(Neuf heures cinquante minutes)
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...plaît! La Commission des relations avec les citoyens commence... Voyons, je m'excuse. Ayant constaté
le quorum... Pardon, j'étais déjà sur la fin de l'autre. Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission des relations avec les citoyens
ouverte. Bienvenue à tous et à toutes.
La commission est réunie aujourd'hui afin de
procéder aux consultations particulières et aux auditions publiques sur le
projet de loi n° 36, Loi sur le recouvrement du coût des soins de santé et
des dommages-intérêts liés aux opioïdes.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Bérubé (Matane-Matapédia) est remplacé par M. Paradis (Jean-Talon).
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Alors, nous allons débuter ce matin avec
les remarques préliminaires, puis nous... nous continuerons avec les groupes
suivants : Me Louis Letellier de St-Just, conjointement avec Mme Sahida...
Vadlamudy... J'espère que j'ai bien prononcé votre nom. Ensuite, nous allons
poursuivre avec l'Institut national de santé publique du Québec et Dre
Marie-Ève Goyer.
Remarques préliminaires
Alors, j'invite maintenant le ministre responsable
des Services sociaux à faire ses remarques préliminaires. M. le ministre, vous
allez bénéficier d'une période de six minutes. Et le micro est à vous.
M. Lionel Carmant
M. Carmant : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bon matin, tout le monde. Merci à nos deux invités d'être là
ce matin. Je tiens à remercier mes collègues d'être présents, les députées de
Soulanges, de Vimont, d'Abitibi-Ouest, de Laviolette—Saint-Maurice et de
Châteauguay. Merci d'être là. Les députés de l'opposition également, merci
beaucoup de vous joindre à nous ce matin pour cette importante commission.
Mme la Présidente, d'abord, j'aimerais souligner
qu'il s'agit du premier projet de loi que je dépose dans cette 43e législature
et que je suis très content d'être ici avec vous dans le cadre de son étude.
J'aimerais aussi prendre le temps de saluer les... nos invités ce matin, qui
vont avoir une contribution importante, là, à l'avancement de ce projet de loi.
Plusieurs de mes collègues ont eu, d'entrée de jeu, de bons mots sur le projet
de loi et ses objectifs, et je tiens à les remercier. Puis j'espère qu'on va
savoir faire avancer ensemble le... ce projet de loi le plus rapidement et le
plus efficacement possible, Mme la
Présidente. Le sujet, visiblement, nous touche tous, et il est important que
l'on s'y penche.
D'abord,
j'aimerais remettre en contexte rapidement le dépôt de ce projet de loi. Il
faut rappeler que cette situation qu'on reconnaît comme la crise des surdoses
n'est pas unique au Québec. En août 2018, la Colombie-Britannique,
durement frappée par cette crise, a pris l'initiative de déposer une demande
d'autorisation à exercer une action collective contre une quarantaine de
fabricants et de distributeurs d'opioïdes ainsi que leurs consultants. Leurs...
Les comportements de ces fabricants et
distributeurs auraient conduit, entre autres, à la mort et à l'hospitalisation
de milliers de Canadiens suite à des surdoses.
Aussi, il faut faire face à de fausses représentations
quant aux risques de dépendance, aux effets secondaires et aux symptômes de
sevrage. Ces médicaments, normalement utilisés pour les douleurs... les
douleurs aiguës et sévères, sont devenus le traitement physique de douleurs
chroniques de nombreux patients. De ces manquements a résulté un marché inondé
de ces puissantes drogues, alors que la demande ne l'a jamais justifié.
Cette crise au fil des ans, il ne fait aucun
doute qu'elle est maintenant rendue au Québec. Aujourd'hui, on voit de plus en plus de gens qui ont besoin d'aide
à Montréal, mais partout au Québec, et c'est très préoccupant. En 2020, on comptait 319 décès attribuables à une
intoxication aux opioïdes comparativement à 263 décès en 2016, une
augmentation significative et qui dépasse, par exemple, les accidentés
de la route, Mme la Présidente. Le problème s'est amplifié. Avec ces centaines de décès viennent aussi des
hospitalisations, des visites aux urgences, des visites en centre de traitement
de dépendance, bref, une charge réelle pour notre réseau de la santé et des
services sociaux. La présence de la crise au Québec est donc maintenant une
évidence, Mme la Présidente.
Aujourd'hui, il est temps pour nous de déposer
ce projet de loi et de mettre en place les mécanismes non... pour non seulement soutenir cette action
collective de la Colombie-Britannique, mais aussi à rendre imputables envers
les Québécois ces entreprises qui ont causé tant de dommages.
Ce
projet de loi vise notamment à prévoir un recours direct contre les fabricants
et distributeurs d'opioïdes ainsi que les entreprises de consultation les ayant
conseillés afin de recouvrer les coûts des soins de santé engagés et de faire assumer à l'industrie la responsabilité
de ses agissements, aménager des règles particulières au régime général de la responsabilité
civile, qui trouve habituellement application au Québec pour cette situation
particulière, et permettre au Québec d'agir comme membre d'une action
collective initiée par la Colombie-Britannique. Par ce projet de loi, le Québec rejoint donc les autres provinces, les
territoires et le gouvernement fédéral, qui considèrent tout autant que nous
complètement inacceptables les fautes commises par ces grosses compagnies
pharmaceutiques.
Au-delà des aspects
plus techniques, c'est une démarche qui s'inscrit en totale continuité avec
l'engagement de notre gouvernement à lutter
contre la surdose des opioïdes. Au printemps dernier, on annonçait
36,9 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir des
mesures de prévention et de réponse aux surdoses. Ces sommes s'ajoutaient aux
15 millions de la Stratégie nationale de prévention des surdoses de
substances psychoactives 2022-2025. Plusieurs mesures de ce plan visent à
prévenir les surdoses, notamment auprès des personnes vulnérables qui peuvent
souffrir de problèmes de santé mentale ou
être en situation d'itinérance. On a investi pour renverser la tendance de la
crise des surdoses dans les dernières années et pour offrir plus de
services aux gens qui en ont besoin, et nous allons continuer à le faire, Mme
la Présidente. Ce projet de loi est un pas, je crois, dans la bonne direction.
Tout au long du
processus, je pense qu'il sera important de toujours garder une chose en
tête : le projet de loi, on le fait au nom de tous les citoyens qui ont
été victimes de la crise des surdoses et qui en ont souffert, on le fait pour
les Québécois et leurs proches. C'est important de se le rappeler.
Je remercie, donc,
les équipes qui nous ont accompagnés dans le cadre de cette démarche, d'abord
pour le travail accompli jusqu'à maintenant,
et ensuite pour tout ce qu'il reste à faire. Je tiens à nommer les gens du
ministère de la Santé, les gens de la Santé publique également, qui ont
joué un rôle important. Je suis heureux de pouvoir compter sur mes collègues de
l'Assemblée nationale et sur l'ensemble des personnes concernées par cet enjeu
pour ce qui est à venir dans le processus de bonification du projet de loi que
nous débutons aujourd'hui. Notre plus grand désir est de poser des gestes forts
et de joindre la parole aux actes pour améliorer, de manière notable et
durable, la santé des Québécoises et des Québécois.
Aujourd'hui, nous
aurons la chance d'écouter divers groupes et organismes qui ont développé une
expertise particulière sur le sujet. Je les remercie... je les remercie pour
leur présence. Merci de contribuer aux réflexions et discussions qui entourent
ce projet de loi et son adoption.
Finalement, je tiens
à souligner le travail remarquable des organismes communautaires sur le terrain
qui travaillent en réduction des méfaits, en prévision... et en prévention des
surdoses. Nous aurons évidemment la chance d'en entendre certains aujourd'hui,
en commençant par ce matin. Aux organismes qui sont essentiels, merci pour le
travail que vous faites. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, M. le ministre. Alors,
j'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de D'Arcy-McGee
à faire, à son tour, ses remarques préliminaires. Vous avez
4 min 30 s pour ce faire. Le micro est à vous.
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass : Parfait,
Mme la Présidente. Je voudrais souhaiter la bienvenue à tout le monde et
remercier tous ceux qui ont contribué à la rédaction de ce projet de loi et les
groupes que nous allons entendre aujourd'hui et qui vont alimenter notre
réflexion.
La crise des opioïdes
est une tragédie qui a provoqué une souffrance généralisée au sein des familles
québécoises et qui n'est pas terminée. Les statistiques sont alarmantes. En
2022, l'Institut national de santé publique du Québec a enregistré plus de
500 décès liés à une intoxication suspecte aux opioïdes ou autres drogues.
Au cours des six premiers mois de 2023, ce chiffre a déjà dépassé les 200. Ces
décès ne constituent que la partie invisible de l'iceberg d'une crise qui a
également entraîné une augmentation des hospitalisations et des visites aux
urgences, exerçant une pression de plus en plus insoutenable sur notre système
de santé.
Les fabricants, les
distributeurs et leurs conseillers ont minimisé intentionnellement, pendant des
années, les effets des opioïdes sur la santé des Québécois. Des médicaments
conçus à l'origine pour traiter des douleurs aiguës et sévères ont été
prescrits pour des maux de dos courants, par exemple, sans une compréhension
adéquate des risques liés à une utilisation prolongée. Cette minimisation des
risques a eu des conséquences dévastatrices, piégeant de nombreuses personnes
dans la dépendance et la toxicomanie, avec des répercussions tragiques pour
elles, leur entourage et notre société.
Et donc la raison
pour ce projet de loi : pour que le Québec rejoigne les autres provinces
canadiennes dans leur recours collectif contre plusieurs grandes compagnies
pharmaceutiques, qui ont menti intentionnellement pour voir leurs profits augmenter, afin de les... afin de les poursuivre pour
leur... pour leur présumé rôle dans la crise des opioïdes qui a touché notre province, notre pays et le
monde entier. Depuis l'action initiale de la part de la Colombie-Britannique, toutes les provinces du Canada se sont jointes à
cette poursuite, avec... le Québec étant la dernière province à se joindre.
Cette crise... cette
crise brise des vies, et il est de notre devoir d'agir pour protéger nos concitoyens.
Cette action collective vise à faire en sorte que l'industrie pharmaceutique
assume ses responsabilités, la responsabilité de ses actes, et compense les
dommages causés à notre société. Les gains potentiels de cette action
collective en termes de dommages-intérêts
sont actuellement indéterminés, mais il est évident que cela pourrait se
chiffrer en milliards de dollars. Ces fonds pourraient être utilisés
pour soutenir ces... les personnes touchées par la crise des opioïdes, pour
financer des programmes de prévention et de
traitement et pour alléger le fardeau financier qui pèse sur nos hôpitaux
québécois.
• (10 heures) •
La crise des opioïdes a coûté la vie à
d'innombrables personnes, déchiré des familles et fait... et fait peser sur les
communautés le coût social et économique de la toxicomanie. Elle a mis à rude
épreuve les systèmes de santé, submergé les forces de
l'ordre et laissé les traces de dévastation dans son sillage. Les personnes qui
ont été affectées par des enjeux de
dépendance envers des médicaments d'opioïdes dont ils avaient été prescrits
sont des gens innocents, qui ont suivi les conseils de leurs médecins et ont
pris des opioïdes pour répondre à des douleurs physiques, mais qui se
sont retrouvés dépendants. Les gens ont... ont été mal informés et n'ont pas
été correctement mis en garde contre le niveau de dépendance et les ravages que
les effets des opioïdes ont eus sur ces communautés... sur ces communautés.
Au-delà du bilan humain, la crise des opioïdes a
également fait peser une charge énorme sur le système de santé. L'un des
principaux coûts pour le système de santé public résultant de la crise des opioïdes
est l'augmentation substantielle des dépenses de santé. La dépendance aux
opioïdes et les complications qui y sont associées nécessitent une intervention
médicale importante, notamment des visites aux urgences, des hospitalisations
et des soins de longue durée. Les coûts
associés aux traitements des affections liées aux opioïdes, telles que les
surdoses, les infections et autres complications, ont explosé ces dernières
années. Il serait intéressant de savoir quelle formule le gouvernement
va proposer pour calculer les coûts encourus à notre système de santé, quels
éléments seront compris dans ce calcul qui est nécessaire pour que le Québec
tire sa part du recouvrement financier... sera le jugement.
De plus, la crise des opioïdes a nécessité la
mise en place et le développement de programmes de traitement et de
réadaptation pour répondre à la demande croissante de services d'aide aux
toxicomanes. Ces programmes, qui comprennent
des traitements médicamenteux, des conseils et des services de soutien, sont
essentiels pour les personnes qui cherchent à rétablir une dépendance
aux opioïdes.
Pour conclure, pour lutter efficacement contre
la crise des opioïdes, il faut adopter une approche à multiples facettes. Il s'agit notamment de tenir les
pharmaceutiques responsables de leurs actes par le biais des procès, de mettre
en oeuvre des réglementations plus strictes pour l'industrie pharmaceutique,
d'améliorer l'accès aux traitements de la dépendance.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup.
Mme Prass : Et, pour toutes ces
raisons, nous avons hâte de débattre du projet de loi. Merci.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, le
temps étant écoulé, je me tourne maintenant, pour terminer, du côté de la porte-parole du deuxième groupe
d'opposition et députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques à faire, à son tour, ses
remarques pour une période de 1 min 30 s.
Mme Manon Massé
Mme Massé : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, tout le monde. Contente d'être là avec vous pour ce projet
de loi important.
Écoutez, j'ai envie de prendre la minute qui
m'est impartie pour nous rappeler qu'on pose un geste important aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on permet au
gouvernement du Québec d'entamer son travail pour se joindre à... au concert
des provinces canadiennes pour mettre au pas, je dirais, l'industrie
pharmaceutique, qui a semblé ne pas trop se préoccuper de la santé des gens
dans les dernières années ou, en tout cas, a omis de dire certaines choses. Et,
dans ce sens-là, je suis très heureuse de pouvoir participer à ce projet de loi
là.
C'est sûr que ma préoccupation est aussi aux
gens qui, malheureusement, ont été victimes de ce silence des pharmaceutiques.
Je vais être portée par, bien sûr, donner les pouvoirs au gouvernement du
Québec de pouvoir s'allier avec les autres provinces, mais je vais constamment
porter la préoccupation des gens qui ont été victimes de ces «Big Pharma», et je dirais même plus
largement, puisqu'on sait... Puis, encore ce matin, c'est bien ressorti, là,
dans une enquête du Devoir, on sait que plusieurs de ces
médicaments-là servent à scraper les drogues qui sont en vente sur le marché
noir. Et donc, par conséquent, il faut qu'on agisse absolument là-dessus, et je
vais collaborer à 100 %.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Mme la députée.
Auditions
Alors, nous allons entamer les auditions. Donc,
je souhaite à nouveau la bienvenue à Me Louis Letellier de St-Just et à Mme
Sandhia Vadlamudy. Alors, vous allez bénéficier d'une période de 10 minutes que
vous allez vous partager. Et je vous cède d'ores et déjà le micro.
Association des
intervenants en dépendance du Québec (AIDQ)
M.
Letellier de St-Just (Louis) : Merci. Alors, Mme la Présidente, M. le ministre,
membres de la commission, bonjour et merci de nous accorder ce temps court,
mais ce temps précieux pour partager avec vous notre vision, notre compréhension de cet important projet de loi. Et
nous allons le faire aussi avec... en insistant sur nos recommandations.
Vous comprendrez que le mandat et la mission de
l'AIDQ, l'Association des intervenants en dépendance du Québec, c'est une
mission qui est nationale. Et, en ce sens-là, bien évidemment, ça touche à
l'ensemble des régions du Québec, incluant les communautés des premières
nations du Québec. Et, à ce titre-là, je tiens à remarquer... à vous faire remarquer que nous avons, au conseil
d'administration, une représentante des premières nations du Québec, et
c'est une membre de la nation micmaque. Alors, nous avons un intérêt, donc,
national.
On ne s'attardera pas aux
éléments plus techniques, aux éléments de procédure auxquels le projet de loi
réfère. Ils sont importants, ils sont bien faits, et nous les appuyons. Nous
allons plutôt traiter du cadre dans lequel le projet de loi nous invite à discuter,
c'est-à-dire celui de la crise des opioïdes. Alors, beaucoup reste à faire.
Nous avons une stratégie nationale, et c'est de ça, surtout, que nous allons
parler.
D'abord, un bravo particulier au gouvernement,
au ministre de la Santé d'avoir ce courage de déposer aujourd'hui son tout
premier projet de loi, et qui fait en sorte qu'on va rejoindre la cohorte des
provinces déjà inscrites dans le recours entamé en 2018 par la
Colombie-Britannique. Et c'est un recours qui s'inscrit, un peu comme on l'a fait
dans le cadre de nos aventures avec l'industrie du tabac... Mais, cette
fois-ci, c'est différent. Cette fois-ci, on
s'attaque à un comportement honteux de la part des compagnies pharmaceutiques
et de leurs complices, que ce soient les grossistes, que ce soient leurs
consultants, un comportement qui a mis de l'avant le profit au détriment de la
sécurité et de la protection des usagers, un comportement qu'on pourrait
décrire de bien des manières, et le mot «honteux» est celui qui me vient à
l'esprit ce matin. Les gestes fautifs des pharmaceutiques ont assurément
favorisé la normalisation de l'usage d'opioïdes non prescrits dans les
communautés.
M. le ministre, je le répète, avec votre premier
projet de loi déposé à l'Assemblée nationale, vous marquez un grand coup et
vous le faites avec éclat, parce qu'il faut rappeler que ce projet de loi
rappelle et reconnaît que nous vivons dans
une crise des opioïdes. Ce n'est pas une politique, ce n'est pas une stratégie
qui reconnaissent la crise des opioïdes, c'est une loi aujourd'hui, et
ça, c'est une étape majeure dans laquelle nous nous inscrivons avec beaucoup
d'enthousiasme.
La crise, elle est réelle. Elle a été occultée
très longtemps. C'est une crise qu'on avait de la difficulté... qu'on
prononçait du bout des lèvres. Mais, cette crise-là, même aujourd'hui, la crise
des opioïdes, avec ce que l'on met de l'avant,
ce que les organismes communautaires font sur le terrain, on a encore de la
résistance. Je n'ai pas besoin de le mentionner, vous les connaissez. Et
c'est à ça que nous travaillons, et le projet de loi va aider.
Donc, comme première recommandation, dans le
fond, il faut envisager le recours du gouvernement, son projet de loi, ce qu'il prévoit, comme un outil pour imposer à
l'industrie des orientations qui vont favoriser la réduction des méfaits dans le contexte de la consommation
d'opioïdes et, nécessairement, à court terme, à moyen terme, à long terme,
diminuer le fardeau financier de l'État. Le projet de loi doit provoquer un
changement concret dans le comportement de l'industrie, et c'est pour ça qu'on vous recommande d'inclure dans le
libellé qu'en plus des objectifs de recouvrement... que la loi, elle se
veut un instrument pour empêcher la répétition de ces comportements
dommageables de l'industrie. Le message doit être écrit si l'on veut qu'il soit
compris.
Dans ce contexte-là, on fait référence, bien
sûr, de se doter de tout ce qu'il faut pour avoir un portrait précis, en temps
réel, de la vente d'opioïdes, de leur prescription. C'est aussi aux balises
éthiques qui concernent l'industrie dans leur promotion, dans leur mise en
marché qu'il faut s'attaquer. Il faut être rigoureux. Il faut peut-être même
les changer, les resserrer, avoir des contrôles et, je dirais même aussi,
d'avoir, avec les corporations professionnelles, dont le Collège des médecins, particulièrement... d'avoir aussi un
regard concernant les règles éthiques chez les prescripteurs.
M. le ministre, dans votre propos préliminaire,
vous avez mentionné l'ensemble des montants importants que vous avez investis
au cours des dernières années soit à travers la stratégie nationale ou
concernant le soutien aux mesures de prévention. Vous avez oublié les montants
que vous avez accordés aux organismes communautaires de la région de Montréal
cet été aussi. Vous avez été cohérent, cohérent aussi en lien avec la motion
que l'Assemblée nationale a adoptée reconnaissant le travail des organismes
communautaires dans le contexte de la crise, une motion qui a été pilotée par vous et votre collègue de Québec solidaire, Mme
Massé, et on vous en remercie. Et, pour ça, on vous demande : Ces sommes que vous allez
recouvrer... Quand? On ne le sait pas. Est-ce que ce sera à travers des
règlements hors cour? Est-ce que ce
sera à travers un long processus qui mènera à un jugement? On ne le sait pas.
Est-ce qu'il y aura des ententes ici et là? C'est à voir. Mais, ces
sommes-là qu'on va récupérer, nous vous demandons d'aller... à l'instar de l'article 58 de la loi sur l'encadrement
du cannabis, de prévoir un ajout dans la loi d'une disposition similaire qui
vient ancrer le principe du réinvestissement d'un pourcentage minimal
des sommes recouvrées qui pourront être attribuées à la réduction des risques,
traitement d'usage, approvisionnement sécuritaire, etc.
• (10 h 10) •
On vous demande aussi, comme autre
recommandation, la troisième, d'aller frapper à d'autres portes, dans la mesure où on sait qu'il y a peut-être des montants
qui sont encore là. C'est peut-être le cas à Santé Canada pour la question de
la formation des pairs, des intervenants de... pour l'administration de la
naloxone et l'approvisionnement sécuritaire.
Donc, la crise, elle se vit en temps réel. Si on
veut l'occulter, si on veut s'y attaquer... Ce matin, on a vu un autre article,
dans Le Devoir, qui fait état d'une autre crise. Ça prouve que nous
avons beaucoup de travail à faire. Donc, ce
n'est pas une seule action qui pourra permettre de juguler la crise, mais c'est
une pluralité de celles-ci qui seront réfléchies et qui vont avoir un
impact concret.
Mme Vadlamudy (Sandhia) : Merci,
Louis. Alors, bonjour, Mme la Présidente, M. le ministre. Bonjour à tous les
membres de la commission parlementaire. Merci de nous accueillir ce matin.
Alors, comme Louis vient de le dire, des
ressources, il en faudra. Et il faudra nécessairement aussi avoir un portrait plus détaillé des coûts sociétaux, avec
plus de données, incluant, bien sûr, les données issues des communautés des
Premières Nations. Ces données nous serviront à avoir une meilleure compréhension
des enjeux, pensons à toute la question des prescriptions, des
hospitalisations, des traitements, de l'administration de la naloxone, et j'en
passe, mais ces informations-là pourront être utilisées par la suite pour
développer des services qui seront mieux adaptés.
La démarche va être,
certes, complexe, mais elle vaut le coup. Elle vaut le coup dans le contexte de
l'actuelle poursuite, car ces montants
récupérés ici pour le Québec seront proportionnels aussi à la démonstration des
torts causés.
Or, et on est beaucoup à le savoir et aussi à en être fiers, c'est au Québec,
grâce à l'amalgame de plusieurs facteurs, que nous pouvons vivre une
crise plus modérée ici qu'ailleurs en Amérique du Nord. Donc, c'est le
leadership québécois, qui s'est exprimé, par le passé, à plusieurs niveaux, qui
a sans doute sauvé des centaines de vies et évité également beaucoup de
souffrances à plusieurs familles québécoises. Au Québec, on peut être heureux
d'avoir quand même le taux
d'hospitalisations liées aux opioïdes le plus bas au Canada, et la même chose
au niveau des prescriptions d'opioïdes. On est à environ à 50 % des
prescriptions ailleurs au pays.
Donc, ce sont deux
exemples qui ne sont pas du tout le fruit du hasard. Ces deux exemples
découlent de mesures qui ont été mises en place dans le cadre du traitement de
la douleur et qui nous distingueraient des autres provinces, selon les experts praticiens, donc, la formation plus
élaborée, l'absence de cliniques privées dans le portrait québécois et
la surveillance marquée du marketing, qui a entraîné une vigie plus grande
qu'ailleurs.
Donc, en ce sens, et
avec aussi d'autres éléments, comme des lignes directrices en traitement de la
douleur et traitement opioïdes, le gouvernement s'efforce réellement de prendre
ses responsabilités face à la population, ce qui n'a pas été le cas du tout pour les compagnies pharmaceutiques.
Néanmoins, il y a vraiment place à l'amélioration, et le contexte actuel
des surdoses devrait interpeler le gouvernement à faire plus et à faire mieux.
La Stratégie
nationale de prévention des surdoses, à ce niveau-là... Est-ce que je peux
prendre un...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Oui,
allez-y. Le ministre vous cède un peu de son temps de parole. Allez-y,
vous pouvez conclure. Allez-y.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : D'accord. Je vous remercie beaucoup de faire cette petite
entorse. Alors, à travers la Stratégie
nationale de prévention des surdoses, il y a des orientations qui sont très
louables, mais on a beaucoup à faire pour que la stratégie atteigne ses
objectifs réellement. On doit poursuivre la campagne de prévention. On doit
consolider les formations des pairs et des intervenants en prévention des
surdoses et administration de la naloxone, consolider
les services de consommation supervisée et d'analyse de drogues, implanter des
mesures d'approvisionnement et,
finalement, et de façon aussi prioritaire, faire la demande d'exemption à Santé
Canada pour décriminaliser la possession simple de drogue, une mesure essentielle pour diminuer la stigmatisation
et faciliter l'accès aux soins de santé et services sociaux, deux
leviers extrêmement importants pour prévenir les surdoses.
Alors, on souligne le
leadership d'une multitude d'intervenants depuis de nombreuses années. On fait
appel à ce même leadership en continuité, à
travers les années, de l'action civile, pour arriver à une probable entente. On
croit que le gouvernement du Québec peut entamer rapidement cette action
tout en demeurant agile, avec les mesures qui sont
à sa portée aujourd'hui, pour paver la voie, par des actions de prévention et
des facteurs de protection, à une vraie sortie de crise. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Ça passe vite, 10 minutes,
mais, ce n'est pas grave, on entame une
période de discussion avec les parlementaires. Et on va commencer, pour une
période d'un petit peu moins de 14 min 32 s, avec la
banquette gouvernementale. M. le ministre, le micro est à vous.
M. Carmant : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci à nos
deux invités pour cette discussion très intéressante. Deux... Je vais me
permettre deux questions avant de passer la parole à mes collègues.
Un libellé pour
prévenir que ça se reproduise, M. Letellier, c'est très inspirant, mais comment
faire? On a eu les cigarettes. On a fait...
On eu un règlement. Ils se sont retournés, le vapotage est arrivé. On se
retourne, il y a... Donc, tu sais, comment on peut s'assurer, par un
simple libellé, que la situation ne se reproduira pas? Vous savez, c'est les
forces, hein, qui se confrontent.
M. Letellier de
St-Just (Louis) : Oui. En fait, c'est le principe. Puis je suis
content que vous me posiez cette question-là. C'est véritablement le principe.
Il ne s'agit pas d'avoir un article particulier dans le projet de loi, mais je pense qu'un ajout dans le préambule serait un
atout précieux, vraiment un atout précieux, aussi simple que ce que j'ai mentionné
tout à l'heure : Le projet de loi, en plus des objectifs de recouvrement,
se veut un instrument pour empêcher la
répétition de ces comportements dommageables de l'industrie, par exemple.
Alors, on pourra le retravailler, mais je pense que, dans le préambule,
c'est un message. Parce qu'on a vu ce que ça a pu produire aux États-Unis. On
connaît bien l'affaire Purdue. Il y a eu des retombées ici, hein? Purdue a des
tentacules qui viennent jusque de l'autre côté
de nos frontières et... D'abord, il y a eu un règlement hors cour avec Purdue
en Colombie-Britannique, là, quelques centaines
de millions. On ne parle pas des 6 milliards qu'ils ont... qu'ils sont obligés
de débourser. Ils sont techniquement en faillite. Mais moi, je pense
qu'un ajout dans le préambule serait un atout pour le gouvernement.
Et après ça, bien,
écoutez, c'est au gouvernement à voir quels sont les outils. Je vous ai
mentionné certains de ces éléments-là, avoir un regard très, très, très
rigoureux sur les balises éthiques qui entourent le milieu de la pharmacie, des milieux pharmaceutiques, et la même
chose aussi chez les prescripteurs, donc, le respect des règles éthiques,
qui ont été bafouées largement au cours des
dernières années. Et c'est la raison pour laquelle le projet de loi voit le
jour. Donc, un libellé additionnel dans le préambule.
M. Carmant : D'accord.
Merci beaucoup. Mme Vadlamudy, décriminaliser, on en entend beaucoup parler.
Nous, jusqu'à présent, on a préféré observer ce qui se passait dans l'Ouest,
là, à Vancouver, puis on a vu, même, que, récemment, ils semblent avoir reculé
au niveau de la consommation dans les lieux publics. Décriminaliser versus
déjudiciariser, qui... Pourquoi ne pas... l'un versus l'autre, là? Quelle est
votre position là-dessus? Pouvez-vous m'éclaircir un peu là-dessus?
Mme
Vadlamudy (Sandhia) : Oui, absolument. Pour nous, bien,
décriminaliser, c'est enlever le poids de la stigmatisation, c'est enlever les
situations probables où les personnes seront traitées en tant que personnes
judiciaires plutôt que comme personnes ayant
droit à la santé et au bien-être, tout comme tout autre citoyen. La question de
l'usage de drogues n'est certainement pas une question de criminalisation,
et c'est de ça dont on veut se distancer.
• (10 h 20) •
Par
ailleurs, on apprécie beaucoup le fait que le gouvernement du Québec ait fait
les pas, récemment, supplémentaires pour s'ajuster à la
déjudiciarisation en cours, depuis près d'un an maintenant, au niveau fédéral. Donc, c'est un pas, mais le pas supplémentaire à
faire, et pour retirer le fardeau qui pèse sur les épaules des personnes qui
font usage de drogues, de leurs proches et de la société tout entière, là où on
pense qu'on pourrait faire mieux, c'est en se préparant et en réfléchissant à
comment cette décriminalisation pourrait s'actualiser ici, au Québec, parce qu'en Colombie-Britannique il y a une réalité qui
est propre à cette région. Ici, ce n'est pas la même réalité. On a eu un bel
exemple ce matin, dans Le Devoir, à quel point les choses, aussi,
évoluent. On doit s'ajuster. Et, pour faire une décriminalisation réussie, on a
déjà identifié plusieurs facteurs de réussite qui ont été répertoriés par des
données probantes à plusieurs endroits sur la planète et qui nous servent aussi
de balises pour mettre de l'avant des pratiques qui sont à la fois probantes et
respectueuses des droits et de la santé des personnes.
M. Carmant : Mais
ne pensez-vous pas que le recul qu'on vient de voir à Vancouver nous indique
qu'on n'est peut-être pas prêts pour ça?
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : De notre côté, ce recul-là nous indique qu'il y a des
choses qui sont allées peut-être un petit peu rapidement en
Colombie-Britannique. C'était nécessaire, on devait le faire, mais il y avait
plusieurs groupes, entités, institutions qui n'ont pas eu suffisamment de temps
pour s'y préparer et pouvoir faire en sorte que les choses se déroulent de
manière plus, bien, respectueuse, en fait, pour l'ensemble des parties, je
dirais. Notamment, pensons à la formation, la formation des policiers, des
agents, qui sont en première ligne sur le terrain. Dans le cadre du projet
pilote de décriminalisation en Colombie-Britannique, les policiers ont eu pour
l'équivalent d'environ 45 minutes, si je ne me trompe pas, de formation
pour être en mesure de composer avec leurs interactions quotidiennes sur le terrain. C'est, évidemment, trop peu. Et on peut
penser à plusieurs éléments comme ça qui auraient pu être mieux préparés, en incluant également les
ressources sur le terrain, du milieu communautaire, et comment on va
faire cette distinction entre la référence vers des ressources et éviter de
judiciariser les personnes.
M. Carmant : Merci
beaucoup... Oui, allez-y, complétez si vous voulez.
M. Letellier de
St-Just (Louis) : Si vous le permettez, très, très brièvement, parce
que Sandhia a répondu avec beaucoup de
justesse à votre question, M. le ministre, bien, on comprend, on comprend les
réticences, on comprend les enjeux liés à la décriminalisation. Et, vous savez,
quand on parle de décriminalisation, ce n'est pas un caprice et ce n'est
pas une vue de l'esprit non plus. Il y a des modèles. On parle... Il y a
différents modèles. Certains sont plus adéquats que d'autres. La Russie, par
exemple, est une nation ou un pays où on a de la décriminalisation, mais on n'a
pas la même définition de ce que doit être la décriminalisation. On a,
évidemment, le phare, qui est le Portugal, mais on ne peut pas importer une
aventure relativement bien réussie qui est celle du Portugal, par exemple, ici,
au Québec, ou ailleurs. Il faut ajuster. Il faut éviter de faire les erreurs
qui ont été produites ailleurs et faire en fonction de notre propre contexte.
Sandhia l'a
mentionné, on vient à peine, il y a quelques mois, à la fin du mois d'avril,
reconnaître qu'il fallait s'ajuster à la déjudiciarisation qui est en place au
Canada depuis le mois de février... novembre 2022. C'est quand même un certain
temps depuis l'adoption de la loi canadienne, en fait, la modification de la
Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Ce n'est quand même
pas banal, parce que, comme Sandhia le mentionnait, les premiers acteurs, les premiers acteurs sur le terrain dans la
déjudiciarisation, ce sont les policiers. Il faut les former. On entend
beaucoup, au cours des derniers jours, bon, l'importance de la formation,
donner aux policiers les outils pour leur permettre d'affronter leur travail de
la meilleure façon possible, pour respecter les communautés et les problématiques des communautés. Alors, quelles
sont les choses... quels sont les éléments qui vont être mis en place?
Malheureusement, on ne le sait pas, ici, au Québec.
Alors,
oui, il y a encore beaucoup à faire dans un contexte de déjudiciarisation,
mais, comme je le mentionnais à la toute fin de mon intervention ce matin, il
ne faut pas se priver de l'ensemble des mesures qui sont à notre
disposition. Et nous, nous sommes prêts à travailler, à réfléchir, parce qu'on
ne fait pas ça du jour au lendemain. On réfléchit et on s'entend sur une façon
de faire. Et on pense que c'est une autre manière qui va venir, qui va nous permettre d'atténuer, sinon diminuer la
stigmatisation, qui est encore très, très forte. On l'a vu dans les journaux récemment, la stigmatisation des usagers de
drogues, elle est très forte. Alors, il faut se donner tous les outils
nécessaires, et on pense que la décriminalisation serait une de ces
voies-là.
M. Carmant : Mme
la Présidente, je passerais la parole à une de mes collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci.
Alors, il reste 5 min 11 s. Je pense que la députée de Vimont
veut prendre la parole.
Mme
Schmaltz : Parfait. Merci, Mme la Présidente. Merci de votre
présence ce matin. Très apprécié de vous avoir avec nous.
La question que je me
pose : Est-ce qu'on... est-ce qu'on a des bonnes pratiques dans la
prescription des opioïdes? Est-ce qu'il y a... Est-ce qu'il existe des bonnes
pratiques? Et est-ce que les médecins... ou le Collège des médecins est formé, ou forme ses médecins, ou...
Vous comprenez un petit peu? Est-ce qu'il y a... Parce que, c'est sûr,
ce qui amène les gens à consommer à la base, c'est parce qu'il y a eu prescription.
M.
Letellier de St-Just (Louis) : Bien, écoutez, je l'ai mentionné, je pense que
probablement que la Dre Marie-Ève Goyer
va être en mesure de répondre encore mieux que moi à cette... mieux que nous à
cette question-là. Par contre, ce qu'on peut vous dire, je l'ai
mentionné rapidement dans mon intervention, le Collège des médecins, l'Ordre
des pharmaciens, l'ordre des infirmiers et des infirmières du Québec se sont
unis pour mettre de l'avant un guide des bonnes pratiques. Ce guide est très
complet. Il s'adresse aux prescripteurs. Il s'adresse aux professionnels qui
sont concernés par la consommation d'opioïdes. Et, ma foi, c'est un document
qui est bien fait. Je pense que ces ordres professionnels sont tout à fait conscients
de l'ampleur de la crise et de l'importance du guide qu'ils ont mis de l'avant,
puisque, cet été, ils en ont fait un rappel. Alors, nous avons...
Maintenant, la formation, quelle en est-elle?
Ça, je vous avoue que je ne pourrais pas vous dire avec précision. Je n'oserais
pas me tromper. Il doit sûrement y en avoir. Mais je pense qu'on doit, et c'est
ce que je mentionnais tout à l'heure dans...
au Dr Carmant... Il faut... il faut vraiment regarder les règles éthiques
auxquelles sont assujettis ces professionnels, et, pour que les règles éthiques
soient bien comprises et bien appliquées, nécessairement, il y a de la
formation.
Mme Schmaltz : Parfait. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci. Alors, je passe la parole à la députée de
Châteauguay.
Mme Gendron : Oui. Merci beaucoup.
Bonjour. Heureuse de vous rencontrer ce matin. On parle un peu, depuis tantôt,
de ce qui se passe en Colombie-Britannique. Pour l'avoir observé de mes propres
yeux, d'avoir vu des centaines de personnes dans les rues, des ambulances qui
sont là tout simplement parce qu'ils sont prêts à aller voir les gens qui font
des overdoses, ça a été très confrontant pour moi de voir ce qui se faisait
ailleurs. Puis, en effet, je pense que les
mesures sont nécessaires pour ne pas que le Québec, en fait, soit à la
hauteur de ce qui se passe ailleurs. Vous
l'avez mentionné à plus d'une reprise que c'est le leadership québécois qui a
fait la différence sur certains points en particulier, donc, pas de clinique
privée, bon, certains enjeux que vous avez nommés un peu plus tôt.
Par contre,
ce que j'aimerais savoir... Dans le point n° 5, vous parlez aussi
que ce serait favorable de consolider les
services de consommation supervisée et d'analyse de drogues. Donc, j'imagine
que ça, c'est une mesure supplémentaire qui pourrait, justement, renverser un peu la vapeur. J'aimerais un peu
que vous me parliez de ce point-là. De quelle façon, concrètement, ça
s'appliquerait?
Mme Vadlamudy (Sandhia) : La
consolidation des services de consommation supervisée et des services d'analyse
de drogues s'applique, en fait, à travers, notamment, la stratégie de
prévention nationale de surdoses aux substances psychoactives, qui est en
vigueur actuellement. Il y a déjà des activités qui se passent dans différentes
régions du Québec. Donc, ce n'est plus seulement concentré à Montréal. On a des
services dans plusieurs régions et dans
plusieurs villes. Par contre, c'est... la nécessité est de les multiplier et de
diminuer les obstacles à l'ouverture de ce type de services, parce que
la province est grande, elle est multiple, et il n'y a pas une communauté qui
est à l'abri, en fait, de cette crise des surdoses. Elle se passe partout au
Québec. Donc, on doit pouvoir fournir les outils partout au Québec pour offrir
des lieux qui soient accueillants et propices à la consommation à moindre
risque.
• (10 h 30) •
L'analyse de
drogues permet d'avoir une information sur la substance que la personne se
prépare à consommer. Elle peut, à ce moment-là, choisir de quelle façon
elle va la consommer. Peut-être va-t-elle la mettre de côté et ne pas l'utiliser du tout, pour sa santé et sa sécurité.
Peut-être va-t-elle choisir d'en consommer des toutes petites doses pour éviter
également des conséquences plus graves sur sa santé.
Un élément qui est également important à
retenir, c'est qu'en ce moment ce qu'on a cruellement besoin, c'est de centres d'inhalation supervisée. Il y en a
très, très peu. Et, ce matin encore, aussi dans Le Devoir, on voit à quel point l'inhalation commence à prendre une place
prépondérante.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Je me
dois de vous arrêter. La période impartie au gouvernement vient de se terminer.
On va poursuivre avec l'opposition officielle pour une période de
12 min 23 s.
Mme
Prass : Merci. Merci pour votre témoignage ce matin. Le
travail que vous faites est essentiel, et, pour nous, c'est très
important d'avoir ce point de vue là. Donc, merci pour tout ça.
Pour faire suite à quelques questions que le
ministre avait pour vous, côté... pour essayer de s'assurer que, justement, ça
ne se répète pas dans le futur, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour éviter
cela? J'imagine que l'idée de proposer des
amendes pour les compagnies pharmaceutiques qui font des énoncés trompeurs, par
exemple, pourrait être un moyen de les dissuader de répéter cette
pratique dans le futur.
M.
Letellier de St-Just (Louis) : Oui. J'imagine qu'on pourrait réfléchir à ce genre
de sanction, parce qu'il faut que ce
soit... Vous savez... En fait, je ne vous apprends rien, l'industrie
pharmaceutique, c'est une industrie très puissante, très
riche financièrement, qui ont les poches profondes. Par contre, évidemment,
quand une entreprise... Je faisais référence à Purdue tout à l'heure, avec
6 milliards de dollars d'argent à rembourser en dommages et intérêts.
Ça fragilise énormément ces entreprises. Je ne pense pas que l'idée du
gouvernement derrière... ou des gouvernements derrière
ces lois qui nous permettent d'aller en recours collectif... Je ne pense pas
que l'objectif soit de mettre l'industrie pharmaceutique à terre. Ce
n'est pas du tout l'objectif.
Par contre, il faut
garder les guides très serrés. Et c'est pour ça que je faisais référence à des
règles d'éthique, aux balises éthiques auxquelles elles sont déjà assujetties,
hein? Ces balises-là, elles se sont resserrées avec le temps, Dieu merci, mais
il faut être encore très vigilants. Et, s'il faut aller jusqu'à imposer des
amendes, bien, je pense qu'il faut le faire.
Mme Prass : Donc,
une possibilité. Et, justement, dans le cadre de votre travail, j'imagine que
vous serez d'accord pour dire que les ressources ne sont pas à la hauteur des
enjeux dont il faut s'adresser dans la crise. Vous avez dit : Il y a un
manque criant de sites d'inhalation, que ce soit en prévention, en
réadaptation, etc. Est-ce que vous auriez une idée à quelle hauteur il
manque... on devrait investir davantage pour, justement, vraiment adresser cet
enjeu, toutes les personnes qui sont affectées?
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : C'est une grande question à laquelle, non,
malheureusement, je n'ai pas un chiffre à proposer comme tel. Par contre, comme
vous l'avez bien dit, les besoins sont présents. Les investissements sont
toujours nécessaires, et il faut le faire en continu. Les actions qui sont à
court terme, les projets d'un an, même de trois ans, sont souvent à proscrire
parce qu'ils nous font reculer dans le temps. On pense qu'on avance, mais, au final, on finit par reculer. Donc, maintenir une
action continue sans avoir de période... en fait, d'attente entre les années
financières.
Après ça, bon, les
investissements dans le réseau public, en traitement, en accès pour les
personnes qui font usage de substances, il y a certainement beaucoup
d'investissements à faire. Le milieu communautaire, qui est en première ligne,
a toujours également besoin de ce type d'investissement, et pas seulement dans
les grandes régions, partout... pardon, pas
dans les grandes villes, partout, dans toutes les régions, incluant les
communautés des Premières Nations.
Mme Prass : Comme
on le voit, il y a des sites qui sont financés mais qui ne sont pas financés à
la hauteur de pouvoir ouvrir 24 heures sur sept, qui cause, justement,
d'autres enjeux. Donc, j'imagine que ce serait quelque chose que, vous
penserez, serait nécessaire également, qu'il y ait accès 24 heures/7 à ces
sites.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : Le 24/7 n'est pas une balise à suivre pour l'ensemble des
services nécessairement. Je pense que ce qu'il faut se poser comme question,
c'est : Qu'est-ce qu'on a comme portrait dans notre quartier, notre région, notre ville, notre communauté?, et voir
quelle serait la meilleure réponse. Et, bien sûr, pour répondre, on implique les personnes directement
concernées, les usagers et les intervenants du milieu communautaire qui
sont présents sur le terrain. Parfois, le 24/7 peut être une offre pertinente,
mais parfois ce ne l'est peut-être pas.
Il vaut mieux aussi
avoir des services peut-être de plus petite ampleur mais disséminés un peu
partout, parce que les personnes ne feront pas 10 kilomètres pour aller chercher un service. Elles ont besoin d'un service qui
soit accessible en proximité.
Mme Prass : Donc,
comme vous dites, il faudrait, d'abord, des meilleures données pour vraiment
faire le portrait de chacun des territoires, pour voir quels sont leurs besoins
et comment on peut, justement, adresser avec les bonnes ressources.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : Oui, bien sûr, et utiliser ces données-là également pour
pouvoir chiffrer au moment où il y aura, possiblement, règlement. Ce sera des
données qui seront fort pertinentes pour le gouvernement, pour répartir
équitablement les sommes.
Mme Prass : Là,
entre autres, vous demandez que le ministère de Santé et Services sociaux rende
publique la façon dans... l'annonce du 36,9 millions de dollars sur
cinq ans dans le budget, l'année dernière, pour rehausser les ressources de la Stratégie nationale de prévention
des surdoses de substances psychoactives. Donc, j'imagine, sur le terrain, vous
ne voyez pas ou vous n'êtes pas sûrs de la façon dont l'argent a été dépensé.
Donc, vous ne voyez pas nécessairement les effets sur le terrain, si je
comprends bien.
M. Letellier de
St-Just (Louis) : En fait, ce n'est pas pas si évident que ça. Alors,
on souhaiterait avoir un meilleur portrait de la ventilation des montants ou
des sommes qui sont alloués aux organisations et qui sont issus de ces montants
du 15 millions de la stratégie nationale, du 36 millions dont le
ministre a parlé tout à l'heure. Donc, on souhaiterait avoir un peu plus
d'informations à ce niveau-là.
Je voudrais juste
revenir sur la question du financement. Vous savez, les besoins sont toujours
immenses. Les organisations communautaires demandent... en fait, déposent leurs
demandes financières à chaque année, et ce sont
nos instances de santé publique régionales qui regardent les possibilités qu'elles
ont de nous financer à la hauteur de
ce que l'on demande. Bien sûr, on n'a jamais tout ce que l'on demande. Parfois,
on se satisfait de ce qu'on a. Parfois, on peut être déçus. Parfois, il
y a des compressions qu'on ne comprend pas. Ce que l'on souhaite, dans le fond,
c'est que ces services puissent être financés en fonction de la réalité dans
laquelle chacun s'adresse.
Et
vous parliez du 24/7. Bien répondu, dans le sens où ce n'est pas un modèle
unique. Il peut être... Bon, je prends l'exemple de CACTUS, par exemple. Ça
peut être... ça peut être une source de satisfaction qu'on ait, dans l'entourage, un service 24/7, ce qui était
presque le cas à l'ouverture. On ouvrait jusqu'à 6 heures du matin. Donc,
aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Pourquoi? Compressions budgétaires.
Donc, c'est un peu un non-sens.
Mais
je vous dis que, par contre, avec les argents que le ministre a accordés cet
été en réponse à ces besoins-là, bien là, écoutez, on a la réalité en
temps réel, parce que ces sommes-là nous sont accordées à 100 %, et c'est
à nous de décider où nous allons les investir. Et ça, c'est une avancée énorme,
et on en remercie le ministre.
Mme Prass : Et, dans le même sens, vous parlez, par exemple,
vous faites la référence avec le fonds qui a été établi dans le projet de loi sur le cannabis pour
s'assurer que l'argent soit remis en prévention, en réadaptation, etc.
J'imagine que vous voudrez voir l'entièreté des sommes qui seront
récupérées réinvestie à cet effet-là.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : Pas nécessairement l'entièreté, parce qu'il ne faut
surtout pas oublier les personnes qui ont subi les dommages, là, liés à ces
pratiques pharmaceutiques déplorables. Donc, il faut penser à ces personnes, à
leurs proches. Mais, oui, réserver un montant proportionnel, un pourcentage,
qui pourrait être discuté, déterminé, pour pouvoir réinvestir dans les services
et faire en sorte qu'on... comme je l'ai dit en conclusion, de paver le chemin
pour un futur qui soit plus en santé pour tous.
Mme Prass : Tout
à fait.
• (10 h 40) •
M. Letellier de
St-Just (Louis) : D'ailleurs, c'est une recommandation que vous allez
retrouver dans d'autres mémoires, dont celui de la Commission santé et services
sociaux des Premières Nations. Nous, on le fait, et il y a sûrement d'autres
qui vont le faire, parce que c'est un élément, en fait, qui nous apparaît
naturel. Donc, si on calque sur nos aventures avec l'industrie du tabac, ce
qu'on a fait avec la loi sur le cannabis, dans un tout autre contexte, bien, il
faut prendre exactement le même exemple.
Mme Prass : Tout
à fait. Et, comme vous avez dit, la crise n'est pas terminée. Donc, il faut
s'assurer que les ressources sont toujours à la hauteur.
Également... Oui.
Donc là, vous avez parlé, justement, de la décriminalisation, et qu'il y avait
certains facteurs de réussite dans d'autres territoires. Pouvez-vous élaborer
un petit peu là-dessus pour qu'on ait une idée des meilleures pratiques,
disons?
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : Oui. J'ai nommé d'emblée la formation. Donc, on a la
formation des agents policiers qui sont sur le terrain mais la formation des
autres acteurs, aussi, impliqués soit dans le réseau de la santé, dans le milieu communautaire également. Il peut y
avoir également, là, les... tous les milieux commerciaux également, qui
pourraient avoir de la formation.
On pense également,
en fait, à réfléchir la quantité, hein? On parle de possession simple, donc une
quantité qui fait référence à un usage personnel, mais comment peut-on chiffrer
cette quantité? À partir de quel moment, cette quantité-là, on peut penser à du
trafic? Comment peut-on penser aux personnes qui ont des besoins particuliers,
par exemple, en consommation, c'est-à-dire
une personne, par exemple, qui habite sur une réserve, qui va s'approvisionner
dans une ville et qui doit ramener une certaine quantité pour son usage
personnel, mais qui va certainement dépasser la quantité quotidienne acceptée?
Donc, ce sont des éléments qui sont importants à réfléchir en amont pour qu'ils
soient cohérents avec la pratique sur le terrain et qu'ils ne deviennent pas un
type de criminalisation 2.0 dans une décriminalisation, ce qui est parfois
le cas en Colombie-Britannique.
Mme Prass : Quand
vous parlez de la stratégie nationale pour prévenir les surdoses d'opioïdes
dans votre mémoire, vous dites que vous constatez que beaucoup reste à faire
pour atteindre les objectifs, que vous attendez la deuxième mouture. Qu'est-ce
que vous voudriez voir, justement, dans la prochaine... la prochaine mouture,
qui ferait en sorte... qui adresserait certaines de vos préoccupations à cet
égard?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : En 30 secondes.
Mme Vadlamudy
(Sandhia) : D'accord. La prochaine mouture devra d'abord s'inscrire
dans les mêmes objectifs qui sont présents. En ce moment, ce qu'on n'a pas,
c'est de plan d'action. Donc, les acteurs qui sont concernés, qui travaillent à travers la stratégie, on n'a pas travaillé
autour d'un plan d'action commun. Donc, on souhaite le mettre en place
pour pouvoir, après, développer une stratégie qui soit dans les suites et qui
soit adaptée avec la réalité dans laquelle on sera en 2025, au moment de la fin
de la présente stratégie.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. Alors, on termine cette ronde
de discussions avec la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques pour une période de
4 min 8 s.
Mme Massé : Merci.
Merci pour votre présentation, votre mémoire. Quand vous parlez de
potentiellement mettre un pourcentage, à l'intérieur du projet de loi, qui
réserverait une certaine... un certain fonds qui serait dédié, avez-vous une
idée du pourcentage auquel vous pensez? Première question. Et la sous-question,
c'est : Oui, mais, si le règlement a lieu dans 25 ans, là... C'est
aujourd'hui, la crise. Avez-vous pensé à ça aussi?
Des voix : ...
Mme Massé : J'ai quatre minutes, ça
fait qu'obstinez-vous pas trop.
Mme Vadlamudy (Sandhia) : Oui, c'est
ça, on va les utiliser. Le pourcentage, en fait, je pense qu'il faut prendre le
temps de réfléchir, hein? On a eu une invitation très rapide à écrire ce
mémoire. Donc, oui, on pense qu'il faut inscrire une partie des sommes en...
pour redonner, réinvestir. Après ça, je pense que ça se discute, ça se réfléchit. Ça ne se décide pas comme ça, sur un
coin de table. Les données recueillies vont nous permettre aussi de déterminer ce
pourcentage pour qu'il soit cohérent avec les informations qu'on aura en main.
Après... J'ai oublié la deuxième question. Je
m'excuse.
Mme Massé : C'est... En fait, ça, ça
peut arriver dans 25 ans. Maintenant.
Mme Vadlamudy (Sandhia) : Ah oui!
M. Letellier de St-Just (Louis) : Là
dessus, je pense qu'on n'a pas de chance à prendre. Il faut tout de suite l'insérer dans le projet de loi, dans ce qui sera
la loi. Alors, c'est une protection. On ne peut pas y penser après. On peut toujours
amender une loi, mais on a la chance maintenant de le faire, comme on l'a fait
avec la loi sur l'encadrement du cannabis. Faisons exactement la même chose.
Mme Vadlamudy (Sandhia) : Puis je
dirais qu'il ne faut pas, aussi, oublier les éléments qu'on... les outils qui sont à notre portée maintenant, comme
l'ensemble des éléments qui ont été nommés, qui font partie de la stratégie
nationale maintenant et des objectifs de décriminalisation, qui vont nous
permettre, en fait, d'installer aussi un climat propice à la déstigmatisation
et à la prévention des surdoses.
Mme Massé : D'ailleurs, parlons-en,
de la décriminalisation. Nous, à Québec solidaire, on est assez en faveur de ça. Vous avez soulevé des bonnes questions concernant les quantités, le
transport, bon, tout ça. On en parlera quand ce sera le temps. Mais moi,
je me disais : C'est quoi, les outils qui sont à notre portée,
collectivement, pour obtenir... Parce que ça
prend une exemption pour aller là. C'est quoi, les outils qu'on a ici, au
Québec, pour y arriver?
Mme
Vadlamudy (Sandhia) : OK. Alors, bien, on a des outils très concrets.
D'ailleurs, on a déjà l'expérience de
ce... de ces demandes d'exemption à Santé Canada. Les demandes qu'on a faites à
travers les services de consommation supervisée, l'analyse de
substances, ce sont des demandes qui, somme toute, sont similaires à celles
nécessaires pour l'exemption de la décriminalisation.
Après ça, on a des outils, en fait, qui existent
aussi déjà au Québec, c'est-à-dire nos outils de concertation, nos différents
comités qui sont déjà en place, et notamment... Par exemple, à travers
l'Association des intervenants en dépendance du Québec, on a un forum qu'on
a... dont la première édition a eu lieu l'année dernière, sur la
déjudiciarisation. On vient de recevoir l'aval, à travers notre financement de
la stratégie, pour produire un deuxième et on espère fortement que l'ensemble
des acteurs vont pouvoir y être. Et l'ensemble des acteurs, bien, ce sont les trois ministères impliqués, les organisations de
société civile, les usagers et, bien sûr, les Premières Nations, les policiers
qui étaient là. En fait, les deux associations de chefs de police étaient
présentes au dernier forum. Les gens sont mobilisés et souhaitent avancer vers
la décriminalisation. C'était un consensus unanime.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup. C'est tout
le temps que nous avions, Mme Vadlamudy, Me Letellier St-Just. Il me
reste à vous remercier d'avoir pris part à nos travaux.
Et je vais suspendre quelques instants, le temps
que le prochain groupe s'installe. Bonne fin de journée.
(Suspension de la séance à 10 h 48)
(Reprise à 10 h 52)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons, donc, l'Institut national de
santé publique du Québec avec ses représentants, que j'ai devant moi. Alors, messieurs, vous allez bénéficier d'une
période de temps de 10 minutes. Après ça, on va échanger avec les
parlementaires. Mais je vais vous demander, dans un premier temps aussi, de
vous présenter pour le bénéfice des gens qui sont ici. La parole est à
vous.
Institut national de
santé publique du Québec (INSPQ)
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Merci beaucoup. M. le ministre, Mme la Présidente,
chers membres de la commission. Je m'appelle Pierre-Gerlier Forest. Je
suis le président-directeur général de l'Institut national de santé publique du
Québec.
Et alors, à l'évidence, on
est très honorés de... par votre invitation. Vous faites un travail très
important. On est vraiment très heureux de pouvoir y contribuer.
Je suis accompagné ici de deux excellents
collègues qui vont pouvoir répondre aussi à vos... à vos questions dans
quelques minutes. Je vous les présente : Jean-Bernard Gamache, qui est
pharmacien et qui est aussi le chef d'une des unités de toxicologie de
l'institut, et puis M. François Gagnon, qui est un conseiller scientifique
à l'institut, qui est un spécialiste des politiques publiques, qui travaille
spécifiquement dans l'unité d'expertise, à l'institut, qui s'intéresse aux
substances psychoactives.
Peut-être, pour commencer, quelques mots sur la
mission de l'institut. C'est... L'institut, vous le savez toutes et tous, c'est le principal centre d'expertise et
de référence en santé publique au Québec. Nous sommes une organisation
publique. Nous avons pour mission de soutenir le ministre de la Santé et ses
éminents collègues, les autorités régionales de santé publique, les
établissements du réseau dans l'exercice de leurs responsabilités. Un de nos
rôles essentiels, c'est d'informer la population sur son état de santé et de
bien-être, sur les problèmes en émergence, ce qui explique la longue implication de l'INSPQ dans le dossier qui nous
occupe aujourd'hui, ainsi que sur les déterminants de la santé humaine.
L'institut se doit aussi, encore une fois, en accord avec sa mission,
d'éclairer le gouvernement sur l'impact des
politiques publiques et leur impact sur l'état de santé de la population en
s'appuyant sur les meilleures données disponibles.
D'entrée de jeu, soulignons que l'INSPQ salue
les objectifs qui sont poursuivis par le gouvernement en proposant le projet de
loi n° 36. C'est une démarche qui s'inscrit directement dans une pratique
de santé publique qui a été encouragée par l'Organisation mondiale de la santé
et qui vise les déterminants commerciaux de la santé, une démarche qui invite les autorités gouvernementales
à interpeler les acteurs industriels et commerciaux pour les inviter à partager
plus équitablement le fardeau sanitaire qui est associé à l'usage de leurs
produits et à prendre des mesures d'encadrement de leurs activités
commerciales.
En santé publique, nous avons évidemment à coeur
de réduire les impacts sociosanitaires qui sont liés à l'usage des différentes
substances psychoactives. Or, les opioïdes, encore une fois, c'est une chose
que vous savez bien, engendrent de véritables drames pour les individus qui en
sont consommateurs mais également pour leurs familles et pour leurs
communautés. Nous souhaitons d'ailleurs, là, au début de cette présentation, à
exprimer notre soutien envers les victimes directes et indirectes de cette
réalité et à saluer le travail important et souvent héroïque, quand on pense
aux gens qui travaillent en première ligne sur le front communautaire, des gens
qui travaillent pour résoudre ce problème.
Les faits
saillants de notre mémoire aujourd'hui, trois objectifs, en gros. Tout d'abord,
exprimer nos préoccupations quant aux tendances qui sont observées dans
notre réalité québécoise. C'est vrai que le Québec se distingue du Canada et d'autres juridictions. Bien, dans le
fond, il faut peut-être s'en féliciter et mesurer l'effet de ce que nous avons
accompli au cours des années. Ça reste une situation préoccupante.
Rappelons-le, chaque semaine au Québec, les surdoses
liées aux opioïdes provoquent, en moyenne, cinq décès — en
moyenne, cinq décès — et
près d'une quinzaine d'hospitalisations. Il faut penser à l'accumulation
de ces chiffres au cours des années. Ces données questionnent, d'autant
qu'elles ne reflètent probablement qu'une petite partie d'une réalité beaucoup
plus complexe. J'imagine que vous avez lu l'enquête publiée par Le Devoir
ce matin. Il est documenté que les utilisateurs de drogues, pour de multiples
raisons, ne se présentent pas tous ni toujours dans un établissement de santé.
Et puis, la façon dont on comptabilise les décès et les hospitalisations, bien,
les surdoses qui impliquent un mélange de substances, dont les opioïdes,
peuvent être source de décès et ne sont pas comptées dans les données que je
viens de mentionner.
Par ailleurs, tous les consommateurs de
substances psychoactives ne sont pas égaux devant cette réalité. Les résultats
de... C'est un projet de l'INSPQ qui est réalisé en collaboration avec les...
directions régionales, pardon, de santé publique et qui s'appelle Projet
suprarégional d'analyse de drogues dans l'urine de personnes qui consomment au
Québec. C'est un titre assez explicite. C'est souvent le cas avec les titres de
l'INSPQ. C'est un projet qui révèle déjà que, parmi les personnes qui ont fait
une surdose involontaire d'opioïdes dans les six derniers mois, il y a une surreprésentation
des personnes sans domicile fixe. La même étude montre aussi que les individus
qui sont en situation d'itinérance sont
significativement sous-représentés parmi les personnes qui possèdent une
trousse de naloxone, ce qui les rend
nécessairement beaucoup plus vulnérables à un décès par surdose d'opioïdes.
C'est les éléments importants à considérer pour l'élaboration des
interventions de santé publique.
Notre deuxième objectif, c'est de rappeler que
plusieurs enjeux relatifs aux opioïdes produits et distribués légalement sont
liés directement au contrôle de leur commercialisation. Et le Québec, ici, ne
fait pas exception. Depuis le début des années 2000, comme ailleurs au
Canada et en Amérique du Nord, des acteurs industriels ont fait la promotion
active de l'usage d'opioïdes à l'extérieur des pratiques médicales, qui,
auparavant, encadraient assez strictement les prescriptions. Il y a une étude
québécoise qui a été menée ici, au Québec, auprès de prescripteurs et qui a montré que les pratiques de promotion qui
étaient rapportées, d'abord, visaient un très grand nombre de produits, donc
pas seulement un produit mais un très grand nombre de produits, qui étaient
présentés aux médecins, en clinique, sans mise en garde adéquate sur les
effets des médicaments en question et souvent associés à des compensations
financières directes ou à des invitations à joindre des activités de prestige,
comme la participation à des études, des comités aviseurs ou des bureaux de
conférenciers. Or... Là, on est obligés de le supposer à ce stade, mais ces
faits sont avérés dans d'autres juridictions, et c'est fort probable que ces
pratiques commerciales ont participé à la hausse significative de l'usage des
opioïdes depuis le début des années 2000.
Enfin, comme troisième objectif, nous souhaitons
témoigner des ressources déjà mobilisées, des efforts, ensuite, qui sont à prévoir pour contrer le phénomène. Le premier point,
c'est peut-être que la réponse de la santé publique québécoise et de ses
partenaires a mobilisé déjà beaucoup de ressources. Pensons notamment au
déploiement des centres
de consommation supervisée, à la distribution des trousses de naloxone, aux
travaux de vigie et de surveillance ainsi qu'aux différentes démarches
de sensibilisation et de formation qui visent à encadrer la pratique de
prescription ou contenir les usages et
réduire les méfaits. On a documenté un certain nombre de ces exemples dans
notre mémoire.
D'autres facteurs de protection, par ailleurs,
pourraient aussi contribuer la différence québécoise. Il faut continuellement
réfléchir sur cette différence. Et, en particulier, nous avons attiré
l'attention sur le filet de protection sociale ou même sur le régime
d'assurance médicaments, qui joue un rôle aussi pour expliquer la différence au
Québec. C'est toujours possible d'améliorer
ce qu'on fait, mais il faut reconnaître que les politiques sociales figurent
parmi... du Québec figurent parmi les plus effectives en contexte
nord-américain.
• (11 heures) •
En conclusion, les analyses présentées dans
notre mémoire témoignent de la situation préoccupante de l'usage des opioïdes
au Québec. Deux constats qui s'imposent. Il faut répéter que les interventions
de santé publique doivent être maintenues,
voire amplifiées. Les travaux en cours, surtout, évidemment, à l'institut, pour
raffiner, étendre, consolider les indicateurs de vigie s'inscrivent en
complémentarité avec d'autres initiatives des différents acteurs du milieu. Il faut maintenir ces efforts dans
l'avenir. Ensuite, dans ce contexte, il semble cohérent de faire appel aux
notions de responsabilité corporative et de justice sociale, qui répondent,
pour nous, aux considérations éthiques fondamentales de la santé
publique. Et c'est dans ce sens-là qu'on a souligné la pertinence du projet de
loi n° 36.
L'institut
espère que ces réflexions, appuyées sur son expertise de plus de 15 ans
dans le dossier des opioïdes, soient utiles et éclairent vos discussions. Il va
me faire plaisir, moi et mes collègues, de répondre à vos questions.
Merci encore une fois, M. le ministre, Mme la Présidente, de l'invitation à
participer aux travaux de cette commission.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, justement,
nous en sommes rendus à la période d'échange avec les parlementaires. On va
donc commencer avec M. le ministre. Et votre banquette bénéficie d'une période
de 16 min 30 s.
M. Carmant : D'accord. Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci pour cette éloquente présentation.
Quelques
questions pour vous. Moi, je suis un peu toujours surpris de voir combien peu
de gens connaissent la naloxone, son effet, surtout quand on compare avec
nos... étant médecin, là, nos collègues de la Colombie-Britannique ou
même dans la population en général. Penseriez-vous qu'une campagne de
sensibilisation pourrait venir nous aider?
Est-ce que... Il me semble que je n'ai jamais vu ça ici. Est-ce que ce serait
quelque chose qui serait utile? Quel est votre point de vue là-dessus?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Le
point de vue de l'institut, d'abord, la première chose, c'est... On dispose
maintenant d'un instrument de vigie qui s'intéresse à la distribution de la
naloxone. Vous avez probablement vu nos données
dans notre... dans notre mémoire. Jean-Bernard pourrait peut-être vous parler
plus en détail de ce projet et de notre programme dans ce domaine, mais
c'est une question tout à fait pertinente.
M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui,
effectivement. On se rend compte... On a différents indicateurs, là, qui
permettent de mesurer la distribution de naloxone. Donc, on peut... on peut voir
qu'au Québec, autant à l'échelle des pharmacies communautaires que des CISSS et
des CIUSSS qui distribuent ensuite, on voit une augmentation quand même importante du nombre de trousses de naloxone
qui peuvent être distribuées. Par contre, on aimerait quand même être capables
de développer certains indicateurs pour nous permettre de raffiner le portrait,
surtout au niveau de non seulement qu'est-ce qui est distribué, mais
qu'est-ce qui est administré par différents services préhospitaliers, par
exemple. Donc, ça, c'est une chose.
Il y a aussi des données, justement, de l'étude
dont M. Forest vous parlait qui évoquent qu'il y a certaines communautés qui
sont plus difficiles à rejoindre par ces mécaniques-là de distribution. Donc,
peut-être de s'attarder à cette clientèle
vulnérable là, notamment, puis de raffiner le portrait aussi, par la suite,
pour identifier d'autres communautés qu'on a du mal à rejoindre.
M. Carmant : D'accord. Merci
beaucoup. D'ailleurs, bien, parlant de ces données-là, est-ce qu'elles sont
présentes sur le site Web? Là, tout à l'heure, j'étais un peu surpris
d'entendre les présentateurs précédents dire qu'il y avait peu de données disponibles. Moi, je suis les données, bien,
surtout des décès, là, sur votre site Web. Peut-être que, ça aussi, il
faudra en faire la promotion un peu plus. Puis quelles données peut-on rajouter
pour que les gens soient plus informés sur la situation? Par exemple, tous les
sites de distribution de naloxone sont sur le site Web aussi, surdose des opioïdes,
là, sur le site de l'INSPQ.
Donc, c'est important, je pense, d'en faire un
peu plus la promotion et, ça aussi, d'avoir plus d'informations possible.
Avez-vous des... Avez-vous envisagé des mécanismes pour faire connaître mieux
le site et puis pour mieux... avoir plus d'informations...
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Oui.
Encore une fois...
M. Carmant : ...sur celui-ci?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Pardon.
Encore une fois, vous avez raison. Je pense qu'une chose qui pourrait être
utile, c'est de vous expliquer un petit peu quelles sont les données qui sont
déjà disponibles, parce qu'on a des données de longue
haleine, là. Encore une fois, l'institut est impliqué dans la... dans la...
d'abord, dans la capture d'information, mais
aussi dans son traitement et dans sa diffusion depuis assez longtemps. Et une
partie de ces données, c'est vrai, sont décidées... sont destinées, pardon, de
façon privilégiée, pour les décideurs, mais un certain nombre de ces
données sont publiques et disponibles sur notre site. Jean-Bernard, est-ce que
tu te rappelles la liste?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Bien,
en fait... Bien, on connaît les données qui sont disponibles publiquement
sur le site Web, là. Bon, je peux vous le dire, là. Les indicateurs qu'on
développe et qu'on diffuse aux autorités de santé publique, essentiellement, ça
touche les décès, les hospitalisations, les visites aux urgences, la
distribution de naloxone aussi, les appels au Centre antipoison, puis, bon, ça
se décline en différents types d'indicateurs qui... qui permettent
d'outiller... d'outiller les décideurs rapidement avec des indicateurs qui sont
peut-être plus imprécis mais qui permettent
de déceler les tendances qui sont... qui permettent des interventions ciblées
et rapides lorsqu'un phénomène se déclenche. Puis on a aussi une série
d'indicateurs qui permettent... qui sont plus précis, puis qui permettent un
portrait plus longitudinal des tendances, puis plus précis. Après ça, il
faudrait voir qu'est-ce qui est... qu'est-ce qui est utile puis qu'est-ce qu'il
est pertinent de décliner dans des... dans des communications qui sont
publiques, là.
M. Carmant : Mais,
tu sais, moi, je vous dis ça dans le sens que les gens sur le terrain
aimeraient avoir plus d'informations. Vous en avez. Je pense que ça pourrait
être quelque chose qui devrait être travaillé en partenariat si ça peut les aider, eux, sur le terrain, à
améliorer leurs interventions. Parce que moi, sur le site Web, moi, je vois
juste... public, je ne vois que les décès.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Donc, ce serait tout à fait faisable pour nous de
partager ces informations. Bien, vous savez, on est un endroit où il y a un
énorme dépôt d'informations, à l'institut, et donc la question se pose à chaque
fois. Il faut nous poser la question, et après on est tout à fait heureux de
travailler et de créer ces couloirs de transmission d'information qui sont indispensables
pour les acteurs. Puis évidemment on est très, très ouverts, je pense que je
l'ai exprimé dans mon allocution, à travailler de... au plus près avec les gens
qui sont en première ligne. Après tout, c'est la raison pour laquelle nous
existons au premier chef.
M. Carmant : Ça va me faire plaisir de travailler avec vous
là-dessus. Mme la Présidente, je passerais peut-être la parole à
quelqu'un de... d'autre. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Alors, je reconnais la députée de Vimont. Il
reste encore 11 min 16 s.
Mme Schmaltz :
Ah! OK. Parfait. Merci, Mme la
Présidente. Merci, messieurs, d'être là. Toujours très apprécié.
Tantôt, là, vous avez
prononcé... vous avez dit «surdose involontaire». Moi, ça m'a frappée, parce
que, dans ma tête, une surdose, c'est
volontaire, d'une certaine façon. Mais je comprends le contexte. Quel
pourcentage ça représente dans les décès, les surdoses involontaires?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Jean-Bernard.
M. Gamache
(Jean-Bernard) : Je n'ai pas la donnée qui permet de discriminer
qu'est-ce qui est une surdose volontaire versus involontaire, mais, lorsqu'on
parle d'une... la consommation puis l'intoxication, si on peut l'appeler de
cette façon-là, donc, la consommation, elle est volontaire. C'est de faire une
surdose qui est involontaire, donc, de
dépasser le seuil auquel on... Bon, je ne veux pas m'emmêler dans des débats de
sémantique, là, mais c'est... la consommation demeure volontaire. C'est la
surdose qui ne l'est pas.
Mme Schmaltz :
OK. Donc, finalement, c'est tout
le temps des accidents. Les gens décèdent par accident. C'est ça, d'une
certaine façon.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : D'une certaine façon.
Mme
Schmaltz : OK. Quel pouvoir les pharmaciens ont, dans des... vis-à-vis
des prescriptions, en lien avec leurs... les clients qui viennent renouveler
des prescriptions? Quel est le lien? Est-ce que... pas le lien, le pouvoir.
Est-ce que vous pouvez, à un moment donné, décider de ne pas renouveler ou...
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : La première chose, c'est que les pharmaciens ont
signalé leur inquiétude professionnelle à
l'égard des... de la prescription d'opioïdes à la fois en questionnant les
raisons pour lesquelles on prescrit, les doses qui sont prescrites, et
on dispose d'assez d'informations sur ce sujet-là.
Quant à d'autres
interventions...
M. Gamache
(Jean-Bernard) : Bien, en fait, bon, je suis ici, bien évidemment,
pour représenter l'institut et non l'Ordre des pharmaciens du Québec, là, mais,
à titre de pharmacien, je peux vous dire que oui. Je veux dire, la responsabilité... Le pharmacien dispose d'une
certaine forme de responsabilité, là, à l'égard de ce qui est... de ce qui
est... de ce qui est acheminé au patient.
Puis effectivement on a... on a différents... Il y a différents moyens
d'intervention, là, pour s'assurer que le patient reçoive quelque chose
qui... un produit qui est sécuritaire, là.
Mme Schmaltz : C'était
justement ma question. La naloxone — c'est
ça, naloxone? — c'est
ce qui remplaçait... c'est ce qui remplace la morphine. Est-ce que
c'est... Non, ce n'est pas ça? Non?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Non, non. C'est un... répondre techniquement...
M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui.
En fait, c'est un... c'est un médicament qui vise à renverser l'effet d'une
surdose. Donc, une personne qui vit un épisode de surdose d'opioïdes, de façon
très précise, donc, la personne qui est en situation de surdose peut se
voir administrer ce médicament-là pour renverser les effets du... de la drogue
ou du médicament pour... bien, pour éviter
les issues négatives. Mais après ça c'est très important que ces personnes...
L'effet de renversement est temporaire. Donc, c'est important que cette
personne... la personne qui en est victime puisse avoir recours à des soins de
santé pour la gestion de l'intoxication.
Mme
Schmaltz : Dernière petite question avant de passer la parole à mes
collègues : Est-ce qu'on a un profil type de consommateur?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : François, veux-tu...
M. Gagnon (François) : On va avoir une réponse à
deux volets. Je vais laisser Jean-Bernard compléter, mais, d'emblée, on
n'a pas fait de portrait type des consommateurs. Il y a plusieurs cas de
figure. Donc, ça se fait, des portraits types, donc, on peut le faire, mais il
va falloir nous mandater. Il va falloir avoir des ressources pour le faire.
Jean-Bernard va en parler.
Mais donc les cas de
figure sont très, très différents. On peut avoir des gens qui vont avoir des
opioïdes qui sont donnés après une
chirurgie, par exemple, ou il y a des gens qui vont déjà avoir consommé
d'autres substances qui vont
consommer... commencer à commencer des opioïdes parce qu'ils sont offerts par
un revendeur dans la rue, des gens qui sont hautement dépendants, là.
Donc, il y a plusieurs cas de figure. Pour faire des typologies, il faudrait
faire des travaux supplémentaires.
Mme
Schmaltz : OK.
• (11 h 10) •
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Les travaux américains montrent aussi que c'est une
épidémie qui a connu plusieurs phases. Donc,
le consommateur type a changé au cours de l'épidémie de façon assez nette
depuis les tout débuts.
Mme
Schmaltz : Parfait. Moi, je n'ai plus de question.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : M. le ministre, vous avez une question?
Allez-y.
M. Carmant : Oui,
bien sûr, bien sûr. Alors, tout le monde, je pense, a été un peu surpris de
l'article de ce matin dans Le Devoir, en fait, les deux articles, où on semble, même, nous... je ne dirais
pas reprocher, mais nous faire remarquer qu'on met un peu trop d'emphase
sur les opioïdes, sur la crise des surdoses. Moi, ça m'a franchement surpris de
lire ça, parce que ça... Je ne sais pas s'il y a plus de décès par rapport aux stimulants.
Puis on sait que les stimulants, ce n'est
pas réversible comme la... par rapport à... aux opiacés. Donc, quel est votre
point de vue, par rapport à la situation, entre les stimulants versus
les opioïdes?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : C'est une question complexe. La première partie de
la réponse... Ma réaction, moi aussi, en
voyant l'article... les articles ce matin, c'est de me dire que, si on
découvrait qu'un... une situation hypothétique, un fabricant
d'automobiles était responsable, à travers un modèle particulier, d'un grand
nombre d'accidents et de décès, on
s'occuperait quand même de ce problème-là, même s'il y a des accidents et des
problèmes avec d'autres fabricants. Et
donc la première partie du raisonnement... Comme on l'a signalé, c'est une
situation préoccupante, c'est un
véritable problème de santé publique, et donc il appelle une réponse à la fois
de la Santé publique et de l'État. C'est la... je pense, la réponse la
première qu'il faut donner.
La
deuxième, comme je l'ai mentionné dans mon allocution, c'est qu'il est encore
difficile de faire la différence entre les décès causés par les
opioïdes, les décès qui sont causés dans des situations où les gens ont
consommé plusieurs substances. Ça crée aussi un flou autour des données.
Et puis le troisième
point, qui est probablement le plus important à long terme pour l'institut,
c'est une invitation à continuer une vigie large de la question de la
consommation de substances psychoactives. Les opioïdes, c'est peut-être la
première étape dans une transformation du marché des drogues illicites, dans
lequel on va voir de plus en plus de médicaments. La France, vous le savez
peut-être, en ce moment, est aux prises avec un problème d'utilisation d'un
médicament qui était prescrit autrefois pour l'épilepsie. On voit réapparaître
en Europe en ce moment de façon vraiment
massive dans les drogues de rue, la consommation de la cocaïne. Donc, garder un
mandat de vigie large.
Le fait qu'on
s'occupe des opioïdes ne nous empêche pas de penser aux autres substances
psychoactives et de continuer à faire ce travail qui consiste à regarder en
avant et à se demander comment on va... on va faire en sorte de garder un
certain contrôle sur cette situation.
M. Carmant : Je
sais que souvent on parle de décès liés aux opiacés, puis il y a une colonne
qui est «décès aux substances autres». Est-ce que ce serait... Avez-vous
réfléchi à partager ces données-là également, comme on parlait tantôt, pour
donner plus de données?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Oui,
effectivement, c'est le genre de chose qu'on peut faire. D'ailleurs, le mandat de vigie, là, en vertu de l'enquête
épidémiologique, a été étendu, à l'été 2022, pour caractériser non seulement
les opioïdes, mais aussi les autres substances, dont les psychostimulants.
Donc, il y a des façons de ventiler ces données-là puis de les rendre à la
disposition. Mais on ne veut quand même pas... Puis ce n'est pas parce qu'il y
a des décès qui sont attribuables à d'autres
causes, notamment les... les stimulants, pardon, qu'on veut minimiser la
situation avec les opioïdes. Puis, on vous le rappelle, là, on documente, là,
cinq décès par semaine, là. C'est significatif.
M. Carmant : OK. Les présentateurs
précédents, les organismes communautaires, nous ont sensibilisés à essayer que
la situation ne se reproduise pas. Vous, vous travaillez là-dessus tous les
jours. Comment peut-on réfléchir ou comment peut-on envisager des mécanismes
pour éviter que ce type de situation se reproduise? Par exemple, tu sais, moi,
je leur... ce que je leur ai dit... C'est arrivé avec les cigarettiers.
Ensuite, il y a eu le vapotage, il y a eu les opiacés. Qu'est-ce qu'on pourrait
faire, comme gouvernement ou comme société, pour éviter que ça se reproduise?
Je suis sûr que vous avez déjà réfléchi à ça.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : François,
c'est une bonne occasion, parce que... là aussi, de faire état, là, d'un long
programme de recherche à l'institut.
M. Gagnon (François) : Écoutez, vous
parlez, en particulier, de la promotion, j'imagine, puis du contrôle des
activités de promotion des pharmaceutiques. C'est à ça que vous faites...
M. Carmant : Bien, ça peut être un
des points, justement. Allez-y.
M. Gagnon (François) : C'est ça. Écoutez,
là-dessus...
M.
Carmant : Mais, tu sais, on
voit toutes ces drôles d'annonces qui ne sont pas des annonces, là, de ce
temps-ci.
M. Gagnon (François) : On n'a pas
fait de... tu sais, on n'a pas fait de recherche sur qu'est-ce qui s'était fait
ailleurs. Donc, les cadres légaux et réglementaires ne sont pas partout
pareils, là. Il y aurait peut-être nécessité d'élargir un peu, là. Je crois
comprendre que, dans certains pays, c'est un peu plus encadré au niveau de la
promotion, mais on n'a pas fait de travaux à cet effet-là encore, là. On n'a
pas eu de mandat. On n'en a pas cherché non plus. Donc, on peut faire des
travaux là-dessus.
Sur la situation des surdoses en général,
bien... Puis je vais vous rappeler qu'à l'institut on a travaillé sur les
surdoses depuis 2007, environ, là. On a publié... Notre premier rapport sur
l'avis des services d'injection supervisée, c'était
en 2009. Donc, on a amorcé les travaux... Donc, ça prend un peu de temps à
faire les travaux, là. Donc, 2007... Déjà, on était au courant dans les
cohortes d'usagers très marginalisés, là. On travaillait dans une perspective
d'ITSS à l'époque. Donc, on était au courant que la consommation d'opioïdes
augmentait, que les surdoses augmentaient. Donc,
ce n'étaient pas des rapports formels qu'on avait à l'époque, là. Je me
rappelle même d'avoir appelé le coroner moi-même pour savoir qu'est-ce
qu'il en était, puis on n'avait pas... Il n'y avait pas d'enquête, à ce
moment-là, du coroner, là, qui était faite pour conclure à l'attribution, donc,
ou non des surdoses à une substance ou pas, là. Donc, il n'y avait pas
d'enquête qui était faite systématiquement. Donc, à partir de là, on a
développé ces services-là.
Puis après on a continué, en voyant les opioïdes
être de plus en plus impliqués dans... les opioïdes prescrits, notamment, de plus en plus impliqués dans les...
dans les pratiques de consommation. On a développé d'autres travaux
autour, notamment, du matériel... de la révision du matériel d'injection qui
était distribué, là. On fait la distribution de
matériel de consommation depuis la naissance de CACTUS, là. Je ne me rappelle
plus exactement dans quelles années, mais c'est autour des
années 90, là, que... Louis pourrait vous le dire un petit peu mieux que
moi. Mais donc on fait de la distribution
depuis longtemps. Puis donc, à ce moment-là, puisqu'il y avait des opioïdes
prescrits, bien... qui étaient de plus en plus là, il se posait des
enjeux toxicologiques précis.
Donc... donc, par la suite de ça, en 2016, on a
eu... en fait, en 2015, on a eu un mandat pour faire des travaux d'analyse sur
les services d'analyse de substances, là, on en a parlé, là, «drug checking».
On a fait des programmes de... On a analysé aussi les programmes de
distribution de naloxone en communauté. Donc, tous ces... tous ces travaux-là qu'on a faits, à l'institut, ont
soutenu notre réseau, là, c'est notre mandat, soutenu le réseau dans la prise de
décision puis dans le choix, l'analyse,
l'implantation des mesures qu'on connaît aujourd'hui. Donc, on peut
continuer si on... à travailler sur plein d'enjeux comme ça, là, si on nous
mandate puis si on nous donne les ressources pour le faire.
M. Carmant : Bien, je suis très...
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Mais je
dois dire, M. le ministre...
M. Carmant : Non, non, allez-y.
M.
Forest (Pierre-Gerlier) : ...si vous permettez, qu'une partie de la réponse
à votre question, c'est de continuer à développer une approche large de
ces problèmes. Ça ne doit pas se limiter aux problèmes de santé, ne pas se
limiter au problème des coûts de santé, mais...
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : ...terminé pour cette
première portion d'échange. Merci beaucoup, M. le ministre. Merci,
mesdames les députées. Je me tourne maintenant du côté de l'opposition avec la
députée de D'Arcy-McGee pour une période de 9 min 54 s.
Mme Prass : Parfait. Si vous voulez
terminer votre réponse, je vous invite à le faire.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Merci.
Très gentil. Ce que je voulais dire, c'est, donc, tenir compte aussi des coûts
sociaux, des aspects qui touchent le système de justice, parce que tous ces
problèmes sont intriqués dans le... les problèmes dont on discute aujourd'hui.
Et c'est, encore une fois, très évident lorsqu'on regarde ce qui se passe à
l'étranger en ce moment. Là, je vous parlais des tendances qui sont émergentes,
et on voit que ces problèmes sont toujours liés ensemble. On en a parlé dans
notre mémoire. C'est... Le crime organisé, sa transformation joue aussi un rôle
dans la crise dont on parle aujourd'hui. Et donc il faut tenir compte de ça,
avoir une vision panoramique, si vous voulez, du problème auquel on s'attaque. Sinon,
nos efforts de prévention vont échouer.
Mme Prass : Moi, je vous
demanderais, justement... On sait que les gouvernements qui vont faire partie
de ce recours, justement, vont devoir présenter... vont devoir chiffrer les
coûts assumés par... les coûts de santé, intérêts, justement. C'est un petit
peu le but du recours. Vous, quand vous montez vos statistiques, comment est-ce
que vous faites pour déterminer, à part les visites à l'urgence pour une
surdose, etc., quels sont des cas qui sont liés, justement, à la crise des
opioïdes, en conséquence avec notre système de santé?
• (11 h 20) •
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Je vais
vous décevoir, mais ce n'est pas vraiment le travail possible de l'institut,
compte tenu des ressources dont on dispose, c'est-à-dire que l'institut ne fait
pas d'étude économique sur ce genre de dossier. Est-ce que... Si la question
est : Est-ce que c'est faisable?, oui, tout à fait. On va être capables de
chiffrer...
Encore une fois, dans la perspective où on se
trouve au Québec, où on a... Le ministre l'a souligné, d'ailleurs, dans sa conférence de presse, on n'est pas
seulement intéressés aux coûts de santé ici. On est aussi intéressés aux coûts
sociaux vraiment très importants. Je pense qu'on devrait aussi penser à l'effet
sur le système juridique, sur la sécurité publique,
et ainsi de suite. Et c'est un travail qui est tout à fait faisable, hein, avec
des comptables et des économistes. Je suis très optimiste, en fait, moi,
sur la capacité d'arriver à des... à des chiffres assez précis.
Mme Prass : Et, quand vous dites...
bien, dans votre mémoire, vous parlez des troubles liés aux substances, est-ce
que c'est ça que vous faites référence, et, justement, tout l'effet de la
société, ou c'est vraiment dans le cadre de
la santé? Parce que les données qu'on voit sur la santé sont souvent les décès
des surdoses, mais on sait qu'il y a plein d'autres problèmes liés, des
symptômes, que ce soit l'hépatite C, VIH, etc. Donc, j'essaie de juste voir
comment vous pourrez déterminer des
enjeux... des visites hospitalières liées à la crise des opioïdes, qui n'est
pas directement une surdose ou quelque chose d'aussi évident, si vous
voulez, parce que c'est beaucoup plus large que ça. Donc, pour vraiment
chiffrer les coûts que la Santé publique a assumés, il faut vraiment faire le
portrait de toutes les... de tous les cas qui auraient pu être liés à la crise.
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Je vais
laisser répondre François sur le détail, mais c'est une question tout à fait pertinente. Mais encore... On a accumulé
quand même pas mal de connaissances, d'expérience, parce que ça fait... On ne
travaille pas seulement sur ce dossier-là. On travaille sur toutes sortes
d'autres dossiers qui sont liés à l'utilisation de substances
psychoactives dans la société. Et donc il y a une tradition de recherche, au
Québec, d'abord, au Canada, dans le monde, qui permet de chiffrer de façon
assez précise les effets de la consommation de ces substances dans... à l'extérieur, là, des coûts qu'on mesure et dont
on parle aujourd'hui, qui sont liés aux coûts de santé, à cause du cadre
du projet de loi. Mais on pourrait tout à fait avoir une discussion plus large
sur ces effets-là. François.
M. Gagnon
(François) : Bien évidemment, dans le recours collectif, je
pense qu'il va y avoir des évaluations de coûts qui vont être faites par les...
qui vont être faites par les firmes d'avocats qui vont être impliquées, là,
mais, en santé publique, on a quand
même des pratiques puis des méthodologies pour évaluer les coûts. Il y a un
grand projet pancanadien qui publie des données régulièrement, qui a évalué
les coûts des substances, là. Depuis les 10 ou 15 dernières années, on a des publications qui se déroulent, puis le projet
continue. Donc, dans le cadre de ces projets-là, il y a des méthodologies
qui sont testées, qui sont validées, qui
sont reconnues, là. Donc, on peut... on peut en faire usage. On peut s'en
inspirer pour faire des travaux.
Mme Prass : OK. Là, le groupe qui a
témoigné avant vous, justement, a demandé... bien, a dit que ça aiderait le
déploiement des ressources, etc., d'avoir des portraits plus spécifiques sur
certains territoires. Les besoins ne sont pas pareils dépendamment, justement,
du portrait des usagers, etc. Est-ce que vous serez en mesure, si vous recevez
le mandat, justement, de produire de façon régulière ces données-là, justement,
pour que les... ceux qui sont sur le terrain
puissent vraiment avoir... bien, comprendre quelles sont les ressources qui
sont... dont ce territoire-là a besoin?
M.
Gamache (Jean-Bernard) : Oui, effectivement, ce n'est pas des données qui
sont actuellement disponibles sur le site Web, là, mais... ni dans les
états de situation qu'on envoie aux décideurs de santé publique. Par contre,
les autorités régionales de santé publique ont accès à des données ventilées
pour leurs territoires, pour les indicateurs que je vous ai nommés précédemment.
Donc, effectivement, les autorités régionales ont ça sous les yeux. Puis il y a
probablement façon de... avec... en partenariat avec eux autres, là, de
diffuser ces résultats-là aux organismes communautaires, par exemple, ou aux
autres parties prenantes dans cette situation.
Mme Prass : Parfait. Parce que c'est
ça que j'ai compris du commentaire du groupe, que, pour l'instant, les groupes sur le terrain n'ont pas accès à ces
chiffres. Donc, ça fait en sorte que c'est plus difficile pour eux de, justement,
comprendre comment adresser l'enjeu. Donc, si les instances régionales ont
accès, ce serait peut-être intéressant qu'ils
puissent être partagés pour qu'il y ait une cohérence entre le travail qui se
fait en santé publique et sur le terrain.
Vous avez dit aussi... Vous avez parlé de
l'enjeu de l'itinérance et la naloxone. Là, je comprends qu'au Québec c'est
gratuit dans les pharmacies, sauf qu'il faut avoir une carte de la RAMQ pour
pouvoir y accéder, et on sait que la
population itinérante n'ont pas d'adresse fixe, donc plusieurs n'ont pas leur
carte de RAMQ. Est-ce que vous ne pensez pas que, justement, ça
sauverait des vies, pour qu'il y ait un accès un petit peu plus... bien, pas
transparent, mais qu'on facilite l'accès,
justement, à cette population-là qui est disproportionnée, à faire face à la
crise aux opioïdes?
M. Gamache (Jean-Bernard) : Il
semble que la barrière à l'accès ne soit pas la carte de la RAMQ, parce qu'il y a des modalités qui permettent de
distribuer l'antidote malgré le fait qu'on n'avait pas de... bon, la carte,
etc. La barrière d'accès semble être de franchir la porte de la
pharmacie et de savoir, peut-être, qu'il y a un programme de ça. Il faudrait voir si les campagnes de
sensibilisation ont eu lieu ou si l'information est disponible sur l'accès.
Mais je crois que la barrière,
principalement, c'est de rentrer dans les soins, que ce soit dans les
pharmacies communautaires... Mais cette réalité-là existe aussi pour
consulter pour, justement... bien, pour différents problèmes de santé lorsqu'on
vit avec un problème de consommation, là, oui. Merci.
Mme Prass : Aussi, vous avez publié
un rapport, en février dernier, justement, à propos de la... concernant la
décriminalisation. Et j'imagine... Est-ce que vous avez fait un petit peu le
tour pour voir quelles sont les meilleures pratiques, ailleurs, qui pourraient
s'appliquer aussi, qui pourraient avoir... faire du sens avec la réalité sur le
terrain au Québec?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Le
rapport, je pense, dont vous parlez, c'est un rapport qui a été publié il y a
peu de temps. C'est un rapport qui montre un peu aussi notre démarche, qui
consiste à essayer de définir les termes, de fournir un langage commun pour les
gens qui ont à parler de ce problème, de façon à ce que tout le monde utilise
les mêmes définitions, le même langage, qui permet des échanges constructifs.
C'était l'objectif essentiel de ce rapport-là, de fournir un lexique de
discussion sur le problème. Et, François peut vous parler, ça fait pas mal de
temps maintenant qu'on travaille sur cette question et qu'on regarde à la fois
les meilleures pratiques, l'état de la littérature sur le sujet, ce que les
gens pensent de ces problèmes.
Encore une fois, vous voyez, l'institut, on
n'est pas là pour faire des propositions de politique. On est là,
essentiellement, pour éclairer les décisions qui sont prises par le ministère,
et donc de lui fournir l'information qui est nécessaire pour prendre ses
décisions.
M. Gagnon (François) : OK. Il y a un
rapport précédent qu'on a publié, à l'institut, qui portait sur les alternatives à la criminalisation. C'est comme ça
qu'on l'a intitulé, là. Puis, essentiellement, ça portait sur l'expérience
portugaise puis sur ce qu'on appelle le Law Enforcement Assisted Diversion aux États-Unis,
là. C'est un programme qui est presque devenu une marque de commerce, là. Mais
donc, essentiellement, c'est les policiers qui sont incités à diriger les
personnes en possession de substances vers des services de santé, des services
sociaux de différentes natures, selon les problèmes qui sont constatés ou les
enjeux qui sont constatés, les besoins qui sont constatés.
Donc, on a identifié là-dedans plusieurs
conditions de succès à ces pratiques-là. C'est une des formes de décriminalisation.
C'est une des formes que la décriminalisation peut prendre, autrement dit. Puis
donc une des premières conditions de succès, je ne veux pas nommer les autres,
là, Sandhia, auparavant, en a nommé une, donc, c'est la formation des policiers
pour qu'ils puissent bien comprendre leur rôle dans le nouveau système. Mais
aussi je pense que la première condition de succès qui était identifiée, c'est
que les ressources soient suffisantes, parce que...
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) :
Je dois vous arrêter...
M. Gagnon (François) : ...si les
policiers doivent diriger les personnes vers les services sociaux puis de
santé, puis qu'elles n'y ont pas accès, comme principe de base, ça ne
fonctionne pas.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. Je dois vous arrêter. Je suis désolée. Je
suis le maître... la maîtresse du temps. Mais on va continuer avec la députée
de Sainte-Marie—Saint-Jacques
pour une période de 3 min 18 s.
Mme Massé : Merci. Le groupe avant
vous disait avoir du data pour être capable d'agir adéquatement en prévention
mais aussi pour être capable d'aller chercher notre part du gâteau qui est
adéquate dans ce recours collectif là. Vous avez mentionné que vous pouviez faire plein de
recherches si vous receviez le mandat. Moi, je veux savoir : Est-ce
que vous sentez que vous avez le data nécessaire pour répondre aux deux
questions que j'ai soumises préalablement? Et sinon de quel mandat vous avez
besoin, et qui vous donne ce mandat-là?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Jean-Bernard, veux-tu répondre?
M. Gamache
(Jean-Bernard) : Bien, je crois que les données existent. Les
données... les données sont à l'infocentre de santé publique. Donc, ça, ça va.
Après, il faut déterminer les rôles et responsabilités dans la diffusion des
données. Est-ce que la... Est-ce que cette responsabilité-là, la responsabilité
de les diffuser, appartient à l'institut, ou l'idée, c'est plutôt de laisser...
l'Institut national de santé publique du Québec, ou la responsabilité de
diffusion des données puis l'information aux populations puis aux groupes
communautaires appartient à la direction régionale de santé publique sur le
territoire? C'est à définir. Mais on peut facilement déterminer une
trajectoire, là, pour arriver à la transmission de cette information-là.
• (11 h 30) •
Mme Massé : Donc,
vous n'avez pas besoin de plus de mandats, pas là-dessus.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : Dans le fond, pour l'évaluation du fardeau, comme
je l'ai expliqué plusieurs fois, là, je pense que c'est nécessaire...
Mme Massé :
De le faire.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : ...d'avoir un mandat clair et les ressources pour
le faire, encore une fois, si on veut prendre cette approche large et ne pas
seulement se concentrer sur les hospitalisations et les frais de santé, mais
tenir compte de l'ensemble des coûts.
Mme Massé : Bien
sûr. J'ai cru comprendre que, dans votre rôle de vigie, il y a une volonté de
continuer de monitorer, là, c'est mon terme à moi, les diverses substances.
Est-ce que la décriminalisation de la possession simple serait une façon de
pouvoir monitorer mieux?
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : François, qu'en penses-tu?
M. Gagnon
(François) : Ce n'est pas... Généralement, ce n'est pas un objectif,
la décriminalisation, en tout cas, pas dans... De mémoire, ce n'est pas dans
les pratiques ou ce n'est pas dans les objectifs qu'on a recensés, là. Si on
pense aux commissions de dissuasion, au Portugal, ou les pratiques LEADS, là,
de type LEADS... Il y avait d'autres types de programmes aussi, là, mais, de
mémoire, ce n'est pas... Ça ne m'apparaît pas nécessaire pour faire la vigie puis la surveillance, là. Donc, on a
peut-être d'autres outils qui sont déjà déployés partiellement au Québec, là.
Donc, on a un
programme d'analyse de substances auquel on participe, là. Jean-Bernard pourra
vous en parler un peu plus. Mais, pour savoir un peu plus qu'est-ce qui se
produit aussi, qu'est-ce qui se passe au Québec, on a aussi des... dans les
services communautaires, il y a des programmes d'analyse de substances, donc,
qui ne sont pas dans l'urine, mais donc les participants amènent leurs
substances, puis donc, par différentes techniques, on peut essayer de détecter
qu'est-ce qu'il y a.
Donc, il y a des limites,
mais il y a des développements technologiques quand même assez intéressants, je
pense, qui pourraient faciliter la collecte, la distribution, l'harmonisation
des substances. Mais donc le lien avec la décriminalisation
m'apparaît un peu... un peu distant, mais je pense qu'il y a d'autres façons de
faire, puis qu'on pourrait mettre à échelle supérieure, là, pour y
arriver. Voilà.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Alors, c'est ce qui met fin à cette
portion. On termine avec le député de Jean-Talon pour une période de 3 min 18
s.
M. Paradis : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Très heureux de
prendre la parole, là, dans... sur cet enjeu-là qui est un enjeu
transpartisan, en réalité, de santé publique.
Ici, donc, on a un projet
de loi qui vise à favoriser les poursuites pour récupérer les sommes investies
pour gérer la crise des opioïdes. Vous dites que vous avez des données
probantes et que vous continuez le travail. Dans quelle mesure collaborez-vous
déjà avec le ministère ou avec les autorités de poursuite du Québec pour
contribuer à la constitution de la preuve dans la poursuite? C'est-à-dire, la
preuve, maintenant, peut être composée, notamment, de données statistiques. Je ne veux pas d'information confidentielle,
mais je voulais simplement que vous nous assuriez que vous êtes déjà en
collaboration pour que vos données servent au terme des poursuites.
M. Forest
(Pierre-Gerlier) : D'abord, on n'est pas encore à ce stade, mais, de
toute façon, c'est clair que le lien entre l'institut et le ministère, c'est un
lien quotidien d'information. Tous les jours, entre le ministère et l'institut,
il y a des échanges qui portent, justement,
sur ce type de question. C'est clair. Donc, on verrait tout à fait comme normal
que, quand le gouvernement du Québec va s'engager dans le travail d'évaluation
du fardeau, l'institut soit mis à contribution, et le fera avec le sérieux qui
est habituellement le sien.
M.
Paradis : Très bien. Vous dites aussi que vous avez, bon, les... Vous
avez établi, notamment, des données sur les conséquences socioéconomiques ou
sociales de la crise des opioïdes. Est-ce que vous avez des recommandations ou
vous voyez déjà des lignes qui se dessinent sur ce qu'on pourrait faire avec
les sommes qu'on pourrait récupérer au terme de ces poursuites-là? Je sais
qu'on a parlé, un peu plus tôt, du fait qu'on n'a pas besoin d'attendre, mais, celles qu'on va récupérer,
est-ce que vous voyez... est-ce que vous avez des recommandations là-dessus?
M. Forest (Pierre-Gerlier) : Non.
L'institut ne s'est pas engagé dans cette voie-là. Ce serait, je pense, à
l'extérieur de notre mandat.
M. Paradis : Très
bien. Vous parlez aussi, dans votre mémoire, de pratiques commerciales et
médicales discutables. Dans la poursuite qui a été déposée en
Colombie-Britannique, en fait, on parle de pratiques trompeuses et fautives de la part des compagnies
pharmaceutiques. Là, je parle du mandat relatif à la prévention aussi. Est-ce
que vous pensez que l'étude de ce
projet de loi, c'est un moment aussi de revoir l'encadrement des relations du
gouvernement avec les compagnies pharmaceutiques, compte tenu de ces
pratiques que vous décrivez, là, comme discutables?
M. Forest (Pierre-Gerlier) :
C'est un moment, en tout cas, de réflexion qui va être nécessaire sur un
certain nombre de pratiques. Mais vous
devriez poser aussi ces questions-là au Collège des médecins, au Barreau, parce
qu'ils sont beaucoup mieux placés que nous pour y répondre. Vous vous
imaginez bien que l'institut n'a pas de vocation particulière en matière
juridique.
M. Paradis :
Très bien.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Il vous restait 20 secondes.
M. Paradis : Bien,
il me restait 20 secondes. Je pense que je vais m'arrêter là.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Parfait. Alors, c'était pour les remercier.
Alors, je vais ajouter ma voix à celle du député pour vous remercier d'être
venus à notre commission, d'avoir... de nous avoir éclairés.
Et
je vais suspendre quelques instants, le temps de recevoir notre prochain
invité. Merci beaucoup, messieurs. Bonne fin de journée.
(Suspension de la séance à
11 h 36)
(Reprise à 11 h 38)
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des relations avec les citoyens reprend ses travaux.
Nous recevons, donc,
Dre Marie-Ève Goyer, professeure agréée de clinique, Département de médecine de
famille et médecine d'urgence de la Faculté
de médecine de l'Université de Montréal. Dre Goyer, bonjour. Bienvenue à
la commission. Nous allons, donc, vous
laisser une période de 10 minutes pour votre exposé, et par la suite on va
procéder à l'échange avec les parlementaires. Alors, le micro est à
vous.
Mme Marie-Ève Goyer
Mme Goyer
(Marie-Ève) : Très bien. Alors, bonjour, tout le monde. Merci pour
cette belle invitation.
Comme vous l'avez
compris, moi, je suis avant tout un médecin qui traite la dépendance aux
opioïdes. Et excusez-moi à l'avance si j'ai des... (panne de son) ...de
l'image. Je suis actuellement au Burundi et j'ai le privilège, justement, de
travailler à l'instauration d'un premier projet de traitement de la dépendance
aux opioïdes ici, au pays. Alors, je
m'excuse à l'avance si jamais il y a des petits bogues. Alors, je ne vous
verrai plus. Est-ce que vous pourriez juste me confirmer que vous voyez
bien mon écran et que vous le voyez défiler?
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : ...sans problème.
Mme Goyer (Marie-Ève) :
Super. Alors, comme je vous disais, je suis la cheffe des programmes
spécifiques en dépendance et en itinérance au centre-ville de l'île de Montréal
et j'ai... On bénéficie, là, d'un soutien, justement, de fonds publics pour
avoir une équipe de soutien clinique et organisationnel pour tous les services
qui touchent les personnes aux prises... en dépendance et en itinérance dans le
réseau de la santé et des services sociaux. Mais,
comme je vous disais, je suis d'abord et avant tout un médecin qui traite la
dépendance aux opioïdes depuis presque 20 ans maintenant.
Je souhaitais quand
même, et je m'excuse si c'est de la redondance pour vous, porter à votre
attention que dans ce projet de loi et derrière le chapeau des opioïdes se
cachent beaucoup de détails qui peuvent quand même être importants dans le
cadre de l'actuel projet de loi. Les opioïdes, vous le savez comme moi, sont
des substances qui peuvent être prescrites mais qui peuvent aussi être générées
complètement du marché illicite.
• (11 h 40) •
Vous verrez qu'il y a
plusieurs classes différentes, mais ce que je souhaitais porter à votre
attention, c'est les éléments qui sont mis en bleu, c'est-à-dire que dans la
classe des opioïdes, incluant dans le projet de loi, se cachent deux catégories
complètement différentes, des opioïdes qu'on pourrait consommer de façon
illicite ou utiliser pour la douleur et le traitement de la dépendance aux
opioïdes, que vous voyez en bleu. Le kadian, la buprénorphine et la méthadone
sont des traitements pour la dépendance mais sont les mêmes molécules à la
base, dans la même famille. Ce sera quand même très important, il me semble,
là, dans les nuances à mettre dans le projet de loi.
J'entendais mes collègues de l'INSPQ passer
juste avant. Nous avons eu, médicalement... Et, vous voyez, c'est le consortium
des trois ordres qui nous a fait un rappel en juin dernier. L'Ordre des
pharmaciens, le Collège des médecins et l'Ordre des infirmières nous a rappelé
les bonnes pratiques de prescription des opioïdes.
Je souhaite aussi porter à votre attention que
toute prescription d'opioïdes n'est pas pareille, par ailleurs. Nous ne souhaiterions surtout pas voir une
sous-utilisation en douleur aiguë ou en fin de vie, pour dire quelque chose,
surtout pas une sous-utilisation des opioïdes pour traiter la dépendance aux
opioïdes. Et, dans des nouvelles procédures qui ont débuté depuis quelques
années, où, dans les cliniques, on fait le traitement de la dépendance aux
opioïdes, on fait aussi de l'approvisionnement plus sécuritaire.
Là où le bât blesse, c'est la surprescription en
douleur chronique des gens, où il y a des prescriptions qui s'étalent sur des
années et des années, alors qu'on a très peu d'études qui nous montrent ou qui
ont étudié la prescription à très long
terme. Donc, c'est vraiment au niveau de la douleur chronique qu'il y a eu
beaucoup d'enjeux, beaucoup de surprescription en Amérique du Nord, et
avec tous les dommages associés, là, pour lesquels le projet de loi a été fait.
Je souhaite aussi porter à votre attention que
la double crise des surdoses d'opioïdes dont on parle sans cesse porte, à ses
racines, quand même deux origines assez différentes, mais qui finissent par se
rejoindre au milieu. La première, c'est le changement progressif du marché
illicite depuis les 10 à 15 dernières années. Nous avions un marché où il
y avait soit de l'héroïne assez stable en termes de qualité ou même des
produits pharmaceutiques qui ont dérivé vers
le marché illicite. C'était encore la belle époque, entre guillemets, c'est-à-dire
que les gens consommaient des substances assez stables, peu contaminées,
et on voyait beaucoup moins, donc, de surdoses.
Le problème est arrivé quand le marché illicite
s'est mis à produire lui-même ses substances, avec le fentanyl, le carfentanil, l'isotonitazène, la xylazine, alouette. Et on
a vu, donc, vraiment reculer l'héroïne. À Montréal, on n'a presque plus
d'héroïne. Et on a vu de plus en plus des productions, en laboratoire
clandestin, contaminées avec de multiples
substances, et pas seulement le marché des opioïdes, mais l'ensemble du marché
illicite a le potentiel, vous l'avez
vu, d'être contaminé avec des opioïdes très, très puissants. Et donc, on va le
voir dans quelques secondes, c'est vraiment ce problème-là,
actuellement, qui nourrit la crise des surdoses d'opioïdes.
La surprescription, ou la mauvaise prescription,
ou le mésusage des opioïdes prescrits a pu contribuer. Il y a quelques années,
effectivement, on a vu arriver dans nos bureaux de traitement une nouvelle
clientèle qui arrivait via la prescription, et donc qui avait plus de douleurs,
plus de comorbidités, plus de maladies concomitantes, et qui n'avait jamais
utilisé le marché illicite.
Le danger qu'on voit actuellement... Il y a eu
vraiment beaucoup de messages de prévention au niveau des médecins, mais
effectivement, ces clientèles-là, une fois qu'elles sont dépendantes aux
opioïdes prescrits, si on arrête trop brusquement la prescription, il y a un
danger qu'elles aient recours au marché illicite, et on a vu quand même ça à
plusieurs endroits, et qu'elles se retrouvent, donc, encore plus en danger que
si elles demeurent dans le bureau médical avec un encadrement adéquat.
Donc, je pense que vous devez connaître ces
données-là. Vous voyez, le nombre de décès au Canada en 2022 est à plus de 7 000. On est à plus de
38 000 décès depuis 2016. C'est quand même important de mentionner
que 77 % des décès en 2023, l'année n'est pas terminée, jusqu'à date, ont
impliqué des opioïdes de type non pharmaceutique, dans lesquels on
retrouve en très grande fréquence le fentanyl. Et vous voyez que ce pourcentage
augmente.
Donc, on n'est pas dans une crise des décès tant
que ça, maintenant, liée à la surprescription des opioïdes, bien qu'elle ait pu
y contribuer initialement. Mes collègues de l'INSPQ ont dû vous présenter ces
données-là pour vous donner une idée. Au Québec, on est à 40 à 50 décès
par mois, quand même, par surdose suspectée aux opioïdes et autres drogues.
C'est donc, bon an, mal an, 500 quelques décès.
Donc, on est vraiment dans quelque chose de
très, très préoccupant. Moi, j'ai commencé à pratiquer, on était à la fin de la
crise du VIH, où on voyait nos patients décéder jeunes très régulièrement, et
on a vu la fin de ça, et je retombe dans ça.
Je vois des patients décéder actuellement à tous les mois, des patients jeunes,
en bonne santé, par ailleurs, avec beaucoup d'années de vie devant eux,
qui meurent.
Alors, je souhaite terminer en vous... (panne de
son) ...des enjeux actuels, et ça pourrait aller dans les recommandations de ce
qu'on peut faire avec l'argent qui sera récupéré avec ce projet de loi là.
C'est sûr que, pour moi, et je prêche pour ma paroisse, évidemment, il y a une
priorité à traiter la dépendance aux opioïdes pour les gens qui le souhaitent.
Le traitement de la dépendance est fait, au Québec, majoritairement par des
médecins de famille. À l'heure actuelle, on en manque partout. Il y a des
listes d'attente partout. Il y a des régions où il y a très peu, sinon aucun
accès au traitement de la dépendance aux opioïdes. C'est une urgence qu'on
puisse prioriser les équipes, l'accès à des médecins, qui ne seront, donc, pas
dans des groupes de médecine familiale, qui seront dans des centres de réadaptation
en dépendance pour traiter ces patients-là, mais aussi on doit sensibiliser
l'ensemble de la population médicale, et à tous les niveaux, les urgences, les
GMF, les centres de réadap, qu'on puisse avoir accès en temps rapide. Quand
quelqu'un a besoin, c'est dans... maintenant qu'il faut qu'on puisse le prendre
en charge.
Mais effectivement la sensibilisation sur la
surprescription, qu'on a eue au début de la crise, a quand même fonctionné, et ce qui fait que c'est dur, pour la
communauté médicale, de dire : Bien, comment est-ce que je me dépatouille
entre ne plus prescrire en douleur chronique mais ne pas
arrêter quand quelqu'un est rendu dépendant? Il faut vraiment faire attention
au message qu'on nomme actuellement, parce qu'on ne voudrait surtout pas balancer
des gens vers le marché illicite, et c'est un peu ce qu'on a vu, comme risque,
dans les dernières années.
Il y a aussi une confusion au niveau des
compagnies pharmaceutiques. Vous le voyez dans le projet de loi, vous l'avez vu
dans ma diapo, tous les opioïdes sont listés sur la même liste, alors qu'ils
n'ont pas les mêmes... ils ne sont pas utilisés pour les mêmes raisons. Et donc
on voit déjà des compagnies pharmaceutiques devenir un peu frileuses à l'idée
de commercialiser des nouveaux opioïdes qui auraient pourtant comme bénéfice le
traitement de la dépendance. Donc, cette
confusion-là, elle n'est pas juste au niveau des médecins, mais elle est aussi
dans les compagnies pharmaceutiques.
Et, bien, comme je vous l'ai montré, je pense,
amplement, on est passés la crise de la surprescription. On est dans une crise
de contamination jamais vue du marché illicite, spécifiquement des opioïdes.
Donc, je pense qu'il faut vraiment... En 2023, à l'heure où on se trouve, je
souhaiterais livrer comme message qu'on doit porter notre attention, en plus du projet de loi actuel
sur les politiques publiques, sur la criminalisation des drogues, parce que le
statu quo, actuellement, est vraiment dangereux. Et vous avez vu les chiffres,
là, que je vous ai présentés.
Donc, je m'arrête là-dessus. Si vous avez envie
de voir un peu ce qu'on fait avec mon équipe, vous avez l'adresse de notre site Internet, où on rend disponible, pour les
équipes cliniques, là, l'ensemble des outils, des meilleures pratiques.
Et vous avez mon numéro de... mon courriel, si jamais vous souhaitez avoir plus
d'informations.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Dre Goyer. Très belle présentation. Si
vous voulez juste retirer... Parfait.
J'allais dire : Si vous voulez retirer votre présentation, on va pouvoir
vous voir maintenant. Alors, on commence la période d'échange. Je me
tourne du côté du ministre pour une période de 16 min 30 s. Alors, le
micro est à vous, M. le ministre.
M. Carmant : Bien, merci beaucoup.
Merci beaucoup, Dre Goyer. Toujours un plaisir de vous parler.
On a entendu parler beaucoup de réduction des
méfaits, mais je sais que vous avez quand même une pratique plus globale.
Qu'est-ce qu'on peut faire, par ailleurs, pour le traitement de la toxicomanie?
Tu sais, au niveau de la première ligne, au niveau de la prévention, qu'est-ce
que... quels sont les mécanismes à mettre en place, là? Je pense qu'il faut...
pour nos... surtout pour nos prochaines générations, là.
Mme Goyer (Marie-Ève) : Oui. C'est
une très grande question. Puis vous me donnez combien de temps pour y répondre?
M. Carmant : Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : C'était 15 minutes, mais
il y a d'autres questions, j'en suis certaine.
Mme Goyer
(Marie-Ève) : Bon, même au Québec, je pense, du fait que la
dépendance a été vue, historiquement, voire même organisée, au niveau
ministériel, comme un problème social, et évidemment que c'est le cas, loin de
moi l'idée de le dire autrement, bien, on est à récupérer un peu les
conséquences du fait qu'il n'y a pas eu d'imputabilité du réseau de la santé,
dans ses diverses structures, pour prendre soin, dans les meilleures pratiques,
de ces patients-là.
• (11 h 50) •
Donc, pour vous donner un comparable, le jour où
je suis un médecin à l'urgence et que je reçois quelqu'un avec un diabète,
décompensé, qui n'a pas pris ses médicaments ou qui n'a jamais eu accès à ses
médicaments, si je lui donnais simplement 10 unités d'insuline et que je
le retournais chez lui sans suivi, sans counseling, sans médecin pour faire le
suivi adéquat, je perdrais mon permis en deux secondes, et ce seraient les
tollés médiatiques. Bien, c'est un peu là où
on est au Québec, donc, et pas parce qu'il y a un manque de volonté, mais parce
qu'il y a vraiment eu des scissions historiques et des stigmas
historiques qui font en sorte que, bien, à l'heure actuelle, quelqu'un qui fait
une surdose peut se retrouver dans une urgence, avoir son antidote et partir
sans traitement, sans suivi et sans rien.
Ce stigma-là s'est rendu jusqu'aux bancs
d'école, c'est-à-dire que moi, je suis sortie des bancs d'école, je ne vous
dirai pas en quelle année parce que je vais trahir mon âge, et je n'avais
aucune formation en dépendance. Et, à l'heure
actuelle, si je ne m'abuse, il n'y a que l'Université de Montréal, au niveau de
la Faculté de médecine, qui oblige une formation minimale en dépendance
pour tous les médecins omnipraticiens et les psychiatres.
Donc, c'est vous dire à quel point on part de
loin et on ne reconnaît pas cette problématique-là comme quelque chose dont on
doit s'occuper de façon prioritaire.
M. Carmant : Super. Un des points
qu'on a essayé de faire, c'est de faire un peu de prévention au niveau des milieux scolaires, mais, encore une fois, les
intervenants des différents organismes communautaires qui se rendent faire cette formation-là nous disent que, quand
ils identifient des jeunes qui ont des besoins, le lien est difficile à faire
avec la première ligne. Qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer ça?
Mme Goyer (Marie-Ève) : Bien, si
vous me donnez une baguette magique, c'est sûr que le levier de première ligne,
entre autres, à part les services généraux, c'est les groupes de médecine
familiale, dans lesquels on a investi notre infrastructure. Il y a plusieurs
jeunes qui sont suivis depuis longtemps. Donc, si on pouvait offrir des
services de première ligne et de counseling adéquats par l'ensemble des
intervenants qui travaillent dans un GMF, je pense aux
pharmaciens, je pense aux infirmières, je pense aux médecins, aux travailleurs
sociaux, voire même avoir des capacités de suivi en première ligne peut-être un
peu plus grandes...
Et là est-ce que c'est un suivi de première
ligne? Est-ce qu'on utilise des services de la psychiatrie? Mais, disons, pour
des cas très, très légers, je pense qu'on devrait investir de façon assez
robuste notre première ligne pour qu'elle se sente au moins outillée. Est-ce
que les opioïdes chez les jeunes sont un enjeu actuellement? Pas vraiment, mais on pourrait quand même continuer cette
réflexion-là en disant : On souhaite quand même... Je pense, par exemple,
au cannabis, à l'utilisation de... à la cyberdépendance.
Donc, il se passe quelque chose en termes de
non-disponibilité des services en dépendance pour l'ensemble du réseau de la
santé. Donc, on pourrait stratifier, effectivement, quel niveau, à quel
endroit, et s'assurer que les bonnes
pratiques sont en place, pas juste à côté, dans les centres de réadaptation en
dépendance, mais que tout le monde se sente imputable à son niveau
d'expertise et de prestation de services.
M. Carmant : Je vous parlais de nos
jeunes, parce que, ce matin, ici, on a eu des articles qui nous disaient qu'on
parlait un peu trop des opioïdes, pas assez des stimulants, le crack, cocaïne,
métamphétamine. Dans votre pratique, est-ce que vous... quelle est votre
expérience par rapport à ça?
Mme Goyer (Marie-Ève) : Bien, c'est
sûr... (panne de son) ...les chiffres sont quand même accablants. Quand je vous
ai montré, en termes de décès, ce qu'on voit, c'est vraiment en lien avec les
opioïdes. Ne serait-ce que comment la molécule est faite, elle peut induire un
arrêt respiratoire, ce que les stimulants ne font pas.
Après, votre question est quand même bonne, dans
le sens où, à partir du moment où on se dit que les gens qui produisent les
opioïdes et qui les rendent disponibles sur le marché illicite, c'est le marché
noir, bien, c'est sûr que la personne qui va produire des stimulants va les
produire pas selon les meilleurs standards, avec une hotte stérile. Donc, vous
avez un potentiel de contamination de l'ensemble des substances. Et c'est ça
qu'on a vu arriver. On a vu arriver des gens qui pensaient consommer du crack
et qui ont fait des arrêts respiratoires parce qu'il y avait des opioïdes
dedans. Mais, si on veut poursuivre cette idée-là, il y a aussi un potentiel
que le crack ne contienne plus de cocaïne et qu'il contienne plein d'autres
choses. On a vu... Par exemple, l'INSPQ a fait des rapports, qui datent, sur le
fait que la cocaïne était contaminée avec un vermifuge pour animaux. C'est ça,
l'enjeu de la contamination du marché illicite.
Donc, oui, nos jeunes... pas juste nos jeunes,
tout consommateur qui utilise des drogues sur le marché illicite est
actuellement à risque de se trouver avec bien d'autres choses que ce qu'il
pense réellement consommer. Donc, maintenant, je radote toujours l'histoire de
la roulette russe, mais c'est un peu ça où on est rendus. On ne pensait pas
qu'on se rendrait jusqu'à ce niveau-là, mais c'est un phénomène qu'on voit en
Ontario, actuellement, très clairement, et en Colombie-Britannique, là, depuis
longtemps.
M.
Carmant : Ah! bien, merci beaucoup. Je pense, ça nous
éclaire beaucoup, ce point-là sur la cause de décès. Mme la Présidente,
je passerais la parole à une collègue.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci. Merci beaucoup. La
députée de Laviolette—Saint-Maurice m'a demandé la parole. Alors,
le micro est à vous. Il reste 10 minutes.
Mme Tardif : Merci. Bonjour. Merci
d'être là malgré le décalage horaire aussi. Donc, on est chanceux de vous
avoir.
Le ministre a abordé vraiment le fond de ma
question. Et vous soulevez des problématiques réelles, des enjeux, et ça contient aussi certaines solutions.
Vous parlez, entre autres, du manque de formation, pour les médecins, par rapport aux dépendances. Vous parlez de crise
de contamination, qu'on aborde moins, mais dont on est parfaitement conscients,
et de la criminalisation des drogues.
Et vous avez aussi soulevé un problème qui a
été... et qui est quand même assez choquant, mais vous-même, médecin, vous
nommez que les médecins sont parfois à la solde des compagnies pharmaceutiques.
Et l'intervenant précédent est allé même plus loin en disant qu'il y avait
encore... on pensait que ça n'existait plus, mais qu'il y avait encore des compensations, souvent, que les
médecins reçoivent — c'est
assez choquant d'entendre ça — pour
encourager la distribution de ces produits-là, qui sont peu connus et
peu maîtrisés par ces médecins-là. Comment on peut faire, selon vous, pour, au moins, avec les médecins,
réussir à avoir une approche qui est plus saine pour les consommateurs?
Mme Goyer (Marie-Ève) : C'est,
encore une fois, une grande question. Je pense que le fond, vraiment, si on
veut arriver à se sortir de ça, c'est la formation, incluant l'imputabilité des
universités. Et donc je pense que non seulement les médecins doivent sortir de
l'université avec des bases en dépendance et en douleur chronique, puisque ce
sont deux vases communicants, mais que les autres intervenants avec qui ils
vont travailler couramment, je pense, entre
autres, justement... (panne de son) ...de base avec lesquels on doit sortir des
universités. Et je pense que ça aidera aussi beaucoup à diminuer le
stigma, parce que ce qui fait en sorte aussi qu'on trouve peu de médecins
intéressés au traitement de la dépendance, c'est tout ce qui vient avec la
stigmatisation de ces populations-là.
Après, pour répondre un peu plus à votre
question concernant les compagnies pharmaceutiques, quand moi, j'ai commencé ma
pratique, là, en 2005, c'était pratique courante de voir les compagnies
pharmaceutiques dans certains milieux. Et ça
s'est beaucoup amélioré. À ma connaissance, et là, vraiment, je... tu sais, ce
serait quelque chose qu'il faudrait
vérifier, justement, peut-être, avec l'INSPQ, et tout ça, on n'a jamais eu un
très grand plaidoyer, au Québec, des compagnies
pharmaceutiques concernant la surprescription en douleur chronique, pas comme
on a eu dans le reste du Canada ou aux
États-Unis. Puis c'est peut-être même un enjeu de langue qui nous a protégés,
en quelque sorte. Mais on voit... On
a vu ces pratiques-là, entre autres, dans le domaine du VIH, de l'hépatite C,
des paiements de voyages, des choses comme ça. Ça s'est beaucoup amendé
dans les dernières années. Peut-être que le ministère peut quand même voir où en sont les réglementations, mais on
a vu vraiment les industries, les compagnies pharmaceutiques se remettre
au pas. Moi, j'étais étudiante en médecine, ils venaient nous porter des lunchs
sur les bancs d'école. C'est vous montrer comment il y avait une pénétration du
circuit pharmaceutique.
Alors, tout ça, c'est
quand même beaucoup mieux encadré maintenant. Je ne suis pas sûre que c'est là
qu'il faut mettre notre énergie, pour répondre à votre question, mais plutôt
s'assurer qu'on sort des bancs d'école où on a des formations adéquates, multidisciplinaires
pour la douleur chronique et pour la dépendance. Et je pense qu'on va devoir se
poser plutôt la question : Comment on fait pour ne pas prescrire des
opioïdes en douleur chronique? Comment on fait pour avoir autre chose à offrir?
Et là ça vient à la gratuité et à la disponibilité des services de
physiothérapie, des services de psychologie, pour qu'on aille ailleurs que dans
la médicalisation ou la pharmacopée dans ces... ou, en tout cas, du moins, que
ce soit notre dernier recours, alors qu'en ce moment, bien, c'est pas mal notre
seul outil.
• (12 heures) •
Mme Tardif : Tellement
contente de vous entendre dire ça. Merci.
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : Merci. Je reconnais maintenant la députée de
Châteauguay. Il reste encore 5 min 19 s.
Mme Gendron :
Merci. Bonjour, Dre Goyer. Bien, bien heureuse de vous avoir avec nous ce
matin.
J'aimerais aussi
faire une petite parenthèse du milieu dentaire. Ce sont des cliniques privées.
On reçoit énormément de gens dépendants dans
les cliniques dentaires, puis ce n'est jamais très facile à vraiment cerner la
douleur. Donc, il y a également beaucoup de prescription qui est faite, ce
côté-là. Mais également je pense que le... Au point de vue des pharmaciens, ils veulent quand même bien faire le
suivi, mais c'est difficile quand ces consommateurs-là vont dans plusieurs
pharmacies. Donc, les dossiers ne suivent pas. Mais je veux juste reconnaître
l'enjeu aussi des cliniques dentaires, qui sont devenues une porte aussi pour
eux.
Ceci dit, et je sais
que vous avez une très grande expérience sur le terrain, j'aurais aimé juste
qu'on puisse savoir un peu votre opinion sur trois points que j'aimerais
savoir. Le pourcentage, environ, de gens auxquels on prescrit des opioïdes et
qui deviennent dépendants, est-ce qu'on a un... une image globale, environ?
Mme Goyer
(Marie-Ève) : Je ne suis pas... Je ne serais pas capable de répondre à
cette question-là. Vous voulez dire le
pourcentage de personnes chez qui on a nous-mêmes induit par notre
prescription? Non. On a des chiffres un
peu épars, basés sur pas grand-chose... (panne de son) ...à 5 %, mais je
ne voudrais pas... (panne de son) ...parce que ça ne me semble pas basé sur
les meilleures évidences, là.
Après ça, pour moi,
j'aurais envie de vous répondre l'inverse, c'est-à-dire le pourcentage de
personnes chez qui on n'aurait pas prescrit
d'opioïdes si on avait eu d'autres choses à offrir. Je pense qu'il faut quand
même reconnaître, là, puis c'est un... une grosse... C'est lourd, ce que
je vais vous dire ici, mais, dans les cabinets, vous connaissez comme moi la
pression sur le réseau de la santé, ou dans une urgence, quand on voit un
patient, et qu'on a 15 autres patients,
et que le patient n'a pas d'assurance privée pour aller en physiothérapie, n'a
pas... Donc, il faut, je pense, investir un peu plus sur les approches multidisciplinaires des cas complexes. Et,
par «cas complexes», dans le cas présent, j'entends les patients qui ont
de la douleur chronique, là, depuis longtemps et les patients qui développent
une dépendance ou qui ont une dépendance. On ne peut pas voir ces personnes-là
comme on verrait un suivi d'une hypertension chez quelqu'un qui va bien, qui
est... qui suit son dossier.
Donc, ça prend des
approches multimodales, et là on les a moins, ces approches-là, disponibles. Il
y a des vraiment très longues attentes en clinique de la douleur partout au
Québec. Ça fait qu'on se retrouve, avec la douleur et la dépendance, avec les mêmes enjeux : très peu de formation en première
ligne, très peu de capacité d'aller très, très loin et des listes
d'attente très, très longues pour les centres spécialisés.
Mme Gendron :
Merci pour votre réponse. J'aimerais aussi savoir : Le traitement de
la dépendance arrive à quel moment? Est-ce
que quelqu'un, avant de faire une overdose, va nécessairement vouloir avoir un
accompagnement ou, souvent, c'est le moment où est-ce que ces gens... le moment
où est-ce qu'ils font une overdose, c'est le moment où est-ce qu'ils
vont décider d'aller chercher de l'aide?
Mme Goyer
(Marie-Ève) : C'est une bonne question. Il y a une myriade de réponses
à ça. Donc, il n'y a pas de réponse unique. On voit de tout. C'est sûr que moi,
j'ai un biais, dans le sens où je vois une clientèle qui est itinérante au
centre-ville de Montréal, mais on voit des gens qui... ou même des médecins
qui, précocement, vont reconnaître, avec la personne, vont lui en parler :
Je trouve que ça glisse, serais-tu intéressé à ce qu'on... on arrête tes
opioïdes prescrits et qu'on aille vers des molécules plus pour le traitement?
Donc, on peut y être très précoces, de là l'importance de la formation pour
reconnaître.
Il y a des gens qui,
rapidement, vont sentir que ça ne va pas, ou des familles, ou des entourages de
gens qui, très rapidement, vont dire : On ne le reconnaît pas, ça ne va
pas, puis il y a, effectivement, des gens qui vont devoir se rendre jusqu'à un
événement, telle la surdose. Mais ça me semble, effectivement, quand on a des
événements traumatiques majeurs comme ça, des momentums qu'on ne peut pas se
passer, en 2023, d'attraper.
Et ce n'est pas vrai, là,
malheureusement, qu'on a les capacités, en 2023, actuellement, dans les
urgences du Québec, de débuter des traitements, même quand les gens le
demandent. Donc, ça veut dire des gens qui sont en surdose dans une urgence et
qui repartent chez eux. Imaginez la dangerosité puis la vulnérabilité, là.
Je porte quand même à votre attention aussi le
fait qu'on a une surreprésentation de ces clientèles-là dans les milieux carcéraux aussi. Et on aurait des
occasions en or de débuter des traitements, mais, encore une fois, par manque de
formation et de médecins, bien, ce n'est pas encore opérationnel dans la très
grande majorité des prisons du Québec.
Mme Gendron : OK. Donc, je comprends
aussi que la majorité des gens... Il y en a certains qui ne vont pas chercher de l'aide. Donc, j'en conviens aussi
qu'il y a... certaines personnes, c'est par manque d'éducation ou de ressources
qu'ils... ou qu'ils font le choix, simplement, de ne pas aller chercher de
l'aide pour leur dépendance.
Mme Goyer (Marie-Ève) : Oui. En
fait, réfléchissez à ça comme une dépendance à l'alcool, qu'on connaît
peut-être un peu mieux, qui est plus fréquente dans notre culture, où, bien, il
y a des gens qui consomment un peu, ça... ils commencent à prendre des risques,
conduire, des fois, en état d'ébriété, d'autres gens qui, très précocement, disent : Moi, j'arrête, je sens que c'est en
train de... je suis en train de glisser, et d'autres personnes, qu'on connaît,
qui consomment de façon très, très... (panne de son) ...ne vont pas
chercher... (panne de son) ...donc, on voit... Comme en alcool, on voit une
myriade de présentations.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Merci beaucoup, Dre
Goyer. On vient de terminer une première portion d'échange avec les
parlementaires. Je me tourne du côté de l'opposition officielle pour une
période de 9 min 54 s.
Mme Prass : Merci. Merci, Dre Goyer,
de vous rendre présente de très loin.
Comme vous oeuvrez, justement, dans le CIUSSS,
vous êtes cheffe adjointe des programmes spécifiques en dépendance et en
itinérance, moi, j'aurai des questions pour vous. Justement, on parle de
surreprésentation puis on sait que, parmi la
population itinérante, la crise est... est très vivante, très active. On sait
que c'est une population que, comme vous avez mentionné... qui, souvent,
ne demande pas de l'aide. Ils vivent leur vie. Ils continuent dans leur
situation. Qu'est-ce que vous voyez, compte tenu de votre position, qui
pourrait se faire pour vraiment adresser cet enjeu-là ou, à... ou, à tout le
moins, accompagner cette population-là avant de se rendre à l'étape des
surdoses?
Mme Goyer (Marie-Ève) : Oui. Ça
aussi, c'est une très grande question. Je pense que se cachent dans la
dépendance aux opioïdes deux choses qui sont les racines qu'on devrait
regarder. La première, on en a parlé un peu, c'est la stigmatisation, le fait
qu'on a des personnes ultravulnérables, avec des conditions de santé physique,
santé mentale et sociales de loin plus précaires que la majorité de la
population, mais qui reçoit très, très peu de services. Donc, dans... Je pense que, dans une perspective d'équité, il faut se
poser la question : Est-ce qu'on est prêts à mettre nos ressources
là où il y a les plus grandes vulnérabilités puis les plus grandes souffrances,
dans une population qui n'est pas, peut-être, la plus... la mieux bien vue au
niveau de l'opinion publique? Ça, ça s'appelle la stigmatisation.
L'autre chose, c'est qu'il faut faire attention
à tout mettre sur le dos de la dépendance aux opioïdes. Ce que je veux dire par là, c'est que, quand vous me parlez,
par exemple, du centre-ville et de la population itinérante, on est dans
les inégalités sociales de santé et les déterminants
sociaux de la santé. Donc, oui, il y a des choses qui appartiennent à la consommation,
mais, au centre-ville, il y a beaucoup de choses qui appartiennent à la
pauvreté, il y a beaucoup de choses qui appartiennent à l'accès au logement.
Et, bien, entre vous et moi, mes patients, à l'heure actuelle, sur l'aide
sociale, quand ils ne sont pas capables de travailler, ils gagnent en moyenne
780 $ par mois à Montréal. Donc, je ne sais
pas si vous savez combien ça coûte, un logement à Montréal, mais on se retrouve
dans une boucle infernale où les gens
doivent essayer plusieurs mesures pour réussir à compenser la pauvreté,
incluant les larcins, la criminalité, le travail du sexe. Pour survivre à ce que ça fait vivre, bien, on... Puis on peut
intégrer de la consommation, et là vous êtes dans un spectre sans fin.
Donc, je n'ai
peut-être pas réponse facile à votre question, mais, certainement, peut-être,
pour moi, de changer l'optique et de se dire : On va... on va lutter
robustement à la pauvreté et au niveau de l'accès au logement. Déjà, on aurait
fait des... C'est très difficile d'arrêter de consommer. Si on n'a pas de toit
sur la tête, ne serait-ce que de subir des symptômes
de sevrage d'opioïdes dans la rue, c'est... tu sais, ce n'est pas... ce n'est
pas simple, là, pour personne. Donc, je pense que personne ne veut ça. Ça les met dans une... un très, très
grand état de vulnérabilité physique et de... et mentale.
Après, quand
même, là, pour répondre un peu plus précisément, on a des modalités qui
existent, qui fonctionnent, où on peut, par exemple, déployer des
services dans la communauté, dans les organismes communautaires, faire des liens, entre les organismes communautaires et le
réseau de la santé, plus forts. Mais, encore là, on va être dans un enjeu d'allocation
des ressources dans un contexte où le réseau de la santé, vous le savez mieux
que moi, est fini... (panne de son) ... et puis... dans le sens où il y a une
finitude. Il n'est pas... il n'est pas décédé. Mais il faut choisir où est-ce
qu'on met nos investissements. On manque d'infirmières partout. On manque de
docteurs partout. Est-ce qu'on est vraiment prêts, comme ministère ou comme
population, à mettre des investissements puis la lumière là où il y a les
populations les plus vulnérables, tu sais?
• (12 h 10) •
Mme Prass : Donc, si je comprends
bien, vous êtes d'avis que, s'il y avait plus de moyens de la part du gouvernement pour des programmes socials, que ce
soit... qu'on s'assure du logement... Parce que, là, on sait que la cause
première pour laquelle... les raisons... les... excusez-moi, la raison pour
laquelle les gens se retrouvent en situation d'itinérance, c'est les expulsions
de logement. Donc, j'imagine que, tu sais... Puis ça, comme vous dites, ça
devient un petit peu un cercle vicieux. Tout ça fait en
sorte que les gens se retrouvent dans la rue en situation de pauvreté, santé
mentale, opioïdes, etc. Donc, d'après vous, s'il y avait plus de soutien de la
part du gouvernement pour ce qui... tout ce qui est logement puis lutte contre
la pauvreté, donc, ce serait un problème qui serait moins répandu.
Mme Goyer
(Marie-Ève) : C'est difficile pour moi de répondre avec certitude,
mais on sait quand même qu'à la base de la
dépendance se retrouve... Les personnes qui sont des professionnels de la
santé, les pharmaciens, les médecins qui consomment, bien, personne n'en
entend parler, parce que, bien, les moyens suivent, et les personnes sont...
ont de l'entourage, sont capables d'aller chercher les services dont ils ont
besoin. Donc, ils ont... ils ont le filet social autour d'eux qui permet de ne
pas avoir toutes les conséquences qui viennent avec. Donc, oui, pour répondre à
votre question, je pense que de viser la pauvreté et le logement, c'est une
chose.
L'autre chose qu'il
faut reconnaître, c'est que la grande dépendance dont on parle actuellement,
là, moi, c'est... c'est dans ces clientèles-là que je travaille depuis le début
de ma pratique, ça vient avec des histoires d'enfance hypertraumatiques, des
ruptures de lien, des traumas réguliers. Donc, bien sûr, il y aura probablement
quelque chose à faire au niveau de la petite enfance, de la sécurité de la
petite enfance pour que... on revient, tantôt, à ce qu'on disait au niveau de
la prévention, qu'on évite, au niveau de ce qu'on fait, justement, au niveau
de... des foyers de groupe, de la prévention, de la protection de la jeunesse,
comment on soutient ces enfants-là pour éviter de créer des nouvelles personnes
qui vont avoir des traumas majeurs qui vont... qui vont être soulagés par la
dépendance aux substances.
Mme Prass : Puis,
pour faire du pouce sur ce que vous dites, moi, je parle beaucoup... à beaucoup
d'organismes qui oeuvrent dans l'itinérance, puis ce qu'ils nous disent, c'est
le trauma, le trauma de la personne, souvent,
qui fait en sorte qu'ils vont se retrouver dans cette situation-là, et que
donc, souvent, que ce soit une dépendance à l'alcool ou aux drogues, ça
vient d'un enjeu de santé mentale qu'on essaie... qu'on... auquel on ne veut
pas faire face. Donc, aussi, dans le même sens que la dernière question,
pensez-vous que, s'il y avait plus de services en santé mentale, justement...
Puis là vous dites, vous avez raison, d'aller rejoindre les personnes quand ils
sont jeunes, mais, en général, d'avoir plus de ressources pour que, justement,
les personnes puissent avoir des thérapies, des services pour vraiment aller à la racine de leurs enjeux
plutôt que d'avoir une dépendance pour couvrir leurs traumas, pensez-vous
que ça aurait un impact positif?
Mme Goyer (Marie-Ève) : Encore une fois, c'est...
c'est des grandes questions. C'est sûr que mon expérience de la dépendance est
une expérience de multitrauma, et où la dépendance pour soulager le trauma
vient en engendrer d'autres sans le vouloir. Et là le travail du sexe
embarque, et, bon, c'est... on est dans un autre cercle vicieux. C'est sûr que
de l'accès à des services de santé mentale ou de soutien psychologique, c'est
toujours une bonne idée. Encore faut-il
qu'ils soient adaptés à la lourdeur, à la complexité de certaines personnes...
(panne de son) ...de la mobilité. Bien, on rejoint les personnes
itinérantes là où ils sont. Donc, ça va prendre des initiatives très bas seuil,
très souples, très adaptées.
Mais on dirait que
j'ai quand même envie de rajouter qu'il se passe quelque chose, au niveau du
trauma, qui se fait dans l'enfance, qu'il va
falloir qu'on regarde, dans les écoles, comment... dans les familles, dans
l'enseignement. Il y a quelque chose
au niveau plus de... dans l'éducation, où on va devoir, je pense, là... Puis
c'est un peu philosophique, ce que je vous dis là, ça dépasse le champ
de mes compétences, mais c'est quand même ce qu'on voit. C'est qu'on voit que
ça se passe en très jeune âge, dans des familles qui sont dysfonctionnelles,
qui n'ont pas eu l'éducation et le soutien pour bien prendre soin de leurs
enfants, et que ça brise des enfants, qui vont utiliser des substances par la
suite pour se soulager. Alors, il y a quelque chose là — est-ce
que c'est l'école, est-ce que c'est la direction de la protection de la... ou
est-ce que c'est très tôt, très précocement? — dans comment on apprend aux
gens à survivre à ça, à se déployer, à être
bien dans la vie. Tu sais, c'est une grande question qui... Pour moi, quand on
est rendus en santé mentale, on est
presque trop loin, dans le sens où on souhaiterait, même, se... toucher les
gens avant ça. Mais ça, c'est une très grande réflexion sociétale, là,
dont on parle, là.
Mme Prass : Parfait.
Et là votre... dans votre mémoire, vous faites mention de... d'un manque
d'accès aux traitements de la dépendance... de la dépendance aux opioïdes. Une
des choses qu'on a entendues aujourd'hui, c'est, justement, avec l'argent qui va être récupéré dans le recours collectif,
qu'on voudrait voir un réinvestissement de certains fonds, justement,
pour tout ce qui est prévention, tout ce qui est traitement. Avec votre analyse
qu'il y a un manque d'accès aux traitements,
qu'est-ce que vous... où est-ce que vous pensez que l'argent serait le plus
utile pour, justement, adresser cet enjeu-là?
Mme Goyer
(Marie-Ève) : Oui. Il y a... il y a un double problème dans ce que...
quand on parle de manque d'accès,
c'est-à-dire que, bien sûr, l'argent pour déployer des traitements, soutenir
les organisations communautaires qui vont voir les patients, les amener en
traitement, les soutenir, c'est toujours des bonnes idées, mais il va y avoir
quelque chose aussi, au niveau du manque de ressources humaines, qu'il
va falloir regarder. Donc, je ne sais pas si l'argent est une réponse là, mais, en tout cas, je souhaite quand même le dire,
il va falloir qu'on voie si on est prêts à prioriser, financièrement et
au niveau des ressources humaines, l'accès à ces traitements-là. Après...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Dre Goyer. C'est une courte... peu de temps pour
cette question, mais on va terminer... on va quand même terminer notre ronde
d'échange, cette fois-ci, avec la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne... Non, je
m'excuse, j'ai mélangé votre circonscription.
Mme Massé : C'est
Sainte-Marie—Saint-Jacques.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, Sainte-Marie—Sainte-Anne... voyons, Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Massé : Ça va venir.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : La période est à vous pour 3 min 18 s.
Mme
Massé : Oui. Bonjour. Pour mon trois minutes, bien,
voulez-vous terminer la réponse que vous étiez en train de donner?
Mme Goyer (Marie-Ève) : Bien, il
existe quand même plusieurs choses qu'on peut faire, en dépendance, qui ne sont
pas pleinement déployées, là, au Québec, qui nécessiteraient des
investissements. Rendre la naloxone disponible partout dans les écoles, faire
de l'enseignement dans les urgences, dans les cabinets, partout là où ce serait
pertinent, je pense que ça... c'est quelque chose de base. Vous avez, je pense,
abordé le concept de la... du «drug checking», là, je m'excuse, le terme
français m'échappe, mais les machines qui permettent aux gens de voir...
Je pense que, plus largement, au Québec, on
devrait se doter d'un système de monitoring de... des substances en circulation
pour qu'on puisse aviser la population en temps opportun. Moi, je rêve du
moment où on aura le système comme on avait en COVID. À chaque jour, on a un
pop-up sur notre téléphone qui nous dit : 40 décès par COVID, voici
où est-ce qu'ils sont. Pourquoi ne pas faire ça avec les substances, dans le
contexte épidémiologique, actuellement?
Donc, je pense qu'il y aurait des choses qu'on
voit ailleurs, dans d'autres pays, qu'on pourrait implanter, là, assez
rapidement au niveau financier.
Mme Massé : Merci. Dans le même
sens, comment on pourrait aller de l'avant avec un approvisionnement plus
sécuritaire? Tu sais, qu'est-ce... qu'est-ce qu'on pourrait faire?
Mme Goyer (Marie-Ève) : Bien, deux
choses que je pense que... que j'ai envie de dire. La première, c'est que le premier pas avant, peut-être même, de
rendre disponibles des substances plus sécuritaires, c'est la décriminalisation,
dans le sens où, actuellement, on perpétue les cercles vicieux que j'ai nommés
tout à l'heure avec la criminalisation des personnes qui consomment, qui vont
se retrouver en prison, qui vont perdre leurs logements en prison, qui vont
sortir de prison sans médicament, sans traitement, donc, il faut qu'on... et
qui vont consommer, qui vont se cacher pour
consommer, qui vont faire une surdose, seules. Donc... (panne de son) ...premier pas qui est... (panne de son) ...qui ne va pas tout régler, qu'il va falloir bien
regarder, mais je pense qu'on... Il faut qu'on enlève au moins cette
lourdeur-là sur le dos des personnes qui consomment pour leur
dire : Maintenant, ce n'est plus un problème de criminalité, c'est un problème de santé puis c'est un problème de
santé publique, vous êtes bienvenus chez nous, si vous voulez de l'aide,
on est là, vous n'êtes plus obligés de vous
cacher, vous n'êtes plus obligés de vous sentir mal. Et lancer un message fort
au réseau et à la population : C'est
votre rôle de vous occuper de ces gens-là, ce ne sont pas des criminels, ce
sont des gens qui ont besoin de votre soutien, s'ils sont rendus là
dans...
Bon, ça ne répond pas tout à fait à votre... à
votre question. Pour le volet de l'approvisionnement plus sécuritaire, là, ou
le «safer supply», je ne veux pas lancer une bombe, mais je pense quand même
qu'on a des belles leçons apprises de la légalisation du cannabis au Canada,
qui nous a montré que ça permettait à des gens de faire des choix éclairés quant
à leur consommation, chose qu'on fait avec l'alcool aussi. Les gens sont
maintenant capables de prédire exactement ce
qui marche pour eux ou ce qui ne marche pas pour eux, de décider de leur ratio
CBD-THC, d'avoir le counseling
nécessaire et, pour... puis ça revient à ce que vous disiez tout à l'heure, que
les fonds de la vente de cannabis ne soient plus dans le marché illicite
mais bien dans les coffres de l'État.
• (12 h 20) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci, Dre Goyer. Alors, on va terminer cette ronde avec le
député de... de Jean-Talon — je
l'ai eu — pour
une période de 3 min 18 s. La parole est à vous.
M.
Paradis : Non. Puis là il n'y a pas de Saint-Jean-Talon.
Merci beaucoup d'être avec nous du Burundi, madame.
J'aimerais vous ramener... Vous nous avez parlé
de crise de contamination. Et là je ne vous amène pas sur le point juridique,
je vous amène sur le point scientifique. Je comprends que les opioïdes existent
depuis longtemps, mais que le gros changement est arrivé en 1996, quand Purdue
a commercialisé sa... son fameux médicament qui, par la couverture du cachet, là, permettait à l'opioïde de... d'avoir un
effet beaucoup plus longtemps et moins... moins grave. Mais je... Dans
les poursuites, on allègue que les compagnies pharmaceutiques savaient que les
cachets, les pilules étaient donc facilement altérables, et là que l'effet,
évidemment, pouvait être très rapide. Et c'est là que, notamment, on peut
mélanger les opioïdes avec d'autres médicaments. Est-ce que, donc,
scientifiquement, le fait qu'aujourd'hui on continue à subir ces effets-là,
qu'on est dans une crise de la contamination, c'est lié aussi à cette... à
cette pratique commerciale des compagnies pharmaceutiques, qu'ils savaient que
c'était possible de faire ça?
Mme Goyer (Marie-Ève) : Oui. Je ne
sais pas si je suis capable de répondre entièrement à votre question. Ce que je
suis capable de vous dire, c'est qu'en poussant les médecins à la
surprescription, même dans des cas où ils n'auraient pas
dû, en négligeant les données qui s'accumulaient, de risque de dépendance, on a
longtemps eu comme message, au niveau médical : Si la personne a vraiment
de la douleur, elle ne deviendra jamais dépendante, ce qui est absolument faux.
Mais ce message-là a été véhiculé.
Donc, avec ça, ce qui est arrivé, c'est qu'on a
créé une nouvelle cohorte ou une nouvelle génération de personnes dépendantes
aux opioïdes. Ça n'a pas créé la contamination. Ça a créé des nouvelles
personnes qui, à partir du moment où elles
n'ont plus accès aux opioïdes prescrits, soit parce que, le médecin, ça
commence à déraper, bon, doivent se
retourner vers autre chose. Et donc on a créé un bassin de consommateurs
potentiels du marché illicite, point.
Concomitamment à ça, le marché illicite a bougé
à travers les années. Et ça, ça n'a pas tant de lien. J'oserais même dire... Puis là je ne veux pas créer de tollé,
mais j'oserais même dire : Tant que c'étaient des opioïdes pharmaceutiques
prescrits qui étaient... (panne de son) ...parce que c'étaient des opioïdes
connus, non contaminés, la dose était constante. Quelqu'un qui disait :
Moi, quand je prends cinq milligrammes de morphine, c'est mon effet, prenait
cinq milligrammes de morphine et avait son effet. Il ne prenait pas, en plus,
du Viagra, de la caféine, et du vermifuge, et du fentanyl
sans le savoir. Donc, tant qu'on a eu ce marché-là, ça tenait encore la route.
C'est à partir du moment où le marché s'est mis
à... Entre autres, en COVID, quand les frontières ont fermé, on a eu des
producteurs qui ont commencé eux-mêmes à créer des opioïdes qui sont
inexistants. Même pour moi, je ne peux pas les prescrire maintenant. Ça inclut
même des benzodiazépines. Et donc ils ont... se sont mis à créer des substances hypertoxiques, hyperpuissantes et à rentrer
dans un même comprimé, qu'on déguise sous le nom de Dilaudid, pour dire quelque chose, plein de choses qui vont
bien au-delà des opioïdes. Donc, ce n'est pas... Voyez-vous, ce n'est pas
tout à fait la même chose, mais on a créé un bassin de consommateurs pour ce
marché-là.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, Dre Goyer, pour votre apport à nos
travaux. Et, étant donné qu'on voit le soleil se coucher dans votre coin,
alors, je vous souhaite une bonne soirée.
Et, pour nous
ici, je vais suspendre les travaux jusqu'à 16 heures... 16 h 05.
Merci beaucoup. Bon dîner à tous.
(Suspension de la séance à 12 h 24)
(Reprise à 16 h 06)
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des relations
avec les citoyens reprend donc ses travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 36, Loi sur le recouvrement
du coût des soins de santé et des dommages-intérêts liés aux opioïdes.
Alors, cet
après-midi, nous avons la représentante de Spectre de la rue,
Mme Alexandra Pontbriand, directrice adjointe. Bienvenue,
Mme Pontbriand. Alors, vous allez bénéficier d'une période de
10 minutes pour présenter les grandes
lignes de votre mémoire, et ensuite nous allons pouvoir échanger avec les
parlementaires. Alors, le temps débute maintenant. Le micro est à vous.
Spectre de rue
Mme
Pontbriand (Alexandra) : Bonjour. Merci beaucoup. Merci de l'invitation.
Étant donné les brefs délais de l'invitation, on n'a pas pu préparer un
mémoire, mais on tenait à participer à la séance aujourd'hui surtout pour
répondre à vos questions.
Donc, je vais faire une présentation assez brève
de Spectre de rue, particulièrement, là, sur notre service de consommation supervisée,
qui... Bien que tout l'organisme travaille, là, avec des personnes qui
consomment des opioïdes, je pense que c'est vraiment ce service-là qui est au
coeur du sujet, là, d'aujourd'hui.
Donc, Spectre de rue, c'est un organisme de
Montréal, dans Centre-Sud. C'est un organisme en réduction des méfaits qui travaille à faire la prévention des
ITSS, et des infections VIH, VHC, et des surdoses depuis plus de 30 ans.
Ça fait déjà cinq ans... ça fait six ans, cette année, qu'on a un service de
consommation supervisée dans les lieux. Donc, les gens peuvent venir consommer
des substances de manière légale à l'intérieur de Spectre de rue, et on a du
personnel, autant infirmier que des intervenants psychosociaux, qui peuvent
répondre puis faire la prévention des surdoses mais aussi intervenir en cas de
surdose, et donc sauver la vie de la personne qui est en surdose.
L'année
dernière, c'est presque 400 personnes différentes qui ont utilisé les
services de la salle de consommation supervisée.
C'est à peu près 9 000 visites par année, donc, 400 personnes
qui reviennent, là, 9 000 fois, et c'est à peu près... Dans
les dernières semaines, on va compter à peu près deux surdoses par semaine, ce
qui n'était vraiment pas les statistiques qu'on avait à l'ouverture, il y a
cinq ans.
On est beaucoup plus en intervention maintenant,
des interventions qui sont plus longues, donc qui demandent plus de ressources
mais aussi plus de temps. Et de la proximité de nos services... C'est une salle
qui est très petite. Ça fait en sorte qu'on
doit fermer le service, le temps de la surdose, de l'intervention, ça fait que
les personnes ne peuvent pas avoir accès à ce service-là pendant ce
temps-là aussi.
Lorsqu'il y a
des surdoses, c'est sûr que nous, on a des protocoles de toujours appeler les
services ambulanciers. Ça fait qu'il y a à peu près, en moyenne, quatre
fois les ambulances qui viennent à Spectre de rue par semaine. Des fois, c'est
beaucoup plus, des fois, c'est beaucoup moins, mais c'est des intervenants
qu'on a besoin d'appeler pour pouvoir faire notre
travail. Des fois aussi, ça va être des intervenants plus de justice, donc la
police, mais là, pour rester en santé, on a beaucoup besoin, là, du personnel
ambulancier pour nous épauler.
On a aussi créé un service de télémédecine.
Donc, les gens qui viennent à Spectre de rue peuvent voir une équipe spécialisée pour commencer des traitements
de substitution à leur consommation d'opioïdes. C'est 80 consultations
de télémédecine par année, à peu près, pour que les gens puissent avoir accès à
ce traitement-là, donc, rencontre du personnel médical également pour tenter de
substituer une consommation à une autre ou complètement d'arrêter leur
consommation.
On essaie aussi de créer des corridors de
services avec le personnel de la santé pour avoir des infirmières dans l'espace
public, également des infirmières plus présentes aussi dans les services de
consommation.
Puis, bien, j'imagine que vous le savez, mais
tout le matériel qu'on donne, donc, les seringues, les tubes pour fumer par...
bien, pour consommer par inhalation, tout ce matériel-là est également fourni
par la Santé publique. Puis nous, on n'a pas de limite, là, de distribution,
d'où la... bien, la mission et la prévention des ITSS, donc, on n'a pas de
limite de matériel de consommation ou de protection qui sont distribués. Donc,
ça aussi, pour nous, c'est quand même une grosse partie de notre travail, parce
qu'on distribue énormément de matériel par nos services.
Donc, je vais m'arrêter là. Je vais plus
répondre à vos questions, si vous en avez, puis... Voilà. Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup. C'est sûr qu'il va y avoir des questions.
Je vais juste me permettre de souligner tout le travail que vous faites. C'est
important, ce que vous faites, et, moi, ça me touche beaucoup.
Mme Pontbriand (Alexandra) : Merci.
• (16 h 10) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Alors, on va commencer, donc, la période d'échange avec les
parlementaires. Je me tourne du côté de la banquette gouvernementale, avec le
ministre. Et vous avez une période de 16 min 30 s. M. le
ministre.
M. Carmant : Oui. Merci beaucoup,
Mme Pontbriand, pour votre travail. J'ai eu la chance de venir visiter Spectre
de rue cet été, quand on a fait l'annonce des fonds supplémentaires. L'enjeu,
c'est : Qu'est-ce qu'on a besoin pour
aider votre clientèle encore plus et renverser la tendance, là, quand on parle
de consommation et de risque de surdose?
Mme Pontbriand (Alexandra) : Bien,
c'est sûr qu'il y a quand même plusieurs choses qui peuvent être faites. Je pense que la première chose pourrait
être de faciliter l'accès à des traitements de substitution ou à du... qu'on
appelle le «safe supply». C'est de l'approvisionnement sécuritaire. Donc, ça
fait en sorte que les gens ont accès à leurs
produits de choix, qui est vraiment un élément important pour les personnes qui
consomment. Ce n'est pas parce qu'une personne consomme, par exemple, de
la morphine qu'il va être facile pour lui de changer de médicament puis d'aller
utiliser une autre molécule. Ça fait que, souvent, ce qu'on voit... Et c'est
sûr que ça a été facilité au début de la COVID, puis, en temps de COVID,
l'approvisionnement sécuritaire a été facilité, mais ce que les personnes nous
disaient, en fait, c'est qu'eux consommaient de l'héroïne et ont reçu des 10
lots de prescription. Ce que ça faisait... Ça
faisait en sorte que les gens n'avaient pas leur consommation de choix. Après
ça, les gens nous disaient : Bien, moi, pour avoir de l'héroïne, ce que je faisais, je prenais mes 10 lots,
j'allais les vendre dans la rue. Ça fait que, là, on vient approvisionner le
marché illégal en substances légales pour que les consommateurs aient leurs
produits de choix. C'est vraiment quelque chose qui est important pour
eux parce que ça peut aider aussi.
Toute l'injection, toute la consommation, c'est
vraiment quelque chose de routinier pour les personnes. Ça fait que, quand on essaie de changer des petits,
petits, petits éléments de l'injection sécuritaire, juste de se désinfecter
avant d'aller s'injecter, c'est quelque chose qui est vraiment
difficile. Ça fait que, quand on essaie d'aider une personne, mais qu'on ne lui
donne pas son produit de choix, je pense que ça peut être vraiment dommageable,
autant pour les gens qui vont avoir accès à
la consommation dans la rue... Puis, la personne, bien, est-ce qu'elle va se
procurer de l'héroïne légale? Probablement pas. Est-ce que ça va la
rendre plus à risque de faire une surdose? Probablement. Donc, je pense que ça,
c'est un élément quand même clé dans l'approvisionnement sécuritaire, d'écouter
les personnes.
Puis il y a des médecins à qui on parle, dont,
je pense, Marie-Ève Goyer, qui était là ce matin avec vous... Elle dit souvent
qu'elle voit les personnes arriver dans son bureau, qui consomment des doses
complètement hors de l'ordinaire, puis elle, justement, pour répondre à leur
confort, elle va prescrire quelque chose qui se veut à la hauteur de ce que la personne demande. Puis ses collègues
dans le milieu médical lui disent : Mais qu'est-ce que tu fais là, c'est
complètement, tu sais, épouvantable de prescrire ça. Mais la personne ne sera
pas confortable, donc, nécessairement, elle va aller chercher à l'être.
Ça fait qu'elle va utiliser les moyens qu'il y a en ce moment, par exemple, le
vol, taxer, peu importe, pour répondre à ça, à cette demande-là de produit de
choix.
Ça fait que, si on veut faire de
l'approvisionnement sécuritaire, je pense qu'il faut vraiment répondre à cette
demande-là puis peut-être... là, je ne suis pas médecin, mais d'aller voir
peut-être autour des protocoles médicaux des médecins, comment on fait pour
répondre à cette demande-là pour que les gens aient ce qu'ils ont de besoin,
même si, selon nous, ce n'est pas la bonne...
M.
Carmant : Absolument. Puis elle nous a parlé d'impliquer un
peu plus les médecins ce matin, effectivement. Puis, moi, ce que la
Santé publique me parle souvent, c'est l'aspect inhalation. Vous, vous faites
juste de l'injection. C'est ça? Qu'est-ce que vous en dites, des besoins en
sites d'inhalation supervisée?
Mme
Pontbriand (Alexandra) : Bien, effectivement, les quatre services de
consommation à Montréal n'ont que de la consommation par injection. C'est sûr
que quelqu'un pourrait snifer une substance, dans le sens que la
consommation... C'est pour ça qu'on appelle ça les services de conso et non les
services d'injection, parce qu'on veut aller vers une consommation qui est
multiple. Mais, pour l'instant, c'est vraiment un problème, en fait, de ne pas avoir de salle de consommation par inhalation,
particulièrement dans le centre-ville. C'est un endroit qui... Tu sais,
historiquement, il y a toujours eu beaucoup de consommation par inhalation.
Nous, à Spectre de rue, on est à côté du Village,
le Village, qui est connu aussi pour avoir une très grande consommation de
crystal meth, donc, par inhalation. Ça fait en sorte qu'on manque
vraiment toute une partie de la population qui est visée par la mission de
prévention des surdoses. Ils ne peuvent pas venir chez nous pour se sentir en
sécurité de leur consommation, puis c'est vraiment ça qu'on veut faire.
Après ça, on a des
services de vérification de substances maintenant. Donc, les gens pourraient
venir vérifier, faire vérifier leur substance pour voir qu'est-ce qu'elle
contient, qui est un moyen, justement, de faire de la prévention ITSS, des
surdoses, et tout, mais, après ça, il nous manque vraiment ce levier
supplémentaire là d'accueil sécuritaire pour les gens qui consomment, de
manière générale.
Donc, pour
l'inhalation, c'est vraiment... on est en retard au Québec, on est en retard à
Montréal. Je pense qu'on aurait besoin d'aide, en fait, pour pouvoir accélérer
ce processus-là, autant pour, tu sais, des enjeux, tu sais, qui sont
superlocals, tu sais, des règlements d'urbanisme, dans Ville-Marie, par
exemple, qui va être un enjeu, mais aussi pour l'acceptabilité sociale. Vous le
savez, qu'est-ce qui se passe dans Saint-Henri. C'est vraiment difficile, mais
c'est vraiment des services qui ont prouvé leur efficacité, qui ont prouvé leur
volonté d'être puis qui ont même montré que
la criminalité dans un rayon de 250 mètres des sites de consommation est
moindre que dans le reste du quartier.
Ça fait qu'on a des
données de santé, on a des données judiciaires. Tu sais, je pense qu'on est
vraiment, là... C'est le moment de dire que... Malheureusement, c'est ça que ça
prend pour répondre à cette crise-là. Puis c'est des moyens qui sont accessibles.
C'est des installations qui existent. C'est des installations qui... tu sais,
qui demandent juste quelques «tune-ups» faciles à faire. Ça fait qu'on est
vraiment là en ce moment.
Puis on pourrait
vraiment mieux répondre à la crise des surdoses parce qu'on sait maintenant que
les produits sont contaminés. On a vu les
neuf personnes autochtones qui ont fait une surdose en même temps, qui
étaient... qui avaient de la consommation contaminée. Donc, heureusement, ils
étaient dans un service d'hébergement, contrevenaient quand même au
règlement, mais ils étaient à l'intérieur. Ils étaient avec des personnes qui
étaient formées pour répondre à la surdose.
Donc,
ça, c'est bien, mais qu'est-ce qu'on fait avec toutes les autres personnes
qu'on échappe dans l'espace public, qui créent des enjeux de
cohabitation aussi? Ça fait qu'on... En fait, en ouvrant ces services-là, on
répond à tout le monde, je crois.
M. Carmant : Bien,
moi, je tends vers ce que vous dites également, mais il y a vraiment une
inquiétude par rapport à la cohabitation. Vous, comment vous... Tu sais,
Spectre de rue, on en entend quand même peu parler, là, à ce sujet-là.
Qu'est-ce que vous faites de bien et qu'est-ce que vous nous suggérez pour les
autres, les autres sites?
Mme Pontbriand
(Alexandra) : Bien, je suis vraiment contente de pouvoir vous le dire
de vive voix, là. J'ai l'impression aussi d'être dans un «one-on-one» avec vous
en ce moment.
M. Carmant : Ah!
il y en a une couple qui vous écoutent.
Mme Pontbriand
(Alexandra) : Bien, à Spectre de rue, on a effectivement eu des enjeux
à l'ouverture de la salle d'injection. On est le seul service qui a ouvert six
mois plus tard, presque, que les autres parce qu'il y avait un gros enjeu de
cohabitation. Il y avait un groupe de parents et de commerçants qui étaient
vraiment en défaveur de l'ouverture, qui ont réussi à faire retarder
l'ouverture. Donc, nous, on est nés en novembre 2017, comparativement à juin 2017 de nos collègues. Il y a eu un comité
bon voisinage qui a été mis en place. Il y avait des personnes de la Santé
publique, de la justice, tu sais, le SPVM, le poste de quartier. Tout le monde
était là avec... Parce qu'effectivement on a
une école à moins de 250 mètres de notre salle de consommation supervisée. Ça
fait qu'on a vraiment mis les choses en place pour sécuriser le corridor
scolaire, pour pouvoir, tu sais, respecter l'environnement autour.
À ce jour, aucun
événement majeur et aucun événement avec des enfants n'est arrivé, à Spectre de
rue, avec des consommateurs puis les gens dans l'espace public. Il n'y a rien
de majeur qui est arrivé. Effectivement, il y a eu des vols dans les commerces avoisinants. Il y avait déjà des vols dans
les commerces avoisinants. Il y a eu des plaintes qui ont été faites au service
de police pour des gens qui venaient dans les commerces faire du saccage. Les
personnes ont été retrouvées, ont été identifiées et arrêtées. Ce n'est
pas des personnes qui consomment. C'est des personnes qui avaient des enjeux de
santé mentale. Le comité bon voisinage n'existe plus parce qu'il n'y a pas de
demande du voisinage. Nous, on va en partir un, on va faire des rencontres
sans... on va les faire demain matin si c'est ça qui est nécessaire. On n'a pas
de demande pour réouvrir ce comité-là.
Ça fait que, pour
nous, c'est une réussite, en fait. C'est de dire que les efforts qu'on a mis
pour l'espace... dans l'espace public pour
notre voisinage fonctionnent. On est en lien très proche avec les commerçants
qui sont autour, également avec l'école. S'il y a quelque chose, on
est... on va vraiment intervenir rapidement pour remédier à la situation, pour
que tout le monde puisse recevoir les services dont ils ont besoin, autant les
services d'éducation que les services de
santé qu'ils reçoivent à Spectre de rue. Ça fait que ce qu'on fait de bien, en
fait, c'est que... c'est qu'on a un
beau record de zéro pour ces événements-là. Puis on n'a pas de comité bon
voisinage parce qu'on juge... bien, en fait, le voisinage juge que ce
n'est pas nécessaire. Il ne nous interpelle pas.
M. Carmant : Très
heureux d'entendre ça. Mme la Présidente, je passerais la parole à une de mes
collègues.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Mme Pontbriand (Alexandra) : Merci
beaucoup.
La
Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Alors, je me tourne du
côté de la députée de Soulanges. Il reste encore
6 min 41 s.
• (16 h 20) •
Mme Picard : ...en commission
parlementaire avec nous aujourd'hui. Je voulais savoir, parce que ça fait quand
même un petit bout que vous êtes avec l'organisme et que vous connaissez bien
le terrain, est-ce que, depuis les dernières années, il y a eu une accentuation
de la crise? Est-ce que vous avez vu du changement? Est-ce que c'est resté, somme
toute, la même chose ou bien vous avez vu une évolution? Et puis comment vous y
faites face, à cette évolution-là?
Mme Pontbriand (Alexandra) : Il y a
cinq ans, j'étais intervenante en site de consommation supervisée pour Spectre de rue, ça fait que je pense que j'ai
un bon positionnement pour vraiment voir l'évolution des cinq dernières
années, du moins.
C'est
complètement différent. C'est vraiment, vraiment différent, autant avec
l'interaction auprès des personnes que la vie dans un local puis
l'intervention qui doit être faite auprès de ces personnes-là. Il y a cinq ans,
dans mon un an et demi d'expérience de site
de consommation à Spectre de rue, il a fallu que j'intervienne pour une
surdose. Aujourd'hui, ce qu'on a fait, c'est qu'il y a des alarmes dans
les espaces communs de l'organisme. Donc, l'organisme est mobilisé s'il y a une surdose. Tout le monde a son rôle à
jouer. Moi, j'ai le bon rôle d'aller parler avec les ambulanciers, ou la
police, ou les pompiers, mais... Donc, tu sais, je suis autant active
dans les surdoses que si j'avais été sur le plancher. Maintenant, tu sais, justement, là, je coupe des Zoom parce qu'il y a
l'alarme. Je suis toujours... je vais dire dérangée, là, qui n'est pas le bon mot, mais je suis
dérangée souvent parce qu'il y a des alarmes de surdose. Par contre, dans,
c'est ça, la première année et demie, moi, j'en ai vécu seulement une.
Aujourd'hui, j'en vis à peu près... c'est ça, deux par semaine.
C'est des surdoses... En fait, les substances
sont extrêmement contaminées. On parle beaucoup de fentanyl, mais le fentanyl est particulièrement contaminé
avec des benzodiazépines, qui est une autre molécule qui vient affecter la respiration. Donc, la naloxone, qui est
utilisée pour l'antidote à la surdose, ne va pas fonctionner sur le
benzodiazépine. C'est vraiment l'oxygène à long terme qui va pouvoir
ramener la personne, qui va revenir petit à petit, tandis que la naloxone, quand on voit ça fonctionner, quand on
le voit à l'oeuvre, c'est vraiment surprenant, parce que la personne,
elle revient, là, de manière automatique. Tu sais, elle se fait donner... Bien,
c'est sûr que ça prend un petit temps, mais la personne va se réveiller, va prendre une bouffée d'air puis elle revient
vraiment à la vie. C'est vraiment impressionnant.
Là, ce qui se
passe en ce moment, c'est que les gens sont dans un dodo qui est, on a
l'impression, interminable, parce qu'en fait la personne est en train de
mourir. Elle est en train d'arrêter de respirer. Ça fait que ça fait des
interventions qui sont beaucoup plus longues. Il a fallu former notre personnel
à l'administration de l'oxygène, ce à quoi on avait... Je vais vous le dire
aujourd'hui de manière transparente, ça nous a pris plus que quatre ans d'avoir
des formations pour donner de l'oxygène, de la part du personnel
d'intervention, parce que la Santé publique jugeait que c'était un acte qui était réservé. Pourtant, si vous êtes un parent
qui a besoin de donner de l'oxygène à votre enfant, vous partez de l'hôpital
avec une bonbonne puis un protocole, puis vous donnez de l'oxygène à votre
enfant. Nous, on n'avait pas le droit, ce qui faisait aussi que ça mettait
aussi... Puis malheureusement, avec la Santé publique, il y a eu découverture
de personnel infirmier. Ça fait que, quand on n'avait pas d'infirmier sur
place, on ne pouvait pas administrer de l'oxygène, ce qui était un peu une
incohérence, selon nous. Ça fait qu'on a travaillé fort. Maintenant, les
intervenants sont formés pour administrer de l'oxygène, en plus de la naloxone,
ce qui fait que c'est une réponse qui est beaucoup plus adéquate à ces
situations-là.
Ensuite, bien, malheureusement, on a dû fermer
un cubicule. Donc, avant, on avait quatre places d'injection disponibles.
Maintenant, on en a trois, parce que, bien, les gens, quand ils font des
surdoses, puis comment le local est fait, ça créait des enjeux avec les
personnes qui venaient consommer. Donc, on a fermé un cubicule. Ça fait qu'on
est, bien, un petit peu plus de gens pour moins de personnes qui s'injectent.
Donc, tu sais, le ratio de surveillance est peut-être un peu mieux.
Par contre, à Spectre de rue, il y a de
l'attente. Il y a de l'attente tous les matins. Tous les jours, les gens attendent. Donc, pour un consommateur, c'est un peu
une incohérence aussi d'avoir sa consommation dans les poches, son
matériel, être prêt à s'injecter, avoir un besoin physique puis de devoir
attendre peut-être des heures. Ce n'est pas productif. Donc, les gens,
malheureusement, vont aller consommer dans l'espace public. Là, ils sont en
danger de faire une surdose, qu'on ne les retrouve pas, qu'on ne puisse pas
intervenir.
Ça fait que c'est sûr qu'on a créé des
protocoles, on a changé nos protocoles pour mieux y répondre, mais c'est
vraiment... C'est le jour et la nuit, là, complètement, d'il y a cinq ans à
aujourd'hui. Il y a cinq ans, on écoutait des films. Maintenant, on ne fait
plus ça. On fait vraiment, là, de la surveillance à l'injection.
On a de la misère à créer les liens de confiance
avec les personnes. Le lien se crée vraiment par la disponibilité d'un endroit,
puis, petit à petit, on crée le lien avec la personne. J'ai l'impression
qu'avant les gens nous connaissaient ou connaissaient l'organisme, donc,
venaient utiliser le service, puis après ça le lien s'est construit, mais là on est vraiment dans un rapport qui est
beaucoup plus utilitaire avec les personnes. Donc, l'intervention psychosociale, c'est comme s'il y a moins de place
pour ça aussi parce qu'on est vraiment dans une urgence d'intervention, de santé, de consommation, parce que les personnes sont
beaucoup... bien, leurs habitudes puis leur dépendance, elle est très présente
puis elle est très forte, ça fait qu'eux veulent répondre à ça.
Ce n'est pas une
situation idéale, mais on fait avec ce qu'on a. Puis je pense qu'on a des beaux
résultats, quand même, là. Mais c'est sûr que plus de moyens, plus d'accès,
justement, au «safe supply» et avoir plus... des salles qui sont plus grandes,
avoir des salles d'inhalation, c'est dans les leviers, là, qui sont, on dirait,
là, au bout de nos doigts. Donc, nous, c'est vraiment sur ces clous-là qu'on
tape. Merci.
Mme Picard : Merci.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Il
reste 20 secondes. Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : J'avais
une question, mais mon préambule était un peu long. Mais je vais tout de même
vous remercier pour le travail que vous faites, parce que je sais
qu'initialement vous étiez plus axés vers les maladies transmises sexuellement.
Donc, depuis ces dernières années, votre travail a changé énormément. Votre
clientèle a changé. Et j'en profite aussi pour remercier tous les organismes de
travail de rue.
Ma question visait
davantage à tenter de...
La Présidente (Mme
Lecours, Les Plaines) : C'est malheureusement terminé.
Mme Tardif : Merci.
C'est ce que je pensais.
La Présidente (Mme Lecours, Les Plaines) : Mais
les remerciements sont faits. Merci beaucoup, Mme la députée. Alors, je me tourne du côté de l'opposition
officielle avec la députée de D'Arcy-McGee pour une période de 12 min 23 s.
Mme Prass : Merci.
Merci de votre présence aujourd'hui et de nous avoir alimentés. Deux choses que
j'ai retenues de votre présentation, que j'ai trouvée très intéressante, la
question des vérifications des substances... Parce que, justement, ce matin, on a un groupe qui a témoigné qui nous a
révélé que 77 % des décès ont impliqué des opioïdes de type non
pharmaceutique. Donc, moi, ma question, premièrement : Est-ce que vous
trouvez que la majorité des gens qui viennent... bien, qui viennent, justement,
prendre avantage du site vous demandent que cette vérification soit faite? Et est-ce que c'est quelque chose qui,
justement, vous pensez, ne serait pas utile pour qu'on l'étende dans d'autres
points de service ou sites, si vous voulez, parce que, justement, ça implique
tellement des décès qu'on voit?
Mme Pontbriand
(Alexandra) : Bien, d'emblée, moi, je suis d'accord avec le fait que
la vérification devrait être beaucoup plus accessible. Même à Spectre de rue,
elle devrait être beaucoup plus accessible, dans le sens que... C'est sûr qu'on
essaie que les gens qui viennent dans la salle de consommation testent leurs
substances. C'est vraiment un choix. C'est à leur guise. Ce qu'on s'est rendu
compte, parce que ça fait quelques mois qu'on opère notre service... Il y a
beaucoup plus de gens qui sont venus tester des substances comme la MDMA que du
fentanyl. Ce que ça nous dit, c'est que
c'est des consommateurs qui sont... Parce que les gens viennent... Bien, nous,
c'est beaucoup des consommateurs de
rue, là, des gens qui sont en situation d'itinérance, la majorité, donc, qui
consomment du fentanyl, qui veulent consommer du fentanyl parce que,
depuis la COVID, il y a absence d'héroïne, d'héroïne, tu sais, de qualité, du
moins, là. Ça fait que les gens se sont tournés vraiment vers le fentanyl, donc
viennent consommer du fentanyl. Ça fait qu'au début on le testait beaucoup puis
on était là : Il y a du fentanyl dans ta dose, tu sais, fais attention,
puis tout ça. Là, les gens se sont tellement habitués à consommer le fentanyl
que c'est ça qu'ils veulent. Donc, ils ne vont pas nécessairement avoir le
réflexe de le tester.
Par contre, on ne
sait jamais sur quoi on tombe, là. C'est un peu un réflexe qu'on essaie de leur
inculquer. Mais, comme je disais tantôt, le simple fait de nettoyer son bras
avant l'injection, des fois, c'est difficile à intégrer dans une routine. Les
personnes qui consomment, tu sais, les routiniers, là, qui vont venir
consommer, aller quêter puis revenir pour consommer, c'est rare qu'ils vont
faire tester. On se rend compte qu'ils font tester après la surdose. Tu sais, c'est
un peu ironique, là, mais... Il y a eu... Tu sais, il y a eu une supergrosse
surdose il y a deux semaines, puis la personne a fait tester sa consommation
après, ça fait qu'on s'est rendu compte de ce qu'il y avait dedans, le
lendemain, est revenue avec la même consommation. Donc, tout le monde s'est mis
des gants à son arrivée, puis on était prêts à injecter la naloxone, là. On
était vraiment... Mais, tu sais, tout le monde a fait ça ensemble, ça fait que
c'est ça qui est vraiment bien.
Mais, encore là, la
vérification, c'est quelque chose qui est quand même long à faire, ça fait que,
si tu viens puis que tu es prêt à consommer, tu ne vas peut-être pas
nécessairement aller faire la vérification avant.
• (16 h 30) •
Je
pense que ce service-là, il est vraiment le fun aussi pour les consommateurs
qui ne sont pas des consommateurs d'opioïdes, qui ne sont pas des gens
qui vont avoir tendance à faire des surdoses non plus. Mais, comme la MDMA ou les substances qu'on peut avoir dans la rue
sont contaminées aussi, donc, on veut vraiment que la population générale
soit au courant.
Après, bien oui,
effectivement, il faudrait... il faudrait tester de plus en plus, mais c'est
des logiciels qui coûtent énormément
d'argent, là. Ce matin, justement, j'ai eu une petite présentation de mes
collègues de la vérification qui disaient que, pour avoir des résultats
beaucoup plus précis, pour pouvoir donner des pourcentages précis aux personnes... Parce que c'est ça que les personnes
nous demandent : C'est quoi, la quantité de tel produit puis tel produit? Pour
l'instant, on n'est pas capables de leur dire ça parce que les technologies
qu'on a ne nous le permettent pas.
Il y a une technologie qui
existe, qui nous le permet. C'est un frais de 15 000 $ de plus.
Malheureusement, ce n'est pas quelque chose que nous, à Spectre de rue, on va
pouvoir se permettre. Par contre, c'est un outil qui changerait la vérification
de substances puis les données qui sont transmises aux personnes, parce que
c'est celles-là qu'elles nous demandent, les personnes, c'est vraiment les
pourcentages.
Là, en ce moment, on est capables d'avoir plus
une fenêtre, tu sais, de probabilité d'erreur plutôt que quelque chose, qui
coûte malheureusement 15 000 $, qui va pouvoir nous... tu sais, nous
donner des réponses très, très précises.
Bien, c'est tangible, ça existe. C'est juste que c'est au-delà de nos moyens.
Donc, malheureusement, on ne pourra pas offrir ça aux personnes, mais...
Mme Prass : Oui. On s'entend que
15 000 $... Une vie vaut... vaut beaucoup plus que ça. Donc, ce
serait un investissement dans le bon endroit.
Mme Pontbriand (Alexandra) : Je suis
d'accord avec vous.
Mme Prass : Aussi, vous avez parlé
de la télémédecine, puis j'ai vu le ministre s'étonner un petit peu. Il avait
l'air excité. Donc, je ne sais pas si c'est un projet pilote que vous faites.
Comment vous avez établi ça? Parce que je trouve ça très intéressant, très
innovateur avec cette population-là.
Mme Pontbriand (Alexandra) : C'est...
Bien, c'est comme un projet qui sort un peu de nulle part. C'est des besoins qu'il y avait pendant la COVID. Les gens
avaient encore moins accès à leur équipe traitante. C'est avec l'équipe du
CHUM, l'équipe de toxicomanie du CHUM. Et, si je ne me trompe pas, ils font
également la même chose avec CACTUS Montréal. Donc, c'est CACTUS
Montréal qui a commencé à offrir de la télémédecine à ses participants. Nous,
ensuite, on a embarqué.
C'est vraiment un beau projet. C'est vraiment
quelque chose qui fonctionne superbien. Puis ce qui est vraiment le fun, c'est que les gens, tu sais, arrivent ici... Nous, on a
les... tu sais, on a l'ordinateur, on a un bureau. Ils peuvent, tu sais, s'asseoir tranquillement puis vraiment
bénéficier d'une rencontre avec un médecin, avec des infirmières, comme
ils auraient eu dans un bureau de consultation. Juste se rendre dans un bureau
de consultation, pour les personnes, là, qui consomment... tu sais, je vais dire
nos réguliers, là, ceux qui sont à la quête puis qui sont un peu à la dosette
comme ça, de se présenter à un rendez-vous dans une clinique médicale, c'est
vraiment un obstacle. C'est vraiment, vraiment difficile. Ça fait que le fait
de pouvoir, justement, venir peut-être faire son injection avant, de pouvoir
être calme, de pouvoir parler correctement avec son équipe traitante... Il y a
un intervenant qui est présent aussi, qui va peut-être
être capable, justement, de démystifier certains termes ou de pouvoir faire des
rappels ou des suivis à la personne. C'est vraiment, vraiment apprécié.
Les places sont toujours pleines. Les gens
veulent vraiment recevoir des traitements. Les gens ne veulent pas être des
consommateurs actifs, là. Ce n'est pas... Il n'y a pas personne qui veut être
dans cette spirale-là. Puis de venir à Spectre de rue tous les jours, plusieurs
fois par jour, de devoir dire toutes ces informations-là sur notre vécu puis de
potentiellement mourir, bien, les gens, ce n'est pas ça qu'ils veulent. Les
gens, ils veulent avoir accès à des soins de santé, mais qui répondent à leurs
besoins. Puis c'est ces besoins-là auxquels il faut qu'on s'adapte, parce que, pour l'instant, ça ne fonctionne pas. Comme
je parlais tantôt pour l'approvisionnement sécuritaire, ça ne fonctionne
pas. On ne donne pas les bonnes molécules aux personnes. Ça fait que c'est sûr
que, je veux dire, si je commande des oranges, si je mange des oranges tout le
temps, bien, j'ai... c'est des oranges que je veux. Je ne veux pas des bananes,
là. Tu sais, c'est un peu... c'est un peu idiot, là, comme comparaison, mais
c'est vraiment ça. Les gens, ils disent : Moi, je consomme de l'héro,
pourquoi vous me donnez de la Dilau? Bien, c'est une excellente question.
Mme Prass : Puis, dans ce même sens,
on sait que, souvent, l'origine d'un problème de toxicomanie, c'est des enjeux
de santé mentale. Pour la question télémédecine, est-ce qu'il y a aussi des
visites avec des travailleurs en santé mentale ou c'est vraiment plus côté médecin,
côté aspect physique?
Mme Pontbriand (Alexandra) : C'est
vraiment très médecin, physique. C'est même très traitement de substitution et
de... c'est ça, traitement de substitution. Donc, on va vraiment commencer un
traitement, par exemple la méthadone, la Suboxone, ce genre de produits là.
Puis je tiens quand même à ajouter que, oui, il
y a énormément de gens qui consomment à consommer... qui commencent à consommer par des enjeux de santé
mentale, mais, si je prends notre personne type, là, à Spectre de rue, c'est un
homme dans la cinquantaine qui est en itinérance chronique depuis très, très
longtemps. Ce n'est pas des gens qui ont des enjeux de santé mentale, la
plupart du temps. Ça s'est créé avec le temps. Bien, c'est des gens qui
ont vécu un divorce vraiment terrible, ça s'est mal passé, des gens qui...
beaucoup, beaucoup de personnes qui ont eu des accidents de travail, qui ont eu
des accidents de la route, qui se sont fait donner des traitements opioïdes
pour la douleur, puis que c'est comme ça que ça a commencé, toute cette
histoire-là. Énormément de gens nous disent que c'est par de la consommation...
bien, en fait, de la consommation... de la prescription légale qu'ils se
sont... qu'ils en sont venus à consommer de manière problématique. Ça fait que,
oui, la santé mentale, mais je ne mettrais pas tout sur ce dos-là vraiment.
Mme Prass : Puis, justement, vous
parlez de la population itinérante, puis c'est deux enjeux qui se touchent
énormément. Donc, je serais curieuse de savoir votre position sur la
décriminalisation, parce qu'évidemment, là, on voit, ça
se fait sur plusieurs autres territoires. Donc, compte tenu de ce que vous
faites puis que vous travaillez avec cette population tous les jours, comment
est-ce que vous verrez ça?
Mme Pontbriand (Alexandra) : Bien,
c'est sûr que je suis très... Bien, à Spectre de rue, on est très en accord
avec... avec ça. Non seulement ça va aider pour des questions de santé, mais ça
va aussi aider énormément sur des questions de justice, sur des questions de
criminalisation. Ça fait qu'on est vraiment sur deux fronts. C'est un des
leviers qu'on a qui va avoir des effets multiples. Autant ça va aider les
personnes à ne pas être toujours en situation de
judiciarisation parce qu'ils ont de la consommation dans les poches, après ça,
bien, les gens, justement, qui ont de la consommation dans les poches vont pouvoir se sentir en sécurité soit de
venir consommer ici ou de venir consommer, bien, ailleurs, peut-être
dans un endroit illégal, malheureusement, parce qu'on ne peut pas les
accueillir tout le temps, mais ça va les
rendre moins stressés. Ça va les rendre vraiment plus... bien, à l'aise de
faire leurs démarches, malheureusement,
là, parce que les gens se mettent vraiment dans des situations dangereuses soit
pour aller s'approvisionner ou pour
consommer. Ça fait que, si on n'a pas cette criminalisation-là, qui est comme
un peu toujours en arrière-plan, bien, ça va aider les gens aussi à pouvoir
faire leurs choses, ce qui... leurs démarches de santé, ou de logement, ou
toutes... toutes ces choses-là. Ça fait que je pense vraiment que la
décriminalisation, ça a des... ça a des opportunités de régler... de régler...
d'intervenir sur plusieurs problématiques.
Puis je pense que c'est... On n'a pas le choix.
On n'a pas le choix d'aller là, parce que, bien, le statu quo, premièrement, ça
coûte vraiment trop cher, puis, pour moi, c'est déshumanisant de ne pas... de
ne pas mettre les choses en place pour répondre à cette crise-là. Puis, c'est
ça, on aurait... on aurait autant de bénéfices au niveau de la santé que sur
le... au niveau judiciaire, d'après moi.
Mme Prass : Parfait. Puis, là
aussi... Bien, on a parlé, plus tôt ce matin aussi, de l'argent qui va être
récupéré par le gouvernement dans ce recours
collectif. On voudrait qu'il soit réinvesti, justement, en prévention, en
réadaptation, etc. Vous qui êtes sur le terrain, qui voyez ce qui fonctionne,
ce qui ne fonctionne pas, qu'est-ce qu'il manque, etc.? Comment est-ce que
vous, vous voudriez voir cet argent réinvesti, réparti?
Mme Pontbriand (Alexandra) : Bien,
c'est sûr que je répondrais aux besoins les plus criants du moment, d'ouvrir un
service de consommation dans l'ouest de la ville, d'ouvrir les services de
consommation actuels en mode 24/7. Les travailleurs de rue, c'est vraiment
un outil... bien, je vais dire les travailleurs de rue, mais aussi les
pairs aidants, qui sont un peu sur le même modèle que le travail de rue mais
qui sont des personnes qui ont un vécu expérientiel, qui vont à la rencontre
des autres dans l'espace public. C'est un levier supplémentaire pour amener les
gens dans les organismes, des gens qui sont beaucoup plus méfiants, qui sont
dans des situations d'itinérance chronique depuis très, très, très longtemps.
Ils ne vont pas avoir tendance à venir chercher les services de manière
spontanée. Ça fait qu'on a besoin aussi de ces... de ces leviers-là pour
ramener les gens vers... vers les services.
Mais, après ça, moi, je pense que la
télémédecine, d'avoir des infirmières qui sont dans l'espace public avec les
équipes de proximité, c'est des... ça va être des leviers qui vont avoir du
succès, c'est sûr...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Je dois vous arrêter.
Mme Pontbriand (Alexandra) : Pas de
problème.
• (16 h 40) •
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Le temps imparti à l'opposition officielle est terminé.
Merci beaucoup, Mme la députée, mais on va mettre fin à cette discussion avec
le député de Jean-Talon pour une période de 4 min 8 s. Le temps
est à vous, M. le député.
M.
Paradis : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Ça va nous permettre de continuer, justement, sur la
question du financement. Félicitations, d'abord, pour votre travail.
C'est... Ce sont les organisations comme la vôtre qui sont en première ligne,
là, dans des crises comme celles-là. Donc, bravo!
J'ai... Je vais poser trois questions tout de
suite pour vous permettre de répondre aux trois en même temps. Je suis allé voir sur votre site Internet. Sur la
question du financement, j'aimerais que vous nous spécifiiez si vous recevez
du financement, vous-mêmes, du gouvernement du Québec, par exemple, à travers
son programme de soutien aux organisations communautaires.
Deuxièmement, j'aimerais que vous puissiez nous
dire si, vous-mêmes, vous avez senti qu'avec cette crise des opioïdes vous avez — les
besoins ont augmenté — des
coûts additionnels pour vous en matière de personnel, en matière de ressources
dont vous avez besoin.
Et, troisièmement, je me demandais si vous avez
pensé faire des demandes de financement additionnel, notamment du financement de base, qui est une question vraiment
importante pour les organisations communautaires. C'est peut-être le temps de
le faire, parce que, si le gouvernement, donc, finance de manière additionnelle
vos services, vos ressources, on pourrait l'ajouter aux coûts qui vont être réclamés
des compagnies pharmaceutiques à travers les recours dont on parle dans
ce projet de loi, notamment à l'article 12.
Mme Pontbriand (Alexandra) : Merci.
Pour le financement du gouvernement du Québec, effectivement, on en reçoit, tout... toute la portion distribution
de matériel. On a deux travailleurs de rue qui sont financés par une mesure,
la mesure 12.1, là, qui est en
prévention des ITSS, qui finance aussi des intervenants aux sites de
consommation supervisée. Puis on a des ententes
spéciales pour les sites de consommation supervisée. C'est aussi financé par le
gouvernement du Québec.
Les... Bien, les besoins ont augmenté de manière
faramineuse. Ça a effectivement engendré beaucoup plus de coûts. C'est... Bien, c'est une autre opportunité
pour moi de vous dire que, dans le milieu communautaire, les gens ne sont
vraiment pas assez payés pour le travail qu'ils font. C'est vraiment un travail
incroyable qu'on fait, avec très peu de
ressources. Même moi, là, je veux dire, je suis dans mon bureau, je suis la
directrice adjointe, mais j'ai trois autres personnes dans mon bureau,
j'ai le plafond qui me coule sur la tête à chaque jour. Puis, tu sais, on a des
bris, des trous dans les murs, puis ce n'est pas des choses qu'on peut... qu'on
peut... Bien, nous, on n'a pas les moyens financiers de pouvoir avoir les
locaux qu'on voudrait puis de pouvoir payer notre personnel à la hauteur qu'on
voudrait aussi.
Ça fait que c'est sûr que, dans les dernières
années, on a fait des demandes de financement avec des salaires qui étaient
plus élevés qu'à la normale, d'où... En tout cas, de ce qu'on a compris avec
les discussions avec nos homologues de la Santé publique, c'est qu'ils ne
s'attendaient pas à ce que nos salaires soient si hauts, donc il a fallu qu'ils
coupent dans nos subventions. Ça a fait que nous, on a perdu des membres de
l'équipe parce qu'on avait augmenté nos salaires. Puis moi, je trouve que ça ne
fait pas vraiment de sens de faire des appels à projets où, en année 2, en
année 3, en année 4, il n'y a pas d'indexation des salaires. En tant
qu'organisme, c'est difficile pour moi d'appliquer sur un projet pendant cinq
ans, sachant que je ne vais pas pouvoir augmenter le salaire de mon équipe,
quand je suis dans un organisme qui a une échelle salariale, qui est syndiqué,
qui se doit de répondre à des normes du travail puis à des... tu sais, à des
obligations. Donc, je me retrouve devant des choix, des fois, de perdre des
services pour pouvoir payer certaines autres personnes. Pour moi, ça ne fait
pas de sens. Tout le monde fait partie du tout de Spectre de rue, puis on
participe tout le monde à la mission. Bien, ça, c'est pour le personnel. C'est
sûr que, oui, ça a augmenté, en... financièrement.
Après ça, c'est sûr qu'on a... on a énormément
de demandes pour le local, d'avoir un agrandissement de notre salle pour avoir
plus de cubicules pour l'injection, d'avoir une salle d'inhalation aussi. Ça va
venir avec des coûts. C'est des coûts qu'on ne peut pas se permettre. Bien, en
fait, on ne peut pas... on ne peut pas défrayer ça de nous-mêmes. On en a, des
besoins, là. On en a, tu sais, des listes et des listes de besoins, des listes
de... juste de matériel, tu sais, pour les
travailleurs de rue, des manteaux, des bottes, des sacs, tu sais, pour qu'ils
puissent faire leur travail. C'est
des choses que, parfois, on peine à faire financer dans les appels à projets,
mais c'est des coûts qui sont obligatoires pour nous. Ça fait que, d'une
manière ou d'une autre, c'est comme si, à la limite...
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Merci.
Mme Pontbriand (Alexandra) : Ah!
désolée.
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Bien oui, écoutez, ça va vite. Ça passe vite, le temps.
Bien, écoutez, je vous remercie infiniment, Mme Pontbriand, pour votre
exposé, pour avoir répondu à nos questions. Alors, il me reste à vous souhaiter
une bonne fin de journée.
Mme Pontbriand (Alexandra) : Merci
beaucoup.
Mémoires déposés
La Présidente (Mme Lecours, Les
Plaines) : Et, pour nous, avant de terminer, je vais déposer les
mémoires des personnes et organismes qui n'ont pas été entendus.
Et la commission, ayant accompli son mandat,
ajourne ses travaux au mercredi 25 octobre 2023, à 8 heures, où
elle se réunira en séance de travail. Merci.
(Fin de la séance à 16 h 46)