(Neuf heures cinquante-neuf
minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance
de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
Alors, la commission est réunie afin de
poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation intitulé La
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques), par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup. Alors, Mmes les élues, bienvenue. Ce matin, nous allons
entendre les groupes suivants : Le Québec c'est nous aussi, que je
constate... dont je constate la présence devant moi, École Québec et le Centre
multiethnique de Québec.
• (10 heures) •
Je souhaite donc rappeler au public qu'il est
toujours possible de commenter ce mandat et de... et que la consultation en ligne sur le cahier de consultation
se terminera le 28 septembre, qui est, qui est... qui est dans deux
jours. Si ce n'est déjà fait, je vous invite à vous rendre sur notre site Web
afin de remplir le questionnaire à l'adresse assnat.qc.ca/immigration.
Je souhaite donc la bienvenue à nos... à nos
gens ce matin, qui proviennent de Québec, c'est à nous. Madame, messieurs, je
vais vous demander, dans un premier temps, de vous présenter. Vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre exposé, vos commentaires, vos
recommandations. Ensuite, nous allons échanger avec les parlementaires. Alors,
le temps est à vous.
Le Québec c'est nous
aussi
Mme Launay (Claire) : Merci, Mme la
Présidente. Merci à tous les membres de la commission de nous recevoir
aujourd'hui. Mon nom est Claire Launay. Je suis la présidente de l'organisme Le
Québec c'est nous aussi. Donc, je suis Française d'origine. Je suis arrivée au
Québec en 2011. J'ai fait mes études au Québec, et je suis passée par le PEQ — Diplômés
pour obtenir la résidence permanente en 2018, et aujourd'hui je suis citoyenne
canadienne. Je suis accompagnée de...
M. Fotso
(Hippolyte Mbogne) : Bonjour et merci. Je suis Hippolyte Mbogne Fotso.
Je suis d'origine camerounaise. Je
suis membre du pôle recherche du Québec c'est nous aussi, rescapé du PEQ 2019,
avant la réforme. Et
aujourd'hui je suis résident permanent au Québec et je suis enseignant.
Mme Launay (Claire) : Donc, un petit
mot sur notre organisation avant de commencer. Le Québec c'est nous aussi,
c'est un organisme à but non lucratif qui a été fondé en 2020 pour la défense
des droits et des conditions de vie des
personnes immigrantes au Québec. Ça a vraiment été créé dans la foulée de la
réforme du PEQ de mars 2020. L'idée était vraiment de porter la voix des
personnes immigrantes dans la place publique, parce qu'on s'est souvent rendu
compte qu'on parlait de nous, mais sans nous. Donc, nous, on voulait vraiment
prendre cet espace-là pour s'assurer que nous étions entendus dans la prise de
décision sur des mesures qui nous concernent directement.
Au fil du
temps, nous avons élargi l'étendue de nos luttes pour représenter vraiment
l'ensemble des personnes immigrantes au Québec. Donc, ça comprend à la
fois les travailleurs qualifiés du Québec, les personnes réfugiées, les
personnes qui vivent la réunification familiale ou encore les personnes sans
statut.
Donc, on est
très heureux d'être là aujourd'hui. Ça fait depuis trois ans qu'on demande une
discussion profonde sur le système d'immigration au Québec, au-delà des grands
titres des journaux, toujours sur les seuils. Donc, aujourd'hui, on va
vous parler de quelques recommandations. Notre mémoire en contenait 21. Donc,
on pourra répondre à toutes les questions que vous aurez sur celles-ci. Pour la
présentation, je vais me focaliser sur quatre ou cinq d'entre elles.
Dans un premier temps, dans le contexte de la
planification de l'immigration au Québec, on parle toujours uniquement de
l'immigration permanente dans les seuils, donc, vraiment les admissions de
résidence permanente. Pourtant, depuis
quelques années, on a remarqué un basculement dans les populations immigrantes
au Québec et dans le reste du Canada
aussi, d'ailleurs, avec une augmentation très importante de l'immigration
temporaire. Donc, pour nous, pour vraiment planifier une immigration
dans son ensemble et qui représente un portrait fidèle de la situation, ça prend une planification de l'immigration temporaire aussi,
le but étant de pouvoir prévoir quels genres de services ces personnes-là
vont... de quels genres de services ces personnes-là vont avoir besoin en
termes de logement, de francisation, de
santé et d'éducation, mais aussi d'éviter l'établissement d'une société un peu
parallèle, en fait, d'immigration temporaire. On a vu qu'en 2023 il y
avait plus de 350 000 immigrants temporaires qui vivaient au Québec.
Là, il y a quelques
semaines, les Nations unies ont sorti un rapport qui montrait qu'il y avait des
formes d'esclavagisme moderne dans le Programme des travailleurs étrangers
temporaires, pas seulement au Québec, mais ça comprenait le Québec aussi. Donc,
nous, on... on sonne l'alarme sur vraiment le besoin de planifier correctement
cette immigration. Notre but, ce n'est pas forcément de la réduire, mais c'est
juste de la prévoir correctement pour que ces personnes-là aient des conditions
de vie dignes.
Ensuite, on voudrait
vous parler de solidarité internationale. C'est un pan du cahier consultation
qu'on a trouvé qui était peu abordé. Mme la ministre, vous parliez de l'immigration
comme un Y, avec deux branches, l'une étant la main-d'oeuvre et l'économie, et
l'autre, la langue française et la francisation, deux branches avec lesquelles,
somme toute, nous sommes assez d'accord, mais nous pensons qu'il manque une
branche vraiment importante sur la solidarité internationale.
On sait qu'il y a une
volonté du peuple québécois de faire sa part. On l'a vu, au moment de la guerre
en Ukraine, que de nombreuses personnes se sont mobilisées. Le Québec a été
capable d'accueillir un grand nombre d'immigrants ukrainiens dans l'urgence.
Donc, on sait que le Québec peut continuer à faire sa part. Et, de ce point de
vue là, une de nos recommandations, en fait, vient comme un peu retourner une
des orientations du gouvernement, puisque, dans le cahier de consultation, il
était question d'augmenter la part de la sélection... la part des personnes sélectionnées par le Québec dans les seuils du
Québec, mais en fait ce que ça revient à faire, ça veut dire diminuer la part
des personnes non sélectionnées, c'est-à-dire les réfugiés reconnus sur place
et les personnes de la réunification familiale.
Nous,
on recommande vraiment de ne pas baisser la part de ces... de ces catégories
d'immigration, particulièrement dans un contexte où les inventaires sont
extrêmement élevés pour ces catégories d'immigration. Donc, les délais d'attente sont déjà de deux à trois ans pour la
réunification familiale et de plusieurs années, de plus de 10 ans, par
exemple, pour les réfugiés. On pense que c'est des situations qui... qui
n'ont pas lieu d'être au Québec, particulièrement dans la mesure où il n'y a
pas vraiment de critère de sélection du Québec. Donc, la seule raison pour
laquelle ces personnes-là n'obtiennent pas
la résidence permanente, c'est parce qu'il y a des seuils, justement, des
limites d'admission par an pour ces
catégories. Donc, on... on met en alerte, disons, le gouvernement sur la possibilité
de réduire davantage la part de cette immigration-là dans l'immigration
au total.
Par ailleurs, on
voudrait attirer votre attention sur un autre élément du cahier de consultation
qu'on n'a pas... on n'a pas vu, malheureusement, c'est toute la question de la
régularisation des personnes sans statut. Donc, on sait qu'un programme de
régularisation est en élaboration au gouvernement fédéral en ce moment, et
depuis plusieurs mois maintenant. Nous,
déjà, on voudrait s'assurer que le Québec... que les personnes qui sont dans
cette situation-là et qui habitent au
Québec vont pouvoir être éligibles à ce programme et, de ce fait, que ce soit
prévu dans la planification de
l'immigration. Pour l'instant, il n'y a aucune ligne qui est prévue pour ce
programme-là. Donc, si le gouvernement fédéral va de l'avant avec cette
proposition, on a peur que ce soit compliqué pour le Québec d'embarquer, parce
que ça n'a pas été prévu. Donc, de façon
générale, on encourage vraiment à penser l'immigration de façon... de façon
large, de penser à toutes les
catégories pour ne rien oublier et prévoir de façon plus exacte l'immigration
des trois prochaines années.
Un bon point, entre
guillemets, enfin, vraiment un point positif qu'on a vu du Québec ces derniers
mois et qui était dans le cahier de consultation, c'était la volonté du Québec,
du gouvernement de défendre les personnes qu'il sélectionne, notamment dans le
cas des étudiants africains. On a vu qu'il y a des taux de refus de visa qui
sont très importants au niveau d'Ottawa. Sachez que notre organisation a
témoigné à la Chambre des communes à ce sujet-là. Donc, c'est un sujet qui nous
tient beaucoup à coeur aussi. On salue le gouvernement pour les gestes qu'il
pose à cet égard. On pense qu'on peut aller encore peut-être un petit peu plus
loin et que le gouvernement du Québec pourrait demander à Ottawa de retirer le
critère de la double intention comme motif de refus dans l'octroi des visas. On
pense que le Québec a vraiment un leadership à jouer à cet endroit-là, et, de façon
générale, de montrer aux immigrants qu'il
sélectionne qu'il a à coeur qu'ils arrivent au Québec et qu'ils s'établissent
de façon digne et dans des conditions correctes.
De
la même manière, nous, on propose la création d'un guichet unique. Là, c'est
une idée un petit peu ambitieuse, mais
on pense que, vraiment, le système d'immigration — nous, on en parle, on l'a vécu — c'est
un labyrinthe à naviguer, les deux paliers de gouvernement avec les
différents enjeux, les lois qui changent, les critères qui changent. Des crises arrivent, qui font bouger les
inventaires d'un côté ou d'un autre à Ottawa. Si le Québec a réellement à coeur
de faire venir ce monde-là et de... et de
les laisser s'établir, dans le cas des demandes de résidence permanente, on
pense qu'il y aurait vraiment un intérêt à ce que le gouvernement mette
en place, en collaboration avec le gouvernement fédéral, un système unique de demande
de résidence temporaire et permanente pour faciliter vraiment la tâche des immigrants, et que, même, les immigrants se
sentent appuyés par le gouvernement du Québec dans tout ce processus-là.
Enfin, une de nos
recommandations... Donc, vraiment, quand il est question des seuils, c'est
vraiment de se baser sur le solde migratoire qu'on prévoit dans les prochaines
années. On a vu que... Vous l'avez peut-être vu dans notre mémoire, le solde
migratoire, ces dernières années, a vraiment augmenté de façon importante, bien
au-delà des admissions de résidence permanente. Donc, d'après nous, le... la
métrique des admissions n'est plus une métrique... en fait, ce n'est pas... ce n'est plus la métrique la plus pertinente
pour vraiment faire une planification de l'immigration. D'après nous,
les admissions, donc, les seuils devraient... devraient être proportionnels,
d'une certaine manière, avec le solde
migratoire pour qu'on se retrouve avec une immigration qui est principalement
permanente et ensuite temporaire, et non l'inverse.
• (10 h 10) •
Pour terminer, on salue vraiment
l'ouverture du gouvernement qu'on a vue dans les deux dernières semaines au
cours des consultations. On a déjà collaboré avec le ministère par le passé.
C'est vraiment en tant que collaborateurs qu'on vient aujourd'hui. On
vient avec... avec notre vécu mais aussi avec notre expertise de personnes
immigrantes qui ont vécu le système. Donc, on répondra avec... à vos questions
avec plaisir. Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors,
nous allons débuter les... l'échange avec les parlementaires. Je vais commencer
avec l'aile gouvernementale pour une période de 16 min 30 s. Le
micro est à vous.
Mme
Fréchette : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, bon début de
dernière semaine de commission à tous. Merci. Merci d'être là. C'est très
apprécié. Merci de partager à la fois votre expérience, votre vision, votre
expertise, parce que, manifestement, vous êtes engagés à plein dans cette
volonté de porter les demandes en lien avec l'immigration. Donc, merci d'avoir
pris part à cet exercice.
Alors,
j'aurais quelques commentaires avant de lancer quelques... quelques questions.
D'une part, pour rebondir sur une des
choses que vous avez abordées, c'est le critère de la double intention qui pose
un enjeu. Effectivement, c'est notre lecture également que ce critère de
la double intention génère, en fait, un haut taux de refus, particulièrement
pour les étudiants africains francophones, ce qui a un impact considérable sur
nos établissements d'enseignement, particulièrement en région, parce que
plusieurs reposent sur l'arrivée de ces étudiants étrangers pour le maintien
d'un certain nombre de programmes.
Alors, au cours de
mes réunions de travail, au cours des derniers mois, avec mon homologue au
fédéral, bien, on a, effectivement, demandé le retrait de ce critère de la
double intention. Ça nous apparaît être une mesure qui n'est pas aidante, parce
que ça met dans... les personnes immigrantes dans une situation un peu de
dilemme. Alors, voilà, on va voir de quelle
manière le fédéral réagit, mais cette demande-là, donc, elle a été... elle a
été portée à l'attention du gouvernement canadien.
Par
rapport à votre recommandation n° 10, c'est à la page 11 de votre
mémoire, bon, vous suggérez d'exempter de test de français les personnes
diplômées des programmes francophones ou ayant validé des études secondaires ou
postsecondaires en français. Alors, bien,
simplement pour souligner qu'en réalité, là, les étudiants diplômés des programmes
francophones au Québec ou en mesure de nous montrer qu'ils ont suivi trois
années d'études en français à l'étranger n'auront pas à passer à travers un
test de français, sauf si un doute est semé au sein du ministère par rapport à
un dossier, une personne en particulier. Là, on se réserve la possibilité de
faire faire un examen de français, mais ce ne sera pas d'office une étape à
traverser, parce que, pour nous, bien, vous comprendrez que, c'est ça, là, le
fait d'avoir eu un diplôme en français est suffisant. Mais ça se pourrait que
certains dossiers génèrent quand même une volonté d'aller creuser un peu plus
davantage le dossier.
Autre commentaire, à
la page 6, vous indiquez que le gouvernement du Québec devrait davantage
porter son attention sur la connaissance du
français dans l'immigration temporaire, puisqu'elle est faible et que cette
immigration est en hausse. Bon, à ce sujet-là, j'aimerais, d'une part,
rappeler qu'il y a presque 60 % des immigrants temporaires qui connaissent
le français. Donc, c'est juste pour dire qu'on n'est pas à la case départ. On
n'est pas à un niveau près du zéro. Au
contraire, il y a une majorité des immigrants temporaires qui parlent français.
Donc, bonne nouvelle. Et par ailleurs on a été le gouvernement qui a
rendu accessibles les mesures de francisation aux immigrants temporaires. Ça, c'est un pas important. Alors, j'en entends
qui... qui se préoccupent, là, de la situation pour les travailleurs
temporaires. Eh bien, nous, on a pris
action en rendant, donc, accessibles ces cours de francisation avec Francisation Québec. C'est également confirmé. Et pratiquement la moitié de nos
apprenants sont des immigrants temporaires. Donc, les gens répondent à l'appel,
même s'il y a une majorité de gens qui, déjà, parlent français. Donc, une
excellente nouvelle.
Et non seulement on a
rendu les cours accessibles, mais en plus on a offert des allocations à une
bonne part d'entre eux, des allocations financières pour faire en sorte que les
cours de français ne soient pas en compétition avec l'emploi, avec le revenu de
travail. Donc, il y a des allocations financières qui sont disponibles pour ces
personnes.
Alors, on est très
contents de la réponse que les personnes immigrantes temporaires ont eue face à
notre appel, parce que c'est pratiquement un
appel qu'on a lancé avec nos réformes, en mai dernier, pour la... l'immigration
économique. Donc, les gens sont au rendez-vous.
On
va s'assurer, donc, de mettre les bouchées doubles pour répondre à cette
demande en termes de francisation, mais je vous dirais qu'on est le
gouvernement qui a pris action en lien avec cette nécessité de faire en sorte
de transmettre la connaissance du français chez les immigrants
temporaires.
Ensuite, à la
page 12, là, je vais y aller avec une question, donc, bien vous... En
fait, à la page 12, vous soulevez un
enjeu, là, de passage du statut de temporaire au permanent pour certaines
catégories de travailleurs étrangers temporaires et vous proposez, en
fait, l'ajout de professions de compétences intermédiaires, de niveau FEER 4,
au Programme de l'expérience québécoise.
Bien, comme vous
savez, on a annoncé, donc, en mai dernier, là, une réforme du programme PRTQ.
On va le transformer, donc, en Programme de sélection des travailleurs qualifiés. Et, dans cette réforme, il y a le développement,
la création d'une passerelle pour des travailleurs étrangers temporaires, ce
qui est difficile d'accès, là, pour l'instant, dans le système actuel,
d'accéder à la résidence permanente quand on est travailleur étranger
temporaire avec des compétences manuelles ou
intermédiaires. Donc, on a développé ce volet 2 spécifiquement pour ce
type de travailleurs.
Donc, bien,
j'aimerais savoir si, pour vous, la création de ce volet 2 au sein du Programme
de sélection des travailleurs qualifiés... si ça répond à une partie des demandes que vous
portez pour rendre plus accessible la... le statut permanent des
travailleurs temporaires. Et puis, bien, est-ce qu'il y a des éléments, dans le
fond, qui seraient à considérer pour bonifier ce programme pour les
travailleurs temporaires?
Mme Launay
(Claire) : Merci. Je veux juste revenir sur quelques-uns de vos
points, notamment sur la connaissance du français pour les immigrants
temporaires, juste pour clarifier que, nous, notre demande, ce n'est pas que
l'immigration temporaire devrait systématiquement parler français en arrivant
au Québec. On soulignait plutôt le fait que l'immigration permanente est de
plus en plus francophone. Ça... On va déjà dans le bon sens. L'immigration
temporaire, elle, a augmenté, notamment, parce que le gouvernement a mis en
place des mesures pour l'augmenter. Donc,
c'était plus de rétablir une espèce d'équilibre et de rappeler qu'on ne peut
pas à la fois augmenter l'immigration temporaire
de façon importante et ensuite la blâmer pour peut-être un supposé déclin du
français. Donc, on voulait juste remettre un petit peu de nuances à cet
endroit-là.
On souligne,
d'ailleurs, les efforts qui ont été faits par rapport à Francisation Québec.
C'est quelque chose qu'on... un projet qu'on
accueille de façon tout à fait positive. Justement, comme vous disiez, la
demande a été importante, ce qui
prouve qu'il y a une grande volonté des immigrants, autant temporaires que
permanents, d'apprendre le français. Nous, on n'est pas très surpris, on
le savait, mais on pense qu'on va dans la bonne direction avec ça.
Pour ce qui est du
PEQ, donc, nous, c'est ça, on recommandait l'inclusion de... des catégories
FEER 4 dans le PEQ — Travailleurs.
En fait, pour nous, le programme... le PSTQ et le PEQ, c'est des programmes qui
ont des visées différentes et qui sont complémentaires. Donc, disons, le
problème que nous, on voit avec l'exclusion des FEER 4 dans le PEQ, c'est que... Le PEQ permet une espèce de
garantie, en fait. On sait que, si on remplit les critères du PEQ, on
aura accès à la résidence permanente. Puis ça, pour une personne immigrante qui
a déjà, comme... qui s'est complètement déracinée et qui est arrivée au Québec,
de savoir qu'il y a un programme qui... qui lui garantit une stabilité et une
sortie des permis de travail fermés, notamment, c'est quelque chose qui est
très rassurant et qui motive, à mon avis, les personnes immigrantes à vouloir
s'intégrer au Québec et à vouloir y rester.
Dans le cas du PSTQ,
oui, ces professions-là sont incluses, mais ces personnes-là se retrouvent
comme dans un bassin. Donc, deux sélections.
Peut-être qu'ils vont être sélectionnés, peut-être pas, donc, et après, donc...
ou alors, le temps qu'elles soient sélectionnées, ces personnes-là
doivent rester sur des permis de travail fermés. Pour nous, ce n'est pas des
situations qui sont idéales, particulièrement dans un contexte où on a une
pénurie de main-d'oeuvre. Il y a des besoins
en région. Il y a beaucoup de personnes qui ont... de professions FEER 4
qui se trouvent en région. On trouve qu'il y a une opportunité manquée,
à cet endroit-là, de ne pas les inclure dans le PEQ pour un... En fait, pour nous, on le voit comme un incitatif de
régionalisation aussi. On le voit, que les personnes vont avoir envie de
s'établir en région dans ces... dans
ces emplois-là s'il y a une garantie de stabilité en termes d'accès à la
résidence permanente, ce que le PSTQ ne permet pas complètement.
Mme Fréchette :
Je vois. Bien, merci. Merci pour ces précisions. Je vous amène sur un autre
sujet. Mme la Présidente, il me reste combien de temps?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : 7 min 44 s.
Mme Fréchette :
Sept minutes. Oh là là là! Je vais... OK. Vous recommandez de travailler
avec les ordres professionnels pour s'assurer que le Québec reste compétitif.
Bon, le ministère, en fait, a déjà priorisé, là, un certain nombre de
professions de l'Opération main-d'oeuvre, par exemple, en génie, en
technologies de l'information, en santé,
pour améliorer la reconnaissance des qualifications professionnelles. On a
d'ailleurs, là, un plan aussi qui a été adopté, un plan sur deux ans qui inclut des aides financières spéciales pour les
moments de formation prescrite par des organismes de régulation. On a
bonifié aussi Accompagnement Québec.
Alors, je voulais
savoir, en fait, de votre côté, qu'est-ce que vous verriez. Est-ce que vous
verriez d'autres professions ou secteurs qui devraient être visés le plus tôt
possible par le ministère lorsque la reconnaissance des compétences est
prescrite et incontournable?
• (10 h 20) •
Mme Launay
(Claire) : Bien, en fait, nous, ce qu'on... ce qu'on voit... Donc, on
a 54, c'est ça, professions réglementées. Ce qu'on voudrait, ce serait vraiment
un cadre, un peu, qui est valable pour tous. On sait que, bien sûr, chaque profession va avoir ses spécificités, mais
l'idée étant d'avoir un cadre auquel les ordres doivent se plier, en tout cas,
pour les personnes immigrantes, pour faciliter la compréhension de tout le
système, pour les personnes immigrantes, pour les ordres. On voit qu'il y a des incompréhensions, toujours du
côté des employeurs, de différents... de différents côtés. Donc, c'est
vraiment... C'est une simplification qu'on propose.
Tant mieux si on a
déjà des programmes qui vont dans cette direction-là. On pense qu'on peut
toujours en faire plus. Je pense, notamment, au milieu de la santé. Ça reste
toujours un enjeu de faire reconnaître les acquis des médecins, des psychiatres
formés à l'étranger.
Est-ce que tu as
d'autres choses à ajouter, Hippolyte?
M. Fotso (Hippolyte
Mbogne) : ...je voudrais... Merci, Claire. Merci de me... de me passer
la parole. Je voudrais compléter qu'il s'agit là du volet intégration du
ministère de l'Immigration, du volet intégration, parce que, lorsqu'on arrive
ici... Lorsque des immigrants arrivent ici avec un certain bagage, avec
certaines compétences, parfois... Et, comme Claire l'a dit, nous avons
54 professions réglementées au Québec, 46 ordres professionnels.
Donc, nous pensons qu'il est important qu'il y ait un cadre universel de reconnaissance
des acquis.
Nous nous rendons compte qu'actuellement le
gouvernement fait beaucoup dans des domaines qui n'ont pas eu de réforme depuis un certain temps : la
santé, l'éducation, la construction. Nous pensons que, lorsqu'on... lorsqu'on
pense, lorsqu'on conçoit ces réformes-là, il faut intégrer également un élément
de reconnaissance des acquis pour les travailleurs immigrants qui arrivent, de
sorte que le parcours ne soit plus très complexe comme ce l'est aujourd'hui.
Nous sommes là dans le volet
intégration. C'est important qu'il y ait un cadre qui corresponde à toutes les
professions réglementées et à tout le reste. Donc, c'est ce que je voudrais
ajouter.
Mme Fréchette : D'accord. Merci. Mme
la Présidente, je vais céder la parole à des collègues.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la
ministre. Alors, je me tourne du côté de la députée de Vimont. Il vous
reste 4 min 32 s.
Mme
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Merci à vous
trois de vous être déplacés. Toujours agréable d'accueillir les gens en
présentiel.
J'aimerais vous ramener à la page 7 de
votre mémoire, où vous appuyez, notamment, la mise en place de Francisation Québec tout en faisant valoir les
difficultés rencontrées, donc, par les personnes immigrantes qui souhaitent
participer, donc, aux cours de... aux cours
de français. Au-delà de l'aspect financier, qu'est-ce que vous pourriez nous
suggérer pour, justement, améliorer notre offre de services?
M. Fotso (Hippolyte Mbogne) : Merci.
Le Québec c'est nous aussi appuie déjà, premièrement, l'initiative de
Francisation Québec, cela a été dit par notre présidente Claire, mais nous
pensons que... Oui. Vous ne souhaitez pas que l'on revienne sur l'aspect
financier, mais nous recommandons une augmentation, tout simplement, parce que
les familles immigrantes ont des besoins qui correspondent également... qui
sont également frappés par l'inflation, qui
sont frappés par les prix des services de garde, etc. Donc, nous pensons que
revaloriser l'aide financière va placer la francisation en tête de liste de priorités de ces familles-là, par
rapport, par exemple, à la recherche d'heures supplémentaires, etc.
Nous pensons également que le site Internet de
Francisation Québec... Je ne sais pas... Nous avons, pour le site Internet, le
français et l'anglais, mais peut-être que, pour ces personnes qui arrivent, qui
souhaitent apprendre le français mais qui n'ont pas encore la connaissance de
la langue immédiatement... peut-être, pour ces personnes-là, il est préférable
d'avoir d'autres langues. C'est possible sur le site de Francisation Québec.
Je pense aussi que beaucoup de personnes...
beaucoup de personnes immigrantes qui arrivent n'ont pas les compétences technologiques nécessaires pour procéder
à une inscription sur Francisation Québec, surtout qu'actuellement, dans
les centres de services, il n'y a plus d'inscription en présentiel,
d'inscription physique.
Mme Schmaltz : ...site Internet, Mme
la ministre, elle pourra me corriger, mais on a quand même des petites capsules
qui sont... qui sont faites en d'autres langues...
Une voix : ...
Mme Schmaltz : ...c'est ça,
l'espagnol, justement, pour aider les gens à se diriger, là, plus facilement.
Donc, ce n'est pas uniquement français. On a quand même, justement, réfléchi
pour accompagner des... les gens, là, qui ne parlaient pas le français. Donc,
je ne sais pas si vous le saviez, là, mais... C'est ça, c'était juste une
petite parenthèse là-dessus.
M. Fotso (Hippolyte Mbogne) : ...mais
je voudrais ajouter que, comme je vous le disais, beaucoup n'ont pas les
compétences technologiques pour procéder à une inscription sur Internet. Nous
avons affaire à des personnes qui, parfois, ont de la peine à rédiger un simple
courriel. Donc...
Mme Schmaltz : ...comme solution,
justement, pour ces... pour ces gens?
M. Fotso (Hippolyte Mbogne) : Je
pense que, pour un temps, pour un temps, il aurait été peut-être plus efficace
de conserver la possibilité des inscriptions dans les centres de services
scolaires, dans les centres de cours, dans les centres communautaires, de sorte
que... Parce que, lorsque la personne arrive dans un centre communautaire ou
dans un centre de services, elle a la possibilité d'exprimer ses difficultés à
quelqu'un d'autre. Elle a la possibilité de
réagir à chaque fois, de rebondir. Et je pense qu'une inscription... On aurait
pu laisser encore, pendant une période, une période transitoire, avec
des inscriptions dans les centres de services.
Mme Schmaltz : D'accord. Si...
Mme Launay (Claire) : ...d'ajouter
un point aussi.
Mme Schmaltz : Oui, oui, allez-y.
Mme Launay (Claire) : Pour nous, la
francisation, ça... ça s'inscrit dans un projet d'intégration qui est beaucoup plus large. On pense, notamment, aux
personnes en région. Il y a des personnes dont les permis de conduite ne sont pas reconnus, par exemple, au Québec.
Donc, juste pour se rendre aux cours de francisation, il y a des enjeux.
Pour
nous, en fait, pour faciliter l'intégration, et donc la francisation des
personnes immigrantes, ça prend des mesures structurantes en termes de
garderies, d'éducation, de santé, de transport en commun, de logement, parce qu'une personne qui va devoir payer le loyer, qui veut faire
de la francisation à temps plein, qui a des enfants à nourrir ou à garder, ça ne marche... Pour l'instant, le système n'est
pas vraiment fait pour que ça fonctionne. Puis c'est... c'est bien
au-delà de ce que le ministère de l'Immigration peut faire, là, je l'entends,
c'est une collaboration interministérielle
qui est nécessaire, mais on encourage le gouvernement, justement, à aller dans
cette direction, regarder l'enjeu de façon plus holistique.
Mme
Schmaltz : ...ministère de la Famille, notamment, là, il y a des
projets pilotes, justement, pour intégrer les haltes-garderies pour les
personnes, là, qui désirent se franciser. Donc, il y a quand même des pas en
avant qui se font pour répondre, justement, à ce que vous mentionnez.
M. Fotso (Hippolyte Mbogne) : Et
puis tout en encourageant la francisation en entreprise... Ah! c'est terminé?
La
Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...le temps est terminé pour cette portion de discussion.
Merci beaucoup, mesdames. Je me tourne du côté de l'opposition officielle pour
une période de 12 min 23 s. Le député de Nelligan va prendre la
parole.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Bon début de semaine à tous... à tous les collègues, une
troisième semaine de consultations.
Je vais prendre
quelques secondes pour vous remercier. Ce n'est pas la première fois qu'on voit
l'organisme. Je vous salue. Vous faites un excellent travail de terrain. Je me
rappelle, à l'époque, du PEQ et la naissance d'un mouvement. Et je suis très
content de recevoir, au parlement du Québec, un rescapé du PEQ qui contribue,
avec son expertise, avec des collègues à
lui, à enrichir le débat sur l'immigration. Vous êtes l'exemple parfait d'une
intégration réussie. Venir en commission parlementaire, participer au
débat, c'est noble. Bravo! Merci.
Je vais aller...
J'ai... Il y a tellement de choses dans votre mémoire. Je vais commencer par la
réunification familiale. On sait comment ça marche à Ottawa. Une fois, on
arrive au seuil que le Québec veut, on arrête. Pour les gens qui nous suivent, parfois, on oublie que, derrière, il y a des
familles déchirées, il y a des conjoints et des conjointes séparés, et
parfois des histoires d'horreur. Si vous voulez résumer un peu le côté humain
derrière... Les chiffres, on les connaît. On sait que... On sait... on sait le
nombre. Mais je ne veux pas parler de nombre. Je veux parler de cas, de vies
humaines aujourd'hui. Pouvez-vous nous éclairer?
Mme Launay
(Claire) : Merci pour votre question. Bien, pour les histoires
humaines, il n'y en a pas beaucoup qui sont heureuses en termes de
réunification familiale ces derniers temps. Nous, en fait, notre mouvement se
fait contacter régulièrement par des personnes, justement, qui souhaitent se
mobiliser, qui souhaitent que leurs... leurs enjeux soient entendus. Donc, on
s'est fait contacter, dans les derniers mois, justement, par plusieurs
personnes qui étaient dans... dans des situations de réunification familiale et
qui vivaient des situations vraiment difficiles, notamment, donc, à essayer de
parrainer leurs conjoints ou leurs conjointes. On a entendu, la semaine
dernière, il me semble, à l'Assemblée nationale, là, une de ces personnes-là
qui a été forcée d'avorter parce qu'elle ne savait pas quand est-ce que son
mari pourrait, effectivement, se rendre au Québec. Et donc elle était terrifiée
à l'idée de donner naissance seule au Québec et de possiblement commencer à
élever son enfant seule.
On a des histoires
aussi... Tous ces groupes-là se sont beaucoup mobilisés. C'est beaucoup de
femmes, d'ailleurs, je tiens à le préciser.
Et elles... elles notent vraiment l'impact sur la santé mentale que cette
attente a sur elles, donc, vraiment, des gens qui perdent leurs cheveux,
qui perdent le sommeil parce qu'elles ne savent pas quand est-ce qu'elles vont
pouvoir retrouver leurs familles.
• (10 h 30) •
Je sais que vous
voulez des histoires humaines, mais j'en profite pour quand même vous préciser
notre recommandation à cet égard. Les seuils du Québec en réunification
familiale sont autour de 10 000, alors qu'on a plus de 30 000
dossiers encore dans l'inventaire. Il y a des...
M. Derraji : Prenez... prenez le temps. Moi, j'ai... Si
c'est... aujourd'hui, on règle juste cette histoire, je vais être très heureux.
Moi, j'ai tout mon temps pour vous, là.
Mme Launay
(Claire) : Bien, nous aussi, on serait heureux.
M. Derraji : Prenez
le temps. Prenez le temps, parce que vous êtes en train de dire des choses
extrêmement importantes. L'inventaire est de combien, s'il vous plaît?
Mme Launay (Claire) : Alors, donnez-moi une
seconde, je les ai notés. L'inventaire en réunification familiale, nous,
le dernier chiffre qu'on a, c'était 36 800, alors qu'on a un seuil de
10 600.
M. Derraji : Excellent.
Excellent. Une étape à la fois. On a deux scénarios. On a deux scénarios
aujourd'hui sur la table — je
ne vais pas parler des immigrants temporaires, on va s'éparpiller — 50 000
ou 60 000. Rien que pour la
réunification familiale, c'est le double. C'est le double si on veut respecter
les seuils de cette année. Techniquement, aujourd'hui, quelqu'un qui fait une demande de parrainage, femme ou
homme, conjoint ou conjointe, si on suit la logique, doit attendre jusqu'à trois ans. Ça veut dire que
tout est prêt, la personne ne verra pas son conjoint ni dans la prochaine
année, ni la deuxième année, ni la troisième année. Est-ce que j'ai bien
compris?
Mme Launay
(Claire) : Oui, c'est ça. Donc, c'est de deux... deux à trois ans,
comparé au reste du Canada, où, vraiment, l'attente est d'un an. En fait, la
seule raison pour lesquelles... pour laquelle l'attente est plus longue au
Québec, c'est vraiment les seuils que se fixe le Québec. Je reviens un petit
peu sur mon point que j'ai mentionné dans
mon propos préliminaire, mais c'est une sélection sur laquelle le Québec n'a
pas vraiment de critère. Donc, ce n'est pas comme si c'était le... ces personnes-là ne rencontrent pas des
critères, donc c'est pour ça qu'elles ne peuvent pas rentrer au Québec. C'est juste qu'elles ne rentrent pas
dans le chiffre de cette année-là. Donc là, on parle vraiment, d'après nous,
d'une vision de l'immigration qui sort complètement l'humain du système.
Nous, on veut
rappeler que ce sont... c'est ça, c'est des familles, c'est des enfants, des
conjoints, des parents parfois. En plus, quand il s'agit de personnes qui ont
besoin de visa pour venir au Canada, on a d'autres enjeux qui viennent...
qui viennent s'ajouter à cela à Ottawa, ce
qui rend extrêmement difficile pour ces personnes-là de juste se voir, et
encore plus de construire une famille ou un projet de vie. On a entendu qu'il y
avait des personnes québécoises qui envisageaient de quitter le Québec pour avoir une chance d'être
avec leurs conjoints. Là, on marche... on marche un petit peu sur la tête
dans ce sens-là.
M. Derraji : Et, quand on parle de
régionalisation et on parle d'ancrage dans les régions, la plus belle chose, c'est permettre à la personne d'avoir un membre de
sa famille, peu importe, conjoint ou conjointe, avec elle ou lui dans une région. Et c'est de là votre recommandation.
Ce que vous proposez aujourd'hui au gouvernement, «que le gouvernement
du Québec demande à Ottawa de traiter de manière exceptionnelle», moi, je
dirais que l'inventaire doit être à zéro. C'est inacceptable, laisser des
personnes séparées. C'est inacceptable qu'à l'extérieur du Québec les gens
peuvent se réunir très rapidement, et, au Québec, ça prend tant de temps.
Première remarque.
Deuxième, vous demandez aujourd'hui, de manière
très claire, que, la réunification familiale, on l'enlève des seuils. Ça veut dire 50 000, 60 000,
faites ce que vous voulez avec, mais ne mettez pas dedans la réunification
familiale. Est-ce que j'ai bien compris?
Mme Launay (Claire) : Oui, c'est
exactement ça. En fait, à court terme, on demande à ce que, vraiment, l'inventaire au complet soit traité, parce que,
deux à trois ans d'attente, on juge que ce n'est pas acceptable, en ce moment,
pour les familles québécoises.
Et, à moyen
terme, en fait, comme on l'a vu, le gouvernement propose des façons de faire
différentes, là. C'est... Puis on est... on est ouverts à ça. Notamment,
dans l'établissement des seuils, on voit que le PEQ — Diplômés...
les personnes qui passent par ce volet-là ne
seraient pas incluses dans les seuils. On pense que c'est la bonne voie à
suivre, pour les personnes de la réunification familiale, que ce soient
des admissions en continu en dehors des seuils.
M. Derraji : Oui. Je vous remercie
pour ce volet, parce que mon bureau de comté est... reçoit beaucoup de messages, des cas que c'est inacceptable. Je vous
le dis. Si, autour de la table, il y a une réelle volonté pour la
régionalisation et pour garder nos personnes dans les régions, ça
commence par une réunification familiale. Je ne veux pas que les gens quittent
le Québec pour aller dans une autre province canadienne pour rencontrer leurs
âmes soeurs. Le Québec et, je pense, même,
le gouvernement n'a rien à faire dans... dans les relations entre les
personnes. La personne a fait son choix d'avoir son conjoint à
l'extérieur. On doit tout faire pour faciliter leur arrivée.
Donc, moi, je vous appuie dans cette
recommandation et j'espère que le gouvernement va tout faire, parce que...
Encore une fois, je ne veux pas qu'on parle des chiffres. C'est des êtres
humains. C'est des histoires d'amour que le Québec est en train de briser,
malheureusement, parce qu'attendre trois ans, avorter, entendre, en commission parlementaire, je sais que la personne était là,
dire que le choix qu'elle avait, c'est avorter, parce qu'ils ne voient plus la lumière
au bout du tunnel, ça rajoute un peu à ce qu'on a entendu sur les immigrants
temporaires, malheureusement, le rapport du rapporteur des Nations unies. Je
n'ai jamais pensé qu'un jour on sera là.
Page 12, un autre excellent point que je
vous permets de... si vous le permettez, d'élaborer un peu plus, c'est par rapport au PEQ — Travailleurs étrangers temporaires. Là, vous dites
que vous voulez inclure, dans les professions éligibles, les professions de FEER. Vous pouvez expliquer, pour les gens
qui nous écoutent? Moi, je sais c'est quoi, 4. Et vous demandez : Exiger une expérience de travail d'un an à temps
plein ou 2 580 heures, mais ce que vous suggérez aussi, c'est
que ce soit du temps plein ou temps partiel. C'est qu'au bout de la ligne on ne
pénalise pas ceux et celles qui choisissent de travailler à temps partiel et
que, si, avec un cumul, on arrive au nombre demandé... qu'on leur permette
d'utiliser le PEQ — Travailleurs.
Vous voulez élaborer?
Mme Launay
(Claire) : Oui, tout à fait. Bien, pour ce qui est de
l'inclusion des catégories d'emploi FEER 4, en fait, c'est revenir
vraiment à une version du PEQ préréforme de mars 2020, donc, qui incluait
toutes les catégories d'emploi. Donc, tant qu'une personne accumulait le temps
d'expérience professionnelle requis, cette personne-là avait accès... avait une
voie d'accès vers la résidence permanente à travers le Programme de
l'expérience québécoise. Donc, nous, on veut s'assurer que, quelle que soit la
catégorie d'emploi, ces personnes-là ont... y ont accès.
Ça part aussi juste d'un... en fait, juste de
deux constats. Déjà, on garde en tête que, pour nous, tout... on a besoin de
tout le monde. Il n'y a pas de catégories d'emploi dont on a besoin moins que
d'autres, particulièrement en ce moment. Donc, on trouve ça un petit peu
particulier d'exclure une catégorie d'emploi de cette voie rapide vers la
résidence permanente. Et, comme je le disais tout à l'heure à Mme la ministre,
on sait qu'il y a un grand nombre des personnes, dans ces catégories d'emploi
là, qui se dirigent vers les régions. Donc, ça vient compléter notre... nos
recommandations de régionalisation pour inciter des personnes à choisir les régions,
particulièrement dans ces emplois-là, s'il y a des voies d'accès vers la
résidence permanente.
Pour
ce qui est de l'accumulation d'expérience de travail à temps plein et à temps
partiel, pour nous, c'est une question de bon sens. Le marché du travail est en
constante évolution. Ce n'est plus pareil, ce n'est plus pareil qu'avant. Il y
a des personnes qui accumulent des expériences, plusieurs expériences à temps
partiel ou des... une expérience à temps partiel sur plus longtemps pendant
qu'elles se... elles se consacrent à d'autres projets. On ne pense pas que ces personnes-là devraient être
pénalisées... ou encore des personnes qui doivent composer avec de la garde d'enfant,
par exemple. On veut être sûrs que, tant qu'une personne a accumulé l'expérience
professionnelle requise... qu'elle ait accès au PEQ.
M. Derraji : L'autre
point, on l'a beaucoup dit dans le passé, c'est que le problème, c'est les
voisins. À Gatineau, traverser à Ottawa,
c'est fini, ces histoires du PEQ et de... et avoir la résidence permanente en
quelques mois. Pensez-vous que c'est une menace pour les futurs
travailleurs au Québec qui voient une complexité au niveau des procédures, et
ils décident de quitter le Québec pour avoir la RP très rapidement à
l'extérieur du Québec?
Mme Launay (Claire) : Oui, c'est vrai. C'est un
enjeu de compétitivité, effectivement, parce que... particulièrement
parce qu'en ce moment, depuis plusieurs années maintenant, le gouvernement
fédéral propose des programmes d'immigration
très... très attractifs qui facilitent l'accès à la résidence permanente. Donc,
pour que le Québec continue d'être attractif et compétitif vis-à-vis du reste
du Canada, on pense que c'est... c'est la bonne marche à suivre.
M. Derraji : Dans
votre mémoire, vous... vous avez dit que le portrait est incomplet, de cette
consultation, parce qu'on n'inclut pas les immigrants temporaires. Je tiens à
vous le dire, je l'appuie. J'ai moi-même déposé un projet de loi, au mois de
mai, pour avoir le portrait global. Malheureusement, les deux scénarios
n'incluent pas les temporaires. Pourquoi, selon vous, le portrait que nous
sommes en train de faire est incomplet?
Mme Launay
(Claire) : Je ne peux pas répondre à la place... à la place du
gouvernement, mais c'est sûr que, pour nous, l'inclusion des temporaires... En
fait, dans le portrait actuel de l'immigration, c'est faire une planification
qui est incomplète et qui va mener à des erreurs de planification si on
n'inclut pas l'immigration temporaire. Quand on pense à, par exemple... Je
reviens à la régionalisation, mais amener une cinquantaine de travailleurs, par
exemple, en Gaspésie, ça ne marche que si c'est planifié avec les villes, avec
les centres communautaires, pour être... pour s'assurer qu'il y ait une offre
de logement, de santé, d'éducation. Toujours la même chose, mais s'assurer que
ces personnes-là ne vont pas juste boucher un trou en termes de travail mais
vraiment vont pouvoir s'intégrer quelque part.
Si on ne planifie pas cette immigration temporaire et qu'on continue de la
regarder augmenter, on va se retrouver dans des situations où on fait
venir du monde et on n'a nulle part où les loger.
M. Derraji : ...trois.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, cette autre... cette
autre période étant terminée, je me tourne
du côté du député de Saint-Henri—Sainte-Anne, de la deuxième opposition, 4 min 8 s. Le micro est
à vous.
• (10 h 40) •
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. C'est
toujours un immense plaisir de vous revoir. Merci pour votre travail. Merci pour ce que Le Québec c'est nous aussi fait.
Vraiment, continuez cette belle bataille, continuez ce beau périple, vraiment.
Une
question rapide. On parle de sélectionner, hein, la part du Québec qu'il
sélectionne, la part qu'Ottawa sélectionne. Qu'est-ce que ça veut dire,
vraiment, sélectionner, dans le cadre familial? Est-ce qu'Ottawa, vraiment,
sélectionne votre conjoint, votre enfant?
Mme Launay
(Claire) : Bien, nous, pour nous, c'est vraiment une question de droit
humanitaire. Donc, non, il n'y a pas vraiment d'enjeu de sélection. C'est des
personnes qui ont... qui ont le droit d'être au Canada en vertu de la famille
qu'ils ont déjà dans le pays, donc, en l'occurrence, au Canada ou au Québec.
M. Cliche-Rivard : Donc, quand on met en
dualité ce que le Québec sélectionne puis ce que le fédéral sélectionne,
est-ce qu'on parle vraiment d'une sélection fédérale dans la catégorie
familiale?
Mme Launay
(Claire) : On parle plus de cible, en fait, plutôt que de sélection
vraiment, parce que les critères ne sont pas du tout les mêmes que, par
exemple, pour une immigration économique, où, là, il y a une réelle sélection. On choisit, dans un bassin de
personnes, un certain nombre de personnes qu'on souhaite faire venir ou rester
de façon permanente.
M.
Cliche-Rivard : Parce que le fédéral n'a pas vraiment son mot à dire
sur qui vous fréquentez ou sur vos enfants, on s'entend.
Mme Launay
(Claire) : Normalement, non.
M. Cliche-Rivard : Normalement, non.
Donc, quand même à considérer, parce qu'on les met beaucoup en dualité, augmenter la part du Québec dans sa
sélection, mais, de l'autre côté, ce n'est pas une sélection qui est fédérale
vraiment. Donc, je pense qu'il faut revenir à ça.
Vous
dites : Traiter les inventaires au complet dans le familial. Vous le
dites. Votre mémoire date du début août, si
je ne me... si je ne me trompe pas. Fin août, Le Devoir a sorti des chiffres dans deux autres catégories,
en refuge et en humanitaire. Donc, je me permets de vous poser la
question : Devant l'arriéré dans les autres catégories, est-ce que vous maintenez cette position-là, ou est-ce
que vous avez cette position-là pour le refuge et l'humanitaire seulement,
qu'il faut vider les inventaires exceptionnellement, ou si ça devrait
simplement se faire en familial?
Mme Launay (Claire) : Je... mes collègues
rapidement, mais, oui, je pense que... Effectivement, nous, on demande à ce que les inventaires soient vidés dans toutes
les catégories, donc, de personnes qui ne sont pas sélectionnées par le Québec. Donc, ça comprend, effectivement, les
réfugiés, les catégories autres d'immigration, notamment humanitaire. En fait,
pour nous, ces seuils-là, c'est vraiment... c'est juste des chiffres. Ces
personnes habitent déjà au Québec, en fait.
M.
Cliche-Rivard : Ils travaillent déjà.
Mme Launay
(Claire) : Ils travaillent déjà, donc, et vont probablement
participer, si elles ne sont pas encore francophones, à Francisation Québec.
Donc, on ne voit pas pourquoi les empêcher d'accéder à un statut permanent
serait bénéfique ni pour eux ni pour le Québec, en fait.
M. Cliche-Rivard : Parce que, là, on l'a vu,
on peut monter dans des délais, dans l'humanitaire, jusqu'à 25 ans, avec
l'arriéré actuel, arriéré qui continue, là, de facto, parce qu'on en traite
seulement 450 ou on va en donner à peu près 450 annuellement. Cet arriéré-là va monter à beaucoup plus, et donc on
va, quoi, se retrouver avec un délai de traitement de 50 ans dans une
catégorie. Ça n'a pas de sens. On est d'accord.
Vous dites :
Rétablir un certain équilibre migratoire. On a à peu près combien de
temporaires, en ce moment, grosso modo?
Mme Launay (Claire) : Bien, les derniers
chiffres qu'on avait, c'était 350 000 qui habitent actuellement au Québec.
M.
Cliche-Rivard : Et, dans la planification, dans le scénario, il y a
combien de places dans l'économique?
Mme Launay
(Claire) : Dans l'économique, ça doit être 40 000. C'est ça?
M.
Cliche-Rivard : Entre 30 000 et 40 000, autour de ça,
disons.
Mme Launay
(Claire) : C'est ça, oui.
M. Cliche-Rivard : Donc, ça fait, quoi, maximum, une personne sur 10 de temporaires qui
auront la chance... maximum, hein, parce qu'il y a le bassin qui est
ouvert à l'ensemble de la planète. Donc, il y a beaucoup plus de gens que les simples temporaires qui vont
appliquer dans le bassin du PSTQ, et donc, à l'immense maximum, seulement
qu'un temporaire sur 10 environ va avoir l'accès ou la chance de pouvoir
pérenniser son statut au Canada.
Mme Launay (Claire) : C'est à peu près ça,
sachant que... Même dans le cahier de consultation, c'est précisé qu'en
fait, maintenant, la vaste majorité des personnes qui obtiennent la résidence
permanente avaient déjà un statut temporaire avant. Donc, je pense qu'on ne
peut plus vraiment parler... On ne peut plus vraiment dire que, ah! les immigrants temporaires sont voués à partir. C'est
de moins en moins vrai. Puis d'ailleurs on le voit avec l'augmentation
du solde migratoire. Ce n'est pas juste le nombre de personnes... d'immigrants
temporaires qui sont au Québec, c'est qu'il
y en a beaucoup moins qui partent aussi. Puis nous, on trouve que c'est
vraiment positif. On ne veut pas qu'il y ait moins d'immigrants
nécessairement. On veut juste le planifier correctement.
M. Cliche-Rivard : C'est
le temps que j'avais. Un énorme merci pour votre travail puis merci de votre
présence aujourd'hui.
Mme Launay
(Claire) : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. Alors, à mon tour, je vous remercie pour l'apport à nos
travaux. Je vous souhaite une excellente journée.
Et je suspends les
travaux, le temps de recevoir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
10 h 44)
(Reprise à 10 h 48)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons,
donc, École Québec avec ses quatre représentants. Madame et messieurs,
bienvenue à la Commission des relations avec les citoyens. Vous allez
bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre exposé, mais je vais d'abord vous... vous demander de vous
présenter, et ensuite nous allons procéder à la période d'échange. Le temps est
à vous.
École Québec
M. Boire
(Serge) : Merci, Mme la Présidente. Mme la ministre, membres de la
commission, merci de nous recevoir et de nous donner l'opportunité de présenter
notre point de vue et nos recommandations à la commission dans le cadre de ce
processus démocratique.
Je m'appelle Serge
Boire. Je suis directeur général d'École Québec depuis 2018. Et auparavant,
depuis 2010, j'ai eu le bonheur d'enseigner
le français québécois, notre culture, notre histoire, nos expressions, nos
valeurs communes à plus d'un millier de Brésiliennes et Brésiliens de l'École
Québec de Rio de Janeiro. Je remercie aussi les personnes qui sont à mes
côtés aujourd'hui, qui ont tenu à s'adresser à vous pour partager le lien qui
les unit avec École Québec. Et je les laisse se présenter.
M. Bertrand
(Michel) : ...mon nom est Michel Bertrand. J'ai le privilège d'être le
vice-président Ressources humaines chez Biscuits Leclerc ici, à Saint-Augustin.
Biscuits Leclerc fait
affaire avec École Québec pour la francisation et la certification en français
de nos employés et futurs employés depuis déjà plusieurs années mais surtout
depuis le début 2022. Ce que nous apprécions des services de l'École Québec,
c'est la flexibilité du service qu'on a. On travaille avec un entrepreneur. On
a des affinités. On a un service rapide qui est agile. Et nos employés sont en
mesure d'apprendre le français vraiment rapidement,
ce qui est vraiment un gros plus quand vient le temps de l'intégration sur nos
planchers de production, ou dans nos ateliers de maintenance, ou dans
nos différents bureaux.
On... Le fait qu'ils
puissent apprendre le français en même temps qu'ils apprennent notre culture,
c'est fantastique. Quand on a des... un employé qui arrive puis qui dit :
Elle est où, la meilleure poutine à Saint-Augustin? C'est... c'est le fun à entendre. Un employé qui aurait suivi sa
francisation à l'Alliance française, probablement, demanderait où est le
meilleur jambon beurre à Saint-Augustin, puis personne ne comprendrait. Donc,
pour nous, c'est vraiment important, ce déclic-là, la connexion. C'est...
L'intégration est toujours plus rapide.
• (10 h 50) •
Également, avec École
Québec, on a accès à un suivi très, très dynamique sur l'avancement et la
motivation des employés, des futurs employés. Donc, pour nous, là, c'est
rassurant de pouvoir compter sur un partenaire comme École Québec pour une...
qui est une institution qui, vraiment... qui, vraiment, présente bien l'image
du Québec, qui fait en sorte que le choc
culturel est toujours moindre. Nos employés peuvent être francisés par des gens
qui connaissent bien le Québec. Puis ce n'est pas des étrangers, c'est
des gens qui connaissent bien le Québec. Ils sont en mesure de vraiment
faciliter la transition. Donc, connaître le Québec, la culture, la réalité du
marché du travail, les préparer en conséquence,
donc, l'expérience migratoire devient automatiquement beaucoup plus humaine.
Et, chez nous, c'est une valeur importante.
Donc, on valorise
autant l'apport du travailleur à notre société qu'à Biscuits Leclerc. Et, à ce
niveau-là, c'est vraiment un privilège
d'avoir eu à travailler avec École Québec pour amener nos futurs Québécois,
parce qu'ils sont en démarche pour avoir leur résidence permanente.
Donc, merci de m'accorder un peu de temps pour pouvoir partager notre
expérience.
M. Ayub de Oliveira (Victor) : Bonjour.
Mon nom, c'est Victor. Je vous parle en tant que directeur technique
chez NovAxis Solutions et en tant qu'ex-élève d'École Québec. Je suis ici pour
vous partager l'importance qu'École Québec a eue dans mon parcours
d'immigration et l'importance qu'elle a toujours pour NovAxis Solutions et ses
partenaires.
Il y a plus de 10 ans, j'étais dans les souliers
des candidats que nous, on recrute aujourd'hui au Brésil. À l'époque,
j'ai étudié le français à l'École Québec, à São Paulo, ma ville natale, et j'ai
rêvé d'être recruté pour immigrer au Québec.
Ma présence ici vous démontre que j'ai réussi mon projet d'immigration mais
surtout mon intégration au marché du travail et à la société québécoise.
C'est en entrant dans le processus d'embauche et ensuite en arrivant au Québec en 2013 que j'ai constaté... le coffre à outils
que m'avait donné École Québec était complet. Ça a été facilitant. J'avais
les repères et je n'ai presque pas subi de choc culturel. J'ai ensuite
rencontré l'amour ici avec une Québécoise pure laine, comme on dit. Vanessa et
moi, on est ensemble depuis sept ans et, dans les prochains jours, on va avoir
notre premier bébé, que c'est un mélange de samba à la sirop d'érable, je
dirais.
C'est pour toutes ces
raisons et mon histoire de succès que l'entreprise pour laquelle je travaille
confie à École Québec tous les candidats que nous recrutons en technologies de
l'information. Merci pour votre attention.
Mme Santos Lanza
Moura (Lucianna) : Bonjour. Je m'appelle Lucianna. J'ai parcouru le
même parcours que mon collègue à mes côtés, mais je suis infirmière clinicienne
depuis 15 ans au Brésil. Et j'ai étudié à l'École Québec quand même et
j'ai appris beaucoup de choses sur Québec. Je suis recrutée pour le CHU de
Québec en 2021. Je suis à Québec, ça fait un an. En septembre de 2022, je suis
arrivée ici. Je travaille actuellement à L'Hôtel-Dieu de Québec. J'attends mon résultat de l'examen de
l'ordre, que j'ai fait le 18 dernier, et cela me permettra de pouvoir occuper
mes fonctions d'infirmière de façon autonome dans cette belle ville où je
souhaite contribuer à son essor comme nouvelle Québécoise. C'est ça que je
voudrais. Merci beaucoup.
M. Boire (Serge) :
Merci, Lucianna. Je voudrais juste porter à votre attention qu'elle a terminé à
8 heures ce matin. On a changé son
chiffre. Alors, elle était de soir, et là... Alors, elle... elle était déjà
inquiète de son niveau de français et de son niveau de stress, mais je
pense qu'on peut lui pardonner. Alors, voilà.
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) : ...oui,
c'est ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...ici, là, il n'y a pas de problème.
M. Boire (Serge) : Voilà.
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) : Merci
beaucoup.
M. Boire (Serge) : Mme la
Présidente, Mme la ministre, depuis le début de vos travaux, vous avez entendu
plusieurs groupes qui vous ont parlé des enjeux de fond soulevés par la
planification de l'immigration au Québec. Notre
présence ici aujourd'hui vise à partager notre expérience du terrain. Vous
l'avez vu un peu avec les témoignages ici. Nous sommes au début de la chaîne de l'immigration et de la
francisation, ce qui nous donne une autre perspective pour vous proposer
des pistes pour bonifier les processus.
École Québec est l'une des rares institutions de
francisation 100 % québécoise à l'étranger. Depuis 2006, pas moins de 4 000 Brésiliennes et
Brésiliens ont été québécisés chez nous, dans nos écoles de São Paulo et de Rio
de Janeiro. Maintenant, on est en ligne, donc on est accessibles partout
dans le monde. Notre institution a développé sa propre méthode de francisation, créée pour outiller des travailleurs et des
étudiants étrangers à être fonctionnels pour occuper un poste en demande
au Québec, et ce, en 10 mois seulement.
École Québec ne se prononcera pas sur le nombre
d'immigrants qui devraient être accueillis par le Québec. Ce n'est pas notre
rôle, sinon que de vous féliciter pour la création de Francisation Québec, qui
est une chose qu'on réclame depuis environ 10 ans et qu'on trouve qui est
une excellente idée. Il était temps que le Québec se dote de son propre service de francisation. Nous croyons
cependant que, peu importe le chiffre qui sera déterminé au terme de ces
consultations, notre institution est un outil qui devrait être offert dans le
bouquet des écoles partenaires en francisation à l'étranger afin
d'atteindre les cibles qui font l'objet du débat actuel.
Les solutions proposées par les acteurs du
milieu depuis le début des travaux pointent presque toujours vers le
recrutement dans des pays francophones parce qu'on constate, dans le format
actuel, que la francisation prend trop de
temps. Or, il y a quelques jours, les médias signalaient que l'Organisation mondiale de la santé a lancé un cri d'alarme et met en garde les pays
industrialisés contre les dommages qu'ils font subir à de nombreux pays
d'Afrique en venant leur retirer des professionnels de la santé dans des
secteurs en pénurie... qui sont déjà en pénurie dans leurs propres pays.
École Québec a démontré son efficacité en
francisation d'infirmières, entre autres, mais de toutes les professions dont on
a besoin, et nous croyons qu'il est possible d'être encore plus efficaces pour
amener plus rapidement au Québec des professionnels de la santé qui maîtrisent
le français. Je vous explique comment.
La formation des infirmières brésiliennes est
très semblable à celle des infirmières québécoises. D'ailleurs, le Brésil est le deuxième bassin de prédilection pour
le Québec dans ce secteur après la France. Mais leur possibilité d'être
embauchées au Québec est limitée par les critères du ministère de l'Immigration
et de Recrutement Santé Québec. Pour espérer
être convoquée en entrevue, une infirmière brésilienne, actuellement, doit
avoir atteint le niveau 8, donc, le niveau 2 de... du cadre européen.
Pour atteindre ce niveau, une infirmière doit prendre le tiers ou le quart de
son chèque de paie actuel et se lancer à l'aveuglette dans sa francisation, à
coups de deux ou trois soirs par semaine, en espérant qu'au terme de cela
Recrutement Santé Québec la convoque en entrevue. C'est une profession de foi
que peu d'infirmières brésiliennes font,
sachant qu'il y a de nombreux autres pays qui rencontrent les candidats en
entrevue à l'aide d'un interprète, l'Australie, l'Allemagne, les
Pays-Bas, pour ne nommer que ceux-là.
Nous avons actuellement dans nos listes environ
200 infirmières qui sont intéressées par le Québec mais qui n'ont pas le niveau de français requis ni même
l'argent pour étudier. En maintenant le critère du niveau 8 pour l'entrevue,
plusieurs vont faire ce que plusieurs autres ont fait au cours des dernières
années et accepter les offres alléchantes des pays concurrents. Je ne vais pas
continuer parce que je vois que le temps... le temps passe, là, mais je vais...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : La ministre accepte de prendre un peu de son temps, si vous
voulez continuer.
M. Boire (Serge) : Oui, je peux...
je peux...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Allez-y.
M. Boire (Serge) : À l'École Québec,
nous répétons depuis 10 ans qu'on ne devrait pas exiger un niveau si élevé
pour convoquer des candidats en entrevue. Nous disons même que l'on ne devrait
pas fixer d'exigence de maîtrise du français
pour l'entrevue afin de permettre à tous ceux et celles qui sont intéressés par
le Québec de... qu'ils puissent poser
leur candidature et permettre aux employeurs, à Recrutement Santé Québec, de
découvrir la personne qui est devant eux.
Et, avec
notre méthode, si on fait une espèce de contrat conditionnel à l'atteinte
d'un... d'un niveau de français, bien,
on se retrouve à rencontrer des gens qui vont être des perles rares, qu'on va
identifier et qu'on va dire : Écoutez, si vous étudiez, vous arrivez au niveau B2,
nous, en 10 mois, on est capables de les franciser. On peut rouler les
deux processus en même temps, c'est-à-dire que la francisation peut se
faire en même temps que le début de la paperasse. Alors, c'est un peu l'approche qu'on a avec Biscuits
Leclerc et avec la majorité de nos partenaires. C'est une approche qu'on
appelle l'approche proactive, c'est-à-dire
de ne pas limiter le niveau de français pour l'entrevue d'embauche. On voit ça par
la suite.
Donc, nous voulons également porter à votre
attention le fait que les élèves d'École Québec ne peuvent pas bénéficier d'un
remboursement de leurs frais parce que l'école n'est pas une institution
reconnue par le ministère de l'Immigration. Les seules institutions que
reconnaît le ministère, depuis 25 ans au moins, sont des... sont des
institutions qui doivent être des organismes à but non lucratif. Un simple coup
d'oeil à la liste des partenaires sur le site
Internet du gouvernement du Québec permet de constater que la très vaste
majorité des institutions reconnues sont des écoles de francisation comme les Alliances françaises, qui
enseignent le français européen à nos futurs immigrants, aucune école
québécoise. À notre avis, cette situation prive un très grand nombre de
candidats potentiels de la possibilité d'atteindre les niveaux de français
requis par le gouvernement dans un court laps de temps, sans parler du fait
qu'ils vont apprendre un français européen, alors que nous, on est vraiment
spécifiques au Québec.
• (11 heures) •
Comme vous avez pu le voir dans notre mémoire, à
École Québec, un élève peut atteindre le niveau 8 de l'échelle québécoise
en 10 mois, alors qu'il faudra deux ans et demi pour atteindre le même
niveau à un élève inscrit à l'Alliance
française de São Paulo, par exemple. Nous recommandons donc que le critère qui
exige qu'une institution d'enseignement
reconnue soit un OBNL soit retiré pour permettre à des institutions comme la
nôtre de joindre le bouquet d'offres disponibles en francisation à
l'étranger.
En terminant, nous voulons porter à votre attention...
porter votre attention sur un dernier point souligné dans notre mémoire, la
traduction du site Web du ministère de l'Immigration en portugais et en
espagnol. C'est un aspect qui vous semblera
peut-être très terre-à-terre, mais notre expérience démontre que c'est un frein
pour percer un marché de dizaines de
millions de travailleurs potentiels qui pourraient avoir envie de poursuivre
leur carrière au Québec en français.
Chaque jour, nos employés au service à la
clientèle reçoivent des appels de travailleurs qui ont vu nos campagnes
publicitaires payantes de promotion. On fait la promotion du Québec à tous les
mois de façon payante sur les réseaux sociaux. On s'est rendu compte que ça ne
nous donnait rien de faire la promotion d'un cours de français quand la
majorité des gens à l'extérieur des frontières du Québec ne savent pas que le
Québec existe. Alors, il faut d'abord commencer par faire la promotion du
Québec, des opportunités, de comment on est fantastiques. Et, une fois qu'on
attire ces gens-là, ils viennent à nous, sauf qu'ils ne trouvent pas
l'information en portugais ou en espagnol. Alors, nous, le service à la
clientèle de notre école se retrouve à avoir en moyenne 400... entre 300
et 400 demandes par mois de gens qui veulent savoir comment ça fonctionne.
Alors, on se retrouve à prendre les informations sur le... sur le site et à les
traduire.
Alors, en gros, ça conclut notre présentation
pour le moment. Je vous remercie de votre attention.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, je me tourne rapidement du
côté de la banquette ministérielle pour une période d'un petit peu moins de...
ah! 13 min 9 s. La parole est à vous.
Mme Fréchette : Excellent. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. (S'exprime en portugais). Il y a longtemps que
j'ai eu des notions de portugais, mais je n'ai pas tout perdu.
M. Boire (Serge) : Bien, vous les
avez bien, oui.
Mme Fréchette : Bien, je vous
remercie d'être ici, avec des témoins, en plus, des gens qui ont traversé votre
parcours, le parcours que vous offrez, ou encore des utilisateurs comme vous,
M. Bertrand. Donc, un grand merci d'avoir rassemblé ces gens puis un grand
merci pour vous être déplacés aussi au Québec, parce que vous auriez été un des premiers candidats pour la visioconférence,
je dirais, mais, non, vous êtes ici. Donc, c'est grandement apprécié.
M. Boire (Serge) : Bien, ça vous
démontre à quel point... On veut vous remercier pour l'invitation, mais ça vous
démontre à quel point la question nous tient à coeur. Votre invitation est...
nous a tenu à coeur au point où on voulait être ici présents pour en discuter.
Mme Fréchette : Bien, merci. C'est
grandement apprécié. Je sais également que les équipes du ministère, du MIFI,
en fait, sont en contact avec vous pour discuter, là, d'un partenariat avec
vous. Alors, je vois d'une manière positive, là, les possibilités de
collaboration avec École Québec. Donc, à suivre. J'ai hâte d'en entendre
parler.
Le premier... Ma première question, en fait,
porterait sur, bien, vos méthodes d'apprentissage, parce que vous nous
indiquez, là, dans le mémoire, que, quand vous comparez les niveaux atteints,
après 10 mois de cours, par vos élèves
versus ceux des élèves de l'Alliance française au Brésil... que c'est... c'est
très différent. Donc, j'aimerais que vous nous parliez de votre méthode.
En quoi est-ce qu'elle se distingue? Et qu'est-ce qui vous permet d'être plus
rapides?
M. Boire (Serge) : Mme la ministre,
en 2018, au moment où... je me souviens très bien, M. Legault était en
campagne électorale, et j'étais ici, au Québec. Et on était en rencontre avec
des gens de la francisation du ministère de l'Immigration et on nous avait...
on se rendait compte qu'il n'y avait pas de méthode d'enseignement du français québécois. Ça n'existait pas, hein, avant, Par ici,
là. Alors, il y a... Maintenant, il y a Par ici et il y a notre méthode.
Et on s'est rendu compte qu'on a tous les deux créé ça en même temps sans se
parler.
Mais nous, ce qu'on a fait... Mon partenaire
d'affaires est un Brésilien qui est une sommité en enseignement du français
langue seconde. Alors, on a pris l'expérience de nos élèves, depuis 2006, qui
ont immigré au Québec et on a fait la liste des choses qui a été difficile pour
eux au niveau de l'intégration. Qu'est-ce que vous aviez besoin d'avoir? J'ai pris mon parcours à moi, de
Québécois qui est arrivé au Brésil il y a... en 2010, ça fait 13 ans.
Qu'est-ce que j'ai eu comme choc culturel? Et on a monté une méthode
dont l'objectif était clair.
On n'arrivera jamais... On a pris la grille de
l'échelle québécoise, ce qui doit être inclus dans chacun des niveaux, mais il a fallu faire des choix, parce
que... Devant l'urgence de la crise de la main-d'oeuvre, on s'est dit : Il
faut outiller des gens qui vont être en mesure d'aller occuper un poste
ou étudier, mais il va falloir faire des choix. Et c'est pour ça que, chez
nous, la méthode qu'on a mise, elle est spécifique à quelqu'un qui a besoin
d'aller travailler ou étudier. On... Et
ils... Il y a des choses qu'ils n'apprendront pas, mais qu'on s'est dit :
Une fois qu'ils sont dans un... dans un... dans une situation d'immersion, ça
se règle assez rapidement. Et c'est pour ça qu'on a une différence entre
les... C'est qu'à un moment donné il faut faire des choix : Ça, on le
laisse de côté parce qu'on a une urgence de franciser quelqu'un, parce qu'il
faut qu'il soit au Québec hier. C'est un peu ça.
Mme
Fréchette : D'accord. Bon, côté francisation, là, nous, on
essaie d'adapter notre offre. Francisation
Québec, ça va être notre bateau amiral pour, donc, toutes les mesures
d'apprentissage du français avec... en lien avec le gouvernement et nos
partenaires. Comme vous savez, là, on a des missions de recrutement
international, et, pour nous, bien, tous les
pays à la fois francophones et francotropes, donc, dont l'Amérique latine, sont
d'une grande importance pour la suite des choses, pour faire en sorte de
bien faire connaître le français aussi au sein du bassin des personnes
immigrantes.
Là, vous, dans l'orientation 1, vous
suggérez, en fait, qu'il y ait des bourses qui soient offertes, octroyées, des
bourses de 25 %, 50 % ou 75 %, pour que les personnes aient
davantage de la capacité financière. J'aimerais que vous me parliez un peu de
la mécanique, là, que vous verriez à établir autour de ces bourses-là, comment
est-ce que ça s'appliquerait, à quel moment est-ce qu'elles seraient octroyées.
Comment fonctionnerait, là, la mécanique de remboursement? Parce que... Est-ce
que ce serait au début ou à la fin? Et de quelle manière on pourrait s'assurer
que ça remplisse l'objectif souhaité?
M. Boire (Serge) : Je vous remercie
de la question. On a... Bon, on avait déjà commencé ça depuis plusieurs années
avec des entreprises privées, mais, depuis 2021, on a eu droit à des
bourses discrétionnaires du ministère des Relations internationales et de la
Francophonie. Donc, on est actuellement avec ce ministère-là dans des bourses
qui francisent exclusivement des infirmières.
Et ce qu'on s'est rendu compte au cours des
15 dernières années, c'est qu'il ne faut absolument pas donner une bourse
de 100 %. Il faut que chaque candidat sente un peu le poids, dans sa
poche, de son... de sa... de... une contribution financière. Mais il faut les
aider, parce que les salaires, en Amérique latine, et j'inclus le Brésil et
tous les pays qui sont là, sont trois à quatre fois moins chers... moins
élevés qu'ici, alors que le coût de la vie est similaire à ce qu'on vit ici.
Alors, imaginez-vous que... Quand je disais, un peu plus tôt... Pour une
infirmière qui décide de payer sa propre francisation, c'est le tiers ou le
quart de son salaire qu'elle passe là-dedans en ne sachant même pas si, au
final, elle va être appelée par Recrutement Santé Québec.
Alors, ce que nous, on propose, c'est :
Abaissons les exigences de l'entrevue d'embauche, allons... ouvrons la porte à
tous les talents qui sont disponibles, avec un interprète qu'on fournit chaque
fois, allons identifier qui nous intéresse,
et, quand cette personne-là est intéressante, c'est là qu'on lui fait une offre
de bourse en fonction de ses capacités. C'est pour ça qu'on dit
25 %, 50 %, 75 %, 85 %. Mais aidons-la au moment où... Et
ce que... Qu'est-ce qu'on fait en faisant ça? On lui tatoue la fleur de lys sur
la joue, là, un peu, parce qu'elle va voir que c'est vrai, c'est vrai que le
Québec a un intérêt pour moi, et il a un intérêt au point où il va participer
financièrement dans ma participation. Et nous,
à l'école, on voit... on voit l'intérêt de cette personne-là. Le sérieux
qu'elle met... pardon, dans sa francisation change complètement. C'est
un peu ça, l'idée.
Mme Fréchette : Merci. Dernier
sujet, pour ma part, là, que je voudrais aborder, c'est la régionalisation.
Vous savez qu'on a la volonté, là, d'accroître l'immigration primaire en
région, faire en sorte que les gens, d'entrée de
jeu, aillent s'établir en région. Dans quelle mesure est-ce que vous contribuez
à ça ou vous êtes en mesure de le faire, de contribuer à mieux faire
connaître les opportunités qui s'offrent en région, la diversité aussi et la
qualité de vie qu'on y... qu'on y retrouve?
M. Boire (Serge) : Ah! on le fait
déjà. J'aurais dû apporter une... des... quelques copies du livre pour que vous voyiez comment on a québécisé tout ça. Je
veux dire, toutes les régions sont présentes. On leur apprend comment... c'est
quoi, un trois et demie, comment louer un trois et demie. Nos salles de classe,
dans chacune de nos écoles, s'appellent le Saguenay, Montréal, Québec,
Trois-Rivières. Chacune de nos salles de classe a la photo de la région en question. Alors, entrer à l'École Québec de São
Paulo, de Rio de Janeiro, c'est entrer au Québec. Alors, ils savent déjà que
les régions existent. Quand c'est le moment des missions de recrutement avec Québec International, qui
est un de nos plus vieux partenaires, depuis 2008, ils savent déjà
que... Et ce n'est pas juste Montréal, Québec, au contraire.
Et je vous dirais que ceux qui veulent aller
étudier ont déjà bien compris qu'il fallait sortir des grands... des grands
centres. On leur explique qu'il faut... il faut sortir des grands centres,
qu'il faut aller en région. On a un élève, actuellement,
qui est à Saguenay, qui a réussi toutes les bourses. Il a réussi à obtenir
toutes les bourses de mérite, et tout ça. Il
étudie en... il étudie en soudure pour... et c'est un... c'est un technicien
naval. Alors, on a plusieurs élèves qui sont déjà un peu partout, étendus au Québec. Et ça fait partie, de toute
façon, de notre méthodologie d'enseignement. Ils sont très conscients
des régions du Québec.
• (11 h 10) •
Mme Fréchette : Et vous gardez ce
réseau actif.
M. Boire (Serge) : Tout à fait, tout
à fait.
Mme Fréchette : Excellent. Bien,
«obrigada».
M. Boire (Serge) : «De nada.»
Mme Fréchette : Mme la Présidente,
je vais laisser la parole à mes collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je vous ferai rajouter quelques villes dans
la circonscription des Plaines. Vous allez voir, c'est...
M. Boire (Serge) : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je me tourne maintenant du côté de la députée de Vimont. Il
reste 4 min 35 s.
Mme
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup
de votre... notamment vos témoignages. Et vous, vous semblez être un
formidable ambassadeur du Québec au Brésil.
M. Boire (Serge) : C'est... Oui,
bien, je...
Mme Schmaltz : C'est vraiment... En
tout cas, on le sent à travers... à travers vos propos.
M. Boire (Serge) : Je suis... Merci.
Mme Schmaltz : Je voudrais revenir
sur la question de la flexibilité des cours de francisation. Vous savez que
nous travaillons à franciser dans le milieu du travail, notamment, avec la
francisation sur les lieux du travail. On développe aussi un axe famille,
c'est-à-dire de franciser les tout-petits et, par extension, les parents. Donc,
c'est une façon aussi d'amener les gens à se franciser par le biais, parfois,
des enfants. Puis on sait que les enfants, bien, c'est des formidables éponges,
aussi, d'apprentissage.
En fait, je voulais voir un petit peu avec vous,
pensez-vous que cette façon de faire... Est-ce que c'est prometteur dans
l'intégration, cette façon de franciser, ces nouvelles façons? Parce qu'outre
l'axe familial on a aussi des ententes avec le ministère de la Famille pour
pouvoir ouvrir à proximité des garderies, des haltes-garderies, justement, pour
aider nos personnes immigrantes à se franciser dans... plus facilement, surtout
quand ils sont... quand ils ont des jeunes enfants. J'aimerais un petit peu vous
entendre là-dessus.
M. Boire (Serge) : Bien, écoutez,
nous, ce qu'on s'est rendu compte... Mais je vais laisser mes Brésiliens vous répondre, parce que je pense que c'est plus
pertinent de la part de leur bouche que de la mienne, mais, en 15 ans,
nous, ce qu'on s'est rendu compte, clairement, c'est que, dans un projet
d'immigration, on ne peut pas que franciser la personne qui va poser sa
candidature, et il faut inclure le conjoint. Et ça, c'est fondamental, parce
que tous les cas de gens qu'on a vus, qui sont arrivés au Québec, qui ont
occupé un poste et qui sont revenus au Brésil, ce sont ceux où le conjoint n'était pas francisé. Ça, c'est
clair, c'est limpide. Tu sais, on peut le... mettre du crayon jaune là-dessus.
Alors, nous, quand ils arrivent chez nous, on leur... on leur fait bien
comprendre ça, au point où l'école, même, va leur donner un rabais. On est...
Parce qu'on sait que ça ne fonctionnera pas si le conjoint n'est pas francisé.
Maintenant, pour les...
Mme Schmaltz : ...franciser le
couple?
M. Boire (Serge) : On francise le
couple.
Mme Schmaltz : OK. D'accord.
M. Boire (Serge) : Oui. On a... on a
monté, depuis 10 ans, des forfaits avec des gros spéciaux. Je... Tu sais,
je ne suis pas un capitaliste, moi, madame, hein, on ne fait pas beaucoup de
profits chez nous. On le fait parce qu'on y croit. Je veux dire, vous me disiez
que j'étais un ambassadeur, mais j'y crois vraiment. J'ai... Je suis un ancien
journaliste qui a découvert l'enseignement du français en 2018... en 2010
et j'en ai fait une deuxième profession parce que j'y crois fondamentalement et
aussi parce que je crois exactement ce que le premier ministre disait au mois de mai. À partir du Brésil, on voyait... on voyait bien que
le problème que... auquel fait face le Québec, ce n'est plus le Canada anglais,
c'est nous-mêmes qui ne fait plus d'enfants, c'est... alors, que la solution
passe par l'immigration. Et ça, moi, je m'en suis rendu compte il y a
longtemps, en voyant ça de loin. Alors, ça explique la motivation.
Mais, en même temps,
pour revenir à votre question, pour ce qui est des enfants, je pense que c'est
un... c'est sûrement un plus, mais je ne sais pas si...
M. Ayub de
Oliveira (Victor) : Bon, je vais parler pour mon expérience. Je pense
que, les couples, venir franciser, ça aide énormément de... Avec mes
expériences, le monde qui... comme Serge a bien dit, qui n'a pas fonctionné, le
projet d'immigration, aussi à cause que leurs conjoints ou le conjoint n'a...
n'a pas été francisé.
Par contre, les
enfants, c'est comme connu que les enfants, comme vous avez bien dit, sont des
éponges. Donc, arrivés au Québec, sans aucun mot en français, ils absorbent
tellement. Et effectivement ils aident les parents à... vous devez parler comme
ça, pas comme ça, parce qu'ils ont... Vraiment, là, ils arrivent à un point
d'expérience du français extrêmement vite, beaucoup plus vite que les parents.
Par contre, l'arrivée
d'une personne, du couple, avec ou pas d'enfant, que les deux n'aient pas au
moins la connaissance du français, ça fait, permets-moi de dire... sans aucun
chiffre pour m'épauler, mais permets-moi de dire que ça fait beaucoup de monde
qui vont dire qu'ils préfèrent aller à Montréal parce qu'ils se débrouillent en
anglais. Je suis vraiment désolé, mais je
pense qu'aller en région il faut se dire que le couple doit savoir c'est quoi.
Au contraire, l'intégration est difficile.
J'ai vécu moi-même
une immigration où moi, j'étais plus francisé que ma conjointe. Son parcours
d'immigration n'était pas le même. On vient du même foyer. Et je me demande, à
ce moment-là, comment on peut aller en
région. C'est dans cette optique que je dis que j'ai eu la chance, dans mon
expérience, de passer par École Québec. Quand je suis arrivé à Québec, j'avais
beaucoup plus des nuances québécoises pour que mon intégration soit beaucoup
plus simple. Ma conjointe...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Je dois vous arrêter. Malheureusement, je vous
arrête. Je vous ai laissé comme un petit peu continuer, mais on va poursuivre
la discussion. Je me tourne du côté de l'opposition officielle, 12 min 23 s. La
parole est à vous, M. le député.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Merci pour votre présence. Merci à vous... à vous quatre,
surtout pour vous, faire... faire le voyage. J'ai lu votre lettre, et
rassurez-moi que... En fait, votre demande, c'est que vous voulez devenir
partenaire du MIFI.
M. Boire
(Serge) : Bien, en fait, on demande au gouvernement de se... de revoir
ce critère-là. Bien sûr qu'on veut devenir partenaire, parce que, oui, ça,
on...
M. Derraji : OK.
Oui. Vous êtes une institution privée.
M. Boire
(Serge) : Tout à fait.
M. Derraji : Privée,
donc, une compagnie incorporée.
M. Boire
(Serge) : Limitée.
M. Derraji : Limitée.
M. Boire
(Serge) : Oui, oui.
M. Derraji : Limitée. OK. Limitée. Avec des actionnaires ou
partenaires? J'ai vu, vous... vous avez des associés.
M. Boire
(Serge) : Oui, deux actionnaires, moi et un Brésilien.
M. Derraji : Deux associés.
M. Boire
(Serge) : Oui.
M. Derraji : Les
sièges, vos sièges sont deux au Brésil. Vous avez...
M. Boire
(Serge) : Oui.
M. Derraji : Au
Québec, il n'y a... il n'y a pas...
M. Boire
(Serge) : Au Québec, on a... on a, avec NovAxis, une entente où on
partage des locaux, mais l'entreprise n'est pas encore créée, justement, parce
qu'on se dit : Est-ce qu'il faudra devenir un organisme à but non
lucratif? Et ça, on avait évalué ça avec le ministère, mais il semblerait que,
même si on faisait ça, ça... on nous disait que ce n'est pas possible. Alors,
on verra. Voilà.
M. Derraji : OK.
Parce que je veux juste comprendre un peu la formule que vous faites. Donc, une
entreprise incorporée au Brésil, et, au Québec, il n'y a pas de
structure.
M. Boire
(Serge) : Pour le moment, non.
M. Derraji :
Pour le moment.
M. Boire
(Serge) : Mais c'est une question de deux jours, là, pour régler
ça.
M. Derraji : Et aussi, au Québec, vous êtes sur la voie
d'incorporer une entreprise limitée, c'est ce que j'ai bien compris, une
entreprise...
M. Boire
(Serge) : En fait, la loi fonctionne de la sorte. Je me suis informé
au Registraire des entreprises. Je... On peut prendre École Québec au Brésil et
prendre l'institution, l'enregistrer au registraire et en faire une entité
québécoise.
M. Derraji : Une
entité québécoise privée aussi.
M. Boire
(Serge) : Oui, voilà.
M. Derraji : OK. Bon, là, j'ai compris. Merci beaucoup. Ça
facilite la tâche pour la suite. Ce que vous voulez, c'est qu'au Brésil le MIFI puisse reconnaître
votre école comme partenaire. Ça veut dire offrir des cours de francisation
et, bien entendu, permettre à ces élèves qui
choisissent le français, s'ils veulent venir au Québec, à avoir accès, bien
entendu, à toute la panoplie de services qu'on offre ici. Est-ce que
c'est ça, votre souhait aussi?
M. Boire
(Serge) : Bien, nos... Les élèves de l'École Québec, une fois qu'ils
arrivent au Québec, ils ont droit à la
francisation, comme tout le monde. Là où on trouve que ce n'est pas juste,
c'est que, comme on n'est pas un partenaire officiel du ministère de
l'Immigration, seuls les partenaires de les ministères... du ministère de
l'Immigration... Les élèves qui ont étudié,
par exemple, dans des Alliances françaises, comme ils sont partenaires,
ceux-là, en arrivant au Québec, peuvent demander un remboursement de
1 800 $ de leur francisation, alors que mes élèves qui étudient à
l'École Québec, qui vont investir de
l'argent de la même manière, arrivent au Québec et n'ont pas le droit parce que
l'École Québec n'est pas reconnue.
Et
je vous dirais que ce que ça... Nous, je vais vous dire, monsieur, la
reconnaissance, là, en quelque part, on se reconnaît nous-mêmes. On sait
ce qu'on fait. La seule chose qu'on demande, c'est : Est-ce qu'on peut
avoir l'équité là-dedans? Parce qu'on est en
compétition, finalement, avec des institutions françaises qui n'enseignent
absolument rien du Québec, et nos élèves arrivent au Québec et n'ont pas
droit aux mêmes bénéfices que ceux qui ont étudié dans des institutions
françaises. C'est un peu ça.
• (11 h 20) •
M. Derraji : Et je le vois. Non, mais c'est très clair. C'est
pour cela que vous... Parce que je pense que l'essence même de votre
présence aujourd'hui en commission : Allô, on existe, on est privé, on
n'est pas OBNL, le ministère... le ministère ne veut pas travailler avec nous,
mais on existe, on veut qu'il travaille avec nous.
Le
comble, c'est que, dans la page 11, vous présentez un tableau comparatif
qui explique très bien l'exagération des
coûts, si je peux dire «exagération de coûts», mais vous avez le droit de parler
de votre concurrent. Alliance française au Brésil, total,
6 511 $; École Québec, 3 454 $.
Et
j'étais en train de réfléchir à l'histoire de l'infirmière qui voulait venir au
Québec et que c'est le un tiers de son salaire, et elle veut tout payer de ses
poches. Mais, venir au Québec, elle ne sait pas si elle va passer l'entrevue.
Elle va passer un test qui est fait en France, pas au Québec, et par la suite
elle va perdre tout son argent. Est-ce que j'ai bien résumé la situation?
M. Boire
(Serge) : C'est un... c'est un peu ça. Mais, en même temps, nous, ce
qu'on dit, c'est que ce n'est pas une
question de... ce n'est pas une question, présentement, de parti politique. Je
voudrais rappeler à tout le monde autour de la table que ça fait au
moins 25 ans que c'est comme ça, peu importent les partis qui se sont
succédé. Alors, ce n'est pas... Nous, on a
commencé en 2008 à... des discussions avec le ministère de l'Immigration
et on s'est fait toujours répéter la même chose : Écoutez, on est
des fonctionnaires, il y a un critère, puis nous, on doit... on doit le respecter. Alors, nous, notre présence ici
aujourd'hui, c'est vous mettre au fait de ce qui se passe, et à vous, maintenant,
de voir si tout ça fait du sens. À notre avis, ça ne fait pas de sens.
M. Derraji : Oui,
bien, je tiens juste à préciser que les questions, ce n'est pas... ce n'est pas
pour... parti ou pas parti politique. La question, c'est pour comprendre votre
modèle d'affaires. C'est vous...
M. Boire
(Serge) : Non, bien sûr, bien sûr, bien sûr, mais je pense que ça...
Oui.
M. Derraji : Bien, c'est vous qui mentionnez le parti. Moi, je
mentionne un fait. Le fait, il est le suivant, c'est qu'il y a Francisation Québec. Tout le monde a
misé sur Francisation Québec. C'est une plateforme que vous-mêmes, vous
saluez.
M. Boire (Serge) :
Oui, tout à fait. Oui, tout à fait.
M. Derraji : Et elle est ouverte,
ouverte à tout le monde.
M. Boire (Serge) : Oui.
M.
Derraji : Oui. Je vais... J'aimerais bien vous entendre sur
les pays francotropes. Vous avez vu et suivi le débat. Pour un ancien
journaliste, je pense que c'est quelque chose que vous suivez de près. Qu'en
dites-vous, quand on dit qu'on va juste
cibler les pays francophones, la portion qu'on doit prendre par rapport aux
pays francotropes ou francophiles? Comment vous vous situez dans ce
débat?
M. Boire (Serge) : Bien, merci pour
la question, parce que c'est... Ça fait l'objet de ce que je disais un peu plus
tôt. C'est que, comme, peut-être, on ne savait pas qu'on existait, je vais oser
dire ça, puis qu'on a développé cette méthode-là, où on appelle ça du
recrutement proactif, hein, ce que j'ai expliqué un peu tout à l'heure, si on
abaisse nos critères au niveau des exigences du français pour l'entrevue
d'embauche, je ne crois pas qu'il faille s'en aller uniquement dans les pays
francophones, parce que, si on met 10 mois à franciser quelqu'un, c'est le
même temps que ça prend environ pour la
paperasse et tout le processus, alors, ce n'est plus une... ce n'est plus un
problème, on n'a... particulièrement
dans les pays latino-américains, qui ont une facilité d'apprendre le français
parce que, bon, le latin... c'est une
langue latine. On n'a plus d'obstacle, et ça nous permet d'avoir accès à tous
les candidats qui sont excellents.
Présentement, depuis des années, la façon dont
on fonctionne, c'est qu'on va accepter en entrevue seulement ceux qui ont appris le français. Ce n'est pas tous
les talents du monde, ça. On se prive du 95 % des meilleurs talents à
cause des exigences au niveau de
l'entrevue d'embauche. Et là les entreprises se retrouvent dans des missions de
recrutement où ils sont en guerre un
contre l'autre pour un candidat fantastique qui a le niveau de français au
moment de l'embauche, mais ils oublient qu'au moment de l'embauche, là, il ne
sera pas arrivé au Québec tout de suite. Il va arriver dans 10 mois,
dans un an. C'est le temps que j'ai
besoin, moi, pour le franciser. Alors, je pense qu'il faut juste revoir notre
approche, être un peu plus créatifs, et là je pense qu'on aura accès au
monde entier.
M.
Derraji : Oui, mais, quand vous dites «créativité», ça veut
dire que... baisser les exigences en français au T1, dans le genre...
l'année 1, et que... permettre à ces candidats de suivre des cours de
francisation.
M. Boire (Serge) : Tout à fait,
c'est-à-dire... Parce que, là, je veux que ce soit clair, je suis tout à fait
d'accord avec les niveaux de français qu'on exige pour venir au Québec, hein?
Je dis même que, les infirmières, ici, on l'a... nous, on l'a élevé nous-mêmes.
On avait mis ça au niveau 8, et ils sont rendus au niveau 10, parce
qu'on les accompagne jusqu'au Québec, et on va revoir leurs feedbacks, et on...
ils sont... on s'est rendu compte que ce n'était pas suffisant. Ça prenait le
niveau 10. Ils parlent... Ils sont avec des patients, alors...
M. Derraji : Oui. J'aimerais...
j'aimerais vous entendre aussi sur le test, le test en français. Je ne sais pas
si vous avez suivi...
M. Boire (Serge) : Bien sûr.
M. Derraji : ...un peu ce qui se
passe, ce qui s'est passé aussi. Pensez-vous qu'on doit continuer à orchestrer
un test fait en France?
M. Boire (Serge) : Bien non, bien
sûr, bien sûr. Bien sûr que non. Nous, d'ailleurs, on est partenaire avec... on
a quelques contrats avec le ministère de l'Immigration, mais au niveau de
l'interprétation et du test des niveaux des
candidats. Par exemple, là, il y a une mission Québec... Journées Québec
Brésil au mois de novembre, il y en a une au Mexique. C'est nous qui a
reçu le contrat encore cette année de fournir des interprètes entre les
employeurs et les candidats. Donc, ce sont nos enseignants qui s'occupent de ce
lien-là pour être certains que la communication est fluide. Et on va aussi tester les niveaux des candidats que les
entreprises sont intéressées à avoir en entrevue pour dire à l'entreprise : Écoutez, c'est ça, son niveau
réel, hein? Parce qu'entre ce qu'ils disent et la réalité il y a souvent un
pont.
Alors, pour
répondre à votre question, c'est évident que nous, on ne trouve pas non plus
que c'est acceptable que tout ce qui a rapport au français québécois
soit encore fait à Paris.
M. Derraji : Oui. Dernière question,
dernière question. Vous dites : Créer un site national où les employeurs
eux-mêmes pourraient afficher des postes disponibles. Pourquoi? Vous pensez que
ça manque à la structure actuelle?
M. Boire (Serge) : Bien, nous, on
est toujours en mode recrutement, parce que, je l'expliquais un peu plus... un peu plus tôt, le gouvernement du Québec, Québec
International, Montréal International
n'ont pas de budget payant
pour faire la promotion du Québec. C'est nous qui le font, en tout cas, en
Amérique latine. Depuis des années, on prend de notre propre argent et on fait
découvrir le Québec, et c'est comme ça qu'on réussit à attirer des candidats
qui vont comprendre que, s'ils veulent aller au Québec, il faut qu'ils
apprennent le français.
Maintenant, un des outils qui nous permettrait
davantage d'attirer des candidats intéressants, c'est si on avait une banque,
un site qui permettrait à ces gens-là de voir qu'on ne fait pas juste dire
qu'il y a des emplois pour le dire. Il y en a, des
emplois. Ils sont disponibles. Ils sont là. Et ce serait... Si c'était possible
de créer une banque comme ça qui est
actualisée, ça permettrait à tous les candidats, même si on n'est pas en
mission de recrutement, de savoir quels sont les postes disponibles, et
qu'ils puissent poser leur candidature eux-mêmes aussi, directement.
M. Derraji : Merci
à vous.
M. Boire
(Serge) : Merci à vous.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors,
je passe la parole maintenant à la députée de Chomedey pour
2 min 7 s.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est tellement intéressant, vous écouter. C'est vraiment
différent sur tous les autres groupes qu'on
a écoutés à date. Et puis, vraiment, j'apprécie le fait que vous avez pensé à
aller ailleurs et franciser, mais en québécois. C'est beau, c'est beau,
entendre ça.
Moi aussi, je suis
immigrante, de longue date. Je suis venue avec mes parents, et puis mes parents
ne parlaient le français, mais mon père avait un contrat... pas un contrat,
mais il avait un emploi qui l'attendait. Quel est votre... Je sais que vous... pour vous, c'est important, la francisation
avant d'arriver, mais quelle est votre opinion pour ceux qui n'ont pas
le choix mais qui aimeraient arriver ici sans être francisés d'abord?
M. Boire
(Serge) : Est-ce qu'il y a quelqu'un qui aimerait... Parce que je
pense que, venant de leur...
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) : ...c'est
difficile. Nous qui sommes déjà francisés, c'est un parcours difficile.
J'imagine, qu'ils arrivent sans français, c'est... C'est non, si je peux dire
ça, c'est non, parce que c'est... Comme mon
collègue a dit... Moi, j'ai fait la francisation avant d'arriver ici, mais mon
conjoint, il ne fait pas. Et notre processus,
c'est difficile au début, parce qu'on doit comprendre l'accent québécois en
plus et on a toute la responsabilité de
parler pour notre conjoint, de faire des choses, de l'intégrer, je parle pour
mon conjoint, et c'est une responsabilité énorme.
M. Boire
(Serge) : Ça crée des tensions aussi.
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) : Oui.
Moi, ils m'intégraient aussi au milieu de travail. C'est difficile quand
même.
M. Ayub de
Oliveira (Victor) : Juste pour... si je peux prendre la parole, si
vous me permettez...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...imparti
à l'opposition est terminé, mais il reste quand même une dernière
portion d'échange avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
4 min 8 s. Le temps est à vous.
M.
Cliche-Rivard : Merci. Je voulais juste être certain de bien
comprendre. Vos élèves arrivent ici avec la résidence ou avec un permis de
travail fermé?
M. Boire (Serge) : Avec un permis de
travail. Ça dépend. Ça peut être des temporaires, ça peut être... Bien, je vais
laisser... Michel.
M. Bertrand
(Michel) : Ça va être des permis de travail ouverts ou fermés.
M. Cliche-Rivard : Ok. Donc, il n'y a
personne qui est présélectionné, là, qui arrive directement avec la résidence permanente.
Vous n'avez pas ça dans votre bassin, non?
M. Bertrand
(Michel) : Non.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Vous parlez, donc, que vous vous destinez à
un niveau de français, là, dans... aux
examens, mais, avec l'examen français, vous n'avez pas le choix, donc, votre
cursus doit nécessairement être influencé en vertu du test. Vous n'avez
comme pas le choix de les préparer à cet examen-là.
M. Boire (Serge) : Oui. On le fait au moment...
On n'a pas... On ne prend pas ça en compte dans notre matériel, mais on
a des sessions préparatoires au test, où, là, on les remplit d'audios de la
France.
M.
Cliche-Rivard : OK. C'est quoi, la spécificité? C'est quoi, la
différence, vraiment?
• (11 h 30) •
M. Boire
(Serge) : Bien, il y a plusieurs expressions, il y a plusieurs, bon...
Et je pense que c'est un fait connu que ce n'est pas facile, même pour un
Québécois, de passer ce test-là. Alors, on essaie de faire tout ce qu'on peut pour les franciser, les européaniser au
moment du test, mais c'est... Bon, hein, on s'entend, c'est quand même une
incongruité qui devrait être réglée.
M. Cliche-Rivard :
Parce qu'on l'a dit, bon, ça fait longtemps que c'est ça. Moi, je pense que
ça se travaille. Mais c'est difficile quand
même à comprendre, à quel point cette langue-là ou... en tout cas, vous l'avez
dit, là, on... vous québécisez, là, à quel point c'est différent puis à
quel point, finalement, on pousse des gens vers une francisation qui n'est pas
du tout adaptée à notre réalité québécoise. Je veux dire, vous qui l'enseignez
sur le terrain... puis on n'a pas beaucoup de
temps, tu sais, mais j'aimerais ça, vraiment, que vous nous le fassiez sentir
ou comprendre, cette différence-là, à quel point c'est vraiment le jour
et la nuit.
M. Boire
(Serge) :
Bien, ce l'est. Et, je veux dire, on en parlait en
déjeunant ce matin, et elle me dit : Écoute, Serge, je suis arrivée
à Montréal, je comprenais tout parce que j'ai étudié à l'École Québec, puis là
je suis arrivée à Québec, je ne comprenais plus rien. Alors, juste un accent
différent d'une ville... Et je vous dirais que, si nous, on avait à se
spécialiser, il faudrait aller chercher l'accent bleuet, il faudrait prendre
tous les accents régionaux et les intégrer dans notre méthodologie, parce que,
même ça, on n'est pas...
Alors, imaginez quand ils sortent d'une alliance
française, où on parle le français européen. Même si on met dans une alliance française une méthodologie
québécoise, le professeur qui est là, il est européen et il parle de croissants
comme ça. Alors, ça ne donne rien quand on
arrive au Québec comme ça, hein? Mais c'est un peu ça. C'est un peu ça.
Mme Santos
Lanza Moura (Lucianna) :
J'ai découvri le Québec à travers École Québec.
C'est ça. Ma vie...
M. Cliche-Rivard :
...pas
avant ça?
Mme Santos Lanza Moura (Lucianna) :
Non, non, jamais. Et, si je peux dire une chose, c'est que j'ai fait
français à une autre école, mais je suis arrivée au niveau B2 quand j'ai
étudié à l'École Québec. Et j'ai fait le test de connaissance de français
québécois et j'ai réussi le niveau B2.
M. Cliche-Rivard :
Est-ce que
vous, vous remarquez ou vous frappez... il y a des échecs qui ne devraient pas
arriver? Est-ce que vous le voyez, ça, dans le sens où ils sont vraiment
meilleurs que ce que le papier va dire?
M. Boire
(Serge) :
Bien sûr, bien sûr, mais je vous dirais que,
sans... sans être revanchard, notre taux d'échec est très, très, très bas.
M.
Cliche-Rivard :
Je comprends. Mais vous pouvez, donc, avec cette
expertise-là, constater qu'on perd des talents francophones qui sont...
M. Boire (Serge) : Tout à fait, tout
à fait. Tout à fait, oui. Et c'est un débat qui dure depuis trop longtemps, qui
dure depuis trop longtemps.
M. Cliche-Rivard :
Et qu'il
faut... Il faut le régler. En terminant, volonté d'expansion... Vous me parlez
beaucoup du Brésil, tant mieux. Vous avez dit que vous êtes en ligne. Mais une
École Québec ailleurs, c'est dans les plans?
M. Boire (Serge) : Oui, bien,
écoutez, moi, je vous disais tout à l'heure que je ne suis absolument pas un
capitaliste et un... Quand j'ai entendu le projet Francisation Québec, je me
disais qu'à un moment donné il faudrait peut-être qu'on se parle, parce que le
Québec a besoin, pour assurer son avenir linguistique, son avenir culturel, de
se doter de son propre service de francisation. Et, nous, je pense qu'on a fait
un très bon bout de chemin dans ça.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
Merci beaucoup. Le temps est malheureusement épuisé.
Il me reste à vous souhaiter un bon dîner, peut-être une petite poutine ici,
dans la ville de Québec...
Une voix :
...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...oui, et vous... oui, des crottes de fromage, et
vous remercier pour l'apport à nos travaux. Merci beaucoup.
Alors, nous allons suspendre quelques instants,
le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 11 h 33)
(Reprise à 11 h 40)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc le Centre multiethnique de
Québec. Mesdames monsieur, bienvenue. Alors, vous allez disposer d'une période
de 10 minutes pour vous présenter et ensuite procéder à votre exposé. Nous
allons par la suite échanger avec les parlementaires. Le temps débute
maintenant.
Centre
multiethnique de Québec (CMQ)
Mme Battisti (Natacha) :
Merci
beaucoup. Bonjour. Est-ce que vous m'entendez bien? Je vais monter le ton, là, mais... Bonjour. Merci, Mme la Présidente,
de nous accueillir. Merci aussi à Mme Fréchette, la ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, et distingués
députés. Merci de nous accueillir aujourd'hui et de cette belle invitation de
partager notre expertise aujourd'hui.
Je me
présente. Je suis Natacha Battisti, directrice générale du Centre multiethnique
de Québec et de ses habitations. Et je laisse mes collègues se
présenter.
M. Gorman
(Richard J.) :
Richard Gorman, président du conseil
d'administration du Centre multiethnique de Québec et des Habitations du
Centre multiethnique de Québec et, soit dit en passant, personne immigrante.
Mme
Lechaume (Aline) :
Bonjour. Aline Lechaume, professeure et chercheure
à l'Université Laval et collaboratrice, donc, avec le Centre
multiethnique.
Mme Battisti (Natacha) :
Donc,
aujourd'hui, le Centre multiethnique est un organisme communautaire autonome
qui réalise l'accueil et l'installation des nouveaux arrivants dans la ville de
Québec. Nous célébrons nos 65 ans en
2024, alors nous pouvons confirmer que l'organisme a atteint une maturité dans
l'expertise d'accueil et d'accompagnement pour les personnes
immigrantes.
De plus, en 2015, nous les... en 2015, les
Habitations du Centre multiethnique de Québec a vu le jour, et les
habitations... une mission complémentaire au Centre multiethnique et qui est
celui des hébergements temporaires et d'appartements aux nouveaux réfugiés. Le
Centre multiethnique et les Habitations du Centre multiethnique de Québec ont des financements distincts mais
assurent une complémentarité de services afin de bien soutenir les personnes
immigrantes.
Notre expertise est dans l'accueil et dans
l'accompagnement dès l'arrivée pour plus de 2 500 personnes par année. Sur ce nombre, nous aidons 308 personnes
réfugiées, 500 demandeurs d'asile et plus de 1 700 personnes qui
sont issues de la catégorie d'immigration économique, travailleurs
temporaires, étudiante et réunification familiale. Et le Centre multiethnique
emploie 65 personnes et les habitations, 10 personnes.
À la lecture de la planification, nous
comprenons les enjeux des deux paliers de gouvernement. Comme organisme
d'accueil et d'installation, nous sommes ici pour vous partager nos enjeux sur
le terrain et de bonifier, bien sûr, les processus avec vous.
Un élément
qui est essentiel pour aider les personnes immigrantes est un continuum de
services, une trajectoire coordonnée pour favoriser la complémentarité des
partenaires de proximité. Nous devons avoir une vision commune, une
force de travail complémentaire, car un seul organisme comme nous ne peut pas
soutenir tous les besoins.
Le CMQ reconnaît l'importance de l'amélioration
apportée aux mesures de francisation, salue les projets pilotes et les ajouts en interventions de proximité, par exemple, les
intervenants associés à la protection de la jeunesse. Cependant, les organismes
communautaires assument plusieurs actions sur le terrain pour soutenir la
continuité des services à la
clientèle lors de situations complexes, et ainsi nous surchargeons le
personnel, qui sont à bout de souffle. Le but est d'éviter un glissement des
personnes immigrantes vers un statut précaire et même vers l'itinérance.
Le Centre multiethnique de Québec cherche de
nouveaux fonds, soit par des fondations, afin d'arrondir son financement et de soutenir davantage les
personnes. Nous vous proposons cinq recommandations. M. Richard Gorman vous
présente la première.
M. Gorman
(Richard J.) :
C'est notre première recommandation dans notre
mémoire. Le Centre multiethnique de
Québec recommande au gouvernement de poursuivre l'engagement humanitaire du
Québec par l'accueil de personnes réfugiées,
en augmentant progressivement, à l'instar des autres catégories d'immigration,
les cibles pour les prochaines années. Le maintien, voire l'augmentation
des cibles en matière d'immigration humanitaire, quoique ne faisant pas l'objet
de la consultation, a des répercussions importantes sur les objectifs énumérés
dans le cahier de consultation.
La mobilisation des acteurs autour des défis
accompagnant l'intégration des réfugiés a permis de mettre en oeuvre des
initiatives et de développer des pratiques innovantes pouvant servir de modèle
de soutien à l'intégration pour l'ensemble des populations immigrantes sur le
territoire du Québec. L'accueil d'une masse critique de réfugiés pris en charge par l'État et autres personnes
ayant besoin d'une protection internationale permet d'assurer la pérennité
des organismes voués à l'accueil des
personnes immigrantes, comme le Centre multiethnique de Québec, permettant de
développer et de maintenir une expertise solide et durable en matière de
francisation, d'accompagnement psychosocial, d'insertion en emploi et
d'intégration à la société.
Toutefois,
afin d'atteindre les objectifs du gouvernement en matière de francisation et de
maintenir son autonomie de
planification de l'immigration, l'augmentation des cibles pour l'immigration
humanitaire ne devrait pas déplacer ni restreindre l'immigration de
personnes des autres catégories, et notamment des travailleurs qualifiés.
Et finalement il convient de souligner que la
majorité des personnes réfugiées, une fois passée une certaine période
d'adaptation, contribuent de façon importante à l'économie et à la société
québécoise.
Mme Battisti (Natacha) :
La
recommandation 2. Notre organisme participe à collaborer à plusieurs
projets de recherche. Nous constatons que la
discrimination et les préjugés ont refait surface depuis la pandémie.
Maintenant, la situation économique
stigmatise les mauvaises pratiques. Ici, je pense à certains propriétaires qui
refusent des logements aux réfugiés car ils n'ont
pas de crédit. Nous entendons encore des commentaires négatifs en lien avec des
personnes d'origine africaine ou des femmes portant le voile.
Tous les acteurs
doivent réfléchir à mettre en place un milieu de vie accueillant afin de
construire des liens, mettre en place... excusez, des liens entre tous les
citoyens et de briser les préjugés pour construire un premier lien. Une société, une ville accueillante devient
attractive si elle assure un vivre-ensemble dans une sécurité pour tous et pour
tous les citoyens qui désirent y collaborer.
Nous recommandons
aussi de travailler en concertation pour assurer une régionalisation
structurée, planifiée et au profit d'une intégration réussie. Le MIFI doit
assurer une collaboration entre les différents ministères pour créer des ponts et ainsi contribuer ensemble à la mise
en place de solutions. La régionalisation des personnes immigrantes est
une avenue enviable et viable si l'arrimage est structuré et concerté auprès
des partenaires de la communauté.
Actuellement, le
Centre multiethnique et le CIUSSS de la Capitale-Nationale travaillent ensemble
sur des plans d'intervention pour suivre des
situations complexes en lien avec des familles immigrantes. Parfois, nous
pouvons être six à 12 partenaires autour de la table lors de
situations, de cas complexes. Tout en respectant nos mandats et en partageant
les pratiques, nous arrivons à cheminer avec la famille et à faire vivre des
réussites. Il ne faut pas avoir peur de sortir de nos mandats, car toutes les
situations que nous... Nous rencontrons, à travers ces situations-là, toujours
des angles morts qui ne sont pas couverts par le biais de nos services
existants, mais le lien de confiance que nous créons avec nos partenaires nous
permet d'assurer, un certain temps, tous les services pour aider cette famille.
Ainsi, la mise sur
pied d'un comité structurant assure la continuité des services en alliance avec
le rôle des partenaires, tout en respectant l'expertise de tous. Aline va vous
parler de la quatrième recommandation.
Mme Lechaume
(Aline) :
Bien que la consultation porte sur l'immigration
permanente, nous souhaitons rappeler que, dans le système actuel, la grande
majorité des personnes qui obtiennent la résidence permanente ont eu auparavant un statut temporaire — des
demandeurs d'asile, des travailleurs temporaires, des étudiants internationaux.
Ces statuts temporaires sont tous à risque de précarisation, dans la mesure où
ils peuvent prendre fin et être perdus. La multiplication des statuts
temporaires et le caractère aléatoire des délais dans les processus et
certaines décisions contribuent à la précarité des trajectoires de ces
personnes.
Ne
pas être admissible ou encore être admissible mais ne pas avoir effectivement
accès, ce qui est notamment parfois
le cas en région, à des services d'accompagnement, même pour un simple
formulaire, à des services d'hébergement en cas de dénuement ou d'abus,
aux soins, à des services de garde, aux services juridiques, à la francisation,
à des conditions de travail décentes
fragilise les personnes, vulnérabilise leurs parcours et accroît les risques de
discrimination et de précarité à court, à moyen et à long terme.
Il y aurait donc
lieu, et cela constitue la quatrième recommandation du Centre multiethnique,
d'instaurer des processus plus clairs, plus simples, plus directs et plus
rapides afin de permettre aux personnes à statut précaire et aux organismes qui
les accompagnent de sécuriser leurs parcours, d'être considérés avec plus
d'humanité.
• (11 h 50) •
M. Gorman (Richard
J.) :
Et finalement le Centre multiethnique de Québec invite le
ministère à reconnaître les besoins des
organismes communautaires en octroyant une augmentation des financements et en
soutenant les initiatives régionales.
Le financement actuel
du MIFI nous permet d'accueillir des centaines de personnes par année.
Cependant, ce financement est souvent lié à des quotas ou des cibles par
catégorie des immigrants desservis, ce qui restreint notre capacité de servir
les nouveaux arrivants en fonction de leurs besoins et non pas de leurs profils
ou de leurs statuts migratoires. Un financement stable, durable et flexible des
organismes d'accueil des nouveaux arrivants favorise le maintien des ressources, le développement de l'expertise et la capacité
d'accueil nécessaires pour intégrer une population immigrante
grandissante tout en protégeant le tissu social et la langue française au
Québec.
Mme Battisti
(Natacha) :
Nous vous remercions de votre écoute et de votre
ouverture à la réalité que nous vivons et
que les gens vivent aussi dès leur arrivée. Et ce que nous voulons vous dire,
c'est que tout le monde, actuellement, qui arrive en ce moment, au
niveau des personnes immigrantes, désire vraiment s'impliquer et être une
société... s'impliquer dans notre société et de vouloir collaborer à... vous
l'avez vu tout à l'heure avec les gens, à être aussi des partenaires avec nous
pour pouvoir assurer l'intégration de ces personnes-là. Voilà.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup pour cette présentation.
On va donc entamer la période d'échange avec les parlementaires pour une
période de 15 min 48 s. Mme la ministre, le micro est à vous.
Mme
Fréchette :
Merci, Mme la Présidente. Bien, merci à vous trois,
merci à Mme Battisti, d'être présents parmi nous pour contribuer aux
échanges, à la réflexion collective que l'on tient.
J'ai eu le grand
plaisir d'aller visiter le Centre multiethnique, également la portion les
Habitations du Centre multiethnique. Donc, ça a été très inspirant. Et j'ai
fait de très belles rencontres, d'ailleurs, dont je garde un très vif souvenir.
Je voulais vous remercier d'agir comme mandataire du MIFI pour l'accueil des
réfugiés pris en charge par l'État. C'est un
travail précieux que vous faites, de grande importance, que je valorise
énormément. Donc, un grand merci pour votre engagement. Je sais que
c'est un engagement qui dépasse largement le 9 à 5 habituel et, pour ça,
je vous en remercie, parce que je sais que les personnes immigrantes sont entre
bonnes mains quand elles arrivent chez vous. Merci pour ça.
Je commencerais par un
petit commentaire sur un commentaire, en fait, que vous faites en page 8
dans le cahier de consultation. En fait,
vous notez que, notre cahier de consultation, il y a l'absence d'orientation
portant sur la lutte contre l'intolérance, la discrimination et le
racisme.
Donc, je
voulais simplement rappeler que, bien, le gouvernement est fort actif en ce
domaine-là, mais à travers des canaux distincts de celui du document de
consultation pour la commission parlementaire. Il y a notamment, bon... On fait en sorte de mettre en oeuvre les
recommandations, là, du rapport du Groupe d'action contre le racisme, intitulé
Le racisme au Québec : tolérance zéro. Donc, il y a une action en
ce sens-là. Il y a également 22 projets contre le racisme et les
discriminations qui sont financés par le PAC, le Programme d'appui aux
collectivités, donc, de notre ministère.
Puis il y a également 183 ententes en vigueur actuellement, dans le cadre
du PAC, qui permettent de financer des
projets puis des activités en lien avec cet objectif-là. Donc, pour vous dire
que, même si ce n'est pas clairement mis en lumière, là, dans le
document de consultation, il y a beaucoup de choses qui se font en parallèle.
Pour une première question, je vous amènerais à
la page 9. Vous recommandez de travailler en concertation afin d'assurer une régionalisation structurée et
planifiée au profit, donc, d'un processus d'intégration réussi. Qu'est-ce que vous entendez par «un processus et une
régionalisation structurés et planifiés»? Comment ça se traduit dans les faits,
sur la base de votre perspective?
Mme
Battisti (Natacha) :
Je vais commencer, puis, si Aline... si tu vois
des actions... Parce qu'on est sur des actions communes. De notre côté, l'ayant
vécu, je ne vous le cacherai pas, dans les dernières années, on a déjà
travaillé sur certains projets avec le ministère pour assumer sur le
terrain certaines actions. Alors, c'est d'avoir vraiment...
Puis là je vais le dire comme ça, nous, on est
sur le terrain davantage. Alors, à ce niveau-là, c'est vraiment de partir... Je
donne l'exemple qu'il y a eu des comités, avec le ministère de l'Immigration,
sur... la piste de solution sur les
logements. Dans les deux dernières années, il y a eu des comités de travail qui
se sont faits à partir des organismes terrain.
Le ministère a mis en place un comité avec une personne qui pouvait superviser
le comité, arriver avec des pistes de
solution à partir du terrain, et par la suite nous, on pouvait travailler avec
nos partenaires sur l'arrimage de certaines solutions.
Et on voit, par exemple, dans le comité de
travail sur le logement, qu'il y a des éléments qui devaient partir du
ministère de l'Immigration pour avoir soit des lettres de recommandation pour
amener au propriétaire, de faire comprendre c'est quoi, le... la vie réelle
d'un réfugié qui arrive des camps de réfugiés, diminuer les attentes par
rapport à cette solution. Et, quand on a cette porte d'entrée là avec le
propriétaire, quand on peut amener une lettre, alors là, sur le terrain, on peut travailler sur des comités par
secteur. Alors, il faut vraiment avoir une stratégie commune.
Puis, quand je nomme ça, je reviens sur un
projet pilote qu'on travaille, sur la régionalisation, où, depuis plus d'un an,
il y a un comité de travail. Et on part d'une vision du ministère, mais par la
suite on met à contribution les actions des partenaires associés. Ça n'empêche
pas qu'il y a des embûches, des enjeux transversaux, mais c'est vraiment dans l'esprit de vouloir, déjà en amont,
travailler sur les enjeux transversaux. Et le fait qu'on travaille,
exemple, avec le CIUSSS de... On travaille avec le CIUSSS de la
Capitale-Nationale, la Clinique santé des réfugiés. Il y a des solutions aussi
qui peuvent partir de d'autres secteurs, donc, de la santé, mais on s'arrime
avec eux aussi.
Et là on sort de nos mandats, mais qu'on voit
une stratégie commune. Il y a des actions qui doivent se faire, puis là je vais
recouper... de se faire des ponts entre les différents ministères. Et je pense
que c'est à ce niveau-là que ça devient important. Quand on parle d'une vision
concertée, c'est qu'il faut que ça parte aussi des autres partenaires associés
que vous côtoyez sur vos tables ministérielles, parce que l'enjeu de
l'immigration, c'est un enjeu, vous le savez,
transversal dans les différents volets, que ce soit le logement, que ce soit la
santé, que ce soit le service de garde. On a des projets, nous, sur la petite enfance. Puis ça fait des années
qu'on travaille sur la petite enfance. On est reconnus sur...
22 partenaires sur le terrain. Je demande au ministère de nous aider au
financement, mais je dois me tourner vers le ministère de la Famille.
Alors, ces enjeux-là, pour nous, il est réel.
C'est un enjeu réel. Alors, c'est là que je me... je nomme la vision concertée,
parce que, je l'ai vu, ça se fait, ça se passe réellement. Mais, quand on va se
soucier des différents défis que nous avons, ça devient important, sur le
terrain, d'avoir une vision commune, et assurément avec la ville aussi, parce qu'il y a une action... Même si vous parlez
du programme PAC, je suis tout à fait d'accord, mais il y a des choses
qui ne sont pas reliées nécessairement à tous les organismes sur le terrain.
Aline.
Mme Fréchette :
Merci.
Mme Battisti (Natacha) :
Ah!
excusez, je ne veux pas prendre plus de temps.
Mme Fréchette :
Voulez-vous
compléter?
Mme Lechaume (Aline) :
Bien,
compléter sur l'accès, notamment, aux services en région et notamment hors des grands centres urbains. Même si le Centre
multiethnique est situé à Québec, en fait, il couvre aussi les services sur l'ensemble de la région. Mais l'accès aux
services en dehors des grands centres urbains est... peut être très complexe
pour les personnes. Je nommerai... Tu as parlé du logement. Je pense aussi au
transport, notamment au transport en commun hors des grands centres, aux
services de francisation aussi, quand on doit attendre longtemps et franchir
une distance, là, importante pour pouvoir
accéder à ces services-là. Je pense aussi à la formation des organismes pour
qui c'est... qui ont des mandats, souvent, assez restreints aussi dans les
services qu'ils peuvent offrir, donc, aux personnes immigrantes. On
pourra revenir sur... Il y a d'autres questions.
Mme
Fréchette :
Merci. Vous mettez la table pour ma question
suivante. Vous parlez, dans votre mémoire, de l'importance de nommer les
difficultés d'intégration. Nous, vous savez qu'on a l'objectif de régionaliser
encore davantage l'immigration. Donc,
comment est-ce que vous traitez de ces... ce défi-là de nommer les difficultés
d'intégration et de développer des pistes d'action? Et est-ce que vous
considérez que la situation, dans la Capitale-Nationale, est distincte des
autres régions du Québec ou, somme toute, vous avez l'impression que ça doit
être très apparenté?
• (12 heures) •
Mme Battisti
(Natacha) :
Je vais commencer. Nommer les enjeux, bien, je vous
dirais, c'est important de nommer les enjeux d'intégration. On en voit. C'est
la capacité. Puis là, tout à l'heure... On fait juste le bout de la francisation, là. Je veux juste vous nommer...
C'est une expérience qu'on vit, puis là c'est Francisation Québec. C'est
quelque chose que... Il y a une vision dans la francisation au Québec, mais
nous, on vit quelque chose de défis sur le terrain
par rapport à Francisation Québec. L'idée d'avoir une porte d'entrée, c'est une
chose, mais on vit quand même des défis par rapport à certaines catégories,
entre autres, les réfugiés qui n'ont pas accès à l'ordinateur, qui n'ont pas
accès... Donc, je comprends qu'on va favoriser des liens davantage pour une
certaine catégorie, je pense aux travailleurs économiques,
mais nous, sur le terrain, on vit un enjeu pour les 310 personnes
réfugiées qu'on doit soutenir davantage.
Alors, c'est là que
les enjeux... Nous, c'est dans les enjeux directs. Et, quand je nommais, en
ouverture, qu'on surcharge nos intervenants, parce que c'est toujours ce petit
lien là de plus qu'on doit donner à la personne qui arrive, sur ces enjeux-là juste d'administration ou juste d'inscription,
nous, ça nous amène un enjeu sur la tâche à donner après à nos... à nos
intervenants et... Puis là c'est un exemple trop évident, là, par rapport à Francisation
Québec, mais nos partenaires aussi nous
demandent de les aider, parce qu'ils n'ont pas de ressource. Alors là, on vit
la difficulté de cet enjeu-là, par exemple.
Par
rapport à l'intégration, on le nomme... on l'a nommé, hein, l'intégration des
personnes qui ont des difficultés... Puis ça a été assez clair tout à
l'heure avec l'exposé que, quand les gens ne parlent pas français dès leur
arrivée... vivent un enjeu d'intégration. Dans les dernières années, on a
apprécié la... surtout pour les réfugiés, mais on le voit aussi, là, le désir de le développer, de
laisser... Avant, on avait un mandat de sept jours pour accueillir les
réfugiés, pour pouvoir les installer dans un appartement, au niveau du
mandat du MIFI. À cause de la pandémie, on est rendus à 14 jours, et là il y a une ouverture à 21 jours. Donc, nous, on
apprécie, parce qu'on voit les réfugiés se déposer, prendre le temps de... Parce que toute l'action
administrative, pour nous, ça nous a amené beaucoup plus de délais. Puis, vous
le voyez, que ce soit la demande de RAMQ, que ce soit l'ouverture de compte
bancaire, on a des délais supplémentaires, Services Québec, Service
Canada, et, à ce niveau, on n'est pas capables de rendre l'administratif plus
rapidement. Donc, c'est plus difficile pour nous de les installer, par exemple,
dans les... dans des appartements.
Et on vit l'enjeu
pour des travailleurs temporaires. On est interpelés à différents niveaux, à ce
niveau-là. Mais l'enjeu administratif aussi a fait que la capacité
d'intégration rapide des personnes est plus longue. Alors, il faut nous laisser
vraiment, sur le terrain, plus de temps pour pouvoir faire les meilleures
actions.
Dans les dernières
années aussi, le Centre multiethnique et les habitations, on a mis une
intensité directe aux réfugiés, et l'intensité a eu un effet. Ça veut dire
qu'on a pris les stratégies du CIUSSS de la Capitale-Nationale — je
proviens de la santé. Et, quand on met une intensité à la bonne place, les gens
développent leur autonomie plus rapidement.
On a joué cette stratégie-là et on a vu, justement, des façons, dans les
familles, à améliorer... à s'améliorer, à s'intégrer et avoir une
autonomie dans leurs actions.
Une voix : Merci.
Mme Battisti
(Natacha) : Aline ou Richard?
M. Gorman (Richard
J.) : Pour compléter, en ce qui concerne la différence entre, par
exemple, la région de la Capitale-Nationale
et les autres régions du Québec, c'est clair que la Capitale-Nationale n'est pas une région rurale comme
d'autres régions, mais la régionalisation n'est pas que l'immigration rurale.
Ça fait au moins 30... depuis 30 ans qu'on parle de régionalisation de
l'immigration, depuis le plan 1991-1994, si je ne me trompe pas, puis on a
toujours le même taux de concentration des immigrants dans la région
métropolitaine. Les pistes de solution incluent, entre autres, la
sensibilisation que Mme Battisti a mentionnée et aussi le continuum de
services, d'avoir... d'accroître l'accessibilité de services en région, et ça
inclut la région de la Capitale-Nationale.
Mme
Fréchette : Mme la Présidente, je vais céder la parole à des
collègues.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre. Je me tourne du côté
de la députée de Vimont. Il vous reste 3 min 46 s.
Mme
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Merci à vous trois
d'être... d'être présents. Peut-être... Je veux juste renchérir au niveau de
vos inquiétudes concernant la lutte contre le racisme, la discrimination.
Peut-être juste vous rappeler que nous avons quand même un ministre qui est
responsable de la lutte au racisme. Alors, c'est quand même une création que le
gouvernement a faite pour, justement, se pencher sur ces questions. D'ailleurs,
au mois d'août cette année, on s'est engagés à la création d'un bureau
permanent, justement, pour la lutte contre le racisme, mais à la grandeur du
Québec. Alors, c'était juste une petite... un petit aparté.
Alors, je vais retourner dans votre mémoire, où
vous recommandez, justement, la mise en place d'un lieu interculturel,
justement, pour échanger avec tous les citoyens, ce qui me permettrait,
évidemment, d'avoir peut-être une meilleure compréhension. Est-ce que vous avez
des exemples à nous donner?
Mme Battisti
(Natacha) : Actuellement, on est sur le projet d'Espaces bleus. Depuis
trois ans, on travaille avec le Musée de la civilisation, entre autres, sur des
expositions où on... je pense, autant des Québécois, ils nous ont demandé
d'intégrer avec eux la vision de l'immigration à l'intérieur de leurs
expositions. Donc, c'est vraiment le partage du culturel, je pense, qu'il faut
immiscer.
Donc, quand je vous parle de faire des ponts
avec différents milieux ministériels, c'est ça aussi, mais on... Sur le terrain, ils nous connaissent, donc ils
nous... ils nous cognent à la... ils viennent nous voir. Mais il y a les Espaces
bleus qu'on travaille avec eux, avec le Musée de la civilisation. On travaille
aussi avec la ville en lien avec la Maison de la diversité, là. Il y a
encore... Mais il y a des choses qui se passent, là. Et on est conscients
aussi, la vision de la ville par rapport aux
bibliothèques, la bibliothèque Gabrielle-Roy, qui est en rénovation, va être
aussi un lieu d'accueil. Mais on comprend qu'il y a de plus en plus
l'ouverture.
Mais, si on se... Quand je nomme ça, c'est que
l'idée, c'est autant par rapport à la lutte, par rapport à ces lieux-là d'accueil qu'on... C'est sûr que vous
devenez... Le ministère doit avoir une vision de... transversale de tous ces
canaux-là pour nous assurer, nous, sur le terrain... Ce n'est pas moi qui va
monter, vous comprenez, à la porte du bureau de coordination ou... Il y a comme
des actions transversales qui doivent se faire ensemble. Donc...
Mais il faut que vous soyez sensibilisés quand
même que la lutte... Je comprends, de toutes les actions, je les vois, on les
vit, on est interpelés sur toutes les actions de la lutte, mais on est
vraiment, là... La pandémie a créé un... quelque chose d'exponentiel par
rapport à la discrimination, et c'est à différents niveaux. Ça fait que je
pense que... On l'a fait aussi à la dernière... aux dernières recommandations.
Ce n'est pas seulement de passer des publicités de la diversité à travers les
villes, à travers les pubs à la télé, mais je pense qu'il y a une
sensibilisation de travailler directement sur des actions. Puis, oui, je le
comprends, que ça passe par le PACTE, je comprends que ça passe... mais, si vous nommez que c'est important pour
vous, parce qu'on veut travailler l'intégration, on veut travailler, il faut
diminuer ces préjugés-là, ça devient un mot
pour tous, vous comprenez? C'est un peu là que je veux... Vous comprenez
l'engagement à travers ça.
Mme
Schmaltz : Nous avons déjà des ententes avec les autres
ministères, notamment le ministère de la Famille, justement, pour les
haltes communautaires dans l'apprentissage, là, de la francisation. Donc,
effectivement, ce que vous nous ramenez, on le fait déjà.
Tantôt, quand j'ai mentionné le ministre
responsable de la Lutte au racisme, c'est une question aussi qui est importante à vos yeux et qui est importante aussi
pour le MIFI. Donc, oui, il y a du travail qui se fait entre les ministères.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup,
Mme la députée. Cette portion d'échange vient de se terminer. Je me
tourne du côté de l'opposition avec la députée de...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Non, avec le député d'Émile-Nelligan, 12 min
23 s. Le micro est à vous.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous trois pour votre présence. J'ai lu le mémoire et, à la
lumière de vos réponses, j'ai le goût de vous poser une question sur la force
des mots. On a une universitaire autour de la table. On a des experts sur le
terrain. Et, vous savez, le débat de l'immigration, surtout les dernières
années, a été marqué par des mots. Donc, on
peut bien parler des structures contre le racisme et de politiques publiques,
mais les mots ont une force. Et, du moment que vous êtes sur le terrain,
pouvez-vous nous dire c'est quoi, l'impact des mots prononcés par des politiciens qui stigmatisent l'immigration, parfois
qui parlent de la régionalisation, parfois qui parlent de la
francisation, parfois qui ramènent des mots qui sont très durs à absorber pour
M. et Mme Tout-le-monde?
Mme Battisti (Natacha) : Bien, pour
nous, actuellement, là, l'enjeu... Puis là c'est... Le fait, je vais le dire comme ça, là, le fait d'être un organisme de
proximité, les gens se tournent beaucoup vers nous actuellement sur... puis là
je parle des gens, ce n'est pas seulement des personnes immigrantes, c'est des
partenaires aussi et... parce qu'il y a des
enjeux, parce que la difficulté... Puis là je vous le nomme, là, mais c'est
notre expérience. Actuellement, on est avec l'OMHQ dans un bâtiment au 200, rue Dorchester. On a nos... notre lieu
et on est dans un bâtiment où est-ce qu'il y a du vivre-ensemble. Mais ça
n'enlève rien que, juste dans notre bâtiment, le vivre-ensemble n'est pas
facile parce qu'on a différentes
clientèles. On a notre clientèle et l'OMHQ, mais il faut souvent se parler
entre nous et l'OMHQ juste pour travailler le vivre-ensemble. Puis on...
je vous parle d'un bâtiment, puis on est sensibilisés à cette action-là.
• (12 h 10) •
Alors, pour
nous, les mots... Je le comprends, là, quand vous me dites : Il y a une
force. Qu'est-ce que les gens comprennent aussi par rapport aux actions? Et on
voit de la discrimination, même, juste dans notre building. On fait... on fait du déménagement, des fois, des gens qui
arrivent. On les monte au deuxième ou troisième étage, sur nos étages,
et souvent... Juste dans notre building, on a deux ascenseurs, un pour le CMQ,
un pour le HMQ. Ça veut dire que... un pour
l'OMHQ, un pour nos habitations. La clientèle ne prennent même pas le
même... le même ascenseur. Ça a été construit
comme ça à l'époque. Donc, quand je nomme ça, c'est des petits gestes. Puis là
c'est à nous à faire des choses, mais c'est des petits gestes et des
petits mots.
Mais, sur le concret, nous, les gens, quand ils
se tournent vers nous puis qu'ils vivent des situations... Puis là, que ce soit à travers des employés, que ce soit à
travers des partenaires, des voisins, on voit de plus en plus ces
difficultés-là d'intégration
de nos personnes autour de nous, parce que, nous, ils viennent nous cogner à la
porte, ils disent : Qu'est-ce
que je fais avec ça, c'est quoi, la possibilité que le propriétaire ne peut pas
faire ça? Bien, c'est que ça rajoute, nous,
à notre mandat, des cas à suivre plus complexes. Et on doit s'arrimer, tu sais,
j'allais dire, à travers des liens avec nos partenaires. Allez-y.
M. Derraji : Est-ce que vous êtes
outillés? Est-ce que vous...
Mme
Battisti (Natacha) : Bien, c'est certain qu'il nous manque certains
éléments sur le terrain. Quand on dit «outillés», c'est... ça va être de la
formation, puis je pense qu'on est allés un peu là. Quand on parle de la
concertation, il y a des formations, il y a des choses... Dans
l'interculturel, on est outillés, tout à fait, hein, on est là-dedans. Dans
l'arrimage avec la santé, on est outillés, mais il y a des choses qu'on l'est
moins.
M. Derraji : Par exemple,
discrimination, problèmes de racisme, pensez-vous que vous êtes outillés?
Mme Battisti (Natacha) : Bien, on
travaille beaucoup avec nos partenaires sur la situation. Je pense qu'il faut y aller à différents paliers, hein? Comme
vous nommez, il y a les gens sur le terrain puis après ça il y a les
organisations, l'engagement de chacune des organisations. Ce n'est pas
seulement... Je vais le nommer comme ça, mais, quand j'embauche une nouvelle personne
dans mon organisation, je vais leur demander : Signez que vous ne ferez
pas de harcèlement. On a une petite politique de je ne ferai pas de
harcèlement, je vais parler correctement à mes collègues, je vais parler
correctement. Mais c'est au-delà de juste faire signer une politique, vous
comprenez? Comment je vais faire vivre de
l'intérieur ces éléments-là? C'est un peu... c'est un peu dans cette... dans
cette vision-là, je vous dirais, là, que le Centre multiethnique désire
se positionner aussi.
Mais on n'est pas seulement l'expert, vous
comprenez? Il y a d'autres experts dans... Et on fait partie, justement, du
comité de polarisation de la ville de Québec. On est vraiment sur les
différents paliers pour arriver à assurer des choses. Mais nous, on le voit
parce que les familles nous parlent des situations que leurs enfants vivent à l'intérieur des écoles. On va le nommer à travers
nos intervenants, on va le nommer à la direction, mais après ça les parents
peuvent nous ramener certains éléments qui fait qu'ils ne se sentent pas bien
accueillis.
M. Derraji : Oui. Dans votre
rapport, vous parlez beaucoup de préparer les milieux d'accueil à revoir... à recevoir les immigrants en amont afin de faciliter
leur intégration dans la communauté. Vous êtes des experts sur le terrain
de la Capitale-Nationale, si j'ai bien compris.
Mme Battisti (Natacha) : Oui.
M. Derraji : Uniquement la Capitale-Nationale,
pas Chaudière-Appalaches.
Mme Battisti (Natacha) : Juste Capitale-Nationale.
M. Derraji : Oui.
Quel est votre constat? Parce qu'on parle beaucoup de la régionalisation. Quel
est votre constat de l'état des lieux? Est-ce qu'on arrive vraiment à ce
que, peu importe le jeune qui vient à l'université pour étudier ou le jeune
travailleur professionnel qui vient à la ville de Québec pour s'installer...
Vous avez vu
que, ce matin, on a parlé du regroupement familial. Ça prend trois ans
maintenant. Et tout le monde souhaite, autour de la table... Tout le
monde parle de la régionalisation, tout le monde veut de la régionalisation,
tout le Québec, pas uniquement les
parlementaires. Quand vous voyez des problèmes liés au regroupement familial,
des délais, des longs délais au niveau de la résidence permanente, des
procédures... des procédures longues, pensez-vous que, vraiment, les
ingrédients sont là pour favoriser la régionalisation, mais, au-delà de la
régionalisation, garder les gens qui choisissent la Capitale-Nationale, au
niveau de la Capitale-Nationale, et non pas partir ailleurs, exemple, revenir à
Montréal?
Mme Lechaume (Aline) : Est-ce que
tous les ingrédients sont là? Certainement pas. Est-ce qu'on peut faire mieux? C'est tout à fait évident. Je pense
qu'aussi il y a effectivement encore beaucoup de besoins d'information et de
formation de la part de tous les intervenants sur le terrain et, dans ce
sens-là, dans toutes les institutions. Ce n'est pas seulement pour les personnes qui sont des intervenants ou intervenantes
dans des services directs aux personnes immigrantes, donc, de soutien et
d'accompagnement des personnes immigrantes, mais également je pense à la santé,
aux services de garde, en éducation, etc.
Donc, ça, on aura... Il est nécessaire qu'il y ait davantage, là, de formation
à tous les niveaux et dans toutes les sphères de la vie des personnes.
Au-delà des mots, je pense aussi concrètement à
toutes les formes de discrimination qui vont être plus structurelles, du fait qu'on demande... Par exemple, on parlait tout à
l'heure, simple exemple, là, de l'accès à des bibliothèques. Demander à quelqu'un son bail pour pouvoir avoir
une carte de bibliothèque, bien, ça, ça renvoie nombre de personnes,
notamment à statut précaire ou, par exemple, de femmes qui sont, par exemple,
en situation d'hébergement aussi temporaire,
à leur précarité. Et donc je pense qu'il y a aussi beaucoup d'éléments qui
pourraient être améliorés au sein des structures.
On a pensé, notamment, là, dans un des projets
de recherche, à avoir tout simplement une carte de résident de la ville qui ne
serait pas juste pour les personnes immigrantes mais pour toutes les personnes.
C'est un petit geste qui serait très concret, assez
facile à obtenir, mais qui permettrait, justement, à tout le monde de prouver,
juste, d'être résident de la ville et d'avoir ainsi accès à un certain nombre
de services, là, municipaux sans avoir toujours à répéter son histoire, à expliquer qu'on est nouvellement
arrivé avec un statut particulier, etc. Donc, il y a plein de choses qu'on
peut faire, je pense, autant dans la formation que dans des éléments plus
structurels, là, et concrets.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Je reconnais
maintenant la députée de Chomedey, 3 min 20 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour. J'ai
vraiment aimé vous écouter mais surtout vous lire. J'adore le côté que... Vous mettez l'emphase sur l'humanitaire.
Donc, c'est une approche humaine, et ça date de longue date. Vous êtes une grande équipe, 65 personnes, 65 ans
l'année prochaine, et 65 personnes, et, je vous écoutais tantôt pour les
chiffres, il me semble, 397, 500, 1 700, j'ai calculé. C'est du
beau monde. Comment ces gens-là vous trouvent pour recevoir le service?
Mme Battisti (Natacha) : Bien, on...
Les réfugiés sont... Vous savez, en ayant le mandat, ils viennent nous voir directement.
Mais on est vraiment... Je vous nommerais, exemple... Je vous donne l'exemple,
là, les demandeurs d'asile, maintenant, bien,
les postes frontaliers nous nomment, nous nomment. Donc... Et pourquoi? Parce
qu'on a l'avantage d'avoir des habitations.
Mme Lakhoyan Olivier : Ça, c'est
magnifique, oui.
Mme Battisti (Natacha) : Ça, c'est
la... Mais ça nous amène des enjeux. On revient à ça. Je n'en ai pas assez pour
répondre aux besoins. Puis ce n'est pas de répondre aux besoins à tous. L'idée,
c'est qu'on fait... on... Puis là je n'ai pas le choix. Je prends les
situations de cas les plus... les situations de cas plus particuliers, mais il
faut s'assurer, justement, d'un hébergement.
Et je ne veux pas alerter, mais on est là
aujourd'hui, actuellement. On devra discuter avec la ville, mais il faut plus
d'hébergement, parce que ma crainte... Actuellement, le 8-1-1 réfère chez nous
des gens qui ont des enfants et qui n'ont
pas d'argent pour pouvoir aller à l'hôtel. Puis, si on ne les prend pas en charge,
ils vont glisser vers... puis là je dis le grand mot «itinérance», mais
vous comprenez que maintenant... je le voyais les dernières années, vers des
situations de cas où c'est des cas complexes de santé, difficultés
d'adaptation, mais maintenant c'est des nouveaux arrivants. On ne le voyait
pas, les dernières années, autant. Et, en peu... En ce moment, là, j'ai...
Dernièrement, dans les deux dernières
semaines, j'ai eu quatre situations qui m'ont été proposées par le CIUSSS, de
les prendre. Alors, vous comprenez, c'est là, la complexité par rapport
à l'accueil, par rapport à nous assurer où on est rendus aujourd'hui. Je n'irai
pas plus loin.
Mme
Lakhoyan Olivier : Bien, déjà qu'on a une crise de logement, un
manque de logements dans la province, dans les quatre coins, donc, en plus, le
besoin de pouvoir donner les services que vous aimeriez donner, humanitaires,
et essayer de trouver de la place pour tout le monde, je comprends, c'est tout
un défi. On vous entend. Ça, c'est sûr.
Vous avez mentionné sur... à la page 7, que «son
engagement — du
Québec — humanitaire
et son exemple de soutien dans le processus de réinstallation lui valent une
réputation internationale quant à son modèle d'accueil de ces populations
vulnérables». Pouvez-vous élaborer là-dessus?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Rapidement.
M. Gorman (Richard J.) : ...de
temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Rapidement, rapidement.
• (12 h 20) •
M. Gorman (Richard
J.) :
OK. Oh!
bien, j'allais juste dire que l'accueil humanitaire, d'abord, c'est la
population la mieux répartie sur le territoire. Donc, ça participe à la
régionalisation de l'immigration. Mais il nous est parfois difficile de
desservir cette population parce que ce n'est pas tous les immigrants qui
rentrent dans des cases faciles...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé.
M. Gorman (Richard J.) : ...donc,
qui rentrent dans une catégorie donnée.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : C'est terminé. Merci
beaucoup. Alors, on va terminer maintenant cette période d'échange, pour
4 min 8 s, avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci énormément pour votre travail.
Je veux
revenir à la recommandation 1 sur l'augmentation progressive dans
l'engagement humanitaire. Est-ce que vous, vous faites aussi du
parrainage privé de réfugiés? Non, vous n'en faites pas.
Mme Battisti (Natacha) : Pas du
tout.
M. Cliche-Rivard :
Et est-ce que vous êtes... Est-ce que vous avez une position là-dessus, sur
la hausse? Je sais qu'on accueille, quoi, autour de... entre 1 500 et
2 000 annuellement avec nos quotas. Est-ce que vous avez une position sur
l'augmentation de ce volet-là ou pas vraiment?
Mme Battisti (Natacha) : Pour le
parrainage?
M. Cliche-Rivard : Privé, oui, de
réfugiés.
Mme Battisti (Natacha) : On a des
enjeux, mais...
M. Gorman (Richard J.) : Des
enjeux... Il nous est difficile de desservir, justement, les réfugiés parrainés
parce qu'ils ne sont pas pris en charge par l'État.
M. Cliche-Rivard : Je comprends.
M. Gorman (Richard J.) : Alors, même
quand il y a des lacunes dans les services ou dans leur accueil, quand ils
viennent, par exemple, au Centre multiethnique, il nous est difficile, voire
parfois impossible de les servir.
Mme
Battisti (Natacha) : Bien, nous, on reçoit... Puis là, je vous le nomme
comme ça, on ne fait pas de privé, mais... parrainage privé, mais c'est
sûr que, quand ça se complexifie, le parrainage privé, on va aider à
solutionner.
M. Cliche-Rivard : Je comprends.
M. Gorman (Richard J.) : On ne ferme
la porte à personne.
M. Cliche-Rivard : Recommandation 4,
vous parlez de situations de statut précaire. Est-ce que vous avez avancé une
proposition sur une régularisation de statut? Ça se discute beaucoup au
fédéral. Est-ce que vous avez une position là-dessus?
Mme Battisti (Natacha) : Bien, on...
Je vais laisser Aline, parce qu'Aline...
Mme Lechaume (Aline) : Bien, c'est
certain que la régularisation, là, des statuts permettrait, justement, aux personnes, là, de sécuriser leurs parcours. On se
retrouve dans des situations extrêmement complexes, et parfois à partir
d'éléments très... très simples. Je pense à... La complexité de compléter un
formulaire, tout simplement, ou ne pas l'avoir
fait à temps va faire tomber, donc, un statut, et une personne, notamment, dans
les cas de situation temporaire... se retrouver dans un statut
extrêmement précaire, alors qu'au bout du chemin la personne pourra peut-être
obtenir la régularisation de son statut.
Mais tous ces délais entre perdre son statut et
la régularisation de son statut vont entraîner un parcours extrêmement
anxiogène pour les personnes, va être aussi demandant pour les services
d'accompagnement. Et tout le monde est
perdant, finalement, dans cette situation-là. Et on entrave vraiment les
trajectoires des personnes, comme je le disais tout à l'heure, là, à
court terme comme à long terme, en fait, oui.
Mme
Battisti (Natacha) : ...j'allais dire : Les statuts précaires,
pour nous, hein, c'est les travailleurs temporaires où est-ce qu'ils ont
des permis fermés, on s'entend, des étudiants où est-ce qu'il vit une
dépression puis il va glisser vers une
incapacité à continuer ses études. On voit tout ça, là, nous, à chaque année, à
chaque situation. Alors, pour nous, c'est d'essayer de régulariser
davantage, de leur donner... tu sais, de comprendre... Puis là je peux...
M. Cliche-Rivard : Donc, vous voulez
dire pérenniser vers un statut permanent.
Mme Battisti (Natacha) : Tout à
fait. Le plus important, c'est d'aller chercher le plus rapidement possible un
statut qui va leur permettre favorablement la résidence permanente, ce qui est
une solution, pour nous, le plus rapidement
possible et éviter les permis fermés. Je comprends l'implication des employeurs
financièrement, je comprends tout ça, mais on pourrait... Parce que,
quand on fait un permis fermé...
L'autre chose qui est intéressante, c'est de
voir à avoir des pratiques d'intégration de ces employeurs-là pour ne pas mettre à l'écart leurs employés au système.
On voyait, justement, dans les recherches dernièrement, que ce soit dans
le domaine maraîcher, il y a quelques personnes qui allaient voir la santé,
mais l'employeur est avec lui avec le médecin, parce qu'il parlait...
Ça fait que, là, c'est des petites choses, mais
c'est... Il faut juste se dire : C'est quoi, les meilleures pratiques pour
un employeur? Et l'employeur, s'il a les meilleures pratiques, que ce soit un
permis ouvert, il n'aura pas peur de le
perdre, son employeur... son nouvel employé, même s'il vient de
l'international. Ça fait que c'est juste de travailler ces liens-là, parce que je crois qu'on est capables
de développer des meilleures pratiques et de continuer les
augmentations.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
Mme
Battisti (Natacha) : Excusez.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Sur
ce, je dois terminer cette audition. Merci. Mesdames, monsieur, merci
beaucoup pour votre apport à nos travaux.
Et je suspends la
commission jusqu'après les avis touchant les affaires courantes. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 25)
(Reprise à 15 h 16)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre,
s'il vous plaît! La Commission des relations avec les citoyens reprend
ses travaux.
Alors,
cet après-midi, nous poursuivons les auditions publiques dans le cadre de la
consultation générale sur le cahier de consultation intitulé La
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Pour cet après-midi,
donc, nous allons entendre les personnes et les organisations suivantes :
la Table de concertation des organismes au
service des personnes réfugiées et immigrantes, que j'ai devant moi, ensuite,
nous allons entendre le Regroupement
des organismes du Montréal ethnique pour le logement, le réseau des organismes
et groupes de parrainage des réfugiés au Québec ainsi qu'Éducation
internationale.
Alors, bienvenue à la
Commission des relations avec les citoyens. Donc, pour ce groupe, qui est, je
le répète, la Table de concertation des organismes au service des personnes
réfugiées et immigrantes, bienvenue. Vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour présenter vos
recommandations, mais je vais aussi vous demander de vous présenter pour le bénéfice de tous les
parlementaires. Ensuite, nous allons engager une période de discussion. Alors,
le temps commence maintenant pour vous.
Table de concertation des organismes au service des
personnes réfugiées et immigrantes (TCRI)
M.
Reichhold (Stephan) : Alors, merci
beaucoup, Mme la Présidente, Mme la ministre, MM., Mmes les députés. Donc, je me présente. Je suis Stephan
Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service
des personnes réfugiées et immigrantes,
communément appelée TCRI aussi, ça va être plus facile, et mes deux
collègues... Je suis accompagné de mes deux collègues, que je vais
laisser se présenter. Vas-y, Lida.
Mme Aghasi (Lida) : Oui. Bonjour. Mon nom,
c'est Lida Aghasi. Je suis coprésidente de la table de concertation, la
TCRI, et la directrice générale du Centre social d'aide aux immigrants,
organisme situé à Montréal avec 76 ans d'expérience auprès des personnes
immigrantes et réfugiées prises en charge par l'État surtout.
Mme
Toulouse (Sarah) :
Bonjour. Moi, je me nomme Sarah Toulouse. Moi, je
suis administratrice de la TCRI. Je
suis directrice générale d'Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent, qui est à
Rimouski. On couvre Rimouski-Neigette et La Mitis. Donc, merci.
M. Reichhold (Stephan) : Alors, merci beaucoup de nous accueillir, de nous donner l'occasion de
nous exprimer sur le plan, sur la planification.
Donc, la TCRI, comme
vous avez pu le voir, ceux qui sont moins familiers, on regroupe 152 organismes
communautaires, à travers le Québec, qui oeuvrent auprès des personnes
réfugiées immigrantes et sans statut.
Vous
avez certainement pris connaissance de notre mémoire et de nos recommandations,
nos 35 recommandations. Ce que nous souhaiterions,
en fait, c'est de passer immédiatement aux questions et au dialogue pour avoir
plus de temps au niveau des échanges avec les élus et pour faire durer le
plaisir. Alors, je ne sais pas si c'est possible de tout de suite engager les questions et les échanges puisque vous
avez pris connaissance, j'imagine, avec soin de nos recommandations.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, la demande est... En fait, je dois me
tourner du côté de mes collègues membres de la commission. Est-ce que vous
autorisez qu'on repartage le temps? Autorisation? Parfait. Alors, on va, d'ores et déjà, commencer. On va
partager le temps. Je vais vous le donner en cours de route. Alors, je me
tourne du côté de la banquette du gouvernement. Alors, Mme la ministre.
Mme
Fréchette : Je cherche la banquette.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : La banquette, elle est... elle est très
confortable.
Mme
Fréchette : Oui, oui, très confortable, pour une banquette.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Quand
même, on passe plusieurs heures ici.
Alors, la parole est à vous. Je vous donnerai le temps, comme je vous
disais, là, dans les prochaines secondes.
Mme Fréchette : Merci,
Mme la Présidente. Alors, bien, merci, M. Reichhold, merci à vous trois de
prendre part à l'exercice et de donner du temps aux échanges. C'est souvent ce
que l'on souhaite. Alors, on va en profiter. On avait plusieurs questions,
déjà, d'identifiées pour vous.
Alors, bien, d'une part, j'aimerais, en fait,
saluer le travail qui est réalisé par l'ensemble de vos membres et par vous-mêmes. C'est un travail exemplaire, un
travail d'une grande importance, d'accompagnement, d'accueil de nos personnes
immigrantes. Et, vraiment, je vous lève mon chapeau, parce que ça a été
beaucoup de travail qui a été réalisé par vous, par vos membres au cours
des dernières années, et je pense qu'on peut être très fiers de ce qui a été
réalisé sur le terrain, et l'accueil dont
bénéficient nos personnes immigrantes réfugiées est exemplaire. Donc, un grand
merci pour ça, là. Je vous en suis pleinement reconnaissante.
M. Reichhold (Stephan) : Merci à vous.
• (15 h 20) •
Mme Fréchette : J'ai visité, là, 17
régions au cours des derniers mois. À chaque fois, j'ai tenu à rencontrer les groupes, les organisations sur le terrain soit
en matière d'accompagnement, d'intégration, de francisation, l'ensemble
des acteurs qui étaient engagés dans le processus d'accueil, d'accompagnement
de nos personnes immigrantes, puis, à chaque fois, j'ai vu le rôle clé que
jouaient ces organisations sur le terrain, vos membres. Et je m'en faisais
parler également, notamment par les acteurs
économiques, de l'importance qui était assumée par... du rôle qui était assumé
par ces organisations-là. Alors, vous pouvez être fiers de les
représenter, bref, en cette instance et dans le cadre de vos actions
quotidiennes.
Moi,
j'aimerais ça... Bien, en fait, on a beaucoup de relations avec les
organisations sur le terrain dans l'ensemble des régions, là. Vous savez qu'on
s'est déployés quand même de manière très vaste et large au sein des régions,
et on soutient une grande part des organisations. J'aimerais ça que vous me
parliez de votre lecture de l'écosystème au Québec.
Comment est-ce que ça a évolué ces dernières années au Québec, là,
l'écosystème, là, pour lequel vous veillez à les représenter? Il y a eu
plusieurs développements au cours des dernières années. Alors, si on se compare
à d'autres provinces canadiennes, comment
est-ce que vous qualifieriez ce qui se passe au Québec, l'écosystème québécois
puis le type d'accueil qu'on offre au Québec?
M. Reichhold
(Stephan) : Bien, merci beaucoup pour les bons mots pour la TCRI.
Effectivement, on travaille très étroitement
ensemble, le ministère et nous, depuis plus de 30 ans maintenant, et
toujours sur des bases très partenariales.
Et on ne s'entend pas toujours sur tout, là, heureusement, mais moi, je dirais,
c'est sûr, avec la pandémie, c'est venu un peu brouiller les cartes, là, en
2021. On a tous été comme... On n'avait pas prévu le coup, là. Mais je dirais
que le... disons, que les développements récents, là, je pense que c'est
principalement l'explosion de la clientèle dans les organismes. Vous avez les chiffres, là. Depuis... disons,
depuis 2019, on avait à peu près 60 000 clients uniques qui
fréquentaient le réseau et là, en 2022, là, on frise les 120 000.
Heureusement, les ressources ont suivi en
2021-2022. Malheureusement, elles ne suivent pas en 2023-2024, parce que... Bon, je sais qu'on a eu des rencontres
là-dessus, hein, je ne vous apprends rien de nouveau. Vous avez eu des difficultés à avoir les budgets en 2023...
pour 2023-2024. Et nous, on anticipe une augmentation, surtout à travers
les travailleurs temporaires, de 30 % à
40 % cette année. D'ailleurs, Sarah pourra vous parler un peu d'où est-ce
qu'ils en sont à Rimouski. Ils ont déjà atteint leur cible de l'année.
Tu sais,
comment gérer ça, la croissance? Heureusement, je veux dire, oui, votre
gouvernement a mis beaucoup de
nouvelles ressources, là, a augmenté les ressources. Ça, c'est clair, et on en
est très reconnaissants. Mais là, pour
cette année, on a vraiment, vraiment un gros problème, là, de... Tu sais, on
anticipe des bris de service, là. C'est clair, là.
Mme Fréchette : Ma question portait
sur comment est-ce que ça se compare, ce qui s'offre ici en termes d'accompagnement, en comparaison des autres
provinces au Canada. Est-ce que c'est similaire, ce qui s'offre ailleurs,
ou on se distingue?
M. Reichhold (Stephan) : Ce qui est la grande différence, et ça, on le reconnaît,
hein, c'est que, dans le reste du Canada, il
y a des réseaux semblables à celui de la TCRI, aux organismes d'accueil.
Jusqu'à aujourd'hui, les travailleurs temporaires et les étudiants
étrangers ne sont pas admissibles ni aux services linguistiques, aux cours
d'anglais et de français, ne sont pas admissibles aux services d'établissement.
Il y a d'autres services au niveau des provinces, mais, au niveau fédéral, ça reste... Ils regardent beaucoup sur le Québec.
D'ailleurs, là, ils nous envient beaucoup, là, que nous, on puisse avoir
la possibilité de donner des services, là, aux travailleurs temporaires et aux
étudiants étrangers. Ça, c'est clair, là, oui.
Mme Aghasi (Lida) : Et, si vous
voulez, je pourrais compléter ça...
Mme Fréchette : Oui, allez-y.
Mme Aghasi (Lida) : ...parce qu'on
participe, dans les rencontres au niveau national, avec les autres organismes, par exemple, bientôt, on va être à
Ottawa pour une rencontre, et, à chaque fois, le Québec est cité comme un
exemple, surtout les organismes communautaires, les projets qu'ils développent
en partenariat avec le ministère. C'est déjà comme un exemple à suivre pour les autres provinces canadiennes. La
qualité des services, les initiatives qu'on met sur place pour les
accueillir comme il faut, c'est toujours exemplaire. Ça, je peux vous rassurer.
Mme
Fréchette : OK. Donc, c'est davantage, bien, en matière
d'intégration, d'accompagnement, de panier de services qui est offert
que le Québec se distingue.
Mme Aghasi (Lida) : Oui, surtout sur
les initiatives qu'on crée au niveau communautaire, les organismes, les
différents projets que nous avons mis sur place en partenariat avec le
ministère. C'est déjà comme un exemple pour
les autres provinces. Et ils nous demandent toujours d'expliquer, surtout les
ICSI, les intervenants communautaires interculturels, lorsqu'ils ont été
mis sur place avec l'aide de la TCRI, et le ministère, finalement, a financé
beaucoup de projets des ICSI. Au niveau fédéral, ils ne connaissaient pas ça.
On leur a expliqué c'est quoi, un ICSI, ça sert à quoi. Et aujourd'hui on est fiers pour dire : Nous avons des
intervenants pour les femmes, pour les jeunes, pour la protection de la
famille, plusieurs niveaux. Et ça, c'est... ça montre notre, vraiment,
compétence d'être vraiment au courant des besoins de notre clientèle et tout de
suite mettre sur place des projets adaptés à leurs besoins.
M.
Reichhold (Stephan) : Par contre, je dirais un petit bémol quand même,
c'est qu'en matière d'employabilité, mais je sais que ça ne relève pas de vous,
moi, je dirais qu'ils sont beaucoup plus en avance que nous, au Québec,
là, au niveau des services d'employabilité pour les nouveaux arrivants, oui.
Mme
Fréchette : Qu'est-ce qui... qu'est-ce qui fait la
différence en termes d'accompagnement, d'employabilité?
M. Reichhold (Stephan) : Bien, il y a plus de programmes, il y a plus de capacité,
il y a beaucoup plus de... Il faut dire, il y a aussi les grandes fondations,
là, qui investissent énormément d'argent, là, au niveau de l'accès à l'emploi, des ressources qu'on a moins ici, au
Québec. Donc, c'est toujours... Et c'est sûr que, quand on leur dit les
chiffres, les niveaux d'immigrants au
Québec, ils tombent tous de leurs chaises, là, parce que c'est sûr que ce n'est
pas comparable avec les nouveaux arrivants dans le reste du Canada, là,
oui.
Mme Fréchette : Avant d'intégrer
le... (panne de son) ...est-ce que vous voyez d'un bon oeil, dans le fond, les
mesures qu'on met de l'avant, à travers Francisation Québec, pour la
francisation en milieu de travail? Est-ce que vous pensez que c'est une
orientation qui est intéressante, qui est constructive?
M. Reichhold
(Stephan) : Oui. Moi, je pense que oui, là. Je ne sais pas, Lida, toi
qui es sur le terrain, là, tu... Je pense
qu'il y a, effectivement, du développement à faire, là, parce que ce n'est pas
très développé, on le sait, bon, mais je pense qu'il y a aussi, bon, le
fait que les travailleurs temporaires ont accès maintenant à la formation
linguistique. C'est sûr que, ça, on est, de nouveau, une longueur d'avance par
rapport au reste du Canada, là, oui.
Mme Fréchette : Merci. Concernant le
PAFI, l'aide, le soutien, là, aux personnes immigrantes, bon, je sais que vous
avez des besoins criants. On en a parlé lors de nos rencontres de travail.
Alors, je sais que vous souhaitez un appui
financier rehaussé pour les membres. Donc, parlez-moi de ce sur quoi il nous
faudrait construire, ce sur quoi il nous
faudrait bâtir davantage. Vous avez quand même pu mettre en place, là, des
choses intéressantes, là, depuis cinq ans grâce au financement rehaussé,
là, qu'on a mis en place, là, par rapport à l'austérité budgétaire, là, qui
prévalait dans les années antérieures sous
l'aile, sous la gouverne de nos prédécesseurs. Nous, on a quand même augmenté
le financement, là, de 200 %
depuis l'année 2019, ce qui est considérable. Mais quel est ce sur quoi il
nous faut bâtir pour les prochaines années?
M. Reichhold
(Stephan) : ...pas si, Sarah, tu... perspective rimouskienne.
Mme Toulouse (Sarah) : Bien oui.
Oui, bien, j'avais même envie tantôt de revenir sur l'écosystème qui a évolué, mais, clairement, dans les dernières
années... Nous, on est la dernière ville d'accueil, la 14e ville d'accueil, là,
à s'être jointe au réseau puis on a vraiment vu une explosion en termes
de tous types d'arrivées mais aussi de notre capacité, nous, à bien accueillir
les gens.
Le fait
d'avoir, comme le mentionnait Lida, des outils, d'être en mesure d'accompagner
sur différentes facettes du parcours d'immigration puis du parcours
d'installation, c'est vraiment précieux, mais on a besoin de plus de ces
ressources-là, de plus de temps consacré aux personnes qui arrivent, parce que,
bien souvent, elles vont arriver... Si on
prend, par exemple, l'exemple des travailleurs étrangers temporaires, on en
reçoit vraiment de plus en plus. Je pense que c'est une réalité qui
n'était peut-être pas si dans le radar il y a plusieurs années, parce que,
bien, la pénurie de main-d'oeuvre, elle s'est exacerbée avec le temps. On en
reçoit de plus en plus. Puis les accompagnements, les gens qu'on doit mettre autour de ces travailleurs,
travailleuses-là pour assurer un filet de sécurité puis de s'assurer qu'ils
aient tout en main pour se débrouiller, bien, c'est de plus en plus
exigeant.
• (15 h 30) •
Donc, ne serait-ce qu'en termes de ressources
concrètes, on a besoin de ça, mais il y a aussi de prendre en considération la réalité... les gens qui arrivent
réellement chez nous, les... de prendre en considération nos cibles réelles,
le volume de personnes qui arrivent, puis là c'est toutes régions confondues,
que ce soit dans la métropole ou hors centre,
il y a de plus en plus de monde qui arrive partout, donc, de prendre en compte
nos cibles réelles puis de considérer quel sera, pour nous, le
financement qui nous permettra de les accueillir convenablement, parce qu'on a
beau dire...
Si on prend, par exemple, ici, la situation des
étudiants internationaux, il y a des enjeux, puis on a comme fait des mises en
garde de, bien, si vous n'avez pas trouvé de logement, par exemple, bien,
essayez de ne pas venir. Les gens vont venir quand même, parce que, bien, le Québec a quand même
bonne réputation en termes de capacité d'accueil. Les gens savent que...
Puis ça, c'est un peu de notre faute, dans le sens où les gens savent que,
bien, on va bien les accueillir. Qu'on soit
financés ou pas, on va les accueillir, parce qu'on fait un travail qui est
humain puis qu'on ne pourra pas arrêter de faire si on ne répond pas à
des cibles.
Donc, nous, tout ça
doit être pris en compte pour qu'on puisse continuer à faire le travail qu'on
fait déjà sur le terrain.
Mme
Fréchette : Par rapport à l'aide aux collectivités, là, juste pour mentionner, on a signé plus
de 180 ententes qui couvrent pratiquement 80 % des MRC au Québec,
là, ces dernières années. Ça fait qu'il y a un grand travail, je dirais, d'ancrage dans les régions, avec des
groupes qui sont sur le terrain, qui a été fait, et ça a généré, en fait, un
rehaussement important, là, de plus de
50 % des dépenses. Donc, le PAC, programme d'accompagnement aux
collectivités, là, est passé de 16...
plus de 16 millions de dollars à plus de 26 millions de
dollars. Donc, ça, ça a quand même donné, je dirais, des ailes à vos
organisations. Vous pouvez peut-être me parler de ce que ça a permis,
justement, comme déploiement ces dernières années.
Mme Toulouse (Sarah) : Bien, c'est certain que
le PAC permet vraiment... Je peux peut-être parler de la réalité régionale, parce que, nous, en 2017, il y avait
une seule personne à l'embauche d'Accueil et intégration Bas-Saint-Laurent,
qui faisait ce qu'elle pouvait, avec une panoplie de bénévoles. Depuis, le
portrait a beaucoup évolué en région parce qu'il y a une augmentation de
l'immigration. C'est certain que...
Mme Fréchette :
Maintenant... Il y a combien de
ressources, maintenant, qui... Vous disiez qu'en 2017 il y avait une
personne.
Mme Toulouse
(Sarah) : Bien, nous, présentement...On est 27 présentement.
Mme
Fréchette : 27.
Mme Toulouse
(Sarah) : Oui, dans l'équipe.
Mme
Fréchette : Passer d'une personne à 27 personnes. Wow!
Mme Toulouse
(Sarah) : Tout à fait, oui, et on pourrait être plus.
Mme
Fréchette : OK. Je pense que l'impact ne pourrait être plus clair...
Mme Toulouse
(Sarah) : Mais le...
Mme Fréchette :
...du rehaussement et du soutien qu'on vous a offerts, oui.
Mme Toulouse (Sarah) : Tout à fait. Mais le
nombre de personnes qu'on accompagne, lui aussi, va en augmentant, puis à une vitesse encore plus fulgurante. Donc,
c'est un peu ça. Puis, le PAC, c'est certain qu'il est essentiel, d'autant
plus en région, quand on part parfois d'un peu plus loin en termes de
sensibilisation à faire, mais c'est clair que ça change... Ça nous permet de
changer un peu le portrait puis de vraiment aller travailler l'interculturel
puis le désir de contribuer collectivement à l'intégration.
Mme Aghasi
(Lida) : Et j'ajouterais, si vous me permettez... Effectivement, les
services ont été élargis, et on apprécie beaucoup, le niveau de financement a
peut-être triplé, même, mais le nombre d'immigrants qu'on reçoit, comme Sarah vient de dire, aussi a triplé. Ce
n'est pas le même nombre. On a créé un programme qui est magnifique, mais, si on n'est pas capables de donner...
respecter les normes de programme, donner les mêmes services à toutes les
personnes immigrantes et réfugiées qui viennent demander de l'aide, ça, ce
serait vraiment une grande perte d'énergie, d'efforts de la part du ministère
et des organismes qui ont mis beaucoup d'accent pour créer ce programme précis.
M.
Reichhold (Stephan) : Bien, peut-être, je
voudrais ajouter aussi, là, une des raisons pourquoi il y a une augmentation de
fréquentation des organismes, je parlais, là... on parle de 120 000, là,
en 2022, là, c'est que les problèmes ont augmenté aussi. C'est que les gens
vont dans les organismes quand ils ont un problème. Ceux où ça va bien, qui... tout va bien, tu sais, ils ne se
présentent pas dans les organismes. Et ça, c'est surtout à cause des
travailleurs temporaires, du calvaire des permis fermés. Ça, c'est le
genre de choses avec lesquelles les organismes doivent dealer maintenant,
excusez-moi de l'anglicisme, et qu'on ne connaissait pas avant.
Et aussi, sachant que
les travailleurs temporaires rentrent à coups de dizaines de milliers, là, chaque
mois, là, maintenant, on est très préoccupés, là, tu sais. La capacité
d'intégration dont on parle souvent, c'est beaucoup la capacité des organismes aussi, d'absorption des organismes et des
ressources disponibles. Et ça, avec 350 000... Je ne parle même pas des
demandeurs d'asile, là, qui... Bien, c'est lourd à porter, là, pour le réseau,
là, en ce moment, là, oui.
Mme
Fréchette : Et c'est pour ça aussi qu'on veut favoriser la
régionalisation. Puis je pense qu'on a des vues qui convergent en ce sens-là, parce que vous voyez ça d'un bon oeil et
vous mentionnez dans votre mémoire que vous souhaitez que la régionalisation s'inscrive dans
la durée. Alors, c'est aussi notre souhait, bien entendu, non seulement
d'attirer les gens en région, mais de les y retenir également. Et je suis quand
même encouragée, là, par les chiffres que
l'on a pour ces dernières années, là. On voit qu'il y a eu un rehaussement, là,
de la part des personnes immigrantes qui vont s'établir en dehors de la
région métropolitaine de Montréal, là. On est passés, en sept, huit ans, là, de
20 % à plus de 31 % des gens qui vont s'établir hors de la région
métropolitaine de Montréal.
Alors, puisque vous avez des membres, vous, dans
toutes les régions du Québec, bien, j'aimerais ça vous entendre, là, sur les défis de la régionalisation, et particulièrement
les défis de la régionalisation primaire, là, c'est-à-dire, dès l'arrivée au Québec, là, de voir les personnes
s'installer en région. Qu'est-ce que vous avez comme lecture, là, par
rapport à ce défi-là? Puis comment on pourrait avancer encore davantage sur cet
objectif?
M.
Reichhold (Stephan) : Bien, c'est sûr qu'on répète, puis tout le monde
s'entend là-dessus, c'est la préparation du milieu, là, qui est essentielle,
hein, si on veut avoir une rétention. Mais je vais laisser Sarah... C'est elle,
vraiment, qui reçoit quotidiennement ces personnes-là. Elle va pouvoir vous
dire comment ça marche, ou si ça marche, ou si ça ne marche pas.
Mme Toulouse (Sarah) : Bien, je
pense qu'il y a deux volets à la question. Il y a le fait aussi qu'avec le gel
ou la reconduction des ententes PASI beaucoup d'organismes ont été obligés de
faire des choix puis de laisser de côté un peu le volet régionalisation pour se
concentrer sur l'installation puis l'intégration. Donc, à ce niveau-là déjà, on
est un peu perdants dans notre envie, élan de faire de la régionalisation puis
de vraiment travailler activement à ce niveau-là.
On doit se concentrer sur ceux qui nous arrivent par voie naturelle ou qui
finissent par arriver chez nous, de quelle façon on contribue à créer,
justement, un milieu qui soit accueillant.
C'est certain que d'arriver en région...
Souvent, on n'aura probablement pas toute une diaspora pour faciliter
l'intégration. Donc, le poids sur les organismes d'accueil va être un peu plus
élevé que, peut-être, dans des milieux où, bien, il y a une plus grande variété
d'organismes qui peut aller toucher différentes thématiques selon le vécu de la
personne qui arrive ici.
Je dirais qu'en région, bien, on accompagne
l'ensemble du parcours migratoire de la personne. Donc, ça demande des
ressources qui sont à la fois superspécialisées mais aussi capables de faire...
capables d'être généralistes aussi pour bien prendre la personne avec son
bagage puis s'assurer de faciliter le lien vers les organismes du milieu, qui sont encore à sensibiliser aussi, parce que,
bien, c'est des nouvelles clientèles, c'est des nouvelles réalités. Puis c'est
de comprendre aussi... en fait, d'être dans la différenciation puis de ne pas
prendre pour acquis que tout le monde arrive avec la même réalité quand ils
arrivent à Rimouski, par exemple. Chacun a son parcours qui lui est propre.
Donc, ça demande un temps pour tout le monde, comme collectivité puis comme
partenaire, aussi, d'accueil.
Mme
Fréchette : Est-ce que... Il
nous reste à peine une minute. Est-ce que vous avez quelques cas d'exemple
des bonnes pratiques, justement, d'accompagnement des milieux? Il nous reste
une minute.
Mme Aghasi (Lida) : Moi, si vous me
permettez, je voulais juste parler de notre langue. Vous savez, on collabore avec les organismes dans les régions, on
respecte la politique de régionalisation du gouvernement, mais une grande
majorité de ces immigrants sont à Montréal, et les organismes de Montréal
reçoivent cette grande majorité. Et il leur manque des ressources aussi, il ne
faut pas oublier.
L'objectif, c'est la régionalisation, mais, en
même temps, il faut penser à la qualité d'intégration de ces personnes immigrantes
ou réfugiées qui sont à Montréal. Et ça prend du temps, préparer le milieu dans
les régions, collaborer avec les organismes,
en même temps, penser à leur intégration ici, à Montréal, et les préparer pour
leur départ dans les régions. Alors, il ne faut pas oublier Montréal.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
Mme Aghasi (Lida) : ...l'impression
qu'on oublie Montréal.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Cette première partie de discussion avec
les parlementaires vient de se terminer. Je vais me tourner du côté de
l'opposition officielle avec une période recalculée de
15 min 22 s, et je reconnais la députée de Chomedey. Alors, la
parole est à vous.
• (15 h 40) •
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour.
Bienvenue. Vous avez fait une présentation très étoffée. Je comprends, avec 152 organismes... associations, organismes,
c'est pas mal gros. Vous représentez tout ce beau monde là, Table de concertation
des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, TCRI.
Vous avez
apporté d'autres points de vue. L'un d'eux, c'est concernant... attendez une
seconde, la loi n° 96 : «La réforme de la Charte de la
langue française — loi
n° 96 — malgré de nombreux articles pertinents
pour renforcer le français au Québec, a mis
en place des dispositions qui limitent l'accès aux services gouvernementaux
pour les personnes immigrantes ne maîtrisant pas encore le français six
mois suivant leur arrivée sur le territoire. Entre autres, seulement les services gouvernementaux pour l'accueil des
personnes immigrantes pourraient être offerts dans les langues autres
que le français dans les six premiers mois après l'arrivée.»
Vous dites
que cette mesure nuit au processus d'intégration des personnes immigrantes,
augmente les situations de vulnérabilité. Vous avez pas mal élaboré
là-dessus. Est-ce que vous auriez des exemples?
M. Reichhold (Stephan) :
Bien, moi... Bien, c'est sûr que notre préoccupation... On
est très en faveur de la loi 101, et de la priorisation du français, et de
l'obligation à aller à l'école française. Ce n'est pas ça, l'enjeu. L'enjeu,
pour nous, là, c'est... est au niveau des services pour les nouveaux arrivants.
C'est le six mois. On sait très bien qu'au bout
de six mois c'est très rare qu'une personne puisse maîtriser... Un exemple très
concret, j'ai... ma fille a commencé le secondaire la semaine dernière.
Donc, j'étais à la rencontre avec les professeurs, et il y avait un parent dans
la classe qui ne parlait pas un mot de français.
Je n'ai aucune idée depuis combien de temps elle était là. Et le prof a refusé
de lui parler en anglais, alors qu'il maîtrisait l'anglais. Alors, c'est ça,
l'impact concret, là.
On sait que ce n'est pas encore très clair,
c'est quoi, les critères, à quel moment un fonctionnaire a le droit de parler
en anglais ou pas, à partir de... On ne sait pas non plus le chronomètre du six
mois, là, il commence à partir de quand. On
ne le sait pas non plus, à partir... quels statuts, là, sont touchés par les
six mois. Est-ce que, les demandeurs d'asile,
les personnes sans statut aussi, il faut qu'ils apprennent le français en six
mois? En fait, il y a plein de questions non répondues encore. Mais
c'est une grosse préoccupation de notre réseau, là, l'histoire du six mois, là.
Mme Aghasi (Lida) : Et, si vous me
permettez, je peux compléter, parce j'ai été intervenante aussi et je gère un
organisme, je vois déjà, six mois passent très rapidement. Les gens arrivent,
ils sont en deuil de l'immigration, d'intégration,
ils ont des problèmes financiers, ils n'ont pas d'emploi, ils n'ont pas de
logement, ils ont des problèmes interpersonnels dans la famille, avec
les enfants, avec... dans le couple. Ça prend du temps pour juste se retrouver dans son nouveau contexte. Et puis, en même temps,
ce n'est pas comme : Ils arrivent, tout de suite, les cours de français
sont disponibles. Ce n'est pas ça. En même temps, ils veulent trouver un emploi
pour pouvoir payer leur logement, parce qu'avec les allocations qu'ils
reçoivent, ils ne sont pas capables de vraiment répondre aux besoins de leur
famille. Six mois, ça passe très vite. Il y a énormément de stress et de
pression sur les familles.
Si l'objectif
est de vraiment les encourager d'aller apprendre le français, qui est vraiment
notre droit, six mois ne va pas
régler le problème. Ça ajoute un problème à nos organismes, qui doivent envoyer
les interprètes, accompagner cette
personne-là lors de sa rencontre, effectivement, à l'école, dans d'autres
rendez-vous qu'ils ont avec les différentes institutions. Et ce n'est
pas vraiment... Le problème n'est pas réglé.
Il faudrait
voir c'est quoi, l'impact de cette loi-là, combien de personnes ont appris le
français plus rapidement par rapport
aux années précédentes. Parce que ce n'est pas vraiment une bonne chose. Ça
ajoute beaucoup de pression sur les
familles, sur les organismes, et je ne pense pas que les gens vont être plus
motivés d'apprendre le français plus rapidement.
Mme Lakhoyan Olivier : Veux veux
pas... Oui, allez-y.
Mme Toulouse (Sarah) : Non. J'allais
simplement ajouter que je pense qu'on précarise, même, les femmes dans ce genre d'approche là, dans la mesure où,
très souvent, l'homme va avoir accès à la francisation plus rapidement
que la femme, ce qui fait qu'en bout de ligne, bien, il va avoir la
responsabilité... Si c'est uniquement en français que les communications doivent se faire, c'est lui qui va avoir la
responsabilité de communiquer avec les différentes instances, avec les différents intervenants, ce qui fait que
la femme, bien, elle se trouve un peu à la merci de ce que l'homme fera
comme communication. Donc, je pense que c'est une préoccupation qu'on a à avoir
en termes d'égalité dans le parcours
d'intégration aussi, de s'assurer que les femmes comme les hommes aient accès à
des ressources qui vont les comprendre puis qui vont les accompagner au
mieux de leurs compétences.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci
beaucoup pour...
M. Reichhold (Stephan) : C'est un des problèmes, d'ailleurs, du cahier de
planification. C'est qu'il n'y a aucune, il y
a zéro analyse différenciée, là, hommes-femmes, alors que, normalement, c'est
une obligation, là, du gouvernement de faire ça. Donc, ça, ça nous a
vraiment surpris, là, qu'on est, en 2023, toujours rendus là, là, que
l'immigration, c'est... ça appartient aux hommes.
Mme Lakhoyan Olivier : Veux veux
pas, je... De temps en... Je parle de mon cas. Moi, je suis immigrante. Je suis
venue avec mes parents, et puis mes parents ne parlaient pas le français. Ma
mère est allée en cours — je
m'excuse, je me répète — mais
mon père, lui, il a commencé à travailler tout de suite. C'était un
rembourreur. Donc, lui, ça a pris du temps.
Il a appris sa cinquième langue... quatrième, cinquième. Il a appris le
français, l'anglais, avec les années,
mais je ne sais pas quand... Si c'était six mois, là, on ne serait pas ici. Je
ne serais pas ici aujourd'hui. Donc, je comprends qu'est-ce que vous êtes en train de dire. Bien là, c'est... Vous dites : Ça nuit
aux droits de la femme à cause d'un manque
de compréhension, et tout ça. Et vous essayez de venir en aide, et qui alourdit
votre travail. Je comprends bien.
Vous parlez qu'il faut implémenter une approche
intersectorielle. Pouvez-vous développer là-dessus?
M. Reichhold (Stephan) : Intersectorielle par rapport à quoi?
Mme Lakhoyan Olivier : Dans
l'immigration, afin de prendre en compte les enjeux particuliers des femmes et
des travailleurs à statut précaire. On continue un peu dans le même sens.
M. Reichhold
(Stephan) : Oui. C'est ce dont on vient de parler, là. C'est que
l'immigration telle qu'elle est perçue, les programmes, les mesures, l'accès à
la francisation, n'est souvent pas adaptée au niveau des besoins des femmes. Ça, on le
constate, et ça fait longtemps. On l'admet même aussi au niveau du ministère.
On essaie, il y a certaines mesures,
mais, quand on lit le cahier de consultation, là, on dirait qu'on a tout... on
a tout oublié, en fait, ces besoins-là, qu'ils soient intersectionnels
et au niveau... Parce que près de la moitié de l'immigration, c'est quand même
constitué par des femmes immigrantes, et des jeunes filles, et... mais, dans
les politiques, ça ne ressort absolument pas, là, dans les politiques et les
mesures.
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que vous trouvez qu'avec cette politique le ministère
a transféré une lourdeur sur les... vous, les organismes, un alourdissement?
Mme Toulouse
(Sarah) : Bien, dans tous les cas, nous, on n'a pas le choix
d'envisager l'accompagnement qu'on fait des personnes qui viennent nous voir
dans une optique intersectionnelle, dans la mesure où... Bien, par exemple, si
c'est une femme monoparentale qui ne parle pas français, qui n'a pas de
travail, bien, clairement, nous, notre accompagnement doit se moduler selon ces
différents défis là, puis ça ajoute un défi... Oui, allez-y.
Mme Lakhoyan
Olivier : Ah! bien, finissez. Mais c'était concernant la loi n° 96
que je demandais si ce nouveau règlement, ça a fait qu'il y a un alourdissement
des tâches envers les organismes.
Mme Aghasi
(Lida) : Bien, c'est que les organismes doivent jouer le rôle
d'interprète. Dans le... Dans la plupart du temps, ce n'est pas vraiment de notre
rôle. Mais, c'est ça, les gens viennent demander notre aide, qu'on les
accompagne lors de leurs rendez-vous à l'école, disons, quand ils vont dans les
rendez-vous médicaux, et tout, ils ont
besoin de quelqu'un pour expliquer leurs problèmes ou bien, même, quand il y a
un problème juridique, ils veulent que
quelqu'un soit là, surtout pour les choses qui sont très délicates. Ça prend
beaucoup de nos ressources. En plus, nous n'avons pas cette expertise.
On n'est pas des interprètes professionnels. Mais c'est... Pour eux, c'est
mieux que rien.
• (15 h 50) •
Alors, c'est ça, ça
alourdit le travail des organismes communautaires, mais il y a une pression, un
stress aussi qui revient vers les familles et les personnes immigrantes,
surtout sur les femmes, comme Sarah vient d'expliquer, parce que, souvent,
elles commencent leur francisation plus tard. Elles peuvent être enceintes
quand elles arrivent au Québec. Elles
pourraient avoir des jeunes enfants quand elles arrivent à Québec. Il n'y a pas
beaucoup de garderies. Et surtout elles attendent pour que les enfants soient
un peu plus grands, l'époux trouve un emploi pour qu'ils puissent se permettre
à trouver une garderie aussi. Alors, le six mois passe très vite.
Mme Lakhoyan
Olivier : Vous êtes vraiment très généreux avec les explications et
les détails que vous nous donnez. La ministre vous entend. Ce que je voudrais
savoir, c'est que... J'ai tellement de questions. Comment le gouvernement peut
vous aider? Qu'est-ce qu'on peut faire afin d'alléger ce stress-là?
Mme Aghasi
(Lida) : Bien, c'est ça, je pense qu'il faut adapter les politiques à
la réalité. Même dans chaque catégorie,
cette réalité, ça peut être différent. Mon organisme et l'organisme de Sarah,
nous avons le mandat de l'installation et l'accueil des réfugiés pris en
charge par l'État dans nos régions respectives. Les réfugiés pris en charge par
l'État, souvent, sont des gens qui peuvent
être analphabètes dans leurs pays d'origine. Trouver un cours
d'alphabétisation, déjà, ça peut prendre plus que six mois. Des fois,
ils attendent plus que six mois. Même s'ils sont prêts à commencer leurs
cours, ils doivent attendre pour leurs cours. Alors, c'est ça, la réalité
dépend à la catégorie de la personne qui vient.
Oui, si c'est
quelqu'un qui vient avec des diplômes universitaires et qui connaît un peu le
français, il veut améliorer son français, il peut facilement améliorer son
français. Même les francophones qui viennent de différents pays, du Maghreb,
des fois, parlent français, mais ils ne peuvent pas bien écrire. Le niveau de grammaire
du français, ce n'est pas très bien. Alors, ils peuvent peut-être fonctionner,
mais, dans les travaux, au niveau professionnel, ils doivent améliorer leur
niveau de français et, dans la plupart du temps, même, apprendre l'anglais.
Tout ça, ça prend du temps. C'est pour ça que je dis : Il faut être un peu
plus flexibles et comprendre que ces politiques doivent être adaptées à chaque
catégorie de personnes immigrantes et réfugiées qu'on reçoit.
Mme Lakhoyan
Olivier : J'entends...
Mme Toulouse
(Sarah) : L'inverse est vrai...
Mme Lakhoyan
Olivier : Oui, allez-y.
Mme Toulouse
(Sarah) : J'allais mentionner que l'inverse est vrai aussi. Parfois,
des gens arrivent, ils sont surqualifiés pour les emplois dans lesquels ils se
retrouvent, parce que, si on prend l'exemple des réfugiés pris en charge par l'État, ils n'ont pas les relevés de
notes ou ils n'ont pas les diplômes nous permettant de faire l'équivalence
des compétences puis de leur permettre de
travailler dans un domaine pour lequel ils ont l'expérience, les compétences,
les qualifications.
Donc,
je pense que l'appel, c'est vraiment de dire : Bien, ça prend une
flexibilité, comme le mentionnait Lida, puis une adaptabilité aux
différents parcours, parce que, bien, on se prive de talents et on pénalise
aussi les gens qui arrivent avec l'espoir de
pouvoir exercer, par exemple, une profession qu'ils aiment puis pour laquelle
ils sont qualifiés, pour des technicalités administratives sur
lesquelles on devrait être capables, nous, au Québec, de... bien, d'avoir une
certaine souplesse pour faciliter l'intégration.
Mme
Lakhoyan Olivier : Est-ce que... D'après vous, d'après tous ces
organismes que vous représentez, les immigrants qui viennent ici, n'importe
quel statut, est-ce qu'ils veulent apprendre le français? La majorité, est-ce
qu'ils veulent et ils sont contents d'apprendre le français?
Mme Aghasi
(Lida) : Bien, écoutez, je pense, parmi mes collègues ici, je pense
que... Stephan et moi, nous sommes issus de l'immigration...
M. Reichhold (Stephan) : ...statistiquement parlant, je suis un allophone, hein, je veux juste
rappeler. Je suis... Ma langue maternelle, c'est l'allemand, oui.
Mme Aghasi
(Lida) : Oui. Mais pour vous dire que, oui, nous avons beaucoup
d'intérêt d'apprendre le français. Nous
avons choisi le Québec. Et pourquoi? À cause du français, parce que sinon...
Beaucoup de gens ont quitté vraiment le Québec. Les immigrants qui
restent au Québec, c'est un choix qu'ils font. Ils choisissent le Québec. Ils
veulent apprendre le français. Ils veulent que leurs enfants deviennent
bilingues. Ils sont fiers. Quand ils parlent avec leurs amis qui sont en
Ontario, ils vendent le Québec, ils essaient de parler des différents
programmes.
On est fiers d'être
au Québec. On est fiers que nos enfants sont bilingues, que nous sommes
bilingues. Mais le problème, c'est que, des fois, on a une vision très
robotique des choses. On pense que l'immigrant, c'est un robot. On va
programmer. Il faut qu'il fasse ça. Après, il va arriver à ce point-ci. Après,
ça va être ça. Ce n'est pas vrai. Parce qu'il faut être dans cette situation
pour comprendre comment ça fonctionne.
Je me souviens,
lorsque moi, je suis arrivée, j'étais enceinte. Pendant des mois, je ne pouvais
même pas sortir de la maison, stress
post-traumatique, le deuil de quitter la famille, de recommencer ici.
Aujourd'hui, j'ai obtenu mon doctorat, même, ici et puis, là, je suis
très fière. Je gère un organisme. C'est ma fierté. Mais la réalité, c'est que
ce n'était pas facile au début. Si, à l'époque, il y avait cette loi-là...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Je vous remercie.
Mme Aghasi
(Lida) : ...je ne pourrais pas être là.
Mme Lakhoyan
Olivier : Merci. Vous avez été très généreux.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Mais ce n'est pas terminé. On poursuit
encore une dernière période d'échange, cette fois, avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour une période de 5 min 7 s. M. le député.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci
pour vos recommandations, votre excellent mémoire et pour tout ce que
vous faites au quotidien.
D'ailleurs, vous êtes
sur la première ligne, donc je viens aux nouvelles sur certains dossiers. La
loi n° 83 qui élargissait la couverture de la RAMQ pour les enfants sans
égard à leur statut, j'entends que la situation est très complexe sur le
terrain. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage?
M. Reichhold (Stephan) : Bien, je peux peut-être commencer. Moi, je suis moins sur le terrain,
mais, justement, on a un groupe de travail pour faire le suivi avec la
RAMQ parce qu'il y a des sérieux problèmes d'accessibilité.
Tout d'abord, je vais
quand même souligner et féliciter le gouvernement pour avoir pris cette
décision, qui est quelque chose qu'on
demandait depuis des années, de donner accès aux services de santé à tous les
enfants mineurs résidant au Québec, sauf les demandeurs d'asile,
malheureusement, qui ont juste la couverture PFSI.
Et donc, oui, ce
qu'on constate... On a fait un sondage, là, récemment avec Médecins du Monde.
En fait, c'est surtout Médecins du Monde qui
pilote le... Et ce qu'on constate dans les hôpitaux, dans les CIUSSS, tout ça,
il y a une méconnaissance de cette décision, de cette loi, là, de... que
les enfants... Donc, quand les personnes... Parce que c'est des parents, donc,
souvent, qui n'ont pas de statut ou qui n'ont pas de couverture RAMQ. Donc,
quand ils se renseignent, on ne leur donne pas la bonne information. Il y a
beaucoup de difficultés à créer des... Les modalités d'inscription, là, sont très complexes, l'attitude des agents
administratifs à la RAMQ aussi, et ils n'ont pas très... comment dire, posent des problèmes, et surtout le
non-respect de la présomption d'admissibilité dans les hôpitaux, quand il y a
des naissances, par exemple.
Donc, bon, il y a...
Depuis un an et demi, là, qu'elle est en vigueur, la loi, il y a des problèmes
d'accès, là, qu'on essaie de régler. Le
ministère de la Santé et des Services sociaux nous appuie beaucoup. Là où ça
bloque, c'est la RAMQ, tu sais, où il y a vraiment un manque de
collaboration, oui.
M. Cliche-Rivard : Donc, il y a des enfants,
au Québec, qui, malgré la loi, là, c'est la loi, je veux dire, la loi a été
votée, là... qui doivent se battre pour obtenir des soins gratuits, alors que
la loi le prévoit. Comment ça se fait qu'on n'est pas capables
d'appliquer la loi au niveau de la RAMQ?
M. Reichhold (Stephan) : Ou, pire que ça, qui sont refoulés aux urgences ou dans les cabinets de
médecin parce qu'ils n'ont pas de couverture RAMQ, oui.
M. Cliche-Rivard :
Alors, la loi du Québec n'est pas appliquée par la RAMQ.
M. Reichhold (Stephan) : Oui, appliquée, effectivement.
M.
Cliche-Rivard : Bien, c'est absolument terrible. J'entends et je
vois Mme la ministre qui réagit, j'imagine, là. Je veux dire, c'est
grave.
M.
Reichhold (Stephan) : ...pas complètement, mais Sarah a des... Sarah a
des exemples aussi. Même à Rimouski, là, il y a des problèmes.
Mme Toulouse (Sarah) : Bien, on a
des défis en termes de...
M. Cliche-Rivard : On parle
d'enfants, là.
Mme Toulouse (Sarah) : Oui, c'est
ça. Pour inscrire un enfant...
M. Cliche-Rivard : On parle de
bébés, on parle de gens qui sont malades. Allez-y.
Mme Toulouse (Sarah) : Pour inscrire
un enfant, par exemple, au Guichet d'accès pour un médecin de famille, ça prend
le numéro d'assurance maladie du parent, mécaniquement, là, administrativement.
Donc, un enfant dont le parent n'a pas ce numéro-là, bien, on ne peut pas,
administrativement, l'inscrire. La réponse qu'on reçoit de la RAMQ,
c'est : Ah! bien, vous avez juste à mettre votre numéro à vous.
M. Cliche-Rivard : Bien, voyons!
Mme Toulouse (Sarah) : Ça fait que,
là, déjà, les intervenants et les intervenantes vont tellement loin dans ce
qu'ils font de plus, tu sais, mais là de mettre un numéro personnel dans une
fiche d'un enfant qu'on accompagne, ici, ça dépasse la limite de ce qui est
acceptable.
M. Cliche-Rivard : Puis là, pas que
ça change toujours grand-chose, mais beaucoup de ces enfants-là sont citoyens
canadiens, là. Ils sont...
M. Reichhold (Stephan) : En plus, oui. Oui.
M. Cliche-Rivard : En plus. C'est
particulièrement déroutant, surtout qu'on sait que ça ne fait pas trois
semaines, là. Ça va faire, vous l'avez dit, un an et demi ou plus que ça, deux
ans que...
M. Reichhold (Stephan) : Un an et demi, à peu près...
M. Cliche-Rivard : Un an et demi.
M. Reichhold (Stephan) : ...je pense, qu'elle est en vigueur, oui, la loi, oui.
M. Cliche-Rivard : Bien, merci de
nous informer là-dessus. Je voulais savoir... Vous avez des informations, vous, de votre côté, sur... dans le cadre de
l'entente des pays tiers sûrs. On parlait d'une quinzaine de mille de réfugiés
ou de personnes réinstallées qui allaient venir au Canada. Est-ce que vous avez
des informations là-dessus?
• (16 heures) •
M. Reichhold (Stephan) : Oui. Il y avait un article dans La Presse, là, je
pense, il y a quelques jours, et j'ai aussi
eu des informations d'autres sources. Effectivement, il y a des discussions
actuellement entre l'IRCC, Immigration Canada, le HCR et les États-Unis.
Donc, c'était l'engagement du Canada, hein, en... avec l'amendement de
l'entente des tiers pays sûrs. C'est de prendre 15 000 réfugiés ou situations...
ou personnes en situation semblable référées par les États-Unis. C'était un peu le bonbon de l'entente, du deal, et le
Canada a accepté. Et là ça commence à se concrétiser, là. Il y
a... En fait, il y a... il y a
2 000, à peu près, qui viendraient dans le programme PVAME... comment ça
s'appelle... pour les réfugiés qui viennent dans un emploi...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est tout le temps que nous avions.
M.
Reichhold (Stephan) :
Ah! désolé.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : C'est tout le temps que
nous avions. Ça passe vite, hein? Écoutez, je termine en vous disant
merci beaucoup de votre participation à nos travaux. C'est très apprécié.
Et, pour le moment, je vais suspendre, le temps
d'installer le prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 02)
(Reprise
à 16 h 05)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons... nous
recevons, donc, pour l'heure, le Regroupement des organismes du Montréal
ethnique pour le logement. Messieurs, bienvenue à la commission. Alors, vous
allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour vous présenter ainsi que présenter les grandes lignes de votre
mémoire, donc, vos recommandations. Nous allons par la suite procéder à un échange
avec les parlementaires. Alors, je me tourne tout de suite du côté de la banquette
gouvernementale...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Vous
avez 10 minutes, oui, pour eux, oui. C'est ce que j'ai dit. Vous aviez bien compris. 10 minutes pour eux,
pour vous présenter. Je me tourne maintenant du côté de la banquette. Vous
avez 16 min 30 s.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Ah!
bien oui, c'est vrai. Je voulais aller trop vite. Vous m'avez toute
mélangée. Voilà, le temps est à vous. Allez-y.
Regroupement des organismes du Montréal ethnique
pour le logement (ROMEL)
M. Houdeib
(Mazen) : OK. Alors, bonjour, Mme la Présidente, MM. les députés. Je
me présente. Mon nom, c'est Mazen Houdeib.
Je suis le directeur général du ROMEL. Je vais faire une intervention en deux
temps, rapidement, une présentation du ROMEL, et, deux, la deuxième,
c'est un peu les recommandations qu'on a... qu'on a proposées.
Le
Regroupement des organismes de Montréal ethnique pour le logement, c'est un
organisme communautaire qui a été
créé en 1984. Puis moi, j'ai le... j'ai le... un peu le plaisir de dire que je
fais partie de cet organisme depuis 1990. Alors, quand même, il y a un historique derrière ça. Ce qui est
important à retenir par rapport à ça, c'est que le ROMEL a été créé par des organismes communautaires,
incluant des institutions, comme le CLSC, et l'idée, c'était de créer une
entité qui est capable de proposer des solutions concernant les problèmes
d'habitation auxquels faisaient face surtout les nouveaux arrivants et les
personnes vulnérables. Donc, le ROMEL n'est pas venu comme un organisme...
C'est très important de retenir ça, parce
que ça se reflète dans nos recommandations après. C'est un organisme qui n'a
pas une liste d'épicerie. Au départ,
il avait simplement un mandat de regarder qu'est-ce qui se passe sur le
terrain, d'envisager des solutions,
de proposer des solutions et les mettre en application. D'ailleurs, dans...
dans l'annexe qui a accompagné notre mémoire, on a mis un peu un résumé de
l'évolution des interventions du ROMEL depuis le début jusqu'à tout
récemment, qui démontrent vraiment la vraie nature du... de l'organisme.
L'organisme ROMEL,
présentement, il a une équipe de 10... de 10 employés qui sont spécialisés
dans tout ce qui touche la question de l'habitation, du développement, de la
mobilisation de groupes, jusqu'à la... même la gestion immobilière, la
recherche de logement et tout ce qui touche la question de logement.
Dans nos
recommandations, on s'est basés un peu sur, bien, l'essence du cahier présenté,
qui s'appelle La planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027, qui offre, en fait, un portrait des besoins en
immigration au Québec au cours des prochaines années. On a retenu un thème qui
est très important dans tout ça, c'est le thème de la régionalisation, parce
qu'on considère que, lorsqu'on parle régionalisation, on parle forcément de...
d'accommodation, on parle forcément de logement, parce qu'on ne peut pas
travailler sur l'intégration et sur des nouveaux
arrivants sans avoir la capacité de les loger. D'ailleurs, notre... on va dire,
le logo, il porte un terme qu'on a... qu'on a, nous, déjà introduit dans
cette... dans cette industrie d'habitation : Le logement est la clé de
l'intégration, parce qu'on croit fortement que ça, c'est la clé, vraiment, de
l'intégration.
En plus des... de
l'intégration des personnes immigrantes, on dit que ça nécessite une structure
d'installation et d'intégration adéquate. C'est ce que... Ça ressort un peu des
constats. Et l'accès au logement est devenu une préoccupation très importante
depuis des années. Je peux vous dire que ça fait 23 ans que je suis dans
ce domaine à peu près et puis j'ai vécu les
situations. Puis je vois qu'aujourd'hui, lorsqu'on parle de crise de logement,
ça nous confirme la nécessité de
mettre de l'avant des politiques, comme des recommandations que nous, on va
proposer, et qui aident à... peut-être à se mettre sur un chemin porteur
à long terme.
J'arrête
ici pour la présentation du ROMEL et je vais vers les recommandations. Nous, on
a fait trois recommandations. La
première, c'était la recommandation de développer une stratégie ambitieuse pour
le développement immobilier communautaire au Québec. Qu'est-ce que ça
veut dire? Je vais résumer en deux mots, puis j'aurai vraiment le plaisir et
l'honneur de recevoir vos questions pour donner peut-être un peu plus de
précisions.
Nous,
on est... on est pour la... le développement d'un programme autoporteur de
développement de logements communautaires et abordables. On n'est pas en train
ici de réinventer la roue, parce qu'un programme pareil existait depuis des années, il a fait ses preuves, il a
produit des dizaines de milliers de logements à prix abordable et
communautaires, et qu'il a simplement eu besoin de se mettre à jour par rapport
au contexte immobilier, au contexte financier actuel, parce que la situation évolue,
les coûts de construction, ainsi de suite, etc. Il fallait simplement trouver
le moyen de bonifier un programme ou... au lieu de réinventer un nouveau
programme autoporteur comme ça.
• (16 h 10) •
Alors, ça, pour nous,
la stratégie de pouvoir produire du logement à prix abordable passe par un
programme autoporteur dans lequel l'État a
vraiment une implication directe, parce que c'est très... c'est essentiel. Et
ça, ça permet de créer des logements qui sont abordables à très long
terme et, en même temps, permet à assurer une intégration des personnes, puisque les organismes communautaires
sont impliqués dans tout ce développement-là. Alors, il y a le côté
social plus le côté... le côté bâtiment, etc.
Je
termine sur ce point pour dire que l'investissement dans un programme
autoporteur comme ça, c'est vraiment un investissement, ce n'est pas vraiment
de l'aide sociale ou de la charité, puisque, même, avec les études qui étaient
faites par la Société d'habitation du Québec et d'autres instances, il y a eu
une preuve que chaque dollar investi dans le
logement communautaire et social génère, dans l'économie québécoise,
2,70 $ en retombées directes par rapport à la... par rapport au
cycle économique puis par rapport au... à la dynamique économique d'un projet
de construction, et des retombées indirectes au niveau de la santé, au niveau
de la santé mentale, la santé physique des ménages, parce que ça aide à éliminer en partie l'insalubrité, le
surpeuplement et toutes sortes de problèmes de logement auxquels font face
aujourd'hui les ménages avec un revenu limité ou modeste. Alors, ça, c'est la
première. Je peux élaborer plus tard, suite aux questions.
La deuxième, la
deuxième recommandation, c'était, en avis, faciliter la coordination entre les
instances publiques et les différents
organismes dédiés à l'habitation communautaire et à l'intégration des personnes
immigrantes. Ce que nous, on a vécu
dans les années passées, c'est qu'il y a des organismes, comme le ROMEL, qui
ont développé une expertise extrêmement importante. À titre d'exemple,
entre parenthèses, on a beaucoup de nos collègues, par exemple, au ROMEL, qui
ont pris leur retraite au ROMEL. Vous pouvez vous imaginer le cumul d'expertise
qu'on a pu accumuler au fil des ans et que ce serait dommage que cette
possibilité ne soit pas vraiment exploitée, entre guillemets, ou utilisée par
le gouvernement pour favoriser ce type de coordination entre les instances
publiques et les différents organismes. D'ailleurs, cette deuxième
recommandation met plutôt en lumière l'importance de consolider les services
qui encouragent l'accès des nouveaux arrivants et des nouvelles arrivantes aux
ressources et aux services disponibles dans la province.
On a vécu une
situation... Je peux donner un petit détail, que, toujours, les personnes qui
sollicitent des services, ils font le tour
de plusieurs places, de plusieurs organismes pour obtenir le même service.
Alors, se spécialiser et concentrer
les services, ce serait une bonne affaire. D'ailleurs, cette recommandation
correspond à la 10e orientation proposée dans le cahier public,
soit la coordination gouvernementale des services d'intégration des personnes
immigrantes, qui implique, notamment, de favoriser l'accueil, l'intégration et
la rétention des personnes immigrantes dans toutes les régions en misant sur
les services d'accueil, de soutien aux personnes immigrantes. Alors, on est...
On a besoin... Il y aura des... plus tard aussi des exemples par rapport à ce
type d'orientation.
La troisième
recommandation, c'est d'encourager la mise sur pied de projets pilotes et de
partage de meilleures pratiques au sein du réseau de l'habitation communautaire
et l'inclusion sociale au Québec. Ce point, il est lié directement à ce que
j'ai présenté au départ, de la nature, par exemple, d'un organisme comme le
ROMEL. C'est que nous sommes... nous sommes... Le ROMEL et d'autres organismes,
il ne faut pas oublier qu'on... qu'on regroupe à peu près 45 organismes
communautaires dans la région de Montréal, la grande région de Montréal. Ces
organismes sont sur le terrain constamment. Et on est capables, par la nature
même de notre travail, de recenser les besoins et essayer de réfléchir ensemble
à trouver des solutions et trouver des façons.
Toujours, la solution
n'est pas nécessairement par un programme mur à mur qui peut prendre des mois
et des mois à discuter, à réfléchir, etc. Ça peut être des initiatives qui font
preuve d'efficacité, qui donnent des résultats. Et, à ce moment-là, on juge que ça vaut la peine de les élargir, de les
étendre, par exemple, à d'autres, exemple, quartiers, ou villes, ou
régions, parce que ça donne une réponse à un problème qui est déjà bien
identifié.
Alors, dans ce
cas-là, le ROMEL, bien sûr, dans les recommandations, le... On n'est pas
vraiment dans la théorie. On est plus... On est vraiment dans la pratique,
parce qu'on a expérimenté. Ça fait partie de notre réalité et de notre mandat.
C'est de créer des solutions.
Et je peux vous
donner, pour terminer... Je ne sais pas si j'ai épuisé les 10 minutes, là.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mme la ministre a accepté de prendre un peu de
temps sur le sien, alors, si vous voulez conclure.
M. Houdeib
(Mazen) : Je conclus que le... les projets... Par exemple, je
prends... le projet Harmonie, de ROMEL, a permis de visiter
4 813 logements, dont 3 778 qui étaient qualifiés comme étant
salubres. Et c'est comme ça qu'on fait les références à des logements salubres,
par exemple. Et ça, ça nous a permis de faire des interventions auprès de
2 991 locataires. C'est simplement pour dire que c'est une... comment
on dit, expérience de terrain que j'essaie de... d'exposer ici aussi. Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors,
cette fois-ci, je me retourne du côté de la banquette gouvernementale pour une
période d'un petit peu moins, là, de 15 minutes. Le temps est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Bien, alors, un grand merci à vous trois pour prendre part à cet
échange, à cet exercice démocratique. Je vous suis très reconnaissante de nous
partager votre expertise acquise au fil des
30 dernières années. Donc, vraiment, il y a un capital d'expérience
vraiment intéressant, là, pour nous de vous entendre aujourd'hui.
Alors, bien, vous le savez, là, du côté de
l'immobilier, on est dans un contexte très particulier, hein, avec la hausse
des prix, également la pénurie de personnel. Donc, tout ça, ça complique la
donne. Et je dirais que cette donne-là, elle
est encore plus complexe quand il s'agit de régions éloignées, parce que ces
phénomènes-là sont amplifiés par la distance et puis l'absence, parfois même,
d'entrepreneurs dans le domaine immobilier dans la région concernée.
Alors, j'aimerais
ça, donc, vous entendre sur les bonnes pratiques à mettre en place pour
s'assurer de développer davantage le logement abordable. Est-ce que vous
auriez, comme, des stratégies efficaces que vous avez déjà ciblées puis
qui mériteraient d'être déployées à plus large échelle, soit en partenariat ou
non, là?
M. Houdeib (Mazen) : Oui. C'est sûr
que tout ce qu'on peut proposer doit se faire en partenariat, parce que les
instances gouvernementales, avec les instances... lorsque je dis
«gouvernementales», ça veut dire provinciales, municipales... et instances des
organismes communautaires sur le terrain se complètent. Leurs actions se
complètent. Le problème qu'on vit souvent et
qui retarde la production, c'est lorsqu'il y a des dédoublements de procédure.
Au lieu de compléter, ça devient des dédoublements. Ça veut dire, un
document qui peut prendre, je dirais, une semaine pour produire, ça prend deux mois, trois mois. Et ça, dans un contexte
immobilier, dans un contexte de marché,
on est dans un contexte de
marché, ça peut faire une grosse différence dans le coût et la possibilité de
mener le projet à terme. Alors, ça... ça occasionne beaucoup de pertes.
Moi, lorsque... Lorsque moi, j'ai proposé la
question de programme autoporteur, je vais un peu clarifier ce point rapidement, c'est que les besoins en
habitation sont diversifiés et les solutions sont diversifiées. Alors, le... Il
y a des gens, des ménages qui sont capables de construire une maison,
d'acheter un condo, de louer un condo d'une certaine grandeur, d'une certaine
qualité, et il y a d'autres à revenus moyens, revenus... je dirais, bas revenus
qui ne sont pas capables de le faire, ils
sont obligés de louer, mais il faut aussi qu'ils louent des logements qui sont
décents, comme on dit, et salubres, alors, ce qui fait que tous les
joueurs sur le... au niveau de l'habitation, des promoteurs privés jusqu'aux
promoteurs communautaires, le gouvernement, etc., se complètent dans cet
exercice.
Alors, c'est faux, selon nous, de considérer
qu'une partie de la société est capable de mener à bon un programme puis de le
livrer. Il faut compter sur tout. Et un programme autoporteur fait une grosse
différence, parce que c'est un... c'est un
programme qui permet à produire très rapidement du logement communautaire, à
condition que ce programme soit toujours ajusté à la réalité du marché, soit
toujours... Parce que, le marché, ni le gouvernement ne peut le
contrôler, ni les organismes, ni les promoteurs. Le coût du matériau, le coût
de la main-d'oeuvre, on ne peut pas les contrôler, mais il faut s'ajuster pour
pouvoir produire rapidement du logement.
• (16 h 20) •
Mme Fréchette : Merci. En conclusion
de votre intervention, vous avez fait référence au projet Harmonie. J'aimerais ça que vous nous en parliez davantage,
là, de son mécanisme, comment ça procédait. Et puis quels sont les outils que
l'on devrait développer davantage ou qu'on devrait utiliser davantage pour
sensibiliser les propriétaires, donc, à l'importance... en fait, aux réalités des personnes immigrantes puis à
l'importance de leur offrir un accès au logement?
M. Houdeib
(Mazen) : Bon, moi, le principe que je retiens, et je
m'excuse si le terme n'est pas très, peut-être, «politically correct», je ne
sais pas, c'est qu'il faut absolument, pour avancer, éviter de réinventer la
roue à chaque fois. Ça veut dire... Le projet Harmonie, c'était un
projet qui était une évolution naturelle du programme de banque de logements
qu'on a mis sur pied avec l'aide gouvernementale. Au fil des ans, on a conclu,
sur le terrain, que la simple référence pour
un logement ne permet pas de responsabiliser un propriétaire, de
responsabiliser, même, un locataire et d'arriver à des résultats à long
terme de... d'accès à des logements salubres.
Alors, nous,
on a décidé, au ROMEL, qu'il faut absolument impliquer les propriétaires privés
dans le processus, parce qu'ils font partie de la solution, pas nécessairement
du problème. Et c'est pour cette raison qu'on a fait, à l'époque, une
entente avec l'Association des propriétaires du Québec pour créer le projet
Harmonie, qui consistait à ce que les propriétaires nous livrent leurs
logements à louer, nous permettent de qualifier leurs logements, qu'ils sont
salubres ou pas, de respecter nos conseils pour des réparations. Et, sur cette
base, on peut référer des locataires qui sont bien avertis de leurs droits,
bien avertis de leurs obligations par rapport à un bail, etc.
Au début du programme, il y avait eu beaucoup de
résistance, parce que, toujours, le mythe, c'est que le propriétaire est
méchant, le locataire est victime, ou vice versa. Il n'y a pas vraiment une
nuance qui dit que, non, il faut créer un espace de dialogue, un espace
d'échange. C'était un peu ça, notre idée.
Et, au fil des ans, on a réussi à attirer plus
de 300 propriétaires qui référaient constamment leurs logements à louer à nous, et nous permettaient de visiter les
logements, et après référer des personnes qui cherchaient un logement, ce qui
nous a permis aussi de faire évoluer notre banque de données en la rendant une
banque de données relationnelle qui permet de faire un peu le jumelage,
on va dire, ou le lien entre un besoin d'un ménage et un logement qui existe. Et ça, ce n'est pas des logements qui sont sur
Kijiji, ce n'est pas des logements qui sont sur... dans les journaux. C'est des logements qui sont qualifiés parce qu'on les a
visités. Et, le logement qui ne se qualifie pas, on disait au
propriétaire : Ça ne se qualifie pas, à moins que tu fasses telle,
telle, telle intervention et réparation, sinon on ne peut pas te référer des
locataires.
Alors, ce projet-là a fonctionné pendant des
années avec l'appui financier de la ville de Montréal. C'est le département
Diversité qui est en lien avec le ministère de l'Immigration, parce que
l'argent vient du ministère de l'Immigration,
en principe. Alors, ça a fonctionné pendant des années, jusqu'à tant qu'il y a
eu une décision qu'on va changer d'orientation. Et c'est là où moi, je
dis... Un programme comme ça, il a fallu lui permettre d'évoluer et de
s'étendre, au lieu qu'on soit confinés un peu seulement
à... dans quelques quartiers de Montréal, on va dire, OK, qu'on soit un peu sur
tout le territoire, que ce soit répété, comme expérience qui crée un espace
d'échange entre les propriétaires et les locataires.
Et, même, le projet Harmonie a évolué, mais,
faute de financement, on n'a pas réussi à mettre sur pied le comité de...
comment on appelle, de... je m'excuse, le terme m'échappe, là, pour... pour
régler les problèmes entre propriétaires et
locataires, ça veut dire... médiation, voilà le terme que je cherche, médiation
communautaire gratuite pour les propriétaires et locataires lorsqu'ils
ont des problèmes. Ça, ça fait... ça faisait partie du programme.
Un autre...
Une autre partie du programme, c'était avec la Société d'habitation du Québec,
en faisant un projet qu'on a... qu'on a appelé Beiti — c'est
ça, Alfredo, si je ne me trompe pas? — qui
consistait aussi à démystifier les coutumes,
les... des nouveaux arrivants avec des propriétaires pour que les gens se
comprennent mieux, puis créer un espace d'échange plutôt qu'être sur...
toujours dans l'incompréhension de part et d'autre sur les enjeux. Merci.
Mme
Fréchette : Merci. Merci beaucoup d'avoir partagé votre
connaissance et... sur ce programme fort intéressant. À partir d'ici, je
vais partager le droit de parole avec des collègues.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Bien entendu. Merci
beaucoup, Mme la ministre. Donc, je cède la parole à la députée de...
Une voix : ...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...Laviolette—Saint-Maurice. C'est trop long. La parole est à vous pour une période de
5 min 47 s.
Mme Tardif : Merci. Bonjour. Merci
d'avoir pris le temps de nous déposer un mémoire, d'avoir pris le temps de prendre le temps maintenant de nous
rencontrer, et du travail que vous faites aussi auprès des personnes plus
vulnérables.
Un de nos
objectifs, vous le savez, on vient de l'aborder aussi abondamment, c'est
vraiment la régionalisation des personnes immigrantes. Le MIFI, nous
nous sommes dotés d'un plan d'action et nous voulons travailler en particulier davantage sur ce qu'on appelle la
régionalisation primaire, c'est-à-dire qu'on va inciter les gens à s'installer en
région avant même qu'ils soient arrivés au Québec. Donc, on se dit que ça va
éviter un double déracinement, un dédoublement, éviter aussi le dédoublement de
toutes les démarches, là, d'installation. Qu'est-ce que vous pensez de cette
approche-là? Parce que je n'ai pas vu, dans votre mémoire, là, que vous avez
abordé ce sujet-là.
M. Houdeib (Mazen) : Parce que le
terme, la régionalisation, vraiment, veut dire ce que vous venez de... d'expliquer, comment... comment attirer dans les
régions des nouveaux arrivants. Il y a eu un point qui était mentionné, je
pense, dans le... dans le cahier, parce que,
là, il faut faire la séparation, qui parle des travailleurs temporaires. Les
travailleurs temporaires, pour nous, pour le moment, ce n'est pas
l'immigration. C'est des travailleurs temporaires qui demeurent temporaires tant et aussi longtemps que le
gouvernement ne leur donne pas un statut, par exemple, d'immigrant ou de
résident permanent.
Lorsque je
parle de la régionalisation, le point crucial qu'on a vécu, parce qu'on a fait
des démarches un peu dans les régions, c'est le manque de logements
principalement. C'est le manque de logements.
Mme
Tardif : Outre le manque de logements, parce qu'on a quand
même abordé ce sujet-là abondamment, là, et on y travaille... Et, vous avez
raison, là, il y a un manque de logements. Mais, là où je voudrais vous
entendre, c'est par rapport à notre approche. Parce que, là, il y a
beaucoup de gens qui viennent, et on essaie de les attirer dans les régions
après coup. Ce qui est nouveau ou ce qui... ce qui s'en vient, ça va être,
déjà, de les inciter déjà, avant même qu'ils
arrivent au Québec, de venir s'installer directement dans nos régions plutôt
que d'arriver à Montréal ou d'arriver à Québec et d'après... de les
attirer en région. Est-ce que vous pensez que c'est une bonne idée? Est-ce que
vous pensez que ça faciliterait la rétention en région? Parce que c'est ce
qu'on veut.
M. Houdeib (Mazen) : C'est une bonne
idée, mais je ne peux pas... Pour réussir à la rétention, ça prend aussi
autres... autres mesures. L'idée... l'idée en soi, elle est excellente, parce
que ça permet de répondre à cette importante idée de régionalisation, mais
retenir les gens dans les régions... Quelqu'un qui arrive dans les régions puis
qui n'arrive pas à trouver un emploi, on va dire, exemple, et trouve un emploi
à Montréal, encore une fois, ou à Québec, ou
dans un centre urbain, OK, bien, il va être obligé d'y aller s'il n'est pas
relativement proche, par exemple, parce que parfois on peut voyager, là.
Mme Tardif : Notre approche est
vraiment basée sur le fait qu'on les fait venir en région pour combler le manque d'emplois. C'est par rapport à nos
entreprises, là. On ne les invite pas juste comme touristes puis on essaie de les
attacher. Ce n'est pas tout à fait ça, là. On a vraiment des entreprises en
région qui ont des besoins spécifiques de technique
ou d'ingénierie, peu importe, ou en médecine, c'est d'autres... ce sont
d'autres exemples, là, ou en électronique, en électrochimie, etc.
Vous avez aussi mentionné le besoin d'avoir une
meilleure coordination des services d'accueil des personnes qui arrivent sur le
terrain. Puis là je vous ramène en région parce que moi, je suis en région.
Est-ce que vous pouvez élaborer davantage sur la
meilleure coordination ou ce que vous voyez comme étant un manque de
coordination? Est-ce que c'est entre les organismes sur le terrain, les
organismes et les ministères? Comment vous voyez ça?
• (16 h 30) •
M. Houdeib (Mazen) : En fait... en fait, c'est
à deux niveaux. C'est entre le ministère et les organismes, et entre les organismes eux-mêmes. Le problème que les
organismes communautaires vivent depuis longtemps, et là c'est ma... c'est mon
ancienneté qui parle un peu, là, c'est... c'est que, malgré toutes les bonnes
intentions de tous les gouvernements, ministères, les organismes
communautaires, même malgré toutes les bonnes intentions, il y a la question de
la confiance qu'il faut développer. Ça veut dire confiance dans les
partenaires, les partenariats. Ça veut dire essayer de ne pas mettre des
organismes communautaires en compétition, plutôt les mettre en complémentarité,
plutôt les aider à ne pas dédoubler les services.
Moi, je peux vous
assurer, sur le terrain, qu'on reçoit des gens qui ont fait déjà le tour de
tous les organismes pour leurs besoins, et ils finissent à arriver au ROMEL
pour la même question, le même besoin. Alors, ça, c'est comme... Et la raison pour ça... D'ailleurs, le dernier programme du
ministère de l'Immigration l'a bien illustré, le programme...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Je dois... je dois vous arrêter. La période
impartie au gouvernement est terminée, mais on va continuer nos
discussions, cette fois avec l'opposition officielle, la députée de Chomedey,
une période de 12 min 23 s.
Mme Lakhoyan
Olivier : Bonjour. Donc, vous avez... D'abord, merci d'être là. Merci
de nous avoir remis vos mémoires. Vous êtes... Est-ce que j'ai bien compris?
Vous êtes 10 personnes qui travaillent, qui font tout ça.
M. Houdeib
(Mazen) : Oui. L'équipe, c'est 10 personnes. On était... Avant la
COVID, on était 18, par exemple, puis... En tout cas, pour le moment, on est
10 personnes, mais on a maintenu les services.
Mme Lakhoyan
Olivier : Vous êtes 10 personnes, et cet organisme existe depuis
une trentaine... plus qu'une trentaine d'années, et vous faites un gros
travail. Lorsque vous avez mentionné tantôt que vous avez visité des logements, sur les 4 813 logements,
vous avez trouvé 3 800, à peu près, de salubres. C'est un gros travail,
ça, faire les recherches, pour 10 personnes.
M. Houdeib
(Mazen) : Oui. En fait, ce n'est pas les 10 personnes qui font
les recherches. C'est Alfredo, qui est avec nous, avec une deuxième personne
qu'on a réussi... Mais ça, c'est sûr, les chiffres, c'est au fil des ans. Ce
n'est pas une seule année. C'est au fil des ans du programme Harmonie, là.
C'est comme à peu près sept ans, je pense, si je ne me trompe pas, Alfredo.
C'est sept ans que notre programme Harmonie a fonctionné et c'était géré
pratiquement par deux personnes.
Mme Lakhoyan
Olivier : Wow! En ce moment, est-ce que vous trouvez qu'il y a des
immigrants, n'importe quel statut, là, qui
cherchent des logements et que vous n'en avez pas trouvé? Est-ce qu'il y en a
beaucoup? Avez-vous une liste d'attente? Comment... comment ça se passe?
M. Houdeib
(Mazen) : Je laisse la parole à mon collègue Alfredo, qui gère ce
service et qui accueille tous ces gens-là. Il peut vous... Alfredo, s'il vous
plaît, si vous permettez...
M. Lombisi
(Alfredo) : Merci beaucoup pour la parole. En fait, en ce moment, la
situation actuelle, en commençant par le prix des logements qui sont trop chers
présentement... Et, quand on parle de nouveaux arrivants, comme des demandeurs
d'asile, qui reçoivent un montant vraiment limité, qui est de 800 $...
Aujourd'hui, on parle d'un un et demie à
850 $ et facilement à 900 $. Donc, ça devient vraiment difficile de
trouver des solutions pour cette clientèle-là, qui, à force, ils vont se
mettre à deux et à trois pour trouver un logement. Donc, c'est vraiment
difficile de trouver un logement présentement en ville.
Il y en a maintenant
qui... Avant, c'était difficile, pour quelqu'un qui venait d'arriver, de lui
proposer aller à Longueuil, par exemple, mais, aujourd'hui, les nouveaux
arrivants, en parlant avec d'autres nouveaux arrivants aussi dans les centres,
ils acceptent d'aller à Laval ou bien à Longueuil parce que ça devient
difficile de trouver un logement ici, à Montréal. Oui, c'est très difficile de
trouver un logement pour les nouveaux arrivants.
Mme Lakhoyan
Olivier : Donc, à Montréal, il y a un manque de logements. Déjà, on
sait ça. Mais, même, vous n'êtes pas capables d'offrir des logements sur l'île
de Montréal.
Vous avez apporté
plusieurs suggestions. Dans la planification, vous trouvez aussi le besoin de,
d'abord, avoir un logement de prêt pour ces gens qui vont arriver ici pour
s'installer, donc, et vous avez mentionné tantôt des suggestions pour le
développement des logements. Est-ce qu'on a de la place à Montréal? Est-ce
qu'on doit aller dans les régions? Qu'est-ce que... qu'est-ce que vous pensez
là-dessus?
M. Houdeib
(Mazen) : Il y a... Si vous me permettez, il y a deux niveaux de
problème de logement. Il y a un qui était un
peu occulté à cause de... bien, à cause, en tout cas, des nouvelles. Il y a le
manque de logements puis il y a les
logements qui sont inadéquats, insalubres et surpeuplement. Alors, à Montréal
et un peu... C'est-à-dire, le problème, il est un peu partout. À
Montréal, parce qu'on reste à Montréal, il y a des possibilités, avec les
grands sites qui appartiennent à la ville de Montréal, comme le site Blue
Bonnets ou le site Louvain Est et d'autres grands sites à Montréal, qui
permettent d'offrir quand même un certain nombre de logements.
Il ne faut pas oublier
aussi qu'il y a, à Montréal, des milliers, je dirais... je n'ai pas le chiffre
exact, là, aujourd'hui, mais des milliers de logements qui sont gelés parce
qu'il y a eu un changement dans les programmes, puis le programme AccèsLogis n'était
plus comme... bien, comme... est presque arrêté, et tout, ce qui fait que,
quand même, il y a des projets, sur des terrains, parfois, qui appartiennent à
la ville même de Montréal, dans le cadre de l'inclusion, qui attendent un
financement pour pouvoir se développer. Et c'est des projets qui sont pas mal
avancés, je veux dire, au niveau de la procédure, des plans, des choses comme
ça, ce qui fait que repartir un programme autoporteur, comme le programme
AccèsLogis, là, mais avec des ajustements adéquats par rapport à la réalité du
marché, va permettre très rapidement de sortir peut-être 3 000 unités
de logement à 4 000... c'est-à-dire, en chantier au bout de quelques mois,
parce que c'est des projets qui sont prêts. Mais, pour le moment, ces
projets-là, certains, peut-être, vont pouvoir se réaliser avec le nouveau
programme PHAQ, peut-être, d'autres, peut-être, avec d'autres programmes, mais
il y a beaucoup qui ne réussissent pas à boucler leur financement.
Alors, c'est un peu ça, la... Si on veut faire
une mesure comme un peu rapide, immédiate, là, ça peut permettre de débloquer
des projets à Montréal, à part les grands sites dont je parle, qui peuvent
accueillir des milliers de logements aussi, comme le site Louvain ou le site
Blue Bonnets.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous savez,
les citoyens qui nous écoutent en ce moment, à entendre tous ces termes-là, ils
disent : On veut avoir des logements, on veut que tout le monde ait une
qualité de vie. Est-ce que... Vous
dites : Il y a des terrains à la ville de Montréal, plusieurs terrains,
gros terrains. Est-ce que vous trouvez qu'il y a un manque de vouloir de
la part du gouvernement provincial, la ville? Est-ce qu'il y a un manque à un
certain niveau? Pourquoi ces projets n'ont pas eu lieu encore?
M. Houdeib (Mazen) : Bon, au niveau
de l'intention, moi, je peux vous dire, par expérience, que la bonne intention,
que ce soit du gouvernement ou de la ville de Montréal, est là. Ils veulent. Le
problème, c'est que le développement d'un projet de logement ne dépend pas
seulement de la ville et du gouvernement. Il dépend du marché, et le marché... Comme vous venez de dire et qu'on vient de
parler, c'est qu'il y a des difficultés sur le marché. Il y a des coûts
qui sont énormes, il y a le taux d'intérêt qui est... ce qui nécessite des
mesures exceptionnelles de la part des gouvernements.
• (16 h 40) •
Alors, c'est là où... Alors, l'intention, elle
est là, on est convaincus, 100 %, mais ça prend seulement... ça prend une
décision dans un sens ou dans l'autre pour pouvoir débloquer ces projets-là.
Alors, c'est vraiment une question plus, peut-être, mécanique. Je ne peux pas
vous dire vraiment la raison, mais je suis sûr que les instances gouvernementales, ils veulent, c'est-à-dire, c'est évident, là. Ils veulent que les projets démarrent. Mais il
faut... il faut peut-être prendre des mesures qui favorisent le
démarrage de ces projets-là. Et, toujours, on ne se cache pas derrière notre
doigt, c'est la question du financement, à cause des taux d'intérêt, à cause
des coûts de construction.
Alors, ce serait utopique de penser qu'on peut
produire des logements abordables sans investissement. Même le secteur privé ne peut pas les produire sans
investissement. Parce que c'est une question mathématique, là, c'est une
question mathématique et financière. Ce n'est pas compliqué. Alors, le
financement...
Mme Lakhoyan Olivier : Je ne voulais
pas vous couper la parole, mais l'être humain, ce n'est pas mathématique. L'être humain a besoin d'un toit. Et
le fait qu'on n'a pas de logement pour ces gens-là, ça ne ressemble pas au Québec. On est au Canada, dans la province
du Québec. Je n'en reviens pas, qu'on parle de manque de logements. Ça fait un an, on parle de ça, puis, maintenant, avec
cette commission, je vous entends. Ça me frustre, en tant que députée,
au Québec, qu'on n'a pas de logement. Combien de gens vous trouvez qu'ils n'ont
pas de logement ou ils habitent vraiment dans des logements pas salubres,
disons? Est-ce que... est-ce que c'est un grand nombre? De combien de nombre on
parle? C'est quoi, les besoins?
M. Houdeib (Mazen) : Bien, moi, vous
allez m'excuser de ne pas mentionner peut-être des chiffres précis, mais on sait que, dans les quartiers, le
pourcentage... surtout les quartiers centraux, le pourcentage des gens qui
paient plus que 30 % ou 35 % de leurs revenus pour se loger, et
inadéquatement, on va dire, parce que le surpeuplement, même, c'est un logement inadéquat, l'insalubre... le
logement insalubre, il est inadéquat aussi également, et puis le prix, il peut
être très lourd pour une famille, normalement, ça, ça compte par des dizaines
de milliers, là, dizaines de milliers.
On a besoin
de dizaines de milliers de logements vraiment à prix abordable. Bien, lorsque
je dis «prix abordable», un vrai prix abordable en partant, parce que ça
doit être abordable pour les gens qui ont des revenus moyens et modestes. Et,
en même temps, ça n'exclut pas le logement communautaire et social, parce
qu'exclure le logement communautaire et social on vient exclure une bonne...
une partie de la population d'avoir accès à des logements décents. Et ces personnes-là ne seront jamais
capables d'accéder à un logement abordable dans les formules actuelles. C'est
un peu difficile, parce que le prix, il est élevé par la nature même... Ce
n'est pas la faute à personne, on va dire, là, c'est le marché, et il est comme ça. Alors, si on n'injecte pas de l'argent
pour développer des logements communautaires vraiment à prix abordable
et pérennes dans le temps, qui vont rester pour toujours des logements
abordables, ce serait peut-être difficile de trouver des solutions.
Mme
Lakhoyan Olivier : Qu'est-ce qu'on va faire, d'abord? On a nos aînés.
Ils vont augmenter de plus en plus. On a nos citoyens aussi en situation
vulnérable. On a les immigrants. Je pense que c'est très urgent d'avoir des
logements. Donc, vous apportez les suggestions, mais, en même temps,
vous dites : Il n'y a pas de solution.
M.
Houdeib (Mazen) : Non. Je...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Je dois... je dois
malheureusement vous arrêter ici, le temps
imparti à l'opposition étant écoulé. On va terminer, par contre, avec le député
de la deuxième opposition, 4 min 8 s. M. le député, le
temps est à vous.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup pour votre présentation puis pour votre
travail. Vous avez expliqué très, très en détail vos trois recommandations.
Merci. C'est très clair. Le mémoire est très clair aussi.
Je me demandais si
vous aviez des positions aussi sur les autres sujets du cahier de consultation,
par exemple, si vous aviez des recommandations sur les deux scénarios qui sont
soumis, celui à 50 000, celui à 60 000. Est-ce que vous avez des positions sur les enjeux de hausse de délais ou
sur la hausse des étudiants étrangers temporaires, sur la hausse des travailleurs temporaires? Bref,
je me demandais si vous aviez des positions aussi sur le reste du cahier.
M. Houdeib (Mazen) : Si vous me permettez, je
demanderais peut-être à mon collègue Emanuel s'il aimerait peut-être
commenter ça. C'est correct?
M.
Cliche-Rivard : Oui.
M. Guay (Emanuel) : Oui, très rapidement. Je
pense qu'on a préféré se concentrer sur les enjeux de logement dans le
cadre du mémoire essentiellement parce qu'on trouvait que le cahier public se
concentrait beaucoup sur la régionalisation,
qu'on a abordée un peu, la francisation, qu'on a moins discutée peut-être dans
le cadre de cette audition.
Puis,
tout en prenant bien en compte, là, la question, effectivement, des seuils, tu
sais, dans la période 2024-2027 relative à l'immigration, on a
vraiment préféré se concentrer sur le logement comme une partie intégrante,
voire centrale, finalement, de la structure d'accueil puis d'intégration au
Québec parce qu'on trouvait que c'était peut-être un... La crise du logement était évoquée dans le cahier public. Il était
question, tu sais, d'habitation, mais surtout pour dire qu'il en manquait au Québec. Nous, ce qu'on
voulait mettre de l'avant, c'est le fait que, finalement, indépendamment
des scénarios qui vont être adoptés en 2024-2027, il va falloir un soutien plus
conséquent, finalement, pour le secteur de l'habitation communautaire, tu sais,
qui est un des outils pour permettre, je veux dire, aux nouveaux puis aux
nouvelles arrivantes de se loger, là, tu sais, comme à d'autres catégories de
population.
Mais, nous, ce qu'on
voyait, c'étaient des ralentissements possibles dans la sortie de terre de
plusieurs projets à cause des réalités qu'a évoquées, là, mon directeur Mazen,
entre autres. Puis aussi on appelait à une meilleure reconnaissance des
services déjà offerts sur le terrain, comme par exemple Alfredo ou d'autres
collègues au ROMEL ou dans d'autres organismes.
Donc, on ne s'était
pas vraiment prononcés spécifiquement sur ces aspects-là du mémoire parce qu'on
voulait vraiment se concentrer sur ce qui nous apparaissait comme un angle un
peu sous-développé dans le cahier public puis qui répondait directement à nos
expertises.
M.
Cliche-Rivard : Donc, je devine que, bon, vous l'avez dit un peu, on
aura à définir notre capacité d'accueil et
on aura à définir qu'est-ce que ça veut dire, là, quand on aura des facteurs ou
des éléments clés. J'imagine que, pour vous, le nombre de logements
disponibles par région, par ville, ça fera partie des indicateurs.
M. Houdeib
(Mazen) : Effectivement, oui.
M.
Cliche-Rivard : Est-ce que vous avez idée de d'autres choses? Vous
parlez de services. Est-ce que vous auriez ou vous êtes capables de définir
quels seraient, selon vous, les facteurs prioritaires dans la définition de
cette capacité d'accueil là?
M. Houdeib
(Mazen) : Si vous me permettez, le facteur... pour nous, le facteur
premier, c'est le logement, l'habitation, parce que même la question... Et là
je parle d'expérience. Moi, je ne suis pas nouvellement arrivé, là, mais, quand
même, je suis venu d'ailleurs, OK, puis j'ai vécu mon expérience, puis des gens
que je connais ont vécu l'expérience. Lorsqu'on n'est pas bien logé, avec
surtout une famille ou des enfants, même les cours de francisation, même les cours de recherche d'emploi, même les
autres, ça devient un lourd fardeau pour une famille qui souffre dans
son logement.
Alors, pour nous,
lorsqu'on va parler de la capacité d'accueil du Québec, des nouveaux arrivants,
il faut prendre en compte la capacité de développement, dans les régions un peu
partout, là, du logement et de l'habitation. Alors,
ça va ensemble. Nous, on pense que ça va ensemble. Si le gouvernement décide
que le seuil est 50 000, ou 40 000, ou 60 000, il faut
qu'il y ait des programmes, à côté, qui permettent cet accueil-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. C'est ce qui termine cette audition. Messieurs, à nouveau,
félicitations pour l'apport à nos travaux. Je vous souhaite une bonne fin de
journée.
Et je suspends les
travaux quelques secondes, le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
16 h 50)
(Reprise
à 16 h 56)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, mesdames et messieurs, à l'ordre, s'il
vous plaît! La Commission des relations avec
les citoyens reprend ses travaux. À l'ordre, s'il vous plaît! On avait besoin
d'un petit... d'un petit repos.
Alors,
nous allons recevoir — bienvenue
à la commission — le
Réseau des organismes et groupes de parrainage des réfugiés au Québec.
Alors, mesdames, messieurs, vous allez bénéficier d'une période de
10 minutes pour vous présenter et
exposer vos recommandations. Ensuite, nous allons procéder à une période
d'échange avec les parlementaires. Alors, la parole est à vous.
Réseau des organismes et groupes de parrainage
des réfugiés au Québec (ROGPRAQ)
M. Van Haren (Ian) : Merci beaucoup. Donc,
bonjour. Merci pour l'invitation. Nous sommes très contents de présenter notre
mémoire aujourd'hui. Je me présente, Ian Van Haren. Je suis le directeur
général d'Action Réfugiés Montréal et
je fais partie du comité de coordination de ROGPRAQ, le regroupement des
organismes et groupes de parrainage des réfugiés au Québec.
Aujourd'hui, je suis
avec Alessandra Santopadre, directrice du programme de parrainage par le
diocèse de Montréal, Sylvain Thibault, membre d'un groupe de parrainage dans le
cadre du programme de groupes de deux à cinq
personnes, et Myriam Keyloun, ma collègue qui accompagne les personnes
réfugiées qui sont parrainées. Comme elle va nous expliquer, Myriam est
venue au Québec en tant que personne réfugiée par ce programme.
Le programme de
parrainage collectif offre une protection, au Québec, aux personnes qui se
trouvent dans les situations de refuge d'ailleurs dans le monde. Des groupes au
Québec se mobilisent pour aider et soutenir des personnes réfugiées à se réinstaller au Québec et à s'adapter à leur
nouvelle vie ici. Le parrainage des personnes réfugiées change la vie
des personnes réfugiées, et cela enrichit notre société aussi.
On connaît bien
l'arrivée des personnes réfugiées du Vietnam, du Cambodge et du Laos par ce
programme vers la fin des années 70.
Plus récemment, plusieurs personnes réfugiées syriennes sont venues au Québec
par le parrainage. Aujourd'hui, les groupes au Québec répondent à
plusieurs situations de migration forcée, parrainant les personnes afghanes,
irakiennes, congolaises et des personnes d'autres origines qui ont besoin de
protection au Québec. Voici quelques
exemples : des Syriens qui fuient leur pays, car ils ne veulent pas
participer à une guerre, des jeunes femmes qui ont dû quitter
l'Afghanistan, car elles sont persécutées lorsqu'elles cherchent à obtenir une
éducation ou à vivre de manière indépendante, des personnes LGBTQ+ dont les
droits ne sont pas respectés dans leurs pays d'origine.
Le programme de
parrainage collectif est pour ces personnes. Dans certaines situations, c'est
assez récent où la personne réfugiée a dû quitter son pays d'origine, mais,
dans d'autres situations, ça se prolonge. Des enfants sont nés dans les camps de réfugiés, dans une famille
en attente d'une solution à long terme. Par exemple, certains réfugiés érythréens et congolais se trouvent dans ces
situations. Partout au Québec, des groupes ou des organismes de parrainage
s'impliquent à aider les personnes réfugiées par le parrainage collectif.
Dans un contexte
global où la migration forcée est un enjeu important, le programme de
parrainage collectif est perçu comme un exemple à suivre dans plusieurs autres
pays, et nous croyons que les valeurs québécoises nous poussent à accueillir
ces personnes réfugiées. Notre mémoire encourage votre gouvernement de faire en
plus pour renforcer ce programme et
d'améliorer l'accueil qui est offert aux personnes réfugiées qui arrivent par
le parrainage collectif.
Je soulève nos
recommandations. D'abord, nous encourageons une augmentation significative des
personnes qui obtiennent le statut de résidence permanente au Québec par des
visas octroyés aux personnes réfugiées. Pour le parrainage collectif, nous vous
encourageons de fixer une cible d'au moins 4 320 personnes réfugiées par
année chaque année.
Ensuite, nous
constatons que, dans les années récentes, le gouvernement du Québec n'a pas
atteint ses cibles pour le programme de parrainage collectif. En effet, il y
avait un écart de 5 400 personnes entre 2020 et 2022. Nous reconnaissons la
pandémie, mais il faut rattraper ce retard. Ces actes de fixer des cibles
claires pour le parrainage collectif et de
rattraper les demandes de parrainage qui n'ont pas été traitées, ces actes vont
aider à réduire le temps de traitement des dossiers.
Ensuite, il faut
mettre en place des normes de service précises et claires pour chacune des
étapes que le Québec contrôle afin de
traiter toutes les demandes de parrainage dans 12 mois. Il faut aussi abolir le
système de loterie. L'accès au parrainage ne doit pas être laissé au
hasard.
Nous avons des
recommandations concernant comment améliorer les services offerts aux personnes
réfugiées parrainées et les services offerts aux garants qui accompagnent les
personnes réfugiées. Cela comprend des actions pour soutenir les personnes
réfugiées à accéder à la francisation et à participer à l'économie québécoise.
Il faut être clair,
les Québécoises et Québécois qui se mobilisent et font des parrainages le font
car ils répondent avec humanité aux situations très difficiles. Nous voulons
accueillir les personnes réfugiées au Québec. Les
personnes réfugiées qui sont parrainées dans ce programme sont prêtes à
contribuer à la société québécoise et à vivre dans un contexte où leurs
droits sont respectés.
• (17 heures) •
Donc, à la base,
c'est un programme humanitaire pour une population qui veut travailler,
contribuer et se sentir en sécurité. Il
pourrait y avoir des enjeux liés au marché du travail, mais c'est des enjeux
bien connus. Et un accès rapide à la
francisation pour celles qui en ont besoin, et la flexibilité de la part des
employeurs pour la documentation, qui est souvent difficile, pour les
personnes réfugiées, à obtenir, ça va améliorer la situation.
Nous
voulons aussi aborder une solution potentielle pour répondre au grand nombre
des personnes réfugiées dans le monde. Récemment, plusieurs pays ont mis en
place des initiatives qu'on appelle des voies complémentaires, où les employeurs peuvent recruter des personnes
réfugiées qui habitent dans les camps de réfugiés pour combler certains
postes. Le Québec devrait voir si un tel programme pourrait être mis en place
ici.
Nous,
les membres du ROGPRAQ, nous voulons travailler avec vous pour renforcer et
améliorer le programme de parrainage collectif. Nous sommes prêts à collaborer
en créant une société inclusive qui offre un accueil chaleureux et digne
aux personnes réfugiées. Je passe la parole à ma collègue Myriam.
Mme Keyloun
(Myriam) : Bonjour. Je m'appelle Myriam Keyloun. J'ai quitté la Syrie
en 2012 et je suis arrivée au Québec en 2016 en passant par la Turquie et le
Liban. Je suis une personne réfugiée parrainée grâce à ce programme de
parrainage collectif. Je suis heureuse de pouvoir vous adresser aujourd'hui.
Le parcours commence
le moment où on quitte notre pays. On est à la merci des pays de transit où on
se trouve. On travaille s'ils nous
permettent de travailler. On habite où ils nous donnent le droit d'habiter,
incluant des camps de réfugiés. On apprend vite à se faire le plus petit
possible. On se voit transformé en un produit dont la valeur humaine est
à être examinée, évaluée, validée ou rejetée. On perd le sens de notre humanité
et on passe de la vie à la survie. On vit dans le présent et parfois dans le
passé, mais le futur ne nous appartient pas.
Le programme de
parrainage collectif nous donne de l'espoir, mais, avec le tirage au sort,
l'espoir devient conditionnel et le processus, moins humain. L'accès au
programme, les délais de traitement et d'attente augmentent notre détresse. On comprend que ça prend des
années, mais combien? Deux, trois, cinq, plus? On ne le sait pas, et personne
ne nous répond. On est un numéro de dossier sur le bureau de quelqu'un à
l'autre bout du monde.
Et on reçoit enfin le
coup de fil tellement attendu. On arrive au Québec. On nous dit qu'on est chez
nous et on le croit. Malgré tout ce qu'on a vécu, on a hâte, le moment de notre
arrivée, de passer à l'action, de réclamer notre humanité et de retrouver nos rêves et nos aspirations personnelles et
professionnelles, qu'on a dû laisser de côté pendant des années.
Moi, j'avais hâte de
me retrouver en classe d'école et de redémarrer ma carrière de 10 ans en
enseignement, mais malheureusement je fais face à tellement d'obstacles que j'ai
décidé de laisser aller. Et, pendant mes sept ans au Québec, j'ai travaillé sur différents projets, programmes et recherches
liés à l'accueil et l'accompagnement des personnes réfugiées dans le domaine de la francisation,
l'employabilité et la santé mentale, entre autres. J'ai reconnu le privilège
que j'avais de vouloir et de pouvoir
utiliser ma voix. Et, en passant par cette expérience et en appartenant à la
communauté des personnes réfugiées, je me suis rendu compte que je
n'étais pas la seule à être confrontée par des obstacles systémiques qui sont en dehors de mon contrôle et
liés à mon parcours et réalité de refuge. Ce que nous avons tous en commun,
c'est que notre parcours de refuge n'était pas né d'un choix.
Nous sommes venus au
Québec grâce à un programme d'immigration humanitaire, mais on est là, un
groupe diversifié, avec une richesse de valeurs, d'expériences et d'expertises.
La résilience et la capacité de nous adapter sont
devenues une partie intégrale de notre identité. On redémarre dans notre projet
de vie, on regarde droit devant vers un futur qui enfin nous appartient
et on avance en portant nos traumas sur nos épaules et en vivant le deuil de
qui on était et de ce qu'on a dû laisser derrière. Nous sommes prêts et
capables à contribuer à notre société.
Les
recommandations nommées dans notre mémoire est un reflet de notre témoignage,
des parcours incroyables des
personnes réfugiées que nous accompagnons et des vraies réalités vécues par les
personnes réfugiées avant et après leur arrivée. Et, souvenons-nous, un
statut de réfugié est juste un statut. Ça n'augmente pas et ça ne diminue pas
la valeur d'un être humain. Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour ce témoignage. C'est
touchant. Mme la ministre vous a accordé
quelques secondes sur son temps. C'est pour ça que je ne vous ai pas fait
signe. Alors, on va débuter tout de suite la période d'échange. Vous
avez un petit peu moins de 16 minutes... 16 minutes tout juste,
voilà.
Mme Fréchette :
OK. Merci, Mme la Présidente. Bien, merci à vous tous d'être des nôtres
pour participer à cet exercice démocratique.
Un grand merci pour nous avoir partagé votre parcours de vie. Il y a
beaucoup... beaucoup à tirer de ce que vous avez traversé. Félicitations pour
votre résilience. Manifestement, vous en avez fait preuve pendant tout
ce trajet. Donc, un grand merci pour votre mémoire également.
J'aimerais commencer
en vous disant... Bien, je suis très sensible au stress vécu par les familles
qui sont en attente d'une conclusion de
l'étude de leur demande. Les délais de traitement... On reconnaît, là, qu'il y
a eu des retards qui ont été accumulés dans le traitement des dossiers,
là, dans le cadre du parrainage collectif. Il y a des efforts qui ont été investis ces dernières années afin que
toutes les demandes, là, complètes reçues en 2021 et 2022 soient finalisées d'ici
la fin décembre 2023. Donc, le ministère, là, va vraiment poursuivre ses
efforts pour les demandes reçues dans la présente
année de manière à combler le retard. Donc, je voulais prendre le temps de
souligner ça, puisque vous y aviez fait référence dans votre
intervention.
Vous avez fait
référence également au processus de tirage au sort. Bon, comme vous savez, le
parrainage collectif, ça fait l'objet d'une gestion de la demande depuis 2018,
en fait. Auparavant, c'était un autre système. Et donc le ministère fixe une
limite au nombre de nouvelles demandes et il procède par tirage au sort depuis
2021. Et ça, c'est le cas parce que c'était une recommandation du Protecteur du
citoyen. Donc, le ministère a mis en oeuvre la recommandation du Protecteur du
citoyen. Alors, c'est pour ça qu'on procède par tirage au sort. Donc, de là
origine la mécanique qui est utilisée actuellement.
Alors, vous mentionnez dans votre mémoire, à la
page... Je vais vous amener à la page 12. Vous avez une recommandation, la recommandation 14, qui
repose, donc, sur l'instauration d'un programme pilote qui fournirait une
résidence permanente à titre de travailleur qualifié aux
personnes réfugiées qui répondent... qui répondraient aux besoins, là, du marché du travail du Québec.
Alors, j'aimerais ça que vous me parliez davantage de cette proposition que
vous nous faites. Comment est-ce que vous verriez que puisse fonctionner un tel
projet pilote et, voilà, comment ça évoluerait?
M. Van Haren
(Ian) :
Oui. Donc,
c'est un projet pilote qui est déjà instauré au niveau fédéral, au Canada.
C'est récent. Ils ont fait un peu de recherche là-dessus. Donc, c'est différent
du parrainage. Et, d'un autre côté, c'est quelque
chose à voir, à explorer, parce qu'on voit dans le monde plus de
100 millions de personnes qui vivent la migration forcée, plus de
30 millions de personnes dans le monde qui sont des personnes réfugiées.
Donc, s'il y
a des entreprises au Québec... ou si le système de santé au Québec, par
exemple, trouve un manque de personnel dans un lieu en particulier, peut-être
de créer un programme où des problèmes qui sont toujours... souvent
vécus par des personnes réfugiées, comme manque de documentation ou des choses
comme ça, sont un peu réglés dans un
programme pilote pour embaucher des personnes comme ça. Il y a des exemples au Nouvelle-Écosse, où c'est déjà arrivé, ou dans les autres pays. Mais ça doit
être additionnel à un programme de parrainage. Et ça peut répondre à vos
besoins d'immigration économique, mais trouver des personnes réfugiées pour
faire ça.
Nos autres recommandations sont vraiment plutôt
ciblées sur le programme de parrainage collectif.
Mme Fréchette : Et ça semble bien
fonctionner, avec ce qui a été implanté au fédéral?
M. Van Haren (Ian) : Je pense que
c'est une discussion avec le ministre au fédéral. C'est vraiment nouveau. Mais, si on est, par exemple, à Genève, on discute
les solutions pour les personnes réfugiées, où, en passant, je pense, le
Québec peut être aussi présent à Genève pour
ce type de consultation, c'est vraiment là où le HCR et les autres organismes
internationaux vont pour trouver d'autres solutions pour les personnes
réfugiées à l'échelle mondiale.
• (17 h 10) •
Mme Fréchette : Bien, merci. Merci
de la proposition. En page 10, vous recommandez, en fait, d'offrir des
cours de français aux personnes réfugiées parrainées avant leur arrivée au
Québec et vous indiquez, en fait, que la connaissance du français, là, ne
devrait pas être un critère de sélection. Donc, bien, je voudrais juste vous mentionner, d'une part, que la connaissance du
français n'est pas un critère de sélection, là, pour les personnes réfugiées
puis qu'il n'est pas prévu non plus que ça le devienne. Donc, ça, je veux
vraiment clarifier les choses de ce côté-là.
Donc, le ministère, là, on dispose déjà d'un
certain nombre de partenaires à l'étranger puis là on souhaite renforcer
l'offre de cours en amont avant même que les gens n'arrivent... n'arrivent au
Québec. Mais là vous, donc, vous proposez que le... En fait, notre façon de
procéder en ce moment, c'est que le CSQ est délivré à la fin du processus, et
c'est une fois le CSQ obtenu qu'il y a l'accès aux cours de français en amont.
Vous, vous proposez que ça puisse se faire avant même la délivrance du
certificat. C'est ça?
Mme Keyloun (Myriam) : Bien, du
moment où il y a un résultat d'acceptation, que la personne est acceptée. Et là, parfois, ça prend des années
avant que la personne, vraiment, arrive au Québec. Donc, vu que les personnes
réfugiées viennent de la diversité...
Et puis, même, dans les pays de transit, c'est
des réalités différentes. Donc, il y a des personnes qui ont accès... qui
vivent dans des centres urbains, qui ont accès à la technologie. Ce n'est pas
le cas pour tout le monde, mais ça peut déjà servir pour ceux qui peuvent...
qui peuvent bénéficier. Ils nous demandent toujours : Qu'est-ce qu'on peut
faire pour préparer avant notre arrivée? Et il y a même des personnes qui
commencent déjà, même, sur YouTube, qui commencent à apprendre le français
eux-mêmes. Et parfois ils font des cours que, là, ils doivent payer, et ça coûte cher, dépendant... Donc, c'est quelque
chose qui peut déjà aider, que les personnes, certains critères, peuvent
arriver déjà préparées ou avec un cours ou deux, mais déjà une compréhension
générale de la langue française.
Mme Fréchette : OK. Bon. Et je vois
de la technologie, hein? Il n'y a pas que des défauts.
Mme Keyloun (Myriam) : Ça, ça, oui.
Mme Fréchette : Vous proposez aussi
de renforcer la prestation de services aux personnes réfugiées récemment
arrivées, là, pour l'ensemble des régions du Québec. Quels défis particuliers
vous associez au fait que les personnes arrivent en région? Qu'est-ce que ça
ajoute comme niveau de complexité? Puis qu'est-ce que vous verriez qu'on doit
ajouter comme types de services pour être plus complets dans notre
accompagnement?
Mme Keyloun (Myriam) : Bien, vu que
le programme de parrainage vient de la volonté des personnes québécois et
québécoises, et parfois c'est des membres de la famille, donc, ils se trouvent
partout au Québec. Donc, les personnes...
Pour nous, les régions, ce n'est pas nécessairement dans le contexte de
régionaliser... de régionalisation, ça
veut dire... ce n'est pas seulement de quitter Montréal pour aller en région,
mais parfois le programme de parrainage se fait en région. Mais on
trouve qu'il y a beaucoup de personnes qui arrivent en région, qui déménagent à
Montréal à cause de manque de services, qui
peut être même au niveau du transport. Donc, en vivant en région, l'accès entre
où on habite, avec le problème des logements, et où on travaille, là, ça
coûte... Il faut avoir une voiture. Il y a des défis déjà.
Donc, pour nous,
l'important, quand on pense au programme de parrainage, n'importe où au Québec,
n'importe qui sont les parrains et les groupes de parrainage, qu'il y a les
services qui sont dans la globalité. Donc, on travaille
sur la francisation, en même temps, sur l'accès aux garderies, en même temps,
sur l'accès aux services d'employabilité pour les personnes qui parlent déjà
français, donc, l'ensemble des services. Les personnes réfugiées se trouvent
toujours dans des situations de choix. Donc, est-ce qu'on favorise la famille,
donc là, peut-être, on reste proche de notre famille, n'importe... à Montréal
ou ailleurs, ou est-ce qu'on favorise avoir un revenu? Même avant la fin de
l'année de parrainage, les personnes, elles ont été en marche sur place pendant
des années. Donc, pour eux, commencer, démarrer une vie... Donc, le plus
d'accès à tous les services qu'ils ont, le plus que ça facilite... que ça
avance plus rapidement et qu'ils participeront, bien, à la vie.
Mme
Fréchette : Au développement de la société.
Mme Keyloun
(Myriam) : Oui, oui.
Mme
Fréchette : Bien, merci beaucoup. Je vais céder la parole à des
collègues.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, je me tourne du côté de
la députée de Vimont. Il vous reste sept minutes.
Mme Schmaltz :
Parfait. Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous. Merci de votre présence. Votre témoignage est
extrêmement touchant. Je n'ose même pas imaginer par quoi vous avez dû passer
pour... pour arriver. Par contre, de vous voir ici aujourd'hui, c'est
vraiment... c'est vraiment un bonheur. Alors, je sens aussi une certaine
plénitude. Peut-être, le mot est grand, mais,
quand même, je sens quand même une belle adaptation dans votre nouvel
environnement. Alors, voilà, c'était une petite remarque.
Je vais vous ramener,
par exemple, à votre recommandation n° 13, dans votre
mémoire, où vous parlez de surmonter les
obstacles liés à la reconnaissance des compétences et aux exigences en matière
d'éducation pour certains emplois. Alors, est-ce que vous pourriez
élaborer un peu ces obstacles?
Mme Keyloun (Myriam) : Oui. Donc, le contexte
d'accéder au marché du travail, dans des différentes cultures et pays, est
varié. Donc, ça ne passe pas toujours à travers une formation, un diplôme.
Donc, nous, les personnes qu'on accueille,
c'est des personnes qui ont une richesse d'expertise et d'expérience de...
Parfois, on a des personnes... disons, un soudeur, électro... des mécaniciens
qui ont... C'étaient des entreprises de famille. Donc, depuis leur enfance,
ils travaillent dans ce domaine-là. Ils arrivent ici. S'ils parlent français,
OK, on passe à la prochaine étape. Là, il y a des formations qui sont payées
pour qu'elles puissent accéder à... Parce que, quand on regarde les offres
d'emploi, bien, des formations et des
diplômes sont demandés. Donc, si la personne ne parle pas français, bien, elle
fait la francisation, elle arrive, à ce moment-là, mais elle n'a pas de
diplôme. Par exemple, ils n'ont pas de diplôme parce qu'ils ne peuvent pas les
amener avec eux ou ils n'ont pas de diplôme parce que, depuis... après l'âge
primaire, ils ont commencé à travailler dans les entreprises familiales. Donc,
c'est vraiment frustrant, parce que c'est des personnes qui... qui ont l'expérience, qui savent faire ce travail-là. Il y a des
choses à apprendre, et c'est certain, avec le français, c'est important
pour pouvoir communiquer, mais c'est des obstacles qui...
C'est pour ça qu'on a
dit que c'est lié à une situation, la réalité de refuge. Ce n'est pas lié à la
préparation de la personne ou ce n'est pas le même dans le contexte
d'immigration économique. Quand la personne attend pendant des années, mais sa
vie continue, elle a tous ses diplômes, et tout ça. Donc, c'est vraiment
frustrant, parce qu'on se trouve avec des personnes qui travaillent à Amazon,
Dollarama, dans l'emballage, donc...
Mme
Schmaltz : Tantôt, monsieur, vous avez parlé... Là, vous allez
m'excuser, là, parce que je ne suis pas sûre
d'avoir bien saisi ou compris. Vous parliez tantôt de voie complémentaire pour
les employeurs. Est-ce qu'on parle de projets pilotes, tantôt, que vous
avez expliqués? C'est de ça qu'on parle, là.
Une voix : Oui,
exact.
Mme
Schmaltz : En Nouvelle-Écosse?
Une voix : Oui.
Mme
Schmaltz : OK. J'ai une question. Considérant la vulnérabilité des
réfugiés, est-ce que vous... est-ce qu'il y a un danger, peut-être, de dérive?
Est-ce que... Parce que, j'imagine, il faut un encadrement très solide pour ces gens qui sont... qui arrivent déjà dans un
état de vulnérabilité. Alors, je me posais la question : Est-ce que ce
projet est bien encadré? Est-ce que vous avez des échos?
M. Van Haren
(Ian) : Oui. Et, je dirais, je ne veux pas devenir le porte-parole de
ce programme-là, parce que je ne suis pas expert, mais c'est juste... Lorsqu'on
est au forum qui parle des enjeux d'immigration à un niveau national, c'est
quelque chose que les autres organismes soulèvent. Et donc, je dirais, c'est
plutôt une question pour les personnes qui
ont des expériences avec ces programmes-là. C'est quelque chose à voir, je
pense, au Québec pour voir comment ça se passe d'ailleurs au Canada ou
dans les autres pays.
Mme
Keyloun (Myriam) : Bien, on a tantôt parlé aussi des différentes
réalités, donc, des personnes parfois qui
quittent, et puis ils se trouvent dans des... Donc, il y a des personnes
réfugiées qui arrivent à quitter avec des documents, donc, documents
universitaires, diplômes universitaires. Donc, ils passent à travers le
parcours de parrainage, qui, parfois, met une très grande distance entre le
moment où ils quittent leurs pays jusqu'au moment où ils arrivent ici. Donc là,
c'est les traumas... C'est là que ça s'accumule.
Donc, disons, une
personne qui quitte... Et, à travers un programme comme ça... pourrait donner à
ces personnes une voie plus courte et plus rapide, mais en gardant, bien, ce
qu'ils ont déjà vécu, parce que, c'est ça, pour quitter son pays, ils ont vécu,
mais les traumas, ça s'accumule, le plus que la période d'attente est plus
longue. Et c'est ça que les personnes
amènent. Donc, des personnes qui ont un profil où ils sont de niveau
universitaire, ils ont leurs diplômes, ils sont sur Internet, ils
cherchent des travaux, des emplois qui sont... qui correspondent à leurs
expertises, donc, un programme comme ça peut, comme ça aussi, donner plus
d'espace dans les cas plus vulnérables.
• (17 h 20) •
M. Thibault
(Sylvain) : Oui. En fait, c'est un programme qui est très similaire au
programme Entraide universitaire mondiale du Canada, qui a été fondé en 1920,
qui permet, justement, à des collèges, des cégeps ou des universités de parrainer un étudiant qui provient
d'un camp de réfugiés, et de l'amener ici, et de l'encadrer. L'encadrement
dont vous parliez tout à l'heure est
effectivement très nécessaire. Donc, le projet pilote des voies d'accès à la
mobilité économique est très axé sur l'encadrement, évidemment. Donc,
c'est ça.
Mme Schmaltz :
OK. Au niveau des réfugiés,
est-ce que vous accueillez... bien, «accueillez», c'est un grand mot, est-ce
que c'est... vous avez plus de femmes, d'enfants, ou c'est des couples, c'est
des familles? C'est quel... Oui.
Mme Santopadre (Alessandra) : Bien,
on peut dire qu'elles varient beaucoup. On est des organismes différents et,
quand on se rencontre, on voit qu'il y a des périodes, on peut dire comme ça,
où il y a des familles complètes. On voit, avec... Les familles africaines,
afghanes sont très nombreuses, et ils arrivent, des fois, avec cinq, six
enfants, et la majorité née dans un camp de réfugiés, et d'autres, irakiennes,
je pense à mes familles syriennes, qui sont plus adultes, familles, mais avec
des enfants adultes et qui ont eu toute une autre expérience parce qu'ils ont
vécu l'attente dans des villes organisées. Ils ont pu continuer leurs études.
Ils arrivent avec une expertise. Mais on peut dire qu'on ne voit pas seulement une personne. C'est rare. Et
c'est vraiment une famille au complet, et, des fois, très nombreuse.
Mme
Schmaltz : Est-ce qu'il y a une période tampon, dans le sens qu'une
fois que ces gens arrivent...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Je
dois... Le temps, malheureusement, est terminé pour cette portion d'échange. On
poursuit avec l'opposition officielle pour une période de 12 min
23 s, et c'est le député de Nelligan.
M. Derraji : Oui. Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous
quatre. Je vais commencer avec vous, Mme Keyloun. Je l'ai bien prononcé? Je
vais me permettre de vous dire que — et,
j'en suis sûr et certain, la bonne majorité autour de la table, sinon
l'ensemble des collègues — j'ai
été extrêmement touché par votre témoignage. Vous avez bien fait de le dire, de
le mentionner, de nous partager votre histoire et votre parcours. Et vous avez
bien raison de dire qu'au-delà des chiffres et des numéros il y a des êtres
humains. Et ce que j'aime dans cette journée... Parce que vous êtes un autre groupe qui nous rappelle l'essence même de
l'immigration. L'immigration, ce n'est pas uniquement pour combler des
besoins économiques. Oui, nous avons des problèmes d'enjeux de main-d'oeuvre, mais
aussi... Le Québec, pendant plusieurs années, et le Canada l'ont très bien
démontré en accueillant plusieurs vagues d'immigration. Aujourd'hui, nous avons eu l'occasion de parler d'un autre côté, humain.
Ce matin, ça a été le regroupement familial, où des personnes souffrent,
un inventaire de 30 000 personnes.
Votre témoignage...
Et je vous félicite, parce que je vois que vous travaillez à Action Réfugiés
Montréal. J'espère que les patrons sont
contents de vous avoir. Je ne vais pas commencer à négocier votre augmentation
de salaire, mais bravo, bravo. C'est un témoignage qui est tellement
pertinent, surtout tout ce qu'on entend sur les réfugiés.
Vous
savez, il y a beaucoup de légendes urbaines qui circulent sur les réfugiés.
Aujourd'hui, avec votre présence au parlement, à la maison du peuple, devant
des parlementaires de toutes les formations politiques, vous démontrez beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses très
positives par rapport à la présence des réfugiés, à leur implication dans notre
société. Donc, je tiens à vous remercier pour votre excellente présentation.
Maintenant, du moment
qu'on va parler d'une manière plus humaine, là j'ai la page 6, OK, et, dans la
page 6, vous avez mis l'écart, 1 945, 2 590, 865, un écart de
5 400. Donc, c'est l'écart entre les personnes admises, entre la cible maximale, la cible minimale. Et, juste pour
que tout le monde puisse vous suivre, là, on parle du parrainage collectif. Ce
n'est pas la même chose que les autres programmes. Expliquez, en quelques
minutes, c'est quoi, le parrainage collectif, et par la suite informez-nous par
rapport à cet inventaire qui est quand même énorme.
M. Thibault (Sylvain) : Je peux peut-être... En
fait, moi, je suis ici en tant que groupe de deux à cinq, donc, je fais
partie d'un groupe de deux à cinq.
M. Derraji : Expliquez
deux à cinq. Moi, je le sais, c'est quoi... s'il vous plaît. Désolé, hein?
M.
Thibault (Sylvain) : Oui. Puis j'y arrive. J'y arrive. Puis je suis un
grand privilégié, parce qu'en 1979... Je viens d'une famille au coeur
ouvert, et mes parents ont été parmi les premiers à se lancer dans le
parrainage collectif de l'époque. Donc, j'ai une affection très particulière
pour ce programme-là.
Donc, le groupe deux à cinq, c'est,
par exemple, nous quatre, plus monsieur qui est là, on se met ensemble et on
dépose au gouvernement du Québec une demande d'engagement pour parrainer ou
prendre à notre charge, pendant la première année, une ou des personnes
réfugiées, peu importe où dans le monde. Donc, brièvement, c'est ça. C'est un
peu plus complexe que ça, mais, très brièvement, c'est ça. Et il y a aussi les
organismes de parrainage, dont Action Réfugiés Montréal ou le diocèse de
Montréal, qui sont des organismes expérimentés qui font le parrainage depuis
plus de 10 ans.
M. Derraji : C'est
excellent. Donc là, maintenant, là, c'est ce qui existe. Parce que le
parrainage collectif a démontré son efficacité pendant plusieurs années. C'est
un programme que je suivais aussi, que j'ai vu... À l'époque, dans la dernière
législature, j'ai eu l'occasion de rencontrer beaucoup de groupes. Ça marchait
très bien. Il y avait le problème des files d'attente, premier arrivé, premier
servi. Il y avait des irrégularités que tout le monde a dénoncées. L'après, est-ce que ça vous complique la vie?
Parce que, si vous avez des demandes et des personnes en attente, il faut penser
aux autres aussi qui attendent, hein, parce qu'il y a des dossiers qui sont en
attente. Pourquoi nous sommes rendus là?
M. Van Haren (Ian) : Donc, lorsque ça prend
plus de temps, ça complique la vie de tout le monde, y compris le
gouvernement, parce que les situations familiales changent pour les personnes
réfugiées qui sont en attente. Il peut y avoir des maladies, les morts. C'est
très difficile. Oui, bien sûr, en 2020, la pandémie globale, ça cause un ralentissement de l'immigration ou des personnes
réfugiées qui sont venues ici, au Québec, mais ce qu'on voit... Donc, on comprend, en 2020, que le nombre des personnes
admises dans le cadre de ce programme était plus bas qu'il était prévu. Mais,
en 2021, le gouvernement a déposé un plan d'immigration avec une cible entre
3 100 personnes et 3 300 personnes. Il y a seulement
635 personnes qui sont arrivées au Québec dans le cadre du programme
Parrainage collectif. Donc, en étant dans une situation où la file d'attente
grandit, il y a des personnes qui sont toujours en attente.
Et encore, 2022, le
gouvernement a prévu entre 2 750 ou 3 000 personnes par le
programme de parrainage collectif. C'était seulement 2 000 personnes
qui sont arrivées. Même cette année, on entend que le gouvernement est un peu lent à émettre les certificats de sélection
du Québec. Donc, encore cette année, on va voir : Est-ce que les cibles
qui sont prévues par le gouvernement vont être respectées ou est-ce que la file
d'attente va accumuler encore en créant des problèmes pour les familles?
Donc,
nous encourageons le gouvernement de respecter ses cibles et ensuite, pour
l'écart pendant la pandémie, d'accueillir ces 5 400 personnes qui ne
sont pas encore arrivées, parce que c'est des groupes, comme Sylvain a
expliqué, qui sont en attente pour voir les
personnes qu'ils veulent parrainer. Donc, il faut vraiment, je dirais, agir
pour accueillir ces personnes-là dans les plus brefs délais.
M. Derraji : Est-ce que
je peux vous poser une question? Pourquoi le gouvernement n'atteint pas ses
cibles? Parce que le programme, il est quand même... Ça marchait...
Une voix :
Tout à fait.
M. Derraji :
...ça marche. Vous avez dit, depuis plusieurs années, votre famille, vous étiez
capables d'accueillir des gens. C'est les gens qui se mobilisent. C'est
la communauté qui se mobilise. Vous avez toutes les chances du succès, régionalisation, intégration. Je n'ai pas besoin de
dire. Regardez la façon avec laquelle Mme Keyloun parlait tout à
l'heure avec un très bon français. Pourquoi ça ne marche pas?
M. Thibault
(Sylvain) : Bien, vous posez là une excellente question. Ce n'est
pas... En fait, je vais peut-être vous ramener à une de nos recommandations.
Nous, ce qu'on souhaiterait, c'est de travailler avec vous. On a une expertise
terrain exceptionnelle ici, que ce soit Action Réfugiés Montréal, des personnes
comme Myriam — j'en
connais plusieurs, personnes comme Myriam — Action Réfugiés Montréal,
d'autres, le ROGPRAQ, le réseau le ROGPRAQ,
notre fameux réseau qu'on a créé en 2016 avec les réfugiés syriens, où, là, on
a vu une explosion — puis
là c'est... le mot «explosion», c'est vraiment ça — de
générosité de personnes, des Québécois, des Québécoises qui levaient la main : Moi, je veux parrainer.
Puis on... La TCRI, la table de concertation, a mis sur pied un volet parrainage,
et les gens y venaient, aux formations, pour apprendre qu'est-ce que c'est, le
volet parrainage, qu'est-ce que c'est... c'est quoi, ça implique quoi. Et puis
il y avait des jumelages qui se faisaient entre des citoyens comme vous et moi
et des personnes réfugiées. On jumelait ça
ensemble, on lançait le processus de parrainage, et les personnes arrivaient à
un moment donné.
• (17 h 30) •
Le programme de
parrainage collectif, il est un peu particulier parce qu'il est en deux temps.
D'abord, il y a le temps MIFI et... qui a la responsabilité de faire
l'évaluation des groupes parrains. Est-ce qu'ils sont... Est-ce qu'ils se qualifient? Est-ce que, financièrement, ils
sont solides? Est-ce qu'ils ont des dossiers criminels, ou peu importent les autres raisons? Et il y a la deuxième partie, qui
est aussi lente, celle du IRCC, de IRCC, qui, lui, a la responsabilité d'évaluer
la qualité de réfugiés. Donc, est-ce que
c'est une personne, oui ou non, qui a un besoin de protection et de
réinstallation?
Donc,
dans notre cas à nous, notre dossier est au MIFI depuis deux ans. On est
toujours en attente. À ce deux ans-là, parce qu'on parraine des réfugiés
qui sont dans un camp de réfugiés en Ouganda, il va falloir ajouter
33 mois supplémentaires avant que les
personnes puissent arriver ici. Et nous, dès la journée où on a déposé le
dossier au MIFI, nous étions prêts à les recevoir.
M.
Derraji : Donc, tout est en
ordre pour recevoir les réfugiés. Donc, on ne parle plus d'intégration, on ne
parle pas d'un logement, on ne parle pas des autres problèmes que les
autres catégories puissent avoir.
M. Thibault (Sylvain) : Tout à fait.
M. Derraji : OK. Donc, ce que vous
demandez aujourd'hui, c'est que le gouvernement du Québec respecte ses cibles,
deux, le délai, qui est de... vous m'avez dit de deux ans au MIFI...
M. Thibault (Sylvain) : Bien là, Mme
la ministre disait qu'elle mettait en place, là, des mécanismes pour les
dossiers 2021 d'ici 2024, là, début 2024, si j'ai bien compris, là.
M. Derraji : Ah! Mme la ministre
peut répondre, aucun problème. Je peux lui donner une seconde si ça...
Mme Fréchette : ...
M. Derraji : ...si ça peut...
Mme Fréchette : ...sur ce point,
pour dire ça.
M. Derraji : Et récupérer
l'inventaire, l'arriéré, on a 5 000, c'est votre souhait aussi.
M. Thibault (Sylvain) : C'est...
M. Derraji : C'est votre souhait
aussi.
M.
Thibault (Sylvain) : Bien, je pense que... Vous savez, c'est des...
c'est des dossiers, hein? Myriam l'a bien mentionné tantôt, c'est plus
que des dossiers.
M. Derraji : C'est des êtres
humains. C'est des êtres humains.
M. Thibault (Sylvain) : C'est ça.
C'est plus que des dossiers.
M. Derraji : Oui, s'il vous plaît.
M. Thibault (Sylvain) : Et puis, tu
sais, les personnes qu'on parraine, madame... je ne sais plus qui l'a dit
tantôt, avec WhatsApp, les gens qu'on parraine, ils ont... on envoie des
téléphones, puis ce qu'ils font dans le camp de réfugiés, c'est qu'ils vont se
mettre le dos à la clôture de la cabane du HCR pour pogner le réseau et
communiquer avec nous, nous envoyer des photos, puis tout ça, puis :
Aujourd'hui, on a mangé, hier, on n'a pas mangé, parce que le Programme alimentaire mondial souffre de
sous-financement. Donc, parmi les réfugiés dans les camps de réfugiés,
il y en a plusieurs qui, malheureusement, mangent une fois sur deux. Donc, ces
délais-là, pour les groupes parrains, c'est torturant pour nous, parce qu'on
touche à une espèce de sentiment d'impuissance qui est horrible.
M. Derraji : Oui. Je pense que votre
collègue voulait parler. Allez-y, madame, allez-y.
Mme Santopadre (Alessandra) : Moi,
je connais Sylvain. Ça fait 12 ans qu'on travaille ensemble sur le parrainage collectif. Quand je suis arrivée ici,
au Québec, je suis arrivée comme migrant et résident permanent, et je me suis tout de suite lancée dans le programme de
parrainage pour le diocèse de Montréal. Et j'ai vu, comme en 2016-2017, quand j'ai commencé, quand il y avait l'arrivée
des Syriens, on a travaillé tellement étroitement avec le gouvernement. Le
gouvernement, ils nous a...
On est cinq
organismes expérimentés au Québec. On est Action Réfugiés, le diocèse de
Montréal, les Jésuites, l'Église syrienne et Hay Doun. Et on
travaillait, on était assis ensemble pour voir comment bien faire fonctionner
et avancer les programmes. Et malheureusement, quand j'écoute Sylvain...
J'avais des visages devant moi, des dossiers de
2017 que j'ai encore dans mon bureau, avec des familles qui ne sont pas encore
arrivées. Et, pour nous, c'est frustrant de maintenir l'équilibre entre
notre travail, donner des réponses, dire : Non, ça va, tout est en ordre;
bien, il y a des problèmes; non, ne vous inquiétez pas, maintenir vivant
l'espoir...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter. Le temps est un petit peu... On a
dépassé un petit peu le temps. Mais on
poursuit. On poursuit. Il reste une dernière intervention, une dernière
période, 4 min 8 s, avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour ce que vous faites. Merci pour votre travail à tous les jours puis la grande compassion que vous démontrez dans
tout ça. J'ai participé moi-même à un dossier de parrainage privé avec une ONG,
en fait, les anges gardiens d'Edward Snowden. On n'a pas fini, et le dossier
été déposé en 2016-2017, et il en reste encore un. Donc, c'est vraiment
des délais absolument, absolument terribles.
Vous parliez parrainage privé,
Québec, autour de 2 000 personnes. C'est-tu ça, les chiffres qui
arrivent annuellement, finalement, dans les faits, 2 000,
3 000?
M. Thibault (Sylvain) : Bien, en fait, une des
recommandations, je pense que c'est de ventiler, hein? Peut-être que tu
peux parler de la ventilation. Parce que les chiffres ne sont pas ventilés...
M.
Cliche-Rivard : Mais je voulais juste faire le parallèle avec le
fédéral. Au niveau des autres provinces, ce qu'on appelle le «sponsorship
agreement holder», là, c'est, je veux dire, des chiffres absolument,
énormément... Je veux dire, moi, ce que
j'ai, je pense, c'est à peu près 72 000 personnes qui sont arrivées
l'année dernière, alors que nous, on
en a accueilli 2 000. Donc, je ne suis pas très bon en maths, là, mais ça
ne fait pas un grand pourcentage. Comment ça se fait qu'on est à ce
point-là à des années-lumière de ce qui se fait dans le reste du pays?
M. Thibault (Sylvain) : En fait, je les ai, les
chiffres, ici, là. Réfugiés réinstallés par le parrainage, secteur privé, la cible pour 2023 au fédéral, c'est 27 505,
alors qu'au Québec on accueille, au total, dans les réfugiés réinstallés,
3 650. La cible pour les réfugiés pris en charge par l'État, à
moins qu'elle ait changé, est de 1 700. On arrive donc à un chiffre de
1 950 personnes parrainées sur ce que le fédéral va faire venir,
27 505, ce qui donne 7 %.
M.
Cliche-Rivard : Dans le privé, hein?
M. Thibault
(Sylvain) : Dans le privé, que pour le privé.
M. Van Haren
(Ian) : Et donc, je dirais, c'est un choix politique concernant le
niveau d'immigration. Et nos recommandations, c'est d'augmenter les cibles pour
le programme de parrainage collectif au Québec.
M.
Cliche-Rivard : Parce que les charges à l'État sont minimes. Je veux
dire, vous, vous faites l'accueil, vous payez le logement, vous payez la
première année, vous payez tout, là. Il n'y a pas de frais étatiques.
M. Thibault
(Sylvain) : C'est ça.
Mme Santopadre
(Alessandra) : Et aussi il y a une chose que... Je reviens à ce que
j'étais en train de dire. Ça, c'est un programme humanitaire. Et, quand on
parle de l'humanitaire, c'est l'être humain, au centre, qui vit des situations
de persécution, des détresses, des crises. Et nous, comme je dis, on est cinq
organismes expérimentés, et les gouvernements, ils nous connaissent, parce que
ça fait plus de 40 ans qu'on existe et qu'on est sur le terrain. Et ce sont eux qui nous ont donné, grâce à notre
expertise, le fait d'être expérimentés. Alors, nous, on a confiance en vous,
mais on vous demande aussi d'avoir confiance en nous.
Et nous, on est un
réseau. On s'aide mutuellement. On se rencontre, on se parle, on essaie de trouver
la bonne solution ensemble pour vraiment accueillir. On est capables. Moi,
comme diocèse de Montréal, pendant la crise syrienne, j'ai fait le tour des
150 paroisses. 53 paroisses ont décidé de parrainer plus qu'une famille.
Ce sont des citoyens qui se sont mis ensemble pour parrainer. On a créé des
groupes d'accueil pour les accompagner dès l'aéroport, jusqu'au troisième mois.
Tout le monde, il savait quoi faire, où c'était, l'école du quartier, où
c'était, le centre d'emploi, où était l'embauche de travail. On a créé des
liens avec la communauté érythréenne, la communauté syrienne et la communauté
africaine pour qu'elles nous aident aussi à comprendre, nous, c'est quoi, leur
culture, c'est quoi, leur manière de vivre
un choc culturel une fois qu'ils arrivent. Nous, on dit : Mais vous allez
chez le médecin. Mais le médecin, ça signifie quoi dans une culture
africaine du Congo, du Burundi?
Alors, ce réseau
qu'on a autour de nous, il nous a aidés, nous aussi, à comprendre c'est quoi,
le bon langage pour les accompagner,
c'est... comment on doit l'introduire doucement. Il y a des familles qui n'ont
jamais vu un métro, et nous, on leur
dit : Prenez le métro. Moi, j'ai peur d'aller au sous-sol pour prendre un
métro, parce que je ne l'ai jamais vu. Alors, ce que nous, on pense, c'est
grâce à tous ces réseaux qu'on a développés et cette complicité aussi avec les gouvernements
et nous qu'on a été capables. Alors, c'est vraiment un lien de confiance qu'on
cherche.
• (17 h 40) •
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup. C'était vraiment intéressant. Merci pour l'apport à nos
travaux. Je vous souhaite une bonne fin de journée, un bon retour.
Et, pour la
commission, nous allons suspendre quelques instants, le temps de recevoir le
prochain groupe.
(Suspension de la séance à
17 h 41)
(Reprise à 17 h 46)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc,
en ce moment, Éducation internationale, avec quatre de leurs représentantes.
Alors, mesdames, bonjour... bonsoir,
presque, maintenant. Alors, vous allez bénéficier, comme tous les autres, d'une
période de 10 minutes pour
présenter, pour résumer vos recommandations, évidemment, pour vous présenter,
pour le bénéfice des parlementaires, et après ça on va faire une période
d'échange. Alors, le temps commence maintenant.
Éducation
internationale
Mme van der Knaap (Lysiane) : Bonjour,
Mme la Présidente, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés.
Alors, je me présente, Lysiane van der Knapp. Je
suis la directrice générale d'Éducation internationale. Je suis accompagnée
aujourd'hui de ma collègue Odile René, qui est conseillère à la mobilité internationale
chez Éducation internationale et qui possède aussi le titre de conseillère
réglementée en immigration pour les étudiants étrangers. Nous accompagnent
aussi Mme Véronique Marin, qui est directrice générale adjointe de la
commission scolaire Lester-B.-Pearson, qui
est une institution membre d'Éducation internationale, et elle est désignée
aujourd'hui par la table des DG des
commissions scolaires anglophones pour participer à la commission avec
Éducation internationale, et finalement Mme Marjorie Ménard, qui est directrice
des affaires éducatives à la Fédération des centres de services
scolaires du Québec, une autre institution
membre de la coopérative Éducation internationale. Et Mme Ménard est désignée
par la présidente-directrice générale de la Fédération des centres de
services scolaires pour prendre part à la commission aussi ce soir.
L'Éducation internationale a déposé un mémoire
en juillet dans le cadre de la consultation publique en cours. Ce soir, nous venons vous présenter quelques-unes de
nos recommandations clés, et qui nous permettent tout particulièrement
de faire valoir, à travers notre exposé, la pertinence de favoriser et
valoriser les étudiants étrangers de la formation professionnelle comme
candidats à l'immigration permanente, incluant ceux et celles inscrits dans des
programmes ou combinaisons de programmes de moins de 1 800 heures, et
que ces programmes soient enseignés en français ou en anglais.
Un mot rapide sur Éducation internationale pour
nous situer. Alors, Éducation internationale, c'est une coopérative qui a été
créée par le réseau scolaire il y a de cela plus de 20 ans et qui,
aujourd'hui, est gouvernée et appartient au réseau scolaire, c'est-à-dire les
centres de services scolaires et commissions scolaires du Québec. Nous offrons
différents services spécialisés au réseau scolaire, notamment en matière de
promotion des études au Québec, en formation professionnelle spécifiquement, et
d'appui-conseil en immigration. Nous avons un mandat du ministère de
l'Éducation du Québec, le MEQ, en ce sens à travers une entente de service.
Je commence notre exposé en soulignant que nous
saluons certaines dispositions de la réforme proposée au volet Diplômés du PEQ, le Programme de l'expérience québécoise. Jusqu'à aujourd'hui encore, les étudiants
internationaux issus d'un programme de formation professionnelle, ou FP,
doivent accumuler 18 mois de travail avant de déposer leur demande
d'admission au PEQ, alors que les étudiants issus des paliers de l'enseignement
supérieur, donc aux niveaux collégial et
universitaire, ont, pour leur part, une exigence d'avoir accumulé 12 mois
de travail. Une modification au Règlement sur l'immigration est proposée
dans le cadre de la présente réforme et vient établir une exigence identique en
termes d'expérience de travail pour tous les étudiants étrangers. Nous saluons
cette proposition, car ceci aura pour effet
non seulement de valoriser davantage la formation professionnelle, en plus de
faciliter la compréhension des procédures et prérequis à rencontrer pour
les candidats internationaux aux études au Québec puis pour les candidats au
PEQ.
Nous souhaiterions cependant voir un autre
critère d'admission au PEQ, volet Diplômés, être modifié. De fait, la liste des
programmes de formation professionnelle admissibles nous apparaît trop
restrictive. Le facteur utilisé pour définir quel programme est admissible au
PEQ ou non est la durée en heures du programme, soit 1 800 au minimum, et non la pertinence du programme
d'études en lien avec les besoins du marché du travail. Ainsi, les finissants des
programmes de plomberie-chauffage, 1 680 heures, ferblanterie,
1 605 heures, ou encore charpentier-menuisier,
1 350 heures, ne se qualifient pas au PEQ, alors que le Québec
connaît une pénurie de main-d'oeuvre importante dans le secteur de la
construction et que sévit une grave pénurie de logements dans toutes les
régions du Québec.
Je pourrais vous nommer encore plusieurs
exemples de programmes de moins de 1 800 heures qui répondent de
façon documentée à des besoins de main-d'oeuvre criants, notamment dans des
secteurs jugés prioritaires dans l'Opération
main-d'oeuvre du gouvernement du Québec, notamment en santé, tels que le
programme Assistance technique en pharmacie, de 1 590 heures.
Mentionnons
également que près du tiers des professions qui apparaissent à la liste des
professions admissibles au traitement simplifié qui est établi par le
gouvernement du Québec exigent un diplôme de formation professionnelle comme
formation préparatoire.
On tient d'ailleurs à saluer les mémoires de
différents acteurs du secteur privé qui avancent le même argument qu'Éducation
internationale. Au chapitre, la Fédération des chambres de commerce du Québec,
qui a inclus une liste de
23 professions en déficit de main-d'oeuvre et dont le programme de
formation préparatoire en est un de niveau professionnel et qui compte
moins de 1 800 heures.
En ce qui concerne notre propre mémoire, nous
avons émis la recommandation à l'effet que non seulement les diplômes d'études
professionnelles, les DEP, mais aussi tous programmes ou combinaisons de
programmes, que ce soient des AEP, des doubles DEP ou des DEP plus ASP de moins
de 1 800 heures soient considérés pour être intégrés au volet
Diplômés du PEQ. En formation professionnelle, les programmes existent car ils
répondent aux besoins du marché du travail.
Notons, entre autres, que c'est en réponse aux employeurs que des centres de
formation professionnelle du réseau ont fusionné des DEP pour créer des
programmes tels que secrétariat et comptabilité pour préparer à la profession
d'adjoint administratif.
• (17 h 50) •
Alors, pourquoi le gouvernement du Québec
trace-t-il une ligne à 1 800 heures? Est-ce le nombre d'heures
suffisant pour calculer qu'une personne est suffisamment intégrée au Québec
pour réussir un projet d'immigration à long
terme? Pourquoi pas 1 500 heures? Pourquoi pas
1 200 heures? Et pourquoi exclut-il les combinaisons pertinentes
de programmes autres que le DEP classique ou encore le
DEP-ASP menant à un métier donné? En contexte de pénurie de main-d'oeuvre,
est-ce qu'on a le loisir de laisser la frontière au programme classique de
1 800 heures, eu égard aux besoins de main-d'oeuvre? Ça vaut la peine
de se poser la question.
Chez Éducation internationale, nous sommes
convaincus que l'ajout à la liste des programmes admissibles de ces programmes ou combinaisons de programmes de
moins de 1 800 heures mais qui répondent aux besoins du marché
du travail est une proposition pertinente et judicieuse. Le gouvernement du
Québec fait déjà le travail d'identifier les secteurs d'emploi et professions
prioritaires. Ces outils pourraient être utilisés pour déterminer les balises
dans le cadre du PEQ également.
Pour répondre aux besoins du marché du travail,
notamment en région, nous avons fait des recommandations autres. Le secteur de la formation professionnelle
aimerait voir une mesure équivalente ou similaire à ce qui a été annoncé
en mai 2022 par le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité
sociale. Cette annonce concerne une mesure d'une
valeur de 80 millions de dollars qui prend la forme d'exemptions de
droits de scolarité des étudiants internationaux qui étudient en français dans un programme ciblé par l'Opération
main-d'oeuvre dans les établissements d'enseignement supérieur uniquement,
donc les cégeps et les universités, situés à l'extérieur de la Communauté
métropolitaine de Montréal. Pourtant, la formation professionnelle fournit
aussi une partie de la réponse aux cibles entrevues par l'Opération
main-d'oeuvre, et dans toutes les régions du Québec, où se retrouvent les plus
de 190 centres de formation professionnelle. Il faut reconnaître
aussi que les formations de différents niveaux conduisent à l'exercice de
métiers différents. Un ingénieur électrique
ne fait pas le même métier qu'un électricien. Les deux sont essentiels et issus
de paliers de formation différents.
Mentionnons que le MEQ souhaite voir grimper de
30 000 le nombre d'élèves en formation professionnelle chaque année, et
les élèves internationaux font partie de la solution. Disons donc aux candidats
internationaux que la formation professionnelle est valorisée au Québec et
démontrons-le de façon concrète, incluant à travers des mesures d'attraction et de rétention des candidats à
l'immigration. Dans la situation actuelle, inéquitable, on envoie un message
clair aux candidats étrangers mais aussi aux Québécois que la formation
professionnelle est un second choix de carrière, alors que des efforts
sont faits actuellement par le MEQ pour moderniser et valoriser la formation
professionnelle.
Tout mon
exposé, jusqu'à maintenant, a porté sur l'économie et la main-d'oeuvre, qui est
une des deux branches du Y dont nous parle Mme la ministre dans le
cahier de consultation. L'autre branche concerne la langue française et la
francisation. Abordons donc maintenant les exigences de langue française des
candidats au PEQ, volet Diplômés.
Éducation
internationale et son réseau, incluant les commissions scolaires anglophones,
croient à l'importance de protéger la langue française au Québec.
Cependant, nous croyons que le gouvernement devrait opter pour une approche
plus inclusive afin de prendre en compte les nombreuses façons dont les gens
acquièrent des compétences linguistiques. Le volet Diplômés du PEQ devrait
rester une option pour tous les étudiants, quelle que soit la langue
d'enseignement, en démontrant la maîtrise de la langue française par le biais
d'un test standardisé. Cette option est offerte
aux candidats du Programme de sélection des travailleurs, par exemple. Alors,
il serait équitable d'appliquer la même exigence aux diplômés du Québec.
Imposer une règle si sévère, c'est-à-dire aucune étude dans un programme en anglais, vient aussi miner davantage
l'attractivité du Québec devant les autres provinces en plus de nuire à la
francisation, puisque les étudiants non francophones mais intéressés par
notre langue se verront découragés de poursuivre leurs rêves au Québec.
Nous souhaitons terminer notre exposé en faisant
du pouce sur ce qu'écrit le premier ministre dans son mot d'ouverture du cahier
de consultation publique. Celui-ci dit, en parlant des étudiants étrangers,
qu'«étant donné que ces personnes possèdent
un diplôme québécois, qu'elles sont jeunes et qu'elles vivent déjà ici en
français depuis plusieurs années, elles constituent un bassin
exceptionnel où recruter des nouveaux Québécois et Québécoises».
Nous avons envie d'ajouter que la présence de ces
étudiants internationaux au sein des établissements de formation permet, premièrement, de combler des cohortes incomplètes,
notamment dans des programmes ou régions en perte d'effectifs étudiants, et ainsi maintenir l'offre de formation
dans les régions. Sans eux, nombre de Québécois ne pourraient pas bénéficier
d'une formation, car la cohorte à laquelle ils sont inscrits pourrait ne pas
démarrer. Ceci vaut également pour les formations en anglais, qui
risquent d'être affectées avec la réforme du PEQ si elle est maintenue telle
qu'elle est prévue actuellement.
Ensuite, la
présence des élèves internationaux dans les CFP permet aussi de combler des
besoins de main-d'oeuvre localement à très court terme, les étudiants
internationaux pouvant travailler à temps partiel pendant et suite à leurs
études pour une durée moyenne d'un à trois ans grâce au permis de travail
postdiplôme.
Et finalement les étudiants internationaux
permettent de contribuer à la régionalisation de l'immigration, la formation
professionnelle étant offerte dans près de 200 établissements, dans toutes
les régions du Québec.
En raison de tous les avantages évidents
qu'apportent l'attraction et la rétention des étudiants étrangers, nous
recommandons fermement que les admissions via le PEQ, volet Diplômés, ne soient
pas comptabilisées dans les cibles en
matière d'immigration permanente au Québec, peu importe le nombre d'immigrants
qui sont visés par le Québec, scénario 1 ou scénario 2. Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette
présentation. On va donc débuter la période des échanges avec la
banquette ministérielle, gouvernementale. 16 min 7 s pour vous,
Mme la ministre.
Mme Fréchette : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Merci à vous toutes, mesdames. C'est intéressant de voir, comme ça, une banquette très féminine de ce
côté-ci. Donc, merci de nous partager votre expertise, votre expérience également puis votre vision, votre vision d'avenir
pour la formation professionnelle. C'est de longue date, hein, qu'on dit qu'il faut valoriser davantage la formation
professionnelle. Je me souviens que j'étais à l'école secondaire, et déjà on tenait ce discours-là. Je ne vous dirai pas en
quelle année c'était, mais ce n'est pas d'hier. Donc, un voeu renouvelé
de longue date.
Je vous emmènerais
sur un des thèmes que vous avez abordés dans le cadre de votre intervention, à
savoir les mesures d'exemption des droits de scolarité supplémentaires pour les
étudiants étrangers, là, de niveaux collégial et universitaire. Donc, vous en
souhaitez une pour la formation professionnelle. Quelle ampleur vous verriez
que ça puisse avoir si c'était appliqué à la formation professionnelle? Combien
d'étudiants verriez-vous qui devraient profiter
de cette mesure-là pour que ça ait un impact significatif? Et quels secteurs
vous verriez qu'on puisse intégrer dans une mesure de la sorte? Est-ce
qu'on devrait s'en remettre à l'Opération main-d'oeuvre ou vous auriez une
autre grille d'analyse à proposer? Donc, j'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme van der Knaap (Lysiane) : Bien,
je peux peut-être me lancer. Mais, déjà, la mesure qui a été annoncée, c'est
d'une valeur de 80 millions, ce qui n'est pas négligeable, disons, donc...
Puis, en parlant au réseau scolaire, on ne s'attend pas nécessairement à
ce que ce soit exactement équivalent. Ça peut être similaire. Mais c'est un
dialogue qu'on n'a pas été capable d'avoir
encore. Puis on a essayé, quand même, là, auprès du MIFI, du MEQ. On attend des
retours puis... Donc, pour l'instant, là, je n'ai pas de... on ne l'a
pas chiffré. Je ne sais pas si, Marjorie, il y a quelque chose que tu peux
rajouter à ça, mais...
Mme Ménard (Marjorie) : Bien, en fait, on estime,
selon le ministère de l'Éducation, qu'il y a une proportion, environ, de 10 000 étudiants étrangers en
formation professionnelle, un chiffre qui n'est pas spécifiquement comptabilisé,
là. C'est vraiment un estimé, selon le
ministre de l'Éducation. Donc, rien de moins que sa juste part, donc,
comparativement à l'enseignement supérieur.
Mme
Fréchette : Donc, 10 000. Est-ce que c'est réparti assez
équitablement entre l'ensemble des régions du Québec, ces
10 000 étudiants? Est-ce que vous avez une idée de leur répartition
géographique?
Mme van der Knaap (Lysiane) : Bien,
ce qu'on peut dire, là, c'est que, contrairement aux paliers d'enseignement
supérieur, le ministère de l'Éducation du Québec, là, n'a pas de donnée
précise, là, sur les élèves internationaux en formation professionnelle. Ça
fait que c'est plutôt en croisant des données, et tout ça.
On peut vous parler
de l'expérience de Québec métiers d'avenir. Nous, en ce moment, il me semble,
on a à peu près 800 élèves
internationaux, là, en formation professionnelle, qui passent par nos services,
parce qu'on recrute et on accompagne des élèves internationaux en formation
professionnelle. Nous, on peut vous dire que c'est 50 % des élèves qu'on
recrute, là, qui vont en région, à l'extérieur de Montréal. Ils sont répartis,
ils sont dans toutes les régions du Québec. Je l'ai mentionné, là, il y a près
de 200 centres de formation professionnelle, puis, dans tous les CSS, dans
tous les centres de services scolaires, on retrouve des étudiants
internationaux. Ça, c'est certain.
Mme
Fréchette : Est-ce que c'est vous qui êtes mandatés par ces centres de
formation professionnelle pour rayonner à l'international?
Mme van der Knaap
(Lysiane) : Exact.
Mme Fréchette :
Oui, vous avez un mandat de
représentation. Bien, parlons, justement, de régionalisation, là. Vous proposez, en fait, qu'il y ait un traitement
plus rapide pour les personnes étudiantes en région, pour favoriser, là,
l'attractivité en région, mais est-ce que... Comment est-ce que le ministère
pourrait s'assurer qu'une fois les études terminées... bien, que les personnes restent en région? S'il y avait eu
un avantage au niveau de la rapidité de l'analyse de leurs demandes, on
voudrait quand même qu'ils restent en région, qu'ils s'inscrivent dans la
durée. Donc... Mais comment est-ce qu'on
pourrait s'assurer que les personnes, justement, ne reviennent pas à Montréal
aussitôt les études terminées, alors qu'ils auraient bénéficié d'un
avantage qui concernait la régionalisation?
Mme René
(Odile) : Je pense que souvent, quand les gens ont vécu une expérience
d'études, une expérience professionnelle dans une région, ils vont avoir quand
même un attachement à cette région-là. Donc, souvent, les études professionnelles, en moyenne, c'est un an
et demi, après ça, une expérience de travail, peut-être, tu sais, de quelque
temps. Ça fait que les gens sont quand même beaucoup plus intégrés dans ces
régions-là pour demeurer là-bas.
Ça
peut aussi être du déclaratif. On sait qu'il y a certains programmes que c'est
sur le déclaratif. On déclare vouloir demeurer
au Québec. Donc, ça peut être un déclaratif de demeurer en région. Ça pourrait
être une des possibilités aussi.
Mme
Fréchette : Bien, merci, Mme la Présidente. Je vais céder la parole à
des collègues.
• (18 heures) •
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, je reconnais la députée
de Lotbinière-Frontenac pour une période de 11 min 43 s.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Merci,
Mme la Présidente. Donc, bonsoir, mesdames. Je vais dire comme la
ministre, c'est le fun de voir autant de femmes ce soir.
Donc,
moi, je vais rester sur la question de la régionalisation. Je voudrais savoir
ce que vous pensez de l'approche que nous
mettons de l'avant dans le plan d'action pour la régionalisation, du ministère,
à savoir la régionalisation primaire. Puis, j'aimerais aussi savoir ce
que vous... Est-ce que vous pensez que les établissements d'enseignement ont un
rôle à jouer dans la rétention des étudiants étrangers? Puis, si oui, lequel?
Mme van der Knaap
(Lysiane) : ...nous rappeler c'est quoi, la régionalisation primaire?
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Bien,
c'est d'amener tout de suite les étudiants étrangers en région.
Mme René
(Odile) : Bien, c'est un peu ce qu'on fait, nous, de notre côté, au
niveau du recrutement des étudiants étrangers. On amène les étudiants
directement dans les centres de formation professionnelle qui se trouvent à travers le Québec. Donc, on a au moins la moitié
qui est de la régionalisation primaire, comme vous l'appelez. Donc,
déjà, on le fait.
Évidemment,
les régions entières ont une responsabilité pour pouvoir faciliter
l'intégration, faciliter la rétention, autant les établissements
d'enseignement que le milieu de vie. Donc, c'est un peu un tout, là, de ce
côté-là. Nous aussi, même, on joue un rôle,
là, dans la rétention des étudiants en les préparant, en les informant. Il faut
savoir dans quelle région on s'en va
vivre, quand on arrive, pour ne pas être trop surpris non plus. Donc, il y a
toute la préparation aussi, mais il y a aussi l'accueil puis
l'intégration sur place, qui appartient à toute la population, finalement.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Parfait.
Mme van der Knaap
(Lysiane) : Je peux rajouter un petit mot aussi, là. Peut-être que
qu'est-ce qui fait la différence aussi, là, c'est de pouvoir accompagner les
gens avant qu'ils arrivent. Puis, nous, c'est ce qu'on fait, puis on pense que c'est un peu un gage de notre succès
aussi, là, parce qu'un étudiant international, évidemment, peut cogner à
la porte d'un établissement puis dire :
Moi, je veux aller là, mais sans nécessairement avoir fait un chemin qui lui
permet de valider son choix de programme, son choix de lieu d'études, la
région où il veut s'établir, puis après ça c'est quoi... à quoi ressemblent
peut-être les perspectives pour s'insérer dans la communauté aussi.
Donc, quand on leur
offre des services d'accompagnement en amont, on voit qu'il a beaucoup plus de
chances, un, de réussir son parcours scolaire, de demeurer en formation, puis
ça, nous, on échange souvent avec des gens, là, des fonctionnaires du MIFI puis
du MEQ, puis on nous dit que ça fait une différence, quand même, parce
qu'Éducation internationale, on fait cet accompagnement-là, puis il y a une
différence par rapport à un élève qui va arriver
par son propre chemin ou à travers d'autres types de services mais qui n'a pas
été accompagné en amont, ça fait
que... pour valider un peu les choix
qu'il fait. Ça fait que ça, ça peut être une façon de donner du succès à votre
démarche, là.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Chez
moi, j'ai le centre professionnel... centre de formation professionnelle Le Tremplin, à Thetford Mines. On
a beaucoup d'étudiants étrangers. Comment vous les accompagnez, les
centres professionnels?
Mme René
(Odile) : Bien, Québec métiers d'avenir, qui est un service
d'éducation internationale, offre différents services, dont un service de
recrutement d'étudiants, donc, tout ce qui est promotion, accompagnement, comme ma collègue le mentionnait, accueil,
intégration, préparation pour l'arrivée, accueil pendant la formation aussi.
On offre aussi
d'autres services au niveau des centres de formation professionnelle
directement ou des centres de services
scolaires, là, au niveau de l'appui-conseil au niveau de l'immigration. Donc,
souvent, ils sont un peu... s'ils n'ont pas un volume d'étudiants
étrangers, ils sont un peu démunis au niveau des compétences en immigration,
les règles, les lois, etc. Donc, on offre un appui-conseil là-dedans. Parfois,
c'est des situations aussi plus spécifiques ou plus difficiles. Donc, on peut
offrir cet appui-conseil-là.
On est aussi mandatés
par le ministère de l'Éducation, tout dernièrement, pour faire l'appui-conseil
au niveau aussi des exemptions de droits de scolarité, parce qu'il y a, là
aussi encore, une grande liste de règles et d'exemptions possibles. On offre un
appui-conseil pour les évaluations de documents scolaires, aussi, étrangers.
Donc, on les appuie.
On offre des webinaires aussi aux CSS, des séances d'information, etc. On les
appuie dans ce qu'ils veulent. C'est nos
membres. Donc, on leur offre les services dont... qu'ils nous demandent ou ceux
qu'ils ont besoin.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Parfait. À la page 8 de votre mémoire, vous
saluez les efforts du gouvernement du Québec pour offrir des cours de français
gratuits pour les personnes domiciliées au Québec et aussi les personnes à l'étranger détentrices d'un certificat
d'acceptation du Québec. Avec Francisation Québec, nous poursuivons nos
efforts pour diversifier et bonifier notre offre de cours. On parle de cours à
temps partiel, de temps complet, de présentiel ou en ligne, de cours de jour ou
de soir. Puis, depuis 2019, les personnes qui sont en statut temporaire au
Québec ont accès à la francisation offerte par le MIFI. Vous mentionnez
également que les étudiants ont accès à la francisation à même les
établissements d'enseignement. Nous avons, effectivement, des partenaires dans
le réseau de l'éducation et de
l'enseignement supérieur. Verrez-vous un rôle particulier ou accru pour les
établissements d'enseignement en matière de francisation?
Mme
Ménard (Marjorie) : En fait, tout à fait, là. On collabore déjà avec
le ministère de l'Éducation et le MIFI, notamment Francisation Québec, là, pour
mettre en place tous ces services-là, là, selon les orientations, là,
convenues, là, dans la loi, là, pour Francisation Québec. Tout à fait.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Puis,
par exemple, pour un rôle accru, est-ce que vous voyez ça ou...
Mme Ménard
(Marjorie) : Pour les centres de services scolaires, effectivement,
ils ont déjà un rôle de premier plan dans les centres d'éducation des adultes,
mais, au niveau des centres de formation professionnelle, il y a un service aux
entreprises qui est déjà en place depuis plus de 20 ans dans chacun des centres
de services scolaires.
Et, tout le
déploiement de la francisation en milieu de travail pour les travailleurs, les
travaux, là, débutent actuellement, et, à partir du 1er novembre, là,
Francisation Québec, pour la francisation en milieu de travail, là, va s'opérer, là, plus... de façon plus pointue, mais
tout à fait, là... En fait, plus précisément, les services aux entreprises des
centres de services scolaires et des commissions scolaires offrent déjà de la
francisation, mais financée par Services Québec. Mais, à partir du 1er novembre, comme vous
le savez, les crédits seront déplacés à Francisation Québec, et on est en
train, là, justement, d'opérationnaliser, là, tous ces paliers de services là,
là, pour les entreprises et les travailleurs.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Parfait.
Mme Marin
(Véronique) : ...de vous mentionner que les commissions scolaires
anglophones sont toutes aussi présentes à Francisation Québec. Et donc nous
offrons des cours de francisation dans les centres de formation professionnelle
et aussi des centres de formation aux adultes.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Parfait.
J'aimerais aussi revenir sur les activités de votre organisme. Vous avez
un partenariat avec le MEQ pour ce qui est de la promotion et de l'attraction
des étudiants étrangers dans la filière
formation professionnelle. Je sais également que vous avez des activités
ponctuelles avec le MIFI. Sentez-vous qu'il y a un attrait grandissant
pour la formation professionnelle au Québec de la part des étudiants étrangers?
Puis est-ce qu'il y a des secteurs qui sont plus en demande?
Mme René
(Odile) : Un intérêt grandissant... Je pense que l'intérêt a toujours
été là, pour les étudiants internationaux,
pour la formation professionnelle. Ça grandit, évidemment, la sensibilisation
aussi. Puis l'information se fait
autant au niveau des Québécois que des étudiants internationaux, donc, de
toujours mettre de l'avant la formation professionnelle, les débouchés possibles, et tout ça. Je pense que, de
toute façon, il faudra continuer, mais l'intérêt était là.
Moi,
ça fait 10 ans que je suis là. Il était là il y a 10 ans, il est
encore là maintenant, donc, parce qu'ici c'est quelque chose qui est valorisé, qui est intéressant pour eux, plus que
dans plusieurs pays, où la formation professionnelle ou la réorientation
de carrière va être moins valorisée, moins bien vue, tandis qu'ici ils vont
pouvoir venir faire une nouvelle formation, si c'est une réorientation, ou bien
juste affiner leurs compétences.
J'avais sorti un peu
les formations qui... nous, les étudiants internationaux nous demandent le
plus, qui sont le plus en demande de notre
côté, là. C'est sûr que... Vous allez voir, ce qui ressort, c'est les
formations de 1 800 heures, on ne se le cachera pas, donc,
infographie, soutien informatique, santé, assistance et soins infirmiers,
comptabilité et secrétariat, pour
le double DEP adjoint administratif. Cuisine, vente-conseil, qui
ne sont pas des DEP de 1 800 heures, ressortent beaucoup. J'ai
ressorti aussi ce qui sortait le plus au niveau de la construction. On a
beaucoup de demandes pour dessin de bâtiment, électromécanique, mécanique
industrielle, charpenterie-menuiserie, plomberie-chauffage.
C'est les DEP qui
ressortent le plus au niveau de la demande, mais on a des étudiants qui ont
aussi d'autres intérêts, là, d'autres motivations. Donc, on a des demandes d'à
peu près tous les secteurs des DEP, quand même.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Puis,
tout à l'heure, vous avez parlé de la pertinence des programmes en lien
avec les besoins du marché versus les 1 800 heures de programme.
Est-ce que, dans le fond, les programmes qui sont... qui sont les plus en
demande sont en lien avec les besoins du marché?
Mme van der Knaap
(Lysiane) : Je pense... Puis là, peut-être, Odile va répondre mieux
que moi parce que ça fait 10 ans qu'elle parle à des étudiants
internationaux, mais on a l'impression que, si les règles changent puis que,
justement, on baisse le 1 800 heures à 1 500, bien là, il y a
des programmes qui vont devenir populaires. Ça fait que les gens vont choisir
le 1 800 heures parce qu'au final ils souhaitent peut-être avoir
l'option de pouvoir immigrer au Québec de
façon permanente. Donc, il faut penser qu'il y a des programmes qui sont
peut-être juste plus populaires parce qu'ils franchissent la base... la
barre du 1 800 heures.
• (18 h 10) •
Mme René
(Odile) : Je peux peut-être renchérir juste un petit peu sur ça. Je
pense que la majorité des étudiants
internationaux, quand ils se lancent dans cette aventure-là, ils ne savent pas
encore qu'est-ce que ça va donner. Tu sais, ils ne savent pas encore
qu'est-ce qu'ils vont vouloir. Ils ont peut-être une idée, un intérêt, mais, tu
sais, la finalité, ils ne la connaissent pas encore. Donc, ils veulent
peut-être assurer un peu leurs arrières en ayant plus de possibilités. Donc, ils vont aller vers des formations
qui vont mener vers une démarche potentielle de résidence permanente
pour avoir cette option-là, parce que, si jamais ils veulent faire ça, ils
veulent l'avoir, la possibilité. Sinon, ils vont être bloqués à quelque part.
Donc, je pense qu'il y a
ça aussi, cette espèce de double intention. Si le seuil était un peu plus bas
au niveau des formations et que ça ouvrait à plus de formations, sans doute que
les gens iraient encore plus vers des formations qui touchent leurs propres
intérêts, leurs motivations, puis que ce serait un peu plus varié au niveau de
la demande des différents DEP, des différentes formations.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : Parfait.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste 40 secondes.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) :
Bien, je n'ai pas d'autre question. Est-ce que vous voudriez ajouter quelque
chose?
Mme Ménard (Marjorie) : ...si je
peux me permettre. En fait, comme vous le savez, le réseau scolaire a
l'expertise en francisation depuis plus de 30 ans, là. Ça fait partie de
son régime pédagogique. Bien entendu, une
contribution étroite pour l'évaluation du français serait fort appréciée,
puisque l'expertise, elle est présente actuellement. Donc, comme rôle
accru, là, je pense qu'on pourrait tous contribuer, là, à l'évaluation du
français.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors là, le temps est écoulé. Je me tourne
maintenant du côté de l'opposition officielle pour une période de 12 min
23 s. M. le député, le temps est commencé.
M.
Derraji : Oui. Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous
quatre. Merci pour votre présence. Mémoire très détaillé. Vous ciblez
vraiment le PEQ du début jusqu'à la fin.
Avant d'aller dans le vif du sujet avec le
rapport... Vous avez vécu la dernière réforme de 2019. J'en suis sûr et certain, que, s'il y a un groupe qu'on doit
écouter sur les choses à ne plus faire avec le PEQ, c'est vous. Pouvez-vous nous
dire comment la dernière réforme a affecté vos services, a affecté vos
contacts, a affecté un peu le réseau qui utilise le PEQ comme moyen pour
attirer les étudiants internationaux au Québec?
Mme René
(Odile) : ...peut-être me lancer. Bien, je pense que la plus
grande différence, c'est qu'évidemment les consultations publiques... La
préparation n'a peut-être pas eu lieu lors de la première réforme. Donc,
d'arriver avec des changements rapides, des changements radicaux aussi, ça
chamboule un peu les choses pour tout le monde, pour... surtout pour les gens
qui avaient des projets de vie ou qui avaient basé leurs projets d'études sur
différentes choses qui, là, ne fonctionnaient plus. Il y a aussi des
travailleurs dans ça. Là, on n'en parle pas aujourd'hui, mais ça a aussi
affecté les travailleurs autant que les étudiants.
Donc, je pense que les choses à ne plus faire,
c'est ne plus changer les choses aussi radicalement sans avertissement. Ça, je
pense que c'est un peu la base, là, des changements de politique. Ensuite,
peut-être de toujours cibler c'est quoi,
notre besoin. Ça va être ça aussi, l'important. Donc là, à cette période-là,
quel était le besoin, vous pourrez répondre mieux que moi, mais,
aujourd'hui, c'est quoi, notre besoin? C'est un besoin au niveau de la
main-d'oeuvre. C'est un besoin au niveau d'avoir aussi des étudiants pour
pouvoir continuer à donner les formations dans les centres de formation
professionnelle. Donc, de cibler le besoin et de mettre les politiques en lien
avec le besoin pour atteindre notre objectif, finalement.
M. Derraji : Est-ce que vous avez vu
des classes, je dirais, où il n'y avait pas assez d'étudiants, surtout en
région, parce qu'il n'y avait pas assez d'étudiants internationaux? Au fait, en
quelque sorte, en quelque sorte, c'est qu'on...
Vous comprenez ce que je dis au niveau du barème pour des personnes pour ouvrir
une classe. Et moi, à l'époque, j'étais porte-parole. Je faisais presque la
même... la même chose. Drôle de coïncidence. Je recevais des appels en
région pour me faire dire de faire réaliser au gouvernement l'ampleur des
dégâts causés par la réforme du PEQ et que,
si on ferme le PEQ étudiants, c'est carrément des classes fermées en région
pour certaines formations. Pouvez-vous le confirmer?
Mme René (Odile) : ...pour le
confirmer. Par contre, moi, je peux confirmer qu'en ce moment on a encore des classes qui ferment. Il y en avait aussi
pendant la réforme. Il y en avait quelques... un petit peu avant la réforme,
mais c'est sûr que ça a quand même augmenté. Puis, encore aujourd'hui,
on a des classes qui ne ferment pas seulement en région, même à Montréal.
M. Derraji : Et je pense que vous
voulez intervenir.
Mme Ménard
(Marjorie) : ...je suis tout à fait en accord avec ma collègue,
là. Ça se voit encore aujourd'hui. Puis
ce n'est pas juste avec les étudiants internationaux, mais, nécessairement,
s'il y avait plus d'étudiants internationaux, il y aurait moins de fermetures de groupes, là. La composition des
groupes, c'est un enjeu essentiel, là, pour démarrer les groupes, et ça
se voit pour bien des programmes d'études.
M. Derraji : Oui. Donc, la pression
sur les programmes d'études, elle est tellement rendue forte que, sans
étudiants internationaux, on risque de compromettre certaines formations en
région éloignée et même à Montréal, vous me dites, même à Montréal, hein?
Est-ce que j'ai bien compris?
Une
voix : ...
M. Derraji : OK.
Parlez-moi un peu de la concurrence avec... avec l'Ontario. J'ai vu que, depuis
la réforme du PEQ, l'exemple
Gatineau-Ottawa, il y a pas mal de collèges qui, maintenant, recrutent à
l'international, mais on parlait aussi
du Nouveau-Brunswick. Pensez-vous que la réforme a poussé certains
étudiants internationaux d'aller voir ailleurs et non pas venir au
Québec?
Mme van der Knaap
(Lysiane) : Oui, bien, tu sais, il faut penser, là, à se mettre dans
les souliers d'un étudiant international qui se magasine une destination, puis
là il voit que le gouvernement change les règles rapidement, sans crier gare, un peu comme dit Odile. Donc là, il peut
avoir peur : Bien là, si je m'engage, est-ce qu'ils vont encore
changer les règles? Donc, il y a ça qui fait peur.
En plus, au Québec,
on a des délais plus longs de traitement des dossiers, là, après, là, pour
accéder à la résidence permanente, puis, tu sais, ce n'est pas un mois de plus,
là. C'est quand même assez substantiel comme délais supplémentaires.
Donc, on perd un peu
en attractivité. Puis nous, on suit beaucoup le marché, là. On a... On
surveille beaucoup le marché français, ouest-africain. On a des réseaux sociaux
très actifs à travers lesquels on rejoint 12 millions de personnes, puis ces
gens-là commentent beaucoup aussi, puis ils le disent. Puis on le voit, là, tu
sais, puis pas juste sur nos réseaux sociaux mais dans d'autres canaux aussi,
que le Québec est... Tu sais, il y en a beaucoup qui rêvent encore du Québec,
c'est certain, là, mais le Nouveau-Brunswick, l'Ontario, c'est des destinations
aussi, là, qui sont vraiment en compétition avec nous, là, malgré que ça...
puis pour des francophones. Puis le fédéral a lancé une offensive pour recruter
des étudiants internationaux francophones dans les autres provinces.
Donc, on est en
compétition, puis il faut demeurer compétitifs. Puis nos recommandations...
puis, dans le mémoire, on l'a écrit, je ne
l'ai pas mentionné parce que j'avais seulement 10 minutes, mais elles vont
aussi dans le sens de s'assurer que le Québec demeure compétitif, là, à
l'échelle internationale.
M. Derraji : C'est
là où je voulais vous ramener, parce que cette mise... cette mise en contexte,
elle est très importante pour le bénéfice des membres de la commission. En
général, avant d'entreprendre une nouvelle réforme, il faut apprendre des
erreurs du passé par rapport au PEQ. Le contexte a beaucoup, beaucoup, beaucoup
changé. La réforme, un, elle a dévoilé au grand... à tout le monde, surtout
ceux qui choisissent le Québec, d'autres possibilités d'aller dans d'autres provinces. Moi, j'ai vu l'offensive de beaucoup de
provinces, justement, d'aller dans des marchés francophones et je vois
des collèges de plus en plus partir à l'extérieur.
Là, j'ai devant moi
vos propositions et je vais y aller une à la fois rapidement. Vous, vous dites
qu'il faut permettre aux étudiants des universités anglophones de passer un
test de francisation pour juger de leur éligibilité au PEQ. Vous savez que
maintenant, par rapport au PEQ... Pensez-vous qu'avec la mesure qu'on a pour le
PEQ, qui cible les étudiants anglophones... pensez-vous que c'est une bonne
mesure pour garder ces jeunes au Québec ou, au contraire, ça ne va pas nous
aider à les garder?
Mme Marin
(Véronique) : Moi, je peux répondre. Non, c'est au contraire. Des
élèves qu'on recrute, qui viennent faire leur formation en anglais chez nous,
ils savent très bien que le Québec, c'est une province où on parle le français
et, quand ils viennent nous parler, ils sont très prêts. Ils sont d'ailleurs
motivés à apprendre le français. Mais souvent l'anglais, c'est leur deuxième
langue. Alors, pour commencer une formation, c'est plus facile pour eux. Mais tous,
et vous avez eu des témoignages ici dans les... la semaine passée, puis on en a
des dizaines à vous donner, c'est des élèves
qui sont très prêts, et veulent, et d'ailleurs commencent à apprendre le
français dès leurs pays d'origine.
Alors, en excluant ou
en mettant une exigence, en fait, au PEQ pour ces élèves-là, en fait, on enlève
une voie de francisation, parce qu'ils ne seront pas motivés à se franciser si,
à la fin, ils n'ont pas le même bénéfice que les autres élèves.
Alors, je vous
confirme que, dans les écoles... dans les centres de formation professionnelle
anglophones, les élèves commencent tout de
suite, presque dès l'arrivée au Québec, à prendre des cours de francisation,
que ce soit dans le centre lui-même ou ailleurs, à travers l'offre de services
du MIFI. Alors, ce n'est pas un enjeu, d'après nous. Et nous sommes
dédiés et on est là comme partenaires pour franciser ces élèves-là pour qu'ils
puissent devenir des membres productifs dans la communauté, qu'ils aient choisi
d'étudier en français ou en anglais.
• (18 h 20) •
M. Derraji : Donc,
votre demande aujourd'hui, que ce soit un étudiant dans une université
anglophone ou dans un réseau anglophone,
qu'il soit traité au même pied d'égalité que son homologue dans un autre cadre francophone.
On s'entend, la personne doit parler le français.
Mme Marin (Véronique) : ...ils peuvent le
démontrer par un test standardisé ou... le test du MIFI ou le test, en fait,
de francisation que nous offrons dans les commissions scolaires anglophones ou
francophones.
M. Derraji : Que
vous offrez. Excellent. Bon, je vais passer à un autre point que vous avez
marqué, qui est très important. Vous dites aujourd'hui que, le PEQ, on doit
l'élargir aux programmes collégiaux de formation professionnelle. Vous avez fait l'énumération de beaucoup de métiers qui
sont en demande énorme, avec une pénurie. Donc, c'est ça, votre demande
par rapport au PEQ.
Mme van der Knaap
(Lysiane) : Oui.
M.
Derraji : OK. Vous mentionnez qu'il faut simplifier les exigences de
travail du PEQ, parce que, là, le Programme de l'expérience québécoise, il y a
le volet étudiants, il y a le volet travailleurs. Qu'est-ce que vous voulez
qu'on enlève ou qu'est-ce que vous voulez que le gouvernement change dans la
prochaine version des exigences de travail pour le Programme de l'expérience
québécoise?
Mme van der Knaap
(Lysiane) : Bien, en fait, ce que le gouvernement propose
présentement, c'est de rayer la demande, là,
d'avoir une expérience de travail pour tous les étudiants étrangers, qu'ils
soient au niveau professionnel, technique ou universitaire, puis nous,
on salue, là, cette initiative-là. On pense que, quand même, les gens, quand
ils ont déjà fait un an, deux ans de formation, ils sont déjà quand même bien
intégrés. Puis, déjà, ils vont être sur leur permis
de travail postdiplôme, là, avant d'avoir leur résidence permanente. Ils ont
largement le temps de s'intégrer, là, avant
de recevoir la résidence permanente puis de devenir... faire partie du bassin
d'immigration permanente. Donc, ça, c'est quelque chose qu'on a salué
dans notre mémoire.
M. Derraji : OK.
Oui, allez-y.
Mme René
(Odile) : Peut-être, il ne faudrait pas oublier non plus que la
formation professionnelle... La majorité des
formations ont des stages obligatoires. Donc, il y a déjà une expérience en
entreprise, des stages obligatoires en entreprise, qui est vraiment très
présente, là. C'est... 80 %, c'est de la pratique. Donc, l'expérience est
déjà là en formation professionnelle, et ça,
on sent que, peut-être, c'est oublié parfois, justement. Donc, il ne faudrait
pas l'oublier.
M. Derraji : Oui. D'après vous, de votre expérience sur le
terrain, le taux de rétention d'étudiants internationaux en région avec ou sans
PEQ, pensez-vous qu'on va garder, si jamais il y a une opportunité de travail, on
s'entend, une opportunité de travail en région... Il est plus élevé, moins
élevé, pas du tout élevé, pas du tout intéressant?
Mme René
(Odile) : Je n'ai pas de pourcentage à vous donner. Par contre, je
sais que, comme la moyenne d'âge au niveau de la formation professionnelle est
à environ 30 ans, la moitié de ces étudiants-là sont des couples ou des
jeunes parents, donc, avec des enfants. Souvent, c'est une clientèle qui va
préférer aller vers les régions plutôt que d'aller dans les très grands centres
pour la facilité, justement, des services, pour la facilité avec les enfants,
la sécurité, etc. Donc, souvent, la clientèle va quand même être attirée vers
les régions. On a des témoignages de gens qui disent : Si c'était à
refaire, je retournerais faire ma formation en région, c'est sûr, parce que
l'intégration est plus facile, la communauté est plus accueillante, c'était
plus simple de m'intégrer avec cette clientèle-là d'à peu près une moyenne de
30 ans à peu près.
Mme Ménard
(Marjorie) : ...souvent, le modèle pédagogique privilégié, c'est
l'alternance travail-études. Donc, les heures prévues au programme d'études se
font presque la moitié, sinon plus, en milieu de travail. Donc, le centre de formation professionnelle est en lien
avec des entreprises, fait des ententes avec les entreprises pour qu'il y ait
une embauche puis que les heures de la formation se donnent en entreprise.
Donc, la personne est pleinement intégrée autant en emploi qu'à la
communauté, là, si elle vient avec sa famille, notamment.
M. Derraji : Je
ne sais pas combien de temps il nous reste.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : 20 secondes.
M. Derraji : Oui. Rapidement, permis fermés, les permis fermés
versus ouverts, est-ce que vous êtes interpelées par rapport à cela?
Mme René (Odile) : Bien, on sait, en 10
secondes, que les permis de travail fermés, ça commence à être un petit peu
plus populaire auprès des employeurs qui sont prêts à faire la démarche, à
payer, à mettre du temps, de l'énergie pour ça, mais ça reste un défi. Ce n'est
pas quelque chose de facile, pour un travailleur temporaire, de trouver un
employeur pour avoir un permis de travail fermé, surtout dans les domaines dans
lesquels on parle, parce que les domaines, justement, de construction,
les domaines de la santé, de l'éducation, c'est des domaines qu'il y a des
syndicats. Des fois, c'est plus compliqué. Donc, le permis de travail fermé
n'est pas toujours la bonne avenue. C'est un parcours de combattant.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on termine l'échange
avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci pour votre présentation. Vous
dites, dans le mémoire, puis c'est un fait, là : C'est 20 mois pour
la résidence permanente en moyenne au Québec, sept mois à l'extérieur. Comment
on explique ça encore aujourd'hui, en 2023? Pourquoi c'est trois fois plus long?
Mme René
(Odile) : Ce n'est pas vraiment à nous, je pense, qu'il faut poser la
question.
M. Cliche-Rivard : Mais vous avez...
Vous êtes des experts. Vous êtes sur le terrain. Vous développez des pistes.
Vous avez des idées. Vous parlez avec IRCC. Vous parlez au MIFI. Comment ça se
fait que c'est trois fois plus long au Québec?
Mme René (Odile) :
Je pense qu'il y a une partie au niveau du gouvernement fédéral, là, qu'on
ne pourra pas répondre ici, parce qu'il y a aussi les délais au niveau fédéral
qui sont même plus élevés pour les demandes qui proviennent du Québec. Donc...
M. Cliche-Rivard : ...traiter toutes
les autres, hors Québec, en sept mois. Donc, ils sont capables de traiter
celles du Québec en sept mois.
Mme René (Odile) : Donc, je ne le
sais pas. Je ne pourrais pas vous donner la réponse.
M. Cliche-Rivard : Parfait. On dit
PEQ...
Mme van der Knaap (Lysiane) : On a
le même sentiment que vous, là. On trouve que c'est injuste, inéquitable, mais
on n'a pas la réponse.
M. Cliche-Rivard : On dit : PEQ — Diplômés
hors seuil. Jusqu'à ce jour-là, on n'avait pas entendu parler de ça, par
contre, le hors seuil pour le PEQ étudiants, le PEQ — Diplômés.
Est-ce que, vraiment, on veut hors seuil ou si, finalement, on préfère juste
avoir le bon seuil? Tu sais, historiquement, il n'y en a pas eu, d'enjeu avec
le seuil. Le PEQ avait 8 000, 9 000, autour, de demandes
annuellement, puis on ne s'est jamais posé la question avant ce jour. Est-ce
que vous pensez que c'est comme une fausse bonne idée ou, finalement, on
reviendrait juste avec un seuil qui serait celui qu'on veut puis on aurait tout
dans l'immigration régulière, dans le seuil? Qu'est-ce que vous en pensez?
Mme René (Odile) : Je pense que ce
serait de ne pas se bloquer les...
M. Cliche-Rivard : ...
Mme René (Odile) : On ne s'est
jamais bloqués. Par contre, tu sais... Non, on se bloque parfois quand même, tu
sais, pour... En ce moment, la déclaration d'intérêt, on fait de la pige avec
un seuil. On se bloque.
M. Cliche-Rivard : ...
Mme René (Odile) : Non, sauf que,
là, on parle d'un seuil total d'immigration, donc, pas seulement pour le PEQ, pas seulement pour... Donc, c'est comme un
seuil total. Donc, pour le PEQ, il ne faudrait pas non plus se bloquer
encore, je pense.
M. Cliche-Rivard : OK. Mais, au
final, c'est un peu revenir au même, finalement. Tu sais, si on s'était donné
un seuil qui est celui auquel on s'attend, finalement, je ne sais pas ça va
être quoi, là, je n'ai pas les estimés, ça va-tu être 12 000, 13 000,
14 000, aucune idée, on reviendrait un peu à la même chose, là.
Finalement, on est en train de comparer deux choses qui sont peut-être les
mêmes.
On nous dit beaucoup, sur le terrain, que c'est
difficile, de plus en plus difficile de changer un CAQ pour études si on change
de niveau d'études. Est-ce que c'est une réalité que vous vivez sur le terrain?
Mme René (Odile) : Oui, c'est une
réalité. Je pense que ça s'explique quand même par la vérification qui se fait
au niveau de vérifier si les gens ont respecté leurs conditions de séjour de
CAQ, entre autres. Donc, il y a... On sent qu'il y a plus de vérification qui
est faite. On sent qu'il y a des enjeux qui sont soulevés, puis la vérification
vient avec. Je pense que ce n'est pas nécessairement mauvais non plus, parce
qu'il manquait peut-être un petit peu de vérification, comme, tout à l'heure,
on me demandait comment on pourrait faire pour vérifier que les gens vont
demeurer en région si jamais ils déclarent qu'ils vont en région. La vérification
est difficile sur des individus qui sont mobiles. Donc, je pense que ce n'est
pas mauvais qu'il y ait quand même une vérification de ce côté-là.
M. Cliche-Rivard : OK. Donc, ça ne
va pas... ou, normalement, ça finit par... ça finit par fonctionner. Moi, ce que j'entends, c'est que des gens,
malheureusement, bon, je ne sais pas, moi, sont inscrits au baccalauréat,
arrivent, c'est beaucoup plus difficile que ce à quoi ils s'attendaient,
finalement, à la fin de la première session, on se dit : Bon, ça ne marchera pas, mon affaire, je vais
échouer, malheureusement, et décident de s'inscrire dans un programme, dont ceux que vous avez nommés, DEP ou autre
chose, et là le changement est systématiquement bloqué, ça ne passe pas,
et ces gens-là se retrouvent dans une situation de précarisation. Le CAQ n'est
pas octroyé, il y a un échec à l'université, et là on se retrouve dans des gens
qui tombent sans statut.
• (18 h 30) •
Mme René (Odile) : Personnellement,
moi, ces dossiers-là... Celui que vous mentionnez, habituellement, fonctionne.
Ceux qui sont refusés ou intention de refus, c'est ceux qui ont traîné un peu
trop souvent. Donc, ceux que moi, je vois,
il existe plusieurs situations possibles, là, mais, habituellement, les gens
arrivent, finalement, ils ne commencent pas l'école puis là veulent
changer, là, ça se peut qu'il y ait un refus ou une intention de refus. Mais,
dans l'exemple que vous avez donné, habituellement, c'est accepté.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour le travail que vous faites. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Alors, sur ces bons mots, c'est... la
commission va ajourner, mais je tiens, au nom de mes... va suspendre, pas
ajourner, va suspendre quelques minutes, mais le... je tiens quand même à vous
remercier pour l'apport à nos travaux. Alors, on se revoit à 19 h 15.
(Suspension de la séance à 18 h 31)
(Reprise à 19 h 18)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons
un représentant du regroupement des... non, ce n'est pas celui-là, je
m'excuse... oui, c'est bien ça, le Regroupement des organismes en
francisation du Québec, M. Camona. Bienvenue, M. Camona, à la commission.
Alors, vous allez bénéficier...
Regroupement des
organismes en francisation du Québec (ROFQ)
M. Carmona (Carlos) : Merci, madame.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...d'une période de
10 minutes pour présenter votre... votre mémoire, vos
recommandations, puis va s'ensuivre par la suite — encore un pléonasme
que je viens de faire — une
période d'échange avec les parlementaires. Alors, le temps débute maintenant.
M. Carmona (Carlos) : Parfait.
Merci. Tout d'abord, Mme la Présidente et membres de la commission, je
m'appelle Carlos Carmona. Je suis le coordonnateur du Regroupement des
organismes en francisation du Québec.
Et, avant de
commencer, je tiens à vous présenter les excuses de la présidente de notre conseil
d'administration, Mme Anait
Aleksanian, qui aurait dû être présente ce soir. Malheureusement, elle se
trouve à des milliers de kilomètres, en Europe, et, pour elle, en ce moment, il est 4 heures du matin, donc
c'est un peu difficile de se connecter à cette... à cette activité.
Je vais vous
faire grâce de la présentation du ROFQ. Elle est à la page 3 du mémoire
que nous avons envoyé. Je pense... Je suis convaincu que la plupart de...
monsieur... Mmes et MM. les parlementaires, vous l'avez suffisamment lu,
et le regroupement est quand même assez connu au Québec.
Je tiens à camper cette présentation en disant,
tout d'abord, que la francisation qui se fait dans... en milieu communautaire
est beaucoup plus que seulement de la francisation. La plupart des organismes
communautaires qui travaillent en
francisation ont d'autres services, comme des services d'accueil, des services
d'installation, d'intégration, d'interprétabilité.
Ainsi donc, c'est une panoplie de services qui a comme objectif de faire qu'à
la fin de leurs parcours les personnes
immigrantes qui passent par ces organismes soient prêtes à s'intégrer
harmonieusement à la société québécoise qui les accueille.
• (19 h 20) •
Concernant... En commençant, je voudrais aussi
parler du rôle de la langue. On est complètement d'accord. On est... on est d'accord que le rôle que la
langue française doit jouer au Québec, c'est quelque chose de primordial. C'est
un élément qui doit jouer et c'est un élément qui doit être important pour
l'intégration des personnes immigrantes dans
la société québécoise. Nous sommes conscients que nous avons une responsabilité
pour promouvoir l'apprentissage de la
langue française, sachant que cette maîtrise, c'est ce qui va faciliter
l'intégration des immigrants dans la nouvelle société.
On
parle beaucoup... Dernièrement, on a beaucoup parlé du déclin du français,
notamment dans la région de Montréal, et, à plusieurs reprises, on a fait le
commentaire qu'un des éléments qui jouait sur le déclin de la langue, de cette
langue que j'adore et que je défends au Québec depuis plus de... depuis presque
50 ans... On dit toujours que les immigrants qui ne parlent pas français à la
maison peuvent contribuer au déclin de la langue française, ce à quoi je me
prononce en faux, absolument. Ce n'est pas parce que des immigrants parlent le
français dans leur maison... Ce n'est pas parce qu'ils veulent garder la
langue, la langue de leurs pays d'origine, qu'ils ne s'intègrent pas à la
société. On a énormément d'exemples de personnes... de personnes qui sont dans
la... dans cette société, ils sont très bien intégrés, et qui continuent à
parler français à la maison. Le fait de parler plusieurs langues, des langues
autres que le français, est un atout important et une richesse pour la société
québécoise.
Un des éléments qui apparaît dans la... dans la
consultation parle de promouvoir une... d'augmenter l'immigration dite
francophone. Nous comprenons ce que le ministère, ce que le gouvernement veut,
mais nous ne partageons pas complètement l'idée de se centrer dans une
immigration presque exclusivement francophone.
Nous pensons que le Québec devrait favoriser une
immigration plus... diversité, pardon, une immigration moins homogène en ce qui
concerne l'origine des personnes. Le Québec regorge de personnes immigrantes
issues d'autres... d'autres origines que
des... que de la francophonie, des personnes qui sont complètement intégrées.
Moi, ça fait presque 50 ans que je suis au Québec. Chez moi, je ne... je
parle l'espagnol ou le français et je ne me considère pas pour autant
quelqu'un qui va contribuer au déclin de la langue française. Je suis même
quelqu'un qui est maniaque dans la défense du français sur l'espace public.
Mais, chez moi, je compte... je garde ma langue maternelle parce que c'est une
richesse.
Lors
des discussions qu'on a eues il y a un an et demi, deux ans, de... les
discussions en commission parlementaire concernant le projet de loi n° 96, qui est devenu la loi n° 14,
nous avons clairement exprimé notre opposition
à la disposition exigeant que l'État s'adresse exclusivement en français aux
personnes immigrantes six mois après
leur arrivée au Québec. Nous persistons à penser que cette disposition va à
l'encontre de leur processus d'intégration et qui rend ces personnes-là
beaucoup plus vulnérables.
En tant que
spécialiste de la francisation, le regroupement existe depuis 1995, moi, je
suis professeur de français depuis... depuis mon arrivée au Québec en 1974,
nous saluons l'avènement de Francisation Québec ainsi que la volonté du
gouvernement de renforcer la maîtrise du français chez les personnes
immigrantes. Cette volonté doit quand même se traduire concrètement par un
élargissement de l'offre de services... de services en francisation aux
personnes immigrantes déjà au Québec, peu importe le statut de ces personnes.
Nous sommes
conscients que le ministère de l'Immigration fait de gros efforts pour
atteindre... pour atteindre des personnes,
que ce soient des résidents permanents, des travailleurs temporaires, leurs
conjoints, les étudiants étrangers, les demandeurs d'asile. Tout ça, c'est
fantastique, c'est très beau, sauf que quelquefois on se heurte à une
problématique qui n'est pas propre au
ministre de l'Immigration, qui existe aussi dans les milieux scolaires, la
pénurie d'enseignants. Quelquefois, depuis quelque temps, la pénurie
d'enseignants au MIFI a eu pour conséquence qu'un certain nombre de groupes, et notamment des groupes de personnes
débutantes, ne puissent pas commencer leur apprentissage de la langue, une situation qui persiste d'une session à
l'autre. Personnellement, j'ai l'espoir qu'avec l'arrivée de Francisation Québec cette situation change, mais j'apprécie... Mais, pour... (panne de son)
...une problématique. Il y a... il y a eu, de session en session, quelques groupes qui n'ont pas été
ouverts parce que le ministère n'avait pas le personnel enseignant suffisant
pour donner ces cours.
Qu'est-ce que ça a
comme conséquences pour les personnes qui ne peuvent pas suivre les cours?
Bien, il y a un risque, d'abord, de s'angliciser, surtout à Montréal. Ces
personnes vont avoir des difficultés pour se trouver un emploi. Ils vont avoir
la difficulté encore plus grande pour accéder à des formations professionnelles
spécialisées. Ils vont peut-être avoir aussi des problèmes pour l'inscription
des enfants à l'école. C'est des personnes qui vont rester non autonomes
pendant un certain temps parce qu'ils ne peuvent pas avoir accès aux cours.
Face à cette
situation, nous avons... nous avons l'idée, nous ne l'avons pas encore proposée
d'une façon officielle au ministère, nous avons l'idée de demander au ministère
de mettre sur pied certaines activités de l'apprentissage, des activités non
traditionnelles. Quand je dis «non traditionnelles», ça veut dire pas des cours
réguliers dans une salle de classe mais des activités qui pourraient inclure,
par exemple, des activités... activités ludiques,
des programmes d'immersion et des programmes en été dans les parcs, certaines
activités qui pourraient garder ces personnes avec... qui pourraient garder
ces personnes en contact avec la langue, en contact avec le français avant
d'avoir la possibilité d'intégrer un cours régulier.
Bon, j'ai fait
référence à la problématique de pénurie d'enseignants au ministère. Nous
exhortons le MIFI à trouver une solution viable et une solution efficace pour
augmenter le nombre d'enseignants afin de répondre à la demande et d'éviter
qu'il n'y ait des cours qui ne puissent pas se donner par manque de
professeurs.
Depuis la mise en
ligne de Francisation Québec, les demandes d'admission aux cours de français se
font exclusivement en ligne. C'est une excellente idée, à condition que les
conditions soient toutes là. Cependant, les premières expériences... c'est vrai
que ça fait deux, trois mois que cette application est en fonction, les
premières expériences avec cette nouvelle méthode se sont avérées pas mal
laborieuses, surtout étant donné qu'au début, pendant les premiers temps de
l'application, la langue de l'application... la langue de cette application
informatique est la même que celle que les personnes immigrantes souhaitent
apprendre, c'est-à-dire le français. Nous souhaitons qu'il y ait d'autres
langues qui puissent être mises à la disposition des personnes qui ne
maîtrisent pas le français de façon à
pouvoir faciliter leur accès à la plateforme, que ce soient des traductions de
courtoisie et d'autres... mais la façon de pouvoir donner à ces
personnes un accès le plus large possible.
Dans le document
présenté par le ministère, la proposition du... le ministère propose d'offrir
des cours de français pour les immigrants avant leur arrivée au Québec. Ça,
c'est une excellente nouvelle, c'est louable, mais il faudrait la prendre avec
des pincettes. C'est une... c'est une solution qui pourrait avoir certains
effets secondaires significatifs au Québec. Si les enseignants, si les
personnes qui enseignent à ces personnes avant d'arriver au Québec ne sont pas
familières avec la culture québécoise, les nouveaux arrivants pourraient
découvrir, en arrivant au Québec, que le français appris ne correspond pas
exactement à celui de la Belle Province mais plutôt au français hexagonal.
D'autre part, si on
veut contourner cet aspect, si la formation est dispensée à distance par des
enseignants québécois, si on parle de pénurie d'enseignement, il ne faudrait
pas aller enlever des enseignants pour les personnes qui sont sur place avant
de donner des cours à l'étranger. Donc, il ne faudrait pas réduire le nombre
d'enseignants disponibles localement, des personnes... des enseignants pour offrir
des cours aux personnes qui sont déjà sur le territoire avant de donner
l'information à l'extérieur.
• (19 h 30) •
Un aspect très
intéressant, c'est aussi la proposition d'augmenter la francisation en milieu
de travail. Il est évident que l'augmentation de la maîtrise du français chez
les travailleurs étrangers temporaires et la promotion de la francisation en
milieu de travail sont des mesures complémentaires et pourraient être
inefficaces si ces personnes-là n'ont pas la possibilité de mettre en application
leurs apprentissages. Si, quand ils vont aller travailler, le milieu de travail
les amène à parler en anglais, il est évident que tout ce qu'on aura fait pour
les franciser risque de ne pas... risque de
ne pas être valable. Les gens vont aller dans une formation, vont apprendre le
français, et, quand ils devront aller en salle de classe... quand ils devront
aller sur le marché du travail, là, on va se trouver avec la problématique que
ces gens-là travaillent en anglais. Il y a comme incohérence. Il faudrait que
le gouvernement puisse mettre sur pied... le gouvernement puisse exiger que le
milieu de travail soit... devienne un milieu de travail vraiment francophone.
La régionalisation de
l'immigration, c'est aussi l'installation des travailleurs temporaires en
dehors des zones urbaines, est aussi un
impératif pour accélérer. Il faudrait aussi augmenter les infrastructures
d'accueil dans les régions. Les travailleurs temporaires n'ont pas
seulement besoin d'un emploi, mais ils ont aussi besoin de logement pour eux,
pour leurs enfants, pour leur famille. Les enfants... Il est important que les
enfants aient accès à des services de garde pour les plus jeunes et aussi
pour... dans un établissement scolaire, pour les enfants qui sont plus âgés,
que ce soit de niveau primaire ou secondaire...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. Carmona...
M. Carmona (Carlos) : ...et
évidemment pour...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. Carmona, je vais juste vous demander de conclure. On a
dépassé un peu le temps. La ministre a pris de son temps, mais, si vous voulez
conclure...
M. Carmona (Carlos) : Oui. Je
vais conclure avec deux petites choses. Il est évident aussi qu'un élément qui
est important, c'est que ces travailleurs puissent avoir accès, un accès facile
et efficace aux services de santé.
Et, en finissant, parmi les deux scénarios que
le ministère présente, nous priorisons le scénario 1, c'est-à-dire
l'augmentation des niveaux... des niveaux d'immigration. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci pour cette présentation. Comme je disais, la ministre
a accepté de prendre un peu sur son temps. Il va donc vous rester à peu près
14 minutes. Le temps est à vous.
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 12, oui, 12 minutes.
Mme Fréchette : 12 minutes.
C'accord. Bien, merci. Merci, Mme la Présidente. Alors, merci, M. Carmina,
pour cette présentation. Merci de contribuer
aux échanges que nous tenons dans le cadre de cette commission parlementaire.
Veuillez transmettre également mes salutations à Mme Aleksanian, qui ne
pouvait pas être...
M. Carmona (Carlos) : Elle sera
de retour mardi prochain.
Mme Fréchette : Bon, parfait. Alors,
vous pourrez lui souhaiter un bon retour de ma part et merci d'avoir participé
à distance, via l'écrit, donc, à cette commission parlementaire.
Alors, bien, je ferais une première
intervention, en fait, sur l'idée que vous évoquez à l'effet qu'on risque
d'avoir un bassin d'immigrants qui soit insuffisamment diversifié du fait de
nos exigences en matière de français. Donc, pour nous, en fait, c'est vraiment
la langue française qui est l'axe principal d'action qui a guidé nos réformes au cours du printemps dernier, qu'on a présentées
au printemps dernier, mais, pour nous, ça ne signifie pas qu'il y aura,
comment dire, un nombre de pays géolocalisés, là, qui seront ciblés à
l'exclusion des autres. Toute personne qui a une connaissance du français
suffisante pourra aspirer à devenir immigrant permanent. Donc, pour nous, il
n'y a pas de critère qui soit associé au
pays de provenance, au pays d'origine. Et, des personnes qui parlent français,
qui maîtrisent le français, on en trouve partout sur la planète. Donc,
en ce sens-là, on est d'avis qu'il y aura quand même une bonne diversité, une
bonne diversification des pays de provenance des personnes qui immigreront au
Québec. Par ailleurs, il y a la voie
également de l'immigration temporaire qui constitue un passage potentiel pour
l'immigration permanente, et, dans nos immigrants temporaires, il y en a
de toutes sortes de langues et de pays de provenance. Donc, encore là, il y a
un bon bassin diversifié à partir duquel on pourra faire de la sélection pour
des immigrants permanents.
J'aimerais vous amener au thème que vous abordez
à la page 4. Justement, c'est sur la diversification de l'immigration. Une des raisons qui nous amène à
prioriser la connaissance du français parmi les immigrants qu'on voudra
rendre permanents, bien, il y a cette notion de rétention. À partir du moment
où les gens maîtrisent, connaissent le français, bien, le taux de rétention est
plus intéressant, est plus élevé, est plus important. Et j'en veux pour preuve,
là, les statistiques qu'on a pour l'année 2020. Si vous regardez, par
exemple, le taux de rétention des personnes qui sont arrivées au Québec cinq
ans auparavant, donc qui sont arrivées au Québec en 2015, ce taux de rétention,
il était de plus de 94 % pour les personnes qui ont déclaré connaître uniquement
le français à leur admission. Il tombait à 80 %, disons, près de 83 % pour les personnes qui ont déclaré connaître à
la fois le français et l'anglais, et il n'était que de 68,5 % pour
les personnes qui ont déclaré connaître uniquement l'anglais. Donc, si vous
comparez les personnes connaissant uniquement soit le français ou l'anglais,
bien, il y a un écart quand même fort important, là, 94 % versus
68 %.
Alors, vous, dans votre mémoire, vous dites
qu'en fait les non-francophones ont un taux de rétention potentiellement
supérieur à ceux qui maîtrisent le français et qui sont des francophones. Donc,
est-ce que vous pouvez élaborer, dans le fond, sur vos observations sur cette
dimension-là puis nous indiquer, en fait, sur quelle base vous vous appuyez
pour avancer cette affirmation?
M. Carmona (Carlos) : À vrai
dire, ça fait partie de notre expérience et de notre intuition. On a
l'impression que les personnes qui arrivent au Québec, qui apprennent le
français au Québec, et qui suivent un processus d'intégration comme celui qui
est prôné par le ministère, et qui vont faire siennes les valeurs du Québec
vont avoir une tendance plus facile pour rester au
Québec, plutôt que des personnes qui arrivent déjà en connaissant le français
et pour lesquelles, quelquefois, le fait d'arriver au Québec est un tremplin
pour aller ailleurs. Comme on dit dans notre mémoire, on n'a pas de statistique
comme telle. On se base beaucoup sur notre intuition, sur la connaissance du
terrain, sur l'expérience qu'on a. Et il me semble qu'à un moment donné on
invitait le ministère, peut-être, à faire une étude comparative, à ce
moment-là. C'est une suggestion qu'on vous propose.
Mme Fréchette : D'accord. On
regardera s'il nous faut de nouvelles données sur cette dimension-là. Je vous
amènerais, dans ce cas-là, à la page 5 de votre mémoire. En fait, ça porte
sur Francisation Québec. Vous indiquez, là, que la mise en place de
Francisation Québec devrait être associée à un élargissement de l'offre de
services.
Bon,
commençons par parler de l'élargissement de l'offre en diverses langues.
Simplement pour dire qu'il y a, à l'heure actuelle, déjà, en ligne, des
capsules linguistiques disponibles en anglais et en espagnol pour aider les
gens à compléter les formulaires pour s'inscrire dans le processus d'accès aux
cours de francisation. Alors, déjà, on a, là, diversifié les langues utilisées,
là, sur le site Internet pour aider les personnes, justement, qui ne maîtrisent
pas le français à pouvoir procéder, traverser la procédure initiale d'inscription
à Francisation Québec.
Et vous nous dites, donc, qu'il faudrait
considérer un élargissement de l'offre de services. Or, bien, depuis le
1er juin, quand même, là, toutes les personnes domiciliées au Québec, là,
ont accès à l'ensemble des services, et puis on
a quand même misé sur une gamme assez variée de services, des cours à temps
plein, à temps partiel, de jour, de soir, en présentiel, en virtuel, en
amont, en lieu de travail. Alors, qu'est-ce que vous nous proposez comme mesure
supplémentaire de diversification?
M. Carmona (Carlos) : Bien, je ne
propose absolument rien de supplémentaire, mais tout simplement mettre l'accent sur le fait que c'est une
excellente idée que cet élargissement soit déjà sur pied... sur place, je veux
dire, excusez-moi, mais à condition, comme on dit un peu plus tard,
qu'on ait le personnel enseignant pour pouvoir donner les cours.
Mme Fréchette : D'accord. Bien, ça,
on travaille là-dessus. On met les bouchées doubles pour avoir les ressources
nécessaires...
M. Carmona (Carlos) : J'ai entendu
dire qu'il y avait à peu près une trentaine de rendez-vous, d'examens par
semaine pour pouvoir trouver des professeurs pour la session du mois d'octobre,
ce dont je suis très content.
Mme Fréchette : Voilà. Bien, nous
aussi, on est affairés à ça et on met toute la gomme, comme on dit, pour faire
en sorte d'avoir les ressources requises pour répondre à la grande demande à
laquelle on fait face. Puis on en est contents,
de cette demande-là, parce que, manifestement, les gens ont répondu à notre
appel pour ce qui est de l'apprentissage du français.
• (19 h 40) •
Toujours en
relation avec l'élargissement de l'offre de services, bon, Francisation Québec
a également le mandat d'éveiller les jeunes enfants, les tout-petits à la
langue française. Donc, on travaille, en ce sens-là, sur différents projets, on
en a annoncé déjà quelques-uns au cours des dernières semaines, puis on
développe une offre bonifiée en francisation là où il y a des services
de garde qui sont disponibles. Alors, qu'est-ce que vous pensez de cette
approche-là, de travailler avec les tout-petits? Est-ce que vous avez déjà,
dans votre réseau, là, des organismes qui travaillent sur la francisation des
tout-petits? Est-ce que c'est une dimension que vous avez analysée ou dans
laquelle vous vous êtes engagés?
M. Carmona (Carlos) : C'est une
dimension sur laquelle on ne s'est pas encore penchés, à l'exception de
certains organismes qui font... qui offrent des camps d'été, OK, pendant...
quelque temps pendant l'été. Mais ce n'est pas pour les tout-petits, OK? Parce
que, les tout-petits, à la rigueur, on les prend, si vous voulez, passez-moi
une expression, par la bande, dans le sens où les parents qui vont suivre des
cours de français... Et, dans beaucoup de nos organismes, il y a des
haltes-garderies. Donc, en étant dans la halte-garderie, ces enfants sont déjà
en contact avec le français, et il y en a quelques-uns qui apprennent le
français pendant que leurs parents suivent les cours, qui sont, d'ailleurs,
donnés par le personnel du ministère. L'idée de les offrir dans les services de
garde, je trouve que c'est une excellente idée.
Mme Fréchette : Oui, bien,
d'ailleurs, on a fait l'annonce, là, il y a quelques semaines, avec, justement,
des interlocuteurs, des partenaires qui sont du milieu des haltes-garderies
pour faire en sorte... des CPE, plutôt, pour faire en sorte qu'il y ait des
pictogrammes, là, qui puissent être utilisés par des tout-petits qui ne
maîtrisent pas le français mais qui voudraient s'exprimer, et qui permettront
d'avoir un canal de communication entre les éducatrices, et les tout-petits, et
les parents également de ces enfants. Donc, une formule bien intéressante.
Alors, à partir d'ici, bien, je vais céder la
parole à des collègues, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre.
Alors, je reconnais la députée de Vimont. Il vous reste
2 min 48 s.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci, Mme
la Présidente. Bonsoir. Ça passe vite, hein, le temps.
M. Carmona
(Carlos) : Oui, Mme la députée. Je suis désolé.
Mme Schmaltz : Écoutez, à la
page 6, vous... bien, en fait, vous avez... puis pendant votre... tantôt,
votre présentation, vous avez mentionné
l'intérêt de la francisation dans le milieu du travail, mais ça nécessite la
collaboration des employeurs.
M. Carmona (Carlos) : Absolument.
Mme Schmaltz : De quelle façon on
pourrait mobiliser, justement, davantage les employeurs?
M. Carmona (Carlos) : Il y a eu une
époque... Moi, je suis un ancien de la francisation, OK? Il y a eu une époque où le ministère offrait des cours de
francisation en milieu de travail, offerts, donnés par le ministère, OK, avec
des professeurs du ministère pendant les
heures de travail. Ça, c'est une façon de faire. Et le ministère... Évidemment,
je ne connais pas les ententes qu'il y avait entre le ministère et les
employeurs, mais l'idée, à l'époque, c'était sortir des employés pendant...
deux ou trois fois par semaine pendant deux heures de leur travail pour
qu'ils puissent suivre des cours de français
dans leur milieu de travail et de ne pas attendre 5 h 30,
6 heures, de finir leur journée de cours, rentrer à la maison
rapidement pour prendre une douche, se changer, prendre un sandwich et aller à
un cours jusqu'à 9 heures, 9 h 30. L'idée qu'ils puissent le
faire pendant les...
Est-ce que le ministère... est-ce que le... je
veux dire, est-ce que le gouvernement aura la possibilité d'offrir une certaine
compensation aux employeurs pour qu'ils puissent libérer les employeurs... les
employés pour qu'ils puissent suivre des cours? Là-dessus, je vous avoue que je
ne sais pas, mais ce serait... Pour moi, c'est une façon de motiver les
employés.
L'autre aspect, c'est : Est-ce que les...
est-ce que le milieu de travail comme tel... est-ce que le travail va se faire
en français? Si le travail ne se fait pas en français, on peut avoir les
meilleurs cours de français, et les employés ne parleront pas français.
Mme Schmaltz : J'ai le temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
Mme Schmaltz : 30 secondes. En
fait, vous savez, la francisation en milieu de travail se veut, justement, une
francisation pendant les heures de travail. C'est l'objectif souhaité.
M. Carmona (Carlos) : Excellent.
Mme Schmaltz : Ça, c'est l'objectif
souhaité. On a entendu quand même de belles histoires de réalisations auprès
d'entreprises qui ont réussi, justement, à conjuguer les deux, c'est-à-dire de
franciser en même temps que les heures de travail. Donc, ça, c'est une
solution. Puis effectivement de... Ce n'est pas toujours évident non plus de suivre, là, des cours de francisation après les
heures de travail. Voilà pourquoi c'est une des solutions, là, qui est
envisagée.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à cette première
partie d'échange avec les parlementaires. Je
vais me tourner du côté de l'opposition officielle avec la députée de Chomedey pour une période de
12 min 23 s.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour.
M. Carmona (Carlos) : Bonjour,
madame.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous
représentez plusieurs organismes, dont un, je connais, c'est dans mon coin de
Chomedey, Carrefour intercultures. Donc, vous représentez de la
Capitale-Nationale à Îles-de-la-Madeleine, Chaudière-Appalaches, partout.
M. Carmona (Carlos) : On a à peu
près... Actuellement, on a à peu près une cinquantaine d'organismes sur
l'ensemble du Québec. La plupart sont concentrés dans la grande région
métropolitaine de Montréal, mais il y en a aussi à l'extérieur. On en a du côté
de Gatineau, la capitale nationale, Drummondville, et ainsi de... On va... Et
on va même... On allait même jusqu'en
Gaspésie. Malheureusement, l'organisme qui était en Gaspésie a décidé, à un
moment donné, de se retirer de la francisation pour d'autres raisons.
Mais, en principe, nous couvrons le territoire.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce que je
devrais demander pourquoi ils se sont retirés?
M. Carmona
(Carlos) : Oui. Parce que leur vocation primaire... leur
vocation primaire, c'est la... l'alphabétisation, et ils préfèrent se
concentrer dans l'alphabétisation. Parce que le ministère, et là je répète ce
qu'ils m'ont dit, le ministère leur a exigé d'avoir une vingtaine de personnes
pour ouvrir un groupe, et ils n'arrivent jamais à avoir 20 personnes, donc...
Et il y a un centre de services scolaire de la commission scolaire du coin qui
offre les services. Donc,
pour éviter la concurrence avec les services, le centre de services scolaire,
il y a eu une sorte d'entente à l'amiable. Il y en a un qui reste en
alphabétisation et l'autre qui se consacre à la francisation. Ça, c'est en
Gaspé... à Gaspé.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce
que...est-ce que, malgré qu'il y a beaucoup d'organismes qui sont
toujours là, et ils n'ont pas fermé comme Gaspé... Mais est-ce qu'on vit
cette situation ailleurs, s'il n'y a pas assez de nombres, on ne donne pas des
cours... on n'a pas l'autorisation de donner des cours de francisation?
M. Carmona
(Carlos) : Quand les cours sont donnés par les professeurs du
ministère, les règles du jeu sont plus
strictes, parce qu'en plus il y a la convention collective qui entre en ligne
de compte. Quand c'est des organismes qui se trouvent dans des zones
plus éloignées, les organismes ont la possibilité d'engager leurs propres
professeurs, et là il entre en jeu la négociation avec l'ancienne direction de
la francisation, à savoir combien de personnes le ministère va accepter que
l'organisme puisse avoir dans ce cas. Ça peut aller à 10 personnes au lieu
de 20. Il y a un jeu qui peut se faire. Mais ce n'est pas aussi strict que
quand on dit : 20 personnes dans une classe ou 13 personnes si les personnes sont des personnes peu scolarisées.
La possibilité existe. C'est les... Il y a les... C'est ce qu'on appelle...
Le ministère, il a une formule qui s'appelle un achat de groupe. Donc, le
ministère va acheter les services de l'organisme pour qu'il donne ces cours. Il
doit y avoir à peu près une dizaine sur l'ensemble du Québec, au travers...
oui, peut-être une dizaine.
Mme Lakhoyan Olivier :
Très intéressant. Vous connaissez tellement... Vraiment, vous donnez de...
M. Carmona
(Carlos) : Madame, je pense que je suis né... Je pense que... J'ai pu
arriver au Québec en 1974 et déjà, en 1978,
j'étais dans les anciens COFI. Et j'ai fait toute ma carrière au ministère de
l'Immigration, jusqu'à il y a trois ans, que j'ai pris ma retraite et je
suis passé de l'autre côté de la muraille.
• (19 h 50) •
Mme Lakhoyan
Olivier : Bien, on est honorés de vous avoir.
M. Carmona
(Carlos) : L'honneur est pour moi.
Mme Lakhoyan
Olivier : Avec la francisation dans les régions... D'après vous, quel
est l'état de situation sur la francisation des personnes immigrantes dans les
régions? Est-ce qu'on est capables de réussir?
M. Carmona (Carlos) :
On est capables de réussir si les employeurs collaborent, parce que la
francisation en région, elle est
actuellement... La plupart des personnes qui assistent à ces cours, c'est des
travailleurs temporaires. Donc, quelquefois, les employeurs ont certains
besoins de garder leurs employés pour du temps supplémentaire ou autres choses.
Donc, ça se fait, mais ça prend plus de temps. Et quelquefois la personne va
pouvoir... va devoir annuler ou à s'absenter à un cours, quelquefois, parce que
son employeur lui demande de rester. Et, si, par hasard, la personne qui doit faire du temps supplémentaire
est la personne qui a la voiture pour emmener ses trois ou quatre autres collègues
au cours de français, là, ce n'est pas un seul qui est absent, mais il y en a
trois ou quatre. La réalité n'est pas la même que dans les grandes villes.
Mme Lakhoyan
Olivier : Donc, comment on peut faire pour pallier à ça?
M. Carmona
(Carlos) : Oh! je reviens à ma marotte de... Il faut sensibiliser les
employeurs, OK? C'est que je n'ai pas de miracle, je n'ai pas de solution pour
sensibiliser les employeurs. Mais, en région, les employeurs devraient pouvoir
donner des facilités à ces travailleurs qui vont s'installer dans leur région.
On parle de pénurie de main-d'oeuvre. Pourquoi ne pas donner... la plupart...
ne pas donner les... toutes les facilités nécessaires pour que ces personnes puissent apprendre le français et de
rester dans la région, et ne pas se plaindre qu'il nous manque de personnel?
Mme Lakhoyan
Olivier : Le manque de personnel, c'est un problème. Pour sensibiliser
les employeurs, outre que le manque de personnel, est-ce que... est-ce qu'il y
a un service, de la part du MIFI, qui explique ou il devrait-tu y avoir... afin
de sensibiliser les employeurs?
M. Carmona
(Carlos) : Ce n'est pas à moi que vous devez poser la question. Elle
est en face de vous, là.
Mme Lakhoyan
Olivier : OK...
M. Carmona
(Carlos) : Je sais que... Non, mais, écoutez... Non, je sais que le
ministère a du personnel en région, mais quel est leur mandat et comment ils le
mettent... comment ils le mettent à... comment ils le réalisent? J'imagine que
ça se fait, mais je ne suis plus dans les secrets des dieux, au ministère.
Mme Lakhoyan
Olivier : Pas tous les secrets, quelques secrets.
M. Carmona
(Carlos) : Pas tous les secrets, effectivement, oui. OK.
Mme
Lakhoyan Olivier : Concernant les petites et moyennes entreprises,
pour la francisation, est-ce que vous pensez que ça fonctionne?
M. Carmona
(Carlos) : Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je veux tout de suite
vous... Il y a une vingtaine d'années, le ministère a remis sur pied des cours
où on regroupait des personnes de différentes entreprises dans un endroit.
Est-ce que ce ne serait peut-être pas une formule à reprendre, c'est-à-dire, au
lieu... de faire des cours en milieu de travail pour un ensemble d'employeurs
de la même région? Ça pourrait se faire, de la même façon qu'il y a eu des cours pour les... en hôtellerie, des cours,
en restauration, auprès des employés. Ça s'est déjà fait et ça pourrait se
faire à nouveau.
Mme Lakhoyan
Olivier : Vous avez mentionné... Concernant le délai de six mois, vous
avez mentionné le projet de loi n° 96, qui est devenu la loi n° 14, exigeant... L'État s'adresse exclusivement en
français aux personnes immigrantes six mois
après leur arrivée au Québec. Vous dites que vous avez critiqué. Pouvez-vous
élaborer là-dessus? Parce que ça, c'est un sujet, là... On peut en
parler longtemps.
M. Carmona (Carlos) : Oui, je vous comprends.
Bien, pour apprendre... pour apprendre le français, et fiez-vous... mon expérience de prof, OK, pour apprendre le
français, on a besoin d'à peu près 1 800, 1 800 heures
d'apprentissage. C'est entre 1 500 et 1 800 pour atteindre le
niveau 7, qui est le niveau de sortie prôné par le ministère. Et ça, 1 800 ou 1 500 heures, c'est
un an... un an et demi d'apprentissage. Est-ce que vous pensez qu'en six mois
les gens vont pouvoir... quelqu'un qui arrive au Québec et qui ne parle
pas du tout le français va pouvoir apprendre le français suffisamment pour
communiquer, parce que l'objectif, c'est ça, communiquer avec le personnel de
l'État? Il va peut-être apprendre le français pour se débrouiller dans la vie
de tous les jours. Il va pouvoir aller à l'épicerie, il va pouvoir... même si j'ai des doutes, aller voir le médecin. Il y a des
choses qu'il... que la personne va pouvoir faire en six mois d'apprentissage,
à condition, d'abord... à condition aussi que cet apprentissage se fasse à
temps plein. Mais les gens ne suivent pas tous des cours à temps plein. Il y en
a qui suivent des cours à raison de six heures par semaine, à raison de
neuf heures par semaine, à raison de 12 heures par semaine. Donc,
c'est... Je ne sais pas par quel miracle les gens pourraient apprendre la
langue suffisamment pour communiquer avec l'État en français six mois après
leur arrivée. J'essaie de rester calme quand
je parle de ça, mais, dans d'autres circonstances, j'aurais utilisé un autre
mot pour qualifier cette mesure.
Mme Lakhoyan
Olivier : Donc, d'après vous, l'exigence de six mois, qu'est-ce qu'on
fait avec ça? Est-ce que la ministre...
M. Carmona
(Carlos) : D'après moi, s'il y avait la possibilité de l'abolir, je
serais... je... moi et plusieurs personnes seraient très contents. Est-ce que
c'est moi qui peux faire ça? Il y a un gouvernement qui peut faire ça. Vous,
vous êtes dans l'opposition, vous ne pouvez pas le faire, mais, peut-être, à un
moment donné, quelqu'un... ça va tomber dans une bonne... d'une bonne... Et une
loi, ça se modifie. La loi n° 14, ça, c'est une
loi qui a modifié la Charte de la langue
française. Donc, pourquoi ne pas
avoir encore de nouvelles modifications pour enlever cette obligation,
pour la modifier?
Mme Lakhoyan
Olivier : ...entre un immigrant et un autre, ici, on comprend c'est
quoi, recommencer et puis apprendre une nouvelle langue. Donc, peut-être, nous,
on comprend, c'est une autre peau, aller à un autre pays puis voir, comme, mes parents apprendre, moi-même
apprendre. Donc, ce n'est pas évident, apprendre une nouvelle langue. Et les
immigrants qui... d'habitude, quand ils déménagent dans un pays, ils veulent
apprendre la langue, c'est sûr. Donc... Mais c'est ça. Donc, la limite,
vous trouvez que c'est un... c'est un problème.
M. Carmona (Carlos) : Ce n'est pas seulement
moi. Il y a plusieurs autres. Je suis convaincu qu'il y a d'autres
organisations qui trouvent aussi que c'est un problème.
Mme Lakhoyan
Olivier : Une autre question concernant la francisation. Vous parlez
de francisation avant d'arriver au Québec...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : En fait, la période est terminée, Mme la
députée.
Mme Lakhoyan
Olivier : Merci beaucoup. J'ai eu plaisir de vous écouter.
M. Carmona
(Carlos) : Merci à vous, madame...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : M. Carmona, vous faites bien de faire
attention aux mots, parce que je suis gardienne du temps et des mots aussi. On
termine, donc, cette période d'échange avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup pour cette
belle présentation. Je vous amène à la page 5, sur l'élargissement des
services de francisation. Vous disiez : Un élargissement pour que tous
soient inclus, quel que soit leur statut. Là, vous dites :
Résidents permanents, travailleurs étrangers, conjoints, étudiants, demandeurs
d'asile. Qui n'est pas inclus en ce moment? Qui n'a pas accès à ces
services-là? Vous demandez un élargissement.
M. Carmona (Carlos) : En
fait, j'ai peut-être une autre formulation. Elle est mal faite. C'est comme
demander... Je pense qu'en fait c'est surtout insister sur le fait que
Francisation Québec avait... Et je ne sais pas... Parce qu'il me semble
manquer... Les personnes qui viennent des peuples... des Premières Nations
sont... ont encore... ont aussi accès maintenant. OK. C'est peut-être une
mauvaise formulation qu'on a faite là-dessus...
M.
Cliche-Rivard : OK. Il n'y a pas de problème.
M. Carmona (Carlos) : ...mais on voulait tout
simplement souligner le fait que tout le monde devrait apprendre le
français.
M.
Cliche-Rivard : Mais, corrigez-moi si je me trompe, ce n'est pas tout
le monde qui reçoit les mêmes allocations ou les mêmes aides ou subventions.
M. Carmona
(Carlos) : Ah! ça, c'est autre chose. Ça, c'est autre chose.
M.
Cliche-Rivard : Oui. Pouvez-vous nous informer là-dessus? Qui reçoit
ça? Est-ce que vous le savez?
M. Carmona
(Carlos) : Les demandeurs d'asile, par exemple, ont accès aux cours de
français mais n'ont pas accès aux allocations de formation. Par contre, ils
sont prestataires de l'aide sociale, OK? Est-ce que... C'est peut-être la...
• (20 heures) •
M.
Cliche-Rivard : Bien, ça, on ne le sait pas.
M. Carmona
(Carlos) : C'est peut-être la raison. Je dis «peut-être»...
M.
Cliche-Rivard : Peut-être.
M. Carmona (Carlos) : ...OK, peut-être. Parce
que, dans le formulaire de demande d'admission à la francisation, on
demande si les gens reçoivent des allocations d'autres...
M.
Cliche-Rivard : Je comprends.
M. Carmona
(Carlos) : ...d'autres secteurs, la CNESST, l'aide sociale et... Je ne
me souviens pas. Il y a deux ou trois sources de... Et les personnes qui
reçoivent de l'argent d'une de ces sources-là ne reçoivent pas des allocations
de la part du MIFI.
M.
Cliche-Rivard : Elles ne sont pas cumulées. Exactement.
M. Carmona
(Carlos) : Bien, c'est ça. OK.
M.
Cliche-Rivard : Est-ce que vous pensez que c'est un frein à l'accès à
la francisation des demandeurs d'asile, le fait qu'ils n'aient pas accès à
cette allocation? Est-ce que vous pensez que ça devrait être élargi?
M. Carmona (Carlos) :
Dans un monde idéal, peut-être, mais à quel coût?
M.
Cliche-Rivard : Ah! ça, c'est toujours la question. C'est toujours la
question. Je vous amène sur un autre sujet.
À la fin, vous choisissez un scénario. Vous choisissez le scénario 1. Pouvez-vous
nous en dire un peu plus, davantage, sur votre décision?
M. Carmona
(Carlos) : Bien, 60 000 personnes, je pense que ce n'est pas
suffisant, OK? À la rigueur, on choisit... Parce que le statu... Nous, on n'est
pas... Le statu quo n'est pas suffisant pour nous. Le Québec a besoin de
main-d'oeuvre. Le Québec a besoin d'augmenter sa population. Le Québec est...
Le taux de natalité au Québec est toujours très bas, et ça se compense avec
l'arrivée des immigrants et avec les enfants que les nouveaux arrivants font
quand ils arrivent au Québec.
M.
Cliche-Rivard : Est-ce que vous aviez un chiffre, vous? Vous dites que
60 000, ce n'est pas suffisant. Est-ce que vous aviez pensé à 70 000?
M. Carmona
(Carlos) : Je ne suis pas économiste, mais, en réalité, je pense que,
même quand on parle de 60 000, ce sera toujours... ce sera beaucoup plus,
parce qu'il y a des travailleurs temporaires qui ne sont pas comptés dans ce
nombre.
M.
Cliche-Rivard : Oui, puis il y a le Programme de l'expérience québécoise,
volet Diplômés...
M. Carmona (Carlos) : Absolument,
oui.
M. Cliche-Rivard :
...qui va peut-être, donc, monter, je ne sais pas, moi, à 72 000,
74 000.
M. Carmona (Carlos) : Et, avec la
diminution des frais de scolarité dans certains cégeps, par exemple, certaines
universités, avec certains programmes, ça risque aussi d'augmenter.
M. Cliche-Rivard : Et...
M. Carmona
(Carlos) : Alors, on aurait été très naïfs de garder le statu
quo quand on sait que, dans la pratique, c'est déjà plus.
M.
Cliche-Rivard : Oui, parce que vous dites que, d'un côté... Et ça,
ce n'est pas tellement abordé. De l'autre côté, vous nous parlez des
temporaires, donc, qui sont, eux, en augmentation constante. C'est ça que vous
vous disiez, hein?
M. Carmona (Carlos) : Bien, il y a
de plus en plus de temporaires. Il y en a certains qui suivent des cours. Moi,
je donne des cours, un cours sur les valeurs de la société québécoise...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : M. Carmona...
M. Carmona (Carlos) : Madame...
M. Cliche-Rivard : C'est tout le
temps qu'on a. Merci, hein?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est tout le temps que nous avions.
M. Carmona (Carlos) : Pas correct.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, au nom des gens de la commission, je vous remercie
pour l'apport à nos travaux.
Et je vais
suspendre quelques instants, le temps de recevoir le prochain groupe. Merci
beaucoup, M. Carmona. Bonne soirée.
M. Carmona (Carlos) : Merci.
Merci à vous.
(Suspension de la séance à 20 h 03)
(Reprise à 20 h 04)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons, pour l'heure, Le Centre de
réfugiés, représenté par trois personnes que j'ai devant moi. Alors, madame,
messieurs, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour faire
votre exposé, et ensuite on va échanger avec les parlementaires. Alors... Et
évidemment vous présenter, hein, ce serait une bonne chose. Alors, le temps
commence pour vous maintenant.
Le Centre de réfugiés
M. Swaid (Kinan) : Merci
beaucoup. Donc, honorables membres de l'Assemblée nationale, je m'appelle Kinan
Swaid. Je suis le directeur des opérations au Centre des réfugiés. Mon
collègue, Me Pierre-Luc Bouchard, et ma collègue, Camille Fournel,
coordinatrice de l'engagement.
Donc, aujourd'hui, nous nous présentons devant
vous en tant que représentants du Centre de réfugiés, une organisation située à
Tiohtià:ke, Montréal, engagée dans le bien-être et l'intégration des personnes
réfugiées, des demandeurs d'asile et des personnes immigrantes. Notre mission
ne se limite pas simplement à répondre aux besoins de base des demandeurs d'asile, mais également à encourager les
législateurs des différents paliers du gouvernement à voter des politiques qui favorisent l'intégration
et limitent toute forme de marginalisation de cette population vulnérable.
Au cours de l'année 2023, les différents
services de notre organisation ont connu un achalandage record. Lorsque nous
avons comparé nos données internes à celles du gouvernement fédéral, nous avons
constaté que nous avions aidé près d'un demandeur d'asile sur cinq qui entrait
au Québec. Des médias internationaux comme CNN sont même venus dans nos bureaux
pour faire des reportages.
Donc, nous
sommes, d'ailleurs, les seuls... une des seules cliniques juridiques qui
offrent des services gratuits, incluant la représentation, aux personnes
réfugiées à Montréal. Nous avons également des services d'accompagnement,
de santé mentale et physique, aide à
l'emploi, de l'aide académique. Bref, nous offrons des services de première
ligne à cette population qui ne cesse de croître.
Tout
d'abord, nous reconnaissons le rôle exemplaire du Québec, parmi les autres
provinces canadiennes, dans la prise en
charge des demandeurs d'asile. De manière distinctive, le Québec est la seule
province dotée d'une entité spécialisée, et là je parle du PRAIDA, qui a
pour mission de faciliter l'établissement et l'intégration des demandeurs d'asile au Québec en offrant de l'hébergement
temporaire et un suivi psychosocial. Cette initiative souligne l'engagement
indéniable du Québec envers les individus cherchant refuge sur son territoire.
Cependant,
malgré nos avancées significatives, le contexte mondial nous demande encore
plus. Nous assistons à un niveau de
déplacement sans précédent à l'échelle mondiale, une tendance qui ne montre
aucun signe de ralentissement.
Alors que nous sommes à l'avant-garde en matière d'accueil des personnes
réfugiées, il est d'autant plus crucial pour... les défis et d'éviter les
erreurs qui pourraient entraver le processus de réinsertion.
Donc, dans notre
recommandation... Les retards dans le traitement de certificats de sélection du
Québec, en particulier pour des groupes vulnérables tels que les mineurs non
accompagnés, peuvent avoir des conséquences graves. Imaginez un enfant seul
ayant besoin de soins médicaux, attendant deux ans pour accéder aux soins de
santé de base. Ce n'est pas seulement un retard bureaucratique, c'est une
situation qui peut avoir un impact déterminant sur la vie d'un enfant. D'un
point de vue social, l'intégration des personnes réfugiées et des demandeurs
d'asile est bénéfique non seulement pour eux, mais aussi pour l'ensemble du
Québec.
Là, je vais
rejoindre... La plateforme Francisation Québec témoigne des résultats positifs
obtenus lorsque nous privilégions l'intégration linguistique et culturelle. En
rendant cette plateforme accessible en plusieurs langues, nous aidons non seulement les nouveaux arrivants,
mais aussi nous allégeons le fardeau des organisations communautaires.
Au lieu de passer notre temps à faire des traductions pour les nouveaux
arrivants, c'est déjà traduit, c'est déjà fait, c'est déjà sûr de leurs
traductions.
De plus, la pénurie
actuelle de main-d'oeuvre au Québec nous offre une opportunité unique. Les
demandeurs d'asile, dont beaucoup possèdent
des compétences et une expérience précieuses, sont déjà sur notre territoire,
désireux de contribuer. Ils
apprennent déjà le français. Ils sont déjà ici. Ils comprennent le système. Il
faut juste élargir l'accès aux programmes de formation professionnelle.
Nous pouvons répondre à nos besoins en main-d'oeuvre tout en facilitant
simultanément l'intégration des individus, d'accord?
Et là on va se
déplacer vers un côté un peu plus juridique avec Me Pierre-Luc Bouchard.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : Alors,
oui, toujours dans notre discours d'ouverture, on veut attirer aussi
l'attention sur le fait qu'il est prévu dans la planification de traiter
450 demandes de CSQ pour les cas d'ordre humanitaire et 3 550 pour
les demandeurs d'asile acceptés. Cependant, les chiffres démontrent qu'il y
aurait plus de 18 000 réfugiés acceptés au Québec. En 2022, environ
64 % de toutes les demandes d'asile au Canada étaient faites sur le
territoire du Québec. Sur les... 45 000, pardon, demandes traitées par la
commission de l'immigration et du statut des réfugiés, 28 000 ont été
acceptées. Cela signifie qu'environ 18 000 de ces demandes acceptées
étaient au Québec. Pourtant, notre plan actuel ne traite que 3 550 d'entre
elles pour un CSQ.
• (20 h 10) •
Pour résumer, les cas
d'ordre humanitaire, un traitement à un taux de 450 par ans peut signifier une
attente de plus de 20 ans pour un CSQ.
Ce n'est pas seulement une attente, c'est une part importante de la vie d'un
individu. Cela impacte ses années les
plus déterminantes, dans des cas qu'on parle, pour les mineurs, par exemple,
non accompagnés. Dans d'autres cas, ces individus ne sont pas des
nouveaux arrivants. Ils vivent au Québec, apprennent la langue et participent à la société. Pourtant, ils sont
confrontés à plusieurs obstacles du fait qu'ils sont dans l'attente de leur CSQ.
Ils sont limités dans leurs perspectives d'emploi, leurs opportunités
éducatives et leur intégration globale dans la société québécoise. Ce n'est pas
seulement un retard, c'est un obstacle social.
Nous suggérons que
les cas d'ordre humanitaire et les personnes protégées soient catégorisés
séparément des nouveaux immigrants. Ils ne sont pas nouveaux, bien souvent. Ils
sont déjà membres et contribuent activement à la société québécoise. Lorsque le
gouvernement planifie l'immigration, c'est généralement pour ceux et celles qui
ne sont pas encore arrivés, mais ces individus sont ici, intégrés, et font
partie de notre communauté actuelle. Ce n'est pas
un ajout futur, ils sont présents. Nous demandons une distinction dans le
traitement des demandes de CSQ pour eux.
Pour
répondre aux délais d'attente actuels, nous recommandons de traiter plus de
3 000 demandes par an pour les cas d'ordre humanitaire et 8 000
pour les personnes protégées. Il ne s'agit pas d'amener plus de monde. Il s'agit
de reconnaître et de traiter correctement
ceux qui sont déjà ici, séparément des 60 000 nouveaux arrivants
qu'on a projetés. Nous soutenons toute initiative qui vise à aider ces
populations, peu importe le parti politique.
En conclusion, nos
recommandations concernent la vision d'un Québec inclusif, compatissant, tourné
vers l'avenir, un Québec qui reconnaît le potentiel de chaque individu, quel
que soit son lieu d'origine, un Québec qui se présente comme un phare d'espoir
pour ceux qui cherchent une terre d'accueil.
Je vais... Excuse,
veux-tu me passer... Ah! il est ici. Excusez-moi. On a émis dans notre rapport
sept recommandations qui tombent sous la juridiction spécifique du Québec, et,
dans le cadre des échanges qu'on espère avoir avec vous aujourd'hui, on veut
traiter, justement, les thèmes comme la francisation, qui a été abondamment parlé par la personne précédant notre audience, et
nous allons aussi également parler des problèmes, dans nos recommandations,
qui touchent vraiment notre expérience de ligne de front.
Ce que je veux dire,
c'est... Nous, le mercredi matin, on ouvre le portail, que ça s'appelle.
C'est... En fait, les demandeurs d'asile arrivent et ils n'ont pas d'ordinateur
pour remplir les formulaires fédéraux. Alors, ils se mettent en ligne... Parce
qu'on est un des seuls organismes qui offrent ça. Ça fait qu'ils se mettent en
ligne, en gros, à partir de 7 heures le
matin et ils attendent leur tour. On donne les coupons pour ceux qui reviennent
plus tard. Et ces gens-là, bien souvent, bien, comme ils ont besoin de
plusieurs services... Et, nous, c'est cette expérience-là qu'on aimerait vous
partager.
On a, par exemple, là,
j'en... on en a parlé un peu, c'est les mineurs non accompagnés. Les mineurs
non accompagnés, souvent, OK, ça n'arrive pas... il y a une histoire derrière
ça, on va dire ça comme ça, et d'autres services du Québec sont impliqués, par
exemple, la direction de la protection de la jeunesse. Et, nous, un des
constats qu'on a faits, qu'on veut amener à
votre attention, c'est qu'on n'a pas de... La DPJ est une entité distincte du
MIFI, ce qui fait en sorte qu'ils
ont... ils n'ont pas d'accès. Et là ils ont un enfant qui a besoin de soins,
puis son statut ne lui permet pas d'aller tout simplement à l'hôpital.
Donc, c'est sur ces réalités-là qu'on aimerait
aujourd'hui profiter de la planification pluriannuelle pour vous souligner ces
éléments-là qu'on voit quand on aide à tous les jours une population qui est
dans une situation précaire au niveau de son statut. Mais aussi, si vous suivez
la pyramide de Maslow, les demandeurs d'asile, on est pas mal dans la base.
Donc, c'est ça aujourd'hui, et nos recommandations vont en ce sens-là.
Et, pour la minute qu'il me reste, je veux juste
enchaîner en disant qu'on veut souligner... Toujours dans l'idée de la
francisation, qui fonctionne très bien jusqu'à présent, de notre point de vue,
étant donné qu'il y a beaucoup de gens de la communauté latino qui viennent, et
qu'ils ont des qualifications, notamment en construction, qu'on pense qui
pourraient être très utiles pour le Québec, et que, si on mettait l'effort dans
l'intégration par le travail et la formation
professionnelle, on aurait un... Je pense que, tous partis confondus, tout le
monde serait vraiment content de la réussite que cela représenterait
pour le Québec.
Je pense que je t'ai...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci beaucoup pour cette présentation.
Alors, on va commencer, justement, la période d'échange avec les
parlementaires. Je vais me tourner du côté de la ministre, de la banquette
gouvernementale, pour une période de 16 min 30 s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bien, merci à vous trois pour votre présence ici. On est
toujours contents d'accueillir les gens en présentiel. Merci pour votre
engagement également auprès des réfugiés. C'est fort apprécié. C'est un rôle
important dans le processus d'accueil des personnes immigrantes. Alors, merci
de vous y engager en notre nom, je dirais. Donc, c'est apprécié.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : Ah! bien,
merci.
Mme Fréchette : Bon, bien, vous avez
abordé déjà plusieurs thèmes que je voulais discuter avec vous. Alors,
commençons par francisation, puisque vous avez terminé sur ce point-là. Donc,
vous mentionnez, là, déjà voir l'impact positif auprès des gens auprès desquels
vous intervenez. Donc, bien, vous avez salué, là, l'accessibilité de la
plateforme, le fait qu'elle soit accessible notamment en trois langues, avec
les capsules vidéo. Est-ce que vous pourriez nous parler un peu plus, dans le
fond, de ce qui est apprécié, de ce que ça permet de faire davantage pour les
personnes qui en bénéficient? C'est important pour nous, là, d'avoir l'écho du
terrain, là, de...
M. Swaid (Kinan) : D'accord. Je vais
vous expliquer comment ça marche, d'accord? Parce qu'il faut aussi penser que
ça, c'est un site Web, d'accord, et la majorité de la population qu'on sert et
qui est demandeur d'asile, ils sont limités à un portable, d'accord? Donc, ça,
c'est premier problème, d'accord? Donc, ils viennent vers des sites comme le
nôtre pour qu'on leur donne accès à un ordi, et traduire, avant, le portail, et
qu'ils le remplissent. Nous, avant, on le
remplissait nous-mêmes, d'accord? Donc, genre, pour chaque personne qui rentre,
pour juste rentrer dans le système de francisation, ça prenait beaucoup de
temps, d'accord?
Maintenant,
vous, en traduisant ce portail, vous avez... Ça, je vais juste préciser ce
point, vous avez traduit les capsules
d'aide, mais ce qui serait intéressant, c'est de traduire les questionnaires
eux-mêmes, d'accord? C'est quoi, votre niveau de langue? Moyen, truc...
Vous... C'est... Traduisez ça en espagnol. Comme ça, c'est pour... ça rendra le
processus beaucoup plus facile pour nous et beaucoup plus rapide pour eux. Et,
s'ils pourront le faire sur le portable, ça
va être plus facile. S'ils pouvaient rendre le site Web beaucoup plus adaptable
à plusieurs formats autres qu'ordi, ça, vraiment, c'est intéressant
aussi. Donc, il y a ça. Ça, c'est d'un côté.
D'un autre
côté, maintenant, au système actuel, nous, ce qu'on fait, chaque jour de la
semaine, on a des sortes d'ateliers pour les gens qui viennent :
Asseyez-vous à l'ordi, et on remplit le formulaire ensemble juste pour être
admis dans le système. Franchement, on est là, d'accord? Juste avoir l'accès à
l'enregistrement, c'est ça qui est dur aussi,
d'accord? Ce n'est pas juste avoir accès aux francisations, c'est même avoir
accès à s'enregistrer, d'accord? Donc, ça, c'est un.
D'un autre
côté, après avoir fait... Bien sûr, la durée d'attente, ça a été discuté. Un
autre truc qui est important, c'est aussi pendant les cours. On parle,
là, avec des demandeurs d'asile. Parfois, ils prennent du temps pour recevoir
leurs permis de travail, donc ils ne peuvent pas travailler. Ils sont sur
l'assistance sociale, d'accord? Ils n'ont pas accès
aux assistances... aides financières pour les étudiants en français, d'accord?
Donc, ils sont obligés. Donc, le truc, c'est qu'on les met dans un coin, d'accord?
C'est : Vous êtes restés à prendre l'assistance sociale et, en même temps,
vous allez apprendre le français. Et,
franchement, je vous dis, ça, c'est une pression sur le système d'assistance
sociale aussi.
Donc, nous, on ne veut pas avoir ça, et c'est
pourquoi je dis : S'il y a une possibilité d'intégrer l'emploi... la francisation dans l'emploi... Donc, eux, tout ce
qu'ils veulent, c'est l'emploi. Ils rêvent de l'emploi, d'accord? Ils viennent
de leurs pays pour travailler, d'accord?
Une voix : ...
M. Swaid (Kinan) :
Voilà, exact. Mais c'est...
Mme
Fréchette : ...de manière régulière et systématique.
M. Swaid
(Kinan) : Exactement. Et, comme le monsieur a dit, franchement, ça
prend... c'est compliqué de trouver... être employé, embauché par des
employeurs si tu ne parles pas le français. Même en construction, tu dois
pouvoir discuter avec tes collègues, en construction, pour comprendre
comment... ce qui se passe, d'accord? Donc, c'est quand même... Ce n'est pas
normal de croire qu'ils vont pouvoir parler le français en six mois, même si,
même si la population, donc, qu'on sert, qui est en ce moment
majoritairement... qui vient de l'Amérique du Sud, elle parle espagnol. Et, je vais être honnête avec vous, ils
préfèrent apprendre le français qu'apprendre l'anglais. C'est beaucoup
plus facile pour eux, d'accord?
Mme
Fréchette : ...nous pour s'adresser à eux en français.
M. Swaid (Kinan) : Exactement. Non, mais
exactement. Et il faut les encourager et les attirer à rester au Québec, parce
qu'il y en a parmi eux qui partent. Il faut les garder. On a la chance qu'ils
sont venus ici. Regardez, vous restez ici, on va vous encourager à s'intégrer
au système. Donc, ça, c'est ce qui est francisation. Posez... Voilà.
Mme
Fréchette : Parce que j'ai d'autres sujets aussi.
M. Swaid
(Kinan) : Parce que, là, je vais me déplacer par une autre...
Dites-moi, dites-moi.
Mme
Fréchette : Alors, bon, écoutez, je vais vous amener, justement, sur
l'emploi parce que je vois que, dans vos sept mesures, il y en a une qui se
détaille comme suit : «Privilégier les migrants sur place pour répondre à
la rareté de la main-d'oeuvre en rendant les
demandeurs d'asile admissibles aux programmes de formation professionnelle.»
Donc, est-ce que vous pourriez nous partager votre vision de la chose?
• (20 h 20) •
M. Swaid
(Kinan) : Bien sûr, d'accord. Donc, nous, dans notre centre, ce qu'on
a ouvert... On a ouvert le centre à peu près
en 2016, d'accord? C'était à peu près après la vague de réfugiés syriens,
d'accord? Malheureusement, malheureusement, il n'y a pas un service
spécialisé d'intégration académique. Et il n'y a pas d'intégration sociale, si
c'est ça, le but, sans intégration académique... Non, il n'y a pas
d'intégration sociale sans intégration économique et il n'y a pas d'intégration
économique sans intégration académique, d'accord? Parce que, si on veut aider
ces gens à grimper l'échelle socioéconomique, c'est ça, c'est où on doit
commencer.
Et
malheureusement ces demandeurs d'asile, ils sont considérés comme individus
internationals sur le territoire canadien, d'accord, ce qui veut dire
qu'ils sont traités comme des individus internationals, ce qui veut dire...
C'est que, s'ils veulent rentrer dans le système éducatif du Québec, ils doivent
payer 30 000 $ pour entrer, par exemple, à l'université de... l'UdeM,
d'accord, ou celle de Laval. C'est impossible pour cette population,
impossible, d'accord? Donc, il reste à être dans... sur l'assistance sociale,
par exemple, d'accord?
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Je voudrais...
M. Swaid
(Kinan) : Allez-y, allez-y.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Je voudrais amener un point à Mme la ministre par
rapport à la formation professionnelle. C'est que beaucoup des demandeurs
d'asile qu'on voit, notamment originaires de l'Amérique latine, ont déjà des qualifications, par exemple, en
construction et, je dirais, dans d'autres domaines, mais, nous, ce qui nous a marqués,
c'est surtout la construction, et, ces gens-là, s'il y avait un programme où il
serait possible d'aller chercher les
qualifications du Québec, là, qui sont propres à nous, là, et de mélanger avec
l'apprentissage du français, on pourrait optimiser beaucoup
l'intégration de ces gens-là. Parce qu'à la fin de la journée le travail, c'est
l'intégration. Ces gens-là viennent travailler. Ils vont passer plus de... au
moins... entre 35 et 40 heures, en moyenne, au travail, et c'est pour les
raisons qui sont les mêmes que pour les Québécois, Canadiens, et autres. C'est
ça. Et donc, nous, ce qu'on se disait,
c'est : Mon Dieu! c'est les... Je veux dire, on a des soudeurs, là, par
exemple, on représente un soudeur mexicain, et il dit... il nous liste toutes ses qualifications. En ce moment, si
vous... le traitement simplifié offre les soudeurs. Il pourrait aller joindre
la force de travail dans les soudeurs demain matin, mais il ne peut pas, il ne
parle pas assez français. Il faudrait travailler là-dessus.
Par contre, et je
dois souligner encore, on a remarqué que la plupart des gens de l'Amérique
latine, peu importe le niveau d'éducation
préalable, généralement, après six mois, ils sont quand même capables de se
débrouiller en français, là. Dans notre réalité à nous... Moi, c'est arrivé
qu'ils nous demandent de même changer l'audience, à la CISR, de l'anglais au français, parce qu'ils nous le
disent en arrivant. Puis, à un moment donné, ils finissent par comprendre,
puis c'est là que ça débloque.
Mais nous, dans notre proposition, c'est... on
dit : Est-ce qu'il y a moyen... Parce que l'histoire récente a témoigné de
l'apport des demandeurs d'asile au sein de la fonction... bien, au sein, là,
des services de santé. Si on prend ça comme
exemple, là, les anges gardiens, ça avait... ils étaient là. Ça a été une
réussite en soi, là, ça, quand même. Et, je vous dirais, il pourrait y
avoir d'autres réussites de cette nature-là s'il y avait des programmes de
formation qui étaient offerts pour aller chercher les qualifications, mais même
en tant que demandeur d'asile. Et là... Oui.
Mme
Fréchette : ...que vous complétiez. Parce que vous
dites : La majorité des demandeurs d'asile d'Amérique latine ont des compétences. Est-ce que vous
associez la détention de compétences surtout aux Latino-Américains? Et sinon...
M.
Bouchard (Pierre-Luc) : Non, non. C'est juste parce qu'en ce moment, je
vous dirais, pour 10... Écoutez, c'est des chiffres, là, le Mexique, le
Venezuela, la Colombie, Honduras et, je vous dirais... — là,
il m'en manque un, il m'en manque un, maudit! — le Nicaragua, c'est ça,
excusez-moi, excusez-moi, le Nicaragua, c'est ça, la majorité, par beaucoup,
là, pour nous, là, qu'on voit. Ça fait que c'est pour ça que je vous dis que,
dans ce groupe-là, oui, et dans les... On a,
par exemple, beaucoup de gens de l'Afrique subsaharienne. Mais, je vous dis,
c'est... pour un Subsaharien, on a au moins 10 gens issus de
l'Amérique latine, là. C'est dans ça.
M. Swaid (Kinan) : Mais ça commence
à changer. Ça commence à changer, là, du Sénégal, des autres pays. Ça commence
à changer, d'accord?
Mme Fréchette : Donc, il y a plus de
gens de ces pays-là maintenant comme demandeurs d'asile.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : Oui. Ça
commence, oui.
M. Swaid (Kinan) : Oui, ça commence.
Mme Fréchette : OK, en plus grand
nombre.
M.
Bouchard (Pierre-Luc) : La Turquie aussi, c'est un des groupes qu'on
n'avait pas avant, qu'on a beaucoup, là.
Mme Fréchette : Il nous reste
combien de temps, madame?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 6 min 40 s.
Mme Fréchette : 6 min 40 s.
Bon, je vais aller vite avec une dernière question. Bien, vous suggérez, en
fait, d'élargir la consultation sur la
planification pluriannuelle aux demandeurs d'asile. Donc, qu'est-ce que vous
entendez par là? Est-ce que ce serait de planifier les niveaux d'accueil
de demandeurs d'asile? J'essayais de voir...
M.
Bouchard (Pierre-Luc) : ...je vais... Bien, écoutez, c'est... Souvent,
quand on est devant les commissions, on a des chiffres, on a des rapports. Si
vous voyez les gens... Comme à titre d'exemple, venez au centre le
mercredi matin, où est-ce qu'on a des «lineups» de gens, des files d'attente de
gens, et tout ça. C'est... Ça va peut-être donner une perspective différente au
processus, à la planification et à ce que c'est fondamentalement.
On ne disait pas... On lance plutôt une
opportunité ou une réflexion sur : Est-ce que les gens qui sont concernés principalement, pour nous, là,
demandeurs d'asile, dans le cadre de ces consultations-là... Est-ce qu'il n'y
aurait pas une place à leur faire qui serait plus une place de... qui ne
serait peut-être pas une consultation traditionnelle, une consultation
peut-être plus, genre, la... Au lieu que les gens viennent à la Chambre, ici,
on emmène la Chambre voir l'autre côté, et peut-être que ça va ouvrir une
perspective qui n'était peut-être pas considérée à la base, là. C'est essentiellement ça qu'on... On l'a mis en dernier
pour ça aussi. Mais c'était surtout pour dire : Des fois, c'est qu'on voit
les choses du prisme... dans nos belles chaises, les belles boiseries, mais les
gens qui...
Mme Fréchette : ...je fais beaucoup
de visites dans les centres d'accompagnement et d'accueil. Vraiment, j'y tiens.
C'est de manière régulière, donc...
M. Bouchard (Pierre-Luc) : C'est
correct. C'était dans cette optique-là qu'on avait mis ça, ce point n° 7 là.
Mme Fréchette : D'accord. Bien,
parfait. Merci. Pour le moment, je vais céder la parole à mes collègues.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre.
Alors, c'est la députée de Châteauguay, pour une période de
4 min 40 s.
Mme
Gendron : Merci. Bonjour, Me Swaid, Me Bouchard et
Mme Fournel. Merci d'être avec nous. Je sais que vous venez de
Montréal, donc un grand merci d'être ici aujourd'hui, même si tard.
J'ai une question... Je souligne vraiment votre
grande expérience terrain. Je le constate, ça. Vous avez une détermination hors
du commun, là, puis une expérience terrain. Je voudrais savoir, selon vous,
c'est quoi, les principaux facteurs
d'intégration. Vous avez parlé de... bon, d'intégration académique,
d'intégration économique. Mais, dites-moi, quels sont les principaux
facteurs, d'après vous?
M. Swaid
(Kinan) : Personne ne se sentira chez lui s'il ne se sentira
pas financièrement indépendant, d'accord, parce qu'il n'a pas
l'indépendance financière d'agrandir sa famille, d'avoir des enfants, d'accord,
de se construire une vie, de se sentir chez
lui, d'accord? Donc, pour construire ce «Maslow's pyramid», d'accord, il faut
se concentrer sur la base, et c'est ce qu'on essaie de faire. Pour avoir
cette base, c'est ce qu'on s'attache, sur l'aide académique, et c'est pourquoi on a précisé : Ouvrir des opportunités
d'études professionnelles à ces communautés qui viennent et qui veulent
accéder, qui veulent faire des études ici. Parce qu'honnêtement c'est un truc
qu'on voit sur... pour les employeurs, par exemple. Parfois, les employeurs,
ils disent : Moi, je ne vais pas prendre quelqu'un qui a fait ses études à
l'extérieur, je préfère que... de prendre des études qui... des gens qui ont
fait leurs études ici, d'accord? Donc, on
dit : D'accord, c'est ce que vous voulez, on ne va pas... on va... C'est
très dur de changer la mentalité des employeurs, d'accord? On dit :
D'accord, ouvrons des programmes d'études professionnelles ici pour que le
système fonctionne plus rapidement. Disons, ça, c'est un, études.
Après avoir l'étude,
avoir accès à ces emplois, d'accord? Et ça, c'est des emplois... Et il faut
saluer aussi le travail que le gouvernement commence à travailler. Je vais lire
à la... un peu. Il y a un projet pilote de maillage entre les demandeurs d'asile
et les entreprises touristiques. Donc, ça, c'est en développement. Il y a aussi
un autre programme qui est... nouvel arrivant ou demande d'asile, une entente
de possibilité dans le réseau de la santé et des services sociaux, d'accord? Donc, ça existe. Ça commence à se
développer. On est bien, d'accord? Mais le problème, c'est qu'ils n'ont pas les études pour accéder à
ces... de travail. Donc, on ouvre la porte, c'est bien, mais ils n'ont pas...
ils ne peuvent pas y accéder parce qu'ils ont besoin d'études. Donc, ça, c'est
un.
Deux,
il y a un programme qui a été ouvert récemment aussi, l'exemption des droits de
scolarité supplémentaires selon le programme d'études et la région.
Donc, pour des gens, d'accord... Et là ce n'est pas trop dans notre mémoire, mais
c'est intéressant pour le programme de régionalisation. Vous voulez des gens
qui partent en région, d'accord? Ouvrons, si vous ne voulez pas qu'ils... faire
leurs études au Québec... je veux dire, à Montréal, dans les métropoles,
ouvrons ce programme pour les demandes d'asile, qu'ils partent en région,
qu'ils font leurs études en région et qu'ils restent en région. Moi, je suis
venu ici en 2012. J'ai... Je suis venu en 2012. J'ai fait ingénieur mécanique à
Concordia. Je suis resté à Montréal et je suis resté où j'ai fait mes études
parce que je me suis fait des amis là-bas, je vis ma vie là-bas, d'accord?
La porte d'études,
c'est une force qu'on a au Québec. On a quatre universités à Montréal puis...
autour de Québec. Ça, c'est la force. Ça, c'est le truc qui attire la jeunesse
ou les gens qui veulent faire des études, d'accord? Donc, si on les attire vers
la région en faisant leurs études, ils vont rester. Ils seront embauchés
directement dans la région de centre. Et,
comme ça, on pourra construire une infrastructure pour qu'ils puissent rester
en région, d'accord, parce qu'il n'y a pas d'infrastructure. Ça, c'est
un autre truc, d'accord? Donc...
• (20 h 30) •
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Bon, mais je veux juste dire, pour l'indépendance...
pour dire... On parlait d'indépendance financière. C'est comme... C'est... Les
emplois, on a une pénurie de main-d'oeuvre, et, nous, c'est là-dessus qu'on se
rejoint pour aider ces gens-là à... Comme premier facteur, c'est l'argent.
S'ils ne sont pas capables de se concentrer
sur autre chose que leurs finances, ils ne seront pas capables de se
concentrer, dans une salle de classe, à apprendre le français. Ça fait
que c'est pour ça qu'on est dans cette espèce de jonglage entre les
qualifications de ces gens-là pour les mettre sur le marché du travail et
l'apprentissage de la langue, mais...
Mme Gendron :
...question? Il y a des équipes déployées à la grandeur du Québec et, entre
autres, avec Accompagnement Québec. Je sais
que vous avez des usagers qui l'utilisent. Que dites-vous de cet outil-là?
Rapidement, en 20 secondes.
M. Swaid
(Kinan) : Accompagnement Québec, malheureusement... Puis il y a plein
de services qui sont dédiés aux immigrants, qui viennent de l'extérieur, qui ne
sont pas disponibles aux demandeurs d'asile. C'est un autre... Ça, c'est un
gros vide dans le système. Donc, nous, on se retrouve seuls, honnêtement, je
vais être honnête avec vous, d'accord? Il n'y a pas... Par exemple, il y a le
programme de PASI qui ne couvre pas de centres comme le nôtre parce qu'on sert des demandes d'asile, par exemple, d'accord?
Donc, il y a un vide. Si... C'est notre rêve d'être aidés, d'un point de
vue...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Je dois vous arrêter. Merci...
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : ...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Mais il va y avoir d'autres questions,
d'autres périodes. Alors, je me tourne du côté de l'opposition officielle, une
période de 12 min 23 s avec la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan
Olivier : Bonjour. Très intéressant. De chaque groupe, on a un autre
point de vue. Ça nous rend meilleurs. Si je comprends bien, les demandeurs
d'asile, lorsqu'ils arrivent ici, vous avez dit tantôt qu'on les traite bien,
on les reçoit bien, ils sont logés, ils reçoivent un chèque, et ça s'arrête là.
Après ça, c'est le vide. Est-ce que c'est ça?
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Bien, à prime abord, c'est que... Quand on dit ça,
c'est... Si on voit ce qui se passe dans le
reste du Canada pour l'intégration, ce qu'on veut dire, c'est... À Toronto, ils
ont... les gens sont dans la rue. Au Québec, généralement... Oui, oui, ça a
passé dans les nouvelles. C'est... Bon, OK, j'espère, là... Si on va jusqu'au
Mexique, vous pouvez voir aussi comment
c'est traité. Mais, au Québec, disons que c'est assez nouveau que les demandeurs
d'asile ont des services de plus en plus,
parce qu'il fut une autre époque où on arrivait, la personne arrivait au Québec,
au Canada, il y avait sa date d'audience pour la CISR dans les 60 jours de
l'arrivée. On est à peu près en 2015. Mais là, avec la montée, ils ont... ils n'ont plus eu assez de staff ou de
personnel pour répondre à cette demande-là, et là on a... ça a...
Mme
Lakhoyan Olivier : ...
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Le fédéral.
Mme Lakhoyan
Olivier : Le fédéral.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Oui, c'est ça, le fédéral. Mais, en même temps aussi,
le Québec, cette année, depuis la
réouverture des frontières, on a commencé... En novembre 2021, les frontières
ont réouvert après la pandémie. On a connu une augmentation que tout le
monde s'attendait, mais l'augmentation n'a pas baissé.
On arrive en 2023. On
entend parler de Roxham Road. Roxham Road devient le centre. On se dit :
Bon, bien, on va fermer ça, et voilà.
Finalement, on va entendre beaucoup parler, là, qu'ils ont continué de venir
par l'aéroport. Mais il y a également les gens qui passent par le bois
puis qui restent cachés 14 jours. Ça, c'est ça, la réalité, en 2023, des
demandeurs d'asile.
Pour le Québec, moi,
là, ce que nous, on... Dans la mesure de ce que le MIFI a, nous... Ils
reçoivent leurs chèques, oui, mais il y a...
pour l'aide sociale, ceux qui en font la demande, il y a... dépendamment c'est
quoi, le statut... Si on parle vraiment de quelqu'un qui arrive, là,
comme ça, là, lui, comme on disait tantôt, en raison des délais de l'obtention
du permis de travail du fédéral, sans compter toute la logistique qu'eux leur
donnent, parce que, des fois, ils arrivent
et ils reçoivent ce qu'on appelle l'accusé de réception, essentiellement, qui
leur dit : Vous devez revenir nous voir deux ans plus tard... Oui.
On est allés au fédéral pour leur parler de ça déjà.
Mais ici, donc, le
Québec, lui, il se ramasse à payer l'attente, là, causée, là, par... en payant
l'aide sociale. Et, nous, une chance qu'il y
a des programmes accessibles, comme la francisation puis des choses comme ça,
puis là on parle d'ouvrir pour les
cégeps. C'est en place. On aimerait ça que ce soit plus, Mme la ministre,
mais... mais ces programmes-là, c'est
ça qui fait qu'on... Parce que, quand on voit une famille de quatre débarquer,
qu'on lui dit : OK, il faut que tu attendes deux ans avant de débuter la démarche, à proprement parler, ça vient
avec une dose de pression sur la famille, comme vous pouvez vous
imaginer. Mais là, à force de pousser au fédéral, on réussit à faire avancer
les choses.
Mais, le Québec,
nous, les services, généralement, c'est la proximité. C'est... Par exemple, là,
on pourrait... le logement. Ils vont les aider avec le psychosocial, qui est très
important, notamment quand il y a des mineurs non accompagnés, mais aussi pour
des femmes victimes de violence, puis, bien, tout ce que vous pouvez vous
imaginer que des gens qui viennent ici dans des circonstances comme celles-là
peuvent amener avec eux. Mais oui.
Bien, nous, c'est
parce qu'on trouve que, comparé aux provinces, le Québec fait beaucoup. Puis on
aimerait ça qu'il en fasse plus, mais,
écoutez, on... pas qu'on est devant vous en train de vous dire on aime ça, mais
il y a sa limite. Oui, vas-y.
Mme Lakhoyan
Olivier : Allez-y, oui.
M. Swaid
(Kinan) : Je veux juste ajouter quelque chose. Donc, en fait, juste
pour être clair, le Québec, par rapport à d'autres provinces au Canada,
franchement, c'est très bien par rapport à d'autres provinces. Par exemple,
l'exception, là, on a de l'aide juridique qui n'existe pas dans d'autres
provinces, d'accord? Et c'est une des raisons pourquoi il y a plein de réfugiés
qui viennent à Toronto, Pearson, l'aéroport Pearson, ils viennent et puis ils viennent
direction Montréal direct, parce qu'au moins, là, il y a de l'aide juridique.
Là-bas, ils sont tout seuls. Ils doivent payer 3 000 $,
4 000 $ pour avoir accès à un avocat. Donc, ça, c'est un.
Deux, on a accès à
l'aide sociale. On a accès à une entité gouvernementale qui s'appelle PRAIDA.
Il vient d'ouvrir un nouveau centre de logement pour les nouveaux arrivants.
Ça, ça n'existe pas dans d'autres provinces. D'autres provinces, c'est les
organismes communautaires qui prennent en charge cette sorte de truc.
Donc, d'un côté,
c'est bien, il faut saluer cet effort, et c'est très bien, d'accord? Mais, d'un
autre côté, il faut comprendre qu'on est en train d'ouvrir le bouchon d'un côté
et de le fermer d'un autre côté, d'accord? Et une de nos demandes, c'est d'élargir l'accès et d'augmenter
le nombre pour que ces populations n'aient plus besoin à ces services. Le but... Ça, c'est, je vais dire ça, bouche-trou.
C'est des bouche-trous, d'accord? C'est des solutions bouche-trous. C'est
des Band-Aid, OK? Ce n'est pas... ce n'est
pas la solution. Si vous réglez la solution racine des problèmes, ce n'est pas ça,
d'accord?
Ça, c'est bien de
l'avoir pour régler les problèmes temporaires, mais la base, c'est d'ouvrir le
bouchon principal qui est élargir le nombre de CSQ donnés à cette population
pour qu'elle devienne comme les autres, d'accord?
Si elle est acceptée, si elle est dans le système, donc, on n'a plus besoin à
augmenter, à mettre de la pression sur ce système qui est déjà sous
pression. C'est de leur donner accès au système de CSQ pour être dans le
système. Et c'est une des raisons pourquoi
on demande l'augmentation des chiffres aussi pour les réfugiés reconnus sur
place, par exemple, d'accord, pour pouvoir enlever cette pression sur le
système qui existe, qui... C'est bien pour le moment, mais ça va... mais les
chiffres ne vont arrêter d'augmenter. Avec... Ils vont toujours être en
augmentation, d'accord? Donc, il faut savoir comment gérer tout ce qui se
passe, d'accord? Voilà.
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que... Vous parlez des gens qui arrivent à Toronto,
et ils viennent ici. Donc, est-ce qu'ils... Il devrait y avoir un va-et-vient
dans les provinces canadiennes vers le Québec et hors Québec. D'après vos
opinions, c'est quoi, le pourcentage entre Colombie-Britannique jusqu'à
Terre-Neuve?
M.
Bouchard (Pierre-Luc) : Bien, ça... Non, mais c'est une bonne question.
Bien, Terre-Neuve, je vous avoue que je ne l'ai pas vu, là, mais Colombie-Britannique... les provinces, je vous dirais, Colombie-Britannique, Alberta
et...
M.
Swaid (Kinan) : ...
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : ...oui, bien, Ontario, dans le fond, et, je pense, des
fois, à l'occasion, le Nouveau-Brunswick, là, mais je vous dirais que ça va... Il peut
aller dans les deux sens, là, parce que, des fois, il y avait des autobus qui
les amenaient depuis le Québec vers l'Ontario parce qu'il y avait trop au
Québec. Puis là, ensuite, on a eu aussi des gens qui sont au Québec, mais ils
font leurs demandes d'asile puis là ils font : Ah! bien, je veux avoir
un emploi qui paie plus puis je n'ai pas le temps d'apprendre le français, ça
fait que je vais aller en Alberta travailler dans les... quelque chose là-bas,
là. Ça, on le voit des deux bords, ça fait que c'est difficile de mettre un pourcentage
sur la mobilité, là, de la population. Mais je vous dis que c'est quand même
fréquent qu'on a des gens qui sont arrivés
depuis, bien, l'Ontario ou la Colombie-Britannique, puis de venir au Québec, faire leurs demandes
d'asile et de rester, dépendamment,
là, comment que ça va dans la famille, là. Mais c'est quand même fréquent. Mais
je ne pourrais pas vous donner un chiffre aussi précis que ça parce
qu'on...
Mme Lakhoyan
Olivier : Mais il y en a beaucoup.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Assez pour qu'on vous en parle, là.
Mme Lakhoyan
Olivier : Il y en a beaucoup, le mouvement va-et-vient des deux côtés,
Ontario-Québec, Québec-l'Ontario.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Oui, Québec, Ontario puis Colombie-Britannique.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce qu'on peut dire que
ceux qui rentrent dans la province de Québec, majoritairement, restent
ici?
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : À date, quand même.
M. Swaid
(Kinan) : Il y en a qui disent : J'ai peur du français. Ils
quittent. Je vais toujours être honnête avec vous,
d'accord? Mais, je vais être honnête avec vous, aussi, ils reviennent. C'est
beaucoup moins cher, d'accord? C'est ça,
la réalité sur le terrain, d'accord? Ils partent, ils se rendent compte de ce
qui se passe et ils reviennent direct, d'accord?
Mais le problème,
c'est que, quand ils partent et reviennent, ils ne reviennent pas dans les
centres dont ils ont quitté puisqu'ils n'ont plus le droit d'y accéder. Donc,
s'il y a un mec, une personne qui est sortie, qui était avec PRAIDA, par
exemple, l'entité, elle part vers l'Ontario pour... quand elle revient, elle
n'a plus le droit de rerentrer en PRAIDA.
Elle va se débrouiller toute seule, d'accord? Et ici, pour se débrouiller tout
seul, il n'y a pas de financement, pour le gouvernement, pour supporter
les organismes qui aident les gens à se débrouiller tout seuls, d'accord?
• (20 h 40) •
Mme Lakhoyan
Olivier : ...j'ai une question là-dessus. Donc, lorsque les demandeurs
d'asile rentrent, le gouvernement fédéral leur donne... commence à donner de
l'argent.
M. Swaid
(Kinan) : Non, non, le fédéral, il ne fait rien.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Non, le fédéral, il a de la misère à...
M. Swaid
(Kinan) : En fait, si les gens rentrent... Non, je vais retirer ça. Ce
n'est pas qu'il ne fait rien, d'accord? S'ils rentrent au Québec et ils
demandent l'asile à la frontière, aéroport ou frontière terrain, d'accord, PRAIDA, il prend en charge directement. Ils font
la demande à la frontière, le PRAIDA est responsable de cette population.
Mais ici, en ce
moment, le PRAIDA est débordé. Il n'a pas la capacité, d'accord? Le mois
dernier, c'était le plus grand chiffre de demandes d'asile qui est entré au
Canada depuis son histoire, d'accord?
Mme Lakhoyan
Olivier : ...
M. Swaid
(Kinan) : Le mois dernier.
Mme Lakhoyan
Olivier : ...mois dernier?
M. Swaid
(Kinan) : Oui.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est août, au mois d'août.
M. Swaid (Kinan) : Et ça va toujours augmenter. On vous dit ça direct, ça va toujours
augmenter. Si le système de PRAIDA est sous pression, c'est l'IRCC,
donc, le...
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : ...
M. Swaid (Kinan) :
...qui va venir, et qui entre en ce moment, qui a des hôtels partout au Québec,
pour aider PRAIDA à loger ce personnel, d'accord? Donc, heureusement que, là,
il y a un support pour...
Mme Lakhoyan Olivier : Ils sont
logés. Ils ne sont pas dans les rues, au Québec.
M. Swaid (Kinan) : Et ils sont... Oui.
Ça, c'est...
Mme Lakhoyan Olivier : OK.
Une voix : ...
M. Swaid (Kinan) : Voilà, exact,
d'accord? Mais heureusement qu'on a un traité comme PRAIDA pour contrôler ce
flux de personnel. Voilà.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : Et le
fédéral...
Mme Lakhoyan Olivier : Je vais
laisser mon collègue... Je pense qu'il veut...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Passez par... Merci beaucoup. Alors, on a une question ici
du député de Nelligan.
M. Derraji : Oui. Merci, Mme la
Présidente, de nous rappeler à l'ordre. Vous avez dit que le nombre augmente,
de demandeurs d'asile. Vous avez vu que le chemin Roxham est fermé. Tout le
monde a misé sur la fermeture du chemin Roxham pour que le nombre baisse, mais
ce que vous êtes en train de nous dire aujourd'hui, c'est... ça ne sert à rien,
là.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : Bien, on
peut vous le dire. On peut... OK. Roxham, ça a fermé, comme, l'endroit où
est-ce qu'ils traitaient. Mais là ce que ça a eu comme effet, c'est qu'ils vont
passer par le bois puis ils vont attendre 14 jours.
M. Derraji : Mais est-ce que vous
avez de l'information? Parce que, si c'est des légendes urbaines, ils vont
passer par le bois... Mais est-ce que vous avez des preuves?
M.
Bouchard (Pierre-Luc) : Bien, écoutez, on a plein de gens, là, on a une
Afghane, on a des gens qui... Ah oui! C'est terrible, là. Écoutez, c'est
pour ça qu'on est venus ici plaider là-dessus.
M. Derraji : Oui. Donc, vous êtes en
train de nous dire que, malgré la fermeture de Roxham, l'arrivée de flux de
demandeurs d'asile et réfugiés continue par le même chemin.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : OK. Il y
a un afflux qui vient du bois, OK? Là, pour le quantifier, à cette... en
date-ci, je ne pourrais pas le faire. Mais je peux vous dire qu'il est là. Puis
ce qu'il devient, lorsque la personne entre par le bois, on va dire ça comme
ça, elle devient un demandeur d'asile depuis l'intérieur du Canada. Donc,
c'est... Il n'y a pas... On ne va pas plus
loin que ça. C'est dans la mesure où... C'est ce qu'on peut vous dire en date
d'aujourd'hui.
Les gens qui viennent, sinon, ont des visas ou
viennent de pays qui n'en ont pas besoin. Le Mexique, c'est là. C'est ça, le portrait. Puis c'est eux qui ont
augmenté beaucoup. Mais nous, on continue d'avoir, dans une proportion quand
même importante...
M.
Derraji : Donc, vous êtes en train de me dire que des gens
viennent en visa touriste, débarquent au Canada, au Québec, à
Pierre-Elliot-Trudeau, et ils demandent le visa de... et ils demandent le
statut de demandeur d'asile.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : ...visa
de visiteur, permis...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter. La période impartie à l'opposition
vient de se terminer. On va finaliser le tout avec le député de Saint-Henri...
voyons, Saint-Henri—Sainte-Anne,
je vais prononcer comme il faut, pour 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour ce que vous faites. J'ai eu la chance de vous visiter il n'y a pas
si longtemps. Alors, c'était très intéressant et enrichissant de vous rendre
visite.
Vous avez parlé de chiffres tantôt, mais vous
êtes allés vite. Vous parlez d'augmenter en refuge puis en humanitaire. Vous
avez mis un chiffre de 8 000, si je ne m'abuse, dans le refuge.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : C'est...
Oui, dans le refuge et... Attendez-moi un petit instant.
M. Cliche-Rivard : Puis, dans
l'humanitaire, 3 000, si j'ai noté.
M.
Bouchard (Pierre-Luc) : Oui, c'est ça, c'est exactement ça. Vous avez
bien écouté.
M.
Cliche-Rivard : OK. Donc là, c'est parce que Le Devoir
nous révélait... On a un arriéré de 12 000 dans l'humanitaire. Ça fait
que, si on fait 3 000, comme vous dites, on est à quatre ans de délai
de traitement à l'étape du CSQ. Là, vous êtes à dire que ça devrait être en 25,
60 jours. Donc, j'essaie juste d'être sûr de bien vous comprendre.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Ah! OK. Bon, bien, une chose...
M.
Cliche-Rivard : Juste pour bien vous comprendre.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : C'est que nous, on aimerait ça qu'il en rentre plus,
mais on n'était pas au courant de l'article du Devoir et des chiffres
qu'ils ont. Nous, on y va avec... On voit la planification puis on essaie de
rester dans une... je vous dirais, une fourchette qui reste celle des
parlementaires, là. Écoutez, on...
M. Cliche-Rivard :
Mais on devrait être à 60 jours.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Oui, bien, ça, c'est sûr que, ça, on aimerait ça que
les délais de traitement... ça arrive, parce que les mauvaises expériences
qu'on a eues, comme je vous dis, c'est lorsque...
M. Cliche-Rivard :
Parce que tantôt vous me parliez jusqu'à 20 ans, là. Ça, des affaires
comme ça, ça ne peut pas se passer. On ne peut pas attendre 20 ans.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Bien non. C'est sûr que... Bien non, parce que, là, ça
fait... c'est difficile pour la personne, là, c'est bien évident.
Bien, c'est parce que
le CSQ empêche le fédéral de donner la carte de résident permanent, qui donne
accès à, je vous dirais, une stabilité puis, bien, bien évidemment, avec...
dans le futur, à la citoyenneté canadienne. Ça bloque ça. Donc, la personne a
son acceptation du fédéral, on va dire, et là elle demeure, pendant une période
indéterminée, en attente de l'approbation du
CSQ, qui est... qui était... bien, comme on voyait, là, le chiffre de 450, là.
Ça fait qu'on peut comprendre que ça peut durer longtemps. Là,
j'apprends qu'il y a des arriérés.
M. Cliche-Rivard : Mais vous ne demandez pas
juste le CSQ. Vous demandez à ce que la personne devienne résidente
permanente en bonne et due forme.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Bien, c'est sûr, là, mais...
M.
Cliche-Rivard : Le CSQ, c'est une étape. Mais, après ça, quand le
ministère parle de cibles d'admission, ça,
c'est pour recevoir la résidence, puis c'est ça qu'on veut traiter, finalement.
On ne veut pas juste un CSQ dans le vide puis attendre après 10 ans
pour la résidence.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Bien, la résidence, ça suit tout de suite après, là,
dans le... dans l'ordre des choses. Bien, je
sais que vous avez été avocat. Bien, moi, dans mon expérience, dans ma
pratique, lorsque nous recevons le CSQ, généralement, dans les trois mois qui
suivent, on reçoit une demande de confirmation de résidence permanente qui
se fait à travers le site Web maintenant. Et je n'ai jamais eu à gérer des
problèmes, là, longitudinaux...
M.
Cliche-Rivard : Je comprends.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : ...entre l'émission du CSQ et la réception de la
résidence permanente.
M. Cliche-Rivard :
Tantôt, vous parliez, donc, de... du fait que les gens continuent à rentrer
par le bois, là, comme vous l'avez dit, côté citation. Donc, finalement, la
meilleure solution, ça aurait été d'abolir l'entente des pays tiers sûrs pour
que les gens fassent leurs demandes au point d'entrée.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : Ah! on l'a plaidé au gouvernement fédéral et on est
là-dessus. Ça, c'est sûr que cette
entente-là fait plus de mal que de bien, là, pour... quand... pour notre
perspective, là. Je ne sais pas à qui elle profite, là, mais, en gros, pour
notre perspective à nous, non, ça, ça aurait été l'abolition. Mais on a plaidé
ça au gouvernement...
M.
Cliche-Rivard : Je comprends.
M. Bouchard
(Pierre-Luc) : ...l'année passée, au fédéral.
M. Cliche-Rivard :
Mais les faits puis ce qui se passe en ce moment confirment que vous aviez
en partie ou... en tout cas, vous aviez raison.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : Bien, je
dirais, si on confirme qu'on avait raison puis que ça a tout fini, je n'irais
peut-être pas jusque-là...
M. Cliche-Rivard :
C'est ça que je vous demande.
M. Bouchard (Pierre-Luc) : ...parce
que nous, on n'est pas dans les... On n'est pas dans la politique. Tu sais, on
vient voir les parlementaires pour, justement, conscientiser sur la réalité
qu'on vit, mais on n'est pas dans le secret des dieux, là, là-dessus. Et, si ça
a été bénéfique, ce qu'on se disait, puis qu'on aurait raison, je serais bien
content, mais, en gros, je ne me donnerais pas ce crédit-là.
M. Cliche-Rivard : Je n'ai pas vu de
mots sur la régularisation des statuts, un programme de régularisation. Vous
êtes pour ou contre?
M. Bouchard (Pierre-Luc) : Bien, on
est pour, on va même participer à la commission de ça, mais c'est au fédéral.
Nous, on a concentré les points seulement dans la juridiction du...
M. Cliche-Rivard : ...son rôle de
leadership, devrait le demander?
M. Bouchard (Pierre-Luc) : Bien,
moi, c'est sûr que, si on le prend comme ça, jouer le rôle de leadership, moi,
j'amènerais à ce qu'on disait avant sur la formation, parce que ces gens-là...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est ce qui met fin à la rencontre ce soir. Alors, merci
beaucoup pour l'apport à nos travaux. C'est très apprécié. Il me reste à vous
souhaiter une bonne fin de soirée.
Et je suspends les travaux quelques secondes, le
temps de recevoir notre dernier intervenant de la soirée.
(Suspension de la séance à 20 h 49)
(Reprise à 20 h 52)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux avec une dernière audition ce soir.
Me Sirois, Me André Sirois, bienvenue à la
commission. Vous allez disposer d'une période de 10 minutes pour vous
présenter ainsi que les grandes lignes de votre mémoire. Nous allons par la
suite procéder à un échange avec les parlementaires. Alors, le micro est à
vous.
M. André Sirois
M. Sirois (André) : Merci, Mme la
Présidente. Bonsoir, mesdames et messieurs. Je m'appelle André Sirois. J'ai
fait le... Je suis avocat. J'ai fait la plus grande partie de ma carrière aux Nations
unies et dans des organisations internationales, et j'ai aussi travaillé comme
conseiller juridique à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du
Canada.
Je m'intéresse au sort des immigrants depuis
très longtemps. La première fois, c'était en 1956, lors de l'arrivée du groupe
d'immigrants hongrois, qui était le plus gros groupe d'immigrants qu'on ait
reçu... qu'on avait reçu dans l'histoire à ce moment-là, à part les immigrants
irlandais. Et j'ai été... J'ai participé à l'accueil de ce groupe-là. Puis, si
ça vous intéresse après, j'ai une anecdote à ce sujet-là, mais je ne veux pas
perdre de temps.
Si vous me permettez, comme vous avez dit, je vais
parler des grandes lignes de mon mémoire, parce que... d'abord, parce que mon
texte est trop long, je vous demande pardon, et, d'un autre côté, généralement,
si j'étais à votre place, j'aimerais mieux que les gens me parlent directement
plutôt que de lire un texte. Mais ça, c'est... ça varie selon les goûts de chacun. Donc, je vais suivre... J'ai quelques notes
sur les principaux points que je voulais mentionner, et puis par la
suite, bien entendu, comme il y a une période de questions, bien, si vous voulez
des éclaircissements, je le ferai volontiers. Et il y a peut-être quelques
éléments que je voudrais rajouter à mon texte, et on verra ça ensuite.
La première question que j'ai depuis un grand
bout de temps pour ce qui est de l'immigration au Québec, c'est... et j'admets
que ça remonte très, très, très loin, ça remonte à la première entente entre le
fédéral et Québec, je ne comprends toujours pas le rôle du Québec, le rôle du
Québec en ce qui concerne l'immigration. Ce n'est pas très clair où ça commence
et où ça s'arrête. Et ça revient, finalement, à la présentation que les gens
faisaient juste avant moi, c'est-à-dire qu'entre autres choses il n'y a
personne qui empêche les immigrants qui sont rentrés au Canada de tous s'en
venir au Québec si c'est plus rentable pour eux de s'en venir au Québec. J'ai
regardé et je n'ai pas vu quoi que ce soit qui les empêche de faire ça, sauf le
fait qu'ils ne pourraient pas se prévaloir de la Charte canadienne des droits,
qui dit qu'il faut être résident, citoyen ou résident pour se prévaloir de la
charte. Mais ça reste une question fort intéressante, parce qu'à ce moment-là
il n'y a rien qui empêche les immigrants ou les demandeurs de citoyenneté de s'en venir tous ensemble au Québec si ça leur
rapporte davantage de venir au Québec. Vous comprenez que ça vous... ça
ne faciliterait pas les choses au gouvernement du Québec.
Et, pour ces raisons-là, je vais sauter à ma
conclusion tout de suite. Moi, j'ai déjà dit ici, dans une autre présentation sur le même sujet, que je préconise
un moratoire sur l'immigration au Québec, avec l'exception, bien sûr,
des dossiers déjà en cours, et afin de permettre l'établissement, la création
d'une commission qui étudierait à fond les questions et les problèmes qui se
posent dans ce domaine-là. Et il y a de nombreux problèmes qui se posent et
dont on ne veut pas parler, où, dès qu'on commence à
parler de ça, les gens nous accusent de racisme, de xénophobie et de tout ce
qu'on voudra, et surtout nous font taire. Si on veut régler des problèmes, il
faut accepter de les identifier, il faut accepter d'en parler.
Et c'est dans
ce sens-là que va mon travail, moi. Ce que je vous ai présenté, ça ne va pas
contre l'immigration. Ce n'est pas une démarche contre les immigrants. Au
contraire, c'est que je voudrais bien que ça fonctionne beaucoup mieux
qu'en ce moment. Et il y a certains moyens très simples qui devraient permettre
de faire fonctionner ça. Mais je ne veux pas présumer du travail de la
commission, dont je demande la création, bien entendu.
Bon, un des premiers problèmes, bien sûr, c'est
le nombre d'immigrants. De façon très générale, quand les gens viennent...
parlent d'immigration, on ne sait pas exactement de quoi on parle. On parle
d'immigration, on parle de réfugiés, on
parle de migrants, ce qui est déjà encore plus confus, et ça permet de
présenter n'importe quel argument, de soutenir l'argument qu'on veut,
d'autant plus qu'on ne dit pas exactement de quoi on parle. C'est un très gros problème, quand on commence à s'intéresser aux questions
de l'immigration, parce qu'on a des gens qui font des interventions très
légitimes et très valables dans certains cas mais inutilisables, parce qu'on ne
peut pas, à moins d'avoir une équipe de travail, on ne peut pas intégrer tout
ça et en tirer des conclusions. En tout cas, c'est mon expérience personnelle.
Je pense qu'il faut déterminer... Il faudrait
essayer de faire un effort pour déterminer le type d'immigrants et le nombre
d'immigrants. Ce serait la première chose que je demanderais à cette commission-là.
Et je vous mentionne tout de suite qu'on sait
déjà qu'il y a des éléments qui sont incontrôlables, qu'on ne connaît pas. Le
premier de ces éléments-là, c'est qu'on ne sait pas combien il y a d'immigrants
au Canada en ce moment ni au Québec non plus, et que c'est... On le sait, parce
qu'entre autres, quand il y a des immigrants qui passent en cour et qui sont
condamnés parfois pour des crimes très graves, on n'est pas capables de les
retourner chez eux parce qu'on ne sait pas où ils sont. Alors, on ne peut pas
les quantifier non plus.
J'ai demandé, à un moment donné... J'ai essayé
de savoir le nombre de sans-papiers qu'il pouvait y avoir au Québec, seulement
au Québec, et la réponse qu'on m'a donnée, et j'admets que les gens devaient...
Je ne peux pas croire que c'est ça. Les gens
devaient confondre le Québec et tout le Canada. Mais on m'a dit : Des
sans-papiers, il y en a entre 50 000 et... pardon, 20 000 et
500 000. Vous conviendrez que ce n'est pas une réponse très utile. Ce
n'est pas très clair. Mais le problème,
c'est que, quand on veut faire un travail sérieux sur l'immigration au Canada,
on a tous ces problèmes-là l'un après l'autre.
Il y a aussi la question du regroupement des
familles qui n'est jamais mentionnée. Or, le regroupement des familles, la plupart des pays ont supprimé ça. On
ne parle même pas d'ajustement, là. On parle d'abolir le regroupement
des familles. En France, Sarkozy a fait une très grosse campagne contre ça et
il n'a pas gagné sa campagne, mais ça reste... ça reste néanmoins qu'il avait
des arguments très sérieux. Et le problème avec le regroupement des familles,
c'est qu'on calcule qu'en gros chaque immigrant reçu fait venir en moyenne...
et ça, je conviens tout de suite que je ne sais pas comment on a fait le
calcul, mais on calcule que chaque immigrant reçu fait venir en moyenne cinq
autres immigrants. Et là, si on imagine que c'est exponentiel, ça finit par faire
un nombre faramineux. Et ça, c'est une question qui n'est pas réglée.
Il y a aussi la question de... Le problème qui
se pose aussi quand on examine ça, c'est que, dans le cas de la déclaration de M. Trudeau, avec l'objectif qu'il
s'est fixé, la façon dont je le vois, et puis j'imagine que certains vont être
d'accord, d'autres pas, mais, moi, la façon dont je vois ça, c'est que M.
Trudeau a... a accueilli beaucoup d'immigrants, beaucoup trop d'immigrants, à mon avis, pour l'ensemble du Canada, mis à
part le Québec, puis ensuite il se retourne vers le Québec et il dit au Québec : Écoutez, si vous voulez
maintenir votre équilibre dans la... l'équilibre démographique dans la
Confédération, il vous faut accueillir plus d'immigrants.
• (21 heures) •
Alors, le résultat, c'est que les Québécois ont
le choix entre maintenir leur équilibre démographique à l'intérieur du Canada
et accueillir un trop grand nombre d'immigrants ou bien, d'autre part, essayer
de maintenir leur équilibre géographique à l'intérieur du Québec et, pour ça,
accueillir moins d'immigrants. Ces deux solutions-là sont incompatibles. Et,
quant à moi, c'est un piège génocidaire. Et j'utilise le mot «génocidaire» à
bon escient, et c'est exactement ça que je veux dire. Et, pour ça, là, je vous
renvoie à la convention sur le crime de génocide. Et je vous assure qu'on peut
prendre la convention et faire un argument juridique très sérieux pour
démontrer qu'en ce moment il y a une campagne génocidaire qui se fait contre le
Québec avec ça et...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...vous demander, monsieur... Me Sirois, de faire attention
à vos propos. Il y a des propos qu'on peut dire, il y en a d'autres qu'on ne
peut pas dire. On est dans l'enceinte du parlement, donc je vais vous demander,
s'il vous plaît, de faire attention à vos propos.
M. Sirois (André) : Mais j'ai pris
la peine de mentionner la convention sur le génocide parce que c'est ce qu'il y
a de plus clair et de plus simple. Et, croyez-moi, je ne lance pas ça en l'air.
Ça m'apparaît comme ça. Et, comme avocat, je peux vous dire...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...porter des intentions. Donc, s'il vous plaît...
M. Sirois (André) : Non, je... Bon,
très bien. Je vais passer à autre chose. Ah! les coûts, tiens. Une...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
M. Sirois
(André) : Pardon?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 20 secondes. Il vous reste 20 secondes.
M. Sirois (André) : Oui. Bon, alors,
les coûts, bien, j'ai vu, à la télévision américaine, le maire de New York
parler du fait qu'il accueillait 57 000 personnes et qu'au total il y
aurait 97 000 immigrants à New York à la fin de l'année. Et, pour ça, il
demande des milliards de dollars. Au total, il demande 12 milliards pour...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Votre temps est terminé, mais on va s'engager maintenant dans une période d'échange avec les
parlementaires. Alors, je vais me tourner du côté de la ministre. Mme la
ministre, une période de 16 min 30 s.
Mme
Fréchette : Oui. Merci, Mme la Présidente. M. Sirois, vous
êtes passé bien rapidement sur votre parcours. Est-ce que vous pourriez
revenir, en fait, sur les postes que vous avez assumés, le parcours qui a été
le vôtre sur le plan professionnel?
M. Sirois (André) : Oui. Bien là, ça
dépend. Si vous voulez que je vous raconte tout ça, on va manquer de temps,
c'est certain, parce que je travaille depuis 60 ans... plus de 60 ans. Alors,
j'ai été journaliste longtemps, puis je suis devenu avocat. J'ai travaillé en
droit public pour le gouvernement du Québec et ensuite pour le gouvernement du
Canada. Puis, par la suite, j'ai commencé à travailler pour les Nations unies.
Ça fait que j'avais fait des contrats pour
les Nations unies avant, mais ça, ça fait très longtemps, puis ensuite j'ai
commencé à travailler pour les Nations unies, et j'ai été dans des
missions des Nations unies, puis ensuite j'ai mis sur pied des tribunaux
internationaux des Nations unies. J'ai mis sur pied le tribunal pour le Rwanda
et ensuite celui du Cambodge, et j'ai travaillé aussi au secrétariat à New York comme avocat et comme
traducteur juridique et diplomatique. Et, en gros, là, ça peut se résumer
à ça, mettons. Je peux vous donner plus de détails si vous voulez, mais, comme
je vous dis, comme... En plus, j'ai travaillé à contrat très régulièrement.
J'ai fait des contrats dans différents endroits, dans différents pays et en
faisant différentes choses, finalement.
Mme Fréchette : D'accord. Merci.
Bien, écoutez, je dois dire que j'ai été pour le moins surprise de votre
première recommandation, là, qui est à l'effet de tenir une consultation sur
les enjeux de l'immigration au Québec, parce
que vous comprendrez qu'on est tous ici réunis, l'ensemble des formations
politiques, enfin, presque, pour écouter les propositions de très nombreux
groupes très, très diversifiés. On a eu plus que le double du nombre de participants
qui ont participé et qui participent à cette commission parlementaire. On parle
à la fois d'associations, des organismes sur le terrain qui accompagnent les
immigrants pour leur intégration, pour l'accueil, pour la francisation. On a
des associations économiques, des associations juridiques. On a des professeurs
d'université. On a des syndicats. On a des
citoyens. Donc, vraiment, on a réussi à rallier une grande gamme, grande
variété d'intervenants qui sont interpelés par les enjeux d'immigration.
On a mis sur la table beaucoup de matière.
Franchement, déjà, on a proposé, à la fin mai dernier, une réforme complète de nos programmes d'immigration
économique. Ça a fait l'objet, d'ailleurs, du dépôt de nombreux mémoires,
plusieurs dizaines de mémoires de la part
d'un ensemble, encore là, d'acteurs interpelés par cette question-là. On met au
jeu pas moins d'une douzaine d'orientations
qui viennent caractériser nos propositions pour la politique d'immigration
du Québec. Les gens répondent à l'appel. Vous répondez à l'appel. Vous venez
nous présenter un mémoire. Nous sommes tous ici réunis pour entendre l'ensemble
des personnes, et vous venez nous dire qu'il nous faudrait tenir une
consultation sur l'immigration.
Alors, si ce
n'est pas ce que nous sommes en train de faire en ce moment, je ne vois pas à
quoi ça correspond, ce qu'on est en train de faire, sincèrement. Alors,
je suis pour le moins étonnée. Je trouve particulièrement singulier d'arriver
avec ça comme première proposition, parce qu'il me semble que ce que... Votre
souhait est complètement incarné par ce que nous faisons trois semaines durant
à temps plein, et plus que plein, parce qu'on est encore ici, il est 21 heures quelques, et on y sera encore
demain soir jusqu'à 22 heures quelques. Alors, voilà, vous me voyez
étonnée.
C'est un exercice, en plus, qu'on refait de
manière régulière. Ça s'est fait il y a quatre ans. On le refera également dans quatre ans. C'est prescrit par la
loi. Les termes sont très précis. On s'assure de rencontrer et d'écouter
l'ensemble des personnes qui souhaitent être entendues ou lues, parce que
certains déposent des mémoires mais ne souhaitent pas venir en audience.
Alors, voilà, je me demande quelle définition
vous associez à ce que l'on fait en ce moment. Si ce n'est pas une commission parlementaire, une consultation sur
l'immigration, qu'est-ce que c'est que nous sommes en train de faire? Je
cherche à comprendre.
M. Sirois (André) : Oui. Je ne me
suis peut-être pas bien exprimé, parce que je ne nie pas du tout la valeur de
la présente commission, mais vous conviendrez que... En tout cas, ce n'est pas
ce que je propose. Ce dont je parle, moi,
c'est une commission d'enquête ou une commission d'étude, peut-être que c'est
plutôt comme ça que j'aurais dû l'appeler, mais qu'on fasse les travaux
de recherche nécessaires afin d'avoir des bases solides pour prendre des
décisions. La consultation des citoyens, c'est très bon. Je suis absolument
pour ça. Mais, d'un autre côté, il faut bien reconnaître que, pour avoir les renseignements
fondamentaux, les renseignements sûrs et nécessaires, il faut passer à une
autre étape.
J'ai
été membre de deux commissions. Je n'ai pas mentionné ça, mais j'ai été membre,
au Québec, de ce qui s'est appelé la commission Gendron, qui était une
commission d'enquête sur la situation du français au Québec, et j'ai été membre
aussi de la commission LeDain, la commission d'enquête sur les drogues, au
gouvernement fédéral. Alors, je connais un
peu le travail de ces commissions-là. Et ce dont je parle en ce moment...
Remarquez que, dans... à la commission Gendron, on n'a pratiquement pas eu
d'audiences publiques. À la commission LeDain, on en a eu beaucoup
partout à travers le Canada. Mais par ailleurs on avait des experts qui
faisaient des travaux de recherche, et je le sais parce que j'ai dirigé une équipe de recherche là-bas, et ces gens-là
faisaient des travaux qu'on leur demandait de faire afin d'avoir des
réponses aux questions qu'on se posait, afin d'avoir des réponses sérieuses.
Pour compléter ça, je
vous mentionnerais que, justement, en immigration, par exemple, depuis...
pendant très longtemps, il y a eu deux affirmations qu'on faisait à
l'emporte-pièce sans que personne ose contester ça. On disait que
l'immigration, c'était rentable. Quand on a commencé à examiner ça
attentivement, on s'est aperçus que ce ne l'était pas ou que ce ne l'était
plus, bon, et ça, en ce moment, c'est beaucoup moins discuté qu'avant, là. La
situation semble plus claire à ce sujet-là.
• (21 h 10) •
L'autre chose qu'on
nous dit et qui est apparemment fausse, c'est que l'immigration peut servir à
contrer la baisse démographique, à contrer la baisse du vieillissement de la
population. Ça, pour ça, les Nations unies ont fait deux enquêtes très poussées
et avec des... de volumineux rapports dans les deux cas, et c'est... Je ne
m'aventurerai pas à essayer de vous résumer ça. J'admets que c'est très
technique et ça me dépasse. Mais ce que je retiens, c'est que la réponse, dans
les deux cas, c'est que, non, c'est impossible d'utiliser l'immigration pour
contrer la baisse démographique et le vieillissement de la population.
Et
là je vais juste vous citer une phrase d'un des rapports : «Le
maintien...» Je cite : «Le maintien des rapports de soutien potentiels à
leurs niveaux actuels — leurs
niveaux actuels au pluriel — uniquement
en ayant recours à une immigration de remplacement semble inaccessible
en raison du nombre extraordinairement important des migrants qui s'avéreraient nécessaires.» Ça, ça fait
déjà... Fin de la citation. Ça, ça fait déjà quelques années, là, que les
Nations unies ont sorti ce rapport-là après avoir fait des études de cas
et des projections, et, jusqu'à présent, en fait, à ce que j'en sais, il n'y a
personne qui a contré ces rapports-là ou qui a fait une critique pour dire que
les rapports n'étaient pas bons. Je pense que ça peut être intéressant de lire
ça.
Enfin, tout ça pour
répondre à votre question. Moi, quand je demande une commission... Mettons que
c'est une commission d'enquête, si vous voulez. Je me suis peut-être mal
exprimé. Mais je ne parle pas d'une commission seulement pour entendre des
citoyens qui ont quelque chose à dire. C'est très valable, je ne dénigre pas ça
du tout, du tout, mais je pense que ce serait utile d'avoir une commission
d'enquête avec des experts qui font des travaux de recherche nécessaires.
Mme
Fréchette : De notre côté, on a mis de l'avant, en fait, des fonds qui
seront rendus disponibles pour des universitaires pour mener des études sur les
parcours migratoires et tous les enjeux qui peuvent être associés à
l'immigration. On a fait cette annonce-là au printemps dernier. Donc, il y a
des fonds qui ont été dévolus au fonds québécois de recherche, Société et
culture, chapeauté par M. Rémi Quirion, et qui aura pour mandat, en fait,
de financer un certain nombre de recherches.
Et ça, je pense que ça va être très utile au sein du ministère également. Il y
a plusieurs initiatives qui nous permettent d'approfondir notre
connaissance de divers enjeux qui sont d'intérêt pour la conduite du ministère
et la conduite de notre politique en matière d'immigration. Donc, c'est la voie
par laquelle on agira pour la suite des choses.
Mme la Présidente, il
nous reste combien...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Il reste 6 min 40 s.
Mme
Fréchette : 6 min 40 s. D'accord. Alors, écoutez, je vous amènerais
sur une de vos propositions qui, celle-là aussi, m'a surprise, qui est, en
fait, celle visant à déclarer un moratoire sur l'immigration au Québec. Quand même, ce n'est pas banal comme recommandation. Je
me demande, en fait, si vous avez évalué, là, l'ampleur et l'impact de la mesure que vous proposez, parce qu'il faut
voir que l'immigration, c'est quand même un socle, une assise importante
sur le plan du gouvernement. L'immigration, c'est une richesse. C'est important
pour nous de garder les canaux ouverts en matière d'immigration et de voir vers
l'avenir quand on conduit la politique d'immigration, parce que ça nous apporte
énormément sur un ensemble de plans, que ce soit sur le plan social, sur le
plan économique, sur le plan démographique, que ce soit sur le plan
linguistique également.
Donc, il y a toute
une série d'enjeux qui sont portés par l'immigration et dont il faut tenir
compte pour garder un équilibre. Alors, c'est ce qu'on cherche à faire avec la
tenue de cette consultation de manière régulière, de viser, en fait, le point d'équilibre idéal, pour les
trois ou quatre années qui viendront, tenant compte de l'ensemble des dimensions
qui sont soulevées par l'immigration.
Donc, en fait, je
m'étonne que vous proposiez un moratoire, là, parce que, c'est ça, ça aurait un
impact assez considérable sur la suite des
choses. Alors, je me demandais si vous aviez évalué, justement, ces impacts-là
et comment vous les... vous les visualisez.
M. Sirois
(André) : Non, je n'ai pas la compétence pour faire l'évaluation de
ça, je le reconnais volontiers. Cependant,
je me fie à ce que me disent, entre autres, les gens de la commission du statut
de réfugié, où j'ai travaillé, et d'autres fonctionnaires que je
connais, des hauts fonctionnaires que je connais, dans le domaine de
l'immigration, à Ottawa, qui sont absolument débordés et qui ne voient pas
comment sortir de là.
Soit
dit en passant, je vais vous faire une recommandation. Je vais faire une
suggestion tout de suite. Je suis étonné de voir qu'on ne fait pas comme aux
États-Unis et qu'on ne procède pas à des tirages au sort, parce qu'en ce moment
les dossiers ne font que s'empiler, alors qu'aux Nations unies... aux
États-Unis, pour certaines parties de cette démarche-là, qui est fastidieuse,
tout le monde le reconnaît, une fois qu'on a examiné les dossiers et qu'on a
déterminé que les personnes étaient admissibles, au lieu de commencer à
réexaminer le dossier pour voir qui on veut admettre ou pas, on procède à des
tirages au sort une fois par année. On pourrait le faire deux fois par année ou
quelques fois de plus si on veut, mais ça me paraîtrait une avenue qu'il
faudrait examiner, peut-être.
Je mentionne ça en passant parce que ça fait des
années que je me pose cette question-là. Puis j'ai vu... Comme j'habitais à New
York, j'étais en relation avec des gens qui avaient affaire à l'immigration, et
cet aspect-là semblait fonctionner. Je ne vous dis pas que c'est un modèle
absolu, mais cet aspect-là semblait être utile, parce que les gens n'avaient pas à attendre des années et
des années pour avoir une réponse. Et, s'ils étaient refusés, normalement,
ils devaient partir du pays et faire leur vie ailleurs.
Mme Fréchette : D'accord. Donc, vous
nous proposez une mesure dont vous n'avez pas idée de l'impact parce que vous
n'avez pas cette expertise. Alors, bien, je retiens...
M. Sirois
(André) : Non, mais ce serait examiné par une commission,
justement. C'est un peu ça que je pensais.
Mme Fréchette : Ah! d'accord. Mais peut-être
faudrait-il attendre d'avoir une telle commission avant de proposer une
recommandation, dans ce cas-là.
M. Sirois (André) : Bien, je...
Mme
Fréchette : Mais je ne m'avancerai pas davantage là-dessus,
Mme la Présidente. Je vais céder la parole à des collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, pour une période de
2 min 45 s, je cède la parole à la députée de Châteauguay.
Mme
Gendron : Bonjour, M. Sirois... bonsoir, plutôt. C'est
surprenant. Vous êtes le premier intervenant à avoir des propos de cette
nature. Donc, c'est différent, ce soir.
J'aimerais ça vous amener complètement ailleurs.
De quelle façon vous pourriez penser que l'immigration pourrait être faite de
façon réussie? Qu'est-ce qui, pour vous, devrait être fait, à part le
moratoire, admettons, pour qu'un immigrant soit reçu ici, au Québec, et que ce
soit une immigration réussie?
M. Sirois (André) : Bien, ma
première réaction... puis j'admets qu'il faudrait peut-être que j'aie le temps
de réfléchir à ça davantage, mais ma première réaction, c'est de me dire :
Pour que ce soit réussi, il faudrait que la machine fonctionne bien, et ce
n'est pas le cas en ce moment. Toute la machine administrative, et ça, je pense
bien que je ne risque pas d'être contredit
là-dessus, toute la machine administrative est absolument débordée et ne fonctionne
pas bien, malgré le fait que, dans certains cas, il y a un biais très fort,
dans le mécanisme administratif, en faveur des immigrants. Par exemple, à la commission du statut de réfugié... Je ne
me lancerai pas là-dedans, là, je ne commencerai pas à décrire pourquoi
il y a un biais et comment ça arrive, mais il y a un biais très, très fort en
faveur des gens qui demandent le statut de réfugié, bon, et, malgré tout, il
reste qu'il y a des retards qui sont absolument inadmissibles. Tout le monde
conviendra de ça facilement.
Mme Gendron : Donc, c'est ça qui
motive, en fait, là, votre proposition de moratoire et...
M. Sirois
(André) : Bien, de regarder... C'est ça, parce qu'il
faudrait regarder le fonctionnement de la machine administrative et voir
pourquoi ça bloque à ce point-là. Et malheureusement on sait aussi qu'on ne
peut pas régler le problème en ne faisant qu'embaucher de plus en plus
de monde. S'il y a de plus en plus d'immigrants en même temps, ça va devenir tout simplement exponentiel, et il y a
un moment donné où il n'y a rien qui va fonctionner, de toute façon.
C'est malheureux, mais c'est comme ça.
Ce que... Si je peux parler d'une autre chose
que je recommanderais aussi, c'est que je ne comprends pas comment ça se fait
qu'au point de vue international personne ne semble avoir envie de sévir contre
les passeurs. Les passeurs volent le monde, provoquent la mort de beaucoup de
monde impunément, et on ne voit pas de...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Me Sirois, je dois vous arrêter parce que la période de
temps impartie au gouvernement vient de se
terminer. Je me tourne maintenant du côté de l'opposition officielle, qui
bénéficie d'une période de 12 min 23 s, avec le député de
Nelligan.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonsoir. Bienvenue en commission parlementaire.
Je vais aller à vos recommandations. Depuis le
début, je vous entends parler, et vous nous invitez à une sorte de commission d'enquête. Mais les commissions
d'enquête, à part leur objectif... Je ne pense pas qu'une planification pluriannuelle, à mon humble avis, doit être ou
doit s'inspirer d'une commission d'enquête. On est loin des commissions d'enquête. Mais j'ai lu vos recommandations, et vous
insistez beaucoup sur les données, sur les chercheurs, je vous l'accorde, parce qu'il faut se baser sur des
données fiables avant de proposer quelque chose. Je ne sais pas si vous avez
suivi la commission, les travaux.
• (21 h 20) •
M. Sirois (André) : Non,
malheureusement, parce que j'ai...
M. Derraji : Oui, pas de... Non, pas
de problème. Vous êtes occupé, je le sais. Pas de problème. Je veux vous dire et vous partager un peu... Les gens qui
étaient dans la même chaise que vous, oui, il y avait des citoyens, mais
laissez-moi vous dire qu'il y avait des experts, des chercheurs universitaires,
des organismes communautaires, des groupes
représentant le patronat, des groupes représentant le syndicat. Moi,
sérieusement, je n'ai pas perdu mon temps les deux dernières semaines. J'ai
beaucoup appris et j'ai même appris qu'au-delà des chiffres il y a des êtres
humains. Et je vais me permettre de vous corriger une petite... un petit
pourcentage. Vous avez dit que les immigrants qui arrivent, en moyenne,
ramènent cinq. C'est ça?
M. Sirois (André) : C'est ce que
j'ai lu dans des rapports, oui.
M. Derraji : Oui. C'est des rapports
au Québec, à l'international? Quels rapports...
M. Sirois (André) : Canadiens,
canadiens.
M. Derraji : Canadiens. Et,
appliqués au Québec, cinq.
M. Sirois (André) : Non, je n'ai pas
appliqué ça au Québec en particulier, parce que le chiffre concernait le
Canada, des immigrants au Canada dans l'ensemble.
M. Derraji : Mais, au moins, il y a
un qui n'a pas ramené cinq, c'est moi. Je peux vous le partager. J'ai réussi, probablement, à convaincre uniquement une
seule personne, c'est ma femme. Je ne sais pas si ça vous rassure. On
est juste deux avec deux enfants. Donc, ça ne rentre pas un peu dans les
statistiques. Mais ça, c'est juste... Je sais que vous aimez les anecdotes.
Vous voulez même parler d'une concernant la Hongrie. Ma mémoire, elle est
bonne?
M. Sirois (André) : Oui, bien, en
fait, si vous voulez l'entendre après, oui, oui.
M. Derraji : Après, après. J'ai
juste 12 minutes. Je veux revenir au résultat. Ce qui est quand même
hallucinant, c'est que vous êtes le premier intervenant à nous parler du
moratoire. Vous avez le droit de parler d'un moratoire.
Nous avons eu 54 groupes. Beaucoup de groupes, ils ont partagé le point de
vue de la ministre. Ils ont dit : On est d'accord sur deux, trois
points, pas d'accord sur un autre point, je suis d'accord sur pas mal de
points, mais je ne suis pas d'accord sur un
point. Et, je l'ai mentionné, c'est ça, un processus démocratique dans une
société démocratique où la parole est
pour tout le monde. Mais vous venez nous dire aujourd'hui qu'il faut déclarer
ça, deuxième proposition...
D'ailleurs, la première proposition, moi,
j'étais un peu choqué, probablement au même niveau que Mme la ministre, parce
qu'il faut entreprendre une véritable... Moi, je l'ai relue, hein, je l'ai
relue plusieurs fois : «À l'échelle du
Québec, il faut entreprendre une véritable consultation de fond — je
pense, c'est ce qu'on fait depuis le début — sur les enjeux de l'immigration au Québec
par rapport à ses pouvoirs en ce domaine et à la politique fédérale du multiculturalisme.» Moi, je n'ai jamais vu du
multiculturalisme au Québec. On parle de l'interculturalisme au Québec.
Encore une fois, on est maîtres chez nous. Le
Québec est maître chez nous par rapport... est maître... On est maîtres chez nous par rapport à l'immigration. La
première recommandation, c'est ce que vous dites, je vous cite, est, donc,
«de faire une véritable consultation sur l'ensemble des questions d'immigration
au Québec». C'est exactement ce qu'on fait.
Donc, probablement, on vient de répondre à votre première préoccupation, parce
que nous sommes dans une vraie consultation sur l'immigration.
Maintenant, là où je m'inquiète... bien, je
m'inquiète... je me pose des questions... On réfléchit à haute voix ensemble.
Le moratoire, avec quels chercheurs vous avez validé l'idée du moratoire?
Quelle étude vous avez faite? Avec quels intervenants vous avez parlé, que ce
soit acteur régional, national, association patronale, syndicat, groupe
communautaire, groupe qui ramène des réfugiés, demandeur d'asile, regroupement
familial, requérant principal, demandeur principal, travailleur temporaire
étranger? Comment vous avez validé l'idée du moratoire?
M. Sirois (André) : Je n'ai pas fait
une recherche scientifique, j'en conviens. J'ai parlé avec des hauts
fonctionnaires à Ottawa et des retraités qui se sont occupés d'immigration, et
une des idées qui est revenue, c'était que,
comme on était débordés à Ottawa et ici, comme on était débordés, une façon,
peut-être, je n'essaie pas d'imposer cette
idée-là, mais je pense que c'est une solution qui mériterait d'être examinée,
une idée, peut-être, ce serait de faire un moratoire afin de s'assurer
qu'on ne fait pas... qu'on n'est pas, là, en train de simplement constater une
augmentation constante contre laquelle on n'arrive pas... qu'on n'arrive pas à
régler, plutôt.
M.
Derraji : Oui. Et donc le moratoire, c'est, je veux juste
bien comprendre, un arrêt complet de l'immigration. Vous avez même
dit : Regroupement familial, ça, là, il ne faut pas le... il ne faut pas
toucher ça, là, il ne faut pas... il faut arrêter ça.
M.
Sirois (André) : Si c'est possible. Je dis simplement que c'est
quelque chose qu'on devrait examiner pour voir si c'est possible. Je ne
prétends pas que c'est une solution que je voudrais imposer.
M. Derraji : Non,
non... Oui, mais j'échange avec vous parce que, juste sur le regroupement
familial, je me pose la question. Au-delà
d'extrapoler sur les gens, probablement que moi-même, je n'aurais pas eu
l'occasion d'avoir ma conjointe avec moi parce qu'elle n'est pas née au
Québec.
M. Sirois
(André) : Bon, on peut être d'accord ou pas d'accord sur le
regroupement familial. Ce que je peux vous
dire, c'est que la très grande majorité des pays du monde... D'abord, il y a
une grande majorité qui n'accepte pas d'immigrant
et, d'autre part, il y a aussi beaucoup, beaucoup de pays qui ne permettent pas
du tout le regroupement familial.
M. Derraji : Oui,
mais, Me Sirois...
M. Sirois
(André) : C'était le cas avant, mais ça a été aboli dans bien des
pays.
M. Derraji : Oui,
mais, Me Sirois, j'ai aussi voyagé beaucoup et en aucun cas je ne compare le
Québec à n'importe quelle autre société, y compris européenne. Le Québec
choisit son monde depuis plusieurs années, et venir aujourd'hui... Et vous avez
le droit à votre opinion, que je ne partage pas, que d'autres pays l'ont fait,
on doit le faire. En fait, ce n'est pas un
argument scientifique qui tient la route. Ce n'est pas parce qu'un pays a
empêché... D'ailleurs, j'aimerais bien
savoir c'est qui, ces pays qui ont empêché le regroupement familial. J'aimerais
bien savoir, parce que, moi, c'est la première fois que j'entends ça. Me
Cliche...
M.
Cliche-Rivard : ...
M. Derraji :
Moi, je n'ai jamais entendu parler qu'un pays a empêché le regroupement
familial. Mais ça, encore une fois, on jase.
Tu sais, vous avez des idées, vous les ramenez sur la table, mais, sur le
moratoire, vous venez de me
répondre : Il n'y a pas d'étude scientifique, c'est juste... Vous êtes en
train de discuter entre hauts fonctionnaires au fédéral, des retraités,
et l'idée, elle est venue, et vous l'avez ajoutée dans les recommandations.
M. Sirois
(André) : Oui. Je ne dis pas qu'il n'y a pas d'étude scientifique,
mais je n'ai pas fait la recherche à ce sujet-là, c'est vrai.
M. Derraji : Pas
de problème. Mais souvenez-vous que, votre première recommandation, vous nous
invitez à faire... à être rigoureux, à faire de la recherche et même aller
jusqu'à une commission d'enquête, mais là vous, vous venez, sans faire d'étude
ni recherche, recommander un moratoire. Tu sais, à un certain moment, comment
on peut juste vous suivre dans le raisonnement?
M. Sirois
(André) : Bien, écoutez, je n'ai pas d'équipe de chercheurs pour faire
ça, j'en conviens, et moi, j'ai un travail à part ça. Alors, je ne peux pas non
plus me plonger là-dedans à plein temps. C'est une proposition que je fais, qui
peut être discutée, qui peut être rejetée.
Mais, pour ce qui est
du regroupement familial, je peux vous assurer que, ça, il y a déjà beaucoup de
travail de fait à ce sujet-là. Et, justement, entre autres, j'ai pris la peine
de mentionner Sarkozy, parce que Sarkozy avait fait faire beaucoup de
recherches, et il y a des documents en France à ce sujet-là. J'en ai déjà vu et
je pourrais essayer de les récupérer.
M. Derraji : Est-ce
qu'on peut dire que la société québécoise est très différente de la société
française?
M. Sirois
(André) : Ah! sûrement.
M. Derraji : Sûrement?
C'est excellent. Je veux revenir à l'idée du moratoire parce que vous avez dit
que vous voulez qu'on en discute. On fait quoi avec la pénurie de main-d'oeuvre
et les services publics qui peinent à trouver du monde pour s'occuper de nos
personnes âgées, la pénurie de profs, l'économie qui souffre? Moi, je vous le
dis, si vous avez du temps... Je sais que vous êtes un homme occupé. Les deux
dernières semaines, nous avons eu d'excellentes présentations de presque toutes
les régions du Québec. C'est des experts qui sont sur le terrain qui nous ont dit : Faites attention, et nous avons nos
enjeux, mais on peut marcher en réglant nos enjeux, mais on a besoin de monde,
parce qu'on a une pénurie grave qui sévit dans les régions. Vous leur dites
quoi aujourd'hui?
M. Sirois
(André) : Pour ce qui est de la pénurie de main-d'oeuvre... Et on ne
parle pas, là, de remplacer le... de
remplacer le... voyons, la perte démographique, mais, pour ce qui est de la
pénurie de main-d'oeuvre, c'est sûr que l'immigration peut aider.
D'un
autre côté, quand j'entends les hommes d'affaires nous dire qu'il faut
absolument plus d'immigrants, il y a un moment donné où plusieurs
personnes... Et je ne suis pas le seul à penser ça. On se dit, du côté des
syndicats, par exemple, qu'il y a sûrement des gens, là-dedans, qui veulent
payer un salaire le moins cher possible.
Et il y a des
gens aussi, et il faut le rappeler, que, lorsque... Lorsqu'il y a eu la guerre
de Sécession, aux États-Unis, contre l'esclavagisme, il y avait des
hommes d'affaires, au Québec, des hommes d'affaires anglophones, qui se sont rangés avec le gouvernement britannique du côté des
esclavagistes aux États-Unis. C'était ça, la position des élites à Montréal à
ce moment-là.
M. Derraji : Je vais juste revenir à
votre idée. Donc, l'immigration, elle est bonne pour combler la pénurie de main-d'oeuvre, mais pas pour le besoin... la
courbe démographique. Éclairez... Clarifiez, s'il vous plaît, parce que je n'ai
pas saisi ce que vous voulez dire. Vous êtes d'accord avec moi que, pour
combler la pénurie de main-d'oeuvre, l'immigration
est une des solutions, mais vous avez ajouté la courbe démographique. Je n'ai
rien compris. Pouvez-vous juste...
• (21 h 30) •
M. Sirois (André) : Justement, pour
ce qui est de la perte démographique, ça, je l'admets, j'ai beaucoup de
difficultés... Je ne pourrais pas résumer ces rapports-là parce que c'est très,
très complexe.
M. Derraji : Oui, pas de problème.
Revenons aux choses simples. Évitons les choses complexes. C'est déjà
21 h 30. Revenons à la pénurie de main-d'oeuvre. Vous partagez le
point des deux dernières semaines, que des gens sont venus en commission nous
dire : Attention, on souffre, on en veut, aidez-nous, Mme la ministre,
francisation, régionalisation. C'est ce qu'ils ont dit.
M. Sirois (André) : En soit, c'est
très complexe, cette question-là, et, pour ça, pour commencer, je vous
suggérerais de bien lire la chronique de Christian Rioux de vendredi dernier,
que vous avez sans doute vue, où il parle, justement, de... Il mentionne,
justement, que, d'une certaine façon, c'est une nouvelle forme de pillage
colonial que d'aller chercher les gens qui
sont déjà formés dans des pays en développement pour les siphonner au Canada,
bon, et ça, c'est du colonialisme.
M. Derraji : Bien, le Québec et le
Canada n'obligent personne à venir. C'est par choix aussi. Moi, il n'y a
personne qui m'a obligé de venir au Québec et au Canada. Moi, je ne vois pas un
acte colonialiste dans ce sens. J'ai choisi de venir étudier, faire un MBA à
l'Université de Laval. J'ai épousé le Québec, j'ai aimé le Québec, et je suis
devenu Québécois, et je reste au Québec.
M. Sirois (André) : Bien sûr. Mais
je vous recommande, encore une fois, de bien lire le texte de Rioux, parce que,
quant à moi...
M. Derraji : Je l'ai lu, mais je
tiens juste à vous dire un autre point de vue qui est probablement différent de
M. Rioux.
M. Sirois
(André) : ...il décrit un problème qui a été dénoncé déjà
par... c'est une curieuse coïncidence, mais par deux femmes différentes.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps est terminé.
M. Derraji : Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Le temps imparti à
l'opposition officielle étant terminé, M. le député, je veux juste vous rappeler qu'on appelle nos
collègues... M. le député, s'il vous plaît... S'il vous plaît, M. le député de
Nelligan, je m'adresse à vous. Je veux juste
vous rappeler qu'on appelle les collègues par leur nom de... le député de...
Je ne vais pas le répéter, bien entendu.
M. Derraji : Ah! j'ai dit «maître».
Ah oui! Ouf!
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, pour une période de 4 min 8 s, le temps est à
vous.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
M. Sirois, je m'étais fait la même réflexion que mes collègues, là. Je ne
vais pas vous le cacher. Il y a, quoi... Il y a près de 80 mémoires qui
ont été déposés. Vous êtes le seul, à ce jour, à avoir de telles propositions. Ici, on est quatre partis politiques
représentés à l'Assemblée nationale. Personne ne propose de moratoire, des quatre partis, là, avec des
idées qui sont très différentes. Personne ne propose ça, personne ne demande
ça, et j'inclurais peut-être même au niveau fédéral. Ça n'appartient à aucune
formation politique. Aucune formation politique au pays, à ma connaissance, n'a
ça dans sa plateforme.
Alors, avec égards, moi, je me demande... Bon,
vous avez droit à votre opinion. Ça, je vais toujours respecter la liberté d'expression. Mais, à mon humble avis,
c'est une mauvaise décision. C'est une mauvaise proposition, à mon
humble avis, et on n'a pas besoin d'une commission pour examiner si c'est une
bonne idée ou une mauvaise idée. À mon humble avis, c'est une mauvaise idée. Et
je vous confirme qu'à mon humble avis ce n'est pas une bonne idée.
Vous dites que vous comprenez mal ou... je vous
ai relu, le rôle du Québec en immigration. Moi, je vous recommande d'aller lire
attentivement l'accord Canada-Québec de 1991 qui définit les responsabilités de
chacun. Et il y a une excellente association
d'avocats en droit de l'immigration, que je présidais à une certaine époque,
qui fait de la formation continue extraordinaire
sur les rôles de tout un chacun en matière d'immigration. Je vous le
recommande, parce qu'on apprend des choses
extraordinaires sur l'état de notre droit constitutionnel ou quasi
constitutionnel. Je trouve ça, moi, très, très, très intéressant.
Vos propositions sur la réunification familiale,
sincèrement, moi, je les trouve choquantes. Abolir le droit à des familles
d'être réunies, bien franchement, dans la société québécoise d'aujourd'hui,
moi, personnellement, je trouve cette proposition-là inacceptable. La famille,
selon moi, est au coeur de la société québécoise, est au coeur des valeurs québécoises. Et de penser qu'on
proposerait des politiques qui viseraient à ne pas permettre de réunir des
époux, des conjoints, des enfants,
des parents, moi, je trouve que c'est un manque d'humanisme ou d'humanité. Moi,
je trouve ça extrêmement grave. Et,
très franchement, avec respect, je trouve que ça discrédite l'ensemble des
autres propositions que vous faites, franchement.
Vous avez parlé du début ou d'une potentielle
politique génocidaire. Avec égards, je n'ai vu aucun début de preuve à cet
effet-là. Puis ça m'intéresserait de le voir, parce que, pour l'instant, je
n'ai vu aucun début de preuve.
Dans vos allégations, vous dites que personne ne
peut être renvoyé du Canada. Plusieurs fois par année, il y a des articles sur beaucoup de gens qui sont
déportés du Canada. Moi, j'ai exercé cette profession d'avocat en immigration
et je vous confirme qu'il y a plusieurs gens, plusieurs gens qui sont déportés
du Canada annuellement.
Vous dites qu'une grande majorité des pays n'accepte
pas d'immigrants. Ce n'est pas vrai qu'une grande majorité des pays n'accepte
pas d'immigrants, non. Je veux dire, vous me ferez la lecture sémantique, «une
grande majorité», «plus de la moitié des pays de cette planète», c'est faux.
Il y a plein
de raccourcis, il y a plein de ouï-dire : «j'ai entendu», «on m'a dit».
Moi, j'ai lu beaucoup de préjugés. Je n'ai pas vu beaucoup de sources.
Honnêtement, j'ai rarement été autant en désaccord avec quelqu'un, je vais vous
le dire très franchement.
Je vous
laisse la dernière minute. Vous avez le droit de répondre, je vais vous donner
un droit de réponse, mais moi, je trouve ça absolument inacceptable.
M. Sirois (André) : J'ai présenté
deux propositions. J'ai présenté mon texte, et, dans bien des cas... Pour ce qui est, par exemple, des pays qui acceptent ou
qui n'acceptent pas des immigrants, il y a 193 États aux Nations unies, et on peut facilement vérifier, et vous allez voir que ce que
je vous dis là est vrai.
M. Cliche-Rivard : Ça me surprendrait.
M. Sirois
(André) : Bon, ça, vous pouvez ne pas être d'accord, mais je
suis prêt à ce qu'on fasse un inventaire de ça. Et ça pourrait être le
premier travail de la commission. Je vous assure de ça parce que je l'ai fait.
Je l'ai vérifié dans certains cas. Parce qu'aux Nations unies, en ce moment,
une très grande majorité des employés veut s'en venir au Canada. Et les gens venaient me voir, et, si j'avais voulu ouvrir une
pratique de droit d'immigration là-bas, je serais encore là à temps
plein. Et je n'ai pas voulu faire ce choix-là...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Me Sirois, le temps est terminé. Alors, c'est ce qui met
fin à cette audience. Merci beaucoup pour l'apport à nos travaux.
Alors, je suspends la... j'ajourne, en fait, maintenant,
j'ajourne les travaux au mercredi 27 septembre 2023, après les avis
touchant les travaux des commissions. Merci beaucoup. Bonne soirée, Mmes et MM.
les députés.
(Fin de la séance à 21 h 37)