Journal des débats de la Commission de la santé et des services sociaux
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mercredi 31 janvier 2024
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Vol. 47 N° 63
Mandat d’initiative visant à étudier les moyens facilitant le don d’organes ou de tissus, notamment l’instauration de la présomption du consentement
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Intervenants par tranches d'heure
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Provençal, Luc
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Blouin, Catherine
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Provençal, Luc
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Blouin, Catherine
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Chassin, Youri
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Marissal, Vincent
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Fortin, André
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Arseneau, Joël
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Blouin, Catherine
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Blouin, Catherine
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Provençal, Luc
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Fortin, André
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Marissal, Vincent
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Blouin, Catherine
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Chassin, Youri
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Dorismond, Shirley
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Lachance, Stéphanie
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Fortin, André
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Fortin, André
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Provençal, Luc
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Marissal, Vincent
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Arseneau, Joël
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Blouin, Catherine
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Blouin, Catherine
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Provençal, Luc
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Chassin, Youri
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Fortin, André
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Marissal, Vincent
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Marissal, Vincent
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Provençal, Luc
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Arseneau, Joël
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Blouin, Catherine
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Chassin, Youri
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Chassin, Youri
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Provençal, Luc
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Fortin, André
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Arseneau, Joël
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Provençal, Luc
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Blouin, Catherine
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Lachance, Stéphanie
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Chassin, Youri
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Fortin, André
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Fortin, André
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Provençal, Luc
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Lakhoyan Olivier, Sona
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Marissal, Vincent
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Arseneau, Joël
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt-trois minutes)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, bonjour à tous. Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des services
sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques dans le cadre
du mandat d'initiative visant à étudier les moyens facilitant le don d'organes
ou de tissus, notamment l'instauration de la présomption du consentement.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Caron (La Pinière) est remplacée par Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey).
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Nous entendrons ce matin les
témoins suivants : Transplant Québec et la Pre Mélanie Bourassa Forcier.
Est-ce que j'ai le consentement pour qu'on
puisse déborder de l'horaire parce que je veux vraiment qu'on prenne le temps d'entendre
nos gens? Ça va? Merci.
Je souhaite donc la bienvenue aux
représentants de Transplant Québec. Vous aurez 10 minutes pour votre
présentation, et, par la suite, nous procéderons aux échanges. Alors, je vous
cède la parole, madame et messieurs.
Mme Bouchard (Martine) : Bonjour,
M. le Président. Je me présente, Martine Bouchard.
Des voix : ...
Mme Bouchard (Martine) : On peut
continuer? Je me présente, Martine Bouchard. Je suis la directrice générale
chez Transplant Québec, mandatée depuis... l'organisme qui a été mandaté depuis
1991 par le ministère de la Santé et des Services sociaux pour prendre en
charge la coordination de l'ensemble du <processus du don d'organes...
Mme Bouchard (Martine) :
...sociaux
pour prendre en charge la coordination de l'ensemble du >processus du
don d'organes au Québec. Je suis accompagnée par Dr Matthew Weiss, directeur
médical en don d'organes, et par Dr Prosanto Chaudhury, directeur médical en
transplantation d'organes. Nous vous remercions de nous donner l'occasion de
venir échanger avec vous dans le cadre de ces travaux.
Chez Transplant Québec, c'est un moment
que nous attendions depuis fort longtemps et nous en sommes très heureux. Il
s'agit, pour nous, d'un premier pas significatif, certes, mais le premier qui
nous permet d'entamer une discussion collective qui... et qui ouvrira, nous le
souhaitons, la porte aux changements qui sont nécessaires. Pour Transplant
Québec, il est clair que, pour sauver davantage de vies, le Québec doit se
doter d'une loi spécifique et complète sur le don d'organes et la
transplantation. C'est notre recommandation-phare, celle qui rendra tout le
reste possible.
Chaque jour, nous sommes témoins de la
réalité des donneurs, des familles, des professionnels de la santé. Nous sommes
aux premières loges de la complexité du processus, mais aussi et surtout du
miracle et de l'humilité humaine qui permettent la poursuite de cette chaîne de
vie. Aujourd'hui, nous formulons les recommandations qui nous semblent
incontournables parce que nous croyons sincèrement que nous avons le devoir de
faire mieux, parce que nous savons qu'il est possible de faire mieux.
Le processus du don et de la
transplantation d'organes est éminemment complexe. Pour l'illustrer, je vous
présente Chantal, 37 ans, mère de deux jeunes garçons. Elle habite à
Prévost. Son histoire est évidemment fictive, mais elle est basée sur des
données statistiques de Transplant Québec. Comme 92 % de la population,
Chantal est favorable au don d'organes. Pour elle, c'est un geste qui est
louable, en phase avec ses valeurs et celles de ses proches. Chantal revient du
travail un mardi soir de décembre où il neige. Elle s'apprête à retrouver son
conjoint et ses deux fils, la routine pour beaucoup de Québécois et de
Québécoises.
Malheureusement, c'est l'urgence de
l'hôpital qui sera son ultime destination. Sa voiture a été emboutie par un
autre véhicule. La gravité de l'accident laisse peu de doute. La voiture est en
miettes. À l'hôpital, le personnel médical fait tout pour la sauver, absolument
tout, mais on se rend compte que c'est trop grave, que c'est trop tard. Son
pronostic est malheureusement irréversible. C'est ainsi que d'accidentée grave
de la route Chantal deviendra une donneuse potentielle d'organes.
Dans les faits, seulement 1 % des
décès en milieu hospitalier sont admissibles au don d'organes. C'est donc à ce
moment précis qu'il est crucial de renforcer l'obligation pour tous les
établissements hospitaliers de notifier le plus tôt possible Transplant Québec
lors de la mort imminente ou récente de toute personne. Il faut que
l'identification des patients qui sont... qui ont un très sombre pronostic soit
faite par les équipes soignantes en place pour qu'elles puissent communiquer l'information
rapidement à Transplant Québec.
Même si Chantal a été transportée dans un
établissement de santé sans personnel dédié au don d'organes, elle s'inscrit
dans les 71 % des donneurs potentiels qui sont référés, et, heureusement,
l'hôpital a eu le réflexe de contacter immédiatement Transplant Québec pour
notifier Chantal comme donneuse potentielle, parce que près d'une personne sur
trois... sur trois, excusez, n'est pas référée à Transplant Québec. Nous sommes
alors informés de la situation de Chantal et nos équipes s'empressent de
vérifier son admissibilité et son consentement. Surprise, Chantal est comme
27 % des Québécois qui n'ont pas fait valoir leur intention de faire don
de leurs organes en signant, par exemple, l'endos de leur carte d'assurance
maladie. Elle avait une certaine hésitation à se commettre officiellement. Ça
la rendait inconfortable.
Pour faciliter l'expression du
consentement, Transplant Québec recommande que la loi prévoie un guichet
unique, convivial, accessible à tous et en ligne, permettant à la population de
faire connaître son consentement ou son refus. Le but, c'est que l'ensemble des
informations soient consignées à un seul endroit, accessible 24 heures sur
sept... 24 heures sur 24, sept jours-semaine, et que ce soit facile
d'utilisation tant pour la population que pour les professionnels de la santé,
contrairement à la situation actuelle.
Peu importe le mode de consentement,
Transplant Québec rappelle avec insistance que les experts, la littérature scientifique
et les expériences mondiales les plus concluantes témoignent qu'un élément est
essentiel. On ne sauvera encore plus de vies qu'en combinant plusieurs mesures
concrètes. Si le changement du mode de consentement est un outil pour atteindre
de meilleurs résultats, il n'en est pas le seul déterminant ni le même... ni
même le principal.
Chantal n'avait donc pas signifié son
consentement au don d'organes. Elle accordait beaucoup de considération à
l'impact émotif sur sa famille. Elle préférait leur laisser le dernier mot. Ça
ne change rien qu'en toutes circonstances Transplant Québec déploie un plan
d'intervention pour accompagner sa famille, qui, dans ce cas-ci, aura à porter
le poids d'une lourde décision. Ils sont tous là : son conjoint, ses deux <enfants,
ses parents...
Mme Bouchard (Martine) :
...d'une
lourde décision. Ils sont tous là, son conjoint, ses deux >enfants, ses
parents. Ils vivent l'impensable. Le temps s'est arrêté. C'est l'état de choc.
Pour les professionnels de la santé, c'est
aussi le moment le plus difficile. Les médecins doivent annoncer la mort
imminente d'une mère, d'une épouse, d'une fille. Entre l'annonce du pronostic
et l'approche du don, on laisse à la famille le temps d'accuser le coup de la
nouvelle. Cette étape est fondamentale puisque nous savons qu'une approche
inadéquate peut avoir des implications considérables, comme un refus de la
famille. Ensuite, si la famille manifeste de l'intérêt au don, Transplant
Québec entrera en contact avec elle. Voilà pourquoi Transplant Québec
recommande qu'une formation obligatoire sur le don d'organes et la
transplantation soit prévue pour les professionnels de la santé dans les
obligations de formation continue et dans la formation initiale des futurs
professionnels de la santé.
• (11 h 30) •
Le personnel soignant explique à la
famille de Chantal qu'elle est admissible au don d'organes, mais qu'elle
n'avait pas fait connaître son consentement. On leur demande alors si elle en
avait déjà parlé. Chantal s'inscrit dans les 19 % des Québécois qui n'ont
jamais parlé de don d'organes avec leur famille. C'était, pour elle, un sujet
sensible. Ça aurait impliqué de parler de sa mort avec ses proches et cela la
rendait émotive. On leur demande alors si c'est, pour eux, une possibilité
d'envisager de le faire, de donner les organes de Chantal pour que cette chaîne
de vie se poursuive. C'est la réalité, la décision finale revient à sa famille.
Sous le coup de l'émotion, faute de connaître les intentions de la personne, la
famille refusera souvent de valider le consentement. C'est pourquoi Transplant
Québec recommande qu'une nouvelle loi précise les motifs permettant de ne pas
donner suite aux dernières volontés enregistrées d'une personne, et ce, afin
d'en favoriser le respect et de mieux accompagner ses proches.
Son conjoint, d'abord réfractaire, se
remémore la grande générosité dont elle a... elle a fait preuve toute sa vie,
et ça tombe sous le sens d'accepter. Dans le drame et l'urgence, l'espoir
renaît pour possiblement huit autres Québécois. Dès lors, en tout respect de la
famille, on planifie le transfert de Chantal dans un hôpital spécialisé. On
s'est assurés d'effectuer une batterie de tests sanguins, sérologiques et de
compatibilité. On procède à l'évaluation des organes de Chantal et à leur
attribution à des gens qui sont sur la liste d'attente gérée par Transplant
Québec. Le cœur, le foie, les poumons et les reins de Chantal vont permettre à
cinq autres personnes de poursuivre leur petit bout de chemin.
On planifie le transfert de Chantal vers
le bloc opératoire tout en surmontant les enjeux aux salles, de la
disponibilité des équipes de prélèvement et des chirurgiens. Nos équipes
accompagnent la famille à travers cette épreuve chargée d'émotions. Au bloc
opératoire, avant de débuter, l'équipe observe systématiquement une minute de
silence, un témoignage de respect pour Chantal, qui pose un geste de générosité
incommensurable, le cadeau de la santé, la vie.
Au même moment, on coordonne les
transports des cinq organes vers les différents centres de transplantation et
les équipes médicales qui procéderont aux transplantations. On réfléchit à
comment on va le faire, dans quelle région : au Québec, en Ontario, en
Colombie-Britannique? Doit-on utiliser le transport terrestre, aérien? Combien de
véhicules, de vols doit-on noliser? Quels sont les délais pour permettre une
synchronisation de tous les acteurs et des organes à transplanter? Toute cette
symphonie se déroule rapidement et ça demande un synchronisme exemplaire de la
part de tous les intervenants impliqués.
L'histoire de Chantal est fictive, mais
toutes les informations qui sont présentées concernant son expérience sont bien
réelles chez Transplant Québec. Chantal représente bel et bien près d'un
Québécois sur cinq. Toute cette symphonie dans laquelle une seule fausse note
pourrait tout faire dérailler, alors qu'il n'y a aucun chef d'orchestre pour en
assumer la responsabilité, Transplant Québec propose de remédier à cette
situation par la désignation officielle d'un organisme responsable de
l'ensemble du processus de don d'organes et de transplantation et de lui
attribuer tous les leviers nécessaires pour veiller à son respect. Grâce à son
expertise unique de pointe, forte de plus de 50 ans, Transplant Québec,
pionnier au Canada, propose d'assumer pleinement cette mission.
Chez Transplant Québec, nous sommes portés
par la conviction... conviction que, tous ensemble, nous avons non seulement le
pouvoir, mais également la responsabilité collective de tout faire pour sauver
davantage de vies. C'est donc remplis d'espoir que nous vous invitons à
poursuivre votre réflexion que nous nous dotions... un cadre législatif moderne
qui rendra le Québec plus performant. Pour tous ces patients encore en attente
d'un organe, pour toutes les Chantal qui sont, malheureusement, décédées, pour
nous, pour eux, nous avons le devoir de faire mieux, parce qu'il est possible
de faire mieux, pour sauver plus de vies. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, on va débuter immédiatement
avec la députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous...
11 h 30 (version révisée)
Le Président (M. Provençal)
:...alors, on va débuter immédiatement
avec la députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous, merci d'être avec nous aujourd'hui. Merci aussi de
nous avoir illustré le cas concret, en fait, de Chantal. Je pense que ça nous
explique vraiment le processus, en fait, que vous coordonnez à partir du moment
où vous êtes notifiés. Il y a une question qui me venait en tête : Est-ce
que la famille doit déjà se prononcer en faveur avant d'être contactée par
Transplant Québec? Est-ce que c'est...
Mme Bouchard (Martine) : ...ça
a toussé en arrière. Est-ce que... est-ce que quoi?
Mme Blouin : Est-ce que la
famille doit déjà s'être prononcée en faveur du don d'organes avant d'être
contactée par Transplant Québec?
Mme Bouchard (Martine) : La
famille est approchée. Puis je demanderais à Matthew... à Dr Weiss,
excusez-moi, d'y aller plus... davantage, parce qu'il est coordonnateur, mais
aussi intensiviste au CHUQ du Québec. Mais, oui, la famille doit être informée
d'abord. Matthew?
M. Weiss (Matthew) : Merci de
l'occasion, oui. Merci. En fait, le processus qu'on explique aux équipes
traitantes, c'est de mentionner que Transplant Québec va rentrer dans le
dossier. C'est sûr que c'est... on appelle ça, exactement, la mention, donc ils
vont... pour que Transplant Québec n'arrive pas de nulle part, mais que la
famille ait le temps de comprendre qu'est-ce qui est les prochaines étapes du
processus.
Mme Blouin : Merci. Et on
parle beaucoup, là, de chef d'orchestre qui est manquant, en fait, dans la
structure actuelle. Ce serait quoi, les mesures qui pourraient être envisagées
pour consolider le rôle de Transplant Québec dans le domaine du don d'organes?
Qu'est-ce qu'on pourrait faire?
Mme Bouchard (Martine) : Bien,
d'abord, d'avoir une loi qui est encadrante. Il n'y a aucune loi qui existe
présentement. Il y a quelques articles qui sont éparpillés à l'intérieur du Code
civil et de la LSSSS, comme vous le savez, mais d'avoir une loi qui enchâsse le
don d'organes, mais, également, qui donne les pouvoirs à un organisme qui est
responsable, serait une des actions qui seraient intéressantes. Je ne sais pas
si vous voulez rajouter quelque chose, messieurs.
M. Weiss (Matthew) : Oui. Je
peux ajouter que... c'est que, là, actuellement, dans la loi, oui, il y a la
référence obligatoire, mais il n'y a pas un mandat clair qui va enforcer ou
vérifier la performance des hôpitaux d'assurer que la référence obligatoire
soit faite.
Mme Blouin : Donc, il n'y a
pas de responsabilité, et Transplant Québec pourrait être l'organisme qui
chapeaute tout ça.
Mme Bouchard (Martine) : Tout
à fait.
Mme Blouin : OK. Est-ce que
vous pouvez nous dire comment Transplant Québec se compare à d'autres
organismes du genre au Canada, par exemple?
Mme Bouchard (Martine) : Oui,
bien, je vous dirais que, par rapport au nombre de donneurs, si on regarde le
nombre de donneurs par million d'habitants, donc, nous sommes en queue de
peloton par rapport à nos voisins, et même en queue de peloton par rapport à l'Espagne
ou d'autres juridictions hors mer. Et donc, oui, on se... on a déjà été très
performants, on ne l'est plus. Prosanto, tu veux-tu rajouter quelque chose?
M. Chaudhury (Prosanto) : Oui,
juste pour dire que, dans les autres juridictions, souvent, il y a une loi
encadrante, justement, qui désigne l'organisme en dons et en transplantation,
avec les pouvoirs nécessaires pour assurer pleinement leur mandat, leur rôle.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Changement... Hier, on a beaucoup entendu parler, entre autres, que l'adoption
du consentement présumé, on s'entend pour dire que ça ne réglerait pas tout,
nécessairement, mais j'aimerais vous entendre sur les principales mesures qui
devraient être mises en place dans l'éventualité où il y aurait un régime de
consentement présumé qui s'instaurerait au Québec. Qu'est-ce qu'on doit voir
dans l'angle mort?
Mme Bouchard (Martine) : D'abord,
je vous dirais, d'entrée de jeu, que le consentement présumé, c'est une portion,
vous nous avez souvent entendus dire ça, une portion, dans une loi encadrante,
qui est nécessaire. Il y a plusieurs éléments qui devraient s'imbriquer à l'intérieur
de cette loi encadrante là. On parle ici de formation, on parle de
sensibilisation, on parle de mandater un organisme responsable. Et puis c'est
important de dire que, dans les juridictions qui ont été performantes ou qui
sont performantes, toujours, la portion de consentement présumé est une
portion, mais on regarde l'ensemble des éléments. Et il y a surtout un autre
élément hyperimportant, c'est de faire en sorte qu'il y ait une discussion avec
la société pour aller valider quelles sont les valeurs, quels sont les
obstacles à un consentement présumé avant même de mettre de l'avant cette
notion.
Mme Blouin : Vous avez
mentionné aussi le transport, tout à l'heure, dans... Je suis curieuse, en
fait, de savoir un peu... Je sais qu'on va rencontrer, demain, l'organisme qui
chapeaute le transport, puis tout ça, mais comment... comment ça fonctionne, le
transport des organes, au Québec, actuellement?
Mme Bouchard (Martine) : Actuellement,
c'est avec un organisme sans but lucratif, donc, l'ACDO, que vous allez
rencontrer, qui fonctionne avec des policiers bénévoles. C'est un organisme qui
fonctionne sous l'égide d'une personne depuis les 37 dernières années, qui
fait en sorte que les organes sont transportés dans des véhicules qui sont attitrés,
lettrés à cet effet, et qui transportent également les équipes médicales.
Prosanto, tu veux ajouter quelque chose?
M. Chaudhury (Prosanto) : Juste
pour dire qu'en tant que transporteur, je voyage souvent avec eux et les
organes aussi, et c'est vraiment un joyau de notre système, ce système de
bénévoles. Non seulement les <bénévoles...
M. Chaudhury (Prosanto) :
...un
joyau de notre système, ce système de bénévoles. Non seulement les >bénévoles
sont extrêmement reconnaissants du rôle qu'eux autres ils jouent dans le
processus de don d'organes, ils prennent une fierté inestimable, mais aussi, il
n'y a aucune autre juridiction au Canada où c'est fait de la même façon par des
bénévoles. Souvent, c'est des taxis, des limousines qui sont pris. Ici, on a
des meilleurs conducteurs, on est plus formés dans la conduite de nuit, de
haute vitesse pour assurer le transport sécuritaire de nos organes et de nos
équipes, et on en est très fiers.
• (11 h 40) •
Mme Blouin : Donc, ça repose
quand même sur une équipe de bénévoles? C'est ce qu'on comprend?
M. Chaudhury (Prosanto) : Tout
à fait.
Mme Blouin : Est-ce que ça
peut arriver que l'organe ou... soit un peu... une transplantation ou un
prélèvement, plutôt, puisse être compromis dans le transport actuellement?
Est-ce qu'on peut voir ça?
M. Chaudhury (Prosanto) : Actuellement,
à part la météo, il n'y a pas grand-chose qui nous empêche.
Mme Blouin : Super. Autre
piste intéressante, en fait, qui était... je vous l'avoue, là, avant-hier, avec
les consultations qu'on a eues, qui n'était pas nécessairement dans notre
radar, c'est les données, l'accès aux données notamment, et j'aimerais savoir,
à votre avis, ce serait quoi les données qui pourraient être colligées, là,
pour avoir un meilleur suivi de la performance.
Mme Bouchard (Martine) : Le Dr
Weiss va répondre.
M. Weiss (Matthew) : Oui.
C'est sûr que, si on regarde le bassin des donneurs et le nombre des donneurs
qui seraient éligibles... c'est sûr que c'est important que l'organisme qui
gère le don et les transplantations, notamment Transplant Québec, ait accès à
ces données dans les hôpitaux pour tous les donneurs potentiels, ça veut dire
tous les gens qui décèdent aux soins intensifs ou aux urgences, dans les
circonstances, que ces gens soient référés ou non. Donc, ça, c'est très
important. Et, côté transplantation, pour le suivi après les greffes des
organes aussi, ça prendrait une coordination pour définir les indicateurs de
qualité qui sont importants à corriger par les programmes, et aussi, de
comparer les programmes entre eux.
Mme Blouin : Merci. Je pense
que...
Le Président (M. Provençal)
:...député de Saint-Jérôme.
M. Chassin :...de cette présentation, parce qu'effectivement, comme ma
collègue le disait, d'avoir un cas concret pour des gens qui... Puis là, en
toute modestie, je m'intéresse au don d'organes et à la transplantation pas mal
pour la première fois aussi de ma vie, donc il y a une réflexion là-dedans.
Évidemment, je m'identifie beaucoup à Chantal, parce que ma mère me dit
toujours qu'il faut que je fasse mon testament, dans le cas où, puis je ne le
fais pas, puis peut-être que c'est un peu les mêmes raisons. Et Chantal vient
de Prévost. Moi, je suis député de Saint-Jérôme, ce n'est pas très loin.
Ça fait que, là, permettez une question.
Puis là j'imagine qu'elle a donc été transférée à l'hôpital régional de
Saint-Jérôme dans l'histoire. Vous parlez du fait qu'il y a certains endroits
où il n'y a pas nécessairement de personnel dédié. De ce que j'en comprends, c'est
qu'il y a quand même le DSP qui a une responsabilité, à tout le moins pour la
vérification du consentement, mais peut-être pas nécessairement pour la
responsabilité de l'identification. Est-ce que c'est ça que je comprends? Il y
a comme un peu un vide là-dedans?
Mme Bouchard (Martine) : En
fait, il faut savoir qu'il y a 30 coordonnateurs médicaux qui sont
répartis dans l'ensemble des CISSS et CIUSSS de la province du Québec, qui
travaillent conjointement avec des infirmières de liaison et des infirmières-ressources.
Puis, pour le reste, dans l'applicabilité, Dr Weiss ou Dr Chaudhury pourraient
vous répondre.
M. Weiss (Matthew) : Bien,
moi, je peux parler du processus avant la référence. Mais c'est sûr, comme on a
vu dans le cas de Chantal, souvent, les donneurs, c'est suite à un choc, un
gros choc émotif, évidemment, pour la famille, mais même pour les travailleurs
de la santé au chevet. Et, parfois, la non-identification de donneurs
potentiels, comme Chantal, ça arrive. On a fait des sondages avec les médecins,
et ils disent : Parfois, on ne réfère pas, parce qu'on assume... de même
demander la possibilité de dons, ce serait trop pour une famille qui est sous
le choc. Donc, évidemment, c'est une assomption, sur la part des professionnels
de santé, qui peut être erronée. Peut-être, cette famille aurait dit oui.
Mais... Donc, ça, ça prend la nécessité d'avoir un organisme comme Transplant
Québec, qui est outillé pour former les professionnels de santé, oui.
M. Chassin :...la formation, peut-être, parce que c'est... à la limite,
ça peut être aussi la façon dont on aborde la question, qui n'est pas
nécessairement évidente pour tous les professionnels de la santé. Ça fait
partie d'une formation, donc?
M. Weiss (Matthew) : Exactement,
et c'est pour ça que, comme Mme Bouchard a mentionné, d'avoir de... un
programme d'éducation pour les travailleurs de la santé obligatoire pour les
gens qui travaillent aux soins intensifs ou aux urgences, qui sont... qui sont
possiblement en contact avec des donneurs potentiels, c'est très important. Parce
que, de l'avoir vécu, oui, c'est des conversations qui peuvent être très
délicates avec des familles qui sont dans un moment... bien, c'est le pire
moment de leur vie, souvent. Donc, ce n'est pas tout le monde qui est prêt à
aborder le sujet.
M. Chassin :
Combien de temps, il me reste, monsieur....
Le Président (M. Provençal)
:Six minutes.
M. Chassin :Ah! quand même, donc. Là, <évidemment...
M. Chassin :
...Combien de temps, il me reste, monsieur....
Le Président (M. Provençal)
:
Six minutes.
M. Chassin :
Ah! quand même, donc. Là, >évidemment,
j'entends parler beaucoup de l'Espagne. Je ne sais pas si on va avoir une
mission d'observation, M. le Président, en Espagne bientôt, mais ceci étant
dit, c'est un cas particulier de succès, je pense, en tout cas, en termes de
taux de dons puis de transplantations. Vous en... vous avez énuméré un peu les
différentes parties, qu'on entend maintenant depuis quelques présentations, sur
les raisons... en tout cas, les facteurs qui font qu'ensemble ça devient un
succès. Puis je trouvais ça intéressant de voir que, pour Transplant Québec,
vous êtes un pionnier, mais, en même temps, dans un endroit où on est en queue
de peloton. Est-ce que vous avez l'impression qu'on s'est fait dépasser parce
que ces facteurs de succès ont été implantés, par exemple, dans d'autres
provinces, ou est-ce que c'est simplement qu'il y a, je ne sais pas, moi, des
conversations sociales plus vives, puis aujourd'hui, on résout un peu en partie
ce problème-là au Québec avec la commission parlementaire d'aujourd'hui?
Mme Bouchard (Martine) : ...un
peu des deux. On s'est fait dépasser pour toutes sortes de raisons. Le fait
qu'on n'ait pas de loi, ça a été mentionné un petit peu plus tôt, le fait que
les différentes juridictions ont accordé des ressources financières vraiment
supplémentaires à ce que nous avons ici, au Québec, par rapport à qu'est-ce qui
est... qu'est-ce qui est octroyé, comme organisation en don d'organes. Puis
vous parliez de l'Espagne, mais, hier, il y a eu aussi Dr Frédérick D'Aragon
qui a mentionné que, oui, ils sont en avance, ils sont maintenant les chefs de
file, mais ça leur a pris quand même un certain temps pour y arriver, et
c'était pour faire en sorte qu'il y ait une multitude d'éléments qui soient en
place.
Je trouve ça intéressant de parler de
l'Espagne, mais je... Puis, d'entrée de jeu, j'ai oublié de vous le dire, je
suis assise avec deux experts qui présentent internationellement...
internationalement, de façon régulière, donc ils sont considérés comme des
experts ici, ici aussi. Ils sont trop humbles pour vous le dire, mais moi,
je... moi, je souhaite le signifier, parce que c'est quand même un savoir assez
important. Puis, dans le fond, je ne sais pas si vous voulez rajouter quelque
chose en lien avec l'Espagne puis qu'est-ce qui nous manque ici, mais...
M. Weiss (Matthew) : Bien, je
dirais juste que, quand on parle avec nos collègues en Espagne, et c'est la
chose qu'ils martèlent tout le temps, c'est la formation de professionnels de
la santé, les professionnels qui travaillent aux soins intensifs, et la
capacité de vérifier les performances, particulièrement en référence et
identification des donneurs potentiels. Ça, c'est les choses sur lesquelles ils
sont les plus forts.
M. Chassin :...juste, en terminant, parce qu'effectivement on en a
entendu parler, des fois, on voit, finalement, dans les résultats d'audit, un
an trop tard quels sont les donneurs potentiels qui n'ont pas été identifiés.
Puis donc, vous, ce que vous dites, c'est non seulement que, bon, évidemment,
on va les identifier, mais il faut aussi avoir cette espèce de reddition de
comptes puis cette comparaison pour identifier, dans le fond, les bonnes
pratiques ici.
Mme Bouchard (Martine) : ...de
référencement obligatoire, je pense que, peut-être, le Dr Chaudhury va parler.
M. Chaudhury (Prosanto) : ...mais
en temps réel aussi, l'accès aux données est important en temps réel. Donc, il
faut instaurer un mécanisme de notification obligatoire de tout décès pour
qu'on puisse faire la rétroaction en temps réel. Il faut faire un feedback pour
les équipes, rapide.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Oui. Vous êtes
quand même intervenus dans les médias dans le contexte de l'aide médicale à
mourir, et, pendant l'étude du projet de loi, il y a les membres qui se posaient
des questions, à savoir de quelle manière on doit aborder ce sujet-là. Il y a
des témoins qui sont passés puis qui racontaient avoir été peut-être brusqués
quand on les abordait. Il y en a d'autres qui se sont sentis apaisés, qui ne
connaissaient pas cette option-là. J'aimerais savoir : En ce moment, quand
quelqu'un fait une demande d'aide médicale à mourir qui est admissible,
qu'est-ce qui se passe pour la discussion sur le don d'organes? Comment ça
fonctionne?
Mme Bouchard (Martine) : Nous
avons l'expert, Dr Weiss, qui a publié un article tout récemment et qui revient
de la Suisse, justement, pour parler de ça, donc.
M. Weiss (Matthew) : Bien, en
fait, ce qui est très important, c'est de clarifier que Transplant Québec n'a
rien à voir avec les décisions de poursuivre ou non l'AMM, OK? Ça, c'est une
décision qui ne nous appartient pas. On ne va jamais encourager l'AMM pour
avoir accès aux organes, jamais, jamais. Ce qui est important, c'est que... encore,
c'est une question de formation. Donc, c'est... le médecin qui va administrer
l'AMM soit formé, que, quand il y a un patient qui est admissible, en gros,
c'est un patient qui n'a pas de cancer, parce qu'on ne va jamais transmettre un
cancer d'un donneur à un receveur, OK. Mais si on a ce patient-là qui a
finalisé la décision de poursuivre l'AMM, là, ce qu'on recommande, que le
médecin mentionne la possibilité. Peut-être qu'il va poser des questions :
Avez-vous votre... avez-vous signé votre carte de don? Et si la personne dit :
Oh! oui, pourquoi, est-ce que c'est une possibilité? Parce qu'on ne veut pas
exclure les donneurs potentiels de la possibilité de donner juste parce qu'ils
ne savaient pas que c'était une possibilité. On veut être sûrs qu'ils sont au
moins informés. Mais jamais, jamais une <coercition...
M. Weiss (Matthew) :
...possibilité. On veut être sûrs qu'ils sont au moins
informés. Mais jamais, jamais une >coercition ou un encouragement.
On veut juste qu'ils soient informés et que le sujet soit abordé.
Mme Blouin : ...fonctionne
bien? Est-ce qu'il y a des choses qui devraient être améliorées dans ce
processus-là où vous trouvez que c'est...
• (11 h 50) •
M. Weiss (Matthew) : Bien,
je dirais qu'encore là, parce que la référence n'est pas obligatoire dans un
contexte de don après AMM je ne peux pas dire à quel point c'est abordé ou non.
Il n'y a pas de statistique que je peux citer qui dit qu'autant de personnes
avaient la mention de don après aide médicale à mourir ou non. C'est quelque
chose que c'est... c'est quelque chose que j'aimerais bien qu'on développe, la
capacité de faire une reddition de comptes sur ça mais qui n'existe pas
actuellement.
Mme Blouin : ...parfait.
Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la députée. Je
vais céder la parole au député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M.
le Président. Merci au collègue de Pontiac d'avoir inversé nos tours de parole,
là, pour des raisons de... d'embouteillage d'horaire. Merci, surtout, à vous
d'être là. Bonjour ou rebonjour, parce qu'on s'est parlé, je pense qu'il faut
le dire en toute transparence. Vous faites un travail de sensibilisation aussi.
Alors, on s'est parlé au cours des dernières années, et plus récemment encore.
Ce qui m'amène la première question. Recommandation 2 : «Cette loi
devrait prévoir la désignation officielle de Transplant Québec comme organisme
responsable.» Si je ne vous connaissais pas, là, je dirais : Bien, c'est vraiment
intéressé, là, vous prêchez vraiment pour votre paroisse, là. Mais ce n'est pas
ça que je pense. Dites-nous pourquoi il faut que ce soit Transplant Québec qui
soit...
Mme Bouchard (Martine) : ...concrètement,
on est comme un sous-traitant. Ce qu'on souhaite, c'est être un chef
d'orchestre de l'ensemble du processus du don et de la transplantation.
M. Marissal : C'est déjà,
de facto, le cas, si je comprends bien, puis tout le monde parle de vous, de
toute façon, depuis hier, puis Transplant Québec, ça revient tout le temps.
Vous êtes devenus comme le joueur, mais avec pas vraiment les moyens et le
statut. C'est ce que je comprends?
Mme Bouchard (Martine) : En
fait, on coordonne le processus, mais il y a plusieurs responsables qui sont
attitrés à faire toutes sortes de choses. Ce qu'on souhaite avec cette loi
encadrante là, c'est de faire en sorte qu'on soit un organisme qui ait
l'ensemble des leviers nécessaires pour s'occuper du don, mais également de la
transplantation.
M. Marissal : En ce
moment, vous avez l'expertise, de toute évidence, mais vous n'avez peut-être
pas les moyens, et je parle, notamment, de moyens financiers.
Mme Bouchard (Martine) : Exactement,
au niveau des moyens financiers. Puis, je vous dirais, si on se compare, même,
avec nos voisins ontariens, dans le fond, pour l'organisme Trillium, en date de
2020, leur budget d'opération était trois fois supérieur au nôtre.
M. Marissal : C'est-à-dire,
en termes de chiffres? Je n'ai aucune idée, là.
Mme Bouchard (Martine) : 60 millions.
M. Marissal : Alors que
vous avez 20 millions.
Mme Bouchard (Martine) : Nous,
nous avons un budget opérationnel de 9,5 millions.
M. Marissal : OK. Quand
même... OK. Si on fait la répartition en fonction de la population...
Mme Bouchard (Martine) : Exact.
M. Marissal : ...il vous
faudrait autour de 40 millions, quoi. Vous l'avez chiffré ou pas?
Mme Bouchard (Martine) : On
ne l'a pas encore chiffré au moment où on se parle, mais, dans le fond, si on
se compare avec Trillium, bien, il me semble qu'on pourrait avoir sensiblement
la même chose par rapport au nombre d'habitants. C'est quand même important de
dire que je ne vois pas pourquoi on a une différence entre provinces, par
rapport au financement, pour un travail qui est similaire.
M. Marissal : Je
comprends bien. Moi, si je demande l'aide médicale à mourir parce que j'ai une
maladie terminale, ma famille peut avoir bien de la peine, mais il n'y a
personne qui va pouvoir se mettre dans le chemin du cathéter. Si je dis que je
veux donner mes organes, que je meure, puis que quelqu'un dans ma famille dit
non, il ne peut pas faire ça, on ne veut pas faire ça, là, à ce moment-là,
c'est la famille qui a le veto. J'ai... je n'ai pas un malaise avec ça, je
comprends ce que vous me dites, mais pouvez-vous nous le réexpliquer, pourquoi
il faudrait laisser ce veto, dans une décision finale de quelqu'un qui en a
fait sa dernière volonté?
Mme Bouchard (Martine) : ...justement,
peut-être que je ne parlerais pas nécessairement de l'aide médicale à mourir. Je
vous parlerais de qu'est-ce qui se passe à l'intérieur des CISSS et CIUSSS
actuellement. Puis la notion de veto familial est présente. Il n'y a pas un
DSP, il n'y a pas un intensiviste, il n'y a pas un PDG qui va aller à
l'encontre de... le souhait de la famille, pour plusieurs raisons. Vous
comprenez, on l'a expliqué tantôt, c'est une question de douleur, une question
de moment intense, un deuil important. Et on n'est pas dans une culture, au
Québec, où on va aller à l'encontre de la famille, se présenter en cour pour
faire respecter la volonté de la personne décédée, ça, dans un contexte
régulier. Pour un contexte d'aide médicale à mourir, Dr Weiss pourrait
peut-être compléter.
M. Weiss (Matthew) : Ah!
mais je pense que la plus grande différence entre le don d'organes et l'aide
médicale à mourir, c'est qu'en AMM la personne est compétente jusqu'à la fin,
est capable de vérifier ... son désir jusqu'à la fin. Dans le contexte de don
d'organes, comme on a vu dans le cas de Chantal, au moment où on confirme le
consentement, bien, la personne est dans un coma, ou déjà dans un décès
neurologique. Donc, cette personne-là ne peut pas dire, par exemple : Heille!
il y a trois mois, j'ai changé mon idée, mais je n'ai pas... j'ai oublié de <changer...
M. Weiss (Matthew) :
...peut
pas dire, par exemple : Heille! il y a trois mois, j'ai changé mon idée,
mais je n'ai pas... j'ai oublié de >changer mon registre, ce qui
pourrait être vrai. Et moi, comme personne, qui va connaître cette réalité plus
que la famille? Donc, je vais aborder le sujet avec la famille.
Et de revenir... On a parlé de l'Espagne
tantôt, l'Espagne qui a le consentement présumé, mais, eux autres, ils n'aiment
pas quand on parle de consentement présumé, en Espagne, parce qu'eux autres ils
disent : On va toujours vérifier avec la famille. Si la famille dit non,
on va le respecter. Mais c'est tellement une fierté nationale, en Espagne, que
les familles ne disent pas non parce qu'elles... elles savent que... le don
d'organe, le bénéfice que ça fait. Donc, c'est ça, l'équilibre qu'il faut
avoir.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, sur ce, je vais céder la
parole au député de Pontiac.
M. Fortin :Merci, M. le Président. Bien, bonjour, merci d'être là, et
merci pour votre mémoire. Mais je veux que vous sachiez à quel point, parmi les
témoignages qu'on entend cette semaine, là, votre témoignage, il porte un poids
important dans les délibérations qu'on aura par la suite là. Vous êtes, pour
nous et pour la grande majorité des Québécois qui s'intéressent à cette
question-là, l'organisme qui... expert, disons, en la matière, alors votre
témoignage compte énormément.
Je veux peut-être poursuivre dans la même
lancée que le député de Rosemont a terminé, là, en parlant du respect des
dernières volontés, qui est un chapitre que peu de gens ont abordé, jusqu'à
maintenant, en détail, du moins, dans le niveau de détail que vous amenez.
Votre recommandation, et je vais la lire pour le bénéfice, là, des gens qui
nous écoutent : «Cette loi devrait préciser»... parlant de la fameuse
loi-cadre... «devrait préciser les motifs permettant de ne pas donner suite aux
dernières volontés enregistrées d'une personne avant son décès, et ce, afin de
favoriser le respect des dernières volontés et de mieux accompagner les
proches.» Donc là, je vous écoute, Dr Weiss, et vous nous dites, tu sais :
On respecte... et la plupart des juridictions le font comme ça... on respecte
les dernières volontés de la famille. Mais là, ici, vous nous faites une
recommandation que ce n'est pas à tout prix, là, si je comprends bien?
Mme Bouchard (Martine) : ...au
moment où on se parle, dans la loi, c'est les motifs impérieux qui sont
définis, et les motifs impérieux, pour avoir parlé à plusieurs personnes... pas
tout à fait clair. Ce qu'on souhaite, c'est qu'il y ait des précisions
davantage. Et vous avez raison par rapport à la famille, nous n'irons pas à
l'encontre de la famille. Je vois difficilement comment Transplant Québec
pourrait se présenter puis être le porte-étendard, aller à l'encontre des
volontés de la famille. Dr Chaudhury, vous voulez rajouter quelque chose?
M. Chaudhury (Prosanto) : Non,
mais un exemple, ce serait d'encadrer dans la loi qu'on va respecter les
volontés de la famille. Ça pourrait être ça, la disposition législative. Parce
que, présentement, comme vous avez eu avec Dr D'Aragon hier, on est dans un...
dans une zone grise, actuellement, en pratique.
M. Fortin :Exact, oui. OK, parce que... Mais la raison pour laquelle
je veux que vous le précisiez, c'est parce que vous vous y connaissez pas mal
plus que nous tous ici, là. Alors, si vous nous dites : Précisez les
motifs, ça veut dire ce que vous venez de nous dire, essentiellement, là,
respecter la volonté de la famille, on... disons que c'est plus clair que nous
autres, qui essaient de trouver des motifs puis de bien comprendre ça pourrait
être quoi, là. Ça va de ce côté-là.
M. Weiss (Matthew) : Et aussi,
pour juste ajouter aussi... rajouter, excusez, c'est sûr qu'il y a des raisons
peut-être ..., peut-être une personne a vraiment changé d'idée, mais aussi des
raisons comme a un peu mentionné Mme Bouchard, c'est la réalité d'enforcer un
consentement qui est signé quand la famille n'est pas d'accord. Mais quand je
parle... il y a quelques juridictions aux États-Unis qui font ça, et, quand je
parle avec eux autres, leur réponse est comme, si la famille dit : Non, on
ne va pas procéder, bien, ils donnent la carte de l'hôpital, avec l'avocat de
l'hôpital, ils disent : Bonne chance, OK.
Écoutez, là, ça, c'est un choix de
société. Si on pense que les Québécois veulent vivre dans une société où il
faut porter plainte contre l'hôpital pour empêcher le prélèvement des organes,
ça, c'est une décision qui appartient à la société québécoise. Ce n'est pas à
nous, à Transplant Québec, de décider ça. Mais je peux dire que,
pratico-pratique, ce serait très, très difficile d'encourager les médecins
coordonnateurs, les médecins au chevet d'enforcer un consentement signé dans un
registre d'une telle façon qu'on dit : Bonne chance, on va prélever les
organes demain à 5 heures, vous avez jusque-là de trouver un avocat.
Mme Bouchard (Martine) : M.
le Président, j'irais jusqu'à dire également que ça passe aussi par la
sensibilisation. Donc, on a parlé de la sensibilisation, donc, on a beaucoup,
pendant plusieurs années, discuté de signer votre carte, etc., mais il faut
aller une coche plus loin et, justement, de discuter avec la famille, ses
partenaires, ses proches pour dire : Respectez... je souhaite que vous
respectiez les volontés que je... que je vous informe. Et puis ça, ce n'est pas
nécessairement fait dans <l'ensemble...
Mme Bouchard (Martine) :
...que
je... que je vous informe. Et puis ça, ce n'est pas nécessairement fait dans >l'ensemble
des familles au moment où on se parle.
• (12 heures) •
M. Fortin :Je vais changer de registre deux petites secondes, en fait,
aller vers le registre. Vous avez parlé d'un guichet unique. Là, en ce moment,
les gens peuvent signifier leur volonté de trois façons différentes, là,
notamment la carte de l'assurance maladie, le registre de la RAMQ et la Chambre
des notaires. Vous avez parlé d'un guichet unique, accessible, convivial. Je
suis d'accord avec vous, là, il faut que ce soit accessible, il faut que... il ne
faut pas que ce soit compliqué, il faut que ça... Alors, avez-vous quelque
chose... y a-tu un modèle, en quelque part, qui fonctionne à merveille, qui
fonctionne bien, pour que les gens puissent signifier leur... dépendamment du
modèle, là, leur consentement ou leur refus?
Mme Bouchard (Martine) : Oui,
puis je vais passer la parole à Dr Chaudhury. Mais, juste avant, la notion du
24/7 est hyperimportante, la notion aussi... Il y a deux volets. Il y a le
volet d'accessibilité par rapport aux gens qui veulent s'inscrire, et il y a...
ou refuser ou... bon, et il y a aussi le volet pour les professionnels de la
santé pour aller valider, dans le fond, le consentement de la personne défunte.
Alors, c'est un élément que je voulais vous dire. Et puis on souhaite, puis ça
fait partie de nos recommandations, sincèrement, qu'il y ait un seul où on soit
capables de voir le refus, mais également le consentement pour la personne. Dr
Chaudhury?
M. Chaudhury (Prosanto) : Mais
il existe des registres, dans d'autres juridictions, qui sont en ligne, qui
sont accessibles, qui ne demandent pas qu'on reçoive un papier, qu'on le
renvoie. C'est assez simple. On peut... Le registre aux États-Unis, Donate
Life, on peut le faire de son iPhone rapidement. Alors, il me semble que nous
avons les technologies pour rendre ça faisable rapidement.
M. Fortin :Très bien. Des questions sur votre financement, parce que
vous avez commencé votre allocution en disant qu'on est l'organisme, à
Transplant Québec, qui est en charge de la coordination du processus des dons
d'organes, mais ça veut dire que si vous n'avez pas le financement nécessaire,
ça ne marche pas comme ça devrait fonctionner non plus, là. Alors, est-ce qu'on
se... et corrigez-moi si j'ai tort, j'espère que j'ai tort... est-ce qu'on se
prive de dons d'organes au Québec parce que Transplant Québec ne reçoit pas le
financement à la hauteur nécessaire?
Mme Bouchard (Martine) : Je
pense qu'on pourrait faire mieux. Je pense qu'il est... Il y a des... il y a
certainement des occasions qui sont ratées, pour toutes sortes de bonnes raisons.
On parlait de la sensibilisation, on parlait de l'encadrement tantôt, on
parlait des moyens de financement, mais ce qui est surtout important de dire,
c'est que, si on regarde le financement juste de la portion de Transplant
Québec et on s'assure que les ressources nécessaires soient octroyées, il faut
également aller à l'autre bout de la... à l'autre bout de la chaîne et regarder
toute la notion de transplantation... aussi. Donc, ça ne peut pas être
uniquement à l'intérieur d'un centre ou d'une organisation en dons d'organes,
il faut que le financement soit pour l'ensemble de la boucle pour s'assurer que
tout le monde soit disponible et accessible.
M. Fortin :Très bien. Je vais peut-être prendre le temps qui reste, M.
le Président... Sur la question du consentement présumé, là, vous indiquez,
essentiellement... et, en fait, vous l'indiquez dans votre mémoire, vous l'avez
redit ici d'entrée de jeu, que c'est une portion d'un... d'une loi-cadre qui
est nécessaire. Donc, ça fait partie de... des... de ce qui pourrait être mis
en place pour faciliter le don d'organes, avec un... toutes les autres mesures
que vous mettez de l'avant. Moi, je suis d'accord avec vous là-dessus.
En fait, je vais vous le dire comme ça,
puis peut-être que... On serait fous de ne pas prendre votre mémoire et de dire :
Bien, voici une marche à suivre. Et c'est un message que je passe à mes
collègues, entre autres, là. Il n'y a personne de mieux placé que vous pour
nous dire c'est quoi, les meilleures pratiques, comment ça fonctionne en ce
moment, qu'est-ce qu'on peut faire de... qu'est-ce qu'on peut faire de mieux et
qu'est-ce qu'on a besoin comme organisme... organisme avec une charge si
importante. Alors, j'encourage mes collègues à vraiment, lors de nos
délibérations, là, se fier sur le document que vous nous soumettez, parce que,
comme vous l'avez dit, les experts internationaux qu'on a au Québec là, sont
ici, autour de la table, avec nous. Merci énormément de votre présentation et
du travail que vous faites, à tous les trois.
Mme Bouchard (Martine) : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le député. C'est bon?
Alors, M. le député des Îles-de-la-Madeleine, s'il vous plaît.
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Je bénéficie de combien de temps pour...
Le Président (M. Provençal)
:...
M. Arseneau : 3 min 18 s?
Heureusement qu'on s'est déjà parlé, effectivement, Mme Bouchard, Dr Weiss et
Dr Chaudhury. Moi, je voudrais aborder un élément qu'on a pu lire dans Le Devoir
hier ou avant-hier, concernant une tournée, une consultation qui pourrait
s'apparenter à ce qu'on a fait pour le processus là, d'adoption d'une loi sur
l'aide médicale à mourir. Est-ce que c'est, pour vous... Parce qu'on a parlé de
sensibilisation, on a parlé du fait qu'il y a quand même des questions très,
très sensibles...
12 h (version révisée)
M. Arseneau : ...est-ce que c'est
pour... pour vous... Parce qu'on a parlé de sensibilisation, on a parlé du fait
qu'il y a quand même des questions très, très sensibles. Puis, même si on
change le cadre de la loi, si la population n'est pas nécessairement
sensibilisée à toute la question, il va manquer un élément.
Est-ce que vous voyez ça comme une étape
préalable, l'idée... Là, on a un mandat d'initiative aujourd'hui qui porte
principalement sur le... la présomption de consentement. Vous nous dites, il
faut élargir le débat, il faut un nouveau cadre législatif. Une consultation
élargie, ça se situe où, selon vous?
Mme Bouchard (Martine) : Bien,
d'abord, je vous dirais, le mandat d'initiative, c'est sur le don d'organes en
général, et la commission... ou le mandat d'initiative aujourd'hui, d'entendre
une multitude d'experts et plusieurs personnes, et suite à un dépôt de loi où
il y aura probablement une autre commission parlementaire, sera sur une
occasion de rêve de consulter les gens. Ce qu'on dit, nous, c'est que, oui, la
portion du consentement présumé, c'est un élément qui est important, mais on
doit entendre les gens, ce que vous êtes en train de faire. Alors, je ne sais
pas si Prosanto, Dr Chaudhury ou Weiss, vous voulez rajouter.
M. Weiss (Matthew) : Non, je
pense que c'est...
M. Arseneau : Bien, en fait,
ma question plus précisément, c'est que... Moi, je ne le sais pas, si c'est une
impression que vous partagez, c'est qu'on a encore du chemin à faire dans la
sensibilisation à l'importance du don d'organes et que ça devienne presque un
réflexe, et justement qu'on en arrive à une situation comme en Espagne, où les
gens ne se posent pas la question, c'est la chose à faire. Et mon questionnement,
c'est : Comment est-ce qu'on peut, au-delà du mandat d'initiative qui dure
deux jours, deux jours et demi, s'assurer que, pendant un certain temps, il y
ait une espèce de dialogue social, une espèce de permanence de ces échanges-là
au delà du cadre de la commission, pour qu'on en discute dans les médias, qu'on
en discute dans les chaumières puis qu'éventuellement... que le projet de loi
vienne répondre à cette espèce d'aspiration des Québécois de faire mieux?
Mme Bouchard (Martine) : Si
on se fie à l'exemple ou l'expérience de la Nouvelle-Écosse, dans le fond, au
niveau de la sensibilisation, ça a été porté par le gouvernement en place, qui
a fait une sensibilisation massive auprès de la population, avec des
discussions, avec la notion de consentement présumé, soit, mais la notion de
discussion, sur une période de pratiquement deux ans. Donc, cette notion de
sensibilisation là, auquel on fait référence d'ailleurs dans le mémoire, est
hyperimportante, et ça pourrait être une avenue aussi à regarder.
M. Arseneau : Et vous voyez
ça comme une démarche parallèle, ou préalable, ou concurrente à l'adoption...
au processus d'adoption de la loi.
M. Weiss (Matthew) : Mais c'est
sûr que je dirais que, plus que la loi soit alignée avec les valeurs de la
société, plus que la loi va être cohérente et applicable après. Donc, c'est sûr
que plus qu'on sait sur les désirs, et les connaissances, et les volontés de la
population en général, mais mieux on va être capables de créer une loi qui
corresponde à ces... à ces volontés.
M. Arseneau : Oui, les
volontés, voire les réticences aussi, il peut... ou les préjugés, ou les idées
reçues.
M. Weiss (Matthew) : Et les
populations vulnérables aussi, parce que c'est sûr que les... on a quand même
une population qui est multiculturelle, donc c'est sûr qu'il y a peut-être des
populations qui sont plus ou moins d'accord avec un changement de régime de
consentement.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le député. Et
merci surtout aux représentants de Transplant Québec pour, d'une part, votre
présentation et, d'autre part, pour la qualité des échanges qu'on vient d'avoir
avec vous.
Sur ce, je vais suspendre temporairement
les travaux pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 12 h 09)
(Reprise à 12 h 12)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, bienvenue à vous. Pour votre
présentation, vous avez 10 minutes, et par la suite nous allons procéder
aux échanges. Alors, je vous cède immédiatement la parole.
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) : Merci.
Merci, M. le Président. Merci à la commission pour l'invitation. Donc, je suis
Mélanie Bourassa Forcier, professeure titulaire à la Faculté de droit de
l'Université de Sherbrooke et Fellow au CIRANO. Je suis accompagnée de Luna
Altarbouch, qui est une de mes anciennes étudiantes, et pharmacienne, ainsi que
chargée de cours à la Faculté de droit de l'Université de Sherbrooke, et
Me Nicholas Hébert-Gauthier, aussi un ancien étudiant de la Faculté de
droit de l'Université de Sherbrooke. Les deux personnes qui m'accompagnent sont
co-auteurs du rapport dont nous allons parler aujourd'hui.
Donc, je vais vous guider, parce que je ne
peux partager le PowerPoint, donc je vais vous guider avec la présentation que
vous avez en main. Donc, la première diapo, en fait, je vous présente le
rapport que l'on a préparé à l'aide d'un... d'un financement Mitacs. C'est...
c'est un rapport CIRANO. Donc, on a abordé quatre thèmes, puis ce rapport est
disponible aussi sur Internet, donc le consentement, le rôle et l'influence de
la famille et des proches du défunt, la formation des médecins et autres
professionnels de la santé et la sensibilisation du public, et l'organisation
et la procédure des thèmes qui ont été abordés afin d'évaluer comment on
pouvait, au Québec, optimiser le don d'organes. On a étudié
10 juridictions, donc l'Australie, la Croatie, l'Espagne, la France, la
Pennsylvanie, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Écosse, la Colombie-Britannique,
l'Ontario et le Québec.
Donc... pardon, la prochaine diapo porte
sur le constat qui découle de cette étude, qui est quand même volumineuse.
Donc, notre constat, c'est qu'à la... après étude des différentes juridictions
où il y a un consentement présumé ou un consentement explicite, il est
impossible de conclure que l'un ou l'autre mode de consentement mène, lui seul,
à une augmentation des dons... du don d'organes.
Le Royaume-Uni, en fait, a récemment,
comme vous le savez, adopté un modèle de consentement présumé. Il y a
différentes études qui portent, là, sur l'impact de l'adoption de ce modèle-là,
ici, je vous en cite une, et c'est très difficile de déterminer si le
consentement présumé mène ou pas à une augmentation du don d'organes. Et parmi
les facteurs, en fait, qui... qui ont un impact sur le nombre de dons, on
identifie évidemment, là, la pandémie, la pratique organisationnelle, la
formation des professionnels, les croyances, la religion, la peur qu'on ne
fasse pas les efforts pour garder en vie — ça, c'est quand même
quelque chose qu'on voit ressortir dans différentes études — la
méconnaissance, évidemment, de la volonté du défunt, la procédure relative au
don qui est méconnue puis qui peut s'avérer complexe pour... pour la famille du
défunt et aussi le sentiment de don forcé. Donc, c'est ce qui ressort de cette
étude-là, mais aussi de d'autres types d'études.
Lorsque vous lisez notre <rapport...
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
...mais aussi de d'autres types d'études.
Lorsque vous lisez notre >rapport,
on a différentes recommandations et on a décidé d'axer ici sur six
recommandations principales, mais de vous parler de deux de ces
recommandations, compte tenu des présentations qui ont eu lieu devant la
commission, pour éviter de répéter ce qui a déjà été dit. Donc, parmi les
six... bien, en fait, les six recommandations aujourd'hui sur lesquelles on
souhaite attirer votre attention, il y a celle de créer une loi spécifique sur
le don d'organes regroupant l'ensemble des modalités propres au don d'organes
au Québec, donc Transplant Québec y a fait référence; créer un registre, ça
aussi on y a fait référence, donc facilement accessible permettant
l'inscription d'un consentement ou d'un refus; créer une formation obligatoire
sur le don d'organes pour les professionnels de la santé et accroître la
sensibilisation du public; sensibiliser et consulter les familles, notamment
pour éviter le veto, ce sur quoi on va axer aujourd'hui; exiger un
référencement systématique et obligatoire par les établissements de santé et de
tous les donneurs potentiels dont le décès est imminent ou survenu et créer des
audits s'inscrivant dans un processus d'évaluation continu; et enfin entreprendre
une réflexion... une réflexion, pardon, de société sur le sujet du consentement
présumé, recommandation sur laquelle nous allons aussi axer aujourd'hui.
Donc, pour vous guider, je suis maintenant
à la diapo cinq du PowerPoint que vous avez devant les yeux. Donc, comme
je vous disais, nous allons axer sur la recommandation qui concerne la
sensibilisation et la consultation des familles pour éviter le veto. Je suis
très heureuse, on a... on a eu l'occasion, là, de brièvement entendre
Transplant Québec. Comme nous étions dans un test de son, donc on n'a pas tout
entendu, mais on a abordé plus spécifiquement ce sujet. Donc, c'est important
de mentionner que, dans toutes les juridictions étudiées, donc que l'on soit en
présence d'un modèle de consentement explicite ou de consentement présumé, donc
dans toutes les juridictions, la pratique médicale est celle de respecter, en
fait, la volonté de la famille, que le proche ait ou non... en fait, que le
proche ait manifesté, par exemple, un consentement au don ou, en fait, qu'il
n'y ait pas de consentement ou de refus d'inscrit.
On l'a mentionné, au Québec, le Code civil
du Québec prévoit qu'il est important de respecter la volonté du défunt, et
cette volonté du législateur s'inscrit d'ailleurs dans une volonté de
reconnaître le droit à l'autonomie décisionnelle. Et c'est vraiment... on est
présentement dans une ère du respect du droit à l'autonomie décisionnelle. Par
contre, on apporte une exception dans le Code civil et qui concerne
l'expression «motif impérieux». On l'a indiqué plus tôt, Transplant Québec vous
l'a indiqué, la définition d'un motif impérieux n'est pas fournie, donc ça peut
être difficile de déterminer ce que veut dire l'expression «motif impérieux».
À la diapo sept, je vous indique ici
le taux de refus, en fait, des familles, qui... qui émane, en fait, du
rapport 2022 de Transplant Québec. On voit quand même qu'il y a un taux de
refus qui se rapproche de 24 %... en fait, 25 % par les familles. Et
il faut savoir que ce refus-là, par les familles, de procéder au don, c'est un
refus qui peut découler du fait qu'on ne connaissait pas la volonté du défunt
ou que le défunt a consenti, mais parce que la décision de consentir au don est
trop difficile, lors, par exemple, du décès, la famille va choisir d'opter pour
le refus, en fait, le refus du respect du consentement. Par ailleurs, on note
qu'il y a quand même 80 % des Québécois qui jugent que la famille ne
devrait pas aller à l'encontre de la volonté de leurs proches.
Lorsqu'on regarde plus spécifiquement ce
que pourrait impliquer la définition de «motif impérieux» — là, je
suis à la diapo huit — et qu'on regarde la littérature et même les
débats parlementaires, il y a... en fait, c'est plutôt anémique en termes de
discussion sur le sujet. Ma collègue Louise Bernier a publié un article qui
porte notamment sur l'expression «motif impérieux», et elle y indique, en fait,
que, de façon générale, dans la doctrine, on va considérer qu'un motif
impérieux va plutôt s'associer à une question d'ordre public. Donc, par
exemple, le refus de la famille de respecter le consentement du défunt parce
que le choc était trop important, si on s'en tient à une définition stricte de
l'expression «motif impérieux», ça ne devrait pas être un motif, en fait, de
respect du veto de la famille. Ceci dit, toujours ma collègue allègue le fait
que le fait de ne pas respecter le veto de la famille peut s'avérer non éthique
dans les circonstances. Et d'ailleurs, on vous l'a mentionné, Transplant Québec
vous l'a mentionné, ça peut être particulièrement difficile pour les cliniciens
de ne pas respecter la volonté de la famille, qui s'avère contraire à la
volonté du défunt.
Ici, je tiens... je tiens à <porter...
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
...la volonté du défunt.
Ici, je tiens... je tiens à >porter
à votre attention, en fait, un... En fait, c'est deux droits qui
s'entrechoquent, et on a parfois tendance, souvent dans notre formation
juridique ou même lorsqu'on est formé en éthique clinique, à voir un côté du
droit ou de l'éthique et non pas l'autre côté. Donc, lorsqu'on est... lorsqu'on
est formé en droit, on va regarder... ou en éthique clinique, on va regarder le
droit de la personne qui est devant nous, donc, par exemple, le droit ou le
respect des droits de la famille qui est devant nous, comme médecin, c'est
vraiment un réflexe que l'on a, et on oublie les gens qui sont de l'autre côté,
donc qui sont en attente d'un don et qui pourraient décéder du fait qu'on
pourrait refuser de procéder au don et de... et de respecter, en fait, le
consentement du défunt au don. Donc, ça, c'est très important de toujours
garder ces deux... ces deux perspectives en tête pour s'assurer de prendre une
bonne décision au niveau éthique et même légal. Donc, je vous dis ici, dans la
diapo, là, lorsqu'on refuse, par exemple, de suivre le consentement du défunt,
on répond à quel droit par rapport à l'impact de ce refus-là, pour, par
exemple, jusqu'à huit personnes qui pourraient bénéficier du don d'organes dans
certaines situations.
• (12 h 20) •
J'ai voulu me concentrer sur l'ampleur du
respect du droit à l'autonomie décisionnelle ici, au Québec, et c'est la raison
pour laquelle, à la diapo 10, je vous réfère, en fait, à ce qu'on fait en
termes de soins de fin de vie et d'aide médicale à mourir, où, en fait, on...
de plus en plus, on axe sur cette importance de respecter l'autonomie
décisionnelle de la personne, son choix de fin de vie. Donc, je tenais à porter
cet élément-là à votre attention.
À la diapo 11, j'ai creusé encore
plus loin pour évaluer dans quelles circonstances on pouvait aller à l'encontre
des droits, par exemple, de la personne décédée afin de respecter, par exemple,
la famille ou se... afin de s'impliquer plus dans un processus de réflexion
éthique pour que cette famille-là vive mieux avec le décès. Et je vous réfère
ici, donc, à la diapo 11, au sujet de l'accès aux renseignements
personnels du défunt. Et c'est... en fait, c'est la Commission d'accès à
l'information qui nous dit qu'«un organisme public peut communiquer un
renseignement personnel concernant une personne décédée à son conjoint ou à
l'un de ses proches. Il faut cependant que ce renseignement soit susceptible
d'aider cette personne dans son processus de deuil. De plus, si la personne
décédée a consigné par écrit son refus d'accorder ce droit d'accès, l'organisme
public ne peut pas donner suite à la demande des proches». Donc, c'est à garder
en tête.
Finalement, il faut se poser aussi la
question : Lorsqu'on refuse, en fait, de faire droit au... à la volonté du
défunt parce qu'on réalise que c'est trop difficile pour la famille d'accepter
finalement le don d'organes, est-ce qu'on se penche sur le bien-être de la
famille au moment présent ou sur le bien-être de la famille dans un... dans...
par exemple, dans un moment futur, par exemple, dans les prochaines années?
Qu'en est-il si la famille, plus tard, a besoin, elle, d'un don d'organes?
Qu'en est-il si la famille, elle, réalise qu'elle aurait pu sauver des vies?
Donc, il faut garder ça dans l'équation. Puis c'est pour ça que ça va être très
important de sensibiliser les familles.
Dernière recommandation sur laquelle on
souhaite axer, c'est entreprendre une réflexion de société sur le sujet du
consentement présumé. Donc, ce qui est très important, puis je pense que ça
ressort des présentations, c'est l'importance de donner confiance. On a ici,
là, la même discussion qu'en lien avec le partage des données personnelles, par
exemple cette crainte de certaines personnes à l'effet que peut-être que des
soins ne seraient pas donnés parce qu'on voudrait utiliser leurs organes. C'est
vraiment toute une question de confiance sur laquelle on doit travailler puis
c'est la raison pour laquelle c'est important de travailler avec les parties
prenantes et avec les... la population.
Consulter les communautés autochtones. Je
n'ai vu personne représentant les communautés autochtones invité à la commission
et je pense que c'est capital, parce qu'on voit dans ces communautés un
entrechoquement, en fait, de valeurs, beaucoup entre les différentes
générations. Le rapport par rapport au corps est particulier. Donc, c'est
important de s'assurer de consulter les communautés. Par exemple, dans
certaines communautés, il y a tout un processus, un rituel qui est mis en place
lorsqu'un enfant est mort-né, et donc c'est peut-être un rituel qui doit être
mis en <place...
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
...lorsqu'un enfant est mort-né, et donc c'est peut-être un rituel
qui doit être mis en >place lorsqu'il s'agit de pouvoir procéder aux
dons.
Enfin, c'est important d'avoir un
registre, comme je le disais, un seul registre qui va faciliter, en fait, l'inscription
du consentement ou du refus. Je ne pouvais pas m'empêcher de dire : Éviter
l'exemple de la SAAQ, s'il vous plaît. C'est quelque chose qui est fort
complexe. Je trouve difficile, j'ai fait le test avec mes étudiants et
étudiantes, c'est difficile d'enregistrer son consentement. Mon consentement n'est
pas enregistré à la RAMQ parce que c'est trop complexe. Donc, il faut penser à
un registre qui est facile d'accès et peut-être envisager différentes options
aussi, par exemple la possibilité de consentir à donner tous ses organes ou
seulement certains. Donc, il faut penser à différentes modalités, modalités qui
pourraient permettre en fait d'accroître la confiance des individus envers le
don d'organes.
Donc, voilà. Je vous remercie, ça conclut
la présentation. J'ai fait vite parce que je sais que la commission est en
retard. Donc, on est disponibles.
Le Président (M. Provençal)
:Et je me suis permis de vous laisser
aller sur votre présentation, grâce à la collaboration de la députée de
Bonaventure, parce que c'était important d'avoir votre présentation au complet.
Alors, sur ce, Mme la députée de Bonaventure, allez-y.
Mme Blouin : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci à vous, de votre temps aujourd'hui. Merci aussi de nous
emmener ailleurs avec vos réflexions, avec votre expertise, c'est vraiment
intéressant.
Bien, en fait, vous venez d'en parler,
Transplant Québec aussi, j'ai envie de vous emmener tout de suite sur le fait
de préciser dans la loi les motifs impérieux. Je me demande : Ça
ressemblerait à quoi? Comment on peut faire ça?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) : Vous
savez...
Mme Blouin : C'est une grande
question.
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
Oui. Bien, en fait, quand j'écoutais Transplant Québec, je réfléchissais en
même temps puis j'ai apprécié qu'on ait... qu'on ait posé la question aussi,
mais je crois que c'est M. Fortin qui a posé la question. Je... normalement,
comme, lorsqu'on construit les lois, on va tenter de faire en sorte qu'elles ne
nous limitent pas dans le temps. Donc, il faut quand même les construire pour
qu'elles puissent évoluer avec l'évolution des pratiques, tu sais, dans un
contexte contemporain, pour qu'on ne soit pas toujours obligés d'aller modifier
la loi, ce qui est un processus complexe, on le sait, avec ce qui se passe, là,
donc, aujourd'hui, notamment. Donc, il faut faire attention si on prévoit des
motifs spécifiques, en fait, de refus pour s'assurer que la loi puisse toujours
être valide dans le temps.
Je ne sais pas si... En fait, là, la
difficulté, c'est... mon interprétation personnelle, c'est que la pratique
clinique où on respecte le refus de la famille, et donc qu'on ne respecte pas
le consentement du défunt, selon moi, c'est une pratique qui est contraire à la
loi. Donc, il y a une problématique, là, avec le... la loi actuelle, le Code
civil, parce qu'on n'a pas une... en fait, on va utiliser un terme technique,
là, on n'a pas une réflexivité de la norme dans la pratique médicale, et c'est
problématique. Donc, il faut soit permettre le respect du refus des familles...
Je n'irais pas jusqu'à préciser dans quelles situations, parce qu'il faut... il
faut qu'il y ait une certaine malléabilité du droit.
Mais peut-être qu'une des façons de nous
rendre à tous et à toutes la tâche plus facile, avec tout ce qui a été dit au
niveau de la sensibilisation, c'est en plus de s'assurer que, pour chaque
individu au Québec, il y ait soit un consentement ou un refus, qu'il n'y ait
pas de case vide, là, ou que, s'il n'y a ni consentement ni refus... que la
case qui prévoit, par exemple, «je souhaite que ce soit ma famille qui décide à
ma place lors de mon décès»... Donc, c'est peut-être une des façons. Mais j'aurais
des... j'aurais une réticence à prévoir des motifs spécifiques de refus dans la
loi comme telle.
Mme Blouin : ...on inscrit
dans la loi le veto familial, est-ce que ça pourrait aussi risquer peut-être de
décourager certaines personnes de s'inscrire au registre de consentement?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) : Vous
voulez dire, le fait qu'on prévoie une possibilité d'exercer un veto, ça
pourrait décourager...
Mme Blouin : Bien, en fait, s'ils
se disent : Bien, c'est ma famille qui va avoir le dernier mot de toute
façon, à quoi ça sert que je m'inscrive au registre?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) : Bien,
en fait, dans la mesure où on avait l'obligation de s'inscrire, peu importe qu'on
consente, qu'on refuse ou qu'on dise «c'est à ma famille de décider», il y
aurait cette obligation-là d'emblée. Peut-être que ça pourrait se faire lors du
renouvellement de permis de conduire, tu sais, puis en plus ce serait
périodique. À ce moment-là, on pourrait... on pourrait s'assurer que ce soit à
jour comme information. Donc, peut-être que... Je ne sais pas, Mme Altarbouch
ou Me Hébert-Gauthier, si vous voulez ajouter au niveau des propositions. C'est
les deux personnes qui ont fait des études spécifiques dans chacune des
juridictions. Donc, peut-être que vous avez quelque chose à ajouter.
Mme Altarbouch (Luna) : J'ajouterais
à ce que vous avez dit, Me Forcier, c'est avoir certains contextes avec le
consentement. C'est difficile pour une famille de prendre une décision, n'ayant
pas le contexte un peu plus complet du consentement ou du refus de la personne
concernée. Alors, si on peut amener à un certain <contexte ...
Mme Altarbouch (Luna) :
...ou
du refus de la personne concernée. Alors, si on peut amener à un certain >contexte,
comme vous avez mentionné, Me Forcier, consentement partiel écrit, mais
aussi dans quelles circonstances, dans quels moyens qu'on voit... dans quelles
circonstances qu'on pourrait prendre la décision au nom du défunt, c'est
vraiment une conversation qu'on devrait amener avec la famille pour leur amener
à mieux comprendre la volonté initiale du défunt. Puis, la majorité des cas,
quand il y a cette compréhension-là, la famille est plus encline à respecter la
volonté initiale du défunt. Ça fait que c'est ce qu'on a vu un peu.
• (12 h 30) •
Puis il y a certaines juridictions aussi
qui prévoient un refus. Par exemple, la France, si je prends l'exemple, il y a
un registre de refus, et c'est un système de consentement présumé, qui est un
système juste, donc, pour inscrire son refus dans un registre national. C'est
le seul moyen généralement qui est possible pour exprimer son refus, mais on...
par la loi, il y a des... prévoit aussi des modalités d'expression de refus qui
sont fixées par les dispositions réglementaires, notamment, non seulement le registre
de refus, mais il y a aussi un document écrit qui pourrait être écrit de la
main même du... de la personne décédée.
Alors, ça, ça amène des éléments, du
contexte et plus d'appui pour la famille pour faciliter leur choix pour aller
vers le don, ou aussi le proche. S'il veut exprimer la volonté qui a été dite
verbalement par cette personne-là, bien, ils peuvent le documenter, mais ça
doit être écrit et par témoin à l'hôpital. Alors, le... la volonté de la
famille, oui, elle est prise en considération, mais elle devrait démontrer...
être prise dans les... selon la volonté du défunt. Alors, c'est ça qu'on
recherche, à avoir... la famille à respecter la volonté initiale de la personne
concernée.
Mme Blouin : Le temps file.
J'ai encore plusieurs questions. Mais est-ce qu'on devrait peut-être définir
qui sont les proches à qui s'adresser lors de nos dernières volontés? Est-ce
qu'on devrait définir qui est la famille ou prévoir à l'avance des personnes?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) : Bien,
on pourrait s'inspirer... on pourrait s'inspirer de plein de choses, en fait,
pour déterminer, pour bien circonscrire qui est la famille. Ça pourrait être...
par exemple, on pourrait suivre ce qui se fait au niveau du droit des
successions. Donc, il y a différents modèles dont on pourrait s'inspirer. Peut-être
que de bien circonscrire qui est la famille, parce qu'on voit, là... il y a
d'ailleurs des... il y a un litige en lien avec... à qui appartiennent les
cendres d'un défunt. Donc, à qui est-ce que ça va, à l'ex-conjointe, à la mère,
au frère? Donc, oui, c'est... ce serait quand même pertinent de peut-être
circonscrire qui est la famille, bien cibler.
M. Hébert-Gauthier (Nicholas) : J'ajouterais
peut-être un élément, si vous me permettez.
Mme Blouin : Oui.
M. Hébert-Gauthier (Nicholas) :
Je pense effectivement que peut-être dans le cadre du registre unique, si on
était capables de permettre aux gens d'identifier une personne qui pourrait
avoir préséance à leur décès pour prendre la décision... peut-être que ça
réglerait la question. Parce qu'en ce moment, au Québec, c'est
l'article 15 qui prévoit, là, la hiérarchie, là, peut-être souple, de qui
peut consentir ou non, là, comparé à d'autres juridictions où c'est une
hiérarchie établie... je pense à l'Ontario où c'est une hiérarchie établie par
la loi. Donc, on va aller à tel individu, puis tel individu prend la décision,
c'est lui qui a préséance, puis, s'il n'existe pas, on va en dessus et en
dessous. Donc, peut-être de permettre à la... à la personne identifiée déjà à
l'avance, une personne... cible qu'elle... en quel elle a le plus confiance
pour prendre cette décision-là, on pourrait la lui laisser. Et sinon, à défaut,
faire des règles supplétives, là, de la hiérarchie à suivre. Ça peut être une suggestion,
mais je ne l'ai pas vu dans les autres juridictions qu'on a étudiées, ce genre
de ciblage, là, préalable.
Mme Blouin : Merci beaucoup
pour la précision. J'aimerais parler aussi maintenant des personnes qui vont
être inaptes à consentir. Et supposons, en fait, qu'une personne, de façon
éclairée, a consenti, de façon officielle aussi, que ce soit avec la Chambre
des notaires, par la RAMQ, peu importe, et que, là, elle est rendue inapte,
qu'est-ce qui se passe?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) : Bien,
en fait, en principe... Puis là vous me ramenez dans mes principes de droit, que
j'ai étudiés il y a longtemps, là, maintenant, je fais du droit de la santé, mais...
droit public de la santé. J'aurais tendance à dire que la personne, lorsqu'elle
a consenti, est-ce qu'elle était apte, en fait, à consentir? Ce serait le
réflexe que j'aurais. Ceci dit, là, on pourra... tu sais, c'est des choses qui
pourraient se préciser, là, dans la loi, là, des... certaines modalités, mais
j'irais avec ce...Tu sais, quand elle a consenti, était-elle apte? Puis c'est
ce qui est important. Si elle est apte, on respecte son consentement.
Mme Blouin : On parle
beaucoup aussi de la... de la nécessité d'avoir juste un registre. En fait,
est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu qu'est-ce que... de quelle manière
ça viendrait aider?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) : Bien,
en fait, on fait sortir différents éléments. Là, le fait d'avoir deux
registres, bien, d'une...
12 h 30 (version révisée)
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
...bien, en fait, on fait sortir différents éléments, là, le fait d'avoir
deux registres... Bien, d'une part, il y a le registre de la RAMQ, où on peut
consentir, il y a la Chambre des notaires, en fait, où on peut consentir ou
refuser. Il y a une duplication d'information, c'est difficile d'accéder, même,
à l'un et à l'autre de ces registres-là. Il pourrait y avoir une confusion
aussi, on a consenti il y a longtemps à la RAMQ puis là on va voir son notaire
puis on dit autre chose. Donc, ça peut... Ça peut créer de la confusion.
Donc, d'avoir l'information regroupée dans
un seul registre, c'est quelque chose qui... C'est juste plus efficient, en
fait. Et aussi, comme vous le disait Transplant Québec, cette... L'information
pourrait aussi... Tu sais, il pourrait y avoir un registre avec deux volets, un
volet où l'information peut être aussi consultée par Transplant Québec, pour
faire, par exemple, des études sur la performance, et tout ça, là. Donc, d'avoir
tout concentré en un seul endroit, ce serait l'idéal.
Mme Blouin : On sait
aussi à quel point c'est... c'est...
Mme Altarbouch (Luna) :
...
Mme Blouin : Oui,
allez-y, Mme.
Mme Altarbouch (Luna) : Je
voulais juste ajouter le point aussi, avoir la facilité, pour la personne qui
change d'avis, que ça soit pour pouvoir enlever son consentement ou son refus,
le modifier, avoir une seule place où est-ce qu'on devrait faire ça, pour
enlever l'élément de confusion. Et un élément de convivialité, que ça soit plus
rapide, qu'on puisse le consulter. Il y a beaucoup de gens qui ne sont même pas
capables, ils sont... Ils ne s'en rappellent même pas, s'ils ont fait l'enregistrement,
ça fait très longtemps. Et, au niveau de la validité du consentement, est-ce que
ça pourrait être plus répétitif et périodique.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la députée. M. le
député de Pontiac, vous prenez la suite.
M. Fortin :Oui. Merci, M. le Président. Bonjour à vous trois. Merci.
Merci d'être avec nous, de nous partager votre expertise, expérience et votre
recherche. Mme Forcier, vous avez mentionné le registre de la RAMQ comme
étant particulièrement complexe. Je pense que vous nous avez dit, vous-même,
là, vous n'êtes pas enregistrée sur le... sur le registre de la RAMQ. Mais,
dans les données qu'on a... Puis vous n'êtes pas la seule, je le dis
ouvertement, moi non plus, là, moi non plus. Ma carte est signée, je suis
enregistré à la Chambre des notaires, mais pas au registre de la RAMQ. Mais,
pourtant, quand on regarde les chiffres qui nous sont fournis, la... On semble
indiquer qu'il y a... J'ai vu, quoi, 3 millions de personnes inscrites sur
le registre de la RAMQ. Comment ces gens-là ont réussi, si vous, moi puis la
moitié du monde autour de la table ne l'a pas fait?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
Bien, en fait, je pense que ça dépend de plusieurs facteurs. Il y a le
facteur temps. Je suis certaine que je pourrais être enregistrée si je prenais
le temps et si j'avais la patience parce que c'est toute la question du code SÉQUR,
puis là tu te renvoies ça, puis ça... Quand on a un horaire chargé, on n'a pas
le temps. Je serais curieuse de savoir c'est... Qui est la population, qui sont
ces 3 millions, parce que pour avoir fait le test, j'ai... Lorsque j'enseigne,
lorsque je donne mon cours où j'aborde le sujet du don d'organes, à chaque
année, mes étudiants et étudiantes sont dans la classe, elles veulent... Les
étudiantes veulent aller s'inscrire, et ça ne fonctionne pas. Donc, elles... Tu
sais, ils et elles abandonnent, là, donc il y a une problématique, et on parle
de gens qui ont un niveau supérieur de scolarité.
M. Fortin :Et d'où ma question. Je peine à comprendre qui sont ces trois
point quelques millions de Québécois, là. Effectivement, il y a peut‑être une
petite validation à faire de ce côté-là pour comprendre qui ils sont.
Vous êtes les premières personnes à nous
mentionner la possibilité de vouloir donner certains organes. Est-ce que vous
pouvez spécifier un peu? Est-ce que c'est fait ailleurs? Est-ce que c'est... Est-ce
que ça fonctionne bien? Est-ce que... Disons que vous avez piqué ma curiosité.
M. Hébert-Gauthier (Nicholas) :
Mélanie, si je peux me permettre. En Nouvelle-Écosse... En Nouvelle-Écosse,
ils permettaient, à l'époque... On n'a pas fait les mises à jour, mais avant la
réforme de 2021, ils permettaient, là, de désigner certains organes, le cœur,
entre autres, est souvent un organe sensible pour certaines communautés, entre
autres, religieuses où c'est un organe qu'ils ont moins tendance à vouloir
donner. Ça fait que, des fois, ça peut être un frein à vouloir consentir au
reste des organes si on sait que celui-là pourra être donné.
Et aussi j'ajouterais un autre élément, il
y a le consentement des organes spécifiques. On ne l'a pas vu dans d'autres
juridictions, de mémoire, mais il y a aussi le don dirigé. En Pennsylvanie, la
loi permet qu'on peut donner une sorte de droit de premier refus, ou du moins,
une priorité, là, ce n'est pas... ce n'est pas le bon terme, pardon, envoyer l'organe
à un individu spécifique, et, s'il y a compatibilité, il pourrait avoir
priorité sur les autres, et ensuite, si on ne peut pas l'utiliser, bien là,
obligatoirement, il doit pouvoir être utilisé à d'autres fins, là. Donc, la
personne ne peut pas juste désigner une personne, et non. Donc, c'est d'autres
avenues qui sont envisagées, et on voit quand même que la Pennsylvanie ont des
bons taux. Je ne dis pas que... Je ne pense pas que c'est nécessairement
l'élément clé, mais ça en fait partie et ça ne semble pas avoir <freiné...
M. Hébert-Gauthier (Nicholas) :
...pas que... Je ne pense pas que c'est nécessairement l'élément
clé, mais ça en fait partie et ça ne semble pas avoir >freiné non plus
le... leur taux de dons d'organes.
M. Fortin :Mais, quand ils ont fait leur changement, là, vous avez
mentionné la Nouvelle-Écosse, par exemple, quand ils ont fait leurs
changements, récemment, ils ont enlevé cette possibilité-là?
• (12 h 40) •
M. Hébert-Gauthier (Nicholas) :
J'ai... On n'a pas... Je n'ai pas le souvenir s'ils l'ont fait. Non, je
n'ai pas vu le formulaire entre temps. Le rapport est sorti, en fait, avant
l'entrée en vigueur de la loi, et il y a beaucoup de choses qui ne sont pas
précisées à même la loi, c'est à même la pratique, les formulaires qui sont
faits par l'équivalent de Transplant Québec en Nouvelle-Écosse.
M. Fortin :OK. J'aimerais vous entendre davantage sur la notion des
communautés autochtones. Et vous nous rappelez à l'ordre correctement, là, sur
ces... sur ces questions-là, peut-être une grave omission de notre part pour
cette phase-ci, disons, de ce discours sociétal qu'on a. Mais vous semblez
connaître certaines des... peut-être des notions spécifiques à certaines
communautés autochtones. Alors, j'aimerais ça vous entendre davantage
là-dessus, si c'est possible.
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
Oui, juste avant, pour terminer, sur votre question précédente, c'est
important de garder en tête que la question du choix de pouvoir choisir quels
organes on donne, ça crée quand même des... une certaine résistance. Donc, il
ne faut pas oublier... Donc, à certains égards, il y a un accroissement de la
confiance, parce qu'on sait qu'on peut juste choisir les organes qu'on souhaite
donner, mais, d'un autre côté, il y en a qui voient ça plus négativement. Donc,
juste, je tenais à le préciser.
Oui, pour les communautés autochtones, en
fait, on réalise même un projet sur le sujet du consentement présumé dans les
communautés, et c'est un projet que j'ai beaucoup de difficulté à faire parce
que c'est un sujet très délicat à aborder dans les communautés. Et, jusqu'à
présent, lorsque j'ai réussi à aborder ce sujet-là avec des représentants de
certaines communautés, et ça... Et la perception est différente aussi d'une
communauté à une autre.
C'est... C'est... Comme les soins de fin
de vie, d'ailleurs, c'est deux sujets extrêmement délicats. Et les discussions
que j'ai eues, c'était... Vraiment, c'est qu'il y a... Il y a un rapport au
corps qui est... qui est particulier dans plusieurs des communautés, mais il y
a vraiment un entrechoquement de valeurs. C'est que, d'une part, dans beaucoup
de communautés, on va devoir bénéficier de dons, notamment au niveau du rein,
du foie. Donc, il y a ce besoin-là de dons, mais, d'un autre côté... Puis là,
là, je suis moins... C'est... Vraiment, là, je vous inviterai à parler à des
gens de communautés, mais au niveau, par exemple, des croyances puis des
rituels lors du décès, dans certains cas, c'est important, par exemple, d'être
enterré dans son entier. Donc, il y a... Il y a un entrechoquement de valeurs,
mais il semble que les dernières générations soient beaucoup plus ouvertes à
ces sujets-là, dons d'organes, soins de fin de vie, que les plus vieilles
générations. Donc, c'est pour ça que c'est important, pour susciter
l'adhésion de la... des communautés, mais de leur population, de travailler avec...
avec elles pour bien faire les choses, puis que ça soit finalement acceptable,
là, d'un point de vue sociétal.
M. Fortin :Très bien, je vous remercie. Je pense que ma collègue avait
peut-être quelques questions également. Merci, Mme Forcier.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci.
Merci, M. le Président. Merci d'être ici. Entre hier et aujourd'hui, à vous
écouter, on voit qu'il y a beaucoup de... Il y a beaucoup de lacunes pour avoir
une meilleure... un meilleur système, disons. Et puis, dans vos recommandations,
et les autres groupes, ils nous ont beaucoup mentionné des... l'acceptabilité
sociale. Donc, pendant que nous faisons ceci, il faudra comme commencer à faire
jaser et parler de ce sujet-là afin que, lorsque, si un jour, on aura une loi
qui améliore ce système‑là, que ça soit mieux accepté. Dans votre opinion,
qu'est-ce que vous suggérez afin que ça soit bien... bien entendu par les
Québécois?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
Bien, en fait, c'est... C'est une de mes expertises, là, je travaille de
plus en plus sur la participation des parties prenantes dans l'élaboration des
politiques pour favoriser leur acceptabilité. Donc, votre question est tout à
fait appropriée.
Mes travaux démontrent que pour qu'une
loi... Tu sais, pour qu'il y ait une réceptivité à une nouvelle loi, par
exemple, à une nouvelle norme... Les travaux de la commission sont parfaits,
mais c'est des experts qui présentent présentement. Donc, il faut aller vers la
population, et pour le faire il faut des... Il faut, par exemple, faire des
sondages, faire des ateliers de travail, des séances de <discussion...
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
...il faut des... Il faut, par exemple, faire des sondages, faire
des ateliers de travail, des séances de >discussion ouverte avec le
public. Puis c'est fou, hein, même si on ne modifiait pas le Code civil, par
exemple, en bout de ligne, ou on n'adoptait pas de loi en bout de ligne, le
simple fait de faire cela représenterait en fait une façon d'accroître le don
parce que les gens ne... On ne parle pas du don. Moi, je serais curieuse de
savoir aujourd'hui qui a déjà vu une promotion sur le don d'organes de
Transplant Québec. Lorsqu'on regarde, par exemple, les vidéos YouTube où on
parle du don d'organes, le nombre de vues est particulièrement limité.
Donc, c'est... C'est vraiment un
incontournable d'aller vers la population puis de travailler avec la population
parce que c'est quelque chose qui devient même irrationnel en termes de
raisonnement. Donc, il faut que les gens comprennent ce que ça implique, le
don, qu'on ne va pas aller... On ne va pas éviter de soigner des gens pour
pouvoir aller chercher les organes. Donc, il faut... Il faut créer de la
confiance puis il faut voir... Il faut que les gens puissent voir le potentiel
de... du don pour sauver d'autres vies. Et on ne... On ne parle pas assez de
cet autre volet là, quelles sont ces vies-là qui sont sauvées à cause du don
d'organes.
Le Président (M. Provençal)
:...le temps est écoulé, Mme la
députée. Alors, M. le député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M.
le Président. Bonjour. Merci. À mon tour de vous... de vous remercier d'être
là. Merci pour l'apport plus qu'utile.
Vous avez dit tout à l'heure, Me Forcier,
qu'il faudrait qu'on ait une sensibilité particulière pour les communautés
autochtones, les Premières Nations, je suis d'accord. Je ne suis pas
anthropologue, je ne sais pas trop comment faire ça, mais je suis d'accord à y
porter attention. Qu'en est-il des communautés culturelles autres?
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
La même chose. C'est... Il faut faire... C'est exactement... Il faut faire
ce travail-là, travailler avec les communautés marginalisées. Lorsqu'on a
réalisé l'étude, on a bien réalisé que, dans certains pays où on avait adopté
le consentement présumé, il y avait eu même une baisse en termes du nombre de
dons, et c'était lié beaucoup à une résistance de la population, des
populations parfois très religieuses, où on sentait qu'on leur enlevait le
droit de consentir, qu'on leur imposait quelque chose, puis ça a créé ce
phénomène-là de refus au don. Donc, c'est un incontournable, il faut travailler
avec les communautés marginalisées, toutes les communautés marginalisées.
M. Marissal : OK. Je
vous entends bien. Je parle aux deux avocats... Bien, je vous parle à vous
trois, mais en particulier pour... Je crois qu'il y a deux avocats devant moi,
là, sur le... dans la réunion. Motifs impérieux. Je ne suis pas avocat non
plus. Je ne suis ni anthropologue ni avocat. Dans ce que j'ai devant moi, là,
ce que vous avez ressorti comme... comme... Ce n'est pas de la jurisprudence,
c'est de la littérature là-dessus, je vois... Je vois ce que vous... On réfère
par exemple au caractère... caractère impropre des organes, l'absence de
receveur — ça, ça va de soi — à la preuve d'un changement
de volonté du défunt avant son décès — ça, ça va de soi aussi — à
des raisons de santé publique ou à l'expression de volonté qui serait
discriminatoire ou autrement contraire à l'ordre public. Là, pardonnez-moi, là,
je ne suis pas avocat, je l'ai dit, là, je ne vois pas là-dedans quelque chose
qui ressemble à «veto familial».
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
Tout à fait.
M. Marissal : Mais je
peux me... Je peux me tromper.
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
Non, vous... Vous lisez la même chose que moi. Et j'ai... Je suis retournée
aussi dans les débats pour voir si on n'avait pas souhaité respecter la volonté
de la famille, et ce n'est nulle part. C'est... En fait, c'est... Il n'y a
pratiquement rien sur cette expression dans les débats puis qui ont mené à
l'adoption de la disposition. Donc, c'est vraiment dans la pratique médicale.
Puis je pense que vous l'avez, là, compris, quand Transplant Québec a présenté,
cet... ce malaise, cet inconfort des médecins puis de Transplant Québec.
C'est... Ça serait vraiment une très grosse responsabilité que de porter cette
responsabilité sur ses épaules. Donc, c'est... C'est ce qui explique le fait
qu'on respecte la volonté des familles et que c'est contraire au Code civil.
Selon moi, ce n'est pas une pratique qui est légale.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup...
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
Est-ce que c'est éthique? Ça, c'est une autre chose.
M. Marissal : Merci.
Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci
beaucoup. Merci, Mme Fortier... Forcier, pardon, et vos collègues. La
deuxième... Non, la quatrième diapo présente vos recommandations. Moi, je
les... Je les classe de deux ordres, il y a ce qui peut se faire sur le plan
légal, sur le plan de l'organisation, sur le plan même <médical...
M. Arseneau :
...il
y a ce qui peut se faire sur le plan légal, sur le plan de l'organisation, sur
le plan même >médical, et tout ça me semble à la portée des... de l'État
du Québec. La question de la sensibilisation du public, par contre, la
sensibilisation et la consultation des familles, ça, ça ne peut pas se faire
par l'adoption d'une loi.
Et je reviens là-dessus, j'en ai parlé
avec Transplant Québec tout à l'heure, comment vous voyez la séquence de la
mise en oeuvre des... de vos principales recommandations pour qu'on arrive à
l'objectif que nous partageons, que les lois soient au diapason de l'état
d'esprit et d'ouverture de la population du Québec face à ces enjeux-là qui
sont parfois évidemment délicats?
• (12 h 50) •
Mme Bourassa Forcier (Mélanie) :
Bien, en fait, personnellement, puis si mes collègues veulent intervenir,
il n'y a... il n'y a aucun problème. Donc, personnellement, je recommanderais
l'adoption d'une loi qui regroupe tout ce qui concerne le don... le don
d'organes, la réglementation qui est beaucoup plus facilement modifiable, le
cas échéant, un plan d'action.
Donc, dans le plan d'action, on prévoit la
sensibilisation, l'intégration des formations, des formations dès le primaire
pour nos enfants, pour que les enfants en discutent, de ce sujet-là, avec leur
famille, dès le primaire, pour que ça se poursuive au secondaire et, par la
suite, formation obligatoire dans les cursus, notamment au niveau de la
formation médicale et infirmière et accroissement du financement dans le plan
d'action. Parce que ça, lorsqu'on compare le financement — puis là je
n'ai pas les chiffres avec moi — mais lorsqu'on compare le
financement entre Transplant Québec, Héma-Québec, par exemple, c'est sans
commune mesure, là.
Et, au niveau du financement attribué pour
des campagnes de sensibilisation gouvernementales, moi, je n'en ai pas vu. Puis
on a vu dans nos juridictions, dans les juridictions qu'on a étudiées, que là
où il y a un fort taux de dons, cela vient avec un investissement massif en
termes de formation et de promotion, promotion menée par les gouvernements.
Donc, je ne sais pas si Luna ou Nicholas vous voulez intervenir pour ajouter à
ce sujet-là.
M. Hébert-Gauthier (Nicholas) :
J'ajouterais juste, dans certaines juridictions, bien, ça rentre moins dans
la sensibilisation, là, la formation continue obligatoire des... certains
intervenants de la santé dans différentes unités, là, des hôpitaux. Au niveau
de la sensibilisation, on voit aussi, dans certains États où il y a des
mandats, là, spécifiques aux organismes pour valoriser la sensibilisation, en
Pennsylvanie, qui est vraiment un état où le don d'organes est bon, le
ministère de l'Éducation a comme responsabilité, entre autres, de créer un
programme pour les étudiants, là, qui peut être implanté à l'école pour parler
du don d'organes. Dans les prisons, il y a aussi des discussions, il y a une
formation des employés du... des DMV, qui est l'équivalent de la SAAQ ici, où
les employés sont formés pour parler du don d'organes. Donc, quand les gens viennent
renouveler leur permis de conduire, le commis, quand vient le temps, là, de
cocher cette case-là — parce qu'eux peuvent le faire à même leur
renouvellement de permis de conduire — peut discuter de ces
éléments-là. Donc, il y a une sensibilisation à plusieurs niveaux, à l'école,
au niveau des organismes publics. Et ensuite, il y a les... la question, là, de
donner des... du financement, là, à Transplant Québec et/ou un autre organisme
pour la publicité.
M. Arseneau : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vous remercie énormément de
votre collaboration, de votre contribution à nos travaux.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
jusqu'à 15 heures. Encore merci de votre présence.
(Suspension de la séance à 12 h 53)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 heures)
Le Président (M. Provençal)
:À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
de la santé et des services sociaux reprend ses travaux. Je demande à toutes
les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques dans le cadre du mandat d'initiative visant
à étudier les moyens facilitant le don d'organes ou de tissus, notamment l'instauration
de la présomption du consentement.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants : le Collège des médecins du Québec, la Fédération des
médecins spécialistes du Québec, le Barreau du Québec et finalement des
représentants d'une famille de donneurs, conjointement avec M. Sylvain Bédard.
Dans un premier temps, comme je l'ai
mentionné, nous recevons... et je souhaite la bienvenue aux représentants du Collège
des médecins du Québec. Je vous rappelle que vous aurez 10 minutes pour votre
présentation, et, par la suite, nous allons procéder à un échange avec les
membres de la commission. Alors, sur ce, je vous cède la parole.
M. Gaudreault (Mauril) :Merci. Bonjour à tous et toutes. M. le Président de la Commission
de la santé et des services sociaux, membres de la commission, merci de nous
recevoir. Je suis Mauril Gaudreault, médecin de famille et président du Collège
des médecins du Québec depuis maintenant un peu plus de cinq ans. Je suis
accompagné du directeur général du collège, Pierre Gfeller, lui aussi médecin
de famille.
La mission du Collège des médecins est la
protection du public par une médecine de qualité. Nous sommes portés par des
valeurs d'engagement, de rigueur, de collaboration, d'intégrité et de respect.
Et c'est en vertu de ces valeurs humaines que nous avons réfléchi à la délicate
et sensible question du consentement présumé au don d'organes et de tissus.
Les dons d'organes contribuent à sauver
des vies, personne ne remet cela en question, mais est-ce que tout le monde
sait les choses suivantes : Qu'au terme du décès et en attente du
prélèvement le défunt doit être maintenu en vie plusieurs jours aux soins
intensifs? Qu'il existe la mort cérébrale et la mort cardiocirculatoire, et que
c'est en cas de mort cérébrale que le don d'organes s'exerce? Que, malgré le
consentement présumé d'un défunt, les juridictions qui appliquent cette règle
permettent malgré tout aux proches d'exercer un veto? Est-ce que tous savent
aussi que l'organisation actuelle du réseau de la santé rend incertaine la
disponibilité de lits de soins intensifs et de salles d'opération, et ce, au
moment du prélèvement ou de la transplantation des organes ou tissus issus d'un
don? Que les médecins sont en compétition pour les lits à l'unité des soins
intensifs pour y maintenir en vie quelques jours un patient décédé qui est
donneur identifié et tout autre patient victime d'un trauma ou dont la vie est
en danger? Est-ce que tous savent que les établissements de santé n'ont pas
tous des procédures d'identification et de référencement uniforme et
systématique des donneurs potentiels? Que les professionnels de la santé n'abandonnent
pas plus rapidement les soins sous prétexte que les patients ont consenti au
don d'organes ou de tissus? Et, enfin, que le prélèvement d'organes ou de
tissus n'est pas incompatible avec la disposition de la dépouille?
Au Collège des médecins, on est bien loin
d'être convaincus que tout le monde sache tout ça. Et pourtant, pour adhérer
pleinement au don d'organes et de tissus, il faut savoir ces choses-là.
Pour le collège, le consentement présumé n'est
pas central à l'augmentation du nombre de dons d'organes ou de tissus. En
Espagne, par exemple, où le consentement présumé est en vigueur depuis 1979, le
nombre de dons avait chuté. Il a fallu la mise en place d'une série d'autres
mesures 10 ans plus tard pour que ce pays rejoigne le peloton de ceux comptant
le plus grand nombre de donneurs. Avant cela, l'Angleterre et les États-Unis
dépassaient l'Espagne sans avoir à imposer le consentement présumé.
Autre exemple, au Chili, le consentement
présumé a fait carrément chuter le don d'organes parce que la population
comprenait mal la loi. Et, au Brésil, le gouvernement a dû abandonner le
consentement présumé parce que son implantation a engendré un vaste mouvement
de protestation.
En clair, un plus grand bassin de donneurs
ne se traduit pas nécessairement par une augmentation du nombre de dons réels.
Et, même si le consentement présumé entraînait une augmentation du nombre de
donneurs potentiels, cela ne signifierait pas pour autant que le nombre
d'organes disponibles et <transplantés...
M. Gaudreault
(Mauril) :
...du nombre de donneurs
potentiels, cela ne signifierait pas pour autant que le nombre d'organes
disponibles et >transplantés augmenterait. Et il y a là un risque à
prélever plus d'organes que l'on peut en greffer. Le risque de gaspiller des
organes, on n'a pas ce luxe-là, ce qui nous fait dire que, pour accroître de
manière responsable le taux de dons et le pourcentage de greffes, il faut que
plusieurs mesures d'optimisation soient déployées d'un bout à l'autre du
Québec. Le don et la transplantation d'organes ou de tissus, c'est l'affaire de
toutes et tous, du personnel soignant en première ligne jusqu'au chirurgien
spécialisé, des patients, de leurs proches et du grand public.
Pour tendre vers plus d'efficacité en
matière de don d'organes ou de tissus, il faut donc, à notre avis, agir sur
trois axes. Le premier, premier axe sur lequel il faut agir, c'est l'adhésion.
Le consentement présumé soulève des enjeux éthiques. Pour l'instaurer, il faut
que la majorité des citoyens y adhère. La population doit donc être consultée pour
dégager, s'il y a lieu, un large consensus. Il faut aussi implanter un registre
unique visant à simplifier les démarches pour le public et pour le personnel
soignant afin d'identifier les donneurs. La multiplication des registres oblige
que des recherches soient faites à plusieurs endroits, ce qui, malheureusement,
peut mener à des incohérences dans les volontés exprimées.
Avez-vous déjà tenté, vous, d'inscrire
votre volonté de faire un don d'organes à votre décès sur le site de la RAMQ?
Vous devriez essayer ça, c'est toute une aventure. Et il y a plusieurs étapes.
C'est un véritable parcours du combattant. C'est effectivement beaucoup plus
simple de s'inscrire au registre des consentements au don d'organes et de
tissus de la Chambre des notaires, mais, pour ça, il faut faire affaire avec un
notaire. Bref, signifier son consentement ou son refus au don d'organes et de
tissus au Québec, ça n'a rien de bien convivial, et ce serait, à mon avis,
encore plus problématique si le consentement devenait présumé. Avant de
s'aventurer sur cette voie-là, donc, il faut que la procédure soit simplifiée
et qu'elle soit très largement médiatisée.
Le deuxième axe sur lequel on doit agir, à
notre avis, c'est l'optimisation. Il faut que des équipes financées et dédiées
aux dons et greffes soient en place dans les établissements de santé
24 heures par jour, sept jours sur sept pour identifier les donneurs
potentiels, les prendre en charge et fournir du soutien à leurs familles. Il
faut aussi mettre fin à cette compétition en limitant l'accès aux blocs
opératoires et aux unités de soins intensifs au moment du don d'organes ou de
tissus et de leur transplantation. Dans les faits, les... des médecins doivent
argumenter pour déterminer si un patient décédé dont les organes sont destinés
à sauver une vie ou améliorer l'existence de quelqu'un doit avoir préséance
pour un lit de soins intensifs ou un accès au bloc opératoire sur un patient
victime d'un grave accident de la route, dont la vie est en péril. Des lignes
directrices s'imposent donc, et un protocole de priorisation des cas de
donneurs doit être élaboré.
Nous croyons par ailleurs que, dans le
cadre de la mise en place d'une procédure de référencement, la personne
responsable d'identifier un donneur potentiel devrait jouir d'une certaine
indépendance et ne pas être impliquée dans les soins du patient visé. On
éviterait, par exemple, qu'un médecin ait la tâche délicate d'aborder la
question du don d'organes avec un patient ayant réclamé l'aide médicale à
mourir et laisser l'impression qu'il cherche à influencer la décision du
patient ou à accélérer le processus afin de recueillir le plus d'organes
possible.
Et finalement le troisième axe sur lequel
on doit agir, c'est l'information. Il est essentiel pour nous de diffuser au
public des données claires, objectives et bien vulgarisées. Pourquoi? Pour
permettre à tout le monde de mieux comprendre le processus de dons et de
greffes et ouvrir la conversation avec les proches autour du don de nos organes
à notre décès et ainsi respecter les volontés du défunt.
• (15 h 10) •
Le mémoire que nous déposons aujourd'hui
devant la Commission de la santé et des services sociaux comporte des pistes de
solution qui, à notre avis, permettraient d'optimiser la mécanique de
prélèvement de greffes d'organes ou de tissus et de favoriser l'adhésion d'un
plus grand nombre de personnes au don d'organes ou de tissus. Selon nous, il
faut : mettre en place un registre unique de consentement ou de refus au
don d'organes; déployer des campagnes gouvernementales d'information; offrir
une formation au personnel soignant; établir des lignes directrices pour
encadrer l'accès aux blocs opératoires et aux unités de soins intensifs; dédier
et financer correctement des ressources exclusives aux dons, à la prise en charge
des donneurs et de leur famille; et finalement mandater Santé Québec pour
rendre les établissements davantage imputables quant au <signalement...
M. Gaudreault
(Mauril) :
...et finalement
mandater Santé Québec pour rendre les établissements davantage imputables quant
au >signalement de donneurs potentiels. Pour concrétiser ces actions,
une fois un large consensus populationnel obtenu, le Collège des médecins du
Québec collaborera avec le gouvernement, ainsi qu'avec toutes les organisations
œuvrant à l'amélioration du processus actuel de prélèvement et de greffe. Merci
de votre attention. Dr Gfeller et moi sommes prêts à répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup pour votre... pour
votre exposé. Alors, nous allons initier cette période d'échange avec la
députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Bonjour à vous. Merci d'être avec nous aujourd'hui. J'aimerais d'abord vous entendre
sur l'obligation de notifier les organismes qui sont responsables, en fait, de
coordonner les dons. On en a beaucoup parlé depuis hier. Puis, j'ai une
question peut-être en deux temps pour vous, c'est-à-dire que... D'abord, est-ce
que vous considérez que le faible taux de référencement, c'est dû au fait que
les professionnels ne vont pas nécessairement faire l'exercice d'identifier à
savoir si la personne est un donneur potentiel, ou c'est le référencement qui
n'est pas fait? Est-ce que...
M. Gaudreault (Mauril) :Bien, nous, pour nous, c'est plus global que ça. Je
pense... Je pense que c'est là quand on parle d'adhésion du public, de la
confiance du public, de faire connaître que cela est possible. C'est en même
temps aussi la sensibilisation de toute la communauté médicale à cela. Ça fait
que ce n'est pas dans le sens d'un référencement inadéquat. À mon avis, c'est
une discussion de toute la société québécoise par rapport au fait que le don
d'organes, c'est important, ça peut sauver des vies, et d'expliquer comme il
faut comment on veut que ça se produise.
Et, quand je parle d'adhésion du public,
c'est la confiance du public. Il faut que le public sache comment on fait ça. Donc,
toute notre façon d'organiser les soins, c'est important que ça soit clairement
identifié afin de faire en sorte que le public y adhère.
Mme Blouin : Je comprends. Mais
est-ce que vous... vous pensez quand même que cette obligation-là serait mieux
respectée si la responsabilité était attribuée aux professionnels?
M. Gaudreault (Mauril) :Bien, à des équipes dédiées. C'est pour ça qu'on parle
d'équipes dédiées, pas à tous les professionnels, pas à tous les médecins du
Québec nécessairement non plus. Et, quand il est question d'aborder cela avec
la famille et les proches du défunt, je pense qu'il faut que ce soient des
personnes qui ont été formées et sensibilisées à cette question-là qui
s'adressent à eux à ce moment-là.
Mme Blouin : J'ai aussi
quelques questions au sujet de la relève médicale. Je comprends que votre rôle
est différent de celui de l'autre groupe qu'on va voir, avec les médecins
spécialistes, mais est-ce que vous remarquez un certain désintérêt chez vos
membres devant la spécialité de transplanteur?
M. Gaudreault (Mauril) :Pas un manque d'intérêt. Je pense que je dirais, peut-être,
une sensibilisation accrue pour laquelle on serait responsables d'améliorer
cela. Je pense que les médecins... comme tout professionnel, est plus
confortable avec quelque chose qu'il connaît bien. Et, si on fait en sorte
d'offrir de la formation, quand on parlait de formation, offrir de la formation
non pas obligatoire, mais aux professionnels qui sont intéressés à s'impliquer
plus à ce niveau-là, ça serait plus payant dans ce sens-là.
M. Gfeller (Pierre) : Peut-être
pour répondre précisément à votre question, à l'heure actuelle, puis j'ai fait
quelques téléphones hier pour m'enquérir sur ce sujet-là, il semble que ça va
relativement bien pour trouver des coordonnateurs locaux de greffe dans les
établissements. C'est ce qu'on m'a dit. Par contre, du point de vue de la
relève des chirurgiens transplanteurs, il semble qu'il y a des nuages à
l'horizon. Plus tard, vous allez recevoir la Fédération des médecins
spécialistes, qui seront peut-être en mesure de répondre à ces questions-là,
puisqu'ils sont le syndicat qui représente les médecins spécialistes qui sont
impliqués dans votre question.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Vous avez émis quelques bémols dans les médias concernant le consentement
présumé. Est-ce que vous pouvez élaborer un petit peu sur ce qu'on doit garder
en tête comme parlementaires quand on va rédiger le rapport, par exemple, sur
ce sujet-là, précisément?
M. Gaudreault (Mauril) :Bien, merci pour votre question. Ça me permet d'aborder ça.
Mais, dans le mémoire, on a abordé la question, puis c'est vrai que j'ai
répondu à des médias de l'information au cours des dernières 24 heures,
mais, pour nous, ce n'est pas suffisant, ça ne marchera pas, à notre avis, ça
ne fonctionnera pas. Les risques qu'on échoue sont plus grands si on y va
seulement avec le consentement présumé. Ce n'est pas qu'on n'est pas d'accord
avec ça, là, c'est que ce n'est pas suffisant. Il faut avoir, en plus de ça,
une optimisation du fonctionnement. C'est ça que je veux dire aussi quand je
dis : Il va falloir démontrer à la population québécoise et au public,
pour qu'ils adhèrent à cela, qu'on est bien organisés pour faire ça comme il
faut, et non pas se limiter au consentement présumé.
Mme Blouin : Parfait. Je pense
qu'il y a le collègue de Saint-Jérôme qui avait une question. Ça se peut-tu? <Oui...
Mme Blouin :
...pense
qu'il y a le collègue de
Saint-Jérôme qui avait une question. Ça se
peut-tu? >Oui?
M. Chassin :...vous me permettez, M. le Président, vu la température
tropicale, n'est-ce pas? Sentez-vous bien à l'aise, d'ailleurs.
Merci beaucoup de votre présentation.
Alors, j'avoue, en toute humilité, qu'au départ il y a un effet un peu douche
froide, là, dans votre présentation. On se dit : Oui, OK, finalement, ils
ne seront pas trop en faveur. Mais, quand on vous écoute, dans le fond, vous le
formulez à la négative, mais beaucoup de gens nous ont dit exactement la même
chose, c'est-à-dire qu'on serait en faveur d'un consentement, dans le fond,
présumé, mais ce n'est pas suffisant et... mais il y a aussi d'autres
mécanismes à mettre en place. Finalement, en somme, en somme, tu sais, je
trouve qu'on rejoint beaucoup ce qu'on a entendu sur certaines balises, sur
certains éléments à mettre en place, sur certaines limites organisationnelles
actuelles, soyons clairs.
Mais, en même temps, là j'ai une question,
tu sais, un peu plus... sur la contribution des médecins, en quelque sorte, là,
mais est-ce que... Quand on parle de formation, on parle de ceux qui sont
intéressés. On ne veut pas que ce soit nécessairement obligatoire. Mais les
gens qui travaillent aux urgences puis aux soins intensifs, forcément, ils vont
être confrontés à des cas. Est-ce que ceux qui travaillent dans ces services-là
devraient être formés?
M. Gaudreault (Mauril) :À notre avis, oui, mais ce n'est pas dans le sens
obligatoire du terme. Moi, je n'aime pas ça, tu sais... Mais je pense que, oui,
il faut favoriser, chez les personnes qui travaillent déjà soit aux urgences
soit aux soins intensifs ou dans des salles d'opération, d'aller les chercher
puis de se montrer disponible pour avoir la formation en question.
M. Chassin :OK. Puis est-ce que... puis là, j'imagine, puis, vraiment,
si c'est une question... Dans le fond, là, je suis tout à fait ignorant des
protocoles actuels de priorisation des cas. Mais, pour l'accès au bloc
opératoire, est-ce qu'il n'y a pas déjà, à l'heure actuelle, des réflexions sur
qui y a accès, compte tenu de, bon, je ne sais pas, moi, de l'imminence, tu
sais, d'une mort où il faut absolument que l'intervention soit très, très, très
rapide versus tel autre cas, quand il y a congestion? J'imagine qu'il y a déjà
des protocoles puis j'imagine que, dans ces protocoles-là, on ne regarde pas
juste la personne qui est, par exemple, en état de mort cérébrale comme
étant... bon, bien, on ne peut plus faire grand chose pour lui. On voit aussi
ceux qui, derrière, pourraient profiter des transplants.
M. Gaudreault (Mauril) :Dr Gfeller est avec nous depuis un an. Il était haut
gestionnaire, auparavant, d'établissement. Je vais lui demander de répondre à
cette question-là.
M. Chassin :Bien, une belle expérience. Absolument.
M. Gfeller (Pierre) : Disons
que ce qu'on entend du terrain, c'est qu'il existe des tensions entre des
équipes qui sont différentes, ceux qui... les équipes qui s'occupent des
personnes qui se présentent à la salle d'urgence ou qui sont hospitalisées et
qui ont besoin d'une chirurgie d'urgence qui va... qui est nécessitée par leur
condition clinique, et les activités de prélèvements, et aussi de greffe, hein,
parce que le prélèvement et la greffe, ça ne se fait pas en même temps. Le
chirurgien transplanteur vient faire son prélèvement, retourne dans son centre
hospitalier et, là, il est en attente pour une deuxième salle d'opération.
Donc, dans un système qui est sous
tension, où il manque des effectifs, où il y a des salles d'opération qui sont
fermées, qui a passé à travers trois années de COVID, c'est clair que les
ressources sont étirées. Et donc ça va générer des tensions entre les
différents besoins des différentes clientèles, entre autres, d'un côté, les
donneurs et puis les personnes qui pourraient bénéficier d'un organe, et
l'autre, d'autres clientèles qui nécessitent des soins urgents. À l'heure
actuelle, à ce que je sache, il n'existe pas de protocole généralisé pour
arbitrer ces cas-là.
Je veux juste vous rappeler que, durant la
COVID, on a craint, à un moment donné, que notre capacité de soins intensifs soit
dépassée par les patients souffrant de COVID et nécessitant un soutien
ventilatoire. Vous vous souviendrez peut-être qu'on a un protocole provincial
qui a été adopté qui a été transmis aux établissements. Ça a été mal reçu dans
certains milieux parce qu'ils disaient : C'est un bris éthique, on ne va
pas commencer à choisir qui va mourir, qui va vivre. Mais la question que je
pose, c'est : Est-ce que c'est plus éthique de ne pas faire des choix au
moment où les ressources sont limitées?
M. Chassin :De ne pas le prévoir. C'est ça. Exactement.
M. Gfeller (Pierre) : Donc,
je prendrais ça comme exemple en vous disant qu'on devrait, si la situation
actuelle perdure, où on n'a pas de ressources dédiées, on devrait peut-être
mettre sur pied des protocoles comme ça.
L'alternative à ça, c'est d'avoir des
ressources dédiées au don et à la greffe, des équipes dédiées à ces
activités-là, avec une salle d'opération réservée, un anesthésiste réservé, un
inhalothérapeute réservé, etc., et un lit de soins intensifs.
• (15 h 20) •
M. Chassin :Je ne veux pas vous interrompre, Dr Gfeller, il y a une
autre question, d'ailleurs, qui s'en vient, mais c'est simplement... est-ce que
les tensions proviennent du fait que ce n'est pas prévu? Ou est-ce qu'on essaie
de prévoir, mais c'est que ce n'est pas possible de prévoir dans tous les cas?
Oui et non, là?
M. Gaudreault
(Mauril) :Ça n'a pas été réfléchi,
discuté et a fait l'objet de consensus.
M. Chassin :
<Autant...
M. Gaudreault
(Mauril) :
...n'a pas été réfléchi,
discuté et a fait l'objet de consensus.
M. Chassin :
>Autant. OK. D'accord.
M. Gfeller (Pierre) : Puis en
plus, vous savez, il n'y a pas beaucoup de choses... Par exemple, pour avoir
fait 22 salles... 22 ans de salle d'urgence, on ne sait pas vraiment ce
qui va se présenter dans notre porte ce soir-là...
M. Chassin :
C'est toujours des cas uniques.
M. Gfeller (Pierre) : ...qui
va avoir besoin de chirurgie, qui va avoir besoin de soins intensifs, un
enfant, un adulte, une personne âgée. On ne le sait pas, là. C'est une «black
box», là, ce qui va arriver. Et donc on ne peut pas tout prévoir.
Puis, pour les dons, les donneurs
potentiels, c'est un peu la même chose. Une mort cérébrale va survenir dans un
ciel clair. Un anévrisme du cerveau qui éclate chez une jeune personne ou un
autre type de pathologie, ce n'est pas prévu, ce n'est pas attendu. Donc, il y
a... Par contre, on a la capacité de garder ces gens-là dans un lit de soins
intensifs un 24, un 48 heures. On a l'expertise pour faire ça, même si ce
n'est pas toujours facile. Mais il n'empêche que ça, ça consomme des ressources
dans un système qui est déjà à sa limite.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Marie-Victorin.
Mme Dorismond : Bonjour.
Merci. Merci pour votre présentation. Vous mettez beaucoup l'accent sur
sensibiliser la population. Ça, ça vient beaucoup me chercher parce que, je me
dis, c'est clair qu'il y a un travail en amont à faire, mais il y a déjà eu
quand même des campagnes de sensibilisation juste pour signer la carte de la
RAMQ. Je me questionne : Est-ce que ça a augmenté plus de signataires à la
RAMQ?
Puis là vous avez parlé aussi du
cheminement qui est très difficile en informatique, mais ce n'est pas tout le
monde non plus qui a accès à l'informatique. Ça fait que, pour moi, c'est clair
qu'il y a un travail en amont à faire.
Puis le fait aussi que vous mettez
beaucoup l'accent là-dessus, je me pose la question... Votre mission première,
c'est de protéger le public. Donc, je me pose comme question : Est-ce que
vous avez eu beaucoup de plaintes en lien avec le processus de don d'organes,
le consentement? Vous avez parlé aussi qu'il faudrait avoir un médecin
spécialisé ou un professionnel de la santé spécialisé pour... comment approcher
les familles au moment d'avoir... de poser la question pour aller chercher le
consentement. Ça fait que je me pose la question : Avez-vous eu des
plaintes en lien avec tout ça? Et si oui, combien?
M. Gaudreault (Mauril) :Bien, ce n'est pas... La question, ce n'est pas d'avoir eu
des plaintes par rapport à tout cela, c'est d'avoir eu des discussions avec des
experts de la chose au Québec et avoir fait des recherches sur ce qui se passe
ailleurs dans le monde. Et, par rapport à ça, l'idée, c'est vraiment de faire
en sorte que, si on veut aller chercher la confiance de la population puis du
public par rapport à notre façon de faire, il faut bien informer sur comment on
va faire ça. C'est ça qui va faire en sorte qu'à mon avis ça va être un succès.
Et ce n'est pas parce que le collège a reçu des plaintes à ce sujet-là,
nécessairement, c'est beaucoup par rapport à... Notre mission, c'est de
protéger le public, mais en offrant une médecine de qualité et en démontrant
que la médecine de ce type de patient là puis de ce type de soins est de
qualité et bien organisée.
M. Gfeller (Pierre) : Et peut-être
pour ajouter un élément, peut-être, qui n'est pas connu de tout le monde, c'est
que ce qui se passe au bureau du syndic, dans les ordres professionnels, la
direction des enquêtes, ce sont des processus confidentiels. Alors, moi, je ne
connais pas la réponse à votre question parce que je suis seulement le
directeur général du collège, et le syndic... la syndic chez nous, et ça peut
sembler particulier, mais c'est le Code des professions qui veut ça, elle
travaille avec sa direction. Puis, dans le fond, on entend parler des plaintes
quand elles aboutissent, hein, à des sanctions ou c'est publié. Parce qu'avant
ça, c'est comme un peu une boîte noire, on ne sait pas trop ce qui se passe
là-dedans. À ce que je sache, puis, quand même, ça fait 25 ans que je suis
cadre dans le réseau, moi, je n'ai jamais vu une plainte qui est venue de ce secteur-là
dans les établissements que j'ai dirigés. Que ce soit auprès de la commissaire
aux plaintes et à la qualité des services, aux médecins examinateurs, je n'ai
jamais été exposé à ça en 25 ans.
M. Gaudreault (Mauril) :Et pour répondre de façon plus précise... On a-tu le temps
de répondre encore un peu plus?
Le Président (M. Provençal)
: ...
M. Gaudreault (Mauril) :
Oui? Merci. C'est toujours la confiance de la population, je vous le dis, là,
par rapport aux familles. Parce qu'il arrive plus fréquemment qu'on pense que
le patient a signé ou a démontré sa volonté de donner des organes et que, tout
à coup, lors du décès, les proches refusent cela. Ils refusent ça par toutes
sortes de mythes, ou de croyances, ou de... et ça, ça fait partie du... à mon
avis, d'une méconnaissance de la façon de faire puis de ce qui se passe. C'est
ça.
Mme Dorismond : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Mme la députée de Bellechasse.
Mme Lachance : ...M. le
Président. Bonjour, messieurs. J'ai d'abord aimé beaucoup la façon dont vous
avez commencé en disant : Saviez-vous que, saviez-vous que, parce
qu'effectivement, quand on parle de sensibiliser la population, il faut que la
population sache. Un consentement éclairé, c'est lorsqu'on sait. Un
consentement présumé, on peut avoir certaines ambiguïtés. Et quand on parle, <parce...
Mme Lachance :
...éclairé,
c'est lorsqu'on sait. Un consentement présumé, on peut avoir certaines
ambiguïtés. Et quand on parle, >parce que vous l'avez bien nommé, «mythe
ou croyance», je pense que ça va bien au-delà de ça. Parce que vous l'avez
mentionné, on doit maintenir 24 ou 48 heures un patient en état de mort
cérébrale pour le maintien de ses organes en vue de. Mais il y a une famille
derrière ce patient-là. Donc là, on est dans l'aspect sensible de la chose.
Est-ce que vous pensez que le... Bon, avec
tout ce que vous avez nommé comme sensibilité puis comme amélioration de la
pratique qui est... qui est souhaitable, dont un registre unique, est-ce que
vous pensez qu'on est vraiment rendus à la... Pensez-vous que la présomption de
consentement va signifier plus de dons et plus... surtout plus de vies sauvées,
ou vraiment qu'on doit travailler en amont de cela encore beaucoup?
M. Gaudreault (Mauril) :Bien, je vais répondre en disant que, souvent, le patient,
il y a une mort cérébrale, son cœur, il bat encore, tu sais. Puis les proches,
si cela n'a pas été sensibilisé puis bien expliqué auparavant, pour eux, ils ne
sont pas morts. Ça fait que la mort cérébrale seulement, ce n'est pas, à mon
avis, tant que ça, la majorité des Québécois qui sont familiers avec cette
notion-là. Donc, pour ça, l'éducation et l'information à la population au
préalable, avant d'aller plus loin là-dedans, il faut... il faut que ça soit
dans un tout puis bien expliqué dans ce sens-là.
Mme Lachance : Et...
Le Président (M. Provençal)
:...c'est terminé. Alors, M. le député
de Pontiac.
M. Fortin :Merci. Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs, Dr Gaudreault,
Dr Gfeller. Je vous remercie de votre présentation. Puis avant d'entrer
dans la notion stricte du consentement présumé, je veux aller dans les
conditions que vous associez au succès potentiel d'une mesure comme celle-là,
qui sont nombreuses, et, de façon appropriée, selon nous, là, qui sont
nombreuses, les conditions.
D'abord, je veux commencer par la
procédure de référencement. Vous avez... Vous êtes le premier groupe à nous en
parler, la notion nécessaire d'indépendance au niveau des professionnels de la
santé. Pouvez-vous nous spécifier un peu davantage ce que vous voulez dire?
Parce qu'il y a des enjeux avec le processus de référencement en ce moment, là,
on l'a entendu de plusieurs, mais là, si vous avez une recommandation
particulière, j'aimerais bien la comprendre.
M. Gaudreault (Mauril) :Pour moi, il est important... il est important de partager
les responsabilités au niveau des soignants par rapport à ça, puis au niveau
des médecins, médecins traitants, notamment, et ne... pour pour ne pas créer,
je dirais, de questionnements chez les familles, chez les personnes proches du
patient par rapport au fait de l'indépendance du soignant et non pas... C'est
beaucoup dans ça. Puis je ne pense pas qu'il y en ait, là, ce n'est pas ça, il
n'y en a pas. Mais il peut y avoir des perceptions des soignants... des proches
du patient à l'effet qu'il peut y avoir eu une préférence de la part du médecin
dans sa prise en charge puis dans sa conduite de traitement par rapport aux
patients en question. C'est dans ce sens-là que l'indépendance, pour nous, est
importante. Veux-tu rajouter quelque chose?
M. Gfeller (Pierre) : Bien,
ce que je rajouterais, c'est que ça dépend aussi des milieux... Le
référencement, c'est vraiment un problème, entre autres, dans les régions
éloignées. Vous êtes dans le Pontiac, moi, j'ai fait ma carrière dans les
Hautes-Laurentides, c'est des régions qui se ressemblent. C'est que, pour
l'urgentologue qui reçoit un patient en mort cérébrale, la possibilité de
transférer rapidement ce patient-là vers un lit de soins intensifs, qui va le
prendre en charge puis qui va permettre, éventuellement, le don d'organes, ce
n'est pas si facile que ça peut sembler. On peut avoir à faire plusieurs
téléphones avant de trouver un endroit où ils vont accepter parce qu'ils ont un
lit de disponible, surtout à l'heure actuelle, où il y a des lits de fermés,
des salles d'opération de fermées.
À l'intérieur d'un hôpital régional ou
d'un centre universitaire, la séparation, elle, se fait de façon naturelle. Si,
par exemple, vous avez une équipe traitante qui s'occupe d'un patient en
neurologie, par exemple, la condition se détériore, on a une mort cérébrale, ce
ne sont pas les neurologues qui vont procéder au prélèvement d'organes, mais ça
va être une équipe qui s'occupe de ces patients-là aux soins intensifs.
Souvent, c'est des intensivistes, parce qu'on doit maintenir ces gens-là en vie
jusqu'à tant que le chirurgien transplanteur vienne chercher les organes.
Chaque chirurgien transplanteur a sa méthodologie, sa technique. Il veut savoir
comment il va préparer son cœur, ses poumons, c'est sa façon, puis il veut le
faire lui-même. Des fois, il va venir de Toronto en avion. Il peut venir de
Québec, il peut venir de Montréal. Donc, tout ça, c'est des... ce sont des
obstacles.
• (15 h 30) •
Puis, en même temps, honnêtement, pour une
urgentologue occupée dans un hôpital périphérique au moment où ça déborde complètement,
que les lits sont occupés...
15 h 30 (version révisée)
M. Gfeller (Pierre) : ...urgentologue
occupé dans un hôpital périphérique, au moment où ça déborde complètement, que
les lits sont occupés à 300 %, ce n'est peut-être pas évident qu'il est
prêt à passer deux ou trois heures... puis ce n'est pas par mauvaise volonté ou
parce qu'il ne peut pas le faire, mais c'est juste le flot des opérations.
Donc, oui, il y a des problèmes de référencement, mais il y a une partie de ça
qui peut être améliorée par la formation, puis il faut revenir là-dessus. On en
a fait à une certaine époque, il faut revenir : formation du personnel,
éducation de la population. Parce que même si on avait un consentement
implicite présumé, il n'y a pas un médecin qui va entrer dans une salle et dire :
Je vous annonce que votre membre de famille est en mort cérébrale, on va
prélever ses organes, puis vous n'avez rien à dire parce que le consentement au
Québec est implicite et présumé. Ça n'arrivera pas, ça.
M. Fortin :De la même façon qu'aujourd'hui, même si quelqu'un a signé,
on ne dit pas ça au patient.
M. Gfeller (Pierre) : Jamais.
M. Fortin :Oui.
M. Gfeller (Pierre) : Puis on
va dire : Écoutez, il y a... La situation est telle qu'elle est, c'est une
mort cérébrale probable. On a une possibilité, peut-être, d'en faire un donneur
d'organes. Je constate dans le registre national, le jour où on aura un seul
registre, et ça, ça va aller avec le consentement implicite, que votre membre
de famille désirait donner ses organes. Est-ce que vous me permettez... Voulez-vous
en discuter? Qu'est-ce qu'on fait avec ça, avec cette situation-là? Puis par la
suite, bien, on doit référer et transférer le patient.
Alors, c'est... ce sont tous des problèmes
de référencement, mais, bien entendu, ça prend plus de formation du personnel.
Vous avez mentionné, tantôt, l'urgence, les soins intensifs, c'est sûr, ces
gens-là sont aux premières loges. Aussi, les gens qui sont impliqués
directement dans les activités de dons et de greffes d'organes.
M. Gaudreault (Mauril) :Et de là...
M. Fortin :Allez-y.
M. Gaudreault (Mauril) :... la nécessité pour quelqu'un ou quelqu'une, comme
médecin, qui a été impliqué beaucoup dans les semaines qui ont précédé ou dans
les heures qui ont précédé, comme équipe soignante et que ça soit quelqu'un d'indépendant.
C'est pour ça qu'on parle d'indépendance de référencement.
M. Fortin :Bien, mais c'est un enjeu de confiance du public. C'est ce
que... c'est ce que vous venez nous partager.
M. Gfeller (Pierre) : L'enjeu
éthique, aussi, quand on regarde la littérature, ce qui s'est passé au Brésil,
dans certains pays latins d'Amérique du Sud, vous savez que, dans ces pays-là,
il y a du trafic d'organes, hein, il y a des gens qui vendent un rein pour des
raisons économiques, et tout ça. Donc, les gens ont vu «bar open» quand ils ont
vu le consentement implicite, c'est ça qui s'est passé, au Brésil.
Alors, donc, il faut vraiment garder la
confiance du public, la confiance des familles, puis une conduite éthique
irréprochable.
M. Fortin :Bien, c'est intéressant, puis je vous rassure sur la...
Vous avez dit, Dr Gfeller, que le registre unique vient avec le consentement
implicite, le consentement présumé. Tout le monde nous a dit la même affaire.
Alors, ce serait particulier qu'on prenne une autre tangente, là, parce que
tout le monde, de A à Z, a dit la même chose : que le registre unique doit
faire partie d'une telle... d'un tel changement.
M. Gaudreault (Mauril) :Et il faut...
M. Fortin :Pardon?
M. Gaudreault (Mauril) :Il faut que le refus aussi, il soit facilement exprimable.
M. Fortin :Oui, oui. Bien, en fait, vous avez entièrement raison
là-dessus. Tu sais, je pense que c'est une grande partie de l'objectif derrière
tout ce qu'on est en train de faire ici, c'est d'augmenter le nombre de dons et
de transplantations au Québec, mais de donner un mécanisme clair aux gens d'exprimer
leur refus également, là.
M. Gfeller (Pierre) : C'est
ça, oui.
M. Fortin :Je ne sais pas si vous avez entendu le docteur D'Aragon,
hier, s'exprimer sur la question, mais essentiellement, il a dit qu'une partie
de ce qu'il nous a présenté, c'était que le fameux discours de : «C'est
toujours le patient qui a besoin d'une chirurgie oncologique versus le patient
qui a besoin d'une transplantation», ce discours-là n'est pas nécessairement
productif ou le meilleur à avoir, parce que quand on regarde au net, bien, il y
a un avantage sur le réseau de la santé à avoir davantage de transplantations,
c'est des soins, qui sont peut-être en dialyse ou ailleurs, qui sont sauvés.
Sauf que ce que vous êtes en train de nous dire, c'est que ça a beau ne pas
être la discussion la plus productive, il y a des conflits comme ça sur le
terrain, en ce moment.
M. Gaudreault (Mauril) :C'est pour ça qu'on dit que ça prend un protocole, ça prend
des lignes directrices pour faciliter la décision puis la relation entre les
soignants puis entre les médecins de ce côté-là.
M. Gfeller (Pierre) : J'utiliserais
peut-être les mots «des tensions»...
M. Fortin :Oui, d'accord.
M. Gfeller (Pierre) : ...je n'ai
pas vu personne se battre dans le milieu hospitalier. Mais dans le sens où il y
a certainement des tensions entre la réponse aux besoins de deux clientèles qui
ont des besoins différents avec des ressources limitées.
M. Fortin :Oui. La question des équipes 24/7 est intéressante,
parce que dans le... Il y a, bien évidemment, là, un enjeu de ressources, puis
vous avez parlé des petits hôpitaux en région, tu sais, souvent, il y en a un,
urgentologue. Puis on a parlé que ça arrive souvent, des dons potentiels, ça
peut arriver la nuit, ça peut arriver... Tu sais, on parle d'accidents de
voiture, de suicides, peu importe, là, ça n'arrive pas toujours à des
moments... à 3 heures de l'après-midi, un mardi, là. Donc, la... Mais les
équipes que vous proposez d'avoir, là, c'est des gens qui, bien évidemment, là,
sont occupés à faire autre chose, là. On ne pourrait pas dire : OK. Il
faut garder ce monde-là juste pour ça. Tu sais, c'est sûr qu'il y a la notion
des salles d'opération, mais, encore là, la salle, je ne pense pas que... corrigez-moi
si j'ai tort, mais ce n'est pas nécessairement ça, l'enjeu principal, des
salles d'opération, il y en a de disponibles dans la plupart des <hôpitaux...
M. Fortin :
...ce n'est pas nécessairement ça l'enjeu principal,
des salles d'opération, il y en a de disponibles dans la plupart des >hôpitaux,
mais c'est tout ce qui vient avec, là. Est-ce qu'on a les ressources, en ce
moment, pour avoir les équipes que vous proposez?
M. Gaudreault (Mauril) :Ce sera... Si on va... si on va dans ce sens-là, le réseau
devra s'organiser en ce sens correctement. Et comme on l'a fait pour les
chirurgies cardiaques, il n'y en a pas dans tous les hôpitaux du Québec, des
chirurgies cardiaques, selon la démographie, selon l'ampleur du centre... de
l'établissement en question. Donc, ça, on le sait, il n'y aura pas des équipes
dédiées comme ça partout, mais il va y avoir des équipes dédiées... hein? Je me
tourne vers le gestionnaire tout le temps, là, mais il y aura des équipes
dédiées, dans certains établissements du Québec, qui seront facilement, je
dirais, rejoignables puis qui pourront facilement se rendre dans les endroits
nécessaires pour procéder, tu sais.
M. Gfeller (Pierre) : Quand
on prend des décisions d'organisation de services, en santé, il y a deux choses
qui comptent... en fait, pas seulement en santé, dans les services publics en
général : la démographie et la géographie, OK? Alors, tu n'établiras pas
un centre de prélèvement d'organes à Mont-Laurier ou... ce n'est pas là que ça
va. Tu vas mettre ça dans un grand centre où il y a des équipes suffisamment en
grand nombre pour pouvoir avoir des équipes de garde qui vont pouvoir
intervenir si jamais un donneur est signalé et est transféré.
Il y a eu une expérience comme ça au
Québec, qui a duré de 2013 jusqu'à 2019. Il y a un établissement qui a ouvert
un centre de prélèvement d'organes, et pendant l'ouverture de ce centre, il y a
eu une augmentation très importante des organes disponibles dans le bassin de
population qui était desservi par ce centre...
M. Fortin :Absolument.
M. Gfeller (Pierre) : ...pour
des raisons que je ne connais pas parce que j'avais quitté à l'époque. C'était
à Sacré-Coeur, j'étais le DG quand on a ouvert ce centre-là. J'étais rendu au
CUSM, ce centre-là a fermé en 2019. Alors, on a déjà une expérience où il y
avait une équipe dédiée. Des salles d'opération, on en a en masse qui sont...
qui sont libres, mais celles, aussi, qui sont «staffées», qu'on peut utiliser,
il n'y en a pas tant que ça, mais on peut avoir une salle d'opération de côté,
un anesthésiste de garde, un inhalo de garde pour que le chirurgien préleveur
puisse venir prélever ses organes et retourner rapidement les transplanter.
Donc, c'est pour ça qu'on parle de ressources dédiées qui, à notre avis,
doivent être considérées et financées, bien entendu.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, nous allons
maintenant procéder à l'échange avec le... le député, excusez, de Rosemont.
M. Marissal : Merci. Je...
Merci. Merci d'être là. Bonjour, rebonjour. Je suis d'accord avec le député de Saint-Jérôme
que vous... vous ne manifestez pas le plus grand enthousiasme en faveur du
consentement présumé, puis ce n'est pas un reproche, vos points sont... sont
valables, là, sont parfaitement valables, puis peut-être que vous le dites
juste différemment de ce qu'on nous a dit aussi, ne serait-ce que par le fait
que ça ne sert à rien de récolter des organes si on est pour en disposer,
autrement que... où est-ce que... pour les donner à quelqu'un d'autre.
Vos recommandations, par contre, là, de
faire plus de sensibilisation, de mieux former le personnel, d'avoir un code de
priorisation, je ne suis pas sûr que c'est au législateur à décider ça, puis je
ne suis pas là pour... vous connaissiez le secteur mieux que moi, là, j'en suis
certain, là. Mais le travail qu'on fait ici, là, pour... dans le jargon, ça
s'appelle un mandat d'initiative, la commission discute, hein? Je le dis aussi
pour les gens qui nous écoutent, qui ne connaissent peut-être pas notre jargon.
Là, on n'étudie pas un projet de loi, on discute d'une situation, dans ce
cas-ci, à l'initiative de notre collègue de Pontiac, pour favoriser la
transplantation, au Québec, de dons, prélèvements et transplantations, ça va de
soi.
Mais moi, j'ai quand même en tête mon
travail, qui est celui de législateur. Idéalement, ça va aboutir en un projet
de loi. Et là, on redébattra, puis vous reviendrez, j'espère, puis on va... on
va redébattre de tout ça dans le menu détail. Mais je ne suis pas sûr que je voie,
là-dedans, vraiment, la voie qui nous mènerait vers des articles de loi avec
une loi à la fin. On est qui, nous autres, ici, pour écrire des articles de
loi, pour dire : Vous allez prioriser patient A ou patients B? En tout
cas, moi, je ne me sens pas la compétence de faire ça, puis, par ailleurs,
peut-être que mon collègue des Îles l'aurait, mais pas moi.
Et par ailleurs, il y a déjà des trucs
dans la loi, par exemple l'obligation de référer, puis ça ne se fait pas. Ça
fait que je vais finir sur une maxime célèbre ici, à l'Assemblée nationale :
Le législateur ne parle pas pour ne rien dire. Puis je ne suis pas... je ne dis
pas que c'est ça qu'on est en train de faire, mais c'est parce que si on débat
de quelque chose qui ne peut pas se traduire en un projet de loi, ce n'est pas
ici que ça va se régler, c'est sur le terrain, c'est avec des meilleurs moyens,
faire de Transplant Québec la société d'État qui va s'occuper de ça. Bon, à la
fin, ça va prendre un projet de loi, mais ça va avoir deux articles, mais je ne
sais pas si vous voyez où je m'en vais là-dedans, que, nous, comme
législateurs, qu'est-ce qu'on fait <avec...
M. Marissal :
...je
ne sais pas si vous voyez où je m'en vais là-dedans, que, nous, comme
législateurs, qu'est-ce qu'on fait >avec vos recommandations? Je ne suis
pas certain que c'est le cadre légal qui règle ça.
• (15 h 40) •
M. Gaudreault
(Mauril) :...réflexion, OK? C'est vous...
M. Marissal : Je n'ai
pas compris le début.
M. Gaudreault
(Mauril) :En tout respect, on fait ces
recommandations pour alimenter votre réflexion. C'est vous qui... Bien, vous
l'avez dit, c'est vous, le législateur. Ce n'est pas nous.
M. Marissal : Et vous
alimentez notre réflexion. Absolument. Vous venez de me faire réfléchir au fait
que ce n'est peut-être pas dans un projet de loi que tout ça irait. Vous voyez
comme...
M. Gaudreault
(Mauril) :Bien, peut-être pas.
M. Marissal : Vous voyez
comme vous m'avez fait cheminer, quand même.
M. Gaudreault
(Mauril) :Oui. Peut-être pas, mais pour
nous, le seul consentement présumé qui serait dans une loi, exemple, ne nous
amènera pas à ce que ça soit un succès. On pense que ça ne marchera pas si, en
même temps, il n'y a pas d'autres conditions qui vont faire en sorte
d'optimiser cette direction-là, que le Québec va prendre.
M. Gfeller (Pierre) : En
même temps, tu sais, on... ça nous fait vraiment plaisir d'être ici aujourd'hui,
on vous remercie de nous accueillir. Mais on ne connaît pas vos intentions du
point de vue législatif, puis ça n'a pas nécessairement besoin de passer par le
législatif. On va avoir la naissance d'une nouvelle entité, Santé Québec, très
bientôt. Ces activités-là, que vous décrivez puis dont on parle depuis tantôt,
ça se déroule dans des établissements du réseau de la santé et des services
sociaux qui dépendent pour l'instant du ministère de la Santé et des Services
sociaux. Puis il y a un organisme qui s'appelle Transplant Québec, qui est
financé par le gouvernement, qui a un rôle de coordination. Ça fait qu'en
termes de gouvernance, pour nous, oui, ce n'est pas notre préoccupation
principale. On est venus vous parler aujourd'hui de l'organisation de services,
puis comment ça se passe sur le terrain. Alors, mais c'est à vous de... de
décider et de discuter de la forme de gouvernance ou de la structure
organisationnelle qui vous semblera la plus intéressante. Si c'était le sujet
de discussion, ça nous ferait plaisir de revenir puis d'en discuter avec vous.
Une voix : ...
M. Gaudreault
(Mauril) :Et vous aurez compris que ce
qui nous interpelle beaucoup, c'est la confiance du public. Oui.
M. Marissal : Oui. On
est d'accord.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Je vais céder la
parole au député des Îles-de-la-Madeleine parce que le député de Rosemont a
quand même eu une longue introduction.
M. Arseneau : Donc, je
comprends que j'ai le droit à une longue introduction, moi aussi. Merci, M. le
Président. Merci d'être là. Je résumerais un peu, parce que j'essaie de voir,
justement, comment on peut utiliser toute l'information que vous nous donnez du
terrain, là. Vous nous dites : Analysez ce qui s'est fait ailleurs,
notamment en Nouvelle-Écosse, avant d'agi. Un registre, tout le monde ou à peu
près est d'accord. Le consentement présumé, si on ne fait que ça, ça ne change
pas grand-chose ou, du moins, il y a des... il y a des éléments qu'il faudra
corriger. Autre que cela, le protocole : lignes directrices, équipes
dédiées, ressources, formation, financement, imputabilité des établissements,
sensibilisation. Moi, ma crainte, puis vous avez un peu ouvert la porte à ça,
c'est qu'on essaie de régler cette question-là à la pièce en agissant peut-être
un peu sur le financement, en puis peut-être un petit peu développer un
registre, mais qui va être peut-être pas achevé ou complet. Une formation, mais
pas pour tout le monde, puis un peu... Vous voyez un peu où je veux en venir?
Est-ce que vous croyez qu'il faut réformer ou avoir une vision d'ensemble, se
donner un plan de match? Transplant Québec parlait d'une loi, une espèce de
loi-cadre. Parce que vous avez dit : Peut-être pas par le processus
législatif. En fait, je veux savoir si vous partagez un peu le point de vue
qu'on est rendus, peut-être, à un... un point où... dans l'histoire où il faut
vraiment voir ça de façon globale plutôt qu'y aller à la pièce.
M. Gaudreault
(Mauril) :Absolument. Oui. Vous aurez
compris que pour nous, là, tu sais, ça va marcher, je vais m'exprimer comme ça,
là, si c'est clair, si le public comprend comme il faut comment ça va
fonctionner, comment on va faire ça, comment on va s'occuper de leur proche qui
est défunt, mais qui veut donner des organes, qu'on fait ça correctement. Les
organes, ils vont aller chez quelqu'un ou quelqu'une. Donc, il faut que ce soit
clair. C'est pour ça... La confiance, la protection du public puis la confiance
du public, aussi, en nous comme société qui se dirigeons là-dedans.
M. Gfeller (Pierre) : Je
dirais qu'à problème complexe il n'y a pas de solution unique. Donc, il va falloir
aborder différents côtés. En même temps, on est à un moment important,
historiquement, on a un virage qui s'en vient avec un nouvel établissement qui
va s'appeler Santé Québec, qui va avoir... qui va être... avoir des
préoccupations de niveau tactique et opérationnel, entre autres, d'organisation
de services, dont le principal mandat, puis on... ceux qui ont lu, là, la
description du poste de PDG, c'est «la coordination des services, un meilleur
accès pour les Québécois». Puis les discussions qu'on a, aujourd'hui, sur la
greffe puis le don d'organes, on est dans l'accès, là, aux services pour les
Québécois. Donc, c'est le temps de réfléchir. C'est... Moi, j'ai vu <l'encart...
M. Gfeller (Pierre)T :
...on
est dans l'accès, là, aux services pour les Québécois. Donc, c'est le temps de
réfléchir. C'est... Moi, j'ai vu >l'encart publicitaire de Transplant
Québec dans La Presse en fin de semaine, j'étais tout à fait à l'aise
avec ça. J'ai félicité ma collègue de tantôt, on est des collègues qui se
connaissons depuis un certain... un certain nombre d'années, ça m'a fait
plaisir de la revoir. Mais il me semble qu'on est enlignés, peut-être, pour
agir, là. Puis on va sortir des suites pandémiques à un moment donné, on va
réouvrir nos salles d'opération, on va remobiliser notre personnel, du moins,
je l'espère. Puis c'est le temps, là, de donner un coup, puis peut-être de
prendre des mesures, puis de mettre de l'avant des mesures qui vont améliorer
l'accès dans cette... dans cette branche-là de la médecine et des soins de
santé.
M. Arseneau : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vous remercie surtout de
votre représentation, des échanges qu'on a eus avec vous.
Et, sur ce, je vais suspendre brièvement
les travaux pour laisser place au prochain groupe. On recevra la Fédération des
médecins spécialistes du Québec. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 46)
(Reprise à 15 h 50)
Le Président (M. Provençal)
:Nous recevons maintenant la Fédération
des médecins spécialistes du Québec. Alors, je vous mentionne que vous avez
10 minutes pour votre présentation et, par la suite, nous procéderons aux
échanges. Alors, je vous cède immédiatement la parole.
M. Oliva (Vincent) : Merci, M.
le Président, mesdames et messieurs les parlementaires. Je suis Dr Vincent
Oliva, radiologiste d'intervention et président de la Fédération des médecins
spécialistes du Québec. Je suis accompagné du Dr Serge Legault, chirurgien
général et vice-président de la fédération, ainsi que Me Marie Rouillard,
avocate à la fédération.
Je tiens à remercier la commission pour l'opportunité
de participer à cette discussion cruciale parce qu'elle permet de sensibiliser
un grand nombre de citoyens québécois à ce sujet d'une haute importance. Chaque
occasion de parler publiquement du don d'organes est un gain en soi. La
fédération, c'est 11 000 médecins spécialistes répartis en 35
associations et représentant 59 spécialités de toutes les disciplines,
tant médicales, chirurgicales, d'imageries que de laboratoires. Considérant la
fine pointe de l'expertise de nos membres, nous avons consulté ceux qui sont
impliqués en dons d'organes et de tissus avant de nous présenter à vous.
Le thème central de notre débat, soit l'amélioration
de notre système de don d'organes et de tissus, est une question qui nous
touche particulièrement comme médecins. Notre rôle est celui de soigner, de
sauver des vies. Il est essentiel de réaliser qu'une seule personne a le
potentiel de donner jusqu'à huit organes, de sauver ou améliorer jusqu'à huit
vies, sans parler des bénéfices majeurs découlant des dons de divers tissus,
incluant la cornée. Malheureusement, le Québec est en queue de peloton en
matière de don d'organes parmi les pays développés.
D'entrée de jeu, nous croyons que c'est un
ensemble de mesures, incluant la sensibilisation, une meilleure organisation et
davantage de ressources dédiées qui permettront au Québec d'améliorer sa
situation. Notre point de vue est que de changer le modèle de consentement n'est
pas une stratégie probante.
Parlons du modèle de consentement. À l'heure
actuelle, au Québec, la pratique du don d'organes s'appuie sur un modèle de
consentement explicite. Malgré un régime où les volontés exprimées par une
personne en matière de don d'organes devraient primer, on observe un écart, sur
le terrain, entre le contexte législatif et la réalité pratique. Une chose qu'il
est vraiment important que les gens comprennent, c'est que les familles jouent
un rôle déterminant. La décision finale d'autoriser le prélèvement d'organes ou
de tissus revient souvent aux proches du donneur potentiel, que ce dernier ait
consigné ou non ses volontés. L'importance de cette réalité est indéniable et
nos membres insistent sur le besoin d'une relation de confiance et de collaboration
continue avec les familles des défunts.
La proposition de migrer vers un système
de consentement implicite ou présumé, bien qu'elle puisse sembler être une
solution attrayante, s'avère en réalité plus complexe et potentiellement
problématique. Les exemples du Brésil et du Chili illustrent notamment les
risques associés à un tel changement relativement à la perte de confiance de la
société envers le système, soulignant l'importance d'une approche mesurée et
bien réfléchie. Dans les faits, la littérature actuelle ne permet pas de
conclure que le modèle de consentement est un facteur décisif concernant la
performance générale en matière de don d'organes. En revanche, on remarque que
les juridictions qui excellent en la matière ont opté pour des stratégies plus
globales, en mettant l'emphase sur des structures et des ressources adéquates
pour faciliter la transplantation d'organes.
L'amélioration de notre système de don et
multifactorielle. Nous allons vous faire une énumération de quelques moyens que
nous jugeons essentiels en vue de faciliter le don d'organes. D'abord, la
création d'une loi spécifique au don d'organes. Nous pensons qu'une loi
exclusivement dédiée au don d'organes et de tissus doit être débattue et
adoptée afin, notamment, d'arrimer le cadre juridique à la réalité terrain, liée
au rôle souvent crucial des proches dans le processus de prise de décision. Ce
changement législatif pourrait également s'opérer afin d'instaurer un
référencement systématique et obligatoire des donneurs par les établissements
de santé, de manière à obtenir une meilleure identification des donneurs
potentiels.
La création d'un registre unique. Cette
réforme pourrait aussi être une occasion pour fusionner les différents
registres de consentement existants en un seul système simplifié, rendant ainsi
la prise de décision plus transparente pour les professionnels de la santé, comme
pour les citoyens. Ce registre unique devrait être facilement accessible et
permettre aux individus de renouveler ou de retirer leur <consentement...
M. Oliva (Vincent)T :
...santé,
comme pour les citoyens. Ce registre unique devrait être facilement accessible
et permettre aux individus de renouveler ou de retirer leur >consentement
de manière simple et directe. En effet, pourquoi ne pas envisager un registre
qui recense clairement aussi bien les consentements que les refus, de manière
explicite? Cela allégerait significativement le fardeau administratif, tout en
clarifiant les directives pour les familles en deuil.
Le manque de ressources. En effet, le
manque criant de ressources dans le réseau de la santé, qu'il s'agisse de la
pénurie accrue de personnel, les difficultés d'accès aux blocs opératoires, le
manque de lits pour les patients, tout ça constitue un défi énorme et a des contrecoups
majeurs sur tout l'écosystème du don. À titre d'exemple, il n'y a pas d'équipes
multidisciplinaires dédiées, et, nécessairement, la transplantation entre en
compétition avec les activités régulières. On sait que l'absence de préleveurs
et de transplanteurs en garde territoriale ou nationale sont des facteurs qui
font que des occasions sont manquées. Nous croyons que les ressources allouées
en matière de don d'organes sont intimement liées à son amélioration. Il est
essentiel que le gouvernement s'y attarde.
La sensibilisation et la promotion. La
question de l'allocation adéquate des ressources en sensibilisation et en
promotion du don d'organes doit également être réfléchie, tant en termes de
campagnes de communication, et doit inclure la notion d'équipe dédiée. Il est
crucial que la sensibilisation soit continue et systématique. Il faut
comprendre que le processus de don, s'étalant parfois sur près de 72 à 96 heures,
doit prévoir des ressources pour soutenir les proches. Des programmes
spécifiques de sensibilisation et d'éducation sont nécessaires pour préparer
les familles à prendre des décisions souvent difficiles et pour garantir que
les volontés des donneurs soient respectées. Il est impératif de renforcer la
formation des professionnels en santé oeuvrant en matière de don d'organes, en
particulier ceux qui travaillent dans des contextes sensibles, tels que l'aide
médicale à mourir. Ces formations devraient se concentrer sur l'accompagnement
des proches dans ces moments critiques, afin d'outiller les professionnels de
la santé et les citoyens à passer à travers ce processus au meilleur de leurs
capacités.
La collecte des données et les audits.
Finalement, un portrait de la situation actuelle en matière de don d'organes
est indispensable pour agir efficacement. Pour ce faire, il est essentiel que
le ministre, le ministère, Santé Québec et les organismes concernés aient la
capacité de compiler les données, d'effectuer des audits et des analyses
critiques afin d'apporter les corrections nécessaires pour s'améliorer
continuellement. Il est également crucial d'identifier et de reproduire les
pratiques qui fonctionnent bien dans certains établissements et se doter
d'indicateurs et de cibles. Nous savons le ministre particulièrement sensible à
cette question.
En conclusion, la progression vers un
système de don d'organes plus efficace au Québec exige un engagement collectif
et une approche globale. C'est un débat qui doit se faire en collaboration,
sans partisanerie, et de manière bienveillante. Plutôt que de changer le régime
de consentement, nous devons réformer, de manière globale, notre cadre
juridique, l'organisation des soins et, également, notre approche sociétale, en
matière de sensibilisation et d'éducation, sur l'importance vitale du don d'organes.
Nous insistons pour que les ressources nécessaires soient allouées et
utilisées. Chaque pas que nous faisons dans cette direction a le potentiel non
seulement de sauver des vies, mais aussi d'améliorer significativement la
qualité de vie de nombreuses familles québécoises.
Au nom de tous les médecins spécialistes
du Québec, je tiens à vous remercier pour avoir initié cette réflexion capitale
et pour votre engagement continu dans cette cause essentielle. Votre
contribution et votre soutien à cette initiative peuvent véritablement faire la
différence. Merci, et nous sommes maintenant disposés et ouverts à répondre à
vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci, Dr Oliva, pour votre
présentation. J'invite maintenant la députée de Bonaventure à...
• (14 heures) •
Mme Blouin : Merci beaucoup...
merci, M. le Président. Bonjour à vous. Merci de votre temps avec nous,
aujourd'hui. Je pense qu'on ne peut pas vous avoir devant nous sans vous parler
de l'enjeu de la relève médicale. En fait, ça a été soulevé à différentes
reprises depuis hier, puis je pense qu'on a bien compris qu'on a beau vouloir
augmenter le nombre de dons d'organes — et ça a été dit, je pense, de
façon explicite aussi — ça ne sert à rien si on n'a pas quelqu'un
pour faire la transplantation. Donc, il y a plusieurs facteurs qui ont été mis
de l'avant depuis hier. Notamment, entre autres, il y a l'enjeu de la
rémunération qui a été soulevé. En fait, on nous dit que les médecins
transplanteurs reçoivent une rémunération qui est... qui inférieure, qui est
moindre, en fait, que celle des autres médecins spécialistes. J'aimerais vous
entendre à ce sujet-là. D'abord, est-ce que vous êtes...
16 h (version révisée)
Mme Blouin : ...qui est
moindre, en fait, que celle des autres médecins spécialistes? J'aimerais vous
entendre à ce sujet-là. D'abord, est-ce que vous êtes en accord avec ces
affirmations-là de ces... de ces enjeux-là?
M. Oliva (Vincent) : Bien,
oui, je suis d'accord avec beaucoup de choses que vous avez dites. Bon, l'enjeu
de la rémunération, effectivement, est... doit toujours être considéré, là, et
c'est assez complexe, et c'est souvent le cas quand c'est des activités de
niche comme celle-là, parce que ça concerne une minorité d'individus, et la
pratique, souvent, évolue, puis la... Disons que la rémunération ne suit pas
nécessairement toujours. Mais, oui, on est très conscients de ça. Il y a des
milieux, effectivement, où les médecins sont moins intéressés, parce que non
seulement c'est une activité qui est plus complexe, qui nécessite un
investissement, qui nécessite une formation très poussée, évidemment, quand la
rémunération n'est pas au rendez-vous, bien, c'est un facteur additionnel. Mais
ça, c'est des enjeux qu'on a sur notre radar et puis qu'on... Il y a une année
de négociation qui s'en vient, alors on va certainement regarder ces
questions-là.
Puis, sur l'enjeu de la relève, vous avez
tout à fait raison. Ce n'est pas égal d'une spécialité à l'autre, mais en
général, effectivement, il y a un nombre insuffisant de médecins spécialistes
au Québec, donc. Et il faut dire qu'il y a à peu près un tiers des médecins
spécialistes qui ont... qui ont plus que 50 ans. Alors, ça, il faut le regarder
aussi, effectivement. Alors, il faut qu'on garde cette... disons, cette
profession attrayante.
Mme Blouin : Bien,
justement, en fait, outre la rémunération, qu'est-ce... Ce serait quoi, les
autres mesures qu'on peut mettre en place justement pour attirer de nouveaux
spécialistes, à votre avis?
M. Oliva (Vincent) : Bien,
en fait, c'est que... Puis c'est un peu... Ça s'applique de façon plus large qu'au
don d'organes, mais c'est vrai particulièrement pour ça, en fait, c'est tout l'environnement
pratique qui... de pratique qui est rendu lourd. On a des listes d'attente qui
débordent, on a un réseau qui est... qui est sur les genoux, on a une pénurie
de personnel, donc c'est... La pratique médicale est rendue lourde, et
particulièrement dans des... dans des niches comme ça, où il faut qu'on joue du
coude, les médecins doivent se battre un petit peu parce que, dans le fond, le
manque de ressources, tu sais, c'est des vases communicants, donc les médecins
doivent jouer du coude, dans le fond, pour faire ces activités-là.
Puis le manque de ressources dédiées. Le
médecin a bien... bien beau être très motivé, mais ça prend... ça prend un
écosystème autour, ça prend du personnel de support, ça prend d'autres
professionnels, toute l'infrastructure. Alors... Alors, peut-être que Dr Legault
pourrait compléter, parce que, comme chirurgien, il sait très bien de quoi il s'agit.
Peut-être, Serge, tu pourrais dire quelques mots.
M. Legault (Serge) : Oui,
mais très brièvement, je suis d'accord avec ce que Dr Oliva a dit. En même
temps, dans un... dans une perspective plus heureuse, la transplantation, c'est
un... c'est un geste extraordinaire, au point de vue médical, au point de vue
humain, c'est presque chevaleresque. Mais c'est effectivement quelque chose de
niche, qui est très niché. La transplantation hépatique, la transplantation de
foie, la transplantation cardiaque, pulmonaire, c'est des chirurgies qui sont
spectaculaires, c'est des chirurgies aussi qui attirent la jeunesse
chirurgicale.
Le problème, ce n'est pas tant la
formation ou d'approcher quelqu'un pour tenter de rejoindre l'équipe, le
problème c'est les ressources en place. Vous n'êtes pas sans savoir que les
transplanteurs qui récoltent et transplantent les organes, c'est des petites
équipes qui sont étiolées à travers d'autres activités médicales pour qu'ils
puissent gagner leur vie adéquatement. Mais le fait de transplanter, c'est
quelque chose d'extraordinaire. C'est fait dans des... dans des centres
tertiaires et quaternaires. Donc, la relève, ce n'est pas vraiment un enjeu. L'enjeu,
c'est plus l'organisation des soins et puis le soutien des équipes en dédiant
des ressources. Ça, c'est un enjeu majeur pour... pour perpétrer la continuité
et la pérennité des programmes.
Mme Blouin : Merci
beaucoup. Autre point qui a été largement soulevé, je pense, par presque tous
les intervenants qui sont passés, c'est l'enjeu de formation. Et je me demande,
à votre niveau, en fait, est-ce que vous considérez que les médecins spécialistes
sont assez sensibilisés ou ont assez de connaissances en matière de don d'organes
et de transplantation?
M. Oliva (Vincent) : C'est
à dire que le volet médical, oui, parce que, pour faire de la transplantation,
il faut aller se surspécialiser dans des grands centres, et puis ça, c'est fait,
donc toute... Toute la... Évidemment, la connaissance évolue, mais... mais la
formation médicale technique, elle est au <rendez-vous...
M. Oliva (Vincent) :
...c'est
fait, donc toute... Toute la... Évidemment, la connaissance évolue, mais... mais
la formation médicale technique, elle est au >rendez-vous, ce n'est pas
un enjeu. Puis peut-être que vous le savez, mais on a des problèmes d'accès au
Québec, mais pas vraiment de problème de qualité généralement, dans le sens où
les médecins sont très bons, ils sont très bien formés. Alors, de ce côté-là,
il n'y a... il n'y a pas d'enjeu.
Quand on parle de formation, on parle de
tout ce qui est autour, de l'encadrement de la famille. On parle de... Parce
que, dans le fond, le geste de transplanter, c'est une chose, mais souvent les
gens ne sont pas conscients que le patient décède, mais le temps d'organiser
tout ce... le prélèvement d'organes et de les transplanter, il y a souvent
trois à quatre jours qui s'écoulent pendant lesquels, bien, il faut qu'on
explique à la famille pourquoi ça prend... ça prend autant de temps que ça.
Souvent les familles sont frappées par ça, puis dire : Bien, moi, je
pensais que mon proche décédait, puis qu'on prélevait les organes. Mais non,
c'est tout un processus, puis l'encadrement des familles, puis ça, on a insisté
là-dessus. Ce qui est frappant, c'est que malgré ce que le défunt, disons,
voulait, ses volontés, la famille, c'est elle qui doit... qui doit supporter
cette décision-là, puis de dire, dans le fond, est-ce que c'est vraiment ça ce
qu'il voulait? Est-ce qu'il avait compris ce à quoi il avait consenti? Donc, il
faut embarquer les familles là-dedans et tisser des liens de confiance très,
très solides. Et c'est cet encadrement-là, la prise en charge des familles, qui
nécessite, disons, de la formation, parce que ça va au‑delà des enjeux
techniques.
Mme Blouin : Je pense
que la relation de confiance a été nommée aussi assez souvent. Je me permets de
vous emmener ailleurs avant de passer la parole à mon collègue, puis c'est un
autre collègue autour de la table qui le faisait remarquer un petit peu plus
tôt cette semaine, on parle très rarement du don de tissus. En fait, est-ce
qu'à votre niveau, vous pouvez nous parler un peu de la situation actuelle ou
voir s'il y a des choses à améliorer, comment on pourrait faire mieux?
M. Oliva (Vincent) : Peut-être,
je pourrais solliciter mon collègue, Dr Legault, sur cet enjeu-là. Serge,
peux-tu dire quelques mots?
M. Legault (Serge) : Bien,
c'est sûr qu'il y a des améliorations à apporter. Il y a aussi les réflexes des
équipes traitantes. Tu sais, je parle de dons de cornées, je n'ai pas les
statistiques individuelles de chaque don, mais effectivement, ça fait partie
autant que toutes les autres transplantations beaucoup plus spectaculaires
qu'on doit viser à améliorer. Mais encore là, les spécialistes sont à l'ouvrage
pour prélever ces tissus-là, puis le don de cornée, c'est vraiment quelque
chose d'assez impressionnant, les résultats sont... sont très, très probants.
Je ne pourrais pas vous en dire plus, là, mais ça fait partie de la grande
famille de la... des enjeux de la transplantation au Québec.
M. Oliva (Vincent) : Si
je peux me permettre juste d'ajouter quelque chose, le parallèle qu'on peut
tracer, c'est, des donneurs, il y en a. Le problème, c'est de les faire. Il y a...
Puis il y a un ophtalmologiste qui nous expliquait, bien, il y en a beaucoup
qui donnent leurs cornées, mais on n'est pas capable de les faire parce qu'on
n'a pas l'infrastructure puis on n'a pas les capacités de tous les faire.
Alors, c'est pour ça que, dans le grand débat... Puis je pense que le
consentement présumé a fait beaucoup jaser, on n'en a pas parlé, mais le goulot
d'étranglement n'est pas là, le goulot d'étranglement, c'est vraiment de faire
les transplantations des donneurs qui nous sont... qui nous sont présentés.
C'est vraiment ça.
Mme Blouin : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député de Saint-Jérôme.
M. Chassin :Bonjour à vous trois. Effectivement, là, c'est un peu
ironique, là, on commence à parler du consentement, c'est notre mandat
d'initiative effectivement. Je voulais juste revenir, peut-être, avant de vous
donner la parole là-dessus, sur l'aspect formation, parce qu'effectivement la
formation, ce n'est pas tant sur, comment dire, la procédure chirurgicale que
sur, par exemple, l'approche des familles ou l'identification des donneurs,
parce qu'il y en a, mais encore là, il faut... il faut les identifier, il n'y
en a pas tant que ça. Est-ce que sur la formation, on peut penser que les
professionnels de la santé qui travaillent, par exemple, aux urgences et aux
soins intensifs, puis là, je pense tant aux médecins qu'aux infirmières, par
exemple, devraient avoir une formation, même relativement courte peut-être,
mais obligatoire, compte tenu du fait que c'est probablement eux qui vont voir,
en particulier, là, des gens qui pourraient être donneurs et qui pourraient
décéder?
M. Oliva (Vincent) : Oui,
vous avez raison. En fait, les... Ceux qui sont intimement liés, qui font les transplantations,
ce n'est pas nécessairement eux qui ont... qui ont besoin d'être... Bien, ils
ont besoin d'être formés, mais ils le sont, mais pas besoin d'être... Disons,
tous ceux qui doivent amener, disons, ou qui sont peut-être moins familiers,
effectivement, la première ligne des urgences, etc., il y a de la <sensibilisation...
M. Oliva (Vincent) :
...disons,
ou qui sont peut-être moins familiers, effectivement, la première ligne des
urgences, etc., il y a de la >sensibilisation, certainement, mais de la
formation aussi, effectivement, parce que la relation de confiance avec la
famille s'établit dès les premiers moments. Donc, c'est vraiment là qu'il faut
les prendre. Ça fait que vous avez raison, oui, puis quand on parle de
formation, on ne parle pas juste des médecins, là, on parle de formation,
évidemment, des équipes en général. Et, oui, je pense qu'il faudrait qu'il y
ait...
M. Chassin :
Obligatoire, oui.
M. Oliva (Vincent) : ...un
standard minimal de formation. On est d'accord avec vous.
• (16 h 10) •
M. Chassin :Et j'aimerais ça... Parce que, là, justement, sur le
consentement, il y a le cas... Puis vous le mentionniez, pourquoi ne pas avoir,
par exemple, un registre tant pour les consentements que pour les refus, puis,
à la limite — parce qu'on a eu cette réflexion-là avec d'autres
intervenants — de donner du choix, notamment, par exemple, on parlait
de cornée, mais peut-être que j'aurais un malaise ou éventuellement ça pourrait
évoluer. On parle des fois de greffes de visage, mais là, c'est peut-être un
peu choquant si on n'a pas d'information, peut-être que je ne suis pas prêt à
donner un consentement là-dessus, j'aurais tendance à avoir un refus pour
l'instant, mais consentir pour le reste. Donc, est-ce que ça, vous verriez... C'est
sûr que ça rajoute un peu de complexité, là, mais est-ce que vous verriez qu'un
registre bien tenu pourrait donner ce choix-là? Je ne sais pas si, Dr Legault,
vous avez...
M. Legault (Serge) : Bien,
si vous me permettez, c'est complexe, puis, en même temps, ce n'est pas
complexe. Si on part avec la prémisse, c'est trop complexe, ça n'arrivera
jamais. Il y a plusieurs façons de rejoindre l'électorat au Québec. Ça peut
être par le permis de conduire, ça peut être par les immatriculations, ça peut
être par des rapports d'impôt ou on peut se permettre de poser quelques
questions connexes. Le patient vivant peut décider de choisir de donner tel ou
tel organe, le patient vivant peut aussi décider, pour des raisons religieuses,
de ne pas donner tel ou tel organe. Ces banques de données là éventuelles que
fourniraient ces renseignements-là sont essentielles, selon moi, pour un
programme qui va se maintenir dans le temps, puis on va pouvoir raffiner la
façon avec laquelle on crée le réflexe populationnel de dire : Bien, tu
sais, le consentement explicite... le consentement implicite, il y a... il y a
une discussion familiale qui, des fois, est évacuée. Je ne signe pas mon permis
de conduire. Donc, de façon implicite, je donne mes organes, ça peut donner
lieu à des situations dramatiques, là, au point de vue familial, des
déchirements qui ne sont pas nécessaires, surtout en fin de vie, la fin de vie,
c'est un deuil, là. Donc, c'est...
M. Chassin :Absolument. Puis, même, à la limite, certains dans la
famille, particulièrement, et d'autres, peut-être, au contraire, seraient
favorables, puis là il peut y avoir des tensions dans l'entourage, à la limite,
là.
M. Legault (Serge) : Justement,
puis de favoriser cette discussion-là, ça ne peut être que bénéfique.
M. Chassin :Est-ce que... Est-ce que... Puis là, je vous pose une dernière
question, mais c'est... c'est par rapport au fait qu'on a une responsabilité
déjà du DSP pour, bien, en fait, s'assurer que le consentement a été validé,
là. C'est un petit peu plus dans la loi, les aspects législatifs, là, mais il
n'y a pas nécessairement de responsabilité peut-être claire quand on voit, par
exemple, les audits sur le fait que des patients potentiels... des donneurs...
des donneurs potentiels, pardon, n'ont pas été identifiés. Puis, woups, on voit
plus tard que, malheureusement, on en a peut‑être laissé passer. Est-ce que...
Est-ce que, là-dessus, il y aurait, de votre part, une réflexion sur qui
pourrait être, finalement, le promoteur à l'interne, là, d'un centre
hospitalier, par exemple, ou d'un établissement?
M. Oliva (Vincent) : Bien,
je pense que c'est... Tu sais, quand on parlait de... tantôt, d'équipes
dédiées, c'est un peu ça, c'est que c'est tellement niché, je pense qu'il faut
qu'il y ait effectivement une équipe qui soit... qui soit dédiée à ça puis dont
ce soit l'activité principale puis qu'il puisse y avoir une coordination. Si on
veut que les choses se passent, il faut nommer des gens qui soient... qui
soient responsables, qui soient imputables puis qui soient mandatés, qui soient
motivés. Je pense que ça prend ça. Tu sais, le... Quand il y a des porteurs de
ballon, là, c'est la meilleure façon d'amener... de compter des buts. S'il n'y
a pas de porteur de ballon, puis on se fit sur... Si c'est le problème de tout
le monde, ce n'est le problème de personne, OK?
M. Chassin :
Je suis assez d'accord.
M. Oliva (Vincent) : Donc,
je pense que... Puis, tu sais, les milieux où ça fonctionne bien, là, il y a
des gens investis, dédiés et qui font... qui pensent juste à ça puis qui font
juste ça. Ça, c'est l'idéal.
M. Chassin :Est-ce que dédié, ça veut dire à l'exclusion de toute autre
fonction? J'imagine, c'est plus, ils sont désignés, mais ils vont faire
d'autres choses aussi.
M. Oliva (Vincent) :
Non, pas nécessairement, parce que, tu sais, je veux dire, ils ne <transplantent...
M. Chassin :
...J'imagine, c'est plus, ils sont désignés, mais
ils vont faire d'autres choses aussi.
M. Oliva (Vincent) :
Non, pas nécessairement, parce que, tu sais, je veux dire, ils ne >transplantent
pas 24 heures sur 24, mais autrement dit, ils sont mandatés, puis... Voilà.
M. Chassin :Super.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, je vais céder
maintenant la parole au député de Pontiac.
M. Fortin :Oui. Merci, M. le Président. Merci, Dr Oliva, Dr Legault...
En fait, merci à vous trois d'être là... d'être là avec nous aujourd'hui. Je
vais me permettre de peut-être vous challenger un peu, Dr Legault, en
partant, vous venez de dire : Des fois, si c'est trop compliqué, ça
n'arrivera pas. Oui, à preuve inverse, le registre de la RAMQ, en ce moment,
qui a l'air pas mal, pas mal, pas mal compliqué puis qui est en place. Il y a
des choses... Des fois, on se complexifie la vie nous-mêmes sans... sans bonne
raison. Mais je suis d'accord... Puis je suis content, Dr Oliva, que vous
avez commencé en parlant de la sensibilisation, de l'importance de... qu'on est
en train d'en faire, de la sensibilisation, en ce moment, que les gens de
Transplant Québec qui étaient dans les médias cette semaine en font, de la
sensibilisation autour du don d'organes, que le fait qu'on en parle, là, ça
aide. À preuve, moi, quand j'ai quitté... Quand j'ai quitté l'Outaouais lundi,
je pense que c'est la première fois en neuf ans de parlementarisme que ma fille
me demande : Qu'est-ce que tu t'en vas faire à Québec cette semaine? Puis
ça nous a menés à une discussion sur le don d'organes puis sa volonté à elle.
Donc, juste d'avoir ces discussions-là, c'est probablement la plus grande
avancée, là, qu'on... qu'on est capables d'avoir à très, très, très court
terme.
Je vais rentrer dans le vif du sujet parce
que, sur le consentement présumé, vous allez quand même plus loin que plusieurs
des autres groupes qui nous ont parlé aujourd'hui, qui nous ont essentiellement
dit : Oui, mais il faut le faire avec un paquet d'autres affaires. Vous,
vous êtes un petit peu plus direct sur cette question-là. Mais je me demande,
la comparaison que vous avez fait, Dr Oliva, avec le Brésil, le Chili, où
on a appris tantôt que, tu sais, la confiance du public, elle est mince, mince,
mince en partant parce qu'il y a des systèmes de revente illégale d'organes,
etc. Est-ce que la comparaison est vraiment appropriée dans le contexte
québécois où les gens ont pas mal plus confiance aux professionnels puis au
réseau de la santé?
M. Oliva (Vincent) : Vous
avez raison que le contexte est très différent, mais il faut... Il faut savoir,
quand même, qu'on est une société très libérale. Je pense qu'il faut être fier
de ça, on est une société très libérale. Et puis si j'image un peu, ça peut
être un peu choquant de se faire dire : Bien, on a besoin de vos organes,
ça fait que, par défaut, ils nous appartiennent. C'est un petit peu ça, le
consentement présumé. Alors, je caricature mais... mais ce que je veux dire,
c'est qu'il y a toutes sortes de questions qui sont soulevées. C'est que quand
on consent à ça, est ce que les patients savent vraiment ce que ça implique, ce
que ça implique pour l'entourage? Le décès, c'est quoi? Souvent les familles
arrivent, puis le patient est décédé, mais tout circule, le cœur bat, etc.,
c'est une mort cérébrale, mais est ce qu'ils ont vraiment compris c'était quoi?
Alors, ils sont un peu surpris par ça.
L'autre chose, la question, c'est que si
on présume que le consentement est donné, est-ce qu'il y en a qui sont aptes à
consentir? Hein? Il y a ça, l'aptitude à consentir. Ça fait que ce qu'on... ce
qu'on dit, en gros, c'est... c'est complexe, plus qu'on pense, puis ce n'est
pas qu'on s'oppose au consentement présumé, c'est qu'on dit, scientifiquement,
quand on regarde les méta‑analyses, ce qu'on nous dit, c'est que ce n'est pas
un facteur déterminant. Ça fait qu'à partir du moment où ce n'est pas un
facteur déterminant, c'est une question qui dépasse l'opinion d'un groupe de
médecins, c'est une question qui revient à la société. Est-ce qu'on veut? Si moi,
j'avais des évidences qui disaient : Regarde, on augmente... on prend le
consentement présumé, puis, bang, on augmente le nombre de dons, bien là, je
vous dirais : Bien, moi, mon opinion d'expert, c'est qu'il faut faire ça. Mais,
on n'a pas ça, on n'est pas capables de le recommander parce que,
scientifiquement, on n'a pas de preuve.
Donc, moi, ce qu'on a fait comme
réflexion, c'est... Bien, étant donné que ce n'est pas un facteur décisif,
prenons donc le temps de regarder cet élément-là. De toute façon, ce n'est pas
ça, le goulot d'étranglement. Le goulot d'étranglement, c'est qu'on n'est pas...
on n'est assez organisés, on n'a pas les conditions gagnantes pour faire toutes
les transplantations qu'on pourrait faire. Alors, commençons par ça. Puis le
consentement, c'est... c'est une question qui est... qui est beaucoup plus
délicate, puis pour l'instant, ce n'est pas prouvé que ça va augmenter la...
améliorer la situation.
• (16 h 20) •
M. Fortin :Oui. La question de... La question de l'Espagne est
intéressante sur cet enjeu-là, parce que, si j'ai bien compris, là, le Collège
des médecins qui était ici tantôt, qui nous ont... nous ont fait un peu le...
la <ligne...
M. Fortin :
...
Collège des médecins qui était ici tantôt,
qui nous ont... nous ont fait un peu le... la >ligne du temps, disons,
de leur évolution à ce niveau-là, si j'ai bien compris, en 1979, ils ont
introduit la... le consentement présumé et ils n'ont pas vu d'énormes
changements, là, d'une façon ou d'une autre, jusqu'à ce qu'ils fassent le reste
des mesures en gardant le consentement présumé, et c'est là qu'ils ont vu un
énorme changement. Alors... Puis ça on l'a entendu de plusieurs, plusieurs,
plusieurs groupes, là : Vous pouvez le faire, mais faites-le avec d'autres
affaires, sinon ça ne donnera pas les résultats escomptés. Alors, je vous
entends.
Sur les... Sur l'écart entre le contexte
législatif et la réalité, il y en a un écart, là. Aujourd'hui, là, on ne suit
pas le contexte législatif exact, puis je ne parle pas juste de la question
de... du référencement, là, lors du, disons, du processus pour le don
d'organes, là, avec la famille. Est-ce que vous... Est-ce que vous êtes
d'accord avec la proposition qui nous a... qui nous a été faite, à savoir qu'on
doit mettre dans le cadre légal la décision familiale?
M. Oliva (Vincent) : Oui,
puis je pourrais peut-être laisser Me Rouillard, qu'on a la chance d'avoir
une avocate avec nous, peut-être elle pourrait dire deux mots sur ça.
Mme Rouillard (Marie) : Oui.
Bien, en fait, vous avez tout à fait raison, là, en ce moment, qu'est-ce qu'on
observe, c'est que les volontés du défunt, dans le... dans le contexte
législatif, doivent primer. Puis c'est... C'est dans les cas où est-ce que la
volonté est méconnue ou où est-ce qu'il n'a pas donné son consentement qu'on
consulte les proches, là, du défunt. Dans la réalité, puis quand on a consulté,
là, nos membres, bien, en fait, c'était tout autre, ils sentaient vraiment un
besoin de consulter les familles puis ils trouvaient ça même primordial pour
valider le... les volontés exprimées du défunt. Donc, la réflexion se pose,
parce que si on observe une certaine dichotomie entre qu'est-ce qu'on écrit,
qu'est-ce que le législateur écrit dans la loi puis... dans... en réalité
pratique, c'est tout autre parce que les équipes médicales ressentent un
certain malaise de passer outre, je pense qu'effectivement on doit se poser la
question si on n'inclut pas explicitement la décision familiale et si même, si
on ne doit pas préciser les motifs qui permettraient de passer outre le
consentement du défunt. Donc, c'est... c'est vraiment des questions importantes
qu'il faut se poser. Puis même, ça permettrait de clarifier au sein d'un peu,
les équipes médicales, au sein d'un peu de la population, qu'est-ce qui
pourrait être permis ou non, là. Donc, oui, c'est... c'est important.
Le Président (M. Provençal)
:...
Mme Lakhoyan Olivier : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci beaucoup. Merci d'être présent. On est
vraiment choyés de vous avoir parmi nous et nous éclairer pour prendre les
meilleures décisions. Ça se répète un peu, les besoins, comment procéder et de
faire attention pour respecter les défunts et la famille des défunts. Vous
parlez de... Et tous les groupes parlent d'un registre commun et fluide, plus
facile à accéder, bien sûr, le côté marketing d'informer la population et de
les préparer. Donc, l'un ne va pas sans l'autre.
Ma question pour vous, c'est que nous
avons déjà un système en place et puis, d'après ce qu'on entend, ça va bien. En
général, ça va bien, malgré tous les bémols que tous les groupes ont apportés,
que ça soit le choix d'hôpital, le temps, tout ça, là, le décès et tout ça, ils
nous disent que ça va bien. Donc... Mais vous parlez tous d'un registre commun
et puis tous les bémols qui existent. Puisque ça va bien maintenant, c'est quoi
qui fait qu'on est inquiets avec toutes ces étapes-là?
M. Oliva (Vincent) : Bien,
écoutez, ce n'est pas... Tu sais, je ne pense pas que le registre ce soit
l'élément principal, là, puis l'essence de notre message, là, je pense que
c'est vraiment le fait d'avoir des ressources dédiées, d'avoir des équipes
dédiées, de mieux organiser toute l'infrastructure, tout l'écosystème. Je pense
que c'est la sensibilisation, je pense que c'est vraiment là que ça se joue. Le
registre, c'est un... c'est un élément de plus. Si on a un registre qui est
plus facilement accessible... Puis on pose, on discute de la <question...
M. Oliva (Vincent) :
...
un registre qui est plus facilement accessible... Puis on pose, on discute de
la >question du consentement, je pense que si on avait un registre avec
plus de données, des données plus granulaires, plus d'informations, on serait
peut-être capables de répondre mieux à ces questions-là, est-ce que le
consentement fait une différence, parce qu'on aurait plus d'informations. Donc,
c'est un petit peu dans ce sens-là. Je ne sais pas, Marie, Me Rouillard,
si tu as peut-être des choses à ajouter sur le registre?
Mme Rouillard (Marie) : Bien...
Bien, en fait, essentiellement, comme Dr Oliva le dit, c'est sûr que ce
n'est pas la pierre angulaire, là. Je veux dire, c'est... c'est plusieurs
facteurs qui permettent d'améliorer, là, le don d'organes, mais le registre...
En fait, si on unifie les trois manières, les trois outils pour donner son
consentement, c'est clair qu'aux yeux de la population c'est plus simple, c'est,
il y a un endroit sur lequel on peut consentir ou non, tout dépend, là, mais en
fait, c'est vraiment ça, c'est la clarté, c'est la simplicité de la chose,
autant retirer que de donner son consentement, c'est comme ça que nous... que
nous, on le voyait, puis je pense que, si on prévoyait une certaine réforme
législative, on pense que ça s'inscrirait bien, là, dans cette... dans cette
modification-là.
Le Président (M. Provençal)
:...alors...
M. Oliva (Vincent) : ...ça
fonctionne, mais ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas l'améliorer.
Mme Lakhoyan Olivier :
Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Excellent. Merci beaucoup. M. le
député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, M.
le Président. Bonjour à vous trois. Il y a pas mal de terrain qui a été
couvert, là, puis vous avez dit des choses qu'on a entendues, mais juste pour
être sûr, là, si j'avais à vous classer, là, pour ou contre le consentement
présumé, j'aurais tendance à mettre mon x dans la colonne contre. .
M. Oliva (Vincent) : Oui,
on est... on est plutôt contre. On n'est pas nécessairement contre le principe,
mais on n'est... on n'est pas... Disons, on vous inciterait à de la prudence, autrement
dit, là.
M. Marissal : C'est...
C'est ça.
M. Oliva (Vincent) : On
vous dirait : Ce n'est pas nécessaire de faire ce débat-là, parce qu'il
n'est pas critique. Donc pour nous, ce n'est pas crucial d'avancer dans cette
direction-là.
M. Marissal : Je
comprends bien.
Mme Rouillard (Marie) : En
fait, si je peux ajouter quelque chose sur les propos de Dr Oliva, c'est
qu'on pense qu'on peut faire plusieurs autres choses avant de changer notre
modèle. Il y a... Comme qu'on a énuméré dans notre discours, on pense qu'il y a
plusieurs moyens qui permettraient de faciliter et d'améliorer le don
d'organes, puis même avec le modèle de consentement explicite. Donc, je pense
qu'on pourrait miser sur ces moyens‑là. Puis c'est quand même... C'est quand
même une réflexion sociétale, également, donc il faut faire attention, puis je
pense que qu'est-ce que Dr Oliva a dit, de la... d'être prudents là-dedans,
c'est très important.
M. Marissal : C'est
clair. On vous comprend bien. Le registre, de toute façon, là, un vrai registre
qui marche puis qui n'est pas une chasse au trésor, là, comme en ce moment, là,
ça ferait office de consentement explicite, en quelque sorte. Là-dessus, vous
rejoignez le Collège des médecins?
M. Oliva (Vincent) : Oui.
M. Marissal : Bon. Ce
qui n'enlèverait pas, par ailleurs, le veto familial, puisque, vous l'avez
expliqué, vous aussi, alors il y a des circonstances qui ne permettraient pas,
jamais, de s'approprier les organes de quelqu'un qui est mort, même s'il avait
d'emblée acquiescé à ça.
M. Oliva (Vincent) : ...c'est
un veto... c'est un veto fonctionnel, c'est un veto éthique. C'est-à-dire que,
tu sais, premièrement, est-ce qu'on est bien, bien sûr que le défunt, c'est
vraiment ça qu'il voulait dire? Dans le contexte où la famille serait très
défavorable, est-ce qu'il voudrait s'embarquer dans une opération aussi
délicate, dans la controverse? Sur le terrain ce que les médecins nous disent :
Sans le support des familles, là, en pratique, là, c'est très difficile de
procéder parce que c'est... c'est trop sensible, là, on a besoin de
collaboration, c'est un petit peu... Serge, tu voulais parler, je te laisse...
• (16 h 30) •
M. Legault (Serge) : Oui,
en fait, si je peux me permettre, là, le registre, c'est une occasion d'en
parler. Pour nous, la discussion est importante. Vous savez, je donne un exemple,
je dis n'importe quoi, là, quand on envoie notre chèque pour payer nos impôts,
là, on chiale un peu au souper, puis là ils nous disent : En même temps,
ils me demandent si je veux... si je veux donner mon cœur. Bien, ça peut animer
une discussion qu'on n'a jamais eue avant parce qu'on n'a jamais eu le réflexe
d'en parler. Plus on en parle, plus on se pose des questions, plus on
réfléchit, plus on est prêts quand le moment fatidique arrive.
C'est important d'affiner les réflexes de
la transplantation, autant au point de vue des équipes traitantes, autant au
point de vue des équipes qui reçoivent les patients via l'urgence ou à
l'hospitalisation, les médecins de famille qui parlent avec... avec leurs
patients. Plus on en parle, plus on est au courant, plus le réflexe est là,
mieux on va être. Puis l'Espagne l'a prouvé, ce n'est pas le consentement implicite
qui fonctionne, c'est tout le reste.
16 h 30 (version révisée)
M. Legault (Serge) : ...implicite
qui fonctionne, c'est tout le reste.
M. Marissal : Oui. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Je vais céder la parole au député des
Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci à vous d'être là. Merci de votre présentation. J'ai à la fois
la chance d'être le dernier pour résumer ce qui s'est passé puis, en même
temps, le désavantage d'avoir peut-être à faire de la redite. Alors, je vais
vous demander : Si le point de départ de notre rencontre, c'est de dire
que le Québec sous-performe par rapport à d'autres juridictions, puis qu'on a
déjà été en tête de peloton, puis qu'aujourd'hui, là, bien, on n'est pas forts,
dans les propositions que vous faites, là, dans quel ordre faut-il procéder si
on élimine la question du consentement? Parce que vous semblez dire que ce n'est
pas l'élément clé. La création d'une loi, le registre, ça ne semble pas être la
question clé non plus, le manque de ressources, sensibilisation et, disons,
collecte de données et audit. On commence comment puis on procède comment? Puis
la question des ressources, surtout, là, est-ce que ça explique tout ou c'est
un facteur beaucoup plus large, organisationnel, formation, sensibilisation et
tout ça? En deux minutes.
M. Oliva (Vincent) : Bien, si
vous me demandez, d'abord... il y a beaucoup de questions, mais vous me
demandez de mettre dans l'ordre... alors, je vous dirais sensibilisation, je
vous dirais formation, organisation des soins. Oui, il manque de ressources,
mais, avec les ressources qu'on a, on pourrait faire mieux.
M. Arseneau : Bon, c'est ça.
M. Oliva (Vincent) : Puis ça,
c'est vrai... c'est vrai dans le réseau en général. Je pense qu'il y a une
pénurie de personnel, on le sait tous, mais, avec les ressources qu'on a, on
pourrait faire mieux. Ça fait que, dans cet ordre-là, puis, après ça, bien, le
cadre législatif qui vient... qui vient encadrer ça, le registre, puis le
consentement, pour nous, ce n'est même pas qu'il est en dernier, ce n'est pas
un facteur pour nous.
M. Arseneau : D'accord, bien,
merci.
M. Oliva (Vincent) : Donc, je
les ai mis dans l'ordre.
M. Arseneau : Oui, bien,
merci. C'est très clair, puis vous me rassurez aussi, parce qu'on pourrait
facilement, comme on le fait dans certaines urgences de région, comme à
Rivière-Rouge, dire : Bien, on n'a pas de ressources, on ferme. Moi, je ne
voudrais pas qu'on ferme l'idée de la transplantation, là, puis de... du don d'organes.
Et puis la présentation que nous a faite tout à l'heure le Collège des médecins
était effrayante. On se colletaille pour avoir un espace pour un soin de lit
intensif puis on choisit qui va mourir puis qui va survivre. Vous n'êtes pas
aussi dramatique que ça. Je caricature un peu, là, mais on peut faire mieux
avec les ressources qu'on a. Moi, ça me rassure.
M. Oliva (Vincent) : Je pense
qu'il ne faut pas être dramatique. On sait qu'il y a des enjeux d'organisation.
Les patients qui sont très malades sont bien traités. Les patients qui ont des urgences
sont bien traités. On pourrait faire mieux pour l'accès. Je ne pense pas que le
don d'organes soit menacé, mais on peut faire beaucoup mieux puis il faut faire
beaucoup mieux.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vous remercie beaucoup pour
votre présence et pour avoir alimenté notre réflexion sur ce sujet.
Sur ce, je vais suspendre les travaux
quelques minutes pour permettre au prochain groupe de prendre place. Merci
beaucoup à vous trois. Bonne fin de journée.
(Suspension de la séance à 16 h 33)
(Reprise à 16 h 40)
Le Président (M. Provençal)
:Nous recevons maintenant Me Claveau
et Me Guay, les représentantes du Barreau du Québec. Merci beaucoup de votre
présence. Vous avez 10 minutes pour votre présentation, et, par la suite, nous
allons réaliser un échange avec les membres de la commission. Je vous cède la
parole.
Mme Claveau (Catherine) : Merci
beaucoup. M. le Président, Mmes et MM. les députés, je suis Catherine Claveau,
bâtonnière du <Québec, et je suis accompagnée de...
Mme Claveau (Catherine) :
...
M.
le Président, Mmes et MM. les députés, je suis Catherine Claveau, bâtonnière du
>Québec, et je suis accompagnée de Me Hélène Guay, qui est membre de
notre groupe d'experts en droits de la personne.
Le Barreau du Québec vous remercie de
l'avoir invité à participer aux consultations de la Commission de la santé et
des services sociaux dans le cadre de ce mandat d'initiative visant à étudier
les moyens facilitant le don d'organes ou de tissus, notamment par
l'instauration de la présomption du consentement. Nous saluons l'initiative de
l'Assemblée nationale d'étudier les moyens facilitant le don d'organes et de
tissus. Il s'agit d'une grande question de société, et le Barreau du Québec est
heureux de pouvoir contribuer à la réflexion sur celle-ci.
Le mandat de la commission est salutaire
en cela qu'il intervient à un moment où la question centrale du consentement
doit être étudiée et, s'il le faut, mise à jour. Nous formulons ainsi certains
commentaires afin de donner aux législateurs des outils qui garantiront le
respect des droits fondamentaux qui ont trait au don d'organes et de tissus,
notamment les droits à l'autodétermination de la personne, à l'intégrité, à
l'inviolabilité de la personne et le droit à la libre disposition de son corps.
Comme vous le savez déjà, il existe deux...
deux modèles, actuellement, de consentement au don d'organes, soit le
consentement explicite et le consentement présumé. Au Québec, le modèle de consentement
explicite est actuellement en vigueur, impliquant que la personne doit
clairement exprimer sa volonté de faire don de ses organes à son décès pour que
le consentement soit valide, d'où l'existence sur toutes les cartes émises par
la RAMQ du fameux encart accueillant les signatures des donneurs potentiels.
Le consentement présumé, pour sa part,
suppose que toute personne est présumée consentante au don de ses organes après
sa mort, sauf si elle est... elle a expressément manifesté son refus au don...
son refus au don de son vivant. Ce concept repose sur l'idée que la
disponibilité des organes pour sauver des vies est si importante que la
présomption de consentement est établie par défaut, à moins que la personne
n'ait indiqué son refus de manière formelle. Certaines juridictions, comme la
France et la Nouvelle-Écosse, ont adopté ce modèle afin de susciter l'intérêt
et l'engagement des donneurs et, ainsi, augmenter le nombre d'organes
disponibles à des fins de prélèvement.
La consultation qui nous réunit
aujourd'hui prend sa source le 26 avril 2023, soit lorsque le porte-parole
de l'opposition officielle en matière de santé, M. André Fortin, a
présenté à l'Assemblée nationale le projet de loi n° 194,
intitulé Loi instaurant une présomption de consentement au don d'organes ou de
tissus après le décès. Dans notre mémoire, nous avons formulé nos observations
concernant les enjeux entourant l'instauration d'une présomption de
consentement au don d'organes ou de tissus en nous basant sur les articles
modifiés par le projet de loi n° 194.
Plus précisément, ce projet de loi propose
de modifier le Code civil afin de prévoir que le majeur est présumé avoir
consenti au don d'organes ou de tissus. Sauf en cas d'urgence et d'espoir
sérieux de sauver une vie humaine ou d'en améliorer sensiblement la qualité,
celui qui demande le prélèvement devra alors prendre les mesures raisonnables
pour s'assurer auprès des proches du défunt que ce dernier n'a pas... que ce
dernier n'a pas exprimé son refus par quelque moyen que ce soit.
D'emblée, le Barreau du Québec salue la proposition
de renverser la présomption légale actuelle, mais il propose d'ajouter
certaines modalités afin d'éviter que l'objectif visé par le projet de loi ne
soit pas atteint.
Tout d'abord, nous soumettons que le don
présumé au décès, sans autre forme de modalité de protection, s'apparente à une
imposition légale ou étatique qui ne concorde pas avec les droits fondamentaux
de notre société. Ces droits militent, rappelons-le, en faveur du droit à un
consentement libre et éclairé dans la prise des décisions d'ordre médical,
comme le soulignait la Cour suprême du Canada dans l'arrêt Carter.
De plus, les résultats de recherche sur
les sujets révèlent un enjeu important qui est à l'origine du ralentissement en
pratique des impacts d'une telle présomption de consentement sur l'augmentation
réelle du nombre de dons d'organes ou de tissus dans les juridictions dotées
d'une politique ou d'une législation relative au don présumé au décès. Ce
manque d'effet constaté semble être lié au respect des refus exprimés par la
famille du défunt. Ainsi, le Barreau du Québec suggère l'ajout de modalités
additionnelles de protection, comme l'instauration d'un registre de refus
volontaire, de même que le maintien des campagnes concertées de sensibilisation
du public.
En outre, le projet de loi n° 194
modifie le Code civil dans le but de prévoir que l'autorisation comme le refus
au don d'organes ou de tissus soient exprimés soit verbalement devant deux
témoins soit par <écrit et qu'ils puissent être révoqués...
Mme Claveau (Catherine) :
...exprimés
soit verbalement devant deux témoins soit par >écrit et qu'ils puissent
être révoqués de la même manière. Ainsi, selon l'article amendé, même si le
consentement au don est présumé, la famille pourrait toujours exprimer son
opposition.
Pour éviter cela, nous sommes d'avis que
le législateur devrait prévoir qu'une autorisation ou un refus de consentement
exprimé soit verbalement devant deux témoins soit par écrit devront être
respectés, et ce, même si l'urgence de la situation permet de les outrepasser
ou que les proches du défunt les refusent. Ceci n'empêcherait pas les
professionnels de la santé d'expliquer, d'exposer et de tenir informés les
proches du choix du défunt et de leur devoir légal de respecter ce choix.
Par ailleurs, un autre moyen facilitant le
don d'organes ou de tissus serait l'instauration d'un régime de déclaration
obligatoire qui établirait un mécanisme en vertu duquel toute personne apte à
consentir qui s'inscrit à la RAMQ devra obligatoirement faire un choix et décider
si elle désire faire don de ses organes. Cette avenue pourrait possiblement
empêcher les familles d'affirmer la... d'infirmer la décision du donneur
potentiel, ce qui augmenterait le nombre d'organes et de tissus disponibles.
Comme nous l'avons mentionné précédemment,
le Barreau du Québec considère essentiel que des campagnes de sensibilisation
auprès du public soient renforcées et effectuées en continu, surtout si le
législateur décide d'aller de l'avant avec l'instauration d'une présomption de
consentement au don d'organes ou de tissus pour les majeurs. Les campagnes
auprès du public favoriseront la connaissance de chaque citoyen de leurs
options. De plus, ces campagnes aideront les Québécois dans leur décision
personnelle sur cet enjeu et pourraient ainsi cimenter la solidarité nationale
à l'égard des personnes en attente d'une greffe d'organe ou de tissu.
En terminant, et en résumé, le Barreau du
Québec tient à réitérer qu'il salue la volonté de l'Assemblée nationale
d'ouvrir le débat sur cette question fondamentale, mais le Barreau est
toutefois d'avis que, si le législateur décide d'instaurer une présomption de
consentement au don d'organes et de tissus, les droits fondamentaux doivent
être pris en considération dans la rédaction du texte de loi, soit le droit à
l'autodétermination de la personne, le droit à l'intégrité de la personne, le
droit à l'inviolabilité de la personne et le droit à la libre disposition de
son corps. Ainsi, le Barreau suggère d'ajouter une modalité de protection,
comme un registre de refus volontaire, afin de réduire les risques de porter
atteinte à ces droits fondamentaux.
D'autres commentaires se trouvent dans
notre mémoire. Nous vous remercions encore une fois pour cette invitation à
comparaître devant vous et nous sommes disponibles pour la poursuite de notre
échange.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Me Claveau. Nous
débutons avec la députée de Bonaventure.
Mme Blouin : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous deux. Merci d'être avec nous. On a parlé, ce matin,
avec Me Bourassa Forcier, d'une obligation soit de répertorier quelque part
soit un consentement, un refus ou encore de laisser le choix à la famille, par
exemple, et vous, dans votre mémoire, vous parlez d'instaurer un régime de
déclaration obligatoire. J'aimerais ça vous entendre sur ce sujet-là, savoir
comment... comment vous voyez ça, comment on peut obliger des gens à se
prononcer.
Mme Claveau (Catherine) : Oui,
je vais laisser ma collègue, Me Guay, répondre à cette question.
Mme Guay
(Hélène) :Oui, bonjour. Donc, merci. Bien, c'est une
excellente question, comment on peut obliger... En fait, la suggestion qui est
faite s'inscrit dans un... dans une situation tout à fait nouvelle pour notre
système de droit, à savoir qu'on va changer des règles complètement. On va...
La proposition, c'est de... plutôt que de partir d'une façon... de la façon
habituelle, c'est-à-dire obtenir le consentement de la personne, on va plutôt
instaurer un système qui va faire qu'il va falloir se désengager. Cette
autorisation-là explicite, cette hypothèse-là que toute personne consent au
prélèvement... (panne de son) ...il va falloir certainement... On crée
certainement une situation où les gens doivent être non seulement informés,
mais doivent aussi devoir participer à leur choix. Donc, c'est un peu ça,
l'idée d'avoir un registre et d'avoir un système avec déclaration obligatoire
pour que les citoyens puissent véritablement exercer leur droit, faire part de
leur volonté. Donc, je pense que ça devient nécessaire d'avoir un tel... un tel
devoir, finalement, de participer à l'exercice de déterminer quelles sont mes
volontés.
• (16 h 50) •
Mme Blouin : Lorsqu'on est
obligé de se prononcer comme ça, est-ce qu'on peut vraiment assumer que la <décision,
elle est prise de façon...
Mme Blouin :
...obligé
de se prononcer comme ça, est-ce qu'on peut vraiment assumer que la >décision,
elle est prise de façon éclairée? Si on est obligé de se prononcer, est-ce
qu'on prend vraiment le temps de s'attarder puis qu'on a vraiment une réflexion
approfondie sur le sujet?
Mme Guay
(Hélène) :Bien, le projet, tel qu'il est formulé présentement,
c'est de dire : Bon, on présume que toute personne consent, on présume que
toute personne autorise de manière... de manière implicite. Ce qu'on veut
faire, on veut changer d'un consentement exprès, explicite, à une autorisation
implicite. Alors, on n'a pas le choix, je pense, de fournir les informations
nécessaires pour que chacune et chacun, toute personne puisse exercer sa
volonté, son droit.
Donc, il faut comprendre qu'on change...
on change les règles d'un bout à l'autre. Alors, il faut bien que... Il faut
nous donner les outils pour ça. Puis effectivement on se questionne :
Est-ce que la personne est informée? Parce qu'on a toujours travaillé avec
un... dans un système où le consentement comporte une autorisation éclairée,
avec l'information nécessaire, avec la capacité qui suit. Alors, oui, on a
besoin d'avoir des balises, des moyens de protection, et, entre autres, il est
important que la personne soit informée avant de choisir et qu'elle puisse
choisir de refuser l'imposition qui serait faite de manière légale.
Mme Blouin : Vous mentionnez
aussi dans votre mémoire qu'on devrait enlever, dans la loi, la référence au
motif impérieux. On a aussi tenté, ce matin, là, toujours avec la même équipe
de Me Bourassa Forcier, de voir si c'était pertinent de les définir, ces
motifs-là, mais vous, vous proposez carrément d'enlever cette référence-là.
Est-ce que vous pouvez nous exprimer un peu votre position?
Mme Guay
(Hélène) :Bien, vous savez, la notion de motif impérieux,
c'est au singulier actuellement dans notre Code civil, ça a été introduit à la
fin des années 80, quand on a réformé le Code civil. La compréhension
qu'on devait en avoir, selon nous, c'est que c'étaient des motifs qui se
rattachaient au prélèvement d'organes, au don des organes, au don des tissus, à
savoir des motifs qui seraient... seraient de nature à ce que les organes ou
les tissus ne soient pas... possible au prélèvement ou ne soit pas possible de
transplantation. Ça, ça nous apparaît être des motifs impérieux, mais, progressivement,
on s'aperçoit que ce n'est pas la qualité des organes qui semble être... (panne
de son) ...puis n'est pas seulement la seule raison qui est invoquée.
On comprend, et je pense que les
parlementaires l'ont entendu également depuis hier... on comprend qu'il y a une
réticence de voir un protocole de la part des instances, tel Transplant Québec,
à l'effet que, lorsque la famille s'oppose, on va considérer que ce sera un
motif impérieux, et je pense qu'on le souligne dans le mémoire du Barreau, que
vous avez... dont vous avez pris connaissance. Alors, pour nous, ce motif,
c'est de faire une place large pour la famille, mais c'est aussi de dénaturer...
parce qu'on pourra revenir à la question de la place large de la famille, mais
c'est de dénaturer la notion de motif impérieux, selon nous. Alors, c'est pour
ça qu'on propose de revoir... parce que, oui, il était déjà existant, puis,
oui, on le reprend encore dans le 44 tel que modifié, là, tel que proposé.
Mme Blouin : On a bien
entendu. Je pense que vous êtes... Vous avez été à l'écoute aussi et entendu
plusieurs recommandations en lien avec l'information, avec la sensibilisation.
Puis on comprend bien aussi que, si on y va avec le consentement présumé, ça ne
fait pas foi de tout, mais on s'imagine, on se projette... Supposons qu'on
informe adéquatement la population, que les professionnels sont bien formés, que
leur référencement va mieux aussi, qu'on a un registre qui est accessible,
est-ce que vous pensez qu'au Québec on devrait, dans quelques années, avec tout
ça mis en place, opter pour le consentement présumé?
Mme Claveau (Catherine) : Bien,
je pense que l'exercice qu'on fait actuellement est très important. On a une
base. On désire tous... Évidemment, on peut... Tu sais, on est tous en accord
que... avec le principe que, si on peut sauver plus de vies possibles ou rendre
la qualité de vie des gens vivant la meilleure possible au Québec, bien, tant
mieux, mais on constate, comme tous les autres interlocuteurs aussi, que, si on
change la loi pour créer une présomption, ça prend vraiment, vraiment, vraiment
une campagne d'information, sensibilisation. Il faut... il faut aussi toujours
avoir en tête qu'il faut respecter les volontés de la personne avant celle de
sa famille, entre guillemets, là, donc vraiment s'assurer que tout ça soit
clairement exprimé.
Je pense vraiment que... C'est vraiment
intéressant, là, que... qu'on ait cette conversation-là où... Je pense que tous
les partis sont <unanimes pour dire : Il faut améliorer les choses...
Mme Claveau (Catherine) :
...cette
conversation-là où... Je pense que tous les partis sont >unanimes pour
dire : Il faut améliorer les choses. Bien, nous, on s'offre, Barreau,
pour... on a fait quelques commentaires parce que c'est quand même à l'ébauche,
pour travailler avec vous, pour voir, de façon la plus optimale possible,
comment on pourrait améliorer la situation, et, si ça va vers un changement de
présomption, bien, s'assurer que ça se fasse avec des conditions gagnantes puis
qu'on soit organisés pour qu'on atteigne nos objectifs. On entendait le
président du Collège des médecins, notamment, dire qu'il faut aussi penser à
l'organisation matérielle, à la disposition... Il y a plein, plein, plein
d'éléments qu'il va falloir considérer pour atteindre cet objectif-là, puis
merci encore une fois de nous aider à... de nous avoir invités à participer à
cette réflexion-là, puis on s'offre évidemment pour la continuer avec vous.
Mme Blouin : Bien, merci à
vous, d'abord. Autre notion intéressante de votre mémoire, vous parlez aussi du
consentement des personnes mineures matures ou des mineurs émancipés. Là, je ne
sais pas jusqu'à quel point je m'avance trop loin dans notre réflexion, mais,
quand même, je trouvais que c'est un élément intéressant puis j'aimerais savoir
si, selon vous, toujours... Supposons qu'on adopte le consentement présumé, est-ce
que ce serait plus prudent d'exclure tout simplement les personnes mineures?
Comment vous voyez cette réalité-là?
Mme Claveau (Catherine) : Je
ne sais pas, Me Guay... À ce stade-ci, ce qu'on suggère, c'est de continuer la
réflexion pour avoir... On ne s'est pas encore prononcés, mais, je pense, c'est
vraiment... C'est un sujet important, de se pencher sur cette situation-là.
Donc, je pense que ça mérite vraiment une profonde réflexion. Je vais vous
laisser continuer, Me Guay.
Mme Guay
(Hélène) :Oui, bien, il y a un élément qu'il faut retenir,
c'est que... pourquoi on a souligné la question du mineur émancipé, c'est que
le mineur émancipé, c'est une personne qui, finalement, est reconnue.
L'émancipation va rendre le mineur capable à tous égards de la même façon qu'un
majeur. Alors donc, à ce moment-là, ce qu'on peut penser, c'est qu'à partir de
16 ans un mineur qui serait émancipé, parce que c'est l'âge à partir duquel on
peut émanciper un mineur... ça, émancipé, à ce moment-là, il a les mêmes... les
mêmes droits qu'une personne majeure. Donc, on estime qu'il faudrait évaluer
cette situation-là pour l'inclure également dans le fait qu'il serait
également, au même titre que toute personne majeure, susceptible d'être dans
une situation où on présume de son consentement.
Mme Blouin : Et j'aimerais...
J'ai posé aussi la question ce matin ou hier, là. Concernant les personnes
inaptes, prenons, par exemple, une personne qui souffre d'alzheimer, de quelle
manière on pourrait... Est-ce qu'on va présumer de son consentement? Est-ce
qu'on peut dire qu'elle avait tout ce qu'il faut pour annoncer un refus?
Comment... comment on traite ce type de personne là?
Mme Guay
(Hélène) :Mais c'est certain que la loi, présentement, ne
prévoit pas que ces personnes-là puissent consentir. Je veux dire, c'est clair
que, de ce côté-là, il y a une réflexion à faire aussi, mais, d'entrée de jeu,
les mineurs et les personnes inaptes à consentir aux soins ou représentées
légalement par un mandataire ou un tuteur, c'est clair que ces personnes-là
devraient nécessairement être exclues de la situation du... qu'on discute, là, à
savoir qu'il y aurait présomption de leur consentement au prélèvement, parce
qu'il arrive que, dans la représentation de ces personnes-là qui sont inaptes à
consentir ou à décider pour elles-mêmes, bien, il y a un représentant légal. À
ce moment-là, il faudrait certainement s'arrêter à savoir à ce moment-là... on
va élargir et quelle réflexion on aurait à ce niveau-là pour les majeurs qui
sont inaptes.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député de Saint-Jérôme.
M. Chassin :Merci, M. le Président. Bien, bonjour, mesdames, et j'ai
une petite question. Là, je ne pense pas que ce soit juridique, mais j'aimerais
vous entendre là-dessus. Est-ce qu'un consentement présumé peut être éclairé? Dans
le sens où on a entendu différents intervenants nous parler de sensibilisation
du public, de pouvoir avoir un certain débat, à la limite, de société, est-ce
qu'on... est-ce qu'on peut penser que, bien qu'il soit présumé, ce
consentement-là puisse quand même être éclairé?
Mme Guay
(Hélène) :Si je peux me permettre, c'est une distinction, ici,
qu'on doit faire, entre autorisation et consentement. Dans notre système de
droit, tant en common law qu'au droit civil, le consentement, c'est, quand on a
obtenu les informations nécessaires ou l'opportunité de poser les questions,
qu'on avait la capacité, puis on a compris, puis on consent. C'est ça que ça
veut dire, en trois mots.
M. Chassin :...qui nous est présenté.
• (17 heures) •
Mme Guay
(Hélène) : Alors, un consentement à des soins... un
consentement... Donc, tu sais, on parlait d'une personne inapte. Elle ne peut
pas consentir parce qu'elle n'a pas l'aptitude. Je n'ai pas les informations,
bien, je ne fournis pas un consentement éclairé. Alors, comme je disais tout à
l'heure, on transforme ici en disant... On suggère qu'on ait une autorisation
implicite au don d'organes, au prélèvement des organes ou des tissus, plutôt
que d'avoir un consentement au don, un consentement exprès, explicite. Donc, on
change complètement. Donc, est-ce que c'est là... vers ce qu'on...
17 h (version révisée)
Mme Guay
(Hélène) :...consentement à... au don, un consentement exprès,
explicite, donc on change complètement. Donc, est-ce que c'est... c'est là...
vers ce qu'on va? Bien, si on va vers ça, pour des raisons humanitaires ou pour
des raisons de bien collectif... c'est une décision, mais il faut voir que ce
qui va être important, ça va être que les personnes puissent avoir accès aux
outils nécessaires pour exprimer leur refus.
Alors, c'est pour ça qu'on suggère
fortement que ce soit au renouvellement de la carte d'assurance maladie, pour
qu'elles puissent, à ce moment-là, recevoir avec... probablement de la RAMQ,
les informations nécessaires pour leur expliquer quels sont les choix
possibles. Parce que, les volontés, on a toujours pu les exprimer, c'est écrit
dans le Code civil, c'est les volontés exprimées. Donc, on a toujours pu
pouvoir exprimer une volonté de : Oui, je le souhaite ou je ne le souhaite
pas. Alors donc, je pense que ce sera là qu'il sera... ce sera nécessaire de s'assurer
que les citoyens ont cette possibilité-là.
Bon, là, après ça, il y a des enjeux de
comment bien faire circuler l'information, la bien divulguer. Mais, vous savez,
on a fait des exercices au cours des dernières années. Les directives médicales
anticipées, ils ont été élaborés en 2014 et 2015, après l'adoption de la loi
sur les soins de fin de vie. On a élaboré les formulaires puis on a fourni des
informations. Ce formulaire-là est extrêmement bien fait. Les gens peuvent
adhérer, peuvent demander le formulaire, le lire, le compléter, le retourner.
Donc, il me semble que ça devient possible, dans la réflexion, de travailler
dans la direction que voudrait prendre le gouvernement.
M. Chassin :Et, à l'heure actuelle, effectivement, on reçoit de l'information
sur... bien, en fait, lors du renouvellement, par exemple, de notre carte d'assurance
maladie, avec le petit autocollant, entre autres, peut-être peu d'information, mais...
mais, à tout le moins, on a conscience que ça existe.
Certains intervenants nous ont suggéré de
peut-être le faire avec la... dans le fond, par exemple, le permis de conduire.
Alors, évidemment, il y a des gens qui ne conduisent pas, ce n'est pas
nécessairement universel, mais, néanmoins, c'est souvent une occasion, puis là,
évidemment, à une certaine fréquence, de revenir sur le sujet, et généralement,
bien, en personne, parce qu'il faut retourner prendre notre photo avec une
certaine fréquence, justement. Est-ce que... Est-ce que ça présente pour vous
un certain avantage ou non par rapport à la RAMQ? Avez-vous des réflexions
là-dessus?
Mme Guay
(Hélène) :Si je peux me permettre, il était un temps, il me
semble, qu'on signait la carte... notre permis de conduire, sauf erreur. Là, on
est rendus dans une autre étape, là, de... beaucoup plus technologique, hein?
M. Chassin :Quand même.
Mme Guay
(Hélène) : D'ailleurs, moi... Oui. Il y a quand même des gens
qui me disent : Moi, j'aimerais ça recevoir par Internet, mais moi, je n'ai
pas d'ordinateur chez moi, là. Donc, comment je vais faire pour recevoir mon
formulaire de directives médicales anticipées? Me Guay, vous me suggérez, mais
je ne peux pas le recevoir. Bien, écoutez, il y a... il y a non seulement les
personnes qui n'ont pas de permis de conduire, il y a les personnes qui sont
isolées, les personnes qui n'ont pas d'ordinateur, celles qui ne lisent pas le
français ni l'anglais, celles qui sont immigrantes, celles qui sont isolées,
celles qui n'ont pas de famille puis de proches.
Alors, vous savez, il y a... on... il faut
penser à tout ça, je pense, avant de choisir qu'on aurait peut-être une autre
formule que. Puis, nous autres, il nous est apparu qu'une formule avec la RAMQ
serait probablement la meilleure à envisager, le registre existe déjà. Parce qu'on
fait une suggestion aussi d'avoir un seul registre. Vous savez, je pense qu'il
y a plusieurs personnes qui ne savent pas qu'il y a une autre façon de s'enregistrer
que de signer la carte de la RAMQ. Il y a probablement des citoyens qui
ignorent l'existence de registres à la RAMQ. Ceci étant, il faut travailler
là-dessus, oui, pour prévoir bien expliquer aux citoyens l'exercice de leurs
droits, parce que c'est un... ce sont des droits fondamentaux, oui.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le député. M. le
député de Pontiac, on prend la relève?
M. Fortin :Oui. Merci, M. le Président. Bonjour à vous deux. Merci d'avoir...
d'avoir analysé sous plusieurs angles différents, là, la proposition qui est...
qui est devant nous aujourd'hui. J'ai cru comprendre que vous avez pu suivre
une bonne partie de nos travaux jusqu'à maintenant, mais, sinon, là, je...
voici ce que... ce que moi, j'en retiens après deux jours de délibérations, au
niveau du consentement, OK? Il y a essentiellement... vous l'avez dit d'entrée
de jeu, il y a deux modèles : il y a le modèle de consentement explicite,
où on doit indiquer qu'on veut donner nos organes au moment de notre décès, et
il y a le consentement présumé, ce qui est suggéré ici, là.
Dans la pratique, au Québec, ce qui se
passe en ce moment, et ça, on nous l'a expliqué hier, là, quelqu'un qui n'a
pas, de façon explicite, indiqué son <souhait...
M. Fortin :
...on nous l'a expliqué hier, là, quelqu'un qui n'a
pas, de façon explicite, indiqué son >souhait, donc quelqu'un qui n'a
pas, par exemple, signé un ou l'autre des registres, quelqu'un qui n'a pas
signé la carte de la Régie de l'assurance maladie, on va quand même, au moment
de son décès, s'il est un donneur éligible de par sa physionomie, de par son...
ses... son corps... on va quand même demander à la famille s'ils souhaitent
procéder avec le don d'organes. Alors, est-ce que, dans ce modèle-là qu'on
utilise en ce moment, là... est-ce qu'en vérité on a déjà un consentement
présumé?
Mme Guay
(Hélène) :Bien, c'est... J'aurais tendance à vous dire que la
façon dont on regarde ça, pour atteindre l'objectif d'adhérer au consentement
présumé... je ne peux pas vous... je pourrais vous dire que ce n'est... c'est
une supposition, que la personne consentirait. Je ne crois pas qu'on est en
mesure de conclure qu'il y a une supposition qu'elle consent du fait qu'elle
n'a pas exprimé son choix. Le code est ainsi fait qu'on permet aux
professionnels de se tourner vers la famille pour, eux, consentir. Donc, on
travaille plutôt sous l'angle de... du consentement substitué aux soins,
c'est-à-dire qu'il y a des substituts qui existent, on se tourne vers eux. On a
un ordre. Cet ordre-là est très succinct. Cet ordre-là, on s'en sert dans
plusieurs autres situations qui deviennent parfois très litigieuses, je
pourrais vous en parler, mais cet ordre-là existe. Donc, je pense que ça serait
un peu tordu d'arriver à dire que... la supposition ou l'hypothèse que la
personne consent, parce que c'est ça, une présomption, hein, on suppose qu'elle
est... qu'elle consent. Qu'aujourd'hui on a... on a cette hypothèse-là en place
dans notre droit actuel, je crois que ça serait erroné d'arriver à cette
conclusion.
M. Fortin :Est-ce que, par exemple, dans le contexte où il y a des gens...
On leur dit, là : Le consentement, au Québec, c'est un consentement
explicite, alors vous devez l'indiquer, tu sais, ça prend un consentement
explicite, vous devez le faire. Est-ce qu'il y a des gens, naturellement, qui
vont... qui vont être portés à croire que, s'ils ne le font pas, c'est leur
façon de s'opposer à... au consentement? C'est-à-dire, si je ne signe pas ma
carte de la RAMQ, je m'oppose à ce qu'on utilise mes organes. Est-ce... Alors,
est-ce qu'il y a, du point de vue légal ou même éthique, là, peut-être, là...
selon vous, est-ce qu'il y a un enjeu à ce que, quelqu'un qui ne signe pas, on
aille quand même voir sa famille pour... Parce que ça suppose qu'il y a des
gens, essentiellement, là, qui ne souhaitent pas donner leurs organes, qui pensent
qu'ils ont refusé de donner leurs organes mais qu'à la fin de la journée, si la
famille consent, ils peuvent le faire quand même.
Mme Guay
(Hélène) :Oui. Mais, avec le projet, tel que je le comprends
ou qu'on le comprend, c'est que vous souhaitez élargir le bassin, puis on se
dit : Créons cette... Puis, je veux dire, la Grande-Bretagne vient de le
faire il y a deux ans, il y a beaucoup de juridictions, là, qui ont... qui ont
été dans ce sens-là, puis on est d'accord pour travailler là-dessus, mais
l'autorisation... il va falloir que ce soit clair, pour les... pour toute
personne, qu'à défaut de remplir votre devoir légal de nous informer que vous
refusez, vous serez présumé avoir autorisé le prélèvement. C'est ça qu'il va
falloir... C'est là où ça va être très important.
Parce que, vous savez, dans toute matière,
je veux dire, que ce soit l'aide... je vais prendre des exemples très simples :
accepter un traitement dentaire, accepter une chirurgie, accepter l'aide
médicale à mourir, accepter... notre système de droit est fait qu'on adhère à.
Des directives médicales anticipées pour... exemple que je trouve le plus
proche, si on ne les remplit pas, qu'est-ce qui arrive? Si on... Si on se
retrouve devant une personne dans une situation de fin de vie et qu'on se
questionne sur le maintien des moyens respiratoires, bien, on se tourne vers
qui? On se tourne vers la famille. Donc, on a... on a un vide, là. On n'a pas
d'expression de volonté. On ne présume pas de la volonté de la personne, on se
tourne vers les substituts. Mais là, à ce moment-là, il faut...
Donc, je pense que, qu'est-ce qu'on
essaie... il semblerait que ça pourrait se traduire par une sorte de devoir,
une obligation... ça devient un devoir légal. Mais là où on a notre
préoccupation, nous, c'est de faire prévaloir le droit moral de la famille sur
le devoir légal de toute personne d'aviser. Et il faudra qu'on informe
correctement toute personne qui est... qui est <inscrite...
Mme Guay (Hélène) :
...de toute personne d'aviser. Et
il faudra qu'on informe correctement toute personne qui est... qui est >inscrite
à la RAMQ qu'elle a ce choix-là, qu'elle a la place pour décider qu'elle refuse
le prélèvement de ses organes à son décès.
• (17 h 10) •
M. Fortin :Mais c'est...
Mme Guay
(Hélène) : Ça nous reviendra, nous, comme citoyens, oui.
M. Fortin :Oui. Et c'est là que ça... c'est là que ça devient
intéressant, parce qu'essentiellement, et vous avez raison, ce qu'on... ce
qu'on souhaite faire, en partie, c'est élargir le bassin de donneurs
potentiels. Mais, en même temps, il faut s'assurer, comme vous le dites, qu'il
y a un registre de refus pour que les gens puissent clairement exprimer leur
refus. C'est une question de confiance envers le système, c'est une question de
volonté de... du patient ou de la personne décédée. La question qu'on se pose,
c'est : Est-ce que le système d'enregistrement de refus... En fait, ça
permettrait presque aux gens qui refusent de l'exprimer encore plus clairement
qu'en ce moment.
Mme Guay
(Hélène) :Bien, clairement, parce que vous aurez, à ce... il y
aurait, à ce moment-là, une attestation. Mais, vous savez, on aura toujours des
gens qui ne vont pas l'exprimer, puis on...
M. Fortin :Absolument, oui.
Mme Guay
(Hélène) :...comme aujourd'hui. On aura toujours... Alors, on ne
sera jamais dans la certitude : Est-ce que les gens qui refusent
aujourd'hui, qui ne signent pas, seraient susceptibles, à ce moment-là, de
manifester leur refus par écrit, être certains? C'est une question de
détermination, d'exercice d'une volonté. C'est difficile à tirer une conclusion
là-dessus, mais je pense que l'idée, c'est... c'est qu'en créant cette
obligation-là... Nous, on suppose que vous donnez vos organes, l'État suppose
que vous donnez... qu'on peut prélever vos organes, on en fera ce qui est
nécessaire pour la société, à vous d'exercer vos droits. C'est... C'est que
c'est un grand changement. C'est extrêmement important de bien... bien outiller
les gens à ce niveau-là.
M. Fortin :Oui. On est d'accord là-dessus, sur le... outiller les
gens, sur la sensibilisation, et ça, je pense que tout le monde... tout le
monde qui était ici nous l'a... nous l'a répété.
Je pense que ma collègue avait peut-être
une question pour vous.
Mme Lakhoyan Olivier : OK.
Bonjour. Merci d'être présents et nous éclairer sur le côté légal. Vous avez
mentionné que le mot «les motifs... pour les motifs impérieux», que les
familles ne puissent pas s'opposer... d'enlever cette partie-là afin que la
décision de l'individu soit respectée, si je comprends bien. Parce qu'à la fin,
même, à la conclusion vous dites : le droit de l'autodétermination de la
personne, l'intégrité... le droit à l'intégrité de la personne, le droit à
l'inviolabilité, le droit à libre disposition de son corps.
Au décès, certains vont vous dire :
C'est la famille qui va souffrir, ce n'est pas l'individu qui est mort, c'est
la famille qui va pleurer son mort. Puis, si on enlève le motif... «pour des
motifs impérieux», que les familles puissent s'opposer, leur douleur, vous ne
pensez pas ça va être plus et ça va être très, comme, décisif? Est-ce que vous
ne trouvez pas qu'avoir cette partie-là ça aiderait à atténuer le chagrin des
familles qui doivent vivre avec ça? Parce que, parce qu'il y a les communautés
autochtones, il y a les Québécois en général qui peuvent ne pas être en accord,
pour... pour toutes sortes de raisons, il y en a... il y a des communautés pour
des raisons religieuses, culturelles. Donc, on n'est pas tous au même niveau
d'ondes. Donc, ce mot-là, le mot «pour des motifs impérieux», est-ce que
vous... vous ne pensez pas qu'on devrait peut-être la garder dans ce projet de
loi?
Mme Guay
(Hélène) :Bien, on pourra toujours regarder de plus près. Puis
vous avez raison d'identifier certaines collectivités qui ont peut-être,
effectivement, des préoccupations autres ou plus importantes, puis vous faites
référence aux communautés autochtones. J'étais au Nunavik pendant 12 jours,
plus tôt ce mois-ci, et je vous suis tout à fait là-dessus.
Ceci étant, ce qu'il faut savoir, c'est
que la place que prend la famille dans des décisions comme celle-ci, elle est
particulière, et puis on a... et puis on semble lui donner un droit moral très
important <comparativement...
Mme Guay (Hélène) :
...et puis on a... et puis on
semble lui donner un droit moral très important >comparativement au... à
la volonté exprimée par la personne, dans sa décision personnelle, ce qui est
le droit à l'inviolabilité, l'autodétermination, l'intégrité. Or, ce qui
surprend ici encore plus, c'est qu'on est en matière, justement, de disposition
corporelle. La Cour suprême nous a dit : Disposition corporelle revient à
la personne, c'est elle qui décide, c'est elle qui choisit, c'est elle qui veut
avoir accès à l'aide médicale à mourir, c'est elle qui veut avoir accès à
l'avortement. C'est très important dans notre système de droit, et ça, c'est
surprenant qu'on se dise : Rendu à un moment donné, bien, c'est la famille
qui va décider. Or, en matière de soins, lorsqu'une personne, même inapte,
refuse des soins, on ne va pas demander l'opinion de la famille, on demande
l'opinion de la personne, même inapte. Ce n'est pas la famille qui va décider, ce
sera le tribunal qui devra décider à un moment donné.
Et je vous dirai même plus. Lorsqu'il est
question de biens, une personne fait un testament, elle décide qu'elle va
donner à ses... à des fondations plutôt qu'à ses enfants. Le notaire qui a
instrumenté le testament, si elle se faisait demander ou il se faisait demander :
Savez-vous, notaire, j'aimerais ça que vous changiez les volontés de mes
parents, de mon père, parce qu'il me semble que je ne suis pas tellement
favorisé... Alors, c'est un peu ça que ça donne comme impression également et qui
nous questionne. Comment se fait-il qu'on se retrouve à invalider une volonté
valablement exprimée par une personne, que ce soit un refus ou une autorisation
de prélèvement, alors qu'en matière... eu égard aux biens, la question ne se
pose pas?
Mme Lakhoyan Olivier : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
Mme Guay
(Hélène) :Ça me fait plaisir.
Le Président (M. Provençal)
:Je vais passer la parole au député
des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci de votre présentation, de vos explications. C'est... C'est
très, très intéressant sur le plan légal, effectivement, ce que... ce que vous
venez d'expliquer. Les dernières volontés normalement exprimées par voie notariale
sur la disposition des biens, c'est respecté en tout temps, à ce que je sache,
et légalement reconnu, mais, pour disposer de ses organes, là c'est la famille
qui peut intervenir selon un motif impérieux. Mais ce que je comprends, à
l'heure actuelle, c'est que n'importe quel motif... en fait, on n'a même pas
besoin d'exprimer de motif, on a une ouverture, une brèche qui est interprétée
de façon très, très large, à l'heure actuelle, pour accommoder la famille. La
notion de motif impérieux est... en fait, c'est... c'est : sans motif, on
peut le refuser, si je comprends bien, dans la pratique. Vous, vous dites :
Ça ouvre une brèche pour que n'importe quelle raison puisse être invoquée pour
invalider le consentement de la personne... la volonté de la personne.
Mme Guay
(Hélène) :Tout à fait. On a... On a utilisé cette
expression-là. Comme vous dites bien, on a ouvert une brèche, une brèche
significative, significative eu égard aux dernières volontés exprimées par la
personne, surtout quand elle l'exprime. Alors, il faut... il faut garder ça en
tête, de voir... Alors, si on en fait une autorisation implicite, il faut
garder en tête, justement, qu'il faut... il faudrait respecter cette volonté-là
jusqu'au bout. Déjà, aujourd'hui, bien, on... À la limite, ça peut être même
considéré comme illégal de ne pas respecter des volontés. On a un cas rapporté
depuis... depuis ces dernières années, tout simplement, de ne pas avoir
respecté les volontés, les dernières volontés exprimées. Donc, je pense que
c'est... c'est ce flou-là qu'on a étendu. Il y a certainement des politiques,
des processus, des modus vivendi qui ont été adoptés par les institutions qui,
justement, travaillent autour du don, et de la transplantation, et du
prélèvement.
M. Arseneau : Bien, c'est...
c'est ce qu'on nous dit, en fait, c'est qu'à partir du moment où cette
brèche-là est créée les gens qui sont responsables, là, de prélever les organes
ou qui sont dans l'équipe ne vont jamais d'aucune façon engager une discussion,
un débat, essayer de convaincre et... ou quoi que ce soit, ou de valider si le
motif est véritablement valable ou impérieux. En fait, c'est... il n'y a même
pas cet espace-là parce qu'on est dans l'urgence, parce qu'on ne veut pas,
justement, augmenter le... la détresse ou la... accentuer, là, la... je dirais,
la situation de deuil, là, qui est vécue par la famille, d'où l'idée...
• (17 h 20) •
Mme Guay
(Hélène) : Bien, il y a deux choses... Oui, d'où l'idée, mais
il y a deux choses là-dessus. On a vu des histoires quand même extrêmement
heureuses, puis je pense que c'était le Dr D'Aragon aussi, quand il était chez
Transplant, il a fait un certain vidéo pour expliquer avec
une... la mère d'un jeune décédé qui... subitement, là, lors d'un accident, qui
a eu la <possibilité...
Mme Guay (Hélène) :
...avec une... la mère d'un jeune
décédé qui... subitement, là, lors d'un accident, qui a eu la >possibilité
de donner tous ses organes, et donc ils ont autorisé le prélèvement. Alors,
c'était, comme vous disiez, dans l'urgence.
Alors, je pense qu'il y a des belles
histoires, mais il y a... il y a l'autre élément aussi, quand on parle des
professionnels de la santé. M. Arseneau, vous disiez : Bien, les
professionnels se gênent. Puis on peut comprendre la difficulté, ce n'est pas
ça, on n'a pas de problème avec ça, la difficulté d'en discuter avec la
famille, mais notre proposition, c'est... ce n'est pas de consulter la famille,
c'est de l'informer. C'est ça, le projet.
M. Arseneau : Mais... Mais,
préalablement, j'imagine que — vous avez parlé de sensibilisation — il
faut que les gens, dans la société en général, sachent quel est le cadre légal
pour, justement, qu'on s'y attende toujours, sans jamais vouloir que ça nous
arrive.
Mme Guay
(Hélène) :Oui, mais je parlais de la situation de l'urgence
puis je disais : Pour les professionnels, l'idée, c'est informer plutôt
que de consulter...
M. Arseneau : D'accord.
Mme Guay
(Hélène) :...et respecter la volonté exprimée.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le député.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Me Claveau et Me
Guay, pour votre exposé, premièrement, mais surtout pour votre présence et
votre collaboration dans la réflexion de nos travaux.
Alors, sur ce, je suspends les travaux
pour permettre au prochain groupe de nous... de venir prendre place. Encore
merci de votre présence et encore merci de votre contribution.
Une voix : Avec plaisir.
Merci. Bonne fin de journée.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. On suspend.
(Suspension de la séance à 17 h 22)
(Reprise à 17 h 29)
Le Président (M. Provençal)
:
Nous poursuivons nos travaux,
et nous allons conclure notre journée en souhaitant la bienvenue aux
représentants d'une famille de donneurs et à M. Sylvain Bédard. Vous aurez
chacun cinq minutes pour votre présentation, et par la suite nous allons
procéder à la période d'échange. Alors, je cède la parole à la famille des
donneurs.
• (17 h 30) •
Mme X : Bonjour, M. le Président.
Merci à tous de nous accueillir. Je suis avec mon mari, ici, et, comme vous le
savez, on ne peut pas divulguer nos noms, étant donné le... la confidentialité
du processus de don.
Alors, merci de ce droit de parole, parce
que les familles... on entend parler des familles parce qu'ils refusent,
25 % qui refusent, des familles qui vont à l'encontre du consentement qui
a été donné par la personne qui est décédée. Alors, j'aimerais ça vous
expliquer notre vécu, tout simplement, pour que vous compreniez un peu pourquoi...
17 h 30 (version révisée)
Mme X : ...j'aimerais ça vous
expliquer notre vécu tout simplement pour que vous compreniez un peu pourquoi
on peut arriver à refuser. Et on pourra voir si c'est des croyances, des mythes,
de l'émotion, tout simplement, ou si ça peut être plus profond que ça.
Alors, si on parle de notre histoire de
don d'organes, on a une belle histoire à partager avec vous. Parce que, d'abord,
notre fille avait fait son choix de façon autonome à l'âge de 20 ans pour
son don d'organes. Ensuite, nous, quand on a été consultés après la
confirmation de sa mort cérébrale suite à un accident de vélo, traumatisme
crânien, on a dit oui tout de suite, sans aucune question. Pour nous, c'était
clair, elle avait un coeur très en santé, un corps en santé, et on croit
beaucoup à la... au devoir, même, de faire partager cette santé-là. Moi, je
fais un peu le parallèle avec notre obligation, sur le bord de la route, de
prêter assistance, bien, pour nous, c'est ça, prêter assistance, c'est de
permettre le don d'organes. Par contre... Donc, c'est ça. Donc, on a dit oui
tout de suite. Et l'histoire se finit qu'on apprend que c'est un jeune papa qui
a hérité du coeur de notre fille, avec trois enfants. Alors, je peux vous dire
que, quand on apprend cette nouvelle-là, ça nous fait un bien vraiment énorme.
Parce que quand on perd quelqu'un comme ça, tout ce qu'on veut, c'est que la
vie se poursuive, que le lien qu'on a avec la personne qui n'est plus là
continue. Alors, vous pouvez anticiper que de savoir que son coeur continue à
battre encore aujourd'hui, pour nous, c'est une vie, sa vie à elle, qui se
poursuit, et donc ça nous a fait un bien énorme. Alors, ça, c'est le bon côté
de notre histoire.
Maintenant, ça a été un processus
extrêmement éprouvant, de passer à travers tout ça. D'abord parce qu'on a été
un peu mal accompagnés. On a été bien accompagnés par des personnes, mais il y
a tellement de personnes qui interviennent dans notre dossier qu'on ne réussit
pas à créer une relation de confiance avec une personne avec qui on peut
discuter des vraies affaires.
L'autre élément, c'est qu'on est mal
informés. On ne sait pas que ça va prendre trois à quatre jours, comme les
médecins vous l'ont dit aujourd'hui, on ne sait pas... Moi, la pire tragédie
que j'ai vécue dans ça, c'est que, quand on confirme la mort cérébrale, on vous
donne deux options, soit qu'on dit adieu à notre enfant tout de suite parce qu'elle
est morte cérébralement ou soit qu'on attend après le prélèvement pour lui dire
adieu. Alors, ça, ça implique qu'on continue à la veiller à l'hôpital, mort
cérébrale, mais on voit... Bien, on nous avait dit que son corps allait se
déformer, son cerveau est engagé, en tout cas, on nous décrit le portrait de
façon pas très belle, ce qui fait qu'on nous recommande de quitter. Alors,
quand on quitte notre enfant, à qui on a dit adieu parce qu'elle a une mort
cérébrale...
Puis les médecins vous l'ont dit, là. C'est
quoi, une mort cérébrale? Ce n'est vraiment pas facile à comprendre, une mort
cérébrale. Surtout qu'elle était pareille à la journée 6 qu'elle l'était à
la journée 10. Pour nous, il n'y a pas de différence. Elle est encore sur
le moniteur, elle respire encore, elle est gavée, elle est monitorée pour
assurer le don d'organes, et donc ce n'est pas évident. Mais on a écouté les
recommandations avec très peu de discussion, parce qu'on est dans l'urgence,
parce qu'on parle à des médecins qui n'aiment pas parler de la mort, et parce
qu'on ne nous dit pas non plus qu'est-ce qui va se passer dans la période
intérimaire où on attend que le prélèvement soit fait.
Alors, moi, j'étais chez moi avec mon mari
et j'étais incapable de rester là à ne rien faire, à attendre le prélèvement.
Et ça a duré six jours dans notre cas. Il y a une moyenne de trois à quatre ans.
Ce qui est un peu désolant, c'est que Dr D'Aragon disait que le nombre de
jours augmentait. Mais nous, dans notre cas en tout cas, ça a été six jours.
Mon mari avait beau essayer de me convaincre rationnellement qu'elle était
morte, mort cérébrale, mais pour moi, ce n'était pas du tout, du tout ce que je
vivais.
Alors, ce qu'on veut faire, ce qu'on
propose, en fait, c'est que... Même si on était prêts, nous, de façon très
claire à, oui, faire un don d'organes, je pense qu'il y a des vécus qui font en
sorte qu'on n'est plus capables. Même, moi, j'ai dit au médecin... bien, à <mon...
Mme X :
...plus
capables. Même, moi, j'ai dit au médecin... bien, à >mon mari, qui a
parlé au médecin, après cinq jours : On n'est plus capables, on arrête
tout, on arrête le processus, on enlève le ventilateur, et c'est fini.
Finalement, on a... Il nous a fait attendre une journée de plus, qui a permis
le don du coeur de notre fille. Et aujourd'hui, évidemment, c'est un beau geste,
ça nous a fait énormément de bien, mais c'est pour vous expliquer que, même si
on est d'abord consentants, on ne peut pas anticiper ce qu'on va vivre comme
famille. Personne ne peut nous juger, je pense, si on avait arrêté le
processus. Qui qui peut nous juger? C'est-tu un motif impérieux? Tu sais, pour
moi, ça se situe... C'est intime. On est allés au maximum qu'on pouvait, parce
qu'on voulait respecter la... le choix de notre fille, alors... Mais, ce qu'il
faut, c'est... bien, consentement présumé ou pas, on pourra y revenir... mais
c'est clair qu'il faut un meilleur accompagnement.
Il faut de la transparence aussi. Il faut
que ceux qui décident de donner leurs organes, ils soient au courant. Et
j'étais bien contente d'entendre les docteurs Weiss et Oliva confirmer qu'il
faut que la famille puisse intervenir dans la décision parce que c'est eux qui
le vivent. Puis ce n'est pas pour rien que, dans toutes les juridictions, qu'on
nous dit, là, dans le rapport CIRANO, il n'y a personne... même ceux qu'ils ont
dans la loi, qu'il faut... on ne doit pas tenir compte de la famille, bien, ils
en tiennent compte. Et il y a une raison à ça.
Alors, moi, j'incite une réflexion sur
pourquoi il y a tant de refus. Moi, j'ai des informations à l'effet qu'il y a beaucoup
de refus parce que le processus est long, puis il y a beaucoup de refus parce
que la famille demande d'enlever le ventilateur. Mais qu'est-ce qu'il y a
derrière ça? Pourquoi ils n'en peuvent plus ou pourquoi ils décident d'enlever
le ventilateur? On n'a pas beaucoup d'information sur les refus. Ce qu'on a
beaucoup entendu, c'est croyances, mythes, émotions, et je pense que c'est plus
profond que ça.
Le Président (M. Provençal)
:Je vais céder la parole à M. Bédard.
M. Bédard (Sylvain) : Ouf!
«Tough act to follow.» Écoutez, je m'appelle Sylvain Bédard, j'ai 56 ans.
Si je suis ici, encore ici aujourd'hui, c'est que je suis encore vivant à cause
que j'ai reçu deux transplantations grâce à deux donneurs et deux familles de
donneurs. Alors, vous comprendrez que je suis un peu troublé par ce que je
viens d'entendre. Ça donne encore plus de signification.
J'ai donc été transplanté la première fois
en 2000 après quatre ans et demi d'attente. Ça faisait déjà sept semaines que
j'étais aux soins intensifs. Et, on va dire in extremis, la deuxième fois, ça a
été en 2018 par rejet chronique. J'ai deux... pas deux, j'en ai amené deux, j'ai
cinq garçons de 21 ans à 31 ans.
Ça fait 37 ans que, bien malgré moi,
je suis impliqué fortement dans le don d'organes. J'ai participé, j'ai
collaboré avec plusieurs comités, forums, rencontres, promotions, etc. Les gens
ici, à côté, font partie quasiment de la famille. Tout le monde que vous avez
vu, vous... ils m'appellent tous par le nom Sylvain. Appelez-moi pas Sylvain...
M. Bédard, aujourd'hui, s'il vous plaît, c'est le patient. J'ai monté des
montagnes, 4 800 m, 6 000 m, pour faire la promotion du don
d'organes. Je me suis mis à risque, parce que, pour moi, en sachant que j'ai
une maladie héréditaire que mes fils peuvent avoir, c'était ma seule façon, et
ma façon, de m'assurer que peut-être un jour, si mes fils ont besoin d'une
greffe, papa va avoir sensibilisé assez de monde, et qu'ils vont passer à
travers.
L'attente d'une greffe, c'est très
difficile. C'est quand même particulier de penser qu'il faut que quelqu'un
meure pour que toi, tu puisses survivre. C'est aussi troublant pour la famille.
Le mot qui me revient toujours en tête, quand on parle d'une attente de greffe,
c'est l'impuissance complète. Tu sais comment que ça commence et tu sais trop
comment que ça pourrait finir.
• (17 h 40) •
Histoire. Je suis en attente de ma
deuxième transplantation. Ça commence à être... mal aller. Je suis avec mon
fils Ulysse dans la voiture. Ulysse, de ses 16 ans, me demande tout
bonnement et simplement : Papa, si tu n'as pas de coeur, qu'est-ce qui va
arriver? Je ne savais pas quoi répondre. Je n'ai pas été capable de répondre. <Je...
M. Bédard (Sylvain) :
...Je
n'ai pas été capable de répondre. >Je me suis mis à pleurer. Par chance,
je n'étais pas loin de la maison, je n'ai pas pleuré trop longtemps. Mais c'est
ça aussi.
Le jour de ma seconde transplantation,
quand on m'a appelé, je veux juste dire que j'ai été chanceux, j'ai été... j'ai
reçu ma transplantation le jour de ma fête. Oui, ce n'est pas arrangé avec les
gars des vues, le jour de ma fête. Au moment où j'attendais ma greffe, j'étais
à l'Institut de cardiologie et j'ai vu devant l'institut, stationné, le
véhicule de l'ACDO, une... qui font le transport des organes. J'ai compris à ce
moment-là qu'il y a quelque chose qui se passait. Je savais... Excusez, aujourd'hui.
Je savais avec émotion que, quelque part au Québec, il y avait une famille qui
était en train de vivre des choses épouvantables, mais que malgré tout, ils
acceptaient de le faire. Et je savais aussi en même temps qu'il y avait 30,
40 personnes à travers le Québec qui étaient en train d'être mobilisées
pour faire le transport, pour gérer tout ce qu'il y a à gérer, là, vous l'avez
entendu un peu, là, bien, plus tout le personnel, qui s'arrangeaient pour que,
je vais le dire en anglais... «making it happen», se rendre du don d'organe à la
transplantation. Et ça prend des gens dévoués qui y croient et qui ont les
ressources pour ça. Et je veux vous dire que ce que... le sentiment que j'ai,
quand j'écoute tout ce qui se passe, ça tient quasiment du miracle que ça se
passe. Alors, merci, «guys»! Je vous le dis à tout le monde.
Je veux aussi parler de... J'ai eu la
chance de visiter, je vais appeler ça, bien, le centre de tissus... de bandes
de tissus. La fois que j'ai visité ça, j'ai pogné quelque chose, excusez-moi de
le dire comme ça, en voyant que les organes, les valves, les cartilages, la
peau, tout ça, tout ce que ça pouvait changer comme vie pour une personne... pour
beaucoup de personnes. Excusez-moi. Alors, quand on parle de tout ça... On a
parlé beaucoup de don d'organes. Moi, je me souviens d'une discussion que j'ai
déjà eue avec Mélanie, dire : Heille! on parle beaucoup de don d'organes,
elle est où, la banque de tissus là-dedans? J'ai dit : Vous n'êtes pas
ensemble? Pourquoi le monde vous met... à travers?
Alors, dans vos recommandations, je vous
demande, s'il vous plaît, mettez les deux, parce que c'est aussi, sinon plus
important. Je viens d'ailleurs d'apprendre que je pourrais donner mes rétines
si jamais quelque chose se passe, alors au moins je n'aurai rien perdu.
Améliorer le don d'organes, pour moi,
c'est impératif. À vrai dire, je dirais même, c'est une responsabilité sociale.
Et, ne pas faire ce qu'il faut pour le faire, ça frise l'irresponsabilité.
Quand j'écoute tout ce qui s'est passé aujourd'hui... et là, des fois, vous
allez voir que je ne fais pas dans la dentelle, mais je parle tout le temps
avec mon grand coeur, ou mes grands coeurs, comme vous voulez l'interpréter...
quand je regarde tout ce qui se passe, chacun des paliers, les lois, les
organisations, les protocoles, j'ai été déjà gestionnaire d'un projet... de
plusieurs gros projets, et ça me tente de dire à tout le monde : Heille! gang,
parlez-vous, mettez-vous tous à la table, organisez-vous, demandez ce qu'il y a
à faire et, s'il vous plaît, «make it happen». Qu'il y ait des refus, qu'il y
ait des gens qui peut-être ont refusé parce que les délais étaient trop loin,
ce n'est pas acceptable pour moi.
Alors, en regardant tout ce qui se passe,
j'ai fait une petite statistique. Parce que, même hier, j'entendais, je crois,
que l'année passée, il y a 48 personnes qui sont décédées en attente de
greffe ou quelque chose comme ça. Selon... Selon Québec Transplant, entre 2002
et 2021, il y a 909 personnes qui sont décédées en attente de greffe. Je
vous ai dit que j'en ai vu, des affaires, depuis 1987, ça, c'est juste ceux que
j'ai pu calculer là. C'est 909 personnes. Ça, ça ne compte pas les
personnes qui ont été délistées parce qu'elles étaient trop malades. Quand tu
es trop malade pour être greffé, on te déliste, et ça ne calcule pas les... et
ils n'entrent pas dans les statistiques. Alors, je ne sais pas c'est quoi,
l'idée. Et c'est aussi 909 familles, amis, et tout ça.
Je veux vous présenter Ulysse et
Auguste... Ulysse, 21 ans, Auguste, 26 ans. Ulysse est né après ma
greffe. Je vous entends dire : Ça change la vie des gens, <ça...
M. Bédard (Sylvain)T :
...dire :
Ça change la vie des gens, >ça améliore la vie, ça améliore la qualité
de vie. Moi, je vais vous faire changer encore vos propos, ça redonne aussi la
vie.
Félix Leclerc disait : «C'est beau,
la mort, c'est plein de vie dedans.» Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Catherine.
Mme Blouin : Merci, merci, M.
le Président. C'est un... C'est un beau mandat. Je vais commencer par vous
saluer et vous remercier sincèrement d'être avec nous aujourd'hui. J'admire
votre courage et votre générosité, vraiment, d'être avec nous.
Plusieurs questions me viennent en tête.
Je pense qu'on pourrait passer la soirée ensemble. Je vais... On voit que ça
change plusieurs choses dans une vie. Peut-être commencer par nous parler de
votre implication. Et je vais commencer par monsieur, par Sylvain, et ensuite
je vais poser la même question à la famille, c'est-à-dire de nous parler de vos
implications auprès des différents organismes, justement, comme... comme Transplant
Québec, votre... votre cheminement à la suite de ça.
M. Bédard (Sylvain) : Écoutez,
on pourrait en parler longtemps, Transplant Québec. Je sais que je suis
ambassadeur de Transplant Québec. Je pense qu'aussi à un certain moment donné j'ai
été quand même un peu porte-parole de Transplant Québec. J'ai aussi travaillé
au... pendant... avec Marie... Marie-Josée Hébert, donc j'ai travaillé à
l'implémentation de patients partenaires de citoyens, et de donneurs, et de
familles de donneurs, donneurs vivants, on s'entend, dans des projets, tout ça.
Comme je disais, souvent quand on parle de don d'organes, bien, Bédard n'était
pas... souvent pas très loin. Alors, pour moi, j'ai été aussi là. Quand... Mon
Dieu! J'ai présenté devant Robert Bourassa en 1987, Jean Chrétien, je ne me
souviens plus quelle année, je remplaçais... j'avais remplacé à pied levé le
député Cusano, qui était député libéral et transplanté cardiaque. J'ai présenté
à plusieurs choses, mais, pour moi, il n'y en a jamais assez. J'aime qu'on en
parle. Il faut en parler. Et ça me permet de dire que depuis un an et demi,
j'ai pris un recul beaucoup sur tout ce qui se passe, pour des raisons de santé,
et c'est drôle, je n'entends pas grand-chose sur le don d'organes.
Merci d'en faire un sujet aujourd'hui.
J'aurais aimé que la salle soit pleine de journalistes, tout le temps, mais
merci d'en parler, parce que ça fait... le don d'organes, on le sait aussi,
vous l'avez entendu, ça... c'est économique, en passant, et ça guérit des
cancers, des insuffisances, c'est un des... aussi une des grandes façons de
régler beaucoup de problèmes de santé chroniques.
Mme Blouin : Merci beaucoup.
Bien, on nous a beaucoup parlé de sensibilisation, c'est ce que vous êtes en
train de faire, donc merci. Maintenant, la famille.
Mme X : Oui. Bien, en fait,
moi je suis sur le CA de Transplant Québec depuis le mois de mai 2023, alors
c'est récent, et je suis là pour représenter les familles de donneurs, pour
être certains qu'on n'oublie pas les familles, parce que c'est certainement un
monde très médicalisé, beaucoup de médecins autour de la table, mais on veut
bien prendre soin de nos familles.
Puis un autre mot que je veux ajouter,
c'est qu'on a été accompagnés, après la décision de donner les organes de notre
fille, par une coordonnatrice exceptionnelle qu'on... avec laquelle on a encore
certains échanges. Alors, je pense que, si on ne l'avait pas eue, on aurait renoncé,
même avant le cinquième jour.
Mme Blouin : Et, à votre
avis, comment on peut améliorer le soutien aux familles endeuillées? Qu'est-ce
qu'on peut faire de mieux pour vous aider?
Mme X : Bien, de façon
certaine, avoir une continuité dans la relation. Parce que nous, les deux jours
où il fallait prendre les décisions critiques, ça a été trois personnes qui
s'occupaient du don d'organes dans l'hôpital qui apparaissaient, une après
l'autre, donc c'est très difficile d'établir une relation. Puis, quand je
vivais l'enfer, la torture, chez moi, pendant la semaine, en fait, je ne savais
pas qui appeler, parce que le médecin intensiviste était humain, était très
gentil, mais on sait qu'ils sont trop occupés, on ne voulait pas les déranger.
Alors, je sais qu'on a recommandé d'avoir des médecins, puis qu'il y ait des
formations, mais je me dis : Si on a des travailleuses sociales, des
coordonnatrices qui ont cette humanité-là, tout en ayant les compétences
techniques, et sont un peu plus disponibles, moi, je pencherais plus pour un
accompagnement continu par ces personnes-là.
• (17 h 50) •
Mme Blouin : Quelqu'un qu'on
peut appeler. Oui.
M. X : Je voudrais rajouter
que tant que tu n'as pas repris possession du corps de ton défunt, de <ton...
M. X :
...tu n'as
pas repris possession du corps de ton défunt, de >ton proche, dans notre
cas, de notre enfant, ton deuil, il n'est pas commencé encore. Tu commences à
faire ton deuil quand tu es tout seul chez toi parce que tu n'as jamais vu le
corps.
Et la notion du deuil est vraiment
importante. C'est ça qui est important pour la famille, de pouvoir faire son
deuil, et dans l'intimité de la chose. Mais, comme mon épouse vient de le dire,
ça prend une équipe coordonnée. Et puis ce n'est pas un chef intensiviste, qui
s'occupe de ses résidents, qui s'occupe de tout son personnel, qui a une charge
de travail astronomique. Ça lui prend vraiment une unité de coordination, ça
lui prend un bras droit puis du monde qui sont sensibilisés à la douleur
humaine. Parce que, quand tu vois décéder ta fille en avant de toi, qu'elle est
sur un ventilateur, puis tu vois toute la ribambelle de moniteurs... Puis, tu
le sais, j'ai été 42 ans dans le système de santé à différents niveaux,
donc même à donner des formations à des médecins, ça fait que je le sais que le
médecin, il n'est pas en cause, mais le système fait qu'il n'a pas eu la
formation, il n'a pas eu tout le côté psychologique qu'il faut pour pouvoir
supporter les familles.
Mme Blouin : Bien, justement,
comment... puis là, je vais... je pense que ça peut être difficile... mais
comment ça s'est passé pour vous quand on a... les premières discussions qu'on
a eues auprès de vous? Est-ce que vous avez d'abord été méfiants? Est-ce qu'on
a dû vous... vous rassurer au sujet du don d'organes?
Mme X : Pas du tout. Pour
nous... Puis j'entends qu'il faut une adhésion sociale. Mais, en même temps, je
regarde les sondages, je connais la population québécoise, je me demande
pourquoi c'est si compliqué. Je comprends que... Puis on est tellement
différents de l'Amérique du Sud, que je connais bien. Je comprends la méfiance
là-bas. Pour moi, bien, il faut expliquer. Il faut bien expliquer les
processus, les choses. Comme je vous ai dit, nous, on a trouvé qu'on aurait pu
être plus transparents dans le processus, qui implique une souffrance et des
délais. Ça, j'aurais beaucoup aimé ça, savoir. Puis peut-être que je n'aurais
même pas appelé, au cinquième jour, dire : Je n'en peux plus. Mais le fait
de ne pas avoir les bonnes informations font en sorte qu'on a le goût de
débarquer.
M. X : Quand on te parle,
évidemment, la personne qui est aux soins intensifs se bat pour sa vie, combat
pour rester en vie. Et on distribue des dépliants sur la réhabilitation, parce
que votre fille, quand elle va sortir, là, elle va être quadriplégique, elle ne
sera plus apte à travailler, elle ne sera plus apte à rien. Mais parlez-nous
aussi de la mort, c'est tout aussi important. Parce qu'après ça tu prends une
décision puis tu te dis : Mon Dieu! Je suis... Je suis poussé dans le dos.
Puis, dans le fond, tu es poussé dans le dos pour prendre une décision, puis ça
va prendre une semaine avant qu'ils fassent le prélèvement, donc il y a... il y
a tout cet aspect-là qu'il faut... Il faut donner de la formation autant aux
familles qu'au personnel traitant.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée de Bellechasse.
Mme Lachance : Merci, M. le
Président. Madame, monsieur. Il y a deux choses sur lesquelles je veux revenir.
Puis d'abord, évidemment, monsieur, vous venez de mentionner : Tu es
poussé dans le dos, tu dois prendre une décision. Ce n'est pas facile, là, on
s'entend, il n'y a pas de facilité là. Si la carte de votre fille n'avait pas
été signée, est-ce que ça aurait été la même chose? Comment vous vous
sentiriez?
Mme X : Oui. Non, ça... En
fait, ça a été un petit velours de savoir qu'elle avait fait ça si jeune, là. On
était fiers. Mais ça n'aurait absolument rien changé à notre décision. Pour
nous, c'est...
Mme Lachance : Ça allait de
soi?
Mme X : C'est évident qu'il
faut faire ça.
Mme Lachance : Mais vous
comprenez pourquoi les gens ne le font pas ou pas du tout?
Mme X : Non. Bien, peut-être
pour des raisons religieuses, mais je pense que c'est beaucoup parce qu'ils
sont mal accompagnés, puis qu'on les accompagne à la dernière minute, trop
tard.
Mme Lachance : Dans un
mouvement qui est rapide et qui...
Mme X : C'est ça.
Mme Lachance : OK. Je
comprends. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député de Saint-Jérôme,
1 min 38 s.
M. Chassin :OK. On va essayer d'y aller vite. Bien, d'abord, merci,
hein, pour... Vraiment, je pense qu'on avait de besoin de l'entendre puis de
comprendre. Est-ce que... Vous l'avez peut-être mentionné, là, mais la
coordonnatrice, elle venait d'où?
Mme X : ...Québec.
M. Chassin :Transplant Québec. Et donc, c'est Transplant Québec qui se
charge, par exemple, de voir cette personne-là. Comme vous... vous <le...
M. Chassin :
...de voir cette personne-là. Comme vous... vous >le
mentionniez dans votre témoignage, il y a beaucoup de gens impliqués, puis ça
devient lourd. Est-ce que la coordonnatrice est arrivée trop tard dans le
processus ou elle est arrivée assez tôt? Mais il y a quand même beaucoup de
gens pareil?
Mme X : En fait, c'est que, un,
on n'est pas en personne, hein? On est au téléphone. Puis ça commence avec un
long interrogatoire pour connaître les habitudes de vie de notre enfant, donc
ça prend quand même un certain temps. Je pense que, dans les hôpitaux de
Montréal, ils ont la même personne depuis le début. Mais, moi, j'étais à... on
était à Sherbrooke, alors malheureusement, ce n'est pas ça qui... qui s'est
passé.
M. Chassin :Puis est-ce que vous avez l'impression, Sylvain, que la
famille, pour vous, était accompagnée? Même si vous étiez, je veux dire... vous
êtes... vous êtes là puis... mais vous êtes en attente. Puis, votre famille, est-ce
qu'elle est accompagnée ou pas du tout?
M. Bédard (Sylvain) : Ma famille
est accompagnée?
M. Chassin :Oui. Parce que vous, vous êtes en attente, mais...
M. Bédard (Sylvain) : Oui, il
y a quand même une équipe extraordinaire, là, à l'Institut de cardiologie. À
vrai dire, je vais... je vais corriger. On accompagne beaucoup le patient, et
tout est traité autour du patient. Alors, ma conjointe ou mes... ma conjointe
ou mes enfants, eux autres, on leur demandait : Comment tu vas faire pour
supporter Sylvain? Mais je peux vous dire que je ne me sentais pas... Je pense,
mes enfants, on a une relation assez particulière, très directe. Nous autres,
la mort, c'est comme parler, «prends-tu des chips», à la maison, il n'y a pas
vraiment de tabou là-dessus, ça fait que c'était assez clair puis... Mais c'est
sûr que, est-ce qu'on a besoin d'être accompagnés, oui. Mais je pense que c'est
aussi la... ça renforcit en tout cas certaines familles. Du côté de ma famille,
je pense, ça nous a renforcis énormément. Oui.
M. Chassin :Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. M. le député de Pontiac.
M. Fortin :...Président. Bien, monsieur, madame, merci. Sylvain,
merci. C'est arrivé à quelques reprises, là, au cours des deux derniers jours, où,
pour nous, là, qui ne discutons pas de cet enjeu-là à tous les jours, c'est des
enjeux émotionnels, puis ça a remonté, mais jamais autant que lors de vos
témoignages. Puis je pense qu'on a besoin de ça aussi, de sentir l'humanité
derrière cette... ce que vous... ce que vous avez vécu puis que vous continuez
de vivre en même temps.
Moi, je prends, dans vos... Si j'ai une
chose à retenir de vos témoignages, là, c'est le «make it happen», que je
traduirais librement, là, en «grouillez-vous le derrière», là, tu sais, faites
de quoi, arrangez-vous pour que ça arrive, pour qu'on améliore le système pour
qu'il y ait plus de ressources, pour que ça fonctionne mieux, que ça marche,
puis qu'on ne parle plus du Québec comme étant en queue de peloton, là, dans...
dans l'écosystème mondial de don d'organes.
J'ai votre... J'ai votre mémoire, Sylvain,
entre les mains, là. Puis vous demandez la question si... Parce que, quand on
lit votre mémoire, là, il y a une certaine frustration qui ressort de ça, du
fait qu'on ne bouge pas assez vite, que ça fait plusieurs fois qu'on en parle
collectivement, mais qu'il n'y a rien qui s'améliore, à part les efforts qui
sont faits, là, par les nombreuses personnes qui... qui sont ici avec nous.
Vous soumettez l'hypothèse qu'il y a trop de paternalisme, de conservatisme
dans les organismes, les paliers de gouvernement. Qu'est-ce que vous voulez
dire? On n'ose pas prendre des risques? On n'ose pas essayer des nouvelles
méthodes? On n'ose pas? Qu'est-ce... Qu'est-ce que ça veut dire, ça? Qu'est-ce
que vous sentez?
M. Bédard (Sylvain) : Ça veut
dire tout ça. C'est drôle, hein? J'étais là, c'est DCD, à dire les noms, les
donneurs. J'étais dans la salle quand, je ne me souviens plus, Québec
Transplant... Et je me souviens de la réaction de plusieurs médecins. Il y en
avait même un qui était sorti de la salle parce qu'il disait : Ça ne se
peut pas. Alors, les gens ont peur au changement.
• (18 heures) •
Il y a plein de choses. On en a entendu
parler, là. Le Collège des médecins : Non, on va faire ça, mais là, on va
attendre ci, on va entendre ça. On dirait qu'il n'y a personne qui ose avancer,
s'organiser. Et c'est ça que j'appelle du paternalisme. L'éthique... Excusez,
je vais... je vais revenir. Mais on a des statistiques, ça fait 37 ans
qu'on en parle, le public est d'accord à 80 %, pourquoi encore on va
encore reconsulter et reconsulter? À chaque fois, c'est... En 2001... 2021, on
va reconsulter, mais on est encore en 2024 puis on reparle encore des mêmes
affaires. Alors, c'est pour ça qu'un petit peu je suis... je suis tanné, je
suis triste de voir que d'autres pays ont été capables de le faire, que
d'autres provinces ont été capables de le faire, puis nous autres...
18 h (version révisée)
M. Bédard (Sylvain) : ...provinces
ont été capables de le faire, puis nous autres, bien, ce n'est pas arrivé. Ça
fait que, que ceux qui pensent qu'ils sont paternalistes se regardent un petit
peu, et dire... «Go, guys!» Excusez, je vais... «Make it happen.» Excusez, c'est...
C'est moi, ça.
M. Fortin :Oui. Non, non, c'est...
M. Bédard (Sylvain) : C'est
clair.
M. Fortin :Il faut qu'on l'entende, ça aussi, ça...
M. Bédard (Sylvain) : C'est
ça.
M. Fortin :Ça nous fait du bien puis ça nous donne peut-être la
poussée dans le dos, là, pour le dire gentiment, qu'on a collectivement besoin.
Je me tourne vers vous. Puis, en entendant
la réaction de Sylvain à votre histoire, là, c'est encore un petit peu plus
prenant parce que d'entendre l'autre bout de la chose... Puis je suis certain
que vous l'avez entendu, au fil du temps, que ce n'est pas toujours simple pour
les familles des donneurs. Vous nous avez quand même pris le temps... Vous avez
pris le temps de faire des recommandations assez claires. Vous êtes en faveur
du consentement présumé, vous nous dites que les décideurs doivent être
accompagnés, mes collègues en ont parlé. Mais vous nous dites aussi, là, que
cette personne-là que vous voyez, qui manquait à votre expérience, elle doit
être avec vous dès le début, donc avant même que la mort soit imminente. Qu'est-ce
que vous recherchez dans cette personne-là? Vous l'avez vécu, vous avez vu les
différentes personnes qui étaient avec vous, là, ce qu'elles amenaient, ce qui
manquait. Qu'est-ce que ça prend à cette personne-là qui peut vous accompagner?
Mme X : De l'humanité, de la
sensibilité, du temps, parce que le problème de contacter des médecins... Ils
vont nous rappeler, là, mais on sent qu'il faut toujours faire vite, vite, vite.
Puis c'est des moments vitals pour nous, évidemment, donc... Puis avoir un
minimum de connaissances techniques. Mais, tu sais, si je pense soit à la
travailleuse sociale, elle était reliée aux soins intensifs, donc elle pouvait
amener l'expertise technique quand elle voulait. Puis c'est la coordonnatrice
de Transplant Québec, elle avait déjà aussi, elle, l'expertise technique. Donc,
c'est...
M. X : Je pense que ce qu'il
est important de regarder, c'est l'expérience. Une famille qui a passé à travers
toute cette expérience-là a du vécu. C'est un vécu qui est perdu parce qu'on ne
l'utilise pas, après. Nous, heureusement, on est à la retraite, donc on a
possibilité de donner du temps à des organismes, de participer avec d'autres
organismes aussi. Mais, de demander à des familles qui ont déjà vécu ça,
certaines vont dire : Oh non! moi, je ne revivrai pas ça, c'est vraiment
dur. Juste de mon cas, moi, je voulais être premier répondant, quand je prenais
ma retraite, puis j'ai pris ma retraite, puis, cinq mois après, ma fille
décédait. Ça fait qu'aujourd'hui, quand j'entends des sirènes d'ambulance, je
peux vous dire que ça me revire à l'envers.
Mais, pour revenir à notre sujet, avoir l'accompagnement
des familles qui ont vécu ça, qui sont prêtes, en support. Puis les familles
vont vous donner du temps, elles en ont, du temps.
M. Fortin :Donc, une personne attitrée, 24... «on call», là, un peu,
là, qui est toujours à votre disponibilité. Parce que j'imagine que... J'essaie
de, deux secondes... de me mettre dans votre peau, là, les questions viennent à
des moments inattendus, peut-être, on ne sait jamais quand on a besoin de cette
personne-là. Alors, un peu... Tu sais, on parlait des équipes 24/7 à l'hôpital,
là, mais vous, vous avez vraiment besoin d'une personne à votre disponibilité.
Mme X : Peut-être pas 24/7,
là...
M. Fortin :Non, on s'entend, mais...
M. X : Parce que c'est un
processus qui est quand même assez long. Tu as quelques jours, tu as plusieurs
heures avant de dire que le corps est apte à pouvoir être transplanté, donc...
ou prélever les organes. Donc, il y a quand même du temps. Il faut impliquer
les familles.
M. Fortin :Merci. Puis je veux juste prendre deux petites secondes,
avant que ma collègue prenne la parole, je veux vous remercier de vous
impliquer. Ce n'est pas simple, vous avez à revivre des événements difficiles à
chaque fois que vous prenez la parole. Alors, je vous remercie de le faire.
Vous avez parlé de l'importance de la sensibilisation, il n'y a pas personne de
mieux placé que vous pour sensibiliser le public. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Mme la députée.
Mme Lakhoyan Olivier : Merci,
M. le Président. Ouf! Oui, c'est quelque chose, vous écouter. C'est important,
votre présence, vraiment, puis, qu'est-ce que mon collègue a dit, bravo de
partager votre expérience, vraiment.
Si votre fille <n'avait pas signé
la...
19295
Mme Lakhoyan
Olivier :
... bravo de partager votre expérience, vraiment.
Si votre fille >n'avait pas
signé la carte Medicare et qu'on ne vous a pas suggéré d'offrir ses organes, est-ce
que vous l'aurez offert?
Mme X : Oui.
Mme Lakhoyan Olivier : Pour
vous, c'était naturel, dans votre chagrin?
Mme X : Oui, parce que, comme
je vous l'ai expliqué, pour nous, on cherche une continuité. Ça fait que, si on
parle de mutilation de corps, pour nous, ça ne nous a même pas effleuré
l'esprit. Pour nous, ce qu'on cherche, c'est la continuité de sa vie. Tu sais,
on dit que les parents, on cherche des coeurs, on cherche des papillons, on
cherche des animaux puis qu'on pense que c'est notre enfant ou notre chair qui
vient nous parler. Bien, imaginez le fait que... Et c'est pour ça que... Tu me
remercies, mais je te remercie aussi, parce que, pour nous, c'est la continuité
de savoir qu'il y a un ou plusieurs de ses organes qui sont dans des êtres
humains.
M. X : Le coeur de notre
fille continue de battre, et dans le corps de Sylvain, il y a un coeur d'un
autre donneur qui bat, qui va donner l'espoir à sa famille et à lui, et pour
nous, c'est ça, c'est la continuité. On a fait plein d'autres affaires
alentour, mais de savoir qu'elle a donné ses organes puis qu'elle... Consciente
ou pas, elle avait 20 ans puis elle est allée au registre. Je ne sais pas
comment ce qu'elle a fait, parce que moi, j'y ai été deux, trois fois puis je
n'ai jamais été capable de m'inscrire, ça fait que j'ai signé ma carte. Mais
elle s'est enregistrée au registre électronique. Il faut croire que les jeunes
sont meilleurs que les vieux en informatique. Mais, c'est ça, c'est la
continuité de savoir qu'elle progresse dans le corps d'un autre.
Mme Lakhoyan Olivier : Je
comprends, je comprends.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. M. le député de
Rosemont.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. On n'a pas gardé le plus facile pour la fin, mais, en tout respect
pour les autres témoins, peut-être le plus utile pour la fin, parce que vous
êtes des cas réels et vivants. Ça nous fait du bien, ici, de revenir sur le plancher
du réel à l'occasion.
Sylvain, par contre, je dois dire que je
suis un peu jaloux de vous. Je suis allé vous «stalker», là, puis vous avez
quand même monté le Mont-Blanc puis le mont Sajama, en Bolivie. Alors, bravo
pour ça, bravo pour ça, c'est extraordinaire comme accomplissement.
J'ai une question pour vous, monsieur et
madame, là. Votre fille, à part d'avoir réalisé l'exploit technique ou
informatique de remplir sa demande sur le site mystérieux, elle l'a fait à 20 ans,
en aviez-vous parlé? C'est-tu quelque chose que vous...
Mme X : Non.
M. Marissal : Moi, j'ai
quatre enfants puis une conjointe, je ne me souviens pas qu'on ait... j'essaie
de me rappeler depuis tantôt, je ne me souviens pas qu'on ait jamais parlé de
ça. On parle de plein d'affaires, là, c'est des ados, la plus vieille a 21 ans,
on parle de bien des affaires, parfois, de politique, même, mais je ne me
souviens pas qu'on ait parlé de ça. Donc, vous dites que vous n'en aviez... ça
ne vient pas d'une discussion familiale ou d'un milieu familial. Où il aurait
été question de ça?
Mme X : Non. On n'a jamais su
pourquoi elle l'avait fait. En fait, on ne sait pas.
M. X : Mais c'était une fille
qui avait des qualités, elle était inclusive, elle donnait beaucoup de son
temps, elle était généreuse. Moi, ça ne me surprenait pas que les gens de
l'hôpital nous ont avertis qu'elle avait... qu'elle était au registre. Puis,
pour nous, c'était juste de continuer.
M. Marissal : Parce qu'on a
beaucoup parlé de sensibilisation, puis du fait d'en parler davantage. Puis
c'est vrai, vous avez raison, madame, que, quand on regarde les sondages, il y
a une immense majorité de gens, au Québec, qui sont plutôt favorables à... Bon,
ça, c'était dans l'absolu puis en théorie, là. Après, quand arrive l'affaire,
c'est peut-être plus compliqué, là. Mais comment on ferait pour ouvrir la
discussion, le dialogue davantage, que ça rentre dans les foyers, qu'on en
parle davantage?
• (18 h 10) •
M. X : Ça peut peut-être
commencer par parler de la mort. Ce n'est pas un sujet qui est jojo, hein,
parler de la mort, mais c'est un sujet qui est indéniable, parce qu'on naît
pour mourir, on va mourir un jour. De quelle façon et quand, on ne le sait pas.
Puis c'était la dernière affaire qu'on pensait quand notre fille est venue chez
nous pendant la pandémie, qu'à cinq minutes de chez nous elle se planterait en
bicycle. Elle avait un casque qui était ajusté, je l'avais ajusté avec elle,
puis elle a juste fait une embardée. Pourquoi? <On ne le sait pas...
M. X :
... était
ajusté, je l'avais ajusté avec elle, puis elle a juste fait une embardée.
Pourquoi? >On ne le sait pas. Mais c'est sûr qu'il y a une éducation
avec nos jeunes. Parce que, j'en parlais tantôt, à l'époque, grand-papa
mourait, son corps était dans le salon, puis on commençait à veiller le corps.
Puis les petits enfants étaient là, tout le monde était là. Aujourd'hui, on
n'en parle plus. Bon, c'est correct, on a décroché tous les artifices qu'il
fallait décrocher. Mais la mort, ce n'est pas un artifice, c'est quelque chose
qu'on va devoir passer à travers.
Donc, de quelle façon? Je ne sais pas,
M. Marissal. Vous avez quatre enfants. Je suis certain que c'est plus le
fun de parler de hockey, au pire de parler de politique. Mais peut-être que,
dans nos écoles, en quelque part, il y a des cours où il y aurait une
parenthèse qui pourrait se faire sur un sujet de réflexion. Mais, chez nous, on
n'en a pas parlé, puis, chez nous, il nous reste un garçon, il a encore ses
quatre grands-parents. Donc, c'est difficile, mais il l'a vécu avec nous, donc...
M. Marissal : Bien, un gros
merci à vous trois. Merci.
M. X : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci à vous pour vos témoignages respectifs, qui sont émouvants,
qui sont bouleversants, mais qui sont vrais, qui sont humains, qui nous
ramènent au sens du travail qu'on veut faire ici, donc qui donnent un sens à
nos travaux, en sus de toutes les informations techniques ou légales qu'on a pu
avoir jusqu'à présent.
Je vais commencer avec monsieur et madame.
Vous parlez d'un accompagnement qui est absolument essentiel, impératif,
nécessaire, et tout. Au début de votre témoignage, madame, j'avais l'impression
que vous nous disiez : Il faut conserver le veto des familles et les
accompagner pour qu'elles acceptent. Est-ce que c'est bien ce qu'il faut
comprendre? Donc, vous seriez contre l'idée qu'on accompagne, mais qu'on
accompagne pour l'acceptation du don de la personne qui, lui, ne serait pas
révocable? Vous comprenez? Parce qu'il y a un dilemme, il y a un dilemme...
Mme X : Je ne suis pas
sûre...
M. Arseneau : C'est parce
que, tout à l'heure, on avait le Barreau qui nous disait : On devrait
enlever le motif impérieux puis simplement dire que les volontés doivent être
respectées. Est-ce que vous pourriez considérer, compte tenu de l'expérience
douloureuse que vous avez vécue, que l'accompagnement se fasse pour les
familles, pour qu'elles acceptent la volonté et avec...
Mme X : Bien, non, selon moi,
ça doit être un accompagnement libre, parce que, pour moi, les familles doivent
toujours garder la décision finale. Puis par rapport à ce que le Barreau
disait, moi, c'est clair que ma fille de 20 ans, quand elle a fait son
choix, là, ce n'était pas un consentement éclairé, tu sais, elle ne savait
pas... Bien, elle savait qu'elle, elle voulait donner ses... Bien, elle
autorisait le prélèvement d'organes, hein, c'est une autorisation de
prélèvement. Donc, pour moi, c'est une intention de départ. Mais elle n'était
pas connaissante de comment ça allait se faire, du processus par lequel nous,
on aurait à passer. Et je peux vous garantir que, si elle avait su la
souffrance que j'ai vécue, qu'elle ne l'aurait même pas fait, son consentement.
M. Arseneau : Je sais que
c'est difficile, le genre de question que je pose, mais est-ce que vous ne
pensez pas que le fait que vous ayez un veto rendait la chose encore plus
pénible pour vous, parce que la décision vous revient, donc c'est déchirant?, si
la décision est prise par l'autre et qu'on vous accompagne dans le processus
pour l'accepter, et vivre votre deuil, et ainsi de suite, que ça pourrait
changer la perspective?
Mme X : Bien non, parce que
quand on a le lien qu'on a, qu'on avait, qu'on a avec notre fille, il n'y a pas
de doute que nous, on agit dans son meilleur intérêt. Et donc qu'on aille
contre sa volonté, si on a tout, tout, tout donné puis qu'on est face à un mur,
elle l'aurait compris avant beaucoup d'autre monde puis elle l'aurait respecté.
M. Arseneau : Et donc est-ce
que je peux conclure que, pour la présomption, enfin, comment on dit, le
consentement présumé, vous êtes aussi contre, j'imagine, ou pas?
Mme X : Ah non! je suis tout
à fait pour parce que ça simplifie. Puis moi, je crois la règle du 80/20, et
soyons efficace. Par contre, j'associe ça qu'il faut qu'il y ait un veto des
familles avec ça.
M. Arseneau : Donc, présumé,
mais qui peut être renversé par la famille par don?
Mme X : C'est ça.
M. Arseneau : D'accord. Je
vous remercie. Est-ce <que j'ai du temps pour...
M. Arseneau :
...
famille par don?
Mme X :
C'est ça.
M. Arseneau :
D'accord.
Je vous remercie. Est-ce >que j'ai du temps pour une petite question?
Le Président (M. Provençal)
:...
M. Arseneau : Juste une
petite intervention. Merci, M. le Président. Je sais que j'ai passé un peu mon
temps, mais je n'ai pas encore dépassé celui de mon collègue, ça fait que...
Sylvain, merci de votre témoignage puis
merci de partager un peu, de façon courtoise, votre colère aussi. Moi, j'ai
remarqué dans votre commentaire qu'il faut agir, bien entendu, il faut se
parler, et tout ça, mais surtout, que le système est en crise. Moi, c'est ce
que je retiens. Et, s'il y a une crise puis qu'on a un pouvoir, c'est celui
d'agir. Alors, je ne sais pas si vous voulez commenter, mais je retiens ça de
votre témoignage, en plus de toute la... toute l'expérience que vous avez
partagée avec nous.
M. X : M. le Président, je
voudrais juste terminer en disant : ça n'arrive pas juste aux autres.
Quand ça t'arrive, tu es dans le tourbillon, puis il faut que tu agisses. Donc,
il faut avoir les idées claires, il faut être bien conseillé. Puis je pense que
vous avez tout ce qu'il faut en main pour pouvoir écrire une loi qui va aller
dans le bon sens. On vous fait confiance. Vous travaillez fort.
Le Président (M. Provençal)
:Un mot, monsieur, madame?
M. Bédard (Sylvain) : Écoutez,
je veux vous dire merci. J'ai le goût de dire : Enfin, on en parle. Et,
comme j'ai écrit, j'espère que ça va être pour la bonne fois, cette fois-là.
Rappelez-vous, s'il vous plaît, que, quand vous demanderez et... vous
dire : On va y penser, on va étudier, et tatati et ta, ta, ta, il y a
encore du monde qui attend, il y a encore des familles qui sont bouleversées,
qui sont barouettées, excusez-moi, là, on va dire le mot, «barouettées» dans
toutes les émotions. Et il y a quelque chose qu'il faut qui soit fait là, là. Alors,
donnez tous les moyens. Je ne sais pas comment ça coûte, je ne sais pas ce
qu'il faut, mais il faut que ça se fasse. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Au nom des membres de la commission,
on vous remercie énormément de votre présence et votre témoignage.
Sur ce, la commission ajourne ses travaux
au jeudi 1er février après les avis touchant les travaux des commissions,
vers 11 h 15. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 18 h 17)