(Quatorze heures neuf minutes)
La
Présidente :
Bonjour, tout le monde. Vous êtes nombreux, ce
matin. Mesdames messieurs, distingués invités, bienvenue, bienvenue au
parlement du Québec. Le parlement du Québec, c'est chez vous.
Messieurs dames les députés, nous allons nous
recueillir quelques instants, je vous prie.
• (14 h 10) •
Je vous remercie beaucoup. Veuillez vous
asseoir.
Dépôt de la lettre de démission du député de Borduas,
M. Simon Jolin-Barrette,
à titre de leader parlementaire du gouvernement, et de celle du
député de René-Lévesque, M. Yves Montigny, à titre de
président du caucus du gouvernement
Alors, juste avant d'entreprendre nos travaux,
je dépose une lettre transmise par M. Jolin-Barrette, député de Borduas,
dans laquelle il informe de sa démission à titre de leader parlementaire du
gouvernement à compter du 6 avril dernier, ainsi qu'une lettre transmise
par M. Yves Montigny, député de René-Lévesque, dans laquelle il informe de
sa démission à titre de président du caucus du gouvernement à compter du
7 avril 2026.
Dépôt des lettres de nomination du leader, de la
leader adjointe,
et du président du caucus de la Coalition avenir Québec
De plus, je dépose des lettres que m'a fait
parvenir Mme la première ministre m'informant des nominations suivantes qui
prenaient effet le 21 avril 2026 : M. François Bonnardel,
député de Granby, à la fonction de leader parlementaire du gouvernement; M. Yves
Montigny, député de René-Lévesque, à la fonction de président du caucus du
gouvernement; et Mme Stéphanie Lachance, députée de Bellechasse, à la
fonction de leader parlementaire adjointe du gouvernement.
Dépôt de la lettre du député d'Orford,
M. Gilles Bélanger, informant
de sa décision de siéger à titre de député indépendant
Je dépose également une lettre que m'a transmise
M. Gilles Bélanger, député d'Orford, dans laquelle il m'informe de sa
décision de siéger à titre de député indépendant à compter du
22 avril 2026.
Dépôt du nouveau diagramme de l'Assemblée
Enfin, je dépose le nouveau diagramme de
l'Assemblée en date d'aujourd'hui.
Maintenant, Mmes et MM. les députés, nous allons
accueillir la lieutenante-gouverneure. Alors, je vous prie de bien vouloir
demeurer à vos places jusqu'à son arrivée.
Des
voix : ...
La
Présidente : Mmes et MM. les
députés, vous êtes priés de vous lever pour accueillir la
lieutenante-gouverneure.
M. Lagacé (Mathew) : Mmes et MM
les députés, la lieutenante-gouverneure du Québec.
Allocution d'ouverture
La Lieutenante-gouverneure
La Lieutenante-gouverneure : Bonjour.
«Gwe.» Veuillez vous asseoir.
Mme la
Présidente, Mme la première ministre, M. le chef de l'opposition officielle,
Mme la cheffe parlementaire de la
deuxième opposition, M. le chef de la troisième opposition, Mmes et MM. les
ministres, Mmes et MM. les députés, Mmes et MM. les invités.
Tout comme mon premier discours, qui
s'inscrivait dans la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation,
prononcé le 30 septembre dernier, le destin a voulu que celui-ci coïncide — je
m'excuse — avec
une autre journée d'une grande portée.
Le 5 mai est la Journée nationale de
sensibilisation aux femmes, aux filles et aux personnes issues de la diversité
sexuelle et de genre autochtones disparues et assassinées. Cette journée, on la
reconnaît sous la Journée de la robe rouge.
Cette journée rend hommage aux victimes. Elle
appelle aussi à la conscience. Elle nous rappelle que des femmes, des filles et
des personnes bispirituelles issues des Premières Nations, des Inuits et des
Métis continuent de faire face à une violence disproportionnée.
Il
est important d'en parler. Il est nécessaire d'en parler. Parce que cela doit
cesser.
En ce jour, les robes
rouges flottent comme des présences silencieuses.
Elles ne crient pas. Elles
interpellent. Elles nous obligent. Elles nous rappellent une exigence plus
large.
Car, depuis plusieurs
années, nous observons une augmentation préoccupante de la violence faite aux
femmes au Québec, mais aussi ailleurs. Qu'elles soient autochtones ou non, cela
demeure une blessure profonde dans notre société.
Elles appellent à une
vigilance constante. À un engagement renouvelé. À une volonté collective
d'agir.
Malgré cette
augmentation de la violence faite aux femmes, certains signes méritent d'être
soulignés.
Alors, sur un point
plus positif, aujourd'hui, cette assemblée reflète une évolution importante. Les
formations politiques qui y sont représentées sont dirigées, à parts égales,
par des femmes et des hommes. Cette assemblée est présidée par une femme. Le
gouvernement est dirigé par une femme. Et la fonction que j'occupe est assumée,
pour la première fois, par une femme autochtone.
Comme l'a exprimé
Mme Pauline Marois : «Chaque fois qu'une femme gagne, chaque fois
qu'une femme occupe les plus hautes
fonctions, c'est toutes les femmes qui sont gagnantes.» Et, Mme Marois,
permettez-moi d'y ajouter que c'est toute la société qui est gagnante.
Je suis fière de le
mentionner à nouveau : Le Québec avance.
Ces
avancées sont significatives. Elles illustrent une société qui s'ouvre, qui
évolue, qui se transforme. Chaque année... Je m'excuse. Chaque avancée a
contribué à rendre notre démocratie plus juste. Plus représentative. Plus
complète.
Mais,
au-delà du symbole, cette réalité nous engage. Elle nous rappelle que l'égalité
ne se proclame pas. Elle se construit. Oui, et elle se construit en
collaboration avec des hommes.
Par des gestes. Par
des décisions. Dans la capacité d'offrir à chaque femme sécurité, dignité et
possibilités.
Mmes et MM. les
membres de l'Assemblée nationale. Votre présence ici témoigne de la confiance
précieuse que les Québécoises et les Québécois vous ont accordée.
Les débats seront
nécessaires. Les différences, inévitables. Mais ce qui importe, au-delà de
tout, c'est ce que nous choisissons de préserver ensemble.
Le Québec évolue dans
un monde en transformation.
Les repères changent.
Les tensions s'expriment. Les incertitudes demeurent.
Dans ce... dans ce
contexte, une nation se tient.
Elle se tient par ce
qu'elle est, par ce qu'elle protège, par ce qu'elle choisit de faire ensemble.
Ce bien commun qu'est
le Québec ne nous appartient pas. Pour certains, nous en sommes les
dépositaires. Pour d'autres, les gardiens. Mais c'est ensemble que nous en
assurons la continuité.
Notre responsabilité
est d'unir.
Non
pas en effaçant nos différences, mais en les embrassant, et en les inscrivant
dans un projet commun où chaque personne a sa place.
Permettez-moi
de vous partager une vision du monde chère aux Premières Nations. Chez nous,
le cercle est une façon de vivre. Il est un espace d'équilibre.
Un
espace où tout est relié. Où chaque élément de la vie est essentiel. Où le
«nous» l'emporte sur le «je», car nous sommes dans le cercle de la vie
ensemble.
Ce cercle nous
rappelle certaines valeurs fondamentales comme le partage, le respect,
l'humilité et l'honnêteté. Il nous rappelle aussi que nos décisions
font écho bien au-delà de l'instant présent et qu'elles doivent toujours
chercher à rassembler.
Ces
décisions s'inscrivent dans la continuité de celles et ceux qui nous ont
précédés et elles doivent tenir compte de celles et ceux qui viendront
après nous pour les sept prochaines générations.
En terminant, Mmes et
MM. les membres de l'Assemblée, les prochaines semaines seront exigeantes. Je
vous invite à les aborder avec le sens de
l'État. Avec le respect de toutes les institutions. Avec la conscience du bien
commun. Que vos débats soient vigoureux, mais toujours respectueux. Que vos
décisions soient fermes, mais toujours justes. Que vos actions soient à
la hauteur de la confiance qui vous a été accordée.
Le Québec nous tient
toutes et tous à coeur. Mais il nous dépasse. Il nous précède. Il nous
survivra.
Et
ce que nous en faisons aujourd'hui engage bien davantage que le présent. C'est
dans cet esprit que s'ouvrent les travaux de cette Assemblée.
Bonne session!
«Wela'lioq.» Merci.
• (14 h 20) •
La
Présidente : Je vous
remercie toutes et tous. Je vous invite à vous rasseoir. Messieurs dames les
députés, vous êtes priés, maintenant, de vous asseoir. Nous allons
poursuivre.
Affaires du jour
Affaires prioritaires
Discours d'ouverture
J'invite maintenant
Mme la première ministre à prononcer le discours d'ouverture de cette troisième
session de la 43e législature. Mme la première ministre.
Mme Christine
Fréchette
Mme Fréchette :
Merci. Merci beaucoup. Mme la Présidente, M. le chef de l'opposition
officielle, Mme la cheffe du deuxième groupe
d'opposition, M. le chef du troisième groupe d'opposition, Mmes et MM. les
députés, chers collègues, chers invités, chers Québécois et Québécoises.
Depuis à peine
quelques semaines, le Québec a un nouveau souffle. Des décisions se prennent,
des projets s'entreprennent. Des annonces sont effectuées, des actions sont
posées. Des vrais changements sont réalisés.
Mme
la Présidente, avec notre nouveau gouvernement, le Québec a une nouvelle vision
et de nouvelles ambitions.
Dans
l'histoire de notre Assemblée nationale, c'est la deuxième fois qu'une femme
prononce un discours d'ouverture.
La première fois,
c'était en 2012, il y a 14 ans. La première ministre du Québec était alors
Mme Pauline Marois. En 2012, elle brisait un plafond de verre.
Elle devenait la première première ministre du Québec.
Avec elle, on a
montré qu'au Québec tout est possible pour les femmes. Elles peuvent occuper la
plus haute fonction de notre nation.
Ça me rappelle tout
le chemin qu'on a parcouru, grâce à nos pionnières, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie,
Idola Saint-Jean, Thérèse Forget-Casgrain, qui, après de nombreuses
tentatives, ont obtenu le droit de vote des femmes en 1940. Marie-Claire Kirkland-Casgrain... Oui. Marie-Claire Kirkland-Casgrain
a été la première femme députée, en 1961, puis la première femme
ministre, en 1962. Lise Bacon, qui est devenue la première vice-première
ministre, en 1985.
Et d'autres
pionnières nous font le plaisir d'être avec nous aujourd'hui. Elles sont dans
nos tribunes, Mme la Présidente. Il y a
Mme Sophie Thibault, qui est devenue, en 2002, la première femme cheffe
d'antenne à oeuvrer en solo au Québec
et en Amérique du Nord. Il y a également Mme Monique Leroux, qui est
devenue, en 2008, la première femme à
avoir dirigé une grande institution financière. Il y a Mme Michèle
Audette, qui est devenue, en 2021, une des premières femmes innues à
être sénatrice au Canada. Et Mme Dominique Savoie, qui est devenue, en
2023, la première femme à occuper la fonction de secrétaire générale et
greffière du Conseil exécutif du Québec.
Il y a aussi notre
ministre des Ressources naturelles et des Forêts qui est devenue, en 2022, la
première femme autochtone élue à l'Assemblée nationale. Et, bien sûr, il y a eu
notre législature, qui a fait élire le plus grand nombre de femmes de toute
l'histoire du Québec.
La première ministre
Marois, qui ne pouvait malheureusement pas être des nôtres aujourd'hui, m'a
écrit : «Chaque fois qu'une femme occupe un poste d'envergure, ce sont
toutes les femmes qui gagnent.» Et j'ajouterais que chacune d'entre elles
élargit la voie de passage également. Je ne peux qu'être d'accord avec elle :
les femmes ont leur place en politique et dans tous les secteurs de notre
société. Leur voix doit être entendue dans les plus hautes sphères du pouvoir. En tant que première ministre du
Québec, j'ai un message que j'adresse à toutes les Québécoises : Plus que
jamais, tout est possible.
Lors de
l'assermentation de notre gouvernement, j'ai évoqué le nouveau monde dans
lequel on vit. Depuis le retour de Donald
Trump à la Maison-Blanche, le monde change profondément. Il est incertain puis
il se transforme très, très rapidement.
La guerre tarifaire
fait très mal à notre économie, puis elle nuit à la stabilité tout comme à la
prévisibilité. Les guerres en Ukraine, en
Iran, au Moyen-Orient ont des répercussions jusqu'ici, en particulier sur le
coût de la vie. L'intelligence artificielle promet le meilleur comme le
pire. Les réseaux sociaux polarisent nos sociétés. Et les géants du numérique
rendent notre culture invisible.
Quand j'ai constitué
notre nouveau gouvernement, j'ai été très claire. Face au brouillard ambiant,
on a choisi de bâtir l'avenir et d'avancer plutôt que de reculer et refaire le
passé.
Mais, pour bâtir
l'avenir, pour avancer, une chose est cruciale. Notre nation doit prendre son
avenir en main. Tous les Québécois, on doit prendre notre avenir en main.
Chacun de nous, on doit faire notre part. On doit s'adapter, puis s'adapter
rapidement, parce qu'il y a urgence d'agir.
• (14 h 30) •
Aujourd'hui, je
présente le plan de notre nouveau gouvernement pour permettre à notre nation de
prendre son avenir en main.
Mais, avant de
préciser nos priorités, je veux être transparente avec tous les Québécois. Il y
a peu de temps d'ici les prochaines élections.
Devant nous, on a
cinq semaines de travaux parlementaires. On ne pourra pas tout changer. Mais
une chose est sûre, c'est qu'on va maintenir
la cadence. On doit faire le maximum pour les Québécois. Puis on va faire le
maximum pour les Québécois.
Dans les semaines qui
viennent, on va se concentrer sur cinq priorités : premièrement, le coût
de la vie; deuxièmement, l'économie;
troisièmement, les infrastructures; quatrièmement, les services; et, cinquièmement,
l'identité.
Notre première
priorité : diminuer le coût de la vie.
Depuis plusieurs
années, la vie coûte de plus en plus cher. L'essence, l'épicerie, le loyer,
l'hypothèque, puis j'en passe. Rien n'est épargné. Et l'inflation, bien, ça
concerne tout le monde. Les familles, les aînés, les jeunes.
D'ailleurs, le prix
des maisons a beaucoup, beaucoup augmenté. En fait, en 10 ans seulement,
il a plus que doublé, réalisez-vous, plus que doublé. À cause du coût de la
vie, on constate que de plus en plus de jeunes ont de la difficulté à accéder à
la propriété, à devenir propriétaires. Je pense, entre autres, à de jeunes
couples qui souhaitent avoir des enfants, qui souhaitent fonder une famille.
Malheureusement,
l'accès à la propriété, bien, il est de plus en plus difficile, au Québec.
Bien des jeunes ne
réussissent pas à s'acheter une maison. Pour beaucoup d'entre eux, en fait,
c'est carrément hors de portée. Et puis, pire encore, il y en a certains qui se
résignent, qui se résignent à l'idée de devoir oublier ça, puis convaincus de
devoir renoncer à leur rêve, à leur rêve de devenir propriétaires.
Et dans le passé je l'ai
dit fréquemment : au Québec, on a besoin d'une économie de propriétaires.
Puis, quand je dis ça, ce que je veux dire,
c'est qu'on doit permettre à un maximum de Québécois de devenir propriétaires.
On doit leur permettre de bâtir leur patrimoine avec la propriété
foncière, comme leurs parents l'ont fait avant eux. On doit aussi leur
permettre de réaliser leur rêve de devenir propriétaires, comme leurs parents
l'ont fait avant eux.
Dès la première semaine de mon assermentation
comme première ministre, notre nouveau gouvernement a agi pour faciliter
l'accès à la propriété. On a annoncé qu'on allait rembourser une part
importante de la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs. Et ce
remboursement va pouvoir atteindre jusqu'à 5 875 $. Et au moins 38 000 Québécois
vont en profiter chaque année.
Mais la réalité, c'est que, même lorsque nos
jeunes s'achètent une maison, ils ont du mal à faire face au coût de la vie. Surtout les premières années, ils
doivent concilier leurs dépenses quotidiennes avec l'hypothèque. Ils vivent une
pression financière qui est vraiment très importante.
Parlez-en à Rosie et à William. Ils sont avec nous
aujourd'hui dans les tribunes. Rosie et William, en fait, ils forment un couple
depuis six ans. Rosie étudie à temps plein en enseignement au primaire à l'Université
du Québec à Trois-Rivières. Elle fait aussi du remplacement à temps partiel
dans les écoles de sa région. Et, de son côté, William travaille comme
mécanicien industriel chez Margarine Thibault, à Trois-Rivières.
Jusqu'en mars
dernier, Rosie et William habitaient chacun chez leurs parents. Ils
travaillaient fort, ils rassemblaient leurs économies. Puis ensemble ils
rêvaient de devenir propriétaires pour fonder une famille.
Au début de l'année, ils ont pris une grosse
décision. Ils ont décidé de faire une offre d'achat sur une maison à Bécancour.
En mars dernier, leur offre d'achat a été acceptée, et ils sont devenus
propriétaires.
Et c'est une
excellente nouvelle pour Rosie et William. Mais, dans le contexte économique
actuel, ils ont plus de mal à joindre les deux bouts.
Eh bien,
Mme la Présidente, notre nouveau gouvernement a choisi de donner un coup de
pouce à nos jeunes, Rosie et William, car dorénavant on rembourse la taxe de
bienvenue pour les premiers acheteurs. Et cette décision-là est rétroactive
au 1er janvier dernier.
Dès l'automne prochain, Rosie et William vont
recevoir des milliers de dollars en remboursement. Avec cet argent-là, on les
aide à faire face au coût de la vie. Et, avec Rosie et William, on va bâtir
l'avenir du Québec. Merci.
On doit continuer d'en faire plus, hein, pour
diminuer le coût de la vie des Québécois. Pour qu'ils aient encore plus d'argent dans leurs poches, on va accélérer
la conversion de 5 000 places de garde non subventionnées en places de
garde subventionnées. La nouvelle ministre
de la Famille s'y attelle présentement. Dès cet été, en fait, elle va publier
la liste des milieux qui seront convertis. L'objectif, c'est que dès
l'automne plus de parents profitent du tarif réduit de 9,65 $ par jour et
plus de parents puissent retourner au travail. C'est essentiel pour
l'émancipation des jeunes familles.
Le précédent gouvernement en a fait beaucoup
pour aider les Québécois face à l'inflation : l'augmentation des allocations familiales, les baisses d'impôt,
baisse de la taxe scolaire, remboursement des lunettes pour les enfants, deux
heures de stationnement gratuit à
l'hôpital, et bien d'autres mesures. Dans les prochaines semaines, notre
nouveau gouvernement va aller plus loin. On va aider les Québécois tout
en protégeant nos finances publiques pour les générations à venir.
Alors, je
vous annonce donc que le ministre des Finances présentera d'autres mesures pour
remettre un maximum d'argent dans le portefeuille des Québécois.
Il se penchera notamment sur comment aider les
plus vulnérables tout comme la classe moyenne puis comment compenser les Québécois pour la hausse du prix de
l'essence. C'est un mandat important. Je compte sur lui pour y arriver,
puis les Québécois aussi.
Notre nouveau gouvernement va aussi être un bon
partenaire avec ses différents interlocuteurs. Partenaire des villes. Partenaire des régions. Partenaire des
Premières Nations et Inuits. Partenaire des PME. Et partenaire du gouvernement
fédéral.
Si on veut résoudre les crises qu'on traverse,
on doit mieux collaborer. Je pense en particulier à la pénurie de logements
puis à la hausse de l'itinérance, qui se nourrissent, hein, mutuellement. Les
difficultés financières, c'est l'une des
premières causes de l'itinérance. Alors, on doit trouver des solutions plus
pérennes à ces enjeux, qui, reconnaissons-le, sont très complexes.
Alors, je vous annonce que le ministre des
Affaires municipales présentera des mesures législatives pour accorder plus de
pouvoirs aux villes, afin d'accélérer la construction de logements abordables.
Construire plus de logements abordables, c'est
un des moyens pour freiner la hausse de l'itinérance. Et ça permet aussi aux aînés d'avoir accès à un loyer
décent. Et c'est avec les villes comme partenaires... Et c'est avec les villes
comme partenaires qu'on va y arriver aussi.
Notre deuxième priorité, c'est propulser notre
économie.
Présentement, on est trop dépendants des
États-Unis. Bon, c'est notre principal marché d'exportation, puis ça va le
rester. Mais, malgré notre accord, l'ACEUM, notre économie souffre de cette
dépendance. Elle souffre surtout du retour de Donald Trump. Avant lui, disons
que les États-Unis étaient un partenaire plus fiable.
Actuellement, plusieurs de nos industries
subissent les contrecoups des tarifs. 50 % sur l'acier. 50 % sur
l'aluminium. 45 % sur le bois d'oeuvre. Ça fait vraiment très mal à notre
économie, et particulièrement, je dirais, à nos régions.
Si on veut prendre notre avenir en main, on doit
plus que jamais faire preuve de nationalisme économique et ouvrir nos horizons
au-delà des États-Unis. L'État québécois, les entreprises québécoises puis tous
les Québécois, on doit être des catalyseurs pour le développement économique,
pour propulser notre économie. On a tous ce pouvoir-là.
La semaine dernière, je me suis rendue à
Washington. Je suis allée défendre les intérêts de notre nation. J'ai rencontré
le représentant au commerce du président Trump, Jamieson Greer, un acteur clé
de la négociation à venir avec les États-Unis. J'ai
rencontré aussi des élus républicains, des élus démocrates. J'ai aussi
rencontré l'ambassadeur du Canada, qui
s'implique dans la révision de l'ACEUM. Et je leur ai tous fait comprendre que
les États-Unis ont besoin du Québec. On a les produits, on a les
ressources, on a l'expertise, on a l'énergie dont ils ont besoin.
J'ai aussi fait, à ce moment-là, deux constats.
Le premier constat, c'est qu'on doit mieux travailler avec le gouvernement. C'est pourquoi, en vue de la révision
de l'ACEUM, notre nouveau gouvernement a nommé Mme Louise Blais
comme émissaire du Québec. Elle est chargée de défendre nos intérêts et de
travailler avec la négociatrice en chef du Canada. Mme Blais est avec nous
aujourd'hui, et je tiens à la remercier puis à la saluer. Beaucoup de femmes
aux commandes.
• (14 h 40) •
Le deuxième constat fondamental, c'est que
personne, personne n'est mieux placé que le gouvernement du Québec pour parler
au nom des Québécois, y compris sur la scène internationale. Autrement dit, le
Québec doit coûte que coûte promouvoir et
défendre ses propres intérêts à l'international. On doit le faire par
nous-mêmes et pour nous-mêmes.
En ce sens, je vous annonce que le ministre des
Relations internationales et de la Francophonie va présenter une nouvelle politique internationale pour le
Québec. Cette politique sera axée sur la défense de nos intérêts partout dans
le monde.
Pour notre
nouveau gouvernement, l'économie puis l'environnement vont de pair. On doit
arrêter de les opposer, parce que les deux, en fait, ils sont
complémentaires. Et ce qui permet de les rallier, bien, c'est l'énergie.
Le Québec, c'est une véritable puissance
énergétique. Une puissance en matière d'énergies vertes. Quoi qu'en pensent des leaders politiques au sud de nos
frontières, on doit poursuivre la transition énergétique. Grâce à Hydro-Québec, je suis convaincue qu'on va
la réaliser. Et ce sera bon pour la planète, bon pour notre économie.
Le plan
d'action d'Hydro-Québec, en fait, c'est le fer de lance de notre
enrichissement collectif. Avec ce plan-là, on va doubler notre
production d'électricité d'ici 2050. On va investir 200 milliards pour
augmenter notre production hydroélectrique, pour construire des éoliennes, pour
installer des panneaux solaires, pour rehausser notre efficacité et notre sobriété énergétique. Et, en produisant plus
d'électricité, on va pouvoir décarboner notre économie. C'est primordial
pour l'avenir des prochaines générations.
Avec notre plan, on va aussi attirer de nouveaux
investissements. On va élaborer des partenariats avec les Premières Nations et les Inuits, dans un esprit de nation à nation. On va aussi inclure
les communautés locales, les villes, les MRC. Tous ensemble, on va faire du
développement économique régional et du développement énergétique. Ça, ça va être
gagnant sur tous les plans.
Avec le plan d'Hydro-Québec, on va surtout
alimenter la croissance de nos petites et moyennes entreprises, nos PME, le
coeur de notre économie. En fait, au Québec, plus de 99 % des entreprises
sont des PME. Plus de 50 % de tous nos
travailleurs travaillent dans une PME. Puis 35 % de notre PIB est produit
par des PME. Elles assurent, en fait, la vitalité, aussi, de toutes les
régions.
Puis, c'est
important de le rappeler, elles sont les entreprises les plus durement touchées
par les tarifs, actuellement. Contrairement aux grandes entreprises,
elles n'ont pas les ressources nécessaires, là, pour absorber ce choc-là, qui a
été très soudain. Et, si on veut réduire
notre dépendance aux États-Unis, bien, on doit mieux accompagner nos PME. On
doit leur permettre de percer de nouveaux marchés et de devenir de plus grandes
entreprises.
Ça, ça me rappelle l'histoire d'Umano, Umano
Medical. C'est une entreprise québécoise de L'Islet, dans Chaudière-Appalaches,
qui fabrique des lits d'hôpital.
Un de ses
dirigeants est avec nous aujourd'hui dans les tribunes. Il s'agit de M. Ghislain
Demers, qui est coprésident de l'entreprise.
Umano Medical existe depuis 2012. Et, entre 2015
et 2020, l'entreprise a développé un nouveau concept de lit d'hôpital qui a complètement révolutionné le domaine.
Ils le vendent au Québec et un peu partout en Amérique du Nord. Dans notre réseau de la santé, on utilise des
lits d'Umano Medical.
Et
l'entreprise exporte beaucoup aux États-Unis. Mais, lorsque les tarifs américains ont été
imposés, Umano Medical a décidé
de revoir sa stratégie d'implantation aux États-Unis puis d'investir au
Québec. Alors, pour augmenter ses parts de marché, l'entreprise a réorienté sa stratégie d'exportation vers le
Canada, le Royaume-Uni, l'Australie et l'Asie. Et, en même temps, elle a
continué d'investir pour l'innovation, pour renforcer sa capacité puis sa
résilience.
Avec Investissement Québec, on a accompagné
M. Demers et son équipe dans leurs démarches d'expansion commerciale au
Canada, mais aussi dans leur croissance au Québec et puis à l'international.
Au Canada, on les a mis en contact avec des
donneurs d'ordres hospitaliers puis des décideurs publics, des réseaux d'approvisionnement médicaux. On les a
appuyés aussi dans leur stratégie d'implantation en Australie. Et, pour les aider à se diversifier en Europe, on a soutenu
leur recherche de distributeurs potentiels. Et on continue à les appuyer dans leur
croissance mondiale.
Aujourd'hui,
Umano Medical a réduit sa dépendance au marché américain. Puis, en plus, la
taille de l'entreprise est passée de
petite à moyenne. Ça, c'est du nationalisme économique! Toutes mes
félicitations à Umano Medical! Bravo, M. Demers, et bravo à Investissement
Québec!
Je le disais, durant cette période, là, qui est
très tumultueuse, on doit mieux accompagner nos PME, comme on l'a fait avec
Umano Medical. On doit leur donner plus d'oxygène puis plus de moyens pour
s'adapter. Et, pour aider les PME, le gouvernement a baissé une première fois
leurs impôts, en 2021. La semaine dernière. On a fait un pas de plus, on a annoncé une baisse d'impôt immédiate
pour 75 000 PME dans toutes les régions du Québec. Et chacune de ces entreprises-là pourra gagner... pourra garder,
pardon, jusqu'à 5 000 $ de plus dans ses coffres à chaque année. Avec
cet argent-là, les PME vont pouvoir réinvestir dans leur croissance.
Mais on doit aller plus loin.
Alors, je vous annonce que
le ministre délégué à l'Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises va
poursuivre le travail entamé pour alléger la réglementation applicable aux PME,
pour réduire leur fardeau administratif et pour réduire la paperasse à remplir.
On doit
permettre aux entreprises de se concentrer sur ce qu'elles font de mieux pour
le Québec : créer de la richesse.
Avec notre projet de loi sur l'allègement
réglementaire, on va aider nos entreprises, aussi, du secteur forestier. On va
accélérer certains processus en environnement puis dans le secteur minier. On
va aussi introduire une nouvelle politique pour rendre l'État plus efficace
pour les entreprises.
Et, puisque
l'État québécois doit être un meilleur levier de développement économique, je
vous annonce également que la
présidente du Conseil du trésor présentera sous peu une nouvelle stratégie
gouvernementale des marchés publics, pour maximiser l'achat québécois
dans les contrats publics.
Si on veut
que nos PME prennent leur avenir en main, on doit les aider sans tarder. On
doit garnir leur carnet de commandes, leur donner plus d'ouvrage. Alors,
dorénavant, l'État québécois achètera davantage québécois.
Lorsqu'on parle de nos PME, bien, je pense
forcément à nos régions. Toutes nos régions, en fait, nous rendent fiers et prospères. Chacune a sa réalité, ses
particularités puis, je dirais, sa personnalité. Pour mieux en tenir compte, on
a créé le Conseil des régions, qui est présidé par notre nouveau
ministre délégué aux Régions. Et, grâce au conseil, nos 17 régions auront toujours une voix forte.
Mais, Mme la
Présidente, il y a une région en particulier qui est capitale pour notre avenir
économique. Capitale pour notre développement national. Capitale pour
notre vitalité régionale. Et c'est la grande région de Québec.
Dans les prochaines années, elle devrait
enregistrer la plus grande augmentation de population au Québec. Alors, si on
veut planifier notre développement économique, on doit notamment améliorer la
mobilité dans la grande région de Québec.
D'ici l'automne, on va améliorer la fluidité. Du
côté de Québec, on va bonifier le projet de réaménagement de la tête des ponts. Et, du côté de Lévis, on va
annoncer l'élargissement de l'autoroute 20 sur une plus grande distance. Puis,
en même temps, on va poursuivre les travaux préparatoires pour le tramway de
Québec.
En plus de
ça, notre nouveau gouvernement a l'intention de construire un troisième lien à
l'est. Je vous annonce donc que, d'ici l'été, on va lancer un appel
d'intérêt au privé pour réaliser ce nouveau lien autoroutier.
Pour propulser l'économie du Québec, on doit
prendre en main l'avenir de la grande région de Québec. Et, pour bâtir l'avenir, on doit doter notre capitale
de modes de transport structurant puis on doit s'avancer... on doit avancer
sur l'ensemble de ces projets en même temps. Alors, à partir d'aujourd'hui,
c'est ça qu'on fait.
• (14 h 50) •
On le sait, les conflits internationaux créent
de l'incertitude puis de l'instabilité qui poussent nos démocraties à repenser
leurs stratégies de défense.
Partout en
Occident, les gouvernements ont choisi d'augmenter significativement leurs
investissements en défense.
Avec son expertise, notamment en aérospatiale et
en intelligence artificielle, le Québec doit faire connaître et reconnaître ses
forces en allant chercher d'ambitieux contrats.
Je sais que
le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie est déjà à l'oeuvre
pour décrocher les contrats qui vont
reconnaître le talent des Québécois à sa juste valeur. Alors, je suis
convaincue qu'il va y arriver, et il a toute ma confiance.
Notre troisième priorité : rénover nos
infrastructures.
Au Québec, il est temps de prendre soin de ce
que nos parents et nos grands-parents ont construit. Dans les dernières décennies, beaucoup d'investissements
ont été faits pour construire de nouvelles infrastructures plutôt que pour
entretenir celles déjà existantes.
On peut se le
dire sans se tromper, qu'avant 2018 ce n'était pas une priorité. On a hérité
d'infrastructures en mauvais état.
Aujourd'hui, les conséquences de ces choix,
bien, elles sont bien visibles, hein? Nos hôpitaux, nos écoles, nos routes ont
besoin d'amour. Puis on doit leur en donner rapidement.
À l'avenir, on doit couper moins de rubans et
faire de meilleurs investissements. On doit opérer, en fait, un grand rattrapage. Dans le jargon, on appelle ça
prioriser le maintien d'actif. C'est ce qu'on va faire pour rattraper le retard
des 50 dernières années.
Mais, dans le cas de certains hôpitaux, on doit
se rendre à l'évidence. Leur état de dégradation est trop avancé pour que ça
vaille la peine de les rénover. Parfois, on doit agrandir ou encore construire
de tout nouveaux hôpitaux.
Je pense aux hôpitaux de Mont-Laurier et de
Saint-Jérôme, dans les Laurentides. À l'Hôpital Sainte-Croix, à Drummondville, dans le Centre-du-Québec. À l'Hôpital de Gatineau, en Outaouais. À l'Hôpital Saint-François d'Assise,
à Québec. Et, enfin, aux hôpitaux Hôtel-Dieu de Lévis et
Maisonneuve-Rosemont, à Montréal.
Il y a près
d'un mois, on a investi près de 475 millions dans la modernisation et
l'agrandissement de l'hôpital à Lévis.
Il y a près de deux semaines, on a débloqué
700 millions pour garantir la modernisation et l'agrandissement de
l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont.
D'ailleurs,
le PDG du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal est avec nous aujourd'hui, et je
tiens à le saluer pour son excellent travail. Maintenant, on passe à
l'action.
Notre quatrième priorité : simplifier les
services de l'État.
Les Québécois
paient assez d'impôt, ils ont le droit de s'attendre à de meilleurs services. Des
services plus simples, plus efficaces, plus accessibles.
En matière de santé, notre réseau public doit
s'adapter au monde d'aujourd'hui. On doit utiliser davantage les nouvelles
technologies pour simplifier l'accès aux soins, pour améliorer l'expérience des
Québécois. Pour ce faire, notre nouveau gouvernement a
confié un mandat clair à la ministre de la Santé. Elle doit lancer des projets
pilotes de salles d'attente virtuelles dans
les urgences. Elle doit faciliter l'accès aux professionnels de la santé via
des consultations virtuelles.
Lorsqu'on parle du
système de santé, je pense notamment à nos aînés. Nos aînés ont bâti le Québec
moderne. Il ne faut jamais l'oublier. Puis on leur en doit beaucoup.
Alors, si on veut
prendre soin de nos aînés comme il faut, on doit leur donner accès aux services
dont ils ont besoin. On doit leur permettre
de vieillir dignement, dans le confort de leur maison. On doit leur permettre
de rester chez eux le plus longtemps possible.
Et, pour y arriver,
on va ajouter 1 million d'heures en soutien à domicile. Les services de
soutien à domicile, c'est de l'aide pour faire le ménage, préparer les repas,
se laver, s'habiller. C'est de l'aide que certains de nos aînés ont besoin pour continuer de vivre là où ils le
souhaitent vraiment, à savoir dans leur maison, dans leur région. Très souvent,
cette aide-là leur permet d'y rester pendant
quelques années de plus. Dorénavant, plus d'aînés vont pouvoir en bénéficier.
En matière
d'éducation, notre nouveau gouvernement a une vision très claire. Il n'est pas
question de couper dans les services aux élèves. L'éducation, c'est le plus
important levier d'émancipation socioéconomique. C'est un réel ascenseur
social. Les gouvernements ne pourront pas couper dans l'éducation, dorénavant, et
devront assurer un soutien optimal à la jeune génération.
Alors, je vous annonce donc que notre gouvernement
protégera le budget des services aux élèves de toute future compression
budgétaire.
En matière de
sécurité intérieure, on a beaucoup à faire. Il y a d'abord la réforme de la loi P-38
qu'on doit faire adopter. Elle sera portée par la ministre de la Santé.
Je demande la
collaboration de toutes les oppositions pour venir en aide aux personnes
atteintes de graves troubles mentaux, qui
représentent un risque pour leur propre sécurité et celle d'autrui. Pour
soutenir leurs familles aussi et pour protéger la population québécoise
dans son ensemble.
Au
début de mon discours, j'ai mentionné qu'en permettant à plus de femmes
d'occuper des fonctions d'importance notre
société a beaucoup progressé. C'est vrai, Mme la Présidente, mais on doit en
faire plus, plus pour la cause des femmes. On doit en faire plus pour
les protéger.
Ces dernières années,
il y a un travail colossal qui a été effectué pour venir en aide aux femmes
victimes de violence conjugale. Le déploiement des bracelets
antirapprochements, l'augmentation du nombre de places en maison d'hébergement,
la création du tribunal spécialisé en matière de violence conjugale... violence
sexuelle, pardon, et conjugale ont beaucoup aidé. Puis, malgré tout, ça ne
suffit pas.
Depuis le début de
l'année, neuf féminicides ont eu lieu, pensons-y, neuf féminicides. Comme
société, on doit refuser ça. Comme femme,
comme première ministre, je refuse ça et je refuse que les femmes soient
victimes de violence, un point c'est tout. Il faut que ça cesse! Et on
doit prendre tous les moyens nécessaires pour éviter de tels drames.
Mme la Présidente,
lors de l'assermentation de notre nouveau gouvernement, j'ai dit à toutes les
femmes victimes de violence conjugale que je
n'allais pas les oublier. À toutes ces femmes puis à leurs proches, je leur
dis : Je ne vous ai pas oubliés.
Je vous annonce que
notre gouvernement va déposer un projet de loi inspiré de la loi de Clare.
Avec ce projet de
loi, les femmes qui craignent pour leur sécurité auront le droit de savoir si
leur conjoint a un passé violent. Lorsqu'il y a un risque sérieux ou immédiat
pour leur sécurité, les policiers pourront informer les femmes du passé de leur
conjoint.
Je demande la
collaboration de toutes les oppositions pour travailler avec nous et pour faire
adopter cet important projet de loi. Puis, avec les organismes qui aident les
victimes, on va s'assurer de mieux protéger les femmes.
Notre cinquième
priorité : protéger notre identité.
Notre
identité nationale, c'est fondamental. C'est ce qu'on a de plus précieux au
Québec. Depuis plus de 400 ans, elle définit notre nation.
Être nationaliste,
c'est plus que de tenir des beaux discours sur notre langue, notre culture puis
nos valeurs. Ça veut aussi dire prendre les
moyens nécessaires pour faire respecter le choix du Québec, les choix du
Québec. C'est ce qu'on a fait avec la loi n° 21,
avec la loi n° 96. C'est essentiel de préserver ces
acquis pour notre nation. C'est ce que les Québécois nous demandent puis c'est
ce qu'ils attendent de nous.
Alors, je vous
annonce que, demain, le ministre de la Langue française déposera un projet de
loi pour renouveler dès maintenant la clause de souveraineté parlementaire, la
clause dérogatoire sur la loi n° 96.
• (15 heures) •
Comme première
ministre, quand j'entends des partis politiques ou des groupes de la société
civile dénoncer l'utilisation de ces clauses,
ça m'inquiète. Ça m'inquiète parce que c'est l'outil démocratique le plus
important pour notre nation, pour exprimer la volonté du peuple
québécois. Grâce à cet outil, on affirme haut et fort qui nous sommes.
En 1988,
le premier ministre Robert Bourassa reconnaissait clairement son importance, la
nécessité de l'utiliser. Il affirmait
en fait que «la clause dérogatoire nous donne la sécurité juridique dont on a
besoin pour appliquer un programme qui reflète la volonté de la plupart
des Québécois».
La
grande majorité des Québécois, ils veulent protéger le français au Québec. La
grande majorité des Québécois veulent aussi protéger la laïcité. On doit
donc prendre tous les moyens nécessaires pour protéger le français et la
laïcité au Québec. Et ça passe
nécessairement par l'utilisation de la clause dérogatoire. Notre nouveau
gouvernement espère que tous les
parlementaires seront derrière lui pour défendre nos lois, pour défendre les
intérêts du Québec. Ici, c'est l'intérêt supérieur du Québec qui est en
jeu.
Mais, au-delà
de la loi n° 96, on doit trouver d'autres façons de renforcer la langue
française au Québec. Si on veut freiner son déclin... Si on veut freiner
son déclin, c'est la chose à faire.
Alors, je vous annonce que
le ministre de la Langue française déposera aussi un projet de loi pour
appliquer la loi 101 à la formation professionnelle et à la formation aux
adultes.
10 000 élèves de plus vont alors être
diplômés en français chaque année.
Et, là encore, notre nouveau gouvernement
demande la collaboration de tous, de tous les parlementaires pour faire adopter
rapidement ce projet de loi.
En matière d'immigration, les Québécois sont
très accueillants. Tout ce qu'on veut, c'est que les immigrants parlent
français, qu'ils partagent nos valeurs, qu'ils travaillent et qu'ils
contribuent à la société. Puis c'est aussi ce que souhaitent la vaste majorité
des immigrants.
Mais, pour
leur permettre d'y arriver, on doit avoir une approche responsable en
immigration. Tout en respectant nos seuils d'immigration, on doit permettre à
ceux qui parlent déjà français, qui sont déjà intégrés et qui vivent déjà dans nos
régions d'avoir un maximum de prévisibilité et de pouvoir rester au Québec.
Alors, je vous annonce donc que le ministre de
l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration rouvrira le Programme de
l'expérience québécoise pour deux ans.
Au sujet de l'immigration, moins de
48 heures après mon assermentation comme première ministre, je me suis rendue à Ottawa pour rencontrer le premier ministre
du Canada, Mark Carney. Puis j'ai été très claire avec lui. Je lui ai
dit qu'au Québec on a une capacité d'accueil limitée du fait de notre
langue, notre culture. Et du fait de notre capacité financière qui est aussi limitée. J'ai directement abordé avec lui la
question des demandeurs d'asile. Le gouvernement fédéral doit faire sa
part pour mieux les répartir à travers le Canada et pour rembourser les frais
encourus par le gouvernement du Québec pour
les accueillir. Maintenant, je m'attends à ce que le fédéral fasse sa part sur
cet enjeu et qu'il devienne un meilleur partenaire pour le Québec.
Pour protéger notre identité, on doit aussi
faire vivre notre culture. Notre culture, c'est l'âme de notre nation. C'est ce
qui nous définit, c'est ce qui nous unit. Et, si on souhaite qu'elle perdure,
on doit la transmettre à nos enfants.
À l'heure
actuelle, de moins en moins de jeunes consomment la culture québécoise. Ils ne
regardent plus vraiment la télévision traditionnelle. Ils regardent
plutôt les plateformes de diffusion en ligne, comme Netflix, comme Disney, où les contenus québécois et francophones sont
très difficiles à repérer. Alors, ils sont de moins en moins exposés à la
culture québécoise.
Et le problème avec les géants du numérique et
leurs plateformes, c'est qu'ils rendent invisibles les contenus québécois. C'est vrai pour les films, les séries,
les livres, la musique. Les oeuvres québécoises sont trop dispersées parmi
l'ensemble des contenus disponibles. Alors,
on doit s'adapter à ces nouvelles habitudes de consommation. Si on veut prendre
en main notre avenir, on doit prendre en main notre culture.
Alors, dans
les prochaines semaines, le ministre de la Culture va poursuivre son travail
sur la présence de contenus québécois et francophones sur les
plateformes de diffusion en ligne.
Et, d'ici
notre fête nationale, il va aussi donner suite au rapport du Groupe de travail
sur l'avenir de l'audiovisuel, pour assurer la pérennité et le
rayonnement de notre culture.
Grâce à lui,
nos jeunes et nos nouveaux arrivants pourront être davantage exposés à la
culture québécoise. Et, grâce à lui, nos artistes et nos artisans seront
soutenus.
On le sait, les régions sont au coeur de notre
identité. Chacune contribue fièrement à ce que nous sommes. Chacune contribue
fièrement à notre rayonnement à l'international. Et, pour continuer de le
faire, chaque région doit avoir une voix forte à l'Assemblée nationale.
Alors, je vous annonce que le ministre
responsable des Institutions démocratiques, sur recommandation du ministre
délégué aux Régions et du Conseil des régions, va déposer un projet de loi pour
revoir une partie de la carte électorale.
On doit l'adopter avec toutes les oppositions.
Parce qu'on doit s'assurer que chacune de nos régions ait une voix forte à l'Assemblée nationale. Je pense
notamment à la Gaspésie et à son immense territoire. C'est crucial que la
Gaspésie soit bien représentée. Alors, on va défendre toutes nos régions
avec détermination.
Notre
gouvernement est nationaliste. Notre gouvernement est autonomiste. Ce qu'on
vise, c'est plus d'autonomie à l'intérieur du Canada. Plus d'autonomie pour
prendre nos propres décisions. Plus d'autonomie pour protéger notre identité.
Et plus d'autonomie pour développer notre économie.
Le gouvernement précédent a posé des gestes
forts pour protéger notre langue, notre culture, nos valeurs. Pensons à la loi n° 21 pour affirmer la laïcité de l'État. À la loi n° 96 pour renforcer la protection du français. À la Loi sur l'intégration à la nation québécoise. On a
même inscrit dans la Constitution
canadienne que les Québécois forment
une nation et que le français est la seule langue officielle du Québec.
Dans cette même volonté d'affirmation nationale,
notre nouveau gouvernement va aller plus loin. On souhaite adopter une
constitution du Québec pour accroître l'autonomie de notre nation au sein de la
fédération canadienne.
Une constitution, c'est la loi des lois. Ça
permet de rassembler une nation puis d'affirmer clairement son existence. Ça permet de protéger son identité, ses
valeurs. Ça permet de renforcer le pouvoir des institutions démocratiques.
Et c'est pourquoi le Québec doit se doter d'une constitution.
Le projet qu'on propose, il est très simple. C'est
d'accroître l'autonomie politique du Québec. C'est d'affirmer que l'égalité
entre les hommes et les femmes doit toujours primer sur la liberté de religion.
Et c'est se distinguer, une bonne fois pour toutes, du modèle canadien de
multiculturalisme.
Cette constitution du Québec, on en a besoin. Et
on la propose pour tous les Québécois.
Pour ce projet, on a tenu les plus vastes
consultations publiques de la dernière décennie. On a pris bonne note des
recommandations. Et on a aussi beaucoup écouté. Et on va continuer de le faire,
entre autres avec les Premières Nations et les Inuits. Parce qu'on doit
renforcer nos relations de nation à nation.
Maintenant, il faut
avancer. Avec le ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, on
a quelques semaines devant nous pour étudier cet important projet de loi.
Alors, je demande la collaboration de tous les
parlementaires. Si on travaille tous ensemble, avec sérieux, avec rigueur, on
est capable de donner au Québec une constitution dont on sera fiers.
• (15 h 10) •
Et, en terminant, Mme la Présidente, je veux
m'adresser directement aux Québécois et Québécoises.
La pire chose qu'on pourrait faire dans le
contexte actuel, c'est de se diviser, de refaire le passé, de reculer.
Notre nation doit plutôt prendre son avenir en
main. On doit se rassembler, bâtir l'avenir et avancer.
Avec notre nouveau gouvernement, on a un plan
clair pour y arriver. Pour bâtir l'avenir de nos familles et de nos aînés. Pour
bâtir l'avenir de nos entrepreneurs et de nos travailleurs. Pour bâtir l'avenir
de nos jeunes.
Maintenant, tout ce qu'il faut, c'est de
l'audace. Alors, soyons audacieux.
Prenons notre avenir en main et bâtissons
l'avenir du Québec.
(Applaudissements)
Motion proposant que l'Assemblée approuve la
politique générale du gouvernement
Mme Fréchette : Mme la Présidente, conformément à l'article 45 de notre
règlement, j'invite l'Assemblée nationale à adopter la motion
suivante :
«Que l'Assemblée
nationale approuve la politique générale du gouvernement.»
La Présidente : Eh bien,
merci, Mme la première ministre. Votre motion est présentée.
Ajournement
Et je lève donc la séance. Et, conformément aux
dispositions du règlement, les travaux de l'Assemblée sont ajournés au mercredi
6 mai 2026, à 9 h 40. Bonne fin de journée, tout le monde.
(Fin de la séance à 15
h
12)