Journal des débats de la Commission de la santé et des services sociaux
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mercredi 11 septembre 2024
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Vol. 47 N° 79
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 66, Loi visant à renforcer le suivi des personnes faisant l’objet d’un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux ou d’inaptitude à subir leur procès
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Intervenants par tranches d'heure
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Provençal, Luc
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Bonnardel, François
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Allaire, Simon
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Maccarone, Jennifer
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Maccarone, Jennifer
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Provençal, Luc
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Fontecilla, Andrés
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Provençal, Luc
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Bonnardel, François
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Dorismond, Shirley
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Maccarone, Jennifer
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Maccarone, Jennifer
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Provençal, Luc
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Fontecilla, Andrés
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Bonnardel, François
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Bonnardel, François
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Provençal, Luc
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Maccarone, Jennifer
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Fontecilla, Andrés
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Provençal, Luc
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Bonnardel, François
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Maccarone, Jennifer
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Maccarone, Jennifer
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Provençal, Luc
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Bonnardel, François
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Poulet, Isabelle
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Maccarone, Jennifer
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Provençal, Luc
11 h 30 (version révisée)
(Onze heures trente-quatre minutes)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, bonjour à tous! Ayant constaté
le quorum, je déclare la séance de la Commission de la santé et des services
sociaux ouverte. Je vous souhaite la bienvenue et je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La Commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 66, Loi visant à renforcer le suivi des personnes faisant
l'objet d'un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles
mentaux ou d'inaptitude à subir leur procès. Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Grondin (Argenteuil) est remplacée par M. Allaire
(Maskinongé); Mme Caron (La Pinière) par Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis); et M. Marissal (Rosemont) par M. Fontecilla
(Laurier-Dorion).
Le Président (M. Provençal)
:Compte tenu qu'on a commencé un 16 minutes
plus tard, j'ai besoin du consentement pour qu'on puisse additionner un 16 minutes
pour respecter les gens qui sont... qui se sont déplacés pour venir présenter
un mémoire. Ça va? Consentement?
Des voix
: Consentement.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
Donc, ce matin, nous entendrons le témoin
suivant : l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec.
Je vous souhaite la bienvenue et je vous rappelle que vous avez 10 minutes
pour présenter votre mémoire, et par la suite nous allons procéder aux
échanges. Alors, je vous cède immédiatement la parole, et merci de vous être
déplacés.
M. Painchaud
(Jacques) :Merci. Alors, M. le Président,
M. le ministre, et députés présents, et autres membres, bonjour. Avant de
commencer, je vais présenter, à ma droite, monsieur... Me André Fiset,
avocat qui travaille avec nous, et à ma gauche, Me David Coderre, avocat à
l'association.
Alors, d'abord, l'APPQ tient à remercier
la commission de l'opportunité qui nous est offerte de faire valoir notre point
de vue concernant le projet de loi n° 66. C'est d'autant plus important
pour nous, considérant le décès de notre collègue et amie la sergente Maureen
Breau, décédée tragiquement le 27 mars 2023 lors d'une intervention
policière. Ces événements vont rester gravés dans notre mémoire et ont remis à
l'avant-plan le nombre élevé d'enjeux reliés aux personnes aux prises avec des
troubles de santé mentale potentiellement dangereuses.
On n'a qu'à penser à l'absence de partage
d'information entre les différents acteurs intervenant auprès de ces personnes,
détaillée notamment par la coroner, Me Géhane Kamel, dans son rapport
rendu public hier. Nous faisons nôtres ses 38 recommandations, notamment
celles émises au ministère de la Santé et des Services sociaux, au ministère de
la Sécurité publique, au ministre de la Justice, au Directeur des poursuites
criminelles et pénales, à la Commission d'examen des troubles mentaux du
Québec, à l'École nationale de police du Québec et à la Sûreté du Québec.
C'est d'ailleurs suivant ces événements
que l'APPQ avait présenté à l'Assemblée nationale une pétition ayant accueilli
plus de 24 000 signatures demandant notamment au gouvernement un
meilleur encadrement des personnes aux prises avec des troubles de santé
mentale potentiellement violentes, et en novembre 2023 nous transmettions au
gouvernement un document de réflexion exposant nos recommandations à cet égard.
D'abord, il faut mentionner que dans sa
globalité, l'APPQ accueille favorablement les modifications proposées par le
projet de loi n° 66. Ces modifications sont toutefois insuffisantes dans l'océan
des problématiques de santé mentale et de sécurité publique. Plusieurs des modifications
proposées dans le projet de loi n° 66 se limitent aux personnes
judiciarisées, et non à toute personne potentiellement violente dont l'état
mental est perturbé.
Cela dit, nous sommes tout à fait
conscients que le projet de loi n° 66 n'est pas une fin en soi, et
différentes autres... différentes autres modifications législatives devraient
être apportées afin de permettre un meilleur encadrement de ces personnes dans
le cadre de d'autres travaux du gouvernement, notamment dans le cadre de la révision
de la loi P-38.
Dans ce cadre, et avant d'entrer plus
précisément dans nos commentaires relatifs à ce projet de loi, nous sommes d'avis
que le gouvernement du Québec devrait étendre ses modifications législatives
afin d'adopter des mesures semblables à la Loi Brian, qui furent adoptées en
2000 en Ontario suivant le meurtre de M. Brian Smith par une personne
atteinte de troubles mentaux. En outre, cette loi a écarté le critère de danger
immédiat nécessaire pour amener une personne contre son gré à l'hôpital par le
corps policier.
Depuis ces modifications législatives, le
modèle ontarien permet notamment aux policiers d'amener une personne atteinte
de troubles mentaux lorsqu'ils ont des motifs raisonnables et <probables...
M. Painchaud (Jacques) :
...personne atteinte de troubles mentaux lorsqu'ils
ont des motifs raisonnables et >probables de croire que cette personne
se comporte d'une manière violente ou désordonnée et qu'elle pourrait
s'infliger des blessures graves ou à autrui. Par ailleurs, cette loi permet
d'imposer un plan de traitement et de surveillance à certaines personnes
atteintes de problèmes graves de santé mentale, par exemple en contraignant ce
dernier à ne pas consommer de l'alcool ou de drogues.
Relativement... Et là, je vais rentrer
maintenant directement dans les modifications proposées au projet de loi
n° 66. Alors, premièrement, en ce qui concerne l'élargissement du mandat
des services correctionnels relativement au suivi des personnes visées par un
verdict de non-responsabilité criminelle pour troubles mentaux, visées par la
plupart des modifications proposées par le projet de loi n° 66, voici nos
commentaires.
En cas de verdict de non-responsabilité
criminelle et de libération conditionnelle d'un individu, le Code criminel prévoit
que le suivi subséquent de ces conditions peut être délégué au responsable d'un
hôpital selon les modalités de la Commission d'examen des troubles mentaux du
Québec, malgré les moyens limités et le peu de ressources qu'il dispose pour
remplir ce mandat adéquatement. Conséquemment, aucun suivi périodique n'est
effectué par quelconque représentant du système judiciaire ou correctionnel.
Alors, nous, ce que nous disons, c'est que ce projet de loi répond adéquatement
à cette problématique, qui, je vous le dis, dissipe tout doute quant à la
compétence et à la capacité des services correctionnels à prendre en charge les
personnes visées par un verdict de non-responsabilité criminelle pour troubles
mentaux.
Deuxièmement, nous soulignons l'importance
d'accorder des ressources adéquates, notamment en ce qui concerne le
financement, les effectifs et la formation continue. Nous dénonçons depuis
plusieurs années le manque d'effectifs puis de formation continue au sein de la
Sûreté du Québec. Nous sommes à même de constater à quel point ces manques
d'effectifs et de ressources en formation a un effet sur la prestation de
services et nous croyons que ce serait la même chose pour les services
correctionnels. Nous sommes d'avis que l'implication à des services
correctionnels dans le suivi subséquent pourrait effectivement permettre un
encadrement plus rapproché des personnes visées non seulement en ce qui
concerne le respect des conditions de libération, mais également en ce qui
concerne l'évaluation de leur potentiel niveau de dangerosité, le tout en
complémentarité avec des équipes médicales. C'est d'ailleurs un des objectifs
visés par ce projet de loi. Nous sommes d'avis que les services correctionnels
devraient systématiquement être impliqués dans le suivi des personnes visées.
• (11 h 40) •
Troisièmement, en ce qui concerne le
partage d'informations entre les intervenants, l'article premier du projet de
loi n° 66 permettrait à un organisme du secteur de la santé et des
services sociaux de communiquer des renseignements qu'il détient à un corps de
police qui intervient auprès d'une personne faisant l'objet d'un verdict de
non-responsable criminelle. Nous sommes en accord avec les modifications
proposées à l'article 76 de la Loi sur les renseignements de santé et de
services sociaux, qui pourrait permettre le partage plus facile d'informations
pertinentes.
Mais nous nous questionnons sur l'effet de
telles modifications en raison, d'abord, de l'absence d'un caractère
systématique d'un tel partage d'informations. En effet, dans le contexte de
pénurie de main-d'œuvre et les problématiques... les problématiques d'effectifs
actuelles, cette modification pourrait ne pas avoir tous les effets escomptés.
De plus, la modification prévue à cet article ne prévoit qu'un canal
unidirectionnel de partage d'informations, soit de l'organisme vers le corps de
police. À notre avis, ce partage devrait concerner tous les intervenants auprès
d'une personne visée par un verdict de non-responsabilité criminelle.
Notre recommandation n'a pas pour objectif
d'obtenir le dossier médical complet d'un individu, mais plutôt l'obtention de
toute information pertinente aux fins d'évaluation des risques, autant de la
part des services correctionnels que de l'équipe médicale traitante ou des
membres policiers ayant intervenu auprès des personnes, le but ultime de cette
récolte d'informations étant de planifier une intervention policière ou autre
de la manière la plus sécuritaire possible pour tous les acteurs en permettant
une évaluation des risques réels.
Nous recommandons l'inscription et le
partage systématique, détaillé et uniformisé d'informations pertinentes pour
toutes les parties impliquées non seulement pour l'organisme de santé. Un tel
partage et une telle inscription pourraient être effectués au <i>Centre
de renseignements policiers de... qu'on dit, nous, dans nos termes, le CRPQ, ou
tout autre système informatique centralisé et provincial permettant le partage
d'informations, ce qui aurait un effet concret, réel et immédiat sur le
quotidien de nos membres policiers et contribuerait nécessairement à une
diminution des risques lors d'une intervention policière.
Au même titre, l'inscription systématique
de données provenant des décisions du comité d'examen des troubles mentaux du
Québec au CRPQ devrait, à notre avis, être uniformisée afin d'assurer la
protection du public et de nos membres.
Malgré ces commentaires, nous réitérons
que les modifications proposées par le projet de loi n° 66 demeurent une
avancée positive.
En résumé, nous accueillons favorablement
les modifications proposées par le projet de loi n° 66, mais celles-ci ne
peuvent à elles seules répondre aux diverses problématiques liées aux enjeux de
santé et de <sécurité...
M. Painchaud (Jacques) :
...répondre aux diverses problématiques liées aux enjeux de santé et de >sécurité
publique. Le suivi effectué par les services correctionnels constitue une
mesure adéquate et répond à nos propositions à ce sujet. De fait, les
infrastructures numériques et les procédures présentement effectives
permettraient nécessairement la mise en place d'un suivi adéquat envers les
personnes visées par un verdict de non-responsabilité criminelle pour troubles
mentaux ainsi qu'un partage efficace d'informations le cas échéant. Ces
modifications devront être accompagnées de ressources financières et
organisationnelles adéquates afin d'avoir un effet tangible et réel. Par
ailleurs, nous soulignons à nouveau «l'impérativité» de fournir des effectifs
supplémentaires et la formation continue à nos membres et à tous les
intervenants impliqués. Nous réitérons que le partage d'informations devrait, à
notre avis, être réciproque et transmis de manière systématique entre les
parties impliquées dans un objectif de sécurité publique et dans le respect des
droits fondamentaux de tous. La modification à l'article 76 demeure une
avancée positive.
En terminant, nous vous soumettons à
nouveau que les commentaires formulés à notre mémoire sont soumis sous toutes
réserves, dans la mesure où plusieurs tables de discussion sont présentement en
cours. Nous espérons par ailleurs que les recommandations émises par la coroner
à son rapport déposé hier soient mises en œuvre dans les meilleurs délais et
nous invitons ce dernier à poursuivre toutes les démarches afin d'éviter une
pareille tragédie, incluant toute modification législative requise. Nous
désirons remercier la commission de l'attention qu'elle portera au contenu de
ce mémoire. Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. Painchaud, pour votre
présentation. Alors, M. le ministre, je vous invite à débuter l'échange.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. M. Painchaud, Messieurs, bienvenue. Vous deviez être là hier,
mais je sais que vous souhaitiez entendre la coroner. Je me réjouis de voir que
vous recevez positivement le projet de loi. Ce n'est pas une fin en soi, vous
êtes à la même place que moi. Je n'ai jamais eu la prétention de dire que tout
est parfait, mais vous le savez, je vous l'avais dit suite à la tragédie de Maureen
et aussi des trois personnes qui ont été tuées, là, de façon aléatoire en août
2022, qu'il fallait agir rapidement, qu'il ne fallait pas attendre
nécessairement le rapport, souhaiter que le rapport aille dans le même axe que
nous. Mais quand tout cela est arrivé, j'avais demandé à mon sous-ministre,
vous le savez, je vous en avais parlé, on a mis un comité interministériel en
place puis on a été capables rapidement, autant avec le ministère de la Santé,
la Justice, le DPCP, différents partenaires, de comprendre, de comprendre ce
qui s'est passé puis de quelle façon on devait... on devait y répondre.
Puis, sincèrement, humblement, je pense
que les deux principaux points, vous les avez entendus, je vous les répète,
puis c'est là-dessus que je vais axer mes deux... mes deux, trois questions
pour laisser mon collègue de Maskinongé, s'il le souhaite, qui a vécu la
tragédie encore plus fortement... Le nerf de la guerre, bien, c'était les
communications, les communications entre les intervenants de la santé et vous,
les policiers et policières sur le terrain, et aussi le suivi, le suivi comme
tel.
Je vais commencer par le suivi, tiens.
Vous semblez — bien, je pense que la réponse, je l'ai, mais je vous
la pose pareil, là — pas dire louanger, là, mais vous parlez
beaucoup, beaucoup des services correctionnels. On s'est fait questionner, bon,
les agents de liaison, là, ils viennent d'où, là? Je reste convaincu qu'avec
le, on dit en anglais, le background, mais le passé, le travail de ces agents
de probation qui deviennent, entre guillemets, pour ne pas stigmatiser ces
personnes, des agents de liaison, vous semblez dire que ce sont les bonnes
personnes qui ont un passé de criminologues, travailleur social ou autre, ou
autre, ou autre, être les bonnes personnes, première question, pour faire ce
suivi adéquat et être, je pense, le mot, vous l'avez même... le même que le
mien, là, complémentaire.
M. Painchaud (Jacques) :
On croit vraiment que vous avez bien ciblé les ressources à cet endroit-là pour
ça.
M. Bonnardel : Êtes-vous — bien,
la réponse, je pense que je l'ai aussi — convaincu que ce suivi que
l'on souhaite faire avec les équipes médicales vont nous permettre d'avoir les
informations, personne qui a des modalités, ne pas consommer la drogue,
d'alcool, pas déménager, médication x, y, rencontrer son psy, ce sont des
informations auxquelles vous allez être... ce sera utile pour vous dans le CRPQ?
Quelle sorte d'information spécifique, le CRPQ va vous aider à avoir de la part
de soit l'équipe médicale soit l'agent de liaison comme tel?
M. Painchaud (Jacques) :
Bien, c'est clair... c'est clair que ces informations, les renseignements, tout
renseignement utile qui peut nous permettre de prévoir une éventuelle
dangerosité, prévenir le risque puis certainement avoir des informations
précises sur... des fois, sur des indications sur le type d'intervention, ça va
nous aider à tout adapter, là, la démarche policière en amont. Alors, dans ce
contexte-là, ça va être très, très <utile...
M. Painchaud (Jacques) :
...en amont. Alors, dans ce contexte-là, ça va être
très, très >utile.
M. Bonnardel : Puis c'est
quoi dans le quotidien, là, la sous-question, là, où je m'en vais, avec
l'information, le suivi... Tu sais, on nous expliquait... Le policier ne
pouvait pas avoir accès à des informations, pas le diagnostic comme tel, mais
le rapport que le... pas le client, mais la personne x avait avec son équipe
médicale pour être capable de comprendre la réaction du gars l'autre bord de la
porte. Comment il réagit face à quelqu'un, exemple, puis je donne souvent
l'exemple, qui porte l'uniforme ou autre?
M. Painchaud (Jacques) :Bien, c'est le bon exemple, c'est le bon exemple à donner.
C'est qu'actuellement, vous savez, il y a des gens qui vont réagir soit à des
termes, soit à des perceptions. Il y en a, des gens, qui vont dire : Bien,
moi... Il réagit mal si c'est un homme, il va réagir mieux si c'est une femme.
Alors, nous, bien, on a une policière, on va demander à la policière de faire
la première approche au lieu de l'homme, parce que, là, ça peut l'amener dans
une escalade. Alors, c'est... ce sont dans le détail, mais ce sont des détails
excessivement importants.
Puis également, bien, quand on apprend sur
la nature même des problèmes qu'il peut y avoir au niveau du comportement,
bien, pour nous, on veut... on peut adapter adéquatement notre intervention.
Alors, il y a vraiment un processus. Puis c'est ça, dans la formation en
réponse à l'état mental perturbé, c'est des approches pour assurer une
désescalade. Il va falloir que les gens comprennent bien que la police, on ne
veut pas utiliser l'usage de la force, on veut autant que possible ne jamais en
avoir recours. L'issue est toujours incertaine, il y a des dangers, mais si on
est capables, à ce moment-là, d'avoir le maximum d'informations pour adapter
notre intervention, notre discussion, notre dialogue pour désamorcer la
situation, bien, c'est clair qu'il y a des particularités qui peuvent nous être
utiles. Et, dans ce contexte-là, votre approche de pouvoir permettre un partage
de l'information va être bénéfique.
M. Bonnardel : Quand vous
dites, là, la recommandation six, là, rendre obligatoire l'inscription de
toutes les infos, vous craignez quoi? Que l'équipe médicale dise à l'agent de
liaison ou aux informations... Qu'est-ce que vous... l'interprétation que vous
faites avec ça?
M. Painchaud (Jacques) :Je vais laisser Me Fiset répondre à la question.
• (11 h 50) •
M. Fiset (André) : J'ai eu
l'expérience d'assister à l'enquête du coroner Kamel pour la mort d'Isaac
Brouillard Lessard et Maureen Breau. Je représentais une des parties
intéressées, la famille de Maureen. Une des problématiques qu'on s'est aperçu,
c'est que parfois, les policiers se rendent sur place, ils vont rédiger un
rapport, mais, comme il n'y a pas de plaintes criminelles qui vont être
requises au DPCP, le rapport de leur intervention dans laquelle ils ont pu
constater la présence d'un sabre japonais, katana de tant de pied, la présence
manifeste que monsieur a bu ou qu'il a consommé des stupéfiants, malgré le fait
qu'il avait des conditions à l'effet de ne pas consommer, ce rapport-là va
rester au niveau du poste de police. Et c'est pour ça que, dans les
représentations de l'APPQ, on fait mention que ça ne devrait pas être un
escalier mobile ou un ascenseur. Il faut que ça circule dans les deux sens.
Même s'il n'y a pas de procédure
criminelle, malgré notre devoir de confidentialité, ce serait important au
moins que le médecin traitant soit mis au courant. Il est agressif, il a frappé
son concierge. Le concierge ne veut pas porter plainte. Bien, ce serait
important que le médecin le sache, parce que c'est lui qui peut s'adresser à la
Commission d'examen des troubles mentaux, pour faire en sorte que peut-être ses
conditions devraient être un peu plus sévères ou on devrait carrément révoquer
sa libération puis faire en sorte qu'il soit traité. Ça, c'était une
problématique majeure qu'on a pu constater dans le cas dramatique que nous
connaissons. Mais, je peux vous dire, pour avoir représenté des policiers à
plusieurs reprises depuis 1991, ce n'est pas unique à ce qui est arrivé à
Louiseville, malheureusement.
Donc, il faudrait que l'information qui
provient... sans mettre des renseignements nominatifs, date de naissance, nom
des témoins, juste un compte rendu résumé de la part des policiers qui s'en va
au médecin traitant pour que lui puisse savoir : Bien, voici ce qui s'est
passé en fin de semaine, dans la nuit, à samedi à dimanche.
M. Bonnardel : Je comprends.
Je reviens sur notre volonté, votre volonté d'obtenir plus d'infos, là, concrètement,
sur le terrain. Certains nous disaient : Ah! le secret professionnel va
être levé. Ce n'est pas ça, là. Tu sais, on... Donnez-moi... Donnez-moi des
exemples concrets, là, de situation où il y a un appel, qu'est-ce que vous
souhaiteriez obtenir... au-delà de ce que je vous ai donné comme exemple, que
je donne toujours le même, là, c'est quoi, là, concrètement, que vous auriez
besoin comme infos, comme policier, comme policière?
M. Painchaud (Jacques) :Bien, ça... Oui, ça, effectivement, c'est un élément
important, c'est les critères qui sont déterminés par la Commission d'examen
des troubles mentaux du Québec. Donc, ces informations-là sont utiles pour
nous, et il faut... il faut les savoir. Et, quand on parle du partage, puis là
vous, vous êtes prêts... prêts aussi, oui, il y a l'intervention policière,
mais qu'est-ce qui fait que la personne est libre, est sous-condition. Elle est
dans des situations, elle ne devrait pas l'être en liberté, bien, c'est évident
que, pour nous, il faut le <savoir...
M. Painchaud (Jacques) :
...ne devrait pas l'être en liberté, bien, c'est évident que, pour nous, il
faut le >savoir. Puis à ce moment-là, c'est là l'arrimage que la coroner
nous parle aussi, lorsqu'elle fait... dans son rapport, c'est que c'est
important que tous les acteurs aient ces informations-là de façon progressive
et complète. Et c'est pour ça que nous également, on pense qu'il ne faut pas
que ça soit juste unidirectionnel, il faut que ça aille dans tous les sens des
acteurs, ne serait-ce que pour s'assurer du bon suivi.
Parce qu'à un moment donné, il faut
comprendre, puis on partage les propos de la coroner, qui dit : Il n'y a
pas une volonté de ramener ça à tout le monde dans un asile psychiatrique, là,
ce n'est pas ça du tout. Les gens doivent... on doit préserver leur liberté et
tout ça, mais il faut ramener le critère de sécurité publique au centre. Et la
sécurité publique, elle est importante.
Et dans ce cas-ci, bien, la liberté
conditionnelle, s'il y a des situations qui sont rencontrées, que la police
peut les voir, bien, elle va voir, oups, c'est important, c'est pertinent, on
va indiquer aux autres acteurs ce qui s'est passé et à ce moment-là, il va y
avoir une révision et la personne qui ne devrait pas être... parce qu'il est
une bombe à retardement, bien, à ce moment-là, même le CETM va dire : Bien,
on révoque la liberté conditionnelle, puis on va s'assurer que la personne ait
des soins internes, qu'on prenne soin d'elle puis qu'elle puisse reprendre le
contrôle d'elle-même et qu'il y ait une stabilité. Puis à ce moment-là, qu'elle
puisse retourner, à ce moment-là, en société libre. Alors, c'est dans ce
sens-là que le partage d'information est très important et utile.
M. Bonnardel : J'ose vous
poser une question, là : Ça arrive-tu que dans des cas particuliers, le
policier qui connaît, mais ne sait pas quel état... en quel état est la
personne de l'autre côté de la porte, qu'il se dise : Je n'ai pas assez
d'infos, je vais essayer d'aller en chercher puis je vais revenir? Ça arrive-tu
ça, des cas comme ça ou c'est...
M. Painchaud (Jacques) :
Oui, oui, ça arrive.
M. Bonnardel : Ça arrive.
M. Painchaud (Jacques) :
Ça arrive, ça arrive. Il faut absolument avoir le maximum d'informations, mais
en étant... en sachant qu'elle est à quelque part. Parce que là, actuellement,
on n'a pas ces constats-là, on n'a pas ces accès-là. Et quand... quand on vous
parle dans nos commentaires, on parle aussi du caractère du danger, là. Là, il
y a eu des modifications l'année passée pour permettre, là, de l'information
qui puisse être partagée, puis une forme d'immunité par les personnels
soignants à transmettre l'information à la police, mais, encore là, c'est
devant un danger imminent. Là, actuellement, il faut absolument... Puis là, le
projet de loi vient nous aider dans ce sens-là, mais notre critique, c'est
qu'elle ne vise que des gens qui ont fait une infraction criminelle.
Nous, on est inquiets des nombreux cas qui
n'ont pas encore été judiciarisés et pour lesquels on aurait besoin des
informations, de la même chose, autant pour nous, pour intervenir, autant pour
les autres acteurs pour dire : Hé, on va réévaluer avec ce qui s'est
passé. Ça fait que, si, exemple, la police, on est intervenu à quatre reprises,
mais il n'y a pas... il y a des écarts de comportement, il y a des... il y a
des éléments qui dit que la CETM, ils disent, exemple : Non, il ne doit pas
faire ci, il ne doit pas consommer, il doit... et que là, nous, on l'a ce fait-là,
bien, là, on va voir, un, une pertinence de le colliger, puis deux, cette
pertinence-là, bien, elle va être effective dans la mesure où ça aurait été
utilisé par les autres instances pour peut-être faire une révision de sa
liberté. Alors, c'est ça qui est important.
Le Président (M. Provençal)
: Député de Maskinongé aurait une...
M. Allaire : Merci, M. le
Président. Vous allez me permettre un commentaire, d'entrée de jeux : Je
suis content. Je suis content que vous soyez là, je suis content que vous
preniez le temps d'émettre vos recommandations, elles sont plus que
pertinentes, naturellement. J'ai envie de vous dire aussi que je suis content
d'où on est rendus aujourd'hui, après tout le chemin qu'on a... qu'on a vécu
depuis la mort, notamment, de la sergente Breau. On a déposé une pétition à
l'Assemblée nationale, on l'a déposée, je dirais, ensemble, on l'avait
travaillé ensemble. Ça va être ma première question avec les éléments qui
étaient dans la pétition, les éléments qu'on contrôle ici au sein du
gouvernement du Québec, est-ce que vous êtes contents des résultats?
M. Painchaud (Jacques) :
Bien, on est... comme je vous dis, on accueille favorablement puis on est... on
est contents des avancées qui se produisent. Mais, tout comme la coroner l'a
dit, il y a... c'est multifacteurs, là, il y a plusieurs éléments, puis ça
demande plusieurs organismes où... il y a 38 recommandations, près de neuf
organismes et ministères sont interpelés. C'est majeur et on croit, nous, que
le passage pour que tout soit effectif puis fonctionnel, on doit se rendre à
ces recommandations-là.
Alors, c'est un pas dans la bonne
direction, le projet de loi, c'est important, c'est important pour le Québec,
mais quand on voit d'autres législations, comme en Ontario, celle que j'ai
mentionnée, on ne comprend pas pourquoi on ne pourrait pas se rendre là. Ça
fait déjà 20 ans, là, en Ontario, là, puis ça semble être correct, là. Je
pense que nous, on est rendu là et il faut aller plus loin.
Et j'indiquerais, là, puis je me permets,
sur la <question...
M. Painchaud (Jacques) :
...on est rendu là et il faut aller plus loin.
Et j'indiquerais, là, puis je me
permets, sur la >question que vous me demandez, j'ai une préoccupation.
La coroner est préoccupée parce qu'elle veut aussi que ses recommandations
puissent avoir une application concrète. Il faudrait que vous vous assuriez,
dans une démarche, qu'il y ait comme une table permanente pour laquelle il y a
une concertation puis une coordination avec un suivi des recommandations et, à
ce moment-là, qu'il puisse y avoir effectivement, parallèlement à ça, un
déploiement de formation et d'ajustement, puis de mise en connaissance, de tous
les acteurs, les intervenants, des nouvelles directives.
Donc, il y a... Vous avez des pouvoirs
réglementaires pour aller plus loin, mis à part le projet de loi, puis vous
avez des directives qui vont être émises, et elles sont excessivement
importantes pour avoir une opérationnalité terrain. Alors, dans ce contexte-là,
c'est une approche interdisciplinaire qu'il faut. Et je pense qu'il va falloir
que vous vous assuriez, au gouvernement, d'avoir des acteurs qui sont là pour
assurer un suivi puis une reddition et, à ce moment-là, on va atteindre aux
objectifs. On va être vraiment contents.
M. Allaire : Je pense que la
coroner Kamel, hier, elle a été très claire, elle a même salué le fait qu'on
ait été proactifs, en fait, qu'on n'ait pas attendu, justement, le dépôt de son
rapport pour aller au-devant puis déposer le projet de loi pour que les choses
changent, pour améliorer tout l'aspect communicationnel. Puis elle-même, de son
propre aveu, là, je pense, disait que dans le projet de loi, dans le présent
projet de loi, elle ne voyait pas comment on aurait pu inclure peut-être
d'autres éléments, là, qui étaient inscrits dans ses recommandations.
On en a parlé tantôt au niveau
communicationnel, là, je vais un peu insister là-dessus. Vous avez parlé de la
communication, là, qui ne doit pas juste être dans un sens pour être sûr d'être
efficace, justement, pour que la communication circule aussi dans l'autre sens.
Vous voyez ça comment concrètement, là? C'est-à-dire que c'est les policiers
qui transmettent l'information à l'agent de liaison, et après ça, ça chemine...
• (12 heures) •
M. Painchaud (Jacques) :
Tout à fait. Vous avez bien... bien saisi. Puis, encore une fois, vous savez,
dans tous ces enjeux-là, on a besoin de ressources. Je vous donne juste un
exemple, là, on fait... si on va de l'avant — et c'est dans les
recommandations de la CNESST — on va de l'avant avec un formulaire
d'évaluation du risque pour les interventions planifiées. Encore faut-il que
j'aie les équipes, les ressources qui viennent à nous dans une intervention,
dans un délai rapide pour venir assister les agents. Alors, on est à bien des
endroits à la Sûreté du Québec, dans des petites équipes pour lesquelles,
évidemment, si on a besoin de ressources, on a besoin de renforts, on a... on
va avoir certaines difficultés. Alors, c'est... Bien sûr que si j'ai un
formulaire, puis oui, c'est clair que... puis je n'interviendrai pas, puis je
vais attendre d'avoir mon «backup», comme on dit, il y a une équipe spécialisée
qui vient nous aider, bien, encore, il faut qu'elle existe, il faut qu'elle
soit disponible.
Alors quand on... la coroner fait part,
elle en fait mention de l'importance d'amener des ressources puis elle parle
aussi des effectifs à la Sûreté du Québec. Bien évidemment, ça fait partie de
nos préoccupations et il faut qu'il y ait des réponses adéquates.
Puis j'en avais parlé au projet de loi
n° 14, j'avais demandé : Est-ce qu'il y a une législation qui vient
contraindre les organisations policières à dispenser la formation continue?
J'ai compris que le ministre, M. le ministre Bonnardel, va aller plutôt vers la
voie réglementaire. Et là aussi, bien, vous avez les outils, vous avez le
pouvoir de faire changer les choses. Et il va falloir vraiment qu'il y ait des
gestes significatifs dans ce sens-là. On en a vraiment besoin.
M. Allaire : Merci.
M. Painchaud
(Jacques) :Merci.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, Mme la députée, de Westmount—Saint-Louis, je vous
cède la parole.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bienvenue, messieurs, c'est un plaisir de vous avoir avec nous
aujourd'hui, encore une fois. Je m'excuse, mais je dois débuter en parlant un
peu de la pétition parce que je suis surprise de l'intervention de mon
collègue. C'est une pétition que lui-même l'a porté, mais il a voté contre puis
quand on est venus pour le défendre, il n'était pas là. Il a voté contre le
mandat d'initiative en lien directement avec cette pétition pour vous épauler
et en lien avec ce qui est arrivé avec Maureen Breau, alors je trouve ça
particulière de la soulever, mais, en tout cas.
Bravo! Bravo aux policiers pour tout ce
que vous avez fait, 24 000 signataires. Ça reste quand même, dans
cette législature, la pétition la plus importante en termes de signataires. Ça
fait que vous vous êtes mobilisés pour un cas, qui a... je pense, qui a affecté
tous les Québécois et Québécoises. Alors, bravo pour votre travail.
Je souhaite revenir... vous avez terminé
en parlant de la formation. Je sais que c'est un enjeu puis c'est le nerf de la
guerre, on avait discuté pleinement de ça lors des échanges pour le projet de
loi n° 14, qui est maintenant la réforme de la <i>loi de la police.
Vous, vous avez proposé les 45 heures, mais, vous savez, je ne sais pas si
vous avez lu le rapport Géhane Kamel, elle aussi, elle propose les 45 heures
sur trois ans. Si on abordait un amendement en ce sens, est-ce que vous seriez
d'accord qu'on amende...
12 h (version révisée)
Mme Maccarone : ...si on
abordait un amendement en ce sens, est-ce que vous serez d'accord qu'on amende
le projet de loi pour inclure votre recommandation et la recommandation de Me Kamel?
M. Painchaud (Jacques) :Bien, c'est clair que tout... tout ajout pour garantir des
heures mininales de formation est important, conséquemment, oui. Mais, encore
une fois, les besoins sont importants. Vous avez vu, même en Ontario, je vais
revenir avec l'Ontario, on parle, en termes pour l'intervention policière
tactique... on parle de formation continue à raison de quatre jours. C'est
pratiquement comme 40 heures, une fois par année. Alors évidemment, dans
ce contexte-là, les besoins sont là, et on demeure toujours attentifs et... désireux
d'avoir des modifications tangibles. Parce que malheureusement, les
organisations policières, pour des raisons... soit qu'ils ont manque d'effectifs
ou des raisons de coupures budgétaires, vont malheureusement couper sur cet
aspect-là. Et actuellement l'intervention policière revêt un caractère
excessivement complexe. Et l'intervention avec des cas de détresse en santé
mentale nécessite des nouvelles approches, des nouveaux outils, plus de temps d'intervention,
conséquemment, on a besoin de stratégies d'intervention, d'outils et de
formation. Et c'est dans ce sens-là qu'il faut y aller.
Mme Maccarone : Mais comment
allez-vous atteindre cet objectif si c'est 40 heures minimum par année?
Puis on sait qu'il y a un manque d'effectifs. Puis la SQ, eux nous ont partagé
qu'ils ont mis un objectif de former tout le monde d'ici décembre 2025. Est-ce
que ça va être possible? Parce que j'ose croire aussi que toute la formation...
On ne peut pas tout faire en ligne. Tu sais, ça prend aussi les simulations
pour vous aider à bien... à bien comprendre pour être bien formés. Parce que ça
va les deux bords : la communication, oui, superimportant, mais que vous
êtes formés pour agir, c'est essentiel.
M. Painchaud (Jacques) :Oui. Oui. Et, dans ce sens-là, la coroner en parle également,
elle parle de deux centres, créer deux centres de formation pour permettre le
déploiement de la formation et quatre postes satellites pour permettre des
activités de formation. Et la préoccupation qu'elle a, et que d'autres coroners
ont fait dans d'autres rapports, avec l'intervention policière, c'est l'importance
de la simulation. Donc, ça répond à la préoccupation. On ne peut pas tout faire
avec un... avec une vidéo. Il faut absolument vivre ce qu'on appelle l'effet
simulation. Et, dans ce contexte-là, il y a eu des stratégies, notamment, le
coaching par les pairs. C'est-à-dire qu'il va y avoir un formateur, un coach
qui va arriver puis il va même se déplacer sur des unités, et une partie de la
relève qui couvre le territoire peut faire l'exercice d'une simulation. Et c'est
excessivement important pour le maintien des compétences, pour minimiser ce qu'on
appelle l'érosion du savoir. Alors, dans ce sens-là, ça nous met actifs, ça
nous met vigilants. Et, dans ce contexte-là, c'est souhaitable. Et, pour ça, ça
prend justement des ressources, comme vous dites.
Mme Maccarone : Si je me
trompe, je pense qu'il y a 10 nouveaux formateurs qui...
M. Painchaud (Jacques) :Oui. Il y a 10 nouveaux, qui mènent à 42. Avant... Avant
les événements, on était à environ 25. Il y a eu des ajouts, mais encore une
fois, en ce qui nous concerne, ce n'est pas suffisant. Il va falloir qu'il y
ait... qu'il y ait une augmentation du nombre de formateurs pour répondre. Vous
savez qu'on a plus de 25 programmes différents de formation à la Sûreté du
Québec. Il y a... Il y a différents volets.
Puis je tiens à vous dire aussi, puis je
sais que, là, on parle de l'intervention policière en tant que telle... mais il
ne faut pas oublier non plus le domaine des enquêtes. Le domaine des enquêtes,
la cybercriminalité... La criminalité se développe, se complexifie, elle est
internationale. Là aussi, vous avez des éléments, quand on vous parle du
harcèlement, le harcèlement auprès des, tu sais... les enfants, puis tout ça,
là, l'Internet, puis tout ça, les ressources sont insuffisantes. Puis il y a
des stratégies puis il y a des nouvelles formations de pointe qu'il faut que la
police soit à l'affût. Et, là aussi, les besoins de formation sont là. Ça fait
que je voulais juste faire un passage qu'on centre sur la patrouille mais il y
a aussi d'autres enjeux.
Mme Maccarone : Je partage
mon inquiétude parce que je sais comment c'est essentiel, cette formation. Puis,
pour protéger non seulement nos policiers, mais aussi la population visée dans
les interventions, c'est très important. Puis il y a les deux programmes pour
mieux comprendre le CETM et aussi comment agir dans des cas d'état mental
perturbé.
Il nous reste 15 mois pour atteindre
l'objectif. Est-ce que c'est possible? Parce que je pense aussi beaucoup au
temps supplémentaire obligatoire, la fatigue de nos policiers, les maladies,
les blessures, parce qu'ils sont fatigués, parce qu'ils travaillent... 80 heures
par semaine. Comment allons-nous arriver à former tout le monde, étant donné qu'on
fait face à un manque d'effectifs <important?...
Mme Maccarone :
...à un manque d'effectifs >important?
M. Painchaud
(Jacques) : Actuellement... Actuellement, suite à notre
négociation, on a trouvé des aménagements où on permet... on s'entend que dans
certaines conditions, pour assurer la formation atteinte de nos membres, il y
aura des modifications d'horaires pour la durée que les gens puissent se former
à l'unité. Ça fait que ça, c'est des approches qu'on a innovées, là, au sein de
notre convention collective. Par ailleurs, c'est clair que dans les enjeux de
formation, la Sûreté du Québec a une obligation de moyens, surtout avec les
avis de la CNESST. On est... On est vigilants et on veut que les résultats, ça
arrive.
Mais, quand vous parlez de la formation, puis
c'est là aussi, quand... quand on veut faire la planification, vous savez, les
formateurs, là, bien, il faut les... il faut les monter, il faut les créer, il
faut les... il faut les équiper, il faut que... pour qu'ils... puis qu'ils
prennent de l'expérience comme formateurs. Et il faut qu'ils soient... revalorisés.
Et en... actuellement, même à l'école nationale, ils ont leurs propres
difficultés pour recruter des formateurs. Donc, c'est clair que c'est des
disciplines qui méritent d'être vues et revues, dans le sens où il faut
s'assurer d'avoir un bassin, tout comme on a besoin de bassins de spécialistes
en matières policières autres, puis les tribunaux, et autres.
Alors, dans ce contexte-là, à la Sûreté du
Québec, il y a des plans qui sont soumis. J'ai... On espère que les plans vont
rencontrer leurs objectifs. On demeure inquiets néanmoins, parce que, là, après
tant de temps, les ratios sont quand même faibles. Et on sait que pour des
interventions planifiées, et autres, l'idéal, c'est que tout le monde sur une
équipe soit formé. Pas... Pas un est formé puis deux autres ne le sont pas. Il
y a quand même des gros virages en termes d'intervention qui sont présents, puis
il faut... il faut absolument prévoir des choses. Et une des choses.... Comme
j'ai dit... tantôt, le coaching par les pairs est une manière d'accélérer ou
de, parallèlement aux programmes de formation diffusés... de faire cet
ajout-là. Parce que, je vous dis bien... bien sincèrement, vous savez, il y a
le cours MICP, là, qui est le maintien de... des compétences en intervention
policière, bien, ce maintien-là, la sûreté, bien, on l'avait ramené à deux
jours. Bien là, la coroner : Non, non, on va le ramener, on va le faire à
trois jours, c'est trois jours que c'est nécessaire. Parce que, là, encore une
fois, on vient pour couper. Il faut vraiment prendre le temps de faire les
choses. On est des professionnels de la sécurité publique. Et, tout comme les
cadres professionnels, bien, dans les autres... dans les autres ordres, il y a
des heures minimales chaque année.
• (12 h 10) •
Mme Maccarone : On ne
peut pas avoir des demi-mesures. C'est la même chose aussi quand on parle aussi
des agents de liaison, qui, en passant, ne sont pas nommés dans le projet de
loi.
M. Painchaud
(Jacques) : Tout à fait.
Mme Maccarone : Ça fait
que je pense qu'on a une importance de les nommer puis de comprendre bien leur
rôle.
Vous, dans votre recommandation 4,
vous dites que ça va être important qu'on a un suivi systématique. Vous savez
sans doute qu'il y a 1 900 dossiers actuellement, puis on a une
annonce de 18 personnes, ça fait plus que 100 dossiers par personne.
Ça fait une intervention de peut-être un à deux fois par année. Avec les
nombres d'heures que nous avons à l'intérieur d'une année de travail, comment
allons-nous rejoindre ce critère puis ce besoin que vous souhaitez ici, puis
assurer qu'on a un suivi qui est effectif? On a entendu aussi hier
qu'apparemment ils vont aussi faire le lien avec les victimes, avec les
familles. Elles vont être très occupées, ces personnes. Comment est-ce qu'elles
vont pouvoir faire ça systématiquement, des appels à 4 heures le matin, que
vous, vous avez besoin d'avoir de l'information?
M. Painchaud
(Jacques) : Oui.
Mme Maccarone : Je n'ai
aucune idée comment ça, ça va fonctionner. Est-ce que vous avez une autre
recommandation pour nous en ce qui concerne...
M. Painchaud
(Jacques) :Bien, moi... moi, c'est là que
tantôt je parlais d'avoir une table permanente de coordination-concertation
pour faire le suivi. Vous savez, juste pour... pour la personne en détresse, la
coroner faisait allusion à un gestionnaire du cas, là, bien, je vous dirais que
de notre côté, pour l'ensemble de l'oeuvre, il faut absolument, absolument
qu'il y ait comme une équipe qui... une table de concertation qui fait un suivi
là-dessus parce qu'on va se perdre. On va se perdre. Il faut absolument arrimer
les choses. Alors, il faut éviter des doublons, il faut s'assurer de la
pertinence, de l'efficacité, et tout ça, puis la bonne compréhension de chaque
ministère. Parce que, de demander la collaboration, c'est une chose, mais quand
chaque service est excédé, vous savez, là, on est... l'épuisement, le travail,
il manque de ressources, bien, c'est bien sûr que, là, actuellement, bien, il
va falloir que tout le monde ne voie pas ça comme une tâche supplémentaire.
C'est ça. Le défi est là. Puis ce n'est pas une tâche supplémentaire. C'est que
ça doit faire partie intégrante de notre démarche et que ça... qu'on puisse
travailler tout le monde en concertation.
Mme Maccarone : Je
comprends. Il me reste une minute. J'aurais voulu parler avec vous par rapport
à le P-38, par rapport à plein de choses, mais je <veux...
Mme Maccarone :
...par rapport à plein de choses, mais je >veux réserver la dernière
minute qui me reste pour soulever que vous êtes en fin de contrat, de mandat.
M. Painchaud
(Jacques) : Oui, oui, oui. De mandat, oui, oui.
Mme Maccarone : Ça... C'est...
Ça termine pour vous. Et je veux saluer votre travail. Grâce à vous, vous avez
amené une bataille ici, à l'Assemblée nationale, au nom de Maureen Breau puis
sa famille, de tous vos confrères et consoeurs. Vous... Vous vous êtes battu
pour les gens que vous représentez. Vous avez beaucoup à être fier.
M. Painchaud
(Jacques) : Merci.
Mme Maccarone : Vous allez
nous manquer beaucoup, Jacques. À cause de vous puis votre mandat, vous allez
changer la politique à l'Assemblée nationale, vous allez changer les vies de
plusieurs policiers, plusieurs familles, plusieurs victimes, plusieurs
personnes aussi qui souffrent de problèmes de santé mentale. Alors,
sincèrement, merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait. On sait que la
relève est pas mal forte, mais... mais vraiment, merci puis bravo! Bravo pour
ce que vous avez fait.
M. Painchaud
(Jacques) : Merci beaucoup. Ça... beaucoup. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
: Merci, Mme la députée. On poursuit avec le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Painchaud, Me Fiset, Me Coderre. Merci
beaucoup d'être ici avec nous, encore une fois.
Je suis... J'aimerais avoir un petit peu
plus de précision sur... sur les propos que... sur votre opinion, là, sur la
question de lorsqu'un... un policier a tendance à, dans un... dans une intervention...
à constater qu'il y a un bris de condition. De un, il faudrait qu'il... qu'il sache
qu'il y a un bris de condition. Donc, ça, c'est quelque chose que vous demandez,
d'ailleurs, là.
M. Painchaud (Jacques) :
On a... On a ces informations-là actuellement, on peut avoir, mais sauf qu'il
faut... il faut avoir tous les détails. Il faut s'assurer également que, si
effectivement on le relève, est-ce qu'il y a une suite logique. On a
l'impression souvent qu'on est dans un, comment dire... la chaudière, là, dans
la barque, puis elle prend l'eau, puis on... Il faut enlever l'eau de la
barque, oui, mais il y a un trou, puis ça rentre tout le temps. Alors, il
faudrait à un moment donné... Des fois, on dit : Heille! Bien, vous avez
de l'information, il y a un CRPQ, bien oui, il y en a quasiment pour deux pages
sur un mur. C'est parce que ce n'est pas normal qu'on soit rendus à deux pages.
Il faudrait à un moment donné... d'arriver de... d'arrêter, dire : Bien,
c'est bris par-dessus bris, puis il n'y a comme rien, il n'y a pas de conséquences.
Alors, quand il y a des signalements puis quand il y a des interventions
policières pour lesquelles on va effectivement faire les démarches pour le bris
de condition, il faut absolument qu'il y ait une suite logique puis qu'à un
moment donné... qu'il y ait une révision, puis dire : Bien, qu'il y ait
des conséquences. Parce que les gens sont... font continuellement des bris,
puis on est aux prises avec un nombre effarant d'appels. Vous savez, dans le
rapport de la coroner, on parle de 73 000 appels les cinq dernières
années à la Sûreté du Québec pour des gens que... des appels qui touchent la
santé mentale. Là aussi, on a un enjeu. On a un enjeu, est-ce que la personne a
été judiciarisée ou pas. Si elle est judiciarisée, le projet de loi répond bien,
mais si elle est non judiciarisée, on n'a pas d'information puis ce n'est pas
colligé. Et, là aussi, c'est problématique. Alors, on pourrait avoir quatre
interventions policières dans la semaine, on fait quatre rapports, il n'y a pas...
matière à judiciarisation, mais c'est une bombe à retardement, puis là, il n'y
a personne qui est dédouané pour pouvoir nous transmettre l'information. Puis
nous, on n'a pas de canal. On dit : Bien là, on vient de la colliger,
l'information, elle va où? Alors, on n'est pas capables d'aller dans la pleine
prévention comme le permet la <i>Loi Brian en Ontario.
M. Fontecilla : Je vais... Je
vais y revenir, là. Mais vous parlez des personnes non judiciarisées, là, mais
c'est un gros... un gros problème, là. Nous sommes du côté des judiciarisés, mais...
malheureusement, là. Mais, si vous constatez qu'il y a une personne
judiciarisée et non... et non criminellement responsable qui ne respecte pas
ses conditions, par exemple, consommation, etc., quel est le pouvoir du
policier, là, dans cette situation-là? Est-ce qu'il a un... Et qu'est-ce que
vous voudriez que le policier puisse faire?
M. Painchaud (Jacques) :
Vous parlez... Là, vous parlez en vertu de P-38 ou du projet...
M. Fontecilla : Non, non.
Bien, en fait, lorsque vous faites une intervention auprès d'une personne non
criminellement responsable.
M. Fiset (André) : On est
liés par un devoir de confidentialité. Alors, le rapport de demander et
d'intenter des procédures au DPCP... le rapport va rester dans nos filières au
poste de police. Je ne peux pas appeler le poste de... le centre hospitalier, je
ne peux pas appeler son psychiatre, je ne peux pas appeler le groupe de
travailleurs sociaux qui l'entoure, qui le suit, qui s'assure qu'il prend sa
médication, j'ai un devoir de... de confidentialité comme policier. Et, si je
ne respecte pas ce devoir-là, bien, je pourrais être visé par une plainte en
déontologie ou même par un processus disciplinaire. Alors, c'est pour ça que
j'ai les mains liées, je ne peux pas rien dire. Je peux parler à mes collègues,
je peux sensibiliser mes confrères, mais je ne peux pas faire rien d'autre. <C'est...
M. Fiset (André) :
...mais
je ne peux pas faire rien d'autre. >C'est ça, le... le piège que j'ai.
M. Fontecilla : Est-ce qu'on
pourrait penser... Oui.
M. Coderre (David) : ...leviers,
en fait, qui sont prévus au Code criminel justement où est-ce qu'on pourrait
partager une certaine information effectivement. Le problème, comme mon
confrère l'a mentionné, c'est qu'on est liés par le serment de discrétion. Ça fait
que ça revient tout le temps à la problématique qu'on est liés par le secret en
tant que tel. Il y a certaines dispositions législatives puis l'encadrement
législatif actuel qui permet un certain partage d'informations en certaines
circonstances précises, mais qu'on ne le mentionne pas dans le projet de loi n° 66,
d'où notre recommandation, justement, que ce soit bilatéral ou multilatéral,
que l'information circule entre les intervenants pour dire : Bien, si
jamais il y a des conditions qui ne sont pas respectées, moi, comme policier,
je peux transmettre l'information autant que recevoir l'information.
Donc, c'est pour encadrer, puis je sais
qu'on n'est pas en train de discuter des réformes, là, au Code criminel
aujourd'hui... mais c'est peut-être d'encadrer les informations qui peuvent
être transmises par nos membres policiers justement.
M. Fontecilla : ...
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je remercie les représentants
de l'Association des policières et policiers provinciaux du Québec.
Sur ce, je vais suspendre les travaux
jusqu'à 15 heures. Merci beaucoup!
(Suspension de la séance à 12 h 20)
14 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 02)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 66,
Loi visant à renforcer le suivi des personnes faisant l'objet d'un verdict de non-responsabilité
criminelle pour cause de troubles mentaux ou d'inaptitude à subir leur procès.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants : l'Ordre professionnel des criminologues du Québec, l'Association
des médecins psychiatres du Québec, la Commission des normes, de l'équité, de
la santé et de la sécurité du travail et l'Association des services de
réhabilitation sociale du Québec.
Nous allons débuter cet après-midi avec Mme Josée
Rioux, présidente de l'Ordre professionnel des criminologues du Québec.
Alors, madame, vous avez 10 minutes
pour votre présentation et, par la suite, nous poursuivrons avec des échanges.
À vous la parole.
Mme Rioux (Josée) : Merci.
Bonjour à tous, M. le Président de la commission, M. Bonnardel, Mme Fortin.
Mmes et MM, je vous remercie de prendre le temps de me donner la parole.
Le Président (M. Provençal)
:Pourriez-vous mettre votre... votre
micro juste...
Mme Rioux (Josée) : Vous
voulez que je l'approche? Est-ce que c'est mieux?
Le Président (M. Provençal)
:Oui.
Mme Rioux (Josée) : Parfait.
Je peux porter... ma voix porte loin, ça fait que je pourrais même ne pas en
avoir et me lever debout puis vous enseigner ça, mais je vais... je vais y
aller dans les règles de l'art.
Donc, merci de prendre le temps d'entendre
les commentaires des... des criminologues qui ont travaillé sur un mémoire à l'ordre
professionnel.
Je me présente, comme M. le Président
disait, je suis Josée Rioux, je suis la présidente de l'ordre et je suis aussi
enseignante à l'Université Laval, à l'école de travail social et criminologie<i>.
J'enseigne bien entendu la criminologie depuis plusieurs années.
Juste pour me présenter un peu, j'ai une
spécialisation en délinquants sexuels. Au Québec, j'ai ouvert trois centres de
thérapie pour traiter les délinquants sexuels...
15 h (version révisée)
Mme Rioux (Josée) : ...trois
centres de thérapie pour traiter les délinquants sexuels. J'ai ouvert aussi un
regroupement québécois pour regrouper les intervenants qui travaillaient auprès
des délinquants sexuels. J'ai été la première présidente de l'Ordre,
initiatrice de l'ouverture de <i>l'Ordre des criminologues. J'en suis la
troisième actuellement. Et finalement, pendant quatre ans, j'ai été commissaire
à la Commission québécoise des libérations conditionnelles, poste que j'ai
quitté pour retourner à la présidence de l'Ordre. J'ai consacré toute ma vie à
la délinquance adulte, ce qui me façonne... me fascine le plus dans la vie.
Plusieurs des commentaires que je vais
vous faire aujourd'hui sont en lien avec les recommandations du mémoire qui a
été déposé lors de mon témoignage à l'enquête publique du décès de Maureen
Breau. Ce qu'on constate, c'est que le projet de loi veut modifier deux lois.
Si je commence par la Loi sur les renseignements de santé et de services
sociaux, face à la transmission de renseignements additionnels aux policiers,
il faut faire attention à tout type de renseignements qui vont être transmis.
Le secret professionnel encadre le type de renseignements qui peut être donné,
et force est de constater que la Loi sur la police ou le <i>code de
déontologie policière a peu d'éléments ou pas d'élément sur le principe de
confidentialité et secret professionnel.
Une question se pose : Si les
policiers ont des informations liées au secret professionnel, est-ce que ceux-ci
devraient être liés par un type de secret professionnel aussi? C'est une
question importante.
Aussi, ce qui doit être transmis aux
différents intervenants devrait être uniquement des renseignements nécessaires
et pertinents aux fins poursuivies par l'intervention, et ce, dans une
situation d'urgence uniquement. Bien entendu, le Code des professions encadre
la levée du secret professionnel, et une bonne connaissance des différents
critères de cette levée devrait être connue par tous.
Concernant la Loi sur le système
correctionnel, nous avons recommandé, lors de notre... de l'enquête publique, l'établissement
d'une ligne de service qui prendra en charge et aidera une personne sur la CETM
au long cours. Nous sommes donc très heureux du projet de loi actuel.
Avant de discuter des agents de liaison, j'aimerais
quand même mentionner que notre mémoire faisait état que, dans le cadre des
décisions de la CETM, pour un délit à caractère violent, l'évaluation de la
sécurité du public devrait tenir compte de l'ensemble des facteurs liés au
risque de violence d'une personne et contenir davantage que le rapport du
psychiatre traitant. Le risque de violence est dynamique et doit être réévalué
régulièrement avant et après la libération afin que les stratégies de gestion
du risque appropriées soient mises en place et ajustées en fonction des besoins
et de l'évolution du risque présenté par la personne. Il faut donc voir le
risque dans une approche intégrée et que les interventions soient faites en ce
sens.
En lien avec ce constat, nous avions
recommandé qu'une évaluation soit faite avant le passage d'une personne devant
la CETM et sommes très heureux de constater les avancées à ce niveau, notamment
par l'ouverture de postes de criminologues dédiés à ces évaluations. Ces
dernières permettront d'évaluer le risque ainsi que les besoins de la personne
lors de sa libération. La CETM pourra donc établir certaines conditions
nécessaires au rétablissement de la personne, et ce, en lien avec ses besoins.
À titre d'exemple, lorsque j'étais
commissaire à la Commission québécoise des libérations conditionnelles, si je
prends l'exemple d'une personne qui avait fait trois fois des introductions par
effraction ou une personne qui avait conduit avec les capacités affaiblies est
100 fois plus encadrée qu'une personne qui est sous mandat de la CETM, et
la personne libérée conditionnelle par la CQLC a des conditions en lien avec
ses problématiques et ses besoins, tout en étant aidée par un intervenant
compétent dans le suivi des libérés conditionnels.
Dans le cas d'Isaac Brouillard Lessard, si
on prend cet exemple-là, qui avait à son actif cinq NRC en violence, force est
de constater que sa libération n'a pas vraiment tenu compte de sa problématique
de violence et de ses besoins en termes d'encadrement. La protection du public
doit toujours prévaloir et prévoir un suivi en ce sens.
L'agent de liaison prévu au projet de loi
serait donc l'intervenant ressource pour les personnes libérées avec des
conditions spécifiques, ce qui est en lien avec nos recommandations. Par
ailleurs, nous ne sommes pas favorables à un suivi pour tous. Il faut cibler
les personnes qui ont des besoins particuliers et qui représentent un risque
pour la population, notamment au niveau de comportements violents et de
dépendance. Ce peut être aussi des besoins au plan de la réinsertion sociale, d'encadrement
face au respect des conditions si la personne a démontré certaines difficultés
dans le passé. La finalité du suivi est de s'assurer que la personne va bien et
qu'elle ne représente pas, sur le moment, un risque pour la population. Il faut
donc cibler les bonnes personnes à qui imposer un suivi. Tous n'ont pas les
mêmes besoins et le même niveau de risque.
Par ailleurs, est-ce que le le projet de
loi actuel permettra aux personnes une belle intégration avec les agents de <liaison...
Mme Rioux (Josée) :
...le
projet de loi actuel permettra aux personnes une belle intégration avec les
agents de >liaison? Le fait de se retrouver dans un bureau de probation
pourrait faire en sorte de stigmatiser les personnes qui, il faut se rappeler,
ne sont pas des criminelles. Le but de la loi est d'assurer un suivi adéquat
des personnes sous la CETM. La question se pose : Est-ce que les agents de
liaison pourraient davantage être intégrés aux équipes traitantes du ministère
de la Santé et éviter ainsi d'intégrer les usagers sous le giron de la sécurité
publique? Ou bien, si les agents de liaison sont du MSP, du ministère de la
Sécurité publique — pardonnez mes... mes acronymes — pourraient-ils
être à même de travailler dans le milieu hospitalier? Je pense qu'il y a deux
questions qu'il faut qu'on se pose là-dessus pour éviter la stigmatisation puis
aussi pour penser aux parents qui... les parents ou proches pourraient éprouver
des difficultés à travailler avec le réseau correctionnel parce que, parfois,
ils n'ont jamais travaillé avec ce réseau-là, puis ça peut être quand même
assez intimidant. Donc, la question, à ce niveau-là, je pense qu'elle est de
toute importance pour pouvoir favoriser la création du lien de confiance et
assurer un suivi bénéfique à tous.
• (15 h 10) •
En terminant, plusieurs recommandations de
la coroner Kamel font état qu'il reste encore beaucoup de travail à faire pour
prendre en charge les gens qui ont une problématique de santé mentale et qui
sont non responsables criminellement. À titre d'exemple, j'aimerais mentionner
que la recommandation R-8 fait état qu'il faut déployer des ressources d'hébergement
spécialisées en psychiatrie légale pour s'assurer d'un suivi adapté aux usagers
sous la CETM.
Le Québec est très mal... très mal
desservi à ce moment-là. Il y a peu de ressources spécialisées. À Montréal, il
y a quand même des bons services, mais, si on regarde ailleurs dans la province,
des réseaux d'hébergement pour les personnes qui sont sous mandat de la CETM et
une maison de transition, si je prends un exemple à ce niveau-là, il n'y en a
pas. Ça fait que les gens sont laissés un peu à eux-mêmes, et le fardeau
incombe beaucoup à la famille qui... ce n'est pas toujours évident à la famille
aussi, un, de rapporter les bris de conditions mais aussi de prendre en charge
les personnes qui ont... qui vivent des difficultés particulières. Ça fait que,
des fois, une maison de transition comme à Montréal pourrait être une belle...
une belle avenue.
Mais je vous dirais qu'ailleurs dans le
Québec, même à Québec, il y a peu de ressources. Ça fait que vous imaginez,
dans les petites régions, que c'est quelque chose qui ne se retrouve pas. Ça
fait qu'on peut dire que ça en prend, mais il faut aussi qu'on pense à essayer
d'en mettre sur pied. Tant et aussi longtemps qu'on n'aura pas de ressources d'hébergement
pour ces gens-là, je ne pense pas qu'on va arriver à aider les usagers
adéquatement et éviter des drames comme ceux qui sont arrivés dans les
dernières années au Québec. La lumière rouge... les lumières rouges qui ont
été... qui ont été présentes, là, au cours des deux derniers événements sont
quand même importantes à prendre en considération.
Je vais m'arrêter là. Je vous remercie et
surtout d'avoir à cœur le bien-être de la personne présentant des problèmes de
santé mentale et aussi, bien sûr, la protection du public.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme Rioux. Je veux
mentionner que le... vous me reprendrez, votre mémoire, vous ne l'aviez pas
acheminé à la commission. C'est un mémoire que vous aviez déposé lors de l'enquête
publique sur le décès de Mme Maureen Breau et M. Isaac Bouillard Lessard.
Mme Rioux (Josée) : Effectivenent.
Le Président (M. Provençal)
:Est-ce que je me trompe?
Mme Rioux (Josée) : C'est ça.
Mais je peux le faire parvenir quand même si... si vous êtes...
Le Président (M. Provençal)
:S'il vous plaît.
Mme Rioux (Josée) : Parce qu'il
est adressé vraiment plus pour la commission.
Le Président (M. Provençal)
:Oui.
Mme Rioux (Josée) : Mais je
vais je vais vous l'envoyer à mon retour.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Sur ce, M. le
ministre.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Madame, merci d'être là et de nous amener les éclairages importants
sur vos connaissances et sur l'expérience que vous avez. Deux... Deux enjeux
majeurs. Je pense que vous le mesurez très, très bien, les deux rapports de la
coroner Kamel, que ce soit celui du triple homicide sur deux jours en... qui a
été déposé en début d'année 2024 versus celui-là, nous amènent à deux
points majeurs, c'était la communication qui était déficiente entre les
partenaires, ceux des intervenants de la santé versus les policiers, puis je
vais commencer par ça avant d'aller, par la suite, au suivi parce que vous avez
amené des points... des points intéressants.
Puis là vous avez parlé un peu de l'inquiétude,
le secret professionnel, puis j'ai soulevé la question aussi avec plusieurs.
Vous êtes... Vous êtes une spécialiste, vous le savez, la seule façon que le
policier avait de l'information sur une personne, c'est lorsque l'équipe traitante
disait : Va me chercher... Bonjour, je m'appelle Unetelle, Untel, va me
chercher Bonnardel à telle adresse parce que je pense qu'il est en danger pour
sa personne ou pour autrui pour des raisons X, Y, Z. Puis là, bien, le policier
pouvait demander des renseignements sur le comportement puis il y allait. Puis
là la loi va nous permettre, pour un policier, d'essayer d'obtenir de l'info...
pas d'essayer, d'obtenir de l'information, pas pour un diagnostic, mais de
comprendre un peu, peut-être, comment la personne s'est comportée dans les deux,
trois dernières semaines face à l'équipe traitante, s'il y a eu rendez-vous ou
non.
<Comment...
M. Bonnardel :
...trois
dernières semaines face à l'équipe traitante, s'il y a eu rendez-vous ou non. >
Comment vous voyez ce petit... ce petit
bout-là, là, qui est immensément important dans le travail... dans le travail
des policiers puis qui a été nécessairement mentionné par la coroner Kamel plus
qu'une fois entre secret professionnel... Puis je pense que le policier non
plus, il ne veut pas le diagnostic complet de la personne, mais : Peux-tu
m'aider à comprendre? Puis l'exemple que j'ai donné 100 fois :
Comment la personne, l'autre côté de la porte, réagit face à quelqu'un qui
porte l'uniforme? Vous avez sûrement de meilleurs exemples que moi, là, mais
c'est un peu ça que je veux comprendre avec l'expérience que vous avez puis
l'interaction et l'échange d'information que le policier va souhaiter obtenir
de l'équipe, de l'équipe traitante, ou peut-être de l'agent de liaison.
Mme Rioux (Josée) : Mais
c'est pour ça que je parle des informations nécessaires et pertinentes. Je
pense que, pour bien protéger, notamment les interventions policières, il y a
des informations qui peuvent être données. Si je parle beaucoup du secret
professionnel, ça demeure quand même que je suis la présidente de <i>l'Ordre
des criminologues, et le secret professionnel, c'est quand même une façon de
protéger le public. Mais je pense que la transmission de l'information peut se
faire quand même de façon adéquate, en autant qu'on sache, qu'on balise un peu
plus, dans le fond, c'est quoi, les informations qu'on peut donner. Je pense
qu'il peut y avoir certains critères précis.
Si on enlève l'idée de la levée du secret
professionnel parce que, là, à ce moment-là, tout le monde est justifié de
pouvoir intervenir, mais, si on balise un peu plus, même le mot «pertinent» est
nécessaire, il faudrait peut-être le baliser aussi, qu'est-ce qu'on peut donner
comme information et qu'est-ce qui n'est pas nécessaire dépendamment des cas?
Je pense que c'est quelque chose qui va être possible, là. Déjà, ça se faisait
aussi, là. Mais là peut-être que les gens sont un peu plus frileux avec tout ce
qui est arrivé. Mais la question est soulevée, la question est importante. Mais
les policiers doivent avoir certaines informations pour aller intervenir.
M. Bonnardel : Quand vous
disiez : Ça se faisait, c'est-tu dans l'appel de l'équipe traitante à un
policier, qui dit : Va me chercher le gars X? Puis le policier va
assurément, je pense, poser quelques questions. Je fais affaire avec qui?, je
pense, c'est la première chose que le policier souhaite obtenir comme info. Ça
fait que j'imagine c'est là que...
L'équipe traitante, selon vous, est-ce
qu'elle était assez formée ou bien informée pour savoir qu'est-ce que je peux
te donner comme info pour ne pas non plus lever le secret professionnel? C'est-tu
ça que vous que vous... que vous voulez dire?
Mme Rioux (Josée) : Bien, je
pense que l'information est à géométrie variable, dépendamment où est-ce qu'on
se retrouve. La spécialisation des équipes aussi, parce qu'il y a certains
milieux où est-ce que les équipes sont moins spécialisées que d'autres, elles
sont peut-être moins habituées à avoir des gens qui sont en non-responsabilité
criminelle. Mais je pense que ça se faisait. Là, c'est qu'on le soulève, OK,
dans un projet de loi, et là c'est là où je dis qu'il faut qu'on le balise.
Mais moi, je pense qu'il y a certaines
informations qui étaient données. Je ne mets pas... je ne mettrais pas un
100 $ sur la table pour ça, là, mais, au cours des années, il y a toujours
eu des informations qui se sont partagées. C'est que, là, on veut le baliser
davantage, on l'inscrit dans la loi, chose qui n'était pas là à ce moment-là,
là, avant l'affaire Isaac Brouillard Lessard, là.
M. Bonnardel : Vous l'avez
dit, vous avez donné deux exemples, là, une personne qui a été arrêtée avec
consommation puis une personne qui... introduction par effraction trois fois,
puis vous avez dit : Ces personnes sont mieux accompagnées que ceux
post-CETM. C'est ça que vous avez dit, hein, à peu près?
Mme Rioux (Josée) : Là, c'est
ce que je dis. C'est clair.
M. Bonnardel : Parce que j'ai
marqué «suivi CETM inadéquat», ça fait que c'est un peu ce que vous avez dit,
là.
Mme Rioux (Josée) : Bien,
inadéquat... je dirais «non complet», OK? Quand, moi, je libérais un détenu qui
avait fait trois introductions par effraction, je mettais des conditions en
lien avec ses problématiques : toxicomanie, peu importe, dépendance,
alcoolisme, non-fréquentation. Il y avait un suivi avec un agent de probation.
Il était beaucoup plus encadré, notamment, que si on prend l'exemple d'Isaac
Brouillard Lessard, qui, après cinq NRC en violence, n'avait pas de suivi en
tant que tel au niveau de la violence, chose qui aurait été importante à ce
moment-là, là, OK? Mais on n'a pas balisé la libération de la même façon.
Mais, moi, c'est vraiment l'analogie que
je faisais entre les deux. Pour avoir été commissaire pendant quatre ans, j'en
ai imposé, des conditions, à plusieurs que... peu importe le type de délit. Mais
on le... on le voit moins, on voit moins cet encadrement-là au niveau d'une
personne qui est libérée par la CETM. Et c'est pour ça que je parle d'une ligne
de service : l'évaluation avant, le suivi après, et l'évaluation aussi
continuelle, parce que le risque de violence est en mouvance selon les
événements de la vie d'une personne.
M. Bonnardel : Ça fait que,
sans mettre au banc personne, ce que vous dites indirectement, c'est que
l'équipe traitante, l'équipe médicale, on va l'appeler l'équipe, n'était pas
capable de suivre dans un... adéquatement sur une période, je vais dire, au
mois, mettons, ou aux deux mois certaines personnes. Exemple, même aussi facile
que de déménager, si la personne ne répondait plus au téléphone, il n'est plus
à son rendez-vous, Bonnardel, il est où?, bien là on ne faisait plus de
recherches. En tout cas, j'essaie de... je réponds pour des personnes qui ne
sont pas là, là, mais c'est un peu ça que vous... de <l'expérience...
M. Bonnardel :
...je
réponds pour des personnes qui ne sont pas là, là, mais c'est un peu ça que
vous... de >l'expérience que vous avez, que vous évaluez puis que vous
avez, j'imagine, expliqué.
Mme Rioux (Josée) : Bien,
c'est un constat, effectivement.
M.
Bonnardel
: C'est
ça.
Mme Rioux (Josée) : Les
équipes traitantes ont davantage le mandat de stabiliser l'état de santé de la
personne. La surveillance face aux comportements violents, c'est sûr qu'une
équipe traitante ne va pas dire : Ah! moi, je ne m'en occupe pas, ça ne
fait pas partie de mon champ de compétence. Mais il y a tellement beaucoup de
choses puis il y a tellement... les équipes traitantes ont tellement beaucoup de
cas sur leur «caseload» qu'à un moment donné, ça devient peut-être difficile.
Et ça prend aussi la volonté de la
personne. Travailler en contexte involontaire, c'est quelque chose qui est
extrêmement difficile. Il faut savoir comment, il faut comprendre c'est quoi,
le contexte du non-volontariat. Les équipes traitantes sont peut-être plus
habituées, eux, à avoir des gens qui vont chercher de l'aide. Les... Si on
prend au niveau correctionnel, bien, les agents de probation sont habitués,
eux, à travailler dans un contexte totalement involontaire, là. Ils sont formés
pour ça.
M. Bonnardel : J'arrive à
l'autre point, le suivi, l'arrimage entre l'équipe traitante versus les agents
de liaison du ministère de la Sécurité publique. J'utilisais hier le mot...
puis je pense que ça a été utilisé plus qu'une fois, le mot «complémentaire»,
le travail qu'eux auront à faire avec l'équipe médicale. Puis ce n'est pas une
question de : Moi, je suis meilleur que toi, puis c'est moi qui va
décider. Tu sais, le complémentaire, c'est d'arriver à...
• (15 h 20) •
Mme Rioux (Josée) : Chacun sa
compétence.
M. Bonnardel : ...chacun ses
compétences, puis c'est de protéger puis d'accompagner la personne qui a des...
qui a des modalités.
Comment vous voyez cet arrimage entre ces
futurs agents de liaison, qui... on va se le dire, qui étaient... qui seront ou
qui étaient des agents de probation avant, qui auront une formation
additionnelle par le ministère de la Santé, par le MSP, où qu'on va les
accompagner, mais qui ont déjà un... un passé, un passé quand même important
pour... Puis le but, vous le savez, là, je l'ai dit, ces agents de liaison, le
but, ce n'est pas de stigmatiser ces personnes, c'est de les accompagner, puis
d'assurer un meilleur suivi, puis d'assurer leur sécurité puis la sécurité,
nécessairement, des policiers, policières.
Donc, l'arrimage entre les... entre
l'équipe médicale puis eux, vous... bien, c'était une demande de la coroner. Puis
je pense que vous étiez dans la même ligne... dans la même ligne de pensée, mais
je veux quand même vous... l'entendre de vive voix de votre part, là.
Mme Rioux (Josée) : Bien,
quand on parle d'un dossier qui va suivre une personne à la Sécurité publique,
va la suivre de l'arrestation jusqu'à la libération conditionnelle, puis tout
le dossier va suivre, il y a sûrement une mécanique qui peut être faite pour
justement que l'agent de... bien, l'agent de liaison puisse communiquer ou
puisse avoir des renseignements, puisse travailler de concert avec l'équipe
traitante au niveau du ministère de la Santé. C'est une question de
disponibilité de dossier puis d'avoir accès aux informations, là. Puis je pense
que ça, c'est quelque chose qu'il faut qu'il soit prévu. Parce qu'ils ne
peuvent pas travailler en vase clos. On ne peut pas avoir une équipe traitante,
un agent de liaison, puis que l'agent de liaison ait certaines informations
puis qu'il ne puisse pas la transmettre à l'équipe traitante. Ça ne sert à
rien, là.
M.
Bonnardel
:
Exact.
Mme Rioux (Josée) : Je pense...
C'est là où je parle de ma ligne de services, du continuum de services. C'est
avant, pendant et après. Il faut que tout le monde puisse avoir les
informations qui sont contenues au dossier de la personne...
M. Bonnardel : Selon vous...
Mme Rioux (Josée) : ...tout
en gardant en tête que la personne n'est pas une personne criminelle.
M. Bonnardel : Bien, ça fait
que, donc, selon vous, il y a des avantages que ces agents de liaison, avec
leur passé professionnel MSP d'accompagner ou d'être complémentaires dans le
travail des équipes médicales, il y a des avantages, pour vous, à avoir.
Mme Rioux (Josée) : Bien,
c'est les recommandations qu'on fait.
M.
Bonnardel
:
C'est ça.
Mme Rioux (Josée) : Pour nous,
c'est que les gens puissent avoir un suivi... pas toutes les personnes,
dépendamment des types de délits. Quelqu'un qui a fait... qui est non
responsable pour avoir fait trois... trois vols dans un dépanneur, elle n'a pas
besoin d'avoir un suivi avec un agent de liaison. C'est pour ça qu'il faut
vraiment cibler les bonnes personnes, évaluer le niveau de risque. Mais, pour
moi, la continuité de services... Moi, ce que je disais à la commissaire Kamel,
c'est, peu importe qui le fera, OK, que les gens soient compétents dans la
continuité de services, et faire en sorte que la population soit protégée, et
que la personne aussi soit protégée d'elle-même, de ses comportements, des
fois, qui sont désorganisés.
M. Bonnardel : ...vous y avez
répondu, là, c'est les cas à faible risque versus haut risque, là. On ne mettra
pas tout le monde... Bien, de toute façon, ce n'est pas moi qui va décider, là,
mais c'est à la CETM. Je pense qu'ils ont assez d'expérience pour dire, comme
vous l'avez dit : Trois... Trois vols à l'étalage, ce n'est pas ça qui...
Mme Rioux (Josée) : Je pense,
ce qui est important, c'est... On prenait l'histoire de Montréal, la personne
était... était non criminellement responsable pour avoir, si je me rappelle
bien, brûlé un passeport. Probablement qu'elle n'aurait pas été pointée pour
avoir un agent de liaison. Mais, à ce moment-là, c'est le comportement qu'il
faut qu'on regarde puis la désorganisation qu'il faut qu'on regarde. Peut-être
que la CETM ne dira pas qu'il a besoin d'avoir un agent de liaison, mais le
comportement par la suite pourrait amener peut-être à avoir un changement dans
les conditions, là.
M. Bonnardel : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Collègue?
Une voix : ...
Le Président (M. Provençal)
:Ça va? Oui.
Une voix : ...
Le Président (M. Provençal)
:Oui, allez-y, Mme la <députée...
Une voix : ...
Le Président (M. Provençal)
:
Oui, allez-y, Mme la >députée.
Mme Dorismond : J'aurais une
question par rapport à votre profession. Croyez-vous que les agents de liaison
ou de probation pourront avoir un effet bénéfique?
Mme Rioux (Josée) : On ne
peut pas être contre la vertu. C'est certain qu'il va y avoir un effet
bénéfique. Parce que les personnes, quand ils se retrouvent seuls un peu...
Prenez l'idée d'Isaac Brouillard Lessard
qui se retrouve tout seul dans son appartement : avoir quelqu'un qui va
l'accompagner dans sa réinsertion, dans sa réintégration sociale, ça ne peut
pas être autrement que bénéfique. Même si la personne considère qu'elle n'a pas
besoin — parce que, nous, c'est notre lot de nos clients — ça
ne peut pas faire autrement que d'être bénéfique. Ça fait que, si elle vit des
difficultés, elle va avoir quelqu'un qui va... à qui... elle va pouvoir aller
voir pour pouvoir, justement, discuter de certaines difficultés, de
problématiques, ou peu importe. Je sais qu'il y a toujours l'équipe traitante,
mais l'équipe traitante, elle a aussi toute sa fonction. Mais l'agent de
liaison aurait une fonction différente d'accompagnement dans la communauté, et
ça, c'est, pour moi, un... ma ligne de service qui est importante.
Mme Dorismond : Ça fait que c'est
un plus.
Mme Rioux (Josée) : C'est, oui,
un plus. Je vous l'ai dit, on ne peut pas être contre la vertu.
Mme Dorismond : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Ça va, M. le ministre? Alors, Mme la
députée de Westmount?
Mme Maccarone : Saint-Louis.
Le Président (M. Provençal)
:Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Rioux. Un plaisir de vous avoir avec nous aujourd'hui.
Merci pour votre exposé. Moi, je souhaite revenir sur la notion de secret
professionnel. J'ai entendu les échanges puis je vous ai entendu dans votre
présentation en ce qui concerne aussi... pour les policiers, qu'il n'y a pas de
balise. Puis je ne sais pas si vous savez, mais, juste avant vous, ce matin,
c'était <i>l'Association des policiers, policières du Québec, puis, eux
aussi, ce qu'ils ont évoqué dans leur témoignage, c'est... c'est bien d'avoir
la communication, puis ils sont contents parce que, maintenant, ils vont être
en mesure d'avoir plus d'informations avant d'agir, mais ils ont demandé que ce
soit bidirectionnel. Comment voyez-vous ceci mis en pratique? Est-ce qu'on a
des modifications à faire dans la Loi sur la police ou une autre loi pour leur
donner la permission? Parce qu'ils sont aussi assujettis à la loi en termes de
secret professionnel. Mais comment voyez-vous ça? Pour répondre à leurs besoins,
qu'est-ce qu'on peut faire puis qu'est-ce qu'on devrait partager?
Mme Rioux (Josée) : L'information
spécifique au besoin. Moi, c'est toujours celle-là. On n'est pas là pour faire
un roman, OK? Ce qui va être déterminant, ou dans le service que le policier va
rendre ou dans le service que l'agent de liaison va rendre, moi, c'est ça qu'il
faut... que je considère qui va être important. Ça fait que je ne peux pas vous
donner, vraiment, un type d'information. Il faut qu'elle soit pertinente et
cohérente avec le type, avec la personnalité de... et les types de besoins de
la personne.
Mais je pense qu'il faut le baliser. Vous
posez la question. On se dit : Bon, pertinent et dans l'urgence, mais quel
type d'information pourrait être... Il faut dédouaner un peu les gens qui vont
avoir à donner de l'information. Parce que, là, c'est clair que, si on rentre
au niveau de la santé puis qu'on a des gens qui sont membres de leur ordre
professionnel, c'est clair qu'eux autres, ils ont le secret professionnel à
faire respecter. Parce que le syndic de l'ordre, lui, là, sécurité, pas
sécurité, si tu as brisé le secret professionnel, tu l'as brisé.
Mme Maccarone : C'est clair
pour eux.
Mme Rioux (Josée) : Donc,
c'est clair qu'il faut qu'on arrive à donner une forme de dédouanement. Comment
est-ce qu'on peut le faire? Ça, je pense que c'est peut-être des modifications
à la loi à faire. Il y a toujours aussi la levée du secret professionnel qui...
il y a quand même ces trois critères qui sont importants.
Mais, à quelque part, on n'aura jamais...
on ne pourra jamais avoir... Je ne pense pas qu'on va avoir une loi qui va
prévoir tout. Une loi ne prévoit jamais tout, malheureusement, sans ça, on ne
serait peut-être pas ici. Mais je pense qu'il faut qu'on soit capables de
comprendre quel type d'information doit être transmis. Si on dit «bidirectionnel»,
bien oui, l'échange, il doit être là parce que les deux travaillent avec la
même personne.
Mme Maccarone : Mais, eux, il
faut qu'ils soient dédouanés pour le faire, parce que, présentement, ils ont
dit : Ce n'est pas le cas. Ça fait que...
Mme Rioux (Josée) : C'est
pour ça qu'il faut le prévoir. Il faut peut-être aller un petit peu plus loin,
là, puis donner certains critères.
Mme Maccarone : On a aussi
entendu des groupes, avant vous, qui ont parlé de la notion de consentement.
J'ai posé plein de questions là-dessus. Comment voyez-vous ça à l'intérieur de
ce processus? Parce qu'on a même entendu des personnes qui sont concernées par
les modifications qui ont dit : On souhaite consentir parce que c'est pour
notre bien-être. Mais ça a l'air complexe parce qu'on a aussi autres groupes
qui sont là pour la défense des droits des personnes avec les troubles mentaux
qui on dit : Mais non, le consentement, ça m'appartient, puis je ne suis
pas informé, puis je n'ai pas accès à de l'information pour protéger mes
droits.
Comment voyez-vous ça à l'intérieur de ce
processus aussi? Est-ce qu'on a des modifications à faire? Est-ce qu'il y a
quelque chose que nous devons conserver... préparer pour mettre dans la loi, ou
dans un règlement, ou une directive, ou quelque chose comme ça?
Mme Rioux (Josée) : Bien, la
formule de consentement, c'est certain que le consentement aux soins puis le
consentement à <la...
Mme Rioux (Josée) :
...consentement,
c'est certain que le consentement aux soins puis le consentement à >la
transmission des informations, si on regarde au niveau correctionnel, c'est
quelque chose qui est fait presque systématiquement. Au niveau médical aussi,
mais c'est probablement qu'on ne cible pas les bonnes personnes, parce qu'il
faut... on ne donne pas un nom, mais on donne un corps de métier. Donc, il faut
être... il faut être au fait que... aussitôt qu'on entre en contact avec un
client, il faut qu'on regarde la formule de consentement. Je comprends qu'une
personne qui a une problématique de santé mentale puis qui n'est pas tout à
fait là, la notion de consentement, elle est... elle va être vue différente,
elle va être vue différemment, mais, encore là, je pense que c'est de
l'information, c'est de la formation aux gens qui travaillent en direct avec
ces gens-là, justement, sur les formules de consentement. Pour beaucoup
d'organismes dans le niveau correctionnel, c'est un automatisme.
Mme Maccarone : Puis, quand
on parle de secret professionnel ou les informations qui sont très sensibles,
puis là on parle que les agents de liaison vont avoir accès à toute cette
information, comment voyez-vous aussi un encadrement de ce rôle : Une formation?
Est-ce qu'on devrait avoir un ordre professionnel? Parce que, là, on parle des
anciens agents de probation, qui aussi soulèvent plein de préoccupations, des
gens concernés parce qu'ils se sentent visés. Ils ont peur. Ils ne se sentent
pas pris en main. Même le Pr Crocker, hier, nous a dit qu'elle... tout le
monde trouve que l'idée de l'agent de liaison est bonne. C'est une
recommandation de Géhane Kamel. Puis, comme vous avez dit, on ne peut pas être
contre la vertu. C'est vraiment une bonne idée. Mais est-ce que ça devrait
vraiment être sous la responsabilité du ministère de... services publics?
Mme Rioux (Josée) : Santé?
• (15 h 30) •
Mme Maccarone : Oui. Parce
que, dans son rapport, le rapport qui était déposé juste hier, elle a dit :
Oui, Sécurité publique, mais, en 2022, elle a dit Santé et services sociaux. Ça
fait qu'elle... égal. On a posé la question hier. Mais votre opinion par
rapport au rôle, la formation? Comment on devrait l'encadrer puis ça devrait
résider où? Peut-être dans les deux places. Je ne sais pas.
Mme Rioux (Josée) : Bien,
c'est intimidant, hein, des fois, d'entrer dans un bureau de probation, pour
quelqu'un qui n'est jamais entré. C'est ce que je mentionnais tantôt. C'est
pour ça que je me demandais : Est-ce que les équipes ne pourraient pas
être... les agents de liaison ne pourraient pas être intégrés aux équipes, aux
équipes traitantes? C'est la question qui peut être soulevée.
Les agents... les agents de liaison, si,
comme... ils sont comme les agents de probation, ils sont tous membres de leur
ordre professionnel, donc, eux, ils ont... ils ont... ils savent quoi faire
avec l'information. Ils savent c'est quoi, le secret professionnel, ils savent
ce qu'ils peuvent dire, ce qu'ils ne peuvent pas dire, puis ils sont capables
de donner un cadre auprès des personnes. Si c'est des agents... des agents de
probation, je vais dire le mot, «convertis» en agents de liaison, bien, ils
savent quoi faire, ils l'ont déjà fait, là, parce que, qu'on soit avec une
personne judiciarisée ou qu'on soit avec une personne qui est sous le mandat de
la CETM, les informations sont les mêmes, là, et le partage d'information va se
faire dans un contexte de secret professionnel et de respect de la personne.
Mme Maccarone : On parle beaucoup
aussi de, évidemment, formation, manque d'effectifs. On sait qu'on a entendu...
il y a 1 900 dossiers, on a annoncé 18 agents de liaison. Vous, vous avez
dit, dans votre exposé : Suivis, seulement ceux à risque de violence. Moi,
la question, juste pratico-pratique, parce que je ne connais pas tout ça, ça
fait que je souhaite apprendre : Si je siège autour de la table de la
commission, pourquoi je donnerais la libération à quelqu'un qui a un risque de
violence puis qui a besoin d'avoir un suivi, surtout que j'ai un manque de
ressources? Est-ce que ça va changer la nature de la façon qu'eux, ils vont
travailler, en sachant que ça se peut qu'il n'y aura pas un agent de liaison
qui va suivre cette personne? Vous comprenez un peu la préoccupation. Comment
voyez-vous ça?
Mme Rioux (Josée) : Bien,
c'est pour ça que je disais tantôt, ce n'est pas tout le monde qui doit être
suivi par un agent de liaison. Il faut aller chercher les gens dont le risque a
été évalué avant que la personne passe devant la CETM et qui sont capables de
statuer qu'il y a un risque de violence, il y a un risque... le risque est plus
élevé.
Mais il faut avoir foi aussi au système.
On est tous dedans. Si on a 18 agents de liaison pour commencer puis qu'on
arrive à en avoir plus... mais ce ne sont pas toutes les personnes qui vont
être sous mandat... qui vont être... qui sont sous mandat de la CETM qui vont
être suivies. Ça fait que, si on se retrouve avec des agents de liaison à
Rimouski, bien, il y en a peut-être quatre à Rimouski qui vont être suivies par
l'agent de liaison, là, parce qu'il ne doit pas y avoir plus de personnes qui
sont sous mandat de la CETM à Rimouski. Même chose à Sherbrooke, là. Ça fait
que... Je pense que Québec et Montréal, bien sûr, il y a une concentration un
peu plus grande, mais les effectifs vont se répartir. Puis on est à 18, mais
peut-être qu'après ça on arrivera à 20, 22.
Mais c'est pour ça que je dis que ce n'est
pas tout le monde qui a besoin d'être suivi. La ligne des services, ce n'est
pas tout le monde. Mais, si tout le monde est évalué avant, OK, avant son
passage devant la CETM, bien, on va arriver avec un résultat...
15 h 30 (version révisée)
Mme Rioux (Josée) : ...OK. Avant
son passage devant la CETM, bien, on va arriver avec un résultat, et il y a une
recommandation à la CETM qui va avoir été faite par l'équipe traitante et par
des professionnels qui connaissent leur client et qui connaissent le... ils
connaissent le mécanique... la mécanique d'évaluation aussi, là. Le risque de
violence, ça s'évalue.
Mme Maccarone : OK. Puis la
recommandation que vous appuyez de Me Kamel aussi, les ressources d'hébergement
spécialisées, savez-vous combien qu'on a actuellement puis combien qu'on a
besoin?
Mme Rioux (Josée) : David
Henry, de l'ASRSQ, qui va venir vous voir tout à l'heure, va pouvoir vous
répondre beaucoup mieux que moi.
Mme Maccarone : OK. On note
la question.
Mme Rioux (Josée) : Il
connaît son réseau. Mais moi, je connais une ou deux ressources à Montréal, maisons
de transition spécialisées en santé mentale, personnes qui ont commis des
crimes, mais ici, à Québec, il n'y en a pas, de ces ressources-là. Ça fait que
vous imaginez, là...
À Québec, il y a des centres... il y a des
centres qui accueillent des gens qui ont des problématiques de santé mentale, mais
pas vraiment en hébergement, puis ils ne sont pas spécialisés avec les gens qui
sont non criminellement responsables au niveau de l'hébergement, de la
réinsertion puis du suivi.
S'il n'y en a pas à Québec, là, vous
pouvez imaginer... je vais reprendre Rimouski parce que c'est ma ville natale,
bien, à Rimouski, il n'y en a pas non plus, OK? Puis, à Sherbrooke, pour avoir
été là longtemps, il n'y en a pas non plus. Ça fait que ça, c'est un manque.
Puis moi, qui a été à la commission, je
voyais souvent le syndrome de la porte tournante, là, des gens qui... qui
avaient des problématiques de santé mentale, qui entraient puis qui sortaient,
parce que, des fois, ils ont un double statut, une fois, ils ont été non
criminellement responsables, ils ont recommis un délit, ils sont criminellement
responsables, ils se retrouvent en prison, devant la commission. On ne sait pas
quoi faire avec eux autres, OK, parce qu'on n'a pas de ressource où les
libérer.
Donc, vous voyez, il faut qu'on ait un
système, mais c'est... Pour avoir ouvert trois centres de thérapie au Québec,
moi, je peux vous dire que c'est assez ardu d'ouvrir un organisme, ça fait qu'on
s'imagine de peupler le Québec d'au moins dans chaque région, d'une ressource d'hébergement
pour les personnes qui sont sous la commission des troubles... la commission d'évaluation
des troubles mentaux<i>, on a du travail à faire. C'est faisable, mais on
a du travail à faire. Je suis très positive, moi, dans tout ça.
Mme Maccarone : Ça fait qu'on
a noté la question pour savoir combien on a besoin.
Là, vous parlez des portes tournantes. C'est
un phénomène que les policiers font face au quotidien, 40 appels par jour
en... qui sont en lien avec des problèmes de santé mentale.
Puis c'est quelque chose qu'eux ils soulèvent,
parce que, c'est sûr, ce projet de loi ne va pas régler ça. C'est un projet de
loi qui parle de communication, mais ça ne va pas régler les portes tournantes,
ça ne va pas régler le P-38, mais vous savez qu'il y a quand même du travail
qui est en train de se faire en parallèle avec ce que nous sommes en train de
faire ici.
Quelle est votre opinion en ce qui
concerne les modifications pour le P-38? Les policiers souhaitent qu'on s'inspire
de l'Ontario puis la loi de Brian<i>, par exemple. Que pensez-vous de ça?
Puis, encore, je veux juste vous situer,
les personnes concernées par les modifications, que ce soit le partage de l'information,
le consentement, eux, ils sont favorables à une modification qui dit qu'on n'a
pas besoin d'évaluer une situation dangereuse avant que les policiers peuvent
agir. Ça fait que quelle est votre opinion sur ceci?
Mme Rioux (Josée) : J'aurais
beaucoup de difficulté à vous donner mon opinion pour ne pas avoir assez étudié
et pris connaissance des modifications du P-38.
Malheureusement, on a beaucoup de
modifications aux lois, là, parce qu'on est aussi dans le criminel, mais on met
aussi dans la loi les lois professionnelles. Alors, c'est clair que je n'ai pas
pu prendre état de ça, mais je pense que l'association des médecins psychiatres<i>
vont être capable de vous donner pas mal plus de réponses que moi, plus
adéquates en tout cas. Puis je ne veux pas me défiler, là, mais je veux juste
être honnête.
Mme Maccarone : Tout à fait.
Il n'y a pas de souci. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, on va poursuivre avec le
député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Mme Rioux, merci beaucoup d'être ici avec nous.
Vous avez mentionné tantôt un
questionnement sur l'intégration des agents de liaison tel qu'on le conçoit,
parce qu'on n'a pas beaucoup d'informations, ils ne sont pas nommés notamment
dans le projet de loi, dans les équipes traitantes, les équipes de soins, là.
La question que je me pose, en termes de
secret professionnel, de confidentialité, dans l'état actuel des choses, par
exemple, un agent de probation pourrait faire partie d'une équipe traitante,
comment dire, procéder à un échange d'informations globales sur l'état de la
personne?
Mme Rioux (Josée) : Mais si
elle fait partie de l'équipe traitante puis elle est nommée comme étant...
faisant partie de cette équipe-là auprès de la personne, elle va avoir les
mêmes informations que les autres.
Ce n'est pas parce que c'est un corps de
métier différent puis que ça n'appartient pas au même ministère, admettons, qu'elle
ne pourra pas faire partie de l'équipe traitante, il faut juste qu'elle soit
identifiée comme telle.
M. Fontecilla : Donc, en
termes d'architecture du secret professionnel, il n'y a pas d'obstacle à
cette... à cette participation-là.
Mme Rioux (Josée) : Pas à mon
avis à moi, parce qu'elle va faire partie de l'équipe traitante.
M. Fontecilla : Très bien. Dites-moi,
éclairez-moi, un agent de liaison tel qu'on le conçoit aurait un rôle de
surveillance, beaucoup, des conditions, est-ce que... Ce n'est pas un rôle de
surveillance, ce n'est pas un rôle <thérapeutique...
M. Fontecilla :
...Ce
n'est pas un rôle de surveillance, ce n'est pas un rôle >thérapeutique,
là, d'aide ou d'accompagner la personne vers un rétablissement, si on peut...
je peux m'exprimer ainsi, là. Est-ce que vous pensez que le rôle de
surveillance pourrait mettre à mal une relation thérapeutique d'une relation
d'aide?
Mme Rioux (Josée) : C'est sûr
que la création du lien thérapeutique est importante, OK, l'alliance
thérapeutique qu'on va appeler.
Je pense que les agents de liaison sont
formés pour être capables de créer un lien avec les personnes.
Comme je vous disais tout à l'heure, on
travaille... nous, on travaille en contexte non volontaire et on arrive à créer
un lien avec les personnes.
Je ne vois pas la... Je ne vois pas la
dichotomie entre les deux, là. Même s'ils sont là pour surveiller, ils ne vont
jamais juste faire de la surveillance, ils vont faire de l'accompagnement
aussi. On est des humains. Puis les criminologues, on croit beaucoup, nous, à
la réinsertion puis à la réintégration sociale. Donc, c'est sûr qu'ils ne
feront pas juste de la surveillance, parce que juste faire de la surveillance,
c'est sûr que le lien va être difficile à créer, mais quand il y a un
accompagnement qui va avec, c'est sûr qu'à un moment donné la personne sait que
l'intervenant est là pour lui, OK, elle n'est pas là pour...
Le contexte... Être capable de marier
l'aide et l'autorité, là, c'est ce que je dis souvent à mes étudiants, c'est
un... c'est un... c'est un contexte difficile, mais c'est un contexte faisable
de marier les deux. J'appelle...
Je dis toujours : Avoir une main de
fer dans un gant de velours, c'est être capable de faire le parallèle entre les
deux puis marier les deux. Je pense qu'un agent de liaison va le faire. S'il a
déjà été agent de probation, il sait déjà comment faire. Et ce contexte-là est
possible.
• (15 h 40) •
M. Fontecilla : Il y a
plusieurs intervenants, intervenantes, dont Mme Kamel nous disait que,
puis ça a été dit il y a quelques minutes, la formule d'agent de liaison, au
début, ce n'était pas clair si c'était dans le système de santé ou dans le
système correctionnel. Et même la coroner n'avait pas... au début n'avait
pas... on n'avait pas fait un... Elle a fait... En fait, elle a fait un choix
lorsqu'elle a entendu le ministre s'avancer dans cette... dans cette voie-là.
Est-ce qu'on pourrait concevoir un agent de
liaison qui dépend du... qui est intégré au système de santé seulement, là,
donc avoir une fonction de surveillance dans le système... une équipe traitante
dans le système de santé?
Mme Rioux (Josée) : Ce n'est
pas incompatible, en autant que les deux puissent... que les agents de liaison
puissent fonctionner avec les équipes traitantes.
Je dis que ce n'est pas incompatible, c'est
sûr que la sécurité publique est davantage habituée, habilitée à faire de la
surveillance qu'une équipe traitante au ministère de la Santé et des Services
sociaux.
Mais, pour moi, l'important, c'est la
personne qui va bénéficier du service. Est-ce qu'elle va être capable de sentir
qu'elle est bien? C'est pour ça que je parlais de peut-être de... je mettais
peut-être un bémol sur le fait de se présenter dans un bureau de probation
parce que ce n'est peut-être pas toujours évident, pour les familles aussi, là.
Le réseau correctionnel, ça fait toujours un peu peur.
C'est méconnu, hein, mais c'est pour ça
que je parlais que les agents soient peut-être même sous la gouverne de la
sécurité publique puis puissent aller travailler... un peu comme à Pinel, il y
a des agents de probation qui travaillent là, ils sont directement en lien, mais
puissent travailler avec le ministère de la Santé dans les établissements
hospitaliers au lieu du bureau de probation.
Moi, je trouve important qu'il y ait un
suivi. La formule que ça prendra, nous, on va être là pour supporter, on va
être là pour seconder, on va être là pour apporter les bonnes idées, mais je
laisse... je laisse le soin aux gens qui sont concernés à décider où est-ce que
ça ira. Je veux juste que la personne se sente à l'aise et ne soit surtout pas
stigmatisée. Moi, c'est ma préoccupation à moi. L'individu, pour moi, il est
bien important.
M. Fontecilla : Mais...
Le Président (M. Provençal)
:Merci, M. le député. Alors, je
remercie Mme Rioux de l'Ordre professionnel des criminologues du Québec pour
sa participation.
On suspend des travaux pour laisser place
au prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 43)
(Reprise à 15 h 46)
Le Président (M. Provençal)
:Nous allons poursuivre maintenant nos
travaux.
Nous recevons les docteurs Gamache, Allard
et Dufour de l'Association des médecins psychiatres du Québec.
Alors, je vous invite à nous présenter
votre mémoire 10 minutes, et après ça on procédera aux échanges. Je vous
cède immédiatement la parole.
Mme Gamache (Claire) : Alors,
M. le Président, M. le ministre, Mmes, MM. les députés, je suis ici au nom,
donc, de l'Association des médecins psychiatres du Québec.
Je suis Claire Gamache, médecin psychiatre
depuis 26 ans aux CISSS de Laval, donc en Rive-Nord de Montréal, et présidente
des médecins psychiatres du Québec depuis quatre ans.
Je suis accompagnée de la Dre Marie-Frédérique
Allard, une grande célébrité, membre du CA de l'AMPQ et psychiatre légiste dans
la région de Shawinigan, et Dr Mathieu Dufour, psychiatre légiste qui a
débuté sa pratique en Ontario et qui est maintenant chef de département à
l'Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel de Montréal et
président de l'Académie canadienne de psychiatrie et droit. Et Dr Dufour a
été aussi sur le CA de l'AMPQ en 2020.
Nous tenons à remercier la commission pour
l'invitation, évidemment, à présenter nos observations sur un dossier qui
nous... qui nous interpelle particulièrement.
L'AMPQ tient d'emblée à saluer ces
discussions intersectorielles et interministérielles, ainsi que l'élaboration
d'un cadre structurant autour de cette patientèle très vulnérable qui
représente un grand défi pour les cliniciens que nous sommes. Ces discussions
mettent en lumière qu'il s'agit de défis sociaux, familiaux, cliniques et qui
touchent la sécurité de la patientèle elle-même, de leurs proches, des
cliniciens, et de tous les intervenants impliqués auprès d'elle, et évidemment
de la population.
L'AMPQ tient aussi à saluer que ce projet
de loi implique l'ajout de professionnels autour de cette patientèle, de sa
réadaptation, un ajout vraiment essentiel et bienvenu.
Parallèlement, nous devons sans cesse nous
dire qu'il est de notre devoir à tous — cliniciens, familles,
dirigeants, chroniqueurs — de répéter que la patientèle psychiatrique
est beaucoup plus à risque d'être victime de violence que d'être perpétratrice
de violence. Une minorité entre 3 à 5 % de tous les actes de violence dans
la société sont attribuables à une personne avec un trouble mental. Ça fait que
c'est important de se rappeler de ça quand on travaille sur ces dossiers-là.
Nous souhaitons également rappeler, puis
plusieurs de vos invités l'ont fait, là, les circonstances tragiques qui nous
ont menés au dépôt de ce projet de loi, soit le décès d'une policière et de
personnes... d'une personne souffrant de trouble mental. Notre mémoire et nos
recommandations ont pour objectif, entre autres, de rendre les interventions <policières...
Mme Gamache (Claire) :
...ont
pour objectif, entre autres, de rendre les interventions >policières,
lorsque nécessaire, plus sécuritaires pour tous. Nous ne voulons plus de drames
Maureen Breau et nous ne voulons plus de drames Alain Magloire, pour n'en
nommer que deux.
Avant d'aborder le projet de loi n° 66
plus directement, nous voulons d'abord souligner que le corps médical et les
corps policiers ne sont pas étrangers l'un à l'autre. Sur le terrain, nous
sommes déjà appelés à échanger des informations et à collaborer.
Nous voulons aussi rappeler que les
patients sous Commission d'examen des troubles mentaux représentent un faible
pourcentage de notre patientèle, en général. En raison de plusieurs facteurs,
ces patients requièrent un encadrement particulier et la mobilisation de
plusieurs ressources pour assurer leur suivi et leur traitement.
Ce travail et cet encadrement
psychiatrique se font en parallèle de tout un éventail de tâches en médecine
spécialisée hospitalière qu'est la psychiatrie, soit des évaluations
psychiatriques à l'urgence, la gestion d'hospitalisation de patientèle variée,
de suivi en clinique externe, de support à la première ligne.
• (15 h 50) •
Vous le savez, on entend beaucoup parler
de santé mentale, bien, la patientèle sous CETM est une portion de tout ce
travail-là, clinique, que les psychiatres font.
La patientèle sous commission d'examen est
généralement aux prises avec une pathologie, en général psychotique. Vous savez
possiblement que les pathologies comme la schizophrénie, qui se présente avec
de l'anosognosie — c'est l'absence de reconnaissance de sa propre
problématique — arrivent chez 60 % des patients qui sont
porteurs de cette pathologie-là. Cela complique grandement l'alliance
thérapeutique, car souvent ces personnes malades ne comprennent pas qu'on
veuille les traiter ni la pertinence du traitement, ils se considèrent souvent
victimes d'un système qui veut les contraindre à être traités ou à être
internés.
Si le traitement est précoce et
empathique, les patients peuvent progressivement accepter que le traitement
améliore leur vie, sans tout à fait accepter le diagnostic.
Cette fragilité de l'alliance thérapeutique
doit être comprise afin de bien baliser les interventions autour du projet de
loi et toujours réfléchir les soins à ces patients en termes de réadaptation et
de rétablissement, qui ont comme assise l'alliance avec l'équipe traitante. C'est
dans cette perspective que certains éléments doivent être, à notre avis,
clarifiés dans le projet de loi.
Pour les cliniciens de l'AMPQ, il est
essentiel de baliser clairement les informations utiles à transmettre aux corps
policiers lors d'interventions voulant prévenir un risque de violence ou de
détérioration pour les usagers sous mandat de la commission d'examen.
De plus, logiquement, si de l'information
peut être divulguée aux corps policiers lors de risque de violence ou de
détérioration, doit-on prévoir ce même mécanisme balisé pour divulguer de
l'information aux agents de liaison prévus dans le projet de loi?
Puisque les agents de liaison ne feront
pas partie de l'équipe traitante, ces mêmes balises exceptionnelles devront
être définies.
Donc, les recommandations de l'AMPQ... Et
nous, nous avons déposé un mémoire, là, que vous avez reçu. Donc, les
recommandations sont : la première, poursuivre, actualiser et prioriser la
hiérarchisation de la psychiatrie légale, travail de collaboration et de concertation
entre le ministère de la Sécurité publique, le ministère de la Santé et des
Services sociaux, et le ministère de la Justice du Québec, et évidemment les
acteurs du terrain.
Ce travail, qui est très important, va
permettre d'encadrer le présent projet de loi dans un espace cohérent et
compétent. Hein, c'est une espèce de chapeau, la hiérarchisation de la
psychiatrie légale, autour de tous ces projets de loi, c'est-à-dire des
responsables d'hôpitaux imputables, formés, soutenus et efficaces qui vont
encadrer des équipes tout aussi compétentes et efficientes sur le terrain.
Ensuite, plusieurs recommandations autour
des agents de liaison envisagés : définir leur statut, leurs rôles et
responsabilités et évidemment inclure les règles de déontologie qui doivent
s'appliquer aux agents de liaison; préciser que les agents de liaison ne
peuvent occuper la fonction d'agent de probation, pour nous, ça doit être deux
types de travail complètement distincts afin d'éviter la mixité des dossiers et
une certaine confusion dans les rôles et responsabilités; permettre aux agents
de liaison de transmettre des informations aux équipes traitantes en respectant
leur code de profession, donc de l'information bidirectionnelle, on pourra
donner des exemples plus tard; préciser que les organismes peuvent transmettre
les renseignements aux agents de liaison ainsi qu'aux corps policiers
uniquement pour la planification ou l'exécution d'une intervention adaptée aux
caractéristiques d'une personne ou de la situation; préciser que le recours à
un agent de liaison doit être fixé par la commission d'examen sur la base de
critères clairs, par exemple le passé criminogène, les habitudes de
consommation, les bris de conditions, ou l'historique de <violence...
Mme Gamache (Claire) :
...les
bris de conditions, ou l'historique de >violence; définir et baliser la
complémentarité des rôles et responsabilités des nouveaux criminologues et des
criminologues déjà en place au ministère de la Santé et des agents de liaison
du MSP et s'assurer que l'espace de collaboration sera très clair; et, dernière
recommandation, protéger l'alliance thérapeutique essentielle au
rétablissement, en précisant clairement les informations utiles à donner lors d'interventions
voulant prévenir un risque de violence ou de détérioration.
Merci de votre écoute, puis nous sommes là
tous les trois pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Dre Gamache,
pour votre présentation. Sur ce, j'invite M. le ministre à initier cet échange.
M. Bonnardel : Merci, M. le
Président. Messieurs, Dames, merci d'être là. J'avais hâte de vous recevoir, parce
que, bon, vous êtes partie prenante de tout ce qui... l'actualité. Vous êtes
des personnes immensément importantes. Quand on appelle l'équipe médicale, vous
êtes l'équipe médicale dans une... dans une certaine mesure.
Puis, en premier lieu, je ne vais pas vous
poser des questions tout de suite, là, sur le suivi, la communication, les
agents de liaison, je veux mieux comprendre votre rôle dans le quotidien puis
que vous me donniez un peu un cas de figure, là.
Bonnardel, là, qui passe, là, qui passe
devant la CETM. Après ça, qu'il y a des modalités qu'on appelle, un suivi, des conditions.
Expliquez-moi, là, le quotidien, là. Moi, là, je suis devant la CTEM, on me dit :
M. Bonnardel, vous allez devoir rencontrer l'équipe médicale. C'est quoi
le modus operandi? Ça prend combien de temps avant la première...
Je veux que vous me donniez un petit peu,
là, en trois minutes, comment ça fonctionne.
Mme Gamache (Claire) : En
fait, il y a plusieurs cas de figure, mais un cas de figure : Un patient
soit qu'on connaissait déjà ou qu'on ne connaît pas, puis qui fait un délit, et
qui est reconnu non criminellement responsable. Souvent, les... les évaluations
sur la non-responsabilité criminelle vont se faire dans... dans... on pourra
parler hiérarchisation, mais vont se faire dans différents hôpitaux, mais, très
souvent, à Montréal, ça va se faire à l'institut Philippe-Pinel<i>.
Donc, l'institut va soit voir ce
patient-là en prison ou à l'institut, va faire une analyse de responsabilité
criminelle. Le juge va reconnaître ce patient-là non criminellement responsable
et ce patient-là va être stabilisé et transféré dans un hôpital de secteur,
admettons qu'il s'en vient chez moi à Laval, et là on me dit : Dre Gamache,
votre patient, que vous connaissiez, ou que vous ne connaissez pas, est reconnu
NCR, on vous l'envoie à l'hôpital jusqu'à ce qu'il ait sa prochaine
comparution.
Donc, il va probablement être hospitalisé
dans mon hôpital jusqu'à ce que je revoie le Tribunal administratif du Québec,
donc la commission d'examen, et je vais connaître ce patient-là, et je vais
préparer un rapport sur ses risques de dangerosité, sa pathologie, ses antécédents
psychiatriques.
Je vais aller présenter tout ça au... à la
commission d'examen, qui va ensuite fixer les conditions dans lesquelles ce
patient-là peut soit être obligé de rester à l'hôpital encore un bout de temps,
mais, en général, s'il a été transféré de Pinel, c'est parce qu'on pense qu'après
quelques mois il pourrait être en libérations avec des conditions.
Donc, je vais discuter de mon patient, sa
pathologie, ses risques, ses antécédents. Est-ce qu'il accepte la médication ou
pas? Est-ce qu'il y a une bonne alliance avec nous ou pas? Est-ce que la
famille est autour ou pas? Donc, tous ces éléments-là. Dans quel genre d'équipe
je propose de le suivre à son congé, est-ce que c'est avec une équipe de
clinique externe, est-ce que c'est avec une équipe de suivi intensif dans le
milieu?
Donc, il y a, dépendant de ce qui s'est
passé, là, un peu... Mme Rioux vous disait : S'il a volé dans un
dépanneur, c'est différent que s'il a frappé quelqu'un, et tout ça.
Et finalement la commission va donner des
conditions à ce patient-là, et on va le suivre en équipe par la suite en
fonction de ses conditions : pas le droit de consommer, doit donner son
adresse à son équipe traitante, doit venir à ses rendez-vous régulièrement,
doit prendre sa médication.
Une fois qu'on a dit ça, le patient va
progressivement faire des sorties supervisées pour voir si tout se passe bien,
et on va le suivre dans la communauté.
Il y a toutes sortes de façons de suivre
quelqu'un dans la communauté. Une équipe SIM va voir un patient deux ou trois
fois par semaine. Certaines équipes SIM vont aller donner les médicaments tous
les jours à un patient. Donc, il y a toutes sortes de modalités de suivi en
fonction des besoins cliniques puis des besoins pour maintenir une stabilité
chez ce patient-là. On fait ça pendant un an.
Si on a une délégation de pouvoir puis que
notre patient, on sent qu'il n'était pas là aux deux ou trois rendez-vous à la
maison, les parents nous disent : Ah! il n'a pas dormi chez lui, je pense
qu'il a repris un peu de consommation, on s'assure de le retrouver et, si on a
une délégation de pouvoir, on va demander aux policiers de nous le ramener à l'hôpital
pour qu'on puisse s'en occuper.
M. Bonnardel : OK. Donc, admettons
qu'après un an, là...
Mme Gamache (Claire) : Oui.
On retourne en commission d'examen.
M. Bonnardel : OK. Mais le
gars, il est chez eux, là.
Mme Gamache (Claire) : Oui.
M. Bonnardel : Il y a un
protocole, on va l'appeler comme ça, là, sur lequel il doit venir vous
rencontrer, ou quelqu'un vient le rencontrer.
Mme Gamache (Claire) : Il a
des conditions de la commission d'examen, oui.
M. Bonnardel : Il a des
conditions. Puis disparu.
Mme Gamache (Claire) : Oui.
M. Bonnardel : Ça arrive, j'imagine?
Mme Gamache (Claire) : Oui.
M. Bonnardel : Bonnardel ne
répond plus, essaie de le rappeler, il ne répond <plus...
M. Bonnardel :
...Bonnardel
ne répond plus, essaie de le rappeler, il ne répond >plus, va chez lui,
il ne répond pas, plus là. Ça arrive?
Mme Gamache (Claire) : Oui.
M. Bonnardel : Il se passe
quoi après, si ça arrive? C'est difficile, là, j'imagine, là.
Mme Allard (Marie-Frédérique) :
On appelle la police.
M. Bonnardel : Oui. Puis là?
Mme Gamache (Claire) : En
fait, moi — il m'est déjà arrivé d'avoir des patients comme ça — j'appelle...
j'appelle effectivement les policiers, puis on trouve des façons de retrouver
ce patient-là. Il faut que... Tout le monde ensemble. Puis, des fois, la police
de Laval va appeler la police de Montréal : L'avez-vous vu?, et tout ça.
Ça fait qu'un patient sous commission d'examen, on met tout en œuvre pour le
retrouver puis savoir où il est. Vas-y, Mathieu.
M. Dufour (Mathieu) : Puis, si
je peux me permettre, c'est rare que, disons, quelqu'un va complètement fuguer,
là, ça arrive, mais il y a souvent quand même une progression, ils vont
commencer à moins bien aller quand on va les voir, ils vont commencer à avoir
des symptômes de psychose, commencent à prendre des drogues. On fait des
dépistages urinaires de drogues, puis là ça devient positif. Il y a quand même
souvent une gradation.
Je pense que ce que Dre Gamache
parle, c'est qu'il y a une... il y a une équipe en clinique externe. Bon, des
fois, dans certains centres, moi, je travaille à Pinel, on a des très bonnes
équipes en clinique externe, dans d'autres hôpitaux désignés — il y
en a 45 au Québec — bien, des fois, il y a moins de suivi, hein, puis
c'est ça, je pense, qui était clair dans le rapport de la coroner. Mais chaque
équipe a quand même le double mandat de surveillance et de soins.
Donc, on fait déjà... on regarde déjà les
conditions, si elles sont rencontrées ou pas. Et s'il y a une augmentation du
risque de violence, comme dit Dre Gamache, on a les leviers légaux pour le
rentrer à l'hôpital puis être sûr que ce patient-là ne devient pas plus à
risque de violence.
• (16 heures) •
M. Bonnardel : Je ne doute
pas, là, que vous faites un travail incroyable, des fois extrêmement difficile,
assurément, avec des cas... des cas particuliers.
Une voix : Je vous le
confirme.
M. Bonnardel : Oui, ça,
j'imagine, j'imagine. Dans le quotidien, ça ne doit pas être simple.
Mais, à la fin, les deux derniers rapports
de la coroner Kamel, celui de février 2024 sur le triple homicide, là, sur
une période de deux jours, on arrive à des conclusions — puis je ne
vous blâme pas, là, je ne mets pas personne au banc — où la coroner
dit : Le suivi post-CETM... je vais dire déficient, problématique, je vais
dire ça de cette façon.
Là, vous me voyez aller. La coroner nous
dit : Ça prend des agents de liaison pour être capables de faire un
meilleur suivi, puis je vais utiliser encore le même terme, complémentaire à
l'équipe médicale, pour vous aider, s'aider, pour aider qui, la personne, pour
ne pas nécessairement... parce qu'on ne veut pas la stigmatiser, c'est pour ça
qu'on a utilisé le terme «agent de liaison», mais, de l'autre côté, donner les
informations adéquates aux policiers, policières pour qui, dans le quotidien, plus
souvent qu'autrement, vous l'avez dit, ce n'est pas simple, puis il faut être
capable d'avoir le plus d'info possible.
Donc, comment cet arrimage des futurs
agents de liaison, vous connaissez leur passé professionnel, qui auront été des
agents de probation, qui auront une formation additionnelle par le MSSS, par le
MSP, pour bien les préparer, répartis sur l'ensemble du territoire... Donc,
c'est un peu ça, cet arrimage-là, qui, pour moi, est...
Parce que vous êtes partie prenante de ce
succès qu'on a à faire, qu'on a à avoir ensemble pour être capables d'assurer
la réussite, la réussite de tout ça. Comment vous voyez cet arrimage entre ces
futurs agents? Parce que les commentaires des criminologues tantôt étaient
immensément importants, les vôtres aussi le sont, parce que vous êtes vraiment
dans le quotidien, là, des actions de tous les jours avec ces gens, là.
Mme Gamache (Claire) : C'est
extrêmement complexe, hein? Puis on vient de Montréal, hein, on a parlé dans
l'auto tout le long. Puis vous avez entendu Mme Crocker hier, vous avez
entendu Luc Vigneault, qu'on connaît très bien, là, puis on...
Si on parle du cas d'il y a deux ans, puis
je le connais bien, là, je suis à Laval, hein, puis c'est un de mes collègues,
là, qui avait ce patient-là.
Puis, oui, c'est... c'est terrible pour un
psychiatre puis pour une équipe traitante, là, de vivre des choses comme ça,
c'est épouvantable, puis évidemment pour les gens qui sont décédés, puis pour
les familles de ces gens-là, là, et de ce patient-là, mais il ne faut pas
oublier que ce patient-là avait aussi déjà un agent de probation, hein?
C'était un monsieur qui avait des
antécédents criminels puis qui... à un moment donné, on a comme abandonné un
peu les accusations criminelles parce qu'il est rentré dans le système de la
psychiatrie.
Ça fait que ce qu'on a beaucoup dit à la
coroner Kamel au moment de nos présentations, c'est : Il faut arrêter de
dire que c'est juste un ou juste l'autre. Ça fait qu'effectivement il faut
travailler davantage en collaboration.
Puis, des fois, oui, on a des patients qui
doivent avoir des dossiers criminels, puis des agents de probation, puis des
suivis rigoureux, puis avoir probablement, sous CTEM, des suivis aussi
extrêmement rigoureux.
Ça fait que déjà ça, ça existe, et déjà il
faut probablement améliorer la collaboration entre les agents de probation puis
baliser ce que l'équipe traitante peut nommer puis ce que l'agent de probation
peut faire.
Si on met un agent de liaison entre les
deux, est-ce que ces agents de liaison là... Il va falloir réfléchir beaucoup,
beaucoup aux rôles et responsabilités, au code, aux renseignements qu'on peut
se donner, mais, ce qu'on se disait, est-ce que ce serait envisageable que ces
agents de liaison là, comme ils connaissent très, très bien...
16 h (version révisée)
Mme Gamache (Claire) : ...Mais
ce qu'on se disait : Est-ce que ce serait envisageable, que ces agents de
liaison là, comme ils connaissent très, très bien tous les enjeux criminogènes
et aussi le système criminel, et tout ça... est-ce que ces gens-là pourraient
être effectivement la liaison entre l'équipe traitante et le système
correctionnel? Et, si on connaît très bien, là, les policiers du quartier, les
gens qui travaillent là, les équipes mixtes, et tout ça, ça fait que possiblement
que ce serait effectivement de la liaison de façon idéale. On parle de...
Est-ce qu'on devrait les mettre carrément dans les équipes traitantes? Si on
les met carrément dans les équipes traitantes, il faut qu'ils soient sous le
ministère de la Santé. Ça fait qu'il y a... il y a des choses qui ne sont pas
nécessairement possibles, ça, je pense, là, dans... dans le concret.
Ça fait qu'à mon avis la liaison doit se
faire, il faut mieux communiquer, il faut mieux trouver des façons d'avoir des
échanges. Puis c'est sûr que plus ces mondes-là se parlent et se connaissent...
tout en respectant vraiment que l'équipe traitante ait vraiment un lien avec
ces patients-là, puis en se rappelant que ces patients-là ne sont pas des
criminels, sauf quand ils le sont en même temps. Puis, des fois, ils le sont en
même temps, hein? Mes deux collègues, ici, ont plein de patients qui ont
des dossiers criminels, qui ont des pathologies psychiatriques sévères puis qui
sont sous commission d'examen. Déjà ça, ça existe, là, des gens à double
statut, ça existe déjà. Ça fait qu'où est-ce qu'on met les agents de liaison?
Comment on arrime tout ça en respectant tout ce qu'on essaie de nommer depuis
deux jours? C'est là, le grand défi, là.
M. Bonnardel : Je vous pose
une question qui est très large, là, puis c'est la CETM qui va le définir à la
fin. On parle d'un suivi de ces agents pour ces personnes, pour des cas à haut
risque, on va le dire ainsi. Quel type de profils? Parce que je... Oui?
Mme Gamache (Claire) : ...peut-être
laisser Mathieu répondre, mais des gens à haut risque, je pense qu'il y a... il
y a une sensibilité par rapport à cette nomination-là, là.
M. Dufour (Mathieu) : Puis c'est
peut-être juste comme un vocabulaire plus légal, là, je suis psychiatre légiste,
ça fait qu'avoir fait la surspécialisation, on apprend toute la jurisprudence.
Puis, depuis 2014, suite à la loi C-14 de M. Harper qui avait quand
même fait une réforme du système de psychiatrie légale, ils ont créé une
nouvelle désignation qui s'appelle «accusé à haut risque», pour les patients
qui sont non criminellement responsables, qui sont peut-être plus dangereux que
les autres patients.
Donc, cette désignation-là... Puis on fait
justement un projet de recherche, là. Récemment, je pense qu'on est à 11
maintenant, aujourd'hui, au Québec puis il y en a 17 partout au Canada. Donc, c'est
vraiment des patients qui sont normalement à <i>Pinel, ou je sais qu'il y
en a quelques-uns à <i>l'institut universitaire de santé mentale de
Québec. Donc, ça, c'est... les accusés haut risque, c'est une désignation
particulière.
Ça fait que, peut-être pour répondre à
votre question, c'est quels patients qui ont peut-être un plus grand risque de
violence par rapport aux autres patients sous CTM qui devraient avoir plus de
surveillance ou... que ce soit agent de liaison, ou plus d'équipes spécialisées
en... en psychiatrie légale autour d'eux? Je pense qu'on peut utiliser juste
des patients qui ont peut-être besoin d'un peu plus de surveillance quand ils
sont dans la communauté.
M. Bonnardel : Parlez-moi, vous...
Mme Gamache (Claire) : ...pour
répondre à la question, parce que vous dites : Qu'est-ce qu'on devrait
faire avec cette clientèle-là? Bien, il faut vraiment avoir des équipes très
solides, hein? On a une nouvelle équipe de SIM, de suivi dans la communauté,
forensique à Montréal, donc autour de Pinel. On pense qu'on devrait avoir, puis
là c'est tout le dossier de la hiérarchisation, là... on pense qu'on devrait
avoir moins de centres désignés. On pense que les équipes devraient être
beaucoup plus solides dans ces centres désignés là pour avoir ce double mandat
de surveillance dans la population puis de surveillance de la pathologie
psychiatrique. Tu veux peut-être compléter, Marie-Frédérique.
Mme Allard (Marie-Frédérique) : Moi,
je travaille en région, là, ça fait que c'est un petit peu différent, puis des
régions où on a des grands territoires aussi. Ça fait que ça, c'est une autre
réalité qui va... qu'il faut... qu'il faut prendre en considération, parce que
des fois, les équipes SIM, le «med drop», tu sais, d'aller porter la médication
à tous les jours, ce n'est pas toujours facile ou faisable quand que la
personne vient d'un village à, mettons, 70 kilomètres de, mettons, Trois-Rivières
ou de Shawinigan, ou peu importe. Ça fait qu'il y a certaines particularités.
Je pense que la... aussi, avec ce qui est
arrivé avec le ministère de la Santé, l'ajout de 44 criminologues, ça va
déjà être... c'est vraiment un très bon rehaussement, en partant, dans nos
équipes traitantes. Ça fait que ça, on salue ça.
Puis ça va être de voir le... mettons, l'arrimage,
et je pense qu'on a nommé un peu peut-être des pistes de solutions, entre
comment les équipes traitantes vont pouvoir travailler avec les agents de
liaison. C'est sûr que plus on a d'intervenants autour de nos patients, plus qu'on
a de services à offrir. Puis on a... on a entendu Mme Rioux, aussi, qui... Je
pense qu'on est capable d'établir l'alliance, même si les gens ne sont pas
toujours, tu sais, volontaires, là, on finit par le faire, par établir une... je
pense qu'on est... on est capable d'établir une bonne alliance. Mais il va y
avoir beaucoup de choses à définir, dont des balises au niveau du travail et de
la confidentialité.
Puis on se disait... Je pense, il ne
faudra pas que ça se fasse sur un coin... un coin de table, là, peut-être un
comité avec des éthiciens, avec... avec plusieurs personnes pour qu'on puisse
définir exactement ce qu'on a... qu'est-ce qu'on a besoin, autant pour la
sécurité du public, mais que pour les patients <aussi...
Mme Allard (Marie-Frédérique) :
...la sécurité du public, mais que pour les patients >aussi.
M. Bonnardel : Bien, ça, je
peux vous assurer qu'on va le travailler avec le MSSS. Puis je suis
convaincu... en tout cas, quelques fois, vous l'avez dit, là, ça peut peut-être
devenir pesant, lourd, je reste convaincu que ces agents vont être un support
non négligeable, tu sais. La complémentarité, je pense, c'est le meilleur... le
meilleur mot qu'on peut utiliser, dans le travail que vous avez à faire, versus
ce que les agents, dans le rôle qu'ils auront, spécifique... vous avez le
vôtre, ils auront le leur, et ensemble le partage de l'information sera
immensément important.
J'ai peut-être une dernière question sur
le secret professionnel. Bon, là, le policier aura la possibilité de parler à
l'équipe médicale pour savoir : Bon, bien, je m'en vais à telle adresse. C'est
Bonnardel qui reste à cette adresse. Monsieur... Le but, ce n'est pas
nécessairement de comprendre puis de connaître le diagnostic, je pense que vous
êtes meilleurs spécialistes que moi, mais peut-être le comportement de... du M.
X dans les dernières semaines, sinon depuis sa dernière rencontre avec vous. Je
pense que... Êtes-vous d'accord sur ce principe, là, de partage d'information?
Pour certains qui étaient inquiets, là, de... de... Puis le policier... Encore...
encore une fois, je ne veux pas parler pour ceux qui auront, des fois, à faire
ces appels, mais je pense qu'ils vont se concentrer pas mal plus sur... je
donne encore le même exemple, de quelle façon le M. X réagit face à quelqu'un,
exemple, qui porte l'uniforme quand la porte va ouvrir.
• (16 h 10) •
Mme Gamache (Claire) : En
fait... En fait, Luc Vigneault vous a un peu dit qu'il y a comme une espèce de
culture, effectivement, d'éviter de parler, en psychiatrie, puis c'est une
culture qu'il faut effectivement, en partie, défaire, là. Il faut parler de
consentement, de divulguer de l'information dès qu'on rencontre nos patients.
Puis il y a... il y a tout un travail à faire, là, de changement de culture à
ce niveau-là. Puis, oui, il y a des patients qui sont... qui sont, évidemment,
paranoïdes puis qui ne veulent pas qu'on transmette de l'information, mais,
quand on est dans des contextes de risque de violence ou de détérioration, on a
déjà les leviers pour pouvoir échanger avec les policiers. Ça fait que je pense
que ça fait partie du travail quotidien qui est... Ça fait que le secret
professionnel n'a plus beaucoup lieu d'être quand on est dans des contextes de
dangerosité immédiate, là.
M. Dufour (Mathieu) : Puis,
si je peux rajouter, tu sais, je pense que l'idée du secret professionnel ou de
la confidentialité, c'est que, si, disons, il y a des agents de liaison qui
vont visiter l'hébergement puis qui voient des choses, bien, il faut le
rapporter aussi à l'équipe traitante, il faut que ça soit bidirectionnel, parce
que ça reste que l'équipe traitante, avec l'hôpital, est ultimement responsable
de la gestion de tout le risque du patient de par son rôle, là, tu sais, le...
Bien, comme vous savez, M. le ministre, quand quelqu'un est non criminellement
responsable, c'est la commission d'examen qui donne des conditions puis ensuite
délègue la gestion des conditions au responsable de l'hôpital, que ce risque-là
soit relié à la toxicomanie, à un trouble de personnalité ou à la
schizophrénie, est responsable de tous le risque. Donc, s'il y a un agent de
liaison qui fait une certaine surveillance, il faut que le responsable
d'hôpital le sache, parce qu'il est aussi responsable de la surveillance, du
coup, sinon, ça devient assez redondant, puis il faut absolument se parler.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup.
M. Bonnardel : Il me reste-tu
une minute ou deux? Non?
Le Président (M. Provençal)
:Non, désolé.
M. Bonnardel : OK. J'aurais
pris... Je vais aller vous la poser après.
Mme Gamache (Claire) : On a
le droit de se parler après.
M. Bonnardel : Oui, c'est ça.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Oui, merci
beaucoup. Merci à vous pour votre exposé. C'est très intéressant. Mais je vais
continuer dans le même alignement que le ministre, parce que, dans le projet de
loi, je veux nous ramener un peu au projet de loi, vous l'avez soulevé dans
votre mémoire, que ce n'est pas précis à qui vous pourriez donner de
l'information, ou l'inverse. Alors, vous, vous souhaitez qu'on amende le projet
de loi pour nommer les agents de liaison, pour être en mesure de vraiment
partager l'information avec eux, puis aussi l'inverse.
Mme Gamache (Claire) : ...Un
peu comme dit Dr Dufour, si les agents de liaison voient des choses puis entendent
parler par les policiers qu'il y a vraiment des choses particulières, c'est des
patients qu'ils connaissent sous CETM, on veut avoir cette information-là pour
travailler. Puis c'est sûr qu'il va falloir qu'on propose à plusieurs patients
de signer la possibilité qu'un cercle de soins puisse se parler, hein? C'est
hier qu'on disait : L'échange, il faut que ça se fasse peut-être avec un
corps de métier plutôt qu'avec des personnes particulières. Ça fait que ça va
faire partie des choses qui devront être discutées, là, peut-être avec les
éthiciens puis avec des patients partenaires, pour voir dans quelle mesure on
ouvre ces éléments-là.
Mme Maccarone : Là, j'ose
croire que c'est la même chose pour les policiers. Vous l'avez soulevé un peu,
puis vous m'avez entendue dans... lors des derniers échanges, puis peut-être
vous avez entendu les policiers, ce matin, qui disaient... c'est ça qu'ils
souhaitent eux aussi, hein, parce qu'ils font face à des difficultés puis ils
ne savent pas sur quel pied danser, comment offrir cette information, est-ce
que j'ai le droit d'offrir cette information. Ça fait que, peut-être, ça aussi,
ça mérite d'être clarifié.
La notion de consentement, je souhaite
vous entendre aussi là-dessus. Comment ça figure à l'intérieur de tout ceci? On
a entendu des personnes concernées qui disaient que le consentement... eux sont
très pour le consentement, puis ils disent : Je devrais l'offrir tout le
temps parce que je sais que c'est pour mon bien-être, puis c'est pour m'aider
aussi à ma réinsertion sociale. Comment voyez-vous ça à l'intérieur de tout ce
partage de <l'information...
Mme Maccarone :
...ça
à l'intérieur de tout ce partage de >l'information, comment nous devons
le traiter?
Mme Gamache (Claire) : C'est
une très grande question, en fait, la notion de consentement. Souvent, quand
les patients vont bien... Puis j'ai beaucoup aimé M. Vigneault dire hier :
On peut préparer nos... notre espèce de protocole de crise, hein? Donc, dès le
départ, les patients, quand ils commencent leur suivi avec nous, on peut
prévoir des protocoles de crise.
Puis, à la limite, on peut même prévoir, dans
ces protocoles-là, si je ne suis plus d'accord à ce que vous donniez de
l'information à telle, telle, telle personne parce que je ne vais vraiment pas
bien, est-ce qu'on peut s'entendre déjà pour dire : Bien, peut-être que,
dans le fond, vous pouvez recevoir de l'information, mais j'aime mieux vous
n'en donniez pas à ma mère, que vous n'en donniez pas, mais si je suis vraiment
en danger ou je deviens dangereux... Puis, à ce moment-là, nous, on peut le
dire, là, qu'à ce moment-là on va continuer de donner de l'information à
certains corps de...
Ça fait que ça fait partie de la
conversation qu'on pourrait beaucoup mieux organiser avec la patientèle. Puis
ça pourrait même se discuter en commission d'examen, à la limite, puis que ça
fasse partie des choses qui sont discutées puis des conditions qui sont
discutées, de se faire un protocole de crise que tout le monde va essayer de
respecter quand ça va être le temps d'être en désorganisation, là.
Mme Maccarone : OK. OK.
M. Dufour (Mathieu) : Puis,
si je peux peut-être rajouter, tu sais, tout ce qui est la confidentialité avec
le rôle des proches et de la famille. Je pense, hier, il y avait Mme Brabant,
là, qui est une proche, et je pense qu'on... Tu sais, ce qu'on entend beaucoup
des proches, c'est qu'on ne les implique pas assez. Et, des fois, on se cache
derrière certaines lois sur la confidentialité quand des fois... Tu sais, on
peut, avec les lois actuelles, recevoir de l'information, mais ensuite en
donner. C'est là qu'il faut avoir le consentement du patient. Puis, tu sais, je
pense, là on parle beaucoup de la psychiatrie légale pour les patients sous
CETM, il y a toute la réforme de la P-38, là. Je sais que le ministre Carmant
avait demandé au Pr Noreau de regarder tout ça.
Mme Maccarone : Devance-moi
pas trop, là, j'ai cette question-là aussi.
M. Dufour (Mathieu) : OK.
Mais d'abord je vais juste en parler juste brièvement, parce qu'il y a un
aspect de la P-38, les hospitalisations involontaires, qui est en lien avec la
confidentialité. Quand est-ce que les... On peut, comme équipe traitante,
parler aux proches dans un contexte où qu'on évalue quelqu'un pour un P-38 et
autres. Puis Dre Gamache a mentionné... Moi, j'ai pratiqué six ans en
Ontario en plus de ma résidence, plus six ans, donc j'ai travaillé 11-12 ans
là-bas, et il y a une section, puis là je vais devenir technique, là, 54 de la loi
en santé mentale où... qui permet aux patients qui sont évalués pour des P-38
ou des patients sous CETM que les mêmes lois de confidentialité dans la santé
ne s'appliquent pas. Donc, il y a certaines... disons, il y a beaucoup plus
d'ouverture dans cet échange d'information là pour les gens de la santé. Donc,
l'Ontario a décidé que, pour des patients qui sont plus à risque de violence,
qui sont sous CETM de l'Ontario, bien, le secret professionnel ne s'applique
pas ou, en tout cas, avec des balises beaucoup plus ouvertes que pour les
autres patients.
Mme Gamache (Claire) : Autant
pour la famille que pour les corps de métier.
M. Dufour (Mathieu) : Exactement.
Avec tout le monde.
Mme Maccarone : OK. Vous avez
répondu à ma question pour la P-38. Merci. Ça fait que... Mais je reviens aussi
aux agents de liaison puis la notion de famille. Vous l'avez évoqué, on l'a
entendu des témoignages, hier, des recoupements des victimes puis aussi,
évidemment, le témoignage des familles qui sont concernées. Puis Me Kamel
a aussi soulevé que c'est un aspect qui est souvent oublié quand on parle de
ces drames. On a entendu aussi de la part du ministre que ça se peut que les
agents de liaison auront un rôle aussi auprès des familles. Comment voyez-vous
ça? Est-ce que ça va être trop lourd? Comment que ça va fonctionner? Est-ce que
ça devrait être leur responsabilité ou est-ce que c'est l'équipe traitante qui
devrait avoir ce rôle de partage de l'information puis des suivis avec les
membres de la famille ou peut-être les victimes?
M. Dufour (Mathieu) : ...m'essayer.
Tu sais, comme, je pense, ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que... quand un patient
est non criminellement responsable et demeure sous la CETM, les dernières
études justement d'Anne Crocker, qui fait le plus d'études, là, sur le système
de psychiatrie légale au Canada, c'est que les gens restent en moyenne 5 à
6 ans en moyenne à travers le Canada. Bon, c'est un peu moins longtemps au
Québec parce qu'on a plus de NCR pour des crimes moins sévères, donc qui
restent moins longtemps, mais disons, en général, 5-6 ans.
Donc, ça, c'est un épisode de soins, c'est
une petite partie, 5-6 ans, dans toute leur vie. La plupart des gens vont
être non criminellement responsables une fois, là. C'est rare quand même, comme
M. Brouillard Lessard, qu'ils ont plusieurs verdicts de NCR. Donc, après, ces
gens-là ont quand même besoin de soins et restent dans le milieu de la santé
puis souvent dans les mêmes services, là. Je pense, Dre Allard, aussi, a
cette réalité-là à Shawinigan.
Donc, les familles, il faut les impliquer
avec les équipes traitantes parce qu'on... ils vont être impliqués à vie. Tu
sais, quelqu'un qui a un diagnostic de schizophrénie, c'est une pathologie qui
est malheureusement incurable, pathologie chronique qui vient souvent avec de
multiples réhospitalisations ou, en tout cas, des rechutes psychotiques. Donc,
il faut vraiment que l'équipe traitante soit impliquée avec la famille, peu
importe la présence d'un agent de liaison, pour cette continuité de soins aussi
là, quand la CETM ne sera plus là.
Mme Allard (Marie-Frédérique) : ...probablement
qu'il y a des familles qui vont voir ça quand même d'un bon <oeil...
Mme Allard (Marie-Frédérique) :
...probablement qu'il y a des familles qui vont voir ça quand même
d'un bon >oeil parce qu'ils vont avoir l'impression où ils ont aussi une
place où s'adresser, tu sais. Puis je pense qu'on a un... il y a un travail à
faire pour impliquer...
Mme Maccarone : Une lacune à
remplir.
Mme Allard (Marie-Frédérique) : ...encore
plus les familles, mais je pense que... s'il y a un agent de liaison, ou peu
importe où il serait, ou un criminologue, ou comme dans une équipe traitante, bien,
je pense que ça peut être aidant pour les familles, s'il peut y avoir un
échange, des... des fois ils ont des questionnements, un endroit où dire :
Bien, ça ne va pas. Qui j'appelle? Qu'est-ce que je fais, là?
Mme Maccarone : OK. Dre Gamache,
vous l'avez déjà fait dans vos remarques, où est-ce qu'on... ça devrait loger,
ce rôle : Santé et Services sociaux? Vous savez que Pre Crocker,
hier, elle a dit : Vraiment Santé, Services sociaux. Puis là, dans les
échanges, puis aussi c'est indiqué dans votre mémoire, si on a un agent de
probation, on ne devrait pas aussi avoir un agent de liaison? Est-ce que ça, ça
peut résoudre le problème si, mettons, l'agent de liaison était sous la
responsabilité du ministère Santé et Services sociaux? Mais là on n'aura pas de
confusion entre le rôle. Parce que c'est vrai, les personnes concernées, ils
ont... ils sont craintifs, il y a une peur. Puis, si c'est pour leur bien-être,
est-ce que c'est quelque chose que nous pouvons considérer pour régler cette
préoccupation que vous avez?
• (16 h 20) •
Mme Gamache (Claire) : En
fait, c'est clair que, si on décide de mettre ça sous le ministère des Services
sociaux, ça fait partie de l'équipe traitante, donc tous les enjeux de
confidentialité sont...
Mme Maccarone : Réglés.
Mme Gamache (Claire) : ...sont
beaucoup moins problématiques, là. Puis c'est... Moi, j'ai envie de dire :
Plus on a d'expertise partout, mieux c'est. Ça fait que, là, on aurait de
l'expertise plus, là, au niveau du système criminel. Les criminologues ont
beaucoup apporté cette expertise-là aussi dans les équipes traitantes, ça fait
que... Mais je ne suis pas certaine que c'est possible, là. Mais c'est sûr que
ça réglerait cette...
Mme Maccarone : Tout est
possible jusqu'à tant que la loi n'est pas adoptée.
Mme Gamache (Claire) : C'est
ça. C'est ça.
Mme Maccarone : Puis il y a
de la place pour des amendements ou bien, peut-être, le dépôt d'un projet de
loi futur, si on ne peut pas le régler aujourd'hui.
Mme Gamache (Claire) : Oui.
Mme Maccarone : Avec le très
peu de temps qu'il me reste, je souhaite vous entendre en ce qui concerne la...
je ne suis pas capable. Vous savez le mot?
Mme Gamache (Claire) : Oui.
Mme Maccarone : En
psychiatrie légale, expliquez-nous c'est quoi, la problématique — vous
l'avez aussi indiqué dans votre mémoire — c'est quoi, la
problématique, puis qu'est-ce que nous avons besoin pour régler ce problème.
Mme Gamache (Claire) : C'est
très, très vaste. Mais c'est un projet qui est discuté depuis plus de
10 ans au Québec, hein? Ça fait plus de 12 ans, là, qu'on discute de
cette hiérarchisation-là. C'est d'organiser la psychiatrie légale pour que
les... les endroits où on désigne des hôpitaux, on ait des équipes solides pour
avoir de... dans le fond, de... la détention de cette clientèle-là, donc des
unités fermées avec du personnel plus... plus compétent pour s'occuper de cette
clientèle-là, puis, quand ces gens-là sont libérés sous condition, avec des...
une hiérarchisation, c'est-à-dire que les patients très dangereux seraient
suivis dans des hôpitaux désignés beaucoup plus solides, avec des équipes plus
solides, et, quand on est en libération, puis que les patients sont, bon, dans
une période où ils sont beaucoup plus réadaptés, après des fois deux, trois ans
à Pinel, on peut les envoyer dans leur région, avec des équipes qui sont à la
fois aussi bien... bien équipées, mais qu'ils pourraient, à la limite, même
être supervisés par ceux qui les ont connus dans les périodes où ils étaient
très...
Ça fait qu'on voudrait diminuer les
hôpitaux désignés. Au Québec, on en a 45, en Ontario, il y en a 10. Donc, on
voudrait vraiment diminuer les hôpitaux désignés pour que les hôpitaux soient
beaucoup mieux équipés, avec énormément d'expertise, quand c'est nécessaire, et
on pense qu'il devrait y avoir un tribunal spécialisé éventuellement pour
s'occuper de toute cette clientèle-là au lieu d'avoir trois, quatre tribunaux,
en fait les... la Cour du Québec, la Cour supérieure<i>, pour aller pour
les patients.
C'est extrêmement compliqué pour nous.
Moi, je ne suis pas une psychiatre légiste, là, puis ça fait deux ans
qu'ils me cassent les oreilles avec toutes ces affaires-là, à l'AMPQ, ça fait
que là, je comprends beaucoup mieux. Mais, pour les familles et les patients,
c'est un... c'est un casse-tête incroyable, là.
Mme Maccarone : C'est une
recommandation-phare...
Mme Gamache (Claire) : Oui.
Mme Maccarone : ...de Géhane
Kamel aussi à l'intérieur de ses deux rapports.
Mme Gamache (Claire) : Oui.
Puis la dernière chose de la hiérarchisation, c'est d'avoir des responsables
d'hôpitaux qui savent de quoi ils parlent, qui sont compétents, qui connaissent
les lois et qui sont capables d'avoir un portrait global de tous les gens qui
sont sous CETM dans leurs hôpitaux puis, idéalement, un portrait global au
Québec de qui est sous CETM, qui a besoin de surveillance, qui a besoin d'être
à Pinel, qui peut aller à Shawinigan, qui peut être suivi à Laval par la suite.
Vous avez entendu parler peut-être du
COOLSI pendant la pandémie de COVID-19, les soins intensifs pour les patients
très, très malades où est-ce qu'on envoyait les patients. On pense à un COOLPSI
pour la hiérarchisation de la psychiatrie légale.
Mme Maccarone : OK. Il me
reste une minute. Mme Rioux m'a dit que ça se peut que vous, vous
avez des informations en ce qui concerne les hébergements adaptés, les maisons
de transition. Combien est-ce qu'on a actuellement puis combien est-ce qu'on a
besoin pour rejoindre la demande?
Mme Gamache (Claire) : C'est
Mathieu qui a ces... qui a ces chiffres-là.
M. Dufour (Mathieu) : Oui.
Oui, puis... En fait, là, je ne suis pas spécialiste en hébergement. Mais,
juste pour faire le lien, Dre Gamache, le projet de hiérarchisation, elle
a très bien expliqué, parce que l'AMPQ puis plusieurs autres personnes, dont le
ministère de... de M. le ministre <Bonnardel...
M. Dufour (Mathieu) :
...AMPQ
puis plusieurs autres personnes, dont le ministère de... de M. le ministre >Bonnardel,
sont très impliquées. Puis, tu sais, c'est un projet... On parle de
l'hébergement là-dedans, mais c'est un projet vraiment vaste sur trois ans,
un projet du ministère de la Santé qui ont... puis ils ont demandé à Pinel de
coordonner. Donc, c'est pour ça, comme cheffe de département à Pinel, c'est
Dre Bédard-Charette, qui est notre DSP, qui dirige tout ça. Puis c'est
vraiment... On améliore le système au complet. Donc, c'est pour ça, là, on
parle d'agents de liaison et de confidentialité, mais le projet de
hiérarchisation est beaucoup plus grand pour améliorer le système, parce qu'on
sait qu'il y a des enjeux, puis un des enjeux, c'est l'hébergement.
Je pense, Mme Rioux parlait qu'il y a
seulement de l'hébergement spécialisé en psychiatrie légale à Montréal. Puis,
en fait, on a appris... Parce qu'il y a... il y a <i>l'Entre-Toit, qui
s'appelle... L'Entre-Toit Saint-Jacques puis <i>Léger à Montréal — ils
ont deux centres de services — et L'Intervalle, ils sont comme trois ressources
spécialisées 24 heures/7, et on a appris qu'en fait... On pensait que,
nous, c'est spécialisé en psychiatrie légale, mais non, ils prennent d'autres
gens aussi. Donc, même là, est-ce qu'ils sont vraiment spécialisés en
psychiatrie légale? Mais ils offrent de bons services. Et nous, la plupart de
nos patients à Pinel vont dans ces ressources-là ou vont dans d'autres
appartements supervisés, mais à l'extérieur de Montréal, il n'y en a pas.
Une voix : On en a combien à
peu près...
M. Dufour (Mathieu) : Disons,
là, j'y vais comme ça, là, c'est peut-être 80 à 100 places sur environ le
1 900, 2 000 personnes sous la CETM, donc ce n'est vraiment pas
beaucoup. Puis, tu sais, j'ai pratiqué en Ontario, puis on avait beaucoup plus
d'hébergement spécialisé en psychiatrie légale qui était en lien avec des
organismes de bienfaisance aussi.
Mme Gamache (Claire) : Mais
on n'aurait pas besoin de 1 900 places en hébergement. Mais on a
probablement 700 patients...
Mme Allard (Marie-Frédérique) : En
détention.
Mme Gamache (Claire) : ...en
détention actuellement au Québec?
M. Dufour (Mathieu) : Exact.
Donc, environ 1 200...
Mme Maccarone : C'est très
peu. Je ne m'attendais pas à ce chiffre.
M. Dufour (Mathieu) : Oui.
Le Président (M. Provençal)
:On va être obligés de clore cette
discussion-là, cet échange-là.
Mme Maccarone : Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Et je vais céder la parole maintenant
au député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup d'être ici avec nous, là. Votre expertise est
essentielle. Je vais continuer sur le même sujet, là je veux juste... je suppose
qu'il y a un lien. Beaucoup de ces personnes-là qui sortent de vos services
peuvent se retrouver en situation d'itinérance aussi.
Une voix : ...
M. Dufour (Mathieu) : Bien,
je vous dirais que... je vous dirais que c'est très rare qu'ils sont en
situation d'itinérance. Parce qu'étant donné que le patient qui est sous CETM
représente un risque important pour la sécurité du public, s'il n'y avait pas
de contraintes légales... Donc, la CETM nous dit : On peut le libérer de
l'hôpital, après un séjour à l'hôpital, avec des conditions particulières. Avec
ces conditions-là, c'est sécuritaire, mais, si on enlevait ces conditions-là,
c'est là qu'il serait un risque de violence. Puis quand ils sortent comme ça,
avec des conditions en particulier, bien, souvent, il y a une condition que c'est :
Il faut qu'il soit dans une résidence approuvée par l'hôpital. Il faut qu'il
vienne à son rendez-vous psychiatrique, qui est souvent des dépistages
urinaires de drogues. On en fait souvent. Il y a beaucoup de conditions. Puis
je vous dirais... Bon, là, moi, c'est peut-être biaisé parce que je travaille à
Pinel, c'est les cas les plus lourds puis les plus dangereux, mais on a quand
même plus que 150 personnes en clinique externe qu'on suit. Et ces
patients-là, le moindrement qu'ils perdent leur logement, nous, on ne peut pas
tolérer...
Une voix : ...
M. Dufour (Mathieu) : ...on
les ramène à l'hôpital, parce que l'itinérance vient avec le fait : Est-ce
qu'ils vont continuer leurs médicaments? Est-ce qu'ils vont consommer des
drogues? Et le risque est trop important. On ne tolère pas. On le ramène à
l'hôpital le temps de retrouver un autre logement. Donc, je vous dirais, en
majorité, on ne tolère pas l'itinérance. Est-ce qu'il y a des ratés puis, des
fois il y a des échappées? Probablement, puis ça, on veut le changer avec le
projet de hiérarchisation, mais normalement, ils ne sont pas en situation
d'itinérance.
Mme Allard (Marie-Frédérique) : ...les
problèmes de logement, les problèmes d'hébergement, on a des patients qui
restent détenus dans les... donc qui prennent des lits d'hôpitaux, parce qu'on
n'a pas d'endroit où les envoyer, puis on... Il y a... Il y en a, des patients
qui sont tout à fait autonomes, qui pourraient sortir d'hôpital, aller vivre en
appartement, mais ce n'est pas possible parce qu'on n'en trouve pas. Ça fait
que là, on se retrouve avec un risque... bien, avec un problème de lits.
Tu sais, je vais prendre l'exemple de la Mauricie—Centre-du-Québec,
on a 15 lits de psychiatrie légale. Bien, il y a 30... plus que
30 patients qui sont là. On n'est pas capable de faire de nouvelles
évaluations parce qu'on a trop de patients en détention au TAQ, parce qu'ils ne
sont pas capables de les sortir, parce qu'ils n'ont pas de milieu
d'hébergement. Ça fait que vous voyez un petit peu? C'est comme... C'est des
vases communicants. Puis on se retrouve dans des situations difficiles parce
qu'il y a des gens en détention qui ont besoin de soins, qui ont besoin d'être
évalués, mais ça va retarder parce qu'on n'a pas de place dans les hôpitaux. Ça
fait que là, c'est...
Mme Gamache (Claire) : Puis
on n'est pas capable de les mettre dans...
Mme Allard (Marie-Frédérique) : Puis
on n'est pas capable... C'est ça. Ça fait qu'on est... C'est... c'est tout... C'est
un problème de société, là. Ce n'est pas juste...
M. Fontecilla : Tout à fait. Tout
n'est jamais noir et blanc, là. Mme Gamache, vous avez dit tantôt quelque
chose qui m'a intrigué, là. Les agents de liaison, tels qu'ils sont présentés,
parce qu'on n'en connaît pas énormément, là, ne feront pas partie de l'équipe
traitante. Tantôt, je questionnais Mme Rioux qui nous disait ou... elle, qui
ne voyait pas de problème à ce que les agents de liaison fassent partie...
Est-ce qu'il y a un problème pratique <de...
M. Fontecilla :
...que
les agents de liaison fassent partie... Est-ce qu'il y a un problème pratique >de...
Mme Gamache (Claire) : ...s'ils
sont engagés par l'hôpital puis ils travaillent dans le ministère de la Santé,
ils vont être dans les équipes traitantes. Mais je ne pense pas que le projet
de loi envisage ça comme ça. Ça fait que, s'ils sont dans le ministère de la
Sécurité publique, ils ne pourraient pas faire partie intégrante d'une équipe
traitante dans un hôpital. Quand on confie un patient sous commission d'examen,
on le confie aux responsables de l'hôpital. Donc, ils vont faire partie
vraiment d'une autre équipe à l'extérieur, et, dès qu'on est à l'extérieur du
système de soins ou de l'équipe traitante, on est obligé de faire des ententes
de confidentialité puis de partage d'information, là. Ça fait que je...
M. Fontecilla : Puis est-ce
qu'on pourrait concevoir une façon ou un changement législatif, à la limite,
pour faire en sorte que cette... cette intégration puisse se faire avec deux ministères
responsables?
• (16 h 30) •
Mme Gamache (Claire) : Je ne
sais pas si ça existe. On a les équipes mixtes actuellement, hein, dans
plusieurs villes où il y a des travailleurs sociaux qui sont engagés dans....
dans... en fait, qui vont travailler dans les postes de police, mais qui font
partie de... Je pense qu'il y a moyen, peut-être, de trouver des arrangements,
là, qui est responsable de qui. Je peux vous donner l'exemple de... Chez nous à
Laval, on a une grande équipe de travailleurs sociaux qui sont engagés à la
ville de Laval depuis des années, ça fait 25 ans, puis on travaille en
collaboration. J'ai le cellulaire du chef des travailleurs sociaux de la police
de Laval, il a le cellulaire de la plupart des psychiatres chez nous. On ne
fait pas partie de la même équipe traitante, mais on se connaît bien puis on a
l'habitude de partager de l'information pour la clientèle dans des contextes de
dangerosité ou d'évaluation...
M. Fontecilla : Mais il faut
établir ce lien-là. C'est formalisé?
Mme Gamache (Claire) : Mais
il faut établir les balises. Oui.
M. Fontecilla : Vous avez
aussi dit que...
Le Président (M. Provençal)
:...le temps est écoulé.
M. Fontecilla : Écoulé. On
connaît la phrase.
Le Président (M. Provençal)
:Excusez-moi. Alors, je remercie le
Dre Gamache, le Dre Allard et le Dr Dufour pour cet échange, qui
a été très intéressant, avec les gens de... et les membres de la commission.
Alors, on suspend les travaux.
(Suspension de la séance à 16 h 31)
16 h 30 (version révisée)
(Reprise à 16 h 35)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, nous recevons maintenant les
représentants de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la
sécurité du travail. Alors, nous avons quatre personnes qui sont présentes.
Vous avez 10 minutes pour votre présentation, et nous procéderons à l'échange
par la suite. Alors, je vous cède la parole.
Mme Gagné (Anouk) : Merci, M.
le Président. Permettez-moi d'abord de vous remercier pour l'invitation à
prendre part à cette consultation. Je me présente, Anouk Gagné,
présidente-directrice générale de la Commission des normes, de l'équité, de la
santé et de la sécurité du travail. Je suis accompagnée aujourd'hui de M.
Mohamed Aiyar, vice-président à la prévention, ainsi que de Me Julie Perrier et
Me François Bilodeau, tous deux avocate et avocat à la Direction générale des
affaires juridiques de la CNESST.
La CNESST fait la promotion des droits et
des obligations en matière de travail et en assure le respect auprès des
travailleurs, et des travailleuses, et des employeurs du Québec. Elle est ainsi
appelée à intervenir dans les domaines des normes du travail, de l'équité
salariale, de la santé et de la sécurité du travail. Dans le cadre de sa
mission, elle s'est vu confier la gestion du régime de santé et sécurité du
travail sur l'ensemble du territoire québécois et est chargée d'appliquer
notamment la <i>loi sur la santé et sécurité du travail, la LSST.
Cette dernière a pour objet l'élimination
à la source des dangers pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique et
psychique des travailleuses et des travailleurs. Cette philosophie qui anime la
structure de la loi se traduit par une implication paritaire du milieu de
travail en prévoyant des mécanismes de participation des travailleurs et des
travailleuses, de leurs associations ainsi que des employeurs et de leurs
associations pour mobiliser tout le milieu à agir en prévention des accidents.
Elle s'applique à toute entreprise de juridiction provinciale, incluant le
gouvernement, ses ministères et organismes ainsi qu'à tout lieu de travail tel
que le définit la loi.
Le législateur a prévu l'imposition d'obligations
légales aux acteurs du monde du travail. Les principales obligations des
travailleuses et des travailleurs sont de prendre les mesures nécessaires pour
protéger leur santé, leur sécurité ou leur intégrité physique ou psychique et
veiller à ne pas mettre en danger la santé, la sécurité ou l'intégrité physique
ou psychique des autres personnes qui se trouvent sur les lieux du travail ou à
proximité des lieux du travail.
L'employeur, quant à lui, demeure le
principal débiteur d'obligations en vertu de la LSST compte tenu de son droit
de gérance et de l'autorité qu'il détient sur les lieux de l'organisation du
travail. Les obligations générales sont... de l'employeur sont notamment de s'assurer
que l'organisation du travail et les méthodes et techniques utilisées pour l'accomplir
sont sécuritaires et ne portent pas atteinte à la santé du travailleur, utiliser
les méthodes et techniques visant à identifier, contrôler et éliminer les
risques pouvant affecter la santé et la sécurité du travailleur, informer
adéquatement le travailleur sur les risques reliés à son travail et lui assurer
la formation, l'entraînement et la supervision appropriés afin de faire en
sorte que le travailleur ait l'habileté et les connaissances requises pour
accomplir de façon sécuritaire le travail qui lui est confié.
S'est ajoutée l'obligation suivante lors
de l'adoption, en 2021, de la <i>loi modernisant le régime de la santé et
la sécurité du travail, soit prendre les mesures pour assurer la protection du
travailleur exposé sur les lieux de travail à une situation de violence
physique ou psychologique, incluant la violence conjugale, familiale ou à
caractère sexuel. Certains travailleurs, dont les policières et les policiers,
sont, du fait de leurs fonctions, en contact avec des personnes dont la santé
mentale est perturbée et sont conséquemment exposés à des risques importants,
dont la violence physique, sans toutefois que l'on puisse qualifier de telles
situations comme étrangères aux <activités de leur employeur...
Mme Gagné (Anouk) :
...puisse
qualifier de telles situations comme étrangères aux >activités de leur
employeur. Bien au contraire, ces situations font partie intégrante des
activités des corps policiers, qui doivent composer avec cette réalité et même,
à certaines occasions, utiliser la force nécessaire pour maîtriser un individu.
Dans un tel contexte, l'obligation de protéger la travailleuse ou le
travailleur contre la violence passe nécessairement par une évaluation des
risques, et c'est cette étape qui permet à l'employeur de mettre en œuvre les
méthodes de travail appropriées en adéquation avec l'appréciation des risques.
Considérant l'expertise de la commission
et son cadre légal, les inspectrices et les inspecteurs mènent plusieurs
enquêtes annuellement à la suite d'accidents du travail graves ou mortels. La
démarche utilisée par les inspecteurs permet de cerner les causes de l'accident
et ainsi faire des recommandations pour éviter qu'un tel accident ne se
reproduise. Cela a notamment été le cas à la suite du décès de la policière Maureen
Breau lors d'une intervention en mars 2023.
L'enquête de la CNESST a notamment permis
de déterminer que l'évaluation du risque lors d'une intervention d'arrestation
planifiée était déficiente. Elle a été laissée à la discrétion des policières
et des policiers et les a exposés à intervenir face à un individu dont le
niveau de dangerosité aurait nécessité une stratégie d'intervention leur
assurant une plus grande sécurité. La planification de l'arrestation était
inadéquate puisque plusieurs éléments des principes de défense et des principes
tactiques lors d'une intervention policière n'ont pas été respectés. La
formation des policières et des policiers en matière d'emploi de la force était
insuffisante. La supervision par l'employeur lors de l'évaluation du risque et
de la planification de l'intervention était inadéquate.
En conséquence, la CNESST a émis
13 recommandations qui traitent différents aspects liés à la santé et à la
sécurité des policiers et des policières du Québec en lien avec les
interventions planifiées et l'évaluation du risque, le maintien des
compétences, la méthode de travail sécuritaire et la supervision.
Conséquemment, la CNESST a suggéré quelques pistes afin de tendre vers des
standards assurant une plus grande sécurité des travailleurs et du public. Notamment,
au niveau de la communication de l'information personnelle pertinente des
personnes dont l'état mental est perturbé, sans que le dossier médical devienne
entièrement accessible, certains éléments essentiels à la santé et à la
sécurité des travailleurs devraient être communiqués aux corps policiers. Cette
avenue mérite d'être explorée car l'absence ou le manque d'information devient
un obstacle à l'évaluation réelle des risques.
• (16 h 40) •
En effet, si, au départ, l'évaluation des
risques est faussée, la méthode de travail associée en serait... sera
nécessairement affectée et la santé et la sécurité du travailleur grandement
compromise. Ce travail de prévention essentiel doit s'effectuer en amont afin
d'avoir une meilleure connaissance et évaluation des risques, ce qui se
répercutera positivement dans toute la chaîne décisionnelle. Des décès pourront
ainsi être évités. La meilleure évaluation du risque est celle qui permet une
analyse de toute l'information disponible et du portrait réel d'une situation
donnée.
En ce sens, les enjeux de confidentialité
peuvent être un frein à la mise en œuvre de l'obligation qui incombe à
l'employeur de protéger ses travailleuses et ses travailleurs contre une
situation de violence. Si l'information permettant d'identifier adéquatement
les risques n'est pas accessible ou complète, il est probable que l'évaluation
des risques soit faussée et que les méthodes de travail ne soient pas adaptées
à la situation, compromettant ainsi la santé, la sécurité et l'intégrité
physique ou psychique d'une travailleuse ou d'un travailleur.
Un constat, alors, s'impose. La limite à
la prévention de la violence physique dont peut être victime une policière et
un policier intervenant auprès de personnes non criminellement responsables
pour cause de troubles mentaux et sous ordonnance de la Commission d'examen des
troubles mentaux est tributaire notamment de l'information médicale concernant
cette personne. De ce fait, cet enjeu de confidentialité met en opposition des
droits fondamentaux protégés par la charte québécoise, soit le droit à la vie
privée et le droit pour un travailleur à des conditions de travail justes et
raisonnables et qui respectent sa santé, sa sécurité et son intégrité physique.
Ainsi, en ce qui a trait au partage
d'information, la difficulté consiste à trouver un juste équilibre entre la
confidentialité des informations médicales ou autres et le droit des conditions
de travail qui assurent la santé, la sécurité et l'intégrité physique et
psychique des travailleurs intervenant auprès des personnes non criminellement
responsables pour cause de troubles mentaux. En nous présentant ici, nous
souhaitons contribuer à la mise en place d'un cadre législatif permettant la
mise en œuvre des droits prévus à la LSST et à la Charte des droits et libertés
de la personne, plus spécifiquement en soulignant que le travailleur ou la
travailleuse a droit à des conditions de travail qui respectent sa santé, sa
sécurité et son intégrité physique et psychique. Toute personne qui travaille a
droit, conformément à la loi, à des conditions de travail <justes et
raisonnables...
Mme Gagné (Anouk) :
...qui
travaille a droit, conformément à la loi, à des conditions de travail >justes
et raisonnables et qui respectent encore une fois sa santé, sa sécurité et son
intégrité physique.
La CNESST salue donc le dépôt du projet de
loi n° 66 visant à renforcer le suivi des personnes
non criminellement responsables pour cause de troubles mentaux ou inaptes à
subir leur procès. Cette proposition est en accord avec la suggestion de la
CNESST quant à la communication de certains renseignements pertinents
concernant des personnes dont l'état mental et perturbé. Ceci entraînera une
meilleure évaluation des risques, de laquelle découlera une méthode de travail
ou une stratégie d'intervention qui favorisera la santé et la sécurité des
personnes au travail, plus particulièrement les policières et les policiers.
La CNESST a la santé et la sécurité des
travailleuses et des travailleurs à cœur et remercie les parlementaires. Je
vous remercie pour votre temps. Mes collègues et moi demeurons disponibles pour
répondre à vos questions.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme Gagné, pour votre
présentation. M. le ministre.
M. Bonnardel : Oui, merci, M.
le Président. Messieurs dames, merci. Merci d'être là. Quelques questions, la
première sur... Bon, vous avez parlé de principe de défense, vous avez parlé...
une des premières interventions... vous parlez d'intervention planifiée et
évaluation du risque. J'aimerais ça que vous me donniez un portrait de ce que,
pour vous, ça veut dire. Puis, quand vous dites ça, bien, j'imagine que vous
avez rencontré... On va parler de la... vite, vite du cas Maureen Breau. Vous
avez, j'imagine, rencontré les policiers qui étaient... qui étaient avec
Maureen. Quelle analyse vous faites entre cet événement x, la Sûreté du Québec,
versus d'autres événements que vous avez peut-être eu à enquêter où il n'y a
pas eu tragédie malheureuse, heureusement ou malheureusement, dans ces deux
cas? Expliquez-moi un petit peu, là, l'analyse, parce que c'est le premier
point que vous... que vous mentionnez dans vos recommandations, puis ce
bout-là, il m'intéresse parce que je veux le comprendre aussi.
Puis ma sous-question va aller entre ce
que la Sûreté du Québec... bien, l'enseignement à <i>l'École nationale de
police, en premier lieu, versus ce que... les requalifications de la Sûreté du
Québec versus les autres corps de police, les principaux, Montréal... Montréal-Laval,
Laval-Québec. Donc, c'est ce petit bout-là, là, que je veux... prenez trois,
quatre minutes s'il le faut, là, mais donnez-moi un peu l'analyse que vous
faites de cette intervention planifiée et évaluation du risque qui doit être
mieux définie, selon vos mots.
Mme Gagné (Anouk) : Parfait.
Évidemment, les recommandations s'appliquent à tous les corps policiers. Je
vais laisser mon collègue, M. Mohamed Aiyar, qui est vice-président à la
prévention, répondre à la question, qui pourra peut-être être complétée, s'ils
le souhaitent, par nos collègues de la Direction générale des affaires
juridiques.
M. Aiyar (Mohamed) : Merci,
Mme Gagné. On sait tous que, dans des situations de travail, la meilleure
chose à faire, c'est la prévention pour qu'un événement ne se produise pas.
Pour faire de la prévention, ça prend des outils, ça prend de l'information.
L'information, il faut faire une analyse de risque. Je commence par... Bon,
c'est prévu dans la LSST qu'un employeur a l'obligation d'assurer la santé et
sécurité de ses travailleurs, mais comment? Tout d'abord, en faisant de la
prévention. Comment faire la prévention? Bien, tout d'abord, en ayant une
description de ses tâches, de passer une analyse détaillée de qu'est-ce que ça
comporte comme risques. Donc, ces risques répertoriés, on vient les apprécier.
Par la suite, bon, on les priorise et on met des actions, ou pour...
idéalement, c'est pour les éliminer à la source ou minimalement les contrôler.
Dans le cas où on parle de la
planification de l'intervention, ça commence tout d'abord... pour avoir de...
pour pouvoir faire... mener l'analyse de risque, il va falloir avoir de
l'information. Et, dans le cas de l'intervention des policiers, pour faire une
intervention planifiée, il faudrait prendre le temps de collecter de
l'information, de l'analyser, de savoir à qui on a affaire face, là... lors de
l'intervention, et surtout prendre chaque risque et puis dire : Bon, bien,
qu'est-ce qu'on va faire pour le minimiser ou pour le contrôler? Donc, on
n'arrive pas à l'improviste et on fait une intervention. Donc, la planification
est extrêmement importante parce que, parfois, il y a des stratégies
d'intervention. On mène des approches d'intervention, des tactiques qui sont
différentes, des personnes... On a besoin peut-être des personnes qui sont
spécialisées, dépendamment des risques qui étaient identifiés, et ça nous permettrait
d'être plus en mesure de prévenir ce qui peut se passer lors de l'intervention.
Par rapport aux événements où il n'y a pas
eu d'accident et où il y a eu des événements, mais qui... heureusement, la
conséquence était autre chose qu'un décès, c'est qu'effectivement la prévention
a joué des rôles qui sont importants. Malheureusement, depuis les
10 dernières années, trois décès chez les policiers, à chaque fois, ce
qu'on... ce qu'on a, la commission, lorsqu'on <mène des enquêtes, là...
M. Aiyar (Mohamed) :
...chez les policiers, et, à chaque fois, ce qu'on a, la commission, lorsqu'on >mène
des enquêtes, là, quand on arrive, c'est que l'intervention n'a pas été bien
planifiée, c'est que les policiers et policières manquent de formation, et donc
ce qui mène un petit peu, lorsqu'on arrive... bien, on n'est pas tellement
préparés pour faire face à de l'imprévu, de l'imprévu qu'on aurait pu avoir...
si on avait toute l'information, le prévoir à l'avance.
M. Bonnardel : Si je vous
suis, le premier point, vous dites : Mauvaise information que le policier
avait sur l'état mental du monsieur de l'autre côté de la porte.
Mme Gagné (Anouk) : Manque
d'information, pas mauvaise, mais manque d'information.
M. Aiyar (Mohamed) : Manque, c'est
ça.
M. Bonnardel : Manque
d'information, pas mauvaise, mais manque d'information. L'autre point, vous
dites : Peut-être qu'une personne, un travailleur... Vous connaissez les
équipes mixtes dans les différents postes. Vous dites : Peut-être que, si
un travailleur spécialisé, travailleur social, avait accompagné les policiers
ce soir-là... aurait pu atténuer... Vous dites... C'est un peu ça que vous
sous-entendez? Pas nécessairement?
Mme Gagné (Anouk) : Pas
nécessairement l'accompagnement, mais, si les policiers avaient eu en leur
possession l'information associée à l'état de santé mentale de la personne pour
qu'il y a une... vers qui il y a une intervention qui est faite, il y a un
risque qui est pris en charge, qui est évalué préalablement et qui permet
d'ajuster l'intervention qui sera effectuée. Je ne sais pas si, M. Aiyar, vous
voulez compléter...
M. Bonnardel : Oui, je
comprends.
Mme Gagné (Anouk) : On est
vraiment en prévention, hein, d'avoir une meilleure information permet d'avoir
une action plus appropriée et d'éviter de se mettre dans une situation où on
met à risque la santé de la travailleuse ou du travailleur.
M. Bonnardel : Je peux-tu
vous demander si... Je comprends votre analyse. Cette journée fatidique, les
policiers et policières auraient dû repartir pour obtenir ces informations
manquantes pour être capables de bien connaître la personne qui était de
l'autre côté? C'est un peu ça que vous...
Mme Gagné (Anouk) : Bien, dans
l'état de la loi actuelle, je ne pense pas que c'était possible pour eux de
repartir. Par contre, ce qu'on dit, c'est que ce qui serait souhaité, c'est que,
normalement, si on reprend cette situation-là, les policières ou policiers
auraient dû avoir entre les mains plus d'informations concernant l'état de
santé de la personne vers qui ils se dirigeaient pour adapter l'intervention au
niveau du risque qui aurait été jugé plus élevé en ayant possédé l'information
sur l'état de santé de cette personne.
• (16 h 50) •
M. Bonnardel : Vous dites, à l'École
nationale de police, là, qu'on devrait inclure dans le programme de formation
initiale en patrouille-gendarmerie les enseignements relatifs aux interventions
planifiées et non planifiées. Donc, ça, c'est un élément d'enseignement qui
était, pour vous, déficient à l'École nationale. C'est-tu ça que vous faites
comme...
Mme Gagné (Anouk) : M. Aiyar,
je vous laisse répondre.
M. Aiyar (Mohamed) : Les
interventions planifiées et non planifiées, effectivement, parce qu'on sait que
les policiers, ce n'est pas tout le temps qu'ils ont la chance de planifier
leurs interventions. Lorsqu'en cas de... quelqu'un qui est en train de rouler
dans son auto, on n'a pas le temps de planifier l'intervention. Par contre, il
y a des interventions qui peuvent être planifiées, et donc analyser le risque
et s'assurer, effectivement, qu'on a tout ce qu'il faut, que ce soit en termes
de méthode d'intervention, que ce soit en termes de support des policiers qui
interviennent ou en termes de stratégie aussi. Donc, oui, effectivement,
l'intervention qui a été faite dans le cas qui nous concerne a été improvisée
sur place.
M. Bonnardel : OK, OK. J'ai
pas mal la réponse, mais je vous la pose quand même, là, mais j'imagine que le
partage d'informations, maintenant, qui se fera des deux côtés, entre l'équipe
médicale versus le policier ou la policière qui demande de l'information, ça
répond à... ça répond aux attentes que vous... que vous avez.
M. Aiyar (Mohamed) : Le PL n° 66, pour nous, il va donner plus d'informations, effectivement,
aux intervenants, policiers et policières, pour se préparer, donc, en ayant
chercher de l'information qu'aujourd'hui, au moment qu'on se parle, ils ne
seront pas... ils ne sont pas en mesure d'aller la chercher. Oui, c'est très...
On est très favorables à ce que les policiers et policières aillent chercher de
l'information avant de réaliser leur intervention lorsqu'ils ont la chance de
la planifier.
M. Bonnardel : Puis j'imagine
que vous avez écouté les intervenants qui étaient avec nous depuis deux jours.
J'imagine que les informations comme telles, secret professionnel, qui était une
problématique pour certains, versus diagnostic, versus comportement... Je pense
qu'on est plus dans le comportement que le diagnostic que le policier ou
policière veut obtenir pour être capable de faire une analyse, en tout cas, la
plus précise possible de la personne qui est l'autre côté de la porte quand on
va... on va cogner, là.
Mme Gagné (Anouk) :
Exactement, ce n'est pas nécessairement le diagnostic, c'est vraiment de
pouvoir prévoir, anticiper quel comportement la personne pourrait avoir. Et je
vous rappelle, pour nous, c'est toujours dans une perspective d'analyser le <risque
et d'anticiper le danger...
Mme Gagné (Anouk) :
...pour
nous, c'est toujours dans une perspective d'analyser le >risque et
d'anticiper le danger, dans le fond, associé à l'intervention.
M. Bonnardel : Merci. Ça va
pour moi.
M. Bilodeau (François) : Et,
si je peux me permettre, si je peux me permettre juste un ajout, et ça va
permettre de moduler les méthodes de travail en conséquence. Ça ne veut pas
dire une non-intervention, mais ça veut dire que la méthode pourrait être
différente.
Je m'explique, par exemple, un policier
pourrait demander à la personne qui est sous la CETM de sortir à l'extérieur. L'intervention
pourrait se faire à l'extérieur, toutes des choses comme celle-là. Quand on a
le temps de planifier une arrestation ou une intervention policière, c'est une
occasion en or justement pour aller chercher en amont cette information-là, pas
nécessairement le diagnostic, des fois, ça peut peut-être être ça aussi, mais,
à tout le moins, savoir si c'est quelqu'un qui est violent, qui a déjà, par le
passé, décompensé, etc.
Vous avez parlé de la formation aussi des
policiers. Sur quatre policiers, il y avait un policier qui avait la formation
REMP, vous savez, là, au niveau des interventions avec des personnes dont
l'état mental est perturbé.
M.
Bonnardel
:
Perturbé, oui.
M. Bilodeau (François) : Alors,
voyez-vous, toutes sortes de choses comme celles-là qui peuvent être faites
aussi en amont, bien, c'est une très belle piste de solution pour pouvoir
arriver à du résultat, finalement, parce que, vous savez, la commission, on va
demander aux employeurs d'avoir des méthodes de travail sécuritaires. Ils vont
faire leur possible, là, pour pouvoir en avoir, des méthodes sécuritaires, mais,
s'ils n'ont pas la matière brute en amont pour qu'elle soit une méthode qui va
fonctionner, qui va être sécuritaire, bien, ça ne marchera pas au final.
Puis j'ai suivi... Évidemment, j'ai
participé à l'enquête du coroner dans l'affaire de Maureen Breau. Je les ai
tous entendus, les témoins. J'ai même eu l'occasion de contre-interroger des
policiers, et ils sont un peu démunis face à cette situation-là. Moi, ce que
j'entends, là, c'est que c'est quelque chose qui se produit, là... Si ce n'est
pas quotidiennement, des interventions avec des personnes dont l'état mental
est perturbé, c'est au moins deux à trois fois par semaine. Donc, ça prend de
la formation qui est associée à ça. Ça prend aussi de l'information pour avoir
la bonne façon d'intervenir, là.
M. Bonnardel : Bien. Merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Merci pour votre exposé. Très intéressant. Je souhaite savoir s'il y
a eu augmentation de dossiers que vous suivre... vous êtes en train de suivre
en lien avec le E425, les états mentals perturbés, pour les policiers. Est-ce
qu'il y a eu une augmentation ou est-ce que c'est en croissance? Combien de
dossiers avez-vous en main actuellement?
M. Aiyar (Mohamed) : Oui, on
remarque de plus en plus de situations, effectivement, auxquelles les policiers
et les policières sont exposés, donc, notamment, des incidents. Les accidents
mortels, on en a vu... on en a trois depuis les dernières... les
10 dernières années, mais c'est aussi de plus en plus médiatisé. Donc, on
en apprend souvent là-dessus, mais, oui, c'est en augmentation, effectivement.
Mme Maccarone : Ça fait qu'est-ce
que c'est un enjeu, pour vous, que vous êtes en train de traiter spécifiquement
avec la SQ? Parce que vous avez un dossier avec eux. Comment ça va, le suivi de
ce dossier? Comment ça se passe? Est-ce que ça va bien?
M. Aiyar (Mohamed) : Nous
avons émis 13 recommandations dans notre rapport qu'on trouve
intégralement dans le rapport de coroner Kamel, et, oui, ce sont des
recommandations qu'on suit. Le 24 octobre, il y a une rencontre avec
l'ensemble des organisations qui ont reçu nos recommandations, et on va, tout
d'abord, s'assurer que l'information est diffusée, que ces recommandations sont
connues de tout le monde et faire un suivi là-dessus.
Mme Maccarone : Mais en ce
qui concerne l'information, parce qu'on sait, c'est le nerf de la guerre, vous
l'avez évoqué, on comprend, puis vous l'avez soulevé aussi dans votre rapport,
ça fait partie des recommandations que vous faites, mais ils font face à des
manques d'effectifs très importants qui causent beaucoup de problématiques, et
on ne peut pas tout faire de la formation visuelle. Tu sais, on a besoin aussi
d'avoir la simulation. C'est quoi, l'accompagnement que la CNESST va faire en
ce qui concerne ceci? Parce que je me demande comment qu'ils vont réaliser
l'objectif de former tout le monde en REMP pour décembre 2025. Comment est-ce
qu'ils vont le faire? Est-ce que la CNESST va revenir chaque fois pour dire :
Mais ce n'est pas fait, ce n'est pas fait, ce n'est pas fait? Est-ce qu'il va y
avoir une directive envoyée au ministère de Sécurité publique? Comment ça se
passe pour vous?
M. Aiyar (Mohamed) : Il y a
déjà une recommandation... recommandations qui sont déjà été émises dans le
cadre de notre enquête, effectivement, concernant la formation. La CNESST fait
le suivi et fera le suivi de ces recommandations, mais comment, nous, on va
accompagner le milieu? Vous savez qu'on a 320 inspecteurs et inspectrices
qui sillonnent la province. On a mis juste dernièrement une équipe de
18 conseillers spécialistes dans tout ce qui est santé psychologique, et
qu'eux, ils viennent soutenir les milieux, donner de l'information, démystifier
les risques psychosociaux, notamment, et s'assurer que les employeurs, et les
travailleurs, et leurs représentants connaissent leurs <droits et leurs
obligations...
M. Aiyar (Mohamed) :
...et
les travailleurs, et leurs représentants connaissent leurs >droits et
leurs obligations, mais aussi on assure aussi tout ce qui est... Si vous allez
sur notre site Web, là, vous allez trouver une panoplie d'outils qui sont à la
disposition des milieux.
Maintenant, la formation elle-même, pour
les policiers et les policières, ce n'est pas la CNESST qui va la faire. Par
contre, un inspecteur ou une inspectrice exigera à ce que la formation soit
réalisée dans des délais que l'inspecteur jugera opportuns, et on fera le suivi
effectivement pour s'assurer que la formation est donnée, parce que
l'article 51.9 de la LSST demande à ce que les travailleuses et
travailleurs soient formés adéquatement, informés des dangers et des risques
qu'ils courent en réalisant leurs tâches, et, comme Mme la présidente-directrice
générale l'a bien dit, que... s'assurer qu'ils arrivent à acquérir les
habiletés nécessaires pour compléter leurs tâches. Oui, l'inspectorat, chez
nous, ce serait effectivement que la formation soit donnée comme convenu. Notamment,
on va la trouver dans le programme de prévention que l'employeur va développer.
Il va y avoir de la formation là-dedans, et puis les inspecteurs vont s'assurer
qu'il y ait des suites et que l'information soit donnée.
Mme Gagné (Anouk) : Et la
responsabilité appartient, premièrement, à l'employeur. Donc, nous, on fait des
suivis, on offre des outils, de l'accompagnement, mais il y a une
responsabilité de l'employeur, apprendre à mettre en place les mesures
nécessaires pour assurer la sécurité, la santé, l'intégrité de leur personnel,
donc.
Mme Maccarone : Qu'est-ce qui
arrive quand on ne répond pas à ce besoin, à ce critère? Je comprends que c'est
dans la loi. Vous l'évoquez, tous les articles de loi, c'est dans votre mémoire
aussi. Ce n'est pas juste le REMP que les policiers font face en termes de
formation, c'est aussi le maintien de compétences. Ça aussi, beaucoup de
difficultés dont ils font face, encore une fois, à cause du manque d'effectifs,
parce que ce n'est pas le manque de volonté. <i>L'association des
policiers, policières du Québec ont dit qu'ils souhaitent même que ça soit
écrit dans la loi, une obligation de 45 heures à travers trois ans. C'est
la même recommandation de Géhane Kamel. Qu'est-ce qui arrive quand on ne
rejoint pas cet objectif? Puis j'ajoute à ça l'année prochaine. Là, vous avez
dit : On a trois, quatre dossiers avec arrêt de travail à cause de le E425,
on en a 10 l'année prochaine. On fait quoi?
Mme Gagné (Anouk) : Je vais
laisser la parole à Me Perrier.
• (17 heures) •
Mme Perrier (Julie) : Bien,
écoutez, comme M. Aiyar l'a bien indiqué, évidemment, les inspecteurs
essaient de soutenir l'employeur, hein? Il faut rappeler aussi que le choix des
moyens appartient toujours à l'employeur. Dans un dossier comme celui-ci, où il
y a des impératifs autres qui font en sorte que la correction de la situation
problématique, elle est plus difficile, le rôle de l'inspecteur, c'est... En
fait, l'inspecteur a le pouvoir de prolonger le délai dans la mesure où il sent
qu'il y a une implication, une responsabilisation de la part d'un employeur,
hein? C'est ce qui est souhaité en fin de compte.
Ultimement, lorsqu'il y a un inspecteur,
c'est parce que c'est un pouvoir discrétionnaire non seulement d'ordonner des
corrections en vertu de la loi, mais c'est aussi un pouvoir discrétionnaire de
fixer le délai qui est prévu pour réaliser cette correction-là. Ultimement,
lorsque l'inspecteur sent qu'il y a un délaissement, ou une non-prise en
charge, ou un manque de volonté, évidemment, à ce moment-là, il peut y avoir, dans
le fond, des constats d'infraction qui sont émis, mais ce n'est pas ce qui est...
ce qui est souhaité. On souhaite vraiment accompagner dans l'optique d'une
prise en charge.
Mme Maccarone : Je comprends,
juste que c'est une réalité dont nous faisions face. Ça fait que je comprends
que ça fait partie des recommandations, puis tout le monde est de la bonne
volonté, mais, je l'ai mentionné à maintes reprises, je ne sais pas comment on
va y arriver parce qu'on fait face à énormément de difficultés pour rejoindre
cet objectif.
Prenez-vous aussi en considération dans
votre analyse, toujours en prévention, parce que je comprends que prévention,
c'est ça qu'on souhaite, les territoires de couverture pour les policiers, pour
la SQ, parce que c'est difficile? Des fois, on n'a pas beaucoup de policiers
pour un territoire qui couvre... puis ça se peut qu'ils sont déplacés, puis là
il y a un autre territoire qui est vide. Alors, on va avoir un policier ou une
policière qui va se retrouver peut-être seul, ça fait que sa vie est peut-être
plus en danger. Le niveau de dangerosité est quand même élevé parce qu'on n'est
plus une équipe de deux. Est-ce que ça, c'est le genre d'affaire que, vous
aussi, vous surveillez?
M. Aiyar (Mohamed) : Par
rapport à... ce qu'on regarde, c'est concernant la charge de travail. La charge
de travail, on la trouve un petit peu partout, là, avec la pénurie de
main-d'œuvre qu'on vient de vivre, qu'on vit encore, c'est un phénomène,
effectivement, et puis nous, on le regarde sous l'angle de risques
psychosociaux tout d'abord chez la travailleuse, chez le travailleur. La charge
de travail, c'est un facteur parmi les facteurs de risques psychosociaux, mais,
définitivement, lorsque les travailleuses et les travailleurs n'ont pas la formation,
n'ont pas le moyen, n'ont pas le temps aussi pour réfléchir...
17 h (version révisée)
M. Aiyar (Mohamed) : ...les
travailleuses et les travailleurs n'ont pas la formation, n'ont pas les moyens,
n'ont pas le temps, aussi, pour réfléchir et avoir... pouvoir faire un recul en
arrière, un pas en arrière lorsqu'ils se trouvent dans des situations. C'est
problématique, effectivement, et on le prend en considération.
Mme Maccarone : Et quand nous
avons des cas isolés? Le cas de Maureen Breau en est un, puis c'était souligné
aussi dans le rapport de Géhane Kamel. Elle a dit que la formation... même pour
Maureen Breau, elle n'a pas eu une formation depuis 2014, malgré qu'elle l'avait
demandée à maintes reprises. Ça fait que ça faisait neuf ans qu'elle n'avait
pas cette formation. Avez-vous le pouvoir d'intervenir dans des cas individuels?
Mettons, si elle, elle avait posé une plainte pour dire : Moi, j'ai besoin
d'être formée, je suis maintenant sergente, j'ai accepté ces nouveaux
responsabilités, ça fait trois fois depuis que je demande d'avoir cette
formation, aidez-moi. Est-ce que ça aussi, c'est quelque chose qui peut se
faire?
M. Aiyar (Mohamed) : Oui, on
a un service de... une garde téléphonique, là, ouverte 24 heures sur 24,
pour recevoir les plaintes. On traite les refus de travail, on traite tout.
Effectivement, dans ce cas, ça aurait pu être une plainte. Oui, l'inspecteur
interviendra, il analysera, donc... comme, dans la LSST, c'est une obligation d'avoir
la formation nécessaire pour s'acquitter de ses tâches... aurait pu,
effectivement, lorsqu'il constate que la formation est en jeu, exiger la
formation de la travailleuse dans ce cas, effectivement.
Mme Maccarone : En avez-vous
eu, ce type de plainte, dans les dernières années?
M. Aiyar (Mohamed) : Non, on
n'a pas eu de plainte dans ce sens, par rapport à la formation elle-même. On a
eu des plaintes concernant le fonctionnement du système RENIR. Vous avez
certainement entendu que la couverture ne rentre pas, que le système ne
fonctionne pas. On a eu des plaintes concernant les champs de tir, lorsque les
policiers sont entraînés, tout ça.
Mme Maccarone : Oui. Ils sont
fermés.
M. Aiyar (Mohamed) : Effectivement.
On a eu des plaintes dans ce sens, mais pas spécifiquement sur la formation par
rapport à l'intervention elle-même.
Mme Maccarone : OK. Ça répond
à mes questions. Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je remercie les représentants
de la <i>Commission des normes, de l'équité et de la santé et de la
sécurité au travail pour votre participation à nos travaux et votre
collaboration à notre réflexion. Merci beaucoup.
Je vais suspendre les travaux pour laisser
place au prochain groupe.
(Suspension de la séance à 17 h 06)
(Reprise à 17 h 11)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, nous allons terminer notre
journée de travail en recevant M. David Henry, directeur général, et Mme
Véronique Lejour, directrice générale du Centre L'Entre-toit, qui représentent <i>l'Association
des services de réhabilitation sociale de Québec... du Québec, excusez-moi.
Alors, vous aurez 10 minutes pour votre présentation, et nous allons
procéder aux échanges. Alors, je vous cède la parole.
M. Henry (David) : Merci.
Merci beaucoup, merci pour l'invitation. Donc, mon nom est David Henry. Je suis
criminologue, je suis directeur général de l'Association des services de
réhabilitation sociale du Québec. L'ASRSQ, c'est le regroupement de
75 organismes communautaires qui donnent des services aux personnes
contrevenantes et judiciarisées. On regroupe notamment 40 maisons de
transition à travers le Québec, qui accueillent des personnes en libération
conditionnelle, également 28 organismes communautaires qui ont des accords
de partenariat avec le ministère de la Sécurité publique pour assurer le suivi
en communauté d'environ 7 000 personnes contrevenantes en libération
conditionnelle, sursis ou probation, et ce, en collaboration bien entendu avec
les agents de probation. Nous regroupons également des organismes spécialisés
en santé mentale, dont notamment L'Entre-toit, et ma collègue Véronique Lejour,
et qui est là aujourd'hui avec moi, la maison L'Intervalle, à Montréal
également, et Pech, l'organisme Pech, à Québec, que vous connaissez peut-être.
Alors, bien, quelques considérations.
D'une manière générale, hein, c'est sûr que, comme criminologue, quand un
tribunal pose des conditions réalistes de remise en liberté, il est évident qu'il
est important que celles-ci soient... soient respectées et qu'il puisse y avoir
des conséquences en cas de bris de ces conditions de remise en liberté. Donc,
je suis d'une manière générale plutôt favorable à l'ajout d'agents de liaison
du MSP qui seront chargés de vérifier le respect des modalités, finalement,
émises par la commission d'examen. À mon avis, un rôle d'évaluation, peut-être
notamment au niveau de la dangerosité, pourrait aussi être confié à ces agents.
Par ailleurs, il est évident dans mon esprit que ce ne sont pas toutes les
personnes, hein, qui sont sous mandat de la commission d'examen qui nécessitent
un suivi serré et qui nécessitent d'avoir un agent de liaison.
Alors, deux grandes considérations. La
première question, en fait, à se poser, c'est la grande question, c'est de
savoir comment va s'opérationnaliser vraiment le rôle de ces agents de liaison
de concert avec la multitude des acteurs qui sont déjà présents autour des
personnes non criminellement responsables. Je pense que le rapport de la
coroner était assez explicite sur justement le manque de communication et de
collaboration entre les différents acteurs. Comment cela va s'opérationnaliser
auprès des équipes traitantes, auprès des équipes traitantes élargies, qui sont
multidisciplinaires, qui comprennent différents professionnels? Comment
également va s'opérationnaliser leur rôle auprès des organismes communautaires
dans la communauté? Comment ces agents vont pouvoir vérifier réellement les
conditions qui sont émises par la commission d'examen, par le tribunal? Quels
seront également leurs moyens d'action en cas de non-respect des modalités de
remise en liberté ou en cas d'augmentation du risque? Donc, ça, pour moi, c'est
vraiment quelque chose de fondamental, et il va falloir réellement réfléchir à
cette opérationnalisation.
La deuxième considération par rapport au
projet de loi, de mon <point...
M. Henry (David) :
...cette
opérationnalisation.
La deuxième considération par rapport
au projet de loi, de mon >point de vue, la réhabilitation et
l'intégration des personnes non criminellement responsables passent
nécessairement par l'implication d'organismes qui sont ancrés dans la
communauté. Actuellement, les organismes communautaires ne sont pas
suffisamment soutenus pour mener à bien cette mission de réintégration à long
terme. Et il faut bien comprendre.... on va en parler, je pense, un peu plus
longuement tantôt, mais pour certaines personnes plus à risque, l'hébergement
est un élément essentiel pour les stabiliser. Elles ont besoin d'un
environnement contrôlé pour se développer et pour pouvoir fonctionner
socialement. Et d'ailleurs, M. Brouillard Lessard a fréquenté pendant plusieurs
mois, pendant neuf mois, la ressource L'Entre-toit dirigée par ma collègue,
avant les tragiques événements, et il fonctionnait très bien dans cet
environnement. Donc, c'est quelque chose à avoir en...
L'hébergement est quelque chose
d'essentiel pour certaines personnes qui présentent des risques. Elle vous... elle
vous parlera plus en détail, hein, des services qu'ils offrent et de ce que
j'appelle... c'est vraiment mon terme à moi, ça... ça n'existe pas réellement,
je pense, mais ce que j'appelle la psychiatrie légale communautaire. C'est un
secteur qui est complètement sous-développé et qui n'est même pas explicitement
reconnu dans les différentes ententes de service. Donc, ce projet de loi, pour
moi, c'est un premier pas dans la bonne direction, mais on doit développer
davantage la psychiatrie légale communautaire dans toutes les régions du
Québec.
Et, avant de céder la parole à Véronique,
juste quelques considérations à la volée, un peu, dans l'environnement actuel.
Premièrement, il faut accepter que certaines personnes, pas toutes, mais vont
avoir besoin d'un suivi à long terme, hein? Tous les passages à l'acte n'ont
pas la même intensité, la même dangerosité, et ça doit être pris en
considération dans le suivi qui va être fait, d'où l'importance d'une
évaluation adéquate. Les personnes qui ont un problème de santé mentale grave et
persistant et qui ont commis des gestes de violence vont devoir être suivies à
long terme, parce que le risque de désorganisation est toujours possible cinq,
10, 15, 20 ans après. Une perte d'emploi, une rupture amoureuse, la perte
du logement, l'arrêt de la médication, la médication qui, pour une raison ou
une autre, cesse de fonctionner, une consommation de drogues ou d'alcool
excessive, bref, tous ces éléments-là font en sorte que la personne pourrait se
désorganiser. Et le suivi va devoir donc être à long terme, suivi qui va devoir
varier d'intensité en fonction du besoin et du risque à travers le temps. Mais
il faut accepter cet état des... cet état de fait, à mon avis.
Deuxième considération. Ce que j'entends,
on a besoin d'hospitaliser certaines personnes qui se désorganisent. La
communauté, les organismes ou la famille n'est pas équipé pour les héberger
dans ces moments-là. L'hospitalisation peut être de courte durée, hein? Juste
le temps de stabiliser l'état mental de la personne, et on la retourne dans la
communauté par la suite. Mais cette hospitalisation, elle est importante. Et,
moi, ce que j'entends actuellement dans la communauté, c'est qu'il est très
difficile d'obtenir une hospitalisation lorsqu'on l'estime nécessaire, par
manque de places, premièrement, mais il y a aussi des considérations peut-être
à avoir sur... je vais en parler un petit peu tantôt, mais la loi P-38,
dont vous êtes au courant, il est de plus en plus difficile d'hospitaliser
quelqu'un contre son gré. Il faut trouver un équilibre entre les libertés
individuelles et les besoins de la communauté. Mais je crois qu'on a des
questions à se poser à ce niveau-là.
Troisième... troisième petite
considération, rapidement. Extrêmement important, selon moi, la psychiatrie
régulière ne doit pas être confondue avec la psychiatrie légale. Ce sont des
pratiques et des clientèles différentes, à mon avis. Et, dans les cas de la
psychiatrie légale, l'évaluation du risque ne peut pas être seulement en lien
avec la désorganisation mentale, mais avec l'ensemble des facteurs de risque
criminogènes. Ça, c'est... en tout cas, c'est une petite phrase comme ça, là,
mais c'est extrêmement important, à mon avis.
Finalement, avant de laisser la parole à
Véronique, il y a beaucoup de changements actuellement dans l'environnement. La
hiérarchisation des services en psychiatrie, peut-être la réforme justement de
la loi P-38, je vais en parler un petit peu tantôt, la révision des
pratiques, peut-être, de la commission d'examen, le PL no 66, il faut
absolument un fil conducteur et un arrimage entre toutes ces réformes qui sont
prévues ou en cours. Et, un des enjeux principaux, c'est de préciser évidemment
les rôles et responsabilités ainsi que l'imputabilité des différents services.
Alors, merci beaucoup encore pour cette
invitation. Et je vais laisser Véronique présenter ses services.
Mme Lejour (Véronique) : ...
M. Henry (David) : Tu es sur
«mute», Véronique.
Mme Lejour (Véronique) : Bonjour,
tout le monde. Désolée. Véronique Lejour, directrice générale du Centre
L'Entre-toit. Bon. Bien sûr, David a fait une introduction. Je viens, en fait,
pour parler un peu de l'hébergement en psychiatrie légale, proposer, en fait,
le modèle, faire connaître le modèle qui existe à Montréal, bon, et la région
de Montréal, parce qu'on est sortis un petit peu du territoire de Montréal.
En fait, il faut comprendre que ce
réseau-là, en hébergement en psychiatrie légale, existe à Montréal depuis
40 ans. Donc, ça inclut aussi, là... maintenant, il y a une ressource à
Saint-Jérôme puis il y a quelques <places...
Mme Lejour (Véronique) :
...ça
inclut aussi, là... maintenant, il y a une ressource à Saint-Jérôme puis il y a
quelques >places qui sont réservées à Montérégie-Centre. Toutes ces
ressources sont en entente de service avec le ministère de la Santé et des
Services sociaux, puis c'est davantage sur le modèle de l'entente nationale
de... des ressources intermédiaires. Donc, je sais, là, dans un... dans un
témoignage précédent, on parlait de maisons de transition. On n'est pas une
maison transition, on est vraiment de type ressource intermédiaire ou ressource
autre.
Donc, on offre un continuum de services à
une clientèle en fonction aussi d'un encadrement qui va varier en intensité, c'est-à-dire
qu'il va y avoir des foyers de groupes de... transitoires, des foyers de groupe
long terme et des appartements supervisés. Au fil du temps, bien sûr, on a
développé une expertise pour accompagner, encadrer la clientèle de façon
intégrée, donc je pose le mot «intégrée» puisque c'est important. C'est tant au
niveau du rétablissement de la personne, au niveau de la santé mentale, mais
aussi au niveau de la réhabilitation sociale, en gérant le risque de
désorganisation mentale, mais aussi les autres facteurs de risque qui sont
reliés à une récidive probante. Donc, le Centre L'Entre-toit, on fait partie de
ces types de ressources là.
On a plusieurs autres services. Je vais me
consacrer vraiment à la psychiatrie légale, puisque c'est la raison pour
laquelle on est là. On a trois points de service en psychiatrie légale, donc
deux basés à Montréal et un à Saint-Jérôme. Notre clientèle est référée par
l'ensemble des établissements qui sont sur le territoire de... des ressources,
en fait, donc, et 85 % de notre clientèle qui sont sous le joug, là, de la
Commission d'examen des troubles mentaux pour non-responsabilité criminelle.
C'est sûr que notre clientèle, majoritairement, ce qu'ils ont, c'est qu'ils
représentent un risque potentiellement élevé s'ils ne sont pas encadrés, et de
façon quotidienne, et structurée dans un milieu sécuritaire, avec un
accompagnement aussi adapté à leurs besoins. Et ils ont... ils sont aussi
réfractaires, là, face aux soins et le traitement. Donc, on parlait tantôt
de... d'une clientèle qui n'est pas toujours d'accord avec ce qui leur sont
offerts, là, comme services.
On peut parler de séjour qui se
comptabilise quand même en années. Donc, même si on est transitoire, il faut
comprendre que l'évolution de la personne est variable et chancelante dans le
temps en fonction de toutes sortes de facteurs que David tantôt a nommés. Donc,
effectivement, des fois les séjours peuvent... peuvent être de plus longue
durée. L'objectif du séjour, en fait, c'est bien sûr d'accompagner la personne
dans son niveau fonctionnel, en fait, au niveau de la vie domestique,
quotidienne, etc., mais surtout aussi au niveau comportemental et de la santé
mentale. Donc, c'est des équipes vraiment d'intervenants 24 heures sur 24
qui vont être présents et qui sont formés dans le domaine de la relation
d'aide, soit en criminologie, psychoéducation, mais aussi technique...
d'éducation spécialisée, donc travail social. C'est vraiment une équipe
multidisciplinaire.
• (17 h 20) •
Donc, l'objectif du séjour final, c'est
vraiment de... On est un peu les yeux et les oreilles, en fait, de l'équipe
traitante. C'est eux qui ont vraiment la prise de décision finale au niveau
de... les recommandations par rapport à la CETM, ou encore, là, l'application
de certains plans de contingence lorsqu'on juge qu'il y a un risque qui est
présent, ou encore de relocaliser la personne. Bien, c'est... aussi notre
objectif, c'est de donner toutes les informations puis de pousser la personne à
évoluer positivement dans ses... dans ses habiletés, autant sociales que
fonctionnelles, en vue d'un autre hébergement. Les autres hébergements, comme
je vous ai nommés, ça peut être d'autres types de ressources, comme... nommés
d'entrée de jeu, ou encore des appartements supervisés, des appartements
autonomes ou un retour en milieu familial.
Donc, je... je vais arrêter, parce que je
sais qu'on... on a pris quand même beaucoup de temps, mais c'est sûr qu'il y a
des critères qui fait en sorte que le séjour, il peut être davantage optimal. Mais
c'est sûr que, dans le rapport de la coroner, plusieurs éléments, là,
ressortent par rapport à tout ça. Alors, voilà.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup pour cet exposé.
Alors, M. le ministre, c'est à vous.
M. Bonnardel : Oui. Merci, M.
le Président. Merci à vous deux d'être là. Je vais me concentrer un peu sur le
travail que vous avez à faire au quotidien avec le ministère de la Sécurité
publique. Bien, vous le savez, vos... comme, vous êtes des partenaires, vous
avez à travailler avec des agents de probation à tous les jours, à tous les
jours. Vous le savez aussi, puis je vais me concentrer, comme je le
mentionnais, sur un aspect du rapport du coroner que vous avez, j'imagine,
regarder, ou en tout cas minimalement, vu les conclusions, là, puis les
recommandations. Une des plus importantes, c'était la problématique de suivi
post CETM. Bon, vous comprenez... puis on ne va pas élaborer, là, pendant cinq
minutes sur la... ce que les psychiatres, les criminologues nous ont... nous
ont mentionné tantôt, mais il y avait une problématique. Puis là, bien, pour ne
pas <stigmatiser...
M. Bonnardel :
...mentionné
tantôt, mais il y avait une problématique. Puis là, bien, pour ne pas >stigmatiser
ces gens, le terme «agent de liaison»... puis vous n'êtes pas sans savoir que
ces agents de liaison auront été dans leur passé des agents de probation. Comment
vous voyez cette... puis je vais utiliser le même... même mot, là, cette
complémentarité entre les agents de liaison versus... versus les équipes
médicales et le potentiel d'information que ces agents pourront donner aussi
dans le futur aux... pour le... pour supporter puis aider le travail des
policiers, policières dans le quotidien, là? Peu importe, allez-y, qui vous
voulez.
M. Henry (David) : ...d'accord,
bon, je peux y aller un petit peu puis, Véronique, tu compléteras, si tu veux.
Bien, comme je le disais, ce qu'on se rend compte, c'est que, dans le fond, le
suivi post CETM, il est variable en fonction de la région puis des équipes
traitantes, etc. Donc, l'arrivée d'un nouvel acteur, d'un agent liaison, qui
sera... dans le... De ce que je comprends, en tout cas, du projet de loi, tu
sais, la... sa spécificité, c'est vraiment de s'assurer du respect des
conditions de remise en liberté. Personnellement, encore une fois, je pense que
je vois ça d'un bon oeil et je pense que la complémentarité avec les différents
acteurs du milieu est possible, mais elle doit être... elle doit être travaillée.
Dans le fond, le problème, c'est que la
plupart du... des professionnels travaillent en silo sans nécessairement
communiquer de l'information, à cause de toutes sortes aussi de lois et de
contraintes, hein, qui existent par rapport à ça. Mais le fait d'avoir un... On
dit, à partir de ce moment-là, on a un professionnel dont la charge spécifique
est de s'assurer de ce respect, je crois que c'est une bonne chose et je crois
que ça peut être une aide, en fait, dans certains cas, parce que les équipes
traitantes ne sont pas toujours bien outillées pour pouvoir le faire. Donc, ce
serait mon commentaire à chaud, là. Véronique.
Mme Lejour (Véronique) : Je...
en fait, je pense que ça répond bien à la question, à moins que vous avez
d'autres questions, mais effectivement.
M. Bonnardel : Non, mais
comme vous l'avez, je pense, mentionné aussi tantôt, vous comprenez que ce ne
sont pas tous les cas CETM qui vont... qui vont être suivis, là. Je pense que
le mot... bien, le «haut risque», on va l'appeler comme ça, là, ce sont une
infime partie... je n'ai pas le pourcentage, je ne veux pas en donner, mais ce
sera une infime partie de ces... de ces personnes qui seront... qui seront suivies
par ces agents de liaison, là.
M. Henry (David) : C'est
intéressant. Parce que, justement, si on parle de complémentarité, je veux
dire, quand même, les agents de probation, le ministère de la Sécurité publique
a une expertise dans le domaine de l'évaluation de la dangerosité. Donc,
d'amener cette expertise complémentairement avec le réseau de la santé, c'est
intéressant, c'est un outil de plus. Mais donc, encore une fois, comment, sur
le terrain, ça va s'opérationnaliser? Comment ça va être reçu par les équipes
traitantes? Quels vont être les leviers d'action? Ça, c'est les... c'est le
côté terrain pratique, là, qui... qui reste à définir.
M. Bonnardel : Ah! ça, je veux...
je peux vous rassurer, là, ça, on peut appeler ça un cadre de référence entre
le travail des agents, versus les criminologues, versus les... tout ça va être
bien mis, bien écrit, là, pour s'assurer que tout le monde fait... fait son
boulot comme il se doit.
J'aurais une dernière question, là. Vous
avez parlé de réhabilitation. De quelle façon, selon vous... Bon, il n'est pas...
il n'est pas prévu que les cas CETM soient accompagnés comme tels. Peut-être
qu'ils pourraient l'être pour du logement, mais donnez-moi un peu, là...
incitez-moi à mieux comprendre votre travail, pour me dire : François, si
on avait un ou deux CETM qu'on pourrait accompagner, de quelle façon ça
pourrait... ça pourrait être fait, hormis... hormis le fait que le logement est
important pour tout le monde, là? Alors, donnez-moi un peu votre point de vue
là-dessus.
Mme Lejour (Véronique) : Bien,
en fait, la réalité... Je vais me permettre à ce niveau-là, là...
M. Bonnardel : Allez-y.
Mme Lejour (Véronique) : ...donc,
comme je suis en hébergement et j'accueille 85 % de ma clientèle CETM,
c'est sûr que c'est une nécessité d'avoir de l'hébergement aussi pour certains
cas, pas tous les cas. Donc, c'est toujours en évaluation des besoins. Nous, on
offre vraiment un encadrement structuré 24 heures sur 24, sept jours sur
sept, mais il y a d'autres ressources qui vont faire des appartements
supervisés où est-ce que ça va être en appartement supervisé 35 heures-semaine
de supervision. Donc, c'est vraiment adapté, c'est nécessaire.
Et, bon, c'est sûr que je vois des cas de
figure aussi où il n'y a pas d'hébergement à l'extérieur de Montréal, comme je
vous l'ai nommé, il n'y a aucun hébergement. Donc, vers où ces gens-là se
retrouvent, dans quel endroit approuvé par l'équipe traitante ils se
retrouvent, c'est important. Et est-ce que... là, le rôle justement d'un agent
de liaison, s'il n'y a pas nécessairement de suivi toujours psychosocial à
côté, bien, va avoir une importance à ce niveau-là pour aller voir comment la
personne fonctionne.
M. Bonnardel : Allez un petit
peu plus loin, là, dans... Bien, voulez-vous... voulez-vous intervenir, monsieur?
M. Henry (David) : Non, non,
je vais... je vais laisser...
M. Bonnardel : Je vais terminer.
Allez un petit peu... un peu plus loin dans votre ... dans votre travail, dans
votre réflexion. Hormis le logement, l'accompagnement que vous faites avec ces
personnes CETM, comment vous mesurez le succès, la réhabilitation de ces <gens,
là...
M. Bonnardel :
...avec
ces personnes CETM, comment vous mesurez le succès, la réhabilitation de ces
>gens, là, qui... qui se trouvent un logement qui pourraient trouver un
travail? Comment... comment vous travaillez ça, combien de temps ça peut
prendre? Puis le succès, vous le mesurez comment?
Mme Lejour (Véronique) :
Bien, en fait, le temps est très variable en fonction de la personne.
C'est-à-dire qu'une personne va pouvoir évoluer avec nous pendant cinq ans de
temps. Il y en a d'autres qui vont avoir besoin d'un an. C'est très variable en
fonction des capacités de la personne, comment elle évolue. Nous, on est
transitoires. Donc, notre objectif, c'est de les pousser au maximum.
Quand on est rendus dans le maintien, quel
autre type de ressource qui peut répondre aux besoins de cette personne-là?
Comme je vous ai dit, des fois, ça peut être des fois des groupes long terme,
comme nous, mais en long terme, ça peut être des appartements supervisés, ça
peut être des appartements autonomes, parce que la personne est totalement
autonome, elle est... elle gère aussi d'elle-même une partie du risque qu'elle
représente, elle reconnaît ce risque-là. Donc, c'est très variable d'une
personne à l'autre. Et c'est là où, contrairement, exemple, à une maison de
transition, si on fait le parallèle, où la mesure prend fin, la personne
quitte, ce n'est pas le cas en psychiatrie légale. Donc, ça varie vraiment de
la... de la personne.
M. Bonnardel : Ça fait que si
je comprends bien votre rôle, vous faites partie des possibles modalités de
suivi post CETM.
• (17 h 30) •
Mme Lejour (Véronique) :
Exactement, dans l'endroit approuvé.
M. Bonnardel : Approuvé.
Mme Lejour (Véronique) : Oui.
M. Bonnardel : Bien reçu.
Merci pour vos réponses.
Le Président (M. Provençal)
:...de Laporte.
Mme Poulet : ...d'évaluation
du risque. Comment est-ce que vous qualifiez l'évaluation du risque auprès de
la clientèle non criminellement responsable dans le... dans le système actuel?
Vous avez... au niveau de la dangerosité, au niveau de... que... Vous avez
parlé de suivis, de variables d'une... il y a une certaine variable d'une
personne à l'autre. Mais quel est le risque? Comment vous qualifiez
l'évaluation du risque auprès de la clientèle, de cette clientèle-là?
Mme Lejour (Véronique) : J'y
vais?
M. Henry (David) : Véronique,
oui, vas-y, je pense que c'est très pratique comme question.
Mme Lejour (Véronique) : En
fait, rapidement, on parle de plusieurs hôpitaux désignés, hein, donc avec
plusieurs services différents. Donc, ce qui fait en sorte qu'effectivement, au
niveau de l'évaluation du risque réel offert par les équipes traitantes, et
tout ça... est variable en fonction de chaque réalité. Donc, c'est sûr qu'elle
n'est pas toujours faite de façon systématique. On l'a vu, là, le rapport du
coroner l'a dit, donc, c'est à géométrie variable.
C'est sûr que c'est important. Il y a des
outils qui existent, ça aussi, c'est ressorti dans le rapport. Puis c'est sûr
qu'à l'heure actuelle aussi au niveau du ministère, je pense qu'il y a un
certain ajustement au niveau du ministère de la Sécurité publique, au niveau de
l'outil actuariel qui est utilisé, le RBAC, c'est une... c'est un bel outil,
mais c'est... quand même, au niveau de la santé mentale, il doit être quand
même des fois adapté. Donc, voilà. Est-ce que ça répond bien à votre question?
Mme Poulet : OK. Parfait.
Merci.
Le Président (M. Provençal)
:...allez-y...
Mme Lejour (Véronique) :
David.
M. Henry (David) : Ah! c'était
juste pour préciser que l'outil actuariel, hein, du RBAC-PCQ, ce n'est pas
l'outil qui sera utilisé pour évaluer la dangerosité de la clientèle non
criminellement responsable, puisque ce n'est pas un outil qui est... qui est
désigné pour ça, là, qui est fait pour ça, petite précision.
Mme Lejour (Véronique) :
Exactement.
Mme Poulet : J'aurais juste
une question de précision...
Le Président (M. Provençal)
: Allez-y.
Mme Poulet : ...vous parlez
d'ajustement. Pouvez-vous qualifier ces ajustements-là?
Mme Lejour (Véronique) :
Bien, en fait, c'est sûr que la... l'outil actuariel en ce moment, qui est
utilisé au niveau du ministère de la Sécurité publique, au niveau de la
clientèle reconnue criminellement responsable, ce n'est pas un outil qu'on
pourra totalement copier avec une clientèle non criminellement responsable.
Donc, c'est sûr qu'il va falloir avoir aussi un ajustement, là, c'est-à-dire
d'utiliser les outils qui sont déjà reconnus aussi au niveau de la
non-responsabilité criminelle.
Le Président (M. Provençal)
:Autres... ça va? Ça va, M. le
ministre. Alors, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone : Merci, M. le
Président. Merci beaucoup pour votre exposé puis votre présentation. C'est très
intéressant. Je souhaite rester sur l'ajout d'un agent de liaison. Tout le
monde pose les mêmes questions, ça va être quoi, les rôles, les
responsabilités. C'est quoi, votre recommandation? Comment devons-nous définir
le rôle? Si vous, vous pouvez former la personne, ça va avoir l'air de quoi?
Quelles compétences? Ce serait quoi, les responsabilités?
M. Henry (David) : Bien, je
peux peut-être y aller. Le nom le dit, je pense, «agent de liaison»,
c'est-à-dire faire la liaison entre les différents professionnels, les... qui
entourent la personne non criminellement responsable, s'assurer que la
communication, que l'information transige entre les corps policiers, le milieu
hospitalier, le milieu communautaire. Donc, c'est un rôle peut-être qu'on
pourrait définir de... comme une espèce d'intervenant pivot finalement...
17 h 30 (version révisée)
M. Henry (David) : ...peut-être
qu'on pourrait définir comme une espèce d'intervenant pivot, finalement, qui
est là pour s'assurer que l'information circule. C'est une personne qui s'assure
du respect des conditions émises et qui a la... idéalement, qui a des leviers d'intervention,
si la personne ne respecte pas ses conditions de remise en liberté. Ça, c'est
un principe criminologique de base, là : quelqu'un fait quelque chose de
mal, on le découvre, il faut qu'il y ait une conséquence à l'acte. Sinon, on
renforce des comportements qui sont non souhaités. Et finalement, je pense qu'il
y a un rôle d'évaluation, j'en parlais un petit peu dans ma présentation, qui
peut être intéressant, évaluation, justement, qui pourrait être un soutien aux
équipes traitantes.
Mme Maccarone : Vous savez
sans doute, bien, ça fait partie aussi de beaucoup des questionnements que nous
avons eus lors des autres témoignages, où est-ce que le rôle devrait se loger,
présentement, dans un projet de loi, c'est sous la responsabilité du ministère
de Sécurité publique, hein, parce que c'est les anciens agents de probation.
Mais si on écoute <i>l'ordre des psychiatres, eux, ils nous disent que ce
serait plus facile que ça se passe sous les responsabilités du ministère de Santé
et Services sociaux, à cause de toutes les notions de confidentialité puis
aussi l'aspect, comme vous soulevez un peu, d'évaluation.
Ils ont aussi soulevé, puis je souhaite
vous entendre là-dessus, eux, ça fait partie de leurs recommandations... Parce
que vous, vous avez dit la notion de si, mettons, il y a un... ils ne
respectent pas les conditions de libération. Selon l'ordre des psychiatres,
eux, ce qu'ils souhaitent, c'est une exclusivité du mandat des agents de
liaison auprès seulement, évidemment, des personnes non criminellement
responsables, mais aussi que, si les agents de liaison ont quelqu'un en charge,
cette personne ne devrait pas aussi être sous la responsabilité d'un agent de
probation. Parce que pour eux, c'est une question de... une approche non
punitive face aux personnes non criminellement responsables. Votre opinion
là-dessus. C'est-tu possible? Parce que vous, vous avez défini un rôle
peut-être un peu à part de ça.
M. Henry (David) : Bien, c'est
un choc de cultures entre deux ministères puis entre deux visions de la
personne. Pour le milieu de la santé, la personne non criminellement
responsable, c'est un patient; pour le milieu de la sécurité publique, c'est un
contrevenant. Donc, c'est évident qu'il y a... il y a un choc de cultures.
Après, il faut réussir à trouver, je
pense, même... Il y a moyen, en tout cas, j'ose espérer qu'il y a moyen de
trouver, justement, des ponts entre ces deux conceptions. Parce qu'une n'est
pas complètement vraie, l'autre... Vous comprenez? Tout le monde a... En tout
cas, c'est... La vérité est souvent grise, hein, en tant que telle. Puis ce que
le monde... en tout cas, moi, j'ai une petite expérience aussi en psychiatrie
légale, hein, puisqu'avant de travailler à l'association je travaillais dans le
domaine, en tant que tel, et ce que je vois, c'est que l'intensité du suivi, du
risque, de la dangerosité évolue beaucoup à travers le temps. Et on le voit, de
toute façon, dans le cas présent. Donc, en 24 heures, l'évaluation du
risque peut changer complètement parce qu'il y a tel événement, telle chose qui
s'est passée.
Donc c'est des variables qui sont très
importantes. Et c'est pour ça que, bien, oui, à certains moments, peut-être que
c'est le milieu hospitalier qui est plus adapté, mais des fois, c'est peut-être
le milieu plus sécurité publique qui est plus adapté à la situation, qui est...
au comportement qui a été adopté par la personne. Donc, il faut vraiment
réussir à... bien, idéalement, il faudrait réussir à réunir ces deux visions et
que toutes les personnes puissent réellement travailler ensemble. Et je
comprends qu'au départ c'est un choc parce que c'est un choc de cultures
entre... entre des corps de métiers différents.
Mme Maccarone : Mais, si ces
personnes sont dans un endroit neutre comme chez vous, L'Entre-Toit
, c'est un endroit neutre, est-ce que c'est vous
qui devez déterminer, d'abord? Parce que ça va être le CETM qui va déterminer,
on pense, que la personne concernée a besoin d'avoir un agent de liaison. Mais vous,
est-ce que vous avez un rôle à faire cette détermination aussi, d'abord? Parce
que c'est vrai, ce que vous dites, c'est plus clinique versus plus
contravention. Je ne sais pas c'est quoi, la réponse à la question, mais je
vois vraiment les deux pôles qui sont vraiment différents. Puis je suis
préoccupée de comment nous allons accompagner ces personnes qui sont
vulnérables, qui peuvent aussi être considérées comme des victimes. Surtout si
notre but, c'est la réinsertion. Puis non criminellement responsable, bien, ça
se définit tout seul, la définition. Alors, en tout cas, je suis préoccupée de
ça parce que je ne sais pas comment que nous allons travailler. Mais vous,
est-ce que vous pourriez faire cette recommandation peut-être pour dire :
On a besoin de ça ou de ça?
Mme Lejour (Véronique) : Ah!
bien, c'est sûr qu'à ce moment-là ce serait très variable. Tu sais, nous, notre
clientèle est vraiment référée par les milieux hospitaliers. Puis je pense que
c'est ça aussi, l'enjeu, c'est que toute la psychiatrie légale a toujours été
sous la gouverne de la santé, aussi. Donc, c'est le responsable de l'hôpital. Les
<hébergements...
Mme Lejour (Véronique) :
...
gouverne de la santé, aussi. Donc, c'est le responsable de l'hôpital. Les >hébergements
sont avec la santé, aussi. C'est l'équipe traitante qui va nous référer le...
nos résidents. Donc, c'est un peu cette réalité-là. Est-ce qu'on peut arriver à
tricoter quelque chose? J'ose espérer, là. Je crois que c'est... ça peut être
possible. Est-ce que, justement, quelqu'un qui est encadré 24 heures sur
24 dans un hébergement clôturé, spécialisé nécessite absolument, aussi, un
agent de liaison? Toutes ces questions-là se posent, donc...
Mme Maccarone : Puis, en
général, la relation que les personnes sous votre responsabilité... Quel genre
de relations est-ce qu'ils ont avec les agents de probation? Est-ce que c'est
positif? Est-ce que c'est difficile? Est-ce qu'ils sont craintifs? On a entendu
des témoignages des groupes à la défense des droits des personnes avec les
troubles mentaux, que, tu sais, ils voient ça comme punitif, ils sont
craintifs, si ça reste sous la responsabilité des services correctionnels.
Selon votre expérience puis votre expertise, les relations, est-ce qu'elles
sont positives? Difficiles? Comment ça fonctionne?
M. Henry (David) : ...
Mme Lejour (Véronique) : Je
peux y aller... Non, non, je peux y aller, David.
M. Henry (David) : Oui,
vas-y, vas-y.
• (17 h 40) •
Mme Lejour (Véronique) : Bien,
rapidement, en fait, c'est qu'il faut comprendre aussi que la <i>Loi des
services correctionnels permet aussi de déléguer le suivi à des organismes
communautaires, et L'Entre-Toit fait partie de ces organismes communautaires là
aussi, au niveau... Donc, c'est sûr que la relation se fait avec un intervenant
communautaire. L'agent de probation est là vraiment en lien pour s'assurer du
respect de la mesure et de faire les démarches, là, évidemment, légales, a la
responsabilité légale. Donc, c'est très complexe. Et comment, ça aussi, ça va s'arrimer
dans un contexte de commission d'examen des troubles mentaux? Voilà.
M. Henry (David) : Bien, si
je peux juste rajouter quelque chose. J'en ai parlé, là, au début, mais, pour
moi, il faut absolument développer la psychiatrie légale communautaire. Des
centres comme L'Entre-Toit, ça existe juste à Montréal, ça n'existe pas en
dehors de Montréal, et ça, c'est un enjeu. Et je crois vraiment que, dans
l'environnement, les organismes communautaires sont nécessaires, parce que le
rétablissement en santé mentale, il est à long terme, et c'est ces
organismes-là qui vont permettre, finalement, d'accompagner la personne dans sa
réhabilitation et, ultimement, qui assureront la sécurité de nos communautés.
Et, encore une fois, le projet de loi, c'est un bon premier pas, mais il manque...
il manque tout un pan de l'accompagnement à plus long terme, là.
Mme Maccarone : Oui, je
comprends, ça ne va pas régler tout. Ça ne va pas mettre fin aux portes
tournantes, ça ne va pas régler... le P-38, ça ne va pas régler beaucoup de
difficultés que nous faisions face, ça ne règle pas la formation. Je comprends.
Mais c'est un excellent point que vous amenez, en termes de ressources. Parce
que c'est les questions que j'avais posées à des groupes précédents. Là, vous
avez dit qu'il y avait 40 maisons de transition?
M. Henry (David) : Oui, mais
les maisons de transition, il ne faut vraiment pas confondre, hein, c'est pour
une clientèle qui est criminellement responsable, qui est en libération conditionnelle.
Donc, oui... Mais, oui, il y a une quarantaine de... il y a 40 maisons de
transition au Québec.
Mme Maccarone : Parce que ce
qu'on a entendu, c'est qu'on a un grand besoin d'en avoir plus. Alors, combien
est-ce que nous avons besoin? Combien de places? Ça coûte combien? Est-ce qu'il
y a des régions spécifiquement ciblées?
Mme Lejour (Véronique) : Je
vais me permettre juste de faire la distinction entre les ressources de
transition, vraiment, qui accueillent une clientèle contrevenante versus des
centres spécialisés en psychiatrie légale. Ça, il y en a quatre. Donc, c'est
très différent. On en a quatre dans la région de Montréal. Nous, on dessert
la... Saint-Jérôme aussi, on a une petite ressource de 10 personnes à
Saint-Jérôme. Donc, au total, si je prends sous le joug de L'Entre-Toit, on a
64 résidents. Tantôt, j'entendais des chiffres de 700 personnes qui
sont détenues sur la commission d'examen. Ils ne sont pas tous concentrés à
Montréal, là. Donc, on sait que même, bon, Pech a une spécificité de
psychiatrie légale à Québec, mais il n'y a pas d'hébergement spécialisé à
Québec, non plus, pour quand les besoins y sont. Donc, ils sont partout. À quel
volume? Ça, nous, on n'a pas les données, malheureusement. Mais c'est sûr
qu'ils sont là, les besoins sont là.
Mme Maccarone : OK. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je vous remercie beaucoup de
votre collaboration et de votre contribution à nos travaux.
Avant de conclure des auditions, je
procède au dépôt des mémoires des organismes et des personnes qui n'ont pas été
entendus lors des auditions publiques.
Et la commission, ayant accompli son
mandat, ajourne ses travaux au jeudi 12 septembre, à 8 heures, où
elle se réunira en séance de travail. Alors, merci beaucoup, et bonne fin de
journée.
(Fin de la séance à 17 h 44)