Journal des débats de l'Assemblée nationale
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
Le
mardi 17 mars 2026
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Vol. 48 N° 43
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Intervenants par tranches d'heure
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D'Amours, Sylvie
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Lévesque, Mathieu
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D'Amours, Sylvie
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Lévesque, Mathieu
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Fontecilla, Andrés
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Fortin, André
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Labrie, Christine
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Labrie, Christine
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D'Amours, Sylvie
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Chassin, Youri
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Setlakwe, Michelle
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Setlakwe, Michelle
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D'Amours, Sylvie
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Massé, Manon
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Lévesque, Mathieu
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Cadet, Madwa-Nika
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Cadet, Madwa-Nika
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D'Amours, Sylvie
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Zaga Mendez, Alejandra
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Roy, Nathalie
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St-Pierre Plamondon, Paul
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Legault, François
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Fortin, André
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Ghazal, Ruba
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Laflamme, Marie-Karlynn
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Boulet, Jean
9 h 30 (version révisée)
(Dix heures une minute)
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Bonjour, tout le monde. Mmes et MM. les députés, avant d'entreprendre
nos travaux, nous allons nous recueillir quelques instants.
Merci. Veuillez prendre place.
M. le leader adjoint du gouvernement.
Affaires du jour
Motion proposant de procéder à l'étude des crédits
provisoires 2026-2027 en commission plénière
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
bonjour, Mme la Présidente. Bien heureux de vous retrouver après deux belles
semaines de travail en circonscription. Je vous salue. Je salue les collègues
également.
Et, sans plus tarder, je fais motion afin :
«Que l'Assemblée procède à l'étude et à l'adoption
des crédits provisoires 2026‑2027, conformément aux dispositions de l'article 87,
alinéa 1, paragraphe 4.1°, ainsi que des articles 280 et 281 de
notre Règlement, et ce, selon les modalités subséquentes :
«Que, dès l'appel des affaires du jour de
la séance du jeudi 19 mars 2026, l'Assemblée se constitue en commission
plénière et procède à l'étude des crédits provisoires de la manière suivante;
«Que, pour une durée maximale d'une heure, la ministre de la Santé
puisse échanger avec les députés de l'opposition;
«Que, dès après et pour une durée maximale d'une heure, la ministre
responsable de l'Habitation puisse échanger avec les députés de l'opposition;
«Qu'à 13 heures, la commission
plénière suspende ses travaux et que les travaux de l'Assemblée soient ainsi
suspendus jusqu'à 14 heures;
«Que, dès 14 heures, la commission
plénière poursuive ses travaux et puisse compléter, si nécessaire, les échanges
entre les députés de l'opposition et la ministre responsable de l'Habitation;
«Que, dès après, pour une durée maximale d'une
heure, la ministre de l'Éducation puisse échanger avec les députés de l'opposition;
«Que, dès après, pour une durée maximale d'une
heure, le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie puisse
échanger avec les députés de l'opposition;
«Que, dès après, pour une durée maximale d'une
heure, le ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration
puisse échanger avec les députés de l'opposition;
«Qu'immédiatement au terme de cet échange,
le président de la commission plénière mette aux voix le quart des crédits pour
l'année financière 2026‑2027;
«Qu'ensuite, le président de la commission
plénière fasse rapport à l'Assemblée et que celle-ci se prononce en débat sur
ledit rapport puis sur le projet de loi de crédits qui y fait suite, le tout conformément
au premier alinéa de l'article de 281 du règlement;
«Qu'enfin, et ce, suivant le deuxième
alinéa de l'article 281 du règlement, qu'il soit permis au leader du
gouvernement de présenter une motion sans préavis et non débattue afin que l'étendue
de l'ensemble des crédits budgétaires, sauf ceux de l'Assemblée, soit renvoyée
en commission permanente;
«Que les remarques préliminaires pour
chacun des échanges soient fixées à un maximum de six minutes pour le groupe
parlementaire formant le gouvernement, trois minutes pour l'opposition
officielle, 1 min 50 s pour le deuxième groupe d'opposition et 1 min 10 s
pour le troisième groupe d'opposition;
«Que, pour chacun des échanges avec les
ministres susmentionnés, une période de 45 secondes par heure d'échange
soit réservée pour chacun des députés indépendants;
«Que le temps non utilisé, le cas échéant,
par les députés indépendants soit redistribué proportionnellement entre le
groupe parlementaire formant l'opposition officielle, le deuxième groupe d'opposition
ainsi que le troisième groupe d'opposition;
«Qu'à tout moment, le président de l'Assemblée
ou de la commission plénière peut suspendre les travaux;
«Que, malgré les dispositions de l'article 20
du règlement, la commission plénière et l'Assemblée puissent poursuivre leurs
travaux jusqu'à ce que cette dernière se soit prononcée sur le projet de loi de
crédits et sur la motion de renvoi de l'ensemble des crédits budgétaires, sauf
ceux de l'Assemblée, en commission permanente;
«Que cette motion devienne un ordre de l'Assemblée
et qu'elle ait préséance sur toute disposition incompatible du règlement.»
15417
15399
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le leader adjoint. M. le leader adjoint a
déposé une motion. Je devais vous faire <consentir à la motion avant la
lecture...
>
10 h (version révisée)
<15399
La
Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
...M. le leader adjoint a
déposé une motion. Je devais vous faire >consentir à la motion avant la
lecture. Maintenant, la lecture est faite, personne ne s'est objecté. Est-ce qu'il
y avait consentement? J'aimerais l'entendre.
Des voix : ...
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Il y avait consentement.
Mise aux voix
Maintenant, est-ce que cette motion est
adoptée?
Des voix : Adopté.
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté. M. le leader adjoint, pour la suite de nos travaux.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Je vous demande de bien vouloir appeler l'article 1
du feuilleton, s'il vous plaît.
Projet de loi n° 1
Reprise du débat sur l'adoption du principe
La Vice-Présidente (Mme D'Amours) :
À l'article 1 du feuilleton, l'Assemblée reprend le débat, ajourné le
26 février 2026, sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec. M. le député de Laurier-Dorion, vous
aviez débuté votre énoncé. Je vais vous demander : Vous voulez poursuivre?
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Oui, merci. Allez-y.
M. Andrés Fontecilla (suite)
M. Fontecilla : Merci, Mme la
Présidente. Donc, nous sommes sur l'étape de l'adoption du principe du projet
de loi n° 1 sur la Constitution du Québec. Je m'étais longuement exprimé
sur la question fondamentale des droits des Premières Nations et des Inuits et
je disais que le Québec, via une motion, a décidé d'appuyer la Déclaration des
Nations unies sur les droits des peuples autochtones, qui dit... qui spécifie,
à l'article 19 de cette déclaration-là, qu'on doit chercher des... le
consentement des premiers peuples lorsque des lois sont adoptées.
Or, le projet de loi n° 1 ne procède
pas à cette véritable consultation et spécifie plus généralement que le Québec
ne serait pas lié par les engagements internationaux du Canada, incluant la
Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Donc,
cette constitution, ce projet de constitution risque d'exclure, risque d'effacer
l'existence et remet en question la reconnaissance des droits et titres des
premiers peuples, avec qui la nation québécoise partage son territoire.
De façon plus spécifique, Mme la
Présidente, le gouvernement propose qu'une loi ordinaire, c'est-à-dire le
projet de loi n° 1, adopté à la majorité simple, devienne la loi des lois
du Québec. Aucune assemblée constituante, aucun mécanisme transpartisan, ce n'est
seulement la majorité gouvernementale qui agit sur ce plan, aucun référendum. C'est
une méthode d'adoption, selon nous, qui n'est pas digne de la portée du texte.
Le Barreau du Québec et le Protecteur du citoyen l'ont rappelé, on ne peut pas
modifier l'équilibre des droits et des pouvoirs sans garantie procédurale
forte. Adopter une constitution sans le peuple, c'est comme changer les règles
d'un jeu pendant la partie en demandant ensuite aux joueuses et joueurs d'applaudir.
Mme la Présidente, notre formation
politique, Québec solidaire, ne se contente pas de critiquer, mais nous aussi,
nous... et cela se trouve au fondement même de la fondation de notre formation
politique, nous proposons une voie claire, cohérente et démocratique sur le
terrain d'une constitution du Québec. Nous proposons, par exemple, une assemblée
constituante qui repose sur des principes simples : une assemblée élue
représentative de la diversité de la société québécoise, une assemblée alliant
la... atteignant la parité femmes et hommes et une représentation des régions,
des jeunes, des minorités, une participation citoyenne active à chaque étape de
l'étude et de l'adoption de cette loi, un travail indépendant du gouvernement,
ce qui est loin d'être le cas ici, et un référendum final pour ratifier le
texte. Autrement dit, une constitution par et pour le peuple.
Ce n'est pas une idée radicale que nous
avançons, là, Mme la Présidente. C'est la norme démocratique dans toute société
qui prend ses institutions au sérieux. Comme le dit clairement dans la... notre
proposition, notre... une constitution ne doit pas être écrite comme un
programme de parti, elle doit être l'œuvre collective d'un peuple souverain.
Au-delà du processus, le contenu même du
projet de loi est profondément préoccupant. De nombreux mémoires de la Commission
des droits de la personne, de l'Association canadienne des libertés civiles, du
Barreau dénoncent un affaiblissement de la Charte des droits et libertés de la
personne avec le projet de loi que nous étudions en ce moment. L'intégration
partielle de la charte dans la Constitution crée une hiérarchie dangereuse
entre les droits. Elle ouvre la porte à ce que des valeurs dites nationales,
entre guillemets, définies par la politique, priment sur les droits
fondamentaux. La Commission des droits de la personne, par exemple, a été très
claire, ce projet comporte un risque réel de recul dans la protection des
groupes vulnérables. Québec solidaire partage cette inquiétude.
L'article 5 du projet de loi est, à
nos yeux, l'un des plus graves. Il limite le droit de... d'ester en justice
pour les organismes financés par l'État lorsqu'une loi est déclarée protectrice
de la nation, et cela est déclaré simplement par une majorité ici, à
l'Assemblée nationale. Les organismes communautaires, les cliniques juridiques,
les groupes de défense des droits l'ont dit unanimement, c'est une attaque
frontale contre les contre-pouvoirs démocratiques. Le Jeune Barreau du Québec
l'a exprimé sans détour, restreindre l'accès aux tribunaux pour certains
acteurs, c'est vider l'accès à la justice de son sens réel. Nous appuyons
pleinement notre... ces opinions. Une démocratie qui craint la contestation est
une démocratie fragile.
Enfin, le projet de loi n° 1
est un... échoue à inscrire une vision d'avenir. L'environnement, la santé
durable, la justice intergénérationnelle sont traités comme des considérations
secondaires. L'association pour la santé du Québec, par exemple, l'a rappelé,
la protection de l'environnement est un déterminant majeur de la santé
collective. Et pourtant, à l'article 46.1 de la charte québécoise, le
droit de vivre dans un environnement sain et respectueux de la biodiversité
n'est pas constitutionnalisé. Le ministre de la Justice a fait le choix de ne
pas l'enchâsser dans la Constitution. Il juge que ce droit humain, jugé
fondamental par des générations de Québécois et des Québécoises, ne méritait
pas de trouver une place dans sa Constitution. C'est un choix politique. Selon
nous, c'est un choix irresponsable.
Mme la Présidente, Québec solidaire croit
à une constitution, mais à n'importe... à n'importe laquelle constitution. Nous
croyons à une constitution légitime, populaire, inclusive, protectrice des
droits, respectueuse de la société civile et tournée vers l'avenir. Pourtant,
le projet de loi n° 1 n'est pas cette constitution. C'est pourquoi nous
nous y opposons et pourquoi nous continuerons de défendre un véritable
processus constituant... à la hauteur des aspirations démocratiques du peuple
québécois dans n'importe quelle démarche d'adoption d'une loi fondamentale.
• (10 h 10) •
Donc, Mme la Présidente, nous faisons face
à un projet de loi qui constitue une première dans l'histoire du Québec et qui
remet non seulement les... en question les principes fondamentaux des garanties
constitutionnelles fondamentales qui existent actuellement, mais aussi qui est
adopté par un processus, selon nous, illégitime, qui ne doit pas se cantonner
seulement à l'Assemblée nationale mais doit dépasser largement les murs de
cette enceinte, parce que la Constitution du Québec n'appartient pas aux
députés, elle appartient à l'ensemble du peuple du Québec, y compris aux Premières
Nations et aux Inuits. Le processus d'adoption de cette constitution-là, je le
répète, je le réitère, il est illégitime puisqu'il se cantonne à l'adoption par
une simple majorité gouvernementale, ce qui n'est pas possible, ce qui n'est
pas acceptable pour l'adoption d'une loi aussi importante qu'une constitution.
Le gouvernement aurait dû agir autrement,
plus... complètement d'une autre façon. Il aurait dû commencer par consulter
l'ensemble des composantes de la société québécoise pour aller de l'avant vers
un texte qui réunit un ensemble d'opinions cohérentes dans un projet de
constitution. Or, ce projet, ce projet de loi là, Mme la Présidente, a été
rédigé entre quatre murs et derrière des portes fermées par des soi-disant
experts que nous n'avons jamais entendus ici, que nous... la société québécoise
n'a jamais entendu défendre ce projet-là. C'est le projet de loi d'un seul
homme qui a été adopté... qui va être adopté probablement, à cause de notre
façon de fonctionner, par une majorité simple, ce qui est hautement
questionnable pour l'avenir de la société québécoise.
Donc, nous allons appeler à voter contre
le principe et nous allons nous opposer par tous les moyens qui sont à notre
disposition pour faire en sorte que ce projet de loi ne soit pas adopté. Merci,
Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le député. Je cède maintenant la parole au chef
parlementaire du groupe de l'opposition officielle. La parole est à vous.
M. André Fortin
M. Fortin :Merci. Merci, Mme la Présidente. Je commence en vous souhaitant
une joyeuse Saint-Patrick. Je ne sais pas si vous avez du sang irlandais, mais
je pense qu'on en a tous un peu aujourd'hui. Alors, joyeuse Saint-Patrick, Mme
la Présidente.
Le projet de loi n° 1, la Loi
constitutionnelle de 2025, Mme la Présidente, un moment comme celui-là, ça
devrait être un beau moment dans notre vie parlementaire. Ça devrait être un
beau moment dans notre vie comme Québécois et Québécoises. Adopter une
constitution, ça devrait être un moment qui est rassembleur. Ça devrait être un
moment qui est unificateur. Un peuple qui devrait être ensemble, uni dans la
démarche malgré ses différences, mais qui émet des grands principes qui
énoncent ce qu'on appelle, à juste titre, la loi de ses lois, c'est le moment
dans lequel on devrait se trouver pour adopter une constitution québécoise,
parce que c'est un processus, Mme la Présidente, qui est plus que légitime.
C'est un processus que d'autres juridictions ont choisi d'adopter dans
différentes circonstances, avec leurs valeurs à eux, qui ne sont pas les
nôtres. Mme la Présidente, je pense à la Colombie-Britannique, mais je pense
aux Américains également, qui sont fiers de leur Constitution, qui sont fiers
de leur document fondateur.
Et le Parti libéral du Québec est d'accord
avec l'idée d'une constitution, Mme la Présidente, et ça, ça ne date pas
d'hier, mais c'est encore vrai aujourd'hui. D'ailleurs, non seulement le
leadership du Parti libéral du Québec est d'accord avec ça, les militants du
Parti libéral du Québec sont d'accord avec ça, et ça, ça a été énoncé à nouveau
lors d'une consultation qui a été... d'une large consultation qui a été menée
par ma collègue la députée de Bourassa-Sauvé, il y a quelques années à peine.
Alors, je vous le dis, on devrait,
aujourd'hui, lors du débat sur le principe de la loi constitutionnelle... on
devrait savourer ce moment, comme nation, d'avoir devant nous un document qui
permettrait aux Québécois d'affirmer qui ils sont, d'affirmer leurs valeurs,
d'affirmer les valeurs qui guident notre vivre-ensemble, qui guident l'ensemble
de nos lois au Québec également, mais ce n'est pas ce qui est en train de se
passer, Mme la Présidente. Le gouvernement de la CAQ a choisi d'en faire un
exercice qui est partisan, avec un seul ultime objectif, c'est-à-dire nous faire
oublier ses échecs en redonnant une bonne vieille couche de nationalisme à leur
programme politique, mais le nationalisme de la CAQ, ces jours-ci, Mme la
Présidente, il est loin d'être édifiant.
Si on veut parler de nationalisme, par
exemple, le nationalisme culturel, peut-être qu'on peut commencer par s'assurer
de partager notre culture québécoise à nos enfants le plus possible. Le
gouvernement de la CAQ est en train de faire le contraire, Mme la Présidente,
en s'assurant que les enfants n'ont pas accès à des sorties culturelles. Si le
gouvernement de la CAQ veut parler de nationalisme, il peut nous parler d'un
nationalisme économique, mais le gouvernement de la CAQ est en train de faire
le contraire, Mme la Présidente. Au lieu d'encourager notre agriculture locale,
il sert de la nourriture venue de l'étranger, venue de la Chine, de l'Asie ou
d'ailleurs, dans nos établissements publics, et ça, c'est sans compter, Mme la
Présidente, son appui aveugle aux grandes multinationales étrangères en
laissant de côté les petites et moyennes entreprises québécoises. Et ça, ce
n'est même pas moi qui le dis, Mme la Présidente. Ce sont les candidats à la
chefferie de leur propre formation politique qui ont affirmé que les pires
erreurs de leur gouvernement étaient en ce sens-là.
Le gouvernement de la CAQ, pour déposer
une loi aussi importante que la loi constitutionnelle, a choisi à peu près le
pire moment possible pour rallier les Québécois. Alors, vous le savez, je le
sais, et à peu près tout le monde dans cette Assemblée et au Québec le sait,
c'est un gouvernement qui est en fin de mandat. C'est un gouvernement qui est
vastement impopulaire, et ça, c'est vrai chez les Québécois de toutes les
générations, c'est vrai chez les Québécois de toutes les régions, c'est vrai
pour l'ensemble des catégories de Québécois. Alors là, devant nous, là, on a un
gouvernement qui a un taux d'approbation famélique et qui se dit : Bon,
bien, on va écrire un document sur l'avenir du Québec. On va le faire, on va
écrire un document comme ça, un document si important que ça, en sachant que la
population n'est pas derrière nous et en sachant... et en le faisant, Mme la
Présidente, on ne consultera personne, on ne va parler à personne. On va
arriver avec un document écrit, le député de Laurier-Dorion vient de le dire,
entre quatre murs, par des gens anonymes qu'on ne peut pas questionner, plutôt
que de faire une démarche rassembleuse, plutôt que de le faire à un moment
propice, plutôt que de le faire en consultant les différentes parties de la société
québécoise.
Je ne sais pas dans quel état d'esprit les
gens de la CAQ se trouvaient quand ils se sont dit, en faisant ça en vase clos,
en écrivant la loi des lois, tout seuls dans notre coin, en sachant que les
Québécois ne sont pas derrière nous en ce moment : Bien, ça, ça va
susciter l'adhésion du public. Tu sais, quand on dit, Mme la Présidente, que le
gouvernement vit dans un monde parallèle en ce moment, bien, c'est ça qu'on
veut dire.
Non seulement ça, Mme la Présidente, moi,
je me souviens de la campagne de 2022. La campagne de 2022, le gouvernement
caquiste avait un slogan : Continuons. Alors, on comprend aujourd'hui, là,
que ça veut dire : Continuons la dilapidation des fonds publics,
continuons à donner des services publics faméliques aux Québécois. Mais, Mme la
Présidente, le gouvernement de la CAQ n'a aucun mandat. Ils n'ont jamais
demandé aux Québécois s'ils acceptaient, à ce moment-ci, de proposer une
constitution... d'adopter une constitution. En fait, ils ont choisi le moment
où le gouvernement était au sommet de son impopularité pour lancer des travaux
sur une constitution qui demande, qui exige, d'abord et avant tout, un
consensus.
• (10 h 20) •
Pour nous puis pour bien du monde, ce que
le gouvernement est en train de faire aujourd'hui, c'est un exercice qui ne
visait qu'à les relancer politiquement, parce que le seul consensus qu'on
retrouve en ce moment, c'est que personne n'aime le projet de constitution présenté
par le ministre de la Justice. Le ministre lui-même a vicié le processus, et je
ne le dis pas de gaieté de cœur, Mme la Présidente, mais le ministre de la
Justice a vicié le processus lui-même dès le début des travaux sur le projet de
loi constitutionnelle.
Des voix : ...
M. Fortin :
Je vous écoute, cher collègue.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : M. le leader adjoint, pour... Allez-y.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
merci, Mme la Présidente. Je pense que le député de Pontiac m'attendait avec
impatience. Donc, je crois qu'on prête des intentions, ici, au ministre. Donc,
j'inviterais le collègue à être prudent.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le leader. M. le chef de l'opposition
officielle, je vous invite à la prudence, s'il vous plaît. Veuillez continuer
et... allez-y. Moi, je n'ai vu que des critiques. Il y a eu quelques lancées
vers des propos qui étaient peut-être à prendre avec prudence, s'il vous plaît.
Merci.
M. Fortin :Continuons dans la critique, Mme la Présidente. Alors, le
gouvernement a un allié là-dedans, hein, le rapport Rousseau-Proulx, mais le
gouvernement a choisi de faire le contraire de ce que son seul allié lui
proposait de faire. Parce que le rapport Rousseau-Proulx, là, demandé,
commandé, payé par le gouvernement, bien, il recommande lui-même une démarche
transpartisane, basée sur un large éventail d'avis d'experts et avec la
contribution de la société civile.
Le ministre n'a pas été capable de suivre,
Mme la Présidente, l'avis de son seul allié dans ce dossier-là. Et là j'entends
déjà le ministre de la Justice nous dire : Bien, j'en ai fait, des
consultations, on en a fait pendant des heures et des heures en commission
parlementaire. Oui, la réalité, Mme la Présidente, c'est qu'il n'en voulait
pas, de consultations générales. Dès le début, il a fallu le convaincre de la
chose, il a fallu se battre pour ça, puis, après ça, il a limité ça à
30 minutes par groupe. Mais on comprend pourquoi il a limité ça à 30 minutes
par groupe, et, en fait, vous aviez juste à écouter quelques minutes de la
commission parlementaire pour vous rendre compte pourquoi les consultations
générales étaient limitées dans le temps.
Le Barreau du Québec, Mme la Présidente,
et ça, c'est particulièrement gênant pour un ministre de la Justice, le Barreau
du Québec a qualifié le projet de loi comme ça... Le Barreau dit que le projet
de loi constitutionnelle de 2025 introduit des mécanismes qui menacent la
séparation des pouvoirs, muselle les contre-pouvoirs, crée une instabilité
juridique, affaiblit les droits fondamentaux. Ces changements... et je les
cite : «Ces changements risquent d'éroder les fondements de notre État de
droit et compromettre la confiance du public envers ses institutions.»
Mme la Présidente, un seul de ces
éléments-là aurait été problématique pour n'importe quel autre ministre de la
Justice dans l'histoire du Québec, sauf celui-là. Il menace la séparation des
pouvoirs, il muselle les contre-pouvoirs. Bon, là, vous allez me dire : Ces
deux choses-là, ce n'est pas nouveau, le ministre de la Justice fait ça depuis
le début de son mandat. Mais là il vient créer une instabilité juridique, il
vient affaiblir les droits fondamentaux des Québécois et des Québécoises, il
érode les fondements de notre État de droit et il compromet la confiance du
public envers ses institutions. Ça, c'est le Barreau du Québec, mais, pas
grave, le ministre de la Justice, il en sait plus que tous les autres avocats
au Québec. C'est lui, Mme la Présidente, tout seul, encore là, entre quatre
murs dans son bureau, qui décide de ce qui doit aller de l'avant puis de ce qui
ne doit pas aller de l'avant, malgré les critiques, et elles ne sont pas à
déconsidérer, les critiques légitimes, justifiées, inquiétantes du Barreau.
Là, je vous l'ai dit tantôt, Mme la
Présidente, une constitution, ça doit rallier, et, au premier chef des gens qui
ne se sentent pas considérés, on retrouve les Premières Nations. Et là je vous
soumets, Mme la Présidente, qu'à travers sa loi constitutionnelle le
gouvernement de la CAQ nous a démontré ce qu'il pense réellement des Premières
Nations. Il nous l'avait déjà démontré. Il nous l'a démontré lors du régime
forestier qui a été déposé dernièrement. Il nous l'avait démontré lorsque le
ministre de la Culture a fait des remarques étonnantes à propos du musée de
l'histoire du Québec. Il nous l'avait démontré, Mme la Présidente, en faisant
fi du Principe de Joyce, né d'une tragédie absolument innommable. Il nous l'a
démontré en refusant de reconnaître le racisme systémique auquel les membres
des Premières Nations font face. Mais là c'est clair, là, on a un peuple, Mme
la Présidente, qui nous précède de longtemps sur le territoire québécois et
qui, dans certains cas, a une vie pas mal plus difficile que la vôtre et la
mienne. Et nous, on leur dit : On va faire un document, on va faire la loi
qui régit toutes les lois au Québec et on ne vous considérera pas. Ce que ça
nous dit, Mme la Présidente, c'est que, pour le gouvernement de la CAQ, les
Premières Nations, c'est une arrière-pensée. Il n'y a pas de consultation, il
n'y a pas de corédaction, il y a trois petites références, Mme la Présidente,
dans le préambule, mais c'est tout, c'est tout ce qu'on a besoin de faire pour
les Premières Nations.
Surprenez-vous pas, Mme la Présidente,
quand Francis Verreault-Paul, le chef de l'Assemblée des Premières Nations
Québec-Labrador a dit que ce projet de loi là, il était colonial,
centralisateur, incompatible avec les droits fondamentaux des Premières
Nations, que c'était un effacement juridique et politique des Premières
Nations. Juste ça, Mme la Présidente, ça nous donne raison quand on demande le
retrait de ce projet de loi là, juste ça : colonial, centralisateur,
incompatible avec les droits fondamentaux des Premières Nations, effacement
juridique et politique. Mais le gouvernement s'entête puis il veut poursuivre.
Alors, on leur demande une chose, une chose, et c'est la moindre, c'est qu'à
chaque modification qui va avoir lieu il faut que les Premières Nations soient
considérées, soient consultées, soient au cœur du processus. Parce que c'est
comme ça qu'ils se sentent, aujourd'hui. Il y a un projet de constitution qui
n'a pas l'adhésion... en fait, on est loin de l'adhésion, là, qui suscite une
telle réaction de la part des Premières Nations. Ça doit forcer le gouvernement
à revoir ses objectifs et à se questionner.
Si vous avez suivi les consultations, Mme
la Présidente, vous avez vu comme moi, là, groupe après groupe qui sont venus
dire que ça n'avait aucun bon sens, ce que le gouvernement faisait sur
l'avortement. Mais la réalité, c'est que le gouvernement savait déjà, hein...
la ministre de l'Enseignement supérieur, elle a déjà eu ce débat-là, elle a
déjà lancé le débat, à savoir : Est-ce qu'il faut mettre des barrières
supplémentaires sur la question de l'avortement au Québec? Elle l'avait essayé.
Elle s'était fait dire : Ça va nuire, ça n'aidera pas, ça va mettre à
risque les protections juridiques autour du droit à l'avortement. Et elle
s'était ralliée. Elle avait compris le message, Mme la Présidente.
Alors, les groupes étaient en droit de se
poser la question : Pourquoi on relance ce débat-là à ce moment-ci? Et là,
Mme la Présidente, on peut se dire que c'est un spectacle absolument désolant
qu'on a eu de la part du ministre de la Justice, qui agissait comme lui...
comme si, lui seul, il détenait la vérité, et ça lui a pris à peu près
l'entièreté des groupes de femmes, et ça lui a pris, Mme la Présidente, sa
future patronne pour lui dire que, d'accord, il allait reculer. Mais tout le
monde a compris son jeu, Mme la Présidente. Tout le monde a vu son entêtement
et tout le monde a compris, parce que le gouvernement le savait déjà, que ce
n'était pas la bonne chose à faire, qu'on était prêts à jouer avec les protections
juridiques sur la question de l'avortement pour avoir quelques points
politiques.
• (10 h 30) •
Mme la Présidente, à l'article 5...
l'article 5 du projet de loi, là, il vient dire que... et il est
particulièrement problématique, mais il vient dire qu'on ne peut pas utiliser
les fonds publics pour contester certaines lois. Par exemple, une université ne
peut pas utiliser les frais de scolarité, une municipalité ne peut utiliser les
taxes foncières, un syndicat ne peut pas utiliser les cotisations de ses
membres pour contester des lois. Ça, là, Mme la Présidente, c'est une
disposition qui est revancharde. C'est une disposition qui est là parce que le
ministre essaie de régler des comptes avec des organismes avec qui il a eu
maille à partir au fil du temps. Ça, c'est la preuve même que l'exercice, il
est partisan puis il est antidémocratique.
On a devant nous, là, un ministre qui se
prend... et il l'a dit lui-même, c'est ses mots, qui se prend pour un
souverain, et, pour ça... Mme la Présidente, ça doit être pour ça qu'il veut
empêcher la contestation de ses lois devant les tribunaux, mais, dans une
société comme le Québec, là, une société démocratique, une société mature, qui
est capable de se poser des questions, on comprend que les tribunaux, ils sont
là justement pour que se règlent les questions de droit, pour que se règlent
les questions d'interprétation des lois.
Alors, se faire poursuivre quand on est le
gouvernement, bien, ça fait partie des règles du jeu. Une disposition comme
celle-là, Mme la Présidente, là, venant du ministre de la Justice en plus,
c'est particulièrement impressionnant. Moi, je pense que même Duplessis serait
impressionné par une disposition comme celle-là, mais je rappellerai au
ministre qu'il est le député de Borduas, et que Paul-Émile Borduas, bien, c'est
le Refus global. Alors, s'il veut s'apparenter à Duplessis, il pourrait
peut-être se présenter dans cette circonscription.
Là, Mme la Présidente, on est en fin de
mandat, un gouvernement qui n'a pas l'appui des Québécois, qui n'a pas l'appui
non plus... du moins, son bilan n'a pas l'appui des candidats à la chefferie. On
a un ministre de la... des Finances qui nous dit qu'on devrait peut-être être
un peu plus inclusifs, en voici l'opportunité parfaite, et qui présente une loi
constitutionnelle à la dernière minute, sans consulter, en sachant qu'il y
aurait de l'opposition, en créant de l'opposition. Alors, peut-être qu'ils se
sont dit : Ah! on va piéger les autres partis, on veut qu'ils soient
contre la Constitution.
Bien, je vous soumets, Mme la Présidente,
que le ministre de la Justice, il s'est autopiégé là-dedans, parce qu'on
n'embarquera pas dans son jeu au détriment des Premières Nations. On
n'embarquera pas dans son jeu au détriment du droit des femmes. On n'embarquera
pas dans son jeu au détriment des droits des minorités. On n'embarque pas dans
son jeu au détriment du principe de la séparation des pouvoirs. On n'embarquera
pas dans son jeu pour museler les contre-pouvoirs. On n'embarquera pas dans son
jeu en risquant d'éroder les fondements de l'État de droit. Puis on
n'embarquera certainement pas dans son jeu en affaiblissant les droits
fondamentaux des Québécois et des Québécoises. C'est ça qu'il est en train de
faire, le ministre, c'est ça qu'il est en train de faire, le gouvernement de la
CAQ, et c'est pour ça qu'on mérite, comme Québécois, comme Québécoises, de
passer à d'autre chose que ce gouvernement-là.
Je vous remercie, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de
Sherbrooke.
Mme Christine Labrie
Mme Labrie : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bonjour, contente de vous retrouver aujourd'hui. J'ai
plusieurs collègues qui vont aborder les nombreux problèmes qu'on voit dans le
projet de Constitution du ministre de la Justice, mais moi, j'ai envie de me
concentrer sur le processus aujourd'hui, parce que je trouve qu'il y a des <lacunes
importantes dans la manière...
>
10 h 30 (version révisée)
<17889
Mme
Labrie :
...moi, j'ai envie de me concentrer sur le processus,
aujourd'hui, parce que je trouve qu'il y a des >lacunes importantes dans
la manière dont on est arrivés à avoir un projet de loi qui se présente comme
étant une constitution. Moi, j'avais de l'enthousiasme à ce que le Québec se
dote de sa propre Constitution, mais je suis vraiment déçue de la manière dont
ça s'est passé parce que c'est supposé d'être un projet collectif dans lequel
la population est impliquée dès les premières étapes, avant la rédaction, c'est
supposé d'être un projet dans lequel tout le monde peut se sentir impliqué, pas
un projet que le ministre fait tout seul dans son coin pour essayer de le faire
valider après qu'il est déjà tout écrit.
Moi, ce que j'aurais aimé qu'on fasse, c'est
qu'on mandate un comité qui aurait été non partisan, qui aurait été choisi par
les parlementaires, qui aurait été le reflet de la population québécoise, un
comité sur lequel auraient pu siéger des personnes autochtones, notamment, un
comité qui aurait été paritaire, sur lequel on aurait retrouvé plusieurs
générations de Québécois, un comité qui ressemble au Québec, finalement, des
gens qui auraient pu être mandatés pour organiser une grande consultation, une
vraie consultation partout à travers le Québec. J'aurais voulu qu'on leur donne
le moyen de faire le tour de toutes les régions, d'aller rencontrer les gens de
tous les âges, de tous les milieux, leur demander ce qu'ils voudraient trouver
dans la première Constitution du Québec. Parce que ce n'est pas rien, quand
même, c'est la première fois qu'on fait cet exercice-là, de rédiger une constitution
pour le peuple québécois. J'aurais voulu qu'on saisisse cette occasion-là pour
faire une vraie réflexion sur la manière dont on exerce les pouvoirs qu'on a au
Québec. On ne les a pas tous, on en voudrait plus, on les voudrait tous, mais
on en a plusieurs. J'aurais aimé qu'on saisisse l'occasion de rédiger une constitution
pour qu'on se demande quels pouvoirs on veut confier aux régions, aux municipalités,
qu'on en profite pour décentraliser puis rapprocher les lieux de pouvoir, les
lieux de prise de décisions des citoyens.
Malheureusement, ce n'est pas ça du tout
qui s'est passé jusqu'à maintenant. Il n'y a pas eu de... il n'y a pas eu de grandes
consultations, il n'y a pas eu d'implication des citoyens, pas eu non plus de
tentatives de se servir de cette occasion-là pour redessiner, finalement, l'organisation
du pouvoir au Québec puis décentraliser ce pouvoir-là vers les régions.
J'aurais aimé aussi qu'on en profite pour
redéfinir notre système politique, parce que le nôtre, il est clairement
déficient, il ne répond pas aux attentes démocratiques des Québécois. Ce n'est
pas normal qu'il y ait un accord... un écart aussi important entre les votes
exprimés, la représentation ici, à l'Assemblée nationale. C'est dénoncé depuis
très longtemps. Le gouvernement, le parti qui est au pouvoir avait même lui-même
déjà pris l'engagement de réviser le mode de scrutin pour corriger ces erreurs-là.
Donc, moi, j'aurais aimé ça, qu'on se serve de cette occasion-là pour redéfinir
aussi c'est quoi, notre système politique, pour qu'on en... qu'on en mette un
sur pied qui est plus en phase, finalement, avec nos attentes de
représentation. J'aurais aimé aussi que la Constitution du Québec soit la
première à être rédigée en collaboration avec les peuples autochtones. Il y
avait de l'appétit pour ça du côté des peuples autochtones. J'aurais aimé que ce
soit le fruit d'une vraie démarche d'assemblée constituante, que ce soit le
reflet d'une vision collective partagée, que les Québécois se reconnaissent
dedans et qu'ils soient fiers de cette Constitution-là. J'aurais voulu moi-même
en être fière, mais malheureusement ce n'est pas ça qui s'est passé dans les
derniers mois, ce n'est pas ça qu'on a vu. Moi, j'ai vu un ministre qui voulait
que le Québec se dote d'une constitution et qui a décidé de mettre là-dedans sa
vision à lui de ce que devrait être une constitution, pas une vision
collective, parce qu'il n'y en a pas eu, de consultations en amont. J'ai vu un
ministre qui s'est présenté devant les Québécois, dans les derniers mois, avec
une constitution qu'il avait écrite tout seul de son côté, qui était déjà
prémâchée, si on peut dire, comme si c'était une loi ordinaire.
Puis je dis ça, mais, en même temps, c'est
arrivé souvent, au Québec, qu'on en fasse, des consultations en amont de
rédiger des projets de loi aussi. On a mené des démarches de consultations très
élaborées pour des lois régulières. Je pense, par exemple, à la loi sur l'aide
médicale à mourir. À deux reprises... qui est importante, mais qui n'est pas
une constitution non plus, puis on a quand même pris le temps de faire cet
exercice en amont, d'aller consulter les Québécois pour... pour voir qu'est-ce qu'ils
attendaient de nous pour... retrouver dans cette loi-là. Si on a été capables
de le faire, d'avoir des grandes consultations d'envergure qui font le tour du
Québec pour une loi en santé, je m'explique mal pourquoi on n'est pas capables,
quand vient le temps de faire une constitution, de faire un exercice, au
minimum, d'aussi grande envergure pour aller s'intéresser auprès des Québécois
à c'est quoi, leurs attentes, qu'est-ce qu'ils veulent dans cette Constitution-là,
pour qu'on puisse agir conformément à leur volonté quand vient le temps de la
rédiger.
Moi, franchement, l'idée que le Québec
pourrait se doter d'une constitution dans un processus démocratique aussi
déficient et de manière aussi précipitée, ça me fait quand même un peu honte,
parce que je regarde ce qui se passe à travers le monde, puis il y a d'autres
démarches quand même pas mal plus structurées que ça, là, pour mettre à jour
une constitution ou en élaborer une. Un des plus récents pays dans le monde à
avoir adopté une constitution, c'est le Népal : leurs travaux ont duré 10 ans.
Ici, on ferait ça en quelques mois à <peine...
Mme Labrie : ...une
constitution, c'est le Népal, leurs travaux ont duré 10 ans. Ici, on
ferait ça en quelques mois à >peine? On parle quand même d'écrire le
texte fondateur d'un peuple, je pense que ça mérite de prendre le temps
nécessaire pour impliquer ce peuple-là dans la démarche. Ce n'est pas parce que
ça va plus vite que c'est nécessairement mieux. Même le Kazakhstan quand ils
ont adopté leur constitution, dans les dernières années, ils ont fait un
référendum. Ce n'est pas non plus le pays le plus réputé pour la qualité de ses
processus démocratiques, on va dire ça comme ça. Puis ici on adopterait ça tout
simplement, là, à l'Assemblée nationale, alors qu'il y a probablement juste le
parti au pouvoir qui va voter pour, un parti qui est tellement impopulaire dans
la projection actuelle des sièges que, littéralement, la projection pour la
prochaine élection, c'est zéro siège. C'est quand même assez présomptueux de
leur part de prétendre que ce qu'ils mettent de l'avant, c'est le reflet de la
volonté des Québécois, quand il y a un appui populaire qui est aussi faible, on
va se le dire.
Moi, je trouve que c'est difficile de
faire pire que ce qu'on voit en ce moment en termes de manque de légitimité
démocratique. C'est pour ça que je ne pourrai jamais me sentir fière de cette
constitution-là, si elle devait être adoptée. Je vais en avoir honte parce que
le processus qui a mené à l'adopter n'est pas à la hauteur de ce que moi,
j'aurais attendu comme citoyenne en matière de processus démocratique. Il me
semble qu'à défaut d'impliquer les citoyens en amont, à défaut de les impliquer
au moment du vote, par exemple, par un référendum, pour moi, le minimum, ça
aurait été qu'on s'assure que ce qu'il y a dans ce projet de loi là fasse au
moins l'unanimité de tous les partis représentés à l'Assemblée nationale. Ça
aurait été, pour moi, vraiment, le strict minimum pour qu'on s'assure que ce
qu'il y a dedans répond à une certaine volonté populaire que... Et évidemment,
avec le contenu actuel du projet de loi qu'on a sous les yeux, ce n'est pas
possible d'aller chercher cette unanimité-là à l'Assemblée nationale. Vous
entendez les collègues qui prennent la parole, on est très, très loin de là.
Donc, je trouve ça dommage parce que ça aurait pu être un beau projet, de faire
une constitution pour le Québec, beaucoup de gens auraient voulu être impliqués
là-dedans, y participer, c'est fondateur pour un peuple, et on passe un peu à
côté du bateau.
• (10 h 40) •
Il y a même beaucoup d'acteurs de la
société civile qui sont venus dénoncer, en fait, les problèmes dans le projet
de loi, qui ont... qui ont rejeté ce projet de constitution là. Puis d'ailleurs
moi, j'arrive à la fin de mon deuxième mandat ici, à l'Assemblée nationale,
j'en ai vu quand même beaucoup, là, des consultations sur toutes sortes de
projets, puis c'était la première fois en presque huit ans que j'ai vu des
groupes de la société civile, des experts qui n'étaient pas certains de vouloir
venir participer aux auditions du projet de loi parce qu'ils avaient peur que
le simple fait de venir en audition donne une légitimité au projet de loi. Et
ils ne voulaient absolument pas donner de légitimité à ce projet de loi là
tellement qu'ils trouvaient que c'était inadéquat comme projet de constitution.
Je n'avais jamais vu ça, moi, des groupes puis des experts qui étaient
horrifiés à l'idée que le gouvernement utilise leur participation en commission
parlementaire pour légitimiser, finalement, le projet de loi en cours.
Ils ont fini par venir pareil, ces
acteurs-là. Mais c'est préoccupant quand même que des gens se demandent :
Est-ce que ça vaut la peine que j'y aille ou est-ce que je suis mieux de boycotter,
finalement, les auditions pour être certain que ça ne se retournera pas contre
nous? Moi, c'est le seul projet de loi sur lequel j'ai vu ça, autant d'acteurs
qui disaient : On veut bouder, finalement, on veut... on se demande si on
est mieux de ne pas y aller du tout, ignorer le processus pour signifier à quel
point on est dérangé par la démarche. Finalement, il y a quand même plusieurs
centaines de mémoires qui ont été reçus, des participations en grand nombre aux
auditions, parce que la colère, finalement, du contenu a été plus grande que la
colère du processus. Donc, ils sont venus le dire. Mais ce qui en ressort, ce
n'est clairement pas de l'enthousiasme. Ce qu'on a entendu, pendant les
plusieurs semaines d'audition, c'était beaucoup de la peur, il y avait de la
peur de l'affaiblissement des contre-pouvoirs dans ce projet de loi là.
Il y a même eu la peur qu'on affaiblisse
le droit à l'avortement des femmes. Heureusement, le ministre a fini par se
rendre à l'évidence, il a fini par écouter les personnes qui voulaient protéger
les femmes, puis annoncer qu'il allait retirer l'article 29 du projet de
loi. Je trouve ça vraiment fâchant, parce que ça a monopolisé des ressources,
des personnes du mouvement féministe pendant des mois, en fait. C'est un gaspillage
d'énergie, de ressources phénoménal, considérant qu'au début de la même
législature il avait déjà fallu se mobiliser pour convaincre la ministre de la
Condition féminine de ne pas faire de projet de loi pour protéger l'avortement
parce que ça constituait un risque beaucoup plus qu'une protection. Donc, c'est
un... c'est un exercice qui avait déjà été fait, c'est des milliers de
personnes qui s'étaient déjà mobilisées à travers le Québec pour essayer de
faire entendre raison au gouvernement là-dessus en tout début de législature.
Puis là il a <fallu...
Mme Labrie :
...à
travers le Québec pour essayer de faire entendre raison au gouvernement
là-dessus en tout début de législature, puis là il a >fallu le refaire,
il a fallu le recommencer. Même si on a fini par faire entendre raison au
ministre, c'est quand même beaucoup de gaspillage d'énergie. Puis je trouve
que, pour un gouvernement qui essaie de nous faire croire qu'ils sont les
champions de l'efficacité gouvernementale, ce n'était pas très, très
impressionnant de voir un ministre refaire la même exacte erreur qu'une autre
ministre avait déjà faite quelques mois, quelques années auparavant puis
s'acharner pendant des mois dans la mauvaise direction, malgré des opinions
exprimées très, très clairement, là, notamment par le Barreau, par les
médecins, par tous les groupes qui défendent le droit à l'avortement qui nous
disaient : N'allez pas là, c'est dangereux, vous êtes en train de faire
exactement ce qu'attendent les groupes antichoix. C'était du... c'était du
gaspillage de ressources, bien franchement, là, d'aller dans cette
direction-là, de s'y enfoncer pendant aussi longtemps, de forcer des gens à se
mobiliser, alors qu'ils ont d'autres choses à faire, pour venir faire reculer
le gouvernement là-dessus.
Donc, je veux quand même le remercier
d'avoir reculé, hein, parce qu'il l'a fait puis il n'a pas attendu non plus que
l'étude détaillée soit rendue à l'article 29. Donc, on a perdu du temps,
mais ça aurait pu être pire, je vais dire ça comme ça, même si,
malheureusement, pendant tout ce temps-là, bien, ça a monopolisé des ressources
du mouvement féministe, puis il y avait bien d'autres sujets qu'on aurait pu
aborder pendant ce temps là. Mais j'ai eu peur, moi aussi, j'ai eu peur qu'il
s'acharne, j'ai eu peur qu'il ne recule jamais là-dessus puis qu'il ouvre une
brèche que... pourtant, je sais qu'il ne voulait pas l'ouvrir, mais, parfois,
quand on pense savoir mieux que les autres qu'est-ce qui est bon pour eux, on
fait des erreurs puis on n'aide pas du tout finalement. C'est ça que j'avais
peur qu'il se produise.
Je vais m'arrêter ici, Mme la Présidente,
mais vous aurez compris que moi, je suis contre le projet de loi qu'on a entre
les mains, mais je trouve ça décevant d'être contre un projet de constitution,
parce que je ne suis pas contre le principe d'adopter une constitution pour le
Québec. J'aurais aimé ça que ce soit un projet emballant, j'aurais aimé ça que
ce soit un projet dans lequel le peuple puisse s'impliquer, contribuer, puis je
vais quand même devoir voter contre parce que le processus qui a mené où on est
aujourd'hui n'a absolument pas la légitimité démocratique qu'il devrait avoir
pour une constitution.
Mais il n'est pas trop tard pour mieux
faire. Donc, moi, j'invite le gouvernement à se rendre compte, là, de tout ce
qui a été dit, finalement, au fil des consultations dans les derniers mois,
d'abandonner son projet de loi puis de peut-être profiter de la prochaine
campagne électorale pour proposer aux Québécois une véritable démarche
d'assemblée constituante pour qu'on puisse, comme Québécois, comme peuple, s'en
faire une vraie, belle constitution, qui serait un projet collectif, une
constitution qui va... qui va nous rendre fiers parce qu'on y aura travaillé
collectivement puis qu'on l'aura adoptée dans un vrai processus qui aura
impliqué tout le monde, notamment les Premières Nations, un projet de loi qui
ne sera pas une menace pour les contre-pouvoirs de la société civile, mais, au
contraire, un projet de loi qui va consolider les valeurs collectives qu'on a.
Je vous remercie.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, Mme la députée. Je cède maintenant la parole à M.
le député de Saint-Jérôme.
M. Youri Chassin
M. Chassin :Merci, Mme la Présidente. Alors, je ne prendrai pas
beaucoup de temps, mais il est impensable pour moi de ne pas me prononcer sur
un projet de loi comme celui qu'on a devant nous, la Loi constitutionnelle de
2025 sur le Québec, parce qu'évidemment, et on l'a entendu à plusieurs
reprises, ce serait une constitution, ce serait une loi des lois, un fondement
de notre vie collective, un fondement de la vie démocratique du Québec, un
fondement aussi des relations qu'on entretient entre nous, notamment en termes
de droits et libertés.
Je m'inquiète, en regardant ce projet de
loi, d'éléments qui sont bien intentionnés, on le sent, on l'entend dans le
débat public, mais qui, rappelons-le, vont s'inscrire dans un texte qui est
censé durer, pas simplement répondre à une conjoncture ponctuelle, mais
vraiment définir un cadre beaucoup plus large, notamment institutionnel, donc
ce dont on aura finalement, là... ce qu'on a... ce qu'on se dotera de
références pour l'ensemble de la vie législative, parlementaire, pour les
institutions qui sont les plus fondamentales à ce qu'on appelle l'État, hein,
dans son ensemble, donc tant le Parlement, que le gouvernement, que l'ensemble
des ministères, des organismes. Tout ça va, en quelque sorte, découler
implicitement et de plus en plus, en fait, explicitement, si la Constitution
est adoptée, d'un texte.
Dans ce projet-là, évidemment, on parle
d'un... d'une hiérarchisation des droits, question de dicter, en <quelque
sorte...
M. Chassin :
...des droits, question de dicter, en >quelque sorte, aux cours de
justice que, lorsqu'il y a tension entre deux droits, bien, peu importent les
circonstances, peu importe le cas individuel qui est contemplé, bien, il faut
absolument qu'un droit l'emporte sur l'autre, et ça, ça, il y a quelque chose
qui, pour moi, devient problématique.
À la limite, je vous dirais que, dans ce
qu'on a discuté largement, dans les derniers mois dans la société civile, par
rapport à l'article 29, c'est ça aussi que je sens, Mme la Présidente, et
j'étais étonné peut-être que peu de gens le relèvent, mais j'aimerais quand
même souligner que, dans l'article 29, il est formulé de façon astucieuse... et
c'est tout à l'honneur et au crédit du ministre de la Justice, mais on parle de
l'État qui protège la liberté des femmes d'avoir recours à une interruption
volontaire de grossesse, n'est-ce pas, et donc on assure, on protège une
possibilité d'avoir recours.
Bien, moi, je me demande si on l'a formulé
en se disant : On le garde, disons, comme une garantie que l'État va
protéger une liberté des femmes, ce qui crée, en quelque sorte, cette liberté
explicitement, alors que recourir à des soins de santé, on en a tous la
liberté. On ne se pose pas tant la question, mais évidemment, en cherchant...
puis, pour moi, c'est ça qui est fondamental, en cherchant à dire : L'État
protège la liberté, on donne un mandat à l'État, d'accord, je comprends, mais
on donne un mandat à l'État de protéger une liberté spécifique. Est-ce qu'il y
a autre chose de plus fondamental que d'engager l'État à défendre les droits et
libertés, et tous les droits, et toutes les libertés, de ses citoyens? En en
nommant une, pourquoi on ne nomme pas toutes les autres?
• (10 h 50) •
Alors, évidemment, il y en a, hein? On
mentionne que l'État protège aussi et assure la souveraineté culturelle du
Québec. Après ça, il y a une question de définition, une question de droits
collectifs, mais, pour moi, il y a une problématique à confier un peu comme un
énoncé de mission pour une entreprise, de dire : Bien, voici ce qu'on veut
réaliser avec l'État. On veut protéger, par exemple, la liberté des femmes
d'avoir recours à une interruption volontaire de grossesse. Bien, à mon avis,
d'avoir des droits cités, spécifiques, d'autres non, de parler de certaines
libertés pour dire que l'État a cette mission de le garantir ou pas, bien, ça
donne cette impression troublante d'une hiérarchie, surtout quand, par
ailleurs, on en parle explicitement dans ce texte, pour en faire une
hiérarchisation plus loin sur le droit de la religion versus le droit à
l'égalité hommes-femmes.
Moi, je sens que c'est une avenue qui est
piégée, et, là-dessus, il me semble que, pour ce principe, il y a vraiment une
problématique qui doit être revue, qui doit être... qui doit être réfléchie à
nouveau, et je l'invite... et j'invite le gouvernement et le ministre à faire
cette réflexion. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup, M. le député. Je cède maintenant la parole
à Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Michelle Setlakwe
Mme Setlakwe : Mme la
Présidente, nous débattons aujourd'hui de l'adoption du principe d'un projet de
loi qui se veut historique, le projet de loi n° 1, Loi constitutionnelle
de 2025 sur le Québec, c'est-à-dire le projet de loi qui propose l'adoption
d'une dconstitution du Québec.
Je veux d'abord dire une chose très
clairement. Réfléchir aux fondements constitutionnels du Québec, c'est un
exercice légitime. C'est même un exercice important. D'ailleurs, l'idée de
doter le Québec d'une constitution n'est pas nouvelle du tout et elle a été
évoquée à plusieurs reprises au sein de notre formation politique depuis les
années 60. Toute société démocratique doit pouvoir réfléchir à ses
institutions, à ses valeurs et à la manière dont elle organise les pouvoirs
publics, mais une constitution, Mme la Présidente, ce n'est pas une loi comme
les <autres...
Mme Setlakwe :
...à
ses valeurs et à la manière dont elle organise ses pouvoirs publics, mais une constitution,
Mme la Présidente, ce n'est pas une loi comme les >autres. Elle est
considérée comme la loi des lois. Ça signifie que toutes les lois québécoises
du passé et du futur doivent être conformes à celle-ci. Une constitution, c'est
un texte fondamental. Elle définit les principes qui structurent notre vie
collective. Elle protège les droits et libertés des citoyens. Et surtout une
constitution doit être le fruit d'un large consensus démocratique et le reflet
d'un consensus social profond. Elle doit également reposer sur une légitimité
démocratique forte qui découle d'un processus ouvert et, bien entendu,
rassembleur.
Dans une grande démocratie comme la nôtre,
on se serait attendu à ce que les démarches constitutionnelles reposent sur un
travail transpartisan, parce qu'une constitution doit dépasser les clivages
politiques du moment. Encore une fois, on ne le dira pas assez souvent, la
Constitution doit rassembler et elle doit être le résultat d'un processus
rigoureux, transparent et inclusif. Or, ce que plusieurs intervenants sont
venus nous dire en commission parlementaire et ce que mes concitoyens m'ont
indiqué aussi, c'est que le projet de loi n° 1 du gouvernement de la CAQ
ne répond aucunement à ces exigences fondamentales.
Pour notre part, nous l'avons dit depuis
le début de ce processus, la légitimité du processus est sérieusement mise en
cause. La démarche a été précipitée, menée sans véritable travail transpartisan
préalable. À nos yeux, le processus est vicié dès le départ puisqu'il ne permet
pas de construire le consensus large et durable qu'exige un texte aussi
fondamental qu'une constitution.
Dans la lettre du 3 mars dernier,
cosignée par notre nouveau chef, et notre collègue de l'Acadie, et porte-parole
de l'opposition officielle en matière de justice, il est mentionné la chose
suivante, et je prends la peine de citer cette lettre du 3 mars
2026 : «Il nous apparaît très clairement, au fil des quelque 200
témoignages et 309 mémoires déposés, qu'il n'existe pas de voie permettant de
réunir les Québécoises et les Québécois autour de ce projet dans sa mouture
actuelle.» Plus loin, on y mentionne : «Il nous apparaît très clairement
que les quelques semaines restantes à la 43e législature ne permettront
pas non plus de résoudre les nombreux obstacles contenus dans le texte
législatif et de soupeser avec sérieux et rigueur les différentes dispositions
inscrites dans le projet de loi.» On ajoute : «Les conditions actuelles ne
sont pas propices à unir les Québécoises et les Québécois autour d'un projet
qui nécessite leur adhésion concrète et profonde.»
Donc, nous avons exprimé clairement notre
position quant au retrait du projet de loi n° 1, Mme la Présidente. Cela
étant dit, puisque le gouvernement va de l'avant, nous avons la responsabilité
aujourd'hui de mettre en lumière ses lacunes, elles sont nombreuses, et les
préoccupations bien réelles qu'il soulève, et, parmi celles-ci, il y a les
préoccupations du milieu universitaire. Mme la Présidente, comme porte-parole
en enseignement supérieur pour l'opposition officielle, je trouve très
important et je souhaite, ce matin, attirer l'attention de cette Chambre sur
ces préoccupations.
Rappelons-nous que nos universités jouent
un rôle fondamental dans la société québécoise. Elles sont des lieux de savoir,
de recherche et, bien entendu, de débat. Elles contribuent à la formation des
générations futures, à l'avancement des connaissances et au dynamisme
intellectuel de notre société. Or, nos établissements universitaires ont
exprimé des préoccupations importantes quant aux effets possibles du projet de
loi n° 1, des effets négatifs et très préoccupants.
Je pense notamment au Bureau de
coopération interuniversitaire, le BCI. Les membres du BCI, c'est-à-dire les
directions des établissements universitaires québécois, ont insisté sur la
nécessité d'inscrire dans la future loi deux principes fondamentaux : la
liberté académique et l'autonomie universitaire. Comme le souligne leur
mémoire, et je cite : «La liberté académique protège le droit des membres
des communautés professorale, enseignante et étudiante à explorer, enseigner et
débattre des idées, même controversées, sans crainte de censure ou de
représailles. L'autonomie universitaire, quant à elle...» Je le rappelle parce
que ça a déjà fait l'objet de nombreux débats et même d'outils législatifs en
cette Chambre. «L'autonomie universitaire — et on l'a enchâssé, le principe,
là — permet aux établissements de définir librement leurs
orientations <stratégiques...
Mme Setlakwe :
...d'outils
législatifs en cette Chambre, l'autonomie universitaire, et on l'a enchâssé, le
principe, là, «permet aux établissements de définir librement leurs
orientations >stratégiques, leurs priorités d'enseignement et de
recherche et leurs politiques internes à l'abri des pressions politiques ou
économiques.»
Rappelons que la mission de nos
universités repose, Mme la Présidente, sur ces deux principes fondamentaux.
Pourtant, ils sont absents du projet de constitution, ce qui a surpris
énormément les directions de nos établissements universitaires. Alors, elles
demandent donc qu'ils soient explicitement reconnus et protégés à un niveau
supralégislatif, c'est-à-dire dans la Constitution. Et ce n'est pas anodin, Mme
la Présidente. Comme le souligne le BCI, cela vise à assurer les conditions
nécessaires au plein exercice de la mission universitaire, avec une portée qui
dépasse largement les murs des campus.
Le mémoire du BCI attire également
l'attention sur certaines dispositions du projet de loi qui pourraient
entraîner des conséquences inquiétantes et concrètes pour les universités. Je
pense notamment à l'article 5, c'est un article qui a fait l'objet de
nombreux débats et qui est très controversé, Mme la Présidente, je ne suis pas
la première à en parler, l'article 5 qui pourrait... qui aurait pour effet
d'empêcher les organismes financés par des fonds publics, dont les universités,
de contester devant les tribunaux la validité constitutionnelle de certaines
lois qui les impactent. En effet, cette disposition viendrait interdire à ces
organismes d'utiliser des fonds publics pour contester une loi que le
gouvernement considère comme protégeant la nation québécoise. Concrètement, Mme
la Présidente, ça signifie qu'une université ne pourrait pas utiliser les ressources
dont elle dispose, y compris les droits de scolarité qu'elle perçoit, pour
contester devant les tribunaux une loi qui affecterait directement sa mission,
son fonctionnement ou son autonomie.
• (11 h 00) •
Or, dans une société démocratique comme la
nôtre, fondée sur l'État de droit, l'accès aux tribunaux, c'est un principe
fondamental. Je trouve excessivement surprenant, et j'entendais mon collègue de
Pontiac le mentionner plus tôt, inquiétant et surprenant que le ministre de la
Justice défende une telle disposition. Le BCI souligne que cette disposition
pourrait limiter la capacité des universités de défendre leur mission et leurs
droits devant les tribunaux, ce qui soulève évidemment des préoccupations
importantes pour le milieu universitaire.
Le mémoire du BCI attire aussi l'attention
sur un autre enjeu important, c'est-à-dire l'impact potentiel de certaines
dispositions du projet de loi sur les ententes conclues entre les universités
québécoises et le gouvernement fédéral. Ces collaborations sont nombreuses et
elles sont essentielles, Mme la Présidente. Elles concernent notamment le
financement de la recherche, la mobilité étudiante et la gestion des
infrastructures. Or, certaines dispositions du projet de loi n° 1,
imposant de nouvelles balises unilatérales, pourraient compliquer ou limiter ces
collaborations, et le BCI souligne que cela pourrait ultimement nuire à
l'attractivité, l'attractivité autant interprovinciale qu'à l'international, et
à la compétitivité des universités québécoises. Vraiment, Mme la Présidente,
c'est la dernière chose dont on a besoin. Si on ajoute à ça toutes les autres
mesures que le gouvernement de la CAQ a mises de l'avant, a imposées et qui
nuit à nos universités, alors il faut prendre tout ça dans son ensemble. Puis,
ce matin, je m'indigne de voir une autre mesure qui vienne mettre à mal notre
précieux réseau, notre précieux écosystème universitaire.
Le réseau de l'Université du Québec a lui
aussi présenté un mémoire dans le cadre des consultations sur le projet de loi n° 1, qui est en complément de celui du BCI. Ce mémoire de
l'UQ rappelle avec force le rôle essentiel des universités dans notre société,
lesquelles comptent parmi les institutions qui assurent la vitalité
démocratique et intellectuelle du Québec. Le mémoire souligne également que les
principes de liberté académique et d'autonomie universitaire pourraient, et je
cite, «bénéficier d'une protection au sommet de la hiérarchie des normes».
Comme le souligne le mémoire, une telle reconnaissance permettrait au Québec de
se positionner parmi les juridictions les plus attachées à l'avancement du
savoir, tout en renforçant son rayonnement international.
Encore une fois, là, je porte la voix des
recteurs, des chefs de la... de toutes les directions des universités qui
parlent d'une seule voix. Depuis des mois, des années, là, que je suis porte-parole
en enseignement supérieur. Je <pense...
>
11 h (version révisée)
<19285
Mme
Setlakwe :
...depuis des mois, des années, là, que je suis porte-parole
en enseignement supérieur, je >pense aux différents projets de loi,
différentes mesures qui ont été mises de l'avant et qui, encore une fois,
viennent nuire à la compétitivité et à l'attractivité de nos universités.
Franchement, Mme la Présidente, là, il faut en prendre soin, puis j'implore le
gouvernement d'y réfléchir sérieusement et d'écouter, j'espère que sa voix
porte, au sein du Conseil des ministres, la voix de la ministre de l'Enseignement
supérieur, il est temps qu'elle soit entendue.
Donc, le mémoire de l'UQ conclut,
justement, de la façon suivante : «Constitutionnaliser la liberté et l'autonomie
universitaires, c'est protéger la possibilité même de penser librement. C'est
garantir que, quels que soient les époques ou les gouvernements, le Québec
demeurera un lieu où la recherche, la discussion et la création peuvent s'exercer
sans crainte ni contrainte.» Dans le contexte géopolitique actuel, où d'autres
juridictions choisissent de couper le financement, de nuire à leurs universités,
encore une fois, je répète, il faut... il faut, nous, aller dans le sens
contraire, et mettre en valeur, et donner tous les outils à la disposition de
nos universités pour qu'ils continuent de nous faire... de nous faire rayonner puis
qu'on puisse continuer d'être attrayants et compétitifs.
Enfin, l'Université Bishop's a apporté un
angle complémentaire à toute cette réflexion, Mme la Présidente. Son mémoire
rappelle, d'abord, qu'une constitution doit être le fruit d'un processus
législatif inclusif et légitime. Et l'université écrit, et je cite : «Une constitution
doit être le fruit d'un processus inclusif reposant sur la participation
substantive de l'ensemble des communautés constituant la nation.» Le mémoire
exprime également des préoccupations concernant l'absence de protection
explicite pour les institutions de la communauté québécoise d'expression
anglaise. Il formule, d'ailleurs, une recommandation claire à cet égard, et je
les cite : «Inclure à la Constitution du Québec des protections pour les
institutions de la communauté québécoise d'expression anglaise.» Enfin, Bishop's
souligne, elle aussi, l'importance de préserver la capacité des universités de
défendre leurs droits devant les tribunaux, et le mémoire rappelle qu'il est
essentiel, et je les cite, «que ces institutions ne soient pas privées de la
capacité de défendre leurs droits par l'entremise du processus judiciaire». On
parle d'accès aux tribunaux, Mme la Présidente. Alors, j'espère que le ministre
de la Justice prend note, là, de toutes ces préoccupations, de toutes ces
interventions.
Il ne faut pas non plus mettre de côté la
position des associations étudiantes. Mme la Présidente, il est également important
de rappeler que les associations étudiantes nationales ont exprimé des
critiques très, très claires à l'égard du projet de loi n° 1.
L'Union étudiante du Québec, qu'on appelle l'UEQ, qui représente plus de 117 000 étudiantes
et étudiants universitaires, rejette fermement le projet de n° 1
dans son ensemble. Dans son mémoire, l'UEQ dénonce notamment l'absence de
consultations élargies de la population québécoise et s'inquiète des
dispositions qui limiteraient la capacité de contester certaines lois devant
les tribunaux. Dans sa conclusion, l'UEQ emploie des termes particulièrement
préoccupants, elle évoque, et je cite, «une tangente autoritaire».
Cela illustre à quel point les inquiétudes
sont sérieuses dans le milieu étudiant, Mme la Présidente, et je ne dramatise
pas, là, ce sont eux qui le disent. S'il y a une chose qu'il faut faire, il me
semble, comme parlementaires, c'est être à l'écoute de notre relève, de notre
jeunesse, de la population étudiante. En tout cas, moi, j'ai lu le mémoire
jusqu'à la fin et j'étais franchement atterrée et très inquiète de voir ce que
la population étudiante pense de la Constitution. J'espère que le ministre de
la Justice et l'ensemble du Conseil des ministres et du gouvernement en prend
bonne note aussi.
Du côté collégial, la Fédération étudiante
collégiale du Québec, la FECQ, met en lumière un déficit de consultations et
plusieurs enjeux de fond. J'ai lu leur mémoire excessivement étoffé. Je pense
qu'eux ne sont pas venus s'exprimer dans les consultations, mais leur mémoire
vaut la peine d'être révisé. Ils mettent de l'avant plusieurs enjeux de fond
par rapport au projet de loi, notamment des imprécisions et des impacts
potentiels sur certains droits, des droits fondamentaux, ce qui soulève des
questions quant à la rigueur du processus. La FECQ, donc, s'oppose aussi au
projet de loi dans son ensemble et elle en demande l'abandon.
Autrement dit, Mme la Présidente, le
gouvernement n'a manifestement pas réussi à rallier la communauté étudiante
autour de son projet de constitution. C'est pourtant ça, le but premier, c'est
de rassembler et c'est de s'assurer que toute la <population québécoise...
Mme Setlakwe : ...c'est
pourtant ça, le but premier, c'est de rassembler et c'est de s'assurer que
toute la >population québécoise, dans toute sa diversité, se reconnaisse
dans la Constitution. Bien, je vous dis que c'est pas mal mal parti, Mme la
Présidente.
Donc, en conclusion, Mme la Présidente,
les consultations ont permis d'entendre plusieurs voix importantes de notre
société, oui, il faut le dire, et plusieurs de ces voix nous ont dit
essentiellement la même chose : Le projet de loi soulève des questions
sérieuses, des questions sur le processus, des questions sur la protection des
droits, des questions sur l'équilibre entre les pouvoirs et des questions sur
les effets possibles pour des institutions fondamentales de notre société,
comme nos universités. Si le Québec souhaite se doter d'une constitution, ça
doit se faire avec rigueur, avec prudence et surtout avec un véritable
consensus démocratique. Cela suppose également une démarche transpartisane
capable de rassembler au-delà des lignes partisanes et qui s'appuie sur un
large consensus d'avis d'experts et sur la contribution de la société civile.
Mme la Présidente, on ne peut pas le
répéter assez souvent, le processus est vicié, le processus est rempli de
lacunes, et je... On implore, encore une fois... Notre nouveau chef l'a fait,
il a cosigné une lettre avec notre porte-parole en justice, le député de
l'Acadie, où il tend la main aux autres partis en disant : Penchons-nous
sur d'autres enjeux. Oui, la Constitution, c'est important, mais là il y a un
sérieux manque de légitimité. Le projet est plus que mal parti, mettons-le de
côté, engageons-nous à revoir tout ça plus tard, quand on aura un mandat clair
de la population. C'est un projet qui est trop important, puis, déjà, il y a
trop de division. On sent que la population n'adhère tout simplement pas.
• (11 h 10) •
Puis on ne peut pas le dire assez souvent
aussi, une constitution, ça ne peut pas être l'oeuvre d'un seul gouvernement.
Elle doit être portée collectivement par l'ensemble de la société, par l'ensemble
de ses représentants. Ça a été dit par plusieurs de mes collègues. Évidemment,
on est limité dans le temps. Donc, il faut qu'on choisisse... on choisisse un
angle, mais l'angle des Premières Nations... Voyons donc, est-ce qu'ils se
sentent... est-ce qu'ils sentent qu'ils ont eu voix au chapitre? Bien,
certainement pas, Mme la Présidente. Ça, en soi, c'est un énorme échec de la
part du gouvernement.
Si je reviens aux universités, bien,
c'est... Pourquoi les préoccupations exprimées par les universités, par les
associations étudiantes puis par tous les autres... plusieurs autres groupes
méritent, donc, d'être prises très au sérieux par le gouvernement? Parce qu'une
constitution qui est digne de ce nom doit rassembler. On ne peut pas le dire
assez souvent. C'est ça, l'objectif premier, c'est de rassembler les
Québécoises et les Québécois, toute la société québécoise, dans toute sa
diversité, nos jeunes, nos aînés, les différentes communautés, les Premières
Nations, la communauté d'expression anglaise. Évidemment, j'en passe. Je ne
peux pas être exhaustive ce matin. Le processus a été précipité. Il faut
absolument qu'il soit abandonné à ce stade-ci. C'est un échec. Ce n'est pas le
gouvernement de la CAQ qui va réussir à mettre de l'avant une constitution rassembleuse.
Mme la Présidente, le ministre aurait pu
entrer dans l'histoire comme le père d'une constitution rassembleuse pour le
Québec, mais il ne réussira pas. Il ne réussira pas ce pari. Il ne rencontrera
pas cet objectif qu'il s'est fixé. Ça me semble très clair. J'aurais pu parler
aussi du droit à l'avortement. Comment expliquer son entêtement? Comment
expliquer que, pendant des semaines, des mois, il n'a pas reculé avant? Bon,
bravo, il a reculé, il a fini par entendre raison, mais comment se fait-il qu'il
ait ouvert la porte et qu'il ait autant inquiété la population au niveau d'un
recul du droit des femmes?
Donc, en refusant de construire le
consensus nécessaire, le ministre risque plutôt de laisser derrière lui une
constitution caquiste, partisane et contestée, et, franchement, Mme la
Présidente, le Québec mérite mieux.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Mme Manon Massé
Mme Massé : Merci, Mme
la Présidente. Je trouvais superimportant de venir intervenir sur le principe
du projet de loi n° 1, la Constitution du ministre, parce que je ne suis
même pas certaine que c'est la Constitution de l'ensemble de la CAQ, mais c'est
définitivement la Constitution du ministre de la Justice, qui a, comme ça, je
ne sais pas, à un moment donné, en fin de mandat, en fin de deuxième mandat, a
décidé que ça <prenait une constitution...
Mme Massé :
...à
un moment donné, en fin de mandat, en fin de deuxième mandat, a décidé que ça >prenait
une constitution. Même si les règles d'or de la démocratie n'étaient pas en
place, ce n'est pas grave, il voulait sa constitution, il l'a déposée. Mais
c'est très, très, très questionnable parce que le peuple québécois, c'est un
peuple fier, parce que le peuple québécois, ça fait longtemps qu'il a hâte
d'avoir sa constitution. Mais une constitution, Mme la Présidente, ce n'est pas
quelque chose qu'on écrit tout seul dans son bureau, ce n'est pas respectueux
de l'ensemble de l'adversité du peuple québécois. Une constitution, elle ne
peut pas répondre à qu'une seule partie de ce qui constitue un peuple, ce n'est
pas possible. C'est sûr qu'on n'a peut-être pas la vision similaire de qui est
le peuple québécois, c'est possible, mais, peu importe, on cohabite ensemble,
on vit, tout le monde, sur ce territoire. Et le ministre de la Justice a
décidé, lui, que la démocratie, c'était ici, dans l'enceinte du parlement du
Québec, que ça se jouait. Bien sûr, on écrit des lois. Il a écrit une loi, une
loi n° 1 sur la Constitution du ministre caquiste en fin de deuxième
mandat. Il a écrit ça, c'est vrai, mais la démocratie, ce n'est pas ça. Heille!
Il faut se le rappeler, il se faut se le rappeler. Et c'est pour ça que nous,
on se dit : Heille! Retirez-nous ça. Ce projet de loi là n° 1,
enlevez ça de là.
On veut faire une... À Québec solidaire,
on est indépendantistes, ça fait que, en matière de constitution, on s'entend,
là, nous, on veut même faire une démarche avec le peuple québécois, dans toute
sa diversité, pour arriver à faire émerger les consensus. Parce que c'est ça
que tu mets dans ta constitution. Cette assemblée constituante, qui est portée
de tout coeur par mon parti depuis sa création, rêve d'une constitution, d'un
pays, mais pas d'une constitution écrite dans un bureau, puis que les dernières
consultations, qui n'étaient pas prévues être grandes de même, bien, finalement,
on a réussi à faire... à mettre un peu d'eau dans le gaz pour faire en sorte
qu'il y ait une consultation large. Bien, cette consultation-là, elle a fait
l'unanimité ou presque, donc je dirais un large consensus sur : ça n'avait
pas de bon sens. Alors, ça n'a pas de bon sens. Il ne nous reste qu'une chose
à faire, c'est de le retirer. Quel temps perdu! On a d'autres choses à faire
ici. Le peuple québécois souffre présentement. Alors, comment ça se fait qu'on
s'occupe de quelque chose sans en porter la démarche profondément démocratique
qu'exige une constitution? Pourquoi on perd notre temps là-dessus?
Bien, moi, j'ai décidé de ne pas le perdre
à matin parce que j'ai décidé de venir m'exprimer là-dessus. Parce que, comme
citoyenne — je ne parle même pas, Mme la Présidente, comme députée — comme
citoyenne, je suis profondément inquiète de ce qui est écrit dans ce projet de
loi là.
Pour moi, il n'est pas réformable, et je
vais vous en énumérer quelques raisons. Il n'est pas réformable, premièrement,
parce que la doctrine de la découverte sur laquelle s'appuient beaucoup trop de
légistes au Québec, au Canada, à travers la planète, qui ferait à croire que,
quand les premiers Européens sont arrivés ici, bien, il n'y avait personne,
hein, on appelle ça la doctrine de la découverte... bien, quand je vois le
projet de loi n° 1, la Constitution du ministre de la Justice, je me
dis : Ah! il s'appuie exactement sur cette doctrine-là, qui a été écrite
au XIIe siècle et dont l'Église catholique elle-même a réfuté qu'elle n'avait
aucun pouvoir. Parce que c'était faux de dire que les gens qui étaient ici
quand on est arrivés, bien, ils ne savaient pas se gouverner, il n'y avait pas
d'État, ils ne savaient... donc, ils n'existaient pas. Ça fait que les <Européens,
on est venu leur dire quoi faire...
Mme Massé :
...que
les >Européens, on est venu leur dire quoi faire. Bien, c'est ça que je
retrouve encore ici, le colonialisme de la bulle papale, de la doctrine de la
découverte, le colonialisme qui a traversé l'ensemble de mise en œuvre des lois
du Québec, du Canada, depuis que le Canada est devenu une confédération, même
avant ça, bien, ça perdure dans le projet de loi du ministre de la Justice,
parce que la Constitution du ministre de la Justice, là, elle fait complètement
fi des gens qui étaient là quand nous, les Européens, on est arrivés, et je
parle, bien sûr, des Premiers Peuples.
Et pourtant ici même, en Chambre, à
l'unanimité, en 2019, le ministre de la Justice était là, il était même leader,
on a adopté une motion, pas consensuelle, unanime, bon, peut-être qu'il n'était
pas d'accord avec ça, mais il ne l'a pas dit, il a voté pour, unanime, pour
reconnaître que les principes de la Déclaration des Nations unies pour les
droits des peuples autochtones, on est d'accord avec ces principes-là. Bon,
alors, comment on peut être d'accord avec les principes?
Par exemple, bien sûr que le... un des
premiers principes qu'il y a dans la déclaration, c'est le droit à
l'autodétermination. C'est un droit qu'a tous les peuples de la terre. Bien,
comment se fait-il que le... Bien, je ne commence même pas... Je n'aurais pas
dû commencer par celui-là. Je fais un «rewind», même si ça ne reculera pas,
mais je le fais. Ce que la déclaration nous dit... Et, je réitère, le même
ministre qui a écrit tout seul dans son bureau la Constitution caquiste du
Québec a voté pour une motion qui dit : Je reconnais les principes qu'il y
a dans la déclaration des Nations unies. Bien, l'article 19 nous dit que
c'est essentiel que, tout ce qui concerne les Premiers Peuples, il y ait un
consentement libre, et éclairé, et préalable, préalable, de relations avec les
Premières Nations pour atterrir ces affaires-là. C'est sûr que, si tu fais une
constitution...
• (11 h 20) •
Puis j'étais là quand l'APNQL est venue en
commission parlementaire. J'ai vu comment le ministre a traité ces hommes de...
parce que c'était pas mal essentiellement juste des hommes, ces hommes de
représentation politique, ces hommes de gouvernement. J'ai vu comment le
ministre n'a, malheureusement, pas su dignement, en notre nom, à nous, les parlementaires
du Québec, accueillir des gens qui représentent des gouvernements de d'autres
peuples qui vivent sur le territoire.
Bien sûr, on cohabite depuis quelques
siècles, mais on cohabite... quand je regarde la Constitution de monsieur... du
ministre des... du ministre de la Justice, on cohabite, mais c'est nous autres,
les Blancs, qui ont raison. Nous autres, les Blancs, on le sait, ce qui est
bon. Nous autres, les Blancs, on vous le dit : Inquiétez-vous pas, les
autochtones, ça ne vous concerne pas, ce projet de Constitution là. J'ai
entendu ça de mes oreilles de la part de la bouche du ministre, alors que...
Quand il affirme clairement la souveraineté du territoire du Québec dans son
projet de loi, il se trouve bien fin, Mme la Présidente, mais il est en train
de brimer les droits primaires, les droits ancestraux des gens...
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : M. le leader adjoint, quel est votre rappel au règlement,
s'il vous plaît?
M. Lévesque (Chapleau) : Oui,
j'en ai laissé passer quelques-unes, mais on prête des intentions ici au
ministre. J'aimerais que la collègue reste prudente dans ses propos. Merci.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Mme la députée, s'il vous plaît, veuillez continuer
avec prudence. Merci.
Mme Massé : Mme la
Présidente, c'est très dur de continuer avec prudence, c'est très dur, parce
que, quand on dit la vérité, là, ça choque. Ça fait qu'il me semble que je n'ai
pas employé de gros mots puis je fais juste dire que la Constitution du Québec
ne peut pas, <absolument pas s'être écrite sans avoir consulté les
gens des premiers peuples...
Mme Massé :
...mots,
je fais juste dire que la Constitution du Québec ne peut pas, >absolument
pas s'être écrite sans avoir consulté les gens des Premiers Peuples. C'est
impossible. Ils étaient là avant nous autres. C'est eux autres qui nous ont
accueillis. Bien, c'est ça qu'il a fait, le ministre. Puis, même quand il les a
accueillis en commission parlementaire, il n'a pas su, en mon nom puis en votre
nom, avoir le sens de la diplomatie pour accueillir des hommes d'État. Il a
quasiment dit au chef de l'APNQL qu'il manquait... qu'il mentait. C'est grave.
C'est comme si je disais à n'importe quel gouverneur qui vient s'asseoir ici,
en haut, dans les estrades : Ah! désolée, vous êtes en train de dire
quelque chose qui n'est pas vrai. C'est dur, ça.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Mme la députée, on ne peut pas faire indirectement ce
qu'on ne peut pas faire directement. Vous prêtez des intentions. Votre choix de
mots n'est pas... les mots ne sont pas vulgaires, les mots ne sont pas durs,
mais le choix des mots pour interpréter quelque chose que vous ne pouvez faire
indirectement... Je vous invite à la prudence, s'il vous plaît.
Mme Massé : J'ai
compris. Vous retournerez écouter la venue de l'APNQL et vous jugerez, à ce
moment-là, seulement si mes mots étaient exagérés. J'ai repris des mots du
ministre. Bien, je vais m'arrêter là parce que je pense que, si je continue
dans ce sens-là, je vais perdre de précieuses secondes pour expliquer au peuple
du Québec que les Premiers Peuples, dans cette Constitution-là, se trouvent à
voir complètement nié leurs droits ancestraux.
Et ça, à mon sens à moi, comme Québécoise,
je trouve ça inacceptable. Ça n'a pas sa place. Ça n'a pas sa place, pourquoi?
Bien, parce qu'une constitution du Québec ne peut pas s'appuyer sur la doctrine
de la découverte. Le pape, il l'a déjà dit, que ce n'était pas vrai. L'ONU a
déjà dit, que ce n'était pas vrai. Le Canada a déjà reconnu que ce n'était pas
vrai. Ça fait qu'on va-tu finir par entendre raison, arrêter d'agir de façon
coloniale envers les Premiers Peuples? Et, s'il y a une réelle volonté
d'inscrire une constitution, bien, on retire ce qui est déjà sur la table,
parce qu'il n'a pas été fait dans un processus respectueux des Premiers Peuples,
on va s'asseoir avec les Premiers Peuples, on discute avec eux autres de
comment ils veulent s'inscrire dans ce processus-là, pas un petit
10 minutes à 42 communautés, là, et on met en marche le peuple du
Québec vers une vision espérée, une vision commune. Dans le projet sur la
Constitution, nos contre-pouvoirs démocratiques sont attaqués de plein fouet.
Écoutez, Mme la Présidente, ce n'est pas pour rien, là, que nos prédécesseurs
avant nous ont mis sur pied unanimement à l'Assemblée nationale la charte des
droits de la personne. Ça a une raison, ce n'est pas pour rien. C'est un
contre-pouvoir. Ce n'est pas pour rien que, oui, l'État finance des
organisations de la société civile. Mais il ne peut pas leur dire : Mais
tu n'as pas le droit de me contester, par exemple. On a déjà vécu ça sous les
libéraux, il y a plusieurs années. Je travaillais à Laval, puis voilà la menace
qu'on nous disait : Bien oui, mais, si tu la veux, ta subvention, il te
reste une chose à faire, ferme ta gueule, puis là tu vas l'avoir, ta
subvention. J'ai vécu ça au début du siècle... bien, du siècle présent, pas de
l'autre avant. On ne veut plus jouer dans ce film-là, surtout si c'était
inscrit dans une loi. Heille! La démocratie, là, puis c'est ça que j'aurais
envie de dire au ministre, la démocratie, ce n'est pas épeurant, ce n'est pas
épeurant, la démocratie. Oui, ça «shake», ce n'est pas tout le monde qui pense
pareil, c'est vrai. Mais ce n'est pas en mettant le poing sur la table puis en
disant : C'est moi qui a raison qu'on agit la démocratie. La démocratie,
c'est la <délibération, la démocratie, c'est le débat, la démocratie,
c'est d'avoir...
Mme Massé :
...démocratie.
La démocratie, c'est la >délibération. La démocratie, c'est le débat. La
démocratie, c'est d'avoir comme leader le sens de vers où va le peuple, où va
la société. Pas où c'est que moi, je veux qu'elle aille, où c'est que ça va.
Puis moi, je ne pense pas que les femmes
qui portent le hidjab trouvent que leur droit, retiré déjà par ce même
gouvernement là, qui se trouverait, bing! par-dessus, en plus, avec une loi
ordinaire, on va se le dire, adoptée à la majorité, c'est vers ça qu'on s'en va,
pour la Constitution du Québec, je ne pense pas que mes soeurs musulmanes
pratiquantes qui portent le hidjab trouvent que ça représente ce qu'elles
souhaitent. Ce qu'elles souhaitent, c'est de pouvoir enseigner. Ce qu'elles
souhaitent, c'est de pouvoir être intégrées à la société québécoise. Pas qu'on
leur dise ou qu'on leur interdise de porter ce qu'elles veulent.
Moi, comme féministe, là, je ne prends pas
ça. Pas le droit d'interdire, pas le droit d'obliger, ça, c'est la base. Bien
non, on n'est pas là. On vient affaiblir le contre-pouvoir de la charte,
notamment, et on vient supposer, parce qu'il y a plus ou moins 80 quelques
députés de l'autre côté, qui ont été élus à 43 %, 44 % de la volonté
populaire, qu'ils pourraient imposer une constitution qui brime des droits des
gens, fondamentalement. Moi, je ne suis pas capable.
• (11 h 30) •
Vous le savez, Mme la Présidente, moi, je
suis une défenseure de droits. C'est ça, moi, qui m'a amenée ici, c'est pour ça
que je suis venue ici, pas pour affaiblir... pas pour affaiblir, au contraire,
pour renforcer la démocratie, pour qu'il y ait du monde différent qui vienne
dans cette enceinte sonner l'alarme à cause de la richesse de l'expérience de
vie qu'ils ont. Je sais que tout le monde, ici, a une expérience de vie, je le
respecte, mais, moi aussi, j'en ai une, expérience de vie. Puis ce n'est pas
grave, je ne dis pas que j'ai raison. Je dis juste que mon apport devrait
constituer, si les gens écoutent, si les gens ouvrent les yeux, si les gens
ouvrent le cœur, contribuer à une... en fait, devrait être une contribution à
l'analyse globale de la situation.
Et, dans le cas de cette constitution-là,
Mme la Présidente, si, par aventure, il advenait que le ministre se dise :
Ce n'est pas grave, même si on a eu 43 % des voix, on a la majorité de
députés, et donc on va faire un bâillon puis on va le faire adopter, ah! là, je
ne sais pas qu'est-ce qui va rugir en moi. Là, c'est... Je ne sais pas
qu'est-ce qui va rugir. Juste y penser, ça me rend profondément mal à l'aise.
Je pense à mes frères et soeurs autochtones qui verraient leurs droits effacés,
même si le ministre a dit qu'il n'y aurait pas d'impact. Je pense à mes soeurs
pratiquantes qui portent l'hidjab, qui ne font pas de prosélytisme, mais qui
sont là par amour des enfants. Je pense... bien, je pense à bien du monde, puis
malheureusement le temps file.
Je pense, Mme la Présidente, que, si la Coalition
avenir Québec pense passer ce projet de loi là sous bâillon, je ne leur
pardonnerai jamais. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Oui, Mme la
députée de Bourassa-Sauvé, la parole est à vous.
Mme Madwa-Nika Cadet
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. À mon tour, Mme la Présidente, de prendre la parole dans le cadre
de l'adoption du principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Mme la Présidente,
je vais employer des mots forts ici, je pense que le projet de loi n° 1 n'est tout simplement pas digne de porter le nom de
Constitution, n'est pas à la hauteur de ce que l'on s'attend, comme Québécois,
comme citoyens, d'une loi des lois.
D'abord, Mme la Présidente, donc, vous
dire qu'au Parti libéral du Québec, pour nous, donc, nous sommes en faveur du
principe d'une <constitution du Québec...
>
11 h 30 (version révisée)
<19261
Mme Cadet :
...Québec, bien, pour nous, donc, nous sommes en faveur du principe d'une >constitution
du Québec. Parfois, on nous... on peut entendre, dans l'espace public, le fait
de nous prêter, donc, certaines intentions, donc, quant à notre position sur le
fait, donc, d'établir, donc, un socle constitutionnel, donc, qui prendrait la
forme d'un cadre juridique, donc, comme le fait, donc, une constitution, mais
je tiens à le réitérer, Mme la Présidente, qu'au cours de notre existence,
donc, comme parti dans le Québec moderne, chaque génération de libéraux a
toujours cru et a toujours défendu ardemment le fait de présenter un projet de
constitution du Québec.
C'était déjà le cas, donc, dans les années 60,
avec le rapport Gérin-Lajoie en 1967, donc, qui présentait... qui était d'abord
précurseur, hein, de cette position de mettre de l'avant un projet de
constitution du Québec. Nous étions d'abord, donc, le premier parti à le faire.
Une génération plus tard, le regretté Benoît Pelletier, donc, le proposait, donc,
le proposait ardemment et le mettait de l'avant dans le cadre de son rapport de
2001.
La Commission-Jeunesse de notre parti
politique l'a également défendu en 2017. Je me souviens avoir regardé... je n'étais
pas encore élue, mais avoir regardé, donc, des débats en Chambre, alors que
le... dans ce qu'on appelle communément une motion du mercredi, donc, les élus
de la précédente législature, de la 42e, étaient dans cette enceinte, en fait au
salon bleu, à défendre, donc, un projet et notre vision d'une constitution du
Québec.
Moi-même, Mme la Présidente, donc, ayant
été sur le... étant... ayant coprésidé, donc, le comité de relance de notre
parti politique, nous avons sillonné le Québec, j'ai entendu des gens partout à
travers la province nous dire à quel point, donc, c'était un projet qui leur
tenait à coeur. Nous l'avons défendu, nous l'avons indiqué dans notre rapport,
et il s'agit d'une position officielle et renouvelée des instances du Parti
libéral du Québec.
Donc, vous... je vous nomme ce processus, Mme
la Présidente, pour bien mettre la table, pour vous indiquer à quel point nous
croyons, donc, en un document fondamental, qui était ce que... quelles sont les
assises du modèle québécois et qui protège notre nation. Sur le plan
constitutionnel, on le sait, que le cadre fédératif canadien le permet. La
Colombie-Britannique est elle-même dotée d'une constitution, comme province.
Donc, c'est un projet auquel nous croyons, c'est un projet que nous avons
défendu sur plus de 50 ans, maintenant. Et c'est donc vous dire à quel
point, donc, nous prenons, donc, au sérieux ce qui devrait se retrouver dans un
projet de constitution, mais également comment un tel projet devrait être
adopté.
C'est donc dans cet esprit, Mme la
Présidente, que... à quel point, pour nous, nous sommes... nous avons été
offusqués du processus ayant mené au dépôt du projet de loi n° 1
par le ministre de la Justice. Je pense que je n'ai pas été la première à
prendre la parole ici puis à vous illustrer à quel point, donc, ce processus-ci
vicie complètement le projet, donc, qui est présenté.
En fait, on a l'impression que le ministre
de la Justice est complètement passé à côté d'une belle occasion de devenir le
père, donc, d'un projet fondamental qui pourrait rallier l'ensemble des
Québécois. Mais, en présentant le projet, donc, comme il l'a fait, en demandant...
en mettant de l'avant, donc, un rapport qu'il avait commandé, qui, lui-même...
donc, le rapport Pelchat... non, Rousseau-Proulx, qui, lui-même, indiquait
comme recommandation de consulter l'ensemble des Québécois, de consulter l'ensemble
des parties prenantes, d'y aller avec un processus qui soit transpartisan...
C'est d'ailleurs ce que nous, nous
proposions, nous-mêmes, donc, dans notre propre projet constitutionnel. Un
document comme celui-ci, Mme la Présidente, est si fondamental qu'on ne peut
pas tout simplement le déposer dans cette enceinte et se dire : Bien,
voilà, donc, on y va, donc, de consultations particulières, comme s'il s'agissait,
donc, de n'importe quel autre projet de loi. Il faut rallier l'ensemble de la
société autour de ce processus-ci, et plusieurs l'ont nommé lors des
consultations, parce que, bon, après avoir protesté vigoureusement à reculons,
le ministre de la Justice, donc, s'est résigné, donc, à tenir, finalement,
donc, des consultations élargies après que tout le monde lui ait dit que ça n'avait
absolument pas de bon sens.
Donc, c'était donc, donc, le... on avait
donc le pire du pire des scénarios, Mme la Présidente. Donc, il a fait, donc, un
certain progrès, certes, mais tout le monde est venu nous dire, quand même... ou
bien des parties prenantes sont venues nous dire, quand même, dans le cadre de
ces consultations générales, que le... bien, en fait, tout ça aurait dû être
fait en amont. On a vu, donc, les représentants <des Premières
Nations...
Mme Cadet : ...de ces
consultations générales que le... en fait, tout ça aurait dû être fait en
amont. On a vu, donc, les représentants >des Premières Nations qui sont
venus dire : Bien, voyons donc! Donc, on nous parle d'une relation...
d'une relation nation à nation, mais le gouvernement, dans le cadre du dépôt de
sa Constitution, n'a même pas daigné venir nous consulter, venir s'assurer que
nous étions partie prenante, main dans la main, dans le dépôt de ce projet de
loi. Plusieurs des groupes, je l'ai mentionné, sont venus le préciser dans leur
présentation en consultations générales.
Les autres groupes qui n'ont pas été
entendus l'ont aussi précisé, donc, dans leur mémoire. Je vous cite, à titre de
porte-parole en matière de travail... le mémoire de la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec nous dit qu'il s'agit d'un processus
qui fait fi de la démocratie et qui divise. La CSQ nous dit — c'est
fort : «Nous sommes d'avis que le projet de loi n° 1, sur le plan
tant du processus que de son contenu — et j'y viendrai — n'est
pas à la hauteur pour constituer la loi suprême du Québec. Il s'agit d'un
processus qui manque de légitimité démocratique.» Donc, je vous les cite
encore : «Le projet est réduit au cheminement d'une loi régulière,
élaborée par quelques individus derrière des portes closes et présentée à moins
d'un an de l'élection générale. Il nous apparaît qu'un tel processus porte
atteinte à la légitimité même du projet. Ça risque d'entraîner des
répercussions importantes sur son appropriation future par la population et les
différents groupes de la société.»
• (11 h 40) •
Donc, vous comprenez, Mme la Présidente,
qu'ici le ministre, essentiellement, fait l'unanimité contre lui sur la façon
dont ce projet de loi là a été déposé. Vous vous souviendrez, même, le jour
même du dépôt, c'était assez exceptionnel de voir, lorsque la présidente
demandait, donc, si l'Assemblée accepte de se saisir de ce projet de loi, que
l'ensemble des partis politiques représentés, donc, en cette Chambre se sont
levés en disant : Bien non, Mme la Présidente, nous n'acceptons pas de
nous saisir de ce projet de loi, ce n'est pas comme ça que ça devrait se
produire lorsqu'on parle de la loi des lois.
Et, si c'était la seule problématique, Mme
la Présidente, je ne dis pas qu'on aurait pu passer outre, parce que c'est
absolument fondamental... Je vous ai cité quelques groupes, et puis on pourrait
certainement, donc, reprendre les propos de plusieurs autres acteurs de la
société civile, qui, d'ailleurs, donc, ce matin même, donc... qui étaient là et
nous... ils s'élevaient pour demander le retrait du projet de loi, comme,
d'ailleurs, donc, le Parti libéral du Québec, avec, à sa tête, Charles
Milliard, donc, l'a fait aussi, donc, la semaine dernière, en nous
disant : Non, non, non, donc, ce processus ne fonctionne pas, repartons à
zéro. Mais, si ça, c'était le seul problème, Mme la Présidente, bien, au moins,
on pourrait se dire : OK, bien, dans... ce qui se retrouve dans ce projet
de loi ci, bien, peut-être qu'on a quelque chose qui fait consensus, peut-être
qu'on a, au sein, donc, du projet de loi n° 1, donc, un contenu qui fait
l'unanimité, qui est en mesure de rallier les Québécois et de constituer une
loi des lois, mais malheureusement, Mme la Présidente, ce n'est pas le cas.
Malheureusement, nous avons été, au Parti
libéral du Québec, excessivement préoccupés par plusieurs aspects de ce projet
de loi, et particulièrement je vais vous nommer, donc, le... les dispositions
qui empêchent des parties prenantes, donc, qui, donc, reçoivent... qui se...
des biens, des fonds publics, qui se financent, donc, à travers des fonds
publics et qui ne pourraient pas contester le caractère opérant ou la
constitutionnalité d'une loi... bien, essentiellement, donc, d'une loi, donc,
qui a été décidée par le ministre de la Justice, hein? Et, Mme la Présidente,
pour un Québec qui s'est construit sur l'État de droit, pour un Québec qui a
adopté, il y a 50 ans... L'année dernière, donc, l'ensemble des partis
politiques étaient à l'agora de l'Assemblée nationale pour souligner le
50e anniversaire de notre charte québécoise des droits et libertés, qui a
été adoptée à l'unanimité, en passant. Bien, vous comprendrez qu'ici,
d'affaiblir les contre-pouvoirs, c'est excessivement sérieux. Quand le Barreau du
Québec se lève, comme protecteur des justiciables et protecteur de l'État de
droit, qu'il nous dit : On a ici, donc, une disposition qui vient
littéralement bafouer, donc, la capacité de plusieurs... bien, en fait, des
justiciables, donc, qu'il s'agisse de personnes physiques <ou de
personnes morales...
Mme Cadet :
...de plusieurs... bien, en fait, des justiciables. Donc, qu'il s'agisse de
personnes physiques >ou de personnes morales, de pouvoir contester le
caractère opérant la constitutionnalité d'une loi dans une démocratie qui
repose sur la séparation des pouvoirs et l'État de droit, c'est un recul. C'est
tout simplement un recul, Mme la Présidente.
Quand on a... Puis il y a le principe,
puis ensuite il y a l'aspect un peu cynique de la chose, Mme la Présidente,
parce que, dans tout ça, si on avait l'impression que c'était tout simplement,
donc, une disposition théorique, on pourrait poursuivre tout simplement, donc,
dans ce débat-ci puis se dire : Bien, attention, attention aux dérapages
potentiels. Mais ici, considérant le fait qu'on a des commissions scolaires — je
suis porte-parole en matière d'éducation, donc je le porte — qu'on a
des organisations syndicales — comme porte-parole de travail, je le
nomme aussi — qu'on a donc différentes instances de la société civile
qui ont contesté la constitutionnalité, donc, de certaines lois qui ont été
adoptées par ce gouvernement-ci dans le cadre de cette législature ou de la
législature précédente, puis que le gouvernement, il s'est dit : Moi, ça
me titille, moi, je n'aime pas ça qu'on vienne contester ce que nous, nous
avons mis en place — sous bâillon, en passant — bien, il y
a quelque chose de profondément cynique, Mme la Présidente, pour les citoyens
qui nous regardent, qui regardent le socle de la démocratie québécoise puis qui
se disent : Les parlementaires sont-tu vraiment... les parlementaires qui
nous représentent à l'Assemblée nationale sont-tu vraiment en train de nous
dire que, bien, s'ils ne sont tout simplement, donc, pas d'accord avec le...
notre désaccord, s'ils se disent qu'ils ne sont pas capables, donc, de tolérer
le fait que des personnes physiques ou morales, que des représentants de la
société civile québécoise, bien, puissent souligner le fait que, bien, pour
nous, ici, ça, ça ne respecte pas notre propre charte... on ne parlera pas de
la Charte canadienne ici, mais même notre propre charte québécoise des droits
et libertés, bien, que, là, paf! bien, on peut tout simplement leur dire :
Vous savez quoi, vous, vous ne pouvez pas le contester, c'est une dérive, c'est
une dérive autoritaire, Mme la Présidente. Je ne vais même pas, ici, au
conditionnel, c'est factuel.
C'est dans ce cadre-là, Mme la Présidente,
que plusieurs organisations de la société civile, au-delà du processus, se
lèvent et viennent nous dire : Bien, voyons donc! Ce document-là ne peut
pas constituer une loi des lois. On est où? On est au Québec, Mme la
Présidente. On est dans un État... nous vivons dans un État progressiste. Nous
vivons dans un État qui est considéré comme un modèle par plusieurs. Nous ne
pouvons pas nous permettre, après 50 ans, 60 ans de progrès, de tout
simplement reculer sur les fondements mêmes de l'État de droit. Ça, certainement,
ça me dépasse, ici.
Mais, Mme la Présidente, vous vous
imaginez, j'ai nommé, donc, les cas qui se sont produits au cours des dernières
années, mais imaginez le Directeur général des élections, le DGE, qui ne
pourrait pas contester, donc, le caractère opérant d'une loi si on décide, par
exemple, donc, de lui accorder un tel statut. On dit : Non, non, le
Directeur général des élections ou la commission des droits de la personne et
de la jeunesse — et ça, ça peut très bien arriver dans le cadre de
son mandat, Mme la Présidente — non, non, vous ne pouvez pas
contester la constitutionnalité d'une loi. Je ne pense pas que ça, c'est le
Québec dans lequel la grande majorité des Québécois souhaitent vivre, Mme la
Présidente. Et je ne pense pas, encore une fois, à travers le processus qui a
mené, donc, à la présentation du projet de loi n° 1, que le ministre de la
Justice, à quelques mois des élections, dispose de la légitimité pour nous
présenter un projet comme celui-ci, avec des dispositions qui dérangent et qui
ne sont tout simplement pas à la hauteur du modèle québécois.
Autre aspect dont on aurait pu se passer,
Mme la Présidente, évidemment, donc, on se souviendra, donc, de tout le tollé
qu'a suscité l'inclusion, dans la première mouture du projet de loi n° 1,
de dispositions visant à — je mets des guillemets — protéger — fermeture
des guillemets — le droit à l'avortement. Bien, d'une part, Mme la
Présidente, on le sait, là, au Québec, donc, si on veut vraiment protéger le
droit à l'avortement, bien, il faut protéger l'accès. Le véritable défi, il est
là. Tout le monde nous l'a dit, ça, c'est factuel. Mais ce qui m'a dépassée
dans ce débat-là... Évidemment, le ministre nous a dit : Regardez, moi,
j'ai écouté, j'ai reculé <là-dessus, finalement...
Mme Cadet : ...le
ministre nous dire : Regardez, moi, j'ai écouté, j'ai reculé >là-dessus,
finalement. C'est que non seulement, donc, on a pris... on a passé énormément
de temps, donc, sur ce débat-ci, donc, nous empêchant, donc, de poursuivre et
d'y aller, donc, dans un autre débat de fond, bien, en plus de ça, Mme la
Présidente, c'est qu'on a déjà joué dans ce film-là dans le cadre de cette
législature-ci, pas il y a huit ans, pas il y a 20 ans, ça fait à peine
deux ans. L'ex-ministre de la Condition féminine avait, du bout des lèvres,
annoncé cette... présenté cette volonté-là, donc, de légiférer, de dire :
Ah! voilà, donc, au Québec, on aura une loi pour protéger le droit à
l'avortement. Et je me souviens, en fait, on était tous — et lui — ici,
Mme la Présidente, encore une fois, c'était dans la 43e législature, tous
les groupes féministes se sont levés et ont dit : Écoutez, c'est une très
mauvaise idée. Ces groupes ont présenté un argumentaire solide et étayé pendant
plusieurs semaines, ayant mené l'ex-ministre de la Condition féminine à reculer
sur cette volonté et à admettre qu'il s'agissait d'une erreur, à admettre
qu'elle avait erré dans sa proposition, qui, à sa face même, avait peut-être
l'être... avait peut-être l'air d'être intéressante... On se dit : Bien,
nous, chez nous, là, le libre choix, bien, c'est absolument important, c'est
absolument essentiel, c'est une valeur cardinale que l'on partage tous, ici, mais,
quand les principaux experts... quand il y a unanimité, pas juste consensus,
mais unanimité dans l'espace public, puis qu'on nous dit : Non, non, non,
ne faites pas ça parce qu'il y a des risques, encore une fois, de dérive, il y
a des risques que certains groupes tentent de contester ce type de disposition,
c'est pour ça qu'on ne le veut pas dans un projet de loi, c'est pour ça qu'on
ne le veut pas, que ce soit encadré sur le plan législatif, bien, à ce
moment-ci, bien, je pense qu'il faut les écouter.
D'ailleurs, c'est ce qui est arrivé dans
le cadre du débat entourant ces dispositions présentées au sein du projet de
loi n° 1. Il y a au moins un groupe antichoix qui
s'est dit : Non, non, non, nous, on attend juste ça, on attend juste ça,
que le ministre de la Justice, donc, adopte son projet de loi pour qu'on puisse
challenger, qu'on puisse contester ce type de disposition. Imaginez donc le
risque qu'a posé le ministre de la Justice tout simplement, donc, en mettant de
l'avant un débat qui avait été réglé, Mme la Présidente. On ne parle pas d'un
débat théorique, c'est un débat qu'on avait fait, puis il l'aurait mis sur la
table et... Malheureusement, je suis obligée de prêter des intentions au
ministre, qui avait... qui semblait nous dire : Bien, regardez, donc, moi,
je vais avoir l'air, donc, de quelqu'un qui sait écouter, donc, en reculant là-dessus,
alors que tout le monde, donc, au Québec qui suivait, donc, ce débat, donc, sur
le droit à l'avortement, donc, avait suivi ces développements puis a été
profondément déçu de la démarche employée par le ministre de la Justice.
Il ne reste déjà pas beaucoup de temps,
Mme la Présidente, mais je vais terminer, donc, sur un aspect, donc, qui... du
projet de loi n° 1, donc, qui
est important pour nous, au Parti libéral du Québec, mais c'est tout ce qui
concerne la banalisation, donc, de la clause dérogatoire, je vous le nomme. On
n'est pas, donc, les seuls, donc, à se questionner sur le... sur cet aspect-là
de la Constitution, du projet de constitution. On nous dit : Bien, la
Constitution est là pour affaiblir les droits et libertés. Je vous cite
d'autres grands titres, parce qu'il reste si peu de temps : «Une absence
de formule d'amendement et un pouvoir exécutif qui est trop dominant», on
a «une constitution qui est là pour étouffer la dissidence». Bien, dans
tout ça, Mme la Présidente, bon, là, je n'aurai manifestement pas eu le temps
de m'étayer sur ce sujet-là, mais, lorsque l'on banalise le fait, donc, non
seulement, donc, de permettre, donc, la dissidence, bien, on heurte l'ensemble
des Québécois, Mme la Présidente. Merci.
• (11 h 50) •
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je cède maintenant la parole à Mme la
députée de Verdun.
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga Mendez : Merci,
Mme la Présidente. À mon tour de me prononcer sur le principe de ce pseudo-projet
de loi, ladite Constitution qui nous est présentée par la CAQ. Puis aujourd'hui
mon exposé... puis la raison pour laquelle j'ai le goût qu'on amène cette
vision environnementale, une vision environnementale de qu'est-ce que ça veut
dire, inscrire une constitution avec des protections, pas seulement du territoire,
mais protections <des droits humains...
Mme Zaga Mendez :
...
protections pas seulement du territoire, mais protections >des droits
humains par... en lien avec l'environnement. L'environnement, c'est une des
raisons pour laquelle, même si j'ai... Moi, j'ai porté le dossier pendant des
années et je porte, en ce moment, le dossier des ressources naturelles, puis
c'est une des raisons pour laquelle je me suis lancée en politique, et
plusieurs personnes de ma génération croient encore que ça doit être le moteur
de notre implication et notre travail ici, à l'Assemblée nationale, vu les
différentes crises qu'on traverse.
Alors, lorsque nous parlons d'une
constitution, l'objectif derrière ça, c'est les fondations de notre société,
c'est parler des fondations de notre société. Une constitution, c'est ce qui
définit les valeurs fondamentales que nous allons choisir ensemble de protéger
ou pas, ce qui fixe les principes qui guident l'action de l'État aujourd'hui,
mais aussi l'action de l'État pour les générations futures et les générations
qui viendront après nous.
En ce moment, parler des générations
futures, c'est parler de l'impact de la crise climatique, c'est l'impact de la
perte de la biodiversité, parce que c'est ça qu'on vit en ce moment, un monde
marqué par la crise, marqué par la crise climatique, par la perte accélérée de
biodiversité, par les impacts croissants de la dégradation environnementale sur
la santé humaine. Et, pour nous, il est évident qu'une constitution moderne,
une constitution québécoise aussi, parce que c'est très profond dans nos
valeurs québécoises, la protection du territoire et la protection de
l'environnement, bien, cette constitution doit protéger le droit de vivre dans
un environnement sain. Et pourtant ce n'est pas ça du tout qui est proposé dans
le projet de loi n° 1.
À Québec solidaire, on s'oppose, bien sûr,
à cette constitution caquiste non seulement parce qu'elle n'a fait l'objet
d'aucune consultation populaire, aucune consultation digne de ce nom qui
mobilise les gens au Québec autour d'un projet fondateur, mais aussi parce
qu'elle compte des reculs, pour nous, inquiétants pour les droits fondamentaux
et notamment en matière d'environnement. Parce que, lorsqu'on lit attentivement
le texte, on constate une omission frappante, c'est qu'il ne reconnaît pas
clairement les droits, pour les Québécoises et les Québécois, de vivre dans un
environnement sain et respectueux de toute notre biodiversité. Donc,
l'environnement demeure et continue à être un angle mort de la constitution
caquiste qui nous est présentée.
Vous savez, le Québec possède déjà un
acquis fondamental en matière de protection de l'environnement,
l'article 46.1 de la charte québécoise des droits et libertés, notre
charte, qui est une charte extrêmement moderne et puis une charte pour laquelle
on doit être fiers parce qu'on a été des précurseurs. Dans cette charte,
l'article 46.1 nous dit que la personne reconnaît... pardon, cet article
reconnaît explicitement que toute personne a le droit de vivre dans un
environnement sain et respectueux de la biodiversité. Cet article est
important, il établit un principe clair, c'est-à-dire la protection de
l'environnement est une question de droits humains. On ne protège pas seulement
l'environnement de façon isolée, on ne conserve pas la biodiversité seulement
pour qu'elle existe, c'est parce qu'elle a une importance pour nous, pour notre
droit à un environnement sain, à l'air qui n'est pas pollué, à l'eau qui n'est
pas polluée, à vivre dans un environnement qui nous permet de nous épanouir.
Mais, lorsqu'on regarde la Constitution proposée par le gouvernement, cet
article n'y apparaît pas, ce principe n'est pas dans le projet de loi.
Plus encore, l'ensemble des articles,
lorsqu'on regarde en détail les articles 39 et suivants de la charte, qui
reconnaît aussi des droits économiques et sociaux existentiels... essentiels,
pardon, pour la dignité humaine, tous ces principes-là ont été écartés du texte
constitutionnel. Ce choix, pour nous, n'est pas neutre, il est lourd de sens,
surtout à la lumière des crises climatiques qu'on traverse, dans un contexte où
les scientifiques sont unanimes à dire que les changements climatiques et la
destruction de la biodiversité constituent des menaces graves, très graves pour
l'avenir de l'humanité. Ne pas constitutionnaliser le droit à un environnement
sain est une décision, pour nous, profondément préoccupante. Cela signifie que
le gouvernement choisit de ne pas faire de la protection de l'environnement un
principe constitutionnel fondamental. Et à la lumière des crises qu'on
traverse, pour nous, c'est un manque, manque grave, un angle mort de cette constitution,
qui, encore une fois, n'a pas été sujette de consultation populaire comme on
aurait dû le faire pour avoir un texte aussi fondateur.
J'ai le goût de vous parler de la
protection de l'eau, qui est un peu illusoire dans tout le texte. Je sais
que...
Il me reste combien de temps, en ce
moment, Mme la Présidente? Je pense que je vais devoir revenir... Je vais
devoir revenir, c'est bien ça? Alors, je vais continuer mon plaidoyer plus tard
pour parler de la question de l'eau dans la Constitution.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Parfait, Mme la députée.
Compte tenu de l'heure et afin de
permettre la tenue <des affaires...
Mme Zaga Mendez :
...tard pour parler la question de l'eau dans la Constitution.
La Vice-Présidente (Mme
D'Amours) : Parfait, Mme la députée.
Compte tenu de l'heure et afin de
permettre la tenue >des affaires courantes cet après-midi, le présent
débat est ajourné, et les travaux sont suspendus jusqu'à 13 h 40.
Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 11 h 59)
13 h 38 (version non révisée)
(Reprise à 13 h 41)
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Bon mardi, vous pouvez vous asseoir. Alors, nous allons débuter nos travaux
avec la déclaration de députés. Et je cède immédiatement la parole à Mme la
députée de la Laviolette—Saint-Maurice.
Mme Tardif : Le Club
motoneige La Tuque a été fondée en 1969. 535 kilomètres de sentiers
répartis en 10 pistes entretenues par des bénévoles. Ce sont sept super
bénévoles qui font tout, l'administration, l'achat d'équipements, même la
construction d'un garage et le surfaçage des pistes. Ils travaillent de 10 à 12 heures
par jour les jours d'hiver et même quelques semaines avant et après la saison
pour tout préparer. Le surfaçage est fait trois jours par semaine. Chaque
conducteur reste environ 10 heures par jour dans sa machine à entretenir
minutieusement les pistes.
Je rends hommage à ces personnes qui ont
fait des milliers d'heures de bénévolat, depuis des décennies, pour permettre à
des milliers de motoneigistes de s'amuser et de circuler sur les sentiers en
toute sécurité, plus particulièrement à Claude Gagnon, président depuis 2016, à
Réjean Paré, vice-président depuis 2015 et à Réjean Frappier, administrateur
depuis 2016. Messieurs, merci.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Je vous remercie, Mme la députée. Nous allons maintenant poursuivre avec M. le
député de Jacques-Cartier.
M. Kelley
: Mme la
Présidente, mes chers collègues, joyeuse Saint-Patrick! Aujourd'hui, on fête,
oui, Saint-Patrick partout au Québec, et c'est pas mal facile, Mme la
Présidente, de le faire. Oui, grâce à différentes pubs... pubs, mais aussi
grâce à des différents groupes communautaires. Il y a des défilés, des parades
partout sur le week-end, à Rawdon, à Québec, quand même, à Hudson, aussi à
Montréal, il y a plein de différentes festivités où toutes les familles du Québec
peuvent participer et fêter la fête irlandaise ici, au Québec.
We always like to think
of the Irish for a little bit of beer and a little bit of whiskey, but the
Irish are lots more than just that. There is a longue list of great writers and
artists that we can be very proud of. On peut juste quand même penser à M.
Nelligan, qui était un grand poète qui a eu des racines irlandaises. The Irish have contributed to Québec Society, Canadian Society and
we can be proud of our legacy. So, again, joyeuse Saint-Patrick, happy
Saint-Patrick…
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Maintenant, je cède la parole à M. le député de Joliette.
M. St-Louis : Merci, Mme la
Présidente. Je souhaite aujourd'hui rendre hommage à un véritable joyau
lanaudois, à une institution culturelle...
13 h 43 (version non révisée)
M. St-Louis : ...au
rayonnement régional et provincial, et j'ai nommé le Centre culturel Desjardins
de Joliette. C'est en février dernier, Mme la Présidente, lors du gala des prix
Rideau 2026, que le centre culturel s'est vu décerner le prix Responsabilité
sociale et environnementale. Cette reconnaissance découle directement d'une
initiative des plus inspirante nommée l'Art de donner. Le centre culturel offre
donc la gratuité pour certains spectacles, soutenant ainsi les artistes de la
diversité et accueillant du même coup des publics plus marginalisés, tout ça en
amorçant une véritable transition écoresponsable.
Comme l'ont souligné les membres de l'équipe
du centre culturel, les arts vivants ne sont pas seulement un divertissement, ils
sont un moteur de solidarité, un espace d'ouverture et un formidable vecteur d'espoir
pour toute notre collectivité. Bravo à toute l'équipe. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, Mme
la Présidente. Comme vous le voyez, je suis prête pour la... 14e édition
de la Cabane Panache, le plus grand rassemblement de bois et d'érable en ville
qui se déploie chaque année sur la rue Wellington, au cœur de Verdun. La Cabane
Panache est devenue bien plus qu'un festival, c'est une tradition emblématique.
Notre artère commerciale se transforme en une véritable cabane à sucre urbaine
où la musique québécoise résonne et où toute la communauté, peu importe nos
origines, on se rassemble pour célébrer le temps des sucres. C'est l'occasion
de saluer les talents culinaires, le travail de tous nos restaurateurs, les
savoir-faire de nos artisans. Ça me rend très, très fière. Parce qu'au-delà de
la fête, cet événement rappelle que Verdun est un quartier vivant et très, très
attaché à sa culture.
Je veux souligner le travail
extraordinaire de notre société de développement commercial, la SDC de la Promenade
Wellington, tous les bénévoles, tous les commerçants qui vont rendre ce succès
possible année après année. Alors... alors, bonne cabane Panache à toute notre
communauté.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la députée. Alors, sans plus tarder, j'essaie de parler à M. le
député de Johnson.
M. Lamontagne : Merci, Mme la
Présidente. C'est avec reconnaissance que je souligne aujourd'hui l'engagement
indéfectible de l'organisme La Rose des Vents, qui, depuis plus de 45 ans,
oeuvre auprès des femmes et des enfants victimes de violence conjugale. Aux
femmes qui franchissent ses portes, l'organisme offre un espace sécuritaire, un
accompagnement humain et un temps d'arrêt nécessaire pour se reconstruire. Par
la compétence et la sensibilité de son équipe, La Rose des Vents permet aux
femmes et à leurs enfants de reprendre pouvoir sur leur vie et d'entrevoir un
avenir plus serein. Je salue le dévouement des intervenantes et des bénévoles,
ainsi que le courage et la résilience des femmes et des enfants qui séjournent
à La Rose des Vents. Présente dans nos écoles secondaires et engagée dans de
nombreux partenariats communautaires à Drummondville, la ressource agit aussi
en prévention et en sensibilisation, contribuant ainsi à briser le silence et à
faire évoluer les mentalités face à la violence conjugale.
À l'image de son nom, La Rose des Vents
demeure un repère, une direction et un espoir pour celles qui cherchent à se
relever. Bravo et merci, Mme la Présidente. Les codirectrices de l'organisme,
Édith Doucet et Stéphanie Gauthier sont avec nous aujourd'hui.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, M. le député. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Mme la
Présidente, j'ai le plaisir de souligner aujourd'hui le 10e anniversaire
de l'Union étudiante du Québec. Depuis sa création en 2016, l'UEQ s'est donné
pour mission de défendre les droits et les intérêts de la population étudiante.
Aujourd'hui composée d'une quinzaine d'associations étudiantes, universitaires
et représentant plus de 117 000 membres, l'UEQ œuvre ainsi à l'amélioration
concrète des conditions aux études, en s'adaptant aux enjeux et aux réalités
propres des étudiantes et étudiants. Elle s'impose comme un acteur clé du mouvement
étudiant québécois qui contribue aux débats sociaux.
Dans le cadre de mes fonctions de
porte-parole en enseignement supérieur, j'ai pu constater la rigueur, le
sérieux et la qualité de leur travail. Je tiens d'ailleurs à saluer Flora et
Sabrina, toutes deux présentes aujourd'hui dans les tribunes. Bravo pour votre
travail. Joyeux 10e anniversaire et longue vie à l'UEQ. Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la députée. Maintenant, je cède la parole à M. le député de
Portneuf.
M. Caron : Mme la Présidente,
j'aimerais vous parler d'une initiative particulièrement judicieuse du Service...
des loisirs, pardon, de la ville de Saint-Basile dans Portneuf. Il s'agit des
ateliers Mini-Chefs qui sont organisés chaque semaine afin d'initier à la
cuisine les élèves de la quatrième à la sixième année du primaire. Pour ces
jeunes, c'est un moment précieux de partage et d'apprentissage. En effet, ils
découvrent de nouveaux aliments et préparent eux-mêmes des plats qu'ils
rapportent fièrement dans leur famille, donnant ainsi l'envie à leur entourage
de cuisiner différemment, de cuisiner...
13 h 48 (version non révisée)
M. Caron : ...de cuisiner
sainement. C'est une expérience hautement enrichissante qui va suivre ces
jeunes toute la vie, notamment lorsqu'ils devront quitter le nid familial.
Je remercie sincèrement Hélène Mc Hugh,
Virginie L'Espérance ainsi que l'étudiante en cuisine professionnelle, Kate
Lavoie, pour l'animation de ces ateliers. Merci pour cette recette gagnante. Et
bravo à tous nos jeunes chefs en herbe!
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. M. le député de Matane-Matapédia, la parole est à vous.
M. Bérubé : Mme la Présidente,
c'est avec une profonde tristesse que je rends hommage aujourd'hui à la mémoire
de Nicolas Demers, décédé à l'âge de 43 ans.
Nicolas est une personne appréciée de
toute la communauté matapédienne et il nous a malheureusement quitté à la suite
d'un accident le 5 mars dernier. Originaire de Sayabec, il était
producteur bovin de grande culture et s'était récemment joint à l'équipe de
Machinerie J.N.G. Thériault.
Par son engagement indéfectible et sa
grande générosité, il méritait tous les éloges de la vallée de La Matapédia et
au-delà. Il a contribué au rayonnement de notre région et a été une
personnalité inspirante par ses actions.
Nicolas a d'ailleurs été lauréat du prix
Hommage bénévolat-Québec dans la catégorie Jeune bénévole en 2010 et a remporté
le tout premier prix Hommage Gérald-Lavoie lors de la Semaine de l'agriculture
de matapédienne en 2023.
Depuis ces derniers jours, des centaines
de témoignages ont afflué, tandis que des producteurs formaient une haie d'honneur
avec leurs tracteurs, rendant un dernier hommage à l'homme que nous aimions et
respections tant.
Je tiens à transmettre toutes mes
condoléances à sa conjointe, Ariane, à ses parents, Jean-Guy et Brigitte, à sa
soeur, Sandrine, à ses frères, Jean-Luc, Jean-Michel et Olivier, ainsi qu'à
tous ses proches, collègues et nombreux amis, dont je suis. Merci, Mme la
Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Maintenant, Mme la députée des Plaines, à vous la parole.
Mme Lecours (Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Je suis très heureuse de souligner aujourd'hui les
25 ans d'une entreprise bien connue de ma circonscription, la Fournée d'Hortensia,
une boulangerie située à Sainte-Anne-des-Plaines.
Depuis 2001, cette boulangerie de quartier
accueille les Anneplainois dans une ambiance chaleureuse et familiale en
offrant chaque jour, et ce, très tôt le matin, aux petites heures du matin, des
produits préparés avec soin et passion.
J'ai eu le plaisir de découvrir cette
entreprise il y a plusieurs années alors qu'elle était située tout près de mon
bureau de circonscription. Donc, des croissants aux amandes, j'en ai mangé
beaucoup.
Depuis, grâce à la fidélité de sa
clientèle, l'entreprise a continué de grandir et s'est installée dans des
locaux plus spacieux pour répondre à un succès toujours grandissant.
Je tiens donc à féliciter et à remercier
Yoko et Kevin, les propriétaires, avec toute leur équipe pour ces 25 années
de travail, de passion et de générosité. Je leur souhaite encore de nombreuses
années de succès.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
Mme la députée. Donc, je suis prête à céder la parole à M. le député de Chauveau.
M. Lévesque (Chauveau) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Aujourd'hui, je tiens à souligner un anniversaire
bien spécial dans la circonscription, les 20 ans du Café Noisette à
Lac-Beauport. Depuis deux décennies, ce café chaleureux est devenu un véritable
lieu de rencontre pour les citoyens, les familles et les visiteurs de notre
belle communauté.
Je tiens à féliciter chaleureusement sa
propriétaire, Julie Couture, pour son engagement et sa passion. Grâce à son
travail, le Café Noisette s'est imposé comme un endroit incontournable, reconnu
pour son accueil, la qualité de ses produits et l'ambiance conviviale qui y
règne.
Au fil des années, cette entreprise locale
a contribué à la vitalité économique et sociale de Lac-Beauport tout en créant
des emplois et en tissant des liens précieux au sein de la communauté.
Au nom des citoyens de Chauveau, je
félicite Mme Couture et toute son équipe de Noisettes pour ses 20 années
de succès et je leur souhaite encore de nombreuses années de prospérité. Merci
beaucoup, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Maintenant, je suis prête à céder la parole à M. le député de
Chapleau.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci,
Mme la Présidente. Aujourd'hui, j'aimerais souligner le 50e anniversaire
de l'Assemblée 1698 Abbé Alexis-Louis Mangin, du quatrième degré des
Chevaliers de Colomb qui célèbre un demi-siècle d'engagement au service de notre
communauté de Chapleau, de Gatineau et de toute la région de l'Outaouais.
Depuis 50 ans, cet organisme qui
regroupe en son sein 12 conseils incarne avec constance les principes
fondamentaux de l'ordre, notamment l'unité, la fraternité, la charité et le
patriotisme.
Fidèles à leur mission, les membres de l'assemblée
contribuent activement à la vitalité communautaire par de nombreuses activités :
distribution de paniers de Noël, fêtes champêtres, bazars paroissiaux, projets
de rénovation et campagnes de financement au profit des paroisses et des
organismes communautaires.
Toujours présents lorsqu'il faut tendre la
main, ils organisent également des barrages routiers, des soupers-bénéfice et
diverses levées de fonds afin d'appuyer les plus vulnérables de notre société.
Cette mission d'entraide profondément humaine est demeurée au coeur de leur
engagement depuis un demi-siècle.
En ce 50e anniversaire, je tiens à
remercier les sires chevaliers Guy Danis et Alain Smith...
13 h 53 (version non révisée)
M. Lévesque (Chapleau) : ...ainsi
que l'ensemble des membres de l'Assemblée pour leur dévouement exemplaire, leur
générosité et leur engagement. Bon jubilé!
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. M. le député de Mégantic, la parole est à vous.
M. Jacques : Merci, Mme la
Présidente. Aujourd'hui, je tiens à rendre hommage aux agricultrices de la
région du granit, ces bâtisseuses qui ont contribué à notre agriculture et au
développement de nos communautés, nous l'avons vu, en mai dernier, lors de l'événement
Fièrement agricole, et plus récemment lors du lancement du projet Recettes d'héritage.
Recettes d'Héritage est un ouvrage de 400 pages qui présente autant des
recettes, des histoires, des anecdotes. Son riche contenu évoque l'empreinte de
celles qui ont nourri leur famille, qui ont travaillé aux champs et construit
des entreprises florissantes. L'ouvrage dépasse largement le simple livre de
cuisine, c'est un legs pour toute la communauté, faisant revivre la mémoire
culinaire de plusieurs générations. Recettes d'héritage devient le témoin du
patrimoine rural et une mémoire vivante d'une infime partie de l'apport féminin
à la terre. Mme la Présidente, je salue la détermination de celles qui ont
partagé... qui ont porté ce projet et je souhaite beaucoup de plaisir à celles
et ceux qui vont en profiter. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Cela me fin à la rubrique de déclarations de députés.
Et je suspends les travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 13 h 55)
14 h (version révisée)
(Reprise à 14 h 07)
La Présidente
: Bonjour,
tout le monde. 17 mars. Mesdames, messieurs, Mmes, MM. les députés. Vous
êtes nos distingués invités, aujourd'hui, mesdames, messieurs, vous êtes chez
vous. Le Parlement du Québec, c'est chez vous.
Mmes, MM. les députés, c'est avec
tristesse que nous avons appris le décès de M. Jean-Jacques Croteau,
député de Sainte-Marie de 1969 à 1970. Nous allons nous recueillir quelques
instants en ayant une pensée particulière pour sa famille et ses proches.
Je vous remercie beaucoup, tout le monde.
Le temps de vous dire que j'ai le plaisir de souligner aujourd'hui la présence
dans nos tribunes de M. Luc Ferland, ancien député d'Ungava, qui est avec
nous.
(Applaudissements)
La Présidente
: Merci.
Vous pouvez vous asseoir. Avant d'entreprendre nos travaux, je vous avise que
le Directeur général des élections...
La Présidente : ...d'entreprendre
nos travaux, je vous avise que le Directeur général des élections a fait
parvenir au secrétaire général de l'Assemblée nationale une lettre datée du
2 mars 2026, dont je vous lis l'extrait suivant :
«Conformément à l'article 380 de la
Loi électorale, nous vous transmettons le nom de la candidate élue dans la
circonscription électorale de Chicoutimi à la suite de l'élection partielle du
23 février 2026. Cette élection a été tenue en vertu du décret du gouvernement
pris en date du 20 janvier 2026», signé du directeur général des élections, M.
Jean-François Blanchet.
Alors, je dépose cette lettre, accompagnée
d'un avis proclamant Mme Marie Marie-Karlynn Laflamme candidate élue dans
la circonscription électorale de Chicoutimi.
Et j'invite maintenant M. le chef du
troisième groupe d'opposition à accueillir la nouvelle députée de Chicoutimi,
Mme Marie-Karlynn Laflamme.
(Applaudissements)
La Présidente
: Comme
le veut la tradition, et le code, et le protocole, nous procéderons maintenant
aux allocutions pour l'accueil de la nouvelle députée de Chicoutimi. Et je cède
la parole d'abord à M. le chef du troisième groupe d'opposition.
M. St-Pierre Plamondon :
Merci, Mme la Présidente. Aujourd'hui, nous accueillons une nouvelle membre de
cette Assemblée, une septième élue, septième élue dans notre groupe
parlementaire. La nouvelle députée de Chicoutimi est une femme très dévouée,
très humaine, très souriante, c'est instantané, et tout aussi rigoureuse et
intelligente. Donc, je suis certain qu'elle va contribuer à la qualité des
débats en cette enceinte.
• (14 h 10) •
J'ai appris personnellement à la connaître
dans les derniers mois, dans des circonstances pas toujours faciles, le froid,
la noirceur, les coups de vent glacial, et j'ai très hâte que les Québécois,
les Québécoises fassent sa connaissance à travers notre travail au quotidien.
Elle fait son entrée parmi nous, ce n'est pas un hasard, c'est en raison de ses
efforts, de sa campagne dévouée, énergique à tous les soirs. Elle a pris au
sérieux la tâche devant elle pour mériter la confiance de ses électeurs. Et peu
importe les partis ici, c'est ce qui nous unit, hein, cet effort, un peu
inusité parfois, d'aller en porte à porte, de se rendre disponible, de répondre
à toutes les questions. Elle a fait ce cheminement-là avec beaucoup de cœur, et
je peux le dire avec certitude, les gens de Chicoutimi ne regretteront pas leur
choix.
D'ailleurs, elle a déjà eu l'occasion de
se mettre au travail en héritant de six dossiers dans notre formation
politique : l'enseignement supérieur, naturellement, parce que c'est son
domaine, les infrastructures, où ses capacités de gestionnaire dans les
institutions publiques seront mises à contribution dès aujourd'hui, en fait,
les aînés et la solidarité sociale, et également l'action communautaire, des
dossiers où sa capacité à tisser des liens avec nos concitoyens sera un atout
indispensable, et enfin les ressources naturelles et la forêt, un enjeu,
évidemment, qui est très important pour le Saguenay—Lac-Saint-Jean et plusieurs
autres régions du Québec. Donc, la députée de Chicoutimi aura un rôle très
important à jouer dès maintenant dans notre Assemblée nationale. Elle aura
aussi une fonction essentielle dans l'offre politique que nous présenterons aux
Québécois dans moins de six mois, un rendez-vous électoral important. Elle sera
un pilier en ce sens-là.
L'arrivée de la nouvelle députée de
Chicoutimi, je pense, envoie un message clair, à savoir que les Québécois et
les Québécoises réclament un changement, pas un changement de surface, mais un
changement profond. Et, après Jean-Talon, Terrebonne et Arthabaska, bien, c'est
une quatrième partielle consécutive dans quatre régions complètement
différentes, où notre formation politique incarne ce changement tant souhaité,
une autre partielle aussi où les électeurs, je veux le mentionner, ont décidé
d'ignorer des campagnes de peur et de choisir le gagnant ou la gagnante au
mérite de la candidature et de ce qui a été proposé. Ils ont choisi la
confiance, donc, plutôt que... la confiance et l'espoir plutôt que la peur, je
veux vraiment mettre l'emphase là-dessus. La plus grande force de notre
mouvement...
M. St-Pierre Plamondon : ...plutôt
que la peur. Je veux vraiment mettre l'emphase là-dessus. La plus grande force
de notre mouvement et des gens qui la composent, c'est à la fois les idées que
nous défendons avec sincérité, mais aussi la ténacité et le courage de
centaines de... centaines de milliers de Québécois qui ont plus d'ambition pour
le peuple québécois et le Québec que pour eux-mêmes. Servir la vérité, ça
demande du courage. Ça attire par contre aussi, il faut le dire, des gens
honnêtes et compétents, et je pense que c'est ce que les gens reconnaîtront
dans la nouvelle députée de Chicoutimi.
Donc, je tiens à tendre la main,
aujourd'hui, à tous les citoyens, à toutes les citoyennes, parce qu'après ces
élections partielles il y a aussi un moment où la députée devient la députée de
tous les citoyens dans Chicoutimi. On a entendu plusieurs messages en porte à
porte, et Marie-Karlynn Laflamme, la députée de Chicoutimi, veut être la
députée de tout le monde.
Donc, ayons confiance en ce que l'avenir
va nous réserver, et, évidemment, bien, j'en profite pour souhaiter
formellement la bienvenue à notre nouvelle députée, on en est bien fiers.
Merci.
(Applaudissements)
La Présidente : Merci, M. le
chef. Je cède maintenant la parole, pour son allocution, au premier ministre.
M. Legault : Merci, Mme la
Présidente. Bien, moi aussi, je veux saluer puis souhaiter la bienvenue à la
nouvelle députée de Chicoutimi. Tantôt, quand le chef est venu me la présenter,
je lui demandais si elle venait vraiment de Chicoutimi. Oui, elle vient de
Chicoutimi. Parce qu'on le sait, les gens sont très fiers, hein, dans votre
région puis dans vos sous-régions. J'ai ma belle-mère qui vient de Jonquière.
Elle ne vient pas du lac, elle ne vient pas de Chicoutimi, elle vient de
Jonquière, et ça doit être la même chose pour les gens de Chicoutimi. Donc,
j'admire ça, cette belle fierté des bleuets, et donc très content de la voir
ici, à l'Assemblée nationale.
Je sais qu'elle a travaillé à l'UQAC.
Entre autres, elle a été vice-rectrice. Donc, les gens, que ce soit au PQ ou à
la CAQ, qui ont travaillé avec moi, savent que, pour moi, la priorité des
priorités, ça doit être l'éducation. Même si, parfois, politiquement, ce n'est
pas aussi vendeur que d'autres priorités, je suis certain qu'on va avoir une
alliée ici pour défendre l'éducation comme priorité.
Je veux aussi lui souhaiter bonne chance
dans les dossiers que lui a confiés son chef, les ressources naturelles, la forêt.
Évidemment, c'est un dossier qui est très important pour la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean.
On le sait, il y a un défi qui n'est pas facile, de garder un équilibre délicat
entre l'économie, l'environnement, la protection du caribou. Ce n'est pas facile,
mais c'est nécessaire.
On a dernièrement réduit le coût de la
fibre pour être compétitifs avec l'Ontario, mais, malgré ça, on sait que tant
qu'il y aura des tarifs de 45 % de la part des États-Unis puis de
M. Trump, bien, ce sera très difficile pour l'industrie. Donc, il faut
continuer d'aider cette industrie puis il faut s'assurer qu'au fédéral ce soit
une priorité, hein, que la forêt soit une priorité dans les négos, qu'on ne
fasse pas de compromis puis qu'on exige de réduire... idéalement d'éliminer ce
45 %.
Donc, je veux lui souhaiter la bienvenue.
Je veux aussi en profiter pour féliciter tous les candidats, candidates. Ce
n'est pas facile, comme le disait le chef du PQ, faire ça en hiver, puis ça a
été des semaines, des mois qui ont été très froids. Je veux remercier en
particulier notre candidat, Francis Tremblay. Évidemment, il y en a
quelques-uns, des Tremblay, dans la région. C'est un étudiant à la maîtrise en
administration pour qui j'ai beaucoup d'admiration. On se souvient de la COVID,
peut-être qu'il y a des gens qui s'en souviennent, de la pandémie, ça avait été
un des premiers, Francis, à se proposer pour être préposé aux bénéficiaires
pendant la pandémie. Donc, je trouve ça admirable. C'est quelqu'un qui est très
humain, très à l'écoute. Je pense qu'on va en entendre parler encore dans
l'avenir.
Mais je reviens à la nouvelle députée de
Chicoutimi. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Vous êtes privilégiée d'être
parmi les 125 qui allons continuer de débattre d'enjeux très importants...
M. Legault : ...qui allons
continuer de débattre d'enjeux très importants pour les Québécois, incluant
pour les Bleuets. Bienvenue!
La Présidente
: Merci,
M. le premier ministre. Je cède maintenant la parole, pour son allocution, au
chef de l'opposition officielle.
M. Fortin :
Merci. Merci, Mme la Présidente. Il me fait grand plaisir, au nom du caucus du
Parti libéral du Québec, au nom de notre équipe parlementaire, au nom de notre
chef, Charles Milliard, de souhaiter la bienvenue dans ses fonctions à la toute
nouvelle députée de Chicoutimi, Mme Marie-Karlynn Laflamme.
D'abord, Mme la députée, on tient à vous
souhaiter... à vous féliciter pour votre victoire décisive lors de l'élection
partielle du 23 février. On vous félicite non seulement pour le résultat
très convaincant de cette... de cette élection, mais également pour la droiture
avec laquelle vous vous êtes comportée tout au long de cette campagne.
Les gens de Chicoutimi, effectivement, ont
envoyé un message clair, ils veulent du changement, et, ce faisant, ils vous
ont offert l'honneur de siéger, de les représenter ici, à l'Assemblée
nationale. Et pour tout le monde ici, et je suis certain que ce sera le cas
pour vous également, vous allez passer chaque journée à tenter d'être à la
hauteur des attentes des gens... des gens de chez vous, à tenter d'être à la
hauteur des ambitions des gens de chez vous et à tenter de faire en sorte de
pouvoir, à votre façon, améliorer leur quotidien.
• (14 h 20) •
Vous arrivez ici, Mme la députée, avec un
bagage impressionnant, mais aussi avec des idées claires. Nous avons, au cours
de la campagne, réellement apprécié vous entendre parler des enjeux d'économie
régionale, en parlant de l'importance des travailleurs étrangers temporaires dans
votre région. Je suis certain également qu'on aura l'occasion de collaborer
afin d'améliorer notre système d'éducation et notre réseau d'enseignement
supérieur, que vous connaissez très bien. Il n'y aura jamais trop d'alliés ici,
dans notre Assemblée nationale, pour rendre plus accessibles, plus adaptés,
plus efficaces le réseau d'éducation et le réseau d'enseignement supérieur.
L'éducation, c'est l'avenir de notre nation, c'est l'avenir de toute nation.
Enfin, personnellement, moi, il me fait
toujours plaisir d'accueillir des députés qui ont une pensée régionaliste, qui
basent leurs actions sur les besoins des Québécois en région. Alors, le
discours de la nouvelle députée sur le développement économique régional sera,
je l'espère, fort utile aux travaux de notre Assemblée, tout comme ses
nouvelles fonctions qu'il me fait plaisir de partager avec elle comme
porte-parole en matière de forêts.
Enfin, Mme la Présidente, vous allez me
permettre de saluer l'ensemble des candidats et des bénévoles de toutes les
formations politiques qui ont levé la main pour contribuer à l'élection
partielle, mais en particulier les bénévoles et la candidate du Parti libéral
du Québec, Mme Tricia Murray, une fière pupille du Saguenay—Lac-Saint-Jean, une
femme de cœur qui a mené une campagne de terrain, qui a rencontré un maximum de
gens de Chicoutimi et qui a concentré sa campagne sur des enjeux économiques,
mais aussi sur les personnes les plus vulnérables, ceux qui ont le plus besoin
de nous et de notre travail. Elle nous a rendus fiers, Mme la Présidente, en
offrant une option forte et crédible pour les électeurs de Chicoutimi et en
permettant au Parti libéral de tripler son vote par rapport à la dernière
élection.
Alors, Mme la députée, au nom du Parti
libéral, on vous souhaite un très bon mandat. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
: Merci,
M. le chef de l'opposition officielle. Et je cède maintenant la parole à la
cheffe du deuxième groupe d'opposition pour son allocution.
Mme Ghazal : Merci. Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Donc, à mon tour, au nom de Québec solidaire, des
députés de Québec solidaire, de souhaiter la très bienvenue à la nouvelle
députée de Chicoutimi ici, à l'Assemblée nationale que j'aime appeler la maison
du peuple. À chaque fois qu'une nouvelle députée ou qu'un nouveau député arrive
dans cette Chambre, c'est quand même un moment particulier, c'est un signe de
la santé de notre démocratie. D'ailleurs, la démocratie, c'est comme la santé,
c'est quand on la perd qu'on se rend compte à quel point elle est précieuse.
Donc, c'est important de ne pas la prendre pour acquise et de se réjouir de ces
moments qui montrent qu'on a une démocratie qui est forte et à laquelle on doit
tenir. Se présenter dans une élection, c'est aussi accepter de débattre
d'idées, de se soumettre au jugement des citoyens et des citoyennes et de
contribuer, donc, à la vitalité de notre démocratie. C'est encore plus précieux
aussi dans un monde où on voit des régimes autoritaires vouloir mettre...
réduire au silence la voix des gens, des gens qui ne pensent pas tout le monde
pareil. Donc, c'est important de se réjouir de ça. C'est aussi même... D'avoir
des élections, c'est aussi, même, un acte de résistance.
Je me réjouis aussi qu'à chaque fois
qu'une femme fait son entrée...
Mme Ghazal : ...même un acte
de résistance.
Je me réjouis aussi qu'à chaque fois
qu'une femme fait son entrée à l'Assemblée nationale... Je me rappelle l'avoir
fait rappeler ici, lors de l'arrivée de la députée de Terrebonne, que les
avancées démocratiques pour les Québécoises sont relativement récentes dans
notre histoire. Il a quand même fallu beaucoup de détermination pour que les
femmes prennent leur place dans nos institutions.
D'ailleurs, saviez-vous... J'ai fait une
petite recherche, Mme la Présidente. Saviez-vous qu'il a fallu attendre
jusqu'en 1983 pour voir une première femme députée du Saguenay—Lac-Saint-Jean?
Probablement que la nouvelle députée de Chicoutimi la connaît, c'est Aline
Saint-Amand. Depuis, d'autres femmes ont suivi ce chemin et ont marqué la vie
politique de la région. Non seulement la nouvelle députée de Chicoutimi est une
femme, c'est aussi une universitaire reconnue, mais c'est aussi une
indépendantiste convaincue. Donc, ça me réjouit de partager avec elle ce rêve
de faire du Québec, un jour, un pays.
Mme la Présidente, la députée de
Chicoutimi arrive ici avec la confiance des citoyennes et des citoyens de sa
circonscription et avec la responsabilité de porter la voix d'une région qui
est forte et fière. Je lui souhaite sincèrement de vivre des débats qui sont
stimulants, de défendre avec conviction les gens de sa région qui lui font
confiance et de faire aussi de belles rencontres au fil de son parcours
parlementaire. Je l'invite à se rappeler et se remémorer très fortement cette
journée où tous les élus des différents partis politiques viennent la saluer
chaleureusement et se réjouir vraiment de sa présence ici parce que ça ne dure
pas longtemps, hein? Je pense qu'on lui a déjà dit.
En terminant, Mme la Présidente, je veux
aussi féliciter toutes les candidats... toutes les candidates et tous les
candidats qui ont participé à la partielle de Chicoutimi. Je veux aussi
souligner plus particulièrement la campagne menée avec brio par la candidate de
Québec solidaire, Jeanne Palardy, une jeune femme extraordinaire, une
intervenante dans une maison de violence conjugale... dans une maison pour
femmes victimes de violence conjugale, située à Chicoutimi. Merci aussi à tous
nos militants et militantes solidaires qui se sont mobilisés dans la région
pendant cette campagne. Et, bien sûr, je remercie les électeurs et électrices
de Chicoutimi qui ont pris le temps de participer à ce processus démocratique
très important.
Encore une fois, bienvenue à l'Assemblée nationale,
et félicitations à la nouvelle députée. Merci.
(Applaudissements)
La Présidente : Merci
beaucoup, Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition. Et maintenant, comme
le veut la tradition, Mme la députée de Chicoutimi s'adressera à l'Assemblée.
Je lui cède donc la parole sans plus tarder. Madame, nous vous écoutons.
Mme Laflamme : Merci, Mme la
Présidente. M. le premier ministre, M. le chef de l'opposition officielle, Mme
la cheffe de la deuxième opposition, mon chef, Paul, celui de la troisième
opposition, je me joins à vous aujourd'hui avec humilité, avec fierté, mais
dans un contexte qui est très particulier, parce qu'alors que moi, j'amorce mes
premiers pas ici, à l'Assemblée nationale, bien, vous vous apprêtez à terminer,
pour certains, les vôtres.
Alors, quand même, au nom des citoyens et
des citoyennes de Chicoutimi que je représente, je tiens à vous assurer que je
ne ménagerai aucun effort pour m'inscrire en pertinence dans l'ensemble des
travaux en cours et pour être digne de la population et des dossiers qui me
sont confiés.
Je profite de l'occasion qui m'est offerte
pour vous parler un petit peu de Chicoutimi, une circonscription qui est fière
et qui est majeure pour le Saguenay—Lac-Saint-Jean, mais c'est aussi un territoire
au coeur de l'histoire, de notre avenir également, l'avenir économique,
culturel, linguistique du Québec.
Avec ses quelque 69 000 citoyens et
citoyennes, Chicoutimi, c'est un centre économique, institutionnel, culturel
majeur, central pour la région. On y retrouve une université, un cégep qui est
dynamique, des centres de recherche, des PME qui sont innovantes, un hôpital à
vocation régionale, un réseau communautaire qui est engagé, une vie culturelle
qui est foisonnante et qui contribue surtout au rayonnement de tout le Québec
chez nous, mais Chicoutimi, comme plusieurs autres territoires, a aussi son lot
de défis : l'attractivité, la rétention des jeunes, la diversité
économique, l'accès au logement, la transition environnementale, le maintien de
nos services publics pour qu'ils soient forts et toujours accessibles.
La population est en attente de la
concrétisation de nombreux projets qui ont déjà été annoncés par le
gouvernement, dont la rénovation du bloc opératoire de l'Hôpital de Chicoutimi
ou encore la consécration du Centre d'innovation en aluminium. Plus largement,
notre région est prête à voir s'installer d'importants projets économiques qui
sont liés à l'exploitation responsable de nos ressources naturelles...
Mme Laflamme : ...Plus largement,
notre région est prête à voir s'installer d'importants projets économiques qui
sont liés à l'exploitation responsable de nos ressources naturelles, notamment,
et dont nous attendons toujours un signal clair du gouvernement.
On veut des emplois de qualité, qui
permettent aux familles de s'établir et aux jeunes de bâtir leur avenir au Saguenay—Lac-Saint-Jean
sans devoir quitter. D'autant plus qu'il faut le dire, le Saguenay—Lac-Saint-Jean,
c'est la région la plus vieillissante au Québec. C'est un constat, c'est un
constat qui nous invite à agir, cependant, différemment. Il faut repenser nos
services publics pour permettre à tous et à toutes de franchir chaque étape de
la vie en toute confiance, et surtout, en adéquation avec ses aspirations qui sont
personnelles.
J'ai passé plus de 20 ans au service de
nos institutions régionales, d'abord, dans le réseau de la santé et des
services sociaux, ensuite, à l'Université du Québec à Chicoutimi. J'ai côtoyé
des hommes et des femmes qui sont, évidemment, profondément engagés, mais qui
sont aussi très résilients, parce qu'ils tiennent tous nos services à bout de
bras. J'ai vécu les effets d'une centralisation excessive, où des décisions
prises loin du terrain ont... ont affaibli le lien avec la population et brisé
des structures qui étaient, pourtant, agiles et qui faisaient, surtout, notre
force en région. Ce que j'ai vu partout, donc, c'est cette résilience-là, qui
est remarquable, mais une expertise régionale qui est trop souvent ignorée.
• (14 h 30) •
Dans nos hôpitaux comme dans nos
universités, celles et ceux qui agissent, qui sont sur le terrain, savent ce
dont notre milieu a besoin. Pourtant, on a continué à imposer des cadres
rigides, des redditions de comptes démesurées et des choix dictés par des centres
décisionnels qui sont éloignés. À l'UQAC, comme dans l'ensemble du réseau de l'Université
du Québec, j'ai constaté à quel point une institution enracinée dans son
territoire peut transformer une région en savoir, en innovation, en
développement économique et en culture. Nos universités régionales, ce sont des
leviers essentiels pour l'avenir du Québec, mais elles étouffent quand on leur
refuse la confiance et l'autonomie qui est nécessaire.
C'est pourquoi je crois profondément que
le Québec doit redonner le pouvoir à ses régions, décentraliser la prise de
décision, faire confiance à l'expertise locale, reconnaître que l'identité du
Québec se construit à partir de ses régions, toutes uniques, toutes
essentielles. Un Québec fort, c'est un Québec qui se développe à partir de ses
territoires, et non contre eux.
En résumé, j'aspire à reconstruire le lien
de confiance avec les Québécois et les Québécoises, confiance envers nos
services publics, confiance envers les travailleurs et les travailleuses, confiance
envers les gestionnaires, confiance envers nos communautés, confiance envers la
science, mais surtout, j'espère, confiance envers nos élus. Pour moi, la seule
façon d'y arriver, c'est de bâtir un pays économiquement et culturellement
solide, vrai, humain. C'est en faisant l'indépendance du Québec que nous
découvrirons notre plein potentiel, celui d'un peuple fort, d'un peuple
résilient, qui dispose de toutes les ressources nécessaires pour s'imposer sur
la scène internationale. Je vous dirais : Vive le Québec! Merci pour votre
accueil.
(Applaudissements)
La Présidente : Et merci
beaucoup, Mme la députée de Chicoutimi. Et j'aimerais également souhaiter la
plus cordiale bienvenue à notre nouvelle collègue et l'assurer de l'entière
collaboration de tous les membres de l'équipe de la présidence. Nous sommes
ici, et la présidente est ici, pour chacun des 124 membres.
Nous allons poursuivre les affaires
courantes.
Aujourd'hui, il n'y a pas de déclarations
ministérielles ni présentation de projets de loi.
À la rubrique Dépôt de documents,
aujourd'hui, il y en a beaucoup. M. le ministre du Travail.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Permettez-moi de déposer les rapports annuels 2024‑2025 des ordres
professionnels du Québec suivants : des acupuncteurs, des administrateurs
agréés, des arpenteurs-géomètres, des agronomes, des architectes, des
audioprothésistes, du Barreau, des conseillers et conseillères d'orientation,
des chimistes, des chiropraticiens, des comptables professionnels agréés, des
conseillers en ressources humaines agréés, des criminologues, des dentistes,
des denturologistes, des diététistes-nutritionnistes, des ergothérapeutes, des
évaluateurs agréés, des géologues, des hygiénistes dentaires, de la Chambre des
huissiers de justice, des infirmières et infirmiers, des infirmières et
infirmiers auxiliaires, des ingénieurs, des ingénieurs forestiers, des
inhalothérapeutes, du Collège des médecins, des médecins vétérinaires, de la Chambre
des notaires, des opticiens d'ordonnance, des optométristes...
14 h 33 (version non révisée)
M. Boulet : ...forestier, des
inhalothérapeutes, du Collège des médecins, des médecins vétérinaires, de la
Chambre des notaires, des opticiens d'ordonnance, des optométristes, des
orthophonistes et audiologistes, des pharmaciens, de la physiothérapie, des
podiatres du Québec, des psychologues, des psychoéducateurs et
psychoéducatrice, des sexologues, des sages-femmes, des technologues en
imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale, des
technologistes médicaux du Québec, des technologues professionnels du Québec,
des technologues en prothèses et appareils dentaires, des travailleurs sociaux
et des thérapeutes conjugaux et familiaux, des traducteurs terminologiques et
interprètes agréés, des urbanistes du Québec. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente : Et ces
documents sont déposés.
Toujours à la rubrique Dépôt de documents,
M. le leader du gouvernement vous en avez plusieurs, vous aussi.
M. Jolin-Barrette : Oui, Mme
la Présidente. Je dépose les réponses aux pétitions déposées le 10 décembre
2025 par le député de Saint-Jérôme, le 3 février par le député de
Taschereau, le 4 février par les députés de D'Arcy-McGee, Rosemont et de Sherbrooke,
le 5 février par les députés de Verdun et de Taschereau, le 10 février
par le député de Jean-Lesage, ainsi que le 12 février par le député de Saint-Jérôme.
Je dépose également les réponses aux
questions inscrites au feuilleton, le 4 février par la députée de Mercier,
le 10 février par les députés de Taschereau et de Rimouski, ainsi que le
11 février par la députée de Bourassa-Sauvé. Merci.
La Présidente : Et ces
documents sont déposés.
Pour ma part, je dépose le nouveau
diagramme de l'Assemblée en date d'aujourd'hui. Je dépose des décisions du Bureau
de l'Assemblée nationale. Je dépose également le rapport détaillé du directeur
général des élections du Québec sur les résultats officiels du scrutin de l'élection
partielle du 23 février 2026 dans la circonscription électorale de
Chicoutimi. De plus, je dépose une lettre que m'a adressé la présidente de la
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Mme Nadine
Koussa, m'informant de la démission de Mme Lisette Gauvreau, membre à temps
partiel de la commission en date du 31 mars 2026, ainsi que la lettre de Mme
Gauvreau sur le même sujet, et j'ai reçu préavis d'une motion qui sera inscrite
dans le feuilleton de demain aux affaires inscrites par les députés de l'opposition
et, conformément à l'article 97.1 du règlement, je dépose une copie du
texte de ce préavis.
À la rubrique Dépôt de rapports de
commission. Mme la Présidente de la Commission des relations avec les citoyens
et députée des Plaines.
Mme Lecours (Les Plaines) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, ça va être court, mais je dépose le rapport
de la Commission des relations avec les citoyens qui, les 12, 17, 18, 19, 25 et
26 février 2026, a procédé à l'étude détaillée du projet de loi n° 9, Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec. La
commission a adopté le texte de ce projet de loi avec des amendements.
La Présidente : Et ce rapport
est déposé.
À la rubrique Dépôt de pétitions, je
reconnais maintenant M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Merci, Mme
la Présidente. Je dépose l'excès... Je dépose l'extrait d'une pétition adressée
à l'Assemblée nationale, signée par 26 974 pétitionnaires.
Désignation : citoyens et citoyennes du Québec. Les faits invoqués sont
les suivants :
«Considérant que, selon le rapport de
novembre 2025 du Vérificateur général du Québec à l'Assemblée nationale, des
coupures budgétaires qui atteindrait près de 60 % du budget actuel, sont
prévues au programme la culture à l'école et aux sorties culturelles en milieu...
et aux sorties scolaires en milieu culturel;
«Considérant que l'école doit demeurer un
lieu privilégié pour démocratiser l'accès à la culture et pour développer les
habitudes de consommation culturelle des jeunes;
«Considérant que le programme de formation
de l'école québécoise inscrit la culture au cœur de la mission de l'école en
visant le développement culturel de tous les élèves;
«Considérant qu'on demande aux
enseignantes et aux enseignants d'organiser des activités qui mettent
fréquemment les élèves en contact avec la culture, tant à l'école qu'en milieu
culturel;
«Considérant que la culture favorise la
motivation scolaire et la réussite éducative des élèves;
«Considérant qu'à l'heure actuelle, l'enveloppe
budgétaire ne répond pas à la demande;
«Considérant que les réseaux de l'éducation
et de la culture n'ont pas été consultés;
«Considérant que ces coupures auront un
impact significatif sur les élèves, sur les enseignantes et les enseignants,
sur la qualité de l'enseignement, sur l'écosystème culturel, sur l'offre aux
citoyens et citoyennes ainsi que sur les travailleuses et travailleurs
culturels;
«Considérant qu'il est important de
protéger la langue française et de promouvoir la culture québécoise;
«L'intervention réclamée se résume ainsi :
«Nous, signataires, demandons au
gouvernement du Québec de maintenir les budgets actuels du programme la culture
à l'école et des sorties culturelles et des sorties scolaires en milieu
culturel, et d'en assurer la pérennité.»
Je certifie...
14 h 38 (version non révisée)
M. Nadeau-Dubois : ...que cet
extrait est conforme à l'original de la pétition.
La Présidente
: Et cet
extrait de pétition est déposé. Je reconnais maintenant Mme la députée de
Mercier.
Mme Ghazal : Merci, Mme la
Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 600 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués
sont les suivants :
«Considérant que les décisions politiques
influencent directement l'avenir et... l'avenir des jeunes, pardon;
«Considérant que les jeunes s'informent et
s'engagent sur des enjeux sociaux, environnementaux et politiques;
«Considérant que plusieurs études
démontrent que l'intérêt pour la politique et les habitudes d'engagement
civique se développe dès un jeune âge;
«Considérant que des pays comme l'Autriche,
l'Écosse et le Brésil ont déjà abaissé l'âge du droit de vote à 16 ans;
«Considérant que l'inclusion des jeunes
dans le processus électoral renforcerait la représentativité de la démocratie
québécoise;
«Considérant que, dès l'âge de 16 ans,
les jeunes acquièrent des droits et capacités légales importants, notamment
celui d'obtenir un permis de conduire;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au
gouvernement du Québec de modifier la Loi électorale afin d'abaisser l'âge du
droit de vote à 16 ans.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition. Merci.
La Présidente
: Et cet
extrait de pétition est déposé. Je reconnais maintenant M. le député de
l'Acadie.
M. Morin : Merci, Mme la
Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 2 008 pétitionnaires. Désignation : citoyens
et citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant qu'en raison de la guerre en
Ukraine, des milliers de citoyens ont été contraints de quitter leur pays et
ont trouvé refuge au Québec;
«Considérant que les villes ukrainiennes
subissent chaque jour des attaques de missiles et de drones et que la
destruction reste très grave près du front;
«Considérant que de nombreux citoyens
ukrainiens et leurs enfants se sont déjà pleinement intégrés à la société
québécoise;
«Considérant que la vaste majorité des
Ukrainiens présents sur le territoire travaillent, paient des impôts et
participent activement à l'économie et à la société québécoise;
«Considérant qu'il est essentiel d'offrir
aux citoyens ukrainiens une voie rapide et sécurisée vers la résidence
permanente afin de consolider leur intégration et de soutenir les valeurs de
solidarité et d'humanité du Québec; «Considérant que le gouvernement du Canada
dispose de programmes spéciaux désignés aux citoyens de pays où la guerre est
en cours ou s'est récemment déroulée, tel que la Syrie, l'Afghanistan et la
Palestine»
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au
gouvernement du Québec d'inclure dans le plan d'immigration du Québec débutant
en 2026, prévoyant un 45 000 places pour l'octroi annuel de Certificat de
sélection du Québec, CSQ, dont 5 750 places réservées aux réfugiés et
aux personnes en situation semblable, l'attribution annuelle d'une partie de
ces places aux citoyens ukrainiens titulaires d'un visa CUAET, AVUCU, qui
résident au Québec, de créer un programme spécial d'immigration pour les
citoyens ukrainiens arrivés avec un visa CUAET, AVUCU, leur permettant de
présenter une demande de CSQ selon une procédure simplifiée.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition. Merci.
La Présidente
: Cet
extrait de pétition est déposé. Je reconnais maintenant, pour sa pétition, la
députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Merci, Mme la
Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 315 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que le CALACS de Longueuil
joue un rôle essentiel auprès des femmes et des adolescentes de 14 ans et
plus, ayant vécu une agression sexuelle en leur offrant un soutien spécialisé
et un espace sécuritaire pour se reconstruire;
«Considérant que de nombreuses survivantes
ont bénéficié de l'accompagnement du CALACS Longueuil, lequel a été déterminant
dans leur rétablissement à la suite d'une violence sexuelle;
«Considérant que la fermeture potentielle...
14 h 43 (version non révisée)
Mme Garceau : ...cet
organisme, due à l'absence de financement récurrent suffisant, priverait les
victimes d'un service indispensable et aurait des conséquences graves pour la
communauté;
«Considérant que les données démontrent qu'une
femme sur trois subira une violence à caractère sexuel au cours de sa vie, ce
qui confirme l'urgence de maintenir des ressources spécialisées accessibles et
adaptées;
«Considérant que la mission du CALACS
Longueuil comprend le soutien aux victimes et à leurs proches, la
sensibilisation du public, la promotion de l'égalité entre les femmes et les
hommes et la prévention de toutes les formes de violences faites aux femmes;
«Et l'intervention réclamée se lit... se
résume comme ainsi :
«Nous, signataires, demandons au
gouvernement du Québec :
«De garantir un financement adéquat du
CALACS Longueuil, afin de préserver ses services essentiels et de soutenir les
femmes et les adolescentes de la région;
«De reconnaître l'importance vitale de
maintenir ouvert le CALACS Longueuil.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition. Merci.
La Présidente : Cet extrait
de pétition est déposé.
Je reconnais maintenant pour sa pétition
le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, Mme la
Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 14 423 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que, le 9 octobre 2025,
le gouvernement a dévoilé le projet de loi n° 1, un projet de loi
constitutionnelle, sans mandat électoral et sans consultation citoyenne
préalable;
«Considérant que tous les partis d'opposition
ont rejeté ce projet de loi dès son dépôt à l'Assemblée nationale, geste rare
et révélateur de son absence de légitimité;
«Considérant que le Barreau du Québec a
dénoncé publiquement l'érosion des contre-pouvoirs et les risques sérieux pour
l'État de droit que comporte, entre autres, ce projet de loi;
«Considérant que l'architecture générale
de ce projet de loi impose une hiérarchisation des droits et fragilise des
protections existantes, notamment en matière de droits reproductifs;
«Considérant que tout projet
constitutionnel doit faire l'objet d'une véritable consultation des Premières
Nations et des Inuit et ne saurait en aucun cas porter atteinte aux droits
ancestraux et issus de traités;
«Considérer que... Considérant que l'écriture
et l'adoption d'une constitution reflètent les intérêts de ceux et celles qui l'écrivent,
ces processus ne peuvent être partisans et imposés par la majorité
parlementaire, mais doivent relever d'un vrai processus consultatif
constituant...», je vais attendre que le ministre... oui, constituant...
«...révéler d'un vrai processus consultatif, constituant, ouvert, partisan et
démocratique;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au
gouvernement du Québec de retirer immédiatement le projet de loi n° 1.»
Je confirme que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
La Présidente : Et cet
extrait de pétition est déposé.
Je reconnais maintenant pour sa pétition
la députée de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, Mme la
Présidente. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 7 940 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant que le Programme d'adaptation
de domicile (PAD) contribue directement à la sécurité, à l'autonomie et à la
participation des personnes en situation de handicap en permettant la
réalisation d'adaptations essentielles à leur domicile;
«Considérant la suspension partielle du
PAD au cours de la dernière année a entraîné des effets humains majeurs,
notamment une hausse des risques de chutes, d'hospitalisation, de pertes d'autonomie
irréversibles, d'isolement et d'épuisement des proches aidants, compromettant
ainsi la sécurité et la dignité des personnes concernées;
«Considérant que le financement du PAD
pour 2025-2026 ne couvrait que des projets déjà en attente;
«Considérant que la mise à jour économique
de l'automne 2026 annonce 20 millions de dollars additionnels pour
deux ans afin de stabiliser le programme dont les enveloppes sont épuisées annuellement;
«Considérant que l'expertise des
ergothérapeutes pour évaluer les besoins, identifier les...
14 h 48 (version non révisée)
Mme Prass : ...et recommander
des adaptations sécuritaires a été fragilisée par la suspension du programme;
«Considérant que, chaque mois, le délai
supplémentaire compromet la sécurité, la qualité de vie et la participation des
personnes en situation de handicap;
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous, signataires, demandons au
gouvernement du Québec de rétablir pleinement le Programme d'adaptation de
domicile et d'en assurer une mise en œuvre continue, avec l'expertise en ergothérapie,
de publier un plan transparent de traitement des demandes, incluant des cibles
et des délais pour réduire l'arrière, d'assurer la pérennité financière et
opérationnelle du programme afin d'éviter toute interruption future.»
Et je certifie que cet extrait est
conforme à l'original de la pétition. Merci.
La Présidente : Et cet
extrait de pétition et déposé.
Il n'y a pas de réponses orales aux
pétitions ni d'interventions portant sur une violation de droit ou de
privilège.
Je vais maintenant rendre une décision
quant aux changements à apporter à la répartition de certaines mesures et des
temps de parole lors des débats restreints rendus nécessaires à la suite de l'élection
de la députée de Chicoutimi.
Alors, concernant les déclarations de
députés, le troisième groupe d'opposition aura droit à une déclaration
supplémentaire en remplacement d'une déclaration du groupe parlementaire
formant le gouvernement. Cette déclaration sera au 10e rang de la cinquième
séance du cycle.
Pour ce qui est de la répartition des
questions lors de la période des questions et réponses orales, le troisième
groupe d'opposition aura droit à trois questions supplémentaires par cycle de 12
séances, pour un total de 20 questions par cycle. Ce changement vise notamment
à préserver une répartition proportionnelle des questions parmi les groupes
parlementaires d'opposition en tenant compte de l'ajout d'une députée membre du
troisième groupe d'opposition, tout en respectant le plus possible les
paramètres négociés par les groupes parlementaires en début de législature.
Pour les détails concernant les changements apportés à la répartition des
questions, je vous invite à consulter les tableaux de répartition des mesures
que je déposerai dans quelques instants.
Enfin, les temps de parole pour les
différents débats restreints sont ajustés afin de tenir compte de la nouvelle
proportion entre les groupes parlementaires.
Donc, je dépose ces fameux tableaux qui
détaillent les modifications ainsi apportées et je vous remercie pour votre
attention.
Nous en sommes maintenant rendus à la
période de questions et de réponses orales, et pour ce faire, je cède la parole,
en question principale, au chef de l'opposition officielle.
M. Fortin :Mme la Présidente, il reste moins d'un mois au mandat du
premier ministre, et demain il va nous présenter son tout dernier budget. Un
autre déficit monstre pour le Québec, une septième année consécutive de
déficit, avec aucune perspective sérieuse d'un retour à des finances publiques
en santé. Le ministre des Finances nous a promis un budget plate, un budget
sobre. Alors, on ne s'attend pas à grand-chose demain. Ceux qui cherchent une
grande nouvelle ou un grand investissement vont évidemment être déçus, mais
ceux qui veulent juste des meilleurs soins de santé, ceux qui veulent juste une
meilleure école pour leurs enfants, bien, eux, ils sont déçus depuis des années
et ils risquent de continuer de l'être parce que la gestion pathétique des
finances publiques de la Coalition avenir Québec, bien, grâce à ça, il n'y en a
plus, d'argent.
Mme la Présidente, normalement, gouverner,
c'est faire des choix, mais quand on a mal géré comme le gouvernement de la
CAQ, on ne peut même plus choisir. La réalité, c'est qu'ils ont affaibli leur propre
pouvoir de faire des choix, avec le résultat qu'après sept années de
gouvernement de la CAQ, tout ce qu'on a, c'est un déficit monstre, des
infrastructures qui tombent en ruine et des services publics qui se détériorent
jour après jour.
Alors, est-ce que le premier ministre peut
admettre que le Québec est plus vulnérable aujourd'hui parce qu'il a torpillé
notre marge de manœuvre financière?
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. Legault : Oui, Mme la
Présidente, bien, vous allez comprendre que je dois être prudent, étant donné
que le budget va être déposé demain, mais, quand même, sur la base de ce qui a
été déposé cet automne, déjà, on peut voir que le déficit du Québec en pourcentage
du PIB est un des plus bas de toutes les provinces canadiennes. Sans dévoiler les
chiffres, Mme la Présidente, de demain j'invite le chef de l'opposition
officielle aussi à comparer le montant de 7 milliards qu'on a donnés dans
les poches des Québécois... parce qu'on a souhaité, finalement, assumer un
certain déficit au gouvernement et non pas dans les poches des citoyens, donc
on a donné 7 milliards en baisses d'impôts et en taxes. Donc, Mme la
Présidente...
14 h 53 (version non révisée)
M. Legault : ...on a réussi à
faire tout ça tout en augmentant de 56 % et 58 % les dépenses en
santé et en éducation. Et, Mme la Présidente, comment on a réussi ça? Bien,
parce que le Québec, depuis sept ans, a eu une meilleure croissance économique
par habitant que le reste du Canada. Ça, c'est la vérité, ce sont les faits. Ce
n'est pas arrivé pendant les 15 années libérales, mais avec le
gouvernement de la CAQ, notre économie a mieux fait que celle du reste du
Canada. Donc, on a pu assumer le financement des services, la réduction du
fardeau fiscal et un déficit qui est parmi les plus bas au Canada.
La Présidente
: Première
complémentaire.
M. Fortin :7 milliards, c'est le surplus qu'il y avait à son arrivée.
Puis aujourd'hui il y a un déficit de 12 milliards. Mme la Présidente, le
gouvernement du Québec n'a plus aucune marge de manœuvre à cause des décisions
de la CAQ, à cause de Northvolt, à cause de Flying Whales, à cause des Kings, de
Lion, du dossier santé numérique, de... des fonctionnaires additionnels, des
structures qui s'empilent les unes par-dessus les autres, c'est de l'argent qu'ils
ont lancé par les fenêtres, qu'ils ont donné à des multinationales étrangères.
C'est d'ailleurs le plus grand regret professionnel de la députée de Sanguinet.
Et ,à cause de tout ça, ils ne sont plus capables de donner les services aux
Québécois.
La Présidente
: La
réponse du premier ministre.
M. Legault : Oui. Bien, Mme la
Présidente, les faits viennent dire exactement le contraire de ce qu'on vient d'entendre
du chef de l'opposition officielle. On a ici la croissance économique par
habitant du Québec depuis sept ans et demi, donc, depuis qu'on est au pouvoir.
Puis on a ici la croissance en Ontario puis la croissance dans le reste du
Canada. Ça, c'est après inflation. Ça ne s'est jamais vu sous les libéraux.
Donc, je comprends que le chef de l'opposition officielle s'amuse à nommer
quelques dossiers qui ont moins bien viré. Mais, quand on regarde la moyenne au
bâton, la moyenne au bâton, c'est que le Québec, pour la première fois de son
histoire, a mieux fait que le reste du Canada.
La Présidente
: Deuxième
complémentaire.
M. Fortin :Mme la Présidente, il n'y a pas un Québécois qui trouve ça
drôle. La réalité, là, c'est que les Québécois, ils continuent de payer leurs
taxes pis leurs impôts, mais ils ne voient pas à quoi sert cet argent-là. Parce
que, quand ils ont besoin du gouvernement, il n'est simplement pas au rendez-vous.
Le gouvernement a tellement gaspillé qu'il n'a même plus d'argent pour payer
des imageries médicales aux Québécois. Les listes d'attente explosent parce que
Santé Québec refuse de payer des imageries médicales à des gens atteints de
cancer. C'est ça, le résultat de la CAQ. C'est ça, le legs du premier ministre.
La Présidente
: La
réponse du premier ministre.
M. Legault : Bien, Mme la
Présidente, quand on regarde le revenu disponible, donc l'argent qui reste dans
les... les poches des citoyens, il en reste plus dans les poches des citoyens
au Québec que dans le reste du Canada. On a baissé les impôts, on a mis une
déduction, un crédit d'impôt de 2 000 $ récurrent pour les personnes de 70 ans
et plus, on a augmenté les allocations familiales, on a réduit les taxes
scolaires. 7 milliards. Puis regardez le montant du déficit demain.
La Présidente
: Troisième
complémentaire.
M. Fortin :Vous savez ce que... vous savez ce que les Québécois sont
obligés de faire avec l'argent dans leur poche, ils sont obligés de se tourner
vers le privé en santé. Il y a 48 % des familles qui se tournent vers le
privé en santé. Et aujourd'hui, là, le gouvernement, à cause de ses choix, est
obligé de dire à des patients atteints de cancer qu'ils n'ont pas d'argent pour
savoir si leur cancer a grossi, si le traitement a fonctionné. Je cite le
docteur... il n'y a pas une semaine qui passe sans que je voie un patient qui a
attendu 3 à 6 mois, qui aurait dû être vu avant, parce qu'il a un cancer,
puis là son cancer est trop avancé. Ça, c'est les choix que le gouvernement de
la CAQ a faits.
La Présidente
: La
réponse du premier ministre.
M. Legault : Oui. Bien, Mme la
Présidente, tout le monde a bien compris que le chef de l'opposition officielle
vient de changer de sujet. Il ne parle plus des finances publiques, ne parle
plus du déficit, il est maintenant rendu en santé. Mme la Présidente, on a eu
du courage en santé.
Des voix : ...
La Présidente
: ...M. le
premier ministre. S'il vous plaît! On a écouté avec respect la question du chef
de l'opposition officielle, j'aimerais avoir le même respect pour entendre la
réponse. On écoute.
M. Legault : Grâce à l'entente
avec les médecins de famille, on va avoir 500 000 Québécois de plus
qui vont avoir accès à un GMF. Même le Parti libéral a voté pour l'entente avec
la FMOQ. Donc, il faudrait qu'ils se décident. Est-ce qu'ils sont pour ou
contre l'entente avec les médecins de famille?
La Présidente
: En
question principale. Une seule personne aura le droit de parole. J'aimerais
entendre le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Enfin, enfin, Mme
la Présidente, on arrive au dernier budget caquiste, un budget qui sera dans la
lignée de tous les autres budgets désastreux de ce mauvais gouvernement.
Déficit après déficit...
14 h 58 (version non révisée)
M. Beauchemin : ...100 milliards
de plus à la dette du Québec en huit ans et la pire chose qui peut arriver à un
ministre des Finances, il a été décoté par Standard & Poor's, Mme la
Présidente. J'entendais la candidate députée de Sanguinet dire que c'est dans l'ADN
de son parti de bien gérer les finances publiques, Mme la Présidente. Il faut
quand même vivre dans une réalité alternative pour dire des choses comme ça.
Probablement une réalité caquiste seulement. Ce qui est dans l'ADN de la CAQ, Mme
la Présidente, c'est le gaspillage, c'est le 7 millions aux Kings de Los
Angeles, c'est des centaines de millions dans Northvolt, c'est le scandale de SAAQclic.
Mme la Présidente, est-ce qu'ils se rendent compte que ça va prendre des années
à...
La Présidente : La réponse du
ministre des Finances.
M. Girard (Groulx) : Oui, Mme
la Présidente, mais je vais être claire, là, c'est correct que l'opposition
soit partisane puis fasse... dise ses histoires, là, mais pour les chiffres,
pour les chiffres, il faudrait être exact. Alors, en 2018-2019, vous avez
laissé un surplus de 5 milliards après fond des générations et j'ai dit à
plusieurs fois, à plusieurs reprises au député de Robert-Baldwin qu'il avait
laissé les finances publiques en bon état, 5 milliards de surplus après
fonds des générations.
Maintenant, il y a eu, Mme la Présidente,
et l'opposition ne semble pas s'en rappeler, une pandémie qui a coûté au Québec
26 milliards de dollars. Il y a maintenant une guerre tarifaire, une
guerre au Moyen-Orient et quels sont les faits? Nous avons au 31 mars 2026,
selon les chiffres de la mise à jour, la situation va s'améliorer demain, une
dette nette par rapport au PIB de 40 %. C'était 42 % lorsque le
précédent gouvernement a...
La Présidente : Première
complémentaire.
M. Beauchemin : Mme la
Présidente, quand une agence de notation comme Standard & Poor's vous dit
que vous n'êtes pas bon puis qu'il vous décote puis que le Vérificateur général
vous dit que vous avez déposé un demi-plan de retour à l'équilibre budgétaire
puis que le travail du ministre est incomplet, il me semble que le message est
clair, il me semble que ça veut dire que vous n'êtes pas bon. Pourquoi le
ministre ne fait pas la même chose que le péquiste Marceau a fait? Pourquoi que
le ministre des Finances ne s'excuse pas aux Québécois?
La Présidente : La réponse du
ministre. Chut!
M. Girard (Groulx) : Oui, Mme
la Présidente. Bon. Alors, avec le surplus de 5 milliards que les libéraux
nous ont laissé, il y avait une note aux états financiers du Vérificateur
général qui disait que ceux-ci sous-estimaient la dette de 13 milliards de
dollars, Mme la Présidente, et qui s'est occupé de ça? Notre gouvernement s'est
occupé... à assumer ses responsabilités, à corriger la note à vos états
financiers, qui était incorrecte, selon le Vérificateur général.
Alors, pour notre cas, le déficit est à
1,5 % du PIB. Ça va s'améliorer demain, c'est plus bas que la moyenne
canadienne.
La Présidente : Chut!
Deuxième complémentaire.
M. Beauchemin : Demain, le
ministre va déposer son septième budget déficitaire. Pelletage par en avant, déficit
historique sur le dos des prochaines générations, Mme la Présidente. Il va
avoir augmenté la dette de 100 milliards. Il aura subi la pire insulte qu'un
ministre des Finances peut avoir, il a été décoté. Il a rempli la carte de
crédit des Québécois. Moi, j'ai une cote de crédit à donner au ministre, là, triple
D, déficit, dette, décote. Bravo, champion! Dehors, la CAQ.
La Présidente : Alors, je
vous ramène à votre code de déontologie, article 32, et j'aimerais
entendre le rappel au règlement, j'imagine, de M. Leader du gouvernement, quel
est-il?
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, article 35, on s'appelle par notre titre, des propos blessants
et, Mme la Présidente, il y a l'attitude, il y a la façon de le faire aussi.
La Présidente : Je vous
remercie et je... je vous demande, M. le député, de retirer ces paroles. On...
interpelle uniquement par notre titre.
Vous retirez. Merci. On garde le silence.
Chut! Je suis debout, il n'y a rien à enregistrer, c'est donc dommage.
J'aimerais entendre la réponse du
ministre. On l'écoute.
M. Girard (Groulx) : Oui, bien,
Mme la Présidente, je pense que le député de l'opposition a prouvé ce que j'ai
dit, il ne sait pas...
15 h 03 (version non révisée)
M. Girard (Groulx) : ...pas
compter. C'est mon huitième budget. Il parle du septième.
Des voix : ...
La Présidente : Attendez! Je
vous rappelle votre règlement. Une seule personne a le droit de parole ici, c'est
le ministre. J'aimerais qu'on l'écoute, tout comme on écoutait la question.
Maintenant, M. le ministre, poursuivez.
M. Girard (Groulx) : Oui.
Bien, je maintiens mon point, Mme la Présidente. Il ne sait pas compter. Alors,
la hausse de la dette nette au Québec depuis 2018-2019 : 66 milliards.
Combien est lié à l'augmentation du PQI, Mme la Présidente? Parce que... est-ce
que l'opposition est contre la hausse du PQI? Plus du deux tiers est relié à l'augmentation
du PQI.
La Présidente : En terminant.
M. Girard (Groulx) : Merci.
J'en ai assez dit, Mme la Présidente.
Des voix : ...
La Présidente : Chut! En
question principale, je reconnais maintenant le député de Nelligan.
M. Derraji : Mme la
Présidente, la décrépétitude... la décrépitude de nos hôpitaux...
Des voix : ...
La Présidente : D'accord.
Des voix : ...
La Présidente : Bon. On
retrouve son sérieux...
Une voix : ...
La Présidente
: Chut! Mme
la ministre. On retrouve son sérieux. On vous écoute.
Une voix : ...
La Présidente
: Chut!
M. Derraji : Ça va mal, Mme
la Présidente, dans les hôpitaux. Ça va mal. La décrépitude de nos hôpitaux est
devenue le symbole de l'échec caquiste en matière de santé. Saint-Jérôme, Amos,
Malbaie, HMR, l'hôpital neurologique de Montréal... aujourd'hui, Amos... et
aujourd'hui, Sainte-Croix à Drummondville. Mme la Présidente, combien de fois
les caquistes vont revenir avec les mêmes annonces?
Parlons de HMR. Combien de fois ils l'ont
annoncé? Combien de fois ils ont dit, les pépines sont juste à côté? On cherche
les pépines, Mme la Présidente. Elles sont où les pépines? C'est ça la question.
Mme la Présidente, aujourd'hui, qui croit la ministre avec cette annonce à
Drummondville? Qui la croit? Les Québécois ne croient plus la CAQ.
La Présidente : La réponse de
la ministre de la Santé. On vous écoute, madame.
Mme Bélanger : Oui, Mme
la Présidente. Écoutez, il faut regarder tout ce qui a été fait au niveau du
Plan québécois des infrastructures, parce que, oui, quand on est arrivés en
2018, il y avait de la décrépitude, comme dirait mon collègue, mais aussi de la
désuétude, et ça faisait des décennies qu'il n'y avait pas eu d'investissements
à la hauteur des besoins dans notre système de santé. C'est peut-être pour ça
que le déficit était moins important. Je dis ça comme ça, en passant.
Mme la Présidente, vous savez, dans le
budget PQI... santé pour 2025-2035, là, c'est 25 milliards sur 10 ans.
Des milliards, Mme la Présidente. On a reconstruit une grande majorité des
centres hospitaliers universitaires au Québec parce qu'on en avait grand besoin.
Et les CHU au Québec sont situés à Montréal, à Sherbrooke, à Québec, et ils
desservent, dans l'ensemble du Québec, pour des besoins ultraspécialisés. On
avait besoin, au Québec, de rehausser nos grands centres universitaires. On l'a
fait. Maintenant, Mme la Présidente, on arrive à une étape où on doit aussi rénover
ou...
La Présidente
:
Première complémentaire.
M. Derraji : Mme la
Présidente, est-ce qu'aujourd'hui, la ministre a vu le reportage qui parle de l'hôpital
neurologique de Montréal? Est-ce qu'elle connaît la situation très bien, de ce
qui se passe à l'hôpital neurologique de Montréal? Cet hôpital, il ne sert pas
uniquement les Montréalais. 50 % de patients viennent de l'extérieur de
Montréal. Donc, il peut bien parler, Mme la Présidente, toute la journée de son
PQI. Le PQI devenait un stationnement qui ne sert à rien. Est-ce qu'il est fier
de voir cet hôpital dans cet état?
La Présidente : La réponse du
ministre responsable des Infrastructures.
M. Charette : Merci, Mme
la Présidente. Je suis surpris que la question vienne des libéraux. Le neuro
dont il est question ce matin dans les médias a essentiellement 100 ans. C'est
une institution qui date des années 1930, un siècle, essentiellement.
Quelle est la formation politique qui a été au pouvoir le plus longtemps pendant
ce siècle-là? C'est le Parti libéral. C'est le Parti libéral qui, année après
année, malheureusement, a manqué à ses responsabilités et sous-investissait de
façon questionnable sur des enjeux, sur des infrastructures pourtant
stratégiques. Donc, aujourd'hui, oui, un déficit de maintien d'actif...
15 h 08 (version non révisée)
M. Charette : ...important
parce que, pendant des décennies...
La Présidente
: En
terminant.
M. Charette : ...ils ont
insuffisamment investi, mais...
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Derraji : Mme la Présidente,
à écouter le ministre des Infrastructures, ça veut dire que tout est beau, tout
est beau. Est-ce qu'il oublie que son PQI est devenu un stationnement? C'est un
stationnement de projets. On ne parle pas de HMR, Saint-Jérôme, Amos, Malbaie,
l'Hôpital neurologique de Montréal. C'est assez, Mme la Présidente! Ce que les
Québécois veulent, ce n'est pas des annonces recyclées, ce qu'ils veulent, c'est
des projets qui sortent de terre, Mme la Présidente, ils veulent voir les
pépines.
Elles sont où, les pépines? Il faut lancer
les projets.
La Présidente : La réponse du
ministre responsable des Infrastructures.
M. Charette : C'est facile de
noter la contradiction du collègue. Dans la question précédente, il parle de
maintien d'actifs insuffisants, et là il parle de construction de nouveaux
bâtiments. On fait les deux. On ne peut pas... on ne peut pas souhaiter qu'un
seul des deux aspects.
Cependant, je vais inviter le collègue à
porter une attention particulière, demain, au PQI qui sera présenté, et la
proportion qui est réservée au niveau du maintien d'actifs, ce sera des
investissements historiques à ce niveau-là, avec un niveau d'investissement qui
sera notable aussi, autant pour le maintien d'actifs que pour les nouvelles
infrastructures. On corrige, oui, ce qui a été négligé par le passé, mais on ne
peut pas tout corriger...
La Présidente
: En
terminant.
M. Charette : ...en quelques
années, par contre, Mme la Présidente.
Des voix : ...
La Présidente : Je vous
entends trop, Mme la députée de Jeanne-Mance—Viger. En question principale, je
reconnais maintenant la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Mme Ghazal : Merci, Mme la
Présidente. Le ministre des Finances nous a avertis, hein, son dernier budget
sera sobre et ciblé, mais ça pour qui, Mme la Présidente, pour les gens qui
travaillent à temps plein mais qui doivent s'endetter pour être capables de
payer le loyer, de payer l'épicerie, de payer le transport? Sobre, ça veut dire
quoi? Ça veut dire demander encore plus d'efforts, toujours aux mêmes, les gens
de la classe moyenne qui paient déjà trop? Les Québécois acceptent de payer
beaucoup d'impôts au Québec parce qu'ils s'attendent à recevoir des services
publics de qualité en retour, mais la réalité, on le voit sur le terrain, c'est
que nos services publics s'écroulent, littéralement. Le contrat social, au
Québec, il est brisé.
Il y a de plus en plus de voix qui s'élèvent
pour dire que la solution pour réduire la pression sur nos finances publiques est
d'aller chercher l'argent là où il est, c'est-à-dire chez les
multimillionnaires, les 25 millions de dollars et plus. Claire
Trottier, une riche héritière, dit elle-même qu'elle ne paie pas assez d'impôts.
Elle est prête à en payer plus puis elle n'est pas la seule à dire ça. Brigitte
Alpin, une fiscaliste reconnue au Québec, dit aussi que c'est nécessaire de
revoir notre fiscalité qui est brisée pour que les plus riches contribuent, eux
aussi. Mme la Présidente, la classe moyenne a fait sa part. Il est temps que
les multimillionnaires, les très, très riches, au Québec, une infime minorité,
fassent aussi leur part.
Est-ce que le premier ministre peut
reconnaître qu'imposer la richesse des multimillionnaires, c'est faire preuve
de courage, et en a-t-il?
La Présidente
: La
réponse du premier ministre.
M. Legault : Oui, Mme la
Présidente, depuis sept ans et demi, on a remis beaucoup d'argent dans les
poches des Québécois, puis en particulier dans les poches des Québécois les plus
démunis. D'abord, on a doublé l'aide sociale pour les personnes qui ont des
contraintes, doublé. Ça, c'est une augmentation de 100 %. Ensuite, on a
mis un crédit d'impôt de 2 000 $ pour les 70 ans et plus qui ont des
faibles revenus. On a mis en place, pour plus de 800 millions, une
augmentation des allocations familiales, donc, pour les familles qui ont
plusieurs enfants, on a annulé la taxe famille libérale, on a augmenté le
crédit d'impôt pour les frais de garde d'enfant, on a baissé les tarifs de stationnement
dans les hôpitaux, on a augmenté le crédit d'impôt pour les proches aidants, on
a augmenté le crédit d'impôt pour le maintien à domicile des aînés, on a
remboursé les lunettes pour les personnes qui sont dans des familles où ils ont
moins de revenus, on a augmenté le soutien pour les enfants handicapés, on a
augmenté l'exemption pour les pensions alimentaires, on a augmenté l'aide
financière aux études pour les étudiants qui ont des revenus moins élevés.
Mme la Présidente, plus de 7 milliards,
7 milliards. Il n'y a pas un gouvernement, il n'y a pas une province...
La Présidente
: En
terminant.
M. Legault : ...qui a remis
autant d'argent dans les poches des Québécois. Je comprends que, pour Québec...
La Présidente
: Première
complémentaire.
Mme Ghazal : Mme la
Présidente, il n'y a pas un seul endroit...
15 h 13 (version non révisée)
Mme Ghazal : ...il n'y a pas
une province qui a autant gaspillé que le gouvernement de la CAQ. Le premier
ministre me dit tout l'argent qu'il donne, mais il ne parle pas des gaspillages.
Puis, pendant ce temps-là, bien, on pénalise toujours les mêmes. Les gens paient
beaucoup d'impôt, puis après ça, ils sont pénalisés avec l'austérité puis des
coupes dans les services publics. Mais les Québécois, eux, ils voient que c'est
injuste.
72 % des Québécois et Québécoises
sont d'accord d'imposer les multimillionnaires. Est-ce que le premier ministre
est d'accord avec les Québécois ou non?
La Présidente : La réponse du
premier ministre.
M. Legault : Bien, Mme la
Présidente, j'aimerais que Québec solidaire fasse un exercice sérieux, parce que
le Québec, comme on dit, est pauvre en riches, donc il n'y a pas beaucoup de
riches. Donc, déjà les impôts sont très... très élevés, on parle de plus de
50 % sur les revenus. Puis, comme on le dit souvent, trop d'impôt tue l'impôt.
Donc, je voudrais savoir, là, qu'est-ce qu'elle
propose concrètement puis qu'est-ce que c'est, quelqu'un qui est riche. Est-ce
que c'est un enseignant qui gagne 100 000 $ par année? C'est quoi,
être riche, pour elle?
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Ghazal : Bien, permettez-moi,
Mme la Présidente, de faire l'éducation du premier ministre. Les enseignants,
les infirmières, les gens qui ont des salaires, eux autres n'ont pas vu leurs
salaires augmenter à une vitesse aussi phénoménale...
Des voix : ...
La Présidente : Je suis debout.
Articles 32 et 37. Gardez le silence. Gardez le silence. Je veux entendre la
question. Ensuite, il y aura une réponse. Gardez le silence. Mme la cheffe, poursuivez.
On vous écoute.
Mme Ghazal : Mme la Présidente,
les salariés au Québec, il faut vraiment être déconnecté pour ne pas savoir c'est
quoi, leur vie. Ils n'ont pas vu leurs salaires augmenter à une vitesse aussi
phénoménale que les multimillionnaires. Le premier ministre me parle de la
richesse, c'est d'imposer la richesse, les gens qui sont assis et qui ont vu
leurs salaires... leurs richesses doubler. Est-ce qu'il accepte d'aller
chercher...
La Présidente : ...du premier
ministre.
M. Legault : Mme la
Présidente, là, comme on dit en québécois, là, je pense que la cheffe de Québec
solidaire a manqué une bonne game, elle a manqué une bonne game depuis sept
ans. Est-ce qu'elle se rappelle... ce n'était pas elle qui était cheffe, là, mais
qu'à l'époque ceux qui étaient chefs de Québec solidaire étaient contre le fait
que, pour la première fois dans l'histoire du Québec, on donne des plus grosses
augmentations de salaire aux enseignants qu'à l'ensemble des travailleurs des
réseaux du gouvernement. Le salaire maximum est passé de 84 000 $ à
plus de 100 000 $. On a augmenté les salaires des enseignants comme
ça ne s'est jamais vu dans l'histoire du Québec.
Maintenant, je répète ma question : Est-ce
qu'un enseignant qui gagne 100 000 $...
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, Mme
la Présidente. Le budget de demain, c'est la dernière chance de la CAQ pour
réparer les pots cassés. Après huit ans de mauvaise gestion, nos
infrastructures de santé tombent en ruine. Il n'y a pas un jour, pas un jour
que les gens ne voient pas que... les dommages causés par l'inaction de ce
gouvernement. Ce matin, c'était au tour de l'hôpital neurologique de Montréal d'illustrer
ce délabrement : des patients soignés dans des corridors, derrière des
rideaux de douche, des rallonges scotchées au mur et des fuites d'eau épongées
avec des buvards. Ce n'est pas un cas isolé, malheureusement. Je pourrais
parler de Maisonneuve-Rosemont ou de l'Institut Douglas, que je connais très
bien. Nos hôpitaux tiennent avec de la broche.
J'espère que demain, le ministre des
Finances est prêt, parce que les Québécois s'attendent que le mot de la fin de
ce gouvernement soit au moins être à la rescousse de nos hôpitaux à bout de
souffle.
Ma question est simple : Est-ce que
le ministre des Finances, demain, va doubler les investissements pour la
rénovation de nos hôpitaux?
La Présidente : La réponse de
la ministre de la Santé.
Mme Bélanger : Oui. Mme la
Présidente, écoutez, on continue à améliorer nos infrastructures en santé au
Québec. On l'a fait depuis 2018, on continue. Vous allez voir les résultats
cette semaine, il y aura éventuellement d'autres annonces, on fera progresser
les projets d'infrastructures au Québec qui sont priorisés. Alors, Mme la
Présidente, on va continuer de faire ce qu'il faut avec les centres
hospitaliers, bien sûr, puis n'oublions pas aussi avec les autres
infrastructures, parce qu'on parle beaucoup d'hôpitaux ici, mais il ne faut pas
oublier qu'il y a aussi tout le réseau d'hébergement pour les aînés, il y a
aussi d'autres centres, en réadaptation, par exemple...
15 h 18 (version non révisée)
Mme Bélanger : ...Alors, on
essaie d'avoir un équilibre dans tout ça, Mme la Présidente. Moi, je suis très
contente. Aujourd'hui, je suis allée faire une annonce à Drummondville. Les
gens qui étaient là étaient contents. Et, là aussi, il y en a eu, des dégâts d'eau,
puis il y en a eu, des choses. C'est drôle, on n'en... on n'entend pas parler
de ça aujourd'hui, là. Mais on l'a mis en priorité, Drummondville. Allez-y.
Vous allez voir, les gens sont supercontents. Alors, on va continuer. On va
faire le dossier...
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Zaga Mendez : ...continuer,
ce n'est plus suffisant. Maisonneuve-Rosemont, ça fait 12 ans qu'il est en
planification. La coalition est sortie la semaine passée, elle nous dit clairement :
C'est 300 millions qu'il faut demain matin, demain, lors du budget pour
éviter de nouveaux retards catastrophiques. La moindre des choses pour la CAQ,
là, c'est de finir ce mandat en finançant nos hôpitaux comme du monde.
Ma question est simple : Est-ce que,
demain, on va doubler le budget pour les infrastructures en santé, oui ou non?
La Présidente : La réponse du
ministre responsable des Infrastructures.
M. Charette : Merci, Mme la
Présidente. Doubler, c'est... ce serait tout de même passablement
irresponsable, mais l'augmentation, elle a été majeure. Il y a quelques années,
lorsque le gouvernement a pris le pouvoir, nous étions à 100 milliards.
Nous sommes aujourd'hui à 164 milliards. Demain, on confirmera un nouveau
chiffre, mais on parle tout de même de 64 % d'augmentation en quelques
années à peine, ce qui est majeur. Et, à travers ces augmentations-là, il y a
un bel équilibre entre le maintien d'actifs et les nouveaux établissements qui
doivent se développer. Et Québec solidaire, malheureusement, pense que tout
tourne autour de Montréal. La métropole, elle, est essentielle au développement
du Québec.
La Présidente : En terminant.
M. Charette : Elle est bien
pourvue en termes d'investissements, mais il y a aussi des besoins dans d'autres
régions...
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Zaga Mendez : Demain
matin, les gens veulent juste voir une chose, c'est que nos états d'infrastructure
ne vont plus être dans un état désastreux, que, oui, le budget des
infrastructures en santé va être doublé pour venir à la rescousse de l'ensemble
des hôpitaux puis nos infrastructures en santé partout au Québec.
Demain, en fait, Mme la Présidente, c'est
l'épilogue, l'épilogue du gouvernement de la CAQ. Ça va être quoi? Pour passer
le test, il faut que ce soit écrit : Doubler les infrastructures en santé
partout au Québec.
La Présidente : La réponse du
ministre des Finances.
M. Girard (Groulx) : Oui. Mme
la Présidente, bien, je vais épiloguer. Il a déjà doublé, il a déjà doublé
depuis 2018-2019, le PQI en santé. Et puis, au total, comme mon collègue l'a
dit, c'est 64 %. Mais on a priorisé la santé, parce qu'il y avait un
niveau de désuétude qui nous avait été laissé par le gouvernement précédent,
alors il a fallu faire des efforts qui, en proportion, sont plus élevés que
64 %, bien que c'est ce qu'on a donné à l'ensemble des priorités du
gouvernement.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant la députée de Terrebonne.
Mme Gentilcore : Mme la
Présidente, on assiste, le Québec assiste ces jours-ci à une véritable
métamorphose politique. Pendant deux ans, la candidate à la chefferie de la CAQ,
ancienne ministre de l'Économie, a été la véritable gardienne de l'orthodoxie
caquiste, elle a justifié chacune des interventions de l'État. En 2023, ici
même, elle affirmait fièrement : Notre gouvernement soutient plus de 1 850 projets
par année. Un développement industriel sans risque, ça n'existe pas. Bref, elle
défendait bec et ongles chacune des subventions massives aux multinationales.
Mais, soudainement, la course à la chefferie lui a fait voir la lumière, Mme la
Présidente : Je vais être plus en retenue au niveau de l'interventionnisme
économique.
Donc, ma question pour le ministre de l'Économie,
elle est simple : De quel côté penche-t-il, du côté de Dr Jekyll ou de Mme
Hyde? Est-ce qu'il est du côté de l'ex-ministre de l'Économie, qui gérait par
gros chèques puis par risques, ou du côté de sa candidate à la chefferie, qui,
elle, renie maintenant son propre bilan?
La Présidente : La réponse du
ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie.
M. Boulet : Merci, Mme la Présidente.
Évidemment, on est du côté du développement économique régional, le support des
PME.
Je rappellerai à la collègue que 94 %
des interventions d'Investissement Québec du 1er avril 2019 au 31 mars
2025 étaient auprès d'entreprises de 250 employés et moins, 80 % des
interventions supportent des PME.
Je rappellerai à la collègue qu'à
Terrebonne on a supporté le Groupe ADF, qui a pu diversifier ses marchés, qui a
obtenu le plus important contrat de son histoire.
Je rappellerai qu'il y a à peine 10 jours
on a soutenu Tremcar, une entreprise de Granby, un projet de 37,7 millions...
15 h 24 (version non révisée)
M. Boulet : ...pour acheter
des robots soudeurs fabriqués ici, au Québec, à Trois-Rivières, ainsi que des
découpeuses automatisées. On a beaucoup d'exemples de soutien de PME. Ça a été
fait par ma collègue de Sanguinet. On continue de le faire. Ça fait partie de
la vision économique du Québec. Elle est fondamentale et c'est au coeur de nos
actions. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
: Première
complémentaire.
Mme Gentilcore : Dans son
nouveau plan, la députée de Sanguinet fustige l'État paternaliste et affirme
que le gouvernement s'est dissipé et dispersé, mais c'est d'elle-même dont elle
est en train de parler. Quand elle était ministre, elle a piloté des dossiers
comme Northvolt, Nemaska, Flying Whales, engageant des milliards de dollars
sans garantie solide. Est-ce que le ministre est d'accord pour dire que sa
candidate a elle-même manqué de retenue à l'époque?
La Présidente
: La
réponse du ministre.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Évidemment, il faut analyser chacun des projets à son mérite. Je
parlais de... un peu plus tôt, j'ai étudié complètement le dossier d'analyse d'Investissement
Québec. Il y a des critères qui sont parfaitement objectifs. On tient compte
des retombées économiques locales. Si on réfère à Nemaska, c'est 214 emplois
potentiels lors de la mise en opération de l'usine de conversion d'hydroxyde de
lithium, 500 emplois avec une moyenne de 133 000 $ de salaire
annuellement. Il y a beaucoup de projets, il faut les analyser, tenir compte
des avantages, des inconvénients et agir de cette manière. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente
: Deuxième
complémentaire.
Mme Gentilcore : Ce n'est pas
à l'État de choisir des gagnants, des perdants en saupoudrant des millions. La
députée a fait exactement ça en défendant les prêts pardonnables qui sont en
fait des subventions déguisées. Maintenant, elle dit plutôt qu'elle va mieux
encadrer les prêts qui sont accordés par Investissement Québec. C'est
exactement ça que je lui ai demandé le 29 octobre dernier. Donc,
maintenant qu'il a la bénédiction de la championne en règle des prêts
pardonnables, est-ce que le ministre va mettre fin à cette pratique-là, oui ou
non?
Des voix : ...
La Présidente
: Oui, M.
le leader du gouvernement, je vais vous écouter pour votre appel au règlement.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente. Oui, c'est au lexique depuis l'oeuvre du député de Marguerite-Bourgeoys,
Mme la Présidente. Alors, on demande de retirer.
La Présidente
: Ce n'est
pas qu'une question de lexique, Mme la députée. Je vous rappelle, article 35.1,
paroles interdites et propos non-parlementaires. Le député qui a la parole ne
peut désigner le président ou un autre député autrement que par son titre.
Alors, on n'invente pas de titre. Je vous invite à retirer ces paroles et j'aimerais
entendre la réponse.
Mme Gentilcore : Alors, donc,
maintenant que...
La Présidente
: Non,
non, Mme la députée, retirez les paroles et appelez par son titre la collègue.
Vous retirez. Merci. Il y avait quatre secondes au compteur.
Mme Gentilcore : ...maintenant
qu'il a la bénédiction de la députée de Sanguinet, est-ce qu'il va mettre fin à
cette pratique, oui ou non?
La Présidente
: Merci,
madame, vous avez tout compris. La réponse du ministre.
M. Boulet : Oui, écoutez, c'est
important de continuer de mettre l'accent sur les forces stratégiques du
Québec, notre énergie renouvelable, nos minéraux critiques, stratégiques, nos
PME, nos régions, notre intelligence artificielle, notre industrie de la
défense qui va générer des retombées bénéfiques pour l'ensemble des régions du
Québec et les PME qui s'impliquent aussi dans le plan d'action d'Hydro-Québec.
Il y aura construction d'infrastructures. On continue d'être actifs, et, je le
répète, la majorité de nos interventions sont auprès des PME qui ont besoin de
s'automatiser, de se robotiser et d'intégrer l'intelligence artificielle.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente
: En
question principale, je reconnais la députée de Chicoutimi.
Mme Laflamme : Mme la
Présidente, le PQI nous préoccupe. Tout le monde se souvient du budget de l'an
dernier. Le gouvernement de la CAQ a annoncé, d'une part, le plus lourd déficit
de l'histoire du Québec, d'autre part, le plus lourd déficit de maintien des
infrastructures, plus de 40 milliards de dollars. Et qu'est-ce qui s'en
est suivi? La décote.
Ce n'est pas drôle, après huit ans de
caquisme, l'état de nos routes, de nos hôpitaux, mais aussi de nos écoles s'est
empiré au point que tout le monde, de l'Ordre des architectes à l'Institut
économique de Montréal, ne demande maintenant qu'une seule chose : Réparez,
s'il vous plaît, réparez. Tout le contraire de ce que la CAQ a fait avec des
projets signatures dans une poignée de comtés. Il est temps que la CAQ entende
ce message. Il faut passer de projets en phase de planification à des écoles,
des routes et des hôpitaux en réparation.
Alors, est-ce que le ministre des
Infrastructures s'est décidé à mettre la priorité au maintien des actifs pour
le dernier budget de la CAQ, oui ou non?
La Présidente
: La...
15 h 29 (version non révisée)
La Présidente : ...la réponse
du ministre responsable des Infrastructures.
M. Charette : Merci, Mme la
Présidente. Je veux d'abord souhaiter la bienvenue à notre collègue en cette
Chambre, mais peut-être lui rappeler que ce n'est pas une bonne idée, dans une
même phrase, de parler de décote et ensuite de parler d'investissements qui
doivent être haussés au niveau du PQI. Mon collègue aux Finances l'a bien dit,
la décote est en partie redevable à cette responsabilité que nous... assumons
pleinement de corriger les erreurs du passé, c'est-à-dire investir davantage
dans nos infrastructures. Il y a un lien direct à établir et le nier est
quelque peu douteux, Mme la Présidente.
Sinon peut-être rassuré la collègue,
demain, un PQI qui se voudra aussi responsable, mais qui laissera une place
importante au maintien des actifs. Historiquement, on avait les deux tiers du
PQI qui était réservé au maintien des actifs. J'invite la collègue à porter une
attention particulière au pourcentage qui sera annoncé demain, on va en faire
encore davantage pour maintenir dans un État acceptable nos institutions, que
ce soit nos écoles, que ce soit nos hôpitaux, que ce soit nos routes, Mme la
Présidente.
La Présidente : Première
complémentaire.
Mme Laflamme : Alors, la
décote parle de la gestion financière du gouvernement, bien sûr, vous savez,
jamais il n'y a eu autant de projets au PQI, mais je vais vous donner un
exemple d'infrastructures stationnées au PQI : le bloc opératoire de
Chicoutimi, qui est dans un piteux état depuis, attendez-vous bien, 2013. L'ex-ministre
de la Santé a promis en 2022 de fournir les sommes nécessaires pour le bloc
opératoire, quatre ans plus tard, toujours rien. Est-ce que demain on va devoir
ajouter le bloc opératoire de Chicoutimi à la liste des promesses rompues de la
CAQ?
La Présidente : Chut! La
réponse du ministre.
M. Charette : Naturellement,
je vais demander à la collègue de patienter, il reste à peine 24 heures,
24 h 30 avant le dévoilement du PQI, mais je pourrai l'inviter à
faire une petite recherche à travers le mot Chicoutimi demain, notamment dans
le PQI, pour voir des réponses à ses interrogations. Mais, de façon générale,
je résume, le PQI qui sera présenté, il sera responsable, il sera à la hauteur
de nos moyens, ce sera l'occasion pour nous d'assurer de la même façon du
développement économique, tout en assurant que notre réseau scolaire, que notre
réseau des transports, notre réseau de santé soit aussi bien financé, tant au
niveau d'actifs à maintenir que de nouveaux investissements.
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
Mme Laflamme : Alors, je
serai très attentive demain parce que le gouvernement a préféré toujours
construire des nouvelles infrastructures plutôt que d'entretenir notre parc
existant. On se retrouve avec beaucoup de bâtiments à entretenir et le pire
déficit d'infrastructure de notre histoire. Nous, je vous rappelle qu'on veut
aller chercher 90 milliards de dollars du fédéral et éliminer un
palier de gouvernement au complet. Le refus essuyé par la CAQ cumule des
manques à gagner de...
La Présidente : Attendez, Mme
la députée. Je suis debout. Membres du gouvernement. Je vous rappelle l'article 32,
vous gardez le silence. J'aimerais entendre la question. Le respect, ça va des
deux côtés. Chut! Mme la députée, poursuivez. Chut!
Mme Laflamme : Alors, les
refus essuyés par la CAQ cumulent des manques à gagner de 16 milliards, mais
combien de HMR, de blocs opératoires on aurait pu se payer?
La Présidente : La réponse du
ministre des Infrastructures. Chut!
M. Charette : Mme la
Présidente, encore là, je suis tenu à une certaine réserve à ce moment-ci, mais
je vais donner un petit indice à la collègue et à nos amis du Parti québécois :
nous n'attendrons pas un oui à un hypothique... hypothétique référendum avant
de financer l'hôpital de Chicoutimi. Donc, je donne un petit indice à ce
niveau-là. Mais sinon, encore une fois, il faut faire attention aux
contradictions. On ne peut pas nous reprocher d'investir dans le maintien d'actifs
et nous demander d'investir davantage au niveau de nouvelles infrastructures, tout
comme on ne peut pas nous reprocher d'investir dans de nouvelles
infrastructures tout en maintenant un actif qui est celui des générations
futures. Donc, encore une fois, patientons quelques hommes, mais un PQI
responsable demain.
La Présidente : En question
principale, je reconnais maintenant un député indépendant qui aura droit à ces
trois questions, je préserve son droit de parole et je reconnais le député de Rosemont.
M. Marissal : Merci, Mme la
Présidente. C'est peut-être une... ma dernière question ici, qui sait? En tout
cas, assurément une des dernières. J'aurais préféré qu'elle ne touche pas HMR,
j'aurais préféré que ce soit réglé, mais ça ne l'est pas. Alors je me suis
engagé auprès de la coalition, puis de la population de l'est de Montréal, de
continuer de poser des questions là-dessus. En 2018, on nous a dit, la CAQ nous
a dit : C'est fait. 2021, on nous a dit : C'est fait. 2023, là, c'est
vrai là, là, c'est fait. Trois fois, trois fois rien. Pire, en novembre 2025...
15 h 34 (version non révisée)
M. Marissal : ...le
gouvernement a demandé des compressions supplémentaires de 15 % dans un
projet qui avait déjà été charcuté de 15 à 20 %, exactement la recette
pour bloquer un projet. J'entendais la ministre de la Santé, ce matin, dire :
Évidemment, on ne va pas lancer les 300 projets en même temps. Ça va de soi. Il
n'y a personne qui demande ça, il n'y a évidemment personne qui demande ça.
Puis elle a aussi dit qu'on va y aller selon les priorités de la population.
Alors, la question, là, que tout le monde
se pose : Pourquoi on attend encore HMR?
La Présidente : Réponse de la
ministre de la Santé.
Mme Bélanger : Oui, Mme la
Présidente. J'apprécie la question, et effectivement l'Hôpital
Maisonneuve-Rosemont, ça fait partie de nos priorités. On n'a pas l'intention d'arrêter
les travaux en lien avec l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Je sais qu'il y a eu
une très grande mobilisation, là, de tous les partis, il y a quelques jours.
Alors, ça fait partie de nos priorités, l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Et l'année dernière, on a même, donc,
décidé de se donner de la capacité en créant... en déplaçant le stationnement,
justement pour pouvoir procéder aux agrandissements. Il y a des comités de
travail qui sont en place. On leur a demandé, comme on a demandé à tous les
établissements au Québec, de s'assurer de respecter le projet clinique, c'est-à-dire
le nombre de lits, le nombre de services, mais de voir peut-être à réduire
certains espaces plus administratifs ou plus techniques. Est-ce que c'est
responsable, Mme la Présidente, de demander aux établissements d'essayer de
restreindre les coûts? Puis, dans le cas de Maisonneuve-Rosemont, on ne leur a
pas demandé de diminuer le nombre de lits. Alors, il y a beaucoup de
désinformation. Maisonneuve-Rosemont, c'est prioritaire, il va aller de l'avant,
et on sera au rendez-vous.
La Présidente
:
Première complémentaire.
M. Marissal : Les gens de ma
circonscription puis l'est de Montréal, ils nous posent toujours la même
question : Comment ça se fait qu'on attend encore? Comment ça se fait qu'après
sept ans, ce gouvernement n'a pas été capable de les envoyer, les fameuses
pépines... obligé de répondre qu'un projet comme ça, ça a besoin d'un seul
ingrédient pour partir : la volonté politique. Alors, je refile la
question de mes concitoyens, concitoyennes à la ministre ou peut-être au
ministre responsable des Infrastructures :
Pourquoi ne pas avoir eu la volonté
politique de lancer ce projet-là une fois pour toutes?
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Bélanger : Oui. Mme la
Présidente, je le... je le rappelle, lorsque nous sommes arrivés, en 2018, il y
avait déjà des projets, il y avait un ordre de priorité. On a refait les
travaux, on a aussi décidé d'investir pour nos soins de longue durée au Québec.
On a regardé ça dans une perspective de pouvoir en avoir, oui, à Montréal, à
Québec, en Estrie, mais aussi différents projets dans les différentes régions.
On est rendus dans une autre étape dans nos priorités. L'Hôpital
Maisonneuve-Rosemont fait partie des priorités, Mme la Présidente, c'est ce que
je veux dire aujourd'hui. On va de l'avant, on va faire avancer le projet. C'est
important, il y a une offre de services, là, qui est appréciée et qui est
importante...
La Présidente : Deuxième
complémentaire.
M. Marissal : Au deuxième... à
son deuxième mandat, la CAQ et les ministres se promenaient avec un livre sous
le bras, je pense que c'était une gracieuseté du premier ministre, qui avait
trouvé l'inspiration là-dedans, intitulé How big things get done. Bien,
apparemment, l'inspiration n'a pas trop collé, en tout cas, certainement pas
pour HMR puis tous les autres hôpitaux qu'on attend au Québec. La CAQ a plutôt
réécrit un grand livre : Comment ne pas faire les infrastructures dont on
a absolument besoin au Québec? Il y a une occasion, là, pour la ministre, là,
peut-être d'envoyer un message d'espoir, pour une fois, pour dire qu'il y aura
quelque chose dans le budget demain, je ne lui demande même pas quoi dans le
détail.
La Présidente : La réponse de
la ministre.
Mme Bélanger : Mme la
Présidente, bien, le message d'espoir, c'est un message où on va travailler sainement
dans le Plan québécois des infrastructures. On a revu les priorités, Santé
Québec a revu, donc, la façon d'évaluer les établissements. Puis, demain, bien,
il y aura des bonnes nouvelles, dans les prochaines heures, pour les
infrastructures au Québec, Mme la Présidente.
La Présidente : Voilà. Cela
me fin à cette période de questions et de réponses orales.
Comme il n'y a pas de votes reportés, nous
allons passer à la rubrique Motions sans préavis, et pour ce faire, je cède la
place à la première vice-présidente de l'Assemblée nationale. Bonne fin de
journée, tout le monde.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Alors, nous allons poursuivre nos travaux.
À la rubrique des motions sans préavis et
en fonction de nos règles et l'ordre de présentation des motions sans préavis,
je reconnais maintenant un membre du groupe formant le gouvernement. Mme la
ministre de l'Emploi.
Mme Déry : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Je...
15 h 39 (version non révisée)
Mme Déry : ...sollicite le
consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion suivante
conjointement avec les députés de Jeanne-Mance—Viger, d'Hochelaga-Maisonneuve,
de Jean-Talon, de Rimouski, de Rosemont, d'Abitibi-Est, de Laporte et de
Saint-Laurent : «Que l'Assemblée nationale réitère que l'Entente de
principe Canada-Québec relative au marché du travail, conclue en 1997,
reconnaît formellement la responsabilité du Québec en matière de formation de
la main-d'œuvre et de développement du marché du travail;
«Qu'elle rappelle que les sommes annoncées
dans le cadre de la réponse tarifaire canadienne pour la main-d'œuvre
proviennent de la Caisse de l'assurance-emploi, payée par les cotisations des
travailleurs et les entreprises québécoises;
«Qu'elle réitère l'importance que le
transfert de ces sommes se fasse dans les plus brefs délais, sans condition
supplémentaires à l'entente de principe et dans le respect des champs de
compétences du Québec.»
Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
Mme la ministre. Est-ce qu'il y a consentement pour débattre de cette motion? M.
le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : ...consentement
sans débat, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Cette
motion est-elle adoptée?
Des voix
: Adopté.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Motion adoptée.
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Oui, M. le leader.
M. Lévesque (Chapleau) : ...d'envoyer
une copie de la motion à la ministre fédérale de l'Emploi et des Familles ainsi
qu'au ministre fédéral de la Transformation du gouvernement, des Services
publics et de l'Approvisionnement et lieutenant du Québec.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Ça
sera fait. Donc, je suis maintenant prête à entendre un membre du groupe
formant l'opposition officielle. Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Mme la Présidente,
je sollicite le consentement de cette Assemblée afin de présenter la motion
suivante conjointement avec le député de Gouin, le député de Matane-Matapédia,
le député d'Abitibi-Est, la députée de Laporte, le député de Rosemont, la
députée de Saint-Laurent et la députée de Chomedey :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse la
pertinence de la mission des centres d'éducation populaire, qui offrent entre
autres des services d'alphabétisation, de francisation et d'enseignement en
informatique auprès des personnes adultes vulnérables;
«Qu'enfin, elle demande au gouvernement
caquiste d'assurer immédiatement le financement requis pour que les centres
d'éducation populaire du Québec puissent poursuivre leurs opérations et faire
face à la hausse de leurs coûts de fonctionnement, notamment de loyers.»
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la députée. Est-ce qu'il y a consentement pour débattre de cette
motion? M. le leader adjoint du gouvernement.
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Comme il n'y a pas de consentement, nous allons poursuivre avec un membre du
deuxième groupe d'opposition. M. le député de Jean-Lesage.
M. Zanetti : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je sollicite le consentement de cette Assemblée pour
présenter la motion suivante conjointement avec la députée de Laporte, le
député de Rosemont et la députée de Saint-Laurent :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse,
comme l'a affirmé le ministre de la Culture, que la principale menace envers la
culture francophone ne vient pas de l'immigration, mais bien des géants du Web,
et qu'elle souligne l'importance d'agir pour mieux protéger et promouvoir la
culture québécoise face à ces plateformes numériques.»
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Est-ce qu'il y a consentement pour débattre de cette motion? M.
le leader adjoint.
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Cette motion est-elle adoptée?
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Oui. Alors, il y a une demande de vote électronique. Le vote est maintenant
ouvert.
Le vote est maintenant terminé. M. le
secrétaire général, pour le résultat du vote.
Le
Secrétaire : Pour : 90
Contre : 0
Abstentions : 8
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
cette motion est adoptée. M. le leader de l'opposition officielle.
M. Beauchemin : ...collègue
de Bourassa-Sauvé est conjointe à la motion.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
consentement? Est-ce qu'il y a consentement?
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Oui? Bon. Donc, parfait. Donc, nous allons poursuivre avec un membre du...
15 h 44 (version non révisée)
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : ...groupe
d'opposition. M. le député d'Arthabaska.
M. Boissonneault : Merci, Mme
la Présidente. Je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin
de présenter, conjointement avec le ministre de l'Immigration, de la
Francisation et de l'Intégration et les députés d'Abitibi-Est, Laporte et
Rosemont, la motion suivante :
«Que l'Assemblée nationale reconnaisse qu'un
parcours d'immigration réussi doit comprendre l'intégration à la nation
québécoise;
«Qu'elle reconnaisse que les nouveaux
arrivants ont le devoir de s'intégrer en français au Québec de manière à
permettre à la nation québécoise de perdurer dans sa spécificité linguistique
et culturelle au cours des prochaines décennies;
«Qu'elle rappelle enfin que la société d'accueil
doit mettre en place les mesures nécessaires, notamment en francisation, dans
le respect de sa capacité d'accueil pour que les immigrants puissent s'intégrer
avec succès à la collectivité.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Est-ce qu'il y a consentement pour débattre de cette motion? M.
le leader adjoint du gouvernement.
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Est-ce que cette motion est adoptée?
Une voix : ...
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Oui. Donc, une demande de vote électronique. Le vote est maintenant ouvert.
La période de vote est terminée. M. le
secrétaire général, pour le résultat du vote.
Le
Secrétaire : Pour : 97
Contre : 0
Abstentions : 1
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
la motion est adoptée. Nous allons maintenant poursuivre.
À la rubrique Avis touchant les travaux
des commissions, M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Oui.
Merci, Mme la Présidente. Et donc j'avise cette Assemblée que la Commission de
l'économie et du travail va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 11,
la Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d'allègement du
fardeau réglementaire et administratif, aujourd'hui, après les affaires
courantes jusqu'à 19 h 15, à la salle Louis-Joseph-Papineau.
La Commission des finances publiques va
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 7, la Loi visant à
réduire la bureaucratie, à accroître l'efficacité de l'État et à renforcer l'imputabilité
des hauts fonctionnaires, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 19
h 15, à la salle Marie-Claire Kirkland.
La Commission de l'aménagement du
territoire va poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 13, la Loi
visant à favoriser la sécurité et le sentiment de sécurité de la population et
modifiant diverses dispositions, aujourd'hui, après les affaires courantes
jusqu'à 19 h 15, à la salle Pauline-Marois.
La Commission des relations avec les
citoyens va poursuivre l'étude détaillée du projet loi n° 12, la Loi
instituant la prestation de services de garde éducatifs à l'enfance par les
personnes reconnues à titre de responsable d'un service de garde éducatif en
communauté, aujourd'hui, après les affaires courantes jusqu'à 19 h 15, à la
salle Louis-Hippolyte-La Fontaine.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci.
Pour ma part, je vous avise que la Commission des transports et de l'environnement
se réunira en séance de travail le mercredi 18 mars 2026, de 8 h 30 à 9 h, à la
salle Louis-Hippolyte-La Fontaine, afin de statuer sur la possibilité que
la commission se saisisse de la pétition concernant l'obtention d'un brigadier
scolaire pour les écoles secondaires qui répondent aux critères.
Maintenant, nous allons poursuivre. À la
rubrique Renseignements sur les travaux de l'Assemblée, je vous informe que,
demain, lors des affaires inscrites par les députés de l'opposition, sera
débattue la motion inscrite par M. le leader de l'opposition officielle. Cette
motion se lit comme suit :
«Que l'Assemblée nationale prenne acte que
la mauvaise gestion des finances publiques par le gouvernement caquiste depuis
2018, marquée par de nombreux gaspillages de fonds publics et une augmentation
importante de la dette, n'a pas permis une amélioration marquée dans l'accès
aux services publics pour les Québécoises et les Québécois.
La période des affaires courantes étant
terminée, nous allons maintenant passer aux affaires du jour, et, M. le leader
adjoint du gouvernement, pouvez-vous nous indiquer la suite de nos travaux?
M. Lévesque (Chapleau) : Oui.
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je demanderais de bien vouloir appeler l'article
1 du feuilleton.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Donc,
à l'article 1 du feuilleton, l'Assemblée reprend le débat ajourné plus tôt
aujourd'hui sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1, Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec. Y a-t-il des interventions? Mme la
députée...
15 h 49 (version non révisée)
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : ...députée
de Verdun, je vous cède la parole.
Mme Zaga Mendez : Merci, Mme
la Présidente. Avant la pause, je pressentais de mon côté notre point sur le
principe du projet de loi n° 1, ladite Constitution caquiste,
puis j'avais commencé mon exposé justement pour parler de l'angle mort de cette
Constitution concernant le droit de l'environnement, montrant comment cette
Constitution fait la protection de l'environnement... en fait, que le
gouvernement a choisi de ne pas faire de la protection de l'environnement un
principe constitutionnel fondamental.
J'allais commencer aussi à parler de l'article 20
du projet de loi en ce qui concerne la protection des lots, une protection
illusoire. Le gouvernement pourrait... pourrait répondre que la Constitution
connaît tout de même... reconnaît, pardon, tout de même la protection du patrimoine
collectif, notamment à travers l'article 20 du projet de loi. Ceci dit,
cet article affirme que l'État assure la protection du patrimoine commun de la
nation québécoise et que l'eau est une ressource collective faisant partie de
ce patrimoine. À première vue, on va... on peut se dire... que cela nous semble
rassurant. Mais il faut regarder ce texte de plus près, parce que reconnaître l'eau
comme patrimoine collectif ne signifie pas nécessairement protéger l'eau. Au
contraire, la formulation retenue par le gouvernement risque d'affaiblir le
statut juridique actuel de l'eau au Québec, c'est une de nos plus grandes
préoccupations. C'est la même chose qui a été soulignée par l'organisme Eau Secours,
qui travaille depuis des années à la sauvegarde de l'eau, de l'eau douce sur
notre territoire et qui a déposé un mémoire dans le cadre des consultations. Eau
Secours rappelle que selon la loi affirmant le caractère collectif des
ressources en eau et selon même le Code civil du Québec, l'eau doit être... est
considérée présentement comme une chose commune, ce qu'on connaît dans la loi
comme res... res communes, du latin, et ses statuts... juridiques, il est
fondamental, il est fondamental de continuer avec ce principe que l'eau n'est
pas un bien privé, n'est pas un bien public, c'est une chose commune. Parce qu'une
chose commune est hors commerce, elle ne peut pas être appropriée, elle ne peut
pas être vendue, elle ne peut pas devenir l'objet de spéculation, contrairement,
par exemple, à des biens dits publics comme notre forêt, comme nos minéraux, l'eau,
elle doit être considérée toujours comme un bien qui ne peut pas être
commercialisé ou approprié.
Or, en inscrivant l'eau en tant que
patrimoine commun de la nation québécoise, la Constitution, ce qu'il propose, c'est
de retirer le caractère inappropriable de l'eau, à notre égard, pour lui donner
un nouveau statut qui ouvre la porte à la privatisation. C'est ce principe d'inapropriabilité
qui fait en sorte qu'on ne peut pas privatiser des sources d'eau et les
revendre par la suite. Elle modifie profondément la logique juridique en
affectant à l'État un rôle de propriétaire, en lui donnant, par le fait même, le
droit de disposer la ressource comme il l'entend, ou d'en attribuer la gestion
ou l'usage à des compagnies privées pour des fins lucratives. Lorsqu'on considère
que ce gouvernement a adopté une loi sur mesure et sous bâillon, et on s'en
souvient tous et toutes, pour permettre à Stablex, une multinationale étrangère,
de venir déverser ses déchets toxiques dans un milieu humide à Blainville, de venir
souillé l'eau de ce milieu à l'ensemble de ces milieux naturels sensible en
milieu extrêmement riche en biodiversité, malgré la forte opposition du maire,
des résidents et des personnes de la région de Blainville, pouvons-nous
réellement faire confiance à ce gouvernement qui inscrit l'eau en tant que
patrimoine collectif de la nation, parce qu'il veut réellement la protéger? On
veut être clair : tout ce que ce projet de loi apporte à l'environnement,
c'est la possibilité pour l'État québécois d'utiliser les ressources comme bon
lui semble. Donc, dans ce cas, même en allant pour privatiser notre ressource,
ce n'est pas ainsi qu'on protège notre patrimoine collectif.
Si on veut vraiment protéger ses
patrimoines, si on... ce qu'il faudra faire, c'est avoir l'audace d'imaginer
des outils juridiques qui vont permettre de protéger les éléments les plus
constitutifs de notre identité collective. Il va nous falloir penser à des
façons de réellement protéger l'intégrité de notre territoire et des
écosystèmes. Et j'ai le goût de parler du fleuve Saint-Laurent...
15 h 54 (version non révisée)
Mme Zaga Mendez : ...le Saint-Laurent,
qui n'est pas un cours d'eau comme les autres au Québec. C'est la colonne
vertébrale écologique, culturelle et économique de notre nation. C'est lui qui
relie — puis on le voit — nos régions, qui nourrit nos
communautés, ça... tous nos paysages et notre imaginaire collectif. Depuis des
millénaires, il est le lieu de vie, de rencontre, de subsistance pour des
peuples qui habitent ces territoires. Une chose qui peut être faite
juridiquement, par exemple lorsqu'on veut protéger, c'est de reconnaître un
statut juridique, comme reconnaître le statut juridique au fleuve Saint-Laurent,
qui peut s'inscrire dans un mouvement international, qui reconnaît que certains
écosystèmes sont trop essentiels pour être traités comme de simples ressources.
Leur donner un statut juridique, c'est reconnaître leur valeur intrinsèque et
notre responsabilité collective de les protéger. Ce serait, par exemple, de
cette façon qu'on pourrait avoir une avancée concrète pour protéger notre patrimoine
écologique et culturel. Cela peut permettre de mieux défendre les écosystèmes
marins, de préserver la biodiversité, de protéger ce qui est, pour des millions
de Québécoises et des Québécois, un véritable garde-manger. Parce que protéger
le fleuve Saint-Laurent, ce n'est pas seulement protéger l'eau, c'est protéger
une source de vie, une mémoire collective et même l'avenir du Québec.
Finalement... il me reste encore un peu de
temps. Je veux parler de la protection de l'environnement comme une question de
santé publique. Le droit à un environnement sain n'est pas seulement une
question écologique, c'est aussi une question de santé publique. Quand on parle
de santé, c'est la santé... une santé qui est durable puis qui va au-delà des
accès de soins de santé, même si je pense qu'on va tous et toutes s'entendre
ici, tout le travail qu'il faut continuer à faire dans ce sens. Quand on parle
de droit à l'environnement puis de droit à un environnement sain, c'est l'air
que nous respirons, c'est l'eau que nous buvons, c'est la qualité des milieux
de vie dans laquelle grandissent nos enfants. Les experts en santé publique
nous rappellent que la dégradation environnementale a des impacts directs en ce
moment sur la santé humaine. Les maladies respiratoires, les maladies
chroniques, les effets psychologiques des catastrophes climatiques sont déjà
bien documentés. Et ces impacts ne touchent pas tout le monde de la même façon.
C'est souvent les populations les plus vulnérables qui vivent dans les
quartiers les plus exposés à la pollution, les plus... où il y a plus des îlots
de chaleur... et aux risques environnementaux.
De ne pas inscrire clairement le droit à
un environnement sain dans la Constitution, c'est d'accepter que ces enjeux
demeurent secondaires. Et ce sont, encore une fois, les mêmes populations qui
vont subir les conséquences, parce que c'est prouvé. C'est prouvé que lorsqu'on
est en bas de l'échelle, on vit de façon démesurée les effets des changements
climatiques. J'ai donné tout à l'heure les exemples des îlots de chaleur qui
sont situés dans les quartiers les plus pauvres. Et, on l'a vu, par exemple,
comme dans le quartier Limoilou, comment ce sont nos quartiers populaires qui
vivent les effets de la pollution atmosphérique. Cette constitution nous donne
aussi une vision à court terme, à courte vue, de l'avenir du Québec. Parce qu'une
constitution, ce qu'elle doit regarder, entre autres, ce n'est pas seulement le
fondement d'une nation, c'est l'avenir de ses peuples. Elle doit anticiper tous
les défis du siècle que nous aurons devant nous. Or, la crise climatique est
sans doute le plus grand défi auquel nos générations sont confrontées. Partout
dans le monde, des constitutions... reconnaissent de façon explicite la
protection de l'environnement ou même les droits de la nature. Donc, comme je
le disais tout à l'heure, qui donnent des statuts juridiques à des entités
écologiques, comme c'est le cas du fleuve Saint-Laurent. Il y a d'autres
projets comme ça au Québec, comme le cas de la rivière Magpie dans la Côte-Nord.
Ce type d'innovation juridique repose sur une idée simple : la protection
des écosystèmes est une condition essentielle à la justice sociale, à la
stabilité économique et à la démocratie. Dans ce contexte, ce projet de
constitution proposé par la CAQ apparaît profondément à contre-courant, parce
qu'il ignore la crise écologique, ignore les appels de la société civile. Il
ignore aussi les acquis juridiques déjà reconnus au Québec.
J'aimerais prendre quelques minutes aussi pour
parler de peut-être moins d'environnement, mais d'un autre... un autre dossier
que je porte depuis le début de mon mandat. C'est le lien que nous devons avoir
avec nos communautés anglophones historiques, avec les Québécois et Québécoises
d'expression anglaise. Parce qu'au-delà des questions environnementales, le
projet de loi n° 1 soulève également des
préoccupations importantes pour plusieurs communautés du Québec, notamment pour
les Québécois et Québécoises d'expression anglaise. Depuis longtemps, cette
communauté contribue pleinement à la vie sociale, culturelle et économique du
Québec...
15 h 59 (version non révisée)
Mme Zaga Mendez : ...et fait
partie intégrante de notre histoire et de notre diversité. Or, plusieurs
organisations représentant la communauté anglophone sont venues exprimer des
inquiétudes que, je pense, ça vaut la peine de ressortir puis d'entendre. Ces
inquiétudes portent notamment sur la protection de certains droits
linguistiques, sur l'accès aux institutions publiques pour les communautés
historiquement d'expression anglaise et sur la crainte que certaines
dispositions constitutionnelles puissent être utilisées pour restreindre les
droits déjà fragilisés. Puis c'est des choses que je vois à Verdun, des
communautés anglophones qui sont établies au Québec depuis des années et qui
ont le droit, puis on a... qui sont... que c'est reconnu, avoir des services de
santé puis d'éducation dans leur langue, plusieurs d'entre elles qui viennent
des classes populaires, et qu'ils ont bâti aussi le Québec en travaillant, dans
le cas du sud-ouest, dans toute la région industrielle autour du canal Lachine.
Dans une société pluraliste comme le
Québec, où une constitution devrait être un instrument de rassemblement, elle
devrait rassurer les communautés, protéger leurs droits et affirmer que chacune
et chacun a sa place dans notre projet collectif. Malheureusement, le projet de
constitution de la CAQ ne semble pas aller dans ce sens. Un projet de
constitution, puis avec les quelques minutes qui me restent, c'est un projet de
rêve pour rassembler, pour bâtir. En Amérique latine, puis là je parle de mon
héritage en même temps, nous avons vu des moments clés, surtout pour les droits
de l'environnement, surtout pour reconnaître les droits des peuples autochtones
dans des pays comme l'Équateur et la Bolivie, qui sont allés... qui sont passés
à travers une... des assemblées constituantes qui ont rassemblé et qui ont créé
des États plurinationaux. Parce que c'est ça l'objectif, la création d'une
constitution, et ce n'est pas le processus que la CAQ a choisi. Parce qu'une
constitution devrait être un moment de rassemblement démocratique, elle devrait
permettre à la société de se reconnaître dans un projet commun, collectif.
Mais, pour cela, elle doit absolument être élaborée à travers un processus
ouvert, inclusif et démocratique. Elle doit être construite avec la participation
réelle de la population. Et ce n'est pas du tout le processus et ce n'est pas
du tout le projet que la CAQ nous propose aujourd'hui.
Pour nous, une autre voie est possible.
Pour Québec solidaire, on croit que le Québec mérite, oui, une véritable
constitution, mais une constitution écrite par et pour le peuple, pas imposée
par un gouvernement qui, en ce moment, on le sait très bien, n'a pas la cote de
la population. Une constitution qui doit être élaborée à travers une assemblée
constituante démocratique, où les citoyennes et les citoyens du Québec vont
pouvoir participer à la réflexion sur l'avenir du Québec. Une constitution qui
protège clairement les droits humains, qui reconnaît les droits de peuples
autochtones et qui place la protection de l'environnement au coeur de notre
cadre juridique, parce que l'environnement n'est pas un détail, c'est une
condition même de la vie.
Mme la Présidente, pour conclure, je
veux... je souhaite dire que le projet de loi n° 1 prétend définir les
bases constitutionnelles du Québec, mais il échoue profondément à protéger l'un
des droits les plus fondamentaux de notre époque : le droit de vivre dans
un environnement sain. Il affaiblit le statut juridique de l'eau. Il est en
train d'ignorer des acquis de la Charte québécoise des droits et libertés. Il
nous propose... Il ne nous propose aucune vision ambitieuse pour protéger nos
écosystèmes dans un contexte où la crise climatique nous guette, où nous vivons
tous les jours... Puis il ne faut pas l'oublier, malgré tout ce qui se passe,
malgré tout ce qui se passe, on perd à tous les jours la biodiversité. Choisir
d'ignorer des principes fondamentaux, pour nous, c'est incompréhensible. Une
constitution devrait protéger ce qui est le plus précieux, nos droits, notre
démocratie, notre environnement.
Et, pour toutes ces raisons-là, pour
toutes ces raisons-là que je suis là aujourd'hui puis... Québec solidaire va
opposer à l'adoption du principe de ce projet de constitution parce que ce n'est
pas un choix démocratique, ce n'est pas un choix écologique que nous avons
devant nous. On aurait pu faire mieux. Je vous remercie, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
Mme la députée. Maintenant, nous poursuivons avec la prochaine intervention.
Mme la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je prends ce moment pour intervenir sur la Loi
constitutionnelle de 2025 sur le Québec, donc le projet de loi n° 1. La
CAQ arrive avec son projet de constitution en toute fin de mandat, Mme la
Présidente, pas après un vaste processus de consultation inclusif et
participatif qui aurait pris du temps puis qui aurait permis de dégager des
consensus qui refléteraient vraiment les aspirations de la société québécoise,
non, c'est plutôt au lendemain d'un remaniement ministériel comme ultime
tentative de redorer son blason et son bilan peu enviable que la CAQ a déposé
un projet...
16 h 04 (version non révisée)
Mme Caron : ...projet de loi
qui n'a jamais fait l'objet d'une consultation publique au préalable. Ce n'est
pas un projet de... de Constitution du Québec représentative du peuple qui
habite le territoire, non, c'est un projet de Constitution qui vise à protéger
les lois adoptées par la CAQ.
La méthode caquiste de rédaction de sa Constitution
résume, quant à moi, la façon de gouverner et de légiférer de la CAQ. C'est
étalé aux yeux de tous les Québécois avec ce projet de Constitution caquiste. Depuis
bientôt huit ans, on le voit, une méthode brouillonne et bâclée qui cherche à
aller vite, et, dans ce cas-ci, vu la nature du projet de loi, la méthode
manque même de légitimité. Et je ne suis pas la seule à le dire, Mme la
Présidente, le mémoire du Groupe d'entraide aux aînés d'Amos parle d'un
processus bâclé.
Laissez-moi vous citer ce mémoire en page
trois : «Le Groupe d'entraide aux aînés rejette fermement tout le
processus entourant le projet de loi n° 1. Ce projet de loi est un acte législatif
illégitime qui ne saurait être discuté article par article et qui doit, au nom
de la sauvegarde des principes fondamentaux de la démocratie, être retiré dans
son entièreté.» Je continue la citation, Mme la Présidente : «En raison de
sa primauté dans l'ordre juridique d'une société et de l'importance sociétale
des principes qui sont enchâssés, la loi constitutionnelle n'est pas une simple
loi ordinaire pour laquelle on peut se contenter d'atteindre une simple
majorité des personnes élues à l'Assemblée nationale, et, de plus, dans le
cadre d'un gouvernement majoritaire.» Le Groupe d'entraide aux aînés d'Amos
ajoute aussi, et je continue de citer, que : «Le législateur devrait s'inspirer
des critères identifiés par le Haut-Commissariat des droits de l'homme des
Nations Unies concernant l'élaboration des Constitutions. On y souligne qu'un
tel acte juridique procède suite à un processus d'élaboration ouvert et
participatif. Ce processus en amont doit permettre l'expression notamment des
défenseurs des droits humains, des associations de juristes, des organisations
de la société civile représentant tous les groupes de population, notamment
celles qui représentent les femmes, les peuples autochtones, les personnes
réfugiées, les travailleuses et les travailleurs et tout autre groupe minorisé
ou vulnérabilisé. En agissant sans réelle consultation, le gouvernement rend
illégitime la démarche constitutionnelle qu'il prétend instaurer.» Fin de la
citation, Mme la Présidente.
Le mémoire du groupe Les aînés Action
Québec ne mâche pas ses mots non plus et met en lumière une contradiction
éloquente à propos de, et je cite, «cette absence de consultation qui contredit
directement à l'article 17 du chapitre I, du titre 4 de la partie 1 du projet
de loi n° 1 lui-même, qui stipule : L'État tire sa légitimité de la
volonté du peuple qui habite son territoire». Le groupe Les aînés Action Québec
déclare que le projet de loi n° 1 manque de légitimité démocratique, et ce
groupe ne demande rien de moins que le retrait du projet de loi n° 1.
Mme la Présidente, le peuple qui habite
aujourd'hui le territoire du Québec, c'est vous et moi, ce sont nos voisins et
nos voisines dans les circonscriptions urbaines, semi-urbaines, rurales, dans
tout le Québec, le nord du Québec, l'est, l'Ouest, le sud du Québec. C'est
autant ceux et celles dont les ancêtres sont arrivés avec les premiers colons
français ou, plus tard, les colons anglais, ou encore ceux qui sont arrivés en
empruntant la voie du PEQ, le Programme de l'expérience québécoise, ou de l'immigration
économique pour venir s'établir au Québec. Ce sont les Premières nations et Inuits,
Mme la Présidente, qui habitent le territoire depuis bien plus longtemps que
mon propre ancêtre, qui est arrivé en Nouvelle-France en juin 1534 pour s'établir
le long du Saint-Laurent.
L'absence de consultation préalable des
Premières Nations et Inuits montre à quel point la CAQ n'accorde pas d'importance
à la réconciliation avec les Premières Nations et Inuits. En ce qui me
concerne, cette absence de sensibilité à la réconciliation fait perdurer les
mauvais traitements infligés à ces personnes, les difficultés, les effets
pervers des mauvais traitements qui ont été infligés à toutes ces communautés.
Et la communauté anglophone n'est pas mieux
servie par la Constitution. Ses institutions ne sont pas protégées...
16 h 09 (version non révisée)
Mme Caron : ...on lit à l'article
50 du projet de loi : «Le gouvernement soutient activement l'essor des
communautés francophones et acadiennes.» Très bien. Les anglophones ne sont pas
parmi les peuples fondateurs du Québec? Et les Québécois et les Québécoises qui
habitent sur le territoire du Québec aujourd'hui, qui appartiennent à des
minorités religieuses et qui travaillent, qui veulent juste élever leurs
familles en paix, avec une tranquillité d'esprit, en sécurité, eh bien, les
droits de ces Québécois sont exclus du projet de loi n° 1 parce qu'ils seront
subordonnés à la seule vision caquiste de la laïcité et de la... de la culture
québécoise.
Je partage l'analyse que fait le Groupe d'entraide
aux aînés d'Amos en quatrième page de son mémoire. Et là, Mme la Présidente, je
souligne qu'on ne peut pas accuser le... le Groupe d'entraide aux aînés d'Amos
d'être un groupe montréalocentriste, comme on a déjà entendu en cette Chambre.
Ce groupe nous dit en quatrième page de son mémoire : «Ce projet — donc
le projet de loi n° 1 — menace ainsi le tissu même du vivre-ensemble
que les organismes communautaires contribuent à renforcer depuis plus de 40
ans.»
Et j'ai une pensée ici, Mme la Présidente,
pour les organismes communautaires de ma circonscription, la circonscription de
La Pinière, sur la Rive-Sud de Montréal, des organismes qui travaillent d'arrache-pied
pour favoriser le vivre-ensemble, comme la Maison internationale de la
Rive-Sud, la Maison de la famille de Brossard, et tant d'autres.
Par ailleurs, j'inviterais les rédacteurs
caquistes du projet de loi n° 1, au premier chef le ministre de la Justice, à s'instruire
sur la laïcité en lisant la brochure très claire de la Ligue des droits et
libertés intitulée Parlons laïcité. Cette brochure qu'on a reçue, là,
tous les députés ont reçu cette brochure-là, y compris moi, ça montre en quoi
les politiques caquistes en matière de laïcité de l'État s'écartent
radicalement de ce qu'on entend normalement par les... le terme «laïcité de l'État»,
car la laïcité de l'État n'est pas censée exclure quiconque, ni servir à
exclure quiconque, ni à policer l'espace public, mais plutôt à favoriser le
respect des droits et libertés de chacun, chacune au sein d'une société
pluraliste. Les lois caquistes, y compris celles que la CAQ veut empêcher tout
organisme relevant de... recevant des fonds publics de contester, comme c'est
indiqué dans... dans ce projet de constitution là... Et, quand on parle d'organismes
recevant des fonds publics, ça peut être des centres de services scolaires, des
OBNL, des organismes communautaires, et ainsi de suite. Alors, ils n'auront pas
le droit de contester une loi ou une disposition d'une loi. Mais ce ne sont pas
des lois qui favorisent, à mon sens, la laïcité de l'État, laïcité de l'État
qui est... qui est nécessaire. Ce sont des lois qui tendent vers et qui tombent
dans le laïcisme.
Parce que laïcité et laïcisme, ce n'est
pas la même chose. La laïcité repose sur deux principes de base, puis ces
principes sont clairement décrits dans la brochure de la Ligue des droits et
libertés. Et ces deux principes de base sont les suivants, Mme la Présidente :
un principe de séparation de l'Église et de l'État pour faire primer le lien
civique sur le lien religieux et la principe... et le principe de neutralité
religieuse de l'État, c'est-à-dire que l'État ne favorise ni ne défavorise
aucune religion et que l'État traite les citoyens et citoyennes en toute
égalité, sans égard à leurs croyances, ou à leur incroyance, religieuses, spirituelles
ou bien à l'expression de ces croyances ou incroyance.
Donc, la laïcité : l'État, les
religions, c'est séparé. La religion ne doit pas venir influencer l'État. Et l'autre
principe, c'est que l'État lui-même doit être neutre en matière de religion, ne
pas en favoriser une par rapport à une autre, mais ne pas non plus empêcher les
citoyens de manifester, s'ils le veulent, si elles le veulent, leur
appartenance à une religion ou leur appartenance à aucune religion.
Donc : «Alors que la laïcité...» Et
là je cite toujours la Ligue des droits et libertés : «Alors que la
laïcité suppose la neutralité de l'État et garantit la liberté de conscience de
tous et de toutes, le laïcisme, lui — comme on peut le lire en page
quatre de la brochure des... de la Ligue des droits et libertés...
16 h 14 (version non révisée)
Mme Caron : ...le laïcisme
cherche à éliminer les expressions religieuses de l'espace public au-delà des
institutions de l'État, et à restreindre les manifestations personnelles des
appartenances, convictions et croyances religieuses. Et, quand on parle de
manifestations personnelles, des appartenances, des convictions ou des
croyances religieuses, on fait référence par exemple, aux vêtements, aux
symboles et aux pratiques de toute personne en lien avec ses convictions, ses
croyances, ses appartenances.
Je vais vous parler de chez moi, Mme la
Présidente, dans le comté de La Pinière. J'ai des voisins et des voisines,
en ce moment, qui sont lésées par les lois caquistes. Depuis que la CAQ est au
pouvoir, j'ai des voisines enseignantes qui portaient un hijab, et là, je
précise que le hijab, oui, c'est un foulard, mais qu'elles sont à visage
découvert, totalement découvert, bien, elles ne peuvent plus enseigner. Et je
vous rappelle, là, que les centres de services scolaires et les commissions scolaires
anglophones se fendent en quatre pour avoir des enseignants dans chaque classe.
On n'avait jamais vu ça au Québec, des écoles sans enseignants qualifiés dans
les classes à la rentrée. Là, ça fait au moins trois ans qu'on voit ça au
Québec. Puis les... on met des des enseignantes qualifiées à l'écart, parce qu'on
ne veut pas les voir dans une école alors qu'elles portent un hijab, parce que
ça montre leur appartenance religieuse, mais, pour elles, ça fait partie de
leur identité, ce n'est pas quelque chose qu'on enlève comme une casquette en
rentrant dans un dépanneur.
Puis je souligne ici, Mme la Présidente, puis
ça, c'est l'ironie de l'affaire, que ce ne sont pas ces enseignantes, ce ne
sont pas des enseignantes portant un hijab qui ont fait la pluie et le beau
temps à l'école Bedford, ce sont des enseignants qui ne portaient pas de signe
religieux, qui ont brimé les droits des élèves. La morale de l'histoire, ça
veut dire que les lois d'exclusion caquiste ne règlent rien. Elles sont inefficaces
quand un vrai problème survient. Elles ont été inefficaces dans le cas de l'école
Bedford. Les comportements de certaines personnes à cette école sont à
proscrire, on a le devoir de sévir contre ce type de comportement, de corriger
la situation puis de s'assurer que le problème ne revienne pas ni à cette école
ni dans d'autres écoles. Mais je le répète, les lois adoptées par la CAQ se
sont avérées inefficaces en cette matière. Elles n'ont rien prévenu puis elles
n'ont rien réglé.
De retour au comté de La Pinière, Mme la
Présidente, j'ai des voisins et des voisines qui ont reçu de leur commission
scolaire une lettre leur disant de ne plus aller faire de bénévolat à l'école
de leurs enfants, gracieuseté de la récente loi n° 9.
Pas parce que les écoles n'ont plus besoin d'elle ou d'eux, mais parce que la
CAQ a empêché... a adopté une loi qui empêche même les parents qui portent un
signe religieux d'aller faire du bénévolat à l'école de leurs enfants. Une mère
est venue me voir à mon bureau... en fait, j'ai eu la visite de tout un groupe
de parents, parmi eux, une mère faisait du bénévolat depuis 11 ans à la
bibliothèque de l'école primaire. Elle tenait la bibliothèque à bout de bras,
parce qu'il n'y avait pas de personnel pour s'en occuper. Est-ce qu'il y a
quelque chose de plus important dans une école qu'une bibliothèque pour
intéresser les jeunes à la lecture, alors qu'on veut favoriser la langue
française? Et bien, cette année, elle a reçu une belle lettre pour lui dire de ne
plus venir, parce que ça lui est interdit.
Sur un niveau personnel, parce que souvent
on voit des groupes, on peut penser à un groupe comme une menace, c'est facile
de penser à un groupe comme une menace, mais dans le quotidien, quand c'est des
personnes qu'on côtoie puis qu'on se rend compte que ce sont des personnes tout
à fait normales comme vous et moi, en chair et en os, qui ne veulent que le
bien de leurs enfants et travailler, puis vivre en toute liberté, en toute
sécurité, ça donne un regard différent. Alors moi, ce qui m'a touchée quand
cette maman-là est venue me voir, c'est qu'elle a dit : Mes jumeaux qui
sont en sixième année ne comprennent pas. Ils sont tristes de cette situation-là,
parce que j'ai été là pour leurs frères et sœurs au fil des ans, puis
maintenant que c'est... qu'ils sont rendus en sixième année, je ne peux plus
être là, ça m'est interdit. Un autre cas, un père qui est sikh et qui porte le
turban, lui, qu'est-ce qu'il fait... qu'est ce qu'il faisait comme bénévole à l'école?
Il aidait les élèves et les enseignants à préparer tout le matériel...
16 h 19 (version non révisée)
Mme Caron : ...audio puis
installer tout ça chaque année pour le spectacle de Noël. Puis, en plus, quand
les jeunes allaient jouer au hockey, c'est lui qui transportait les bâtons dans
son auto puis qui allait aider les jeunes à nouer les lacets de leurs patins. Bien,
aujourd'hui, il est banni de l'école puis il ne peut plus aller faire son
bénévolat puis aider les enfants et les enseignants à pouvoir organiser ces
activités-là.
Un couple de parents avait l'habitude d'offrir
une commandite chaque année pour le lunch des finissants de sixième année.
Bien, cette année, ils peuvent continuer à offrir la commandite s'ils le
veulent. M. peut y aller, mais Mme ne pourra plus y aller parce qu'elle porte
un hijab. Non, mais, vraiment, là, les enfants qui connaissent... les élèves de
l'école qui connaissent ses parents bénévoles, pères ou mères, parce que ça
fait des années qu'ils les voient comme bénévoles à l'école ou qui sont amis
avec les enfants, ils ne comprennent pas. Ça va complètement à l'encontre des
notions de vivre-ensemble qu'on leur enseigne à l'école. Il n'y a aucune
cohérence là-dedans. C'est vraiment une dérive, Mme la Présidente. Des parents
interdits de bénévolat à l'école de leurs enfants.
Puis on veut protéger ça dans le projet de
loi de Constitution. Imaginez-vous, ce que la CAQ est en train de créer comme
société avec ses exclusions? Je suis désolée de le dire et ça me brise le cœur
de le dire, mais ce sont les graines de l'intolérance, et de l'ostracisation,
et ultimement de la haine qui sont en train d'être semées dans le cœur de tout
jeunes élèves qui ne comprennent pas ce que... ce qu'on est en train de faire.
En tout cas, je peux affirmer sans me tromper que, par ces lois, par la
protection de ces lois dans le projet de loi n° 1, la CAQ n'est pas en
train d'assurer le vivre-ensemble, de favoriser le vivre-ensemble pour les
années à venir.
C'est un projet de Constitution caquiste,
ce n'est pas un projet de Constitution québécois, parce que les Québécois n'ont
pas eu leur mot à dire en amont, n'ont pas été invités à une large consultation
sur ce projet de loi. C'est un projet de Constitution caquiste qui veut
pérenniser des lois caquistes, une... des politiques d'exclusion, et ça engage
notre nation sur des chemins incertains, pour ne pas dire de sombres chemins.
Je crois fermement qu'on reconnaît la
grandeur d'une nation à la façon dont elle traite les personnes plus
vulnérables et les... y compris les minorités. Moi, je veux que le Québec soit
une grande nation. Je veux que le Québec cesse de se replier sur lui-même, d'avoir
peur de tout. Je veux que le Québec soit grand, soit ouvert et qu'il travaille
sur le vivre-ensemble collectif. C'est nécessaire pour notre avenir. On a des
défis immenses, des défis... des défis climatiques, des défis du
vieillissement, notre défi démographique. D'ailleurs, il y a des groupes qui
sont venus en commission parlementaire pour dire : Peut-être que la
dignité de vieillir devrait être incluse dans la Constitution. On a... on a une
loi pour favoriser la... mourir dans la dignité, mais vieillir dans la dignité,
ce serait nécessaire aussi. Ce n'est pas protégé par la Constitution, par le
projet de Constitution caquiste.
Alors, Mme la Présidente, non seulement je
nous invite à réfléchir à tout cela, mais, comme certains groupes l'ont dit,
comme mon groupe parlementaire l'a dit, non seulement je vais voter contre le
principe du projet de loi n° 1, mais je demande également... je demande
également à ce que le projet de loi n° 1 soit carrément retiré pour qu'à l'avenir
on puisse faire les choses comme il se doit, avec une consultation du peuple,
puisque la Constitution, c'est pour le peuple. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) :
Merci, Mme la députée. Donc, nous poursuivons avec M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci, Mme la
Présidente. Merci à ma collègue, dont je vais répéter les derniers mots. En
fait, nous aussi, vous le savez, là, Mme la Présidente, le projet de loi n° 1,
dès le début de la session parlementaire, on a annoncé qu'on ferait tout en notre
possible pour empêcher son adoption. On va évidemment voter contre, parce que, là,
pour l'instant, on est pris un peu dans le processus législatif qui est piloté
par le gouvernement, mais il est bien évident que nous demandons aussi à ce que
ce projet de loi là soit complètement retiré.
C'est un projet de loi qui ne respecte pas
les règles normales d'adoption d'une Constitution dans un État de droit, dans
un État démocratique comme le Québec. C'est un projet de loi qui bafoue...
16 h 24 (version non révisée)
M. Grandmont : ...un
paquet de règles qui a été écrit dans un bureau par quelques personnes
seulement qui seraient adoptées à majorité simple comme un simple projet de
loi, alors qu'on parle du... de la loi des lois, de la Constitution du Québec,
qui serait la matrice fondamentale du système législatif québécois. Il y a
quelque chose de fondamentalement grave dans la façon de l'appliquer, de le
construire, de le présenter à la population. Ce genre de projet là mérite beaucoup
plus de consultations, mérite beaucoup plus d'implication de la société
québécoise, même pas juste de la société civile, Mme la Présidente. De la
population en entier. Et, malheureusement, ce n'est pas ce qu'on voit avec ce
projet de loi là.
Si vous permettez, Mme la Présidente, je
vais donc argumenter sur le projet de loi n° 1 sous
deux angles principaux : l'angle du communautaire, puisque je suis porteur,
là, du dossier de la solidarité sociale et d'action communautaire, et aussi l'angle
de l'environnement, de la santé durable et de la démocratie. Alors, comme je le
disais, Mme la Présidente, on ne se dote pas d'une constitution comme on adopte
un règlement administratif ou une simple loi. On ne rédige pas un texte
fondateur aussi important pour une nation dans un bureau fermé, pour ensuite
demander à la société civile de commenter ce qui est déjà scellé. Une constitution,
c'est la maison commune. Et quand on construit une maison sans consulter celles
et ceux qui habitent cette maison-là, bien, il ne faut pas se surprendre que
les fondations finissent rapidement par craquer. Dans le projet de loi n° 1, tel que présenté par le gouvernement, bien, il y a un
problème fondamental. Il transforme un outil censé protéger la démocratie en un
instrument de contrôle politique, Mme la Présidente. Et ce sont d'abord les
organismes communautaires, l'action citoyenne et la société civile organisée du
Québec qui en paierait le prix.
Donc, aujourd'hui, je vais vous parler de
deux choses qui sont intimement liées. D'abord, les atteintes portées par le
projet de loi n° 1 à l'action communautaire et au
contre-pouvoir démocratique qui existent actuellement au Québec, qui sont de
plus en plus affaiblies par le gouvernement, malheureusement, mais qui existent.
Et, deuxièmement, donc, je le disais, l'échec du projet de loi à inscrire une
vision cohérente de l'environnement puis de la santé durable dans notre texte
constitutionnel.
Alors, d'abord, au Québec, les organismes
communautaires ne sont pas des groupes de pression parmi d'autres. Ils sont des
acteurs démocratiques de première ligne. Ils accompagnent des familles, ils
défendent les droits des locataires, ils soutiennent les personnes handicapées,
les femmes, les jeunes, les personnes migrantes, les personnes handicapées. Ils
sont souvent le dernier recours de cette population plus vulnérable, parfois le
seul recours, en fait, de cette population vulnérable, quand l'État va trop
loin, quand l'État erre, quand l'État est trop lent ou trop bureaucratique. Vous
le savez, chers collègues, on a beaucoup de gens qui viennent nous voir dans
nos bureaux de circonscription parce qu'ils rencontrent des embûches. On le
fait nous-mêmes dans nos bureaux de circonscription, mais les groupes de
pression, les groupes de la société civile que sont le communautaire, le milieu
communautaire font ce travail-là également, comme moi et vous le faisons aussi.
L'action communautaire autonome, ce n'est
pas un... ce n'est pas un luxe idéologique, là. C'est une soupape démocratique.
C'est ce qui empêche une société de devenir aveugle face à ses propres angles
morts. Or, le projet de loi n° 1 s'attaque
directement à cette fonction-là, Mme la Présidente. Vous savez, quand on parle
d'une loi sur l'autonomie constitutionnelle, on devrait parler de démocratie,
de participation citoyenne, de respect des institutions. On devrait parler de
renforcer la capacité du Québec à décider collectivement de son avenir. Mais ce
qu'on a devant nous aujourd'hui, à travers ce projet de loi là, c'est complètement
autre chose. Ce projet de loi là vient fragiliser des mécanismes essentiels de
notre démocratie, notamment l'équilibre des contre-pouvoirs, quelque chose de
fondamental dans un État de droit, là. Le cœur du problème se trouve dans ce
que plusieurs mémoires ont dénoncé avec force, notamment l'article 5 de la
Loi sur l'autonomie constitutionnelle du Québec, inclus dans le projet de loi n° 1. Cet article interdit à une vaste catégorie d'organismes
financés par l'État de contester devant les tribunaux des lois jugées
protectives... protectrices, pardon, de la nation, ou même de contribuer à une
telle contestation. Mais, Mme la Présidente, qui sont ces organismes-là qui
sont visés par le projet de loi? Souvent, ce sont des groupes qui défendent les
droits des locataires, les droits des travailleurs, des travailleuses, les
droits des femmes, les droits des personnes...
16 h 29 (version non révisée)
M. Grandmont : ...personnes
vulnérables, des personnes handicapées. Ce sont des groupes qui, sur le
terrain, voient les impacts réels des décisions gouvernementales. C'est là que
je parlais des angles morts, Mme la Présidente. Leur dire : Vous pouvez
exister, vous pouvez recevoir du financement, mais vous ne pouvez pas contester
l'État devant les tribunaux, c'est leur retirer un outil de travail
indispensable. C'est affaiblir la capacité de la société civile à jouer son
rôle de défense des droits individuels.
Alors, soyons clairs, ce n'est pas une
mesure technique, là, c'est une atteinte directe aux droits d'ester en justice.
C'est une transformation majeure de notre démocratie. C'est comme dire à la
société civile : Vous pouvez exister tant que vous ne dérangez pas. Vous
pouvez agir tant que vous ne nous contestez pas.
Et ce n'est pas tout. Parce que, si cette
loi-là est adoptée, le gouvernement pourra, par simple décret, ajouter des
organismes à l'annexe I du projet de loi n° 1. On parle potentiellement de
plus de 4 500 organismes communautaires au Québec qui pourraient être
ajoutés par simple décret administratif. Donc, par ce simple geste-là,
administratif, cette fois-ci, on pourrait priver une grande partie de la
société... de la société civile de son droit d'accès à la justice.
Et que dire de l'article 9 du projet
de loi n° 1? Cet article-là permettrait au gouvernement d'inclure dans n'importe
quelle loi une disposition de souveraineté parlementaire qui empêcherait toute
contestation judiciaire fondée sur les droits ou des libertés, sans
justification, sans explication, sans encadrement. Autrement dit, un
gouvernement pourrait décider de déroger à des droits fondamentaux simplement
en affirmant qu'il protège les caractéristiques fondamentales de la nation
québécoise. Mais quelles sont ces caractéristiques, Mme la Présidente?
Plusieurs d'entre elles ont été adoptées sous bâillon, sans consultation, sans
débat réel. Alors, comment on peut prétendre qu'elle reflète un consensus
national? Une nation, ce n'est pas figé dans le temps. Une nation, ses valeurs
évoluent, sa culture évolue, sa vision de la justice évolue.
Alors, prétendre figer ces
caractéristiques-là pour justifier des atteintes aux droits fondamentaux, c'est
très inquiétant. Parce qu'au fond ce projet de loi là ne renforce pas notre
démocratie, il concentre le pouvoir. Et une démocratie où les contre-pouvoirs s'affaiblissent,
ce n'est pas d'une démocratie plus forte, c'est une démocratie qui est plus
fragile.
Plusieurs mémoires du milieu
communautaire, notamment, et du milieu juridique, du Barreau, du Protecteur du
citoyen, de la Commission des droits de la personne, l'ont dit sans détour, le
projet de loi n° 1 affaiblit volontairement les contre-pouvoirs au Québec.
Et, quand on affaiblit les contre-pouvoirs, ce n'est jamais, Mme la Présidente,
jamais au profit des plus vulnérables de notre société.
Le gouvernement tente de justifier cette
mesure-là en invoquant un principe dangereux, celui selon lequel on peut
recevoir des fonds publics... en fait, celui selon lequel recevoir des fonds
publics imposerait un devoir de loyauté envers l'État. Mais le financement
public, ça ne doit pas être une muselière, Mme la Présidente. C'est une
reconnaissance d'utilité sociale. Si on suit la logique du projet de loi n° 1
jusqu'au bout, on aboutit d'ailleurs à une absurdité. Plus un organisme est
utile, plus il est financé, mais moins il a le droit de parler. C'est un peu
contradictoire. C'est une inversion complète de la logique démocratique.
Les mémoires issus des centres de femmes,
des cliniques communautaires, des organismes d'éducation populaire, des groupes
de défense des droits le disent clairement, ce projet de loi là menace l'autonomie
même de l'action communautaire. Et, sans autonomie, il ne reste que des
sous-traitants silencieux de l'État.
Une démocratie en santé, ce n'est pas une
démocratie qui est unanime, Mme la Présidente. On a besoin de cette diversité
de voix. On a besoin de ce... de ce florilège d'opinions. On a besoin d'entendre
ces voix qui nous disent qu'il y a des angles morts qui apparaissent et pour
lesquels le gouvernement doit apporter une attention plus grande. Une
démocratie, c'est parfois bruyant, c'est parfois inconfortable, c'est souvent
même critique.
Le projet de loi n° 1, lui, au
contraire, cherche à organiser le silence au Québec. Il trace une ligne
invisible entre les bons acteurs et les acteurs dérangeants. Il crée une
citoyenneté à deux vitesses : ceux qui peuvent contester et ceux qui
doivent se taire. Et...
16 h 34 (version non révisée)
M. Grandmont : ...glissement-là,
Mme la Présidente, est particulièrement inquiétant dans un texte
constitutionnel, parce qu'il vient figer dans le marbre une vision restrictive
de la participation citoyenne.
J'en viens maintenant au deuxième grand
angle de mon discours, l'environnement et la santé durable. La Constitution
caquiste exclut de son projet de Constitution toute mention au droit pour les
Québécoises et les Québécois de vivre dans un environnement sain. C'est une
valeur assez fondamentale au Québec. Je vais en parler un peu plus loin, mais
ça ne s'y retrouve pas actuellement dans le projet de loi n° 1.
Même chose pour toute responsabilité pour l'État québécois de veiller à la
protection des écosystèmes et de la biodiversité. Or, la CAQ nous dira peut-être
que l'article 20 du projet de loi n° 1 affirme
que l'État assure la protection du patrimoine commun de la nation québécoise et
que l'eau est une ressource collective faisant partie de ce patrimoine commun.
Il ne faut pas être dupe, Mme la Présidente, cet article-là ne protège pas l'eau
et encore moins les écosystèmes marins, bien au contraire. En inscrivant l'eau
en tant que patrimoine commun de la nation québécoise, la Constitution, en
fait, retire le caractère inappropriable de l'eau pour lui donner un nouveau
statut qui ouvrirait sa porte... la porte à sa privatisation.
J'ai rencontré les gens d'Eau Secours il n'y
a pas longtemps qui me disait... qui est un organisme qui œuvre à la protection
et à la gestion durable... responsable de l'eau, qui a déposé un mémoire dans
le cadre des consultations sur le PL1 et je vais les citer, si vous permettez :
«La formulation actuelle du projet de loi
n'est pas en accord avec le statut juridique de l'eau au Québec. Selon l'article
premier de la Loi sur l'eau et l'article 913 du Code civil du Québec, l'eau,
à son état naturel, est considérée comme une chose commune.»
Je poursuis : «Selon plusieurs
experts, le statut juridique de choses communes est celui qui donne la
meilleure protection à l'eau dans une perspective de droit humain à l'eau, de
pérennité de l'eau et de maintien d'équilibre des milieux de vie. En effet, les
choses communes, les res communes, sont hors commerce et non appropriables par
définition.»
Je poursuis encore : «Le texte
utilisé dans le projet de loi ne permet pas de rendre constitutionnel le statut
de res communes de l'eau qui garantirait qu'elle demeure hors... hors commerce.
Les concepts de ressource collective ou de patrimoine commun de la nation, tels
que retrouvés dans le projet de loi, ne protègent pas aussi bien notre eau que
sa définition dans la Loi sur l'eau et le Code civil. Puisqu'une inscription
constitutionnelle est en principe toujours supérieure à une loi ordinaire, le
projet de loi affaiblit la protection de l'eau, puisque la Loi sur l'eau
devrait être conforme à cette reconnaissance constitutionnelle.»
Alors, c'est quand même assez drôle parce
que, ce que le projet de loi fait sur la... le projet de loi n° 1
fait sur, finalement, la protection de l'eau, c'est exactement le contraire.
Elle ouvre une possibilité à la privatisation de l'eau, alors que c'est le
contraire qu'on a actuellement dans les lois actuellement en vigueur au Québec.
Donc, dans le contexte où les scientifiques font consensus sur le fait que les
changements climatiques puis la destruction de la biodiversité constituent des
enjeux graves portant atteinte à l'avenir de l'humanité, cette omission-là n'est
pas banale, Mme la Présidente. La protection de l'environnement, des écosystèmes
est une demande réaliste, économique et pragmatique. On sait combien les
milieux humides, les milieux naturels donnent, rendent service à la société
québécoise. En harmonie avec le devoir de l'État d'assurer la pérennité de nos
institutions démocratiques et du droit de vivre dans un environnement sain.
Le Québec... Le Québec possède déjà un
acquis fondamental, l'article 41.6 de la Charte québécoise des droits et
libertés de la personne, qui reconnaît le droit de toute personne de vivre dans
un environnement sain et respectueux de la biodiversité. Or, malgré son
caractère structurant, cet article n'a pas été intégré au projet de loi de
constitution que nous sommes en train de débattre. Alors, pour moi et pour ma
formation politique, ce choix-là, il n'est pas neutre, il est lourd de sens, très
lourd de sens. Parce que la crise climatique s'aggrave, les impacts sur la
santé publique sont documentés, les inégalités environnementales frappent
toujours les mêmes quartiers, toujours les mêmes populations, puis dans ce
contexte-là, le gouvernement caquiste choisit, premièrement, de rabaisser la
portée de la charte québécoise et son caractère supraconstitutionnel en l'intégrant
dans sa Constitution pour en réduire la portée juridique, mais, en plus de ça,
il choisit de ne pas constitutionnaliser le droit de vivre dans un
environnement sain et respectueux de la biodiversité...
16 h 39 (version non révisée)
M. Grandmont : ...le ministre
de la Justice a choisi de ne pas intégrer l'article 46.1 à la Constitution, de
même que l'ensemble des articles 39 et suivants, qui protègent pourtant les
droits fondamentaux des Québécois et des Québécoises. C'est le choix du
ministre de la Justice, mais ce choix-là, il n'est pas anodin, il est lourd de
sens.
Mme la Présidente, la santé durable, ce n'est
pas juste un dossier qui est porté par la ministre de la Santé, ce n'est pas
juste un enjeu d'accès aux soins, c'est l'air qu'on respire, c'est l'eau qu'on
boit, c'est la qualité des milieux de vie dans lesquels nous passons le plus
clair de notre temps. Les mémoires issus de la mêlée du milieu de la santé
publique l'ont rappelé pendant les audiences particulières : les maladies
chroniques, les troubles respiratoires, les impacts psychosociaux de la
dégradation environnementale sont déjà là, sont déjà présents, observables, mesurés,
documentés. Ne pas inscrire clairement le droit à un environnement sain dans la
Constitution du Québec, c'est accepter que ces enjeux-là demeurent secondaires.
Et ce ne sont... et ce sont encore une fois les populations les plus
vulnérables du Québec, celles que les organismes communautaires dont je parlais
tout à l'heure, au début de mon allocution, accompagnent chaque jour qui en
subissent les conséquences.
Alors que nous vivons déjà les impacts des
changements climatiques et que ces enjeux-là deviennent de plus en plus
préoccupants... préoccupants pour les Québécoises, pour les Québécois, le
gouvernement de la CAQ ne fait rien pour agir et nous impose une Constitution
qui permet aux gouvernements qui viendront de se laver les mains de ses
responsabilités en matière de santé durable. Donc, voilà les bases
constitutionnelles que nous propose la CAQ : un chèque en blanc pour tout
gouvernement majoritaire, au service des multinationales à l'image de Northvolt
et de Stablex, qui ont fait... qui ont défrayé la manchette et dont on a
abondamment débattu ici, en cette Chambre, deux fiascos économiques et
écologiques contestés devant les tribunaux, où le Québec a manqué sa chance d'affirmer
sa voix résolument à l'écoute des besoins et des priorités de sa population.
Avec le PL n° 1, le gouvernement s'assure
qu'à l'avenir il y aura plus de bâtons dans les roues pour bafouer les intérêts
de sa population. Alors, Mme la Présidente, au fond, ce que ce projet de loi
nous propose, ce n'est pas simplement une nouvelle affirmation juridique du
Québec, c'est un changement profond dans la façon dont le pouvoir s'exerce ici.
On affaiblit la capacité des groupes de la société civile d'aller devant les
tribunaux. On donne au gouvernement le pouvoir, par simple décret, d'élargir
cette interdiction à des milliers d'organismes. On se donne la possibilité de
soustraire certaines lois à toute contestation judiciaire sans avoir à en
expliquer les raisons. Ça fait beaucoup.
Et, quand on met tout ça ensemble, on voit
apparaître quelque chose de préoccupant, parce qu'une démocratie, ce n'est pas
seulement un gouvernement qui décide, c'est aussi des citoyens, des groupes,
des institutions qui peuvent poser des questions, qui peuvent contester, qui
peuvent débattre. C'est ça, l'équilibre dans lequel on souhaite évoluer. C'est
ça, les contrepouvoirs, c'est leur fonction. Quand on commence à limiter ces
espaces-là, même un peu, même graduellement, on change cet équilibre-là, et ce
sont rarement les plus puissants qui en subissent les conséquences, Mme la
Présidente, ce sont les gens qui ont le moins de moyens, ceux qui dépendent des
groupes communautaires, ceux qui ont besoin que quelqu'un porte leur voix.
Le Québec mérite mieux. Si on veut parler
d'autonomie, parlons d'une autonomie qui renforce notre démocratie, pas qui la
fragilise. Parlons d'un projet qui rassemble, qui inclut, qui fait confiance
aux gens, parce qu'au final, une société forte, ce n'est pas une société où le
pouvoir est concentré, c'est une société où le pouvoir est partagé, encadré et
constamment remis en question. C'est ça, une démocratie vivante. C'est ça qu'on
devrait protéger, Mme la Présidente. Merci.
La Vice-Présidente (Mme Soucy) : Merci,
M. le député. Maintenant, nous poursuivons avec Mme la députée de Westmount—Saint-Louis,
et je vous laisse le temps, Mme la députée. Alors, voilà, Mme la députée, je
vous cède la parole.
Mme Maccarone : Merci, Mme la
Présidente. Habituellement, j'aime toujours dire que c'est un plaisir pour moi
d'intervenir sur des projets de loi, mais, évidemment, comme vous le savez sans
doute, Mme la Présidente, il y a des projets de loi dont on a... on a plus de
difficulté à s'exprimer parce qu'on est surtout en désaccord. Mais là, cette
fois-ci, je dirais que c'est un projet de loi qui fait mal à la population, qui
fait mal à la politique, alors je trouve difficile d'être ici pour débattre du
projet...
16 h 44 (version non révisée)
Mme Maccarone : ...projet de
loi n° 1, la loi constitutionnelle de 2025 du Québec, parce que ce que je
dénonce ici, aujourd'hui, ce n'est pas l'idée d'une constitution, Mme la
Présidente. On peut avoir le débat si on devrait en avoir un ou non, le lien
avec le fédéral, c'est lequel qui serait utilisé dans un recours juridique, par
exemple, mais ce n'est pas ça. Le débat ici, c'est la manière, c'est l'intention.
Ce sont les conséquences si jamais le projet de loi n° 1 serait adopté,
surtout si ce serait adopté sans avoir des amendements essentiels aux articles
qui paraissent dedans, parce qu'une constitution ne devrait jamais être
partisane, et on est loin de ceci.
Une constitution, c'est un pacte social, c'est
l'expression de nos valeurs communes, c'est le document qui doit suivre
gouvernement, pas seulement écrit par un gouvernement. Or, dès le départ, le
ministre de la Justice a choisi de politiser ce qui aurait dû être un projet
qui aurait pu être très rassembleur. Et, malheureusement, cette loi représente,
évidemment, une constitution caquiste, pas une constitution transpartisane, pas
une constitution qui reflète les valeurs de la population québécoise, avec
toute sa beauté, avec toute sa diversité, avec l'inclusivité dont moi, je
connais dans mon comté et parmi tous les Québécois et Québécoises que je
fréquente. Ce n'est pas un projet de loi qui va renforcer les droits. On l'a
entendu, plusieurs... plusieurs personnes disent : C'est un projet de loi
qui va concentrer les pouvoirs.
Puis c'est intéressant parce que même le
rapport Rousseau-Proulx recommandait pourtant une démarche transpartisane et
inclusive dans leur rapport, quelque chose qui a été demandé par le
gouvernement avant de déposer ce projet de loi. Ça fait que la question se pose
de pourquoi qu'on se retrouve ici aujourd'hui en train de se débattre de ceci
suite à des recommandations des experts qui ont été demandés par le
gouvernement de préparer et nous donner leur point de vue, des recommandations
suite à une consultation. Ça fait que même les experts consultés recommandaient
une approche ouverte, structurée impliquant la société civile. Ce n'est pas un
après, c'est un avant que nous avons eu besoin.
Alors, au lieu de cela, ce que nous avons
eu, Mme la Présidente, c'est un ministre qui ne voulait même pas des
consultations générales. Au départ, on a dû faire cette demande et ce débat
pour en avoir, ça fait qu'on a dû faire la pression pour qu'il accepte. Mais,
encore une fois, on parle d'une constitution qui va avoir un impact majeur sur
tous les Québécois et Québécoises. Et, lorsqu'il a accepté, chaque groupe qui
sont venus s'exprimer en commission ont eu que 30 minutes, 30 minutes
pour parler d'un texte fondateur. C'est insuffisant, c'est précipité et c'est
profondément problématique sur la plainte démocratique. C'est sûr, il y a une
inquiétude massive de la société civile.
Pour ceux qui nous écoutent, les débats,
puis les collègues qui sont ici, en Chambre, je ne suis pas la première
personne à exprimer les inquiétudes du société civile. On a entendu plus de 200 groupes
en commission parlementaire, plus de 60 de ces groupes ont exprimé des
préoccupations très importantes. Parmi eux, je peux juste nommer l'Institut de
nouveau monde, qui réclame une déclaration de participation publique ouverte et
structurée, l'Union des municipalités, qui déplorent ne pas avoir été consultés
malgré les conséquences majeures sur eux, la Chambre de notaires, qui
soulignent, eux aussi, que les meilleures pratiques n'ont pas été suivies, le
Barreau du Québec, qui met en garde contre les mécanismes qui menacent la
séparation des pouvoirs de l'État de droit.
Quand les juristes, les municipalités, les
ordres professionnels et les groupes citoyens tiennent la sonnette d'alarme, le
gouvernement, tous les élus devraient écouter. Au lieu de cela, le gouvernement
fonce. Je ne peux pas expliquer pourquoi. Moi, je suis élue, Mme la Présidente,
pour représenter mes citoyens, pour représenter les citoyens du Québec pour les
dossiers nationaux dont je porte, pour porter la voix. C'est ça, le rôle
principal d'une élue, c'est de porter la voix, mais ici ce n'est aucunement ce
que nous sommes en train de faire. Encore une fois, c'est une constitution
caquiste. Et toute constitution doit être fondée sur une participation
publique, ouverte, structurée pour que ce soit légitime. Ce n'est pas le cas
dans le projet de loi n° 1.
On a entendu la CSN, la FTQ, la Ligue des
droits et libertés qui réclament le retrait complet de ce...
16 h 49 (version non révisée)
Mme Maccarone : ...projet
de loi, qu'ils rejettent en bloc. Puis, tu sais, le Québec pourra aussi s'inspirer
de l'Écosse, où un processus qui a pris, oui, plusieurs années a impliqué quand
même toute la société civile avant un référendum. Quand même un processus
respectable. Et là, on sent que c'était un projet de société. Mais, encore une
fois, je répète, c'est tout sauf un projet de société, le projet de loi n° 1. Je ne peux pas passer sous silence, Mme la Présidente,
sans nommer l'impact du projet de loi n° 1 sur la
communauté anglophone, parce qu'il n'y a qu'une reconnaissance symbolique dans
le projet de loi n° 1. Et rien de plus. Et,
évidemment, Mme la Présidente, vous le savez très bien, je suis la députée de Westmount—Saint-Louis
et très fière de l'être. Je représente une circonscription très diverse où la
communauté anglophone, oui, est là, ça fait 30 % de notre population où on
a un 30 %-30 %-30 %. La communauté anglophone est vivante, est
engagée, profondément attachée au Québec, parfaitement bilingue, des Québécois
et Québécoises de souche.
Mais, dans ce projet de loi, la seule
mention des droits de la communauté anglophone se trouve dans le préambule. Une
phrase symbolique sans mécanisme de protection. Or, les groupes représentant
cette communauté ont été très, très clairs lors de leurs auditions et dans leurs
mémoires : l'Université Bishop's, qui demande que des protections soient
enchâssées dans la Constitution, l'Association des comités de parents
anglophones affirme que le projet réduit la protection des minorités et menace
leur institution, l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec
parle d'atteinte à la démocratie québécoise, même Daniel Turp affirme qu'il
faut enchâsser les droits collectifs et certains droits individuels des
anglophones.
Pourtant, d'autant anglophones ne se
reconnaissent pas à l'intérieur de cette constitution, à l'intérieur du projet
de loi n° 1. Ça leur fait peur. Ça me fait peur. Parce
que c'est clair qu'encore une fois, c'est une constitution caquiste qui ne
prend pas en considération toutes les factions de notre population, toute notre
diversité, tous les Québécois et Québécoises qui contribuent à nous faire
rayonner, à notre succès. Puis je trouve ça dommage, parce que c'est un message
qu'on envoie à cette tranche de la population, que vos droits ne sont pas
importants, que pendant que nous avons écrit ce projet de loi, on a pris
conscience assez juste pour faire la motion dans les remarques, dans les notes,
mais pas assez pour enchâsser vos droits. Ça fait qu'on n'est pas préoccupés
par ça. On ne veut pas les protéger. Une constitution moderne n'aura jamais été
aussi ethnocentrique. Elle aurait été inclusive. C'est ça, une vraie constitution.
Elle doit reconnaître... les droits de la communauté anglophone, notamment en
matière d'éducation et de santé, choses qu'on sait, sont très chères pour eux.
Et ce n'est pas un geste de faiblesse de faire cette reconnaissance et d'enchâsser
les droits de la communauté anglophone dans une constitution, dans n'importe
quelle loi. C'est un geste de maturité démocratique. Et, il me semble, en 2026,
nous sommes rendus là. Avec tout ce que nous voyons à l'échelle internationale,
tout le mal que nous voyons à chaque jour aux nouvelles, il me semble que nous
sommes rendus là, ici, aujourd'hui. Ça fait que ça me désole énormément que ce
n'est pas quelque chose qui était reconnu dans ce projet de loi.
To not recognize and
respect the anglophone community of Québec is not an affirmation of Québec's
identity. It's a failure of leadership. Let's be clear. It's a missed opportunity
to build a constitution that truly reflects who we are, each and every Quebecker. Not some Quebeckers. All Quebeckers.
And Québec is strongest when it protects and includes and values all of its
communities. Not just some of its communities. All of its communities. And I'm
going to get to the First Nations and Inuit communities soon. It's the very
foundation of what a constitution should be, it's the protection of inclusion
and unity.
Concernant les
Autochtones, Mme la Présidente, le constat est vraiment accablant. Non
seulement ils n'ont pas été consultés avant le dépôt du projet de loi n° 1, qui est un manque de respect, mais en plus c'est un
recul dans les relations avec le gouvernement. Puis, encore une fois, ça me
désole, surtout qu'une constitution devrait être une réflexion de notre société
québécoise, qui prend en considération tous les membres de cette...
16 h 54 (version non révisée)
Mme Maccarone : ...société.
Ils ne sont mentionnés que trois fois dans le préambule, sans aucune
reconnaissance concrète de leurs droits dans le corps du texte. Bizarre. L'Assemblée
des Premières Nations du Québec et du Labrador a d'ailleurs demandé le rejet
pur et simple du projet, dénonçant un recul majeur dans les relations avec l'État.
Les déclarations... La Déclaration des Nations Unies sur le droit des peuples
autochtones est complètement absent dans le projet de loi un, surtout que l'Assemblée...
encore une fois, c'est incongruent, c'est un manque de cohérence, parce qu'on a
adopté ici, à l'Assemblée, dans le passé, une motion unanime pour reconnaître
la Déclaration des Nations unies, mais ça ne se retrouvent pas à l'intérieur de
ce corpus.
On l'a entendu juste dernièrement par mon
collègue, mais c'est un projet de loi qui limite l'accès au tribunal, c'est une
attaque des contre-pouvoirs. L'article 5 de la Loi sur l'autonomie
constitutionnelle limite la capacité des organismes publics de contester
certaines lois avec des fonds publics. Bon, on sait qu'on a les groupes
communautaires qui vont bientôt être en grève, en passant, le communautaire à
boutte!, on représente une partie de la population qui ont besoin d'avoir nos
organismes communautaires, puis les bâillonner, de ne pas... de ne pas leur
donner la possibilité de s'exprimer ou de défendre leur droit ou le droit des
personnes qu'ils représentent, c'est d'abolir le contrepoids. J'ai une pétition
qui roule actuellement, Mme la Présidente, puis le titre, c'est demandes... demandes
visant à améliorer et stabilité le financement des organismes communautaires et
des organismes à but non lucratif du Québec. Puis je souhaite lire juste les
deux premiers paragraphes, parce que je trouve très pertinent :
«Considérant que les organismes
communautaires et les organismes à but non lucratif constituent un pilier
essentiel du filet social québécois et contribuent directement au bien-être des
personnes et des communautés sur leur... sur l'ensemble du territoire;
«Considérant que ces organismes
soutiennent quotidiennement des populations en situation de vulnérabilité,
notamment les jeunes, les familles, les personnes vivant des enjeux de santé
mentale, les personnes en situation de pauvreté ou itinérance, les personnes
immigrantes, les personnes issues des communautés racisées ou marginalisées,
les personnes en situation de handicap, les femmes victimes de violence, ainsi
que les communautés autochtones.»
Sans s'y limiter, l'article 5 de cet projet
de loi est une attaque sans précédent contre les contre-pouvoirs qui sont là
pour défendre ces groupes, ces personnes, ces membres de notre société. En
interdisant les organismes publics, les organismes communautaires, puis ça...
ce n'est pas uniquement avec eux, c'est aussi les municipalités, les
universités, les ordres professionnels d'utiliser les fonds publics pour
contester les lois, le gouvernement tente de museler ceux qui pourraient s'opposer
à ses dérives. Puis ça fait... je suis dans ma huitième... année ici en
Chambre, Mme la Présidente, comme élue, puis je peux vous dire, j'en ai vu, des
dérives, j'en ai vu, des projets de loi qui avaient gravement besoin d'être améliorés,
bonifiés. Mais la façon que nous aurons pu le faire, c'est parce qu'on est à l'écoute,
des fois, pas tout le temps, à les membres de la communauté, surtout les
organismes communautaires, qui sont là pour défendre et rejoindre, accompagner
les personnes qui se retrouvent souvent en situation de vulnérabilité, c'est le
bras droit et le bras gauche du gouvernement.
Puis c'est une mesure... l'article cinq, c'est
une mesure de nature autoritaire qui restreint l'accès aux tribunaux. J'ai du
mal à comprendre... En plus qu'on va avoir la création d'un Conseil
constitutionnel politique, et ça, c'est extrêmement dangereuse, c'est un conseil
dont les membres seraient recommandés par le premier ministre pour leur
idéologie plutôt que pour leur compétence juridique... puis ça ferait
concurrence aux tribunaux indépendants. Puis, en démocratie, les tribunaux
doivent trancher de manière rationnelle et non selon ce qui est politiquement
payant pour le gouvernement qui est en place. Alors, concrètement, ce que le
gouvernement de la CAQ est en train de faire, c'est de dire... puis... puis, là,
je vous nomme des choses qui existent déjà, ça fait que je comprends pourquoi
le gouvernement souhaite aller là, je comprends pourquoi le gouvernement
souhaite bâillonner et museler les contre-pouvoirs, c'est parce qu'il souhaite
qu'aucune université ne pourrait faire... ne pourrait pas contester les frais
de scolarité imposés par le gouvernement, qu'un organisme communautaire ne
pourra pas contester un décision ou une décision du gouvernement qui impacte
leur mission, une commission scolaire ne pourra plus contester les lois qui
portent atteinte à la Charte des droits et libertés. Je répète, c'est une
restriction directe...
16 h 59 (version non révisée)
Mme Maccarone : ...à l'accès
aux tribunaux, ça porte atteinte aux droits des citoyens et citoyennes du
Québec. Je ne suis pas la seule personne qui pense ça, M. le Président, on a
aussi le Barreau du Québec parle d'un affaiblissement des droits fondamentaux
et d'une menace à la séparation des pouvoirs. C'est la fragilisation de notre
État de droit. Ils ont levé, eux, un immense drapeau rouge : Ce projet
menace l'équilibre des pouvoirs, la prévisibilité juridique et l'accès à la
justice. La Commission des droits de la personne, inquiète... ne plus... ne
plus pouvoir remplir sa mission, la CDPDJ. Une Constitution ne peut jamais
museler les contrepouvoirs et doit les protéger.
Puis, en parlant de les protéger, c'est
sûr, on ne peut ne pas parler de l'épisode de l'avortement. C'était un stress
inutile et irresponsable de la part du gouvernement, surtout le ministre de la
Justice, c'est l'article 29. Puis, tu sais, le ministre a finalement eu digne
de retirer la disposition touchant l'avortement. Et c'est clair, les gens sont
soulagés, moi aussi, je suis soulagée, mais le mal est fait. Puis, si je pense
à ma collègue de la députée de Robert-Baldwin, qui milite à chaque jour pour
protéger les droits des femmes, elle porte le dossier de la condition féminine,
mais chacun d'entre nous devrait porter cette mission avec la même vigueur,
surtout le gouvernement. Mais c'est tout sauf qui ont fait. Pendant des mois, qu'est-ce
qu'on a eu, c'est des groupes antichoix qui ont une tribune. Des organismes qui
protègent le droit à l'avortement ont dû consacrer des ressources importantes
pour défendre un droit déjà reconnu, des femmes ont ressenti de l'inquiétude,
des travailleuses communautaires ont vécu un stress, sincèrement, inutile. C'est
un débat qui n'aurait pas dû avoir lieu. Il n'aurait pas dû être ici, à cette
Assemblée nationale. La santé de la femme, le choix des femmes en ce qui
concerne leur corps, c'est une décision personnelle. Ni le gouvernement ni le
ministre de la Justice ne devraient porter atteinte à ça, jamais. Il a détourné
la commission de l'analyse d'autres dispositions parce que les gens ont perdu du
temps. Ils ont parlé de ça, puis il y a tellement d'articles dans cette loi qu'ils
auront pu adresser, mais parce qu'il y avait une peur qui était installée,
inutile, puis à cause de l'irresponsabilité du gouvernement... ils auront pu
peut-être utiliser leur temps pour parler d'autre chose. Quand on touche un
droit fondamental, on doit agir avec prudence, sensibilité et responsabilité,
pas avec de l'entêtement. Puis c'est malheureux, mais c'est ça qu'on a eu des...
Une Constitution doit unir, pas punir, pas
diviser. Une Constitution doit être adoptée de manière transpartisane, en
partenariat avec les Premières Nations, avec la reconnaissance explicite des
droits de la communauté anglophone, en protégeant l'accès aux tribunaux, en
renforçant, non affaiblissant, la démocratie. Ils négligent, cette fois-ci, les
droits fondamentaux. Ils limitent les contrepouvoirs. C'est tout sauf ce que
nous devons avoir ici, à l'Assemblée nationale du Québec, comme débat, en ce
qui concerne les droits des Québécois et Québécoises.
Si mon chef, Charles Milliard, a tendu la
main, pourquoi ne pas travailler ensemble? Il prend un engagement de s'asseoir
avec tous les autres formations politiques pour rédiger quelque chose
transpartisan, à l'image de tous les Québécois. Ça, c'est ce que le
gouvernement aurait dû faire, un gouvernement responsable, un gouvernement qui
respecte les citoyens aurait fait ça, mais ce n'est pas ça qu'on a eu. Moi, je
crois qu'une Constitution devrait être inclusive. Ça devrait être moderne,
transpartisane, respectueux des minorités, protectrice des droits fondamentaux,
parce qu'une Constitution n'apparaît pas à une partie, ça appartient au peuple.
Et, avec le projet de loi n° 1, on passe à côté de ça, M. le Président, et
c'est injuste envers la population du Québec. Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis. Nous poursuivons toujours
ce débat sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1. Cette fois-ci,
je cède la parole à M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, M. le
Président. Ça me fait plaisir d'intervenir aujourd'hui sur le projet de loi n° 1,
le projet de Constitution, ce n'est pas un texte simple, ce n'est pas un débat
ordinaire. On débat d'une vision de ce que devrait être la démocratie au
Québec. C'est un débat qui appartient à la société, je dirais, au peuple
québécois, qui ne doit pas nous appartenir seulement à nous seuls, ici, les
députés de l'Assemblée nationale...
17 h 04 (version non révisée)
M. Leduc : ...et c'est
justement ce qui nous inquiète dans tout ce processus du projet de loi n° 1, c'est que c'est très mal parti
pour un débat qui devrait être un débat populaire, un débat de société, quand
on a un projet de loi qui est écrit dans les officines du ministre avec très,
très peu de personnes consultées et qu'après ça nous est livré comme ça, à
prendre ou à laisser, alors qu'au contraire, une Constitution, ça devrait être
plutôt le fruit d'un énorme travail collectif.
Le projet de loi n° 1
est présenté comme une constitution, c'est une façon de nommer les choses qui
peut nous étonner, à la limite, nous, on préfère rester un peu plus prudent,
parce qu'une Constitution, ce n'est pas juste un... ce n'est pas supposé être
un slogan, ce n'est pas supposé être un manifeste d'un gouvernement, une
Constitution, c'est supposé être un contrat social qui lie l'ensemble des
constituants, des gens qui forment la nation, et qui peut donc s'entendre sur
les grandes valeurs qui nous animent comme société québécoise et comment on
veut ordonner la société et les institutions qui nous gouvernent. Et ce contrat-là,
donc, qui nous est proposé à travers le projet de loi n° 1,
il a été proposé sans le peuple, sans sa participation et sans plusieurs garde-fous
démocratiques qui sont pourtant nécessaires dans toute société démocratique qui
se respecte.
Allons-y sur la question de l'accès à la
justice... la restriction à l'accès de la justice, pardon. Alors, un des
aspects les plus inquiétants du projet de loi n° 1 se
cache dans une disposition assez technique, mais qui a une portée immense, c'est
l'article 5 de la Loi sur l'autonomie constitutionnelle du projet de loi n° 1 donc. Ce texte, là, il interdit à des organisations
financées par l'État de contester devant les tribunaux des lois qu'elles jugent
contraires à leur droit dès lors que le gouvernement déclare que cette loi
protège la nation, alors je le mets entre guillemets, c'est bien sûr le texte
du projet de loi, le texte du gouvernement quand on dit protège la nation, c'est
selon eux. Et, si on lit cette disposition-là à la lettre, ce n'est pas une loi
qui protège la démocratie, c'est une loi qui pourrait éventuellement venir
museler la société civile puis une loi qui muselle des membres à part... pleine
et entière de la société québécoise, bien, ce n'est pas une loi qui est
démocratique, qui est valide. Pourquoi? Parce que dans une démocratie saine, la
justice ne doit pas être... un privilège réservé, pardon, aux puissants, aux
gens qui ont beaucoup d'argent, dont l'épaisseur du portefeuille est plus
importante, elle doit être accessible à tous et à toutes, la justice. Et qu'on
décide ici que certaines lois seront inattaquables, en quelque sorte, aux yeux
de la justice, c'est à la limite de ne pas comprendre la société même dans
laquelle on... nous évoluons depuis la fondation de la province du Québec, du
pays du Canada à la limite.
La répartition des pouvoirs, c'est tout à
fait normal et sain, hein? On a l'exécutif, le législatif, le judiciaire, c'est
normal que le judiciaire arrive et puisse venir corriger potentiellement en
fonction des textes de loi, notamment en fonction de la Charte québécoise des
droits et libertés, des éléments de projet de loi qui auraient été adoptés ici,
qui ne respecteraient pas, selon un plaidoyer, bien sûr, les droits et libertés
enchâssés dans cette charte québécoise-là. Et de venir dire que, là, il y a
certaines lois qui pourront être votées ici qui seront exclus de cette
possibilité-là d'être contestés par certains organismes parce que soi-disant
ils reçoivent du financement public, c'est comme un drôle de raisonnement. Vous
recevez du financement public, parce qu'on vous reconnaît une importance pour
votre mission, que ce soit une... société publique, on parlait des universités
tantôt, de ma collègue, mais ça pourrait potentiellement être des groupes de la
société civile. Bien, voilà, vous, vous n'avez plus le droit de poursuivre le
gouvernement et de demander de la révision de certaines lois. C'est un peu
particulier, M. le Président. On inclut là-dedans, évidemment, des
organisations qui défendent les droits collectifs, qui accompagnent des
personnes vulnérables, qui rappellent à l'État ses devoirs et ses manquements.
C'est des organisations qui, peu importe leurs objectifs, leur vision du Québec
et surtout peu importe qu'elles reçoivent ou non de l'argent du gouvernement,
sont des membres à part entière de la société québécoise et c'est bien triste,
je trouve, M. le Président, qu'avec cette loi-là, on veuille... on laisse sous-entendre
le contraire du côté du gouvernement. C'est une question de principe. Une
Constitution, c'est supposé de donner des droits, ce n'est pas supposé d'en
retirer. Et là, on retire des droits d'ester en justice, selon les termes
judiciaires de... consacrés. C'est assez étonnant comme direction qu'on nous
propose dans cette Constitution-là. C'est un danger fondamental avec cette
interdiction-là de... qui risque de créer des œillères collectives. C'est un
risque que certaines voix soient étouffées, qu'elles ne reflètent ultimement
que les intérêts d'une seule frange de la population québécoise et non de son
entièreté. Si on veut que le Québec ait les meilleures lois, les lois les plus
justes possibles, il faut laisser la possibilité à l'entièreté des groupes de
la société québécoise de contester les décisions gouvernementales, qu'ils
reçoivent du financement public ou non.
Moi, je me rappelle, M. le Président, je
suis assez vieux maintenant pour me rappeler qu'il y a... à une certaine
époque, puis c'est un discours qui revient de temps à autre, il devrait revenir
bientôt, d'ailleurs, avec le retour du balancier quand même assez fort, de la
droite dure, qu'il y a... les groupes communautaires qui reçoivent de l'argent
public ou que ça soit...
17 h 09 (version non révisée)
M. Leduc : ...ou que ce
soient même des groupes de la société civile, on parle encore une fois des
associations étudiantes par exemple, j'ai évolué assez longtemps dans le milieu
étudiant pour avoir entendu ça, on ne devrait même pas avoir le droit, point,
de contester des choses parce qu'ils reçoivent de l'argent du gouvernement,
alors que la contestation d'une société, d'un gouvernement, c'est un signe de
démocratie, de laisser, évidemment, des... la société civile nous questionner,
se mobiliser, faire des manifestations à la limite, payer de la publicité aussi
pour questionner les orientations du gouvernement. C'est ça aussi, la
démocratie québécoise. Ce n'est pas tout le monde qui est d'accord tout le
temps, puis on fait une élection en quatre ans, puis après ça on ferme la
business de la démocratie puis on laisse les gens gouverner comme si de rien n'était.
Non, la démocratie, elle est vivante puis elle doit s'exprimer à travers des
contre-pouvoirs. Et, ces contre-pouvoirs-là, il faut qu'elles aient quand même
une marge de manoeuvre, et, si on les muselle avec l'article 5 de la
Constitution, du projet de loi de constitution, on n'avance pas dans la bonne
direction.
Un gouvernement, ça n'a pas toujours
raison, bien sûr. On a vu récemment le gouvernement aller en justice, perdre
sur plusieurs dossiers. Juste sur le dossier du travail, j'en ai... j'en ai des
tonnes, hein, le projet de loi n° 10 sur l'équité salariale, le projet de loi
n° 51 sur la construction, le 89 sur le droit de grève, le 101 sur la
santé et sécurité, le 3, qui va être certainement contesté à la demi-seconde
après son adoption, dans les prochains jours, ici, au salon rouge. Ils vont
tous être contestés par des organisations, en particulier le milieu syndical.
Là, je sais, là, que le... techniquement
parlant, le milieu syndical n'est pas visé par le libellé de l'article 5
de la loi... du projet de loi, pardon. Cela étant dit, il y a une... il y a une
section dans l'article 5 qui dit que des groupes peuvent être ajoutés à l'annexe.
Donc, en effet, dans la liste de l'annexe, on ne voit pas les syndicats. Donc,
en théorie, les syndicats qui pourraient éventuellement recevoir des
subventions publiques, je parle, des fois ça pourrait être possible, mettons,
en francisation... mais ils pourraient être rajoutés dans l'annexe par une
simple décision d'un décret d'un ministre.
Donc, encore une fois, cette
disposition-là qui dit : Oui, oui, on pourrait ajouter à peu près n'importe
qui n'importe quoi dans cette annexe-là, d'organisations qui n'auront pas le
droit de poursuivre le gouvernement si une loi est dite protégée d'intérêt
national, ça m'inquiète. Alors, encore une fois, là, je citais des exemples qui
concernent plus le milieu syndical, qui ne sont théoriquement pas visés, mais
cette possibilité-là d'ajouter à peu près n'importe qui m'inquiète beaucoup. Et
on a vu justement, par la longue séquence, le projet de loi, que d'aucuns
pourraient qualifier d'antisyndicaux... bon, je ne serais pas surpris de voir
éventuellement... si le projet de loi n° 1 est adopté tel quel, de
rajouter plus tard le milieu syndical dans les organismes qui seraient interdit
de poursuivre le gouvernement sur certaines lois. Donc, ça m'inquiète beaucoup.
Puis, encore une fois, à mes yeux, c'est absolument nécessaire, que tout le
monde, tous les groupes puissent contester les tribunaux... dans les tribunaux,
les lois du Québec, qu'ils reçoivent de l'argent public ou non.
Je conclus cette section-là, M. le
Président, en soulignant une citation du Barreau du Québec qui l'a exprimé
clairement : «Une telle interdiction est irréconciliable avec un État de
droit fort et une saine démocratie.» Ce n'est pas les mots d'un parti
politique. c'est d'un... c'est les mots d'une organisation, le Barreau du Québec,
composé d'hommes et de femmes qui se consacrent à faire vivre l'État de droit
au Québec.
J'aimerais évoquer un peu le concept de la
soi-disant souveraineté parlementaire, là, évoquée dans le projet de loi. À son
article 18, la souveraineté parlementaire est comme un principe
fondamental de l'État québécois. C'est très technique, mais l'effet est quand
même assez profond. On est en train de dire, là, qu'avec une telle formulation
là, ça ouvrira la porte à ce qu'une majorité parlementaire décide... d'ailleurs
par un mode de scrutin largement déficient, là, on l'a souligné à de nombreuses
reprises, ça a même déjà été l'opinion du gouvernement, que le mode de scrutin
posait problème avant qu'il trahisse sa parole et qu'il revienne sur son
engagement, donc, que, sur une simple majorité parlementaire, on pourrait
décider de tout, même de suspendre des droits fondamentaux, sans justification.
Donc, il y a quand même une limite à ce qu'une majorité parlementaire doit...
peut faire ici, dans ce Parlement. Cette limite-là, c'est notamment les
tribunaux, c'est notamment la Charte des droits et libertés.
Mais là l'article 9 de la Loi sur l'autonomie
constitutionnel stipule que «le Parlement du Québec peut, s'il le juge
opportun... lorsqu'il le juge opportun, inclure une disposition de souveraineté
parlementaire, d'office ou en réponse à une décision judiciaire, dans toute loi
qu'il édicte, sans qu'il soit requis de la contextualiser ou de la justifier.
«Il ne peut être exercé aucun pourvoi en
contrôle judiciaire, fondé sur un droit ou une liberté visé par une telle
disposition de souveraineté parlementaire, en vue de faire déclarer inopérante
la loi ou la disposition visées par cette disposition de souveraineté
parlementaire.»
C'est quand même hallucinant, là. On veut
venir verrouiller à jamais des éléments de loi ou des lois complètes de toute
forme de contestation judiciaire. Mais... Mais à la limite, M. le Président,
pour qui on se prend, là, ici, dans cette Chambre? C'est normal de... tu sais,
que des choses sont contestées. On n'est pas la justice de droit divin ici, à l'Assemblée
nationale. Oui, on est les élus du peuple, oui, on a une légitimité qui en
découle, qui est forte, mais c'est un dialogue avec les tribunaux que nous
avons. On le vit en ce moment sur la carte électorale. On avait pris des
décisions qui sont contestées par les tribunaux. On s'en va devant... devant la
Cour suprême plaider notre dossier. C'est très bien, comme ça...
17 h 14 (version non révisée)
M. Leduc : ...c'est comme ça
que ça devrait fonctionner et c'est comme ça que ça fonctionne. Et là de
commencer à dire : Non, non, il y a des affaires qui vont être
complètement à l'abri de toute forme de contestation et de pourvoi judiciaire, ouf!,
c'est fort de café, ça, M. le Président, et je trouve qu'on n'est pas du tout
dans un environnement agréable, d'un point de vue de démocratie et de renforcement
de démocratie, avec cet article-là.
Par rapport à cet élément-là, le Barreau
du Québec, toujours, dit... parle et je cite, «d'un élargissement préoccupant
des pouvoirs du législateur au détriment du pouvoir judiciaire. En d'autres
mots, là, le gouvernement se donne les moyens de déroger aux droits humains
fondamentaux, potentiellement, sans même devoir se justifier, sans même devoir
contextualiser sa décision, puis se protège contre toute forme de
contextualisation». C'est... ça constitue une attaque, à mon avis, qu'on
pourrait qualifier d'assez radicale à la démocratie.
La charte des droits et libertés du
Québec, là, c'est un fleuron qu'on a adopté ici dans les années 70, en 1975,
sept ans avant que la charte canadienne soit, elle, adoptée dans des contextes
politiques que nous n'aimons pas, bien sûr, comme on le sait très bien. Le
gouvernement caquiste a instauré une très mauvaise tradition en lien avec la
charte québécoise en la modifiant sous bâillon trois fois dans les dernières
années : en 2019, avec la Loi sur la laïcité, en 2022, avec la Loi sur la
protection du français, puis, en 2025, avec la Loi sur le modèle d'intégration
québécois, et les trois fois en utilisant, donc, la clause de dérogation pour
venir inscrire dans la charte trois lois qui contreviennent aux droits et
libertés fondamentales de groupes minoritaires. La Constitution caquiste
souhaite maintenant normaliser, constitutionnaliser le droit de déroger aux
droits humains fondamentaux à travers la disposition de souveraineté
parlementaire. Ce n'est pas une Constitution qui protège... ce n'est pas un
projet de Constitution qui protège, c'est qu'on... c'est une Constitution qui
conforte le pouvoir en place, le pouvoir du moment.
Le Barreau s'inquiète aussi
fondamentalement de l'atteinte qu'on pourrait appeler systémique à l'État de
droit. On fait une analyse plus générale, au Barreau. Bien sûr, il y a le
projet de loi n° 1, mais il y a le projet de loi n° 2, aussi, bon,
qu'on a réglé entre temps, en partie, et le projet de loi n° 3, qu'on a...
on a terminé l'étude détaillée, là, il y a quelques semaines. Ces trois choses
là ensemble, notamment, musellent les contrepouvoirs, affaiblit la séparation
des pouvoirs et met en péril la protection des droits fondamentaux, en
particulier, donc, le projet de loi n° 1, le projet de loi de Constitution.
Le Bureau... le Barreau note que le texte introduit un conseil constitutionnel
partisan nommé sur recommandation politique plutôt que sur le mérite juridique.
Le conseil serait appelé à rendre des services... pardon, des avis, rendre des
avis qui s'appartient... qui s'apparentent à des décisions judiciaires, créant
une confusion constitutionnelle qui pourrait potentiellement fragmenter la
primauté du droit. Imaginez, donc, un tribunal indépendant qui protège un droit
à travers une décision, mais, en parallèle, ledit conseil constitutionnel qui
pourrait recevoir un mandat, on va le dire, assez politique, de valider ou
invalider des interprétations constitutionnelles du gouvernement. Qu'est-ce qui
va primer, comment tout ça va fonctionner? C'est juste générer du chaos
judiciaire, M. le Président, que de fonctionner ainsi. Je pense que c'est un
peu ça, l'objectif, pour beaucoup, délégitimer et affaiblir les tribunaux, je
pense en particulier à la Cour suprême. C'est un recul que même les adversaires
idéologiques du Barreau n'auraient pas imaginé il y a à peine quelques années. Encore
une fois, ce n'est pas un projet de Constitution ici qui protège, c'est un... c'est
un projet de Constitution qui fragilise nos institutions démocratiques.
Il y a Amnistie internationale également
qui s'inquiète beaucoup du recul des droits et des atteintes aussi, donc,
directement à l'État de droit. Même au-delà des frontières, des organisations
de défense des droits humains tirent la sonnette d'alarme. Amnistie internationale
a déclaré que le projet de loi n° 1 était, et je cite, «régressif,
antidroits et met en péril l'État de droit au Québec». Selon Amnistie internationale,
le texte affaiblit la Charte québécoise des droits et libertés en lui imposant
des nouvelles limites, marginalise les droits individuels et collectifs et
restreint l'accès à la justice, en particulier pour les personnes les plus
vulnérables. Il contrevient au droit international en créant des obstacles
procéduraux à la contestation, on en a parlé plus tôt.
Je vous répète donc très clairement, une Constitution,
ça ne doit pas... ce n'est pas supposé d'affaiblir, et là on a même Amnistie internationale
qui vient nous dire qu'on n'est pas en train de bien paraître à l'international
avec ce projet de loi là, ça vient... ça vient donner une mauvaise figure
internationale au Québec et ce n'est pas agréable de voir ça.
Sur la procédure, M. le Président. Sur la
forme, là... j'ai parlé beaucoup du fond, mais, sur la forme, il y a là aussi évidemment
un immense problème. Je le disais en ouverture, en introduction, un projet de Constitution
rédigé dans les officines du ministre avec quelques personnes, ce n'est pas un
processus démocratique. Une Constitution, c'est supposé de faire l'objet de larges
consensus et surtout, donc, de larges consultations. Si le gouvernement tenait
à faire tellement un projet de Constitution, c'est un projet louable, j'en
suis, moi, de dire : Pourquoi ne pas donner une Constitution au Québec? Je
préférerais bien sûr que ce soit une concession d'un pays du Québec, mais ça se
discute, d'avoir une Constitution...
17 h 19 (version non révisée)
M. Leduc : ...pour la
province du Québec. Je n'y vois pas des tonnes d'avantages personnellement, ma
formation politique non plus, mais ça se discute certainement. C'est une démarche
qui est pertinente, qui se défend, mais de la manière dont c'est fait, en fin
de mandat comme tentative de relancer un parti politique en chute libre dans
les sondages, sans consultation, ça ne peut pas fonctionner. Ce n'est pas ça le
Québec. Ce n'est pas ça les grands consensus sociaux. On a connu à la fin des
années 90, début 2000, ce qu'on appelle les grands sommets
socio-économiques du Québec, où, là, il y avait des grandes discussions. Puis
là, il y avait des consensus qui sortaient de ça, puis la société complète
prenait des orientations autant dans les cabinets ministériels que dans les
organisations de société civile. C'est comme ça, par exemple, qu'on a réussi à
créer le réseau des CPE, le RQAP, des choses comme ça. Ça découlait de grands
consensus sociaux.
Se doter d'une constitution, ce n'est pas
un petit projet de loi d'un coin de table qu'on décide puis qu'on fait une couple
de consultations en commission parlementaire, puis voilà, «chop chop», le
travail est fait. C'est supposé être quelque chose de bien plus sérieux avec
une immense démarche. À Québec solidaire, bien sûr, on propose de faire du
Québec un pays, puis on propose de le faire d'une manière originale qui est de
faire une assemblée constituante où est-ce qu'on aurait de larges consultations
en amont d'un référendum. Où est-ce que le peuple du Québec serait appelé à
dessiner les contours du pays, donc la Constitution, et après de longs débats,
de longues discussions où on aurait attaché les grands consensus, bien, c'est
là qu'on passerait au vote sur le projet de Constitution, avec un exemple très
pointu, très exact, de ce qu'à quoi ressemblerait le pays du Québec à naître.
Mais ça, ce serait fait à l'issue d'un long processus de consultations.
Certainement, on n'a pas un chiffre magique, c'est-tu des mois, c'est-tu des
années, mais certainement plus que les quelques semaines auxquelles nous avons
consacré des heures sur le projet, notamment mon collègue de Maurice-Richard.
Donc, une constitution, ça ne s'écrit pas comme ça, ça ne se décrète pas. Ça se
construit, ça se discute, ça se consent, si vous me permettez l'expression. Et
puis, ce n'est pas une démarche, moi, qui m'a beaucoup impressionné, celle du
ministre de la Justice. Et sur la forme en tout cas, c'est certainement un
échec sur tout l'exercice.
J'ai beaucoup parlé des contre-pouvoirs.
Je voudrais parler aussi de la modification de la Constitution, l'adoption de
la modification, dans la minute qu'il me reste. Il y a... dans plein de pays
dans le monde, ça prend plus qu'une simple majorité pour modifier une constitution.
Parfois, ça prend une supramajorité, donc un deux tiers de l'assemblée. Parfois,
ça prend même encore plus, un vote dans une deuxième chambre. On n'a pas ça ici
au Québec, un Sénat, on s'en est débarrassés dans les années 60. Mais,
quand on parle d'une contestation de droits fondamentaux comme ça, d'avoir des
votes à majorité simple, sous-entendus dans cette constitution-là, moi, ça me
pose un immense problème. C'est quelque chose que je pense qu'on devrait
rejeter. Et donc, de dire on vote une constitution à majorité simple ici, avec
des possibilités de faire des protections, des dérogations permanentes ou semi-permanentes,
toujours à majorité simple, c'est quelque chose qui me dérange beaucoup, qu'ils
devraient rejeter.
M. le Président, dans le temps qu'il me
reste, bien sûr, j'aimerais conclure en disant qu'on n'a pas du tout assisté à
un véritable processus constituant menant normalement à une Constitution du
Québec. C'est louable de vouloir une constitution pour la province du Québec,
mais ce n'est certainement pas une bonne manière d'y arriver, et le contenu est
certainement à contester. Je ne peux pas m'empêcher de faire référence à tout
le débat désagréable que nous avons eu dans les dernières semaines sur le
dossier de l'avortement, du droit à l'avortement. On avait eu cette discussion-là,
en début de mandat, avec la précédente ministre des conditions féminines. Et ça
avait été une discussion enrichissante, intéressante. J'y avais participé à
travers différents groupes dans ma circonscription, j'avais rencontré des gens.
On avait clos cette discussion en disant que c'était une fausse bonne idée. Et
quelle n'a pas été ma stupéfaction de voir le ministre revenir avec ça, il y a
quelques mois déjà, et on a passé du temps et du temps et du monde se sont
mobilisés encore et encore, alors qu'il y aurait d'autres choses à faire, d'autres
batailles à mener sur le dossier de la condition féminine au Québec. Et j'en
veux au ministre. Je suis fâché. J'en veux au ministre d'avoir gaspillé tout ce
temps-là et d'avoir fait gaspiller tout ce temps-là à toutes les femmes
principalement, évidemment, qui se mobilisent au Québec pour le droit à l'accès
à l'avortement, d'avoir remis une dose d'anxiété sur les femmes qui sont au
front sur ce dossier-là. J'ai pensé beaucoup à elles dans les dernières
semaines. Je suis content qu'il y ait une fin heureuse, là, à cette deuxième ronde,
et j'espère que ce sera la fin et qu'on ne reconnaîtra pas une troisième ronde
désagréable comme celle qu'on a vue.
Donc, ce projet de loi n° 1
est à retirer, M. le Président. Recommençons du début, si on veut avoir un
processus pertinent, parce que, ce qui est devant nous, ce n'est pas
intéressant.
Merci.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Nous poursuivons toujours ce
débat, et, cette fois-ci, je reconnais M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Merci
beaucoup, M. le Président. J'imagine, M. le Président, que depuis le début, là,
du débat en Chambre sur l'adoption du principe du projet de loi n° 1,
là, vous avez entendu à plusieurs reprises, à peu près tout le temps...
17 h 24 (version non révisée)
M. Beauchemin : ...et les
mêmes argumentaires contre ce projet de loi là. Juste en regardant le titre, moi,
ce qui me saute à la tête en regardant ça, c'est la Loi constitutionnelle de
2025 sur le Québec. Ça aurait dû être plutôt la loi constitutionnelle du Québec,
puis de ne pas être obligés de dire que c'est sur le Québec, c'est la loi du
Québec, que 2025, on parle du... d'une année où est-ce que la CAQ a décidé d'utiliser
ce levier-là pour essayer de faire en sorte que les chiffres, dans les sondages,
puissent s'améliorer, parce qu'on entend ici indirectement, de la part du
gouvernement, une intention de vouloir raviver le mouvement nationaliste
caquiste, qui, malheureusement, on le voit bien, là, ne... a de la misère à...
bat de l'aile actuellement.
Mais juste par le titre en tant que tel, j'aurais
trouvé ça intéressant si, au moins, ça avait été à propos du Québec, et non sur
le Québec, comme... on dirait qu'on veut l'imposer. L'approche, évidemment, du
ministre, c'est d'imposer son projet de loi, il l'a dit. J'essaie de me
rappeler du contexte, là, comme quoi qu'il était souverain, lors du premier
survol de cet... de ce projet de loi là par les deux candidats à la succession
du premier ministre. Donc, il a dit qu'il était souverain, alors on s'entend
que pour lui, il veut imposer son projet de loi sur le Québec. Donc, je trouve
ça en dit beaucoup, juste le titre en dit déjà beaucoup.
Je pense que je vais essayer d'amener un
angle un peu plus économique, là, à l'argumentaire, ici, pour illustrer le fait
que l'ensemble de ce projet de loi là semble vraiment avoir été fait sur un
coin de table, puis j'ai entendu mes collègues de la deuxième position le
mentionner tout à l'heure, j'ai entendu d'autres collègues en parler, évidemment,
de façon préalable. Mais... mais c'est important de comprendre les
ramifications de ne pas avoir bien fait les choses, parce que, là, ce qui
arrive, c'est qu'on utilise du temps de l'Assemblée nationale, on utilise du
temps des parlementaires à débattre de quelque chose qui ne fonctionne pas. On
aurait dû normalement avoir quelque chose qui serait consensuel, on aurait dû
normalement avoir eu des conversations avec nos frères et soeurs des Premières
Nations, des gens de la communauté anglophone. On aurait dû normalement être
capables de pouvoir parler avec plusieurs groupes qui, de temps en temps, ont
des droits d'aller devant les tribunaux puis défendre leurs arguments contre le
gouvernement puis leur dire : Vous savez, ici, vous êtes menacés, là, de par
ce projet de loi là, là, on va vous enlever votre droit de pouvoir vous opposer
au gouvernement, là. On aurait dû normalement prendre ce temps-là.
Puis ça me rappelle en début... en début
de mandat 2018. Je n'étais pas ici, M. le Président, j'avais un autre
emploi du temps à l'époque, mais je trouvais ça tellement drôle de voir tous
les ministres de la CAQ se promener avec ce fameux livre How Big Things Get Done.
Puis, normalement, tu te dis : Bien, OK, c'est une brique. Normalement, on
aurait dû minimalement lire l'introduction. Puis, quand on lit l'introduction,
la première chose qui nous apparaît, qui nous saute dans la face, là, c'est :
Bien, pour que ça fonctionne, on doit faire une consultation préalable, on doit
s'assurer... que ce soit dans un modèle d'affaires, que ce soit au niveau
politique, on doit s'assurer qu'on ait eu la chance de parler à toutes les
parties prenantes pour qu'elles puissent être interpelées dans le processus et
donner leur point de vue. Parce qu'ici on parle de la superloi, la Constitution
du Québec, c'est la loi de toutes les lois, elle doit être, donc, consensuelle.
On va s'en servir pour des générations. Que ce soit le gouvernement actuel ou
un prochain gouvernement, l'objectif ultime, c'est que ce soit une référence,
une référence à partir de laquelle le corpus législatif va évoluer dans le
temps. C'est une définition de qui nous sommes. C'est important parce que ça, c'est
la base même d'un papier qui devient la loi des lois. Mais normalement, si on
avait lu l'introduction du livre How Big Things Get Done, on se serait...
au moins, on aurait minimalement réalisé que, OK, ici, là, on n'est pas en
train de juste faire une épicerie, là...
17 h 29 (version non révisée)
M. Beauchemin :
...on n'est pas en train de faire quelque
chose de simple, là, on est en train de faire quelque chose de complexe. Et
donc, un instant, monsieur, on doit s'asseoir, et réfléchir, et comprendre c'est
quoi, les étapes pour arriver à la réalisation de ce projet de loi là.
Nous, au Parti libéral du Québec, on est
pour un projet de loi constitutionnelle. Notre cher collègue, malheureusement
décédé, M. Benoît Pelletier, en a parlé en long et en large. Et, justement,
dans ce que M. Pelletier disait, une des choses qu'il soulignait à gros trait,
c'est l'importance de s'assurer d'avoir fait le tour, d'avoir été capable de
rencontrer les leaders des communautés autochtones, de pouvoir parler avec
toutes les communautés présentes au Québec. On doit protéger les minorités pour
s'assurer que, justement, on puisse faire de la Constitution du Québec un
véhicule d'émancipation pour tous. Il me semble que ça, ça aurait été le réflexe
de base, mais ce n'est pas ça qu'on a fait, M. le Président.
Il y a eu quelques collègues, là du
ministre de la Justice, et lui-même, qui se sont assis à une table, j'ose
croire, et qui ont pris le temps d'écrire ce projet de loi là, là. Je ne dis
pas que ça a été écrit sur le coin d'une table, l'image est forte, là, mais ce
que je veux dire, c'est que le projet de loi ici a été fait en silo, totalement
l'inverse de ce qui doit être fait. Puis c'est ça qu'il y a de triste, dans ça,
parce que, quand on décide de se lancer en affaires, puis faire un gros projet,
puis qu'on oublie de comprendre toutes les variables qui peuvent affecter notre
projet commercial, bien, on va faire faillite. Bien, ici, on a oublié. Dans le
projet de Constitution du Québec, et non imposé sur le Québec, quand on a
décidé d'aller de l'avant avec ça, bien, on n'a pas pensé aux ramifications. Et
donc ce qui va arriver, c'est que ça ne va pas fonctionner, il va y avoir
contestation, on va frapper un mur, M. le Président. Alors, c'est important.
Je pense qu'il y a des statistiques qui
sont sorties, justement, je pense que c'était ce matin, dans un des points de
presse, il y a eu plus de 800 groupes qui s'opposent au projet de loi
constitutionnelle sur le Québec du ministre de la Justice. On peut en ajouter
un, je peux vous dire que le projet de loi constitutionnelle de 2025 sur le
Québec de la CAQ n'est pas quelque chose que le Parti libéral du Québec va
appuyer. On est donc 801 groupes. Bien, 800 groupes, M. le Président, là, ce n'est
pas n'importe quoi.
Vous savez, quand on... quand on agit de
la sorte, ça laisse des traces, on l'a vu dans d'autres dossiers économiquement
importants, là, du gouvernement de la CAQ où ils ont agi de la même façon, c'est-à-dire
sans consultation, puis ils ont été de l'avant. Puis, malheureusement, ce que
ça a donné... ça a donné des échecs. Puis on n'ira pas faire la liste au grand
complet encore, là, parce que ça devient redondant, mais le point ultime, c'est
qu'il y a eu du gaspillage des ressources financières du Québec parce qu'on a
fait une mauvaise planification de projets économiques.
Là, ici, on est à un autre niveau où les
ramifications vont être sur le très long terme. Imaginez-vous si, par exemple,
les gens des Premières Nations, pour eux, là, ça, c'est une fin totale de
non-recevoir, ce projet de loi là, imposé sur le Québec. Puis je vais... je
reviens, là, sur ce fait-là, là, pas du Québec, mais imposé sur le Québec de la
part de la CAQ. Les gens des Premières Nations, là, c'est... pour eux autres, c'est
une fin de non-recevoir. Qu'est-ce que vous pensez que ça va... faire? Comment
pensez-vous que ça va se traduire? Bien, ça va se traduire dans des refus de
vouloir coopérer. Ça va se traduire dans des refus d'investissement. Ça va être
une réduction de partnership, il va y avoir moins de partenariats. Ils se
sentent évidemment exclus du processus. Comment peut-on, de nation à nation,
faire ça à des gens avec lesquels on veut être partenaires pour le
développement économique du Québec? En agissant de la sorte, le gouvernement se
tire dans les pieds.
Donc, les ramifications à long terme, je
vous donne un exemple... Je n'ai pas d'exemple spécifique, ce que ça veut dire
dans un... dans un projet très détaillé, mais on vient de créer un mauvais
climat d'affaires, on vient de créer un mauvais climat de confiance. Puis, vous
savez, nos...
17 h 39 (version non révisée)
M. Beauchemin : ...coût de
faire affaire au Québec. Ils vont donc faire en sorte que ça va être plus
onéreux, plus dispendieux, plus complexe de faire affaire au Québec.
Puis je reviens à la base. Pourquoi? Parce
qu'on n'a pas consulté, parce qu'on ne s'est pas assis à table avec toute la
population, on n'a pas été capable d'aller chercher leur acceptabilité sociale.
M. le Président, là, 800 groupes qui s'obstinent contre le gouvernement. Il
fait l'unanimité contre lui, actuellement, ce projet de loi là. Donc, on s'entend
sur une affaire, ici, M. le Président, là, ça, ce n'est pas l'environnement
propice pour faire croître l'économie du Québec.
Le climat social, c'est la base. À partir
de là, vient évidemment un besoin d'avoir un gouvernement qui est ouvert au
développement économique, respectueux de tous et chacun, mais les ordres vient
de la super loi. Les façons d'agir, la mentalité vient de la super loi. C'est à
partir de ce point de référence là, c'est à partir de cet ancrage-là que les décideurs,
que les donneurs d'ordres vont s'investir dans l'économie québécoise. Puis si...
supposons que ce n'est pas tout à fait représentatif de leurs valeurs ou
représentatif des valeurs d'une juridiction juste à côté de la nôtre, où le
climat social et le climat d'affaires est plus propice à l'investissement, qu'est-ce
que vous pensez qu'il va se passer, M. le Président? Les gens vont déménager,
vont aller vivre ailleurs, vont faire autre chose, vont investir... ne prendront
pas ce risque-là.
Vous savez, si... supposons que le
gouvernement futur, un gouvernement x, y, z, décide de mettre en place une loi qui
bafoue des droits des citoyens, d'un certain groupe de citoyens, puis que, là,
maintenant, cette loi, qui est imposée sur le Québec, dois-je le dire encore
une fois, fait en sorte que ces gens-là ne peuvent plus s'exprimer, on perd
cette capacité-là d'attirer des gens. On va perdre ces gens-là, ces gens-là
vont se tourner de bord puis aller vivre ailleurs.
L'enjeu principal, c'est qu'on n'a pas les
moyens, au Québec, de faire les snobs avec l'argent, avec l'investissement
étranger, avec ce qui est considéré comme important pour les prises de
décisions. On n'a pas les moyens de faire ça. Puis savez-vous pourquoi, M. le
Président? Parce que, justement, on a un enjeu démographique significatif. L'Alberta
va améliorer ou augmenter sa population, dans les prochaines années, de 2,5 millions
d'habitants. Ils vont être rendus à 7,7... 7,6 millions d'habitants. Au Québec,
on n'aura pas bougé, M. le Président.
Donc, on se doit d'attirer du capital, que
ce soit domestique ou étranger, qui vient ici, qui décide de s'installer ici,
pour compétitionner, pour améliorer notre productivité. On parle d'engagement à
très, très, très long terme. Qu'est-ce que vous pensez qui arrive quand on
arrive pour prendre ces décisions-là : Je vais aller m'investir au Québec,
là, pour 20 ans? On va regarder quelles sont les ramifications du climat d'affaires,
quelles sont les ramifications du climat social, en quoi est-ce que ça, ça va
influencer positivement ou négativement mon entreprise.
Donc, le gouvernement, actuellement, ne
comprend pas l'enjeu démographique. Le gouvernement, actuellement, met en place
ce projet de loi n° 1... loi n° 1 sur la Constitution de 2025 sur le
Québec sans penser aux conséquences à long terme que ça va avoir pour vos
enfants, mes enfants, nos petits-enfants et les petits-enfants de tout le
monde. Les ramifications vont être une réduction du climat social, une réduction
du climat d'affaires, une baisse des investissements, une continuité d'avoir
zéro gain de productivité, comme c'est le cas avec la CAQ depuis les dernières
années. Malheureusement, M. le Président, on va perdre du terrain. C'est triste
pour les prochaines générations. Donc, nous, on est contre, évidemment, ce
projet de loi là. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le député de Marguerite-Bourgeoys. Nous poursuivons ce débat, et,
cette fois-ci, avec Mme la cheffe du deuxième groupe d'opposition.
Mme Ghazal : Merci, M. le
Président. Alors, à mon tour aussi, comme cheffe de Québec solidaire, de me
prononcer sur le projet de loi n° 1, le principe, sur une Constitution.
Vous savez, M. le Président, une...