Journal des débats de la Commission de la santé et des services sociaux
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
mercredi 11 février 2026
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Vol. 48 N° 9
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 19, Loi visant notamment l’amélioration de l’accès aux services médicaux et la prise en charge médicale de la population
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15 h 30 (version non révisée)
(Quinze heures cinquante-neuf minutes))
Le Président (M. Provençal)
:Alors, bonjour, tout le monde. Ayant
constaté le quorum, je déclare la Commission de la santé des services sociaux
ouverte. La commission est réunie afin de procéder aux consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 19, Loi visant notamment
l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge médicale
de la population.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Picard (Soulanges) est remplacée par Mme Guillemette (Roberval).
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Nous... Oui, nous
débuterons par les remarques préliminaires, puis nous entendrons les témoins,
suivants : le Conseil de la protection des malades, le Regroupement
provincial des comités des usagers et l'Association des infirmières
praticiennes... spécialisées du Québec, excusez-moi.
Étant donné qu'on a débuté un petit peu
plus tard, je vais... je vais avoir besoin de votre consentement pour qu'on
puisse dépasser afin de respecter au moins le temps qu'on doit consacrer à nos
groupes...
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Provençal)
: Consentement. Merci beaucoup. Autre point, avant d'y aller
avec les remarques. Je vous demande le consentement pour que le député de
Jacques-Cartier puisse participer à nos travaux. Consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. Alors, j'invite
maintenant la ministre de la Santé à faire ses remarques préliminaires. Mme la
ministre, vous disposez de six minutes, et la parole est à vous.
Mme Bélanger : Merci beaucoup,
M. le Président. Mais d'abord je veux saluer mes collègues, merci, chers
députés, mon équipe qui est avec moi et naturellement les députés de l'opposition.
Très contente d'être assise ici aujourd'hui pour un projet de loi qui est
important le PL n° 19, qui est la Loi visant
notamment l'amélioration de l'accès aux services médicaux et la prise en charge
médicale de la population.
Alors, je suis certaine que nous aurons
des échanges constructifs. Nous travaillons dans un même objectif de s'assurer
que l'ensemble de la population du Québec ait un meilleur accès aux soins de
santé. Et quelques mots sur le contexte. On se souvient que, le 25 octobre
2025, la sanction de la Loi visant à instaurer la responsabilité collective
quant à l'amélioration de l'accès, ça a été donc une date importante, le 10 décembre
2025, conclusion d'une entente de principe avec la FMOQ; le 12 décembre
2025, sanction de la Loi reportant l'entrée en vigueur de certaines
dispositions.
Il y a, vous le savez, un engagement de
notre gouvernement de déposer un nouveau projet de loi d'ici le 28 février
2026, et je veux revenir sur quelques principes. Au final, malgré l'automne que
nous avons eu, la destination reste la même, les objectifs du gouvernement
demeurent, c'est-à-dire assurer à l'ensemble de la population du Québec un
meilleur accès aux soins de santé, en ayant une sensibilité particulière pour
que l'accès soit offert aux plus vulnérables, c'est-à-dire les personnes ayant
des maladies, des problèmes de santé chroniques ou pour toute autre raison en
lien avec leur condition médicale. Je veux aussi, quand même, mentionner que ce
que l'on souhaite, c'est que 500 000 personnes de plus soient prises
en charge d'ici le 30 juin prochain, dont 180 000 personnes
vulnérables. Au moment où on se parle, il y a déjà plus de 78 000
Québécois, Québécoises qui ont reçu une lettre confirmant leur prise en charge.
Une mention aussi importante, nous changeons le modèle de rémunération des
médecins de famille en première ligne en instaurant un modèle de capitation. Et
ce modèle de capitation va nous aider à avoir une meilleure continuité et un
meilleur travail en interdisciplinarité.
Alors on continue. Je voulais le
mentionner. On a des principes, les principes demeurent les mêmes. Les moyens
changent, mais je suis confiante qu'on va y arriver. Et j'aimerais aussi
mentionner que j'ai bien hâte d'entendre les comités qu'on va entendre... les
groupes que nous allons entendre aujourd'hui, d'abord, le Conseil pour la...
16 h (version non révisée)
Mme Bélanger : ...des malades
et le Regroupement provincial des comités des usagers. C'est important d'écouter
vraiment les usagers de notre système de santé et des services sociaux.
Et nous aurons aussi l'occasion d'entendre
l'Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec. Alors, ce n'est
pas une loi sur les IPS, mais c'est important de les entendre parce qu'elles
sont... elles font partie des professionnels de la santé qui peuvent faire une
très grande différence. Et je pense que c'est important de mentionner que tout
ce qu'on va faire doit aussi reposer sur la collaboration interprofessionnelle,
et les IPS peuvent jouer un rôle important. Donc, je suis très contente de les
entendre aujourd'hui.
Alors donc, voilà, il va me faire plaisir
d'entendre les différents groupes et de pouvoir échanger avec ces derniers.
Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:C'est moi qui vous remercie, Mme la
ministre. Alors, je vais inviter maintenant le député de Pontiac à émettre ses
remarques préliminaires pour une durée de trois minutes 36.
M. Fortin :Merci, M. le Président. Bonjour, Mme la ministre, chers
collègues députés, avec, si vous me permettez, M. le Président, salutations
particulières à mon voisin de comté, le collègue de Gatineau, dont la
communauté a subi une tragédie sans nom aujourd'hui. Je tiens à lui offrir, et
à tous les gens qu'il représente, tout notre appui, tout notre soutien.
Je ne sais pas pour vous... Je ne sais pas
pour vous, M. le Président, mais moi, j'ai une impression de déjà-vu. Il semble
qu'on est déjà venus ici. Il me semble qu'on a déjà fait cet exercice-là. Vous
vous souvenez du projet de loi n° 106, M. le Président, qui a causé toutes
sortes de remous, où le Collège des médecins parlait de médecine fast-food, où
on... où on, disons, mettait de côté tout ce qui était recherche, enseignement,
tout ce qui était aide médicale à mourir, soins palliatifs, soins à domicile.
Vous vous souvenez de la loi n° 2, M. le Président,
qui a suivi le projet de loi n° 106. Vous vous souvenez des manifestations.
Vous vous souvenez des médecins qui ont quitté. Moi, dans ma région, M. le
Président, il y a 34 médecins qui ont quitté leur profession ou leur province,
qui sont allés à la retraite. Spécifiquement, ça veut dire 15 000 patients
dans ma région qui ont perdu leurs médecins de famille. Pourquoi? Par décisions
gouvernementales, orientations gouvernementales. Vous vous souvenez du projet de
loi n° 16, M. le Président, qui... qu'on a adopté pour permettre au
gouvernement de reculer sur les mesures les plus liberticides de la loi n° 2. Puis, aujourd'hui, on se réunit encore pour le projet
de loi n° 19, qui vient abroger une grosse partie de la loi n° 2,
vient abroger 99 articles de la loi n° 2.
M. le Président, on va aider le
gouvernement à reculer. Je l'ai dit hier, je le redis aujourd'hui, ils auront
notre collaboration pour reculer, parce que l'approche qui était préconisée
dans la loi n° 2, ce n'était pas la bonne approche.
Mais la ministre se retrouve dans une situation particulière où elle continue
de dire aujourd'hui qu'elle approuvait de la loi n° 2, qu'elle trouvait que c'étaient des bonnes mesures mais qu'il
y avait des enjeux de communication, puis, aujourd'hui, elle nous dit qu'elle
approuve puisqu'elle dépose la loi n° 19. Un ne va
pas avec l'autre. Un, c'est le bâton, l'autre, c'est la carotte. C'est deux
affaires complètement différentes. On ne peut pas être pour les deux en même
temps. C'est d'ailleurs pour ça que le collègue de Lévis a dit : Bien, on est
allés trop loin sur la loi n° 2, donc on doit
proposer la loi n° 19. Au moins, il y a quelqu'un de
cohérent dans leur formation politique. Mais, M. le Président, on se réunit
aujourd'hui avec toujours l'enjeu des spécialistes, qui n'est absolument pas
réglé. Vous le voyez aujourd'hui, là, il y a encore une orientation
gouvernementale qui risque de mener à une guerre ouverte avec les médecins. Et
on se retrouve avec un projet de loi qui n'est absolument pas clair pour le
patient. La ministre nous dit d'un côté : Il va y avoir une prise en
charge des patients, des 500 000 patients, et les médecins, eux, nous
disent : Bien non, ce n'est pas ça, c'est juste 500 000 rendez-vous. C'est
parce qu'il y a des patients vulnérables dont on parle qui ont besoin de plus
qu'un rendez-vous par année. Patients vulnérables, c'est des gens qui ont des
maladies soit nombreuses, des maladies chroniques. Je ne suis pas certain que c'est
une réelle prise en charge.
Enfin, M. le Président, on va aider le
gouvernement à reculer, mais on va demander des assurances dans ce projet de
loi là, notamment au niveau de l'article 208, qui est maintenu et qui permet au
gouvernement de faire fi des négociations et de lui-même décider des
conditions. Alors, on va entendre les groupes, on a hâte de les entendre. On
aurait aimé en entendre davantage, mais, apparemment, les groupes ne sont plus
intéressés à venir nous parler parce qu'ils nous ont déjà tout dit ce qu'ils
avaient à dire lors des trois projets de loi précédents, mais on va très
clairement entendre, notamment, les groupes des usagers aujourd'hui. Ça va nous
faire plaisir de collaborer, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
:Je vous remercie beaucoup, M. le
député. Alors, je vais demander maintenant au député de Saint-Henri—Sainte-Anne
à réaliser ses remarques.
M. Cliche-Rivard : Le temps,
M. le...
M. Cliche-Rivard : ...le
Président, j'ai...
Le Président (M. Provençal)
: Excusez-moi. Vous avez 1 min 12 s,
monsieur.
M. Cliche-Rivard :
...Merci beaucoup. D'abord, salutations, Mme la ministre, salutations aux
collègues, salutations aux collègues d'en face aussi. Merci à tous et toutes
qui nous écoutent. Rapidement, écoutez, la question, nous, on va la prendre
frontalement en faveur des patients. Ils ont été nombreux, nombreuses, à
témoigner dans les derniers jours, à savoir qu'en est-il réellement de la prise
en charge, là. C'est le principal angle pour moi qui risque de faire défaut
dans l'étude de ce projet de loi là. Les gens des listes, là, des listes et des
listes, ça ne suffira pas. Les gens ont besoin de soins. Et je sais que Mme la
ministre y va avec les meilleures intentions quant aux incitatifs, mais les
Québécois et les Québécoises, les patients, les patientes veulent savoir
concrètement qu'est-ce que ça va changer dans leur vie et non pas de transférer
d'une liste à... aux orphelins, à ceux qui vont peut-être recevoir un rendez-vous
ou peut être seulement qu'un rendez-vous par année, ou peut-être pas de
rendez-vous par année. Alors, moi, c'est comme ça que je vais le prendre.
Pour citer, là, le RPCU : «Il faut
arrêter de parler d'accès, il faut parler de prise en charge.»
C'est la question qu'on va mettre de
l'avant dans les prochains jours avec la plus grande ouverture. Le collègue de Pontiac
faisait état que les négociations ne sont pas encore terminées avec le FMSQ.
C'est quelque chose qui va aussi guider nos travaux, évidemment, pour qu'on
évite de rejouer dans un PL n° 2 2.0, et on va suivre
ça avec attention dans les prochains jours, évidemment, avec tout le caractère
constructif qui nous appartient habituellement.
Merci.
• (16 h 10) •
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup. M. le député des Îles-de-la-Madeleine,
à vous.
M. Arseneau : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour, tout le monde, Mme la ministre, chers
collègues, je ne vous dirai pas que je suis heureux d'être ici, là, quand même,
là, cent fois sur le métier remettez votre ouvrage. Là, c'est la quatrième fois
qu'on se réunit pour une pièce législative pour essayer d'avancer dans la prise
en charge, ici, au Québec, des usagers du réseau et, évidemment, de modifier le
mode de rémunération des médecins. On est déçus de l'aboutissement du
psychodrame de l'automne dernier, on ne le cache pas. Contrairement à d'autres
formations politiques, on appuyait les objectifs du gouvernement et on
désapprouvait un certain nombre de moyens, évidemment, toutes les mesures
liberticides qui ont été éliminées essentiellement dans le projet de loi n° 16 le 12 décembre dernier, les 78 articles qui
ont été abrogés. Là, on en abroge un autre : 99. Il reste 37 articles
sur les 214 du projet initial, c'est-à-dire 17 %. C'est beaucoup, beaucoup
inférieur à la note de passage et les objectifs demeurent, dit la ministre,
mais est-ce qu'on aura les moyens de les atteindre, la prise en charge
actuellement? Reste à être confirmé sur moins de la moitié de ce qu'on voulait
affilier. Et même chose pour la question de mode de rémunération, ça semble
encore être à négocier. On espère qu'on ira plus loin dans le projet de loi
pour pouvoir avoir un certain nombre d'assurances et de garanties. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup pour ces remarques préliminaires. Nous
allons maintenant débuter les auditions avec le représentant du Conseil pour la
protection des malades, c'est-à-dire Me Paul Brunet, président-directeur
général.
Je vous cède immédiatement la parole.
M. Brunet (Paul G.) : Merci,
M. le Président. Merci à vous, Mme la ministre, à tous les députés, toutes les
députées et autres intervenants. J'ai entendu une remarque tantôt du député,
justement, M. Arsenault, qui disait : On ne devrait plus parler
d'accès, mais de prise en charge. Je ne sais pas où est-ce qu'on s'en va, mais
moi, je vais continuer à travailler pour l'accès. L'accès, pour moi, c'est plus
important que la prise en charge. Cependant, rappelons-nous que dans n° 106 et dans n° 2, le ministre,
à part les documents promotionnels, ne garantissait pas à personne un accès. Il
garantissait que 100 % des Québécois auraient accès à une prise en charge
dans le CLSC et le GMF de leur territoire. On ne s'est jamais, on ne s'est
jamais fait promettre un accès aux soins. Nous, on l'a proposé.
On a proposé au ministre, dans un
amendement qu'on a envoyé, où on disait : «Chaque usager a le droit
d'accéder et de recevoir des soins de la part d'un professionnel de la santé
dans un délai cliniquement reconnu, quelle que soit sa condition ou son lieu de
domicile.»
Notre amendement a été refusé. Mais le
ministre Dubé n'avait jamais promis que les patients auraient accès à des
soins. Nous, on lui a demandé. À part de ses documents promotionnels, ce
n'était pas dans la loi. Nous, on voulait la garantie. On était prêts à appuyer
n° 106 si on avait eu cette garantie-là.
Malheureusement, on ne l'a pas eue.
Merci à vous de nous inviter encore au
Conseil pour la protection des malades. Ça fait 51 ans qu'on travaille à
la défense des droits des usagers, et ça fait aussi longtemps qu'on vient ici
rencontrer les gens de l'Assemblée nationale. On est très heureux d'être
invités. On commence à être familiers avec le président de la commission tellement
ça fait de fois qu'on vient ici. Mme, évidemment, Bélanger, merci de nous
accueillir.
Juste un petit, un petit historique, si
vous permettez. Je sais que ça ne va peut-être pas plaire nécessairement à tout
le monde, mais depuis 1991, on a quelques...
M. Brunet (Paul G.) : ...le
projet de loi proposé par différents partis politiques qui ont gouverné; 120,
le ministre Côté, une réforme axée sur le citoyen; 2001, rapport Clair du...
bien, sous le PQ; des avenues de solution pour l'avenir du réseau, 114, sous M.
Legault, ministre de la Santé; garantir l'ouverture des urgences du Québec
24 heures par jour partout au Québec; 2015, M. Barrette, simplifier
l'accès aux services pour la population; 2023, projet de loi n° 15,
améliorer l'accès aux soins 2025, sous le 106 et 2, s'assurer que 100 %
des Québécois soient affiliés à un milieu de pratique. Contrairement à
d'autres, M. le Président, le CPM n'a jamais été gêné de s'opposer à des
projets de loi qui n'avaient pas d'allure. Rappelons-nous, le projet de loi n° 10, sous M. Barrette, et, plus récemment, le projet de
loi n° 106, mais surtout la loi n° 2, sous, M. Dubé. Mais, devant
toutes ces promesses faites depuis autant d'années, fort de la promesse faite
par le ministre de la Santé d'alors dans ses documents promotionnels, à tout le
moins, le CPM a cru important de demander cette fois-ci une garantie d'accès
dans le projet de loi n° 106... comme je vous l'ai dit, n'a pas été
retenue. Cet amendement aurait officialisé, enfin, depuis toutes ces années,
une garantie pour 100 % des usagers du Québec à un accès aux soins, comme
promis, et surtout qui aurait mis tous les acteurs au défi, pas juste les
médecins, pas juste la ministre de la Santé, mais tout le monde dans le réseau
de la santé pour assurer un réseau plus efficace. Malgré les documents
promotionnels, je le disais, les projets de loi n° 106 et n° 2 ne
garantissaient toujours pas à un usager du réseau un accès à un professionnel
en soins comme tel.
À l'examen des projets de loi... à l'examen
du projet de loi n° 19, les parties concernées, soit le ministère de la
Santé et la Fédération des médecins omnipraticiens, ont convenu d'inscrire, sur
une base volontaire, quelque 500 000 patients orphelins. L'entente, à
laquelle le CPM n'a pas eu accès, indiquerait que ces patients pourront
s'inscrire au GAP, et les parties auraient aussi convenu que, parmi ces 500 000,
on prioriserait l'inscription de 180 000 patients identifiés comme
vulnérables. On est évidemment loin du 1,5 million patients orphelins. On
aurait pu faire mieux, sans doute, et on aurait pu faire pire. Pour le CPM,
toutefois, on a eu, au moins, sauvé les meubles et on a aussi sauvé le départ
annoncé de centaines de médecins, surtout en Outaouais, comme le disait le
député, qui... dont certains, une trentaine, ont décidé quand même de quitter
le Québec. Ça, c'est un impact direct de cette crise à l'automne dernier.
Alors, le défi pour la ministre de la
Santé... pour les médecins, est de saisir l'opportunité de présenter...
présenter, de par leur engagement envers les citoyens, pour tous les patients
orphelins et surtout les patients les plus vulnérables. Depuis 1991, rappelons
que tous les partis politiques du Québec, sauf Québec solidaire, ont formé des
gouvernements pendant plusieurs années. Il s'agit du PLQ, du PQ ou de la CAQ.
Toutes et tous, avec divers moyens, divers résultats, avec la meilleure
intention du monde, sans doute, ont tenté et continuent de tenter d'améliorer
l'accès. Mais aucun parti politique, pouvons-nous l'observer avec tout le
respect et l'admiration mérités, n'a réussi à relever complètement ce grand
défi depuis 1991.
Le projet de loi n°°19 déposé par la
ministre Bélanger est probablement, à notre avis, j'espère, un des derniers
efforts, sinon le dernier qui vous est demandé, à vous, les élus de l'Assemblée
nationale, de converger ensemble pour améliorer la situation. Si la ministre de
la Santé et les médecins sont conviés à l'améliorer, tous les partis
politiques, en particulier ceux qui ont gouverné le Québec jusqu'à maintenant,
ont, au moins, l'obligation morale de collaborer avec la ministre afin qu'enfin
on avance pour l'accès aux soins pour les patients où qu'ils habitent et quelle
que soit leur condition au Québec. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, maître. Alors, je vais demander à Mme la
ministre de débuter les échanges. Et vous avez 10 minutes, Mme la
ministre.
Mme Bélanger : Alors... Mais,
d'abord, merci beaucoup, Me Brunet, pour votre intervention. C'est vrai
que le contexte, ce n'est pas un contexte idéal, ce n'est pas un contexte
idéal. Je ne veux pas revenir sur la situation de l'automne, mes collègues
députés en ont parlé tantôt, vous en avez fait allusion, mais ça fait des
décennies au Québec qu'on tente d'améliorer le système de santé. Vous en avez
donc présenté plusieurs éléments, les différentes lois au fil des 30 dernières
années, 35 dernières années. J'ai passé ma vie dans le système de...
Mme Bélanger : ...santé, et
j'ai vu différents ministres bien intentionnés qui, donc, déposaient des lois,
mais il reste qu'aujourd'hui, dans le fond, on est, donc, tous là pour
améliorer l'accès à... et à la prise en charge. Je vais parler des deux
éléments parce que c'est important. L'accès pour les Québécois, Québécoises à
un médecin ou à un professionnel, puis j'ajouterais, en fonction de ses
besoins. Ça, c'est extrêmement important. Mais il y a aussi, pour les personnes
vulnérables, l'importance de... d'assurer une prise en charge en continuité,
parce que quelqu'un qui a des problèmes de santé qui sont de nature plus
chronique doit avoir une certaine stabilité dans le suivi avec un professionnel
qui peut être un médecin, mais aussi toute une équipe qui vient aussi en
renfort. Et donc, le projet qu'on dépose vise, effectivement, l'accès, mais
aussi la prise en charge, puis on fait quelque chose qui ne s'est jamais fait
auparavant, malgré les recommandations de différents experts, c'est à dire
changer le modèle de rémunération des médecins de famille. Et ça, ce n'est pas
rien. C'est, dans le fond, 50 % de leur rémunération qui sera maintenant
en mode capitation, qui est un mode qui favorise l'interdisciplinarité, l'accès
et la prise en charge. Donc, je pense qu'il faut vraiment saluer cela. Les lois
précédentes qui ont été déposées cet automne étaient davantage normatives, il y
avait beaucoup de mécanismes, beaucoup de conditions. Tantôt, on me
demandait : Bien là, pourquoi vous... vous êtes confiante, bien, on est...
on a une entente avec la FMOQ, puis je veux vous entendre là-dessus. Dans le
fond, vous avez parlé, tantôt, d'accès comme une priorité, et puis... et moi,
j'aimerais peut-être vous entendre sur comment vous voyez le rôle des comités
des usagers dans la... je dirais, dans le suivi que vous entendez faire de
cette loi, éventuellement?
• (16 h 20) •
M. Brunet (Paul G.) : Les
comités d'usagers, les comités de résidents sont une invention de mon frère
Claude, dans les années 70. C'est à cause de lui qu'on a inséré, dans la loi,
ce concept de comité de bénéficiaires. Je pense qu'on sait un peu de quoi il
s'agit. Alors, ces gens-là sont des bénévoles qui siègent sur... dans les
établissements, partout, localement, régionalement. Ils sont les yeux, les
oreilles, le nez, parfois, pour dire ce qui se passe, ils doivent être
autonomes. Là, on a tendance, là, j'ai parlé à des gens de Santé Québec, mais
là... on va leur dire qu'est-ce ce que le budget, puis on va leur dire les
priorités, puis on va leur dire c'est... Non! Une fois que le budget est décidé
par l'administration, sacrez-leur la paix. Ce n'est pas à vous à venir dire au
comité comment travailler Le CNU, on espère qu'ils vont continuer à soutenir
les usagers, comme j'en avais convenu avec Mme Germain. Moi, je n'y tenais pas,
au CNU, au Comité national des Comité national des usagers, mais on l'a. Mais
on m'a dit : On va le faire vivre, mais il faut que le Comité national des
usagers, on sente qu'il soutienne les comités. Moi, je tiens à ces comités là
comme la prunelle de mes yeux, parce que, je le disais, ils sont très
importants dans la mécanique. C'est un des éléments de démocratie interne que
l'on vit dans les établissements. Il ne faut pas que ce soit juste
l'établissement qui décide qui c'est qui va faire élire les membres puis qui
c'est qui va rentrer sur les comités d'usagers d'établissement. Il y a des
craintes là-dessus, j'en ai parlé avec Santé Québec, et je pense qu'on est en
voie d'améliorer certaines situations, mais, je le répète, ils sont là pour
nous dire à nous, Conseil pour la protection des malades et, j'espère, aux
administrations, en toute autonomie, tu ne peux pas défendre les usagers si tu
es pris sous le joug de quelqu'un qui t'impose des affaires parce que ça fait
l'affaire d'une autre gang. Laissez-les tranquilles, c'est... voulez, c'est le
cri du cœur que je lance aujourd'hui, je l'ai dit en regard d'une directive qui
avait été émise par le Comité national des usagers. Mais à ce compte-là et à
cette condition là, ils font un travail extraordinaire, c'est des bénévoles.
Puis là, les bénévoles se plaignent qu'ils ont tellement d'affaires, puis...
Écoutez, ils ont un rapport annuel de cinq annexes à remplir. Sacrez-leur la
paix. Permettez-leur de voir, d'entendre et de défendre les droits des usagers.
C'est ça le travail le plus important. À ces conditions là, Mme la ministre,
c'est sûr qu'on va vous appuyer puis on va appuyer les gens qui vont permettre
au Comité des usagers et de résidents d'oeuvrer avec toute la force et le rôle
qu'on leur concède, qu'on leur confère, qui est tellement important partout,
dans chaque région, dans chaque municipalité du Québec.
Mme Bélanger : Vous indiquez
aussi qu'en fait, cette loi vise aussi à favoriser l'accès aux autres
professionnels de la santé...
Mme Bélanger : ...est-ce
que... question : est-ce que les usagers que vous représentez et que vous
défendez sont prêts à être... à avoir des soins et des services des autres
professionnels?
M. Brunet (Paul G.) : Je ne
suis pas au courant qu'ils sont contre ça. Je continue à dire que, au moins
depuis le GAP, on devrait avoir accès à un professionnel ou une professionnelle
en soins dépendant de notre condition. Et j'espère, suite aux promesses que M.
Dubé nous avait faites, que, déjà, dans le GAP, selon ce qu'on indique à
l'inscription ou au 8-1-1, qu'on est guidé vers un ou une professionnel qui va
régler notre problème. Parce que ce n'est pas vrai que c'est toujours le
médecin qui peut régler nos problèmes, on le sait, on l'a... on l'a déjà
expérimenté, mais je pense qu'il y a un bel exemple de complémentarité qui
s'exerce, je l'ai dit hier dans une autre commission. M. Boulet disait :
Il faudrait qu'on soigne un peu... Bien oui, tu sais, je rappelais cette
anecdote, je ne sais pas si vous l'avez écoutée, mais, à l'hôpital de
Saint-Eustache, on a dit qu'on fermait l'obstétrique parce qu'on manquait de
gens compétents pour l'opérer, ça fait que, là, on envoie tout le monde à
Laval. Pendant ce temps-là, quand cette nouvelle-là est sortie, Mme la
ministre, LaPresse nous apprenait, ou Le Devoir,
que 100 infirmières praticiennes, qui sont capables de faire des suivis en
obstétrique, on n'allait pas les chercher. Il va falloir être plus efficaces.
Puis, tu sais, on a des... On a aussi
demandé que, dans une situation de crise sanitaire ou de grave pénurie
d'infirmières, qu'on puisse aller chercher les finissants en nursing, comme on
l'a fait en 2000, avec Mme Marois, puis comme... Mme Kamel, dans sa
recommandation lors de son rapport d'enquête, proposait qu'on améliore la
formation des infirmières auxiliaires pour qu'elles puissent aussi aider. Il
faut qu'on s'aide. Si on continue à travailler tous en silo... Je ne dis pas
qu'il ne faut pas respecter les conditions de travail, puis les conditions de
pratique, puis la qualité des soins, ce n'est pas ça que je dis, mais
aidons-nous, s'il vous plaît. Tu sais, on a sorti le privé, on a sorti les
personnes immigrantes du réseau de la santé, en espérant... j'espère les ravoir
sous un autre programme, mais là on est en train de sortir tout le monde, puis,
après ça, on se demande pourquoi on a 10 % d'infirmières qui sont sur le
carreau. Les syndicats étaient pour sortir le privé, mais pendant qu'ils
étaient pour ça, on a épuisé 8 000 infirmières, on les a mis en accident
de travail, puis en... On a-tu réglé l'affaire pour les patients? On a sauvé
des centaines de millions, mais on n'a pas réglé l'accès pour les patients à
des soins infirmiers ou autres dont on a tant besoin.
Ça fait que je pense qu'il faut être un
peu plus interconnectés, comme, je le sais, ce gouvernement le propose. Et moi,
je suis très content d'entendre ça, depuis quelques années, les infirmières ont
amélioré les actes protégés qu'elles pouvaient exercer, les pharmaciens,
pareil. Il va falloir qu'on s'aide, et je compte sur vous, là. Je commence à
être un vieux, moi, là, mais je compte sur vous pour qu'on travaille ensemble.
Je suis tanné de venir juste pour ça tout le temps. Excusez-moi.
Le Président (M. Provençal)
: Non, non. Allez-y. C'est parce que... signaler à Mme la
ministre qu'il lui restait une minute.
Mme Bélanger : Oui. Bien,
écoutez, je pense que le message est bon. En tout cas, je retiens plusieurs
choses, mais notamment que vous souhaitez qu'on travaille ensemble. Puis je
pense que c'est ce qu'on va tenter de faire, mais, après ça, il faut s'assurer
que les résultats soient au rendez-vous. Bien, je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la ministre. Je
vais céder la parole au député de Pontiac.
M. Fortin :Merci, M. le Président. Bonjour, M. Brunet. Merci. Merci
d'être là, comme toujours. Tantôt, là, vous avez commencé votre présentation en
parlant d'accès, versus prise en charge, entre autres. Projet de loi n° 19,
là, c'est essentiellement une... c'est un peu une copie conforme de ce qui a
été négocié avec les médecins omnipraticiens. Et là il semble y avoir un
différend entre les médecins et le gouvernement sur l'interprétation de ce qui
va être rendu disponible aux patients.
Les médecins nous disent : Bien, ce
qu'on a accepté, c'est d'offrir 500 000 rendez-vous. La ministre nous
dit : C'est 500 000 patients qui vont être pris en charge. Est-ce que
vous considérez, là, que ce qu'on a devant nous, c'est une... ça offre l'accès
nécessaire aux patients, que vous souhaitez?
M. Brunet (Paul G.) : Écoutez,
le GAP, que M. Dubé a inventé et pour lequel je lui en suis très reconnaissant,
ça marche. Quand il a annoncé, à l'automne, qu'il était pour abolir le GAP,
j'ai dit : My God! C'est à peu près la seule affaire qui marche si bien,
ne scrappez pas ça. Alors là, on va... Puis Santé Québec avait arrêté... avec
toute l'affection que j'ai pour les gens qui y oeuvrent, avait arrêté de parler
du GAP, dans les communiqués avant les fêtes, mais là ils ont recommencé à
en...
M. Brunet (Paul G.) : ...«good»!
Tu sais, une fois qu'on est inscrit au GAP par 8-1-1 ou au GAP puis qu'on est
vu par un professionnel en soins, je refuse de croire que si la personne à des
conditions chroniques ou vulnérables... comme cette personne-là pourrait en
avoir besoin, qu'elle ne puisse pas être suivie par le GMS ou... le GMF,
pardon, ou le CLSC où elle se rendra. Moi, je suis dans un GMF, puis, des fois,
je n'ai pas besoin de voir mon médecin, besoin de voir une infirmière, besoin
de voir une podiatre. Ça, ça s'appelle de l'interdisciplinarité puis de
l'efficacité. Et c'est ça que je souhaite. D'ailleurs, comme la ministre l'a
dit tantôt, moi, les 500 000, je veux les voir, là. Puis je vais talonner, parce
que je les connais, tu sais, ça fait 28 ans que je suis porte-parole, je
les connais, toute la gang, je connais même M. Bégin, ici, depuis très
longtemps. Alors, tu sais, on va... on va suivre puis on va vous gosser. Puis,
quand les médias nous en donneront l'occasion, on va... on va le redire. Que ce
soient les médecins, le gouvernement ou vous-même, s'il y a quelqu'un qui met
les bâtons dans les roues pour une meilleure efficacité, on va être là pour...
pour le signaler. Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question.
M. Fortin :En partie peut-être. OK. Alors, là, ce que... ce que le
gouvernement dit essentiellement, c'est qu'il y a 500 000 patients,
notamment 180 000, si je ne me trompe pas, là, selon le discours
gouvernemental, 180 000 patients vulnérables qui vont être pris en
charge. La Fédération des médecins dit : Bien, pour ça, nous, on va
ajouter 500 000 plages horaires. Un patient qui est vulnérable, là,
vous le savez probablement plus que moi, plus que la plupart des gens autour de
la table, là, ça nécessite, de ce que moi, j'ai vu, au moins des rendez-vous
aux trois mois, disons, là, quelques rendez-vous par année. Donc, comment on
arrive à faire cette équivalence-là entre les 500 000 patients, dont
un grand nombre de vulnérables, puis 500 000 rendez-vous
supplémentaires? Est-ce que 500 000 patients, ça ne demande pas plus
que 500 000 rendez-vous supplémentaires?
• (16 h 30) •
M. Brunet (Paul G.) : Probablement.
Mais le 500 000 comprend le... le 180 000. On s'entend là-dessus?
M. Fortin :...
M. Brunet (Paul G.) : OK.
Écoutez, je vous donne l'exemple, puis là, tu sais, je ne vais pas jusque dans
certains détails... mais ce que je sais, c'est que je connais des patients, des
usagers qui ont des conditions de santé chroniques et qui sont régulièrement
vus par un... par un praticien, une praticienne après s'être inscrits d'abord
au GAP. Personnellement, moi, mon GMF, il se spécialise dans les maladies, la
maladie du sida. Et je sais qu'ils sont rencontrés. Et on les appelle
régulièrement pour qu'ils viennent voir des professionnels en soins concernés.
Je ne vois pas pourquoi cela cesserait parce qu'il y a eu une nouvelle entente.
Je ne comprends pas ça. Mais, comme je vous dis, moi, je vous... je vous
promets, et je m'engage même, avec mon organisme, à aller voir et nous assurer
que les patients vulnérables sont pris en charge.
Souvenez-vous il y a quelque temps. Je me
souviens, les... quand la chicane avait commencé, le ministre Dubé
disait : J'ai... J'ai 3 000 patients très vulnérables, là, dont
je veux qu'on s'occupe, puis Dr Amyot avait dit : Donnez-moi les noms, on
va les soigner. Ça fait que, là, je ne sais pas s'ils se sont parlé, mais, tu
sais, il faut... il faut se communiquer un peu plus. Là, tu sais, je veux dire,
c'est des milliards qu'on dépense, j'aimerais ça que ça aille mieux.
Évidemment, si tout va bien, mais là, je ne viendrai plus ici, puis ça va me
faire un peu de peine aussi, mais, tu sais que ça aille un peu mieux.
M. Fortin :Oh! j'ai l'impression qu'on va continuer à vous voir un
petit bout de temps quand même. Mais, OK, juste pour terminer sur cette... sur
cet enjeu-là, là... Si ce qui finit par arriver, là, c'est qu'il y a
500 000 rendez-vous additionnels par année, et ça arrête là, ça ne suffira
pas à combler les besoins de la patientèle existante et des nouveaux inscrits,
si je comprends bien.
M. Brunet (Paul G.) : ...il
manque un... il va manquer 1 million, hein?
M. Fortin :Oui, c'est ça.
M. Brunet (Paul G.) : Il y
avait 1 500 000 d'orphelins. On va en prendre 500 000. Moi, je
dis que c'est un pas dans la bonne direction. Est-ce qu'on était mieux à
continuer la chicane puis à faire se... sortir des centaines de médecins, puis
pas s'entendre, puis avoir, tu sais... Moi, je rencontre des présidents de
comités à tous les mois qui... la moitié me disent : On va perdre nos
médecins, nos gens dans nos... dans nos... dans nos villes, dans nos régions
disent qu'ils vont perdre leurs médecins, puis l'autre moitié... on voulait
avoir plus d'informations. Le ministre aurait gagné, je pense, à dire et
instruire beaucoup plus les patients sur ce qui s'en venait peut-être quelques
mois plus tôt... plus tôt, oui, avant que la chicane prenne. Il me semble... on
aurait eu peut-être plus les patients de notre côté. Mais, même nous, on était
pas certains, des fois, de là où on s'en allait.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, M. le député. Votre
temps est écoulé. Alors, je dois céder... je vais céder maintenant au député de
Saint-Henri-Sainte-Anne pour deux minutes.
M. Cliche-Rivard : Je vais
continuer là-dessus pour qu'on soit juste certains de bien s'entendre. S'il y a
effectivement...
16 h 30 (version non révisée)
M. Cliche-Rivard : ...180 000 patients
vulnérables, là, à qui on donne, effectivement, disons, des rendez-vous aux trois
mois, là, ça fait, disons, quatre rendez-vous par année. On joue aux mathématiques
un peu, là, ça fait 720 000 rendez-vous annuels juste pour ces 180 000-là,
on oublie les 100... 380 autres qui ne sont pas... 320 000 autres qui ne
sont pas vulnérables. Si là, avec eux, on occupe 720 000 rendez-vous,
je pense que c'est un petit peu ça, la question, à laquelle on va aller, il va-tu
en manquer, des rendez-vous, ne serait-ce que pour les vulnérables dans les 500 000 plages
horaires offertes?
M. Brunet (Paul G.) : Ça se
peut.
M. Cliche-Rivard : Ça se peut.
M. Brunet (Paul G.) : Ça se
peut très bien. Moi, je vais... Moi, ce qui m'intéresse beaucoup de voir, c'est
comment est-ce qu'il y a du monde qui se présente à l'urgence. Tu sais, M. Dubé
disait lui-même qu'au moins la moitié des patients ambulatoires qui se
présentent à l'urgence devraient être vus ailleurs. Ça fait que, si, dans un
an, le taux de gens qui continuent à aller à l'urgence augmente, on n'aura pas
fait une grosse job en matière de... de prise en charge. Ça va être un signal.
Vous allez me dire : Oui, mais il y a des nouveaux venus. D'accord, mais,
à un moment donné, tu sais, à un moment donné, il y avait 700 patients
ambulatoires qui se présentaient dans les urgences du Québec de plus par jour,
je veux dire, ce n'est pas juste des nouveaux arrivants, là. Alors, moi... pour
moi, là, avec tout le respect, puis je sais qu'il y a d'autres tableaux
extraordinaires, il y en a un qui est extraordinaire, ils vous disent quelle
urgence est la moins occupée. Arrêtez de leur dire où aller, trouvez des places
avant. Non, mais, tu sais.
M. Cliche-Rivard : En terminant,
tantôt, vous avez parlé du programme de l'expérience québécoise, là, à demi-mot.
Vous voulez vous finir là-dessus?
M. Brunet (Paul G.) : Je
savais que vous m'inviteriez, ou je m'en doutais. En fait, ce qu'on réclame, c'est
que les gens qui sont déjà là puis qui nous aident dans le réseau de la santé,
laissons-les continuer à nous aider. On a déjà de la misère à avoir du monde. C'est
ce que je dis.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. M. le député des Îles-de-la-Madeleine, vous terminez
cet échange-là.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Je vais continuer sur la même thématique de... de la prise en
charge, parce que les objectifs qui sont fixés, dont on discute depuis déjà un
certain temps, c'est pour le mois de juin prochain, qu'en est-il de la suite
des choses, parce que l'entente, à ce que je sache, ne prend pas fin le 30 juin?
Dans le projet initial, projet de loi n° 2, on parlait d'une affiliation à
des milieux de soins pour l'ensemble des patients orphelins et on voulait faire
extrêmement rapidement. Est-ce que vous ne pensez pas qu'on aurait pu, tout en...
en améliorant, si on veut, les relations avec les médecins, se donner quand
même un horizon de quelques années pour finir par offrir des... des rendez-vous,
une prise en charge c'est-à-dire, et non pas juste des rendez-vous, sur une
période de quelques années, de façon progressive, à l'ensemble des Québécoises
et des Québécois qui ont besoin d'être pris en charge? Parce que c'est comme si
on avait une vision à courte vue, là, en juin, c'est... c'est réglé pour 500 000,
mais qu'en est-il du million qui reste et quel est le plan de match?Est-ce
que, ça, ça ne vous inquiète pas un peu de savoir qu'en juin on va dire :
Bien, ça peut avoir arrivé ou pas, il y a peut-être eu des rendez-vous ou pas,
une prise en charge ou pas, mais il y a quand même 1 million de personnes
qui demeurent sur les listes?
M. Brunet (Paul G.) : Bon, écoutez,
vous allez me dire que je suis un peu optimiste, mais je me dis : Si on
est capables de régler le cas de 500 000 personnes au mois de juin,
ou, en tout cas, d'y... d'y avancer très près, ce sera de bon augure. Puis, si
d'ici au mois de juin, on ne fait rien pour améliorer les affaires ou que les
choses ne se passent pas bien, mais quand même qu'on aurait... on me dit qu'on
va prendre deux ans, on n'aurait pas plus été avancés. Alors, pour moi, ça va
être un signal de... ce qui commence à bien aller, en tout cas, surtout pour
les patients orphelins et tout de suite, à court terme, de ce à quoi on peut s'attendre
et on veut s'attendre de la part des médecins, et du gouvernement, évidemment,
et de vous.
Le Président (M. Provençal)
:Merci Beaucoup.
M. Arseneau : C'est tout?
Le Président (M. Provençal)
:Le temps est...
M. Arseneau : Est écoulé. Ah,
merci.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, merci beaucoup,
M. Brunet, pour votre contribution puis votre participation. Vous êtes
toujours... C'est toujours très apprécié de... de vous recevoir.
Alors, sur ce, je vais suspendre les
travaux pour faire place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 16 h 37)
(Reprise à 16 h 39)
Le Président (M. Provençal)
:Alors, on va poursuivre nos travaux.
Et nous recevons, par visioconférence, le Regroupement provincial des comités
des usagers, ce sont Mme Carole Tavernier, présidente, et Mme Sylvie
Tremblay, directrice générale, qui vont procéder à une présentation et qui seront
là pour les échanges.
Alors, je vous cède immédiatement la
parole.
(Visioconférence)
Mme Tavernier (Carole) : Bonjour,
M. le Président. Bonjour, Mme la ministre, MM. les députés, mesdames et
messieurs. Je suis Carole Tavernier, la présidente du conseil d'administration
du Regroupement provincial des comités d'usagers. Le RPCU défend les droits des
usagers et représente plus de 540 comités d'usagers et de résidents dans
l'ensemble des établissements de santé et de services sociaux au Québec, qu'ils
soient publics, privés, conventionnés ou autofinancés. En entrée de jeu,
j'aimerais vous rappeler que les usagers ne sont pas seulement des personnes
malades. Ce sont toutes les personnes au Québec qui utilisent les services de
santé ou de services sociaux une fois dans leur vie. Le RPCU a pour mission de
les représenter. Je suis accompagnée aujourd'hui de Mme Sylvie Tremblay,
la directrice générale du RPCU.
Le RPCU tient tout d'abord à souligner le
travail et le dévouement de l'ensemble du corps médical au Québec. Nous tenons
aussi à exprimer notre admiration pour tout le personnel du milieu de la santé
et des services sociaux, qui sont ainsi garants de l'ensemble de ce système.
L'objet de cette commission parlementaire ne porte pas sur le dévouement des
médecins, mais sur l'accès et la prise en charge des usagers. Celle-ci visant
principalement à améliorer l'accès aux services médicaux pour une prise en
charge optimale et humaine des usagers. Les usagers que nous représentons
réaffirment dans cette perspective que l'accès et la prise en charge des
citoyens du Québec auraient dû, sans équivoque, être au cœur de l'ensemble des
discussions. La rémunération n'étant pas le seul événement qui détermine cette
relation d'affaires, vous en conviendrez.
Le RPCU constate un manque de cohérence de
la part du gouvernement du Québec dans ce dossier et ne peut que conclure qu'il
a déclaré forfait. La notion de responsabilité sociale des médecins, tout comme
celle d'un pacte entre le gouvernement et les médecins de famille, nous semble
avoir été laissée de côté, notamment en ce qui a trait aux usagers très
vulnérables et vulnérables de notre société. La prise en charge de ceux-ci par
un médecin dédié aurait mérité du législateur une volonté affirmée, et ce, dans
des délais acceptables. Les différentes réformes qui se sont succédé au Québec
depuis les dernières années n'ont pas toujours donné tous les résultats
attendus. La dernière réforme, qui a mené, entre autres, à la création de Santé
Québec et du ministère 2.0, est encore en phase de transition, et c'est un
euphémisme. Le RPCU, en ce sens, s'impatiente de voir les fruits de cette vaste
transformation au bénéfice des usagers, et ce, partout au Québec.
Il aurait été plus facile pour nous, les
usagers du réseau de la santé et des services sociaux, d'écrire notre mémoire
en ne reproduisant que les échanges entendus ou lus dans les journaux ou les
médias sociaux. Entendez-vous l'insatisfaction générale des usagers? Nous
constatons l'exaspération et l'incompréhension des usagers lorsqu'ils attendent
de longues heures aux urgences ou dans les cliniques médicales sans
rendez-vous. Que dire de tous ces usagers qui attendent plusieurs mois pour un
premier rendez-vous de prise en charge, une opération, un traitement? Enfin, toutes
ces personnes malades qui téléphonent au GAP et qui n'obtiennent pas de
rendez-vous dans un GMF que pourtant on leur avait attribué. Il y a des faits
que nous ne pouvons passer sous silence : l'accroissement de la
population, le vieillissement à vitesse grand V de cette population,
particulièrement dans certaines régions, l'augmentation des usagers très
vulnérables, vos fameuses pastilles rouges, et vulnérables, vos pastilles
orange, ayant des problématiques sociales et de santé multiples.
Les médecins du Québec, comme les autres
parties prenantes de ce réseau, ont une responsabilité sociale de soigner ces
personnes au plus près...
Mme Tavernier (Carole) : ...et
doivent, avec l'ensemble des intervenants et des gestionnaires, s'engager à
améliorer la prise en charge des besoins de cette population.
Nous comptons sur vous, comme
législateurs, afin que le PL n° 19 ne soit pas une
abdication, mais un pas de plus pour les usagers.
Mme Tremblay (Sylvie) :
J'aimerais revenir sur le projet de loi n° 19 et
quelques éléments à souligner. Particulièrement, il cible un certain nombre de
personnes assurées, identifiées comme vulnérables par le ministère lorsqu'elles
sont ajoutées à la clientèle dont un médecin omnipraticien assure le suivi
médical, et ce, dès la présentation du projet de loi. On indique aussi...
considérant que la rémunération par capitation est un moyen de favoriser la
continuité des services médicaux offerts à la population, ainsi que la
filiation et de la prise en charge des patients plus vulnérables, par le biais,
notamment, de la collaboration interprofessionnelle. Nous demandons donc que
les clientèles vulnérables et très vulnérables non affiliées soient prises en
charge, attribuées, dédiées à un médecin, avec la collaboration interprofessionnelle.
Un pacte social sur la création de valeur.
Cette approche vise une couverture et un accès équitable aux services de santé
et de services sociaux et améliorer la santé globale pour les interventions
adaptées aux besoins privilégiés et diversifiés des usagers. Le projet de loi
permettrait une réponse adaptée aux besoins de la population au niveau
national, territorial, local, en matière de santé et de services sociaux. Dans
ce contexte, nous sommes d'avis que des balises collectives s'insèrent dans une
discussion plus large entre l'ensemble de la communauté médicale et les parties
prenantes de l'ensemble du réseau.
Voici ses paramètres : Améliorer la
santé et le bien-être de la population, réduire la maladie, améliorer
l'expérience de soins de services pour les personnes de leurs proches,
améliorer l'équité et réduire les inégalités sociales, de la santé et du
bien-être, améliorer le bien-être et l'expérience des personnes oeuvrant dans
ce réseau-là et améliorer la viabilité du système. Nous serions... Nous
espérons que le législateur prenne compte du concept de création de valeurs au
niveau des discussions subséquentes, au niveau... avec le corps médical en lien
avec le PL n° 19.
La prise en charge, c'est plus qu'une...
c'est plus de plages horaires. Le projet de loi propose d'organiser les
services afin que les médecins omnipraticiens, qui font partie du réseau de la
santé, s'engagent à prendre 500 000 usagers de plus d'ici le
30 juin. Le regroupement demeure dubitatif sur les moyens d'y arriver. Les
solutions sont connues : Des heures d'ouverture plus longues le soir, les
week-ends, des visites à domicile. Cet engagement ne demande pas des
changements mineurs. Comme patients, usagers, payeurs de taxes, les Québécois
demandent au législateur que les médecins de famille, dans un premier temps,
modulent leur modèle d'affaires sur les besoins des usagers. Nous demandons
donc que le législateur paramètre et suive l'augmentation prévue d'inscriptions
et de prises en charge, et ce, par l'ajout réel de rendez-vous avec un médecin
de famille et en particulier pour les patients vulnérables, très vulnérables,
et que ces informations soient surtout rendues publiques.
Nous aimerions souligner aussi quelques
autres sujets. Le RPCU, encore une fois, est préoccupé par la notion de
«personnes assurées», ainsi l'obligation d'assurer un suivi médical seulement
aux personnes inscrites au système de la RAMQ peut présenter des risques de
discrimination, notamment pour les usagers les plus vulnérables. On a pensé aux
personnes itinérantes, par ailleurs, ou marginalisées. Nous aimerions que le
législateur s'assure qu'aucune personne vulnérable ne sera privée d'accès aux
soins par ce projet de loi.
D'autres considérations : Que les
ententes entre le gouvernement du Québec et les fédérations médicales soient
enfin, comme la majorité des conventions collectives, rendues publiques. Pour
une autre demande : Que les comités d'usagers de première ligne que nous
représentons exercent leurs fonctions auprès des usagers inscrits dans les GMF,
les cliniques, pour les médecins de famille. Je vous remercie de votre
attention.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Alors, Mme la ministre, vous êtes prête à
initier les échanges?
Mme Bélanger : Oui, tout à
fait. Bien, d'abord, merci, Mme Tavernier et Mme Tremblay, pour le
dépôt de votre mémoire et pour la présentation, notamment des grandes
recommandations qui sont intégrées à votre mémoire.
Et j'aimerais d'abord peut-être revenir sur
la recommandation 1. Vous parlez que les clientèles très vulnérables
soient prises en charge par un médecin de famille avec une collaboration
interprofessionnelle. Alors, ce sont naturellement des objectifs qui sont
poursuivis dans la loi que j'ai déposée, mais j'aimerais vous entendre
parler...
Mme Bélanger : ...parler
justement un peu plus de la collaboration interprofessionnelle, parce que je
vous ai entendu parler beaucoup des médecins, mais j'aimerais vous entendre
parler notamment de cela.
Mme Tremblay (Sylvie) : On
est... On travaille beaucoup avec les ordres professionnels, parce que la
protection du public est liée à chaque intervention que les médecins ou que les
infirmiers ou que les travailleurs sociaux font et on comprend l'importance de
l'interprofessionnelle et on est d'accord avec ça et on le dit. Ce qui nous
chicote un peu plus et, au-delà, qui nous rend dubitatives, c'est que, dans la
prise en charge, il faut vraiment que les médecins puissent être dédiés à des
personnes extrêmement vulnérables, qui ont des problématiques particulières.
Bien sûr, on peut s'associer interprofessionnelle, les infirmières praticiennes
peuvent faire des choses, et elles le font, les travailleurs sociaux aussi le
font et d'autres, on peut penser à des physios, des ergo, mais il ne faut pas
mettre de côté l'importance des médecins de famille dans la prise de
rendez-vous et dans la... et de dédier des médecins de famille pour les
personnes. On le dit, on le cible, pas pour n'importe qui, mais pour les
personnes extrêmement vulnérables et vulnérables. Et ça, on le dit depuis le
début, on le dit depuis... la 106 et la loi n° 2, et
on le répète, pour nous, c'est un incontournable.
• (16 h 50) •
Mme Bélanger : OK. Bien,
heureuse de vous l'entendre dire, parce qu'effectivement le modèle de
capitation, qui est un modèle qui vient transformer la rémunération des
médecins, permet justement cette approche clientèle interdisciplinaire.
C'est-à-dire qu'on peut donc être affilié à un GMF et ne pas avoir besoin, dans
l'année, de voir son médecin, mais d'avoir par exemple, des represcriptions,
accès à des examens, à des prélèvements sanguins et les IPS, les infirmières, y
compris les infirmières auxiliaires, peuvent très bien faire le travail et le
suivi si la personne est dans un état de santé stable. Alors, au Québec, on a
misé beaucoup sur chaque québécois doit avoir un médecin de famille, c'est le
discours qu'on a depuis des décennies. Alors, on a aussi une prise de
conscience à faire par rapport à ça. Ce qui est important, c'est l'affiliation
à un médecin si on est vulnérable ou à un groupe de médecins de famille avec
des professionnels qui peuvent faire la différence.
Peut-être une autre question, vous avez
parlé de la notion, là, qui est très tendance actuellement, là, beaucoup de
centres de recherches nous parlent de création de valeur. J'aimerais ça vous
entendre, vous l'avez décrit, là, mais comment vous voyez, dans votre
perspective, comme regroupement provincial de comités des usagers, l'évaluation
de la création de valeur?
Mme Tremblay (Sylvie) : On
est loin de la création... on est loin de l'évaluation et la Commissaire santé — bien-être
travaille là-dessus. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'il y a déjà des paramètres
existants et vous et moi, on est là depuis des années et on sait qu'on peut
réduire les inégalités, Santé Québec l'a mis aussi dans sa planification
stratégique. Donc, ce qu'il faut faire, c'est d'arriver, pas juste sur des
grands paramètres... la vedette du moi, c'est la création de valeur, on
l'inscrit comme ça, mais les paramètres sont déjà là. C'est-à-dire qu'améliorer
la santé — bien être de la population, réduire les inégalités et
travailler à ce que les gens qui sont dans le réseau soient bien et qu'on aide
les proches aidants. Ceci, c'est des paramètres qu'on a depuis... les
déterminants de la santé depuis des années. Alors, ce qu'on dit, c'est :
les médecins doivent être inclus dans cette discussion-là, ils ne l'ont pas
souvent été et on se pose la question aussi pourquoi dans les discussions et on
espère qu'ils seront au rendez-vous dans un pacte social qui exprime aussi ce
que devra être demain, parce que les personnes âgées et les personnes
vulnérables et très vulnérables, nonobstant le fait que des fois elles sont
stables, mais des fois elles ne le sont pas. Alors, il faut avoir un contrat
social entre nous pour diminuer aussi, bien sûr, les inégalités sociales, parce
qu'il ne faut pas arriver à la fin de notre... de nos discussions, les vôtres,
comme législateurs, avec les médecins et autres, à avoir un système à deux,
trois, quatre, cinq vitesses. Il faut arriver à avoir un système qui a atteint
tout le monde et de réduire les inégalités.
Mme Bélanger : OK. Et j'irais
sur la recommandation six, qui est : «que les comités des usagers de
première ligne puissent exercer leurs fonctions auprès des usagers inscrits
dans les GMF et les cliniques médicales». J'aimerais vous entendre un peu plus
à ce niveau-là.
Mme Tremblay (Sylvie) : Carole?
Mme Tavernier (Carole) : Oui,
bien, présentement, c'est une impossibilité technique parce qu'on a juridiction
comme comité d'usagers à l'intérieur des établissements de santé officielle.
Les GMF étant...
Mme Tavernier (Carole) : ...des
groupes de médecine privés... bien, en tout cas, publics, mais privés... On n'a
pas de comité d'usagers qui ont accès aux GMF, là, pour représenter ces... ces
usagers-là. Donc, il va falloir extensionner notre rôle pour qu'on englobe les
GMF dans nos... On a... tu sais, on a des mandats, là, sur des territoires, des
MRC, des villes, on en a dans des CHSLD, mais dans les GMF, on est exclus,
parce que c'est des propriétés privées, là, de compagnies.
Mme Tremblay (Sylvie) : On a
accès, peut-être... on a accès à des... à l'interprofessionnel, par exemple. Si
c'est un travailleur social, un psychologue, d'autres professionnels du réseau
qui sont intégrés aux GMF, non. On peut avoir accès avec nos comités d'usagers.
Le problème, c'est les docteurs. Là, on ne peut pas... quand ils sont en
interprofessionnel, on ne peut pas accompagner pour les plaintes, par exemple.
Mme Bélanger : OK, parfait.
Bien, merci pour cette information. Vous avez probablement et... certainement
accès aux cliniques IPS, parce que vous savez qu'on a plus de 15 cliniques IPS
au Québec qui sont, en fait, intégrées dans les établissements publics, là. On
les retrouve notamment au niveau des CLSC, c'est peu connu. Mais comme vous
êtes, en fait, au niveau des comités des usagers des établissements... les CLSC,
notamment, font partie des établissements, ça fait que vous avez accès aussi,
là, à ça. OK, alors, ça va pour moi. Je vous remercie.
Le Président (M. Provençal)
: Ça va, Mme la ministre? Merci beaucoup. Alors, M. le
député de Pontiac.
M. Fortin :
Oui, merci, M. le Président. Bonjour, bonjour à vous deux, merci, encore une
fois, d'être... d'être avec nous aujourd'hui. Je vous ai entendues, d'entrée de
jeu, là, dire que dans... le GAP a certaines... a certains ratés, hein, ce
n'est pas toujours... c'est... Bien là, je vois... je vois l'expression que
vous faites, là, qui confirme... qui confirme ce que j'avais entendu. Mais là,
essentiellement, un patient, aujourd'hui, là, qui n'a pas de médecin de famille
ou qui n'est pas attitré à une clinique, là, il peut appeler le GAP.
Essentiellement, c'est ce qu'on lui dit, c'est appeler le GAP puis essayer
d'avoir un rendez-vous et ça marche à géométrie variable, là, pour... pour
interpréter votre propos. Là, ce que la ministre nous dit, c'est : Bien,
avec mon projet de loi, il va y avoir 500 000 patients qui vont être
attitrés, là, pris en charge par une clinique, mais qui vont devoir passer par
le GAP quand même. Est-ce que vous pensez qu'ils vont avoir un meilleur service
que les gens qui doivent passer par le GAP aujourd'hui?
Mme Tavernier (Carole) : Bien,
c'est là que... c'est là que le bât blesse, parce que, techniquement, pour les
usagers, ils ne comprennent pas. Parce que, si tu dis que tu es attitré à un
GMF ou à une clinique, tu t'attends à avoir le service de cette clinique-là.
Qu'on te dise de repasser par le GAP, puis que ce soit quelqu'un d'autre qui te
donne le service, pour l'usager, tu ne te sens pas pris en charge, à ce
moment-là. Tandis que quelqu'un qui n'a pas de médecin traitant, il va passer
par le GAP, puis il va avoir un rendez-vous ponctuel pour un problème donné, il
n'aura pas de suivi, par exemple. Là, il faut que tu retournes encore dans le
GAP si tu veux avoir un suivi. Ça fait que, quand on... L'accessibilité, c'est
une chose, mais la prise en charge, c'est là, le défi, là, pour tout le monde,
dans notre... dans cette nouvelle opportunité là qu'on a de régler le problème,
une vraie prise en charge par des équipes multi.
M. Fortin :Mais comprenez-vous du projet de loi ou de l'entente avec
la FMOQ, là, que ces gens-là, une fois qu'ils vont avoir eu... Disons qu'ils
ont une clinique attitrée, ils passent par le GAP, ils réussissent là, ils
passent par le GAP puis ils réussissent à avoir un rendez-vous. Est-ce que vous
comprenez que, la prochaine fois qu'il faut qu'ils voient quelqu'un il faut
qu'ils repassent par le GAP ou s'il va y avoir un suivi naturel?
Mme Tremblay (Sylvie) : On
demande que les personnes très vulnérables et vulnérables... ils passent par le
GAP une première fois, on comprend, mais il faut qu'ils soient attitrés à un
médecin...
M. Fortin :...avec une équipe interdisciplinaire, mais à un médecin.
Mme Tremblay (Sylvie) : ...avec
une équipe... parce que ce sont des personnes très vulnérables et vulnérables.
Donc, le GAP, on comprend qu'il faut passer par là une première fois parce que
c'est l'inscription, puis les docteurs sont bien contents de ça, là, on
comprend que c'est le modèle d'affaires. Ensuite, quand ils arriveront à la clinique,
il faut qu'on ait des gens dédiés parce que les gens, c'est ce qu'ils ont
besoin. Peut-être pas toujours, vous avez raison, Mme la ministre l'a dit, mais
ça prend des gens dédiés pour les personnes très vulnérables et vulnérables. Ne
pas refaire l'ensemble de l'œuvre, parce qu'on le doit bien aux gens malades
d'avoir des médecins qui peuvent, en interprofessionnel, travailler ensemble.
Mais il faut arrêter de repasser par le GAP...
Mme Tremblay (Sylvie) : ...par
la suite.
M. Fortin :
Bien... bien, ça, j'entends votre recommandation, ou votre souhait, ou votre
volonté, là, pour les patients vulnérables. Ce que... ce que je me demande,
moi, c'est, pour M., Mme Tout-le-Monde, là, qui n'est pas... qui n'est pas
vulnérable, qui n'a pas de maladie chronique, là, qu'est-ce qui change pour eux
autres, là? Il faut qu'ils passent par le GAP quand même. Donc, je cherche la
différence pour ces gens-là, entre leur situation aujourd'hui puis la situation
où ils sont pris en charge. Je... Est-ce que vous l'avez compris, et c'est moi
qui l'ai manqué?
Mme Tremblay (Sylvie) : On...
on a compris la même chose. Nous ce qu'on demande, là, avec la... cette...
cette étape que nous faisons entre nous et les discussions que vous aurez,
c'est de faire un pas de plus, là, pour les clientèles très vulnérables et
vulnérables. Et vous vous souviendrez de quels diagnostics que ça veut dire.
Alors, je comprends que les négociations ont fait qu'il n'y a pas de... il n'y
a pas d'obligation pour les médecins, là, d'arriver à avoir des clientèles
vulnérables et très vulnérables, là, puis que tout ça est mobile, là. Mais on
veut un pas de plus. On aurait aimé un pas de plus, parce que les gens qui sont
vulnérables et très vulnérables ne pourront pas passer au GAP, là, à perpétuité,
là.
M. Fortin :
Très bien. Je vous remercie...
Le Président (M. Provençal)
: M. le député de Jacques-Cartier.
• (17 heures) •
M. Kelley
: Oui. Merci
beaucoup pour votre présentation. Juste très rapidement, comment, selon vous,
le gouvernement doit diviser des rendez-vous pris en charge sur le territoire
du Québec? Parce que... parce que, j'imagine, une grande partie de ces
personnes-là sont probablement dans la grande région de Montréal, mais il faut
aussi avoir une disposition qui est équitable pour tout le monde. Mais ce n'est
pas écrit dans la loi. Alors, comment que le gouvernement peut attaquer ça pour
s'assurer qu'il traite tous les usagers du Québec dans une façon équitable?
Mme Tremblay (Sylvie) : Je
pense à mes... aux... aux usagers du Bas-Saint-Laurent, par exemple, qui, dans
certains coins de ce pays-là, sont très vulnérables et très âgés. Et il y a un
manque aussi de médecins de famille dans ce contexte-là. Donc, je pense que le
ministère et Mme Bélanger et Santé Québec sont très au courant de... des
différences régionales en fonction des besoins régionaux. Et c'est pour ça que
l'interprofessionnel est important aussi. C'est-à-dire qu'à partir du moment où
on sait que, dans certaines régions du Québec, il y a des médecins de famille,
mais en moins grande quantité, parce qu'aussi il y a des... des médecins qui
partent à la retraite ou c'est la conciliation famille-travail,
l'interprofessionnel joue partout au Québec. Mais au-delà, comment on priorise,
là? Et on ne peut pas prioriser de la même façon partout au Québec. Et vous
avez raison, c'est-à-dire que, dans certaines régions, et on répète, là, les
très vulnérables et vulnérables doivent être pris en charge très rapidement et
avoir un médecin dédié. C'est comme ça qu'on doit revoir un peu. Dans ce
contexte-là, on brime des gens qui auraient besoin, là, dans certaines régions.
Et on... et, dans ce contexte-là aussi, on
minimise les inégalités sociales, là, parce que, dans certains coins aussi, il
n'y a pas beaucoup de monde qui peuvent se payer un médecin autre qui ne
pourrait pas être dans un GMF, par exemple.
Le Président (M. Provençal)
: Ça va...
Mme Tavernier (Carole) : Si je
peux... si je peux juste me permettre, quand on a conçu la loi, on avait pensé
proximité, puis c'était le but, là, de... d'avoir des services de proximité
dans toutes les régions du Québec, pour tous les usagers. Il ne faut pas perdre
cet objectif-là qu'on avait.
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup. Je vais céder la parole au député de Saint-Henri—Sainte-Anne
maintenant.
M. Cliche-Rivard : Bonjour.
Merci beaucoup pour votre mémoire. Je relisais votre mémoire, justement, là,
vous parlez... Le PL annonce une inscription supplémentaire de 180 000 patients
vulnérables au 30 juin 2026, puis vous mettez un point d'exclamation. Ça
nous fait... ça nous... ça nous fait bondir comme ça vous fait bondir aussi,
dans le sens où on l'a calculé tout à l'heure, puis j'aimerais ça vous poser
cette question-là : À peu près, quoi, quatre rendez-vous par année pour
les 180 000... patients vulnérables, ça fait 720 000 rendez-vous, là,
par année, plus les 300 autres 20 000 qui, eux, peut-être, voient leur
médecin une fois par année. Ça fait plus de 1 million de rendez-vous par
année qu'on... qu'on vient d'ajouter par cette entente-là. Est-ce que vous y
croyez vraiment?
Mme Tremblay (Sylvie) : Alors,
il y a une entente qui dit : Au 30 juin, il faut prendre 500 000 personnes.
Nous, dans nos statistiques, à la RAMQ, il y avait déjà des personnes, des
patients non affiliés, et on était à peu près, pour les clientèles vulnérables
et très vulnérables, à à peu près ce nombre-là. Donc, les gens ont reçu
maintenant leur petite lettre en disant : Vous allez être affilié bientôt.
Bingo! Mais c'est les... c'est le même monde, en fait, qu'il y a un an, là.
Alors, il y a d'autre monde qui arrive sur le portillon. Alors l'idée, ce n'est
pas de réserver des plages horaires...
17 h (version non révisée)
Mme Tremblay (Sylvie) : ...c'est
d'avoir la prise en charge. Revenons à l'essentiel. Les soirs, les week-ends,
il faut de la prise en charge. Donc quand on écoute la FMO, ce qu'ils nous
disent, c'est : On va ajouter des rendez-vous, mais on ne nous parle pas
de prise en charge, jamais. On nous parle d'accès, mais on ne parle pas de
prise en charge. Et c'est là où le bât blesse. Donc, je pense qu'il faut revoir
un peu la posture et de voir, pour les clientèles très vulnérables et
vulnérables, je le redis, des plages horaires d'accès.
M. Cliche-Rivard : Mais, vous
l'avez dit, l'accès passe quand même par des plages horaires, s'il n'y a pas de
plages horaires, il n'y a pas d'accès.
Mme Tremblay (Sylvie) : Et
vous comprendrez qu'il y a des médecins qui sont partis à la retraite, et c'est
ouvert et que la conciliation famille-travail aujourd'hui est importante, et
nous le savons. Alors, c'est sûr qu'il y a de l'interprofessionnel, mais il n'en
demeure pas moins qu'il faut augmenter le nombre de plages horaires de prise en
charge par un médecin dédié pour les clientèles vulnérables et très
vulnérables.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député des
Îles-de-la-Madeleine, vous complétez avec ce groupe.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Merci, madame... Mmes Tavernier et Tremblay. J'aimerais avoir votre point
de vue sur le fait que vous êtes de retour ici, consultations particulières, 10 mois
après le dépôt de... du projet de loi n° 106. Au cours
de la dernière année, là, les usagers que vous représentez, là, quel est le
sentiment qui les habite, là, est-ce que c'est un peu, comme pour nous, le jour
de la marmotte?
Mme Tavernier (Carole) : Mais
il y a beaucoup d'exaspération. Il y a beaucoup aussi de perte de confiance,
parce qu'on regarde... On nous a fait beaucoup de promesses, comme usagers, et
on a de la difficulté à voir. On a mis a une très grande structure en place qui
s'appelle Santé Québec. On attend encore les résultats tangibles pour les
usagers. Il y a beaucoup de travail qui se fait dans l'organisation, dans la
mise en place de structures, mais, sur le terrain, ce n'est pas visible pour
les usagers. Ça fait qu'on est dans l'expectative. On veut bien croire, on veut
bien donner la chance, mais il va falloir des résultats, il va falloir qu'on
puisse voir, comme usagers, là, des choses tangibles. Quand on nous dit qu'on
reçoit la lettre, qu'on nous prend en charge dans un GMF, et qu'il faut passer
par le GAP, puis on a rendez-vous ailleurs que dans notre GMF, on ne comprend
plus rien comme usagers, là. Tu sais, il y a des choses qu'il faut qui fassent
du sens pour les usagers.
Mme Tremblay (Sylvie) : Et j'ajouterais
peut-être, M. Arseneau, vous avez été beaucoup aussi... vous nous avez reçus
aussi beaucoup pour des projets de loi de structure, et là on arrive aujourd'hui
sur des services directs à la population. On aurait aimé en avoir plus, on
aurait aimé avoir plus de rendez-vous avec le législateur sur, justement, les
services directs, comment on peut travailler pour les personnes vulnérables, comment
on peut travailler les services, qu'est-ce que ça veut dire pour les programmes
et tout.
Alors, Santé Québec est là, Carole l'a dit,
o espère vraiment, vraiment qu'on revienne à l'essentiel, c'est-à-dire donner
des services de santé et de services à la population.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je remercie les deux
représentantes du Regroupement provincial des comités des usagers pour leur
participation à nos travaux.
Sur ce, je suspends quelques minutes pour
faire place au prochain groupe. Merci beaucoup, mesdames.
(Suspension de la séance à 17 h 07)
(Reprise à 17 h 09)
Le Président (M. Provençal)
: Alors, nous allons compléter notre consultation
particulière avec l'Association des infirmières praticiennes spécialisées du
Québec par visioconférence. Nous avons Mme Maude Raymond, présidente, et Mme
Isabelle Levasseur, vice-présidente, stratégie et politiques. Alors, mesdames,
je vous cède la parole pour votre présentation.
Mme Raymond (Maude) : Merci.
Donc, M. le Président, Mme la ministre, mesdames et messieurs membres de la
commission, merci de nous accueillir aujourd'hui au nom de l'AIPSQ, donc,
l'Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec. Donc, je me
présente : Maude Raymond, je suis infirmière praticienne spécialisée en
soins de première ligne et je suis la présidente de l'Association des IPS au
Québec, et je suis accompagnée d'Isabelle Levasseur.
Mme Levasseur (Isabelle) :
Vice-présidente, stratégie et politique, et infirmière praticienne spécialisée
en soins de première ligne.
Mme Raymond (Maude) : Donc,
nous représentons les IPS des cinq classes de spécialité, donc on parle en
soins de première ligne, soins pédiatriques, soins aux adultes, néonatalogie et
santé mentale. Œuvrant partout au Québec depuis maintenant 20 ans, l'AIPSQ a
pour mission d'assurer le développement, la reconnaissance et la pérennité du
rôle des infirmières praticiennes spécialisées. Notre objectif demeure le
même : Améliorer l'accès, la continuité et la qualité des soins pour la
population québécoise. L'AIPSQ partage pleinement les objectifs de la ministre
de la Santé visant à améliorer l'accessibilité aux soins, à renforcer la
continuité des services et à améliorer... et à assurer, pardon, une meilleure
prise en charge de la population, particulièrement les personnes plus
vulnérables.
Les infirmières praticiennes spécialisées
jouent un rôle central dans cette prise en charge, et ce, à travers l'ensemble
du réseau. Par notre mémoire, nous souhaitons nous assurer que des mécanismes
proposés dans ce projet... ce projet de loi permette réellement de concrétiser
ces ambitions. L'AIPSQ constate néanmoins que le projet de loi repose
principalement sur une approche centrée sur le modèle médical, sans reconnaître
adéquatement la contribution des infirmières praticiennes spécialisées ni les
autres professionnels de la santé. Sans ajustements ciblés, cette orientation
risque de maintenir, voire aggraver les obstacles connus au plein déploiement
des IPS, notamment en GMF. Chaque jour, les infirmières praticiennes
spécialisées évaluent, diagnostiquent, traitent et assurent le suivi des
clientèles souvent très vulnérables. Elles offrent une prise en charge globale
assumant l'ensemble des besoins de santé du patient, seules ou en équipe
interdisciplinaire. Elles sont au cœur de la prise en charge clinique en
première ligne, qui sont en GMF, CLSC, cliniques IPS. Pourtant, leur
contribution demeure insuffisamment reconnue dans les mécanismes d'inscription
qui sont exclusivement avec le médecin omnipraticien en GMF.
Depuis avril 2024, les infirmières en
soins de première ligne peuvent inscrire, à la RAMQ, des patients sous leur
propre nom. Toutefois, la première phase de ce déploiement ne s'appliquait
qu'aux IPSPL, en soins de première ligne, qui exerçaient en clinique IPS. Quand
on parle d'inscription, il s'agit d'un mécanisme administratif par lequel un
patient, un usager est officiellement rattaché à un professionnel à la RAMQ.
Cette inscription lui permet d'accéder à ce professionnel ou à tout autre
membre de l'équipe de soins, sans avoir à passer par le GAP. Lors de
consultations avec différents professionnels dans un autre milieu de soins,
donc, on parle, à l'hôpital, à l'urgence, ça permet aussi d'avoir des résumés
de ces rencontres, puisqu'ils sont transmis en copie conforme aux
professionnels inscripteurs à la RAMQ. Nous sommes toutefois en attente de
cette mise en place de ce mécanisme en GMF. Actuellement, il faut comprendre
que 95 % des IPS en soins de première ligne existent... pardon, exercent
en GMF, où ils suivent et gèrent des clientèles significatives. Malgré cela,
même les patients pris en charge par des IPS demeurent majoritairement inscrits
au nom des médecins, ce qui entraîne plusieurs obstacles administratifs et
cliniques, donc, difficulté à reconnaître...
Mme Raymond (Maude) : ...la
responsabilité réelle exercée par l'IPS, l'incompréhension des usagers face au
rôle du médecin inscripteur versus IPS qu'il voit à toutes les fois qu'il
consulte, qui reste vraiment la personne qui s'occupe de lui. Fragilité dans la
continuité des soins, donc... des fois, dans les retours de consultation, si on
n'est pas médecin inscripteur, on ne voit pas le fil conducteur, on ne les
reçoit pas, et certaines investigations également. Puis, si jamais notre
médecin inscripteur avec nous part à la retraite, bien, on a cette perte de
patientèle, de «case load» de patients qui se retournent directement au
guichet, malgré que nous restons au milieu de soins.
Nous souhaitons attirer l'attention sur
l'article 22 du projet de loi qui traitait de... qui traite de la captation. Il
nous préoccupe que le modèle privilégié de l'inscription des patients
exclusivement par les médecins... alors que nous sommes deux professionnels qui
sont autorisés à le faire à la RAMQ. Nous demandons donc que la capacité des
patients à inscrire... des IPS afin de faire des patients soit pleinement reconnue.
Cela permet de pouvoir doubler les inscriptions dans un milieu de soin et de ne
pas être tributaire de médecins pour l'inscrire ou pas. Nous voulons... nous
vous... Parlons. Plus nous inscrivons de patients dans un milieu de soins, plus
nous réduisons les goulots d'étranglement pour obtenir des rendez-vous en
diminuant la pression sur le GAP... et favoriser la continuité de soins pour
avoir un dossier commun pour le suivi de la clientèle.
Un autre élément de vigie que nous voulons
soulever... Concernant la lettre d'entente 389, initialement abrogée dans le
cadre du projet de loi n° 2, elle se retrouve réintroduite par l'article
14 du projet de loi actuel. Cette entente... cette lettre d'entente comporte
sur les modalités particulières de rémunération, qui est liée à la
collaboration professionnelle et interdisciplinaire entre un médecin et une
infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne. Elle englobe
trois volets : l'allocation du loyer versée par Santé Québec au GMF, la
convention pour le prêt de services de l'IPS au GMF et l'entente de
collaboration entre le médecin et Santé Québec, qui est... qui est responsable
des IPS. Or, cette entente permet notamment au GMF et aux médecins du GMF de
déterminer les activités de l'IPS au sein de son milieu, des horaires, soirées,
fin de semaine, ainsi que la possibilité ou non d'inscrire des patients au nom
de l'IPS.
En tant que professionnelles autonomes,
les IPS ne devraient pas être tributaires de la volonté du GMF pour pouvoir
inscrire le patient. Le maintien de cette lettre d'entente risque de freiner
significativement l'amélioration de l'accessibilité aux soins de la population
au sein du milieu de soins. Puis il faut comprendre que cette lettre d'entente
de collaboration, elle est déjà en négociation depuis plusieurs années.
À l'AIPSQ, nous soutenons entièrement la
vision d'avoir le bon professionnel au bon moment, au bon patient. Nous sommes
convaincus que la reconnaissance officielle du rôle des IPS dans le mécanisme
d'inscription ne fragilise pas la collaboration, elle l'améliore, elle reflète
ce qui se passe réellement dans nos milieux. Nous insistons sur rendre visibles
et reconnues les contributions des IPS. C'est un gain direct pour la clientèle.
Donc au nom de l'AIPSQ, je vous remercie
de votre écoute et de votre engagement envers l'amélioration des soins pour
tous.
Le Président (M. Provençal)
:Ça complète votre présentation, Mme?
Mme Raymond (Maude) : Oui.
Le Président (M. Provençal)
:Merci beaucoup, Mme la ministre, je
vous cède la parole.
Mme Bélanger : Oui. Alors,
bien, d'abord, merci pour le dépôt de votre mémoire et pour votre présentation,
donc, Mme Raymond, comme présidente, et aussi Mme Levasseur, comme
vice-présidente. Peut-être une petite question d'éclaircissement. Il y a
combien d'IPS au Québec et combien d'IPS en première ligne?
Mme Raymond (Maude) : Donc, à
ce jour, on a 2037 IPS, au Québec, donc, 1 400 en soins de première ligne,
puis ça, ça englobe quand même celles au privé, mais on calcule à peu près, là,
un 1 300 au niveau public.
Mme Bélanger : OK. Donc,
environ 1 400 IPS, 1 300 au public. Dans le 1 300, il y en a
combien en GMF et combien en clinique IPS?
Mme Raymond (Maude) : Donc,
on calcule, 95 % des IPS en soins de première ligne au public sont en GMF,
on a un 5 % qui sont dans les 16 cliniques IPS au niveau du Québec.
Mme Bélanger : OK. Et dans le
fond, vous avez, dans vos recommandations ou dans vos constats énoncés, la
difficulté d'inscrire des patients, c'est ce que je comprends. En clinique IPS,
là, je ne parle pas des GMF, vous êtes donc en mesure d'inscrire des patients?
Mme Raymond (Maude) : Exactement.
Mme Bélanger : OK. En GMF,
vous avez dit, c'était plus... que c'était plus compliqué. J'aimerais ça que
vous nous disiez c'est quoi, les enjeux...
Mme Bélanger : ...c'est
compliqué?
Mme Raymond (Maude) : En ce
moment, la seule façon d'inscrire en GMF, c'est vraiment si jamais un nos
médecins collaborateurs quitte à la retraite ou un départ, il y a une
possibilité de faire un transfert de clientèle en lot, comme un médecin qui
retraite va donner à un collègue médecin. Par contre, nous, il faut faire une
demande à la direction de la médecine de famille territoriale. S'il accepte,
ensuite il faut faire une demande au comité paritaire qui est le ministère et
la FMOQ pour voir s'il accepte et ensuite on peut les inscrire au nom des IPS.
Donc, au niveau administratif, cette partie-là, elle est très ardue. Tandis
qu'en ce moment, où est ce que ça bloque, c'est qu'il faut une entente de
collaboration qui faut être signée entre le milieu GMF et Santé Québec, qui
vont nous donner le droit d'inscrire des patients, mais, dans cette entente-là,
c'est vraiment les médecins qui vont décider de la prise en charge de l'IPS.
Ça, ce n'est pas ce qu'on veut, on veut être un professionnel autonome et
participer aux alignements du GMF, mais pas nous imposer des orientations du
GMF pur là-dessus.
Mme Bélanger : OK. Peut-être
une autre question, qu'est-ce qui arrive quand une infirmière praticiennes
spécialisée quitte son poste? Puis une infirmière, là, qui pratique dans un
GMF, les patients qu'elle aurait d'inscrits vont à qui à ce moment-là?
• (17 h 20) •
Mme Raymond (Maude) : Si elle
inscrit directement à la RAMQ ses patients, on a les mêmes modalités que les
médecins pour la clientèle. Donc, si je quitte dans un milieu en dedans de tant
de kilomètres, les patients me suivent avec moi, mais les patients ont toujours
le choix de se désinscrire, là, comme la clientèle peut. En ce moment, comment
ça fonctionne dans un GMF, c'est de la clientèle inscrite aux médecins avec un
professionnel délégué au nom d'une IPS. Donc, si l'IPS quitte, le médecin garde
cette clientèle-là et quand une nouvelle IPS arrive, reprend cette clientèle.
Mais si l'IPS inscrit à son propre nom, le caseload nous suit dans notre
autre milieu.
Mme Bélanger : OK. Vous...
aussi, dans vos recommandations, là, il y a le volet... un des éléments qui est
au niveau du financement. Vous parlez «d'instaurer un financement équitable et
structurant pour les cliniques IPS comprenant une enveloppe récurrente pour la
location des locaux hors établissement.» Peut-être juste nous en parler un
petit peu plus à ce niveau-là.
Mme Raymond (Maude) : Oui,
sans problème. Au niveau des cliniques IPS, le cadre de référence est vraiment
fait pour que les milieux soit en CLSC, donc vraiment dans les milieux du
public. En ce moment, on a beau... un bel enjeu que les CLSC sont utilisés à
pleine capacité, donc, pour les cliniques IPS, d'augmenter de niveau, donc
d'augmenter les heures d'ouverture, augmenter le nombre d'IPS, il faut des
locaux, et c'est très difficile d'aller gratter ou de déplacer des gens pour
ouvrir davantage de locaux. Tandis que dans les GMF, ils ont un financement
pour avoir des loyers à l'externe. Puis en ce moment, on paie des loyers à
l'externe pour les IPS en GMF, là, Santé Québec paie un 3415 $ par mois
pour une IPS à temps complet.
Donc, nous, ce qu'on voudrait pour favoriser
les milieux cliniques IPS, augmenter une porte d'entrée supplémentaire pour
l'accès du réseau, on voudrait avoir une enveloppe budgétaire disponible pour
que les milieux puissent ouvrir à l'externe des locaux et permettre d'augmenter
le niveau, augmenter des heures de disponibilité et d'attirer d'autres
professionnels également.
Mme Bélanger : Donc, on
comprend que vous souhaiteriez avoir plus de locaux pour pouvoir faire
éventuellement plus de prise en charge ou en tout cas plus d'accessibilité et
la prise en charge.
Mme Raymond (Maude) :
Exactement.
Mme Bélanger : OK. Donc, vous
apportez par les espaces qu'on vous attribue, qui sont majoritairement en CLSC.
Mme Raymond (Maude) : Oui. On
ne peut pas être à l'hôpital, il faut vraiment être un milieu à l'externe. Il y
avait eu des milieux avec les universités aussi, des partenariats qui avaient
été faits, mais en ce moment, c'est que beaucoup d'endroits voudraient des
cliniques IPS avec les IPS et les autres professionnels, mais ils n'ont pas
d'endroit à l'interne dans les CLSC pour ouvrir ce type de clinique, malgré
qu'ils avaient été ciblé par le gouvernement initialement... par le ministère
pour avoir une clinique IPS dans leur région.
Mme Bélanger : OK. Et puis
est-ce que (panne de son) par rapport à la loi qui est déposée actuellement sur
la contribution des IPS en particulier?
Mme Raymond (Maude) : J'ai
manqué le début de la question, ça l'a coupé, pardon.
Mme Bélanger : Oui. Est-ce
que vous avez d'autres préoccupations ou d'autres enjeux en lien avec le fait
d'aller au bout de votre champ de pratique professionnelle, en lien avec la loi
qui est déposée actuellement? Est-ce que vous avez d'autres enjeux que vous
voulez nous signifier?
Mme Raymond (Maude) : Bien,
nous, au niveau du projet de loi actuel, c'est vraiment pour l'inscription
qu'on voyait qu'il y avait peut-être un enjeu ou un angle mort à garder en
tête, mais pour nous, c'est vraiment l'inscription d'être deux
professionnels...
Mme Raymond (Maude) : ...médecins,
IPS pouvant inscrire des patients devenir un petit peu le capitaine de leur
propre bateau pour leur clientèle, c'est ça qu'on voyait dans la littérature
qui était... partout inscrite. Tandis que la capitation, notre enjeu, c'est que
le médecin inscrive tous les patients, et on garde encore le même modèle de
délégation, mais qu'en bout de ligne c'est l'IPS qui suit sa clientèle de A à
Z, elle n'est jamais vue par le médecin. Donc, on veut avoir cette
reconnaissance-là pour permettre d'augmenter ou d'avoir double inscription au
milieu de soins.
Le Président (M. Provençal)
:...
Mme Bélanger : Oui. Ça va.
Merci beaucoup pour votre présentation.
Le Président (M. Provençal)
:Merci. Merci, Mme la ministre. M. le
député de... oui, excusez, Jacques-Cartier.
M. Kelley : Merci beaucoup,
M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation.
Dans votre mémoire, dans la section des
recommandations, vous parlez de «favoriser l'adoption rapide de la modification
réglementaire permettant aux IPS de poser le diagnostic des troubles mentaux à
la suite de leur évaluation clinique.» Je sais que vous avez mentionné ça en
2024 avec le PL 67, alors nous avons rendus où avec tout ça? Est-ce que
vous pouvez bien expliquer votre suggestion, s'il vous plaît?
Mme Raymond (Maude) : Oui,
sans problème. Donc, avec l'adoption de notre changement réglementaire au
niveau de la loi en 2021, on pouvait faire le diagnostic. Il y a un règlement
sous-jacent pour l'évaluation des troubles mentaux que, ça, on a travaillé avec
l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec pour trouver l'écart était où
pour justement faire un changement réglementaire qui devrait apparaître sous
peu pour qu'on puisse le faire. Donc, on est vraiment très, très avancés dans
nos travaux. Le changement réglementaire devrait être soumis d'ici la fin...
février, début mars. Donc, nous, ce qu'on veut, c'est justement... accélérer le
processus pour qu'on puisse commencer à former les IPS. Donc, on parle d'un
nombre d'heures de formation pour qu'on puisse ensuite être capables, sur le
terrain, de prendre en charge la tête et le corps.
M. Kelley : Parfait. Puis
est-ce que ça va prendre des ressources additionnelles financières pour s'assurer
que tout le monde peut être formé pour faire ce type de travail?
Mme Raymond (Maude) : Oui,
c'est sûr, c'est un coût pour cette formation-là, tout dépendant du nombre
d'heures. Mais les IPS ont quand même un budget de formation au niveau de Santé
Québec, là, d'une lettre d'entente qui avait déjà été négociée.
M. Kelley : Parfait. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:...de Pontiac.
M. Fortin :Oui. Merci. Bonjour à vous deux. Merci d'être avec nous
pour nos travaux, encore une fois.
Là, avant de... avant de parler du projet
de loi n° 19, moi, j'ai juste une petite question. Parce que j'ai vu
beaucoup de témoignages dernièrement de nouveaux... nouvelles ou nouveaux
diplômés, là, qui semblent avoir des difficultés à trouver des postes dans leur
région. C'est-tu vrai, ça, ou c'est... ou c'est... ou c'est juste moi qui
serais tombé sur quelques... quelques personnes ou quelques situations
anecdotiques?
Mme Raymond (Maude) : On a eu
une vague à l'automne, là, par rapport justement à des nouveaux diplômés, avec
les cibles qui venaient de sortir. Il y a quand même des travaux qui ont été
faits pour justement, en région, retrouver des postes. Là, on a une nouvelle
vague qui débute, là, avec des nouveaux diplômés. Donc, on dirait qu'on... on
revit la même roue, là. Mais, par contre, le ministère ont quand même fait des
travaux, de notre compréhension, pour essayer de voir ils sont où, ces gens-là,
les postes disponibles. Donc, il y en a encore, mais beaucoup moins que la
première vague à l'automne.
M. Fortin :OK. Mais il y a encore aujourd'hui, là, des diplômés, des
infirmières praticiennes spécialisées qui ont de la misère à trouver des postes
dans leur région?
Mme Raymond (Maude) : Oui,
ça, il y en a encore.
M. Fortin :OK. Bien, je suis content qu'il y a eu des travaux, là,
mais, de toute évidence, vous êtes un rouage incontournable, là, du réseau de
la santé. Si on veut que ces gens-là utilisent leur pleine expertise, il me
semble qu'on devrait être capables, Mme la ministre, de leur trouver des postes
dans leur région.
Enfin, OK, sur le... sur le projet de loi
n° 19, là, là, je vous cite : «L'association exprime de sérieuses
préoccupations quant aux effets organisationnels potentiels découlant de
certaines orientations du projet de loi n° 19, notamment l'absence de
balises claires encadrant les modèles de collaboration interprofessionnelle au
sein des GMF.» Alors, quand vous dites, là, «les effets organisationnels
potentiels», pouvez-vous juste nous décrire qu'est-ce qui va arriver
spécifiquement?
Mme Raymond (Maude) : Bien,
nous, avec le Pl 19, ce qu'on voit, c'est au niveau de la capitation, c'est
vraiment l'inscription qui passe tout par le médecin initialement et ensuite
qui est redispatché par le bas aux autres professionnels. Ça fait que nous, de
cette façon-là, on a encore la porte d'entrée qui est l'inscription médicale
pour ensuite retourner vers les autres professionnels. Mais, nous aussi, ce
qu'on veut, c'est le contraire de l'entonnoir, les autres professionnels, qui
est nos portes d'entrée, pour ensuite aller vers l'IPS ou le médecin. Parce que
le bon professionnel au bon moment, l'infirmière a son champ de pratique, le
physiothérapeute a son champ pratique. Mais, ce qu'on peut voir...
Mme Raymond (Maude) : ...l'infirmière
en GMF et l'infirmière en clinique IPS n'ont pas le même champ de pratique,
parce qu'elles ne sont pas déployées à leur plein potentiel dans un endroit
versus l'autre. En GMF, c'est les médecins qui vont décider du champ de
pratique de l'infirmière selon leur enlignement. En clinique IPS, toute
ordonnance collective qui existe va être déployée à son plein potentiel.
M. Fortin :Mais quand vous dites la réorientation vers le médecin ou
l'IPS, là, j'essaie de comprendre concrètement comment ça peut se, comment ça
peut se déployer? Le patient, initialement, il se tourne vers qui?
Mme Raymond (Maude) : Bien,
en ce moment, il y a le GAP pour la clientèle orpheline que, eux, font ce fil
de pertinence là. L'enjeu, c'est que le GAP n'ont pas de place, infirmières
disponibles, visibles, ça fait qu'ils n'ont pas le choix d'envoyer une IPS ou
un médecin. Tandis que si je suis inscrite dans un milieu de soins, j'appelle,
j'ai besoin, j'ai une infection urinaire, je ne vais pas voir le l'IPS ou le
médecin, je vais aller voir directement l'infirmière. Donc, nous, on veut
s'assurer que le plein champ de tout le monde soit déployé puis qu'on utilise
vraiment la bonne ressource.
M. Fortin :OK, mais il y a des, il y a des endroits qui font ça déjà,
hein? Il y en a des endroits où tu vas appeler, tu vas décrire ta condition
puis ils vont t'envoyer voir l'infirmière. Ils ne t'enverront pas voir une IPS
ou un médecin, là.
Mme Raymond (Maude) : Oui,
dans certains endroits, oui.
M. Fortin :OK... Ce que vous voulez, c'est...
Mme Raymond (Maude) : Il faut
que le patient soit déjà inscrit, dans le fond, au GMF. Ça, c'est... il faut
une porte d'entrée. Exact.
M. Fortin :...Mais il n'est pas obligé de voir le médecin pour aller
voir l'infirmière, là.
Mme Raymond (Maude) : Non.
M. Fortin :
OK, mais il faut qu'il soit déjà inscrit auprès d'un médecin, là, dans ce cas
là.
• (17 h 30) •
Mme Raymond (Maude) : Oui.
M. Fortin :
OK. Je vous entends. OK, ça va pour moi, M. le Président, je pense qu'on...
Le Président (M. Provençal)
: Ça va? Merci, M. le député.
M. Fortin :
...c'est apprécié.
Le Président (M. Provençal)
:M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Merci pour votre mémoire et présentation. Une petite question pour
vous, pour concrètement, parce que je comprends tout ce que ça change pour
vous, là, pour l'autonomisation puis votre profession, mais qu'est-ce que ça
change foncièrement pour le patient, là, la question des mécanismes
d'inscription directement via l'IPS, puis qu'est-ce que ça change concrètement
pour l'accès aux soins? On aimerait ça vous entendre là-dessus.
Mme Raymond (Maude) : Bien,
au niveau... inscripteur du patient, on va prendre des listes du guichet
d'accès, comme tout le monde, pour, justement, selon la liste d'attente, selon
les codes de vulnérabilité... on prend autant des vulnérables que des non
vulnérables, donc, ça permet un professionnel de plus qui peut épurer le
guichet, dont aller chercher des patients, uis, souvent, quand on a des
patients GAP avec des patients, justement, qui ont plusieurs maladies
chroniques, bien, si on voit qu'on a besoin d'un suivi ou que c'est une
clientèle qui est précaire, bien, on pourrait l'inscrire directement «on the
spot» puis le garder au niveau de notre milieu. Ça fait que, pour nous,
c'est... on évalue quand même entre 500 et 800 patients par IPS, en
patient tel, donc, c'est quand même un joueur de plus pour diminuer les
orphelins au niveau du guichet.
M. Cliche-Rivard : Le
médecin, il n'a juste pas le temps de le faire à votre place ou... parce qu'il
pourrait le faire, il pourrait l'inscrire, puis il pourrait vous déléguer la responsabilité,
mais que ce soit lui qui l'inscrit, ou ça ne se peut pas, ça?
Mme Raymond (Maude) : Bien,
en ce moment, c'est ce qu'ils font, mais en bout de ligne, c'est qu'on gonfle
le chiffre au niveau médical, mais c'est nous qui fait le travail. Ça fait que,
nous, on veut vraiment qu'il ait... puis qu'il fasse son nombre de patients,
puis que nous aussi. Ça fait qu'en bout de ligne, on a deux fois plus de
patients.
M. Cliche-Rivard : Donc, vous
pourriez voir deux fois plus de monde?
Mme Raymond (Maude) : Bien,
en tout, le milieu pourrait voir deux fois plus de monde, en effet. Inscrire
deux fois plus de monde.
M. Cliche-Rivard : Excellent.
Donc, les patients seraient tout à fait gagnants.
Mme Raymond (Maude) : C'est
les patients qui sont gagnants dans tout ça.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup. Tout à l'heure, vous nous parliez d'une lettre d'entente qui était
ramenée par un article... juste nous clarifier ce que vous avez mentionné?
Mme Raymond (Maude) : Oui,
initialement dans le PL, dans le projet de loi n° 2,
il y avait beaucoup de lettres d'entente qui étaient abrogées. Donc, c'était
l'article 122, si je ne me trompe pas, c'est la lettre d'entente 389
que c'est... on l'a beaucoup entendu dans les forfaits de collaboration.
C'était cette lettre d'entente là où est-ce que les médecins se partageaient
des montants par mois pour superviser, collaborer des IPS. Donc, c'est cette
lettre d'entente là qui était retirée, donc, on pouvait inscrire des patients
associés, des patients dans le projet de loi, dans le PL n° 19,
ils ramènent cette lettre-là en vigueur. Ça fait qu'avec cette lettre-là, on
est obligés d'avoir une entente de collaboration pour le moment pour pouvoir
inscrire des patients. Ça fait qu'on retourne à notre case départ.
M. Cliche-Rivard : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Provençal)
:Ça va, M. le député?
Alors, on termine avec le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci, Mme Raymond et Levasseur. Il y a 16 cliniques IPS
actuellement, c'est ce que vous indiquez dans votre mémoire, et, ce que j'en
comprends, c'est que, dans ce cas-là, les IPS qui sont dans ces cliniques ont
des patients qui sont inscrits et qui comptent parmi ceux qui ont, donc, accès
à un professionnel. Ce que vous demandez, c'est qu'on ait exactement la même
chose...
17 h 30 (version non révisée)
M. Arseneau : ...si les IPS
œuvrent dans un GMF, ce qui n'est pas possible actuellement selon le projet de
loi qu'on a devant nous, c'est bien... c'est bien comme ça qu'il faut en comprendre?
Mme Raymond (Maude) : C'était
même avant le projet de loi, c'est vraiment à cause de la lettre d'entente 389
qui... C'est celle-là, là, qui brime notre droit à l'inscription à cause de
l'entente de collaboration. Mais, dans le projet de loi, c'est que cette
entente-là persiste. Donc, on a encore le même problème actuellement.
M. Arseneau : Donc, si on
veut véritablement favoriser la prise en charge des patients du Québec, bien,
ce que vous nous dites, c'est : Laissons les IPS prendre en charge aussi
une partie de patientèle, comme ça, on va augmenter le nombre de... de patients
qui sont... qui sont pris en charge et donc qui ont accès à... aux soins d'un
professionnel, d'une professionnelle comme... comme vous... vous les offrez.
Mme Raymond (Maude) : Exactement.
Puis, on a déjà un guide qui nous dit combien de patients on devrait prendre en
charge, justement, la vulnérabilité de nos patientèles. Ça, ça existe déjà
depuis 2022, ça fait qu'on attend de le mettre en vigueur en GMF, ce... ce
bout-là.
M. Arseneau : Est-ce que vous
pouvez faire une petite comparaison rapide avec ce qui se passe en Ontario?
Parce qu'à un moment donné je me souviens qu'on faisait la comparaison et qu'en
Ontario l'autonomie des IPS était beaucoup plus grande. Est-ce que c'est encore
le cas aujourd'hui?
Mme Raymond (Maude) : Je ne
sais pas, Isabelle, si tu veux...
Mme Levasseur (Isabelle) : Bien,
en fait, en Ontario, ils... elles ont des cliniques IPS, finalement, depuis
plusieurs années et elles peuvent, finalement, inscrire la clientèle
directement à... à elles. Puis, dans certaines cliniques, il y a même des
médecins qui viennent travailler, en fait, avec les IPS pour améliorer l'accès
mais aussi travailler en collaboration avec elles lorsqu'elles ont certains
problèmes de santé qui sont plus complexes.
M. Arseneau : Merci. Je pense
que c'est tout le temps dont j'ai...
Le Président (M. Provençal)
:Allez-y pour une dernière.
M. Arseneau : D'accord. Donc,
l'impact que ça peut avoir si on ne modifie pas les règles actuellement, là, j'ai
ouï dire qu'il y a des IPS qui quittent carrément le... le secteur, le réseau
public, est-ce que c'est le cas?
Mme Raymond (Maude) : C'est
sûr que dans certains modèles où est-ce qu'on restreint leurs pratiques on ne
peut pas inscrire la clientèle, on ne se sent pas déployé à notre plein
potentiel, il y a un désengagement professionnel, il y a une désaffiliation du
réseau qu'on voit qui peut être fait, en effet. Puis, il y a aussi des listes,
hein, des listes sur... sur le côté de patients qu'on suit, de non inscrits en
attendant de les inscrire. Donc, pour cette clientèle-là aussi, il y a une
attente. Il y a... il y a beaucoup de gens qui attendent incessamment de
pouvoir inscrire pour, justement, donner de l'accès et enlever la passation
vers le GAP pour cette clientèle-là. Mais il y a beaucoup de gens, en effet,
qui... soit qui vont dans d'autres modèles ou qui sortent du réseau.
M. Arseneau : Merci
infiniment.
Le Président (M. Provençal)
:Alors, je remercie l'Association des
infirmières praticiennes spécialisées du Québec et leurs deux représentantes
pour votre contribution à nos travaux. Et merci beaucoup pour les réponses que vous
nous avez fournies. Je...
Avant de conclure des auditions, je
procède au dépôt des mémoires de personnes et des organismes qui n'ont pas été
entendus lors des auditions publiques.
Et nous avons accompli notre mandat, donc j'ajourne
les travaux sine die. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 17 h 37)