(Onze heures vingt-huit minutes)
La Présidente (Mme Maccarone) :
À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des transports et de l'environnement ouverte.
La commission est réunie afin de poursuivre
l'étude détaillée du projet de loi n° 61, Loi édictant la Loi sur Mobilité
Infra Québec et modifiant certaines dispositions relatives au transport
collectif.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Grondin (Argenteuil) est remplacée par
M. Martel (Nicolet-Bécancour); Mme Dufour (Mille-Îles), par
M. Morin (Acadie); M. Grandmont (Taschereau), par M. Bouazzi
(Maurice-Richard); et M. St-Pierre Plamondon (Camille-Laurin), par
M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine).
Reprise du débat sur la motion
proposant
d'entendre M. Sylvain Gaudreault
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci
beaucoup. Lors de l'ajournement de nos travaux, mardi dernier, nous en étions à
l'étude d'une motion préliminaire présentée par le député des Îles-de-la-Madeleine.
M. le député, il vous reste 11 minutes... il vous reste
11 minutes pile. Alors, je vous cède maintenant la parole.
M. Joël Arseneau (suite)
M. Arseneau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Alors, oui, je continue là où j'ai laissé. C'est-à-dire que je souhaite que les consultations particulières
puissent permettre d'entendre Sylvain Gaudreault, l'ancien ministre des Affaires
municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, mais surtout
l'ancien ministre des Transports, qui avait
proposé la création d'une agence, une agence qui était diamétralement opposée à
ce qu'on propose, aujourd'hui, dans le projet de loi n° 61.
Et je pense que c'est important qu'on l'entende
pour la raison suivante, c'est que la ministre continue d'apparenter son projet de loi au projet de loi n° 68 qui avait été
déposé en 2013, et qui a été redéposé une deuxième fois, le projet de
loi n° 796, le 20 octobre 2021, et qui n'avait pas les mêmes
paramètres, la même... les mêmes... qui ne reposait pas sur les mêmes bases ou
sur les mêmes principes. Puis, d'ailleurs, pas plus tard que l'interpellation
de vendredi dernier, la ministre a, une fois de plus, je dirais, induit les
gens en erreur en disant que M. Gaudreault appuyait la proposition du
projet de loi n° 61, ce qui est, évidemment, contraire à la vérité, dans
la mesure où il a, lui-même, émis un message...
• (11 h 30) •
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
le député.
M. Arseneau : Pardon?
La Présidente (Mme Maccarone) : Je
veux juste vous demander de faire attention à vos propos en ce qui concerne les
collègues autour de la table. On... je vous demande des échanges respectueux.
M.
Arseneau : Oui, bien, je m'apprête justement à démontrer le
fait que les faits qui sont avancés par la ministre sont contraires à la
vérité, puisque M. Gaudreault a lui-même dit que...
La Présidente (Mme Maccarone) : Encore
une fois... M. le député...
M. Arseneau : ... le modèle qui est
proposé par la ministre...
La
Présidente (Mme Maccarone) :
...encore une fois... Merci. C'est moi qui ai la parole. Merci. Je vous
demanderais, encore une fois, de poursuivre avec le respect envers les
collègues autour de la table. Vous savez très bien qu'on avait quand même des
mots que... ils sont très sensibles à employer ici, alors d'utiliser quand même
un vernaculaire qui est plus acceptable.
M. Arseneau : Parfait.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
M. Arseneau : Mais
moi, je pense qu'on peut aussi avoir le respect pour les faits, la réalité des
déclarations des uns et des autres. Et la
ministre, lorsqu'elle déclare que le Parti québécois, M. Gaudreault a
essayé, en 2012-2013, et qu'il n'a pas réussi, le Parti québécois a
échoué à mettre en place une équipe spécialisée pour réaliser des projets
d'envergure en mobilité, elle doit aussi se souvenir, elle devrait rajouter que
lorsque le dépôt du projet de loi sur l'agence a été fait en 2013, la CAQ a
réagi de la façon suivante : «Créer une agence, c'est créer une agence de favoritisme. Créer une agence, c'est créer une
instance qu'on éloigne du contrôle parlementaire.» Et c'est une citation
du collègue de la ministre, Éric Caire, qui, à l'époque, était critique en
matière de transports. C'est la raison pour laquelle
la CAQ allait annoncer qu'elle voterait contre le projet d'agence. Alors, on
salue le retournement de situation complet du gouvernement de la CAQ et
de la ministre, sauf que le projet de loi qui était déposé à l'époque ne
correspond pas aux objectifs du projet de loi qui sont contenus dans le
projet... le document que l'on a devant nous. C'est simplement la démonstration
que je veux faire et qui mérite que l'on continue l'étude du projet de loi sur
des bases qui...
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
le député, je suis désolée, je dois vous interrompre. Mme la ministre a un
appel au règlement.
Mme Guilbault : Oui, bonjour. Bien, je ne sais pas exactement comment ça
fonctionne, mais je fais un appel au règlement, l'article 35, parce que le
député des Îles-de-la-Madeleine a prétendu que j'avais induit les gens en erreur et c'est faux, Mme la Présidente, il me prête
des intentions. Je ne sais pas comment il faut le dire, mais bref, je tiens
à dire au micro que c'est tout à fait faux que j'ai induit les gens en erreur
vendredi dernier.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
Alors, encore une fois, j'invite tous les collègues de poursuivre avec des
propos respectueux, de ne pas prêter les intentions. Nous sommes ici pour avoir
un débat pour les gens qui nous écoutent en ce qui concerne un sujet
d'actualité puis très important.
M. Arseneau : Est-ce que
l'utilisation de l'expression «ce qu'il a dit est faux» est convenue comme
étant aussi contraire aux règles que l'on devrait se donner ici, en commission?
Je veux juste être sûr que ça fonctionne des deux côtés de la Chambre.
La Présidente (Mme Maccarone) : Vous
avez raison. On peut utiliser une terminologie plus comme «c'est inexact».
Alors, je pense que la ministre aussi est au courant, puis je pense qu'elle est
à l'aise de dire que ceci serait l'utilisation future. Merci.
M. Arseneau : D'accord. Alors, cette
conversation, ici, que nous amorçons, me prouve hors de tout doute que nous
avons besoin d'entendre M. Gaudreault, qui pourra effectivement s'exprimer
librement et nous faire part de son point de
vue sur les différences marquantes, fondamentales, entre le projet de loi qu'il
a déposé en décembre 2013 et le projet de loi que nous avons sous nos
yeux.
Mais, dans le cas où la commission aurait besoin
d'avoir davantage d'informations sur cet élément assez crucial, je vais quand
même élaborer un peu sur ces différences qui sont marquantes et qui tiennent
essentiellement à la mission de l'agence Mobilité Infra Québec que l'on veut
proposer dans le cadre du projet de loi actuel, une mission qui dépend
essentiellement des mandats qui seront donnés par le gouvernement à cette
agence, sans lesquels, ces mandats, l'agence ne peut pas agir, ne peut pas
planifier, ne peut pas aller de l'avant en développant une vision, ou des projets, ou la mise en opération de
chantiers pour des projets dits complexes. Alors que dans le projet de loi
n° 68 de l'époque, et 797, le projet qui a suivi, essentiellement,
je faisais référence à l'article 10. Et je pense que c'est important de
voir à quel point c'est différent et ça nous éloigne du projet de loi que nous
avons devant les yeux :
«L'Agence consulte [la ministre ou] le ministre
sur les projets d'infrastructure routière qui requièrent des investissements
publics afin qu'il puisse identifier les interventions à faire pour favoriser
l'intermodalité, le transport collectif et une offre de transport sécuritaire,
accessible, équitable et efficace.»
«L'Agence — à l'article 11 — communique
annuellement au ministre, dans un ordre de priorité, les projets d'infrastructure routière dont le coût serait à
inscrire au plan québécois des infrastructures [...].» Et : «Elle
l'accompagne de ses recommandations
portant sur les besoins du réseau routier.» Et je continue en mentionnant, et ça, c'est fondamental : «Le
ministre tient compte, dans l'élaboration du portefeuille des projets
d'infrastructure de transport, de l'ordre de priorité que lui a [soumis]
l'Agence relativement aux projets en maintien d'actifs.»
C'est donc dire qu'ici l'agence a joui d'une
pleine et entière autonomie pour jouer son rôle, pour pouvoir élaborer une
planification, une liste de priorités, de projets, soumettre des
recommandations au ministre ou à la ministre. Et évidemment, ultimement, le
gouvernement doit trancher, doit allouer des ressources.
On voit ici que c'est tout le contraire dans le
projet de loi n° 61, où on voit, à l'article 4, que «Mobilité Infra
Québec a pour mission principale d'effectuer, dans une perspective de mobilité
durable, lorsque le gouvernement lui en
confie la responsabilité, l'analyse d'opportunité, la planification et la
réalisation de projets complexes...» C'est-à-dire qu'à défaut de voir le
gouvernement lui en confier la responsabilité, l'agence est inerte, ne sert à
rien, n'agira pas.
Le gouvernement — autre article — lorsqu'on
lui... lui... lorsqu'il lui confie une responsabilité en vertu du premier
alinéa, peut permettre à Mobilité Infra Québec de réaliser une foule de choses,
une foule de missions. Et tout ça part de la volonté gouvernementale,
vraisemblablement, selon sa propre analyse, ses propres priorités, qui peuvent
être évidemment éloignées des besoins de la population et davantage rapprochées
d'intérêts politiques partisans.
Mobilité Infra Québec, à
l'article 5, exerce également des fonctions comme «la réalisation des
analyses en transport que le ministre lui confie», alors vous voyez que les
rôles sont complètement inversés, toute... «l'exécution de tout autre mandat que le gouvernement lui confie». Dans tous les cas,
l'agence Mobilité Infra Québec aura les pieds et les mains liés, à moins
d'avoir des autorisations ministérielles d'agir, d'approfondir, de développer,
de mettre en oeuvre, de contracter, et ainsi de suite, ce qui va à l'encontre
de la philosophie de ce que voulaient faire mon collègue, M. Gaudreault,
et le projet de loi qu'il avait déposé, c'est-à-dire de séparer la politique du
béton et de sortir de cette espèce d'idée que l'on peut gagner des élections,
c'est ce que M. Gaudreault disait pour bien illustrer, là, le sens de sa
réforme, de sa... de son projet de loi, d'éliminer cette notion qu'on peut
gagner des élections en promettant des routes ou des ponts.
Et, bien sûr, il y avait la question de
constituer une agence indépendante qui puisse avoir l'expertise, l'expertise,
justement, pour pouvoir, en dehors de toute influence politique, juger de ce
dont on a besoin pour développer au Québec un réseau de transport collectif qui
soit beaucoup plus efficace et efficient, que la mise en oeuvre de ces réseaux
soit faite en développant une expertise qui va nous mener à avoir justement
davantage de ces projets-là à moindre coût. Et c'est ce qu'on souhaite. Et
l'objectif, évidemment, il est partagé, mais les moyens qui, actuellement, sont
mis en place ne sont pas de nature à pouvoir justement donner toute la
latitude, toute l'autonomie nécessaire à une agence qui puisse agir avec les
coudées franches, dans l'intérêt public général, sans influence, et sans
ingérence, et sans contrainte politique, essentiellement tout le contraire de
ce que l'on voit depuis déjà une... depuis déjà six ou sept ans.
Alors, c'est vraiment fondamentalement ce qu'on
doit mettre au jour clairement, lorsqu'il est question de comparer, comme on
l'a fait trop souvent du côté ministériel, un projet de doter le Québec d'une
agence compétente et autonome pour développer une vision, planifier des projets
et les réaliser au bénéfice de tous dans le... et évidemment dans les meilleurs
délais et dans les meilleurs coûts possible, de cette agence-ci, dont on
discute aujourd'hui, qui, elle, ne pourra
agir que sur un mandat donné par la ministre, sans quoi, évidemment, cette
agence-là sera en mode attente. Et ça, ce n'est évidemment pas de nature
à nous laisser penser qu'on va aller plus vite, plus loin et à moindre coût.
Merci, Mme la Présidente.
• (11 h 40) •
La
Présidente (Mme Maccarone) : Merci, M. le député. Salutations à notre ancien
collègue, M. Gaudreault. Est-ce qu'il y a d'autres interventions en
lien avec la motion préliminaire de M. le député des Îles-de-la-Madeleine? Oui.
Allez-y. M. le député de Maurice-Richard.
M. Haroun Bouazzi
M.
Bouazzi : ...merci, Mme la Présidente. Très heureux de
remplacer mon collègue de Taschereau aujourd'hui. Je remercie d'ailleurs le
Parti québécois de faire la proposition de rencontrer effectivement
M. Gaudreault, que j'ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises
dans des environnements très différents.
Avant peut-être d'arriver sur le fond, je
voudrais quand même rappeler pourquoi on est... on est ici aujourd'hui, et
peut-être, sur le fond, pourquoi est-ce que la question d'une agence est
problématique, et pourquoi donc, dans un deuxième temps, la venue de
M. Gaudreault, qui expliquerait donc son projet à lui par opposition à
celui-ci, serait d'autant plus intéressante.
La fonction publique, c'est un contrat social
qu'on a dans une société où on délègue à une partie des travailleuses et
travailleurs la responsabilité d'offrir des services communs à la population.
Historiquement, pour faire court, ceci s'est structuré autour de différents
ministères.
Et les orientations politiques que nous
représentons, à Québec solidaire, ont tendance à voir ces ministères et les services qu'ils offrent comme une richesse
commune, comme des services d'autant plus importants qu'ils permettent,
entre autres choses, de contrer les inégalités, étant donné, évidemment, qu'une
grosse partie de ces services-là sont ou gratuits ou à un prix inférieur au
privé, mais aussi qui permettent une pleine... une atteinte d'une pleine
citoyenneté pour les citoyens et citoyennes, si on parle de l'accès à l'éducation,
à la santé, évidemment, le transport étant une... étant un axe important de ces
services.
L'idéologie inverse à la nôtre, je dirai, qui,
malheureusement, a été très présente sur les dernières décennies, disons au
moins les 20 dernières décennies ou 25 ans au Québec, consiste à dire
que le service public prend trop de place, que le service public prend trop de
place et que le... il y a une volonté d'affaiblir les différents ministères
dans leurs services, que ce soit par rapport à des coupures ou par rapport à un
affaiblissement des différentes missions et des pouvoirs... et des pouvoirs.
Je sais que
Mme la ministre est très occupée avec... mais si elle pouvait juste parler
moins fort, ça m'empêche de me concentrer. Merci.
Donc... Or, on voit une stratégie qui est assez
généralisée de ce gouvernement qui consiste à créer des structures parallèles,
des structures parallèles. Ici, on est devant, donc, une structure qui
institutionnalise, donc une structure parallèle au ministère et qui rend les
questions de reddition de comptes, de démocratie, de gouvernance beaucoup plus
compliquées à gérer, et surtout qui affaiblissent, donc, les différents
ministères qui, normalement, devraient avoir et l'expertise et le...
l'expertise et les ressources pour pouvoir mener à bien leur mission, qui, à
chaque fois, à chaque création d'une nouvelle structure parallèle, se retrouve
affaiblie.
Ça fait que, sur le fond, on pense que, quand on
introduit comme ça une structure parallèle, vaut mieux aller au fond des choses
et s'assurer d'avoir les bons intervenants autour de la table pour pouvoir
comprendre les tenants et aboutissants d'une telle proposition, qui aura des
répercussions sur vraiment longtemps au Québec.
Alors évidemment, on peut
faire le constat que depuis les six dernières années, il y a eu très peu
d'avancées en matière de transport en commun. Il n'y a aucun nouveau projet qui
a été démarré depuis l'arrivée de la CAQ au pouvoir. Et la question qu'on doit
se poser, c'est comment est-ce qu'on peut arriver à améliorer cette situation, évidemment, qui, dans un contexte et de justice
sociale mais aussi de transformation sociétale face à la crise climatique,
mériterait des meilleures... des meilleures politiques publiques et beaucoup
plus d'efficacité.
Le deuxième problème est un problème aussi de
financement. On a vu, dans les dernières années, apparaître l'idée que la Caisse
de dépôt se retrouvait à développer une partie du transport en commun au
Québec, à l'extérieur, encore une fois, des différents ministères et des
différentes responsabilités politiques associées à ces projets d'infrastructure
importants, comme on a vu au REM, à Montréal. Évidemment, le problème de ce
genre d'approches, c'est qu'elles sont très attractives d'un point de vue
financier, étant donné que l'endettement de la caisse, pour pouvoir offrir ces
services-là, n'apparaît pas sur les dettes du Québec. Et Dieu sait que ça peut
être alléchant de se dire : Bien oui,
on va faire appel à cette... à ces gros investissements d'infrastructures sans
qu'ils apparaissent sur nos dettes. Évidemment,
au bout du compte, il y a quelqu'un qui paie, c'est le citoyen, mais ça n'est
pas au niveau de la dette que ça apparaît.
De là la curiosité de voir qu'est-ce que
M. Gaudreault proposait, étant donné que les objectifs, quand même,
étaient vraiment nobles. D'un côté, il y avait la question de dépolitiser les
promesses, si on veut, d'infrastructures dans l'objectif de gagner des
élections, pour faire court. Je pense que c'était M. Duplessis qui disait :
Avec une nouvelle autoroute, on gagne...
Une voix : ...
M. Bouazzi : Un pont? Un pont. Avec
un pont, on gagnait trois élections : au moment de l'annonce, au moment de la construction et puis au moment du
ruban. Et je pense que c'est mon cher collègue de Taschereau
qui disait que ce gouvernement allait essayer de gagner trois élections avec la
même promesse, un troisième lien, un troisième lien, un troisième lien,
sans jamais avoir commencé.
Reste qu'au-delà de dépolitiser, les décisions
qui sont prises en matière de transport sont éminemment politiques, et donc il y a une réelle réflexion à avoir, je pense. Et
M. Gaudreault nous aiderait à avoir cette réflexion-là pour se demander
comment est-ce qu'on pourrait faire appel à un certain nombre d'expertises, à
un certain nombre de scénarios qui soient associés à des décisions
politiques, par exemple, plus de transports en commun ou plus de voitures étant
une décision politique, et donc dépolitiser cette question-là tout en
respectant les missions et les prérogatives des... des différents ministères.
Et c'est là où je suis vraiment curieux. Parce que je sais quand même l'amour
et le respect que M. Gaudreault a pour les institutions politiques
québécoises et les ministères en tant que tels,
et je vous avouerais que je suis vraiment curieux de voir comment est-ce qu'il
voit la création d'une agence sans affecter, justement, la question de
la gouvernance, de la démocratie qui entoure la... qui entoure la création
d'une agence, donc, parallèle.
Ça fait que, pour conclure, les enjeux sont
importants. Le projet de loi vient modifier les choses pour longtemps, elles ne
pourront pas être défaites si elles sont mal faites. Et donc on invite la
ministre à voter et à accepter positivement la proposition de nos collègues du
Parti québécois pour pouvoir s'assurer qu'une telle décision politique puisse
maximiser... qu'on puisse maximiser les résultats positifs d'une telle décision
politique. Voilà. Merci, Mme la Présidente.
• (11 h 50) •
La
Présidente (Mme Maccarone) : Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions? Oui. M. le député de Nelligan.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Oui, merci, Mme la
Présidente. Je veux juste noter quelque chose, qu'hier on n'a pas siégé. Et
j'ai cru comprendre qu'il y a des amendements. Je n'ai pas reçu les amendements
encore, à moins qu'il y a un avis que les amendements ont été envoyés. Mais on voulait
bien faire notre travail. J'aurais aimé les recevoir. Comme je l'ai mentionné,
on a une petite équipe. Je remercie Florence, qui m'accompagne, et Mélissa, qui
font un travail exceptionnel. Et je suis très heureux et honoré de les avoir
avec nous, mais vous le savez, Mme la Présidente, si on veut bien faire notre
travail, c'était... les règles d'art, c'est aussi qu'on puisse nous donner le
temps pour bien démarrer les travaux de
cette commission. Donc, je l'ai mentionné, je ne sais pas où ils sont rendus,
les amendements, et si le gouvernement est prêt. Parce qu'on veut bien
commencer, là, les article par article, comme je l'ai mentionné, mais, en date d'aujourd'hui, quoi, on est le
3 octobre, 11 h 50, je n'ai pas reçu aucun amendement. Donc, on
veut bien démarrer l'analyse, l'étude article par article, mais le
gouvernement n'a pas encore envoyé aucun. Tu sais, je dis, même hier, on n'a
pas siégé. Je tiens à le... à le préciser.
Et, bon, je suis devant une motion préliminaire
du collègue du Parti québécois qui nous rappelle un moment extrêmement important dans la vie parlementaire.
Et j'ai fait mes devoirs. J'ai devant moi le projet de loi de l'ex-collègue
Sylvain Gaudreault, que je respecte beaucoup. D'ailleurs, j'ai eu l'occasion de
faire une mission avec lui à Katowice, en Pologne, sur la COP à l'époque, je ne
me rappelle plus, est-ce que c'est 25 ou 26. Que je respecte beaucoup, il était
ministre des... des Transports, et qui était quand même assez critique. Et lui,
il avait une autre idée par rapport à l'agence. Et je pense que ce que le
collègue mentionnait par rapport à l'écouter, je pense que ça va nourrir les
réflexions des membres de la commission, si on veut bien faire les choses.
C'est vrai qu'à l'époque... Et j'ai le
projet de loi. Vous allez juste me permettre. Le projet de loi n° 68 à
l'époque... C'est drôle, la plupart des projets de loi où on parle
d'agence, il y a le mot... les chiffres six : 68, 66, 61, 62. J'en ai vu.
Projet d'accélération des projets, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose,
66. On l'aime, ce projet de loi, parce qu'on a bien analysé que rien n'avançait
dans ce... le cadre de ce projet de loi. D'ailleurs, j'ai eu à intervenir hier
sur le projet de loi infrastructure, et lui aussi, c'est un 62, oui, et on est
avec le 61. Mais le projet de loi de l'ex-collègue, Loi sur l'Agence des
infrastructures de transport du Québec, ça, c'est le collègue Sylvain
Gaudreault. Et je... et je l'ai devant moi, Mme la Présidente. Et je pense que
c'est pertinent, la proposition de mon collègue du Parti québécois. Et on parle beaucoup de l'exploitation, exploiter les
infrastructures routières, donc ce que j'aimerais savoir... Parce que, là, le débat a beaucoup évolué, mais, en 2013, on
parlait que ce projet de loi propose d'instituer l'Agence des infrastructures
de transport du Québec et, depuis 2013, on n'a plus parlé de ça.
Mais, entre-temps, il
y avait la perte du pouvoir du Parti québécois. Souvenez-vous, à l'époque, en
tout respect à mon collègue, je vais juste
nommer l'ex-ministre péquiste qui disait : Je ne sais pas comment l'équipe
libérale va équilibrer le budget, hein? Souvenez-vous parce qu'il y
avait un enjeu au niveau des finances publiques. À l'époque, l'équipe libérale a hérité d'un budget déficitaire. En fait,
ça ressemble à ce qu'on vit maintenant avec l'arrivée des Kings de Los
Angeles et le fait que le gouvernement est devenu le «king» des déficits, Mme
la Présidente. Heille! 11 milliards, là, franchement, là, il faut le
faire, et hériter d'un surplus. J'en suis sûr et certain, mon collègue, qui est
ingénieur, député de Masson, qui sait vraiment jouer avec les chiffres, «jouer»
dans le bon sens, un ingénieur, il travaille très bien avec les chiffres, il
sait que 11 milliards, c'est beaucoup. Le député de Saint-Jérôme, lui aussi,
l'a dit : On l'a manqué, on l'a échappé, avec 11 milliards,
franchement.
Donc, Mme la
Présidente, le contexte, il est presque la même chose, la CAQ a perdu le
contrôle des finances publiques. Mais ça me ramène à la même période où le PQ,
en 18 mois, ils ont complètement perdu le contrôle des finances publiques.
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'ex-ministre des Finances péquiste, qui a
avoué, qui a avoué : On s'est trompés. Et il disait : Je ne sais même
pas comment Carlos Leitão, mon estimé collègue, va faire pour rééquilibrer.
Vous allez comprendre
pourquoi je fais... Vous le savez, j'aime l'histoire et j'aime le passé. Si on
n'apprend pas du passé, on ne va pas voir l'avenir. C'est impossible. C'est une
équation qui tend vers le nul, tend vers vraiment zéro, malheureusement :
même contexte économique, même contexte, déficit.
Vous avez l'arrivée
au pouvoir, heureusement... il y avait l'arrivée au pouvoir du Parti libéral
avec l'équipe, l'excellente équipe économique. On parlait beaucoup à l'époque
de la création d'emplois parce qu'il y avait un taux de chômage énorme avec un
déficit énorme. Et, du coup, il y avait sur la table l'agence, l'agence déposée
par le Parti québécois, par le collègue Sylvain Gaudreault. Et il y avait
l'arrivée au pouvoir du gouvernement libéral, l'excellent travail de mon
ex-collègue Carlos Leitão. Il a équilibré le budget.
Au bout de deux ans,
Mme la Présidente, oui, la plupart des Québécois, on a fait des sacrifices. La
plupart des Québécois ont... Tout le monde a collaboré. Il y avait une bonne
gestion des finances publiques. C'est des mots qui n'existent plus maintenant.
À la rigueur, là, écoutez, là, on peut... on peut en parler longtemps, mais ce
n'est pas le sujet de la motion. Et, une fois, il y avait un retour à l'équilibre
budgétaire, il y avait aussi un surplus budgétaire qui a été laissé à la CAQ,
beaucoup de milliards, 7 milliards. D'ailleurs, le premier ministre actuel
a dit : J'ai la maison en ordre. Ce
n'est rien à voir avec ce qu'on a hérité du gouvernement de Pauline Marois. La maison était en ordre.
Là, maintenant,
deuxième mandat, Mme la Présidente, de la CAQ. Et je sais que le collègue
député de Masson s'impatiente pour voir le lien, je lui demande un peu de
patience, il va voir pourquoi. Parce que le même contexte aujourd'hui, avec une
nouvelle structure, dans un contexte où on dit aux Québécois : On va se
serrer la ceinture, et des restrictions budgétaires... Je ne sais pas, dans son
coin, s'il y a des arrêts de chantier, parce que, dans d'autres comtés, il y a
des arrêts de chantier. S'il est chanceux, qu'il n'y a aucun arrêt de chantier
dans son comté, je suis très heureux pour lui. Mais le contexte économique, il
est le même qu'à l'époque où M. Sylvain Gaudreault a proposé l'agence.
Donc,
moi, ce que j'aimerais et pourquoi j'aimerais bien l'entendre. Premièrement, à
l'époque, notre collègue Sylvain Gaudreault, qu'est-ce qu'il voulait?
Une voix :
...
M. Derraji :
Merci. 7,91 milliards. Wow! En surplus. Et aujourd'hui, c'est
11 milliards. Oui, négatif. Donc, ils ont flushé les presque
8 milliards. Il y a un déficit de 11 milliards. Donc, on peut dire,
on est dans les 18 milliards. Et aujourd'hui, on a les Kings de Los
Angeles en ville. Et j'ai vu que Gary Bettman ne vient pas, donc il prend
7 millions, mais il ne vient pas à Québec.
La Présidente (Mme Maccarone) : M.
le député, reste... de rester sur le sujet, M. le député. Allez-y. On vous
écoute.
M. Derraji : ...vous savez, je ne peux pas m'empêcher, Mme la
Présidente, les Kings sont là, c'est l'événement de l'année.
La Présidente (Mme
Maccarone) : ...continuez, s'il vous plaît, sur le sujet de la motion.
M.
Derraji : Oui. Donc, le déficit, il est là... Oui, Mme la
Présidente. Le déficit, il est là, presque le même déficit, sinon, ils
en ont plus. Non, ce n'est pas le même qu'à l'époque de Sylvain Gaudreault,
mais le projet de loi de Sylvain Gaudreault, à l'époque,
parlait d'une agence avec une mission de gérer et exploiter les... les
infrastructures routières dont la responsabilité relève du ministre des
Transports de même que tout autre bien qu'il détermine. Ce n'est pas la même
chose maintenant. Mais ce que j'aimerais savoir avec cet échange... Parce qu'on
a vu... S'il n'a pas pris la parole publiquement pour parler de l'agence,
probablement, je vais dire à mon collègue du Parti québécois aujourd'hui :
Ce n'est pas pertinent. Mais il a pris position pour dire que, ce que lui, il a
proposé, ce n'est pas la même chose qu'on a
devant nous aujourd'hui. Mais, ce qui... ce qui m'intéresse, c'est... quelques
années plus tard, on n'a plus dans...
on n'est plus dans la même mission. Et ça, quand même, on doit le savoir. On
doit comprendre pourquoi.
• (12 heures) •
Et qu'est-ce que j'ai dans le projet de loi
déposé par M. Sylvain Gaudreault?
«Le projet de loi prévoit que l'Agence aura pour
mission de gérer et d'exploiter les infrastructures routières dont la
responsabilité relève du ministre des Transports de même que tout autre bien
qu'il détermine. Elle privilégiera le développement d'une expertise en matière
d'études, de planification, de conception et de réalisation de projets d'infrastructure routière.» C'était
beaucoup plus explicite, l'infrastructure routière. «Elle
protégera l'intégrité des investissements routiers par une gestion
rigoureuse et transparente et par une optimisation de ses façons de faire.
«Aussi, le projet de loi prévoit que l'Agence
sera appelée à réaliser les projets d'infrastructure publique de transport
majeurs ou à accompagner les organismes publics dans la réalisation de tels
projets.»
Et ça, quelques années plus tard, on ne le voit
plus dans le projet de loi qu'on a présentement devant nous. Et je pense que,
pour le bien de toute l'équipe qui va travailler sur ce projet de loi d'agence
Mobilité Infra Québec, ce serait bien d'avoir ce genre d'échange avec un
ex-ministre des Transports à la même... je dirais, à la même place que le
ministre.
Le ministre... Vous savez, le ministre de la
Cybersécurité... Je sais que je n'ai pas le droit, parce qu'il est encore un
ex-collègue... il est un collègue actuel, je ne peux pas le nommer, je ne peux
pas faire comme ce que je fais avec Sylvain Gaudreault, malheureusement, mais je
vais juste vous dire ce qu'il a dit. D'ailleurs, il a beaucoup critiqué
Mme Dominique Savoie, qui était sous-ministre aux Transports. À l'époque,
le ministre de la Cybersécurité était le
shérif de la CAQ. Ça a été connu. Mais qu'est-ce qu'il disait? Il voyait un
nouveau lien de favoritisme, donc...
Une voix : ...
M. Derraji : ...voilà, merci. Mais
je trouve ça intéressant : «Créer une agence, c'est créer une agence de
favoritisme, créer une agence, c'est créer une instance quand on est loin du
contrôle parlementaire.» Donc, ça, ce sont les propos du collègue de Mme la ministre,
qui est actuellement ministre de la Cybersécurité, un député de Québec. Et on
sait que Québec a besoin de pas mal d'attention. Le tramway, on attend encore,
là, Mme la Présidente. Donc, est-ce qu'il pense, lui aussi, que c'est la même
chose?
Mais je vais revenir à notre collègue, cher
collègue, Sylvain... Sylvain Gaudreault. Et la revue de presse le démontre très bien, Mme la Présidente, c'est
qu'aujourd'hui j'ai un gouvernement qui voulait absolument transformer
le ministère des Transports en agence. C'est ce qu'on voit comme à l'image de
ce qu'on a vu avec l'agence santé, avec un
conseil d'administration, etc. Et on voit, dans un article qui a été rédigé il
n'y a pas longtemps par Antoine Robitaille, et je vais le citer :
«Ainsi, le gouvernement caquiste — je ne peux pas nommer le nom du premier
ministre, excusez-moi si je ne lis pas tout parce que je dois respecter notre
commission — penserait
sérieusement à transformer le ministère des Transports en agence. Ce projet,
révélé par la presse, n'est pas sans intérêt. Mais, encore une fois, la CAQ
ferait l'inverse de ce qu'elle prônait.» Pourquoi? Et là, vous allez comprendre
le pourquoi. Parce qu'«en 2013, le ministre péquiste Sylvain Gaudreault avait
déposé un projet de loi créant une telle agence — à l'époque, ça
s'appelait ATQ — pour
scinder les grandes orientations et l'intendance et les caquistes n'avaient pas
de mots assez durs pour condamner l'idée.»
Je vous dis, quand on dit qu'on change d'avis,
et c'est là où ça devient intéressant, moi, je vous le dis : Écoute, pour
le bien de la commission, j'aurais aimé voir le ministre actuel de la
Cybersécurité, je vous dis même une
chose : Pourquoi ne pas les inviter les deux ensemble? On va avoir un choc
d'idées, un débat qui va être intéressant. Prenez juste un instant le
ministre actuel de la Cybersécurité, avec son franc-parler et l'ancien ministre
péquiste Sylvain Gaudreault. Regardez
comment on va tous évoluer. Ça va être le moment tant attendu dans cette
commission. C'est comme ça qu'on va améliorer ce projet de loi. Parce
qu'avec le choc des visions qu'on avance tous ensemble, il faut être ouverts
d'esprit, Mme la Présidente, et j'en suis sûr et certain que le collègue qui
fait partie du caucus de la Capitale-Nationale a beaucoup de choses à dire. Je
le connais très bien. C'est quelqu'un, un homme de valeurs, qui a beaucoup de
choses à dire. D'ailleurs, il ne s'est pas gêné de critiquer aussi les
positions de son parti par rapport au troisième lien. Alors, Mme la
Présidente... Il a même mis son siège en jeu, figurez-vous. Bien moi,
j'aimerais bien le voir en commission parlementaire, mais en tandem avec
Sylvain Gaudreault. Et là, on va avoir l'occasion d'échanger avec deux
parlementaires d'expérience, un ex-ministre des Transports, hein, et un
ministre actuel du gouvernement. Il a le droit de parler, de nous dire
qu'est-ce qu'il pense, lui, de la nouvelle agence que lui-même a critiqué il y
a quelques années. D'ailleurs, ça pourrait être une bonne question en PDQ. J'ai
le goût de voir Mme la ministre, comment elle va répondre et si le ministre de
la Cybersécurité, il est toujours d'accord que... et là, je vais vous dire
qu'est-ce qu'il a dit : «Un nouveau lien de favoritisme». Est-ce que ce
lien de favoritisme qui était présent en 2013 ne l'est plus maintenant? On ne
le sait pas. À moins que, écoute, il a le droit, il a le droit, le ministre de
la Cybersécurité, de changer d'avis, hein? On évolue dans la vie.
Donc, Mme la Présidente, on parlait beaucoup du
ministre de la Cybersécurité, mais «à l'époque, Dominique Savoie — qui
est maintenant très proche du gouvernement caquiste — était
la sous-ministre aux Transports de Gaudreault. Dans
l'opposition, le ministre actuel de la Cybersécurité la fustigeait sans
relâche, la traitant notamment de mauvaise administratrice. Or, le projet de
loi, à l'époque de Sylvain Gaudreault, c'est elle qui le portait en 2013. Qui
était sous-ministre à la Santé, en mars, lorsque le ministre actuel de la Santé
a déposé sa grande réforme, comprenant aussi la création d'une agence? Dominique
Savoie. Qui a nommé Dominique Savoie... Qui a nommé Savoie en juin aux plus
hauts postes de la fonction publique, secrétaire générale du Conseil exécutif?
La CAQ.» Ça, là, c'est le même contexte, le même ministre, collègue de la
ministre qui disait ça.
J'irais même... Là, on parle de la même personne
qui était sous-ministre à l'époque : «Il faudrait bien un jour que le
ministre actuel de la Cybersécurité explique comment une femme qu'elle a tant
houspillée ait atteint un tel sommet, grâce à un gouvernement dont il fait
lui-même partie.» Et c'est là, Mme la Présidente, que je vous dis que je rêve d'avoir les deux, à savoir le ministre de la
Cybersécurité... le ministre de la Cybersécurité et notre collègue... ex-collègue
Sylvain Gaudreault.
Je continue,
Mme la Présidente, on parle beaucoup, beaucoup, beaucoup de l'ATQ :
L'ATQ... Et là c'est là, le lien, parce qu'on doit le faire avec Sylvain
Gaudreault. Je continue toujours dans l'excellent article d'Antoine
Robitaille : «Si une ATQ avait existé, à quoi eût ressemblé une
promesse d'un parti favorable au troisième lien? "On promet de le
soumettre à l'agence." Ou alors : "On va revoir les budgets pour
améliorer la fluidité entre les deux rives, l'agence nous donnera le meilleur
moyen." Une telle structure peut effectivement aider à rendre plus
rationnelle la prise de décisions, à davantage tenir compte des données
probantes, et elle peut aussi permettre de rebâtir des expertises dans le
secteur public. On l'a vu à l'Agence du revenu.» Maintenant, au niveau de
l'indépendance : «Mais mal conçu, elle peut contribuer à rendre tout plus
opaque et permettre à nos élus de se déresponsabiliser. Ce risque que la CAQ
percevait, en 2013, existe.»
Là, vous savez, pourquoi ça devient intéressant,
ce débat d'idées? C'est que le porteur, il est toujours présent, il est vivant.
Il prend la parole sur la place publique, et M. Sylvain Gaudreault aurait
tout intérêt à venir nous parler de son idée du départ avec les mêmes acteurs.
Et, écoutez, Mme la Présidente, 2013, ce n'est pas si loin que ça. Les mêmes
acteurs sont autour de la table. Malheureusement, je n'étais pas là, je n'étais
pas là dans... politique, ni Mme la ministre, mais son collègue, le
ministre de la Cybersécurité, l'était, l'est maintenant. «Mais mal conçu, elle
peut contribuer à rendre tout plus opaque et permettre à nos élus de se
déresponsabiliser.» Quel excellent article d'Antoine Robitaille, que je
remercie.
• (12 h 10) •
Ce risque que la CAQ percevait en 2013... «Ce
risque que la CAQ percevait, en 2013, existe», mais on ne peut pas le savoir.
C'est pour cela que c'est important avoir l'échange avec M. Sylvain
Gaudreault. «Tout dépend de la manière dont une agence serait pensée. Son
indépendance doit être garantie. Son PDG, par exemple, ne devrait-il pas être
nommé par l'Assemblée nationale?» Tout ça, on va l'avoir tout au long de
l'échange avec l'équipe... l'équipe gouvernementale. «Enfin, voilà la CAQ qui
nous entraîne, encore une fois, dans une réforme de structures.» Ça, vous avez vu, Mme la Présidente, le débat que
nous avons déjà eu sur l'agence de santé. D'ailleurs, le gouvernement
vient de nous bâillonner dans l'agence de santé. On ne sait pas qu'est-ce
qu'ils vont faire avec la nouvelle agence. On verra l'ouverture du gouvernement
à amender le projet de loi.
«Dans l'opposition, c'était aussi une de ses
critiques récurrentes : Les gouvernements passent trop de temps à réformer
les structures.» Mais moi, ce qui m'intéresse avec M. Sylvain Gaudreault,
lui qui voulait réformer la structure, c'était son souhait. Mais c'est pour
cela, lui parler, lui qui a flirté avec l'idée de créer une agence, qu'est-ce
qu'il pense de la nouvelle mouture? Et, sur ce point, je vois le regard du
député de Masson qui me dit que j'ai l'impression qu'on parle la même chose.
Rassure-moi, mon cher collègue, mais ça pourrait être une bonne idée, avoir cet
échange. Je ne sais pas ce qu'il pense de l'idée d'avoir son collègue ministre
de la Cybersécurité. J'en suis sûr et certain que lui aussi va lui poser des
questions, s'il pense que ce qu'il a dit en 2013 tient toujours la route.
Alors, les gouvernements passent — je
vous le dis, rien que le texte d'Antoine Robitaille, il y a tellement de choses
à utiliser, Mme la Présidente — les gouvernements passent trop de temps à
réformer les structures. Ça a été la critique de la CAQ pas mal de fois. Nous,
on n'a pas créé de structure. Par exemple, eux, ils ont créé deux, à une, et,
déjà, la deuxième est en route. Mais on le sait, le gouvernement est
majoritaire, Mme la Présidente. Ça risque de passer, hein? Même prendre le
temps qu'on veut pour faire raisonner le gouvernement et amender le projet de
loi, ça risque de passer, Mme la Présidente.
«Autre aspect sur lequel la CAQ fait aujourd'hui
l'inverse de ce qu'elle disait avant de prendre le pouvoir.» Et c'est là, et
c'est là où j'appuie la motion de mon collègue député du Parti québécois, que
le fait d'avoir ce débat va nous aider à avancer dans la réflexion sur cette
agence. On va avoir l'occasion de parler avec un ex-ministre du Transport, et il
était ministre des Transports et ministre des Affaires municipales, des Régions
et de l'Occupation du territoire. Et d'ailleurs, la... C'est sûr que c'est
Mme Marois, notre ex-première ministre, qui a pensé à ce ministère. Ce que
j'aime quand on parle Transport et Occupation du territoire... Souvenez-vous du
dernier groupe qui a parlé de l'aménagement du territoire. Donc, avoir un
ex-collègue qui était ministre des Transports va clairement bonifier l'échange
à l'intérieur de cette commission, va nous aider à avoir une bonne posture. Et
quand je dis une bonne posture, c'est aller
au fond des choses et, quand on dit aller au fond des choses, Mme la
Présidente, c'est que ça va aider les membres de la commission à débuter
les travaux.
D'ailleurs, je tiens à le préciser que les
amendements, on est toujours en attente. Je ne sais pas si vous les avez reçus
ou pas. Et, tu sais, on nous dit qu'on n'a pas siégé hier parce qu'on va
attendre des amendements, mais on ne les a pas reçus. Donc, je ne sais pas si
ça touche les premiers articles ou pas, mais j'espère qu'on va les avoir.
Mais, Mme la
Présidente, par rapport à la motion préliminaire proposée par notre collègue du
Parti québécois qui touche le projet de loi n° 61, loi édictant la
Loi sur Mobilité Infra Québec, qui est le nom de la nouvelle agence, je pense que c'est une très bonne idée, une très bonne idée
dans le sens que M. Sylvain Gaudreault, comme je l'ai mentionné, a déjà confirmé sur la place publique
qu'on ne parle pas de la même chose, qu'on ne parle pas de la même
chose, mais j'aimerais bien savoir de quoi on parle, Mme la Présidente.
Pourquoi?
J'ai un ancien ministre qui, lui, était à l'intérieur de la machine, il avait
une idée pour une agence. Cette idée, il l'a... Je vais juste revoir le numéro
du projet... 68. 68, le projet 68, et je l'ai, je vous ai lu quelques
notes explicatives, Mme la Présidente, avec même des dispositions de
modification. Et il y avait pas mal... Écoutez, Mme la Présidente, 32 pages,
même chose : «24. Le gouvernement nomme le président du conseil pour un
mandat d'au moins cinq ans.
«25. Le gouvernement
nomme, sur recommandation du conseil, le PDG. Pour l'assister, le gouvernement
nomme également des vice-présidents au nombre qu'il fixe. [Les] nominations
sont effectuées en tenant compte notamment des profils de compétences et
d'expérience approuvés par le conseil.»
«26. Le gouvernement
fixe la rémunération...»
«27.
Les membres du conseil d'administration, autres que le PDG et ceux qui sont
employés par un organisme du secteur public tel que défini à
l'annexe I des Règles [...], sont rémunérés aux conditions et dans la
mesure que détermine le gouvernement.
«[...]Les membres du
conseil d'administration sont payés sur les revenus de l'Agence.»
L'expiration de leur
mandat. Il parle des vacances, le quorum, les PV. Écoutez, Mme la Présidente,
j'ai l'impression de voir que c'est le même projet de loi, alors que ce n'est
pas le même projet de loi.
Et
pourquoi je vous dis que ce choc de vision m'intéresse? Sylvain Gaudreault avait
autre chose en tête. Et je vais revenir
aux notes, parce que j'ai fait mes devoirs, Mme la Présidente, c'est que j'ai
lu le projet de loi de Sylvain Gaudreault, et le bout qui m'a le plus interpelé
parle beaucoup d'infrastructures publiques. Et hier je l'ai mentionné au salon
rouge, c'est que j'ai en face de moi un gouvernement qui, en matière
d'infrastructures, je peux juste lui donner un échec. Et l'échec : maisons des aînés. C'est rendu
1 million de dollars par porte. Les Espaces bleus, c'est complètement...
écoute, c'est un flop total, Mme la Présidente. Sérieux, vraiment, je ne sais
plus quoi dire. D'ailleurs, il lâche les Espaces bleus.
Le projet de loi
n° 66, et, je vous le dis toujours, il y a le mot... le gouvernement doit
changer les numéraux parce qu'à chaque fois qu'il y a un 6, il y a un problème.
66, l'accélération des projets. Souvenez-vous. 180, la pression que nous avons
eue pour voter sur ce projet de loi. Ça a coûté même un changement de ministre.
Souvenez-vous, le porteur du premier projet de loi, ce n'est plus le deuxième.
Alors, Mme la Présidente...
Des voix : ...
M. Lemay : Article 211,
là, il ne porte pas sur le sujet de la motion. Je pense que le député a dit ce
qu'il devait dire sur la motion en cours puis que, là, il est... il essaie...
La Présidente (Mme
Maccarone) : Merci, merci. Je vous arrête, M. le député. Vous pourriez
continuer. Je vous entends. Il est quand
même sur le sujet. Je comprends que c'est des critiques. Il tire sa fin, il lui
reste 1 min 30 s.
M. Derraji : Je
sais que ça fait mal quand on commence à faire le bilan, hein? Vous savez, ça
provoque de l'émotion, Mme la Présidente. Ça
choque. Heille! comment on peut expliquer les maisons des années à
1 million de dollars? Ça choque. Je sais, avec un
11 milliards de déficits, ça choque, Mme la Présidente, et surtout avec
l'arrivée des Kings en ville aujourd'hui. Vous, vous voyez même... vous me
voyez, Mme la Présidente, ça me touche au fond de mes tripes. Alors, Mme la Présidente,
échec au niveau des maisons des aînés, échec au niveau des Espaces bleus, hein?
Et là... et là, Mme la Présidente...
La Présidente (Mme
Maccarone) : Sur le sujet. M. le député, il vous reste une minute,
reste sur le sujet, s'il vous plaît.
M. Derraji : Oui, je vais revenir sur Sylvain Gaudreault. Il y
a un lien, il y a un lien. Le contexte économique déficitaire de 11 milliards, on veut créer
une agence... J'aimerais bien voir le ministre, l'ancien ministre des
Transports, qu'est-ce que lui pense de cette nouvelle agence. C'est un débat de
fond, Mme la Présidente. Je vous le dis, j'aurais besoin d'une autre
heure pour que je puisse m'exprimer. C'est très important. Lui, il avait une
vision. Je viens de vous lire la vision qu'il avait. Quelques années plus tard,
le même parti qui critiquait la vision de Sylvain Gaudreault, aujourd'hui, hein, ils veulent la faire. Donc,
moi, j'ai besoin de savoir. La CAQ était contre la vision de Sylvain Gaudreault,
avec la CAQ qui applaudit aujourd'hui la nouvelle vision avec une nouvelle
agence. Ils ont le droit de changer d'avis, hein? On évolue dans le temps,
hein? On évolue, on avance. Ils ont le droit.
Alors, Mme la
Présidente, j'appuie cette excellente motion de mon collègue et j'espère que la
partie gouvernementale vont dire oui. Parce qu'un choc d'idées, c'est comme ça
qu'on avance, Mme la Présidente. Merci.
• (12 h 20) •
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci,
M. le député. Est-ce qu'il y a d'autres interventions en lien avec la
motion préliminaire? M. le député d'Acadie, la parole est à vous.
M. André Albert Morin
M. Morin : Merci,
Mme la Présidente. Je suis heureux de prendre la parole pour la chef de
l'opposition officielle, ce qui devrait me
donner une période de 30 minutes, si mon calcul est bon. Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Alors, heureux de revenir en cette commission.
Et
là je lis avec beaucoup d'intérêt la motion préliminaire qui a été... bien, en
fait, qui est proposée par mon collègue le député des Îles-de-la-Madeleine.
Permettez-moi de la lire, elle est intéressante :
Conformément à
l'article 244 du Règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion
afin :
«Que
la Commission des transports et de
l'environnement, dans le cadre de
l'étude détaillée du projet de loi n° 61, Loi édictant la Loi sur
Mobilité Infra Québec et modifiant certaines dispositions relatives au
transport collectif, tienne des consultations particulières et qu'à cette fin,
elle entende l'ancien ministre des Transports et ministre des Affaires
municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire de 2012 à 2014,
M. Sylvain Gaudreault.»
Je vous le dis...
La Présidente (Mme
Maccarone) : Je vous explique, M. le député, car on a déjà un des
députés dans votre formation politique qui a utilisé le 30 minutes, vous
disposez de 10 cette fois-ci. Alors, il vous reste neuf minutes.
M. Morin : Alors...
Eh là, là! Vous me...
Une voix : ...
M. Morin : Oui,
quel dommage.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Je sais que c'est une déception, mais continuez, s'il
vous plaît.
M. Morin : Vous
volez les mots de ma bouche. Quel dommage! J'étais prêt sur une lancée de
30 minutes, Mme la Présidente. Je vais devoir me contenter de 10. Quand
même, quand même, je vais tenter d'avoir des propos, n'est-ce pas, qui sont
pertinents pendant les minutes... les minutes qui restent.
En fait, ce que je
disais, c'est que c'est une motion... c'est une motion qui est intéressante.
Et, comme l'ensemble des motions préliminaires qui ont été déposées... Parce
que nous, dans l'opposition, on veut évidemment travailler fort avec le
gouvernement, on veut aider le gouvernement à avoir de meilleures lois. Et les
motions préliminaires... Quand des députés des oppositions font des demandes pour
entendre des groupes, comme on l'a fait précédemment cette semaine, ou
quelqu'un, je suis toujours surpris, je vous dirai honnêtement, quand la partie
gouvernementale est contre, parce qu'il me semble que c'est la meilleure chose
qu'on pourrait faire pour bonifier notre
travail de législateur, particulièrement dans le cadre de cette motion, Mme la
Présidente, parce que M. Sylvain Gaudreault a occupé les fonctions de ministre des Transports. Mieux que ça, il
voulait créer une agence, une agence des transports, et ce qui est aussi
très fascinant, c'est qu'à ce moment-là, je n'étais pas... je n'étais pas
député, mais ce qu'on... ce que je lis, c'est que la CAQ était tout à fait
contre. C'est quand même fascinant, hein? On passe d'une position... puis sévère, je relisais des textes, puis je pourrai...
je pourrai faire référence ou mentionner des extraits du texte de l'excellent
journaliste Antoine Robitaille, la CAQ était vraiment contre cette idée-là,
contre l'agence, et là, le même... en fait, le gouvernement de la CAQ dépose un
projet de loi qui va créer une agence des transports.
Ce qui est encore
plus fascinant, c'est quand vous lisez les notes explicatives du projet de loi
n° 68 à l'époque, et là, on a un projet
de loi n° 61, et ces notes explicatives se ressemblent beaucoup. Vraiment
fascinant. On dit dans le projet de loi qui a été déposé en 2013 :
«Le projet de loi prévoit que l'Agence aura pour mission de gérer et
d'exploiter les infrastructures routières dont la responsabilité relève du
ministre des Transports de même que tout autre
bien. Elle privilégiera le développement d'une expertise en matière d'études,
de planification, de conception et de réalisation
de projets d'infrastructure routière.» Et on dit : «Le projet de loi
prévoit que l'Agence sera appelée à réaliser les projets d'infrastructure
publique de transport majeurs ou à accompagner les organismes publics dans la
réalisation de tels projets.»
Quand vous regardez
les notes explicatives, que vous lisez les notes explicatives du projet de loi
n° 61, qui est sous étude présentement, on dit : «Ce projet de loi
institue Mobilité Infra Québec, qui a pour mission d'effectuer, lorsque le
gouvernement lui en confie la responsabilité, l'analyse d'opportunité, la
planification et la réalisation de projets
complexes de transport.» On précise que «Mobilité Infra Québec peut également
réaliser des analyses en transport à la demande du ministre responsable
des transports et de la mobilité durable».
Ce qui est tout à
fait intéressant, c'est qu'on dit également que ça va permettre à Mobilité
Infra Québec d'acquérir par expropriation,
puis vous vous rappellerez, hein, on a... Moi, j'ai travaillé très fort dans
l'opposition officielle quand le
projet de loi n° 22 a été déposé, la loi sur l'expropriation, qui a donné
des pouvoirs énormes au gouvernement. Et quand on regarde, quand on
regarde les notes explicatives du projet de loi de l'époque et le projet de loi
actuel, plutôt... le gouvernement actuellement, plutôt que de parler de projets
de transport majeurs, on parle maintenant de projets complexes de transport,
mais on peut penser que des projets majeurs seront probablement complexes. Mais
quand on regarde, quand on regarde les deux textes, c'est excessivement
similaire.
Et puis, par la
suite, quand on va voir dans le projet de loi la mission que devait avoir
l'agence des transports qui était présentée par le ministre des Transports de
l'époque, hein, on parle... on parle de développement durable, l'agence va
gérer des infrastructures routières, renforcer le savoir-faire de l'État,
privilégier le développement d'une expertise.
Ça doit collaborer étroitement avec le ministre. Et l'agence devra... devait,
en tout cas, plus particulièrement, exploiter les infrastructures
routières sous sa gestion, étudier, planifier le maintien et l'amélioration, et
c'est à peu près ce que je viens de lire
quand on parle de l'agence actuelle : Concevoir et réaliser des projets
d'infrastructures routières, établir des normes techniques établissant
les meilleures pratiques...
Donc, vous voyez, les deux documents, les
missions des deux agences sont à peu près identiques. Et ça vaut la peine de le
souligner, parce qu'il me semble que si le ministre de l'époque a eu,
évidemment, tout le travail qui a été fait et le
privilège de présenter un tel projet de loi, bien, je pense que ce serait
important de l'entendre. Ça ne peut qu'aider le gouvernement actuel, et surtout
les partis de l'opposition, qui ont à faire un travail, hein? On a déjà quelqu'un qui a réfléchi. Pourquoi ne pas, évidemment,
utiliser son savoir? Pourquoi ne pas l'entendre? Ça, je pense que c'est
un volet qui est important, je tenais à le souligner. Parce que, quand on
regarde les deux textes, c'est à peu près la même chose. Ce n'est pas
identique, ce n'est pas du copier-coller, mais pas loin.
Et permettez-moi de terminer avec l'excellent
article de M. Antoine Robitaille, publié dans Le Journal de Québec,
qui disait, et je cite le titre : Transports : la CAQ fait — et,
entre parenthèses — (encore)
l'inverse de ce qu'elle prônait, puis je pense que ça vaut la peine de le
mentionner pour les gens qui nous écoutent. Nous, ici, on a la chance... on a
des recherchistes, les autres députés, évidemment, de l'opposition également.
Ils font un travail, ils sortent plein d'excellentes idées, comme cette motion
préliminaire, puis ça nous permet de découvrir des perles, comme celle
qu'écrivait, évidemment, Antoine Robitaille. Mais les gens qui nous écoutent
n'ont peut-être pas toutes ces capacités-là, donc je pense que c'était important
de leur dire.
Alors, au fond, et je vais... et je vais
terminer... je vais terminer là-dessus, et je vais citer M. Robitaille,
qui écrivait dans son article : «En 2013, lorsque le ministre péquiste
Sylvain Gaudreault avait déposé un projet de loi créant une telle agence pour
scinder des grandes orientations et l'intendance, les caquistes n'avaient pas
de mots assez durs pour condamner l'idée.» Alors, je ne sais pas ce qui s'est
passé depuis ce temps-là. Je ne sais pas si les caquistes ont ramolli, parce qu'ils étaient durs à l'époque : on se
rappelle, évidemment, de certaines... en fait, énoncés, déclarations du
député de La Peltrie.
• (12 h 30) •
Mais il y a une chose qui est sûre, il y a une
chose qui est sûre, Mme la Présidente, c'est que, quand je regarde cette motion préliminaire, quand je
regarde, évidemment, la possibilité qui nous serait offerte, nous,
parlementaires, d'entendre M. Gaudreault, il me semble que c'est
une chance qu'on ne doit pas rater. Et je remercie le collègue des Îles-de-la-Madeleine
d'avoir proposé une telle motion préliminaire, que j'appuie entièrement. Merci.
La
Présidente (Mme Maccarone) : Merci, M. le député. Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur la motion préliminaire? Je vois qu'il n'y a pas
d'autre intervention.
Mise aux voix
Alors, nous allons passer à la mise aux voix par
appel nominal. M. le secrétaire.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau : Pour.
Le Secrétaire : Mme Guilbault
(Louis-Hébert)?
Mme Guilbault :
Contre.
Le Secrétaire : M. Lemay
(Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire : M. Montigny
(René-Lévesque)?
M. Montigny : Contre.
Le Secrétaire : Mme Blouin
(Bonaventure)?
Mme Blouin : Contre.
Le Secrétaire : M. Bernard
(Rouyn-Noranda—Témiscamingue)?
M. Bernard : Contre.
Le Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
Le Secrétaire : M. Derraji
(Nelligan)?
M. Derraji : Pour.
Le Secrétaire : M. Morin
(Acadie)?
M.
Morin : Pour.
Le Secrétaire :
Mme Maccarone (Westmount—Saint-Louis)?
La Présidente (Mme Maccarone) : Abstention.
Alors, la motion est rejetée. Nous sommes toujours à l'étape des motions
préliminaires. Est-ce qu'il y a d'autres motions préliminaires? M. le député de
Nelligan.
M. Derraji : ...s'il
vous plaît, je vais demander une courte suspension pour qu'on la rédige.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Nous allons suspendre pour quelques instants.
(Suspension de la séance à
12 h 32)
(Reprise à 12 h 38)
La
Présidente (Mme Maccarone) :
Alors, nous reprenons nos
travaux. M. le député de Nelligan, pour la lecture de votre motion
préliminaire.
Motion
proposant d'entendre M. Éric Caire
M. Derraji : Vous me voyez très excité, Mme la Présidente, de
présenter cette motion, et j'espère que les collègues vont l'accepter.
Vous allez comprendre pourquoi.
Conformément à
l'article 244 du Règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion
afin :
«Que [...] la
Commission des transports et de l'environnement, dans le cadre de l'étude
détaillée du projet de loi n° 61, Loi édictant la loi sur Mobilité Infra
Québec et modifiant certaines dispositions relatives au transport collectif,
tienne des consultations particulières et qu'à cette fin, elle entende le
ministre de la Cybersécurité et du Numérique, ancien porte-parole du deuxième
groupe d'opposition en matière de transports du 21 septembre 2012 au
5 mars 2014.»
Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Vous disposez du temps pour commencer votre plaidoyer.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Oui,
merci. Mais, écoutez, vous savez, tout à l'heure, quand je parlais de
l'excellente motion de mon collègue député du Parti québécois, grâce à ses
interventions, et à la lecture, et à la recherche que nous avons effectuées,
nous avons établi un lien entre l'ancien ministre Sylvain Gaudreault et
l'actuel ministre de la Cybersécurité et Numérique. Pourquoi? Les deux,
probablement, pensaient ou avaient des visions différentes, mais je me suis dit : Probablement que la partie
gouvernementale caquiste va refuser l'invitation d'un péquiste, mais j'espère
qu'ils ne vont pas refuser l'invitation d'un
caquiste dans une commission parlementaire. Je trouve ça... Ça va être
difficile, voter contre cette motion, Mme la Présidente.
D'ailleurs,
M. le ministre, n'a pas de projet de loi, ne siège pas en commission
parlementaire, il est très disponible, il habite Québec. Et quoi de mieux d'avoir quelqu'un qui pensait beaucoup
de choses sur beaucoup de dossiers, y compris les agences et les
structures?
Et d'ailleurs, Mme la
Présidente, permettez-moi de vous lire un document extrêmement important qui va
faire réfléchir les collègues et qui va les pousser à bien prendre un moment
d'arrêt avant de voter contre l'invitation de leur collègue en commission
parlementaire :
«Au
sein d'une société démocratique comme celle du Québec, le gouvernement et ses
ministres sont imputables devant la population et les élus de
l'Assemblée nationale. La création de Mobilité Infra Québec aura pour effet de
transférer une partie de la mission et des responsabilités de la ministre et du
ministère vers l'agence indépendante. Qui sera imputable des éventuels
dépassements de délais et de coûts des projets complexes?» Ça vous rappelle
quelqu'un? Je continue. Vous allez comprendre le pourquoi.
«Le risque est élevé
que Mobilité Infra Québec devienne un obstacle à la transparence et à la
reddition de comptes en matière de transport
collectif. Lorsqu'un précédent gouvernement a voulu créer une agence pour le
transport, le député caquiste, à
l'époque, shérif en chef, avait alors critiqué le projet en arguant que créer
une agence, c'est créer une agence de favoritisme.»
• (12 h 40) •
Vous savez, Mme la
Présidente, il y a des paroles qui restent et qui résonnent entre les murs.
Hier matin, je suis venu, vers 5 heures
le matin, et je marchais dans le couloir de l'étage 2, et j'étais un peu,
très poétique. Je le disais à ma collègue, Florence, que les murs
murmurent et les pas résonnent. Mais, aujourd'hui, j'ai l'immense plaisir d'ajouter quelque chose d'extrêmement
important : Que les paroles de l'ex-ministre... de l'actuel ministre de la
Cybersécurité, l'ex-shérif en chef caquiste...
M. Lemay : Mme la Présidente,
article 35.1.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Excusez-moi, M. le député... Je comprends, M. le député
de Nelligan, il faut utiliser les titres de nos collègues, s'il vous plaît. Je
l'ai laissé passer une fois, une deuxième fois, c'est trop. S'il vous plaît,
continuez sur des bonnes paroles.
M. Derraji : OK, désolé. C'était un
nom qui a été utilisé publiquement, mais OK, le qualificatif qu'on donnait au député de La Peltrie, l'actuel ministre
de la Cybersécurité et du Numérique. Merci. Cher collègue, ce n'est pas ce que je voulais. Désolé, je retire si ça
vous fait mal. Ce n'était pas mon objectif, cher collègue. Je tiens à vous
rassurer, mais je continue.
Les murs murmurent, les pas résonnent, mais les
paroles aussi à l'intérieur de notre Assemblée. Et parmi les citations qui vont
continuer à murmurer à l'intérieur de cette Assemblée : Créer une agence,
c'est créer une instance qu'on éloigne du contrôle parlementaire. Le député, il
est vivant, il existe, il est encore actif, d'ailleurs il est ministre encore.
Voilà, Mme la Présidente.
Mais, maintenant, j'aimerais bien savoir la
collègue caquiste, actuelle ministre, elle pense quoi de cette agence. Ne me
dites pas que vous allez refuser une invitation d'un collègue caquiste. Si,
vous pouvez voter, vous avez l'habitude de voter contre des pétitions de vos
collègues, vous avez l'habitude de ne pas donner suite à des... même des
saisies de pétitions de vos propres collègues, puis ça, on s'est habitué. Mais,
dans un débat, il a le droit à son opinion,
et j'en suis sûr et certain, il va être très heureux et enchanté de venir dire
ce que lui pense de l'agence, ce que lui pensait en 2013 versus ce
qu'il pense présentement de la création de cette agence.
Alors, Mme la Présidente, je vous ai dit que les
risques de dérive décrits à l'époque demeurent bien réels, demeurent bien
réels, à moins que le ministre de la Cybersécurité change d'avis. Vous le
savez, hein, changer d'avis, au sein de ce
gouvernement, est devenu une pratique récurrente. Il y a beaucoup d'exemples.
Mais, par rapport à l'agence, lui qui a été très, très sévère et
critique à l'agence, il n'a pas quitté la CAQ. Il est toujours présent, il est
ministre de la Cybersécurité. Qu'est-ce qu'il pense, le député de La Peltrie,
de cette nouvelle agence? Est-ce que les collègues ont eu des discussions avec
lui? Est-ce qu'il est pour l'agence? Bien, s'il est pour, il va venir en
commission parlementaire applaudir sa
collègue et dire : Écoutez, c'est vrai, ce que je disais en 2013 ne
tient plus la route. Il n'y a plus de favoritisme. L'agence est indispensable.
L'agence est une bonne idée, est une très bonne avancée, et malgré qu'on ait
perdu le contrôle...
D'ailleurs, je tiens à rectifier quelque chose,
Mme la Présidente. Je vais absolument corriger ce que j'ai dit tout à l'heure.
Et vous savez que je suis un homme rigoureux, je n'aime pas induire mes
collègues en erreur.
Une voix : ...
M. Derraji : Absolument. Je retire
ce que j'ai dit tout à l'heure par rapport au déficit, parce qu'on vient d'avoir une mise à jour et, malheureusement, le trou,
il est beaucoup plus grand que ce que je disais tout à l'heure. Le
déficit supplémentaire, il est de 4,37 milliards. C'est que l'argentier du
gouvernement caquiste, qui vient finalement de
terminer l'exercice... c'est que le trou de 6 milliards de dollars,
il y a 4,37 milliards de plus que ses prévisions initiales. Je
tiens juste à le préciser.
Alors, je reviens à l'invitation et à la motion
préliminaire. Vous savez, Mme la Présidente, quand on a des talents, à
l'intérieur de l'Assemblée nationale, il faut en profiter. Et le ministre de la
Cybersécurité et du Numérique, il est
reconnu d'avoir un talent, un talent où, si on recule dans le temps, on trouve
beaucoup de citations sur beaucoup de choses. Mais je ne me... je ne
vois... je vois mal comment, les membres de cette commission, on... comment on
va se priver de la qualité d'un tel... d'un
député ministre. Et j'en suis sûr et certain que ma collègue la ministre des
Transports et de Mobilité durable partage que son collègue le député de
La Peltrie a de très bonnes qualités.
D'ailleurs, il y a beaucoup de citations qu'il
est obligé de vivre avec. Vous savez, Mme la Présidente, quand on devient
ministre et que le premier ministre nous demande d'être ministre, on vit avec
les citations des collègues. Et je sais que c'est un peu difficile, parfois,
vivre avec des citations qu'on critiquait l'agence sévèrement. Mais moi, je ne
sais pas, aujourd'hui, qu'est-ce qu'il pense. Je ne l'ai pas entendu parler de
l'agence. Mais, je vous ai dit, probablement, je réfléchis à une question à lui
poser au salon rouge, lui qui pensait que l'agence favorisait de... une agence,
ça... ça peut... créer une agence, c'est créer une agence de favoritisme. Et
«créer une agence», moi, le bout qui m'interpelle, c'est qu'on est loin du
contrôle parlementaire. Et d'ailleurs votre rôle, Mme la Présidente, le rôle de
l'ensemble des élus autour de la table, c'est le contrôle parlementaire.
Et donc l'échange que je vais avoir avec le
collègue caquiste va être très simple, je peux même vous le dire et vous le
partager pour encourager les collègues à avancer avec moi dans la réflexion.
Un : Est-ce qu'il pense la même chose que ce qu'il pensait il y a
longtemps, que ça va créer... la création de cette agence va créer une agence
de favoritisme? Ça, c'est un, question très importante. Mais ce qui
m'intéresse, c'est le contrôle parlementaire. Et, vous savez, Mme la
Présidente, nous, à l'opposition, on a le travail le plus difficile. C'est pour
cela, tout à l'heure, quand j'ai commencé,
je parlais des amendements. Je voulais bien faire mon travail, je n'ai pas les
amendements, encore une fois. Mais comment on peut contrôler l'action
gouvernementale? Les Québécois ont donné le pouvoir à ce gouvernement de
gérer leur argent, et ils nous ont donné un pouvoir de contrôler l'accent... — l'accent! — de
contrôler l'action du gouvernement en matière de dépenses. Bien, on le dit, ils
ont perdu le contrôle. Ça, tout le monde est d'accord. Le King des déficits va
les suivre, Mme la Présidente, malheureusement.
Mais ce qui nous
intéresse dedans, c'est l'aspect du contrôle parlementaire. Et, quand on dit
«contrôle parlementaire», j'ai un député caquiste, collègue de Mme la ministre,
qui siège avec elle dans le même Conseil des ministres.
Il était là, il était là, le ministre, quand Mme la ministre est venue avec
sans document, sans analyse d'impact réglementaire,
et je tiens à le dire, il est venu, il a dit à ses collègues ministres :
Écoutez, moi, je vais aller de l'avant avec une agence. Mais je ne peux pas
savoir parce qu'on m'a refusé la motion que j'ai déposée sur l'impact
réglementaire. Je suis conscient qu'on ne peut pas produire une motion... on...
je suis conscient qu'on ne peut pas produire une analyse d'impact réglementaire
rapidement. Je suis quand même conscient de cet enjeu. Mais ce que je demandais
à la partie gouvernementale et à l'excellent sous-ministre : Partagez-nous
vos notes. Mais ils ont refusé. Moi, je sais qu'il fait un bon travail, le
sous-ministre et l'ensemble des fonctionnaires, il le sait. Je lui ai dit même
en face, maintenant je le déclare publiquement. Il est content, il va
l'apprécier, mais ses collègues aussi. Mais on n'a pas ses notes, Mme la
Présidente, on n'a pas les notes ministérielles sur l'avancement de l'idée de
l'agence.
Donc, comment je peux
aujourd'hui faire mon travail si je n'ai pas accès à ces documents? Il y a un
manque. Mais maintenant, ce qui m'intéresse dans l'équation, chose que je n'ai
pas eue jusqu'à maintenant, c'est que le collègue
qui pensait que créer une agence, c'est créer une agence de favoritisme et
l'éloigner du contrôle parlementaire, je ne l'ai pas entendu sur la
place publique. Je n'ai pas entendu le député de La Peltrie. Qu'est-ce que lui
pense de cette nouvelle agence? Mais c'est
quand même important. J'espère que les collègues ne vont pas refuser la
convocation d'un collègue. Ça devrait être quelque chose de... Wow! C'est la
première fois, là, qu'on va refuser une invitation d'un collègue.
• (12 h 50) •
Vous savez, Mme la
Présidente, c'est très sérieux. J'ai un collègue ministre autour de la table
qui pense que la création d'une agence... qu'il crée une agence de favoritisme.
J'ai un collègue caquiste qui est membre de ce gouvernement qui pense qu'on va
éloigner le contrat... le contrôle parlementaire et qui sera imputable des
éventuels dépassements de délais et de coûts de projets complexes. C'est ce
qu'il pense, et ça va être intéressant d'avoir ce débat. C'est ça, la démocratie, Mme la Présidente, écouter tout le
monde. Et, en plus, je n'invite pas un inconnu, c'est un caquiste, membre de ce gouvernement, ministre,
ministre de la... ministre au... que... membre du caucus de la Capitale-Nationale.
Il a beaucoup parlé du troisième lien. Il a même mis en jeu son siège.
J'aimerais bien savoir : Est-ce que
lui, la mission de la Mobilité Infra... est-ce qu'il veut avoir le troisième
lien, lui qui a mis en jeu son siège? J'imagine
que oui. Il va être content, aller voir les gens... les gens de La Peltrie, et
lui dire : Écoute, bien, finalement, mon gouvernement a accepté de
mettre le troisième lien dans la nouvelle agence qui va se réaliser un peu plus
tard. Donc, on ne peut pas se priver aujourd'hui de ce talent, de cette
compétence.
Parce qu'avant de
dire que ça crée une agence de favoritisme, Mme la Présidente, il a dû
réfléchir. Je ne peux pas, moi, sortir aujourd'hui, dire : Écoute, Mme la
ministre, votre agence, ça va être une agence de favoritisme. C'est quand même
fort. Je ne l'ai pas dit, je rapporte les propos de son collègue, mais aujourd'hui,
lui, quelques années plus tard, est-ce qu'il pense que les mêmes personnes qui
ont travaillé sur l'agence de 2013, est-ce qu'il pense que c'est la même chose?
Je comprends qu'on n'a pas le même sous-ministre, je comprends. Je ne pense pas
que le sous-ministre de 2013 est le même qu'aujourd'hui, non. Ils vont me
confirmer, donc c'est bon. Voilà, vous le savez, que ça pourrait être une bonne
heure de discussion avec le ministre de la Cybersécurité.
Et, sérieux, Mme, Mme
la Présidente, il me reste quelques minutes, je formule le voeu que, vraiment,
vraiment... Et je comprends que Mme la ministre partage les mêmes
préoccupations que nous par rapport aux propos prononcés par son collègue.
C'est des choses... C'est des réponses que j'aimerais bien avoir. Parce que je
ne pense pas que je vais me lever au salon
rouge pour dire : Écoute, M. le député de La Peltrie, vous avez pensé
en 2013 que c'est une agence de favoritisme, vous avez dit que ça
va éloigner le contrôle parlementaire. Je n'ai pas envie de faire ça. Je peux le faire, je gère l'APDQ, mais je pense que
ce n'est pas la place. D'ailleurs, Mme la ministre ne peut pas utiliser
son tableau parce que ça n'a rien à voir avec le tableau, cette question, ça
n'a vraiment rien à voir. Elle devrait se tourner vers son collègue si elle
pense qu'il pense la même chose que maintenant. Donc, je cherche la place pour
l'inviter. Malheureusement, il n'était pas là pendant les consultations, mais
ça m'intéresse, et c'est un débat public.
M. Lemay : ...on
ne peut pas souligner l'absence d'un collègue.
La Présidente (Mme Maccarone) : C'est
vrai. M. le député, vous le savez très bien. S'il vous plaît, faire attention.
M. Derraji : Je tiens vraiment à souligner l'expertise de mon
collègue à utiliser les articles. Il démontre une capacité
intellectuelle à utiliser les articles d'omission d'une manière remarquable.
Ceci étant dit,
est-ce qu'il partage, lui aussi, que c'est une agence de favoritisme, comme son
ex... son collègue ministre de la Cybersécurité? Et j'aimerais bien. Et je peux
lui donner mon temps, Mme la Présidente, parce que je le vois très impliqué, il
me suit depuis le début. Mais je suis généreux, je peux lui permettre de dire
est-ce que, oui ou non, aujourd'hui, du
moment qu'il est très attentif, est-ce qu'il pense que lui, en tant que
parlementaire, député, excellent député de Masson... est-ce qu'il partage
les mêmes propos que son collègue, qu'on éloigne le contrôle parlementaire?
C'est son rôle, le contrôle parlementaire. Est-ce qu'il pense que, comme son
collègue ministre de la Cybersécurité... que cette agence risque de nous
éloigner du contrôle parlementaire? Hein? Est-ce que je peux lui donner la
parole, Mme la Présidente? Il peut intervenir.
La Présidente (Mme
Maccarone) : C'est votre temps, M. le député, si vous le souhaitez
ainsi.
M. Derraji : Ah! je suis généreux. Mais il pense quoi, le
député de Masson? Vous en pensez quoi, M. le député?
La Présidente (Mme Maccarone) : Mais,
M. le député, c'est seulement un intervenant à la fois. Si vous cédez la
parole...
M.
Derraji : Je peux me taire.
La Présidente (Mme Maccarone) : ...si
vous cédez la parole, ça veut dire que votre intervention sera terminée.
M. Derraji : Ah!
Mais, écoutez, s'il me donne l'assurance qu'il va répondre... Écoutez, j'aime
ça. Je suis très généreux. S'il me donne, et je le fais, c'est un homme de
parole, hein, je savais à qui j'ai à faire, s'il me donne la parole... s'il me
donne la confirmation qu'il va répondre à la question, je suis prêt à arrêter
mon intervention. À condition, j'ai une seule question, lui, il est
parlementaire, il est législateur, ingénieur, un homme très pragmatique :
Est-ce qu'il pense que l'agence, comme son collègue ministre de la
Cybersécurité, va nous éloigner du contrôle parlementaire? À vous la parole,
cher collègue.
M. Lemay :
Il a terminé son intervention?
La Présidente (Mme Maccarone) : Vous
avez terminé votre intervention, M. le député? Il vous reste 12 minutes.
Je veux juste confirmer 100 %.
M. Derraji : Je
lui fais confiance. C'est un homme de parole. Il peut répondre.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants sur la
motion préliminaire de M. le député de Nelligan? M. le député de Masson.
M. Mathieu Lemay
M. Lemay : Oui,
je suis prêt à prendre la parole. En fait, moi, je crois que ce n'est pas une
bonne idée qu'on invite M. le ministre de la Cybersécurité et du Numérique,
ancien porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière du Transport du
21 septembre 2012 au 5 mars 2014, et... parce que je crois qu'on a
déjà entendu 27 groupes, si ma mémoire est bonne, et les... je crois aussi
que la ministre, elle a fait une bonne écoute puis qu'on va avoir des bonnes
discussions article par article au niveau du projet de loi n° 61, la Loi
édictant la Loi sur Mobilité Infra Québec et
modifiant certaines dispositions relatives au transport collectif. Et je crois que c'est une très bonne idée d'aller
de l'avant avec l'étude du projet de loi
n° 61. D'ailleurs, je crois que, si on pouvait entamer l'étude de
l'article 1, ça nous permettrait de bonifier le projet de loi parce
qu'il y a une écoute de la part du gouvernement à avoir des bonifications à la
proposition qui a été faite dans le projet de loi. Et, par conséquent, je n'ai
pas d'autre intervention à faire sur cette motion préliminaire. Je crois qu'on
ne devrait pas accepter cette motion préliminaire et passer à l'étude de
l'article 1. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Maccarone) : Merci. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants? Oui, M. le
député de l'Acadie, la parole est à vous.
M. André Albert Morin
M. Morin :
Merci, Mme la Présidente. Je peux prendre la parole au nom du chef de
l'opposition?
La Présidente
(Mme Maccarone) : ...de 10 minutes. Votre collègue a déjà
utilisé le 30.
M. Morin :
Parfait. Parfait, merci. Alors, permettez-moi d'être en désaccord avec mon
collègue le député de Masson parce que, justement, moi, je salue l'initiative
de mon collègue le député de Nelligan de faire entendre le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, et
pour différentes raisons. Mais je vais commencer... je vais commencer ainsi : Si mon souvenir est bon, le député de
La Peltrie, alors qu'il était dans l'opposition, était un ancien porte-parole
en matière de transports. Donc, évidemment, il a... il a creusé ce dossier, il
s'est investi dans ce dossier et il a donc été en mesure de regarder et de
critiquer à l'époque ce que le gouvernement... ce que le gouvernement faisait.
Et, évidemment, son
expertise, je pense, serait d'une grande utilité pour les travaux de notre
commission, d'autant plus que c'est fascinant que le gouvernement actuel
veuille justement créer une agence, parce que j'aimerais rappeler aux gens,
notamment, qui nous écoutent, et j'ai ici devant moi un extrait de la période
des questions, en fait des débats du 5 décembre 2013 qui portaient à
l'époque sur le projet de loi n° 68, sur l'Agence des infrastructures de
transport du Québec, rappelez-vous, j'en ai parlé dans une motion précédente,
or, le député de La Peltrie disait à l'époque :
«M. le Président — et
je cite — depuis
un an, le ministre des Transports monopolise des ressources humaines
et financières importantes de son ministère pour élaborer son projet d'agence — mais
c'est après que ça devient intéressant — une structure inutile.» C'est
quand même assez fort.
La Présidente (Mme Maccarone) : M. le député, je suis désolé de vous interrompre,
mais nous allons suspendre les travaux.
Compte tenu de
l'heure, nous allons suspendre les travaux, puis vous pourrez continuer lors de
notre retour cet après-midi.
(Suspension de la séance à 13 heures)
(Reprise à 14 h 09)
La
Présidente (Mme Maccarone) :
Bonjour à tous et à toutes.
La Commission des transports et de
l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de
loi n° 61, Loi édictant la Loi sur Mobilité Infra Québec et modifiant
certaines dispositions relatives au transport collectif.
Alors, avant
de commencer, je comprends qu'il y a le consentement afin de permettre au
député de Taschereau de participer aux travaux. Consentement?
Des voix : Consentement.
• (14 h 10) •
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
Lors de la suspension de nos travaux ce midi, nous étions à l'étude d'une
motion du député de Nelligan. Et j'ai fait une erreur, M. le député de l'Acadie,
avant de vous céder la parole pour le restant de votre temps, il vous reste
28 minutes. C'est vrai que vous disposez des 30. Alors, je m'en excuse aux
collègues.
Et, comme vous avez tous vu, je vous ai tous
donné une petite sucrerie. Alors, j'espère que ça va vous aider, avant que vous
prenez la parole, pour avoir des échanges qui sont fructueux et que tout le
monde sera à l'écoute.
Alors, M. le député de l'Acadie, la parole est à
vous.
M. Morin : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. C'est... Merci de la précision sur le temps qu'il me reste. C'est... c'est toujours le genre d'erreur qui fait
plaisir, parce qu'évidemment ça fait plus de temps où on peut s'exprimer
comme parlementaire. Alors, j'apprécie
énormément votre travail de présidente. Et merci de... évidemment, de rectifier
cette situation-là. C'est très apprécié.
Alors, j'ai commencé, un peu avant la pause du
repas, à traiter... m'exprimer sur la motion préliminaire qui a été déposée par
mon collègue le député de Nelligan et visant, entre autres, à ce que cette
commission entende le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, ancien
porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière de transport, et
c'était du 21 septembre 2012 au 5 mars 2014. C'est... c'est
important.
Je trouve d'abord que c'est une excellente idée
et je remercie mon collègue de Nelligan. Et puis je vais vous expliquer, dans
les... dans les minutes qui viennent, pourquoi c'est une bonne... c'est une
bonne idée puis pourquoi, évidemment, je vais être en faveur de cette motion...
cette motion préliminaire. D'abord parce que le ministre de la Cybersécurité est
un... est un parlementaire d'expérience et a été élu à plusieurs reprises. Il a
siégé dans l'opposition, il fait maintenant partie du gouvernement, il est au Conseil
des ministres et il a été, évidemment, le porte-parole, à l'époque, en matière de transports. Donc, il a...
il s'est intéressé à la question, il s'est intéressé... il a posé des questions
et, aussi, aussi, Mme la Présidente, il a pris des positions en ce qui a trait
à la création d'agences. C'est particulièrement pertinent de l'entendre
parce qu'à l'époque... et là on se ramène en décembre 2013, alors que le
gouvernement de l'époque, qui était un gouvernement du Parti québécois, avait
déposé un projet de loi, le projet de loi n° 68, qui visait à créer une
agence des infrastructures du... de transport du Québec. Et le député de La Peltrie,
qui est maintenant ministre de la Cybersécurité, avait pris la parole à ce
moment-là. Et, en tout cas, moi, je lis, je n'étais pas... j'étais au
Parlement... je n'étais pas au Parlement à ce moment-là, mais je lis ce qu'il
dit. Et, évidemment, il avait une position vraiment campée, très claire, je
vais vous en lire des extraits, mais qui n'est pas du tout en lien... en tout
cas, il ne semble pas être du tout, du tout en lien avec ce que le gouvernement
veut faire présentement.
Permettez-moi...
Permettez-moi de le citer. Alors, il disait à l'époque, donc le 5 décembre
2013 : «Depuis un an, le ministre des Transports monopolise des ressources
humaines et financières importantes de son ministère pour élaborer son projet d'agence, une nouvelle structure
inutile parce qu'on a déjà décidé de créer la société québécoise
d'infrastructures.»
Alors, écoutez, ce n'est quand même pas banal,
là, vous avez un membre du Parlement, il prend la parole puis il dit :
«une structure inutile». Mais c'est... Mais ce n'est pas tout. Il dit :
«Parce qu'on a déjà décidé de créer la société québécoise d'infrastructures»,
et là il rajoute : «une structure nuisible — nuisible — parce
que l'opposition péquiste disait elle-même que c'était créer un lieu de
favoritisme qui échappait au contrôle parlementaire».
Alors, écoutez, ce sont quand même des mots qui
sont forts, qui sont... qui sont précis. En fait, je vous dirai, ça frappe quand même l'imaginaire, là. Le député
de l'époque, qui est maintenant ministre dans ce gouvernement, dans le gouvernement de la CAQ, présentement, qui veut
créer une agence, une agence en matière de transport en plus, prenait position
en disant que c'est une structure inutile et nuisible. Wow! Vous comprendrez
pourquoi je pense qu'il est important qu'il vienne... qu'il vienne nous
dire... qu'il vienne s'expliquer. Écoutez, ça n'a pas de bon sens. À lire et à
entendre ce qu'il... ce qu'il disait à l'époque... Et ce n'est pas tout, hein,
une structure inutile, nuisible et «une structure inefficace parce que la
transformation va hypothéquer la capacité du ministère des Transports à assumer
ses mandats». Alors, ce n'est pas banal. Les trois mots : «inutile»,
«nuisible», «inefficace».
Alors, moi, comme député de l'opposition, Mme la
Présidente, j'aimerais ça savoir du ministre pourquoi il a changé d'idée,
pourquoi, soudainement, l'agence est devenue une structure utile, qui n'est pas
nuisible puis qui est efficace. Alors, c'est exactement l'envers de ce qu'il
disait il y a quelques années, on était en décembre 2013.
Mais c'est particulier parce qu'à l'époque il
était porte-parole de l'opposition en matière de transports. Donc, c'est un
domaine qu'il connaissait, il s'intéressait à ce domaine et il nous
disait : «La transformation va hypothéquer la capacité du ministère des Transports à assumer ses mandats». Et là...
et là ça devient... ça devient superimportant, puis je vais vous dire
pourquoi, parce qu'évidemment, pour les gens qui nous écoutent, tous, tous les
ministères, le gouvernement fonctionne, a des projets avec l'argent des
contribuables. C'est des fonds publics. Et donc de dire qu'une structure va être inefficace et qu'elle va
hypothéquer la capacité du ministère des Transports... et, aujourd'hui, alors
qu'il est membre du Conseil des ministres, semble souligner que c'est
totalement l'inverse, bien, moi, ça me renverse. Je ne comprends pas. Donc, il
me semble que c'est essentiel que M. le ministre puisse venir s'expliquer.
D'autant plus que, s'il critiquait la création
d'une agence qui pourrait hypothéquer la capacité d'un ministère, qui est là, évidemment, pour rendre des services à
la population... bien, qu'est-ce qu'on fait ici aujourd'hui en étudiant ce
projet de loi, projet de loi n° 61, qui vise justement à créer une agence
dans le domaine des transports? Est-ce que...
est-ce que le gouvernement est en train d'hypothéquer la capacité du ministère
des Transports? Si c'est ça, bien, il faut absolument l'entendre, parce
que, là, ça n'a pas de sens. On ne peut pas... En fait, personnellement, je
vous le dis, moi, comme parlementaire, ça me dépasse qu'on puisse travailler,
participer à créer, à créer un organisme qui viendrait hypothéquer la capacité
d'un ministère.
Donc, c'étaient des mots très, très, très forts,
mais... mais ce n'est... ce n'est pas tout. Le député de La Peltrie rajoutait, et je le cite : «Or, M. le
Président, plutôt que de jouer à l'agence — alors,
ça, je ne sais pas trop ce qu'il voulait dire, donc d'où l'importance
de l'entendre, parce que... en tout cas, étonnant, jouer à l'agence — pourquoi
le député de Jonquière — ça, j'imagine qu'il fait référence au
ministre de l'époque — ne
se transforme-t-il pas en ministre des Transports qui assume ses
responsabilités et qui règle le problème une bonne fois pour toutes?» Eh là là!
On n'est pas sortis de l'auberge.
Quand je lis ça, ça me laisse perplexe,
perplexe. Et il en rajoute, député de La Peltrie, là, et là il va falloir
qu'il vienne nous expliquer ça, parce que, moi, c'est... bien, évidemment, je
ne suis pas... je ne suis pas médecin, là, mais là il parlait du syndrome du
Philippe-flop, et ça, c'est énigmatique, en tout cas, pour moi, là. Le député
de La Peltrie disait : «M. le Président, le syndrome du
Philippe-flop frappe le Parti québécois parce qu'eux-mêmes disaient de
l'agence : C'est un lieu de favoritisme.»
Non, mais
c'est... Non, mais vous êtes d'accord avec moi, Mme la ministre, c'est quand
même un peu rigolo, hein? Je ne sais pas si, au Conseil des ministres,
vous parlez du syndrome du Philippe-flop, mais, en tout cas, le député de La Peltrie
en parlait à l'époque.
«On a besoin de ça en Transports, des lieux de
favoritisme? Ça va échapper au contrôle parlementaire. C'est le PQ qui disait
ça, M. le Président. Ce dont on a besoin, c'est d'expertise. Et là-dessus,
depuis un an, le ministre des Transports
échoue. Plus 70...» Bon, il manque quelques mots. «Plus 70 ingénieurs,
tous des juniors, moins huit techniciens en travaux publics.» Alors, je
ne sais pas trop ce qu'il voulait dire, mais : «Plus 70 ingénieurs,
tous des juniors, moins huit techniciens en travaux publics.»
Ah! écoutez, moi, je pense qu'après de... après
de telles révélations, il m'apparaît essentiel que M. le ministre de la
Cybersécurité et du Numérique vienne s'expliquer, parce qu'il est parti d'une
position excessivement dure, excessivement campée, rigide, et là, bon, il fait
partie du Conseil des ministres, il vient de changer de position complètement,
entièrement. Et, écoutez, c'est superimportant, parce qu'on en a eu une partie
seulement, du mémoire au Conseil des ministres. Donc, les... le Conseil des
ministres a quand même parlé de la création de l'agence Mobilité Infra Québec.
Et, compte tenu de ce qu'il disait, moi, je ne comprends pas ce qu'on fait ici
aujourd'hui, là. Il faudrait absolument que M. le ministre vienne nous
l'expliquer, parce qu'à sa face même c'est loin... c'est loin d'être évident,
c'est loin d'être évident.
• (14 h 20) •
Et je vous dirais, Mme la Présidente, que
c'était... c'étaient aussi des mots très durs. Est-ce que la critique du député
de l'époque était à l'effet que les gens n'étaient pas... n'étaient pas
compétents au ministère des Transports? C'est
quand même... Comme... comme énoncé, là, il disait que, bon, les ingénieurs,
c'étaient tous des juniors. Il y avait moins huit techniciens. Ça, on ne
sait pas trop ce que ça veut dire. Et ce sont des paroles qui, je trouve, sont
très, très dures parce que... Je vais... je vais vous donner l'exemple suivant.
À chaque fois qu'un ministre dépose un projet de loi, il y a toujours des fonctionnaires qui l'accompagnent, c'est
évident, il travaille avec un ministère, et donc, une fois qu'ils ont
pris des orientations politiques, ce sont les fonctionnaires qui vont faire le
travail. À chaque fois que moi, j'ai eu à
travailler en commission parlementaire dans des projets de loi, et le hasard a
fait que, là, ça fait juste deux ans et quelques que je suis député,
mais ça fait beaucoup de projets de loi, à chaque fois que j'ai eu à
travailler, les fonctionnaires ont toujours été là pour nous, ils ont toujours
joué leur rôle, des gens impartiaux, compétents, prêts à nous aider continuellement. Alors, vous
comprendrez... Et moi, c'est... moi, c'est l'expérience que j'ai eue ici comme
élu au Parlement. Et je peux même... je peux même vous donner un exemple très
concret, et Mme la ministre va s'en rappeler, parce qu'on a... on a siégé de
longues semaines avec un projet de loi n° 22 qui traitait l'expropriation.
Combien de questions j'ai posées! Et
c'étaient les fonctionnaires qui étaient capables de répondre, d'expliquer,
etc. Donc, c'est excessivement... c'est excessivement important,
bénéfique pour le travail des parlementaires, et ils le font avec compétence et en toute impartialité. Donc, quand
j'ai un député qui utilise de tels propos, bien, écoutez, ça m'inquiète.
Ou bien il y a un immense problème, puis là, bien, il va falloir que M. le
ministre vienne s'expliquer. D'autant plus que, quand ça a été discuté,
j'imagine que M. le ministre se rappelait de ses paroles. Bien, sinon, c'est
vraiment, vraiment particulier, particulier.
Pourquoi... En fait, la question se pose :
Pourquoi aujourd'hui, si je cite les paroles du député de l'époque : Pourquoi aujourd'hui le gouvernement de la CAQ
s'évertue à vouloir créer une structure inutile, nuisible et inefficace?
Parce que c'est ce qu'il disait, c'est ce qu'il disait en 2013. Vous
comprendrez que, pour un parlementaire qui veut faire son travail avec minutie et professionnalisme, bien, moi, je
voudrais bien qu'il soit capable de venir nous expliquer ce qu'il en
est. Ça m'apparaît... Ça m'apparaît essentiel, fondamental.
Mais il n'y a pas juste ça, il n'y a pas juste
ça, Mme la Présidente. Je regardais... Je regardais les mémoires qui ont été
déposés dans le cadre des consultations particulières pour l'étude de ce projet
de loi, et mon attention s'est portée sur le mémoire
déposé par la CSN. Et il y a... et il y a, dans ce mémoire, des passages qui
sont... qui sont très intéressants. Et j'attire votre attention
particulièrement à la page 9. Deux éléments.
D'abord, la
CSN nous rappelle le danger d'une déresponsabilisation ministérielle en matière
de projets complexes. Et ça, je pense
qu'il faut le souligner, il faut le souligner. Puis, évidemment, bien, si on
parle d'une déresponsabilisation ministérielle en matière de projets
complexes, bien, il faut d'abord comprendre et référer à ce que c'est que la
responsabilité ministérielle, pour que les gens comprennent.
Puis, vous savez, la responsabilité
ministérielle, dans notre système parlementaire, c'est quelque chose qui est fondamental et ça regroupe certains...
certains aspects. D'abord... d'abord, c'est une convention constitutionnelle
selon laquelle les ministres doivent être membres du Parlement et
doivent jouir de la confiance de la majorité des élus parce qu'ils sont
responsables de leurs ministères. Et là il y a deux volets, il y a la
responsabilité individuelle et la responsabilité collective, mais les deux
volets font partie de ce qu'on appelle la responsabilité ministérielle.
Si je reviens
à la responsabilité ministérielle individuelle, je vous dirai que les ministres
sont individuellement responsables de la gestion de leurs ministères. Ils
doivent présenter les politiques et défendre les actions entreprises par leurs ministères devant l'Assemblée. Un
ministre doit répondre non seulement de ses propres actions, mais aussi de celles
de ses fonctionnaires, et il pourrait même être forcé de démissionner en raison
d'un cas important de mauvaise gestion. Il
doit aussi défendre les projets de loi relevant de sa sphère d'activité en plus
de justifier les crédits qui lui sont octroyés.
Et la responsabilité ministérielle collective
vise le premier ministre et l'ensemble de ses ministres, car ils sont
responsables collectivement, devant l'Assemblée, des actions de leur
gouvernement. C'est ce qu'on appelle la responsabilité ministérielle collective
ou, si vous préférez, la solidarité ministérielle.
Donc, si on revient à notre propos et qu'on
regarde, évidemment, la partie publique — parce que c'est ce à quoi on
a eu accès — du
mémoire qui a été présenté au Conseil des ministres, bien, forcément, ma
compréhension de la responsabilité ministérielle collective, c'est que
l'ensemble des ministres sont, bien, responsables collectivement de ce qui s'est discuté là-bas, de ce qu'ils ont
décidé. Puis, par la suite, pour une responsabilité ministérielle individuelle,
bien là, il faut regarder ce que Mme la ministre fait ici avec son projet de
loi. C'est comme ça que ça fonctionne dans notre système parlementaire.
Et c'est important de le rappeler, parce que la
responsabilité ministérielle, au Québec, là, ce n'est pas arrivé en
15 minutes, là. Il y a des gens, là, qui se sont battus pour ça. Il y a eu
des débats parlementaires. Mais, justement, justement, on est dans la salle La Fontaine.
La Fontaine a été un acteur et un politicien très important au Québec, qui
s'est battu pour un gouvernement responsable. Alors donc, c'est fondamental. Papineau
également. Donc, c'est quelque chose qui est hyperimportant.
Alors, quand un ministre présente un projet de
loi, il en est responsable. Il faut que ce soit quelque chose qui serve à la population, qui soit utile, qui fasse
avancer des projets de société, où la population va en avoir pour son argent.
Donc, vous comprendrez que, quand vous avez
un député, à l'époque, qui est maintenant ministre, et qu'il disait : Hé
oh! Une agence, une agence, c'est
inutile, c'est nuisible puis c'est inefficace, écoutez, que mon collègue de
Nelligan veuille entendre M. le ministre de la Cybersécurité, ça
m'apparaît être un essentiel.
Donc, j'ai fait cet aparté pour que les gens
comprennent bien, ceux qui nous écoutent, pourquoi, pourquoi la CSN, dans son
mémoire, parle maintenant de la déresponsabilisation ministérielle en matière
de projets complexes. Et on dit : «Au
sein — et
je cite le mémoire — d'une
société démocratique comme celle du Québec, le gouvernement et ses
ministres sont imputables devant la population et les élus de l'Assemblée
nationale.» Ça, c'est nous. «La création de Mobilité Infra Québec aura pour
effet de transférer une partie de la mission et des responsabilités de la
ministre et du ministère des Transports et de la Mobilité durable vers une
agence indépendante. Qui sera imputable des éventuels dépassements de délais et
de coûts de projets complexes? Le risque est élevé que Mobilité Infra Québec
devienne un obstacle à la transparence, à la reddition de comptes en matière,
notamment, de transport collectif.»
Est-ce que... Est-ce que c'est ce que
craignait... Est-ce que c'est ce que craignait le député de La Peltrie
quand il caractérisait cette structure... cette agence de structure inutile,
nuisible et inefficace? Peut-être, peut-être, parce qu'au fond, dans son
intervention à l'époque, il disait : C'est un lieu de favoritisme qui
échappait au contrôle parlementaire. Donc... Alors là, bien, il faudrait qu'il
vienne nous expliquer ce qui se passe.
• (14 h 30) •
Moi, j'essaie de le suivre, le député de
La Peltrie, puis j'ai de la difficulté. Si, à l'époque, si, en 2013, il
craignait que ça échappe au contrôle parlementaire, bien, justement, il tenait
les mêmes propos que la CSN dans leur mémoire, dans le projet de loi qui a été
déposé, lors des consultations particulières du projet de loi n° 61. Bien,
c'est un minimum. Il faudrait qu'il nous
explique ce qu'il en est. Pourquoi? Parce que, là, il semble se ranger... ou,
en fait... ou la CSN semble se ranger de son côté, et on craint que
cette agence devienne une espèce d'organisme à côté qui enlèverait... ou qui
permettrait moins bien à un ministre de jouer son rôle avec la responsabilité
ministérielle.
Mais... mais ce n'est pas tout, ce n'est pas
tout. Dans le mémoire de la CSN, il y a aussi un passage intéressant, à la page 9, que je vais vous
partager, parce que figurez-vous que le député de La Peltrie, devenu
ministre, ministre de la Cybersécurité... Et là c'est... c'est le
mémoire de la... de la CSN, on rappelle la crise informatique à la société
d'assurance automobile du Québec, la SAAQ, plus de 40 millions de dollars,
qui ont mené au congédiement de son président-directeur général. Et la CSN
s'interroge sur la responsabilité des ministres en poste.
Et la CSN nous donne cet exemple, parce qu'on
nous écrit par la suite : «Force est de constater qu'une agence peut engendrer une certaine
déresponsabilisation ministérielle. L'Organisation
de coopération et de développement économiques — l'OCDE,
dont la réputation n'est plus à faire — a d'ailleurs mis en garde
contre le modèle de gouvernance par agence
qui peut créer différents problèmes, comme la perte d'imputabilité, le manque
de transparence, la confusion des responsabilités,
les pouvoirs entre ministres, dirigeants et conseils d'administration, les
nominations partisanes. Le Québec ne doit pas faire la sourde oreille à cette
mise en garde.»
Alors, si on reprend... si on reprend les... ces
grands principes qui nous sont, en fait, énumérés et qui... et qui viennent de
l'OCDE : perte d'imputabilité, manque de transparence, confusion des
responsabilités. Est-ce que c'est ce qu'avait en tête le député de La Peltrie
en 2013, Mme la Présidente? Peut-être, peut-être. Mais là, on n'a pas le
bénéfice de pouvoir l'entendre, de pouvoir lui poser des questions.
Et soit dit en passant, Mme la Présidente, au
sein de cette commission, il n'y a pas uniquement les députés de l'opposition qui pourraient lui poser des
questions, il y a les députés de la banquette gouvernementale, qui sont députés,
tout comme nous.
Quelle richesse, quelle richesse, quelle
importance, quel sentiment de sécurité le ministre de la Cybersécurité pourrait
apporter à cette commission s'il venait déposer, s'il venait nous expliquer?
Mais qu'est-ce qui a fait qu'il a changé d'idée d'une façon aussi importante?
Parce que maintenant — et
puis c'est pour ça que je vous parlais de la responsabilité ministérielle
collective — maintenant...
Une voix : ...
M. Morin : Ah! tout à fait, une
richesse. Je le répète.
Alors, c'est la raison pour laquelle, bien là,
il pourrait venir nous le dire. Non, mais il y a peut- être quelque chose, il y a peut-être un élément fondamental qui
permettrait peut-être, éventuellement, que ce projet de loi avance plus
vite, je ne le sais pas, je ne sais pas.
Mais il y a une chose qui est sûre, c'est qu'on
ne peut pas le savoir, parce que... parce que, rappelez-vous, Mme la
Présidente...
Une voix : ...
M. Morin : Ah!
Ah bien, diantre! C'est... c'est une richesse, quand même, de travailler dans
cette commission, je vous le dis et
je le répète. Peut-être que les confiseries ont un effet, n'est-ce pas,
d'exubérance chez certains parlementaires.
Ceci étant... Et je fais un lien avec la
première motion de mon collègue, le député de Nelligan. Vous savez, au tout
début, on a eu un débat très intéressant là-dessus, d'ailleurs, on voulait
avoir accès aux notes, n'est-ce pas, correspondances, bon. Bien, justement, si
le gouvernement voulait nous donner ses notes, bien, ça nous permettrait de
mieux comprendre pourquoi le député de La Peltrie a fait un 180, mais
littéralement, littéralement. Et ce n'est pas banal,
parce que vous comprendrez... vous comprendrez que si c'est vrai, que ça peut entraîner
une perte d'imputabilité, bien, comme parlementaires, on veut absolument
le savoir, absolument, absolument.
Et je vais conclure... je vais conclure en
référant à un article de M. Antoine Robitaille, du 15 août 2023,
M. Robitaille qui écrivait : Transports : la CAQ fait — entre
parenthèses — (encore)
l'inverse de ce qu'elle prônait. Puis
vous comprendrez que pour les gens qui nous... tu sais, qui nous écoutent, moi,
je peux... je peux m'imaginer leur interrogation,
hein? Là, on parle, on parle, c'est important, il y a une motion pour faire
entendre un ministre, parce que, là, le ministre en question, alors qu'il était
député dans l'opposition, a pris des positions franchement très, très... en
fait, dures, disons-le, dures contre la création d'une agence. Là, on a
un mémoire du Conseil des ministres, on a un projet de loi qui émane du Conseil des ministres, où est le ministre de la
Cybersécurité, puis, soudainement, ils sont totalement pour. Alors, je
peux comprendre qu'il y en a qui sont en train de se demander : Mais que
se passe-t-il à la CAQ? Et d'ailleurs, d'ailleurs, c'est un petit peu ce que
souligne M. Antoine Robitaille, et je vais terminer là-dessus, je vais
terminer là-dessus, parce qu'il s'interrogeait, entre autres, sur la façon
dont, évidemment, le gouvernement de la CAQ amenait... amenait certains projets
et il nous rappelait qu'il n'y avait pas de mots assez durs pour condamner
l'idée à l'époque.
Mais, mieux
que ça, mieux que ça! À l'époque, hein, quand le ministre Gaudreault était là,
il avait une sous-ministre, Mme Savoie, c'est dans l'article, et
quand le député de La Peltrie était dans l'opposition — et je
reprends les mots, parce qu'il a...
M. Antoine Robitaille a un excellent français, c'est toujours agréable de
le lire — il écrit :
«Il a fustigé cette mauvaise administratrice.» C'est quand même fort, hein,
wou! pour un député, alors que moi, je viens de dire que les
fonctionnaires sont hyper compétents. Alors, le député de La Peltrie n'avait
pas cette idée-là à l'époque. Mais... mais,
ha! revirement de situation, Mme la Présidente, et ce n'est pas banal, lorsque
la réforme de la CAQ a été déposée pour
l'agence en santé, bien, ils sont allés chercher, semble-t-il, le même
fonctionnaire. Donc, c'est vraiment très particulier.
Alors, sur ce, je vais conclure. Alors, je
conclus, Mme la Présidente, et je suis totalement en accord avec cette
excellente motion de mon confrère et collègue, savant collègue, député de Nelligan.
Merci.
La
Présidente (Mme Maccarone) : Merci pour votre intervention, M. le député de
l'Acadie. Oui, M. le député des Îles-de-la-Madeleine, la parole est à
vous.
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. En effet, cette motion-là est vraiment excellente, et je pense que de l'accepter serait extrêmement
bénéfice pour les travaux de la commission, pour les gens qui sont ici réunis,
pour pouvoir comprendre non seulement ce que le député de La Peltrie,
actuellement ministre de la Cybersécurité et du Numérique, peut avoir à partager
comme analyses et réflexions, qui ont sans doute été extrêmement bénéfiques, pour qu'il puisse passer
d'une prise de position extrêmement dure, extrêmement forte envers une agence
de transport, et, aujourd'hui, évidemment, solidarité ministérielle oblige,
appuyer ce projet.
Mais je pense que, de façon plus large, le
témoignage et les confidences, espère-t-on, du ministre de la Cybersécurité et
du Numérique, pourraient nous permettre également, de façon plus large, de
comprendre l'évolution de l'ensemble de la députation de la CAQ et du cabinet
ministériel, qui, non seulement, à l'époque où ils étaient dans l'opposition,
fustigeaient l'idée d'une agence, mais, également, une fois rendus au pouvoir,
rejetaient toujours cette idée-là, telle
qu'elle a été présentée en octobre 2021. Et ça... cette proposition-là ne
revêtait absolument aucun intérêt de la part des membres du
gouvernement.
• (14 h 40) •
Alors, je pense que c'est non seulement un
témoignage qui me semble important, mais, je crois, essentiel pour comprendre non seulement le cheminement qu'on
a pu faire, le virage qu'on a pu opérer, mais également la vision, qui,
actuellement, est sans doute partagée par l'ensemble des membres de la
députation du gouvernement de la CAQ, à l'heure actuelle.
Alors, c'est la raison pour laquelle j'aimerais
remercier, tout d'abord, le député de Nelligan d'avoir présenté non seulement cette motion-là, mais d'avoir fait
le lien entre la proposition, la motion préliminaire que j'avais déposée
plus tôt pour faire venir et entendre Sylvain Gaudreault ici, lors de nos
travaux. Parce qu'effectivement, je pense que ce témoignage-là aurait été
extrêmement bénéfique pour nous permettre de comprendre en quoi le projet de
l'époque peut être très différent du projet d'aujourd'hui, mais la force de la
proposition de la motion actuelle, ça nous permet véritablement de jeter de la
lumière, un regard, un éclairage sur la zone d'ombre, je dirais, qui demeure
quant à, justement, la modification quand même importante du point de vue de la
députation caquiste en regard de ce qui touche
à la transformation du ministère ou d'une partie du ministère en une agence de
transport qui s'appellera, évidemment, Mobilité Infra Québec, mais qui,
essentiellement, à première vue, pourrait épouser les mêmes contours ou avoir
une mission qui s'apparente. Et Éric... j'allais dire... le député de La
Peltrie, effectivement, ce n'est pas la première fois... si on accepte de le
rencontrer, ce n'est pas la première fois qu'il se prononce sur les questions
de transport. Il a quand même été critique en matière de transport pendant des
années, il a défendu des projets ambitieux, certains diront pharaoniques, mais... ou utopiques, mais il
n'empêche qu'il a une vision de la mobilité qui est importante, qui a donné
lieu à des engagements extrêmement
importants de la part du gouvernement et qu'on a peine à concilier avec le
projet de loi n° 61 qui est, actuellement, devant nous, et c'est,
évidemment, un élément qui est fondamental pour avoir une discussion qui soit
extrêmement transparente, qui soit claire et qui nous permette, justement, de
progresser ensemble, forts des enseignements du ministre de la Cybersécurité et
du Numérique, sur ses réflexions puis sur la... l'évolution de sa pensée, alors
qu'il nous disait, comme l'a dit mon collègue de l'Acadie un peu plus tôt,
qu'une agence était une structure inutile.
Et j'emprunterai, là, les paroles de mon
collègue : Comment, dans l'espace de quelques mois, là... Parce que ce
n'est même pas quelques années. Oui, la première mouture date de 2013, mais la
deuxième mouture, c'est 2021. Donc, on parle
d'un virage majeur, en épingle, là, à 180 degrés, en l'espace de trois
ans, même un peu moins, si on calcule que la réflexion était déjà
entreprise en 2022. Si je me souviens bien, là, c'était en campagne électorale,
ou peu après, on avait déjà entendu parler
qu'il se... il se développait une réflexion, au gouvernement, en matière de
création d'agences. Donc, le changement a été rapide, je dirais même
qu'il a été radical, brutal, et il est important de savoir comment on ait pu
passer de cette idée-là, d'une structure absolument inutile, voire nuisible, à
une structure non seulement utile, mais
essentielle, sans laquelle le Québec ne pourra plus jamais progresser en
matière de mise en oeuvre, de construction et d'opérationnalisation de
systèmes de transport, et de systèmes de transport complexes.
Donc, avant même de parler des projets complexes
de transport, il faudrait comprendre la pensée complexe gouvernementale et celle, tout aussi complexe, du
ministre titulaire, là, du portefeuille, actuellement, de la Cybersécurité
et du Numérique, pour pouvoir, justement, cheminer ensemble, avec eux, dans
cette idée que, maintenant, cette proposition-là, qui est devant nous, est
incontournable, c'est une proposition sans laquelle nous ne pouvons plus progresser, nous ne pouvons plus avancer pour,
justement, des projets de mobilité, de mobilité durable puis de transport
collectif. Et sur le fonctionnement des... des agences, non seulement on avait
un préjugé extrêmement défavorable, en disant que ce serait nuisible,
mais encore davantage, que ce serait inefficace.
Alors là,
évidemment, on s'éloigne même de la question de la mission, ou du
fonctionnement, de la transformation. On pense, à l'heure actuelle, que
la mission qu'on veut donner à cette agence-là est extrêmement différente, et
que les points de vue sont très divergents
par rapport à un projet qui avait été déposé en 2013. Mais là, le jugement que
l'on portait jusqu'à la fin des années 2020, 2021 jusqu'au début de
2022, où il s'est opéré quelque chose comme une transfiguration au sein du
gouvernement, là, on parlait d'inefficacité d'une agence, comme toute... comme
si toute agence était, de par sa
constitution, de par son existence, foncièrement inefficace, comme si toute
agence menait — et ça,
c'est encore plus important d'aller au fond
des choses — comme si
toute agence menait au favoritisme. Il est important de clarifier la
situation.
D'abord, comment voyait-on qu'une agence mène à
du favoritisme, alors que c'était, justement, l'objectif inverse qui était
recherché, c'est-à-dire d'éloigner, de séparer le politique, de créer un mur de
Chine entre toutes les discussions puis les
orientations politiques et le travail d'une agence, de développement d'une
vision, d'une approche, d'une planification, de relations contractuelles
avec des firmes, et ainsi de suite? Alors, on voulait faire exactement le
contraire de ce qu'affirmait le député de La Peltrie, à l'époque. Alors,
comment penser... alors, évidemment, comment réconcilier les deux points de
vue? Comment faire en sorte qu'une agence, qui était vue comme un nid de
favoritisme, devienne, aujourd'hui, quelque chose d'absolument essentiel et
dépourvu de tout risque de favoritisme? Une agence, et je terminerai là-dessus,
Mme la Présidente, une agence, disait-on à l'époque, qui éloignait le contrôle parlementaire des activités, évidemment, qu'on lui confie,
alors qu'aujourd'hui, il est question de la planche de salut du gouvernement et
des citoyens pour s'assurer d'une saine gestion des fonds publics. On l'a fait,
d'ailleurs, en santé. Maintenant, on le fait en transport et on veut
comprendre. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci
beaucoup, M. le député. Suite à une entente entre leaders, nous allons
suspendre les travaux pour une courte période. Merci.
(Suspension de la séance à 14 h 49)
(Reprise à 15 h 07)
La Présidente (Mme Maccarone) :
Merci
beaucoup pour votre patience. Nous sommes de retour, et nous venons de terminer l'intervention du député des Îles-de-la-Madeleine. Est-ce qu'il y a autres intervenants sur la motion
préliminaire? Allez-y, M. le député de Taschereau, la parole est à vous.
M. Etienne
Grandmont
M.
Grandmont : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci aux
collègues, là, pour l'accommodement. Donc, on est sur la motion,
effectivement, qui... qu'on tienne des consultations particulières... on
entende le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, ancien porte-parole du
deuxième groupe d'opposition en matière de transport, du 21 septembre 2012
au 5 mars 2014.
Je dois vous dire que j'étais très heureux de
lire cette proposition, pour la bonne raison que je pense que nous aurions tout
à fait intérêt à parler au ministre de la Cybersécurité et du Numérique parce
qu'il a une expérience quand même assez
importante en termes de transports, et donc... et d'agence également. Donc, ça,
je pense que c'est quand même assez important de le dire.
Je vais, évidemment, là, revenir sur certains
éléments, là, qui ont été parfois avancés, là, par mes collègues, évidemment,
mais je tiens à dire... je tiens à souligner que son apport serait
particulièrement pertinent dans le contexte,
là, du projet de loi qui va venir créer Mobilité Infra Québec.
D'abord, le député et ministre est très investi quand il s'agit des
enjeux d'infrastructures de transport au Québec, mais particulièrement à
Québec...
Des voix : ...
M. Grandmont : Juste pour être sûr,
Mme la Présidente, j'ai bien 30 minutes, hein, c'est ça?
La Présidente (Mme Maccarone) : Vous
avez 30 minutes, vous disposez de 28 min 30s.
M. Grandmont : Oui, c'est ça.
Parfait, merci. C'était juste pour vérifier. Excellent.
Oui, c'est ça, donc je disais, le député
ministre de La Peltrie a une très, très grande expérience, donc, dans les projets d'infrastructures routières, puis je pense
que ça lui tient vraiment à coeur. Des fois, il est en accord avec certains
projets, des fois, il est en désaccord. Même chose aussi pour les agences, en
fait, là. On l'a déjà senti très en désaccord par rapport à la création d'une agence lorsque le Parti québécois était
au pouvoir, mais je vais y revenir un petit peu plus tard.
Mais
j'aimerais commencer par quelques éléments sur lesquels le député ministre est
intervenu, d'abord sur l'enjeu du troisième lien. Puis je prends la
peine de parler du troisième lien parce que c'est important, c'est, à mon avis,
un projet qu'on pourrait qualifier de complexe en transport. On ne sait pas
encore exactement quelle sera la définition. On
attend évidemment les amendements de la partie gouvernementale. D'ailleurs, je
ne sais pas si mon message passe bien en ce moment, mais on attend les
amendements pour... de la partie gouvernementale. Ce sera... Je ne sais pas si
Mme la ministre a entendu mon intervention.
La Présidente (Mme Maccarone) : Continuez,
M. le député.
M. Grandmont : Oui, c'est ça, je
disais qu'effectivement on attend les amendements en lien avec... de la partie
gouvernementale pour le projet de loi n° 61, ça nous
sera très utile pour être capable de faire comme il faut notre travail
d'opposition. Mais je dis ça parce qu'entre autres amendements il y a celui de
la notion de complexité de projets. Et je suspecte qu'un projet de troisième
lien va rentrer dans la catégorie des projets complexes, bien qu'on ne puisse
pas être sûr à 100 % encore pour l'instant parce qu'on n'a pas eu encore
cette définition-là proposée par la ministre, mais le projet de troisième lien,
donc, pourrait être construit, donc, par Mobilité Infra Québec. C'est un... c'est une... Il ne s'agit pas d'une certitude, là,
il s'agit d'une supposition, à l'heure actuelle. Mais le projet de troisième lien, on sait combien c'est... ça nous occupe
beaucoup ici, dans la région de Québec. Même sur l'ensemble du territoire
québécois, c'est un projet pour lequel on a eu toutes sortes de versions. On
doit être rendus à sept ou huit versions différentes, on l'a même... on a même
enterré ce projet-là.
• (15 h 10) •
Et le
ministre de la Cybersécurité et du Numérique est lui-même intervenu à plusieurs
reprises dans le dossier du troisième
lien pour encourager à sa réalisation dans les plus brefs délais. Alors, il a
dit, par exemple en janvier 2018, qu'il mettait
son siège en jeu pour le troisième lien, on s'en souviendra. Bon, après ça,
évidemment, il disait ça puis il disait : D'ici la fin du mandat, on va
avoir commencé la construction du troisième lien. Au terme de ce mandat-là,
évidemment, les travaux n'avaient pas été commencés. Qui plus est, plus tard,
on a... on a enterré le projet. Vous me direz :
Bon, en même temps, c'est un tunnel, ça fait que c'est supposé être enterré,
mais... je fais des blagues, ce n'est pas... ce n'est pas l'objet, mais
donc... mais le député a décidé de rester. Donc, il avait, donc, accès à
peut-être certaines informations qui lui permettaient de croire que,
finalement, ça reviendrait, ce projet-là, et qu'il allait se réaliser dans des
délais qui satisferaient ses électeurs notamment, et aussi, bien, ses
convictions profondes.
Puis je parle
de ses électeurs parce que c'est évidemment, dans sa circonscription, un enjeu
qui est particulièrement suivi. Je le dis parce qu'en avril 2023, bon,
le ministre disait avoir été victime de menaces depuis l'abandon du volet
autoroutier du troisième lien. Évidemment, on ne souhaite ça à personne, là,
puis on a le droit de faire notre travail dans des conditions qui sont sereines
et sécuritaires, mais donc on comprend que c'est un enjeu qui est très
important pour la circonscription qui est représentée par le ministre de la
Cybersécurité et du Numérique.
En juin 2022, aussi, le député ministre avait
déclaré vouloir se battre jusqu'à la dernière goutte de son sang pour réaliser
le projet de troisième lien. Puis, en même temps, à la fin, tout récemment, en
août 2024, le ministre ne savait plus où serait construit le futur troisième
lien. Donc, je comprends que le manque de prévisibilité, peut-être, qui est appelé de toutes ses forces par des
acteurs qu'on a entendus ici, là, pendant les audiences... notamment Pomerleau
qui disait : On a besoin de prévisibilité, on a besoin de savoir où
s'en va le gouvernement avec ses projets complexes de transport, évidemment...
Donc, je peux comprendre, aujourd'hui, l'intérêt du ministre de la
Cybersécurité et du Numérique, son intérêt
pour une agence qui pourrait réaliser le troisième lien, parce que, pour lui
aussi et ses électeurs aussi, peut-être, ça pourrait lui donner une
certaine prévisibilité et ça lui donnerait aussi, bien, peut-être l'assurance
que ce projet-là puisse se faire. Et peut-être que le député pourrait se
retourner dans ses terres en ayant le devoir... le sentiment du devoir
accompli.
Un autre... Ah oui, c'est vrai, une autre
citation, en fait, là, de notre député ministre de la Cybersécurité et du
Numérique. Il disait : «On va le faire, le troisième lien, et je veux que
les gens de Québec sachent que c'est un projet pour lequel — c'est
la citation exacte, là, c'est pour ça que c'est important que je la lise — je
suis prêt à me battre jusqu'à ma dernière
goutte de sang. On va le réaliser même si le gouvernement fédéral a décidé de
s'en mêler». Donc, la conviction de cet homme, on ne peut que saluer ça,
la conviction à voir ce projet-là se réaliser.
En même temps, après, bien, je comprends que
peut-être qu'on... de l'avis, là, de la ministre, il manque d'expertise à
l'intérieur du ministère des Transports et de la Mobilité durable pour être
capable de réaliser les projets complexes de
transport. Et peut-être qu'effectivement, bien, de la même façon, le député
ministre de la Cybersécurité et du
Numérique s'est rendu compte aussi qu'il faudrait trouver une autre
alternative, il faudrait trouver une autre façon, à défaut de pouvoir
réformer le ministère des Transports et de la Mobilité durable de l'intérieur
puis de développer cette expertise-là à l'intérieur, chose que, par ailleurs,
les syndicats nous ont dit que c'était possible, il faudrait juste, comme...
juste travailler ensemble, mais bon, de l'avis peut-être du ministre... puis je
ne veux pas lui mettre des mots dans la
bouche, là, mais c'est plutôt les mots de la ministre, là, que je rappelle :
Créer une expertise qui nous permettrait de reprendre la destinée de nos
projets de transport collectif et de transport routier.
Donc, ça nous montre clairement, là, que le
député, c'est un homme aux valeurs fortes, il est prêt à tout pour faire valoir ses idées. Donc, c'est une raison de
plus, je pense, pour l'inviter, pour l'entendre et pour l'entendre, en fait,
sur tout ce qu'il comprend puis ce qu'il apprécie de l'agence, puis nous
permettre d'éviter des embûches au cours de l'étude du projet de loi. C'est
clairement... c'est à ça que ça sert, les audiences, on veut entendre des gens
pour nous donner leur éclairage sur le projet de loi, puis éviter, évidemment,
là, d'avoir des choses à corriger par la suite, commettre des erreurs qui
pourraient nuire à la sécurité, par exemple, des Québécoises et des Québécois,
ou encore aux deniers publics. On sait combien c'est un enjeu important. Donc,
évidemment, ils sont... rares sont les élus, là, qui ont autant d'années
d'expérience puis un bagage dans le projet de troisième lien aussi fort que
celui du député de la... du ministre de la Cybersécurité et du Numérique. Donc,
c'est pour ça que je pense que ça vaudrait la peine de l'avoir avec nous.
Un autre projet sur lequel, évidemment... un
autre projet sur lequel le ministre a beaucoup d'expérience, c'est le projet de
tramway. Le projet de tramway, bon, on a un désaccord là-dessus, je dois le
dire. Moi, j'aimerais que ce projet-là se
réalise. Je ne sais pas où il en est rendu lui-même. Je pense que la ministre
serait d'accord de ses réponses, c'est ce que j'ai compris. Le ministre,
lui, a déjà été très en désaccord avec l'idée de faire un tramway à Québec, on
l'entendait sur plusieurs tribunes, et j'utiliserai le mot... les mots en
anglais, là, qu'il utilisait lui-même, là, «no way tramway», il y avait une
campagne qui existait. Donc, il pensait, lui, que ce projet-là ne devait pas se
faire, ce qui ne l'a pas empêché, cela dit, de changer d'avis, là. En mars
2018, on a eu une conférence de presse en appui au projet. Donc, juste après... donc en mars 2018, une
conférence de presse en appui au projet. Il y avait notamment, bien, le député
de La Peltrie, donc ministre de la Cybersécurité et du Numérique, il y avait
l'actuelle ministre des Transports et de la Mobilité durable, il y avait
l'ancien président de l'Assemblée nationale, François Paradis, qui était là
également aussi puis il y avait aussi le
député Marc Picard, qui était présent pour dire : Bien, ce projet-là, ce
n'est pas celui du projet libéral... du Parti libéral du Québec, c'est
le projet de la ville de Québec, puis on appuie ce projet-là.
Il y a quand même eu des changements, parce
qu'en novembre 2023... puis ça, c'est une petite anecdote, mais ça démontre aussi, peut-être, une certaine
réticence de sa part par rapport à ce projet complexe de transport collectif,
le tramway de Québec. Il y a une journaliste qui lui a demandé : Le
tramway de Québec, y croyez-vous encore? Il a répondu :
Le quoi? Donc, je ne sais pas s'il y croyait vraiment encore, au projet de
tramway, mais, en tout cas, bref, il l'avait appuyé, il ne l'a plus appuyé, il change un petit peu son fusil
d'épaule. Et moi, je serais vraiment intéressé d'entendre le ministre de
la Cybersécurité et du Numérique nous parler de l'agence pour qu'il puisse nous
dire, finalement, en quoi une agence pourrait mettre un peu d'ordre dans tout ça, parce que j'ai
l'impression que, quand on a beaucoup d'ingérence... Puis on a un...
quelqu'un qu'on a reçu, là, en... lors des audiences particulières, qui disait...
qui parlait d'ingérence politique qui ralentissait les projets, là, de HEC
Montréal, c'était Serge Roy, je crois...
Une voix : ...
M. Grandmont : Jacques Roy, pardon.
Merci. Donc, Jacques Roy qui nous avait dit : L'ingérence coûte cher aux
Québécois, aux Québécoises, parce qu'on retarde indûment des projets complexes
à réaliser. Et, dans le fond, dans son
propos, Jacques Roy, qui est un professeur émérite, évidemment, qui n'est pas
un néophyte en la matière d'appels d'offres de grands projets de
transport collectif, disait, lui : Écoutez, on a besoin d'une direction un
petit peu plus claire. Il rappelait d'ailleurs le livre qui a circulé beaucoup
dans la partie gouvernementale, là, How Big Things Get Done, ce
projet... ce livre-là, donc, qui dit : Pensez longtemps puis agissez
rapidement, donc mettre de l'ordre là-dedans. Peut-être que c'est une voie vers
laquelle le ministre de la Cybersécurité et du Numérique voudrait nous envoyer.
J'ose l'espérer, considérant son avis sur d'importants projets dans la région
de Québec. Je pense que c'est quelque chose qui est intéressant et important,
et c'est pour ça que je vais appuyer... je ne l'ai pas dit encore, mais je vais
appuyer évidemment, là, la motion déposée par mon collègue de Nelligan.
J'aimerais revenir, moi aussi, là, sur un
extrait, là, du Journal des débats, là, qui avait eu lieu sur le projet
de loi n° 68, donc en 2013, le projet loi qui avait été déposé par
l'ancien ministre des Transports et des Affaires municipales, là, du Parti québécois, M. Sylvain Gaudreault. Et le ministre
de la Cybersécurité et du Numérique, à l'époque député de l'opposition, député de La Peltrie, disait : «M. le
Président, depuis un an, le ministre des Transports monopolise les
ressources humaines et financières importantes de son ministère pour élaborer
son projet d'agence, une nouvelle structure inutile...» Ah! c'est drôle, moi,
je pensais qu'il y aurait peut-être... peut-être qu'il aurait pu trouver que
c'était intéressant, mais, disons, à l'époque, il trouvait que ce n'était pas
intéressant, en fait, mais je continue quand même : «...une nouvelle
société inutile parce qu'on a déjà décidé de créer la Société québécoise des
infrastructures, une structure nuisible — donc il parle la SQI, en fait — une
structure nuisible parce que l'opposition péquiste disait elle-même que c'était
créer un lieu de favoritisme qui échappait au contrôle parlementaire.» Donc,
c'est drôle parce que, dans cet extrait-là,
j'ai l'impression que le député, actuel ministre, pensait que les agences
avaient quelque chose d'un peu «effet
boîte noire», finalement, là. Puis ça, c'est une question qu'on peut se poser,
qui est tout à fait légitime, là, je le reconnais.
Puis, en même temps, peut-être que le ministre a
changé d'avis dans le temps puisqu'il est tenu à la solidarité ministérielle.
Donc, je serais curieux de savoir comment son état d'esprit par rapport à une
agence, qui, à l'époque, en 2013, donc,
était une espèce de boîte noire qui pouvait favoriser le favoritisme et échapper
au contrôle parlementaire, comment aujourd'hui, avec les paramètres qu'on a,
qu'on nous a donnés pour l'actuel projet de loi n° 61 et les
éventuels amendements que nous recevrons sous peu, j'espère, comment cette
nouvelle structure, donc Mobilité Infra Québec, permet de ne pas être un lieu
de favoritisme qui échappe au contrôle parlementaire.
• (15 h 20) •
Parce que c'est une question très importante. On
sait que, dans le passé, on a vécu, avec l'épisode des PPP, notamment des graves épisodes de collusion. On ne
voudrait évidemment pas revivre ça aujourd'hui, ce n'est absolument pas
au bénéfice des Québécoises et des Québécois. C'est potentiellement nuisible
d'un point de vue économique. Évidemment, c'est la première chose qui saute aux
yeux, des gens qui décident de s'allier, de se préparer à la veille d'appels
d'offres, par exemple, pour fixer des prix. Évidemment, on peut très bien
comprendre et assez facilement comprendre que ce n'est pas au bénéfice d'une
bonne... d'une saine gestion financière des budgets de l'État, donc, d'une part, mais il y a aussi la question de la
sécurité, évidemment, aussi qui entre en compte, parce que ces
infrastructures-là... souvent, ces grands projets d'infrastructure,
projets complexes de transport collectif, de transport routier sont utilisés
par des milliers de personnes. Et, quand on... vous savez, quand on veut...
quand on veut couper dans les... quand on veut offrir à moindre prix une
infrastructure, bien, soit on coupe dans la qualité, soit on coupe... on coupe dans
les profits. Puis effectivement, le modèle
qui était développé au début des années 2000 nous montrait que, dans les
deux cas, on arrivait à faire pas mal
d'argent, puis ce n'était pas nécessairement au meilleur pour les Québécoises
et les Québécois.
Donc, je reviens à cette citation-là, là, du
ministre, qui est maintenant ministre de la Cybersécurité et du Numérique, qui
disait donc : Un lieu de favoritisme qui échappait au contrôle
parlementaire, une structure inefficace, parce que la transformation va
hypothéquer la capacité du ministère des Transports à assumer ses mandats. Ça,
c'est intéressant aussi, «une structure inefficace parce que la transformation
va hypothéquer la capacité du ministère à assumer ses mandats». C'est une
question qui nous est revenue, ça, notamment par l'Association professionnelle
des ingénieurs du gouvernement du Québec, qui nous a dit... bon, déjà, il y avait des gros
doutes sur le projet de loi n° 62, qui va changer les modes d'approvisionnement
du gouvernement et de ses sociétés d'État. Ils nous disaient, d'une part,
que le projet de loi en lui-même, la façon dont ce mode collaboratif là est
pensé actuellement par le gouvernement, ce n'est pas vrai qu'on va réussir à
réduire les coûts de 15 %, ce n'est pas vrai qu'on va réussir à réduire
les délais de 25 %. Ce qui risque d'arriver, c'est qu'on va réussir à
respecter les délais qui sont imposés, mais la qualité va chuter et les prix vont monter. Puis mon collègue de
Nelligan en a parlé aussi, là, dans son vote final sur le projet de loi n° 62, en référant à une étude australienne qui semble aller
vraiment dans ce sens-là. Les résultats en Australie, qui ont été faits sur
plusieurs, plusieurs, plusieurs années, ne semblent pas montrer les résultats.
Puis je reviendrai,
encore une fois, sur le projet de loi n° 62. Le
ministre des Infrastructures, quand il a fait sa conférence de presse sur le
projet de loi n° 62 — il était en compagnie de la
ministre des Transports, là, parce qu'on comprend que c'est comme deux projets
de loi qui sont intimement liés — il disait : Vous savez, on a fait
des projets pilotes au Québec, on a testé, donc, un mode
collaboratif, on a construit 13 écoles secondaires au Québec à différents endroits et on a été chercher des réductions de
coûts de 15 %, puis on a eu des réductions de délais de l'ordre de
25 %. Donc, on fait des règles
de trois. Ça nous permettrait, sur les grands projets complexes au Québec, de
réduire de x milliards et les délais
de tant de temps. Bien, moi, je me dis : OK, là, on est en train... on est
dans le projet de loi n° 61, on jase de projets complexes, on attend, évidemment, l'amendement qui nous
permettra de comprendre quelle est la définition de «projets complexes»,
mais, pour moi, réaliser des écoles secondaires, je ne pense pas que ça va
rentrer dans la catégorie des projets complexes.
Donc, on se base sur
un projet pilote où on a fait des projets non complexes, à moins, évidemment,
que je me trompe puis qu'une école secondaire c'est plus complexe que je
pensais, là, mais on a fait un projet pilote sur des écoles secondaires puis on
dit : Ça, là, on va pouvoir l'appliquer directement sur des projets
complexes, avec plus de paramètres à gérer,
avec plus de personnes puis d'entités impliquées dans le projet, puis on va
arriver au même résultat de réduction de 15 % des coûts, réduction
de 25 % des délais. Je trouve ça un peu hasardeux, de procéder de cette façon là, c'est... Il y a les exemples internationaux
qui nous montrent que ça ne semble pas fonctionner, puis le benchmark, là, le banc d'essai, le projet pilote, on l'a fait
sur des projets qui ne sont, à ma compréhension, pas si complexes que ça. Donc,
il y a quelque chose là-dedans qui est un peu étrange. Mais, encore une fois,
peut-être que le député de La Peltrie, qui avait cette idée-là dans le
temps, maintenant, peut-être, a changé son fusil d'épaule puis pourrait nous
amener des arguments, de l'eau au moulin,
qui nous convaincraient que, peut-être, on se trompe. Mais, pour ça, il faudra
l'entendre, évidemment, là.
Mais, bref, je
reviens sur les ingénieurs du gouvernement du Québec. Ils nous disaient :
Tu sais, l'expertise pour développer des
projets complexes, on aurait peut-être pu la développer à l'intérieur du
ministère des Transports et de la
Mobilité durable. Pourquoi vouloir créer une agence à côté? Est-ce que c'est
parce que le ministère des Transports et de la Mobilité durable est
ingouvernable, ingérable puis il n'est pas possible de développer l'expertise à
l'interne? Je ne le sais pas. Ça, peut-être que la ministre des Transports et
de la Mobilité durable pourrait nous répondre là-dessus, on en jasera. Parce que moi, l'intention déjà au
départ de créer l'agence, je la questionne. Je ne vois pas l'intérêt de créer
une agence à côté du ministère des Transports, qui, par ailleurs, a déjà
réalisé beaucoup de projets dans le passé. Alors,
est-ce qu'on espère vraiment être capables de réduire... d'atteindre les
objectifs fixés par le ministère des Infrastructures?
En tout cas, moi, je pense que ce serait le fun d'avoir le point de vue, là, du
ministre de la Cybersécurité et du Numérique.
Je poursuis sur
son... sa déclaration, là, qui datait, là, comme je le disais, là, du Journal
des débats, là, dans le projet de loi n° 68, en 2013. Il disait : «Le résultat, M. le Président, la liste
des extras continue de s'allonger. Alors, Décarie, 26 millions; Dorval, 6 millions; Turcot,
3 millions de plus. Pourquoi? Parce que le ministère n'a pas l'expertise
nécessaire, M. le Président. Une situation qui pourrait être corrigée
dans le contexte actuel du ministère, là, il n'y a pas besoin d'ingérence...
d'agence pour ça.» Effectivement. Donc, il renchérit encore, en disant :
«Bien, on aurait dû peut-être créer l'expertise à l'interne.» Et moi, j'ai
envie d'avoir son point de vue là-dessus, parce qu'encore une fois, sur la
solidarité ministérielle, il s'en va ailleurs, et, pourtant, ses idées de 2013
me semblent quand même intéressantes.
Alors, je poursuis sa
citation. Là, il disait : «Or, M. le Président, plutôt que de jouer à
l'agence, pourquoi le député de Jonquière ne se transforme-t-il pas en ministre
des Transports qui assume ses responsabilités et qui règle le problème une bonne fois pour toutes?». Moi, je
trouve ça intéressant, comme citation. On pourrait peut-être la ressortir
éventuellement en parlant de la ministre des Transports et de la Mobilité
durable. «M. le Président, le syndrome du Phillipe-flop — ça,
franchement, c'était quand même très... on peut dire quand même que le
ministre... le ministre avait le sens de la
formule, «no way, tramway», «Phillipe-flop», c'était quand même très, très
drôle — frappe
le Parti québécois, parce
qu'eux-mêmes disaient de l'agence : C'est un lieu de favoritisme. Heille!
On a besoin de ça, en transport, des lieux de favoritisme.» Évidemment,
on sortait, là, donc, de Charbonneau. «Ça va échapper au contrôle
parlementaire.» C'est le PQ qui disait ça, M. le Président : «Ce dont on a
besoin, c'est de l'expertise et, là-dessus, depuis un an, le ministre du
Transport échoue, plus 70 ingénieurs, tous des juniors, moins huit
techniciens en travaux publics.»
Bon,
bref, je trouve ça intéressant, parce qu'effectivement la pensée du ministre de
la Cybsersécurité et du Numérique, en
2013, me rejoint à plusieurs égards, et je serais très curieux de l'entendre
là-dessus. Je pense que ce serait pertinent de l'entendre avant de
commencer l'étude détaillée. J'en fais un souhait très grand.
Maintenant, j'ai, moi
aussi, un texte à citer. C'est un article d'Antoine Robitaille, donc, en 2023.
Je pense que... j'ai peut-être manqué un
petit bout des audiences, hein? Peut-être que vous en avez parlé, mais, en tout
cas, je pense que c'est quand même
important de marteler, peut-être, des fois, en communication, la répétition. Je
pense que Mme la ministre l'avait dit récemment, d'ailleurs : En
communication, la répétition, c'est important.
«Transports :
la CAQ change (encore) d'idée. Demain, je vais m'étonner que la CAQ compte
maintenant créer une Agence des transports. En 2013, il y a 10 ans, Éric
Caire et Jacques Duchesneau avaient de très bons arguments contre cette idée,
lorsque le ministre des Transports du gouvernement Marois, Sylvain Gaudreault,
avait déposé un projet de loi créant une telle agence. À l'époque, Caire
s'indignait : "Quand les libéraux ont proposé la même chose, les députés péquistes craignaient que
cette nouvelle agence ne devienne un lieu de favoritisme. A-t-on besoin
d'un nouveau lieu de favoritisme au ministère des Transports?" À l'époque — toujours,
toujours une citation — à
l'époque, la sous-ministre aux Transports de Gaudreault, c'était Dominique
Savoie. Or, jusqu'en mars 2018, Caire a fustigé
cette dernière sans relâche, sans nuance, en la traitant de tous les noms,
notamment de mauvaise administratrice. Or, le projet d'agence des
transports, c'est elle qui le portait en 2013, et d'ailleurs qui était
sous-ministre de la Santé en mars 2023 lorsque le ministre Christian Dubé a
conçu et déposé sa grande réforme qui comprendra, là aussi, la création d'une agence? Dominique Savoie. Qui a nommé Savoie
en juin au plus haut poste de la fonction publique? Le secrétaire général du
Conseil exécutif, la CAQ.»
• (15 h 30) •
Il y a des certaines... je ne dirais pas des
incohérences, mais des contradictions, en fait, dans la façon de fonctionner du
gouvernement actuellement sur la question de l'agence. Et c'est pour ça que je
pense que c'est très important d'entendre le ministre responsable de la
Cybersécurité et du Numérique. Vous savez, c'est un homme pour qui j'ai beaucoup de respect. C'est drôle parce
que, quand j'étais en campagne électorale, donc, en 2022, j'allais me faire
élire, et on avait... on avait la possibilité de se parler, en fait, entre
collègues, tu sais. Puis je posais des questions sur c'est quoi... Ça
m'intriguait beaucoup, je suivais la politique depuis plusieurs années,
comme... dans les contre-pouvoirs, je dirais, donc dans les organismes de
défense de droits qui sont intéressés à améliorer les conditions de vie des
gens, sur l'environnement, sur les transports collectifs et actifs. Et c'est
drôle parce que je posais la question à un de mes collègues qui avait côtoyé le ministre de la Cybersécurité et du
Numérique, puis on me disait qu'avec cette personne-là, on a toujours
l'heure juste.
On peut ne pas être d'accord, mais le ministre,
le député de La Peltrie, donne toujours l'heure juste, il dit le fond de
sa pensée. Quand il avance quelque chose, il y croit. Bon, on comprend que,
peut-être, il a changé d'idée, mais c'est pour ça que je pense que ça serait
particulièrement important de l'avoir, parce que je suis pas mal sûr que, si on l'entendait ici... on ne lui demandera
peut-être pas de faire un mémoire, mais il pourrait quand même discuter du projet
de loi pendant une dizaine de minutes, puis, après ça, on pourrait discuter
avec lui sur le fondement, en fait, de ses affirmations passées.
Des voix : ...
M.
Grandmont : Je suis désolé, j'ai un problème avec ma connexion
Internet. Je suis pas mal sûr qu'on aurait l'heure juste. On aurait vraiment le fond de sa pensée, on aurait
vraiment ce qu'il pense du projet de loi n° 62. Là, je suis en
train de chercher... Voilà.
Je voulais terminer avec... il me reste quelques
minutes, en parlant de la biographie de notre estimé collègue. D'abord, il a une formation en informatique au
collège MultiHexa en 2001. Il a une expérience professionnelle quand même
intéressante, programmeur-analyste, Process Systèmes et Technologies inc., à
Saint-Augustin-de-Desmaures, de 2001 et 2007; programmeur-analyste chez
Cognicase, de 1999 à 2001; enseignant en informatique au collège François-Xavier-Garneau de Québec, de 1999 à 2000;
programmeur-analyste Algo Design, MSI service conseil et Silverrun,
1998-1999, propriétaire de la boutique Le Grimoire, au Centre Innovation — à ma
connaissance, ça n'existe plus. Le Centre Innovation est toujours là, mais la
boutique Le Grimoire... j'ai cherché tantôt, il y a un bar maintenant, Le
Grimoire, mais je ne pense pas que c'est la même boutique.
Mais on voit quand même que... on voit que le
ministre responsable de la Cybersécurité et du Numérique, en plus d'être... tu
sais, de dire la vérité, de dire le fond de sa pensée, il a quand même un
parcours important, cartésien, probablement aussi en gestion. Propriétaire
d'une boutique, la boutique Le Grimoire au Centre Innovation, je veux dire, il faut savoir, quand même, gérer. Je ne
sais pas... Mme la ministre... Je suis désolé, ça me fait rire. Je suis désolé.
Est-ce que vous alliez vous-même à la boutique Le Grimoire?
Mme Guilbault : ...de la magie ou une affaire un peu... Le
Grimoire, ça m'évoque la magie. Mais enfin, je ne sais pas, il faudrait
aller le valider.
M. Grandmont : Il me semble
aussi. Il faudrait fouiller. Peut-être que, si on entend... si Mme la ministre
est intéressée à entendre le ministre,
peut-être qu'on pourrait... peut-être qu'on pourrait creuser la question. Moi,
ça m'intéresse.
La Présidente (Mme Maccarone) :
...
M. Grandmont : Oui, oui, vous
avez raison.
La Présidente (Mme Maccarone) :
...il reste 3 min 20 s.
M.
Grandmont : Puis je
terminerais en disant que... Puis peut-être que ça va avec sa franchise très
importante, très grande, pour laquelle on le
reconnaît tous, il a vraiment le coeur sur la main... Je suis désolé. Vous savez
que le ministre a été président... Non, c'est important. Regardez, je vais
prendre une gorgée d'eau. Le ministre a été président du comité cour d'école...
Je voulais tous les lire, mais je pense que je n'y arriverai pas. OK. Je vais
me reprendre. Il a commencé il y a longtemps : secrétaire-trésorier du
club de langues du cégep de Sainte-Foy, en 1983; coordonnateur interne pour
l'Association étudiante du cégep de Sainte-Foy — c'est mon alma mater
aussi, hein, le cégep de Sainte-Foy — en
1985; conseiller régional pour l'Action
démocratique du Québec, région de
Québec, en 2000‑2002; candidat indépendant aux élections municipales à
la ville de Québec, on s'en souviendra; président fondateur de l'exécutif de
l'Action démocratique du Québec, circonscription de La Peltrie, en 2001;
porte-parole officiel de l'Action
démocratique en matière de réforme des institutions démocratiques; candidat de
l'Action démocratique aux élections
provinciales; co-président de la tournée de consultation des membres de
l'Action démocratique; animateur de
l'émission La Revue de la radio communautaire CIMI FM — donc,
encore une fois, un engagement le coeur sur la main;
trésorier de la fondation, école Le Ruisselet, à L'Ancienne-Lorette et
président du comité cours d'école à l'école Le Ruisselet à
L'Ancienne-Lorette.
Donc, sa franchise, le coeur sur la main... Je
suis pas mal sûr que, si on l'entend ici, on va avoir une bonne discussion sur
le projet de loi n° 61, on va avoir un regard
probablement lucide sur ce projet de loi là. Puis je serais curieux de
l'entendre parce que, comme je le disais tout à l'heure, il y a plusieurs
affirmations du ministre, qui est anciennement député, pour lesquelles... pour
lesquelles...
Une voix : ...
M. Grandmont : ... — je ne
dirai pas ça — pour
lesquelles je suis quand même en accord avec lui. Je vous remercie, Mme la
Présidente.
La
Présidente (Mme Maccarone) : Merci, M. le député. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur la
motion préliminaire? Voilà, ça fait qu'il n'y a pas d'autre
intervention.
Mise aux voix
Nous allons passer aux mises aux voix. Par appel
nominal, M. le secrétaire.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention, M. Derraji (Nelligan)?
M. Derraji : Pour.
Le Secrétaire : Mme Guilbault
(Louis-Hébert) ?
Mme Guilbault : Contre.
Le Secrétaire : M. Lemay
(Masson)?
M. Lemay : Contre.
Le Secrétaire : M. Martel
(Nicolet-Bécancour)?
M. Martel : Contre.
Le Secrétaire : Mme Tardif
(Laviolette—Saint-Maurice)?
Mme Tardif : Contre.
Le Secrétaire : M. Bernard
(Rouyn-Noranda—Témiscamingue)?
M. Bernard : Contre.
Le Secrétaire : M. Montigny
(René-Lévesque)?
M. Montigny : Contre.
Le Secrétaire : M. Grandmont
(Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire : M. Arseneau
(Îles-de-la-Madeleine)?
M. Arseneau : Pour.
Le Secrétaire : Mme Maccarone
(Westmount—Saint-Louis)?
La
Présidente (Mme Maccarone) : Abstention. Alors, la motion est rejetée. Nous sommes toujours à
l'étape des motions préliminaires. Est-ce que nous avons... Oui, M. le
député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui. Nous vous
avons transmis une motion préliminaire.
La
Présidente (Mme Maccarone) : Voilà. Oui, vous pourriez... Nous l'avons déjà, c'est sur le Greffier,
collègues. Alors, M. le député, vous pourriez commencer votre
intervention. Vous disposez de 30 minutes.
Motion
proposant que le ministère des Transports et de la Mobilité
durable transmette des documents permettant d'apporter
un éclairage supplémentaire à la commission
dans l'exécution de son mandat
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. 30 minutes, d'accord. Alors, conformément... Je vais
vous lire la motion, puisqu'elle n'est pas encore affichée. Conformément à
l'article 244 du règlement de l'Assemblée nationale, je fais motion
afin :
«Que [...] la Commission des transports et de
l'environnement, dans le cadre de l'étude détaillée du projet de loi
n° 61, Loi édictant la Loi sur Mobilité Infra Québec et modifiant
certaines dispositions relatives au transport collectif, demande au ministère
des Transports et de la Mobilité durable de transmettre, au plus tard avant la
séance prévue [...] mardi 8 octobre 2024 à 9
h 45, des documents permettant d'apporter un éclairage supplémentaire à la
Commission dans l'exécution de son mandat;
«Qu'à cette fin, le ministère des Transports et
de la Mobilité durable dépose à la Commission une ventilation des ressources
humaines et contractuelles qui ont été investies pour l'élaboration du projet
de loi;
«Que la
Commission reçoive également une ventilation des coûts et des investissements
qui seront nécessaires pour la mise sur pied de Mobilité Infra Québec et
qui seront requis en dehors de la prise en charge de projets ainsi que les
coûts additionnels envisagés pour les deux premières années d'opération.»
Alors, je pense que c'est pertinent, après avoir
entendu les éloges envers notre collègue député de La Peltrie et titulaire du poste de ministre de la
Cybersécurité et du Numérique. Puis je n'entrerai pas, là, dans les affaires
qu'il a menées au Grimoire ou au Centre Innovation, mais plutôt je ferai
référence aux interventions qu'il a faites concernant le projet d'agence
qui avait été déposé en 2013 et sur lequel il avait eu l'occasion de se
prononcer à de multiples reprises. Et je
pense qu'il y a quand même des éléments intéressants qui ressortent de ses
interventions et qui méritent, justement,
qu'on s'y penche davantage. Même si, là, on a pris acte de la décision de la
partie gouvernementale de ne pas l'inviter,
je pense que ce serait quand même louable, de la part de mes collègues de la
banquette gouvernementale, de s'entretenir quand même de façon
informelle avec le ministre de façon à mieux comprendre comment non seulement il a évolué par rapport à l'agence, mais quelles
étaient aussi ses préoccupations en matières financières en ce qui concerne le
développement d'une nouvelle agence.
D'ailleurs, je suppose qu'il pourrait aussi
s'entretenir avec la ministre responsable des Aînés qui nous disait
aujourd'hui : Il ne faudrait surtout pas créer un ministère des Aînés
parce que ce serait vraiment très, très coûteux, là, de créer une nouvelle
structure. Mais je pense qu'il y a au moins... la question qui est soulevée par
des interventions comme celles-là,
c'est : Quels sont les coûts qui sont liés à la mise en place d'une
nouvelle structure administrative avec un pouvoir et avec, justement, un
mandat et une mission à accomplir qui est aussi cruciale que celle de
développer des systèmes de transport et de mobilité du XXIe siècle?
• (15 h 40) •
Et dans certaines de ses interventions, le
député de La Peltrie avait même des préoccupations non seulement sur les coûts
en matière d'opération d'une éventuelle agence, mais il faisait aussi état du
fait que, pour développer un projet
d'agence, bien évidemment, ça draine un certain nombre de ressources humaines
et, éventuellement, de ressources financières
également. Et c'est la préoccupation qu'il avait exprimée à quelques reprises,
et je pense que c'est important, c'est
important d'y faire écho aujourd'hui, là. Quand on parle de la ventilation des
ressources humaines et contractuelles qui
ont été investies pour l'élaboration du projet de loi, ça va aussi dans le sens
du virage qu'on a fait. On était absolument... On avait tous les arguments pour rejeter du revers de la main et avec,
je dirais, une certaine férocité le projet d'agence de 2013 et celui de
2021.
Alors, il y a
sûrement des analyses qui ont été faites, des... des ressources contractuelles
ou des ressources internes qui ont
fait une revue de littérature, qui ont regardé un peu ce qu'étaient les
arguments et quels étaient les contre-arguments, de façon à faire
évoluer la pensée du gouvernement dans le sens d'un retournement et d'une
volte-face absolument spectaculaires. Et ces
ressources-là, je vous mentionnerai qu'elles sont quand même importantes. Sur
le plan de la transparence, c'est important de pouvoir les calculer puis
avoir une bonne idée de ce qu'elles... de ce qu'elles sont, c'est-à-dire de
l'ampleur des investissements qui ont été consentis.
D'autant plus que le député de La Peltrie, à
l'époque, avait justement un regard très, très critique sur ce que pouvait
engager le gouvernement de l'époque, un gouvernement du Parti québécois, dans
l'élaboration d'un projet comme celui-là. Alors, je me permets de le citer lors
d'une intervention en Chambre face au ministre des Transports de l'époque, où il disait essentiellement, M. le
Président : «Depuis un an...» Et moi, je pense que, le projet qui est
devant nous, ça fait déjà plus d'un
an qu'on a commencé à l'élaborer. Les premières fuites dont on a pu prendre
connaissance dans les médias
nationaux, si je me souviens bien, c'était à la fin de l'été 2022 ou au
début de l'automne de la même année. Donc, ça fait déjà deux ans, là,
qu'on y travaille dans les... dans les bureaux du ministère ou dans les bureaux
des contractuels qui ont été mis à contribution. C'est une information que je
n'ai pas.
Mais, de toute façon, à l'époque, donc, dans le
salon bleu, le député de La Peltrie questionnait le ministre de l'époque en lui
disant qu'il... et je le cite : «M. le Président, depuis un an, le
ministre des Transports monopolise des ressources humaines et financières
importantes de son ministère pour élaborer un projet d'agence, une nouvelle
structure inutile, parce qu'on a déjà décidé de créer, bon, une autre société.»
On a déjà fait référence à ça. Et je pense qu'un peu plus loin, dans un article
qui a été publié le 23 septembre 2013 dans Le Journal de Montréal,
il réclamait même que
ces ressources qui avaient été consenties, les sommes qui avaient été
identifiées comme ayant permis d'élaborer le projet de loi, bien,
qu'elles soient remboursées par le gouvernement de l'époque ou réinjectées dans
le ministère, parce que c'étaient des sommes
qui ne pouvaient pas être mises à contribution pour le développement
d'infrastructures ou pour le rôle du ministère.
Alors, évidemment, on est face à une situation
absolument analogue. C'était exactement la même chose. Puis probablement, bien,
en fait, c'est incontournable que ces dépenses-là soient encore plus grandes,
non seulement parce que l'inflation a joué son rôle et le coût de la vie a
augmenté, mais également parce qu'on a passé plus de temps à développer cette
agence-ci que l'agence précédente et aussi parce qu'on a... avant de proposer
une agence, bien, il a fallu nécessairement
démolir les idées préconçues, au gouvernement et à tous ceux qui y contribuent,
tous les membres de la banquette gouvernementale, il a fallu
déconstruire les schèmes qui étaient opposés de façon virulente à tout ce qui
était agence, parce que c'était inefficace, inutile et contre-productif.
Donc, on parlait d'une dépense de fonds publics
importante, selon le député de La Peltrie à l'époque. Je pense qu'on en a
retrouvé le texte. Puis c'est quand même important de dire que ce qui était
extrêmement... jugé comme extrêmement
pertinent, du côté des députés de la CAQ, à l'époque, devrait l'être tout
autant aujourd'hui en ce qui concerne
la saine gestion des fonds publics. Parce qu'on avait fait une demande d'accès
à l'information et, essentiellement, on demandait que ces dépenses-là
soient remboursées. On parlait d'un demi-million, à peu près, en salaires, qui
avait été consenti pour le travail d'élaboration de ce projet de loi. Et je
cite le député de La Peltrie, à l'époque, qui disait : «On a certainement dépensé un demi-million de
dollars en salaires, jusqu'ici.» Et il parlait d'une dilapidation des fonds
publics, rien de moins, pour élaborer ce projet de loi là, somme qui aurait pu
être consentie à consolider l'expertise au
sein du ministère. Alors, c'est... c'est pour mieux que vous saisissiez
l'argument qui est avancé pour ce qui est de la première partie, donc,
la ventilation des ressources humaines et contractuelles qui ont été investies
pour l'élaboration du projet de loi.
Le deuxième volet que je voudrais aborder, celui
de la ventilation des coûts et des investissements qui seront nécessaires pour la mise sur pied de Mobilité Infra Québec, évidemment, ces sommes-là sont encore plus
importantes, plus colossales, et ça
devrait attirer notre attention encore davantage. Parce qu'il faut bien
rappeler, et je pense que mes collègues l'ont démontré de façon
remarquable, que nous n'avons pas réalisé, dans le cadre de l'élaboration de ce
projet de loi là, du point de vue du
gouvernement, d'analyse d'impact réglementaire, ce qui fait en sorte que l'on
peut, nous, comme législateurs,
conclure qu'il y a de l'information qui nous échappe en ce qui concerne le
travail qu'on a à faire, et ses conséquences, et ses impacts sur le plan
financier. Et ça, évidemment, déjà, on part avec un certain scepticisme ou du moins avec une série de questions qu'on va
devoir de toute façon aborder pendant que l'on fera l'étude article par
article de la proposition gouvernementale, le projet de loi n° 61.
On a néanmoins eu un document qui a été déposé,
si ma mémoire est bonne, le 30 avril dernier, un document qui est, en fait, le mémoire déposé au Conseil des
ministres pour défendre le projet de loi n° 61 que nous avons
maintenant devant nous. Et je vous dirais que, sur un document, quand
même... Est-ce que c'est une cinquantaine de pages? Je n'ai pas l'entièreté du document devant moi, mais peut-être que c'est
25 pages... C'est une vingtaine de pages. Dans ce document d'une
vingtaine de pages, bien, on fait référence à certains coûts, mais c'est une
ventilation ou c'est une information qui est extrêmement parcellaire, là. On
parle de trois paragraphes, à la page 13, qui... Non, ce n'est pas celui-là, ce n'est pas celui-là. C'est en matière
de coûts. J'ai... C'est plutôt à la page 19. C'est un petit paragraphe, en
fait, avec quelques points de forme, et on parle des implications financières
de la mise en place d'une agence dont on devine qu'elle ne sera pas composée, là, de trois personnes, mais, d'ailleurs,
on parle déjà, là, de 45, 50 personnes. Mais, à terme, selon des
coupures de presse, on parle de plusieurs centaines de personnes, mais j'y
reviendrai.
Mais ce qu'on dit dans ce document-là, au
point 9 : «Implications financières. Des investissements pour la mise
sur pied de Mobilité Infra Québec seront requis en dehors de la prise en charge
des projets.» Évidemment, là, on ne va pas inclure les coûts des projets
complexes qu'on voudra réaliser dans ce dont on parle aujourd'hui, mais
simplement la mise sur pied d'une agence et des investissements, donc, dont on
chiffre les coûts additionnels pour les six premiers mois d'opération de
l'exercice 2024‑2025, des coûts qui sont estimés à 3 millions de
dollars. Pour la période 2024‑2029,
donc, sur une période de cinq ans, les coûts additionnels d'opération sont
estimés à 12,9 millions. Ces coûts sont anticipés notamment pour
des éléments qui y sont présentés, on parle de frais non récurrents associés à
la transition des systèmes informatisés actuels. Là aussi on pourrait avoir
recours au ministre de la Sécurité et du Numérique
pour s'assurer que cette transition-là numérique soit faite, là, sans aucun
impair et que ce soit fait de façon efficiente, efficace et à coût
optimal. Donc ça, c'est le premier élément.
• (15 h 50) •
Le deuxième élément, c'est les frais de
transition associés à la mise en oeuvre de la nouvelle gouvernance. La nouvelle
gouvernance, c'est la nomination d'un conseil d'administration, c'est ce qu'on
comprend, là, avec neuf membres. Et puis là il faudra poser la question, à
savoir... Il ne s'agit pas de frais de transition uniquement, parce qu'il y a
des frais qui sont associés à leur réunion. Est-ce qu'il y aura une indemnité
versée aux membres du conseil d'administration?
C'est tout à fait possible, si on se fie à ce qui a été décidé pour l'agence
Santé Québec. Évidemment, si on s'inspire de ça, bien, il y aura... il y
aura des coûts.
Les frais liés aux installations matérielles de
Mobilité Infra Québec, ça, c'est... c'est intéressant. Mais entre des frais matériels pour une équipe de 40,
50 personnes et, quelques années plus tard, 400 personnes, bien là,
les coûts, ils vont continuer
d'augmenter année après année, et l'évaluation de 12,9 millions, bien, on
se demande comment cette évaluation-là se décline.
Les frais
liés à l'expertise externe, bien là, évidemment, ça, c'est un panier de crabes,
c'est une boîte de Pandore. Aller chercher des expertises externes, des
honoraires professionnels et en matière de communication, pour ce qui est de mettre en place une nouvelle agence, ça peut être des
coûts exorbitants. En fait, on voudrait savoir ce qu'a en tête le ministère
lorsqu'il parle de ces frais-là.
Et on n'a pas mentionné là-dedans les frais qui
sont inhérents à la nomination de la... de la structure de gouvernance,
au-delà, là, du conseil d'administration que j'ai mentionné tout à l'heure.
Mais on parle, évidemment, du président-directeur général et de son équipe. Et,
si on se fie à l'expérience récente en matière de santé, lorsqu'il était question d'embaucher des hauts dirigeants
pour une nouvelle société d'État, écoutez, les sommes sont importantes,
elles sont extrêmement élevées. On parle, dans le cas de l'agence de santé, de
la PDG et de son PDG adjoint qui commandent
des émoluments, là, de l'ordre de plus de 500 000 $. De mémoire, on
parle de 600 quelques mille dollars. Et pour les premières années
d'implantation, parce que le défi, nous dit-on, est encore plus grand, bien, on
a même été au-delà des sommes qui sont prévues au décret. Donc, pourquoi est-ce
qu'il serait différent... notre procédure serait-elle différente en ce qui
concerne la création d'une toute nouvelle agence Mobilité Infra Québec, pour
laquelle on ne semble pas prévoir que ces gens-là seront payés et seront payés
avec des indemnités vraisemblablement importantes? Parce qu'on voudra, et je suis absolument convaincu que l'on voudra dire
que ces personnes-là doivent être des personnes d'exception. Ces
personnes-là, il va falloir aller les recruter, vraisemblablement, dans
l'entreprise privée. Le discours sera celui de l'inflation des grands salaires,
des grands gestionnaires de nos grandes sociétés et qu'il faut payer le prix si on veut vouloir... si on peut... si on
veut pouvoir développer des projets d'envergure, des projets complexes qui
mettent le Québec, évidemment, au rang de... des juridictions où on peut
vraiment, là, penser d'avoir des systèmes de transport et de mobilité du
XXIe siècle. Alors, évidemment, ça, ça a un coût, et on devine déjà que
les coûts seront importants.
Et ce qu'on demande, ce que... à travers cette
motion préliminaire, c'est la transparence, c'est de savoir, si on arrive à des coûts de 3 millions de
dollars pour la première année... bien, d'avoir une ventilation pour juger du
réalisme de ces... de ces sommes-là,
de ces évaluations-là. Et le 12,9 millions pour les années qui suivent
nous semble intéressant, dans la mesure où on sait très bien que le
budget du ministère est largement supérieur à ces sommes-là. Mais disons simplement,
pour être polis, qu'on a du mal à y croire et que, pour partir la discussion en
toute transparence avec les gens du public
qui nous écoutent puis qui disent peut-être comme... qui disent peut-être
comme, à une certaine époque, le
député de La Peltrie : Est-ce que ce n'est pas inutile, ce que vous
faites, est-ce que ce n'est pas, même, contre-productif, est-ce que ce
sera véritablement un moyen d'améliorer les choses? Il faudrait avoir, je
dirais, la transparence, encore une fois, de dire au moins combien ça coûtera,
cette transformation-là. Parce qu'on l'a entendu tout à l'heure et pendant les consultations particulières, certains
nous ont dit, dans les représentants du personnel syndiqué, qu'on pourrait
très bien faire cette transformation-là sans mettre sur pied une agence. Donc,
les coûts supplémentaires qui seront injectés dans cette transformation-là,
dans cette transition-là, bien, il faut pouvoir les évaluer.
Et ce qui m'amène, justement, à cette
évaluation-là qui a été déposée... qui est très, très sommaire, mais qui a été déposée en avril dernier. Et là, ça, avril,
évidemment, là, ça fait déjà bientôt six mois, et six mois en politique, c'est une
éternité. Sur le plan financier, six mois, dans des projets de développement,
et de construction, et de mobilité, et d'infrastructure,
et dans des projets gouvernementaux, malheureusement, dans des projets qui
commandent, justement, du travail, notamment, avec de l'expertise
externe, des honoraires professionnels et de communication, ces frais-là, malheureusement,
peuvent exploser en six mois. Alors, on demanderait évidemment qu'une mise à
jour soit faite : Au jour d'aujourd'hui, là, combien est-ce qu'on peut
penser avoir à dépenser pour la première année, certes, pour les six premiers
mois, mais combien pour les trois premières années?
Et cette question-là, ce n'est pas parce qu'on
n'a pas confiance que le travail a été fait ou n'a pas été fait de façon rigoureuse, mais évidemment il y a
l'inflation, il y a le coût de la vie. Mais il faut bien mentionner qu'au mois
d'avril, si le dossier a été déposé comme... sous forme de mémoire au
Conseil des ministres, c'est que le travail, il avait été fait quelques
semaines auparavant. Et quelques semaines auparavant, ça veut dire que le
budget du gouvernement du Québec, vraisemblablement, n'avait pas été déposé
encore, un budget qui, je le rappelle, est un budget qui nous a annoncé... nous
a précipités dans une situation de déficit historique ici, au Québec. On parle
de 11 milliards. Alors, évidemment,
depuis, il y a quand même passablement d'eau qui a coulé sous les ponts. Et on
a, en même temps qu'on a déposé le
budget... bien, on a également dit qu'il fallait avoir un plan de
rétablissement de l'équilibre budgétaire. Bon, on a certes reporté les échéances, mais il y a des efforts à faire pour
rétablir l'équilibre budgétaire, et ça touche nécessairement un projet
comme celui-là, la mise sur pied d'une agence, et les dépenses qui sont
afférentes pour la transition puis pour la mise en place de cette structure-là
avec tout ce que ça comporte.
Donc, est-ce que le message qui a été passé
d'optimisation des dépenses, de rationalisation, certains diront d'austérité,
est-ce que ce message-là, il a été aussi transmis aux gens qui travaillent
actuellement sur la mise en place de
Mobilité Infra Québec? Est-ce qu'ils seront en mesure, justement, de contenir
les coûts qui ont été présentés? Est-ce que déjà on peut imaginer que ça
coûtera plus cher que ce qui avait été estimé à ce moment-là? On peut se
permettre de spéculer. Et d'autant plus qu'aujourd'hui, vous savez, on a eu une
mise à jour de l'état des finances publiques de l'année 2023‑2024. On est
aujourd'hui au début octobre, et la mise à jour, bien, elle se fait suite à une
première mise à jour, si on veut, là, une
première conclusion, si on veut, de l'exercice financier qui se terminait le
31 mars dernier, qui avait été
faite en juin, et déjà, déjà, entre la fin de l'année financière et juin puis
ensuite entre juin et le mois d'octobre, bien là, on arrive avec une
différence de plus d'un demi-milliard.
Alors, vous vous imaginez bien que, si on a pu
avoir une différence de calcul aussi importante en l'espace de même pas trois
mois, entre le mois de juin puis le mois d'octobre, et ça, ce sont des
fonctionnaires, là, de l'État du Québec qui
font ces calculs-là, et je ne remets d'aucune façon en doute leur compétence,
bien, ces mêmes fonctionnaires du
gouvernement du Québec qui, eux, travaillent à s'assurer que le projet de mise
en place d'une agence qui s'appellera Mobilité Infra Québec, bien, ils
doivent avoir aussi, je dirais, cette révision des coûts en tête. Parce que
sinon, bien évidemment, on nage en plein mystère, on s'en
va vers l'inconnu. Et évidemment de pouvoir avoir une prévisibilité, c'est important, je pense, c'est même fondamental
pour le législateur, pour l'Exécutif, pour le gouvernement, évidemment,
et pour l'agence qu'on veut mettre en place. Et cette prévisibilité-là, elle
doit reposer sur des calculs précis, sur des calculs
qui sont également ventilés de la façon la plus transparente possible pour
qu'on puisse tous ensemble dire : Voici vers où on se dirige, voici les fonds qui seront consentis, voici ce que
coûtera aux citoyens payeurs de taxes du Québec pour voir cette nouvelle
structure mise en place, une structure qui, je le rappelle, sera évolutive.
• (16 heures) •
On n'a pas encore cette information-là complète,
je ne crois pas, dans la documentation qui est devant nos yeux. Mais on a pu
lire dans certains articles que... Même si on a eu une séance de breffage, il y
a peu de temps, là, qui nous disait qu'il y avait 45 ou 50 employés à
l'agence, bien, on nous dit que l'agence emploiera, oui, de 30 à
50 personnes au départ, mais qu'à terme on comptera 400 employés
après trois ans. Bon, est-ce que ce sont des sommes supplémentaires à celles
que l'on consent pour ces mêmes employés-là dont on peut penser que certains
proviendront du ministère des Transports et de la Mobilité durable? Alors, on
pourrait dire que c'est à coût nul, mais au gouvernement de nous en faire la
démonstration. Parce que, du même souffle, le gouvernement nous dit : Nous
n'avons pas l'expertise, actuellement, au ministère. Mais nous devrons mettre
en place une agence qui aura cette expertise-là. On commencera par aller
chercher de 30 à 50 personnes qui ont cette expertise-là, et on montera,
en trois ans, jusqu'à
400 personnes qui ont une expertise qui est incomparable, qui est de
niveau international. Et qu'est-ce qu'on
nous dira? Bien, on nous dira exactement la même chose qu'on nous a dit pour
l'embauche des hauts dirigeants, à savoir que cette expertise-là, bien,
il faut pouvoir la payer, il faut pouvoir la rémunérer à la hauteur de ce
qu'elle commande, parce que nous sommes en
concurrence avec le monde entier pour le développement de réseaux de transport
et de mobilité, le développement de projets complexes. Et qui dit réseau
complexe dit expertise de pointe, et qui dit expertise de pointe, dit salaires
exorbitants ou concurrentiels avec ce qui se fait dans le privé, parce que ces
gens-là...
Et des intervenants sont venus nous dire :
Le problème, ce n'est pas que le Québec manque d'expertise, cette expertise-là,
elle est en demande à travers le monde. Et les Québécois qui travaillent dans
une foule de firmes privées dans différents
secteurs liés à la construction d'infrastructure, ces gens-là ne manquent pas
de boulot, ils ne manquent pas de travail. Ils sont donc en demande à
travers le monde, mais ils travaillent pour le privé. Ils ne sont pas au ministère. Si le ministère aspire à pouvoir les
convaincre de venir travailler pour des projets ici, en sol québécois, avec,
comme bénéficiaires, la population québécoise, évidemment, les sociétés de
transport puis les villes, qui vont en bénéficier, de ces nouveaux réseaux-là,
bien, encore faut-il qu'on puisse calculer vraiment de façon précise combien il
va falloir y mettre d'argent public, de fonds publics pour se doter de cette
expertise-là.
J'ajouterais, en terminant, Mme la Présidente,
que tout ça, toute cette discussion-là qui ne se fait pas, à moins qu'on puisse véritablement avoir ces discussions
autour d'un document qui serait présenté, si la partie gouvernementale
accepte la motion que j'ai présentée, cette discussion-là devrait se faire,
dans un contexte, je l'ai dit, d'optimisation ou
d'austérité, mais dans un contexte où, de l'aveu de la ministre même, on n'a
pas d'argent, il n'y a plus d'argent pour investir dans les transports
collectifs notamment. Est-ce qu'on a davantage d'argent à investir dans la mise
sur pied d'une agence toute neuve, toute
nouvelle, qui va évidemment commander des sommes importantes pour la doter,
oui, d'infrastructures informatiques, de bureaux, bon, d'un siège
social, d'un conseil d'administration, de secrétariats à différents niveaux, de
hauts dirigeants qui vont commander de hauts salaires et d'une expertise, là, à
tous les niveaux pour le développement de
projets? Alors, ça, c'est un... c'est une question qui est, pour moi,
absolument fondamentale.
Et c'est la
raison pour laquelle je pense que cette motion-là, qui sera vraisemblablement la
dernière, en tout cas, en ce qui me concerne, je pense qu'elle est d'une
importance absolument capitale, Mme la Présidente, et j'espère que mes
collègues appuieront cette motion-là. Et là-dessus, bien, je vais compléter en
vous remerciant de m'avoir écouté.
La Présidente (Mme Maccarone) :
Merci
beaucoup. M. le député de Taschereau.
M. Etienne
Grandmont
M. Grandmont : Oui, merci beaucoup.
Bien, merci beaucoup, Mme la Présidente. Très heureux de cette motion préliminaire, avec laquelle je vais être en
accord évidemment. Donc, mon collègue, là, le député des Îles-de-la-Madeleine demande de transmettre,
au plus tard avant la séance prévue le mardi 8 octobre à 9 h 45,
parce que c'est vraisemblablement à ce
moment-là qu'on va commencer l'étude détaillée, peut-être, des... en tout cas,
on verra, là, où est-ce qu'on en est rendus, là, mais en tout cas, on...
donc avant le prochain moment où on se rencontrera, ça devrait être comme ça que je le dis, les documents permettant d'apporter
un éclairage supplémentaire à la commission dans l'exécution de son
mandat. Je suis d'accord avec ça, déjà, sur le délai.
Après ça : «Qu'à cette fin, le ministère
des Transports et de la Mobilité durable dépose à la Commission une ventilation
des ressources humaines et contractuelles qui ont été investies pour
l'élaboration du projet de loi.» Moi, je serais très curieux, effectivement, de
savoir qui a participé à la rédaction du projet de loi. Moi, je ne sais pas
comment ça se dessine, comment ça se fait. J'ai déjà moi-même rédigé des
projets de loi, là, mais bon, on fait ça... on
fait ça, disons, avec nos équipes internes. Est-ce que, du côté gouvernemental,
il y a des... il y a des acteurs externes qui peuvent aider à
rédiger un projet de loi? J'imagine que tout est possible, mais c'est...
peut-être que, si on avait cette information-là, à tout le moins, ça nous
permettrait de savoir... d'avoir une espèce de point de vue un peu plus macro
sur le type de personne, les intérêts qui sont derrière. Je pense que ce serait
intéressant.
Puis, sinon,
sur la prochaine, sur la dernière... le dernier paragraphe de la motion
préliminaire déposée par mon collègue député des Îles-de-la-Madeleine :
«Que la Commission reçoive également une ventilation des coûts et des investissements qui
seront nécessaires pour la mise sur pied de la Mobilité Infra Québec et qui
seront requis en dehors de la prise en charge de projets ainsi que les coûts
additionnels envisagés pour les deux premières années d'opération.»
C'est intéressant parce que j'ai comme l'impression qu'on n'aura pas beaucoup
d'occasions de traiter de cet enjeu-là pendant l'étude détaillée. Alors,
d'avoir cette information-là avant nous permettra encore une fois de nous faire
une meilleure idée du projet de loi.
• (16 h 10) •
Moi aussi, j'ai envie d'insister sur un des
éléments qui m'a surpris puis pour lequel on n'a pas eu de réponse, puis je
serais curieux d'entendre Mme la ministre là-dessus. Quand elle a parlé du...
de son agence, puis jusqu'à tout récemment,
je pense qu'elle n'a pas utilisé d'autres chiffres, elle disait toujours :
Il va y avoir une cinquantaine d'employés dans l'agence. Déjà, ça peut
paraître surprenant parce que juste le bureau de projet monté par la ville de
Québec pour le tramway de Québec, c'est 150,
160 personnes. Je pense, c'est 160. Donc, on est sur une agence qui va
gérer plusieurs projets à différentes étapes de réalisation, il y a
des projets qui vont être en planification, des projets qui vont être en
réalisation, d'autres qui vont être en... c'est-à-dire, planification, conception, réalisation puis évaluation, donc les
quatre grands... les
quatre grandes étapes de réalisation... de réalisation de projets, donc
des employés qui vont travailler comme ça sur chacune des étapes en
continu, parce que c'est un peu ça, le souhait, à la fois sur... donc, sur
plusieurs projets, à la fois sur des projets
de transport collectif, des projets de transport routier. On peut imaginer
qu'on aura plusieurs employés qui seront évidemment des ingénieurs qui
travailleraient sur les différentes phases à proprement parler, mais aussi,
après ça, il y a des avocats là-dedans, il y a de la communication là-dedans.
Bref, je peux facilement imaginer que le nombre de corps de métiers représentés
à l'intérieur de cette agence-là, puis vu le nombre de projets sur lesquels on
devrait travailler en simultané, 50, c'est... c'est très, très peu. 50, c'est à
peu près ce que j'estime être le nombre de
personnes qu'on réunit au départ pour structurer l'agence, encore une fois,
tout en comparant, là, avec le bureau de projet de la ville de Québec.
Alors que, comme ça a été mentionné par mon collègue, puis je ne sais pas d'où
l'information venait, mais ça me semble quand même assez réaliste, au
98.5 FM, là, c'est l'animatrice Nathalie Normandeau qui parlait, là, de...
qui avait un scoop, là, qui avait une nouvelle à l'effet qu'effectivement, Mobilité
Infra Québec compterait 400 employés après trois ans. Puis je vais la
citer : «La création de cette nouvelle agence a créé énormément de
discorde à l'intérieur du gouvernement. Plusieurs estiment que cette agence ne
servirait à rien. En fait, il faut savoir
que le seul pouvoir que détiendrait cette nouvelle agence, c'est de payer plus
cher ses employés. Alors imaginez, on se retrouverait avec une structure
lourde de 400 employés payés beaucoup plus cher que ce que les employés du
ministère des Transports reçoivent actuellement en termes de rémunération. Ce
que nous avons aussi appris, c'est que le
sous-ministre des Transports remet lui-même en question l'utilité de l'agence
sous la forme qui sera présentée.» Fin de citation. Donc, je tenais à le
dire parce que vraiment, là, c'est l'aspect 400 employés après
trois ans qui m'intéressait dans le débat actuel.
Donc, je me pose la question : Pourquoi c'est
le chiffre de 50 qui a toujours été avancé par la ministre, alors que de mon évaluation à moi, ça semble très, très
bas, si je regarde les comparables? Puis, bien, il y a cette information-là
aussi qui a été rapportée puis qu'on... j'ai vu mon collègue tantôt, là, il y
avait une autre source qui rapportait le même... le même chiffre.
J'aimerais avoir, évidemment, cette évaluation-là, parce que, quand on regarde
ce qui se passe, par exemple, en santé, avec
l'agence Santé Québec, on parle d'environ 700 postes qui vont être créés
pour cette agence-là. C'est quand
même important. Donc, 50 versus 700, je comprends que la santé, c'est quand
même une grosse structure, c'est
beaucoup d'employés, donc il y a peut-être une différence importante,
évidemment, là, mais de passer de 50 à 700, ça me semble quand même sur
deux échelles relativement pas mal éloignées. Donc, j'ai... encore une
fois, je me pose la question du 50 versus le 400.
Et, évidemment, d'avoir une ventilation des
coûts puis des investissements qui vont être nécessaires pour la mise sur pied
et qui vont aussi être... avoir cette information-là pour les coûts
additionnels envisagés pour les deux premières années d'opération, pour
moi, ça nous donnerait une indication d'où est-ce qu'on s'en va avec ça, là,
c'est quoi, l'ampleur de cette nouvelle agence, où est-ce qu'on s'en va avec
ça. Ça va nous donner une idée aussi, je pense, puis ça serait superimportant
pour l'étude détaillée, ça nous donnerait une idée de l'ampleur que la ministre
veut lui donner, de son rôle qu'elle veut vouloir jouer. Parce que, sur
l'intention, quand j'entends la ministre parler de reprendre en main la
destinée des transports collectifs et les transports routiers au Québec, je
m'imagine une structure assez, assez imposante. Puis là il y a juste 50. De
l'autre côté, ça semble un peu riquiqui. Donc, je me dis : Il y a peut-être...
il y a un décalage que je n'arrive pas à m'expliquer.
Et je pense
qu'en ayant cette... en répondant positivement à la demande de mon collègue des
Îles-de-la-Madeleine, bien, ça nous permettrait de savoir quel est le
plan des la ministre. Parce qu'autrement, à l'intérieur du projet de loi, là,
je l'ai lu, comme vous tous, évidemment, je
ne pense pas qu'on ait beaucoup d'espace pour discuter de cela. Évidemment,
si on n'a pas la réponse, bien, on essaiera
de trouver le bon endroit pour en discuter. Parce que ça me semble fondamental.
Si on donne... si on crée une agence avec... avec très, très peu de moyens,
bien, on pourra être en mesure... on serait en droit de se demander à quoi ça
sert de créer ça si, finalement, c'est pour être inopérant par manque de
ressources. Alors, si c'est plutôt
l'inverse, puis ils disaient : Bien, il y a une croissance, bien, il faut
nous l'expliquer, puis là, après ça,
on sera à même de comprendre, OK, la mesure du travail que Mobilité Infra Québec pourra déployer à travers le temps.
C'est intéressant aussi parce que ça a des
implications, évidemment, économiques. 700 postes, c'est... c'est assez
raisonnable d'estimer que c'est au moins 40 millions, 40, 45,
50 millions de masse salariale, là, j'imagine, là. Il y a toutes sortes de
corps de métiers à l'intérieur de l'agence Santé Québec, là. En moyenne, on
doit être autour de 50 000 $,
55 000 $ pour chaque poste, à peu près, là, j'imagine. Donc, si on
reprend à peu près la... tu sais, si on fait une règle de trois avec ça,
bien, 400 employés, si c'est ça, l'objectif au bout de 2-3 ans, bien,
on parle quand même d'une masse salariale d'environ 20, 25,
30 millions de dollars aussi. Donc, je pense que ça vaut la peine. Ce
n'est pas des... ce n'est pas des petits montants, ce
n'est pas du petit change, je pense qu'on peut dire ça. Donc, ce serait
intéressant d'avoir cette évaluation-là pour être capable d'en prendre
pleinement la mesure.
J'aimerais aussi avoir une évaluation... puis je
pense que c'est peut-être un ajout, en fait, là, je ne sais pas si c'est un
ajout, mais mon collègue verra ce qu'il fait avec ça, mais moi, ce qu'il
m'intéresserait de savoir aussi, c'est : Est-ce qu'on a fait une
évaluation de, bon, la création, bon, une évaluation, là, des coûts et des
investissements qui vont être nécessaires pour la mise sur pied puis pour les
premières années d'opération de Mobilité Infra Québec, d'une part? Est-ce qu'on
a fait l'évaluation des coûts et des investissements qui auraient été
nécessaires si on avait fait... si on avait
développé une expertise à l'interne du ministère des Transports et de la
Mobilité durable? Parce que je reviens toujours avec cette idée-là : je ne
suis pas encore convaincu qu'on n'aurait pas pu arriver à créer l'expertise
pour développer les transports collectifs, les transports routiers, des projets
complexes, à l'intérieur du ministère des Transports.
Pour moi, là, je ne suis pas encore convaincu que ça nous prend une agence pour
le faire. Je veux dire, on a... On les a vus, là, les syndicats sont
venus nous voir, nous l'ont dit : On a l'expertise à l'interne. Alors, il
y a peut-être une raison, je ne sais pas
c'est laquelle. Dans... dans... Ça, c'est des propos, évidemment, là, de
l'animatrice, là, Nathalie Normandeau, qui disait : «Le seul
avantage, le seul pouvoir que va détenir cette nouvelle agence, c'est de payer
plus cher ses employés.»
Donc, moi, je serais curieux de savoir :
Est-ce qu'on a fait l'évaluation des coûts puis des investissements si on avait
créé cette expertise-là plutôt à l'interne du ministère des Transports? Puis,
si on l'a fait ou pas fait, bien, comprendre
pourquoi, en fait, à la fin, on décide quand même de faire une agence. Dans
tous les cas, moi, je trouve que c'est une question très pertinente, une motion
très pertinente de la part de mon collègue et députée des Îles-de-la-Madeleine, une motion préliminaire que je vais appuyer. Et voilà,
moi aussi, j'espère avoir une évaluation, parce que, comme je le disais,
on n'aura pas beaucoup d'occasions de discuter de ça à l'intérieur de l'étude
détaillée, mais ça me semble assez fondamental parce que c'est toute la portée
de l'agence qu'on est en train de pouvoir avoir. C'est un éclairage
supplémentaire que la commission se doit d'avoir, je pense, pour bien faire
notre travail lors de l'étude détaillée. Je vous remercierai et je vous
souhaiterai une bonne fin de semaine à tous et à toutes. Merci.
La
Présidente (Mme Maccarone) : Merci beaucoup, M. le député. Y a-t-il d'autres
interventions sur la motion préliminaire? Oui, M. le député de Nelligan.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Et je remercie le collègue pour cette motion qui demande au
ministère du Transport et de la Mobilité durable de déposer à la commission une
ventilation des ressources humaines et contractuelles qui ont été investies
pour l'élaboration du projet de loi et que la commission reçoive également une
ventilation des coûts et des investissements qui seront nécessaires pour la
mise sur pied de Mobilité Infra Québec et qui
seront requis en dehors de la prise en charge de projets, ainsi que les coûts
additionnels envisagés pour les deux premières années d'opération.
Je vais vous dire pourquoi je vais appuyer cette
demande. C'est que nous avons fait une demande d'accès à l'information. C'est
très simple, et je vais vous dire la réponse : «Nous donnons suite à votre
demande d'accès aux documents reçus le 23 août 2024 visant à obtenir les
notes d'information concernant la création de Mobilité Infra Québec ainsi que les analyses du projet réalisées
depuis le 1er janvier 2023, comprenant notamment l'analyse d'impact
réglementaire du projet de loi n° 61 ainsi que les coûts estimés détaillés
par année pour les 10 prochaines années pour
l'implantation de Mobilité Infra
Québec.» Donc, nous avons fait la
demande, comme ce qu'on fait dans n'importe quel projet de loi, Mme la Présidente, d'une manière très rigoureuse. On
voulait savoir l'étude d'impact réglementaire. Vous avez vu que j'ai déposé moi-même une demande... une demande en
commission pour qu'on puisse nous fournir les notes, mais ça a été
refusé. Je ne voulais pas la demande d'impact réglementaire, parce que je
savais pertinemment que je ne vais pas l'avoir. J'ai demandé les coûts estimés
détaillés par année pour les 10 prochaines années. Et, vous savez c'était
quoi, la réponse? La réponse était : Voici le lien vers le document
recensé répondant au libellé de votre demande pouvant... pouvant vous être
transmis.
Je l'ai, le document. Quand je clique sur le
document, je lis le document déposé par Mme la ministre au Conseil des ministres, je vais vous le lire :
«Mme la ministre, la ministre des Transports et de la Mobilité durable, titre,
Loi édictant la Loi sur Mobilité Infra Québec
et modifiant certaines dispositions relatives au transport collectif, 30 avril 2024.» Je lis le premier
paragraphe, deuxième paragraphe. Ça, c'est quelle page?
Une voix : ...
M. Derraji : Il y a 22 pages. Je vais vous ramener avec
moi à la page 19. C'est quand même alarmant, Mme la Présidente, et je vais vous... je
vais... vous allez comprendre pourquoi. Parce que je veux faire le lien avec
l'agence de santé. Parce que la même agence
est à la recherche de «top guns». Tu sais, les «top guns», maintenant, là, ça
devient la norme. Bon. Voilà. C'est très difficile naviguer sur un iPad.
«Implications financières. Des investissements
pour la mise sur pied de Mobilité Infra Québec seront requis en dehors de la prise en charge de projets. Les
coûts additionnels pour les six premiers mois d'opération de
l'exercice 2024-2025 sont estimés à 3 millions de dollars. Et,
pour 2024-2029, les coûts additionnels d'opération sont estimés à 12,9 — presque
13 milliards... — millions
de dollars. Ces coûts sont anticipés notamment pour les éléments
suivants...» Donc, qu'est-ce qu'il y a dedans? Frais non récurrents associés à
la transition du système informatique actuel, frais de transition associés à la mise en
oeuvre de la nouvelle gouvernance, frais liés aux installations de matériel,
frais liés à l'expertise externe, honoraires professionnels et communications.
• (16 h 20) •
Bon. Là, je vais vous
ramener, Mme la Présidente, à l'agence Santé. «Top gun», c'est
152 000 $ par année, voiture,
610 $ par mois, allocation au logement, 1 573 $, plus
six semaines de vacances, plus allocation de départ. Ça, là, c'est uniquement pour la PDG. Nous avons tous vu
passer les recrutements, l'été, par rapport aux gens qui vont
accompagner la nouvelle «top gun» de l'agence Santé. Je ne sais pas, est-ce que
Mme la ministre, elle aussi, va chercher une ou un «top gun» pour l'agence de
Mobilité Infra Québec, et comment ça va être, la structure du «top gun» avec
les vice-présidents?
Donc, tout ça, on va
le voir, mais, mais, mais, ce que j'aime, dans la motion de mon collègue, c'est
qu'on n'a aucune idée sur la ventilation des
ressources humaines et contractuelles. Donc, ce qu'on nous dit, par rapport aux
frais : «Frais liés à l'expertise externe». Je n'ai pas de
ventilation. Je ne sais pas, est-ce que... Écoutez, quand je vous dis «systèmes informatisés», Mme la Présidente,
j'espère qu'on ne va pas donner ça au ministre actuel de la Cybersécurité,
parce que rien que ça, ça va coûter extrêmement cher. On voit, avec la plupart
des contrats lancés par ce gouvernement, combien ça nous coûte, les
frais liés à la transition des systèmes informatisés actuels. Et donc, mon
collègue... cher collègue député des Îles-de-la-Madeleine, qui est encore avec
nous et qui nous écoute avec impatience, j'en suis sûr et certain, a bien fait
de déposer cette demande parce qu'il voulait bien faire son travail. Et, quand
il demande la ventilation, c'est parce qu'il pense, avec raison, qu'il n'a pas
tous les moyens en sa disposition pour bien faire les choses, quand on dit que
le gouvernement, aujourd'hui, vient de rectifier le déficit, pas dire qu'on
s'est trompé de peu, non, mais de beaucoup. La note vient de sortir
aujourd'hui.
Donc,
la ministre nous invite à voter pour une agence, à commencer l'étude détaillée,
on n'a pas d'amendement encore, mais on n'a pas la ventilation des coûts
et les investissements. Donc, sur quoi on parle, Mme la Présidente? Sur quelle
base? Sur quelle base? Donc, le collègue demande une ventilation des coûts et
des investissements qui seront nécessaires pour la mise sur pied de Mobilité
Infra Québec. Donc, on nous a dit qu'il va y avoir deux volets
d'amendements. Donc, écoutez, non, en général, quand on revient au Conseil des
ministres, les amendements, ça veut dire que c'est sérieux et que ça demande
une autorisation spéciale. Mais là, quand nous, on a fait une demande d'accès, la seule réponse que nous avons eue,
c'est ce que je viens de vous dire. Ça veut dire, entre autres, que même le
gouvernement n'a aucune idée sur le détail
des investissements nécessaires pour les ressources humaines et contractuelles.
Donc, c'est comme si
on navigue dans le vide, Mme la Présidente, et on navigue dans le vide depuis
quand même un bout, parce que vous avez vu ce qui se passe avec l'agence de
santé, où il y avait beaucoup, beaucoup de choses dites sur la place publique,
notamment en lien avec le salaire de la nouvelle PDG. Et vous avez vu les
résultats en santé. Écoutez, on l'a dit ce matin, mon collègue député de Pontiac
a eu, je dirais, l'intelligence de faire le bilan du ministre qui est là ça
fait cinq ans et que la CAQ ça fait sept ans qu'ils sont au pouvoir.
Et malheureusement, même avec la nomination de la nouvelle «top gun», les
choses n'avancent pas, elles s'empirent au niveau des bilans.
Donc, avant d'aller
voir le bilan, ou les objectifs, ou la mission, ou la définition des projets
complexes de la nouvelle agence, la moindre des choses : Quel est le
budget? Quelle est la ventilation des ressources humaines et contractuelles? Ça
mérite une clarté, surtout dans le contexte de restriction budgétaire. Écoutez,
Mme la Présidente, c'est rendu que le ministère a arrêté des chantiers dans pas
mal de comtés. Nous, il y a des gens qui nous appellent des comtés caquistes,
ils disent : Écoute, on n'a pas de réponse. Pourquoi ils ont arrêté ce
chantier? La réponse qu'on leur dit : Écoutez, il n'y a plus de budget, il
y a une mise à jour économique qui s'en vient, et on veut... on veut faire bien
paraître les chiffres de la mise à jour, la future mise à jour. Donc, contexte
de déficit énorme. Vous avez vu? Écoute, je n'invente rien, mais je vous invite
à aller lire la dernière note. Le ministre des Finances, malheureusement, s'est
trompé encore une fois dans ses chiffres. Donc, c'est un peu alarmant, où on
s'en va au niveau des finances publiques, Mme la Présidente. C'est très, très
alarmant.
Donc, mon collègue a
raison, le député de Mille-Îles... — de Mille-Îles! — désolé,
des Îles-de-la-Madeleine, Mille-Îles, c'est ma collègue, qui fait un travail
exceptionnel à Laval, mais le député des Îles-de-la-Madeleine a raison de se
poser la question : Qu'est-ce qu'on fait au niveau des ressources humaines
et contractuelles? Surtout que j'ai écouté, là : «Frais liés à l'expertise
externe, honoraires professionnels et communication.» Mais c'est quoi, ça?
Qu'est-ce qu'on va faire avec les honoraires professionnels? Est-ce qu'on va
recruter d'autres «top guns» qui vont nous aider à voir comment on va lancer la
future agence? «Frais liés aux installations matérielles.» Ça, on le comprend,
mais il faut ventiler ça. Donc, nous, on voulait faire bien notre travail. J'ai
déposé la demande, nous avons déposé la demande d'accès à l'information, mais
je vous ai dit, c'est la réponse que j'ai reçue : Ah! écoutez, il n'y a
pas de ventilation, regardez juste le document qui a été déposé au Conseil des
ministres, point à la ligne. Et je vous ai dit qu'on a déposé aussi la demande
pour l'analyse d'impact réglementaire. Ça aussi, aucune réponse.
Donc, comment vous
voulez, aujourd'hui, dans un contexte de déficit historique... je vous le dis,
les Kings de la... les Kings, les Kings de
la dette, malheureusement, c'est... ça va suivre ce gouvernement. Mais je ne
peux pas, moi, cautionner un lancement d'une étude détaillée où je ne
sais pas où on navigue. En plus d'être contre une nouvelle structure, bien, je
veux savoir, cette structure, combien ça va coûter aux contribuables québécois,
cette structure. Les Québécois se demandent aujourd'hui, face à un gouvernement
qui a perdu le contrôle des finances publiques : Est-ce nécessaire d'avoir
une nouvelle agence? Et ce qui est très inquiétant, c'est que même cette
agence, on ne sait pas combien ça va coûter
aux contribuables. C'est ceux et celles qui nous regardent aujourd'hui qui vont
payer cette agence, qui vont payer le salaire du PDG. C'est ça qu'on
discute aujourd'hui.
Et donc cette motion, je l'appuie. Pourquoi je
l'appuie? Parce que je veux avoir l'heure juste par rapport aux finances, par
rapport à la ventilation des ressources humaines et contractuelles. C'est très
important. Et on ne peut pas commencer la discussion sur
la mise en place d'une agence si on n'a pas ce portrait, surtout que je voulais
savoir ce portrait, mais on ne m'a pas répondu. La seule chose qu'on m'a
dite : On te réfère à un document qui a été déposé au Conseil des ministres. Bien, voyons donc, on ne peut pas, Mme la
Présidente. Je pense encore une fois, convaincu, qu'au ministère il y a
quand même... il y a quand même, strict minimum, une bonne analyse qui a été
réalisée. Cette analyse a été bien faite. Et
je les invite à la partager avec nous. C'est la moindre des choses. Ils ne
peuvent pas ne pas savoir la ventilation des ressources humaines, combien ça coûte,
et contractuelles. Et, je vous ai dit, il y a quatre éléments.
C'est des coûts anticipés, des coûts... des coûts, j'ai plein de choses à dire,
cher collègue, député de Masson, «frais non récurrents associés à la transition
des systèmes informatisés actuels», «frais de transition associés à la mise en
oeuvre de la nouvelle gouvernance», «frais liés aux installations matérielles
de Mobilité Infra Québec».
C'est quoi, la garantie qu'on ne va pas dépenser
plus puis qu'on va défoncer le budget? Vous n'avez plus le droit d'aller d'une
manière illimitée. Vous avez terminé le surplus. Il n'y a plus de surplus, vous
naviguez dans le déficit. Je dois faire exercer mon contrôle. Donc, je ne peux
pas autoriser un autre déficit. Donc, je veux savoir c'est quoi, la suite, combien ça va coûter aux
contribuables. C'est très important. Et les contribuables ont le droit de
savoir. Et je pense que le député de Masson va le dire à ses collègues.
La Présidente (Mme Maccarone) : Merci.
Merci, M. le député. Je vous remercie pour votre collaboration. Je comprends
que vous souhaitez continuer.
Compte tenu de l'heure, la commission ajourne
ses travaux au mardi 8 octobre 2024, où elle poursuivra son mandat.
Merci.
(Fin de la séance à 16 h 30)