(Neuf
heures cinquante-neuf minutes)
Le Président
(M. Provençal)
: À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de la santé et des services sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue, et
je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 15, Loi visant à rendre le système de
santé et de services sociaux plus efficace.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, Mme Caron
(La Pinière) est remplacée par Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont).
Auditions (suite)
Le Président
(M. Provençal)
: Ça
me fait plaisir. Merci, Mme la secrétaire.
Nous entendrons, ce
matin, les témoins suivants : la Table de regroupements provinciaux
d'organismes communautaires et bénévoles, l'Association des pharmaciens des
établissements de santé du Québec et l'Ordre des pharmaciens du Québec.
Nous allons donc
débuter notre journée de travail en souhaitant la bienvenue à la Table des
regroupements provinciaux d'organismes
communautaires et bénévoles. Alors, mesdames, 10 minutes pour votre
présentation, et par la suite nous procéderons aux échanges. Je vous cède
la parole.
Table des regroupements provinciaux d'organismes
communautaires et bénévoles (TRPOCB)
Mme Fedida (Gaëlle) : Bonjour. Je suis Gaëlle
Fedida, je préside la table, et je suis accompagnée de Mercédez Roberge,
qui la coordonne depuis 16 ans, maintenant.
Donc,
la Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et
bénévoles, c'est une concertation de tous les partenaires communautaires du
ministère de la Santé et des Services sociaux depuis les années 80. Elle
compose... elle est composée de
44 regroupements nationaux, ce qui représente environ 3 200 groupes
communautaires de base. Notre mandat essentiel, c'est d'assurer l'équité dans
l'accès aux services pour la population, donc l'équité entre nos membres
et les groupes communautaires, partenaires du ministère de la Santé.
• (10 heures) •
Grossièrement,
concernant le PL n° 15, nous estimons que ça ne répond pas aux
besoins. Il y a un enjeu de privatisation du réseau public, qui est quand même
une tendance majeure. Et nous, on va se concentrer pour vous présenter ce qui
lève... ce qui est lié aujourd'hui aux organismes communautaires, et notamment
les impacts du PL n° 15 sur les liens entre les organismes
communautaires et le ministère de la Santé, qui est un bailleur de fonds, le
bailleur de fonds principal des organismes communautaires. Donc, dans cette
relation-là, on estime qu'il y a une atteinte au droit d'association et au
respect du droit à la santé. Enfin, on veut aussi souligner qu'il y a quand
même des... beaucoup d'enjeux autour des modalités de la consultation, qui est
extrêmement rapide. Et nous sommes... il n'y
a que deux groupes communautaires que vous allez entendre, malheureusement, vu
la rapidité des... de la consultation, donc, vous avez aussi le réseau
de la... des tables de groupes de femmes, que vous rencontrerez cet après-midi,
mais sinon c'est, finalement, les seuls sons de cloche que vous aurez... que
vous aurez avec la très courte consultation.
Donc, tout de suite,
je vais... je vais vous parler de... du fait que les organismes communautaires
en santé et services sociaux ne sont ni des établissements privés... ni des
entreprises privées, je veux dire, ni des établissements publics. Il est
absolument nécessaire de faire la distinction entre les OCASSS, donc organismes
communautaires autonomes en santé et services sociaux, et les entreprises
privées ou les établissements publics. Pourquoi? Pour garantir leur autonomie. Les OCASSS appartiennent et sont gouvernés par
leurs membres, d'où le principe de la politique de l'action
communautaire autonome au Québec, qui est très distinctif du Québec,
d'ailleurs : c'est par, pour, avec la population. Donc, on parle bien des
communautés locales qui se dotent de structures complémentaires au réseau de la
santé, qui ne peuvent pas, en aucun cas, y être assimilées, et donc pas en
termes des règles qui s'appliquent à elles non plus. Donc, on demande que ce
soit précisément nommé dans le PL n° 15, qui donne... qui dit qu'ils
vont parler de plusieurs programmes. Puis là
on ne parle même pas du PSOC, qui existe quand même depuis 40 ans, qui ne
parle pas non plus de la politique de l'action communautaire autonome,
alors qu'elle existe aussi depuis plusieurs années. On demande à ce qu'un
statut juridique distinct soit proposé pour les OCASSS et qui, donc, pourrait
être... nous permettre d'être clairement
distingués, notamment, de tout le secteur lucratif, parce qu'ici on parle
des... on a l'impression d'être confondus avec les entreprises privées,
alors que nous sommes sans but lucratif, contrairement aux entreprises privées.
Je vais laisser la parole, maintenant, à ma collègue Mercédez.
Mme Roberge
(Mercédez) : Oui, et simplement aussi pour vous aviser que, bien sûr,
on pourra discuter à la fin, là, de d'autres
recommandations qu'on a dans notre mémoire qui touchent l'ensemble... d'autres
enjeux plus globaux, mais on continue
de se concentrer sur ce qui concerne directement les organismes communautaires.
Donc, le ministère de la Santé est effectivement un bailleur de fonds,
et nous regardons le projet de loi n° 15 en fonction de sa capacité ou non
à assurer l'équité d'accès de la population aux OCASSS, aux organismes que la
population se donne.
On a quand même pris
soin d'indiquer quelques informations sur la façon dont, actuellement, le PSOC
fonctionne pour voir les différences et les conséquences qu'apporterait le
projet de loi n° 15. Le PSOC, donc, on rappelle qu'il est quand même
composé de trois modes de financement. On parle souvent à une mission globale, mais il y a d'autres modes et il y a aussi
d'autres formes de financement que le ministère de la Santé attribue aux groupes
communautaires sous différents formats, et il y a des... il y a une partie de
ces financements-là qui sont documentés, il y a une partie qui ne l'est pas.
Notamment, les ententes de services ne sont pas documentées.
Bien, je reviens au
PSOC. Le PSOC, pour nous, est partiellement régionalisé et partiellement
harmonisé. Ce qui est harmonisé, ce sont ce qu'on appelle les fondements, les
fondements comme des conditions d'admission, les formulaires, des règles au
niveau de l'indexation annuelle, la reddition de comptes. Ce sont des règles,
là, qui doivent être appliquées partout pour assurer l'équité. Donc, c'est ce
qu'on appelle les fondements harmonisés. Et l'aspect régionalisé se réalise par l'attribution des subventions par les CISSS
et les CIUSSS, actuellement, aux groupes locaux et régionaux.
Vous...
Dans le mémoire, on vous a indiqué quand même des petits... quelques données
importantes à regarder qui viennent de l'étude des crédits de 2021‑2022.
Il y a 3 035 OCASSS qui reçoivent du financement pour la mission
globale, et plus de la moitié de ceux-là reçoivent également du financement
sous d'autres formes. Le document d'étude des crédits parlait du financement
hors PSOC et même autre financement. Puis je vous rappelle qu'en plus il y a
encore les ententes de services qui ne sont pas là-dedans.
Ça veut dire, ça, que
les OCASSS sont autonomes et doivent l'être pour recevoir du financement à la
mission globale. Donc, lorsqu'un OCASSS est déjà autonome, il le demeure, peu
importe la source, le type du financement qu'il reçoit. Gaëlle a parlé de la
politique gouvernementale de l'action communautaire, elle protège les
organismes par rapport à leurs pratiques de transformation sociale, notamment,
quelle que soit la forme de financement qu'ils reçoivent.
Et ce changement-là,
cette considération-là est importante lorsqu'on regarde le projet de loi. On
constate, par exemple, que le PSOC, donc, Gaëlle l'a dit, n'est même pas
mentionné. Pourtant, il existe depuis 1973. Alors, on ne comprend pas que le
projet de loi dit que Santé Québec va élaborer un programme, il est déjà
élaboré, le programme. De quoi parle-t-on?
On comprend, par le
projet de loi, que le PSOC demeurerait... les orientations du PSOC
demeureraient sous la responsabilité du ministre et que l'opération se ferait
par les... par Santé Québec et ses divisions régionales, qui vont donc
également distribuer les subventions, mais pour que cette séparation-là entre
orientations et opérations fonctionne dans le cadre du PSOC il y a des
conditions à remplir. Le fait de confier l'administration du PSOC à une
instance nationale, ça a eu... cet élément-là a du potentiel au niveau de
l'assurance d'équité, puisque ça peut être une manière d'assurer l'application
des règles harmonisées du PSOC dans toutes les régions, peu importe le code
postal, hein, pour des personnes qui y
habitent, mais la composition du conseil d'administration de Santé Québec nous
inquiète. Étant surtout composé de gens du milieu des affaires, on s'inquiète
que, par méconnaissance, ces membres-là du conseil d'administration ne... prennent des décisions qui
vont à l'encontre du respect de l'autonomie, du respect des pratiques et
des actions de transformation sociale des OCASSS.
On craint aussi que
Santé Québec n'ait pas les leviers qu'il faut pour faire appliquer les
orientations, et ça, ce serait un retour, en fait, à la situation actuelle, où
nous avons énormément de difficulté à faire respecter des règles harmonisées.
Et le ministère n'avait pas à créer Santé Québec ni à faire... ni à le créer
sous la forme d'une société d'État — parce que ça, c'est un problème majeur qu'on
souligne dans l'autre section de notre mémoire — pour régler ce problème-là.
Ce qu'on note aussi,
c'est un petit oubli, un petit oubli qui nous concerne, nous, particulièrement.
La gestion du PSOC, actuellement, fait en sorte que les subventions attribuées
aux organisations nationales et aux centres d'aide et d'accompagnement aux
plaintes ne sont pas administrées par les CISSS et les CIUSSS, mais le projet
de loi oublie de le mentionner. On craint que l'analyse accélérée du projet de
loi fasse en sorte que cet oubli-là ne soit pas traité.
Il y a un élément
très, très, très important dans le projet de loi qui nous inquiète énormément,
c'est la question de l'agrément. On comprend qu'il faudrait qu'un OCASSS
détienne un statut d'agrément pour obtenir une allocation, puis une allocation,
dans le projet de loi, ça... c'est synonyme d'entente de services. Sauf que,
comme on vous l'a dit tout à l'heure, les OCASSS, qui reçoivent toutes sortes
de formes de financement, incluant des ententes de services, pour demeurer autonomes, ne peuvent pas se coller à des
conditions qui seraient dictées par Santé Québec. Les organismes
perdraient toute autonomie en faisant ça. Donc, cet élément... ce dernier
élément là doit absolument être retiré. Les groupes communautaires doivent être
retirés de l'application de l'agrément aux fins de financement, sinon toute
l'autonomie dont ils... qu'ils détiennent va être compromise, parce qu'on ne
peut pas demander à un groupe d'être autonome le lundi et pas le mardi. Ce
que...
• (10 h 10) •
Le Président
(M. Provençal)
: Madame,
votre 10 minutes est écoulé. Alors, vous m'excuserez, nous allons
maintenant procéder à la période d'échange, en débutant avec M. le ministre.
M. Dubé : Bonjour, mesdames. Je
suis très, très content, Mme Fedida — merci — Mme Roberge, pour votre
présentation. Bien, je peux comprendre que, lorsqu'on fait des changements
comme on... comme on propose par le projet de loi n° 15, ça peut soulever toutes
sortes de questions. Puis je respecte ça, là, je pense qu'on va avoir... Peut-être
juste, pour clarifier les choses, on va avoir eu une quarantaine de rencontres,
dont la vôtre, mais on va avoir reçu à peu près plus de... je pense que c'est
75 mémoires de différents groupes. Alors, c'est sûr qu'on va avoir écouté
et pris en note beaucoup, c'est pour ça que
je pense que la vôtre, ce matin, est très importante, là. Ça fait partie quand
même des 75 groupes qu'on va avoir eu des mémoires et avec qui on
va pouvoir avoir discuté.
Le fameux programme
PSOC, dont... dont vous parlez, puis je pense qu'il est... il faut que les
Québécois comprennent de quoi on parle, là, je pense que c'est important de
prendre juste quelques minutes, ce programme-là pour les organismes communautaires, c'est quand même, maintenant, plus
de... je pense, je dirais un chiffre approximatif, là, à peu près plus
de 850 millions qui est redistribué par le gouvernement à tous les
organismes communautaires. Puis notre
gouvernement, au cours des cinq dernières années, a presque doublé ce
programme-là en termes de financement. Donc, ce que... vous avez raison
de poser des questions puis de dire : En quoi ce programme-là va changer
avec l'avènement de... du projet de loi n° 15? Je veux juste vous rassurer puis rassurer tous les organismes
communautaires qui... notre objectif,
ce n'est pas de changer ou de diminuer la contribution que le gouvernement va
faire à ce programme-là, l'argent qui est là va rester disponible.
Même, je serais
curieux, puis c'est une des questions que je veux poser, parce que j'ai souvent
entendu de plusieurs organismes que c'était un petit peu compliqué en ce moment
et qu'il y avait peut-être des... je ne dirais pas des injustices, mais qu'il y avait certains groupes qui avaient de la
difficulté à être reconnus comme groupe, parce que souvent on dit :
Bon, bien, ce groupe-là... ce groupe communautaire là, il est en place depuis
de nombreuses années... puis on ne
questionne pas l'admission ou quoi que ce soit, mais c'est plus difficile pour
des nouveaux groupes de faire leur place.
Alors, moi, avant de
parler de PL n° 15, j'aimerais ça... Parce que, vous l'avez dit, des
fois c'est difficile. Qu'est-ce que vous aimeriez qui soit amélioré dans
l'attribution? Vous avez parlé, tantôt, que c'est administré par les CISSS et
les CIUSSS, j'aimerais ça vous entendre là-dessus, puis après ça on regardera,
parce que, moi, de ce que je comprends, puis ce qu'on vise, on vise que les...
l'orientation ministérielle ne changera pas. Santé Québec va les administrer,
mais il n'y aura pas de changement dans la façon dont on gère le PSOC, mais je
veux vous entendre sur vos insatisfactions du PSOC actuel et en quoi vous êtes
inquiets que ces chances-là, même, peut-être auraient plus de chances d'arriver
avec un Santé Québec. Je vous laisse répondre à cette première question là.
Mme Fedida
(Gaëlle) : Bien, moi, je vais déjà peut-être vous expliquer que, la
révision du PSOC, justement, on essaie vainement et désespérément d'y
travailler depuis plusieurs, plusieurs, plusieurs années. Malheureusement,
les... malheureusement, on est... ça ne fonctionne pas parce qu'on n'a pas la
capacité de travailler dans des délais corrects pour les organismes. Donc là,
ça fait... ça fait quatre ans qu'on discute de la façon dont on voudrait
travailler pour réformer le PSOC. Alors, si on s'était entendus depuis quatre
ans, on l'aurait réformé ça fait... ça fait au moins deux ans déjà. Je vais...
Ça, c'est pour le petit stand de : Pouvons-nous... pourrions-nous avancer,
s'il vous plaît? Je vais laisser Mercédes développer sur les enjeux.
M. Dubé :
Bien, c'est ça, je pense, qui serait plus important pour nous de comprendre,
qu'est-ce que vous voulez réformer dans le PSOC, qui est le programme. Et après
ça on pourra discuter est-ce que PL n° 15 va s'assurer que ça va être
plus facile, avec un organisme comme Santé Québec, de faire ces changements-là.
Ça fait que je voudrais vous entendre sur les changements que vous voulez
faire.
Mme Roberge
(Mercédez) : Bien, un des sujets importants, pour nous, c'est... ça
s'appelle l'harmonisation du PSOC. On s'entend, le PSOC est partiellement
régionalisé et partiellement harmonisé, mais l'équilibre entre ces deux
aspects-là est difficile à obtenir et difficile à surveiller et à faire
appliquer. Lorsque nous voyons, par exemple, nous, des écarts de reddition de
comptes, qui est un élément qui est harmonisé depuis 2008, lorsqu'on voit que,
dans certaines régions, des CISSS et des CIUSSS ajoutent des règles de reddition
de comptes à celles qui sont convenues comme étant celles génériques, générales
pour tout le monde, et qu'on contacte les responsables au ministère, et qu'on
se fait dire qu'elles ne peuvent rien faire, nous n'acceptons pas ça. Nous ne
comprenons pas ça et n'acceptons pas ça, puisqu'il s'agit de règles
harmonisées. Les nuances régionales qui peuvent s'appliquer... Et tout ça a un
effet, en bout de ligne, sur ce que vous nommez, M. le ministre, comme étant
l'accessibilité du PSOC aux groupes, OK? L'aspect... Et donc la... dans chacune
des régions, oui, les CISSS et les CIUSSS, dans leur administration, ont une
attitude, mais elle doit se faire dans le cadre des règles, à l'intérieur des
règles.
Le
projet de loi nous inquiète à l'égard d'une... Ce qui nous inquiète dans le
projet de loi, c'est le... qu'on n'y retrouve pas l'assurance que les
divisions régionales de Santé Québec... parce qu'on comprend qu'elles vont
remplacer les CIUSSS dans le rôle administratif du PSOC pour les groupes
régionaux et locaux, mais on ne trouve pas l'assurance de ça, que... dans le
projet, que les divisions régionales de Santé Québec vont appliquer les règles
harmonisées du PSOC et vont respecter les limites de la régionalisation et les
limites de... et appliquer l'harmonisation...
Un
des exemples qui réfèrent à ce que vous avez nommé au niveau de l'accès, c'est
les critères d'admissibilité au PSOC, et les critères d'admissibilité au
PSOC dépendent de la manière dont... Ça s'appelle la typologie, le type de
groupe, la classification. Pour être reçu au PSOC, il faut rentrer dans une des
cases, une des typologies. Ces typologies-là sont censées être les mêmes
appliquées partout, sauf qu'on découvre que, dans certaines régions, il y a des
typologies qui n'existeraient pas, ce qu'on ne comprend pas, ce qu'on ne croit
pas. Alors là, on a des problèmes au niveau
d'une... du manque d'application d'une règle harmonisée qui touche à la
mission, et ça, ça fait en sorte que, dans une région, un groupe va être
admis au PSOC et qu'il ne le serait pas s'il avait un autre code postal, et ça,
c'est la population de ces régions-là qui est désavantagée.
M. Dubé : En
fait, c'est très clair, ce que vous dites. Ce n'est pas la création de Santé
Québec comme telle qui est le problème, c'est que vous dites : En
ce moment, l'administration du PSOC n'est peut-être pas harmonisée, n'est
peut-être pas... les règles ne sont peut-être pas claires pour tout le monde,
mais ça n'a rien à voir avec la création de Santé Québec. Alors, je pense qu'il
va... Mais je veux juste continuer mon point, parce qu'une des choses qu'on va vouloir faire avec le PL n° 15... c'est
qu'on ne peut pas régler tous les problèmes du monde, on ne peut pas référer à
un programme gouvernemental dans un
projet de loi comme celui-là, un projet... On se comprend bien là-dessus, vous
êtes d'accord avec ça.
Alors, je pense que notre choix, c'est de bien
vous entendre aujourd'hui puis de dire : Il y a des améliorations à faire
au PSOC. Non seulement notre gouvernement y a mis beaucoup d'argent, mais ce
n'est pas la première fois que j'entends ça.
Puis j'en ai parlé, d'ailleurs, à mon collègue Lionel Carmant, qui a quand même
cette responsabilité-là, le ministre des... au niveau des Services
sociaux, c'est d'essayer d'harmoniser ça, mais ce n'est pas Santé Québec qui va changer ça, là, et ça, je pense que c'est
important de comprendre. Alors, je veux juste que les gens comprennent bien
que vos réticences sont plus face au programme lui-même.
Maintenant, si vous aimez moins la création de
Santé Québec, je veux vous entendre là-dessus aussi, mais je pense qu'il faut
être capables de faire la différence entre les deux. Est-ce... (panne de son)
...continuer d'améliorer le programme PSOC, dans lequel on a mis beaucoup plus
d'argent? C'est même le double des montants qui sont faits depuis quelques années. Mais en même temps je veux
vous entendre sur Santé Québec, parce que c'est là qu'on pourrait peut-être
dire : Est-ce que, dans les règlements du PSOC, dans l'application que va
en faire Santé Québec, lorsque les transferts
se font entre le ministère et Santé Québec... qu'est-ce qu'on pourrait
améliorer? C'est là que je voudrais vous entendre, s'il vous plaît.
• (10 h 20) •
Mme Roberge (Mercédez) : Eh
bien, un des... une des choses qui nous inquiètent, c'est, dans l'ensemble du
projet de loi, lorsque... bon, à l'exclusion des quelques articles où il est
nommément question des organismes communautaires, autrement, dans l'ensemble du
projet de loi, on sent que les groupes communautaires sont amalgamés à
organisation privée, à établissement du réseau, même, et ça parce que,
légalement, les organismes communautaires sont sous la... à la troisième partie
de la Loi sur les compagnies. Sauf que, lorsque le projet de loi ne fait pas la distinction entre une règle applicable
aux entreprises privées, entendu au sens d'entreprises privées lucratives
qui vont dispenser des soins privés sur... en facturant les personnes, le
projet de loi devrait, à chaque fois, s'assurer qu'il n'y a aucune confusion
entre les entreprises privées lucratives et les organismes privés qui sont des
organismes communautaires. Et ça, dans le projet de loi, il y a différents...
M. Dubé : Très, très...
excusez-moi, Mme Roberge, je veux juste... Quand vous dites ça, on reporte
quand même toutes les règles de la LSSSS à la... dans la nouvelle loi, en ce
moment. Un organisme à but non lucratif, vous avez raison, c'est en vertu de
cette loi-là, mais il n'y a pas de changement entre la loi LSSSS actuelle et ce
qu'on propose dans le projet de loi n° 15. Qu'est-ce qu'on devrait
changer, selon vous, pour faciliter ça? Parce que ce n'est pas le... ce n'est
pas le fait de créer le PL n° 15 qui change la façon de reconnaître
un organisme à but non lucratif.
Mme Roberge (Mercédez) : Dans ce
cas-là, M. le ministre, pour quelle raison, dans votre plan santé, dans le
document que vous avez déposé, il y a... en page 8, il y a un tableau,
qu'on a reproduit dans le mémoire, où, dans la section «Portrait du volume des
soins et services rendus» et «Capacité du réseau — nombre d'installations», il y a
une ligne «organismes communautaires», comme si les organismes communautaires
étaient des installations du réseau et/ou des organismes privés à but... comme
les entreprises? Il y a une... un glissement de vision. Et on vous dit : C'est bien que les... que certains
articles précisément sur le communautaire précisent qu'on parle du communautaire,
mais de faire attention à... dans le restant
du projet de loi, à bien distinguer, lorsqu'il y a des règles qui ne
s'appliquent qu'aux entreprises privées ou qu'aux établissements du réseau,
qu'elles ne s'appliquent pas aux groupes communautaires. Certains
articles le disent, sauf qu'il ne faut pas... mais pas partout.
M. Dubé : Bien, je ne pensais...
mais c'est un très bon point puis c'est pour ça que je vous écoute avec
intérêt, parce que de ce qu'on... de ce que je comprenais jusqu'à tant que je
vous entende... Puis c'est pour ça que vous êtes bienvenues de dire ce que vous
dites là, je ne pensais pas qu'il n'y avait aucun changement par rapport à la
LSSSS, puis je vais le vérifier, parce que, moi, pour moi... écoutez, c'est
quand même beaucoup d'argent, là, c'est presque 1 milliard qu'on met aux
organismes communautaires annuellement.
En tout cas, de toute façon, si on n'est pas là,
ça s'en va là. Je vous considère, puis d'ailleurs c'est pour ça qu'on en a
beaucoup parlé, dans le plan santé, comme un partenaire, pas comme un organisme
privé. Alors, si vous avez cette perception-là, bien, je pense qu'on fera une
analyse correcte de la loi, mais il n'y avait pas d'objectif de changement à la
LSSSS, si ça peut vous rassurer, mais, si vous avez cette perception-là, je
veux...
M. le Président, il me reste combien de temps?
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Dubé : Il reste trois
minutes. Bougez pas, une seconde, je vais essayer de... Dites-moi comment
vous... Le fait qu'on a mis les groupes, je vais appeler ça, là, du côté des
travailleurs sociaux, beaucoup plus proches du processus décisionnel avec le comité interdisciplinaire, comment vous
vous sentez là-dedans? Vous sentez-vous loin? Parce que vous, vous
travaillez beaucoup plus avec la partie services sociaux qu'avec la partie
clinique ou médicale, je vais dire ça comme ça. Comment
vous vous retrouvez dans cette nouvelle organisation là, où on met le comité
interdisciplinaire puis avec le bloc des services sociaux? Est-ce que ça vous
aide à avoir une meilleure voix? Je veux vous entendre là-dessus.
Mme Roberge (Mercédez) : Moi,
je laisserais les travailleurs et travailleuses sociaux répondre à cette
question-là. Ce n'est pas quelque chose sur laquelle nous, on peut se
positionner. Ce qu'on a cependant souligné, au niveau des... de la composition de différents comités, c'est qu'au
niveau, par exemple, des... du conseil d'administration de Santé Québec, la
forte proportion de personnes issues du milieu des affaires, les «top guns» que
vous... donc que vous avez...
l'expression que vous avez utilisée, ne peut pas nous donner confiance dans le
fait qu'un conseil d'administration de Santé Québec et de ses divisions
régionales va nous... va bien comprendre les spécificités des groupes
communautaires et, par extension, du travail social, mais je laisserai
les gens en travail social le dire.
M. Dubé : OK. Bien, on aura la
chance d'en parler, mais c'est parce que je fais souvent le lien avec,
justement, les travailleurs socials puis les organismes communautaires, qui
sont très, très proches, très, très proches avec... justement pour faire les
bonnes choses, puis je pense que, dans... l'objectif était de leur donner une
plus grande place, qui... de façon non seulement accessoire mais très
importante, peuvent vous donner une meilleure voix au niveau du continuum de
soins. Alors, si vous pensez que... Je suis un peu surpris que ça ne vous donne
pas une meilleure voix par rapport à la
direction de... qu'on veut prendre. Peut-être... Mme Fedida, vous
voulez... Votre micro est fermé.
Mme Fedida (Gaëlle) : Là, je
pense que, normalement, il est ouvert.
M. Dubé : Oui, oui, là je vous
entends.
Mme Fedida (Gaëlle) : Oui, vous
m'entendez? Merci.
M. Dubé : On vous entend.
Mme Fedida (Gaëlle) : Je pense
que, peut-être, la confusion, c'est que le... dans le communautaire, il n'y a
pas que des travailleurs sociaux. Il y en a, oui, mais ce n'est pas forcément
ça, le gros. Puis, quand vous, vous parlez des travailleurs sociaux, c'est dans
le réseau de la santé, alors que, là, c'est... Vous semblez peut-être penser
que le réseau communautaire est comme géré... ou que le partenariat se déploie
avec les travailleurs sociaux, ce n'est pas du tout le cas. Le communautaire
travaille avec un directeur des services de chaque établissement qui est
responsable de la table... de la concertation avec les groupes communautaires,
puis il y a des instances locales pour ça, mais ce n'est pas particulièrement
le secteur travailleur social d'un CIUSSS avec qui nous, on travaille, pas...
ce n'est pas du tout comme ça que ça matche, je veux dire.
M. Dubé : Mais c'est...
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Dubé : OK. Bien, je pourrai
continuer plus tard...
Le
Président (M. Provençal)
:
Alors, nous allons poursuivre cet
échange avec le représentant de l'opposition officielle et député de
Pontiac. Alors, c'est à vous la parole.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Bon matin, tout le monde.
Merci à vous deux d'être avec nous virtuellement ce matin.
Votre... dans
votre allocution d'ouverture, là, vous avez terminé... puis je comprends que
vous n'aviez peut-être pas tout à fait terminé, mais vous avez terminé en
parlant de l'autonomie des organismes communautaires, quelque chose qui,
je le sais, là, vous est cher, et avec raison, mais vous avez parlé de la
question des agréments. Donc, le projet de
loi, de la façon qu'il est écrit là, vous forcerait, les organismes
communautaires, à, disons, signer cet agrément-là, et vous considérez
que ça vous enlève une certaine autonomie. J'aimerais ça que vous nous
l'expliquiez un petit peu plus en détail,
là, à savoir qu'est-ce que ça viendrait vous enlever ou vous obliger, là... ou
qu'est-ce que vous entrevoyez si cette... si ces articles-là sont
adoptés.
Mme Fedida (Gaëlle) : C'est
vraiment la remise en cause du PSOC et du fondement du PSOC, c'est-à-dire que ça voudrait dire qu'il y aurait d'autres
critères qui font qu'on... un organisme va être partenaire du CIUSSS, alors que
les critères, c'est les fameux fondements du PSOC dont parlait Mercédez,
qui sont harmonisés, qui existent depuis 40 ans puis sur lesquels on
essaie de continuer de faire de la bonification avec le ministère de la Santé.
Ce n'est pas toujours évident, mais...
Donc,
actuellement, il y a un régime clair qui définit la portée de l'autonomie,
finalement, puis c'est la politique générale de... sur les organismes
communautaires autonomes. Alors, à partir du moment où un des ministères
dit : Bien, moi, pour mes partenaires, je vais y aller avec un agrément,
ça veut dire qu'on est en train de balayer d'un revers de la main tout ce qui se passe depuis
40 ans. Le réseau communautaire de plus de 3 000 groupes qui
travaillent actuellement et qui a l'heure juste, qui sait, OK, où on
s'en va, comment on travaille, c'est quoi, les étapes, c'est quoi, les
modalités de financement, c'est quoi, les modalités de reddition de comptes,
etc., tout ça est géré dans le PSOC. Et ici
on nous parle de différents programmes qui seraient élaborés avec des questions
d'agrément, donc, comme si le PSOC
n'existait pas et comme s'il fallait qu'on refasse... qu'on était sur une page
vierge, puis on va recommencer toute la job, OK? Bien, peut-être que
c'est ça qui va finir par arriver, peut-être que ce sera la façon dont on
réformera le PSOC, mais ce n'est pas tout à fait dans cette dynamique-là qu'on
se sentait jusque-là, en sachant que les travaux sur la vision du PSOC, ça dure
depuis quatre ans, c'était déjà sous cette administration-là et c'est une
sous-ministre qui avait ouvert ces travaux-là.
• (10 h 30) •
M. Fortin : Parce que vous... Parce que vous...
Mme Roberge
(Mercédez) : Si je peux continuer...
M. Fortin : Non, allez-y. Allez-y, Mme Roberge.
Mme Roberge
(Mercédez) : Si je peux poursuivre, l'agrément semble une deuxième
voie pour obtenir du financement. Et le problème, c'est que cette voie-là n'est
pas indépendante du PSOC parce que les groupes communautaires recoivent souvent
du financement à la mission globale en plus parce que ce n'est pas suffisant
pour leur mission globale. Voilà. Le PSOC n'étant pas suffisant pour leur
mission globale, les groupes sont obligés d'aller chercher du financement
supplémentaire sous d'autres formes, notamment des ententes de services, et
l'agrément associe ententes... on espère que c'est uniquement pour les ententes
et pas pour tout financement reçu par le gouvernement. Le ministre nous dit que
le PSOC n'est pas changé, donc on... ça va, on comprend ça, mais, pour obtenir
une entente de services, il faudrait qu'un groupe satisfasse à des conditions
pour l'instant inconnues, mais qu'on craint parce que, le petit tableau à la
page 8 du plan santé qui amalgamait lesdits groupes à des établissements
du réseau, on a... on fait le lien entre l'agrément et la vision des groupes,
des visions utilisatrices de l'État des groupes communautaires, donc, si, pour
obtenir une entente de services, un groupe doit satisfaire à des critères qui
font en sorte que ce qu'il fait, ses actions sont guidées, sont dictées par
l'État, ce groupe-là n'est plus un groupe communautaire autonome. Contre son
gré, il ne le serait plus. Et, puisque c'est le même groupe qui reçoit du
financement sur la base de son statut d'autonome et, d'autre part, sur la base
d'un statut non autonome, il ne peut pas se couper en deux, ce groupe-là.
Donc, on demande
d'exclure les groupes communautaires de la notion de l'agrément. On comprend
pour quelles raisons ça peut exister, mais
pas pour les groupes communautaires, et... parce que, sinon, ça équivaut à
assimiler les groupes communautaires qui recevraient des... qui
seraient... qui ne recevraient ne serait-ce qu'une petite partie sous entente
de services — ça peut
être un 5 000 $, là, dont on parle — ça équivaudrait à les assimiler au réseau. Et, pour nous,
bien, on parle des mêmes groupes, ce n'est pas des... ce n'est pas... il n'y a
pas 3 000 groupes d'action communautaire autonome plus
3 000 groupes qui ont des ententes de services. C'est une intersection
tout ça. Il y a... La majorité des groupes,
heureusement, sont financés à la mission globale, mais ça ne veut pas dire
qu'il faut alourdir la tâche de ceux qui doivent combiner le
financement.
M. Fortin : Très bien. Bien, merci, puis ça... Je comprends ce que vous
dites, là, vous avez besoin d'une certaine autonomie ou d'une certaine
flexibilité de... parce que vous n'êtes pas le réseau. Vous faites les choses
que le réseau, parfois, ne peut pas faire,
que le réseau a de la difficulté à faire, que le réseau n'est pas assez
flexible pour faire. Alors, si on
vous fait rentrer dans toutes ces petites cases là, bien, justement, vous
n'arrivez plus nécessairement à prendre ces actions-là qui sont
nécessaires pour offrir les services que vous offrez.
La deuxième chose sur
laquelle j'aimerais vous entendre, là, c'est... Vous dites très clairement que Santé
Québec, dans sa forme actuelle, avec les «top guns» du ministre, comme vous y
avez référé, là — c'est
une phrase qui colle, celle-là, M. le
ministre — pour le bon que ça amène puis le moins bon,
peut-être, là, mais sa création va éloigner les décisions des mécanismes de surveillance. J'aimerais ça vous
entendre là-dessus, là, à savoir votre grande préoccupation par rapport à la
création de Santé Québec puis le fait que ça s'éloigne un petit peu de tous ces
contrepoids, de tous ces contre-pouvoirs-là. Quel... C'est quoi, le bout
qui vous inquiète le plus?
Mme Roberge
(Mercédez) : La Vérificatrice générale du Québec vous en a parlé
lorsqu'elle est venue, sur ses inquiétudes quant à la manière dont on... quand
on... à l'imputabilité de Santé Québec et les... qui allait surveiller Santé
Québec, pour dire les choses crûment. Ce que nous contestons dans notre
mémoire, c'est le fait que ce soit une société d'État qui a été créée. Que
Santé Québec soit créée, c'est une chose, mais qu'elle soit créée sous la forme
d'une société d'État, pour nous, ça pose
problème. On craint qu'au niveau des comptes publics les chiffres, la comptabilité,
les revenus et les dépenses de Santé Québec ne soient pas intégrés de la même
manière qu'ils le sont maintenant parce qu'ils sont des établissements du
réseau dans l'enveloppe du ministère dans les documents d'études de crédits,
dans des documents du ministère des Finances et du Conseil du trésor. Comment
apparaîtront les informations sur la gestion
financière de Santé Québec? On craint que Santé Québec soit poussée, pour
une... à équilibrer son budget, donc à diminuer...
si ce n'est pas pour faire des profits, ce sera pour... en baissant des
services, donc que Santé Québec ait des attentes de rentabilité à
remplir comme Hydro-Québec doit le faire.
Donc, c'est le statut
société d'État qui nous inquiète et le fait, aussi, que son administration, on
a parlé du conseil d'administration tout à
l'heure, c'est l'administration d'une société d'État. Ce n'est pas la même
chose qu'une administration d'un service public. Je suis sûre que, dans
un service pour... un conseil d'administration de... les membres d'un conseil d'administration d'un service
public n'ont pas à provenir du milieu des affaires, alors que, là, c'est
une attente pour ce qui est du conseil d'administration de Santé Québec.
M. Fortin : Très bien. Ça va pour moi, M. le Président. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Il reste 1 min 20 s.
Voulez-vous l'utiliser?
Mme Setlakwe : ...
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, oui.
Mme Setlakwe : Merci, mesdames.
Peut-être juste élaborer un peu plus. Là, évidemment, le PSOC, on sait à quel point c'est important dans... Comme députés,
à nos bureaux de comté, on a le SAB, le Soutien à l'action bénévole, mais, le
PSOC, on sait à quel point c'est fondamental, puis les organismes nous en
parlent, les critères sont pointilleux. Moi, ce que j'entends de votre part, c'est... Puis vous avez été
rassurées par le ministre, mais c'est que, déjà, il y a l'importance de
l'autonomie, tout ça, déjà, malgré que le budget est important, il n'est pas
suffisant, et qu'il y a des organismes qui ne rentrent... ne respectent pas
certains critères pointilleux, qui n'ont pas accès à du financement.
Pouvez-vous donner des exemples précis? Moi, je lisais des revues de presse sur
la psychothérapie, par exemple, bien, si
c'est de groupe, ils sont financés, si ce n'est pas de groupe, ils ne le sont
pas. Pouvez-vous juste donner des exemples concrets sur le terrain, à
quel point ça fait une différence?
Mme Roberge
(Mercédez) : Bien, pour ce qui est de la psychothérapie,
peut-être que, là, c'est un peu différent parce qu'il y a des services
de psychothérapie qui ne sont pas nécessairement des groupes communautaires du
type de ceux qui reçoivent du financement, financement par le PSOC.
Mais moi, je vous ramènerais au fait que les
groupes communautaires sont issus des communautés, le «par, pour, avec» dont
Gaëlle a parlé. Lorsqu'il y a une... des gens dans une communauté identifient
qu'elles ont un besoin et identifient que ce besoin-là... identifient la manière
dont elles veulent que ce besoin-là soit comblé, qui n'est pas celui du réseau,
la manière différente, alternative des groupes communautaires, lorsqu'une
communauté décide... voit ce besoin et se crée un organisme qu'elle fait vivre
tout le temps, ces communautés-là sont... ont raison de créer des organisations
qu'elles se donnent. Donc, lorsqu'on voit que le programme, qu'il soit... donc,
que ce soit dans son administration régionale ou dans son administration
nationale, remet en question la pertinence d'organisations parce qu'il y en a
déjà dans... similaires dans la région, ou parce que l'enveloppe est fermée, ou
peu importe les raisons administratives,
c'est le droit d'association qui est mis en péril... des communautés qui se
sont donné une organisation pour avoir une voix collective plutôt
qu'individuelle. Les groupes communautaires ne sont pas là que pour des services,
ils sont beaucoup là pour défendre les droits, particulièrement le droit à la
santé.
Le Président (M. Provençal)
: Mme Roberge, je vais devoir
vous...
Mme Roberge (Mercédez) : Donc,
ça, c'est une caractéristique spécifique.
Le Président (M. Provençal)
: Mme Roberge, je m'excuse de vous
interrompre. J'ai laissé filer le temps un petit peu pour que Mme la députée
puisse avoir une portion de sa réponse.
Nous allons poursuivre maintenant avec le
deuxième groupe d'opposition, et c'est le député de Rosemont qui va prendre la
suite de cet échange. M. le député.
• (10 h 40) •
M. Marissal : Merci,
M. le Président. Bonjour. Ça va être une longue journée aujourd'hui. Bonjour à
mes collègues aussi. Oui, une belle journée. Merci, mesdames, d'être là.
Comme je n'ai pas beaucoup de temps, je vais
néanmoins prendre la peine de dire que je vais ajouter votre nom et votre mémoire
à la longue liste de groupes qui ont vu des choses dans le projet de loi qui
apparemment n'existent pas vraiment. Ça commence à devenir un peu troublant,
j'ai l'impression qu'on va s'acheter des lunettes, tout le monde, à la sortie d'ici, là, parce que vous avez vu des choses,
le ministre dit : Ce n'est pas là. On prend des notes, mais on va
finir par s'y perdre, là, puis je ne sais pas qui a tort puis qui a raison, à
la fin, de qu'est-ce qu'on voit dans ce projet de loi là.
Bref,
quiconque fréquente un peu les groupes communautaires... Vous avez mis
bénévoles et communautaires ensemble, là, je ferais néanmoins la
distinction, là, parce que ça nuit parfois au communautaire, parce qu'on pense
que c'est des bénévoles, et ainsi de suite, là, mais quiconque a fréquenté un
peu les groupes bénévoles sait que le principal
problème, c'est la pérennité du financement, la prévisibilité du financement et
la reconnaissance, par exemple, par un financement à la mission.
Est-ce qu'il y a quelque chose dans le projet de
loi n° 15, en ce moment, qui commencerait à régler ce problème fondamental dont on entend parler?
J'étais encore avec des groupes communautaires dans ma circonscription jeudi et vendredi dernier, c'est systématique, ça
revient constamment. Est-ce qu'il y a quelque chose dans le PL n° 15 qui vous laisse croire
qu'on pourrait régler enfin les problèmes, justement, de pérennité, de
prévisibilité et de financement à la mission pour reconnaître enfin ce
que vous faites?
Mme Roberge
(Mercédez) : Bien, il y a plutôt... Non, il n'y a pas ça dans le
projet de loi. Il y a plein de... plusieurs
éléments nous amènent des craintes de perte d'autonomie et de perte de capacité
des groupes communautaires à continuer d'avoir leurs pratiques de
transformation sociale, leurs actions citoyennes. J'ai nommé, tout à l'heure,
l'agrément, qui est un problème vraiment, vraiment important.
Si... La question,
aussi, de la répartition des responsabilités entre les opérations et les... les
opérations, voyons, et la... et les orientations, voilà, c'est de nature...
cette division-là, c'est de nature à favoriser l'harmonisation et l'application
des règles, donc la stabilité dont vous parlez, sauf que les conditions ne sont
pas remplies, et on a besoin d'avoir une assurance plus grande pour montrer que
les règles... les règles qui doivent être appliquées partout, pour des raisons
d'équité face à la population, le seront.
Il y a... Le projet
de loi ne précise pas quels seront les rôles des divisions régionales de Santé
Québec dans l'administration du PSOC. C'est important comme précision. Tant que
ce n'est pas précisé, nous demeurons avec nos craintes que la situation
actuelle se poursuive, qu'on soit toujours en train de se battre pour que des
règles... des règles devant s'appliquer partout s'appliquent partout. Donc, si
ce n'est pas clair que les divisions régionales de Santé Québec appliquent les
règles harmonisées du PSOC, et donc les orientations du ministre, on n'est pas
plus avancé que maintenant.
M. Marissal :
Bien, je vous invite donc, dans un avenir assez proche, là, à nous envoyer
plus distinctement des amendements possibles, là, parce que ce projet-là, vous
le savez, il fait 1 200 articles, là, on n'est pas sortis du bois, il
est perfectible, là. J'en suis à peu près certain, là, qu'il est perfectible,
là. Il faudrait qu'on définisse, à un moment donné, puis qu'on rétablisse, là,
ce que j'appellerais le flou entre ce qu'un groupe comme le vôtre voit dans le
projet de loi puis ce que le projet de loi veut faire. À un moment donné, il va
falloir que tout le monde focusse les jumelles, là, sur le même point puis
qu'on soit... qu'on ait une idée à peu près claire de ce qu'on voit là-dedans.
Donc, si...
Aidez-vous... Aidez-nous à vous aider, là. Si vous avez des amendements précis
à apporter, à condition que le projet de loi est perfectible, là, puis qu'on
soit capables d'y aller article par article, là, moi, je me porte volontaire,
en tout cas, effectivement, parce qu'au moins le moins qu'on puisse faire,
c'est ne pas nuire à votre mission essentielle. Je vous remercie.
Le Président
(M. Provençal)
: Auriez-vous
le goût de poser une deuxième question, M. le député?
M. Marissal :
Oh mon Dieu! C'est luxueux.
Le Président
(M. Provençal)
: Un
petit luxe ce matin.
M. Marissal :
C'est Noël, c'est le Noël des campeurs. Oui, bien, rapidement, là. Vous
dites : «Que l'État définisse un statut juridique spécifique aux
organismes communautaires autonomes afin d'éviter les amalgames...» Je crois
comprendre que vous voulez éviter les amalgames avec les organismes privés,
mais de quelle nature souhaitez-vous une distinction juridique?
Mme Fedida
(Gaëlle) : Bien, clairement, dans la... Actuellement on est régis par
la loi... le chapitre III de la Loi sur les compagnies. Bien, en
l'occurrence, on est régis par ça, mais toutes les modalités ne s'appliquent
pas à nous, curieusement quand même, notamment sur la reddition de comptes.
Donc, ça, il faut vraiment faire une césure claire entre ce qui est à but
lucratif et à but non lucratif. C'est quand même la base. C'est surtout ça,
l'enjeu, pour nous, parce que, des entreprises à but lucratif, évidemment, leur
job dans la vie, c'est de faire de l'argent pour leurs actionnaires, puis c'est
bien correct, mais, nous, ce n'est pas ça qu'on fait. Et concrètement, sur
des... que ce soient des modalités... pas de reddition de comptes, mais des
modalités de... administratives qui doivent être surveillées de très près au
niveau des secteurs à but lucratif, bien, c'est autant de choses qui
alourdissent l'administration, dans les organismes communautaires, de manière
inutile.
Puis je voulais
simplement aussi peut-être refaire un petit millage sur l'exemple qu'on nous
demandait tout à l'heure. Une agence Québec régionale, bien, est-ce qu'elle
fera mieux que les CIUSSS, qui aujourd'hui n'en font qu'à leur tête?
Certains... Le même groupe, dans un CIUSSS, va être accepté au PSOC, dans
l'autre, ne sera pas accepté au PSOC. Le même groupe, dans un... Moi, je vais
vous dire, moi, je représente des maisons d'hébergement de deuxième étape, j'en ai certaines qui sont au PSOC, dans d'autres
régions, elles ne sont pas au PSOC. Dans certaines régions, au PSOC, c'est des milieux de vie, dans
d'autres régions, au PSOC, c'est des maisons d'hébergement. C'est la foire
totale, et ça, ça a des incidences sur leur financement parce que chaque
catégorie a une façon différente d'obtenir du financement. Et c'est... de
travailler depuis quatre ans avec le ministère de la Santé, revenir au
fondement du PSOC.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup, mesdames, de votre contribution puis de votre participation à nos
travaux.
Sur ce, je vais
suspendre temporairement les travaux pour permettre au prochain groupe de
prendre place. Merci beaucoup, mesdames.
(Suspension de la séance à 10
h 47)
(Reprise
à 10 h 48)
Le Président
(M. Provençal)
: Nous
recevons maintenant l'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. Alors, nous avons, dans la
salle, Mme Racicot et Mme Vaillant. Mesdames, je vous souligne que
vous avez 10 minutes pour votre
présentation, et par la suite nous procéderons aux échanges. Et je vous cède
immédiatement la parole.
Association des pharmaciens des établissements
de santé du Québec (APES)
Mme
Racicot
(Julie) : M. le Président, M. le ministre, Mmes et MM. les députés,
merci de nous recevoir. Je suis Julie Racicot, présidente de l'Association des
pharmaciens des établissements de santé du Québec, et cheffe du Département de
pharmacie à l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de
Québec, et professeure de clinique à la Faculté de pharmacie du même nom. Je
suis en compagnie, aujourd'hui, de Mme Linda Vaillant, qui est également pharmacienne, directrice générale de
l'association. Je vais d'abord laisser Mme Vaillant vous exposer quelques
recommandations puis je poursuivrai par la suite.
• (10 h 50) •
Mme Vaillant (Linda) : Alors,
bonjour à tous. D'entrée de jeu, je veux commencer par vous dire que l'APES
adhère aux principes sous-jacents au projet
de loi. Toutefois, évidemment, à sa lecture, là, on a eu quelques questions et préoccupations,
et c'est ce dont on va vous faire part ce matin.
Commençons avec la
gouvernance. Pour nous, la création d'un organisme comme Santé Québec, c'est
une bonne chose. Séparer les orientations
des opérations, c'est une bonne chose, de notre point de vue. Les
établissements de santé, les soins
aux patients, le circuit du médicament, les départements de pharmacie, ce sont
des opérations, alors d'avoir une entité qui s'en occupe spécifiquement,
pour nous, c'est une bonne idée.
Toutefois, au sein de
Santé Québec, il nous apparaît important d'avoir une direction de soins et
services pharmaceutiques. Pourquoi? Parce que le médicament est au centre de
toutes les thérapies, de tous les traitements. Dans le projet de loi, le médicament a l'air d'une entité un peu
autoportante, alors que, le médicament sans pharmacien, je vous dirais
qu'il va soit ne rien faire, soit être toxique. Dans tous les cas, il va coûter
cher. Alors, pour nous, le médicament doit être rattaché aux soins et services
pharmaceutiques, donc prodigués par le pharmacien.
Le médicament occupe
une place centrale dans tous les traitements. On n'a qu'à penser au patient qui
va en cabinet voir son médecin en GMF, qui va à l'urgence, qui est admis, qui a
une chirurgie d'un jour dans un CMS, il va à peu près tout le temps sortir de
là avec une ordonnance de médicament qu'il va aller chercher à sa pharmacie privée. Donc, comme il est central dans tous les
traitements offerts, pour nous, il devrait occuper une direction forte au sein
de Santé Québec. Cette direction-là serait chargée de coordonner, sur tout le
territoire québécois, les aspects qui sont liés au parcours de soins
pharmaceutiques du patient.
Dans ce parcours de
soins, à l'heure actuelle, il y a malheureusement des bris de service, il y a
des bris dans la continuité. Il y a certains enjeux, à ce niveau-là, qui nous
amènent aussi à vous proposer l'instauration de tables territoriales de soins
et services pharmaceutiques. Au même titre qu'on aura des tables en médecine
générale et en médecine spécialisée, il nous apparaît important aussi de réunir
ensemble les pharmaciens des différents secteurs de pratique. Il faut se
rappeler qu'à peu près 80 % des pharmaciens au Québec oeuvrent en
pharmacie privée. C'est important, si on veut avoir une continuité des soins,
un parcours optimal pour nos patients, de réunir les pharmaciens autour d'une
même table et qu'on ait, donc, des tables territoriales de soins et services
pharmaceutiques qui pourraient être sous l'égide de la direction de soins et
services pharmaceutiques instaurée au sein de Santé Québec.
Je vous amène
maintenant au sein des établissements. Le conseil interdisciplinaire, ça nous
apparaît opportun de créer un tel conseil. Évidemment, de mettre autour d'une
même table tous les professionnels de la santé qui sont responsables de la
prise en charge des patients, c'est aussi une bonne chose. Toutefois, dans
notre esprit, l'ajout d'un conseil en maintenant les conseils des
professionnels existants, ça peut donner une impression de lourdeur au plan
administratif. Notre proposition serait de faire de ce conseil une forme de
comité de coordination, comme un exécutif des
conseils professionnels, où on pourrait avoir des représentants de chacun des
conseils et, avec la présence du PDG et du directeur médical, on
pourrait s'assurer que cette instance prenne des décisions qui soient
exécutoires dès leur adoption, par exemple
des règles d'utilisation des ressources, des règles de soins, règles
d'utilisation des médicaments. Ce sont donc le type de décisions qui
pourraient être prises et rendre ce conseil un peu plus performant, disons-le
comme ça.
J'en arrive au chef
du département de pharmacie. Actuellement, le chef du département de pharmacie
a des fonctions qui sont prévues dans la
LSSSS et dans le Règlement sur l'organisation et l'administration des
établissements de santé, le ROAE. Dans notre compréhension, du moins, le
ROAE va tranquillement disparaître pour céder le pas à de nouveaux règlements
qui seront adoptés, là, suivant l'adoption du projet de loi comme tel. Alors,
c'est important pour nous que les responsabilités du chef demeurent clairement
nommées dans le projet de loi. On parle ici de la gestion de toutes ses
ressources : les ressources humaines, les ressources matérielles, les
ressources financières, incluant le budget médicaments. On ne retrouve rien de
ça, actuellement, dans le PL n° 15. On reste avec certaines dispositions du
ROAE, mais pour nous ça devrait être clairement inscrit parce qu'on a besoin
que l'expertise clinique du chef de département, qui sont... qui, à notre avis,
est essentielle, soit vraiment bien instaurée dans le projet de loi parce que
ça va assurer une saine gestion des ressources, notamment du budget
médicaments.
Je termine, pour ma
partie, avec les mesures disciplinaires, simplement pour vous dire qu'on a
constaté, avec surprise, qu'il y a des distinctions majeures dans le projet de
loi quant au processus de traitement des plaintes de nature
disciplinaire pour les pharmaciens. Ça fait 40 ans qu'on a le même
processus pour les médecins, dentistes et pharmaciens, alors, pour l'APES, ce
n'est pas clair, on ne comprend pas vraiment pourquoi est-ce qu'on instaure une
différence, à ce moment-ci, pour les
pharmaciens. Donc, on préconise plutôt le même processus que pour les médecins
et dentistes.
Je cède la parole à
Mme Racicot.
Mme
Racicot
(Julie) : Le projet de loi prévoit de nouveaux éléments qui pourraient
priver des patients de médicaments,
notamment dans le cas où l'INESSS aurait refusé de reconnaître la valeur
thérapeutique d'un médicament. Donc, dans ce cas-là, le projet de loi
stipule que l'établissement ne pourra pas fournir le médicament en question.
Or, il arrive qu'après les décisions de l'INESSS de nouvelles données cliniques
soient publiées avec une plus grande efficacité du traitement, mais encore
aussi des patients qui pourraient présenter une allergie ou une
contre-indication au médicament de première ligne qui est inscrit à la liste
des établissements. Donc, il faut garder le pouvoir au comité de pharmacologie
de recevoir des demandes pour des patients au cas par cas, de faire
l'évaluation parce qu'il y a certaines
situations précises où des patients pourraient avoir besoin de recevoir le
médicament, même si l'INESSS avait
initialement refusé pour valeur thérapeutique. Ces modalités sont d'ailleurs
déjà prévues à la circulaire 2016-030, qui est quand même déjà bien
campée.
Pour qu'un médicament
soit évalué par l'INESSS dans une nouvelle indication, le fabricant doit
soumettre une nouvelle demande. C'est
irréaliste de croire que ça va se produire chaque fois que de nouvelles données
concluantes vont être disponibles. On pense que l'INESSS doit pouvoir
être en action en amont pour amorcer une évaluation rapidement sans attendre
une demande du fabricant. L'accès aux médicaments pour la population québécoise
ne devrait pas dépendre d'une demande d'un fabricant, alors que toutes les
données cliniques sont disponibles pour en faire l'évaluation, ce qui fait que
les délais sont longs. Donc, dans l'attente ou en l'absence d'un avis de l'INESSS,
l'APES propose à tout le moins qu'un registre des demandes de médicaments de
nécessité médicale particulière et de traitements d'exception soit constitué
provincialement, donc un registre centralisé qui serait accessible aux chefs de
département de pharmacie pour les soutenir lorsqu'ils vont recevoir des
demandes pour les médicaments de ce type. Mais ce registre-là pourrait aussi
servir en support à l'INESSS pour voir qu'est-ce qui, prioritairement, devrait
être évalué par l'INESSS, quels médicaments,
quelles nouvelles indications devraient faire l'objet d'une évaluation, parce que
la demande est importante dans nos établissements.
L'APES recommande
également que, lorsqu'il y a une situation urgente qui requiert qu'on doive
utiliser un médicament de nécessité médicale particulière ou un traitement
d'exception, d'avoir la possibilité de constituer un sous-comité du comité de
pharmacologie, qu'on pourrait appeler un comité de convenance, qui serait plus
agile pour prendre rapidement les décisions, faire les évaluations. Donc, ce
comité-là serait minimalement composé du chef du département de pharmacie, le
président du CMDP ainsi que le président du comité de pharmacologie. Le projet
de loi prévoit une responsabilité
populationnelle des établissements territoriaux qui doivent mettre en réseau
les établissements publics et privés.
En ce qui concerne le
volet médicaments, ce n'est pas clair pour nous. Est-ce qu'il est attendu du
chef de département de pharmacie qu'il joue
un rôle de surveillance sur son territoire, voire même surveiller un
établissement privé qui recevrait les médicaments par une pharmacie
privée? Donc, jusqu'où va le rôle du chef de département de pharmacie dans le
contexte de responsabilité populationnelle? À notre avis, ça doit être écrit
explicitement à la loi parce que,
présentement, il y a déjà une grande confusion qui règne autour de ce
principe-là, qui a été particulièrement mise en lumière pendant la
pandémie de COVID-19, notamment, dans le circuit du médicament.
Finalement, les
cliniques médicales associées, vous savez, qui offrent des services
complémentaires aux établissements pour désengorger le réseau, surtout pour des
chirurgies, il faut savoir qu'il n'y a aucune méthode qui est privilégiée,
présentement, pour savoir d'où viennent les médicaments. Parfois ça provient
des établissements de santé, parfois ça
provient de pharmacies privées. Le contrôle qu'on connaît du circuit du
médicament dans les établissements de
santé doit être maintenu, à notre avis, dans ces cliniques-là, qui sont en
quelque sorte des extensions des établissements de santé.
Il faut savoir aussi
que la majorité des contrats ne visent que la fourniture de médicaments sans
aucun soin et service qui seraient offerts par les pharmaciens pour prescrire,
ajuster et surveiller l'effet des médicaments. Donc, on recommande que soit
inscrit à la loi que les cliniques médicales associées doivent prévoir des
soins et services pharmaceutiques en plus de la dispensation des médicaments et
que le département de pharmacie de l'établissement territorial soit en charge
et soit le prestataire de ces soins et services.
Donc, en conclusion,
vous n'êtes pas sans savoir que le médicament constitue le principal outil
thérapeutique en santé. Toutefois, vous aurez compris que le médicament ne
vient pas seul, il doit venir avec des pharmaciens, qui sont les experts de l'usage, de la gestion des médicaments à tous les niveaux.
C'est pourquoi les soins et services prodigués par les pharmaciens
doivent occuper une place plus importante dans le projet de loi, notamment par
la création d'une direction des soins et services pharmaceutiques à l'agence
Santé Québec, des tables territoriales, régionales de soins et services pharmaceutiques. Il faut également que
les responsabilités de gestion du chef de département de pharmacie
soient explicitement inscrites à la loi. Finalement, certains amendements sont
nécessaires pour permettre un meilleur accès aux médicaments pour les patients.
Merci.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup, mesdames, pour votre présentation. Alors, M. le ministre, quelques
clarifications à demander?
M. Dubé : Certainement.
Merci beaucoup. Oui, «quelques clarifications», vous dites ça avec le sourire,
M. le Président.
Premièrement, à vous deux, mesdames, c'est la
deuxième fois qu'on se voit en quelques mois, merci beaucoup pour la... je dirais, la qualité et la rigueur de vos
présentations. C'est très clair, puis je vais essayer de passer à
travers, dans le peu de temps qui nous est alloué, là. Mais c'est un... je
pense, pour les gens qui nous écoutent, de bien faire la différence entre les
pharmaciens qui sont en établissement versus ce qu'on appelle les pharmaciens communautaires, qu'on connaît bien, là, sans
nommer les noms des bannières, je pense qu'on... c'est important de faire la
différence, mais votre travail est excessivement important dans le continuum de
soins.
Est-ce que ça
veut dire que votre... que, votre rôle à l'intérieur du CMDP, vous trouvez
qu'il n'est pas assez fort? Parce que ce que j'entends, puis moi, je
pense que vous avez raison, que la place du médicament pourrait peut-être être mieux valorisée dans le continuum de soins,
c'est ce que j'entends, en gros, de votre présentation, mais le voyez-vous
plus au niveau du CMDP? Si vous aviez votre baguette magique, là... parce que
ça peut être soit un renforcement au CMDP, soit ce qu'on appelle au conseil
interdisciplinaire ou même, ce qu'on dit, dans l'ancien DSP, où maintenant on
va avoir un directeur médical, si vous aviez votre baguette magique, c'est-tu
plus haut niveau du continuum de soins qu'il serait important d'avoir une plus
grande place du pharmacien?
Mme
Racicot
(Julie) : Il y a plusieurs niveaux, je vous dirais. Concernant l'accès
aux médicaments...
M. Dubé : Vous aviez à choisir
un, là.
Mme
Racicot
(Julie) : Oui, mais il y a le parcours de soins et il y a l'accès aux
médicaments. Concernant l'accès aux médicaments dans les établissements, ça
fonctionne déjà très bien. Le chef du département de pharmacie doit détenir la
responsabilité de la gestion du médicament, l'accès, le budget.
• (11 heures) •
M. Dubé : ...il y a le chef de
département. Qu'est-ce que vous dites, qu'il devrait être nommé dans la loi?
Mme
Racicot
(Julie) : C'est déjà inscrit au règlement, et là on s'y perd dans ça,
donc, qui gère le budget médicaments, qui
autorise, reçoit les demandes d'utilisation, nécessités médicales particulières.
Donc, ces responsabilités-là incombent au chef de département de
pharmacie, ça doit être maintenu ainsi, donc ça doit être écrit, à notre sens,
explicitement à la loi.
M. Dubé : OK.
Donc, vous dites que le chef de département soit quelque chose qu'on traite
dans le règlement, ce n'est pas assez fort. Donc...
Mme
Racicot
(Julie) : Exact.
M. Dubé : OK, je comprends.
Mme
Racicot
(Julie) : L'autre chose, le parcours de soins.
M. Dubé : OK. Le parcours de
soins, ça, on monte en haut, là, soit au conseil interdisciplinaire ou le CMDP,
qui est un des conseils en dessous. Expliquez-moi ça.
Mme
Racicot
(Julie) : Mais on va plus haut que ça, on se rend à Santé Québec,
donc, avec la direction des soins et
services pharmaceutiques, parce que, vous savez, le parcours de soins du
patient qui vient avec un médicament est de plus en plus complexe. On
sait que 21 % des patients sont réadmis à l'hôpital à cause des
médicaments; 69 % de ces situations-là
auraient pu être évitables. Les patients quittent l'hôpital avec plusieurs,
plusieurs médicaments, des prescriptions papier, par fax, arrivent dans la
pharmacie communautaire. Qui assure le suivi de la thérapie? Maintenant,
plusieurs professionnels peuvent le faire. Donc, tout le parcours de soins du
patient, donc, vient avec un médicament, mais vient avec des soins. Ça
fait que c'est l'autre volet qu'on oublie.
M. Dubé : ...madame,
c'est : Est-ce que vous trouvez, à ce... Parce que le continuum de soins,
il se discute beaucoup au niveau du CMDP puis au conseil interdisciplinaire.
C'est là que je veux comprendre. C'est-tu parce que vous trouvez que vous
n'avez pas assez de place là, comme pharmaciens?
Mme Vaillant (Linda) : Si je
peux me permettre, peut-être...
M. Dubé : Bien oui, allez-y.
Mme Vaillant (Linda) : En fait,
le problème n'est pas tant au sein du CMDP. Je pense que les pharmaciens ont un
rôle assez bien campé au sein du CMDP, plusieurs pharmaciens sont même
présidents des CMDP, on voit ça assez régulièrement. C'est vraiment au-delà du
CMDP, c'est au-delà de l'établissement comme tel. Comme on est en train de créer une direction Santé Québec, comme on veut essayer d'harmoniser un peu les pratiques entre les
différents établissements, il faut qu'il y ait une réflexion qui
transcende l'établissement. Ça fait que ce n'est pas tant dans l'établissement que pour s'assurer d'instaurer quelque
chose. C'est pour ça qu'on parle des tables territoriales, donc, c'est
supra-établissement. Donc, il faut s'occuper à deux niveaux de... du rôle du
pharmacien : il faut s'en occuper au sein de Santé Québec pour harmoniser
ce qu'il fait un peu partout, puis il faut des tables territoriales pour
travailler en partenariat avec les
pharmaciens communautaires, dont vous parliez au début, parce que notre
patient, quand il sort de l'hôpital, il sort avec un médicament, il faut
s'assurer que ce médicament-là, si, par exemple, c'est un médicament
d'exception puis qu'il a fallu faire des démarches auprès de la RAMQ pour
obtenir le droit que le patient le reçoive, bien, que ça a été fait pour ne pas
qu'on se retrouve avec un patient qui est devant le pharmacien communautaire
et, tout à coup, ne peut pas recevoir son médicament parce qu'il y a eu un
manque quelque part.
M. Dubé : Puis...Non, mais...
Mme Vaillant (Linda) : Donc,
c'est une coordination, en fait. C'est plus à ce niveau-là.
M. Dubé : Non, mais je suis...
je suis à l'écoute. Donc là, c'est plus clair, ce n'est pas au niveau de
l'établissement comme tel. On a 16 établissements puis on a une dizaine
d'hôpitaux spécialisés, je vais les appeler comme ça, mais vous, vous le voyez
plus au niveau de l'agence elle-même.
Mme Vaillant (Linda) : On le
voit au niveau de l'agence puis on le voit au niveau du territoire, donc
s'assurer aussi qu'on comprend bien le rôle du département de pharmacie sur le
territoire.
M. Dubé : Sur le territoire.
Mme Vaillant (Linda) : Sur le
territoire. Les résidences, par exemple, de personnes âgées, les CHSLD
privés... les privés conventionnés, c'est déjà plus clair, mais les privés, par
exemple... Ça fait que c'est des situations qu'on
a rencontrées durant la pandémie, où tout à coup, le chef de département de
pharmacie, on lui demande d'intervenir dans un CHSLD privé.
M. Dubé : Bien oui. Là, c'est
là que vous faites le lien avec le chef de la pharmacie. OK.
Mme Vaillant (Linda) : C'est là
qu'on fait le lien, mais c'est surtout là où on fait le lien avec la table
territoriale, parce que le CHSLD privé, il est desservi par contrat par une
pharmacie privée. Alors, comment, comme chef de département de pharmacie, je
m'en vais m'occuper de ce qui se passe comme médicaments dans un CHSLD privé
qui est déjà desservi par un pharmacien privé? Donc, il faut qu'il y ait un
arrimage entre nous, entre les pharmaciens sur le territoire.
M. Dubé : Je comprends. Je
pense qu'on aura des bonnes... (panne de son) ...Dr Bergeron, ici, que vous
connaissez bien.
Mme Vaillant (Linda) : Oui, on
connaît bien, oui.
M. Dubé : Alors, je suis
certain qu'il vous écoute avec beaucoup d'intérêt.
Je veux revenir sur deux choses importantes.
Votre point avec l'INESSS, ça, ça m'intéresse beaucoup parce qu'on... j'ai
entendu, justement, la présentation du CMDP, qui est inquiet, là, du changement
qui est proposé, je vais le dire comme ça. De quelle façon l'INESSS pourrait
être plus réactive? Pour moi, ça, c'est important, parce que je pense qu'on
doit... on doit se fier au médecin, on doit se fier au pharmacien pour donner
le bon médicament. Je ne pense pas que l'INESSS est fermé à ce que vous dites,
mais je veux... Revenez là-dessus, dites-moi comment vous pensez qu'on pourrait
la rendre plus agile en fonction de certains...
Mme
Racicot
(Julie) : Le projet de loi, tel qu'il est écrit, là, veut forcer les
fabricants à faire des demandes, bien sûr, pour que soit réévaluée la nouvelle
indication, la nouvelle littérature. Ça, on le comprend bien.
M. Dubé : C'est long, ça, c'est
long.
Mme
Racicot
(Julie) : Par contre, réalistement, de s'attendre à ce que les
fabricants fassent des demandes pour chaque nouvelle étude publiée, nouvelle
indication, valeur ajoutée qu'il n'y avait pas initialement, on refait la
demande, ce processus-là est très long et dépend des fabricants. Ça fait que,
pendant ce temps-là, dans les hôpitaux, on reçoit des demandes, on a... on lit
les études, comme l'INESSS les lit, puis on doit prendre une certaine décision.
Donc, on souhaiterait que l'INESSS soit beaucoup plus rapide, ça éviterait ces
disparités-là au sein du réseau avec lesquelles on doit naviguer dans nos
établissements.
M. Dubé : Mais est-ce que... je
pose la question, là : Est-ce qu'il pourrait y avoir une période
transitoire où... mettons qu'il y a un
jugement qui est fait, de dire : Bien, on va y aller, mais on va donner,
je ne sais pas, moi, deux mois, six
mois à l'INESSS pour revenir et là de confirmer ou d'infirmer la décision?
Allez-y. Vous voulez commenter là-dessus?
Mme Vaillant
(Linda) : Il y a deux choses. La première, c'est vraiment de s'assurer
qu'on n'a pas besoin du fabricant pour réévaluer. Donc, l'INESSS, là, ne
devrait pas être en attente d'une demande d'un fabricant pour recevoir une
indication. Ça, c'est le premier élément. À notre avis, l'INESSS devrait être
proactive, voir les études cliniques et se dire : Je revois tout de suite
une indication.
M. Dubé :
C'est... Puis mettez votre registre là-dedans, là. Je veux juste...
Mme Vaillant
(Linda) : Alors, le registre...
M. Dubé :
OK. Allez-y.
Mme Vaillant
(Linda) : ...ça, c'est le deuxième élément. Donc, le premier, c'est le
fabricant; le deuxième, c'est le registre.
Alors, ce que vous dites, dans le fond, ça revient un peu à notre proposition
de registre, c'est-à-dire que... laisser les établissements servir des
traitements d'exception ou des médicaments de nécessité médicale particulière,
évaluer au cas par cas en fonction de la littérature, mais assurons-nous qu'on
crée un registre, qu'on documente le registre sur pourquoi ça a été administré
au patient, sur la... ou refusé, hein, parce qu'on en refuse aussi, on ne les accepte pas toutes, là, donc pourquoi ça a été
accepté ou refusé, et que ce registre centralisé soit accessible à l'INESSS
aussi. Et, quand l'INESSS va voir qu'on est rendus à 20 demandes d'une
situation particulière qui se ressemble pas mal d'un établissement à l'autre,
tout de suite ils vont pouvoir lever le flag puis se dire : OK, je
travaille sur cette indication-là, je rends
ça... je l'indique à la liste, je le recommande au ministre, vous l'indiquez à
la liste, et à ce moment-là on arrête de faire des demandes de
médicaments particulières.
M. Dubé :
Mais prenons... des fois, c'est
mieux un exemple, prenons l'Ozempic, le médicament, là, qui... hein, c'est un facile pour vous, ça, avec la...
l'obésité, puis etc., il serait mis, en ce moment, dans le registre, on verrait
qu'il y a énormément de demandes qui sont à l'extérieur du diabète,
disons, je vais dire ça comme ça, et là on demanderait à l'INESSS de prendre
position sur ce médicament-là, avec son évaluation coût versus bénéfices?
Mme
Racicot (Julie) : Quand
on parle des médicaments de nécessité médicale particulière ou des traitements d'exception,
c'est vraiment des situations exceptionnelles, ce n'est pas un volet
populationnel.
M. Dubé :
On n'est pas... on n'est pas dans l'Ozempic, là.
Mme
Racicot
(Julie) : Donc, l'ensemble des gens, là, qui auraient besoin de
l'Ozempic selon les nouvelles études publiées, on ne s'embarque pas là-dedans,
dans les médicaments d'exception. Pour ça, on va toujours attendre l'avis de
l'INESSS, on ne s'embarque pas dans ça. Pour nous, le ministre, il n'a pas dit
oui, ne l'a pas ajouté encore à la liste, on ne bouge pas en ce sens-là, ça
devient un usage populationnel.
M. Dubé :
Mais c'est quand même ce qui arrive parce que, là, les gens dérogent un peu
de... du traitement du diabète pour aller de façon plus générale sur l'obésité.
Je vous dis ça...
Mme
Racicot
(Julie) : À ma connaissance, c'est donné, présentement, chez les
diabétiques, mais il faudrait aller voir chaque établissement.
M. Dubé :
OK. Mais prenons un autre médicament, donc... Je reviens sur le registre,
je trouve ça une belle suggestion. Qu'est-ce que ça voudrait dire? Combien de
temps que la décision de l'INESSS pourrait prendre, disons?
Mme
Racicot
(Julie) : Oui. Par exemple, en fait, c'est que, aussi, entre
établissements, on peut se supporter. Donc,
parfois, il y a une demande dans un établissement en région qui a peut-être un
peu moins l'expertise, et finalement, de dire : Bien, le centre de
pédiatrie, le centre de cardiologie, eux, est-ce qu'ils ont eu une telle
demande? Puis c'est vraiment les experts qui sont là qui ont fait l'évaluation.
Ça fait que ça pourrait supporter d'autres établissements qui pourraient avoir
une demande puis dire : Bien non, même dans tel centre, ils ne l'ont pas
acceptée, là. Donc, ça permettrait au centre plus en région, qui a... qui
détient un peu moins...
M. Dubé :
Ce qui ne se fait pas en ce moment?
Mme
Racicot
(Julie) : Exact.
M. Dubé :
Parce qu'on n'est pas au courant de tout.
Mme
Racicot
(Julie) : On s'appelle, là, parfois au téléphone pour se supporter,
mais il n'y a rien de...
M. Dubé :
D'où votre suggestion du registre?
Mme
Racicot (Julie) : Oui,
puis passer le moins de temps possible sous cette forme-là, tu sais. Nous, on
attend l'INESSS, là. Donc, c'est ça.
M. Dubé :
Bien, je comprends, puis d'où l'inconfort aussi de certains médecins, des
fois, à le prescrire, en opposition à l'INESSS ou quelque chose comme ça. C'est
un peu ça que vous dites?
Mme
Racicot
(Julie) : Oui. Puis ce que je vous dirais par rapport à l'INESSS, une
fois que l'INESSS a dit non une première fois, des fois il y a des données
publiées par après qui sont flagrantes, où... prenons l'exemple d'un patient, là, un exemple, là... je sais que, quand
la CMDP est venue, ils ont parlé du lymphome, là, un autre exemple, là, un
patient sous pembrolizumab, là, pour le cancer de la vessie, l'INESSS l'a
refusé en première intention, l'a accepté en traitement de deuxième intention,
quand le cancer progresse, avec des critères précis, c'est là où il est le plus
efficace. Et c'est un médicament dispendieux. Par contre, si on prend l'exemple
d'un patient qui présente un effet secondaire à sa chimiothérapie, donc il a
reçu en première ligne la chimiothérapie, il ne la tolère pas, il ne peut plus
recevoir de chimiothérapie, ça fait que, là, pour réussir à avoir le
pembrolizumab, bien, il faut attendre que le cancer progresse pour se rendre
aux critères de l'INESSS, alors que, là, on fait partie d'un patient... un cas
très particulier, en fait, là.
M. Dubé :
Écoutez, il me reste cinq minutes, mais je ne peux pas...
Mme Racicot
(Julie) : Mais c'est une minorité de patients aussi.
M. Dubé :
Pardon? Excusez-moi.
Mme
Racicot
(Julie) : C'est quand même une minorité de situations. On n'est
vraiment pas dans le général puis dans le...
M. Dubé :
On n'est pas dans l'Ozempic, là.
Mme
Racicot
(Julie) : Exactement.
M. Dubé :
OK. Non, c'est parce que... écoutez, plus je vous écoute, tous les deux,
plus je nous trouve chanceux de vous avoir comme pharmaciens. Je veux juste
vous dire ça.
Mme
Racicot
(Julie) : Merci.
• (11 h 10) •
M. Dubé :
Parlez-moi du processus de plainte qui vous dérange un peu, là. Je veux
juste bien comprendre.
Mme Vaillant
(Linda) : Je peux peut-être expliquer ça.
M. Dubé :
Oui, s'il vous plaît.
Mme Vaillant
(Linda) : En fait, c'est que, pour les plaintes de nature
disciplinaire, pour qu'un pharmacien, un médecin ou un dentiste — c'est la même chose — ait une sanction à l'égard de la disciplinaire, il y a des
motifs spécifiques. Ça peut être un motif lié à la compétence. Il y a quatre
motifs spécifiques. C'est les mêmes motifs pour les pharmaciens que pour les
médecins et dentistes.
Par contre, le projet
de loi introduit deux façons de faire. Donc, pour médecins et dentistes, la
plainte va être reçue et traitée par le
CMDP, par les pairs. Le médecin et dentiste va être rencontré, va pouvoir
émettre ses observations et il va être entendu comme on le fait
maintenant pour les médecins, dentistes et pharmaciens. Donc, le projet de loi
va poursuivre cette méthode pour le médecin et dentiste. Mais, pour le
pharmacien, ça ne s'en va pas du tout... ça s'en
va au directeur médical ou au PDG directement pour une sanction, sans qu'on
entende le pharmacien, sans qu'il y ait évaluation par les pairs, et on ne comprend pas pourquoi, pourquoi
est-ce qu'on introduit ça. On pense même... En fait, il faut savoir aussi que
le recours du pharmacien après une sanction, c'est le Tribunal administratif.
On va très rarement au Tribunal administratif. Donc là, est-ce qu'on va
créer des situations où on va recourir au Tribunal administratif parce qu'on
n'a même pas pris le temps d'entendre le pharmacien? Parce qu'il n'est même pas
prévu qu'on l'entende. Ses observations, là, elles sont... c'est... Le médecin,
dentiste, lui, il peut émettre ses observations, mais le pharmacien, il attend
sa sanction. On ne comprend pas cette distinction-là. On ne comprend pas quel problème
on vient régler, parce qu'à notre avis il n'y a pas de difficulté particulière
à l'égard des pharmaciens, si on considère que ça fait 40 ans qu'on
procède de cette façon, ça fait qu'on ne sait pas pourquoi ça change.
M. Dubé :
Est-ce que c'est le nombre de plaintes qui pourrait être en cause ou...
Mme Vaillant
(Linda) : Écoutez, elles sont toutes portées à notre attention... à
mon avis... Moi, je cherche la réponse à cette question-là.
M. Dubé :
Mais on parle... mais... non. Excusez-moi, vous avez dit quoi?
Mme Vaillant (Linda) : J'ai
dit : Moi, je cherche vraiment la réponse à cette question-là. Je ne pense
pas que ce soit le nombre, parce
qu'elles sont toutes portées à notre attention, à l'association, et il y en a
quand même relativement peu.
M. Dubé : Bien,
sans faire de cas d'espèce, il y a eu quand même pas mal de plaintes,
récemment, là, mais c'est plus peut-être des pharmaciens. On... J'aurai la
chance peut-être d'en parler avec le prochain groupe aussi, là, mais je
voulais... je voulais avoir... En fait, ma question, simple : Est-ce que
c'est plus spécifique aux pharmaciens communautaires ou d'établissement?
Mme
Racicot
(Julie) : En fait, c'est : quand on fait partie d'un CMDP, on
devrait avoir le même processus disciplinaire pour tous les membres du CMDP. Il
n'y a pas de distinction à faire.
M. Dubé : C'est ça, votre
point. C'est ça, votre point.
Je reviens, parce qu'il me reste quelques
minutes.
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Dubé : Je veux en profiter.
Oui, je veux revenir sur la table de travail territoriale. Lorsque je
regarde... Parce que, si on veut descendre
le plus possible proche du terrain, il faut aller au niveau territorial, là,
mais ce que j'appelle territorial peut se rendre jusqu'au RLS ou
jusqu'au... à la MRC. Moi, c'est ça que j'appelle... Puis on a entendu beaucoup
de groupes qui nous ont demandé ça. Il serait où, dans cette approche
territoriale là, le pharmacien, là? J'essaie
de voir ça... Tu sais, on a beaucoup de GMF dans un niveau territorial. Vous
verriez où votre pharmacien d'établissement au niveau territorial?
Mme
Racicot
(Julie) : ...fait, c'est exactement ça, tu sais, c'est une table où il
y aurait ce qu'on appelle la grande famille de la pharmacie, mais il y aurait
autant des pharmaciens d'établissement que des pharmaciens de GMF que des pharmaciens du milieu communautaire.
Comme on disait, 80 % viennent du privé aussi, donc il faut trouver
un arrimage.
Je pourrais peut-être vous donner un exemple de
ce qui s'est fait sur le territoire de la Capitale-Nationale,
ça pourrait aider à comprendre. Présentement, il y a les CRSP, qu'on connaît,
les comités régionaux de soins et services pharmaceutiques, pour lesquels
l'égide est un petit peu moins claire. Bien, c'est un peu ce penchant-là qu'on
aurait, avec une plus grande responsabilité campée au niveau des tables
territoriales. Au niveau de la Capitale-Nationale, bien, il y a trois
établissements concertés, donc il y a des pharmaciens d'établissement, il y a
des pharmaciens, aussi, du volet communautaire, un représentant de la Faculté
de pharmacie. Il y a des travaux qui ont été faits pour l'antibiothérapie
intraveineuse à domicile. Donc, les patients partent avec des antibiotiques par
les veines à la maison, soit par des dispositifs très particuliers
d'administration ou des pompes qu'ils portent sur eux. Et chaque... on... L'hôpital prépare les premières doses,
ensuite c'est la pharmacie communautaire qui prépare, mais pas toutes les
pharmacies. Ça fait qu'eux font affaire avec une pharmacie préparatrice. Ça
fait que, vous voyez, il y a trois pharmacies impliquées dans le processus pour le patient, toutes sortes de recettes,
donc, de préparations possibles, des concentrations différentes, des modes d'administration
différents. Donc, on s'est concertés au niveau régional, les trois établissements
ensemble, avec le volet communautaire, pour créer une seule recette pour chaque
antibiotique. Chaque dosage, il y a une seule façon de l'administrer, de le
préparer, donc c'est beaucoup plus fluide pour les patients sur le territoire,
à ce moment-là. On a fait la même chose avec des critères pour
l'anticoagulation des patients.
M. Dubé : Non, mais votre
exemple est excellent.
Mme
Racicot
(Julie) : Ça fait que c'est plusieurs exemples comme ça qu'il y aurait
du travail à faire.
M. Dubé : Encore
une fois, merci beaucoup pour votre présentation, très bonnes explications.
Merci beaucoup.
Mme
Racicot
(Julie) : Ça fait plaisir. Merci à vous.
Le Président (M. Provençal)
: ...M. le ministre.
M. Dubé : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, M. le député de Pontiac, je
vous cède la parole.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Racicot,
Mme Vaillant. Merci d'être avec nous et pour votre exposé et mémoire
étoffé, encore une fois, c'est très apprécié.
Et j'ai beaucoup apprécié... dans votre
introduction, et je vais vous la relire, là, juste parce que ça m'a frappé, ça
revient souvent, vous dites essentiellement que vous adhérez aux principes
sous-jacents au projet de loi, mais que vous
avez de nombreuses questions et préoccupations qui ont fait surface à la
lecture du projet de loi, particulièrement à l'égard de modifications
qui ne semblent pas en lien avec les objectifs visés. Je vous avoue que ça
revient souvent, c'est : on a des beaux
principes, on part de là, mais ce qui est dans le projet de loi comme tel, là,
n'y arrive pas nécessairement.
Je vais commencer par les plaintes, si vous le
permettez, parce que je trouve l'échange que vous avez avec le ministre
incomplet. Est-ce qu'il y a un problème, en ce moment, avec le traitement des
plaintes à travers le CMDP pour les pharmaciens,
spécifiquement? Parce que moi non plus, je ne le comprends pas, là, ce changement-là,
qui s'appliquerait uniquement aux pharmaciens mais pas aux médecins et aux
dentistes. Puis le ministre ne semblait pas avoir d'explication, vous a relancé
des questions, même. Alors, est-ce que vous en voyez un, problème à travers le
traitement des plaintes, en ce moment?
Mme Vaillant (Linda) : Il y a
deux types de plaintes. Donc, il y a des plaintes de nature disciplinaire, il y
a des plaintes qui peuvent provenir des patients, qui passent au médecin
examinateur et qui retournent au CMDP. Celles-là qui viennent du patient vont
continuer à aller au médecin examinateur et vont aller au CMDP. Mais celles de
nature disciplinaire, comme on le disait tantôt, n'iront plus au CMDP pour les
pharmaciens, vont directement aller pour sanction. À notre avis, il n'y a pas
de problème particulier qui puisse justifier ça. Et, quand vous avez nommé,
dans notre introduction, nos préoccupations, ça, c'est un bon exemple d'un
changement qui, pour nous, ne semble pas rencontrer les objectifs du projet de
loi, parce qu'on ne comprend pas ce que ça vient modifier et... En fait, on
pense que ça va générer des problèmes et que ça va peut-être même judiciariser
un peu le processus parce que ça va amener les pharmaciens à déposer des
recours auprès du Tribunal administratif, ce qu'on veut complètement éviter et
qui est quand même relativement rare en pharmacie d'établissement. Mais là on
ne voudrait pas se mettre à avoir une fréquence plus élevée de recourir à des
tribunaux juste parce que le processus n'est peut-être pas adéquat.
M. Fortin : Mais, quand le ministre fait référence au volume de
plaintes, là, il ne doit pas y en avoir tant que ça, des plaintes au niveau
disciplinaire, là, qui sont traitées par le CMDP en ce moment.
Mme Vaillant (Linda) : Non, si
on s'en tient au CMDP. Tout à l'heure, on semblait élargir, là, à l'entièreté
de la pratique pharmaceutique. Ça, ça ne nous touche pas, ça touchera
possiblement le prochain groupe. Mais, nous, à
l'intérieur des établissements, il n'y a pas, à notre avis, une hausse de
plaintes de nature disciplinaire qui concernent les pharmaciens. Ce
n'est pas notre constat, du moins.
M. Fortin : OK. Je vous avoue, une des grandes préoccupations qu'on a,
de notre côté, là, c'est que le projet de
loi soit adopté trop rapidement. C'est un projet de loi qui va prendre effet
dans plusieurs années, qui a 1 200 articles, c'est... dans l'histoire de l'Assemblée nationale,
là, c'est un des plus gros projets de loi qu'on a vus, et il y a beaucoup de
groupes qui sont venus avec des préoccupations très pointues, très différentes.
Et une des craintes qu'on a, c'est que ce soit adopté... il y a plusieurs des
articles qui soient adoptés tels quels, sans qu'on se rende, justement, à cette
étude-là. Qu'est-ce qui arriverait si on adopte la question du médicament
d'exception, là, telle quelle, sans faire, par exemple, la proposition que vous
mettez de l'avant ou sans faire des modifications? Parce que votre lecture,
c'est qu'il y a des patients qui vont perdre
accès aux médicaments dont ils ont besoin et dont ils ont déjà accès en ce
moment.
Mme
Racicot
(Julie) : Oui, tout à fait. On n'a pas parlé de tout, mais oui, mais
ce n'est certainement pas le but du projet de loi. Il y a une... C'est
vraiment... Il y a une façon de reformuler les choses, là. Je pense qu'on ne
voit pas la portée de la phrase, là, qui priverait les patients de traitements,
là.
M. Fortin : Parce que c'est ça qui va se passer. En ce moment, il y a
des patients qui reçoivent des médicaments
d'exception, qui, à travers l'article comme tel, devraient cesser d'avoir ce
médicament-là, en ce moment. Puis là,
tantôt, vous avez parlé de lymphome, vous avez parlé de cancer de la vessie,
donc on parle de médicaments, là, qui sont nécessaires à... je ne veux
pas dire «la survie», mais peut-être même la survie, là, de ces patients-là,
là.
Mme
Racicot (Julie) : Oui,
mais il y a plusieurs exemples, là, il y a d'autres médicaments qu'on ne
donnera pas, de morphine à une personne âgée, elle va prendre du tramadol, mais
tramadol a été refusé pour valeur thérapeutique, ça fait que je vais
être obligée de lui donner de la morphine à l'hôpital. Ça ne fait pas de sens
non plus.
M. Fortin : OK. OK. L'intérieur versus l'extérieur des établissements,
si je vous ai bien compris dans votre échange avec le ministre, tantôt, là, au
niveau de l'organisation clinique, entre autres, là, vous avez parlé... vous
avez dit : On propose une table, justement, parce que c'est à l'extérieur
des établissements qu'il semble vraiment y avoir un enjeu de coordination,
peut-être, là, où... et cet enjeu-là va prendre la place des cliniques
médicales spécialisées. Il y en a davantage, le ministre a introduit le concept
des hôpitaux privés également, alors il faudra voir comment tout ça va s'inscrire. C'est pour ça que, si je
comprends bien, là, votre recommandation, vous la mettez sur la place publique
pour que tout le monde travaille dans le même sens pour le patient à
l'extérieur des établissements. Mais, à l'intérieur des établissements, le
ministre a beaucoup de propositions, là. Vous sembliez dire qu'il n'y a pas
tant d'enjeux que ça, en ce moment, ça semble relativement, relativement bien
aller, là, si je comprends.
• (11 h 20) •
Mme
Racicot
(Julie) : C'est plutôt la crainte de perdre ce qu'on a présentement,
là. Donc, il manque beaucoup de mots «pharmacien» dans le projet de loi. On ne
parle pas de soins pharmaceutiques. On parle du médicament, l'utilisation du
médicament, du... Les pharmaciens dispensent des soins aux patients, qui, en
soi... vous le savez, même dans les pharmacies privées, les pharmaciens en font
de plus en plus : la surveillance de la thérapie, l'ajustement, la
prescription, la... Ça, c'est les soins pharmaceutiques. Ce n'est pas là beaucoup
dans le projet de loi. Qui gère le budget médicaments? Ce n'est pas écrit dans
le projet de loi. Donc, ce... le volet... la responsabilité des chefs de
département de pharmacie, qui sont des chefs de département cliniciens comme
les chefs de département médicaux, nommés pour quatre
ans... donc, la crédibilité auprès des autres chefs médicaux est là beaucoup,
ça nous donne une grande latitude. Donc, on est les gardiens de la bonne
utilisation du médicament. Et, sans la petite mention dans le règlement, bien,
ça se perd, ça. Ça fait que c'est vraiment de maintenir les acquis, beaucoup.
Mme Vaillant (Linda) : J'ajouterais
une précision. C'est sûr que, là, on est en train de refondre la LSSSS, là. Je
pense que c'est quand même une loi... c'est énorme, là, vous l'avez mentionné.
Nous, on a quand même saisi l'occasion de faire des propositions pour
actualiser, cette... ce projet de loi. Il y a des éléments qui étaient déjà
dans la LSSSS, là, c'est sûr que ça ne vient pas d'être introduit, c'était déjà
là, la notion de médicament, l'absence de soins pharmaceutiques, mais on se
dit : On est en 2023, donc peut-être qu'on a une belle opportunité,
justement, quant à réouvrir une loi aussi importante, d'introduire les éléments
dont on parle, là, donc notamment la notion de soins pharmaceutiques.
M. Fortin : Non, non, puis vous avez raison, parce qu'on ne le fait pas à tous les
jours, là, d'ouvrir ces lois-là. Alors, il n'y a pas d'enjeu par rapport
à ça. Mais, quand vous dites «la perte de certains acquis», là, c'est ce qui
vous inquiète dans... à travers le projet de loi, puis l'organisation clinique
à l'interne, ce que vous nous dites, c'est que les chefs de département, là, entre autres, bien, dans votre secteur en
particulier, ils doivent avoir... ils doivent gérer leurs propres ressources humaines, ils doivent gérer
leurs propres ressources financières, mais il faut le mettre explicitement
dans le projet de loi, sinon on ne sait pas
trop comment ça pourrait se dérouler, qui pourra avoir ces responsabilités-là, c'est
ça?
Mme Vaillant
(Linda) : Il faut clairement le mettre quelque part. En ce moment, il
se retrouve en partie dans la LSSSS et en
partie dans le règlement. Là, il n'est plus dans le PL n° 15, donc il
nous reste la portion règlement. Ça fait que, là, il nous apparaît
essentiel de ramener ça clairement dans le projet de loi.
M. Fortin : Très bien. Moi, je vous entends, je vous comprends. Ça fait
beaucoup de sens, à mon avis. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Provençal)
: On
va céder, maintenant, la parole à la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe :
...
Le Président
(M. Provençal)
: Il
vous reste cinq minutes, madame.
Mme Setlakwe :
Merci. Merci beaucoup, mesdames, pour votre mémoire étoffé — vraiment, vous avez travaillé fort, le groupe a travaillé
fort — et pour
l'échange.
Suite à l'échange, on
a abordé déjà plusieurs points. J'ai envie de vous demander, là : Est-ce
qu'il y en a un, point sur lequel vous souhaiteriez élaborer davantage? On est
vraiment là pour vous écouter.
Puis,
sinon, bien, je pense qu'il faut revenir... Moi, ce qui m'interpelle le plus
dans la discussion, c'est l'impact sur des patients atteints d'une maladie rare
ou qui nécessitent un... soit un... ce qu'on appelle un médicament
d'exception, ou bien la personne atteinte d'une maladie grave, comme un cancer,
qui essaie un premier médicament, mais qui doit attendre que son cancer évolue dans le mauvais sens pour avoir accès à
un autre. Ça, ça me laisse... ça me laisse très inquiète. Puis
généralement, comme mon collègue, je... c'est une réforme tellement importante,
il faut prendre le temps, je pense, de bien faire les choses. Donc, voilà, j'ai
mis la table.
Mme
Racicot
(Julie) : Bien, en fait, je vous dirais, de la façon que ça
fonctionne, présentement, dans les établissements, ça fonctionne quand même
bien. Il y a des médicaments qui sont acceptés, mais c'est vraiment réservé au cas par cas. Donc, il faut connaître la
rigueur des pharmaciens pour savoir que les registres sont complétés,
tout est là : ce qu'on a accepté, ce qu'on a refusé, pour quelles raisons.
Il y a toujours un comité qui se rassemble, donc ça ne repose pas uniquement
sur le chef de département de pharmacie. Quand il y a une décision à prendre,
bien, on a le président du CMDP, on a le président du comité de pharmacologie,
on monte ça, maintenant, jusqu'au CMDP, s'il le faut, s'il y a lieu. Donc, il y
a plusieurs étapes qui existent pour évaluer l'accès. Donc, ce n'est pas fait
sur un coin de table, c'est fait de façon très, très, très rigoureuse.
Ce qui se passe,
c'est que c'est beaucoup lié aux lenteurs, comme je vous disais, parce qu'avant
qu'un médicament... le fabricant doit
soumettre... premièrement, il y a l'avis de conformité à Santé Canada, ensuite doit obtenir l'indication à Santé Canada, ensuite doit
faire une demande à l'INESSS, qui va prendre x temps à l'évaluer, recevoir la demande, un six, huit mois d'évaluation, et
ensuite le ministre doit négocier l'entente, bien souvent, avant que ce soit
inscrit à la liste. Ça fait qu'il peut s'écouler deux, trois ans avant que le
médicament soit officiellement à la liste des établissements, et le
projet de loi dit qu'on ne peut donner que ce qui est à la liste, qui a reçu
l'avis de l'INESSS, l'indication officielle.
Donc, c'est là où les lenteurs du système nous forcent à naviguer un peu dans
ça, effectivement. Mais c'est fait avec beaucoup de rigueur, puis on
conserve tout ce qu'on autorise ou refuse pour les patients. Puis, les cas par
cas, on les réévalue : est-ce qu'on a eu un cas similaire, qu'est-ce qu'on
avait répondu, on réévalue pour avoir un souci d'équité entre nos patients.
Mais il est certain qu'entre les établissements il peut y avoir des décisions
différentes qui se prennent.
Mme Setlakwe :
Merci. Vous avez mentionné, tout à l'heure, je pense avoir bien compris,
que 21 % des réadmissions sont en raison de... des médicaments, 69 de ces
cas-là auraient pu être évités. Qu'est-ce que vous entendiez par ça, là? Est-ce
que vous pouvez nous donner une explication?
Mme
Racicot
(Julie) : En fait, c'est qu'il y a beaucoup d'effets secondaires liés,
de plus en plus, on voit même des pharmaciens dans les salles d'urgence. Donc,
vous savez, entre autres, le syndrome qu'on appelle des portes tournantes,
bien, les gens viennent à l'urgence, on rajoute un médicament, on ne sait pas
trop, il s'en va, il revient, encore le même problème qui survient ou un
nouveau problème lié à un nouvel effet secondaire, jusqu'à ce qu'on mette le
doigt sur la source du problème, qui est, bien souvent, une cause
médicamenteuse. Donc, on voit même des patients qui se retrouvent avec ce qu'on
appelle des cascades médicamenteuses. Donc, c'est un médicament qui entraîne un
effet secondaire, mais on ne voit pas que c'est l'origine du problème, ça fait
qu'on rajoute un médicament pour contrer l'effet secondaire, qui en cause un
autre, alors on en rajoute un troisième. Donc, le fait de mettre un pharmacien
dans le dossier va permettre d'avoir un regard global sur les médicaments du
patient, de trouver le... la source du problème, puis des fois on peut retirer,
même, trois, voire quatre médicaments, ce qu'on appelle la déprescription.
Donc, il y a
plusieurs exemples de cas de figure où les médicaments en sont la cause. Si la
prescription de départ n'est pas claire, le pharmacien d'officine, au bout,
doit faire l'interprétation de l'ordonnance. Il y a certains médicaments qui ne sont pas disponibles, donc il
faut recontacter l'hôpital. Donc, il y a plusieurs cas de figure possibles en
lien avec les problématiques pour les médicaments.
Mme Vaillant
(Linda) : ...si je peux me permettre, j'ajouterais un élément. Il y a
aussi des études qui nous disent que, un
patient qui rentre à l'hôpital, il y a moins de 10 % de chances qu'il
ressorte avec les mêmes médicaments, moins de 10 %, donc c'est
certain qu'il va subir une transformation de sa pharmacothérapie. Donc, on a
tout intérêt à s'assurer que le congé est
bien géré, que le patient comprend bien les changements, qu'on communique bien
au pharmacien communautaire pourquoi ces changements-là se sont faits,
parce que parfois le patient n'est pas certain de pourquoi il y a eu un
changement, le pharmacien communautaire n'a pas toujours l'information, donc
comment est-ce qu'il peut appuyer adéquatement le pharmacien... le patient, je
veux dire, et donc éviter, justement, ce retour à l'urgence parce qu'il y a eu
une mauvaise gestion du congé? C'est malheureusement des choses qu'on
rencontre, actuellement.
Il y a des enjeux de
ressources, il y a des enjeux de processus, et c'est pour ça qu'on propose,
notamment, les fameuses tables territoriales, peut-être, pour mieux gérer les
congés qui génèrent beaucoup de frustration chez nos collègues en pharmacie
privée, qu'on comprend bien, qui en génèrent de notre côté aussi, dans les
établissements, parce qu'on ne sait pas toujours quand est-ce que le patient va
sortir puis on n'a pas toujours le temps de faire son bilan comparatif des
médicaments à la sortie. Donc, il y a très certainement du travail à faire pour
gérer le parcours, ce que nous, on appelle le parcours de soins pharmaceutiques
du patient, et s'assurer d'une meilleure continuité des soins. Parce que, je le
répète, là, moins de 10 % des situations vont faire en sorte que c'est le
même médicament à la sortie, donc c'est sûr qu'on rentre, on sort avec d'autres
choses. Puis des fois on a tout changé, là, on rentre avec deux, trois
médicaments, on sort avec 10 ou 12, alors c'est un autre plan de traitement
complètement. Donc, il faut s'assurer... Et, s'il n'est pas bien fait, bien
pris par le patient, bien, il va revenir à l'urgence. Donc, il y a vraiment un
travail à faire, de concertation, puis ça passe, à notre avis, par les tables
territoriales.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup. Je vais maintenant céder la parole au député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le Président.
Bonjour... Rebonjour, je devrais dire, on se voit souvent, ces temps-ci, pour
notre plus grand plaisir, parce qu'effectivement votre mémoire est très
éclairant puis, comme d'habitude, assez complet.
Je... Vous avez probablement
suivi, il y a quelques semaines de ça, là, là... Excusez-moi, je ne suis pas
poli, je ne vous regarde pas, c'est parce que je lis en même temps. Vous avez
probablement suivi le mémoire et l'audition, aussi, de l'Association du conseil
des médecins, dentistes et pharmaciens du Québec — oui, bien sûr — Dr Arata et Dr Jean,
qui nous disaient... Jean... Jean Beaudin... Beaubien, c'est-à-dire, qui nous
disaient, presque live, en tout cas, en direct, ici : «On est en
train d'autoriser des médicaments pendant qu'on vous parle, parce que sinon un
patient atteint d'un lymphome n'aurait pas son médicament.» Je crois comprendre
que vous partagez la crainte que le projet de loi n° 15 risquerait de
complexifier encore l'affaire davantage, c'est bien ça que je comprends?
Mme
Racicot
(Julie) : ...exemple que je vous donnais avec le pembrolizumab, là,
c'est la même situation.
M. Marissal :
Mais pour le lymphome?
Mme
Racicot
(Julie) : Où l'INESSS l'aurait refusé pour valeur thérapeutique, oui.
Mme Vaillant
(Linda) : À notre avis, ça ne peut pas être l'intention derrière ce
qui est écrit dans le projet de loi
n° 15. On a de la difficulté à concevoir que ce soit ça, l'intention,
parce que... C'est pour ça qu'on se disait : Est-ce qu'il y a
quelque chose dans le libellé qui... on n'a peut-être pas la même compréhension
de ce qu'on lit, là, mais on serait étonnées que ce soit l'intention, parce
que, véritablement, on se trouverait à priver des patients de soins, puis je
pense qu'il n'y a personne qui veut faire ça, autour de la table, là.
M. Marissal :
Oui, bienvenue dans mon monde. On a aussi quelques problèmes, de ce
côté-ci, à comprendre parfois l'intention du projet de loi.
Donc, parlant
d'intention, là, ça fait quelques semaines qu'on débat de centralisation,
décentralisation. Je crois comprendre que ce que vous nous dites, là, c'est
que, dans l'urgence, puis vous êtes dans l'urgence presque tous les jours, à tout moment, il vaudrait mieux
ne pas trop centraliser, il vaudrait mieux garder une structure décentralisée
pour être capables rapidement de prendre des décisions qui ont une question de
vie ou de mort sur certains patients. Je ne
veux pas dramatiser puis surdramatiser, là, mais ce que vous nous dites, si je
comprends bien, c'est : Ne mettons pas une couche de plus, là,
gardons ça localement pour être capables de prendre des décisions rapidement
avec la bonne molécule. C'est ça que vous dites?
• (11 h 30) •
Mme Vaillant (Linda) : ...flexibilité
dont on dispose, actuellement. On essaie de vous rassurer en vous disant que ce
n'est pas des décisions de coin de table, ça se fait généralement de manière
concertée et réfléchie. Gardons ça, mais par contre centralisons
l'information. C'est ça, notre proposition du registre, assurons-nous de
centraliser l'information, assurons-nous que l'INESSS dispose de cette
information-là et est capable de prioriser ses dossiers pour peut-être agir
plus rapidement sans attendre qu'un fabricant lui en fasse la demande.
M. Marissal : Centraliser l'information
et partager l'information, on en revient à des systèmes d'informatique,
ou d'information, ou de transfert d'information. Vous en êtes où là-dedans?
Mme
Racicot
(Julie) : Pas très avancés. Je vous dirais, au niveau informatique,
c'est une des lacunes qu'on a, présentement. Vous savez, on travaille encore
avec des sorties d'hôpital qui sont soit faxées à la pharmacie, et le fax
manque les pages du verso, donc on fait la moitié des médicaments. Ça ne se
peut pas, on rappelle. Les patients apportent leurs papiers, mais sortent avec
plusieurs papiers pour le médecin de famille, ils ne savent plus quels papiers donner à qui, donc il manque une page, des
fois, d'ordonnance. Donc, on est là-dedans. Vous le savez, au Québec, là, ça, c'est très limitatif. Les chefs de
département de pharmacie, dans la pandémie, on a été très agiles, par la
création de fichiers Excel qu'on avait dans des groupes privés Teams où
on partageait nos inventaires de médicaments pour être capables de se répartir
les stocks au pire de la pandémie. Donc, pour l'instant, j'imagine une espèce
de système comme ça qu'on pourrait partager.
M. Marissal :
...à terme, il serait préférable d'avoir un...
Mme
Racicot
(Julie) : Tout à fait, tout à fait.
M. Marissal :
D'accord. On se comprend bien.
Mme
Racicot
(Julie) : Il y a certainement de l'amélioration à ce niveau-là.
Le Président
(M. Provençal)
: 30 secondes.
M. Marissal :
30 secondes. Rapidement, vous recommandez que soit inscrit clairement
dans la loi le rôle attendu du chef de département de pharmacie. À défaut de,
quel est le risque de ne pas l'inscrire?
Mme Vaillant
(Linda) : Bien, ça risque de créer la confusion qu'on vit
actuellement, c'est-à-dire que... qui intervient s'il y a des enjeux de
médicaments sur le territoire, dans des établissements qui sont semi-privés ou
entièrement privés? Donc, quelle est la responsabilité des départements de
pharmaciens et des chefs à l'égard de l'utilisation des médicaments? Vu que
l'établissement, lui, a une responsabilité territoriale, est-ce que le chef du
département de pharmacie en a une aussi, compte tenu du fait que ce sont des
pharmaciens de pratique privée qui ont des
contrats dans les milieux privés? Alors, quel est notre rôle là-dedans, c'est
vraiment ça qu'on a besoin de clarifier.
M. Marissal :
Merci.
Mme
Racicot
(Julie) : Je vous dirais au niveau du... de la gestion du budget
médicaments. Donc, ça prend un pharmacien qui est capable de dire : Ah!
tel, tel coût augmente, tel médicament, le coût augmente, pourquoi, aller
retourner voir la littérature, voir les pratiques, retourner questionner les
médecins sur cette pratique-là qui est en augmentation. Est-ce qu'on a les
données probantes? Est-ce que l'INESSS a donné son accord? Est-ce que... Vous savez, on a une grande vigie qu'on exerce au
niveau du budget médicaments, sur les coûts, c'est une surveillance constante
qu'on fait. Ça prend quelqu'un d'un peu plus, peut-être, impartial qui va être
capable, après, d'intervenir auprès des équipes médicales pour voir les
bonnes pratiques pour s'assurer qu'on fait le meilleur usage possible des
médicaments, qui permet, par le fait même, un contrôle des coûts également.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup. Alors, je remercie Mme Racicot et Mme Vaillant pour leur
participation et leur contribution à nos travaux.
Sur
ce, je suspends les travaux pour permettre au prochain groupe de prendre place.
Merci beaucoup, mesdames.
(Suspension de la séance à 11 h 33)
(Reprise à 11 h 36)
Le
Président (M. Provençal)
:
Nous allons compléter notre
avant-midi de travail avec l'Ordre
des pharmaciens du Québec. Alors, messieurs, vous allez disposer de
10 minutes pour les... votre présentation, et par la suite nous procédons
à l'échange. Alors, je vous cède la parole, M. Bolduc.
Ordre des pharmaciens
du Québec (OPQ)
M. Bolduc (Bertrand) : Merci
beaucoup, M. le Président. M. le ministre, Mmes, MM. les parlementaires, merci
de nous accueillir. Mon nom est Bertrand Bolduc, je suis président de l'Ordre
des pharmaciens du Québec jusqu'à demain. Je suis accompagné de notre président
élu, M. Jean-François Desgagné, qui commence jeudi, de Mme Manon
Lambert, notre directrice générale, et de M. Patrick Boudreault, qui est
directeur principal de la qualité et de l'exercice des relations
partenaires. Nous vous remercions de nous permettre de vous présenter nos
observations sur le projet de loi n° 15 aujourd'hui.
À nos yeux, le projet de loi n° 15 apporte
de bonnes solutions. C'est dans cet esprit que nous vous présentons ici...
ainsi devant vous aujourd'hui, et nous souhaitons vous proposer de nouvelles
suggestions qui devraient permettre d'enrichir cette réforme en donnant aux
pharmaciens un rôle adapté à leur savoir-faire dans la nouvelle architecture du système de santé, et ce,
évidemment, au grand bénéfice des patients. Je ne répéterai pas les
commentaires de mes collègues de l'APES sur l'importance du médicament
dans le système de santé, je pense qu'elles ont très bien décrit cette
importance-là, et on va aller directement au coeur de notre propos.
Nous voyons dans la réforme amenée par le projet
de loi n° 15 une excellente opportunité de redéfinir la place du pharmacien dans l'organisation du système
de soins au sein de la future agence Santé
Québec. Tout d'abord, nous
croyons qu'une direction des soins et services pharmaceutiques forte aurait sa
place. Ensuite, dans chaque établissement de santé, nous pensons aussi que
l'organigramme actuel souffre de l'absence d'un directeur des soins et services
pharmaceutiques de plein droit, un pharmacien qui serait placé sous l'autorité
du PDG. Ce directeur ou directrice serait doté de fonctions élargies qui
l'amèneraient à coordonner l'activité professionnelle et clinique de
l'établissement avec les autres directeurs. Il ou elle aurait également pour
mandat de travailler en collaboration avec les pharmaciens de son territoire
extérieurs à l'établissement, et ce, afin de sécuriser au mieux la trajectoire
de soins empruntée par les patients au sein
de l'établissement ainsi que sur le territoire. Actuellement, ce rôle revient
au directeur des services
professionnels. Les changements apportés par le projet de loi n° 15 feront
en sorte que ces responsabilités reviennent au directeur médical.
Considérant la place que prend le médicament en établissement de santé et la
sécurité des patients, nous sommes d'avis qu'il est temps qu'une telle fonction
soit créée.
Enfin, dans les établissements privés ou
associés, le projet de loi ne prévoit que peu de choses concernant le circuit
du médicament. Nous considérons qu'il serait judicieux que celui-ci soit, à
l'instar d'un établissement public, encadré par un pharmacien hospitalier. Une telle
mesure viserait à garantir pour les patients une qualité égale des services
pharmaceutiques dans l'ensemble du Québec, peu importe la porte d'entrée
utilisée.
Parlons du maillage territorial. La mise en
oeuvre du projet de loi n° 15 fera disparaître les comités régionaux de
services pharmaceutiques, qui étaient chargés de faciliter l'organisation
territoriale des soins. Par un habile travail de coordination, les membres du
CRSP, qui couvrent l'ensemble des types de pharmaciens, donc les propriétaires,
les salariés, les pharmaciens de GMF et, évidemment, les pharmaciens
hospitaliers, soutiennent, en temps normal, la mise en oeuvre des réseaux
locaux de services sociaux et de santé. Ils ont d'ailleurs rempli un rôle
particulièrement central lors de la pandémie de COVID-19, où ils ont articulé
l'application des décisions ministérielles sur le terrain. Les CRSP ont aussi
contribué à un déploiement efficace des guichets d'accès à la première ligne,
une belle réussite qui a permis à près de 20 % des patients d'être référés
en pharmacie. La suppression des CRSP risque donc de créer un vide qui se traduira par un affaiblissement de
la première ligne et un retour des patients vers des services d'urgence qui sont déjà engorgés. Nous proposons donc de
résoudre ce problème en créant une table régionale des soins et services
pharmaceutiques dans chaque région du Québec qui remplira des fonctions
comparables de planification territoriale.
• (11 h 40) •
En ce qui concerne la trajectoire des patients,
nous saluons la création des conseils interdisciplinaires d'évaluation des
trajectoires et de l'organisation clinique. Nous y voyons une excellente
manière d'assurer la qualité de l'offre de services cliniques et de mieux
superviser les trajectoires de soins que suivront les patients, notamment en mettant en commun l'expertise de plusieurs
groupes de professionnels. Nous encourageons le ministre à aller encore
plus loin dans la voie qu'il a choisie en élargissant les compétences de tels
conseils aux trajectoires externes et non seulement internes. Concrètement,
cela permettra de mieux coordonner le passage du patient d'une structure de
soins à l'autre, entre le GMF, l'hôpital et
la pharmacie communautaire. Finalement, c'est la sécurité du patient lors de sa
prise en charge qui en sortira renforcée.
On a parlé beaucoup d'accès aux médicaments en
établissement de santé. Si on fait une récapitulation du fonctionnement actuel,
il revient au chef de pharmacie de dresser la liste de médicaments qui seront
utilisés dans son établissement, après consultation du comité de pharmacologie.
Ces médicaments sont eux-mêmes sélectionnés par ceux figurant dans la liste du
ministre, que l'INESSS aide à dresser. De manière générale, cette liste ne
comprend elle-même que des médicaments homologués par Santé Canada. Lorsqu'un
prescripteur souhaite que son patient, en raison de ses particularités
médicales, ait accès à un médicament ne figurant pas sur la liste du ministre,
voire n'ayant pas été reconnu par Santé Canada, une demande doit être formulée
auprès du CMDP ou, selon le projet de loi n° 15, du comité de pharmacologie pour l'obtenir. Le projet de loi actuel
durcit les conditions d'accès à ces cas exceptionnels. Ces médicaments dits de nécessité particulière ne pourraient
plus être autorisés par les comités de pharmacologie lorsque leur valeur
thérapeutique n'a pas été reconnue par l'INESSS. Nous pensons qu'une certaine
souplesse devrait être conservée sur le sujet. La littérature scientifique
progressant plus vite que les recommandations de l'INESSS, nous suggérons de
conserver les mécanismes existants à l'heure actuelle. Nous sommes favorables à
ce que les comités de pharmacologie soient tenus de prendre en compte les avis
de l'INESSS, évidemment, mais nous demandons qu'ils ne soient pas contraints de
s'y limiter. Autrement, cela risquerait de priver certains patients de
traitements efficaces.
Par ailleurs, le projet de loi pourrait
envisager la création d'un registre national répertoriant toutes les demandes
de médicaments de nécessité particulière ayant été acceptées, un peu comme nos
collègues de l'APES viennent de le proposer.
Ce document, consultable par les chefs de départements de pharmacie et les
éventuels directeurs des soins et services pharmaceutiques, améliorerait
l'équité interétablissement pour les patients, tout en offrant à l'INESSS et à
Santé Québec une meilleure visibilité sur les pratiques dans le réseau.
Enfin, et c'est là notre dernier commentaire,
nous souhaitons que les indications reconnues par Santé Canada ne constituent
pas l'unique cadre de prescription des médicaments. Il arrive souvent qu'on
a... qu'on découvre qu'un médicament employé pendant des années pour traiter
une indication soit également efficace pour en traiter une autre. Cependant,
même si de nouvelles études sont publiées, les entreprises pharmaceutiques ne
font pas toujours la démarche, longue et
coûteuse pour eux, pour que ces nouvelles indications soient prises en compte
par Santé Canada. Si les pharmaciens doivent remplir des justificatifs à
chaque fois qu'un médicament est prescrit en dehors de la monographie de Santé
Canada, deux problèmes potentiels peuvent se produire : soit ils
ignoreront ces dispositions, ce qui serait
au détriment de la loi, ou bien ils cesseront d'utiliser ces médicaments, ce
qui serait au détriment du patient. Aucune de ces deux situations
n'étant souhaitable, il paraît préférable de conserver le système actuel en
l'état.
Pour conclure, nous appuyons cette réforme, qui
se veut moderne, adaptée aux évolutions du système de santé, et, pour une protection optimale des patients, nous croyons que
les pharmaciens doivent y avoir toute leur place. Notre rôle de
protection du public nous amène à proposer une place plus stratégique pour les
pharmaciens en établissement afin
d'optimiser l'utilisation des médicaments et les trajectoires de soins, tant au
niveau hospitalier qu'en milieu communautaire.
Alors, nous
vous remercions de votre attention et, évidemment, nous sommes là pour répondre
à vos questions, avec mes collègues.
Le Président (M. Provençal)
: Merci pour votre présentation,
M. Bolduc. J'en profite pour vous féliciter, M. Desgagné, pour votre
nomination.
Maintenant, nous allons procéder à la période
d'échange. Alors, M. le ministre, je vous cède la parole.
M. Dubé : Oui, M. le Président.
Je voudrais dire à M. Bolduc que ses dernières années à la présidence ont
été assez occupées, puis je veux en profiter, là, avec mes collègues, pour
remercier le travail que vous avez fait avec votre
équipe. M. Desgagné, je vous souhaite des années plus tranquilles, je vous
dirais ça, hein? On va tous se souhaiter des années un peu plus
tranquilles.
M. Bolduc, merci à vous puis à votre
équipe, là, pour cette présentation-là. C'est évident que je vois beaucoup de similitudes entre votre présentation
puis celle de... puis je ne pense pas que vous avez fait ChatGPT pour copier l'autre ou vice versa, là, vous avez l'air
des gens assez autonomes. Et vous êtes... vous pratiquez la même chose,
d'un côté en établissement puis l'autre côté en communautaire, ça fait que...
Je veux revenir sur la question... Puis j'en
profite parce que, souvent, la discussion que j'aurai avec mes collègues, entre
autres, de l'opposition dans les prochaines semaines, c'est : qu'est-ce
qui va dans le projet de loi, puis qu'est-ce
qui va dans un règlement, puis qu'est-ce qui va dans l'approche qui va être
faite par Santé Québec, puis ça, je pense que c'est... À force, là, on
aura eu, peut-être, je ne sais pas, moi, pas loin d'une centaine de mémoires,
là, avec ceux qui sont venus, puis il va falloir, à un moment donné, qu'on
prenne un peu de recul puis de dire c'est quoi, le grand principe de qu'est-ce
qu'on veut dans le projet de loi, qui doit être là, qu'est-ce qui est dans le
règlement, comme c'est le cas en ce moment
avec la LSSSS, et qu'est-ce qu'on veut laisser l'agilité à Santé Québec de
travailler.
Ça fait que je veux revenir sur deux questions.
Il y en a une, je vais régler tout de suite, là, parce que, quand
M. Bergeron me dit qu'il est d'accord déjà, ça avance plus vite, mais je
dois avoir l'opinion de l'opposition. Je veux juste
dire qu'on est assez favorables à l'idée du registre. Ça, je pense que c'est...
on pourra en parler avec l'opposition, là, dans les prochaines semaines,
mais l'idée de... tout à l'heure, quand j'en parlais aux... à nos deux
pharmaciennes en établissement... je pense,
d'être capable de donner à l'INESSS une certaine agilité pour qu'il y ait le
bon processus thérapeutique qui soit suivi par celui qui administre, le
médecin, mais en même temps donner à la chance de l'INESSS... Ça fait que je veux juste dire, pour aujourd'hui, là... puis
on en parlera, je serais... je serais curieux d'entendre les oppositions
là-dessus, mais je dirais une grande ouverture à avoir cette discussion-là, au
niveau du registre. Si c'est ça, la façon de respecter le principe de
protection du patient et de donner à l'INESSS la chance d'intervenir, je pense
qu'on va trouver, comment ils appellent ça, une voie de passage. On va trouver
ça. OK.
Il y en a deux que je voudrais revenir, que je
trouve... C'est pour ça, tantôt, je faisais ma petite introduction sur
qu'est-ce qui va dans la loi versus dans le règlement, puis là j'aimerais
parler de la table territoriale. Bon, la table territoriale, si je la comprends
bien, puis nos deux pharmaciennes, tout à l'heure, nous l'ont dit... faites-moi
la différence entre cette table-là, qui, à mon sens, existe un peu déjà, versus
la situation actuelle. Qu'est-ce que... Qu'est-ce qu'on pourrait faire pour
s'assurer qu'il y ait cette cohésion-là? Je fais une longue introduction, je
m'en excuse, je vais terminer. Vous avez pris beaucoup de place dans
PL n° 11 quand on a dit : On veut que le pharmacien prenne sa place à travers la première ligne. Moi, je pense
que ça va ensemble, ce que vous nous proposez, et c'est ça que je voudrais
savoir, comment, pour vous, c'est important que ça soit dans la loi versus dans
un règlement. Vous me suivez?
Mme Lambert
(Manon) : Bien, dans les faits, comme ordre professionnel, on a quand même
une vision privilégiée sur...
M. Dubé :
Rapprochez votre micro un petit peu, s'il vous plaît.
Mme Lambert (Manon) : Oui.
Je m'excuse, c'est parce que je suis un petit peu enrhumée aujourd'hui, donc...
M. Dubé :
Ah! OK. C'est beau.
Mme Lambert
(Manon) : On a une...
M. Dubé :
Il y a des bons médicaments pour ça, en passant, oui, oui, oui.
Mme Lambert (Manon) : Oui,
tout à fait, tout à fait. Mais un rhume traité, ça dure sept jours, puis non
traité, ça dure une semaine, donc...
M. Dubé :
Ah! OK...
Mme Lambert
(Manon) : On a une vision privilégiée sur ce qui se passe. Puis je
veux confirmer ce que nos collègues de l'APES ont mentionné, l'offre de
services en établissement de santé, en inspection professionnelle, ce qu'on
voit, c'est que c'est très bien. Les pharmaciens hospitaliers font, de façon
générale, un super bon travail. Le problème qu'on voit, c'est lors des
transitions.
M. Dubé :
Les transitions.
Mme Lambert
(Manon) : C'est vrai en pharmacie, c'est vrai en médecine également.
Donc, quand on passe d'un établissement à un autre établissement, quand on sort
de l'hôpital, bien là, effectivement, il y a des problèmes de communication, il
y a des problèmes de collaboration qui mettent en péril, parfois, la sécurité
du patient puis qui entraînent ce que Julie disait tantôt... Mme Racicot,
je m'excuse, les... le phénomène de la porte tournante. Actuellement, il y
avait eu une modification qui avait amené les CRSP, ce n'était pas naturel...
M. Dubé :
Rappelez ce que ça veut dire, CRS, pour...
Mme Lambert
(Manon) : Oui. Les comités régionaux de services pharmaceutiques, ça
doit faire une quinzaine d'années que ça existe. Ce n'était pas naturel,
auparavant, pour les pharmaciens hospitaliers puis les pharmaciens
communautaires.
M. Dubé :
Puis est-ce que je me trompe que ce n'est pas dans la loi, ça, en ce
moment?
Mme Lambert
(Manon) : C'est dans la loi.
M. Dubé :
C'est dans la loi?
Mme Lambert
(Manon) : C'est dans la loi.
M. Dubé :
Comme tel, prescrit?
Mme Lambert
(Manon) : Absolument.
M. Dubé :
OK.
Mme Lambert
(Manon) : Et c'est pour ça qu'on pense, nous, que cette structure-là
avait commencé à donner d'excellents
résultats. Tantôt, on a notre nouveau président, qui vient de Trois-Pistoles,
où on a vu que le comité régional a
été à la base du déploiement des GAP pour ce qui est de l'offre de services
pharmaceutiques. Donc, c'est des structures qui ont vu leur
importance...
• (11 h 50) •
M. Dubé :
Oui, c'est vrai, c'est vrai que
les pharmaciens étaient impliqués quand on a fait le premier GAP, là, c'est
très vrai.
Mme Lambert (Manon) : Absolument,
absolument. Et c'est des structures qui sont d'une telle importance, à notre
avis, qui méritent d'être mises dans la loi. Et, si je fais le parallèle
avec...
M. Dubé : Mais
la fonction de... la façon de procéder, c'est dans le règlement. Tout ce qu'on
fait dans la loi, c'est de dire que ce comité-là doit exister.
Mme Lambert (Manon) : Absolument.
M. Dubé : OK, OK, OK.
Mme Lambert (Manon) : Absolument.
Vous pouvez aller plus ou moins loin, ça, c'est votre prérogative,
éventuellement, comme législateurs.
M. Dubé : Mais je veux juste vous
dire... en tout cas, on pourra en parler à... lorsqu'on ira, mais je n'ai pas
d'objection à ce qu'il reste là, s'il faut qu'il reste là, parce que vous, vous
trouvez que c'est important qu'il soit là.
Mme Lambert
(Manon) : Bien, pour les patients... pour les patients,
c'est fondamental. Et je ferais le parallèle avec les départements...
M. Dubé : En quoi c'est
important pour le patient? Ça, ça m'intéresse quand vous dites ça.
Mme Lambert
(Manon) : C'est les questions de transition. Si l'offre de
services pharmaceutiques n'est pas bien coordonnée quand je sors de
l'hôpital...
M. Dubé : Entre l'établissement
puis le communautaire.
Mme Lambert (Manon) : ...bien
oui, quand je sors de l'hôpital puis je m'en vais à une officine, si le pharmacien d'officine
communautaire n'a pas les bonnes informations, il pourrait reprendre, par
exemple, un médicament qui a été cessé parce qu'il n'a pas
l'information qu'il a été cessé, et c'est finalement le médicament qui a
conduit le patient à l'hôpital. Donc, on veut éviter ce genre...
M. Dubé : Puis ça, c'est le
conseil qui...
Mme Lambert (Manon) : Bien,
c'est fondamental. On veut éviter ce genre de chose là. Puis je ferais le
parallèle un peu avec l'offre de service médical. On a vu qu'on a éliminé les
départements régionaux de médecine... de médecine générale, par exemple, ceux
spécialisés, mais on a remplacé par un département territorial. Pourquoi? Parce que c'est important d'asseoir les services
spécialisés avec les services de première ligne. Bien, c'est exactement
la même chose en pharmacie. Pourquoi on ne parle pas de départements régionaux
en pharmacie? C'est que les pharmacies sont des entités privées qui n'ont pas
de contrat avec le réseau, donc on a peut-être un peu moins...
M. Dubé : Mais
comment on fait... Je vous pose la question, là, puis je n'ai pas
d'arrière-pensée, mais c'est quoi, le levier qu'on a sur un pharmacien
communautaire par opposition au levier qu'on a par rapport à un médecin?
Mme Lambert (Manon) : Bien,
encore une fois, comme je vous dis, au niveau des...
M. Dubé : Parce que ceux qui ne
veulent pas faire ce conseil-là, ils n'ont aucune obligation de le faire.
Mme Lambert (Manon) : Non,
absolument, puis il n'y a pas de contrat comme avec les GMF.
M. Dubé : Bon...
Mme Lambert (Manon) : Par
contre, par contre, ce que je peux vous dire, c'est qu'avec les CRSP, qui ont
connu des débuts difficiles, qui était inégal d'un territoire à l'autre, le
travail des CRSP, mais, quand on avait des pharmaciens
engagés là-dessus, on a réussi à faire des miracles. Le Paxlovid,
M. le ministre, dans certaines régions, c'est vraiment... Puis je peux
laisser parler Jean-François, donner l'exemple du Paxlovid.
M. Desgagné (Jean-François) : ...M.
le ministre, moi, je suis un pharmacien de famille. Moi, je travaillais samedi, j'étais à la pharmacie samedi. Puis, dans
le Bas-Saint-Laurent, le CRSP, il fonctionne très bien, il est
fonctionnel, et c'est la seule entité
qui existe où les pharmaciens communautaires peuvent parler aux pharmaciens
hospitaliers puis se parler des vraies affaires. C'est très populaire,
ces expressions-là, c'est un peu bateau, mais bref.
Dans le cas du Paxlovid, là, il ne faut pas
oublier que les pharmaciens au Québec, on a été les premiers pharmaciens au monde à pouvoir prescrire le Paxlovid,
et je peux vous dire que, sur le plancher des vaches, les pharmaciens communautaires,
on avait beaucoup d'appréhensions. Mais, une des façons qu'on a pu régler ça,
c'est qu'on a pu, en travaillant avec les...
à travers les CRSP, travailler avec nos collègues hospitaliers pour développer
des corridors de services.
M. Dubé : Mais
vous, vous êtes... je vais le dire, là... c'est pour ça que, tantôt, je
demandais : Mais c'est quoi, le levier que l'on a pour, je dirais,
presque obliger le CRSP avec le pharmacien?
M. Desgagné
(Jean-François) : Bien, écoutez, «obliger»... Moi, je pense
qu'objectivement, si on a un endroit où on peut... en dehors de toutes
les considérations de compétition, d'incompréhension, de tout ça, ça nous prend
une plateforme où on peut discuter, où on peut planifier les choses. Nous, dans
le Bas-Saint-Laurent, l'année passée, on a vécu une situation problématique
avec les heures d'ouverture où les pharmacies, sur presque l'entièreté du
territoire, étaient fermées le 25 décembre, le 1er janvier. Notre
présidente du CRSP, Mme Paradis, a travaillé de façon extraordinaire pour
essayer de rabouter les choses, de discuter avec les pharmaciens, puis
finalement on a des pharmaciens qui ont levé
la main en disant : Écoutez, on est conscients de la réalité du... C'est
un endroit où... Moi, je n'aime pas beaucoup la coercition, je préfère tout ce
qui est discussion, planification puis aligner les objectifs, connaître
les réalités.
M. Dubé :
Donc, déjà, déjà, de le mettre
dans la loi, parce que... en tout cas, ou de le laisser dans la loi, je vais
le dire comme ça, sans pouvoir coercitif, ça serait déjà quelque chose. C'est
un peu ça que j'entends.
M. Desgagné
(Jean-François) : Bien, écoutez, moi... C'est la seule... le seul endroit
où on peut discuter.
M. Dubé :
OK, OK.
Mme Lambert
(Manon) : ...donc on a des beaux succès. On peut tabler sur les succès
qu'on a vus.
M. Dubé :
Oui, tout à fait.
Mme Lambert
(Manon) : Et le deuxième élément, si vous me permettez un petit
reproche, souvent, le réseau de la santé, avec la pharmacie communautaire, dans
le passé, lançait des directives, donc : On sort tel patient, les
pharmaciens communautaires, vous aurez à prendre en charge tel patient,
ressources, pas ressources. Déjà, de considérer la pharmacie communautaire, de
les asseoir avec les collègues hospitaliers, vous allez avoir un meilleur
engagement que de fonctionner par des directives avec une entreprise privée. Ça
m'apparaît important.
M. Dubé :
Puis je reviens à la question que j'ai posée à vos prédécesseures tout à
l'heure. Votre rôle au niveau du CMDP,
est-ce qu'il est assez fort, ou c'est pour ça que vous demandez d'avoir un...
je dirais, un pharmacien qui relève du PDG au niveau d'établissements?
Mme Lambert
(Manon) : Bien, pour nous, c'est deux choses différentes, là.
M. Dubé :
Bien, c'est ça que je veux comprendre.
Mme Lambert (Manon) : Le
CMDP, son rôle principal, c'est la qualité... la qualité de l'acte médical,
dentaire et pharmaceutique.
M. Dubé :
Mais aussi du continuum du processus.
Mme Lambert (Manon) : Absolument.
Bien, en fait, là, maintenant, vous introduisez le conseil interdisciplinaire.
M. Dubé :
Le conseil.
Mme Lambert
(Manon) : Nous autres, ce qu'on dit : Allez plus loin avec le
conseil interdisciplinaire puis regardez les trajectoires aussi, parce que ce
n'est pas vrai que l'hôpital vit tout seul, il y a des professionnels...
M. Dubé :
Mais vous pensez... Excusez-moi, là, c'est parce que... Comment qu'il me
reste de temps?
Le Président
(M. Provençal)
: Quatre
minutes.
M. Dubé :
C'est vraiment important, cette discussion-là. En faisant le comité
interdisciplinaire, c'est pour s'assurer,
justement, du continuum de soins qu'on veut faire. C'est pour ça que je vous
demande : Est-ce que votre rôle, comme pharmaciens, à l'intérieur
du CMDP, vous permet de questionner ce continuum de soins là qui inclut les
médicaments? C'est ça qu'est ma question.
Mme Lambert
(Manon) : Bien, pas au niveau de la première ligne, actuellement, ce
n'est pas clair. Je vais joindre ma voix à celle de l'APES, qui disait que la
responsabilité populationnelle n'est pas claire. C'est pour ça que, dans notre mémoire,
un des rôles du directeur, ce serait d'animer cette... ces tables-là
régionales, de s'assurer...
M. Dubé :
Le directeur que vous voyez, qui se rapporterait au PDG, là.
Mme Lambert
(Manon) : Oui, absolument, et qui aurait la responsabilité de
s'assurer que toutes ces transitions-là dont je parlais tantôt, qui peuvent
être bien délétères ou bien positives pour le patient si elles sont bien
organisées. Donc, il y aurait quelqu'un qui aurait cette responsabilité-là, qui
pourrait aussi ramener au niveau...
M. Dubé : Qui
est très différent de ce qu'on fait au niveau du CMDP puis du... Là, je
comprends votre point.
Mme Lambert (Manon) : Absolument,
absolument, et qui est différent de ce que fait le chef aussi, là. C'est deux
choses différentes. Un ne remplace pas l'autre, là.
M. Dubé : OK. Tout à l'heure,
on a parlé...
Le Président (M. Provençal)
: Trois minutes.
M. Dubé : Trois minutes? Bon,
je veux juste bien comprendre. Tantôt, on a parlé du processus de plainte, OK?
Je n'ai pas pu intervenir après, mais le processus de plainte, en ce moment,
d'un pharmacien qui est salarié versus un pharmacien qui est... ou, pardon, un
médecin qui est travailleur autonome, c'est très différent. Comment vous réagissez
par rapport au... Vous, vous êtes des entrepreneurs autonomes, quand on parle
de pharmaciens comme... ou, en tout cas, la plupart de vos membres. Au niveau
de l'assurance, ça vous dit quoi?
Mme Lambert (Manon) : Bien,
écoutez...
M. Dubé : Ou les plaintes, je
devrais dire.
Mme Lambert (Manon) : En fait,
l'ordre ne fait pas de distinction, là, sur le plan disciplinaire entre les
pharmaciens hospitaliers ou les pharmaciens... ce sont tous nos membres, hein,
les pharmaciens salariés, les pharmaciens propriétaires, et tout ça. Force est
d'admettre qu'actuellement le projet de loi ramène certains éléments
disciplinaires qu'il y avait auparavant. C'est deux processus différents, hein,
on ne parle pas... on ne parle pas du processus
disciplinaire de l'Ordre des pharmaciens, ici, on parle du processus
disciplinaire à l'intérieur de l'établissement.
M. Dubé : Des plaintes, entre
autres.
Mme Lambert (Manon) : Exactement.
Et là on semble ramener certaines dispositions pour le pharmacien, on en oublie d'autres. Nos collègues ont parlé,
évidemment, du droit d'être entendu, mais moi, je vais vous parler d'un autre
élément qui est important pour la protection du public, c'est que, dans la loi
actuelle, lorsqu'un pharmacien est... a une sanction du conseil
d'administration... c'est le conseil d'administration, l'ordre professionnel en
est avisé. Parce que ce qu'on voit,
généralement, c'est que, bien sûr, l'établissement fait son travail au niveau
du pharmacien comme tel, mais, si le pharmacien a eu une conduite, là, vraiment
inacceptable qui pourrait nuire, éventuellement, s'il transportait cette
conduite-là dans un autre établissement, parce que la sanction ne s'applique
pour que l'établissement dans lequel il travaille, l'ordre était avisé, la loi
prévoyait que l'ordre était avisé. Ce n'est plus le cas, actuellement.
M. Dubé : Ah! mais ça sera une
précision... OK.
Mme Lambert
(Manon) : Donc, c'est comme
si on a repris certains éléments, pas d'autres, et ça fait un canard un
peu boiteux.
M. Dubé : OK. Bien, c'est quelque
chose qu'on pourra regarder.
Mme Lambert (Manon) : Donc,
l'idée, c'est vraiment d'y aller comme c'était auparavant. Ça fonctionnait dans
le passé et c'était... ça nous permettait, à nous, comme ordre professionnel,
de surveiller ça aussi.
M. Dubé : Bon,
bien, ça m'éclaire un peu, parce que, tout à l'heure, on a peut-être mis... on
a fait ça rapidement. Il me reste, quoi, 30 secondes?
Le Président (M. Provençal)
: Un petit peu plus.
M. Dubé : Un petit peu plus?
C'est le temps de vous remercier, parce que ce que vous avez fait dans votre
région, avec les débuts du GAP, avec la collaboration des pharmaciens... je
sais qu'on n'est pas rendus exactement où on veut, mais je pense qu'on a fait
un grand bout de chemin. Puis je pense que les pharmaciens ont contribué à cette prise en charge là, et c'est pour ça que je
suis... on verra, dans les prochaines semaines, prochains mois, comment
on peut traduire ce que vous avez commencé avec une plus grande participation
des pharmaciens. Je veux le dire aux deux présentations de ce matin. Je trouvais
ça important de vous remercier.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, M. le ministre.
M. Dubé : Merci.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Pontiac, vous avez la
parole.
• (12 heures) •
M. Fortin : Merci.
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Bolduc, toute l'équipe.
M. Bolduc, merci. Je pense, ça fait... ça
fait combien d'années, neuf ans que vous êtes en poste, si je ne me trompe
pas? Bien, félicitations, d'abord, pour
votre travail, pour les avancées que vous avez menées à l'ordre! Et,
M. Desgagné, je ne sais pas si vous souhaitez un mandat tranquille comme vous le souhaite le
ministre. Je ne pense pas qu'on se lance là-dedans pour des mandats tranquilles,
je pense que vous voulez probablement faire bouger les choses aussi.
M. Desgagné
(Jean-François) : De toute façon, je connais mes membres, je connais
mes collègues, et on est prêts à affronter toutes les tempêtes.
M. Fortin : Ah! voilà, voilà. Je reconnais quelqu'un du Bas-du-Fleuve!
Là,
je veux revenir sur la question des plaintes, rapidement, là, parce que c'est
la dernière qui a été traitée, puis je
ne veux pas que ce soit traité trop rapidement. Si je vous ai bien comprise,
Mme Lambert, vous avez dit, essentiellement, que, parce que... de
la façon que c'est organisé en ce moment, là, pour des plaintes en
établissement, entre autres, ça ressemble à un canard boiteux parce qu'on
touche à certains aspects, on oublie certains aspects, il y a... ce n'est pas
une ligne claire, disons, comme il y a en ce moment.
Mme Lambert
(Manon) : ...la façon dont ça a été traduit dans le projet de
loi n° 15, on reprend certains éléments, on n'en reprend pas
d'autres. C'est comme si on avait oublié une partie des... une partie des
choses pour le pharmacien.
M. Fortin : Donc, rendu là, votre recommandation, c'est...
Mme Lambert
(Manon) : Ramenons les choses...
M. Fortin : ...ne touchez à rien, là, des fois...
Mme Lambert
(Manon) : Bien, ramenons les choses comme on les a ramenées pour les
sages-femmes, hein, les sages-femmes, qui sont nouvelles dans ce processus-là,
ramenons les choses à ce niveau-là puis ramenons les choses comme pour les
médecins, qui ont été ramenées totalement. Donc, en anglais,
on dit «if it's not broken, don't fix it». Donc, ça fonctionne, ça a
fonctionné dans le temps. Ce n'est pas... Il n'y a pas un grand nombre de
plaintes au niveau pharmaceutique, mais ça a fonctionné dans le passé. Quand on
avait à être avisé, on a été avisé, comme ordre professionnel. Puis, comme je
vous le disais tantôt, c'est un élément important de protection du public.
Donc, nous, on recommande de maintenir les choses telles qu'elles sont
actuellement.
M. Fortin : Ah! bien, je vous entends. S'il y a un élément,
organisationnellement, qui fait du sens déjà, si c'est efficace, si ça protège le public et s'il n'y a pas de problème en
tant que tel, je ne vois pas pourquoi on irait jouer là-dedans, à moins
que le ministre nous... ait une vision différente, là. Je vous entends
là-dessus.
Votre deuxième recommandation
par rapport aux chefs de pharmacie, là, vous voulez qu'ils conservent leurs
responsabilités, mais que ce ne soit pas sous la direction médicale.
Pouvez-vous nous expliquer exactement ce que vous voulez dire et l'impact que
ça pourrait avoir?
M. Boudreault (Patrick) : Bien,
écoutez, aujourd'hui, le pharmacien... Vous avez vu le nombre, le médicament,
c'est le deuxième poste budgétaire, après
les salaires, dans un établissement. C'est énorme. On dépense énormément de médicaments en province, et ça, c'est à part toute
l'organisation des soins. On a parlé de l'interface entre le communautaire
et l'établissement, mais à l'intérieur de l'établissement aussi, pour bien
gérer le circuit du médicament, on a besoin de
technologies, on a besoin de robotisation, on a besoin de systèmes
informatiques. Et on croit que, pour bien gérer, pour bien gérer le département, pour bien gérer le fait
pharmaceutique d'un établissement de santé, bien, on se doit d'être à l'endroit
et au niveau où se prend les décisions. Nous, entre les ordres professionnels,
on travaille avec nos collègues de l'Ordre des infirmières et du Collège des
médecins, c'est quotidien, et on ne sent pas, là, qu'on est sous le Collège des
médecins. Alors, probablement qu'on est rendus d'avoir une nouvelle... une
actualisation, d'une nouvelle façon de voir
les choses sur laquelle le pharmacien... à quels endroits on a besoin de son
expertise, et c'est très certainement à l'endroit où se prend les
décisions dans un établissement de santé, et c'est en toute cohérence, aussi,
avec notre proposition d'avoir une direction des soins pharmaceutiques forte au
niveau national, au niveau de Santé Québec, mais d'avoir aussi, à l'intérieur
de l'établissement, un rôle des chefs de département, qui, comme les prédécesseurs
l'ont dit... qui est bien campé dans la loi, ou sinon dans le règlement, mais
préférentiellement dans la loi, mais aussi avec un directeur des soins et
services pharmaceutiques, au conseil de... au comité de gestion de
l'établissement et qui gère le médicament en collégialité avec le directeur
médical, le DSI, le directeur des services multi. Alors, on pense
qu'aujourd'hui on est rendus... on est rendus là.
M. Fortin : OK, mais le point que vous faites, là, c'est que le
pharmacien n'a pas besoin d'être, disons, sous l'égide médicale, là, à ce
niveau-là, mais qu'il y a un travail de collaboration à faire, bien évident.
M. Boudreault
(Patrick) : Bien évident.
M. Fortin :
Ça, on comprend ça. Je pense que ça touche à certaines de vos recommandations,
entre autres, sur la Loi sur la pharmacie, là. Vous amenez des recommandations
à ce niveau-là. Puis là j'imagine que c'est en place depuis longtemps, parce
qu'à première vue je la comprends mal, disons, le... ce qui est en place, là,
et que vous recommandez de changer à travers votre recommandation 10,
quand vous dites qu'«un établissement de santé ne peut permettre l'achat, la
préparation puis la fourniture de médicaments que s'il y a un médecin qui y
exerce». Ça, ça doit être là depuis...
Mme Lambert (Manon) : ...c'est
là depuis 1974, et évidemment, avec l'arrivée des hôpitaux privés, si on fait
le parallèle avec les CMS, les cliniques médicales spécialisées, l'organisation
des services pharmaceutiques ou la fourniture de médicaments n'est pas optimale
à ce niveau-là. Si on va avec des hôpitaux privés, est-ce qu'on va rester avec une situation... optimale, parce
que des médecins... woups!, tout d'un coup, on n'a plus besoin de pharmaciens
pour organiser le circuit du médicament?
Vous savez, avec le temps... Le travail de médecin, le travail de pharmacien,
c'est deux travails... c'est deux professions très différentes puis qui n'ont
pas les mêmes compétences, donc on pense qu'elles doivent être complémentaires,
mais ce n'est pas vrai, demain matin, qu'un médecin peut débarquer dans une
pharmacie puis gérer un circuit du médicament complexe, ce n'est pas son
expertise. Donc, on dit : Enlevons donc ce vestige-là. Surtout avec les hôpitaux privés, ce serait une bonne idée
que... d'être certains que le circuit du... qu'un circuit du médicament
hospitalier va être géré par des pharmaciens hospitaliers.
M. Fortin : OK. Ça, c'est une chose, là, par rapport aux hôpitaux
privés puis aux CMS, là, ça, c'est une recommandation qui fait, à mon sens,
beaucoup de... beaucoup de bon sens, mais, sur la question des hôpitaux privés puis des CMS, on a entendu, tantôt, des pharmaciens
d'établissement se prononcer là-dessus. Vous êtes d'avis, essentiellement,
que la table ferait ce travail-là, également, là, permettrait cette
coordination-là pour les hôpitaux et les
CMS? Parce que c'est ce qui semble être à l'extérieur, évidemment, de leur
champ d'expertise. Mais, pour vous, cette table-là, est-ce qu'elle peut
remplir une partie de cette mission-là aussi?
Mme Lambert (Manon) : Bien, ça
va dépendre. On n'a pas encore beaucoup d'information sur les hôpitaux
privés...
M. Fortin : Non, nous non plus.
Mme Lambert (Manon) : ...comment
ça va être organisé, par rapport aux établissements publics. Est-ce que c'est
des patients, un peu comme on voit avec les chirurgies, qui sont des patients
des établissements publics avec une sous-traitance? Ça fait que c'est difficile
à dire... à répondre à votre question, actuellement. Ça fait que c'est deux
choses. On pense que, si on y va avec vraiment des hôpitaux privés... Un
hôpital, c'est un hôpital, là, et donc le circuit du médicament, le circuit du
médicament en hôpital, c'est différent d'un circuit du médicament en officine,
ça implique beaucoup plus d'interdisciplinarité, beaucoup plus de
communication, beaucoup plus de collaboration interprofessionnelle,
et ça, ce sont les pharmaciens hospitaliers, qui ont cette dimension-là. Ce
qu'on a vu partir dans les appels d'offres pour les hôpitaux privés,
c'est de dire : on va avoir un comptoir de pharmacie qui va donner les
médicaments quand le patient va partir. Oui, mais pendant qu'il va être à
l'hôpital privé, qu'est-ce qu'on va faire? Donc, ça nous inquiète un peu, tout
ça.
Donc, l'idée, c'est que l'expertise pour assurer
la sécurisation du circuit du médicament hospitalier soit faite par des
pharmaciens qui ont cette compétence-là, puis, jusqu'à maintenant, ce sont les
pharmaciens hospitaliers qui s'occupent de ça.
M. Fortin : Et pour lesquelles ils ont fait des études supplémentaires.
Mme Lambert (Manon) : Absolument.
M. Fortin : OK. Très bien. Moi, ça me va, M. le Président. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Il reste 1 min 40 s.
Mme Setlakwe : ...
Le Président (M. Provençal)
: Oui. Allez-y, madame.
Mme Setlakwe : Merci.
Bien, je vais aller directement... Merci à vous tous. Dans les statistiques
intéressantes dans votre mémoire, vous parlez que les erreurs liées à la
médication demeurent le deuxième type d'événement... je suis à la page 6, là,
quatrième paragraphe, indésirables les plus fréquemment déclarés lors d'une
prestation de soins, c'était en 2020‑2021, derrière les chutes. Sur plus de
400 000 événements indésirables, il y en avait 24,5 qui étaient liés à la médication.
C'est énorme. Est-ce que le projet de loi va améliorer quelque chose à ce
niveau-là?
• (12 h 10) •
M. Boudreault (Patrick) : C'est
sûr qu'il y a des éléments qui peuvent nous aider. Tout le volet du conseil
interdisciplinaire... Pour nous, c'est important qu'un pharmacien soit
nommément sur ce comité-là, qu'il soit bien nommé et
qu'on ne regarde pas uniquement les trajectoires de l'établissement, mais qu'on
en regarde aussi les conséquences sur l'ensemble des partenaires qui sortent de
l'établissement. On a trop vu, par le passé, des révisions de processus
intra-établissement avec des conséquences sur des partenaires : pharmacies
communautaires, cliniques dentaires, cliniques de réadaptation, des organismes
communautaires, pour lesquelles on n'a pas bien attaché le tout.
La table régionale
qu'on propose... le comité interdisciplinaire, si on élargit son mandat avec
les partenaires à l'extérieur de l'établissement, bien, on réussit fort
probablement à organiser un peu mieux les transitions entre l'établissement et
la communauté pour ajouter de l'efficience et ajouter de la sécurité à travers
de tout ça. Et il y a d'autres pièces maîtresses aussi. Si on regarde le projet
de loi n° 3, si on se partage une information qui est pertinente et si on
peut se doter de technologies et de systèmes d'information plus performants,
bien, on a fort probablement des pièces maîtresses qui nous permettront, pour
les patients, d'avoir un circuit de soins qui est plus sécuritaire, dans lequel
il pourra lui-même s'impliquer.
Mme Setlakwe :
...
Le Président
(M. Provençal)
: C'est
terminé. Alors, M. le député de Rosemont, vous prenez la suite.
M. Marissal :
Oui, merci. Bonjour. Félicitations et merci à vous. Comme c'est jeudi, vous
finissez demain, bon, il n'y a pas d'«overlap», là, vous êtes couverts.
J'y vais rapidement.
Recommandation 5, là : «Que le circuit du médicament prévu dans les
établissements de santé privés soit sous la
responsabilité d'un pharmacien hospitalier.» Vous l'avez dit, là, à maintes
reprises, vous avez expliqué pourquoi vous pensez que c'est la bonne
idée. En ce moment, ça marche comment?
Mme Lambert
(Manon) : Bien, actuellement, les hôpitaux privés, c'est un nouveau
concept, là, c'est un...
M. Marissal :
Non, mais il y a des CMS. Il y a quand même des médicaments qui se donnent,
là, dans les...
Mme Lambert
(Manon) : Oui, il y a des CMS. Actuellement, on se limite, je dirais,
puis c'est une de nos inquiétudes, à fournir le médicament, il n'y a pas de
soins pharmaceutiques qui sont offerts. Ça fait qu'on fournit les médicaments, le chef du département de pharmacie
fournit les médicaments aux CMS, et ce sont les infirmières et les médecins
qui gèrent la médication dans les établissements de... dans ce genre
d'établissement là.
M. Marissal : ...comprenne bien, mettons,
je me fais opérer à RocklandMD, on a besoin de quelque chose pour calmer
la douleur, il y a quelqu'un qui livre les médicaments? Qui est responsable?
Mme Lambert
(Manon) : On met ça au commun, on met ça au commun puis on donne ça
aux patients.
M. Marissal :
OK, mais, en rendant les pharmaciens hospitaliers, qui sont derrière vous,
là, d'ailleurs, les pharmaciens et les
pharmaciennes d'établissement, je devrais dire, responsables, en quelque sorte,
parce que... Prenons l'exemple où il y a un pépin, là, ça peut arriver,
des pépins avec des molécules, là, des fois, ça a des conséquences non voulues,
là, donc c'est les pharmaciens d'établissement qui sont responsables? Qui est
responsable, à la fin?
Mme Lambert (Manon) : OK,
bien, actuellement, on ne peut pas rendre un pharmacien d'établissement à qui
on demande juste de fournir les médicaments
responsables, après ça, de l'utilisation s'il n'y a pas de soins pharmaceutiques
qui sont offerts. C'est un problème qu'il n'y ait pas de soins pharmaceutiques.
Puis au-delà de
chercher qui est responsable de quoi, ce qui est important, c'est : est-ce
que mon patient est traité de façon
sécuritaire? Puis actuellement ce qu'on dit, c'est qu'il n'y a pas de soins
pharmaceutiques qui sont offerts dans ce genre d'établissement là. Il y
a des médicaments qui sont fournis, mais il n'y a pas de soins pharmaceutiques
qui sont offerts.
M. Marissal :
OK. Bien, je ne cherche pas nécessairement de coupable, là, mais, à un
moment donné, quand on recule la chaîne de
commandement, là, comment ça se fait que telle molécule a été donnée à tel
patient, puis il en est mort, mettons, là.
Mme Lambert
(Manon) : Ça, le pharmacien ne pourra pas être responsable de ça
puisqu'il n'y a pas de soins pharmaceutiques. Par contre, je ne sais pas, moi,
si l'établissement demande — on
va prendre des médicaments connus — de la morphine, puis que le
pharmacien d'établissement se trompe, puis il donne du fentanyl, puis que ça
passe inaperçu aux yeux tout le monde, bien, il y a... oui, il aura
certainement une responsabilité, mais ça, c'est les tribunaux qui auraient...
qui seraient appelés à juger. Mais ça, c'est une partie de la responsabilité,
la responsabilité du pharmacien est beaucoup plus grande que ça. En théorie,
quand il offre des soins pharmaceutiques, là, il travaille en équipe, puis à ce moment-là il y a une
coresponsabilité médecin-pharmacien pour que le bon médicament soit donné
au bon patient au bon moment à la bonne dose, mais ce n'est pas ce qui se
passe, actuellement, dans les CMS.
M. Marissal :
OK. Bien, merci.
Le Président (M. Provençal)
: Ça va? M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Bonjour,
et félicitations pour votre mandat qui se termine, et félicitations pour votre
nouveau mandat!
Je voulais continuer
sur la même thématique, parce qu'on nous annonce déjà qu'il y a des
hospitalisations qui seront maintenant permises dans certaines cliniques. C'est
exactement le même... On n'a pas changé le modèle sur la médication? C'est...
Mme Lambert
(Manon) : ...bien, encore une fois, on ne le sait pas parce que les
appels d'offres qu'on a vus, ou, enfin, appels d'intention, appelons-les comme
ça, les appels d'intention... Puis on nous a quand même dit, du côté du
ministère : Bien, on est en... Il y a beaucoup de choses, là, qui sont
perfectibles à ce niveau-là, mais ce qu'on a vu dans un des appels d'intention,
c'était qu'on voulait un comptoir pharmaceutique quand le patient sortait de
l'hôpital privé. Nous, ce qu'on dit, c'est que, lorsqu'il est là, il faut
s'assurer que les médicaments sont bien utilisés aussi.
M. Arseneau : OK. Puis la notion de
comptoir pharmaceutique, pour le commun des mortels, ça veut dire quoi?
Mme Lambert
(Manon) : Bien, c'est avoir un comptoir d'une pharmacie privée où on
n'a peut-être pas nécessairement le devant, mais on a un pharmacien de pratique
privée. Vous allez sortir de l'hôpital privé, vous allez avoir, par exemple,
une prescription d'analgésiques, vous allez au comptoir, puis le pharmacien va
faire le même travail que s'il était à la... à sa pharmacie d'officine puis il
va vous remettre le médicament. Mais ça, c'est pour les médicaments qui sont à
l'extérieur de l'établissement.
M. Arseneau :
D'accord. Je voudrais revenir sur la table territoriale que vous... On a
compris, là, essentiellement, qu'il y a des choses qui n'ont pas été... des
éléments du système actuel qui n'ont pas été transposés, et vous souhaitez
qu'on les transpose, mais la table territoriale, l'unité territoriale, comment
vous la décrivez, puis quel est son avantage?
Mme Lambert
(Manon) : Bien, en fait, nous, ce qu'on suggère dans l'annexe, c'est
que le territoire, ce n'est pas nous qui allons le décider, c'est le ministère.
Dans la loi, en fait, le ministre se donne la possibilité, là, d'identifier
quels seront les territoires. Donc, nous, on dit : Bien, il faut y aller
une table par territoire. Donc, est-ce que le territoire sera une MRC, est-ce
que le territoire sera une région? C'est quelque chose qui peut être fixé par
la loi, mais il nous faut une table par territoire, clairement.
Et, quand vous dites
«on veut reporter», moi, je dirais plus qu'on veut reporter, on veut que ça
fonctionne encore mieux que les CRSP. Donc, il faut que ce soit mieux organisé,
mieux financé pour s'assurer que ça va donner le... Parce que, imaginez, là, on
avait des CRSP qui étaient un peu organisés à l'huile de bras, disons ça comme
ça, actuellement, et ça a donné des petits miracles. Donc, si on les organise
bien, si on a un responsable, si on a du financement, je pense qu'on peut
vraiment aider nos patients avec ces tables-là.
M. Arseneau :
Est-ce que j'ai...
Le Président
(M. Provençal)
: 30 secondes.
M. Arseneau :
Juste pour terminer sur le territoire, est-ce que l'unité territoriale,
c'est pour permettre une meilleure
efficacité, une meilleure concertation, ou c'est parce qu'il peut véritablement
y avoir des enjeux, là, à géométrie variable selon le territoire?
Mme Lambert (Manon) :
C'est vraiment... bien, en fait, c'est pour une décentralisation. Puis
effectivement, dans certaines régions... Prenez la Montérégie, ce n'est pas
vrai que dans certains secteurs de la Montérégie où on est plus en ruralité
puis à Longueuil, les enjeux sont nécessairement les mêmes.
M. Arseneau :
Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je remercie
Mme Lambert, M. Boudreault, M. Desgagné et M. Bolduc,
de l'Ordre des pharmaciens du Québec, pour leur contribution et leur participation.
Sur ce, la commission
suspend ses travaux jusqu'après les avis touchant les travaux des commissions,
vers 15 h 15. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12
h 17)
(Reprise à 15 h 21)
Le Président
(M. Provençal)
: À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de la santé et des services sociaux reprend ses travaux. Je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 15,
Loi visant à rendre le système de santé et de services sociaux plus efficace.
Cet après-midi, nous
entendrons les témoins suivants : le Réseau des tables régionales de
groupes de femmes du Québec, le Regroupement
québécois des intervenantes et intervenants en action communautaire en CISSS et
CIUSSS, la Commission de la santé et
des services sociaux des premières nations du Québec et du Labrador, l'Ordre
des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du
Québec et l'Association du personnel d'encadrement du réseau de la santé et des
services sociaux.
On a commencé un cinq minutes en retard, donc je
vais avoir besoin de consentement pour qu'on puisse prolonger d'au moins cinq
minutes pour entendre l'ensemble de nos groupes. Merci beaucoup.
Je souhaite
maintenant la bienvenue au Réseau des tables régionales de groupes de femmes du
Québec. Alors, mesdames, je vous invite à prendre la parole. Vous avez
10 minutes pour votre présentation, et nous procéderons par la suite aux
échanges. Je vous cède la parole.
Réseau des tables
régionales de groupes de
femmes du Québec (RTRGFQ)
Mme Landriault-Dupont (Élise) : Bonjour.
On m'entend bien? Alors, M. le ministre, M. le Président, les parlementaires,
merci de nous accueillir. Nous sommes ici pour représenter le Réseau des tables
régionales des groupes de femmes du Québec.
Alors, le
réseau, c'est un organisme féministe de défense collective des droits des
femmes dans une perspective intersectionnelle qui existe depuis 2001. Il s'agit
d'un regroupement provincial composé de 17 tables de...
17 tables régionales de groupes de
femmes au Québec. Donc, au travers de ses membres, le réseau est en lien avec
plus de 400 groupes de femmes dans la province.
Alors, c'est
un privilège pour nous d'être ici aujourd'hui. Malheureusement, c'est un
privilège que nous aurions grandement souhaité partager avec d'autres.
Le gouvernement, nous pensons, se prive, en ce moment, de l'expertise de
nombreux groupes citoyens, organismes communautaires régionaux et organisations
représentant une diversité de groupes marginalisés. Selon ce qu'on sait, là, on
est un des deux seuls organismes communautaires invités à cette commission. Alors, nous pensons que le processus
expéditif et accessible sur invitation seulement constitue, selon nous, donc, une entrave importante à un processus
pleinement démocratique. Le gouvernement risque ainsi d'aller de l'avant
avec un projet de loi qui comporte plusieurs
angles morts. Seul un large et plus vaste processus démocratique est garant, selon
nous, d'une réforme réussie.
Aussi, nous
estimons que les consultations, tel qu'elles ont eu lieu, portent atteinte au
processus démocratique à l'intérieur même de notre organisation parce
que la rapidité du processus nous a empêchées d'aller chercher toutes les connaissances au sein de notre regroupement
pour analyser le projet autant que nous aurions été capables de le faire.
Le réseau joint donc sa voix aux dizaines
d'organisations qui demandent au gouvernement de mener un vrai débat public
démocratique sur la question. Merci.
Mme Pitre (Gabrielle) : Donc,
je vais poursuivre. En fait, au niveau... Le Réseau des tables régionales de
groupes de femmes du Québec souhaite aborder le projet de loi n° 15 sous
l'angle du droit à la santé.
Donc, reconnu
dans plusieurs d'instruments juridiques internationaux, le droit à la santé est
un droit fondamental que le Québec s'est engagé à respecter. En ce sens, les
femmes ne sont ni des clientes ni des usagères de services de santé,
elles sont titulaires en matière de droit à la santé, et ce fait doit être pris
en compte par le gouvernement, notamment lorsqu'il établit les structures du
système de santé québécois.
Afin que toutes les femmes puissent réellement
se prévaloir des droits réitérés dans le projet de loi n° 15, tel que le
droit d'être informée de son état et des risques et conséquences des options de
soins, de consentir aux soins, de même que le droit de participer à toute
décision affectant son état de santé et de bien-être, il est essentiel
d'assurer l'accessibilité et la qualité des
services de santé et des services sociaux. Cet accès passe notamment par
l'accessibilité des services dans leur langue pour les personnes des
différentes communautés culturelles et des Premières Nations du Québec et pour
les personnes sourdes et malentendantes, ainsi qu'une accessibilité physique de
services garantie. Reconnue comme une des
composantes du droit à la santé, cette dernière se doit d'être assurée par le
projet de loi n° 15.
Ainsi, bien que le projet de loi n° 15
réaffirme les droits de l'usager prévus dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux et inclut le droit de recevoir les services en
présence, l'exclusion de l'article 9.2 de la LSSSS, qui stipule que «nul ne peut entraver l'accès
d'une personne à un lieu auquel elle a droit d'accéder et où sont offerts des services
de santé ou des services sociaux», nous préoccupe grandement.
Par ailleurs, malgré l'inscription de droits de
l'usager à la Loi sur les services de santé et les services sociaux, nous
constatons que les femmes sont encore confrontées à plusieurs entraves
lorsqu'elles se tournent vers le réseau de la santé et des services
sociaux : discrimination à l'égard de celles à la croisée des oppressions,
inaccessibilité physique et manque d'abordabilité de certains services de même
que des problèmes quant à la sécurisation culturelle, le respect du
consentement, de l'intégrité et de la dignité des femmes. Ces entraves minent sérieusement
le droit des femmes à la santé, d'autant plus que celles-ci ont recours aux
services de santé à toutes les étapes de leur vie, même quand elles ne sont pas
malades, mais ont des besoins en matière de santé reproductive.
Devant ces constats, le Réseau des tables
régionales de groupes de femmes du Québec se demande en quoi la réforme
proposée permettra-t-elle de s'attaquer aux enjeux susmentionnés et d'accroître
l'égalité d'accès des femmes aux services de santé. Il recommande en ce sens
que le gouvernement intègre le Principe de Joyce à ses décisions, ses actions
et ses investissements en santé, en collaboration avec les peuples autochtones,
et s'assure que le projet de loi participe à la mise en oeuvre de ce principe.
Finalement, considérant les
inquiétudes soulevées par la Fédération
interprofessionnelle de la santé du Québec et la Fédération
interprofessionnelle de la santé du Québec—Secteur privé sur les impacts
négatifs de la mobilité accrue de la
main-d'oeuvre, le réseau se demande si le projet de loi risque de réduire
l'accès et la qualité des soins dans certaines régions éloignées des
grands centres. Merci.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Un autre aspect que nous partageons, au Réseau des
tables régionales de groupes de femmes, c'est que nous sommes d'avis que le
projet de loi n° 15 doit impérativement faire l'objet d'une analyse différenciée selon les sexes dans une
perspective intersectionnelle, l'ADS+. Il s'agit d'une approche, l'ADS+,
qui permet de discerner les effets
différenciés des projets de loi, des politiques et de toute autre initiative
publique afin de prévenir la création
d'inégalités et atteindre l'égalité de droit et de fait entre les femmes et les
hommes et entre les femmes elles-mêmes.
Après s'être engagé
sur la scène internationale en 1995, le Québec a déployé deux plans d'action
pour introduire l'ADS dans ses instruments de gouvernance. Dans sa Stratégie
gouvernementale pour l'égalité entre les femmes
et les hommes de 2022‑2027, le gouvernement réitère son engagement quant à
l'application de cette approche renforcée.
De même, la prise en compte des distinctions de genre dans le domaine de la
santé fait partie des obligations internationales de mise en oeuvre du
droit à la santé. Cela signifie également que le Québec doit accorder une
attention particulière aux besoins et aux droits en matière de santé des femmes
les plus marginalisées, telles que les femmes réfugiées ou migrantes, les
femmes racisées, les fillettes et les femmes âgées, les femmes dans l'industrie
du sexe, les femmes autochtones, les femmes
vivant avec un handicap, les femmes trans et les femmes de la diversité
sexuelle.
Le Réseau des tables
régionales de groupes de femmes du Québec souligne que l'ADS+ est
particulièrement pertinente pour le projet de loi n° 15, considérant que
les femmes composent la forte majorité du personnel du réseau de la santé et qu'elles doivent recourir davantage
aux services de santé en raison de besoins relatifs à la santé sexuelle et
reproductive et des rôles sociaux qu'on exerce depuis de nombreuses années,
comme par exemple quand il est question de soins des enfants, de proches
malades ou vieillissants. Donc, une ADS+ faciliterait le travail de l'ensemble des
actrices et acteurs impliqués dans l'élaboration du projet de loi afin
d'éliminer les carences rencontrées dans la gouvernance, l'organisation et la
prestation de services.
L'application d'une
ADS+ est un levier qui aurait permis, par exemple, d'identifier les risques que
pose le projet de loi à l'autonomie de la pratique sage-femme. Comme le
souligne la Coalition pour la pratique sage-femme et la concertation nationale
féministe du Groupe des 13, les propositions sur la gouvernance clinique
impliquent une fusion du conseil des sages-femmes avec le conseil des médecins,
des dentistes et des pharmaciens et l'abolition du poste de responsable des
services de sages-femmes au profit d'un poste de directrice de département
clinique. Cela suscite des inquiétudes au sein de notre organisation. Ces
propositions risquent de renforcer la vision médicale de l'accouchement et mettre les médecins, dont les
médecins spécialistes, en position d'autorité sur les sages-femmes. Or, l'autonomie
des sages-femmes fait partie des conditions permettant que les femmes et les
personnes qui accouchent puissent faire des choix libres et éclairés pendant la
grossesse et lors de l'enfantement. Elle est également garante de leur capacité
à organiser efficacement leurs services en collaboration avec les autres
professionnels de même qu'avec les familles
et les communautés. C'est pourquoi il importe d'assurer l'autonomie
professionnelle des sages-femmes, tout comme
l'a... reconnu lors de l'appui unanime, là, à l'Assemblée nationale
dernièrement, mais le projet de loi devrait être modifié afin de
maintenir des instances distinctes pour les sages-femmes.
• (15 h 30) •
Mme Bernier
(Mélanie) : Parlons maintenant de la place accordée au secteur privé.
Le Réseau des tables soutient que le gouvernement doit reculer sur la place
accordée au secteur privé. Nous partageons la préoccupation de la FIQ et de la FIQP, à savoir que le projet de
loi légitimise et normalise le recours au privé, notamment en indiquant,
à l'article 2, que les services de
santé sont fournis par des établissements publics et privés, sans distinction
ni priorisation. Pourquoi le gouvernement souhaite-t-il, par ce projet
de loi, que les ressources de l'État soient dirigées vers un secteur privé qui
accroît les inégalités d'accès, siphonne la main-d'oeuvre du réseau public, est
plus cher et moins efficace que ce dernier
et dont la logique des services est orientée vers la rentabilité? C'est
pourquoi le réseau conclut que cette orientation politique est un
manquement à l'obligation internationale de mise en oeuvre du droit à la santé,
telle qu'interprétée par le Comité des droits économiques et socioculturels des
Nations Unies.
Ensuite, pour revenir
à la démocratie, concernant le processus démocratique, les gouvernements
précédents ont manqué à ces obligations en réduisant, au fil des différentes
réformes organisationnelles, la participation de la population, dont les femmes et les groupes de femmes qui les
représentent. En ce sens, la participation de la population, telle que requis... telle que requise par le droit
à la santé, nécessite l'implication d'une multitude d'autres actrices et
acteurs de même que de réels pouvoirs décisionnels.
Le droit à la santé
doit être compris de manière large et ne pas être... circonscrit, pardon, aux
droits de l'usager et de l'usagère. La participation de la population à la
prise de toutes les décisions en matière de santé, et ce, au niveau
communautaire, national et international, est un aspect important de ce droit.
Le Président
(M. Provençal)
: Pouvez-vous
conclure, s'il vous plaît? Parce que votre temps est écoulé.
Mme Bernier (Mélanie) : Je conclus. Et pour finir, en fait : une
menace à l'action communautaire autonome. Dans le fond, le projet de loi
propose que les fonds destinés au Programme de soutien aux organismes
communautaires, le PSOC, qui représente le financement à la mission globale
de nombreux groupes de femmes, relèvent de Santé Québec. Une telle proposition
ferait en sorte que les organismes d'action communautaire autonome deviennent
les bras opérants d'une société d'État. Ainsi, le respect de l'autonomie de ces
groupes est lourdement menacé. Voilà.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup, mesdames, pour votre exposé. M. le ministre, on débute la période
d'échange.
M. Dubé : Avec
plaisir, M. le Président. Mesdames, merci beaucoup, encore une fois, comme je l'ai
mentionné tout à l'heure, pour votre participation. Peut-être juste
rappeler, là, parce que les... il y a beaucoup de mémoires qui sont rentrés
dans les dernières heures, puis je pense que mes collègues sont au courant, on
va avoir reçu, je pense, à peu près une centaine de mémoires. Donc, on peut
peut-être différer sur nos opinions, mais je pense que, dans le processus
démocratique, d'en avoir reçu plus d'une centaine, c'est déjà très bon signe.
Et on s'est engagés non seulement à en prendre connaissance, mais, si je prends
du côté du gouvernement, je pense qu'on va prendre tout le temps nécessaire à
utiliser les recommandations que vous faites et celles de tous les autres
mémoires qui vont être présentés. Je voulais juste peut-être le rappeler.
Et je rappelle aussi... Parce que je veux vous
entendre un petit peu sur toute la question que vous avez appelée sur l'analyse
différenciée basée sur les sexes, que je trouve très intéressante parce qu'on
a, en ce moment, un débat, justement, vous
avez suivi ça, avec les cartes d'assurance maladie, les genres, etc. Je pense
que c'est un débat que notre gouvernement a décidé de prendre à
bras-le-corps, si je peux dire, qui avait été mis de côté depuis longtemps. Je pense qu'on a... on a décidé de prendre cette
discussion-là sérieusement, avec le ministère de la Justice, notamment.
Mais je vous rappellerais, puis c'est pour ça
que je veux essayer de comprendre, entre ce qui doit être fait dans le projet
de loi n° 15 versus ce qui peut être fait dans les
autres lois, parce que... puis là je lis rapidement votre mémoire, parce qu'on
en a eu plusieurs, mais il n'y a rien qui va à l'encontre de l'ADS dans le
projet de loi. Alors, j'essaie de voir où vous pourriez être rassurées, parce
que je pense que c'est important de vous rassurer. Est-ce que ça peut être par
voie de règlement? Est-ce que ça peut être par voie d'un engagement que Santé
Québec pourrait... un peu comme on fait, on
demande à Santé Québec de trouver les moyens de faire de la gestion de
proximité tout en leur laissant assez de marge de manoeuvre pour faire
les choses, mais que nous, comme législateurs, on le dise clairement à la
population, qu'on veut le faire.
Alors, moi, je vous demanderais qu'est-ce qui
est si important pour vous, de quelque chose qui est assez complexe, là, on se comprend. Vous, pour vous,
l'ADS, c'est simple, là, mais, pour des législateurs, c'est quand même assez complexe, on se comprend, puis je le vois
par l'analyse des genres qu'on fait en ce moment. Dites-moi qu'est-ce
qui est important qui soit dans la loi versus est-ce qu'on ne pourrait pas être
au niveau des règlements, puis ce serait suffisant. C'est la question que je
vous pose avant, peut-être, de passer la parole à mes collègues ici, là.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Pour nous, ce qui est important, c'est que le
projet de loi n° 15 fasse l'objet d'une analyse différenciée
selon les sexes dans une perspective intersectionnelle, donc que, dès
maintenant... vous avez écrit le projet de loi n° 15,
et dès maintenant on retourne au travail, puis on regarde chacune des mesures,
puis on regarde c'est quoi, l'impact sur les femmes et sur les hommes, parce
qu'il y a des impacts spécifiquement pour les femmes
dans ce projet de loi là, comme la privatisation des soins et services de santé
et services... et sociaux. Ça, c'est un impact genré que le projet de
loi n° 15 va avoir sur les femmes, la question de la
privatisation. La question de la pratique sage-femme...
M. Dubé : Donnez-moi un
exemple, là, parce que je veux...
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Absolument.
M. Dubé : Je
vous écoute, là, vous me dites... Parce qu'on l'a dit, on va utiliser le privé,
c'est complémentaire au public, mais quel est l'impact spécifique de
l'analyse genrée d'aller au privé?
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Bien, un des impacts est de constater que la
majorité de femmes s'appauvrissent, au Québec, donc il y a une question
d'appauvrissement au Québec. Et il y a cette question aussi de proche aidance.
Quand on regarde qui est proche aidante, ce sont majoritairement des femmes.
Qui s'occupe des soins aux enfants? Ce sont
majoritairement des femmes. Donc, si c'est... les bénéficiaires de services,
des personnes dont elles s'occupent n'ont pas accès ou ont difficilement
accès aux services au public... au privé, pardon, bien, l'impact va revenir sur
elles d'avoir la charge mentale et la charge de trouver comment est-ce qu'ils
vont pouvoir accéder aux services, si les services
se donnent au privé, ou, si la majorité n'ont pas accès à de l'assurance... de
l'assurance privée, de l'assurance collective, donc ne peuvent pas
recourir aux services, donc il y aura là un manque de services pour ces femmes.
M. Dubé : Mais je veux juste
bien comprendre, parce qu'en ce moment ça n'ira pas au privé, ça. C'est ça que
j'essaie de comprendre. Votre point, c'est... Vous me dites : Si ça va au
privé...
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Oui.
M. Dubé : Mais il n'y a rien
dans le projet de loi qui dit ça, là.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Il
y a une augmentation des services au privé dans le projet de loi n° 15.
M. Dubé : Vous voyez ça où dans
le projet de loi, là?
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Dans plusieurs articles.
M. Dubé :
Qu'il y a augmentation de l'utilisation du privé?
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Bien, par exemple, l'article 2 légitimise et
normalise le recours au privé en indiquant que les services de santé sont
fournis par des établissements publics et privés, sans distinction ni
priorisation. Donc, comment s'assurer que des personnes qui n'ont pas de
couverture d'assurance ou des personnes sur qui la charge repose... comment
s'assurer qu'il y aura là un impact... leur impact soit considéré?
M. Dubé :
Oui, mais... OK, mais je veux juste qu'on se comprenne, c'est déjà comme ça
dans la LSSSS, le projet de loi n° 15 ne change pas ça.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Il vient normaliser et il vient le légitimer.
M. Dubé :
Ah! le normaliser.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Bien, il vient légitimer et normaliser le recours, au
projet de loi n° 15. Donc, il y a là, quand même, une grande... un grand
pas dans la privatisation des soins de santé et services sociaux.
M. Dubé :
Mais... OK.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Et en fait, si vous me permettez, l'exercice de faire
une ADS+ ne repose pas sur un organisme
communautaire, l'exercice repose sur les fonctionnaires, dont le Secrétariat à la condition féminine, qui pourraient grandement aider
l'appareil gouvernemental à réaliser l'ADS+ dans un tel projet loi.
M. Dubé :
Oui, mais c'est exactement... Non, mais je vous entends très bien, mais
c'est pour ça que je dis : Ça n'a pas besoin d'être dans le projet de loi,
c'est déjà un autre ministère qui s'en occupe. Et c'est là que je dis : Si
on veut... C'est quand même assez complexe, ce que vous demandez, puis je ne
dis pas que ce n'est pas important, au contraire, c'est notre gouvernement qui
a décidé de prendre cette approche-là au niveau des genres, on est d'accord là-dessus,
alors... mais est-ce que ça doit se faire par ce projet de loi là, qui est
déjà...
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Je comprends ce que vous voulez dire.
Mme Landriault-Dupont (Élise) : Peut-être
que je pourrais ajouter quelque chose. L'ADS+, il y a un processus qui sert à
analyser les projets de loi, alors c'est la responsabilité du gouvernement,
c'est le gouvernement qui s'est engagé à faire ça. Dans la mise en place
d'un projet de loi, on met... on appelle ça les lunettes ADS+, donc on analyse
le projet de loi pour voir les répercussions
de ce projet de loi. Donc, ce n'est pas à l'intérieur du projet de loi qu'on
doit le faire, c'est une approche qui
permet d'aller plus loin dans l'analyse des conséquences du projet de loi, des
implications, et c'est le travail du gouvernement, c'est l'engagement.
M. Dubé :
Non, mais là je comprends votre
réponse, parce que c'est un peu comme lorsqu'on dit, nous, qu'on veut regarder le projet de loi avec une lunette ou
une approche de gestion de proximité, je pense qu'on le dit plusieurs fois. Vous, vous dites : Est-ce qu'on a
besoin de mettre ça dans le projet de loi ou est-ce que, par exemple, par
règlement ou...
Je vais vous donner
un exemple, prenons un exemple. On a dit qu'il y aurait à avoir un plan de
transition. Un plan de transition est
important parce que, à mon sens, on met les principes dans le projet de loi, il
y aura des règlements qui vont suivre. Mais par la suite on va devoir
déposer un plan de transition parce que... faisons l'hypothèse qu'on vote le
projet de loi cet automne, je le dis souvent, la première chose que le
gouvernement va faire, c'est un plan de transition parce que ça va prendre des mois
et des mois avant d'être implanté. Ce que j'entends, c'est que des éléments comme l'ADS pourraient être, par exemple,
dans le plan de transition pour s'assurer qu'on protège le côté des
genres, par exemple. Est-ce que c'est...
• (15 h 40) •
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : ...
M. Dubé :
OK.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : ...c'est
une lunette qu'on met en analysant dans chacun des articles. Donc, ce n'est pas
un ajout d'un article, c'est un outil, c'est un outil qui existe, c'est un
outil... un outil de gouvernance en fait, qui existe pour améliorer,
pour prendre connaissance des impacts genrés de chaque mesure...
M. Dubé :
Oui, je comprends très, très bien puis...
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : ...donc ce n'est pas un article qu'on souhaite
ajouter.
M. Dubé : Puis je ne suis pas
un spécialiste de l'ADS, mais comme vous me venez de me le présenter, que c'est
une lunette pour être capables de voir comment on peut faire les choses, en
tout cas, j'en parlerai avec mes collègues de l'opposition
dans les prochaines semaines, prochains mois. Est-ce que ça pourrait faire
partie d'une analyse dans le plan de transition, peut-être? Mais je vais
laisser, M. le Président, peut-être... j'ai des collègues qui voudraient
continuer, qui sont peut-être plus connaissantes que moi dans l'ADS.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, Mme la députée de
Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bien, moi, je
voulais revenir sur le secteur privé, là. Quand vous dites que ce n'est pas... qu'il y a plusieurs citations dans le projet de
loi, je ne sais pas si vous avez eu la chance de voir certaines présentations
de commission, mais le ministre l'a dit à plusieurs fois, tu sais, c'est des
projets de loi qui regroupent déjà des projets de loi qui étaient déjà intégrés.
Donc, dans la LSSSS, effectivement, on revoit cet article-là. Nous, on a fait
juste un copier-coller. L'établissement privé et public est déjà normalisé
depuis 1991, là, c'est du copier-coller. Ça fait que c'est pour ça, dans ce sens-là, moi, je ne comprends pas... en lien avec
votre préoccupation avec le secteur privé, ça fait que j'aimerais ça
vous entendre.
Et sachez aussi que, la FIQ et la FIQP, FIQP, P
égale privé, donc ils ont normalisé, eux autres aussi, au niveau de leur
syndicalisation, ils ont rajouté un secteur privé. C'est comme les
établissements CHSLD privés conventionnés, les GMF, c'est là depuis des années
et, dans le fond, c'est un complément. La seule chose que le gouvernement a... peut-être mon collègue va
pouvoir l'expliquer, vu qu'il a le mandat pour les minihôpitaux, mais, dans
ce sens-là, c'était vraiment pour améliorer, que ce soit complémentaire, s'il
manque des chirurgies, de faire en sorte que les gens peuvent avoir accès.
Nous, on focusse surtout sur l'accès en santé,
et le but, ce n'est pas de faire payer les gens, c'est d'avoir des services, et ils vont pouvoir y aller avec le
RAMQ. Donc, en tout cas, j'aimerais ça vraiment vous entendre sur ce sujet.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : En
fait, on s'est toujours opposées à la privatisation des services de santé et
sociaux, je veux dire, depuis notre existence puis depuis... Les groupes de
femmes existent depuis plus de 2001, nous, on existe depuis 2011, on s'est
toujours opposées à la privatisation. Donc, on a là une tribune pour réitérer
notre position sur la privatisation.
Nous, on se demande... Tu sais, vous
dites : Les gens auront accès. Quelles gens auront accès à ces services?
Puis on veut qu'il y ait des services, mais à quel prix? En fait, c'est
toujours ça, les questions qu'on invite les parlementaires à réfléchir. Et,
puisqu'il y a là un projet de loi qui reprend des parties déjà existantes, on
aurait aimé ça que la prépondérance du réseau public soit explicitée dans ce
projet de loi n° 15 et que tout article en incohérence avec le principe
d'un réseau public soit retiré du projet de loi n° 15. Il y avait là une
matière à refaire quelque chose d'innovant et de structurant pour toutes les
Québécoises dans toutes les régions du Québec.
On aurait voulu que le projet de loi réaffirme
les principes d'universalité, d'intégrité, d'accessibilité, de la gestion
publique du système de santé et de services sociaux. Or, ça n'a pas été
réalisé. Et on aurait voulu aussi que le gouvernement se dote d'un plan
d'action pour éliminer progressivement tout recours au privé en matière de
services de santé et de services sociaux, bien que c'est depuis 1991, comme
vous le dites, que ce soit installé. Donc, il y aurait eu matière à renverser
la vapeur, selon notre humble avis.
Mme Dorismond : Je comprends
mieux votre demande. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: M. le ministre.
M. Dubé : Je ne sais pas,
est-ce que la députée de Bellechasse... Allez-y.
Le Président (M. Provençal)
: Il reste trois minutes.
Mme Lachance : Trois minutes.
Je vais en prendre juste une, si vous permettez, M. le ministre.
M. Dubé : Avec plaisir.
Mme Lachance : Je voulais
revenir...
M. Dubé : ...respecter les
règles d'ADS tout de suite.
Mme Lachance : C'est bien. Je
l'apprécie, M. le ministre. J'avais... Je voulais revenir dans votre mémoire, à
la page 11. Vous parlez des reculs pour les services en santé
reproductive. Évidemment, vous nous entretenez un peu de la pratique
sage-femme. Et puis des discussions qu'on a déjà eues avec l'équipe sage-femme
qui est venue nous expliquer un peu son point de vue... et je vous dirais qu'on
était dans une discussion très collaborative où on avait mis sur la table des
forces, des faiblesses puis leurs... de la réalité sage-femme. Mais une chose
que j'ai retenue, c'est qu'on doit s'assurer de maximiser l'interdisciplinarité.
Donc, les sages-femmes, où elles se situaient, c'était qu'on devait faire
quelque chose, et leur souhait était davantage de pouvoir élargir leur
pratique, saisir le moment pour élargir leur pratique. Et là, quand je vous
lis, dans le mémoire, je sens que vous percevez tout ça comme un recul, alors que la perception que j'avais, lors de la
rencontre avec les sages-femmes, c'était nettement le contraire : un grand
pas vers l'avant et une occasion unique de
réaffirmer la pratique sage-femme dans son intégralité. Donc, dans ce contexte-là, je veux vous entendre parce qu'il y a une
dichotomie, et, il n'y a pas si longtemps, elles étaient ici avec nous, donc
je...
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Bien,
tout d'abord, c'est les mieux placées, hein, pour parler de leur pratique, là.
Nous, on est porte-voix, on est écho. On est proches de la Coalition pour la
pratique sage-femme, donc c'est avec elles
qu'on a eu des discussions. Mais ce qu'on avait... quand on parlait... ce
qu'elles nous nommaient, quand il était question d'interdisciplinarité,
là où est-ce qu'elles levaient un drapeau rouge, c'est que les médecins
spécialistes ne soient pas en position
d'autorité sur les sages-femmes. Donc, oui, à l'interdisciplinarité, mais dans
une gestion plus horizontale de collégialité, sans qu'il y ait des
médecins spécialistes qui soient au-dessus de leur pratique à elles. Donc, c'était... c'est l'écho qu'on en retient,
qui, selon nous, ne vient pas à contradiction de leurs propos, là, c'était pour
renforcer leur volonté, là, que leur autonomie soit respectée.
Le Président (M. Provençal)
: ...une minute.
M. Dubé : ...mais j'ai beaucoup
aimé votre présentation. Puis je dois vous dire que j'apprends beaucoup avec
l'ADS, là, dont vous avez expliquée. Ce que j'aimerais dire, M. le Président,
pour terminer, quand on va faire le plan de
transition, là, je vais m'informer aux fonctionnaires quel serait le... je
dirais, le filtre ADS qu'on pourrait regarder pour nos grands principes.
Je vais parler à la ministre Mme Biron, de la Condition féminine, puis je
vais juste m'assurer que, quand on va faire le plan de transition, on va le
regarder. Je trouve ça important. Puis vous m'avez... je dis que j'apprends à tous les jours, vous m'avez appris ça
aujourd'hui, puis je vais en tenir compte. Merci beaucoup. Merci.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Puis,
si je peux me permettre, en fait, nous on parle d'ADS+, M. Dubé.
M. Dubé : ...l'ADS pour
commencer, puis après...
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Ajoutez
le + en même temps, comprenez-le ensemble.
M. Dubé : OK, c'est bon. C'est
comme La Presse+, c'est ça?
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Absolument.
C'est maintenant ça, c'est La Presse+...
M. Dubé : Ah! OK. Parfait,
c'est beau.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) :
...maintenant on parle d'ADS+ et non pas juste d'ADS.
M. Dubé : Excellent. C'est bon.Merci, M. le Président.
Le
Président (M. Provençal)
:
Alors, je vais céder, maintenant,
la parole à la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Merci. Merci à
vous, mesdames, pour votre présentation, votre mémoire. Je veux élaborer sur deux, trois volets, mais continuons sur la
question de l'analyse différenciée selon les sexes intersectionnelle, ADS+. Là,
on a eu un échange qui nous a permis, évidemment, de comprendre la forme, là.
Ce que ça implique, ce n'est pas est-ce que ça rentre dans un projet de loi ou
un autre, je pense, c'est une analyse qui doit être en continu. Et j'aime bien
l'analogie des lunettes : même chose, disons, pour les changements
climatiques, tous les projets de loi, toutes les initiatives doivent être regardés
avec les lunettes changements climatiques aussi.
Moi, ça m'interpelle quand vous parlez de la
charge mentale d'une femme. Moi-même, je suis une femme, femme blanche qui a des enfants, je sais c'est
quoi... Mais j'aimerais, au-delà de la forme, là, que vous nous expliquiez
davantage en quoi les femmes immigrantes, réfugiées qui ne parlent pas le
français, qui ont un enjeu auditif, malentendantes, autochtones, etc., qui ont
tous ces ajouts-là souffrent... bien, parce que... actuellement, ou est-ce qu'elles ne vont pas nécessairement souffrir plus,
en vertu du nouveau régime. Mais donnez-nous des exemples sur le fond,
comme ça, quand on va faire l'étude du projet de loi, on va pouvoir les avoir
en tête.
• (15 h 50) •
Mme Pitre (Gabrielle) : Bien,
peut-être je peux commencer, mes collègues pourront poursuivre, bonifier. Ce qui est... On parlait, tout à l'heure, de cet
exemple de lunettes, c'est-à-dire qu'en partant, quand on propose l'ADS+
du projet de loi, de dire... d'aller vérifier qu'article par article, règlement
par règlement, quels vont être les impacts... en fait, une fois le projet de
loi mis en place, quels seront les impacts sur les femmes. Et ce qu'on se rend
compte, en fait, c'est que l'ADS+... et c'est pour ça qu'on insiste autant sur
le volet de l'intersectionnalité, donc, représenté par le +, c'est que non
seulement les articles et le projet de loi n'aura pas les mêmes retombées sur
les femmes que sur les hommes, par exemple, mais les impacts sur les femmes
entre elles ne sont pas les mêmes. C'est-à-dire que, quand on parle, par
exemple, d'accès aux services, un des éléments qu'on a mis de l'avant dans le
mémoire, c'est au niveau de la langue, en fait, dans laquelle les personnes
issues de différentes communautés, par exemple, peuvent se faire répondre quand
elles ont besoin de services. Si je suis une femme issue de l'immigration, que
je parle très peu ou pas très bien le français, et qu'on me demande... on
m'informe des soins, par exemple, que je peux avoir à recevoir, pour une problématique de santé, et que je ne comprends pas tout
à fait bien, donc, est-ce que je suis en mesure de donner mon consentement
libre et éclairé si je ne comprends pas exactement qu'est-ce qu'on m'explique
au niveau de mes enjeux de santé, au niveau des possibilités de soins ou
d'intervention, par exemple, de santé qui peuvent être offertes pour moi?
C'est un peu la même
chose, quand on met un peu la santé des femmes qui, par exemple,
malentendantes, ont besoin de certains appareils ou de certaines...
d'accompagnement, par exemple, on va leur dire : Bien, quels sont les
obstacles entre la personne qui a des enjeux au niveau de sa santé et le fait
de pouvoir être en bonne santé avec un bien-être, une qualité de vie? Donc,
quels sont les obstacles? D'abord et avant tout, est-ce qu'elle connaît le
service? Est-ce qu'elle est capable de s'y rendre? Donc, on parle, par exemple,
de transport, est-ce qu'elle va avoir accès en partant de... Tu sais, on
parlait, tout à l'heure, des femmes migrantes, est-ce que la... À qui vont être
offerts les services? Est-ce qu'on parle de seulement des citoyennes? Est-ce
qu'on parle des résidentes permanentes? Est-ce qu'on parle des demandeuses
d'asile? Donc, c'est un peu de tout ce qu'on essaie de mettre en lumière.
Ça fait que, quand on
dit... De quoi souffrent les femmes? Bien, évidemment, de plusieurs injustices
sociales. Mais notamment, au-delà de leur genre... Et c'est pour ça qu'on
insiste sur le volet de l'intersectionnalité, c'est de reconnaître qu'au-delà
du fait d'être une femme, si je suis une femme en situation de précarité
économique, si je suis une femme en
situation d'immigration, si je suis une femme de la diversité sexuelle, je vais
même me buter à d'autres obstacles supplémentaires pour être capable
d'avoir accès au système de soins, puis d'être consciente de bien comprendre ce
qui m'attend, et de pouvoir consentir aux soins, par exemple, que je vais
recevoir. Je ne sais pas si vous vouliez ajouter...
Mme Setlakwe :
Est-ce que vous avez vu, dans le projet de loi, des... un libellé qui était
insuffisant, comme à certains articles en particulier? J'en vois quand même,
des articles qui concernent les mécanismes d'accès en fonction des particularités socioculturelles et linguistiques, tu sais,
j'ai quand même vu... On n'est pas rendus dans le détail, mais est-ce
que vous avez tout de suite identifié des lacunes?
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Je retrouve l'information, un instant. Tu voulais-tu
y aller, Élise?
Mme Setlakwe :
Mais je... Mais, tu sais, je ne voulais pas vous piéger. En même temps, ce
que vous dites, c'est... vous nous demandez de porter attention, d'être
alertes, bien oui, je comprends.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : En fait, c'est ça, d'être alertes, de porter une
attention, particulièrement, à l'accessibilité. Tu sais, c'est sûr que nous, on
n'a pas une équipe juridique, hein, aussi, on va se le dire, donc une étude
article par article, là, ça n'a pas été possible. Mais, de manière transversale
puis en parlant notamment avec des associations qui représentent les droits de
ces personnes, bien, c'est là où est-ce qu'il y a eu des échos qui
disent : Ah! on a comme des petits
drapeaux rouges qui se lèvent. Donc, je pense qu'il y a là une attention particulière
à l'accessibilité pour que le droit à la santé fasse réellement partie
du projet de loi n° 15.
Mme Setlakwe :
...bien, on va porter une attention particulière. Au début, là, il y a
vraiment des énoncés de principe quant aux droits, tu sais, là, on reconnaît
les... certains droits. Moi, j'ai trouvé ça... J'imagine, c'est des... C'est peut-être du libellé qui se trouve déjà
ailleurs dans d'autres projets de loi, mais moi, comme avocate, j'ai trouvé
ça intéressant.
Il faut parler du
PSOC. On a eu un groupe, ce matin, qui nous expliquait qu'il y a une crainte
par rapport au nouveau régime, parce que,
déjà avec le régime actuel, c'est assez pointilleux, les critères à respecter,
tout ça, là, il faut vraiment qu'on s'assure d'avoir, ce que j'ai bien compris,
des tables régionales où... tu sais, au sein de Santé Québec, les personnes qui vont s'assurer que l'argent est
bien octroyé, mais qu'il y ait une équité puis qu'il y ait une harmonisation au niveau, là, de distribution
de l'argent. Donc, ça, je pense que c'est un volet très important pour vous,
donc je vous laisse élaborer là-dessus.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : ...plus important pour nous, qu'on souhaitait porter
à votre attention, c'était... En tout cas,
il y a eu un drapeau rouge qui a été levé sur le fait que le PSOC soit attaché
à Santé Québec. Il y aurait une
volonté que ça demeure au ministère Santé, Services sociaux pour que les
organismes communautaires ne deviennent pas les bras opérants de Santé Québec et que le principe d'autonomie,
qui est un principe très important pour les organismes d'action
communautaire autonome, soit respecté. Donc, il y avait quand même là un grand
drapeau rouge pour ne pas qu'on devienne
les... je n'ai pas d'autre expression que «bras opérants», pour ne pas qu'on
ait des commandes non plus, pour que, vraiment, les besoins viennent de
la communauté, sont identifiés par la communauté puis les façons de répondre
aux besoins aussi, et donc que ce ne soit pas Santé Québec, là, qui se mette...
une agence d'État qui vient à décider comment faire pour atteindre de meilleurs
résultats, davantage de résultats. C'est vraiment aux organismes d'action
communautaire autonome de définir les moyens pour arriver à leurs fins.
Et ce qu'il y a présentement
avec le ministère de la Santé, Services sociaux, c'est perfectible, c'est loin
d'être parfait, mais il y avait là une
considération plus grande pour l'autonomie, en tout cas, qu'on entrevoyait, que
si c'était rattaché à Santé Québec. Ça fait que ça, c'était beaucoup
pour que ça demeure un programme généraliste de soutien du milieu
communautaire, de financement à la mission et pas que ça devienne avec quelque
chose de trop... de très cadrant, cadré, puis que ça ne réponde plus au critère
d'autonomie, en fait.
Mme Setlakwe :
Je prendrais un pas de recul. Nous, ce qu'on fait, c'est qu'on étudie — tu sais, il faut toujours
se ramener, là — un projet de loi qui vise à améliorer l'efficacité
du système. Est-ce que, généralement, vous voyez... Puis là je vois que
vous portez un chapeau particulier pour protéger les femmes. Voyez-vous une...
que le nouveau régime va apporter des améliorations en termes d'efficacité,
accès, qualité des soins aux patientes ou vous n'êtes pas convaincues? Je ne veux pas vous mettre des mots dans votre
bouche, là, mais... votre appréciation générale.
Mme Pitre (Gabrielle) : Bien,
je reprendrais un peu ce qui a été dit tout à l'heure, c'est-à-dire que, bon,
on y va avec nos moyens, on n'a pas d'équipe de juristes pour analyser
le tout et l'impact. Cela dit, je pense que, dans les principes de base, ce
qu'on souhaite porter vraiment à l'attention, justement, de vos travaux, c'est
de dire : à partir du moment où on reconnaît que l'action communautaire
autonome, principalement pour les groupes de femmes... bien, principalement...
notamment pour les groupes de femmes, c'est vraiment cette croyance où c'est
les groupes qui vont avoir la réponse
eux-mêmes aux travaux, donc on veut vraiment partir de la base, les enjeux, les
besoins sur le terrain.
Puis c'est sûr que,
quand on regarde, en fait, le projet de loi puis on se remet dans le cadre du
temps qu'on a eu pour l'analyser aussi...
Mais, quand on voit une structure qui nous semble mettre de l'avant des postes
de direction, des postes de gestion et où on ne voit pas, en fait,
l'expertise, par exemple, du communautaire se retrouver dans ces instances là,
que ce soit au niveau des comités d'usagers ou au niveau des comités
décisionnels, au niveau des conseils
d'administration, on se demande, en fait, justement, à quel point la voix des
organismes qui sont sur le terrain va être entendue et les préoccupations vont
être capables de remonter jusqu'à ces instances décisionnelles là. C'est cette
préoccupation-là, j'ai envie de dire, je pense, au niveau de l'autonomie des
groupes et d'entendre les préoccupations du
terrain, que ce soit porté et considéré dans les décisions gouvernementales au
niveau du projet de loi. C'est surtout ça, actuellement.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Ça a été nommé, aussi, de vouloir être davantage dans
la proximité. Nous, on est très sceptiques par rapport à cette proximité-là, on
ne la voit pas, on ne la sent pas. On est très mitigés aussi quand on sait,
comme par exemple, que la fédération québécoise pour le planning des naissances
n'a pas été consultée, alors qu'il y a quand même des enjeux, ici, pour l'accès
à l'avortement puis aux IVG. C'est quand même, dans le projet de loi n° 15, des enjeux importants qui sont effleurés, voire
chamboulés. Ça fait qu'on est aussi...
C'est pour ça qu'on
est sceptiques, parce que... Oui, il y a une centaine d'organisations qui vont
avoir été entendues. La Ligue des droits et libertés n'a pas été entendue pour
parler du droit à la santé, la Coalition Riposte au plan santé, la Coalition
Solidarité Santé n'ont pas été entendues non plus. Bien sûr, leurs mémoires
vont être probablement lus, on l'espère grandement, mais on aurait aimé
qu'elles aient... que ces organisations aient la tribune aussi pour venir exprimer... Ça fait que c'est sûr
qu'on est mitigées par rapport au projet de loi n° 15
parce qu'il n'y a pas eu de
consultation d'organisations pour venir contribuer à ce projet important pour
améliorer l'efficacité du système.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup. J'en profite pour vous spécifier que tous les mémoires qui sont
déposés, quelles que soient les commissions, on en prend connaissance, on les
analyse, parce que... les gens qui ont consacré du temps à nous déposer un
mémoire, on consacre du temps, par respect aussi, pour bien l'analyser puis
saisir les enjeux qu'ils ont soulevés par chacun des mémoires. Je voulais quand
même apporter cette précision-là.
Maintenant, je vais
céder la parole au député de Rosemont.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. Merci d'être là. C'est peu de temps, vous n'avez
pas eu le temps pour vous préparer devant un tel projet de loi. Moi, j'ai peu
de temps pour vous questionner. Je vais quand même prendre juste 30 secondes
pour vous remercier d'avoir parlé, justement, de l'analyse différenciée selon
le sexe et avec le +, évidemment. Je suis
content que vous ayez éclairé la lanterne du ministre. En tout cas, vous avez
allumé quelque chose.
Là où je suis un peu
inquiet, c'est quand il dit qu'il va aller consulter sa collègue à la Condition
féminine, qui a rejeté le principe par-dessus bord lors d'une motion récente à
l'Assemblée nationale, ça fait que je ne suis pas sûr que c'est une bonne idée
d'aller consulter sa collègue. Mais enfin, bref, il peut toujours consulter la
politique de son propre parti qui est au pouvoir, qui a été déposée et qui,
effectivement, s'en réfère nommément dans sa politique, justement, qui a été
déposée récemment, Stratégie gouvernementale pour l'égalité entre les femmes et
les hommes 2022‑2027. C'est une base. Puis ce n'est pas moi qui l'ai écrite,
c'est la CAQ, qui est au pouvoir.
Alors, cela étant
dit, avec le temps qu'il me reste... Vous avez parlé, justement, des cliniques,
en particulier, qui sont dans le domaine des IVG. J'ai reçu, encore ce matin,
un courriel d'une d'une omnipraticienne qui pratique les IVG à Montréal, dans une clinique que je ne nommerai pas parce que
ce n'est pas nécessaire. Elle est très inquiète, comme d'autres. Vous
semblez être inquiètes aussi. Pourriez-vous nous dire en quoi le projet de
loi n° 15 vous inquiète quant à la bonne
pratique reconnue au Québec, justement, notamment en matière d'IVG?
• (16 heures) •
Mme Landriault-Dupont
(Élise) : Alors, ce qui a été porté à notre attention, c'est notamment
l'article 486, qui dit que les groupes qui veulent donner des soins en
avortement, en IVG, doivent avoir l'autorisation de Santé Québec. Puis on se questionne... et la réponse
n'est pas entre nos mains, mais on se questionne sur ce qui... est-ce que ça
mettrait des bâtons dans les roues à l'émergence de nouveaux services.
Notamment, les centres de santé des femmes, il y en a seulement trois au
Québec, il n'y en a pas beaucoup, c'est des services qui viennent de la
population, qui répondent à des besoins. Est-ce que de nouveaux services
pourraient être bloqués? C'est l'inquiétude qui est venue à nos oreilles. Je
peux laisser mes collègues, peut-être, compléter, s'il y a autre chose.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Il y avaitcette inquiétude-là. Il y avait
aussi le fait que le projet de loi ramène le débat de la direction médicale au
sein des centres de santé des femmes, ce qui pourrait mettre en péril leur
fonctionnement. Ça va laisser le champ libre à des exigences de normes de
sécurité et de soins qui outrepassent ce qui est médicalement nécessaire pour
faire les soins d'avortement, les services d'avortement ou d'IVG. Donc, on
recommande au gouvernement d'être prudent dans la façon dont vont être amenées
les exigences de sécurité des centres, au
sein des centres de santé des femmes afin de ne pas outrepasser ce qui est
nécessaire, parce qu'on sait, hein, le
passé nous l'a bien démontré, comme aux États-Unis, où est-ce qu'on va
jouer dans ces règles-là, et c'est là où est-ce que le droit à
l'avortement n'est plus respecté, en mettant des obstacles supplémentaires qui,
finalement, ne sont pas nécessaires pour pratiquer les avortements, les IVG au
Québec.
Le Président
(M. Provençal)
: Je
vais maintenant céder la parole au député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Pour combien de temps, M. le Président?
Le Président
(M. Provençal)
: Vous
avez 3 min 18 s.
M. Arseneau :
D'accord. Merci beaucoup. Merci pour votre présentation, pour les réponses
très éclairantes à toutes les questions qui ont été posées par mes collègues.
Moi, je voulais aborder un aspect qui n'a pas été discuté beaucoup, celui de la
gouvernance puis de la place aux citoyens, aux groupes communautaires, et ainsi
de suite, parce que je vois que vous faites de nombreuses recommandations sur
la constitution des conseils d'établissement. J'ai
le goût de vous poser un peu la question : Est-ce que le conseil d'établissement
lui-même n'est pas à revoir comme idée?
Parce qu'effectivement son rôle n'est pas très, très puissant dans
l'organigramme. Mais j'aimerais vous entendre là-dessus. Comment on... Est-ce que vous y croyez, d'abord, au conseil
d'établissement comme ayant un rôle prépondérant? Et il y a d'autres
idées qui avaient été émises, par exemple un conseil plus élargi, certains ont
parlé d'un conseil de surveillance ou...
enfin. Je ne sais pas si vous avez une réflexion là-dessus, pour s'assurer,
effectivement, que, dans chacun de
nos milieux à travers le Québec, on puisse avoir véritablement un mot à dire
pour des soins de santé qui s'adaptent de façon plus pointue aux
différentes populations desservies.
Mme Gauthier (Marie-Andrée) : Bien,
on est mitigées. On partage votre questionnement. En fait, on trouve
que, dans les conseils d'établissement tels qu'ils sont définis dans le projet
de loi, ils n'assurent pas suffisamment la participation de la population,
particulièrement la participation des femmes, des groupes marginalisés, que ce
soit au niveau local, régional ou national, donc on souhaiterait qu'il y ait
davantage de place. Est-ce que ce serait dans les conseils d'établissement tel
que prévu? En tout cas, pas tel que prévu.
On
suggère quelques recommandations, comme par exemple une place significative aux
groupes communautaires. On aimerait aussi qu'il y ait un comité santé et
bien-être des femmes pour l'élaboration, le suivi, l'évaluation de plans
d'action régionaux, donc, dans chacune des régions. On aimerait aussi le
maintien des comités des personnes usagères.
On sait que ce n'est pas nécessairement tout remis en question, mais on tape
sur le clou que, pour nous, c'est des comités qui sont fondamentaux au
sein de structures décisionnelles.
Puis là j'en viens à
la décision. En fait, c'est que ces instances-là ne soient pas juste
consultatives, mais qu'elles puissent
prendre des décisions sur ce qui les concerne, parce que, encore là, ça, c'est
un des piliers du droit à la santé, que les personnes concernées puissent
prendre les décisions qui les concernent. Puis on pense que, présentement, comment
sont écrits les conseils d'établissement, comment ils sont réfléchis, bien, ça
ne le permettra pas.
Quand on parle, par
exemple, que la population va être consultée, mais ça va être les maires qui
vont être consultés, dans les mairies, bien, les maires, c'est majoritairement
des hommes blancs de 60 ans. Statistiquement, c'est ça. Et on pense que, pour nous, ça ne donne pas un reflet assez
exact de quelle est la population au Québec. Donc, on pense qu'il y
aurait... Pour consulter la population, il faudrait aller davantage qu'aller
consulter les maires.
M. Arseneau :
En page 19, vous parlez d'un modèle à revoir complètement, là, selon
une gestion inspirée de la coproduction des services de santé. Qu'est-ce que
vous voulez dire? C'est quoi, ce modèle, en quelques mots? Je pense que vous
avez une vingtaine de secondes.
Mme Gauthier
(Marie-Andrée) : Oui. Bien, en fait, ce qu'on entend par coproduction,
dans un modèle de gestion inspiré de la
coproduction, c'est... ça signifie que l'État, les citoyennes, les
travailleuses se voient accorder des pouvoirs de contrôle sur la
production des services selon différentes échelles de capacité d'action. Les
communautés usagères ne sont pas perçues comme des consommatrices, mais bien
comme des coproductrices. Et ça vient avec la magnifique phrase que ma collègue
vous a nommée en début, que les femmes ne sont ni des usagères...
Mme Pitre (Gabrielle) : Ni
des clientes, ni des usagères, mais bien des bénéficiaires de droits en matière
de santé.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je vous remercie
pour votre contribution puis surtout votre participation en présentiel,
c'est toujours intéressant, l'interaction est toujours meilleure.
Alors, sur ce, je
vais suspendre momentanément les travaux pour laisser place au prochain groupe.
Merci beaucoup de votre présence.
(Suspension de la séance à 16 h 06)
(Reprise à 16 h 09)
Le Président (M. Provençal)
: Nous reprenons nos travaux. Nous
recevons maintenant le Regroupement québécois des intervenantes et intervenants
en action communautaire en CISSS et en CIUSSS.
Alors, merci
de votre présence. Vous avez 10 minutes pour votre présentation, et par la
suite nous procéderons aux échanges. Et on va s'assurer que vous allez
avoir... vous allez être bien hydratés pour votre présentation. Merci.
Regroupement québécois
des intervenantes et intervenants en
action communautaire en CISSS et CIUSSS (RQIIAC)
Mme Cloutier (Suzie) : Donc,
merci beaucoup de nous recevoir en ce mardi après-midi. Je pense, c'est la
partie la plus... qui nous stresse le plus, c'est le 10 minutes, ça fait
qu'on va essayer de bien faire ça, en fait, mais on se sent déjà choyés d'avoir
pu recevoir l'invitation.
Donc, je suis Suzie Cloutier, je suis
organisatrice communautaire et je suis présidente du Regroupement québécois des intervenantes et intervenants en
action communautaire en CISSS et CIUSSS — c'est
très long, on va dire RQIIAC, c'est
plus rapide — et
je suis accompagnée de collègues organisateurs communautaires, donc,
Jean-François Daigle, Sébastien
Rivard et Marie-Lynne Brodeur. Donc, nous sommes tous des organisateurs
communautaires membres du RQIIAC et nous
tenons à préciser qu'aujourd'hui nous sommes ici, donc, premièrement, en tant
que membres, en fait, du regroupement et donc sur notre temps personnel.
Voilà.
Donc, rapidement, le regroupement, en fait, le
RQIIAC existe depuis 1988. C'est un OBNL qui réunit sur une base volontaire, dans le fond, la majorité des personnes qui font de
l'organisation communautaire dans les CISSS et CIUSSS du Québec. Donc, c'est
important de savoir que c'est vraiment une association, là, volontaire, voilà, des
OC. Et rapidement, parce que peut-être que vous ne connaissez pas bien ce
qu'est l'organisation communautaire, ce qui serait
tout à fait normal, dans l'ordre des choses, en fait, mais est important de
savoir que l'organisme communautaire existe depuis avant même les CLSC
au Québec et que, souvent, c'est des OC — on dit OC en cours — qui
ont créé... qui ont contribué à mettre sur
pied les CLSC. Et depuis, en fait, on est... on a été dans les CLSC, les CSSS,
les CIUSSS et éventuellement à l'agence Santé Québec. Donc, c'est une
pratique d'intervention collective, en fait, en soutien à des collectivités,
selon l'approche vraiment ascendante, donc qui part des besoins de la base vers
l'institution. Elle vise... en fait, c'est
une pratique large, là, qui vise l'amélioration des conditions de vie, la
réduction des inégalités sociales, le développement du pouvoir d'agir,
la participation citoyenne et l'inclusion sociale.
• (16 h 10) •
Au Québec, il y a 428 postes
d'organisations communautaires. C'est 428, mais vous comprenez que, dans
l'ensemble du réseau de la santé, c'est quand même une pratique un peu
marginale, même si on est vraiment déployés, là, sur l'ensemble du territoire.
Avant de laisser la parole à mes collègues qui
vont vous présenter le contenu de notre mémoire, on voulait juste faire une
petite parenthèse pour vous dire qu'on a été très inspirés à la lecture de la
loi n° 15, de l'expérience toute récente,
en fait, que nous partageons tous de la COVID-19, en fait, où on a vu,
littéralement sous nos yeux, en fait, là,
le réseau devoir s'adapter pour devenir plus souple, plus agile, plus attentif
aux besoins des populations, et on a vu qu'est-ce qui avait fonctionné bien, en fait, c'est quand on était
capables de prendre les besoins précis d'une population précise, en
fait, ou territoriale pour adapter les services. Notre prétention, c'est que
les organisateurs communautaires ont été contributifs à plusieurs égards dans
cette proximité-là, en fait, et on a plusieurs écrits qu'on pourra partager à
ce sujet-là, ce n'est pas l'objet aujourd'hui.
Mais notre souhait, en fait, puis ce qu'on...
notre souhait par rapport à la prochaine réforme, mais la loi n° 15,
c'est qu'elle permette vraiment ce retour-là, en fait, et cette réelle
décentralisation, cette réelle démocratisation-là. Donc, c'est vraiment
l'esprit qui nous a animés, là, dans la rédaction du mémoire et des
recommandations.
Donc, je laisse la parole à Jean-François pour
les premières recommandations.
M. Daigle
(Jean-François) : Nous avons abordé le projet de loi sous quatre
thèmes : l'ancrage territorial et la responsabilité populationnelle, la décentralisation et la démocratie,
l'approche communautaire en santé puis l'autonomie
des organismes communautaires et le recours au secteur privé. Nous avons
17 recommandations. Pour ma part,
je vais vous présenter les quatre recommandations en lien avec l'ancrage
territorial et la responsabilité populationnelle.
Tout d'abord, précisons ce que nous entendons
par l'ancrage territorial. Notre pratique s'effectue dans un territoire vécu,
c'est-à-dire où il y a un sentiment d'appartenance, une cohésion et une
capacité d'agir directement. Il est
évidemment nécessaire de prendre en compte les besoins des territoires vécus,
mais aussi leur donner des capacités d'action, ce qui nous amène à notre
première recommandation, c'est-à-dire intégrer au projet de loi la notion de
sous-territoire local correspondant au territoire économique, historique et
culturel significatif en s'assurant de la stabilité
de ces sous-territoires locaux. Cela nous semble important pour l'exercice de
la responsabilité populationnelle qui
incombe aux établissements. En effet, pour agir sur les différents déterminants
sociaux de la santé, il faut développer une approche globale incluant la promotion, la prévention et les soins
dans le milieu de proximité où il existe un réseau communautaire et une
cohésion.
Pour que les différentes actions puissent être
définies dans une vision globale de la santé tout en tenant compte des
multiples particularités des communautés, il faut aussi nécessairement
introduire dans le projet de loi le développement des communautés et les
services territoriaux de santé publique. Ainsi, il ne suffit pas de se
concentrer sur l'organisation des soins,
mais aussi développer la résilience des communautés à développer leur capacité
à intervenir en amont sur les différents
déterminants sociaux de la santé, ce qui nous amène à notre deuxième et
troisième recommandation, soit réintroduire les articles 1 et 2 de la loi
sur la santé et les services sociaux, qui présentent une vision globale de la santé, incluant la prévention
et la promotion; à l'article 38, ajouter les services de développement des
communautés territoriales, les services d'organisation communautaire et les
services territoriaux de santé publique.
Et notre
quatrième recommandation, pour s'assurer de l'ancrage des services : que
les territoires... sous-territoires locaux... que les services
d'organisation communautaire correspondent à ces sous-territoires locaux.
Nous pensons aussi que, pour que le réseau de la
santé soit réellement décentralisé, il nous faut plus de démocratie, de pouvoir
et d'imputabilité. Pour vous présenter les recommandations en lien avec ces
sujets, j'invite Sébastien à poursuivre.
M. Rivard
(Sébastien) : Merci, M. le ministre. Merci, Mmes et MM. les
députés de nous accueillir aujourd'hui.
Je vais vous parler, maintenant, de démocratie locale
pour une véritable décentralisation. En fait, il existe, dans le projet de loi,
la notion de conseil consultatif. Nous, on pense que c'est une bonne piste,
mais, pour ça, il faut vraiment les rendre obligatoires sur la base des
sous-territoires qu'on vient de vous présenter. Ce serait vraiment important, là. On s'inspire un peu de ce que
M. Clair vous a dit récemment, on trouve ça vraiment important qu'il y ait
une création de conseils locaux qui ont une... de véritables pouvoirs de
recommandation auprès des gestionnaires locaux. Ça, c'est vraiment ça, notre
pratique. Les organisateurs, organisatrices communautaires, on pense que c'est
très important qu'il y ait cette possibilité-là de créer ces conseils-là. Et,
pour ça, il faut qu'ils soient aussi très démocratiques, donc il faut qu'ils
soient formés de personnes représentatives de la société civile, ça a été
nommé, là, par les intervenantes de l'autre groupe juste avant, de la société
civile du territoire local. Donc, il ne faut pas que ce soient des personnes
qui soient seulement nommées, il faut que ce soient des personnes qui soient
soit élues par leurs pairs ou nommées par des collèges électoraux sur une base
territoriale pour qu'ils soient vraiment représentatifs et qu'ils connaissent
très bien les pratiques.
Alors, on a une série de recommandations, là,
les recommandations 5 à 9, finalement, qui vous proposent une mécanique
qu'on a imaginée, hein, comment bonifier le concept de conseil consultatif pour
les rendre fidèles à ce que nous, on souhaite
comme principes. Donc, on pense que leur mandat doit être ajusté en
conséquence. On parle de donner des
recommandations aux gestionnaires locaux. On parle aussi de possibilité de
faire des consultations publiques sur
une base territoriale, consulter la population quand il arrive des situations,
puis ça, c'est vraiment important pour nous.
Et, pour ce qui est de la représentativité, on
pense que, là, il faut aller voir dans chacun des territoires quels sont les groupes les plus représentatifs des
populations, des gens intéressés par la santé, des citoyens, des élus locaux,
des organismes aussi, peut-être. Alors, ça, c'est pour la question des conseils
locaux.
Et on... Il faut aussi bonifier la... les
conseils d'établissement de CISSS, CIUSSS. Pour les bonifier, pour les rendre
encore plus efficaces, il faudrait qu'il y ait une personne de chaque conseil
local, donc sous-territorial, qui soit nommée en plus des gens qui étaient déjà
prévus au projet de loi. Donc, on trouvait ça vraiment intéressant que les
territoires locaux soient représentés dans les conseils d'établissement des
CISSS et CIUSSS.
Maintenant, je vais changer de sujet, en une
minute, pour vous parler de l'importance, aussi, de la santé publique
territoriale, de la santé publique, de la prévention, promotion. Ça, c'est
notre pain, notre beurre, les organisatrices communautaires, organisateurs
communautaires, la prévention, promotion de la santé. On pense qu'il faut
vraiment s'assurer que les actions locales de santé publique soient branchées
sur leur communauté. Et pour cette raison-là il y a comme un flou dans les
territoires des directions régionales. Nous, on pense qu'il faut... ça prend un
directeur de santé publique par territoire
régional, pas plus que ça. Il ne faudra pas qu'ils couvrent plus qu'un
territoire chacun ou chacune d'entre elles, et il faut s'assurer aussi
de leur indépendance dans l'exercice de leur mandat de vigilance sur la santé
des populations que les directeurs et directrices régionaux de santé publique
gardent toute leur indépendance dans
l'exercice de leurs fonctions, ça... qu'ils soient proches des communautés.
Alors, ça faisait le tour.
Maintenant, je vais passer la parole tout de
suite à ma collègue, qui va vous parler des partenaires essentiels pour nous,
les organismes communautaires. On voulait parler d'elles et d'eux. Alors,
Mme Marie-Lynne Brodeur va vous en parler.
Mme Brodeur (Marie-Lynne) : Merci.
Bonjour, M. le ministre. Bonjour, M. le Président.
Alors, pour nous, il est important de consulter
les organismes communautaires sur l'ensemble des éléments du projet de loi les
concernant avant leur adoption, notamment sur certains articles.
L'article 92, qui parle des allocutions... des allocations de subventions
aux organismes communautaires. On ne mentionne pas dans cet article, savoir si
c'est encore le PSOC qui est encore là ou il y aura une autre entité de Santé
Québec qui est prévue. Il y a aussi l'article 346, au niveau territorial,
c'est au niveau de la prestation des services des organismes communautaires.
C'est important que ces protocoles d'entente respectent la mission de ces
organismes communautaires.
Il est important, selon nous, d'établir un
véritable débat démocratique permettant à l'ensemble des acteurs clés de se
prononcer et d'être entendus, dont les groupes communautaires en santé et
services sociaux et les groupes de défense des droits. Il faut s'assurer du
respect de l'essence, des principes de l'action communautaire autonome par la
future société d'État et reconnaître leur autonomie qui est déjà indiquée à
l'article 432.
Aussi, il faut consolider le financement à la
mission globale des organismes communautaires du Québec, prioritairement au développement d'ententes et de
collaboration des services avec le réseau de la santé et des services sociaux.
Par contre, il faut que les orientations soient respectées et que les ententes
ne dénaturent pas la mission, effectivement, de ces organismes. Il faut
préserver l'ensemble des politiques convenues précédemment avec le
milieu communautaire, notamment la politique des reconnaissances... de
reconnaissance de l'action communautaire. Il faut maintenir
des espaces de consultation et de concertation existant avec les organismes
communautaires, et ce, tant au niveau national, régional, sous-régional et
local. D'ailleurs, je vous dirais...
• (16 h 20) •
Le Président (M. Provençal)
: Je vais devoir... je vais devoir vous
interrompre parce que vous avez déjà dépassé votre 10 minutes. Alors, je
m'excuse.
Avant de
céder la parole à M. le ministre, j'ai besoin de votre consentement pour que la
députée de La Pinière
remplace le député d'Acadie. Consentement? Oui, merci beaucoup. M. le ministre.
M. Dubé : Bien, écoutez, M. le Président, j'aimerais tout
d'abord vous remercier de la qualité de votre rapport. Je dois vous dire
ça, là. Quand on va jusqu'à faire des recommandations et des amendements, là,
je pense que vous avez pris le temps pour faire le travail puis je tenais à
vous le mentionner. Je pense que vous avez... en tout cas, vous avez rejoint
une de mes cordes sensibles quand vous avez dit : Ce qu'on a appris dans
la pandémie est l'objet de notre
recommandation. Puis ça fait plusieurs fois que je dis ça, c'est ce qu'on a
appris dans la pandémie qu'on doit mettre dans le projet de loi pour s'assurer qu'on améliore notre réseau de
santé. Ça fait que je suis 100 % avec votre principe.
Bon, maintenant, ce n'est pas toujours facile
parce que, je le dis souvent, qu'est-ce qui est dans le projet de loi,
qu'est-ce qui va être dans les règlements, qu'est-ce qui va être dans la
transition... Mais je veux juste vous dire que vous êtes vraiment au bon
endroit, puis j'apprécie ça.
Donnez-moi un
exemple... parce qu'en tout cas, de la façon dont je comprends votre
regroupement, vous êtes déjà des employés du réseau. Alors, vous, là, qui a été
la première intervenante, qu'est-ce que vous faites dans votre quotidien qui
vous permet de faire ces recommandations-là de qualité? Juste par curiosité,
là, qu'est-ce que vous faites?
Mme Cloutier (Suzie) : ...combien
de temps vous avez, mais...
M. Dubé : Mais rapidement. Je
n'ai pas beaucoup de temps, mais...
Mme Cloutier (Suzie) : Pas
beaucoup de temps. Quatre axes de services en organisation communautaire, typiques, là. Un qui est soutien aux organismes
communautaires, c'est, disons, le quatrième volet. Premier volet, action
sur les déterminants sociaux de la santé. Moi, je travaille à Québec sur
l'amélioration de la qualité de vie des gens qui habitent en chambre, en fait.
Donc, les gens qui habitent dans les maisons de chambres qui sont... qu'ils...
On sait que l'habitation est un déterminant très important de la santé. Donc,
on travaille pour...
M. Dubé : ...quotidien à vous,
ça.
Mme Cloutier
(Suzie) : C'est mon quotidien. Ça prend une partie de mon
temps. Donc... Bon, concertation...
M. Dubé : Ça
fait que vous, vous êtes à l'intérieur d'un CISSS ou d'un CIUSSS qui s'occupe
de cette région-là, en quelque sorte.
Mme Cloutier (Suzie) : Moi, je
suis au CIUSSS de la Capitale-Nationale, en fait.
M. Dubé : OK. Parfait.
Mme Cloutier (Suzie) : Dans le
fond, j'aurais dû commencer par ça. Je suis attitrée à un sous-territoire, on
parlait de sous-territoires, je suis dans le secteur Vanier-Des Rivières. Donc,
je travaille à regarder, à connaître bien le
quartier, par exemple Vanier, l'ensemble de la population, c'est quoi, les
besoins sur les déterminants de la santé. Ensuite, je travaille plus
précisément — bien,
dépendamment des jours, là — sur
un dossier, par exemple, d'accès au logement social pour les gens qui ont des problèmes de santé
mentale, pour les personnes en maison de chambres, en gros. Chacun de mes
collègues pourrait dire dans quel territoire il est rattaché et quels... ses
dossiers.
M. Dubé : Mais c'est quand même
particulier que vous êtes... c'est votre travail principal, puis qu'en plus
vous participez à ces recommandations-là dans le cadre du regroupement, là.
Mme Cloutier (Suzie) : Dans
quel sens? Je m'excuse.
M. Dubé : Bien, je veux vous...
j'apprécie beaucoup ce que vous faites en plus de votre travail quotidien, c'est ça que je voulais dire. Bon, maintenant, je
pense qu'il y a une suite logique que j'aimerais prendre deux minutes
pour faire. Il y a M. Clair qui est venu puis qui a dit : En termes
de reddition de comptes, on devrait se rapprocher des territoires — il
a été très clair là-dessus — des
élus municipaux. On a dit qu'on allait en tenir compte. La méthode, ce
n'est pas moi à la dire aujourd'hui, il faut qu'on en discute avec l'opposition
pour voir si on est prêts à faire ce genre d'amendement là, premièrement.
Il y a le groupe des médecins, les médecins pour
la décentralisation du réseau, qui est venu il y a une dizaine de jours puis
qui ont dit exactement la même chose, de mettre la notion de territoire, donc
d'aller une coche plus bas, mais, je pense,
c'est un peu la même chose que vous nous dites aujourd'hui. On s'entend? Donc,
il y a une certaine logique, M. Clair
qui a mis ça en termes de reddition de comptes, les médecins qui ont dit :
La notion de territoire devrait... et là, si j'avais
spécifiquement un article, je pense que c'est... je ne me souviens pas de votre
prénom, au monsieur qui vous a suivi comme deuxième intervenant, vous
avez même dit que la notion de territoire... je vous lis : «Cette
référence pourrait par exemple se retrouver
à l'article 37 dans la définition des territoires et à
l'article 322.» Et ça, pour vous, d'inclure la notion de territoire
au niveau du projet de loi lui-même, elle est importante?
M. Daigle (Jean-François) : ...tout
à fait important parce que, si je me penche, notamment, sur notre pratique
à nous...
M. Dubé :
Vous, vous faites quoi, exactement, tant qu'à y aller, rapidement, là?
M. Daigle
(Jean-François) : Je suis dans Pierre-De Saurel, qui est en
Montérégie-Est.
M. Dubé :
Ah! on se rapproche de la Montérégie, j'aime ça. C'est bon. OK.
M. Daigle
(Jean-François) : Et... mais, quand on travaille pour le développement
des différents projets... Dans le fond, dans
notre travail, il y a tout ce qui est avant l'établissement des soins, donc
travailler au développement des communautés en santé. Donc, le
territoire de travail, il faut qu'il y ait un espace où les gens se
reconnaissent, où qu'il y a un sentiment d'appartenance, une capacité d'action
où ils sentent, là, que ce qu'ils vont faire, il va y avoir une répercussion
immédiate. Donc, c'est ça, le territoire qu'on parle.
M. Dubé :
Sur leur région à eux.
M. Daigle
(Jean-François) : Donc, c'est... pour nous, c'est important. D'autant
plus que les acteurs qui vont travailler... et avec qui nos vis-à-vis vont...
se situent à cette échelle-là, des territoires. Et de... Donc, c'est pour ça
qu'on inclut dans le territoire aussi des processus démocratiques. On
dit : Il faut aussi que les gens du territoire se nomment des
représentants puis il faut aussi rendre des comptes au territoire. Donc, c'est
l'aspect... C'est pour ça qu'on dit que c'est vraiment important. Puis on ne
peut pas travailler à une échelle québécoise ou même territoriale, il y a des
grands éléments, des grands enjeux qu'on peut... des grandes orientations qui
peuvent être décidées, mais, concrètement,
comment on peut être agiles puis avoir des soins qui répondent directement aux
besoins de la population, c'est en travaillant sur une échelle qui est
plus locale.
M. Dubé :
...pendant la pandémie, puis c'est pour ça que je souscris à vos principes
aujourd'hui, on pouvait être en Montérégie-Est, mais ce qui se passe à Sorel
n'est pas la même chose que ce qui se passe à Saint-Hyacinthe ou, plus proche, à Longueuil, c'est... on est dans
des territoires qui sont vraiment différents, puis il faudrait être capables
de faire cette analyse-là, c'est ça que vous nous dites, là.
M. Daigle
(Jean-François) : Bien oui. Puis, si vous me permettez, je vais aller
plus loin. Concrètement, les stratégies de
vaccination d'un territoire à l'autre en Montérégie, elles ont été différentes,
puis ça, ça prend absolument une analyse des données de santé publique
puis une connaissance très précise, pointue de la population pour savoir c'est
où qu'on va les mettre, les cliniques, comment qu'on va rejoindre les
personnes, et c'est des stratégies qui sont différenciées de chacun d'un
territoire à l'autre. Donc, c'est...
M. Dubé :
En tout cas, c'est... Je ne sais
pas s'il y a des... mes collègues qui ont des questions, ou s'il y en a... Peut-être,
oui.
Le Président
(M. Provençal)
: Oui,
oui, allez-y, M. le député de Saint-Jérôme.
M. Chassin : Je saute dans l'arène, parce que vous avez parlé, en fait, du fait, en
fait, que, durant la pandémie, on a vu l'impact, notamment, des
organisateurs communautaires puis des organismes communautaires aussi, qui
avaient une conscience aiguë des besoins locaux puis de l'adaptation que...
l'agilité, dans le fond, là, qu'exigeait la pandémie, demandait de tous, puis
en fait je suis pas mal sûr que tous mes collègues, ici, l'ont vu dans leurs
comtés respectifs. Comment est-ce qu'on intègre cette agilité-là dans... Parce
que, dans le fond, vous en parlez en ayant l'air de mentionner que, pour vous,
là, on doit aller plus loin, mais comment est-ce qu'on intègre cette...
agilité-là, pardon, selon vous, si ce n'est,
justement, par des volets consultatifs qui permettent d'entendre, mais qui
permettent aussi de... comment
dirais-je, d'arbitrer les différentes demandes? Je suis sûr que vous êtes
familiers, là, dans la... Il y a beaucoup de demandes, il y a beaucoup
de besoins, mais il faut pouvoir construire un tout cohérent.
M. Rivard
(Sébastien) : Tout à fait. Ce qu'on vous a dit, en fait, ce qui s'est
passé par la... pendant la pandémie, là, c'est que je pense que les conseils
d'établissement... les conseils d'administration à l'échelle CISSS et CIUSSS,
disons, ont été moins actifs, puis on a plus décentralisé la gestion des plans
d'action. Les plans d'action étaient décidés par notre ministre de la Santé, à
Québec, les grands objectifs, mais au niveau... il y a vraiment eu une vraie décentralisation avec l'apport des comités
de citoyens, des locataires de HLM, des organismes communautaires. Vous l'avez dit, ça a été souligné par
M. Pratte dans son livre aussi, récemment, là. Donc, je pense que... Nous,
on est vraiment les yeux puis les oreilles du réseau de la santé sur le
terrain, on connaît tout le monde, on connaît les organismes, on connaît les
citoyens, on est capables de savoir c'est quoi, les besoins d'adaptation.
Mais on vous a dit que ça
prend plus que nous, là, ça prend plus que des employés du réseau, ça prend
aussi des vrais conseils qui seraient créés
sur une base locale, qui pourraient, dans le fond, recevoir... faire des
recommandations aux directeurs... Vous voulez nommer des directeurs locaux — renommer,
ça, c'est une bonne idée — dans
les CLSC, les CHSLD, mais il faut que
ces gens-là soient interaction avec leur communauté pour pouvoir, de façon
constante, adapter des services, des allers-retours...
• (16 h 30) •
M. Chassin : Et être redevables, des arbitrages aussi, donc. OK.
M. Rivard (Sébastien) : Oui, exactement,
des arbitrages. On pense que... peut-être que... Je suis tout à fait pour l'universalité des services, là, je pense que
c'est important que, sur la Côte-Nord, à Montréal, on ait accès à la même gamme
de services, mais des fois il faut les adapter. Ce n'est pas obligé d'être...
universalité n'égale pas copier-coller, hein, vous comprenez? Ça fait que ça, c'est important. Des fois, il peut
y avoir des arbitrages, des adaptations. C'est ça, le fond de notre
message, on pense que ça prend des instances plus locales qu'on pourrait
ajouter à votre projet de loi pour les
rendre encore plus effectives sur une... la base sous-territoriale, c'est ça
qu'on vous dit, puis c'est... ça peut être CLSC, ça peut être MRC, dépendamment. Le sous-territoire, ça, on ne va
pas jusqu'à le définir parce qu'il y en a toutes sortes, de territoires.
On va laisser les législateurs trouver la meilleure formule.
Mme Cloutier
(Suzie) : Je ne sais pas si je peux me permettre, en fait.
Idéalement, de la COVID, il n'y en aura pas tout le temps non plus, en fait, ou
des crises, si on veut, comme ça. Il y a quelque chose en contexte de crise,
mais on sait aussi, puis là on est en changements climatiques, etc., des
contextes de crises de toutes sortes, il y en aura d'autres, ça fait qu'il y a
quelque chose qui est utile à ces niveaux-là. Mais, au quotidien aussi, dans le
réseau de la... tu sais, au quotidien, on pense que d'avoir cette approche très
territoriale là et cette vision globale là est utile aussi, et c'est là qu'on... qu'une des recommandations
importantes aussi, c'est de remettre, idéalement en début de loi, là, mais vous
la mettrez... toute la notion de la vision globale de la santé, en fait, puis
c'est vraiment à ce niveau-là, territorial, là, quand on a une lecture fine de, oui, l'accès direct aux services de
santé, pour dire quelque chose, mais après ça, c'est quoi, qu'est-ce
qu'il y a dans cette communauté-là, en termes de services, plus globalement,
c'est quoi, les conditions de vie des personnes, où peut-on être contributifs,
prenant pour acquis que... Puis là c'est démontré aussi qu'à peu près
75 %, en fait, de l'amélioration de l'espérance de vie est dû aux
conditions de vie et à peu près 20 %, 25 % est dû à l'accès aux soins
de santé, qui est important, là, on en convient, là, puis l'universalité, on en
convient, mais il y a quelque chose de
l'expérience, en fait, locale des personnes, en fait, qui est essentielle et
sur laquelle on prétend puis on pense
que le réseau de la santé a un rôle important à jouer, et doit continuer à s'y
investir, et va être pertinent et efficace, pour reprendre le titre de
votre projet de loi, mais qu'on va gagner en efficacité aussi quand on agit à
ces niveaux-là.
M. Dubé : Est-ce que je peux
continuer, M. le député, ou vous avez d'autres... Non, non, mais, si vous avez
autre chose, bien, peut-être que vous pourrez compléter, mais ce que vous nous
faites réfléchir, puis je trouve ça excessivement important, là, dans la suite de
ce qu'on a vu avec M. Clair, avec les médecins pour la décentralisation
puis vous... J'irais un petit peu plus loin. J'aimerais dire que ce qui va être
notre défi, puis on en parlera avec nos collègues, là, lorsqu'on fera l'article
par article, c'est de dire qu'il faudrait absolument que la... je dirais,
l'aspect territorial soit reconnu dans la loi, et de donner assez de
flexibilité aux gens de Santé Québec, par exemple, de l'appliquer en fonction
des particularités du territoire. C'est ce que... je vais vous dire, c'est ce
que je viens d'entendre, là. Puis déjà, si on faisait ça, je pense que les
quelques articles que je mentionnais tout à l'heure, qui sont dans vos premières recommandations, seraient assez
faciles à intégrer parce que, si on commence à dire que, par exemple, on
va agir de la même façon à Sept-Îles qu'on va agir à Beauharnois, je ne suis
pas sûr que c'est la bonne chose. C'est ça que j'entends de vos... Est-ce que
je me trompe?
Mme Cloutier (Suzie) : Vous
entendez bien.
M. Rivard (Sébastien) : Ça
ressemble à ça.
M. Dubé : Ça ressemble à ça,
hein?
M. Rivard (Sébastien) : Mais il
faut que les principes soient les mêmes partout, hein? Dans le fond, l'idée qu'il y ait des conseils sous-territoriaux, ça, le
principe pourrait être inséré dans la loi, mais, comme vous disiez, ça peut
varier d'une région à l'autre, là. Les territoires de CLSC sont une référence,
quand même, pour nous, là, parce qu'historiquement
c'est quelque chose qui fait sens pour la population, mais ça pourrait être
autre chose aussi, dépendamment.
M. Dubé : S'il reste me... Il
me reste combien de temps?
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Dubé : Juste sur votre
recommandation de la santé publique, bon, où j'ai été un petit peu surpris,
parce que j'ai vécu ça pas mal proche, la santé publique, là, pendant quelques
années, là, vous dites que ça doit être... Je veux juste être sûr que j'ai bien
compris, puis je vais le relire parce que je veux bien comprendre, parce qu'on
a quelques éléments de santé publique, mais vous dites
qu'elle doit, oui, être indépendante, mais comment vous la voyez, globalement?
Parce que, souvent, dans une pandémie ou peut-être pour les changements
climatiques, il y a quand même des choses
qui s'appliquent à tout le monde. Vous voyez comment cet équilibre-là entre ce
qui doit être national versus ce qui doit être local?
M. Rivard
(Sébastien) : Bien, écoutez, ce qu'on vous a dit... En fait, on ne
s'est pas prononcés sur l'aspect national
parce que, nous, ce n'est pas notre champ d'expertise, mais on est conscients
qu'il y a un directeur national, là, de santé publique. Ça, on n'en a
pas parlé, ce n'est pas... ça ne veut pas dire qu'on...
M. Dubé :
...ce n'était pas... OK.
M. Rivard
(Sébastien) : Non, on ne le remet pas en question, c'est juste... En
fait, ce qui nous inquiétait, c'est plus, en
fait, la marge de manoeuvre dans la définition des territoires. Dans le projet
de loi, ça dit que ça pourrait peut-être être revu dans l'avenir. On
voudrait juste s'assurer, en fait, qu'on ne se mette pas à nommer un directeur
de santé publique pour cinq régions, vous comprenez? Qu'il y en ait au moins un
par région, ce serait notre idéal.
M. Dubé :
Je comprends. OK. OK, mais vous
n'avez pas d'enjeu avec la responsabilité nationale pour certains
enjeux, là?
M. Rivard
(Sébastien) : Non, non, non, là.
M. Dubé :
OK, OK. C'est ça que je voulais...
M. Rivard (Sébastien) :
Non, c'est...
Mme Cloutier
(Suzie) : ...différentes fonctions en santé publique aussi, on en est
bien conscients, là, la protection en est une, mais l'aspect de pouvoir
formuler des recommandations de santé publique sur la base d'une région x, y,
z, compte tenu du contexte, pour nous, c'est un atout important, en fait, là.
M. Dubé :
Je pense qu'il n'y a personne qui
est contre ça, là. Puis on vient... on a reçu, là, dans les derniers jours, un
mémoire qui nous est venu des directeurs de santé publique régionaux, je vais
l'appeler comme ça, qui est rentré il y a quelques jours, dont on va pouvoir
prendre connaissance.
Est-ce qu'il me
reste...
Le Président
(M. Provençal)
: ...
M. Dubé :
Une minute. Ne bougez pas... Non, moi, ça va. Si... Je n'ai pas... Quand ça
va bien, pourquoi changer les choses? Mais je vous dirais, en dernier lieu,
merci pour le travail qui a été fait durant la pandémie. Je pense que les gens
ont compris qu'il faut se rapprocher du terrain. Puis je pense que, s'il y a un
message où on peut pousser ce projet de loi là plus loin, c'est d'aller sur une
notion territoriale. Ça fait que je ne peux vraiment pas être en désaccord avec
les recommandations que vous faites aujourd'hui. Merci beaucoup. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Nous allons poursuivre
avec Mme la députée... Oui, donc... c'est donc la députée de
La Pinière qui va prendre la parole.
Mme Caron :
Merci, M. le Président. Alors, merci beaucoup pour votre mémoire et votre
présentation. Merci aussi de nous avoir rappelé que cette approche ascendante,
donc, qui part vraiment des besoins, existe même depuis avant les CLSC. Et je
vais résumer, vous me corrigerez si j'ai mal compris, ce que je retiens de
votre... de vos interventions, de votre présentation, c'est que le conseil
consultatif... En fait, vous avez plusieurs recommandations sur la gouvernance,
et c'est qu'agir localement... vous avez parlé de démocratie locale, agir
localement, ça veut aussi dire décider localement et non pas seulement faire de
la reddition de comptes localement. Est-ce que ça, j'ai bien compris ça?
Une voix : ...
Mme Caron : Oui? Pour en revenir au
territoire, vous parlez, donc, de sous-territoires. Est-ce que ces sous-territoires
sont déjà définis dans chacun des plus grands territoires?
M. Daigle
(Jean-François) : Si vous me permettez... Non, en fait, étant donné
qu'on se rapporte à des territoires vécus, le plus souvent, ça va se rapporter
à un territoire qui va ressembler à un territoire de CLSC ou de MRC parce que
les gens peuvent se reconnaître, il y a un espace où on a des capacités
d'action. Mais, dans les faits, ce qu'il
faut retenir, c'est plus la définition d'une place où les gens ont un sentiment
d'appartenance et une capacité d'action sur leurs propres territoires qui est
définie, là. Donc, on n'a pas... on n'a pas d'unité administrative, là,
définie.
Mme Caron :
D'accord. Parfait. Je vais vous demander aussi... parce que, comme je suis
porte-parole de l'opposition officielle pour les aînés, les proches aidants et
les soins à domicile, je vais vous demander si... dans le projet de loi,
actuellement, est-ce que vous voyez que... pour les proches aidants, pour les
soins à domicile, pour les aînés, est-ce que
vous voyez des améliorations par rapport à la situation existante ou des
possibilités d'amélioration, ou encore
est-ce que vous avez des craintes et vous auriez alors des propositions à faire
pour améliorer ces trois points-là?
Mme Cloutier
(Suzie) : Bien, en fait, on aimerait vous répondre, mais on n'a pas
étudié sous cet angle-là. On s'est vraiment concentrés pour étudier sous
l'angle de ce qu'on connaît le mieux, en fait, qui est notre métier, en fait,
là, notre profession, donc on n'oserait pas s'aventurer sur des sujets qu'on
maîtrise moins, en fait, là.
M. Rivard (Sébastien) : Peut-être
juste une chose qu'on peut dire, c'est que ce qu'on vous a parlé, l'expérience de
la pandémie, l'aspect décentralisation, c'est valable pour l'ensemble des
programmes, que ce soient les soins aux personnes âgées, la santé mentale, on
travaille là-dedans au quotidien, puis je pense que les principes qu'on vous a
parlé pourraient tout à fait améliorer les soins aux personnes âgées, qui ont
besoin de se reconnaître dans leurs soins de santé, localement. Ça, je pense
que les principes s'appliqueraient, puis il y a peut-être des choses qu'on a
apprises dans la pandémie là-dessus un petit peu aussi, je pense.
Mme Caron :
Oui, sûrement. Sûrement. Alors, est-ce que... Parce que Mme Brodeur,
qui... s'est fait couper parce que le temps était écoulé, alors je vais en
profiter pour vous demander : est-ce qu'il y avait peut-être un ou deux
points auxquels vous teniez vraiment que vous n'aviez pas eu le temps de nous
partager, que vous voudriez partager maintenant?
• (16 h 40) •
Mme Brodeur (Marie-Lynne) : Bien
oui. Je vous remercie beaucoup, Mme Caron — on s'est vues la semaine dernière.
Bien, écoutez, moi,
j'ai les dossiers strictement aînés, et c'est sûr qu'au niveau, effectivement,
du soutien à domicile, je trouve que oui... effectivement, ce que tu
expliquais, ce serait très pertinent. D'ailleurs, M. le ministre, vous avez sûrement reçu mon mémoire que j'avais
écrit avec Mme Bouffard sur le projet de proximité pour les aînés. Je vous dirais qu'aussi par rapport à ça on est en
train de développer sur le terrain un projet de proximité pour les aînés.
Est-ce que ça va marcher? On ne le sait pas,
mais je crois que, en tout cas, le projet de loi, il y a des choses qui
pourraient être très intéressantes par rapport à ça.
Mme Caron :
D'accord. Et est-ce que ces choses-là sont dans le mémoire auquel vous avez
fait référence, que vous avez écrit avec Mme Bouffard?
Mme Brodeur
(Marie-Lynne) : Oui. Effectivement, oui.
Mme Caron :
D'accord. Merci. Vous avez aussi certaines recommandations qui portent sur
les organismes communautaires, donc, sur... je crois comprendre, sur
l'indépendance, l'autonomie des organismes communautaires qui est importante à
maintenir. Est-ce que vous aviez... Dans le projet de loi, est-ce que vous
voyez des choses qui militent en faveur de ce maintien ou, encore là, est-ce
qu'il y avait des choses que vous craignez, que vous aimeriez voir améliorées?
Mme Brodeur
(Marie-Lynne) : Bien, je vous dirais que, déjà, l'article 432
nomme très bien l'autonomie des organismes communautaires. Moi, ce que... le
bémol que je pourrais mettre, c'est au niveau des ententes de... des ententes de services. Il ne faudrait pas que les
ententes de services que le réseau octroie aux organismes communautaires
dénaturent leur mission pour boucher les trous de notre réseau.
Mme Cloutier
(Suzie) : Bien, si je peux me permettre, vous savez, les organismes
communautaires sont nos partenaires, en fait, au... bien, sont celles du réseau
général, mais ils sont aussi des partenaires avec qui on travaille
quotidiennement, en fait, dans notre métier, ça fait que c'est sûr qu'on ne
veut pas s'approprier l'ensemble de leurs revendications ou de leurs
inquiétudes. On a vu le groupe avant nous le faire très bien, et d'autres.
Donc, nous, ce qu'on
souhaite surtout mettre de l'avant, c'est de... puis c'est en accord un peu
avec notre façon de travailler, nos valeurs, de dire : Bien, tout ce qui
concerne la relation entre le réseau et les organismes communautaires, donc, ce
serait important de prendre le temps de bien consulter les organismes, de voir,
en fait... dans le fond, de les consulter et de voir avec eux s'il n'y a pas
des améliorations ou comment eux se sentent confortables par rapport à ça.
Parce qu'il faut retenir que c'est un vaste réseau qui existe aussi depuis des
dizaines d'années, en fait qui a un historique, etc., donc on est vraiment
beaucoup en appui, en fait, là, à ces organismes-là et on sent, de leur part,
une inquiétude, peut-être latente, en fait, mais par rapport au maintien de
leur autonomie, donc on souhaite appuyer que c'est important, en fait, qu'elles
puissent le conserver.
Mme Caron :
Merci. Puis juste pour bien comprendre, Mme Brodeur, vous parliez...
vous disiez : Il ne faudrait pas que les ententes de services viennent
dénaturer les organismes communautaires. Est-ce que vous pouvez être un petit
peu plus précise ou... un exemple, peut-être? Des fois, ça peut m'aider à
comprendre.
Une voix : Vas-y, Sébastien, vas-y.
M. Rivard
(Sébastien) : Non, bien, en fait, ce qu'on vous dit, en termes de...
Peut-être que... «dénaturer», c'est peut-être un mot un peu fort. En fait, il
faut faire en sorte que les organismes aient assez d'argent pour leur mission globale,
il ne faut pas qu'ils soient seulement financés en ententes de services parce
que, sinon, ils ne sont plus capables de
faire leur mission de base. C'est un peu dans cet ordre-là. Je pense qu'il faut
bien baliser quand il y a des ententes. Ça existe déjà depuis des
années, là, c'est... Nous autres, ce qu'on dit, c'est qu'il faut vraiment
s'assurer qu'il y ait un équilibre dans tout ça.
Mme Caron : OK. Donc, si je comprends
bien, il ne faut pas que les organismes communautaires deviennent comme des agences qui offriraient des services
pour parer aux débordements, mais qu'ils puissent continuer d'assurer
leur mission, de faire le travail qu'ils poursuivent depuis leur existence,
finalement?
M. Rivard (Sébastien) : Tout
à fait. Les organismes communautaires ne se voient pas... Il existe... vous
savez, il existe beaucoup d'agences
privées en santé qui offrent toutes sortes de services dans le monde,
infirmiers et compagnie. Les organismes communautaires, ils ont une
mission sociale au quotidien, donc cette mission-là, il faut qu'elle soit
préservée. C'est ça qui est important. On travaille avec eux autres à tous les
jours.
Mme Caron :
Puis j'aurais... Est-ce que tu as une question? Non?
Une voix :
...
Mme Caron :
Alors, juste pour terminer, vous avez parlé des déterminants de la santé, dont
on entend parler depuis plusieurs années. Donc, est-ce que vous avez quelque
chose de précis à recommander, à ce niveau-là, autre que ce que vous avez déjà
évoqué?
M. Daigle (Jean-François) :
Bien, en fait, ce qu'on a surtout insisté, c'est l'approche d'une vision
globale puis que, pour faire... dans le fond, pour faire des populations en
santé, il faut d'abord travailler sur les déterminants de la santé. C'est la
majeure partie de l'amélioration de la santé des populations, mais aussi de
chacun des individus. Donc, c'est ce
travail-là qu'il faut faire d'abord, et, pour faire ce travail-là, il faut être
le plus près possible des communautés, impliquer
les gens, les partenaires, dont les organismes communautaires, et ça va nous
amener... Et après ça, là, le 25 % qui reste, bien, c'est
l'organisation des soins, c'est comment qu'on traite.
Ça fait que nous, on
dit : On ne doit pas se centrer sur le 25 %, mais sur l'ensemble et
travailler beaucoup avant que les gens aient
des problèmes, après ça s'assurer qu'il y ait un milieu, une prise en charge
aussi dans la communauté. Puis, entre les deux, là, bien, quand il
arrive un problème grave, on a les soins de santé.
M. Rivard
(Sébastien) : Juste pour compléter, il y a des... vous savez qu'il y a
des gens qui revendiquaient un bon plan de lutte à la pauvreté, aujourd'hui, à
l'extérieur de l'Assemblée nationale. On a la crise du logement, on... à tous les jours aussi, on est confrontés à
ça, les organisateurs communautaires, des gens mal logés qu'on reçoit dans le
réseau. Ça fait que c'est deux exemples concrets de déterminants sociaux qui en
appellent à un ensemble de politiques publiques, là. Ça fait que ça,
c'est important, pour nous, cette cohérence-là, là. Là, on a parlé de la santé
aujourd'hui, mais c'est un ensemble de politiques publiques pour résoudre des
problèmes aussi importants puis qui ont un impact sur la santé.
Mme Cloutier
(Suzie) : Peut-être, je vais donner un exemple juste qui va
marquer : le jour 1 de la COVID, le jour 1, c'était le 13 mars,
mettons, le 14, 15... le 16 mars, pour dire quelque chose, je dirais
peut-être la moitié ou plus des organisateurs communautaires, qu'est-ce qu'on a
fait? On est allés dans les banques alimentaires pour voir comment on pouvait
restructurer les services d'aide alimentaire un coup que tout le monde avait
perdu sa job, avant que... tu sais, avant
qu'il y ait les différentes mesures. Puis un coup que les bénévoles de 70 ans
et plus étaient tous rentrés à la maison, bien, le déterminant social de la
santé dont on parle, c'est l'alimentation, puis c'est c'est là qu'on se rend
compte que, si on ne s'en occupe pas, quand bien même on combat... dans ce
cas-là, c'était la COVID, quand bien même on a accès à l'urgence, si les gens
ne sont pas en mesure de manger, s'ils sont dans la rue, s'ils n'ont pas accès
à un réseau social, etc., bien, on n'a pas une population plus en santé.
Donc, c'est vraiment... On a plusieurs exemples possibles, mais c'est pour illustrer à quel point on ne peut
pas s'en passer, en fait, d'avoir ce débat-là puis ces réflexions-là, même
en travaillant dans le réseau de la santé...
bien, pas «même», mais en travaillant dans le réseau de la santé, on ne peut
pas faire l'impasse sur cette réflexion-là, sur l'ensemble des
déterminants de la santé.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, je
vais passer la parole, maintenant, au député de Rosemont.
M. Marissal :
Merci. Merci, M. le Président. Merci d'être là, à vous quatre. J'ai encore
moins de temps que les gens qui ont parlé
avant moi, ça fait que je vais aller vite. Vous parlez beaucoup de conditions
de vie, déterminants de la santé, de prévention, tout ça, mais, tu sais, on
sait qu'au Québec, malheureusement, on n'est pas les champions, là, en
termes d'investissements en prévention, notamment. C'est malheureux. Je pense
que le ministre l'a déjà reconnu, d'ailleurs, qu'on peut faire plus puis on
devrait faire plus, là. Je pense qu'on devrait être autour de 5 % puis on
est bien, bien, bien en bas de ça, là, autour de 2 %, si je ne m'abuse.
À part le constat que vous faites, là,
qui est parfaitement lucide, là, puis que je partage, là, il y a... est-ce
qu'il y a quelque chose dans le projet de loi n° 15, en matière de
prévention, que vous voyez comme une piste, si ce n'est pas nommément écrit, au moins une piste, justement,
pour accroître le domaine de la prévention en santé plutôt que juste le
curatif?
M. Rivard (Sébastien) : Bien,
écoutez, le projet de loi, on... peut-être qu'on a manqué un bout des
300 pages, mais il me semble qu'il y a peut-être... peut-être que
ces éléments-là ne sont peut-être pas, sous toutes réserves, assez présents
dans le projet de loi. Ce qu'on parle... On parle, oui, de la présence des
directions de santé publique qui sont maintenues,
on parle de certains programmes. Nous, on allait un peu plus loin en disant que
c'était important aussi de rajouter aux services essentiels du réseau
l'aspect développement territorial, santé publique territoriale, organisation
communautaire. Ça, c'est des moyens, en fait, de travailler sur des enjeux de
prévention. Mais ce que vous dites sur les budgets de prévention, promotion,
là, ce n'est pas... moi, je ne l'ai pas vu dans le projet de loi. Peut-être que
ça mériterait d'être... d'apparaître plus clairement, je ne le sais pas, mais
c'est sûr que c'est très important pour nous, on vient de vous le dire.
M. Marissal : Bien, on ne vous en
voudrait pas d'avoir manqué un bout ou même deux du projet de loi. J'en ai probablement
manqué un ou deux aussi. Puis à chaque fois qu'on reçoit des groupes, on
apprend quelque chose d'autre ou on découvre
autre chose, alors c'est à ça que ça sert. Puis on conviendra que c'est quand
même tout un projet de loi, là, avec 1 200 articles.
Votre
recommandation 14, là, «conséquemment, consolider le financement à la
mission des organismes communautaires du Québec, prioritairement au
développement d'ententes, de la collaboration ou de services avec le réseau de
santé et les services sociaux», c'est une demande, là, classique, là, du
communautaire, là, ça a même été chiffré. Le
ministre disait, tout à l'heure, ils ont... le gouvernement aurait doublé le
budget, on est autour de 886 millions. Vous, vous dites : Ah!
ce n'est pas structuré. Puis je ne veux pas vous mettre des mots dans la
bouche, là, je voudrais vous entendre là-dessus. Puis qu'est-ce que vous
cherchez par «consolider le financement»?
Des voix : ...
M. Rivard (Sébastien) :
OK. Je vais y aller, donc. J'ai travaillé longtemps dans le communautaire,
ça fait qu'ils me lancent la puck. Donc, non, en fait, ce qu'on dit, par
«consolider», il faut s'assurer que tous les organismes aient un financement à
la mission suffisant pour assurer l'ensemble des postes budgétaires de base. Ce
n'est pas encore le cas. Sur les 3 000 organismes communautaires en
santé et services sociaux, il y en a encore beaucoup qui n'ont pas
l'infrastructure nécessaire de base pour leur mission de base, comme on vient
d'expliquer à votre collègue il y a quelques minutes. Donc, c'est ça qu'on veut
dire par «consolider».
Nous, comme on vous a
dit, on n'ira pas jusqu'à chiffrer, ce n'est pas notre travail. On vous dit que
c'est un principe de base, il faut consolider. On reconnaît effectivement les
efforts qui ont été faits récemment par l'ensemble des gouvernements, mais ce
n'est peut-être pas encore suffisant par rapport aux besoins énormes en termes
de ce que font les organismes communautaires pour notre tissu social. On est un
modèle québécois unique, il faut vraiment miser là-dessus, en termes
d'investissements, comme on le fait dans d'autres programmes sociaux.
• (16 h 50) •
M. Daigle (Jean-François) : Et
si vous me permettez, les organismes communautaires... En fait, quand on dit
les...
Le Président
(M. Provençal)
: ...
M. Daigle
(Jean-François) : Pardon?
Le Président (M. Provençal)
: Le temps qui lui est
alloué est terminé, alors je vais passer la parole au député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Et moi, je vais transférer la parole à notre invité parce que j'aimerais
entendre sa réponse. Je vais aller un peu dans le même sens. Allez-y,
continuez.
M. Daigle (Jean-François) : En
fait, pourquoi qu'on insiste sur la mission globale des organismes
communautaires, c'est que les organismes communautaires, c'est souvent
des milieux de vie, des lieux de démocratie, des lieux où les gens, là,
viennent prendre... comprendre qu'est-ce qu'ils vivent, puis après ça ils
trouvent des moyens pour améliorer leurs conditions de vie puis... Ça fait que
ce n'est pas... ce n'est généralement pas des spécialistes, ça fait qu'ils ne
sont pas là pour compléter le réseau de la santé, dans le sens d'offrir des
soins spécialisés, ils sont là, souvent, pour offrir un espace de solidarité,
des éléments qui vont aider la qualité de vie des personnes tout au long, mais
ce n'est pas... ils ne sont pas là pour... ils sont là pour compléter, dans le
sens qu'ils sont des partenaires dans la communauté, dans les milieux de vie.
Donc, cette mission-là puis cet espace-là, là, ce n'est pas en donnant des
soins, en faisant une reddition de comptes précise et tout, ça, on ne peut pas
le réaliser en faisant ça. Donc, c'est simplement pourquoi qu'on dit : il
faut veiller à garder cette essence-là qui est super importante pour les
communautés.
M. Arseneau : Vous dites
«veiller à la garder», est-ce que, déjà, on n'en a pas perdu un bout, là,
depuis quelques années? Et est-ce que ce projet-ci est de nature à enrayer ce
que moi, je perçois comme une tendance à évacuer un peu ce que vous venez de
mettre en lumière et de valoriser? Je veux vous entendre là-dessus.
M. Rivard
(Sébastien) : Bien, écoutez, ce qu'on vous a dit sur le maintien de la
culture qu'on avait, à laquelle on tient, la culture de participation, en fait,
il faut s'assurer que notre projet de loi puis le transfert, en fait, à une
société d'État versus un ministère... il faut qu'on garde les acquis qu'on...
ce qu'on vous a dit, tous les lieux de collaboration qui existent, les
politiques qui existent, il ne faut pas faire table rase, avec une nouvelle...
un nouveau type d'organisation, de ce qui existait, il faut plutôt consolider.
Il faudrait que la culture de collaboration qui existait, qui existe soit préservée, ça, c'est très
important. Et ça, on ne sait pas comment ça... nous aussi, on ne sait pas
qu'est-ce que ça va donner, ce changement de structure, on ne le sait
pas.
M. Arseneau : Bien, je ne sais
pas, je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche non plus, là, mais vous
exprimez des inquiétudes, vous dites ne pas le savoir, donc, nécessairement, le
projet de loi n'a pas répondu à cet intérêt de votre part ou à cette
préoccupation. En d'autres mots, le projet de loi, on en parle beaucoup sous
l'angle hospitalocentriste. Est-ce que ce
que vous pensez, justement, qu'il y a un angle mort qu'on n'a pas abordé
suffisamment?
M. Rivard (Sébastien) : Bien,
ce qu'on vient de vous dire. En fait, moi, je ne peux pas... je ne veux pas prendre vos mots, là. Tout ce qu'on voit, c'est
qu'effectivement on a un changement, on a un gros projet de loi. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il faut préserver les
acquis, il faut préserver la culture, il faut mettre de l'argent pour la
prévention, la promotion, décentraliser, la démocratie locale. Donc, peut-être
qu'il y a des choses qu'on ne voit pas dans le projet de loi, mais, dans
son application, je pense qu'il y a des amendements qui pourraient être faits
pour vraiment l'améliorer, c'est ce qu'on est venus vous présenter aujourd'hui.
Pour le reste, écoutez, là, oui, un réseau de la santé à gérer, il va falloir
le faire d'une manière ou d'une autre.
M. Arseneau : Merci.
Toutes vos recommandations sont fort intéressantes, l'ancrage territorial en
particulier, moi, ça me rejoint énormément, la question de la démocratisation
aussi. J'aimerais vous entendre, en terminant, sur les écueils liés à
une présence accrue des fondations. Qu'est-ce que vous voulez dire?
Le Président (M. Provençal)
: Malheureusement, M. le député,
c'était terminé.
M. Arseneau : Ah! je n'ai pas
le temps. Bon, on s'en reparlera. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, je vous remercie. Merci à vous
quatre... le travail que vous avez fait pour nous soutenir dans notre projet de
loi n° 15, et surtout de vous être déplacés.
Alors, je suspends les travaux pour que nous
puissions laisser place au prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 54)
(Reprise à 16 h 58)
Le Président (M. Provençal)
: Nous poursuivons nos travaux avec les
membres de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières
Nations du Québec et du Labrador. Alors, vous avez 10 minutes pour la
présentation de votre exposé, et par la suite nous procéderons aux échanges.
Alors, je cède la parole. Qui se fait... Oh!
très bien, c'est... alors, c'est M. Picard, le chef de l'Assemblée des
Premières Nations, qui va prendre parole. À vous.
Commission de la santé
et des services sociaux des Premières Nations
du Québec et du Labrador (CSSSPNQL)
M. Picard
(Ghislain) :
«Kwe,
kwe.» (S'exprime dans une langue autochtone).
Écoutez, merci de nous recevoir aujourd'hui. Je
voudrais d'abord reconnaître qu'autant moi que vous, nous sommes sur des territoires autochtones ancestraux
non cédés, et je veux évidemment reconnaître d'abord ce protocole qui
est cher à nos yeux, et vous remercier, M. le Président, et saluer, évidemment,
M. le ministre et les membres de la Commission de la santé et des services
sociaux pour leur invitation à nous entendre dans le cadre des consultations
particulières sur le projet de loi n° 15, Loi visant à rendre le système
de santé et de services sociaux plus efficace.
Je suis accompagné, aujourd'hui, de Mme Marjolaine
Sioui et de M. Michel Deschênes, respectivement directrice générale et analyste des politiques au sein de la Commission
de la santé et des services sociaux des Premières Nations Québec-Labrador. Nous sommes également
accompagnés de notre grand ami, le Dr Stanley Vollant, chirurgien innu.
Les lois provinciales devraient souligner
l'importance des partenariats avec les Premières Nations et chercher à
déterminer avec elles les besoins en matière de santé et à y répondre. La
reconnaissance des valeurs, de la culture et du rôle des Premières Nations dans
la planification et la prestation des services de santé et des services sociaux
de leur population sont des incontournables.
• (17 heures) •
D'entrée de jeu, le projet de loi a pour objet,
et je cite, «de mettre en place un système efficace, notamment en facilitant
l'accès des personnes à des services de santé et à des services sociaux
sécuritaires et de qualité en renforçant la
coordination des différentes composantes du système et en rapprochant les
communautés les décisions liées à
l'organisation et la prestation des services». Fin de la citation. Pourtant, le
projet de loi demeure muet quant aux actions concrètes
qui doivent être déployées pour reconnaître l'existence des établissements
indépendants de la santé et des services
sociaux des Premières Nations situés dans les communautés. Pourquoi? Faut-il
comprendre qu'une reconnaissance de
la part de votre gouvernement ne s'applique qu'aux communautés ayant signé un
traité et/ou une convention, avec, évidemment, tout le respect qui leur
est dû?
Le projet de loi
indique également, et je cite à nouveau, «vouloir reconnaître à toute personne
le droit de recevoir des services de santé
et des services sociaux adéquats, continus, personnalisés et sécuritaires». Fin
de la citation. Pourtant, le réseau refuse d'offrir des services aux
Premières Nations résidant dans les communautés, à moins qu'une entente de
financement soit signée entre l'établissement de votre réseau et la communauté.
Même question : Pourquoi? Est-ce que nous devons comprendre que les
services de santé et des services sociaux adéquats, continus, personnalisés et
sécuritaires ne seront pas vraiment reconnus à toute personne puisque certains
services doivent être offerts au lieu de résidence du patient?
En 2019, je vous
rappelle que votre gouvernement a signé un protocole d'entente tripartite dans
le cadre du processus de gouvernance en
santé et en services sociaux des Premières Nations au Québec. Les parties se
sont engagées notamment, et je cite, «à identifier les obstacles, les
avenues de solutions possibles afin de faciliter l'accès juste et équitable des Premières Nations au Québec à des
programmes et à des services de santé et sociaux de grande qualité ainsi
qu'à travailler de concert afin d'assurer la participation des Premières
Nations aux décisions touchant leur culture et leur mieux-être». Fin de la
citation.
De quelle façon
avez-vous l'intention de refléter ces engagements dans votre projet de loi et
dans la structure de gouvernance qui sera mise en place? J'aimerais répéter la
question, mais je ne le ferai pas. L'entente à laquelle je viens de référer a été proposée sous le signe du
partenariat et de la collaboration. C'est du moins dans cet esprit que nous
avons accepté de la signer. Le projet de loi n° 15 nous en éloigne.
Je
regrette de dire que vous accumulez les occasions manquées de consulter
adéquatement les gouvernements des Premières Nations, et ce, même si les plus
récentes commissions d'enquête publique ont été claires à ce sujet dans
leurs recommandations.
Je passe maintenant
la parole à Mme Marjolaine Sioui.
Mme Sioui
(Marjolaine) : «Kwe», Marjolaine Sioui.
La
deuxième partie de notre présentation se fonde vraiment sur les axes d'action
qui sont proposés par le projet de loi de votre gouvernement.
Donc, si on commence,
concernant la proximité, au niveau de la gestion de proximité, les
établissements de santé et de services
sociaux autonomes des Premières Nations existants mènent leurs activités sur
l'ensemble du territoire au Québec. Malgré cette réalité, ils
constituent, en quelque sorte, un prolongement de la couverture populationnelle
du réseau de la santé et des services sociaux au Québec.
Les établissements
des Premières Nations répondent aux objectifs qui sont cités dans l'axe 1
de votre projet de loi puisque, dans nos
établissements les décisions sont prises au niveau local et ils ont aussi la
latitude... ils disposent de la latitude, de la légitimité et de la
flexibilité pour agir et intervenir au bon moment. Nos établissements offrent
des services adaptés aux besoins et aux réalités de notre milieu, tout en
mettant au niveau des services... au niveau des répondants aux services des
clientèles, notamment en matière de santé communautaire, au niveau des services
sociaux et aussi au niveau des personnes en perte d'autonomie et bien d'autres
services.
Pour ces raisons,
nous demandons que les établissements de santé et des services sociaux sous
l'autorité des gouvernements locaux des
Premières Nations soient reconnus explicitement dans le projet de loi et... à
titre d'établissements autonomes et partenaires du réseau de la santé et
des services sociaux.
Au niveau de
l'axe 2, on parle ici de l'amélioration de l'accès aux services de santé
et aux services sociaux. Dans cet axe, le gouvernement vise notamment une
meilleure répartition au niveau local des ressources cliniques et médicales. On
vise aussi la valorisation de la pratique interdisciplinaire dans les
trajectoires de soins et de services, que ce
soit pour les médecins, sages-femmes, dentistes, pharmaciens, psychoéducateurs
et autres. Or, les établissements du réseau québécois offrent peu de
services aux Premières Nations dans les communautés, à moins d'une entente spécifique avec les instances locales des Premières
Nations prévoyant, dans certains cas, une facturation des soins. Par conséquent,
des personnes qui nécessitent des soins spécialisés devront souvent se déplacer
dans des établissements du réseau québécois, et les coûts, bien sûr, seront...
de déplacement seront assumés par les communautés.
Nous demandons que
les établissements territoriaux responsables du réseau dans les régions
sociosanitaires se voient attribuer dans le
projet de loi la responsabilité explicite de proposer des mécanismes appropriés
de corridors de services des établissements des Premières Nations situés
dans les territoires desservis.
Pour terminer
l'axe 2, eh bien, on parle aussi de la mesure qui va permettre à un
établissement territorial de pouvoir réaliser une meilleure prise de... une
meilleure prise en charge du... et un meilleur accès aussi pour les usagers des Premières Nations au niveau des
trajectoires et au niveau des soins et services qui sont optimisés aussi pour
les Premières Nations. À ce moment-ci, je vais passer la parole à mon collègue
Michel.
M. Deschênes (Michel) : Si
on aborde maintenant l'axe 3, où le gouvernement vise, dans le projet de
loi n° 15, à être à l'écoute des usagers, dans ce
troisième axe, le gouvernement amènerait une meilleure prise en compte des
besoins, de la satisfaction des usagers et des particularités locales, une
gestion participative des usagers et de leurs représentants et plus de
transparence. Ce dernier axe revêt une importance particulière pour les
Premières Nations, car il offre
l'opportunité au ministère de corriger une lacune qui existe depuis longtemps,
soit l'absence de lieu véritable permettant aux Premières Nations d'exprimer
leurs besoins et de proposer des solutions pratiques aux décideurs des
différents paliers décisionnels du système québécois.
Les Premières Nations ne
doivent plus être absentes, voire ignorées des lieux de représentation du
système de santé et des services sociaux québécois. En ce sens, nous proposons
des mesures conférant le rôle d'interlocuteur privilégié aux Premières Nations
de manière concrète dans les comités qui seront institués par Santé Québec en
vertu de la loi ainsi qu'auprès d'autres instances comme le commissaire
national aux plaintes et à la qualité des services. On demande aussi
l'attribution d'un siège au conseil d'administration de Santé Québec et dans
chaque conseil d'établissement. Ces sièges seront réservés spécifiquement à des
représentants désignés par les Premières Nations.
Enfin, pour reconnaître aux Premières Nations le
statut d'interlocuteur privilégié auprès du ministre sur le plan politique,
nous demandons qu'un comité national spécifique aux Premières Nations soit créé
pour servir de comité consultatif au ministre de la Santé et au ministre
responsable des Services sociaux en matière d'élaboration de programmes
d'accès, de plans d'action ministériels, d'élaboration ou de modifications
législatives ou réglementaires pouvant affecter les Premières Nations.
L'axe 4, qui a mené à la création de Santé
Québec, constitue une opportunité pour le système de santé et services sociaux
québécois d'aborder davantage les enjeux de fourniture de services de santé aux
Premières Nations selon une vision globale et culturellement adaptée, tout en
disposant des moyens d'intervenir de façon coordonnée et cohérente au niveau
régional et local.
Il est essentiel que les Premières Nations
participent aux côtés de Santé Québec et des établissements du réseau à la recherche de solutions répondant
véritablement à leurs besoins et à ceux des usagers issus de Premières Nations.
Celles-ci doivent pouvoir choisir les
représentants qui prendront place au sein du conseil d'administration de Santé
Québec, les conseils d'établissement
et autres instances du réseau dans des sièges réservés spécifiquement aux
Premières Nations.
En
conclusion, nous demandons que soient intégrées dans ce projet de loi les
mesures et les recommandations invoquées dans le présent mémoire pour
leur conférer un caractère structurant, en assurer la pérennité et faciliter
leur prise en compte dans l'évolution du cadre législatif et réglementaire
québécois.
Nous demandons qu'une section spécifique
réservée aux Premières Nations soit ajoutée au projet de loi pour formaliser la
reconnaissance des établissements de santé et de services sociaux des Premières
Nations et le régime particulier qui s'applique à ces entités autonomes et à
leurs organisations représentatives en tant que partenaires des établissements
du réseau de la santé et des services sociaux du Québec. Cette intégration dans
la loi doit être faite de manière à
démontrer que l'identité des Premières Nations est unique et qu'elle doit être
traitée et reconnue ainsi. Je vous remercie.
• (17 h 10) •
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre
présentation. M. le ministre, vous avez la parole.
M. Dubé : Très bien. Merci, M.
le Président. Et, chef Picard, Dr Vollant et les gens qui ont la
gentillesse d'être avec nous aujourd'hui en
présence, merci pour cette présentation-là. Et je pense que... des fois, même
si on ne va pas à la vitesse que vous vouliez ou qu'on voudrait aller,
je pense qu'il y a eu quand même une belle collaboration qui s'est faite, là, depuis
quelques années.
Et moi, j'aimerais peut-être vous... nous donner
un défi, en tout cas, me donner un défi à moi, puis vous allez m'aider parce que sans rentrer, chef Picard, dans
le... disons, dans un débat constitutionnel, mais c'est assez complexe,
toute la question du financement fédéral des centres de santé versus l'accès
des autochtones au réseau de santé, hein, vous comprenez ce que je veux dire,
et j'aimerais bien comprendre, parce que, quand je vois des gens comme le Dr Vollant qui est venu — ce
n'est pas la première fois qu'il vient, là — moi, je le vois comme une partie intégrante de
notre réseau, un médecin qui pratique dans le réseau, etc., mais, quand on
regarde la façon dont les centres de santé sont financés par le fédéral, ça
devient un peu complexe de comprendre qu'est-ce qu'on peut faire, et c'est un
petit peu pour ça qu'on a pris, je dirais,
une certaine prudence dans le PL n° 15, pour ne pas faire
d'emprise sur ce financement fédéral là.
Ça fait que j'aimerais ça que vous nous
expliquiez c'est quoi, l'objectif qui est recherché, quand vous dites de
préciser. Mais vous voulez préciser quoi, dans le PL n° 15,
alors que les centres de santé sont quand même... relèvent du fédéral? Alors, je veux vous entendre là-dessus. Je ne sais
pas si c'est le chef Picard ou... mais j'aimerais bien le comprendre parce que
c'est assez complexe cette notion-là, je vais l'appeler cette notion de
financement fédéral là.
M. Picard
(Ghislain) : Oui, M. le ministre, si je
peux me permettre, peut-être, une première réaction à votre question, que je
trouve extrêmement pertinente. Et vous référez au Dr Vollant, qui a
vraiment tout le respect, là, de l'ensemble de la communauté chez nous, et je
pense que sa présence, justement... puis vous le citez vous-même, vous y
référez vous-même, sa présence dans le système québécois en tant que chirurgien
représente bien un peu l'équilibre qui est recherché entre le réseau, le réseau
de la santé au Québec et les membres de nos communautés qui en dépendent,
finalement, à la fin de la journée. Je pense que c'est extrêmement important,
et c'est pour ça... Ça, ça vient expliquer, en quelque sorte, notre souhait
d'être représentés adéquatement à tous les niveaux possibles au niveau du
réseau de la santé au Québec.
Ceci étant dit, et vous relevez un aspect
extrêmement important, celui du financement, et même nous, je veux dire, on se retrouve un peu coincés entre votre
gouvernement et celui d'Ottawa alors qu'on est, finalement, les bénéficiaires du
service, hein, on s'entend là-dessus. Mais on n'a aucune espèce de contrôle sur
la façon que ces services-là doivent être
dispensés et on n'a aucune indication sur les montants que le Québec va
chercher pour assurer ce service-là à l'ensemble du Québec, évidemment,
mais de façon plus particulière à nos communautés.
Ce qu'on relève dans le projet de loi
n° 15, c'est qu'à l'intérieur même des groupes conventionnés, il y en a trois au Québec, trois nations : les Inuits,
les Naskapis et les Cris, vous faites déjà une distinction parmi ces trois
groupes-là, alors que le reste de nous, là, et je
le dis en tout respect aux conventionnés, c'est qu'on ne se retrouve nulle
part, alors qu'on a une responsabilité
directe envers les membres de nos communautés et surtout les personnes qui
dépendent du réseau de la santé.
Donc, moi, c'est ma
partie qui m'appartient, je veux dire, à la lumière des observations que je
fais depuis plusieurs années, là, sur les lacunes et les difficultés que vivent
nos communautés. Mais je me tournerais peut-être... je pense que
Dr Vollant a sans doute un commentaire, également, là-dessus.
M. Dubé :
...parce que c'est complexe, mais allez-y, Dr Vollant, on va essayer
de trouver des solutions.
M. Vollant
(Stanley) : Bien, peut-être pour les gens qui sont moins habitués avec
comment sont traitées les Premières Nations, comment fonctionne le système de
santé, bon, la moitié des autochtones au Québec sont non conventionnés, donc ne
font pas partie de la Convention de la Baie James, et donc les Innus, les
Mohawks, les... en tout cas, toutes les autres nations. Donc, quelqu'un de
Pessamit vient...
M. Dubé :
...c'est ça.
M. Vollant
(Stanley) : ...vient dans notre dispensaire, reçoit la première ligne
et, quand il a besoin de soins spécialisés, par exemple, en chirurgie, en
endocrinologie, en cardiologie, il va être dirigé vers soit Baie-Comeau ou
encore même Québec, ou Chicoutimi, ou ailleurs. Donc, il fait partie du système
de santé, et je pense qu'il faut absolument
qu'on mette ce continuum-là de soins de santé pour les Premières Nations bien
clair dans le projet de loi n° 15, et je pense... on le fait déjà,
mais je pense que ça vaudrait la peine qu'on l'officialise, ce partenariat-là,
déjà, des communautés avec le système provincial.
M. Dubé : Puis
comment... on ne réglera pas ça aujourd'hui, mais on va avoir... ça va faire
l'objet de discussions, comment on le fait pour ne pas faire, je dirais,
d'éléments de discussion avec le fédéral qui seraient... qui prolongeraient
toute cette discussion-là? Comment on le fait? Parce que c'est une des raisons
pour lesquelles on s'est tenus loin de ça,
parce qu'il n'y a pas les ententes spécifiques, auxquelles vous venez de
référer, qu'on a avec les Innus, par exemple, ou d'autres communautés. Comment
on ferait pour régler ça par rapport au financement fédéral? Si vous
avez une solution, moi, je suis très ouvert.
Mme Sioui
(Marjolaine) : Bien, en fait, c'est
au-delà de juste la partie financière. Quand on parle de corridor de services,
d'arrimage avec le réseau et tout, on voit des inégalités, des iniquités qui
arrivent où est-ce qu'on a besoin de pouvoir trouver des solutions à plus long
terme là-dessus. Quand on demande la reconnaissance du statut de nos établissements des Premières Nations qui sont existants,
même s'ils sont autonomes, ce que ça veut dire, c'est que,
présentement... on l'a vu, là, dans un autre projet de loi où on a demandé
cette reconnaissance parce que les
professionnels, qui sont des professionnels qui vont dans les mêmes ordres
professionnels, comme Dr Vollant et tout, se retrouvent à travailler dans les communautés, n'auront pas accès à
certaines bases de données. Donc, on met, encore une fois, la santé...
M. Dubé :
Quand vous dites ça, parlez-vous,
par exemple, comme... du Dossier
santé Québec ou des dossiers
comme ça?
Mme Sioui
(Marjolaine) : Oui, exactement.
M. Dubé :
OK. Puis ça... Bon, on ne rentrera pas dans nos petites léthargies
informatiques, là, qu'on va finir par régler un jour, mais ça, qu'est-ce qu'on
pourrait faire, là, concrètement, pour permettre à vos communautés d'avoir
peut-être un accès plus rapide au DSQ, par exemple? C'est-tu un peu ça que vous
me demandez?
Mme Sioui (Marjolaine) : Bien, en fait... bien, je vais laisser mon collègue répondre, les
questions de... Présentement, on est
en train d'implanter les DMA, des choses comme ça. Au niveau du DSQ, on a fait
la demande formellement, donc on avait des solutions à proposer, et ça a
été rejeté du revers de la main. Donc...
M. Dubé :
Mais ça a été rejeté par qui?
Mme Sioui
(Marjolaine) : Par la commission
parlementaire.
M. Deschênes
(Michel) : C'est lors de l'étude du projet de loi n° 3 concernant
les renseignements de santé et services sociaux.
M. Dubé :
Pour que... OK, mais rappelez-moi
exactement, là, pour être sûr que je comprends bien, puis, s'il y a des choses qu'on doit corriger, on... Mais
qu'est-ce qui a été refusé à ce moment-là? Parce que moi, je n'ai pas participé
au projet de loi n° 3, là, alors peut-être me l'expliquer.
M. Deschênes (Michel) : Lors de
ces travaux-là, il a été demandé à ce que les centres de santé, les postes de
soins qui sont les établissements de santé des Premières Nations soient
reconnus comme organismes autorisés à recevoir des
renseignements de santé et services sociaux. Actuellement, ils ne sont pas
autorisés en vertu de la loi sur le partage de certaines données en santé.
M. Dubé :
OK. Parce que, là, il y a la notion fédérale qui rentre en ligne de compte
aussi là-dedans.
M. Deschênes
(Michel) : Ce n'était pas la raison qui était invoquée. La raison qui
était invoquée, c'était simplement que la loi sur laquelle portait le sujet,
les renseignements en santé et services sociaux, ce n'était pas, à ce
moment-là, une loi d'organisation, une loi de structure et ce n'était pas le
ministère de la Santé et Services sociaux qui déposait cette loi-là. On disait
que ça prendrait un autre... à un autre lieu on devrait le faire, donc dans le
cadre d'une réforme ou d'un changement dans la loi sur la santé et services
sociaux. Ça, c'est les discussions qu'il y avait eu à ce moment-là.
M. Dubé :
Puis est-ce que ça a... Puis c'est intéressant parce que... Est-ce que ça a
besoin de passer par le projet... Je donne l'exemple parce que moi, en tout
cas, je suis très ouvert à... On va commencer par se démêler entre nous autres
sur le DSQ, là, puis il y a du monde qui travaille fort là-dessus pour que ça
arrive, un DSQ plus moderne, mais vous, vous
me dites, c'est quelque chose qui serait important pour votre communauté, ça.
Puis là c'est de faire le lien avec le PL n° 3,
tel que passé, tel qu'il a été voté puis qui va être en application dans un an.
Ça, ça n'a pas répondu à votre demande, c'est ça que je comprends bien
aujourd'hui. OK.
M. Vollant
(Stanley) : Et de façon pratico-pratique aussi, M. le ministre, je
m'excuse d'interrompre...
M. Dubé :
Non, non, mais allez-y.
• (17 h 20) •
M. Vollant
(Stanley) : ...quelqu'un qui travaille... qui est hospitalisé à
Joliette, qui retourne à Manawan, puis on n'a pas ses... est suivi par les
infirmières de Manawan ou les médecins qui sont là, certains n'ont pas la clé
DSQ, n'ont pas accès à cette clé-là, donc souvent on redouble les examens, on
refait une autre formule sanguine, un autre rayon X.
M. Dubé :
Ah! ça, ça n'a pas de bon sens. OK. Je comprends.
M. Vollant
(Stanley) : Et je pense qu'aussi on pourrait peut-être avoir des liens
privilégiés, par exemple, l'hôpital de Baie-Comeau avec Pessamit, l'hôpital de
Joliette, pourrait avoir peut-être des liens... Moi, j'ai accès aux dossiers de
l'Hôpital Notre-Dame de chez moi.
M. Dubé :
Je comprends très bien.
M. Vollant
(Stanley) : Donc, c'est possible de pouvoir partager ces
informations-là, et ça pourrait être dans les deux sens, que les gens de
l'hôpital de Joliette peuvent avoir accès au dossier médical de... et ça diminuerait
le dédoublement d'examens, de questionnaires et d'allonger le temps qu'on passe
aux patients.
M. Dubé :
Bien, écoutez, Dr Vollant, là... puis c'est à ça que ça sert, hein, notre
commission parlementaire. Moi, quand je vous entends aujourd'hui, j'ai de la
misère à ne pas être ouvert à ça, là, de vous donner à vous, en tant que
chirurgien d'une grande réputation, comme disait le chef Picard tantôt... la
journée qu'on a démêlé nos choses au niveau du DSQ, pourquoi ne pas le
donner... Puis je ne pense pas qu'il y ait un lien avec le financement fédéral,
là, on se comprend, vous gardez votre
financement. Est-ce qu'on pourrait donner... Je pense qu'on pourrait... En tout
cas, on pourra en discuter lorsqu'on va être en commission avec mes collègues de
l'opposition, mais ça me semble une demande très claire que vous faites,
là. Puis, si le DSQ peut être ajusté pour qu'un chirurgien comme le
Dr Vollant ait accès... peut-être au début avec une clé USB puis
ultimement dans le dossier de santé... dans le Dossier de santé numérique, je
ne vois pas pourquoi qu'on ne le ferait pas, mais...
Mme Sioui
(Marjolaine) : C'est aussi l'une des
raisons pourquoi on propose aussi un comité, genre, aviseur du ministre pour
pouvoir être en amont, justement, de problématiques comme ça ou d'enjeux qui se
présentent, pour que ça puisse se retrouver à votre niveau pour, justement,
prendre les mesures nécessaires ou les actions nécessaires, donc un
rôle-conseil, vraiment, qui serait formé des différentes nations qui travailleraient
ensemble à ce niveau-là.
M. Dubé :
Bien, écoutez, moi, ce que je dirais pour aujourd'hui, là, parce que je
veux prendre connaissance vraiment de la
raison pour laquelle ça a été refusé au niveau du PL n° 3,
mais à la lumière de ce que j'entends de votre demande aujourd'hui, je
vais le répéter... puis peut-être que la meilleure façon pour moi, ce serait
d'en parler clairement comme une des étapes du plan de transition, parce que
vous m'avez peut-être entendu souvent dire qu'on va... quand on va faire
l'article par article, c'est sûr que le plan de transition va définir c'est
quoi qu'il doit faire. Et, si la question des données pour faciliter le travail
de chirurgiens ou de gens qui sont en première ligne, peu importe le
financement des centres de santé... moi, je pense qu'on devrait regarder ça
très sérieusement, ça fait que je n'ai pas de problème. Est-ce qu'il y a
d'autres demandes de...
Mme Sioui
(Marjolaine) : ...répondre à votre
question tout à l'heure, en disant, bien, comment on peut, justement, trouver
des solutions et tout, puis qu'est-ce qu'on cherchait aussi par le mémoire
qu'on a déposé. Lorsqu'on mentionne d'avoir une distinction, on revient, encore
une fois, à une reconnaissance de ces établissements qui sont dans les
communautés, où est-ce qu'on ne peut pas... comme vous l'avez dit tout à
l'heure, c'est vraiment complexe, et cette complexité-là doit être reconnue
quelque part, et on ne peut pas se retrouver dans un projet de loi où est-ce
qu'on va se retrouver avec l'ensemble des établissements, quand on sait très
bien qu'on a un statut unique qui est très différent de par nos législations
qui s'appliquent, de par, aussi, les droits des Premières Nations et tout.
Donc, au point de vue législatif, on veut cette reconnaissance-là qui nous
distingue de tous les établissements en général au Québec.
M. Dubé : Peut-être... combien
il me reste de temps?
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Dubé : 40 secondes,
oui, ce n'est pas long, ça. Ce qu'on a voulu protéger avec les ententes qui
sont déjà dans le LSSSS, c'était... vous avez beaucoup un plus grand pouvoir de
décision que bien des CISSS et des CIUSSS, dans le sens... la première décision
se prend là, et le financement vient par la suite. Il faudrait qu'on définisse...
puis je vais laisser les collègues poser
leurs questions, mais ça, il faudrait comprendre ça pour respecter ces
principes-là qui sont de l'autonomie de vos nations, on se comprend
bien, là. Ça, pour moi, c'est très important. Mais je vais laisser mes
collègues poser les autres questions, là. Je manque de temps.
Le
Président (M. Provençal)
:
...M. le ministre. Alors, la
suite va appartenir à Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Merci à vous
tous. Moi, j'étais... j'ai participé à la commission parlementaire sur le
projet de loi n° 3 sur le
partage des renseignements de santé, puis à entendre l'échange... puis j'ai
ressorti des notes, je n'ai pas accès,
évidemment, à tout mon dossier, mais je me suis rappelé qu'on a discuté de la
question, et essentiellement on a dit que ce n'était pas au niveau... ce
n'était pas le bon forum, ce n'était pas au niveau du PL n° 3 sur les renseignements de santé qu'on pouvait régler l'enjeu et
intégrer toutes les communautés autochtones. C'est comme si on ne peut pas les
faire participer à un aspect du réseau, un aspect, s'ils ne sont pas déjà...
prêtez-moi l'expression, accrochés au réseau. On a eu des longues discussions,
là, avec le sous-ministre Kobrynsky et les avocats qui ont participé à la
rédaction du projet de loi. Puis j'ai même sous les yeux, tu sais, la
définition d'organisme, parce que le PL n° 3
prévoit la mécanique qui force... qui force, oui, oui, qui oblige le partage de
renseignements, puis c'est ce qu'on souhaite, entre organismes. «Organisme» est défini, il y a une définition particulière,
et on nomme simplement des... bien, des établissements et deux... bien,
une régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik, parce qu'elle
est instituée en vertu de, bon, un article précis de la loi LSSSS, et le
Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James, institué en
vertu de cette même loi là, pour les autochtones cris. Pour les autres, bien,
ils ne pouvaient pas participer parce qu'ils
ne font pas partie du réseau de la santé. Là, je l'exprime de façon très
simple, mais, M. le ministre, c'est
comme... Dans le fond, c'est dans le cadre de cette discussion plus générale
là, là, qu'il faudrait régler... régler l'enjeu.
M. Dubé : ...tout à fait en
accord.
Mme Setlakwe : Oui. Je
voulais... je voulais qu'on ait... Donc, c'est votre compréhension aussi. Donc,
c'est vraiment... mais donc il me semble que c'est un morceau qu'on a oublié,
qu'on a... qu'on aurait dû... on a oublié dans le PL n° 15,
soyons clairs, puis c'est maintenant le temps de corriger cette lacune-là.
M. Vollant (Stanley) : Bien, je
pense, c'est de reconnaître... Mme Setlakwe, c'est de reconnaître les
centres de santé des communautés non
conventionnées, qu'on appelle les dispensaires, dans le terme usuel, là, c'est
de reconnaître ces établissements-là qui sont déjà partenaires dans le
réseau de santé, parce que nos patients font... en tout cas, naviguent dans le
système de santé. Donc, on doit reconnaître ce qui est déjà établi. Je pense
que de reconnaître nos établissements, ça va
être la première étape, qu'on puisse avoir, par la suite, des ententes sur le
partage des données, sur le DSQ ou le
partage des données avec les hôpitaux et les centres, les établissements. Donc,
nous devons être reconnus dans ce qu'on a présenté dans notre mémoire.
Mme Setlakwe : Donc, il n'est
pas trop tard. D'ailleurs, le projet de loi n° 3 a
été adopté, mais on s'entend que la mise en oeuvre de tout ça, ça va se
faire... ça va prendre au moins un an, puis le DSQ va continuer d'être en
opération jusqu'à ce que le nouveau réseau soit opérationnel. Mais, voilà,
merci beaucoup pour votre contribution. Je pense qu'on a une réflexion
importante à faire.
Le Président (M. Provençal)
: ...M. le député de Pontiac.
M. Fortin : Oui, merci. Merci, M. le Président. Bien, effectivement, là, le PL n° 3, ce n'était pas tant un projet de réforme de gouvernance, mais
là aujourd'hui on en a un, projet de réforme de gouvernance. Alors, je
comprends que vous avez beaucoup de propositions, de modifications à apporter.
Je veux... Le projet de loi porte beaucoup sur Santé Québec
puis son fonctionnement, mais il ne faut pas oublier ce qui reste au ministère
non plus, là. Vous avez mentionné, dans
votre mémoire, le rôle de la Direction des affaires autochtones du ministère.
Vous demandez à ce que ce rôle-là
soit redéfini, soit actualisé, disons, pour tenir compte de votre réalité
d'aujourd'hui. Qu'est-ce qui ne marche pas avec la direction, en ce
moment? Qu'est-ce qui a besoin d'être amélioré, modifié, mis au goût du jour?
• (17 h 30) •
Mme Sioui
(Marjolaine) : Bien, en fait, il y a quand
même des bonnes choses qui se font et il y a quand même une bonne collaboration et tout. Par contre, comme vous le savez,
la structure, elle est lourde. C'est gros, hein? Puis, au niveau des
Premières Nations, ce qu'on entend sur le terrain, c'est un certain assouplissement
au niveau de restructurer. On n'a jamais fait de... bien, en tout cas, à ma
connaissance, au niveau de la Direction des affaires autochtones du ministère, de retour auprès des Premières Nations pour
dire : Bon, on va s'examiner, on va s'autoévaluer pour voir un
petit peu est-ce que ça répond aux besoins des Premières Nations, est-ce
qu'actuellement... est-ce qu'il y a des
choses dans les relations que vous changeriez, comment on verrait ça, donc
quelque chose d'introspectif, positif, mais qui mènerait vers quelque
chose d'un peu plus loin.
Actuellement, vous savez, on travaille sur... au
niveau fédéral aussi, avec une loi... un projet de loi sur la santé des
autochtones qui va venir à être déposé en janvier prochain. C'est sûr que les
provinces et territoires sont interpelés ou vont l'être très bientôt à certains
niveaux. Par contre, bon, on sait, actuellement, que pour les projets de loi du
fédéral ou quoi que ce soit, ça peut être un peu plus difficile compte tenu de
ce qui s'est passé avec C-92, qu'on appelle
la loi fédérale sur les jeunes... les enfants, les jeunes et les familles des
Premières Nations. Donc, comment on travaille avec tout ça?
Donc, quand on regarde avec la Direction des
affaires autochtones, on avait déjà proposé — dans le cadre de la table
politique APNQL-Québec, on avait une table technique santé et services sociaux — de
rapprocher un peu plus haut, à un niveau plus près du ministre. Donc, ça
revient un peu chercher notre autre recommandation qui est d'avoir un comité aviseur au niveau du ministre.
Et en même temps, pour la Direction des affaires autochtones, s'il y avait un
exercice qui était fait avec l'ensemble des communautés sur ce qui... le
fonctionnement, les mécanismes qui sont en place, bien, de pouvoir peut-être
amener ça d'une façon un peu plus élargie, mais aussi qui répondrait davantage
aux besoins, puis peut-être qu'on serait surpris, aussi, qu'il y aurait quand
même plein de belles choses qui ressortiraient, mais c'est toujours dans une
perspective d'amélioration continue.
M. Fortin : Pouvez-vous, peut-être, me faire la... ou nous faire, là,
la démonstration de la différence entre le comité aviseur que vous proposez
puis la... ce que la personne qui siégerait au conseil d'administration de
Santé Québec, là, la... à ce siège-là réservé au représentant des Premières
Nations, c'est quoi, la différence dans la... Parce que, là, vous proposez un
peu deux... deux mécanismes différents de... disons, peut-être, il y en a un...
peut-être un qui est plus niveau services
puis un qui est plus coté avis, là, puis... que le conseil général, mais
j'aimerais ça comprendre votre perspective autour de ça.
Mme Sioui
(Marjolaine) : Oui. Bien, comme vous
l'avez mentionné, il y a quand même deux entités : Santé Québec, le
ministère de la Santé et Services sociaux. On voit le côté ministériel plus de
façon stratégique, donc tout ce qui peut
toucher au niveau des législations, des lois, des règlements, des choses comme
ça. Donc, un comité aviseur, on vise ici une approche collective formée
de représentants de Premières Nations des différentes nations, donc, qui pourraient justement se concerter et arriver
avec... comme aujourd'hui, avec ce projet de loi là, si on avait eu ce genre de
comité là en place, on se serait donné le temps en amont de pouvoir répondre et
de pouvoir aussi identifier les certains enjeux potentiels qu'on aurait
pu voir avec le projet de loi. Donc, ça, c'est un rôle aviseur.
Au niveau du conseil d'administration, bien,
c'est une personne, mais ce qu'on souhaite mettre en place aussi, dans notre
propre réseau, c'est d'avoir des personnes identifiées, justement parce qu'on a
déjà des réseaux très bien établis où ces personnes-là se concerteraient et
pourraient justement veiller à recommander à la personne au siège qui serait réservé aux Premières Nations sur
le conseil d'administration et qui est l'entité Santé Québec, où est-ce
qu'on se rapproche, justement, des communautés sur les territoires et tout.
M. Fortin : OK. Bien, vous avez, dans votre mémoire puis dans les
interventions que vous avez faites tous les quatre, là, depuis le début de la
commission, énormément de propositions à faire, puis c'est très bien, on veut
les entendre, ces propositions-là, mais ça laisse sous-entendre, disons, qu'il y
a un manquement important par rapport à ce qui est dans le projet de loi en ce
moment puis la place qu'on fait pour les Premières Nations. Alors, si je prends
ça du point des... du point de vue des
services offerts aux gens des Premières Nations, est-ce que... si le projet de
loi est adopté tel quel, là, sans aucune des recommandations que vous
suggérez en ce moment, juste avec le libellé qui est proposé par le ministre, est-ce que vous voyez à travers ça une
amélioration des services aux gens des Premières Nations?
Mme Sioui
(Marjolaine) : Je pense que...
M. Fortin : Dr Vollant.
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Vollant
(Stanley) : Ce serait un non catégorique. Je pense qu'il faut
aller plus loin pour vraiment officialiser les liens déjà du réseau de la santé avec les Premières Nations du
Québec-Labrador, surtout, le côté non conventionné, c'est
d'ignorer la moitié des autochtones du Québec. Donc, je pense, c'est important
vraiment de l'écrire, de vraiment démontrer
ce partenariat-là qui existe déjà et les différents axes qu'on a déjà avancés.
Je pense que les... ces positions-là, c'est... on... le minimum.
Et je pense qu'au
lendemain de... les événements de Joyce Echaquan, je pense qu'à Joliette ils
ont quand même quelqu'un sur le conseil
d'administration du CIUSSS... et ont des gens aussi à... intégrés dans les
hôpitaux. Et on aimerait voir ça à l'ensemble de la province. Je pense que, si
on veut aller de l'avant sur la sécurisation de la clientèle autochtone, je pense, c'est... il faut aller
implanter ces structures-là, ces mécanismes-là dans tout l'ensemble du réseau.
M. Picard (Ghislain) : Je me permets de... je me permets de seconder le Dr Vollant. Et
essentiellement, là, simplement, c'est vraiment une mise à niveau, parce que,
fondamentalement, le système ou le réseau de santé est devant la même
clientèle, les mêmes réalités, et pourquoi il y a différentes façons de faire?
C'est vraiment la question qui est posée,
hein, une distinction entre les communautés conventionnées et les non
conventionnées. Et on trouve que c'est tout à fait... à la limite, c'est
presque discriminatoire, là, la façon que les services sont dispensés.
M. Fortin : Parce que ce que je comprends de votre propos, Dr Vollant,
c'est qu'après les événements tragiques de Joliette, là, après le décès de
Mme Echaquan, là on a vu certains changements dans Lanaudière
spécifiquement, là, à l'hôpital de Joliette ou au conseil d'administration.
Mais, quand vous proposez, justement, qu'il y ait un représentant issu des
Premières Nations sur chaque conseil d'administration ou, là, comité
d'établissement, là, appelons ça comme vous
voulez, là, mais ce que vous dites, c'est qu'il faut s'y prendre tout de suite
pour qu'il y ait au moins cette pensée-là, cette réflexion-là par
rapport aux différents services qui sont offerts puis à la façon qu'on le fait
envers les gens des Premières Nations.
Parce que je
comprends qu'il y a des corridors de services qui sont bien établis dans
certains CISSS et CIUSSS, là, en ce moment. Vous avez parlé tantôt de la Côte-Nord,
du Saguenay, mais il y a des endroits où il y a moins de communautés évidentes des Premières Nations, mais il y a
des gens issus des Premières Nations. Je pense à Laval, Montérégie-Est, ou
ailleurs, là. Donc, ce que vous nous dites, c'est que, dans ces centres-là,
même s'il n'y a pas de communauté bien établie, il y a quand même un
pourcentage de gens qui font appel aux services de santé, et, pour ces gens-là,
on a besoin d'avoir cette... disons, cette pensée-là, si je vous comprends
bien.
M. Vollant (Stanley) : Absolument.
Tu sais, on parle de Capitale-Nationale, il y a quand même une population
autochtone considérable, la Capitale-Nationale, en Gaspésie avec la nation
micmaque et malécite. À travers partout le
territoire, il y a cette présence-là des Premières Nations, et je pense que
c'est important, peut-être, de le voir de façon plus systémique, là, dans l'ensemble du système de santé au lieu de
faire des ententes par centre hospitalier, et, je pense, il faut le voir
de façon plus globale.
Le Président
(M. Provençal)
: ...
M. Fortin : Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Provençal)
: Alors,
nous allons maintenant céder la parole au député de Rosemont.
M. Marissal :
Merci. J'ai combien de temps, M. le Président?
Le Président
(M. Provençal)
: Vous
allez avoir 4 min 7 s.
M. Marissal :
Merci. Merci d'être là, chef Picard, Dr Vollant. Je ne veux pas tourner le
fer dans la plaie, au contraire, là, je veux
profiter de l'ouverture manifestée par le ministre, parce que, comme ma
collègue, là, de Mont-Royal—Outremont, j'étais bien placé sur le projet
de loi n° 3, c'est moi qui avais tenté de déposer
l'amendement qui aurait probablement pu vous inclure au moins dans le projet de
loi n° 3, qui est maintenant la loi, puis, pour la
petite histoire, on m'avait dit que ce
n'était pas la place, et il y avait eu un très, très long conciliabule, pour
que vous le sachiez, parce que tout ça s'est passé hors caméra comme ça
se fait parfois, et puis on m'avait bien fait comprendre que ce n'était ni l'endroit ni le moment. Alors, si
maintenant le projet de loi n° 15 est l'endroit et le moment, bien, c'est bien
noté.
Est-ce qu'à ce sujet
votre recommandation n° 9 fait le tour de la
question, ou vous voulez ajouter quelque chose?
Elle se lit ainsi, là, vous ne la connaissez probablement pas par coeur :
«Que la reconnaissance des établissements de santé et des services
sociaux des Premières Nations ait pour effet qu'ils soient autorisés à accéder
pleinement aux renseignements de santé et de services sociaux de leurs usagers
détenus par le MSSS.» Est-ce que ça fait le tour? Avez-vous autre chose à
ajouter là-dessus?
M. Vollant
(Stanley) : Non, je pense que c'est assez complet, oui.
M. Marissal :
Ça compléterait le travail si on était capables de l'inclure. Évidemment,
ça va prendre la forme d'un amendement, là,
ça fait que ça va être pas mal plus compliqué à lire que ça, là, mais, mettons
qu'on est capables de rentrer ça dans
le projet de loi, ça vous convient. Vous, Dr Vollant, vous dites que vous serez
capables, à ce moment-là, de travailler, notamment en ayant accès aux
données dont vous avez besoin.
M. Vollant
(Stanley) : Je pense qu'il faut parler, ici, d'un partage des données.
Je pense que ça peut aller dans les deux sens. Je pense que le praticien de
l'hôpital de Joliette apprécierait beaucoup avoir le... avoir accès aux
dossiers de Manawan pour pouvoir donner les meilleurs soins les plus optimaux à
son patient qui arrive à la salle de réanimation à l'hôpital de Joliette, et
vice et versa dans d'autres centres de santé au Québec.
• (17 h 40) •
M. Marissal : OK, très bien.
C'est clair. On fera les suivis nécessaires au cours des prochaines semaines, voire mois. Par ailleurs, vous êtes bien placé
aussi, Dr Vollant — mais je ne veux pas ignorer vos collègues qui sont
là aussi, mais je n'ai pas beaucoup de temps, vous comprendrez, je vais
essayer d'être assez précis dans mes questions, là — vous connaissez bien la situation dans certaines
communautés du Nord. Nous, les échos, au Sud, dont... qu'on a, c'est :
bris de services, manque de personnel, des gens qui ne vont pas se faire
soigner parce qu'ils sont trop loin, ou parce qu'ils ont peur de ne pas
être reçus, ou parce qu'ils ont même peur de déranger. On nous a raconté toutes
ces histoires-là, mais moi, je suis loin, là, je suis loin de ces
communautés-là. Est-ce qu'il y a quelque chose dans le projet de loi
n° 15... ou est-ce qu'on pourrait mettre quelque chose dans le projet de
loi n° 15 qui pourrait un peu améliorer
la situation, qui me semble être encore pire et plus chaotique plus on monte au
Nord que ce l'est ici, dans le Sud?
M. Vollant (Stanley) : C'est
sûr que d'établir... de reconnaître, déjà, les établissements, de reconnaître
le partenariat — et de
l'améliorer — entre
les centres des communautés et les centres du réseau provincial, je pense que
ce serait déjà un plus. Puis, d'inclure tout l'aspect de la sécurisation
culturelle comme fondamental dans toutes nos
interventions, je pense que ça faciliterait beaucoup. Je peux vous dire que les
gens, souvent, de... donner l'exemple de ma communauté, Pessamit, il y a
des gens qui ne vont pas à l'hôpital de Baie-Comeau parce qu'ils ont peur de se
faire juger, de se faire... avoir des... du
racisme, ni plus ni moins, là, de se faire traiter différemment. Et je pense
que c'est important, ce n'est pas juste à Pessamit, c'est à Sept-Îles,
c'est à Roberval, c'est à Mashteuiatsh, c'est même au... en Gaspésie, j'en entends
parler par des gens de... des communautés micmaques en Gaspésie. Donc, il y a
cette peur-là d'aller consulter qui amène plus de complications, plus de
délais, et ça coûte plus cher pour nos citoyens québécois et canadiens.
M. Marissal : OK.
Et puis, dernièrement, là, pour terminer ma... mon intervention, là, c'est le
gars du Sud qui vous parle, le gars de Montréal, avez-vous des recommandations
particulières quant à vos gens, les gens des Premières Nations qui sont en
ville, qui sont assez nombreux, qui, pour certains, semblent être en situation
de détresse profonde? On nous dit sur le terrain : Il n'y a pas les
ressources ou il n'y en a pas assez. Moi, je n'en sais rien. Qu'est-ce que vous
avez à nous dire là-dessus?
M. Vollant (Stanley) : Je pense
que ça demanderait une commission parlementaire juste à ce sujet. C'est très complexe, ça ne peut pas se régler en une
minute, mais c'est un... je pense que c'est un sujet très, très chaud. À
Montréal, à Québec, surtout à Montréal, parce qu'on les voit dans...
malheureusement, dans la rue, ils sont pris entre deux... entre l'arbre et l'écorce. Je pense qu'ils ont besoin
d'une intervention parce que chacun se... ni le provincial, ni le fédéral, ni les
communautés veulent en prendre soin et qu'elles sont comme dans un vide
juridique, et je pense que ça vaudrait la peine qu'on se penche sur la question
de façon plus spécifique.
Le Président (M. Provençal)
: Merci...
M. Marissal : Je
ne peux pas vous promettre une commission parlementaire, mais je peux la
demander, par contre, parce que je suis d'accord avec vous qu'on a un
sacré problème. Je vous remercie de votre temps.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup à vous quatre pour
votre participation, et c'est grandement apprécié, autant ceux qui sont en
présentiel que par visioconférence. Alors, merci beaucoup.
On va suspendre les travaux pour faire place au
prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 43)
(Reprise à 17 h 47)
Le
Président (M. Provençal)
:
Nous reprenons nos travaux. Nous
recevons maintenant l'ordre... des représentants de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et
familiaux du Québec. Vous disposez de 10 minutes, et par la suite
nous aurons nos échanges. Je cède la parole à M. Malenfant. À vous.
Ordre des travailleurs sociaux
et des thérapeutes conjugaux
et familiaux du Québec (OTSTCFQ)
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Bien,
merci. Alors, mon nom est Pierre-Paul Malenfant, je suis président de l'Ordre des travailleurs sociaux et des
thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec. Je suis accompagné aujourd'hui
de Mme Marie-Lyne Roc, travailleuse
sociale et directrice des affaires professionnelles, ainsi que de M. Alain
Hébert, travailleur social et conseiller principal aux affaires
professionnelles.
M. le Président, M. le ministre,
Mmes et MM. les députés, tout d'abord, au nom de l'Ordre des travailleurs
sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, je tiens à
remercier la commission pour cette invitation à se prononcer sur le projet de
loi n° 15. L'ordre constate que les services sociaux n'ont pas été
suffisamment présents dans les débats de la commission jusqu'à maintenant. Nous
estimons donc avoir le devoir de les mettre de l'avant dans les
45 prochaines minutes afin qu'ils soient pleinement considérés dans le
projet de loi.
L'ordre a
pour mission de soutenir, d'encadrer et de surveiller l'exercice professionnel
de ses 15 500 membres. Plus de 12 000 d'entre eux exercent actuellement dans le
réseau public comme cliniciens, superviseurs ou gestionnaires. L'analyse
présentée aujourd'hui se fonde sur les données de la recherche, l'avis
d'experts, les préoccupations que l'ordre porte depuis plusieurs années à titre d'organisation dont la mission
première est la protection du public. Cette analyse concorde également
avec la réalité vécue par nos membres.
Tout d'abord, nous souhaitons souligner les
intentions et objectifs qui ont mené au dépôt de ce projet de loi. Nous y
voyons une volonté de la part du gouvernement de répondre à des préoccupations
largement exprimées ces dernières années.
Cela dit, pour l'ordre, le projet de loi est surtout l'occasion de rétablir
l'équilibre entre les deux missions de l'État, celle de la santé et
celle des services sociaux, qui, au fil des réformes précédentes, s'est érodé.
En ce sens, l'ordre accueille favorablement la création d'une direction
multidisciplinaire des services sociaux et d'un conseil multidisciplinaire des services sociaux distincts. Ces ajouts font écho
à une recommandation de la commission Laurent, dans son rapport déposé
en mai 2021, et à une requête formulée par l'ordre au cours des dernières
années.
• (17 h 50) •
S'il s'agit d'un premier pas dans la bonne
direction, il faut aller plus loin pour rétablir l'équilibre. Il faut aller
plus loin pour que les services sociaux puissent se déployer de manière à
répondre adéquatement aux besoins des populations de chaque ville, village ou
quartier. Le modèle qui intègre les services de santé et les services sociaux
est assez unique au Québec. L'Organisation mondiale de la santé estime d'ailleurs que cette façon d'organiser les
services publics est à privilégier pour améliorer la santé et le
bien-être de la population. Toutefois, pour que cette union atteigne ses
objectifs, les deux missions doivent coexister dans une logique qui leur est
propre. Et actuellement ce qu'on voit, c'est
que les services sociaux sont soumis à une logique médicocentriste qui les
dénature et limite leur portée, et le
projet de loi n° 15, qui est devant nous aujourd'hui, dans sa forme
actuelle, ne nous permet pas de croire que cela changera.
La logique médicocentriste appliquée aux
services sociaux se traduit concrètement par des programmes spécifiques et
spécialisés calqués sur les services de santé et pour lesquels l'accès
nécessite un diagnostic ou des critères
spécifiques. Or, les services sociaux se doivent d'être d'abord et avant tout
généraux. Ils doivent se déployer dans une approche globale. Ils doivent
se fonder sur les besoins exprimés par la personne en tenant compte du contexte
social et communautaire. Les médias
regorgent d'histoires reflétant des problèmes sociaux et nécessitant le recours
à des interventions qui devraient
être offertes par les services sociaux généraux. Pensons à la crise du
logement, à la précarité des conditions de travail dans certains
milieux, à l'insécurité financière et alimentaire, au manque de places en CPE,
à la violence conjugale ou encore aux transitions de vie.
Cette logique médicocentriste se reflète aussi
dans les indicateurs de performance utilisés en santé appliqués par défaut aux services sociaux. Ces indicateurs,
qui se concentrent presque exclusivement sur le quantitatif, ne permettent
pas de prendre la pleine mesure de la qualité des interventions offertes par
les travailleurs sociaux ni du nombre d'interventions réalisées. Ils ne
permettent pas non plus de mesurer les impacts et les retombées des services
sociaux sur la population. En fait, le ministère ne sait rien sur les
interventions réalisées dans l'environnement de la personne, ce qui est pourtant
le propre d'une intervention sociale, le quotidien des travailleurs sociaux.
Comme le bien-être d'une personne repose sur la qualité de ses liens avec son
environnement, le travailleur social interviendra aussi auprès des proches, du
voisinage, de l'employeur, des organismes communautaires, et actuellement tout
cela n'est pas pris en compte dans les... dans les indicateurs de performance.
Le projet de loi n° 15 est l'occasion de
sortir de cette logique, et pour y arriver il faut que les services sociaux soient
au même pied d'égalité que la santé. Comment? Tout d'abord en reconnaissant que
les nouvelles structures de gouvernance des services sociaux... pour ce qu'ils
sont, c'est-à-dire des piliers du réseau. En omettant «des services sociaux»
dans le nom de Santé Québec, le projet de loi formalise, pour ne pas dire
confirme l'inféodation des services sociaux à la santé. La première
recommandation de l'ordre est donc de nommer Santé Québec pour y inclure les
services sociaux, et cela vaut également pour les instances régionales. La
présence des services sociaux doit aussi...
d'être renforcée dans toutes les instances gouvernementales. Une direction
multidisciplinaire des services sociaux et un conseil multidisciplinaire des services sociaux dans les établissements
régionaux ne seront malheureusement pas suffisants.
L'ordre
propose donc, premièrement, une représentation paritaire des services sociaux
avec la santé au sein du conseil
interdisciplinaire d'évaluation des trajectoires et de l'organisation clinique
des établissements ainsi que l'inclusion d'office du directeur du personnel
multidisciplinaire des services sociaux comme membre du comité exécutif
du conseil; deuxièmement, un conseil d'administration de Santé et Services
sociaux Québec ayant une représentation significative de membres issus du
domaine de services sociaux de la population; troisièmement, une direction
propre aux services sociaux à l'intérieur de
Santé et Services sociaux Québec avec des pouvoirs et des responsabilités
équivalentes à celles prévues pour la
santé; et finalement l'ajout d'un article au projet de loi mentionnant le
caractère spécifique des services sociaux et de leur approche ainsi que
le devoir des différentes instances de gouvernance de le respecter.
Parlons maintenant de l'un des objectifs énoncés
de la réforme, la proximité. Dans le domaine des services sociaux, quand on parle de proximité, on l'entend
à deux niveaux. Elle doit se traduire autant dans la gouvernance que dans
l'opérationnalisation des services sociaux. En d'autres mots, la gouvernance
doit être locale, incarnée dans des établissements autonomes et laisser un pouvoir
décisionnel important aux parties prenantes, notamment aux professionnels
et aux citoyens. Ces personnes sont les
mieux placées pour définir les problèmes et les adapter aux dynamiques et aux
contextes locaux.
L'ordre recommande
ainsi d'introduire dans le projet de loi n° 15 la création
d'établissements publics locaux de santé et
de services sociaux de première ligne mandatés pour actualiser sur leur
territoire la mission des services sociaux locaux. Ces établissements
devraient être dotés d'un conseil d'administration faisant une large place aux
citoyens ainsi qu'à des représentants des
milieux communautaires, scolaires et municipaux, en plus d'inclure des
professionnels de la santé et des
services sociaux de l'établissement. Leur mandat serait essentiellement
d'assurer la planification, l'organisation
et la dispensation des services de première ligne. Comme mentionné
précédemment, l'organisation des services sociaux doit s'inscrire dans une
logique sociale et communautaire plutôt que médicale et hospitalière. Nous croyons que ces établissements autonomes sont la
solution pour y arriver. Il va de soi qu'un budget de fonctionnement
suffisant devrait leur être accordé.
Permettez-nous
également d'attirer votre attention sur la finalité du projet de loi.
Évidemment, l'ordre ne remet pas en cause la logique d'efficience. Toutefois,
l'efficience en soi ne peut être une finalité, il s'agit d'un moyen. L'amélioration de la santé et du bien-être
de la population québécoise devrait être la finalité. En ce sens, l'ordre
propose d'introduire dans les articles 1 à 3 de la loi sur la santé et les
services sociaux, la LSSSS... de les inclure dès le début du
PL n° 15.
Finalement, pour
appuyer le dernier... le dernier passage de notre intervention, permettez-nous
de vous partager les propos d'une gestionnaire travailleuse sociale, des propos
tenus dans le cadre d'une recherche en cours et à paraître nommée Fusion,
défusion, confusion — La réforme Barrette, cinq ans après, et je cite :
«On a donné un mégapouvoir au ministère et il fait descendre ses décisions, mais
les gens n'y voient aucun sens, parce que ce n'est pas ce dont la population a
besoin, mais ils n'ont pas le choix d'appliquer ces directives. La réforme de
2015, c'est la rencontre de deux grands mouvements néfastes pour la santé et le
bien-être de la population, la technocratisation et la médicalisation. Ce n'est pas contre les médecins personnellement, c'est
contre la logique médicale. Il faut changer ça.»
Nous estimons que des
témoignages comme ceux-là, entendus, par exemple, dans le cadre d'une commission
spéciale allant à la rencontre des citoyens, des communautés, des
professionnels du terrain, auraient permis un portrait plus juste de l'ampleur
du défi qui est devant vous, devant nous. Ils auraient sûrement permis de
trouver des solutions qui font sens pour tous.
Nous
vous remercions de votre attention et nous sommes maintenant disponibles pour
répondre à vos questions.
Le Président
(M. Provençal)
: Merci
beaucoup pour votre exposé. Alors, M. le ministre.
• (18 heures) •
M. Dubé :
Très bien, M. le Président. Alors, M. Malenfant, et à vos deux
collègues, merci beaucoup d'être là aujourd'hui. Votre présentation, très
appréciée. Je pense, je veux juste peut-être faire une petite genèse, si je
peux me permettre, de changements qui ont été faits depuis, entre autres, la
commission Laurent, l'ajout, entre autres, de notre directrice nationale et...
entre autres pour la protection de la jeunesse, mais qui est aussi maintenant
SMA aux Services sociaux. Je pense que ça a
été un ajout... puis vous le reconnaissez, je pense que c'est un grand
changement depuis la réforme, pour ne pas nommer celle que vous avez
nommée, et j'essaie de me tenir loin de ça.
Et, deuxièmement, je
pense que vous reconnaissez... et je l'apprécie, parce que vous reconnaissez
quand même que, dans le PL n° 15, on fait deux éléments très
importants pour le côté services sociaux, c'est la présence du nouveau conseil, qui n'existait pas, qui n'existe
pas dans la structure actuelle, et qu'on reconnaît qui va être un membre
important du comité interdisciplinaire, parce que, ça, je pense que, dans le...
ce qu'on appelle... Lorsqu'on regarde le conseil interdisciplinaire, dans le
continuum de soins, les services sociaux sont là, ça, je pense qu'on le
reconnaît, et avec un directeur dans chacun des... Ça fait qu'au moins je pense
qu'on s'entend qu'il y a eu, depuis, je vais dire, deux ans, quand même des changements importants, bon. Je veux, dans la
genèse... parce que, même si on ne s'entend peut-être pas sur le titre
de Santé Québec, qui ne reconnaît pas... je pense que... on va être clairs que
le ministère, c'est encore le ministère de la Santé et des Services sociaux. Je
fais juste cet éditorial-là en passant.
Mais ce que
j'aimerais aussi vous dire, où je suis très, très sensible, comme on l'a
entendu... parce que je l'ai dit, que le projet de loi, il était perfectible ou
qu'on pouvait le bénéficier, si, à la lumière de tout ce qui a été écrit, il
dit qu'il y a des articles de loi qui devraient préciser l'importance, comme vous
parliez tantôt, de l'article 2 ou de l'article 3, de l'aspect des services
sociaux, je vais être le premier à vouloir le reconnaître. Je veux juste qu'on
se comprenne bien que, lorsque... puis je donnerai l'occasion aux oppositions
de poser leurs questions, mais il n'y avait nullement l'intention de diminuer
le rôle des services sociaux, surtout avec ce que je viens de vous dire qu'on a
fait depuis deux ans, de la sous-ministre, mais aussi du directeur national.
Bon.
Je veux aussi que les
Québécois comprennent la notion de qu'est-ce qu'on veut dire par «services
intégrés», parce que... puis là je vous demanderais de réagir. Je me souviens
très bien, quand je suis parti avec Mme Savoie, notre sous-ministre, l'été
dernier, avant qu'on finalise notre recommandation sur le projet de loi et
notre engagement électoral, on est allés au Danemark, et les gens nous ont dit,
là-bas : S'il y a une chose que vous devez protéger, c'est l'intégration du médical et du travail social. Le
fait qu'un CISSS, ou un CIUSSS, ou... on va l'appeler un établissement...
j'haïs ce mot-là, «établissement», parce que personne ne sait c'est quoi, un
établissement, bien, un établissement, ils ont dit : Il y a une
chose... de ne pas changer, c'est que ça doit combiner le service au complet,
non seulement clinique, mais services
sociaux. Et ça, quand les gens de l'extérieur nous disent que c'est une des
grandes avancées qui a été faite... et c'est pour ça que ça s'appelle
des CISSS, parce que c'est un centre intégré de santé et de services sociaux.
Moi, je vous
dis aujourd'hui pour vous rassurer... puis, s'il faut le mettre à quelque part
dans quelques articles, on ne veut justement pas se distancer de ça,
des... et c'est pour ça d'ailleurs que notre gouvernement a reconnu l'importance d'avoir un ministre responsable des Services
sociaux, qui est mon collègue le ministre Carmant. Ça fait que je veux juste bien vous rassurer. Et, si on a
besoin de mettre certains articles pour vous rassurer que notre objectif,
c'est d'avoir les services sociaux à la
bonne hauteur, bien, je pense qu'on a fait des améliorations dans le projet de
loi. Ça fait que je voulais vous dire ça.
Il y a une chose qui
me surprend un petit peu, puis après ça je pourrais passer la... les questions
à mes collègues, c'est au niveau des indicateurs. Puis je reconnais qu'il faut
faire attention aujourd'hui de faire un projet de loi où on va mettre les
grands principes, mais d'avoir des règlements ou d'avoir des objectifs, d'avoir
peut-être des indicateurs. Mais je ne suis pas sûr que les indicateurs vont
dans un projet de loi, parce que, si... Et c'est pour ça que je voudrais vous
entendre. Vous les voyez où, ces indicateurs-là qu'on pourrait... parce que mon
collègue — je
le nomme, là — le
ministre Carmant est en train d'évoluer dans ces indicateurs, mais parlez-moi
un peu de ce que vous recherchez. Mais je
vous soumettrais humblement que je ne suis pas sûr qu'on veut rentrer des
indicateurs dans un projet de loi, mais je veux vous entendre là-dessus.
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Oui, vous avez parfaitement raison, M. le ministre,
là, à savoir que ce n'est pas dans un projet de loi qu'on doit mettre des
indicateurs. Maintenant, l'essentiel de notre message, c'est à l'effet qu'au
fil des années...
Vous
savez, M. le ministre, là, moi, là, je suis un vieux routier du réseau, hein,
1980. J'en ai vu, des réformes. Et, à l'époque, là, de 1971 à 1985, ça
s'appelait le ministère des Affaires sociales, dans lequel il y avait la Santé.
Au fil du temps, on a dit : Bien oui, il faut, hein, c'est... les deux
piliers, il faut les mettre, alors on a mis Santé et Services sociaux. Correct.
Mais, au fil du temps, il y a eu une érosion, sans arrêt, des services sociaux,
au point où maintenant on vous appelle le ministre de la Santé, puis qu'on
appelle le réseau de la santé, puis les établissements de la santé, puis toutes
sortes de choses de la santé. Et je dirais : Bien, oui, mais... et les
services sociaux? Alors, la question des indicateurs ne doit pas être prise à
part. Lorsqu'on a un réseau qui transcende une place fondamentale pour les
services sociaux, les indicateurs vont venir à un moment donné. Mais, quand
vous avez un réseau qui est bâti autour d'un
modèle médical, bien, nécessairement, calculer le nombre de prothèses de hanche
puis le nombre d'interventions médicales comparativement avec
l'intervention sociale, c'est différent.
Je vais vous donner
un exemple, M. le ministre, très simple : un travailleur social qui,
aujourd'hui, là, aujourd'hui même, là, a fait six entrevues durant sa journée,
là, selon les paramètres des indicateurs de gestion, c'est un très bon
travailleur social; celui qui a fait trois entrevues, mais qui a travaillé en
réseau, qui a contacté l'école, qui a rencontré le conjoint, qui a rencontré
peut-être le milieu de garderie, etc., qui a travaillé en réseau, qui a fait un
excellent travail pour régler les problèmes avec les partenaires dans la
communauté autour, fait un excellent travail, mais les données qui sont
fournies dans le système, c'est le nombre, à un moment donné.
M. Dubé :
Oui, OK. Je comprends.
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Alors, c'est dans ce sens-là qu'on dit : Il faut
changer cette culture-là de données, qui est basée beaucoup sur des modèles
médicaux plutôt que sur les services sociaux.
M. Dubé :
Des modèles médicaux. D'ailleurs, on en parle beaucoup, justement, avec la
sous-ministre parce que, lorsqu'on bâtit avec le Dr Carmant, bien, le...
on pense qu'on doit se sortir de l'environnement médical, vous avez absolument
raison, mais je pense que ça peut se faire à l'intérieur du ministère, c'est ça
que vous dites, mais qu'il doit y avoir des indicateurs très différents, là. Je
voulais juste qu'on se comprenne, mais on n'ira pas jusqu'à définir ça dans le
projet. Je ne voudrais pas que vous soyez déçus, là, si on finit... on finit
nos 1 180 articles et les amendements. Mais c'est important que vous
mentionniez qu'on ne traitera pas le niveau clinique ou médical de la même
façon qu'on va régler les services sociaux... C'est ça. Est-ce que vous voulez
intervenir?
M. Hébert
(Alain) : Oui. Bien, peut-être, en fait, pour répondre, on est bien
conscients, M. le ministre, qu'effectivement on ne peut pas aller dans un
niveau, tu sais, de détail dans un projet de loi, ça ne ferait pas de sens, on
est tout à fait en accord avec ça.
Peut-être... la
recommandation qu'on fait, nous, dans notre mémoire, à la page 12, c'est
peut-être d'insérer un article dans le projet de loi qui demande de reconnaître
la spécificité des services sociaux et des découlants, donc quelque chose qui met l'emphase, qui permet
d'avoir un ancrage dans le projet de loi pour dire : Bien, il y aura un
certain nombre d'éléments différents
distinctifs pour les services sociaux, et le principe serait inscrit dans la
loi, sans nécessairement le détail.
M. Dubé :
Bien, écoutez, moi, je... Encore une fois, on est à l'écoute aujourd'hui,
ce n'est pas de dire oui ou non. Mais il y a quelqu'un qui m'a... une de nos
députées, là, je ne la nommerai pas parce que je voudrais lui donner l'autorité
ou la... je dirais, la paternité ou la maternité, je devrais dire, sur sa
suggestion, mais elle a dit... elle se retrouve,
elle, dans un comté où il n'y a pas de CLSC, il n'y a pas d'hôpital, il n'y a pas
de GMF, puis ce qu'elle a besoin, c'est des travailleurs sociaux. Alors,
moi, la notion de territoire que vous avez entendue de plusieurs personnes, je
pense que c'est intéressant de... puis je veux vous entendre là-dessus, comment
on peut appliquer cette notion-là, de services sociaux, à la notion de
territoire. Vous avez entendu, on a eu plusieurs personnes qui sont
venues : On devrait-tu se baser sur les CLSC, sur les MRC? Je veux vous
entendre là-dessus parce que ça m'a frappé quand j'ai entendu ça, de
dire : Bien, mon Dieu! On pense souvent à l'hôpital ou on pense aux GMF,
mais on pense peut-être moins aux services sociaux. Qu'est-ce que vous pensez
de ça?
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Bien, écoutez, j'étais sur la route, aujourd'hui, en
me rendant à Québec, enfin, puis j'ai été
surpris de constater qu'à certains endroits il y avait, sur le bord de la
route, «CLSC» avec une flèche. Les CLSC font partie de l'ADN des
Québécois depuis 1971, enfin. Les territoires de CLSC sont bâtis en fonction
des territoires de MRC, qui est une structure administrative reconnue, puis qui
est très présente, puis qui fonctionne très bien,
et dans les villes, bien, c'est dans les quartiers. Qui, ici, ne connaît pas le
nom de son CLSC? Qui n'a jamais consulté, à un moment donné, un CLSC? Alors, ce
qu'on constate, c'est que ça nous prend, effectivement, une instance locale
pour travailler en réseau local de services avec les partenaires. Alors, pour
nous, on a tendance à appeler ça, bien, des
CLSC 2.0, de dire : Mettons-les au goût du jour, parce que, vous
savez, avec le temps, les CLSC ont eu tendance à être de moins en moins
présents.
Puis je vais vous donner un exemple très
concret, M. Dubé. Moi, j'ai produit ces fiches d'information là,
psychosociale, en 2013, lorsqu'il y a eu la tragédie de Lac-Mégantic. J'étais,
à ce moment-là, conseiller et formateur national
au volet psychosocial pour le ministère. J'ai produit six fiches. Ici, là, vous
avez : Un sinistre est arrivé, d'autres, c'est : Mon
enfant a été confronté à un événement traumatique, bon, etc., des fiches
d'information psychosociale. Depuis un certain temps, à la dernière page, à la
dernière page : Vous avez besoin d'aide? Voici des ressources; à
l'époque, CLSC, aujourd'hui, GMF. Allez-vous me dire que la tragédie à Laval,
que la tragédie à Amqui ou que, les inondations qu'ils ont dans Charlevoix,
actuellement, les gens qui ont été évacués, se sont retrouvés, là, avec peu de
choses avec eux autres, sont allés cogner à la porte du GMF? Selon ce qu'on
leur distribue, c'est ce qu'on leur dit. Alors qu'il y a des CLSC, les équipes
psychosociales sont dans les CLSC, pourquoi on ne le reconnaît pas dans les
documents officiels du ministère?
• (18 h 10) •
M. Dubé : Bien, écoutez, vous
n'êtes pas les premiers à faire ce commentaire-là, puis c'est pour ça que je
vous le soulève, cette notion-là de territoire. Là, je faisais la... Vous avez
entendu les commentaires qu'on a eus de groupes qui ont précédé. M. Clair
est arrivé au début en parlant d'une reddition de comptes qui devrait peut-être
se faire par territoire. Après ça, on a eu
les médecins pour la décentralisation qui ont fait la même chose. Tout à
l'heure... je ne suis jamais capable de le prononcer, le RQIIAC, qui est
le regroupement des... qui s'occupe des organismes communautaires... Vous dites
un peu la même chose. C'est pour ça que je voulais vous entendre, parce que, si
la façon de redonner les lettres de noblesse aux CLSC, c'est de revenir à cette
notion de territoire là, bien, je pense qu'il va
falloir en tenir compte dans la façon dont... puis je pense que les gens
vont... mais ça, vous êtes non seulement à l'aise avec ça, mais c'est ça
que vous demandez dans vos recommandations.
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Je
laisserais peut-être ma collègue Mme Roc...
Mme Roc (Marie-Lyne) : Bien, en
fait, les services sociaux, un de leurs caractères qui est extrêmement important, c'est qu'ils permettent aussi de
rétablir le filet social dans une communauté avec les liens qu'ils construisent,
justement, entre les différents partenaires. Donc, c'est à ça que ça doit
servir, les services sociaux, ça doit être une porte d'entrée accessible, facile puis aussi que les gens se connaissent
sur le territoire. Ils sont capables aussi de répondre aux besoins de la
communauté, donc c'est pour ça qu'on leur donne ce caractère-là, qui doit être
extrêmement important, pour que,
finalement, ça produise des communautés qui sont bien, qui sont en... qui
développent des communautés fortes, engagées, c'est justement par ce
type de services là.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Vous allez m'excuser,
il y a un vote qui est demandé au salon bleu, donc on va suspendre pour aller
voter.
Alors, suspension des travaux, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à 18 h 11)
(Reprise à 18 h 27)
Le Président (M. Provençal)
: Alors, nous allons reprendre nos
travaux, mais avant de poursuivre là où nous
étions, nous... j'ai besoin de votre consentement pour ajouter un
15 minutes additionnel aux cinq minutes que nous avions, parce qu'il faut
quand même... il faudrait quand même respecter le temps du prochain... dernier
groupe. Consentement? Merci.
Alors, M. le ministre, il vous restait
2 min 27 s.
M. Dubé : Bien, écoutez, je
pense que le commentaire que je ferais, c'est la continuité du CLSC. Je trouve
ça tellement important, ce que vous avez mentionné, puis... En tout cas, c'est
sûr qu'on va en tenir compte. Mais qu'est-ce qui est le plus important pour
vous? Parce qu'une des choses que j'ai entendues récemment, c'est que, entre
autres, les CLSC n'ont plus les ouvertures de fin de semaine, pour la plupart,
puis j'essaie de voir le... comment je dirais, de... le levier qu'on doit avoir
sur ça.
Puis, quand je dis... ce n'est pas coercitif, ce
que je dis là, mais on a déjà une certaine difficulté à avoir, par exemple, des
heures d'ouverture pour nos GMF, des fois, le week-end, tout ça. Comment vous
voyez ça dans les CLSC, vous qui connaissez
le réseau depuis longtemps? Étant donné l'importance, entre autres, des travailleurs
sociaux d'être là pas juste cinq jours-semaine, mais des fois... comment
vous voyez ça? Parce que, surtout avec ce qu'on a connu
dans la pandémie, les gens, leurs problèmes, ils n'arrêtent pas le vendredi à 5
heures. Alors, si vous pensez que les CLSC
font partie de la solution, vous avez utilisé «CLSC 2.0», j'aimerais ça, vous
entendre un peu là-dessus, là.
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Oui, c'était très important de d'abord préciser
qu'il y a des travailleurs sociaux, des travailleuses sociales dans tous
les programmes du réseau, hein? Il y en a qui sont à l'urgence, il y en a qui
vont travailler en psychiatrie, etc.
Concernant
les CLSC, on a déjà des travailleurs sociaux qui font de la garde 24/7. On a
déjà les travailleurs sociaux qui... des travailleuses sociales aussi
qui sont à Info-Social, là, le 8-1-1, option 2. Donc, il y a...
M. Dubé : Qui est un beau
succès jusqu'à maintenant, là, avec eux, oui.
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Exactement. Et moi, là, M. le ministre, je pense
que, si on donne des responsabilités locales, terrain, où on a une
emprise...
Écoutez, moi, dans ma vie, au CLSC, là, une fois
par semaine, on s'assoyait, les médecins, les travailleurs sociaux, les psychoéducateurs, les psychologues,
les infirmières, les hygiénistes dentaires, les organisateurs communautaires, on
s'assoyait ensemble le mercredi matin, puis on faisait le point : On est
rendus où? C'est quoi, les problèmes qu'on rencontre? Qu'est-ce qui est
nouveau? Comment on s'occupe de telle affaire? Comment ça se passe dans tel
secteur? Comment ça se passe dans tel
secteur? Donc, une espèce, en anglais, «d'empowerment» des professionnels, en
sachant qu'on est rattachés à la communauté, aux organismes...
M. Dubé : On revient aux
territoires, là. On revient aux territoires.
• (18 h 30) •
M. Malenfant
(Pierre-Paul) : Quand vous allez pouvoir créer cette dynamique-là,
vous allez créer de l'engouement, OK, et les gens vont être dédiés.
Actuellement,
moi, je suis un vieux routier, je me répète, mais, dans le temps, nous autres,
on voulait rentrer travailler dans le réseau de la santé, puis il n'y avait pas
de place. Aujourd'hui, le monde quitte le réseau de la santé. Alors, c'est un
symptôme. Donc, faire en sorte que les gens puissent revenir travailler...
M. Dubé : Mais vous avez dit...
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Dubé : C'est tout.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. M. le député de
Pontiac.
M. Fortin : Merci. Merci, M. le Président. Bonjour. Bonjour à vous
trois. Merci de votre patience, tout d'abord, du petit contretemps, on s'en
excuse.
J'étais content de vous entendre,
M. Malenfant, revenir sur ne serait-ce que... ne serait-ce que
l'appellation de cette nouvelle itération,
là, des CISSS et des CIUSSS, là, des... cette espèce de... On est passés des
CSSS, où il y avait «services sociaux», aux CISSS et CIUSSS, où il y
avait encore «services sociaux» dans le nom, maintenant à Santé Québec, Capitale-Nationale,
l'Outaouais, Abitibi, Laval, etc., où on perd cette appellation-là. Et c'est
vrai, je pense, en nommant l'historique comme vous l'avez fait tantôt, là, en
parlant du ministère des Affaires sociales, si je ne m'abuse, ça nous donne un
portrait, même si c'est peut-être, à certains moments, involontaire, ça donne
un portrait, quand même, de la réflexion qu'on a puis de la place qu'on accorde
aux services sociaux, et je trouvais ça désolant d'entendre M. le ministre,
d'entrée de jeu, dire que, bien, là-dessus, on va peut-être avoir une vision différente,
là. Je... Mais, pour vous, l'appellation comme telle, il y a une importance à
ça?
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Écoutez,
c'est fondamental, il faut appeler un chat un chat. Quand on parle du réseau de
la santé et des services sociaux au Québec, il faut être clairs, si
l'appellation ne rencontre plus le terme «services sociaux», avec le temps, ce
qui va apparaître dans l'histoire, c'est qu'un jour il y a un gouvernement qui
a décidé de tasser les services sociaux, même dans le titre, et de voir l'érosion
des services sociaux qu'on connaît depuis les 30 dernières années, où tout
a tourné autour de l'hôpital, du médicocentral, médicocentrisme, et tout ça. De voir ça, pour nous, c'est absolument important.
On ne peut pas parler juste du contenu sans parler de la forme. Alors, d'avoir
«Santé»... Moi, je vois très bien «Santé et Services sociaux Bas-Saint-Laurent»,
«Santé et Services sociaux Estrie», ce n'est
pas plus long que «Centre intégré de santé et de services sociaux de», à un
moment donné, et ça donnerait, je
dirais, une image qui... comme quoi que le gouvernement prenne en compte cette
dimension-là qui... qu'on ne voit pas. Vous êtes... Le ministre mentionne qu'il
est allé au Danemark, mais, vous allez ailleurs dans les provinces, vous allez
aux États-Unis, là, c'est très, très séparé. On a ce modèle-là au Québec,
l'OMS, les recherches le démontrent, c'est la meilleure façon de le faire,
alors mettons aussi le nom autour de tout ça.
M. Fortin : Bien, vous avez raison, ce n'est pas bien... En fait, ce
n'est pas juste que ce n'est pas plus long, c'est
plus court, là. On enlève le «centre intégré universitaire», il resterait juste
«santé et services sociaux». Moi, je suis... Moi, je ne la comprends
pas, celle-là, à moins que ça vienne d'un «focus group». Peut-être que M. le
ministre pourra nous le dire éventuellement, c'est
peut-être ça qui s'est passé. J'ai comme cette impression-là, mais, bon, ça, ça
leur appartient.
Mais là rentrons dans
le contenu, là, parce que ce que vous demandez... C'est qu'il y a environ... il
y a la moitié des... disons, des instances, là, ou des décideurs à l'intérieur
de Santé Québec qui viennent du monde des services sociaux. Là, ce que vous voyez
dans le texte actuel, là, le texte présent du projet de loi, c'est qu'il manque
beaucoup de gens au niveau des services sociaux. Puis qu'est-ce que... C'est
quoi, l'impact de ce que vous voyez, en ce moment, là, si c'est adopté tel
quel, sur le monde des services sociaux?
Mme Roc
(Marie-Lyne) : Bien, en fait, c'est que c'est un déséquilibre. Parce
que nous, on vous parle de deux logiques qui peuvent très bien cohabiter,
mais elles doivent coexister. Alors, ce qu'on vous demande, nous, c'est... ce
qu'on plaide, c'est que... en fait, c'est qu'il faut que cet équilibre-là soit
présent. Étant donné que c'est deux logiques qui se... qui sont
spécifiques, bien, en fin de compte, quand il y a une seule voie avec une voie
majoritaire, c'est... puis c'est une autre logique complète, la question des
services sociaux, et à ce moment-là, bien, on finit par ne plus entendre la
voix qui est minoritaire. Donc, nous, ce qu'on dit, c'est : Rétablissons
l'équilibre, c'est ce qui va assurer, justement, le fait que ce mariage-là soit
viable, santé et services sociaux.
M. Fortin : Très bien. Je saute à votre conclusion. Dans votre
conclusion, là, vous dites : «L'ordre constate que le projet de loi
propose un modèle de gouvernance qui, malheureusement, ne correspond pas au
modèle de gestion du réseau décentralisé et démocratique qui donnerait de la
valeur aux services sociaux.» Ça, on l'a entendu, puis on en parlait un petit
peu plus tôt, là, de plusieurs groupes qui disent : Bien, il y a les
mots-clés, là, qu'on met sur la place
publique, «décentralisation», puis tous ces trucs-là, mais, quand on regarde le
détail du projet de loi, ce n'est pas nécessairement ça qu'on voit dans
le projet de loi comme tel. J'aimerais ça juste comprendre, là, ce que vous
dites quand vous dites : Ce n'est pas un modèle qui est décentralisé, ce
qui est proposé là.
M. Hébert
(Alain) : Bien, en fait, ce qu'on reconnaît dès le début de notre
mémoire, c'est qu'il transparaît dans le
projet de loi des intentions de décentralisation, de participation des
citoyens, de participation des usagers. Il y a quand même des principes
affirmés en termes de gestion de proximité, on le reconnaît, on le voit. Ce que
nous, on tente d'éclairer... en fait,
d'apporter comme éclairage, c'est que, tel que présenté, si on ne retrouve pas
la création d'une instance locale, un établissement, en fait, de services de
santé et sociaux de première ligne sur la base de territoires locaux, où
il y a des communautés vécues, des dynamiques territoriales que les gens
connaissent, c'est qu'on n'aura pas véritablement, à ce moment-là, une
proximité, tant au niveau de la gouvernance que de l'opérationnalisation des
services sociaux.
Alors, c'est pour ça
que, dans le fond, on... Ce qu'on tente de mettre en lumière, c'est que l'angle
mort ou le grand absent, c'est cette
instance locale, qu'on recommande, de santé et services sociaux de première
ligne dotée de façon autonome, là, tu sais, un... on parle, là... puis
effectivement, des fois, en termes de vocabulaire, ce n'est pas toujours simple de se retrouver — établissement,
instance, unité administrative — là,
on parle vraiment, pour nous, d'établissements locaux, c'est-à-dire
d'établissements au sens de structures administratives autonomes, donc avec un
conseil d'administration sur lequel
on retrouve des... donc, des élus provenant de différents secteurs de la
communauté, du milieu municipal, du milieu
scolaire, du milieu communautaire, de la population, des usagers, qui assurent
la gouverne de cet établissement-là, qui,
recevant un budget de fonctionnement, pourraient voir à adapter les services de
première ligne, particulièrement les services sociaux, aux besoins de la
communauté.
Ça n'empêche pas,
bien sûr, d'avoir des orientations ministérielles, ça n'empêche pas d'être
nourri par la recherche, par les instituts universitaires, mais l'adaptation
des services au plan local, c'est sur un territoire particulier que ça peut se
faire et avec, aussi, la contribution des professionnels qui sont impliqués.
Et, en particulier pour les professionnels
des services sociaux, au niveau des travailleurs sociaux, ce sont des
professionnels qui ont une autonomie, des connaissances, un jugement,
une autonomie professionnelle, un désir de contribuer, un engagement dans leur
milieu de vie et ils peuvent être des ressources pertinentes, importantes en
collaboration avec les autres acteurs, les
autres professionnels, le secteur de la santé pour donner des meilleurs
services, des services plus efficaces, plus adaptés à la communauté puis
qui vont mieux contribuer au bien-être, aussi, des personnes, et des groupes,
et des communautés locales présents sur le territoire.
Alors, c'est dans ce
sens-là, pour nous, que c'est le point. Ce qu'on dit, c'est qu'il faut aller
plus loin. Il y a... On voit la perspective et la volonté de décentraliser, on
dit : Si on... pour vraiment que ça puisse s'incarner et se faire, on pense, nous, que c'est cet établissement
local qu'ici... qui est le chaînon manquant, actuellement, et c'est pour
ça qu'on le propose et qu'on souhaite attirer l'attention et un éclairage
là-dessus.
M. Fortin : Et vous n'y faites pas directement référence, mais la
question dans... à moins que je l'ai manquée, là, dans votre mémoire, mais la
question des conseils d'administration régionaux qui sont en place, en ce
moment, avec les CISSS et les CIUSSS, là, qui, justement, sont des gens issus
d'un peu tous les milieux, les différentes
MRC, des gens avec différentes expériences professionnelles, qui sont un peu
ce... bien, qui sont le conseil d'administration du CISSS et du CIUSSS, là, ça
devient des conseils ou des comités d'établissement, là, j'oublie le
terme exact, avec, si je me fie à ce que le ministre avance, des... un mandat
de reddition de comptes et de mesure de performance, là on est loin de
deux instances similaires, là. Je comprends que ce n'est pas dans votre
mémoire, mais le conseil d'administration a
pas mal plus... appelons ça de... d'input local puis de compréhension du...
puis d'impact, au final, du milieu local qu'un conseil d'établissement
qui pourrait avoir juste une... de la reddition de comptes à faire.
• (18 h 40) •
M. Malenfant (Pierre-Paul) : Oui,
effectivement. Puis, vous savez, imaginons-nous, là, si on est au Bas-Saint-Laurent — c'est
ma région — le
siège social est à Rimouski, est-ce que les gestionnaires qui sont à Rimouski, là, savent les particularités de ce qui
se passe au CLSC de Pohénégamook, qui est à 175 kilomètres? Est-ce
que le siège social de Baie-Comeau sait très bien ce qui se passe à Havre-Saint-Pierre?
Alors, cette notion-là de régionale est beaucoup trop grande quand on regarde
notre territoire. Alors, il existe, par territoire de MRC, déjà des CLSC qui
sont là. Donc, ramenons tout ça sur une base locale, et on va sentir la
population, les partenaires autour vouloir intégrer le processus et de pouvoir
offrir des services qui vont être à la lumière des besoins de la population.
M. Fortin : Très bien. Bien, moi, je vous remercie, c'est tout pour
moi. Juste une invitation au ministre : quand vous serez en Outaouais, on
ira voir le CLSC chez nous, là, le CLSC Leguerrier, mais il faut que vous
arriviez à 6 heures du matin pour parler à tout le monde qui attend dehors
devant la porte du CLSC pendant une heure afin d'avoir des services. Ces
gens-là, ils tiennent à leur CLSC local. Voilà.
Le Président
(M. Provençal)
: Mme
la députée.
Mme Setlakwe :
...
Le Président
(M. Provençal)
: Oui,
2 min 20 s.
Mme Setlakwe :
Merci beaucoup. Votre mémoire, franchement, il est très bien monté, puis
vous êtes très éloquents dans vos propos. Est-ce qu'il y a un point sur lequel
vous n'avez pas eu la chance de faire valoir ou d'aller... d'approfondir un
peu? Moi, je regarde en particulier le point 18, là, quand vous parlez
d'une politique ministérielle qui devrait être adoptée en vertu de
l'article 25, est-ce que vous souhaitez élaborer là-dessus, peut-être, ou
autre chose? Puis d'ailleurs moi, j'ai été très interpelée par les exemples
précis que vous avez donnés en termes d'indicateurs. En quoi les indicateurs de
performance qui sont liés à la quantité ne représentent pas bien la valeur
ajoutée du travail qui est fait en service social? Donc, c'est ces
deux éléments-là que je...
Mme Roc
(Marie-Lyne) : Bien, en fait, la politique, c'est aussi un petit peu
ce qu'on a avancé en termes de la finalité. En fait, dans quel but on fait tout
ça, c'est pour avoir des orientations, en fait, communes et aussi qui sont des
orientations qui ne sont pas émises seulement par le ministère, mais en fait
qui mettent en travail les parties prenantes. Donc, ça devient une politique,
puis il faut aller plus loin, parce qu'actuellement on parle d'une politique en
santé; nous, on parle d'une politique santé—bien-être, donc qui, aussi, prend
en compte les éléments sociaux, et puis que cette politique-là soit,
finalement, travaillée avec les parties prenantes, puis aussi que ça nous serve
de trame pour, justement... en termes de trame, de finalité. En fait, c'est la
vision qu'on a sur le pourquoi on fait les choses.
Mme Setlakwe :
Merci. Est-ce que... Moi, je... Si vous avez d'autres exemples à donner
sur... à part les indicateurs de
performance, j'aimerais ça vous entendre, mais je reviendrais sur la question
de l'appellation, sur l'appellation.
Le Président
(M. Provençal)
: 30 secondes,
s'il vous plaît.
Mme Setlakwe :
Oui. Moi, sur le coup, je me suis dit : C'est peut-être juste de la
sémantique puis ça allège. Mais là, à vous entendre, je vois que ce n'est pas
ça du tout, là, vous m'avez... vous m'avez convaincue.
Mme Roc
(Marie-Lyne) : ...la cohérence, c'est une cohérence de services
sociaux. C'est pour ça qu'on vous parle de
leviers de prises. Nous, on a vu des prises dans le projet de loi, et c'est ce
qu'on vous propose, pour faire en sorte qu'on rétablisse ce fameux
équilibre dont on parle. Donc, on le voit au niveau de la gouvernance, au niveau
des finalités, au niveau, aussi, des
indicateurs de performance, tous des éléments qui prennent en compte le
spécifique des services sociaux puis, vraiment, leur mission.
Le Président
(M. Provençal)
: ...M.
le député de Rosemont.
M. Marissal :
Merci, M. le Président. Bonsoir, merci... merci d'être là, désolé, aussi,
pour le petit délai de tout à l'heure.
Vous aviez raison de
dire, tout à l'heure, qu'on est attachés à nos CLSC. J'aurais envie de vous
dire : On est attachés à ce qu'il en reste, parfois, qu'on connaît le nom.
Dans mon cas, ce n'est pas compliqué, c'est le CLSC de Rosemont, ça fait que c'est assez simple à retenir, en plus. Mais je dis
«ce qu'il en reste», mais il en reste, dans certains endroits, quand
même beaucoup.
Puis vous avez raison
d'insister sur les services sociaux. Moi, j'ai vu, encore récemment, à
Rosemont, une équipe de TS, permettez que je vous appelle ainsi — je
sais qu'on ne parle pas assez souvent de vous et puis je m'en excuse, c'est parce que c'est vrai qu'on ne parle
jamais des TS, mais moi, j'en parle à l'occasion, quand je peux — puis
j'ai vu un programme, notamment, d'aide psychologique, en groupe, à des
hommes qui auraient des tendances ou des tentations violentes, et Dieu sait
qu'on en a, des problèmes de violence chez les hommes au Québec, et en Amérique
du Nord en particulier. Et je l'ai vu de première main, ce qui se fait là, et
ce n'est pas publicisé, ce n'est pas
glamour, il n'y a pas des millions là-dedans. Ça... C'est assez petit, c'est
local, puis ça dit ce que ça dit. Puis il manque de places, il manque
déjà de places. Alors, au moins, il y a ça, puis il reste ça.
Vous avez peut-être vu
récemment, aussi, que j'avais déposé, avec mon parti politique, une motion,
ici, pour maintenir la mission des CLSC. Le gouvernement m'a fait l'agréable
surprise de voter avec nous là-dessus, puis je n'ai aucune raison de douter de
la bonne foi, là... Et on a même accepté, du côté gouvernemental, de maintenir
le libellé tel que je l'avais formulé, avec l'intégral de la mission,
l'intégralité de la mission des CLSC. Très bien. Moi, j'en prendrais plus, des
CLSC. Puis, je finis mon éditorial ici, je suis content de vous entendre dire
ça, parce que moi, quand je défends les
CLSC, j'ai parfois un peu peur d'être un peu ringard, tu sais, ils vont
dire : Regarde le bonhomme avec les cheveux blancs qui parle des
CLSC, là, il est nostalgique des années 70. Bien, non, parce que, de un,
je ne suis pas si vieux que ça, puis, de
deux, c'est important, les CLSC. Puis vous avez raison de le dire, ce sont des
services, absolument, de proximité extraordinaires, qui font une
différence tous les jours.
Alors, sur ce
long préambule, puis vous me le pardonnerez, mais il fallait que je le dise, il
vous manque combien de monde, en ce moment, dans le réseau, juste chez
les TS?
M. Malenfant (Pierre-Paul) : On
nous dit qu'il manque environ 1 500 postes, qu'il y aurait 1 500
postes de TS dans le réseau qui seraient
disponibles. Je vous ferais remarquer qu'il rentre 900 étudiants par année
dans les programmes, dans les universités, il en sort 800 par année. Savez-vous
combien de demandes? 5 000. Ça veut dire, c'est plein de jeunes, c'est
plein de personnes qui retournent à l'école, qui veulent faire du travail
social.
Donc, moi, en 2019, j'avais eu une
rencontre avec le ministère, à cette époque-là, qui nous disait : Les
travailleurs sociaux, c'est en équilibre dans le réseau. Est-ce que c'est en
équilibre en fonction du budget ou en fonction des besoins? On n'a pas répondu.
Mais je profiterais de l'occasion, M. le député,
pour parler de la question de l'autonomie professionnelle. Vous parlez des
groupes d'aide pour les hommes violents. Moi, j'ai mis sur pied, il y a
40 ans, un groupe, dans ma région, qui existe encore, et à cette
époque-là, comme travailleur social qui faisait du travail clinique observant
ces besoins-là, j'ai parlé dans ma réunion de CLSC, de dire : Je rencontre
beaucoup de femmes qui ont... victimes de violence conjugale, les hommes, à un
moment donné, il n'y a pas de services, il me semble qu'on en aurait besoin
dans la région. Oui, ça ne serait pas pire, documentons ça, regardons ça, et à
un moment donné, go! j'y va. Je n'ai pas demandé à mon patron ou au
ministère : Est-ce qu'on peut mettre sur pied un programme à un moment
donné?
Le travail social, c'est connecté sur la réalité
du monde et ça répond en fonction des besoins qui sont exprimés, des besoins qui sont observés, et ça, on a perdu ça. Nos
membres nous le disent, on a des «caseloads», tu as tant d'entrevues à
faire, pas plus longtemps que 10 rencontres, après ça passe, «next», on a du
monde qui attendent partout. Tu n'as plus d'autonomie professionnelle, à un
moment donné.
M. Marissal : ...une
détérioration accélérée ou accrue avec le projet de loi n° 15?
Le Président (M. Provençal)
: Mais malheureusement, M. le député...
mais malheureusement le temps est vraiment terminé. Je tiens à vous remercier
de votre patience. On s'excuse encore pour le contretemps, ce n'était... ce
n'était vraiment pas voulu.
Sur ce, nous allons suspendre les travaux pour
laisser place au dernier groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 18 h 48)
(Reprise à 18 h 50)
Le Président (M. Provençal)
: Nous terminons notre journée de
travail en recevant les représentants de l'Association du personnel
d'encadrement du réseau de la santé et des services sociaux.
Alors, vous aurez 10 minutes pour faire
votre présentation, par la suite nous ferons nos échanges. Je vous cède
immédiatement la parole. Et je tiens encore à m'excuser du délai, pour vous
avoir fait attendre. Merci.
Association du personnel
d'encadrement du réseau
de la santé et des services sociaux (APER)
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : ...M. le Président. Alors, M. le Président, M. le
ministre, membres de la commission, j'aimerais tout d'abord vous présenter M.
Christian Samoisette, président de notre association et responsable des mesures d'urgence et sécurité civile au CIUSSS
du Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal — il
a donc été sur le terrain dans le feu
de l'action tout au long de la pandémie — Michelle
Bourget, conseillère aux relations de travail à l'APER, et moi-même,
Me Anne-Marie Chiquette, directrice générale par intérim.
Nous voudrions vous remercier de l'occasion qui
nous est donnée de venir vous exposer notre réflexion sur le projet de loi
n° 15. Nous voulons aussi profiter de l'occasion pour remercier
publiquement les cadres du réseau de la
santé et des services sociaux pour leur implication extraordinaire dans la
gestion de la pandémie et de la vaccination.
L'APER est une association qui représente des
cadres du réseau de la santé et des services sociaux depuis 50 ans. Nous sommes multiculturels, bilingues
et sensibles aux demandes des membres des Premières Nations, des Cris
et des Innus. Nous avons aussi des membres qui sont cadres en santé et services
sociaux au Nouveau-Brunswick. Nos membres
sont clairement en accord avec les objectifs de PL n° 15 que
sont l'efficacité, l'accessibilité, la coordination et la gestion de
proximité incluant, et surtout, le principe de subsidiarité.
Par
contre, il est important, dans toute réforme, de regarder le passé pour éviter
les erreurs. À cet égard, je vous citerais un article de 1988 sur le système de
santé québécois dans l'International Review of Community Development, qui
citait : «...les grands paramètres du système sociosanitaire québécois
sont : un rapport de consommation providentialiste
fondé sur la consommation individuelle et passive, [...]des contrats de travail
où les médecins sont des entrepreneurs privés autonomes alors que les
salariés sont [...] fortement protégés par des clauses rigides de définition de postes et de sécurité d'emploi. Il
n'y a pas de solution à la crise du système hors de la prise en considération simultanée
de ces paramètres.»
Il faut aussi bien comprendre le système
sociosanitaire québécois. En effet, il est important de comprendre que la
création de notre réseau de santé universel au Québec, comme au Canada,
d'ailleurs, a été créée avec une concession majeure faite aux médecins. En
1971, au Québec, la priorité des médecins n'était pas de mettre en place un
système universel, mais bien d'assurer leur autonomie, leurs revenus et leurs
façons de faire. Le compromis qui a été
donné aux médecins était de leur permettre d'évoluer dans notre système de
santé à titre de travailleurs autonomes. Loin d'être un jugement de
valeur, c'est un fait fondamental pour le reste de l'histoire et qui a
maintenant encore davantage un impact majeur sur le climat de travail dans le
réseau.
Le compromis fait aux médecins en 1971 a permis
la création de deux systèmes : le système médical et le système de
santé et de services sociaux. Ces deux systèmes fonctionnent en parallèle
et ils ne s'aiment pas. Les deux systèmes ont des impératifs, des manières
de faire et des objectifs bien différents.
Pour bien illustrer notre propos, permettez-nous
un exemple. Si l'on prend, par exemple, un orchestre symphonique qui
représenterait le réseau, la soliste invitée représenterait le système médical.
La soliste invitée ne connaît pas le travail qui a dû être fait pour que tout
fonctionne lorsqu'elle fait... elle donnera sa prestation. Elle arrive, elle
chante, elle quitte. Encore une fois, ce n'est pas un jugement de valeur. Un
travailleur autonome travaille pour lui, un
salarié travaille pour un employeur. Les dynamiques sont donc très différentes
et amènent, par conséquent, une complexité de gestion dans l'ensemble du
réseau. Ainsi, notre soliste invitée, à l'instar des médecins, ne connaît pas
les conventions collectives, les règles applicables, les limites imposées au
réseau par le gouvernement.
Sur le terrain, cette complexité de gestion
apporte son lot de frustrations de part et d'autre, du système médical et du
système de santé, et est au coeur même du climat délétère que nous vivons
actuellement.
Les cadres des dirigeants du réseau ont un
pouvoir de gestion uniquement sur les employés de ce réseau, pas sur le système médical. Ils ne peuvent exiger, à
l'instar des autres professionnels, la ponctualité et le savoir-être, un minimum
de dossier, des redditions de comptes sur la
quantité des actes posés de même que sur leur sécurité, leur qualité ainsi que la
facturation des actes médicaux.
Au cours des 25 dernières années, les
divers gouvernements ont sabré dans le financement du réseau, sans pour autant
vraiment toucher au système médical. Au contraire, ce dernier a vu ses revenus
augmenter de façon substantielle, créant un
déséquilibre important, causant de grandes frustrations dans le système de
santé et de services sociaux. On n'a qu'à se souvenir de l'impact de la
prime de la jaquette médicale.
Et pourtant, malgré ces réformes, voici les
problèmes que nous avions et que nous avons toujours : avoir un médecin de
famille, avoir accès rapidement à un médecin, listes d'attente pour les
chirurgies et les traitements, attente aux urgences, accès à un médecin
spécialiste. Le point commun de ces problèmes est médical.
Nous
répétons, les cadres et dirigeants du réseau de la santé n'ont aucun pouvoir de
gestion sur le système médical.
Le statu quo n'étant pas une option, il est de
la responsabilité de tous, incluant le système médical, de travailler à
améliorer ce climat de travail qui permettra l'attraction et la rétention de la
main-d'oeuvre dont nous avons tous besoin pour rendre les services à la
population. Commençons à travailler ensemble et non en parallèle.
Par conséquent, nous considérons que PL
n° 15 doit être vu sous le prisme d'une prise en charge du système médical
par le réseau en donnant aux médecins des contrats de travail à salaire ou à
honoraires, avec la capacité pour le réseau de les encadrer tout en les
dégageant de responsabilités administratives qui grugent énormément leur temps
et leur efficacité.
On vous réfère aussi au rapport du Groupe
d'experts pour un financement axé sur les patients, présidé par Mme Wendy
Thompson en 2014, qui recommandait d'établir des ponts entre le clinique et
l'administratif en ajoutant un concept
d'imputabilité médicale et en recommandant aussi la mise en oeuvre d'un audit
systématique des pratiques médicales
et leur paiement. Ce n'est pas une hérésie, ça se fait actuellement ailleurs au
Canada avec beaucoup de succès.
Maintenant, la création de Santé Québec. L'APER
est entièrement d'accord pour une société d'État. On avait fait la demande en 2014. On recommande aussi que
le nom soit Santé et Services sociaux Québec parce que, dans le réseau,
on utilise beaucoup d'acronymes, et SQ est déjà utilisé. Ça permettrait aussi
de reconnaître pleinement l'apport des services sociaux dans notre réseau.
Nous demandons aussi que le siège social de
cette société d'État soit dans le Grand Montréal. Ainsi, nous aurions une
meilleure vision d'ensemble du système sociosanitaire en ayant le ministère à
Québec et Santé Québec dans le Grand Montréal.
Nous sommes en accord avec l'augmentation de
cadres de proximité — ça
ne nous surprend pas — mais
nous recommandons aussi que l'augmentation des cadres se fasse dans les
directions en soutien, comme les finances, les ressources humaines, les
services techniques, parce que c'est surtout là que la réforme Barrette a coupé
des postes de cadres.
Un seul employeur. Vous avez vu dans notre
mémoire, on a parlé beaucoup, beaucoup d'Optilab. On a un document à faire parvenir au ministère là-dessus,
d'ailleurs. Il a été clairement démontré que la mobilité des employés a
entraîné plus d'inconvénients que d'avantages, et surtout ce qui n'est pas
efficace, puisque les établissements n'ont pas les mêmes systèmes, les mêmes
équipements, les expertises et les mêmes façons de faire. Il nous faut donc former à répétition des employés, ce qui constitue une
source de dépenses importantes, grugeant ainsi tout avantage financier en plus
d'une perte de temps. Un cytologiste, ça prend un an à former, OK?
Nous avons aussi une question concernant les
établissements regroupés dans PL n° 15. On lit, à 1175, que «les
employés d'un établissement regroupé deviennent, sans autre formalité, les
employés de Santé Québec», alors que 1087
prévoit que les CISSS, les CIUSSS et les établissements non fusionnés «sont
fusionnés à Santé Québec à la date qui suit six mois celle fixée par le
gouvernement». C'est deux dates très différentes. Les employés des établissements
regroupés travaillent dans des CISSS et des CIUSSS, ce qui va faire qu'on va
avoir des employés qui vont être à Santé Québec tout de suite et d'autres qui
le sont plus tard. En tout cas, c'est peut-être moi qui a mal compris.
Maintenant, la gestion médicale, les chefs de
département. Nous demandons à connaître la définition des professionnels de l'article 181 de
PL n° 15. La LSSSS prévoit que le chef de département clinique
exécute les responsabilités suivantes :
coordonner les activités professionnelles des médecins, dentistes, pharmaciens
et biochimistes. Par contre, PL
n° 15, à 181, prévoit que «le chef de département clinique exerce[...],
les fonctions suivantes : à l'égard des professionnels qui font partie [de son] département». Est-ce qu'on
inclut dans les professionnels les infirmières, les ergos, les physios,
les travailleurs sociaux? Là, c'est une autre dynamique complètement
changeante.
En plus, PL n° 15 prévoit que la
cheffe de service sera maintenant sous l'autorité du chef de département, qui
est un médecin. Je vais vous dire ce qu'une de mes cadres a dit : Je ne le
sais pas si je dois rire ou pleurer ma vie. Comme déjà mentionné, les médecins
ont, dans les faits, besoin d'être déchargés des tâches administratives pour se
concentrer sur les tâches médicales, ce pour quoi ils sont formés. Ce ne serait
aucunement efficace que les médecins soient débordés et doivent satisfaire des
attentes gouvernementales. Les médecins n'ont aucune formation en gestion et
très peu d'intérêt. Les médecins ne connaissent pas les conventions collectives
et les lois du travail. Les médecins ne
connaissent pas le système de santé en ce qui concerne la gestion matérielle,
les ressources humaines, les finances, la paie, les ressources informatiques, etc. Il n'y a donc aucun ajout
d'efficacité à avoir des chefs de département médecins qui seraient
l'autorité de la cheffe de service. Actuellement, il y a de la cogestion, ça
fonctionne plus ou moins, mais ça fonctionne.
La capacité d'absorption du réseau d'une
nouvelle réforme. Alors, finalement, nous vous demandons de prendre en considération le fait que le réseau...
sa capacité d'absorber cette nouvelle réforme, considérant son ampleur
et le concept... le contexte dans lequel elle devra être... s'exercer. Le
réseau s'est attaqué de front à une pandémie mondiale
qui aura duré plus de trois ans et ils viennent à peine de se résorber. On
est sur le terrain, on y va, puis j'y ai été pendant la pandémie,
Michelle aussi, puis Christian était là, le climat de travail est difficile
puisque tous les acteurs sont épuisés, frustrés, anxieux et impatients. Il est
clair aussi qu'il manque beaucoup de cadres de proximité en soutien des
équipes. La pénurie existe aussi pour les postes de cadres intermédiaires.
Les négociations des conventions collectives
avec les quelque 200 000 employés du réseau ont débuté et seront
particulièrement ardues dans un contexte de réforme et d'inflation. On le voit
déjà sur le terrain.
• (19 heures) •
Le Président (M. Provençal)
: Je vais vous inviter à conclure, s'il
vous plaît.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : S'il vous plaît. Donc, on demande,
effectivement, qu'il faut tenir compte de tous ces éléments dans l'implantation
de la réforme.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre exposé.
M. le ministre.
M. Dubé : Très bien. C'est un
plaisir de vous revoir, puis merci pour votre intervention et le travail qui a
précédé cette présentation-là. Merci beaucoup, très apprécié. Moi, je vais me
concentrer sur une question, que vous posez très bien, puis je ne veux pas
faire le débat sur les médecins, qu'on a déjà eu puis qu'on continuera d'avoir,
parce que vous l'avez soulevé à votre façon. Mais la raison pour laquelle je
voudrais me concentrer, c'est sur nos gestionnaires
de proximité, nos cadres, et de trouver la façon d'avoir les leviers
nécessaires pour trouver des solutions à ce que vous dites avec nos
médecins. Puis je m'explique. La définition exacte du rôle d'un gestionnaire de
proximité, pour moi, ça va être à définir, entre autres, par... en tout cas, je
pense, mon approche, puis ce sera à moi d'en discuter avec mes collègues de
l'opposition dans les prochaines semaines, mais ce qu'on a voulu, c'est établir
un fait qu'il doit y avoir des gestionnaires de proximité. Bon. Est-ce qu'il
pourrait y avoir, en plus, des coordinateurs territoriaux? Ça, c'est un autre débat,
d'ailleurs, que j'ai salué de plusieurs présentations. Ça fait que je voudrais
peut-être vous entendre là-dessus, parce que, pour moi, il y a une grande
différence entre un gestionnaire d'une installation, je vais le dire comme ça
pour respecter la terminologie du ministère, alors qu'un responsable
territorial n'est plus au niveau d'une installation, mais d'un territoire,
hein, on s'entend bien. Ça, ça va être la deuxième partie de ma question.
Moi, ce que j'aimerais savoir de votre part,
c'est comment on fait pour rendre un gestionnaire de proximité imputable, c'est
une chose, mais d'être capable d'avoir un certain levier sur un médecin, parce
que, quand on a des... avec... comme vous dites, avec la cogestion, quand ça va
bien, c'est quoi, 80 % des temps, 90 % du temps, ça va bien puis on n'a pas besoin d'intervenir, mais, quand
on ne s'entend pas où arrête la responsabilité professionnelle ou éthique du
médecin versus la responsabilité du cadre qui a le pouvoir décisionnel et qui
est capable de dire : Bien là, écoutez, malgré votre responsabilité
professionnelle, moi, je pense qu'en tant que cadre, ce n'est peut-être pas la
bonne décision, et c'est ça qui nous cause
un problème, bien souvent. Puis je veux vous entendre là-dessus, parce que vous
êtes tellement clairs dans votre... vous avez fait un préambule sur ça,
et je sais... je connais bien votre expérience, ce n'est pas la première fois
qu'on se parle. Comment on trouve cet équilibre-là au gestionnaire de proximité
qui va dire : Moi, à un moment donné, il va falloir que je mette mon...
excusez-moi, mon pied à terre, puis dire : M. le médecin, je respecte beaucoup votre autorité professionnelle, mais, à
un moment donné, là, on ne s'entend pas, puis ce n'est peut-être pas la
meilleure décision?
Mme Chiquette (Anne-Marie) : Bien, je vais vous répéter ce que mes membres me répètent depuis
32 ans, là, on est condamnés à gérer avec les médecins. Donc,
toutes les habiletés politiques qu'on peut avoir jusqu'ici, on les a avec les médecins. C'est important, et c'est une
des premières demandes que j'avais faites aux réunions du plan santé,
qui est un travail extraordinaire, M. Dubé, là-dessus. On ne parle pas de
la même réforme que la réforme de M. Barrette.
M. Dubé :
C'est plus long, un peu, d'y aller comme ça, je vais vous dire, mais je
pense...
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : C'est plus long, c'est plus
long, mais ça vaut la peine, parce que c'est, autrement,
un traumatisme. Le traumatisme de la réforme Barrette est plus grand que le
traumatisme de la pandémie pour mes cadres, OK?
M. Dubé :
Eh boy!
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : OK, ça vous dit quelque
chose.
M. Dubé :
C'est assez... C'est un gros... c'est un gros énoncé que vous faites là,
oui. OK.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Oui, c'est qu'il y a un
changement de culture qu'il doit y avoir. Je pense que... et j'ai vu le
visionnement des deux syndicats de médecins, c'est important que... Les
médecins auraient dû être présents au plan santé pour qu'ils entendent ce que
les professionnels, les cadres, les pharmaciens auraient à dire sur le
comportement des médecins dans les établissements. C'est important, ça nuit
grandement au climat de travail. Et, comme
je le disais tout à l'heure, le déséquilibre financier, aujourd'hui, où on doit
couper et faire des compressions dans le réseau de la santé pendant que,
de l'autre côté...
M. Dubé :
...vous demandez, parce que les
gens qui nous écoutent, là... Puis moi, je ne suis pas dans le «bashing»
aujourd'hui, là.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Non, moi non plus, mais on
va y aller avec les faits.
M. Dubé :
OK.Mais on y va avec les faits. Moi, je suis dans un hôpital, là,
puis j'ai un patient qui est là, qui n'est peut-être pas satisfait du service
qu'il est en train d'avoir, là — je ne parle pas d'un processus de plainte
qu'il va pouvoir faire dans 45 jours, je parle de la journée 1 — qui
est, en ce moment, dans un hôpital, son conjoint, sa conjointe, son parent est
en train de recevoir, selon lui, un traitement qui n'est peut-être pas à la
hauteur de ses attentes pour un ensemble de
raisons. Quels leviers qu'on doit donner à un gestionnaire de proximité sur un
médecin ou un professionnel de la santé?
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Bien, le cadre... le
gestionnaire de proximité a les leviers avec le personnel et les professionnels parce qu'il les encadre, il
a les leviers. Puis ils sont imputables, M. Dubé, les cadres sont imputables
dans le réseau, les professionnels sont imputables, OK, ça, c'est clair.
M. Dubé :
Oui, mais, si... puis je vous pose la question, je suis très direct, là, si
le gestionnaire, il n'est pas capable de trouver le médecin sur l'étage, si le
médecin n'est pas rentré dans son... dans sa faction de nuit, il fait quoi, le cadre, là? Quel est le pouvoir
d'intervention? Parce que les cas des... Je le répète, 90 %, 95 % du
temps, vous le savez, ça va bien en cogestion, mais c'est quand ça ne va pas,
quel est le levier que le cadre a de dire à un professionnel : Vous
n'êtes pas là, vous devriez être là...
Mme Chiquette (Anne-Marie) : Je ne suis pas allée dire, M. Dubé, que ça va bien en cogestion. On
va laisser la cogestion, là, ça ne va pas bien en cogestion, ce n'est
pas vrai.
M. Dubé :
Je pensais que c'est ça que vous aviez dit tantôt. OK.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Non, non, non, pas là.
M. Dubé :
Mais c'est parce que c'est ça qu'on a beaucoup entendu des médecins.
Mme Chiquette (Anne-Marie) : Oui, oui, ils veulent rester dans la cogestion, puis je les comprends,
ils commencent à avoir peur, ils commencent à stresser parce que la
gestion n'est vraiment, vraiment pas simple, OK? Les gestionnaires de proximité
n'ont pas de leviers avec les médecins, là...
M. Dubé :
Bien non.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : ...c'est de parler, là, de discuter avec eux
autres, d'essayer de les convaincre. Puis vous avez vu la liste dans
notre mémoire, là, au niveau de la cogestion et des... Donc, ça demande
beaucoup d'habileté politique, parce qu'on n'en a pas, de levier. On n'en a pas,
de levier.
M. Dubé :
Mais c'est pour ça que je vous demande la question, madame. Quels leviers
qu'on devrait donner à nos gestionnaires de proximité pour régler ça? Vous me
dites : Ça fait 30 ans que ça dure. On fait quoi?
M. Samoisette
(Christian) : Bien, si je peux me permettre, si les médecins, quand
ils sont à l'intérieur d'un établissement, seraient considérés comme des
employés de cet établissement-là, là on aurait un levier, on aurait un levier
administratif, un levier disciplinaire. Mais ce sont des travailleurs autonomes
même quand ils sont à l'intérieur de l'hôpital, c'est pour ça qu'on ne peut
rien faire.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : S'ils décident que,
vendredi, ils vont à un colloque, vendredi ils vont à un colloque, on annule tout. On ne peut pas... On ne
gère pas leurs horaires, on ne peut pas les... on ne peut pas contrôler,
c'est des travailleurs autonomes et c'est dans leur nature.
M. Dubé :
Alors, il y a quand même des leviers qu'on met dans le projet de loi
n° 15 qui fait que... Mais je vous le dis, là, puis on peut en débattre,
puis... pas sûr qu'on va avoir tout le temps aujourd'hui pour faire ça, mais où
on demande qu'entre autres le PDG de
l'établissement ait un droit de regard sur le choix du directeur médical, parce
que, s'il y a mésentente, bien, il a
quand même un droit de regard sur le choix qui a été fait, ce qui n'est pas le
cas du tout, en ce moment, là. Est-ce que ça aiderait?
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Oui, on a les DSP... Bien,
tout dépendra de l'autorité que vous donnerez au directeur médical aussi, là,
par rapport aux médecins. Est-ce qu'il aura une obligation... Est-ce qu'il aura
une imputabilité? Est-ce qu'il aura une habilitation d'avoir des mesures
disciplinaires, des encadrements, de donner des horaires, de vérifier aussi?
Vous savez, Dr
Barrette avait une grande estime pour Cleveland Clinic, mais, Cleveland Clinic,
les médecins ont un contrat d'un an, doivent justifier tout ce qu'ils font, pas
un... si tu veux un deuxième test de radiologie, il faut que tu le justifies. Alors, chez nous, on n'a pas
ça. Ce que ça crée comme déséquilibre, c'est que les médecins fassent ce
qu'ils... Vous l'avez compris.
M. Dubé :
Ça, c'est au niveau du directeur médical. Vous avez entendu les commentaires
qu'on a eus des médecins sur la direction médicale. Ils ne sont pas tout à fait
là...
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Non.
M. Dubé :
...je vais rester poli, là.
• (19 h 10) •
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Non, non, non, j'ai
compris, j'ai compris, mais ils sont...
M. Dubé :
Parce que moi, je pense qu'il est important de... Parce que de mettre un
cadre de proximité, c'est une chose, mais de lui donner des leviers, c'est
d'autre chose, et c'est ça, je pense que... En tout cas, j'entends votre
principal message aujourd'hui, c'est qu'il faut rétablir cet équilibre-là. Et,
encore une fois, c'est toujours délicat, parce qu'on va dire, dans 90 %
des cas, ça fonctionne. Mais c'est quand ça ne fonctionne pas, puis qu'un
patient est à l'hôpital, puis il dit :
Moi, je n'ai pas la perception que je reçois le service que mes parents, mon
conjoint, ma personne... et qu'il
n'est pas capable de retrouver quelqu'un qui peut avoir une autorité immédiate
sur le professionnel de la santé. Vous ne l'avez pas, ça?
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Exact. Vous avez... Nos
médecins sont extraordinaires, OK? Je suis allée à l'hôpital avec ma mère la
semaine passée, là, hanche fracturée. Les médecins sont extraordinaires, le
personnel est extraordinaire, mais ils ne sont pas efficaces parce qu'ils n'ont
pas de temps pour gérer leur horaire, ils n'ont pas de temps pour gérer... Il faut leur enlever, il faut leur dire :
Écoutez, on va vous dégager de tout ça, mais en même temps, aussi, ça va nous permettre de vous encadrer et
d'avoir un certain contrôle sur le 10 %, comme vous dites. Moi, j'irais
un petit peu plus loin, mais on va rester à 10 %, OK, 10 %, mais ça
permettrait une meilleure efficacité des services médicaux parce qu'on gérerait
leur horaire. Ça fait que, s'il y a un cas là...
M. Dubé :
Oui, mais ça... Il me reste combien de temps?
Le Président
(M. Provençal)
: Cinq
minutes.
M. Dubé :
Cinq minutes. Je pense que c'est là que... une fois qu'on aura déterminé,
dans le projet de loi, le principe d'un
gestionnaire de proximité, peut-être que d'aller jusqu'à un directeur
territorial, si on décidait d'aller là, là, suite à certaines recommandations, mais que ce serait à Santé Québec de définir quel est le rôle exact de ce gestionnaire-là, pas
dans le projet de loi, parce que ce qui est peut-être bon de faire aujourd'hui
pourrait être différent dans deux ans, on se comprend, parce que ça va être
évolutif.
Mais,
moi, ce que je vous dirais aujourd'hui après vous avoir entendus, puis je buvais
chaque mot que vous disiez tantôt, c'est qu'il faut donner à Santé Québec le
choix de s'ajuster, au cours des prochaines années, dans le rôle très clair
qu'ils vont donner à ces gestionnaires de proximité là pour être capables de
mieux évoluer avec nos médecins ou avec nos
professionnels de la santé, puis ça, je pense que... En tout cas, je veux
encore vous entendre là-dessus parce que c'est tellement clair, ce que
vous dites, puis je veux que les Québécois qui nous ont écoutés aujourd'hui
disent : Il est là, c'en est un gros, problème, puis c'est pour ça qu'on
n'a pas eu peur d'attaquer la gouvernance clinique.
Je sais que c'est difficile, là. Dans le projet de loi, on aurait pu
dire : On oublie ça puis on laisse la gouvernance clinique comme
elle est. Ce n'est pas ça qu'on a fait, là, on a pris une position très claire
qu'il fallait changer la gouvernance clinique, puis les cadres peuvent nous
aider à faire ça.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Mais je pense que les... De
ce que j'ai perçu des deux syndicats du Collège des médecins, là, on est prêts,
je le sens. Ils ne l'ont pas dit catégoriquement, mais eux aussi, ils sont
victimes de cette situation-là et de ce déséquilibre-là. Ils le voient bien sur
le terrain, parce qu'il y a une...
M. Dubé :
Dans quel sens vous dites qu'ils sont victimes de ça, selon votre
interprétation?
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Parce que, un, il y a des
demandes du ministère pour avoir plus de patients, ils doivent rencontrer des
critères. Ça fait que, là, le temps pour gérer qu'ils avaient avant, ils ne
l'ont plus, donc, ça, ça met de la pression.
Ils s'aperçoivent aussi que les gens ne sont pas heureux, hein, les infirmières
quittent. Ils vont aller chez Pfizer, ils vont aller chez des compagnies
à gauche puis à droite. Donc, il n'y a pas...
M. Dubé :
Puis les chirurgies ne s'améliorent pas, puis les...
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Exactement. Donc, ils
réalisent, en même temps... Puis il y en a beaucoup qui vont vous le
dire : Bien, moi, je trouve que je suis trop payé, puis etc., là. Ils vont
le dire, OK, donc, ils sont un peu conscients. Puis c'est vraiment la première
fois, moi, que j'ai vu... parce que j'ai visionné les présentations,
particulièrement, des syndicats de médecins puis du collège, qu'ils étaient
tous d'accord de dire qu'on ne pouvait pas rester dans le statu quo. Ils
n'étaient pas... ils n'étaient pas dans l'attaque, ils étaient dans l'écoute.
Donc, je pense qu'on
est rendus là, de regarder ailleurs. Le Children, à Toronto, encadre ses
médecins, OK? Il y a des endroits où on le fait. Il faut commencer à le
regarder pour leur permettre de ne pas s'occuper des tâches administratives. Même la facturation de la RAMQ,
pour ce qui est dans les établissements, on s'en occupera, OK? Donc,
c'est d'amener ça.
M. Dubé :
...combien de temps?
Le Président
(M. Provençal)
: Il
vous reste cinq... deux minutes.
M. Dubé :
Deux minutes. Mais continuez, parce que... En tout cas, selon moi, là, dans
nos priorités des prochaines semaines,
prochains mois, là, quand on sera rendus à la gouvernance clinique, la position
de nos gestionnaires de proximité, pour moi, c'est ce qu'il y a de plus
important si on veut trouver l'équilibre dont vous parlez, qui a été, disons,
enlevé au cours des dernières années.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Tout à fait. Je veux dire,
si je prends juste Maisonneuve-Rosemont... Moi, je suis là depuis 1992, OK, à
Maisonneuve-Rosemont. Donc, quand on avait un problème à l'urgence, par
exemple, on appelait Mme Boily, on faisait descendre le directeur des
ressources, la DG, à l'époque, on faisait descendre tout le monde aux urgences
puis on s'assoyait. Aujourd'hui, oubliez ça, là, c'est beaucoup plus complexe
parce que c'est plus gros. Puis c'est plus complexe parce qu'effectivement,
dans la réforme Barrette, ce qu'on a coupé, c'est les cadres dans le soutien... le personnel qui travaille en soutien, donc
les ressources humaines. Donc, quand il faut appeler les services matériels, puis que ça part, puis ça
s'en va, puis ça redescend, bien là, ça devient long. Il faut que le
gestionnaire de proximité ait quand même des leviers pour être
décisionnel le plus rapidement possible.
Mais ce qui est très
important et ce que j'applaudis, c'est... Puis vous l'avez entendu de tous les
syndicats, là, ils veulent avoir des cadres. Moi, là, ça fait... hein, Michelle
et moi, ça fait des années qu'on est là-dedans, là, c'est historique. Pourquoi? Parce que, quand on sort de
l'université ou du cégep comme infirmière, on a travaillé, on a besoin
d'avoir un cadre. Le cadre, c'est important pour mille raisons, OK, en support,
parce que c'est des...
M. Dubé :
...l'avez bien dit, c'est le cadre qui fait le lien entre ces différents
professionnels de la santé, là...
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Tout à fait.
M. Dubé :
...mais il faut lui donner les leviers dont il a besoin.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Exact.
M. Samoisette
(Christian) : Et surtout que, si on prend en considération le fait que
la majorité des cadres de proximité sont des anciens cliniciens, ce n'est pas
du monde qui arrive directement, là... je le sais, là, c'est du monde... des anciennes infirmières, des anciens TS, donc
c'est des gens qui savent et qui peuvent coacher le nouveau personnel.
M. Dubé : Bien, moi, en tout
cas, j'étais à Victoriaville il y a deux semaines, puis il y a huit cadres de
proximité qui ont été nommés dans le CIUSSS, puis j'ai rencontré une infirmière
de 20 années d'expérience, c'est elle qui est agente de proximité là-bas,
bien, elle sait de quoi qu'elle parle, là, elle est capable de parler aux
patients, elle est capable de parler aux médecins, mais elle me disait :
Donnez-nous des leviers pour qu'on puisse intervenir. C'est ça qu'elle nous
disait.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Exact. Tout à fait. Puis
avec les médecins aussi.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup.
M. Dubé : Merci beaucoup,
madame. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Pontiac.
M. Fortin : Oui, merci. Merci, M. le Président. Mme Chiquette,
Mme Bourget, M. Samoisette, merci d'être là. Vous buviez chacune des paroles, M. le ministre,
je comprends que votre dessert, il est liquide aujourd'hui. Mais moi, je veux m'attarder, là, à certains des... à la
toute fin de votre mémoire, parce que vous avez un paquet de recommandations,
un paquet d'interrogations, un paquet d'inquiétudes, mais aussi de trucs sur
lesquels vous approuvez, mais, à la toute fin, là, vous dites : «Nous
pensons que le réseau, actuellement, n'a pas la capacité d'absorber la gestion
et l'intégration d'une nouvelle réforme, surtout de l'ampleur proposée par le
projet de loi n° 15.» Alors, ça, c'est un peu le... Avant de terminer, là,
vous prenez un pas de recul, vous regardez tout ça puis vous dites : Pas
sûrs qu'on est en mesure de faire ça, en ce
moment. Je veux comprendre d'où ça vient et c'est quoi, votre préoccupation
de... si on va de l'avant avec la réforme, là, qu'elle... telle qu'elle
est écrite, sur vos membres, sur vos cadres.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Bon, première des choses,
on apprécie énormément la vitesse à laquelle ça va, pour l'instant,
comparativement à l'autre. Comme on dit, c'est un traumatisme, ça a été un
traumatisme sur le terrain, là, c'est clair,
ça l'est encore. Mais le réseau travaille encore avec des masques. Vous allez
dans un hôpital, vous devez porter un masque. On est encore dans la
COVID, dans cette gestion-là, bien que c'est moins ce que c'était, OK? Donc, ce
qui est sorti dans la population en termes d'anxiété, de problèmes de santé
mentale, là, les gens dans le réseau étaient encore dans l'adrénaline, ça n'a
pas sorti tout de suite.
Là, sur le terrain, ce qu'on voit, là, des
plaintes ici, des plaintes là, l'anxiété, des problèmes de santé mentale,
l'épuisement. Donc, ce qu'on veut juste vous dire, c'est qu'on est un peu en
retard de la société dans le réseau parce qu'on a été plus longtemps dans la
COVID et on l'est encore, de façon pas mal moindre, mais on porte les masques, puis etc. Ça complique tout le travail qu'on a à
faire parce qu'il faut tester, il faut faire attention, etc. Donc, de
permettre... Déjà qu'on parlait de six mois de la date, c'est juste les
établissements regroupés qui deviennent les employés de Santé Québec tout de suite, ça fait que ça, ça me posait beaucoup de
questions, puis j'ai beaucoup de membres là-dedans, là, j'ai le Jewish, etc.,
là. Mais c'est ça, c'est de vous dire : Nous, on y va, sur le terrain.
Même pendant la COVID, moi, j'allais au Jewish, j'allais à Sainte-Justine,
j'allais au CHUM, au CUSM. Là, on est beaucoup, beaucoup à Montréal, OK? Donc, on y va, sur le terrain, on voit le
monde, on voit l'état de fatigue, on a les plaintes aussi, hein, le personnel se
plaint des cadres, les cadres se plaignent des collègues. Il y a
l'environnement de travail. On a de la fatigue, on a de l'épuisement, on a de l'anxiété, on a de la colère, on a de la
frustration, tout ça sort en ce moment. Donc, leur permettre de dire...
de comprendre qu'en ce moment ce n'est peut-être pas la meilleure idée de leur
dire qu'on s'en va dans une autre réforme, de dire : Bien, ça va prendre
un certain temps, on va y réfléchir, on va y aller par étapes, ça a rassuré les gens. Moi, dès le début, c'est ce qu'on a
fait, des midis-conférences pour dire aux gens : Écoutez, on n'est pas
dans la réforme Barrette, là, parce que les gens étaient vraiment
stressés par rapport à ça. Donc, c'est juste de comprendre qu'on est encore
dans la fatigue pandémique, là.
• (19 h 20) •
M. Fortin : Mais, quand vous dites, là... puis je peux comprendre, là,
le certain niveau d'adrénaline qui dure peut-être plus longtemps que dans la
population parce que vous êtes dedans, là, vous avez été dans la pandémie
longtemps, puis ça, ça s'applique à l'ensemble des employés du réseau, là,
mais, quand vous dites, là, vous voyez plus de plaintes, par exemple, qu'est-ce
que vous voyez qui se passe, là, aujourd'hui? Je mets de côté la réforme deux
secondes, là, mais qu'est-ce que vous voyez qui est en train de se produire, là,
aujourd'hui, là, dans le réseau?
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Il y a beaucoup... il y a beaucoup
de grogne. Il y a beaucoup de plaintes contre d'autres employés, des plaintes
contre des cadres, beaucoup plus que ce qu'on pouvait voir avant la COVID, OK? Puis
on le voyait un petit peu, là, on avait le haut de la vague puis on descendait,
là, descendait la vague, là, là l'adrénaline tombait, les gens tombaient à
genoux, les gens étaient en colère, les gens faisaient des plaintes. On avait des plaintes, on faisait des enquêtes. On est
là-dedans, là. Vous demandez aux Ressources humaines, vous allez voir, là, on
est dans des plaintes de harcèlement psychologique à gauche puis à droite. On
est là-dedans. C'est juste symptomatique d'une fatigue de tout ce qui s'est
passé, qu'un réel climat de travail. Il faut rajouter à ça qu'évidemment il y a
les chirurgies, tout... Tu sais, je veux dire, le système lui-même, à part la
pandémie, existe toujours, là, il faut le faire rouler pareil, puis ça s'est rajouté, alors... puis il y a
une pénurie, il y a moins de monde, etc., ça fait que... Puis il y a les
négociations syndicales, là, on n'est plus... on n'est plus du tout à la même
place qu'on était dans les 20 dernières années avec la loi sur les mesures
essentielles et le Code du travail qui a été changé. On l'a vu, nous autres, on
a des cadres qui ont reçu des belles cartes de Saint-Valentin avec des beaux
mots dedans, hein, ça fait que... puis des démissions en bloc, là, on en a vu
aussi, hein, on... Bon, alors, on est là-dedans, donc ça ne facilite pas le
climat de travail du tout.
M. Fortin : Vous avez... tantôt, là, vous l'avez mentionné d'entrée de
jeu, vous êtes revenue dans une des questions qu'on a posées, mais la question
des établissements regroupés puis l'annexe II, là. Puis l'annexe II,
là, pour ceux qui ne l'ont pas devant eux, là, il y a toutes sortes
d'établissements, là, l'Hôpital juif, St. Mary's...
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : ...
M. Fortin : ...le Centre Miriam, etc., il y a des CHSLD...
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : ...Mont-Sinaï.
M. Fortin : ...il y a le Jeffery-Hale, que le ministre apprécie
beaucoup. Mais là ce que vous... Je veux comprendre votre compréhension de la
chose. Qu'est-ce que vous lisez à travers l'article 1175, là, qui fait en
sorte que les employés de ces établissements-là deviennent des employés de
Santé Québec de même?
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Bon, le Jewish General, là, l'hôpital fait partie
du CIUSSS du Centre-Ouest, où Christian travaille. Donc, les employés du
Jewish, selon ma compréhension de la loi, seraient, sans autre avis, OK, des
employés de Santé Québec, alors que les autres employés du CIUSSS du
Centre-Ouest qui ne font pas partie du Jewish,
là, eux autres, c'est le CIUSSS... le CISSS et le CIUSSS, qui sont intégrés six
mois après la date déterminée par le gouvernement et, par la suite,
deviendront des employés. Ça fait que je ne comprenais pas... parce que, là, ça
devient complexe, en termes de gestion, ces employés-là...
M. Samoisette (Christian) :
Pendant ce six mois-là.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : ...ce six mois-là, qu'est-ce qui se passe, là. Je
ne sais pas si vous comprenez, c'est qu'on transfère tout de suite les employés
comme étant des employés de Santé Québec, mettons, du Jewish, OK, mais les
autres du CIUSSS du Centre-Ouest, eux, ça va se faire quand le CIUSSS va être
transféré six mois après la date déterminée par le gouvernement.
M. Fortin : Bien, vous n'y voyez pas de raison, tout de suite comme ça, mais
voyez-vous un risque associé à ça?
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Bien, c'est parce que ce
n'est pas efficace, je veux dire, en termes... On va gérer ça comment? Il y en a qui vont être des employés Santé Québec,
alors que les autres vont être encore des employés du CIUSSS. Ça va se gérer comment? J'ai
facilement... Centre-Ouest, là, j'ai facilement cinq établissements là-dedans,
là, qui seraient tout de suite transférés, puis je me demande pourquoi. Est-ce
que c'est une erreur juste d'écriture? Ça se
peut très bien, là, que le transfert se fasse, qu'on accepte le côté culturel
de ces établissements-là, parce que St. Mary's, on est à St. Mary's, on est à Douglas aussi, Batshaw, c'est des
établissements particuliers, puis je suis dans Saint-Laurent, là... etc.,
là. Donc, est-ce que c'est... est-ce qu'il y avait... Qu'est-ce qu'on
recherchait à faire avec l'article 1175, là? C'est ça, je ne comprends
pas.
M. Fortin : Bien, vous n'êtes pas la seule. J'espère qu'on va avoir la
chance de faire ces... cette discussion-là avec le ministre. Je comprends que
c'est l'article 1175, alors il va falloir se rendre à 1175, M. le
ministre, s'assurer qu'on est capables de se
rendre. Mais effectivement, là, il y a des hôpitaux majeurs là-dedans, il y a
des grands centres, même des centres de réadaptation, L'Hôpital chinois. Alors,
il va juste falloir s'assurer de comprendre où c'est qu'on s'en va, là,
puis qu'est-ce qu'on essaie de faire à travers ça, parce que, je vous avoue,
moi non plus, je ne le vois pas, à première vue, je ne le vois pas. Ça va
prendre beaucoup de clarifications pour s'assurer que les employés de ces
établissements-là sont traités de façon convenable puis qu'il y ait une
certaine... en même temps, une gestion gérable, disons.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Oui, c'est ça.
M. Fortin :
Super. Merci, M. le Président. Ça va pour moi.
Le Président (M. Provençal)
: Il reste tout près de quatre minutes.
Mme la députée de Mont-Royal.
Mme Setlakwe : Merci. Oui, moi,
en lisant votre mémoire, j'avais... il y a des passages qui m'ont fait sursauter. Celui de la fin, là, mon collègue en a
parlé. Vous l'expliquez bien, là, que le... c'est ça, nous, on le voit moins,
là, mais, quand on rentre dans un hôpital,
on voit que, tu sais, il y a encore une grande fatigue au niveau de la
pandémie.
Mais il y a d'autres
passages sur lesquels on peut revenir, maintenant, le... Santé Québec,
employeur... seul employeur, vous élaborez,
là, toutes sortes de conséquences fâcheuses. En particulier, vous dites qu'il
va falloir investir temps, énergie,
ressources et argent pour former un nouveau personnel parce qu'il n'y a aucune
garantie que les nouveaux employés demeureront en poste, ce qui n'est
pas efficace, nuit à la stabilité. Vous voyez vraiment un problème avec ça, là,
au niveau des cadres.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Tout à fait. On a le meilleur exemple, c'est
Optilab. Optilab, les cytologistes dans une grappe... Il y a deux
grosses grappes à Montréal, il y a plusieurs établissements, ils ont tous la
même ancienneté. Quand vous allez travailler, par exemple, au CHUM, c'est
suprarégional, il faut avoir une expertise, il faut connaître les appareils là-bas, il faut connaître tous les
systèmes, systèmes informatiques. Ce n'est pas homogène dans le réseau, hein? Ce n'est pas parce qu'on les
a fusionnés que tout est homogène puis que les gens ont l'expertise.
Donc, j'ai un employé qui arrive d'un autre établissement, parce qu'il a de
l'anxiété, il prend ce poste-là, il faut le former en suprarégional, il faut le
former avec les nouveaux équipements, les nouveaux systèmes, ça prend un an,
l'employé décide de s'en aller ailleurs. On passe notre temps, juste dans
Optilab, CUSM, le CHUM, à former du monde à
répétition. On a aussi des employés qui aiment beaucoup, beaucoup être formés,
là. Il faut se dire ça aussi, OK?
Donc,
c'est... Il faut le regarder. On n'a rien contre la mobilité. Il y a des
établissements qui font des entrevues de départ depuis des années, et ce qu'on
s'est aperçu, c'est généralement des employés ou des cadres qui ont deux ans d'expérience,
à peu près, qui s'en vont. C'est là-dedans qu'on a le plus de mobilité de gens
qui vont se déplacer. Puis c'est normal, il
y a de l'emploi, ce n'est pas générationnel. Moi, je n'ai rien contre cette
génération-là, ils ont la possibilité, contrairement à moi quand j'ai
commencé, il n'y en avait pas, de job; quand on en avait une, on restait
dessus. Mais aujourd'hui il y a tellement
d'emplois, ils vont l'essayer, ils retournent, ils aiment ça ou ils n'aiment
pas ça. Donc, c'est plus dans les deux premières années qu'on va
retrouver de la mobilité.
Maintenant,
ce qu'il faut garder dans la mobilité, pour avoir l'ancienneté, l'ensemble du
réseau, c'est se demander : Est-ce que c'est un cadeau empoisonné,
OK? Est-ce que ça va nous générer des économies et de l'efficacité? Optilab est
le meilleur projet pour nous démontrer, le ministère est d'accord que ça n'a
pas fonctionné, parce que ça amène... ça
génère des coûts de formation. Puis même juste de faire des achats regroupés,
oui, ça peut réduire les coûts, mais ça amène que c'est beaucoup plus long et que, s'il y a un bris dans un
équipement, bien, c'est très difficile d'être capables de faire faire les
réparations, alors que, si on a des systèmes différents et des équipements
différents, bien, on peut transférer les demandes de laboratoire à un
autre établissement, OK? Donc, il y avait une certaine flexibilité, à ce
niveau-là, qui n'existe plus.
Donc, ça,
c'est un projet qu'on peut regarder, parce que c'est de l'ancienneté dans une
grappe où il y a plusieurs établissements, c'est l'ancienneté commune,
puis ça ne fonctionne pas. Ça fait qu'une ancienneté globale réseau, c'est sûr que l'Est-de-l'Île-de-Montréal, ils
doivent être stressés, ça, je comprends ça. À Montréal, ils sont plus stressés
qu'ailleurs, c'est clair, là, mais en même temps est-ce que ça va générer des
économies? Est-ce que ça va permettre... Comme
on le dit, on va être obligés de former ces gens-là, ils ne connaissent pas...
Puis ce n'est pas parce que vous êtes capable de travailler à un hôpital
en Montérégie que vous allez être capable de travailler dans un hôpital
universitaire à Montréal.
• (19 h 30) •
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour votre réponse.
Je vais céder, maintenant, la parole au député
de Rosemont.
M. Marissal : Ah! merci, M. le
Président. C'est la fin, vous marquez la fin de nos consultations pour le
projet de loi n° 15, pas juste aujourd'hui, là, la fin des haricots pour
ce qui est de la consultation. Je vous remercie d'être là. Mais j'en aurais pris plus, pas nécessairement de vous, là,
c'est déjà assez chargé, ce que vous nous donnez, mais j'aurais pris
plus de groupes. Je le note parce que je n'aurai plus la parole après, puis on
en a fait la demande, mes collègues de l'opposition se sont joints à moi, on
l'a demandé. Il y a 55 groupes qui signent, aujourd'hui, une lettre
ouverte, là, dans Le Soleil. Il y a beaucoup de gens qui voudraient
être entendus qui ne le seront pas. Puis, non, M. le ministre, un mémoire déposé, ce n'est pas la même chose qu'un
témoignage ici. Je comprends, on va les lire, on les a lus, on va les
décrypter, c'est vrai, mais au nombre de fois que vous avez dit, M. le
ministre, «les gens qui nous écoutent en ce
moment» fait la démonstration qu'effectivement il y a des gens qui écoutent,
puis il y a beaucoup de gens qui écoutent.
Devant un tel projet de loi, honnêtement, j'en
aurais pris plus. Puis ce n'est pas un caprice de député, là. Je peux vous dire, là, on était ici ce matin, à
10 heures, là, on va sortir d'ici vers 8 heures, là, tantôt. Je suis
fatigué, j'ai les yeux qui piquent, je n'ai plus de vocabulaire, mais... je
n'ai peut-être plus de cerveau non plus, mais c'est important d'entendre les groupes. Et il y a, à ce jour,
103 mémoires qui ont été déposés, et plus maintenant même, ça continue,
112. Qui dit mieux? Ça continue, 112. On a entendu peut-être une
quarantaine de groupes... Moi, je pense que ce n'est pas une question de
nombre, ce n'est pas une question... mais c'est une question de faire les
choses dans l'ordre puis de les faire
correctement. Puis c'est la main tendue que je... la main que je tends au
ministre là-dessus parce qu'on va avoir du travail. Je suis content de l'avoir entendu dire plus tôt
aujourd'hui, on en a pour quelques semaines et probablement quelques
mois. Bon, ça élimine d'emblée le scénario loufoque, là, d'un bâillon en deux
semaines, là, auquel on ne croyait pas. Mais enfin peut-être qu'on se reverra
en décembre, mais, pour le moment, on va pouvoir travailler sur le projet de
loi.
Dites-moi
donc, là, rapidement, maintenant que j'ai pris tout mon temps, là, pour faire mon
éditorial, c'est quoi, votre plus gros problème de gestionnaires, de
cadres, en ce moment?
Mme Chiquette (Anne-Marie) : Le plus gros problème, c'est justement ce que je
vous expliquais, Maisonneuve-Rosemont, c'est que c'est difficile...
M. Marissal : ...
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Non, ce n'est pas
Maisonneuve, ils sont adorables, là-bas. Non, non, non, c'est qu'anciennement
on était capables d'avoir rapidement des gens qui sont en haut, descendent à
l'urgence, décisionnels, pour dire : OK, on règle ça. Là, c'est long.
C'est long avant d'avoir l'autorisation, puis de monter, puis de monter. Tu
sais, la cheffe d'unité va demander à sa coordonnatrice, qui va demander... Il
y a des établissements qui sont très
protocolaires. Il y en a d'autres, culturellement, que c'est plus à l'horizontale,
au niveau... c'est pragmatique, on va
travailler en équipe, mais il y en a que c'est très, très... Donc, ma cheffe
d'unité appelle la coordonnatrice, appelle la directrice adjointe, qui
appelle la directrice, qui appelle le PDG, puis là, des fois, il faut demander
au ministère, puis ça redescend, puis des fois ça va... il faut aller au
Conseil du trésor pour avoir les approbations monétaires. J'exagère, mais...
M. Marissal : Mais
avez-vous l'impression que ça va être plus fluide et plus rapide avec l'agence
Santé Québec? Moi, j'ai l'impression que non, mais je ne le sais pas, je
veux vous entendre là-dessus.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : Bien, un, on va avoir un
employeur qui va être juste notre employeur et qui ne sera pas le gouvernement. Le gouvernement, malheureusement, a deux
chapeaux, OK? Puis la raison pour laquelle, fondamentalement, je
voudrais... à Montréal ou le Grand Montréal, c'est justement d'avoir une
perspective différente de celle du ministère
aussi. J'aime bien ces gens-là, je travaille avec eux, mais il faut avoir une
perspective montréalaise et du Grand Montréal. Il faut élargir, il faut
aller jusqu'en Outaouais. Il faut être capables d'avoir une vision globale en
ayant à Québec le ministère puis Santé Québec ou Santé et Services sociaux
Québec dans le Grand Montréal pour couvrir l'ensemble du territoire. J'ai une
cadre qui a toujours travaillé à Québec, qui, depuis un an, travaille en
Montérégie, elle dit : Ça n'a pas d'allure, Anne-Marie, comment c'est
différent, les approches sont différentes. C'est important.
Ça fait que comment Santé Québec va le faire, je
ne le sais pas, mais au moins j'aurai un employeur, et je lui souhaite d'avoir
les autorités et le budget nécessaires, puis ça sera des gestionnaires qui
pourront réfléchir. À partir du moment où on pourra dire : OK, on va
toucher au paramètre médical, le carcan syndical, hein, parce qu'on est... le
réseau est pris en otage. On comprend, c'est Rochon qui l'a dit, ce n'est pas
moi, M. Rochon, dans son rapport. Alors, il est pris en otage, il faut
toucher à ces paramètres-là.
Donc, déjà qu'on a juste un employeur qui serait
Santé et Services sociaux Québec, ça va aider grandement, que ce soient des
gestionnaires qui comprennent comment ça fonctionne, avec des médecins en collaboration,
mais qu'on soit capables aussi d'encadrer les médecins, ça va aider énormément,
et d'avoir accès rapidement, pour un gestionnaire de proximité, à des
ressources matérielles, d'être capables d'avoir une réponse rapide...
M. Samoisette (Christian) : Et
de la marge de manoeuvre.
Mme Chiquette
(Anne-Marie) : ...et de la marge de
manoeuvre.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, madame. Merci de
votre patience aussi. On s'excuse encore pour le délai.
Mémoires déposés
Avant de conclure les auditions, je procède au
dépôt des mémoires des organismes et des personnes qui n'ont pas été entendus
lors des auditions publiques. Pour votre information, il y a moins d'une
demi-heure, on était rendus à 114 mémoires, et on s'attend à ce qu'il va y
avoir d'autres mémoires qui vont entrer. Je veux spécifier que l'ensemble de ces mémoires-là vont être
considérés, ils vont être lus et analysés. Ça, c'est important de le
mentionner.
Je vous remercie pour votre contribution à nos
travaux.
La commission,
ayant accompli son mandat, ajourne ses travaux sine die. Merci beaucoup de
votre collaboration et de votre patience.
(Fin de la séance à 19 h 35)