec doit le demander. Québec a un historique d'accueil,
d'ouverture, de compassion. Ces gens-là sont ici, ce sont des Québécois.
Ce ne sont pas des Canadiens, là, ce sont des Québécois qui veulent vivre ici,
au Québec, puis on veut les garder avec
nous, ils sont des travailleurs. Donc, moi, c'est ce que je souligne de vos
revendications : Faisons-les aussi dans le contexte humanitaire au
gouvernement du Québec qui, lui, mettra sa pression et exigera son programme au
fédéral.
M. Rouget
(Anthony) : Et grand bien nous fasse, on est totalement en
accord avec ça, je vous dis, peu importe, en fait, du coup, mais il faut
agir maintenant. Effectivement, ça commence à faire long.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Cette autre période vient de se terminer. Alors, nous
allons terminer nos échanges avec le député
de Matane-Matapédia, pour une période de 3 min 18 s, c'est ça.
Le temps est à vous, M. le député.
M. Bérubé : Merci,
Mme la Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Lorsque je regarde vos recommandations, j'en compte une, deux, trois,
quatre, cinq, six, sept, peut-être même huit qui s'adressent au gouvernement
fédéral, même si vous faites une
présentation à l'Assemblée nationale. Ma question : Est-ce que vous croyez
qu'il serait plus approprié pour le Québec d'être le seul gestionnaire
de l'immigration?
M. Rouget (Anthony) : Je ne sais
pas comment je peux répondre à cette question-là sans me mettre en porte-à-faux
ou quoi, parce que c'est une question éminemment politique. Ce n'est pas une
question qui va être facile pour nous. Nous,
on utilise ce forum-là qui sert... peut-être n'est pas le bon. Effectivement,
peut-être qu'on aurait mieux fait d'être... mieux fait d'être ailleurs.
Le fait est que vous, vous nous écoutez, nous, on travaille ensemble et on va essayer de faire ce qu'on peut faire
ensemble. Donc, si vous voulez être plus de compétences ou quoi, ça, c'est...
en aucun cas on ne pourra se prononcer là-dessus, quoi. Mais nous, on utilise
les forums qu'on peut utiliser.
M. Bérubé : D'accord. Donc,
vous êtes conscients que, malgré la volonté du gouvernement du Québec et des
parlementaires de s'intéresser à l'avenir du Québec par l'immigration, nous
n'avons pas tous les leviers pour arriver au
résultat que l'on souhaite, bien... s'assurer de bien accueillir les personnes
qui choisissent l'aventure québécoise. Ce n'est quand même pas rien. Et
je vous suggère quand même humblement que l'immigration, c'est politique.
M. Rouget (Anthony) : Oui, oui,
oui. Je ne dis pas l'inverse, je dis juste que ça ne va pas être notre... je
vais avoir du mal à vous répondre. Mais, effectivement, bien, c'est le propre
d'un gouvernement fédéral, quoi. Donc, j'ai du mal à vous... savoir où vous
voulez en venir, si vous voulez qu'on vous dise, là maintenant que, oui, on est
pour l'indépendance.
M. Bérubé : Donc, pour vous,
que ça soit un gouvernement ou l'autre, ça n'a pas d'importance.
M. Rouget (Anthony) : Bien non.
M. Bérubé : À la lumière de
l'expérience que vous avez, si vous avez essentiellement des revendications au
gouvernement fédéral, c'est que ça ne fonctionne pas.
M. Rouget (Anthony) : Bien, on
en a aussi auprès du MIFI, on travaille avec le MIFI.
M. Bérubé : Bien sûr, mais je
ne les vois pas. Il y en a très peu. Il y en a beaucoup plus sur le fédéral.
Enfin, c'est ce que je voulais noter parce qu'on peut bien s'assurer de relayer
ces... et c'est un peu votre souhait aussi, ces demandes. Le gouvernement
actuel souhaite ou souhaitait obtenir l'ensemble des pouvoirs. C'est moins
clair maintenant. On a fait une motion qui n'a pas été adoptée la dernière
fois. Nous, on pense que seul maître d'oeuvre, on réduit les délais, on a une
approche plus cohérente, on rejoint les objectifs historiques d'accueil au
Québec. Mon collègue a parlé d'une expérience des années 80 avec le Parti
québécois. On serait capable de faire tellement mieux et tellement plus si on
avait une seule instance. Je vous suggère que c'est ce qu'il y a de mieux à
faire.
Sinon, quel est le dernier forum que vous avez
eu pour plaider ces revendications avec le gouvernement fédéral? Est-ce qu'il y
a des discussions?
M. Rouget (Anthony) : Oui, oui,
oui, il y a quand même des discussions. En tout cas, ils ont... ils nous ont
fait parvenir une demande pour faire des recommandations également, à laquelle
on a répondu. Effectivement, ça... on ne sait pas ce que ça a donné. On a
répondu à ces recommandations-là, de la même manière qu'on a répondu ici avec ce mémoire-là. On n'a pas de suite, donc je
ne peux pas vous dire... Mais, en tout cas, l'intention, visiblement, y était,
et on a participé à...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : C'est terminé. Merci, M. le député.
Madame, monsieur, merci beaucoup de votre apport aux travaux de la commission.
Bonne fin de journée.
Et je suspends les travaux pour quelques
instants, le temps de recevoir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 47)
(Reprise à 16 h 54)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses
travaux. Nous recevons donc, pour l'heure, la Clinique d'information juridique
Concordia Student Union.
Alors, nous avons quatre représentants. Je vais
de vous permettre, mesdames, messieurs, de vous présenter, et vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre exposé. Ensuite, la
période d'échange avec les parlementaires va commencer. Alors, le temps est à
vous.
Clinique d'information
juridique du Concordia Student Union
Mme Cardona
(Alexandrah) : Donc, bon après-midi, mesdames et messieurs. Je
m'appelle Alexandrah Cardona et je suis étudiante de premier cycle
à l'Université de Concordia. Je suis aussi membre de l'exécutif de
l'association étudiante de Concordia en tant que coordinatrice des affaires
académiques et services de soutien. C'est une position élue représentant plus
de 90 groupes étudiants et plus de 37 000 étudiants au premier
cycle.
Donc, notre mandat est de représenter les
droits, les besoins et les intérêts de nos membres étudiants et la
bienveillance à la communauté de l'Université de Concordia. Donc, nous sommes
ici aujourd'hui pour vous donner un portrait de nos étudiants internationaux
d'origine non francophone, et les impacts des changements proposés au programme
PEQ par le gouvernement.
En l'année scolaire 2022‑2023, sur les
45 000 étudiants inscrits à Concordia, 11 000 sont des étudiants
internationaux, et, de ce chiffre, environ seulement 10 % viennent déjà de
la France ou des pays francophones. Et donc 10 000 étudiants non
francophones ont sélectionné Concordia pour leur programme d'études.
Donc, le CSU est d'accord que le français est la
langue officielle du Québec et l'immigration doit contribuer à sa pérennité et
sa vitalité. Communiquer en français est essentiel pour participer à la société
québécoise, que ce soit pour s'intégrer au marché du travail, contribuer au
milieu des affaires ou encore participer à la vie collective.
Par contre, le CSU dénonce la connaissance du
français comme critère de sélection unique et éliminatoire dans le cadre des
programmes d'immigration économique, au détriment de d'autres facteurs de
sélection comme, par exemple, les qualifications académiques et
professionnelles ou des expertises dans des domaines variés.
Le Québec fait face à une pénurie de
main-d'oeuvre sans précédent et le MIFI prend néanmoins la décision de limiter de façon drastique le bassin de
candidats éligibles à être sélectionnés par le Québec et d'ignorer des candidats
de haut talent qui pourraient contribuer à l'économie et la société québécoise,
faute d'une connaissance suffisante de la langue française avant leur arrivée
au Québec.
M. Tom (Walter Chi-yan) : Bonjour,
je m'appelle Walter Chi-yan Tom. Je suis avocat par profession, mais aussi
militant pour la vie. C'est pour ça que je travaille à la clinique
d'information juridique avec les étudiants. Je ne vais pas prendre beaucoup de
temps parce que je veux vraiment donner la chance aux étudiants eux-mêmes de
parler.
En fait, on fait un mémoire, OK, on a finalisé
le mémoire, malheureusement, un peu à la dernière minute. On va vous transmettre une copie électronique, mais
vous avez des copies écrites qu'on avait faites aujourd'hui et distribuées
parmi vous.
Très facile.
Les orientations de la réforme, on est... le CSU, OK, on
est tous d'accord, OK? Les 12 orientations, on est allé sur
chaque orientation, on est tous d'accord. Les objectifs ne sont pas
problématiques, la problématique, c'est au niveau des moyens. Et, comme mon
collègue a dit, OK, ce qu'on veut, c'est de donner aux étudiants internationaux, OK, une chance de se franciser. On
ne veut pas exclure ces étudiants internationaux non francophones, parce qu'on veut plutôt avoir des étudiants
francophones, parce que, à la limite, c'est ça que ça donne. Dans la période
d'échange, je peux élaborer d'abord sur ça, mais j'aimerais donner plutôt mon
temps, maintenant, de... entendre les témoignages
de deux étudiants internationaux qui sont vraiment des exemples par excellence
de quoi je parle. Et on parle des étudiants internationaux non
francophones.
M. Diaz (John) : Mesdames et
messieurs, membres du gouvernement, je m'appelle John, je suis d'origine
colombienne, et j'ai pris la décision de quitter mon pays natal à la recherche
de meilleures opportunités, d'un avenir plus prometteur. OK.
Ce voyage vers un avenir a marqué le début d'une
histoire complexe avec plusieurs défis, des espoirs et des aspirations, et j'ai obtenu mon baccalauréat en
génie industriel en Colombie en espagnol, parce que c'est la seule langue
d'enseignement du pays.
Par la suite, j'ai dû économiser
50 000 $, dans un pays dont la monnaie est très dévaluée, afin de
payer mes études supérieures au Québec, une mission quasi impossible, mais une
nécessité pour réaliser mon rêve. Il sera difficile
de vous expliquer mes émotions, les innombrables nuits où j'ai remis en
question ma décision de quitter mon travail et tous ceux que je
connaissais pour partir à l'aventure. Oui, après de nombreuses appréhensions et
des efforts, j'ai
réussi. Je suis actuellement un étudiant international de l'Université
Concordia, inscrit au programme de maîtrise en génie industriel, axé sur
la chaîne d'approvisionnement. Le seul programme au Québec qui me permet de
combiner mes études passées en génie et l'expérience dans la chaîne
d'approvisionnement est dans une université anglophone.
• (17 heures) •
Je comprends
parfaitement l'importance du français. Depuis mon arrivée au Québec, j'ai
trouvé une colocation avec une
famille québécoise, suivi des cours de francisation où j'ai commencé au
niveau 6 et trouvé un emploi à temps partiel dans la chaîne d'approvisionnement pour une compagnie québécoise
francophone, où je parle français. Et, de plus, j'ai eu la chance de
rencontrer ma partenaire, une Québécoise qui étudie en linguistique à l'Université
de Montréal. Tout cela m'a beaucoup aidé à
pratiquer le français et à m'intégrer dans la culture québécoise, non seulement
pour réussir le niveau 7 de l'échelle des compétences québécoises,
mais aussi pour m'intégrer dans un quotidien francophone.
Je suis convaincu que mon histoire n'est pas
l'unique et qu'il existe des autres étudiants dans les universités francophones
qui ont fait des énormes efforts pour être ici, mais aussi pour apprendre la
langue française.
Suite à la proposition de la loi... j'ai parlé à
des avocats et consultants et quelques-uns m'ont évoqué la possibilité de quitter le Québec, de postuler au
programme express... dans la catégorie francophone, où les points sont
bas, et où je pourrais être sélectionné même après ma graduation, plus
sécuritaire pour tout un projet de vie et plus rapide. Cependant, penser à cela
et en discuter avec ma partenaire représente toujours une conversation très
difficile. Si nous devons quitter le Québec,
nous devrons quitter sa famille, sa langue, ses amis, sa culture. J'aime le
Québec. Je veux y rester. Cette
province, c'est le lieu où je m'éduque, où vivent mes amis, ma partenaire, ma
nouvelle famille. Je me consacre à mes études et à l'apprentissage du
français à chaque jour. J'ai un horaire rempli du lundi au dimanche, du matin
au soir, mais je m'accroche à mes ambitions.
Je vous demande de ne pas juger les étudiants
comme moi en fonction de l'université dans laquelle ils ont choisi d'étudier.
Tout comme les autres étudiants, je suis prêt à démontrer mon engagement et mes
compétences en français dans le niveau qui sera requis dans le Programme
d'expérience québécoise, volet Diplômés, à contribuer pleinement à la société
québécoise et pouvoir célébrer ma résidence permanente en français.
Je vous remercie sincèrement d'avoir porté
attention à mon histoire et à ma demande.
Mme Chu
(Esther) : Bonjour, madame et messieurs. Je m'appelle Esther
Chu. Je viens de Taïwan et j'ai 24 ans. Je viens d'obtenir mon
diplôme d'urbanisme à Concordia cette année et je suis en train d'apprendre le
français dans le programme de francisation offert par le gouvernement.
Avant de venir au Québec, je ne parlais rien de
français. Mais, après l'école secondaire à Taïwan, j'ai choisi de venir au
Québec pour faire mes études parce que je voulais apprendre le français tout en
poursuivant ma carrière dans le domaine de l'urbanisme et des politiques
publiques.
Quand j'ai commencé mes études à Concordia, en
2018, je me suis inscrite aux cours de français offerts par Concordia et j'ai étudié fort pour apprendre la
langue et la culture québécoise. J'ai fait beaucoup de bénévolat pendant
mon temps libre pour m'impliquer des
communautés locales pour rendre à la société comme elle m'a donné. En 2021,
pendant l'élection municipale de Montréal, j'ai travaillé aussi avec le groupe
de travail du quartier chinois pour faire du porte-à-porte dans le quartier
pour informer les résidents âgés sur les élections et de les aider aller... à
aller voter. Au cours des deux dernières
années, j'ai effectué de nombreux travaux de traduction dans le quartier
chinois en veillant à ce que le flux d'information ne soit pas entravé
par des barrières linguistiques.
Pour ceux qui
ont déjà... maîtrisent le français, mon frère m'inspire beaucoup. Il ne parlait
pas un mot de français lorsqu'il est arrivé au Canada, en 2014, mais il
parle français très couramment à présent. Grâce au PEQ, même s'il a étudié dans
un programme non francophone, mon frère a réussi à s'intégrer dans la société
québécoise. Il travaille en français, il parlait en français à la maison et
avec son conjoint, et même la plupart de ses amis sont québécois. Le PEQ a énormément aidé mon frère à s'intégrer
facilement sans obstacle à l'immigration. Il y a beaucoup d'étudiants comme
moi qui ont étudié dans un programme non francophone, mais qui ont travaillé
plus fort à apprendre le français. Maintenant, je travaille en français et je
parle français avec mes amis québécois.
C'est que
nous... Ce que nous demandons, c'est de nous donner une chance de contribuer et
de s'intégrer dans la société sans penser aux obstacles à l'immigration.
Mon frère et moi aiment la culture québécoise et on aime les chansons québécoises,
comme Gens du pays :
«Gens du pays, c'est votre tour
De vous laisser parler d'amour
Gens du pays, c'est votre tour
De vous laisser parler d'amour.»
Une voix : ...
Mme Chu
(Esther) : Merci beaucoup. Et c'est pour ça, madame et
monsieur, nous, les étudiants internationaux non francophones de Concordia, vous demandons de nous montrer un peu
d'amour et de nous donner d'avoir l'opportunité d'être Québécois. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on va entamer maintenant la période de discussion avec la banquette gouvernementale.
Le temps va être un petit peu diminué. Mme la ministre a accepté de
prendre du temps sur ce... sur le sien pour vous laisser terminer, alors on va
le recalculer. 13 min 36 s. Le temps est à vous, Mme la
ministre.
Mme Fréchette :
Merci, merci, Mme la Présidente. Bien, merci, tout d'abord, à vous quatre
de vous être réunis pour venir nous présenter un mémoire sur lequel vous avez
travaillé conjointement. Donc, un grand merci de prendre part à cet exercice et
de nous partager votre vision, votre vision des choses. Merci également pour la
mise à jour, là, du mémoire. Je n'ai pas pu
en prendre connaissance, là, puisque c'est tout récent, mais... Et
félicitations pour vos efforts en matière de francisation,
d'apprentissage de la langue. Et je comprends également qu'il y a eu
apprentissage de la culture, alors bravo, bravo pour ça, pour votre
persévérance.
Votre mémoire
initial, en fait, n'aborde pas beaucoup, là, les orientations que l'on a mises
de l'avant, là, les 12 orientations que l'on soumet à discussion pour
cette commission parlementaire. Je vais néanmoins, bon, solliciter votre avis
pour certains des éléments de ces orientations que l'on soumet à discussion.
Mais, avant toute
chose, j'aimerais ça juste souligner que, bien, les étudiants internationaux
qui étudient dans des programmes en anglais ne sont pas exclus des programmes
d'immigration économique. En fait, il y a d'autres voies, là, pour se rendre à
la résidence permanente. Ce peut être, par exemple, d'avoir réalisé trois années
d'études dans un programme en français, soit
au niveau secondaire ou au niveau collégial, qui puissent permettre à ces
étudiants de se qualifier. Mais,
sinon, il y a aussi la possibilité de déposer une déclaration d'intérêt dans le
cadre du Programme de sélection des
travailleurs qualifiés, le PSTQ. Donc là, il y a des voies de passage pour
des gens qui auraient traversé un programme d'études en anglais. Donc,
il n'y a pas... Il y a une ouverture, bref, qui existe à travers les réformes
que l'on a mises de l'avant.
Et je constate que
vous avez pris déjà bénéfice des cours offerts par Francisation Québec. Donc,
ça aussi, c'est une voie d'apprentissage pour les étudiants anglophones que
l'on a mise de l'avant avec Francisation Québec. Depuis le 1er juin
dernier, il est possible pour tout étudiant anglophone domicilié au Québec de
prendre des cours de francisation gratuitement. Donc, je pense que ça, c'est un
levier et un atout important pour l'évolution du français, particulièrement
dans la région de Montréal.
Mais, justement par
rapport au caractère francophone de Montréal, j'aimerais ça vous entendre. Vous
savez qu'on a un gros défi pour stopper le déclin du français dans le cas de la
région de Montréal, mais plus largement du Grand
Montréal, même, de la métropole, et idéalement de relancer, en fait, l'usage du
français. Et je me demandais comment vous voyez le rôle d'une université
comme Concordia pour contribuer à cet effort collectif que l'on a à faire.
• (17 h 10) •
M. Tom (Walter Chi-yan) : ...beaucoup.
Pour... Je crois que je vais toucher d'abord aux deux points que vous avez
énoncés.
Concernant les
différents programmes, on sait que ça existe, ces programmes-là. La
problématique, et je ne veux pas rentrer trop dans les détails de ça, surtout
parce que je crois que ce soir il va y avoir d'autres organismes, associations
immigrantes, qui va... immigration, avocats, AQAADI et, je crois, l'ABC, qui va
parler plutôt de, tu sais, les détails, mais
sauf, en réalité, là, OK, la théorie, c'est une chose, la pratique, c'est une
autre. OK? Et puis, parmi vous qui ont déjà travaillé avec ces
programmes-là, vous savez qu'Arrima et que le programme de l'intention, c'est
loin d'être certain. Et, ce qu'on déplore surtout, c'est la discrimination qui
est faite, OK, entre les francophones et non-francophones au niveau de
l'habileté de parler français. Ces deux-là, OK, sont les exemples typiques des
gens qui ont vraiment fait l'effort, malgré
qu'ils venaient de pays non francophones, malgré qu'ils n'avaient pas fait
trois ans d'études avant, OK, pour être capables de se franciser. Mais
ça, c'est un des points qu'on avait mis en avant. C'est dans notre mémoire
initial, OK, on a parlé effectivement de pourquoi pas faire et continuer avec
les tests qui démontrent... qui donnent l'opportunité à des gens comme eux, OK,
de démontrer à quel point qu'ils sont francisés. Et ils ne sont pas n'importe quel test, ce sont des tests qui sont menés
par le gouvernement du Québec, de toute façon. Alors, au niveau de qualité de contrôle, là, s'il y a un problème de
qualité de contrôle, c'est le gouvernement même qui doit se regarder.
Mais, deuxièmement,
plus important, des gens qui sont déjà ici, des étudiants internationaux qui
sont déjà ici, OK, ce n'est pas juste pour
leur dire : Ah bien, vous savez quoi, recommencez votre bac d'urbanisme,
recommencez votre maîtrise à UdeM ou à Université de Sherbrooke. Alors,
c'est... ce n'est pas réaliste non plus. Et c'est pour ça que, quand on parle des mesures transitoires, si
effectivement le gouvernement est en train d'aller en avant avec sa réforme
qui a été énoncée en juillet 2023, c'est au moins laisser aux gens qui sont
déjà ici l'exemption de ce nouveau règle et le traiter dans la même façon que
les étudiants internationaux, OK, francophones seront traités.
Pour aller à votre
point concernant la question de qu'est-ce que Concordia peut faire, les
institutions, depuis... Bien, en tout cas, avec tout respect, ça fait
30 ans que je pratique le droit de l'immigration, alors j'ai vu les va et
les vient. Et je me rappelle, à l'époque, je parlais avec notre cher collègue
André Boisclair quand il était ministre de l'Immigration et jusqu'à
aujourd'hui. Et puis l'affaire, c'est la suivante. C'est qu'il y avait une
évolution au niveau de les institutions éducatives anglophones. Et, cette
institution, ça se voit. Regardez, regardez la qualité de francisation qui
existe. Aujourd'hui, là, vous n'allez pas devenir un étudiant international au
Québec, que ce soit dans une institution francophone ou une institution
anglophone, sans savoir et sans s'engager d'apprendre le français. Déjà, en
outremer, il y a cette connaissance.
Alors, vous...
Simplement de regarder effectivement à quel niveau que les institutions... Et
puis, une fois encore, ce n'est pas pour nous
de parler pour Concordia ni McGill. Les autres universités vont parler de ça.
Mais il y a du progrès. Et on va continuer de progresser, parce que le
fait français, absolument, on valorise puis, effectivement, on met en avant les
moyens nécessaires pour des gens comme eux d'effectivement apprendre le
français.
Et puis juste peut-être un dernier point. C'est
qu'avec tout respect nous ne sommes pas d'accord avec la question de... ou la
conclusion de déclin du français au Québec. Des gens de notre génération...
bien, ou peut-être leur génération, je dois dire plutôt, OK, ça se voit,
comment les gens sont tellement diversifiés, OK, au niveau de la langue et au
niveau de la culture. Tu sais, même chez moi, là, OK, ma femme parle l'anglais,
moi, je parle français, j'ai
des enfants bilingues. C'est la même chose pour Alexandrah, tu sais. Et même
évidemment, des citoyens internationaux, c'est multilingue. Alors, il y
a cette diversité qu'il ne faut pas perdre. Et c'est ça que John est en train
de dire. On a effectivement des gens de qualité ici qui sont capables de
travailler en français. Et le français, comme effectivement dans le lieu
public, c'est essentiel.
Alors,
c'est pour ça que d'où vient vos chiffres? C'est ça qu'on... C'est ça qu'on
questionne un peu. Peut-être, les organismes va questionner aussi, mais
il y a une problématique. Si vous exigez que tout le monde parle français chez
eux, dans leur maison, dans leur chambre, bon, ça va un peu loin, là, tu sais.
Est-ce qu'on va exiger qu'ils ne pratiquent pas non plus leur religion chez
eux?
Mme Fréchette :
...le document de consultation fait état, là, de plusieurs indicateurs
linguistiques. Et les principaux indicateurs linguistiques, en ce qui a trait à
Montréal, pointent tous dans le même sens, à savoir qu'il y a un déclin du
recours au français. Donc, c'est sur cette base-là. Puis on la partage, en
fait, cette lecture-là, dans le document de consultation. Alors, voilà. Bien,
merci pour votre réponse, monsieur.
Et, Mme la
Présidente, comme on a un temps réduit, bien, je céderais la parole à des
collègues, là, pour la suite des choses.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci,
Mme la ministre. Alors, je reconnais la députée de Vimont.
Alors, Mme la députée, il vous reste 4 min 23 s.
Mme Schmaltz :
Parfait. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci infiniment de votre
présence ici, de vous être déplacés, votre prestation. J'aurais... Je vous
aurais bien accompagnés, mais je ne savais pas si le protocole me l'autorisait,
donc j'ai préféré ne rien faire, là, juste vous écouter. Mais bravo, merci,
c'est très apprécié.
C'est sûr que
l'exercice de consultation qu'on fait aujourd'hui repose sur les orientations,
là, de notre pluriannuel. Naturellement, nous avons 12 orientations, dont
principalement l'accueil et l'intégration des nouveaux arrivants. J'aimerais
connaître peut-être, vous êtes étudiants... j'aimerais connaître un peu votre
opinion sur l'accueil, le service, l'accueil
qui est réservé aux nouveaux étudiants et aussi de quelle façon nous pourrions
les améliorer. Alors, si vous voulez répondre.
M. Diaz
(John) : Quand je suis arrivé ici, en premier, j'ai arrivé chez ma
cousine. Elle parle français, elle travaille dans un hôpital ici. Je savais que
c'était une partie très importante, le parler français, donc je me suis inscrit
à la francisation. C'est la première chose. Je suis arrivé ici en septembre. En
octobre, j'étais déjà à la francisation. Et je
me dis comme je vais faire mon programme et je vais étudier le français en même
temps, parce qu'à la fin mon idée, c'était
déjà : OK, je vais faire l'application à travers le programme d'expérience
québécois, je dois présenter un examen à la fin de mon programme, si je
veux... si je veux le faire, donc je dois réussir.
Donc, en raison de...
C'est seulement mon avis personnel. Quand je me suis inscrit à la francisation,
ça m'a pris un mois, j'ai commencé pas dans
le premier niveau, j'ai commencé depuis déjà dans un autre niveau, mais je n'ai
pas eu aucun problème dans ce sens. Je sais
qu'il y avait des amis aussi qui étudiaient avec moi et qu'ils ont eu quelques
problèmes pour s'inscrire à la francisation, pour trouver des places dans le
premier niveau, et ils ont dû attendre plusieurs mois pour ça. Mais ce n'est
pas le cas pour moi. Mais c'est... Je pense que peut-être c'est le cas pour les
autres personnes qui ont fait aussi des efforts quand ils arrivent ici pour
apprendre le français et pour se franciser. Peut-être, oui, c'est ça.
• (17 h 20) •
M. Tom
(Walter Chi-yan) : Oui. Et c'est dans cette façon inclusive qu'il faut
encourager, une façon inclusive, pas exclusive. Et, une fois encore, c'est ça,
une des problématiques avec le programme. C'est que, si vous n'avez pas ces
trois ans postsecondaires dans les études francophones, pouf!, vous êtes
exclus. Ces deux-là, là, ces deux gens-là, ils sont exclus avec le nouveau
réforme. Et c'est ça. C'est très problématique.
Et, plus que... en
plus, on peut dire aussi qu'au niveau de la question des différents programmes,
ce que... et je dois être franc avec vous, ce que je trouve un peu hypocrite,
c'est le fait que, si effectivement on met en place le nouveau règlement
proposé, c'est qui qu'ils vont sélectionner dans des étudiants internationaux
francophones surtout? Oui, ça existe, d'autres programmes, mais combien de
gens? OK, par exemple, quelqu'un qui vient de Colombie,
quelqu'un qui vient de la Chine ou Taïwan, ces gens-là, OK, ils viennent
surtout au Québec pour la qualité de l'éducation, la qualité des études.
La langue, oui, ils reconnaissent, c'est le français, mais d'abord, c'est
pour... Pourquoi McGill? Pourquoi Concordia? Parce qu'il y a une réputation
internationale, OK, dans un certain programme, c'est pour ça qu'ils vont aller
là. Et, le français, oui, il va apprendre, mais par contre, c'est impensable qu'il va commencer ce même programme à l'Université de Montréal ou l'Université
de Sherbrooke quand ils n'ont même pas
maîtrisé la langue. C'est du gros bon sens!
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Le temps de cette portion étant
terminé, je vais juste vous demander de
faire un petit peu attention à vos propos. «Hypocrite». On va juste faire un
petit peu attention, s'il vous plaît.
Alors, je me tourne
maintenant du côté de l'opposition officielle avec la députée de Chomedey pour
une période de 9 min 54 s. Le temps commence pour vous.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour aux gens de Concordia. Je suis une ancienne de Concordia.
J'ai fait mon bac et deuxième cycle à l'Université Concordia. Un plaisir. Je me
demande si Dr Habib est encore là, en sciences politiques. Une petite
parenthèse.
Je
suis une immigrante. Je suis venue avec mes parents. En tant que députée, je suis
entourée des questions concernant l'immigration, donc les étudiants qui
viennent étudier ici, donc je comprends vos questionnements et vos soucis. J'apprécie beaucoup que vous avez pris le
temps de venir et amener des étudiants nous donner des exemples qu'ils aiment
notre culture au Québec et la langue française. Donc, j'ai vraiment apprécié
votre témoignage, c'est vraiment très apprécié.
C'est vraiment la preuve que vous voulez vous intégrer, donc, pas parce que
vous étudiez en anglais que vous êtes moins bons.
Donc, ce que je
comprends avec vos points ici, qui étaient... qui étaient générals mais
détaillés quand même, que... Est-ce que vous trouvez que le fait qu'avec le
nouveau programme on va prôner les universités francophones plus qu'anglophones
ou bien ceux qui ont comme étudié au cégep? Mais je sais qu'il y a beaucoup
d'exemples, vous venez direct à l'université, donc vous apprenez le français
là : Est-ce que vous vous sentez discriminés comme avec cette nouvelle
approche?
Mme Cardona (Alexandrah) : Si je
peux parler un peu de nos membres, donc, dans le fond, les
37 000 étudiants au premier cycle, je sais que c'est un très grand
inquiétude. Je ne dirais pas nécessairement que... Il y a tellement de
diversité. Puis M. Tom l'a comme mentionné un peu, c'est... il y a
tellement une diversité puis une richesse de... La communauté est quand même
très bien intégrée, que ce soit internationaux, français, anglais, donc je ne
dirais pas que les étudiants de Concordia puis les étudiants qui fréquentent
des institutions anglophones aussi... ils ne se voient pas nécessairement en
tant que francophones ou anglophones seulement. Donc, je ne dirais pas
nécessairement que c'est vraiment un problème de perspective dans ce sens.
Par contre, je dirais
qu'en général, ce que les... ce que ça... ce que les changements de notre
programme vont amener, c'est une inquiétude, pas parce qu'ils sont non
francophones nécessairement ou pas parce qu'ils s'identifient comme : Je suis une étudiante non
francophone, je ne suis pas intéressée à apprendre le français, je ne suis pas
intéressée à aller à une école pour anglophones. Ce n'est pas du tout, du tout
ça. C'est vraiment : on est une communauté diverse. Oui, ça fait... on fait partie de la culture, oui,
on fait partie de la société, mais est-ce que je peux continuer de faire partir
de la société québécoise si on apporte ces changements?
Donc,
ce n'est pas une question d'être... de se sentir discriminés. Comme on dit, le
meilleur traité, minorité, au monde, là. Ce n'est pas une question de...
Mme Lakhoyan
Olivier : ...
Mme Cardona
(Alexandrah) : C'est ça. Non. Mais c'est une question de comment
est-ce que ces gens-là, qui ont investi, tu
sais, des années, tout leur argent de leur famille, leur vie à venir au Québec,
est-ce qu'ils vont pouvoir rester au Québec? Est-ce qu'ils vont pouvoir
continuer leur cheminement d'une façon efficace, d'une façon qui fait du sens
puis pouvoir s'intégrer au marché du travail? Ça, c'est les inquiétudes. Les
inquiétudes, ce n'est pas d'être discriminés parce qu'on n'est pas francophones
d'origine. Les inquiétudes, c'est comment on va s'intégrer dans une province
francophone, comment est-ce qu'on va devenir des membres, des citoyens
productifs au Québec.
M. Tom
(Walter Chi-yan) : Oui. Et puis, pour ajouter, parce que, quand on
parle de discrimination, il ne faut pas oublier, là, la définition de
«discrimination», ce n'est pas nécessairement celui d'intention, c'est
l'impact, c'est quoi l'impact que ces réformes vont avoir sur des étudiants internationaux
non francophones aux universités Concordia
et McGill? On sait tous que le cheminement pour la résidence permanente, c'est
maintenant par les étudiants, par... en faisant des études au Canada et
au Québec.
Mais, si, par contre,
c'est ça, le mot glisse, et que les gens de l'extérieur, ils voient que, non,
pas au Québec, c'est seulement pour des
étudiants francophones, alors, dans ce cas-là, vous pouvez deviner tout
l'impact économique, des milliards de dollars, que ça va avoir, OK, sur
la société québécoise et l'économie québécoise. En tout cas, une fois encore,
je ne parle pas pour les universités, mais je peux vous dire que les étudiants
internationaux sont une source essentielle de financement pour ces
institutions-là. Et, même pour des universités et les collèges francophones
dans les régions, ce sont des réformes, OK, qui vont avoir un impact. C'est
pour ça que, quand le gouvernement a proposé les réformes, en 2020, avec
l'exigence d'un an d'expérience de travail en plus pour le PEQ, qu'il y avait
aussi une solidarité, il y avait des réactions des institutions francophones
pour dire que non, ce n'est pas une bonne idée. Mais en tout cas.
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que vous avez des exemples pour démontrer à la
ministre, à nous, qu'on se prive des talents avec la politique actuelle? Est-ce
que vous avez des exemples, des étudiants qui voulaient rester au Québec, mais
qui sont partis à cause du programme? Quels sont les effets néfastes que nous
pourrions avoir grâce à ces règles?
M. Tom (Walter Chi-yan) :
OK. Je crois que les... dans un certain sens, les chiffres
parlent pour eux-mêmes au niveau, donc, le nombre de CSQ qui ont été émis
pendant ces derniers deux ans. Parce que c'est... l'affaire, c'est que, au niveau du nombre des étudiants
internationaux au Québec, il n'y a pas nécessairement moins. Mais, par contre,
s'il y a moins de CSQ, dans ce cas-là, ces gens-là, s'ils ne vont pas chercher
la résidence au Québec, où est-ce qu'ils vont chercher ça? Ailleurs.
C'est comme
John a dit, il y a des programmes fédéraux, OK, pour des francophones. En plus,
ces deux-là, OK, ils puissent effectivement se faire valoir de ces
programmes, et ils vont être acceptés plus vite. Alors... Et avec le talent
qu'ils ont. Alors, c'est une perte pour qui? C'est une perte pour la société
québécoise.
Mme Lakhoyan
Olivier : Parlant de francisation, parce que c'est ça, l'important,
pour Québec, pour que les étudiants puissent bien fonctionner ici après leurs
études, même pendant leurs études, auriez-vous des propositions, des exemples
pour faciliter la francisation des étudiants étrangers qui sont aux
universités, à nos universités anglophones, qui sont de très bonnes
universités, Concordia et McGill? Auriez-vous des exemples, des propositions
pour faciliter la francisation?
Mme Cardona (Alexandrah) : C'est
sûr que dans nos institutions, il y a plusieurs départements où... Tu sais,
on... Il y a du progrès avec les initiatives parce qu'on... pour la
francisation précisément. Je pense que ce qu'on aimerait voir, c'est du
soutien. Là, c'est sûr qu'on peut parler de l'expérience interne à étudier et
travailler à Concordia. Je sais aussi que Concordia est très bien intégré dans
la communauté. C'est sûr qu'on est au centre-ville de Montréal et aussi à Notre-Dame-de-Grâce,
donc c'est des institutions très, très intégrées dans la communauté. Donc, oui,
il y a une connexion puis il y a un besoin que le gouvernement soutient nos
services de communauté.
• (17 h 30) •
Par contre, pour préciser avec ce qui arrive à
l'interne des institutions anglophones, c'est que, là, il y a des initiatives, que ce soient des nouvels
départements qui sont créés, des nouveaux projets ou des nouveaux programmes,
qui sont créées, justement, pour faciliter. Tu sais, on a demandé une question
à propos de l'accueil, bien, c'est justement ça. Qu'est-ce qu'on... Qu'est-ce
qui arrive en ce moment, c'est que soit c'est des associations étudiantes puis des services qu'on développe avec nos employés,
soit c'est des départements des différents... Tu sais, les institutions sont quand même très grandes, donc ça peut être
divers sources. Mais on a besoin du soutien du gouvernement, dans le sens
que ces programmes-là soient... encore une fois, qu'il y ait un genre de... une
logique ou une logistique, un cheminement
logique. Parce qu'on peut... Oui, il y a des moyens de se franciser à
Concordia, on le voit, mais il y a des...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Cette autre période vient de se terminer.
Je me tourne maintenant du côté du deuxième groupe d'opposition avec le député
de Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour une période de 3 min 18 s. Le temps est à vous.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Évidemment, l'importance du français,
ça nous rejoint, et il faut en faire davantage, mais je pense qu'il faut le
faire correctement. Et, changer les règles en cours de route, je pensais qu'on
avait appris, lors des réformes du PEQ de 2019 et 2020, que ça ne se faisait
pas ou qu'on ne pouvait pas chambouler les
plans et les règles en cours de route. Et je trouve ça décevant que la leçon
ait déjà été oubliée.
Le PEQ francophone, le PEQ, en fait, diplômé,
c'est une raison, ou une chance, ou une occasion de se franciser. Moi, je le vois comme ça. J'ai représenté, dans ma carrière,
plusieurs non-francophones qui se sont francisés pour accéder au PEQ.
Maintenant, si on les retire du PEQ, moi, j'ai peur que, finalement, on annule
un vecteur de francisation et qu'au fond une partie de l'incitatif d'apprendre
le français pour se qualifier dans ce programme-là s'estompe et entraîne un
désintérêt des étudiants anglophones envers le fait français, et ça, ça
m'inquiète. Est-ce que vous partagez ce point de vue?
M. Tom (Walter Chi-yan) : ...est
qu'une fois encore Québec est une société distincte, mais Québec n'est pas une société isolée, dans le sens qu'on reste
quand même dans un contexte de compétition avec les autres provinces
pour effectivement le recrutement d'une main-d'oeuvre qualifiée. Et ces
provinces-là ont même commencé des programmes pour attirer des francophones ou
des gens francisés. Alors, c'est pour ça qu'effectivement... Et, je dois dire,
c'est plutôt, effectivement, des immigrants francisés parce que, pour eux, ils
permettent toujours des tests pour voir à quel niveau la personne est
francisée. Et ils ne se basent pas sur l'origine du pays ou... plutôt les
questions de... le système éducatif dans lequel ils se sont grandis.
M. Cliche-Rivard : Merci, vous
deux, aussi pour vos témoignages. Je voulais vous entendre. Dans votre vie de
tous les jours au travail, est-ce que vous parlez en français?
M. Diaz (John) : Oui.
M. Cliche-Rivard : Oui?
M. Diaz (John) : Oui. Je
travaille à CLC. C'est une petite compagnie ici. C'est francophone. Toutes les personnes, la plupart des personnes qui
travaillent là-bas, ils parlent le français, même que n'est pas... toutes ces
personnes sont Québécois. Même, il y a des personnes qui viennent des
autres provinces, mais toutes les personnes parlent français. Donc, ils m'ont aidé beaucoup aussi à pratiquer la langue. Et
c'est un travail que je... faire trois jours par semaine. C'est trois
jours par semaine que je pratique la langue, huit heures chaque jour.
M. Cliche-Rivard : ...vie
publique quotidienne, là, dans la rue, vous vivez en français.
M. Diaz
(John) : Oui. Bien, je parle français dans mon travail. Je
parle français la fin de semaine, à la francisation. Je parle français avec mes amis. Donc, je dois
faire des efforts pour réussir à l'examen. Donc, je dois faire des efforts.
La seule chose que je veux, c'est d'avoir un chemin clair pour avoir ma
résidence permanente.
M. Cliche-Rivard :
Merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Le temps est écoulé.
Alors, le dernier droit de parole revient au député de Matane-Matapédia, pour
une période de 3 min 18 s.
M. Bérubé : Merci. Bienvenue à
l'Assemblée nationale. Une question de curiosité pour Guillaume. Je ne sais pas si c'est votre prénom. Vous
avez choisi...
M. Diaz (John) :
...
M. Bérubé :
C'est John. Ah! c'est John. Vous avez choisi le Québec. Vous êtes très intéressé par
le fait français. Ma question : Pourquoi ne pas avoir choisi une
université francophone?
M. Diaz
(John) : Parce que j'étudie... j'étudiais le génie industriel. Mon
baccalauréat est dans le génie industriel.
J'ai huit ans d'expérience dans la chaîne d'approvisionnement. Il y a seulement
une université anglophone, que c'est anglophone, que j'ai trouvée qui
peut me... Parce que... c'est que je dois aussi penser à mon cheminement
professionnel. Donc, la chose que j'ai pensée, c'est : Je dois valider aux
yeux de mes futurs employeurs que je peux étudier, que je peux valider ici.
S'il me dit : Est-ce que tu as des connaissances de la génie industriel?
Mais je doute, parce que tu viens de la Colombie. OK, j'étudie le génie
industriel ici, mais est-ce que j'ai de l'expérience dans la chaîne
d'approvisionnement? Concordia a un programme de maîtrise en génie dans le
génie industriel et la chaîne d'approvisionnement, les deux.
M. Bérubé :
Ça me va. Je vous remercie. Parce que l'ETS aussi forme d'excellents...
Polytechnique, bon. Mais, très bien, je
prends votre explication. Vous comprenez que vous êtes l'exception.
C'est-à-dire qu'il est possible, à Montréal, de vivre uniquement en
anglais. C'est très possible de le faire. C'est le cas de plusieurs étudiants à
Concordia. C'est des données connues.
Tout à l'heure,
maître, vous avez dit que vous ne croyiez pas au déclin du français à Montréal,
et où on prend nos chiffres? D'entrée de
jeu, si c'est votre grille d'analyse, on ne s'entendra pas là-dessus. La
science, le Commissaire à la
langue française, qui est venu ici, tout démontre, la ministre l'a indiqué,
qu'il y a un déclin du français, et c'est ce qui motive ce gouvernement et ses
parlementaires à poser des gestes non seulement pour l'immigration en matière
d'intégration professionnelle, mais pour l'avenir de la langue française.
Et, en ce sens, ce
que vous demandez, de ne pas... d'être plus permissif, ne va pas dans le sens
de ce que la société québécoise veut faire. Montréal, ce n'est pas Toronto, ce
n'est pas Vancouver. Nous sommes une société distincte, nous sommes un État
francophone. Et j'ai peur que, de plus en plus, on normalise le fait qu'on
devrait être comme Toronto ou ailleurs. Si
on choisit le Québec, à moins qu'on considère que c'est le Canada puis une
prolongation, le Québec, ça vient avec le fait français. Et l'État du
Québec a le droit d'exiger des choses importantes.
Donc, moi, je vais
faire en sorte de vous acheminer personnellement des données sur le déclin du
français et j'espère que vous allez partager notre inquiétude quant à la suite
des choses.
M. Tom (Walter Chi-yan) : Monsieur,
avec, une fois encore, tout respect, quand on parle du déclin de français,
c'est déclin de français où? Parce qu'au niveau des foyers...
M. Bérubé :
Français au travail.
M. Tom
(Walter Chi-yan) : ...la langue au foyer, peut-être. Je ne sais pas.
M. Bérubé :
Au travail, monsieur.
M. Tom
(Walter Chi-yan) : Mais, au niveau de... Le travail? OK. En général...
M. Bérubé :
Même pas à la maison. Le travail, langue de travail, langue d'accueil dans
les commerces, langue pour parler ensemble au plan professionnel, langue pour
les sciences, langue dans à peu près tous les domaines...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : C'est tout le temps que nous avions.
M. Bérubé :
Merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, M. le député. Merci à vous
d'être venus à notre commission. Merci d'aimer le français aussi. Alors, je
vais vous souhaiter une bonne fin de soirée.
Et je vais suspendre
quelques instants, le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
17 h 39)
(Reprise à 17 h 45)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Alors, nous recevons l'Association
québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration. Alors, je vais
dire : Bonjour, maîtres, au pluriel, j'imagine. Vous allez avoir
10 minutes d'exposé. Je vais demander
de vous présenter. Ensuite, nous allons procéder à la période d'échange avec
les parlementaires. Alors, le temps commence maintenant.
Association québécoise
des avocats et avocates
en droit de l'immigration (AQAADI)
Mme Valois
(Stéphanie) : ...Stéphanie Valois, et je présente
Me Laurence Trempe. Nous sommes les deux coprésidentes de l'association.
En tant que principale association de juristes
spécialisés en droit de l'immigration au Québec, l'AQAADI se dresse fièrement
au carrefour des enjeux migratoires. Nos membres, de toutes orientations
politiques, sont présents dans toute la province et au-delà des frontières. Ils
sont engagés quotidiennement auprès des nouveaux arrivants, des entreprises et
des diverses entités.
Le droit de l'immigration est devenu un labyrinthe
riche en programmes variés et en compétences croisées entre le fédéral et le provincial. En portant notre chapeau de juristes,
nous sommes plongés au coeur de cette complexité, toujours en première
ligne face aux défis rencontrés par les immigrants et aux enjeux légaux qui les
entourent.
Nous voulons être clairs : pour l'AQAADI,
l'immigration transcende la simple notion d'utilité. Elle incarne un projet de
société profondément ancré dans nos valeurs et notre structure légale.
Le Québec opère, donc, dans un cadre législatif
particulier, celui de l'Accord Canada-Québec, qui vise à maintenir le poids
démographique du Québec au sein du Canada et à reconnaître son caractère
distinct en permettant au Québec un pouvoir
de sélectionner certaines catégories d'immigrants. Il est, donc, important et
primordial de distinguer entre les
catégories d'immigrants pouvant être sélectionnés par le Québec et celles
accueillies par le Québec. Autrement dit,
le Québec n'a pas le contrôle et il n'a pas le pouvoir de contrôler le nombre
d'admissions dans tous les programmes. Ainsi, le Québec peut décider des seuils
pour la catégorie des programmes d'immigration dans lesquels il sélectionne les
candidats. Il s'agit de l'immigration économique dont discutera Me Trempe.
Quant aux autres programmes relevant des droits
humains fondamentaux, dans lesquels les candidats sont sélectionnés par le fédéral conformément à l'Accord Canada-Québec, le
Québec doit, au minimum, respecter son poids démographique. Il s'agit ici des programmes des réfugiés réunification
familiale et humanitaire. Le Québec ne contrôle pas le nombre de
demandes qui seront déposées. L'AQAADI soumet que des cibles telles que
proposées par le Québec sont appliquées comme des quotas, alors qu'elles
doivent être considérées comme des objectifs flexibles qui doivent s'adapter à
la réalité sur le terrain. L'Accord Canada-Québec prévoit non pas des quotas,
mais des seuils minimaux que le Québec s'engage à sélectionner, et ce,
seulement dans les catégories économiques. Il est, donc, impossible de parler
de cibles ou de quotas dans les catégories relevant de droits humains
fondamentaux, soit les réfugiés, les cas humanitaires et réunification
familiale. Nous proposons donc de les retirer du calcul des cibles, mais
évidemment de les prendre en compte pour une planification ordonnée de
l'immigration.
Les seuils d'admission prévus par le Québec sont
nettement insuffisants dans les catégories relevant des droits humains
fondamentaux, créant ainsi des arriérés et des délais inacceptables. L'impact
actuel d'avoir des quotas au lieu des seuils
dans des catégories relevant de droits humains fondamentaux est concret sur le
terrain. Par exemple, pensons à nos Québécois et Québécoises qui
parrainent leurs conjoints ou leurs enfants ou adoptent des enfants à l'étranger. À cause de l'application actuelle des
cibles comme quotas maximaux, les familles québécoises restent séparées
de leurs proches deux fois plus longtemps que les familles canadiennes hors
Québec. Revenons à l'esprit de l'accord, qui fixe des seuils minimaux, et
continuons de traiter les demandes équitablement pour les demandeurs au Québec,
même une fois la cible atteinte.
Finalement, pour les demandes humanitaires, une
cible de 450 personnes par année ne peut prendre en considération les
programmes spéciaux tels que les travailleurs de la santé en temps de COVID et
l'accueil des personnes déplacées de
l'Ukraine. Des admissions de l'ordre de 1 500, en 2021-2022, dans ces
programmes, démontrent la nécessité de souplesse et l'impossibilité de
prévoir des quotas fixes dans ces catégories. Conséquemment, nous vous
demandons de ne discuter de cibles que dans les catégories économiques et de se
maintenir à des prévisions pour les catégories relevant des droits humains
fondamentaux afin d'accueillir tout nouvel arrivant au Québec avec respect et
dignité, et ce, dans des délais raisonnables.
Mme C. Trempe (Laurence) : Ma
consoeur a mis le couvert législatif pour recadrer le débat sur les cibles et
les seuils. Je vais développer sur les programmes sur lesquels le Québec a un
réel pouvoir de sélection, qui sont les seuls programmes sur lesquels on peut
discuter des objectifs et des cibles à se donner. Ce n'est pas à nous de donner
le chiffre. On n'est pas là pour ça
aujourd'hui. Nous allons nous concentrer sur les cibles d'immigration
permanente, car l'immigration temporaire est un sujet très vaste et complexe
également, qui mérite sans doute une deuxième conversation, mais ce
n'est pas le sujet d'aujourd'hui. Je rappelle seulement que tous les arrivants
temporaires ne souhaitent pas nécessairement
s'établir définitivement. Ainsi, pour une planification équilibrée, on doit pouvoir
évaluer le pourcentage des résidents temporaires qui désirent s'ancrer
durablement au Québec.
• (17 h 50) •
Dans cette perspective,
envisager une exception des seuils pour les demandeurs temporaires postulant au
Programme de l'expérience québécoise en liste est crucial. En les sortant des
calculs, le gouvernement dispose d'une image plus claire pour sa planification,
tout en reconnaissant que ceux déjà sur place qui maîtrisent le français et
désirent rester au Québec de manière permanente ont un parcours distinct vers
la résidence permanente. Dans cette optique, on salue la décision du
gouvernement de décider de sortir les demandeurs du PEQ étudiants des quotas
économiques. Il faut en faire de même pour le PEQ — Travailleurs pour
avoir un portrait global de la situation. Ces gens occupent déjà des emplois,
les enfants sont scolarisés, et paient leur juste part d'impôt jour 1.
Le PEQ — Travailleurs nous semble le
grand oublié. On recommande que les catégories d'emploi y soient toutes
intégrées, comme vous le faites avec le nouveau Programme de sélection des
travailleurs qualifiés, d'éliminer l'exigence de la connaissance du français
chez le conjoint pour éviter des situations de non-inclusion du conjoint, et
donc de précarité, qui, de toute façon, serait éligible à la réunification
familiale. Nous demandons aussi un retour aux 12 mois d'expérience de
travail au lieu de 24 mois et les délais de traitement de 30 jours
qui avaient lieu à la création du programme, comme c'était le cas. Ces deux
mesures-là vont éviter des multiples renouvellements de permis de travail, qui
viennent gonfler artificiellement les chiffres des temporaires, les gens devant
renouveler leur permis de travail après permis de travail en attendant la
résidence permanente en raison des délais de traitement. Tout ça permettrait
une meilleure intégration pour les résidents temporaires.
Nous saluons le nouveau Programme de sélection
des travailleurs qualifiés, qui vient inclure tous les types de professions et de métiers, une reconnaissance que
tous les métiers sont importants pour notre société. Et la modulation de la
connaissance du français en fonction du métier, et donc, de ce fait, de la
scolarisation, semble également un pas dans la bonne direction.
Cependant, nous pensons qu'une vision trop stricte de la maîtrise du français
jour 1 n'est pas une mesure inclusive. En fait, nous encourageons le ministère
à creuser la piste du volet engagement en francisation dans toutes les
catégories de ce nouveau programme, comme le fait avec succès le programme
pilote des travailleurs en technologies de l'information et l'intelligence
artificielle, dont les quotas de ce volet se remplissent très rapidement.
Chaque immigrant qui arrive au Québec avec la
volonté de s'intégrer de manière permanente est également prêt à s'investir
dans la francisation, car ils comprennent que c'est le sésame pour une
intégration réussie. On est sur le terrain,
c'est ce qu'on entend tous les jours. L'immigration, l'intégration et la
francisation sont des processus qui doivent être planifiés avec patience
et bienveillance, non sur trois années, mais sur des décennies pour anticiper
les enjeux démographiques, d'infrastructures et de langue commune pour l'avenir
du Québec.
La langue parlée à la maison et la langue
maternelle sont personnelles, intimes. Ce ne sont pas les indicateurs sur
lesquels doit se reposer l'État. Mais la langue de la place publique, des
entreprises et des institutions, c'est le reflet de notre identité collective.
Il faut valoriser et promouvoir le français dans un discours inclusif, avec les
bons indicateurs à l'appui. Avec Francisation Québec et le volet engagement à la francisation dans des programmes économiques,
cela serait la bonne décision.
Ceci dit, il va y avoir quelques adaptations qui
seront nécessaires avec Francisation Québec, qui est d'ailleurs tout nouveau.
Flexibilité, accessibilité, rémunération, le programme devra offrir davantage
de cours à temps partiel, des horaires plus flexibles, davantage de formats en
ligne pour répondre aux besoins variés des nouveaux arrivants. Et la
rémunération actuelle est déficiente autant pour le temps plein à 5,85 $
que le temps partiel à 26 $ par jour.
Collaboration
avec le monde des entreprises et des écoles. Une collaboration étroite avec eux
pour développer des programmes de francisation serait bénéfique, avec
des mesures incitatives de part et d'autre, rémunération pour l'apprentissage, subventions et crédits d'impôt.
L'important est que les immigrants qui ne parlent pas le français puissent
l'apprendre, car ils savent que c'est clé à leur intégration. Il s'agit une
forme de contrat social entre le gouvernement, qui va créer les outils, les
partenaires, qui vont aider à leur application, et l'immigrant, qui doit les
utiliser.
En terminant, la régionalisation, c'est bien,
mais il ne faut pas mettre en compétition le Grand Montréal avec les régions. Chacun a ses avantages. Il faut se
tenir loin de toute tentation d'avoir des mesures coercitives ou punitives
pour l'établissement ou la rétention des immigrants en région. Les libertés
garanties par la charte de circuler, travailler,
vivre s'appliquent à tous les résidents permanents. Leur choix d'établissement
est souvent lié à des facteurs humains
tels que la famille, l'accessibilité aux transports, aux services. Seules des
approches incitatives et de valorisation peuvent et doivent avoir lieu
en régionalisation, et nous en nommons plusieurs dans notre mémoire. Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci pour cette présentation. Alors, on va entamer la
période des échanges avec les
parlementaires. Je me tourne du côté de la ministre avec la banquette
gouvernementale. Vous avez 16 min 30 s. Le temps commence
maintenant.
Mme Fréchette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, bien, merci à Me Valois, à Me Trempe, à vous quatre,
en fait, pour prendre part à cet exercice démocratique fort important. On le
sait, l'immigration est devenue un enjeu de
plus en plus central au cours des dernières années, donc votre expertise dans
le domaine est tout à fait appréciée. Merci, donc, de prendre part à
l'exercice.
Et je vous dirais que, bien, je partage avec
vous la vision que vous avez énoncée, Me Trempe, à l'effet que l'immigration,
ça constitue un projet collectif, un projet de société... ou je... peut-être,
c'était Me Valois. Donc, on est tout à fait dans cette orientation-là, et je
pense qu'on a une belle convergence de vue en ce qui a trait à la finalité de
l'immigration et à la nécessité d'approcher ces processus dans un angle plus
global et large qui soit.
Comme je dis
souvent quand je fais des interventions publiques, souvent, je termine en
disant : Bien, l'immigration, c'est l'affaire de tous, alors voyons-y.
Prenons le temps de cibler, là, le rôle que tout un chacun pouvons avoir
en lien avec l'immigration. Donc, merci.
Vous avez abordé plusieurs
thèmes dans votre mémoire. J'aimerais ça, commenter... commencer par un thème qui nous est cher, celui de la
régionalisation. Comme vous savez, c'est une des priorités. En fait, je me suis
donné trois priorités, en collaboration avec le premier ministre, et la
régionalisation de l'immigration est l'une d'entre elles, faire en sorte non seulement que de plus en plus
de gens aillent s'établir en dehors du Grand
Montréal, mais également s'y
enracinent, que ce ne soit pas qu'un passage de quelques mois ou de quelques
années pour ensuite un retour à la région montréalaise. Donc, on veut vraiment
que les gens prennent racine dans leur milieu d'accueil. Et notre idéal, en fait, c'est de faire en sorte que la
régionalisation de l'immigration survienne dès leur arrivée au Québec, et non
pas après un passage, encore là, dans
la région métropolitaine, on présume. En tout cas, c'est le cas de figure le
plus fréquent.
Maintenant, on n'a pas la possibilité de
l'imposer aux gens. On n'a pas la possibilité de retenir les gens de notre propre chef, bien sûr. Donc, là se pose
toute la question du dilemme entre comment régionaliser davantage notre immigration tout en respectant les règles de libre
circulation des personnes. Alors, j'aimerais beaucoup vous entendre
là-dessus. Jusqu'où peut-on aller, à votre point de vue? Est-ce que nous y
sommes déjà avec les mesures que l'on a adoptées ces dernières années dans
cette limite ou vous verriez qu'on puisse encore acquérir une certaine marge de
manoeuvre additionnelle? Si oui, quelle serait-elle? Via quels leviers vous
verriez qu'on puisse s'engager là-dedans? C'est un sujet très délicat, en même
temps, très concret et qui est une priorité pour notre gouvernement, et
j'entends que vous l'endossez. Donc, voilà, c'est la question sur laquelle
j'aimerais vous lancer, là, d'entrée de jeu.
Mme C. Trempe (Laurence) : Si
on avait la réponse à la question, on serait ravis de vous la donner.
Mme Fréchette : Ah! bien, moi
aussi.
Mme C. Trempe (Laurence) : Ceci
dit, c'est... Bon, quand on parle, par exemple, des résidents temporaires, en
fait, et il y a eu assez d'articles dans les journaux, la plupart des permis de
travail viennent avec un lieu d'emploi. Donc, si un employeur en région fait
venir des travailleurs étrangers temporaires, que ce soient 15 infirmières
en Gaspésie, bien, ces infirmières-là vont avoir un permis de travail fermé
avec un employeur, un emploi, une région. Donc,
probablement, peut-être qu'une clé pour vous serait vraiment d'avoir des
meilleurs délais de traitement au niveau des programmes sous lesquels
vous avez un contrôle.
On pense... le Programme des travailleurs
étrangers temporaires, le traitement simplifié, une bonne façon, je trouve, d'aider les employeurs en région,
d'attirer des temporaires qui vont... en général, ça peut être une histoire
d'amour avec le Québec et
s'enraciner, postuler, après, au Programme
de l'expérience québécoise. Ça serait
notamment d'avoir des délais de traitement rapides et peut-être
d'envisager que toutes les professions pour les emplois en région soient sous le traitement simplifié. Ce n'est pas le cas
à l'heure actuelle. Donc, la petite PME en région, mais c'est vrai aussi
pour la petite PME à Montréal, faire le
processus complexe du Programme des
travailleurs étrangers temporaires
avec l'affichage, attendre des mois, avoir le dossier retourné... On a
déjà, au Québec, la chance d'avoir le volet simplifié. Ça serait peut-être une façon vraiment d'aider, du moins pour les
temporaires et les employeurs en région, pour faciliter les démarches de
permis de travail.
Après
l'enracinement, la vie nous amène ailleurs. J'étais partie... Des gens, des
fois, sont citadins et deviennent des gens de région en vieillissant. Ça
peut avoir... Une famille peut avoir l'emploi de la conjointe, qui se fait
offrir une promotion à Montréal. Sur ça,
impossible d'avoir un contrôle, et c'est correct, c'est un projet humain. Mais
on sait, en général, que l'intégration passe avec une famille bien
établie, les infrastructures, les enfants aiment l'école. Donc, peut-être, à...
moi, je vois vraiment le volet simplifié, de rajouter tous les emplois en
région sur la liste. Ça aiderait, je sais, sur le terrain, énormément les
travailleurs et ça bénéficie aussi... et les employeurs, et ça bénéficie de
délais de traitement plus rapides pour les avoir. C'est peut-être une piste de
solution.
• (18 heures) •
Mme Fréchette : Bien, merci.
Merci de partager cette idée. Dans la même veine, sur la régionalisation, vous mentionnez qu'il faut la participation... En fait,
je suis à la... aux pages 38, 39, là, de votre mémoire, donc une section
qui porte sur la régionalisation. Et vous indiquez qu'il faut, et avec raison,
en fait, il faut la participation de tous, de tous les acteurs du milieu pour avoir un processus de
régionalisation fructueux, réussi. Et donc je suis dans cette même perspective
entièrement. Donc, j'aimerais vous entendre sur les mesures incitatives qu'on
pourrait mettre en place pour favoriser, justement, l'accueil le plus positif
qui soit, fructueux qui soit, de la communauté au sein de laquelle vont
s'établir les personnes immigrantes.
Je le partageais tout à l'heure avec un
intervenant précédent. J'ai parfois l'impression qu'on met beaucoup d'accent
sur les personnes immigrantes elles-mêmes, en termes de préparation, de
francisation, et tout ça, et qu'on a peut-être
tendance à oublier un peu la préparation des communautés d'accueil, particulièrement
au sein des entreprises, là. J'ai l'impression qu'il y a peut-être un
angle mort de ce côté-là. C'est à vérifier. Mais donc quel genre de mesures on pourrait imaginer mettre de l'avant pour que les
communautés d'accueil soient les plus prêtes possibles, et ouvertes
possible, et conscientes de la nature des défis qui se posent? Parce que ce
n'est pas que les personnes immigrantes qui
ont des défis à relever, mais c'est aussi les communautés qui les accueillent
et qui souhaitent qu'elles s'enracinent également.
Mme Valois (Stéphanie) : Bien,
je peux débuter. Rapidement, en fait, c'est sûr que, dans les communautés
d'accueil, il va falloir qu'il y ait des services de francisation pour vraiment
aider les nouveaux arrivants à s'intégrer, puis
on sait que l'intégration passe par la connaissance du français et par le
travail. Maintenant, tout le reste des infrastructures, ça... Les
infrastructures vont dépendre selon les différentes régions où les personnes
veulent s'établir, et
donc je pense que chaque région doit vraiment fournir des données pour savoir
ce dont elle a besoin pour accueillir des nouvelles personnes dans sa
communauté.
On a pensé aussi parfois à avoir des crédits
d'impôt. On sait que, des fois, les Québécois qui vont travailler en région
peuvent bénéficier de crédits d'impôt lorsqu'ils s'éloignent des régions
principales. Donc, pourquoi ça pourrait ne pas être offert aux nouveaux
arrivants également pour les encourager, en fait, à quitter Montréal et à
découvrir les régions du Québec? Parce que, souvent, on sait que les personnes
qui se retrouvent à l'extérieur de Montréal
peuvent y trouver vraiment une communauté qui les aide à s'intégrer de façon
plus... peut-être plus complète, là,
de ce qu'elles peuvent vivre en grand centre métropolitain, dépendant de chaque
expérience, de chaque famille et de son travail, évidemment.
Mme C.
Trempe (Laurence) : Et les employeurs peuvent avoir un rôle à jouer.
Il y a eu l'exemple qui a été cité, de
LM Wind Power, avec Véronique St-Laurent, qui est un excellent exemple, qui est
apparu dans le magazine L'Actualité. Elle a
gagné, d'ailleurs, un prix pour ça, et ils ont vraiment fait toutes les
démarches. Il y a des très bons employeurs, au Québec, qui font les démarches,
qui vont en amont, qui font l'«extra mile», comme on dit, je m'excuse de
l'anglicisme, c'est très particulier, mais, vraiment, qui vont aller
chercher les logements, prévoir le transport, prévoir des activités de
socialisation, des rencontres à l'école, et tout, et ça, c'est peut-être un
modèle à suivre, effectivement, pour assurer l'accueil des temporaires et aussi
des résidents permanents.
Mme Fréchette : Oui, j'ai eu
l'occasion de les rencontrer, LM Wind Power, donc, un cas d'exemple très
intéressant. On voit de plus en plus les entreprises, les entrepreneurs
diversifier leurs actions. On les voit de plus en plus se lancer dans, justement, l'immobilier, faire en sorte de faire de
la recherche d'immobilier, de prévoir les places en garderie pour les
personnes qu'elles vont accueillir, parce que la notion de capacité d'accueil
entre en ligne de compte, et, justement, dans quelle mesure est-ce que cette
notion de capacité d'accueil doit entrer dans la donne, de votre avis? Est-ce
qu'on doit prendre en considération cette capacité d'accueil avant de définir
s'il faille rehausser ou maintenir notre niveau d'immigration?
Mme C. Trempe (Laurence) : C'est
dur de parler de capacité d'accueil parce qu'effectivement ça n'a pas été
encore très clairement défini, mais je pense que les gens... En général, ce qui
ressort, c'est qu'on parle vraiment d'infrastructures. Puis, d'ailleurs, c'est
bon autant pour les nouveaux arrivants que pour les Québécois, un accès à un médecin de famille, une place en garderie, un
logement également. À l'heure actuelle, bon, le contexte actuel économique fait en sorte que certaines choses sont
difficiles. On a aussi une population vieillissante. Donc, il y a plein de
défis auxquels on fait face à l'heure actuelle, qui s'appliquent pour
les Québécois et qui s'appliquent aussi aux nouveaux arrivants.
C'est sûr que, quand on lit des histoires comme
50 infirmières étaient destinées en Gaspésie, et qu'ils ont dû reporter
leur arrivée parce qu'ils n'avaient pas prévu les logements, c'est bien dommage
parce que ça aurait pu être anticipé bien avant, au tout début, en fait, des
démarches d'immigration, et non pas une fois que le visa est approuvé ou le
permis de travail est approuvé, et que la personne arrive, jour 1, en
territoire québécois. Il y a peut-être un travail d'éducation à faire à ce
niveau-là, la responsabilité, autant pour les écoles, les employeurs, de
comprendre que, quand on fait venir des
centaines de personnes, une dizaine de personnes, selon la région où qu'on est,
de vraiment comprendre... de voir ces enjeux-là et de pouvoir déjà
mettre des mesures en place et d'anticiper les besoins qu'ils vont avoir sur le
terrain.
Donc, ça serait déjà... Comme beaucoup des
résidents permanents sont précédemment temporaires, ça serait déjà une piste de solution, mais, pour ce qui est
de la capacité d'accueil, on parle vraiment en termes d'infrastructures,
donc, ce qu'on voit, c'est que plus il va y
avoir des investissements, l'accès, et je pense que c'est plusieurs grands
chantiers à l'heure actuelle au
Québec, plus ça va finir par éventuellement se résorber, et il faut planifier
ça, comme on mentionnait, des décennies à l'avance, ça ne peut pas être
à coup de trois ans. Construire des logements, ça prend du temps, avoir les
autorisations, prévoir même les écoles en garderie...
Stéphanie, tu avais un exemple très intéressant
sur les écoles, lorsqu'ils font leur planification.
Mme Valois (Stéphanie) : Dans
le fond, toutes les écoles savent à l'avance combien d'étudiants ils vont
avoir. Par exemple, à l'université, ils prévoient... ils vont regarder le
nombre d'étudiants inscrits au secondaire, vont faire des évaluations pour eux.
Et donc, s'ils doivent construire des annexes ou avoir des programmes
particuliers, ça se bâtit des années à l'avance. Donc, l'immigration, en fait,
c'est un... c'est vraiment un plan qui doit se penser et se réfléchir des
années à l'avance pour pouvoir planifier un accueil qui respecte les droits de
chaque personne, à la fois des Québécois qui vivent dans ces régions-là et des
nouveaux arrivants aussi.
Mme Fréchette : Oui, c'est tout
un défi, là, qui interpelle tout un... des écosystèmes, puis qui, souvent, en plus, sont ancrés sur le plan régional. Donc, il
faut avoir un portrait global qui constitue, en fait, un cumul de plusieurs
réalités régionales. Une des orientations qu'on risque de prendre, c'est de
faire en sorte que les personnes qui accéderont au statut de résident permanent
seront déjà établies sur le sol québécois, de telle sorte qu'on n'aura pas à
solliciter à nouveau une capacité d'accueil, parce que les gens seront déjà...
utilisant soit un appartement ou des services gouvernementaux, de telle sorte
qu'on va s'aider à s'aider pour ne pas déborder au niveau de la capacité
d'accueil.
Mme la Présidente...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : 3 min 24 s.
Mme Fréchette : Trois minutes?
OK. Alors, je vais vous amener, dans ce cas-là, sur la francisation. Donc, à la page 37, là, vous saluez l'initiative, là,
de Francisation Québec, de ce guichet unique. Alors, vous mentionnez, en
fait... Bien, je voulais simplement
que... souligner qu'il y a des frais de... il y a des remboursements pour
des frais qui sont offerts. Je pense
que vous l'avez mentionné, mais je... c'était... à l'écrit, c'était moins
clair. Là, je pense que vous avez rectifié le tir à l'oral. Merci. Merci
pour ça.
Alors, qu'est-ce que vous verriez qui soit
amélioré au niveau de la francisation pour qu'on ait des parcours d'immigration
qui soient réussis? Vous le savez, pour nous, c'est une clé, pour ne pas dire
la clé, puis j'aimais bien votre expression, là, quand vous avez dit :
C'est le sésame. Alors, je pense que c'est une belle façon de décrire notre approche, parce que, pour nous, c'est le vecteur
de réussite de l'intégration centrale. Il y a aussi, bien sûr, les compétences,
mais donc qu'est-ce que vous verriez qu'on puisse améliorer? Là, on a mis en
place Francisation Québec, là, on tente de répondre à l'ampleur de la demande
qui se présente, mais certainement que vous avez des propositions.
• (18 h 10) •
Mme C. Trempe (Laurence) : Oui,
et on sait que ça va se développer, tout un nouveau programme se développe, et là il va falloir vraiment bonifier
au niveau de l'offre, c'est sûr, à temps partiel. Les gens... Vous êtes des
parlementaires, vous savez, c'est la difficile conciliation travail-famille, si
on a un emploi à temps plein, on étudie à temps
plein, aller apprendre le français à temps plein, à 25 ou
30 heures-semaine, c'est très difficile pour cette raison-là.
Donc, bonifier l'offre à temps partiel avec des
horaires décalés et adaptés, ça va vraiment être clé, vu qu'en plus, si les gens sont ici temporairement, ils
doivent respecter les conditions de leur permis de travail, travailler à temps plein, conditions du permis d'études, étudier à
temps plein. Déjà, ça va être un pas dans la bonne direction. Une accessibilité
aussi, une simplification... Ce qu'on a
compris, c'est que certaines personnes ont de la misère à s'inscrire tout
simplement parce qu'ils ne sont pas aussi familiers avec les
technologies numériques.
Donc,
évidemment, la possibilité de pouvoir appeler, parler à un agent qui va nous
aider, en ligne, à faire notre inscription, c'est des mesures de
facilitation, d'accessibilité, de flexibilité, vraiment. Sur le terrain, ce
qu'on entend tous les jours, les clients me
disent : Je veux me franciser, mais je suis tombé malade, j'ai manqué mon
examen, puis là je dois attendre trois mois avant de reprendre mon
module.
Donc, vraiment, de... pour aider ces
professionnels, ces gens qui ont des familles, les étudiants qui sont là, à temps plein, à apprendre le français, la
rémunération, également, pourrait être bonifiée. On faisait les calculs, là,
sur... À temps plein, c'est quand même très mince, c'est... Pour étudier à
temps plein, je pense, ça revient à 5,85 $ de l'heure. Donc, à peu près 205 $ par semaine, ce n'est
pas énorme si la personne a des responsabilités familiales, on sait, l'inflation, coût de la vie.
Et je pense
qu'on a mis peut-être le doigt sur quelque chose d'intéressant, sur vraiment
utiliser vos partenaires que sont les employeurs et les établissements
scolaires, parce qu'après une journée de travail ou après une journée à
l'université, je donne l'exemple, rentrer chez soi, étudier le français pendant
quatre heures, les enfants sont à la maison,
ils ont des devoirs à faire, ce n'est pas évident, et ce serait intéressant de
voir des francisations à l'heure du lunch... de formules flexibles,
vraiment. Désolée.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps de cette portion d'échange étant terminé... Merci,
Mme la ministre. Alors, je me tourne maintenant du côté de l'opposition
officielle avec le député de Nelligan, pour une période de
9 min 54 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre, toujours un plaisir, échanger avec vous en
commission parlementaire.
Je vais aller directement à quelque chose que je
n'ai pas vu avec aucun groupe et je vais vous citer après... si vous pouvez un
peu expliquer pourquoi c'est important de suivre cette recommandation. Vous
parlez de l'accord Canada-Québec, on le sait tous. Vous parlez des cibles
d'immigration, vous mettez les cibles entre guillemets, et ce que vous nous proposez aujourd'hui, c'est que le
vocabulaire utilisé par les autorités québécoises a changé, et vous nous
interpelez en demandant qu'on doit enlever ceux accueillis pour des raisons
humanitaires ou le regroupement familial.
Mme Valois (Stéphanie) : Donc,
l'accord Canada-Québec, c'est ce qui... c'est le cadre législatif dans lequel
on fonctionne au Québec pour la résidence permanente. L'accord Canada-Québec
est assez clair. En fait, on ne parle... on parle de cibles, mais pas en sens
de quotas, plutôt en sens de chiffres qu'on peut obtenir. Et donc l'accord nous mentionne qu'il y a une distinction à faire
entre les personnes qui sont sélectionnées par le Québec et les personnes qui
vont... sont sélectionnées par le fédéral.
Donc, les catégories qui sont sélectionnées par
le Québec sont les catégories économiques, et celles dans lesquelles le Québec n'a pas de compétence pour
choisir ses immigrants, c'est vraiment les catégories qu'on a mentionnées
plus tôt, c'est-à-dire les réfugiés, le regroupement familial et les demandes
humanitaires. Dans ces cas-là, en fait, l'article 8 de l'accord
Canada-Québec nous dit que «le Québec s'engage à accueillir un pourcentage du
nombre total de réfugiés et de personnes en situation semblable accueillis par
le Canada au moins égal à son pourcentage de la population canadienne». Donc, le pourcentage que le Québec doit recevoir
est déjà établi par l'accord Canada-Québec.
Maintenant, quant au pouvoir de sélection du
Québec, il y a également, dans l'accord Canada-Québec, un pourcentage qui est
établi. Et donc le Québec s'engage, dans l'accord, à poursuivre une politique
d'immigration qui lui permet de recevoir un pourcentage du total des immigrants
reçus au Canada égal au pourcentage de sa population par rapport à la population totale du Canada. Et
donc c'est un calcul qui est déjà établi. On a fait, dans notre mémoire,
le calcul par rapport à...
M. Derraji :
C'est 13 %, du 13 %, 14 %? On est à quel pourcentage,
19 %?
Mme Valois
(Stéphanie) : Le pourcentage, bien, en fait, quand l'accord a été
établi, donc, c'est... le pourcentage qu'on a pris, c'est 25 %. C'est pour
assurer le poids démographique du Québec. On voit, en fait, que le poids
démographique a baissé.
M. Derraji :
Oui, juste... on va y aller juste doucement, parce que c'est très
important. C'est le premier groupe qui ramène d'une manière très décortiquée...
Ça se voit, la rigueur de votre organisme.
Il ne faut pas que tu
ries, hein, c'est bon... parle de... c'est... entre nous, on se parle, désolé,
par rapport au collègue de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Le pourcentage est
25 %. En termes de nombre, ça représente quoi?
Mme Valois
(Stéphanie) : Bien, peut-être 120 000. Donc, tu peux...
M. Derraji :
C'est ça.
M. Brunot
(Benjamin) : Oui, par rapport aux cibles fixées par le gouvernement
fédéral, on parlerait de 120 000 admissions par année au Québec pour
respecter le texte de l'accord.
M. Derraji :
Oui, oui, oui, 120 000 personnes, catégories...
M. Brunot
(Benjamin) : De toutes les catégories d'immigration confondues.
M. Derraji :
Toutes les catégories, mais, maintenant, si on veut faire de la ventilation
par rapport à exclure l'humanitaire, réfugiés, regroupement familial...
Mme Valois
(Stéphanie) : Bien, en fait, si vous regardez au mémoire, donc, on a
les chiffres qui ont été préparés ou qui ont été proposés par le gouvernement
fédéral, donc, en 2023, les niveaux d'admission de réfugiés. Nous, on a parlé d'une catégorie des droits
humains fondamentaux. C'est-à-dire que ça inclut à la fois les cas humanitaires
et les réfugiés. On parlait ici de 93 290. Donc, 25 %, pour le
Québec, dans cette catégorie-là, ce serait 23 257...
M. Derraji :
Donc, aujourd'hui, si on veut respecter...
Mme Valois (Stéphanie) : ...et le regroupement familial aussi, qu'on a
séparé. Dans le fond, juste les réfugiés humanitaires, c'est
23 250.
M. Derraji :
Donc, 23 000, catégorie réfugiés humanitaires, regroupement familial,
on est à...
Mme Valois
(Stéphanie) : 21 300.
M. Derraji :
OK. Donc, ce que vous demandez aujourd'hui, c'est
40 000 personnes à exclure du calcul économique.
Mme Valois
(Stéphanie) : Exactement.
M. Derraji : Oui, bon, c'est là où je
veux... Et là, aujourd'hui, sur la table, le scénario, 50 000 à
60 000, vous êtes pour quel scénario?
Mme Valois
(Stéphanie) : L'AQAADI n'a pas pris position sur aucun des scénarios.
Dans le fond, nous, on regarde le cadre législatif et...
M. Derraji :
Donc, sur le seuil économique, ça ne vous dérange... aucun seuil, on le
laisse comme ça, mais, sur la catégorie regroupement familial et les réfugiés,
vous dites : Attention, il faut suivre l'accord Québec-Canada. On a déjà
le nombre et on parle de 50 000 juste pour respecter l'accord
Québec-Canada.
Mme Valois
(Stéphanie) : En fait, il faut toujours suivre l'accord Canada-Québec.
M. Derraji :
Oui, oui, on s'entend.
Mme Valois (Stéphanie) : L'accord
Canada-Québec... Nous, on... En fait, il ne peut pas y avoir de cible dans
ces catégories puisque le Québec n'a pas, dans le terme de l'accord, la
compétence pour limiter quiconque, mais, évidemment, quand on parle des cibles
économiques, il faut aussi respecter l'accord Canada-Québec.
M. Derraji : Oui,
mais j'essaie juste de suivre la logique, parce que c'est très important, ce
que vous ramenez. Je dois le comprendre pour pouvoir, par la suite, bien
l'utiliser. Si on suit cette logique, on sera dans des seuils de 120 000 par année avec du permanent, quand je
dis permanent, à savoir l'économique, regroupement familial et réfugiés.
Mme Valois (Stéphanie) : Bien,
vas-y.
M. Brunot
(Benjamin) : Le problème, là, c'est d'essayer de prévoir
l'avenir sur des admissions sur lesquelles ni le Québec ni le Canada n'ont de
contrôle, parce que, quand on parle de situations de regroupement familial, de
demande d'asile ou de cas humanitaire, les
volumes, c'est ceux de la vie et du hasard, de l'histoire et de l'évolution de
la planète. Donc, une fois qu'on observe le nombre de personnes qui ont
été admises, là, on peut se donner des objectifs sur des immigrants économiques
qu'on sélectionne en plus de cela, et l'accord Canada-Québec, ce qu'il nous
dit, c'est que le total doit être au moins
égal à notre poids démographique au moment de l'accord, et on a le droit,
comme... le droit qu'on a comme... Québec, c'est d'aller 5 %
au-dessus de ce poids démographique si on souhaite faire un rattrapage. Donc,
ce que nous dit l'accord, c'est : On peut se fixer des cibles qui nous
permettent au minimum de sélectionner pour
atteindre notre poids démographique ou d'aller 5 % au-delà. Puis, nous, en
tant que juristes, c'est par rapport à ce cadre législatif qu'on se
positionne.
M. Derraji : Oui, oui, mais
5 %... On est toujours aux alentours de 120 000 à 5 % de moins.
Je veux juste comprendre la ventilation que
vous avez faite, parce que ce qu'on a sur la table, ce que vous ramenez, c'est
presque le double des seuils des deux scénarios qu'on a.
M. Brunot (Benjamin) : En fait,
ce qu'on a aussi présenté dans le mémoire, c'est que, quand on regarde les
volumes, bien, on regarde les volumes observés pour les années passées. Là, on
ne se prononce pas sur une planification de trois ans, comment dire. On ne peut
pas lire dans l'avenir, mais, quand on regarde les volumes des deux, trois
dernières années, ce qu'on regarde pour respecter notre poids démographique,
c'est qu'il faudrait qu'on sélectionne environ 60 000 immigrants
économiques. Pour le reste, on n'a pas de contrôle sur les volumes.
M. Derraji : Oui, mais je ne
veux pas...
M. Brunot (Benjamin) : On ne
peut pas vous dire que le total va faire 100 000, 120 000,
80 000.
• (18 h 20) •
M. Derraji : Mais, je vais
juste répéter, je ne parle pas de l'économique. Je ne parle pas de
l'économique. Vous êtes l'un des rares groupes qui nous dit, qui nous demande
formellement d'appliquer... L'accord, on doit l'appliquer, on s'entend, mais,
d'enlever la catégorie réfugiés humanitaires du calcul des seuils, on ne parle
plus de l'économique. L'économique, c'est 50 000, 60 000. Donc, on
parle d'un autre nombre.
Mme Valois (Stéphanie) : Effectivement,
parce qu'on ne peut pas...
M. Derraji : Effectivement, OK.
Mme Valois (Stéphanie) : Par
exemple, si on parle de regroupement familial, combien de Québécois vont
déposer une demande de parrainage de leur conjoint l'année prochaine?
M. Derraji : Bien, vous êtes...
Non, mais je peux vous le dire. Vous êtes des spécialistes du domaine. On est
rendu à du 24 mois, le délai, et il y en a pas mal qui attendent. Vous
pouvez nous sensibiliser par rapport aux longs délais. Il y a des longs délais
par rapport à des conjoints et des conjointes qui attendent encore pour que...
pour qu'ils arrivent, mais j'essaie juste de
cerner votre demande pour que ce soit bien, bien clair. Je ne parle pas de
l'économique. Votre demande parle de l'humanitaire et des réfugiés. Si
on peut la quantifier aujourd'hui, c'est de combien?
M. Brunot (Benjamin) : Alors,
notre demande, elle n'est pas sur des quantités, elle est sur l'application de l'accord. C'est-à-dire que l'accord dit que le
Québec fixe des seuils minimaux, qu'on appelle, dans le texte, des niveaux, il
n'y a pas de cible dans l'accord, puis ces seuils minimaux, ça veut dire que,
quand on applique l'accord, on doit continuer de traiter les demandes même si
les cibles qu'on s'est fixées sont déjà atteintes. Puis, pour l'instant, du
fait qu'on a des quotas dans l'application de l'accord, une fois que la cible
est atteinte, ça crée un arriéré parce qu'on doit attendre le 1er janvier de l'année suivante pour commencer à
traiter les dossiers suivants, et c'est ça qui crée le 24 mois au
Québec, actuellement, dans le regroupement familial, c'est parce qu'on
n'applique pas l'accord tel qu'il est écrit. On utilise ces cibles comme des
quotas, mais ce n'est pas ce que prévoit l'accord.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors,
cette autre partie d'échange vient de se terminer. Je me retourne du côté du
deuxième groupe d'opposition. Pour les 3 min 18 s qui restent, le temps est à
vous.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci de votre intervention. Je n'ai vraiment pas beaucoup de temps.
Vous disiez 24, 25 mois, c'est
superintéressant, mais Le Devoir révélait 36 000 demandes en
attente pour un quota annuel de 10 000.
Donc, si l'IRCC annonce 24 mois, dans les faits, c'est plutôt un 36,
37 mois, et ça va augmenter au fur et à
mesure que le nombre de demandes augmente. Et donc moi, je me pose une
question, à savoir : Est-ce que le
Québec s'expose à des poursuites judiciaires quand il y a des programmes
d'immigration qui ont des délais qui vont de 10 à 25 ans dans certaines catégories? Est-ce qu'il n'y a pas là
des délais excessifs et est-ce qu'il n'y a pas ouverture à contestation?
Mme Valois (Stéphanie) : C'est
une question intéressante. En fait, pour le moment, ce qu'on voit, ce qu'on demande au gouvernement du Québec, c'est de ne pas
faire de quota, c'est-à-dire de continuer à admettre les dossiers quand
ils sont reçus du... dans les compétences fédérales.
Si on regarde maintenant au niveau des
contestations judiciaires, ce n'est pas sur la planche en ce moment, ce n'est
pas ce qui a été discuté. Évidemment, les personnes qui sont en attente ont le
droit de faire valoir leurs droits devant
les tribunaux, et donc ça va être à suivre, de savoir qu'est-ce que ces
personnes vont vouloir faire pour défendre leurs droits ou contester les
délais qu'elles peuvent considérer déraisonnables.
Maintenant, on peut regarder... Quand une
personne parraine, si on parle de regroupement familial, il faut vraiment considérer que ça peut être vu comme un
problème, le fait que les Québécois attendent plus longtemps d'être réunis avec les membres de leur famille par
rapport aux Canadiens hors Québec, et donc cette distinction-là est
certainement problématique dans la population, et, sur le site
d'Immigration Canada, c'est clairement établi, les chiffres.
M. Cliche-Rivard : À cause des
seuils.
Mme Valois (Stéphanie) : Donc,
les délais qu'on vit au Québec sont beaucoup plus longs que dans le reste du Canada. Alors, on entend de nos clients du
mécontentement, de la grogne. Ici, on parle de Québécois et Québécoises,
souvent, qui parrainent leurs conjoints et
conjointes parce que c'est la grande majorité des parrainages qu'on a au
Québec.
M. Cliche-Rivard : Dans
la planification, il y a un engagement ou il y a une volonté de 12 mois de
traitement pour les programmes
économiques ou, en fait, pour le programme des travailleurs qualifiés. Par
contre, là, on comprend qu'on
pourrait monter jusqu'à 25 ans dans d'autres catégories. Est-ce que la loi
protège contre un traitement discriminatoire par catégorie? Est-ce que nul... tous ne sont pas supposés être égaux
dans leur catégorie d'immigration et devraient être traités
équitablement?
Mme Valois (Stéphanie) : Encore
une fois, c'est une question qu'on n'a pas étudiée comme telle puis on n'a pas
eu le mandat non plus de le faire, pour le moment, dans l'association. Ce que
je dirais, c'est qu'on essaie... L'AQAADI saluerait que les demandes de
regroupement familial et les demandes de réfugiés, les demandes... toutes les demandes soient étudiées dans un délai
raisonnable, bien sûr, parce que les délais ont un impact considérable sur les personnes
qui sont en attente de résidence permanente, et surtout celles qui attendent
d'être réunies avec leur famille à
l'étranger. Donc, il n'y a pas de contestation comme telle, pour le moment, sur
la planche, mais c'est sûr que c'est une préoccupation quotidienne de la
part de nos clients.
M. Cliche-Rivard : Et,
finalement, j'imagine qu'il y a des leviers juridiques qui existent pour mettre
en accord... en exécution l'accord s'il n'est pas respecté. Vous pourriez
prendre une action en cour?
Mme Valois
(Stéphanie) : Bien, en fait, nous, ce qu'on... vraiment,
qu'on propose au gouvernement du Québec, c'est de respecter son cadre
législatif, et c'est le cadre législatif qu'on a sur la planche en ce moment.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est terminé. En fait, c'est presque terminé,
parce qu'il nous reste une dernière... un dernier temps de parole au député de
Matane-Matapédia pour une période de 3 min 18 s. Le temps est à vous.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Vous suggérez que les seuils d'immigration ne devraient pas faire l'objet de
débats politiques. Alors, si ce n'est pas les parlementaires, une tribune
comme celle-ci, où devraient se faire ces échanges?
Mme Valois (Stéphanie) : C'est
une bonne question. L'immigration est une question sérieuse. En fait, c'est
vraiment un débat d'experts, qui doit considérer à la fois la démographie, où
on veut être dans 10 ans. Ça ne peut pas être des cibles qui... ou des
seuils, ou des chiffres qui sont établis d'année en année, parce qu'on le sait,
pour avoir une capacité d'accueil, dont on parle tellement, il faut prévoir à
l'avance... il faut prévoir les infrastructures, il faut prévoir les écoles, il
faut prévoir... Donc, quand on regarde... vraiment, si on réunit des experts,
et c'est ce que vous faites, là, depuis
plusieurs jours, c'est là où les cibles peuvent être établies où... toujours
dans l'accord... dans le respect de l'accord Canada-Québec.
M. Bérubé : D'accord.
Mme Valois (Stéphanie) : Donc,
pour nous, c'est vraiment une question d'experts, et ça doit aller au-delà de
la politique, au-delà de la partisanerie, pour vraiment bâtir une société qui
respecte les droits des immigrants et aussi de la société, qu'il y ait le
consensus de la société.
M. Bérubé : Oui.
Je vous suggère néanmoins que nous avons les mêmes préoccupations humanitaires
que vous, pas en bas, pas en haut, autant...
Mme Valois
(Stéphanie) : Tant mieux.
M. Bérubé :
...et que les parlementaires sont totalement habilités à discuter de ces
enjeux-là. Je trouve ça important. Et, si on devait s'en remettre à des gens
qui sont neutres, on a des gens qui étudient ces questions-là de façon
sérieuse, comme vous le dites, je vous suggère que le Commissaire à la langue
française est passé au même endroit que vous il n'y a pas tellement longtemps.
Il nous a indiqué que, dans les conditions actuelles, si le français est une valeur importante, et ce l'est
certainement pour nous, au Parti québécois, on ne devrait pas augmenter les
seuils parce qu'on irait à contre-courant de l'objectif que semble
poursuivre le gouvernement de la CAQ, à savoir que l'immigration et le français, ça doit aller de pair. Alors, est-ce que
vous avez pris connaissance des propos du commissaire de la langue
française? Est-ce que c'est un enjeu qui est important pour vous, le maintien
du fait français?
Mme C. Trempe
(Laurence) : Oui, on a pris connaissance des propos, oui, c'est un
enjeu qui est important. Il faut quand même... On va le rappeler, la
francisation et l'intégration, ça se fait sur des années. On peut... Il faut
donner la chance aux gens aussi de se franciser. Le discours qu'on entend, et
tous nos membres, tous les avocats avec qui j'ai parlé, et les clients, les
gens veulent se franciser, ils veulent avoir les outils pour se franciser. Je
n'ai pas rencontré une personne qui me disait : Je ne souhaite pas
apprendre la langue française.
Donc, à ce moment-là,
il faut, je pense, avoir une vision à long terme et comprendre que, même si on
a des nouveaux arrivants qui, présentement, ne maîtrisent pas le français à un
niveau peut-être convenable pour soutenir une conversation, c'est de mettre...
leur donner les outils en place pour qu'ils l'apprennent, parce que c'est leur
désir, et ils le savent, et je le redis, ils
savent que c'est le sésame à l'intégration, ils sont au courant. Donc,
vraiment, travailler dans ce sens-là
pour franciser les immigrants, et, d'ailleurs, les statistiques montrent que,
de plus en plus, la population des nouveaux arrivants, on regarde les
pourcentages, se francise. Ça ne veut pas dire qu'ils vont parler le français à
la maison, dans l'intimité...
Une voix : ...
Mme C. Trempe (Laurence) : Exact.
Ça ne veut pas dire aussi que leur langue maternelle va être le français,
mais ils savent qu'ils doivent apprendre le français, et que ça va se faire.
M. Bérubé : Vous me rassurez, mais
vous savez très bien qu'il y a beaucoup de gens qui peuvent vivre toute leur
vie à Montréal sans parler français.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, merci beaucoup, M. le député. Les gens de l'AQAADI, non pas la
circonscription, mais l'organisme, merci beaucoup d'être venus défendre votre
mémoire ici.
Alors, pour nous, les
parlementaires, nous allons suspendre les travaux jusqu'à 19 h 15.
Merci.
(Suspension de la séance à
18 h 29)
(Reprise à 19 h 17)
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors,
la Commission des relations avec les citoyens reprend ses travaux, après une
petite pause méritée.
Alors, nous recevons,
ce soir, l'Association canadienne des conseillers professionnels en
immigration. Nous avons trois invités qui vont se présenter, ainsi que
M. Tim Morson, qui est en visioconférence.
Alors,
mesdames, messieurs, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes
pour exposer votre point de vue sur le
plan pluriannuel, et ensuite on va entamer la période de discussion avec les
parlementaires. Alors, le temps est à vous.
Association canadienne des conseillers professionnels
en immigration (ACCPI)
M. Jade (Dory) : Bonsoir, Mme la
Présidente, Mme la ministre, mesdames, messieurs, les membres du comité.
Merci de nous avoir invités pour discuter de nos... du mémoire qu'on vous a
présenté.
Mon nom, c'est Dory
Jade, et je suis le directeur général de l'Association des conseillers
professionnels en immigration. M'accompagnent ce soir la présidente,
Mme Kathy Pellerin, qui est aussi consultante en immigration,
Mme Sylvie Gonin, qui aussi est consultante en immigration et ancienne
membre du conseil d'administration, et M. Timothy Morson, en ligne, qui
est membre de l'ACCPI et membre du comité de lobbying.
L'ACCPI,
c'est l'association qui représente les consultants en immigration. Elle
fonctionne en concert avec le collège
qui est connu sous le nom de CICC et qui réglemente les conseillers en
immigration. L'association joue le rôle de l'association professionnelle
des membres.
J'ai une déficience visuelle, je suis légalement
aveugle, et j'aimerais bien, si vous voulez m'adresser la parole, de me mentionner clairement ça. Je donne
la parole à Kathy pour commencer la lecture de l'allocution. Merci.
Mme Pellerin
(Kathy) : Bonsoir. Merci. Et donc je vais commencer par parler des
niveaux d'admission dont l'ACCPI prend résolument parti pour le scénario 1
ainsi que les points a et b. Les textes justificatifs du cahier de consultation
reprennent les segments que nous avions soulevés en 2016 et 2019 pour appuyer
une hausse de niveaux. Notre seule réserve concerne les tableaux des admissions
projetées pour les gens d'affaires.
Tout comme les
personnes qui déposent une demande de résidence permanente à la suite de
l'obtention du CSQ du PEQ pour les diplômés de Québec, les gens d'affaires
devraient être admis en continu. En effet, les cibles d'admission sont vraiment
basses concernant les gens d'affaires. Si des gens intéressés répondent aux
exigences rehaussées de ces programmes, selon quelle logique devons-nous
limiter le nombre de gens d'affaires ou 450 pour les années 2025, 2026 et
2027? Avons-nous trop de gens d'affaires au Québec?
• (19 h 20) •
Et je vais continuer
avec le rehaussement de la part d'immigration francophone. Nous y sommes
favorables, mais nous croyons que le niveau de français minimum selon l'échelle
applicable aux personnes immigrantes devrait se
situer au niveau 5 à l'oral pour le requérant principal et 3 pour le
conjoint qui l'accompagne. Ces niveaux, bien que modestes, sont suffisants,
selon nous, pour que des efforts de francisation subséquents portent rapidement
leurs fruits.
Concernant
l'importance de l'immigration économique, nous recommandons fortement de
conserver une certaine flexibilité concernant la répartition de l'immigration
économique en regard de l'immigration humanitaire et familiale. Nous serons cependant heureux de voir croître naturellement
la part des personnes sélectionnées par le Québec.
En
ce qui concerne contribuer à la limite des effets du vieillissement de la
population, nous appuyons cette orientation, mais nous sommes surpris
que, parallèlement à l'élimination de la grille de sélection dans le projet de
modification publié le 7 juin dernier,
rien n'a été prévu pour prendre en compte la présence des enfants. Même si ces
modifications portent sur l'immigration
économique permanente, il y a toujours des préoccupations démographiques dans
les politiques d'immigration québécoise. Merci. Et je cède la parole à
Mme Sylvie Gonin.
Mme Gonin
(Sylvie) : Oui. Alors, je poursuis avec les délais de traitement. Le MIFI
a longtemps été en mesure de traiter les
dossiers du PEQ en 20 jours ouvrables. Il n'y avait pas de... il n'y a pas
de raison, avec l'allègement des
conditions proposé récemment, en particulier pour le volet des diplômés, que le
MIFI ne retrouve pas ce niveau de qualité de services dans les délais.
En
ce qui concerne les ressources budgétaires disponibles pour le traitement, nous
réitérons nos demandes de 2016 et de 2019 pour que le frais de
tarification serve uniquement à financer les opérations de sélection du MIFI au
lieu d'être envoyé au fonds consolidé de la province, comme c'est le cas
actuellement.
Concernant la
capacité d'accueil, la réflexion sur la capacité d'accueil ne devrait pas se
limiter à un exercice fait tous les trois ou quatre ans, mais devrait faire
l'objet d'un processus continu. Le MIFI, le gouvernement dans son ensemble et la population du Québec pourraient
bénéficier de l'existence d'un organisme permettant la réflexion et la consultation
en immigration et intégration, notamment pour documenter notre capacité
d'accueil.
En 2007, le
gouvernement a, selon nous, aboli inutilement le Conseil des relations
interculturelles, dont les avis ont été, la plupart du temps, fort pertinents.
Sans faire revivre tel quel l'organisme, la création d'un organisme rassemblant toutes les parties prenantes de
l'immigration qui serait autonome du MIFI pourrait s'avérer fort utile pour
dégager les consensus dont la société québécoise tirerait profit.
Maintenant,
concernant l'immigration temporaire, le nombre de travailleurs temporaires et
d'étudiants présents au Québec a considérablement augmenté depuis quelques
années. Nous aurions aimé avoir l'occasion d'élaborer un peu plus cette question dans le présent exercice
de consultation, mais nos membres... puisque nos membres sont activement
présents, là, dans ce mouvement-là.
Donc, maintenant,
pour la réforme à venir dans l'ensemble des programmes d'immigration
économique, nous vous invitons à prendre connaissance, en annexe, de notre
mémoire et de nos récents commentaires sur le projet de règlement modifiant le
Règlement sur l'immigration au Québec, publié le 7 juin dernier. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors
donc, ça a été rapide. Merci beaucoup. On va donc entamer la période d'échanges
avec les parlementaires. Du côté de la banquette gouvernementale, je reconnais
la ministre. Donc, comme à l'habitude, vous bénéficiez d'une période de
16 min 30 s. La parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la Présidente.
Alors, merci à vous quatre pour votre participation aux échanges. Je crois que
c'est la première fois qu'on a une formule hybride, donc c'est intéressant de
voir que c'est possible d'adopter cette formule-là pour nos consultations.
Alors, bien, merci d'avoir déposé un mémoire et d'être venu à notre
rencontre, c'est très apprécié, pour nous, de partager... que vous partagiez
votre expertise et votre expérience.
Je commencerais par
un thème que vous venez tout juste d'aborder, madame, à savoir celle de la capacité
d'accueil. J'aimerais vous entendre sur ce
que vous verriez qui soit à inclure dans ce que l'on appelle la capacité
d'accueil. Et j'entends que vous proposez de la réviser non pas aux
trois, quatre ans, mais plutôt d'une manière beaucoup plus fréquente. Donc,
comment est-ce que vous verriez qu'on puisse avoir une mécanique qui soit
peut-être en continu? Et qui seraient les participants à l'élaboration de cette
capacité d'accueil? Qu'est-ce que vous y mettriez?
Mme Gonin (Sylvie) : Oui, on parlait, en fait,
de plusieurs parties prenantes qui seraient les... qui viendraient recréer, en fait, ce qui existait à la base. Puis,
bon, la capacité d'accueil, je pense, je vais laisser M. Dory aller de
l'avant... on s'était partagé...
M. Jade
(Dory) : Donc, c'est correct. Merci, Sylvie. En fait, ce qui arrive,
c'est qu'on doit regarder ça d'une façon stratégique. Vous avez, probablement,
si on peut nommer ça, un peu une idée de droite qui dit : Une personne qui
arrive ici, qui trouve un emploi est déjà intégrée. Et on peut aller beaucoup
plus à gauche en disant : Non, il faut faire
tenir la personne par sa main puis lui faire passer toutes les étapes, incluant
la francisation et toute autre étape pour que cette personne s'intègre.
Nous, ce qu'on pense, c'est quelque chose qui est régulier, continu. En fait,
en disant «quelque chose», je veux dire une commission ou un groupe de
personnes relié au ministère qui fait des rapports pertinents. Parce que, ce
qu'il arrive, c'est que, jusqu'à date, et selon mon expérience, ça fait plus de
20 ans dans le domaine, il n'y a pas une définition claire, c'est quoi,
l'intégration. Et, peut-être, avec un système pareil continu, on arrivera un
jour à dire : Pour nous, au Québec, s'intégrer, c'est tel... disons, on
rétrécit ça à une liste d'engagements que le gouvernement et la population
peuvent atteindre pour pouvoir considérer une personne qui est bien intégrée,
ou mieux intégrée, ou peu intégrée.
Mme Fréchette : Donc, vous,
vous parlez de capacité d'intégration, ce qui me semble être un peu différent
de la notion de capacité d'accueil. Parce que capacité d'intégration, bien, ça
prend un accompagnement, ça prend une connaissance de la langue, ça prend un
emploi à la hauteur de ses compétences, et tout ça. Tandis que la capacité
d'accueil, pour moi, c'est plus des éléments externes à la personne, là, c'est
par exemple la possibilité d'accéder à un logement, la possibilité d'accéder à
une place en CPE s'il y a des enfants qui requièrent ces centres, ça peut être
la capacité d'accéder à des soins de santé. Donc, est-ce que la proposition que
vous avez, par rapport à une mécanique de révision en continu, c'était
davantage lié à la capacité d'intégration ou la capacité d'accueil?
M. Jade (Dory) : Parfait. Merci
pour la clarification. En fait, pour l'accueil en tant que tel... nous, on
parlait d'intégration, mais, en tant
qu'accueil, c'est plus une question de nation. En d'autres termes, il faut
vérifier c'est quoi, l'investissement qu'un gouvernement voudrait mettre
aujourd'hui pour le récupérer plus tard. Donc, c'est beaucoup plus axé
sur l'économie. Donc, nous, on parlait probablement plus d'intégration dans mon
commentaire.
Mme Fréchette : D'accord. On a
travaillé beaucoup, de notre côté, la capacité d'intégration au cours des
dernières années, là, en travaillant avec des organismes déployés partout au
Québec pour accompagner les personnes immigrantes. Également, il y a Francisation
Québec, qui fait partie des leviers que l'on a mis en place, là, pour améliorer la capacité d'intégration. Et, également,
il y a nos bureaux régionaux qui sont déployés dans 73... avec 73 antennes, neuf directions régionales.
Donc, tout ça, c'est... ça fait partie de la capacité d'intégration qu'on a
travaillée beaucoup ces dernières
années puis qu'on va continuer à faire évoluer également. Mais la notion de
capacité d'accueil est quand même assez centrale aussi à la réflexion
actuelle, considérant les limitations, particulièrement en matière de
logements. Donc, merci.
Je vous amènerais maintenant sur le niveau de
français. Vous mentionnez à la page 3 que le niveau de français
exigé, là, des personnes immigrantes devrait être le niveau 5. Donc,
j'entends que ce devrait être, selon votre point de vue, niveau 5 pour
tous, peu importe le statut et le type d'emploi exercé par les personnes qui
travaillent. Donc, est-ce que vous ne
craignez pas que ça soit limitant, un peu, pour les personnes... pour certains
types de professions à haute
qualification, que le fait qu'ils soient de niveau intermédiaire, mais au tout
début de la catégorie intermédiaire en
termes de connaissance du français? On sait que la communication au sein des
entreprises, c'est assez central. Donc, la maîtrise du français, c'est
un élément vraiment de grande importance, particulièrement pour les personnes
qui ont des hautes qualifications. Donc, j'aimerais vous entendre sur cette
proposition que vous avez.
• (19 h 30) •
M. Jade (Dory) : Quelqu'un
voudrait répondre?
Mme Gonin (Sylvie) : Bien, oui,
je vais prendre...
M. Jade (Dory) : Oui, vas-y,
Sylvie.
Mme Gonin (Sylvie) : En fait,
moi, je suis beaucoup plus terrain, là, que... Ce que je remarque, les
entreprises, oui, c'est important que les gens parlent français, il y a
différents niveaux de postes, comme vous dites. Effectivement, si c'est des
gens qui font du service à la clientèle ou qui sont dans des emplois où la
santé-sécurité est enjeu pour les autres travailleurs ou pour eux-mêmes, les
niveaux de français, oui, effectivement, il faut que ce soit peut-être plus
élevé. Mais, par contre, il y a beaucoup d'emplois qui se... qui peuvent être
faits avec un niveau 5, niveau 3 pour les conjointes. On a quand
même, depuis plusieurs années, eu des gens qui sont rentrés ici, au Québec, et
puis qui ont évolué de cette façon-là. Donc, c'était un peu ce qu'on remarque sur
le terrain.
Puis je mentionnerais, concernant les bureaux
que vous avez mis en place, et tout ça, c'est... je ressens, de la part des
employeurs et des travailleurs, vraiment une grande appréciation de ça. Je me
le fais dire régulièrement, là : les
efforts que vous avez faits au niveau de la francisation, ça se remarque sur le
terrain. Puis, c'est ça, c'est un service qui est apprécié. En fait, il
y a peut-être eu des petites lacunes, là, dernièrement, avec le niveau que vous
avez rajouté pour centraliser, mais j'imagine que c'est un ajustement puis que
ça va se... revenir à ce que c'était récemment, là.
Mme Fréchette : Bien, merci.
C'est une capacité d'intégration, là, que l'on a rebâtie, parce que, bon, sous
le gouvernement antérieur, là, l'ensemble des bureaux en région avait été
fermé. On s'est aussi affairé à rétablir les équipes qu'il y avait à
l'international. La plupart d'entre elles avaient été, là aussi, abolies. Donc,
on s'est assurés de reformer les équipes à
l'international et de les déployer, même, à plus large échelle pour faire en
sorte qu'on ait un continuum qui parte du pays de provenance ou de la région de
provenance — des
fois, ça couvre un ensemble de pays — jusqu'à la région dans
laquelle ils vont s'établir au Québec pour être certain que tout ce... tout
fait l'objet d'un suivi, là, à chaque étape. Et on s'assurera de passer les
bons mots que vous avez par rapport aux bureaux en région, à nos équipes. Ils
vont être contents de l'entendre.
Je vous amène à la
page 7 de votre mémoire, où vous affirmez que «le gouvernement pourrait
bénéficier de l'existence d'un organisme
permanent de réflexion et de consultation qui serait semblable à l'ancien Conseil des relations interculturelles».
Donc, j'aimerais ça, que vous me parliez des raisons, là, qui justifieraient,
de votre point de vue, la création d'un tel organisme et comment verriez-vous
que tel organisme fonctionne.
M. Jade (Dory) : OK. Je vais prendre cette
question, Mme la ministre. L'organisme que nous envisageons, c'est une entité
qui aurait des personnes et qui viennent de l'académie, des personnes des
recherches ainsi que des personnes sur le terrain.
Il y avait auparavant
un organisme qui a été aboli, comme on le mentionne, et nous pensons qu'un
tel... qu'une telle entité reliée au
gouvernement pourrait donner des recommandations pour pouvoir donner des
commentaires ou des recommandations axées sur le futur de l'immigration
au Québec. Donc, ce qui arrive, c'est que, pour être peut-être un peu plus
critiques, nous avons toujours fait une immigration, dans un sens, à court ou
moyen terme. Et, pour pouvoir regarder où est-ce qu'on va être dans
50 ans, il serait très important d'avoir quelque chose comme un organisme
comme on l'avait proposé, parce que ça va donner, avec le temps et l'évolution,
comment l'immigration pourrait aider le Québec pour le futur.
Mme Fréchette :
...d'organisme aviseur...
(Interruption)
Mme Fréchette :
...qui tiendrait compte de la réalité des différentes régions?
M. Jade (Dory) : Désolé. Mon iPad a pensé
que vous lui avez parlé. Pouvez-vous répéter? Parce que je me fie à l'ouïe.
Mme Fréchette :
Des fois, c'est les montres qui répondent, des fois, c'est le iPad.
Alors, vous diriez
que ce serait comme un comité aviseur qui tiendrait compte de l'évolution des
dynamiques au sein des différentes régions, qui serait fondé sur les parties
prenantes des différentes régions du Québec.
M. Jade
(Dory) : Absolument. Absolument. En fait, la régionalisation est
critique pour le succès. Et on sait ça depuis longtemps. Puis j'ai déjà été
devant cette commission à plusieurs reprises puis j'ai mentionné ceci. Le but d'un tel organisme, c'est de récupérer toute
l'information et de vérifier avec... Je comprends que vous mettez le français
comme cible principale, ce qui n'est pas
faux, en commençant. Par contre, est-ce que c'est la seule... le seul but qu'on
doit atteindre, juste avoir une immigration francophone, ou il faut aussi
balancer, par exemple? Donc, des questions pareilles peuvent être mises auprès
d'un tel organisme pour pouvoir répondre à ces grands enjeux.
Mme Fréchette :
Tout à fait. C'est un axe central, mais il y a d'autres considérations à y
avoir également, là, notamment la compétence de la personne pour être certain
que ce soit concordant avec les besoins du marché. Puis, d'ailleurs, notre
formule de Programme de sélection des travailleurs qualifiés est un grand atout
pour avoir une plus grande agilité, là, en matière de concordance avec les
besoins du marché.
Restons dans la
régionalisation. Vous savez que c'est une priorité pour notre gouvernement,
particulièrement pour mon ministère. On veut s'assurer, là, d'accroître le
nombre de personnes qui, dès leur arrivée au Québec, vont s'établir en région
ou sinon dans un deuxième temps, mais on veut augmenter, là, l'immigration
primaire en région. Vous mentionnez notamment, à la page 6, là, qu'il
devrait «être possible de valoriser les professions exercées par les
ressortissants étrangers en fonction des besoins régionaux». Donc, comment
est-ce que vous suggérez qu'on modifie les
critères d'invitation dans le Programme
de sélection des travailleurs qualifiés
pour qu'ils comportent, là, un avantage réel pour les personnes qui
veulent aller s'établir en région? Est-ce que vous avez pensé à la mécanique
comme telle? Puis est-ce que vous avez des idées, sinon des propositions pour
favoriser une plus grande attraction des personnes immigrantes en région?
M. Jade
(Dory) : Je vais donner la deuxième partie, peut-être, à Sylvie pour
répondre, mais je veux juste commencer en disant que, si vous regardez le
programme fédéral des régions, le Québec a, sous son... avec l'accord
Canada-Québec, ce pouvoir-là. Donc, vous pouvez voir, avec les municipalités,
les régions qui ont besoin puis de peut-être créer des programmes vraiment
régionaux, où la personne qui arrive au Québec... quasiment, là, dans un sens ou un autre, là, mais juste arrive à
l'aéroport de Montréal mais se déplace directement chez un... ou une communauté...
un employeur ou une communauté à l'extérieur de la grande région de Montréal ou
de Québec.
Et je sais que Sylvie
travaille avec, je pense, Tim dans ces régions-là, puis ils comprennent, sur le
terrain, comment ça pourrait fonctionner.
Mme Gonin (Sylvie) : Oui, c'est
sûr que c'est un... Oui, on pourrait en parler plus longuement. Mais, en fait,
en gros, le... présentement, ce que je remarque, c'est que le programme
régulier, là, c'est bien ce qu'on parle, avec le système de pointage, les deux
grilles de pointage, donc de pouvoir...
En fait, j'irais en amont
de ça, au niveau du PEQ, que, le fait d'avoir augmenté à 24 mois, on se
retrouve avec beaucoup de gens qui veulent passer par le programme régulier au
lieu d'attendre le 24 mois. Donc là, on se retrouve avec des gens que,
oui, ça vaut la peine, là, 24 mois, au lieu de les attendre, de faire une
offre d'emploi validée, de passer par le programme régulier. Donc, ça vient
peut-être surcharger déjà votre système de ce côté-là. À partir du moment qu'ils parlent français, qu'ils
ont déjà leur... qu'ils sont déjà intégrés dans l'entreprise, pourquoi aller
attendre, en fait... de faire passer par le système régulier? Ça viendrait
peut-être... si on le ramène à 12 mois, ça ne vaudra plus la peine,
en fait, de passer par le système... le système d'offres d'emploi validées et
le programme régulier.
Donc là,
je... En fait, c'était une approche de ce côté-là. Mais votre question était
plutôt au niveau du système de pointage, si j'ai bien compris, ce qu'on
voudrait améliorer à ce niveau-là.
• (19 h 40) •
Mme Fréchette : Bien,
sur les leviers dont on dispose pour attirer davantage en région les personnes
immigrantes.
Mme Gonin (Sylvie) : C'est sûr
que le fait de pouvoir accélérer le processus pour obtenir la résidence
permanente... puis, une fois qu'ils sont intégrés, qu'ils sont en poste, c'est
sûr que c'est un intérêt pour eux de rester dans le milieu où ils sont déjà,
avec un emploi qui... pour lequel ils sont venus travailler au Québec, là.
Mme Fréchette : Merci. Mme la
Présidente, je vais céder la parole. Je ne sais pas combien de temps...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...15 secondes.
Mme Fréchette : Oupelaïe!
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, peut-être des remerciements.
Mme Fréchette : Le temps a
passé vite.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Oui, le temps passe vite.
Mme Fréchette : Alors, merci
pour votre contribution aux échanges et... À suivre. Merci. Au revoir.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, le temps imparti à l'aile gouvernementale vient de
se terminer. Je me tourne maintenant du côté
de l'opposition officielle avec le député de Nelligan — c'est
ça — pour
une période de 9 min 54 s. Le micro est à vous.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous trois. Bonjour à vous à distance. Bienvenue en commission parlementaire. Première question, je
voulais juste savoir pourquoi vous voulez... Vous demandez au MIFI de rendre
«publique, à chaque année, une analyse par sous-catégorie d'immigration de ses
surplus ou de ses déficits de recouvrements de coût de sélection générés
par la tarification des demandes d'immigration». Vous êtes le premier groupe
qui demande ça. Allez-y, dites-nous pourquoi.
M. Jade (Dory) : Bonne
question. En fait...
M. Derraji : Bien, c'est votre
constat.
M. Jade (Dory) : En fait, c'est
une recommandation qu'on a emmenée depuis plusieurs années et c'est aussi simple que... Bien, d'une façon simple, l'argent
payé par les immigrants devrait servir aux immigrants. Et on comprend que le fédéral donne au Québec une partie pour
l'intégration, et tout ça. Mais, si vous regardez, et surtout quand il y avait de
gros nombres de dossiers en investissements, les montants que le MIFI
récupérait — et
je n'ai pas les chiffres présentement, mais je peux vous les faire parvenir, et
je suis sûr que vous avez accès à ça très facilement — étaient
beaucoup plus supérieurs à la dépense pour opérer le ministère. Donc, nous, on
pense que ça devrait être... et il n'y a pas une loi au Québec qui exige ceci,
contrairement au fédéral...
M. Derraji : Donc, ce que vous
dites, c'est que...
M. Jade (Dory) : ...où les
dépenses et les revenus doivent se balancer, dans un sens.
M. Derraji : Oui.
Oui, c'est une logique comptable. Mais ce que vous êtes en train de nous dire,
c'est comme si le MIFI fait trop d'argent avec les demandes
d'immigrants. Est-ce que c'est ça que vous voulez dire?
M. Jade (Dory) : Moi, ce que je
dis, c'est que l'argent payé par les personnes qui posent des... qui déposent
des demandes en immigration, le total est supérieur au montant nécessaire,
selon les données qu'on a, pour opérer le ministère.
M. Derraji : OK. Moi, j'ai hâte
à voir...
M. Jade
(Dory) : En d'autres termes, si vous mettez plus
d'emplois... excusez, plus d'employés, probablement, ils traiteront
plus... des demandes plus rapidement, peut-être.
M. Derraji : Partagez avec nous
les données que vous avez. Nous aussi, on va voir un peu avec les données qu'on
a. Est-ce que c'est...
M. Jade (Dory) : Oui. C'est
accessible par l'accès à l'information, oui.
M. Derraji : Oui, mais,
parfois, il faut attendre la réponse pendant plusieurs mois. Je pense qu'on
navigue tous dans les mêmes documents.
Est-ce que c'est facile, immigrer au Québec,
comparativement aux autres provinces canadiennes?
Mme Pellerin (Kathy) : Malheureusement,
non. La vérité, c'est que ça prend vraiment trop longtemps. Et, quand on parle
aussi de francisation et de l'exigence d'un niveau de français, il faut
considérer aussi qu'au niveau fédéral et
dans d'autres provinces il existe des priorités francophones. Donc, la
compétition est forte, et on perd beaucoup d'immigrants qui vont vers n'importe quelle autre province parce que les
délais de traitement sont vraiment très longs.
M. Derraji : ...parfois même le
niveau d'exigence du français, parce que...
J'aimerais bien vous entendre sur le PMI.
Comparativement à un immigrant qui aimerait venir au Québec directement et qui
ne parle pas un bon français, et son niveau n'est pas élevé, il peut utiliser
d'autres voies et atterrir au Québec. Est-ce que vous partagez ça?
Mme Pellerin (Kathy) : Est-ce
que vous pouvez répéter la question?
M. Derraji : Le PMI. Le PMI,
c'est un programme canadien en termes d'exigence du français.
M. Jade (Dory) : Peut-être Tim.
Est-ce que tu aimerais répondre à cette question?
M. Morson
(Tim) : Oui. Est-ce qu'on peut juste répéter la question?
Je comprends qu'on parle du Programme de la mobilité internationale.
M. Derraji : Oui, oui.
Absolument. Juste une question, pour le bénéfice des membres de la
commission : Quelqu'un qui ne parle pas... qui n'a pas le niveau français
pour passer à travers un programme directement au Québec, est-ce qu'il peut
utiliser le PMI, avec un niveau plus bas en français, et quand même atterrir au
Québec?
M. Morson
(Tim) : Alors, avec le PMI, il y a zéro exigence en
matière de l'anglais ou du français. Ça, c'est un... Ça, ça va dépendre un peu de l'employeur. Mais,
d'un point de vue immigration, le français ne joue pas nécessairement
dans la décision d'émettre un permis travail. Donc, je ne sais pas si ça, ça
répond vraiment à la question...
M. Derraji : Ça répond
parfaitement à ma question. Là, maintenant, je veux reposer une autre
question : Avec toutes les mesures que ce gouvernement a faites depuis la
dernière élection, depuis 2018 à 2022, et même maintenant, pensez-vous qu'on
contrôle vraiment l'immigration au Québec avec les différents programmes?
M. Morson (Tim) : Est-ce que je
peux répondre?
M. Derraji : Oui, oui. Allez-y,
allez-y. Oui, oui.
M. Morson
(Tim) : OK. Bien, il y a différentes réponses,
dépendamment de ce qu'on veut dire par «contrôler l'immigration». La
dernière question, par rapport à la...
M. Derraji : ...vous venez de
faire la démonstration que quelqu'un qui ne parle pas du tout français peut
utiliser le PMI et venir au Québec. Nous, depuis plusieurs années, ce que les
gens disaient sur la table, surtout de la part du gouvernement : Écoutez,
on baisse les seuils, on contrôle l'immigration, tout est parfait. Mais on
utilise ce qu'il y a... On oublie qu'il y a d'autres programmes.
Donc, vous êtes des experts en immigration. Vous
faites affaire avec beaucoup de demandes d'immigration. Est-ce que le constat
que le Québec contrôle son immigration... je vois que vous êtes d'accord, vous
pouvez aussi répondre, est-ce que ce constat est véridique? Est-ce que c'est
vrai?
Mme Pellerin (Kathy) : Non, pas
entièrement. Et je dirais aussi que, malheureusement, pour ceux qui ont
contrôle, à cause de plusieurs problèmes qui existent dans les processus, les
délais, les plateformes, beaucoup de choses, ça fait en sorte que non seulement
on ne contrôle pas, mais la partie qu'on contrôle, malheureusement, on la perd
à d'autres provinces ou des programmes fédéraux. Parce qu'il faut quand même se
rappeler... des fois, on oublie qu'on parle,
ici, des humains, et, les gens, la frustration est énorme quand on parle d'un
processus auquel on ne connaît pas quelle va être la fin, si on va
qualifier ou pas, ou qu'on commence aujourd'hui un processus, mais que, demain,
ça change et qu'on se
sent très traumatisé par le processus. Donc, c'est sûr que, là, on le contrôle,
et il faut penser plus à comment on inspire les gens à rester ici et ne
les... peut-être sans vouloir, les pousse à partir ailleurs au Canada.
M. Derraji :
Lors de la dernière réforme du Programme de l'expérience québécoise, le
PEQ, est-ce que vos membres vous ont dit qu'ils ont reçu des appels pour
quitter le Québec pour les autres provinces canadiennes?
Mme Pellerin
(Kathy) : Oui, on les reçoit aussi beaucoup plus depuis les
changements d'Entrée express, où le gouvernement fédéral priorise, dans le
fond, l'immigration francophone et parce qu'encore une fois c'est à cause de la
rapidité du processus, mais aussi à cause de vraiment beaucoup trop de
changements et d'incertitudes face à l'avenir de l'immigration au Québec. Et
donc ça fait vraiment peur aux personnes immigrantes de se trouver sans une
maison encore.
M. Derraji :
Oui. J'ai eu comme information, il y a quelques jours, que des visiteurs
avec des visas touriste, après six mois, ils peuvent aller chercher, vu la
pénurie de travail énorme, des permis de travail et rester au Québec ou au
Canada. Est-ce que c'est vrai?
Mme Pellerin
(Kathy) : Il y a eu des programmes spéciaux qui se sont mis en place,
donc il y a quand même une facilité pour faire le processus, mais ce n'est pas
nécessairement plus facile que... aussi rapide que ça. Mais il y a aussi le
fait que, pour les processus d'EIMT au Québec, il y a beaucoup plus de
processus à faire, donc ça donne en sorte que, par exemple, à l'extérieur du
Québec, on peut avoir un EIMT sans nom, donc ça veut dire qu'on peut mettre
n'importe quel employé dans le EIMT, chose qu'au Québec on ne peut pas faire.
Donc, ça donne quand même un autre avantage à la personne de partir à une autre
province.
M. Derraji : Juste clarifier ça, parce
qu'il y a le tour du poteau à la frontière américaine, mais, techniquement,
aujourd'hui, un visiteur... Ça a été fait par le gouvernement fédéral à cause
de la pandémie, mais c'est aussi possible au Québec. Un employeur qui a besoin
d'un travailleur avec un visa touriste, après six mois, vos membres vous disent
que c'est possible de lui donner un permis de travail fermé avec tout le
processus de l'EIMT, et tout. Est-ce que c'est quelque chose que vous
voyez d'une manière assez...
• (19 h 50) •
M. Jade
(Dory) : Je pense que vous posez une question technique, mais je sais
que vous voulez arriver à un autre but. Je comprends. Je veux juste peut-être
vous répondre...
M. Derraji :
Non, non, je n'ai aucun but. Je n'ai aucun but. Mon but... Non, non, je
n'ai aucun but.
M. Jade
(Dory) : OK. Je veux juste vous répondre en disant : Ça, c'est une
compétence fédérale sous la Constitution.
Pour que le Québec aille chercher quelque chose comme ça, c'est de réouvrir
l'accord. Et c'est très complexe, et probablement ni l'un ni l'autre,
fédéral ou provincial... et je ne parle pas au nom du gouvernement parce que je
ne sais pas, mais, en principe, peut-être, aucun des deux, depuis 1991, n'a
voulu réouvrir l'accord. C'est... Mais, ça, ce que vous mentionnez, monsieur, c'est 100 % une compétence fédérale,
et ils peuvent l'imposer à travers le Canada, incluant le Québec.
M. Derraji :
Oui, oui, je vais juste revenir, je vais juste revenir à l'essentiel, parce
que j'ai été contacté par des gens qui ont eu de la fausse représentation, qui
sont au Québec, présentement, avec des visas touristes.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Le temps est maintenant écoulé pour
l'opposition officielle. Alors, merci
beaucoup, M. le député. Je me tourne maintenant du côté du deuxième groupe
d'opposition, avec 3 min 18 s. La parole est à vous.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup pour votre présentation. Écoutez, vous parlez que les coûts
de CSQ dépassent largement ce que ça coûte réellement. Est-ce que vous avez
quantifié ou vous avez un chiffre? Ça coûte 300 $ de trop par CSQ?
400 $ de trop?
M. Jade
(Dory) : Pas par tête mais par volume.
M. Cliche-Rivard :
Par volume.
M. Jade (Dory) : Oui. On peut partager
avec vous. Ça, c'est de l'information qui est accessible, là. Vous pouvez
l'avoir peut-être plus vite que nous aussi. Mais ça fait plus que 10 ans
qu'on parle de ceci.
M. Cliche-Rivard : Parce que je le vois dans
un double scénario où IRCC redemande en plus aux candidats du Québec de payer
en double, en fait, parce qu'on repaie la qualification, et certainement, quand
on parle d'immigration économique, où
c'est le Québec qui fait le travail de sélection, où le Québec vérifie les
diplômes, Québec vérifie l'expérience de travail, Québec regarde la
qualification de français, de l'anglais, etc. Après, IRCC gonfle ses tarifs.
Depuis la nouvelle modification surtout, il y a un tarif qui n'est pas
uniforme, hein? Dans l'économique, c'est encore plus cher que dans les autres
catégories, notamment humanitaire.
Comment
ça se fait qu'au Québec on est pénalisé à ce point-là au terme où nos candidats
économiques paient le double que les autres candidats des autres provinces?
M. Jade
(Dory) : Parce que c'est deux paliers de gouvernement.
M. Cliche-Rivard :
Mais il y en a un seul qui fait le travail de vérification de sélection
économique.
Mme Gonin
(Sylvie) : Non, non. Le fédéral fait quand même tous les antécédents
et la santé.
M. Cliche-Rivard :
Va vérifier, oui, le médical. Le médical, ce n'est pas IRCC qui fait le
médical, c'est un médecin qui est payé à 200 $, 300 $ par le
eMedical. Le sécuritaire, vous fournissez votre certificat de police.
Donc, permettez-moi,
vous avez une revendication à l'effet qu'on paie trop au provincial. Moi, je
vous soumettrais qu'on paie outrageusement trop au fédéral pour notre
qualification économique. J'aimerais ça que vous preniez cette revendication-là
de la même façon que vous la prenez pour le Québec et que vous demandiez à
IRCC : Ça n'a plus de bon sens. Parce qu'on est hautement désavantagés,
là, le Québec.
M. Jade
(Dory) : Peut-être, on l'est. Par contre, il faut savoir qu'eux, ils
fonctionnent avec une balance, à balance zéro, là, en budget. Donc, s'ils
vont... Bien, c'est au Québec, probablement, de demander. Si une demande qui a
été traitée pour la sélection au Québec et après une admission au fédéral, à ce
moment-là, probablement, il faut que le Québec demanderait une baisse de ce
montant-là, si le fédéral accepte. Mais, s'il l'accepterait, je vous dis que ça
va augmenter le prix de l'autre qui... Parce que c'est... Vous comprenez
comment ça fonctionne. C'est comme le passeport. C'est : Ils ne peuvent
pas faire de l'argent avec ça au fédéral.
M. Cliche-Rivard :
Vous parlez d'admettre en continu les gens d'affaires. Donc, vous parlez en
plus de réouvrir le programme tel que présenté par la ministre?
M. Jade
(Dory) : Bien, même... OK, juste à nuancer, on parle d'entrepreneurs.
M. Cliche-Rivard :
Entrepreneurs seulement?
M. Jade
(Dory) : Oui, mais c'est sûr qu'on parle aussi des investisseurs.
M. Cliche-Rivard :
Parce qu'il y a plusieurs catégories.
M. Jade
(Dory) : Il faut vraiment alléger pour avoir plus d'investisseurs,
pour avoir plus d'argent dans le système,
pour qu'Investissement Québec ait plus de sous dans les fonds, ça, c'est sûr.
Mais aussi, ce qu'on mentionne plus,
c'est l'entrepreneuriat. Vous mettez... Le gouvernement met ça... ou vous
proposez 450. On se pose la question : Il y a-tu tellement de gens
d'affaires au Québec?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Je dois vous
arrêter.
M. Jade
(Dory) : Ah! désolé.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Le temps imparti au deuxième groupe
d'opposition...
M. Cliche-Rivard :
Merci.
M. Jade
(Dory) : Merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Avant de céder la parole à notre
député de Matane-Matapédia, vous avez mentionné que vous auriez peut-être des
documents à rendre disponibles. Alors, je vais vous inviter à les envoyer au
secrétariat de la commission.
M. Jade
(Dory) : Avec plaisir.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
M. le député de Matane-Matapédia, 3 min 18 s. Le temps commence.
M. Bérubé :
Merci. Bienvenue à l'Assemblée nationale. En page 9, vous parlez de
l'immigration temporaire. Je cite :
«Comme le mentionne le texte du cahier de consultation, l'immigration
temporaire a pris une ampleur accrue depuis quelques années. Le nombre
de travailleurs temporaires et d'étudiants présents au Québec a
considérablement augmenté. Nous aurions aimé
avoir l'occasion d'aborder cette question en profondeur à l'occasion du présent
exercice de consultation.» Je vous en donne l'occasion. Qu'est-ce que
vous aimeriez dire à cet égard?
M. Jade (Dory) : OK. On va
partager un peu le temps qu'il reste, mais qui aimerait parler de ça?
Mme Gonin
(Sylvie) : Oui, en fait, c'est ça, là où on voulait approcher, c'est
que, présentement, la province de Québec a
des outils qui sont sous-exploités. Je parle, là, de la CNESST, qui a mis
des... qui a réglementé, si on veut, le recrutement puis qu'ensuite, au
MIFI, ça ne suit pas. Ça devrait être identifié, quand on fait des CAQ pour les
travailleurs, que ces travailleurs-là... De quelle façon ils sont entrés ici?
Est-ce qu'ils ont été recrutés par des gens compétents?
Si on veut se retrouver avec des gens qui ont la capacité d'apprendre le
français ou qui ont les compétences pour les postes, ça nous prend des
gens en amont qui recrutent avec des bonnes... les bonnes techniques et qui
sont réglementées ou... Donc, oui.
M. Bérubé : Si je peux me permettre,
quant au nombre, avez-vous une observation? C'est pas mal de monde.
Quant au nombre total?
M. Jade
(Dory) : On a des nombres à travers le Canada, mais moi, je... on n'a
pas de nombre pour le Québec présentement.
M. Bérubé :
Québec, des centaines de milliers?
M. Jade
(Dory) : On parle de plusieurs millions, là.
M. Bérubé :
Centaines de milliers au Québec?
Mme Gonin
(Sylvie) : Milliers, oui.
M. Jade
(Dory) : Oui, c'est sûr.
M. Bérubé :
Beaucoup de monde.
Mme Gonin
(Sylvie) : Bien, personnellement, je n'ai pas le nombre.
M. Bérubé :
Vous n'avez pas une réflexion sur le nombre? C'est, comme, tant qu'il y en
a?
M. Jade (Dory) : Mais il est déjà
réglementé par d'autres moyens, parce que le Québec gère son marché du travail.Donc, c'est comme ça que c'est réglementé, dans un sens.
M. Bérubé :
OK. Sur la gestion que nous demandons pour le Québec et que le gouvernement
demande, totale de l'immigration, vous vous posez la question : Pour en
faire quoi?, si j'ai bien compris votre mémoire. Donc, pourquoi on voudrait
tous les pouvoirs? Moi, je vous suggère que c'est pour, notamment, des raisons
d'efficacité. Est-ce que vous trouvez qu'il y aurait des avantages à ce que le
Québec soit le seul gestionnaire de son immigration?
M. Jade (Dory) : C'est... OK. Peut-être,
ça va être dur de l'admettre, mais c'est presque impossible parce que la
Constitution est claire, et le fédéral ne cédera jamais tous ses pouvoirs de
cette façon-là.
M. Bérubé :
Est-ce que ça serait souhaitable que le Québec puisse gérer l'ensemble de
son immigration?
M. Jade
(Dory) : Peut-être, dans le domaine du temporaire, il faudrait
peut-être négocier pour améliorer la main-d'oeuvre de qualité à l'intérieur de
la province avant que les personnes deviennent sélectionnées et après admis
comme résidents permanents.
M. Bérubé :
Le fait d'avoir deux ministères, de mettre fin au dédoublement, est-ce que
vous y voyez des avantages?
M. Jade
(Dory) : Au Québec et au fédéral?
M. Bérubé :
Oui.
M. Jade
(Dory) : C'est la pratique partout au Canada.
M. Bérubé : Oui, mais est-ce... elle
est perfectible. Au lieu d'avoir deux ministères, si on en avait qu'un seul?
M. Jade
(Dory) : Non, c'est mieux de cette façon, à mon avis personnel, et
je... Oui, je pense que oui.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup.
M. Bérubé :
Merci.
M. Jade
(Dory) : Merci à vous.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, c'est tout le temps que nous
avions. Merci pour cette présentation et les réponses que vous avez fournies
aux parlementaires.
Alors, je vais suspendre la commission quelques
instants, le temps de recevoir le prochain groupe. Bonne fin de soirée,
mesdames, messieurs.
(Suspension de la séance à 19 h 59)
(Reprise à 20 h 03)
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous
plaît! La commission reprend, donc, ses travaux.
Bonsoir, mesdames. Bienvenue à la Commission des
relations avec les citoyens. Vous représentez, donc, l'Association du Barreau canadien, division du Québec. Donc, je vous le
redis à nouveau, bienvenue à la commission. Vous allez disposer d'une
période de 10 minutes pour donner l'essentiel de votre mémoire, également
de vous présenter, et nous allons ensuite
entamer la période d'échange avec les parlementaires. La période commence
maintenant, et la parole est à vous.
Association du Barreau
canadien, division Québec (ABC‑Québec)
Mme Middlemiss (Lisa) : Merci
beaucoup pour cette invitation. Mon nom est Lisa Middlemiss, et je suis présent
avec Me Claudia Andrea Molina et pour l'Association du Barreau canadien,
division du Québec.
L'ABC, en fait, est une association nationale
qui regroupe plus de 36 000 membres, notamment les avocats, notaires,
professeurs et étudiants en droit, qui s'engagent à travailler à l'amélioration
du droit. La section nationale du droit de
l'immigration compte environ 1 200 membres. Et, aujourd'hui, ce soir,
nous aimerions porter votre attention à trois conséquences non voulues
de la planification proposée en recommandant des pistes de solution.
La première conséquence non voulue sera que le Québec
risque de perdre des talents au profit d'autres provinces et d'autres pays. Nous saluons l'objectif du gouvernement du
Québec de promouvoir la langue française, y compris dans cet exercice de planification en immigration, cependant,
nous craignons que de choisir la connaissance du français comme critère
de sélection éliminatoire risque d'engendrer une fuite de compétences. Les
facteurs tels que l'expérience de travail au
Québec, par exemple, la formation, une offre d'emploi permanent sont également
des bons indicateurs de la capacité d'intégration d'un candidat. Donc,
la conséquence non voulue est que le Québec se privera de candidats déjà
établis chez nous.
Par exemple, prenons un jeune couple, deux
citoyens du Brésil en statut valide de travailleurs étrangers temporaires. Une
personne travaille à Montréal en analyse de données pour une grande entreprise
québécoise. Après deux ans de l'expérience
de travail à temps plein, son niveau de français atteint le niveau 7
requise sur l'échelle québécoise afin de faire une demande de sélection
permanente qui la qualifierait pour immigrer au Québec. Malheureusement, son
époux n'arrive pas à atteindre le niveau de français 4 requis selon le
projet d'étude. En effet, le projet à l'étude n'impose pas seulement le français
à la candidate principale, mais aussi à son conjoint. Donc, ce couple brésilien
serait inéligible selon les critères proposés. Pourtant, ce couple avec un
membre... francophile est établi au Québec et dont
l'un des membres est francophone... est devenu francophone, se rend ensuite
compte qu'avec la plateforme fédérale Entrée
express il peut facilement recevoir une invitation et obtenir la résidence
permanente ailleurs. Il déménage à Toronto. Et le Québec perd, dans
cette situation, deux candidats sur la voie de la maîtrise du français.
La deuxième conséquence non voulue est le
manquement envers l'accord Canada-Québec de 1991. En fait, en regard les deux
engagements parallèles de l'accord, le premier, à poursuivre une politique
d'immigration pour le Québec qui reflète le poids démographique de notre
province au Canada et, le deuxième, d'assurer l'intégration des immigrants,
c'est le premier engagement que nous croyons n'est pas respecté dans les deux
scénarios d'immigration prévus. En fait, si le gouvernement du Québec maintient
ses niveaux actuels, il ne représenterait qu'environ 10 % des admissions
totales pour le Canada en 2024 et environ 11 % en 2025, alors que la
population du Québec est plus de deux fois ce pourcentage.
Et l'accord nous rappelle également que
certaines compétences relèvent uniquement du Québec, la sélection des immigrants économiques, par exemple, alors que
d'autres sont de juridiction du gouvernement fédéral, réunification
familiale, la classe humanitaire et réfugiés. Il n'est, donc, pas
constitutionnel pour le Québec de définir les seuils établis pour le regroupement familial fixés à seulement
10 400 personnes par année pour les réfugiés reconnus sur place,
fixés à 3 550 par année seulement, ainsi que pour les immigrants humanitaires,
450 par année.
La troisième
conséquence non voulue est un système d'immigration à deux vitesses. D'un côté,
on a les travailleurs étrangers francophones au Québec avec plusieurs
options de se diriger vers la résidence permanente, mais, d'autres côtés, on a
un nombre croissant de travailleurs étrangers temporaires qui résident et
travaillent au Québec sans aucun espoir de cheminer vers leur résidence
permanente. Et, avec l'objectif à atteindre 96 % de l'immigration
francophone au Québec, ceux qui ne sont pas capables obtenir le niveau 7
de langue française avant la date d'échéance de leur permis actuel ne se rendront pas à la résidence permanente. Pourquoi ne
pas... Pourquoi ne pas leur offrir, aux francophiles et aux
francotropes, la possibilité d'avancer leur français après la soumission de
leur demande de CSQ?
Prenons l'exemple populaire, par exemple, le
programme pilote pour les travailleurs des secteurs de l'intelligence
artificielle, technologies de l'information et effets visuels, avec le profil
Francisation. Nous devrons célébrer l'attractivité de la seule province
francophone au pays en facilitant des moyens pour les francophiles et francotropes de déposer
une demande de sélection permanente et de demeurer au Québec plutôt que de les
abandonner au purgatoire de statut temporaire pendant leur période
d'apprentissage et de les perdre par la suite au profit d'autres provinces.
• (20 h 10) •
Mme Molina (Claudia Andrea) : Le
Québec est une société reposant sur la primauté du droit. Le système de moindre
vitesse au Québec, causé par les seuils fixés pour les catégories du
regroupement familial, humanitaire et réfugiés, doit être éliminé car il
constitue un traitement défavorable qui viole la primauté du droit et va à
l'encontre de nos valeurs fondamentales
protégées par nos chartes et par notre Code
civil du Québec. Il cause des effets
non voulus et viole le droit à l'égalité et à la non-discrimination,
l'accès sans délai indu à la citoyenneté canadienne comprenant le droit à la
mobilité et le droit de vote, le droit à la protection des enfants des
préjudices irréparables causés par la séparation prolongée de leurs parents.
Les traitements défavorables causent aussi une
détresse psychologique et des préjudices économiques accrus. Ces seuils
punissent les personnes les plus vulnérables de notre société, incluant
notamment des enfants francisés au Québec,
des parents âgés, des personnes sans statut, des personnes victimes de violence
conjugale, des anges gardiens, les survivants de traite de personnes et
d'esclavage, des mères et des pères monoparentaux avec des enfants dans leur
pays d'origine, des réfugiés issus de communautés religieuses, des... et de la
communauté LGBTQ2S+ qui viennent au Québec pour retrouver leur droit à la
liberté, à l'égalité et à la sécurité. La prolongation des délais pour cesdites
catégories provoquera un retard à l'obtention de la citoyenneté canadienne et,
par conséquent, au droit de vote aux élections scolaires, municipales,
provinciales et fédérales et au droit à la mobilité et à la pleine
participation à la société canadienne et québécoise. En retardant, par exemple,
l'accès à certains emplois, l'accroissement de la famille et de la
participation à la vie politique, ces retards indus contrastent avec le site
Web du gouvernement du Québec, qui proclame que le Québec est une société libre
et démocratique qui repose sur le droit à l'égalité des personnes ainsi que sur
la pleine participation des personnes immigrantes à la société québécoise. La
prolongation des délais aura comme
conséquence non voulue de séparer les enfants de leurs parents québécois et de
mettre des vies en suspens, et ce, dans toutes les catégories où des
enfants demandent la résidence permanente et ou ont des parents qui sont à
l'étranger. Ceci viole notre obligation de protéger le meilleur intérêt de nos
enfants, tel que statué à l'article 39 de la Charte québécoise des droits
de la personne et à l'article 32 du Code civil.
Les personnes
réfugiées et protégées ou acceptées sous motifs humanitaires ou d'autres
programmes spéciaux peuvent parfois attendre jusqu'à cinq ans ou
beaucoup plus pour se réunir avec leur famille. Les délais additionnels vont
retarder l'intégration de leurs enfants dans la société québécoise et faire
souffrir des familles indûment. Il faut souligner que les personnes réfugiées
sont protégées et ne peuvent voyager dans leur pays d'origine, donc ne pas avoir de passeport canadien, ça peut avoir des
conséquences dramatiques. Tout ça va causer une détresse psychologique qui va affecter des familles, qui va mettre la
pression sur les familles, et il va empêcher certaines personnes d'avoir des
possibilités d'emploi à cause de leur statut temporaire.
Des vies sont en suspens à cause de ces seuils.
Ça cause aussi des préjudices économiques. Des Québécois qui luttent pour la
réunification familiale doivent payer plus que des personnes d'autres provinces
qui veulent se réunir avec leur famille. Ceci constitue un traitement
inéquitable qui enfreint notamment le droit à l'égalité prévu à l'article 10
de la Charte des droits de la personne. Durant le processus de parrainage à
l'intérieur du Canada, la plupart des époux et des enfants n'ont pas de
couverture médicale ou d'assurance médicaments. Plus les délais vont être
prolongés, plus les frais vont être multipliés.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter ici. Le 10 minutes, ça passe
vite, hein, 10 minutes. Mais on entame quand même une période de
discussion avec les parlementaires. Alors, je me tourne du côté de la banquette
de la ministre. Alors, vous avez 16 min 30 s. La période
commence maintenant.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Bien, en fait, j'aimerais vous léguer un peu de temps de parole
additionnel pour que vous puissiez conclure, comme vous avez... vous aviez
l'intention de le faire.
Mme Molina (Claudia Andrea) : Je
vous remercie. Donc, pour conclure, il faut souligner que la vaste majorité de ces personnes reconnues réfugiées, et
personnes protégées, et les personnes acceptées pour motifs humanitaires,
ainsi que les personnes parrainées au Canada
et acceptées dans les programmes spéciaux sont intégrées, pour la plupart, et
parrainées. Elles reçoivent un certificat de sélection du Québec et, souvent,
on leur exige de prouver la francisation. Donc, n'il y a aucune
corrélation entre la fixation de ces seuils-là et la francisation au Québec.
Vu ces violations, certains Québécois de souche
vont décider de quitter le Québec, et nous allons perdre des candidats francophones et intégrés vers d'autres
provinces et, du même coup, violer nos valeurs fondamentales. Donc, tout
ceci ne peut être voulu par cette honorable Assemblée nationale. Merci.
Mme Fréchette : Merci, merci,
Mme la Présidente. Alors, merci de prendre part à cet échange, cet exercice
démocratique et à nous partager votre point de vue, votre expérience,
également.
Alors, je constate, à la lecture de votre
mémoire, que vous avez des réserves, là, par rapport aux orientations en
matière de connaissance du français. Bien, comme vous le savez, pour nous,
c'est un axe central de la réforme qu'on a mise de l'avant. On veut que
l'immigration soit une des solutions pour le rehaussement de l'utilisation du
fait français. Non pas que l'immigration soit la seule des solutions, loin de
là, mais c'en est une qui est d'importance. Donc,
pour nous, c'est vraiment important, incontournable de transmettre un message
clair à l'effet que la connaissance du français
est un passage incontournable, là, pour qui veut s'établir, dans la durée, au
Québec, dans le long terme. Donc, on veut
transmettre le message également qu'une immigration réussie, bien, ça passe par
le vecteur d'intégration qui est la
connaissance de la langue française, donc de là l'ensemble de nos modifications
proposées au printemps dernier.
Et il faut voir aussi
que ça permet d'avoir une immigration qui soit davantage... qui s'inscrit
davantage dans la durée. Parce que
j'aimerais vous partager quelques chiffres. Si vous regardez de
l'année 2011 à 2020, dans la catégorie de l'immigration économique, le taux de présence était de... 76 %,
pardon. En janvier 2022, pour les personnes immigrantes ayant déclaré la
connaissance du français à leur admission, donc leur admission était soit entre
2011 et 2020, et donc, en 2022, deux ans plus tard, ils étaient à 76 %,
toujours au Québec, alors que pour les personnes qui déclaraient ne connaître
que l'anglais, ce taux de présence au Québec, après deux ans, donc, était de
46 %. On est 30 % dessous lorsque les personnes ne maîtrisent que l'anglais.
Donc, c'est la preuve
que la connaissance du français, c'est un outil de rétention central qui nous
permet de nous inscrire dans la durée quand vient le temps d'octroyer la
résidence permanente à quelqu'un. Alors, ma question pour vous : Est-ce que
vous êtes d'avis que, de viser une rétention de long terme pour les immigrants
permanents, c'est un objectif louable pour le gouvernement?
Mme Middlemiss
(Lisa) : Absolument. On est d'accord avec vous. Et, à l'ABC-Québec, on
pense qu'également... que le facteur... la connaissance de la langue française
est un facteur extrêmement important pour intégrer au Québec. Mais, je pense,
notre approche est juste... ça diverge juste dans le sens qu'on pense qu'il y a
d'autres facteurs qui sont quand même
importants, par exemple, l'expérience du travail au Québec, même au Canada,
pour bien intégrer au marché de main-d'oeuvre.
Et plusieurs
candidats va être en cours de francisation, «so», peut-être, il ne sera pas au
niveau 7 au niveau de la date de la présentation de la demande de
sélection permanent, mais il... «like», il pourrait être, dans quelques ans...
il pourrait être complètement, «you know», francisé, mettons. C'est... Mais le
processus est plus graduel pour... en ce qui
concerne les francophiles. «So», ce serait chouette de voir, comme on voit avec
le programme pilote en intelligence artificielle
et technologies de l'information, la possibilité pour un candidat à
l'immigration d'avoir une certaine... il y a le profil Francisation où
les candidats non francophones peut quand même faire la demande de sélection en
signant un engagement à continuer leur francisation, être accompagné par le
Québec à poursuivre ce projet important pour leur futur au Québec.
Mme Fréchette :
Oui. C'est un... pour un... C'est accessible pour un nombre assez restreint
de personnes, là, ces programmes francisation pour des programmes pilotes.
Donc, vous proposez, dans le fond, d'élargir ce type de programme?
Mme Middlemiss
(Lisa) : Exactement. Exactement.
Mme Fréchette : Pour des secteurs
particuliers? Vous êtes d'accord pour que ce soient des secteurs particuliers sur
le plan économique qui soient l'objet de telles propositions ou...
Mme Middlemiss
(Lisa) : Bien, c'est sûr qu'on pense que ce serait bien d'élargir cette
possibilité, «you know», même à travers le
nouveau mouture du Programme régulier des travailleurs qualifiés, qui deviendra
le Programme de sélection des travailleurs qualifiés, d'intégrer une
possibilité pour le côté francisation pour d'autres... pour les candidats qui
ont d'autres facteurs d'intégration quand même importants, avec le vouloir de
continuer à apprendre le français.
• (20 h 20) •
Mme Fréchette :
À quelques reprises, là, dans votre mémoire, vous indiquez que «la
connaissance préalable du français est un critère de sélection unique et
éliminatoire dans les programmes réformés», là. Par exemple, vous mentionnez, à la page 3, que «le MIFI a choisi
la connaissance du français comme critère de sélection unique et éliminatoire».
Donc, j'aimerais préciser qu'il s'agit effectivement, là, d'une condition de
sélection, mais je tiens à préciser quand même qu'il y a de nombreux autres
éléments qui entrent en ligne de compte pour la décision ultime. Il n'y a pas que la connaissance du français qui
serve d'outil à la décision. Il y a également d'autres critères, par exemple,
ce que l'on appelle le capital humain, la
concordance quant à l'expertise de la personne en regard des besoins du marché
du travail, les caractéristiques de la personne conjointe. Donc, tout ça, ça
participe également de la décision qui est prise. Donc, j'aimerais juste
clarifier cet élément-là, parce que vous sembliez considérer que c'était le
critère unique de la langue qui était l'outil de décision.
Et, si vous regardez
les mémoires, là, des grandes associations économiques du Québec, elles sont
tous en faveur, là, de mesures qui
promeuvent une meilleure connaissance, une plus grande connaissance du
français. Donc, peu de personnes dans ce milieu, là, sont... se sont
opposées au fait d'exiger, là, la connaissance du français.
J'aimerais maintenant
vous amener sur le thème de la régionalisation. Donc, les besoins de
main-d'oeuvre, bien, vous le savez, là, sont
présents dans l'ensemble du Québec. Puis je pense que de plus en plus de
régions doivent reposer sur des
personnes immigrantes pour maintenir l'activité économique dans certains
secteurs ou services, même gouvernementaux. Afin d'assurer, là, la meilleure
rétention possible des personnes en région, là, il y a des mesures qui
ont été déployées par le gouvernement, des mesures d'intégration en région. Et,
bien sûr, bien, encore là, le français devient un vecteur d'intégration réussie
quand il s'agit d'aller immigrer en région.
Donc, est-ce
que vous êtes d'avis que la connaissance, la maîtrise du français est un atout
aussi pour l'intégration au marché du travail dans les régions du Québec
et pour favoriser également la rétention de ces personnes-là dans les
différentes régions?
Mme Middlemiss
(Lisa) : C'est certain. Oui. Il faut être habile en français. Parfois,
c'est un parcours, là, ça n'arrive pas nécessairement à l'intérieur d'un permis
de travail temporaire de deux années, mettons, mais c'est important que, pour
les immigrants en région, d'être habiles en français, c'est sûr.
Mme Fréchette : Mme la
Présidente, je vais céder le droit de parole.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre.
Alors, je reconnais la députée d'Iberville
et je vous indique que le temps est à 7 min 49 s.
Mme Bogemans : Parfait. Merci
beaucoup. Moi, je voulais savoir actuellement qu'est-ce que vous pensez du
programme de Francisation Québec qui a été mis sur pied récemment, son
déploiement au travers toutes les catégories, statut permanent, statut
temporaire?
Mme Molina (Claudia Andrea) : Bien,
l'ABC, nous saluons tous les efforts qui sont faits pour améliorer puis
accroître la francisation des nouveaux ressortissants, donc nous saluons ça. Ce
que nous avons écrit dans notre mémoire,
c'est que nous aimerions que ce soit plus une célébration du français et moins
perçu, à l'étranger puis même à l'intérieur du Québec, comme une punition pour
certains ressortissants étrangers. Donc, tout... C'est sûr que tout ce
qui est... tous les efforts qui sont déployés sont... c'est extraordinaire et
c'est... je pense, c'est dans... ça va aller dans la bonne voie. Tout ça va
dans la bonne voie. Absolument.
Mme Bogemans : Avez-vous
des solutions pour l'amener plus loin, la francisation, pour la rendre plus
inclusive puis célébrer la langue davantage?
Mme Middlemiss (Lisa) : «Well»,
dans nos mémoires, à l'ABC, on est assez encadrés dans ce qu'on a... On a
commenté, comme juristes, surtout sur les aspects plus juridiques, «so» on n'a
pas de position nécessairement sur cet enjeu important.
Mme Bogemans : Parfait. Bien,
en fait, je vais dévier un petit peu le sujet sur la reconnaissance des acquis
puis la reconnaissance des qualifications acquises à l'extérieur du pays. Je
voulais savoir, selon vous, quels sont les meilleurs outils, puis si vous avez
des suggestions pour nous pour faciliter les processus puis que les gens
puissent développer leurs compétences au Québec ou travailler dans...
rapidement dans leur champ de compétence, en fait, sur notre territoire.
Mme Middlemiss (Lisa) : Et,
encore là, on n'a pas trop prôné de façons de faire. Bien, de saluer l'effort
du gouvernement de vouloir faciliter ces processus de reconnaissance des
compétences et de travailler avec les ordres professionnels pour pouvoir
expédier ou acheminer ces processus pour les candidats à l'immigration, mais on
n'a pas de position déterminée sur cet aspect-là.
Mme Bogemans : Parfait. Puis,
au niveau de la démographie du Québec et du Canada, là, on sait qu'en ce moment on est au neutre. On a une possibilité
d'avoir une démographie qui décline avec le vieillissement de la population.
Je sais que, dans votre mémoire, vous
semblez favorables quand même à l'immigration des jeunes. Est-ce que vous
pouvez étayer un petit peu votre position là-dessus?
Mme Middlemiss (Lisa) : Oui.
C'est sûr, comme vous dites, on est... nos populations de démographie est en déclin. «So», par rapport à notre engagement ou
les niveaux proposés, ce serait, pour s'assurer la pérennité du Québec à
l'intérieur du Canada démographiquement... ce serait préférable d'avoir les
seuils plus proches à la proportion de la population québécoise à l'intérieur
du Canada pour s'assurer qu'au futur, là, nos parts de l'immigration va être si
significative pour pouvoir continuer dans notre importance là-dessus.
Et c'est sûr
qu'on veut encourager les jeunes, «you know», mais aussi reconnaître de
l'expertise des immigrants qui sont moins jeunes aussi. Par exemple, peut-être
de considérer la restriction sur le nouveau mouture, le Programme régulier des
travailleurs qualifiés, qui met un cap de... à cinq ans, je pense, c'est
55 ans pour le volet Haut talent, pour considérer tous les candidats.
Parce que, parfois, un candidat plus âgé peut amener une certaine expertise
spécialisée. Mais c'est sûr qu'on saluons... on salue l'objectif d'aussi
encourager les jeunes à venir au Québec et s'établir.
Mme Bogemans : Parce qu'on a
certains démographes qui sont venus en commission dans les derniers jours, les
dernières semaines, qui disaient, justement, que la première génération
s'installe, oui, ça vient combler une certaine partie de notre pénurie de
main-d'oeuvre, mais, pour avoir un effet positif sur la démographie du pays,
c'est souvent la deuxième génération, voire
la troisième génération qui a une vraie influence sur la population de la
province puis ce que la province... qui devient pleinement intégrée. Donc,
c'est pour ça qu'on met de l'avant, entre autres, la jeunesse. Puis je
voulais savoir : Vous, en tant que juristes, voyez-vous des façons, des
opportunités de le mettre davantage en valeur?
Mme Molina (Claudia Andrea) : En
fait, c'est dans nos mémoires, on a parlé des enfants francisés. Donc, des fois, il va y avoir des situations où les
enfants ont toujours plus de facilité à être francisés, où les enfants vont
être francisés, les parents ont plus de
difficulté, et on va se retrouver dans des situations où des enfants francisés
vont être chambardés dans une autre
province, qui n'est pas dans leur intérêt supérieur nécessairement et voulu par
le Québec. Je pense que, si on a francisé les enfants, on aimerait bien les
garder au Québec, parce que, comme vous dites, c'est le futur.
Donc, ce serait dans
cette optique-là que l'ABC est en train de suggérer à cette Assemblée de
s'assurer qu'il y a des mesures qui sont prises qui ne sont pas punitives mais
plus encourageantes et qui tiennent en compte le fait que, parfois, il va y avoir des membres de la famille, comme a donné
l'exemple, Lisa, où des enfants qui sont francisés au sein d'une même
famille, et que toute la famille va devoir quitter. Donc, je pense que ça,
c'est un effet non voulu par cette Assemblée.
Mme Bogemans : Pensez-vous que la
régionalisation de l'immigration a à voir avec la réussite de l'intégration
puis de la francisation chez les immigrants au Québec?
Mme Middlemiss
(Lisa) : Oui. C'est sûr, régionalisation, ça donne d'autres
opportunités. Peut-être, il y a une façon d'accélérer certaines demandes qui...
«you know», régionales. Mais aussi il ne faut pas ignorer le fait non plus qu'en tant de l'économie aussi il y a une
importance que Montréal reste quand même un pôle important, le Québec
également. «So», il ne faut pas quand même oublier nos grands centres, surtout
on parle d'intelligence artificielle, et effets visuels, et des industries de
même.
Mme Bogemans :
Oui. Exactement. Au niveau du temps?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Il reste 1 min 23 s.
Mme Bogemans : Parfait. Puis avez-vous
des solutions particulières, justement, pour répondre à une immigration plus
ciblée dans des domaines d'expertise, comme les zones d'innovation, comme les
pôles en TI, par exemple, comme vous le mettiez de l'avant, ou en
intelligence artificielle, par exemple?
Mme Middlemiss
(Lisa) : Oui. Je pense, la solution est vraiment le profil
Francisation. Parce qu'on attire ces gens, on émet des permis de travail, ils
commencent à travailler au Québec, en Montérégie, par exemple, et ils
commencent à apprendre le français, ils contribuent à l'économie, ils sont des
travailleurs qualifiés, ils veulent rester, mais ils ne sont pas au
niveau 7 au moment où ils veulent arriver à déposer leur demande de
sélection. «So», ils déménagent à Toronto, à
Vancouver, à Ottawa. «So», si on veut garder cette main-d'oeuvre qualifiée au
Québec, il faut trouver d'autres pistes pour les accommoder, permettre
de déposer la demande de sélection et, par la suite, continuer leur
apprentissage du français.
• (20 h 30) •
Mme Molina
(Claudia Andrea) : ...du 7. Donc, tu sais, c'est très strict. C'est
dans cette optique-là qu'on disait que, des fois, ça peut avoir l'air très
punitif, parce que, si ce n'est pas 7, si c'est 6, on punit, on n'encourage pas
ou on ne... C'est ça, on n'encourage pas en
punissant et en ne valorisant pas. Si la personne est rendue au niveau 6,
par exemple, ou 5, elle est presque...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors,
cette période est terminée. Merci. On continue, par contre, avec l'opposition
officielle, qui bénéficie d'une période de 9 min 54 s. Et je crois
reconnaître le député de Nelligan. Allez-y.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre rapport et votre présence en
commission. Dans votre rapport, vous disiez
que les planifications actuelles ne respectent pas les obligations
constitutionnelles du Québec envers le Canada en matière d'immigration.
Pouvez-vous élaborer?
Mme Middlemiss
(Lisa) : Oui. Oui. C'est... En fait, c'est à la page 10 qu'on
parle... Parce que l'accord Canada-Québec prévoit que le Québec va recevoir un
total des admissions au Canada qui est représentive à nos populations, ou plus
5 %. On a comme un... ce plus, cette possibilité de plus. En ce moment,
les seuils d'environ... on parle d'environ,
«I guess», 50 000 ou jusqu'à 60 000 admissions en 2024. C'est
nettement inférieur à notre population à l'intérieur du Canada. En fait,
ça ne représente que... ça va être environ 11 % des admissions totales, et
la population du Québec est d'environ... bien, c'est deux fois ça, en tout cas.
«So», on parle... normalement, ça doit être au moins deux fois cela pour
respecter la partie de l'engagement de l'accord par rapport à la population...
par rapport à la... les admissions totales.
M. Derraji :
Donc, aucun des deux scénarios ne vous arrange aujourd'hui, 50 000 ou
60 000, parce que, si on suit cette
logique, et pour respecter... pas «respecter»... pour avoir le même poids au
niveau de la Confédération, le Québec doit accueillir
100 000 immigrants.
Mme Middlemiss
(Lisa) : Oui, pour être... ça, c'est nos parties, c'est au moins deux
fois ce qui est prévu en ce moment.
M. Derraji :
Ce qui est de?
Mme Middlemiss
(Lisa) : En ce moment, le gouvernement a prévu, je crois...
ça varie entre 50 000 et 60 000 en 2024. Donc, vu que ça ne
représente qu'environ 11 % des admissions totales du Canada, normalement,
le Québec est un peu plus que deux fois ça, «so», normalement, ça devrait être
au moins deux fois le seuil... les seuils prévus en ce moment.
M. Derraji : ...et
vous, au niveau du Barreau canadien, vous êtes à l'aise par rapport à des
seuils à 120 000 au Québec?
Mme Middlemiss (Lisa) : «Well»,
on n'a pas pris une position ferme de... tu sais, pour déterminer les seuils,
en reconnaissant que c'est une décision du gouvernement. On a juste vu... il y
a un déficit clair envers l'accord Canada-Québec. Mais on n'est pas des
statisticiennes ni des...
M. Derraji : Non,
non, je comprends, mais vous nous dites qu'il faut respecter l'accord et, en
date d'aujourd'hui, l'accord, il n'est pas respecté, et, pour le respecter, on
doit prendre deux fois. Donc, c'est juste... j'essaie juste de suivre votre logique pour comprendre sur quel seuil on
parle. Parce que, sinon, je ne vais pas vous poser la question : Est-ce
que vous êtes pour 50 000, ou 60 000, si vous êtes pour
120 000?
Mme Middlemiss
(Lisa) : On dirait que ça devrait être au moins le double
de ce qui est prévu en ce moment. Maintenant, c'est 50 000, donc ce
serait au moins 100 000 ou 120 000, entre 100 000 et
120 000.
M. Derraji : OK,
oui, c'est ce qu'a... c'est ça, votre proposition. Critère de la connaissance
du français. Vous dites que le critère de la connaissance du français
n'est pas un bon critère à utiliser et prive le Québec de candidats de qualité.
Mme Middlemiss (Lisa) : Peut-être...
M. Derraji : Juste... Sur quoi
vous vous êtes basés pour faire ce constat?
Mme Middlemiss (Lisa) : Mais,
peut-être, on n'était pas claire qu'on pensait que ce n'était pas un bon
critère préalable à la demande de sélection permanente. On pense que la
connaissance du français est quand même un bon critère, mais pas une condition
préalable à la demande de CSQ.
M. Derraji : Ça
veut dire que, pour prendre ou... pour avoir un CSQ, ce n'est pas important,
demander l'exigence ou l'exiger, le français, mais, un peu plus tard
dans le processus, est-ce que vous êtes ouverts?
Mme Middlemiss (Lisa) : Oui, ça
se peut qu'on peut envisager un programme où c'est possible d'avoir un niveau
inférieur au niveau 7 au moment de la présentation de la demande de CSQ,
mais qui se dirige vers une connaissance plus avancée par la suite.
M. Derraji : Oui. Vous dites
quoi aux personnes qui vous disent qu'il y a une spécificité au Québec? Le français est en déclin, on doit tous travailler
pour la promotion et la protection de la langue française. Il y avait pas mal
de groupes qui disaient ça la semaine dernière. Vous, aujourd'hui, au niveau du
Barreau canadien, est-ce que l'enjeu de l'utilisation de la langue française
est un enjeu que vous voyez, que c'est un enjeu au Québec?
Mme Middlemiss (Lisa) : C'est
un enjeu très important, c'est sûr. C'est juste que notre approche est juste un
peu différente, dans le sens qu'on veut attirer les francophiles, on veut
attirer les francotropes, «you know», on veut
que les gens, «you know»... C'est une expérience, de vivre ici, au Québec. J'ai
fait moi-même, personnellement... j'ai immigré, entre guillemets, d'une
autre province pour avoir cette opportunité d'apprendre le français, avancer ma
carrière, etc., et je pense que c'est comme
ça qu'on veut être perçus par les immigrants, comme un pôle par les
francophiles, à cet effet.
M. Derraji : Mais vous voyez un
peu ce qui se passe au Canada, des crises de logement, je ne veux pas vous
revenir sur les autres crises, santé et services sociaux, garderies. On a des
régions où... Tout à l'heure, on parlait de la Gaspésie, il n'y avait pas de
logement pour les travailleurs. Vous avez vu aussi que, les cinq dernières
années, le gouvernement en place a laissé la porte grande ouverte aux
travailleurs temporaires. Et je ne sais pas si vous avez lu ou vous étiez au courant du rapporteur des Nations unies qui est venu au Canada, il est venu au Québec aussi, à Montréal, le cas de traite de personnes aujourd'hui. Est-ce
qu'on fait fausse route avec notre politique d'immigration au Québec?
Mme Molina (Claudia Andrea) : Au
niveau des garderies, on voudrait... on voudrait peut-être mentionner que,
justement, là, le fait qu'on ralentit la réunification familiale avec les
parents qui, souvent, agissent comme gardiens des enfants, on omet de regarder
une solution qui est là pour beaucoup, beaucoup de personnes, notamment aussi
pour des personnes qui n'ont pas leur résidence permanente, qui n'ont pas accès
aux garderies subventionnées. Donc, c'est
ça, pour les travailleurs temporaires, nous aimerions avoir l'opportunité de
fournir des soumissions, avec tous les
tenants et aboutissants, et de façon beaucoup plus étoffée, pour traiter, là,
de la question des travailleurs temporaires.
M. Derraji : Mais
vous pensez que cette commission... cette planification rate quelque chose
parce qu'on ne parle pas des temporaires?
Mme Molina (Claudia Andrea) : Bien,
sur les seuils, ce n'était pas... Les temporaires, c'était amené la semaine
dernière.
M. Derraji :
C'était quoi?
Mme Molina (Claudia Andrea) : C'était
amené la semaine dernière, la question des travailleurs temporaires, et des
seuils pour les travailleurs temporaires, ou la francisation obligatoire pour
les travailleurs temporaires. Donc, nous aurions... Ce n'était pas...
M. Derraji :
Mais vous êtes des... oui, oui, je comprends, mais vous êtes des expertes,
quand même, du domaine de l'immigration. Ce que j'aime avec vous, vous avez le
portrait aussi des autres provinces. Est-ce que vous trouvez normal qu'au
Québec la porte des temporaires, elle est tellement ouverte grande, et le
permanent est petit? Et j'avais, dans votre place, plusieurs groupes qui nous
ont dit : Écoutez, le besoin, c'est du permanent, mais, comme on n'en a pas, parce que le gouvernement voulait
avoir des seuils proches de 40 000, 50 000, la soupape, c'est le
temporaire. Trouvez-vous que c'est une... notre système est sur la bonne voie,
c'est une bonne chose, d'avoir du temporaire?
Mme Middlemiss
(Lisa) : C'est sûr qu'en ce moment on a un système un peu à deux vitesses.
On a des personnes qui se trouvent au Québec de façon temporaire depuis des
années, il faut faire des renouvellements de permis de travail, avec l'appui de
l'employeur, et tout ça. Parfois, ça réussit, parfois, c'est un échec, il doit
quitter le Québec, «so»... alors qu'on a
d'autres personnes qui peuvent se diriger vers une option de résidence
permanente. Et, pour être... c'est ce qu'on essaie de souligner dans
notre mémoire qu'on ne veut pas avoir, «you know», tu sais, cette séparation entre des personnes qui peuvent avoir
uniquement un statut temporaire au Québec et les gens qui ont la possibilité
de devenir résidents permanents avec les programmes en immigration proposés.
• (20 h 40) •
Mme Molina
(Claudia Andrea) : ...à l'époque, les PEQ permettaient, les
travailleurs temporaires, certains travailleurs,
disons, non qualifiés ou peu qualifiés, de pouvoir appliquer sous le PEQ. Et
là, maintenant, en éliminant ça, on accroisse des travailleurs qui sont
ici avec un statut temporaire pendant 10 ans, et, effectivement, ce n'est
pas une pleine participation à la société québécoise, canadienne lorsqu'on est
en statut temporaire précaire.
M. Derraji :
...mais, on s'entend, on n'en parle pas beaucoup dans cette commission. Je
n'ai pas vu que vous mentionnez que le temporaire...
Mme Middlemiss (Lisa) : ...aurait
l'occasion pour... s'il y a une consultation subséquente sur les travailleurs...
M. Derraji :
Dans trois ans. Dans trois ans.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, cette portion des échanges
est terminée. Je me tourne maintenant du côté du deuxième groupe
d'opposition, avec une période de 3 min 18 s. M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
la parole est à vous.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup. Merci pour votre présentation, merci pour votre mémoire. Me
Molina, vous avez dit des choses qui
m'inquiètent. Vous avez parlé d'atteinte aux chartes, vous avez parlé de délais
excessifs, de discrimination, quand
même. J'aimerais ça vous entendre davantage. Notamment, vous avez parlé des
délais excessifs. Là, on parle
de 10 à 25 ans dans le refuge ou dans l'humanitaire.
Est-ce qu'on ouvre la porte ou est-ce que le Québec s'expose à des poursuites
judiciaires pour les délais excessifs?
Mme Molina
(Claudia Andrea) : Bien, nous, on est ici au nom de l'Association du
Barreau canadien, donc on ne peut pas parler au niveau... Notre client, en tant
que tel, il n'est pas question de poursuites. Pour ce qui est des avocats de façon individuelle, bien, ça, ce sera à
voir. Mais c'est sûr que, oui, c'est inquiétant, les effets non voulus, là, dans
le fond, de ces seuils.
M. Cliche-Rivard :
Dans votre analyse de juriste, c'est ce que vous avez dit, vous avez
commencé à citer des dispositions des chartes, notamment des obligations dans
le Code civil. Et vous voyez, donc, le balbutiement ou le début d'une
violation, là? Il y a quelque chose, là?
Mme Molina
(Claudia Andrea) : Exactement, parce que c'est quelque chose de
nouveau. Dans le passé, on ne voyait pas des
traitements si différents pour les Québécois versus d'autres Canadiens dans
d'autres provinces, là, pour des droits fondamentaux inhérents, comme le
droit à la famille, par exemple. Le droit d'être réunis avec la famille, c'est
un droit fondamental dans la Déclaration universelle des droits de l'homme.
M. Cliche-Rivard : ...de la
même façon, est-ce qu'entre les catégories, le fait qu'il y ait des
distinctions ou des délais de traitement qui
vont de 12 mois à 25 ans, est-ce que, là, entre les différentes
catégories... entre les différentes catégories
d'immigration, il y a aussi, là, discrimination, violation du droit à
l'égalité? Est-ce qu'il y a une source dans le fait qu'on n'offre pas le même
traitement aux candidats immigrants de différentes catégories?
Mme Molina (Claudia Andrea) : Ça,
c'est... oui, vous allez plus loin dans la réflexion. Quand on voit des
personnes... Et il y a un recours. Donc, on a entendu, dans les nouvelles, par
rapport à des travailleurs qui sont dans des situations d'esclavage, alors,
avec des permis de travail fermés...
M. Cliche-Rivard : ...quand
le droit à l'égalité touche principalement des gens qui sont déjà
survulnérabilisés, je pense qu'on accentue, malheureusement, les effets
de cette violation?
Mme Molina (Claudia Andrea) : Exactement,
oui, exactement. Mais ce n'est pas... c'est non voulu. Nous, on est convaincues
que c'est toutes des situations qui sont non voulues par l'Assemblée nationale.
M. Cliche-Rivard : Mais donc,
si ces situations-là non voulues n'étaient pas corrigées, ou améliorées, ou
bonifiées, ou, en tout cas, disons-le autrement, il y a menace, il y a risque
de poursuites judiciaires multiples?
Mme Molina (Claudia Andrea) : Potentiellement,
potentiellement.
M. Cliche-Rivard : C'est
possible. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, pour la dernière période de la...
pas de la soirée, mais cette audition-ci, le député de Matane-Matapédia, avec
3 min 49 s. La parole est à vous.
M. Bérubé : Merci. Bienvenue à
l'Assemblée nationale. Tout à l'heure, on a parlé des seuils. Quand même faire un récapitulatif des différentes annonces et
intentions gouvernementales. 2018, c'était 40 000. 2022, 50 000. Après,
il y a eu une pointe, le ministre avait annoncé 58 000, 59 000. C'est
revenu. Et là on va peut-être... on ne le sait pas encore, peut-être 50 000, peut-être 60 000, peut-être
70 000. Mais vous, vous dites que ça devrait être le double. Alors,
si c'est 100 000, 120 000... j'espère que ce ne sera pas retenu par
le gouvernement, la chambre de commerce a l'air d'avoir eu assez d'impact, mais, quant à vous, sur le français, vous ne
voyez pas un enjeu? Parce que vous ne demandez pas, par exemple, qu'ils soient 100 % francophones. Vous demandez
100 000, ça peut être 120 000. Comment concilier un nombre
aussi important et la préservation et la vitalité légitime du français qui
anime les parlementaires?
Mme Middlemiss (Lisa) : C'est
les services d'accompagnement français. Comme vous... il y a la possibilité de
francisation, il y a le... je dirais. Et les chiffres, dans un sens, quand on
regarde les chiffres, «I mean», avec le plan d'admission, les niveaux
d'admission projetés en ce moment pour l'immigration économique, mettons, la
part qu'on sélectionne, on parle de 31 950 par année dans la première
projection, alors que même, cette année, c'est... ça va être entre 32 000 et 33 000... 33 900.
«So», déjà, on parle d'une diminution des seuils. Donc,
c'est des seuils assez bas par rapport à la population québécoise, si
notre population est en déclin.
M. Bérubé : Si
je vous suggère, bien humblement, que le Québec ne devrait se fier qu'à ses
propres objectifs et ne pas trop se
fier au Canada, dans le sens qu'on peut prendre nos décisions nous-mêmes, et
que le poids démographique... à moins que le gouvernement décide que
c'est important de suivre... il y a des intérêts qui sont divergents. Sur la
langue, par exemple, ce n'est pas une préoccupation qu'on a à Toronto. On l'a
ici. Donc, je veux juste dire que c'est beaucoup
pour moi.
Puis, quand vous dites également qu'utiliser le
français comme facteur éliminatoire n'est pas une solution, alors c'est quoi,
la solution, si ce n'est pas le français? C'est uniquement l'emploi, c'est...
Mme Middlemiss (Lisa) : C'est
un facteur important, mais pas le seul, dans cette pénurie de main-d'oeuvre.
M. Bérubé : Mais un facteur
éliminatoire qui n'est pas une... J'ai bien cité votre texte, je crois. C'est
parce que, souvent, on entend ça ici. C'est
important, mais, quand vient le temps de proposer des mesures, ça ne va pas dans
le sens de ce qu'on nous annonce dans les présentations.
Mme Middlemiss (Lisa) : C'est
surtout la francisation qui est la solution, la possibilité d'avancer dans le
français plein dans le parcours d'immigration.
M. Bérubé : Oui. On a eu un
test cet été, là, il y avait beaucoup de gens qui devaient être francisés, ça
n'a pas très bien fonctionné. C'est limité, ce qu'on peut faire, à moins, là,
qu'on augmente de façon considérable là, les succès. Mais il y a des limites à
notre capacité de franciser, d'avoir des formateurs, d'avoir les lieux pour le
faire. Donc, j'essaie de voir comment ça peut être réaliste, les cibles
qu'éventuellement vous nous suggérez. Et c'est la francisation qui deviendrait un peu la solution à... aux préoccupations
que moi, j'ai, comme parlementaire, pour le français. Alors, je trouve
que c'est beaucoup.
Est-ce qu'il y a un... bon, on n'a pas beaucoup
de temps, mais un élément que vous vouliez ajouter que vous n'avez pas pu dire
lors de votre présence...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : En 10 secondes.
Mme Molina
(Claudia Andrea) : L'ABC salue les efforts pour la francisation. Et ce
que nous proposons, c'est une approche non punitive et encourageante.
M. Bérubé :
D'accord. Ça termine bien votre intervention. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Alors, ça conclut cette audition. Me Middlemiss, Me Molina, merci de
votre... de l'apport à nos travaux.
Alors,
je suspends la commission pour quelques instants, le temps d'installer le
prochain et dernier groupe de la soirée. Merci.
(Suspension de la séance à
20 h 48)
(Reprise à 20 h 52)
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors,
la Commission des relations avec les
citoyens reprend, pour une dernière
fois ce soir, ses travaux. Alors, nous recevons, pour l'heure, la Corporation
de développement communautaire de Côte-des-Neiges, représentée... Bien, en
fait, mesdames, je vais vous laisser vous présenter. Donc, je vous disais il y
a quelques secondes que vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour commenter votre mémoire, en fait, pour nous
donner les grandes lignes de votre mémoire. On va ensuite procéder à une
période d'échange avec les parlementaires. Alors, votre 10 minutes
commence à l'instant. La parole est à vous.
Corporation de développement communautaire
de Côte-des-Neiges (CDC Côte-des-Neiges)
Mme Pappas
(Catherine) : Bonjour. Bonjour, Mme la Présidente, chers
parlementaires. Nous souhaitons d'abord vous remercier de nous avoir invitées à
prendre part à cette audience publique qui concerne la consultation générale et les auditions publiques sur la
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027. Mon
nom est Catherine Pappas. Je suis
directrice générale de la Corporation de développement communautaire de
Côte-des-Neiges. Notre regroupement
réunit 66 organismes communautaires, dont une majorité de groupes qui
desservent des personnes immigrantes et migrantes dans le quartier
Côte-des-Neiges, mais aussi au-delà du quartier.
Mme Djebbar
(Fatma) : Moi, mon nom est Fatma Djebbar. Je suis directrice générale
du SIARI, le Service d'interprète d'aide et de référence aux immigrants. C'est
un organisme à Montréal, on dessert dans tout le Québec, et notre mission,
c'est vraiment de soutenir les personnes issues de l'immigration, quel que soit
leur statut.
Mme Pappas
(Catherine) : La délégation devait également comprendre Pablo
Altamirano, qui est directeur d'ALAC, le
service d'aide à l'emploi et l'intégration pour les nouveaux arrivants à
Montréal, qui avait un autre engagement ce soir, mais il nous a fait
part de ses réflexions avant la rencontre.
Côte-des-Neiges
compte le plus grand nombre de personnes immigrantes et migrantes à Montréal et
présente presque toutes les facettes qui composent l'immigration au Québec
aujourd'hui. On y compte environ 181 origines ethniques. Au fil des
années, le secteur communautaire a mis au point des expertises, des pratiques
et des approches pour lutter plus efficacement contre les facteurs d'exclusion
qui affectent les personnes migrantes et immigrantes. En même temps, les
organismes sont continuellement confrontés, comme on l'a vu dans la dernière
année, à plusieurs... contraintes, pardon,
tant sur le plan des ressources humaines et financières, qui les empêchent de
répondre adéquatement aux besoins de cette population aux problématiques
souvent complexes.
Le
mémoire présenté au mois d'août dernier est le fruit d'une concertation qui a
réuni plusieurs de nos membres et de nos partenaires. Ce travail nous a permis
de formuler certaines recommandations qui, nous croyons, contribuent à
créer un environnement plus propice à l'accueil, à l'intégration et à
l'épanouissement des personnes immigrantes et migrantes. Ce soir, nous avons
choisi de mettre en lumière quelques éléments qui nous semblent prioritaires.
Dans une période où
le vivre-ensemble est menacé par des crises multiples et systémiques et des
inégalités criantes, il nous semble essentiel de valoriser la contribution des
personnes immigrantes et migrantes, de reconnaître leur apport à la société québécoise, tant sur le plan économique,
social, linguistique et culturel, et d'éviter, à tout prix, les discours
qui engendrent la peur, le racisme et les préjugés. Cette valorisation passe
notamment par un travail d'éducation et de sensibilisation, qui vise à
représenter l'immigration comme une richesse pour le Québec.
La valorisation des
personnes immigrantes et migrantes doit aussi se traduire sur le marché du
travail. Il faut continuer de faire pression sur les ordres professionnels et
les employeurs afin de favoriser la reconnaissance des savoirs, des compétences et des expertises de ces populations. Encore
aujourd'hui, et, malgré la pénurie de main-d'oeuvre qu'on constate aujourd'hui, plusieurs personnes
immigrantes et migrantes, surtout si leur statut est incertain, n'arrivent
pas à trouver du travail, même si elles sont souvent surqualifiées. Ce sont
parfois... très souvent, en fait, des aspects subjectifs qui influencent cette
reconnaissance sociale et professionnelle, souvent cette non-reconnaissance, en
fait. Par conséquent, ces personnes se
retrouvent à occuper des emplois précaires pendant plusieurs années, parfois
toute leur vie. Nous connaissons toutes et tous ces récits de médecins devenus
chauffeurs de taxi ou préposés aux bénéficiaires.
Mme Djebbar
(Fatma) : Pour ma part, je vous dirais que le cahier de consultation
fait état d'un déclin du français, en s'appuyant, notamment, sur le nombre de
personnes dont le français est la langue maternelle. Pour nous, la langue
maternelle ne peut pas être un indicateur du déclin de la langue française au
Québec. Par ailleurs, cette idée reçue ignore beaucoup la contribution
importante des populations migrantes et immigrantes à la langue française. Ce constat ne tient pas compte des retombées
importantes des cours de francisation, qui sont très populaires à Côte-des-Neiges.
Chaque jour, notre centre... dans notre centre, pardon, nous croisons des
dizaines et des dizaines de personnes qui, peu importe leur âge, leurs
origines, leurs compétences et le nombre de mots qu'ils ont appris pendant
leurs cours... ces personnes communiquent entre elles en français, et je peux
vous garantir que c'est très beau à voir. Je citerai également l'exemple des
interprètes du SIARI, qui sont des personnes... c'est une soixantaine de
personnes issues de l'immigration, et qui parlent en français... ils parlent
parfaitement français, et qui, dans la vie quotidienne, changent la vie de
plusieurs personnes allophones.
Pour plusieurs
personnes nouvellement arrivées au Québec, la langue est parfois une barrière à
l'intégration, certes, un frein à la
participation sociale ainsi qu'un facteur d'exclusion. En 2017, à
Côte-des-Neiges, une consultation menée
dans le cadre du plan stratégique du quartier révélait que la barrière de la
langue entrave l'accès à l'information, aux services et à un emploi digne,
donc, et que ça limite aussi les relations et la mixité sociale. Et, pour les
parents, ça rend compliqué et difficile le suivi scolaire des enfants, qui,
très souvent, sont appelés à jouer le rôle d'interprète.
Vous avez compris que
nous sommes particulièrement préoccupés par l'entrée en vigueur de la loi n° 96. Certains de ses
dispositifs menacent non seulement les conditions préalables à l'apprentissage
d'une langue et à l'intégration des personnes... des populations
migrantes et immigrantes dans la société d'accueil, mais fragilisent également
le contrat moral que s'est donné la société québécoise, c'est-à-dire celui
d'accompagner, dans un esprit de réciprocité et de bienveillance, l'accueil et
l'intégration des personnes migrantes et immigrantes. En ce sens, nous croyons
qu'il est important d'adopter un règlement qui autorise l'utilisation de
langues autres que le français dans tous les cas où c'est nécessaire, pour
permettre à une personne d'avoir pleinement accès à un service public
essentiel.
Nous citerons
également la situation des personnes demandeuses d'asile. Vous savez que ça a
été porté à l'attention des élus, des médias
et du grand public depuis 2022, à la suite d'un appel lancé par les organismes communautaires de plusieurs quartiers de Montréal.
Notre équipe, au SIARI, comme dans plusieurs groupes communautaires du
quartier, a été saisie par cette situation précaire. Les manifestations de
cette précarité ne manquent pas pour les personnes demandeuses d'asile. Nous
parlerons de l'abus et de la peur de représailles de la part de propriétaires,
la méconnaissance des obligations et des droits entourant la location du
logement. Ces personnes se retrouvent souvent à vivre dans des logements
surpeuplés, à prendre un logis dans des unités inappropriées ou insalubres, à
dormir sur le divan d'une connaissance ou à s'entasser avec d'autres familles
dans des conditions sociales et sanitaires difficiles, parfois dangereuses,
même. Dans le quartier, nous avons vu des mères monoparentales souvent contraintes
à élever leur bébé dans une seule chambre d'un appartement qu'elles partagent
avec des inconnus ou d'autres membres de la communauté. Comme leur nom
n'apparaît pas sur le bail, ces femmes risquent l'éviction à n'importe quel
moment.
• (21 heures) •
L'établissement d'une
personne demandeuse d'asile relève d'un véritable parcours du combattant. Dans
un délai serré, celle-ci est appelée à
accomplir plusieurs démarches complexes, souvent sans parler ni français ni
l'anglais. Aux traumas et aux difficultés qui caractérisent déjà la
trajectoire d'un demandeur d'asile s'ajoutent l'incertitude et l'attente de la... de la régularisation, pardon,
de son statut, ainsi que d'autres facteurs de vulnérabilité. Pour les familles
avec de jeunes enfants, la difficulté d'accéder à l'école ou à un service de
garde subventionné rend les démarches d'installation
et d'intégration encore plus complexes et difficiles. Pour renforcer l'accueil
des personnes demandeuses d'asile, il
nous paraît essentiel de révoquer la décision du Conseil des ministres de 1996,
qui limite l'accès aux services
publics pour les personnes demandeuses d'asile.
En plus des barrières
systémiques qui touchent une partie importante des personnes issues de l'immigration
à... Oups! Excusez-moi, j'ai sauté un paragraphe.
Plusieurs études nous
révèlent, par ailleurs, que, parmi les personnes qui ont fait une demande
d'asile au Québec, la majorité, c'est près
de 60 %, verra leur demande accueillie. Il faut, donc, prendre, dès le
départ, des mesures pour favoriser
leur intégration et celle de leurs enfants, que ce soit sur le plan de la
francisation, de l'emploi, de l'éducation ou des conditions de vie en
général.
Finalement, nous
souhaitons aborder un dernier élément qui a fait l'actualité dans les dernières
semaines et qui a été vivement critiqué par l'Organisation mondiale de la santé. Il s'agit des campagnes de recrutement de
personnes de la santé menées par le
Québec dans les pays dont les systèmes sont particulièrement précaires. Avec
l'augmentation des risques de pénurie
et des effets des changements climatiques, le recrutement massif de personnel
essentiel soulève plusieurs questions
éthiques et risque de fragiliser davantage certaines populations déjà
vulnérables. À plus long terme, cette stratégie forcera encore plus de
personnes à fuir leur pays.
Pour
conclure, nous pensons que, si nous investissons aujourd'hui adéquatement dans
l'accueil, et l'intégration, et l'inclusion des personnes immigrantes et
migrantes, le Québec de demain en récoltera les fruits.
J'aimerais juste vous
rappeler que le Québec choisit son immigration. Dans la majorité des cas, c'est
une immigration jeune avec de solides aptitudes, c'est une immigration en santé
et diplômée dont on ne peut se passer.
J'aimerais conclure
en vous remerciant vraiment de cette invitation. Merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, mesdames, pour cette
présentation. Alors, Mme la ministre a accepté une trentaine de secondes,
39 secondes sur son temps, pour vous laisser terminer. Alors, on va commencer la période d'échange avec les
parlementaires. Donc, Mme la ministre, vous bénéficiez de
15 min 50 s. La période est à vous.
Mme Fréchette : Merci,
Mme la Présidente. Alors, un grand merci à vous deux pour prendre part à cet
exercice, c'est vraiment très apprécié.
D'entrée
de jeu, je voudrais saluer le rôle que vous jouez, le précieux rôle que vous
assumez dans l'accompagnement des personnes immigrantes, c'est un rôle
vraiment stratégique et vraiment que nous valorisons, que nous avons en très
haute estime, parce que ce que vous faites auprès des personnes immigrantes est
déterminant. Vous changez des vies, vous changez des parcours de vie et vous
créez la confiance, vous créez l'enracinement, et ça, c'est au coeur de nos
orientations, c'est au coeur de nos objectifs. Alors, un immense merci pour le
travail que vous accomplissez, qui, je sais, n'est pas facile et qui, je sais,
ne vous quitte pas l'esprit, j'imagine, lorsque vous passez la porte du bureau,
mais doit continuer à vous habiter pendant
les heures qui suivent et voire les nuits qui suivent. Donc, vraiment, j'apprécie
grandement l'engagement que vous avez auprès
des personnes immigrantes. Et merci également de le faire dans Côte-de-Neiges, un quartier qui m'est cher puisque
j'y ai travaillé pendant cinq ans, à quelques mètres de la Côte-des-Neiges.
Donc, vraiment, c'est un quartier que j'aime voir évoluer, et je le perçois à
travers votre regard.
Je vous
ramènerais maintenant à votre mémoire. En pages 6 et 7 de votre mémoire,
vous recommandez notamment de donner accès à de l'aide financière pour
aider les personnes immigrantes à compléter leur stage ou leur formation
d'appoint pour obtenir une reconnaissance de leurs compétences. Alors,
j'aimerais, à ce sujet-là, là, souligner qu'il existe un programme que peut-être vous connaissez, qui s'appelle le
Programme d'aide financière à la reconnaissance des compétences, le PAFFARC, communément appelé. Et ça a précisément
pour objectif, donc, de permettre aux personnes immigrantes formées à l'étranger de recevoir une aide financière pour
suivre une formation d'appoint qui est prescrite par un organisme de
réglementation. Donc, c'est un appui financier qui peut être déterminant pour
plusieurs des personnes que vous accompagnez. Alors, je vous invite à faire
connaître cette possibilité qu'elles ont d'obtenir une allocation financière.
On tente d'être le plus accessible possible au niveau de ces allocations qu'on
a mises en place. Donc, c'est une mesure, en
fait, qui a été mise en place dans le plan d'action interministériel en
reconnaissance des compétences.
Aussi, concernant l'intégration en emploi des
personnes avant la fin de leur processus de reconnaissance, c'est une proposition, donc, qui nécessite, bien,
la pleine collaboration des ordres professionnels, ce qui peut être aidant,
également.
Je vous
amènerais maintenant à votre recommandation 2, où vous expliquez, bien sûr, que
certains immigrants, malheureusement, peuvent être victimes, là, d'agences de
recrutement qui sont sans scrupules. On en a des échos assez régulièrement
soit à travers des articles de journaux ou encore des documentaires, et c'est
quelque chose qui nous inquiète, sur lequel on veut agir et, d'ailleurs, on a
commencé à agir de manière plus féroce ces derniers mois. Mais j'aimerais vous
entendre sur les mesures que vous verriez qu'on puisse mettre en place pour lutter
contre ce type d'agence et ce type de situation dans laquelle, parfois, les
personnes immigrantes se retrouvent... et les rendent très vulnérables.
Mme Djebbar (Fatma) : Moi, j'ai
l'impression qu'il y aurait un travail à faire dans les... dans...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y, on vous entend.
Mme Djebbar (Fatma) : OK. Moi,
je pense qu'il y aurait un travail à faire à l'étranger, d'abord, pour
sensibiliser. Les offices du Québec dans différents pays ont, à mon avis, un travail
à faire de sensibilisation contre, justement, ces... Parce que ça fleurit de
façon inimaginable, incroyable. On a régulièrement des cas où des personnes
viennent avec un permis de travail fermé et qui ont, pour une raison ou pour
une... On leur promet monts et merveilles, on leur promet une rémunération,
parce qu'ils sont liés avec les... avec ces personnes-là, mais finalement c'est
très compliqué. Mais, à mon avis, il y a un travail de sensibilisation à faire
à l'extérieur du Québec, avant que les personnes ne viennent.
Mme Fréchette : Donc, travail
de sensibilisation en amont, avant même que les gens n'arrivent.
Mme Djebbar (Fatma) : Tout à
fait.
Mme Fréchette : D'accord.
Merci. Je vous amène maintenant à la page 8, où vous faites mention de
votre projet pilote sur l'agence de placement communautaire. Donc, j'aimerais
ça que vous nous en disiez davantage sur le fonctionnement de cette agence et
puis comment elle contribue, là, à améliorer l'accès à des emplois de qualité.
Et, si vous avez également d'autres
suggestions, là, d'approches novatrices ou de mesures que vous aimeriez nous
suggérer, je vous invite à le faire.
Mme Pappas (Catherine) : En
fait, c'est un peu dommage que Pablo n'y soit pas ce soir avec nous, parce
qu'il pourrait vous en parler davantage. C'est encore à une phase pilote, en
fait, mais c'est une agence qui est très importante parce qu'elle protège, en
fait. Il y a beaucoup d'agences de placement, actuellement, qui ne sont pas
encadrées, où les conditions sont lamentables pour les personnes immigrantes.
Donc, ça propose une solution encadrée,
bienveillante pour accompagner les personnes immigrantes et les empêcher de
tomber dans le piège, en fait, des agences de placement qui cherchent, en fait,
qui sont... qui, en fait, exploitent, en fait, les travailleuses et les
travailleurs. Mais c'est une agence, en fait, qui va... qui a vu le jour dans
le cadre de la planification stratégique de quartier, il y a quelques années,
et qui est encore en cours de développement, en cours de définition, et qui est
aussi à la recherche de financement, parce que ce n'est pas facile de soutenir.
Donc,
je vous inviterais à rencontrer les membres de la corporation, qui travaillent
très fort depuis des années, notamment ALAC, PROMIS, le centre
d'emploi... de recherche d'emploi et quelques autres, en fait, pour voir un peu quelles sont les façons de... en fait, de
déployer cette agence à l'échelle, en fait, du quartier et plus... et plus
largement, en fait.
• (21 h 10) •
Mme Fréchette : D'accord.
Mme Djebbar (Fatma) : L'idée...
Mme Fréchette : Allez-y,
madame.
Mme Djebbar (Fatma) : L'idée
venait aussi que c'était pour desservir la population de Côte-des-Neiges, vu que, dans le quartier, il y a beaucoup
d'entreprises, de grandes entreprises, il y a les universités, il y a les
hôpitaux. Et c'était vraiment de pouvoir trouver de l'emploi pour les
personnes résidant à Côte-des-Neiges, dans des emplois qui se trouveraient à
Côte-des-Neiges.
Mme Pappas (Catherine) : Et des
emplois de qualité, aussi...
Mme Djebbar (Fatma) : De
qualité.
Mme Pappas (Catherine) : ...c'est
ce qui importe beaucoup. C'est un peu ce qui fait la différence de cette agence
de placement, c'est vraiment de... Parce que trouver un emploi, en fait,
parfois, on tombe dans des modèles d'exploitation,
en fait, donc ça permet un emploi qui reconnaît les qualifications, en fait,
des personnes, des personnes ciblées, en fait, notamment des personnes
migrantes et immigrantes.
Mme Fréchette : ...une bonne
part des personnes qui se retrouvent avec des agences de recrutement mal
intentionnées profitent du fait que plusieurs personnes n'ont pas de permis de
travail. Est-ce que c'est ce qui les amène le plus souvent vers ces agences?
Mme Djebbar (Fatma) : C'est un
peu l'inconnu, aussi, pour des personnes qui viennent d'arriver, qui ne connaissent pas nécessairement leurs droits, leurs
obligations non plus, mais leurs droits, et souvent c'est bafoué. Il y a eu
l'exemple des aides familiales résidentes, par exemple, il y a eu plein de cas
désespérants à Côte-des-Neiges, des instances qui ne se trouvent pas
nécessairement à Côte-des-Neiges, mais à Montréal.
Mme Pappas (Catherine) : Et il
y a beaucoup de barrières. En fait, la barrière linguistique en est une. En
fait, quand on arrive ici, souvent, en fait, il y a plusieurs... Bon, dans le
cas des demandeurs d'asile, notamment, la maîtrise de la langue n'y est pas
ni... souvent, ni en français, ni en anglais. Donc, on est prêt un peu à tout
pour, si on arrive avec notre famille... à gagner, en fait, un... en fait,
gagner notre... en fait, subvenir aux besoins de la famille. Donc, on est...
sans cette protection-là, on est sujet à beaucoup d'abus, on devient très, très
vulnérable.
Mme Fréchette : Merci. Mme la
Présidente, je céderais mon droit de parole.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la
ministre. Alors, je me tourne du côté de la députée de Vimont, et il
reste 6 min 43 s.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci,
Mme la Présidente. Merci. Bonsoir à vous deux. Merci de votre présence pour cet
important exercice de consultation. Alors, dans votre recommandation n° 4, vous proposez de soutenir les initiatives et programmes offrant des services de
proximité aux personnes immigrantes nouvellement arrivées. À quels services
exactement vous faites référence?
Mme Pappas (Catherine) : En
fait, les organismes... En général, en fait, les organismes de Côte-des-Neiges
ont développé des façons de travailler qui sont un peu différentes, parfois,
que d'autres quartiers, d'autres régions, à cause des besoins et de la réalité
de la population. Donc, il y a... Il va y avoir... En fait, les organismes vont
travailler toujours de près avec les écoles, parce que, dans chaque... Les
besoins des familles, en fait, sont très, très grands, en termes d'accueil, en termes d'interprétation, en
fait, en termes même de, même, en fait, aide alimentaire, d'aide à se trouver,
en fait, des fournitures scolaires avant de
commencer. Donc, tous ces services qui sont à la fois... Bon, on parle de
services d'aide à l'éducation, mais aussi des services d'aide au... trouver un
logement, où tous ces services doivent être soutenus et oui, en partie,
sont fournis par l'État. Mais les groupes communautaires jouent un rôle de
proximité qui est essentiel dans... pour une population, en fait, immigrante et
migrante.
Mme Schmaltz : Est-ce
qu'on pourrait dire qu'ils sont... que les services sont plus personnalisés,
selon les demandes?
Mme Djebbar (Fatma) : Je pense
que oui. Et on réagit toujours au quart de tour, selon des besoins, on est régulièrement dans les urgences, tout le temps,
tout le temps. Mais je pense que c'est assez personnalisé, effectivement.
D'autant plus, je
parle... je prêche pour ma paroisse, je parle du SIARI, nous avons... on
dessert dans beaucoup de... dans 52 langues,
en fait, différentes. Et ne serait-ce que ça, ça crée vraiment un lien avec les
gens, il y a un lien de confiance qui
s'établit. Les gens parlent... On parle leur langue, on parle leur culture, on
décode des affaires que d'autres personnes ne pourraient peut-être pas
le faire. Les codes culturels, c'est compliqué.
Mme Schmaltz : Je comprends.
Mme Pappas (Catherine) : Et ces
ressources, c'est des ressources, en fait... Les groupes communautaires, à
Côte-des-Neiges, notamment, deviennent un peu des ressources pivots, en fait,
des personnes... des groupes et des personnes, parce que c'est souvent... tous
les intervenants, en fait, jouent un rôle fondamental dans ces vies des
personnes migrantes et immigrantes. En fait, dans la dernière année... Nous, on
est vraiment un regroupement, mais on voit
tous les gens qui entrent dans le centre et qui cherchent telle personne, en
fait... Dans la dernière année, en fait, l'interprète turque, j'avais...
je m'inquiétais, en fait, pour elle, parce qu'elle était tellement sollicitée,
et ses conseils... Oui, il y avait une question de traduction, mais il y avait
des conseils, des... À tout bout de champ, quand on n'arrive pas... Quand on
vient d'arriver, on n'a pas accès à cette information-là et à se... être
rassuré, en fait. On va toujours se retourner vers celles et ceux qui sont
capables de nous répondre et qui sont capables de nous répondre dans notre langue. Parce que, même si on maîtrise quelques
éléments de la langue, c'est sûr que notre langue maternelle, en fait, elle
est, en fait... ça nous permet, en fait, d'être, en fait, rassuré, oui.
Mme Schmaltz : J'ai encore du
temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...min 51 s.
Mme Schmaltz : Parfait. En
fait, je vous rassure, c'est toujours bien de prêcher pour sa paroisse, hein,
donc c'est correct là-dessus. Je vais vous amener un petit peu au niveau de
l'apprentissage du français. Vous mentionnez que
le milieu, à Côte-des-Neiges, est particulièrement intéressé à apprendre le
français. C'est sûr que notre gouvernement a mis de l'avant, quand même,
beaucoup d'éléments, là, je vous dirai, notamment avec la venue de Francisation
Québec, toute la panoplie aussi de cours qui est proposée, tant en présentiel
que des cours en ligne de jour, de soir, bref, pour essayer d'accommoder le
plus possible les nouveaux arrivants. On développe également d'autres axes de
francisation, dont la francisation en entreprise et aussi des programmes pour
les tout-petits, pour la famille, et etc. Qu'est-ce que vous pensez de ces
approches?
Mme Djebbar (Fatma) : Moi, je
trouve ça extraordinaire, c'est très bien. En plus, le nouveau processus
d'inscription pour les cours de français est un modèle que je trouve très
pertinent, génial. Dans le concret, il manque des petites choses. Par exemple,
le fait que ça se fasse en ligne, ça pourrait être superefficace,
comprenez-vous, sauf que les personnes qui viennent d'arriver n'ont pas
nécessairement un ordinateur, les personnes qui viennent d'arriver n'ont pas
nécessairement accès à Internet. C'est plus complexe.
Mme Schmaltz : Il y a quand
même les cours en présentiel aussi.
Mme Djebbar (Fatma) : Oui, oui,
oui, mais juste le processus d'inscription avec francisation au Québec, dans
l'abstrait, c'est une très belle initiative, et ça aurait dû beaucoup décharger
les organismes communautaires qui offrent des cours de français avec... en
partenariat avec le MIFI, mais, dans le concret, c'est beaucoup plus ardu.
Mme Schmaltz : Je voulais juste
savoir : Qu'est-ce que vous proposez, à ce moment-là?
Mme Djebbar (Fatma) : Je viens
de faire une proposition, moi, au MIFI, justement, c'est de... Je ne sais pas
si c'est déjà passé auprès de Mme Fréchette. La difficulté que nous avons,
en ce moment, c'est que les cours de français,
c'est par sessions, d'accord, des sessions de 11 semaines. Quand il y a
une personne qui vient à la mi-session, elle devra attendre à la session
suivante. Mais les personnes qui viennent d'arriver sont dans une situation
instable, ils ne savent pas encore où
s'installer définitivement. Des fois, ça va dépendre de leur emploi, de
l'inscription des enfants à l'école, etc. Donc, ces personnes-là vont
attendre quelques semaines...
• (21 h 20) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Je dois vous arrêter, Mme Djebbar. Merci pour
cette première portion. Merci, Mme la
députée, pour cette première portion de discussion. Je me tourne du côté de
l'opposition officielle pour... avec la députée de...
Une voix : ...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...Chomedey — je m'excuse, il est tard — Chomedey,
pour une période de 12 min 23 s. Le micro est à vous.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
Mme la Présidente. Bonsoir à vous deux. Merci d'être là. J'aimerais vous
laisser finir votre explication, s'il vous plaît.
Mme Djebbar
(Fatma) : Donc, pour nous, les gens qui attendent la session prochaine
pour s'inscrire aux cours de français, ce
qu'on aimerait, c'est qu'il y ait des classes pilotes où les personnes vont
pouvoir suivre des cours de français
ou un apprentissage pour qu'ils puissent s'inscrire — je m'explique mal — pour
qu'ils puissent s'inscrire, pour qu'ils puissent commencer leurs cours,
d'avoir des classes alternatives, en attente d'être dans leur niveau. Je me
suis mal expliqué, je suis désolée.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : On a compris, faites-vous-en pas.
Mme Lakhoyan Olivier : On a
compris, ne vous en faites pas. Bien, je vais continuer avec la francisation,
ça ne vous dérange pas? Vous parlez aussi de problèmes d'accès Internet,
d'ordinateurs, comme beaucoup d'autres nous ont mentionné la même chose. Que
pensez-vous d'avoir des salles, tu sais, les salles de réunion que les
bibliothèques offrent aux étudiants, mais offrir... avec des bibliothèques,
pour les familles, pour les aider pour l'apprentissage du français. C'est-tu
une bonne idée?
Mme Djebbar (Fatma) : Bien, je
pense que notre mission, c'est aussi d'offrir des cours de français en
partenariat avec le ministère de l'Immigration. Je ne sais pas, écoutez, je
n'en ai aucune espèce d'idée, sincèrement. Est-ce que c'est la mission de la
bibliothèque, des bibliothèques municipales? Je ne sais pas.
Mme Lakhoyan Olivier : Je vais
recommencer. C'est parce qu'il y a des cours qui sont offerts, avec les cours de francisation, mais vous dites qu'ils
n'ont pas accès à l'ordinateur et pas de service d'Internet. Donc, peut-être
trouver une solution, d'avoir accès à ordinateur et Internet dans des
bibliothèques afin qu'ils puissent suivre les cours en famille. Donc,
c'était une idée.
Mme Djebbar (Fatma) : Mais,
même, peut-être qu'ils vont devoir s'inscrire. Moi, je parle de problématique d'Internet et d'ordinateurs pour l'inscription aux
cours de français. La question va se poser aussi pour les bibliothèques
parce que, même pour la bibliothèque, il va falloir s'inscrire. Parce que le
ministère de l'Immigration offre des cours à distance, mais il y a la
possibilité que les gens suivent des cours de français les fins de semaine, en
soirée, pendant la semaine aussi, et le nombre d'heures qu'ils veulent par
semaine aussi. Donc, c'est assez flexible, selon le choix. Et les candidats à
la francisation ont même la possibilité de choisir les organismes où ils
veulent, selon leur quartier, selon leur... ce qui est quand même très
avantageux.
Mme Lakhoyan Olivier : Il y a
toujours une façon de faire des cours, où, lorsque la personne s'enregistre au cours, on sait où il est rendu, puis, s'il
recommence le lendemain, bien, dans le dossier, on sait où il est rendu, et il
peut continuer jusqu'à ce qu'il termine, pour que cette personne ait ses
notes finales. Mais c'est des détails, donc... On veut tous venir avec des
solutions, n'est-ce pas, des recommandations afin d'aider le processus de l'intégration.
Des organismes comme le vôtre, c'est tellement
nécessaire de plus en plus. Je le sais, à Chomedey, à Laval, j'en ai, Carrefour
Intercultures, CDLC. Votre présence est très importante, c'est tellement aidant
afin d'aider ces gens-là de s'intégrer. Je comprends bien que, quand on parle
des immigrants, vous mentionnez tous les statuts : immigrants permanents ou temporaires, réfugiés, demandeurs d'asile ou
sans statut. Donc, vous servez tout le monde, et on parle de... le
service à tous ces gens-là.
Parlant de...
J'ai plusieurs questions d'où commencer. Tantôt, on parlait des gens sans
scrupules, là, qui font... ils font des promesses et ils mettent dans le
trouble, là, beaucoup de gens qui viennent ici. Ils viennent pour le rêve de vivre au Québec, ou étudier, ou travailler. J'ai
écouté vos recommandations et suggestions afin d'informer ces gens-là à
l'extérieur, dans leur pays. Toutefois, ici, qu'est-ce qu'on peut faire afin de
décourager ces gens-là de charger des prix
de fous ou bien de faire des actes non humains? Moi aussi, à mon bureau, je
reçois beaucoup d'appels et des gens qui
viennent me voir... des prix exorbitants. Comme, ils disent : des avocats,
je ne sais pas s'ils sont des vrais avocats, 40 000 $, 20 000 $ pour changer un statut à l'autre.
Donc, ils font confiance et ils se font avoir avec... sans aucune nouvelle.
Pensez-vous
qu'on devrait... Je pense toujours à des solutions, mais je vais vous donner
quelques recommandations que je pensais : régulariser les tarifs,
ou... Est-ce que les sites d'immigration... Est-ce qu'on devrait faire plus
facile à remplir? Parce que beaucoup de gens, ils disent : C'est difficile
aller chercher quel formulaire remplir pour quel statut, donc... Ou pensez-vous
qu'il vous... Et j'ai deux ou trois solutions. Pensez-vous qu'il nous faut un
comptoir information, de la part du gouvernement du Québec et du Canada, afin
de couper ces agents sans scrupules? Donc, deux
ou trois idées que... En vous écoutant, je viens avec des idées. Comment on
peut aider au Québec, chez nous, s'assurer que les gens qui habitent
ici, ils ne sont pas malmenés par d'autres?
Mme Pappas (Catherine) : En
fait, je pense que l'essentiel, c'est de s'assurer que les gens qu'on accueille
au Québec ne se sentent pas... ne sont pas dans une situation de précarité. Et,
dès que leur statut est remis en question ou dès que leur statut est incertain,
ça les place aussitôt dans une précarité qui les rend très vulnérables à toutes
sortes d'abus, en fait. Et je pense que
c'est l'essentiel, en fait, la régularisation des statuts. La reconnaissance,
en fait, va enlever la peur de ces personnes-là et leur... va les sortir de
cette situation de vulnérabilité qui est le premier facteur qui les pousse
à tomber dans... aux mains de différents escrocs, en fait, je pense. Je ne sais
pas si, Fatma, tu veux...
Mme Djebbar
(Fatma) : Bien, moi, c'est aussi de ne pas permettre à n'importe qui
de devenir n'importe quoi, de ne pas
permettre à des soi-disant consultants en immigration... Ça pousse comme des
champignons, il faudrait peut-être légiférer ça.
Il y a eu, un certain temps, toute une campagne qui avait été faite, on avait
beaucoup travaillé avec le MIFI. C'étaient
des écoles qui poussaient comme des champignons, c'étaient des écoles, entre
autres, pour avoir des certificats en
entrepreneuriat et qui disaient aux gens : Vous n'avez qu'à signer, vous
allez être étudiant, vous allez recevoir une bourse. Les gens ne
savaient même pas ce que c'était qu'une bourse. Les gens ne savaient pas que
cette bourse-là, il fallait la... que c'était un prêt, qu'il fallait rembourser
plus tard. Et ça a été infernal. Donc, c'est de ne pas permettre ce genre
d'école. Et c'est vrai que, les consultants en immigration, il y en a pas mal,
tous accrédités, j'imagine, mais je ne sais
pas s'il y a un ordre professionnel pour ça ou... De légiférer là-dessus, moi,
je pense que ce serait important.
Mme Lakhoyan
Olivier : À la page 10, vous parlez de la loi n° 96.
Sur le terrain, quel a été l'impact de la loi n° 96
sur les immigrants?
• (21 h 30) •
Mme Djebbar
(Fatma) : Des exemples concrets. Quand les personnes viennent chez
nous, on a une session pour faire les déclarations d'impôts. On est accrédités
par Revenu Québec et revenu Canada, et, des fois, les... Avant la loi n° 96, on pouvait... les
personnes pouvaient nous donner une dérogation, une procuration pour qu'on
parle à leur place, parce qu'ils ne parlent ni français ni anglais. OK?
Il y a quelque temps,
de plus en plus, mes collègues sont fâchés parce qu'ils ne peuvent pas parler à
la place des gens, même s'ils ont une procuration. Et je pense que c'est de
l'excès de zèle de certains employés, de certains employés, de certains
fonctionnaires et qui, avec dédain, vont dire : Tu ne parles pas... Ça
fait trois mois que tu es là, tu ne parles
pas encore français? Et c'est dégradant, c'est... On ne peut plus régler
certaines affaires anodines de personnes parce que... de par cette loi.
Et c'est épouvantable, c'est épouvantable.
On
a eu un demandeur d'asile, ce matin, qui passait en commission dans deux jours.
Il a reçu une lettre en français. Il ne comprenait absolument rien. Une chance
qu'il est venu au SIARI, on lui a dit : Ton audience, c'est à telle heure,
c'est à tel endroit, il faut ramener tel, et tel, et tel... C'est très
compliqué. Sur le terrain, c'est très compliqué.
Nous sommes présents
depuis la rentrée scolaire. Nous sommes présents dans de nombreuses écoles du quartier et de Montréal, de Laval aussi,
d'ailleurs, des écoles primaires, pour les rencontres parents-enfants, et ça
change toute la dynamique des parents.
Est-ce que je peux
vous raconter une petite histoire, deux secondes... deux minutes.
Une voix : Oui,
oui.
Mme Djebbar
(Fatma) : Il y a quelque temps, il y avait un enfant indien qui
parlait punjabi, qui avait beaucoup de
difficultés à l'école. Sa mère ne parlait ni français ni anglais, ne comprenait
pas que son fils... et elle essayait d'expliquer à l'enseignante que...
mon fils était brillant... elle parlait anglais, mon fils était brillant, je ne
comprends pas ce qu'il se passe, ta ta ta. Une rencontre avec l'orthophoniste:
L'enfant ne comprenait juste pas qu'une syllabe comme un l et un e faisaient le son «le» en français, qu'une lettre l et
a... que le l et le a faisaient «la» en français, parce qu'en langue
punjabi, c'était complètement différent. Quand notre interprète était présente
avec l'orthophoniste, que l'enfant a pu comprendre comment fonctionne la langue
française, ça a changé sa vie. Il avait piqué... en tout cas, il avait pleuré,
etc., parce qu'il comprenait comment ça se passait. L'enseignante n'était pas
capable... et ça, on a pu... notre collègue
punjabi, indienne, a pu lui expliquer parce qu'elle parlait la langue, parce
qu'elle venait de la même culture et elle... comme vous savez, elle a
parfaitement compris que le punjabi et le français, c'était complètement
différent.
Donc, des fois,
avec... certaines interventions minimes changent tout. Les parents laissent à
l'école... Les élèves en classe d'accueil
sont des élèves qui sont complètement perdus, les premiers jours, du moins, et
ils ne savent pas comment dire : Je veux aller aux toilettes. Ils
ne savent pas c'est quoi, une journée pédagogique...
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Je dois vous arrêter. Je vous ai
laissé terminer votre histoire, mais on a dépassé un petit peu le temps, mais
c'est correct. Mais on poursuit avec notre dernière intervention, notre dernier parlementaire pour la soirée, le député de
Saint-Henri—Sainte-Anne. Vous avez un temps de 4 min 8 s. Le temps est à
vous.
M. Cliche-Rivard :
Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. Merci aussi pour tout ce que
vous faites. J'ai une petite question. Vous
parlez de l'élargissement de l'accès à la RAMQ dans votre mémoire, à l'assurance
maladie. J'aimerais que vous nous parliez
des enjeux, là, notamment pour les femmes à statut précaire. Et, selon vous,
comment ça se fait qu'en 2023, surtout pour les soins de santé sexuelle et
reproductive des femmes... comment ça se fait que ce n'est pas déjà
fait?
Mme Djebbar
(Fatma) : Je ne sais pas. Je ne sais pas, comment ça se fait que ce
n'est pas déjà fait. Au fait, nous, quand on voit les demandeurs d'asile, ça,
c'est un dossier qui me touche profondément, les personnes sont déjà
vulnérables. Les personnes prennent six mois, un an, trois ans pour arriver au
Québec, ils marchent dans la jungle et c'est épouvantable. Je sais que le...
ils ont une couverture fédérale, d'accord, mais ce qu'il se passe, dans le
concret, c'est que beaucoup de médecins,
beaucoup d'hôpitaux ne savent pas, ne savent vraiment pas à quoi a accès un demandeur
d'asile. Et c'est épouvantable!
M. Cliche-Rivard : C'est
terrible, et ça, ça fait qu'elles n'ont plus ne le savent pas, si elles ont
accès, de toute façon.
Mme Djebbar
(Fatma) : Tout à fait.
M. Cliche-Rivard : Donc, il y a
des suivis gynécos qui sont sautés, malheureusement, il y a des problèmes de
grossesse qui auraient pu être détectés beaucoup plus tôt qui ne le sont pas.
Il y a énormément de coûts pour la santé publique, je devine, là.
Mme Pappas (Catherine) : Puis
il y a des femmes, en fait, qui accouchent, en fait, à l'hôpital, et reçoivent
la facture par la suite, en fait, et ne savent pas quoi faire avec parce
qu'elles sont désemparées. Et là nous, on est en train d'avoir des discussions avec le CIUSSS, qui est en train de faire
des discussions avec différents établissements, les médecins, et tout,
mais c'est un processus... En fait, ça ne devrait pas arriver aujourd'hui, en
2023, en fait.
M. Cliche-Rivard : Et
l'enfant qui naît, lui, il naît citoyen canadien, il naît citoyen du Québec, il
est admissible à la RAMQ de par sa nationalité. Alors, comment ça se fait que
la mère qui a porté cet enfant-là qui devient citoyen au moment de sa
naissance, elle n'a pas de couverture? C'est un non-sens.
Mme Djebbar (Fatma) : Je suis
tout à fait d'accord avec vous.
M. Cliche-Rivard : Vous parlez,
dans votre mémoire, de situations difficiles liées au permis de travail. Vous
soumettez des propositions, mais vous n'allez pas aussi loin que l'abolition du
permis de travail fermé. Est-ce que c'est parce que vous ne l'envisagez pas, parce
que vous ne vouliez pas aller aussi loin? Où est-ce qu'elle est, votre
réflexion, là-dessus?
Mme Djebbar (Fatma) : S'il a
été inventé, c'est qu'il a dû répondre à un besoin, d'accord? C'est vrai que
c'est épouvantable de devoir... Je me souviens, il y a quelques années, pour le
dossier des femmes... comment on appelait ça... des dames domestiques, là,
surtout des personnes qui venaient des Philippines, les aides familiales
résidentes, voilà... c'était un programme fédéral, féodal, tout ce que vous voulez.
Mais j'imagine que ça répond à un besoin, vu
qu'il existe encore. Parce qu'il y a aussi des personnes qui sont très
contentes de venir au Canada, au Québec, et de trouver un employeur, et ce
n'est pas tous les employeurs qui sont mauvais non plus, hein? Il y a des
délinquants...
M. Cliche-Rivard : C'est
certain, mais un permis de travail ouvert permettrait aux employeurs, quand même, de continuer. Moi, je vous soumets que ce
n'est pas parce qu'on ne l'a pas encore aboli qu'on ne peut pas se poser
ces questions-là. Alors, je pense que la société évolue aussi. Il y a l'ONU qui
vient de nous dire des choses qu'on ne savait
pas nécessairement à l'effet que c'était propice à l'esclavagisme moderne. Je
pense que, maintenant qu'on le sait, probablement que notre réflexion
doit avancer.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : C'est ce qui met fin à
nos travaux. Merci beaucoup, M. le député. Mmes Djebbar et Pappas,
merci de vous être présentées à nous ce soir. Merci pour l'apport à nos travaux,
c'est vraiment bien rendu.
Alors, Mmes,
MM. les parlementaires, je vais suspendre les travaux de la commission jusqu'au
mercredi 20 septembre, après les avis touchant les travaux des
commissions. Bonne soirée.
(Fin de la séance à 21 h 39)