(Onze heures dix-sept minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre les
auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de
consultation intitulé La planification de l'immigration au Québec pour la
période 2024-2027.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Gendron (Châteauguay) est remplacée par Mme Bogemans
(Iberville); Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par M. Derraji
(Nelligan); Mme Prass (D'Arcy-McGee) est
remplacée par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors,
Mmes, MM. les élus, bienvenue. Nous entendrons donc ce matin les groupes suivants : l'association des
industriels de l'automobile du Canada et Québec réunifié.
Je souhaite
donc la bienvenue à notre premier intervenant, monsieur... — attendez
que je me retrouve... — M. Jean-François
Champagne, président-directeur de l'association des industriels de l'automobile
du Canada. Bienvenue à la Commission des
relations avec les citoyens. Alors,
M. Champagne, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes
pour votre exposé, et nous allons, par la suite, procéder à la période
d'échange avec les parlementaires. Alors, votre 10 minutes commence
maintenant.
Association des
industries de l'automobile
du Canada (AIA Canada)
M. Champagne (Jean-François) : Parfait,
merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, encore une fois, permettez-moi de me présenter. Jean-François
Champagne, président-directeur général de l'Association des industries de
l'automobile du Canada. Nous sommes également connus sous la version abrégée, comme étant AIA
Canada.
En fait, l'association a pour principale mission
de porter la voix des acteurs de l'industrie du marché secondaire de
l'automobile partout au pays. Cette industrie, essentiellement, englobe tous
les biens et services offerts après la vente initiale d'un véhicule au consommateur.
Donc, on parle notamment de l'entretien préventif, de la réparation du véhicule
et de la conception et de la vente de pièces de rechange. C'est une industrie
d'une importance considérable au Canada, elle génère, à elle seule, près de
37,8 milliards de dollars chaque année. Avec plus de
4 000 membres à travers le pays, dont une importante proportion au
Québec, l'AIA Canada est la voix officielle des détaillants et fournisseurs de pièces de rechange automobiles, des
carrossiers, et des ateliers, et des garages indépendants partout au
Canada.
Au Québec,
l'industrie secondaire de l'automobile est particulièrement dynamique. On
estime qu'elle contribue à 7 milliards de dollars au PIB de la
province à chaque année. Elle compte 5 895 ateliers de réparation et
d'entretien automobile et
1 524 entreprises dans la chaîne d'approvisionnement, qui sont
enracinés aux quatre coins de la province. Et donc, en tout et pour tout, l'industrie secondaire de l'automobile au
Québec, c'est actuellement plus de 100 000 emplois, que ce soient des techniciens, des
approvisionneurs, des commis aux pièces, des carrossiers, et autres.
• (11 h 20) •
Donc, l'AIA Canada est bien heureuse de pouvoir
intervenir aujourd'hui dans le cadre de la consultation générale sur le
document de consultation intitulé La planification de l'immigration au
Québec pour la période de 2024 à 2027. Nous tenons particulièrement à
remercier les parlementaires pour cette opportunité et espérons que nos
commentaires et recommandations contribueront à alimenter leur réflexion.
Historiquement, le marché secondaire de
l'automobile a toujours représenté une porte d'entrée de choix pour les
nouveaux arrivants québécois, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord,
parce que les métiers de l'automobile sont accessibles, bien rémunérés, sont
stables et offrent des très bonnes perspectives. Ensuite, parce que les savoirs
permettant à un individu d'oeuvrer dans
notre secteur sont, pour la plupart, universels, c'est-à-dire qu'ils se
transportent très bien d'un endroit à l'autre du monde. La mécanique des
véhicules, c'est, essentiellement, de la même nature à travers le monde, les
voitures sont souvent les mêmes, ou se ressemblent beaucoup. Donc, la mise à
niveau requise lors de l'arrivée au Québec, pour quelqu'un ayant déjà travaillé
dans le secteur de l'automobile dans un autre pays, est accessible, ce qui permet une intégration rapide au marché du
travail et une contribution rapide à la société d'accueil. Et même quand
un candidat à l'immigration ne dispose pas des prérequis dès son arrivée au
Québec, celui-ci peut, s'il le désire, se qualifier adéquatement en complétant
une formation spécialisée.
Finalement,
notre secteur représente un environnement de travail idéal pour les nouveaux
arrivants en processus de francisation. Grâce à leurs interactions avec
leurs collègues et superviseurs, qui leur serviront souvent de mentors et
d'enseignants informels, ceux-ci peuvent se familiariser progressivement avec
l'usage de la langue française en mettant en
pratique les notions vues en classe. Compte tenu que plusieurs emplois au sein
de notre industrie ne nécessitent pas d'interaction directe avec le
client, le tout se fait sans impact sur la qualité des services offerts,
laissant le temps à un nouvel arrivant de s'implanter dans son nouveau milieu
de travail.
Donc, pour
toutes ces raisons, et pour bien d'autres, au cours des dernières décennies, de
nombreux nouveaux arrivants ont joint les rangs de notre industrie. Ces
responsabilités d'accompagnement et de soutien dans l'accueil, l'intégration et la francisation des nouveaux
Québécois, nos membres s'en acquittent depuis toujours avec grande fierté.
À l'heure où le Québec consulte sur les
orientations futures en matière d'immigration, nos membres tiennent à exprimer
leur volonté de poursuivre dans cette voie. Pour eux, ce n'est pas seulement
une option, c'est une nécessité, notamment pour faire face aux transformations majeures qui attendent notre
industrie au cours des prochaines années. La principale est, évidemment,
l'arrivée massive des véhicules électriques sur nos routes. Au Québec, d'ici
2035, c'est 100 % des véhicules neufs vendus qui devront être électriques.
Pour vous donner une petite idée, l'année dernière, au Québec, il s'est vendu
370 000 nouveaux véhicules au Québec, donc c'est énorme. Si on veut
que ce virage souhaité par tous soit une
réussite, il est essentiel que nos membres aient, dans leur coffre, tous les
outils nécessaires. Alors, quels sont
ces outils? Bien, essentiellement, l'accès aux données, l'accès à la formation
de nos travailleurs actuels et, finalement, un accès accru à de nouveaux
travailleurs.
En ce qui concerne l'accès aux données des
conduites, bien, le gouvernement a déposé, et nous tenons à le saluer encore une fois, un projet de loi qui
forcerait les fabricants à partager ces données, cruciales pour l'entretien et
la réparation de nos voitures
intelligentes. J'ai d'ailleurs eu le plaisir, récemment, de présenter aux élus
les recommandations de l'AIA Canada à ce chapitre.
Concernant la mise à niveau des compétences de
nos travailleurs, et même s'il reste du travail à faire, les investissements
récents dans le programme Compétences VE ont définitivement été très appréciés
par nos membres. Pour le virage électrique, notre industrie aura, finalement,
besoin d'un dernier élément, soit un nombre important de nouveaux travailleurs
qualifiés au cours des prochaines années. En effet, les professions de la
mécanique automobile n'échappent pas à la pénurie de main-d'oeuvre qui frappe
le Québec. Encore aujourd'hui, notre secteur éprouve des séquelles de la
pandémie de COVID-19. Lors des deux premières vagues, nous avons perdu plusieurs
travailleurs qualifiés, qui se sont réorientés vers d'autres corps d'emploi. À
cela s'ajoute, évidemment, le vieillissement naturel de notre main-d'oeuvre actuelle. Plusieurs de nos travailleurs sont à
quelques années seulement d'accrocher leurs outils. D'ailleurs, pas moins de
35 % d'entre eux pourraient prendre leur retraite au cours des cinq à...
cinq à sept prochaines années, ce qui illustre le besoin criant de
main-d'oeuvre dans notre industrie.
À l'heure
actuelle, il est de plus en plus difficile d'attirer et de retenir des
travailleurs qualifiés. Il s'agit d'ailleurs d'un problème majeur pour
la grande majorité de nos membres. C'est particulièrement vrai pour les
ateliers qui sont situés en région, où le bassin de travailleurs qualifiés est encore
plus précaire, et, paradoxalement, ce sont, justement, dans ces régions, dans ces plus petites communautés, où les
concessionnaires automobiles ne sont pas présents, que nos services sont
encore plus essentiels.
Il n'y a pas
juste nos travailleurs qui approchent de l'âge de la retraite, c'est aussi le
cas de plusieurs propriétaires de garages et d'ateliers indépendants.
Pour eux, trouver une relève est un casse-tête, à tel point que certains sont carrément obligés de reporter ad vitam aeternam
leur départ, faute de pouvoir y parvenir. Notre industrie n'a pas seulement
besoin de davantage de travailleurs, elle a
également besoin de davantage de repreneurs. Au cours des dernières années, nous
avons pu observer que des garages et des ateliers indépendants ont été en
mesure de poursuivre leurs activités grâce à
des repreneurs issus de l'immigration. Bien souvent, ces repreneurs ou leurs
parents ont été accueillis, à leur arrivée au Québec, au sein de notre secteur,
et y ont travaillé plusieurs années. Pour elles et eux, le repreneuriat devient,
avant tout, un moyen de poursuivre cette histoire d'amour qui les lie à leur
communauté d'accueil.
Pour toutes ces raisons, donc, l'AIA Canada est
favorable à une augmentation des seuils d'immigration au Québec. Des deux
scénarios présentés dans l'étude, nous avons ainsi une nette préférence pour
celui qui prévoit une augmentation des seuils à 60 000 d'ici trois ans.
Et, compte tenu des besoins criants de notre industrie, nous appelons même le gouvernement du Québec, si possible, à
revoir son échéancier afin d'atteindre cet objectif encore plus rapidement.
En terminant,
et quelles que soient les orientations retenues, nous tenons à assurer le
gouvernement qu'il pourra compter sur notre pleine et entière
collaboration pour assurer de l'accueil, une intégration et une francisation
réussie de nos nouveaux arrivants au Québec.
Nous sommes maintenant prêts, Mme la Présidente,
à répondre aux questions des parlementaires. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci beaucoup, M. Champagne, pour votre exposé. On va donc, comme vous le disiez, commencer la période
d'échange avec les parlementaires. Alors, du côté du gouvernement, je me
tourne vers la ministre, pour une période de 16 min 30 s, qui
commence maintenant.
Mme Fréchette : Merci. Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci beaucoup, M. Champagne, de prendre part à cet échange, à cet exercice démocratique sur un
thème d'importance transversale. On le voit bien, votre industrie est touchée
également, là, par l'enjeu... en fait, la rareté des talents, et c'est
intéressant de voir, en fait, comment votre secteur s'adapte. Alors bien,
justement, j'aimerais ça que vous nous en parliez avec un peu plus de détails.
Là, vous mentionnez dans votre mémoire, à la
page 4, notamment, que, bon, vos membres ont déployé, là, beaucoup d'efforts pour attirer davantage de
travailleurs de l'étranger, et vous dites même que certaines se sont tournées,
là, vers des
agences spécialisées dans le but de recruter des mécaniciens, par exemple, à
l'étranger. J'aimerais ça que vous parliez à la fois des démarches, là,
qui sont entreprises par vos membres. Comment ça se passe? Est-ce qu'ils les réfèrent d'ailleurs, au soutien du ministère?
Parce que nous, on peut les accompagner dans ces démarches de recrutement
à l'international. Est-ce que, par exemple,
ils participent à Journées Québec? Et puis quels types de conditions salariales
sont associés aux principales professions
pour lesquelles il y a du recrutement à l'étranger? J'aimerais ça que vous nous
dressiez un portrait de tout ça.
M. Champagne (Jean-François) : Certainement.
Écoutez, je n'ai pas les particularités, là, des engagements des divers membres envers, là, les différents
services du gouvernement. Je peux vous dire que c'est certain qu'ils font
des grands efforts pour attirer de la relève étrangère. Effectivement, ils font
l'utilisation de certaines tierces pour les aider
dans cet accompagnement-là. Pour la plupart, ce sont des petites et moyennes
entreprises, donc, qui n'ont peut-être pas
les capacités internes de le faire. Vous avez parlé... on a parlé de
mécaniciens, de techniciens en atelier, beaucoup dans le domaine,
également, de la carrosserie, dont des peintres, des débosseleurs, et ainsi de
suite. Donc, il y a une très grande pénurie, c'est très difficile de recruter
ce genre de types d'employés spécialisés.
Au niveau des compensations, ce sont des bons
emplois bien rémunérés, et, parfois, il faut faire attention. Dans bien des
secteurs, les salaires payés sont déterminés par les comités paritaires dans
les différentes régions, mais il faut comprendre que les comités paritaires ont
des seuils minimums, et donc, souvent, la compensation, en fait, que l'on offre
est supérieure à ce qui est, en fait, là, les taux minimums qu'on retrouve là,
par les comités paritaires de l'automobile.
Donc, des bons emplois bien rémunérés et, évidemment, une activité, là, accrue
de nos membres pour faire ce recrutement-là à l'extérieur du pays.
Mme Fréchette : Et du côté de... des
formations d'appoint à aller chercher, est-ce que vous avez des échos assez positifs? Parce qu'il y a des secteurs pour
lesquels, là, c'est plus long, où ce n'est pas nécessairement facilement
accessible. De votre côté, est-ce que vous avez un écho?
• (11 h 30) •
M.
Champagne (Jean-François) : Il y a encore du travail à faire. Notre secteur
économique a des doubles enjeux, parce que non seulement on a des grands
changements technologiques, nos voitures d'aujourd'hui ne sont pas les mêmes qu'elles étaient il y a cinq ans puis ça
va... c'est continué... ça continue avec l'électrification. Le gouvernement
investit beaucoup dans la transformation
électrique, dont les formations VE, Compétences VE. Fantastique! D'ailleurs,
le gouvernement du Québec est en avance sur beaucoup de juridictions à travers
l'Amérique du Nord à ce sujet-là. Par
contre, c'est sûr qu'au niveau de la capacité et de la disponibilité ça reste
quand même des enjeux. Mais je vous dirais que, de notre point de vue, on voit les efforts, au Québec, de façon
positive, il faut continuer à les faire plus dans le futur. Mais je
pense qu'on est sur le bon chemin ici.
Mme Fréchette : Par rapport au
repreneuriat, vous l'avez mentionné, là, donc, près de 70 % des
entreprises familiales de votre industrie, là, ne vont pas survivre au-delà de
la première génération. Donc, je voulais m'assurer que vous ayez vu, là, le projet de création d'un volet pour le
repreneuriat dans le cadre de notre réforme de l'immigration économique.
Donc, on veut s'assurer que la filière d'immigration puisse offrir une solution
potentielle au phénomène de repreneuriat.
Là, j'entends que c'est quelque chose qui est déjà établi, dans votre secteur, de regarder à
l'international de ce côté-là. Puis est-ce que vous avez eu des échos
aussi de la pertinence de... du nouveau volet qu'on a mis de l'avant dans le
cadre de notre réforme de l'immigration économique?
M. Champagne (Jean-François) : Au
niveau du repreneuriat, je vous dirais que c'est quelque chose qu'on a observé de façon organique dans l'industrie. Donc,
très souvent, les gens qui vont venir travailler dans nos entreprises
vont souvent avoir l'opportunité, dans le futur, de reprendre l'entreprise, et
c'est quelque chose qu'on a vu s'évoluer avec les arrivées de certains
immigrants qui ont eu l'opportunité de faire ce repreneuriat-là de ces
entreprises-là. Et, encore... encore une
fois, ce n'est pas quelque chose qu'on a fait de façon systémique, mais qu'on
observe et, je pense, qui est un élément qu'on ne parle pas assez parce
que ce n'est pas juste des travailleurs qu'on amène ici pour venir nous aider, ce sont également des gens qui vont
être capables d'être les prochains leaders des... de nos petites et moyennes
entreprises, là, partout au Québec.
Et donc on applaudit, finalement, les efforts du
gouvernement dans ce sens-là, et que, oui, ce n'est pas juste d'amener des
travailleurs, mais également d'amener des gens qui vont être nos entrepreneurs
de demain également. Ce sont des points très positifs, de notre point de vue.
Mme Fréchette : Est-ce
que les mesures de francisation sont, par ailleurs, assez monnaie courante chez
vous? Parce que nous, on va mettre de l'avant beaucoup de mesures à travers Francisation Québec, notamment des mesures en
lien avec la francisation en milieu de travail. Est-ce que votre secteur se
prête bien à cette idée d'avoir de la francisation en lieu de travail?
Est-ce que vous êtes déjà passablement engagés, là, vous et vos membres, pour
la francisation?
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
c'est sûr qu'au niveau de la francisation, comme on l'a dit dans mon... dans mon exposé, on offre des
environnements de travail, je pense, qui sont très propices pour aider à
l'intégration, à la francisation des
nouveaux arrivants, puisqu'encore une fois, dans bien des cas, les rôles ne
requièrent pas un accès, une présence directe devant les clients ou la
population, donc ils sont capables de travailler en collaboration avec des
collègues de travail, des superviseurs, et je pense que ce sont des éléments
qui permettent une bonne intégration, une bonne
francisation et permettent, là, une transition qui est bonne pour les nouveaux
arrivants. Et toutes les initiatives que le gouvernement peut mettre de l'avant
pour aider nos petites et moyennes entreprises à activer et accélérer cette
francisation-là, évidemment, sont tout à fait bienvenues.
Mme Fréchette : OK. Bien,
merci. Je vais céder la parole à des collègues, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Merci
beaucoup, Mme la ministre. Alors, la députée de Vimont désire prendre la parole. Il vous reste
10 min 12 s.
Mme Schmaltz : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, M. Champagne, merci de votre présence avec nous.
Bon, écoutez, je vais reparler avec vous un peu
de la question de l'électrification des transports. Tantôt, vous avez mentionné, en termes d'outils nécessaires,
l'accès aux données. Pourriez-vous un petit peu juste élaborer davantage
là-dessus, comment ça pourrait, finalement, vous... vous aider?
M. Champagne
(Jean-François) : Absolument. Écoutez, on applaudit, encore une
fois, la vision du gouvernement du Québec sur l'introduction de la loi n° 29 sur l'obsolescence programmée et la réparabilité des biens. Et,
bien que beaucoup de gens pensent à leur téléphone cellulaire, leur télévision,
leurs électroménagers, leur voiture, également, est un élément important, où, pour être capables de continuer à réparer
les véhicules d'aujourd'hui et de demain, on doit, de plus en plus, avoir accès
aux données, hein? On est encore passés, une fois, d'une voiture qui, quelques
générations... c'était de la mécanique, beaucoup, alors qu'aujourd'hui
ce sont des ordinateurs sur roues.
Alors, que ce soit un changement d'huile, un
changement de pneus, un entretien régulier, de plus en plus, il est nécessaire
d'accéder aux ordinateurs de bord. Et donc on vit dans un monde où est-ce qu'on
doit garantir que les fabricants continuent
de rendre l'information nécessaire pour faire le diagnostic, les réparations de
ces... de ces biens-là. Et nous, évidemment, dans le marché secondaire,
c'est critique qu'on ait accès à ces informations-là.
Et, encore une fois, le projet de loi n° 29
va dans le bon sens, en disant : Bien, écoutez, le manufacturier
automobile se doit, et, évidemment, avec le contrôle de l'OPC, l'Office de la
protection du consommateur, de rendre disponible toute l'information nécessaire
aux propriétaires, locateurs à long terme ou à son mandataire, donc, dans ce
cas-ci, les ateliers de réparation que nous avons partout à travers le Québec.
Et donc c'est un élément très important pour pouvoir réparer nos véhicules
électriques de demain, qui sont tous des ordinateurs sur roues, qu'on continue
d'avoir accès à l'information nécessaire pour en faire le bon entretien et les
réparations.
Mme Schmaltz : C'est
intéressant, ce que vous mentionnez, justement, parce que là, on parle beaucoup
de... Est-ce qu'on peut parler
d'automatisation dans le secteur automobile? Est-ce qu'on... Parce que, oui,
l'immigration est un... est un élément intéressant pour votre secteur,
mais, si on parle en termes d'automatisation, de robotisation du milieu
automobile, est-ce que ça peut être envisagé?
M. Champagne (Jean-François) : Donc,
il s'agit d'un aspect qui est beaucoup plus applicable à ceux qui fabriquent
les véhicules. Donc, on ne représente pas les fabricants de véhicules
automobiles, je ne peux pas parler en leur nom, évidemment. Eux, évidemment,
beaucoup, beaucoup au niveau de la robotisation, l'automatisation, il y a
beaucoup de mouvement, à ce moment-là. Au niveau de l'entretien et réparation des véhicules ou des services de carrosserie, c'est assez particulier. Vous avez un
accident, votre accident est très différent de celui à côté. Donc, il y a
certaines techniques, évidemment, qu'on
utilise pour être plus efficaces, mais de dire : On peut automatiser ou
robotiser l'ensemble des fonctions, pas dans le... dans un futur proche.
Ça va être très difficile à faire à cause de la spécificité, il y a beaucoup de
modèles, différents véhicules. Donc, ce n'est peut-être pas un modèle qui
s'applique très, très bien à notre secteur d'activités.
Mme Schmaltz : ...présence humaine
est encore indispensable.
M. Champagne (Jean-François) : Oui,
effectivement, absolument.
Mme Schmaltz : Oui, je comprends.
Est-ce qu'il y a des bassins de travailleurs à l'international qui vous
paraissent prêts pour, justement, ce virage-là? Est-ce que vous avez,
j'imagine, déjà peut-être regardé?
M. Champagne (Jean-François) : Vous
parlez, en termes de géographie?
Mme Schmaltz : À l'international,
oui, oui. Oui.
M. Champagne (Jean-François) : Oui?
Je n'ai pas d'information pertinente spécifiquement sur ce sujet-là, sinon de
dire qu'évidemment où est-ce qu'on peut recruter des gens qui ont déjà une
spécialisation, évidemment, qui ont déjà une
éducation dans notre secteur... Puis, comme je l'ai dit dans mon énoncé, les
voitures... les concepts de réparation de voitures sont à peu près
universels, donc c'est assez facile d'aller faire un petit peu partout le tour
du monde et de trouver des gens qui ont une formation de base ou spécialisée
qui s'applique très bien à notre secteur économique. Donc, je me pose la
question à voix haute, là, mais je ne peux pas vous dire s'il y a des bassins
particuliers qui ont été explorés à ce niveau-là. On se fera un plaisir de
faire un suivi là-dessus.
Mme Schmaltz : Mais
est-ce qu'il y a des pays qui sont davantage... qui ont peut-être davantage de
connaissances, peut-être, qu'ici? Est-ce qu'il y a des gens plus
spécialisés ailleurs qu'au Québec?
M. Champagne (Jean-François) : De
façon générale, les enseignements nécessaires pour faire une réparation ou un diagnostic d'un véhicule sont assez
universels, et donc, peu importe où on va dans le monde, vous allez retrouver
des bassins de gens qui ont ces genres de
qualifications-là aujourd'hui. On n'a pas besoin d'aller dans des... dans des
pays ou des régions spécifiques pour obtenir ces qualifications-là.
Mme
Schmaltz : D'accord. Je vais parler un petit peu avec vous de la
francisation. Vous l'avez évoquée tantôt, dans votre mémoire, d'ailleurs, la
ministre aussi vous en a... a échangé un petit peu là-dessus. Ce qu'on voit,
c'est que vous ne vous prononcez pas directement sur les orientations. Par contre,
de ce que j'ai compris tantôt, dans votre
présentation... était que l'apprentissage du français directement sur place
pouvait être envisagé. Est-ce que vous êtes tout de même intéressés par la
francisation en entreprise? Est-ce que c'est un élément qu'on ajoute ou c'est
l'apprentissage sur place de façon brute? Je ne sais pas si vous
comprenez ma... Oui? OK.
M. Champagne
(Jean-François) : Oui, oui, je vous comprends. Mais nous, ce qu'on
observe, évidemment, c'est... La formation brute, là, sur le temps, si on veut,
là, d'être exposé à un environnement de travail dans lequel un superviseur, un
collègue de travail permet des échanges... et donc ça, naturellement, on
observe que ça permet une intégration, une
francisation. C'est sûr qu'on accueille d'un bon oeil des programmes, soit en
entreprise ou à l'extérieur, pour permettre l'adaptation, la
francisation des nouveaux arrivants. Et, effectivement, nous, ce qu'on vient
dire dans notre présentation, c'est de dire : Écoutez, c'est un bon
complément à ce qui peut être également appris en classe. Et donc c'est certain
que permettre de supporter nos nouveaux arrivants avec des programmes de francisation,
je pense que ça continue à être important, et puis c'est quelque chose qu'on
voit d'un... d'un très bon oeil.
Mme
Schmaltz : Quand on parle de francisation en entreprise, on parle de
francisation pendant les heures de travail ou après les heures de travail?
• (11 h 40) •
M. Champagne
(Jean-François) : Bonne question. À chaque fois qu'on parle de
formation, de façon générale, dans le cas de
nos membres, on fait vraiment face à des problèmes, des enjeux d'emploi.
Souvent, la formation, quelle qu'elle soit, sera de se faire à l'extérieur des
heures de travail, simplement parce que, pendant le jour, bien, on veut
s'assurer de réparer les véhicules des Québécois, des Québécoises, qu'ils aient
des véhicules sécuritaires à conduire. Et donc, de façon générale, sans avoir
consulté mes membres là-dessus, dire : Tout programme de formation
générale va se retrouver souvent à l'extérieur des heures de travail,
simplement à cause des besoins criants qu'on a présentement là, pour assurer,
là, le service.
Mme
Schmaltz : Je vous comprends. Par contre, on a entendu plusieurs
organismes qui nous faisaient part, justement, de cet... de cet enjeu-là. Les
gens, souvent, bon, ils arrivent, ils ont... il y a tout le... l'avis, aussi,
de l'immigration, et puis, naturellement, des fois, les gens sont fatigués
après des journées de travail, donc la... c'est plus difficile, disons, de
pouvoir envisager des cours de francisation après les heures de travail,
donc... Mais est-ce que, pour vous, pour votre industrie, c'est faisable?
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, il se fait de la formation continue. Que ce
soit dans des cas de partages études-travail, il y a déjà certains cadres qui
existent dans lesquels ça peut coexister. Je pense qu'on pourrait explorer, effectivement, là, différents modèles,
dans ce cas-là. Mais c'est certain que ce qu'on attend de nos membres souvent, c'est de dire, quand vient le temps
d'arrêter, si on veut, d'offrir un service à la clientèle pour faire de la
formation, que ce soit pour un véhicule électrique ou de la
francisation, ça crée des tensions qui sont difficiles, là, à réconcilier,
c'est certain.
Mme
Schmaltz : Vous avez tantôt... J'ai encore un peu de temps,
Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...
Mme Schmaltz :
Une minute? Deux minutes,
d'accord. Tantôt, vous avez mentionné, au tout début, qu'il y a...
il s'était vendu 370 000 nouveaux véhicules. Au Québec?
M. Champagne
(Jean-François) : Oui.
Mme
Schmaltz : Véhicules électriques?
M. Champagne (Jean-François) : Ce
n'est pas... non, ce n'est pas la majorité. C'est l'ensemble des véhicules
vendus au Québec.
Mme
Schmaltz : D'accord. 370 000, c'est un chiffre... c'est élevé. Il
me semble que c'est énorme.
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, il y a... il y a 26 millions de véhicules
sur les routes au Canada. L'âge moyen d'un
véhicule sur les routes au Québec, présentement, est à peu près de 10 ans,
donc vous voyez la courbe de remplacement. Oui, on... parfois, on a de
la misère à saisir l'ampleur de notre industrie, mais c'est lié directement au
fait qu'il y a des millions de véhicules sur nos routes au Québec et puis il va
falloir faire un remplacement, et si on veut,
en 2035, atteindre nos objectifs de 100 % de nouveaux véhicules neufs qui
sont électriques, ça va faire un nombre élevé de nouveaux véhicules sur
nos routes qu'il va falloir faire un entretien, réparation, effectivement, oui.
C'est pour ça que ça prend
100 000 personnes dans notre secteur économique, là, pour assurer
cette... cette sécurité pour les Québécois et les Québécoises.
Mme Schmaltz : C'est exactement la
question que je voulais vous poser, si vous aviez chiffré, justement, en
nombre. Donc, on parle de 100 000 personnes?
M. Champagne (Jean-François) : Oui,
100 000 personnes.
Mme
Schmaltz : 100 000 personnes. D'accord. Alors, j'imagine
qu'on... que j'ai terminé, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 30 secondes, peut-être...
Mme Schmaltz : Il reste
40 secondes? Bien, alors, écoutez, je vais vous souhaiter une belle
journée.
M. Champagne (Jean-François) : Merci
à vous aussi. Merci beaucoup du bon travail.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. On
se tourne maintenant, M. Champagne, du côté de l'opposition
officielle, qui a une période de 16... de 12 min 23 s, avec la
députée de Chomedey.
Mme
Lakhoyan Olivier : Bonjour. D'abord, merci d'être là. Et puis c'est
alarmant, ce que vous dites aujourd'hui, c'est alarmant, le fait qu'on a
besoin de 100 000 employés. Et vous parlez de
7 milliards de dollars annuellement. Est-ce que c'est au Québec, le
7 milliards, ou c'est-tu au Canada?
M. Champagne (Jean-François) : 7 milliards
au Québec, près de 38 milliards au Canada dans le marché secondaire, oui. Et 100 000 personnes,
il faut comprendre que c'est l'ensemble des gens qui travaillent dans notre
secteur économique présentement.
Mme Lakhoyan Olivier : Je comprends.
7 milliards de dollars, annuellement, dans la province du Québec, c'est beaucoup d'argent. Ça fait vivre des
familles, ça fait vivre toute notre économie, les restaurants, les lieux
touristiques, on peut nommer... Donc,
7 milliards, c'est beaucoup d'argent. Et puis, si on a besoin de
100 000 personnes maintenant, dans cinq ans, on en aura besoin de combien? Je suis en train de faire
les mathématiques, le x, là. C'est alarmant, et on n'a pas de temps à
perdre, si je comprends bien.
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
écoutez, c'est dur, toujours, de mettre un chiffre sur les besoins de main-d'oeuvre. On sait qu'on n'a pas été capables
de ramener les mêmes taux d'emploi qu'on avait dans notre secteur avant la pandémie. On sait qu'avec le tournant au
niveau de l'électrification on va avoir d'autres besoins et, évidemment,
on a une... des employés, présentement, dans le secteur, évidemment, qui sont
près de la retraite, donc il va falloir également assurer qu'on est capables de
remplacer ces travailleurs qualifiés là au cours, principalement là, des... Les
cinq à sept premières... prochaines années vont être critiques, c'est certain,
pour notre secteur.
Mme Lakhoyan Olivier : Je comprends
ça. J'ai de la famille dans les garages, carrosseries, mécanique, «body shop», rembourreurs, vitriers, j'en ai dans
ma famille immédiate, et puis, je sais, ils travaillent sept jours-semaine,
ils ont de la difficulté de garder des employés, les gens ne sont pas
intéressés. On n'a pas... on dirait, on n'a pas ces employés-là ici, je ne sais pas où ils sont, et il y en a qui vont
prendre leur retraite d'ici cinq ans, il n'y a pas de relève. Donc, je
vous entends très clairement pour le repreneuriat et le manque d'employés.
Est-ce que...
est-ce que la précondition de connaître le français avant
d'arriver au Québec pour combler les emplois et reprendre les garages,
est-ce que vous trouvez, dans votre opinion, que ça freine... ça freinerait
notre économie si on met prérequise la langue française?
M.
Champagne (Jean-François) : Bien, écoutez, nous, on est ici pour exprimer une
opinion sur la proposition du gouvernement. C'est certain que nous
supportons beaucoup la deuxième option, de dire qu'on doit augmenter les seuils
d'immigration à 60 000 personnes. On comprend l'objectif du
gouvernement de vouloir faire ça à travers un objectif,
également, de francisation, mais je suis mal placé pour dire : On va-tu
être capables d'attirer 60 000 personnes avec des demandes de
francisation? Je pense que c'est l'intention du gouvernement. Et donc, sur ce
point-là, nous, ce qu'on dit : Ça nous prend des gens dans notre secteur
économique. Nous sommes confiants qu'avec l'option qui est offerte à travers
l'accélération des seuils d'immigration à 60 000, c'est un pas en avant,
et, d'ailleurs, on encourage le gouvernement... on fait la recommandation, dans
notre mémoire, de dire : Est-ce que, s'il n'est peut-être pas capable
d'accélérer l'échéancier pour arriver aux 60 000, peut-être le faire en
deux ans, au lieu de trois, par exemple?
Mme Lakhoyan Olivier : C'est
quoi, les... d'après vous, c'est quoi, les enjeux d'intégration que vous pouvez
remarquer dans cette industrie-là? L'intégration, est-ce que ça se fait bien?
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, c'est sûr qu'on a des enjeux parce qu'encore
une fois on fait face à des enjeux au niveau de la technologie, au niveau des
outils. J'ai parlé de... l'accès à l'information est un. L'autre, évidemment,
c'est la transformation de notre industrie. Donc, ça crée des enjeux au niveau
de la connaissance et de la formation
continue. Donc, ça, je pense que ça reste, pour nous, des enjeux importants
dans des... souvent, en région, des petites et moyennes entreprises qui n'ont
peut-être pas accès à un bassin de main-d'oeuvre qualifiée autant qu'ils en auraient besoin. Puis, vous l'avez dit,
d'ailleurs, certains entrepreneurs se retrouvent à travailler non pas cinq
jours-semaine, mais bien six ou sept.
Alors, je pense que
c'est ça qui vient peut-être causer un petit peu certains enjeux au niveau de
l'intégration. C'est qu'il faut prendre le temps de former nos nouvelles
personnes, nos nouveaux arrivants mais, évidemment, on a des contraintes, là,
compétitrices en même temps, là, au niveau du futur de notre industrie. Je
pense que ça va être ça, les enjeux devant nous, c'est d'assurer de tout faire
ça pendant qu'on continue à offrir un service de qualité aux Québécois et
Québécoises pour faire l'entretien et réparation de leurs véhicules.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est deux fois le temps de changer nos pneus puis
changement d'huile, là. Il faut prendre nos réservations deux mois d'avance,
même si j'ai des cousins là-dedans.
M. Champagne
(Jean-François) : Absolument. Écoutez, si on peut faire une
recommandation aujourd'hui, c'est de dire à nos gens, nos Québécois :
Prenez... changez vos habitudes, entrez en contact avec votre atelier de choix,
assurez-vous d'avoir une date «cédulée». Ça optimise un peu le processus. On a
parlé de l'automatisation tantôt. Bien,
c'est peut-être une des façons de le faire, un peu, pour tous les Québécois, de
dire : On prend rendez-vous en avance. Ça optimise nos baies de
services, et ça nous permet d'offrir un meilleur service aux Québécois.
Mme Lakhoyan
Olivier : Je suis... Bien, j'ai remarqué, à la page 3, vous
mentionnez que ces... ces employés-là, ils ne sont pas appelés à avoir
l'interaction avec les clients, parce qu'ils ont plutôt des commis
réceptionnistes, service à la clientèle, comptabilité, donc ils ont des gens
qui font affaire avec la clientèle. Donc, il n'y a pas une urgence tout de
suite de s'inquiéter pour la francisation, mais que... Est-ce que vous trouvez,
avec cet énoncé... vous trouvez qu'avec le temps ils vont apprendre le
français, ils vont s'intégrer dans notre société? Et dans combien de temps vous
pensez qu'ils seront plutôt à l'aise avec la société québécoise?
• (11 h 50) •
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, écoutez, je pense que la meilleure façon de
voir ça, c'est très... Dans certains secteurs économiques, on reconnaît qu'il y
a une interaction directe avec le public et donc ça crée des beaucoup plus gros
enjeux au niveau de la francisation et l'intégration, alors qu'on a, nous, dans
notre secteur, la balance des deux.
C'est-à-dire que oui, on a certains emplois qui requièrent une interaction
directement avec la population, mais, en même temps, on a beaucoup,
beaucoup d'emplois, que ce soit de travailler dans un atelier, de travailler
dans un... dans un entrepôt, qui permettent une intégration plus... je vais
utiliser un anglicisme, plus «smooth», donc de faire une intégration qui est...
qui est plus harmonieuse pour les nouveaux arrivants. Et donc je pense qu'on
est encore une fois, un secteur économique qui peut très bien bénéficier... et
permettre une intégration et une francisation de nouveaux arrivants, là, qui se
fait d'une façon, là, harmonieuse.
Mme Lakhoyan
Olivier : Est-ce que vous trouvez que le fait qu'au Québec l'éducation
est gratuite, quasi gratuite à nos enfants,
et puis les gens prônent l'éducation au cégep, université, de ce fait, on a
moins de gens intéressés à aller dans les garages, l'emploi de
garagiste? Est-ce que, vous pensez, c'est la raison que, dans notre... notre
population, il n'y en a pas, d'engouement, là-dedans?
M. Champagne
(Jean-François) : Il y a plusieurs facteurs, c'est certain. Par
contre, je peux vous dire que... Parfois, je
dis à nos... à nos membres : J'ai... Autour de cette table, aujourd'hui,
on me dit : Ah! mon Dieu, 370 000 nouveaux véhicules,
100 000 personnes, peut-être qu'on ne fait pas le meilleur effort
pour valoriser les emplois qu'on a dans notre secteur économique. On a des bons
emplois, ils sont bien rémunérés, ils sont à la... un petit peu à l'abri des changements économiques. Nous sommes un service
essentiel, qui a continué à opérer pendant la pandémie. On a plein de beaux
atouts, peut-être qu'on ne les valorise pas assez. Et je pense que c'est la
responsabilité de tous de dire à nos amis, nos enfants, nos parents,
dans nos familles, de dire : Aïe! il y a des beaux emplois dans nos industries, telles que l'automobile. Puis je
pense que c'est un message positif qu'il faut donner. On a des beaux emplois,
et il faut attirer plus de gens, c'est... Certainement. Mais dans le secteur,
dans les conditions qu'on a présentement, c'est sûr qu'on va devoir combler ça
avec aussi, les apports au niveau de l'immigration pour le futur.
Mme Lakhoyan
Olivier : Mais vous avez raison pour la valorisation, ce n'est pas la
première fois que j'entends... J'ai entendu en Mauricie, quand on a parlé de
l'emploi des couturières, j'ai entendu dans l'industrie du tourisme, pour les massothérapeutes. Donc, vous
dites la même chose. Donc, peut-être que nous, en tant que gouvernement,
on devrait travailler à valoriser ces industries-là.
Les travailleurs que
vous allez chercher, ce sont... est-ce que ce sont des temporaires ou des
permanents?
M. Champagne (Jean-François) : Donc,
c'est une combinaison des deux. C'est sûr qu'il y a des immigrants
temporaires qui font partie de notre écosystème. Dans le cadre de la
consultation aujourd'hui, évidemment, on vient rajouter la composante que ça nous prend également des immigrants permanents
pour notre secteur économique. Donc, c'est une combinaison des deux.
Mme Lakhoyan Olivier : Combinaison des deux.
Toutefois, la proportion, vous diriez... qu'est-ce que vous diriez pour
la proportion, le pourcentage?
M. Champagne (Jean-François) :
Je ne pourrais pas m'avancer à vous donner un chiffre, j'avoue, là, vous...
je ne le sais pas. On fera un suivi avec les membres du comité, là, pour vous
donner peut-être un peu plus d'indications à ce niveau-là. Je n'ai pas ces
informations-là avec moi, malheureusement.
Mme Lakhoyan Olivier : ...fonctionne avec le
repreneuriat? Est-ce que vous trouvez des investisseurs, pour le Québec,
de l'extérieur, pour le repreneuriat? Est-ce que... est-ce que vous êtes au
courant, ou...
M. Champagne
(Jean-François) : Bien, moi, ce que j'observe, c'est que, dans le
changement générationnel, nos entrepreneurs qui passent le bâton, un petit peu,
à la prochaine génération le font de toutes sortes de différentes façons, que ce soit avec des partenariats, encore
une fois, avec du repreneuriat à l'intérieur de leur entreprise, qui, parfois,
inclut également des nouveaux arrivants, des immigrants. C'est une combinaison
d'un petit peu de tout. C'est certain qu'il y a également des consolidations
qui s'offrent également, donc des entrepreneurs qui vont décider d'opérer deux ou trois centres de services et qui vont
racheter, évidemment, certains centres. Mais je vous dirais que le repreneuriat
à travers l'entreprise, c'est quelque chose
qui continue de s'observer, encore une fois, parfois, dans la génération
suivante, ou, parfois, à travers des
nouveaux arrivants qui ont pris place dans l'entreprise, et qui veulent la
reprendre, et continuer cette histoire d'amour qu'ils ont avec leur
région d'accueil.
Mme Lakhoyan
Olivier : C'est bien. En attendant, mon frère va travailler sept jours
au garage, vitrerie et rembourrage. Mon cousin, à la carrosserie, puis mon
autre cousin, qui est en mécanique, ils vont faire sept jours, jusqu'à ce qu'on
comble avec des nouveaux employés. Est-ce que vous êtes, en ce moment, en
contact avec des... des compagnies, je pense, qui amèneraient des travailleurs
ici, au Québec?
M. Champagne
(Jean-François) : Donc, l'association elle-même ne le fait pas. Par
contre, on sait que beaucoup de nos membres, eux, le font avec diverses tierces
pour aider et faciliter le recrutement et l'intégration, là, de ces arrivants-là pour venir combler ces
postes-là, pour espérer que certains membres de leur famille vont être capables
de se rendre, là, pour le souper de famille,
parce que, s'ils travaillent sept jours, ça doit être plus difficile, là. Mais,
oui, effectivement, ça se fait beaucoup à travers, là, certains de nos
membres, qui... qui sont en partenariat avec diverses entreprises.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Le temps...
Mme Lakhoyan
Olivier : ...votre présence. Merci de les représenter.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la députée. M. Champagne,
compte tenu que vous voulez faire le lien avec le... les membres de la
commission, si vous avez des réponses additionnelles à donner, je vous invite à
communiquer avec le secrétariat de la commission pour déposer des documents
additionnels. Merci.
Alors on va terminer
cette ronde d'échange avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, pour
4 min 7 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci
pour votre présentation. Vous avez parlé beaucoup de repreunariat, c'est intéressant. En juin 2023, là, il y a
une réforme qui a été publiée au volet 3 du programme de repreunariat du
MIFI. Je me demandais si vous aviez
des commentaires. Est-ce que vos membres utilisent ça, le programme de
qualification permanente de repreunariat? Est-ce que ça... ça
fonctionne? Comment ça va?
M. Champagne
(Jean-François) : Je n'ai pas de statistiques non plus là-dessus, donc
c'est quelque chose où on fera un suivi également. Je sais qu'également les
comités sectoriels de l'automobile, entre autres, ont fait la promotion de ces
programmes-là. Je suis difficilement capable de vous donner vraiment des
chiffres concrets, à savoir est-ce que ça a été bien reçu, bien utilisé. Et
du... des commentaires spécifiques sur ce programme-là, je n'en ai
malheureusement pas.
M.
Cliche-Rivard : Pas de problème. Le guide parle, par contre, qu'il y
avait un arriéré assez important là, dans la catégorie des gens d'affaires. On
parle d'une... à peu près 15 000 dossiers en attente, avec des projections,
pour 2025, 2026, 2027, d'à peu près 450 dossiers annuellement. Bref, je
veux dire, on peut faire la règle de trois, là, ça va faire plusieurs, plusieurs, plusieurs années d'attente. J'imagine
que, pour vous, du repreunariat, ça doit se faire dans un délai
raisonnable, là, pas dans... pas dans un programme d'immigration qui va prendre
10 ans de traitement, là?
M.
Champagne (Jean-François) : Il faut comprendre qu'il y a beaucoup d'outils
dans le coffre d'outils lorsque vient le temps du repreunariat. Souvent,
on va avoir des regroupements, entre autres, qui facilitent ces échanges-là. Donc, il y a plusieurs gens, dans notre écosystème, qui sont
capables également de fournir de l'accompagnement, du support, de l'information
aux divers entrepreneurs qui décident, là, de commencer la transition pour leur
entreprise. Donc, c'est certain qu'où il y a des programmes gouvernementaux qui
sont accessibles, on veut évidemment, être capables de les offrir, les
utiliser. Encore une fois, je n'ai pas de statistiques comme telles, mais je
vous dirais, par contre, qu'on est un secteur économique qui a quand même accès
lui-même à des ressources pour se... être capables d'offrir là, de ce genre
d'accompagnement, de support et de services à leurs membres.
M.
Cliche-Rivard : Parfait. Je me demandais, la réforme du Programme
de l'expérience québécoise—Travailleurs, qui... (panne de
son) ...les postes moins qualifiés, là, les jobs moins qualifiées du PEQ,
est-ce que ça, ça a eu un impact sur
vos membres? Est-ce que vous avez eu de la misère à les qualifier pour la
résidence permanente ou si, finalement, les travailleurs ont trouvé une
autre porte de chemin... ou un autre chemin pour se qualifier pour rester avec
vous?
M. Champagne (Jean-François) : Le
son de cloche qu'on entend souvent au niveau de la reconnaissance,
qualification de la main-d'oeuvre, c'est certain que ça reste quelque chose qui
est toujours un petit peu ardu. Je n'ai pas de données spécifiques récentes,
mais je vous dirais simplement que, de façon générale, on veut toujours faire
reconnaître que notre secteur économique... que ce soient, encore une fois, des
peintres, que ce soient des carrossiers, des
mécaniciens, ce sont des secteurs économiques qui sont en grande demande. On
veut, évidemment, des élargissements au niveau de la reconnaissance des
acquis, pour ces gens-là, le plus possible. Donc, où on est capables d'alléger
le plus possible ces reconnaissances-là pour être plus capables d'intégrer
rapidement et de reconnaître la qualification de ces travailleurs-là, c'est
toujours, évidemment, là, bienvenu.
M.
Cliche-Rivard : Et vous êtes capables de garder les travailleurs,
et ils restent au Québec, malgré... Des fois, on parle des délais qui augmentent, des fois, on parle de la difficulté
de rester, de la difficulté de faire venir les familles. Est-ce que vous
le sentez, ça, ou vous sentez que ça va bien, généralement?
M. Champagne (Jean-François) : De
façon générale, notre secteur économique continue... l'attraction et la rétention continuent d'être difficile, quand même.
Il y a énormément de facteurs qui contribuent à ça. Je reviens, encore
une fois... nos besoins de formation, de mises à jour, les enjeux
technologiques de notre secteur sont, évidemment, tous des éléments de pression, beaucoup de compétitivité dans le secteur
également. Donc, c'est sûr qu'on doit continuer à travailler très fort,
non seulement au niveau de l'attraction, mais aussi rétention, pour s'assurer
que ces gens-là sont capables, là, de bien s'intégrer et de rester dans notre
secteur économique.
• (12 heures) •
M. Cliche-Rivard : Vous diriez que
c'est quoi, le principal défi de la...
M. Champagne (Jean-François) : Aujourd'hui,
je pense qu'au niveau de notre... particulièrement notre secteur économique,
là, au niveau de la rétention ça reste, encore une fois, la mise à jour des
connaissances, la disponibilité, les outils, donc toute la transition qui se
fait dans le type de travail qu'on doit faire. On est... souvent, on parle...
on pense, un technicien en atelier est un mécanicien. On tapait sur un parechoc
en métal puis là on est rendus avec des parechocs en plastique, avec de la
technologie derrière. Donc, ça a beaucoup changé.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur ce, merci, merci beaucoup, M. Champagne. C'est ce
qui met fin à cette audition. Merci beaucoup pour l'apport à nos travaux.
Mmes et MM.
les élus, nous allons suspendre la commission quelques instants pour accueillir
le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 01)
(Reprise à 12 h 05)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc le groupe Québec réunifié
avec ses quatre représentant, représentantes. Bienvenue à la Commission des
relations avec les citoyens. Mesdames, messieurs, je vais vous demander d'abord
de vous présenter, et vous allez bénéficier d'une période totale de
10 minutes pour votre exposé. Par la suite, on va échanger avec les
parlementaires. Alors, le temps débute maintenant.
Québec réunifié
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Bonjour
à tous. Alors, je tiens tout d'abord à exprimer notre profonde gratitude pour l'opportunité qui nous est offerte
aujourd'hui. C'est avec un sentiment de devoir civique et un engagement
profond envers notre société, surtout envers les Québécois parrainant leur
partenaire de vie et enfants, que nous, les membres du collectif Québec
réunifié, avons répondu à votre invitation.
Alors, moi, je m'appelle Rydia
Lévesque Martinet. Je suis née et j'ai grandi au Québec. Je suis fille
d'immigrants et j'attends la résidence permanente de mon mari, du Brésil,
depuis plus d'un an, sans nouvelles.
Notre collectif, que j'ai fondé le
22 juin 2023, a été créé avec la vision de défendre les droits et le
bien-être des familles du Québec. Ce collectif réunit plus de
500 personnes concernées par le regroupement familial au Québec.
Donc, aujourd'hui, je
suis en compagnie de Cyndi Fiata, notre responsable des communications,
ainsi que de Kiyoshi Mukaï et Nathalie Coursin, deux membres de notre
collectif.
Et,
encore une fois, merci de nous avoir donné l'occasion de partager notre
perspective. Je laisse la parole à Cyndi.
Mme Fiata
(Cyndi) : Alors, bonjour. Aujourd'hui, je souhaite vous raconter mon
histoire. Je suis originaire d'une petite
île de la Caraïbe et je suis arrivée au Québec le 15 août 2009 avec un
permis d'études. Ce ne fut pas facile, mais je me suis accrochée, j'ai
complété mes études et obtenu mon diplôme. J'ai par la suite obtenu ma
résidence permanente et ma citoyenneté canadienne. D'ailleurs, l'un des plus
beaux jours de ma vie fut le 29 avril 2016, lors de retour de voyage et qu'un agent frontalier à
l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau m'a dit : Bienvenue chez vous. Quel soulagement! Enfin, je me sentais acceptée et
reconnue par la province que j'ai choisie. Les années ont passé, j'ai même
complété deux maîtrises et je continue de travailler dans mon domaine,
l'enseignement, en tant qu'enseignante au primaire
et chargée de cours à l'université. Je suis propriétaire et cofondatrice d'une
entreprise qui aide les enseignants.
J'estime
personnellement avoir un parcours exemplaire, mais pourtant, aujourd'hui, j'ai
l'impression qu'aux yeux du gouvernement j'ai commis une erreur : celle
d'être tombée en amour avec un ressortissant étranger. Au bout de quatre ans de
relation, 16 mois de traitement de résidence permanente et deux visas
visiteurs refusés, notre relation et ma vie a heurté un mur le 22 juin
2023, à la découverte des nouveaux délais de traitement de 24 mois au
Québec au lieu de 13 mois pour le reste du Canada.
S'en est suivi une
série de douches froides : premièrement, la découverte de la mise en place
d'un quota de 10 600 pour l'année 2023 et, pire, l'annonce d'une
diminution de ce quota à 10 400 pour les années 2024‑2027. N'oublions
pas les nombreuses lectures et auditions d'histoires familiales, plus
dramatiques les unes que les autres. Mais ce mur, je ne suis pas la seule à
l'avoir heurté, et ces douches froides, je ne suis pas la seule à les avoir
subies.
Mme Coursin
(Nathalie) : Bonjour à tous. En effet, Cyndi n'est pas un cas
particulier. Nous sommes nombreux à subir ces délais. Comme vous le savez, au
moins 36 800 personnes sont dans l'attente de validation de la résidence permanente dans notre catégorie au
Québec. Pour pouvoir vous restituer un portrait fidèle de ces personnes,
Québec réunifié a mené une enquête en interne auprès de 132 personnes en
cours de parrainage au Québec. Avant la présentation
de ce portrait, je tiens à dire que, pour ma part, je suis demandeur principal,
d'origine française, en attente de la résidence permanente depuis maintenant
19 mois. Donc, permettez-moi d'utiliser le pronom «nous» pour parler
de l'ensemble des demandeurs principaux.
Nous sommes
majoritairement des demandes externes, c'est-à-dire que nous vivons à
l'extérieur du Canada et nous subissons une
séparation physique longue avec notre partenaire québécois. Nous voyons
d'ailleurs actuellement nos demandes de visas visiteurs trop souvent
refusées, malgré les dernières directives fédérales. Nous sommes aussi des demandes internes qui... même si vivre avec
notre partenaire peut apparaître plus facile, nous subissons aussi diverses
conséquences de cette longue attente.
Nous sommes
majoritairement francophones et francophiles puisque nous sommes 88 % à
pouvoir entretenir a minima une conversation basique en français. Nous
provenons de multiples pays, comme le Maroc, le Sénégal, la France, les États-Unis, le Liban, le
Brésil, le Guatemala ou même le Mexique. Nous avons des métiers diversifiés et
dont certains sont en pénurie au Québec. Nous sommes mécaniciens, infirmiers,
policiers, ingénieurs, professeurs, architectes, et bien d'autres. Nous irons nous installer avec nos parrains dans leurs
logements partout au Québec. Bien sûr, nous irons à Montréal et sa grande région, comme 42 % de
la population actuelle au Québec, mais aussi à Québec,
Sainte-Marcelline-de-Kildare et même Rimouski. Nous sommes jeunes, puisque nous avons
majoritairement moins de 35 ans. Nous sommes très nombreux à avoir
notre CSQ en main et nous sommes 17 % qui l'ont depuis un an et plus.
Enfin, nous devons
attendre bien trop longtemps pour rejoindre notre partenaire québécois et
commencer notre vie familiale. Cette attente a des conséquences sur notre vie
et notre santé physique et mentale. Et je laisse Cyndi et Kiyoshi vous les
présenter.
• (12 h 10) •
Mme Fiata
(Cyndi) : En effet, il est important de comprendre que nous
considérons le délai de 24 mois comme
ne prenant pas en compte l'ensemble du portrait des étapes de la demande. Il
est important de noter que, pour les familles,
le délai commence réellement lors de la prise de décision d'immigrer au Québec.
À ceci s'ajoute la préparation du mariage pour certains, le temps qu'il
faut pour rassembler les documents, les traduire, au besoin, la prise de
contact avec un avocat, au besoin, l'acte de
compléter la demande et, enfin, le dépôt de cette dernière. N'oublions pas de
nommer les dossiers qui peuvent être retournés et la possibilité de CSQ
non envoyés au fédéral.
Pendant tout ce
temps, nos vies sont littéralement mises sur pause. Nous repoussons nos projets
d'enfant, d'achat de maison et de célébration des fêtes de fin d'année, entre
autres. En ce qui a trait à la santé mentale, toujours selon notre enquête
interne, 77 % des parrains souffrent d'anxiété et d'angoisse. De plus,
58 % des parrains souffrent d'un état dépressif. À cela s'ajoute la
détérioration de la santé physique de 45 % des parrains et demandeurs, qui
se retrouvent dans l'obligation d'effectuer des séjours à l'hôpital sans les
membres de leur famille. N'oublions surtout pas la souffrance subie par les
demandeurs externes qui sont en danger dans leur pays. Enfin, de nombreux
membres ont témoigné leur envie de quitter
le Québec ou ont déjà quitté la province en raison des quotas et des longs
délais. Ils ne peuvent plus supporter la séparation, et le Québec perd
donc de la main-d'oeuvre qualifiée.
M. Mukaï
(Kiyoshi) : Bonjour. Je m'appelle Kiyoshi Mikaï. Je viens des États-Unis
et je suis résident permanent issu du volet Travailleurs économiques du
Québec.
Je vais maintenant vous
parler des délais qui ont un impact direct sur l'appauvrissement des familles.
Pour les cas externes, les couples sont
séparés et doivent élever une famille depuis deux pays différents. De ce fait,
un budget important est alloué au voyage pour maintenir la relation
familiale.
Pour les cas internes, vous n'êtes peut-être pas
au courant que les époux et les conjoints en attente de leur résidence
permanente n'ont habituellement pas accès à la RAMQ pendant un long moment.
Durant ce temps, les familles espèrent que personne ne tombe gravement malade
ou, dans le cas des femmes, qu'elles ne deviennent pas enceintes. Saviez-vous
que, sans RAMQ, un accouchement au Québec pourrait coûter jusqu'à 20 000 $?
Autre exemple, les demandeurs en attente de la
résidence permanente et du CSQ en interne sont considérés comme des étudiants internationaux et doivent
payer des frais de scolarité extrêmement élevés s'ils veulent combler les
exigences pour évaluer et exercer leurs métiers réglementés.
Et maintenant je laisse la parole à Rydia pour
vous donner nos propositions pour mieux prendre en compte notre catégorie pour
votre futur plan d'immigration.
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Alors,
avant de vous rappeler les demandes du collectif, je vais vous citer un extrait
de l'article 392 du Code civil du Québec : «[Les couples] sont tenus
de faire vie commune.» De plus, les
Québécois vont continuer à rencontrer leurs âmes soeurs aux quatre coins de la
planète parce que l'amour ne connaît pas de frontières. Le regroupement
familial continuera ainsi de faire partie du portrait québécois pour de
nombreuses années, apportant une richesse,
une main-d'oeuvre qualifiée et des familles multiculturelles permettant le
développement de notre belle province que tant de gens choisissent avec
leur coeur.
Nous souhaitons tout de même prendre un instant
pour souligner la sensibilité à notre cause et les efforts de la CAQ pour
ajuster à la hausse leurs quotas de 2020 à 2022 afin de rattraper les effets de
la COVID et aussi, actuellement, pour les 7 665 résidences
permanentes délivrées sur le Québec depuis le début de l'année. Ce sont des
chiffres du 31 juillet.
Donc, voici donc nos deux demandes :
premièrement, nous demandons le traitement prioritaire et immédiat des demandes actuelles qui détiennent déjà un CSQ
en travaillant conjointement avec l'IRCC pour assurer un traitement
juste et équitable selon l'ordre logique du premier arrivé, premier servi, et,
deuxièmement, après avoir réglé le point précédent,
nous demandons la mise en place d'un seuil raisonnable pour permettre de
traiter les futures demandes dans un délai
de 12 mois dans votre futur plan. On a eu un entretien avec le
représentant... un représentant du bureau de Marc Miller, et il a avoué qu'IRCC serait capable de terminer
le traitement des dossiers très rapidement si le Québec lui permettait.
Souhaitant
collaborer avec le gouvernement afin d'élaborer des solutions, nous avons
également une question pour vous, Mme la ministre :
Que proposez-vous comme stratégie pour apaiser les souffrances des familles
québécoises? Merci.
Une voix : Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette
présentation, pour vos témoignages également.
Ils vont certainement susciter plusieurs questions. Alors, on va commencer avec
la banquette gouvernementale, donc par la ministre, avec une période de
16 min 30 s. Le micro est à vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bien, merci à vous quatre de prendre part à cet exercice sur
un thème qui est d'importance collectivement, qui vous est cher, bien sûr.
Donc, merci de votre engagement dans la société québécoise, votre engagement
dans ce débat, dans cet exercice démocratique qui est d'importance. Alors,
merci de partager aussi votre... votre expérience, votre vécu, vos
propositions. C'est particulièrement intéressant dans le cadre de cette
commission parlementaire. Donc, un grand merci pour ça.
Vous dire,
dans un premier temps, que je suis très sensible au stress vécu par vous, par
les familles en général qui sont en attente de décisions pour des
demandes, donc, dans le programme de regroupement familial. Alors, c'est
quelque chose qui me touche et, bien sûr, c'est quelque chose qui est à prendre
en considération dans le cadre des discussions que l'on a... dans le cadre de
cette commission.
J'ai constaté... En fait, avant de commencer sur
des questions, j'aimerais apporter, là, une précision par rapport à un élément qui apparaît dans votre mémoire
à la page 4. En fait, vous faites mention, là, que «la non-maîtrise
du français serait la raison principale expliquant le seuil actuellement fixé
par le Québec dans la catégorie du regroupement familial, et donc que de très
nombreux candidats francophones ou bilingues n'ont toujours pas obtenu la
résidence permanente.» Alors, je voudrais juste clarifier les choses pour
indiquer qu'en fait la maîtrise du français ne constitue pas un critère de
sélection qui est établi par le gouvernement fédéral dans la catégorie du
regroupement familial. En fait, donc, le Québec n'applique pas ce critère, et
il n'a pas été question non plus de le faire dans un futur rapproché. Donc, il
n'y a pas de... il n'y a pas d'obstacle qui est posé par cet élément que vous
soulevez dans le mémoire. Donc, je tenais à préciser ça pour bien clarifier les
choses puis, voilà, que tout le monde soit sur la même longueur d'onde. En fait, le niveau, là, le niveau d'admission que le
Québec prévoit dans la catégorie de regroupement familial est établi en tenant compte, là, d'une variété de facteurs,
mais la connaissance du français, là, n'en fait pas partie.
J'aimerais aussi préciser qu'il y a d'autres
voies d'immigration, là, pour certains membres de la famille. Par exemple, il
ne faut pas oublier que les travailleurs qui souhaitent venir avec leur
conjoint et leurs enfants peuvent les inclure dans leur demande de permis de
travail. Donc, ça, on va ouvrir, là, nos programmes économiques à un plus vaste... une plus vaste gamme de travailleurs et
de profils. Vous l'avez vu, j'imagine, avec la réforme des programmes
d'immigration économique qu'on a mis de l'avant au printemps dernier. Donc, je
sais que ce n'est pas quelque chose qui... qui peut aider
et qui peut être une solution pour tous les cas, mais, néanmoins, je tenais à
le souligner, qu'il y a cette possibilité-là, également, d'inclure des membres
de la famille.
En page 6 de
votre mémoire, vous mettez l'accent sur l'importance, là, de réussir
l'intégration des personnes immigrantes issues du regroupement familial. Bon,
si on met à part, là, la question des délais, parce que je vous entends très
clairement, là, quant aux délais que vous souhaitez voir raccourcis, qu'est-ce
que vous diriez qui sont les conditions de
succès d'une intégration réussie en matière de regroupement familial?
J'aimerais que vous me partagiez votre vision des choses là-dessus.
Mme Lévesque
Martinet (Rydia) : Bien, alors, déjà, de un, je vais, en fait, vous
relater de mon expérience personnelle en tant qu'intégration, j'ai été
immigrante moi-même au Brésil pendant deux ans, et, en fait, peut-être que,
dans un contexte familial, l'intégration se fait très facilement. Bon, mon mari
vient de la campagne au Brésil, en région, et moi-même, bien, quand j'ai vécu
là-bas, bien, il m'a aidée, il m'a fait apprendre le portugais, sa famille m'a
aidée, il m'a intégré dans sa culture, donc tout ce qui a rapport avec la
nourriture, les coutumes, et tout. Donc, niveau
intégration, ça se fait facilement quand même, d'une certaine manière. Et
surtout qu'en ce moment, au Québec, bien, le Québec met beaucoup
d'emphase sur la francisation. Ils ont... Le gouvernement a mis beaucoup
d'efforts sur l'intégration. Donc, moi, personnellement, je ne vois pas
beaucoup de problèmes sur l'intégration de nos familles, surtout qu'on est déjà ici, au Québec, on a déjà
un pied au Québec, un logement, et, du coup, bien, c'est... c'est quelque
chose qui se fait naturellement, sans problème.
Mme
Fréchette : Interventions sur le sujet? D'autres réactions?
• (12 h 20) •
M. Mukaï
(Kiyoshi) : Oui. Moi aussi, je peux donner mon point de vue sur
l'intégration qui est faite au Québec. Comme
j'ai mentionné dans ma... dans notre présentation, moi-même, je viens des États-Unis.
Je suis... je suis entré en tant que travailleur économique ici, au
Québec. Je suis maintenant résident permanent. Je parlais déjà le français
avant d'arriver, donc je ne devais pas faire la francisation, mais ma femme,
que je parraine, elle vient du Guatemala, donc elle a fait de la francisation.
Et nous deux, on est
dans... on était dans le programme Objectif emploi, qui est... Objectif emploi
qui aide les immigrants avec leur insertion au marché du travail. Et ce qu'on
trouvé — ça,
ce sont nos expériences — les
initiatives et les objectifs du gouvernement sont bons par rapport à ça. Par
contre, la manière dont le système fonctionne, ça ne fonctionne pas très bien.
On sait déjà qu'avec la francisation il y avait beaucoup de... de problèmes
avec les gens qui sont en attente de la francisation. Je pense que Le Devoir
a parlé de ça... à la rentrée scolaire.
Ma femme a fait ses
cours de francisation dans un centre qui avait, selon elle, une trentaine
d'étudiants pour une seule prof. Il n'y avait pas beaucoup de gens qui
travaillaient là-bas. Les étudiants devaient passer le temps à nettoyer les
salles de classe, parce qu'il n'y avait pas de personnel, au lieu d'apprendre
le français. Et la prof, quand elle était affectée par la COVID, elle avait une
forte fièvre et devait continuer à enseigner en présentiel.
Donc, je pense
qu'avec la francisation il y a comme des choses... peut-être on pourrait
améliorer, parce que l'on connaît beaucoup de gens, dans la communauté latino
aussi, qui veulent apprendre le français, mais, des fois, le français n'est pas
toujours accessible. Il faut aussi avoir un CSQ ou un permis de travail avant
de pouvoir suivre des cours de francisation gratuitement et, pour ça, dépendant
de la situation, il n'y a pas tout le monde qui a le permis de travail ou le
CSQ à temps pour prendre avantage de ce cours-là.
En
termes... côté Objectif d'emploi, vous savez probablement que la manière dont
ça fonctionne, c'est qu'il y a beaucoup
d'organismes indépendants à travers le Québec qui gèrent ces programmes-là. Et
le MIFI donne de l'argent et finance ces organismes aide aux immigrants
pour embaucher des conseillers, pour aider les gens avec l'insertion au marché
du travail.
Encore
une fois, c'est juste nos expériences. Nous, on avait... nous avons passé par
deux de ces organismes-là. Il y avait des conseillers qui n'étaient
vraiment pas très bien formés, probablement mal équipés, mal qualifiés, ils ne
répondaient pas nécessairement quand on les appelait pour avoir une mise à jour
sur le dossier. Il y avait aussi beaucoup de
conseillers qui démissionnent assez souvent. Je pense que ma femme, elle avait
une ou deux conseillères qui ont démissionné. Pour ça, c'est difficile
pour un autre conseiller, après, de prendre le relais. Ma femme travaille dans
le domaine de la construction. Elle était architecte au Guatemala. Et ce qu'on
a trouvé, c'est qu'avec ces... les conseillers ne savent pas comment... quelles
sont les étapes à suivre pour les métiers réglementés.
Nous
avons reçu, heureusement, plus d'infos des conseillers d'Accompagnement Québec,
qui est directement Québec avec le MIFI, mais, avec les organismes, pas
vraiment. Ils sont aussi supposés d'avoir une base de données... base d'emplois
pour... avec les employeurs qui cherchent à embaucher des immigrants, mais
aussi ça n'a pas marché. Donc, il semble
qu'il y a peut-être des lacunes entre... peut-être entre le MIFI et le
gouvernement et tous ces organismes à but non lucratif.
Personnellement,
je ne sais pas quelles sont les solutions. Peut-être qu'on a besoin d'un
organisme de contrôle qui peut vérifier l'avancement et la qualité des
conseillers, qui peuvent faire le suivi pour être certain que les... des
immigrants qui sont dans ces programmes-là sont... réussissent dans la
carrière. Je sais pour certain, parce que c'est quelque chose que ma
conseillère m'a dit, qu'il ne peut pas fermer les dossiers avant que cette
personne-là soit placée dans un emploi de
leur profession. C'est-à-dire que moi, je travaille en relations publiques. Je
devais prendre un emploi dans une boulangerie juste pour avoir un
salaire alimentaire au début, puis elle m'a dit que ça ne comptait pas, donc
ils ont laissé mon dossier ouvert.
Donc, ils devraient avoir ces données-là pour
savoir combien de temps ça prend pour les immigrants de réussir dans leur
profession, ou si ça prend beaucoup de temps, ou s'ils ne réussissent pas, finalement,
mais peut-être ça serait une bonne idée de regarder les
données pour donner... pour déterminer, encore une fois, où sont les lacunes et qu'est-ce qui pourrait être mieux fait pour les
aider avec la réussite dans leur carrière. Aussi, les gens qui connaissent
un peu comment fonctionnent les métiers
réglementés, qui peut être un processus extrêmement complexe ici, au Québec.
Mme Fréchette :
Oui. Effectivement. Bien,
justement, au sujet des organismes réglementaires, dans le cadre de la réforme
que l'on a présentée au printemps dernier, on resserre, en fait, la
collaboration qu'il y a entre le gouvernement et les différents
organismes réglementaires pour être certain que ça ne crée pas de mauvaises
surprises et que, déjà, le processus de reconnaissance
et d'analyse, en fait, qui doit être effectué par l'organisme réglementaire,
soit débuté avant que la personne arrive, de telle sorte que les choses
sont claires pour l'une et l'autre partie. Donc, bien, merci d'avoir partagé
vos commentaires. Mme la Présidente, je vais céder la parole à des collègues.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, je cède la
parole à la députée d'Iberville. Il vous reste 6 min 12 s.
Mme
Bogemans : Parfait. Merci beaucoup. Vos témoignages sont vraiment
touchants. Je suis moi-même mère de trois
jeunes enfants, là. Je peux imaginer le stress occasionné par les longs délais,
là, de réunifications. Merci aussi de l'avoir partagé avec nous.
Récemment, j'ai
accompagné, avec la députée de Vimont, Mme la ministre dans les rencontres
régionales sur l'immigration, et puis on a
pu témoigner un petit peu partout, dans chacune des régions aussi, la réalité
des femmes et des enfants au Québec, là, d'immigrants. Et puis je pense
qu'il faut mettre de l'avant aussi leurs besoins particuliers.
Mme la ministre a eu
un intérêt là-dessus, puis déjà elle est en action, puis on a des solutions qui
sont transversales au gouvernement. Entre
autres, je sais que Mme la ministre, avec la ministre de la Famille, se sont
unies pour mettre sur pied des haltes-garderies, par exemple, puis qu'il y a
des plans aussi pour, de manière plus ludique, mettre les tout-petits en
contact avec la langue française au travers le jeu, par exemple. Donc, je sais
que ma question ne pose pas directement sur
le regroupement, mais, quand même, sur les familles qui sont récemment arrivées
au Québec. Que pensez-vous de ces mesures-là, qui sont mises en place?
Mme Lévesque
Martinet (Rydia) : Bien, en fait, ces mesures-là, elles sont... bien,
elles sont très bonnes, niveau... on parle de l'intégration, de tout ce qui a
rapport avec les écoles, les garderies, et tout. Nous, nos enfants, ils vont aller à l'école en français. Moi, par
exemple, je n'ai pas encore d'enfant parce que, bien, on n'est... de un, on
n'est pas physiquement ensemble, de
un, et, de deux, bien, on n'a pas de manière permanente, donc on ne veut pas
envisager avoir des enfants dans cette situation-là. Mais, dès que le
moment se présentera, on aura des enfants. Ils vont parler français, portugais
et anglais. Donc, déjà, trilingue, c'est un atout, en tant que... en tant que
personne, de parler trois langues. Et, bien, le fait que le Québec met beaucoup
d'emphase sur les programmes d'intégration, sur les écoles, sur les... sur les
garderies, et tout, pour aider les jeunes enfants, et tout, bien... c'est
vraiment important que nos enfants puissent bénéficier de ces... de ces
choses-là.
Mme
Bogemans : Parfait. Puis, Mme Cyndi, vous êtes en plein dans
le... dans le milieu. Donc, quel est...
Mme Fiata
(Cyndi) : Dans le domaine. Oui, tout à fait. Écoutez, oui, tout à
fait, je suis dans le domaine, et les recherches le prouvent, que les enfants
ont besoin, donc, de socialiser dès le plus jeune âge. Donc, effectivement, de pouvoir mettre l'emphase sur les
haltes-garderies, sur, bien évidemment, le préscolaire, ce sont des stratégies
gagnantes pour les familles
immigrantes, tout à fait, pour permettre la francisation dès le plus jeune âge.
Donc, oui, je suis en accord avec, oui, cette stratégie.
Mme Bogemans :
Parfait. Trouvez-vous que ce
qu'on fait en termes de francisation et d'inclusion est suffisant pour les accompagnateurs? Chez, généralement, par
exemple, les femmes et les enfants, trouvez-vous... avez-vous des
suggestions pour nous?
Mme Fiata
(Cyndi) : Malheureusement, pour l'instant, c'est sûr que ce n'est pas
forcément un sujet sur lequel je me suis penchée, donc c'est un petit peu
difficile de donner une réponse tout de suite.
De mon expérience,
c'est sûr qu'au niveau de la francisation... L'article qui est sorti à la
rentrée scolaire, avec les difficultés,
donc, de pouvoir donner des places aux personnes pour la francisation, c'est
sûr que c'est quelque chose qui
choque et qui fait... qui présente une donnée qui nous montre qu'il y a des
choses à faire dans cette matière-là, à ce niveau-là. Mais malheureusement, pour les femmes et pour les enfants,
ce ne sont pas des données que j'ai forcément sur les mains
présentement.
Mme
Bogemans : Parfait. Et, au niveau des nouvelles initiatives de
francisation, on sait qu'on a mis en place Francisation
Québec au 1er juin, avec... en
fait, on a élargi les formules, les horaires, aussi la disponibilité, même, des
cours, là, la façon dont on peut les
transmettre. On voulait savoir qu'est-ce que vous pensiez, par exemple, de la
francisation outremer, avant l'arrivée des immigrants?
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Alors,
ça, ça va être... c'est beau à voir sur papier, mais, en réalité, ce n'est pas
nécessairement facile à appliquer, parce que pour bien s'intégrer dans une
culture, apprendre la langue, il faut être... il faut baigner dans la
culture, il faut baigner dans le pays, dans la nation.
Moi, par exemple, quand
j'ai vécu au Brésil, avant d'aller au Brésil, j'ai appris du portugais. Tu
sais, j'étais en contact avec mon mari, il
m'a appris le portugais, j'étais en contact avec ses amis, j'apprenais des
trucs sur YouTube, sur Internet. On a la technologie pour le faire, mais
ce n'est pas avant de vraiment habiter là-bas puis de vivre ma vie de tous les
jours que j'ai maîtrisé la langue.
Donc, oui, c'est important, je crois, de mettre
en place un certain système pour faciliter, comme on pourrait dire, comme, l'apprentissage de la langue avant de
rentrer. Mais de là à «expecter» que les gens... de maîtriser la langue de
manière... comme si c'était leur langue maternelle avant d'arriver... c'est
très difficile. Il faut vraiment être dans la culture pour le comprendre.
Mme Bogemans : Parce qu'on...
Mme Coursin (Nathalie) : Là, je
voudrais rajouter...
Mme Bogemans : Ah! allez-y, madame.
• (12 h 30) •
Mme Coursin (Nathalie) : Oui,
pardon. Excusez-moi. Je voulais rajouter parce que, là, on parle déjà de
l'intégration des gens qui ne sont pas encore là. Nous, vraiment, notre sujet
qui nous importe aujourd'hui, c'est les délais, qu'est-ce que vous êtes
capables de faire pour les délais. On est conscients qu'il va y avoir plein de
choses qui vont être faites pour nos conjoints ici, et qu'ils peuvent déjà
progresser avant en français ou pour s'intégrer, mais nous, ce qu'on... nous, ce qui nous importe, et qu'on s'est vraiment
penchés, et qu'on a étudié, c'est les délais, donc ce qu'est capable de
faire le gouvernement pour baisser les délais, et nous, qu'est-ce qu'on peut
faire pour vous aider à baisser ces délais.
Après, on est conscients que, quand même, quand
nos partenaires seront présents ici, ou moi-même, puisque je pars de... je suis en interne, donc, on est
conscients que ça se fera très facilement puisqu'ils seront avec leurs familles,
donc ils pourront parler en français.
Donc, c'est ça, c'était juste que je voulais
recentrer un petit peu le peu de temps de parole que nous avons sur notre
priorité numéro un, qui est d'abaisser les délais.
Une voix : ...merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à cette première
portion d'échanges avec les parlementaires. On poursuit avec les députés de
l'opposition officielle. Le député de...
M. Derraji : ...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...Nelligan, d'accord,
pour une période de 12 min 23 s, le temps est à vous.
M. Derraji : Oui, merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Je vais me permettre de vous saluer en
premier lieu, vous saluer pourquoi? Parce que c'est très beau de voir que,
quand il y a un enjeu de société, il y a des gens qui se mobilisent, et ça,
déjà, vous êtes en train d'envoyer un beau message que ça ne va pas, et ça, on
doit le prendre en considération. Donc,
déjà, vous êtes en train de prendre le leadership nécessaire sur le
regroupement familial. Je ne sais pas si vous avez suivi un peu les
consultations, mais, hier ou avant-hier, si ma mémoire, elle est bonne, je ne
voulais surtout pas avoir un débat de chiffres parce qu'il s'agit d'êtres
humains.
J'ai 12 minutes. Je sais c'est quoi, votre
agenda, et vous méritez un temps de qualité. Vous savez, prenez le temps nécessaire pour parler des êtres humains qui
sont derrière les chiffres que vous représentez, les drames que vous vivez,
entendre qu'il y a des gens ou des femmes qui avortent, d'autres qui retardent
leur projet de bébé, d'autres qui ne peuvent
pas savoir s'ils doivent acheter une maison ou pas. Parfois, on peut être très
rationnels, pragmatiques avec l'immigration, mais, des fois, il y a ce
côté humain qu'on doit tous avoir. Alors, je vous cède la parole. Partagez avec
les membres de la commission vos réelles préoccupations et pourquoi,
aujourd'hui, on doit vous écouter, surtout quand il s'agit d'êtres humains.
Mme Fiata (Cyndi) : Si vous
permettez, je vais prendre la parole parce que, depuis le mois de juin, je suis
en contact avec de nombreuses familles, et,
comme je l'ai expliqué dans ma présentation, ce sont des histoires les plus
dramatiques les unes que les autres que j'écoute, que j'entends.
Pas plus tard qu'en fin de semaine j'ai eu une
femme du Sénégal qui est, donc, parrainée par son époux ici, au Québec, en
pleurs, en larmes, m'expliquant que son mari est au bord du suicide, qu'il a
des pensées suicidaires parce qu'il est découragé par les délais. Il ne sait
plus quoi faire. Il ne se sent pas aidé ni soutenu. C'est une des histoires.
J'ai quelqu'un qui attend depuis 2018, dont sa femme est au Maroc, qui a subi
des conséquences en lien avec le séisme, qui
se retrouve à la rue, qui ne sait plus quoi faire, a déjà parlé au député, déjà
parlé au fédéral. Ça fait déjà
maintenant depuis 2018, donc, largement dépassé les 24 mois, et qu'il
n'est toujours pas avec sa femme ni ses enfants.
Nous avons,
bien évidemment, le cas de Laurianne qu'on a présenté, mais ce n'est pas la
seule, des personnes qui souffrent, qui ont des enfants, que les enfants
grandissent sans leur père, des femmes qui accouchent à l'hôpital sans
leur mari, des enfants qui connaissent leur père seulement au travers d'un
écran de téléphone, des personnes qui ont des pensées
suicidaires, qui souffrent d'insomnie, d'angoisse, pour lesquelles le site
d'IRCC devient une obsession, à savoir quand est-ce qu'on va recevoir une
réponse, quand est-ce qu'on va avoir un courriel pour savoir quand est-ce que
ça va être notre tour. Et, quand on voit des personnes de 2023 qui reçoivent
leur résidence permanente avant les personnes de 2022, 2021, ça aussi, ça
n'arrange rien, strictement rien, à la situation.
Donc, tout mon été a
été d'écouter des histoires de personnes qui souffrent, qui sont au bord de la
dépression, qui me disent : Je suis là, j'ai été choisi par le Québec, je
ne comprends pas pourquoi je ne peux pas être réuni avec ma famille, avec la
personne, les personnes que j'aime, je n'ai qu'une envie, c'est de quitter le
Québec. Il y en a qui ont déjà quitté le
Québec, qui sont partis en Ontario, qui sont partis au Nouveau-Brunswick, et
qui ont eu leur résidence permanente
un mois après leur départ, tandis que nous, nous restons par choix au Québec et
nous subissons ces quotas et ces délais.
M. Derraji : Oui,
ça a été ça, ma question, parce que, pour le bénéfice des membres de la
commission, cette situation est unique au
Québec. C'est juste au Québec que les délais, je les ai vus en ligne.
D'ailleurs, je vous remercie pour votre campagne, et continuez à la
marteler. Il y a des gens qui ont reçu un message que la durée est passée de 18
à 24 mois. Nous sommes rendus à 24 mois aujourd'hui. Avec
l'arriéré...
Mme Fiata
(Cyndi) : 24 et 25 mois.
M. Derraji : Hein?
Mme Fiata
(Cyndi) : Pardon, 24 et 25 mois, 24 en externe, 25 en interne.
M. Derraji : Oui,
et 25... Excellent. Donc, si je rajoute l'inventaire qui existe avec le rythme
de traitement de dossiers, nous sommes, si
quelqu'un veut avoir son conjoint ou sa conjointe avec lui, sur du trois,
quatre ans, c'est ça, hein?
Mme Fiata
(Cyndi) : Oui.
M. Derraji : OK. S'il vous plaît, si
vous étiez dans une autre province canadienne, pas le Québec, pouvez-vous
éclairer les membres de la commission, le délai sera de combien de jours?
Mme Fiata
(Cyndi) : Six mois, huit mois, 12 mois, peut-être, maximum.
M. Derraji :
OK, donc, max 12 mois. Et là, pour cerner l'enjeu du problème, c'est
que vous êtes dans la catégorie des seuils,
et c'est pour cela que la machine fédérale ne peut pas aller plus vite que ce
que le Québec lui demande, parce que, ça, je vous invite à l'expliquer,
parce que les Québécois, quand on va leur dire : Ça n'a aucun bon sens de
briser des coeurs, de séparer des familles, de laisser séparer l'enfant de son
père ou de sa mère, il n'y a personne qui va
être d'accord, mais les gens ne comprennent pas le processus. Ce n'est pas tout
le monde qui est expert en immigration. Donc, expliquez pourquoi vous
payez les frais et vous payez un prix que vous n'avez pas cherché. Ce que vous
avez fait, c'est avoir quelqu'un avec qui vous voulez faire votre vie, qui
était de l'extérieur, c'est la seule chose,
mais là, quand vous arrivez à cette bureaucratie, vous payez les frais et le
prix des seuils. Je vous laisse... si vous voulez répondre.
Mme Coursin
(Nathalie) : J'ai quelque chose en plus à rajouter parce que je
voulais répondre à Mme la ministre tantôt. Quand elle parle des travailleurs
qui peuvent venir avec leur conjoint avec un permis ouvert, ce n'est pas possible de demander juste un permis ouvert,
quand on est résident permanent ou citoyen, pour son conjoint ou sa
conjointe que l'on vient de rencontrer.
Donc, déjà, aussi, ça, c'est une aberration. On ne peut même pas être regroupés
comme ça, alors qu'on est citoyens
canadiens. Moi, par exemple, je suis mariée à un «born and raised in Québec» — pardon
pour mon français, je ne sais pas pourquoi c'est sorti comme ça — mais
je n'ai pas pu demander un permis de travail ouvert
juste parce que je l'avais épousé. Donc, ça aussi, ça fait partie des
aberrations, parce que, donc, oui, un étranger, un travailleur qualifié
qui a été choisi par le Québec, lui, peut venir avec femme et enfants, alors
que nous, citoyens et résidents permanents du Québec, nous n'avons pas
l'opportunité de faire ça. Je voulais juste rappeler ça aussi parce que ça fait
partie des choses importantes du débat aussi qu'il y a ici. Et, je suis
désolée, je me suis perdue dans la question. Donc, je crois que Cyndi a le fil.
Mme Fiata
(Cyndi) : Donc, pour vous répondre, M. Derraji, merci pour cette
question, donc, effectivement, avec le quota
de 10 600, qui est pour l'année 2023, dès qu'on dépose une demande de
regroupement familial, on rentre dans
un système qu'on appelle de loterie cachée, déguisée, et c'est une file
d'attente interminable. Donc, effectivement, l'IRCC reçoit des directives de la province, donc, il y a un maximum de
10 600 qu'ils doivent traiter pour l'année 2023, et,
malheureusement, il ne peut pas dépasser ce nombre-là.
M. Derraji :
Je vais vous arrêter là, je vais vous arrêter là, 10 000 par année sur
des...
Mme Fiata
(Cyndi) : 10 600.
M. Derraji : 10 600 sur
des seuils, soit 50 000 ou 60 000, l'inventaire est de combien
maintenant?
Mme Fiata
(Cyndi) : Alors, malheureusement, maintenant, nous n'avons
pas cette donnée, mais nous savons qu'au mois de mai il y avait
36 800 dossiers qui étaient sur le bureau d'IRCC.
M. Derraji : C'est ce qu'un
groupe... c'est ce qu'un groupe disait hier, c'est aux alentours de
30 000.
Une voix : ...
M. Derraji : 36 000. Si on
prend uniquement ces chiffres, parce que moi, je veux juste comprendre et
ramener vos doléances aux membres de la commission, c'est ça, notre rôle, un,
ce que vous demandez, et je l'ai vu, augmenter les seuils dans la catégorie du
regroupement familial afin de traiter l'ensemble des demandes ayant déjà reçu un CSQ, ça, c'est une demande urgente, mais
j'aimerais bien vous entendre sur les arriérés. Est-ce que c'est normal,
laisser des gens séparés pendant trois ans? Moi, je pense, c'est inacceptable. S'il
y a un problème bureaucratique, il faut le régler. Il faut le régler très
rapidement. Deuxième...
• (12 h 40) •
Mme Coursin (Nathalie) : Oui,
c'est ca, pour que... oui, pardon.
M. Derraji : Allez-y, allez-y,
pas de problème, allez-y.
Mme Coursin (Nathalie) : Non,
mais c'est pour ça que notre deuxième demande, justement, était quand on aura
réglé cet arriéré, c'est-à-dire que, nous, ce qu'on demande, c'est de nettoyer
cette ardoise qui est là, des gens qui attendent,
et, après, effectivement, c'est d'établir un seuil qui soit assez grand pour
que l'on puisse traiter les demandes, comme le reste du Canada, en
12 mois.
Donc, on ne demande pas vraiment... On ne parle
pas vraiment de quotas, mais on parlerait quand même de quelque chose qui est,
donc, juste sur, nous, des temps de délais de 12 mois. On ne veut pas
parler de quotas. On veut juste parler de 12 mois. Déjà, pensez-vous...
imaginez-vous êtes séparé de votre femme, de vos enfants pendant plus d'une
année, ne pas faire les fêtes de fin d'année encore cette année-là, ici, là,
c'est vraiment compliqué, là. C'est ça, nous, notre vraie doléance, au final.
M. Derraji : Oui. Donc là, il y
a le délai de 12 mois, mais, s'il vous plaît, moi, avant d'aller sur le
futur, j'ai un problème à régler à court terme. Le problème que j'ai, c'est que
j'ai 30 000. 30 000, c'est un énorme poids sur vous, sur les familles que vous représentez. Vous
dites que, dans votre mémoire, le collectif regroupe 300 familles, mais
j'en suis sûr et certain que... Oui, allez-y.
Mme Fiata
(Cyndi) : Je pense que c'est le point que vous alliez
apporté. Vous êtes sûr et certain que le nombre a déjà beaucoup plus
augmenté. Oui, nous sommes déjà passés à plus de 500 familles et
n'oublions pas que nous avons été créés au mois de juin. C'est un collectif
extrêmement jeune, mais nous sommes déjà... entre juin et septembre, on a déjà
500 familles qui nous suivent et qui attendent des résultats.
M. Derraji : Bien, au nom de votre
groupe, au nom de ces familles, Québec réunifié, moi, je formule la demande
officielle à ce que Mme la ministre et son équipe travaillent avec le
gouvernement fédéral très rapidement, parce
que ça n'a aucun bon sens. Moi, j'en suis sûr et certain, personne autour de la
table ne va entendre que des coeurs brisés...
et que des gens avortent à cause d'une séparation. Moi, je ne pense pas que
quelqu'un va rester insensible à une séparation pareille. Je pense que
nous avons tous les moyens de régler ce problème. Comme nous étions capables de
penser autrement pour le PEQ, pensons à vous, pensons à ces gens qui sont
séparés chacun de l'autre côté de l'Atlantique. Maintenant, une fois ça, c'est
réglé... réglé avec la question des seuils avec le fédéral, ce que vous demandez, c'est que, dorénavant, pour les futures
demandes, le Québec et le fédéral respectent le délai qui était même, avant, de
12 mois, donc revenir à ce qu'on avait avant parce que ça marchait avant.
Est-ce que c'est clair? Est-ce que c'est ce que vous voulez?
Mme Fiata (Cyndi) : Oui, tout à
fait.
Mme Coursin (Nathalie) : Ça marchait
avant la COVID, oui. C'était le délai de la COVID.
M.
Derraji : OK, bon, ça marchait même dans le passé. Ça
marchait même dans le passé, le regroupement familial.
Écoutez, moi, j'ai terminé mes questions, mais
je vais prendre quelques minutes pour vous dire merci pour votre beau travail.
Vous avez une voix à l'Assemblée nationale. On va continuer à marteler ce
message d'injustice à l'égard de ces
familles séparées, et vous pouvez toujours compter sur nous de ramener vos
préoccupations à l'Assemblée nationale. Merci à vous quatre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, cette période d'échange avec l'opposition officielle
est terminée. On va... on va finaliser le tout avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Je voudrais d'abord vous remercier d'avoir pris la parole de façon très
courageuse aujourd'hui, mais aussi, la semaine dernière, vous étiez dans
l'enceinte de l'Assemblée nationale. Donc, merci
beaucoup. Je vous remercie, mais vous ne devriez pas avoir à être là, hein?
C'est très clair, vous ne devriez pas être obligées d'être ici. Ça devrait être
évident. Ça devrait être réglé déjà. Vous devriez pouvoir être au boulot, en ce
moment, à enseigner à nos enfants, notamment, et vous ne devriez pas avoir à
prendre congé et vous expliquer pour ce qui est si essentiel, pour ce qui est
si clair.
Par ailleurs, pour ceux qui nous écoutent, qui
seraient intéressés, je souligne que je parraine votre pétition soutenant vos revendications, qui est disponible
sur le site de l'Assemblée nationale du Québec. Vous êtes des centaines
à nous écrire sur vos... sur nos réseaux
sociaux. Toutes les familles nous écrivent aussi. Alors, je vois qu'il y a
beaucoup de gens qui sont mobilisés.
Je voudrais revenir, comme vous l'avez fait, sur
ce que Mme la ministre a souligné tout à l'heure par rapport au programme
économique puis intégrer ou inclure des personnes à charge. Vous l'avez très
bien dit, il faut être résident permanent ou citoyen canadien pour parrainer.
On ne peut pas avoir une demande économique en cours. Les programmes
économiques, ça n'a aucun rapport avec la réunification familiale. Sincèrement,
sincèrement, je sais que la ministre est très bien entourée, je ne la comprends
pas, cette explication-là. Ça ne tient pas la route. Des Québécois sont séparés
de leurs enfants, de leurs conjoints, de leurs époux, et seul le Québec est
responsable de ça en raison de ses seuils. Leur détresse est immense. Votre
détresse est immense.
Mme la ministre se dit sensible, mais, en même
temps, c'est elle qui a tout le pouvoir entre ses mains pour corriger la situation. On est les seuls au Canada
à séparer des familles aussi longtemps. C'est vraiment tragique. Il y a des
vies qui sont en suspens, vous l'avez dit, des projets de famille qui sont
retardés. Vous avez parlé de la détresse, de la déprime, des frais, c'est
vraiment troublant, 25 mois, 25 mois, pour le Québec, versus, quoi,
10 mois dans les autres provinces, et, quand
on sait qu'il y avait, en mai, 36 000 demandes en attente, peut-être,
aujourd'hui, 40 000, je ne sais pas, on peut penser que les délais
vont monter à 36, 40 mois, et ça, juste de penser que 24, en ce moment,
là, c'est la pointe de l'iceberg, c'est vraiment très troublant et c'est
beaucoup trop long.
Sur son site, Immigration Canada dit, et j'ouvre
les citations : «En raison de l'Accord Canada-Québec, si vous désirez habiter au Québec, le gouvernement du
Québec doit aussi traiter votre demande. Le délai de traitement indiqué est donc différent pour cette province.» C'est la
seule province qui a cette mention-là. Moi, je n'ai jamais vu ça. Je n'ai
jamais vu IRCC jeter le blâme comme ça, c'est parce que la situation est grave.
J'ai pratiqué dans le domaine du droit pendant des années et je n'ai
jamais vu ça.
Donc, j'espère sincèrement que quelque chose va
être fait. Vous lancez un cri du coeur. Moi aussi, j'en lance un, cri du coeur,
bien sincèrement. C'est terrible. J'espère que vous serez entendues,
sincèrement, et je vous laisse la dernière minute qu'il nous reste pour vous
adresser directement, en conclusion, à Mme la ministre.
Mme Coursin (Nathalie) : OK, merci
beaucoup, M. le député, pour votre soutien. Je faisais partie des personnes qui
avaient... qui étaient là, la semaine passée, à l'Assemblée nationale et,
voilà, je pense que vous avez tout dit. Vous
avez compris qu'on est sur un cri du coeur. Cyndi, Rydia, Kiyoshi, n'hésitez
pas à dire ce que vous pensez, là.
Mme Fiata (Cyndi) : Je voudrais
rebondir sur un point. On parle beaucoup de 24 mois et de 36 mois,
mais c'est important de savoir que le moment ne commence pas au moment de
déposer la demande, c'est vraiment au moment où on prend la décision
d'immigrer. Donc, 24 mois, c'est un faux délai, on rajoute des années
auparavant, c'est important de le comprendre, c'est important de le prendre en
note. Et nous sommes ouverts à travailler avec le gouvernement pour apporter de
vraies solutions aux familles qui sont dans le désespoir, qui sont au bord du
suicide, je le rappelle, parce que c'est la réalité dans laquelle nous sommes
présentement.
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Oui,
c'est l'une des raisons pourquoi j'ai fondé ce collectif-là. En fait, c'est que, quand j'ai vu les délais qui ont été
mis à jour sur le site d'IRCC, bien là, déjà, de un, c'était un coup de poing
dans la face, gros choc, dépression.
J'étais... Je ne savais pas... Il n'y avait pas de lumière au bout du tunnel.
Moi, ça fait 15 mois que j'attends. Il n'y a même pas un agent qui
est assigné à mon dossier.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter. Tout le temps que
nous avions pour cette audition vient de passer. Il me reste à vous remercier
pour l'apport à nos travaux, vous souhaiter une bonne fin de journée.
Et, pour les membres de la commission, je
suspends jusqu'à 15 heures, si ma mémoire est bonne. Bon dîner!
(Suspension de la séance à 12 h 49)
(Reprise à 15 h 04)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous
poursuivons les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale
sur le cahier de consultation intitulée La planification de
l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Cet
après-midi, nous entendrons les organisations suivantes : le Réseau d'aide
aux travailleuses et travailleurs migrants
agricoles du Québec, que je vois devant moi, bienvenue mesdames, messieurs, le
Groupe Orientation Emploi, Axtra, l'Alliance des centres-conseils en
emploi ainsi que le Réseau des services spécialisés de main-d'oeuvre.
Donc, je vous souhaite à
nouveau la bienvenue. Vous aurez 10 minutes pour présenter l'essentiel de
votre mémoire, vos recommandations, somme
toute, et ensuite nous allons échanger avec les parlementaires. Mais je vais
aussi vous demander, dans ce 10 minutes-là, de vous présenter.
Alors, le temps est à vous.
Réseau d'aide aux
travailleuses et travailleurs
migrants agricoles du Québec (RATTMAQ)
M. Pellerin
(Daniel) : Merci. Bonjour. Merci, Mme la Présidente, merci de
nous accueillir à votre commission. Alors, effectivement, il nous fait
plaisir, pour le Réseau d'aide aux travailleuses et travailleurs migrants
agricoles, d'être ici présent. Mon nom, c'est
Daniel Pellerin, je suis président du conseil d'administration. À ma droite,
Mme Mélanie Gauvin est directrice
adjointe, Michel Pilon, M. Michel Pilon, directeur général, puis
Mme Denise Gagnon, vice-présidente, Finances.
Alors, bien, en deux mots, le Réseau d'aide, on
en a entendu parler un peu dans les médias récemment, mais tout d'abord c'est un ensemble d'associations
citoyennes qui se sont regroupées pour se donner une force nationale au
niveau du Québec. Et puis la mission principale, évidemment, c'est d'accueillir
les travailleurs immigrants agricoles dans les fermes, tout ça, qui viennent,
là, travailler dans nos fermes, les accueillir, les accompagner, aussi les
soutenir à travers les diverses situations
de vie qu'ils vivent. Puis évidemment, bien, ça va jusqu'à la défense
collective des droits.
En plus, bien, on souhaite que la société québécoise
développe un sentiment de sympathie et... de respect, d'abord, et de sympathie
à leur égard, puis même, tant mieux si ça peut aller jusqu'à un mouvement de
solidarité. C'est un travail à travers les médias, c'est un travail... bien,
d'abord, un travail directement auprès des travailleuses et travailleurs
étrangers temporaires, mais un travail aussi auprès des médias, la population
en général puis aussi au plan des institutions concernées, notamment les
institutions politiques.
Bon, je pense que ça fait le tour de la
présentation. Je donnerais la parole maintenant à Mélanie pour le reste de la
présentation.
Mme Gauvin (Mélanie) : Bonjour.
Merci beaucoup de nous recevoir. D'entrée de jeu, ce qu'on souhaiterait un peu
mettre de l'avant avec vous, c'est qu'on est dans des consultations sur des
seuils d'immigration, et pourtant il y a toute une frange qui fait partie de
notre système d'immigration qui est complètement mise à l'écart, dans ces
consultations-là, et on parle des travailleuses, travailleurs étrangers
temporaires.
Moi, je vous amènerais à regarder le recueil
statistique qui a été fourni en même temps que le document de consultation sur lequel on vient témoigner
aujourd'hui. À la page 85, on a un très beau portrait, sur une base
annuelle, du nombre de permis de travail temporaires qui sont émis. En
2016, il y avait 12 200 permis qui avaient été délivrés, des permis
de travail temporaires. En 2023, on est à 38 500 permis délivrés de
travailleurs étrangers temporaires.
Donc, quand on se questionne et qu'on se
consulte sur des seuils d'immigration, est-ce qu'ils vont être de 40 000,
50 000 ou 60 000, je pense qu'on ne peut pas non plus passer à côté
que, bien, en 2022, il y en avait près de 40 000 qui avaient des permis
temporaires de travail. Donc, ils doivent être inclus dans ces
consultations-là, on doit en tenir compte par la suite, pour la suite des
travaux.
Et je vous
dirais que, seulement que par le RATTMAQ, on en a accueilli 17 500 à
l'aéroport de Montréal depuis le 1er janvier 2023. Donc, ça ne tient pas
compte de ceux qui sont arrivés avant, mais on a une très bonne comptabilisation
statistique des travailleurs qu'on rencontre depuis le 1er janvier et on
est à 17 500 en date d'hier.
Alors, aussi,
ça m'amène à souligner l'importance du financement des organismes, du
financement des organismes qui interviennent auprès de ces travailleurs
et également, si on peut se permettre de dire, l'importance aussi d'aller récupérer les fonds fédéraux pour qu'ils soient
remis à des organismes du Québec et non répartis par des organismes qui assurent la transition de ces sommes-là, donc
l'importance d'aller chercher les sommes, aussi, accordées par le fédéral,
pour les ramener et les injecter dans les bons organismes ici au Québec.
• (15 h 10) •
M. Pilon (Michel) : Alors,
Michel Pilon, directeur général du RATTMAQ. Je fais une autre partie, moi, je m'occupe beaucoup des questions de droits de ces
travailleurs-là. On les défend, d'ailleurs, devant les tribunaux, donc tribunal du travail, principalement, et on dépose
des plaintes aux normes et des cas d'accident de travail non déclarés.
C'est plus de 522 dossiers, actuellement, au
RATTMAQ, qu'on a travaillés au cours de la dernière année, c'est quand même énorme, et ce n'est que la pointe
de l'iceberg, dans le sens que les travailleurs, en général, ont peur de
déposer des plaintes parce que, justement, ils ont des permis fermés. Et de là
mon propos sur les permis fermés. Le RATTMAQ veut l'abolition des permis
fermés. Pour nous, c'est de l'esclavagisme moderne, tel que dit par le rapporteur général. Tout dernièrement, d'ailleurs,
le RATTMAQ a fait des représentations auprès du rapporteur général, le
2 septembre dernier.
Autre chose
aussi qu'on demande, c'est, bien sûr, la promotion, bien sûr, des droits des travailleurs.
Les informer de leurs droits, c'est
important. C'est ce qu'on fait, d'ailleurs, à l'aéroport de Montréal, en leur
donnant un agenda, que je peux d'ailleurs vous montrer ici, un bel agenda avec
toutes les informations, avec des codes QR, sur les droits ici au Québec. Ça leur permet aussi de mettre leurs
heures de travail, parce que, si jamais il y avait une problématique, devant les tribunaux, quand c'est pris d'une façon
contemporaine, c'est considéré comme une preuve. Alors, c'est quand même
quelque chose d'intéressant.
Autre chose aussi, on demande aussi la
régularisation des personnes. Nous sommes d'accord, et bien sûr, à cette régularisation-là. On souhaite, bien sûr, un
statut plus large, inclusif et permanent pour les travailleuses et travailleurs
migrants agricoles et de la transformation alimentaire. Beaucoup,
malheureusement, se sont retrouvés comme des sans-papiers
du jour au lendemain, à cause du système de permis fermé, et malheureusement on
est obligés souvent... ils sont obligés de
travailler au noir. Comme par exemple, du côté de la Ferme Jean Lemay, là, je ne sais pas si vous avez vu La facture cette
semaine, ça a été assez éloquent de la manière qu'on traite ces personnes-là.
Malheureusement, M. Lemay continue encore ses frasques. Si vous allez
encore à Saint-Jude, il y a encore des autobus de travailleurs qui n'ont aucun
permis de travail... et qui vend un peu partout, bien sûr, encore aujourd'hui.
Enfin, on parle, bien sûr, d'accorder à
l'ensemble des travailleurs étrangers un accès égal et inclusif à la résidence
permanente. Ce que nous souhaitons, c'est que ces travailleurs puissent avoir accès.
Et je vous donne un exemple, comme Edyn, dans le film Essentiels, qui a
été ici pendant 10 ans, qui a appris le français, qui a réussi son
niveau 8 et qui n'a pas accès à la résidence permanente, qui voudrait que
sa famille viennent vivre ici. Et je pense que
c'est un candidat qui serait très intéressant pour le Québec. Alors c'est quand
même quelque chose d'important. Et, quand on parle de régionalisation, il est
dans les régions, alors ses enfants iraient étudier dans des écoles francophones,
dans des villages francophones et deviendraient des francophones du jour au
lendemain.
Enfin, je vais conclure avec ça, nous demandons,
bien sûr, une augmentation progressive, là, de la résidence permanente. En 2024, on souhaiterait qu'on
augmente, bien sûr, le nombre d'immigrants ici au Québec. Moi, je pense
que c'est une question aussi, par rapport au reste du Canada, où le Québec
pourrait perdre, dans le fond, aussi son poids démographique par rapport au
reste du Canada. C'est quand même important qu'on le fasse, mais qu'on le fasse
bien, avec la francisation. Le niveau de français que nous, nous souhaitons, on
souhaiterait un niveau 4 pour les travailleurs, bien sûr, agricoles. Il
faut comprendre qu'on n'a pas besoin d'un niveau 7, pour un travailleur
agricole qui travaille dans le champ. Un simple niveau 4, un français
fonctionnel, pour pouvoir travailler, je pense que ce serait, pour nous,
suffisant. Je te laisse aller.
Mme Gagnon (Denise) : Merci.
Bonjour. Denise Gagnon, je suis vice-présidente par intérim.
On sort, en fin de semaine, de notre assemblée
générale, donc on a des renouvellements au CA. Moi, j'ai une expérience,
beaucoup, en solidarité internationale, ça fait qu'à ce titre-là, évidemment,
je suis en appui, là, au conseil d'administration, sur les questions de normes
fondamentales du travail, les conventions internationales. D'ailleurs, cette
année, on organise, au mois de décembre, le jour... le 18 décembre, jour
mondial des travailleurs migrants, une conférence
internationale sur le sujet, dans le cadre du 20e anniversaire de la
convention, non ratifiée par le Canada, sur les droits des travailleurs
migrants et de leurs familles. Donc, il y aura des invités du Guatemala, du
Mexique, et tout ça.
Donc, à ce titre-là, évidemment, vous allez constater
dans le mémoire, on demande la ratification. Le Québec siège à côté du Canada à Genève. Moi, j'y ai été quelques années, donc
je sais qu'on a notre voix aussi concernant les normes fondamentales du travail et qu'on peut influencer le gouvernement
canadien sur ces questions-là, et notamment les travailleurs et les
employeurs, pour ce qui est du travail, donc les conventions 97, 143.
Sur les permis, bien, on a été enchantés, cette
semaine, de constater une certaine ouverture à des alternatives aux permis
fermés, parce que c'est vraiment un modèle toxique, puis pas juste au Canada,
dans d'autres pays aussi, qui amène les travailleurs à ne pas dénoncer les
sévices qu'ils subissent, ou les abus, ou les problèmes de droits, et tout ça.
Et puis, à cet égard-là, on remercie beaucoup le ministère de l'Immigration qui
soutient notre travail aussi. On a plusieurs autres financements, mais on
arrive quand même, de l'aéropot jusqu'à leur retour, à les accompagner
là-dedans, et ça nous permet, là, d'appuyer les démarches du Québec dans
l'application des droits, comme Michel l'a mentionné. Donc, on va vous laisser
les questions.
Sur la question du français, bon, moi, je ne
suis pas une spécialiste de la question, mais je sais très bien qu'on a dans
nos rangs, puis même à notre conseil d'administration, un travailleur étranger
qui a appris son français par les trucs Internet, là...
Une voix : ...
Mme Gagnon (Denise) : ...Lingo,
puis tout ça, et puis il a un français excellent. Il a travaillé dans plusieurs
fermes, autant à Rimouski qu'à Chicoutimi. On a été faire la tournée à
Saint-Félicien, et les gens veulent s'intégrer, ils sont déjà dans les régions. Alors, si j'en crois M. Termote qui
nous dit récemment, dans l'actualité, que régionaliser, c'est difficile,
bien, nous autres, là, avec les travailleurs qu'on représente actuellement, ils
sont dans les régions, ils sont associés aux
différents groupes de la société civile, que ce soit, des fois, au niveau
religieux, on le sait, au niveau de
l'Amérique latine, c'est très... une communauté très pratiquante, des fois
c'est par ce réseau-là ou d'autres réseaux.
Donc, on vous invite à considérer sérieusement
cette masse de personnes qui veulent être ici, qui veulent continuer à
travailler, et ne pas négliger la question de la réunification familiale, parce
que ce... un défi majeur, là, quand tu
laisses tes enfants puis tu ne les vois pas avant qu'ils soient rendus à
l'université, là. Ça pose un problème, là, sérieux de santé mentale
aussi pour ces personnes-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, sans plus tarder, je vais me tourner du côté de la ministre,
qui a laissé un petit peu le temps aller, là, pour vous laisser terminer votre
présentation. Alors, Mme la ministre, il vous reste 14 min 56 s.
Mme Fréchette : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bien, merci, un grand merci à vous quatre. Je suis très
contente d'avoir l'occasion de vous revoir. On s'était rencontrés déjà, à nos
bureaux, et M. Pilon aussi, lors de mes rencontres régionales en région.
On s'est revus quelques fois. Donc, merci beaucoup et surtout merci pour votre
travail, merci pour votre engagement, parce que vraiment vous travaillez à
diffuser une information qui est cruciale pour la qualité
de vie des personnes qui viennent travailler ici d'une manière saisonnière.
Donc, un immense merci pour ça, parce que ça
joue positivement sur des parcours de vie, des trames de vie. Puis je pense que
vous permettez de mieux faire connaître la société québécoise dans ce
qu'elle a à offrir en termes de protection des droits. Et ça, c'est important que les gens associent le Québec à une
protection des droits pour des travailleurs étrangers également. Donc,
un grand merci pour ça.
Bien
contente que vous participiez à cet exercice. Vous nous l'aviez annoncé,
M. Pilon, que vous alliez être là, alors on y est. Et merci aussi
pour, bien, votre appui, vos commentaires positifs, là, sur la démarche que
l'on a entreprise avec le comité des
partenaires du marché du travail, c'est un exercice qu'il va être important de
mener et de voir à bien identifier
l'ensemble des alternatives... bien, des impacts, d'une part, dont vous nous
parlez régulièrement, des permis de
travail fermés, des situations de vulnérabilité que ça peut faire surgir et
puis également des alternatives, des
voies de solution qu'on pourra considérer. Nous, c'est sûr que, par la suite,
bien, on verra à travailler ça avec le fédéral, qui est celui, donc, qui émet les permis de travail, donc il y a des discussions
importantes qui seront à tenir par la suite, mais au moins d'avoir un
portrait clair sur les outils qui sont à notre disposition pour des
alternatives, ça, ça va être un exercice important. Donc merci pour ça.
Je vous amène à
partir d'ici sur, bien, votre mémoire, en fait. Bien, vous avez vu notamment
qu'avec le Programme de sélection des
travailleurs qualifiés, le PSTQ, qui
remplacera le PRTQ, on a vraiment veillé à développer une passerelle qui
permettrait à des gens pour qui la résidence permanente, actuellement, est très
difficile d'accès, d'avoir un pont, une
passerelle, donc, qui les mènera vers la résidence permanente. Donc, ça, c'est
une création qu'on a présentée au printemps dernier. J'aimerais vous
entendre sur la réelle possibilité que ça offrira, de votre point de vue, pour les personnes qui ont des compétences
manuelles et intermédiaires, pour atteindre la résidence permanente. Puis on a
justement veillé à moduler la connaissance, les exigences en matière de
français, donc on les a rabaissées au niveau 5 pour la connaissance
orale, et il n'y a pas d'exigence pour la connaissance du français écrit qui
soit associée, donc, aux professions à compétences soit manuelles ou
intermédiaires. Donc, est-ce que, pour vous, d'une part, vous voyez ça
positivement? Et quel est votre... l'impact que vous prévoyez, là, quant au
développement de ce volet 2 du PSTQ?
• (15 h 20) •
M. Pilon
(Michel) : Bien, grosso modo, Mme la ministre, que ce soit le
niveau 5 ou le niveau 4... On parle du niveau 4, nous, parce
que, dans le reste du Canada, c'est un niveau 4 qu'on demande. Alors,
pourquoi ce serait différent au Québec? Mais
là... c'est-tu à cause du français? Je n'ai pas de problème. Si vous me parlez
que le niveau 5, c'est seulement à l'oral, c'est déjà quelque chose
d'intéressant...
Mme Fréchette :
À l'écrit, il n'y a rien de prévu.
M. Pilon
(Michel) : Oui, oui, tout à fait, au niveau... Si jamais... uniquement
au niveau de l'écrit, là, je me poserais des
questions. Mais je pense que ce qu'on a besoin, au niveau de ces
travailleurs-là, c'est un français fonctionnel oral, simplement, et de ce côté-là on est prêts à reconnaître cette
partie-là sans aucun problème. Comme je vous dis, la... d'emblée, avant,
ces travailleurs-là n'avaient même pas accès à la résidence permanente, et ce
qu'on souhaite, c'est qu'ils l'aient.
Comme je vous dis, je
pense que vous avez vu le film Essentiels, Edyn a vu sa famille trois
mois sur 10 ans. Ce n'est pas normal, c'est... Écoutez, il est ici
11 mois et demi par année à travailler et il retourne deux semaines, ses
deux semaines de vacances, ou, quand il a eu trois ans, c'étaient trois
semaines, là, il retournait trois semaines. Mais ce n'est pas une vie familiale, ça. Lui, ce qu'il veut,
c'est voir sa famille, voir ses enfants, voir ses enfants... apprendre le français puis de venir vivre ici. Puis je pense
qu'il a fait un très bon travail, il a prouvé ici aux Québécois qu'il avait
sa place ici.
Et c'est dans ce
sens-là que je souhaite cette ouverture-là vers les travailleurs temporaires,
tout simplement, et de bas salaires. Parce que, bien sûr, on parle, bien sûr,
ces travailleurs-là, de bas salaires. Parce qu'on en a autant besoin, d'eux,
que des universitaires puis des ingénieurs, et tout ça, là. Bien, je pense
qu'on a autant besoin d'eux qu'on a besoin de médecins puis d'ingénieurs, ou
d'infirmières, ou de préposés aux bénéficiaires. Donc, c'est dans ce sens-là. On veut, dans le fond, qu'on
reconnaisse le droit à tous les travailleurs temporaires, quelle que soit la
manière qu'ils sont arrivés ici ou sur quel programme, à la résidence
permanente.
On est très
conscients qu'il faut qu'ils apprennent le français. Puis moi, je suis un
francophile, j'y crois aussi, moi, je pense qu'un immigrant doit apprendre le
français lorsqu'il vient vivre au Québec. Et ça fait partie, bien sûr, de notre
ADN, et d'ailleurs on... Peut-être... tu pourrais peut-être en rajouter un petit
peu plus.
Mme Gauvin
(Mélanie) : J'aurais peut-être quelque chose à compléter...
M. Pilon
(Michel) : Vas-y.
Mme Gauvin
(Mélanie) : ...si je peux me permettre aussi de dire que ça va être
important. On a beau dire qu'on abaisse le niveau de français et que ça va être
un français oral et non écrit, mais il faut aussi donner des moyens aux entrepreneurs, aux entreprises, à nos
agriculteurs d'être capables d'accorder des temps de francisation. Il y a des
programmes. Il y en a un récent, entre autres, où est-ce qu'on peut libérer des
gens pour qu'ils puissent faire de la francisation
en milieu de travail. Mais les programmes, bien qu'ils peuvent exister, il faut
qu'ils soient utilisés. Et donc il y a du travail à faire à ce
niveau-là, ce qui n'est pas du ressort de notre mission à nous.
Mais, même obtenir un niveau de français 5,
ça a... c'est quand même... il y a quand même des niveaux de difficulté de liés à ça. Pour des travailleurs qui
vont faire des 15 heures par jour, des 60, 70 heures par semaine,
trouver les trois heures par jour nécessaires
à faire un peu de francisation, ça peut s'avérer difficile, le processus peut
être long, même si c'est seulement qu'à
l'oral. Donc, il faut absolument que ces programmes-là soient mis en oeuvre ou
que... des programmes spécifiques de mis en oeuvre. Il y a la grille
francisation, oui, mais il faut encore développer davantage pour qu'ils
puissent réussir à obtenir leur niveau de français.
Mme Fréchette :
Madame.
Mme Gagnon
(Denise) : S'il y a une chose que la COVID nous a apprise, parce qu'on
sort d'une période quand même assez difficile, là, sur les chaînes
d'approvisionnement mondiales, c'est que la question de la sécurité alimentaire
implique aussi des travailleurs qualifiés. On a beau dire, bas salaires, non
qualifiés, mais il n'en demeure pas moins, et puis ça, on s'entend, la table de
concertation avec l'UPA puis les différents partenaires, que c'est un travail
qualifiant, tu sais? Tu vas travailler dans une ferme ou dans une usine de
transformation alimentaire, ça exige des qualifications professionnelles aussi.
Ça fait que je veux juste ne pas tomber dans «ce n'est pas des travailleurs qualifiés». Non, ils ont leurs qualifications
propres. Et ce qu'on a appris, c'est que... ce qui a donné suite au film Essentiels,
cette chaîne d'approvisionnement là,
elle est majeure. L'association québécoise de coopération internationale tient,
toute cette année, son thème sur la sécurité alimentaire, puis on va
participer avec eux, là, pour ce secteur-là, pour faire des échanges.
L'autre chose qu'on a
apprise aussi pendant la COVID, c'est qu'on disait aux employeurs : Il
faut libérer les gens un peu sur leur temps de travail, peut-être avant qu'ils
commencent leur travail, une semaine ou deux avant, pour au moins qu'ils apprennent les droits civiques un peu, les
principes de français. On en fait un peu, de francisation, on n'est pas
un organisme de francisation, mais on en fait et on avait développé, avec un
organisme communautaire, un modèle particulier d'accueil. Puis là ils nous
disaient : Bien non, ce n'est pas possible, là. Alors, la COVID, on a fait
venir les travailleurs deux semaines à l'avance pour les isoler puis leur dire
comment prendre soin puis ne pas contaminer personne, puis tout ça. On pourrait
faire la même chose pour qu'ils aient un apprentissage minimal de base sur ne serait-ce que la culture du travail en
français. Prenez par exemple la lecture des produits toxiques dangereux, les
pesticides. Bien, Si tu ne peux pas lire les consignes de danger, tu mets ta
santé et sécurité en péril, là. On a vu, on
a un travailleur... on a gagné une cause qui est maintenant bien connue sur la
contamination d'un travailleur. Bien, peut-être,
s'il avait été en mesure de comprendre ces consignes-là, il aurait eu moins de
difficultés ou moins de contamination.
Donc, on pense que
oui, c'est faisable. La COVID nous a enseigné qu'ils sont des travailleurs
essentiels, ils sont qualifiés, puis il y a moyen, avec les employeurs, qu'on
s'entende. Parce qu'actuellement ils n'ont pas de voix, ceux qui ne sont pas syndiqués, surtout, parce qu'en plus on les a
désyndiqués dans le Code du travail, là, pour les petites fermes. Alors,
il faut leur donner cette voix-là puis la possibilité de s'organiser pour accéder
à ces belles passerelles, là, qu'on vient d'ouvrir, là, pour eux.
Mme Fréchette :
Bien, je suis contente de vous entendre, parce que ça allait être ma
prochaine question. La francisation, quand j'en entends parler en lien avec le
milieu agricole, on me dit : Ah non! mais, ça, il faut oublier ça, là, ce n'est pas possible, là, ils n'auront pas le
temps, ils n'auront pas le temps. Ça fait que vous, vous pensez qu'il y aurait
moyen quand même de dégager un peu de temps quand ils sont ici. Mais moi, je
pense qu'aussi en amont, avant même qu'ils n'arrivent au Québec... Là vous
parlez de peut-être arriver quelques jours avant. Ça, c'est une option, peut-être. Mais aussi avant qu'ils ne quittent
leur pays d'origine, s'ils peuvent avoir des cours de francisation, ça aidera
pour leur intégration quand ils arrivent ici
ou peut-être une fois qu'ils sont retournés, aussi, de poursuivre la
francisation.
Mme Gagnon
(Denise) : Oui, de poursuivre, effectivement, parce que le modèle...
Je sais que les syndicats, les... notamment,
ont négocié au Mexique, là, dans le cadre de nos accords de libre-échange, et
tout ça, mais avec les États, pour savoir où venaient travailler...
S'ils viennent au Québec, c'est sûr que c'est une dynamique différente que dans
les autres provinces. Ça fait qu'il y a
moyen de faire un peu de travail en amont puis il y a moyen de faire un peu
notre travail à l'accueil, aussi. Puis dans le cadre des fonctions, au
moins, il y a des fonctions essentielles qui doivent être comprises dans le
français, là, en matière de prévention des lésions professionnelles.
Mme Fréchette :
Est-ce qu'il y en a qui le font déjà pendant les semaines où les
travailleurs sont ici? Est-ce que des mesures de francisation, ça existe?
Mme Gagnon
(Denise) : Oui, oui, ça existe, on en fait à Québec.
M. Pilon
(Michel) : ...on en fait à Québec et on a un projet pilote,
actuellement, à l'île d'Orléans, c'est très populaire. Je vous dis que les
travailleurs veulent apprendre le français, ils désirent... Bien sûr, quand tu
travailles 12 heures par jour, ce n'est pas toujours évident. Mais leur
journée de congé, ils la passent à venir à nos ateliers de français à l'île
d'Orléans. Il y a eu un reportage, d'ailleurs, de Radio-Canada là-dessus qui
était vraiment excellent. Et c'est l'équipe
du RATTMAQ, d'ailleurs, de Québec qui a parti ce projet pilote et c'est très
populaire. Et maintenant on a des bénévoles aussi qui viennent nous
donner un coup de main aussi au centre communautaire à l'île d'Orléans. C'est
vraiment exceptionnel. Il faudrait les reproduire, ces types de situations là.
Mme Fréchette :
Propager la bonne nouvelle.
M. Pilon (Michel) : Oui.
Mme Fréchette :
Vous êtes bon là-dedans, là, diffuser l'information, ça fait que si vous
pouvez la diffuser au sein de votre réseau, ça donnera l'idée à d'autres,
certainement, sachant que ça se fait.
M. Pilon (Michel) : Exact, exact. Mais je
vous le dis, les travailleurs veulent apprendre le français, ils veulent.
Mme Fréchette :
Oui, bien, ça, on le constate, parce que, quand on regarde la ruée qu'il y
a eu pour les inscriptions à Francisation
Québec, manifestement, les gens répondent à l'appel puis ils veulent être en
action, et il y a beaucoup de travailleurs temporaires qui se sont
inscrits.
Mme Gauvin
(Mélanie) : Mais avec la participation des employeurs, aussi, il y a
moyen de libérer des travailleurs, d'aller
chercher des fonds pour ne pas qu'ils soient perdants puis qu'en même temps ils
puissent les libérer sur leurs heures de travail pour faire quelques
heures de francisation. Ce serait gagnant-gagnant aussi.
Tu
sais, nous, on a des formes d'ateliers, mais... Oui, c'est une forme de
francisation, mais on est... on n'est pas... ce n'est pas comme faire une
francisation, là, sur une base... à tous les jours, deux heures par jour
ou trois heures par jour, là,
donc, mais... puis ça, il y a des programmes qui existent. On nous en a
présenté un, il y a à peine quelques mois, là, où est-ce que c'est
possible de faire des demandes pour être capable de libérer sur les heures de
travail, puis que l'employeur ne soit pas perdant là-dedans, puis en même temps
que les personnes puissent se former en français. Mais il faudrait publiciser
ça puis il faudrait qu'il y ait aussi un engagement de leur part, là, de ce
côté-là, pour faire en sorte que ces travailleurs-là puissent apprendre le
français.
Mme Gagnon
(Denise) : ...fédéral, mais qui est tombé lettre morte, là, sur... un
programme adapté à l'accueil, là, des travailleurs avec Judith Giguère, là, et
son organisation, puis on n'a pas pu aller plus loin que ça parce que, là, bon... Mélanie l'a mentionné tout à
l'heure, je pense qu'on devient contre-productif, là, si on ne prend pas
notre place dans l'accord Canada-Québec,
puis aller chercher ce dont on a besoin au Québec pour franciser notre monde,
là. Je pense que ça, c'est important.
• (15 h 30) •
Mme Fréchette : Bien, merci pour ça.
Alors, Mme la Présidente, je vais céder le droit de parole à mes collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors,
je me tourne du côté de la collègue de Lotbinière-Frontenac.
Il vous reste 1 min 45 s.
Mme Lecours (Lotbinière-Frontenac) : D'accord.
Merci. Justement, ma question portait sur la francisation. Comment vous
voyez l'engagement des employeurs?
M. Pilon (Michel) : Bien, je ne vous cacherai
pas que c'est difficile avec les employeurs. Pour les employeurs, ces
travailleurs-là sont là pour travailler et, bien sûr, ils veulent le maximum
d'heures là-dessus, que ce soit, bien sûr, au profit des... Alors, la
journée où on leur parle de les libérer, ça devient un peu plus problématique.
Alors, dans ce
sens-là, Mélanie en a parlé, ce qu'on souhaite, c'est des programmes qui vont
permettre, justement, à ces travailleurs-là...
à l'employeur de ne pas perdre et, d'un autre côté, aux travailleurs de pouvoir
se faire franciser. Donc, ça, c'est des temps de libération pour les
travailleurs. Il n'y a pas d'autre manière de le faire. On le fait, comme je
vous dis, d'une façon... à l'île d'Orléans, d'une façon vraiment sommaire. Ce
n'est vraiment pas quelque chose qui est pour obtenir nécessairement un
niveau 4, là, mais c'est un français de base qu'on commence avec eux. Puis
éventuellement, lorsqu'ils vont prendre des cours, ils vont pouvoir améliorer,
bien sûr, leur niveau pour se rendre au niveau 4. Parce que l'objectif des
travailleurs, c'est de venir vivre avec leur famille ici, et beaucoup
pensaient, ces dernières années, que les travailleurs, non, non, ils voulaient
retourner, ils ne voulaient pas revenir ici. Ils
envient beaucoup notre système d'éducation, de santé, ce qu'ils n'ont pas au
Guatemala, là. Et ils ont envie de voir leur famille, ils ont envie que leurs familles viennent vivre ici,
qu'ils apprennent le français puis qu'ils deviennent des Québécois, des
Canadiens comme tout le monde. Voilà.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Merci beaucoup. Alors, on
va... on a fini cette première portion
d'échange. On va se tourner du côté de l'opposition officielle avec
12 min 23 s, et c'est le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous quatre. Je vais prendre quelques secondes
pour vous remercier. Je sais que vous êtes un acteur... je parle de vous,
monsieur...
M. Pilon
(Michel) : ...
M. Derraji : ...Pilon, merci pour votre intervention et surtout tout ce que vous
faites au nom de ces travailleurs temporaires étrangers. Je vous suis depuis
quand même un bout et je tiens à vous saluer et à saluer les membres qui vous
accompagnent.
J'ai été interpellé par votre intervention. Vous
êtes en commission parlementaire, où il y a deux scénarios sur la table. Depuis le mois de mai, je disais qu'il y
a un scénario qui est absent, c'est le scénario des travailleurs temporaires étrangers. D'ailleurs, j'ai déposé un projet de loi, je ne
sais pas si vous l'avez vu. Si vous ne l'avez pas vu, on peut vous l'envoyer.
Et aujourd'hui pour le bénéfice des membres, vous avez dit que vous êtes allé
chercher vous-même, votre organisme, 17 000 personnes à l'aéroport.
Mme Gauvin
(Mélanie) : Depuis le 1er janvier 2023.
M. Derraji : Non,
mais... faire la division par jour, là, c'est énorme.
Mme Gauvin
(Mélanie) : En fait, c'est qu'on est présent pour les accueillir, on
leur remet l'agenda que tantôt Michel vous a présenté. Et puis
systématiquement, on a comme raffiné nos procédures et nos processus et on
obtient leur accord pour prendre leur nom et leurs coordonnées, ce qui nous
permet de développer des tableaux de bord par la suite pour savoir où ils s'en
vont. Parce que c'est... ici, on parle... il y a des enjeux de données quand on
parle de travailleurs étrangers temporaires.
M. Derraji : Donc,
bravo!
Mme Gauvin
(Mélanie) : Je crois qu'on n'est pas les seuls à vouloir ces
données-là. Donc, ça nous permet aussi de dresser des portraits sur... dans
quelle région, dans quelle entreprise... on a même les données par MRC par la
suite. On a une équipe qui fait un travail extraordinaire là-dessus, et c'est
17 500 à qui on a remis quelque chose.
M. Derraji : Je
tiens à vous remercier au nom de ces personnes. Vous êtes la porte d'entrée
pour ces travailleurs qui nous aident à avoir les prix qu'on a sur nos
tablettes. C'est beaucoup de travailleurs agricoles, si ma mémoire, elle est
bonne. D'ailleurs, je tiens à saluer un organisme sur la Rive-Sud,
Complexe X, je ne sais pas si ça vous
dit quelque chose, qui a organisé un grand tournoi de soccer, et j'étais invité
à la finale. C'était merveilleux de voir beaucoup de jeunes travailleurs
et ça a été des célébrations magnifiques et je partage ce que vous avez dit sur
leur volonté. Ils veulent... une bonne
partie veulent rester, veut savoir comment, et c'est là où je veux...
j'aimerais vous ramener.
Ce n'est pas toutes
les catégories à qui on peut donner une suite pour une résidence permanente.
Ça, vous le savez. Maintenant, vu l'absence
de la discussion sur les travailleurs temporaires étrangers... en fait, on en
discute, il y a beaucoup de groupes, vous n'êtes pas le premier groupe,
qui nous ont sensibilisés par rapport à ça. S'il y a quelque chose que vous aimeriez avoir dans la
planification qui ne figure pas par rapport aux travailleurs temporaires
étrangers, ça serait quoi?
M. Pilon
(Michel) : Bien, une façon... on l'a dit dans notre mémoire, ce qu'on
souhaite, c'est que ces travailleurs-là aient accès, au moins un accès à la
résidence permanente avec le niveau de français qu'ils ont besoin. La
plupart... on a... En fin de semaine, on avait une petite exposition sur des
travailleurs. C'est une photographe qui a fait un peu l'histoire de ces
travailleurs-là. Il y en a au total 54, mais on en avait une vingtaine, à peu
près, là, en fin de semaine à l'île d'Orléans. Et, une des particularités de ce que les travailleurs nous parlaient,
c'est de vouloir être avec leur famille, de vouloir que leurs familles
viennent au Québec y vivre. Je pense que c'était... ils étaient unanimes. Ils se disaient tous la même chose. Ils voulaient que
leurs familles viennent ici, ils s'ennuient leur famille. Vous savez, il y a
des travailleurs ici qui sont 11 mois et demi... ils ont des contrats de
deux ans, ils sont 11 mois et demi par année ici. Ce n'est pas normal qu'un père de famille ne voie pas
sa famille pendant 11 mois et demi de temps. C'est ça que moi, je...
M. Derraji : ...les débats hier et aujourd'hui, notamment, je
fais référence à Québec réunifié, le groupe de ce matin, nous sommes
rendus à 36 000...
Des voix : ...
M. Derraji : Québec réunifié. 36 000,
36 000 demandes en attente au fédéral par rapport au regroupement
familial. Le regroupement familial, comme vous le savez, fait partie des
seuils aussi. Donc, c'est comme un cercle vicieux. Et c'est là où votre
présence dans cette commission, cette fois-ci, elle est tellement importante
parce que cette réalité de travailleurs temporaires étrangers, ce n'est pas
tout le monde qui est au courant. Ça nous a pris un grand effort pour
vulgariser ça. Les gens pensent qu'il y a un seul moyen d'entrer, tout le monde
vient en tant qu'immigrant. Il y a beaucoup
de catégories. Le problème, c'est que nous sommes en train d'agir et de
répondre à des besoins permanents. Quand
vous êtes en train de me dire que c'est des deux ans, des contrats, avant, les
gens avaient en tête des travailleurs agricoles saisonniers, trois,
quatre mois. Quand on est rendus sur des deux ans avec des permis fermés, vous
avez bien évoqué les problèmes des permis fermés, là, c'est du permanent.
Et là, j'ai le goût
de vous poser une question : Est-ce qu'avec les employeurs que vous êtes
en contact et vous parlez, est-ce que les prévisions futures, c'est des besoins
permanents ou des besoins temporaires?
M. Pilon
(Michel) : Bien, ce que je peux vous répondre là-dessus, c'est que, dans
le domaine agricole, il y a deux sortes, hein? Là, on parle du saisonnier. Le
saisonnier dans le maraîcher, par exemple, ils sont à peu près ici huit mois,
quand qu'on parle, bien sûr, des Mexicains. Avec le programme des travailleurs
saisonniers, le PTET, là, qu'on appelle le travailleur temporaire, eux peuvent
être là plus longtemps.
Et,
dans le domaine animal, par exemple, porc, poulet, les oeufs, tout ça, c'est du
12 mois par année qu'ils sont ici. Dans les serres, c'est du 12 mois
par année, c'est de l'agricole. Et je ne vous parlerai même pas de toute la
transformation alimentaire. Quand qu'on parle d'Olymel, quand on
parle... les centres d'abattage, et tout ça, ces travailleurs-là ont des
contrats de trois ans. Ils retournent seulement deux semaines par année voir
leur famille. C'est ça, la situation.
C'est pour ça qu'on souhaite que ces
travailleurs-là puissent avoir accès à cette résidence et d'améliorer leur sort
aussi. C'est un peu normal de vouloir améliorer son sort puis améliorer le sort
de leur famille, qui est dans des... malheureusement,
qui sont dans des pays pauvres. Et ce n'est pas normal pour moi qu'un père de
famille... moi-même je suis père de
famille, je suis même grand-père, et ce n'est pas normal de ne pas voir ses
enfants pendant 11 mois et demi de
temps. C'est ça qu'on veut, que ça change. On veut qu'on reconnaisse le droit
de ces travailleurs-là de pouvoir, oui, immigrer en apprenant le
français, bien sûr, et qu'ils puissent avoir accès, avoir un accès à la
résidence permanente.
M. Derraji : ...vous voulez... elle
veut ajouter quelque chose, oui.
Mme Gagnon
(Denise) : Écoutez, c'est difficile de dire juste une chose
parce qu'il y a des enjeux. Moi, j'ai une vision de droit, hein, je suis
juriste. Ça fait que moi, si on respecte le droit au travail décent puis nos
engagements internationaux à l'égard du travail décent... ce qui veut dire
quoi? Ce qui veut dire respect des normes du travail, égalité en emploi,
protection sociale, ça, le Québec l'a. Là où on n'est pas, c'est dans le
dialogue social. Nous, on est la porte
d'entrée, vous le dites, bien, on veut être capable d'apporter notre voix. On a
essayé d'approcher, voilà deux ans, la
Commission des partenaires du marché
du travail, ils ont dit : On ne
s'occupe pas de ça, c'est des temporaires. Ça fait que le dialogue
social...
M. Derraji : Mais attendez,
attendez, si vous permettez, je vais vous arrêter une seconde.
Mme Gagnon (Denise) : Oui, bien sûr.
• (15 h 40) •
M. Derraji : Vous avez vu le
communiqué de presse de Mme la ministre hier. Là, ils parlent de donner le
mandat à la CPMT d'étudier... Mais vous êtes en train de me dire qu'ils vous
ont dit... ils ne s'occupent pas des travailleurs temporaires.
Mme Gagnon (Denise) : Non, non, non,
ce n'est pas ça que j'ai dit. J'ai dit que... par le passé parce qu'on n'en
tenait pas compte. La Commission des partenaires du marché du travail nous a
dit : Bien non, vous ne pouvez pas être
à la table. Mais nous, on pense que... on a insisté pour être à la table parce
que... vous avez vu la quantité, à tous les deux ans, ça double et ça tourne dans tous les secteurs, on a une
expertise puis on veut la faire valoir. On est à la table des
partenaires, des TET, avec Agricarrières, mais je pense qu'on a cette
expertise-là aussi dans chaque MRC, où sont
les travailleurs, quels sont leurs besoins. Ça fait qu'on veut être associés à
ça. Moi, si je sortais d'ici, un voeu que j'aurais, c'est qu'on soit associé à ce dialogue social. Puis c'est le
quatrième pilier du travail décent, c'est de donner une voix aux
travailleurs qui ne sont pas attendus.
M. Derraji : Et je vous le dis, en
tout respect, continuez ce combat. C'est un combat qui est juste parce qu'on
parle des travailleurs. Ce n'est pas une marchandise, c'est des gens qui
choisissent de venir. Ils font confiance. On parle du Canada. À l'échelle
internationale, on parle du Canada. Les gens ont le choix d'aller ailleurs,
mais ils ne veulent pas aller ailleurs, ils choisissent de venir travailler
chez nous. Mais, quand on voit que, pour la première fois, un rapporteur des Nations unies vient au Canada
et au Québec dire des choses pareilles, écoutez, ce n'est pas bon pour l'image
de marque du Canada. Et je ne dis pas... vous l'avez très bien dit dans le
reportage hier, M. Pilon, c'est que... je ne dis pas que c'est tous les
employeurs qui font ça, il y a une minorité, mais il ne faut pas que le
gouvernement mette des lunettes qui lui empêchent... qui l'empêchent, plutôt,
de voir la réalité de ces travailleurs.
Et c'est là où j'aimerais vous ramener, et
sentez-vous bien à l'aise de me répondre. Pourquoi, selon vous, le gouvernement
du Québec favorise plus l'arrivée des temporaires que du permanent, sachant
que, vous l'avez très bien dit, les besoins
sont d'ordre permanent? C'est des jobs où on donne des contrats de deux, trois
ans. Donc, on sait que c'est
permanent, mais on accepte de donner des... amener des travailleurs
temporaires, leur donner deux semaines pour aller voir leurs enfants,
leurs femmes, leurs familles, etc. Parfois, c'est des couples séparés.
Mme Gauvin (Mélanie) : Je pense que
c'est de questionner aussi les décisions qui ont été prises au niveau politique, au niveau fédéral, et même peut-être au
niveau provincial, mais le questionnement vient de beaucoup plus loin.
Pourquoi avoir axé sur la main-d'oeuvre étrangère plutôt que d'axer sur une
main-d'oeuvre permanente qui vienne s'établir
ici? Donc, moi, je pense que... Et on parle de pénurie de main-d'oeuvre,
pénurie ponctuelle de main-d'oeuvre, pénurie
temporaire de main-d'oeuvre, mais, en fait, on voit que la pénurie, elle est
plutôt permanente, et c'est vraiment lié aux différentes politiques qui ont été mises en place il y a peut-être
10 ans ou 15 ans. Mais on ne se cachera pas que la venue de
travailleurs étrangers, ça nous permet... vous avez parlé de marchandisation,
ce n'est pas des marchandises, ces travailleurs-là, donc...
M.
Derraji : Oui. Il ne me reste pas beaucoup de temps. Je veux
juste rectifier quelque chose. Le nombre qu'on voit maintenant, c'est du
jamais vu. Ils n'étaient pas là ça fait 10 ans, je tiens à rectifier ça.
Parce que s'il y avait... il y a
10 ans, en tout respect, le débat serait ailleurs. C'était du permanent,
on n'a jamais eu les résultats pareils. D'ailleurs, Statistique
Canada vient de le démontrer. Je vous invite à aller lire le dossier dans La
Presse aujourd'hui, l'explosion du temporaire. Vous-même, vous l'avez
mentionné
Mme Gauvin (Mélanie) :
Oui, je suis d'accord avec vous.
M. Derraji : Vous
avez accueilli 17 000 personnes.
Mme Gauvin (Mélanie) : Oui, mais ce que je veux
dire, c'est que les programmes actuels que nous avons... le programme
des travailleurs étrangers temporaires a été... et le volet peu spécialisé au
bas salaire, maintenant, c'est...
M. Derraji : Ça
a été le dernier mandat.
Mme Gauvin
(Mélanie) : ...ça date de 10 ou 15 ans. Ça a commencé par un
projet pilote, puis on s'est rendu compte
que, ah! bien, c'est le fun, ils viennent, mais ils repartent aussi, on n'est
pas obligé de les garder, donc, et on a... et la facilité aussi
d'accéder à cette main-d'oeuvre-là. C'est beaucoup moins long faire venir un
travailleur étranger temporaire que de faire venir quelqu'un sur une base
permanente. Et là on parle à la fois des démarches au niveau fédéral et au
niveau provincial, là. Voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : C'est
terminé. Merci beaucoup. Merci pour ces réponses. On va terminer cette
ronde d'échange avec les parlementaires avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour 4 min 8 s.
M.
Cliche-Rivard : Merci beaucoup. Merci énormément pour votre travail et
merci pour tout ce que vous faites. Vous
nous mettez vraiment les images, les cas au quotidien, là. Il y a l'émission La
Facture, mais il y a toutes les autres interventions. Vous avez
parlé du film Essentiels. Je veux dire, on est vraiment capable, avec vous, de
voir les histoires, de voir ces gens-là, de
voir leur vie, puis ça permet un éveil de certaines personnes ou de plusieurs
personnes qui n'ont pas accès à ça autrement. Donc, vraiment, je veux
saluer votre travail.
J'ai une question. Je
pense notamment aux abus de différents employeurs, notamment, que vous mettez
de temps en temps, là, de l'avant, et IRCC,
Immigration Canada, ne semble pas vraiment bien saisir ou, en tout cas, ne
semble pas saisir l'urgence, souvent, d'intervenir. Vous avez dit, bon,
il y a le permis de travail ouvert pour personnes vulnérables qui est hautement inefficace ou très souvent inefficace. Je
me pose la question : Qu'est-ce que vous pensez d'une autorisation de
travail qui serait émise par le Québec? Après tout, les normes de travail,
c'est de compétence provinciale. Pourquoi le Québec ne prendrait pas les
devants pour régler ça, une autorisation de travail québécoise? Votre employeur est abusif, nous, on n'accepte pas
de perpétuer ces conditions de travail là. Voilà, je vous la dessers,
votre façon de travail. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Pilon
(Michel) : Bien, nous, on pense que le Québec doit prendre sa
juridiction puis on est d'accord avec votre
proposition par rapport à ça. Moi, je pense qu'une autorisation du Québec
devrait tout à fait... On fait des CAQ, là, pour pourvoir ces
travailleurs-là. Même, on utilise le contrat de travail du MIFI. La plupart des
employeurs qu'on retrouve, c'est le contrat
de travail du MIFI. Mais c'est quoi, un contrat de travail face à un permis
fermé et quel est le pouvoir du travailleur de négocier ses conditions
de travail, et tout ça — bien
que Code civil, quand même, prévoit qu'il y a deux parties, l'employeur,
l'employé? Bien, l'employé, lorsqu'il a un permis fermé, il n'a pas le choix,
ça s'appelle : Tu signes là puis tu te fermes la boîte, là. C'est aussi
simple que ça.
M.
Cliche-Rivard : Puis il y a d'autres scénarios. Je veux dire, on
voyait récemment avec Olymel, par exemple,
il y a des fermetures d'usine. Le fédéral, ça ne semble pas vouloir bouger.
Malgré qu'il y ait une motion unanime de l'Assemblée nationale pour
qu'on leur octroie des permis de travail ouvert, ça ne se passe pas. Donc, le
Québec pourrait régler son problème en émettant... Moi, j'autorise les
travailleurs à avoir un permis de travail, et on aurait une autorisation. Je veux dire, il y a les cas d'abus, mais il y a aussi
tous les autres cas où, finalement, la PME n'est pas nécessairement...
où l'entreprise n'est pas toujours fautive, mais où, finalement, ce sont encore
les travailleurs et travailleuses qui écopent, qui...
M. Pilon
(Michel) : Bien, moi, j'irais même plus loin que ça, le Québec a le
pouvoir aussi. Il accorde des CAQ, hein? Donc, si on peut passer par le CAQ
puis dire au fédéral : Il n'y aura pas de CAQ à quelqu'un qui a un permis
fermé, puis que, dorénavant, nous demandons, nous, des permis ouverts, puis
qu'on va accorder les CAQ à seulement des permis ouverts...
M.
Cliche-Rivard : Exact, pas de CAQ, pas de permis.
M. Pilon
(Michel) : Exactement. Donc, on n'aura pas le choix. Là, le fédéral
devront le faire, il y a...
M.
Cliche-Rivard : Donc, on est capables de le demander?
M. Pilon
(Michel) : On est capables de le demander puis de l'imposer au fédéral
en disant : Nous, c'est une double
juridiction. Donc, compte tenu de la double juridiction, nous, ce qu'on
demande, c'est qu'au niveau de nos CAQ, c'est des permis ouverts, point.
M. Cliche-Rivard :
Excellent. Je vous amène sur un autre terrain. Votre mémoire parle de régularisation
de statut, vous parlez de personnes sans
statut au sens large, inclusif et permanent, mais vous dites... pour les
travailleurs, travailleuses, immigrants agricoles et transformations
alimentaires. Est-ce que vous limitez votre proposition à ces deux cadres
d'emploi ou vous êtes inclusifs et larges?
M. Pilon (Michel) : Non. Non, on ne
limite pas nécessairement. Mais, pour l'instant, c'est certain que notre créneau, nous, c'est la transformation alimentaire
et l'agricole. C'est quand même beaucoup de monde, là. Quand on parle de 38 000 agricoles, on peut parler à
peu près de 20 000 en matière de transformation alimentaire. Donc, à peu
près 52 000, si je me souviens bien, là, au total, là, de
travailleurs temporaires qui travaillent dans les deux...
M. Cliche-Rivard : Ça, c'est ceux
qui sont répertoriés.
M. Pilon (Michel) : Exactement.
Alors, dans tout ce qu'on appelle l'agroalimentaire, là, c'est quand même
beaucoup de monde qui viennent à chaque année, là, travailler dans les usines
de transformation.
M. Cliche-Rivard : Parce que, dans
le film, on voit qu'il y en a plein sans-permis aussi. Alors, c'est ça, on...
M. Pilon (Michel) : Oui, oui, tout à
fait, il y en a plein.
M. Cliche-Rivard : Ça, c'est ceux
qu'on sait avec permis.
M. Pilon (Michel) : Ah oui! tout à
fait. Puis on en voit... M. Jean Lemay, pour ne pas... lui, à La
facture, on le voit très bien, il allait chercher les travailleurs
directement dans les hôtels puis il les recrutait directement dans les hôtels. Il n'avait aucun permis puis il les
faisait travailler ou il les fait venir, parce qu'il y avait son agence de
recrutement au Mexique, avec des
permis de touriste du Mexique pour les faire travailler au noir. Et ça a été
que ça. Il y a deux ans, quand on a
sorti les travailleurs là-bas, là, c'est le RATTMAQ qui les a sortis, là, les
travailleurs, c'est 243 travailleurs qu'on a sortis de là, qui étaient carrément... c'était de la traite
humaine, point à la ligne, là. Alors, à un moment donné, il faut que ça
cesse, cette affaire-là.
M. Cliche-Rivard : Il faut que ça
cesse.
M. Pilon (Michel) : Il faut que ça
cesse. Et la seule manière pour nous de...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
M. Pilon (Michel) : ...de revenir...
Oh! excusez-moi.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Écoutez... Merci. Bien
oui, le temps est écoulé. Écoutez, merci beaucoup pour l'apport à nos travaux, je pense qu'il y a beaucoup de
réflexion à l'intérieur de ça. Mme Gagnon, M. Pilon,
M. Gauvin, M. Pellerin, il nous reste à vous souhaiter une bonne fin
de journée.
Et je suspends les travaux le temps de recevoir
le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 49)
(Reprise à 15 h 54)
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) :
À l'ordre, s'il vous
plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons
donc le Groupe Orientation Emploi. Alors, bienvenue, messieurs, à la Commission des relations avec les citoyens pour cette... cette... Voyons! J'allais dire pour
ces auditions publiques. Merci. Alors, je vais vous accorder une période de 10 minutes pour vous
présenter et présenter les grandes lignes de votre mémoire, vos
recommandations. Ensuite, nous allons discuter avec les parlementaires. Le
temps est à vous.
Groupe Orientation
Emploi
M. Noredine
(Mohamed) : Merci beaucoup. Merci pour l'invitation. Mon nom
est Mimoun Mohamed Noredine. Je suis coordinateur du Forum jeunesse
Saint-Michel, c'est un organisme dans le quartier, mais j'interviens en tant
que président du conseil d'administration du Groupe Orientation Emploi et je
suis accompagné par...
M. Chikhi (Ferid Racim) : Ferid
Chikhi, directeur général du Groupe Orientation Emploi.
M. Noredine
(Mohamed) : Alors, voilà. Le Groupe Orientation Emploi, c'est
un organisme qui, depuis 1994, soutient les chercheurs d'emploi issus
des minorités visibles immigrantes. Nous n'allons pas aborder la question des seuils de... et les chiffres, ce n'est pas notre domaine, mais
plutôt on va parler de... on va mettre en avant les effets, les conséquences et les interpellations qu'ils
provoquent au sein des organisations qui ont la charge d'accueillir, d'orienter
et de soutenir les immigrants quant à leur
intégration socioculturelle et la réinsertion socioprofessionnelle. Nous
aborderons aussi les liens avec la société d'accueil. Par conséquent, ce
sera un exposé plus sociologique qu'économique parce que l'immigration a des
effets non seulement sur la société d'accueil, mais aussi sur la communauté
ethnoculturelle.
Pourquoi aborder
l'aspect sociologique? Tout simplement parce que nous observons que les
conséquences sont multiples. Et l'une des
plus graves est celle de voir se reproduire encore et encore une société
québécoise à plusieurs strates sociales séparées, une société en silos.
Ainsi, parler du
nombre seulement en termes d'emplois, tout en mettant de côté les profils et
les qualités des immigrants, c'est, selon
nous, naviguer sans boussole et sans orientations pertinentes, tant les besoins
d'intégration à la société d'accueil sont tangibles. Rien qu'à
distinguer dans les quartiers les plus multiethniques de Montréal comment sont séparées parfois les communautés, la question
qu'on se pose : Comment réussir l'inclusion, si chère à beaucoup, si, à la
base les communautés en provenance de bien des régions du monde sont séparées
par les barrières avérées et évidentes?
Sur le plan
professionnel, les habitudes de travail changent et le facteur humain doit être
observé autrement que par le passé. L'apport de l'immigration est certes
essentiel dans un Québec qui a un besoin nécessaire et vital de se refaire et
de se régénérer, mais peut-il le faire sans tenir compte des éléments les plus
sensibles liés à son histoire, à son identité, à la formation d'une société
industrielle nouvelle?
M. Chikhi (Ferid
Racim) : Les effets de la pandémie. Depuis fort longtemps,
particulièrement depuis la fin de la
pandémie et les conséquences sur le monde du travail, il est question de
l'augmentation des seuils de l'immigration, notamment pour combler les
déficits en main-d'oeuvre, et particulièrement en région. Toutefois, le débat
nous paraît biaisé, parce que les hypothèses
démographiques du Québec nous semblent mal appréhendées. À titre indicatif, les
causes de la décroissance, au double sens humain et organisationnel, ne
sauraient confirmer le manque de main-d'oeuvre, ou, si l'on veut être positif, la création de plus en
plus d'emplois par les capitaines d'industrie. Pourquoi, nous nous demandons...
Si la solution réside dans l'augmentation des seuils d'immigration,
alors que fait-on des milliers d'immigrants qui sont déjà mal employés ou qui
ne sont pas du tout employés?
Aussi paradoxal que
cela puisse paraître, rien n'est dit sur l'intégration des nouveaux arrivants,
si ce n'est leur francisation et leur insertion professionnelle dans des
emplois que les Québécois ne veulent pas.
Le travail de
création et d'innovation des concepteurs, par exemple, dans le monde de
l'industrie des arts et de la culture ne
doit pas être réduit aux seuls emplois qu'occupent les Québécois et occulter
ceux dont ils ne veulent pas faire. On entend par là qu'il y a des
dizaines et des dizaines d'artistes, de peintres, de musiciens qui ne sont pas
vus, si ce n'est au sein de leur communauté. C'est un exemple que nous prenons
à titre indicatif.
Le
monde du travail change, et en particulier par les technologies. La
numérisation, la robotisation, l'utilisation des ordinateurs ont bien
entendu des effets multiples sur les individus, que ce soit en rapport avec
l'organisation professionnelle ou la société dans son ensemble.
M. Noredine
(Mohamed) : L'immigration doit être évaluée en quantité, mais aussi en
qualité. Nous nous demandons si l'avenir
n'est pas dans le changement du profil citoyen, ce Québécois nouveau qui
s'immisce à l'horizon. L'apport de l'immigration est certes essentiel
dans un Québec qui a un besoin nécessaire et vital de se refaire et de se
régénérer, mais peut-il le faire sans tenir compte des éléments les plus
sensibles liés à son histoire, à son identité, à la formation d'une société nouvelle? Le Québec peut se refaire en changeant
les attributs des citoyens. Toutefois, l'apport de l'immigration doit tenir compte des paramètres communs et des
paramètres spécifiques pour ne pas générer un Québec... un Québécois
hybride qui fonctionne avec deux entités en lui.
• (16 heures) •
M. Chikhi (Ferid Racim) : Pourquoi parler aussi de
la planification à ce stade de la réflexion? Parce que nous avons
cherché dans le document portant... Planification de l'immigration au Québec
pour la période 2024-2027 des indicateurs, des projections, des
anticipations, nous n'avons pas vu cela. Et on se dit : Bon, on connaît le
nombre de postes de travail ou d'emplois
vacants au Québec, qui s'estime à peu près à 200 000, pourquoi ne tient-on
pas compte de ces chiffres-là, de ces
indicateurs et, en fonction des besoins par région, par secteur d'activité, lancer
le recrutement dans les bassins qui nous intéressent, qui intéressent le
Québec, en particulier ceux de la francophonie? Nous n'avons pas vu, donc, ces indicateurs de recrutement et
nous n'avons pas vu les indicateurs des besoins des régions par domaine d'activité. On aurait voulu que les statistiques
données par Statistique Québec et Statistique
Canada apparaissent dans le
projet ou dans le plan qui est prévu.
On
parle souvent d'insertion socioprofessionnelle, donc d'intégration en emploi.
Nous, on inverse, on parle de l'intégration
socioculturelle versus le cloisonnement et l'enfermement des communautés
culturelles. Dans nos programmes,
nous avons inclus un segment relatif à la connaissance de la société d'accueil.
Nous la résumons comme suit : «La société d'accueil n'est pas structurée
comme les sociétés d'origine, qu'elles viennent d'Asie, d'Afrique, d'Europe, du
Moyen-Orient, des immigrants, que ce soit sur le plan social, culturel,
identitaire et communautaire. C'est de ça qu'est
composée toute la société québécoise, bien entendu, avec les Québécois natifs.
La cellule de base, soit la famille, est
totalement renouvelée en fonction des changements sociétaux qu'a connus le
Québec depuis la Révolution
tranquille, ce qui n'est pas
le cas des autres cellules de base des immigrants. L'égalité des droits y est
encore consacrée.
L'apport
des communautés est réduit à une simple présence dans la société, sans les
effets positifs qui devraient découler d'une participation citoyenne, d'où
l'enfermement et le cloisonnement. Même, les jeunes immigrants, qu'ils
soient arrivés avec leurs parents ou nés ici, finissent tous par s'enfermer
dans leurs communautés et deviennent les témoins d'un rejet qu'ils n'ont jamais
voulu et contre lequel ils finissent par s'ériger.
M. Noredine (Mohamed) : Par
ailleurs, l'immigrant qui arrive dans la province vit plusieurs chocs,
largement documentés par des recherches souvent ponctuelles et dont les
recommandations, lorsqu'elles existent, sont sans effets concrets sur les
groupes sociaux. Le plus connu de ces chocs est celui de la culture, divisé en
choc du départ et choc de l'arrivée. Mais aucune recherche, du moins à notre
connaissance, ne parle des chocs industriels, du choc thermique, du choc
technologique, du choc de la non-reconnaissance des acquis hors de Québec et du
grand choc social. En effet, l'immigrant
observe et constate, par exemple, que le fonctionnement des familles au Québec
n'a rien à voir avec celui qui est le sien, et pour cause, d'où qu'il
vienne, le nouvel arrivant ne connaît que l'organisation patriarcale à qui il
appartient. Il s'agit d'un premier choc identitaire qui le confronte dans son
nouveau pays.
M. Chikhi (Ferid
Racim) : Je vais parler juste deux minutes de... au-delà du choc
technoculturel, de l'apprentissage du français pour les allophones et pour les
monolingues. Une fois au Québec, les demandeurs d'asile, des réfugiés, des résidents permanents ne
comprennent pas, n'écrivent pas et ne parlent pas ou très peu le français. Les
services de francisation les reçoivent pour leur apporter le soutien nécessaire
afin qu'ils échangent, écrivent et qu'ils puissent parler le français. Cependant, très souvent, il s'avère que
cela leur est... ce qui leur est dispensé est insuffisant, pour ne pas
dire inadapté à leurs besoins de se faire comprendre et connaître.
Ce que nous
suggérons, entre autres, c'est que ce soit réparti par segments en fonction de
l'origine, parce que quelqu'un qui vient d'Afrique francophone peut comprendre
le français, peut apprendre très vite le français, mais quelqu'un qui vient d'Asie, des Philippines ou, je ne sais pas, du
Pakistan, la structure linguistique n'est pas la même, la phonétique n'est pas la même. Lorsqu'elles
viennent d'Amérique latine, c'est la même chose, des personnes qui sont là
depuis 20 ans, 30 ans parlent un peu le français, mais avec un fort
accent latino, et on finit par ne pas les comprendre.
On va arrêter là et
puis on pourra débattre des questions qui se seraient posées. Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Ah,
mais, vous savez, c'est un... ce n'est pas un débat, c'est ça, ce sont
des échanges. Merci beaucoup pour votre présentation. Alors, on va tout de
suite commencer avec la ministre et la banquette gouvernementale pour une
période de 16 min 30 s. Mme la ministre, le micro est à vous.
Mme
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. Alors, bien, merci à vous deux
pour prendre part à cet exercice sur l'immigration.
Donc, je voulais vous
apporter, là, des dimensions nouvelles, là, par rapport aux orientations que
l'on avait soumises. Je voyais que vous
mentionnez que le ministère, en fait, ne fait rien pour les nouveaux arrivants
en termes de formation, sur les
étapes historiques, culturelles, identitaires, industrielles et politiques qui
ont façonné la société québécoise, et
vous recommandez, en fait, une formation, là, en lien avec ces sujets-là, mais
j'aimerais vous rappeler, en fait, qu'il existe la session Objectif
intégration qui permet aux personnes immigrantes, là, de se familiariser avec
les valeurs démocratiques québécoises, les
codes culturels, le monde du travail au Québec. Et on n'a pas moins de
49 organismes qui sont partenaires du ministère pour donner ces
sessions de formation qui sont d'importance pour nous. Alors, je me demandais
si vous connaissiez ces sessions d'information puis, si oui, bien, quelles
améliorations vous verriez qu'on doit y apporter pour répondre davantage à vos
préoccupations.
M. Chikhi (Ferid
Racim) : Oui. Personnellement, je connais, M. Mimoun aussi connaît,
on travaille sur ça, mais la manière dont
c'est présenté, vous savez, les fameux huit modules, ou 10 peut-être, qui
composent cette formation à la société québécoise, à la société d'accueil sont
répartis à partir de données, disons le mot, plutôt théoriques. Dans la
pratique, pratiquement aucun immigrant ne s'en rappelle parce que c'est lourd
comme activité.
Ce que nous faisons,
c'est que nous divisons cette information, cette formation à la culture
québécoise, à l'identité, aux valeurs, en petits ateliers, avec des débats qui
invitent les gens à faire la comparaison entre, par exemple, les valeurs du
Québec et les valeurs de leur pays d'origine. Et là il y a une véritable
discussion qui émerge et on invite les gens
à aller, justement, sur le terrain pour rencontrer les Québécois et les
Québécoises. Et souvent, bien, les
gens des organismes communautaires de la société québécoise les accueillent
avec intérêt parce qu'ils sont curieux, parce qu'ils apprennent un peu
plus, parce qu'ils se rapprochent de la société.
Mais, si vous venez à
Saint-Michel, Villeray, Parc-Extension, Montréal-Nord, même Côte-des-Neiges,
les gens sont séparés les uns des autres. Entre communautés, ils ne sont même
pas ensemble. Et là le problème se pose : Qu'est-ce qui se passe au niveau de la formation qu'on leur donne par le
ministère de l'Immigration, par les organismes, alors qu'ils sont normalement
outillés pour aller vers les gens de la société d'accueil? Et, quand nous
refaisons cette formation, nous qui
sommes plutôt un organisme de soutien aux chercheurs d'emploi, et qu'on fait la
comparaison entre leur pays
d'origine, la société d'accueil et le monde industriel, là, on voit la
différence. Et je vous assure qu'on le sent et ils le disent, ils le
disent.
Mme Fréchette :
Bien, il faut croire qu'il y a
différents points de vue qui cohabitent, parce que pas moins que... En fait,
jeudi dernier, on recevait une personne en audience, là, comme vous, qui est
sur le terrain dans les Laurentides et qui nous vantait les mérites de cette
formation Objectif intégration et qui nous nous disait : C'est une
occasion... en fait, elle le voit, elle nous disait : Ça change des vies,
carrément, cette formation-là. Elle dit : Je le vois, je l'entends, on me
le confirme. Donc... bon, il faut voir qu'il y a différentes écoles de
pensée. Vous ne vous ralliez pas à cette perspective, mais...
M. Chikhi (Ferid
Racim) : ...je me permets, mais, entre des gens qui vont dans les
régions, qui acceptent la mobilité et ceux qui restent là où ils arrivent, il y
a une grande différence, parce qu'ils retrouvent tout de suite leur communauté
et ça efface tout ce qui a été appris.
Mme Fréchette : Je
vous entends. Je vous amènerais à la page 15 de votre mémoire. Vous
recommandez une révision des contenus
des formations d'apprentissage du français dispensées en fonction, et là je
cite, «des problématiques aussi bien linguistiques que phonétiques». Donc, je
voulais que vous m'expliquiez un peu ce que vous entendiez par cette
recommandation-là et comment est-ce que le ministère pourrait adapter son offre
en fonction de votre proposition.
M. Chikhi (Ferid Racim) : Je l'ai déjà dit là
aussi, quelqu'un qui vient de Colombie, ou de Panama, ou du Chili est
hispanophone. Il arrive, il a quelques bribes de mots en français dans
l'espagnol qu'il connaît, mais son accent reste très fort. La phonétique qu'il
utilise pour prononcer les mots fait que ça devient incompréhensible. C'est la
même chose pour un Asiatique, qu'il vienne d'Afghanistan, des Philippines, du
Pakistan, de l'Inde. Par contre, c'est plus facile pour quelqu'un qui vient
d'un pays d'une ancienne colonie française. L'Afrique de l'Ouest, du Sénégal, du Mali, du Niger, ils connaissent déjà le
français. Le bain sonore existe. C'est plus facile pour eux d'apprendre le
français.
Alors, on dit que,
pour apprendre une langue, il faut commencer par connaître son histoire et,
pour la prononcer, il faut connaître la phonétique, et c'est ce qui n'existe
pas actuellement. On a des groupes d'immigrants qui viennent de partout dans la
même classe, avec un seul enseignant qui enseigne le français deuxième langue,
et les gens sont perdus. Alors, ils restent
trois mois, quatre mois, six mois, je ne sais plus combien
d'heures ils ont en formation en français, ils sortent. Les meilleurs,
bien sûr, arrivent à maîtriser le maximum, mais il y en a beaucoup qui ne le font pas. Et c'est pour ça qu'on dit : Ça
serait bon qu'il y ait une adaptation, ne serait-ce que par des groupes
homogènes, des gens qui viennent de la même région, qui parlent la même
langue maternelle et à qui on apprend le français en tenant compte des sons de
la phonétique en général.
• (16 h 10) •
Mme
Fréchette : ...vous subdiviseriez les groupes par pays d'origine ou,
en fait, langues d'origine...
M. Chikhi (Ferid
Racim) : Par régions, ne serait-ce que cela.
Mme
Fréchette : ...par régions.
M. Chikhi (Ferid
Racim) : C'est beaucoup plus facile...
Mme
Fréchette : Pour que l'apprentissage tienne compte de la langue
d'origine.
M. Chikhi (Ferid Racim) :
Exact.
Mme
Fréchette : Je comprends. Mme la Présidente, il nous reste combien de
temps?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Il reste 10 minutes.
Mme
Fréchette : 10 minutes. Je vais vous poser une dernière question.
Bien, vous proposez aussi des cours d'initiation à l'informatique et aux
technologies du travail. Donc, est-ce que vous verriez que ce soit, en fait, le
gouvernement du Québec qui donne ces cours d'utilisation de la technologie ou
que ce soit plutôt des partenaires? Comment est-ce que vous verriez la
mécanique?
M. Noredine
(Mohamed) : Bien... Mais parce qu'on a... on a vécu, dans la
période... pendant la période de COVID,
l'écart qu'il y a et le décalage qu'il y a entre les personnes qui ne
maîtrisent pas l'informatique et le reste de la population, et, dans un
monde qui change, bien, il y a beaucoup... on a découvert qu'il y a beaucoup de
gens qui ne maîtrisent pas l'informatique, et spécialement les gens qui
fréquentent l'organisme. L'idée, c'est que... de mettre à jour les gens qui
arrivent et mettre l'informatique comme une priorité, comme la langue, parce
que beaucoup de personnes qui sont à la recherche d'emplois sont obligées
d'utiliser les moyens informatiques pour soit faire leur entrevue, soit mettre leur CV à jour, soit se
trouver dans les réseaux sociaux professionnels. Donc, dans les formations
de base, moi, je trouve, il faut inclure le
soutien informatique, parce que c'est devenu vraiment un outil de travail, en
fait. C'était... Peut-être on le sentait moins avant le COVID, mais,
après le COVID, c'est devenu vraiment essentiel de maîtriser l'outil
informatique, comme maîtriser la langue, par exemple.
Mme
Fréchette : Je vois. Merci. Je vais céder la parole à des collègues.
Oui?
M. Chikhi (Ferid
Racim) : ...si vous voulez bien. Tous les immigrants ont un cellulaire
entre les mains. Tous téléphonent, utilisent WhatsApp, utilisent Viber,
utilisent tout... tout ce qui peut être fait par le téléphone, mais, dès que vous les mettez devant un ordinateur, ils
sont complètement out, ils ne savent plus comment faire. Malgré le fait qu'on
leur explique que le clavier, c'est le même que celui qu'ils ont dans le
cellulaire, ils ne savent pas naviguer pour aller chercher de l'information de
la même manière qu'ils font sur le cellulaire, ils sont perdus. Et, quand on
leur demande d'aller ne serait-ce que dans la suite Microsoft, ça, c'est
complètement out.
Alors,
des cours de base en informatique, que ce soit par les organismes financés par
le ministère de l'Immigration, ça serait une bonne chose, ça... ça ne va pas
alourdir le ministère de l'Immigration, que ce soient les régions, les
directions régionales ou les bureaux, mais, au niveau des organismes, on
gagnerait à leur offrir ça.
Mme Fréchette : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je me tourne... Bien, merci, Mme
la ministre. Je me tourne du côté de la députée d'Iberville. Il vous
reste 7 min 35 s.
Mme Bogemans : Merci beaucoup. Vous avez
raison, vous avez commencé en disant que l'immigration, c'est le facteur humain
en premier, l'histoire, les relations, les ambitions puis, ensuite, la
qualification. Je pense que c'est ce qui rend le débat autour de l'immigration
aussi passionnant puis aussi polarisant et essentiel pour le futur de notre
communauté québécoise.
Donc, moi, je
voulais... vous avez soulevé quelques points qui m'intéressent puis ils sont
étonnamment reliés aux orientations 7
et 8, 7 qui favorise l'intégration sur le marché du travail des personnes
issues de toutes les catégories d'immigration
et l'orientation 8 qui était de bonifier les actions visant la reconnaissance
des compétences des personnes immigrantes
pour qu'elles puissent accéder rapidement au marché du travail selon leur
qualification d'origine. Donc, je voulais vous amener sur ces deux
sujets-là, là, voir vraiment quelles sont vos impressions.
M. Chikhi (Ferid
Racim) : Il y a beaucoup de choses à dire aussi. Vous savez...
Prenons... on va rester dans les
technologies de l'information. Beaucoup d'immigrants viennent avec beaucoup de
connaissances, beaucoup d'acquis en... Par exemple, en informatique,
l'informatique qu'on utilise dans nos pays d'origine, on ne les utilise pas de
la même manière qu'ici, au Québec. La
recherche de l'efficacité fait... est un élément essentiel ici. Ailleurs, c'est
peut-être juste un outil d'appoint. Ce n'est pas tout le monde qui est à
la quatrième génération ou à la cinquième génération. Ce n'est pas tout le monde qui a des ordinateurs très, très développés,
même si ça existe. Dans les grandes entreprises, dans les grandes
institutions, ça existe. Une mise à niveau est nécessaire là aussi. Donc, la
personne qui vient, en quelque part, en tout cas, nous le faisons, on leur
apprend que l'industrie ne fonctionne pas de la même manière que dans les pays d'origine, que nous avons des
exemples de capitaines d'industrie qui ont réussi et qui ont fait des choses
extraordinaires. Le cas de Jean Coutu, de
St-Hubert est cité tout le temps pour dire : Écoutez, c'est parti de rien
du tout. Regardez, c'est un monde, là, et c'est quelque chose
d'extraordinaire. Et ils voient la différence.
L'organisation des
entreprises, que ce soit à statut fédéral, provincial, municipal, les
multinationales, quand on leur parle, par
exemple, de ce qu'on appelle l'aérospatiale, on a, à Saint-Hubert, bien, une...
toute une organisation et une
entreprise qui a réalisé le bras, qui a pu faire réparer, etc. C'est des choses
qui n'existent pas dans nos pays d'origine. On a des avions, oui, qui
vont dans les aéroports, qui volent et qui nous... mais le niveau de
qualification, le niveau d'acquis professionnel n'est pas le même.
Et c'est cette mise à
jour qui ferait qu'on gagnerait à avoir des stages à tous... pour tous les
immigrants qui commenceraient à travailler. Ça existe dans certains secteurs de
main-d'oeuvre, mais ce n'est pas pareil partout. Il faut que ça... ça devrait
être généralisé. Voilà un... un paramètre parmi tant d'autres.
M. Noredine
(Mohamed) : ...le fait qu'il n'y a pas cette possibilité, bien,
beaucoup d'immigrants, ils vont changer de secteur d'activité. Donc, ils vont
commencer à zéro dans des formations, pas par intérêt, mais par défaut, parce
qu'ils n'arrivent pas à avoir cette reconnaissance dans leur domaine, ce qui...
ce qui, parfois, crée un problème au niveau
même de la famille. Ça veut dire, moi, qui s'occupe des jeunes dans un autre
organisme, je vois qu'il y a des jeunes qui sont frustrés parce que
leurs parents ne peuvent pas exercer leur profession qu'ils ont exercée dans
leur pays d'origine. Et ça change de statut
social, parce que, quand ton père était ingénieur, ta maman était médecin et tu
te trouves ici à faire... bien, il
n'y a pas un sous-métier, mais tu fais une formation comme adjointe
administrative, bien, déjà, ça n'a rien à voir avec la formation et le
statut que tu avais dans ton pays d'origine.
Et j'ai remarqué que,
plus tard, bien, ce sera une pression sur les enfants, parce que les parents
qui sont... qui répètent toujours à leurs enfants qu'on est venus pour vous,
bien, ils vont mettre tous leurs espoirs sur leurs enfants pour réussir. Et là
on se trouve avec des jeunes qui se trouvent avec une responsabilité énorme. Ce
n'est pas eux qui ont décidé de venir ici,
mais leurs parents vont leur faire sentir qu'on est venus pour vous, et vous
devrez réussir dans des domaines, parfois, qu'ils n'ont pas le choix de
choisir. C'est leurs parents qui décident pour eux, par frustration,
d'aller dans... être ingénieur, un futur ingénieur ou un futur médecin. Voilà.
Mme Bogemans : Oui. Oui, oui, je peux comprendre ça parfaitement.
Pensez-vous qu'au niveau de la
reconnaissance des acquis on pourrait mettre, par exemple, dans certains
domaines plus précis de formation professionnelle, collégiale,
universitaire... faire des voies de passage facilitantes?
M. Noredine
(Mohamed) : ...comme Ferid, il parle... il parle de certains secteurs,
peut-être que, oui, certains secteurs, il y
a une grande différence, mais moi, je pense qu'un médecin qui a exercé en
Algérie, qui est francophone, qui a exercé la médecine pendant
20 ans, quand il arrive ici, on lui dit : Bien, tu mets tout ça de
côté, bien, soit tu vas refaire ta formation ou tu vas choisir un autre
domaine... moi, je pense qu'il y a une... il y a une différence. On parle d'une
mise à jour, il peut... On peut lui offrir la possibilité de connaître le
système, le côté légal, par exemple, de la médecine,
toutes les choses qui sont différentes d'un pays à un autre, mais on ne va pas
lui demander de refaire les choses. Et
il y a beaucoup de médecins qui vont aller faire soins infirmiers, par exemple,
par défaut, parce que c'est... peut-être
que ça se rapproche, mais, à la base,
c'étaient des médecins. Et quand je leur demande : Est-ce que vous trouvez
un plaisir à faire la formation? Mais pas du tout. Eux, ils étaient
médecins, chirurgiens et ils se trouvent à faire soins infirmiers par défaut,
mais... pas parce qu'ils ont... ils ont choisi ça.
Mme Bogemans :
Ça amène un peu le sujet des
cohortes que nous avons eues, d'infirmières, exemple, puis la mise à niveau
d'un an qui est mise de l'avant. Est-ce que vous trouvez que c'est quelque
chose qui pourrait être appliqué dans d'autres domaines?
M. Chikhi (Ferid
Racim) : Oui, c'est une chose qui peut être très utile dans tous les
domaines d'activité. Écoutez, moi, j'ai
travaillé en Algérie 25 ans dans une compagnie aérienne, dans la compagnie
aérienne. J'arrive ici, je vois qu'il y a beaucoup de choses qui se
ressemblent, parce qu'il y a l'avantage d'avoir l'agence internationale des transports aériens qui protocole un petit peu, qui
coordonne les activités de toutes les compagnies aériennes. Je n'ai pas
besoin de mise à niveau. Mais quelqu'un qui est dans un domaine spécifique de
l'industrie, par exemple l'industrie sidérurgique,
ce n'est pas la même chose. Il est obligé de se mettre à niveau, mais que cette
mise à niveau ne mette pas de côté tous ses acquis expérientiels.
M.
Noredine (Mohamed) : ...il y a aussi le fait que... tu sais, dans le
processus d'immigration, il y a des années à attendre le dernier
document ou le dernier visa pour venir. Pourquoi on ne profite pas de cette
période-là pour donner l'occasion à ces futurs immigrants d'avoir une mise à
jour par rapport à un secteur, par exemple, recherché? C'est... Ici, maintenant, on utilise le Zoom, on utilise les moyens de
communication à distance. On peut très bien offrir la possibilité à
ces... à ces futurs immigrants de suivre, par exemple, des formations pour être
mieux informés.
Moi, je
connais plein de monde qui arrivent ici, mais ils ne sont pas vraiment informés
par rapport à qu'est-ce qu'ils peuvent faire, qu'est-ce qu'ils ne peuvent pas
faire. Ça prend quelque temps pour réaliser qu'il faut faire un deuil sur leur ancienne carrière et de recommencer à
zéro ou d'abandonner pour aller dans un secteur où ils peuvent juste gagner
leur vie. C'est comme ça qu'ils arrivent, souvent.
• (16 h 20) •
Mme Bogemans : Parfait. C'est super.
Je pense que j'arrive au bout du temps, malheureusement...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Pas mal, il reste 20 secondes.
Mme Bogemans : ...j'ai plusieurs
autres questions pour vous. Merci beaucoup. C'était superintéressant.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. On
poursuit les discussions avec le député de Nelligan pour une période de
12 min 23 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Vous allez me permettre, premièrement, de saluer la présence du... de nos invités, Groupe Orientation emploi.
Excellent travail sur le terrain. Je connais, depuis plusieurs années, Noredine.
Merci pour tout ce que vous faites auprès des jeunes. J'ai aussi le plaisir
d'entendre, donc, M. Chikhi. Bienvenue en commission parlementaire. Merci
d'avoir pris le temps d'écrire un mémoire, de venir en commission parlementaire
présenter vos préoccupations.
J'ai lu votre mémoire, je suis... vu la nature
de votre action, et ce n'est pas... ce n'est pas quelque chose que nous avons entendu beaucoup en commission. Je vais
plus vous ramener à la page 13, Qu'en est-il des jeunes? Et, vous
savez, tout ce qu'on fait, les membres de la commission sont tous interpelés,
quand on dit «intégration», parce qu'on veut que nos jeunes s'intègrent, on
veut, et on passe... tu sais, on est là aujourd'hui, mais, demain, je ne sais
pas où on va être. Il va y avoir une deuxième, troisième, quatrième, cinquième
génération.
Et vous avez
beaucoup insisté sur la langue française, sur l'intégration, mais j'ai le goût
d'entendre M. Noredine nous parler. Le contexte a beaucoup changé.
Et j'ai posé cette question à deux reprises, mais je veux vous la reposer.
Quand on utilise des mots pour décrire
l'immigration, ça a un impact sur les jeunes. La classe politique... Il y a une
joute politique, hein? On le sait tous, il y a une joute politique. Qu'on soit
à l'opposition ou au gouvernement, il y a une joute politique. Mais vous
étiez au coeur de beaucoup de choses, depuis la première réforme du PEQ jusqu'aux
dernières déclarations de la dernière
campagne électorale. Vous êtes très proche de ces jeunes. J'aimerais bien
qu'avec les membres de la commission... si vous puissiez nous partager
l'impact de ces mots sur les jeunes.
M. Noredine (Mohamed) :
Bien, c'est... Bien, souvent, quand il y a un événement politique ou une déclaration
politique, nous, on essaie de commenter l'actualité avec les jeunes parce qu'on
sait qu'ils vont... ils vont toujours sentir
l'événement ou l'actualité d'une façon différente par rapport aux adultes.
Alors, dans notre travail, ce qu'on fait, c'est qu'on va vérifier avec eux c'est quoi, l'impact d'un tel propos,
d'une telle déclaration ou d'un changement dans la loi.
J'ai parlé avec Ferid, avant de rentrer ici, je
lui ai dit : Il faut qu'on parle de l'image qu'on donne par rapport à l'immigration. Il faut qu'on regarde toujours
l'immigration comme un atout, et non comme un... comme un fardeau, et
non comme quelque chose qui est négatif. Et malheureusement il suffit parfois
d'une déclaration... une déclaration malheureuse dans un contexte dans... pour
faire un effet négatif sur les jeunes. Ça joue beaucoup sur le sentiment
d'appartenance, en fait, c'est ça qui est le plus touché chez les jeunes. C'est
vraiment par rapport à : Est-ce qu'on est vraiment les bienvenus ici?
Parce qu'un jeune qui voit déjà ses parents dans la galère au quotidien,
d'aller faire des formations de mise à jour, de trouver un emploi en parallèle
pour faire vivre la famille, et, dans les médias ou dans un contexte politique, même dans des élections, si
on va entendre des propos négatifs par rapport à l'immigration, bien, ça remet en cause toujours la question de
l'appartenance à la société d'accueil. Est-ce qu'on est toujours les bienvenus
dans cette société où, souvent, on n'a pas
décidé, comme jeune, d'être là, c'est les parents qui ont décidé ça? Mais ça
remet en cause, en fait, ce sentiment-là.
C'est que nous, on travaille au quotidien
d'augmenter ce sentiment d'appartenance, et dire aux jeunes que : Non, non, on est toujours les bienvenus. Et,
parfois, on explique aussi ce que vous avez entamé : c'est un jeu
politique, c'est un enjeu politique, ce n'est pas toujours réel, c'est
comme ça que ça se passe. Mais, chez les jeunes, ça laisse parfois une trace vraiment
dure à dépasser. Et, un an, deux ans après le propos, bien, ça va
sortir toujours comme une blague : Parce que les gens ne travaillent... parce que les
immigrants ne travaillent pas puis que les jeunes ne veulent pas
s'intégrer, parce que... Ça sort dans les blagues, ça laisse des traces.
M. Derraji : Dites-moi une chose,
parce que... Là, la classe politique doit être responsable, parce qu'au-delà
d'une consultation sur l'immigration, quand on dit : On va tous travailler
pour franciser, intégrer, la classe politique a aussi une responsabilité. Peser
les mots avant de les prononcer vient annihiler un peu vos efforts sur le
terrain. Je me mets à la place d'un jeune, et je sais que vous êtes très
impliqué à Saint-Michel : précarité, problèmes d'insertion sociale, logement. En fait, les conditions et les
chances de réussite ne sont... ne sont... je ne vais pas dire... il n'y a
pas... ce n'est pas optimal. Vous
essayez de relever, de se relever ensemble. Je vous suis, je sais ce que vous
faites sur le terrain, vous faites un travail exceptionnel et vous
aidez... et vous essayez d'aider ces jeunes.
Quand un politicien, qui est probablement
responsable d'un dossier de l'immigration — ou un premier ministre — fait
une sortie très calculée, ciblée, avec des propos pareils, est-ce que ça ne
vient pas encore une fois encourager le repli? Parce que, nous, ce qu'on veut,
c'est l'intégration, pas le repli. Ce qu'on veut, c'est l'implication
citoyenne, et non pas le repli. C'est ça que j'aimerais bien, que votre
organisme... et surtout ce que vous faites sur le terrain, que vous puissiez le
partager aujourd'hui autour de cette table, parce qu'il y a plusieurs élus, il
y a au moins trois formations
politiques autour de la table, qu'on doit être responsables de nos mots parce
que les mots ont un impact sur les jeunes.
M.
Noredine (Mohamed) : ...aussi, c'est que les jeunes, actuellement, et
je sais que la société ici aussi, regardent beaucoup ce qui se passe en
Europe. Et, s'il y a une chose qu'on ne veut pas, c'est qu'on ne veut pas
ressembler à l'exemple européen d'intégration des nouveaux arrivants ou des
jeunes de première, deuxième, troisième génération. Ce n'est pas vraiment le
bon modèle, en tout cas, pour nous, sur le terrain. Et les jeunes regardent ce
qui se passe en Europe avec la crainte que,
donc, on va vivre la même chose, et les adultes aussi regardent la même chose,
ils disent : Est-ce qu'on va vivre la même... la même problématique
avec la deuxième, troisième génération?
Moi, je pense que l'immigration, il ne faut pas
que ce soit un enjeu politico-politique, il faut que ça soit un enjeu nourri par des études objectives, par des
commissions, par des témoignages, que ce ne soit pas un enjeu où, sur le dos
des immigrants, bien, on va sortir une phrase, on va faire... on va faire
quelque chose juste pour dépasser le moment, oui.
M. Derraji : ...me permettre de lire
un passage qui m'a beaucoup marqué : «Ce que nous observons tous les jours, malgré l'éducation nationale souvent
inadaptée aux attentes des familles, — et
vous avez mis en gras ça — c'est
l'incertitude, l'inquiétude, la frustration innommables qui génèrent des
attitudes, des comportements mal documentés pour y faire face. Ces nouveaux arrivants et leurs enfants se réfugient
dans leur bulle et ne participent pas au développement et au progrès de la société québécoise, si ce n'est que
pour se défendre contre des problèmes éducatifs, communautaires et, par
extension, sociaux, sans risque de bénéficier des bienfaits du système qui ne
profite qu'à ceux qui ont compris les rouages et les failles.» C'est quand même
fort. C'est un constat fort.
Une voix : Oui. Oui.
M. Derraji : Mais... non, mais...
C'est parce que j'essaie juste de comprendre comment le ministère, nous, en tant qu'élus, on doit être plus connectés,
sortir nous-mêmes de la bulle. Parce que, si vous dites : Les enfants ou
les familles se réfugient dans leur
bulle, il ne faut pas que les élus tapent dans une bulle et commencent à lancer
des mots qui ont un impact beaucoup plus grave sur ces jeunes.
M. Chikhi
(Ferid Racim) : ...il y
a... il y a un paramètre, il y a un
élément qui est important. On l'a souligné, la structure familiale des
immigrants, toutes origines confondues, n'est pas la même que celle du Québec,
de la société québécoise depuis le début de la Révolution tranquille. On a
affaire à une cellule familiale fragmentée, une cellule familiale qui est découpée
en morceaux. La cellule familiale de l'immigrant, qu'il vienne d'Amérique
latine, d'Asie ou d'Afrique, est la même, elle est patriarcale.
Alors, quand
on va à l'école, on envoie nos enfants à l'école, qu'est-ce qui se passe? Les
programmes scientifiques, mathématiques, tout ça, l'histoire, la poésie, la
culture, la littérature, c'est bon, ça passe. Mais, dès le moment où on rentre
dans des domaines où il y a des implications sociales, il y a des conséquences
sociales sur la famille elle-même, ça pose problème. Le dernier exemple, c'est l'introduction du cours de
sexualité. Et vous le savez très bien, ce n'est pas perçu de la même manière, ce n'est pas perçu de la même
manière. S'il y avait un travail de préparation sociale, communautaire,
peut-être que ça irait. Il n'y aurait pas d'opposition. Mais imaginez à
Saint-Michel, que vous connaissez, à Villeray, à Montréal-Nord. Il y a plus
d'immigrants, d'enfants d'immigrants, que de Québécois dans les salles de
cours.
• (16 h 30) •
M.
Noredine (Mohamed) : Et le fait que les parents ne sont pas impliqués
dans le processus, c'est ça qui fait que les parents ne comprennent pas
le rouage de comment ça fonctionne à l'école.
M. Derraji : Très important, ce
point. Donc, vous ne dites pas qu'ils sont contre, c'est que la cellule familiale n'est pas impliquée. Le rejet,
l'obstruction, la non-adhésion... J'essaie de juste... je ne vous mets pas des
mots... j'essaie de vraiment
réfléchir avec vous pour qu'on puisse comprendre les enjeux. Mais vous nous
dites : Attention, sensibiliser, où c'est la famille, pour sortir
de la bulle.
M. Noredine
(Mohamed) : Parce que c'est... Depuis quelque temps, on parle beaucoup
des écoles qui ont des problèmes, à
Saint-Michel par exemple, qui ont des problèmes avec des jeunes issus de
l'immigration comme d'autres jeunes, mais le problème, c'est qu'il n'y a
pas de communication entre, parfois, l'institution
scolaire et les parents de ces jeunes jusqu'à la... jusqu'au moment où il faut
exclure l'enfant. Là, on va convoquer les parents pour la sanction, mais,
parfois, les parents ne sont pas concernés par ce qui est arrivé avant, et
c'est là où je parle souvent... Il faut qu'il
y ait une collaboration entre le milieu scolaire, le milieu communautaire, les
parents parce que c'est là où ça se passe. Si on n'arrive pas à créer ce
filet de sécurité autour de nos jeunes, bien, ce qui va arriver, c'est tout ce
qu'on est en train de vivre par rapport à la violence, par exemple.
M. Derraji : Un excellent point, et
merci beaucoup pour ces informations. Il me reste une minute. J'aimerais bien vous entendre sur la lutte contre le racisme.
Je sais que vous étiez très impliqués. Le gouvernement parle d'un comité. Localement, vous avez fait beaucoup d'initiatives,
notamment avec la clinique juridique, etc. Où vous êtes rendus?
M. Noredine (Mohamed) : Moi, le
racisme, je le vois dans ces deux volets, dans le volet de l'éducation des gens, pour qu'ils comprennent que, souvent, on a
des préjugés sur les gens parce qu'on ne les connaît pas, parce qu'on ne regarde pas ce qu'il faut regarder, parce qu'on
ne connaît pas vraiment son voisin et, plutôt, on regarde ce qui s'écrit
ou ce qui se diffuse, par exemple, sur les réseaux sociaux, mais il y a le
volet aussi réparation, donc c'est comment outiller
les jeunes qui sont victimes de racisme pour ne pas aller dans des... dans un
processus de violence ou d'isolement par rapport à la société, mais plutôt
aller vers un processus de réparation, donc d'aller vers les institutions
juridiques pour demander réparation. Donc,
on est dans ces deux volets-là. Donc, on essaie de faire des ateliers
d'éducation pour les gens, mais on essaie aussi d'outiller les jeunes, à
travers la clinique juridique ou d'autres, pour qu'ils soient outillés pour...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
C'est très bien. Merci beaucoup. Alors, on termine
cette audition avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour
4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Merci pour votre présentation et pour le mémoire. Ça m'a aussi beaucoup touché, ce qui est écrit là-dedans. Vous
utilisez des mots durs, quand même, «enfermement», «ostracisation».
C'est quand même grave. Vous dites aussi «témoins d'un rejet qu'ils n'ont
pas voulu». Ça fait quand même... C'est quand même difficile à lire. Là,
j'étais à réfléchir aussi, mais je me disais... Puis là j'essaie d'être
optimiste dans tout ça, là. J'imagine qu'il
y a aussi des bons modèles. Il y a aussi des réussites. Je pense à... je ne sais
pas, mais on connaît Mehdi Bousaidan.
On connaît Wajdi Mouawad, Félix Auger-Aliassime, Adib Alkhalidey, Mariana
Mazza, Manuel Tadros, Mani
Soleymanlou. Donc, il y en a plein, des exemples que ça fonctionne aussi. Bref,
j'aurais voulu vous entendre aussi sur ce côté-là. On est capable de
réussites aussi, non, je pense?
M. Noredine (Mohamed) : On est là.
Bien, moi, au quotidien, je dois être optimiste parce que, sinon, je ne me
lèverais pas le matin pour aller faire mon travail. Je suis intervenant sur le
terrain, et je dois croire au potentiel de nos
jeunes, et c'est ça qui me fait parfois mal, parce que c'est parfois de voir le
potentiel de quelqu'un, immigrant qui arrive dans ce pays, comme adulte
ou comme jeune, et ne pas être bien accompagné pour réussir, et il croit à son
processus au début, mais qu'il va lâcher un peu... mais il y a beaucoup
d'histoires de réussite.
Moi, je parlais avec une jeune fille issue de
l'immigration. Elle déteste le mot «intégration» parce qu'elle dit : Moi, je ne m'intègre pas, moi, je suis
née ici, j'ai grandi ici, mais mes parents, oui. Et elle est étudiante à Oxford.
Donc, elle a commencé sa première semaine à Oxford, à Londres, parce qu'elle a
eu une grande bourse ici, et c'est une fille qui est issue de l'immigration. Et
j'ai plein de jeunes leaders positifs qui prennent... qui sont conscients de
l'enjeu de l'intégration et de la réussite de leur génération, mais qui sont
conscients aussi de la difficulté, justement, à jongler entre des cultures, et
surtout à supporter tout l'héritage des processus migratoires.
Et souvent leur peur numéro un, en tout cas,
pour les jeunes spécialement, c'est que la pauvreté ne soit pas un héritage.
C'est ça que les jeunes me répètent souvent. Ça veut dire : Est-ce qu'à un
moment donné on va étudier, on va réussir,
mais on aura des difficultés à trouver un emploi à la hauteur, par exemple, de
nos compétences? Et moi, je leur dis : Profitez du temps qu'on vit
actuellement, parce qu'il y a manque de main-d'oeuvre, et vous aurez plus la
chance, peut-être, que vos parents de trouver un emploi à la hauteur de vos
espérances et de vos compétences.
M. Cliche-Rivard : Et ça,
généralement, vous le sentez, que la pauvreté n'est pas un héritage?
M. Noredine (Mohamed) : ...n'oubliez
pas que nous, on travaille avec les gens les plus vulnérables. C'est pour ça
qu'on vous présente les choses de cette façon-là, mais il y a beaucoup de
personnes qui réussissent aussi, et peut-être qu'ils n'ont même pas besoin de
nous. Parfois, ils passent par d'autres voies pour réussir.
M. Cliche-Rivard : Vous voulez
ajouter?
M. Chikhi (Ferid Racim) : ...vous
savez, les concepts ont plusieurs facettes. On parle beaucoup d'inclusion, mais, pour un jeune ou un immigrant, lorsqu'on lui
dit : Bien, écoute, on va t'inclure, ça veut dire qu'on vient vers toi et
on veut te récupérer, et, des fois, c'est mal perçu, d'accord? Par contre,
lorsqu'on parle d'intégration mutuellement avantageuse, c'est autre chose. Je
viens vers toi, tu as des choses à me donner, et moi, j'ai des choses à te
donner. Ça change complètement. C'est pour ça qu'on parle
d'intégration socioculturelle. Ça passe d'abord au sein de la société, parce
que, la première chose que fait un immigrant quand il arrive ici, il retrouve
sa communauté et il retrouve... et il découvre le Québec, d'accord?
M.
Cliche-Rivard : Bien sûr, il faut qu'il y ait un échange.
M. Chikhi (Ferid
Racim) : Ensuite, on va le faire rentrer dans le travail. On va
procéder à une insertion. C'est pour ça
qu'on parle de stages qui pourraient aider, pendant trois à quatre mois, la
personne à s'habituer au monde industriel,
commercial, agricole, etc. On peut le préparer, quand il est dans la
communauté, à aller en région, et pourquoi ne pas préparer les gens à aller en région avant qu'ils n'arrivent ici?
C'est ce que disait Mohamed. Pourquoi on ne leur dit pas : Écoutez,
vous n'allez pas à Montréal, on va vous envoyer plutôt... Vous arrivez à
l'aéroport de...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter. Le temps
est écoulé. Merci. Merci infiniment pour cet apport à nos travaux.
Alors, je suspends la
commission pour quelques instants, le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à
16 h 38)
(Reprise à 16 h 43)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc
les représentantes d'AXTRA, l'Alliance des centres-conseils en emploi.
Mesdames, bienvenue à la commission. Alors,
les 10 prochaines minutes seront à vous, d'abord, pour vous présenter,
ensuite pour donner les grandes lignes, j'imagine, de vos
recommandations de votre mémoire. Ensuite, nous allons procéder à un échange
avec les parlementaires. Alors, le temps est pour vous.
Axtra, l'Alliance des centres-conseils en emploi
Mme Roy (Valérie) : Merci, enchantée, chers
membres de la commission. Mon nom est Valérie Roy, directrice générale
d'AXTRA, l'Alliance des centres-conseils en emploi. J'ai le plaisir d'être
accompagnée aujourd'hui par Mme Lyne
Laplante, directrice générale de l'organisme Droit à l'emploi, Mme Rosalie
Di Lollo, directrice générale de l'organisme
Centre Génération Emploi, et de Mme Johanne Allaire, directrice générale
de l'organisme Perspective Carrière. Donc,
merci beaucoup de nous accueillir pour vous présenter aujourd'hui notre
mémoire, L'immigration comme projet de vie et de
société : Le rôle de l'intégration professionnelle.
Vous l'aurez compris,
AXTRA, l'Alliance des centres-conseil en emploi, nous sommes un regroupement provincial de 100 organismes d'aide à
l'emploi, 100 centres-conseils en emploi répartis à travers la province,
qui offrent à près de
100 000 personnes, plus de 90 000 personnes, chaque année,
des services d'intégration et de maintien en emploi. Tout particulièrement, une trentaine d'organismes,
là, membres d'AXTRA, répartis un peu partout sur le territoire québécois, sont
spécialisés auprès de la clientèle immigrante pour leur intégration et le
maintien en emploi et ils ont des ententes à la fois avec le ministère
de l'Immigration et le ministère de l'Emploi.
Donc, comme vous
l'avez sûrement constaté à la lecture de notre mémoire, nous avons vraiment
regroupé sous trois enjeux clés, trois grands enjeux prioritaires pour nous,
les recommandations que nous vous présentons aujourd'hui.
Donc, le
premier : un leadership gouvernemental ciblé. Alors, on a... Depuis
plusieurs années, on le nomme, vous ne serez pas surpris de lire dans notre
mémoire les nombreuses embûches que les personnes immigrantes, mais aussi les
personnes intervenantes, dans leur écosystème... des embûches qu'on doit faire
face tous les jours par rapport à l'accès aux services, par exemple, et à des
structures administratives qui s'alourdissent.
On a besoin de lois
qui sont plus flexibles, mieux adaptées aux besoins réels de la population
immigrante.
Également, on a
besoin d'avoir des emplois décents pour tous, particulièrement les travailleurs
étrangers ou travailleuses étrangers temporaires, mais, aussi, pour des
personnes immigrantes qui arrivent ici, les nouvelles personnes, nouvellement arrivées, il faut avoir des emplois décents,
avec des conditions de travail équitables, et, aussi, vous comprendrez
qu'on continue la lutte et la sensibilisation pour contrer les obstacles
systémiques.
Alors, pour ce qui...
en ce qui a trait aux structures administratives, un élément qu'on a fait
ressortir dans le mémoire quand on parle d'embûches administratives, c'est
clair que l'accès à la francisation est un enjeu. Vous l'avez entendu par d'autres intervenants devant cette commission. Il
faut accélérer l'accès à la francisation. Il faut aussi pouvoir faire un
effort pour que les personnes puissent avoir, une fois qu'ils ont accès, qu'ils
ont les professeurs... On le sait, il y a
une pénurie par rapport aux classes en immigration, aux professeurs, aux
enseignants. Ça, c'est un enjeu auquel les personnes immigrantes doivent
se buter, malheureusement.
Également, les permis
de travail... C'est important d'avoir un assouplissement en ce qui a trait aux
permis de travail et les modalités de permis
de travail fermés. Il faut également aussi travailler avec vos homologues
fédéraux par rapport à ça.
Donc, je laisserais
la parole à Mme Lyne Laplante, qui va également vous souligner quelques
enjeux terrain par rapport au thème 1.
Mme Laplante
(Lyne) : Merci, Valérie. Ce qu'on remarque sur le terrain, c'est que,
malgré l'offre accrue en francisation, les
délais pour débuter sont souvent longs et la nouvelle obligation de s'inscrire
via la plateforme électronique uniquement en français devient
déterminante. Comment une personne qui n'a pas accès à l'informatique et qui ne
comprend pas encore la langue peut-elle accéder à la francisation si elle est
incapable de s'inscrire? Ce sont les organismes terrain qui se retrouvent à les
accompagner pour le faire. Ensuite, la personne doit attendre d'obtenir sa
place, tout cela en gardant en tête qu'elle n'a que six mois avant d'obtenir
des services uniquement en français.
Un autre enjeu très parlant touche les permis de
travail fermés versus ouverts. Au-delà de l'obligation où se retrouvent les
travailleurs face à l'employeur, lorsque celui-ci ne peut leur offrir du
travail à temps plein tel que prévu lors de l'embauche, le permis de travail
fermé les empêche de trouver un autre travail pour combler le manque à gagner, et, pour réussir à changer la situation,
il faut porter plainte, ce qui les rend très mal à l'aise, par loyauté à l'employeur.
Mme Roy
(Valérie) : Oui, voilà. Donc, c'est pour ça qu'on
recommande... Nos deux premières recommandations, c'est vraiment la mise
en place d'un cadre réglementaire pour... assorti de mécanismes de surveillance
et de sanction pour protéger davantage les
travailleuses et travailleurs étrangers temporaires, assurer des conditions de
travail décentes... et aussi notre deuxième recommandation est de
reconnaître l'existence d'obstacles systémiques auxquels ces personnes font
face, malheureusement, lorsqu'elles arrivent et y consacrer une orientation
spécifique dans votre présent exercice, là, de planification de l'immigration
au Québec.
Si on va vers l'enjeu 2, des milieux
d'accueil ouverts, prêts et inclusifs, c'est sûr qu'il y a encore un enjeu de
sensibilisation. Il y a encore un manque de sensibilisation. Il faut pallier à
ce manque. Donc, il faut continuer à promouvoir l'acceptation, la différence
culturelle, la tolérance, le dialogue, et ça, bien sûr, à l'échelle de la
société, mais beaucoup, beaucoup dans les
milieux de travail, et aussi dans les équipes, pas seulement par rapport à la
haute direction, mais aussi dans toutes les strates des milieux de
travail. C'est très important que les employeurs aient les bons outils une fois que les personnes sont intégrées, les
personnes nouvellement arrivées, les personnes immigrantes, mais aussi pour
les maintenir en emploi.
Malheureusement, sur le terrain, on constate
encore des préjugés qui existent. Donc, c'est important de déployer les efforts
et, je vous dirais, aussi de sensibiliser par des moyens de communication
publics de plus grande envergure, là. Vous
le savez, dans le mémoire... si vous avez lu cette section-là, vous savez qu'on
parle... on vous donne l'exemple d'une campagne nationale de sensibilisation,
les avantages de l'immigration, comme celle qui a été faite... à l'instar de
celle qui a été faite en Ontario sur la santé mentale et la santé et sécurité
en milieu de travail.
Donc, je laisserais ma collègue Rosalie
Di Lollo vous entretenir également sur notre enjeu deux.
Mme Di
Lollo (Rosalie) : Oui, merci, Valérie. Or, nous, ce que nous
remarquons sur le terrain, c'est que le système d'immigration québécois est conçu et fonctionne dans une perspective
très nord-américaine. Il est à caractère hautement procédural, technologique et individualiste, ce
qui contraste avec la majorité des personnes immigrantes reçues au Québec,
qui, elles, viennent de systèmes plus
collectifs. Ils sont souvent structurés de manière moins procédurale et moins technologique.
Une inclusion
réussie, durable et en français des personnes immigrantes demanderait que le
système québécois s'attarde plus longuement sur la mise en place d'initiatives
et sur le déploiement de ressources s'inspirant du domaine de l'équité, de la
diversité et de l'inclusion. L'application des principes de l'EDI au plan
d'immigration du Québec aiderait à soutenir plus adéquatement
l'intégration des personnes immigrantes en favorisant des chances égales pour
tout le monde.
Nous croyons
donc qu'un système de transition qui permet aux personnes immigrantes de mieux
comprendre notre société à travers
des référents qui leur sont plus familiers est un processus gagnant pour toutes
les sphères de la société.
• (16 h 50) •
Mme Roy (Valérie) : Et voilà
pourquoi notre troisième recommandation est le déploiement d'une campagne de
sensibilisation sur l'apport des personnes immigrantes en ciblant le public, le
grand public plus largement, puis les entreprises
et les équipes de travail. C'est une recommandation qui avait été faite devant
cette commission voilà quelques années de la part d'AXTRA.
Et la recommandation 4 est de recourir à
l'expertise des personnes expertes, des personnes intervenantes, au sein des centres-conseils en emploi, spécialisées
en immigration, pour accompagner les entreprises, surtout les PME, petites entreprises,
dans une réelle application des principes d'équité, de diversité et d'inclusion
en milieu de travail.
Donc, si on
va vers le troisième thème, des services accessibles, flexibles et adéquatement
financés, bien, on ne vous cachera
pas qu'il faut assouplir les critères d'admissibilité. Ils doivent évoluer au
même rythme que les profils des personnes nouvellement arrivées
évoluent. Il faut les accompagner. Il faut avoir une flexibilité dans le
financement. On ne parle pas nécessairement de hauteur, mais de flexibilité
dans l'utilisation des fonds pour mieux intégrer et maintenir en emploi
l'ensemble des... On dit notamment, dans notre mémoire, que l'ensemble des
travailleuses et travailleurs temporaires
devraient avoir accès aux services publics d'emploi, qu'importe la nature, là,
la durée restante de leur permis de travail. Donc, on a des nouvelles personnes
en sol québécois avec des nouveaux profils, des nouveaux contextes. Il
faut adapter rapidement les critères d'admissibilité aux services.
Et, bien, je laisserais ma collègue Johanne
Allaire finaliser notre intervention sur l'enjeu 3.
Mme
Allaire (Johanne) : Oui, merci, Valérie. En ce qui me concerne,
j'aimerais vous entretenir sur les personnes demandeuses d'asile. On dit
qu'on veut offrir un emploi décent pour tous, alors que les demandeurs d'asile
qui ont un permis de travail ne savent ni comment
commencer, par où commencer et ni comment fonctionne le monde du travail au Québec. Durant leur présence sur le
territoire, l'emploi est un enjeu prioritaire pour ces personnes vulnérables
car elles disposent généralement de peu de ressources financières à leur
arrivée au Québec. Même si elles souhaitent ardemment
contribuer à la société qui les accueille, elles se trouvent confrontées à des
barrières importantes en matière d'intégration professionnelle et de
maintien en emploi.
Face à tous
ces enjeux, une approche globale est nécessaire afin de prendre en compte les
aspects professionnels, familiaux, éducationnels, culturels et économiques de
ces individus. Il est irréaliste de penser que le parcours d'intégration en emploi de toutes les personnes nouvellement
arrivées en sol québécois puisse être linéaire, simple et terminé après
seulement quelques semaines d'accompagnement. Il est donc primordial que le
gouvernement élargisse rapidement l'accès aux services publics d'emploi
à toutes les personnes immigrantes en droit de travailler, et ce, dans une
approche globale, accompagnées par des spécialistes qui ont développé leur
expertise depuis plusieurs années. Merci.
Mme Roy (Valérie) : Oui,
Mme Allaire vient de le dire, c'est notre recommandation 5 d'offrir
des services publics d'emploi à toutes les personnes immigrantes, peu importe
le statut ou la nature de leur permis de travail.
Deux dernières recommandations, 6 et 7. On parle
de la plus grande flexibilité donnée aux organismes qui interviennent sur le
terrain pour offrir cette prestation de services publics d'emploi là aux
personnes, et accroître leur capacité
d'intervention et d'adaptation, et d'augmenter le financement pour les
organismes qui accompagnent les personnes immigrantes, et les entreprises
aussi, en portant une attention particulière aux besoins régionaux et avec les
besoins particuliers partout au Québec.
Donc, ce serait la clôture de notre
présentation. Je vous remercie beaucoup, et je conclurais en disant que, bien, on a un impact significatif, quand même, sur
les différentes communautés des membres d'AXTRA qui interviennent auprès
de la clientèle immigrante, et je pense qu'autant la mission d'AXTRA, des
organismes qu'on représente que celle de votre ministère... on a la même
mission, mais je pense qu'il faut vraiment se concentrer sur le besoin des individus qui sont pris, malheureusement, dans des
structures parfois trop rigides, qui ne vont pas assez vite pour répondre
aux besoins. Merci de votre écoute.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, mesdames. Alors, on en est déjà rendus à la
période d'échange avec les parlementaires.
On va tout de suite s'engager auprès du gouvernement avec la ministre, qui
vous a accordé quelques petites secondes
pour terminer votre présentation. Alors, Mme la ministre, vous avez 15 min 40
s.
Mme
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Bonjour à vous
quatre. Merci de contribuer à cet échange, à cet exercice démocratique.
On vous sent très engagées dans votre mandat professionnel. C'est beau à voir.
Donc, merci de partager votre perspective, vos visions et vos propositions.
Je me plongerais dans votre mémoire en
commençant par la page 10, puis, en fait, Mme Roy, vous y avez fait référence, c'est quant à la création, en
fait, de campagnes de sensibilisation. Donc, vous nous invitez à orchestrer,
là, une campagne à l'échelle nationale sur
les avantages de l'immigration. Alors, bien, je voulais souligner, dans un
premier temps, que le ministère, le
MIFI, a eu l'occasion d'organiser une campagne de cette nature-là pas plus tard
qu'en mars dernier. En fait, on en a mené quelques-unes, mais la plus
récente était en mars dernier, avait pour titre D'ailleurs et d'ici, nous avons le Québec en commun! Donc, c'est une campagne qui présentait une série
de portraits de Québécois issus de l'immigration puis qui avaient eu un
processus d'intégration réussi.
Et on a aussi l'occasion, depuis 20 ans, à
tous les ans, là, d'organiser des célébrations autour de la Semaine québécoise des rencontres interculturelles, où on
remet des prix à des personnes, des organisations qui se sont distinguées
en lien avec l'intégration de personnes immigrantes ou encore la diversité
ethnoculturelle.
Alors, je me
demandais si c'étaient des exemples de ce que vous aviez en tête quand vous
nous invitez à mettre de l'avant des campagnes de sensibilisation.
Mme Roy (Valérie) : Oui, bien sûr,
c'étaient des bonnes campagnes, mais on veut qu'elles continuent, ces
campagnes-là. Puis on mettait aussi beaucoup d'accent, dans notre mémoire, sur
l'importance d'avoir des outils pour les employeurs, parce que, je le répète,
au Québec, c'est souvent des petites et moyennes entreprises. Elles n'ont pas peut-être tous les outils qu'il faut pour bien
sensibiliser leurs personnes, leur entourage de la part des personnes
immigrantes à l'économie, et tout ça, québécoise, au tissu social.
Bien, oui,
effectivement, les campagnes que vous avez nommées, on les a vues. On pense
qu'il faut davantage... Il faut les poursuivre. Il faut en donner...
C'est pour ça qu'on donnait... Par exemple, on donnait celle, là, qui avait eu lieu en Ontario. Il y en a... Je sais que cette
province-là en fait depuis plusieurs années, parce que nous, on était venues
devant cette commission-là voilà quelques années. On avait demandé d'investir
dans des campagnes de sensibilisation grand public. On salue les efforts
qui ont déjà été faits. On veut les poursuivre et... pour représenter des
organismes qui travaillent, et, j'insiste,
avec des employeurs aussi, parce qu'il faut outiller les employeurs au Québec à
bien intégrer, et bien garder en emploi, et bien former ces
personnes-là. Ils ont besoin d'outils de sensibilisation.
Puis je peux peut-être laisser une de mes
collègues, là, qui travaillent avec des entreprises dans la région, compléter
mon intervention.
Mme Laplante (Lyne) : Bien, je peux
peut-être me permettre d'ajouter... Valérie, tu fais référence aux petites et
moyennes entreprises. C'est effectivement une réalité où, quand il y a
seulement quelques travailleurs, et qu'on intègre une nouvelle personne issue
de la diversité, quelquefois, les préjugés racistes, la discrimination dont peut faire l'objet le
nouveau travailleur vient affecter directement le milieu de travail. Ça fait
que, oui, les publications ou les campagnes de publicité à grande échelle sont
superimportantes, mais il faut aussi aller travailler vraiment terrain
pour préparer le milieu à accueillir la personne qui va se joindre parce qu'on
entend trop souvent des situations où ça... La discrimination va se vivre une
personne à la fois, là.
Mme
Fréchette : ...à des guides d'intégration des personnes
immigrantes dans le milieu de travail, préparation des équipes déjà en
place, qui vont cohabiter?
Mme Laplante (Lyne) : Formation,
oui.
Mme
Fréchette : Oui, j'ai vu ça dans plusieurs régions, là, des
guides qui font connaître la région, mais aussi qui donnent des repères
sur la culture d'entreprise, organisationnelle, et tout ça.
Mme
Laplante (Lyne) : Oui, c'est sûr que les programmes de... les PAC,
les programmes d'appui aux collectivités...
Quand on vient donner de la formation en milieu de travail pour préparer la
nouvelle communauté ou le nouveau groupe de travail à accueillir la
personne, ça peut juste être bénéfique pour tout le monde.
Mme Fréchette : OK,
bien, merci. Je vous amènerais maintenant à la page 3, puis il y a des
commentaires que vous avez eus tout à l'heure aussi dans votre
présentation.
Vous mentionnez, en fait, que... Bon, d'une
part, vous avez mentionné que Francisation Québec n'était disponible qu'en
français. J'aimerais tout de même souligner, là, qu'on a des capsules
linguistiques en anglais et en espagnol pour
aider les personnes à compléter le formulaire pour s'inscrire dans le processus
de Francisation Québec. Donc, c'est important de le faire savoir parce
que je pense que ça peut être très utile pour les personnes concernées.
Vous mentionnez donc qu'Accompagnement Québec et
Francisation Québec viennent, en fait, complexifier le parcours des personnes immigrantes et puis que certaines, en fait,
n'oseraient pas demander l'aide de l'État par crainte, en fait, de travailler
et collaborer avec une instance gouvernementale. Donc, est-ce que vous pourriez
élaborer un peu plus sur ces craintes que vous percevez puis quelles mesures
de solution vous verriez à mettre de l'avant?
• (17 heures) •
Mme Roy
(Valérie) : Bien, je vais laisser mes collègues répondre.
C'est quelque chose qui est observé sur le terrain, effectivement.
Mme
Laplante (Lyne) : Oui, bien, c'est sûr et certain qu'il y a
plusieurs personnes issues de la diversité qui vont nous arriver avec une
crainte ou une peur du gouvernement. Ça fait que ça, c'est quelque chose qu'on
va entendre souvent. Ça fait qu'à partir du moment où on leur dit qu'ils
doivent s'inscrire via la passerelle officielle du gouvernement qui...
Puis, je souligne, entre autres, oui, les
capsules sont disponibles en anglais et en espagnol, mais le formulaire, lui,
est uniquement en français. Ça fait que la personne a besoin de soutien pour
être capable de le compléter parce qu'ils ont toujours peur, quand ils vont
faire affaire avec le gouvernement ou une instance, de... peur de représailles
ou de subir des problématiques en lien avec ça. Ça fait que c'est sûr que,
quand on leur dit que c'est le gouvernement, qu'on doit s'inscrire, donc, on
doit passer, bon, l'AI, la plateforme Arrima, et ensuite de pouvoir découler
dans les services, on la sent, cette crainte-là, de plusieurs personnes issues
de l'immigration.
Ça fait que, nous, ce qu'on dit, c'est que,
quand on arrive à mettre une personne en lien, qui est terrain, avec la
personne, pour la rassurer, pour bien l'accompagner, pour l'aider à compléter
ses formulaires, ses demandes, obtenir l'ensemble de ses papiers, de ses
reconnaissances, de tout ce qu'elle a besoin pour pouvoir bien s'intégrer, ça
vient la rassurer, parce que nous, au Québec, on est habitués, comme
Nord-Américains, comme Rosalie disait tout à l'heure, de faire affaire avec les
différentes instances gouvernementales, mais ce n'est pas le cas pour tout le
monde.
Mme Fréchette : Oui, je peux
comprendre la perspective différente, là, qu'ont des personnes immigrantes. Aux
pages 4 et 5, vous mentionnez «qu'en exigeant que les employeurs se
conforment à des normes strictes le gouvernement pourrait réduire les risques
d'exploitation ou de traitement injuste que pourraient subir certains
travailleurs.» Donc, j'aimerais vous entendre, en fait, sur les améliorations
que vous proposez dans l'encadrement, là, parce qu'il y a déjà un encadrement
qui est offert par... assuré par le gouvernement, notamment, bon, les EIMT,
l'escouade qui a été mise en place avec la CNESST. Donc, qu'est-ce que vous
verriez comme mesures additionnelles qu'on puisse mettre en place pour avoir un
encadrement plus complet?
Mme Roy (Valérie) : Bien, dans le
mémoire, on parlait notamment d'avoir... d'assouplir, là, les permis de
travail, qu'ils soient ouverts ou, du moins, de façon sectorielle, les ouvrir
davantage, parce que c'est sûr que ce qu'on entend beaucoup de la part de nos
collègues sur le terrain, c'est qu'il y a quand même beaucoup, malheureusement,
de situations où la personne immigrante est
quand même prise, vous l'avez entendu souvent devant cette commission,
elle n'a pas de recours, donc, et le problème avec tout ça, c'est que je pense
que le gouvernement a quand même une responsabilité de... Oui, vous avez parlé
des escouades, vous mettez des moyens en place, mais il n'en demeure pas moins
qu'il y a encore beaucoup de personnes immigrantes qui n'ont pas... ne peuvent
pas changer d'emploi. Elles sont prises dans
des situations plus précaires. Et aussi, bien, quand ils arrivent ici, souvent,
l'emploi, il va être alimentaire ou il va être au noir, donc... Et ça
s'ajoute un peu à ce qu'on disait tout à l'heure par rapport, des fois, aux ruptures
qu'ils ont avec les institutions dans leur pays
d'origine, donc, ça, ça vient alimenter peut-être la crainte aussi de
prendre... de prendre davantage un pas de l'avant et de changer de travail, de
dénoncer des situations.
Donc, je ne
sais pas si mes collègues veulent ajouter par rapport à ça, ce qu'on dit dans
le mémoire. Oui, vas-y.
Mme Allaire (Johanne) : Oui.
J'aimerais ajouter un élément qu'on a vécu, nous, d'un participant. On les appelle les participants. Il est arrivé au pays
avec toute sa famille avec un permis de travail fermé. Et alors qu'il est arrivé
à l'avance pour se préparer à son nouvel
emploi, il avait trouvé un... il logeait chez des amis, il est allé voir
l'employeur pour se préparer à l'avance. Et là l'employeur, quand il est
arrivé, bien, il dit : Bien non, ce n'est plus 32 $, c'est 17 $ de l'heure. Ça fait que, là, il dit : Bien,
ça ne marche pas. Puis c'est un poste quand même... puis pas le même nombre
d'heures. Donc, il a dit : Non, je
regrette, je ne suis pas capable d'accepter ça. Mais là, demander à cette
personne-là... oui, il y a des
recours, mais ces personnes-là ne feront pas les recours. Puis ça faisait
déjà... Puis là il a fait des démarches incommensurables. C'est... Je
l'admire d'avoir toujours gardé son sang-froid dans toutes ses demandes de
différents gouvernements, différents
paliers, la CNESST, entre autres, les normes du travail, les députés
provincial, fédéral, municipal. Et pour en arriver au bout du compte, il
dit : Une chance que j'ai des amis qui m'ont appuyé financièrement parce que mes enfants commencent à s'habituer et à
s'intégrer. Mais il dit : Je n'ai même pas la possibilité... Il a eu un
permis de travail ouvert pendant trois mois, ce qui était temporaire.
Alors donc, la machine, elle est très, très...
c'est très gros, là, et c'est beaucoup de demander à ces gens-là d'utiliser
les... les ressources légales, je vais les nommer comme ça, là, elles ne le
feront pas. Elles ne veulent pas... Elles ont peur d'être obligées de retourner
dans leur pays d'origine. Alors, c'est un peu, là, les blocages qu'on a dans le
terrain.
Mme Fréchette : OK. Bien, je vous
remercie d'avoir témoigné de ces situations. Je vais céder la parole à des
collègues, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
Merci beaucoup. Merci, Mme la ministre. Alors, je me
tourne du côté de la députée d'Iberville pour une période de
4 min 39 s.
Mme
Bogemans : Parfait. En fait, moi, je voulais simplement vous
remercier pour votre implication locale, là. Ça fait une grande différence. On a de nombreux témoignages, là. Je
connais peut-être un petit peu plus personnellement Mme Laplante,
qui est de Saint-Jean-sur-Richelieu. Les cas ne manquent pas, et les gens qui
passent par le droit à l'emploi, là, ne manquent pas de bons mots à votre
égard.
C'est certain que, nous, la régionalisation est
au coeur du déploiement de la politique d'immigration, puis vous êtes des
exemples, là, vraiment à prendre en compte pour la régionalisation, là. Vous
déployez plusieurs outils. Comment est-ce...
Croyez-vous qu'on peut aller plus loin puis comment que, par exemple,
Accompagnement Québec, qui est un nouvel outil qu'on vient de déployer,
pourrait mieux vous accompagner et accompagner les immigrants?
Mme Laplante (Lyne) : Bien, si
ce... Merci, Audrey, de tous ces bons mots. C'est toujours un privilège,
effectivement. Mais ce que je... ce que je pourrais dire par rapport à l'enjeu
qu'on va vivre en régionalisation, ce qu'on
vit actuellement, c'est qu'avec la diminution du financement qu'on a connue
dans la dernière année, l'ensemble des organismes ont dû faire des choix
et de décider si on va continuer à mettre beaucoup d'argent en régionalisation
ou si on va plus le consacrer en installation. Et nous, actuellement dans la région,
ça rentre tellement de partout en installation, les besoins et les demandes
sont tellement criants que nos énergies vont beaucoup plus de ce côté-là.
Notre souhait est de continuer à faire de la
régionalisation, faire connaître la région. Là, on utilise... On a le
privilège, dans le Haut-Richelieu, de pouvoir avoir une belle délégation et un
milieu qui est hautement accueillant et qui
s'est mobilisé pour aller recruter, je dirais, et convaincre les gens de s'en
venir à Saint-Jean. Ça fait que ce n'est plus juste nous qui
l'apporte, le volet régionalisation, mais c'est sûr qu'il faut... il faut être
capable de bien accompagner les gens et qu'on ait le temps de le faire pour
leur permettre de bien découvrir la société québécoise, de bien prendre le temps
de s'enraciner dans le nouveau milieu dans lequel ils veulent être.
Ça fait que c'est sûr que le financement est au
coeur de nos préoccupations parce que, là, on va au plus urgent, à répondre aux besoins des humains qui se
présentent en détresse à la porte. Ça fait que nos énergies sont plus
tournées vers l'installation que la régionalisation.
Mme Bogemans : Merci beaucoup. Je
voulais passer la parole maintenant à Mme la ministre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, merci. Alors, je vais revenir à la ministre. Il vous
reste 1 min 54 s.
Mme Fréchette : Oui, merci.
Alors, je voulais simplement vous signaler qu'on m'informe, en fait, que les
formulaires d'inscription pour Francisation Québec sont également disponibles en
anglais et en espagnol. Alors, on va s'assurer que les liens soient davantage
visibles parce que vous n'êtes pas le premier groupe qui nous mentionniez
que... mentionnez que ce n'était pas accessible. Alors, on va faire un petit
ajustement pour faire en sorte que ce soit plus visible et accessible aisément.
Merci, Mme la Présidente.
Une voix : Merci.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, la députée de Laviolette—Saint-Maurice,
il vous reste 1 min 24 s.
Mme Tardif : Merci. Bonjour.
Merci d'avoir pris le temps, là, de venir nous rencontrer et de préparer un mémoire. On sait que c'est quand même assez
exhaustif. Vous avez soulevé bon nombre d'embûches : le temps de formation
en francisation, vous parlez des problématiques pour s'inscrire sur le
site Internet, les délais des cours, souvent, pour débuter les cours sont trop
longs, vous nous demandez d'accompagner davantage, etc. Quelles sont les
pratiques les plus prometteuses que vous avez vues sur le terrain? Avez-vous des
exemples qui pourraient favoriser l'accueil au niveau de la collectivité?
• (17 h 10) •
Mme Roy (Valérie) : Est-ce que
vous avez un exemple terrain à partager, Rosalie? Je pense que...
Mme Di Lollo (Rosalie) : Je me
permets, oui, de répondre à cette question. Merci, Mme la députée. En fait,
nous avons un exemple de l'Allemagne, un pays européen qui, lui, dans son
service d'immigration, dans son système d'immigration, a systématiquement des
personnes-ressources relais dans la communauté qui sont assignées à chaque
personne immigrante qui entre dans le pays. Donc, on ne leur demande pas de
s'inscrire à un service quelconque d'accompagnement,
mais on leur offre cet accompagnement-là, systématiquement, dès l'entrée au
pays. Donc, ils sont tout de suite associés à une personne-ressource
relais dans la communauté, surtout les organismes communautaires, les
organismes terrain qui ont l'expérience et l'expertise, qui ont les ressources
également...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
Mme Di Lollo (Rosalie) : ...pour
vraiment pouvoir accompagner la personne. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Malheureusement, je dois terminer avec le
premier groupe. Je me tourne maintenant du côté de l'opposition. On poursuit
nos discussions pour 12 min 23 s avec la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous. Très... très intéressant. Vous avez
mentionné, Mme Roy, je pense que c'est vous qui a mentionné au début que
vous avez aidé au maintien à l'emploi plus que 90 000 personnes. Wow!
Mme Roy
(Valérie) : Ça, c'est dans... Ça, c'est globalement, oui, les
personnes desservies par tous les services.
Mme Lakhoyan Olivier : Globalement,
sur combien de temps?
Mme Roy (Valérie) : C'est
annuellement. C'est annuellement. C'est... Bon an, mal an, là, c'est entre
80 000 et 100 000 personnes qui sont desservies par les services
des centres-conseils en emploi. Mais ce n'est pas tous en immigration par
contre, là. C'est des gens qui viennent cogner pour avoir des services publics
d'emplois via... via les organismes d'AXTRA, les centres-conseils en emploi.
C'est quand même beaucoup de personnes.
Mme
Lakhoyan Olivier : Donc, vous trouvez de l'emploi pas seulement aux
immigrants, mais aux citoyens aussi.
Mme Roy (Valérie) : Voilà.
Exactement. Et, sur les 100 organismes, il y en a quand même une
trentaine, comme je disais d'entrée de jeu,
là, effectivement, qui sont à la fois en entente avec le ministère de
l'Immigration, donc qui ont la spécialité de l'accueil et
l'établissement, et après assurer les services d'employabilité, là.
Mme Lakhoyan Olivier : Wow! C'est
bien. Merci. Je vais revenir à madame qui n'a pas pu terminer qu'est-ce qu'elle
parlait. Je ne me rappelle pas votre nom. Je crois que ça a rapport avec votre
point à la page 3, 1.1 : Des structures administratives et des lois
mieux adaptées aux besoins réels. Je pense que ça a rapport avec ça, ce que vous disiez. Vraiment, vous... vous parlez de
beaucoup de manques d'organisation... organisationnels ou prises en charge,
lourdeurs administratives. Je pense que vous alliez... en donnant l'exemple de
l'Allemagne, vous étiez en train d'expliquer ça. J'aimerais que vous continuiez
à nous expliquer votre exemple, et nous parlez un peu plus de ce 1.1, comment
on peut améliorer les services. La parole est à vous.
Mme Di Lollo (Rosalie) : Merci
beaucoup. Merci, Mme la députée. En fait, oui, ma suggestion, ce qu'on... la bonne
pratique de l'Allemagne recoupe... celui-ci aussi recoupe également l'expertise
et l'expérience des centres-conseils en emploi dans l'accompagnement, et pas
juste des centres-conseils en emploi, mais les centres qui ont des ententes
avec le ministère de l'Immigration aussi. En fait, c'est que la
personne-ressource ou relais est vraiment là pour
aider la personne à faire une transition complète à la nouvelle société
d'accueil, donc qui va vraiment être la personne qui va inculquer les
nouvelles façons de penser, qui va informer sur les ressources, qui va
accompagner vers ces ressources-là aussi.
Donc, ce sont des personnes qui, généralement, sont des personnes de la
communauté désignée, donc des
organismes désignés qui ont le mandat d'accompagner les personnes
systématiquement lorsqu'elles entrent au pays, en Allemagne. Et, en
fait, ça vient... ça vient en fait...
Parce qu'on parle, dans le
mémoire, de surresponsabilisation aussi des personnes immigrantes lorsqu'il en vient au système d'immigration et à leur
intégration à la société québécoise. Donc, on vient un peu enlever le fardeau
sur la personne immigrante de tout faire individuellement, seule, alors
que, dans le pays d'origine, ce n'est peut-être pas comme ça qu'ils
fonctionnaient. C'est... Puisque ce sont des systèmes plus collectifs, c'est...
Et on le voit sur le terrain aussi, les
personnes immigrantes qui arrivent, elles sont habituées d'interagir avec des
gens plutôt que des systèmes informatiques ou de la technologie. Ils sont
habitués d'avoir quelqu'un à qui ils peuvent
se référer directement, que ce soit pour les formulaires ou quoi que ce soit
d'autre. Les systèmes d'autres pays, souvent,
c'est l'accompagnement des humains qui est préconisé. Et donc, lorsqu'ils
arrivent ici et qu'ils se butent à des systèmes technologiques, à des
systèmes très individualistes et avec beaucoup de procédures, ils sont un peu
perdus, ils sont confus et ils ont besoin de cet accompagnement-là pour les
éclairer sur notre manière de fonctionner et sur notre système.
Mme
Lakhoyan Olivier : Donc, vous parlez de l'Allemagne, mais là vous
avez mentionné d'autres pays. Quels autres pays qui fonctionnent de
cette manière, accompagnement en personne au lieu de système informatique?
Mme Di Lollo (Rosalie) : Je vais
rephraser parce que je crois que mon commentaire a été mal compris. Donc, ce
que je dis, c'est que les personnes immigrantes, leur pays d'origine, ne
fonctionnent pas comme le nôtre. Donc, dans leur pays d'origine, ces
personnes-là, pour beaucoup, elles vont vers des interactions en personne avec
un contact humain pour faire ce genre de choses là et pour se faire accompagner
dans toutes sortes de sphères de la société. Donc, c'est pour ça qu'on suggère,
en fait, qu'il y ait cette personne-ressource, ce relais-là sur le terrain, parce qu'en tant que tel ça va donner... C'est un
procédé, un processus qui va leur... qui est plus... avec lequel ils sont plus
familiers. Ce sont des référents avec
lesquels ils sont plus familiers. Et les personnes-ressources sur le terrain,
comme nos intervenants dans les centres-conseils en emploi, dans nos
organismes communautaires, on a souvent des 10, 15, 20, 25 ans et plus, même, d'expérience terrain, d'expertise, donc
on pourrait facilement accompagner ces personnes-là, faire le relais et
les doter d'un système à référent plus familier afin d'effectuer une transition
plus fluide.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc, si je
comprends bien, les gens qui arrivent ici, on les prend en main et puis on les
dirige au bon organisme afin d'avoir un suivi, que cet immigrant, que ce soit
un travailleur, n'importe quel statut, qui
rentre, on prend... on prend en charge, le ministère ou le gouvernement va
prendre en charge, on va pouvoir mieux les guider pour... pour tout le
reste qu'ils ont besoin à faire pour s'intégrer et bien vivre ici parmi nous.
Mme Di Lollo (Rosalie) : Voilà.
Effectivement. On parle ici d'un accompagnement systématique et non pas de
demander à une personne immigrante de s'enregistrer pour un accompagnement.
Mme
Lakhoyan Olivier : J'ai déjà entendu avec d'autres groupes du genre un
comptoir, un comptoir d'immigration, là, mais, en même temps, on aura...
on aura les chiffres des gens qui rentrent, et c'est quoi, les statuts, où ils
sont rendus, qu'est-ce qu'ils font. Ils ne seront pas perdus dans la province.
Et puis on va les aider de cette manière à réussir leur vie au Québec. On va
prendre note, définitivement.
Donc, vous parlez... il faut donner plus de
flexibilité et des ressources aux organismes. Pouvez-vous élaborer là-dessus?
Mme Roy (Valérie) : Bien, je peux
commencer, puis mes collègues qui dirigent les organisations terrain vont
pouvoir le dire, là, il y a des efforts, là, considérables qui sont faits, là,
par le gouvernement pour financer tous ces programmes-là, d'aide et
d'accompagnement, on le reconnaît, mais on sent un resserrement dans les
critères d'admissibilité. Et moi, j'aimerais
le dire, là, les intervenants qui travaillent... On sait bien, là, c'est
l'humain qui est au coeur de la problématique ici des personnes
nouvellement arrivées, mais on voit... quand on parle de non-flexibilité, on parle aussi d'un accroissement des tâches
administratives, une fonctionnarisation des personnes qui travaillent dans
les organismes terrain. Donc, à ce moment-là, ça devient... ça devient
difficile, là, pour les intervenants. Ils doivent... Les critères
d'admissibilité sont plus... ne répondent pas nécessairement aux besoins. Puis
on va pouvoir, dans quelques secondes,
donner des exemples concrets par mes collègues, des profils qu'on ne peut pas
desservir parce que les critères d'admissibilité ne collent pas à la
réalité ou aux nouvelles réalités.
Et il faut de la reddition de compte, c'est des
fonds publics, c'est primordial. Mais la raison pour laquelle on prolonge les
services du gouvernement auprès de ces organismes terrain là, c'est justement
pour être plus agile puis pour pouvoir donner un service efficace. Donc, on
a... il y a une tendance lourde qui se décide sur les épaules des personnes terrain.
Ils doivent de plus en plus se soumettre à une reddition de comptes qui vient,
bien, amputer le temps d'intervention qu'ils ont carrément avec les personnes
dont... bien, les personnes qu'ils desservent.
Donc, peut-être, je ne sais pas qui voudrait donner
un exemple concret.
Mme Allaire (Johanne) : Si je
pouvais... Si je pouvais ajouter un élément...
Mme Roy (Valérie) : Oui, vas-y.
Mme Allaire (Johanne) : ...bien sûr,
parce que, quand on... dans notre organisme, on a les cours de français à temps
partiel, on a les Objectif intégration, qu'on souhaiterait d'ailleurs que toute
personne immigrante arrivant sur le territoire qui parle
français puisse accéder, peu importe le statut. Ça en fait partie, des valeurs
communes de l'histoire du Québec, et donc faciliter l'intégration et déjà de se
créer un réseau. Ces personnes-là, qui viennent en français à temps partiel,
une fois qu'ils comprennent un peu plus le français, on voudrait bien les
intégrer, mais, s'ils ont le statut de demandeur d'asile, on doit leur dire
non. C'est un crève-coeur. On est déjà en relation d'aide. Puis on travaille
tous, hein, autour de la table, sur écran, là, on est tous là pour la même
mission, je crois, et j'aime le croire, qu'on est tous là pour faciliter et
réussir l'intégration et le maintien en emploi au Québec. Ça en fait partie.
• (17 h 20) •
Mme Lakhoyan Olivier : Vous
mentionnez ici encore, à la page 3, point e : «elle néglige
certains aspects de la réalité
multidimensionnelle des personnes immigrantes, notamment tout ce qui est Financement-Québec et les délais imposés par la nouvelle loi n° 96.»
Comment la loi n° 96 affecte?
Mme Roy (Valérie) : Je pense que
Rosalie va pouvoir y aller là-dessus, peut-être.
Mme Di
Lollo (Rosalie) : Oui. Très bien. Merci. Donc, en fait, la loi...
bon, les personnes immigrantes, quand elles arrivent ici, elles ont
énormément de préoccupations : des préoccupations d'installation, des
préoccupations financières, des préoccupations éducatives par rapport à l'école
de leurs enfants, par rapport à toutes les sphères de notre société qui ont
besoin d'être faites. Donc, elles ont énormément de préoccupations. Elles ont
également, dépendamment des statuts, des
préoccupations qui sont totalement différentes. Les demandeurs d'asile vont
avoir souvent des préoccupations beaucoup plus élevées et beaucoup plus énormes
que d'autres strates de l'immigration simplement par leur statut et par
leur parcours migratoire en tant que tel. Donc, souvent, il y a des stress
post-traumatiques avec lesquels on doit gérer. Souvent, il y a des réalités
également de devoir déposer un dossier pour se faire entendre à la commission
des réfugiés dans les 45 jours suivant l'arrivée, avec toute la paperasse
administrative qui vient avec ça.
Donc, en tant
que tel, cette réalité-là fait en sorte que, lorsqu'on vient pour apprendre le
français, et aussi, bon, le six mois, quand on parle de pénurie de professeurs
en francisation, quand on parle de délais d'attente un peu plus longs...
Mme Lakhoyan Olivier : Excusez-moi.
Mme Di Lollo (Rosalie) : Oui?
Mme
Lakhoyan Olivier : Donc, la
loi n° 96,
c'est la partie de six mois que vous n'êtes pas... vous ne trouvez pas
pratique. C'est ça?
Mme Di
Lollo (Rosalie) : Bien, effectivement, elle engendre des défis
d'intégration quand même assez énormes dus à ces réalités multidimensionnelles
là et toutes les autres sphères de l'immigration. Donc, en six mois, si la
personne...
Nous, chez
nous, ce qu'on remarque, c'est que, lorsqu'on essaie d'inscrire quelqu'un en
francisation, souvent, ils doivent attendre deux, trois mois, si ce n'est pas,
même, une session complète. Donc, lorsqu'une session complète est de trois,
quatre mois, il ne reste que deux ou trois mois à la personne pour apprendre le
français adéquatement avant de ne plus pouvoir recevoir de services dans
une autre langue.
Mme Lakhoyan Olivier : Une dernière
question avant la fin. Est-ce que les gens qui viennent ici veulent apprendre le
français, oui ou non?
Mme Di Lollo (Rosalie) : Absolument.
Absolument.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc, le six
mois, ce n'est pas...
Mme Di Lollo (Rosalie) : Ce n'est
pas assez.
Mme
Lakhoyan Olivier : ...ce
n'est pas grave. Il faut donner le temps jusqu'à ce qu'ils soient à l'aise en
français. C'est ça?
Mme Di Lollo (Rosalie) : Oui, tout à
fait.
Mme Lakhoyan Olivier : Bien,
j'apprécie beaucoup votre temps. Merci beaucoup.
Mme Di Lollo (Rosalie) : Merci à
vous.
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée. Alors, on termine
cette... cette audition avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Très intéressant. Un mémoire bien détaillé aussi. Merci beaucoup.
Je reviens à
la page 5. Vous en avez parlé un petit peu tout à l'heure, sur les permis
de travail fermés, les solutions au
permis de travail fermé, bon. Vous avez lancé, dans votre mémoire, l'idée du
permis sectoriel. Vous avez parlé, un petit peu aussi, qu'il pourrait
être ouvert, tout simplement. Bref, est-ce que vous avez une position qui est
fixe ou si, finalement,
vous recommandez des assouplissements généraux en vous disant : Bon, il
faut juste absolument sortir du régime actuel, finalement, là?
Mme Roy (Valérie) : Bien, rapidement, pour
répondre clairement, on tend vers une ouverture. Notre position, c'est
vraiment d'aller vers une ouverture des permis, pour toutes les raisons qu'on a
nommées et dans le mémoire et dans l'audition aujourd'hui, et particulièrement
dans un contexte... le contexte actuel, le marché du travail, qui est très
serré, on ne peut pas se permettre, collectivement, de perdre des compétences.
Et ce qu'on voit, là, on ne l'a pas nommé,
mais je pense qu'il y a des intervenants qui, précédemment, devant cette
commission-là, l'ont fait, on regarde les profils de compétence, la hauteur
de... le degré de scolarité des personnes demandeuses d'asile, c'est quand même
assez élevé. Il y a beaucoup de gens qui arrivent, en ce moment, ils sont pris
aussi, les personnes nouvellement arrivées, elles ont des taux de diplomation
élevés. On a vraiment... Il y a une adéquation entre les besoins du
marché du travail et les compétences des individus qui n'est clairement pas
faite, et la non-ouverture des permis de travail vient vraiment freiner cette
adéquation-là, dont on a besoin, collectivement, en raison de la crise de
main-d'oeuvre. Je laisserais... Bien, allez-y.
M.
Cliche-Rivard : Parce que les demandeurs d'asile ont un permis de
travail ouvert, et ça se passe bien, là, il n'y a pas de problématique. S'il y
a un employeur abusif, ils le quittent, et voilà.
Une voix : Bien,
c'est très court.
M.
Cliche-Rivard : Comment?
Mme Laplante (Lyne) :
Bien, ce que j'allais ajouter, c'est que, oui, pour les demandeurs d'asile,
s'ils ont le permis ouvert, donc, ils
peuvent quitter, mais ils n'ont pas accès aux services d'employabilité, les
demandeurs d'asile.
M.
Cliche-Rivard : Je comprends.
Mme Laplante
(Lyne) : Mais, si on prend les travailleurs étrangers temporaires, je
vais vous donner un cas de figure qu'on a
vécu dernièrement où deux travailleurs étrangers sont arrivés avec un permis de
travail fermé destiné à un employeur dans le secteur de la construction; par le
temps qu'ils arrivent, l'employeur a perdu certains contrats, donc ne
peut plus leur garantir leurs 40 heures-semaine. Résultat, ils
travaillent, en moyenne, 15, 18 heures-semaine, et l'employeur ne veut pas
faire de mise à pied puisqu'il a déjà investi pour aller chercher les
travailleurs.
M.
Cliche-Rivard : Je comprends.
Mme Laplante
(Lyne) : Il dit : Bien, éventuellement, on va retrouver d'autres
contrats. Mais eux ne sont pas capables de subvenir à leurs besoins. Ça fait
qu'on se prive de cette main-d'oeuvre-là parce qu'ils travaillent à temps
partiel. Ils sont incapables de se nourrir, de payer leurs logements, et ils
sont pris, un peu, dans une situation parce qu'ils
ont un permis fermé. Ça fait qu'on ne peut pas les aider à trouver un autre
travail pour venir combler le manque à gagner.
M.
Cliche-Rivard : Puis Immigration Canada n'est pas particulièrement
rapide à réagir ou à émettre un permis de travail dans une situation de
vulnérabilité, là. On le voit, je veux dire, vous êtes plusieurs groupes à
l'avoir dénoncé. Il y a des demandes qui sont faites pour ouvrir le permis, il
n'y a presque pas de réponse ou, en tout cas, c'est très compliqué. Ce qui
revient à ce qu'on proposait avec d'autres groupes, là, l'idée de faire une
autorisation de travail québécoise,
finalement, parce que, je veux dire, le Québec a énormément de compétence en
matière de travail. Le Québec
pourrait délivrer une autorisation, par son ministère de l'Immigration, en
disant : Vous savez quoi? Moi, je réalise
que vous êtes dans une position vulnérable, difficile et précaire. Moi, je vous
permets, en tant que gouvernement du
Québec, de travailler à tel autre endroit ou d'ouvrir votre permis. Parce
qu'après tout, au final, je veux dire, le Québec est responsable de sa
juridiction de compétence du travail. Vous en pensez quoi?
Mme Roy (Valérie) : Oui, effectivement, ça
pourrait, disons, solutionner beaucoup de délais. Mais j'aimerais mettre... Parce que, là, on... J'aimerais mettre,
là, la lumière sur ce que ma collègue Mme Laplante a dit : C'est
important pour les personnes demandeuses d'asile d'avoir accès à des
services rapidement.
M.
Cliche-Rivard : Tout à fait.
Mme Roy
(Valérie) : Parce j'aimerais juste... Parce qu'il y a des projets
pilotes qui ont été financés dans le cadre du dernier budget provincial, on le
salue, mais c'est au compte-goutte, c'est au compte-goutte. Vous savez, les volumes, ça rentre à la pelletée. On les... Il y a
des listes d'attente. Il faut que les personnes demandeuses d'asile, au-delà du
permis de travail, il faut vraiment qu'elles aient accès rapidement à des
services d'employabilité.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup.
Mme Roy
(Valérie) : Et ça, c'est timide, ce qui a été fait. Je suis désolée...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Je dois...
Mme Roy
(Valérie) : ...mais je veux vraiment insister là-dessus.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Je dois vous arrêter, tout le temps que nous
avions pour cette audition est écoulé. Mais je vous remercie infiniment pour
avoir déposé votre mémoire, pour avoir expliqué vos recommandations aussi.
Alors, sur ce, je vous souhaite une bonne fin de journée.
Et,
pour les membres de la commission, je suspends quelques instants, le temps de
recevoir notre prochain groupe.
(Suspension de la séance à
17 h 28)
(Reprise à 17 h 31)
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations avec les citoyens
reprend ses travaux.
Alors, pour terminer
cette journée, nous recevons le Réseau des services spécialisés de
main-d'oeuvre. Alors, madame, monsieur, bienvenue à la Commission des relations
avec les citoyens. Donc, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre exposé, mais évidemment pour vous
présenter aussi auprès des parlementaires, avec qui nous allons entamer,
par la suite, une période de discussion. Alors, le micro est à vous.
Réseau des services spécialisés de main-d'oeuvre (RSSMO)
Mme Al Yahya
(Nisrin) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Donc, Mme la Présidente,
Mme la ministre, Mmes et MM. les députés,
bonjour à toutes et à tous. Nous tenons à vous remercier, mon collègue Emilien
et moi-même, au nom des membres du Réseau de services spécialisés de la
main-d'oeuvre, le RSSMO, pour le temps accordé aux réflexions que nous vous
proposons aujourd'hui en réponse à la consultation sur la planification de
l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Permettez-nous,
tout d'abord, de vous présenter brièvement notre réseau. Le RSSMO regroupe
45 organismes présents dans 14 régions du Québec et établis dans
90 points de service. Ils viennent en aide à plus de
25 000 personnes par année.
Depuis 40 ans, leur mission première est le développement de
l'employabilité visant l'intégration, la réintégration et le maintien en
emploi des personnes rencontrant des difficultés particulières d'insertion
socioprofessionnelle. Ils travaillent en
partenariat avec les différents paliers du gouvernement pour offrir à la
population des programmes et mesures personnalisés et adaptés à chaque
individu.
L'objectif principal
de notre mémoire est de mieux contextualiser la place des personnes immigrantes
dans la société québécoise et d'approfondir
la compréhension des obstacles à leur inclusion pérenne au Québec. Nous
proposons un ensemble de recommandations qui suivent cet objectif et les avons
rassemblés en deux grandes parties. La première est les enjeux de pouvoir constitutif de
l'immigration. Nous ciblons d'abord l'urgence de prendre acte des enjeux de
pouvoir constitutif de l'immigration et du vécu des personnes racisées
au Québec en les nommant, les reconnaissant publiquement et en mettant en place
des mesures concrètes et contraignantes pour y apporter des solutions.
Notre première
recommandation est de détacher l'immigration de la protection du français. Pour
mieux réfléchir à la place qu'occupe le français dans nos politiques
migratoires, nous citerons une étude réalisée en 2022, intitulée L'immigration
et la pérennité du français au Québec, qui vise notamment à clarifier
l'impact envisagé de l'immigration sur le
déclin du français parlé au Québec. Je cite : «La conclusion que l'on peut
dégager de ces simulations est très claire : quel que soit
l'indicateur linguistique utilisé pour définir le groupe linguistique
francophone, même des mesures extrêmes, totalement utopiques, ne permettent pas
de renverser la tendance de long terme au sein de la société québécoise. Comme
le soulignent les auteurs du rapport de l'OQLF publié en 2021, une modification
dans la composition linguistique de l'immigration économique n'ajouterait donc
que quelques milliers de personnes de langue française, tous indicateurs
confondus, chaque année, sur une population de plusieurs millions de personnes.»
D'où provient cette
étude, pourra-t-on se demander? Du ministère de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration, qui a mandaté, en 2022, le démographe Marc
Termote, spécialiste des questions migratoires à l'Université de Montréal, une
étude qui rejoint les conclusions de l'observatoire québécois de la langue
française concernant l'impasse des politiques migratoires linguistiques visant
à freiner le déclin du français dans la province. Bien que mandatée par le
MIFI, cette étude présente une analyse concrète qui semble contrevenir à la
fois aux propositions spécifiques du gouvernement mais aussi à la stratégie en
matière d'immigration articulée autour de la protection du français.
Pour nous, chaque
individu est porteur de culture, peu importe ses origines, et nous tenons à
souligner que ce n'est pas parce qu'une personne parle une langue qu'elle
comprend les us et coutumes et les cadres de référence de la société qui
l'accueille, et que, par conséquent, cette dernière a la responsabilité de mettre
en oeuvre un mécanisme cohérent et accessible à cet effet. Dans une optique
d'adéquation entre les valeurs de la société québécoise et celles des personnes que nous accueillons, le RSSMO
recommande de s'engager dans une valorisation de la langue française
comme pont entre les cultures et non comme condition d'acceptance et
d'inclusion, une langue permettant l'adhésion et la contribution à la culture
distincte de notre Québec.
Notre deuxième recommandation est la
reconnaissance active du racisme et la discrimination systémique. Nous
demandons une reconnaissance urgente du lien constitutif entre l'immigration et
les phénomènes du racisme et discrimination systémique,
dont la dénégation régulière par le gouvernement nuit au vécu des personnes
accueillies au Québec. Nous demandons donc
le développement concret de formations pour l'ensemble des membres de la
fonction publique et pour les
personnes, institutions et organismes responsables de l'accueil des personnes
immigrantes. Ce travail doit être
effectué en dialogue et de concert avec les partenaires actifs dans la lutte
contre le racisme et la discrimination systémique.
Notre
troisième recommandation est d'accroître l'imputabilité concrète des pouvoirs
publics. Nous recommandons la prise
d'une posture de leadership ciblé et rassembleur du gouvernement dans
l'accueil, l'intégration, l'accompagnement, le maintien et l'inclusion des personnes immigrantes. Dans cette optique
d'imputabilité, nous recommandons également la production d'indicateurs
qualitatifs et de données qualitatives permettant la mesure et le suivi des
faits évolutifs sur le terrain.
Ensemble, ces trois mesures sont une étape
primordiale d'analyse du vécu des populations immigrantes afin d'encourager une
société québécoise qui sourit à toutes et à tous. Il s'agit d'un devoir envers
la diversité, qui, rappelons-le, avait déjà été identifié il y a plus de
30 ans par le gouvernement de Robert Bourassa.
Notre deuxième partie est articulée autour d'une
meilleure valorisation pour mieux inclure. Donc, nos quatre prochaines
recommandations font l'ébauche du travail collectif d'inclusion et de
valorisation des personnes immigrantes, caractérisé par une approche solidaire,
curieuse et humble.
Notre quatrième recommandation est donc lutter
contre la déqualification des professionnels immigrants. Le RSSMO rejoint les
objectifs du gouvernement en matière d'attractivité et d'inclusion de la
main-d'oeuvre qualifiée étrangère puisque le maintien en emploi est un des
leviers principaux de la rétention de la population immigrante sur le
territoire. Nous recommandons l'assouplissement, la facilitation et
l'accélération de la reconnaissance des acquis et diplômes obtenus à l'étranger. Nous recommandons la mise en place
d'un cadre référentiel commun contraignant aux ordres professionnels,
aux établissements d'enseignement, aux organismes de réglementation et autres
partenaires gouvernementaux, facilitant ainsi l'accès à une reconnaissance
d'acquis des études et des compétences obtenues hors Québec.
Notre cinquième recommandation est de soutenir
les organismes dans la réalisation de leur mission auprès des personnes
immigrantes. Nos organismes membres appliquent une approche spécialisée,
globale et individualisée auprès des personnes accompagnées, qui répond à la
nécessité de lier l'intégration sociale à l'intégration au marché du travail. Cette approche se caractérise par une
méthode de communication et d'appréhension de problèmes, débouchant sur
des interventions adaptées qui prennent en compte la diversité. L'interaction
qui tient compte des problématiques vécues
par chaque personne sur les plans personnel, familial, culturel, financier et
professionnel est déterminante dans la démarche d'intervention.
Cette approche implique autant l'accompagnement
des immigrants que les employeurs pour favoriser une intégration, un maintien en emploi et une inclusion dans l'entreprise,
des étapes préliminaires à l'inclusion des personnes immigrantes dans notre société québécoise. Cet
accompagnement nécessite donc un financement adéquat à la réalisation de la
mission des organismes qui oeuvrent auprès de ces personnes, garantissant un
suivi continu dans toutes les régions de
la province et limitant la possibilité de bris de service et de perte
d'expertise dans les milieux communautaires à tous les niveaux.
Notre sixième recommandation est le
développement de l'accessibilité et la flexibilité des services d'aide et
d'accompagnement des personnes immigrantes. Nous rejoignons ainsi la réflexion
du gouvernement concernant la complexité des services d'aide et
d'accompagnement. Il n'est toutefois pas réaliste de penser que les plans
d'action développés lors de l'accompagnement
puissent se réaliser à très court terme sans passer par des étapes et une
progression sur le long terme afin de permettre à ces personnes de
comprendre les codes culturels et le savoir-être requis pour une intégration et une inclusion réussie sur le
marché du travail. Nous recommandons ainsi la mise en place de services compréhensibles, flexibles, accessibles et adaptés
aux besoins spécifiques et réels des différents groupes qui composent notre
population immigrante, incluant la possibilité de combiner des mesures de
services ainsi que de maintenir des suivis nécessaires à la réalisation
des objectifs.
• (17 h 40) •
Notre septième et dernière recommandation est
l'accompagnement des milieux professionnels. Appuyer le développement et la
disponibilité des ressources pour les employeurs dans l'objectif de favoriser
l'inclusion en entreprise est un incontournable, selon nous. La création de
milieux de travail qui respectent la personne immigrante par une sensibilité à sa vision du monde, à ses
valeurs, à ses besoins, passe par une préparation à tous les niveaux. Des interventions
qui mettent en oeuvre certains principes de l'approche interculturelle sont
aujourd'hui des impératifs et des incontournables. Un accompagnement adéquat de
la part de nos ressources communautaires professionnelles, compétentes,
qualifiées et expertes en matière de diversité et de gestion de la diversité,
offert à toutes les parties prenantes,
permettra d'outiller et d'améliorer les interactions et de créer des espaces
réels de dialogue qui mèneront à une amélioration des pratiques et une
inclusion à long terme dans les entreprises.
Pour conclure, les organismes du RSSMO oeuvrent
auprès de leurs participants, toutes origines confondues, pour s'assurer de réaliser un accompagnement de
choix, des interventions de qualité et la meilleure adéquation possible
entre les personnes et les profils ainsi que les besoins du marché du travail.
Donc, on parle ici de l'importance de l'emploi
de qualité, une adéquation qui nécessite un travail de fond réflexif et
constructif en lien avec l'accompagnement, la compréhension des défis personnels et professionnels, le placement en
emploi, le maintien en entreprise et l'inclusion dans l'équipe de
travail.
Ce modèle en
est un qui, si appliqué à l'ensemble des acteurs de l'écosystème, mènera sans
doute à la réalisation d'un vivre-ensemble de choix. Il ne s'agit pas de
rédiger un code de bonnes pratiques, mais de réfléchir à des pistes communes concrètes, où
chacune et chacun explore, dans ses milieux respectifs, les limites et les
avantages des pratiques d'inclusion. C'est avec cette approche globale que nous
obtiendrons une adaptation des pratiques permettant à notre société et à
nos entreprises d'évoluer et d'avancer pour combler non seulement les besoins
de main-d'oeuvre, mais aussi de prendre l'individu, dans son intégralité et
dans son humanisme, en considération et ainsi que dans sa complexité, sa
richesse et son apport.
La planification
réfléchie de l'immigration nous mènera à mieux cibler nos seuils d'immigration,
nos besoins humains, socioculturels et économiques. Elle doit encourager un changement
des discours publics en lien avec l'immigration, qui nourrissent la vision de
l'inclusion des personnes immigrantes dans notre société non plus comme une menace, mais comme un levier précieux de
développement pour l'avenir du Québec. Face à la complexité des défis humains, économiques et socioculturels auxquels
fait face la société québécoise, l'immigration doit être perçue et présentée comme
une opportunité à saisir plutôt qu'une problématique à résoudre.
Permettez-nous de
finir en disant qu'il est temps de penser que le mot «immigration» rime avec
«solution». Nous vous remercions de votre attention et avons hâte d'échanger
avec vous.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation, pour
ces propositions qu'on va justement
commencer à discuter avec la ministre pour une période de 14 min
59 s. Elle vous a laissé un petit peu de temps, justement. Le temps
est à vous, Mme la ministre.
Mme
Fréchette : Merci, Mme la Présidente. Bien, merci à vous deux de
prendre part à cet exercice. Je suis contente qu'on ait l'occasion de vous
entendre.
Je commencerais par
reprendre, en fait, la phrase de conclusion que vous avez amenée parce qu'elle
reprend intégralement une phrase qui avait
été portée par... dite par le premier ministre, dans son discours inaugural, à
l'effet que l'immigration est une
solution. Il l'a dit tel quel. Alors, on est dans une vision convergente, bref,
quand il s'agit d'immigration.
Donc, c'est vraiment la façon qu'on a eue d'aborder l'immigration dans le cadre
de la réflexion sur la réforme à apporter au programme d'immigration
économique. Donc, on a vraiment orienté nos travaux en fonction du fait qu'effectivement il y a possibilité pour
l'immigration d'être une solution, notamment pour le fait français, de là l'intégration
d'exigences en lien avec la connaissance du français.
J'aimerais faire un
commentaire, là, sur un des thèmes que vous avez abordés. On voit qu'en fait un
de vos objectifs, là, consiste à nous
sensibiliser à la réalité migratoire et à offrir une meilleure connaissance,
là, des obstacles à l'inclusion des personnes immigrantes dans la
société, à faire en sorte que leur processus d'immigration soit une réussite, et j'aimerais souligner, en fait, qu'on
a eu plusieurs actions, en tant que gouvernement, orientées vers cet objectif.
Donc, on peut, par
exemple, penser à la mise en oeuvre, là, des recommandations du groupe d'action
sur le racisme au Québec. On a un ministre
responsable de la Lutte contre le racisme. On a aussi 22 projets qui ont
été financés par le programme d'accompagnement des communautés dans le
cadre de la Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine. Donc,
ça, c'est une autre mesure qu'on a mise en place. Puis on a signé
183 ententes qui soutiennent des projets et des activités contre le
racisme. Donc, ça, c'est un volet très important aussi de notre action. Et j'ajouterais qu'il y a plusieurs formations
obligatoires qui sont offertes au personnel du ministère, donc, des formations
en ligne sur l'homophobie, sur la transphobie ou sur le racisme pour les
employés de l'État. Donc, bref, il y a plusieurs actions, déjà, qui
s'inscrivent dans ce que vous mettez de l'avant comme perspective.
Comme première
question, en fait, je vous amènerais la page 16, là, de votre mémoire,
vous recommandez... à la page 16, vous recommandez la production de
données et d'indicateurs qualitatifs pour suivre des faits évolutifs sur le terrain. Donc, j'aimerais ça que vous me
donniez des suggestions d'indicateurs auxquels vous pensiez pour que vous
imagiez, donc, votre concept, là, d'inclusion pérenne des personnes immigrantes
dans la société.
Mme Al Yahya
(Nisrin) : Bien, c'est une excellente question. Merci, Mme la
ministre. Dans le fond, quand on parle d'indicateurs en général, c'est parce
que, pour nous, il est très important de pouvoir avoir une sorte de tableau de
bord avec des évolutions qu'on pourrait ne pas juste chiffrer, mais qu'on
pourrait avoir comme document ou... comme
document qui va parler avec des détails de certains événements et de certaines
situations bien définies au niveau de l'intervention. C'est très important pour
nous d'avoir ces indicateurs qualitatifs plutôt que juste numériques
parce qu'on n'arrive plus à suivre, avec la personne immigrante,
malheureusement, l'ensemble de ce qui se fait.
Je peux vous donner
un exemple très concret à cet effet-là. On peut parler, par exemple, d'une
personne qui est arrivée il y a cinq ans au
Québec puis qui a commencé sa démarche. Elle s'est trouvé un emploi puis, à un
moment donné, dans son parcours, elle
s'est retrouvée face à la situation où elle perd son emploi. Elle n'a pas eu
accès à l'ensemble de l'activité au niveau de la population. Donc, elle
n'a pas fait de cours de francisation. Elle parlait déjà français. Donc, elle
ne connaît absolument pas du tout le Québec.
Donc, comment est-ce
qu'on va pouvoir qualifier son intégration à cette personne-là? Comment est-ce
qu'on va pouvoir faire un suivi avec elle? Comment est-ce qu'on va pouvoir
noter et constater les différents éléments qui composent son profil
professionnel et académique? Donc, pour nous, il est très important d'avoir ce
qu'on appelle un tableau de bord par
personne, et surtout pour que la personne ne soit pas dans l'obligation de
répéter à chaque fois son histoire
quand elle revient sur les différents... Des indicateurs de choix pourraient
être choisis en lien avec l'ensemble du travail qui peut être effectué, puis
surtout en lien avec les différents postes que pourrait occuper la personne,
par exemple.
Donc, je vous donne
un exemple encore, un ingénieur qui arrive ici, au Québec, qui va se retrouver
en mode déqualification. Comment est-ce qu'on
va pouvoir lui permettre de pouvoir accéder à son emploi? Est-ce qu'on peut
aller avec des chiffres et des études plus concrètes qui vont le mettre
de l'avant et qui vont lui permettre de comprendre comment est-ce qu'il peut
avoir accès à ce marché du travail, en fin du compte?
Mme Fréchette : Est-ce
que je dois comprendre que ce seraient des indicateurs personnalisés en
fonction des aspirations de la personne, de ses compétences et de ses
ambitions?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Absolument,
exactement, c'est des... très diversifiés, en fait, pour qu'on puisse toucher
l'ensemble de nos personnes immigrantes. Dans le fond, le gros défi, je pense,
que nous avons, c'est que, si on va parler d'une immigration économique,
l'ensemble des personnes qui arrivent chez nous n'ont pas du tout les mêmes
profils ni académiques ni professionnels, mais notre immigration économique se
caractérise quand même par des personnes qui
sont hautement diplômées et qualifiées. Donc, ces personnes-là,
malheureusement, se retrouvent très souvent à devoir reprendre des études parce
qu'ils n'arrivent pas à se trouver des emplois à la hauteur de leurs compétences
ou, sinon, s'ils sont sur le marché de
l'emploi, ils sont dans des postes qui sont sous-qualifiés par rapport à leurs
capacités et leurs possibilités.
Ceci nous amène à une réflexion, de dire :
Comment est-ce qu'on va pouvoir avoir ces personnes-là au bon endroit, au bon
moment et puis le plus rapidement possible? Donc, si on arrive à avoir ce que
j'appelle justement un tableau de bord par profil, par métier, par individu, à
la limite, ce serait vraiment beaucoup plus facilitant pour l'accessibilité à
l'ensemble du marché du travail et ça va répondre aussi aux besoins spécifiques
de nos employeurs, parce qu'on s'entend que,
si on prend la population actuelle des personnes immigrantes qui sont sur le
territoire québécois, bien, ce n'est
pas tout le monde qui travaille dans son domaine, et j'en passe... j'en vois
des dizaines, pour ne pas dire des
centaines, qui parlent de diplomation qu'ils ont obtenue à l'international,
mais qui ne travaillent absolument pas du tout dans leur domaine ici.
Mme Fréchette : D'accord. Merci. Il
me reste combien de temps, Mme la Présidente?
• (17 h 50) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 8 min 13 s.
Mme
Fréchette : Huit minutes? Je vais y aller d'une deuxième
question. Aux pages 16 et 17, là, vous affirmez, en fait, que la
prépondérance que donne le gouvernement au fait français risque d'être
préjudiciable, que ça pourrait nuire à
l'attraction, à la rétention des étudiants étrangers ou aux objectifs qu'on a
en matière de main-d'oeuvre. Donc, est-ce
que vous ne voyez pas, en fait, la connaissance du français comme un facteur de
rétention de grande importance? Parce
que, quand on compare les indicateurs, justement, on réalise que le taux de
rétention des personnes qui ne connaissent que l'anglais, en comparaison du taux de rétention des personnes qui ne
connaissent que le français, il y a un écart de 30 %.
Alors, pour le gouvernement, c'est sûr que
d'avoir des gens dont le projet risque de s'inscrire dans la durée, en termes de personnes immigrantes, bien, c'est
sûr que c'est plus intéressant, comme gouvernement, d'opter pour des gens
qui maîtrisent le français puisqu'il y a le taux de rétention qui est largement
plus... plus élevé. Alors, comment est-ce que vous voyez ça de votre côté?
Est-ce que ça ne devrait pas être un critère d'importance?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien, en
fait, je vais peut-être partager ma réponse en deux... en deux parties. La
première, c'est que je dois absolument souligner l'importance absolue de la
maîtrise de la langue française pour pouvoir
accéder à n'importe quel type d'emploi et de poste ici, au Québec, ainsi que
pour bien pouvoir vivre dans la société. Donc, ça, c'est absolument un
incontournable dans notre vécu, dans notre quotidien.
Cependant, ce que nous sommes en train de
mentionner ou de citer et sur quoi on insiste, c'est qu'il va falloir donner le temps au temps et donner le temps à ces
personnes de pouvoir bien parler le français, s'approprier le français, vivre
en français, être en mode «j'apprends le français à travers la culture du
Québec», être en mode «j'apprends le français parce que j'ai besoin d'apprendre
le français», «j'ai envie d'apprendre le français», et pas du tout en mode coercitif et en mode obligation de «tu dois
absolument parler le français, sinon tu ne vas pas pouvoir fonctionner chez nous». Parce qu'il ne faut pas oublier que, quand
ces personnes-là arrivent ici, pour un grand nombre d'entre eux, ils ne veulent
pas se sentir chez nous, ils veulent se sentir chez eux aussi. Donc, faire
partie de la société passe nécessairement par l'adéquation linguistique.
Cependant, il va falloir penser au temps qu'il va falloir accorder à nos
personnes immigrantes pour qu'ils puissent se l'approprier.
Si je reviens encore une fois à la question de
l'équité, la diversité et de l'inclusion, dans un deuxième temps, parler français n'est pas nécessairement un... ne
pas parler français devient un obstacle à une vie, au quotidien, dans...
au Québec. Cependant, le fait de ne pas parler français ne devrait pas être
pénalisant si ce n'est pas un choix, mais il faut
donner le temps à ces personnes-là. Tantôt, on parlait de la loi n° 96, justement, et, dans cette loi n° 96, l'équation
des six mois est tellement difficile et complexe pour les gens qui viennent
d'arriver... Plusieurs parmi eux sont dans l'obligation
de mettre simplement du pain sur leur table. Donc, ils vont aller se chercher
un premier emploi n'importe où, n'importe comment, et ils n'ont pas le temps
nécessairement... nécessaire d'accorder un temps plein pour la langue
française. Si je prends un autre exemple, nos demandeurs d'asile, les
demandeurs d'asile, quand ils arrivent ici, même
s'ils ont accès à ces cours de francisation, ils sont tellement en
problématiques autres et ils ont tellement d'autres enjeux, d'autres soucis
qu'ils ne sont pas nécessairement en mode «je vais apprendre la langue
française aujourd'hui».
Donc, ce que nous sommes en train de dire, c'est
que, oui, la langue française, dont la planification peut être dommageable, entre guillemets, si elle nuit aux
objectifs d'une main-d'oeuvre qualifiée, bien, elle fait aussi un... il y a aussi
un défi de... si jamais quelqu'un a étudié, par exemple, à Concordia ou à
McGill, qu'on ne puisse pas le retenir simplement parce qu'il ne parle pas
assez le français. Donc, à notre avis, il serait intéressant de pouvoir créer,
par exemple, un programme, en fin d'études universitaires, qui va faciliter
l'accès au marché du travail en francisant ces personnes-là qui ont étudié dans
ce genre d'université, par exemple.
Mme Fréchette : On
espère qu'ils référeront à Francisation Québec, qui leur est accessible, le
plus tôt possible dans leur processus.
Mme Al Yahya
(Nisrin) : On ne sait jamais. On espère.
Mme
Fréchette : Je vais partager la parole avec les collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme la ministre. Alors, je cède la parole à la députée...
pardon, la députée d'Abitibi-Ouest.
Mme Blais :
Merci, Mme la Présidente. Alors, vous savez, je suis une fille de région. Je
suis née en région et je vis en région.
Alors, vous comprendrez que les régions, pour moi, c'est très important. Et je
tiens à vous remercier de votre présentation. Alors, à votre avis,
comment la francisation et l'intégration des personnes immigrantes pourraient
être facilitées en région?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Ah! c'est tellement une
belle question. En fait, moi, ce que je voudrais tout simplement, c'est que la
francisation ou parler français en région n'est même pas une option, là. Il
faut qu'on parle français pour qu'on puisse s'adapter puis vivre en
région.
Maintenant, comment est-ce
qu'on peut faciliter l'arrivée, déjà, des personnes immigrantes en région? Le gros défi que ces personnes-là ont est un défi
pratico-pratique. Je peux nommer quelque chose de très simple à la base,
c'est que, pour la majorité de ces personnes qui viennent d'ailleurs, la région
veut dire le fin fond de la brousse, alors que,
chez nous, la région, c'est tout à fait autre chose. Québec est une région.
Alors, on s'entend qu'on n'est pas du tout au fin fond de la brousse.
Quelque chose de très
important à mentionner aussi, c'est qu'une fois qu'ils le pensent comme tel ils
peuvent ne pas vouloir venir s'installer dans ces régions-là. Donc, comment
est-ce qu'on va améliorer l'attractivité pour notre région déjà, initialement?
Maintenant, je peux vous dire très simplement qu'il ne suffit qu'une seule
personne d'une communauté arrive dans une province, qu'elle réussisse, pour
qu'elle ramène toute la famille de la communauté, pour qu'elle arrive dans
cette même région. Donner accès à des épiceries multiculturelles, donner accès
à des petits services, à des petites fêtes,
à des... juste des éléments de caractère humain, qui vont permettre à ces
gens-là de se sentir chez eux... Et puis, croyez-le ou non, plusieurs,
parmi eux, viennent déjà des régions. Donc, pour eux, aller en région est la meilleure option possible. Je le citais
moi-même ce matin en disant : J'aurais adoré être arrivée en région parce
que c'est tellement agréable, c'est tellement familial...
Mme Blais :
...Témiscamingue. Il reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente
(Mme Lecours, Les Plaines) : Il vous reste
1 min 25 s.
Mme Blais : Quels sont les éléments
qui pourraient contribuer à un sentiment d'appartenance et de fierté aussi?
Mme Al Yahya
(Nisrin) : Le sentiment d'appartenance ne peut venir que si jamais la
dignité de l'individu est respectée, et la dignité de l'individu passe
nécessairement par un emploi de qualité, par une sécurité alimentaire, par des écoles de qualité pour ses enfants, pour
des conditions de santé et de famille qui sont à la hauteur des attentes. Il
n'y a pas personne qui émigre parce qu'il n'aime pas son pays. Les gens
émigrent pour améliorer leurs conditions de vie. Donc, si tout cela est
garanti, bien, peu importe la région, je pense que le sentiment de loyauté va
être créé, puis un sentiment d'appartenance
au Québec ne peut être créé que par une bonne connaissance de ces gens, et
c'est comme ça, je pense, que chacun d'entre nous ne peut se sentir que
chez lui, en fait.
Mme Blais :
Bien, merci beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme la députée. Alors, je me tourne maintenant du côté de
l'opposition officielle avec le député de Nelligan, oui, pour une période de
12 min 23 s.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour à vous deux. Très heureux de vous
recevoir au parlement. On se connaît dans
une autre vie. Je sais ce que vous faites sur le terrain depuis plusieurs
années. Donc, mes questions vont être aussi... En fait, votre chapeau de
DG du Réseau des services spécialisés de main-d'oeuvre, mais aussi votre
connaissance du terrain au niveau de l'intégration et de la francisation...
Donc,
premièrement, je tiens à vous remercier sur... au fait d'avoir rédigé un
mémoire. Je sais que c'est toujours un moment stressant pour la plupart des
organismes. Nous, on a l'avantage d'avoir et de lire tous les mémoires,
de les analyser, de voir qu'il y a un travail de fond qui a été fait. Donc, je
tiens à vous féliciter parce que je sais qu'il n'y a même pas quelques mois que vous êtes à la tête de cet organisme. Donc,
arriver à produire un tel document en si peu de temps, bravo, mes
félicitations.
Vous
avez ramené pas mal de nouveautés dans votre mémoire et sentez-vous bien à
l'aise d'éclairer les membres de la
commission. C'est ça, le but de notre exercice. Vous avez dit : Il faut
que les fonctionnaires soient sensibilisés et formés à la réalité des personnes immigrantes et que le ministère
reconnaisse le racisme et le racisme systémique. Quand vous dites «le
ministère», vous parlez du ministère de l'Immigration?
Mme Al
Yahya (Nisrin) : Oui.
M. Derraji :
OK. Donc, pourquoi vous voulez que le ministère de l'Immigration
reconnaisse le racisme et le racisme systémique?
• (18 heures) •
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
en fait, c'est très important de parler de ça. Merci pour la question,
M. Derraji.
En fait, je vais vous
ramener vers le portrait des obstacles systémiques à l'emploi, qui a été
produit par le Comité consultatif Personnes
immigrantes en 2019. Donc, depuis ce jour-là, on n'a jamais voulu reconnaître
qu'il y a ce qu'on appelle un racisme systémique. On a parlé d'obstacles
systémiques à l'emploi. En ce qui nous concerne, reconnaître ces obstacles ou reconnaître ce racisme systémique va venir
avec des solutions parce que, quand on en nomme la problématique et
qu'on la reconnaît, on peut aller entreprendre des démarches pour pouvoir
l'éliminer, l'élaguer et trouver des pistes de solution.
Tant et aussi
longtemps qu'on ne reconnaît pas l'existence de ce genre de racisme et
d'obstacle systémique, bien, on ne peut pas
travailler dessus, on ne peut pas creuser, on ne peut pas aller former... On
s'entend que, par exemple, à la ville
de Montréal, puis vous vous rappelez tous qu'il y a eu comme tout un travail de
fond qui a été fait là-dessus, nous avons un commissaire, actuellement,
pour la lutte contre le racisme et la discrimination qui a fait évoluer les travaux de la ville de Montréal de façon très,
très importante. Alors, à mon avis, reconnaître ça par notre ministère, par le
gouvernement en général, de toutes les manières, ça ne pourrait qu'amener à une
réflexion sur des pistes de fond, de solution.
M. Derraji :
Si j'étais de l'autre côté, du gouvernement, je ne le suis pas, ils vont
vous dire qu'il y a quelque chose... il y a un comité qui a été créé et il y a
un ministre responsable. Vous êtes sur le terrain. Avez-vous vu des...
avez-vous vu des résultats? Est-ce qu'on vous a consultés?
Mme Al Yahya
(Nisrin) : Bien, je vous dirais tout simplement que, pour nous, ce qui
compte le plus, c'est la personne qu'on accompagne, et, malheureusement, nous
n'avons pas été dans cette démarche-là, nous n'avons pas été présents dans
cette démarche-là. Le fait d'avoir une personne ou un ministre qui va
travailler sur ces enjeux-là, il faudrait qu'il parte du terrain. Parce que ce
n'est pas une équation de «je vais être dans mon bureau pour pouvoir
travailler sur le sujet».
M. Derraji : ...n'avez jamais eu l'occasion de parler avec le
ministre responsable de la discrimination du racisme systémique?
Mme Al Yahya
(Nisrin) : Pour le moment, ça n'a pas été le cas, malheureusement.
M. Derraji : OK.
Et vous êtes sur le terrain, ça fait quand même plusieurs années.
Mme Al Yahya
(Nisrin) : Oui, et j'aimerais bien, si c'est possible.
M. Derraji : La
demande est formulée, je la formule officiellement. J'invite les collègues à
faire le message au ministre parce que, j'en suis sûr et certain... J'ai
entendu des collègues d'évoquer ce que le ministre est en train de faire. Je
n'ai aucun doute qu'il y a un sérieux derrière l'initiative, donc je formule la
demande à mes collègues de faire le message et qu'ils vous rencontrent, parce
que vous avez pas mal de choses à ramener, surtout sur le terrain de la
discrimination.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Et ça va nous faire
énormément plaisir de collaborer sur ce dossier-là, certainement.
M. Derraji : Et
j'en suis sûr et certain que mes collègues de la partie gouvernementale feront
le message.
Je
vais vous ramener sur la francisation. Il n'y a pas longtemps, nous avons
échangé pas mal sur la francisation. Pouvez-vous partager avec les
membres de la commission pourquoi on n'arrive pas à atteindre nos objectifs de francisation? Je veux qu'on parle de ça en premier
lieu et, par la suite, j'aimerais bien que vous preniez un petit moment pour parler de Francisation Québec. Donc,
parlez-moi de la francisation, surtout sur l'île de Montréal, les embûches, les
choses qu'on doit améliorer, les choses qu'on
ne doit pas faire. Et par la suite j'aimerais bien vous entendre sur
Francisation Québec.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Parfait. Bien, en fait,
en termes de francisation, comme je le disais tantôt, le gros défi que nous
avons actuellement, bien, c'est au niveau des groupes, déjà, qui sont composés
au niveau de la francisation. Je vais citer un exemple très, très
simple.
Pour l'ensemble des
personnes qui actuellement vont dans des cours de francisation, c'est beaucoup
plus un espace de socialisation que d'apprentissage de langue française. Oui,
c'est une bonne chose parce que les gens apprennent un gros plein d'affaires,
mais, cependant, ce que je pense qui serait très, très important au niveau de
la francisation, c'est, d'une part,
améliorer l'accessibilité, d'autre part, améliorer les délais, d'autre part
encore, améliorer la qualité des évaluations qui vont être faites à la
fin de la francisation.
On parle aussi d'un niveau très, très avancé de
langue française qui est demandé actuellement, on parle d'un niveau 7. Et
puis je ne vous dirai pas que... Le niveau 7 parlé en langue française est
vraiment quelque chose d'assez complexe parce que ça
prend carrément la rédaction d'un document, puis ce n'est pas tout le monde qui
est capable de rédiger un document.
Maintenant,
si je reviens à l'autre partie de la question, concernant Francisation Québec,
ce que nous trouvons un peu complexe
avec Francisation Québec, malgré la très, très bonne intention avec laquelle
c'est parti puis la pertinence d'avoir quand même un guichet unique...
Et puis je vous entendais tout à l'heure, Mme la ministre, préciser que, oui,
ça existait en d'autres langues. Sauf qu'on n'a pas du tout ça sur le terrain.
Cela a complexifié un petit peu le travail des organismes sur le terrain, et je
m'explique.
La personne qui pouvait venir nous voir pour
qu'on puisse l'aider et l'accompagner dans son inscription en francisation très
rapidement, maintenant, doit passer par tout un système dans lequel il faut
qu'elle puisse avoir accès à un ordinateur.
La littératie numérique n'est pas toujours facile chez les personnes
immigrantes, donc cela donne des situations très difficiles pour
l'accessibilité à Fancisation Québec.
Un autre point qui, je pense, va être important
à citer ou à mentionner dans cette équation-là aussi, c'est la nature de
l'accompagnement en termes de qualité de langue française. On se pose toujours
la question par rapport à l'enseignement de la langue française dans les
groupes de francisation. On trouve des personnes avec lesquelles on discute puis on les rencontre, qui sont dans une
même classe, mais qui ne sont pas du même niveau en termes de langue...
M. Derraji : Attendez juste une
seconde. Parce que, là, c'est très, très, très important, ce que vous êtes en
train de nous dire. Parce qu'on essaie toujours de dire qu'on fait assez
d'efforts, mais il y a des technicalités que, sur le terrain, ça ne marche pas.
Et là, maintenant, vous êtes en train de dire : Faites attention. Mais là
le ministère, qu'est-ce qu'il peut changer? Le ministère fait des alliances...
bien, fait des alliances... fait des contrats, sous-traite en quelque chose, la francisation, mais ce que vous
êtes en train de nous dire, c'est que ce n'est pas tellement pratique sur
le terrain parce que ce n'est pas le même niveau. Le décrochage, il vient de
ça, selon vous?
Mme Al
Yahya (Nisrin) : Bien, le décrochage vient de plusieurs éléments,
entre autres, par exemple, de plus en plus, maintenant, des personnes qui sont
en train d'avoir des emplois sans même avoir besoin de passer par la
francisation. Donc, ce qu'ils font,
c'est qu'ils font de la francisation à temps partiel ou, éventuellement, ils
décrochent complètement. Donc, là...
M. Derraji : Attendez, vous êtes en
train de me dire : Ils sont capables de trouver un emploi, même s'ils ne
maîtrisent pas la langue française?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Oui,
absolument.
M.
Derraji : Donc, est-ce que vous êtes en train de me dire que
c'est plus facile trouver un emploi si on parle anglais que quand on
parle français?
Mme Al
Yahya (Nisrin) : Pas nécessairement. Pour le moment, la pénurie de
la main-d'oeuvre qu'on a actuellement amène toutes les personnes à avoir
accès à de l'emploi. Et, en fait, le gros défi que nous avons comme organisme
en employabilité, actuellement, c'est de pouvoir faire comprendre à nos
personnes immigrantes qu'il ne suffit pas de trouver un emploi pour se dire
qu'on est en emploi, qu'ils peuvent trouver beaucoup mieux et qu'ils peuvent
avancer, mais sauf que, sans la langue française, ils ne vont pas pouvoir
évoluer. Donc, avoir la langue...
Et puis là on a parlé aussi de la francisation
en entreprise. Maintenant, si on parle de francisation en entreprise, puis ça,
ça fait partie des supervolets qui ont été initiés... Mais est-ce que les
entreprises sont capables de franciser pendant les heures de travail, vu cette
pénurie de main-d'oeuvre? Est-ce que les entreprises sont prêtes à donner du
temps supplémentaire, même si c'est payé par le ministère? Donc, la question
est très complexe, dans le fond, en termes de francisation, au jour
d'aujourd'hui.
M. Derraji : Vous savez que tout
tourne autour de la francisation, au Québec, du français, et on ne peut pas
aujourd'hui se permettre, en tant qu'élu, d'entendre cela et ne pas agir, là,
sinon, tout ce qu'on fait comme effort, l'échec va nous suivre.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Tout à fait.
M. Derraji : C'est quand même
énorme, là, ce que vous êtes en train d'énoncer, là, parce qu'on parle...
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien, c'est
la vérité du terrain que je suis en train de vous dire. Ce qu'on voit de plus
en plus, malheureusement, c'est que beaucoup de personnes, même s'ils ne
parlent pas français, même s'ils ne sont pas assez francisés, peuvent se
trouver des emplois, peu importe l'emploi. Donc, pour eux, qu'est-ce qui est la
priorité? Bien, la priorité, c'est de se
trouver un emploi pour pouvoir amener leur famille, pour pouvoir nourrir leur
famille, pour pouvoir aider leur famille. Et puis c'est valable dans
beaucoup de domaines.
M.
Derraji : Oui. Vous êtes un réseau qui est spécialisé dans
des services... services spécialisés de main-d'oeuvre. Est-ce que vous êtes en train de dire qu'il y a un
lien direct entre trouver un emploi, francisation, décrochage et ne pas
suivre les cours de francisation?
Mme Al Yahya
(Nisrin) : Un lien direct, peut-être, oui, mais... pourquoi pas, je
peux le nommer comme tel, oui, oui, j'assume
ce que je dis, en fait, effectivement. Bien, parce qu'en fait je vais vous
ramener un petit peu en arrière dans le temps. Si jamais on parlait des
années 2008, 2010, 2012, 2015, les personnes qui arrivaient à ce moment-là,
il n'y avait pas assez d'emplois, on parlait
vraiment d'un taux de chômage auprès des personnes immigrantes très, très, très
élevé. Donc, à ce moment-là, qu'est-ce qui se faisait? On avait des personnes
immigrantes qui prenaient les cours de francisation à temps plein, à temps
partiel, ils pouvaient avoir aussi une source de revenus avec ces cours-là. Et
ils ne se trouvaient pas nécessairement du travail. Actuellement, la personne
arrive chez nous, elle parle un tout petit peu français, elle se débrouille,
elle a un CV, elle postule, elle se trouve un emploi.
M. Derraji : ...de francisation.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Elle lâche
très souvent les cours parce qu'elle ne peut plus combiner les heures de
travail avec les heures de cours, et c'est ça qui est très difficile et très
complexe.
M.
Derraji : Oui. Et c'est là votre réponse, que... oubliez la
francisation sur les lieux de travail, ça ne peut pas fonctionner?
• (18 h 10) •
Mme Al
Yahya (Nisrin) : En fait, je ne suis pas en train de dire :
Oubliez la francisation sur les lieux de travail. Au contraire, je suis en
train de dire : Il faut encourager la francisation, sauf qu'il faudrait
peut-être qu'elle ne soit pas sur le
temps de travail. La question, ce serait beaucoup plus de comment est-ce que
nos entreprises vont s'organiser entre eux pour pouvoir avoir de la
francisation ensemble.
Moi, l'une
des choses, peut-être, que... Je veux revenir à la question des régions.
Pourquoi est-ce que, par exemple, cinq, six, sept entreprises ne se
mettent pas ensemble pour offrir ces cours de français...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
Je dois vous arrêter, le temps...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ... — merci — le
temps imparti à l'opposition étant terminé. On va toutefois finaliser cette
ronde de discussion avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour une période de
4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup.
Excellent mémoire, c'était très différent, c'était très instructif, merci.
Justement, dans votre approche, là, sur les inégalités, sur
l'intersectionnalité aussi, est-ce qu'on sait si les politiques d'immigration du Québec, finalement,
vulnérabilisent ou perpétuent ces inégalités-là en fonction du genre, de l'origine,
de la confession? Est-ce qu'on fait ces
études-là? Est-ce que le MIFI fait ces études-là dans ses modifications de
programmes?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Je vais te
laisser répondre.
M. Maubant (Emilien) : Je n'ai pas
la réponse exacte, là, sur le moment, mais ce qu'il nous intéressait de
réfléchir, à ce niveau-là, pour revenir un petit peu à la question sur les
marqueurs qualitatifs plutôt que les marqueurs quantitatifs, c'était justement
sur ce besoin de réfléchir au fait que le vécu d'une personne immigrante comme
moi, qui suis arrivé à 10 ans depuis la France, et le vécu d'une personne
immigrante réfugiée de Syrie, le vécu d'une personne immigrante qui vient
d'Ukraine ou je ne sais où n'est, évidemment, absolument pas le même et que les
formes de discrimination, à leur arrivée, au
moment de leur installation, par rapport à l'accès au logement, par rapport à l'accès
à un emploi, par rapport à l'accès à des bourses de scolarité, s'ils veulent
faire des études supérieures, évidemment, ce ne sera pas du tout la même
égalité des chances.
Donc, c'est un petit peu sur ça qu'on a voulu
insister en rédigeant le mémoire, sur le fait qu'il nous paraissait un petit
peu... un petit peu limité de chercher à réfléchir à nos politiques d'immigration
sans véritablement s'engager dans un travail de définition de qu'est-ce qui
constitue l'expérience immigrante dans des dynamiques qui sont des dynamiques
de pouvoir constitutif de l'expérience immigrante. Le français, évidemment,
rentre là-dedans, mais les questions...
M. Cliche-Rivard : Le travail
qualifié, moins qualifié...
M. Maubant (Emilien) : Exactement,
voilà.
M. Cliche-Rivard : ...le
rôle des femmes, le travail informel, le travail formel, le diplôme. Je veux
dire, dans certains pays, je veux dire, l'accès aux études pour les
femmes, c'est très compliqué.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
en fait, j'aimerais souligner quelque chose de très important, c'est que la
grande partie ou le grand nombre de personnes qui viennent d'ailleurs, de
l'international, viennent avec une logique de... pas de compétence, mais de
savoir, donc c'est une logique de diplomation. Nous sommes ici dans une logique
de compétence. Donc, un médecin qui vient ici, qui se
retrouve déqualifié parce qu'il ne peut pas avoir accès ni à sa... à son poste
ni à son travail et qu'il perd carrément son identité professionnelle ne peut
pas être traité de la même manière que M. et Mme Tout-le-monde. Mais
malheureusement, dans la foulée, on perd cette expertise. Et nous, ce qu'on
voulait vraiment mettre de l'avant, c'est que ces enjeux-là sont au coeur de la
déqualification professionnelle, sont au
coeur d'un travail à double rythme. On tenait absolument aussi à parler de la
bidirectionnalité, parce qu'on a préparé les personnes immigrantes, mais
on a oublié de préparer la société d'accueil.
M. Cliche-Rivard : Tout à fait.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Et
aujourd'hui, ce qu'on demande vraiment très activement, c'est de préparer nos instances. Même si, actuellement, on parle de...
Oui, il y a des formations, mais est-ce que le fait de suivre une formation
est assez pour que la personne pratique ce qu'elle est en train d'étudier? On
va aller à plus que la sensibilisation et la formation, on parle d'une
éducation par rapport à ces personnes-là, dans le fond.
M. Maubant
(Emilien) : Et c'est pour ça qu'on a souligné aussi
l'importance et la responsabilité des pouvoirs publics de savoir nommer
et reconnaître ces éléments-là.
M. Cliche-Rivard : Exactement.
M. Maubant
(Emilien) : Si on a des pouvoirs publics qui s'engagent de
façon régulière dans une dénégation de l'existence de cette forme... de cette
dynamique de pouvoirs, qui sont constitutifs de l'expérience immigrante, on est
dans un recul en arrière qui est absolument inexcusable pour ces
personnes-là.
La question du racisme systémique, la question
des devoirs envers la diversité étaient incluses dans chacune des planifications gouvernementales de
l'immigration, dans des gouvernements depuis Robert Bourassa, le gouvernement
Charest en avait fait, le gouvernement de
M. Couillard en avait fait également, c'était toujours inclus. Là, c'était
absent, et on avait cherché à réfléchir pourquoi.
Pour rejoindre la question de madame, tantôt,
sur la régionalisation, la question du français joue là-dedans aussi. Si on
veut accueillir et ajouter à l'attractivité des régions pour les personnes
immigrantes, le français doit être présenté
comme quelque chose aux bras ouverts et non comme une sommation :
Attention, si tu ne parles pas français, tu n'auras pas ta place ici.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur ces dernières paroles, je vous remercie,
Mme Al Yahya, M. Maubant, merci d'avoir participé aux travaux de
la commission. Votre apport est incommensurable.
Alors, pour
les membres de la commission, je... j'ajourne, en fait, les travaux jusqu'au
jeudi 28 septembre 2023, après les avis touchant les travaux
des commissions. Bonne soirée.
(Fin de la séance à 18 h 15)