Journal des débats de la Commission des relations avec les citoyens
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mercredi 27 septembre 2023
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Vol. 47 N° 30
Consultation générale et auditions publiques sur le cahier de consultation intitulé : La planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027
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Intervenants par tranches d'heure
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Lecours, Lucie
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Schmaltz, Valérie
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Bogemans, Audrey
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Lecours, Lucie
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Lecours, Isabelle
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Lecours, Lucie
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Derraji, Monsef
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Bogemans, Audrey
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Lecours, Lucie
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Lecours, Lucie
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Bogemans, Audrey
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Tardif, Marie-Louise
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Cliche-Rivard, Guillaume
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Lecours, Lucie
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Fréchette, Christine
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Blais, Suzanne
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Lecours, Lucie
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Cliche-Rivard, Guillaume
11 h (version révisée)
(Onze heures dix-sept minutes)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre les auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur
le cahier de consultation intitulé La planification de l'immigration au
Québec pour la période 2024-2027.
M. le secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
Le Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Gendron (Châteauguay) est remplacée par Mme Bogemans (Iberville);
Mme Garceau (Robert-Baldwin) est remplacée par M. Derraji (Nelligan);
Mme Prass (D'Arcy-McGee) est remplacée par Mme Lakhoyan Olivier
(Chomedey); et Mme Massé (Sainte-Marie—Saint-Jacques) est remplacée par M. Cliche-Rivard
(Saint-Henri—Sainte-Anne).
Auditions (suite)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, Mmes, MM. les élus, bienvenue.
Nous entendrons donc ce matin les groupes suivants : l'association des
industriels de l'automobile du Canada et Québec réunifié.
Je souhaite donc la bienvenue à notre
premier intervenant, monsieur... — attendez que je me retrouve... — M. Jean-François
Champagne, président-directeur de l'association des industriels de l'automobile
du Canada. Bienvenue à la Commission des relations avec les citoyens. Alors, M. Champagne,
vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes pour votre exposé, et
nous allons, par la suite, procéder à la période d'échange avec les
parlementaires. Alors, votre 10 minutes commence maintenant.
Association des industries de l'automobile du
Canada (AIA Canada)
M. Champagne (Jean-François) : Parfait,
merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, encore une fois, permettez-moi
de me présenter. Jean-François Champagne, président-directeur général de l'Association
des industries de l'automobile du Canada. Nous sommes également connus sous la
version abrégée, comme étant AIA Canada.
En fait, l'association a pour principale
mission de porter la voix des acteurs de l'industrie du marché secondaire de l'automobile
partout au pays. Cette industrie, essentiellement, englobe tous les biens et
services offerts après la vente initiale d'un véhicule au consommateur. Donc,
on parle notamment de l'entretien préventif, de la réparation du véhicule et de
la conception et de la vente de pièces de rechange. C'est une industrie d'une
importance considérable au Canada, elle génère, à elle seule, près de 37,8 milliards de
dollars chaque année. Avec plus de 4 000 membres à travers le pays,
dont une importante proportion au Québec, l'AIA Canada est la voix officielle
des détaillants et fournisseurs de pièces de rechange automobiles, des
carrossiers, et des ateliers, et des garages indépendants partout au Canada.
Au Québec, l'industrie secondaire de l'automobile
est particulièrement dynamique. On estime qu'elle contribue à 7 milliards de
dollars au PIB de la province à chaque année. Elle compte 5 895 ateliers
de réparation et d'entretien automobile et 1 524 entreprises dans la
chaîne d'approvisionnement, qui sont enracinés aux quatre coins de la province.
Et donc, en tout et pour tout, l'industrie secondaire de l'automobile au
Québec, c'est actuellement plus de 100 000 emplois, que ce soient des
techniciens, des approvisionneurs, des commis aux pièces, des carrossiers, et
autres.
• (11 h 20) •
Donc, l'AIA Canada est bien heureuse de
pouvoir intervenir aujourd'hui dans le cadre de la consultation générale sur le
document de consultation intitulé La planification de l'immigration au
Québec pour la période de 2024 à 2027. Nous tenons particulièrement à
remercier les parlementaires pour cette opportunité et espérons que nos
commentaires et recommandations contribueront à alimenter leur réflexion.
Historiquement, le marché secondaire de l'automobile
a toujours représenté une porte d'entrée de choix pour les nouveaux arrivants
québécois, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord, parce que les métiers
de l'automobile sont accessibles, bien rémunérés, sont stables et offrent des
très bonnes perspectives. Ensuite, parce que les savoirs permettant à un
individu d'oeuvrer dans notre secteur sont, pour la plupart, universels, c'est-à-dire
qu'ils se transportent très bien d'un endroit à l'autre du monde. La mécanique
des véhicules, c'est, essentiellement, de la même nature à travers le monde, les
voitures sont souvent les mêmes, ou se ressemblent beaucoup. Donc, la mise à
niveau requise lors de l'arrivée au Québec, pour quelqu'un ayant déjà travaillé
dans le secteur de l'automobile dans un autre pays, est accessible, ce qui
permet une intégration rapide au marché du travail et une contribution rapide à
la société d'accueil. Et même quand un candidat à l'immigration ne dispose pas
des <prérequis...
M. Champagne (Jean-François) :
...à la société d'accueil. Et même quand un candidat à l'immigration
ne dispose pas des >prérequis dès son arrivée au Québec, celui-ci peut,
s'il le désire, se qualifier adéquatement en complétant une formation
spécialisée.
Finalement, notre secteur représente un
environnement de travail idéal pour les nouveaux arrivants en processus de
francisation. Grâce à leurs interactions avec leurs collègues et superviseurs,
qui leur serviront souvent de mentors et d'enseignants informels, ceux-ci
peuvent se familiariser progressivement avec l'usage de la langue française en
mettant en pratique les notions vues en classe. Compte tenu que plusieurs
emplois au sein de notre industrie ne nécessitent pas d'interaction directe
avec le client, le tout se fait sans impact sur la qualité des services
offerts, laissant le temps à un nouvel arrivant de s'implanter dans son nouveau
milieu de travail.
Donc, pour toutes ces raisons, et pour
bien d'autres, au cours des dernières décennies, de nombreux nouveaux arrivants
ont joint les rangs de notre industrie. Ces responsabilités d'accompagnement et
de soutien dans l'accueil, l'intégration et la francisation des nouveaux
Québécois, nos membres s'en acquittent depuis toujours avec grande fierté. À
l'heure où le Québec consulte sur les orientations futures en matière
d'immigration, nos membres tiennent à exprimer leur volonté de poursuivre dans
cette voie. Pour eux, ce n'est pas seulement une option, c'est une nécessité,
notamment pour faire face aux transformations majeures qui attendent notre
industrie au cours des prochaines années. La principale est, évidemment,
l'arrivée massive des véhicules électriques sur nos routes. Au Québec, d'ici
2035, c'est 100 % des véhicules neufs vendus qui devront être électriques.
Pour vous donner une petite idée, l'année dernière, au Québec, il s'est vendu
370 000 nouveaux véhicules au Québec, donc c'est énorme. Si on veut
que ce virage souhaité par tous soit une réussite, il est essentiel que nos
membres aient, dans leur coffre, tous les outils nécessaires. Alors, quels sont
ces outils? Bien, essentiellement, l'accès aux données, l'accès à la formation
de nos travailleurs actuels et, finalement, un accès accru à de nouveaux
travailleurs.
En ce qui concerne l'accès aux données des
conduites, bien, le gouvernement a déposé, et nous tenons à le saluer encore
une fois, un projet de loi qui forcerait les fabricants à partager ces données,
cruciales pour l'entretien et la réparation de nos voitures intelligentes. J'ai
d'ailleurs eu le plaisir, récemment, de présenter aux élus les recommandations
de l'AIA Canada à ce chapitre.
Concernant la mise à niveau des
compétences de nos travailleurs, et même s'il reste du travail à faire, les
investissements récents dans le programme Compétences VE ont définitivement été
très appréciés par nos membres. Pour le virage électrique, notre industrie aura,
finalement, besoin d'un dernier élément, soit un nombre important de nouveaux
travailleurs qualifiés au cours des prochaines années. En effet, les professions
de la mécanique automobile n'échappent pas à la pénurie de main-d'oeuvre qui
frappe le Québec. Encore aujourd'hui, notre secteur éprouve des séquelles de la
pandémie de COVID-19. Lors des deux premières vagues, nous avons perdu
plusieurs travailleurs qualifiés, qui se sont réorientés vers d'autres corps
d'emploi. À cela s'ajoute, évidemment, le vieillissement naturel de notre
main-d'œuvre actuelle. Plusieurs de nos travailleurs sont à quelques années
seulement d'accrocher leurs outils. D'ailleurs, pas moins de 35 % d'entre
eux pourraient prendre leur retraite au cours des cinq à... cinq à sept
prochaines années, ce qui illustre le besoin criant de main-d'oeuvre dans notre
industrie.
À l'heure actuelle, il est de plus en plus
difficile d'attirer et de retenir des travailleurs qualifiés. Il s'agit
d'ailleurs d'un problème majeur pour la grande majorité de nos membres. C'est
particulièrement vrai pour les ateliers qui sont situés en région, où le bassin
de travailleurs qualifiés est encore plus précaire, et, paradoxalement, ce sont,
justement, dans ces régions, dans ces plus petites communautés, où les
concessionnaires automobiles ne sont pas présents, que nos services sont encore
plus essentiels.
Il n'y a pas juste nos travailleurs qui
approchent de l'âge de la retraite, c'est aussi le cas de plusieurs
propriétaires de garages et d'ateliers indépendants. Pour eux, trouver une
relève est un casse-tête, à tel point que certains sont carrément obligés de
reporter ad vitam aeternam leur départ, faute de pouvoir y parvenir. Notre
industrie n'a pas seulement besoin de davantage de travailleurs, elle a
également besoin de davantage de repreneurs. Au cours des dernières années,
nous avons pu observer que des garages et des ateliers indépendants ont été en
mesure de poursuivre leurs activités grâce à des repreneurs issus de
l'immigration. Bien souvent, ces repreneurs ou leurs parents ont été accueillis,
à leur arrivée au Québec, au sein de notre secteur, et y ont travaillé
plusieurs années. Pour elles et eux, le repreneuriat devient, avant tout, un
moyen de poursuivre cette histoire d'amour qui les lie à leur communauté
d'accueil.
Pour toutes ces <raisons...
M. Champagne (Jean-François) :
...cette histoire d'amour qui les lie à leur communauté d'accueil.
Pour toutes ces >raisons, donc,
l'AIA Canada est favorable à une augmentation des seuils d'immigration au
Québec. Des deux scénarios présentés dans l'étude, nous avons ainsi une nette
préférence pour celui qui prévoit une augmentation des seuils à 60 000 d'ici
trois ans. Et, compte tenu des besoins criants de notre industrie, nous appelons
même le gouvernement du Québec, si possible, à revoir son échéancier afin
d'atteindre cet objectif encore plus rapidement.
En terminant, et quelles que soient les
orientations retenues, nous tenons à assurer le gouvernement qu'il pourra
compter sur notre pleine et entière collaboration pour assurer de l'accueil,
une intégration et une francisation réussie de nos nouveaux arrivants au
Québec.
Nous sommes maintenant prêts, Mme la
Présidente, à répondre aux questions des parlementaires. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. Champagne, pour votre exposé. On va
donc, comme vous le disiez, commencer la période d'échange avec les
parlementaires. Alors, du côté du gouvernement, je me tourne vers la ministre,
pour une période de 16 min 30 s, qui commence maintenant.
Mme Fréchette : Merci. Merci,
Mme la Présidente. Alors, merci beaucoup, M. Champagne, de prendre part à cet
échange, à cet exercice démocratique sur un thème d'importance transversale. On
le voit bien, votre industrie est touchée également, là, par l'enjeu... en fait,
la rareté des talents, et c'est intéressant de voir, en fait, comment votre
secteur s'adapte. Alors bien, justement, j'aimerais ça que vous nous en parliez
avec un peu plus de détails.
Là, vous mentionnez dans votre mémoire, à
la page 4, notamment, que, bon, vos membres ont déployé, là, beaucoup
d'efforts pour attirer davantage de travailleurs de l'étranger, et vous dites
même que certaines se sont tournées, là, vers des agences spécialisées dans le
but de recruter des mécaniciens, par exemple, à l'étranger. J'aimerais ça que
vous parliez à la fois des démarches, là, qui sont entreprises par vos membres.
Comment ça se passe? Est-ce qu'ils les réfèrent d'ailleurs, au soutien du
ministère? Parce que nous, on peut les accompagner dans ces démarches de
recrutement à l'international. Est-ce que, par exemple, ils participent à
Journées Québec? Et puis quels types de conditions salariales sont associés aux
principales professions pour lesquelles il y a du recrutement à l'étranger?
J'aimerais ça que vous nous dressiez un portrait de tout ça.
M. Champagne (Jean-François) : Certainement.
Écoutez, je n'ai pas les particularités, là, des engagements des divers membres
envers, là, les différents services du gouvernement. Je peux vous dire que
c'est certain qu'ils font des grands efforts pour attirer de la relève
étrangère. Effectivement, ils font l'utilisation de certaines tierces pour les
aider dans cet accompagnement-là. Pour la plupart, ce sont des petites et
moyennes entreprises, donc, qui n'ont peut-être pas les capacités internes de
le faire. Vous avez parlé... on a parlé de mécaniciens, de techniciens en
atelier, beaucoup dans le domaine, également, de la carrosserie, dont des
peintres, des débosseleurs, et ainsi de suite. Donc, il y a une très grande
pénurie, c'est très difficile de recruter ce genre de types d'employés
spécialisés.
Au niveau des compensations, ce sont des
bons emplois bien rémunérés, et, parfois, il faut faire attention. Dans bien
des secteurs, les salaires payés sont déterminés par les comités paritaires
dans les différentes régions, mais il faut comprendre que les comités
paritaires ont des seuils minimums, et donc, souvent, la compensation, en fait,
que l'on offre est supérieure à ce qui est, en fait, là, les taux minimums
qu'on retrouve là, par les comités paritaires de l'automobile. Donc, des bons
emplois bien rémunérés et, évidemment, une activité, là, accrue de nos membres
pour faire ce recrutement-là à l'extérieur du pays.
Mme Fréchette : Et du côté de...
des formations d'appoint à aller chercher, est-ce que vous avez des échos assez
positifs? Parce qu'il y a des secteurs pour lesquels, là, c'est plus long, où
ce n'est pas nécessairement facilement accessible. De votre côté, est-ce que
vous avez un écho?
• (11 h 30) •
M. Champagne (Jean-François) : Il
y a encore du travail à faire. Notre secteur économique a des doubles enjeux,
parce que non seulement on a des grands changements technologiques, nos
voitures d'aujourd'hui ne sont pas les mêmes qu'elles étaient il y a cinq ans
puis ça va... c'est continué... ça continue avec l'électrification. Le
gouvernement investit beaucoup dans la transformation électrique, dont les
formations VE, Compétences VE. Fantastique! D'ailleurs, le gouvernement du
Québec est en avance sur beaucoup de juridictions à travers l'Amérique du Nord
à ce sujet-là. Par contre, c'est sûr qu'au niveau de la capacité et de la
disponibilité ça reste quand même des enjeux. Mais je vous dirais que, de notre
point de vue, on voit les efforts, au Québec, de façon positive, il faut
continuer à les faire plus dans le futur. Mais je pense qu'on est sur le bon
chemin ici.
Mme Fréchette : Par rapport
au repreneuriat, vous l'avez mentionné, là, donc, près de 70 % des
entreprises familiales de votre industrie, là, ne vont pas survivre au-delà de
la première génération. Donc, je voulais m'assurer que vous ayez vu, là, le
projet de création d'un volet pour le repreneuriat dans le cadre de notre réforme
de l'immigration économique. Donc, on veut s'assurer que la filière
d'immigration puisse offrir une solution potentielle au phénomène de
repreneuriat. Là, j'entends que c'est quelque chose qui est déjà établi, dans
votre secteur, de <regarder...
>
11 h 30 (version révisée)
<19269
Mme Fréchette :
...Là, j'entends que c'est quelque chose qui... qui est déjà établi, dans
votre secteur, de >regarder à l'international de ce côté-là. Puis est-ce
que vous avez eu des échos aussi de la pertinence de... du nouveau volet qu'on
a mis de l'avant dans le cadre de notre réforme de l'immigration économique?
M. Champagne (Jean-François) :
Au niveau du repreneuriat, je vous dirais que c'est quelque chose qu'on a
observé de façon organique dans l'industrie. Donc, très souvent, les gens qui
vont venir travailler dans nos entreprises vont souvent avoir l'opportunité,
dans le futur, de reprendre l'entreprise, et c'est quelque chose qu'on a vu s'évoluer
avec les arrivées de certains immigrants qui ont eu l'opportunité de faire ce
repreneuriat-là de ces entreprises-là. Et, encore... encore une fois, ce n'est
pas quelque chose qu'on a fait de façon systémique, mais qu'on observe et, je
pense, qui est un élément qu'on ne parle pas assez parce que ce n'est pas juste
des travailleurs qu'on amène ici pour venir nous aider, ce sont également des
gens qui vont être capables d'être les prochains leaders des... de nos petites
et moyennes entreprises, là, partout au Québec.
Et donc on applaudit, finalement, les
efforts du gouvernement dans ce sens-là, et que, oui, ce n'est pas juste d'amener
des travailleurs, mais également d'amener des gens qui vont être nos
entrepreneurs de demain également. Ce sont des points très positifs, de notre
point de vue.
Mme Fréchette : Est-ce
que les mesures de francisation sont, par ailleurs, assez monnaie courante chez
vous? Parce que nous, on va mettre de l'avant beaucoup de mesures à travers Francisation
Québec, notamment des mesures en lien avec la francisation en milieu de
travail. Est-ce que votre secteur se prête bien à cette idée d'avoir de la
francisation en lieu de travail? Est-ce que vous êtes déjà passablement
engagés, là, vous et vos membres, pour la francisation?
M. Champagne (Jean-François) :
Bien, c'est sûr qu'au niveau de la francisation, comme on l'a dit dans mon...
dans mon exposé, on offre des environnements de travail, je pense, qui sont
très propices pour aider à l'intégration, à la francisation des nouveaux
arrivants, puisqu'encore une fois, dans bien des cas, les rôles ne requièrent
pas un accès, une présence directe devant les clients ou la population, donc
ils sont capables de travailler en collaboration avec des collègues de travail,
des superviseurs, et je pense que ce sont des éléments qui permettent une bonne
intégration, une bonne francisation et permettent, là, une transition qui est
bonne pour les nouveaux arrivants. Et toutes les initiatives que le
gouvernement peut mettre de l'avant pour aider nos petites et moyennes
entreprises à activer et accélérer cette francisation-là, évidemment, sont tout
à fait bienvenues.
Mme Fréchette : OK.
Bien, merci. Je vais céder la parole à des collègues, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, la députée
de Vimont désire prendre la parole. Il vous reste 10 min 12 s.
Mme Schmaltz : Merci, Mme
la Présidente. Bonjour, M. Champagne, merci de votre présence avec nous.
Bon, écoutez, je vais reparler avec vous
un peu de la question de l'électrification des transports. Tantôt, vous avez
mentionné, en termes d'outils nécessaires, l'accès aux données. Pourriez-vous
un petit peu juste élaborer davantage là-dessus, comment ça pourrait,
finalement, vous... vous aider?
M. Champagne (Jean-François) :
Absolument. Écoutez, on applaudit, encore une fois, la vision du
gouvernement du Québec sur l'introduction de la loi n° 29
sur l'obsolescence programmée et la réparabilité des biens. Et, bien que
beaucoup de gens pensent à leur téléphone cellulaire, leur télévision, leurs
électroménagers, leur voiture, également, est un élément important, où, pour
être capables de continuer à réparer les véhicules d'aujourd'hui et de demain,
on doit, de plus en plus, avoir accès aux données, hein? On est encore passés,
une fois, d'une voiture qui, quelques générations... c'était de la mécanique,
beaucoup, alors qu'aujourd'hui ce sont des ordinateurs sur roues.
Alors, que ce soit un changement d'huile,
un changement de pneus, un entretien régulier, de plus en plus, il est
nécessaire d'accéder aux ordinateurs de bord. Et donc on vit dans un monde où
est-ce qu'on doit garantir que les fabricants continuent de rendre l'information
nécessaire pour faire le diagnostic, les réparations de ces... de ces biens-là.
Et nous, évidemment, dans le marché secondaire, c'est critique qu'on ait accès
à ces informations-là.
Et, encore une fois, le projet de loi n° 29
va dans le bon sens, en disant : Bien, écoutez, le manufacturier
automobile se doit, et, évidemment, avec le contrôle de l'OPC, l'Office de la
protection du consommateur, de rendre disponible toute l'information nécessaire
aux propriétaires, locateurs à long terme ou à son mandataire, donc, dans ce
cas-ci, les ateliers de réparation que nous avons partout à travers le Québec.
Et donc c'est un élément très important pour pouvoir réparer nos véhicules
électriques de demain, qui sont tous des ordinateurs sur roues, qu'on continue
d'avoir accès à l'information nécessaire pour en faire le bon entretien et les
réparations.
Mme Schmaltz : C'est
intéressant, ce que vous mentionnez, justement, parce que là, on parle beaucoup
de... Est-ce qu'on peut parler d'automatisation dans le secteur automobile?
Est-ce qu'on... Parce que, oui, l'immigration est un... est un élément intéressant
pour votre secteur, mais, si on parle en termes d'automatisation, de
robotisation du milieu automobile, est-ce que ça peut être envisagé?
M. Champagne (Jean-François) :
Donc, il s'agit d'un aspect qui est beaucoup plus applicable à ceux qui
fabriquent les véhicules. Donc, on ne représente pas les fabricants de
véhicules automobiles, je ne peux pas parler en leur nom, évidemment. Eux,
évidemment, beaucoup, beaucoup au niveau de la robotisation, l'automatisation,
il y a beaucoup de mouvement, à ce moment-là. Au niveau de l'entretien et <réparation...
M. Champagne (Jean-François) :
...l'automatisation, il y a beaucoup de mouvement, à ce
moment-là. Au niveau de l'entretien et >réparation des véhicules ou
des services de carrosserie, c'est assez particulier. Vous avez un accident,
votre accident est très différent de celui à côté. Donc, il y a certaines
techniques, évidemment, qu'on utilise pour être plus efficaces, mais de dire :
On peut automatiser ou robotiser l'ensemble des fonctions, pas dans le... dans
un futur proche. Ça va être très difficile à faire à cause de la spécificité, il
y a beaucoup de modèles, différents véhicules. Donc, ce n'est peut-être pas un
modèle qui s'applique très, très bien à notre secteur d'activités.
Mme Schmaltz : ...présence
humaine est encore indispensable.
M. Champagne (Jean-François) : Oui,
effectivement, absolument.
Mme Schmaltz : Oui, je
comprends. Est-ce qu'il y a des bassins de travailleurs à l'international qui
vous paraissent prêts pour, justement, ce virage-là? Est-ce que vous avez,
j'imagine, déjà peut-être regardé?
M. Champagne (Jean-François) : Vous
parlez, en termes de géographie?
Mme Schmaltz : À
l'international, oui, oui. Oui.
M. Champagne (Jean-François) : Oui?
Je n'ai pas d'information pertinente spécifiquement sur ce sujet-là, sinon de
dire qu'évidemment où est-ce qu'on peut recruter des gens qui ont déjà une
spécialisation, évidemment, qui ont déjà une éducation dans notre secteur...
Puis, comme je l'ai dit dans mon énoncé, les voitures... les concepts de
réparation de voitures sont à peu près universels, donc c'est assez facile
d'aller faire un petit peu partout le tour du monde et de trouver des gens qui
ont une formation de base ou spécialisée qui s'applique très bien à notre
secteur économique. Donc, je me pose la question à voix haute, là, mais je ne peux
pas vous dire s'il y a des bassins particuliers qui ont été explorés à ce
niveau-là. On se fera un plaisir de faire un suivi là-dessus.
Mme Schmaltz : Mais est-ce
qu'il y a des pays qui sont davantage... qui ont peut-être davantage de
connaissances, peut-être, qu'ici? Est-ce qu'il y a des gens plus spécialisés
ailleurs qu'au Québec?
M. Champagne (Jean-François) : De
façon générale, les enseignements nécessaires pour faire une réparation ou un
diagnostic d'un véhicule sont assez universels, et donc, peu importe où on va
dans le monde, vous allez retrouver des bassins de gens qui ont ces genres de
qualifications-là aujourd'hui. On n'a pas besoin d'aller dans des... dans des
pays ou des régions spécifiques pour obtenir ces qualifications-là.
Mme Schmaltz : D'accord. Je
vais parler un petit peu avec vous de la francisation. Vous l'avez évoquée
tantôt, dans votre mémoire, d'ailleurs, la ministre aussi vous en a... a
échangé un petit peu là-dessus. Ce qu'on voit, c'est que vous ne vous prononcez
pas directement sur les orientations. Par contre, de ce que j'ai compris
tantôt, dans votre présentation... était que l'apprentissage du français
directement sur place pouvait être envisagé. Est-ce que vous êtes tout de même
intéressés par la francisation en entreprise? Est-ce que c'est un élément qu'on
ajoute ou c'est l'apprentissage sur place de façon brute? Je ne sais pas si
vous comprenez ma... Oui? OK.
M. Champagne (Jean-François) : Oui,
oui, je vous comprends. Mais nous, ce qu'on observe, évidemment, c'est... La
formation brute, là, sur le temps, si on veut, là, d'être exposé à un
environnement de travail dans lequel un superviseur, un collègue de travail
permet des échanges... et donc ça, naturellement, on observe que ça permet une
intégration, une francisation. C'est sûr qu'on accueille d'un bon oeil des
programmes, soit en entreprise ou à l'extérieur, pour permettre l'adaptation,
la francisation des nouveaux arrivants. Et, effectivement, nous, ce qu'on vient
dire dans notre présentation, c'est de dire : Écoutez, c'est un bon
complément à ce qui peut être également appris en classe. Et donc c'est certain
que permettre de supporter nos nouveaux arrivants avec des programmes de
francisation, je pense que ça continue à être important, et puis c'est quelque
chose qu'on voit d'un... d'un très bon oeil.
Mme Schmaltz : Quand on parle
de francisation en entreprise, on parle de francisation pendant les heures de
travail ou après les heures de travail?
• (11 h 40) •
M. Champagne (Jean-François) : Bonne
question. À chaque fois qu'on parle de formation, de façon générale, dans le
cas de nos membres, on fait vraiment face à des problèmes, des enjeux d'emploi.
Souvent, la formation, quelle qu'elle soit, sera de se faire à l'extérieur des
heures de travail, simplement parce que, pendant le jour, bien, on veut
s'assurer de réparer les véhicules des Québécois, des Québécoises, qu'ils aient
des véhicules sécuritaires à conduire. Et donc, de façon générale, sans avoir
consulté mes membres là-dessus, dire : Tout programme de formation
générale va se retrouver souvent à l'extérieur des heures de travail,
simplement à cause des besoins criants qu'on a présentement là, pour assurer,
là, le service.
Mme Schmaltz : Je vous
comprends. Par contre, on a entendu plusieurs organismes qui nous faisaient
part, justement, de cet... de cet enjeu-là. Les gens, souvent, bon, ils
arrivent, ils ont... il y a tout le... l'avis, aussi, de l'immigration, et puis,
naturellement, des fois, les gens sont fatigués après des journées de travail,
donc la... c'est plus difficile, disons, de pouvoir envisager des cours de
francisation après les heures de travail, donc... Mais est-ce que, pour vous,
pour votre industrie, c'est faisable?
M. Champagne (Jean-François) :
Bien, il se fait de la formation continue. Que ce soit dans des cas de <partages...
M. Champagne (Jean-François) :
...Bien,
il se fait de la formation continue. Que ce soit dans des cas de >partages
études-travail, il y a déjà certains cadres qui existent dans lesquels ça peut
coexister. Je pense qu'on pourrait explorer, effectivement, là, différents
modèles, dans ce cas-là. Mais c'est certain que ce qu'on attend de nos membres
souvent, c'est de dire, quand vient le temps d'arrêter, si on veut, d'offrir un
service à la clientèle pour faire de la formation, que ce soit pour un véhicule
électrique ou de la francisation, ça crée des tensions qui sont difficiles, là,
à réconcilier, c'est certain.
Mme Schmaltz : Vous avez
tantôt... J'ai encore un peu de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...
Mme Schmaltz : Une minute?
Deux minutes, d'accord. Tantôt, vous avez mentionné, au tout début, qu'il y a...
il s'était vendu 370 000 nouveaux véhicules. Au Québec?
M. Champagne (Jean-François) : Oui.
Mme Schmaltz : Véhicules
électriques?
M. Champagne (Jean-François) : Ce
n'est pas... non, ce n'est pas la majorité. C'est l'ensemble des véhicules
vendus au Québec.
Mme Schmaltz : D'accord. 370 000,
c'est un chiffre... c'est élevé. Il me semble que c'est énorme.
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
il y a... il y a 26 millions de véhicules sur les routes au Canada. L'âge
moyen d'un véhicule sur les routes au Québec, présentement, est à peu près de
10 ans, donc vous voyez la courbe de remplacement. Oui, on... parfois, on
a de la misère à saisir l'ampleur de notre industrie, mais c'est lié
directement au fait qu'il y a des millions de véhicules sur nos routes au
Québec et puis il va falloir faire un remplacement, et si on veut, en 2035,
atteindre nos objectifs de 100 % de nouveaux véhicules neufs qui sont
électriques, ça va faire un nombre élevé de nouveaux véhicules sur nos routes
qu'il va falloir faire un entretien, réparation, effectivement, oui. C'est pour
ça que ça prend 100 000 personnes dans notre secteur économique, là,
pour assurer cette... cette sécurité pour les Québécois et les Québécoises.
Mme Schmaltz : C'est
exactement la question que je voulais vous poser, si vous aviez chiffré,
justement, en nombre. Donc, on parle de 100 000 personnes?
M. Champagne (Jean-François) : Oui,
100 000 personnes.
Mme Schmaltz : 100 000
personnes. D'accord. Alors, j'imagine qu'on... que j'ai terminé, Mme la
Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 30 secondes, peut-être...
Mme Schmaltz : Il reste 40 secondes?
Bien, alors, écoutez, je vais vous souhaiter une belle journée.
M. Champagne (Jean-François) : Merci
à vous aussi. Merci beaucoup du bon travail.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. On se tourne maintenant, M. Champagne,
du côté de l'opposition officielle, qui a une période de 16... de 12 min 23 s,
avec la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan Olivier : Bonjour.
D'abord, merci d'être là. Et puis c'est alarmant, ce que vous dites aujourd'hui,
c'est alarmant, le fait qu'on a besoin de 100 000 employés. Et vous
parlez de 7 milliards de dollars annuellement. Est-ce que c'est au
Québec, le 7 milliards, ou c'est-tu au Canada?
M. Champagne (Jean-François) : 7 milliards
au Québec, près de 38 milliards au Canada dans le marché secondaire, oui.
Et 100 000 personnes, il faut comprendre que c'est l'ensemble des
gens qui travaillent dans notre secteur économique présentement.
Mme Lakhoyan Olivier : Je
comprends. 7 milliards de dollars, annuellement, dans la province du
Québec, c'est beaucoup d'argent. Ça fait vivre des familles, ça fait vivre
toute notre économie, les restaurants, les lieux touristiques, on peut nommer...
Donc, 7 milliards, c'est beaucoup d'argent. Et puis, si on a besoin de 100 000 personnes
maintenant, dans cinq ans, on en aura besoin de combien? Je suis en train de
faire les mathématiques, le x, là. C'est alarmant, et on n'a pas de temps à
perdre, si je comprends bien.
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
écoutez, c'est dur, toujours, de mettre un chiffre sur les besoins de
main-d'oeuvre. On sait qu'on n'a pas été capables de ramener les mêmes taux
d'emploi qu'on avait dans notre secteur avant la pandémie. On sait qu'avec le
tournant au niveau de l'électrification on va avoir d'autres besoins et,
évidemment, on a une... des employés, présentement, dans le secteur,
évidemment, qui sont près de la retraite, donc il va falloir également assurer
qu'on est capables de remplacer ces travailleurs qualifiés là au cours, principalement
là, des... Les cinq à sept premières... prochaines années vont être critiques,
c'est certain, pour notre secteur.
Mme Lakhoyan Olivier : Je
comprends ça. J'ai de la famille dans les garages, carrosseries, mécanique,
«body shop», rembourreurs, vitriers, j'en ai dans ma famille immédiate, et
puis, je sais, ils travaillent sept jours-semaine, ils ont de la difficulté de
garder des employés, les gens ne sont pas intéressés. On n'a pas... on dirait,
on n'a pas ces employés-là ici, je ne sais pas où ils sont, et il y en a qui
vont prendre leur retraite d'ici cinq ans, il n'y a pas de relève. Donc, je
vous entends très clairement pour le repreneuriat et le manque d'employés.
Est-ce que... est-ce que la précondition
de connaître le français avant d'arriver au Québec pour combler les emplois et
reprendre les garages, est-ce que vous trouvez, dans votre <opinion...
Mme Lakhoyan Olivier :
...les
garages... est-ce que vous trouvez, dans votre >opinion, que ça
freine... ça freinerait notre économie si on met prérequise la langue
française?
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
écoutez, nous, on est ici pour exprimer une opinion sur la proposition du
gouvernement. C'est certain que nous supportons beaucoup la deuxième option, de
dire qu'on doit augmenter les seuils d'immigration à 60 000 personnes.
On comprend l'objectif du gouvernement de vouloir faire ça à travers un
objectif, également, de francisation, mais je suis mal placé pour dire :
On va-tu être capables d'attirer 60 000 personnes avec des demandes
de francisation? Je pense que c'est l'intention du gouvernement. Et donc, sur
ce point-là, nous, ce qu'on dit : Ça nous prend des gens dans notre
secteur économique. Nous sommes confiants qu'avec l'option qui est offerte à
travers l'accélération des seuils d'immigration à 60 000, c'est un pas en
avant, et, d'ailleurs, on encourage le gouvernement... on fait la
recommandation, dans notre mémoire, de dire : Est-ce que, s'il n'est
peut-être pas capable d'accélérer l'échéancier pour arriver aux 60 000,
peut-être le faire en deux ans, au lieu de trois, par exemple?
Mme Lakhoyan Olivier : C'est
quoi, les... d'après vous, c'est quoi, les enjeux d'intégration que vous pouvez
remarquer dans cette industrie-là? L'intégration, est-ce que ça se fait bien?
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
c'est sûr qu'on a des enjeux parce qu'encore une fois on fait face à des enjeux
au niveau de la technologie, au niveau des outils. J'ai parlé de... l'accès à
l'information est un. L'autre, évidemment, c'est la transformation de notre
industrie. Donc, ça crée des enjeux au niveau de la connaissance et de la
formation continue. Donc, ça, je pense que ça reste, pour nous, des enjeux
importants dans des... souvent, en région, des petites et moyennes entreprises
qui n'ont peut-être pas accès à un bassin de main-d'oeuvre qualifiée autant
qu'ils en auraient besoin. Puis, vous l'avez dit, d'ailleurs, certains
entrepreneurs se retrouvent à travailler non pas cinq jours-semaine, mais bien
six ou sept.
Alors, je pense que c'est ça qui vient
peut-être causer un petit peu certains enjeux au niveau de l'intégration. C'est
qu'il faut prendre le temps de former nos nouvelles personnes, nos nouveaux
arrivants mais, évidemment, on a des contraintes, là, compétitrices en même
temps, là, au niveau du futur de notre industrie. Je pense que ça va être ça,
les enjeux devant nous, c'est d'assurer de tout faire ça pendant qu'on continue
à offrir un service de qualité aux Québécois et Québécoises pour faire
l'entretien et réparation de leurs véhicules.
Mme Lakhoyan Olivier : C'est
deux fois le temps de changer nos pneus puis changement d'huile, là. Il faut
prendre nos réservations deux mois d'avance, même si j'ai des cousins
là-dedans.
M. Champagne (Jean-François) : Absolument.
Écoutez, si on peut faire une recommandation aujourd'hui, c'est de dire à nos
gens, nos Québécois : Prenez... changez vos habitudes, entrez en contact
avec votre atelier de choix, assurez-vous d'avoir une date «cédulée». Ça
optimise un peu le processus. On a parlé de l'automatisation tantôt. Bien,
c'est peut-être une des façons de le faire, un peu, pour tous les Québécois, de
dire : On prend rendez-vous en avance. Ça optimise nos baies de services,
et ça nous permet d'offrir un meilleur service aux Québécois.
Mme Lakhoyan Olivier : Je
suis... Bien, j'ai remarqué, à la page 3, vous mentionnez que ces... ces
employés-là, ils ne sont pas appelés à avoir l'interaction avec les clients,
parce qu'ils ont plutôt des commis réceptionnistes, service à la clientèle,
comptabilité, donc ils ont des gens qui font affaire avec la clientèle. Donc,
il n'y a pas une urgence tout de suite de s'inquiéter pour la francisation,
mais que... Est-ce que vous trouvez, avec cet énoncé... vous trouvez qu'avec le
temps ils vont apprendre le français, ils vont s'intégrer dans notre société?
Et dans combien de temps vous pensez qu'ils seront plutôt à l'aise avec la
société québécoise?
• (11 h 50) •
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
écoutez, je pense que la meilleure façon de voir ça, c'est très... Dans
certains secteurs économiques, on reconnaît qu'il y a une interaction directe
avec le public et donc ça crée des beaucoup plus gros enjeux au niveau de la
francisation et l'intégration, alors qu'on a, nous, dans notre secteur, la
balance des deux. C'est-à-dire que oui, on a certains emplois qui requièrent
une interaction directement avec la population, mais, en même temps, on a
beaucoup, beaucoup d'emplois, que ce soit de travailler dans un atelier, de
travailler dans un... dans un entrepôt, qui permettent une intégration plus....
je vais utiliser un anglicisme, plus «smooth», donc de faire une intégration
qui est... qui est plus harmonieuse pour les nouveaux arrivants. Et donc je
pense qu'on est encore une fois, un secteur économique qui peut très bien
bénéficier... et permettre une intégration et une francisation de nouveaux
arrivants, là, qui se fait d'une façon, là, harmonieuse.
Mme Lakhoyan Olivier : Est-ce
que vous trouvez que le fait qu'au Québec l'éducation est gratuite, quasi
gratuite à nos enfants, et puis les gens prônent l'éducation au <cégep...
Mme Lakhoyan Olivier :
...
l'éducation est gratuite, quasi gratuite à nos enfants, et puis les gens
prônent l'éducation au >cégep, université, de ce fait, on a moins de
gens intéressés à aller dans les garages, l'emploi de garagiste? Est-ce que,
vous pensez, c'est la raison que, dans notre... notre population, il n'y en a
pas, d'engouement, là-dedans?
M. Champagne (Jean-François) :
Il y a plusieurs facteurs, c'est certain. Par contre, je peux vous dire que...
Parfois, je dis à nos... à nos membres : J'ai... Autour de cette table,
aujourd'hui, on me dit : Ah! mon Dieu, 370 000 nouveaux
véhicules, 100 000 personnes, peut-être qu'on ne fait pas le meilleur
effort pour valoriser les emplois qu'on a dans notre secteur économique. On a
des bons emplois, ils sont bien rémunérés, ils sont à la... un petit peu à
l'abri des changements économiques. Nous sommes un service essentiel, qui a
continué à opérer pendant la pandémie. On a plein de beaux atouts, peut-être
qu'on ne les valorise pas assez. Et je pense que c'est la responsabilité de
tous de dire à nos amis, nos enfants, nos parents, dans nos familles, de dire :
Aïe! il y a des beaux emplois dans nos industries, telles que l'automobile. Puis
je pense que c'est un message positif qu'il faut donner. On a des beaux emplois,
et il faut attirer plus de gens, c'est... Certainement. Mais dans le secteur,
dans les conditions qu'on a présentement, c'est sûr qu'on va devoir combler ça
avec aussi, les apports au niveau de l'immigration pour le futur.
Mme Lakhoyan Olivier : Mais
vous avez raison pour la valorisation, ce n'est pas la première fois que
j'entends... J'ai entendu en Mauricie, quand on a parlé de l'emploi des
couturières, j'ai entendu dans l'industrie du tourisme, pour les
massothérapeutes. Donc, vous dites la même chose. Donc, peut-être que nous, en
tant que gouvernement, on devrait travailler à valoriser ces industries-là.
Les travailleurs que vous allez chercher,
ce sont... est-ce que ce sont des temporaires ou des permanents?
M. Champagne (Jean-François) : Donc,
c'est une combinaison des deux. C'est sûr qu'il y a des immigrants temporaires
qui font partie de notre écosystème. Dans le cadre de la consultation
aujourd'hui, évidemment, on vient rajouter la composante que ça nous prend
également des immigrants permanents pour notre secteur économique. Donc, c'est
une combinaison des deux.
Mme Lakhoyan Olivier : Combinaison
des deux. Toutefois, la proportion, vous diriez... qu'est-ce que vous diriez
pour la proportion, le pourcentage?
M. Champagne (Jean-François) : Je
ne pourrais pas m'avancer à vous donner un chiffre, j'avoue, là, vous... je ne le
sais pas. On fera un suivi avec les membres du comité, là, pour vous donner
peut-être un peu plus d'indications à ce niveau-là. Je n'ai pas ces
informations-là avec moi, malheureusement.
Mme Lakhoyan Olivier : ...fonctionne
avec le repreneuriat? Est-ce que vous trouvez des investisseurs, pour le Québec,
de l'extérieur, pour le repreneuriat? Est-ce que... est-ce que vous êtes au
courant, ou...
M. Champagne (Jean-François) : Bien,
moi, ce que j'observe, c'est que, dans le changement générationnel, nos entrepreneurs
qui passent le bâton, un petit peu, à la prochaine génération le font de toutes
sortes de différentes façons, que ce soit avec des partenariats, encore une
fois, avec du repreneuriat à l'intérieur de leur entreprise, qui, parfois,
inclut également des nouveaux arrivants, des immigrants. C'est une combinaison
d'un petit peu de tout. C'est certain qu'il y a également des consolidations
qui s'offrent également, donc des entrepreneurs qui vont décider d'opérer deux
ou trois centres de services et qui vont racheter, évidemment, certains centres.
Mais je vous dirais que le repreneuriat à travers l'entreprise, c'est quelque
chose qui continue de s'observer, encore une fois, parfois, dans la génération
suivante, ou, parfois, à travers des nouveaux arrivants qui ont pris place dans
l'entreprise, et qui veulent la reprendre, et continuer cette histoire d'amour
qu'ils ont avec leur région d'accueil.
Mme Lakhoyan Olivier : C'est
bien. En attendant, mon frère va travailler sept jours au garage, vitrerie et
rembourrage. Mon cousin, à la carrosserie, puis mon autre cousin, qui est en
mécanique, ils vont faire sept jours, jusqu'à ce qu'on comble avec des nouveaux
employés. Est-ce que vous êtes, en ce moment, en contact avec des... des
compagnies, je pense, qui amèneraient des travailleurs ici, au Québec?
M. Champagne (Jean-François) : Donc,
l'association elle-même ne le fait pas. Par contre, on sait que beaucoup de nos
membres, eux, le font avec diverses tierces pour aider et faciliter le
recrutement et l'intégration, là, de ces arrivants-là pour venir combler ces
postes-là, pour espérer que certains membres de leur famille vont être capables
de se rendre, là, pour le souper de famille, parce que, s'ils travaillent sept
jours, ça doit être plus difficile, là. Mais, oui, effectivement, ça se fait
beaucoup à travers, là, certains de nos membres, qui... qui sont en partenariat
avec diverses entreprises.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Le temps...
Mme Lakhoyan Olivier : ...votre
présence. Merci de les représenter.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la députée. M. Champagne, compte tenu que
vous voulez faire le lien avec le... les membres de la commission, si vous avez
des réponses additionnelles à donner, je vous invite à communiquer avec le <secrétariat...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
...je vous invite à communiquer avec le >secrétariat
de la commission pour déposer des documents additionnels. Merci.
Alors on va terminer cette ronde d'échange
avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne, pour 4 min 7 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation. Vous avez parlé beaucoup de
repreunariat, c'est intéressant. En juin 2023, là, il y a une réforme qui
a été publiée au volet 3 du programme de repreunariat du MIFI. Je me
demandais si vous aviez des commentaires. Est-ce que vos membres utilisent ça,
le programme de qualification permanente de repreunariat? Est-ce que ça... ça
fonctionne? Comment ça va?
M. Champagne (Jean-François) : Je
n'ai pas de statistiques non plus là-dessus, donc c'est quelque chose où on
fera un suivi également. Je sais qu'également les comités sectoriels de
l'automobile, entre autres, ont fait la promotion de ces programmes-là. Je suis
difficilement capable de vous donner vraiment des chiffres concrets, à savoir
est-ce que ça a été bien reçu, bien utilisé. Et du... des commentaires
spécifiques sur ce programme-là, je n'en ai malheureusement pas.
M. Cliche-Rivard : Pas de
problème. Le guide parle, par contre, qu'il y avait un arriéré assez important
là, dans la catégorie des gens d'affaires. On parle d'une... à peu près 15 000 dossiers
en attente, avec des projections, pour 2025, 2026, 2027, d'à peu près 450 dossiers
annuellement. Bref, je veux dire, on peut faire la règle de trois, là, ça va
faire plusieurs, plusieurs, plusieurs années d'attente. J'imagine que, pour
vous, du repreunariat, ça doit se faire dans un délai raisonnable, là, pas dans...
pas dans un programme d'immigration qui va prendre 10 ans de traitement,
là?
M. Champagne (Jean-François) : Il
faut comprendre qu'il y a beaucoup d'outils dans le coffre d'outils lorsque
vient le temps du repreunariat. Souvent, on va avoir des regroupements, entre
autres, qui facilitent ces échanges-là. Donc, il y a plusieurs gens, dans notre
écosystème, qui sont capables également de fournir de l'accompagnement, du
support, de l'information aux divers entrepreneurs qui décident, là, de
commencer la transition pour leur entreprise. Donc, c'est certain qu'où il y a
des programmes gouvernementaux qui sont accessibles, on veut évidemment, être
capables de les offrir, les utiliser. Encore une fois, je n'ai pas de
statistiques comme telles, mais je vous dirais, par contre, qu'on est un
secteur économique qui a quand même accès lui-même à des ressources pour se...
être capables d'offrir là, de ce genre d'accompagnement, de support et de
services à leurs membres.
M. Cliche-Rivard : Parfait.
Je me demandais, la réforme du Programme de l'expérience québécoise—Travailleurs,
qui... (panne de son) ...les postes moins qualifiés, là, les jobs moins
qualifiées du PEQ, est-ce que ça, ça a eu un impact sur vos membres? Est-ce que
vous avez eu de la misère à les qualifier pour la résidence permanente ou si,
finalement, les travailleurs ont trouvé une autre porte de chemin... ou un
autre chemin pour se qualifier pour rester avec vous?
M. Champagne (Jean-François) : Le
son de cloche qu'on entend souvent au niveau de la reconnaissance,
qualification de la main-d'œuvre, c'est certain que ça reste quelque chose qui
est toujours un petit peu ardu. Je n'ai pas de données spécifiques récentes,
mais je vous dirais simplement que, de façon générale, on veut toujours faire
reconnaître que notre secteur économique... que ce soient, encore une fois, des
peintres, que ce soient des carrossiers, des mécaniciens, ce sont des secteurs
économiques qui sont en grande demande. On veut, évidemment, des élargissements
au niveau de la reconnaissance des acquis, pour ces gens-là, le plus possible.
Donc, où on est capables d'alléger le plus possible ces reconnaissances-là pour
être plus capables d'intégrer rapidement et de reconnaître la qualification de
ces travailleurs-là, c'est toujours, évidemment, là, bienvenu.
M. Cliche-Rivard : Et vous
êtes capables de garder les travailleurs, et ils restent au Québec, malgré... Des
fois, on parle des délais qui augmentent, des fois, on parle de la difficulté
de rester, de la difficulté de faire venir les familles. Est-ce que vous le
sentez, ça, ou vous sentez que ça va bien, généralement?
M. Champagne (Jean-François) : De
façon générale, notre secteur économique continue... l'attraction et la
rétention continuent d'être difficile, quand même. Il y a énormément de
facteurs qui contribuent à ça. Je reviens, encore une fois... nos besoins de
formation, de mises à jour, les enjeux technologiques de notre secteur sont,
évidemment, tous des éléments de pression, beaucoup de compétitivité dans le
secteur également. Donc, c'est sûr qu'on doit continuer à travailler très fort,
non seulement au niveau de l'attraction, mais aussi rétention, pour s'assurer
que ces gens-là sont capables, là, de bien s'intégrer et de rester dans notre
secteur économique.
• (12 heures) •
M. Cliche-Rivard : Vous
diriez que c'est quoi, le principal défi de la...
M. Champagne (Jean-François) : Aujourd'hui,
je pense qu'au niveau de notre... particulièrement notre secteur économique,
là, au niveau de la rétention ça reste, encore une fois, la mise à jour des
connaissances, la disponibilité, les outils, donc toute la transition qui se
fait dans le type de travail qu'on doit faire. On est... souvent, on parle...
on pense, un technicien en atelier est un mécanicien. On tapait sur un parechoc
en métal puis là on est rendus avec des parechocs en plastique, avec de la
technologie derrière. Donc, ça a beaucoup changé.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur ce, merci, merci beaucoup, M. Champagne. C'est ce
qui met fin à cette audition. Merci beaucoup pour l'apport à nos travaux.
Mmes et MM. les élus, nous allons
suspendre la commission quelques instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 12 h 01)
12 h (version révisée)
(Reprise à 12 h 05)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) :
À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des
relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc le groupe Québec
réunifié avec ses quatre représentant, représentantes. Bienvenue à la Commission
des relations avec les citoyens. Mesdames, messieurs, je vais vous demander d'abord
de vous présenter, et vous allez bénéficier d'une période totale de 10 minutes
pour votre exposé. Par la suite, on va échanger avec les parlementaires. Alors,
le temps débute maintenant.
Québec réunifié
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Bonjour
à tous. Alors, je tiens tout d'abord à exprimer notre profonde gratitude pour l'opportunité
qui nous est offerte aujourd'hui. C'est avec un sentiment de devoir civique et
un engagement profond envers notre société, surtout envers les Québécois
parrainant leur partenaire de vie et enfants, que nous, les membres du collectif
Québec réunifié, avons répondu à votre invitation.
Alors, moi, je m'appelle Rydia Lévesque Martinet.
Je suis née et j'ai grandi au Québec. Je suis fille d'immigrants et j'attends
la résidence permanente de mon mari, du Brésil, depuis plus d'un an, sans
nouvelles.
Notre collectif, que j'ai fondé le 22 juin
2023, a été créé avec la vision de défendre les droits et le bien-être des
familles du Québec. Ce collectif réunit plus de 500 personnes concernées
par le regroupement familial au Québec.
Donc, aujourd'hui, je suis en compagnie de
Cyndi Fiata, notre responsable des communications, ainsi que de Kiyoshi Mukaï
et Nathalie Coursin, deux membres de notre collectif.
Et, encore une fois, merci de nous avoir
donné l'occasion de partager notre perspective. Je laisse la parole à <Cyndi...
Mme Lévesque Martinet (Rydia) :
...merci de nous avoir donné l'occasion de partager notre
perspective. Je laisse la parole à >Cyndi.
Mme Fiata (Cyndi) : Alors,
bonjour. Aujourd'hui, je souhaite vous raconter mon histoire. Je suis
originaire d'une petite île de la Caraïbe et je suis arrivée au Québec le 15 août
2009 avec un permis d'études. Ce ne fut pas facile, mais je me suis accrochée,
j'ai complété mes études et obtenu mon diplôme. J'ai par la suite obtenu ma résidence
permanente et ma citoyenneté canadienne. D'ailleurs, l'un des plus beaux jours
de ma vie fut le 29 avril 2016, lors de retour de voyage et qu'un agent
frontalier à l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau m'a dit : Bienvenue chez
vous. Quel soulagement! Enfin, je me sentais acceptée et reconnue par la
province que j'ai choisie. Les années ont passé, j'ai même complété deux
maîtrises et je continue de travailler dans mon domaine, l'enseignement, en
tant qu'enseignante au primaire et chargée de cours à l'université. Je suis
propriétaire et cofondatrice d'une entreprise qui aide les enseignants.
J'estime personnellement avoir un parcours
exemplaire, mais pourtant, aujourd'hui, j'ai l'impression qu'aux yeux du
gouvernement j'ai commis une erreur : celle d'être tombée en amour avec un
ressortissant étranger. Au bout de quatre ans de relation, 16 mois de
traitement de résidence permanente et deux visas visiteurs refusés, notre
relation et ma vie a heurté un mur le 22 juin 2023, à la découverte des nouveaux
délais de traitement de 24 mois au Québec au lieu de 13 mois pour le
reste du Canada.
S'en est suivi une série de douches
froides : premièrement, la découverte de la mise en place d'un quota de 10 600
pour l'année 2023 et, pire, l'annonce d'une diminution de ce quota à 10 400
pour les années 2024‑2027. N'oublions pas les nombreuses lectures et
auditions d'histoires familiales, plus dramatiques les unes que les autres.
Mais ce mur, je ne suis pas la seule à l'avoir heurté, et ces douches froides,
je ne suis pas la seule à les avoir subies.
Mme Coursin (Nathalie) : Bonjour
à tous. En effet, Cyndi n'est pas un cas particulier. Nous sommes nombreux à
subir ces délais. Comme vous le savez, au moins 36 800 personnes sont
dans l'attente de validation de la résidence permanente dans notre catégorie au
Québec. Pour pouvoir vous restituer un portrait fidèle de ces personnes, Québec
réunifié a mené une enquête en interne auprès de 132 personnes en cours de
parrainage au Québec. Avant la présentation de ce portrait, je tiens à dire
que, pour ma part, je suis demandeur principal, d'origine française, en attente
de la résidence permanente depuis maintenant 19 mois. Donc, permettez-moi
d'utiliser le pronom «nous» pour parler de l'ensemble des demandeurs
principaux.
Nous sommes majoritairement des demandes
externes, c'est-à-dire que nous vivons à l'extérieur du Canada et nous
subissons une séparation physique longue avec notre partenaire québécois. Nous
voyons d'ailleurs actuellement nos demandes de visas visiteurs trop souvent
refusées, malgré les dernières directives fédérales. Nous sommes aussi des
demandes internes qui... même si vivre avec notre partenaire peut apparaître
plus facile, nous subissons aussi diverses conséquences de cette longue
attente.
Nous sommes majoritairement francophones
et francophiles puisque nous sommes 88 % à pouvoir entretenir a minima une
conversation basique en français. Nous provenons de multiples pays, comme le
Maroc, le Sénégal, la France, les États-Unis, le Liban, le Brésil, le Guatemala
ou même le Mexique. Nous avons des métiers diversifiés et dont certains sont en
pénurie au Québec. Nous sommes mécaniciens, infirmiers, policiers, ingénieurs,
professeurs, architectes, et bien d'autres. Nous irons nous installer avec nos
parrains dans leurs logements partout au Québec. Bien sûr, nous irons à
Montréal et sa grande région, comme 42 % de la population actuelle au
Québec, mais aussi à Québec, Sainte-Marcelline-de-Kildare et même Rimouski.
Nous sommes jeunes, puisque nous avons majoritairement moins de 35 ans.
Nous sommes très nombreux à avoir notre CSQ en main et nous sommes 17 %
qui l'ont depuis un an et plus.
Enfin, nous devons attendre bien trop
longtemps pour rejoindre notre partenaire québécois et commencer notre vie
familiale. Cette attente a des conséquences sur notre vie et notre santé
physique et mentale. Et je laisse Cyndi et Kiyoshi vous les présenter.
• (12 h 10) •
Mme Fiata (Cyndi) : En effet,
il est important de comprendre que nous considérons le délai de 24 mois
comme ne prenant pas en compte l'ensemble du portrait des étapes de la demande.
Il est important de noter que, pour les familles, le délai commence réellement
lors de la prise de décision d'immigrer au Québec. À ceci s'ajoute la
préparation du mariage pour certains, le temps qu'il faut pour rassembler les
documents, les traduire, au besoin, la prise de contact avec un avocat, au
besoin, l'acte de compléter la demande et, enfin, le dépôt de cette dernière.
N'oublions pas de nommer les dossiers qui peuvent être retournés et la
possibilité de CSQ non envoyés au fédéral.
Pendant tout ce temps, nos vies sont
littéralement mises sur pause. Nous repoussons nos projets d'enfant, d'achat de
maison et de célébration des fêtes de fin d'année, entre autres. En ce qui a
trait à la santé mentale, toujours selon notre enquête interne, 77 % des
parrains souffrent d'anxiété et d'angoisse. De plus, 58 % des parrains
souffrent d'un état dépressif. À cela s'ajoute la détérioration de la santé
physique de 45 % des parrains et demandeurs, qui se retrouvent dans
l'obligation d'effectuer des séjours à l'hôpital sans les membres de leur <famille...
Mme Fiata (Cyndi) :
...sans
les membres de leur >famille. N'oublions surtout pas la souffrance subie
par les demandeurs externes qui sont en danger dans leur pays. Enfin, de
nombreux membres ont témoigné leur envie de quitter le Québec ou ont déjà
quitté la province en raison des quotas et des longs délais. Ils ne peuvent
plus supporter la séparation, et le Québec perd donc de la main-d'œuvre
qualifiée.
M. Mukaï (Kiyoshi) : Bonjour.
Je m'appelle Kiyoshi Mikaï. Je viens des États-Unis et je suis résident
permanent issu du volet Travailleurs économiques du Québec.
Je vais maintenant vous parler des délais
qui ont un impact direct sur l'appauvrissement des familles. Pour les cas
externes, les couples sont séparés et doivent élever une famille depuis deux
pays différents. De ce fait, un budget important est alloué au voyage pour
maintenir la relation familiale.
Pour les cas internes, vous n'êtes
peut-être pas au courant que les époux et les conjoints en attente de leur
résidence permanente n'ont habituellement pas accès à la RAMQ pendant un long
moment. Durant ce temps, les familles espèrent que personne ne tombe gravement
malade ou, dans le cas des femmes, qu'elles ne deviennent pas enceintes. Saviez-vous
que, sans RAMQ, un accouchement au Québec pourrait coûter jusqu'à 20 000 $?
Autre exemple, les demandeurs en attente
de la résidence permanente et du CSQ en interne sont considérés comme des
étudiants internationaux et doivent payer des frais de scolarité extrêmement
élevés s'ils veulent combler les exigences pour évaluer et exercer leurs
métiers réglementés.
Et maintenant je laisse la parole à Rydia
pour vous donner nos propositions pour mieux prendre en compte notre catégorie
pour votre futur plan d'immigration.
Mme Lévesque Martinet (Rydia) :
Alors, avant de vous rappeler les demandes du collectif, je vais vous citer
un extrait de l'article 392 du Code civil du Québec : «[Les couples]
sont tenus de faire vie commune.» De plus, les Québécois vont continuer à
rencontrer leurs âmes sœurs aux quatre coins de la planète parce que l'amour ne
connaît pas de frontières. Le regroupement familial continuera ainsi de faire
partie du portrait québécois pour de nombreuses années, apportant une richesse,
une main-d'oeuvre qualifiée et des familles multiculturelles permettant le
développement de notre belle province que tant de gens choisissent avec leur
cœur.
Nous souhaitons tout de même prendre un
instant pour souligner la sensibilité à notre cause et les efforts de la CAQ
pour ajuster à la hausse leurs quotas de 2020 à 2022 afin de rattraper les
effets de la COVID et aussi, actuellement, pour les 7 665 résidences
permanentes délivrées sur le Québec depuis le début de l'année. Ce sont des
chiffres du 31 juillet.
Donc, voici donc nos deux demandes :
premièrement, nous demandons le traitement prioritaire et immédiat des demandes
actuelles qui détiennent déjà un CSQ en travaillant conjointement avec l'IRCC
pour assurer un traitement juste et équitable selon l'ordre logique du premier
arrivé, premier servi, et, deuxièmement, après avoir réglé le point précédent,
nous demandons la mise en place d'un seuil raisonnable pour permettre de
traiter les futures demandes dans un délai de 12 mois dans votre futur
plan. On a eu un entretien avec le représentant... un représentant du bureau de
Marc Miller, et il a avoué qu'IRCC serait capable de terminer le traitement des
dossiers très rapidement si le Québec lui permettait.
Souhaitant collaborer avec le gouvernement
afin d'élaborer des solutions, nous avons également une question pour vous, Mme
la ministre : Que proposez-vous comme stratégie pour apaiser les
souffrances des familles québécoises? Merci.
Une voix : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation, pour vos
témoignages également. Ils vont certainement susciter plusieurs questions.
Alors, on va commencer avec la banquette gouvernementale, donc par la ministre,
avec une période de 16 min 30 s. Le micro est à vous.
Mme Fréchette : Merci,
Mme la Présidente. Alors, bien, merci à vous quatre de prendre part à cet
exercice sur un thème qui est d'importance collectivement, qui vous est cher,
bien sûr. Donc, merci de votre engagement dans la société québécoise, votre
engagement dans ce débat, dans cet exercice démocratique qui est d'importance.
Alors, merci de partager aussi votre... votre expérience, votre vécu, vos
propositions. C'est particulièrement intéressant dans le cadre de cette
commission parlementaire. Donc, un grand merci pour ça.
Vous dire, dans un premier temps, que je
suis très sensible au stress vécu par vous, par les familles en général qui
sont en attente de décisions pour des demandes, donc, dans le programme de
regroupement familial. Alors, c'est quelque chose qui me touche et, bien sûr,
c'est quelque chose qui est à prendre en considération dans le cadre des
discussions que l'on a... dans le cadre de cette commission.
J'ai constaté... En fait, avant de
commencer sur des questions, j'aimerais apporter, là, une précision par rapport
à un élément qui apparaît dans votre mémoire à la page 4. En fait, vous
faites mention, là, que «la non-maîtrise du français serait la raison
principale expliquant le seuil actuellement fixé par le Québec dans la
catégorie du regroupement familial, et donc que de très nombreux candidats
francophones ou bilingues n'ont toujours pas obtenu la résidence permanente.»
Alors, je voudrais juste clarifier les choses pour indiquer qu'en fait la
maîtrise du français ne <constitue...
Mme Fréchette :
...maîtrise
du français ne >constitue pas un critère de sélection qui est établi par
le gouvernement fédéral dans la catégorie du regroupement familial. En fait,
donc, le Québec n'applique pas ce critère, et il n'a pas été question non plus
de le faire dans un futur rapproché. Donc, il n'y a pas de... il n'y a pas d'obstacle
qui est posé par cet élément que vous soulevez dans le mémoire. Donc, je tenais
à préciser ça pour bien clarifier les choses puis, voilà, que tout le monde
soit sur la même longueur d'onde. En fait, le niveau, là, le niveau d'admission
que le Québec prévoit dans la catégorie de regroupement familial est établi en
tenant compte, là, d'une variété de facteurs, mais la connaissance du français,
là, n'en fait pas partie.
J'aimerais aussi préciser qu'il y a
d'autres voies d'immigration, là, pour certains membres de la famille. Par
exemple, il ne faut pas oublier que les travailleurs qui souhaitent venir avec
leur conjoint et leurs enfants peuvent les inclure dans leur demande de permis
de travail. Donc, ça, on va ouvrir, là, nos programmes économiques à un plus
vaste... une plus vaste gamme de travailleurs et de profils. Vous l'avez vu,
j'imagine, avec la réforme des programmes d'immigration économique qu'on a mis
de l'avant au printemps dernier. Donc, je sais que ce n'est pas quelque chose
qui... qui peut aider et qui peut être une solution pour tous les cas, mais,
néanmoins, je tenais à le souligner, qu'il y a cette possibilité-là, également,
d'inclure des membres de la famille.
En page 6 de votre mémoire, vous
mettez l'accent sur l'importance, là, de réussir l'intégration des personnes
immigrantes issues du regroupement familial. Bon, si on met à part, là, la
question des délais, parce que je vous entends très clairement, là, quant aux
délais que vous souhaitez voir raccourcis, qu'est-ce que vous diriez qui sont
les conditions de succès d'une intégration réussie en matière de regroupement
familial? J'aimerais que vous me partagiez votre vision des choses là-dessus.
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Bien,
alors, déjà, de un, je vais, en fait, vous relater de mon expérience
personnelle en tant qu'intégration, j'ai été immigrante moi-même au Brésil
pendant deux ans, et, en fait, peut-être que, dans un contexte familial,
l'intégration se fait très facilement. Bon, mon mari vient de la campagne au
Brésil, en région, et moi-même, bien, quand j'ai vécu là-bas, bien, il m'a
aidée, il m'a fait apprendre le portugais, sa famille m'a aidée, il m'a intégré
dans sa culture, donc tout ce qui a rapport avec la nourriture, les coutumes,
et tout. Donc, niveau intégration, ça se fait facilement quand même, d'une
certaine manière. Et surtout qu'en ce moment, au Québec, bien, le Québec met
beaucoup d'emphase sur la francisation. Ils ont... Le gouvernement a mis beaucoup
d'efforts sur l'intégration. Donc, moi, personnellement, je ne vois pas
beaucoup de problèmes sur l'intégration de nos familles, surtout qu'on est déjà
ici, au Québec, on a déjà un pied au Québec, un logement, et, du coup, bien,
c'est... c'est quelque chose qui se fait naturellement, sans problème.
Mme Fréchette : Interventions
sur le sujet? D'autres réactions?
• (12 h 20) •
M. Mukaï (Kiyoshi) : Oui. Moi
aussi, je peux donner mon point de vue sur l'intégration qui est faite au
Québec. Comme j'ai mentionné dans ma... dans notre présentation, moi-même, je
viens des États-Unis. Je suis... je suis entré en tant que travailleur
économique ici, au Québec. Je suis maintenant résident permanent. Je parlais
déjà le français avant d'arriver, donc je ne devais pas faire la francisation,
mais ma femme, que je parraine, elle vient du Guatemala, donc elle a fait de la
francisation.
Et nous deux, on est dans... on était dans
le programme Objectif emploi, qui est... Objectif emploi qui aide les
immigrants avec leur insertion au marché du travail. Et ce qu'on trouvé — ça,
ce sont nos expériences — les initiatives et les objectifs du
gouvernement sont bons par rapport à ça. Par contre, la manière dont le système
fonctionne, ça ne fonctionne pas très bien. On sait déjà qu'avec la
francisation il y avait beaucoup de... de problèmes avec les gens qui sont en
attente de la francisation. Je pense que Le Devoir a parlé de ça...
à la rentrée scolaire.
Ma femme a fait ses cours de francisation
dans un centre qui avait, selon elle, une trentaine d'étudiants pour une seule
prof. Il n'y avait pas beaucoup de gens qui travaillaient là-bas. Les étudiants
devaient passer le temps à nettoyer les salles de classe, parce qu'il n'y avait
pas de personnel, au lieu d'apprendre le français. Et la prof, quand elle était
affectée par la COVID, elle avait une forte fièvre et devait continuer à
enseigner en présentiel.
Donc, je pense qu'avec la francisation il
y a comme des choses... peut-être on pourrait améliorer, parce que l'on connaît
beaucoup de gens, dans la communauté latino aussi, qui veulent apprendre le
français, mais, des fois, le français n'est pas toujours accessible. Il faut
aussi avoir un CSQ ou un permis de travail avant de pouvoir suivre des cours de
francisation gratuitement et, pour ça, dépendant de la situation, il n'y a pas
tout le <monde...
M. Mukaï (Kiyoshi) :
...suivre
des cours de francisation gratuitement et, pour ça, dépendant de la situation,
il n'y a pas tout le >monde qui a le permis de travail ou le CSQ à temps
pour prendre avantage de ce cours-là.
En termes... côté Objectif d'emploi, vous
savez probablement que la manière dont ça fonctionne, c'est qu'il y a beaucoup
d'organismes indépendants à travers le Québec qui gèrent ces programmes-là. Et
le MIFI donne de l'argent et finance ces organismes aide aux immigrants pour
embaucher des conseillers, pour aider les gens avec l'insertion au marché du
travail.
Encore une fois, c'est juste nos
expériences. Nous, on avait... nous avons passé par deux de ces organismes-là.
Il y avait des conseillers qui n'étaient vraiment pas très bien formés,
probablement mal équipés, mal qualifiés, ils ne répondaient pas nécessairement
quand on les appelait pour avoir une mise à jour sur le dossier. Il y avait
aussi beaucoup de conseillers qui démissionnent assez souvent. Je pense que ma
femme, elle avait une ou deux conseillères qui ont démissionné. Pour ça, c'est
difficile pour un autre conseiller, après, de prendre le relais. Ma femme
travaille dans le domaine de la construction. Elle était architecte au
Guatemala. Et ce qu'on a trouvé, c'est qu'avec ces... les conseillers ne savent
pas comment... quelles sont les étapes à suivre pour les métiers réglementés.
Nous avons reçu, heureusement, plus
d'infos des conseillers d'Accompagnement Québec, qui est directement Québec
avec le MIFI, mais, avec les organismes, pas vraiment. Ils sont aussi supposés
d'avoir une base de données... base d'emplois pour... avec les employeurs qui
cherchent à embaucher des immigrants, mais aussi ça n'a pas marché. Donc, il
semble qu'il y a peut-être des lacunes entre... peut-être entre le MIFI et le
gouvernement et tous ces organismes à but non lucratif.
Personnellement, je ne sais pas quelles
sont les solutions. Peut-être qu'on a besoin d'un organisme de contrôle qui
peut vérifier l'avancement et la qualité des conseillers, qui peuvent faire le
suivi pour être certain que les... des immigrants qui sont dans ces
programmes-là sont... réussissent dans la carrière. Je sais pour certain, parce
que c'est quelque chose que ma conseillère m'a dit, qu'il ne peut pas fermer
les dossiers avant que cette personne-là soit placée dans un emploi de leur
profession. C'est-à-dire que moi, je travaille en relations publiques. Je devais
prendre un emploi dans une boulangerie juste pour avoir un salaire alimentaire
au début, puis elle m'a dit que ça ne comptait pas, donc ils ont laissé mon
dossier ouvert.
Donc, ils devraient avoir ces données-là
pour savoir combien de temps ça prend pour les immigrants de réussir dans leur
profession, ou si ça prend beaucoup de temps, ou s'ils ne réussissent pas,
finalement, mais peut-être ça serait une bonne idée de regarder les données
pour donner... pour déterminer, encore une fois, où sont les lacunes et
qu'est-ce qui pourrait être mieux fait pour les aider avec la réussite dans
leur carrière. Aussi, les gens qui connaissent un peu comment fonctionnent les
métiers réglementés, qui peut être un processus extrêmement complexe ici, au
Québec.
Mme Fréchette : Oui. Effectivement.
Bien, justement, au sujet des organismes réglementaires, dans le cadre de la
réforme que l'on a présentée au printemps dernier, on resserre, en fait, la
collaboration qu'il y a entre le gouvernement et les différents organismes
réglementaires pour être certain que ça ne crée pas de mauvaises surprises et
que, déjà, le processus de reconnaissance et d'analyse, en fait, qui doit être
effectué par l'organisme réglementaire, soit débuté avant que la personne
arrive, de telle sorte que les choses sont claires pour l'une et l'autre
partie. Donc, bien, merci d'avoir partagé vos commentaires. Mme la Présidente,
je vais céder la parole à des collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Mme la ministre. Alors, je cède la parole à la
députée d'Iberville. Il vous reste 6 min 12 s.
Mme Bogemans : Parfait. Merci
beaucoup. Vos témoignages sont vraiment touchants. Je suis moi-même mère de
trois jeunes enfants, là. Je peux imaginer le stress occasionné par les longs
délais, là, de réunifications. Merci aussi de l'avoir partagé avec nous.
Récemment, j'ai accompagné, avec la
députée de Vimont, Mme la ministre dans les rencontres régionales sur
l'immigration, et puis on a pu témoigner un petit peu partout, dans chacune des
régions aussi, la réalité des femmes et des enfants au Québec, là,
d'immigrants. Et puis je pense qu'il faut mettre de l'avant aussi leurs besoins
particuliers.
Mme la ministre a eu un intérêt là-dessus,
puis déjà elle est en action, puis on a des solutions qui sont transversales au
gouvernement. Entre autres, je sais que Mme la ministre, avec la ministre de la
Famille, se sont unies pour mettre sur pied des haltes-garderies, par exemple,
puis qu'il y a des plans aussi pour, de manière plus ludique, mettre les
tout-petits en contact avec la langue française au travers le jeu, par exemple.
Donc, je sais que ma question ne pose pas directement sur le regroupement, mais,
quand même, sur les familles qui sont récemment arrivées au Québec. Que
pensez-vous de ces mesures-là, qui sont mises en place?
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Bien,
en fait, ces mesures-là, elles sont... bien, elles sont très <bonnes...
Mme Lévesque Martinet (Rydia) :
...en fait, ces mesures-là, elles sont... bien, elles sont très >bonnes,
niveau... on parle de l'intégration, de tout ce qui a rapport avec les écoles,
les garderies, et tout. Nous, nos enfants, ils vont aller à l'école en
français. Moi, par exemple, je n'ai pas encore d'enfant parce que, bien, on n'est...
de un, on n'est pas physiquement ensemble, de un, et, de deux, bien, on n'a pas
de manière permanente, donc on ne veut pas envisager avoir des enfants dans
cette situation-là. Mais, dès que le moment se présentera, on aura des enfants.
Ils vont parler français, portugais et anglais. Donc, déjà, trilingue, c'est un
atout, en tant que... en tant que personne, de parler trois langues. Et, bien,
le fait que le Québec met beaucoup d'emphase sur les programmes d'intégration, sur
les écoles, sur les... sur les garderies, et tout, pour aider les jeunes
enfants, et tout, bien... c'est vraiment important que nos enfants puissent
bénéficier de ces... de ces choses-là.
Mme Bogemans : Parfait. Puis,
Mme Cyndi, vous êtes en plein dans le... dans le milieu. Donc, quel est...
Mme Fiata (Cyndi) : Dans le
domaine. Oui, tout à fait. Écoutez, oui, tout à fait, je suis dans le domaine,
et les recherches le prouvent, que les enfants ont besoin, donc, de socialiser
dès le plus jeune âge. Donc, effectivement, de pouvoir mettre l'emphase sur les
haltes-garderies, sur, bien évidemment, le préscolaire, ce sont des stratégies
gagnantes pour les familles immigrantes, tout à fait, pour permettre la
francisation dès le plus jeune âge. Donc, oui, je suis en accord avec, oui,
cette stratégie.
Mme Bogemans : Parfait.
Trouvez-vous que ce qu'on fait en termes de francisation et d'inclusion est
suffisant pour les accompagnateurs? Chez, généralement, par exemple, les femmes
et les enfants, trouvez-vous... avez-vous des suggestions pour nous?
Mme Fiata (Cyndi) : Malheureusement,
pour l'instant, c'est sûr que ce n'est pas forcément un sujet sur lequel je me
suis penchée, donc c'est un petit peu difficile de donner une réponse tout de
suite.
De mon expérience, c'est sûr qu'au niveau
de la francisation... L'article qui est sorti à la rentrée scolaire, avec les
difficultés, donc, de pouvoir donner des places aux personnes pour la
francisation, c'est sûr que c'est quelque chose qui choque et qui fait... qui
présente une donnée qui nous montre qu'il y a des choses à faire dans cette
matière-là, à ce niveau-là. Mais malheureusement, pour les femmes et pour les
enfants, ce ne sont pas des données que j'ai forcément sur les mains
présentement.
Mme Bogemans : Parfait. Et,
au niveau des nouvelles initiatives de francisation, on sait qu'on a mis en
place Francisation Québec au 1er juin, avec... en fait, on a
élargi les formules, les horaires, aussi la disponibilité, même, des cours, là,
la façon dont on peut les transmettre. On voulait savoir qu'est-ce que vous
pensiez, par exemple, de la francisation outremer, avant l'arrivée des
immigrants?
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Alors,
ça, ça va être... c'est beau à voir sur papier, mais, en réalité, ce n'est pas
nécessairement facile à appliquer, parce que pour bien s'intégrer dans une
culture, apprendre la langue, il faut être... il faut baigner dans la culture,
il faut baigner dans le pays, dans la nation.
Moi, par exemple, quand j'ai vécu au
Brésil, avant d'aller au Brésil, j'ai appris du portugais. Tu sais, j'étais en
contact avec mon mari, il m'a appris le portugais, j'étais en contact avec ses
amis, j'apprenais des trucs sur YouTube, sur Internet. On a la technologie pour
le faire, mais ce n'est pas avant de vraiment habiter là-bas puis de vivre ma
vie de tous les jours que j'ai maîtrisé la langue.
Donc, oui, c'est important, je crois, de
mettre en place un certain système pour faciliter, comme on pourrait dire,
comme, l'apprentissage de la langue avant de rentrer. Mais de là à «expecter»
que les gens... de maîtriser la langue de manière... comme si c'était leur
langue maternelle avant d'arriver... c'est très difficile. Il faut vraiment
être dans la culture pour le comprendre.
Mme Bogemans : Parce qu'on...
Mme Coursin (Nathalie) : Là,
je voudrais rajouter...
Mme Bogemans : Ah! allez-y, madame.
• (12 h 30) •
Mme Coursin (Nathalie) : Oui,
pardon. Excusez-moi. Je voulais rajouter parce que, là, on parle déjà de
l'intégration des gens qui ne sont pas encore là. Nous, vraiment, notre sujet
qui nous importe aujourd'hui, c'est les délais, qu'est-ce que vous êtes
capables de faire pour les délais. On est conscients qu'il va y avoir plein de
choses qui vont être faites pour nos conjoints ici, et qu'ils peuvent déjà
progresser avant en français ou pour s'intégrer, mais nous, ce qu'on.... nous,
ce qui nous importe, et qu'on s'est vraiment penchés, et qu'on a étudié, c'est
les délais, donc ce qu'est capable de faire le gouvernement pour baisser les
délais, et nous, qu'est-ce qu'on peut faire pour vous aider à baisser ces
délais.
Après, on est conscients que, quand même,
quand nos partenaires seront présents ici, ou moi-même, puisque je pars de...
je suis en interne, donc, on est conscients que ça se fera très facilement
puisqu'ils seront avec leurs familles, donc ils pourront parler en français.
Donc, c'est ça, c'était juste que je
voulais recentrer un petit peu le peu de temps de parole que nous avons sur
notre priorité numéro un, qui est d'abaisser les délais.
Une voix : ...merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est ce qui met fin à cette première
portion d'échanges avec les parlementaires. On poursuit avec les <députés...
>
12 h 30 (version révisée)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...échange avec les parlementaires. On poursuit avec les
députés de l'opposition officielle. Le député de...
M. Derraji : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...Nelligan, d'accord, pour une période de 12 min 23 s,
le temps est à vous.
M. Derraji : Oui, merci, Mme
la Présidente. Bonjour à vous quatre. Je vais me permettre de vous saluer en
premier lieu, vous saluer pourquoi? Parce que c'est très beau de voir que,
quand il y a un enjeu de société, il y a des gens qui se mobilisent, et ça,
déjà, vous êtes en train d'envoyer un beau message que ça ne va pas, et ça, on
doit le prendre en considération. Donc, déjà, vous êtes en train de prendre le
leadership nécessaire sur le regroupement familial. Je ne sais pas si vous avez
suivi un peu les consultations, mais, hier ou avant-hier, si ma mémoire, elle
est bonne, je ne voulais surtout pas avoir un débat de chiffres parce qu'il s'agit
d'êtres humains.
J'ai 12 minutes. Je sais c'est quoi,
votre agenda, et vous méritez un temps de qualité. Vous savez, prenez le temps
nécessaire pour parler des êtres humains qui sont derrière les chiffres que
vous représentez, les drames que vous vivez, entendre qu'il y a des gens ou des
femmes qui avortent, d'autres qui retardent leur projet de bébé, d'autres qui
ne peuvent pas savoir s'ils doivent acheter une maison ou pas. Parfois, on peut
être très rationnels, pragmatiques avec l'immigration, mais, des fois, il y a
ce côté humain qu'on doit tous avoir. Alors, je vous cède la parole. Partagez
avec les membres de la commission vos réelles préoccupations et pourquoi, aujourd'hui,
on doit vous écouter, surtout quand il s'agit d'êtres humains.
Mme Fiata (Cyndi) : Si vous
permettez, je vais prendre la parole parce que, depuis le mois de juin, je suis
en contact avec de nombreuses familles, et, comme je l'ai expliqué dans ma
présentation, ce sont des histoires les plus dramatiques les unes que les
autres que j'écoute, que j'entends.
Pas plus tard qu'en fin de semaine j'ai eu
une femme du Sénégal, qui est, donc, parrainée par son époux ici, au Québec, en
pleurs, en larmes, m'expliquant que son mari est au bord du suicide, qu'il a
des pensées suicidaires parce qu'il est découragé par les délais. Il ne sait
plus quoi faire. Il ne se sent pas aidé ni soutenu. C'est une des histoires. J'ai
quelqu'un qui attend depuis 2018, dont sa femme est au Maroc, qui a subi des
conséquences en lien avec le séisme, qui se retrouve à la rue, qui ne sait plus
quoi faire, a déjà parlé au député, déjà parlé au fédéral. Ça fait déjà
maintenant depuis 2018, donc, largement dépassé les 24 mois, et qu'il n'est
toujours pas avec sa femme ni ses enfants.
Nous avons, bien évidemment, le cas de
Laurianne qu'on a présenté, mais ce n'est pas la seule, des personnes qui
souffrent, qui ont des enfants, que les enfants grandissent sans leur père, des
femmes qui accouchent à l'hôpital sans leur mari, des enfants qui connaissent
leur père seulement au travers d'un écran de téléphone, des personnes qui ont
des pensées suicidaires, qui souffrent d'insomnie, d'angoisse, pour lesquelles
le site d'IRCC devient une obsession, à savoir quand est-ce qu'on va recevoir
une réponse, quand est-ce qu'on va avoir un courriel pour savoir quand est-ce
que ça va être notre tour. Et, quand on voit des personnes de 2023 qui
reçoivent leur résidence permanente avant les personnes de 2022, 2021, ça
aussi, ça n'arrange rien, strictement rien, à la situation.
Donc, tout mon été a été d'écouter des
histoires de personnes qui souffrent, qui sont au bord de la dépression, qui me
disent : Je suis là, j'ai été choisi par le Québec, je ne comprends pas
pourquoi je ne peux pas être réuni avec ma famille, avec la personne, les
personnes que j'aime, je n'ai qu'une envie, c'est de quitter le Québec. Il y en
a qui ont déjà quitté le Québec, qui sont partis en Ontario, qui sont partis au
Nouveau-Brunswick, et qui ont eu leur résidence permanente un mois après leur
départ, tandis que nous, nous restons par choix au Québec et nous subissons ces
quotas et ces délais.
M. Derraji : Oui, ça a été
ça, ma question, parce que, pour le bénéfice des membres de la commission,
cette situation est unique au Québec. C'est juste au Québec que les délais, je
les ai vus en ligne. D'ailleurs, je vous remercie pour votre campagne, et
continuez à la marteler. Il y a des gens qui ont reçu un message que la durée
est passée de 18 à 24 mois. Nous sommes rendus à 24 mois aujourd'hui.
Avec l'arriéré...
Mme Fiata (Cyndi) : 24 et 25 mois.
M. Derraji : Hein?
Mme Fiata (Cyndi) : Pardon,
24 et 25 mois, 24 en externe, 25 en interne.
M. Derraji : Oui, et 25... Excellent.
Donc, si je rajoute l'inventaire qui existe avec le rythme de <traitement
de dossiers, nous sommes sur...
M. Derraji :
...existe
avec le rythme de >traitement de dossiers, nous sommes sur, si quelqu'un
veut avoir son conjoint ou sa conjointe avec lui... sur du trois, quatre ans, c'est
ça, hein?
Mme Fiata (Cyndi) : Oui.
M. Derraji : OK. S'il
vous plaît, si vous étiez dans une autre province canadienne, pas le Québec,
pouvez-vous éclairer les membres de la commission, le délai sera de combien de
jours?
Mme Fiata (Cyndi) : Six
mois, huit mois, 12 mois, peut-être, maximum.
M. Derraji : OK, donc,
max 12 mois. Et là, pour cerner l'enjeu du problème, c'est que vous êtes
dans la catégorie des seuils, et c'est pour cela que la machine fédérale ne
peut pas aller plus vite que ce que le Québec lui demande, parce que, ça, je
vous invite à l'expliquer, parce que les Québécois, quand on va leur dire :
Ça n'a aucun bon sens de briser des coeurs, de séparer des familles, de laisser
séparer l'enfant de son père ou de sa mère, il n'y a personne qui va être
d'accord, mais les gens ne comprennent pas le processus. Ce n'est pas tout le
monde qui est expert en immigration. Donc, expliquez pourquoi vous payez les
frais et vous payez un prix que vous n'avez pas cherché. Ce que vous avez fait,
c'est avoir quelqu'un avec qui vous voulez faire votre vie, qui était de
l'extérieur, c'est la seule chose, mais là, quand vous arrivez à cette
bureaucratie, vous payez les frais et le prix des seuils. Je vous laisse... si
vous voulez répondre.
Mme Coursin (Nathalie) : J'ai
quelque chose en plus à rajouter parce que je voulais répondre à Mme la
ministre tantôt. Quand elle parle des travailleurs qui peuvent venir avec leur
conjoint avec un permis ouvert, ce n'est pas possible de demander juste un
permis ouvert, quand on est résident permanent ou citoyen, pour son conjoint ou
sa conjointe que l'on vient de rencontrer. Donc, déjà, aussi, ça, c'est une
aberration. On ne peut même pas être regroupés comme ça, alors qu'on est
citoyens canadiens. Moi, par exemple, je suis mariée à un «born and raised in Québec» — pardon
pour mon français, je ne sais pas pourquoi c'est sorti comme ça — mais
je n'ai pas pu demander un permis de travail ouvert juste parce que je l'avais
épousé. Donc, ça aussi, ça fait partie des aberrations, parce que, donc, oui,
un étranger, un travailleur qualifié qui a été choisi par le Québec, lui, peut
venir avec femme et enfants, alors que nous, citoyens et résidents permanents
du Québec, nous n'avons pas l'opportunité de faire ça. Je voulais juste
rappeler ça aussi parce que ça fait partie des choses importantes du débat
aussi qu'il y a ici. Et, je suis désolée, je me suis perdue dans la question.
Donc, je crois que Cyndi a le fil.
Mme Fiata (Cyndi) : Donc,
pour vous répondre... M. Derraji, merci pour cette question. Donc,
effectivement, avec le quota de 10 600, qui est pour l'année 2023,
dès qu'on dépose une demande de regroupement familial, on rentre dans un
système qu'on appelle de loterie cachée, déguisée, et c'est une file d'attente
interminable. Donc, effectivement, l'IRCC reçoit des directives de la province,
donc, il y a un maximum de 10 600 qu'ils doivent traiter pour
l'année 2023, et, malheureusement, il ne peut pas dépasser ce nombre-là.
M. Derraji : Je vais
vous arrêter là, je vais vous arrêter là, 10 000 par année sur des...
Mme Fiata (Cyndi) : 10 600.
M. Derraji : 10 600
sur des seuils, soit 50 000 ou 60 000, l'inventaire est de combien
maintenant?
Mme Fiata (Cyndi) : Alors,
malheureusement, maintenant, nous n'avons pas cette donnée, mais nous savons
qu'au mois de mai il y avait 36 800 dossiers qui étaient sur le
bureau d'IRCC.
M. Derraji : C'est ce
qu'un groupe... c'est ce qu'un groupe disait hier, c'est aux alentours de
30 000.
Une voix : ...
M. Derraji : 36 000.
Si on prend uniquement ces chiffres, parce que moi, je veux juste comprendre et
ramener vos doléances aux membres de la commission, c'est ça, notre rôle, un,
ce que vous demandez, et je l'ai vu, augmenter les seuils dans la catégorie du
regroupement familial afin de traiter l'ensemble des demandes ayant déjà reçu
un CSQ, ça, c'est une demande urgente, mais j'aimerais bien vous entendre sur
les arriérés. Est-ce que c'est normal, laisser des gens séparés pendant trois ans?
Moi, je pense, c'est inacceptable. S'il y a un problème bureaucratique, il faut
le régler. Il faut le régler très rapidement. Deuxième...
Mme Coursin (Nathalie) : Oui,
c'est ca, pour que... oui, pardon.
M. Derraji : Allez-y,
allez-y, pas de problème, allez-y.
• (12 h 40) •
Mme Coursin (Nathalie) : Non,
mais c'est pour ça que notre deuxième demande, justement, était... quand on
aura réglé cet arriéré. C'est-à-dire que, nous, ce qu'on demande, c'est de
nettoyer cette ardoise qui est là, des gens qui attendent, et, après,
effectivement, c'est d'établir un seuil qui soit assez grand pour que l'on
puisse traiter les demandes, comme le reste du Canada, en 12 mois.
Donc, on ne demande pas vraiment... On ne
parle pas vraiment de quotas, mais on parlerait quand même de quelque chose qui
est, donc, juste sur, nous, des temps de délais de 12 mois. On ne veut pas
parler de quotas. On veut juste parler de 12 mois. Déjà, pensez-vous... imaginez-vous
êtes séparé de votre femme, de vos enfants pendant plus d'une année, ne pas
faire les fêtes de fin d'année encore cette année-là, ici, là, c'est vraiment
compliqué, là. C'est ça, nous, notre vraie doléance, au final.
M. Derraji : Oui. Donc
là, il y a le délai de 12 mois, mais, s'il vous plaît, moi, avant d'aller
sur le futur, j'ai un <problème à régler à court terme...
M. Derraji :
...avant
d'aller sur le futur, j'ai un >problème à régler à court terme. Le
problème que j'ai, c'est que j'ai 30 000. 30 000, c'est un énorme poids sur
vous, sur les familles que vous représentez. Vous dites que, dans votre
mémoire, le collectif regroupe 300 familles, mais j'en suis sûr et certain
que... Oui, allez-y.
Mme Fiata (Cyndi) : Je pense
que c'est le point que vous alliez apporté. Vous êtes sûr et certain que le
nombre a déjà beaucoup plus augmenté. Oui, nous sommes déjà passés à plus de
500 familles et n'oublions pas que nous avons été créés au mois de juin. C'est
un collectif extrêmement jeune, mais nous sommes déjà... entre juin et
septembre, on a déjà 500 familles qui nous suivent et qui attendent des
résultats.
M. Derraji : Bien, au nom de
votre groupe, au nom de ces familles, Québec réunifié, moi, je formule la
demande officielle à ce que Mme la ministre et son équipe travaillent avec le
gouvernement fédéral très rapidement, parce que ça n'a aucun bon sens. Moi,
j'en suis sûr et certain, personne autour de la table ne va entendre que des
cœurs brisés... et que des gens avortent à cause d'une séparation. Moi, je ne
pense pas que quelqu'un va rester insensible à une séparation pareille. Je
pense que nous avons tous les moyens de régler ce problème. Comme nous étions
capables de penser autrement pour le PEQ, pensons à vous, pensons à ces gens
qui sont séparés chacun de l'autre côté de l'Atlantique. Maintenant, une fois
ça, c'est réglé... réglé avec la question des seuils avec le fédéral, ce que vous
demandez, c'est que, dorénavant, pour les futures demandes... que le Québec et
le fédéral respectent le délai qui était, même, avant, de 12 mois, donc revenir
à ce qu'on avait avant parce que ça marchait avant. Est-ce que c'est clair?
Est-ce que c'est ce que vous voulez?
Mme Fiata (Cyndi) : Oui, tout
à fait.
Mme Coursin (Nathalie) : Ça
marchait avant la COVID, oui. C'était le délai de la COVID.
M. Derraji : OK, bon, ça
marchait même dans le passé. Ça marchait même dans le passé, le regroupement
familial.
Écoutez, moi, j'ai terminé mes questions,
mais je vais prendre quelques minutes pour vous dire merci pour votre beau travail.
Vous avez une voix à l'Assemblée nationale. On va continuer à marteler ce
message d'injustice à l'égard de ces familles séparées, et vous pouvez toujours
compter sur nous de ramener vos préoccupations à l'Assemblée nationale. Merci à
vous quatre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, cette période d'échange avec l'opposition officielle
est terminée. On va... on va finaliser le tout avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Je voudrais d'abord vous remercier d'avoir pris la parole de façon
très courageuse aujourd'hui, mais aussi, la semaine dernière, vous étiez dans
l'enceinte de l'Assemblée nationale. Donc, merci beaucoup. Je vous remercie,
mais vous ne devriez pas avoir à être là, hein? C'est très clair, vous ne
devriez pas être obligées d'être ici. Ça devrait être évident. Ça devrait être
réglé déjà. Vous devriez pouvoir être au boulot, en ce moment, à enseigner à
nos enfants, notamment, et vous ne devriez pas avoir à prendre congé et vous expliquer
pour ce qui est si essentiel, pour ce qui est si clair.
Par ailleurs, pour ceux qui nous écoutent,
qui seraient intéressés, je souligne que je parraine votre pétition soutenant
vos revendications, qui est disponible sur le site de l'Assemblée nationale du
Québec. Vous êtes des centaines à nous écrire sur vos... sur nos réseaux
sociaux. Toutes les familles nous écrivent aussi. Alors, je vois qu'il y a
beaucoup de gens qui sont mobilisés.
Je voudrais revenir, comme vous l'avez
fait, sur ce que Mme la ministre a souligné tout à l'heure par rapport au
programme économique puis intégrer ou inclure des personnes à charge. Vous
l'avez très bien dit, il faut être résident permanent ou citoyen canadien pour
parrainer. On ne peut pas avoir une demande économique en cours. Les programmes
économiques, ça n'a aucun rapport avec la réunification familiale. Sincèrement,
sincèrement, je sais que la ministre est très bien entourée, je ne la comprends
pas, cette explication-là. Ça ne tient pas la route. Des Québécois sont séparés
de leurs enfants, de leurs conjoints, de leurs époux, et seul le Québec est
responsable de ça en raison de ses seuils. Leur détresse est immense. Votre
détresse est immense.
Mme la ministre se dit sensible, mais, en
même temps, c'est elle qui a tout le pouvoir entre ses mains pour corriger la
situation. On est les seuls au Canada à séparer des familles aussi longtemps. C'est
vraiment tragique. Il y a des vies qui sont en suspens, vous l'avez dit, des
projets de famille qui sont retardés. Vous avez parlé de la détresse, de la
déprime, des frais, c'est vraiment troublant, 25 mois, 25 mois, pour le Québec,
versus, quoi, 10 mois dans les autres provinces, et, quand on sait qu'il y
avait, en mai, 36 000 demandes en attente, peut-être, aujourd'hui, 40 000, je
ne sais pas, on peut penser que les délais vont monter à 36, 40 mois, et ça,
juste de penser que 24, en ce moment, là, c'est la pointe de l'iceberg, c'est
vraiment très troublant et c'est beaucoup trop long.
Sur son site, Immigration Canada dit, et
j'ouvre les citations : «En raison de l'Accord Canada-Québec, si vous
désirez habiter à Québec... au Québec, le gouvernement du Québec doit aussi
traiter votre demande. Le délai de traitement indiqué est donc <différent
pour cette province.» C'est la seule province...
M. Cliche-Rivard :
...traitement
indiqué est donc >différent pour cette province.» C'est la seule
province qui a cette mention-là. Moi, je n'ai jamais vu ça. Je n'ai jamais vu
IRCC jeter le blâme comme ça, c'est parce que la situation est grave. J'ai
pratiqué dans le domaine du droit pendant des années et je n'ai jamais vu ça.
Donc, j'espère sincèrement que quelque
chose va être fait. Vous lancez un cri du cœur. Moi aussi, j'en lance un, cri
du cœur, bien sincèrement. C'est terrible. J'espère que vous serez entendues,
sincèrement, et je vous laisse la dernière minute qu'il nous reste pour vous
adresser directement, en conclusion, à Mme la ministre.
Mme Coursin (Nathalie) : OK, merci
beaucoup, M. le député, pour votre soutien. Je faisais partie des personnes qui
avaient... qui étaient là, la semaine passée, à l'Assemblée nationale et,
voilà, je pense que vous avez tout dit. Vous avez compris qu'on est sur un cri
du cœur. Cyndi, Rydia, Kiyoshi, n'hésitez pas à dire ce que vous pensez, là.
Mme Fiata (Cyndi) : Je
voudrais rebondir sur un point. On parle beaucoup de 24 mois et de
36 mois, mais c'est important de savoir que le moment ne commence pas au
moment de déposer la demande, c'est vraiment au moment où on prend la décision
d'immigrer. Donc, 24 mois, c'est un faux délai, on rajoute des années
auparavant, c'est important de le comprendre, c'est important de le prendre en
note. Et nous sommes ouverts à travailler avec le gouvernement pour apporter de
vraies solutions aux familles qui sont dans le désespoir, qui sont au bord du
suicide, je le rappelle, parce que c'est la réalité dans laquelle nous sommes
présentement.
Mme Lévesque Martinet (Rydia) : Oui,
c'est l'une des raisons pourquoi j'ai fondé ce collectif-là. En fait, c'est
que, quand j'ai vu les délais qui ont été mis à jour sur le site d'IRCC, bien
là, déjà, de un, c'était un coup de poing dans la face, gros choc, dépression.
J'étais... Je ne savais pas... Il n'y avait pas de lumière au bout du tunnel.
Moi, ça fait 15 mois que j'attends. Il n'y a même pas un agent qui est
assigné à mon dossier.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter. Tout le temps que
nous avions pour cette audition vient de passer. Il me reste à vous remercier
pour l'apport à nos travaux, vous souhaiter une bonne fin de journée.
Et, pour les membres de la commission, je
suspends jusqu'à 15 heures, si ma mémoire est bonne. Bon dîner.
(Suspension de la séance à 12 h 49)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 04)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous poursuivons les auditions publiques
dans le cadre de la consultation générale sur le cahier de consultation
intitulée La planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Cet après-midi, nous entendrons les
organisations suivantes : le Réseau d'aide aux travailleuses et
travailleurs migrants agricoles du Québec, que je vois devant moi, bienvenue
mesdames, messieurs, le Groupe Orientation emploi, Axtra, l'Alliance des
centres-conseils en emploi ainsi que le Réseau des services spécialisés de
main-d'oeuvre.
Donc, je vous souhaite à nouveau la
bienvenue. Vous aurez 10 minutes pour présenter l'essentiel de votre
mémoire, vos recommandations, somme toute, et ensuite nous allons échanger avec
les parlementaires. Mais je vais aussi vous demander, dans ce 10 minutes-là,
de vous présenter. Alors, le temps est à vous.
M. Pellerin (Daniel) : Merci.
Bonjour, Merci, Mme la Présidente, merci de nous accueillir à votre commission.
Alors, effectivement, il nous fait plaisir, pour le Réseau d'aide aux
travailleuses et travailleurs migrants agricoles, d'être ici présent. Mon nom,
c'est Daniel Pellerin, je suis président du conseil d'administration; à ma
droite, Mme Mélanie Gauvin est directrice adjointe, Michel Pilon, M. Michel
Pilon, directeur général, puis Mme Denise Gagnon, vice-présidente, Finances.
Alors, bien, en deux mots, le Réseau d'aide,
on en a entendu parler un peu dans les médias récemment, mais tout d'abord c'est
un ensemble d'associations citoyennes qui se sont regroupées pour se donner une
force nationale au niveau du <Québec. Et puis...
M. Pellerin (Daniel) :
...
sont regroupées pour se donner une force nationale au niveau du >Québec.
Et puis la mission principale, évidemment, c'est d'accueillir les travailleurs
immigrants agricoles dans les fermes, tout ça, qui viennent, là, travailler
dans nos fermes, les accueillir, les accompagner, aussi les soutenir à travers
les diverses situations de vie qu'ils vivent. Puis évidemment, bien, ça va
jusqu'à la défense collective des droits.
En plus, bien, on souhaite que la société
québécoise développe un sentiment de sympathie et... de respect, d'abord, et de
sympathie à leur égard, puis même, tant mieux si ça peut aller jusqu'à un
mouvement de solidarité. C'est un travail à travers les médias, c'est un
travail... bien, d'abord, un travail directement auprès des travailleuses et
travailleurs étrangers temporaires, mais un travail aussi auprès des médias, la
population en général puis aussi au plan des institutions concernées, notamment
les institutions politiques.
Bon, je pense que ça fait le tour de la
présentation. Je donnerais la parole maintenant à Mélanie pour le reste de la
présentation.
Mme Gauvin (Mélanie) : Bonjour.
Merci beaucoup de nous recevoir. D'entrée de jeu, ce qu'on souhaiterait un peu
mettre de l'avant avec vous, c'est qu'on est dans des consultations sur des
seuils d'immigration, et pourtant il y a toute une frange qui fait partie de
notre système d'immigration qui est complètement mise à l'écart, dans ces
consultations-là, et on parle des travailleuses, travailleurs étrangers
temporaires.
Moi, je vous amènerais à regarder le recueil
statistique qui a été fourni en même temps que le document de consultation sur
lequel on vient témoigner aujourd'hui. À la page 85, on a un très beau
portrait, sur une base annuelle, du nombre de permis de travail temporaires qui
sont émis. En 2016, il y avait 12 200 permis qui avaient été
délivrés, des permis de travail temporaires. En 2023, on est à 38 500 permis
délivrés de travailleurs étrangers temporaires.
Donc, quand on se questionne et qu'on se
consulte sur des seuils d'immigration, est-ce qu'ils vont être de 40 000,
50 000 ou 60 000, je pense qu'on ne peut pas non plus passer à côté
que, bien, en 2022, il y en avait près de 40 000 qui avaient des permis
temporaires de travail. Donc, ils doivent être inclus dans ces
consultations-là, on doit en tenir compte par la suite, pour la suite des
travaux.
Et je vous dirais que, seulement que par
le RATTMAQ, on en a accueilli 17 500 à l'aéroport de Montréal depuis le 1er janvier
2023. Donc, ça ne tient pas compte de ceux qui sont arrivés avant, mais on a
une très bonne comptabilisation statistique des travailleurs qu'on rencontre
depuis le 1er janvier et on est à 17 500 en date d'hier.
Alors, aussi, ça m'amène à souligner
l'importance du financement des organismes, du financement des organismes qui interviennent
auprès de ces travailleurs et également, si on peut se permettre de dire,
l'importance aussi d'aller récupérer les fonds fédéraux pour qu'ils soient
remis à des organismes du Québec et non répartis par des organismes qui
assurent la transition de ces sommes-là, donc l'importance d'aller chercher les
sommes, aussi, accordées par le fédéral, pour les ramener et les injecter dans
les bons organismes ici au Québec.
M. Pilon (Michel) : Alors,
Michel Pilon, directeur général du RATTMAQ. Je fais une autre partie, moi, je
m'occupe beaucoup des questions de droits de ces travailleurs-là. On les défend,
d'ailleurs, devant les tribunaux, donc tribunal du travail, principalement, et
on dépose des plaintes aux normes et des cas d'accident de travail non
déclarés.
C'est plus de 522 dossiers, actuellement,
au RATTMAQ, qu'on a travaillés au cours de la dernière année, c'est quand même
énorme, et ce n'est que la pointe de l'iceberg, dans le sens que les
travailleurs, en général, ont peur de déposer des plaintes parce que,
justement, ils ont des permis fermés. Et de là mon propos sur les permis fermés.
Le RATTMAQ veut l'abolition des permis fermés. Pour nous, c'est de
l'esclavagisme moderne, tel que dit par le rapporteur général. Tout
dernièrement, d'ailleurs, le RATTMAQ a fait des représentations auprès du
rapporteur général, le 2 septembre dernier.
• (15 h 10) •
Autre chose aussi qu'on demande, c'est,
bien sûr, la promotion, bien sûr, des droits des travailleurs. Les informer de
leurs droits, c'est important. C'est ce qu'on fait, d'ailleurs, à l'aéroport de
Montréal, en leur donnant un agenda, que je peux d'ailleurs vous montrer ici,
un bel agenda avec toutes les informations, avec des codes QR, sur les droits
ici au Québec. Ça leur permet aussi de mettre leurs heures de travail, parce
que, si jamais il y avait une problématique, devant les tribunaux, quand c'est
pris d'une façon contemporaine, c'est considéré comme une preuve. Alors, c'est
quand même quelque chose d'intéressant.
Autre chose aussi, on demande aussi la
régularisation des personnes. <Nous sommes...
M. Pilon (Michel) :
...
Autre chose aussi, on demande aussi la régularisation des personnes. >Nous
sommes d'accord, et bien sûr, à cette régularisation-là. On souhaite, bien sûr,
un statut plus large, inclusif et permanent pour les travailleuses et
travailleurs migrants agricoles et de la transformation alimentaire. Beaucoup,
malheureusement, se sont retrouvés comme des sans-papiers du jour au lendemain,
à cause du système de permis fermé, et malheureusement on est obligés souvent...
ils sont obligés de travailler au noir. Comme par exemple, du côté de la Ferme
Jean Lemay, là, je ne sais pas si vous avez vu La facture cette semaine,
ça a été assez éloquent de la manière qu'on traite ces personnes-là.
Malheureusement, M. Lemay continue encore ses frasques. Si vous allez
encore à Saint-Jude, il y a encore des autobus de travailleurs qui n'ont aucun permis
de travail... et qui vend un peu partout, bien sûr, encore aujourd'hui.
Enfin, on parle, bien sûr, d'accorder à
l'ensemble des travailleurs étrangers un accès égal et inclusif à la résidence
permanente. Ce que nous souhaitons, c'est que ces travailleurs puissent avoir
accès. Et je vous donne un exemple, comme Edyn, dans le film Essentiels,
qui a été ici pendant 10 ans, qui a appris le français, qui a réussi son niveau 8
et qui n'a pas accès à la résidence permanente, qui voudrait que sa famille
viennent vivre ici. Et je pense que c'est un candidat qui serait très
intéressant pour le Québec. Alors c'est quand même quelque chose d'important.
Et, quand on parle de régionalisation, il est dans les régions, alors ses
enfants iraient étudier dans des écoles francophones, dans des villages
francophones et deviendraient des francophones du jour au lendemain.
Enfin, je vais conclure avec ça, nous
demandons, bien sûr, une augmentation progressive, là, de la résidence
permanente. En 2024, on souhaiterait qu'on augmente, bien sûr, le nombre
d'immigrants ici au Québec. Moi, je pense que c'est une question aussi, par
rapport au reste du Canada, où le Québec pourrait perdre, dans le fond, aussi
son poids démographique par rapport au reste du Canada. C'est quand même
important qu'on le fasse, mais qu'on le fasse bien, avec la francisation. Le
niveau de français que nous, nous souhaitons, on souhaiterait un niveau 4
pour les travailleurs, bien sûr, agricoles. Il faut comprendre qu'on n'a pas
besoin un niveau 7, pour un travailleur agricole qui travaille dans le
champ. Un simple niveau 4, un français fonctionnel, pour pouvoir
travailler, je pense que ce serait, pour nous, suffisant. Je te laisse aller.
Mme Gagnon (Denise) : Merci.
Bonjour. Denise Gagnon, je suis vice-présidente par intérim. On sort, en fin de
semaine, de notre assemblée générale, donc on a des renouvellements au CA. Moi,
j'ai une expérience, beaucoup, en solidarité internationale, ça fait qu'à ce
titre-là, évidemment, je suis en appui, là, au conseil d'administration, sur
les questions de normes fondamentales du travail, les conventions
internationales. D'ailleurs, cette année, on organise, au mois de décembre, le
jour... le 18 décembre, jour mondial des travailleurs migrants, une
conférence internationale sur le sujet, dans le cadre du 20e anniversaire
de la convention, non ratifiée par le Canada, sur les droits des travailleurs
migrants et de leurs familles. Donc, il y aura des invités du Guatemala, du
Mexique, et tout ça.
Donc, à ce titre-là, évidemment, vous
allez constater dans le mémoire, on demande la ratification. Le Québec siège à
côté du Canada à Genève. Moi, j'y ai été quelques années, donc je sais qu'on a
notre voix aussi concernant les normes fondamentales du travail et qu'on peut
influencer le gouvernement canadien sur ces questions-là, et notamment les
travailleurs et les employeurs, pour ce qui est du travail, donc les
conventions 97, 143.
Sur les permis, bien, on a été enchantés,
cette semaine, de constater une certaine ouverture à des alternatives aux
permis fermés, parce que c'est vraiment un modèle toxique, puis pas juste au
Canada, dans d'autres pays aussi, qui amène les travailleurs à ne pas dénoncer
les sévices qu'ils subissent, ou les abus, ou les problèmes de droits, et tout ça.
Et puis, à cet égard-là, on remercie beaucoup le ministère de l'Immigration qui
soutient notre travail aussi. On a plusieurs autres financements, mais on
arrive quand même, de l'aéropot jusqu'à leur retour, à les accompagner
là-dedans, et ça nous permet, là, d'appuyer les démarches du Québec dans
l'application des droits, comme Michel l'a mentionné. Donc, on va vous laisser
les questions.
Sur la question du français, bon, moi, je
ne suis pas une spécialiste de la question, mais je sais très bien qu'on a dans
nos rangs puis même à notre conseil d'administration... on a un travailleur
étranger qui a appris son français par les trucs Internet, là...
Une voix : ...
Mme Gagnon (Denise) : ...Lingo,
puis tout ça, et puis il a un français excellent. Il a travaillé dans plusieurs
fermes autant à Rimouski qu'à Chicoutimi. On a été faire la tournée à
Saint-Félicien, et les gens veulent s'intégrer, ils sont déjà dans les régions.
Alors, si j'en crois M. Termote qui nous dit récemment, dans l'actualité,
que régionaliser, c'est <difficile...
Mme Gagnon (Denise) :
...
M. Termote qui nous dit récemment, dans l'actualité, que régionaliser,
c'est >difficile, bien, nous autres, là, avec les travailleurs qu'on
représente actuellement, ils sont dans les régions, ils sont associés aux
différents groupes de la société civile, que ce soit, des fois, au niveau
religieux, on le sait, au niveau de l'Amérique latine, c'est très... une
communauté très pratiquante, des fois c'est par ce réseau-là ou d'autres
réseaux.
Donc, on vous invite à considérer
sérieusement cette masse de personnes qui veulent être ici, qui veulent
continuer à travailler, et ne pas négliger la question de la réunification
familiale, parce que ce... un défi majeur, là, quand tu laisses tes enfants
puis tu ne les vois pas avant qu'ils soient rendus à l'université, là. Ça pose
un problème, là, sérieux de santé mentale aussi pour ces personnes-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, sans plus tarder,
je vais me tourner du côté de la ministre, qui a laissé un petit peu le temps
aller, là, pour vous laisser terminer votre présentation. Alors, Mme la
ministre, il vous reste 14 min 56 s.
Mme Fréchette : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bien, merci, un grand merci à vous quatre. Je suis
très contente d'avoir l'occasion de vous revoir. On s'était rencontrés déjà, à
nos bureaux, et M. Pilon aussi, lors de mes rencontres régionales en
région. On s'est revus quelques fois. Donc, merci beaucoup et surtout merci
pour votre travail, merci pour votre engagement, parce que vraiment vous
travaillez à diffuser une information qui est cruciale pour la qualité de vie
des personnes qui viennent travailler ici d'une manière saisonnière. Donc, un
immense merci pour ça, parce que ça joue positivement sur des parcours de vie,
des trames de vie. Puis je pense que vous permettez de mieux faire connaître la
société québécoise dans ce qu'elle a à offrir en termes de protection des
droits. Et ça, c'est important que les gens associent le Québec à une
protection des droits pour des travailleurs étrangers également. Donc, un grand
merci pour ça.
Bien contente que vous participiez à cet
exercice. Vous nous l'aviez annoncé, M. Pilon, que vous alliez être là,
alors on y est. Et merci aussi pour, bien, votre appui, vos commentaires
positifs, là, sur la démarche que l'on a entreprise avec le comité des
partenaires du marché du travail, c'est un exercice qu'il va être important de
mener et de voir à bien identifier l'ensemble des alternatives... bien, des
impacts, d'une part, dont vous nous parlez régulièrement, des permis de travail
fermés, des situations de vulnérabilité que ça peut faire surgir et puis
également des alternatives, des voies de solution qu'on pourra considérer.
Nous, c'est sûr que, par la suite, bien, on verra à travailler ça avec le
fédéral, qui est celui, donc, qui émet les permis de travail, donc il y a des
discussions importantes qui seront à tenir par la suite, mais au moins d'avoir
un portrait clair sur les outils qui sont à notre disposition pour des
alternatives, ça, ça va être un exercice important. Donc merci pour ça.
Je vous amène à partir d'ici sur, bien,
votre mémoire, en fait. Bien, vous avez vu notamment qu'avec le Programme de
sélection des travailleurs qualifiés, le PSTQ, qui remplacera le PRTQ, on a
vraiment veillé à développer une passerelle qui permettrait à des gens pour qui
la résidence permanente, actuellement, est très difficile d'accès, d'avoir un
pont, une passerelle, donc, qui les mènera vers la résidence permanente. Donc,
ça, c'est une création qu'on a présentée au printemps dernier. J'aimerais vous
entendre sur la réelle possibilité que ça offrira, de votre point de vue, pour
les personnes qui ont des compétences manuelles et intermédiaires, pour
atteindre la résidence permanente. Puis on a justement veillé à moduler la
connaissance, les exigences en matière de français, donc on les a rabaissées au
niveau 5 pour la connaissance orale, et il n'y a pas d'exigence pour la
connaissance du français écrit qui soit associée, donc, aux professions à
compétences soit manuelles ou intermédiaires. Donc, est-ce que, pour vous,
d'une part, vous voyez ça positivement? Et quel est votre... l'impact que vous
prévoyez, là, quant au développement de ce volet 2 du PSTQ?
M. Pilon (Michel) : Bien,
grosso modo, Mme la ministre, que ce soit le niveau 5 ou le niveau 4...
On parle du niveau 4, nous, parce que, dans le reste du Canada, c'est un
niveau 4 qu'on demande. Alors, pourquoi ce serait différent au Québec?
Mais là... c'est-tu à cause du français? Je n'ai pas de problème. Si vous me
parlez que le niveau 5, c'est seulement à l'oral, c'est déjà quelque chose
d'intéressant...
Mme Fréchette : À
l'écrit, il n'y a rien de prévu.
• (15 h 20) •
M. Pilon (Michel) : Oui,
oui, tout à fait, au niveau... Si jamais... uniquement au niveau de l'écrit,
là, je me poserais des questions. Mais je pense que ce qu'on a besoin, au
niveau de ces travailleurs-là, c'est un français fonctionnel oral, simplement, et
de ce côté-là on est prêts à reconnaître cette partie-là sans aucun problème.
Comme je vous dis, la... d'emblée, avant, ces travailleurs-là n'avaient même
pas accès à la résidence permanente, et ce qu'on souhaite, c'est qu'ils
l'aient.
Comme je vous dis, je pense que vous avez
vu le film Essentiels, Edyn a vu sa famille trois mois sur 10 ans. Ce
n'est pas normal, c'est... Écoutez, il est ici 11 mois et demi par année à
travailler et il retourne deux <semaines, ses...
M. Pilon (Michel) :
...
Écoutez, il est ici 11 mois et demi par année à travailler et il retourne
deux >semaines, ses deux semaines de vacances, ou, quand il a eu trois
ans, c'étaient trois semaines, là, il retournait trois semaines. Mais ce n'est
pas une vie familiale, ça. Lui, ce qu'il veut, c'est voir sa famille, voir ses
enfants, voir ses enfants... apprendre le français puis de venir vivre ici.
Puis je pense qu'il a fait un très bon travail, il a prouvé ici aux Québécois
qu'il avait sa place ici.
Et c'est dans ce sens-là que je souhaite
cette ouverture-là vers les travailleurs temporaires, tout simplement, et de
bas salaires. Parce que, bien sûr, on parle, bien sûr, ces travailleurs-là, de
bas salaires. Parce qu'on en a autant besoin d'eux que des universitaires puis
des ingénieurs, et tout ça, là. Bien, je pense qu'on a autant besoin d'eux
qu'on a besoin de médecins puis d'ingénieurs, ou d'infirmières, ou de préposés
aux bénéficiaires. Donc, c'est dans ce sens-là. On veut, dans le fond, qu'on
reconnaisse le droit à tous les travailleurs temporaires, quelle que soit la
manière qu'ils sont arrivés ici ou sur quel programme, à la résidence
permanente.
On est très conscients qu'il faut qu'ils
apprennent le français. Puis moi, je suis un francophile, j'y crois aussi, moi,
je pense qu'un immigrant doit apprendre le français lorsqu'il vient vivre au
Québec. Et ça fait partie, bien sûr, de notre ADN, et d'ailleurs on...
Peut-être... tu pourrais peut-être en rajouter un petit peu plus.
Mme Gauvin (Mélanie) : J'aurais
peut-être quelque chose à compléter.
M. Pilon (Michel) : Vas-y.
Mme Gauvin (Mélanie) : Si
je peux me permettre aussi de dire que ça va être important. On a beau dire
qu'on abaisse le niveau de français et que ça va être un français oral et non
écrit, mais il faut aussi donner des moyens aux entrepreneurs, aux entreprises,
à nos agriculteurs d'être capables d'accorder des temps de francisation. Il y a
des programmes. Il y en a un récent, entre autres, où est-ce qu'on peut libérer
des gens pour qu'ils puissent faire de la francisation en milieu de travail. Mais
les programmes, bien qu'ils peuvent exister, il faut qu'ils soient utilisés. Et
donc il y a du travail à faire à ce niveau-là, ce qui n'est pas du ressort de
notre mission à nous.
Mais, même obtenir un niveau de
français 5, ça a... c'est quand même... il y a quand même des niveaux de
difficulté de liés à ça. Pour des travailleurs qui vont faire des 15 heures
par jour, des 60, 70 heures par semaine, trouver les trois heures par
jour nécessaires à faire un peu de francisation, ça peut s'avérer difficile, le
processus peut être long, même si c'est seulement qu'à l'oral. Donc, il faut
absolument que ces programmes-là soient mis en œuvre ou que... des programmes
spécifiques de mis en œuvre. Il y a la grille francisation, oui, mais il faut
encore développer davantage pour qu'ils puissent réussir à obtenir leur niveau
de français.
Mme Fréchette : Madame.
Mme Gagnon (Denise) : S'il
y a une chose que la COVID nous a apprise, parce qu'on sort d'une période quand
même assez difficile, là, sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, c'est
que la question de la sécurité alimentaire implique aussi des travailleurs
qualifiés. On a beau dire, bas salaires, non qualifiés, mais il n'en demeure
pas moins, et puis ça, on s'entend, la table de concertation avec l'UPA puis
les différents partenaires, que c'est un travail qualifiant, tu sais? Tu vas
travailler dans une ferme ou dans une usine de transformation alimentaire, ça
exige des qualifications professionnelles aussi. Ça fait que je veux juste ne
pas tomber dans «ce n'est pas des travailleurs qualifiés». Non, ils ont leurs
qualifications propres. Et ce qu'on a appris, c'est que... ce qui a donné suite
au film Essentiels, cette chaîne d'approvisionnement là, elle est
majeure. L'association québécoise de coopération internationale tient, toute
cette année, son thème sur la sécurité alimentaire, puis on va participer avec
eux, là, pour ce secteur-là, pour faire des échanges.
L'autre chose qu'on a apprise aussi
pendant la COVID, c'est qu'on disait aux employeurs : Il faut libérer les
gens un peu sur leur temps de travail, peut-être avant qu'ils commencent leur
travail, une semaine ou deux avant, pour au moins qu'ils apprennent les droits
civiques un peu, les principes de français. On en fait un peu, de francisation,
on n'est pas un organisme de francisation, mais on en fait et on avait
développé, avec un organisme communautaire, un modèle particulier d'accueil.
Puis là ils nous disaient : Bien non, ce n'est pas possible, là. Alors, la
COVID, on a fait venir les travailleurs deux semaines à l'avance pour les
isoler puis leur dire comment prendre soin puis ne pas contaminer personne,
puis tout ça. On pourrait faire la même chose pour qu'ils aient un
apprentissage minimal de base sur ne serait-ce que la culture du travail en
français. Prenez par exemple la lecture des produits toxiques dangereux, les
pesticides. Bien, Si tu ne peux pas lire les consignes de danger, tu mets ta
santé et sécurité en péril, là. On a vu, on a un travailleur... on a gagné une
cause qui est maintenant bien connue sur la contamination d'un travailleur.
Bien, peut-être, s'il avait été en mesure de comprendre ces consignes-là, il
aurait eu moins de difficultés ou moins de contamination.
Donc, on pense que oui, c'est faisable. La
COVID nous a enseigné qu'ils sont des travailleurs essentiels, ils sont
qualifiés, puis il y a moyen, avec les employeurs, qu'on s'entende. Parce
qu'actuellement ils n'ont pas de voix, ceux qui ne sont pas syndiqués, surtout,
parce qu'en plus on les a désyndiqués dans le Code du travail, là, pour les
petites fermes. Alors, il faut leur donner cette voix-là puis la possibilité de
s'organiser pour accéder à ces belles passerelles, là, qu'on vient <d'ouvrir,
là, pour eux...
Mme Gagnon (Denise) :
... de s'organiser pour accéder à ces belles passerelles, là, qu'on vient >d'ouvrir,
là, pour eux.
Mme Fréchette : Bien, je
suis contente de vous entendre, parce que ça allait être ma prochaine question.
La francisation, quand j'en entends parler en lien avec le milieu agricole, on
me dit : Ah non! mais, ça, il faut oublier ça, là, ce n'est pas possible,
là, ils n'auront pas le temps, ils n'auront pas le temps. Ça fait que vous,
vous pensez qu'il y aurait moyen quand même de dégager un peu de temps quand
ils sont ici. Mais moi, je pense qu'aussi en amont, avant même qu'ils
n'arrivent au Québec... Là vous parlez de peut-être arriver quelques jours
avant. Ça, c'est une option, peut-être. Mais aussi avant qu'ils ne quittent
leur pays d'origine, s'ils peuvent avoir des cours de francisation, ça aidera
pour leur intégration quand ils arrivent ici ou peut-être une fois qu'ils sont
retournés, aussi, de poursuivre la francisation.
Mme Gagnon (Denise) : Oui,
de poursuivre, effectivement, parce que le modèle... Je sais que les syndicats,
les... notamment, ont négocié au Mexique, là, dans le cadre de nos accords de
libre-échange, et tout ça, mais avec les États, pour savoir où venaient
travailler... S'ils viennent au Québec, c'est sûr que c'est une dynamique
différente que dans les autres provinces. Ça fait qu'il y a moyen de faire un
peu de travail en amont puis il y a moyen de faire un peu notre travail à
l'accueil, aussi. Puis dans le cadre des fonctions, au moins, il y a des
fonctions essentielles qui doivent être comprises dans le français, là, en
matière de prévention des lésions professionnelles.
Mme Fréchette : Est-ce
qu'il y en a qui le font déjà pendant les semaines où les travailleurs sont
ici? Est-ce que des mesures de francisation, ça existe?
Mme Gagnon (Denise) : Oui,
oui, ça existe, on en fait à Québec.
M. Pilon (Michel) : ...on
en fait à Québec et on a un projet pilote, actuellement, à l'île d'Orléans, c'est
très populaire. Je vous dis que les travailleurs veulent apprendre le français,
ils désirent... Bien sûr, quand tu travailles 12 heures par jour, ce n'est
pas toujours évident. Mais leur journée de congé, ils la passent à venir à nos
ateliers de français à l'île d'Orléans. Il y a eu un reportage, d'ailleurs, de
Radio-Canada là-dessus qui était vraiment excellent. Et c'est l'équipe du
RATTMAQ, d'ailleurs, de Québec qui a parti ce projet pilote et c'est très
populaire. Et maintenant on a des bénévoles aussi qui viennent nous donner un
coup de main aussi au centre communautaire à l'île d'Orléans. C'est vraiment
exceptionnel. Il faudrait les reproduire, ces types de situations là.
Mme Fréchette : Propager
la bonne nouvelle.
M. Pilon (Michel) : Oui.
Mme Fréchette : Vous
êtes bon là-dedans, là, diffuser l'information, ça fait que si vous pouvez la
diffuser au sein de votre réseau, ça donnera l'idée à d'autres, certainement,
sachant que ça se fait.
M. Pilon (Michel) : Exact,
exact. Mais je vous le dis, les travailleurs veulent apprendre le français, ils
veulent.
Mme Fréchette : Oui, bien,
ça, on le constate, parce que, quand on regarde la ruée qu'il y a eu pour les
inscriptions à Francisation Québec, manifestement, les gens répondent à l'appel
puis ils veulent être en action, et il y a beaucoup de travailleurs temporaires
qui se sont inscrits.
Mme Gauvin (Mélanie) : Mais
avec la participation des employeurs, aussi, il y a moyen de libérer des
travailleurs, d'aller chercher des fonds pour ne pas qu'ils soient perdants
puis qu'en même temps ils puissent les libérer sur leurs heures de travail pour
faire quelques heures de francisation. Ce serait gagnant-gagnant aussi.
Tu sais, nous, on a des formes d'ateliers,
mais... Oui, c'est une forme de francisation, mais on est... on n'est pas... ce
n'est pas comme faire une francisation, là, sur une base... à tous les jours, deux heures
par jour ou trois heures par jour, là, donc... Mais puis ça, il y a des
programmes qui existent. On nous en a présenté un, il y a à peine quelques
mois, là, où est-ce que c'est possible de faire des demandes pour être capable
de libérer sur les heures de travail, puis que l'employeur ne soit pas perdant
là-dedans, puis en même temps que les personnes puissent se former en français.
Mais il faudrait publiciser ça puis il faudrait qu'il y ait aussi un engagement
de leur part, là, de ce côté-là, pour faire en sorte que ces travailleurs-là
puissent apprendre le français.
Mme Gagnon (Denise) : ...fédéral,
mais qui est tombé lettre morte, là, sur... un programme adapté à l'accueil,
là, des travailleurs avec Judith Giguère, là, et son organisation, puis on n'a
pas pu aller plus loin que ça parce que, là, bon... Mélanie l'a mentionné tout
à l'heure, je pense qu'on devient contre-productif, là, si on ne prend pas
notre place dans l'accord Canada-Québec, puis aller chercher ce dont on a
besoin au Québec pour franciser notre monde, là. Je pense que ça, c'est
important.
Mme Fréchette : Bien,
merci pour ça. Alors, Mme la Présidente, je vais céder le droit de parole à mes
collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, je me tourne du côté de la collègue de Lotbinière-Frontenac.
Il vous reste 1 min 45 s.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : D'accord. Merci. Justement, ma question
portait sur la francisation. Comment vous voyez l'engagement des employeurs?
• (15 h 30) •
M. Pilon (Michel) : Bien,
je ne vous cacherai pas que c'est difficile avec les employeurs. Pour les
employeurs, ces travailleurs-là sont là pour travailler et, bien sûr, ils
veulent le maximum d'heures là-dessus, que ce soit, bien sûr, au profit des...
Alors, la journée où on leur parle de les libérer, ça devient un peu plus
problématique.
Alors, dans ce sens-là, Mélanie en a
parlé, ce qu'on souhaite, c'est des programmes qui vont permettre, justement, à
ces travailleurs-là... à l'employeur de ne pas perdre et, d'un autre côté, aux
travailleurs de pouvoir se faire franciser. Donc, ça, c'est des temps de
libération pour les travailleurs. Il n'y a pas d'autre manière de le faire. On
le fait, comme je vous dis, d'une façon... à l'île d'Orléans, d'une façon vraiment
sommaire, ce n'est vraiment pas quelque chose qui est pour obtenir un niveau 4,
là...
15 h 30 (version révisée)
M. Pilon (Michel) : ...vraiment
sommaire. Ce n'est vraiment pas quelque chose qui est pour obtenir
nécessairement un niveau 4, là, mais c'est un français de base qu'on
commence avec eux. Puis éventuellement, lorsqu'ils vont prendre des cours, ils
vont pouvoir améliorer, bien sûr, leur niveau pour se rendre au niveau 4.
Parce que l'objectif des travailleurs, c'est de venir vivre avec leur famille
ici, et beaucoup pensaient que, ces dernières années, que les travailleurs,
non, non, ils voulaient retourner, ils ne voulaient pas revenir ici. Ils
envient beaucoup notre système d'éducation, de santé, ce qu'ils n'ont pas au
Guatemala, là. Et ils ont envie de voir leur famille, ils ont envie que leurs
familles viennent vivre ici, qu'ils apprennent le français puis qu'ils
deviennent des Québécois, des Canadiens comme tout le monde. Voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci beaucoup. Alors, on va... on a fini
cette première portion d'échange. On va se tourner du côté de l'opposition
officielle avec 12 min 23 s, et c'est le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. Je vais prendre quelques secondes pour vous
remercier. Je sais que vous êtes un acteur... je parle de vous, monsieur...?
M. Pilon (Michel) : ...
M. Derraji : Pilon, merci
pour votre intervention et surtout tout ce que vous faites au nom de ces
travailleurs temporaires étrangers. Je vous suis depuis quand même un bout et
je tiens à vous saluer et à saluer les membres qui vous accompagnent.
J'ai été interpellé par votre
intervention. Vous êtes en commission parlementaire où il y a deux scénarios
sur la table. Depuis le mois de mai, je disais qu'il y a un scénario qui est
absent, c'est le scénario des travailleurs temporaires étrangers. D'ailleurs, j'ai
déposé un projet de loi, je ne sais pas si vous l'avez vu. Si vous ne l'avez
pas vu, on peut vous l'envoyer. Et aujourd'hui pour le bénéfice des membres,
vous avez dit que vous êtes allé chercher vous-même, votre organisme, 17 000 personnes
à l'aéroport.
Mme Gauvin (Mélanie) : Depuis
le 1ᵉʳ janvier 2023.
M. Derraji : Non, mais...
faire la division par jour, là, c'est énorme.
Mme Gauvin (Mélanie) : En
fait, c'est qu'on est présent pour les accueillir, on leur remet l'agenda que
tantôt Michel vous a présenté. Et puis systématiquement, on a comme raffiné nos
procédures et nos processus et on obtient leur accord pour prendre leur nom et
leurs coordonnées, ce qui nous permet de développer des tableaux de bord par la
suite pour savoir où ils s'en vont. Parce que c'est... ici, on parle... il y a
des enjeux de données quand on parle de travailleurs étrangers temporaires.
M. Derraji : Donc, bravo!
Mme Gauvin (Mélanie) : Je
crois qu'on n'est pas les seuls à vouloir ces données-là. Donc, ça nous permet
aussi de dresser des portraits sur... dans quelle région, dans quelle
entreprise... on a même les données par MRC par la suite. On a une équipe qui
fait un travail extraordinaire là-dessus, et c'est 17 500 à qui on a remis
quelque chose.
M. Derraji : Je tiens à vous
remercier au nom de ces personnes. Vous êtes la porte d'entrée pour ces
travailleurs qui nous aident à avoir les prix qu'on a sur nos tablettes. C'est
beaucoup de travailleurs agricoles, si ma mémoire, elle est bonne. D'ailleurs,
je tiens à saluer un organisme sur la Rive-Sud, Complexe X, je ne sais pas si
ça vous dit quelque chose, qui a organisé un grand tournoi de soccer, et j'étais
invité à la finale. C'était merveilleux de voir beaucoup de jeunes travailleurs
et ça a été des célébrations magnifiques et je partage ce que vous avez dit sur
leur volonté. Ils veulent... une bonne partie veulent rester, veut savoir
comment, et c'est là où je veux... j'aimerais vous ramener.
Ce n'est pas toutes les catégories à qui
on peut donner une suite pour une résidence permanente. Ça, vous le savez.
Maintenant, vu l'absence de la discussion sur les travailleurs temporaires
étrangers... en fait, on en discute, il y a beaucoup de groupes, vous n'êtes
pas le premier groupe, qui nous ont sensibilisés par rapport à ça. S'il y a
quelque chose que vous aimeriez avoir dans la planification qui ne figure pas
par rapport aux travailleurs temporaires étrangers, ça serait quoi?
M. Pilon (Michel) : Bien, une
façon... on l'a dit dans notre mémoire, ce qu'on souhaite, c'est que ces
travailleurs-là aient accès, au moins un accès à la résidence permanente avec
le niveau de français qu'ils ont besoin. La plupart... on a... En fin de
semaine, on avait une petite exposition sur des travailleurs. C'est une
photographe qui a fait un peu l'histoire de ces travailleurs-là. Il y en a au
total 54, mais on en avait une vingtaine, à peu près, là, en fin de semaine à l'île
d'Orléans. Et, une des particularités de ce que les travailleurs nous
parlaient, c'est de vouloir être avec leur famille, de vouloir que leurs
familles viennent au Québec y vivre. Je pense que c'était... ils étaient
unanimes. Ils se disaient tous la même chose. Ils voulaient que leurs familles
viennent ici, ils s'ennuient leur famille. Vous savez, il y a des travailleurs
ici qui sont 11 mois et demi... ils ont des contrats de deux ans, ils sont
11 mois et demi par année ici. Ce n'est pas normal <qu'un père de
famille...
M. Pilon (Michel) :
...ils
sont 11 mois et demi par année ici. Ce n'est pas normal >qu'un père
de famille ne voie pas sa famille pendant 11 mois et demi de temps. C'est
ça que moi, je...
M. Derraji : ...les débats
hier et aujourd'hui, notamment, je fais référence à Québec réunifié, le groupe
de ce matin, nous sommes rendus à 36 000...
Des voix : ...
M. Derraji : Québec réunifié.
36 000, 36 000 demandes en attente au fédéral par rapport au regroupement
familial. Le regroupement familial, comme vous le savez, fait partie des seuils
aussi. Donc, c'est comme un cercle vicieux. Et c'est là où votre présence dans
cette commission, cette fois-ci, elle est tellement importante parce que cette
réalité de travailleurs temporaires étrangers, ce n'est pas tout le monde qui
est au courant. Ça nous a pris un grand effort pour vulgariser ça. Les gens
pensent qu'il y a un seul moyen d'entrer, tout le monde vient en tant
qu'immigrant. Il y a beaucoup de catégories. Le problème, c'est que nous sommes
en train d'agir et de répondre à des besoins permanents. Quand vous êtes en
train de me dire que c'est des deux ans, des contrats, avant, les gens avaient
en tête des travailleurs agricoles saisonniers, trois, quatre mois. Quand on
est rendus sur des deux ans avec des permis fermés, vous avez bien évoqué les
problèmes des permis fermés, là, c'est du permanent.
Et là, j'ai le goût de vous poser une
question : Est-ce qu'avec les employeurs que vous êtes en contact et vous
parlez... est-ce que les prévisions futures, c'est des besoins permanents ou
des besoins temporaires?
M. Pilon (Michel) : Bien, ce
que je peux vous répondre là-dessus, c'est que, dans le domaine agricole, il y
a deux sortes, hein? Là, on parle du saisonnier. Le saisonnier dans le
maraîcher, par exemple, ils sont à peu près ici huit mois, quand qu'on parle,
bien sûr, des Mexicains. Avec le programme des travailleurs saisonniers, le
PTET, là, qu'on appelle le travailleur temporaire, eux peuvent être là plus
longtemps.
Et, dans le domaine animal, par exemple,
porc, poulet, les oeufs, tout ça, c'est du 12 mois par année qu'ils sont
ici. Dans les serres, c'est du 12 mois par année, c'est de l'agricole. Et
je ne vous parlerai même pas de toute la transformation alimentaire. Quand
qu'on parle d'Olymel, quand qu'on parle, les centres d'abattage, et tout ça,
ces travailleurs-là ont des contrats de trois ans. Ils retournent seulement
deux semaines par année voir leur famille. C'est ça, la situation.
C'est pour ça qu'on souhaite que ces
travailleurs-là puissent avoir accès à cette résidence et d'améliorer leur sort
aussi. C'est un peu normal de vouloir améliorer son sort puis améliorer le sort
de leur famille, qui est dans des... malheureusement, qui sont dans des pays
pauvres. Et ce n'est pas normal pour moi qu'un père de famille... moi-même je
suis père de famille, je suis même grand-père, et ce n'est pas normal de ne pas
voir ses enfants pendant 11 mois et demi de temps. C'est ça qu'on veut,
que ça change. On veut qu'on reconnaisse le droit de ces travailleurs-là de
pouvoir, oui, immigrer en apprenant le français, bien sûr, et qu'ils puissent
avoir accès, avoir un accès à la résidence permanente.
M. Derraji : ...vous
voulez... elle veut ajouter quelque chose, oui.
Mme Gagnon (Denise) : Écoutez,
c'est difficile de dire juste une chose parce qu'il y a des enjeux. Moi, j'ai
une vision de droit, hein, je suis juriste. Ça fait que moi, si on respecte le
droit au travail décent puis nos engagements internationaux à l'égard du
travail décent... ce qui veut dire quoi? Ce qui veut dire respect des normes du
travail, égalité en emploi, protection sociale, ça, le Québec l'a. Là où on
n'est pas, c'est dans le dialogue social. Nous, on est la porte d'entrée, vous
le dites, bien, on veut être capable d'apporter notre voix. On a essayé
d'approcher, voilà deux ans, la Commission des partenaires du marché du travail,
ils ont dit : On ne s'occupe pas de ça, c'est des temporaires. Ça fait que
le dialogue social...
M. Derraji : Mais attendez,
attendez, si vous permettez, je vais vous arrêter une seconde.
Mme Gagnon (Denise) : Oui,
bien sûr.
M. Derraji : Vous avez vu le
communiqué de presse de Mme la ministre hier. Là, ils parlent de donner le mandat
à la CPMT d'étudier... Mais vous êtes en train de me dire qu'ils vous ont dit...
ils ne s'occupent pas des travailleurs temporaires.
• (15 h 40) •
Mme Gagnon (Denise) : Non,
non, non, ce n'est pas ça que j'ai dit. J'ai dit que... par le passé parce
qu'on n'en tenait pas compte. La Commission des partenaires du marché du
travail nous a dit : Bien, non, vous ne pouvez pas être à la table. Mais
nous, on pense que... on a insisté pour être à la table parce que... vous avez
vu la quantité, à tous les deux ans, ça double et ça tourne dans tous les
secteurs, on a une expertise puis on veut la faire valoir. On est à la table
des partenaires, des TET, avec Agricarrières, mais je pense qu'on a cette
expertise-là aussi dans chaque MRC, où sont les travailleurs, quels sont leurs
besoins. Ça fait qu'on veut être associés à ça. Moi, si je sortais d'ici, un
voeu que j'aurais, c'est qu'on soit associé à ce dialogue social. Puis c'est le
quatrième pilier du travail décent, c'est de donner une voix aux travailleurs qui
ne sont pas attendus.
M. Derraji : Et je vous le
dis, en tout respect, continuez ce combat. C'est un combat qui est juste parce
qu'on parle des travailleurs. Ce n'est pas une marchandise, c'est des gens <qui
choisissent de venir...
M. Derraji :
...n'est
pas une marchandise, c'est des gens >qui choisissent de venir. Ils font
confiance. On parle du Canada. À l'échelle internationale, on parle du Canada.
Les gens ont le choix d'aller ailleurs, mais ils ne veulent pas aller ailleurs,
ils choisissent de venir travailler chez nous. Mais, quand on voit que, pour la
première fois, un rapporteur des Nations unies vient au Canada et au Québec
dire des choses pareilles, écoutez, ce n'est pas bon pour l'image de marque du
Canada. Et je ne dis pas... vous l'avez très bien dit dans le reportage hier,
M. Pilon, c'est que... je ne dis pas que c'est tous les employeurs qui
font ça, il y a une minorité, mais il ne faut pas que le gouvernement mette des
lunettes qui lui empêchent... qui l'empêchent, plutôt, de voir la réalité de
ces travailleurs.
Et c'est là où j'aimerais vous ramener, et
sentez-vous bien à l'aise de me répondre. Pourquoi, selon vous, le gouvernement
du Québec favorise plus l'arrivée des temporaires que du permanent, sachant
que, vous l'avez très bien dit, les besoins sont d'ordre permanent? C'est des jobs
où on donne des contrats de deux, trois ans. Donc, on sait que c'est permanent,
mais on accepte de donner des... amener des travailleurs temporaires, leur
donner deux semaines pour aller voir leurs enfants, leurs femmes, leurs
familles, etc. Parfois, c'est des couples séparés.
Mme Gauvin (Mélanie) : Je
pense que c'est de questionner aussi les décisions qui ont été prises au niveau
politique, au niveau fédéral, et même peut-être au niveau provincial, mais le
questionnement vient de beaucoup plus loin. Pourquoi avoir axé sur la
main-d'œuvre étrangère plutôt que d'axer sur une main-d'oeuvre permanente qui
vienne s'établir ici? Donc, moi, je pense que... Et on parle de pénurie de
main-d'oeuvre, pénurie ponctuelle de main-d'oeuvre, pénurie temporaire de
main-d'oeuvre, mais, en fait, on voit que la pénurie, elle est plutôt
permanente, et c'est vraiment lié aux différentes politiques qui ont été mises
en place il y a peut-être 10 ans ou 15 ans. Mais on ne se cachera pas
que la venue de travailleurs étrangers, ça nous permet... vous avez parlé de
marchandisation, ce n'est pas des marchandises, ces travailleurs-là, donc...
M. Derraji : Oui. Il ne me
reste pas beaucoup de temps. Je veux juste rectifier quelque chose. Le nombre
qu'on voit maintenant, c'est du jamais vu. Ils n'étaient pas là ça fait 10 ans,
je tiens à rectifier ça. Parce que s'il y avait... il y a 10 ans, en tout
respect, le débat serait ailleurs. C'était du permanent, on n'a jamais eu les
résultats pareils. D'ailleurs, Statistique Canada vient de le démontrer. Je
vous invite à aller lire le dossier dans La Presse aujourd'hui,
l'explosion du temporaire. Vous-même, vous l'avez mentionné.
Mme Gauvin (Mélanie) : Oui,
je suis d'accord avec vous.
M. Derraji : Vous avez
accueilli 17 000 personnes.
Mme Gauvin (Mélanie) : Oui,
mais ce que je veux dire, c'est que les programmes actuels que nous avons... le
programme des travailleurs étrangers temporaires a été... et le volet peu
spécialisé au bas salaire, maintenant, c'est...
M. Derraji : Ça a été le
dernier mandat.
Mme Gauvin (Mélanie) : ...ça
date de 10 ou 15 ans. Ça a commencé par un projet pilote, puis on s'est
rendu compte que : Ah! bien, c'est le fun, ils viennent, mais ils
repartent aussi, on n'est pas obligé de les garder, donc, et on a... et la
facilité aussi d'accéder à cette main-d'œuvre-là. C'est beaucoup moins long
faire venir un travailleur étranger temporaire que de faire venir quelqu'un sur
une base permanente. Et là on parle à la fois des démarches au niveau fédéral
et au niveau provincial, là. Voilà.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est terminé. Merci beaucoup. Merci pour ces réponses. On
va terminer cette ronde d'échange avec les parlementaires avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne,
pour 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci énormément pour votre travail et merci pour tout ce que vous
faites. Vous nous mettez vraiment les images, les cas au quotidien, là. Il y a
l'émission La Facture, mais il y a toutes les autres interventions. Vous
avez parlé du film Essentiels. Je veux dire, on est vraiment capable, avec
vous, de voir les histoires, de voir ces gens-là, de voir leur vie, puis ça
permet un éveil de certaines personnes ou de plusieurs personnes qui n'ont pas
accès à ça autrement. Donc, vraiment, je veux saluer votre travail.
J'ai une question. Je pense notamment aux
abus de différents employeurs, notamment, que vous mettez de temps en temps,
là, de l'avant, et IRCC, Immigration Canada, ne semble pas vraiment bien saisir
ou, en tout cas, ne semble pas saisir l'urgence, souvent, d'intervenir. Vous
avez dit, bon, il y a le permis de travail ouvert pour personnes vulnérables
qui est hautement inefficace ou très souvent inefficace. Je me pose la
question, qu'est-ce que vous pensez d'une autorisation de travail qui serait
émise par le Québec? Après tout, les normes de travail, c'est de compétence
provinciale. Pourquoi le Québec ne prendrait pas les devants pour régler ça,
une autorisation de travail québécoise? Votre employeur est abusif, nous, on
n'accepte pas de perpétuer ces conditions de travail là. Voilà, je vous la
dessers, votre façon de travail. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Pilon (Michel) : Bien,
nous, on pense que le Québec doit prendre sa juridiction puis on est d'accord
avec votre proposition par rapport à ça. Moi, je pense qu'une autorisation du
Québec devrait tout à fait... On fait des CAQ, là, pour pourvoir ces travailleurs-là.
Même, on utilise le contrat de travail du MIFI. La plupart des employeurs qu'on
retrouve, c'est le <contrat de travail du MIFI...
M. Pilon (Michel) :
...la
plupart des employeurs qu'on retrouve, c'est le >contrat de travail du
MIFI. Mais c'est quoi, un contrat de travail face à un permis fermé et quel est
le pouvoir du travailleur de négocier ses conditions de travail, et tout ça,
bien que Code civil, quand même, prévoit qu'il y a deux parties, l'employeur,
l'employé? Bien, l'employé, lorsqu'il a un permis fermé, il n'a pas le choix,
ça s'appelle : Tu signes là puis tu te fermes la boîte, là. C'est aussi
simple que ça.
M. Cliche-Rivard : Puis il y
a d'autres scénarios. Je veux dire, on voyait récemment avec Olymel, par
exemple, il y a des fermetures d'usine. Le fédéral, ça ne semble pas vouloir
bouger. Malgré qu'il y ait une motion unanime de l'Assemblée nationale pour
qu'on leur octroie des permis de travail ouvert, ça ne se passe pas. Donc, le
Québec pourrait régler son problème en émettant : Moi, j'autorise les
travailleurs à avoir un permis de travail, et on aurait une autorisation. Je
veux dire, il y a les cas d'abus mais il y a aussi tous les autres cas où,
finalement, la PME n'est pas nécessairement... où l'entreprise n'est pas
toujours fautive, mais où, finalement, ce sont encore les travailleurs et
travailleuses qui écopent, qui...
M. Pilon (Michel) : Bien, moi,
j'irais même plus loin que ça, le Québec a le pouvoir aussi. Il accorde des CAQ,
hein? Donc, si on peut passer par le CAQ puis dire au fédéral : Il n'y
aura pas de CAQ à quelqu'un qui a un permis fermé... puis que, dorénavant, nous
demandons, nous, des permis ouverts, puis qu'on va accorder les CAQ à seulement
des permis ouverts.
M. Cliche-Rivard : Exact, pas
de CAQ, pas de permis.
M. Pilon (Michel) : Exactement.
Donc, on n'aura pas le choix. Là, le fédéral devront le faire, il y a...
M. Cliche-Rivard : Donc, on
est capables de le demander?
M. Pilon (Michel) : On est
capables de le demander puis de l'imposer au fédéral en disant : Nous,
c'est une double juridiction. Donc, compte tenu de la double juridiction, nous,
ce qu'on demande, c'est qu'au niveau de nos CAQ, c'est des permis ouverts,
point.
M. Cliche-Rivard : Excellent.
Je vous amène sur un autre terrain. Votre mémoire parle de régularisation de
statut. Vous parlez de personnes sans statut au sens large, inclusif et
permanent, mais, vous dites, pour les travailleurs, travailleuses, immigrants
agricoles et transformations alimentaires. Est-ce que vous limitez votre
proposition à ces deux cadres d'emploi ou vous êtes inclusifs et larges?
M. Pilon (Michel) : Non. Non,
on ne limite pas nécessairement. Mais, pour l'instant, c'est certain que notre
créneau, nous, c'est la transformation alimentaire et l'agricole. C'est quand
même beaucoup de monde, là. Quand on parle de 38 000 agricoles, on
peut parler à peu près de 20 000 en matière de transformation alimentaire.
Donc, à peu près 52 000, si je me souviens bien, là, au total, là, de
travailleurs temporaires qui travaillent dans les deux...
M. Cliche-Rivard : Ça, c'est
ceux qui sont répertoriés.
M. Pilon (Michel) : Exactement.
Alors, dans tout ce qu'on appelle l'agroalimentaire, là, c'est quand même
beaucoup de monde qui viennent à chaque année, là, travailler dans les usines
de transformation.
M. Cliche-Rivard : Parce que,
dans le film, on voit qu'il y en a plein sans-permis aussi. Alors, c'est ça,
on...
M. Pilon (Michel) : Oui, oui,
tout à fait, il y en a plein.
M. Cliche-Rivard : Ça, c'est
ceux qu'on sait avec permis.
M. Pilon (Michel) : Ah oui!
tout à fait. Puis on en voit... M. Jean Lemay, pour ne pas... lui, à La
facture, on le voit très bien, il allait chercher les travailleurs
directement dans les hôtels puis il les recrutait directement dans les hôtels.
Il n'avait aucun permis puis il les faisait travailler ou il les fait venir,
parce qu'il y avait son agence de recrutement au Mexique, avec des permis de
touriste du Mexique pour les faire travailler au noir. Et ça a été que ça. Il y
a deux ans, quand on a sorti les travailleurs là-bas, là, c'est le RATTMAQ qui
les a sortis, là, les travailleurs, c'est 243 travailleurs qu'on a sortis
de là, qui étaient carrément... c'était de la traite humaine, point à la ligne,
là. Alors, à un moment donné, il faut que ça cesse, cette affaire-là.
M. Cliche-Rivard : Il faut
que ça cesse.
M. Pilon (Michel) : Il faut
que ça cesse. Et la seule manière pour nous de...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
M. Pilon (Michel) : ...de
revenir... Oh! excusez-moi.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Écoutez, merci. Bien oui, le temps est écoulé. Écoutez,
merci beaucoup pour l'apport à nos travaux, je pense qu'il y a beaucoup de
réflexion à l'intérieur de ça. Mme Gagnon, M. Pilon, M. Gauvin,
M. Pellerin, il nous reste à vous souhaiter une bonne fin de journée. Et
je suspends les travaux le temps de recevoir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 49)
(Reprise à 15 h 54)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc le Groupe Orientation
emploi. Alors, bienvenue, messieurs, à la Commission des relations avec les
citoyens pour cette... cette... Voyons! J'allais dire pour ces auditions
publiques. Merci.
Alors, je vais vous accorder une période
de 10 minutes pour vous présenter et présenter les grandes lignes de votre
mémoire, vos recommandations. Ensuite, nous allons discuter avec les
parlementaires. Le temps est à vous.
M. Noredine (Mohamed) : Merci
beaucoup. Merci pour l'invitation. Mon nom est Mimoun Mohamed Noredine. Je suis
coordinateur du Forum jeunesse Saint-Michel, c'est un organisme dans le
quartier, mais j'interviens en tant que président du conseil d'administration
du Groupe Orientation emploi et je suis accompagné par...
M. Chikhi (Ferid Racim) : Ferid
Chikhi, directeur général du Groupe Orientation emploi.
M. Noredine (Mohamed) : Alors,
voilà. Le Groupe Orientation emploi, c'est un organisme qui, depuis 1994,
soutient les chercheurs d'emploi issus des minorités visibles immigrantes. Nous
n'allons pas aborder la question des seuils de... et les chiffres, ce n'est pas
notre domaine, mais plutôt on va parler de... on va mettre en avant les effets,
les conséquences et les interpellations qu'ils provoquent au sein des
organisations qui ont la charge d'accueillir, d'orienter et de soutenir les
immigrants quant à leur intégration socioculturelle et la réinsertion
socioprofessionnelle. Nous aborderons aussi les liens avec la société
d'accueil. Par conséquent, ce sera un exposé plus sociologique qu'économique
parce que l'immigration a des effets non seulement sur la société d'accueil,
mais aussi sur la communauté ethnoculturelle.
Pourquoi aborder l'aspect sociologique?
Tout simplement parce que nous observons que les conséquences sont multiples.
Et l'une des plus graves est celle de voir se reproduire encore et encore une
société une société québécoise à plusieurs strates sociales séparées, <une
société en silos....
M. Noredine (Mohamed) :
...une
société québécoise à plusieurs strates sociales séparées, >une société
en silos.
Ainsi, parler du nombre seulement en
termes d'emplois, tout en mettant de côté les profils et les qualités des
immigrants, c'est, selon nous, naviguer sans boussole et sans orientations
pertinentes, tant les besoins d'intégration à la société d'accueil sont
tangibles. Rien qu'à distinguer dans les quartiers les plus multiethniques de
Montréal comment sont séparées parfois les communautés, la question qu'on se
pose : Comment réussir l'inclusion, si chère à beaucoup, si, à la base les
communautés en provenance de bien des régions du monde sont séparées par les
barrières avérées et évidentes?
Sur le plan professionnel, les habitudes
de travail changent et le facteur humain doit être observé autrement que par le
passé. L'apport de l'immigration est certes essentiel dans un Québec qui a un besoin
nécessaire et vital de se refaire et de se régénérer, mais peut-il le faire
sans tenir compte des éléments les plus sensibles liés à son histoire, à son
identité, à la formation d'une société industrielle nouvelle?
M. Chikhi (Ferid Racim) : Les
effets de la pandémie. Depuis fort longtemps, particulièrement depuis la fin de
la pandémie et les conséquences sur le monde du travail, il est question de
l'augmentation des seuils de l'immigration, notamment pour combler les déficits
en main-d'œuvre, et particulièrement en région. Toutefois, le débat nous paraît
biaisé, parce que les hypothèses démographiques du Québec nous semblent mal
appréhendées. À titre indicatif, les causes de la décroissance, au double sens
humain et organisationnel, ne sauraient confirmer le manque de main-d'œuvre,
ou, si l'on veut être positif, la création de plus en plus d'emplois par les
capitaines d'industrie. Pourquoi, nous nous demandons... Si la solution réside
dans l'augmentation des seuils d'immigration, alors que fait-on des milliers
d'immigrants qui sont déjà mal employés ou qui ne sont pas du tout employés?
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, rien
n'est dit sur l'intégration des nouveaux arrivants, si ce n'est leur
francisation et leur insertion professionnelle dans des emplois que les
Québécois ne veulent pas.
Le travail de création et d'innovation des
concepteurs, par exemple, dans le monde de l'industrie des arts et de la
culture ne doit pas être réduit aux seuls emplois qu'occupent les Québécois et
occulter ceux dont ils ne veulent pas faire. On entend par là qu'il y a des
dizaines et des dizaines d'artistes, de peintres, de musiciens qui ne sont pas
vus, si ce n'est au sein de leur communauté. C'est un exemple que nous prenons
à titre indicatif.
Le monde du travail change, et en
particulier par les technologies. La numérisation, la robotisation, l'utilisation
des ordinateurs ont bien entendu des effets multiples sur les individus, que ce
soit en rapport avec l'organisation professionnelle ou la société dans son
ensemble.
M. Noredine (Mohamed) : L'immigration
doit être évaluée en quantité, mais aussi en qualité. Nous nous demandons si
l'avenir n'est pas dans le changement du profil citoyen, ce Québécois nouveau
qui... à l'horizon. L'apport de l'immigration est certes essentiel dans un
Québec qui a un besoin nécessaire et vital de se refaire et de se régénérer,
mais peut-il le faire sans tenir compte des éléments les plus sensibles liés à
son histoire, à son identité, à la formation d'une société nouvelle? Le Québec
peut se refaire en changeant les attributs des citoyens. Toutefois, l'apport de
l'immigration doit tenir compte des paramètres communs et des paramètres
spécifiques pour ne pas générer un Québec... un Québécois hybride qui
fonctionne avec deux entités en lui.
M. Chikhi (Ferid Racim) : Pourquoi
parler aussi de la planification à ce stade de la réflexion? Parce que nous
avons cherché dans le document portant... Planification de l'immigration au
Québec pour la période 2024-2027 des indicateurs, des projections, des
anticipations, nous n'avons pas vu cela. Et on se dit : Bon, on connaît le
nombre de postes de travail ou d'emplois vacants au Québec, qui s'estime à peu
près à 200 000, pourquoi ne tient-on pas compte de ces chiffres-là, de ces
indicateurs et, en fonction des besoins par région, par secteur d'activité,
lancer le recrutement dans les bassins qui nous intéressent, qui intéressent le
Québec, en particulier ceux de la francophonie? Nous n'avons pas vu, donc, ces
indicateurs de recrutement et nous n'avons pas vu les indicateurs des besoins
des régions par domaine d'activité. On aurait voulu que les statistiques
données par Statistique Québec et Statistique Canada apparaissent dans le
projet ou dans le plan qui est prévu.
• (16 heures) •
On parle souvent d'insertion
socioprofessionnelle, donc d'intégration en emploi. Nous, on inverse, on parle
de l'intégration socioculturelle versus le cloisonnement et l'enfermement des
communautés culturelles. Dans nos programmes, nous avons inclus un segment
relatif à la connaissance de la société d'accueil. Nous la résumons comme
suit : «La société d'accueil n'est pas structurée comme les sociétés
d'origine, qu'elles viennent d'Asie, d'Afrique, d'Europe, du Moyen-Orient, des
immigrants, que ce soit sur le plan social, culturel, identitaire et
communautaire. C'est de ça qu'est composée toute la société québécoise, bien
entendu, avec les Québécois natifs...
16 h (version révisée)
M. Chikhi (Ferid Racim) : ...société
québécoise, bien entendu, avec les Québécois natifs. La cellule de base, soit
la famille, est totalement renouvelée en fonction des changements sociétaux qu'a
connus le Québec depuis la Révolution tranquille, ce qui n'est pas le cas des
autres cellules de base des immigrants. L'égalité des droits y est encore
consacrée.
L'apport des communautés est réduit à une
simple présence dans la société, sans les effets positifs qui devraient
découler d'une participation citoyenne, d'où l'enfermement et le cloisonnement.
Même, les jeunes immigrants, qu'ils soient
arrivés avec leurs parents ou nés ici, finissent tous par s'enfermer dans leurs
communautés et deviennent les témoins d'un rejet qu'ils n'ont jamais voulu et
contre lequel ils finissent par s'ériger.
M. Noredine (Mohamed) : Par
ailleurs, l'immigrant qui arrive dans la province vit plusieurs chocs,
largement documentés par des recherches souvent ponctuelles et dont les
recommandations, lorsqu'elles existent, sont sans effets concrets sur les
groupes sociaux. Le plus connu de ces chocs est celui de la culture, divisé en
choc du départ et choc de l'arrivée. Mais aucune recherche, du moins à notre
connaissance, ne parle des chocs industriels, du choc thermique, du choc technologique,
du choc de la non-reconnaissance des acquis hors de Québec et du grand choc
social. En effet, l'immigrant observe et constate, par exemple, que le
fonctionnement des familles au Québec n'a rien à voir avec celui qui est le
sien, et pour cause, d'où qu'il vienne, le nouvel arrivant ne connaît que l'organisation
patriarcale à qui il appartient. Il s'agit d'un premier choc identitaire qui le
confronte dans son nouveau pays.
M. Chikhi (Ferid Racim) : Je
vais parler juste deux minutes de... au-delà du choc technoculturel, de l'apprentissage
du français pour les allophones et pour les monolingues. Une fois au Québec,
les demandeurs d'asile, des réfugiés, des résidents permanents ne comprennent
pas, n'écrivent pas et ne parlent pas ou très peu le français. Les services de
francisation les reçoivent pour leur apporter le soutien nécessaire afin qu'ils
échangent, écrivent et qu'ils puissent parler le français. Cependant, très
souvent, il s'avère que cela leur est... ce qui leur est dispensé est insuffisant,
pour ne pas dire inadapté à leurs besoins de se faire comprendre et connaître.
Ce que nous suggérons, entre autres, c'est
que ce soit réparti par segments en fonction de l'origine, parce que quelqu'un
qui vient d'Afrique francophone peut comprendre le français, peut apprendre
très vite le français, mais quelqu'un qui vient d'Asie, des Philippines ou, je
ne sais pas, du Pakistan... la structure linguistique n'est pas la même, la
phonétique n'est pas la même. Lorsqu'elles viennent d'Amérique latine, c'est la
même chose, des personnes qui sont là depuis 20 ans, 30 ans parlent
un peu le français, mais avec un fort accent latino, et on finit par ne pas les
comprendre.
On va arrêter là et puis on pourra
débattre des questions qui se seraient posées. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Ah, mais, vous savez, c'est un... ce n'est pas un débat, c'est
ça, ce sont des échanges. Merci beaucoup pour votre présentation. Alors, on va
tout de suite commencer avec la ministre et la banquette gouvernementale pour
une période de 16 min 30 s. Mme la ministre, le micro est à
vous.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bien, merci à vous deux pour prendre part à cet exercice sur
l'immigration. Donc, je voulais vous apporter, là, des dimensions nouvelles,
là, par rapport aux orientations que l'on avait soumises. Je voyais que vous
mentionnez que le ministère, en fait, ne fait rien pour les nouveaux arrivants
en termes de formation, sur les étapes historiques, culturelles, identitaires,
industrielles et politiques qui ont façonné la société québécoise, et vous
recommandez, en fait, une formation, là, en lien avec ces sujets-là, mais j'aimerais
vous rappeler, en fait, qu'il existe la session Objectif intégration qui permet
aux personnes immigrantes, là, de se familiariser avec les valeurs
démocratiques québécoises, les codes culturels, le monde du travail au Québec.
Et on n'a pas moins de 49 organismes qui sont partenaires du ministère
pour donner ces sessions de formation qui sont d'importance pour nous. Alors,
je me demandais si vous connaissiez ces sessions d'information puis, si oui,
bien, quelles améliorations vous verriez qu'on doit y apporter pour répondre
davantage à vos préoccupations.
M. Chikhi (Ferid Racim) : Oui.
Personnellement, je connais, monsieur... aussi connaît, on travaille sur ça,
mais la manière dont c'est présenté, les... vous savez, les fameux huit modules,
ou 10 peut-être, qui composent cette formation à la société québécoise, à la
société d'accueil sont répartis à partir de données, disons le mot, plutôt
théoriques. Dans la pratique, pratiquement aucun immigrant ne s'en rappelle
parce que c'est lourd comme activité.
Ce que nous faisons, c'est que nous
divisons cette <information...
M. Chikhi (Ferid Racim) :
...divisons
cette >information, cette formation à la culture québécoise, à
l'identité, aux valeurs, en petits ateliers, avec des débats qui invitent les
gens à faire la comparaison entre, par exemple, les valeurs du Québec et les
valeurs de leur pays d'origine. Et là il y a une véritable discussion qui
émerge et on invite les gens à aller, justement, sur le terrain pour rencontrer
les Québécois et les Québécoises. Et souvent, bien, les gens des organismes
communautaires de la société québécoise les accueillent avec intérêt parce
qu'ils sont curieux, parce qu'ils apprennent un peu plus, parce qu'ils se
rapprochent de la société.
Mais, si vous venez à Saint-Michel,
Villeray, Parc-Extension, Montréal-Nord, même Côte-des-Neiges, les gens sont
séparés les uns des autres. Entre communautés, ils ne sont même pas ensemble. Et
là le problème se pose : Qu'est-ce qui se passe au niveau de la formation
qu'on leur donne par le ministère de l'Immigration, par les organismes, alors
qu'ils sont normalement outillés pour aller vers les gens de la société
d'accueil? Et, quand nous refaisons cette formation, nous qui sommes plutôt un
organisme de soutien aux chercheurs d'emploi, et qu'on fait la comparaison
entre leur pays d'origine, la société d'accueil et le monde industriel, là, on
voit la différence. Et je vous assure qu'on le sent et ils le disent, ils le
disent.
Mme Fréchette : Bien, il faut
croire qu'il y a différents points de vue qui cohabitent, parce que pas moins
que... En fait, jeudi dernier, on recevait une personne en audience, là, comme
vous, qui est sur le terrain dans les Laurentides et qui nous vantait les
mérites de cette formation Objectif intégration et qui nous nous disait :
C'est une occasion... en fait, elle le voit, elle nous disait : Ça change
des vies, carrément, cette formation-là. Elle dit : Je le vois, je
l'entends, on me le confirme. Donc... bon, il faut voir qu'il y a différentes
écoles de pensée. Vous ne vous ralliez pas à cette perspective, mais...
M. Chikhi (Ferid Racim) : ...je
me permets, mais, entre des gens qui vont dans les régions, qui acceptent la
mobilité et ceux qui restent là où ils arrivent, il y a une grande différence,
parce qu'ils retrouvent tout de suite leur communauté et ça efface tout ce qui
a été appris.
Mme Fréchette : Je vous
entends. Je vous amènerais à la page 15 de votre mémoire. Vous recommandez
une révision des contenus des formations d'apprentissage du français dispensées
en fonction, et là je cite, «des problématiques aussi bien linguistiques que
phonétiques». Donc, je voulais que vous m'expliquiez un peu ce que vous
entendiez par cette recommandation-là et comment est-ce que le ministère
pourrait adapter son offre en fonction de votre proposition.
M. Chikhi (Ferid Racim) : Je
l'ai déjà dit là aussi, quelqu'un qui vient de Colombie, ou de Panama, ou du
Chili est hispanophone. Il arrive, il a quelques bribes de mots en français
dans l'espagnol qu'il connaît, mais son accent reste très fort. La phonétique
qu'il utilise pour prononcer les mots fait que ça devient incompréhensible.
C'est la même chose pour un Asiatique, qu'il vienne d'Afghanistan, des
Philippines, du Pakistan, de l'Inde. Par contre, c'est plus facile pour
quelqu'un qui vient d'un pays d'une ancienne colonie française. L'Afrique de
l'Ouest, du Sénégal, du Mali, du Niger, ils connaissent déjà le français. Le
bar sonore existe. C'est plus facile pour eux d'apprendre le français.
Alors, on dit que, pour apprendre une
langue, il faut commencer par connaître son histoire et, pour la prononcer, il
faut connaître la phonétique, et c'est ce qui n'existe pas actuellement. On a
des groupes d'immigrants qui viennent de partout dans la même classe, avec un
seul enseignant qui enseigne le français deuxième langue, et les gens sont
perdus. Alors, ils restent trois mois, quatre mois, six mois, je
ne sais plus combien d'heures ils ont en formation en français, ils sortent. Les
meilleurs, bien sûr, arrivent à maîtriser le maximum, mais il y en a beaucoup
qui ne le font pas. Et c'est pour ça qu'on dit : Ça serait bon, qu'il y
ait une adaptation, ne serait-ce que par des groupes homogènes, des gens qui
viennent de la même région, qui parlent la même langue maternelle et à qui on
apprend le français en tenant compte des sons de la phonétique en général.
Mme Fréchette : ...vous
subdiviseriez les groupes par pays d'origine ou, en fait, langues d'origine...
M. Chikhi (Ferid Racim) : Par
régions, ne serait-ce que cela.
Mme Fréchette : ...par
régions.
M. Chikhi (Ferid Racim) : C'est
beaucoup plus facile...
Mme Fréchette : Pour que
l'apprentissage tienne compte de la langue d'origine.
M. Chikhi (Ferid Racim) : Exact.
Mme Fréchette : Je comprends.
Mme la Présidente, il nous reste combien de temps?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il reste 10 minutes.
• (16 h 10) •
Mme Fréchette :
10 minutes. Je vais vous poser une dernière question. Bien, vous proposez
aussi des cours d'initiation à l'informatique et aux technologies du travail.
Donc, est-ce que vous verriez que ce soit, en fait, le gouvernement du Québec
qui donne ses cours d'utilisation de la technologie ou que ce soit plutôt des
partenaires? Comment est-ce que vous verriez la mécanique?
M. Chikhi (Ferid Racim) : Bien...
Mais parce qu'on a... on a <vécu...
M. Noredine (Mohamed) :
...on
a >vécu, dans la période... pendant la période de COVID, l'écart qu'il y
a et le décalage qu'il y a entre les personnes qui ne maîtrisent pas
l'informatique et le reste de la population, et, dans un monde qui change,
bien, il y a beaucoup... on a découvert qu'il y a beaucoup de gens qui ne maîtrisent
pas l'informatique, et spécialement les gens qui fréquentent l'organisme.
L'idée, c'est que... de mettre à jour les gens qui arrivent et mettre
l'informatique comme une priorité, comme la langue, parce que beaucoup de
personnes qui sont à la recherche d'emplois sont obligées d'utiliser les moyens
informatiques pour soit faire leur entrevue, soit mettre leur CV à jour, soit
se trouver dans les réseaux sociaux professionnels. Donc, dans les formations
de base, moi, je trouve, il faut inclure le soutien informatique, parce que
c'est devenu vraiment un outil de travail, en fait. C'était... Peut-être on le
sentait moins avant le COVID, mais, après le COVID, c'est devenu vraiment
essentiel de maîtriser l'outil informatique, comme maîtriser la langue, par exemple.
Mme Fréchette : Je vois.
Merci. Je vais céder la parole à des collègues. Oui?
M. Chikhi (Ferid Racim) : ...si
vous voulez bien. Tous les immigrants ont un cellulaire entre les mains. Tous
téléphonent, utilisent WhatsApp, utilisent Viber, utilisent tout... tout ce qui
peut être fait par le téléphone, mais, dès que vous les mettez devant un
ordinateur, ils sont complètement out, ils ne savent plus comment faire. Malgré
le fait qu'on leur explique que le clavier, c'est le même que celui qu'ils ont
dans le cellulaire, ils ne savent pas naviguer pour aller chercher de
l'information de la même manière qu'ils font sur le cellulaire, ils sont
perdus. Et, quand on leur demande d'aller ne serait-ce que dans la suite
Microsoft, ça, c'est complètement out.
Alors, des cours de base en informatique,
que ce soit par les organismes financés par le ministère de l'Immigration, ça
serait une bonne chose, ça... ça ne va pas alourdir le ministère de
l'Immigration, que ce soient les régions, les directions régionales ou les
bureaux, mais, au niveau des organismes, on gagnerait à leur offrir ça.
Mme Fréchette : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je me tourne... Bien, merci, Mme la
ministre. Je me tourne du côté de la députée d'Iberville. Il vous reste 7 min
35 s.
Mme Bogemans : Merci
beaucoup. Vous avez raison, vous avez commencé en disant que l'immigration,
c'est le facteur humain en premier, l'histoire, les relations, les ambitions
puis, ensuite, la qualification. Je pense que c'est ce qui rend le débat autour
de l'immigration aussi passionnant puis aussi polarisant et essentiel pour le
futur de notre communauté québécoise.
Donc, moi, je voulais... vous avez soulevé
quelques points qui m'intéressent puis ils sont étonnamment reliés aux
orientations 7 et 8, 7 qui favorise l'intégration sur le marché du travail
des personnes issues de toutes les catégories d'immigration et
l'orientation 8 qui était de bonifier les actions visant la reconnaissance
des compétences des personnes immigrantes pour qu'elles puissent accéder
rapidement au marché du travail selon leur qualification d'origine. Donc, je
voulais vous amener sur ces deux sujets-là, là, voir vraiment quelles sont vos
impressions.
M. Chikhi (Ferid Racim) : Il
y a beaucoup de choses à dire aussi. Vous savez... Prenons... on va rester dans
les technologies de l'information. Beaucoup d'immigrants viennent avec beaucoup
de connaissances, beaucoup d'acquis en... Par exemple, en informatique, l'informatique
qu'on utilise dans nos pays d'origine, on ne les utilise pas de la même manière
qu'ici, au Québec. La recherche de l'efficacité fait... est un élément
essentiel ici. Ailleurs, c'est peut-être juste un outil d'appoint. Ce n'est pas
tout le monde qui est à la quatrième génération ou à la cinquième génération.
Ce n'est pas tout le monde qui a des ordinateurs très, très développés, même si
ça existe. Dans les grandes entreprises, dans les grandes institutions, ça
existe. Une mise à niveau est nécessaire là aussi. Donc, la personne qui vient,
en quelque part, en tout cas, nous le faisons, on leur apprend que l'industrie
ne fonctionne pas de la même manière que dans les pays d'origine, que nous
avons des exemples de capitaines d'industrie qui ont réussi et qui ont fait des
choses extraordinaires. Le cas de Jean Coutu, de St-Hubert est cité tout le
temps pour dire : Écoutez, c'est parti de rien du tout. Regardez, c'est un
monde, là, et c'est quelque chose d'extraordinaire. Et ils voient la
différence.
L'organisation des entreprises, que ce
soit à statut fédéral, provincial, municipal, les multinationales, quand on
leur parle, par exemple, de ce qu'on appelle l'aérospatiale, on a, à
Saint-Hubert, bien, une... toute une organisation et une entreprise qui a réalisé
le bras, qui a pu faire réparer, etc. C'est des choses qui n'existent pas dans
nos pays d'origine. On a des avions, oui, qui vont dans les aéroports, qui
volent et qui nous... mais le niveau de qualification, le niveau d'acquis
professionnel n'est pas le même.
Et c'est cette mise à jour qui ferait
qu'on gagnerait à avoir des stages à tous... pour tous les immigrants qui
commenceraient à travailler. Ça existe dans certains secteurs de main-d'oeuvre,
mais ce n'est pas pareil partout. Il faut que <ça...
M. Chikhi (Ferid Racim) :
...Il
faut que >ça... ça devrait être généralisé. Voilà un, un paramètre parmi
tant d'autres.
M. Noredine (Mohamed) : ...le
fait qu'il n'y a pas cette possibilité, bien, beaucoup d'immigrants, ils vont
changer de secteur d'activité. Donc, ils vont commencer à zéro dans des
formations, pas par intérêt, mais par défaut, parce qu'ils n'arrivent pas à
avoir cette reconnaissance dans leur domaine, ce qui... ce qui, parfois, crée
un problème au niveau même de la famille. Ça veut dire, moi, qui s'occupe des
jeunes dans un autre organisme, je vois qu'il y a des jeunes qui sont frustrés
parce que leurs parents ne peuvent pas exercer leur profession qu'ils ont
exercée dans leur pays d'origine. Et ça change de statut social, parce que,
quand ton père était ingénieur, ta maman était médecin et tu te trouves ici à
faire... bien, il n'y a pas un sous-métier, mais tu fais une formation comme
adjointe administrative, bien, déjà, ça n'a rien à voir avec la formation et le
statut que tu avais dans ton pays d'origine.
Et j'ai remarqué que, plus tard, bien, ce
sera une pression sur les enfants, parce que les parents qui sont... qui
répètent toujours à leurs enfants qu'on est venus pour vous, bien, ils vont
mettre tous leurs espoirs sur leurs enfants pour réussir. Et là on se trouve
avec des jeunes qui se trouvent avec une responsabilité énorme. Ce n'est pas
eux qui ont décidé de venir ici, mais leurs parents vont leur faire sentir
qu'on est venus pour vous, et vous devrez réussir dans des domaines, parfois,
qu'ils n'ont pas le choix de choisir. C'est leurs parents qui décident pour
eux, par frustration, d'aller dans... être ingénieur, un futur ingénieur ou un
futur médecin. Voilà.
Mme Bogemans : Oui. Oui, oui,
je peux comprendre ça parfaitement. Pensez-vous qu'au niveau de la
reconnaissance des acquis on pourrait mettre, par exemple, dans certains
domaines plus précis de formation professionnelle, collégiale, universitaire...
faire des voies de passage facilitantes?
M. Noredine (Mohamed) : ...comme
Ferid, il parle... il parle de certains secteurs, peut-être que, oui, certains
secteurs, il y a une grande différence. Mais moi, je pense qu'un médecin qui a
exercé en Algérie, qui est francophone, qui a exercé la médecine pendant 20 ans,
quand il arrive ici, on lui dit : Bien, tu mets tout ça de côté, bien,
soit tu vas refaire ta formation ou tu vas choisir un autre domaine... moi, je
pense qu'il y a une... il y a une différence. On parle d'une mise à jour, il
peut... On peut lui offrir la possibilité de connaître le système, le côté
légal, par exemple, de la médecine, toutes les choses qui sont différentes d'un
pays à un autre, mais on ne va pas lui demander de refaire les choses. Et il y
a beaucoup de médecins qui vont aller faire soins infirmiers, par exemple, par
défaut, parce que c'est... peut-être que ça se rapproche, mais, à la base,
c'étaient des médecins. Et quand je leur demande : Est-ce que vous trouvez
un plaisir à faire la formation? Mais pas du tout. Eux, ils étaient médecins, chirurgiens
et ils se trouvent à faire soins infirmiers par défaut, mais... pas parce
qu'ils ont... ils ont choisi ça.
Mme Bogemans : Ça amène un
peu le sujet des cohortes que nous avons eues d'infirmières, exemple, puis la
mise à niveau d'un an qui est mise de l'avant. Est-ce que vous trouvez que
c'est quelque chose qui pourrait être appliqué dans d'autres domaines?
M. Chikhi (Ferid Racim) : Oui,
c'est une chose qui peut être très utile dans tous les domaines d'activité.
Écoutez, moi, j'ai travaillé en Algérie 25 ans dans une compagnie
aérienne, dans la compagnie aérienne. J'arrive ici, je vois qu'il y a beaucoup
de choses qui se ressemblent, parce qu'il y a l'avantage d'avoir l'agence
internationale des transports aériens qui protocole un petit peu, qui coordonne
les activités de toutes les compagnies aériennes. Je n'ai pas besoin de mise à
niveau. Mais quelqu'un qui est dans un domaine spécifique de l'industrie, par
exemple l'industrie sidérurgique, ce n'est pas la même chose. Il est obligé de
se mettre à niveau, mais que cette mise à niveau ne mette pas de côté tous ses
acquis expérientiels.
M. Noredine (Mohamed) : ...il
y a aussi le fait que... tu sais, dans le processus d'immigration, il y a des
années à attendre le dernier document ou le dernier visa pour venir. Pourquoi
on ne profite pas de cette période-là pour donner l'occasion à ces futurs
immigrants d'avoir une mise à jour par rapport à un secteur, par exemple,
recherché? C'est... Ici, maintenant, on utilise le Zoom, on utilise les moyens
de communication à distance. On peut très bien offrir la possibilité à ces... à
ces futurs immigrants de suivre, par exemple, des formations pour être mieux
informés.
Moi, je connais plein de monde qui arrive
ici, mais ils ne sont pas vraiment informés par rapport à qu'est-ce qu'ils
peuvent faire, qu'est-ce qu'ils ne peuvent pas faire. Ça prend quelque temps
pour réaliser qu'il faut faire un deuil sur leur ancienne carrière et de
recommencer à zéro ou d'abandonner pour aller dans un secteur où ils peuvent
juste gagner leur vie. C'est comme ça qu'ils arrivent souvent.
• (16 h 20) •
Mme Bogemans : Parfait. C'est
super. Je pense que j'arrive au bout du temps, malheureusement...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Pas mal, il reste 20 secondes.
Mme Bogemans : ...j'ai
plusieurs autres questions pour vous. Merci beaucoup. C'était superintéressant.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. On poursuit les discussions avec le député
de Nelligan pour une période de 12 min 23 s.
M. Derraji : Merci, Mme la
Présidente. Vous allez me permettre, premièrement, de saluer la présence du...
de nos invités, Groupe Orientation emploi. Excellent travail sur le terrain. Je
connais, depuis plusieurs années, Noredine. Merci pour tout ce que vous faites
auprès des jeunes. J'ai aussi le plaisir d'entendre, donc, monsieur... Bienvenue
en commission <parlementaire...
M. Derraji :
...Bienvenue
en commission >parlementaire. Merci d'avoir pris le temps d'écrire un
mémoire, de venir en commission parlementaire présenter vos préoccupations.
J'ai lu votre mémoire, je suis... vu la
nature de votre action, et ce n'est pas... ce n'est pas quelque chose que nous
avons entendu beaucoup en commission. Je vais plus vous ramener à la page 13,
Qu'en est-il des jeunes?. Et, vous savez, tout ce qu'on fait, les
membres de la commission sont tous interpelés, quand on dit «intégration»...
parce qu'on veut que nos jeunes s'intègrent, on veut, et on passe... tu sais, on
est là aujourd'hui, mais, demain, je ne sais pas où on va être. Il va y avoir
une deuxième, troisième, quatrième, cinquième génération.
Et vous avez beaucoup insisté sur la
langue française, sur l'intégration, mais j'ai le goût d'entendre M. Noredine
nous parler. Le contexte a beaucoup changé. Et j'ai posé cette question à deux reprises,
mais je veux vous la reposer. Quand on utilise des mots pour décrire
l'immigration, ça a un impact sur les jeunes. La classe politique... Il y a une
joute politique, hein? On le sait tous, il y a une joute politique. Qu'on soit
à l'opposition ou au gouvernement, il y a une joute politique. Mais vous étiez
au coeur de beaucoup de choses, depuis la première réforme du PEQ jusqu'aux
dernières déclarations de la dernière campagne électorale. Vous êtes très
proche de ces jeunes. J'aimerais bien qu'avec les membres de la commission...
si vous puissiez nous partager l'impact de ces mots sur les jeunes.
M. Noredine (Mohamed) : Bien,
c'est... Bien, souvent, quand il y a un événement politique ou une déclaration
politique, nous, on essaie de commenter l'actualité avec les jeunes parce qu'on
sait qu'ils vont... ils vont toujours sentir l'événement ou l'actualité d'une
façon différente par rapport aux adultes. Alors, dans notre travail, ce qu'on
fait, c'est qu'on va vérifier avec eux c'est quoi, l'impact d'un tel propos,
d'une telle déclaration ou d'un changement dans la loi. J'ai parlé avec Ferid,
avant de rentrer ici, je lui ai dit : Il faut qu'on parle de l'image qu'on
donne par rapport à l'immigration. Il faut qu'on regarde toujours l'immigration
comme un atout, et non comme un... comme un fardeau, et non comme quelque chose
qui est négatif.
Et malheureusement il suffit parfois d'une
déclaration... une déclaration malheureuse dans un contexte dans... pour faire
un effet négatif sur les jeunes. Ça joue beaucoup sur le sentiment
d'appartenance, en fait, c'est ça qui est le plus touché chez les jeunes. C'est
vraiment par rapport à : Est-ce qu'on est vraiment les bienvenus ici?
Parce qu'un jeune qui voit déjà ses parents dans la galère au quotidien,
d'aller faire des formations de mise à jour, de trouver un emploi en parallèle
pour faire vivre la famille, et, dans les médias ou dans un contexte politique,
même dans des élections, si on va entendre des propos négatifs par rapport à
l'immigration, bien, ça remet en cause toujours la question de l'appartenance à
la société d'accueil. Est-ce qu'on est toujours les bienvenus dans cette société
où, souvent, on n'a pas décidé, comme jeune, d'être là, c'est les parents qui
ont décidé ça? Mais ça remet en cause, en fait, ce sentiment-là.
C'est que nous, on travaille au quotidien
d'augmenter ce sentiment d'appartenance, et dire aux jeunes que : Non,
non, on est toujours les bienvenus. Et, parfois, on explique aussi ce que vous
avez entamé : c'est un jeu politique, c'est un enjeu politique, ce n'est
pas toujours réel, c'est comme ça que ça se passe. Mais, chez les jeunes, ça
laisse parfois une trace vraiment dure à dépasser. Et, un an, deux ans
après le propos, bien, ça va sortir toujours comme une blague : Parce que
les gens ne travaillent... parce que les immigrants ne travaillent pas puis que
les jeunes ne veulent pas s'intégrer, parce que... Ça sort dans les blagues, ça
laisse des traces.
M. Derraji : Dites-moi une
chose, parce que... Là, la classe politique doit être responsable, parce
qu'au-delà d'une consultation sur l'immigration, quand on dit : On va tous
travailler pour franciser, intégrer, la classe politique a aussi une
responsabilité. Peser les mots avant de les prononcer vient annihiler un peu
vos efforts sur le terrain. Je me mets à la place d'un jeune, et je sais que
vous êtes très impliqué à Saint-Michel : précarité, problèmes d'insertion
sociale, logement. En fait, les conditions et les chances de réussite ne
sont... ne sont... je ne vais pas dire... il n'y a pas... ce n'est pas optimal.
Vous essayez de relever, de se relever ensemble. Je vous suis, je sais ce que
vous faites sur le terrain, vous faites un travail exceptionnel et vous
aidez... et vous essayez d'aider ces jeunes.
Quand un politicien, qui est probablement
responsable d'un dossier de l'immigration, ou un premier ministre fait une
sortie très calculée, ciblée, avec des propos pareils, est-ce que <ça...
M. Derraji :
...est-ce
que >ça ne vient pas encore une fois encourager le repli? Parce que,
nous, ce qu'on veut, c'est l'intégration, pas le repli. Ce qu'on veut, c'est
l'implication citoyenne, et non pas le repli. C'est ça que j'aimerais bien, que
votre organisme... et surtout ce que vous faites sur le terrain, que vous
puissiez le partager aujourd'hui autour de cette table, parce qu'il y a
plusieurs élus, il y a au moins trois formations politiques autour de la
table, qu'on doit être responsables de nos mots parce que les mots ont un
impact sur les jeunes.
M. Noredine (Mohamed) : ...aussi,
c'est que les jeunes, actuellement, et je sais que la société ici aussi,
regardent beaucoup ce qui se passe en Europe. Et, s'il y a une chose qu'on ne
veut pas, c'est qu'on ne veut pas ressembler à l'exemple européen d'intégration
des nouveaux arrivants ou des jeunes de première, deuxième, troisième
génération. Ce n'est pas vraiment le bon modèle, en tout cas, pour nous, sur le
terrain. Et les jeunes regardent ce qui se passe en Europe avec la crainte que,
donc, on va vivre la même chose, et les adultes aussi regardent la même chose,
ils disent : Est-ce qu'on va vivre la même... la même problématique avec
la deuxième, troisième génération?
Moi, je pense que l'immigration, il ne
faut pas que ce soit un enjeu politico-politique, il faut que ça soit un enjeu
nourri par des études objectives, par des commissions, par des témoignages, que
ce ne soit pas un enjeu où, sur le dos des immigrants, bien, on va sortir une
phrase, on va faire... on va faire quelque chose juste pour dépasser le moment,
oui.
M. Derraji : ...me permettre
de lire un passage qui m'a beaucoup marqué : «Ce que nous observons tous
les jours, malgré "l'éducation nationale" souvent inadaptée aux
attentes des familles, — et vous avez mis en gras ça — c'est
l'incertitude, l'inquiétude, la frustration innommables qui génèrent des
attitudes, des comportements, pas... mal documentés, pour y faire face. Ces
nouveaux arrivants et leurs enfants se réfugient dans leur "bulle" et
ne participent pas aux développements et au progrès de la société québécoise,
si ce n'est que pour se défendre contre des problèmes éducatifs, communautaires
et par extension sociaux sans risque de bénéficier des bienfaits du système qui
ne profite qu'à ceux qui ont compris les rouages et les failles.» C'est quand
même fort. C'est un constat fort.
Une voix : Oui. Oui.
M. Derraji : Mais... non,
mais... C'est parce que j'essaie juste de comprendre comment le ministère, nous,
en tant qu'élus, on doit être plus connectés, sortir nous-mêmes de la bulle.
Parce que, si vous dites : Les enfants ou les familles se réfugient dans
leur bulle, il ne faut pas que les élus tapent dans une bulle et commencent à
lancer des mots qui ont un impact beaucoup plus grave sur ces jeunes.
M. Chikhi (Ferid Racim) : ...il
y a... il y a un paramètre, il y a un élément qui est important. On l'a
souligné, la structure familiale des immigrants, toutes origines confondues,
n'est pas la même que celle du Québec, de la société québécoise depuis le début
de la Révolution tranquille. On a affaire à une cellule familiale fragmentée,
une cellule familiale qui est découpée en morceaux. La cellule familiale de
l'immigrant, qu'il vienne d'Amérique latine, d'Asie ou d'Afrique, est la même,
elle est patriarcale.
Alors, quand on va à l'école, on envoie
nos enfants à l'école, qu'est-ce qui se passe? Les programmes scientifiques,
mathématiques, tout ça, l'histoire, la poésie, la culture, la littérature,
c'est bon, ça passe. Mais, dès le moment où on rentre dans des domaines où il y
a des implications sociales, il y a des conséquences sociales sur la famille
elle-même, ça pose problème. Le dernier exemple, c'est l'introduction du cours
de sexualité. Et vous le savez très bien, ce n'est pas perçu de la même
manière, ce n'est pas perçu de la même manière. S'il y avait un travail de
préparation sociale, communautaire, peut-être que ça irait. Il n'y aurait pas
d'opposition. Mais imaginez à Saint-Michel, que vous connaissez, à Villeray, à
Montréal-Nord. Il y a plus d'immigrants, d'enfants d'immigrants, que de
Québécois dans les salles de cours.
M. Noredine (Mohamed) : Et le
fait que les parents ne sont pas impliqués dans le processus, c'est ça qui fait
que les parents ne comprennent pas le rouage de comment ça fonctionne à
l'école.
• (16 h 30) •
M. Derraji : Très important,
ce point. Donc, vous ne dites pas qu'ils sont contre, c'est que la cellule
familiale n'est pas impliquée. Le rejet, l'obstruction, la non-adhésion...
J'essaie de juste... je ne vous mets pas des mots, j'essaie de vraiment
réfléchir avec eux pour qu'on puisse comprendre les enjeux. Mais vous nous
dites : Attention... où c'est la famille pour sortir de la bulle.
M. Noredine (Mohamed) : Parce
que c'est... Depuis quelque temps, on parle beaucoup des écoles qui ont des
problèmes, à Saint-Michel par exemple, qui ont des problèmes avec des jeunes
issus de l'immigration...
16 h 30 (version révisée)
M. Noredine (Mohamed) : ...des
jeunes issus de l'immigration comme d'autres jeunes, mais le problème, c'est qu'il
n'y a pas de communication entre, parfois, l'institution scolaire et les
parents de ces jeunes jusqu'à la... jusqu'au moment où il faut exclure l'enfant.
Là, on va convoquer les parents pour la sanction, mais, parfois, les parents ne
sont pas concernés par ce qui est arrivé avant, et c'est là où je parle souvent...
Il faut qu'il y ait une collaboration entre le milieu scolaire, le milieu communautaire,
les parents parce que c'est là où ça se passe. Si on n'arrive pas à créer ce
filet de sécurité autour de nos jeunes, bien, ce qui va arriver, c'est tout ce
qu'on est en train de vivre par rapport à la violence, par exemple.
M. Derraji : Un excellent
point, et merci beaucoup pour ces informations. Il me reste une minute. J'aimerais
bien vous entendre sur la lutte contre le racisme. Je sais que vous étiez très
impliqués. Le gouvernement parle d'un comité. Localement, vous avez fait beaucoup
d'initiatives, notamment avec la clinique juridique, etc. Où vous êtes rendus?
M. Noredine (Mohamed) : Moi,
le racisme, je le vois dans ces deux volets, dans le volet de l'éducation des
gens, pour qu'ils comprennent que, souvent, on a des préjugés sur les gens
parce qu'on ne les connaît pas, parce qu'on ne regarde pas ce qu'il faut
regarder, parce qu'on ne connaît pas vraiment son voisin et, plutôt, on regarde
ce qui s'écrit ou ce qui se diffuse, par exemple, sur les réseaux sociaux, mais
il y a le volet aussi réparation, donc c'est comment outiller les jeunes qui
sont victimes de racisme pour ne pas aller dans des... dans un processus de
violence ou d'isolement par rapport à la société, mais plutôt aller vers un
processus de réparation, donc d'aller vers les institutions juridiques pour
demander réparation. Donc, on est dans ces deux volets-là. Donc, on essaie de
faire des ateliers d'éducation pour les gens, mais on essaie aussi d'outiller
les jeunes, à travers la clinique juridique ou d'autres, pour qu'ils soient
outillés pour...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : C'est très bien. Merci beaucoup. Alors, on termine cette
audition avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour 4 min 8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre présentation et pour le mémoire. Ça m'a aussi
beaucoup touché, ce qui est écrit là-dedans. Vous utilisez des mots durs, quand
même, «enfermement», «ostracisation». C'est quand même grave. Vous dites aussi «témoins
d'un rejet qu'ils n'ont pas voulu». Ça fait quand même... C'est quand même
difficile à lire. Là, j'étais à réfléchir aussi, mais je me disais... Puis là j'essaie
d'être optimiste dans tout ça, là. J'imagine qu'il y a aussi des bons modèles.
Il y a aussi des réussites. Je pense à... je ne sais pas, mais on connaît Mehdi
Bousaidan. On connaît Wajdi Mouawad, Félix Auger-Aliassime, Adib Alkhalidey,
Mariana Mazza, Manuel Tadros, Mani Soleymanlou. Donc, il y en a plein, des
exemples que ça fonctionne aussi. Bref, j'aurais voulu vous entendre aussi sur
ce côté-là. On est capable de réussites aussi, non, je pense?
M. Noredine (Mohamed) : On
est là. Bien, moi, au quotidien, je dois être optimiste parce que, sinon, je ne
me lèverais pas le matin pour aller faire mon travail. Je suis intervenant sur
le terrain, et je dois croire au potentiel de nos jeunes, et c'est ça qui me
fait parfois mal, parce que c'est parfois de voir le potentiel de quelqu'un,
immigrant qui arrive dans ce pays, comme adulte ou comme jeune, et ne pas être
bien accompagné pour réussir, et il croit à son processus au début, mais qu'il
va lâcher un peu... mais il y a beaucoup d'histoires de réussite.
Moi, je parlais avec une jeune fille issue
de l'immigration. Elle déteste le mot «intégration» parce qu'elle dit :
Moi, je ne m'intègre pas, moi, je suis née ici, j'ai grandi ici, mais mes
parents, oui. Et elle est étudiante à Oxford. Donc, elle a commencé sa première
semaine à Oxford, à Londres, parce qu'elle a eu une grande bourse ici, et c'est
une fille qui est issue de l'immigration. Et j'ai plein de jeunes leaders
positifs qui prennent... qui sont conscients de l'enjeu de l'intégration et de
la réussite de leur génération, mais qui sont conscients aussi de la
difficulté, justement, à jongler entre des cultures, et surtout à supporter
tout l'héritage des processus migratoires.
Et souvent leur peur numéro un, en tout
cas, pour les jeunes spécialement, c'est que la pauvreté ne soit pas un
héritage. C'est ça que les jeunes me répètent souvent. Ça veut dire :
Est-ce qu'à un moment donné on va étudier, on va réussir, mais on aura des
difficultés à trouver un emploi à la hauteur, par exemple, de nos compétences?
Et moi, je leur dis : Profitez du temps qu'on vit actuellement, parce qu'il
y a manque de main-d'œuvre, et vous aurez plus la chance, peut-être, que vos
parents de trouver un emploi à la hauteur de vos espérances et de vos
compétences.
M. Cliche-Rivard : Et ça,
généralement, vous le sentez, que la pauvreté n'est pas un héritage?
M. Noredine (Mohamed) : ...n'oubliez
pas que nous, on travaille avec les gens les plus vulnérables. C'est pour ça qu'on
vous présente les choses de cette façon-là, mais il y a beaucoup de personnes
qui réussissent aussi, et peut-être qu'ils n'ont même pas besoin de nous. Parfois,
ils passent par d'autres <voies pour réussir...
23, 71 - FT- -
Imprimé le 29 septembre 2023 à 4 :18 Fin
R -058
M. Noredine (Mohamed) :
...il
passe par d'autres >voies pour réussir.
M. Cliche-Rivard : Vous
voulez ajouter?
M. Chikhi (Ferid Racim) : ...vous
savez, les concepts ont plusieurs facettes. On parle beaucoup d'inclusion, mais,
pour un jeune ou un immigrant, lorsqu'on lui dit : Bien, écoute, on va
t'inclure, ça veut dire qu'on vient vers toi et on veut te récupérer, et, des
fois, c'est mal perçu, d'accord? Par contre, lorsqu'on parle d'intégration
mutuellement avantageuse, c'est autre chose. Je viens vers toi, tu as des
choses à me donner, et moi, j'ai des choses à te donner. Ça change
complètement. C'est pour ça qu'on parle d'intégration socioculturelle. Ça passe
d'abord au sein de la société, parce que, la première chose que fait un
immigrant quand il arrive ici, il retrouve sa communauté et il retrouve... et
il découvre le Québec, d'accord?
M. Cliche-Rivard : Bien sûr,
il faut qu'il y ait un échange.
M. Chikhi (Ferid Racim) : Ensuite,
on va le faire rentrer dans le travail. On va procéder à une insertion. C'est
pour ça qu'on parle de stages qui pourraient aider, pendant trois à quatre
mois, la personne à s'habituer au monde industriel, commercial, agricole, etc.
On peut le préparer, quand il est dans la communauté, à aller en région, et
pourquoi ne pas préparer les gens à aller en région avant qu'ils n'arrivent
ici? C'est ce que disait Mohamed. Pourquoi on ne leur dit pas : Écoutez,
vous n'allez pas à Montréal, on va vous envoyer plutôt... Vous arrivez à
l'aéroport de...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois malheureusement vous arrêter. Le temps est écoulé.
Merci. Merci infiniment pour cet apport à nos travaux.
Alors, je suspends la commission pour
quelques instants, le temps de recevoir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 38)
(Reprise à 16 h 43)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons donc les représentantes d'AXTRA,
l'Alliance des centres-conseils en emploi. Mesdames, bienvenue à la commission.
Alors, les 10 prochaines minutes seront à vous, d'abord, pour vous
présenter, ensuite pour donner les grandes lignes, j'imagine, de vos
recommandations de votre mémoire. Ensuite, nous allons procéder à un échange
avec les parlementaires. Alors, le temps est pour vous.
Mme Roy (Valérie) : Merci, enchantée,
chers membres de la commission. Mon nom est Valérie Roy, directrice générale
d'AXTRA, l'Alliance des centres-conseils en emploi. J'ai le plaisir d'être
accompagnée aujourd'hui par Mme Lyne Laplante, directrice générale de
l'organisme Droit à l'emploi, Mme Rosalie Di Lollo, directrice générale de
l'organisme Centre Génération Emploi, et de Mme Johanne Allaire, directrice
générale de l'organisme Perspective Carrière. Donc, merci beaucoup de nous
accueillir pour vous présenter aujourd'hui notre mémoire, L'immigration
comme projet de vie et de société : Le rôle de l'intégration
professionnelle.
Vous l'aurez compris, AXTRA, l'Alliance
des centres-conseil en emploi, nous sommes un regroupement provincial de
100 organismes d'aide à l'emploi, 100 centres-conseils en emploi
répartis à travers la province, qui offrent à près de
100 000 personnes, plus de 90 000 personnes, chaque année, des
services d'intégration et de maintien en emploi. Tout particulièrement, une
trentaine d'organismes, là, membres d'AXTRA, répartis un peu partout sur le
territoire québécois, sont spécialisés auprès de la clientèle immigrante pour
leur intégration et le maintien en emploi et ils ont des ententes à la fois
avec le ministère de l'Immigration et le ministère de l'Emploi.
Donc, comme vous l'avez sûrement constaté
à la lecture de notre mémoire, nous avons vraiment regroupé sous trois enjeux
clés, trois grands enjeux prioritaires pour nous, les recommandations que nous
vous présentons aujourd'hui.
Donc, le premier, un leadership
gouvernemental ciblé. Alors, on a... Depuis plusieurs années, on le nomme, vous
ne serez pas surpris de lire dans notre mémoire les nombreuses embûches que les
personnes immigrantes, mais aussi les personnes intervenantes, dans leur
écosystème... des embûches qu'on doit faire face tous les jours par rapport à
l'accès aux services, par exemple, et à des structures administratives qui
s'alourdissent. On a besoin de lois qui sont plus flexibles, mieux adaptées aux
besoins réels de la population immigrante.
Également, on a besoin d'avoir des emplois
décents pour tous, particulièrement les travailleurs étrangers ou travailleuses
étrangers temporaires, mais, aussi, pour des personnes immigrantes qui arrivent
ici, les nouvelles personnes, nouvellement arrivées, il faut avoir des emplois
décents, avec des conditions de travail équitables, et, aussi, vous comprendrez
qu'on continue la lutte et la sensibilisation pour contrer les obstacles
systémiques.
Alors, pour ce qui... en ce qui a trait
aux structures administratives, un élément qu'on a fait ressortir dans le
mémoire quand on parle d'embûches administratives, c'est clair que l'accès à la
francisation est un enjeu. Vous l'avez entendu par d'autres intervenants devant
cette commission. Il faut accélérer l'accès à la francisation. Il faut aussi
pouvoir faire un effort pour que les personnes puissent avoir, une fois qu'ils
ont accès, qu'ils ont les professeurs... On le sait, il y a une pénurie par
rapport aux classes en immigration, aux professeurs, aux enseignants. Ça, c'est
un enjeu auquel les personnes immigrantes <doivent se buter,
malheureusement...
Mme Roy (Valérie) :
...les
personnes immigrantes >doivent se buter, malheureusement.
Également, les permis de travail... C'est
important d'avoir un assouplissement en ce qui a trait aux permis de travail et
les modalités de permis de travail fermés. Il faut également aussi travailler
avec vos homologues fédéraux par rapport à ça.
Donc, je laisserais la parole à Mme Lyne
Laplante, qui va également vous souligner quelques enjeux terrain par rapport
au thème un.
Mme Laplante (Lyne) : Merci,
Valérie. Ce qu'on remarque sur le terrain, c'est que, malgré l'offre accrue en
francisation, les délais pour débuter sont souvent longs et la nouvelle
obligation de s'inscrire via la plateforme électronique uniquement en français
devient déterminante. Comment une personne qui n'a pas accès à l'informatique
et qui ne comprend pas encore la langue peut-elle accéder à la francisation si
elle est incapable de s'inscrire? Ce sont les organismes terrain qui se
retrouvent à les accompagner pour le faire. Ensuite, la personne doit attendre
d'obtenir sa place, tout cela en gardant en tête qu'elle n'a que six mois avant
d'obtenir des services uniquement en français.
Un autre enjeu très parlant touche les
permis de travail fermés versus ouverts. Au-delà de l'obligation où se
retrouvent les travailleurs face à l'employeur, lorsque celui-ci ne peut leur
offrir du travail à temps plein tel que prévu lors de l'embauche, le permis de
travail fermé les empêche de trouver un autre travail pour combler le manque à
gagner, et, pour réussir à changer la situation, il faut porter plainte, ce qui
les rend très mal à l'aise, par loyauté à l'employeur.
Mme Roy (Valérie) : Oui,
voilà. Donc, c'est pour ça qu'on recommande... Nos deux premières
recommandations, c'est vraiment la mise en place d'un cadre réglementaire
pour... assorti de mécanismes de surveillance et de sanction pour protéger
davantage les travailleuses et travailleurs étrangers temporaires, assurer des
conditions de travail décentes... et aussi notre deuxième recommandation est de
reconnaître l'existence d'obstacles systémiques auxquels ces personnes font
face, malheureusement, lorsqu'elles arrivent et y consacrer une orientation
spécifique dans votre présent exercice, là, de planification de l'immigration
au Québec.
Si on va vers l'enjeu deux, des milieux
d'accueil ouverts, prêts et inclusifs, c'est sûr qu'il y a encore un enjeu de
sensibilisation. Il y a encore un manque de sensibilisation. Il faut pallier à
ce manque. Donc, il faut continuer à promouvoir l'acceptation, la différence
culturelle, la tolérance, le dialogue, et ça, bien sûr, à l'échelle de la
société, mais beaucoup, beaucoup dans les milieux de travail, et aussi dans les
équipes, pas seulement par rapport à la haute direction, mais aussi dans toutes
les strates des milieux de travail. C'est très important que les employeurs
aient les bons outils une fois que les personnes sont intégrées, les personnes
nouvellement arrivées, les personnes immigrantes, mais aussi pour les maintenir
en emploi.
Malheureusement, sur le terrain, on
constate encore des préjugés qui existent. Donc, c'est important de déployer
les efforts et, je vous dirais, aussi de sensibiliser par des moyens de
communication publics de plus grande envergure, là. Vous le savez, dans le
mémoire... si vous avez lu cette section-là, vous savez qu'on parle... on vous
donne l'exemple d'une campagne nationale de sensibilisation, les avantages de
l'immigration, comme celle qui a été faite... à l'instar de celle qui a été
faite en Ontario sur la santé mentale et la santé et sécurité en milieu de
travail.
Donc, je laisserais ma collègue Rosalie Di
Lollo vous entretenir également sur notre enjeu deux.
Mme Di Lollo (Rosalie) : Oui,
merci, Valérie. Or, nous, ce que nous remarquons sur le terrain, c'est que le
système d'immigration québécois est conçu et fonctionne dans une perspective
très nord-américaine. Il est à caractère hautement procédural, technologique et
individualiste, ce qui contraste avec la majorité des personnes immigrantes
reçues au Québec, qui, elles, viennent de systèmes plus collectifs. Ils sont
souvent structurés de manière moins procédurale et moins technologique.
Une inclusion réussie, durable et en
français des personnes immigrantes demanderait que le système québécois
s'attarde plus longuement sur la mise en place d'initiatives et sur le
déploiement de ressources s'inspirant du domaine de l'équité, de la diversité
et de l'inclusion. L'application des principes de l'EDI au plan d'immigration
du Québec aiderait à soutenir plus adéquatement l'intégration des personnes
immigrantes en favorisant des chances égales pour tout le monde.
Nous croyons donc qu'un système de
transition qui permet aux personnes immigrantes de mieux comprendre notre
société à travers des référents qui leur sont plus familiers est un processus
gagnant pour toutes les sphères de la société.
• (16 h 50) •
Mme Roy (Valérie) : Et voilà
pourquoi notre troisième recommandation est le déploiement d'une campagne de
sensibilisation sur l'apport des personnes immigrantes en ciblant le public, le
grand public plus largement, puis les entreprises et les équipes de travail.
C'est une recommandation qui avait été faite devant cette commission voilà
quelques années de la part d'AXTRA.
Et la recommandation 4 est de recourir à
l'expertise des personnes expertes, des personnes intervenantes, au sein des
centres-conseils en emploi, spécialisées en immigration, pour accompagner les
entreprises, surtout les PME, petites entreprises, dans une réelle application
des principes d'équité, de diversité et d'inclusion en milieu de travail.
Donc, si on va vers le troisième thème,
des services accessibles, flexibles et adéquatement financés, bien, on ne vous
cachera pas qu'il faut assouplir les critères d'admissibilité. Ils doivent
évoluer au même rythme que les profils des personnes nouvellement <arrivées
évoluent...
Mme Roy (Valérie) :
...doivent
évoluer au même rythme que les profils des personnes nouvellement >arrivées
évoluent. Il faut les accompagner. Il faut avoir une flexibilité dans le
financement. On ne parle pas nécessairement de hauteur, mais de flexibilité
dans l'utilisation des fonds pour mieux intégrer et maintenir en emploi
l'ensemble des... On dit notamment, dans notre mémoire, que l'ensemble des
travailleuses et travailleurs temporaires devraient avoir accès aux services
publics d'emploi, qu'importe la nature, là, la durée restante de leur permis de
travail. Donc, on a des nouvelles personnes en sol québécois avec des nouveaux
profils, des nouveaux contextes. Il faut adapter rapidement les critères
d'admissibilité aux services.
Et, bien, je laisserais ma collègue
Johanne Allaire finaliser notre intervention sur l'enjeu trois.
Mme Allaire (Johanne) : Oui,
merci, Valérie. En ce qui me concerne, j'aimerais vous entretenir sur les
personnes demandeuses d'asile. On dit qu'on veut offrir un emploi décent pour
tous, alors que les demandeurs d'asile qui ont un permis de travail ne savent
ni comment commencer, par où commencer et ni comment fonctionne le monde du
travail au Québec. Durant leur présence sur le territoire, l'emploi est un
enjeu prioritaire pour ces personnes vulnérables car elles disposent
généralement de peu de ressources financières à leur arrivée au Québec. Même si
elles souhaitent ardemment contribuer à la société qui les accueille, elles se
trouvent confrontées à des barrières importantes en matière d'intégration professionnelle
et de maintien en emploi.
Face à tous ces enjeux, une approche
globale est nécessaire afin de prendre en compte les aspects professionnels,
familiaux, éducationnels, culturels et économiques de ces individus. Il est
irréaliste de penser que le parcours d'intégration en emploi de toutes les
personnes nouvellement arrivées en sol québécois puisse être linéaire, simple
et terminé après seulement quelques semaines d'accompagnement. Il est donc
primordial que le gouvernement élargisse rapidement l'accès aux services
publics d'emploi à toutes les personnes immigrantes en droit de travailler, et
ce, dans une approche globale, accompagnées par des spécialistes qui ont
développé leur expertise depuis plusieurs années. Merci.
Mme Roy (Valérie) : Oui,
Mme Allaire vient de le dire, c'est notre recommandation 5 d'offrir
des services publics d'emploi à toutes les personnes immigrantes, peu importe
le statut ou la nature de leur permis de travail.
Deux dernières recommandations, 6 et 7. On
parle de la plus grande flexibilité donnée aux organismes qui interviennent sur
le terrain pour offrir cette prestation de services publics d'emploi là aux
personnes, et accroître leur capacité d'intervention et d'adaptation, et
d'augmenter le financement pour les organismes qui accompagnent les personnes
immigrantes, et les entreprises aussi, en portant une attention particulière
aux besoins régionaux et avec les besoins particuliers partout au Québec.
Donc, ce serait la clôture de notre
présentation. Je vous remercie beaucoup, et je conclurais en disant que, bien,
on a un impact significatif, quand même, sur les différentes communautés des
membres d'AXTRA qui interviennent auprès de la clientèle immigrante, et je
pense qu'autant la mission d'AXTRA, des organismes qu'on représente que celles
de votre ministère... on a la même mission, mais je pense qu'il faut vraiment
se concentrer sur le besoin des individus qui sont pris, malheureusement, dans
des structures parfois trop rigides, qui ne vont pas assez vite pour répondre
aux besoins. Merci de votre écoute.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, mesdames. Alors, on en est déjà rendus à la
période d'échange avec les parlementaires. On va tout de suite s'engager auprès
du gouvernement avec la ministre, qui vous a accordé quelques petites secondes
pour terminer votre présentation. Alors, Mme la ministre, vous avez 15 min 40
s.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Bonjour à vous quatre. Merci de contribuer à cet échange,
à cet exercice démocratique. On vous sent très engagées dans votre mandat
professionnel. C'est beau à voir. Donc, merci de partager votre perspective,
vos visions et vos propositions.
Je me plongerais dans votre mémoire en
commençant par la page 10, puis, en fait, Mme Roy, vous y avez fait
référence, c'est quant à la création, en fait, de campagnes de sensibilisation.
Donc, vous nous invitez à orchestrer, là, une campagne à l'échelle nationale
sur les avantages de l'immigration.
Alors, bien, je voulais souligner, dans un
premier temps, que le ministère, le MIFI, a eu l'occasion d'organiser une
campagne de cette nature-là pas plus tard qu'en mars dernier. En fait, on en a
mené quelques-unes, mais la plus récente était en mars dernier, avait pour
titre D'ailleurs et d'ici, nous avons le Québec en commun! Donc, c'est
une campagne qui présentait une série de portraits de Québécois issus de
l'immigration puis qui avaient eu un processus d'intégration réussi.
Et on a aussi l'occasion, depuis
20 ans, à tous les ans, là, d'organiser des célébrations autour de la
Semaine québécoise des rencontres interculturelles, où on remet des prix à des
personnes, des organisations qui se sont distinguées en lien avec l'intégration
de personnes immigrantes ou encore la diversité ethnoculturelle.
Alors, je me demandais si c'étaient des
exemples de ce que vous aviez en tête quand vous nous invitez à mettre de
l'avant des campagnes de sensibilisation.
Mme Roy (Valérie) : Oui, bien
sûr, c'étaient des bonnes campagnes, mais on veut qu'elles continuent, ces
campagnes-là. Puis on mettait aussi beaucoup <d'accent, dans notre
mémoire...
Mme Roy (Valérie) :
...qu'elles
continuent, ces campagnes-là. Puis on mettait aussi beaucoup >d'accent,
dans notre mémoire, sur l'importance d'avoir des outils pour les employeurs, parce
que, je le répète, au Québec, c'est souvent des petites et moyennes entreprises.
Elles n'ont pas peut-être tous les outils qu'il faut pour bien sensibiliser
leurs personnes, leur entourage de la part des personnes immigrantes à
l'économie, et tout ça, québécoise, au tissu social.
Bien, oui, effectivement, les campagnes
que vous avez nommées, on les a vues. On pense qu'il faut davantage... Il faut
les poursuivre. Il faut en donner... C'est pour ça qu'on donnait... Par
exemple, on donnait celle, là, qui avait eu lieu en Ontario. Il y en a... Je
sais que cette province-là en fait depuis plusieurs années, parce que nous, on
était venues devant cette commission-là voilà quelques années. On avait demandé
d'investir dans des campagnes de sensibilisation grand public. On salue les
efforts qui ont déjà été faits. On veut les poursuivre et... pour représenter
des organismes qui travaillent, et, j'insiste, avec des employeurs aussi, parce
qu'il faut outiller les employeurs au Québec à bien intégrer, et bien garder en
emploi, et bien former ces personnes-là. Ils ont besoin d'outils de
sensibilisation.
Puis je peux peut-être laisser une de mes
collègues, là, qui travaillent avec des entreprises dans la région, compléter
mon intervention.
Mme Laplante (Lyne) : Bien,
je peux peut-être me permettre d'ajouter... Valérie, tu fais référence aux
petites et moyennes entreprises. C'est effectivement une réalité où, quand il y
a seulement quelques travailleurs, et qu'on intègre une nouvelle personne issue
de la diversité, quelquefois, les préjugés racistes, la discrimination dont
peut faire l'objet le nouveau travailleur vient affecter directement le milieu
de travail. Ça fait que, oui, les publications ou les campagnes de publicité à
grande échelle sont superimportantes, mais il faut aussi aller travailler
vraiment terrain pour préparer le milieu à accueillir la personne qui va se
joindre parce qu'on entend trop souvent des situations où ça... La
discrimination va se vivre une personne à la fois, là.
Mme Fréchette : ...à des
guides d'intégration des personnes immigrantes dans le milieu de travail,
préparation des équipes déjà en place, qui vont cohabiter?
Mme Laplante (Lyne) : Formation,
oui.
Mme Fréchette : Oui, j'ai vu
ça dans plusieurs régions, là, des guides qui font connaître la région, mais
aussi qui donnent des repères sur la culture d'entreprise, organisationnelle,
et tout ça.
Mme Laplante (Lyne) : Oui, c'est
sûr que les programmes de... les PAC, les programmes d'appui aux collectivités...
Quand on vient donner de la formation en milieu de travail pour préparer la
nouvelle communauté ou le nouveau groupe de travail à accueillir la personne,
ça peut juste être bénéfique pour tout le monde.
Mme Fréchette : OK, bien,
merci. Je vous amènerais maintenant à la page 3, puis il y a des commentaires
que vous avez eus tout à l'heure aussi dans votre présentation.
Vous mentionnez, en fait, que... Bon,
d'une part, vous avez mentionné que Francisation Québec n'était disponible
qu'en français. J'aimerais tout de même souligner, là, qu'on a des capsules
linguistiques en anglais et en espagnol pour aider les personnes à compléter le
formulaire pour s'inscrire dans le processus de Francisation Québec. Donc,
c'est important de le faire savoir parce que je pense que ça peut être très
utile pour les personnes concernées.
Vous mentionnez donc qu'Accompagnement
Québec et Francisation Québec viennent, en fait, complexifier le parcours des
personnes immigrantes et puis que certaines, en fait, n'oseraient pas demander
l'aide de l'État par crainte, en fait, de travailler et collaborer avec une
instance gouvernementale. Donc, est-ce que vous pourriez élaborer un peu plus
sur ces craintes que vous percevez puis quelles mesures de solution vous
verriez à mettre de l'avant?
Mme Roy (Valérie) : Bien, je
vais laisser mes collègues répondre. C'est quelque chose qui est observé sur le
terrain, effectivement.
• (17 heures) •
Mme Laplante (Lyne) : Oui, bien,
c'est sûr et certain qu'il y a plusieurs personnes issues de la diversité qui
vont nous arriver avec une crainte ou une peur du gouvernement. Ça fait que ça,
c'est quelque chose qu'on va entendre souvent. Ça fait qu'à partir du moment où
on leur dit qu'ils doivent s'inscrire via la passerelle officielle du
gouvernement qui...
Puis, je souligne, entre autres, oui, les
capsules sont disponibles en anglais et en espagnol, mais le formulaire, lui,
est uniquement en français. Ça fait que la personne a besoin de soutien pour
être capable de le compléter parce qu'ils ont toujours peur, quand ils vont
faire affaire avec le gouvernement ou une instance, de... peur de représailles
ou de subir des problématiques en lien avec ça. Ça fait que c'est sûr que,
quand on leur dit que c'est le gouvernement, qu'on doit s'inscrire, donc, on
doit passer, bon, l'AI, la plateforme Arrima, et ensuite de pouvoir découler
dans les services, on la sent, cette crainte-là, de plusieurs personnes issues
de l'immigration.
Ça fait que, nous, ce qu'on dit, c'est que,
quand on arrive à mettre une personne en lien, qui est terrain, avec la
personne, pour la rassurer, pour bien l'accompagner, pour l'aider à compléter
ses formulaires, ses demandes, obtenir l'ensemble de ses papiers, de ses reconnaissances,
de tout ce qu'elle a besoin pour pouvoir bien s'intégrer, ça vient la rassurer,
parce que nous, au Québec, on est habitués, comme Nord-Américains, comme
Rosalie disait tout à l'heure...
17 h (version révisée)
Mme Laplante (Lyne) : ...besoin
pour pouvoir bien s'intégrer, ça vient la rassurer. Parce que nous, au Québec,
on est habitués, comme Nord-Américains, comme Rosalie disait tout à l'heure, de
faire affaire avec les différentes instances gouvernementales, mais ce n'est
pas le cas pour tout le monde.
Mme Fréchette : Oui, je peux
comprendre la perspective différente, là, qu'ont des personnes immigrantes. Aux
pages 4 et 5, vous mentionnez «qu'en exigeant que les employeurs se conforment
à des normes strictes le gouvernement pourrait réduire les risques d'exploitation
ou de traitement injuste que pourraient subir certains travailleurs.» Donc, j'aimerais
vous entendre, en fait, sur les améliorations que vous proposez dans l'encadrement,
là, parce qu'il y a déjà un encadrement qui est offert par... assuré par le
gouvernement, notamment, bon, les EIMT, l'escouade qui a été mise en place avec
la CNESST. Donc, qu'est-ce que vous verriez comme mesures additionnelles qu'on
puisse mettre en place pour avoir un encadrement plus complet?
Mme Roy (Valérie) : Bien,
dans le mémoire, on parlait notamment d'avoir... d'assouplir, là, les permis de
travail, qu'ils soient ouverts ou, du moins, de façon sectorielle, les ouvrir
davantage, parce que c'est sûr que ce qu'on entend beaucoup de la part de nos
collègues sur le terrain, c'est qu'il y a quand même beaucoup, malheureusement,
de situations où la personne immigrante est quand même prise, vous l'avez
entendu souvent devant cette commission, elle n'a pas de recours, donc. Et le
problème avec tout ça, c'est que je pense que le gouvernement a quand même une
responsabilité de... Oui, vous avez parlé des escouades, vous mettez des moyens
en place, mais il n'en demeure pas moins qu'il y a encore beaucoup de personnes
immigrantes qui n'ont pas... ne peuvent pas changer d'emploi. Elles sont prises
dans des situations plus précaires. Et aussi, bien, quand ils arrivent ici,
souvent, l'emploi, il va être alimentaire ou il va être au noir, donc... Et ça
s'ajoute un peu à ce qu'on disait tout à l'heure par rapport, des fois, aux
ruptures qu'ils ont avec les institutions dans leur pays d'origine, donc, ça,
ça vient alimenter peut-être la crainte aussi de prendre... de prendre
davantage un pas de l'avant et de changer de travail, de dénoncer des
situations.
Donc, je ne sais pas si mes collègues
veulent ajouter par rapport à ça, ce qu'on dit dans le mémoire. Oui, vas-y.
Mme Allaire (Johanne) : Oui.
J'aimerais ajouter un élément qu'on a vécu, nous, d'un participant. On les
appelle les participants. Il est arrivé au pays avec toute sa famille avec un
permis de travail fermé. Et alors qu'il est arrivé à l'avance pour se préparer
à son nouvel emploi, il avait trouvé un... il logeait chez des amis, il est
allé voir l'employeur pour préparer à l'avance. Et là l'employeur, quand il est
arrivé, bien, il dit : Bien non, ce n'est plus 32 $, c'est 17 $
de l'heure. Ça fait que, là, il dit : Bien, ça ne marche pas. Puis c'est
un poste quand même... puis pas le même nombre d'heures. Donc, il a dit : Non,
je regrette, je ne suis pas capable d'accepter ça. Mais là, demander à cette
personne-là... oui, il y a des recours, mais ces personnes-là ne feront pas les
recours. Puis ça faisait déjà... Puis là il a fait des démarches
incommensurables. C'est... Je l'admire d'avoir toujours gardé son sang-froid
dans toutes ses demandes de différents gouvernements, différents paliers, la
CNESST, entre autres, les normes du travail, les députés provincial, fédéral,
municipal. Et pour en arriver au bout du compte, il dit : Une chance que j'ai
des amis qui m'ont appuyé financièrement parce que mes enfants commencent à s'habituer
et à s'intégrer. Mais il dit : Je n'ai même pas la possibilité... Il a eu
un permis de travail ouvert pendant trois mois, ce qui était temporaire.
Alors donc, la machine, elle est très,
très... c'est très gros, là, et c'est beaucoup de demander à ces gens-là, d'utiliser
les... les ressources légales, je vais les nommer comme ça, là, elles ne le
feront pas. Elles ne veulent pas... Elles ont peur d'être obligées de retourner
dans leur pays d'origine. Alors, c'est un peu, là, les blocages qu'on a dans le
terrain.
Mme Fréchette : OK. Bien, je
vous remercie d'avoir témoigné de ces situations. Je vais céder la parole à des
collègues, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Merci, Mme la ministre. Alors, je me tourne
du côté de la députée d'Iberville pour une période de 4 min 39 s.
Mme Bogemans : Parfait. En
fait, moi, je voulais simplement vous remercier pour votre implication locale,
là. Ça fait une grande différence. On a de nombreux témoignages, là. Je connais
peut-être un petit peu plus personnellement Mme Laplante, qui est de
Saint-Jean-sur-Richelieu. Les cas ne manquent pas, et les gens qui passent par
le droit à l'emploi, là, ne manquent pas de bons mots à votre égard.
C'est certain que, nous, la
régionalisation est au coeur du déploiement de la politique d'immigration, puis
vous êtes des exemples, là, vraiment à prendre en compte pour la
régionalisation, là. Vous déployez plusieurs outils. Comment est-ce...
croyez-vous qu'on peut aller plus loin puis comment que, par exemple,
Accompagnement Québec, qui <est...
Mme Bogemans :
...est-ce...
croyez-vous qu'on peut aller plus loin puis comment que, par exemple,
Accompagnement Québec, qui >est un nouvel outil qu'on vient de déployer,
pourrait mieux vous accompagner et accompagner les immigrants?
Mme Laplante (Lyne) : Bien,
si ce... Merci, Audrey, de tous ces bons mots. C'est toujours un privilège,
effectivement. Mais ce que je... ce que je pourrais dire par rapport à l'enjeu
qu'on va vivre en régionalisation, ce qu'on vit actuellement, c'est qu'avec la
diminution du financement qu'on a connue dans la dernière année, l'ensemble des
organismes ont dû faire des choix et de décider si on va continuer à mettre
beaucoup d'argent en régionalisation ou si on va plus le consacrer en
installation. Et nous, actuellement dans la région, ça rentre tellement de
partout en installation, les besoins et les demandes sont tellement criants que
nos énergies vont beaucoup plus de ce côté-là.
Notre souhait est de continuer à faire de
la régionalisation, faire connaître la région. Là, on utilise... On a le
privilège, dans le Haut-Richelieu, de pouvoir avoir une belle délégation et un
milieu qui est hautement accueillant et qui s'est mobilisé pour aller recruter,
je dirais, et convaincre les gens de s'en venir à Saint-Jean. Ça fait que ce
n'est plus juste nous qui l'apporte, le volet régionalisation, mais c'est sûr
qu'il faut... il faut être capable de bien accompagner les gens et qu'on ait le
temps de le faire pour leur permettre de bien découvrir la société québécoise,
de bien prendre le temps de s'enraciner dans le nouveau milieu dans lequel ils
veulent être.
Ça fait que c'est sûr que le financement
est au cœur de nos préoccupations parce que, là, on va au plus urgent, à
répondre aux besoins des humains qui se présentent en détresse à la porte. Ça
fait que nos énergies sont plus tournées vers l'installation que la
régionalisation.
Mme Bogemans : Merci
beaucoup. Je voulais passer la parole maintenant à Mme la ministre.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, merci. Alors, je vais revenir à la ministre. Il vous
reste 1 min 54 s.
Mme Fréchette : Oui,
merci. Alors, je voulais simplement vous signaler qu'on m'informe, en fait, que
les formulaires d'inscription pour Francisation Québec sont également
disponibles en anglais et en espagnol. Alors, on va s'assurer que les liens
soient davantage visibles parce que vous n'êtes pas le premier groupe qui nous
mentionniez que... mentionnez que ce n'était pas accessible. Alors, on va faire
un petit ajustement pour faire en sorte que ce soit plus visible et accessible
aisément. Merci, Mme la Présidente.
Une voix : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, la députée de Laviolette—Saint-Maurice, il vous
reste 1 min 24 s.
Mme Tardif : Merci.
Bonjour. Merci d'avoir pris le temps, là, de venir nous rencontrer et de
préparer un mémoire. On sait que c'est quand même assez exhaustif. Vous avez
soulevé bon nombre d'embûches : le temps de formation en francisation,
vous parlez des problématiques pour s'inscrire sur le site Internet, les délais
des cours, souvent, pour débuter les cours sont trop longs, vous nous demandez
d'accompagner davantage, etc. Quelles sont les pratiques les plus prometteuses
que vous avez vues sur le terrain? Avez-vous des exemples qui pourraient
favoriser l'accueil au niveau de la collectivité?
• (17 h 10) •
Mme Roy (Valérie) : Est
ce que vous avez un exemple terrain à partager, Rosalie? Je pense que...
Mme Di Lollo (Rosalie) : Je
me permets, oui, de répondre à cette question. Merci, Mme la députée. En fait,
nous avons un exemple de l'Allemagne, un pays européen qui, lui, dans son
service d'immigration, dans son système d'immigration, a systématiquement des
personnes-ressources relais dans la communauté qui sont assignées à chaque
personne immigrante qui entre dans le pays. Donc, on ne leur demande pas de
s'inscrire à un service quelconque d'accompagnement, mais on leur offre cet
accompagnement-là, systématiquement, dès l'entrée au pays. Donc, ils sont tout
de suite associés à une personne-ressource relais dans la communauté, surtout
les organismes communautaires, les organismes terrain qui ont l'expérience et
l'expertise, qui ont les ressources également...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
Mme Di Lollo (Rosalie) : ...pour
vraiment pouvoir accompagner la personne. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Malheureusement, je dois terminer avec le
premier groupe. Je me tourne maintenant du côté de l'opposition. On poursuit
nos discussions pour 12 min 23 s avec la députée de Chomedey.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour à vous. Très... très intéressant. Vous avez
mentionné... Mme Roy, je pense que c'est vous qui a mentionné au début que
vous avez aidé au maintien à l'emploi plus que 90 000 personnes. Wow!
Mme Roy (Valérie) : Ça, c'est
dans... Ça, c'est globalement, oui, les personnes desservies par tous les
services.
Mme Lakhoyan Olivier : Globalement,
sur combien de temps?
Mme Roy (Valérie) : C'est
annuellement. C'est annuellement. C'est... Bon an, mal an, là, c'est entre
80 000 et 100 000 personnes qui sont desservies par les services
des centres-conseils en emploi. Mais ce n'est pas tous en immigration par
contre, là. C'est des gens qui <viennent cogner...
Mme Roy (Valérie) :
...centres-conseils
en emploi. Mais ce n'est pas tous en immigration par contre, là. C'est des gens
qui viennent >cogner pour avoir des services publics d'emplois via...
via les organismes d'AXTRA, les centres-conseils en emploi. C'est quand même
beaucoup de personnes.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
vous trouvez de l'emploi pas seulement aux immigrants, mais aux citoyens aussi.
Mme Roy (Valérie) : Voilà. Exactement.
Et, sur les 100 organismes, il y en a quand même une trentaine, comme je
disais d'entrée de jeu, là, effectivement, qui sont à la fois en entente avec
le ministère de l'Immigration, donc qui ont la spécialité de l'accueil et
l'établissement, et après assurer les services d'employabilité, là.
Mme Lakhoyan Olivier : Wow!
C'est bien. Merci. Je vais revenir à madame qui n'a pas pu terminer qu'est-ce
qu'elle parlait. Je ne me rappelle pas votre nom. Je crois que ça a rapport
avec votre point à la page 3, 1.1 : Des structures administratives et des
lois mieux adaptées aux besoins réels. Je pense que ça a rapport avec ça, ce
que vous disiez. Vraiment, vous... vous parlez de beaucoup de manques
d'organisation... organisationnels ou prises en charge, lourdeurs
administratives. Je pense que vous alliez... en donnant l'exemple de
l'Allemagne, vous étiez en train d'expliquer ça. J'aimerais que vous continuiez
à nous expliquer votre exemple et nous parliez un peu plus de ce 1.1, comment
on peut améliorer les services. La parole est à vous.
Mme Di Lollo (Rosalie) : Merci
beaucoup. Merci, Mme la députée. En fait, oui, ma suggestion, ce qu'on... la
bonne pratique de l'Allemagne recoupe... celui-ci aussi recoupe également
l'expertise et l'expérience des centres-conseils en emploi dans
l'accompagnement, et pas juste des centres-conseils en emploi, mais les centres
qui ont des ententes avec le ministère de l'Immigration aussi. En fait, c'est
que la personne-ressource ou relais est vraiment là pour aider la personne à
faire une transition complète à la nouvelle société d'accueil, donc qui va
vraiment être la personne qui va inculquer les nouvelles façons de penser, qui
va informer sur les ressources, qui va accompagner vers ces ressources-là
aussi. Donc, ce sont des personnes qui, généralement, sont des personnes de la
communauté désignée, donc des organismes désignés qui ont le mandat
d'accompagner les personnes systématiquement lorsqu'elles entrent au pays, en
Allemagne. Et, en fait, ça vient... ça vient en fait...
Parce qu'on parle, dans le mémoire, de
surresponsabilisation aussi des personnes immigrantes lorsqu'il en vient au système
d'immigration et à leur intégration à la société québécoise. Donc, on vient un
peu enlever le fardeau sur la personne immigrante de tout faire
individuellement, seule, alors que, dans le pays d'origine, ce n'est peut-être
pas comme ça qu'ils fonctionnaient. C'est... Puisque ce sont des systèmes plus
collectifs, c'est...
Et on le voit sur le terrain aussi, les
personnes immigrantes qui arrivent, elles sont habituées d'interagir avec des
gens plutôt que des systèmes informatiques ou de la technologie. Ils sont
habitués d'avoir quelqu'un à qui ils peuvent se référer directement, que ce
soit pour les formulaires ou quoi que ce soit d'autre. Les systèmes d'autres
pays, souvent, c'est l'accompagnement des humains qui est préconisé. Et donc,
lorsqu'ils arrivent ici et qu'ils se butent à des systèmes technologiques, à
des systèmes très individualistes et avec beaucoup de procédures, ils sont un
peu perdus, ils sont confus et ils ont besoin de cet accompagnement-là pour les
éclairer sur notre manière de fonctionner et sur notre système.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
vous parlez de l'Allemagne, mais là vous avez mentionné d'autres pays. Quels
autres pays qui fonctionnent de cette manière, accompagnement en personne au
lieu de système informatique?
Mme Di Lollo (Rosalie) : Je
vais rephraser parce que je crois que mon commentaire a été mal compris. Donc,
ce que je dis, c'est que les personnes immigrantes, leur pays d'origine, ne
fonctionnent pas comme le nôtre. Donc, dans leur pays d'origine, ces personnes-là,
pour beaucoup, elles vont vers des interactions en personne avec un contact
humain pour faire ce genre de choses là et pour se faire accompagner dans
toutes sortes de sphères de la société. Donc, c'est pour ça qu'on suggère, en
fait, qu'il y ait cette personne-ressource, ce relais-là sur le terrain, parce
qu'en tant que tel ça va donner.... C'est un procédé, un processus qui va
leur... qui est plus... avec lequel ils sont plus familiers. Ce sont des
référents avec lesquels ils sont plus familiers. Et les personnes-ressources
sur le terrain, comme nos intervenants dans les centres-conseils en emploi,
dans nos organismes communautaires, on a souvent des 10, 15, 20, 25 ans et
plus, même, d'expérience terrain, d'expertise, donc on pourrait facilement
accompagner ces personnes-là, faire le relais et les doter d'un système à
référent <plus...
Mme Di Lollo (Rosalie) :
...donc
on pourrait facilement accompagner ces personnes-là, faire le relais et les
doter d'un système à référent >plus familier afin d'effectuer une
transition plus fluide.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
si je comprends bien, les gens qui arrivent ici, on les prend en main et puis
on les dirige au bon organisme afin d'avoir un suivi, que cet immigrant, que ce
soit un travailleur, n'importe quel statut, qui rentre, on prend... on prend en
charge, le ministère ou le gouvernement va prendre en charge, on va pouvoir
mieux les guider pour... pour tout le reste qu'ils ont besoin à faire pour
s'intégrer et bien vivre ici parmi nous.
Mme Di Lollo (Rosalie) : Voilà.
Effectivement. On parle ici d'un accompagnement systématique et non pas de
demander à une personne immigrante de s'enregistrer pour un accompagnement.
Mme Lakhoyan Olivier : J'ai
déjà entendu avec d'autres groupes du genre un comptoir, un comptoir
d'immigration, là, mais, en même temps, on aura... on aura les chiffres des
gens qui rentrent, et c'est quoi, les statuts, où ils sont rendus, qu'est-ce
qu'ils font. Ils ne seront pas perdus dans la province. Et puis on va les aider
de cette manière à réussir leur vie au Québec. On va prendre note,
définitivement.
Donc, vous parlez... il faut donner plus
de flexibilité et des ressources aux organismes. Pouvez-vous élaborer
là-dessus?
Mme Roy (Valérie) : Bien, je
peux commencer, puis mes collègues qui dirigent les organisations terrain vont
pouvoir le dire, là, il y a des efforts, là, considérables qui sont faits, là,
par le gouvernement pour financer tous ces programmes-là, d'aide et
d'accompagnement, on le reconnaît, mais on sent un resserrement dans les
critères d'admissibilité. Et moi, j'aimerais le dire, là, les intervenants qui
travaillent... On sait bien, là, c'est l'humain qui est au cœur de la
problématique ici des personnes nouvellement arrivées, mais on voit... quand on
parle de non-flexibilité, on parle aussi d'un accroissement des tâches
administratives, une fonctionnarisation des personnes qui travaillent dans les
organismes terrain. Donc, à ce moment-là, ça devient... ça devient difficile,
là, pour les intervenants. Ils doivent... Les critères d'admissibilité sont
plus... ne répondent pas nécessairement aux besoins. Puis on va pouvoir, dans
quelques secondes, donner des exemples concrets par mes collègues, des profils
qu'on ne peut pas desservir parce que les critères d'admissibilité ne collent
pas à la réalité ou aux nouvelles réalités.
Et il faut de la reddition de compte,
c'est des fonds publics, c'est primordial. Mais la raison pour laquelle on
prolonge les services du gouvernement auprès de ces organismes terrain là,
c'est justement pour être plus agile puis pour pouvoir donner un service
efficace. Donc, on a... il y a une tendance lourde qui se décide sur les
épaules des personnes terrain. Ils doivent de plus en plus se soumettre à une
reddition de comptes qui vient, bien, amputer le temps d'intervention qu'ils
ont carrément avec les personnes dont... bien, les personnes qu'ils desservent.
Donc, peut-être, je ne sais pas qui
voudrait donner un exemple concret.
Mme Allaire (Johanne) : Si je
pouvais... Si je pouvais ajouter un élément...
Mme Roy (Valérie) : Oui,
vas-y.
Mme Allaire (Johanne) : ...bien
sûr, parce que, quand on... dans notre organisme, on a les cours de français à
temps partiel, on a les... Objectif intégration, qu'on souhaiterait d'ailleurs
que toute personne immigrante arrivant sur le territoire qui parle français
puisse accéder, peu importe le statut. Ça en fait partie, des valeurs communes
de l'histoire du Québec, et donc faciliter l'intégration et déjà de se créer un
réseau. Ces personnes-là, qui viennent en français à temps partiel, une fois
qu'ils comprennent un peu plus le français, on voudrait bien les intégrer, mais,
s'ils ont le statut de demandeur d'asile, on doit leur dire non. C'est un
crève-cœur. On est déjà en relation d'aide. Puis on travaille tous, hein,
autour de la table, sur écran, là, on est tous là pour la même mission, je
crois, et j'aime le croire, qu'on est tous là pour faciliter et réussir
l'intégration et le maintien en emploi au Québec. Ça en fait partie.
Mme Lakhoyan Olivier : Vous
mentionnez ici encore, à la page 3, point e : «elle néglige certains
aspects de la réalité multidimensionnelle des personnes immigrantes, notamment
tout ce qui est Financement-Québec et les délais imposés par la nouvelle
loi n° 96.» Comment la loi n° 96
affecte?
Mme Roy (Valérie) : Je pense
que Rosalie va pouvoir y aller là-dessus, peut-être.
• (17 h 20) •
Mme Di Lollo (Rosalie) : Oui.
Très bien. Merci. Donc, en fait, la loi... bon, les personnes immigrantes,
quand elles arrivent ici, elles ont énormément de préoccupations : des
préoccupations d'installation, des préoccupations financières, des
préoccupations éducatives par rapport à l'école de leurs enfants, par rapport à
toutes les sphères de notre société qui ont besoin d'être faites. Donc, elles
ont énormément de préoccupations. Elles ont également, dépendamment des
statuts, des préoccupations qui sont totalement différentes. Les demandeurs
d'asile vont avoir souvent des préoccupations beaucoup plus élevées et beaucoup
plus énormes que d'autres strates de l'immigration simplement par leur statut
et par leur parcours migratoire en tant que <tel...
Mme Di Lollo (Rosalie) :
...de
l'immigration simplement par leur statut et par leur parcours migratoire en
tant que >tel. Donc, souvent, il y a des stress post-traumatiques avec
lesquels on doit gérer. Souvent, il y a des réalités également de devoir
déposer un dossier pour se faire entendre à la commission des réfugiés dans les
45 jours suivant l'arrivée, avec toute la paperasse administrative qui vient
avec ça.
Donc, en tant que tel, cette réalité-là
fait en sorte que, lorsqu'on vient pour apprendre le français, et aussi, bon,
le six mois, quand on parle de pénurie de professeurs en francisation, quand on
parle de délais d'attente un peu plus longs...
Mme Lakhoyan Olivier : Excusez-moi.
Mme Di Lollo (Rosalie) : Oui?
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
la loi n° 96, c'est la partie de
six mois que vous n'êtes pas... vous ne trouvez pas pratique. C'est ça?
Mme Di Lollo (Rosalie) : Bien,
effectivement, elle engendre des défis d'intégration quand même assez énormes
dus à ces réalités multidimensionnelles là et toutes les autres sphères de
l'immigration. Donc, en six mois, si la personne...
Nous, chez nous, ce qu'on remarque, c'est
que, lorsqu'on essaie d'inscrire quelqu'un en francisation, souvent, ils
doivent attendre deux, trois mois, si ce n'est pas, même, une session complète.
Donc, lorsqu'une session complète est de trois, quatre mois, il ne reste que
deux ou trois mois à la personne pour apprendre le français adéquatement avant
de ne plus pouvoir recevoir de services dans une autre langue.
Mme Lakhoyan Olivier : Une
dernière question avant la fin. Est-ce que les gens qui viennent ici veulent
apprendre le français, oui ou non?
Mme Di Lollo (Rosalie) : Absolument.
Absolument.
Mme Lakhoyan Olivier : Donc,
le six mois, ce n'est pas...
Une voix : Ce n'est pas assez.
Mme Lakhoyan Olivier : ...ce
n'est pas grave. Il faut donner le temps jusqu'à ce qu'ils soient à l'aise en
français. C'est ça?
Mme Di Lollo (Rosalie) : Oui,
tout à fait.
Mme Lakhoyan Olivier : Bien,
j'apprécie beaucoup votre temps. Merci beaucoup.
Une voix : Merci à vous.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée. Alors, on termine cette...
cette audition avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne pour une période de 4 min
8 s.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Très intéressant. Un mémoire bien détaillé aussi. Merci beaucoup. Je
reviens à la page 5. Vous en avez parlé un petit peu tout à l'heure, sur les
permis de travail fermés, les solutions au permis de travail fermé, bon. Vous
avez lancé, dans votre mémoire, l'idée du permis sectoriel. Vous avez parlé, un
petit peu aussi, qu'il pourrait être ouvert, tout simplement. Bref, est-ce que
vous avez une position qui est fixe ou si, finalement, vous recommandez des
assouplissements généraux en vous disant : Bon, il faut juste absolument
sortir du régime actuel, finalement, là?
Mme Roy (Valérie) : Bien,
rapidement, pour répondre clairement, on tend vers une ouverture. Notre
position, c'est vraiment d'aller vers une ouverture des permis, pour toutes les
raisons qu'on a nommées et dans le mémoire et dans l'audition aujourd'hui, et
particulièrement dans un contexte... le contexte actuel, le marché du travail,
qui est très serré, on ne peut pas se permettre, collectivement, de perdre des
compétences. Et ce qu'on voit, là, on ne l'a pas nommé, mais je pense qu'il y a
des intervenants qui... précédemment, devant cette commission-là, qui l'ont
fait, on regarde les profils de compétence, la hauteur de... le degré de
scolarité des personnes demandeuses d'asile, c'est quand même assez élevé. Il y
a beaucoup de gens qui arrivent, en ce moment, ils sont pris aussi, les
personnes nouvellement arrivées, elles ont des taux de diplomation élevés. On a
vraiment... Il y a une adéquation entre les besoins du marché du travail et les
compétences des individus qui n'est clairement pas faite, et la non-ouverture
des permis de travail vient vraiment freiner cette adéquation-là, dont on a
besoin, collectivement, en raison de la crise de main-d'œuvre. Je laisserais...
Bien, allez-y.
M. Cliche-Rivard : Parce que
les demandeurs d'asile ont un permis de travail ouvert, et ça se passe bien, là,
il n'y a pas de problématique. S'il y a un employeur abusif, ils le quittent,
et voilà.
Une voix : Bien, c'est très
court.
M. Cliche-Rivard : Comment?
Mme Laplante (Lyne) : Bien,
ce que j'allais ajouter, c'est que, oui, pour les demandeurs d'asile, s'ils ont
le permis ouvert, donc, ils peuvent quitter, mais ils n'ont pas accès aux
services d'employabilité, les demandeurs d'asile.
M. Cliche-Rivard : Je
comprends.
Mme Laplante (Lyne) : Mais,
si on prend les travailleurs étrangers temporaires, je vais vous donner un cas
de figure qu'on a vécu dernièrement où deux travailleurs étrangers sont arrivés
avec un permis de travail fermé destiné à un employeur dans le secteur de la
construction, par le temps qu'ils arrivent, l'employeur a perdu certains
contrats, donc ne peut plus leur garantir leurs 40 heures-semaine. Résultat,
ils travaillent, en moyenne, 15, 18 heures-semaine, et l'employeur ne veut pas
faire de mise à pied puisqu'il a déjà investi pour aller chercher les
travailleurs.
M. Cliche-Rivard : Je
comprends.
Mme Laplante (Lyne) : Il dit :
Bien, éventuellement, on va retrouver d'autres contrats. Mais eux ne sont pas
capables de subvenir à leurs besoins. Ça fait qu'on se prive de cette
main-d'œuvre-là parce qu'ils travaillent à temps partiel. Ils sont incapables
de se nourrir, de payer leurs logements, et ils sont pris, un peu, dans une
situation parce qu'ils ont un permis fermé. Ça fait qu'on ne peut pas les aider
à trouver un autre travail pour venir combler le manque à gagner.
M. Cliche-Rivard : Puis
Immigration Canada n'est pas particulièrement rapide à réagir ou à émettre un
permis de travail dans une situation de vulnérabilité, là. On le voit, je veux
dire, vous êtes plusieurs groupes à l'avoir dénoncé. Il y a des demandes qui
sont faites pour ouvrir le permis, il n'y a presque pas de réponse ou, en tout
cas, c'est très compliqué. Ce qui revient à ce qu'on proposait avec d'autres
groupes, là, l'idée de faire une autorisation de travail <québécoise...
M. Cliche-Rivard :
...très
compliqué. Ce qui revient à ce qu'on proposait avec d'autres groupes, là,
l'idée de faire une autorisation de travail >québécoise, finalement,
parce que, je veux dire, le Québec a énormément de compétence en matière de
travail. Le Québec pourrait délivrer une autorisation, par son ministère de
l'Immigration, en disant : Vous savez quoi? Moi, je réalise que vous êtes
dans une position vulnérable, difficile et précaire. Moi, je vous permets, en
tant que gouvernement du Québec, de travailler à tel autre endroit ou d'ouvrir
votre permis. Parce qu'après tout, au final, je veux dire, le Québec est
responsable de sa juridiction de compétence du travail. Vous en pensez quoi?
Mme Roy (Valérie) : Oui, effectivement,
ça pourrait, disons, solutionner beaucoup de délais. Mais j'aimerais mettre...
Parce que, là, on... J'aimerais mettre, là, la lumière sur ce que ma collègue
Mme Laplante a dit : C'est important pour les personnes demandeuses
d'asile d'avoir accès à des services rapidement.
M. Cliche-Rivard : Tout à
fait.
Mme Roy (Valérie) : Parce j'aimerais
juste... Parce qu'il y a des projets pilotes qui ont été financés dans le cadre
du dernier budget provincial, on le salue, mais c'est au compte-goutte, c'est
au compte-goutte. Vous savez, les volumes, ça rentre à la pelletée. On les... Il
y a des listes d'attente. Il faut que les personnes demandeuses d'asile,
au-delà du permis de travail, il faut vraiment qu'elles aient accès rapidement
à des services d'employabilité.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
Mme Roy (Valérie) : Et ça,
c'est timide, ce qui a été fait. Je suis désolée...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois...
Mme Roy (Valérie) : ...mais
je veux vraiment insister là-dessus.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter, tout le temps que nous avions pour
cette audition est écoulé. Mais je vous remercie infiniment pour avoir déposé
votre mémoire, pour avoir expliqué vos recommandations aussi. Alors, sur ce, je
vous souhaite une bonne fin de journée.
Et, pour les membres de la commission, je
suspends quelques instants, le temps de recevoir notre prochain groupe.
(Suspension de la séance à 17 h 28)
(Reprise à 17 h 31)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux. Alors, pour terminer cette journée, nous
recevons le Réseau des services spécialisés de main-d'oeuvre. Alors, madame,
monsieur, bienvenue à la Commission des relations avec les citoyens...
17 h 30 (version révisée)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...nous recevons le Réseau des services spécialisés de
main-d'œuvre. Alors, madame, monsieur, bienvenue à la Commission des relations
avec les citoyens. Donc, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes
pour votre exposé, mais évidemment pour vous présenter aussi auprès des
parlementaires, avec qui nous allons entamer, par la suite, une période de
discussion. Alors, le micro est à vous.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, Mme la Présidente, Mme la ministre, Mmes et
MM. les députés, bonjour à toutes et à tous. Nous tenons à vous remercier, mon
collègue Émilien et moi-même, au nom des membres du Réseau de services
spécialisés de la main-d'œuvre, le RSSMO, pour le temps accordé aux réflexions
que nous vous proposons aujourd'hui en réponse à la consultation sur la
planification de l'immigration au Québec pour la période 2024-2027.
Permettez-nous, tout d'abord, de vous
présenter brièvement notre réseau. Le RSSMO regroupe 45 organismes
présents dans 14 régions du Québec et établis dans 90 points de
service. Ils viennent en aide à plus de 25 000 personnes par année. Depuis 40 ans,
leur mission première est le développement de l'employabilité visant l'intégration,
la réintégration et le maintien en emploi des personnes rencontrant des
difficultés particulières d'insertion socioprofessionnelle. Ils travaillent en
partenariat avec les différents paliers du gouvernement pour offrir à la
population des programmes et mesures personnalisés et adaptés à chaque
individu.
L'objectif principal de notre mémoire est
de mieux contextualiser la place des personnes immigrantes dans la société
québécoise et d'approfondir la compréhension des obstacles à leur inclusion
pérenne au Québec. Nous proposons un ensemble de recommandations qui suivent
cet objectif et les avons rassemblés en deux grandes parties. La première est
les enjeux de pouvoir constitutif de l'immigration. Nous ciblons d'abord l'urgence
de prendre acte des enjeux de pouvoir constitutif de l'immigration et du vécu
des personnes racisées au Québec en les nommant, les reconnaissant publiquement
et en mettant en place des mesures concrètes et contraignantes pour y apporter
des solutions.
Notre première recommandation est de détacher
l'immigration de la protection du français. Pour mieux réfléchir à la place qu'occupe
le français dans nos politiques migratoires, nous citerons une étude réalisée
en 2022, intitulée L'immigration et la pérennité du français au Québec,
qui vise notamment à clarifier l'impact envisagé de l'immigration sur le déclin
du français parlé au Québec. Je cite : «La conclusion que l'on peut
dégager de ces simulations est très claire : quel que soit l'indicateur
linguistique utilisé pour définir le groupe linguistique francophone, même des
mesures extrêmes, totalement utopiques, ne permettent pas de renverser la
tendance de long terme au sein de la société québécoise. Comme le soulignent
les auteurs du rapport de l'OQLF publié en 2021, une modification dans la
composition linguistique de l'immigration économique n'ajouterait donc que
quelques milliers de personnes de langue française, tous indicateurs confondus,
chaque année, sur une population de plusieurs millions de personnes.»
D'où provient cette étude, pourra-t-on se
demander? Du ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration,
qui a mandaté, en 2022, le démographe Marc Termote, spécialiste des questions
migratoires à l'Université de Montréal, une étude qui rejoint les conclusions
de l'observatoire québécois de la langue française concernant l'impasse des
politiques migratoires linguistiques visant à freiner le déclin du français
dans la province. Bien que mandatée par le MIFI, cette étude présente une
analyse concrète qui semble contrevenir à la fois aux propositions spécifiques
du gouvernement, mais aussi à la stratégie en matière d'immigration articulée
autour de la protection du français.
Pour nous, chaque individu est porteur de
culture, peu importe ses origines, et nous tenons à souligner que ce n'est pas
parce qu'une personne parle une langue qu'elle comprend les us et coutumes et
les cadres de référence de la société qui l'accueille, et que, par conséquent,
cette dernière a la responsabilité de mettre en œuvre un mécanisme cohérent et
accessible à cet effet. Dans une optique d'adéquation entre les valeurs de la
société québécoise et celles des personnes que nous accueillons, le RSSMO
recommande de s'engager dans une valorisation de la langue française comme pont
entre les cultures et non comme condition d'acceptance et d'inclusion, une
langue permettant l'adhésion et la contribution à la culture distincte de notre
Québec.
Notre deuxième recommandation est la
reconnaissance active du racisme et la discrimination systémique. Nous demandons
une reconnaissance urgente du lien constitutif entre l'immigration et les
phénomènes du racisme et discrimination systémique, dont la dénégation
régulière par le gouvernement nuit au vécu des personnes accueillies au Québec.
Nous demandons donc le développement concret de formations pour l'ensemble des
membres de la fonction publique et pour les personnes, institutions et
organismes responsables de l'accueil des personnes immigrantes. Ce travail doit
être effectué en dialogue et de concert avec les partenaires actifs dans la
lutte contre le racisme et la discrimination systémique.
Notre troisième recommandation est d'accroître
l'imputabilité concrète des pouvoirs publics. Nous recommandons la prise d'une
posture de leadership ciblé et rassembleur du gouvernement dans l'accueil, l'intégration,
l'accompagnement, le maintien et l'inclusion des personnes immigrantes. Dans
cette optique <d'imputabilité, nous recommandons...
Mme Al Yahya (Nisrin) :
...le
maintien et l'inclusion des personnes immigrantes. Dans cette optique >d'imputabilité,
nous recommandons également la production d'indicateurs qualitatifs et de
données qualitatives permettant la mesure et le suivi des faits évolutifs sur
le terrain.
Ensemble, ces trois mesures sont une étape
primordiale d'analyse du vécu des populations immigrantes afin d'encourager une
société québécoise qui sourit à toutes et à tous. Il s'agit d'un devoir envers
la diversité, qui, rappelons-le, avait déjà été identifié il y a plus de
30 ans par le gouvernement de Robert Bourassa.
Notre deuxième partie est articulée autour
d'une meilleure valorisation pour mieux inclure. Donc, nos quatre prochaines
recommandations font l'ébauche du travail collectif d'inclusion et de
valorisation des personnes immigrantes, caractérisé par une approche solidaire,
curieuse et humble.
Notre quatrième recommandation est donc
lutter contre la déqualification des professionnels immigrants. Le RSSMO rejoint
les objectifs du gouvernement en matière d'attractivité et d'inclusion de la
main-d'œuvre qualifiée étrangère puisque le maintien en emploi est un des
leviers principaux de la rétention de la population immigrante sur le
territoire. Nous recommandons l'assouplissement, la facilitation et
l'accélération de la reconnaissance des acquis et diplômes obtenus à
l'étranger. Nous recommandons la mise en place d'un cadre référentiel commun
contraignant aux ordres professionnels, aux établissements d'enseignement, aux
organismes de réglementation et autres partenaires gouvernementaux, facilitant
ainsi l'accès à une reconnaissance d'acquis des études et des compétences
obtenues hors Québec.
Notre cinquième recommandation est de
soutenir les organismes dans la réalisation de leur mission auprès des
personnes immigrantes. Nos organismes membres appliquent une approche
spécialisée, globale et individualisée auprès des personnes accompagnées, qui
répond à la nécessité de lier l'intégration sociale à l'intégration au marché du
travail. Cette approche se caractérise par une méthode de communication et
d'appréhension de problèmes, débouchant sur des interventions adaptées qui
prennent en compte la diversité. L'interaction qui tient compte des
problématiques vécues par chaque personne sur les plans personnel, familial,
culturel, financier et professionnel est déterminante dans la démarche
d'intervention.
Cette approche implique autant
l'accompagnement des immigrants que les employeurs pour favoriser une
intégration, un maintien en emploi et une inclusion dans l'entreprise, des
étapes préliminaires à l'inclusion des personnes immigrantes dans notre société
québécoise. Cet accompagnement nécessite donc un financement adéquat à la
réalisation de la mission des organismes qui oeuvrent auprès de ces personnes,
garantissant un suivi continu dans toutes les régions de la province et
limitant la possibilité de bris de service et de perte d'expertise dans les
milieux communautaires à tous les niveaux.
Notre sixième recommandation est le
développement de l'accessibilité et la flexibilité des services d'aide et
d'accompagnement des personnes immigrantes. Nous rejoignons ainsi la réflexion
du gouvernement concernant la complexité des services d'aide et
d'accompagnement. Il n'est toutefois pas réaliste de penser que les plans
d'action développés lors de l'accompagnement puissent se réaliser à très court
terme sans passer par des étapes et une progression sur le long terme afin de
permettre à ces personnes de comprendre les codes culturels et le savoir-être
requis pour une intégration et une inclusion réussie sur le marché du travail. Nous
recommandons ainsi la mise en place de services compréhensibles, flexibles,
accessibles et adaptés aux besoins spécifiques et réels des différents groupes
qui composent notre population immigrante, incluant la possibilité de combiner
des mesures de services ainsi que de maintenir des suivis nécessaires à la
réalisation des objectifs.
Notre septième et dernière recommandation
est l'accompagnement des milieux professionnels. Appuyer le développement et la
disponibilité des ressources pour les employeurs dans l'objectif de favoriser
l'inclusion en entreprise est un incontournable, selon nous. La création de
milieux de travail qui respectent la personne immigrante par une sensibilité à
sa vision du monde, à ses valeurs, à ses besoins, passe par une préparation à
tous les niveaux. Des interventions qui mettent en œuvre certains principes de
l'approche interculturelle sont aujourd'hui des impératifs et des incontournables.
Un accompagnement adéquat de la part de nos ressources communautaires
professionnelles, compétentes, qualifiées et expertes en matière de diversité
et de gestion de la diversité, offert à toutes les parties prenantes, permettra
d'outiller, d'améliorer les interactions et de créer des espaces réels de
dialogue qui mèneront à une amélioration des pratiques et une inclusion à long
terme dans les entreprises.
• (17 h 40) •
Pour conclure, les organismes du RSSMO
oeuvrent auprès de leurs participants, toutes origines confondues, pour
s'assurer de réaliser un accompagnement de choix, des interventions de qualité
et la meilleure adéquation possible entre les personnes et les profils ainsi
que les besoins du marché du travail. Donc, on parle ici de l'importance de
l'emploi de qualité, une adéquation qui nécessite un travail de <fond
réflexif et constructif en...
Mme Al Yahya (Nisrin) :
...qui
nécessite un travail de >fond réflexif et constructif en lien avec
l'accompagnement, la compréhension des défis personnels et professionnels, le
placement en emploi, le maintien en entreprise et l'inclusion dans l'équipe de
travail.
Ce modèle en est un qui, si appliqué à
l'ensemble des acteurs de l'écosystème, mènera sans doute à la réalisation d'un
vivre-ensemble de choix. Il ne s'agit pas de rédiger un code de bonnes
pratiques, mais de réfléchir à des pistes communes concrètes, où chacune et
chacun explore, dans ses milieux respectifs, les limites et les avantages des
pratiques d'inclusion. C'est avec cette approche globale que nous obtiendrons
une adaptation des pratiques permettant à notre société et à nos entreprises
d'évoluer et d'avancer pour combler non seulement les besoins de main-d'œuvre,
mais aussi de prendre l'individu, dans son intégralité et dans son humanisme,
en considération et ainsi que dans sa complexité, sa richesse et son apport.
La planification réfléchie de
l'immigration nous mènera à mieux cibler nos seuils d'immigration, nos besoins
humains, socioculturels et économiques. Elle doit encourager un changement des
discours publics en lien avec l'immigration, qui nourrissent la vision de
l'inclusion des personnes immigrantes dans notre société non plus comme une
menace, mais comme un levier précieux de développement pour l'avenir du Québec.
Face à la complexité des défis humains, économiques et socioculturels auxquels
fait face la société québécoise, l'immigration doit être perçue et présentée
comme une opportunité à saisir plutôt qu'une problématique à résoudre.
Permettez-nous de finir en disant qu'il
est temps de penser que le mot «immigration» rime avec «solution». Nous vous
remercions de votre attention et avons hâte d'échanger avec vous.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation, pour ces propositions
qu'on va justement commencer à discuter avec la ministre pour une période de
14 min 59 s. Elle vous a laissé un petit peu de temps, justement. Le
temps est à vous, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Merci, Mme la
Présidente. Bien, merci à vous deux de prendre part à cet exercice. Je suis
contente qu'on ait l'occasion de vous entendre.
Je commencerais par reprendre, en fait, la
phrase de conclusion que vous avez amenée parce qu'elle reprend intégralement
une phrase qui avait été portée par... dite par le premier ministre, dans son
discours inaugural, à l'effet que l'immigration est une solution. Il l'a dit
tel quel. Alors, on est dans une vision convergente, bref, quand il s'agit
d'immigration. Donc, c'est vraiment la façon qu'on a eue d'aborder
l'immigration dans le cadre de la réflexion sur la réforme à apporter au
programme d'immigration économique. Donc, on a vraiment orienté nos travaux en
fonction du fait qu'effectivement il y a possibilité pour l'immigration d'être
une solution, notamment pour le fait français, de là l'intégration d'exigences
en lien avec la connaissance du français.
J'aimerais faire un commentaire, là, sur
un des thèmes que vous avez abordés. On voit qu'en fait un de vos objectifs,
là, consiste à nous sensibiliser à la réalité migratoire et à offrir une
meilleure connaissance, là, des obstacles à l'inclusion des personnes
immigrantes dans la société, à faire en sorte que leur processus d'immigration
soit une réussite, et j'aimerais souligner, en fait, qu'on a eu plusieurs
actions, en tant que gouvernement, orientées vers cet objectif.
Donc, on peut, par exemple, penser à la
mise en œuvre, là, des recommandations du groupe d'action sur le racisme au
Québec. On a un ministre responsable de la Lutte contre le racisme. On a aussi
22 projets qui ont été financés par le programme d'accompagnement des
communautés dans le cadre de la Décennie internationale des personnes
d'ascendance africaine. Donc, ça, c'est une autre mesure qu'on a mise en place.
Puis on a signé 183 ententes qui soutiennent des projets et des activités
contre le racisme. Donc, ça, c'est un volet très important aussi de notre
action. Et j'ajouterais qu'il y a plusieurs formations obligatoires qui sont
offertes au personnel du ministère, donc, des formations en ligne sur
l'homophobie, sur la transphobie ou sur le racisme pour les employés de l'État.
Donc, bref, il y a plusieurs actions, déjà, qui s'inscrivent dans ce que vous
mettez de l'avant comme perspective.
Comme première question, en fait, je vous amènerais
la page 16, là, de votre mémoire, vous recommandez... à la page 16,
vous recommandez la production de données et d'indicateurs qualitatifs pour
suivre des faits évolutifs sur le terrain. Donc, j'aimerais ça que vous me
donniez des suggestions d'indicateurs auxquels vous pensiez pour que... vous
imagiez, donc, que votre concept, là, d'inclusion pérenne des personnes
immigrantes dans la société.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
c'est une excellente question. Merci, Mme la ministre. Dans le fond, quand on
parle d'indicateurs en général, c'est parce que, pour nous, il est très
important de pouvoir avoir une sorte de tableau de bord avec des <évolutions
qu'on pourrait...
Mme Al Yahya (Nisrin) :
...il
est très important de pouvoir avoir une sorte de tableau de bord avec des >évolutions
qu'on pourrait ne pas juste chiffrer, mais qu'on pourrait avoir comme document
ou... comme document qui va parler avec des détails de certains événements et
de certaines situations bien définies au niveau de l'intervention. C'est très
important pour nous d'avoir ces indicateurs qualitatifs plutôt que juste
numériques parce qu'on n'arrive plus à suivre, avec la personne immigrante,
malheureusement, l'ensemble de ce qui se fait.
Je peux vous donner un exemple très
concret à cet effet-là. On peut parler, par exemple, d'une personne qui est
arrivée il y a cinq ans au Québec puis qui a commencé sa démarche. Elle s'est
trouvé un emploi puis, à un moment donné, dans son parcours, elle s'est
retrouvée face à la situation où elle perd son emploi. Elle n'a pas eu accès à
l'ensemble de l'activité au niveau de la population. Donc, elle n'a pas fait de
cours de francisation. Elle parlait déjà français. Donc, elle ne connaît
absolument pas du tout le Québec.
Donc, comment est-ce qu'on va pouvoir
qualifier son intégration à cette personne-là? Comment est-ce qu'on va pouvoir
faire un suivi avec elle? Comment est-ce qu'on va pouvoir noter et constater
les différents éléments qui composent son profil professionnel et académique? Donc,
pour nous, il est très important d'avoir ce qu'on appelle un tableau de bord
par personne, et surtout pour que la personne ne soit pas dans l'obligation de
répéter à chaque fois son histoire quand elle revient sur les différents... Des
indicateurs de choix pourraient être choisis en lien avec l'ensemble du travail
qui peut être effectué, puis surtout en lien avec les différents postes que
pourrait occuper la personne, par exemple.
Donc, je vous donne un exemple encore, un
ingénieur qui arrive ici, au Québec, qui va se retrouver en mode
déqualification. Comment est-ce qu'on va pouvoir lui permettre de pouvoir
accéder à son emploi? Est-ce qu'on peut aller avec des chiffres et des études
plus concrètes qui vont le mettre de l'avant et qui vont lui permettre de
comprendre comment est-ce qu'il peut avoir accès à ce marché du travail, en fin
du compte?
Mme Fréchette : Est-ce que je
dois comprendre que ce seraient des indicateurs personnalisés en fonction des
aspirations de la personne, de ses compétences et de ses ambitions?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Absolument,
exactement, c'est des... très diversifiés, en fait, pour qu'on puisse toucher
l'ensemble de nos personnes immigrantes. Dans le fond, le gros défi, je pense,
que nous avons, c'est que, si on va parler d'une immigration économique,
l'ensemble des personnes qui arrivent chez nous n'ont pas du tout les mêmes profils
ni académiques ni professionnels, mais notre immigration économique se
caractérise quand même par des personnes qui sont hautement diplômées et
qualifiées. Donc, ces personnes-là, malheureusement, se retrouvent très souvent
à devoir reprendre des études parce qu'ils n'arrivent pas à se trouver des
emplois à la hauteur de leurs compétences ou, sinon, s'ils sont sur le marché
de l'emploi, ils sont dans des postes qui sont sous-qualifiés par rapport à
leurs capacités et leurs possibilités.
Ceci nous amène à une réflexion, de dire :
Comment est-ce qu'on va pouvoir avoir ces personnes-là au bon endroit, au bon
moment et puis le plus rapidement possible? Donc, si on arrive à avoir ce que
j'appelle justement un tableau de bord par profil, par métier, par individu, à
la limite, ce serait vraiment beaucoup plus facilitant pour l'accessibilité à
l'ensemble du marché du travail et ça va répondre aussi aux besoins spécifiques
de nos employeurs, parce qu'on s'entend que, si on prend la population actuelle
des personnes immigrantes qui sont sur le territoire québécois, bien, ce n'est
pas tout le monde qui travaille dans son domaine, et j'en passe... j'en vois
des dizaines, pour ne pas dire des centaines, qui parlent de diplomation qu'ils
ont obtenue à l'international, mais qui ne travaillent absolument pas du tout
dans leur domaine ici.
Mme Fréchette : D'accord.
Merci. Il me reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : 8 min 13 s.
Mme Fréchette : Huit minutes?
Je vais y aller d'une deuxième question. Aux pages 16 et 17, là, vous
affirmez, en fait, que la prépondérance que donne le gouvernement au fait
français risque d'être préjudiciable, que ça pourrait nuire à l'attraction, à
la rétention des étudiants étrangers ou aux objectifs qu'on a en matière de
main-d'œuvre. Donc, est-ce que vous ne voyez pas, en fait, la connaissance du
français comme un facteur de rétention de grande importance? Parce que, quand
on compare les indicateurs, justement, on réalise que le taux de rétention des
personnes qui ne connaissent que l'anglais, en comparaison du taux de rétention
des personnes qui ne connaissent que le français, il y a un écart de 30 %.
Alors, pour le gouvernement, c'est sûr que
d'avoir des gens dont le projet risque de s'inscrire dans la durée, en termes
de personnes immigrantes, bien, c'est sûr que c'est plus intéressant, comme
gouvernement, d'opter pour des gens qui maîtrisent le français puisqu'il y a le
taux de rétention qui est largement plus... plus élevé. Alors, comment est-ce
que vous voyez ça de votre côté? Est-ce que ça ne devrait pas être un critère
d'importance?
• (17 h 50) •
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
en fait, je vais peut-être partager ma réponse en deux... en deux parties. La
première, c'est que je dois absolument souligner l'importance absolue de la
maîtrise de la langue française pour pouvoir accéder à <n'importe quel
type d'emploi...
Mme Al Yahya (Nisrin) :
...de
la maîtrise de la langue française pour pouvoir accéder à >n'importe
quel type d'emploi et de poste ici, au Québec, ainsi que pour bien pouvoir
vivre dans la société. Donc, ça, c'est absolument un incontournable dans notre
vécu, dans notre quotidien.
Cependant, ce que nous sommes en train de
mentionner ou de citer et sur quoi on insiste, c'est qu'il va falloir donner le
temps au temps et donner le temps à ces personnes de pouvoir bien parler le
français, s'approprier le français, vivre en français, être en mode : J'apprends
le français à travers la culture du Québec; être en mode : J'apprends le
français parce que j'ai besoin d'apprendre le français, j'ai envie d'apprendre
le français, et pas du tout en mode coercitif et en mode obligation de : Tu
dois absolument parler le français, sinon tu ne vas pas pouvoir fonctionner
chez nous. Parce qu'il ne faut pas oublier que, quand ces personnes-là arrivent
ici, pour un grand nombre d'entre eux, ils ne veulent pas se sentir chez nous,
ils veulent se sentir chez eux aussi. Donc, faire partie de la société passe
nécessairement par l'adéquation linguistique. Cependant, il va falloir penser
au temps qu'il va falloir accorder à nos personnes immigrantes pour qu'ils
puissent se l'approprier.
Si je reviens encore une fois à la
question de l'équité, la diversité et de l'inclusion, dans un deuxième temps,
parler français n'est pas nécessairement un... ne pas parler français devient
un obstacle à une vie, au quotidien, dans... au Québec. Cependant, le fait de
ne pas parler français ne devrait pas être pénalisant si ce n'est pas un choix,
mais il faut donner le temps à ces personnes-là. Tantôt, on parlait de la loi n° 96, justement, et, dans cette loi n° 96,
l'équation des six mois est tellement difficile et complexe pour les gens qui
viennent d'arriver... Plusieurs parmi eux sont dans l'obligation de mettre
simplement du pain sur leur table. Donc, ils vont aller se chercher un premier
emploi n'importe où, n'importe comment, et ils n'ont pas le temps
nécessairement... nécessaire d'accorder un temps plein pour la langue
française. Si je prends un autre exemple, nos demandeurs d'asile, les
demandeurs d'asile, quand ils arrivent ici, même s'ils ont accès à ces cours de
francisation, ils sont tellement en problématiques autres et ils ont tellement
d'autres enjeux, d'autres soucis qu'ils ne sont pas nécessairement en mode :
Je vais apprendre la langue française aujourd'hui.
Donc, ce que nous sommes en train de dire,
c'est que, oui, la langue française, dont la planification peut être
dommageable, entre guillemets, si elle nuit aux objectifs d'une main-d'œuvre
qualifiée, mais elle fait aussi un... il y a aussi un défi de... si jamais
quelqu'un a étudié, par exemple, à Concordia ou à McGill, qu'on ne puisse pas
le retenir simplement parce qu'il ne parle pas assez le français. Donc, à notre
avis, il serait intéressant de pouvoir créer, par exemple, un programme, en fin
d'études universitaires, qui va faciliter l'accès au marché du travail en
francisant ces personnes-là qui ont étudié dans ce genre d'université, par
exemple.
Mme Fréchette : On espère
qu'ils référeront à Francisation Québec, qui leur est accessible, le plus tôt
possible dans leur processus.
Mme Al Yahya (Nisrin) : On ne
sait jamais. On espère.
Mme Fréchette : Je vais
partager la parole avec les collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la ministre. Alors, je cède la parole à
la députée... pardon, la députée d'Abitibi-Ouest.
Mme Blais : Merci, Mme la
Présidente. Alors, vous savez, je suis une fille de région. Je suis née en
région et je vis en région. Alors, vous comprendrez que les régions, pour moi,
c'est très important. Et je tiens à vous remercier de votre présentation.
Alors, à votre avis, comment la francisation et l'intégration des personnes
immigrantes pourraient être facilitées en région?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Ah!
c'est tellement une belle question. En fait, moi, ce que je voudrais tout simplement,
c'est que la francisation ou parler français en région n'est même pas une
option, là. Il faut qu'on parle français pour qu'on puisse s'adapter puis vivre
en région.
Maintenant, comment est-ce qu'on peut
faciliter l'arrivée, déjà, des personnes immigrantes en région? Le gros défi
que ces personnes-là ont est un défi pratico-pratique. Je peux nommer quelque
chose de très simple à la base, c'est que, pour la majorité de ces personnes
qui viennent d'ailleurs, la région veut dire le fin fond de la brousse, alors
que, chez nous, la région, c'est tout à fait autre chose. Québec est une région.
Alors, on s'entend qu'on n'est pas du tout au fin fond de la brousse.
Quelque chose de très important à
mentionner aussi, c'est qu'une fois qu'ils le pensent comme tel ils peuvent ne
pas vouloir venir s'installer dans ces régions-là. Donc, comment est-ce qu'on
va améliorer l'attractivité pour notre région déjà initialement? Maintenant, je
peux vous dire très simplement qu'il ne suffit qu'une seule personne d'une
communauté arrive dans une province, qu'elle réussisse, pour qu'elle ramène
toute la famille de la communauté, pour qu'elle arrive dans cette même région.
Donner accès à des épiceries multiculturelles, donner accès à des petits
services, à des petites fêtes, à des... juste des éléments de caractère <humain,
qui vont permettre...
Mme Al Yahya (Nisrin) :
...accès
à des petits services, à des petites fêtes, à des... juste des éléments de
caractère >humain, qui vont permettre à ces gens-là de se sentir chez
eux... Et puis, croyez-le ou non, plusieurs, parmi eux, viennent déjà des
régions. Donc, pour eux, aller en région est la meilleure option possible. Je
le citais moi-même ce matin en disant : J'aurais adoré être arrivée en
région parce que c'est tellement agréable, c'est tellement familial...
Mme Blais : ...Témiscamingue.
Il reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Il vous reste 1 min 25 s.
Mme Blais : Quels sont
les éléments qui pourraient contribuer à un sentiment d'appartenance et de
fierté aussi?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Le
sentiment d'appartenance ne peut venir que si jamais la dignité de l'individu
est respectée, et la dignité de l'individu passe nécessairement par un emploi
de qualité, par une sécurité alimentaire, par des écoles de qualité pour ses
enfants, pour des conditions de santé et de famille qui sont à la hauteur des
attentes. Il n'y a pas personne qui émigre parce qu'il n'aime pas son pays. Les
gens émigrent pour améliorer leurs conditions de vie. Donc, si tout cela est
garanti, bien, peu importe la région, je pense que le sentiment de loyauté va
être créé, puis un sentiment d'appartenance au Québec ne peut être créé que par
une bonne connaissance de ces gens, et c'est comme ça, je pense, que chacun
d'entre nous ne peut se sentir que chez lui, en fait.
Mme Blais : Bien, merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée. Alors, je me tourne
maintenant du côté de l'opposition officielle avec le député de Nelligan, oui,
pour une période de 12 min 23 s.
M. Derraji : Merci, Mme
la Présidente. Bonjour à vous deux. Très heureux de vous recevoir au parlement.
On se connaît dans une autre vie. Je sais ce que vous faites sur le terrain
depuis plusieurs années. Donc, mes questions vont être aussi... En fait, votre
chapeau de DG du Réseau des services spécialisés de main-d'oeuvre, mais aussi
votre connaissance du terrain au niveau de l'intégration et de la francisation...
Donc, premièrement, je tiens à vous
remercier sur... au fait, d'avoir rédigé un mémoire. Je sais que c'est toujours
un moment stressant pour la plupart des organismes. Nous, on a l'avantage
d'avoir et de lire tous les mémoires, de les analyser, de voir qu'il y a un
travail de fond qui a été fait. Donc, je tiens à vous féliciter parce que je
sais qu'il n'y a même pas quelques mois que vous êtes à la tête de cet
organisme. Donc, arriver à produire un tel document en si peu de temps, bravo,
mes félicitations.
Vous avez ramené pas mal de nouveautés
dans votre mémoire et sentez-vous bien à l'aise d'éclairer les membres de la
commission. C'est ça, le but de notre exercice. Vous avez dit : «Il faut
que les fonctionnaires soient sensibilisés et formés à la réalité des personnes
immigrantes et que le ministère reconnaisse le racisme et le racisme systémique.»
Quand vous dites «le ministère», vous parlez du ministère de l'Immigration?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Oui.
M. Derraji : OK. Donc,
pourquoi vous voulez que le ministère de l'Immigration reconnaisse le racisme
et le racisme systémique?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
en fait, c'est très important de parler de ça. Merci pour la question,
M. Derraji.
En fait, je vais vous ramener vers le portrait
des obstacles systémiques à l'emploi, qui a été produit par le Comité consultatif
Personnes immigrantes en 2019. Donc, depuis ce jour-là, on n'a jamais voulu
reconnaître qu'il y a ce qu'on appelle un racisme systémique. On a parlé
d'obstacles systémiques à l'emploi. En ce qui nous concerne, reconnaître ces
obstacles ou reconnaître ce racisme systémique va venir avec des solutions
parce que, quand on en nomme la problématique et qu'on la reconnaît, on peut
aller entreprendre des démarches pour pouvoir l'éliminer, l'élaguer et trouver
des pistes de solution.
Tant et aussi longtemps qu'on ne reconnaît
pas l'existence de ce genre de racisme et d'obstacle systémique, bien, on ne
peut pas travailler dessus, on ne peut pas creuser, on ne peut pas aller
former... On s'entend que, par exemple, à la ville de Montréal, puis vous vous
rappelez tous qu'il y a eu comme tout un travail de fond qui a été fait
là-dessus, nous avons un commissaire, actuellement, pour la lutte contre le
racisme et la discrimination qui a fait évoluer les travaux de la ville de
Montréal de façon très, très importante. Alors, à mon avis, reconnaître ça par
notre ministère, par le gouvernement en général, de toutes les manières, ça ne
pourrait qu'amener à une réflexion sur des pistes de fond, de solution.
• (18 heures) •
M. Derraji : Si j'étais
de l'autre côté, du gouvernement, je ne le suis pas, ils vont vous dire qu'il y
a quelque chose... il y a un comité qui a été créé et il y a un ministre responsable.
Vous êtes sur le terrain. Avez-vous vu des... avez-vous vu des résultats?
Est-ce qu'on vous a consultés?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
je vous dirais tout simplement que, pour nous, ce qui compte le plus, c'est la
personne qu'on accompagne, et malheureusement nous n'avons pas été dans cette
démarche-là...
18 h (version révisée)
Mme Al Yahya (Nisrin) : ...que,
pour nous, ce qui compte le plus, c'est la personne qu'on accompagne. Et
malheureusement nous n'avons pas été dans cette démarche-là, nous n'avons pas
été présents dans cette démarche-là. Le fait d'avoir une personne ou un
ministre qui va travailler sur ces enjeux-là, il faudrait qu'il parte du
terrain. Parce que ce n'est pas une équation de : Je vais être dans mon
bureau pour pouvoir travailler sur le sujet.
M. Derraji : ...n'avez jamais
eu l'occasion de parler avec le ministre responsable de la discrimination du
racisme systémique?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Pour
le moment, ça n'a pas été le cas, malheureusement.
M. Derraji : OK. Et vous êtes
sur le terrain, ça fait quand même plusieurs années.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Oui,
et j'aimerais bien, si c'est possible.
M. Derraji : La demande est
formulée, je la formule officiellement. J'invite les collègues à faire le
message au ministre parce que, j'en suis sûr et certain... J'ai entendu des
collègues d'évoquer ce que le ministre est en train de faire. Je n'ai aucun
doute qu'il y a un sérieux derrière l'initiative, donc je formule la demande à
mes collègues de faire le message et qu'ils vous rencontrent, parce que vous
avez pas mal de choses à ramener, surtout sur le terrain de la discrimination.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Et ça
va nous faire énormément plaisir de collaborer sur ce dossier-là, certainement.
M. Derraji : Et j'en suis sûr
et certain que mes collègues de la partie gouvernementale feront le message.
Je vais vous ramener sur la francisation.
Il n'y a pas longtemps, nous avons échangé pas mal sur la francisation.
Pouvez-vous partager avec les membres de la commission pourquoi on n'arrive pas
à atteindre nos objectifs de francisation? Je veux qu'on parle de ça en premier
lieu et, par la suite, j'aimerais bien que vous preniez un petit moment pour
parler de Francisation Québec. Donc, parlez-moi de la francisation, surtout sur
l'île de Montréal, les embûches, les choses qu'on doit améliorer, les choses qu'on
ne doit pas faire. Et par la suite j'aimerais bien vous entendre sur
Francisation Québec.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Parfait.
Bien, en fait, en termes de francisation, comme je le disais tantôt, le gros
défi que nous avons actuellement, bien, c'est au niveau des groupes, déjà, qui
sont composés au niveau de la francisation. Je vais citer un exemple très, très
simple.
Pour l'ensemble des personnes qui
actuellement vont dans des cours de francisation, c'est beaucoup plus un espace
de socialisation que d'apprentissage de langue française. Oui, c'est une bonne
chose parce que les gens apprennent un gros plein d'affaires, mais cependant ce
que je pense qui serait très, très important au niveau de la francisation, c'est,
d'une part, améliorer l'accessibilité, d'autre part, améliorer les délais, d'autre
part encore, améliorer la qualité des évaluations qui vont être faites à la fin
de la francisation.
On parle aussi d'un niveau très, très
avancé de langue française qui est demandé actuellement, on parle d'un niveau 7.
Et puis je ne vous dirai pas que... Le niveau 7 parlé en langue française
est vraiment quelque chose d'assez complexe parce que ça prend carrément la
rédaction d'un document, puis ce n'est pas tout le monde qui est capable de
rédiger un document.
Maintenant, si je reviens à l'autre partie
de la question, concernant Francisation Québec, ce que nous trouvons un peu
complexe avec Francisation Québec, malgré la très, très bonne intention avec
laquelle c'est parti puis la pertinence d'avoir quand même un guichet unique...
Et puis je vous entendais tout à l'heure, Mme la ministre, préciser que, oui,
ça existait en d'autres langues. Sauf qu'on n'a pas du tout ça sur le terrain.
Cela a complexifié un petit peu le travail des organismes sur le terrain, et je
m'explique.
La personne qui pouvait venir nous voir
pour qu'on puisse l'aider et l'accompagner dans son inscription en francisation
très rapidement, maintenant, doit passer par tout un système dans lequel il
faut qu'elle puisse avoir accès à un ordinateur. La littératie numérique n'est
pas toujours facile chez les personnes immigrantes, donc cela donne des
situations très difficiles pour l'accessibilité à Fancisation Québec.
Un autre point qui, je pense, va être
important à citer ou à mentionner dans cette équation-là aussi, c'est la nature
de l'accompagnement en termes de qualité de langue française. On se pose
toujours la question par rapport à l'enseignement de la langue française dans
les groupes de francisation. On trouve des personnes avec lesquelles on discute
puis on les rencontre, qui sont dans une même classe, mais qui ne sont pas du
même niveau en termes de langue...
M. Derraji : Attendez juste
une seconde. Parce que, là, c'est très, très, très important, ce que vous êtes
en train de nous dire. Parce qu'on essaie toujours de dire qu'on fait assez d'efforts,
mais il y a des technicalités que... sur le terrain, ça ne marche pas. Et là,
maintenant, vous êtes en train de dire : Faites attention. Mais là le ministère,
qu'est ce qu'il peut changer? Le ministère fait des alliances... bien — fait
des alliances — fait des contrats, sous-traite en quelque chose, la
francisation, mais ce que vous êtes en train de nous dire, <c'est que ce
n'est pas...
M. Derraji :
...
francisation, mais ce que vous êtes en train de nous dire, >c'est que ce
n'est pas tellement pratique sur le terrain parce que ce n'est pas le même
niveau. Le décrochage, il vient de ça, selon vous?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
le décrochage vient de plusieurs éléments, entre autres, par exemple, de plus
en plus, maintenant, des personnes qui sont en train d'avoir des emplois sans
même avoir besoin de passer par la francisation. Donc, ce qu'ils font, c'est
qu'ils font de la francisation à temps partiel ou, éventuellement, ils
décrochent complètement. Donc, là...
M. Derraji : Attendez, vous
êtes en train de me dire : Ils sont capables de trouver un emploi, même
s'ils ne maîtrisent pas la langue française?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Oui, absolument.
M. Derraji : Donc, est-ce que
vous êtes en train de me dire que c'est plus facile trouver un emploi si on
parle anglais que quand on parle français?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Pas
nécessairement. Pour le moment, la pénurie de la main-d'oeuvre qu'on a
actuellement amène toutes les personnes à avoir accès à de l'emploi. Et, en
fait, le gros défi que nous avons comme organisme en employabilité,
actuellement, c'est de pouvoir faire comprendre à nos personnes immigrantes
qu'il ne suffit pas de trouver un emploi pour se dire qu'on est en emploi,
qu'ils peuvent trouver beaucoup mieux et qu'ils peuvent avancer, mais sauf que,
sans la langue française, ils ne vont pas pouvoir évoluer. Donc, avoir la
langue...
Et puis là on a parlé aussi de la
francisation en entreprise. Maintenant, si on parle de francisation en
entreprise, puis ça, ça fait partie des supervolets qui ont été initiés... Mais
est-ce que les entreprises sont capables de franciser pendant les heures de
travail, vu cette pénurie de main-d'oeuvre? Est-ce que les entreprises sont
prêtes à donner du temps supplémentaire, même si c'est payé par le ministère?
Donc, la question est très complexe, dans le fond, en termes de francisation,
au jour d'aujourd'hui.
M. Derraji : Vous savez que
tout... autour de la francisation, au Québec, du français, et on ne peut pas
aujourd'hui se permettre, en tant qu'élu, d'entendre cela et ne pas agir, là. Sinon,
tout ce qu'on fait comme effort, l'échec va nous suivre.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Tout
à fait.
M. Derraji : C'est quand même
énorme, là, ce que vous êtes en train d'énoncer, là, parce qu'on parle...
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
c'est la vérité du terrain que je suis en train de vous dire. Ce qu'on voit de
plus en plus, malheureusement, c'est que beaucoup de personnes, même s'ils ne
parlent pas français, même s'ils ne sont pas assez francisés, peuvent se
trouver des emplois, peu importe l'emploi. Donc, pour eux, qu'est-ce qui est la
priorité? Bien, la priorité, c'est de se trouver un emploi pour pouvoir amener
leur famille, pour pouvoir nourrir leur famille, pour pouvoir aider leur
famille. Et puis c'est valable dans beaucoup de domaines.
M. Derraji : Oui. Vous êtes
un réseau qui est spécialisé dans des services... services spécialisés de
main-d'œuvre. Est-ce que vous est en train de dire qu'il y a un lien direct
entre trouver un emploi, francisation, décrochage et ne pas suivre les cours de
francisation?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Un
lien direct, peut-être, oui, mais... pourquoi pas, je peux le nommer comme tel,
oui, oui, j'assume ce que je dis, en fait, effectivement. Bien, parce qu'en
fait je vais vous ramener un petit peu en arrière dans le temps. Si jamais on
parlait des années 2008, 2010, 2012, 2015, les personnes qui arrivaient à
ce moment-là, il n'y avait pas assez d'emplois, on parlait vraiment d'un taux
de chômage auprès des personnes immigrantes très, très, très élevé. Donc, à ce
moment-là, qu'est-ce qui se faisait? On avait des personnes immigrantes qui
prenaient les cours de francisation à temps plein, à temps partiel, ils
pouvaient avoir aussi une source de revenus avec ces cours-là. Et ils ne se
trouvaient pas nécessairement du travail. Actuellement, la personne arrive chez
nous, elle parle un tout petit peu français, elle se débrouille, elle a un CV,
elle postule, elle se trouve un emploi.
M. Derraji : ...de
francisation.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Elle
lâche très souvent les cours parce qu'elle ne peut plus combiner les heures de
travail avec les heures de cours, et c'est ça qui est très difficile et très
complexe.
M. Derraji : Oui. Et c'est là,
votre réponse que... oubliez la francisation sur les lieux de travail, ça ne
peut pas fonctionner?
Mme Al Yahya (Nisrin) : En
fait, je ne suis pas en train de dire : Oubliez la francisation sur les
lieux de travail. Au contraire, je suis en train de dire : Il faut
encourager la francisation, sauf qu'il faudrait peut-être qu'elle ne soit pas
sur le temps de travail. La question, ce serait beaucoup plus de comment est-ce
que nos entreprises vont s'organiser entre eux pour pouvoir avoir de la
francisation ensemble.
Moi, l'une des choses, peut-être, que... Je
veux revenir à la question des régions. Pourquoi est-ce que, par exemple, cinq,
six, sept entreprises ne se mettent pas ensemble pour offrir ces cours de
français...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter, le temps est...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : ...merci, le temps imparti à l'opposition étant terminé. On
va toutefois finaliser cette ronde de discussion avec le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
pour une période de 4 min 8 s.
• (18 h 10) •
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Excellent mémoire, c'était très différent, c'était très instructif, merci.
Justement, dans votre approche, là, sur les inégalités, sur
l'intersectionnalité aussi, est-ce qu'on sait si les politiques d'immigration
du Québec, finalement, vulnérabilisent ou perpétuent ces inégalités-là en
fonction du genre, de l'origine, de la confession? Est-ce qu'on fait ces
études-là? Est-ce que le MIFI fait ces études-là dans ses modifications de
programmes?
Mme Al Yahya (Nisrin) : Je
vais te laisser répondre.
M. Maubant (Emilien) : Je
n'ai pas la réponse exacte, là, sur le moment, mais ce qu'il nous intéressait
de réfléchir, à ce niveau-là, c'était, pour <revenir un petit peu à...
M. Maubant (Emilien) :
...
le moment, mais ce qu'il nous intéressait de réfléchir, à ce niveau-là,
c'était, pour >revenir un petit peu à la question sur les marqueurs
qualitatifs plutôt que les marqueurs quantitatifs, c'était justement sur ce
besoin de réfléchir au fait que le vécu d'une personne immigrante comme moi qui
suis arrivé à 10 ans depuis la France et le vécu d'une personne immigrante
réfugiée de Syrie, le vécu d'une personne immigrante qui vient d'Ukraine ou je
ne sais où n'est, évidemment, absolument pas le même et que, les formes de
discrimination, à leur arrivée, au moment de leur installation, par rapport à
l'accès au logement, par rapport à l'accès à un emploi, par rapport à l'accès à
des bourses de scolarité, s'ils veulent faire des études supérieures,
évidemment, ce ne sera pas du tout la même égalité des chances.
Donc, c'est un petit peu sur ça qu'on a
voulu insister en rédigeant le mémoire, sur le fait qu'il nous paraissait un
petit peu... un petit peu limité de chercher à réfléchir à nos politiques
d'immigration sans véritablement s'engager dans un travail de définition de
qu'est-ce qui constitue l'expérience immigrante dans des dynamiques qui sont
des dynamiques de pouvoir constitutif de l'expérience immigrante. Le français,
évidemment, rentre là-dedans, mais les questions...
M. Cliche-Rivard : Le
travail qualifié, moins qualifié...
M. Maubant (Emilien) : Exactement,
voilà.
M. Cliche-Rivard : ...le
rôle des femmes, le travail informel, le travail formel, le diplôme. Je veux
dire, dans certains pays, je veux dire, l'accès aux études pour les femmes,
c'est très compliqué.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Bien,
en fait, j'aimerais souligner quelque chose de très important, c'est que la
grande partie ou le grand nombre de personnes qui viennent d'ailleurs, de
l'international, viennent avec une logique de... pas de compétence, mais de
savoir, donc c'est une logique de diplomation. Nous sommes ici dans une logique
de compétence. Donc, un médecin qui vient ici, qui se retrouve déqualifié parce
qu'il ne peut pas avoir accès ni à sa... à son poste ni à son travail et qu'il
perd carrément son identité professionnelle ne peut pas être traité de la même
manière que M. et Mme Tout-le-monde. Mais malheureusement, dans la foulée, on
perd cette expertise. Et nous, ce qu'on voulait vraiment mettre de l'avant,
c'est que ces enjeux-là sont au cœur de la déqualification professionnelle,
sont au cœur d'un travail à double rythme. On tenait absolument aussi à parler
de la bidirectionnalité, parce qu'on a préparé les personnes immigrantes, mais
on a oublié de préparer la société d'accueil.
M. Cliche-Rivard : Tout
à fait.
Mme Al Yahya (Nisrin) : Et
aujourd'hui, ce qu'on demande vraiment très activement, c'est de préparer nos
instances. Même si, actuellement, on parle de... Oui, il y a des formations,
mais est-ce que le fait de suivre une formation est assez pour que la personne
pratique ce qu'elle est en train d'étudier? On va aller à plus que la
sensibilisation et la formation, on parle d'une éducation par rapport à ces
personnes-là, dans le fond.
M. Maubant (Emilien) : Et
c'est pour ça qu'on a souligné aussi l'importance et la responsabilité des
pouvoirs publics de savoir nommer et reconnaître ces éléments-là.
M. Cliche-Rivard : Exactement.
M. Maubant (Emilien) : Si
on a des pouvoirs publics qui s'engagent de façon régulière dans une dénégation
de l'existence de cette forme... de cette dynamique de pouvoirs, qui sont
constitutifs de l'expérience immigrante, on est dans un recul en arrière qui
est absolument inexcusable pour ces personnes-là.
La question du racisme systémique, la
question des devoirs envers la diversité étaient incluses dans chacune des
planifications gouvernementales de l'immigration, dans des gouvernements depuis
Robert Bourassa, le gouvernement Charest en avait fait, le gouvernement de
M. Couillard en avait fait également, c'était toujours inclus. Là, c'était
absent, et on avait cherché à réfléchir pourquoi.
Pour rejoindre la question de madame,
tantôt, sur la régionalisation, la question du français joue là-dedans aussi.
Si on veut accueillir et ajouter à l'attractivité des régions pour les
personnes immigrantes, le français doit être présenté comme quelque chose aux
bras ouverts et non comme une sommation : Attention, si tu ne parles pas
français, tu n'auras pas ta place ici.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Sur ces dernières paroles, je vous remercie, Mme Al
Yahya, M. Maubant, merci d'avoir participé aux travaux de la commission, votre
apport est incommensurable.
Alors, pour les membres de la commission,
je... j'ajourne, en fait, les travaux jusqu'au jeudi 28 septembre
2023, après les avis touchant les travaux des commissions. Bonne soirée.
(Fin de la séance à 18 h 15)