(Neuf heures quarante et une
minutes)
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Bonjour à toutes, bonjour à tous. Prenez place, nous allons commencer les
travaux. Bonjour aux membres du public, qui sont nombreuses et nombreux parmi
nous. Prenez place, nous allons débuter nos travaux.
Affaires courantes
Déclarations de députés
Nous sommes à la rubrique Déclarations de
députés, et je reconnais Mme la députée de Soulanges.
Rendre hommage à Mme Josiane Farand
Mme Marilyne Picard
Mme
Picard : Merci beaucoup, M. le Président. C'est avec un
profond respect que je rends hommage aujourd'hui à Mme Josiane Farand,
photographe et artiste engagée, une véritable ambassadrice culturelle de Vaudreuil-Soulanges.
Depuis plusieurs années, elle se distingue par
son regard unique et sa sensibilité très rare. À travers son objectif, elle
capte l'âme des gens, la beauté de nos paysages et la vitalité de notre
communauté. Ses photographies racontent nos
histoires, celles de nos familles, de nos artistes et de notre région, tout en
bâtissant une mémoire collective empreinte d'humanité.
Toujours présente lors des grands événements,
Josiane incarne la passion, la bienveillance et le dévouement. Elle soutient la
relève artistique, partage son expérience et inspire par sa générosité.
Au nom de l'Assemblée nationale, je remercie
Mme Josiane Farand pour son apport remarquable à la vie culturelle et
communautaire de notre région. Par son art et son grand coeur, elle fait
rayonner Vaudreuil-Soulanges bien au-delà de ses frontières. Elle nous rappelle
que, lorsque l'on regarde le monde avec amour, chaque image devient une oeuvre
d'espoir. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Soulanges. Et je... La parole revient maintenant à Mme la
députée de Saint-Laurent.
Rendre hommage à M. Marc Parent
Mme Marwah Rizqy
Mme Rizqy : M. le Président,
permettez-moi de souligner le départ, en août dernier, de M. Marc Parent,
chef de la direction de CAE.
Diplômé en
génie mécanique de Polytechnique, il a oeuvré au sein de Canadair, en 1984,
pour ensuite poursuivre sa carrière
chez Bombardier, en 1986. Et c'est en 2004 que M. Parent fait son entrée
chez CAE, une entreprise de Saint-Laurent, lors d'une période charnière.
Sous sa gouverne, CAE entreprend une
transformation et un redressement importants. En quelques années, les revenus annuels ont pratiquement doublé, pour
atteindre 4,3 milliards de dollars. En 2009, il amène CAE à se
diversifier et devient le premier formateur de pilotes civils et
militaires avec plus de 120 000 pilotes dans plus de 165... 65
centres de formation et d'écoles de pilotage.
M. Parent s'est fait décerner plusieurs
ordres, l'ordre du Québec, l'Ordre du Canada, mais il est une légende vivante
parce qu'il a été intronisé au Living Legends of Aviation.
M. Marc Parent, vous êtes non seulement un
grand bâtisseur, mais aussi un grand Québécois. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Saint-Laurent. Et je cède maintenant la parole à M. le député
de Saint-Jean.
Rendre hommage à M. Roger Coudé
M. Louis Lemieux
M. Lemieux : M. le Président, j'ai
eu le plaisir, cet été, pendant l'International de montgolfières de
Saint-Jean-sur-Richelieu, de remettre la Médaille du député de l'Assemblée
nationale à M. Roger Coudé, qui est parmi nous, dans les tribunes.
Roger n'est pas pilote de montgolfières, mais
c'est pourtant en présence de tous les pilotes que la cérémonie a eu lieu juste
avant leur envolée, parce que les télécommunications sont rien de moins que
vitales pour eux et qu'ils reconnaissent que
Roger est un grand spécialiste, autant de VE2, la radio amateur, que des
télécommunications qu'il a enseignées et
pratiquées, puisqu'il a créé un logiciel, Radio Mobile, qui fonctionne
tellement bien que ça a fait sa renommée
parmi les experts en la matière partout sur la planète. Et il contribue au
réseau Trans-Québec, qui permet de communiquer
d'un bout à l'autre de la province en situation d'urgence. Et son amour de la
science en a fait un amant accompli de l'astronomie.
Au nom de tous tes concitoyens du comté de
Saint-Jean, merci de nous faire honneur, Roger Coudé.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de Saint-Jean. Félicitations à vous, monsieur!
Et, la prochaine intervention, je reconnais M.
le député de Saint-Henri—Sainte-Anne.
Souligner le 50e anniversaire de l'organisme Amitié Soleil
M. Guillaume Cliche-Rivard
M.
Cliche-Rivard : Merci, M. le Président. Je souhaite aujourd'hui
souligner le 50e anniversaire de l'organisme Amitié Soleil, qui rassemble depuis un demi-siècle
les familles des quartiers de la Petite-Bourgogne, de Saint-Henri et de
Griffintown, dans ma circonscription.
Je suis très
fier de saluer le travail exceptionnel de cet organisme qui, en plus d'offrir
une large gamme d'activités, de
services et de ressources pour les jeunes parents et leurs tout-petits, est
devenu au fil du temps une véritable référence pour briser l'isolement
et favoriser l'intégration.
Amitié Soleil, c'est un lieu d'humanité,
d'accueil, d'ouverture, où toutes les familles trouvent leur place et se
sentent chez elles.
En organisant des sorties familiales, des
ateliers pour les parents, une halte-garderie, de l'aide aux devoirs pour les
enfants du primaire et des dîners communautaires, l'organisme entretient un
fort sentiment de communauté et de solidarité dans le quartier.
J'invite donc mes collègues à se joindre à moi
pour saluer le travail remarquable d'Amitié Soleil et lui souhaiter encore de
nombreuses années de réussite et de rayonnement auprès des familles de
Saint-Henri—Sainte-Anne.
Merci.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne. Et je reconnais maintenant M. le député de Joliette.
Souligner le travail des personnes qui s'impliquent en
politique municipale
M. François St-Louis
M. St-Louis : Merci beaucoup, M. le
Président. Comme vous le savez, depuis quelques semaines, et jusqu'au
2 novembre prochain, toutes les municipalités du Québec sont en campagne
électorale. J'aimerais donc, aujourd'hui, prendre
un moment pour souligner le travail de tous ces gens qui s'impliquent en
politique municipale. Bravo aux mairesses et maires, conseillères et
conseillers qui ont été élus par acclamation! Cette marque de confiance
démontre à quel point votre engagement est des plus appréciés.
Dans la
circonscription de Joliette, cinq municipalités ont vu leurs mairesses et
maires être réélus sans opposition. Je souhaite donc féliciter
Mme Suzanne Dauphin, M. Pierre-Luc Bellerose, M. Alexis Nantel,
M. Pierre Guilbault et M. Roland Charest.
J'en profite aussi pour saluer ceux et celles
pour qui la campagne se poursuit. Votre envie de faire une différence est
précieuse et très importante.
La politique municipale, M. le Président, ce
n'est pas de tout repos. Je salue donc la détermination de celles et ceux qui se sont portés volontaires et qui ont
décidé de s'impliquer pour le meilleur de nos communautés. Leur dévouement
est essentiel à la vie démocratique de nos villes et de nos villages. Merci, M.
le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Joliette. Et je reconnais
maintenant Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger.
Rendre hommage à M. Michel Bissonnet
Mme Filomena Rotiroti
Mme Rotiroti : Merci, M. le
Président. Je suis fière de souligner, aujourd'hui, les années consacrées au
service public de Michel Bissonnet, un monument pour Saint-Léonard.
J'ai eu l'honneur de lui succéder en tant que
députée de Jeanne-Mance—Viger
en 2008.
Michel a été un député provincial pour la
première fois en 1981 et réélu 12 fois consécutives jusqu'à 2008. C'est un
fait sans précédent dans l'histoire de Saint-Léonard.
Pendant ses années de parlementaire, il a occupé
plusieurs postes au sein de sa formation politique, pour finalement devenir
président de l'Assemblée nationale.
Il a été élu maire de l'arrondissement de
Saint-Léonard de 2008 à aujourd'hui. Michel était un maire de terrain, apprécié
de tous.
Il a reçu tant d'honneurs
au courant de sa vie, dont la médaille d'honneur de l'Assemblée nationale en
2014. Il tire maintenant sa révérence de la politique après plus de
40 ans de service auprès des Léonardois et Léonardoises.
Michel, je te souhaite une retraite bien méritée
avec ta belle Yvette et ta famille. Merci, Michel.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger.
Et je reconnais maintenant M. le député de Beauharnois.
Souligner le 90e anniversaire de la Légion royale
canadienne de Salaberry-de-Valleyfield
M. Claude Reid
M. Reid : Merci, M. le Président.
C'est avec fierté que je rends hommage, aujourd'hui, à la légion canadienne,
filiale 062, de Salaberry-de-Valleyfield, qui célèbre cette année son
90e anniversaire de fondation.
Ce jalon historique témoigne de l'importance de
la légion canadienne dans la vie communautaire de ma circonscription. Comme
partout ailleurs au Québec et au Canada, l'équipe de la filiale 062 est
présente en soutien aux vétéranes et aux
vétérans. Elle est également engagée dans différentes causes, comme la lutte
contre le cancer, la prévention du
suicide et la persévérance scolaire. Bref, elle est au service de nos
concitoyennes et nos concitoyens dans la continuité des militaires qui
ont servi et de ceux qui servent encore notre pays.
Neuf décennies de dévouement méritent toute
notre reconnaissance, car la légion filiale 062 contribue à rendre nos
milieux de vie plus solidaires, en plus de nous rappeler les sacrifices
importants des membres des Forces armées canadiennes.
Merci aux vétéranes, aux vétérans ainsi qu'aux
militaires toujours en service. Et joyeux 90e anniversaire à la légion
canadienne, filiale 062, de Salaberry-de-Valleyfield! Merci, M. le
Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de Beauharnois. La parole revient
maintenant à M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
Souligner l'acquisition collective du phare de L'Échouerie
M. Joël Arseneau
M. Arseneau : M. le Président, le
15 octobre dernier, la communauté des Îles-de-la-Madeleine a signé un moment historique que plusieurs croyaient
impossible : le site du phare de L'Échouerie est passé aux mains des
Madelinots.
Il est ainsi
devenu propriété collective, soustrait pour toujours au libre marché, à la
spéculation et à la surenchère, protégé à perpétuité pour le bénéfice de
tous, pour nos enfants et petits-enfants.
La communauté a choisi d'agir plutôt que de
subir, de reprendre possession de son territoire une parcelle à la fois. Aux Îles,
on est maintenant un peu plus maîtres chez nous.
Cette victoire, c'est le résultat d'une
mobilisation sans précédent. Je salue les bénévoles et les artistes qui se sont
mobilisés pour faire avancer chaque étape du projet, les entreprises locales
qui ont offert leur temps, leur matériel et leur expertise, et les 2 237 donateurs
qui ont contribué à cette campagne.
Ce rachat collectif couronné de succès, c'est un
geste de solidarité, d'affirmation, de confiance en soi et en l'avenir. Nous
sommes tous maintenant gardiens de phare.
• (9 h 50) •
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député des Îles-de-la-Madeleine. Et la parole, maintenant, revient à la
députée de Laporte.
Souligner le 15e anniversaire de la Mission Nouvelle
Génération
Mme Isabelle Poulet
Mme Poulet : Merci, M. le Président.
Alors, c'est avec fierté que je souligne le 15e anniversaire de Mission
Nouvelle Génération, qui oeuvre depuis ses débuts à combattre la pauvreté sous
toutes ses formes.
Au fil des
ans, Mission Nouvelle Génération a développé, outre la distribution des denrées
et des paniers de Noël, une friperie,
l'atelier vélo, la déshydratation, des jardins communautaires, ainsi que des
programmes de soutien aux enfants et aux parents.
Mission
Nouvelle Génération est un véritable carrefour d'entraide et d'espoir pour
notre communauté. Ce succès repose sur une solide équipe d'employés et plus de
900 bénévoles dévoués, sur la vision inspirante de son fondateur,
Stéphane Plante, et du conseil d'administration. Leur capacité à anticiper les
besoins, à innover et à bâtir des solutions durables fait de cet organisme un
modèle à suivre.
À vous tous, je vous souhaite une très belle
continuité.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée. Au tour, maintenant, de la députée de Hull.
Souligner
le 50e anniversaire de L'Arche Outaouais
Mme Suzanne Tremblay
Mme Tremblay :
M. le Président, je vais prendre
un moment, aujourd'hui, pour souligner le 50e anniversaire de L'Arche
Outaouais.
Cet organisme héberge
des personnes vivant avec une déficience intellectuelle et leur offre aussi un
emploi au sein de son atelier de travail. L'Arche est un milieu de vie, mais,
pour celles et ceux qui y demeurent, c'est surtout une maison remplie d'amour.
C'est un endroit où l'on apprend à se connaître, à grandir ensemble et à tisser
des liens sincères dans un environnement marqué par le respect et la
bienveillance.
Les personnes qui y
vivent nous inspirent par leur simplicité, leur authenticité et leur joie de
vivre. L'Arche, c'est une belle communauté où chacun trouve sa place et où les
forces de tous contribuent à enrichir la vie collective.
En terminant, je veux
remercier de tout coeur toute l'équipe, le conseil d'administration et les
bénévoles pour leur travail, leur dévouement et la chaleur de leur présence au
fil des années. Grâce à eux, L'Arche Outaouais continue d'être un lieu vivant,
accueillant et profondément humain.
Merci pour tout ce
que vous faites, et bon 50e anniversaire à L'Arche Outaouais! Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Hull. La parole revient
maintenant à Mme la députée de Duplessis.
Souligner la Semaine nationale
des éducatrices
et éducateurs de la petite enfance
Mme Kateri Champagne
Jourdain
Mme Champagne
Jourdain : «Kuei», M. le Président. Nous sommes au coeur de la Semaine
nationale des éducatrices et des éducateurs
de la petite enfance, un moment privilégié pour reconnaître le rôle essentiel
de ces femmes et de ces hommes.
Chaque jour, ils
accompagnent nos tout-petits dans leurs premiers mots, leurs premiers pas,
leurs premières découvertes. Ils sont des piliers incontournables du quotidien
des familles québécoises.
Lundi soir, à
Trois-Rivières, j'ai d'ailleurs eu l'honneur de souligner leur travail
exceptionnel dans le cadre du Grand rendez-vous de la petite enfance, un
événement d'envergure organisé par l'Association québécoise des centres de la petite enfance. Et, ce matin, j'invite mes
collègues de l'Assemblée nationale ainsi que tous les Québécois à remercier
chaleureusement le personnel éducateur et les responsables de milieux
familiaux. Prenons le temps de leur dire merci, parce que, grâce à leur passion, leur bienveillance et leur engagement,
la petite enfance est entre bonnes mains. Du fond du coeur, merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée de Duplessis. Et je reconnais maintenant M. le député de
Borduas.
Souligner le 275e anniversaire
de la municipalité
de Saint-Antoine-sur-Richelieu
M. Simon Jolin-Barrette
M.
Jolin-Barrette : Merci, M. le Président. Aujourd'hui, je souhaite
souligner un moment important pour les citoyens et citoyennes de Saint-Antoine-sur-Richelieu, qui célèbrent
cette année le 275e anniversaire de leur municipalité.
Située dans la
circonscription de Borduas, le long de la rivière Richelieu, la municipalité
est reconnue pour sa beauté, son patrimoine et la vitalité de sa communauté.
Membre de l'Association des plus beaux villages du Québec, elle se distingue par son environnement naturel,
son circuit patrimonial et sa Maison de la culture, qui enrichit la vie locale.
M.
le Président, cet anniversaire est l'occasion de rendre hommage aux citoyens et
citoyennes qui, de génération en génération, ont contribué à bâtir une
communauté tissée serré, fière de ses racines. Grâce à leur engagement,
la municipalité continue de rayonner.
Je tiens également à
saluer le travail des organisateurs des célébrations du 275e anniversaire,
ainsi que toutes les personnes qui s'impliquent pour souligner cette grande
occasion.
J'invite d'ailleurs
la population à venir découvrir ou redécouvrir cette municipalité unique.
Bon
275e anniversaire à toutes les Antoniennes et à tous les Antoniens. Merci,
M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Borduas. Alors, voilà qui met
fin à la rubrique Déclaration de députés.
Nous allons suspendre
les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à
9 h 55)
(Reprise
à 10 h 04)
La Présidente :
Bonjour, tout le monde. Mesdames
messieurs, bienvenue. Le parlement du Québec, c'est chez vous.
Messieurs dames les
députés, nous allons nous recueillir quelques instants.
Je vous remercie
beaucoup. Veuillez vous asseoir.
Présence
du consul général de la République tunisienne, M. Kamel Makkes
Alors,
j'ai le plaisir de souligner aujourd'hui la présence, dans les tribunes, du
consul de la République tunisienne, M. Kamel Makkes, à l'occasion
de sa visite de prise de poste.
Présence d'athlètes
québécois ayant participé aux Jeux olympiques
spéciaux mondiaux d'hiver à Turin
Et j'ai également le
plaisir de souligner la présence, dans les tribunes, des athlètes québécois
ayant participé aux jeux mondiaux d'hiver olympiques spéciaux à Turin en 2025.
Et voilà. Nous
poursuivons les affaires courantes.
Aujourd'hui, il n'y a
pas de déclarations ministérielles ni présentation de projets de loi.
Dépôt de documents
À la rubrique Dépôt
de documents, M. le ministre de la Culture et des Communications.
M. Lacombe : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Permettez-moi de déposer le rapport annuel de gestion 2024‑2025
du Musée d'art contemporain de Montréal. Merci.
La
Présidente : Et ce document est déposé.
Pour ma part, je
dépose les décisions du Bureau de l'Assemblée nationale.
Il n'y a pas de dépôt
de rapports de commissions ni de dépôt de pétitions.
Il n'y a pas de
réponses orales aux pétitions ni d'interventions portant sur une violation de
droit ou de privilège.
Questions et réponses orales
Nous en sommes
maintenant rendus à la période de questions et de réponses orales, et, pour ce
faire, je cède la parole, en question principale, à la cheffe de l'opposition
officielle.
Accès aux traitements
pour les maladies rares
Mme Marwah Rizqy
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Lundi, en prenant mon train pour venir à Québec, une dame me
reconnaît. Elle me parle de politique, d'économie, puis elle se confie. En
2023, son époux, après avoir lutté contre la maladie très rare de Huntington,
qui s'attaque principalement aux gens dans la quarantaine et la cinquantaine,
où il n'y a aucun traitement curable, a dû
avoir recours à l'aide médicale à mourir après trois demandes. Puis je lui
offre mes condoléances, mais
l'histoire ne s'arrête pas là. Récemment, son fils, Simon, qui a vu son père
dépérir, au début, d'année en année, de mois en mois, de semaine en
semaine, de jour en jour, à son anniversaire de 16 ans apprend que lui
aussi a le même diagnostic, et le compteur part à ce moment-là.
Simon
a 16 ans. Il sait que le pire s'en vient. Sa mère est quand même très
forte et elle me dit : En Hollande, tout à fait récemment, son médecin lui
apprend qu'il y a un nouveau traitement. 2 millions de dollars, c'est ça
que ça coûte.
M. le premier
ministre, je n'ai pas toutes les réponses, mais je sais que j'ai l'homme le
plus puissant du Québec devant moi.
Qu'allons-nous faire
pour Simon et les autres qui souffrent d'une maladie orpheline?
La Présidente : Et, Mme la cheffe, je
vous rappelle que vous vous adressez à la présidente. La réponse du premier
ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui, Mme la Présidente, bien, c'est absolument triste, ce qu'on apprend de
la part de la cheffe de l'opposition officielle. Doublement touchés, donc,
parents et enfant.
Écoutez, évidemment,
tout le monde va comprendre, là, que je ne peux pas répondre à un cas précis
comme ça sans avoir tous les détails. On sait que, les traitements puis les
médicaments qui coûtent très cher, il y a une partie de l'approbation qui vient du fédéral, il y a une partie qui vient du
Québec. Donc, je vais prendre connaissance du dossier pour voir comment
on peut faire avancer le dossier.
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Marwah Rizqy
Mme Rizqy :
Merci, Mme la Présidente. Le dossier, en fait, c'est cet adolescent, Simon.
Simon n'est pas seul, il y a d'autres Québécois qui souffrent de maladies rares
et orphelines. Le gouvernement a déposé, en 2023, un plan québécois sur les maladies orphelines et rares. En
mars dernier, le gouvernement fédéral a transféré 305 millions de dollars
pour les maladies rares et orphelines. Il y
a une demande d'accès qui a été faite. Aucune réponse pour savoir où est
l'argent.
Est-ce qu'on peut
avoir au moins un début de commencement de savoir où est l'argent?
• (10 h 10) •
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui. Mme la Présidente, c'est un sujet qui est discuté entre les premiers
ministres des provinces. Évidemment, il n'y a aucune province qui accepte
automatiquement tous les médicaments, surtout les médicaments qui sont coûteux.
Il faut voir c'est quoi, les impacts et puis est-ce que ces médicaments-là sont
vraiment efficaces.
Évidemment, on
discute ensemble, avec le gouvernement fédéral, de l'utilisation des sommes qui
viennent du fédéral, mais je rappelle, Mme
la Présidente, que, malheureusement, le fédéral contribue seulement 22 % à
tous les soins de santé, donc...
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
Mme Marwah Rizqy
Mme Rizqy :
«Je suis heureux de souligner la signature de l'entente avec le
gouvernement fédéral pour les maladies
rares, qui représente plus de 300 millions
de dollars, et ce, sans condition.»
Sans condition. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le ministre
de la Santé. Cet argent-là ne peut pas aller au fonds consolidé, il est dédié à
des gens qui en ont besoin.
La demande d'accès,
il y a eu un refus de réponse de Santé Québec et du ministère de la Santé. Moi,
pendant ce temps-là, je n'ai pas juste Simon, j'ai d'autres enfants qui sont en
train de souffrir. Alors, j'aimerais vraiment savoir. Où est cet argent.
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui, Mme la Présidente, je peux déjà garantir à la cheffe de l'opposition
officielle que cet argent est en santé. On a
actuellement beaucoup de demandes. Il y en a beaucoup, des maladies orphelines,
il y en a beaucoup, des nouveaux
médicaments. J'ai même eu l'occasion de rencontrer des représentants de
différentes entreprises pharmaceutiques, au cours des derniers mois, ils veulent tous que leurs médicaments
soient approuvés le plus rapidement possible. Il y a un comité indépendant qui existe, au ministère de la
Santé. Mais je peux assurer la cheffe de l'opposition officielle que l'argent du
fédéral est utilisé.
La
Présidente : Troisième complémentaire.
Mme Marwah
Rizqy
Mme Rizqy :
La maman m'a demandé quelque chose auquel j'ai refusé immédiatement. Elle
m'a dit : Est-ce qu'on peut mettre la maladie de Huntington rapidement sur
la voie rapide pour l'aide médicale à mourir? J'ai dit non. Pourquoi j'ai dit non? C'est parce qu'il y a
maintenant un traitement à 75 % de réussite. Alors, ça ne peut pas être
une façon de répondre aux Québécois.
On
doit s'assurer que Simon et les autres enfants qui ont des maladies rares et
orphelines aient droit à des traitements, et ce ne soit pas réservé à
ceux qui peuvent allonger le 2 millions. Et l'argent est au rendez-vous.
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui, Mme la Présidente, je ne pense pas que ni la cheffe de l'opposition
officielle ni personne ici ne peut s'improviser expert pour choisir les médicaments
qui sont couverts. Il y a un comité indépendant, qui s'appelle l'INESSS, qui
examine toutes les demandes, toutes les demandes pour les médicaments puis les
traitements qui sont pour des maladies rares, et ils choisissent celles qui
sont les plus urgentes. Donc, laissons les experts faire leur travail.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la
députée de Bourassa-Sauvé.
Pénurie de personnel professionnel et de
soutien dans le réseau de l'éducation
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet :
Mme la Présidente, il y a plus de trois semaines, la ministre de
l'Éducation mettait le couvercle sur la
marmite en annonçant son intention de lever la condition imposant un plafond
d'embauche dans nos écoles. Le milieu a cru pouvoir s'en réjouir. Or,
depuis cette annonce, silence radio. Aucune directive, aucun signal clair.
Pendant
ce temps, le réseau s'essouffle. Des enseignants suppléants se retrouvent sans
affectation, des techniciens en travail social ont quitté pour d'autres emplois,
et des élèves à besoins particuliers attendent encore leurs services.
Des parents nous
écrivent chaque semaine, inquiets de voir les suivis interrompus et les
activités annulées. Dans plusieurs écoles, on doit revoir les horaires,
reporter des interventions et improviser pour maintenir les services de base.
Comment la ministre
va-t-elle rétablir la stabilité et la confiance dans nos écoles? Et, surtout,
elle attend quoi pour retirer la condition, comme elle l'a promis?
La
Présidente : La réponse de la ministre de l'Éducation.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel :
Merci, Mme la Présidente. Et je veux promettre et jurer à tous les membres
de cette Assemblée que ce n'est pas coordonné entre ma collègue et moi, mais je
peux lui dire qu'aujourd'hui, au moment où on se parle, on est en train d'annoncer aux directeurs généraux, d'ici la fin de
l'avant-midi, là, qu'effectivement il y aura une nouvelle règle
budgétaire leur permettant d'utiliser au maximum les budgets disponibles.
Vous savez, la règle
cardinale demeurera toujours de respecter les budgets qui sont alloués. Les
besoins sont infinis et les disponibilités
sont limitées. Mais, naturellement, la préoccupation qu'on avait, de ce côté-ci
de la Chambre, c'est de s'assurer qu'au moins les budgets qu'on a pu... que mon
collègue a réussi à débloquer cet été soient utilisés au maximum.
Maintenant,
il y aura toujours une cible d'ETC. Les ETC, qui sont les équivalents à temps
complet, c'est-à-dire les heures rémunérées, correspondent à 80 %
du budget des écoles, des centres de services scolaires. Donc, ce sera toujours important pour eux de suivre leurs cibles.
Mais ils auront maintenant beaucoup plus de latitude pour être capables d'offrir
les services aux citoyens, dans le respect, naturellement, du budget global qui
leur est alloué.
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet : Mme la Présidente, donc,
j'entends la réponse de la ministre, qui semble essayer, encore une fois,
de mettre le couvercle sur la marmite, parce qu'elle nous répond qu'il y aura
toujours une cible d'ETC. La promesse qui a été faite au réseau, il y a trois
semaines, c'était de s'assurer de lever ces plafonds d'embauche pour leur
permettre de pouvoir embaucher à la hauteur de leurs besoins.
En
ce moment, moi, dans mon école, la présidente du conseil d'établissement de
l'école secondaire Henri-Bourassa, dans mon comté, elle m'a écrit
personnellement pour me faire part de l'annulation d'activités sportives en
raison des conditions d'embauche.
Est-ce que la
ministre peut lui répondre que ces cibles seront véritablement levées?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel :
Merci, Mme la Présidente. Bien, je vais remercier ma collègue pour la question
complémentaire. Ça va me permettre d'utiliser... de mieux expliquer.
Il y aura toujours
une cible, c'est un indicateur hyperimportant du suivi budgétaire. 80 % du
budget des centres de services scolaires, du
budget des écoles passe en rémunération. Donc, ce qui est important, pour les
centres de services scolaires, c'est de ne pas dépasser leur budget qui leur
est alloué et d'utiliser ces budgets pour des services aux élèves.
Alors, la cible demeura.
Ce qui était
difficile, dans le cas qu'on se parle, c'est qu'ils n'avaient pas le droit de
dépasser leur plafond. Et il n'y a pas de
plafond d'ETC, mais il y aura une cible, un indicateur qu'ils doivent suivre
sérieusement. Et, s'ils pensent qu'ils en ont besoin de plus, ils
doivent communiquer avec nous pour qu'on les...
La Présidente :
...complémentaire.
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet : ...chaque semaine
de retard compromet les services pour le reste de l'année. Mme Lanthier,
on a entendu... on a tous entendu son histoire au mois de septembre, elle a vu
son fils autiste de sept ans, Samuel, faire sa rentrée
scolaire dans une classe ordinaire, alors que les intervenants prévoyaient une
classe spécialisée pour le garçon. Pire encore, les services d'orthophonie et
d'éducation spécialisée dont il bénéficiait l'an dernier n'y seront plus
offerts. L'histoire de Samuel, là, c'est l'histoire de plein
d'enfants au Québec qui ont vécu la pire rentrée scolaire des 15 dernières
années. Aujourd'hui, la ministre nous dit qu'il y aura toujours des cibles...
La Présidente : La réponse de la
ministre.
Mme Sonia
LeBel
Mme LeBel : Merci. Mme la
Présidente, il y a une réalité qui va demeurer, c'est que le budget des centres
de services scolaires ne sera jamais indissocié du budget du Québec et des
disponibilités que les Québécois ont en matière de budget.
Maintenant, ce qu'on leur demande, c'est de
recentrer les dépenses sur les services aux élèves et de faire les bons choix.
Les centres de services scolaires sont responsables des choix qu'ils font. Par
contre, il y avait une difficulté au niveau des ETC. nous l'avons réglée.
Maintenant, ils ont leur budget à leur disposition, ils doivent le suivre et
faire les bons choix.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant le député de Pontiac.
Investissements dans le réseau collégial
M. André
Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, le premier ministre continue d'affirmer,
du bout des lèvres, mais quand même, que l'éducation, c'est sa priorité. Et
l'ex-ministre de l'Éducation, au moment de s'autorappeler à l'ordre et de
réinvestir partiellement, mais trop tard, les sommes qu'il avait lui-même
coupées, disait que les Québécois s'attendent à ce qu'on finance les services
nécessaires aux élèves. Mais ces élèves-là, ils arrêtent d'exister à
17 ans, apparemment, parce que les coupes dans les cégeps, elles,
demeurent entières.
Et voici ce que ça donne : des
bibliothèques fermées, parce qu'on n'a pas besoin de ça, des bibliothèques,
dans les cégeps, apparemment; des campus sans conseillers en orientation — je ne
sais pas vous, mais, au cégep, c'est pas mal là qu'on a besoin de conseillers
en orientation; des services d'aide psychosociale coupés, parce qu'à la CAQ on
trouve que c'est plein de bon sens, enlever des services d'aide psychosociale à
des jeunes de 17, 18, 19 ans. Ça, là, c'est des services directs qui sont
en train d'écoper et ça n'aide pas la réussite scolaire.
Alors, est-ce que la ministre va continuer l'oeuvre
de sa prédécesseure ou est-ce qu'elle va réparer le gâchis?
• (10 h 20) •
La Présidente : La réponse de la
ministre de l'Enseignement supérieur.
Mme Martine
Biron
Mme Biron : Merci, M. le député
de Pontiac, pour cette question importante. Bien sûr, je reprends la balle au
bond de ma collègue à l'Éducation, c'est important que les institutions
respectent les budgets qui leur sont octroyés. Et je vous montre ce tableau,
ici, qui démontre à quel point nous avons investi dans le réseau collégial
depuis que nous sommes au pouvoir. On voit ici, de 2014 à 2019, que la
croissance a été de 10 %, mais on voit que, depuis 2019, nous avons
augmenté les subventions aux collèges de 50 %. Nous sommes passés d'une
subvention de 2 milliards à 3 milliards de
dollars. Par étudiant, c'est assez important, ce que nous avons donné. Ça veut
dire que c'est 11 300 $ par étudiant qui est augmenté à
15 200 $. Et c'est gratuit, les cours au collège.
Alors, il y a
des efforts qui sont faits. Les différentes institutions ont eu une
augmentation de leur budget, peut-être pas autant qu'ils l'auraient
souhaité, mais cette année, leur défi, c'est de respecter leur budget et de
faire les choix appropriés pour, justement, entrer dans leur cadre budgétaire.
La Présidente : Première
complémentaire.
M. André
Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, je ne sais pas c'est quoi qui vous
motivait, vous, quand vous étiez au cégep, mais, pour beaucoup d'étudiants, ce
qui les pousse à se lever, ce matin, ce n'est pas nécessairement les cours de
français ou de philo, souvent, Mme la Présidente, c'est la vie étudiante, hein,
c'est les soirées d'impro, c'est la radio étudiante, c'est des matchs de
volleyball. Bien, Mme la Présidente, savez-vous ce qu'ils sont en train de
couper dans les cégeps en ce moment? Ils coupent la radio, ils coupent l'impro,
ils coupent les équipes de sport.
Alors,
peut-être que la ministre peut nous expliquer comment, couper ces services-là,
ça va aider la réussite scolaire.
Des voix : ...
La Présidente : Vous gardez
le silence. La réponse de la ministre.
Mme Martine Biron
Mme Biron :
Je n'ai aucun contrôle sur les activités des étudiants en dehors de leur cours.
Ce qui est important pour nous, c'est de nous assurer que ces cours soient
donnés et que les étudiants au niveau collégial aient de bons cours.
Quand... Je vous
remontre notre tableau et j'attire votre attention sur les deux dernières
années. Le budget est assez stable, mais vous êtes au courant de la situation
budgétaire du Québec. Alors, nous avons des choix à faire. Ce qui est important, c'est de s'assurer que les
différentes institutions respectent les budgets qui leur sont octroyés. Vous
verrez qu'il y a eu une augmentation, entre l'année dernière et cette
année, et que notre gouvernement est particulièrement préoccupé pour s'assurer
que l'enseignement supérieur se poursuive.
La Présidente :
Deuxième complémentaire.
M. André Fortin
M. Fortin : Mme la Présidente, là, ce n'est pas compliqué, le mot
d'ordre du gouvernement envers les cégeps, c'est :
Pigez dans vos surplus. Même si cet argent-là, il est destiné pour de
l'infrastructure ou pour des équipements, pigez dans vos surplus.
Alors,
je vais jouer dans le jeu de la CAQ deux secondes. Le cégep de Rimouski, cette
année, fait face à 3 millions de dollars de coupures, puis son surplus accumulé, il est de
170 000 $. La directrice dit : On n'a pas le choix de couper
dans les services directs aux élèves, on est obligés.
C'est quoi, la
solution de la ministre?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Martine Biron
Mme Biron :
Chaque cégep est souverain. Chaque direction de cégep peut faire ses propres
choix. Nous sommes conscients que ce n'est pas facile pour les différentes
institutions, et, au ministère, nos équipes accompagnent chacun des cégeps, et actuellement nous avons
presque complété le travail administratif avec les différents cégeps, et ils ont des défis qu'ils relèvent passablement bien.
J'ai rencontré les gens du cégep de Lévis, la semaine dernière, et on relève
le défi. J'ai aussi rencontré les gens de la
Fédération des cégeps dès mon arrivée en poste. Et j'ai l'intention de
poursuivre ce travail de terrain. C'est de cette façon qu'on réussit à
pouvoir...
La Présidente :
En question principale, je reconnais maintenant le député de LaFontaine.
Dépassements
de coûts dans le projet SIFARH
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Le contrat SIFA a été
signé par le ministère de la Santé le 1er mars 2024. J'ai des questions au
ministre de la Santé.
Quel
est le coût total du contrat? Quel est le coût du projet? Quel est le coût des
récurrences? Et quel est le coût des pénalités à titre de suspension et
de résiliation?
La
Présidente : La réponse du ministre de la Santé.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
Alors, pour le moment, Mme la Présidente, j'apprécie beaucoup le ton.
Alors, ça va bien. Ça va bien. Mais
malheureusement je vais avoir la même réponse qu'hier, Mme la Présidente, et la
même réponse que j'ai eue au cours des dernières semaines.
Lorsqu'on
a transféré le contrat de SIFA du ministère à Santé Québec, on a demandé à nos
experts en informatique de Santé Québec de prendre connaissance du contrat qui
avait été signé et de regarder qu'est-ce qu'ils pouvaient faire avec ce
contrat-là pour être capables de livrer la marchandise. Ils nous ont dit qu'il
y avait des enjeux importants. Et il y a eu une décision, de la part de notre
gouvernement, de demander à l'AMP de prendre connaissance du contrat et de voir
s'il y avait des choses qui devaient être régularisées.
J'ai expliqué que je
ne ferais aucun commentaire, Mme la Présidente, aucun commentaire sur le
travail qui est en train d'être fait par
l'AMP, parce que je ne sais pas le travail que l'AMP fait. Je sais une chose,
c'est qu'il est important de leur laisser faire leur travail. Et, quand
on aura les conclusions, Mme la Présidente, du travail qui est fait par l'AMP,
ça me fera plaisir de l'expliquer aux Québécois et de l'expliquer aussi au
député de LaFontaine. Merci.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : Contrat signé, 1er mars
2024, par son ministère. Il est le ministre de la Santé. Il ne peut pas, après
toutes ces longues semaines, ignorer réponse à nos questions.
Pourquoi refuse-t-il
de répondre? Quel est le coût total du contrat? Quel est le coût du projet, des
récurrences et le coût des pénalités? Pourquoi ne répond-il pas, lui, le
ministre?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
Mme la Présidente, je voudrais
dire, avec beaucoup d'humilité, que j'ai très hâte de pouvoir répondre
au député de LaFontaine, mais, dans ces questions-là, lorsqu'il est question de
voir si la signature de contrats s'est faite correctement, est-ce qu'il y a eu
des choses qui devraient être corrigées, la réponse, Mme la Présidente, c'est que
je ne peux pas donner une partie de réponse quand on ne comprend pas l'ensemble
de la problématique. Il est très clair pour moi...
Et je pense que le député
de LaFontaine respecte les organismes que nous avons en place pour s'assurer que les contrats publics
sont signés correctement et avec les bonnes autorisations. Laissons l'AMP faire
son travail, Mme la Présidente.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Marc Tanguay
M. Tanguay : L'organisme en cause,
l'organisme en cause, c'est son ministère. Il est responsable de son ministère.
Pour l'aider, en date du 2 août dernier, SIFA, montant réel dépensé :
65 millions. Autorisé, 202 millions. 430 millions, coût
estimé. Je l'aide.
Pourquoi ne répond-il
pas?
La
Présidente : La réponse du ministre.
M. Christian Dubé
M. Dubé :
Mme la Présidente, non, je ne trouve pas ça drôle du tout. Et j'ai
expliqué, Mme la Présidente, j'ai expliqué
plusieurs fois en cette Chambre que je crois que le député de LaFontaine doit
être prudent dans ses commentaires. Je
le vois, qu'il est plus prudent depuis ce matin. Tant mieux. Tant mieux, Mme la
Présidente. Je pense qu'on doit ici respecter les organismes comme
l'AMP, qui font un bon travail.
J'ai
très hâte que cette situation-là soit clarifiée, Mme la Présidente. Alors,
quand je serai capable de répondre aux questions
qui couvriront l'ensemble du dossier, si les bonnes personnes ont eu les
autorisations nécessaires pour procéder à la signature de ce contrat-là,
Mme la Présidente, je serai heureux de pouvoir le déclarer.
La Présidente :
En...
Des voix :
...
La Présidente :
S'il vous plaît! En question principale, je reconnais maintenant la cheffe du
deuxième groupe d'opposition.
Mesures pour atténuer les
effets de l'inflation
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Merci, Mme la Présidente. Mme la Présidente, nous, les députés, ici, à
l'Assemblée nationale, on est chanceux parce
qu'on a vu nos salaires exploser dans les dernières années. Malheureusement,
les Québécois, eux, ce qu'ils ont vu exploser, c'est le coût de
l'épicerie, le loyer, l'hypothèque. À chaque fin de mois, les Québécois sont
anxieux puis ils se demandent comment est-ce qu'ils vont faire pour boucler
leur budget.
Le Québec est champion,
on n'a pas de quoi être fiers, il est champion de l'inflation. Les loyers des
Québécois ont augmenté deux fois, deux fois
plus vite que pour les Canadiens. Je ne sais pas si le premier ministre est
rentré dans une épicerie récemment, mais, s'il est allé, il a sûrement
constaté à quel point les prix n'ont pas de bon sens. Le boeuf puis le café, c'est rendu du grand luxe. Les
préparations pour bébé ont augmenté de 129 %. C'est 2 000 $ par
bébé. Pour une famille de quatre, ça
coûte en moyenne 15 000 $ juste pour se nourrir, pas pour acheter du
homard ou du caviar, juste de la bouffe de base, des légumes frais.
Ça
fait des semaines, Mme la Présidente, qu'on siège ici, à l'Assemblée nationale.
Je n'ai pas entendu une seule mesure de la part de la CAQ et du premier
ministre pour aider les Québécois qui en arrachent, qui souffrent à cause
de l'augmentation du coût de la vie.
Qu'est-ce
que le premier ministre va faire pour aider les Québécois qui souffrent du coût
de la vie? Qu'est-ce qu'il va faire?
La Présidente :
La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui. Mme la Présidente, d'abord, je veux le dire, là, que je comprends très
bien les Québécois qui souffrent de l'augmentation du coût de la vie, de
l'inflation, que ce soit l'épicerie ou que ce soit le logement. C'est comme ça,
d'ailleurs, puis c'est une bien mince consolation, partout dans le monde,
partout au Canada.
Qu'est-ce qu'on fait?
Bon, d'abord, il faut rappeler ce qu'on a déjà fait. Non, mais...
Une voix :
...
M. Legault :
Oui, je sais qu'elle est au courant, mais elle était contre, Mme la Présidente.
Donc, il faut quand même le rappeler. Baisser les impôts, Québec solidaire
était contre. Baisser les taxes scolaires, Québec solidaire était contre. Donner
2 000 $, après impôt, aux personnes de 70 ans et plus qui ont
des faibles revenus, Québec solidaire était contre. Les allocations familiales qu'on a augmentées, je pense que Québec
solidaire ne s'est pas prononcé, peut-être, là-dessus.
Mais, Mme la
Présidente, on va continuer. Je veux annoncer, puis je l'ai déjà dit, j'ai
demandé au ministre des Finances, dans les prochains mois, d'aider le
portefeuille des Québécois qui en ont le plus de besoin. J'espère que, cette
fois-là, Québec solidaire va être d'accord.
La
Présidente : Première complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal :
Mme la Présidente, je ne parle pas du passé. En ce moment, les Québécois
souffrent. Les étudiants vivent de l'insécurité alimentaire, ils font la file.
Les mères, les femmes qui sont enceintes souffrent de malnutrition parce que ça
coûte extrêmement cher. Ce qui coûte le plus cher dans les budgets des
familles, c'est très simple, c'est l'épicerie puis c'est le logement. Depuis
que la CAQ est au pouvoir, les logements ont augmenté de 50 %, c'est ça,
le bilan du premier ministre, 50 %, 40 % de locataires, au Québec,
qui souffrent de l'augmentation des loyers...
• (10 h 30) •
La Présidente :
La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui. Mme la Présidente, la cheffe du deuxième groupe d'opposition parle des
étudiants. Je lui rappelle qu'on a augmenté l'aide financière aux études de
280 millions. Et, Mme la Présidente, on va continuer. Je lui demande
d'être patiente, il y a une mise à jour qui s'en vient.
Mais une chose qui
est certaine, c'est qu'on n'ira pas avec la suggestion de Québec solidaire de
geler les loyers. Je ne pense pas que c'est en faisant souffrir les
propriétaires qu'on va régler le problème de logement. Ce n'est pas en
décourageant les propriétaires qu'on va régler le problème du logement, c'est
en aidant des locataires, c'est en mettant de l'argent dans le portefeuille des
locataires.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Mme
la Présidente, si, au Canada, le coût des logements n'a pas augmenté autant
qu'au Québec, ce n'est pas parce qu'ils sont plus intelligents, c'est parce
qu'ils ont... les gouvernements, ils ont plafonné les loyers, ils ont
contrôlé les loyers, ce que refuse de faire le gouvernement ici. Ce qu'il
décide de faire, c'est encore une fois de taper
sur la tête des locataires qui souffrent de la crise du logement. Il y a une
crise de l'itinérance, je le rappelle au premier ministre. Et ça, c'est
lui qui a le pouvoir d'agir.
Moi, je suis
locataire, mais moi, je suis capable de supporter une hausse des loyers, pas
40 % des locataires. Qu'est-ce qu'il va faire pour eux?
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Bien, Mme la Présidente, Québec solidaire pense qu'en tapant sur la tête
des propriétaires ils vont régler le
problème des locataires. C'est faux. Tout ce qu'ils vont réussir à faire, c'est
d'avoir de moins en moins de propriétaires, donc de moins en moins de
logements à louer. C'est exactement le contraire qu'il faut faire, il faut
encourager à construire plus de logements.
Puis
là où je ne suis vraiment pas d'accord avec Québec solidaire, c'est que, quand
on se compare avec l'Ontario puis le reste du Canada, c'est au Québec que le
revenu disponible après impôt, après inflation a été le plus élevé, depuis sept ans. Donc, quand même,
reconnaissons que, même s'il reste du travail à faire, c'est nous qui en avons
fait le plus.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant le député
de Gouin.
Accès aux services spécialisés en milieu scolaire
M. Gabriel Nadeau-Dubois
M. Nadeau-Dubois :
Merci, Mme la Présidente. La rentrée scolaire, c'était il y a un mois et
demi, et ça fait trois semaines que les profs, les directions d'école, que tout
le monde dans le système d'éducation attend que la ministre réalise sa promesse de retirer les plafonds
d'embauche absurdes et désastreux qu'a imposés son prédécesseur au ministère
de l'Éducation. On apprend ce matin que ça
va enfin arriver. Tant mieux, mais les gens méritent, pour une fois, une réponse
claire, après avoir attendu pendant aussi longtemps.
La question est la
suivante : Si les écoles ont besoin d'allouer un peu plus d'heures à une
technicienne en éducation spécialisée, à une
orthopédagogue ou à une orthophoniste pour s'occuper des élèves en difficulté,
est-ce qu'ils vont pouvoir le faire?
Si les centres de services doivent dépasser leur cible d'ETC pour donner des
services aux élèves, est-ce que ça va être permis, oui ou non?
La
Présidente : La réponse de la ministre de l'Éducation.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Vous savez, depuis 2018, les budgets en
éducation ont été augmentés de plus de 58 %. Maintenant, les centres de
services scolaires doivent faire un exercice rigoureux de gestion de leur
budget. Ce qu'on leur demande de faire, c'est de maximiser les sommes et de les
utiliser pour les services aux élèves.
Maintenant, il y
avait un enjeu par rapport à un plafond ou une cible d'ETC qui était
interprétée de telle façon que, même s'il restait de l'argent dans le budget
global, ça semblait être un frein pour les heures rémunérées ou pour
l'embauche. Dans la... Au moment où on se parle, dans les heures qui vont
suivre, on va rencontrer les directeurs des centres
de services scolaires pour leur
expliquer que, maintenant, si les budgets sont disponibles, ils pourront embaucher
pour des services directs à l'élève.
Ils auront toujours
une cible d'ETC. C'est important de suivre les cibles d'ETC. C'est... 80 %
de leur budget, c'est de la rémunération. Ce
sont des gestionnaires de l'argent public, ils doivent avoir des règles de
gestion strictes, les ETC en est une. Mais, si le budget est nécessaire,
ils pourront... est disponible, ils pourront embaucher.
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Gabriel Nadeau-Dubois
M. Nadeau-Dubois : La question est très
simple, là. S'il faut la dépasser, la cible, pour donner des services directs
à des élèves en difficulté, s'il faut la dépasser, est-ce que ce sera permis,
oui ou non?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel :
Oui. Bien, Mme la Présidente, je vais le répéter de plusieurs façons
différentes. Je viens de dire que, si les budgets étaient disponibles et que
c'était pour des services à l'élève, ils pourront embaucher. J'ai toutefois
précisé qu'ils auront toujours une cible à suivre, parce que c'est un indicateur
extrêmement important et pertinent pour s'assurer
qu'ils respectent leur budget global. Et la règle cardinale est de respecter
leur budget. Ce sont des gestionnaires de l'État, c'est de l'argent public. Mais
je peux répéter : si l'argent est disponible et que c'est pour des
services directs à l'élève, ils pourront embaucher.
La
Présidente : Deuxième complémentaire.
M. Gabriel Nadeau-Dubois
M. Nadeau-Dubois :
Savez-vous ce que les directeurs puis les directrices d'école que je
rencontre me disent? Ils me disent que, dans le temps des libéraux, c'était
moins pire. Ah! les libéraux, ils coupaient en masse, en éducation, la CAQ fait
la même chose, mais au moins, dans le temps des libéraux, c'était clair, on
savait combien ils coupaient, on savait quand ils coupaient puis on savait comment ils coupaient. Avec
la CAQ, c'est des coupures mais avec un petit extra d'improvisation.
La réponse... La
question est simple : Est-ce qu'ils peuvent dépasser leur cible, oui ou
non?
La
Présidente : La réponse de la ministre.
Mme Sonia LeBel
Mme LeBel :
Oui. Bien, si je me fie à l'état du suivi des dépenses dans les deux grands
réseaux et les missions de l'État quand on est arrivés, en 2018, je me
demande... c'était peut-être moins pire en apparence dans le temps des libéraux
parce qu'ils ne savaient pas ce qui se passait.
Maintenant,
ce que je viens de dire, c'est très clair. Ils doivent respecter leur budget. Et,
s'ils respectent leur budget, ils pourront embaucher. Il s'agit d'une
cible et non pas d'un plafond.
La
Présidente : En question principale...
Des voix : ...
La
Présidente : Alors... Bon, bon, bon. On perd du temps.
Article 32. On garde le silence.
En question
principale, je reconnais le chef du troisième groupe d'opposition.
Pénurie de places en service de garde
M. Paul St-Pierre
Plamondon
M. St-Pierre
Plamondon : Mme la Présidente, il y a sept ans, la CAQ s'engageait à
fournir une place en CPE à chacun des
enfants du Québec. En 2021, c'est le premier ministre qui disait qu'il fallait
développer ces nouvelles places, j'ouvre les guillemets, «au plus
sacrant». L'échéancier, à l'époque, dans une promesse formelle, c'était mars
2025. Mme la Présidente, je vous confirme
que c'est complètement raté. La liste stagne toujours à
30 688 enfants, et les parents, à qui la CAQ a promis mer et
monde, bien, ils attendent toujours, puis ils vont continuer d'attendre.
Cette incapacité à
livrer les places nous rappelle les nombreux dossiers où la CAQ n'a pas
respecté ses promesses : un médecin de famille pour tous, 90 minutes
à l'urgence, les maternelles quatre ans, la construction de logements sociaux, les pleins pouvoirs en
immigration et en culture, la rénovation des écoles, la réduction de la taille
de l'État, les trop-perçus
d'Hydro-Québec. Il me manque de temps, mais vous savez qu'il y en a pas mal
plus, des exemples.
Les
Québécois, dans le cas des enfants, sont attachés à cette idée que chaque
enfant puisse avoir une chance égale dans la vie, et le modèle de CPE mis sur
pied par le Parti québécois sous la vision de Pauline Marois, il est là pour
garantir à nos tout-petits une
qualité de service de renommée mondiale, et la CAQ a choisi de renier cet
héritage et surtout de briser ses promesses.
Est-ce que le premier
ministre peut reconnaître qu'en matière de places en garderie il n'a pas
respecté sa parole?
La
Présidente : La réponse du premier ministre.
M. François Legault
M. Legault :
Oui, Mme la Présidente, si j'étais à la place du chef du troisième groupe
d'opposition, je serais un peu gêné de poser
cette question-là. Il fait référence à Pauline Marois. Lorsque Pauline Marois a
été première ministre, il s'est créé, durant son année,
2 898 places. Donc, 2 898 places. Depuis qu'on a annoncé le
Grand chantier, on a créé 41 000 nouvelles places,
41 000 nouvelles places, et il y en a 13 000, actuellement, qui
sont en réalisation.
Et je suis surpris
que le chef du troisième groupe d'opposition ne comprenne pas pourquoi il reste
encore un manque de places. Il la connaît, la réponse. Il la connaît, la
réponse. Je sais que Québec solidaire la refuse, mais il la connaît, la réponse. Il y a eu une augmentation,
une explosion de la demande suite aux nouveaux arrivants. Mais, Mme la Présidente,
41 000 places versus 2 800 avec Mme Marois, bien, je suis fier
de notre bilan.
• (10 h 40) •
La
Présidente : Première complémentaire.
M. Paul St-Pierre
Plamondon
M. St-Pierre
Plamondon : Bien, ce n'est pas tous les jours qu'on entend le premier
ministre être fier de ne pas respecter sa
promesse. On en prend acte. Mais la réalité, c'est qu'il y a plus de
30 000 familles qui attendent et que les chiffres qu'il nous donne, c'est les places qu'ils
créent, sans comptabiliser les places qui disparaissent. Donc, c'est pour ça
qu'il y a un bilan qui n'avance pas pour la CAQ, malheureusement.
Donc, est-ce qu'on...
sinon, est-ce qu'on peut s'entendre d'au moins appliquer le modèle de CPE aux
milieux plus défavorisés, au moins faire quelque chose, ne pas simplement
abandonner cette question-là? Est-ce que le premier ministre pourrait au moins
s'engager à un compromis où on avance...
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. François
Legault
M. Legault :
Oui. Bien, le chef du troisième groupe d'opposition nous a habitués à dire
des choses qui sont inexactes. Le 41 000, c'est un net, c'est des places
créées moins les places perdues, plus 41 000, contrairement à ce qu'il
vient de dire. Donc, Mme la Présidente, comment peut-on avoir confiance dans un
homme qui ne donne pas les vraies données à la population?
Mme
la Présidente, on a créé des places. Il y en a encore 13 000 qui sont en
réalisation. Pourquoi on arrive encore à avoir des demandes? Parce qu'il y a eu
une explosion de l'arrivée d'immigrants temporaires, en particulier...
La
Présidente : Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je
reconnais...
Des voix :
...
La Présidente :
Deuxième complémentaire. Et, pour ce faire, je reconnais la députée de
Terrebonne. La parole est à vous, juste à vous, madame.
Mme Catherine Gentilcore
Mme Gentilcore :
Revenons aux enfants défavorisés. 42 millions de dollars par
année, c'est tout ce que ça coûterait de plus pour convertir les garderies à
but lucratif des milieux défavorisés en CPE plutôt qu'en garderies
subventionnées, alors que c'est justement dans ces milieux-là qu'il faut
favoriser l'implantation des CPE. 750 millions dilapidés dans Northvolt, 1,2 milliard dans SAAQclic.
Là, on parle de 42 millions pour maximiser les chances de réussite
de nos enfants les plus vulnérables.
Est-ce que la
ministre s'engage à injecter cette somme-là pour nos enfants vulnérables?
La
Présidente : La réponse de la ministre de la Famille.
Mme Kateri Champagne
Jourdain
Mme Champagne
Jourdain : Merci, Mme la Présidente. Je suis très heureuse d'avoir
cette question-là, parce que je pense que le premier ministre a été très clair
sur ce qu'on a fait avec le Grand chantier. Je souligne le travail incroyable
de mes prédécesseurs. Et je veux vous dire qu'on en a fait plus en trois ans
que les autres gouvernements en trois mandats, Mme la Présidente. C'est
incroyable!
Et une autre chose
qui va nous permettre aussi d'apporter plus d'équité et de transparence, c'est
le nouveau portail qui remplace La Place 0-5, qui va nous permettre
d'avoir une règle uniforme d'admission en service de garde. Avant ça, Mme la
Présidente, il y avait plus de 2 000 règles différentes, au Québec.
On travaille sur
l'équité, l'accessibilité, puis on livre, Mme la Présidente.
La
Présidente : ...question principale...
Des voix :
...
La Présidente :
En question principale, je reconnais la députée de Rimouski.
Prolongement de l'autoroute 20 entre
Notre-Dame-des-Neiges et Rimouski
Mme Maïté Blanchette
Vézina
Mme Blanchette Vézina : Merci,
Mme la Présidente. Le 24 avril 2024, l'Assemblée nationale a adopté à
l'unanimité une motion que j'ai déposée conjointement avec le député de Matane-Matapédia
affirmant que le prolongement de l'autoroute 20
entre Notre-Dame-des-Neiges et Rimouski est essentiel pour la sécurité routière
et le développement économique de l'Est
du Québec. Cette motion demandait au gouvernement de finaliser la conception,
accélérer les études et planifier le financement du chantier.
Pourtant,
plus d'un an plus tard, aucun échéancier n'a été présenté, et, pire, les études
ont été suspendues, les contrats, interrompus, et les citoyens sont
toujours dans le flou.
Le
ministre répète que la sécurité routière est sa priorité, alors que la
finalisation de l'autoroute et l'élargissement des tronçons existants
sont la clé pour améliorer le bilan en sécurité routière au Bas-Saint-Laurent.
Ma question, Mme la
Présidente : Va-t-il s'engager aujourd'hui à respecter la motion adoptée
en déposant rapidement un échéancier et en débloquant les sommes pour la
finalisation de l'autoroute 20?
La Présidente :
La réponse du ministre des Transports et de la Mobilité durable.
M. Jonatan Julien
M. Julien : Oui.
Merci, Mme la Présidente. Écoutez, bien, je suis... j'entends la question de ma
collègue. Je suis... Je suis un peu surpris quand même de la nature de
cette question-là, parce que ma collègue, somme toute, connaît très bien l'état du dossier dont on parle aujourd'hui.
Elle a eu l'occasion de participer à ces discussions-là dans le passé avec nous
et comprend certainement les contraintes financières qu'on a par rapport aux
infrastructures. Alors, aujourd'hui, qu'elle pose une question dont elle a
participé à fournir la réponse précédemment, ça me surprend beaucoup. Mais je
comprends que son schème de pensée a changé dans les derniers mois.
Ceci étant dit, on met des sommes comme on n'a
jamais mis dans les infrastructures routières. Et le principal... le principal
défi...
Des voix : ...
La
Présidente : ...un
instant. Article 32. C'est bon pour tout le monde. On garde le silence, je vous prie. J'aimerais entendre la
réponse. Silence pour tout le monde, des deux côtés! M. le ministre,
poursuivez.
M. Julien : Oui.
Merci, Mme la Présidente. Des sommes comme jamais les sommes ont augmenté, en infrastructures,
et 85 % vont en maintien d'actif, qui est notre principal défi. Donc, ma
collègue, très bien... connaît très bien nos défis, je suis heureux de les
partager avec elle.
La Présidente : ...complémentaire.
Mme Maïté Blanchette Vézina
Mme Blanchette Vézina : Mme la
Présidente, le ministre a raison, je connais ces contraintes. Par contre, il
avait toujours été clair, et d'ailleurs le projet est toujours au PQI, que ce
projet allait avancer suite à l'autoroute 85. Malheureusement, on a appris
dans les médias, et je l'ai appris de la même façon que les autres citoyens du
Québec, que, malgré le fait que la 85 allait
être terminée, les sommes n'allaient plus être au rendez-vous et les équipes
étaient démantelées pour aller s'occuper de d'autres projets.
Mme la Présidente, l'Assemblée nationale, elle a
parlé d'une seule voix. Les élus, les partenaires économiques sont là. Quand
va...
La Présidente : La réponse du
ministre des Transports.
M. Jonatan Julien
M. Julien : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Bien, je réitère que ma collègue était certainement aux discussions
lorsqu'on a élaboré le Plan québécois des infrastructures, les différents
enjeux qui ont été énoncés par les secteurs budgétaires importants, santé,
éducation, transport, le fait que notre gouvernement a augmenté à
164 milliards, des sommes records,
qu'on a investi comme jamais pour le maintien de nos infrastructures. Si elle
n'était pas consciente de ces éléments-là, elle manquait une maudite
bonne partie.
Maintenant qu'on dit ça, oui, on priorise. Oui,
on doit faire des choix budgétaires. Et il y a des choix budgétaires qui sont
difficiles, elle en est consciente. Je pourrais en discuter avec elle n'importe
quand.
La Présidente : Deuxième...
Des voix : ...
La Présidente : S'il vous
plaît! Chers collègues, une seule personne a droit de parole ici, c'est la
députée de Rimouski, pour sa deuxième complémentaire.
Mme Maïté Blanchette Vézina
Mme Blanchette Vézina : Très
contente qu'il accepte de me rencontrer, ça va me faire plaisir de lui parler,
même de lui faire rencontrer le comité qui travaille fort pour que ce projet
voie le jour. Depuis 2006, le BAPE est fait.
Alors, ma question, elle est claire, Mme la
Présidente : Quand va-t-il financer ce projet et quel est l'échéancier du
gouvernement? C'est une priorité pour les citoyens.
La Présidente : La réponse du
ministre.
M. Jonatan Julien
M. Julien : Oui. Bien, ma collègue
dit qu'elle est contente que j'accepte d'avoir une rencontre avec elle. Si elle
en avait fait la demande, elle sait que je l'aurais acceptée, on se connaît
assez bien, depuis plusieurs années qu'on a travaillé
ensemble, que je suis toujours prêt à rencontrer les gens pour avoir de
franches discussions. Ce que je réitère, Mme
la Présidente, c'est que le budget qu'on a actuellement en infrastructures n'a
jamais été aussi élevé. En termes routiers, on convient tous qu'on doit
prioriser le maintien des actifs. 85 % des sommes, c'est à cet effet-là, parce qu'on a un réseau routier fortement
développé. Les projets de bonification, on doit regarder nos capacités
financières, elle le sait, je le sais. On va agir de manière
responsable.
La
Présidente : En question principale, je reconnais maintenant la
députée de D'Arcy-McGee.
Impact de la création de Santé Québec sur
l'accès aux services en santé mentale
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass :
Mme la Présidente, alors que le premier ministre a affirmé que les
compressions budgétaires ne toucheraient pas les services à la population, la
réalité est tout le contraire pour la Capitale-Nationale. Dans une lettre
rendue publique hier, plus de 56 psychiatres du CISSS de la
Capitale-Nationale dénoncent les coupures massives en santé mentale, la fermeture du centre 388 pour les jeunes adultes
atteints de psychose, la disparition de l'hôpital de jour du faubourg
Saint-Jean et maintenant la fin des services spécialisés pour les troubles
anxieux et la dépression.
Ces médecins parlent
de soins déshumanisés, d'une logique de performance qui mise sur la quantité
plutôt que la qualité et des systèmes qui privilégient ce qui coûte le moins
cher plutôt que ce qui soigne vraiment les gens.
Ma
question, Mme la Présidente, au ministre des Services sociaux : Comment est-ce
qu'il peut prétendre... continuer à prétendre que les décisions de Santé Québec
n'ont pas un impact sur les soins à la population quand les psychiatres
du réseau sortent pour dénoncer ces actes-là?
La
Présidente : La réponse du ministre responsable des Services sociaux.
M. Lionel Carmant
M. Carmant :
Bien, merci beaucoup, Mme la Présidente. Vous savez comme je suis toujours
heureux de me lever pour parler de santé
mentale. J'apprécie la question de la députée de D'Arcy-McGee. Puis, oui, je
comprends, on en a parlé déjà en
cette Chambre, que, pour des médecins psychiatres, de voir les programmes
qu'eux-mêmes ont déployés fermer,
c'est un changement qui est difficile à accepter, Mme la Présidente. Mais de
dire qu'on transforme ça par d'autres choses, par moins de services,
c'est tout à fait inexact.
Par
quoi on a remplacé ces services-là? Par trois unités d'hospitalisation à
domicile, Mme la Présidente, des équipes qui vont soigner les gens chez
eux, là. Qu'est-ce qu'on a fait? On a ouvert 24 lits de santé mentale à
l'Auberivière pour la santé mentale des
personnes en situation d'itinérance, on en parle souvent ici, d'itinérance, 24 lits,
chose qui n'existait pas avant, Mme
la Présidente. On a ouvert deux Aires ouvertes pour les jeunes à Québec, un
satellite à Portneuf, Mme la Présidente. Tout ça, c'est des nouveaux
services qu'on a ouverts.
C'est sûr qu'il y a
des services qui existaient qui sont... qui étaient peu efficaces, maintenant
on l'a remplacé par des services qui sont beaucoup
plus efficaces. Puis, à la complémentaire, je vais vous parler de l'efficacité
des services qui sont actuellement offerts, Mme la Présidente.
• (10 h 50) •
La Présidente :
Première complémentaire.
Mme Elisabeth Prass
Mme Prass :
Mme la Présidente, moi, j'ai parlé aux psychiatres du CIUSSS de la
Capitale-Nationale vendredi, et eux ne
voient pas ce réaménagement de façon utile. Ils voient que, maintenant, il va y
avoir plus de gens qui vont se présenter dans les urgences, plus de lits
dans les départements d'urgence pour la santé mentale qui vont se remplir. Vous pensez que prendre quatre vingt-cinq sous
pour une piastre, c'est la solution, mais ce n'est pas du tout... Il y a des
services spécialisés pour des gens avec des cas spécialisés qui ne sont plus
là, qui vont se retrouver à l'urgence, qui sont déjà débordées.
La
Présidente : Et, Mme la députée, vous vous adressez à la présidente.
La réponse du ministre.
M. Lionel Carmant
M. Carmant :
Ça fait qu'on va parler de changements qu'on a déployés en santé mentale,
au Québec. Ça, c'est dans la dernière année, 30 % de diminution des listes
d'attente en santé mentale pour les adultes, 50 % de diminution des délais
d'attente pour la santé mentale des jeunes, Mme la Présidente. Est-ce qu'on
peut être contre ça d'une certaine façon?
Impossible. En plus, encore mieux, parce que la demande a augmenté, les délais
d'attente hors délai, c'est-à-dire ceux qui sont vus après
30 jours, ça aussi, ça diminue, malgré la hausse de la demande, Mme la
Présidente.
Donc, ce
qu'on arrive... c'est qu'on offre des meilleurs services. Ce qu'on demande aux
psychiatres de la région de la Capitale-Nationale, c'est venir offrir
des services en CLSC, maintenant, c'est la prochaine étape. Ma collègue de Marie-Victorin
y travaille.
La Présidente : Cela
met fin à... Oui, Mme la leader du premier groupe d'opposition, je peux vous
entendre.
Mme
Setlakwe : Mme la Présidente, est-ce qu'on peut avoir... est-ce qu'on peut demander que le tableau
soit déposé, s'il vous plaît?
La Présidente : Consentement pour le
dépôt?
Une voix : ...
Documents déposés
La Présidente : Vous avez
votre réponse.
Alors, cela met fin à cette période de questions
et de réponses orales.
Motions sans préavis
Comme il n'y a pas de votes reportés, nous
allons passer à la rubrique Motions sans préavis, et, pour ce faire, je cède la
place au troisième vice-président de l'Assemblée nationale. Merci beaucoup pour
votre attention.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Alors,
bonjour, collègues. Nous sommes à la rubrique Motions sans préavis. En fonction
de nos règles de présentation et de l'ordre de présentation des motions sans
préavis, je reconnais maintenant un membre du deuxième groupe d'opposition. M.
le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Je sollicite le consentement de cette Assemblée pour présenter
la motion suivante :
«Que
l'Assemblée nationale exprime sa vive inquiétude devant la hausse record des
loyers, qui a bondi de 9,6 % en un an, soit plus du double de la
moyenne canadienne, où les provinces ont imposé des plafonds plus stricts sur
les hausses permises;
«Qu'elle
demande au gouvernement du Québec d'agir sans délai pour freiner la flambée des
loyers et protéger les locataires.» Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Il n'y a pas de consentement.
Pour la
prochaine motion, qui revient au troisième groupe d'opposition, je reconnais
Mme la députée de Terrebonne.
Mme Gentilcore : Je
sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin de présenter,
conjointement avec la députée de Westmount—Saint-Louis et le député d'Hochelaga-Maisonneuve, la motion suivante :
«Que
l'Assemblée nationale souligne la Semaine nationale des éducatrices et des
éducateurs de la petite enfance;
«Qu'elle prenne acte de la publication de
l'étude Examen de l'arrimage entre besoins des enfants et offre de services
de garde éducatifs au Québec réalisée par la Chaire de fiscalité et de
finances publiques de l'Université de Sherbrooke;
«Qu'elle
fasse sienne la conclusion de l'étude à l'effet que les Centres de la petite
enfance sont le milieu de garde à privilégier, notamment auprès des
enfants qui proviennent de milieux socio-économiques défavorisés;
«Par conséquent, qu'elle demande au gouvernement
de procéder à la conversion complète des garderies non-subventionnées en CPE
dans les milieux défavorisés.»
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Y
a-t-il consentement pour débattre de cette motion?
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Il n'y a pas de consentement.
La prochaine motion revient au gouvernement, et
je reconnais M. le député de Chapleau.
Réitérer
l'opposition formelle de l'Assemblée
à la Loi constitutionnelle de 1982
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci, M. le Président. Et donc je sollicite
le consentement de cette Assemblée afin
de présenter la motion suivante conjointement avec le député d'Acadie,
le leader du deuxième groupe d'opposition, le député de Jean-Talon et la
députée de Rimouski :
«Que l'Assemblée nationale réitère son
opposition formelle à la Loi constitutionnelle de 1982 à laquelle aucun gouvernement du Québec n'a accepté d'adhérer
depuis, incluant tous les gouvernements formés par le Parti libéral du Québec;
«Que l'Assemblée nationale demande à
toutes les formations politiques représentées en cette Chambre de s'engager
à ne pas signer la constitution de 1982.»
Des voix :
...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette
motion?
M. Lévesque
(Chapleau) : Il y a
consentement, sans débat. Et, devant tant d'harmonie, je demanderais un vote
électronique, s'il vous plaît.
Mise aux voix
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Un vote a été demandé. La période de vote est
ouverte.
La période de vote
est terminée. M. le secrétaire général.
Le
Secrétaire : Pour : 108
Contre :
0
Abstentions :
1
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Cette motion est adoptée. M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Je vous demanderais d'envoyer une copie au Parti libéral
du Québec et également à son chef, s'il vous plaît.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Ce sera fait, M. le leader adjoint du
gouvernement. Pour la prochaine... Ah! Mme la leader de l'opposition
officielle.
Mme Setlakwe : ...mentionner qu'au même
titre, bien, on va transmettre notre position historique. Et on a même
identifié les passages pertinents.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la leader de l'opposition officielle.
Des voix :
...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : S'il vous plaît! S'il vous plaît! Nous allons
poursuivre, s'il vous plaît. S'il vous plaît!
La
prochaine motion... La prochaine motion revient donc à l'opposition officielle,
et je reconnais Mme la leader de l'opposition officielle.
Mme Setlakwe : M. le Président, je
sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion
suivante :
«Que l'Assemblée
nationale déclare qu'il est de la responsabilité de ses membres d'élever le
débat public;
«Qu'elle souligne que
le fait de qualifier une majorité de Québécoises et de Québécois qui ne
souhaite pas un référendum de personnes "qui préféreraient qu'on se laisse
mourir ou que les problèmes s'aggravent" ne contribue pas à élever le
débat.»
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Y a-t-il consentement pour débattre de cette
motion?
M. Lévesque
(Chauveau) : ...sans débat, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
Une voix :
...
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Il n'y a pas de consentement. Nous allons
poursuivre.
Avis touchant les travaux des
commissions
Nous allons
poursuivre... S'il vous plaît! S'il
vous plaît! Nous allons poursuivre, maintenant, aux avis touchant les travaux
des commissions. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui, merci, M. le Président.
Et
donc j'avise cette Assemblée que la Commission des relations avec les citoyens
va poursuivre les consultations générales et les auditions publiques sur le
cahier de consultation intitulé La planification de l'immigration
au Québec pour la période 2026‑2029 aujourd'hui, après les avis touchant les travaux des commissions
jusqu'à 12 h 50 et de 15 heures à 18 h 15, à la
salle Louis-Joseph-Papineau;
La Commission de la
culture et de l'éducation va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 94, la Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans
le réseau de l'éducation et modifiant diverses dispositions législatives, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à
13 heures et de 15 heures à 18 h 30, à la salle Louis-Hippolyte-La Fontaine;
La Commission
de l'aménagement du territoire va entreprendre l'étude détaillée du projet loi n° 104, Loi modifiant diverses dispositions afin notamment de donner
suite à certaines demandes du milieu municipal, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à
13 heures et de 15 heures à 18 h 30, à la salle
Pauline-Marois.
• (11 heures) •
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le leader adjoint du gouvernement.
Pour ma part, je vous avise que la Commission de
l'aménagement du territoire se réunira en séance de travail le jeudi 23 octobre 2025, de
8 heures à 8 h 30, à la salle
Louis-Hippolyte-La Fontaine,
afin de statuer sur la possibilité que la
commission se saisisse de la pétition concernant la demande visant à rejeter le
projet de règlement modifiant le calcul des augmentations de
loyer.
Je vous avise également que la Commission des
relations avec les citoyens se réunira en séance de travail le jeudi 23 octobre 2025, de
8 h 30 à 9 heures, à la salle RC.189, afin d'organiser les
travaux de la commission et afin de statuer sur la possibilité que la commission se saisisse de la pétition portant
sur la conversion des garderies non subventionnées en garderies
subventionnées.
Enfin, je vous avise que la Commission des
transports et de l'environnement se réunira en séance de travail le jeudi 23 octobre 2025, de
8 h 30 à 9 heures, à la salle
Louis-Hippolyte-La Fontaine,
afin de statuer sur la possibilité que la commission se saisisse de la pétition concernant la sécurisation de
l'intersection de la route 337 avec la montée Hamilton et le chemin
Vincent-Massey.
Affaires du jour
La période
des affaires courantes étant terminée, nous allons maintenant passer aux
affaires du jour. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci
beaucoup, M. le Président. Et je vous demanderais de bien vouloir appeler
l'article 58 du feuilleton, s'il vous plaît.
Motions du gouvernement
Motion proposant que la Commission des institutions
procède à une
consultation générale à l'égard du projet de loi n° 1
Le Vice-Président (M. Benjamin) : À
l'article 58 du feuilleton, aux motions du gouvernement, M. le leader du
gouvernement présente la motion suivante :
«Que la commission des institutions procède à
une consultation générale à l'égard du projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, et qu'elle tienne des auditions
publiques à compter du 4 décembre 2025;
«Que les mémoires et demandes d'interventions
soient reçus au secrétariat de la commission au plus tard le 24 novembre
2025;
«Que le
ministre de la Justice et ministre responsable des Relations canadiennes soit
membre de ladite commission pour la durée du mandat.»
Je vous
informe que la répartition du temps de parole pour ce débat restreint
s'effectuera comme suit : 27 min 45 s allouées au
groupe parlementaire formant le gouvernement, 15 min 47 s
allouées au groupe parlementaire formant l'opposition officielle,
9 min 28 s allouées au deuxième groupe d'opposition,
4 min 44 s allouées au troisième groupe d'opposition,
45 secondes allouées à chacun des députés indépendants. Dans le cadre de
ce débat, les temps... le temps non utilisé par les députés indépendants ou par
l'un des groupes parlementaires sera redistribué entre les groupes
parlementaires selon les proportions établies précédemment. Mis à part ces
consignes, les interventions ne seront soumises
à aucune limite de temps. Enfin, je rappelle aux députés indépendants que,
s'ils souhaitent intervenir au cours du débat, ils ont 10 minutes à
partir de maintenant pour en aviser la présidence.
Je cède maintenant la parole au leader du
gouvernement.
M. Simon Jolin-Barrette
M. Jolin-Barrette : Oui, merci,
M. le Président. Alors, ça me fait plaisir d'intervenir sur la motion que nous
avons inscrite et qui se lit ainsi :
«Que la commission des institutions procède à
une consultation générale à l'égard du projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, et qu'elle tienne des auditions
publiques à compter du 4 décembre 2025;
«Que les mémoires et demandes d'interventions
soient reçus au secrétariat de la commission au plus tard le 24 novembre
2025;
«Que le
ministre de la Justice et ministre responsable des Relations canadiennes soit
membre de ladite commission pour la durée du mandat.»
M. le
Président, on est aujourd'hui en train de débattre d'une motion pour tenir des
consultations publiques sur le projet
de constitution qu'on a déposé. M. le Président, lorsque j'ai déposé le projet
de constitution le 1er octobre dernier, les oppositions, et notamment le leader du
deuxième groupe d'opposition, de Québec solidaire, nous ont demandé : Nous
souhaitons des consultations publiques. Nous avons donc accédé à leur demande.
M. le Président, l'ensemble des formations
politiques étaient d'accord pour qu'on puisse, comme à l'habitude, de
consentement, déposer une motion pour tenir
des consultations générales. Or, le deuxième groupe d'opposition a refusé,
M. le Président, de donner son consentement pour qu'on puisse
procéder comme à l'habitude, nous forçant à inscrire une motion ici, à
l'Assemblée, pour répondre à leur demande, pour répondre à leur souhait d'avoir
des consultations générales. Vous m'en voyez, M. le Président, un peu déculotté
parce qu'on leur donne ce qu'ils voulaient, M. le Président, mais ils forcent
quand même à avoir un débat ici, à l'Assemblée nationale, pour dire qu'ils ne
sont pas d'accord avec la Constitution. Or, on dépose une motion pour consulter la population, pour consulter les
différents groupes, pour que les gens viennent ici, à l'Assemblée nationale,
ou à distance, par Teams, M. le Président,
donner leur avis. Or, ce que ça fait, M. le Président, c'est qu'on va être
décalés de plusieurs jours, M. le Président, à cause du refus de Québec
solidaire de donner leur consentement à une motion de consultations générales. Est-ce que
ça sert la population de ne pas les entendre plus tôt? Je ne le crois
pas, M. le Président. Alors, les consultations, si d'aventure
l'Assemblée acceptait la motion que... sur laquelle nous débattons
aujourd'hui... d'être entendues à partir du 4 décembre plutôt que le
2 décembre, comme nous l'avions convenu avec l'ouverture des autres groupes
d'opposition ainsi que des trois députés indépendants, M. le Président, pour
consulter la population. Et je l'avais dit,
M. le Président, on a consulté largement, avant le dépôt du projet de
constitution, des gens de la société civile, du milieu universitaire,
des gens du domaine médical, des gens du domaine universitaire, des gens de
tous les domaines de la société, de la population également, et là on a déposé
le projet de loi, et on va tenir des consultations générales, M. le Président,
dans notre Assemblée, dans la maison du peuple, ici.
Alors, voyez
toute l'ironie, M. le Président, du débat d'une heure que nous avons
aujourd'hui, de débattre d'une motion qui accède à ce que le deuxième
groupe d'opposition voulait. Alors, M. le Président, quand on vous demande
quelque chose puis on dit oui, là vous êtes surpris. Ça, c'est la position de Québec
solidaire pour dire : Bien là, je me gratte la tête, là, le gouvernement a
dit oui à ce que je voulais. Qu'est-ce que, bien, je pourrais faire pour
bloquer les travaux parlementaires ou pour
les ralentir? Bien, je vais dire non, je ne consentirai pas pour pouvoir avoir
un débat ici, en cette Chambre. Puis
ce qui m'attriste profondément, M. le Président, c'est que l'attitude de Québec solidaire par rapport au projet de loi, c'est de dire... et la cheffe du deuxième
groupe d'opposition l'a dit à de multiples reprises à la radio, à la
télévision, dans le cadre d'entrevues : Nous, on va bloquer, on est contre
le projet de constitution, malgré le fait que ça
fait 200 ans qu'on en parle, 60 ans au cours des dernières années,
puis nous, on va bloquer, on va utiliser tout notre temps disponible, notre temps parlementaire, pas d'une
façon constructive, non, non, M. le Président, pour bloquer les travaux.
M. le Président, la Constitution du Québec,
c'est quelque chose qui est important pour la nation québécoise, c'est quelque chose qui va nous faire avancer en
tant que société, en tant que nation pour défendre nos droits, nos compétences,
notre champ d'exercice pour faire défendre les intérêts de la nation
québécoise, pour défendre les lois fondamentales, M. le Président, comme la Charte
des droits et libertés de la personne,
qui a été adoptée sous la gouverne de Robert
Bourassa, Mme la Présidente,
un grand premier ministre en 1975... M. le Président, et cette loi-là, on
l'insère dans la constitution québécoise. On ne viendra pas me dire, M. le
Président, que Québec solidaire est contre la Charte des droits et libertés de
la personne. D'ailleurs, on soulignait le 50e anniversaire hier, M. le
Président, à l'agora de l'Assemblée nationale. Mais là on nous dit : Non,
on va bloquer la Constitution. Pourquoi ne pas vouloir donner un statut, une
protection supplémentaire à notre Charte des droits et libertés de la personne,
M. le Président, dans laquelle on a prévu que l'égalité entre les femmes et les
hommes allait avoir une valeur importante, M. le Président, dans laquelle
on a prévu que le statut du français était important, dans laquelle on a prévu
que la laïcité également était un droit collectif? C'est peut-être à cause de ça, M. le Président,
parce que Québec solidaire est contre la laïcité de l'État. Peut-être c'est
pour ça qu'ils veulent bloquer. Mais
les Québécois, eux, qui veulent que l'État et les religions, ce soit séparé,
peut-être que Québec solidaire
n'a pas eu le mémo à cet effet-là.
• (11 h 10) •
Cela étant dit, M. le Président, de bonne foi,
nous avons déposé une motion pour pouvoir entendre les gens à l'Assemblée
nationale. Alors, M. le Président, je souhaite que, tout au long du débat sur
la Constitution du Québec, on puisse consulter, on puisse entendre les gens,
les groupes, on puisse travailler ensemble à l'Assemblée nationale parce que la
constitution québécoise, elle reprend des lois importantes qui ont été adoptées
par les gouvernements successifs au Québec.
Le rapport Proulx-Rousseau, qui a été présidé par Sébastien Proulx, coprésidé
par Sébastien Proulx, ancien ministre libéral de l'Éducation et de la
Famille, M. le Président, qui a été coprésidé par Guillaume Rousseau, du Parti
québécois, qui était candidat pour le Parti québécois, M. le Président. Sur le comité, d'ailleurs, il y avait également
Martine Tremblay, ancienne cheffe de
cabinet de René Lévesque et de Pierre Marc Johnson, Catherine Mathieu,
constitutionnaliste de l'UQAM, Amélie
Binette, constitutionnaliste à l'Université du Québec en Outaouais, Luc
Godbout, M. le Président, qui est professeur et chercheur à l'Université
de Sherbrooke en matière de fiscalité. Ils ont produit un rapport de
42 recommandations, M. le Président.
Ils ont reçu des mémoires, ils ont analysé. La première recommandation du
rapport, c'était de doter le Québec d'une constitution, M. le Président.
Alors, sur les modalités, on va pouvoir en
discuter en commission parlementaire, mais encore faut-il partir d'un texte, M. le Président. Et on ne pourra pas
nous taxer d'avoir un comité qui nous a fait une recommandation partisane. La Constitution n'appartient pas au gouvernement,
elle appartient aux Québécois, elle appartient à la nation québécoise,
Mme la Présidente. Mais, à un moment donné, il faut agir, il faut agir, Mme la
Présidente, parce que...
Prenez l'exemple de Québec solidaire, M. le
Président. Ils sont pour une constitution, mais, quand il y a une constitution, ils ne veulent même pas en jaser, M.
le Président. Là, à un moment donné, on dit une chose et son contraire. Les gens, ils sont tannés de ça, ils veulent qu'on
agisse, ils veulent qu'on travaille ensemble. Puis moi, je leur tends la main,
à Québec solidaire, même mes deux mains, au
Parti libéral, au Parti québécois, aux députés indépendants, M. le Président.
On va avoir
l'occasion, là, de passer beaucoup de temps ensemble, je l'espère, Mme la
Présidente, ici, à l'Assemblée nationale, travaillons ensemble,
travaillons dans l'intérêt de la nation québécoise, parce que les pouvoirs, les
prérogatives, la souveraineté de notre Parlement, c'est trop important, M. le
Président, pour faire de la partisanerie.
Alors, de tout mon coeur, je vous demande de
revenir à la raison, de travailler avec nous, de cesser les menaces de blocage, comme ça a été fait, M. le Président,
dans le précédent mandat. Québec solidaire avait fait un point de presse
pour dire : Nous, on va tout bloquer le Parlement si jamais, à telle date,
il n'y a pas tel élément. Finalement, ils sont revenus sur leur position,
M. le Président, alors... et ils sont revenus au Parlement. Mais, M. le
Président, on ne peut pas faire des menaces
comme ça, tout le temps, sur la démocratie, M. le Président. Ce n'est pas
normal, là, de dire : Moi, je
bloque. On est dans une assemblée délibérante, délibérons, débattons,
partageons nos idées. C'est à ça que je vous convie, M. le Président.
Alors, M. le Président, ma formation va voter
pour la motion, parce que la motion permet d'avoir des consultations générales,
des consultations qui vont nous permettre d'entendre les groupes, des
consultations qui vont nous permettre
d'entendre la population, tel que demandé, souhaité et adjugé aux groupes
d'opposition, M. le Président. Alors,
ça va me faire plaisir, M. le Président, de travailler avec tout le monde. Et
notre gouvernement souhaite avoir la collaboration et l'harmonie dans ce
Parlement. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le leader du gouvernement. Prochain intervenant, je reconnaisM. le
député de l'Acadie.
M. André Albert Morin
M. Morin : Alors, merci. Merci,
M. le Président. Dans les minutes qui vont... qui vont suivre, je vais avoir le
privilège de débattre de la motion déposée par le leader du gouvernement, et
qui se lit ainsi :
«Que la Commission des institutions procède à
une consultation générale à l'égard du projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, et qu'elle tienne des auditions
publiques à compter du 4 décembre 2025;
«Que les mémoires et demandes d'interventions
soient reçus au secrétariat de la commission au plus tard le 24 novembre
2025; et
«Que le ministre de la Justice et ministre des
Relations canadiennes soit membre de ladite commission pour la durée du
mandat.»
Donc, on est présents pour débattre de cette
question en cette Chambre aujourd'hui parce que, je vous dirais, dans un
premier temps, le gouvernement, avec son projet de loi n° 1,
a voulu agir très rapidement, mais ça n'a pas fonctionné comme il le
souhaitait.
D'ailleurs, j'écoutais le ministre parler de la
Constitution. Pour ma formation politique, le Parti libéral du Québec, on n'est
pas contre une constitution, ça fait des décennies qu'on en parle. On a même, à
l'époque... dans le comité Pratte-Cadet, il
y a eu des recommandations qu'il y en ait une, il y a une résolution de nos
membres à cet effet-là. Sauf qu'on a toujours dit que, justement, une
constitution, ça n'appartient pas à un ministre, ça n'appartient pas à
l'Exécutif, ça appartient à l'ensemble d'une nation, ça appartient au peuple.
C'est la raison pour laquelle, dès le départ, on demandait à ce qu'il y ait un
comité transpartisan qui allait d'abord travailler à écouter l'ensemble des
associations membres de la société civile
dans les régions du Québec pour, par la suite, arriver avec un texte qui allait
faire consensus. C'est comme ça, M. le Président, qu'on rédige une
constitution.
Maintenant, est-ce que c'est ce que le gouvernement
a fait? Non. Il nous est arrivé avec son projet de loi, et, attendez que je me rappelle, au départ, le
gouvernement voulait même avoir des consultations particulières pour restreindre
le débat, ce qu'on ne pouvait pas accepter.
Alors, ma formation politique, le Parti
libéral du Québec a donc demandé des
consultations générales. C'est un minimum. Et là le ministre a reculé et il s'est
rangé à la demande que l'on avait. Et je le répète, je le répète, M. le
Président, c'est un minimum.
Alors, on est confrontés à une situation où le
gouvernement voulait agir rapidement, ça n'a pas fonctionné. Vous comprendrez
que, quand on regarde le texte, il est essentiel de consulter le plus grand
nombre d'organismes, de personnes, d'experts possible pour essayer de voir
quels sont les enjeux, parce que, contrairement... contrairement à l'idée qu'on avait du départ, donc de mettre sur
pied un comité transpartisan qui aurait pu recueillir des témoignages, par la
suite confier le document à des experts qui auraient pu arriver avec un
document faisant un large consensus, bien, ce n'est pas... ce n'est pas
la procédure qu'a voulu suivre le gouvernement.
Donc, on est confrontés à la situation dans
laquelle on se retrouve, qui, quant à moi, et je vous le soumets avec respect, est loin, est loin d'être parfaite. Mais
ça, c'est la décision du ministre de la Justice et du leader du gouvernement.
Il a préféré agir comme il l'a fait et nous présenter un projet de loi.
Donc, aujourd'hui, on débat de cette question,
mais je vous dirai que, pour ma formation politique, nous allons être en faveur
de la motion qui est inscrite par le gouvernement, parce que, c'est loin d'être
parfait, et je vous le dis, sauf que, dans le carcan où le gouvernement nous a
insérés, c'est le mieux qu'on puisse faire pour essayer de voir avec la population civile ce qu'il en est de ce
document produit par le gouvernement, produit par le ministre. Alors, ce n'est
pas... on n'est pas ici, là, en train de débattre d'un document qui fait
l'objet d'un consensus.
• (11 h 20) •
D'ailleurs, vous l'avez vu, probablement, M. le
Président, quand le gouvernement a déposé son projet de loi, on a voté contre
au début parce qu'on était contre la façon dont le ministre a procédé. C'est
quand même assez inusité dans cette
Assemblée. Mais il n'y a pas juste ça. Par la suite, une fois le dépôt du
document, vous avez sans doute lu les différents articles qui ont été
publiés dans les journaux, que ce soit par des chroniqueurs, des journalistes,
des experts, des groupes de la société civile, et, au
fond, quand le ministre nous parlait de son projet de loi qui veut être un
bouclier, bien, il a réussi à créer une
levée de boucliers contre lui puis il a fait ça assez instantanément et
rapidement. Alors, c'est rare qu'on
peut arriver à un consensus aussi rapide contre ce qu'on veut faire, mais lui,
il a réussi. Ce n'est quand même pas banal.
Donc là, aujourd'hui, on se ramasse avec,
évidemment, une motion. Et, comme je vous dis, on ne sera pas contre, parce
qu'il faut absolument que des gens puissent s'exprimer là-dessus, ça fait
partie de notre démocratie, ça fait partie
de ce qu'on est au Québec. Sauf que, est-ce que c'est drôlement parti? Bien, je
vous dirais oui, je vous dirais oui.
Nous, ce qu'on voulait, là, c'est que le
gouvernement, justement, tende la main à tous les partis, ici, pour qu'on puisse travailler ensemble. J'écoutais le
ministre, tout à l'heure, on parle de démocratie, bien, on va parler de
démocratie, parlons-en, de démocratie. Ça aurait facile pour le
gouvernement de faire ça. Ça aurait été facile pour le gouvernement de nous
dire : Écoutez, c'est tellement important, c'est tellement fondamental — parce
que c'est ce que le ministre nous dit — bien là, écoutez, on va
s'asseoir, puis on va travailler ensemble, et on va arriver avec quelque chose,
on va prendre notre temps. On en parlait tout à l'heure, le ministre le
parlait : Ça fait des siècles qu'on en parle, ça fait des décennies qu'on en parle, on n'est pas rendus à
trois, quatre mois proche, quant à ça, là, mais ce n'est pas ça qui a été fait.
Alors, compte tenu de toutes ces imperfections,
bien, là, on va être d'accord avec la motion du gouvernement pour faire
entendre le plus de gens possible, mais... comprenez-moi, c'est loin, c'est
loin d'être parfait, mais on veut contribuer au débat, nous, l'opposition
officielle, on veut continuer à travailler et on va voir ce que ça va donner.
Donc, pour toutes ces raisons, nous allons voter en faveur de la motion du
gouvernement pour que nous puissions avoir des consultations générales à
l'égard du projet de loi n° 1. Je vous remercie, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député de l'Acadie. Et, prochain intervenant autour de la motion du
gouvernement, je reconnais Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Mme Ruba Ghazal
Mme Ghazal : Merci, M. le
Président. Donc, je tenais à prendre la parole sur cette motion du gouvernement
parce que je suis vraiment très, très étonnée, je suis très étonnée qu'on soit
les seuls à vouloir voter contre cette motion. Moi, je me rappelle très bien, lors du dépôt de cette motion, tous les
partis d'opposition, on a dit : Bien, voyons donc, ça prend plus de
consultations que ce qui a été demandé par le gouvernement, des consultations,
même, itinérantes, et ce n'est pas du tout, du tout, du tout ce qu'on
obtient avec le ministre de la Justice.
Évidemment, j'ai déjà parlé, mes collègues ont
parlé, puis on va avoir beaucoup l'occasion de parler du contenu de la Constitution et pourquoi nous avons décidé,
comme formation politique, de bloquer son adoption, de nous assurer que jamais
cette constitution-là ne soit adoptée. Et, pour faire ça, ça veut dire qu'on va
faire notre travail de parlementaires, on va être présents en commission,
on va être présents partout pour nous assurer qu'elle ne soit jamais adoptée.
Moi, je vais reprendre les mots du ministre de
la Justice. Il nous a dit : Ça, là, la Constitution du Québec, c'est le projet de loi n° 1, c'est la loi des
lois, ce n'est pas juste une loi banale comme n'importe quelle autre, c'est la
loi des lois, elle surpasse toutes les autres lois, c'est important
parce que ce document-là va protéger l'avenir de la nation. Bien, ce n'est pas
ça qu'il nous propose en ce moment. Si c'était vrai, si j'étais à la place du
ministre, puis que j'étais fière de cette constitution-là, puis que je disais
que c'est le document le plus important dans l'histoire du Québec, et que c'est
la loi des lois, bien, je ne ferais pas
juste une simple consultation normale comme on fait pour n'importe quel projet
de loi. Même qu'au début il a fallu que nous, on travaille fort pour que
le ministre de la Justice change d'idée et qu'il dise : OK, c'est beau, ce ne sera pas juste des
consultations particulières, où est-ce qu'on appelle les groupes qui sont
autorisés à venir donner leur avis sur cette... sur cette loi-là, mais
on a réussi à obtenir une consultation générale. Donc, n'importe qui qui a
envie d'intervenir sur cette constitution... sur cette constitution peut venir
à l'Assemblée nationale.
Bien, moi, si j'étais à la place du ministre,
là, puis que j'étais vraiment fière, fière de cette constitution-là, je
n'inviterais pas les gens à venir juste à l'intérieur des murs de l'Assemblée
nationale. Je prendrais cette constitution puis
j'irais partout à travers le Québec, une commission itinérante pour aller à la
rencontre de tous les Québécois, toutes les Québécoises sur notre vaste
territoire, dans toutes les régions, en Gaspésie, en Mauricie, en
Abitibi-Témiscamingue, partout sur notre vaste territoire pour aller à la
rencontre des Québécois pour leur dire pourquoi c'est la loi des lois puis
pourquoi elle est importante pour notre avenir comme nation, pour notre
identité québécoise.
Bien, ce n'est pas du tout le choix qu'a fait ce
gouvernement-là. Ce n'est pas le choix qui a été fait par le ministre de la
Justice ni par le premier ministre. Ils ont décidé de traiter cette
constitution, qui est supposée être quelque chose d'extraordinaire, comme
n'importe quel projet de loi tout à fait normal où est-ce que les gens viennent
à l'Assemblée nationale, ils discutent, puis peut-être que le ministre...
peut-être qu'il va accepter certains changements, peut-être que non. Il nous a
dit qu'il a consulté. On ne lui parle pas d'une petite consultation de quelques
minutes où est-ce qu'il écoute les gens puis, après ça, il ne prend pas en
considération ce qu'ils ont dit pour changer sa constitution, mais une vraie
consultation du peuple, de la population québécoise.
D'ailleurs, c'est une occasion manquée, de ne
pas avoir fait une consultation itinérante en allant partout sur le territoire
québécois, à la rencontre des gens. C'est une occasion manquée parce que je
pense qu'il y a beaucoup de députés et de ministres, notamment le ministre de
la Justice, à qui ça ferait le plus grand bien d'aller rencontrer les Québécois
à l'extérieur du mur de l'Assemblée nationale puis d'aller sur le terrain pour
leur parler. Ce serait une belle occasion
pour les rassembler et rapprocher la politique des Québécois, parce que, pour
eux, tout ça, c'est loin, pour eux. Ce
qu'on fait ici, à l'Assemblée nationale, par exemple dans le salon rouge, à
l'intérieur des murs de l'Assemblée nationale, qui est supposée être la maison du peuple, c'est loin de leurs
préoccupations, c'est loin d'eux. C'est une occasion d'aller à leur rencontre puis de rapprocher le politique des
Québécois, d'aller voir les gens. Tous les députés, ça leur ferait du bien de faire ce travail-là, puis d'aller les
rencontrer, puis de leur parler, notamment, d'une constitution du Québec,
pourquoi c'est important, pourquoi c'est important pour nous.
C'est pour ça qu'à Québec
solidaire notre proposition historique, depuis notre fondation, a toujours
été... pas juste d'avoir une constitution où
c'est juste les parlementaires qui ont leur mot à dire, mais une constitution
écrite par le peuple pour le peuple. Puis ça, ça ne se fait pas comme
ça, comme n'importe quelle loi banale. Ça, ça veut dire d'avoir une Assemblée qui est la plus représentative de la
population québécoise, qui aurait pour mandat d'écrire une constitution d'un Québec indépendant. Et ça, ce n'est pas un
mince projet. Il faut aller voir les Québécois partout pour qu'ils
s'approprient cette constitution. La Constitution, c'est comme un acte
de naissance du peuple, c'est un document qui dit qui ils sont, un miroir où est-ce qu'ils peuvent se voir, eux,
la population québécoise. Mais, si on fait uniquement une simple consultation ici,
à l'intérieur du mur de l'Assemblée nationale, ça ne... ça ne ferait pas
honneur à ce processus-là.
Donc, pour cette
raison, nous allons voter contre cette motion-là, alors que... parce qu'on ne
fait pas honneur à ce que devrait être une vraie consultation de la population
québécoise, où est-ce qu'on devrait aller partout sur notre territoire pour les
rencontrer. C'est une occasion manquée. Et je ne m'explique pas pourquoi et le
Parti libéral et le Parti québécois ont laissé passer ça, des consultations générales,
et non pas une commission itinérante, comme on l'a fait sur plein
d'enjeux importants pour la société québécoise. Ça aurait été une chose
importante. Et une constitution du Québec
aurait mérité une consultation itinérante pour aller à la rencontre des
Québécois et Québécoises. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition. Et la parole revient
maintenant à M. le député de Jean-Talon.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : C'est un simple projet de
loi qui va être étudié, duquel le gouvernement de la CAQ ne tirera qu'une simple
loi de l'Assemblée nationale, malgré tout ce que prétend le ministre.
Le projet de loi, il
faut le dire, institue trois lois, dont une serait la Constitution du Québec,
qui commence par dire qu'elle aurait
«préséance sur toute règle de droit incompatible», ce qui n'est pas vrai,
puisque le ministre lui-même a été forcé d'admettre qu'elle sera soumise
à la Constitution canadienne, qu'elle demeurera subordonnée au carcan fédéral.
Plein d'autres dispositions : on
énonce des droits collectifs qui ont constamment été niés ou ignorés par le
fédéral, et ça va rester comme ça, que l'État du Québec est laïque, mais
ça ne changera rien au pouvoir de la Cour suprême du Canada de charcuter les lois
du Québec lorsqu'elles sont contestées, y compris par le gouvernement fédéral.
La Constitution dit qu'elle constitutionnalise le modèle d'intégration
nationale qui va rester soumis au modèle multiculturaliste du Canada, elle
change le nom du lieutenant-gouverneur pour officier du Québec, mais ça ne
changera rien au fait qu'on va rester pris avec la monarchie. Elle parle des
compétences internationales du Québec, elle ne changera rien au fait que c'est
le fédéral qui va parler à notre place dans toutes les instances
internationales.
• (11 h 30) •
Elle
instaure ensuite une loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, qui est
un aveu même que la Constitution du Québec n'a pas préséance, et là qu'il faut
des moyens permanents pour contrer les agressions du gouvernement
fédéral. On a besoin d'un bouclier,
tellement il y a des attaques du gouvernement fédéral contre les compétences du
Québec et contre la nation québécoise. Donc, cette loi-là est un aveu même du
fait que la Constitution n'est pas une véritable constitution.
Elle parle, par
exemple, là, de faire des résolutions, à l'article 6 ou à
l'article 7, des résolutions de modifications constitutionnelles, des
demandes du Québec à chaque élection fédérale pour se faire dire non à chaque
fois, comme c'est le cas du programme de la
CAQ depuis sept ans. Ils se sont fait dire non à toutes leurs demandes, ça ne
changera rien.
Droit du Québec de
sélectionner les sénateurs et les juges de la Cour suprême, ça n'arrivera pas.
Ailleurs, dans la Constitution canadienne à laquelle on va rester soumis, c'est
dit non, c'est le fédéral qui a ce pouvoir-là, et il ne changera pas. Ensuite,
on veut même changer les règles d'interprétation de la charte des droits et
libertés du Québec. Ça non plus, ça ne changera pas au fait que la Cour suprême
du Canada va continuer à faire ce qu'elle a toujours fait : interpréter en
fonction des standards fixés par le fédéral.
C'est pour ça qu'on a
voté contre le principe du dépôt même parce que ce qui nous est présenté n'est
pas vrai. Ce que le gouvernement de la CAQ,
ce que le ministre dit que va faire ce document-là, ce n'est pas vrai. C'est un
simple projet de loi qui ne changera rien au fait que le Québec est
soumis au carcan fédéral et à la Constitution canadienne qui nous a été imposée
à l'encontre de notre volonté. C'est une manoeuvre de communication
électoraliste qui instaure une constitution fédéraliste et caquiste.
Alors,
on consent, nous, à ce que ce soit étudié comme un simple projet de loi de
l'Assemblée nationale parce qu'on est des parlementaires rigoureux.
Donc, on va être là, aux consultations générales.
Quand
le ministre nous dit encore aujourd'hui qu'il a consulté largement, ça aussi,
là, c'est profondément inexact. Quelques réunions dans son bureau, ce ne sont
pas des consultations. Il a nommé cinq personnes qui sont honorables,
qui ont produit le rapport, fort bien. Si c'est tout ce qu'il a à nous dire
pour parler de ces grandes consultations, ça veut dire qu'il n'y en a pas eu, de consultations. C'est ça, la réalité.
Personne n'était là au dépôt de son projet de loi, personne. Il n'y
avait personne ici, personne de la société civile.
Et
entendez-vous ceci, M. le Président? Le silence assourdissant des Premières Nations et des Inuits qui auraient dû être convoqués, qui auraient dû
participer activement à ces consultations-là. Il n'y en a pas eu, de
consultation des Premières Nations.
Alors, la main tendue du gouvernement, ce n'est
pas une véritable main tendue, parce que le ministre, le leader parlementaire
va continuer à contrôler tout le processus, comme il le fait à chacun des
projets de loi du gouvernement. Alors qu'une vraie
constitution, ça vient avec un vrai processus, un livre blanc, ou vert, ou peu
importe la couleur, un avant-projet de loi,
des consultations, on va à la rencontre des Québécoises et des Québécois. Ce
n'est pas ce qui s'est passé. C'est un simple projet de loi.
Minimalement,
il fallait une consultation générale, à laquelle nous allons participer, mais
ça reste que le document lui-même est un miroir aux alouettes, c'est un
ersatz, ce n'est pas une vraie constitution. Ça prend l'indépendance...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci.
Merci, M. le député de Jean-Talon. Et je reconnais maintenant Mme la députée de
Vimont.
Mme Valérie Schmaltz
Mme Schmaltz : Merci, M. le
Président. Très heureuse d'être là aujourd'hui pour souligner un des grands
objectifs du projet de Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, celui de
protéger nos valeurs, notre identité, nos droits et nos spécificités.
M. le Président, la nation québécoise, on le
sait, elle forme une société distincte en Amérique du Nord, une société qui a
ses propres coutumes qu'elle exige qu'on respecte. Le projet de constitution
déposé par le ministre de la Justice agit sur plusieurs plans afin de protéger
ce qui nous définit en tant que nation.
En premier lieu, il veut inscrire les droits et
libertés de la personne, tels que définis dans la charte québécoise, dans la constitution québécoise pour s'assurer
qu'ils soient respectés. Cette charte est plus généreuse que sa contrepartie
canadienne et beaucoup plus soucieuse d'un juste équilibre entre les droits
des... pardon, entre les droits de la personne et les droits collectifs de la
nation québécoise.
La Constitution vient aussi protéger le libre
choix des femmes d'avoir recours à l'avortement. C'est une mesure importante du
projet de loi, à mes yeux. Vous savez, en tant que femme, mais aussi en tant
que mère de trois enfants, dont deux jeunes
femmes, je ne peux pas m'empêcher d'être inquiète devant le recul des droits de
femmes qu'on observe partout dans le monde. Je pense notamment à
plusieurs États américains, dont on ne nommera pas ici, où il est désormais
difficile d'obtenir ce droit de santé, ce soin de santé. Il ne faut pas rester
immobile face à ces reculs. Il faut consacrer,
dans la Constitution du Québec, une nouvelle responsabilité de l'État de
protéger la liberté des femmes d'avoir recours à l'avortement.
Le projet
vise également à protéger le droit des Québécoises et des Québécois de mourir
dans la dignité, notamment d'avoir recours à l'aide médicale à mourir.
Je tiens à rappeler que le Québec, et j'en suis fière, est l'un des pionniers dans le domaine des soins de fin de vie. Nous nous
sommes adonnés à de longs débats, j'y étais, j'y ai participé, qui ont permis
d'atteindre un consensus que nous devons de continuer à défendre.
M. le
Président, notre gouvernement veut également protéger certaines lois
fondamentales du Québec en empêchant que l'argent des contribuables serve à les
contester devant la justice. Ces dispositions viseraient des lois d'importance,
telles que la Charte de la langue française,
la Loi sur la laïcité de l'État et la Loi sur l'intégration à la nation
québécoise. L'argent public ne doit pas servir à miner la volonté et les
aspirations du peuple québécois.
Le projet de constitution souhaite également
protéger le droit de l'Assemblée nationale d'avoir recours à la clause de souveraineté
parlementaire en codifiant l'usage qu'ont fait tous les gouvernements du
Québec, tous partis confondus, depuis 1982, un usage par ailleurs conforme à la
jurisprudence de la Cour suprême. Cette clause est d'une importance capitale
car elle nous permet de protéger notre identité et nos choix en tant qu'État et
elle nous permet de faire valoir ce qui nous distingue du reste du Canada.
Affaiblir le droit d'y avoir recours reviendrait, malheureusement, à affaiblir
la nation québécoise dans son ensemble. Je rajouterai que la volonté du
gouvernement de Mark Carney de baliser l'utilisation de cette clause nous
rappelle la nécessité de la défendre.
M. le Président, notre gouvernement est à
l'écoute. Nous souhaitons lancer une consultation générale pour obtenir les commentaires et les contributions de
gens et de groupes de tous les horizons de notre société. Malheureusement,
nous n'avons pas encore eu l'occasion de débattre sur le fond du projet. Il est
temps d'aller de l'avant pour offrir aux Québécoises et aux Québécois une
meilleure protection de leurs valeurs, de leurs droits et de leur identité.
Merci.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de
Vimont. Et je reconnais maintenant M. le leader du deuxième groupe
d'opposition.
M. Guillaume Cliche-Rivard
M. Cliche-Rivard : Peut-être juste, M. le Président, avant que je commence,
m'informer de la réallocation du temps.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Il vous reste 10 min 17 s.
M. Cliche-Rivard : Merci beaucoup,
M. le Président. Alors, évidemment, nous nous prononçons aujourd'hui sur la motion déposée par le leader du
gouvernement en vertu de l'article 146 du règlement, il en a parlé
lui-même, cette motion qui vise la
tenue de consultations générales sur le projet de loi n° 1,
la Loi constitutionnelle de 2025 sur
le Québec.
Il faut le dire très clairement, M. le
Président, non seulement le gouvernement choisit de tenir des consultations après la rédaction et après le dépôt de son projet
de loi, mais il choisit, en plus, d'en faire le strict minimum, de donner le strict
minimum à la population, permis par le règlement, pour avoir le temps de
commenter sadite constitution. En fait, les mémoires et les demandes
d'intervention seront soumises à la commission au plus tard le 24 novembre
2025, tout juste le seuil réglementaire, M. le Président,
alors que le ministre, lui, il a travaillé sur son projet de constitution
pendant sept ans. Lui, il a travaillé pendant sept ans et il donne à la société
civile, il donne à la société québécoise, aux Québécois et aux Québécoises, 30 jours pour le commenter, pas un jour de
plus, pas un jour de moins. Il faut le faire, quand même!
Le ministre nous disait, tout à l'heure, bon,
nous forçons ce débat-là. Je suis bien désolé, M. le ministre, mais c'est votre travail. Donc, si ça ne fait pas votre
bonheur de venir débattre ici, en Chambre, grand bien vous fasse de ne pas vous présenter. Huit minutes de son temps. On est
désolés, M. le ministre, d'avoir pris huit minutes de votre temps pour débattre d'une motion sur la Constitution du
Québec. Par ailleurs, tous les partis représentés en cette Chambre ont fait des
interventions. Alors, très loin puisse passer l'argument à l'effet que cette
proposition-là et ce débat-là est inutile, au contraire. Toutes les
interventions pertinentes qui ont été faites dans cette Chambre démontrent le
contraire. Je l'invite à écouter ce que les parlementaires ont à lui dire.
• (11 h 40) •
Fait intéressant, la première ébauche de la
motion du ministre excluait des consultations générales. Il a fallu faire pression sur le leader du gouvernement pour
qu'il accède, partiellement, à notre demande et que, finalement, il accepte des
consultations générales. Comment ça se fait que, pour un document aussi
fondateur et clair du gouvernement, la première proposition du gouvernement
n'était pas à l'effet que ce soit une consultation générale? Comment ça se fait
que ça a pris un branle-bas de combat puis une levée de boucliers des
oppositions pour qu'on donne le strict minimum? Le ministre n'a-t-il même pas
le début du commencement d'un respect pour son propre projet, de manière
suffisante à accorder des consultations générales? Il a fallu négocier, et non
seulement il aurait fallu négocier, la première version de sa motion ne respectait même pas le délai réglementaire prévu par nos
propres règles d'institution, pour vous dire à quel point on nage en
pleine improvisation, de la partie du gouvernement.
Le ministre de la Justice disait avoir très hâte
de parler de sa constitution, mais il semble oublier une chose fondamentale,
là : les Québécois et les Québécoises, eux, là, ils viennent tout juste de
prendre connaissance de ce texte. Jamais le premier ministre n'est allé en
élection sur un projet de constitution. Il y a eu deux campagnes électorales où
ils ont remporté, jamais de discussion sur
un projet de constitution. Où vient ce mandat? Et pourquoi, en fin de parcours,
en septième année, on décide que la priorité des priorités, c'est le projet de
constitution dont personne n'a entendu parler, dont aucun mandat n'a été
obtenu par le ministre de la Justice et... du gouvernement?
Si c'était si
pressant et prioritaire, là, au point tel où le ministre nous dit : Ça
fait 200 ans qu'on en parle, comment ça se fait que ce n'était pas
fait dans l'an 1 de leur gouvernement, ça? Si c'était au coeur des
priorités, comment ça se fait qu'ils ne sont pas allés en élection avec ça, si
c'était la priorité des priorités?
Une constitution, M. le ministre, ce n'est pas
un simple projet de loi. C'est un texte fondateur, c'est un acte solennel, un
moment qui devrait rassembler le peuple, mais là tous les partis d'opposition
se sont levés pour s'opposer au dépôt du
projet de loi. Ce n'est pas rien, ça, quand même. Ça demande du temps, une
constitution, ça demande de la réflexion. Ça demande une participation
citoyenne réelle. Il faut prendre le temps d'entendre le monde, notre monde, les
Québécois et les Québécoises, M. le Président.
C'est
pourquoi nous avons proposé, avec le Parti libéral, des consultations et une
commission itinérante, c'est-à-dire qu'on
se déplace sur le terrain, dans les régions pour entendre directement les
citoyens, les citoyennes, pour aller vers eux, pour aller à l'écoute.
Parce qu'on sait très bien que ce sera seulement de cette façon-là qu'on va
entendre les gens de Sept-Îles, les gens de
Rouyn, les gens de Gaspé, les gens de Gatineau, les gens des comtés du
gouvernement, M. le Président.
Moi, je suis
très surpris d'entendre les députés du gouvernement qui vont voter contre notre
proposition à l'effet qu'on se dirige dans leurs comtés écouter leurs citoyens.
J'aimerais ça, quand ils vont retourner en circonscription, qu'ils leur
disent qu'ils ont refusé notre proposition à l'effet que la commission puis la
consultation soient itinérantes puis qu'on
aille entendre les gens partout au Québec. Ce fameux gouvernement des régions
qui refuse d'aller à la rencontre des régions. Il faut le faire, quand même!
En fait, je m'explique mal pourquoi le ministre,
tout simplement, refuse d'aller à la rencontre des Québécois. Je pense que
c'est ça qui me choque le plus, dans cette affaire-là, M. le Président.
Pourquoi le ministre refuse de sortir de
l'Assemblée nationale? Je pense que c'est clair, c'est parce qu'il ne sera pas
très heureux de la réponse. Il n'aura pas l'appui escompté. Je pense que ça lui sert, au fond, ou du moins il
pense que ça lui sert de ne pas entendre les gens et ce que les gens ont
à vous dire individuellement dans vos circonscriptions. Je pense que ça fait
son affaire.
Pourtant, M. le Président, une commission
itinérante, c'est loin d'être sans précédent. Tout récemment, la commission
spéciale sur les temps d'écran et des réseaux sociaux, importante, s'est
déplacée un peu partout au Québec, dans
13 villes, six régions, pour rencontrer directement les jeunes dans leur
milieu. Pourquoi c'était bon, ça, pour la commission sur le temps d'écran, qui est un sujet
important... mais là on parle de la loi des lois, du document fondateur d'une
nation, d'un peuple. Bien, ça, non,
ça ne rejoint pas le niveau de standard, pour le ministre, suffisant et égal,
en termes de légitimité démocratique,
pour permettre le même traitement que la commission spéciale sur les temps
d'écran? Particulier, quand même.
2019, toujours sous ce gouvernement, Commission
spéciale sur l'exploitation sexuelle des mineurs, deux jours de travaux à Montréal, une journée à Rouyn, mais
pas pour la Constitution, M. le Président, non, pas pour la constitution. Ce
n'est pas... ce n'est pas de manière importante... ce n'est pas de la même
importance. Ce n'est pas important, ça.
La même année, le gouvernement caquiste avait
autorisé une commission itinérante sur l'avenir des médias d'information, M. le
Président. Les parlementaires s'étaient déplacés à Matane une journée, à Rouyn
une journée, pour entendre les acteurs du terrain. Par contre, pour la Constitution,
pas nécessaire.
Commission Laurent, c'était un modèle un peu
différent puis à l'extérieur du Parlement, mais avec des élus, avec des élus de
tous les partis. Ils ont tenu des audiences publiques dans plusieurs régions du
Québec. En fait, entre novembre 2019 et
avril 2020, la commission s'est déplacée à Sept-Îles, à Québec, à Sherbrooke, à
Gatineau, à Saguenay, à Rimouski, et
ce, même s'il y avait d'autres journées en plus qui avaient été prévues par la
commissaire, mais il y a eu la pandémie. Comment
ça se fait, encore une fois, que c'était correct d'aller à l'écoute des
Québécois et des Québécoises, c'était nécessaire, pour la commission Laurent,
puis là, tout d'un coup, sur un projet de constitution, pas nécessaire, de la
part du ministre de la Justice? Particulier, quand même.
Ces déplacements ont
permis d'entendre des jeunes, des familles, des intervenants, des organismes
régionaux, des citoyens, donnant à la démarche une portée beaucoup plus humaine
et représentative de la diversité des réalités québécoises que ce que nous
propose le ministre, et c'est pour ça qu'on vote contre sa motion. Ce sont des
exemples qui ont donné lieu, sous la
gouverne de la CAQ, à des processus beaucoup plus légitimes et beaucoup plus
démocratiques.
Mais, avant ça, il y
en avait d'autres, M. le Président. La CAQ n'a pas inventé ça, les
consultations itinérantes. Le plus éloquent, 2010‑2011, la Commission spéciale
sur la question de mourir dans la dignité, beau moment transpartisan, qui avait
choisi de se déplacer dans tout le Québec, tout le Québec, M. le Président,
pour aller à la rencontre des citoyens et
des citoyennes. Il y a eu des consultations, des audiences à Trois-Rivières, en
2010, à Saguenay, à Rimouski, à
Sherbrooke, à Gatineau, à Saint-Jérôme, et plusieurs journées d'auditions à
Montréal et à Québec. Comment ça se
fait que ça, c'est possible pour un dossier important comme mourir dans la
dignité, mais ce n'est pas possible pour la Constitution, la loi des
lois? Voyons donc, M. le Président!
Cette tournée a
permis de rencontrer des gens que l'Assemblée nationale n'entend presque
jamais, d'aller chercher la parole des gens là où elle se trouve, dans les
régions. Plus personne ne doute aujourd'hui du fait que ce travail a contribué
à susciter l'adhésion des Québécois et des Québécoises dans ce changement de
société important. Parce qu'il y a une
différence, M. le Président, entre inviter quelqu'un à témoigner devant un
écran, à distance, et d'aller le chercher chez lui, de le rencontrer
chez lui, de lui serrer la main, de l'écouter dans son milieu. En fait, ça nous
permet de rencontrer et de parler à des gens à qui on ne parle pas autrement.
C'est ça, une consultation itinérante, c'est ça que le gouvernement refuse.
C'est d'aller à l'écoute des Québécois et des Québécoises. C'est d'aller dans
vos comtés parler de ce projet de loi, des lois puis de la Constitution.
Je peine à
comprendre, M. le Président. Et j'espère que les députés, quand ils vont
retourner dans leurs comtés, ils vont avoir le courage de dire aux Québécois
dans leurs comtés qu'ils ont refusé de les entendre. Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Saint-Henri—Sainte-Anne
et leader du deuxième groupe d'opposition.
Nous poursuivons le débat sur la motion du gouvernement, et je reconnais Mme la
députée de Verchères.
Mme Suzanne Roy
Mme Roy
(Verchères) : Merci, M. le Président. Alors, c'est un moment qui est
important, puis j'ai de la misère à
comprendre que nos confrères de Québec
solidaire n'acceptent pas une
consultation générale dans la maison du peuple. Quand même, on en parle, on
l'espère, cette constitution, depuis des décennies, puis elle ne s'est pas
concrétisée.
• (11 h 50) •
Peut-être que je vais
prendre quelques minutes pour parler des objectifs, des objectifs du projet de
loi constitutionnelle 2025 sur le Québec. C'est important parce que c'est de
renforcer notre autonomie, nos institutions et notre souveraineté
parlementaire. Concrètement, comment on va renforcer, justement, avec ce projet
de constitution? Bien, d'abord, j'ai envie
de vous dire que moi, comme mère de deux jeunes femmes et comme grand-mère
d'une petite-fille de quatre ans, l'égalité entre les hommes et les
femmes est quelque chose d'extrêmement important. Ça fait partie de nos valeurs fondamentales au Québec, valeurs pour
lesquelles, d'ailleurs, de nombreuses femmes se sont battues dans notre
histoire, M. le Président. Et si bien qu'aujourd'hui, hein, on a rapporté,
dernièrement, dans un article de La Presse, que le mouvement féministe québécois est, toutes proportions gardées, probablement le plus puissant en Amérique du Nord. Il est certainement celui qui a eu le succès pour influencer
les politiques publiques, lutter contre les inégalités. Pensons aux centres de
la petite enfance, au régime d'assurance parentale, à l'équité salariale, à la
perception obligatoire des pensions alimentaires, maintien de notre nom après
le mariage, accès à l'avortement. Ce sont des mesures qui font du Québec un
État dans le monde où les inégalités hommes-femmes et sociales sont moins
grandes parce qu'on a mis en place des choses qui nous ressemblent.
M. le Président, ça
n'a pas toujours été ainsi. Alors, il y a une époque pas si lointaine que ça où
la religion détenait un pouvoir considérable
sur les femmes au Québec, sur leurs droits. Les femmes ont longtemps été
invisibles. Notre société a fait beaucoup de progrès. La Loi sur la
laïcité de l'État est un excellent exemple.
Malheureusement, on constate dans plusieurs pays qu'il
y a des reculs sur le droit des
femmes. Un article du Devoir nous disait même, en mars dernier, que le droit
des femmes a reculé, en 2024, dans un pays sur quatre, selon le rapport
de l'ONU Femmes. C'est incroyable. On pensait que c'était de l'acquis, on espérait,
en tout cas, que ce soit de l'acquis. C'est énorme, puis on ne veut pas, M. le
Président, faire partie de ces statistiques-là. L'agence des Nations unies nous
souligne, justement, que c'est
l'affaiblissement des institutions démocratiques qui a amené ce recul de
l'égalité entre les hommes et les femmes. Voilà pourquoi il faut renforcer nos
institutions démocratiques. C'est extrêmement important, et il faut agir, se
doter d'outils nécessaires pour éviter quelconque recul au Québec. C'est
pourquoi le projet de constitution, c'est un projet qui va conférer à l'État la
responsabilité de protéger l'égalité entre les hommes et les femmes, pour mes
filles, mes petites-filles, mes arrière-petites-filles, pour tous ceux qui
suivront. Voilà pourquoi c'est important, ce projet de constitution.
On veut modifier la Charte
des droits et libertés de la personne afin de prévoir, justement, que l'égalité
entre les hommes et les femmes doit
désormais primer... oui, M. le Président, primer sur la liberté de religion quand
il y a un conflit entre les deux. On ne veut plus de cas comme à la SAAQ, où on
a exigé, sur des bases religieuses, de ne pas être servi par une femme,
comme le mentionnait, justement, le rapport Pelchat-Rousseau. On ne veut plus
ça au Québec.
Ensuite, le
projet de constitution fait preuve d'audace en modifiant, justement,
unilatéralement, la Loi constitutionnelle de 1867 pour y ajouter que le
Québec est un État laïque, que le modèle d'intégration de l'État du Québec est
celui de l'intégration à la nation québécoise et que le
Québec est un État de tradition civiliste. L'inclusion de ces trois principes
va justement permettre, M. le Président, de renforcer le caractère distinct de
la nation québécoise. C'est important d'ajouter
que notre gouvernement a déjà réussi ce tour de force en inscrivant, justement,
que le Québec forme une nation et que sa langue commune est le français.
Dans la même séquence, le projet vise à
renforcer la démocratie québécoise en y ajoutant, justement... en rejetant,
justement, certains symboles liés à la monarchie. Alors, M. le Président, on
est conscients, là, qu'il y a à peu près 7 % des Québécois qui se disent
attachés à la monarchie britannique. Ça veut donc dire qu'il y a 87 % qui
affirment ne pas l'être, la très grande majorité. Les changements qui sont
proposés par la constitution québécoise, ils permettent, justement, de mieux
refléter la position des Québécois. C'est, justement, en changeant le titre de
lieutenant-gouverneur par celui d'officier du Québec. Mais ce n'est pas que de
changer un nom. Le projet de constitution prévoit aussi que l'officier du
Québec sera nommé sur désignation du premier ministre du Québec.
On va aussi,
par cette constitution, par ce projet de loi de constitution, créer un conseil
constitutionnel, une autre mesure phare, justement, du projet. Le conseil va
renforcer nos institutions en donnant des avis, notamment sur les conséquences
liées à l'ingérence du gouvernement fédéral. On prévoit également, dans le
projet, l'adoption d'une loi sur l'autonomie
constitutionnelle. Cette loi, elle va renforcer la capacité du Québec d'exercer
tous ses pouvoirs, d'accomplir toutes les responsabilités qui lui sont
afférentes, et de faire librement tous les choix qui en découlent, sans
subordination du fédéral, et sans empiètement dans les champs de compétences
constitutionnels du Québec.
Ultimement,
la constitution québécoise, elle va permettre de renforcer aussi nos capacités
d'action à l'international. Notre réseau de délégations du Québec à l'étranger
nous positionne avantageusement dans le développement de nos
exportations et dans la promotion de notre culture. Nous croyons qu'il est
important, justement, de continuer à prendre notre place sur l'international.
Avec ce projet de constitution, on va consacrer une version actualisée de la
doctrine Guérin-Lajoie, le socle de la politique internationale du Québec.
M. le Président, en conclusion, la Constitution
du Québec va renforcer nos droits et libertés, notre démocratie, nos
institutions, notre autonomie constitutionnelle, notre capacité de rayonner à
l'international.
Alors, j'invite les confrères de Québec
solidaire à voter pour la motion pour une consultation générale pour qu'enfin
on cesse de rêver à cette constitution, mais qu'on en fasse quelque chose de réel.
Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de
Verchères. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants?
Mise aux voix
Alors, s'il
n'y a pas d'autre intervenant, nous allons maintenant procéder à la mise aux
voix de la motion du leader du gouvernement proposant :
«Que la Commission des institutions procède à
une consultation générale à l'égard du projet de loi n° 1,
Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, et qu'elle tienne des auditions
publiques à compter du 4 décembre 2025;
«Que les mémoires et demandes d'interventions
soient reçus au secrétariat de la commission au plus tard le
24 novembre 2025;
«Que le
ministre de la Justice et ministre responsable des Relations canadiennes soit
membre de ladite commission pour la durée du mandat.»
Cette motion est-elle adoptée?
Des voix : Adopté.
Des voix : Sur division.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Adopté
sur division. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : ...beaucoup, M. le Président. Je vous demanderais
de bien vouloir appeler l'article 5 du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 112
Adoption du principe
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : À l'article 5 du
feuilleton, M. le ministre délégué à l'Économie et aux Petites et Moyennes
entreprises propose l'adoption du principe du projet de loi n° 112,
Loi favorisant le commerce des produits et la mobilité de la main-d'oeuvre en
provenance des autres provinces et des territoires du Canada.
Y a-t-il des
interventions? Oui, je reconnais M. le ministre de... délégué à l'Économie et
aux Petites et Moyennes entreprises. M. le ministre.
M. Samuel Poulin
M. Poulin : Merci beaucoup, M.
le Président. C'est un plaisir pour moi d'intervenir aujourd'hui concernant,
évidemment, les barrières commerciales entre les provinces canadiennes.
Tout
d'abord, c'est un projet de loi qui fut déposé par mon prédécesseur, le nouveau
ministre des Relations internationales, un projet de loi, cependant, que...
Évidemment, j'y mets ma touche, parce que je crois au libre-échange, je crois
au partenariat entre les provinces, je crois à la libre entreprise, je crois
qu'on doit s'enlever du chemin des entrepreneurs. Alors, évidemment, ce projet
de loi là est important pour faire reconnaître les biens entre les provinces canadiennes afin de s'assurer, par exemple, de ce
qui est commercialisé en Ontario puisse être commercialisé au Québec.
C'est déjà le cas
dans plusieurs secteurs, il faut le dire, il faut le mentionner. Notamment, on
connaît les pêches de l'Ontario. Il y a plusieurs, plusieurs produits qui sont
déjà chez nous, ou des produits de chez nous qui sont ailleurs au Canada, mais
on doit assurer un leadership fort. On se doit, à l'intérieur de ce projet de loi
n° 112, certainement être déterminés au fait que nous souhaitons brasser
des affaires avec le reste du Canada. On a tout un travail à faire, et on le
fait présentement, afin d'inciter nos entreprises à développer le marché
canadien davantage. Il y a les entreprises chez
nous, M. le Président, que j'ai mises en contact avec des entreprises de
Toronto, de Sudbury, auxquelles ils n'avaient jamais été, avec les
Maritimes.
• (12 heures) •
Alors, c'est majeur,
c'est important, tout ce marché-là qui doit être à notre disposition, surtout,
M. le Président, dans le contexte des tarifs présentement. On le sait, hein, on
souhaite évidemment un accord, on souhaite évidemment une nouvelle entente de
libre-échange qui sera avantageuse par le Québec, mais à 50 % dans l'acier,
dans l'aluminium, à 45 % dans
l'industrie du bois, on a les camions. On a évidemment plusieurs volets qui
sont en dehors de l'ACEUM, on a l'enjeu
des colis présentement. C'est majeur, M. le Président, ce que l'on vit en
matière économique, en matière d'incertitude,
également, au niveau des tarifs. Alors, le projet de loi n° 112 est une
réponse. Ce n'est pas que la réponse, elle est une réponse, évidemment,
au libre-échange entre les provinces.
Et j'ajouterais un
autre volet très important du projet de loi, c'est la notion de reconnaissance
permis... sur permis. Alors, on vient reconnaître les travailleurs qualifiés
dans les autres provinces ici, au Québec, et c'est important, ça, notamment pour l'industrie de la construction
auquel on sait qu'il y a des gros, gros défis, mais également au niveau des ordres
professionnels également, parce qu'on vient, à l'intérieur de cette loi, avec l'Office
des professions, mandater les ordres
professionnels à alléger l'harmonisation entre les provinces au niveau des
travailleurs. Alors, ça peut évidemment être au niveau du domaine de la santé, on peut penser aux infirmières,
aux acupuncteurs, on peut penser aux vétérinaires, même, je suis dans
une circonscription très agricole, alors je comprends l'enjeu de disponibilité
des vétérinaires, sans, M. le Président, faire de compromis, et c'est bien cité
à l'article 1, sur le fait français, qui est une spécificité québécoise
très importante, sur le fait que les produits qui entrent ici notamment, les
gens devront se conformer au fait d'écrire en français. On ne souhaite pas des
produits anglophones sur toutes nos tablettes, on s'entend. En même temps,
c'est un marché de 9 millions de
Québécois, alors il y a un intérêt à faire des efforts, et ils le font déjà,
là, dans plusieurs cas, c'est important de le dire. Et aussi sur nos
enjeux de main-d'oeuvre, de dire au reste du Canada : C'est possible de
venir travailler ici.
Vous savez, on a
haussé les salaires des infirmières, on a haussé les salaires des enseignants,
notamment. Alors, il y a tout ce
leadership-là à avoir. Les autres provinces, ce sont des alliées dans ce que
nous vivons présentement. Quand nous voyons, M. le Président, Stellantis
qui ferme en Ontario, c'est 5 000 emplois qui vont être
éventuellement perdus en Ontario, c'est
majeur. Alors, l'enjeu de commercialiser, l'enjeu de brasser des affaires avec
le reste du Canada, comme ministre du Commerce intérieur, c'est une
priorité.
Je
salue les consultations particulières que nous avons menées, où, dans une très,
très, très vaste majorité, les groupes ont été en accord avec nous pour,
évidemment, faire tomber le maximum de barrières commerciales. Les syndicats nous ont dit ne pas aller trop vite. Moi, je leur
ai répondu qu'on était en retard, on était en retard, et qu'il fallait au
contraire avancer, progresser,
lorsque l'on parle des barrières entre les provinces, et qu'il fallait jouer
notre rôle de leader, le Québec, à ce niveau-là. Et je sais que j'ai
l'appui de nos collègues.
Je
veux saluer, évidemment, la députée de Notre-Dame-de-Grâce, avec qui j'ai mené les travaux, jusqu'à présent,
et que je les mènerai dans les prochains jours. Je salue sa collaboration, son
ouverture à travailler. Je pense que ce qui nous unit, la députée de Notre-Dame-de-Grâce
et moi, c'est la volonté que le milieu des affaires puisse se propulser encore
plus loin dans le contexte actuel. Alors, je salue leur collaboration à ce
niveau, c'est fort important. Et je suis convaincu
que, lors de l'étude article par article, qui se poursuivra au cours des
prochains jours, nous pourrons continuer de travailler ensemble. Notre
volonté, elle est claire : appuyons nos entreprises, développons des
nouveaux marchés. Et nous allons assurer ce leadership en ce sens. Merci, M. le
Président.
Le
Président suppléant (M. Allaire) : Merci. Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole à Mme la
députée de Notre-Dame-de-Grâce. La parole est à vous.
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw :
Merci. Et bravo, M. le Président! Merci. Écoutez, à mon tour, j'ai
l'honneur de prendre la parole concernant le
projet de loi n° 112, la Loi
favorisant le commerce des produits et la mobilité de la main-d'oeuvre en
provenance des autres provinces et des territoires du Canada. C'est toujours un
plaisir de parler de l'économie, d'autant plus que le commerce... surtout
depuis mon nouveau rôle, ici, comme porte-parole de notre formation en matière
de commerce, et ce, le commerce tant à
l'international qu'interprovincial. Alors, c'est un nouveau rôle que notre
formation politique a créé pour, justement, souligner l'importance du
commerce au sein de notre économie, que c'est vraiment, pour nous, une
priorité.
Je veux aussi saluer le ministre délégué à
l'Économie et aux Petites et Moyennes entreprises et les députés de tous les
partis qui ont participé, à date, aux consultations particulières, et je tiens
à dire d'emblée que notre formation politique est en faveur du principe de ce projet
de loi qui représente, selon nous, un bon pas en avant en termes de commerce
interprovincial. Et ce n'est pas surprenant, M. le Président, parce que nous
sommes le Parti libéral du Québec, nous sommes pour le libre-échange, nous
sommes pour la libéralisation du commerce, bien évidemment. Donc, le principe,
ça nous rejoint, en tant que Parti libéral du Québec. Cependant, il y a quand
même quelques assurances à obtenir de la part
du gouvernement, notamment le recours à des règlements pour multiplier les
exceptions, que... ne viennent pas atténuer les avancées potentielles de
l'ouverture au commerce interprovincial.
Donc, souvent, ce gouvernement a l'habitude de
faire beaucoup par règlement, et ça nous nuit dans notre travail de
législateurs, et on ne sait pas... Il y a beaucoup de groupes, d'ailleurs...
tous les groupes du milieu d'affaires sont venus nous... ils appuient le projet
de loi, mais ils se préoccupent beaucoup, et nous, on partage cette
préoccupation que, justement, on vient... on
viendrait peut-être atténuer l'intention, la très bonne intention, le
principe de ce projet de loi, c'est-à-dire qu'avec des exceptions... M. le Président, si on vient avec beaucoup
d'exceptions, eh bien, là, on ne respecte plus le principe ni
l'intention de ce projet de loi, qui est justement de libéraliser le commerce.
Alors, on va surveiller ça de très près. On ne
connaît pas encore les intentions réglementaires du gouvernement. Ça va être
une de nos premières demandes, c'est de savoir quelles sont les intentions
réglementaires pour, justement, s'assurer
que l'intention, la bonne intention de ce projet de loi, est respectée dans son
intégrité, l'esprit de la loi est respecté.
Alors, il
faut aussi souligner le fait que certaines exclusions vont demeurer
essentielles, comme celles demandées par
l'Ordre des pharmaciens et d'autres ordres professionnels, qui veulent
s'assurer de protéger certains actes en lien, M. le Président, avec la
santé et la sécurité publique. Alors, ça, c'est quand même important de le
reconnaître. Et aussi, évidemment, le fait
français, notre caractère francophone ici, au Québec, demeure, pour nous, un
incontournable. Alors, ça, c'est évidemment à surveiller, à protéger, et
ça, je pense que tous les partis sont d'accord là-dessus, il y a un consensus.
Pour le Parti libéral du Québec, on va veiller à
ce que le Québec soit pleinement positionné comme un leader, parce que le ministre l'avait bien dit,
effectivement, oui, on appuie ce projet-là, mais on est en retard, quand même,
au Québec. Il y a beaucoup de provinces qui ont déjà mis en place des
lois, des règlements pour faire... promouvoir, pour faire avancer le commerce avec les autres provinces
canadiennes. Donc, on est en retard, et c'est important... Pour nous, notre formation, on trouve que des... toujours, le Parti
libéral du Québec, et le gouvernement du Québec doit être à l'avant-garde, doit
être un leader au sein de notre fédération.
Alors, il
faut surveiller aussi... s'assurer que, comme leaders, on est dans une
meilleure position de bien surveiller l'impact des tarifs douaniers sur
nos entreprises. Nous sommes le parti de l'économie, pas juste par paroles,
mais aussi par nos gestes et nos décisions structurantes, M. le Président, par
le passé, et nous mettons de l'avant une vision claire pour un Québec confiant,
moderne et ouvert sur le monde, c'est-à-dire soutenir nos PME, diversifier nos
marchés et renforcer nos liens commerciaux
avec le reste du Canada et, bien sûr, à l'étranger aussi, et c'est pour ça
qu'on a créé ce poste, ce poste, au sein de notre formation, de
porte-parole en matière de commerce international et interprovincial, parce que, pour nous, c'est une priorité. Nous
croyons aussi à la... au potentiel de la fédération canadienne et à
l'importance d'améliorer le commerce interprovincial. Notre approche
vise à créer des emplois de qualité, à stimuler l'innovation et assurer la
prospérité des régions comme des grands centres.
Alors, je vais souligner évidemment le contexte
dans lequel on travaille sur ce projet de loi. Évidemment, on est dans un
conflit commercial avec les États-Unis, qui, à date, a été notre plus grand
partenaire commercial, et c'est vraiment... ça change le contexte tout à fait.
On a besoin de diversifier nos marchés, tant à l'international qu'au sein du
Canada, et on ne peut plus dépendre de la faiblesse du dollar canadien face au
dollar américain. Il va falloir qu'on devienne plus... qu'on mise beaucoup plus
sur la productivité pour être plus concurrents, et on reconnaît que ce projet
de loi, bien qu'on l'appuie, ce n'est pas la réponse à tout. Il y a beaucoup de
travail à faire.
• (12 h 10) •
Il y a des experts qui sont venus nous voir,
d'ailleurs, les HEC qui sont venus en consultations particulières, pour souligner le fait que, pour eux, le projet de
loi, oui, ils l'appuient, mais il faut vraiment regarder une vue d'ensemble,
prendre beaucoup plus de... mettre en place
plus de mesures pour vraiment favoriser la vraie concurrence, la productivité, et,
avec la concurrence, aussi, on s'attaque au coût de la vie parce que, lorsqu'on
a plus de compétition, normalement, les prix baissent. Donc, en pleine crise de
coût de la vie pour les Québécois, je pense que c'est vraiment... c'est
vraiment gagnant-gagnant et pour l'économie et pour l'économie vivante, c'est-à-dire
comment se... les gens, les Québécois sont impactés.
Alors, on
reconnaît qu'il y a beaucoup de potentiel avec le commerce interprovincial.
Déjà, ça totalise 532 milliards de dollars, c'était en 2023,
c'est... soit 18 % du PIB canadien.
Il y a un... l'Accord de libre-échange canadien,
c'est-à-dire le ALEC, de 2017, qui devrait... qui devait réduire les barrières, mais il y a tellement d'exceptions,
263 exceptions qui demeurent, dont 35 pour le Québec, que ça pose des
obstacles. Et ces obstacles sont liés, entre autres, à l'agriculture, la
gestion de l'offre, l'inspection de la viande, etc., les normes techniques et administratives, par exemple,
le transport routier, l'alcool et la protection du français et les
particularités québécoises.
Mais je
souligne, encore une fois, que nous allons, avec les autres formations... pour
nous, c'est un incontournable, la
protection du français, et c'est aussi reconnu, et le ministre l'a même dit en
consultations, que l'offre de la... la gestion de l'offre, pardon, va
être protégée aussi.
Donc, il y a
un consensus en principe, M. le
Président, il y a un consensus
théorique, mais, à date, peu d'avancées concrètes depuis 2017. Mais depuis
2025, dans le nouveau contexte avec... suite à l'élection du président Trump et
la reconnaissance de la part des provinces canadiennes et de la fédération
canadienne qu'il faut vraiment miser sur le commerce
intérieur, il y a quand même eu des développements importants, donc,
évidemment, le projet de loi ici, au Québec, d'autres projets de loi et
d'autres lois qui ont été adoptées par d'autres provinces.
Il
y a aussi, en juin de cette année, le gouvernement fédéral qui a adopté... ou
ça a été adopté, le One Canadian Economy
Act, donc la présomption de la conformité de biens et services, la reconnaissance
mutuelle des licences. Il y a aussi
le Comité du commerce intérieur qui veut le retrait de toutes les exceptions
fédérales de l'ALEC, dont 10 pour le Québec.
Et il y a aussi des gains potentiels avec le retrait de toutes les barrières
liées au commerce interprovincial, donc le gain, par exemple, de 200 milliards de dollars, un gain de
productivité de 7 % et une baisse des prix de 15 %, M. le Président. Donc, ce n'est quand même
pas négligeable, ces gains potentiels avec plus de commerce interprovincial. Et
on veut s'assurer que le Québec n'est pas perçu comme plus protectionniste que
les autres provinces. Donc, on a des démarches à faire, on a du travail à
faire.
Le projet de loi n° 112
s'inscrit donc dans l'empressement des provinces et du gouvernement fédéral de
stimuler le commerce intérieur au pays à la suite des droits de douane imposés
par les États-Unis depuis l'élection de Donald Trump. Et hier on a reconnu ici,
au salon rouge, la délégation du Massachusetts, et j'ai l'honneur d'être la vice-présidente
de la délégation... Québec-Massachusetts. On a eu deux jours de rencontres très
fructueux avec d'autres députés ici, à l'Assemblée nationale, et, justement, on
a reconnu... et la délégation a reconnu que les États américains, ce n'est pas le gouvernement fédéral, et même le
peuple américain ne sont pas le gouvernement fédéral, donc il faut faire la
distinction. Et on peut miser aussi, oui, avec les autres provinces, mais,
parenthèse aussi, on peut regarder qu'est-ce qu'on peut faire avec les États
américains qui ne partagent pas... qui appuient effectivement... qui n'appuient
pas, effectivement, les tarifs du gouvernement Trump.
Donc,
il y a quand même beaucoup de possibilités, M. le Président, pour diversifier
nos marchés. Et, comme je le dis, ça va favoriser la concurrence et aussi la
baisse des prix. Donc, c'est vraiment gagnant-gagnant pour le Québec.
Ça fait mal à notre
économie. La situation est surtout difficile pour nos PME et nos entreprises en
raison de la pression de l'administration
américaine. La plus récente menace du président Trump sur le bois d'oeuvre
affectera notamment notre industrie forestière et du meuble, un coût
pour nos usines, nos scieries et nos détaillants.
Au niveau de la
balance commerciale, le Québec a un déficit notable avec l'Ontario et
l'Alberta. En ce moment, on est trop dépendant des États-Unis, comme je dis,
bien que... des démarches à suivre avec les États individuellement, donc on
doit continuer à diversifier nos marchés à l'international et aussi au sein du
Canada. Mais, à date, on échoue à protéger nos entreprises contre l'impact des
tarifs... tarifiés. Il ne faut pas ainsi priver nos PME d'occasions de
croissance, notamment en région. Il y a des emplois de qualité et de nouvelles
occasions d'affaires. Les PME locales, déjà fragilisées par l'inflation et les coûts de
transport, peinent à exporter leurs produits et à percer de nouveaux marchés.
Il est donc primordial d'améliorer nos
relations commerciales avec les autres provinces et territoires canadiens pour
accroître directement le développement économique régional et augmenter les
revenus des familles et des communautés québécoises.
Je
sais que, cette semaine, le gouvernement reçoit les représentés... les
représentants du Québec, les bureaux du Québec à l'international, dont huit aux
États-Unis, je crois. Et on a de quoi être fiers, dans nos relations
internationales, qu'on est si bien représentés à l'international et de
miser vraiment sur le commerce. Mais peut-être quoi à faire au sein du Canada : avoir ou renforcer les bureaux du
Québec dans d'autres provinces canadiennes, qui existent déjà, mais avec
plus de présence d'Investissement Québec, avec un focus beaucoup plus commercial et
économique pas juste à l'international, mais dans nos bureaux ici, au
Canada. Donc, ça, c'est à surveiller.
Donc, au... parmi les
consultations particulières, on a eu la chance de rencontrer et d'écouter
beaucoup de groupes, d'experts aussi, de parties prenantes, et dont le milieu
des affaires. Comme j'ai dit, ils étaient tous en faveur... Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, CPQ, FCCQ, CCCD, MEQ, donc tous en faveur, mais
ils exprimaient des inquiétudes que
l'intention de la loi pourrait se défaire, dans les règlements, avec beaucoup
d'exceptions. Donc, c'est vraiment quelque chose à surveiller.
J'ai aussi parlé des
experts, dont le Pr Robert Gagné, aux HEC Montréal, qui nous a exprimé ses
inquiétudes que... justement de ne pas défaire les bonnes intentions de la loi,
mais aussi que, vraiment, il faut miser sur la productivité. Et ce loi... le projet de loi, c'est... c'est vraiment un
outil. Mais il y en a beaucoup d'autres, et il faut vraiment miser sur
d'autres outils, à part le commerce. Et il était un peu pessimiste,
effectivement, le Pr Gagné.
Il
y avait aussi la Pre Geneviève Parent, de l'Université Laval, Faculté de
droit. Elle nous a recommandé d'assurer que, dans notre... dès le
premier... je pense que c'est le premier article, qu'on... qu'on...
l'importance de souligner l'environnement, santé et sécurité publique et aussi
protection du consommateur, où nous sommes très avant-gardistes au sein du
Canada. Donc, elle ne souhaitait pas voir de recul à ce niveau-là.
Donc,
il y avait aussi des représentants syndicaux qui... aussi, il y avait certaines
inquiétudes, dont FTQ-Construction, qui
voulait voir tout le secteur... bien, une exception pour tout le secteur, ou
exempter le secteur, effectivement, d'exclure la construction de ce projet de loi. Il y avait le Commissaire à la langue française, le commissaire responsable des ordres
professionnels. Donc, vraiment, on a été vraiment très choyés, M. le Président,
par les mémoires, les présentations, d'excellentes discussions robustes. Donc,
on a pris en note leurs préoccupations, leurs recommandations.
Et
c'est sûr que, comme toujours, nous, le Parti libéral du Québec, on
prend très au sérieux notre rôle d'opposition officielle. Et c'est sûr que,
pendant l'étude détaillée, M. le Président, on va travailler avec rigueur. On
va aller au fond des choses et nous
allons faire tout notre possible pour bien bonifier le projet de loi,
l'améliorer sur les points qui sont préoccupants.
Et nous allons...
comme je dis, en conclusion, M. le Président, nous sommes pour le principe de
ce projet de loi. C'est un pas important de l'avant pour favoriser le commerce
interprovincial. Et, pas surprenant, en tant que Parti libéral du Québec, nous sommes pour le libre-échange et pour
la libéralisation du commerce ici, au Canada, mais aussi à
l'international. Donc, c'est dans notre ADN. Et on va travailler de façon
constructive pour bonifier le projet de loi. Merci beaucoup, M. le Président.
• (12 h 20) •
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants?
Mise aux voix
Sinon, le
principe du projet de loi n° 112, Loi
favorisant le commerce des produits et la mobilité de la main-d'oeuvre en
provenance des autres provinces et des territoires du Canada, est-il adopté?
Des voix : Adopé.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
Renvoi à la Commission des finances publiques
M. Lévesque (Chapleau) : Merci,
M. le Président. Et donc, conformément à l'article 243 de notre règlement,
je fais motion afin que le projet de loi
n° 112, la Loi favorisant le
commerce des produits et la mobilité de la main-d'oeuvre en provenance
des autres provinces et des territoires du Canada, soit déféré à la Commission
des finances publiques pour son étude
détaillée et que le ministre délégué à l'Économie et aux Petites et Moyennes
entreprises soit membre de ladite commission pour la durée du mandat.
Mise aux voix
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Cette motion est-elle adoptée?
Des voix : Adopté.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. À nouveau, je vous demanderais de bien vouloir
appeler l'article 10 du feuilleton.
Projet de loi n° 101
Prise en considération du rapport de la commission
qui en a fait l'étude détaillée
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : À l'article 10 du feuilleton, l'Assemblée prend en considération
le rapport de la Commission de l'économie et du travail sur le projet de loi
n° 101, Loi visant l'amélioration
de certaines lois du travail.
Y a-t-il des interventions? Je reconnais M. le
ministre du Travail.
M. Jean Boulet
M. Boulet : Merci, M. le
Président. Je suis heureux de confirmer la terminaison de l'étude détaillée du
projet de loi n° 101, qui vise
l'amélioration de certaines lois du travail. C'est une étape qui est vraiment
fondamentale, vous le savez, c'est un des piliers de notre démocratie
parlementaire. Ça nous permet d'anticiper des risques, de corriger des
imprécisions, de garantir que nos lois soient claires, cohérentes et faciles
d'application. Ce que nous cherchons à faire avec le projet de loi n° 101,
M. le Président, c'est d'améliorer, adapter ou encore de clarifier certaines
lois du travail, et c'est dans cet esprit
que le projet de loi propose des ajustements ou des correctifs dans certaines
sphères, toujours avec la perspective d'améliorer, de façon continue, le
fonctionnement du mode du travail au Québec.
Le but principal, c'est d'offrir un cadre qui
est plus équitable, plus sécuritaire et plus efficace aux travailleuses et aux travailleurs du Québec. On l'a d'ailleurs
précisé davantage avec les amendements qui ont été étudiés en commission. Il y a eu, en tout, 36 amendements. Parmi ces
amendements, on a clarifié l'article qui concerne les travailleurs faussement
incorporés, ce qui fait référence aux «Chauffeur inc.», afin d'éviter toute
erreur d'interprétation ou d'application.
On a ajouté
aussi aux fonctions des comités de santé et de sécurité, dans les
établissements de la santé, de l'éducation et des services sociaux, la fonction
de tenir des registres des accidents de travail, des maladies professionnelles
et des événements qui auraient pu en causer. Il y a eu un amendement qui a été
proposé par un groupe parlementaire de l'opposition qui prévoit que le rapport
d'application qui sera fait en 2029 de ces régimes de prévention et de
participation des travailleuses et des travailleurs devra notamment prendre en
compte les réalités propres aux femmes et aux hommes. On a évidemment ajusté le
processus d'arbitrage de griefs qui est vraiment crucial pour déterminer
comment seront décidés les différends portant sur l'interprétation et
l'application des conventions collectives de travail,
en permettant la prolongation de
certains délais, la procédure de nomination d'un arbitre, l'audience, les
règles de divulgation de preuve, la
conférence préparatoire et bien d'autres sujets qui avaient fait l'objet d'un
consensus au Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre où
siègent les associations patronales et les centrales syndicales.
En terminant, M. le Président, je remercie
l'ensemble des collègues. Je vois que mon adjointe parlementaire est ici
présente, qui a collaboré à nos travaux, tant lors des consultations
particulières que de l'étude détaillée, et je remercie
l'ensemble des collègues, là, qui, autour de la table, ont permis de faire en
sorte que le projet de loi soit le reflet d'un maximum de rigueur, de transparence et aussi un témoignage de la
conviction que nous partagions tous d'améliorer nos lois
du travail. Je remercie également ceux qui ont participé aux consultations particulières
pour leur engagement éclairant à nos
débats. Et je suis convaincu que ce projet de loi aura des retombées positives
pour l'ensemble des travailleuses et travailleurs québécois. C'est
pourquoi je recommande que cette Assemblée adopte le rapport de la Commission
de l'économie et du travail afin que nous
puissions rapidement mener à bien l'adoption de ce projet de loi.
Merci beaucoup, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le ministre du Travail. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants sur ce... sur
ce dossier? Je reconnais Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce.
Mme Désirée McGraw
Mme McGraw : Merci, M. le
Président. Alors, je suis heureuse aujourd'hui de prendre la parole
aujourd'hui, au nom de ma formation politique,
à l'occasion de la prise en considération du projet de loi n° 101, loi
visant l'amélioration des... de
certaines lois du travail, pardon, de... oui, de certaines lois du travail.
J'ai eu le privilège moi-même de participer aux consultations particulières au printemps dernier, et c'est avec un
réel sentiment d'accomplissement, mais aussi une certaine déception, que
je prends la parole aujourd'hui à cette étape importante.
Avant d'aborder le fond du projet de loi, je
veux exprimer ma profonde gratitude à tous celles et ceux qui ont contribué à
ces travaux. Tout d'abord, évidemment, je veux saluer le ministre du Travail,
sa sous-ministre, son chef de cabinet et
toute l'équipe du ministère. Nos débats ont été exigeants, parfois animés, mais
toujours empreints de respect, et
c'est ainsi, je crois, que la démocratie parlementaire donne le meilleur
d'elle-même. Je tiens aussi à souligner le président de la Commission de
l'économie et du travail, le député de Maskinongé, pour la rigueur, la patience
et le respect avec lesquels il a dirigé nos échanges. Merci également à
l'équipe du secrétariat de la commission, aux pages, toujours présents et efficaces, et à tous les employés de
l'Assemblée nationale qui soutiennent notre travail quotidien, souvent dans
l'ombre.
Évidemment, je tiens à souligner la contribution
précieuse de mes collègues, la députée de Bourassa-Sauvé, la députée de Westmount—Saint-Louis, la députée de La Pinière et l'ensemble des
membres de notre équipe parlementaire. Un mot spécial à Mélissa
Huot-Gallien, directrice des commissions parlementaires, et Thomas Guérette,
notre recherchiste, dont l'engagement, la rigueur et le dévouement ont fait
toute la différence tout au long de l'étude détaillée. Je n'oublie pas Vincent Roy, stagiaire, Jean-Charles-Bonenfant, présent
lors des consultations particulières, ainsi que nos collègues de
l'opposition et des autres formations qui ont pris part aux échanges.
Maintenant, sur le fond. Pour nous, c'est un
projet de loi qui est perfectible. Le projet de loi n° 101 est un projet de loi omnibus qui comportait à la fois des
avancées notables, mais aussi des enjeux sérieux. Plusieurs amendements ont été
adoptés, et nous espérons qu'ils permettront de mieux traduire l'intention du
législateur. Mais certaines décisions demeurent profondément décevantes,
M. le Président, et la plus regrettable d'entendre était... entre elles
concerne l'article 54.
L'article 54, pour nous, c'est vraiment un rendez-vous manqué pour les
travailleuses. Cet article, qui crée un régime dérogatoire en santé et sécurité du travail pour les secteurs de
la santé, des services sociaux et de l'éducation, est un recul. Je cite
ainsi les mots, justes, de Caroline Senneville, la présidente de la CSN, je
cite : «En agissant ainsi, le gouvernement prévoit contourner sa propre
loi et instaurer un régime sexiste et dangereux en santé et sécurité du travail
pour ces centaines de milliers de travailleuses. Aux cartes, on appelle ça tricher.»
Ça, c'est... je cite Caroline Senneville, de la CSN.
• (12 h 30) •
M. le Président, c'est vraiment triste et même
révoltant que ce soit ce message-là qui sorte de l'étude détaillée du projet de loi n° 101. Le gouvernement
avait la chance d'agir avec hauteur, cohérence et respect envers les
travailleuses de première ligne, ces
mêmes femmes qu'il applaudissait pendant la pandémie. Ce sont les mêmes
personnes, ces travailleuses de première ligne, ce sont nos soldats, ce
sont nos héros. Au lieu de cela, il a choisi d'établir une distinction
injustifiable entre les secteurs,
réintroduisant, par la porte en arrière, une égalité... une inégalité qu'on
croyait dépassée. On est quand même en 2025, M. le Président.
Je regrette également le refus du gouvernement d'adopter
plusieurs de nos propositions, pourtant constructives et appuyées par des
arguments solides. Dans un premier temps, la réalisation d'une analyse
différenciée selon les sexes, l'octroi de 10 jours d'absence rémunérés
pour les victimes de violence conjugale et, enfin, la promotion de la présence des jeunes au conseil d'administration de la
CNESST afin de favoriser le renouvellement et la diversité des perspectives.
Ces propositions n'étaient ni idéologiques
ni partisanes. Elles visaient simplement à rendre nos lois plus humaines, plus
équitables, plus ancrées dans la réalité.
Quant à notre amendement sur le secteur de la
mécanique industrielle, je demeure convaincue que le ministre a manqué une
belle occasion d'agir rapidement et efficacement. Cela fait des années que les
acteurs du milieu répètent les mêmes
constats et formulent les mêmes recommandations, et à chaque fois la réponse
est la même : le ministère analyse, consulte, étudie, réfléchit. Mais, M. le Président, il est temps d'agir.
La solution proposée par le secteur est simple, peu coûteuse et largement consensuelle. Elle ne
demande aucune modification législative, seulement un ajustement réglementaire,
et permettrait de corriger une anomalie
vieille de plus que 20 ans. Le statu quo, lui, coûte cher en inefficacité,
en lourdeur administrative et en perte de compétitivité pour nos
entreprises. Le gouvernement pourrait, d'un seul geste, envoyer un message fort
de pragmatisme et de confiance envers les secteurs économiques sans que cela ne
coûte un sou au Trésor public.
M. le Président, malgré nos divergences sur
certains points, je crois que toutes les formations politiques ici présentes
partagent un même objectif : améliorer les conditions de travail, protéger
la santé et la sécurité et moderniser nos institutions du
travail. Ce projet de loi n'est pas parfait, mais il nous rappelle que le
dialogue, la concertation et le respect des partenaires sociaux sont essentiels
pour progresser ensemble.
Je remercie encore une fois tous les collègues,
tous les experts et tous les citoyens qui ont contribué à ce débat.
Puissions-nous, à l'avenir, continuer à faire du parlement du Québec un lieu où
l'écoute, la rigueur et la justice sociale guident nos décisions. Merci
beaucoup, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Notre-Dame-de-Grâce. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants sur ce dossier, le
projet de loi n° 101?
Mise aux voix du rapport
S'il n'y a pas d'autre intervenant, le rapport
de la Commission de l'économie et du travail portant sur le projet de loi n° 101,
Loi visant l'amélioration de certaines lois du travail, est-il adopté? Adopté.
M. le leader adjoint...
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Pour?
Une voix : ...
Le Vice-Président (M. Benjamin) : Donc,
adopté.
Alors, M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui.
Oui, merci, M. le Président. Je vous demanderais de bien vouloir appeler
l'article 12 du feuilleton.
Projet de loi n° 99
Adoption
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : À l'article 12 du feuilleton, M. le
ministre des Finances propose l'adoption du projet de loi n° 99, Loi
donnant suite à des mesures fiscales annoncées lors du point sur la situation
économique et financière du Québec du
21 novembre 2024 et du discours sur le budget du 25 mars 2025 ainsi
qu'à certaines autres mesures.
Y a-t-il des
interventions? Alors, je reconnais M. le député de Chapleau et néanmoins leader
adjoint au gouvernement.
M. Mathieu Lévesque
M. Lévesque (Chapleau) : Merci
beaucoup, M. le Président. Effectivement, toujours un plaisir de pouvoir intervenir au nom du ministre des Finances. Je le
remercie d'ailleurs de sa confiance. Et donc je vous salue, je salue également
les collègues du gouvernement et également le collègue de l'opposition
officielle, de Marguerite-Bourgeoys, avec qui nous
avons eu également hier l'occasion d'échanger sur ce... sur ce sujet très
important. D'ailleurs, tout à l'heure, il me faisait part de son
optimisme, et donc, peut-être, lors de sa réplique, il pourra... il pourra
aborder ce sujet.
Et donc nous en sommes maintenant à l'étape de
l'adoption, M. le Président, du projet de loi n° 99, qui est intitulé la Loi
donnant suite à des mesures fiscales annoncées lors du point sur la situation
économique et financière du Québec du
21 novembre 2024 et du discours sur le budget du 25 mars 2025 ainsi
qu'à certaines autres mesures. Et
donc, pour rappel, peut-être, le cheminement du projet de loi n° 99,
c'est quand même assez... c'est allé assez rondement. Et donc il a été présenté
le 8 mai 2025. Ensuite, le principe a été adopté le 21 mai 2025. La
Commission des finances publiques en a fait l'étude détaillée le 5 juin
2025 et en a adopté les 195 articles. Des amendements ont été... ont également
été adoptés. Puis le rapport de la commission a été déposé le 6 juin 2025.
Donc, vous voyez la célérité. Et ça a été
pris en considération, donc, hier, comme j'en... comme j'en parlais, et,
aujourd'hui, bien, nous procédons, évidemment, si la Chambre le veut,
bien, à l'adoption de ce projet de loi là.
Et donc le projet de loi modifie diverses lois
afin principalement de donner suite à des mesures annoncées à l'occasion de la
présentation du point sur la situation économique et financière du Québec du
21 novembre 2024 et du discours sur le
budget du 25 mars 2025. Ça vient donner également suite à des mesures
fiscales qui ont été annoncées dans divers bulletins d'information
publiés par le ministère des Finances autant en 2022, en 2023 qu'en 2024. Étant
donné, M. le Président, que ce projet de loi
contient des modifications diverses regroupées en sujets principaux et que
l'ensemble de ces sujets a fait
l'objet d'une étude détaillée, on se souviendra, 195 articles étudiés
presque en une seule séance, du moins, en une seule journée, ça fait
beaucoup de travail, donc je vais en discuter sommairement, M. le Président.
Donc, le projet de loi modifie la Loi sur les
impôts, la Loi concernant les paramètres sectoriels de certaines mesures
fiscales et la Loi sur la taxe de vente du Québec afin notamment, premièrement,
d'optimiser le crédit d'impôt non remboursable pour la prolongation de
carrière, deuxièmement, de diminuer l'âge maximal d'un enfant aux fins de l'admissibilité au crédit d'impôt remboursable
pour frais de garde d'enfants, troisièmement, de mettre en place une nouvelle
obligation de déclaration de biens étrangers
détenus à l'extérieur du Canada, quatrièmement, de prolonger le crédit d'impôt
remboursable pour la transformation numérique de la
presse écrite, cinquièmement, d'abolir le crédit d'impôt non remboursable
favorisant la synergie entre les entreprises québécoises, sixièmement, d'abolir
certains congés fiscaux favorisant le
recrutement d'employés spécialisés, septièmement, d'uniformiser le taux de la
taxe sur les primes d'assurance avec celui de la taxe de vente du
Québec. De plus, M. le Président, le projet de loi vient modifier la Loi sur la
Régie de l'assurance maladie du Québec afin
de hausser le montant des exemptions servant au calcul de la prime exigible
d'une personne assujettie au régime public d'assurance médicaments. Par
ailleurs, le projet de loi vient modifier notamment la Loi sur l'administration fiscale, la Loi sur les impôts et la loi sur
la vente... la taxe de vente du Québec afin d'y apporter des modifications semblables à celles qui ont été
apportées à la législation fédérale. Et donc, enfin, ce projet de loi apporte
des modifications à caractère technique, de concordance et de terminologie.
Donc, en terminant, évidemment, M. le Président,
je tiens à remercier les collègues du gouvernement de même que les députés des
oppositions membres de la Commission des finances publiques pour, j'en suis
certain, leur grande collaboration, parce que ça s'est déroulé rondement, comme
on a pu le voir lors de l'étude de ce projet de loi. Et donc, en conclusion, je demande, bien évidemment, je
soumets respectueusement à cette Assemblée de bien vouloir adopter le
projet de loi n° 99. Merci, M. le Président.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : Merci, M. le député de
Chapleau. Y a-t-il d'autres intervenants? Je reconnais M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Merci beaucoup,
M. le Président. Bien, écoutez, je vais me répéter un petit peu, là, mais, juste pour qu'on soit clairs, on a vertement
critiqué le budget et les mises à jour économiques de la CAQ dans les dernières
années, mais plus spécifiquement dans la
dernière année. Donc, vous ne serez pas surpris, là, qu'on va aller voter
contre ce projet de loi, évidemment.
• (12 h 40) •
Je vais revenir sur les crédits d'impôt et,
malheureusement, le manque de cohérence qui en suit. On veut aider les gens d'expérience à rester sur le marché du
travail. On veut aider ces gens-là parce qu'on en a de besoin, de ces gens-là
d'expérience, qui sont plus productifs. On
est en train de vouloir couper dans de la main-d'oeuvre qui vient de
l'immigration parce que le gouvernement a fait ce choix. Donc, nous, on
a de la misère à concevoir pourquoi, quand nos industries, quand nos PME nous
demandent de les aider parce qu'ils ont de besoin de gens sur le terrain à
remplir des missions qui sont importantes pour l'économie du Québec... Comment
se fait-il que ce gouvernement-là a décidé de tourner le dos face à cette situation,
et donc de couper dans le crédit d'impôt? Parce qu'honnêtement il n'y a aucune
justification qui nous a été donnée de la part du ministre des Finances,
malheureusement, sur le sujet. Et, comme je mentionnais hier et je répète aujourd'hui, ce qui semble être la signature,
maintenant, du gouvernement actuel, c'est de mettre en place des
mesures, mettre en place des modifications, des règlements, modifier des lois,
tout ça sans faire des études d'impact en bonne et due forme. Et on le voit, M.
le Président, dans plusieurs aspects, et ce, cet exemple que je viens de
donner, d'aider les gens de 60 ans et plus, par exemple à rester sur le marché
du travail, c'est un exemple patent du manque de vision économique et du manque de rigueur, en n'ayant pas déposé une
étude en bonne et due forme pour nous démontrer les résultats et nous
démontrer les conséquences que ça va avoir sur l'économie du Québec. Donc, ça,
ce n'est qu'un exemple.
Un autre
exemple, évidemment, qui, pour moi, m'apparaît absolument inconcevable, c'est
le fait qu'actuellement, comme vous
le savez peut-être, M. le Président, on a un voisin, au sud de la
frontière, qui s'en prend à ses propres institutions, qui n'est pas un
exemple à suivre, évidemment, là. On s'entend que faire mal aux universités, ce
n'est pas un modus operandi. Si on veut avoir une continuité dans une certaine
croissance économique, quand on veut développer de la propriété intellectuelle,
quand on veut initier de nouvelles innovations au Québec, bien, c'est important
de regarder ce qui se passe aux États-Unis
puis se dire : Voyons! ça, c'est une opportunité, là, énorme pour le
Québec d'amener ce monde-là ici, au Québec. Bien, j'étais... la semaine
dernière, je suis allé faire un tour à Toronto pour jaser avec des gens un peu
partout, là, dans le secteur, et on m'a évidemment démontré comme quoi qu'eux
ont pris cette opportunité-là au sérieux,
ils ont pris la balle au bond et puis ils ont mis en place ce qu'il faut pour
attirer des chercheurs et des professeurs qui viennent des États-Unis.
Et donc l'Ontario a mis en place les conditions gagnantes pour que la suite des
choses au niveau de l'innovation, que la
suite des choses au niveau de la productivité, que la suite des choses au
niveau de la propriété intellectuelle soit positive pour l'Ontario.
Qu'est-ce qu'on a fait ici, avec le gouvernement de la CAQ? On a fait totalement l'inverse, M. le Président, on a barré
les initiatives et on a coupé dans les crédits pour aller chercher des
chercheurs étrangers, ce qui va nous faire perdre des opportunités
inconcevables, M. le Président.
Puis, vous savez, je comprends qu'on a des
restrictions budgétaires, mais il y a des choix à faire puis les choix
représentent une... une image. Les choix que le gouvernement fait donnent
l'image de ce gouvernement-là. Et si on n'investit pas dans l'avenir, on
hypothèque donc l'avenir de nos prochaines générations. C'est quand même assez surprenant, mais, d'un autre côté, sommes-nous
vraiment surpris? Parce que c'est le même gouvernement qui est allé piger dans les contributions au Fonds des générations. Donc, encore une fois, ici, on a un manque
d'équité intergénérationnelle. Et c'est flagrant avec l'exemple, là, des
crédits d'impôt pour les chercheurs et experts étrangers qui auraient pu donner
un élan à l'innovation, à la productivité et à la crédibilité du Québec sur la
scène mondiale dans ce domaine-là.
Le
dernier point que je veux mentionner, M. le Président, qui, vraiment, nous...
pour nous, nous a été extrêmement
difficile à concevoir de la part du gouvernement de la CAQ, qui,
rappelons-nous, là, a donné évidemment, là, des chèques électoralistes, là, en 2018, mais aussi dit que l'objectif
ultime était de baisser l'impôt des particuliers de 1 % à
une facture de 1,7 milliard de dollars par année de façon récurrente,
correct, on était pour la même mesure, nous aussi, au Parti libéral du
Québec, mais force est de constater que depuis ce temps, M. le Président, la
CAQ ajoute des frais et des taxes indirectes à tous les moments que c'est
possible pour le gouvernement de la CAQ de le faire, au point tel
qu'aujourd'hui, là, le 1,7 milliard d'économies a totalement disparu. Puis
je vais vous donner l'exemple suivant : L'augmentation de la taxe sur des
primes d'assurance, on veut l'harmoniser pour qu'elle soit égale à la TVQ.
Bien, écoutez, M. le Président, je comprends, là, que le gouvernement est en
train de gratter les fonds de tiroir pour ramasser de l'argent, là, mais on est
tous obligés d'avoir des assurances, et donc, indirectement, ça se trouve à
être une taxe additionnelle. On vient piger 300 millions de dollars dans
les poches des Québécois, M. le Président. Ça s'ajoute à toutes les autres mesures qui maintenant dépassent
le 1,7 milliard que ce gouvernement-là a dit : On redonne au
portefeuille des Québécois. Bien, ils enlèvent... ils prennent de la... ils
redonnent dans la poche droite pour enlever dans la poche gauche. Ce gouvernement-là dit une chose et son contraire.
Malheureusement, ça, c'est un autre exemple. Donc, c'est 300 millions
de dollars qui vont aller dans les poches de
l'État, qui ne sont pas dans les poches des citoyens, parce que, malheureusement, les primes d'assurance, on est tous obligés d'en payer au
Québec.
Donc,
le gouvernement a mal, évidemment, géré l'économie, a mal géré nos finances
publiques, a abusé des surplus qu'on
avait laissés en place lorsqu'on a quitté en 2008, puis, maintenant, bien,
force est de constater que le gouvernement est pris à gratter des fonds de
tiroir, et, malheureusement, ça donne ce que ça donne. Alors, M. le Président, vous ne serez pas surpris que nous allons voter contre le
projet de loi n° 99. Merci.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
Est-ce qu'il y a d'autres intervenants? Il n'y a pas d'autre intervenant.
Mise aux voix
Alors le projet de
loi n° 99, Loi donnant suite à des mesures fiscales annoncées lors du
point sur la situation économique et financière du Québec du 21 novembre
2024 et du discours sur le budget du 25 mars 2025 ainsi qu'à certaines
autres mesures, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Des voix :
Sur division.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Adopté sur division. M. le leader adjoint du
gouvernement.
M. Lévesque
(Chapleau) : Oui. Merci, M. le Président. Je vous demanderais de bien
vouloir, à ce stade-ci, suspendre nos travaux jusqu'à 15 heures, s'il vous
plaît.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors, nous allons donc... Cette motion est-elle
adoptée?
Des voix :
Adopté.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Alors donc, nous allons suspendre les travaux
jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à
12 h 48)
(Reprise à 15 h 01)
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Vous pouvez vous asseoir.
Affaires
inscrites par les députés de l'opposition
Motion proposant que
l'Assemblée rappelle la nécessité de
réformer le régime forestier et condamne l'inaction
du gouvernement dans ce domaine
Donc, aux affaires du
jour, affaires inscrites par les députés de l'opposition, à l'article 59
du feuilleton, aux affaires... aux affaires inscrites par les députés de l'opposition,
M. le député de Pontiac présente la motion suivante :
«Que
l'Assemblée nationale prenne acte qu'après sept ans au gouvernement, la
Coalition avenir Québec est toujours incapable de concrétiser sa
promesse de réformer le régime forestier;
«Qu'elle rappelle que
dans le contexte des tarifs américains, une réforme du régime forestier est
plus que jamais nécessaire pour offrir une meilleure prévisibilité à
l'industrie et afin que le Québec demeure compétitif pour attirer les
investissements ainsi que pour protéger l'impact économique de ce secteur;
«Qu'elle rappelle que l'industrie forestière
représente des dizaines de milliers d'emplois dans les différentes régions du
Québec et que plusieurs de ces travailleurs ne sont présentement pas en emploi
suite à la fermeture d'usines dans leurs régions;
«Qu'enfin, elle condamne
le manque de courage du gouvernement actuel et qu'elle dénonce son abandon pur
et simple de nos régions, de nos communautés forestières et au premier chef, de
nos travailleurs de la forêt.»
La répartition du temps de parole pour le débat
restreint pour la motion inscrite par M. le député de Pontiac s'effectuera de la façon suivante :
10 minutes sont réservées à l'auteur de sa motion pour sa réplique,
52 min 45 s sont allouées au groupe parlementaire formant le gouvernement,
27 min 46 s sont allouées au groupe parlementaire formant
l'opposition officielle, 16 min 39 s sont allouées au
deuxième groupe d'opposition, 8 min 20 s sont allouées au
troisième groupe d'opposition et
1 min 30 s sont allouées à chacun des députés indépendants. Dans
le cadre de ce débat, le temps non utilisé par les députés indépendants ou par l'un des groupes parlementaires sera
redistribué entre les groupes parlementaires selon la proportion établie
précédemment. Mis à part ces consignes, les interventions ne seront soumises à
aucune limite de temps. Je rappelle aux députés indépendants que, s'ils
souhaitent intervenir au cours de ce débat, ils doivent aviser la
présidence et ont 10 minutes à partir de maintenant pour le faire.
Je cède maintenant la parole à M. le député de
Pontiac. Oh! Excusez-moi. Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger, à vous la parole.
Mme Filomena Rotiroti
Mme Rotiroti : Merci, Mme la
Présidente. Très contente d'ouvrir le débat sur la motion aujourd'hui en tant que porte-parole en développement économique
régional. Je voudrais remercier mon collègue député de Pontiac de me laisser
quelques minutes pour parler de notre industrie forestière, qui est un pilier
de l'économie pour nos régions. Si on dépose aujourd'hui cette motion, c'est
parce qu'après sept ans de promesses et attentes le gouvernement caquiste a échoué à livrer la réforme du régime forestier
qu'il a annoncée en 2018. Je n'ai pas à vous... Je vais vous rappeler les faits
très rapidement.
C'est une
réforme qui était attendue depuis plusieurs années. Tous les... que ce soient
les travailleurs de la forêt, les
municipalités, les coopératives, les Premières Nations, réclamaient cette
réforme capable d'assurer la prévisibilité et les approvisionnements, la
protection des emplois et une meilleure concertation des usagers sur le
territoire. Finalement, en 2003, le Forestier en chef lui-même sonne l'alarme suite à une saison de feux sans précédent,
invitant le gouvernement à revoir son modèle d'aménagement pour tenir
compte des changements climatiques.
En 2024, la ministre a organisé des grandes
tables de réflexion sur l'avenir de la forêt, où des centaines d'intervenants
de toutes les régions ont proposé des solutions concrètes, mais ces
consultations ont laissé un goût amer. Plusieurs participants ont dénoncé un
processus biaisé, où les véritables recommandations du milieu ont été écartées.
Au printemps dernier, quatre... après quatre jours de consultations, quatre
jours de consultations parlementaires sur le projet de loi n° 97,
le verdict a été sans appel : les travailleurs, la communauté et des
experts scientifiques ont rejeté la réforme,
qui fragilisait la gouvernance publique, précarisait les emplois sylvicoles et
ignorait les autres usagers de la forêt. Résultat, la ministre a reculé,
la réforme a été suspendue, et les régions forestières se sentent trahies.
Mon collègue le député de Pontiac reviendra plus
en détail sur les conséquences concrètes de cet abandon, mais permettez-moi
d'abord de rappeler pourquoi ce dossier est si vital pour l'économie régionale
et pour l'ensemble du Québec. L'industrie
emploie directement 57 000 personnes à travers le Québec, et le
chiffre atteint 130 000 si on compte les emplois indirects. En 2023, les exportations du produit du bois, de
pâtes et papiers s'élèvent à environ 11,3 milliards de dollars. Bref, l'industrie forestière est non
seulement un pilier économique pour le Québec, mais ses produits sont
essentiels pour les secteurs de la construction et les produits de
papeterie et d'emballage.
Donc, moderniser le régime forestier, c'est
donner un nouveau souffle à un pan de notre économie. Mais le gouvernement,
lui, il a échoué. Un autre échec de la part de la CAQ. Ça fait sept ans que la
CAQ promet de réformer le régime forestier, puis, quand vient le temps de le
faire, on proroge la Chambre et on abandonne la réforme.
Mais la réforme du régime forestier, ce n'est
pas tout ce que le gouvernement a abandonné. Il a aussi abandonné nos régions et nos PME en région. Notre industrie
forestière présente, elle, est mise à mal, oui, par le contexte géopolitique,
par la guerre tarifaire, mais il ne faut pas rester les bras croisés. On n'a
qu'à penser aux fermetures d'usine qui ont fait les manchettes dans les
dernières années : la scierie de produits forestiers Petit Paris à
Saint-Ludger-de-Milot, à... au Lac-Saint-Jean, l'usine des Produits forestiers Résolu à Amos et
en Outaouais, l'usine Arbec, bois d'oeuvre de L'Ascension, dans les
Laurentides, et j'en passe.
Dans mon rôle de porte-parole, je parle souvent
des PME. Je sais à quel point ça peut faire mal à des villes et des villages quand une industrie n'est pas bien
supportée. Le gouvernement, en plus... en plus de devoir... de devoir abandonner
la réforme, il était prêt, pas plus tard
qu'au printemps, à faire des concessions en foresterie face à Trump. Le premier
ministre était prêt à vendre notre
bois d'oeuvre à rabais aux États-Unis. On connaît comment les gros deals se font à la
CAQ. Nous sommes toujours les gros perdants.
Parlons d'allègement réglementaire pour nos PME,
Mme la Présidente. On attend le prochain projet de loi. Depuis 2018, c'est
2 milliards de plus en fardeau réglementaire avec cinq projets loi. On
a... On n'a réussi à diminuer que de 120 millions, à peine 10 %. Puis
vous m'avez bien entendue, Mme la Présidente, là, le gouvernement est rendu à
déposer un cinquième projet de loi concernant l'allègement réglementaire. Cinq
projets de loi, puis on réussit à peine à alléger de 10 % pour nos PME. Ça
prend un petit peu plus d'audace, Mme la Présidente.
Qu'est-ce que le prochain projet de loi va
régler? Là, on parle de déposer un autre projet de loi. Qu'est-ce que le nouveau projet de loi pourrait régler, quand ça
faisait sept ans qu'on travaillait sur le projet de loi qu'on vient de retirer?
Est-ce qu'on va harmoniser la durée des
permis d'exploitation forestiers à deux ans, comme le demande la FCCQ dans le projet
de loi n° 85, plutôt que l'actuelle exigence de renouveler tous les
31 mars? Est-ce qu'on va réduire le fardeau administratif qui a été ajouté
à nos entreprises avec la loi n° 25?
Ce gouvernement-là, en
matière d'allègement réglementaire, a fait des petites mesurettes, des avancées
mineures, mais le gros fardeau reste encore pour nos... sur nos PME.
On a un nouveau ministre des Forêts maintenant.
L'ancienne ministre, la députée de Rimouski, elle dit qu'elle a suivi à la
lettre les directives du premier ministre, qu'elle a fait ce qu'on lui avait
demandé. On sait maintenant que le PM, le
premier ministre, lui avait mis des... menottes pour régler ce qui devait être
modifié dans sa réforme. Le nouveau ministre, lui, est-ce qu'il va avoir... est-ce qu'il va avoir la liberté de
réformer le régime forestier? Est-ce que c'est une priorité pour ce gouvernement?
Est-ce qu'il va changer l'ancienne réforme? Est-ce que le nouveau ministre va
faire en quelques mois qu'est-ce que l'ancienne ministre n'a pas été
capable de faire en sept ans? Comment voulez-vous qu'on prenne ça au sérieux?
• (15 h 10) •
Ce qui est sûr, c'est qu'on ne doit pas attendre
grand-chose de ce gouvernement. L'industrie forestière va rester sur sa faim et
nos régions aussi. Le gouvernement de la CAQ démontre encore une fois qu'ils
n'ont jamais été le parti de l'économie. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, Mme la députée. Maintenant, nous
poursuivons avec M. le ministre des Ressources naturelles et des Forêts.
M. Jean-François Simard
M. Simard : Merci à vous, Mme
la Présidente. Alors, je tiens à vous dire à quel point je suis heureux parce qu'il s'agit de ma première interpellation à titre
de ministre des Ressources naturelles et des Forêts. Alors, je... j'espère que
ce ne sera pas la dernière, parce qu'il y a tant à dire sur l'enjeu que nous
abordons aujourd'hui.
Et, d'entrée de jeu, je tiens à saluer ma
collègue de Jeanne-Mance, mon collègue de Pontiac, mon collègue de Marguerite-Bourgeoys,
je vois également mon collègue, toujours présent, de Maurice-Richard,
qui vont également intervenir dans ce débat.
Et je serai également épaulé, de mon côté, par le collègue
de Rouyn-Noranda, par le collègue de Blainville et mon adjointe parlementaire, que je
tiens tout particulièrement à saluer, la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Alors, cette interpellation, Mme la Présidente,
c'est l'occasion de nous rappeler à quel point, et ma collègue à l'instant le soulignait, à quel point l'enjeu de
la forêt, il est crucial pour le territoire québécois, pour l'économie
québécoise. J'oserais presque dire qu'il s'agit d'un enjeu identitaire,
tellement la forêt nous rejoint en ce que nous sommes comme collectivité.
On peine à comprendre à quel point le territoire
québécois est immense. La France, à elle seule, pourrait entrer plus de trois
fois dans les frontières québécoises. Et on sait que l'immense majorité du
territoire québécois est recouvert par nos forêts, c'est dire l'immensité
continentale forestière que nous avons reçue en héritage et que nous avons à
gérer correctement pour les générations qui suivent.
Nous avons créé au fil du temps, à travers les
différents gouvernements, un modèle typiquement québécois de gestion
forestière. Nous avons développé ce que nous appelons une forme de
multifonctionnalité. La forêt, c'est l'occasion pour les villégiateurs de
pouvoir se ressourcer, c'est un poumon vert qui permet de stocker des milliards
de tonnes de CO2 chaque année, c'est également un poumon économique
extraordinaire.
Je vous rappelle qu'au Québec
900 municipalités et villages sont directement concernés par la vaste
étendue, la vaste variété de l'industrie forestière. Et, dans ces
900 municipalités, plus de 150 sont ce qu'on appelle des villages
mono-industriels qui dépendent directement, notamment, de la présence de
scieries. C'est énorme.
Et, par village mono-industriel, on entend
généralement, au sens classique du terme, ces villages dont le produit
intérieur brut dépasse plus de 20 % dans un même secteur. Quand c'est le
cas, bien, on peut dire dès lors que c'est mono-industriel. Et on a plus de 150
de ces villages à travers le Québec qui dépendent directement de l'activité
forestière. On l'a dit, l'industrie forestière, c'est près de
57 000 emplois directs, sans compter tous les emplois indirects, bien
sûr, qu'on peut... qu'on peut... qu'on doit y associer.
Et, au cours
du dernier siècle, Mme la Présidente, l'industrie forestière québécoise en a vu
de toutes les couleurs, de toutes les
couleurs, mais elle a toujours su rebondir. Rappelons... rappelons qu'à la fin
des années 90, avec l'effondrement du marché des pâtes et papiers,
évidemment, l'industrie des pâtes et papiers a beaucoup souffert pour une
raison très simple : les journaux de l'époque qui étaient sur support
papier ne le sont plus, c'est maintenant de manière virtuelle.
Il y a eu, donc, des transformations dans cette
vaste industrie, mais force nous est de reconnaître que, grâce à son dynamisme,
à son leadership, à sa résilience, l'industrie du bois a réussi à survivre et à
se démarquer au point tel que le tiers du bois récolté au Canada, c'est du bois
québécois, au point tel qu'un des principaux moteurs d'exportation de produits québécois aux États-Unis, c'est le
bois d'oeuvre, Mme la Présidente. Et donc il s'agit d'une activité qui a su se
démarquer mais qui connaît, on doit l'avouer, une crise, aujourd'hui, sans
précédent.
Cette crise,
elle a plusieurs... puis on pourrait dire que c'est une tempête parfaite, parce
qu'il y a plusieurs éléments qui convergent pour l'expliquer. Et je ne
voudrais pas être simpliste en ne nommant qu'un élément, mais on peut dire que
la crise que nous vivons actuellement n'est pas d'abord le résultat d'une
guerre, d'une concurrence de produits qui viennent de l'étranger, c'est un peu
de ça, mais ce n'est pas d'abord ça. Ce n'est pas non plus une crise qui vient
d'une pénurie de main-d'oeuvre, comme dans
d'autres types d'industries, notamment, bien, c'est un petit peu ça, mais ce
n'est pas d'abord ça. Et d'ailleurs,
l'enjeu de main-d'oeuvre, on le voit venir, parce qu'avec le vieillissement de
la population, notamment dans le domaine de la plantation, on voit qu'on
aura un renouvellement des effectifs à faire dans les prochaines années. Le problème qu'on a, il n'est pas non plus
directement relié à la productivité, parce que là-dessus, moi, je lève mon chapeau au Parti libéral qui, à
l'époque, avait créé un programme très intéressant, qui s'appelle Innovation
Bois. Quand des idées sont bonnes, quand des actions sont bonnes, peu importe
le parti qui l'a fait, je pense que ça mérite d'être souligné. Puis ça,
Innovation bois, c'est une... c'est une, comment dire... un programme libéral
que le Parti libéral a eu la sagesse de mettre de l'avant, mais que la CAQ, que
la CAQ a eu la sagesse de garder. On trouvait que c'était financé puis on a
remis encore plus d'argent dans le programme Innovation Bois. Et, ce faisant, qu'est-ce qui est arrivé? On a pu augmenter la
productivité de l'industrie forestière, notamment de nos scieries, ce qui fait
qu'elles sont très compétitives.
Alors, plusieurs enjeux concernent, Mme la
Présidente, bien sûr l'économie de la foresterie, mais celui dont j'aimerais
principalement, si vous me le permettez, aborder avec vous, c'est très
certainement l'effet Donald Trump. Voilà que
le gouvernement américain impose une série de tarifs, et j'oserais dire de
surtarifs, qui viennent créer, je n'ose pas dire l'expression, mais un... un mur de Chine entre nous et les États-Unis,
difficilement franchissable pour nos entreprises, bien qu'elles soient
très performantes, très productives. Voilà qu'on a d'abord imposé des frais
compensateurs de 35 % sur le bois
d'oeuvre, auxquels on a ajouté, le 14 octobre dernier, un autre 10 %,
pour une majoration globale de 45 % des frais, en vertu de
l'article sur la sécurité nationale, imposés par Donald Trump.
Et donc, du jour au lendemain, voilà une
industrie qui est pourtant compétitive, qui, pourtant, pouvait bénéficier d'une
devise qui était moins forte que celle des États-Unis, voilà que notre
entreprise voit ses capacités d'exportation largement amoindries. Ses capacités
d'exportation dont... sont d'autant plus momentanément restreintes que, voyant
venir le coup, Mme la Présidente, l'industrie, les marchés américains ont
gonflé leurs stocks, si vous me permettez l'expression, ont acheté le plus de
bois d'oeuvre qu'ils pouvaient acheter avant l'imposition des tarifs, ce qui
fait que, momentanément, à court terme, bien, que voulez-vous, les stocks
américains sont relativement bien garnis et peuvent voir passer la tempête.
Donc, dans
les minutes qui viennent, mon collègue de Blainville pourra élaborer davantage
sur la série de mesures que le
gouvernement du Québec a mises en place pour soutenir l'industrie forestière au
cours des deux... des deux dernières années. Cette aide, Mme la... Mme la
Présidente, se compte en milliards de dollars et elle s'arrête aux différentes
étapes du processus de production, de transport de l'industrie forestière. On
aide l'industrie à bien des niveaux.
Et moi, depuis mon arrivée en mandat, il y a à
peine quelques semaines, j'ai eu la chance de signer plusieurs lettres d'octroi
à des entreprises, notamment au niveau Innovation Bois. Puis j'ai eu
véritablement à soutenir l'industrie à travers les programmes déjà existants,
dont vous reparlera notamment mon collègue de Blainville, mais aussi à
plancher, avec la ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, sur
des mesures supplémentaires que nous pouvons mettre de l'avant pour mieux aider
l'industrie forestière à traverser cette tempête parfaite qu'elle rencontre maintenant.
• (15 h 20) •
Parlant du ministère de l'Économie, brillamment,
donc, dirigé par ma collègue, je vous souligne que nous avons déjà en place des
programmes utilisés par l'industrie forestière. Je pense, ici, au programme
FRONTIERE, qui est bien utilisé au niveau de
la liquidité, au niveau du financement, donc un financement pour répondre à
l'offensive de nouveaux tarifs et
pour les initiatives pour des entreprises résilientes exportatrices, donc de là
l'acronyme FRONTIERE, le programme ESSOR, qui vise à améliorer également
la productivité de nos entreprises, le programme Panorama, qui, lui, offre une
variété d'aides en matière de prêts, de financement et d'accompagnement. Donc,
il y a déjà en place une architecture pour soutenir notre entreprise, essayer
de la faire passer à travers, bien sûr, la crise qu'elle rencontre, mais nous
sommes en veille, en veille stratégique.
À cet égard, je tiens à vous dire que, vendredi
dernier, nous avons rencontré une quinzaine de grands représentants de l'industrie,
et les Domtar de ce monde, et compagnie, donc les principaux représentants de l'industrie
forestière, afin de faire le point avec eux
et elles également pour... parce
qu'évidemment il y a différents types d'industries dans différentes régions, et, selon l'endroit où
on est, les besoins peuvent varier. Donc, on a tenté de prendre l'ensemble des
demandes, tenté de voir les points de convergence, et nous sommes à l'oeuvre,
bien sûr, avec ma collègue de l'Économie, pour soutenir le mieux que
l'on pourra cette industrie, cette industrie qui en a besoin, cette industrie
qui est au coeur d'une occupation dynamique,
territoriale, cette industrie... On connaît tous, dans nos familles, quelqu'un
qui est membre... qui travaille dans l'industrie forestière. C'est dire
à quel point elle est très présente dans nos vies.
Mme la Présidente, en parallèle, donc, de cet...
de cet, comment dire, intérêt que nous avons pour la survie de notre industrie
forestière, nous travaillons en parallèle, bien sûr, à la révision du régime
forestier québécois. Et, lors de mon arrivée en poste, la première chose que
j'ai faite, ça a été de multiplier les consultations auprès des partenaires de
l'industrie, mais des partenaires de la société civile qui sont associés au
projet de loi... qui étaient associés, donc, au projet de loi n° 97,
projet de loi, d'ailleurs, que nous avons retiré. Et je trouve d'ailleurs un
peu paradoxal, Mme la Présidente, que, d'un côté de la bouche, on nous demande
pendant des mois de retirer le projet de loi n° 97 et
que certains collègues, ici, dès lors qu'on l'a retiré, savez-vous quoi, ils se
plaignent qu'on l'a retiré. Alors, je comprends qu'il faut être critiques quand on est à l'opposition, mais il faut
faire preuve d'une très grande imagination pour à la fois demander
quelque chose et son contraire dans la même semaine. Mais ça, ça leur
appartient.
Alors, Mme la Présidente, le temps file, et puis
je veux laisser à mes collègues, bien sûr, la chance d'intervenir, mais qu'il
me soit permis de vous dire que, suite à cette importante consultation que nous
avons menée avec des groupes environnementaux, j'ai rencontré des représentants
de la corporation des ingénieurs forestiers, j'ai rencontré des gens, bien sûr, de l'industrie, j'ai rencontré
beaucoup d'élus de la FQM, de l'UMQ, hein, parce qu'on sait à quel point
le milieu municipal est interpelé par cette grande problématique, bref, j'ai
rencontré un grand nombre d'intervenants, et
il s'est dégagé un consensus très fort à l'effet que nous devions, étant donné
les irritants qui sont dans ce projet de loi, qui étaient dans ce projet
de loi parce qu'il est maintenant retiré, et je dois parler à l'imparfait, à
cause de ces irritants... Bon, le projet de
loi avait de bonnes intentions mais, manifestement, n'allait pas dans la bonne
direction, et conséquemment arrive un stade où un
gouvernement doit écouter ce que les principaux partenaires ont à dire, et on a
été à l'écoute de ces partenaires. Et on relance un processus avec ces
partenaires. On est à l'écoute.
Parmi ces partenaires, j'aimerais nommer au
premier plan l'Assemblée des Premières Nations du Québec, nos partenaires de
toutes les nations autochtones à travers le territoire québécois, qui sont
directement interpelées par la forêt québécoise, parce que cette forêt, c'est
aussi un milieu de vie pour ces nations. Donc, nous sommes en lien étroit avec
nos partenaires à cet égard pour tenter de travailler à l'élaboration d'un
projet de loi qui sera le plus consensuel possible.
Parce qu'on conviendra, Mme la Présidente, on conviendra qu'un régime
forestier, ce n'est pas quelque chose qui dure le temps d'une rose. Ce n'est pas quelque chose qu'on veut qui dure
deux semaines. On ne veut pas que ça... même que ça dure deux... bon, deux mois
ou deux ans. Un régime forestier, c'est quelque chose qui peut et qui doit se
penser en termes de décennies,
lorsque c'est bien... lorsque c'est bien, comment dire, pensé et planifié. Et
c'est ce que nous allons faire. Nous y travaillons chaque jour.
Ceci étant dit, avec... considérant la motion
que nous avons votée à l'Assemblée nationale la semaine dernière, que je ne vous relirai pas, j'entends que, puisque
cette motion a été votée à l'unanimité, hein... votée à l'unanimité, ça veut dire :
votée non seulement par le gouvernement, mais votée à l'unanimité par les
membres de l'opposition, j'entends, dans les petits carrés verts que j'ai vus à l'écran lorsqu'ils ont voté pour
cette motion, qu'ils seront avec nous dans l'élaboration d'un nouveau régime forestier,
qu'ils ne seront pas dans une logique sys-té-ma-ti-que d'opposition, comme
on a peut-être pu voir dans un passé récent.
Donc, moi, je vois la main tendue qu'ils m'offrent et je l'accepte. Je vois des
gens d'expérience de l'autre côté de la Chambre, notamment mon estimé
collègue député de Pontiac, qui a une vaste expérience dans le domaine, et puis mes autres collègues. Et je tiens
à vous dire que je serai à l'écoute de vos... de vos préoccupations, à l'écoute
de vos recommandations, pour que nous puissions ensemble construire le
meilleur régime qui puisse être construit.
Mme la Présidente, j'appartiens à... en
terminant, je veux vous dire que j'appartiens à une génération qui a fortement
été marquée par un documentaire, dont vous vous souvenez très certainement,
bien que vous soyez beaucoup plus jeune que moi, vous vous en souvenez très
certainement, et c'est L'Erreur boréale, du grand Desjardins, qui nous a
fait prendre conscience, c'est une conscience collective, de l'importance, en
même temps de la fragilité de la forêt québécoise. Et nous... J'ai grandi avec
ce documentaire en tête. Et nous allons prendre soin de notre forêt dans une
logique où... nous serons dans une logique de développement durable, et je
crois que nous pouvons grandir gagnants du travail que nous ferons à travailler
à un prochain régime forestier. Je vous remercie pour votre collaboration.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le ministre. Nous
poursuivons les interventions avec M. le député de Maurice-Richard. Je
vous rappelle que vous disposez de 16 min 12 s.
M. Haroun Bouazzi
M. Bouazzi : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Très heureux de pouvoir réagir à la motion préparée par mes
collègues du Parti libéral.
J'ai un amendement qui m'attend à la porte, qui
va peut-être se rendre. Il s'en vient, il s'en vient. Je sens que vous palpitez
d'impatience pour savoir quel sera notre amendement, Mme la Présidente.
Rassurez-vous, ça arrive. Merci beaucoup, madame.
Donc, je disais, très heureux de réagir, surtout
que, comme mon collègue, d'ailleurs, du Parti libéral, nous avons eu la chance de rencontrer vraiment beaucoup
d'acteurs, y compris... on était ensemble au Saguenay pour parler forêt, où
il y avait des représentants de la société civile dans son ensemble, des
syndicats représentant des travailleuses et travailleurs
de la forêt, des spécialistes, des représentants des Premières Nations, des
écologistes. Et, à l'époque, il y avait toutes sortes de recommandations, dont,
d'ailleurs, on retrouve une partie dans la motion qui a été présentée... qui est
présentée aujourd'hui par le Parti libéral, toutes sortes de recommandations,
et un accord, et vraiment un consensus, c'est que le projet de loi n° 97,
le défunt projet de loi n° 97 ne répondait pas aux besoins d'aucun de ces
acteurs-là. Et laissez-moi saluer, une fois
n'est pas coutume, saluer le fait que le gouvernement de la CAQ ait retiré le
projet de loi n° 97, car c'était une demande quand même qui
faisait consensus.
• (15 h 30) •
Une autre chose qui faisait consensus, c'est que
nous avons et nous avions... nous avons besoin d'un nouveau régime forestier. Une phrase qui était ressortie,
c'était qu'il était urgent de changer les choses, mais il n'était pas urgent de
se tromper, car, comme l'a dit d'ailleurs le ministre, un régime forestier, en
général, ça dure largement plus qu'une décennie.
Maintenant, l'état des lieux est grave, Mme la
Présidente, et ce n'est pas un problème simple à résoudre. Le ministre est
devant une véritable difficulté. Il y a le fait que l'industrie va mal depuis
déjà maintenant longtemps. Depuis
pratiquement deux décennies, nous avons perdu, au Québec, presque
30 000 postes de travail sur 130 000, donc un peu moins
que le tiers. La situation est difficile aussi parce qu'économiquement, bien,
il y a eu l'exploitation. Vous savez, Mme la
Présidente, ça prend 70 ans, à peu près, pour régénérer une forêt, et donc
les erreurs qu'on a faites il y a 50, 40, ou 30 ans, ou même 70 ans
nous mordent aujourd'hui même. Et donc plus ça va, plus les troncs d'arbres
sont petits et plus on doit aller couper loin, ça fait qu'évidemment
c'est de moins en moins rentable.
C'est une industrie qui est aussi frappée, on le
sait, par différents tarifs, au sud de nos frontières, donc c'est une difficulté de plus. Mais c'est une industrie
aussi... et d'ailleurs, effectivement, le travail de M. Desjardins, il y a maintenant un quart de siècle, oui, un
quart de siècle, oui, un quart de siècle, j'étais là, je me souviens quand le
documentaire était sorti... et en fait foi.
C'est une industrie qui peut avoir, malheureusement, un aspect très destructeur
envers ce bien commun qui est la forêt, et donc qui doit être gérée avec
beaucoup de tact, d'intelligence, basé sur la science, basé sur le partage du
commun.
La
forêt, c'est aussi autre chose que juste couper des arbres, hein? Il y a aussi
toutes sortes d'autres, d'abord, industries,
évidemment, si on pense au sirop d'érable, si on pense aux champignons, etc.,
mais aussi des espaces de villégiature, les endroits où les gens chassent, pêchent, passent du temps important
en famille. Nous avons, toutes et tous, des moments qui nous sont très, très chers, au Québec, un
rapport très particulier à la nature, un rapport de respect, un rapport
d'osmose. Et c'est avant tout, je
dirais, avant tout, aussi, un espace qui a appartenu, depuis des millénaires,
aux Premières Nations, et je pense que c'est une des choses qui,
souvent, manquent dans l'approche de cette Assemblée, de cette noble Assemblée,
aux droits des Premières Nations.
Et les choses ont
beaucoup évolué, depuis les différents siècles de colonisation, et nous nous
sommes dotés d'un certain nombre d'outils.
Nous avons eu des commissions, nous avons reconnu un certain nombre de crimes
et donc nous nous sommes dit qu'il ne fallait plus faire les choses de
la même manière. Et, parmi les choses, c'est qu'il y a des droits qui sont
reconnus, que le Canada a signés au niveau de l'ONU, donc, des droits des
Premières Nations, et que nous avons nous-mêmes, ici, si je ne me trompe pas,
voté à quatre reprises, dans l'histoire de cette Assemblée, le fait que nous
reconnaissons les droits des Premières Nations. Et, parmi ces droits, un droit
est important, c'est qu'ils doivent prendre des décisions sur les territoires
sur lesquels ils vivent, qu'ils doivent être partie prenante, que leurs
décisions doivent être documentées, éclairées et que leur consentement est
important.
Et donc un des points
que notre formation politique met de l'avant beaucoup, c'est évidemment la
consultation et la collaboration mais dans ce qui touche directement à des
territoires sur lesquels ils ont vécu pendant des millénaires et sur lesquels
ils vivent encore, sur lesquels ils sont des gardiens de ce territoire-là, sur
lesquels ils ont une connexion particulière, spirituelle, économique et, tout
simplement, physique. Il faut commencer à changer notre état d'esprit et
commencer à coécrire, coécrire les différents projets de loi qui les touchent,
surtout qu'ils ont aussi un attachement à l'industrie
de la forêt. Beaucoup des personnes des Premières Nations travaillent et ont
travaillé avec l'industrie forestière, avec l'industrie forestière, et donc ce
n'est pas comme si les choses s'opposaient. Mais, si les choses sont faites avec
respect, avec bienveillance et avec une véritable volonté de réconciliation,
qui, encore une fois, passe par une coécriture des projets de loi qui les
touchent directement, eh bien, nous pouvons imaginer un bien commun.
On a parlé des
difficultés. Évidemment, il y a la question de la crise climatique. Il y a la
question de la crise climatique qui est souvent la grande oubliée. La forêt est
une grosse partie de la solution par rapport à la crise climatique que nous vivons. Évidemment, bien, c'est un des
principaux puits de CO2, quand les arbres poussent. Quand on les coupe,
c'est moins clair, parce qu'ils ne sont plus là, M. le ministre, ça fait qu'il
va falloir en laisser quand même beaucoup pour
absorber du CO2. Il y a aussi le fait que, quand on les coupe,
évidemment, il y a le CO2 qui est emmagasiné dans les troncs et qui, donc, quand il est utilisé pour
construire des maisons, par exemple, il reste stocké indéfiniment à l'intérieur
de nos murs, ce qui est quelque chose de
positif. Mais une grosse partie du CO2
qui est emmagasiné, en fait, emmagasiné
dans les racines... et donc, quand on coupe les arbres, bien, le CO2
est dégagé.
Et comme on s'est
engouffrés à toute vitesse dans une ère où... je ne sais plus comment le dire,
honnêtement, dans cette Chambre, mais où on
n'est pas sûrs de survivre en tant qu'espèce, en tant qu'espèce humaine, je
pense que nous avons une responsabilité à garder à tout moment... à ne pas
tomber dans le déni, dans la facilité, à garder en tout moment cette obsession qui est de se dire : Comment
est-ce qu'on fait, d'un côté, pour diminuer les gaz à effet de serre et les
raisons pourquoi nous sommes en train
de détruire notre milieu de vie, et, de l'autre côté, évidemment, quelles sont
les solutions pour qu'on soit
résilients, pour qu'on rende cette forêt plus résiliente face aux changements
qui la touchent directement?
Et donc je... Donc,
on a parlé de la question des Premières Nations, de la question de la crise
climatique, de la question des tarifs, la question que, de toute façon,
malheureusement, les erreurs du passé font en sorte que l'industrie va mal. Je
rajouterai quand même quelque chose qui est aussi important, c'est que notre
forêt, qui est un bien commun, on a la chance au Québec, contrairement aux
États-Unis, d'avoir une forêt qui nous appartient à toutes et tous, qui est un
bien commun, contrairement à nos voisins du Sud qui ont privatisé toute la
forêt. D'ailleurs, c'est une des excuses que nos voisins du Sud trouvent pour nous
mettre des tarifs, c'est qu'ils considèrent qu'on ne fait pas payer assez les
industries par rapport à l'exploitation d'un bien qu'on leur donnerait
gratuitement. Bien, elle est convoitée.
Et il y a des
exemples, malheureusement, au Québec, où il y a des riches milliardaires
étrangers, il y en a au moins un auquel je pense, qui vient... qui nous vient
d'Indonésie, qui achète comme ça, à travers la planète, des droits de coupe. Et
ici, au Québec, c'est à peu près 30 % des droits de coupe de la forêt que
ce personnage que je ne vais pas me... que je vais nommer avec grand plaisir,
M. Widjaja, donc de Paper Excellence, qui a acheté des droits de coupe. Et
ces gens-là, dans d'autres pays, sont soupçonnés de très graves exactions de
droits de la personne.
• (15 h 40) •
Je pense qu'on doit
être très... qu'on doit faire très attention avant de laisser des personnages
aussi controversés, des personnages qui ont mis en place des politiques, dans
d'autres pays, qui auraient été destructrices pour la forêt et qui eux n'ont aucun intérêt à penser à la forêt
qu'on va léguer aux prochaines générations, contrairement aux travailleuses
et travailleurs qui, eux, sont sur le
terrain, qui ont une connexion particulière avec la forêt, contrairement aux
coopératives qui, elles, sont très attachées. Ces gens-là, en fait, sont
des genres de traders de bois qui achètent des droits de coupe et ils sont terriblement influents. D'ailleurs,
l'ancien ministre de l'Économie, démissionnaire, M. Fitzgibbon, fait
partie des conseillers de ce riche milliardaire, et je vous avouerai que
nous avons une réelle inquiétude de voir des milliardaires étrangers
s'accaparer comme ça des droits de coupe au Québec.
Motion d'amendement
Pour conclure...
Ah! je vais lire, sinon l'équipe, quand
même, va m'en vouloir, je vais lire
l'amendement en question. Bon, je vais le lire ici, parce que j'en ai
deux et je ne sais pas lequel est bon. Bon, donc, la proposition d'amendement
que, je pense, on vous a fait parvenir, Mme la Présidente, donc c'est d'insérer,
au deuxième alinéa, donc :
1° après les mots «une
réforme du régime forestier», les mots «, construite en collaboration dans
le respect des valeurs et des intérêts des Premières Nations,»;
2° après
les mots «prévisibilité à l'industrie», les mots «, une meilleure préservation
et une plus grande résilience de la forêt face aux changements
climatiques».
J'ai échangé avec mes collègues du Parti libéral,
j'ai bon espoir que cette version de l'amendement sera approuvée. J'espère... Et j'espère quand même que les questions des
Premières Nations et les questions de la crise climatique ne seront pas
seulement défendues par notre formation politique, là. Je vous le dis
amicalement, mais on aurait préféré ne pas avoir à faire ces amendements, quand
on parle de forêt, mais on sera toujours là pour jouer ce rôle-là, ici, à
l'Assemblée nationale, Mme la Présidente.
Pour conclure, on va collaborer vraiment avec
beaucoup de bonne foi et d'intérêt, parce que, vous l'avez dit, M. le ministre,
la forêt, ce n'est pas juste une industrie ou juste la nature. C'est aussi un
rapport affectif, un rapport culturel très, très fort au Québec, et c'est un
problème qui est complexe, qui est vraiment complexe, où il va falloir
équilibrer entre les intérêts de tous les acteurs dont j'ai parlé, et nous
serons là pour qu'aucun de ces acteurs-là ne soit oublié dans ces intérêts, à
part peut-être l'archimillionnaire qui a acheté les droits de coupe, dont les
intérêts, pour nous, seront, au mieux, néfastes. Et on espère qu'on en arrivera
à se limiter aux intérêts des travailleuses et travailleurs, de la nature, du
caribou, et évidemment, avant tout, des Premières Nations. Merci beaucoup, Mme
la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Votre amendement est présenté sous réserve de la permission de
son auteur.
Donc, je suis prête à entendre un autre
intervenant. M. le député d'Abitibi-Est, à vous la parole.
M. Pierre Dufour
M. Dufour : Merci, Mme la
Présidente. Peu de temps pour présenter, seulement que
1 min 30 s, mais par contre je pense que c'est important de le
préciser, la forêt, on le sait, c'est une forêt publique, et au-delà de
82 % des municipalités du Québec vivent grâce à l'industrie forestière. On
est en situation de crise présentement. Je pense que tout le monde le sait, tout le monde le voit. On entend souvent parler
des mêmes choses dernièrement, le fameux «Trump situation» puis des
choses comme ça.
Par contre, il y a un élément que le
gouvernement peut intervenir rapidement, c'est sur le coût de la fibre, et le coût de la fibre, déjà, là, si on pourrait
intervenir rapidement là-dessus, on pourrait changer déjà, quand même, les
situations catastrophiques qui se
produisent présentement dans certains milieux forestiers du Québec. On n'a pas
besoin d'attendre la conception d'un nouveau régime, puis, on le sait, un
nouveau régime, le fait que c'est une forêt publique, là, ça peut
prendre jusqu'à huit, neuf ans avant d'arriver à une quelconque solution, comme
on l'a déjà vu dans le passé.
Il y a d'autres enjeux. On le sait très bien,
l'aménagement forestier, etc., c'est tous des éléments qui sont majeurs dans
toute cette dynamique-là. Par contre, le coût de la fibre peut facilement
devenir un enjeu rapide qu'on pourrait résoudre. Le gouvernement doit avoir le
courage de s'ajuster pour baisser le coût de la fibre comme l'Ontario l'a fait. J'ose espérer que le gouvernement et le
nouveau ministre auront l'idée d'intervenir sur le coût pour pouvoir arriver
à nos fins là-dessus. Merci.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député.
Maintenant... Alors, maintenant, nous poursuivons avec M. le député de
Blainville.
M. Mario Laframboise
M. Laframboise : ...Mme la
Présidente. Il me fait plaisir de prendre la parole, aujourd'hui, sur le
dossier qui est présenté, là, par
l'opposition officielle. Pourquoi je vous dis que ça me fait plaisir, bien,
j'ai été, pendant plus de 10 ans, préfet d'une MRC qui était en
Outaouais, donc, une région agricole et forestière. Donc, c'est un dossier que
je côtoie depuis des décennies. Je salue
notre nouveau ministre, député de Montmorency, qui fait... Il a beaucoup de...
En tout cas, il est très actif et proactif. Donc, ça nous fait plaisir
d'avoir un ministre... un nouveau ministre.
Évidemment,
l'industrie forestière, c'est un des piliers les plus importants de la
prospérité économique du Québec, 18 milliards de retombées
annuellement. Nous sommes, à la CAQ, conscients de ce que ça représente. Vous
savez, la Coalition avenir Québec, bien,
c'est le Québec des régions. Évidemment, nous sommes présents en
Abitibi-Témiscamingue, au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie. Nous sommes
présents au Saguenay—Lac-Saint-Jean.
Nous sommes présents en Mauricie. Nous
sommes présents en Outaouais. Nous sommes présents en Estrie. Donc, le Québec
de la forêt, c'est dans les Laurentides,
Chantal, bien oui, évidemment, donc c'est le Québec de la forêt, donc c'est la
Coalition avenir Québec. Pourquoi je vous dis ça, c'est que nous sommes
très au fait de la situation dans laquelle se retrouvent nos entreprises
forestières
Puis je vais me permettre... parce qu'évidemment
c'est le Parti libéral qui nous dépose cette motion-là aujourd'hui, bien, je
vais me permettre un petit peu d'histoire, parce que le régime forestier est
entré en vigueur le 1er avril 2013, et
il y avait un excellent article, le 1er avril 2013, de Radio-Canada,
puis... qui était de Mme Isabelle Maltais, qui était puisé aussi d'un article
de La Presse canadienne. Et je vous donne une partie de l'article :
«Québec devient ainsi responsable de la planification et de la gestion
des forêts publiques, une fonction qui relevait auparavant de l'industrie. En
plus de mettre en péril leurs approvisionnements en bois, les industriels ont
peur que la mise aux enchères publique fasse augmenter les prix, d'abord en
raison de la lutte que certains se livreront pour acquérir la ressource,
ensuite parce que le prix aux enchères sera utilisé par le gouvernement pour
fixer la valeur des approvisionnements garantis.»
Donc, déjà, en
avril 2013, l'industrie nous annonçait ce qu'on vit aujourd'hui,
c'est-à-dire que c'était écrit dans le ciel, à l'époque, que le régime
forestier qui avait été présenté par les libéraux était pour faire augmenter le
coût. Et pourquoi il avait été présenté par les libéraux? Tout simplement parce
qu'il y avait la guerre commerciale, il y avait toujours la contestation des
Américains, puis qu'ils mettaient des tarifs. Et puis force est de constater
que, malgré le régime, les tarifs n'ont jamais arrêté d'augmenter. Ça n'a pas
fait... enlevé les tarifs. Il y a toujours eu des contestations, le Canada a
toujours gagné devant les tribunaux internationaux, mais il reste quand même que
l'objectif était là. Mais le résultat, c'est parce qu'ils ont mis en place le
fameux BMMB, le Bureau de mise en marché des bois, qui a fait que ça affectait
le prix, c'est-à-dire que c'est... il y a des bois qui sont mis aux enchères,
puis c'est ce qui fixe le prix qui est payé par les industriels, et ça,
évidemment, bien, ça a fait...
Puis là, quand vous regardez ce qui s'est passé,
là, de 2013 à 2018, là, je vous dirais... parce que moi, je l'ai vécu
personnellement, Outaouais, Laurentides, on l'a vécu. La fermeture de l'usine
Fortress, à Thurso, qui prenait les résidus des bois, c'est-à-dire les bois
de... les bois... ce qu'on appelle les bois d'usine, là, les bois de pâtes et
papiers étaient pris par l'usine Fortress. Ça a arrêté en 2019, donc,
inévitablement, ça a créé un chaos, mais déjà là le prix puis l'industrie...
Puis j'ai regardé, ce matin, là, parce qu'il y avait eu un avis des industriels
de l'Outaouais pour dire que le coût était de 30 $ déjà plus élevé que ce
que ça leur coûtait, c'est-à-dire que c'était 30 $ le mètre cube plus
élevé que leur coût, déjà, en 2019, 2020.
Donc, tout l'effort qu'avait fait le Parti libéral pour essayer... c'était ce
que l'industrie leur disait, à quelque part.
Donc, qu'est-ce qu'on a fait, nous? Depuis ce
temps-là, bien, on a décidé de s'attaquer au problème, parce qu'on est... le
Québec des forêts, c'est nous, la CAQ. Donc, on a décidé d'investir, de prendre
les sous du gouvernement pour être capable de redresser ce qu'on jugeait...
parce que s'est ajouté à ça, évidemment, mon collègue ministre l'a mentionné
tantôt... Oui, il y a l'effet Trump depuis la dernière année, mais il y a quand
même, depuis ce temps-là, des réalités. La
qualité des bois n'est pas nécessairement là. On le vit dans l'Outaouais,
Laurentides, là. La tristesse de ce qui s'est passé avec le BMMB, c'est
que le ministère, à l'époque, dirigé par les libéraux, il mettait aux enchères
les plus belles coupes pour être capable
d'avoir un prix plus élevé, pour que les industriels paient plus cher. C'était
ça, la solution libérale. Et ça, le député de Pontiac, là, peut parler à
tous les industriels de l'Outaouais, Laurentides, je le mets au défi d'aller leur demander ce qu'ils pensent de leur
régime forestier. Je vous le dis, là, bien gentiment, bien honnêtement, parce
que j'ai eu la chance.
Donc, depuis ce temps-là, évidemment, nous, on a
décidé de, suite aux... de mettre à jour. Donc, évidemment, ça a commencé en Outaouais, là, les aides à
Outaouais, Laurentides. Il y a eu l'aide qui a été... Bon, l'écoulement des
bois feuillus de faible qualité des régions Outaouais, Laurentides, il y
avait eu déjà un 10 millions qui avait été mis en place, qui a été... un 5 millions qui a été reporté,
10 millions. Déjà, en 2020 et 2021, on a mis en place, déjà,
des mesures pour être capable de
compenser. Depuis ce temps-là, bien, il y a eu en... 200 millions, sur
huit ans, qui ont été octroyés pour remettre en production des
superficies brûlées, parce qu'évidemment il y a eu des feux de forêt.
• (15 h 50) •
En 2024‑2025,
il y a eu 347,5 millions pour tout le secteur, pour aider le secteur de...
forestier, 150 millions pour augmenter
les travaux sylvicoles en forêts publiques et la production de plans
forestiers, venant ainsi bonifier l'enveloppe annoncée, 147 millions pour poursuivre les investissements
sylvicoles en forêts privées afin de soutenir l'approvisionnement des usines, 10 millions pour lutter contre
l'épidémie de la tordeuse des bourgeons de l'épinette, 9 millions pour
renouveler la participation du Québec
au programme national de FPInnovations et évaluer le potentiel d'automatisation
des travaux sylvicoles,
4 millions pour appuyer davantage la participation des communautés locales
et autochtones à l'aménagement durable des forêts, 10 millions pour
prolonger le Programme exceptionnel d'écoulement des bois feuillus, parce qu'il
y avait déjà des sommes.
Ça fait qu'on l'a reconduit puis on a rajouté
des sommes, 9 millions pour stimuler la récolte de biomasse forestière,
notamment dans les secteurs touchés par les feux de forêt de 2023,
8,5 millions pour soutenir la récolte des bois en forêts publiques atteints par le chablis dans la région du
Bas-Saint-Laurent, 12,5... 12,2 millions pour... sont octroyés dans le cadre du Plan québécois des infrastructures pour soutenir la mise en norme et la modernisation des infrastructures
en pépinières publiques.
Et la mise à jour économique subséquente a
bonifié davantage le financement de tout le secteur, avec 100 millions pour soutenir les entreprises de
transformation du bois qui font face à des problèmes de liquidités, notamment
en raison du litige sur le bois d'oeuvre
résineux avec les États-Unis, 440 millions pour accroître les efforts de
reboisement et ainsi procéder à la
plantation de plus de 100 millions d'arbres en forêt publique et privée,
au cours de la période 2024‑2025, jusqu'à
2030‑2031, dont 220 millions seront financés par le
gouvernement fédéral par l'entremise du programme 2 milliards
d'arbres.
Mais nous ne sommes pas... nous ne nous sommes
pas arrêtés là. Au budget 2025‑2026, on a annoncé, en mars dernier, 97,7 millions sur trois ans pour
diversifier l'industrie des produits forestiers et favoriser l'innovation,
notamment en appuyant Cecobois ainsi que des projets innovants, entre
autres, dans le cadre du programme Innovation Bois, 52,1 millions; renouvellement... renouveler le programme de
protection des investissements sylvicoles, 35,4... 35,6 millions; poursuivre
le Programme exceptionnel d'écoulement des bois feuillus de faible qualité des
régions de l'Outaouais et des Laurentides. Et, dans le cadre du PQI,
57,7 millions ont été investis sur trois ans pour pérenniser la production
des semences et des plants forestiers.
Plusieurs initiatives du ministère ont également
été bonifiées et mises en place pour appuyer l'industrie forestière. Le
programme Innovation Bois soutient des projets innovants de transformation des
produits forestiers tout en encourageant la transformation des bois de qualité
inférieure; en mars 2025, bonification de l'enveloppe du PIB de
25,5 millions pour le programme Innovation Bois, pour un budget total de
251,5 millions; la Politique d'intégration du bois
dans la construction et son plan de mise en oeuvre 2021‑2026, de
55 millions; le programme d'innovation en construction en bois, de 24,5...
24 580 000 $ additionnels, alloués en juillet 2024. La cellule
de diversification des marchés pour les produits forestiers québécois, qui a
été annoncée le 3 mars 2025, elle a pour mandat de dresser un état de la
situation et d'intensifier des options de diversification des marchés pour les
divers produits forestiers. La cellule déposera, à l'automne 2025, son
plan d'action industrie-gouvernement comprenant des actions porteuses.
Ce sont des investissements majeurs. Nous avons
continué de soutenir le secteur pour la mise en oeuvre des mesures
structurantes qui renforcent la place de l'industrie. On prévoit que toutes ces
initiatives assureront des emplois pour plus de 130 000 travailleurs
qui en dépendent et des retombées pour les communautés forestières.
Donc, évidemment, le chemin à atteindre est...
n'est pas facile. On continue jour après jour. Et c'est pour ça que j'écoutais,
tantôt, j'étais très à l'aise avec notre... les propos de notre ministre,
député de Montmorency, qui nous disait qu'il avait besoin de la collaboration
de tous les partis politiques pour faire avancer, là... Donc, vous aviez
raison, M. le ministre, de dire, dans la
même... pratiquement dans la même semaine, on appuyait... on voulait un régime
forestier puis on votait contre le
régime forestier. Ce n'est pas facile. C'est des situations qui sont très, très
difficiles, et ça, évidemment, ça va requérir la participation de tous
les collègues.
Évidemment,
nous, nous sommes le Québec des régions, la CAQ, on est présents dans toutes
les régions forestières du Québec. On est là, on est là pour aider le
Québec, on est prêts. Demain matin, le ministre a eu le mandat du premier
ministre de recommencer pour essayer de satisfaire toutes les communautés qui
sont intervenantes. Mais, quand même, je vous l'ai dit tantôt, à partir de
2013, c'était évident, l'industrie avait avisé que le régime forestier qui
avait été mis en place par les libéraux, le 1er avril 2013, donnerait les
résultats qu'on a aujourd'hui. C'est comme ça, un coût de matières premières
qui a augmenté, qui est plus élevé que leurs coûts. C'est ça, la réalité, et
ça, il faut y voir. Le régime forestier fait partie de cette discussion-là.
Et c'est pourquoi, Mme la Présidente, je vais
déposer un amendement, que je vais... que j'espère que le Parti libéral,
pour se corriger de son erreur qu'il a faite en 2013, appuiera.
Donc, dans le premier alinéa :
1° remplacer les mots «qu'après sept ans au
gouvernement» par le mot «que»;
2° remplacer les mots «est toujours
incapable de concrétiser sa promesse de réformer le régime» par les mots «est la seule formation politique à s'être engagée
à reformer le régime forestier mis en place, faut-il se le rappeler, par les
libéraux, il y a une quinzaine d'années».
Supprimer,
dans le deuxième alinéa, les mots «des tarifs américains», «plus que jamais»
ainsi que «et afin que le Québec demeure compétitif pour attirer les
investissements ainsi que pour protéger l'impact économique de ce secteur;».
Supprimer, dans le troisième alinéa, les mots
«et que plusieurs de ces travailleurs ne sont présentement pas en emploi suite
à la fermeture d'usines dans leurs régions;».
Et supprimer le quatrième alinéa.
La motion, telle qu'amendée par, évidemment,
notre proposition, se lirait comme suit :
«Que l'Assemblée nationale prenne acte que la
Coalition avenir Québec est la seule formation politique à s'être engagée à
réformer le régime forestier mis en place, faut-il se le rappeler, par les
libéraux, il y a une quinzaine d'années;
«Qu'elle rappelle que dans le contexte, une
réforme du régime forestier est nécessaire pour offrir une meilleure
prévisibilité de l'industrie;
«Qu'elle rappelle que l'industrie forestière
représente des dizaines de milliers d'emplois dans les différentes régions du
Québec.»
Et je vais demander au Parti libéral,
évidemment, d'appuyer cet amendement de façon à ce qu'il puisse corriger
l'erreur de son régime forestier de 2013. Merci.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Je vous remercie, M. le député. Et
votre amendement est présenté sous réserve de la permission de l'auteur.
Donc, nous allons poursuivre le débat avec M. le
député de Pontiac.
M. André Fortin
M. Fortin : Merci, Mme la Présidente. J'écoute... J'ai entendu le
ministre et le député de Blainville et je trouve que notre débat s'éloigne beaucoup du sort des travailleurs. Le député
vient de nous dire qu'il voulait biffer un paragraphe qui fait état du
fait qu'il y a des travailleurs qui ne sont pas en emploi en ce moment. Vous
direz ça aux travailleurs qui sont chez eux aujourd'hui.
Bien, je
pense que ça nous ferait du bien, collectivement, Mme la Présidente, de revenir
sur le plancher des vaches. Alors,
moi, je vais inviter les parlementaires ici, là, je vais les inviter à
Fort-Coulonge. À une certaine époque, Fort-Coulonge, ça ressemblait
beaucoup à une chanson des Cowboys Fringants, ça ressemblait beaucoup à Par
chez nous. Je prends certaines de leurs
paroles, là : «Une ville éloignée en haut de la map, tu as deux choix,
soit c'est l'exil ou tu rentres puncher, puis on les embauche de père en
fils». C'était pas mal ça, Mme la Présidente.
Pendant des
années, là, Fort-Coulonge, c'était la drave, hein? Là, je retourne loin en
arrière, mais c'était la drave. Après ça, c'est devenu des usines forestières
avec les entrepreneurs sylvicoles, avec les entrepreneurs forestiers, avec les
PME équipementières. C'est devenu une des villes mono-industrielles auxquelles
faisait référence le ministre tantôt.
Puis, après
ça, il y a une vingtaine d'années... il y a une vingtaine d'années, Tembec a
fermé, c'était 225 emplois d'un coup. Produits forestiers Coulonge
a fermé, c'était une soixantaine d'emplois. La papetière... À l'époque où les
papetières fermaient, la Smurfit-Stone a fermé dans le village d'à côté,
c'était un autre 230 emplois. Maibec a fermé dans
l'autre village d'à côté, une autre soixantaine, 70 emplois, Mme la
Présidente, tout d'un coup, pour une région, appelons
ça, mono-industrielle, où il y avait des commerces, où il y avait de
l'agriculture, mais c'était une région forestière.
Mme la Présidente, la population de la MRC, dans
les années subséquentes, va tomber de 10 %. Le village de Fort-Coulonge
est passé de 1 700 habitants à 1 300. Et, quand je fais le total
de ces emplois-là, là, qui ont fermé, c'est comme si je disais à la ville de
Gatineau aujourd'hui : Tu vas perdre 19 000 emplois d'un coup,
même chose. L'école secondaire, aujourd'hui,
Mme la Présidente, il y a 318 élèves, il y a probablement de la place pour deux ou trois fois ça.
• (16 heures) •
Quand je pense à ce que les travailleurs ont
fait à cette époque-là, Mme la Présidente, ils ont attendu, ils ont espéré. Ils ont espéré qu'il y aurait des gens
pour rouvrir leurs usines. Il y a eu des projets de relance. Il y a des gens qui
sont arrivés avec des grands projets qui ont fait rêver, puis, pendant ce
temps-là, les travailleurs attendaient. Bien, ils se trouvaient des petites
jobs à gauche, à droite, travaillaient pendant quelques semaines, quelques
mois. Après ça, ils retombaient au chômage.
Ils se retrouvaient d'autres emplois temporaires en attendant l'espoir qu'une
ou l'autre de ces usines-là rouvre et qu'ils puissent retrouver un
rythme de vie, un mode de vie comme ils avaient connu auparavant.
Bien, ça,
pensez-y, Mme la Présidente, là, travaille, arrête, travaille, arrête, ça ne
fait pas une situation financière forte pour une famille, ça rend
extrêmement difficile de payer le loyer ou l'hypothèque. Quand on voit que les
voisins autour, là, ils mettent leur maison à vendre, puis que nous, on reste,
on espère, on croit qu'il va peut-être y avoir un sauveur, qu'il va peut-être y
avoir quelque chose qui va se passer pour qu'on retrouve ce qu'on a connu de
père en fils ou de père en fille depuis des
générations, là, c'est difficile, Mme
la Présidente. Puis là on est à peu
près 20 ans plus tard, et la population de la MRC, elle commence à remonter.
Ça reprend tranquillement. L'économie se diversifie, s'est diversifiée, avec... avec le temps, mais, encore
aujourd'hui, encore aujourd'hui, si je vais à Fort-Coulonge, les gens que vous
allez croiser, Mme la Présidente, c'est des gens qui vont vous dire : Moi,
à l'époque, je travaillais dans cette région
forestière là, je travaillais dans cette usine forestière là. Et là,
aujourd'hui, malgré la diversification de l'économie locale, il y a des gens qui font la route, hein,
une heure et demie de route, deux heures de route pour aller travailler en ville.
Il y a... Je peux vous nommer, Mme la Présidente... quand je pense à
Fort-Coulonge, moi, je peux vous nommer une personne après une autre, après une
autre, qui, encore aujourd'hui, pour garder ce mode de vie là, pour être
capable de subvenir aux besoins de sa famille, va travailler dans les mines, va
travailler dans le nord de l'Ontario, va travailler en Abitibi dans les mines, va travailler dans les sables bitumineux en
Alberta, va travailler au Nunavut dans les... dans les mines. Mais ils
partent deux semaines, ils reviennent deux semaines, ils partent deux semaines,
ils reviennent deux semaines. Nous autres,
on trouve ça... Moi, je trouve ça difficile, être loin de mes enfants, trois
jours à la fois, pour venir ici. Eux autres, ils partent deux semaines à la fois, Mme la Présidente. Puis, pendant
ces deux semaines-là, il n'y a pas d'appels FaceTime pour aider avec les
devoirs, là. C'est un mode de vie extrêmement difficile.
Il y a des gens qui sont restés dans la région,
qui ont essayé de lancer des commerces. Mais, quand l'économie de tout le
village va mal, lancer un commerce, ce n'est pas simple. Il y en a qui ont
réussi. Il y en a qui ont tout donné. Il y
en a qui donnent encore tout aujourd'hui pour que ça marche. Mais, cette
communauté-là, Mme la Présidente, elle s'est relevée avec le temps. Ça a
pris du temps. Ça a été long. Il y en a eu, des fins de mois difficiles, il y
en a eu, des débuts de mois difficiles. Il y
en a encore. Mais, avec le temps, avec l'énergie, avec des leaders
communautaires, avec des gens du milieu économique, qui ont tout fait pour que
ça marche, tranquillement, pas vite, l'économie se diversifie, la rue
Principale reprend vie tranquillement, pas vite. Il y a un café... il y a un
café qui a bien d'allure, au centre-ville de Fort-Coulonge, il y a différentes
activités, il y a des... il y a de l'industrie touristique maintenant, mais ça
a été extrêmement long.
Mais, ce qui s'est produit chez nous, Mme la
Présidente, ce que certains qualifiaient... ce que le député de l'Abitibi-Est
qualifiait de catastrophique il y a quelques instants, là, c'est en train de se
produire ailleurs. C'est ça qui est en train de se produire à Maniwaki,
aujourd'hui, à Saint-Ludger-de-Milot. Allez voir la stabilité de l'économie en
Haute-Mauricie ces jours-ci. Allez voir comment ça se passe au Témiscamingue.
Je vois le député de Témiscamingue. Il le
sait, il y a eu des hauts puis des bas, pas à peu près, dernièrement, dans
l'économie forestière de sa région. Je pourrais parler de... Je pourrais parler de d'autres endroits, Mme la Présidente,
où ça a ouvert, ça a fermé, ça a ouvert, ça a fermé, dans les derniers
mois, les dernières années, là. Mais ce qui s'est produit chez nous il y a
longtemps est en train de se produire ailleurs.
Alors, j'entends le... j'entends le ministre,
là, qui nous dit : Vous ne pouvez pas être pour, un jour, un régime
forestier ou contre, un jour, puis pour, le lendemain. Bien, moi, je vais lui
dire ce qu'on a entendu, ce que moi, j'ai entendu,
ce que je sais que le député de Crémazie a entendu cet été... de Maurice-Richard, pardon, a entendu cet été, au forum au Saguenay, là, où il n'y avait aucun
député de la CAQ, en passant, aucun. On a entendu de la part des
intervenants : On est tous pressés d'avoir un régime forestier,
tout le monde, tout le monde est pressé d'avoir un régime forestier, mais on
n'est pas pressés d'avoir n'importe quoi. Puis, ça, ça demeure vrai
aujourd'hui, Mme la Présidente. Puis, je pense,
la CAQ s'en est rendu compte. Ils ont abandonné leur propre régime forestier,
là, peut-être qu'ils ont compris que, ce qu'ils avaient proposé, c'était le
fameux n'importe quoi. Mais ça demeure, Mme la Présidente, que tout le monde
est pressé d'avoir un régime
forestier, parce que tout le monde le sait, que... ce que l'absence de ce
nouveau régime forestier là, de ce renouvellement de régime forestier là
fait aujourd'hui.
Je vous le dis, Mme la Présidente, il y a des
régions qui souffrent aujourd'hui. Il y a des régions qui ont des hauts puis
des bas. Il y a des enfants qui regardent leur père, leur mère, qui travaillent
dans cette industrie-là, travailler, tomber au chômage, travailler, tomber au
chômage. Est-ce que ça vous donne le goût, ça, Mme la Présidente... pour vos enfants, de se lancer dans ce milieu-là, dans
ce monde-là? Je ne pense pas. Est-ce que ça donne le goût à un enfant de... ou
à un adolescent ou à quelqu'un qui est en choix de carrière, de dire :
Aïe! Moi, je veux aller travailler en foresterie, ça a l'air vraiment le fun d'avoir une job, ne plus en avoir, avoir une
job, ne plus en avoir. Il n'y a pas grand monde qui dit ça, Mme la Présidente.
Là, j'entends le... moi,
j'entends le premier ministre du Québec, là, qui dit, à chaque fois qu'il y a
une rencontre fédérale avec le gouvernement américain, à chaque fois que
M. Carney va voir M. Trump, il dit : Il faut protéger la foresterie. Au début, ce n'était pas tout à fait
ça. Au début, il était prêt à sacrifier, mais aujourd'hui il dit : Il faut
protéger la foresterie. C'est important, bien sûr, mais il a une job,
lui aussi. Le premier ministre du Québec a une job en lien avec la foresterie.
Puis ça, c'est de protéger ses propres travailleurs, Mme la Présidente, donner
un cadre compétitif, assurer... assurons-nous qu'on donne une chance à nos
travailleurs de protéger leur job, de garder leur job, qu'on donne une chance à nos entreprises d'être compétitives,
qu'on donne une chance. Quand une grande entreprise va avoir le choix à faire,
parce qu'il y a une diminution du volume demandé aux États-Unis, parce qu'il y
a des droits de douane de 45 % qui sont imposés sur le bois
d'oeuvre, donnons une chance à l'industrie de dire : Bien, je vais garder
l'usine québécoise au lieu de l'usine ontarienne en service, mais ce n'est pas
ça qui se passe aujourd'hui, là.
Le ministre nous dit qu'il est allé rencontrer
les industriels. Les industriels vont lui dire... ils lui ont probablement dit : Aujourd'hui, si j'ai le
choix, je risque fort de garder l'usine de Thunder Bay avant l'usine de
Maniwaki. C'est ça qui est en train de se produire, parce qu'on n'a pas
de cadre compétitif. Et, Mme la Présidente, moi, je n'invente rien. Ils le
savent de l'autre côté. Ils ont fait cette promesse-là en 2018. En 2018, ils
ont regardé la situation puis ils se sont dit : Ça nous prend un régime
forestier, un nouveau régime forestier. Qu'est-ce qu'ils ont fait en 2019? Rien. En 2020? Rien. En 2021? Rien. En 2022? Rien,
Mme la Présidente. En fait, ils ont repris leur promesse, ils ont encore
dit : On va le faire. En 2023? Rien. En
2024? En 2024, ils nous ont dit : Ah! bien, vous savez quoi, d'ici la fin
du mandat, on va déposer un régime forestier. Et là tout le monde a, Mme
la Présidente, pour utiliser l'expression, pété un «gasket».
Les gens des régions forestières, et là je cite
le maire de La Tuque, là : «Il n'y a pas une région au Québec qui
trouve acceptable l'inertie du gouvernement pour l'industrie forestière.» Et
donc, là, le gouvernement s'est dit : Oh! Aïe! OK, on va faire ça avant la fin du mandat, on va déposer quelque
chose, mais ils ont déposé quelque chose de tout croche. Ils ont déposé
quelque chose qui n'était pas attaché avec personne. Ils ont déposé quelque
chose qui, dès le début, ne faisait pas
l'affaire des Premières Nations, dès le début, ne faisait pas l'affaire des
pourvoiries, dès le début, ne faisait pas l'affaire des gens qui ont des
baux de villégiature dans la forêt publique, dès le début, ne faisait pas
l'affaire du milieu environnemental. Puis après un petit bout de temps, bien,
savez-vous quoi? Ça ne faisait pas l'affaire du milieu municipal, ça ne faisait
pas l'affaire des industriels non plus. Il n'y avait plus personne avec le
gouvernement.
Alors, c'est-tu, Mme la Présidente, trop dire,
trop demander, quand il n'y a plus personne qui est d'accord avec une réforme, de demander au gouvernement de la
mettre de côté? Je ne pense pas. Je pense, ce serait pas mal ridicule de
continuer avec une réforme qui n'a aucun supporteur. Mais ça, ça ne veut pas
dire qu'il faut repartir à zéro complètement, Mme la Présidente. Il y a une consultation qui a été faite. Il y a des
gens dont on connaît la position, on connaît la position des
industriels, on connaît la position des groupes environnementaux, on connaît la
position des experts, hein, l'expert de l'Université du Québec en Outaouais, qui
a proposé la triade, que le gouvernement de la CAQ a travestie, on connaît sa position. On n'est pas obligé de repartir à
zéro avec ces gens-là. Avec les Premières Nations, il faut faire un vrai travail,
ce qui n'a jamais été fait. Là, Mme la Présidente, il faut le faire.
• (16 h 10) •
Mais là je suis obligé de dire au ministre que
ce qu'il nous dit maintenant... puis il faisait référence à la fameuse motion,
là, qu'il va déposer une réforme d'ici la fin de son mandat, hein, c'est ce qui
lui a été demandé dans cette motion-là, c'est son engagement aujourd'hui, et, Mme
la Présidente, je trouve ça bien peu ambitieux de sa part, de la part de son
gouvernement. Et je comprends que c'est un champ de mines, là, pour le
gouvernement, qu'ils se sont brûlés une fois. Puis après que tu te brûles une
fois, là, après que tu mets ta main, Mme la Présidente, sur le four, tu ne lui
touches pas une deuxième fois d'habitude. Mais on n'a pas le choix. Quand le
premier ministre nous dit : C'est trop difficile, bien, c'est un pari qui
vaut la peine d'être pris, Mme la Présidente, parce qu'il y a des gens
aujourd'hui qui perdent leur emploi. Il y a des gens aujourd'hui qui sont au
chômage. Il y a des gens aujourd'hui, là, qui n'ont pas de raison de se lever
le matin à cause qu'ils ont perdu leur job, leur bonne job, la job qu'ils
aimaient dans leur village, où il n'y a pas
50 000 autres opportunités, où la requalification, là, c'est
loin d'être une option parce qu'il n'y en a pas, d'autres possibilités,
dans leur village forestier.
Alors, est-ce que, Mme la Présidente, c'est un
abandon de la part du gouvernement? Je vous dirais qu'à chaque jour qui passe c'est un abandon de ces
travailleurs-là, à chaque jour qui passe, ces gens-là et les leaders de leur
communauté, des maires et mairesses
qui les représentent, ils comprennent qu'ils n'ont pas ce dont ils ont besoin
de la part du gouvernement. Puis il y en a des trucs, il y en a des
trucs, là, je pourrais vous en faire une longue liste de ce que le gouvernement
peut adopter. À chaque fois qu'il y a une usine qui a fermé ou à chaque fois
qu'il y a une usine dont on a appris la fermeture éventuelle, il y a un groupe, il y a une cellule de crise, il y a un
groupe d'intervention qui s'est formé puis qui a dit : Bien, nous,
on en a, des solutions, pour au moins pallier jusqu'à tant qu'il adopte un nouveau
régime forestier, pour au moins aider les entrepreneurs à garder leur
entreprise en vie, pour au moins s'assurer que les entrepreneurs, ils ne
déménagent pas leur entreprise dans une autre région, les entrepreneurs
forestiers, Mme la Présidente. Mais, systématiquement, le gouvernement a refusé
ces propositions-là. Alors, c'est dur de dire que ce n'est pas un abandon,
aujourd'hui, de tous ces gens-là.
Puis quand, ce matin, Mme la Présidente... les
gens qui vont dire que je me suis emporté en disant que je ne pardonnerais
jamais au gouvernement la façon qu'il a géré la réforme du régime forestier,
bien, je ne le regrette pas une seconde, Mme la Présidente, parce qu'il y a des
gens, aujourd'hui, là, qui sont au chômage, à cause de l'approche du gouvernement. Il y a des gens, aujourd'hui, qui
ne travaillent pas. Il y a des gens, aujourd'hui, qui ne sont pas capables
de payer leurs hypothèques. Il y a des gens, aujourd'hui, qui sont obligés de
dire à leurs enfants qu'il n'y en aura pas, de cours de danse, parce qu'il n'y
a pas d'argent. Il y a des gens, aujourd'hui, qui envoient leurs enfants à
l'école avec des moitiés de lunch parce qu'ils les ont coupés en deux, parce
qu'ils ont deux enfants puis ils n'ont pas assez de... ils n'ont pas assez de nourriture
dans le frigidaire pour faire deux lunchs. C'est ça qui se passe. C'est
ça, la réalité, Mme la Présidente. Il y a du vrai monde derrière ça.
Alors, Mme la Présidente, si vous croyez à
l'occupation du territoire, si vous croyez au mode de vie rural, si vous croyez
qu'il doit y avoir une égalité des chances pour des jeunes en région éloignée,
des jeunes en région forestière, bien, vous n'avez pas le choix, vous n'avez
pas le choix de voter en faveur de la motion qui est devant vous. Je comprends que c'est difficile. Je comprends que
c'est difficile, là, ravaler son orgueil puis dire : C'est vrai qu'on l'a échappée, celle-là, mais le gouvernement l'a
échappée aux dépens des travailleurs, et ça, Mme la Présidente, c'est
impardonnable. Je vous remercie.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Je vous remercie, M. le député. Maintenant, nous allons poursuivre nos
interventions avec Mme la députée de Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Marie-Louise Tardif
Mme Tardif : Merci, Mme la
Présidente. Je prends la parole aujourd'hui dans cette enceinte en lien avec la
motion présentée par le député de Pontiac concernant le retrait du projet de
loi n° 97, la Loi visant — on le sait — principalement à
moderniser le régime forestier. Certains énoncés de votre motion sont
partiellement bons, mais, surtout, d'autres
sont totalement inexacts. Oui, dans le contexte actuel, une réforme du régime
forestier est nécessaire pour offrir
une meilleure prévisibilité à l'industrie et afin que le Québec demeure
compétitif pour attirer les investissements ainsi que pour protéger l'impact économique de ce secteur. Par contre,
on va remettre les pendules à l'heure, on va donner les vraies
informations aux citoyens.
Le régime
forestier qui est en vigueur actuellement a été adopté par les libéraux
en 2010, et a été inclus dans la loi sur l'aménagement du territoire... de
l'aménagement durable du territoire forestier, est entré en vigueur le
1er avril 2013. Très rapidement, le régime forestier s'est avéré à
ne pas être la solution idéale, car, entre autres, les pratiques forestières ne considèrent pas les réalités des intervenants
ni des gens qui vivent en forêt ni même les travaux sylvicoles réalisés. Ce régime
forestier a un cadre législatif rigide, coûteux, bureaucratique et déconnecté
des réalités terrain. Ce régime, censé révolutionner la gestion de nos forêts,
s'est avéré être une véritable camisole de force pour nos entrepreneurs
forestiers. Les libéraux ont imposé un système de gestion qui a ralenti la
prise de décision à cause d'un manque de prévisibilité, freiné les
investissements et l'innovation et retiré toute agilité à nos entreprises
forestières, en engendrant aussi des irritants
majeurs aux gestionnaires d'exploitations contrôlées, aux gestionnaires de
zecs, et aux pourvoyeurs, avec, entre autres, la multiplication de
constructions de chemins et de voies d'entrée sur les territoires qu'ils
gèrent.
Pendant ce temps, le marché mondial évoluait, la
concurrence internationale s'intensifiait, et les attentes en matière de
durabilité augmentaient. Résultat : un régime figé dans le passé,
incapable de s'adapter et qui a fragilisé un secteur pourtant vital pour nos
régions. Ce n'est pas un hasard si, depuis une décennie, les acteurs du milieu
demandent un changement en profondeur de ce régime forestier 2013. Et,
pendant toutes ces années, les libéraux n'ont pas eu le courage ni l'écoute de
revoir ce régime forestier boiteux.
Eh bien,
nous, notre gouvernement, on a eu le courage de tenir des consultations
publiques sur l'avenir de la forêt, du
13 février au 12 avril 2024, auxquelles plus de 500 personnes de
divers horizons ont participé, incluant les autochtones. Les conclusions de ces consultations sont claires,
tous les participants étaient d'accord : il faut revoir le modèle
existant, il faut moderniser ce régime forestier pour répondre aux défis
auxquels les différents usagers et usagères de la forêt sont confrontés et pour
que la forêt continue d'être un moteur économique de premier plan pour nos
régions, pour accentuer sa contribution à la décarbonation de notre économie
et, enfin, pour la rendre plus résiliente face aux changements climatiques. Et
c'est ce que nous avons fait avec le projet de loi n° 97. Oui, nous avions
inclus ces considérants dans le projet de loi n° 97. Par contre, devant
les nombreuses incompréhensions soulevées par les intervenants du domaine forestier, nous avons fait le choix responsable et
respectueux de mettre fin à l'étude du projet de loi n° 97. Par contre, on
demeure convaincus que le statu quo n'est
pas une option. Et, avec l'arrivée du nouveau ministre, on souhaite poursuivre
le travail de révision du régime forestier mais sur de nouvelles prémisses.
Aussi, en
gouvernement responsable, nous devons tenir compte de l'évolution, vous en
conviendrez, du contexte géopolitique nord-américain, qui a... qui a changé et
auquel est confrontée l'industrie forestière. C'est certain qu'avec
l'arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis, ceci a radicalement
modifié l'environnement d'affaires de l'industrie forestière.
• (16 h 20) •
J'ouvre une parenthèse, car il faut rappeler que
plus de 900 municipalités au Québec, soit près de 1 million de
citoyens et citoyennes, dépendent de l'industrie forestière pour se nourrir et
pour nourrir les membres de leurs familles. La forêt, ce n'est pas seulement
une ressource économique, c'est aussi le milieu de vie des communautés
autochtones et un lieu de ressourcement pour
des centaines de milliers de villégiateurs, de chasseurs et de pêcheurs. Donc,
du point de vue économique, des
arrêts d'opération forestière ou une fermeture d'usine, qu'elle soit temporaire
ou permanente, ont des conséquences sur les travailleurs, leurs familles
et leurs communautés. Oui, la Loi sur l'aménagement durable du territoire
forestier, adoptée en 2010 et mise en oeuvre en 2013, a connu certaines
modifications administratives au fil du temps, mais le bilan de la période,
l'analyse qui a été faite entre 2018 et 2013 et le dépôt, à
l'automne 2024, d'un rapport a clairement démontré qu'il fallait faire des
modifications et des... des modifications, des changements majeurs.
Contrairement à ce que prétend l'opposition,
nous ne reculons pas, nous avançons autrement. Nous faisons le choix d'écouter, de bâtir et de rassembler. Le
premier ministre l'a annoncé clairement, le projet de loi n° 97 ne sera
pas reconduit. Pourquoi? Parce que
nous voulons proposer des alternatives législatives et administratives adaptées
au contexte tarifaire qui frappe de plein fouet
notre industrie forestière, et qui peuvent être mises en place à court terme.
Dans le contexte difficile que nous
connaissons, avec la pression des marchés et les tarifs américains, le ministre
annoncera des mesures ciblées pour
accompagner l'industrie forestière et limiter les fermetures d'usines. Ces
mesures viseront à protéger les
emplois, à soutenir les entreprises et à stabiliser l'activité économique dans
les communautés forestières. Nous y travaillons activement depuis des
semaines, et je tiens à le souligner, notre démarche est bien accueillie. Le
gouvernement agit pour reconstruire la confiance avec le milieu forestier, une
confiance essentielle pour l'avenir du secteur.
Alors, je le dis sans détour, le vrai courage
politique, c'est d'avoir l'humilité de dire qu'on peut faire mieux, c'est de
choisir la rigueur plutôt que la précipitation, c'est de faire le choix du
dialogue plutôt que d'imposer. Et c'est exactement
ce que nous faisons. Nous souhaitons tous un régime forestier moderne et souple
qui respecte les principes de développement durable, tout en donnant aux
régions les moyens de se développer et d'innover. Nous souhaitons que la forêt
québécoise joue un rôle moteur économique en étant un levier de prospérité
régionale et de fierté nationale. Nous
savons que, chaque usine, chaque chantier, chaque pourvoirie, chaque communauté
autochtone, il y a des travailleurs, des familles et des collectivités
qui dépendent des forêts. C'est pourquoi nous allons maintenir l'accompagnement
économique, soutenir la formation de la main-d'oeuvre, encourager l'utilisation
du bois dans la construction, soutenir l'innovation dans la transformation du
bois et favoriser la mise en valeur durable des forêts publiques et privées.
Notre approche est... globale, pardon, elle vise
à conjuguer développement économique régional, protection de l'environnement et
occupation du territoire. Mme la Présidente, contrairement à ce que dit le
député de Pontiac, le gouvernement n'abandonne personne. Nous n'abandonnons ni
les régions, ni les travailleurs, ni la forêt. Au contraire, nous plaçons la
forêt au coeur du développement régional et national du Québec. Notre objectif
est simple : assurer la prospérité de nos communautés forestières tout en
préservant la pérennité de nos ressources. Nous faisons le choix de l'écoute,
du dialogue et du compromis, et cela, Mme la Présidente, c'est le vrai courage
politique. Merci.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Je vous remercie, Mme la députée. Maintenant, nous allons poursuivre le débat
avec M. le député de Jean-Talon.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Combien de fois on
a entendu le premier ministre nous parler de prévisibilité? Toute l'année,
surtout depuis l'élection de Donald Trump aux États-Unis, il nous a répété ça,
ça a été son mantra : Les entreprises ont besoin de prévisibilité, notamment face aux droits de douane imposés par
les États-Unis, qui s'accumulent dans plusieurs secteurs, notamment dans
le secteur forestier, dans le secteur du bois. Pendant des années, le
gouvernement de la CAQ a mis de l'avant sa réforme du régime forestier :
Ça va venir, soyez patients, ça va venir, ne vous découragez pas, ça s'en
vient. Le gouvernement de la CAQ a tenu des consultations. Ça a même été le
principal projet de l'ex-ministre des Ressources naturelles et de la Forêt
depuis le début de l'actuel mandat du gouvernement de la CAQ en 2022.
L'industrie, les travailleurs, les Premières
Nations, les groupes environnementaux, tout le monde attendait cette réforme. Tout le monde voulait de la prévisibilité
et c'est bien normal. Le gouvernement de la CAQ a, malheureusement,
complètement échoué, aussi bien à proposer une réforme du cadre pour le régime
forestier, une réforme qui tiendrait la route, mais il a échoué aussi à donner
cette fameuse prévisibilité, autant à nos entrepreneurs qu'aux travailleurs de
la forêt, qu'aux régions du Québec.
Les régions, les travailleurs sont confrontés,
eux, à la mise à l'arrêt des différentes entreprises et à l'incertitude, et ils ne savent même pas si, oui ou non, il va y
en avoir une, réforme du régime forestier, si, oui ou non, enfin, on va être
capables de réunir les conditions pour s'assurer que l'exploitation de nos
forêts soit concurrentielle, dans un cadre de développement durable,
respectueuse, inclusive des acteurs locaux. On attend toujours ça.
Le gouvernement a terminé, au bout du compte,
avec aucun appui pour sa réforme, réforme, d'ailleurs, qui a été influencée par
le bureau du premier ministre. On l'a su, là, on l'a su, notamment, de la part
de l'ex-ministre qui nous l'a révélé. Le
bureau du premier ministre était très impliqué et à la fin, malgré cette
implication ou, qui sait, à cause de cette implication, ni l'industrie,
ni les travailleurs, ni les régions, ni les Premières Nations ne voulaient de
la réforme qui a été proposée par le
gouvernement. Même l'inspirateur du régime proposé s'est indiqué... s'est
indigné de ce qu'on avait fait de sa réforme ou de sa proposition de
réforme.
Donc, c'est malheureusement, pour le Québec,
pour les Québécoises, pour les Québécois, un échec politique et un échec
économique, tout autant que c'est un échec de communication et de clarté. Parce
qu'après avoir limogé l'ex-ministre des Ressources naturelles et des Forêts le
premier ministre a dit qu'il allait recommencer la réforme. Il a dit : On va la reprendre à zéro, on va
recommencer. Mais, ah! on a appris par la suite que ce n'était nulle part dans
les lettres de mandat des nouveaux... du nouveau ministre et des autres
ministres.
Mieux ou, plutôt, pire, l'ex-ministre a révélé
que le premier ministre lui avait confié que ça ne se fera pas, la réforme, pas
avant les prochaines élections. C'est trop compliqué puis on n'a plus le temps.
Encore un cas où le gouvernement fait de
belles communications, dit : Ah! le ministre va recommencer à zéro, mais
fait le contraire. Il n'y en aura pas, de réforme. On ne sera pas capables de
la faire, c'est trop compliqué. Donc, on ne sait pas, aujourd'hui, ici, à
l'Assemblée nationale, ce qui va arriver de cette réforme. Imaginez à quel
point nos entrepreneurs, nos travailleurs sont encore plus dans le noir
aujourd'hui.
• (16 h 30) •
Le gouvernement a frappé un noeud, mais, au lieu
de reprendre l'ouvrage, le gouvernement a l'air de dire : On va laisser ça en plan. Pourtant, les consultations
ont été réalisées, les mémoires ont été soumis, les groupes se sont exprimés. Il
y a beaucoup de matière pour procéder à la réforme. Les conditions... on
pourrait même dire que les conditions sont réunies. Un gouvernement responsable, un nouveau
ministre qui est vraiment soucieux de l'aspect concurrentiel de notre industrie dans le secteur des forêts peut se
remettre et devrait se remettre immédiatement au travail. Pour ça, ça prend du courage.
Bon, en
rappel, les régions demandent d'avoir plus de place dans le processus de
décision, les Premières Nations demandent aussi d'être incluses, qu'on
les inclue dans le processus, les plus petits joueurs de l'industrie veulent
avoir la chance de réussir, au même titre
que les plus gros joueurs, et tout le monde veut de la prévisibilité. Ces
éléments-là sont... Ces éléments-là sont bien connus. Et c'est à partir
de ça qu'il faut travailler.
Or, le
gouvernement de la CAQ, lui, il a décidé de laisser tomber la réforme au moment
même où des dizaines de milliers de
travailleurs dépendent de ce secteur du bois. Selon les statistiques de
l'industrie, c'est plus de 130 000 travailleurs à temps plein qui évoluent dans ce secteur-là, c'est
plus de 18 milliards en contributions à notre PIB. Et ça, un gouvernement
qui se dit un gouvernement de l'économie
devrait être en mesure de le considérer. C'est aussi un secteur d'activité
économique qui est essentiel pour beaucoup de nos régions, pour nos MRC.
Donc, la question au ministre des Ressources
naturelles et des Forêts, c'est : Est-ce que le gouvernement va encore changer d'idée? Est-ce qu'il peut dire
clairement si, oui ou non, il est présentement en train de travailler à
élaborer une nouvelle réforme du régime forestier? Quel est l'état
des... de la situation? Est-ce que c'est les communications du premier
ministre, officiellement, qui nous dit : J'ai demandé le mandat de
repartir à zéro ou c'est ce qu'il a confié à l'ex-ministre en disant : On
ne la fera pas, la réforme, c'est trop compliqué, puis on n'a pas de temps?
Publiquement, officiellement, il s'est engagé à le faire et il doit le faire.
Il doit se mettre à l'ouvrage.
Le 9 octobre dernier, j'ai justement déposé
une motion qui exige du gouvernement qu'il propose une nouvelle réforme du
régime forestier avant les prochaines élections. Le gouvernement de la CAQ,
tous les députés ici présents ont voté pour cette motion-là. On l'a demandée,
nous, au Parti québécois, parce que l'abandon de la réforme du régime forestier plonge les entreprises et les
travailleurs dans l'incertitude tant décriée par le premier ministre du Québec
lui-même.
Et, justement, les va-et-vient auxquels nous ont
habitués ce gouvernement... nous a habitués ce gouvernement dans tellement de
dossiers, ça nuit à la prévisibilité. Cette idée de vouloir faire des
communications dans un... dans des objectifs électoraux plutôt que de
considérer l'intérêt du Québec, c'est ça qui nuit à la prévisibilité. C'est ça
qui nuit à l'aspect concurrentiel de notre industrie et au développement d'un
nouveau régime dans une optique de développement durable. Les Québécois demandent au gouvernement d'être franc sur son
bilan et sur ses intentions. Ça vaut pour le régime forestier comme pour
le reste.
Un gouvernement du Parti québécois, lui, va
avoir le courage dont je parlais tout à l'heure. On a énoncé des éléments
fondamentaux de la réforme qui devrait être réalisée : impliquer les
régions, travailler avec les Premières Nations,
assurer que ce soit concurrentiel tant pour les grands joueurs que pour les
PME. Donc, on doit reprendre l'ouvrage pour nos travailleurs, pour nos
entreprises qui sont confrontées à l'incertitude dans le secteur du bois
d'oeuvre, dans les pâtes et papiers, sur les produits du bois, comme les
armoires de cuisine, destinés à l'exportation.
Il y a moins de deux semaines, les États-Unis
ont imposé encore des droits de douane sur le bois d'oeuvre. C'est 10 %
qui s'ajoutent aux droits de douane supplémentaires, qui portent un total à
45 %.
L'industrie
en Mauricie, à Shawinigan, La Tuque, Saguenay, tout le monde attend la
réforme. Si le gouvernement de la CAQ n'y procède pas, nous allons la
faire, nous, au Parti québécois.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Donc, je suis prête à entendre un autre intervenant. M. le
député...
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Bien, ce serait au tour du député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue, puisqu'une fois
qu'on a fait le tour au complet on va en alternance.
Alors, M. le député de Rouyn-Noranda—Témiscamingue,
je vous informe qu'il vous reste à votre formation politique
10 min 48 s.
M. Daniel Bernard
M. Bernard : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, chers collègues. Je suis vraiment content de prendre la
parole ici cet après-midi sur ce dossier qui est vraiment majeur, celui du
régime forestier.
J'ai fait la tournée du Québec dans le cadre des
tables de la réflexion du régime forestier. Et les collègues en ont parlé en
grande partie, mais je tiens à le souligner, il n'y a pas une industrie, Mme la
Présidente, qui est aussi omniprésente sur le territoire forestier que
l'industrie forestière. Parce qu'on a l'industrie minière, oui, qui couvre
certains secteurs, l'agriculture, certains secteurs, mais l'industrie
forestière est omniprésente à la grandeur du territoire, jusqu'à la limite
nordique de la forêt boréale.
Notre industrie est différente d'une région à
l'autre. Au sud de la province, c'est majoritairement des territoires
forestiers privés et qui alimentent toutes nos usines dans le sud de la
province, tandis que, quand on arrive du côté nord du Saint-Laurent, en grande
majorité, on tombe dans la forêt publique. Alors, chaque secteur du Québec a
des mesures complètement différentes.
Je tiens à souligner les interventions de mes
collègues de Blainville et de Laviolette—Saint-Maurice parce qu'ils ont amené des points très importants que je
vais reprendre en partie ici, Mme la Présidente, mais, avant toute chose,
j'ai vraiment trouvé que la motion qui a été présentée par le collègue, du
député de Pontiac, c'est un peu ironique puis...
parce que, je vais vous l'expliquer, mes collègues ont
abordé certains sujets, puis moi aussi, je vais me permettre de refaire
un historique, parce que ça va mettre en lumière les propos du député de
Pontiac, qui sont venus me chercher, parce qu'il
a mentionné... Il a rapporté des faits qui ont été la même chose dans ma
région, effectivement, mais je vais le rattacher, Mme la Présidente, à
l'histoire.
Oui, L'erreur boréale, en 1999, est
arrivée puis... avec le film de Richard Desjardins et de M. Monderie. Le
Parti libéral est arrivé à ce moment-là. Il a mis en place la commission
Coulombe en 2003. Le rapport de la commission Coulombe
est arrivé en 2004, comme mes collègues l'ont souligné. La première mesure qui
a été mise en place, Mme la Présidente,
c'est une baisse drastique, paramétrique de la possibilité forestière à la
grandeur du Québec, 20 % qui est parti, et on tombe, dans les années qui... En même temps, l'industrie
forestière avait des changements majeurs. Nos papetières ont écopé avec
une baisse de consommation du papier journal. L'Internet arrivait, et ça a
baissé à ce moment-là. Le 20 % a fait drastiquement mal.
Et là je rejoins... Les mesures qui ont été
mises en place puis qu'est-ce que le député de Pontiac a annoncé relèvent de
cette coupure majeure là. On l'a eu chez nous. Il y a des usines qui ont fermé,
des usines de sciage. Je montais dans le
secteur de Chibougamau, chez mon collègue d'Ungava, quand je passais au nord,
par Despinassy, Champneuf, puis La Morandière, puis Rochebaucourt; les
usines ont fermé. Même chose au Témiscamingue, j'ai des usines qui ont fermé, Commonwealth
Plywood, et autres, parce qu'effectivement ça a fait mal énormément. Il fallait
le faire, c'est un fait, mais il faut rappeler que la surexploitation de
la forêt, Mme la Présidente, remonte aux années que les gouvernements du Parti
québécois et du Parti libéral ont été là pendant longtemps, et il y avait le...
pour s'occuper puis encadrer l'industrie.
Oui, les libéraux l'ont fait. Ils sont arrivés avec les dommages qu'on sait,
mais, malheureusement, globalement...
Puis j'étais là, je le sais, de quoi je parle,
j'étais avec les collègues... j'étais là lorsqu'il y a eu la mise en place du régime forestier qui est maintenant décrié. Le
régime a été adopté, la loi, en 2010, OK, par la... mais c'était la ministre
Normandeau à l'époque. Et là je rejoins... Puis c'est important qu'est-ce que
je vous dis, Mme la Présidente, parce qu'entre le moment qu'un régime forestier
est adopté et sa mise en oeuvre il se passe des années, comme le collègue d'Abitibi-Est l'a fait... OK, donc, adopté au mois
d'avril 2010, rentré en vigueur au 1er avril 2013, mais ce n'était pas
tout, parce que, le 1er avril
2018, le Règlement sur l'aménagement durable des forêts du domaine de l'État,
le fameux RADF, comme on parle dans l'industrie, a été mis... adopté le
1er avril 2018, et ce règlement-là, Mme la Présidente, il est majeur
parce que le RADF encadre toutes les
activités d'aménagement forestier de l'industrie forestière, mais, en plus,
tout ce qui est villégiature, les
pourvoiries et les établissements d'enseignement et de recherche. En même
temps, il s'occupe de tout ce qui est rattaché aux pêches, pour la
protection des cours d'eau.
• (16 h 40) •
Alors, le député de Pontiac était là. Puis là,
quand je les entends critiquer que le gouvernement a pris du temps à agir, ces
gens-là, après ça, quand ils ont perdu le pouvoir en 2019, demandent déjà de
revoir le régime forestier, qui... Ça
faisait simplement cinq ans qu'il était vigueur, le régime qu'ils avaient mis
en place, Mme la Présidente, et c'est là, quand je vous parle d'ironie, que ça vient me chercher. Ça vient me
chercher parce que, là, ils critiquent le gouvernement qui est arrivé et qui s'est engagé... Ça a
peut-être été plus long, mais ils demandent que le gouvernement révise
qu'est-ce qu'eux avaient mis en place et qui avait eu simplement cinq
ans d'utilisation. Alors, quand j'entends les collègues parler de prévisibilité, on parle de quoi? On parle de quoi quand tu mets en
place un régime que, cinq ans après, tu demandes à un autre gouvernement
de le remplacer? C'est ça, de la prévisibilité? Le cinq ans... est-ce qu'ils
avaient fait un régime pour cinq ans ou
est-ce qu'ils avaient fait un régime pour 15, 20 et 30 ans? Alors, c'est
là que nous en sommes aujourd'hui, Mme la Présidente.
Puis le régime qui a été mis en place... Mes
collègues ont parlé du BMMB. Après ça, je pourrais vous parler des mesures de
mur-à-mur pour la récolte des forêts... qui a été mis en place, qui ne tenait
pas compte des spécificités de chacune des
forêts des régions. Puis je pourrais vous parler, après ça, des mesures
d'harmonisation. Quand on parle de prévisibilité,
les mesures d'harmonisation, Mme la Présidente, c'est très important parce que
c'est ça qui vient harmoniser les besoins, les usages de toutes les
personnes qui sont présentes en forêt, à partir des Premières Nations et, après
ça, toutes les parties prenantes que mes collègues ont relevées proprement dit,
qu'on parle des zecs, des Premières Nations, l'industrie forestière, la
villégiature, qu'on parle du tourisme, du plein air. C'est tous ces usages-là
qu'il faut concilier.
Et il n'y a pas... Mme la Présidente, il n'y a
pas un secteur d'activité économique, au Québec, qui regroupe autant de parties
prenantes avec autant d'enjeux complètement différents, opposés, et parfois qui
pourraient être même irréconciliables. Et c'est l'enjeu du projet de loi que le
gouvernement avait déposé, par la ministre précédente, d'essayer de concilier
tous les usages qui ont été mis en paroles et que j'ai pu entendre de la part
de toutes les parties prenantes, quand j'ai fait la tournée des 12 régions
du Québec, Mme la Présidente. Il y avait des consensus, Mme la Présidente, j'ai
fait la tournée du Québec, tous les irritants du projet de loi actuel, qui a
été mis en place par les libéraux, ont été soulevés, ils ont été soulignés. Et
on en a pris vraiment acte, et c'était l'objectif du projet de loi qui a été
déposé, de répondre, autant que possible, à réconcilier les besoins, les usages
de toutes les parties prenantes qui sont en forêt, et en premier, et en premier, puis ça, j'en suis conscient, qu'on a
entendu souvent, c'est les Premières Nations. S'il y a un groupe qui est
important... Puis il y en a chez moi, j'ai quatre communautés sur mon... dans
la circonscription, les Premières Nations
jouent un rôle majeur. Est-ce que le projet de loi était parfait? Non, c'est
certain, mais il y avait moyen de travailler puis à l'améliorer. Et
c'est là que nous en sommes maintenant, Mme la Présidente.
Quand on revient au projet de loi qui avait été
déposé, je vous l'ai dit, les enjeux. Quand on prend, par exemple, un des
premiers enjeux qui avaient été soulignés puis qu'on entend régulièrement dans
les régions, ce sont les chemins multiusages. Les chemins multiusages se sont
développés, se sont multipliés, puis pratiquement un peu hors contrôle, à cause du régime forestier qui avait été mis en
place par les libéraux. Parce que le mur-à-mur, les méthodes de récolte qui
ont été préconisées, et autres, fait que les
chemins multiusages se sont multipliés, et l'effet pervers de ça, que tout le
monde souligne
maintenant, c'est qu'on veut les refermer parce qu'entre autres ça aurait un
effet vraiment négatif sur notre fameux caribou forestier. C'est un des
enjeux majeurs.
Alors, on voit que les mesures qui ont été mises
en place dans l'ancien régime, il fallait les corriger. Un rôle plus accru de la gouvernance régionale, avec des
acteurs, la prise en mesure... en ligne de compte des besoins de chacune
des régions, et c'est là, entre autres, qu'est arrivée la notion du forestier
régional, qui avait été mis en place pour faire ce travail-là, en partie, d'harmonisation
avec les parties prenantes. Donc, il y avait beaucoup à faire.
Et moi, je suis conscient qu'on va aller de
l'avant. Maintenant, il faut mettre des mesures en place rapidement pour
supporter notre industrie, comme nos collègues du côté gouvernemental et les
autres oppositions ont mentionné. Parce que, même si on met en place un nouveau
régime, le temps qu'il rentre en vigueur, c'est trop loin, alors il faut
travailler pour des mesures concrètes.
Mme la Présidente, je vais terminer sur
ceci : le courage. Notre gouvernement a eu le courage de faire des gestes, d'amener un régime, de le mettre sur
pause. Ce que j'ai hâte de voir : est-ce que le parti libéral va avoir le
courage, Mme la Présidente, OK, de revenir sur son programme...
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Merci, M.
le député. Merci, M. le député. Maintenant, nous allons poursuivre les interventions
avec le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin : Merci, Mme la
Présidente. On en a entendu plusieurs, là, je dois dire que c'est probablement
dans les meilleures phrases intéressantes que j'ai entendues de la part du
gouvernement. Juste pour être clair sur une chose, Mme la Présidente,
l'économie est quelque chose de dynamique. L'industrie forestière fait partie
de l'économie. C'est une industrie qui est
dynamique. Je trouve ça inacceptable d'entendre, de la part du gouvernement,
que le fait qu'on a, depuis 2018, entendu, de tous bords tous côtés, des
demandes pour réviser le régime forestier et puis que, là, bien, la raison
principale pour laquelle le régime forestier actuel ne fonctionne pas, c'est
parce qu'il y a eu quelque chose qui s'est passé comme en 2010, puis que, là,
c'est encore la faute des libéraux, si ça ne fonctionne pas, pendant que ça fait déjà sept ans, dans une économie qui est
supposée être dynamique, un gouvernement qui se voulait être, qui ne l'est
clairement pas, un gouvernement de l'économie, qui se voulait un gouvernement
aussi dynamique, on doit être capable de démontrer — j'ai entendu le mot
«courage» mentionné à plusieurs reprises — le courage de nos
convictions.
Comment se fait-il qu'on n'ait pas été capable
d'écouter les parties prenantes dans l'industrie? Comment se fait-il qu'on ait
pris plus de sept ans avant de réaliser le mur dans lequel ce gouvernement-là
fonçait? Parce que le gouvernement est incapable de lire la pièce économique.
Le gouvernement est incapable de comprendre toutes les variables qui rentrent
dans l'industrie forestière puis de faire en sorte qu'on puisse avoir un régime
forestier qui va être dynamique.
Puis juste pour qu'on soit clair, les collègues,
là, vous devez comprendre que ça va être de plus en plus fréquent de réviser ce
genre de système, parce que l'économie mondiale va de plus en plus vite. Vous
savez, de ne pas être capable d'avoir livré une autre promesse brisée de la
CAQ, là, un régime forestier, il n'y a rien de surprenant là-dedans, on est rendus habitués avec la CAQ. Mais, juste
pour qu'on comprenne une chose, là, un nouveau régime forestier veut
dire, pour l'industrie, une certitude.
Avec la certitude vient le désir d'investir dans
l'innovation. Avec l'innovation vient la productivité. Avec la productivité
vient des meilleurs salaires pour toutes les régions que mon collègue a bel et
bien illustrées tout à l'heure. Avec des
meilleurs salaires, des meilleurs revenus aussi pour les compagnies, en bout de
piste, qu'est-ce qui arrive? Des meilleures
recettes pour le gouvernement. Des meilleures recettes pour faire quoi? Pour
payer les services qu'on a tant besoin.
Donc, tout ça s'attache, Mme la Présidente,
c'est une boucle, c'est simple. Le régime actuel et l'inaction gouvernementale
égalent l'incertitude pour l'industrie dans son ensemble. L'incertitude pour
l'industrie veut dire pas de progrès. On
devient de plus en plus fragilisés, susceptibles, Mme la Présidente, de se faire
arracher des parts de marché à l'international par, évidemment, des
drôles de joueurs qui sont au sud de la frontière. Mais c'est de la
responsabilité du Québec en tant que tel
d'être plus apte à réagir rapidement. Puis je ne sais pas combien de temps qu'il
me reste encore, Mme la Présidente, mais... Quelques minutes?
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
...
M. Beauchemin : D'accord. La
réaction du gouvernement face à son inaptitude par rapport à être flexible...
• (16 h 50) •
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député, pour votre intervention.
Maintenant, je vais céder la parole à M. le
député de Pontiac pour sa réplique. Et, M. le député, je vous rappelle,
peut-être, de nous dire si vous donnez votre accord aux amendements ou non en
début de votre intervention. Merci.
M. André Fortin (réplique)
M. Fortin :
Oui, merci, Mme la Présidente. En fait, je vais commencer par ça, si vous le
permettez. Pour ce qui est de l'amendement
présenté par le collègue de Maurice-Richard, effectivement, nous allons... nous allons
accepter son amendement, puisqu'il
parle de construire «en collaboration dans le respect des valeurs et des
intérêts des Premières Nations».
C'est exactement ce qui est indiqué dans le fameux document Pour vivre de la
forêt. Alors, Mme la Présidente, nous allons
accepter cette proposition d'amendement, tout en disant à Québec solidaire, cependant,
qu'ils ne sont certainement pas les seuls à avoir des réflexions par rapport à
l'impact et la nécessité de penser aux Premières Nations. C'est, pour nous, quelque chose qui va de soi. De
toute évidence, le gouvernement a choisi de ne pas le faire lors de la première
élaboration de son projet, mais c'est un incontournable absolu.
Et, pour ce qui est
de la proposition d'amendement de la Coalition avenir Québec, Mme la
Présidente, nous allons refuser la proposition d'amendement de la CAQ parce que
c'est une insulte aux gens qui travaillent de la forêt, aux gens qui,
aujourd'hui, là, n'ont pas d'emploi parce que l'usine de leur région, elle est
fermée.
Mme la Présidente,
écoutez bien ce qu'ils veulent faire, ils veulent biffer le fait qu'il y a un
contexte miné par les tarifs américains. Ça, là, c'est l'enjeu numéro un autour
de tout ce qui se passe en foresterie. Oui, le régime forestier, ça, c'est ce
qu'on peut faire, nous, ici, là, à l'Assemblée nationale, mais vouloir dire
que, dans le contexte des tarifs américains, la réforme du régime forestier est
plus que jamais nécessaire, bien, voyons! Mme la Présidente, c'est... c'est le
contexte dans lequel nos industriels travaillent. Il y a 45 % de droits de
douane sur le bois d'oeuvre canadien en ce moment, 45 %. Ils veulent
biffer ça.
Pire, Mme la
Présidente, la Coalition avenir Québec, par son amendement, vient refuser
d'indiquer, ils ne veulent même pas le reconnaître, là, que plusieurs des
travailleurs de l'industrie forestière ne sont présentement pas en emploi suite
à la fermeture d'usines dans leurs régions.
Mme la Présidente, il
y a des travailleurs, à Maniwaki, là, aujourd'hui, qui sont assis dans leur
salon en ce moment. Il y a des travailleurs d'une usine à Maniwaki qui font des
appels sans arrêt, à gauche, à droite, pour se trouver une petite job pour
boucler la fin du mois. Il y a des travailleurs d'usines forestières à
Maniwaki... Ça, c'est ma région, Mme la Présidente, je la connais bien, mais
c'est le cas dans d'autres régions du Québec, c'est le cas à la grandeur du
Québec. Il y a des travailleurs d'industrie forestière, d'usines forestières
qui, aujourd'hui, là, se posent des questions, à savoir : Je mets-tu la maison à vendre? On déménage-tu? Comment
je vais faire pour payer la fin du mois? C'est quoi, ma prochaine job?
Comment je vais nourrir ma famille?, parce que l'usine, elle est fermée, et le
gouvernement de la CAQ refuse à ce que
l'Assemblée nationale se prononce, à savoir que ces travailleurs-là ne sont
présentement pas en emploi.
Aïe! comment est-ce
qu'on fait pour agir quand on n'est même pas capable de reconnaître la
situation actuelle? Il y a des gens qui ne travaillent pas, puis vous ne voulez
pas le reconnaître. Là, on ne vous demande pas de dire que c'est de votre faute, on fait juste vous
dire : «Qu'elle rappelle que l'industrie forestière représente des
dizaines de milliers d'emplois [...]
et que plusieurs de ces travailleurs ne sont présentement pas en emploi...» Ce
n'est qu'un rappel des faits, puis
vous n'êtes même pas capables de faire ça, vous préférez vous mettre la tête
dans le sable. Ça, c'est insultant pour les travailleurs de la forêt.
Mme la Présidente,
j'ai écouté l'ensemble des interventions de la partie gouvernementale et des
oppositions. J'ai entendu les premiers
échanges, les premiers propos du ministre responsable de la Forêt la semaine
dernière ou il y a deux semaines, lors de nos échanges ici, en Chambre.
Son premier réflexe, et c'est le premier réflexe souvent à la Coalition avenir Québec, c'est de dire : Regardez combien on a
dépensé. On est donc bien bons! Hein, le député de Blainville, là, il
avait plusieurs pages pour dire : Aïe! On a dépensé 1,2 milliard en
forêt pour protéger les emplois. Le problème avec
ça, Mme la Présidente, c'est qu'il y a une grosse partie de ces
investissements-là, disons, là, qui sont réactionnaires.
En
2023, on a annoncé plusieurs millions de dollars pour compenser les superficies
brûlées en travaux sylvicoles, hein, vous vous souvenez tous, des feux de forêt
qu'il y a eu, tout le monde ici se souvient, là, de la fumée qui était partout
dans le ciel du Québec, qui était rendue en Europe, Mme la Présidente. Bien, on
a compensé des superficies brûlées, puis eux, ils considèrent ça, Mme la
Présidente, comme aider l'industrie dans sa productivité et dans sa
compétitivité, ils considèrent ça comme un calcul.
En 2024, il y avait
des dollars pour la récupération des bois de chablis post-tempête. Hein, les
tempêtes de vent qui jettent le bois par terre, ça arrive, Mme la Présidente.
Ils comptent, dans leur calcul du 1,2 milliard, l'investissement à la SOPFEU. La SOPFEU, qui est là depuis des
années, des années et des années, là, qui est là pour protéger notre forêt, bien,
ils comptent ça dans l'investissement pour assurer la compétitivité de nos
entreprises forestières. Puis, après ça, ils nous disent : Aïe! On est
donc bien bons! On a investi. C'est l'argent de la SOPFEU, c'est là année,
après année, après année, puis on en a besoin plus que jamais à cause de la
situation climatique.
Puis, après ça, Mme
la Présidente, ils nous disent : Ah! bien, c'est la faute du Parti libéral
parce qu'il y a un régime forestier adopté en 2010. Et là, je vous le dis, j'ai
pris citation après citation de la part des députés de la partie
gouvernementale, je pourrais toutes les reprendre. J'en ai plusieurs de la
députée de Laviolette, mais la palme revient quand
même à mon collègue de Rouyn-Noranda—Témiscamingue, parce que le seul, Mme la Présidente, le seul ici, là, dans
l'Assemblée, en ce moment, qui a voté en faveur de ce régime-là, c'est lui.
C'est le seul. Et là, aujourd'hui, il nous
dit : Les libéraux... C'est lui, c'est lui qui était là. Alors, j'espère
qu'il a entendu tout le débat où ses collègues le blâment, lui. Ce n'est pas le
collègue de Marguerite-Bourgeoys, ce n'est pas moi qui étais là, c'est lui. Alors,
Mme la Présidente, parlant d'ironie, j'en ai entendu pas mal
aujourd'hui. C'est bien qu'il assume.
Mais
le propos le plus farfelu, par exemple, c'est quand le collègue a dit que le
projet de loi n° 97, il n'était pas parfait, mais qu'il y avait
moyen de l'améliorer. Le premier ministre n'est pas d'accord avec lui. Je
comprends que c'était un libéral
avant, que c'est rendu un caquiste, mais je pense qu'il a eu un petit moment
d'amnésie, là, parce que le premier ministre, il est caquiste, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Bon,
M. le leader adjoint du gouvernement, vous avez un appel au règlement à
faire.
M. Lévesque
(Chapleau) : ...quelques-unes, là, mais on se doit respect, en
cette Chambre. Et, évidemment, le mot qui a été utilisé n'est pas
parlementaire.
Des
voix : ...
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Bon, bon, bon. Poursuivez, M. le député.
M. Fortin : Le député est rendu caquiste et il nous dit : Il y a
moyen de l'améliorer. Le premier ministre a dit : On met ça aux vidanges puis on repart à zéro. On repart à zéro. Ça, ça
veut dire qu'il n'y a rien de bon là-dedans là. Ça, ça veut dire qu'on
ne l'aime pas, cette affaire-là, qu'on ne veut plus rien savoir puis qu'on
repart à zéro.
Mme la Présidente, on
s'en est éloigné beaucoup, là, mais il y a des travailleurs de la forêt qui ont
besoin du gouvernement. Peu importe le
gouvernement qui est en place, là, que ce soient les 12 prochains mois ou
11 prochains mois du gouvernement de la Coalition avenir Québec,
que ce soit un autre parti qui les remplace, le plus vite possible, les
Québécois qui travaillent de la forêt, ils ont besoin d'un gouvernement qui met
en place des mesures pour les aider. Puis,
pendant des années, le gouvernement de la CAQ a refusé de mettre ces mesures-là
en place, pendant des années, le gouvernement de la CAQ a promis de
changer le régime forestier puis il ne l'a pas fait. Puis, aujourd'hui, on se
retrouve dans une situation, au Québec, de
vulnérabilité face à l'administration Trump, de vulnérabilité face aux
industries du reste du Canada, qui sont plus compétitives que les nôtres
en ce moment, Mme la Présidente.
On n'a pas le choix
de faire ces changements-là. Le gouvernement de la CAQ refuse de reconnaître ce
qui se passe en ce moment, il refuse de dire
qu'il y a des travailleurs qui sont au chômage, il refuse de mettre en place
les mesures dont ils ont besoin, il
refuse de reconnaître que le régime forestier, il ne peut pas attendre. Mme la
Présidente, on n'a pas le luxe de continuer avec ce gouvernement-là. Je
vous remercie, Mme la Présidente.
• (17 heures) •
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Je
vous remercie, M. le député de Pontiac. Le débat est maintenant terminé.
Donc, conformément au
règlement, je dois d'abord mettre aux voix la motion d'amendement présentée par
M. le député de Maurice-Richard avant de procéder au vote sur la motion
principale. Je fais la lecture des deux motions.
Donc, la motion
principale de M. le député de Pontiac se lit comme suit :
«Que l'Assemblée
nationale prenne acte qu'après sept ans au gouvernement, la Coalition avenir
Québec est toujours incapable de concrétiser sa promesse de réformer le régime
forestier;
«Qu'elle rappelle que
dans le contexte des tarifs américains, une réforme du régime forestier est
plus que jamais nécessaire pour offrir une meilleure prévisibilité à
l'industrie et afin que le Québec demeure compétitif pour attirer les
investissements ainsi que pour protéger l'impact économique de ce secteur;
«Qu'elle rappelle que
l'industrie forestière représente des dizaines de milliers d'emplois dans les
différentes régions du Québec et que plusieurs de ces travailleurs ne sont
présentement pas en emploi suite à la fermeture d'usines dans leurs régions;
«Qu'enfin, elle
condamne le manque de courage du gouvernement actuel et qu'elle dénonce son
abandon pur et simple de nos régions, de nos communautés forestières et au
premier chef, de nos travailleurs de la forêt.»
La motion d'amendement
de M. le député de Maurice-Richard se lit comme
suit :
Insérer, au deuxième
alinéa :
1° après les mots
«une réforme du régime forestier», les mots «, construite en collaboration
dans le respect des valeurs et des intérêts des Premières Nations,»; et
2° après les mots
«prévisibilité à l'industrie», les mots «, une meilleure préservation et une
plus grande résilience de la forêt face aux changements climatiques».
Mise
aux voix de l'amendement
Je mets d'abord aux
voix la motion d'amendement de M. le député de Maurice-Richard que je viens
tout juste de vous lire. Cette motion... Cette motion est-elle adoptée?
Des voix : Rejeté.
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Rejeté. Donc, la motion d'amendement est rejetée.
Donc, je vais maintenant
vous lire... On va maintenant voter sur la motion. Oui, monsieur...
Une voix : ...
La Vice-Présidente
(Mme Soucy) : Oui. La lecture, je vais... Je vais faire la
lecture, étant donné qu'il aurait pu y avoir... la motion amendée ne l'est pas.
Donc, je suis obligée de refaire la lecture, en fait.
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Oui?
Bon. Est-ce qu'il y a consentement pour que je ne fasse pas la lecture?
Consentement. Bon, bien...
Des voix : ...
Vote
reporté sur la motion principale
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Oui.
Bon. Donc, comme il y a une demande pour un vote électronique et que le
gouvernement demande que le vote sur la motion de M. le député de Pontiac soit
reporté à demain, alors, aux affaires courantes, ce sera reporté.
Là, bien, M. le leader du gouvernement, je vous
demande c'est quoi, la suite.
M. Lévesque (Chapleau) : ...Mme
la Présidente, je vous demanderais de bien vouloir appeler l'article 11 du
feuilleton, s'il vous plaît.
La
Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Donc, à l'article 11 du
feuilleton... Je vais laisser mon collègue le député... puisque c'est
lui qui a la suite des... Donc, je vais le laisser prendre place. Alors, merci.
Projet de loi n° 82
Adoption
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : À l'article 11 du
feuilleton, M. le ministre de la Cybersécurité et du Numérique propose l'adoption du projet de loi n° 82, Loi concernant l'identité numérique nationale et
modifiant d'autres dispositions.
Y a-t-il des interventions? M. le député de La Peltrie.
M. Éric Caire
M. Caire : Oui. Merci, M. le
Président. Vous comprendrez que c'est un privilège de faire l'adoption finale
du projet de loi n° 82 compte tenu que j'en ai été le porteur initial, M.
le Président, un projet de loi extrêmement important. Vous allez me dire :
Ils le sont tous. C'est vrai, mais celui-là, pour moi, revêt quelque chose de
particulier en ce que... Bon, on le sait, au gouvernement du Québec, comme dans
toute la société, on est en transformation numérique, on crée un univers
numérique. Mais un univers numérique, M. le Président, n'a pas de sens s'il n'y
a pas de citoyen, s'il n'y a pas de personne numérique pour utiliser cet
univers-là, et il n'y a pas de citoyen numérique sans une identité numérique,
M. le Président. Et c'est ce que le gouvernement du Québec voulait faire et
c'est ce que l'Assemblée nationale va faire maintenant en adoptant la loi
n° 82.
Pourquoi une identité numérique, M. le
Président? Si on pense, par exemple, au système d'authentification
gouvernementale qui permet aux citoyens de s'identifier, s'authentifier aux
prestations électroniques de services, pas besoin d'une identité numérique pour
faire ça. La preuve, on le fait déjà. Par contre, M. le Président, quand on
pense à un univers numérique où le citoyen va consommer différents services,
par exemple, si vous avez besoin d'une preuve d'identité, d'une preuve d'âge,
d'une preuve de résidence dans un univers numérique, l'univers numérique
s'entend d'un univers qui nous permet, dans l'ensemble des services numériques,
de donner le service. Le point de départ, c'est l'identité numérique, M. le
Président, bien évidemment.
Alors, pensez aux possibilités. Vous allez à
l'hôpital avec votre identité... avec votre identité numérique, vous vous
inscrivez, et là part une chaîne de services numériques, M. le Président, qui
va améliorer et évidemment rendre plus efficaces nos services. Mais la base de
ça, c'est une identité numérique. Et là je pourrais vous faire la nomenclature de tous les services qui pourraient répondre à ces
caractéristiques-là, mais, M. le Président, je pense que vous avez compris
le principe.
Avec
l'identité numérique vient aussi le registre d'identité numérique nationale.
Pourquoi on fait ça, M. le Président? Puis
là je vais prendre un exemple que beaucoup ont vécu. Vous recevez une... Vous
auriez dû recevoir une correspondance d'un service public que vous
n'avez pas reçue. Pourquoi? Parce que l'organisme en question a une adresse à
laquelle vous n'habitez plus depuis des années. Pourquoi? Parce que chaque
organisme, et là on pense aux ministères, mais on pense aux 305 organismes
publics, va collecter des renseignements personnels sur vous, M. le Président.
Donc, ils ont vos renseignements, nom, prénom,
adresse, numéro de téléphone, etc., mais, si vous n'utilisez pas ces services-là de cet organisme-là
périodiquement, bien évidemment, les informations sont désynchronisées.
Évidemment, les informations de certains organismes sont périmées.
Alors, le registre vient, entre autres, répondre à cette réalité, à ce besoin
des organismes d'avoir une information qui est d'actualité, qui est
contemporaine. Et donc, ce faisant, chaque organisme
devra consulter le registre d'identité nationale pour avoir accès à vos
renseignements d'identité, pour vous donner des services, et, ce
faisant, on s'assure d'avoir toujours le bon renseignement sur la bonne
personne.
On va plus loin avec l'identité numérique, M. le
Président, éventuellement, et c'est prévu dans le Service québécois d'identité
numérique, le changement d'adresse. On sait à quel point ça peut être un chemin
de croix, un simple changement d'adresse, M. le Président, un simple changement
d'adresse. Bien là, vous avez, bon, le service, avec Services Québec, qui vous
permet d'avoir accès à sept ministères, mais qu'en est-il des autres? Qu'en
est-il des 305 organismes publics? On
oublie ça. Résultat des courses, ce que je vous disais précédemment, on est
désynchronisés. Vous avez des organismes qui ne sont pas à jour. Avec le
registre d'identité numérique et la source officielle de données qui est prévue
par la loi, le citoyen s'identifie, s'authentifie, fait son changement
d'adresse, et, comme c'est la source d'information unique pour l'ensemble des
ministères et organismes, ce changement d'adresse là, en un seul geste, se fait
pour tout le monde. Or, M. le Président, ce ne sont que quelques exemples de
l'avantage de l'identité numérique nationale prévue dans la loi n° 82.
Un
autre élément très important, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique,
et ça, peu le savent, a un mandat en
cybersécurité qui couvre le territoire québécois. Alors, ses responsabilités ne
couvrent pas le seul gouvernement mais bien le territoire du Québec au
complet. Avec le projet de loi, on amène une notion qui est extrêmement importante, parce qu'on ne peut pas agir ou réagir
si on n'a pas connaissance des faits. Et, avec le projet de loi, il y aura
maintenant une déclaration obligatoire des incidents en cybersécurité,
évidemment, selon certaines caractéristiques, certains critères, bien sûr, pas
tous les incidents, mais très certainement ceux qui ont un impact et une
incidence sur les services, sur les systèmes, sur les citoyens, sur la vie
privée des citoyens, sur leurs renseignements personnels.
• (17 h 10) •
Et ça, c'est vrai, M.
le Président, pour tous les organismes publics et ce sera vrai aussi pour
certaines des entreprises privées qui sont des entreprises stratégiques. Et ça,
ça va permettre au gouvernement du Québec, au ministère
de la Cybersécurité, de mieux coordonner et d'assurer une meilleure cohésion
sur la façon de se protéger, de protéger nos entreprises, de protéger nos systèmes, de protéger nos
renseignements personnels et d'être plus proactifs dans l'espace public
québécois, donc, M. le Président, et ça, c'est quelque chose qui était demandé
et qui est attendu, M. le Président, je peux vous le dire.
Autre
élément très important, M. le Président, au niveau des télécommunications, le
ministère de la Cybersécurité assumera maintenant... et du Numérique
assumera maintenant ce rôle de coordonnateur. Puis je vous donne un exemple,
deux organismes publics, dans le Nord, qui ont des besoins en connectivité et
qui, sans se parler, vont contracter deux contrats différents avec la même
entreprise, avec la même entreprise, deux contrats différents, donc, le contribuable québécois, évidemment, qui en fait
les frais, on le devine. Pourquoi? Parce qu'il n'y a pas cette cohésion,
il n'y a pas cette obligation, pour les organismes, d'avoir cette approbation
pour leurs projets. Ils ont la liberté d'aller de l'avant. Maintenant, ils devront aller chercher cette approbation. Et
ces projets-là seront des projets... ce qu'on appelle des projets
qualifiés, au sens de la LGGRI, et donc devront aller chercher les
autorisations.
Je vous donne un
exemple, mais il y en a beaucoup d'autres, évidemment, qui va faire en sorte
qu'on va avoir une meilleure cohésion, on va
être mieux coordonnés dans nos projets de déploiement de nos systèmes de
télécommunications. Et on pourra aussi rendre ces services-là
obligatoires pour les organismes publics. On le sait, le gouvernement du Québec
est dans une transition où on va vers le réseau gouvernemental des
télécommunications. On a modernisé les infrastructures.
Maintenant, il faut s'assurer que ces services-là sont utilisés par le plus
grand nombre. Bien évidemment, on
s'assure que l'infrastructure, elle est stable, elle est fonctionnelle, elle
est pérenne, et ensuite il y aura une possibilité, pour le ministre de
la Cybersécurité et du Numérique, de le rendre obligatoire.
M. le Président,
parce que je ne veux pas étirer ça indûment, je pourrais vous en parler encore
un certain temps, mais, bon, je vais conclure en vous parlant du courtier,
courtier en infonuagique qui a été amené avec la loi n° 95 au ministère de
la Cybersécurité. L'idée était, effectivement, de permettre à des entreprises
de répondre à un appel d'intérêt public, de se qualifier en fonction de
certains critères et, une fois d'être... une fois qualifiés, d'être inscrits au
catalogue des entreprises pouvant donner des
services en infonuagique. Ça simplifiait de beaucoup la tâche des ministères et
organismes, qui, suite à ça, pouvaient choisir avec quel fournisseur ils
voulaient contracter leurs services en infonuagique.
Ce système-là, je pense, a fait ses preuves, M. le Président. Je pense que le
service du courtier en infonuagique a été apprécié. En fait, on s'est
même aussi fait dire qu'au niveau des entreprises on voulait qu'il y ait encore
plus de services et plus d'entreprises qui puissent suivre ce même modèle.
On élargit, donc,
avec la loi n° 82, la responsabilité du courtier en infonuagique, qui
devient le courtier en infonuagique et en services technologiques spécialisés,
donc, certains services, notamment cybersécurité, nos systèmes patrimoniaux, les PGI, qui seront maintenant
potentiellement... pour lesquels le courtier pourra, effectivement, offrir des services
à l'ensemble des ministères et organismes du gouvernement du Québec pour
assurer, je dirais, une plus grande agilité, s'assurer aussi que ces
entreprises-là vont se qualifier. Et se qualifier veut dire répondre à
certaines normes, à certains standards, donc, qu'on peut standardiser les
produits qui sont utilisés, ce qui, au gouvernement du Québec, je pense, est une bonne chose, et aussi une plus
grande agilité pour le remplacement de nos systèmes patrimoniaux. M. le Président,
c'est un défi de tous les organismes publics, de tous les gouvernements. Les
systèmes, avec le temps, deviennent désuets. Il faut les remplacer. C'est des
exercices qui ne sont pas simples. Et donc d'avoir accès à ce catalogue-là de
produits via le courtier va très certainement aider nos ministères et
organismes à être plus agiles et à avoir une plus grande facilité à moderniser
nos systèmes patrimoniaux.
Alors,
je pourrais continuer encore, M. le Président, mais j'avais dit que je ferais à
peu près une dizaine de minutes, donc
je vais respecter... bon, 10 minutes US, mettons. Je
vais respecter mon engagement. Mais vous comprendrez, M. le Président, que j'espère que tous les collègues
appuieront le projet de loi n° 82, parce qu'il amène plusieurs
modernisations, plusieurs opportunités, pour le ministère de la
Cybersécurité et du Numérique, de mieux jouer son rôle au sein de la
transformation numérique québécoise. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Benjamin) : Merci, M. le député de La Peltrie. Je
reconnais Mme la leader de l'opposition officielle et députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Michelle
Setlakwe
Mme Setlakwe :
Merci, M. le Président. À mon tour de prendre la parole au stade de l'adoption
finale du projet de loi n° 82, Loi
concernant l'identité numérique nationale et modifiant d'autres dispositions, à titre de porte-parole en cybersécurité
et numérique.
Écoutez, ça fait longtemps qu'on parle de ce
projet de loi, M. le Président. Rappelons-nous que le projet de loi n° 82
a été déposé l'an dernier, le 21 novembre 2024, par le député de La Peltrie,
qui vient de prendre la parole et qui était, à l'époque,
le ministre de la Cybersécurité et du Numérique. Il a d'ailleurs, le député de La Peltrie,
fait état d'un... Il a fait un résumé, là, de ce que prévoit le projet de loi.
Effectivement, il y a des avancées. C'est important de moderniser. On est d'accord avec tout ça. Je vais y revenir. Mais moi,
je vais parler davantage des inquiétudes, des enjeux qui ont fait
l'objet de discussions étoffées lors de l'étude détaillée.
Mais rappelons, donc,
pour les fins de mon propos aujourd'hui, que ça fait presque un an qu'on parle
de ce projet de loi là. Les consultations
ont eu lieu à la fin janvier de cette année 2025. L'étude détaillée s'est
déroulée en février, en avril, en mai, en juin de cette année, avant
qu'on quitte pour la période estivale. Et, à travers cette étude détaillée,
bien, il y a eu un changement de... au niveau du ministre, le porteur du
dossier. Donc, il y a eu une interruption. Et, quand on a repris l'étude
détaillée avec le nouveau ministre de la Cybersécurité et du Numérique, on a
été capables de faire entendre nos points au
niveau de différentes inquiétudes, et ça a mené à des amendements, des
amendements qu'on juge opportuns.
Alors, on va... Je
l'avais déjà dit au stade du principe et de la prise en considération, on va
voter pour le projet de loi parce que c'est
un cadre juridique, et je pense qu'on ne peut pas s'opposer au progrès, à la
modernisation. Au Québec, on a pris
un certain retard, retard qu'on doit... on doit combler. Toutefois, à savoir
est-ce que c'est le gouvernement actuel de la Coalition avenir Québec qui va mener à bien ce projet fort intéressant,
là, d'identité numérique nationale, permettez-moi d'en douter, M. le
Président.
Rappelons-nous les...
le fiasco SAAQclic. Puis, justement, le rapport de la Vérificatrice générale
par rapport au projet CASA/SAAQclic a été déposé, justement,
durant l'étude détaillée, là, du projet de loi n° 82, en février
dernier, et elle a elle-même dit que, oui, son audit portait sur
CASA/SAAQclic, mais qu'il fallait tirer des leçons et apprendre des erreurs du
passé. Et elle s'inquiétait, notamment, pour tous les autres projets de
transformation numérique, incluant celui de l'identité numérique.
Alors,
on a eu des échanges en commission pour savoir qu'est-ce que le ministre,
qu'est-ce que le gouvernement va introduire comme modifications dans les façons
de faire, dans les redditions de comptes, pour, justement, s'assurer
qu'on ne répète pas les erreurs du passé, pour éviter ces gaspillages de fonds
publics et ces retards dans le déploiement de la transformation numérique, et
puis je peux vous dire que les discussions ont été difficiles avec le député de
La Peltrie. Il y a même eu des moments
où on touchait... on avait l'impression de toucher des cordes tellement
sensibles qu'il y avait des refus de
répondre, notamment sur la question de la souveraineté numérique, les contrats
qui étaient signés avec des entreprises étrangères, notamment des
sociétés américaines, pour l'hébergement des données sensibles des Québécois,
Québécoises. Donc, ça a été vraiment un processus long et ardu, pas facile. On
a eu des échanges houleux. Les enjeux, encore
une fois, je le répète, n'étaient pas... On ne sentait pas que les enjeux qu'on
soulevait étaient pris au sérieux. Mais, à force de travailler et puis, donc, de travailler avec un nouveau
ministre, on a fini par avoir des discussions approfondies.
• (17 h 20) •
Je le répète, c'est
un sujet extrêmement important. L'identité numérique, c'est une avancée
intéressante. Les personnes, et les groupes, et les experts qui sont venus lors
des consultations étaient, je dirais, quasi unanimes, il faut le faire. Il faut. C'est un projet de société. Il
faut s'assurer qu'il y ait une adhésion de la population pour que ce soit un
succès, il faut s'inspirer des juridictions qui sont plus avancées que
nous, mais il faut s'assurer de mettre en place les conditions gagnantes pour
que la population ait confiance, adhère au projet, parce que l'identité
numérique n'est pas obligatoire, mais on
souhaite que ce soit très utilisé, que les Québécois aient confiance.
Mais, pour qu'on atteigne ce niveau d'adhésion, bien, il faut
qu'on obtienne la confiance. Et, pour avoir la confiance de la population,
bien, il faut montrer qu'on est un gouvernement responsable, puis qu'on
est transparents, et puis qu'on est capables de mener à bien ce genre de
projet.
Alors, je ne sais pas
si je semble tenir des propos contradictoires. Moi, je ne crois pas. On dit que
c'est important, que c'est nécessaire, mais que le gouvernement en place est
incapable de mener à bien la transformation numérique
au Québec. Alors, permettez-moi de douter que, dans la prochaine année, ils
vont arriver à déployer l'identité numérique
nationale, qui, d'ailleurs, est un projet qui est en... qui est en place ou qui
a été initié il y a plusieurs années, là. Il comprend différentes
phases, puis là, ici, on est en train de prévoir le cadre juridique. Alors, oui
au cadre juridique, oui à l'idée, mais, avec ce gouvernement, je ne pense pas,
M. le Président.
On reconnaît, encore
une fois, le besoin d'évoluer, de moderniser l'État, d'offrir aux citoyens, de
façon simple, conviviale et efficace, de s'authentifier, lorsqu'on souhaite
transiger avec le gouvernement, puis, comme le député de La Peltrie a dit, l'a mentionné, de faire en sorte que seules les données qui sont
nécessaires pour les fins de la transaction soient celles qui soient utilisées. Donc, on doit démontrer une preuve
d'adresse, preuve de... bon, d'identité, d'âge, etc., selon les
circonstances. Bien, assurons-nous que seule l'information qui est requise soit
obtenue.
Donc, nous sommes
pour le projet de loi, mais la CAQ doit faire ses preuves. Et ça va prendre un
déploiement efficace et rapide, avec mise en
place des conditions gagnantes. Il y a beaucoup de travail à faire encore, M.
le Président, dans ce dossier-là.
Au niveau des
inquiétudes qui ont été soulevées lors de l'étude détaillée, il y en a
plusieurs. Puis ce n'est pas nous, l'opposition officielle, là, qui avons tiré ça d'un chapeau, là. Ce sont
des inquiétudes, des enjeux réels qui ont été mis de l'avant dans les
nombreux mémoires qu'on a reçus à travers les consultations.
On nous a parlé,
notamment, de souveraineté numérique. Et d'ailleurs je me suis levée en Chambre
hier pour poser une question sur la souveraineté numérique. En 2025, la
souveraineté numérique, c'est un enjeu réel et important. Et je veux bien
comprendre qu'il y a des contrats qui ont été signés avec des entreprises
américaines, mais je n'ai pas senti qu'il y avait un sentiment d'urgence, de
l'autre côté de la Chambre, de changer les choses, de s'assurer qu'on mise sur l'expertise québécoise, de s'assurer
qu'on mise sur un nuage gouvernemental souverain. Il y a encore beaucoup de
questionnements et beaucoup d'inquiétudes à ce niveau-là.
L'hébergement des données, comme je le
mentionne, ça devient de plus en plus un enjeu dans le contexte de la guerre commerciale avec les États-Unis, dans un
contexte où le président Donald Trump est extrêmement intempestif. Et il y a des lois en
vigueur, aux États-Unis, qui ont une portée extraterritoriale, qui donnent le
pouvoir au président Trump, aux autorités américaines d'accéder à nos
données, nos données sensibles dans la... même si elles sont hébergées chez
nous. Mais, si c'est hébergé par une société américaine... En tout cas, le
CLOUD Act, il doit être pris au sérieux. C'est une réelle menace. Il devient,
donc, hyperimportant et souhaitable de garder les données les plus sensibles
sur notre territoire, avec des entreprises
qui ne sont pas sujettes à des régimes juridiques extérieurs comme le CLOUD Act
américain.
À savoir il y a combien de contrats qui ont été
octroyés à des sociétés étrangères, notamment des sociétés américaines, au sujet de l'hébergement de nos
données, ça a été tellement difficile d'obtenir des réponses. Franchement, j'ai trouvé ça décourageant en étude détaillée. Je
veux bien croire que c'est un sujet sensible, mais il faut qu'on puisse être
transparents puis qu'on puisse mettre de l'avant un plan de match pour rassurer
les Québécois. Donc, le gouvernement va devoir mettre beaucoup d'efforts pour
développer cette expertise québécoise et privilégier des solutions locales.
Je le réitère encore une fois, si on veut que ça
fonctionne, l'identité numérique, il faut que la population ait confiance. Il
faut que la population soit dans le coup. Il faut que le gouvernement déploie
un plan de communication, une feuille de route pour que les Québécois aient
confiance, qu'ils sentent que ce projet-là est bénéfique, qu'ils en...
bénéfique pour eux, qu'ils en ressentent, qu'ils en comprennent tous les
atouts, tous les bénéfices et qu'ils sentent également
que l'inquiétude de protection des données est bien prise en charge, puis je
pense qu'on est vraiment loin de ça. Mais, quand on va être prêts au
déploiement, il va falloir que les communications soient au rendez-vous avec la
population.
On a parlé
aussi du profilage, qui est interdit. La traçabilité, elle doit être offerte,
et il doit y avoir une journalisation des accès pour savoir qui a eu
accès aux données.
Il y a toute la question aussi de la fracture
numérique. C'est bien beau, l'identité numérique, puis, oui, il faut avancer
vers ça, il faut se moderniser, mais il ne faut pas oublier qu'il y a tout un
pan de la population qui n'est pas prêt, qui
n'a pas la littératie numérique adéquate pour pouvoir bénéficier de l'identité
numérique nationale, pour pouvoir l'utiliser, tout simplement. Donc, on
a beaucoup échangé sur cet élément-là aussi. Il va falloir qu'on maintienne une
offre des services en personne adéquate pour ceux qui ne souhaiteraient pas y
adhérer. Ce ne sera pas obligatoire. Évidemment, on souhaite que le plus grand
nombre de Québécois y adhèrent, mais ce ne sera pas obligatoire.
On vote pour parce que c'est important et parce
qu'on a pris du retard, mais ce n'est pas un chèque en blanc qu'on est en train
de donner au gouvernement. Je pense que j'ai été assez claire. La confiance de
la population s'effrite quant à la capacité du gouvernement de mener à bien la
transformation numérique, les initiatives numériques. Si on demandait à la
population aujourd'hui : Est-ce que vous sentez que le gouvernement actuel
a réussi ou est en train de réussir la
transformation dans l'intérieur de budgets contrôlés, dans des délais
optimaux?, je pense que la réponse serait non.
Et puis on a tendu la main récemment, parce
qu'il y a un autre contrat qui s'avère extrêmement problématique, celui dans le domaine de la santé, là, ce qu'on
appelle communément le projet SIFA, au niveau des systèmes informatiques,
des finances, de l'approvisionnement. On a des échanges avec le gouvernement,
et puis le gouvernement lui-même semble être incapable d'en arriver à un
consensus, là. On a le ministère de la Cybersécurité et du Numérique qui dit de l'arrêter. On a Santé Québecqui souhaitait le
continuer, le ministre de la Santé aussi. Mais là, soudainement, volte-face,
le... Santé Québec annonce, le jour même de
nos questions à la Chambre, que les... ce projet-là est arrêté. Il y a une
enquête de l'Autorité des marchés publics. Donc, honnêtement, ça augure
mal. Je ne veux pas tirer des conclusions, mais ce contrat-là semble extrêmement problématique. Et donc on a tendu la main.
On a demandé une commission parlementaire. On a demandé d'entendre Santé
Québec, qui, maintenant, est en charge du dossier. On a entendu encore le
ministre de la Santé le dire. Les personnes qui étaient au ministère ne
semblaient pas être les experts. Tout ça a été transféré à Santé Québec. Bien, alors,
qu'on entende Santé Québec, qu'on entende le dirigeant principal de
l'information, qui joue un rôle crucial dans
la transformation numérique. Quelle a été la réponse du gouvernement il y a
deux semaines? Non, non, ce n'est pas
nécessaire, on s'en occupe, on va attendre les conclusions de la commission
Gallant, on va entendre... attendre les conclusions de l'enquête de
l'AMP.
Je ne pouvais pas croire la réponse qu'on nous
donnait, M. le Président, alors qu'on veut rebâtir la confiance, gagner la confiance qui est en train de
s'effriter. C'est de l'argent durement gagné des Québécois, là. On est en train de parler de centaines de
millions, des dépassements de coûts énormes comme ça, comme si c'était normal.
On le banalise, d'une certaine façon. Moi, je trouve ça choquant. Puis, quand
on demande une commission parlementaire pour que les parlementaires soient
tenus informés et qu'ils entendent Santé Québec... Pourquoi Santé Québec veut
suspendre le contrat? Qu'est-ce qui est problématique? Quel est le plan de
match? Et pourquoi le dirigeant principal de l'information a demandé d'arrêter
le projet? Ce sont toutes des questions légitimes pour les parlementaires mais
pour les Québécois et Québécoises. Alors,
moi, de me faire dire : On attend la commission Gallant... Bien, voyons
donc! On ne veut pas une autre enquête publique dans un an, là. On
voulait une commission parlementaire pour, justement, stopper l'hémorragie,
pour faire en sorte qu'il n'y en ait pas un autre, fiasco.
• (17 h 30) •
Alors, vous
direz peut-être que je déborde, là, de l'identité numérique, mais je ne pense
pas, parce que ça s'inscrit, c'est... Oui, c'est important, mais il y a
un potentiel de dérapage. Puis la réussite de l'identité numérique est
intimement liée à l'obtention de la confiance de la population puis de
l'adhésion de la population. Mais il faut... il faut être dans un état d'esprit où on a l'impression que le
gouvernement maîtrise bien ses dossiers, les gère bien, ses dossiers qui
impliquent des sociétés étrangères, qui... excusez-moi, des sociétés
externes. On fait appel à des consultants externes. On parle du fait qu'il
semble y avoir un manque d'expertise à l'interne, au sein de l'État. Mais tout
ça, ce n'est pas rassurant, là, pour la
suite des choses, parce que, si on n'a pas l'impression que le gouvernement a vraiment une mainmise, un contrôle sur les initiatives numériques, ce
sera voué à l'échec, malheureusement, M. le Président. On ne voit pas du tout
des signes de succès, on ne voit pas du tout que le gouvernement a le contrôle
puis est en mesure de mener à bien la transformation numérique.
J'ai
mentionné plus tôt qu'il y avait eu des amendements qui, finalement, avaient
été déposés dans... je dirais, dans la deuxième phase de l'étude détaillée avec
le nouveau ministre de la Cybersécurité et du Numérique. On a amendé... on a amené un amendement, 15.2, c'est le
gouvernement qui l'a déposé, à force d'en parler, qui prévoit, donc, le
pouvoir de «développer des moyens visant à renforcer la souveraineté numérique
en matière de gouvernance et de gestion des ressources informationnelles, notamment
en ce qui a trait aux données numériques gouvernementales qui comprennent des
renseignements personnels sensibles». Ah! bien, bravo. Et on a hâte d'entendre
parler de ces moyens qui seront développés, mis de l'avant, justement, pour
renforcer la souveraineté numérique.
On
va y revenir, parce que, là, hier, j'entendais le ministre actuel de la
Cybersécurité et du Numérique, en réponse à ma question, une réponse
brève et laconique, qui disait : Nous sommes des leaders au niveau de la
protection des renseignements personnels. Et nous avons un nuage gouvernemental
souverain qui permet de protéger les données sensibles des Québécois. Alors, on
aura l'occasion d'approfondir cette question, essayer de gratter un peu et voir
si vraiment le nuage peut prendre... quelle
est la capacité du nuage, quels sont ces moyens qu'on est en train de déployer
pour renforcer cette souveraineté numérique, est-ce qu'on a fait des
changements au niveau des pratiques contractuelles ou est-ce qu'on continue d'octroyer des contrats de gré à gré à des
sociétés américaines, et j'en passe, et j'en passe, M. le Président. Mais
de retrouver la notion de souveraineté numérique dans le corpus législatif,
c'est un plus.
Il y a également un
amendement à la loi... à la LGGRI, là, la Loi sur la gouvernance, la gestion
des ressources informationnelles, à 15.1,
pour permettre une implication plus tôt dans le processus, là, du dirigeant
principal de l'information. «Afin
d'assurer un suivi adéquat d'un projet en ressources informationnelles, le
dirigeant principal de l'information — qui
relève du MCN, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique — peut
donner tout avis qu'il estime opportun à un organisme
public concernant la stratégie d'acquisition relative à un tel projet. Il peut
également requérir d'un tel organisme toute information relative à cette
stratégie d'acquisition.»
Eh bien, voilà qui
est intéressant, parce qu'il semblerait qu'en ce moment le MCN n'a pas tous les
pouvoirs, et on l'a vu, là, parce que le MCN demande, dans certains cas,
d'arrêter des projets, les projets continuent, mais après ça, soudainement, les projets sont arrêtés par
l'organisme concerné, là, en l'occurrence c'est Santé Québec. Alors, à force de
discuter avec le nouveau ministre, il a jugé opportun d'ajouter des pouvoirs au
sein de son ministère. D'ailleurs, il en
demande souvent, des pouvoirs, puis il ne semble pas... il ne semble pas être
en mesure de les obtenir. Mais là, noir sur blanc, on dit que le
dirigeant principal de l'information, qui relève du ministère de la
Cybersécurité et du Numérique, va pouvoir
s'impliquer très tôt dans le processus, dans l'élaboration des besoins du
dossier de... du dossier d'affaires, là, très tôt dans le processus pour
établir le besoin, les économies, les bénéfices et donc s'assurer que le projet
démarre de la bonne façon.
À suivre, M. le
Président, mais on a trouvé que c'était finalement un dénouement intéressant
dans le cadre de l'étude détaillée, car le DPI, le dirigeant principal de
l'information, va pouvoir intervenir dès le cahier de charges, dès
l'élaboration de la stratégie d'acquisition d'un projet. Est-ce que ça, ça va
permettre d'éviter des fiascos comme celui de SAAQclic ou comme celui de SIFA,
qui semble être le... potentiellement le désastre numérique en devenir du
gouvernement caquiste? On verra. C'est quand même important de pouvoir
apprendre de ses erreurs, encore une fois, et de ne pas reproduire les erreurs
du passé.
On a également
discuté de biométrie. Les données biométriques des Québécois, c'est assez
précieux, disons qu'on n'en a pas... on n'en a pas en remplacement, là. S'il y
a un... il y a un bris de confidentialité, si des personnes malveillantes
obtiennent accès à nos données biométriques, bien, on ne peut pas changer le
mot de passe, là, quand ça concerne nos caractéristiques faciales, notre oeil,
etc. Et donc on a eu de longues discussions avec le ministre de Cybersécurité et du Numérique, et imaginez-vous
donc qu'on a dû demander de mettre noir sur blanc dans le projet de loi qu'il
y aurait une consultation auprès des Québécois. On a obtenu la garantie qu'il y
aurait une consultation en bonne et due
forme avant d'adopter un règlement qui permettrait l'utilisation de données
biométriques. Il me semble que c'est quelque chose qui va de soi.
Encore une fois, au
niveau des inquiétudes, comment peut-on s'assurer, M. le Président, que le
dirigeant principal de l'information joue
son rôle? C'est le chien de garde. Comment peut-on s'assurer qu'il joue son
rôle au niveau de la reddition de comptes, que celle-ci soit adéquate,
que la personne en question obtienne l'information nécessaire par le biais de
suivis réguliers? C'est ce qui est arrivé dans le dossier SAAQclic. Il y avait
des enjeux au niveau de la reddition de comptes. Personne ne savait au bon
moment, alors qu'il aurait fallu poser des gestes... On ne veut pas que ça se
reproduise dans les autres grands chantiers numériques.
C'est
un jeune ministère, le ministère de la Cybersécurité et du Numérique, mais,
quand même, ça fait quatre ans... ou, en tout cas, 2022, ça fait plus de trois
ans qu'il a été... il s'en va sur quatre ans, qu'il a été créé. On dirait que
ça a été créé sur un coin de table, là. Je ne suis pas en train de
remettre en cause l'importance de créer ce ministère-là, mais ça fait plusieurs
fois qu'on doit revenir dans la législation pour changer ou pour ajouter des
pouvoirs au ministre. Bien, je pense qu'il y
a encore du travail à faire parce que le ministre de la Cybersécurité et du
Numérique doit alerter, tirer la sonnette d'alarme, envoyer des lettres,
faire des sorties publiques pour dire qu'il est mal... qu'il est mal à l'aise
avec certains projets, qu'il a des inquiétudes importantes, qu'il est en train
de mener des audits de performance.
Alors, on continue
d'avancer puis d'attendre les prochains pouvoirs qui seront... qui seront
demandés parce que, clairement, aujourd'hui, le ministère... le ministre n'a
pas le pouvoir d'arrêter un projet, mais on s'attendrait d'un conseil des ministres qu'il y ait une meilleure
collaboration. Comment se fait-il qu'un dise : On l'arrête, l'autre
dise : Non, on continue? On s'attendrait à ce qu'au sein du Conseil
des ministres il y ait une meilleure cohésion et qu'on n'entende pas ces opinions divergentes dans l'espace public,
M. le Président. Donc, voilà, il faut s'assurer que les leçons soient tirées puis que les comportements soient changés pour le
futur, pour que les chantiers soient menés avec tout le soin nécessaire,
incluant celui sur l'identité numérique.
• (17 h 40) •
Donc, en conclusion, M. le
Président, c'est clair qu'au Québec on doit se moderniser. On a vraiment pris
du retard. Alors, encore une fois, au niveau
de l'identité numérique nationale, sur le principe, sur l'importance de le
faire, on ne s'y oppose pas, mais permettez-nous de douter sérieusement
de la capacité de ce gouvernement de mener à bien les prochaines étapes de
l'identité numérique nationale. Ce n'est pas le projet de loi n° 82, là,
qui est la raison de l'échec du gouvernement
en matière de transformation numérique. Le noeud du problème, c'est le
déploiement. Je réitère à quel point il est important d'avoir une
adhésion élevée de la population, une acceptabilité sociale, de regagner la
confiance et aussi de développer l'expertise interne pour réduire notre
dépendance aux consultants, aux firmes externes, fournir toutes les ressources
humaines et financières nécessaires pour que le virage numérique soit une
réussite, pour que l'identité numérique nationale soit une réussite. Donc,
beaucoup de travail encore à faire, M. le Président. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont. Est-ce qu'il y a d'autres intervenants?
Mise aux voix
Alors, le projet de loi n° 82, Loi
concernant l'identité numérique nationale et modifiant d'autres dispositions,
est-il adopté? Adopté. M. le leader adjoint du gouvernement.
Ajournement
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
je vous demanderais d'ajourner nos travaux à demain, 9 h 40, s'il
vous plaît, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Cette motion est-elle adoptée?
Des voix : Adopté.
Le
Vice-Président (M. Benjamin) : En conséquence, nous ajournons nos travaux à demain, jeudi 23 octobre
2025, à 9 h 40.
(Fin de la séance à 17 h 42)