(Onze heures trente minutes)
Le Président (M. Ciccone) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources
naturelles ouverte.
La commission est réunie afin de procéder à
l'étude des crédits budgétaires du portefeuille Agriculture, Pêcheries et Alimentation pour l'exercice
financier 2023-2024. Une enveloppe de 3 h 15 min a été
allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bogemans (Iberville) est remplacée par M. Caron
(Portneuf) et M. Poulin (Beauce-Sud), par Mme Grondin (Argenteuil).
Discussion générale
Le Président (M. Ciccone) : Merci.
Nous allons procéder à une discussion d'ordre général par blocs d'échange,
incluant les questions et les réponses. La mise aux voix de ces crédits sera
effectuée à la fin du temps qui leur est
alloué, soit cet après-midi, vers 15 h 45. Je suis prêt maintenant
à entendre et reconnaître une première intervention de l'opposition officielle pour un premier bloc
d'échange. M. le député de Pontiac, vous avez la parole pour
17 min 50 s.
M. Fortin : Merci, M. le Président. Bonjour. J'espère que vous allez bien. J'espère
que l'ensemble des collègues vont bien. M. le ministre, vous aussi, je
suis certain que vous vous portez bien ce matin. Vous avez l'air en forme. Je
suis content de voir vos équipes ici en grand nombre. J'apprécie la présence
des gens de La Financière, et de la CPTAQ, là, et de l'ensemble de vos
partenaires. C'est grandement apprécié. Vous allez comprendre si on ne perd pas
trop de temps parce qu'on a une durée limitée aujourd'hui puis on a beaucoup de
sujets qu'on aimerait traiter avec vous.
Puis vous ne serez pas surpris qu'on commence
par le secteur du porc, parce que c'est le secteur qui est, appelons ça, en
crise, mais je ne pense pas que c'est trop dire que c'est un secteur en crise
en ce moment au Québec. Moi, j'ai ici un document qui nous vient de La
Financière agricole, qui nous indique essentiellement les coûts de production
d'un producteur moyen en porc, et ça, c'est de janvier à décembre 2021. Je
pourrai... on pourra le déposer à la commission puis on va le faire parvenir,
là, mais c'est un document de La Financière agricole, qui se trouve sur leur
site Web, encore une fois, pour l'année 2021, et ce qu'on nous dit ici,
quand on calcule tous les coûts, tous les frais variables, les frais fixes,
c'est que les coûts de production pour une ferme porcine, c'est environ
2 022 000 $, une ferme moyenne, et, quand on regarde les revenus
pour la même ferme, 1,9 million. C'est-à-dire que, selon les estimations
du gouvernement, de La Financière agricole, ils fonctionnent à perte.
M. le ministre, vous êtes un homme d'affaires
aguerri. Je vous reconnais cette capacité-là. Est-ce que vous continueriez dans
ce secteur-là avec des revenus et des coûts de cet ordre de grandeur là?
M. Lamontagne : Bien,
merci à mon collègue pour sa question. Juste quelques secondes, là, pour saluer
M. le Président. Bienvenue à cette commission-là. Vous m'avez manifesté,
il y a quelques jours, votre grand intérêt pour les sujets qu'on discute.
Alors, merci. Merci beaucoup aussi à tous mes collègues qui font partie de la
commission, très apprécié que vous soyez là. Mon collègue député de Pontiac et
puis, bien, bientôt, mes collègues vont se joindre à nous, mais très heureux
d'être avec vous. Puis je veux saluer toute mon équipe qui est avec nous. Une
session comme aujourd'hui, l'objectif, c'est
de donner le portrait le plus juste et les meilleures réponses possibles.
Alors, il y a plein de gens, là, qui ont travaillé très fort. Alors,
aujourd'hui, c'est comme un peu la culmination de ça. Alors, très heureux
d'être là.
Bien, pour répondre à votre question, cher
collègue, bien, première des choses, si je suis en affaires, bien, à un moment
donné, j'ai un plan d'affaires. Après ça, j'ai des états financiers, j'ai des
projections financières, puis je développe une compréhension de l'environnement
dans lequel je me trouve. Ça fait qu'il peut arriver, effectivement, qu'une
année ce soit plus difficile, il peut arriver que j'aie des années que ce soit
moins difficile, mais ce qui est important, c'est d'avoir une compréhension de
l'environnement dans lequel je me trouve puis, ultimement, d'avoir un modèle
d'affaires qui est viable.
La particularité qu'on a dans la majorité des
secteurs qu'on a au Québec, on a des programmes de soutien de revenu. Dans le
secteur porcin, ça s'appelle l'assurance soutien du revenu agricole, et puis,
quand une personne d'affaires analyse les opérations de son entreprise dans le
présent, mais aussi se projette dans le futur, bien, elle tient compte de ces revenus-là. Je vais vous donner un
exemple. En 2022, il y a eu 12,2 milliards de revenus à la ferme, puis, à
ça, il s'est additionné 600 millions de dollars en soutien de revenu
à nos agriculteurs, nos agricultrices sur le territoire.
Alors,
ça fait partie de leur modèle d'affaires. Vous avez sorti une année. Il
faudrait voir, sur un certain nombre d'années, comment s'inscrit la rentabilité
de l'entreprise, mais il faut voir ça, c'est ça, dans un contexte des années
sur lesquelles la vie de l'entreprise s'étend puis, après ça, aussi de tenir
compte de la mécanique de soutien de revenu, là, qui est associée à l'opération
déjà.
M. Fortin : OK, je reviens à ma question. Pour 2,022 millions de
coûts, il y a 1,9 million de revenus. C'est la ferme moyenne. Alors, oui,
on peut regarder l'environnement. On peut trouver des façons d'être parmi les
plus productifs. On peut améliorer notre productivité en investissant. Il reste
que ça, c'est la ferme moyenne au Québec. Alors, de façon moyenne, l'analyse
gouvernementale, c'est qu'en 2021 il y avait une perte dans le secteur porcin.
On est d'accord là-dessus, là?
M. Lamontagne :
Les chiffres que vous me présentez, là, ça semble être crédible.
M. Fortin : OK. Est-ce que, selon vous, ça s'est amélioré depuis 2021?
Est-ce que le secteur porcin est plus profitable qu'il ne l'était il y a deux
ans?
M. Lamontagne :
Présentement, je vous dirais, le secteur porcin traverse une période qui
est vraiment pleine de défis. Il y a vraiment des enjeux, des enjeux qui sont
structurels. On a vu depuis les dernières années, là... Un, vous savez, mon
collègue, que la particularité du secteur porcin, c'est qu'à peu près
75 %, 80 % de sa production est exportée. Alors, les variables selon
lesquelles l'industrie se gouverne ne sont pas des variables locales, ne sont
pas des variables canadiennes, sont des
variables mondiales. Alors, on parle du prix mondial. On parle de la compétitivité
des entreprises. On parle de la géopolitique. On parle de nos accès aux
marchés. Alors, au cours des dernières années,
ce qu'on a vu, c'est vraiment un bouleversement dans les structures, tous les
pays qui sont producteurs de porc.
M. Fortin : ...là-dessus, là, il y a eu un bouleversement. Il y a des
situations externes qui font en sorte que c'est difficile dans le secteur du
porc. Je suis d'accord. Je n'argumenterai pas sur votre concept de
géopolitique, là. Ce que je veux, c'est un oui ou un non. Est-ce que c'est plus
profitable en 2023 que ça ne l'était en 2021, être producteur de porc au
Québec?
M. Lamontagne :
Bien, ce que...
Le Président (M.
Ciccone) : Juste une précision. J'aimerais que les réponses soient...
qu'ils viennent avec le nombre de temps que la question est posée, s'il vous
plaît.
M. Lamontagne :
Bien sûr, puis, si, admettons, que je manquerais un petit peu d'information,
mon collègue peut toujours demander d'en rajouter. Je n'ai pas de problème avec
ça.
Le Président (M.
Ciccone) : Parfait. Merci.
M. Lamontagne :
Bien, ce que je dois vous dire, l'année de référence que vous m'avez
donnée, c'est 2021. Alors, en 2021, à ma
connaissance, il y a eu 75 millions de soutien de revenu qui a été amené
aux producteurs. En 2020, il n'y a pas de soutien de revenu qui a été amené aux
producteurs. L'année précédente, à mon souvenir, il n'y avait pas eu de
soutien. 2022, ça a été une année où, encore là, les grands vents ont frappé,
c'est 240 millions de dollars qui ont été apportés en soutien aux
producteurs agricoles. Alors, ça, si on fait une mathématique avec les fermes
moyennes, 240 millions de dollars, c'est beaucoup de soutien pour
plusieurs entreprises. Alors, à votre question, à savoir si ça a été des
années... une année profitable, bien, ça a été une année qui a été très
difficile.
M. Fortin : Exact, c'est une année qui est très difficile. Est-ce que
votre prévision pour cette année, c'est que ça va s'améliorer? Est-ce que vous
pensez que la profitabilité va être meilleure en 2023 qu'en 2022 en enlevant la
stabilisation, là, du revenu?
M. Lamontagne : Bien, c'est-à-dire, vous
ne rendez pas service... En tout respect, vous ne rendez pas service...
M. Fortin : Non, non, mais... non, mais, attention, là, parce que l'assurance, là,
c'est une... c'est une béquille. C'est supposé d'être là au moment où il
se passe quelque chose, on en a vraiment besoin. Ce n'est pas supposé d'être
quelque chose sur lequel on se fie année après année, après année. Alors, c'est
beau qu'elle est là quand on en a besoin, mais là, si on se fie là-dessus année
après année, il y a un problème. Alors, je vous demande : Est-ce que,
cette année, là, en enlevant l'assurance... est-ce que ça va être plus
profitable que les dernières années, selon vous?
M. Lamontagne :
Bien, un, honnêtement, là, de parler d'une béquille pour le système de
soutien de revenu, dans cette industrie-là, qui est le plus généreux et le plus
flexible au Canada, je trouve que c'est un petit peu réducteur, M. le député,
puis de...
M. Fortin : Non, mais une béquille, c'est là qu'on en a besoin, quand
il y a quelque chose qui se passe, puis on en a besoin, là, mais on ne veut pas
marcher avec ça tout le temps. C'est ça, l'idée.
M. Lamontagne :
Oui, oui, bien, justement, je vous dirais, l'industrie traverse
présentement des vents comme elle n'en a pas traversé depuis des années et des
années. Alors, de voir qu'aujourd'hui ce système-là qui est en place pour
assurer la stabilité de nos fermes, qu'il opère puis qu'il produise les
résultats qui sont escomptés dans des périodes de grand vent, je vais vous
dire, c'est certainement une bonne nouvelle, mais, pour répondre à votre
question, l'année 2022 a été très difficile. On vient d'avoir la signature
d'une nouvelle entente de mise en marché, qui a été volontaire, entre les
producteurs puis les transformateurs. Il va devoir y avoir un plan de réduction
de la capacité de production au Québec. On ne peut pas s'attendre à ce que ce
soient des jours faciles, au cours des mois qui s'en viennent, au niveau des
producteurs.
• (11 h 40) •
M. Fortin : Mais ça, c'est à peu près... En tout respect, M. le
ministre, là, c'est à peu près la pire réponse que vous pouvez donner, puis je
le sais, que vous dites exactement la même chose que le premier ministre a dite
il n'y a pas très longtemps, là : Il va devoir y avoir une réduction. Ça,
c'est en... Vous êtes en train de dire aux producteurs que certains d'entre
vous vont être obligés de mettre la clé dans la porte. C'est ça que vous êtes
en train de dire, c'est que : Nous, on regarde ce qui se passe dans... en
géopolitique mondiale puis on pense... effectivement, on va être obligés de
réduire notre production. Est-ce que vous êtes en train de prendre des actions,
vous, spécifiquement, au ministère de l'Agriculture, vous, dans votre cabinet,
vous personnellement, pour développer des nouveaux marchés, pour voir comment
on peut compenser pour la perte? Parce qu'il y en a des gens qui vous disent,
là, que c'est possible d'aller dans de nouveaux marchés, là. L'agroéconomiste
Sébastien Pouliot en fait partie. Il y en a, des marchés sur lesquels on peut
se développer en ce moment. Est-ce que vous êtes en train de travailler
là-dessus ou si vous avez juste abdiqué en disant : On va réduire la
production, puis ça va être ça?
M. Lamontagne : Bien, M. le
député, si vous avez lu vos documents de crédits, vous voyez à quel point qu'on
est investi pour le développement de marchés sur tous les marchés. Puis,
d'ailleurs, vous commentiez ma visite au Japon en disant que ce n'était pas
bien, bien sexy d'aller parler de production d'érable, là, mais qu'en bout de ligne je devrais m'occuper des secteurs
porcins. Bien, le Japon, c'est notre deuxième plus gros secteur importateur, et
puis j'ai eu sept ou huit rencontres avec nos plus grands importateurs porcins,
avec l'objectif de mieux comprendre leur réalité, mais de venir
consolider nos marchés d'affaires.
Ceci étant dit, le développement d'affaires sur
des marchés, on est en accompagnement, mais nos grands transformateurs au
Québec, on en a plusieurs, sont sur les marchés internationaux, sont à la
recherche de nouvelles opportunités. Et notre rôle, entre autres, par notre
programme de développement de marchés, mais aussi par le Groupe Export, par nos
analystes au ministère, bien, c'est de venir en accompagnement, mais il y a
certainement un démarchage important. Le propre de cette industrie-là, M. le
député, c'est l'exportation. Moi, je les invite à en faire davantage pour
essayer d'en faire un peu plus pour le Québec, mais, au départ, on produit
davantage que ce qu'on consomme au Québec. Alors, le propre de cette
industrie-là, c'est d'exporter. Ça fait que soyez assuré que tous les joueurs
sont mobilisés pour avoir accès aux meilleurs marchés possibles, aux meilleures
conditions commerciales possibles.
M. Fortin : Mais je n'ai aucun doute, là, que les joueurs, les
transformateurs veulent trouver des nouveaux marchés. Je n'ai aucun doute,
mais, vous me le dites vous-même, votre rôle, c'est de les accompagner, de les
aider et de leur donner du soutien, vous avez des programmes pour ça, mais vous
acceptez quand même une réduction massive de... puis ce que... Vous vous
revirez de bord après ces rencontres-là puis vous dites aux producteurs :
Bien, désolé, vous allez devoir réduire votre production. Ça ressemble pas mal
à abdiquer, ça.
M. Lamontagne : Bien, ce qui
est important, M. le député, c'est que, présentement, que ce soit au Danemark,
que ce soit... Bien, on l'a vu, la Chine, ce qui s'est passé avec la Chine dans
les dernières années, mais les grands pays exportateurs de... ou producteurs et
exportateurs sont tous présentement en restructuration. Ce n'est pas quelque
chose qui est unique au Québec, là. Il y a des changements dans toute la chaîne
d'approvisionnement mondiale. Alors, au Québec, là, nos transformateurs et les
producteurs, ce qu'on appelle notre filière porcine, ont pris acte de ces
changements-là et ont convenu ensemble récemment d'une nouvelle façon de faire
des affaires pour chercher à développer l'agilité nécessaire pour composer avec
ces fluctuations-là puis ces changements au niveau du commerce mondial du porc.
M. Fortin : OK, là, on a convenu, là, vous et moi, qu'en 2021, puis ça,
c'est vos documents, déjà, là, les producteurs perdaient de l'argent. En 2022,
ça ne s'est pas amélioré. En 2023, vous ne m'avez pas dit que la perspective va
s'améliorer, vous me dites : Il y en a qui vont devoir mettre la clé dans
la porte. Puis, en même temps, le marché mondial change. On a moins d'acheteurs
qu'on en avait.
Le problème avec ça, quand vous dites aux gens
qu'ils vont devoir mettre la clé dans la porte, là, c'est que ça donne ça, ici,
là, des producteurs qui vivent des moments extrêmement difficiles, puis, quand
vous l'ouvrez... Quand j'ouvre La Terre de chez nous cette semaine, là,
je vois des producteurs qui s'appellent Kevin, Mathieu, Guillaume, qui sont en
train de mettre la clé dans la porte. Ce n'est pas des gens qui s'appellent
Alfred, Albert puis Norbert, c'est des gens d'une jeune génération, qui
prennent cette décision-là de mettre la clé dans la porte.
Qu'est-ce que vous êtes en train de faire dans
le secteur du porc, là, pour vous assurer que les producteurs de la relève,
ceux qui vont être là pendant un autre 30-40 ans, c'est eux qui restent
dans le marché? On a besoin d'eux parce qu'on va en avoir besoin encore, du porc,
j'espère, au Québec, longtemps. Alors, qu'est-ce que vous faites pour vous assurer que ces producteurs-là qui viennent de
faire des investissements importants restent? Parce qu'à la lecture de leurs
témoignages, là, c'est loin d'être clair qu'il y a une aide gouvernementale à
ça.
M. Lamontagne :
Oui, bien, première des choses, là, dites-vous une chose, première chose,
je lis les mêmes journaux que vous, puis je suis en contact...
M. Fortin : Je n'en ai aucun doute, que vous êtes très bien informé.
M. Lamontagne :
Je suis en contact avec plusieurs producteurs, M. le député. Puis la
période qu'on traverse présentement, là, c'est une période qui est
excessivement difficile, qui est excessivement insécurisante. Pas plus tard
qu'il y a deux semaines, je visitais encore... j'étais avec un producteur
porcin, puis on discutait ensemble, puis il m'expliquait comment il allait
essayer de gérer son risque autour des 12 à 18 mois qui s'en viennent,
parce que ce qui se passe présentement, là,
il y a une lumière un peu au bout du tunnel. On le voit sur les marchés, un
peu, des futurs, si on veut, de... Quand on regarde les prévisions par
rapport aux prix de ça, il y a tout un marché comme ça, puis, quand les gens regardent ça, bien, à un moment
donné, ils peuvent voir une lumière loin en avant, mais, en bout de ligne,
aujourd'hui, là, c'est excessivement difficile.
Puis je dois vous
dire que le souci pour notre relève, le souci pour notre jeune relève... mon
souci, c'est de m'assurer qu'à l'intérieur de cette restructuration qui se
fait, à l'intérieur du plan de retrait qui va être mis en place... Le plan de
retrait, aujourd'hui, M. le député, là, on est encore en attente, parce
qu'ultimement, je veux dire, c'est les éleveurs de porc qui vont convenir, ils
ont toute la connaissance de leur structure, de leurs membres, et tout ça, qui sont à travailler un plan de retrait. Puis,
naturellement, les souhaits ou la consigne que j'ai pu manifester, c'est de
faire en sorte que ce plan de retrait là va mettre de l'avant, là...
s'assurer... Le modèle qu'on a au Québec, là, la diversité de femmes, va
s'assurer de prendre soin, justement, de nos jeunes, là, qui vont être là, puis
c'est eux autres qui vont faire la fierté de
la filière pour des années à venir. Alors, ce plan de retrait là, qui est à
venir, qui doit nous être soumis par les éleveurs de porc, va devoir
tenir compte de ces variables-là, M. le député, là.
M. Fortin : Oui, mais, vous et moi, on lit peut-être les mêmes
journaux, là, mais, clairement, on ne parle pas aux mêmes producteurs, parce
que, quand vous me dites qu'il y a de la lumière au bout du tunnel, ce qu'on
entend de la part des producteurs, c'est qu'ils ne la voient pas. Pour la
première fois, là, ils ne la voient pas, ils ne la sentent pas, ils ne sentent
pas qu'il y a une possibilité future, puis ce n'est pas juste eux, leurs
bailleurs de fonds leur disent. Quand ils
vont à la banque, ces gens-là, ils se font dire : Oui, je pense que tu
devrais penser au plan de retrait, pas juste parce que le gouvernement
leur dit que c'est la chose à faire, qu'il va y avoir des fermetures
nécessaires, parce que, financièrement, leurs bailleurs de fonds ne la voient
pas, cette lumière au bout du tunnel là. J'espère que vous entendez ces témoignages-là
aussi puis que vous ne voyez pas juste le positif, là.
M. Lamontagne :
Bien, première des choses, honnêtement, là, j'entends très bien puis je...
Tout ce qui se passe dans le secteur porcin depuis des mois, et des mois, et
des mois, là, c'est quelque chose que je suis. Si ce n'est pas à la journée, je
suis ça à la semaine.
M. Fortin : Bien, j'espère que c'est à la journée même.
M. Lamontagne :
OK, après ça, après ça, je vous dirais, là, quand j'ai été reconduit dans
mes fonctions à titre de ministre de l'Agriculture, j'ai demandé à La
Financière agricole de s'assurer d'avoir un portrait fin de toute la situation
financière de toutes nos entreprises pour être capable de suivre puis
d'intervenir...
Le Président (M.
Ciccone) : En terminant, s'il vous plaît.
M. Lamontagne :
...que La Financière puisse intervenir, là, je veux dire, d'une façon
individuelle, pour les... nos producteurs, nos productrices, là, qui en ont le
besoin, là.
Le Président (M. Ciccone) :
Merci beaucoup, merci beaucoup. Avant de reconnaître un autre intervenant,
j'aimerais que tout le monde ferme la sonnerie, s'il vous plaît, le son de tous
vos appareils électroniques, incluant vos «laptops». Merci.
Maintenant,
je suis prêt à reconnaître un membre du deuxième groupe de l'opposition. Mme la
députée de Verdun, vous avez un temps alloué de
17 min 50 s.
• (11 h 50) •
Mme Zaga
Mendez : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. le ministre.
Bonjour aux collègues de la banquette ministérielle, également aux collègues de
l'opposition, des deux oppositions. J'aimerais entendre... Je suis contente
d'avoir cet échange. On n'a pas eu beaucoup d'échanges en Chambre.
Alors, ma première
question, c'est sur le gaspillage alimentaire. On a eu un premier échange il y
a quelques semaines suite à une nouvelle que
je pense qui a troublé beaucoup de monde au Québec. Alors, je voulais commencer
pour savoir est-ce que le ministre reconnaît que le gaspillage alimentaire,
c'est un enjeu au Québec présentement.
M. Lamontagne : De
façon plus large, je dirais à ma collègue... Bien, bienvenue, très heureux
d'être avec vous en commission aujourd'hui.
Je
vous dirais que la question du gaspillage alimentaire, c'est un enjeu qui est
dans toutes les sociétés industrielles. Au
Québec, c'est quelque chose sur laquelle on est conscients, mais, en même
temps, il y a une mobilisation aujourd'hui
qui est sans précédent, si on se compare à il y a cinq ans, il y a 10 ans,
pour venir contrer toute la question du gaspillage alimentaire, là, dans
toute la production alimentaire, là.
Mme Zaga Mendez : Merci. Je vais revenir
tantôt sur la mobilisation puis les mesures, mais j'aimerais savoir comment que le ministre s'est senti quand il a
appris le scandale de Couche-Tard il y a deux semaines. Comment est-ce
qu'il s'est senti?
M. Lamontagne :
Bien, écoutez, c'est des pratiques, en 2023, qu'on va dire qui sont... qui
sont certainement malavisées, qui n'ont pas lieu d'être. Et puis, suite à ça,
bien, mon collègue le ministre de l'Environnement a sollicité une rencontre avec la direction de Couche-Tard
pour voir quels allaient être les gestes qu'ils allaient mettre en application
pour avoir un comportement plus exemplaire à ce niveau-là, là.
Mme Zaga
Mendez : J'ai eu la chance d'avoir l'échange, hier, avec le ministre
de l'Environnement, en effet. Je voulais
poser la question. Est-ce que vous comptez rentrer en contact aussi avec
Couche-Tard et vous asseoir avec le ministre de l'Environnement et la
multinationale?
M. Lamontagne :
Bien, dans un premier temps, je vous dirais, je vais laisser mon collègue
avoir sa rencontre puis qu'il me fasse rapport. Je dirais, honnêtement, on
travaille en grande, grande collégialité. Moi, les choses sur lesquelles,
aujourd'hui, je suis mobilisé, c'est d'être aidant pour faire en sorte que
toutes ces initiatives-là sur le territoire soient les plus percutantes possibles
pour permettre de réduire au maximum le gaspillage alimentaire. Et une chose
qu'on a fait, c'est que, comme je dis, il y a vraiment plusieurs initiatives
sur le territoire, on a donné un mandat à CIRANO de répertorier l'ensemble des
mesures pour, après ça, faire en sorte qu'on puisse prioriser ou inviter à
prioriser les mesures qui sont les plus... je vais employer l'expression, les
plus payantes, si on veut, là, qui donnent les meilleurs résultats, là.
Mme Zaga
Mendez : Est-ce qu'aujourd'hui le ministre pourrait nous dire combien
de mesures sont prises par son ministère afin de réduire le gaspillage
alimentaire, et quels sont les résultats?
M. Lamontagne : Bien, je vous dirais, le
ministère comme tel n'est pas engagé dans la réduction du gaspillage
alimentaire. Le ministère est engagé en soutien avec différentes initiatives
pour contrer le gaspillage alimentaire. Un exemple de ce soutien-là,
bien, c'est le soutien qu'on donne aux cuisines solidaires puis à La Tablée des
chefs, qui fait en sorte qu'aujourd'hui on a une organisation qui, dans la
dernière année, par voie de récupération, a réussi à cuisiner 2 millions
de portions pour remettre aux banques alimentaires pour personnes dans le
besoin.
Mme Zaga
Mendez : Alors donc, bien, tantôt vous nous disiez que vous
reconnaissez que c'est un enjeu, que c'est
un problème dans toutes les sociétés industrialisées. On n'est pas... on n'est
pas les seuls à avoir ce problème-là. Ceci dit, au Québec, on parle de
1,2 million de tonnes de matières organiques, de nourriture qui se
retrouve à la poubelle, et là vous venez de
dire, si j'ai bien compris, que le ministère de l'Alimentation, qui est le...
qui a le pouvoir d'agir là-dessus, n'est pas engagé à la réduction. Il
est engagé à quoi au juste?
M. Lamontagne :
Non, ce que j'ai expliqué, Mme la députée, c'est qu'on est en
accompagnement...
Mme Zaga
Mendez : Accompagnement.
M. Lamontagne :
...avec toutes les initiatives qui sont sur le territoire. Un bel exemple qu'on
peut avoir, c'est toute l'initiative du Programme de récupération en
supermarchés, où on a vu... On est rendu aujourd'hui à 657 supermarchés
qui sont engagés à récupérer les invendus. Il y a tout un circuit qui a été
organisé avec les banques alimentaires, avec
les moissons, pour faire en sorte qu'il y ait une récupération à toutes les
semaines. Aujourd'hui, il y a 657 supermarchés.
L'année passée, il y en avait 434. L'an prochain, il va y en avoir tout près de
800. Ça, c'est des initiatives qu'on soutient, ça.
Mme Zaga
Mendez : Et combien de tonnes ont été réduites?
M. Lamontagne :
L'an passé, c'est 6,3 millions de kilos qui ont été ramassés, pour une
valeur d'à peu près 70 millions de dollars.
Mme Zaga
Mendez : Dont 6,3 millions de kilos sur 1,2...
M. Lamontagne :
C'est le Programme de récupération en supermarchés, oui.
Mme Zaga
Mendez : ...ça, c'est juste supermarchés, mais, je vous
dis, on parle en termes des tonnes, 1,2 million de tonnes qui
sont... Ça fait qu'est-ce que vous pouvez me dire... On se rend compte que
l'accompagnement, c'est... n'arrive pas à réduire de beaucoup le gaspillage
alimentaire. Est-ce que vous êtes d'accord avec moi?
M. Lamontagne : Non,
ce qu'il faut voir... On parle d'une initiative qui est là... Des initiatives
sur le territoire pour réduire le gaspillage alimentaire, il y en a de
nombreuses, Mme la députée, que ce soient les applications qui sont
développées, où, maintenant, les consommateurs peuvent identifier des sites de
vente tout près de chez eux, qui ont des invendus à mettre en commerce, que ce
soit la ville de Laval, qui vient de mettre une initiative en place, avec un
soutien à hauteur de 140 000 $ du MAPAQ, pour, justement, une
récupération des légumes qui sont un peu moins attrayants, si on veut, pour la population puis les marchés de détail,
pour... reconduit et que ce soit encore là, La Tablée des chefs...
Mme Zaga Mendez : Bien sûr,
vous l'avez...
M. Lamontagne : ...qui, par son
programme de cuisine solidaire, aujourd'hui, avec le Centre Bell, récupère, à
tous les événements, le matin, les invendus de la veille au Centre Bell pour
venir approvisionner les moissons.
Mme Zaga Mendez : Alors, M. le
ministre, donc, si on se fie sur l'accompagnement, sentez-vous qu'on va arriver
à réduire le gaspillage alimentaire? Je vais vous donner un exemple, là. En
France, on a adopté des projets de loi pour réduire le gaspillage alimentaire
puis créer des partenariats entre des épiceries... des grandes épiceries et des
banques alimentaires. Qu'est-ce que vous en pensez, de ce qui se fait en
France?
M. Lamontagne : Bien, ce que je
trouve exceptionnel, c'est que, justement, on est en train de faire ça au
Québec, mais tous les gens font ça. C'est une façon volontaire, et les gens
sont mobilisés.
Mme Zaga Mendez : Donc, ce que
j'entends, c'est qu'on va rester sur une approche volontaire avec peu de
résultats, comparé à la grandeur du problème. Est-ce que c'est ça qu'on entend?
C'est ça, l'approche?
M. Lamontagne : Bien, encore
là, j'inviterais...
Mme Zaga Mendez : C'est la
volonté des gens?
M. Lamontagne : J'inviterais ma
collègue à prendre acte, depuis des... un certain nombre d'années... tous les
efforts qui sont mis en place. C'est certain que, quand j'ai lu le projet de
loi que ma collègue a déposé... On a à peu près 10 000, 10 000 sites
au Québec, là, qui, ultimement, vont vendre de l'alimentation dans à peu près
1 000 gros supermarchés. Puis c'est certain que j'ai vu, dans le
projet de loi que ma collègue a déposé, qui voudrait qu'il y ait un registre,
là, que chacun des propriétaires de chacun des six, à tous les jours, rentrent
dans un registre les produits qui sont invendus, qui sont presque passés date,
puis qu'ultimement, à la fin de l'année, fassent un total de tout ça, pour, ultimement, recommencer, la journée
d'après, à prendre en note les invendus, puis avoir tous ces gens-là qui gèrent tout ça... Puis, pendant ce temps-là,
bien, il n'y a pas de gens qui sont là, en train de faire en sorte qu'il y ait toute
l'activité...
Mme Zaga Mendez : Ce n'est pas
ça que le projet de loi dit.
M. Lamontagne : ...de
récupération et de distribution qui se passe aujourd'hui. Ce dont vous me
parlez, l'entente entre les centres de distribution...
Mme Zaga Mendez : Bien, en
fait, je suis très contente que le ministre a lu notre projet de loi.
M. Lamontagne : Bien sûr.
Mme Zaga Mendez : Très bien, déjà,
ça part bien, puis ce n'est pas... ce n'est pas remplacer un ou l'autre, c'est
faire tout ensemble. Chaque fois qu'on en parle, de cette initiative-là, puis,
on a vu, en France, ça donnait des grands, grands résultats, on est avec une...
l'urgence climatique. Avoir des matières organiques dans les poubelles, dans les dépotoirs, augmente nos émissions de GES,
et ça, c'est une façon très, très concrète qu'on vous lance pour réduire
l'impact, et favoriser, et créer des chaînes de distribution locales. Êtes-vous
d'accord?
M. Lamontagne : Ce que je suis
d'accord, c'est qu'il y ait des chaînes de récupération et de distribution locales, puis c'est exactement ça qui est en train
de se mettre en place. Où je suis moins d'accord un petit peu, souvent,
c'est l'approche qui peut être préconisée par votre organisation, à savoir,
quand on identifie un défi, il faut y avoir une
loi, il faut y avoir une réglementation, il faut y avoir une contrainte, il
faut y avoir un calcul. Ça, ce n'est pas toujours le plus productif.
Mme Zaga Mendez : Donc, on
laisse...
M. Lamontagne : Alors, présentement,
ce qui se passe sur le territoire... Là, j'avais une rencontre, encore la semaine passée, avec les gens de la table
québécoise pour une saine alimentation. Une partie importante de notre rencontre
a porté sur le gaspillage alimentaire. Il y a 30 organismes qui sont
mobilisés.
Mme Zaga
Mendez : Parfait. Là, ce que j'entends de M. le ministre, là,
j'entends qu'on va continuer à privilégier une voie volontaire plutôt que de
responsabiliser l'État dans cet enjeu-là. Je vais passer à un autre enjeu, parce que le message était très clair qu'on ne...
Le gouvernement, dans le fond, ne veut pas se responsabiliser là-dessus.
On va laisser la bonne volonté des gens
comme Couche-Tard... puis moi, je ne serais pas surprise que, dans deux
semaines ou peut-être dans deux mois, on va avoir les mêmes scandales.
M. Lamontagne : M. le Président, là, si
j'étais en Chambre, je ferais un... je me lèverais puis je dirais : Point
de règlement. Ce que j'ai dit à ma collègue députée, ce n'est pas que le
gouvernement ne voulait pas se responsabiliser. Elle, ce qu'elle dit,
c'est qu'il faut tout contrôler, il faut tout légiférer, il faut tout
réglementer. Moi, ce que je dis, c'est qu'il
y a des dizaines, des centaines d'organisations sur le territoire qui se lèvent
le matin puis qui ont ça dans leur soupe, de faire en sorte de réduire
le gaspillage alimentaire, puis c'est ces gens-là qu'on accompagne. C'est ça
que j'ai dit, M. le Président.
Mme Zaga
Mendez : Je vais passer à une autre question, M. le Président.
Le Président (M.
Ciccone) : Vous avez toujours le pouvoir de rectifier, hein, tout ce
qui est dit ici.
M. Lamontagne :
C'est ce que je viens de faire, là.
Mme Zaga
Mendez : Exactement.
Le Président (M.
Ciccone) : Parfait. C'est formidable.
• (12 heures) •
Mme Zaga
Mendez : C'est parfait. C'est pour ça qu'on en discute, M. le
ministre. Merci.
On va parler de la
spéculation de terres agricoles. On le sait, que le prix des terres est une
grande, grande contrainte à la production agricole. Je ne sais pas si le
ministre le sait. J'ai eu la chance d'étudier en agriculture. Mon baccalauréat
est en agroenvironnement. J'ai côtoyé des gens, dans mon parcours, qui
voulaient ouvrir des fermes, des petites
fermes de toutes sortes, au Québec, d'avoir l'innovation économique, mais on
arrive sur le marché, et le prix des terres augmente sans cesse, et là
on apprend que, de plus en plus, ces terres-là sont achetées par des
non-agriculteurs, des personnes qui ne sont
pas des producteurs agricoles. On parle de promoteurs immobiliers. On parle de
gestionnaires de portefeuille et de
compagnies à numéro. Qu'est-ce qu'il va faire, le ministre, pour contrer le
problème de la spéculation des terres agricoles?
M. Lamontagne :
Première des choses, la question de la propriété de notre territoire
agricole puis de l'usage de notre territoire agricole à des fins agricoles,
c'est une très grande préoccupation pour le ministre, pour l'équipe du
ministre, pour le gouvernement du Québec. Les dernières études qui ont été
réalisées démontrent que l'acquisition de terres
par des véhicules autres, si on veut, que vraiment agricoles, par des fiducies,
des choses comme ça, là, ça comptait peut-être pour 2 % des
transactions. Plus de 80 % des transactions agricoles ont lieu entre des
producteurs, des gens qui sont apparentés. Et puis on a demandé, en 2021, à l'Université
Laval, de faire une étude vraiment détaillée sur les... tous les vecteurs,
vraiment, là, de bien identifier les vecteurs qui conduisent à l'augmentation
importante qu'on a eue de la valeur des terres
agricoles. Et puis on devrait avoir les résultats de cette étude-là au cours
des prochains mois. Et soyez assurée, Mme la députée, qu'à la lumière des
résultats de cette étude-là, bien, il y a des gestes qui vont être posés
par notre gouvernement, là.
Mme Zaga Mendez : Le ministre me dit que
c'est juste 2 %. Cependant, en décembre dernier, c'est le président de
l'UPA, je cite M. Martin Caron, qui exprime que la moitié des terres
agricoles qui ont été mises en vente, au cours de l'année dernière, là,
on parle de 2022, 50 % des transactions, des mises en vente sont... ont
été achetées par des non-agriculteurs. On ne parle plus de 2 %, M. le
ministre.
M. Lamontagne :
Bien, ce qu'il faut comprendre... Puis, honnêtement, première des choses,
là, je veux m'assurer, là... puis que ce soit su par tous les gens qui
écoutent, là, qu'on a une très, très grande préoccupation par rapport à la
propriété puis à l'exploitation en zone agricole. Ce qu'il faut comprendre...
La loi a été votée en 1978, puis, à un
moment donné, il y a une superficie agricole qui a été identifiée. Avant que la
superficie soit identifiée, il y avait des gens qui étaient
propriétaires de terres sur cette superficie-là. 64 % de la superficie, où
il y a de l'exploitation théoriquement agricole, a moins de 4 hectares, et
il y a 8 % de ce 64 % là que ce sont des exploitations agricoles.
Alors, avant que la loi soit mise en place, en 1978, on avait plein de gens sur
le territoire qui avaient des petites parcelles de terre sur lesquelles ils
avaient une maison...
Mme Zaga Mendez : Oui, mais on n'est plus
en 1978, on est en 2022, où est-ce que c'est impossible... bien, 2023,
mais on parle... je vous parle de la statistique 2022, que c'est
impossible pour des agriculteurs de la relève de s'acheter une terre agricole.
Ils arrivent sur le marché puis ils sont en compétition avec des compagnies à
numéro, avec des promoteurs immobiliers qui accaparent nos terres. Est-ce que
le ministre va légiférer là-dessus?
M. Lamontagne : Bien, je veux que ma
collègue, quand même, comprenne comment... comment le... Sur le territoire
agricole, il y a 64 % des terres agricoles, si on veut, des propriétés qui
sont de moins de 4 hectares. Et, sur ce 64 %
là, il y a 8 % qui sont des exploitations agricoles. Ça, ça fait partie
des transactions qu'il y a à chaque année, là, ça fait partie des transactions
qu'il y a à chaque année.
Mme Zaga Mendez : ...j'ai une
question, parce que je ne vous suis pas, avec votre statistique, puis vous allez
me corriger. C'est quoi, la taille moyenne d'une ferme en Montérégie, M. le
ministre?
M. Lamontagne : Honnêtement, je
n'ai pas cette information-là. C'est peut-être 200 hectares,
150 hectares.
Mme Zaga Mendez : Puis là vous
venez de dire que 64 % des terres agricoles sont en bas de
4 hectares.
M. Lamontagne : Oui, c'est ça.
Oui, c'est en plein ça, dans la zone agricole.
Mme Zaga Mendez : De tout le
Québec.
M. Lamontagne : Dans la zone
agricole, oui.
Mme Zaga Mendez : Bien, allons
Montérégie, c'est quoi, la taille moyenne?
M. Lamontagne : Non. Ce que je
vous dis, ce que je vous dis, la taille moyenne, c'est 100, 125, 200, 225 hectares. Honnêtement, je n'ai pas cette
réponse-là, je peux vous la trouver, mais ce que je vous dis, c'est qu'il y a
une partie importante de notre territoire agricole qui est composée de petites
propriétés, dont seulement qu'une minorité de... d'histoires sont exploitées en
exploitation agricole.
Mme Zaga Mendez : Alors, je ne
vais pas m'obstiner sur les chiffres, moi, je veux revenir sur la question
principale, c'est la spéculation. Parce que de savoir si... ont
4 hectares, c'est la spéculation, c'est ça qui se passe en ce moment.
L'UPA a même demandé un organisme public pour la gestion des terres agricoles
pour être capable de s'adresser à cette question. Qu'est-ce que le ministre
compte faire pour contrer la spéculation des terres agricoles?
M. Lamontagne : OK, bien, deux
choses. Première des choses, c'est que j'ai vraiment demandé une étude, en
2021, là, pour avoir les déterminants de ce qu'on a vu des augmentations de
terres agricoles. Ce que je vous dis, c'est que, quand on va avoir la réponse
de cette étude-là, dans les prochains mois, il y a des actions qu'on va
prendre.
Pour favoriser l'accès aux terres agricoles, on
a mis en place... On a le Fonds d'investissement de... pour la relève agricole,
qui est doté à hauteur de 75 millions puis dans lequel on a apporté, en 2019,
des modifications pour faire en sorte que ce soit plus facile, si on veut, pour
les jeunes, dans un premier temps, de louer une terre agricole, mais, en louant la terre, qu'à chaque mois il y a
une partie du montant qu'ils paient que ça devient comme un capital, pour
que ce soit une mise de fonds pour, éventuellement, acheter cette terre-là. On
a contribué...
Mme Zaga
Mendez : ...mais le prix de la terre... C'est bien sûr, là,
je ne suis pas en désaccord avec le ministre qu'il faut des programmes
pour la relève. Parfait. On est encore là-dessus, mais le prix de la terre va
continuer à augmenter, donc la dette de cette personne-là va continuer à
augmenter, et ça va coûter plus cher accompagner la relève agricole à ce moment-là.
Donc, il faut qu'on s'attaque au problème à la racine, la spéculation. Donc,
est-ce que j'entends...
M. Lamontagne : Bien, dans
une... bien, quand vous dites «la spéculation», Mme la députée, dans un premier
temps, il faut comprendre quels sont les déterminants. Quand je vous dis qu'au
départ il y a 80 % minimum des transactions qui sont entre producteurs,
ils sont entre producteurs, puis dans un contexte où on a vécu, les
15 dernières années, les plus bas taux d'intérêt à vie. On a vécu, depuis
plusieurs années, les meilleurs prix, si on veut,
pour... au niveau des grains et des céréales qui sont cultivés sur nos
terres... Alors, sans me faire un peu le devin de ce qui va sortir de
cette étude-là, là, bien, c'est certain qu'on a... Je veux dire, on a
29 000 exploitants agricoles, sur le territoire du Québec, hein, puis
on a des taux d'intérêt qui étaient excessivement bas, on a des prix de
céréales qui sont élevés puis on a des gens
qui veulent voir leurs entreprises croître. Parce qu'à la base, dans le milieu
agricole, c'est des entrepreneurs, c'est des entreprises privées qui
veulent faire croître leurs entreprises.
Mme Zaga Mendez : On le sait.
Alors, sur l'étude...
Le Président (M. Ciccone) : Il reste
15 secondes, Mme la députée.
Mme Zaga
Mendez : C'est quand que vous allez avoir les conclusions
de l'étude de CIRANO puis un engagement?
M. Lamontagne : Dans les
prochains mois, là.
Mme Zaga Mendez : Prochains
mois?
M. Lamontagne : Oui.
Mme Zaga
Mendez : On vous attend. On a bien hâte de discuter là-dessus.
M. Lamontagne : Ça va me faire
plaisir.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Je récupérerais le petit temps qu'il me
reste dans mon prochain bloc, si c'est possible.
Le Président (M. Ciccone) : Merci.
Bien, il ne vous reste plus de temps, Mme la députée.
Mme Zaga Mendez : Bon, plus
tard.
Le Président (M. Ciccone) : Vraiment
désolé. Je reconnais maintenant le député de Pontiac. Vous avez
17 min 54 s.
M. Fortin : ...des fois, il faut se battre pour deux, trois secondes
ici, M. le Président. Je veux revenir à la question du porc parce que... puis
je le sais, qu'on a d'autres sujets à discuter aujourd'hui, on va se rendre,
mais je ne peux pas dire que j'étais particulièrement, disons, satisfait puis
qu'on a fait le tour de la question jusqu'à maintenant non plus, là.
Le ministre a évoqué, en réponse à une question
sur la relève tantôt... Hein, je lui parlais que, dans La Terre de chez nous,
là, on voyait des Kevin, des Mathieu puis des Guillaume, là, dire : C'est
fini, «that's it», je ne peux plus... je ne peux plus en prendre. Et il nous a
dit... en réponse à savoir comment on s'assure que ces gens-là, la relève, peut
rester pour longtemps dans cette industrie-là, il nous a dit : Bien, moi,
je me fie sur le plan de retrait. Déjà là, là, se fier sur un plan de retrait,
en partant, je l'ai dit tantôt, je vais le redire parce que je le pense pour
vrai, c'est de l'abdication. Bien, le plan de retrait, là, vous allez me dire
une chose, là, c'est 80 millions. Vous, là, vous n'avez pas mis un sou
là-dedans?
M. Lamontagne : Première des
choses, là, encore là, mon collègue a été leader parlementaire, il se lèverait
puis il dirait : M. le Président, Mme la Présidente, je n'ai pas dit que
je me fie sur le projet... le plan de retrait.
M. Fortin : Non, mais c'est la réponse que vous avez donnée.
M. Lamontagne : Non, ce que
j'ai dit, c'est que, présentement, il y a une restructuration avec la filière porcine. La première pierre d'assise qui a été
mise en place, c'est la signature d'une nouvelle entente de mise en marché entre les producteurs puis les transformateurs.
Puis, pour la première fois depuis 2008, ça a été une entente volontaire.
Après ça, ce que j'ai dit, c'est que le premier
jalon important de cette entente-là, c'est d'avoir le plan de retrait. Parce
qu'effectivement il y a une restructuration, la restructuration va entraîner
une baisse de la production au Québec. Alors, de penser et de convenir
qu'est-ce qu'on devrait faire aujourd'hui, quand on n'a pas les informations
sur le volet qui est le plus important dans la mise en oeuvre de cette nouvelle
entente là, bien, je vous dirais : Quand on va avoir l'information d'à
quoi va ressembler ce portrait-là, qu'on va pouvoir en faire les analyses
financières... Puis ultimement c'est d'en faire une analyse pour l'impact de
Kevin, de Guillaume, de Lise, de Jean-Claude, partout au Québec, pour être en
mesure qu'on va donner le meilleur accompagnement possible, M. le député.
• (12 h 10) •
M. Fortin : Bien, le problème, c'est qu'ils n'ont pas le temps. Ils n'ont pas le
temps d'attendre, M. le Président, là. Aujourd'hui, ces gens-là, ils
sont en train de prendre des décisions, là, qu'ils ne pourront pas rattraper
dans quelque temps. Quand vous aurez décidé de faire quelque chose pour la
relève dans le porc, bien, il y en a beaucoup qui vont avoir fermé boutique. Et
là vous me dites : OK, je ne mise pas sur le retrait, ce n'est pas ça, ma
réponse. Parfait. Vous m'avez donné une autre réponse puis vous avez commencé
par l'entente qui vient d'être convenue entre
les éleveurs et les transformateurs, mais vous avez lu... Encore là, on lit les
mêmes journaux, vous avez lu comme moi,
cette semaine, là, le titre du journal, qui disait : Des producteurs de
porcs demandent une meilleure bouée de sauvetage, et qu'ils disent
très clairement : «La filière en est venue à une entente, la semaine
dernière, mais des producteurs croient qu'il y a urgence pour Québec de mieux
les soutenir financièrement.»
M. Lamontagne : Oui, oui. Bien,
ce qu'on a fait, là, M. le député, c'est qu'il va y avoir une restructuration
dans le secteur.
M. Fortin : Non, une... à chaque fois que vous dites «restructuration»,
là...
M. Lamontagne : Non. Non,
non...
M. Fortin : ...vous êtes en train de dire qu'il va y avoir un
paquet de monde qui va fermer, c'est ça que vous dites.
M. Lamontagne : Non, ce que
j'amène comme information, c'est qu'aujourd'hui il y a une réalité qui, dans un certain nombre de mois, va être une réalité
différente. Alors, vous, ce que vous me demandez, c'est que vous dites : M. le ministre, en fonction de la réalité
d'aujourd'hui, agissez, agissez, mais ne tenez pas compte de ce que sera la réalité
dans six mois, ou dans huit mois, ou dans
10 mois. Moi, ce que je vous dis, c'est qu'il y a une transformation qui
va se créer.
En attendant, il y a
l'assurance de soutien de revenus agricoles, qui vient s'assurer que les gens
dont les coûts de production ne sont pas
couverts sont soutenus par La Financière
agricole. En attendant, j'ai demandé
à La Financière agricole de s'assurer qu'entre le moment où la
hausse de prix est captée, l'écart entre les coûts de production, et puis le
paiement est capté, puis que c'est versé... bien, qu'il y ait des avances qui
soient données aux producteurs.
En plus de ça, j'ai demandé à La Financière
agricole d'identifier la totalité des prêteurs pour lesquels ils sont dans un
enjeu de... financier, là, qui peut être difficile, ceux-là qu'on a réussi à
identifier. Ça fait qu'au moment où on se
parle il y a 712 producteurs, productrices au Québec qui ont été
identifiés. Puis, au cours des prochaines semaines, ils vont être contactés, ils vont être visités.
Puis on demande aussi aux producteurs, aux productrices, qui soit aujourd'hui se
trouvent dans une situation difficile puis qui ne sont pas en contact avec les
financières ou qui anticipent qu'ils vont passer des temps difficiles, de lever
la main puis de contacter La Financière agricole.
M. Fortin : Tantôt, là, tantôt, vous avez utilisé les mots «aide
directe et individuelle». C'est les mots que vous
avez utilisés en réponse à ma question tantôt. Là, vous me dites, là, ce que
La Financière peut faire pour l'instant, c'est une avance. Ça, vous considérez ça une aide directe? Parce que
c'est une avance, là, vous ne leur donnez rien, là, vous ne les aidez
pas à passer à travers, vous leur dites : Ce que tu aurais plus tard, tu
vas l'avoir tout de suite, mais ce n'est pas une lumière au bout du tunnel, ça.
M. Lamontagne : Bien, ce que je
vous dis aussi, M. le député, c'est qu'il y a différentes façons dont
La Financière agricole intervient puis vient en soutien aux producteurs,
productrices. Moi, ce que j'ai demandé à La Financière, c'est de s'assurer
d'avoir un maximum de flexibilité, puis un maximum d'agilité, puis ultimement
de travailler sur une base individuelle. Là, on n'est pas dans une situation où
on dit : OK, tout le monde, c'est ça qui va arriver. Là, ce qu'on dit...
Comme, là, on en a identifié 712, chacun va être contacté. Puis la situation
particulière de chacun va être identifiée, quel va être les meilleurs outils
pour accompagner ces gens-là à travers les temps qu'on traverse, à travers le
contexte actuel.
M. Fortin : Est-ce que vous avez... Là, je n'ai pas entendu, puis avec
respect, M. le ministre, là, je n'ai pas entendu un plan de match pour
s'assurer que la relève, c'est celle qui reste dans le secteur. Ce que vous me
dites, c'est : On verra, quand il y aura... quand l'entente nous sera
présentée... ou l'entente... quand le plan de retrait nous sera présenté, là, on verra si ça convient puis si
ça nous permet de garder les producteurs qu'on veut garder. Bien, ça, là,
pour l'instant, là, ce n'est pas un plan qui est très clair pour dire : On
va s'assurer que les producteurs qu'on veut aider davantage, c'est ceux de la
relève, parce qu'ils sont endettés davantage, parce qu'ils viennent de faire
des investissements, parce que...
M. Lamontagne : Bien oui, bien
oui.
M. Fortin :
...ce n'est pas ce que vous êtes en train de dire.
M. Lamontagne : Je suis
d'accord. Bien non, c'est le contraire de ce que je vous dis, on va les aider
personnellement, on va les soutenir personnellement à l'intérieur de cette
espèce de transformation là qui est en train d'avoir lieu puis qui va avoir
lieu au cours des prochains mois. C'est ça que je vous dis.
M. Fortin : OK. Je vais le... je vais le prendre sous un autre angle.
Est-ce que vous allez avoir une aide particulière pour les producteurs qui sont
indépendants?
M. Lamontagne : Ce que je vous
ai dit, c'est que cette restructuration qui va s'engager, le plan de retrait
que les éleveurs vont devoir nous soumettre pour qu'on puisse l'analyser, va
devoir faire en sorte qu'on puisse maintenir et favoriser les fermes familiales
comme on a, la diversité de nos fermes, puis va devoir s'assurer aussi de venir
protéger notre relève au niveau de la production, mais, au moment où on se
parle, je n'ai pas le plan qui... sur lequel les éleveurs planchent. Puis je
peux vous assurer que la journée qu'on va être en possession de ce plan-là...
que les analystes à La Financière agricole vont faire tous les travaux
pour mesurer un peu les impacts, mesurer aussi les besoins de ce programme-là,
pour qu'après ça on puisse voir la meilleure façon d'accompagner cette
initiative-là.
M. Fortin : C'est immensément théorique, ce que vous êtes en train de
dire là. Si ce n'est pour vous, là, peut-être que La Financière, elle peut
nous le dire, là, mais, à l'intérieur d'un plan de retrait, comment vous faites
pour vous assurer que les producteurs de la relève puissent rester? Si c'est
ça, le plan de match, là, la base de laquelle on part, comment vous allez
faire, à l'intérieur d'un plan de retrait, pour dire à un producteur de la
relève : Moi, je... qui dit : Moi, je ne suis plus capable, moi, là,
c'est fini, moi, mon créancier me dit : Non, je ne te prête plus d'argent,
comment vous allez faire pour lui dire : Non, toi, tu n'es pas éligible,
on veut que tu restes? S'il se présente pour le plan de retrait, c'est parce
que, déjà, là, il est à bout.
M. Lamontagne : Non,
là, ce qu'il faut que mon collègue comprenne, le plan de retrait, ce n'est pas
seulement qu'en fonction d'une personne qui va se retirer c'est en
fonction du contexte que ça va générer, le contexte d'affaires que ça va générer, le contexte de transaction
entre les acheteurs puis les transformateurs. C'est... l'impact de la
diminution de la production, quand on dit que c'est structurel, oui, il
y a des gens qui peuvent choisir de quitter la production, mais
l'impact de tout ce travail-là, c'est... ultimement, c'est tout sur
l'écosystème. Puis c'est cet écosystème-là, une fois que ça va avoir eu lieu, qu'on veut s'assurer qu'il va favoriser,
continuer de favoriser la diversité de modèles qu'on a sur nos fermes puis qui va s'assurer aussi de
faire en sorte que les soins de notre relève, bien, sont bien pris en compte.
Ce n'est pas
seulement le fait que quelqu'un va se retirer, c'est l'impact que va avoir
cette restructuration. C'est pour ça qu'ils font une restructuration, pour
faire en sorte qu'il y ait davantage de profitabilité puis qu'on ait un
environnement d'affaires qui va permettre, autant du côté de la production que
de la transformation, d'être pérein puis ultimement d'être prospère. C'est à ça
que ça sert. Sinon, ça ne servirait à rien.
M. Fortin : Bien, vous le savez, là, qu'il y a des milieux où c'est
plus difficile être profitable. Il y en a, des milieux où on est plus éloignés,
entre autres, des abattoirs, où ça va nous coûter plus cher, que je pense à la
Gaspésie, que je pense à Charlevoix, que je
pense à maintenant la Beauce. Est-ce que vous allez avoir un programme spécifique
pour aider ces gens-là? Parce que, quand vous me parlez de diversité, bien, on
ne peut pas se retrouver avec juste des producteurs
dans certains villages proches des usines. Ça ne peut pas être ça, mais, veut
veut pas, là, ceux qui vont être le plus profitables, c'est ceux qui
vont être collés sur les usines qui restent, s'ils sont affiliés, entre autres.
Bien, est-ce que vous
allez avoir un plan? Parce qu'à date on n'en a pas vu malgré les nombreux cris
de gens de ces différentes régions-là...
puis là, aujourd'hui, des producteurs de la Beauce qui se posent 1 million
de questions, là. Est-ce que vous allez arriver avec un plan spécifique
pour ceux qui se retrouvent plus loin des usines?
M. Lamontagne :
Il y a deux volets. Il y a le volet de : À quoi va ressembler
l'environnement d'affaires quand la restructuration va avoir été consommée?
Puis, après ça, il y a la réalité d'affaires des gens partout sur le territoire, M. le député de Pontiac. Puis, quand
on parle de la réalité d'affaires, quand j'étais... pas... il y a quelques
semaines, j'étais avec un producteur,
un jeune producteur, avec sa femme, là, qui a... ils ont 37, 38 ans,
quelque chose comme ça. Puis ce qu'il m'expliquait, c'est qu'en fonction
des défis qu'il avait aujourd'hui, bien, il allait commencer à cultiver davantage, à faire certaines cultures qu'il ne
faisait pas avant, qu'il allait commencer à réfléchir son entreprise
différemment pour lui permettre, par sa production, ultimement, d'être
prospère puis d'être rentable.
Ça fait qu'il y a un
environnement qui va être créé suite à la restructuration qui a lieu. Il y a
différents outils qui sont en place, qui vont être en place pour venir
accompagner cet environnement-là, mais, parallèlement à ça, on a des gens
d'affaires, des hommes puis des femmes sur le territoire qui connaissent leurs
réalités, mais aussi qui ont des leviers pour faire en sorte d'exploiter leur
ferme. Bien, après ça, on a des exemples, dans certaines régions, où il y a des gens qui vont créer des produits vraiment
de valeur ajoutée. Bien, en créant le produit avec la valeur ajoutée, ils viennent
complètement s'affranchir un peu d'une difficulté additionnelle que peuvent
leur causer d'être plus loin.
Bien, ce que je dis,
c'est qu'il y a l'environnement d'affaires. Après ça, il y a l'entrepreneur,
l'homme puis la femme, comment qu'ils...
comment qu'ils développent leur entreprise, là. Puis, quand c'est le temps de
développer des entreprises, quand
c'est le temps d'accompagner des entrepreneurs dans des initiatives, soyez
assurés qu'au ministère, là, on a toutes sortes de façons de venir en
soutien à nos producteurs, nos productrices.
M. Fortin : J'espère que... j'espère que les producteurs ont entendu ce
que vous venez de dire, entre autres les
producteurs des régions, parce que c'est loin d'être clair pour eux qu'il va y
avoir un appui direct à ces producteurs-là qui sont en région, là. Bien,
moi, je veux vous poser... dans les, quoi, cinq minutes qui restent, là, je
veux revenir sur la question. Tantôt, on a
parlé de : Est-ce que 2023 est plus profitable que 2021? Puis ça semblait
assez clair. Est-ce que... Parce qu'on est passés de... Rappelez-moi les
chiffres en 2021, c'était combien, l'assurance, pour les producteurs de porc?
M. Lamontagne :
De mémoire, je pense, ça a été 75 millions.
M. Fortin : Et 240 l'an dernier?
M. Lamontagne :
Oui.
M. Fortin : C'est quoi, votre prévision pour cette année?
• (12 h 20) •
M. Lamontagne :
Je n'ai pas cette prévision-là pour tout de suite, là. Là, on va voir...
M. Fortin : Peut-être, La Financière doit avoir ça dans leur...
M. Lamontagne :
On pourra faire ça, puis je vous enverrai l'information, là.
M. Fortin : Mais vous ne l'avez pas pour l'instant? Parce qu'on parle
de... quand même de chiffres assez importants, là, juste au point de vue des
finances de La Financière.
M. Lamontagne :
Bien... bien, il y a... certainement, là, la mise en oeuvre de ce qui va
être mis en place va venir influencer, d'une façon importante, là, le soutien
qui va être donné. Puis il y a des variables qu'on ne connaît pas aujourd'hui,
là. Ça fait que c'est certain qu'on peut donner toutes sortes de chiffres, mais
sans faire de parallèle à des expériences passées qu'on a pu avoir...
M. Fortin : Bien, je trouve ça...
M. Lamontagne :
...avec d'autres gouvernements, là, de donner des chiffres pour donner des
chiffres... On explique qu'on est dans un environnement qui va changer. Alors,
aussitôt qu'on va avoir une compréhension de la nouvelle réalité, on va être
capable de donner des chiffres...
M. Fortin : Non, je comprends que le ministre ne veut pas donner des...
Le Président (M. Ciccone) : Un
instant, un instant. Je... Ce que j'entends, M. le ministre, que vous vous
engagez à donner ce chiffre-là, cette information-là?
M. Lamontagne :
Bien, quand il va y avoir des prévisions, ou les réalités auxquelles vont
être associée la restructuration... Je veux dire, ultimement,
La Financière émet des communiqués régulièrement sur l'état des lieux,
l'état de ses déboursés, l'état de ses engagements, l'état de son soutien.
Le Président (M.
Ciccone) : OK, parce que ce n'est pas sous cette forme-là que vous
l'aviez dit au début. Ça fait que je veux m'assurer que vous allez... c'est
La Financière qui va fournir les chiffres...
M. Lamontagne :
Ça fait que je vais m'assurer d'avoir un bon canal de communication avec
mon collègue.
Le Président (M.
Ciccone) : Merci beaucoup, M. le ministre.
M. Fortin : Bien, je comprends que le ministre ne veut pas donner des
chiffres pour donner des chiffres. Là, ce qu'on a vu, cette semaine, de son
gouvernement, c'est davantage qu'il cache des chiffres pour cacher des
chiffres. Bien, moi, je me demande : Est-ce que La Financière peut
nous dire si, eux, ils ont un... une prévision? Pour vous, M. le ministre, ça va, là, si vous ne l'avez pas
pour l'instant, là, je n'en ferai pas un cas, mais est-ce que La Financière
a une idée de l'ordre de grandeur de ce que ça pourrait coûter cette année?
M. Lamontagne :
M. le député, M. le député...
M. Fortin : Non, mais ils sont... ils sont venus ici pour ça, là.
M. Lamontagne :
Non, mais ce que je vous explique, là, c'est qu'autant La Financière
que le ministère de l'Agriculture on est en attente d'une composante importante
de la restructuration qui va survenir dans la filière porcine. Puis la
composante importante, c'est le plan de retrait qui va être mis en place pour
faire en sorte de venir ajuster la production à la transformation au Québec.
Et, tant qu'on n'aura pas ces informations-là, les chiffres qu'on va vous
donner... Ce que... OK, ce que je vais vous répondre, c'est que, toutes choses
étant égales, par ailleurs, si le contexte d'affaires était identique à celui
qu'on a observé en 2022, avec les mêmes coûts pour les grains, avec les mêmes
coûts pour tout, ça coûterait 240 millions.
M. Fortin : OK. Dans le fond, ce que... puis là je... corrigez-moi,
faites un point de règlement si j'ai tort, là, si je dépasse les bornes de ce
qui serait acceptable en Chambre, mais, si j'interprète ce que vous me dites,
là, c'est : si tout est pareil comme l'an passé, ça va être le même
chiffre que l'an passé, mais il y a un gros nuage d'incertitude, on ne sait pas
exactement pour l'instant. OK.
Dans
ce contexte-là, quand je regarde ce qui était alloué à La Financière,
cette année, là, les transferts provenant du ministère ont diminué à La Financière cette année. Vous allez me
dire : Il y a une compensation qui vient d'ailleurs, il y a... qui vient du fédéral, entre autres, mais
le ministère a fait le choix de donner un budget moindre à La Financière cette année. Dans le contexte d'incertitude que
vous venez de décrire, est-ce que c'est raisonnable et responsable de faire ça?
M. Lamontagne :
Vous parlez de la diminution de 4,8 millions de dollars du budget
de La Financière? Ça...
M. Fortin : Oui. Oui, parce qu'on peut voir... en fait, puis la raison
pour laquelle je l'amène, c'est parce que, vous
l'avez vu, là, l'écart monstre que... juste dans un secteur, là, le secteur du
porc, La Financière peut avoir à débourser d'année en année. C'était zéro une année, c'était 60 millions
l'année d'après, 240 millions l'année d'après, puis on ne sait pas ce que
ça va être cette année. Alors, dans ce contexte-là, de réduire les transferts
du ministère à La Financière, j'aimerais que vous m'expliquiez
pourquoi vous avez pensé que c'était la chose à faire.
M. Lamontagne : La première chose, c'est
parce qu'il n'y a pas de lien entre les deux. Le 5 millions, là, c'est pour des enjeux de main-d'oeuvre, qui ont été
passés d'une organisation à l'autre, là. Le programme ASRA, sa limitation,
là, c'est à la hauteur de 650 millions, puis ça, ça couvre pour les six...
Il y a six productions, il y a trois productions animales, il y a trois
productions céréales qui sont couvertes par le programme ASRA. Il y a, au moment
où on se parle, là, un peu plus que 300 millions, là, si on veut, qui sont
directement allés en capitalisation. Puis, La Financière aussi, quand il y a
des déboursés, il y a eu un ajustement qui se fait en fonction des primes
payées. Alors, il y a tout un flux financier, si on veut, là, qui n'est pas
dans le... Ce n'est pas le budget de transfert... que La Financière reçoit
325 millions, si, la filière porcine, ils... il y a 200 millions de
paiements, bien, l'année prochaine, il va falloir que La Financière ait
500 millions. Il y a vraiment un fonds qui est dédié pour l'ASRA, qui est
capitalisé, qui est financé avec une hauteur maximale de...
Le
Président (M. Ciccone) : En terminant.
M. Lamontagne :
...650 millions, à mon souvenir.
M. Fortin : ...maximale de 650 millions. Parce que vous
venez de me dire qu'il y en a, à peu près, entre le tiers puis la moitié
qui ont été utilisés...
Le Président (M.
Ciccone) : Merci.
M. Fortin : ...dans un secteur l'an passé. Alors...
Le Président (M.
Ciccone) : Merci. Merci beaucoup, M. le député. Merci beaucoup. Je
suis prêt maintenant à reconnaître le député de Matane-Matamédia. Vous avez
12 min 43 s.
M. Bérubé :
Merci, M. le Président. Salutations au ministre, aux collègues. D'entrée de
jeu, je veux dire que je suis fier d'être un
député d'une circonscription agricole. C'est une grande fierté pour moi de
plaider pour la ruralité, pour les producteurs agricoles de chez nous...
développé, dans les 16 dernières années, une belle l'expertise de la
connaissance des gens de chez nous. Et j'espère avoir de bons échanges avec le
ministre, qui le sait que je l'apprécie beaucoup. Je lui témoigne à l'occasion.
Parfois, c'est réciproque, mais je sais qu'on peut avoir de bons échanges sur
des gens fantastiques, des gens qui se lèvent tôt, qui travaillent fort, qui ne
prennent pas souvent de vacances et qui sont là pour nourrir les Québécois et
les Québécoises. Et, lorsqu'on est nationaliste, et je sais que le ministre
l'est, il n'y a pas grand-chose de plus exaltant que la production agricole,
travailler sur le territoire du Québec à cultiver des produits d'ici qui
servent à l'économie d'ici. Moi, je trouve que c'est une des grandes fiertés
pour les nationalistes de travailler sur l'agriculture. Et je suis aussi fier
de provenir d'une grande tradition, au Parti québécois, avec des grands
ministres comme Jean Garon et François Gendron, notamment. C'est mon
introduction.
J'aimerais qu'on
parle de la valeur des terres agricoles. Évidemment, quand la loi sur la
protection des terres agricoles a été votée
par le gouvernement de M. Lévesque, il y a des décennies, l'objectif,
c'était beaucoup de protéger les meilleures terres du Québec, les basses
terres du Saint-Laurent. C'était ça, l'objectif. La loi s'applique partout. C'est une bonne loi. Elle n'est pas remise en
question, en tout cas de façon sérieuse, par aucune formation politique ici.
Elle a du bon, heureusement, elle nous a mis
à l'abri de plusieurs spéculateurs, bien qu'il y en ait encore, de ces
spéculateurs, qui rôdent dans plusieurs de nos régions.
Juste avant de passer
à l'appropriation des terres, je veux parler de la valeur des terres agricoles,
ce qui est quand même important. C'est souvent le commentaire qu'on reçoit de
jeunes producteurs, qui nous disent : Ce n'est plus achetable, des terres.
Quand je regarde les statistiques, 11 % d'augmentation de la valeur des
terres agricoles au Québec, en 2022, ça, c'est la dernière année, c'est quand
même beaucoup; Mauricie, Portneuf, 19,2 %; dans ma région du Bas-Saint-Laurent puis en Gaspésie, 18,3 %; Outaouais,
15,7 %; Saguenay—Lac-Saint-Jean, 14 %; Chaudière-Appalaches, 13,5 %, sur 20 ans,
2001 à 2021, une hausse spectaculaire de 474 %. La bonne nouvelle, c'est
que les terres ont de la valeur, mais ce n'est pas très bon pour la relève.
Le premier ministre a
eu à faire une déclaration en Chambre, c'est le 18 avril, il dit :
«Il reste que c'est très difficile pour un jeune de payer des millions de
dollars pour faire l'acquisition d'une terre. Donc, c'est pour ça qu'il y a des
programmes importants à La Financière agricole.» Ma première
question : Comment le ministre explique-t-il que son gouvernement vient de
réduire le budget de La Financière agricole, ça a diminué un peu, avec les
défis qu'on a pour financer l'acquisition des terres, notamment pour la relève
du Québec?
M. Lamontagne :
Bien, première des choses, la question de l'augmentation de la valeur des
terres, c'est quelque chose qui est
préoccupant, en même temps, si on fait juste regarder l'ensemble canadien, tu
sais, l'augmentation de la valeur des terres, ce n'est pas quelque chose
qui est unique au Québec. On observe, dans la majorité des provinces
canadiennes, une augmentation qui est légèrement supérieure à ce qu'on vit au
Québec, mais ce n'est pas une consolation, pas du tout, hein? Ça fait que ce
qui est important, j'ai demandé, moi, en 2021... on a vraiment lancé un mandat
avec l'Université Laval pour vraiment faire une analyse fine, là, de tous les
déterminants, là, dans le détail, qui
peuvent contribuer à cette augmentation-là de la valeur des terres. Et puis,
sur réception de cette analyse-là, s'il y a des gestes clairs qui sont
identifiés, là, qui peuvent contribuer, là, à venir contrôler, si on veut, la
valeur des terres, c'est sûr qu'il y a des gestes qu'on va poser.
• (12 h 30) •
Bien, dans un premier
temps, ce qu'on fait, un, oui, c'est de l'accompagnement pour faire en sorte
d'aider les jeunes à accéder aux terres agricoles. Puis, encore là, 80 %
des transactions, là, qui ont généré ces augmentations de valeur là, là,
entendons-nous, là, c'est des producteurs qui se vendent, entre eux autres, des
terres. Alors, c'est les premiers, là, qui contribuent, si on veut, là, à
l'augmentation de la valeur des terres. Bien, ce qu'on a mis en place, un, il y
a le Fonds d'investissement pour la relève agricole qui est en place, qui est
capitalisé, qui vise à donner des prêts pour que les gens puissent acheter ou
des gens puissent louer. On a apporté une modification additionnelle,
maintenant, où les jeunes qui louent... le loyer qu'ils versent, il y a une
portion qui peut être comme du capital qui est versé de côté, pour faire en sorte qu'au bout d'un certain nombre
d'années ils peuvent prendre ce capital-là, le donner en dépôt pour,
après ça, pouvoir faire l'acquisition. Puis ça devient un peu leur comptant.
L'autre chose qu'on a faite, on a contribué à la
fiducie Fondaction UPA, en deux coûts, là, à hauteur de 6,3 millions.
L'objectif de la fiducie, c'est de faire l'achat de terres, de pouvoir faire la
location à des jeunes. On s'est engagés, en campagne
électorale, à mettre sur pied une... un mode de soutien additionnel à hauteur
de 50 millions, qui était demandé par la Fédération de la relève, pour,
encore là, venir accompagner.
Puis, dernière chose, M. le député, je vous
donnerais un petit peu de temps après ça, dernière chose, on a, dans la... en
2021, procédé à des modifications à la loi sur la protection du territoire
agricole pour venir reconnaître la diversité de modèles, puis pour venir faire
en sorte que, dans certaines conditions, il puisse y avoir des... certains
morcellements, pour permettre à des jeunes de faire l'acquisition de terres
pour mettre en place leur modèle agricole.
M.
Bérubé : En effet, M.
le Président, le ministre n'est pas sans savoir que Julie Bissonnette, de la
relève agricole, a indiqué : «On veut des entreprises prospères et
rentables, mais est-ce que ce sera encore possible? Ce que l'on offre à la
relève aujourd'hui, c'est de s'endetter pour pouvoir nourrir le monde.» Alors,
c'est la question que je pose. Je prends la réponse du ministre quant au
rapport à venir et aux mesures à mettre en place.
Quant à l'appropriation des terres, l'UPA a déjà
mis le gouvernement en garde : «En 2021, on a franchi un point de rupture,
la majorité des transactions foncières en zone agricole ont été faites par des
intervenants non agricoles.» Ça a déjà été
évoqué en Chambre, en Abitibi, notamment, une autre formation politique l'avait
fait. Il y en a partout, même... je ne veux pas accabler le ministre
avec ça, mais le cofondateur de son parti est partie prenante des spéculateurs
au Québec là-dedans.
Quelle
proportion des transactions portant sur la question des terres agricoles a été
faite par des non-agriculteurs dans les, je dirais, les cinq dernières
années? Est-ce qu'on est capable d'avoir un ordre de grandeur ou une
statistique précise?
M. Lamontagne : Ce qui est
important, puis c'est ce que j'expliquais à ma collègue tantôt, sur le
territoire agricole, là, le territoire agricole, avant qu'il soit formé en
territoire agricole, là, il y avait un territoire qui existait, puis il y avait des lots où il y avait des gens
qui avaient des maisons, il y avait des propriétés, tout ça. Puis, à un moment
donné, on a dit : Bon, bien là, tout ce territoire-là, ça devient une zone
agricole. Bien, dans cette zone agricole là, sur laquelle, théoriquement, on a de l'exploitation agricole, on a 64 %
des propriétés qui sont de moins de quatre hectares. Puis ce 64 %
là, il y a 8 % du 64 % qui sont des exploitations agricoles.
Alors, au fil des années, des transactions entre
quelqu'un qui a une terre, qui a un hectare, deux hectares, trois hectares sur
lesquels il y a une maison, puis qui a revendu à quelqu'un, puis qui a revendu
à quelqu'un, bien, il y a des centaines de transactions sur le territoire.
M. Bérubé : Mais on ne parle
pas de la même chose. Je parle, par exemple, de gens d'affaires qui n'ont
jamais mis des bottes de travail pour aller sur une ferme et qui achètent, de
leur bureau, des terres agricoles qu'ils ne visiteront jamais. Il y en a
beaucoup de ça au Québec. Sur les claims miniers, par exemple, moi, je suis
capable d'identifier sur une carte, dans ma
circonscription, y compris en dessous de ma maison à Matane, qui est
propriétaire. Est-ce qu'on pourrait avoir une carte qui nous indique
quelles sont les terres agricoles qui sont propriétés de tiers, ni dans le
monde agricole, non apparentées? Est-ce que vous seriez capable de nous fournir
ça pour l'ensemble des parlementaires, ce type de carte là?
Moi, j'aimerais savoir, par exemple, au Bas-Saint-Laurent,
qui sont les propriétaires des terres au même titre qu'on le fait pour le
domaine minier. C'est une demande que je lui fais, on n'est pas obligé de
l'avoir aujourd'hui, mais je suis sûr que ça
existe. Pas mal sûr que mes collègues seraient d'accord pour obtenir ça.
D'ailleurs, ma collègue de droite, qui fait un très beau travail dans le
domaine minier, c'est intersectionnel, ça, ça se touche, pour reprendre une expression qu'on a abordée dans les dernières
semaines, ça va tout ensemble. Quand on veut bien développer le Québec, bien,
on veut savoir à qui appartient le territoire, donc, que ce soit dans le
domaine minier ou dans le domaine de la spéculation, moi, j'aimerais ça, pour
le bénéfice de la commission, qu'on puisse obtenir ça.
Je termine,
en disant — je
n'ai pas beaucoup de temps, vous comprenez — l'UPA a dit qu'«il était renversant, cette
situation, qu'il faut développer une veille sur les transactions dans le
domaine foncier agricole — donc
ils essaient de le faire. Cette fonction névralgique devrait relever d'un organisme
public détenant des pouvoirs et des ressources importantes. En l'absence de volonté politique, l'organisation des
producteurs agricoles a dû se substituer à l'État québécois.»
Ce que je
vous demande, M. le ministre, par l'entremise du président, d'abord, de nous
fournir un état de situation pour l'ensemble des parlementaires. Je suis
convaincu que tous les députés sont intéressés à savoir qui sont propriétaires,
puis, ensuite, de voir qui peut gérer ça, qui peut surveiller ça à
l'intérieur du ministère. Je ne parle pas de créer une société d'État, mais une
division qui suit ça de près. Je pense que ce serait un bon coup pour le
ministre, puis je le sais sensible à ces questions, lui-même qui est député
d'une région très agricole, avec d'excellentes terres agricoles qui font
l'envie de bien des gens qui ne se lèvent pas aussi tôt que les agriculteurs le
matin pour faire le train.
M. Lamontagne : Oui. Plusieurs
commentaires. Mon collègue, là, vous dire que la préoccupation pour la question
de la spéculation, la préoccupation pour la question de la propriété des
terres, là, je la partage. La dernière étude
qu'on a, quand on parle, là, de groupes autres, là, tantôt vous faisiez
appel... référence à certaines organisations, là, c'est qu'en hauteur de
2018, là, il était établi qu'à peu près 2 % des transactions qui avaient
lieu étaient par des groupes... des groupes. Ça ne veut pas dire des gens qui
ne veulent pas faire des exploitations agricoles, mais ça veut dire des gens,
des gens...
M. Bérubé : On ne les voit pas
dans les rangs souvent.
M. Lamontagne :
Il y a cet aspect-là. Moi, suite à l'analyse qui... qu'on va recevoir
bientôt, je vous dirais, moi, ma préoccupation est de trois ordres par rapport
à notre territoire agricole. Il y a l'intégrité du territoire agricole, il y a
le dynamisme puis... des activités agricoles, parce que c'est bien beau avoir
un territoire agricole, mais il faut que nos entreprises puissent, un, opérer,
puis il faut qu'elles puissent prospérer sur le territoire agricole. Ça fait
qu'aujourd'hui on a fait des avancées pour permettre à nos entreprises d'avoir
davantage de possibilités sur le territoire agricole. Puis le troisième volet,
c'est vraiment la propriété des terres agricoles.
Ça fait que je veux juste assurer mon collègue,
là, que, dans les mois puis les années qui vont suivre, dans le cadre de ce
mandat-là, c'est quelque chose qui va être au centre de mon radar, oui.
M. Bérubé : Merci. J'ai peu de
temps. Je vais aborder deux thèmes, la protection animale... et j'aimerais qu'on puisse demander au sous-ministre aux Pêches
de se rapprocher pour l'autre, parce que je vais avoir une question à
poser si M. Aziz accepte.
M. Lamontagne : ...c'est moi,
le ministre, là.
M. Bérubé : OK, ça dépend, il y
a des ministres qui sont plus insécures que d'autres, hein?
M. Lamontagne : Ah! bien, si je
n'ai pas la réponse, je la demanderai, là...
M. Bérubé : Voulez-vous que je
vous les nomme?
M. Lamontagne : ...je vous la
fournirai, là, il n'y a pas de problème.
M. Bérubé : D'accord.
M. Lamontagne : J'adore le
secteur des pêches.
M. Bérubé : Mais
c'est un des sous-ministres les plus respectés de la fonction publique. Ça,
c'est moi qui le dis...
M. Lamontagne : Oui. Je l'adore
aussi, d'ailleurs.
M. Bérubé :
...moi, c'est moi qui le dis, et il a rendu de fiers services à ma région. Je
lui rends hommage. Protection animale, on a fait une proposition, vous avez
augmenté le nombre d'enquêteurs, ça va.
En France, ils ont adopté une nouvelle
législation, des règlements. Il y a un certain nombre des éléments que je vous
ai sortis qui nous intéressent beaucoup. Je vous les soumets, à titre de
proposition, pour votre appréciation. Par
exemple, l'interdiction d'élever des animaux pour leur fourrure, l'interdiction
d'utilisation d'animaux sauvages dans les cirques — je
vais vous les envoyer, tout ça — une interdiction de vente en animalerie
de chats et de chiens qui ne proviennent pas de refuges, une interdiction de
vente de chats et de chiens en ligne par des particuliers — on en
voit souvent passer, de ça. Le gouvernement
français, lui, s'est donné le devoir d'étudier, au niveau national, la problématique
des chats errants, de formuler des
recommandations. Ça pourrait s'appliquer aux chiens aussi. Les fourrières
devraient être publiques ou gérées par les organismes de protection des
animaux, donc, fourrières à but lucratif interdites, et, enfin, l'enseignement moral et civique devra sensibiliser
les élèves de l'école primaire, du collège et du lycée, en France, au
respect des animaux.
Le Président (M. Ciccone) : Il reste
10 secondes, monsieur.
M. Bérubé : Alors, c'est des
propositions dont je vous fais part. Puis là je ne pourrai pas poser ma
question, mais je voulais savoir pourquoi notre permis de transformation de
homards, aux fruits de mer, de l'Est du Québec a été refusé.
Le Président (M. Ciccone) : Merci,
M. le député.
Une voix : ...
Le Président
(M. Ciccone) : Merci. Nous retournons maintenant à l'opposition
officielle avec le député de Pontiac. Vous avez
17 min 40 s.
M. Fortin : Merci, merci, M. le Président. Juste, est-ce que le Parti
Québécois a un autre bloc plus tard ou c'était son seul bloc?
Le Président (M. Ciccone) : Non,
c'était son seul.
M. Fortin : Est-ce que je peux prendre mon temps et lui permettre de
poser sa question sur les pêches? Ça ne me dérange pas.
M. Bérubé : ...
Le Président (M. Ciccone) : Bien,
est-ce qu'il y a consentement pour...
Des voix : Consentement.
M. Bérubé : Oui,
parce qu'on s'est fait avoir dans la négociation, on ne parle pas beaucoup.
Mais, M. le Président, alors, ma question au ministre, parce que c'est
ce qu'il m'a indiqué, fruits de mer de l'Est du Québec, on transforme de la
crevette, on transforme du crabe. On aimerait avoir la transformation du
homard, on a fait une demande, ça a été refusé. Alors, qui refuse? Est-ce que
c'est un comité qui reçoit les propositions des autres industriels qui se
disent : Ce n'est pas vrai qu'on va permettre à un autre joueur d'agir,
c'est le comité, ou c'est le ministre, ou il y a un pouvoir discrétionnaire? On
a déjà eu cette discussion-là, mais pas depuis qu'il y a eu la décision.
M. Lamontagne : OK. Ce qu'il
faut comprendre, pour le bénéfice de tous les gens qui sont ici, là...
M. Bérubé : C'est très local,
hein?
M. Lamontagne : Bien, c'est
très local, mais, en réalité, c'est national, parce que ça touche toutes les régions côtières, ça touche toute notre industrie
des pêches. Puis ça vise à ce qu'il y ait un équilibre entre les captures,
les entreprises qui font de la capture puis, après ça, la transformation. Puis
il a été mis en place il y a des années, puis c'est dans la loi sur les
produits agricoles.
La question pour tout ce qui touche les
pêcheries, pour l'émission de permis de transformation, ça doit passer par
l'analyse d'un groupe d'intérêts, c'est le groupe d'intérêts... Comment?
Une voix : ...
• (12 h 40) •
M. Lamontagne : ...le groupe
d'intérêts public, c'est ça. Ce groupe d'intérêts public là, qui est formé de
gens du ministère de l'Économie, de gens du ministère des Affaires municipales,
de gens du MAPAQ, d'acteurs du milieu, l'objectif, c'est d'analyser une demande
de permis, peu importe le type de capture, de voir cette demande-là, de voir la
disponibilité de la ressource, de voir l'écosystème qu'il y a présentement sur
le territoire pour transformer cette ressource-là.
Une voix : ...
M. Lamontagne : Un instant, je
vais terminer ma réponse. Puis, après ça, à la lumière des informations puis de
l'équilibre qu'il y a, d'évaluer si, en donnant un nouveau permis de
transformation, on va venir habiller Paul pour déshabiller Jacques ailleurs sur le territoire côtier du Québec. Alors,
mon collègue comprendra que ce n'est certainement pas ça, l'objectif.
Alors, dans le cas qui nous concerne, aux
dernières nouvelles, il y a un refus qui a été accordé à l'entreprise.
L'entreprise était en attente de ce refus-là pour soumettre de nouvelles
informations. Et, à la lumière de ces nouvelles informations-là, le comité va
encore analyser l'impact potentiel de l'émission d'un nouveau permis. S'il est
jugé que ce nouveau permis là ne viendra pas déséquilibrer l'écosystème entre
les captures puis la capacité de transformation, très probablement que le
permis va être accordé. S'il est jugé par le groupe d'intérêts public qu'il va
y avoir un déséquilibre, le permis ne sera pas accordé.
Le Président (M. Ciccone) : Merci,
merci. M. le député.
M. Bérubé : ...je veux
remercier le Parti libéral pour m'avoir permis de poser cette question-là en
pêche. J'espère que c'est noté. Merci beaucoup. Merci au ministre. Ça a bien été.
Le
Président (M. Ciccone) : Merci beaucoup. J'admire... Merci. M. le député de
Pontiac, j'admire votre esprit sportif. À vous maintenant la parole. Il
vous reste 14 min 15 s.
M. Fortin : On va revenir à nos moutons ou à nos porcs, peut-être, dans
ce cas-ci. Mais, en fait, le ministre a terminé tantôt, là, en nous parlant,
dans le bloc précédent, en nous parlant des prévisions de La Financière,
puis mon collègue de Matane-Matapédia a fait référence aussi au budget
de La Financière, là, et je n'ai pas entendu, dans une réponse ou dans l'autre, la raison pour laquelle
il était confortable avec cette diminution du budget de La Financière... diminution
du transfert ministériel de La Financière agricole.
M. Lamontagne : Bien, en réalité,
comme je vous dis, c'est un montant de tout près de 5 millions de
dollars, puis, il y a quelques années, il y
a comme un effort qui avait été demandé à tous les ministères. Vous avez été
ministre, vous savez, des fois, là, le Conseil du trésor demande un effort pour
faire en sorte que chacun des organismes et les ministères donnent des
contributions, remettent de l'efficacité, si on veut. Puis la contribution qui
avait été demandée à La Financière à l'époque, bien, on avait convenu...
il avait été convenu au ministère de l'Agriculture d'assumer, pendant quelques années, une partie qui est à hauteur de
5 millions, là... je pense, c'était 15 millions. Il y avait un
montant qui avait été demandé à La Financière, je n'ai pas le montant
exact. Puis, cette année, là, il a été comme jugé,
là, qu'ultimement il allait se faire un compte à compte entre La Financière
puis le ministère de l'Agriculture, là, pour faire en sorte qu'il n'y
ait comme plus de compte à payer, si on veut, de La Financière envers le
MAPAQ, en vertu de cet accommodement-là que le MAPAQ avait fait il y a
plusieurs années.
M. Fortin : OK. Tantôt, vous m'avez parlé, là, de l'assurance puis du maximum de
650 millions qu'il peut y avoir annuellement.
Là, l'an dernier, vous êtes allé débourser 240 millions juste pour un
secteur, ce qui est énorme, là, quand
même, dans l'enveloppe de
650 millions, là, on est entre le... comme je le disais, entre le tiers
puis la moitié, là. Donc, si...
Tantôt, vous m'avez dit : Si les conditions sont les mêmes, ça va rester à
peu près le même montant. Je vous soumets que les conditions n'ont pas
l'air de s'améliorer bien, bien. Donc, ça se pourrait fortement que ce
montant-là soit en augmentation cette année.
Qu'est-ce
qui arrive s'il y a une grande sécheresse cet été? Qu'est-ce qui arrive si on
dépense 300, 350 millions sur la question du porc, puis qu'il n'en
reste pas assez pour la sécheresse ou toute autre situation qui pourrait se
produire?
M. Lamontagne :
Bien, la sécheresse, c'est l'assurance récolte. Ça, c'est un autre
programme, c'est un programme qui est géré conjointement avec le gouvernement
fédéral. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que tout ce qui touche le soutien
de revenus et la gestion de risques, c'est tout capitalisé, c'est dans des
comptes particuliers qui sont mis à jour. C'est des actuaires, c'est des
spécialistes qui travaillent pour s'assurer que tous ces fonds-là soient
capitalisés de la bonne façon. Puis, en fonction de la nouvelle réalité qui va
se présenter, M. le député, les analystes de La Financière vont faire
toutes les analyses les plus fines pour avoir une projection future pour la
situation, là, des différents programmes de soutien de revenus puis qu'en
fonction de ces projections-là, bien, je veux dire, ils vont se gérer en accord
avec cette projection-là, puis, après ça, bien, je veux dire, le...
M. Fortin : Mais il y en a déjà une, prévision, là, pour l'ASRA cette
année. Il y en a déjà une, vous la connaissez, oui, et vous prévoyez, si j'ai
bien compris, qu'il va y avoir un déficit à la fin de l'année. Exact?
M. Lamontagne :
Oui.
M. Fortin : OK, Alors là, est-ce qu'il y a une limite à ce que vous
pouvez voir comme déficit? Parce que moi, je comprends que votre déficit prévu
de fin de l'année, là, c'est 58 millions, à moins que je me trompe. Est-ce
qu'il y a une limite à ça?
M. Lamontagne : Bien, ce que je peux vous
répondre, c'est qu'il y a le secteur porcin, il y a le secteur du boeuf,
il y a le secteur de l'agneau, il y a le secteur des céréales, de l'orge, du
blé, qui font tous partie de ces programmes-là, puis, une année, un programme
où l'ASRA intervient, où l'ASRA n'intervient pas. Il y a des secteurs qu'il y a
une intervention pendant que... Il n'y a pas d'intervention pendant qu'il y a
une intervention à un autre endroit.
M. Fortin : Je vais le prendre de l'autre bord.
M. Lamontagne :
Juste une seconde.
M. Fortin : Non, non, allez-y, allez-y.
M. Lamontagne :
Pendant ce temps-là, il y a des gens qui cotisent, il y a des cotisations
qui entrent. Alors, La Financière vient tout balancer ses revenus, ses
contributions dans les programmes d'assurance. Puis, au moment où on se parle,
là, il n'y a aucune indication, il n'y a aucun signal qui vient de la part de
La Financière agricole, là, qu'au cours des temps qui s'en viennent, là,
ils ne seront pas capables d'assumer leurs responsabilités.
M. Fortin : Bonne affaire. Mais le maximum de 650 millions, il est là depuis
combien d'années, ce maximum, ce cap-là?
M. Lamontagne :
Bien...
M. Fortin : Depuis que vous êtes en poste.
M. Lamontagne :
Depuis 2010.
M. Fortin : OK. Parfait. C'est 650 millions, ça n'a pas bougé.
M. Lamontagne :
C'est ça, depuis 2010, oui.
M. Fortin : OK. Mais là c'est parce que vous entrez dans une année, là,
en sachant qu'il y a un... à peu près 250 millions ou plus qui va aller
dans un secteur précis. Alors, ça ne vous laisse pas une grosse marge de
manoeuvre pour tout le reste, c'est ça, mon point. Est-ce
que vous pouvez dépasser le 650 millions? Parce qu'il y en a un, gros
morceau, là, que vous le savez. C'est comme si, en 2020, vous partiez avec
juste 300 millions ou 350 millions. Vous comprenez ce que je veux
dire, là, il y en a un gros morceau qui est parti, là, déjà. Alors, votre marge
de manoeuvre, pour tout le reste, elle est pas mal plus petite qu'elle était.
Alors,
est-ce qu'il y a des producteurs qui sont à risque de ne pas avoir leur
assurance cette année, parce qu'il y en a un gros morceau, là, qui est
déjà parti?
M. Lamontagne :
Ce que je vous dirais, puis je vais vous répéter ce que je viens de vous
dire, là, de tous les échanges que j'ai pu avoir avec La Financière, de
toutes tes analyses qui ont pu être faites, il n'y a aucune indication comme
quoi le programme ne pourra pas répondre, ne pourra pas venir en soutien aux
producteurs agricoles.
M. Fortin : Alors, quand vous me dites qu'il y a un maximum de
650 millions, pas nécessairement.
M. Lamontagne :
Bien, c'est parce que là vous présumez, là, que...
M. Fortin : Bien, on ne présume pas. Vous le savez, je le sais, puis
tout le monde autour de la table le sait, qu'il va y avoir un gros, gros, gros
montant de 650 millions là qui s'en va aux producteurs de porcs.
M. Lamontagne :
Oui.
M. Fortin : Alors, si on s'est donné 650 millions, dans le passé,
là, depuis 15 ans, là, comme limite...
M. Lamontagne :
C'est un plafond qui est annuel.
M. Fortin : Oui.
M. Lamontagne :
On ne doit pas dépasser, annuellement, ces montants-là.
M. Fortin : Mais voilà. Alors, si vous ne pouvez pas le dépenser, puis qu'il y en a
la moitié qui s'en va dans le porc puis qu'il y a plus que
300 millions de demandes pour tout le reste des secteurs, qu'est-ce qui se
passe?
• (12 h 50) •
M. Lamontagne :
Bien, c'est un plafond de 650 millions. Ce que je vous dis, c'est
qu'en aucun temps il y a des indications qui nous dit, là, que ce plafond-là va
être excédé, puis qu'en aucun temps il n'est question que La Financière ne
puisse pas honorer ses engagements auprès de quelque production que ce soit,
là.
M. Fortin : OK. Mais, encore là, vous me dites que vous n'avez aucune
idée ce que ça va être dans le porc cette année. Vous ne le savez pas. Donc,
comment vous pouvez nous dire... Parce qu'on... c'est des gros montants, le porc, là. Puis là, encore là, ils ont accepté, à
travers l'entente, d'avoir 4,5 % de moins cette année. Alors, je ne vois
pas comment vous pouvez me dire... puis peut-être les gens de
La Financière peuvent l'expliquer différemment, peut-être que j'ai besoin
de l'entendre différemment, mais je ne vois pas comment vous pouvez dire, à ce
moment-ci, ne sachant pas ce que ça va vous coûter dans le porc, qu'on en a
assez.
M. Lamontagne : Bien, ce que je pourrais
vous dire, c'est qu'il n'est pas anticipé que, dans une année, il y ait plus que 650 millions de dollars qui
soient déboursés pour l'assurance du soutien de revenu agricole. C'est tout ce
que je peux vous dire.
M. Fortin : Oui, mais ça, c'est normalement à chaque année. Ça, c'est à chaque
année, j'imagine que La Financière dit ça : On n'anticipe pas
dépenser plus de 650 millions. Mais là vous le savez comme moi que vous
avez une année particulièrement à risque.
M. Lamontagne :
650 millions, c'est beaucoup d'argent, là, M. le député de Pontiac.
M. Fortin : Mais 250 millions dans le porc aussi, c'était énorme
l'année passée, 240, donc.
M. Lamontagne :
Bien oui, il en restait 400, il en restait 400.
M. Fortin : OK. Vous nous demandez de vous faire confiance, ça va, mais
je vous le dis que, ne sachant pas combien ça va coûter dans le porc, je trouve
que c'est un pari risqué. La question des cartes. Tantôt, le collègue de
Matane-Matapédia vous a demandé une carte, une carte des propriétés de terres
agricoles. Puis, vu qu'il y avait quatre,
cinq éléments dans sa question, c'est correct, là, vous avez parlé de d'autres
choses, vous aviez un temps limité pour répondre. Je vous relance sur sa
question spécifique des cartes sur les propriétés agricoles puis l'usage des
terres agricoles. Est-ce que c'est quelque chose que vous pourriez rendre
public? Ça me semble une bonne idée. Il a raison, je sentais...
M. Lamontagne : Ce que
je vous dirais, au moment où on se parle, c'est quelque chose qui n'est pas
disponible, mais ce que je vous dirais...
M. Fortin : Donc, vous ne l'avez pas vous-même, là?
M. Lamontagne :
Non.
M. Fortin : OK.
M. Lamontagne :
OK. Puis ce que je vous dirais, c'est quelque chose... Tantôt, j'ai dit,
là, que, dans mon mandat, il y a trois choses sur lesquelles je vais
m'attaquer, là : la question de l'intégrité du territoire agricole, la
question du dynamisme des activités agricoles, puis la question de la propriété
du territoire agricole.
M. Fortin : OK. Parce que, tantôt, tantôt, vous avez parlé, en 2018,
là, il y avait environ quoi, 2 % des terres qui étaient propriétés de
groupe, là.
M. Lamontagne :
C'est-à-dire, les transactions qu'il y avait eu.
M. Fortin : Les transactions, effectivement.
M. Lamontagne :
Il y avait des transactions, c'est ça. Il y a 90 000... au Québec, il
y a 90 000 comptes de taxes foncières agricoles.
M. Fortin : Puis ça, vous ne l'avez pas mesuré depuis 2018. C'est le dernier chiffre
que vous avez, c'est il y a cinq ans.
M. Lamontagne :
La dernière analyse qui a été faite pour évaluer l'impact, si on veut, là,
de fiducies, si on veut, là, qui pourrait avoir... faire de l'acquisition de
terres agricoles, là.
M. Fortin : Mais ça fait partie de vos trois grandes priorités, hein?
M. Lamontagne :
Oui, oui, oui.
M. Fortin : Mais vous ne l'avez pas mesuré depuis cinq ans.
M. Lamontagne :
Non, ce que je vous dis, c'est qu'on a fait... C'est une analyse qui a été
faite d'une façon ponctuelle, pour mesurer, avoir une idée de l'ampleur ou
l'impact au niveau des transactions agricoles.
M. Fortin : OK. Allez-vous en faire un autre?
M. Lamontagne :
Ce que je vous explique, c'est qu'au cours du mandat qui s'en vient il y a
trois grandes préoccupations que j'ai...
M. Fortin : Non, je comprends que vous avez une priorité, mais vous allez
l'analyser, là, vous allez le mesurer, ça.
M. Lamontagne : Bien, je vous dirais, ce
que... L'objectif, ça va être que ce soit beaucoup plus large que ça, là,
d'avoir vraiment beaucoup plus d'informations sur la propriété des terres
agricoles au Québec. C'est très important.
M. Fortin : Puis, quand vous allez faire cette étude-là, cette
analyse-là, peu importe, sur la propriété, est-ce que vous allez pouvoir
produire une carte puis la rendre publique? Ce n'est pas difficile, là,
c'est...
M.
Lamontagne : Bien, honnêtement, honnêtement, honnêtement, si on vient
mesurer des choses, si on vient identifier
des choses, j'espère bien qu'on va être capable, ultimement... d'être capable
de cartographier, personnaliser ou faire en sorte qu'on puisse avoir
l'image de ce qu'on va venir mesurer, là.
M. Fortin : OK. Bien, je pense que ce serait bien de faire un
engagement, parce que la carte minière, là, il a raison, c'est utile, c'est
facile à comprendre, c'est... Donc, si on est capable d'avoir la même chose
dans l'agricole, je pense que ce serait...
ce serait un bonus pour vous, puis pour les gens qui essaient de comprendre ce
qui se passe dans le milieu agricole au Québec.
M. Lamontagne :
Ça va être très utile en fonction des défis qu'on a pour les années à
venir. Je suis d'accord avec vous, M. le député de Pontiac.
M. Fortin : OK. J'aurais aimé un engagement plus clair, mais je
comprends qu'on veut, au moins, de votre côté, le comprendre, partager, je vous
dirais que ce serait encore mieux.
Dernière question
dans ce bloc-ci, parce que je pense qu'il nous reste, quoi, deux minutes, là...
Le Président (M.
Ciccone) : Trois minutes.
M. Fortin : Trois minutes? La relève agricole, on y a touché un peu
tantôt, là. La question d'encadrer le morcellement des terres, ça a été une
revendication de la relève récemment. Est-ce que c'est quelque chose que vous
allez... sur lequel vous allez travailler dans les prochains mois?
M. Lamontagne : Qu'est-ce que
vous voulez dire?
M. Fortin : Bien, ce que la Fédération de la relève demande, là, c'est
la mise en place de mesures pour encadrer le morcellement des terres agricoles.
Ça vient de leur sondage qu'ils ont fait il y a quelques années. C'est un enjeu
d'importance. Ils considèrent que c'est un enjeu qui est sans incidence
financière, mais pour lequel il y a un bénéfice important pour la relève.
Alors, est-ce que c'est quelque chose sur lequel vous vous êtes engagé ou vous
pouvez vous engager à travailler?
M. Lamontagne : Bien, écoutez,
M. le député... puis, honnêtement, je comprends que vous n'étiez pas
porte-parole en agriculture dans le mandat passé, mais c'est une demande qui
vient de la fédération depuis un certain nombre d'années...
M. Fortin : C'est vrai.
M. Lamontagne : ...puis c'est
quelque chose qu'on a complété par voie législative. En 2021, on a apporté des modifications, par la voie du
PL n° 103, pour faire en sorte de venir favoriser davantage la
possibilité de morceler des terres
agricoles en fonction des projets agricoles qui sont présentés. Ça fait que
c'est quelque chose qui a été fait, là.
M. Fortin : De toute évidence, la relève ne considère pas nécessairement que c'est
assez, mais vous considérez que c'est terminé, là.
M. Lamontagne : Non, ce n'est
pas ça. Honnêtement, j'ai remarqué, là... Je pense qu'ils ont fait un tableau d'une vingtaine de recommandations récemment, là,
puis, en tout respect pour le travail qui a été fait, là, il y a un certain
nombre des demandes qui ont fait que c'est des choses qui ont été réalisées,
là.
M. Fortin : OK. Dans ce cas, je vais prendre leur autre recommandation,
puisque vous considérez que c'est complété.
L'incitatif fiscal, pour encourager les gens à vendre à la relève, est-ce que
c'est quelque chose qui peut être... Ça aussi, c'est une demande de
longue date, là, mais est-ce que c'est quelque chose qui peut être considéré?
M. Lamontagne : Au moment où on
se parle, ce n'est pas quelque chose qui est considéré puis considérable.
M. Fortin : Pourquoi pas? Vous ne considérez pas que c'est nécessaire?
M. Lamontagne : Ce
n'est pas quelque chose qui est considéré. Ce n'est pas quelque chose qui est
considéré, là, d'avoir un incitatif fiscal, là, pour vendre une terre
agricole à quelqu'un plutôt qu'à quelqu'un d'autre, là.
M. Fortin : Avec le taux d'endettement de la relève en ce moment, là,
vous ne considérez pas que c'est nécessaire
au Québec? Parce que, quand on regarde les taux d'endettement de la relève,
surtout dans certains secteurs, je pense au porc, encore, là, je pense qu'on
est complètement démesurés par rapport aux autres provinces. Ça, c'est
quelque chose qui peut faire une différence dans leur taux d'endettement. Puis,
avec les taux d'intérêt, vous le savez, aujourd'hui,
ce que ça peut faire pour les limiter dans leurs investissements futurs. Ce
n'est pas quelque chose que vous considérez nécessaire?
M. Lamontagne : Non, non, au
moment où on se parle, ce n'est pas quelque chose qui est considéré, là.
M. Fortin : Et pourquoi pas?
M. Lamontagne : Parce que ce
n'est pas une option, là, qui est à l'agenda d'avoir un quelconque crédit
d'impôt pour quelqu'un qui achèterait une terre agricole. Je vous dirais,
davantage, là, les énergies sur lesquelles on va focusser, c'est... Tantôt, on
a parlé beaucoup de la question de la propriété des terres agricoles, là...
Le Président (M. Ciccone) : 10 secondes,
en terminant.
M. Lamontagne : ...je peux vous
assurer qu'il y a beaucoup d'énergies qui vont être dévouées, là, au niveau de
la propriété des terres agricoles.
M. Fortin : C'est... Je comprends ce que vous me dites, mais c'est
encore très, disons, lousse comme définition, là.
Le Président (M.
Ciccone) : Merci. Merci Beaucoup. Merci beaucoup, messieurs. Je suis
prêt maintenant à reconnaître un membre de la partie gouvernementale. Je
reconnais le député de Joliette.
M. St-Louis : Merci,
M. le Président. Permettez-moi d'abord de saluer M. le ministre et l'équipe
ainsi que mes collègues des oppositions et mes collègues de la banquette
gouvernementale.
M. le ministre, en 2020, vous avez lancé la
stratégie de croissance de la culture en serre. Naturellement, on connaît tous
l'importance de ce mode de culture dans l'atteinte d'une plus grande autonomie
alimentaire pour notre société québécoise.
Vous aviez, au départ, comme objectif de doubler la superficie de culture en
serre. Personnellement, chez nous,
dans Lanaudière, j'ai été à même de constater la mise en chantier et la
réalisation de certains projets. Mais, d'un point de vue plus global,
plus national, on... nous en sommes où en termes de réalisation ou d'objectifs?
M. Lamontagne : Bien, bien,
merci beaucoup, le député. L'objectif de la stratégie, naturellement, bien, il
y a toute une question, là, d'accroître l'autonomie alimentaire du Québec. Il y
a une question de venir dynamiser des petites entreprises qui peuvent devenir
un peu plus grosses en étant en commerce plusieurs mois par année, toute la question aussi, après ça, de contribution à
l'économie régionale. Mais, au départ, notre objectif, effectivement, là,
c'était de passer de 123 hectares de culture en serre à 246. Puis,
au moment où on a pris cet engagement-là, on produisait 41 000 tonnes
de fruits et légumes par année. Alors, on aurait pensé, là, qu'en doublant les
superficies, bien, on allait passer de 41 000 tonnes à
82 000 tonnes.
Au moment où on se parle, on a lancé ça le
26 novembre 2020, au moment où on se parle, on a, de mémoire, à peu près 340 projets qui ont été réalisés
ou qui sont en voie d'être complétés au Québec. Sur les 340 projets, il y
en a à peu près 225, 230, que ce sont des très petites entreprises qui
ont allongé leur saison de culture, qui ont pu diversifier leurs revenus, qui
sont partout sur le territoire. Après ça, on a une centaine de projets, c'est
des entreprises un peu plus grandes qui
maintenant peuvent avoir un rayonnement un peu plus régional puis qui sont
maintenant en mesure, là, d'offrir
des produits 12 mois par année. Puis, après ça, on a des plus grandes
entreprises, peut-être une quinzaine de projets.
Tout ça qui fait ensemble qu'aujourd'hui on est
à peu près à 68 hectares ou 69 hectares de nouvelles serres, ça fait
qu'en termes de superficie on est à 54 % ou 55 % de l'objectif qu'on
s'est fixé, qui est 2020-2025.
Mais la belle surprise qu'on a eue à travers
tout ça, M. le député, c'est que les gens ont non seulement construit des
nouvelles superficies, mais ont entrepris de moderniser des installations
existantes pour devenir plus productifs. Ce qui fait qu'aujourd'hui, en termes
de tonnage, on a 90 % de l'objectif, là, si on passe de
41 000 tonnes à
82 000 tonnes, on est rendu à peu près à 78 000 tonnes. On
a 37 000 tonnes de produits additionnels qui sont produits. Ça fait qu'on est à 54 % des superficies, on
est à, à peu près, 90 % en termes de tonnage. Ça fait que, sur ces deux
volets-là, là, je vous dirais que
c'est... jusqu'à maintenant, c'est un succès. Puis ça a généré tout près, là,
de, je pense, c'est 450 ou 470 millions d'investissements, puis ça,
c'est aux quatre coins du Québec.
Ça fait que, bien honnêtement, là, au moment où
on se parle, c'est un... Il y a eu une très bonne réponse de la part du secteur
maraîcher et des entrepreneurs agricoles. Et puis on anticipe, là, que cette
réponse-là se poursuive, là, pour les temps qui s'en viennent, là.
M. St-Louis : Merci, M. le
ministre.
M. Lamontagne : Ça fait
plaisir.
Le
Président (M. Ciccone) :
Bien, mon Dieu! 13 heures pile. Je vous félicite pour votre... pour vos
travaux. Merci beaucoup.
Compte tenu de l'heure, la commission suspend
ses travaux jusqu'à 14 heures. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 13 heures)
(Reprise à 14 heures)
Le Président (M. Ciccone) : Rebonjour
à tous. Nous allons reprendre nos travaux.
Je vous rappelle que la commission est réunie
afin de poursuivre l'étude des crédits budgétaires du portefeuille Agriculture,
Pêcheries et Alimentation pour l'exercice financier 2023‑2024.
Nous sommes maintenant à un bloc d'intervention
de l'opposition officielle. M. le député de Pontiac, à vous la parole. Vous
avez 21 min 15 s.
M. Fortin : Merci, beaucoup, M. le Président. Bon après-midi, chers collègues.
J'espère que tout le monde a eu un bon lunch. Ça va bien, M. le
ministre?
M. Lamontagne : ...
M. Fortin : Toujours d'attaque? Très bien.
M. Lamontagne : ...
M. Fortin : Pardon?
M. Lamontagne :
J'ai mangé léger.
M. Fortin : Ah! très bien, très bien. Bon, puisqu'on est dans le lunch
et les différents aliments qu'on a pu consommer, je ne pense pas que vous avez
pris une petite bière avec votre lunch. J'en doute, parce qu'on est dans un
exercice sérieux où on a besoin de nos pleines capacités. Mais il y a beaucoup
de Québécois qui aiment ça, prendre une
petite bière avec leur repas. Ça leur arrive. Alors, puisque, cette semaine,
c'est la semaine des microbrasseries, j'ai quelques questions en lien
avec ce secteur-là, qui est un secteur en pleine expansion encore au Québec,
qui prend de l'importance. Et, on ne se le
cachera pas, là, ils ont quand même, avec raison, quelques demandes, quelques
revendications en lien avec... que ce soit votre ministère ou certains
ministères du gouvernement.
La première, c'est la
question des marchés publics. J'aimerais ça, comprendre pourquoi, au Québec, ce
n'est pas possible pour des microbrasseurs d'être commerçants ou exposants dans
un marché public.
M. Lamontagne :
Bien, je vais être bien franc avec vous, mon collègue, là, il y a la
réglementation qui fait en sorte que, quand on produit chez soi, on peut vendre
à partir de chez soi, OK, à partir du site de production...
M. Fortin : Une microbrasserie qui a un magasin, là, au-devant de la...
peut vendre sur place, effectivement.
M. Lamontagne :
Oui. Puis là votre question, c'est à savoir pourquoi ils peuvent vendre sur
place, mais qu'ils ne peuvent pas distribuer...
M. Fortin : Non. Je vais y arriver, à cette question-là. Ma question
initiale, c'est sur les marchés publics. Donc,
un marché comme le marché public d'Aylmer, par exemple, là, le Marché du
Vieux-Aylmer, où il y a une tonne de commerçants, il y a des gens qui vendent
leurs fruits, leurs légumes, il y a des gens qui vendent leur sirop d'érable,
il y a des gens qui vendent du vin, par exemple, mais le microbrasseur, lui, ne
peut pas vendre sa bière sur place.
M. Lamontagne :
Bien, honnêtement, je n'ai pas cette réponse-là, là, de mémoire. Si vous
voulez, ce que je vais faire, c'est que les
gens vont prendre en note votre question, puis peut-être, un petit peu plus
tard, je vais vous revenir. Si vous préférez, bien, je veux dire, on va
laisser tourner le temps, puis le temps de trouver la réponse, puis, après ça,
je vais vous donner la réponse, là. À votre choix, là.
M. Fortin : Ça me va. Je suis convaincu qu'il y a quelqu'un ici,
quelque part, qui soit connaît la réponse ou peut l'obtenir très rapidement,
là.
M. Lamontagne :
Parfait.
M. Fortin : Prenons l'autre question que vous avez comprise d'entrée de
jeu : la vente... ce qui est appelé la vente en ligne, là, il y a beaucoup
de microbrasseries, par exemple, en Ontario, qui ont, pendant la pandémie, fait
des affaires... je ne veux pas dire des affaires d'or, mais ça leur a permis de
passer à travers la vague de fermetures de façon
beaucoup plus... de façon économiquement profitable. Alors, au Québec, encore
là, cette vente-là, elle est interdite. La SAQ peut livrer à domicile,
il n'y a pas de problème à ce niveau-là, la SQDC peut livrer à domicile, mais
le microbrasseur ne peut pas livrer sa bière au domicile d'un particulier.
Pouvez-vous m'expliquer pourquoi? C'est une de
leurs revendications, là, vous le savez. Ils aimeraient ça pouvoir le faire, et
je vous avoue que je ne vois pas beaucoup de raisons logiques pour
lesquelles ce ne serait pas possible.
M. Lamontagne :
Oui, bien, bien honnêtement, mon collègue, puis probablement que la
première réponse va aller dans cette direction-là aussi, mais où... pourquoi
j'ai hésité, c'est parce que... toute la question des marchés publics, puis il
y a une partie qui touche l'activité qui nous touche, la question des marchés
publics. Mais, au niveau de la distribution
d'alcool, de la livraison d'alcool, honnêtement, c'est vraiment quelque chose
qui est de compétence, là, de la régie de l'alcool, des jeux et des courses.
C'est vraiment sous la compétence aussi du ministère de l'Économie et le
ministère des Finances. Puis ce n'est pas de l'essor de notre activité
quotidienne. On n'a pas de lien ou on n'a pas de décision quant à... si les
gens peuvent distribuer ou pas, par Internet, par un tiers, ou tout ça. C'est
vraiment de la réglementation, là, qui relève, là, d'autres compétences que les
nôtres au ministère de l'Agriculture, là.
M. Fortin : Mais vous êtes le ministre responsable de l'Agriculture,
des Pêcheries et de l'Agroalimentaire. Alors, dans ce secteur-là, il y a le
secteur des microbrasseries. Alors, s'il y a quelqu'un qui doit parler au nom
de ce secteur-là avec vos collègues au Conseil des ministres, qui doit porter
leurs revendications un peu pour s'assurer qu'économiquement, financièrement,
ils réussissent bien...
Et c'est un secteur
qui, de façon générale, là, va très bien. Mais il y a toujours moyen de faire
mieux. C'est des entrepreneurs, ils veulent être profitables, on les comprend.
Puis c'est un service qui, honnêtement, ne nous apparaît pas comme
particulièrement plus dangereux que d'avoir de la livraison à la maison de la Société
des alcools du Québec, là.
Alors, est-ce
que, vous, lorsque vous avez entendu ces revendications-là, vous le savez,
elles ne sont pas nouvelles, d'ailleurs, là, est-ce que vous avez porté
ce message-là auprès de vos collègues?
M. Lamontagne :
Bien, un, juste préciser, là, essentiellement, le rôle qu'on peut avoir
vis-à-vis ces organisations-là, là, c'est vraiment au niveau de tout ce qui est
l'innocuité, la salubrité, tout ça, parce que... sur les lieux de production,
parce qu'il y a des permis, là qui sont octroyés.
M. Fortin : Oui, vous faites de l'inspection. Ça...
M. Lamontagne : Pour ce qui touche la
commercialisation des produits de l'alcool au Québec, bien, moi, au départ,
je suis un entrepreneur, puis c'est sûr que moi, je suis un partisan de
chercher à laisser le plus possible les gens entreprendre.
M. Fortin : Oui. Je suis content d'entendre ça. Bonne chose.
M. Lamontagne :
Alors, ça, c'est mon premier... c'est mon premier vecteur.
Par la suite, je vous
dirais, j'ai pu avoir des discussions. J'ai déjà rencontré, en compagnie de mon
collègue le ministre de l'Économie, les
représentants des microbrasseries pour entendre leurs commentaires. J'ai pu, à
l'occasion, à plusieurs reprises, avoir des discussions avec mes
collègues, ou des échanges, ou des informations à leur donner sur certaines réalités d'entrepreneurs que je peux
avoir dans mon comté ou pour lesquelles je suis interpelé à titre de ministre
de l'Agriculture. Alors...
M. Fortin : Ou même de député. J'imagine que vous avez des
microbrasseries chez vous, hein?
M. Lamontagne :
Oui, oui. Tout à fait. Tout à fait. Alors, j'ai pu faire des
représentations auprès de mes collègues,
mais je dois vous dire que la finalité de tout ça, là, c'est vraiment entre les
mains, là, du ministère des Finances, puis du ministère de l'Économie,
puis de la régie.
M. Fortin : OK. Mais vous avez fait des représentations en ce sens-là
sur la vente en ligne et... Mais là je ne veux
pas présumer, là. La vente dans les marchés publics, vous ne sembliez pas
savoir les détails de ça, mais au moins la vente en ligne, là.
M.
Lamontagne : Bien, moi, je vous dirais, mon premier... ma première
préoccupation, c'est vraiment quand, on va
dire, quand on produit ce qui est issu de la production... d'une production
agricole qui sort de la terre, là, puis
qu'habituellement il y a un exercice de transformation puis, à un
moment donné, il y a un exercice de commercialisation.
Bien là, je vous dirais que je suis assez mobilisé, si on veut, là, pour faire
en sorte que le producteur agricole, ultimement, puisse, sur sa ferme,
avoir accès à de la transformation puis ultimement à la commercialisation, puis
après ça de voir comment on peut accompagner cet effort-là.
Après
ça, je vous dirais, bien honnêtement, que des gens décident qu'ils veulent
faire un quelconque breuvage alcoolisé sur le territoire puis qu'après
ça veulent les mettre en marché de différentes façons, je vous dirais que je
suis interpelé comme entrepreneur, à savoir : Qu'est-ce qu'il est possible
de faire pour accompagner ces gens-là? Mais, comme ministre de l'Agriculture,
je vous dirais, je suis moins interpelé par ça, là.
M. Fortin : OK. Mais vous venez de me dire que vous avez fait des
représentations auprès de vos collègues.
M. Lamontagne :
Oui. Oui.
M. Fortin :
J'aimerais ça savoir à quel niveau, quelles elles sont.
M.
Lamontagne : Ah! bien, moi, c'est l'objectif de faire en sorte que
le... pour nos entreprises qui sont en production, qui sont en
transformation... Au Québec, on a une particularité, là, le monopole qu'on a de
la Société des alcools du Québec. C'est un organisme qui vient, je dirais,
influencer ou dicter un certain nombre de pratiques qu'on a. Ça fait
que, moi, le discours que je vais avoir avec mes collègues, c'est : Bien,
écoutez, à l'intérieur de l'ensemble dans lequel on opère, comment on peut
montrer davantage de flexibilité par rapport à ceux qui ont des besoins.
M. Fortin : Est-ce que la vente en ligne, pour vous, c'est quelque chose de
souhaitable pour les microbrasseries?
M. Lamontagne :
Honnêtement, je n'ai pas d'appréciation, là, à faire. C'est plus large que
ça, là. Il faudrait voir la composition des ventes. Il faudrait voir tout ça.
Puis, honnêtement, je n'ai pas de position à ce niveau-là, là.
M. Fortin : OK. Mais vous les avez rencontrés, les microbrasseurs. Moi,
je suis convaincu qu'ils vous ont parlé de ça parce qu'ils en parlent à tout le
monde.
Donc, vous, quand
vous les avez entendus, là, vous ne vous êtes pas dit : C'est une des
revendications que je vais porter auprès de mes collègues?
M. Lamontagne : Bien, en réalité, le
message que je porte auprès de mes collègues, c'est de regarder qu'est-ce
qui se fait ailleurs, puis voyons, chez nous, comment on peut avoir un maximum
de flexibilité pour accompagner nos entrepreneurs.
M. Fortin : Bien,
ce qui se fait ailleurs, c'est qu'en Ontario ils peuvent faire la livraison à
domicile puis ils peuvent faire... ils peuvent faire la vente dans les marchés
publics aussi. Alors, ça... elle est là, la comparaison, là.
M. Lamontagne :
Oui, mais je vais laisser à mes collègues, là, qui sont aux Finances puis à
l'Économie, là, d'apprécier, un, le
commentaire que je peux leur faire, mais, après ça, en fonction des réalités
qu'on a au Québec, bien, de poser les meilleurs gestes possible. Encore
là, moi, j'ai mes collègues, ceux qui sont dans les différents ministères.
• (14 h 10) •
M. Fortin : Mais c'est votre filière, là. L'Institut de technologie
agroalimentaire du Québec, là, qui est sous votre responsabilité, a fait une
étude, un rapport d'un bon, disons, 95 pages, là, sur la filière des boissons
alcooliques au Québec, qui vient avec un nombre de recommandations.
Alors,
est-ce que... J'imagine, le document, vous l'avez vu, vous l'avez lu, là. Je
vous fais confiance là-dessus. Mais, une fois que vous voyez des
recommandations puis des demandes comme ça, j'ai de la misère à croire que vous
me dites aujourd'hui : J'entends des recommandations, mais je n'en ai pas
fait part... je n'ai pas demandé à ce qu'on change notre réglementation pour qu'il y ait ces marchés-là additionnels
possibles, entre autres pour les microbrasseries.
M. Lamontagne : Bien, je veux dire, c'est
un travail qui a été fait... Un, l'Institut de technologie agroalimentaire,
là, depuis le 1er juillet 2021, c'est un organisme, là, si on veut, qui
est indépendant, qui n'est plus, on va dire, une sous-section, si on veut, du
ministère de l'Agriculture, là. Puis c'est un travail que l'ITAQ a fait en
collaboration avec l'ITHQ pour développer une meilleure compréhension de tout
l'écosystème qui touche la production des cidres, des alcools, du vin, et tout
ça. Puis effectivement ils viennent de publier un rapport avec des
recommandations. On est à étudier, là, les recommandations qu'il y a dans le
rapport, là.
M. Fortin : OK. Je vais prendre un pas de recul, là. Donc, si je comprends bien,
puis corrigez-moi si j'ai tort, là, vous n'avez pas fait de représentations
auprès de vos collègues pour la vente à domicile des microbrasseries. J'ai
raison?
M. Lamontagne :
Oui, oui, vous avez raison. Au moment où on se parle...
M. Fortin : Non, non. C'est... OK.
M. Lamontagne :
...ce n'est pas quelque chose que j'ai fait.
M. Fortin :
Vous n'avez pas de position particulière pour ou contre
pour la vente à domicile à ce moment-ci non plus, là.
M. Lamontagne :
Non.
M. Fortin : OK. Pour la vente dans les marchés publics?
M. Lamontagne :
Bien, reprenons ça d'une autre façon. Tout ce qui touche la production chez
nous, un producteur qui fait une céréale
agricole, qui fait un produit agricole, qui veut le transformer, qui peut le
vendre, je fais toutes les
représentations pour que cette personne-là puisse le plus possible... de vivre
et de transformer... de transformer son produit.
M. Fortin : OK. Mais le producteur de houblon, là, québécois, là, il
vend à la microbrasserie québécoise. Puis, si le microbrasseur québécois, il
peut faire de la vente à domicile ou de la vente dans les marchés...
M. Lamontagne :
Si c'est un producteur artisanal, je vous dirais que les représentations
que je fais, c'est pour permettre à ces gens-là d'avoir un maximum de
possibilités possible. À savoir s'il faut que ça se traduise par l'Internet,
par les taxis pour livrer ça dans les régions, ça, honnêtement, c'est un autre
enjeu.
M. Fortin : Mais il est là, l'enjeu. Vous êtes en train... Vous êtes en
train de me dire, là : Moi, je vais me battre
pour le producteur de vin, par exemple, là, qui fait tout sur place, mais le
producteur de... le microbrasseur, lui, qui prend du houblon d'une
place, qui l'amène à sa microbrasserie québécoise, lui, je ne suis pas prêt à
faire la même représentation.
M. Lamontagne :
Non. Non. Encore là, encore là, la question de la source, si on veut, de
son intrant, ça, c'est un autre... c'est un
autre aspect, là. Mais juste, juste plus large, là, je veux juste... C'est
parce qu'on peut en parler très longtemps, là, mais ce que je veux que
mon collègue comprenne, c'est que les leviers, ultimement, de décision quant à
la forme que ça va prendre, ce n'est pas des leviers que j'ai.
M. Fortin : Mais c'est correct, c'est correct. Je vous crois là-dessus.
Je vous soumets que vos collègues, ils ont besoin d'une petite poussée dans le
dos, puis il faut qu'elle vienne de vous, il faut qu'elle vienne du ministre de
l'Agriculture puis de l'Agroalimentaire, c'est vous qui êtes en charge de vous
assurer que les producteurs de houblon québécois réussissent bien, de vous
assurer qu'il y a une effervescence dans ce secteur-là, et donc ça passe
beaucoup par nos microbrasseries québécoises. Je vous encourage à le faire.
Je
vous avoue, puis ce n'est pas un... je suis déçu que vous n'ayez pas pris position
publiquement dans ce dossier-là parce que
moi, j'ai beaucoup de... comme consommateur, disons, comme personne qui va dans
les marchés publics au Québec, j'ai
de la misère à comprendre pourquoi un producteur de vin peut être sur place, un
producteur de cidre peut être sur place puis qu'un microbrasseur ne peut
pas être sur place.
Dernière
chose sur le rapport. Dans les différentes recommandations, en avez-vous vu qui
vous ont sauté aux yeux? Vous vous
êtes dit : Oui, celle-là, c'en est une, je veux absolument la porter?
Est-ce qu'il y en a là-dedans qui vous ont vraiment...
M. Lamontagne : Bien, honnêtement, j'ai
lu le rapport rapidement, puis il y a vraiment une analyse qu'on est en
train de faire de chacune des recommandations. C'est tout ce que je peux vous
dire pour tout de suite, là.
M. Fortin : OK. Je vais passer à autre chose, la Stratégie nationale d'achat des
aliments québécois. J'aimerais ça qu'on parle de l'institutionnel au
Québec. On s'était, vous vous étiez donné une cible, là, que... pour que
85 % des établissements publics, au Québec, eux-mêmes, aient une cible
d'utilisation d'aliments québécois. Là, on parle de nos écoles, nos hôpitaux, nos CHSLD, et la liste continue. La cible,
c'était d'avoir 85 % des établissements publics qui ont une cible.
Je comprends que vous êtes aujourd'hui à, si je ne m'abuse, 80 %. Vous
n'êtes pas loin.
M. Lamontagne :
81,3 %.
M. Fortin : 81,3 %? Ah! j'avais 81,8 % dans les documents de
crédits. Donc, ça...
M. Lamontagne : Ça monte à toutes les
semaines. Ça monte moins vite que ça montait, mais ça monte à toutes les
semaines.
M. Fortin : Eh! écoute, 0,5 % depuis qu'on a imprimé les
documents, quand même. Mais le problème que j'ai avec cette... la cible que
vous vous êtes donnée, c'est qu'on veut qu'un certain pourcentage
d'établissements ait une cible, mais on ne sait pas ce que c'est. Est-ce que,
le CHSLD, au-delà d'avoir une cible, est-ce que ça doit être 5 %,
10 %, 20 % 50 % d'aliments québécois? Je ne peux pas dire que
c'est très contraignant, là. Tout ce qu'ils ont à faire, c'est s'écrire une politique. Puis, après ça, est-ce qu'on mesure
le fait qu'ils rencontrent leurs objectifs? Est-ce qu'on... Est-ce que vous
avez dicté une ligne avec eux pour dire : Ça prend un objectif? Votre
cible, là, il faut qu'elle soit ambitieuse, là. Ça ne peut pas être
3 % des aliments québécois que vous servez.
M. Lamontagne : C'est bon. Est-ce que vous me donnez un petit peu
de temps pour répondre à ça? Parce que...
M. Fortin : Bien, j'ai pris, quoi, deux minutes pour ma question. Allez-y. Puis, si
je vois que ça n'avance plus, on en reparlera.
M. Lamontagne :
C'est bon. Bien, première des choses, je vous dirais, quand on a décidé de
lancer cette politique-là, bien, au départ, j'ai commencé par demander :
OK, on a combien d'établissements publics? Bien là, au début, c'était 10 000, c'était 8 000, c'était... tout ça.
Mais, finalement, après un bon travail, je vous dirais qu'aujourd'hui, là,
grosso modo, on a 3 000 établissements institutionnels. Sur les
3 000, il y en a à peu près 1 350, c'est éducation supérieure,
éducation, puis le ministère de Santé, puis, eux autres, ils achètent pour à
peu près 75 % de tous les achats institutionnels. Après ça, il y a un
autre, peut-être, 1 700 ou 1 600 qui sont les services de garde,
les... toutes les cafétérias dans les pénitenciers, les immeubles gouvernementaux,
et tout ça. Eux autres achètent à peu près pour 25 % puis ils sont à peu
près 1 600 ou 1 700.
Après
ça, on n'avait pas d'idée de qui consomme quoi, qui achète quoi, et tout ça.
Puis là on a commencé à faire un peu de travail, puis on s'est aperçu
qu'il y a des gens qui, sans être mobilisés, pouvaient acheter à peu près
20 % à 25 % d'aliments du Québec, des gens qui étaient un peu plus
mobilisés pouvaient avoir 40 %, 45 %, des gens très mobilisés
pouvaient être à 60 %. Puis même, exemple, ici, au parlement, là, les derniers
chiffres que j'ai vus, là, c'est au-dessus
de 70 % ou 78 % qu'on a. C'est un élève modèle, ici, au parlement, la
cafétéria, au niveau de l'approvisionnement en achat d'aliments du
Québec. Ça fait que, là, ce qu'on a fait...
Puis aussi, l'autre
chose qu'on a réalisée, c'est qu'il n'y a pas un piton qu'on pèse puis que, là,
subitement, toutes les institutions se
mettent à acheter. Il y a trois grands réseaux, il y a 178 têtes de
réseau, il y a... puis après... il y a à peu près
1 200 institutions. Là, je parle juste la Santé, l'Éducation puis
l'Enseignement supérieur. Ça fait que, là, on a
commencé de trois façons. On a donné un mandat à l'institut d'hôtellerie de
Québec pour mettre en place... on a appelé ça des conseillers en
approvisionnement local — toc,
toc, toc — pour
cogner à la porte, faire de l'accompagnement personnalisé avec... une à une
avec les institutions. Après ça, on a M361, qui est un organisme qui fait la
même chose avec les écoles. Après ça, on a donné... avec Aliments du Québec,
pour avoir Aliments du Québec au menu dans certaines institutions.
Puis
là, ce qu'on a fait, un, c'est de sensibiliser puis, après ça, d'aller chercher
un engagement. Ça fait qu'il y a des gens qu'on a contactés, eux autres,
ils étaient à 25 %, mais on s'est dit : OK, vous avez une cible.
Maintenant, tu sais, c'est quoi, votre
cible? Vous, vous êtes à 50 %. Bien, moi, je veux que vous fassiez mieux
que 50 %. Ça fait que c'est quoi, votre cible?
M. Fortin : Mais
est-ce que vous avez ça en quelque part? Là, je vous dirais, le topo, là, ça me
va. Mais, dans les cibles que vous mentionnez à l'instant, là : Nous, on
veut que tel d'établissement soit rendu à x pourcentage, est-ce que vous avez
ça en quelque part?
M. Lamontagne :
Bien, ce qu'on a, c'est un...
M. Fortin :
Parce que ça, ça ne semble pas être dans les... Vos directives, là, ou les
cibles qui sont publiques, c'est de vous assurer qu'un pourcentage
d'établissements ont une cible. Mais, à partir de ce moment-là, quelle est la
cible? Comment vous avez déterminé ça?
M. Lamontagne :
Bien, en réalité, c'est... au départ, parce qu'il faut partir à quelque
part, au départ, c'est que chacune des organisations prend un engagement
d'approvisionnement d'achat local. Puis là maintenant... là maintenant...
M. Fortin : Oui. Puis là, à ce moment-là, ils sont comptés dans votre 81,3 %.
Dès qu'ils prennent un engagement, ils rentrent dans le 81,3 %.
M. Lamontagne :
Aujourd'hui, là, sur les... parce que... OK, au départ, nous autres, on a
mis l'emphase, là, sur les trois réseaux,
qui sont 75 % des achats. OK? On n'a pas... Toute notre approche, au
départ, n'est pas investie, là, sur l'autre 25 %.
M. Fortin : On commence par le gros. Il n'y a pas de problème.
M. Lamontagne :
C'est ça.
M. Fortin : OK.
M. Lamontagne :
Puis là, sur le gros, au moment où on se parle, au 31 mars, on avait
presque 82 %, ça veut dire 1 240, je pense, organisations, là, que
chacune a été contactée puis chacune a pris un engagement pour accroître son
achat local.
M. Fortin : OK. Mais là on revient à la même chose. Vous ne leur avez
pas donné un... Vous, là, il faut que ce soit 75 %; vous, il faut que...
M. Lamontagne :
Non. Non.
M. Fortin : Vous ne leur avez rien donné de ça.
M. Lamontagne :
Non. Non.
M. Fortin : Il n'y a pas de cible précise par établissement.
M. Lamontagne :
Non.
M. Fortin : Pourquoi pas?
M. Lamontagne :
C'est les édiles... c'est les établissements qui viennent de se donner une
cible.
• (14 h 20) •
M. Fortin : Bien oui, mais c'est un peu facile, ça, M. le ministre, là,
dans le sens où, pour un établissement, vous, peut-être, vous avez fait votre
job, vous les avez contactés, il y a un groupe qui est allé les voir, ils leur
ont dit comment s'y prendre, mais vous ne
leur avez pas dit : OK, il faut que vous soyez en haut de 50 %, là.
Ce n'est pas ça, votre... Pourquoi pas?
M. Lamontagne : Bien, honnêtement, c'est
une question de mobilisation puis c'est une question d'engagement des gens. Moi, la personne qui est à 22 %,
là, puis qui n'est pas trop organisée, puis qui n'est pas trop mobilisée, là,
puis de lui dire que... Écoute, c'est bien de valeur, mais ça te prend
50 %, là...
M. Fortin : Oui, mais là ce n'est pas une entreprise privée...
M. Lamontagne :
Non, non, non.
M. Fortin :
...avec laquelle vous faites affaire, c'est un établissement gouvernemental,
là.
M. Lamontagne : Oui, mais,
encore là, ce que je vous dis, M. le député, en tout respect, un établissement gouvernemental... Si j'avais un piton, là, à
peser, c'est sûr que je pèserais sur le piton. Je dirais : OK, tout le
monde à 50 %. Ça fait que ceux-là qui sont à
70 %, puis à 60 %, puis à 58 %, aujourd'hui, diraient : OK,
correct, on peut mettre les brakes, il nous demande juste 50 %.
Ceux-là qui sont à 20 %, ce qu'ils pourraient dire : Heille! Ils
sont-tu malades, eux autres? Comment qu'ils veulent que je fasse ça, me rendre
à 50 %?
Ça fait
que ce qu'on a fait, pour les 1 240, ceux-là qui sont à 20 %, là, probablement
que leur cible, là, pour la prochaine année, ce n'est pas 20 %,
mais c'est 28 % puis c'est 29 %. Celui-là qui est à 62 %, sa
cible, c'est de monter à 70 %.
M. Fortin : Mais ça me fait rire, votre approche.
M. Lamontagne : Celui-là qui
est à 50 %, sa cible, c'est de monter à 60 %.
Le Président (M. Ciccone) : Un à la
fois, s'il vous plaît, un à la fois.
M. Fortin : Ça me fait rire, votre approche, parce que le ministre de
la Santé, là, il dit essentiellement ça. Il dit : Moi, ce que je veux
faire à l'intérieur du réseau, là, c'est prendre tous ceux qui fonctionnent
très bien, là, je prends les salles d'urgence qui fonctionnent le mieux, puis
prendre ceux qui marchent moins bien puis de les rendre exactement comme ceux
qui marchent le mieux. Mais vous, vous n'êtes pas prêt à faire ça. On dirait
que vous avez choisi... Tu sais, vous dites à tout le monde :
Améliorez-vous un peu, puis ça va être correct. Mais pourquoi pas demander et
exiger à ceux qui sont à 22 %, 23 %...
Le Président (M. Ciccone) : Merci.
M. Fortin :
...de se rendre à 75 %?
Le
Président (M. Ciccone) :
Merci, M. le député. Merci beaucoup. Je reconnais maintenant la députée de
Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le Président.
Le Président (M. Ciccone) : Pour
10 min 37 s.
Mme Zaga Mendez :
10 minutes? Parfait. J'aimerais qu'on parle un peu plus de la protection
du territoire agricole, M. le ministre. Tout à l'heure, on parlait de
spéculation, mais là je ramènerais sur le mécanisme qui existe pour la
protection du territoire, un territoire qui est précieux, c'est notre
garde-manger de nous tous et toutes. Je crois bien que le ministre, comme nous,
croit à l'autonomie, voire la souveraineté alimentaire du Québec dans une
perspective d'offre d'achat local. Mais ce qu'on voit, c'est que, dans les
dernières années, on a perdu plus de 14 000 hectares de terres
agricoles qui ont été dézonées, qui ont été servis pour la construction des
condos, pour l'étalement urbain. Je voulais
savoir c'est quoi, la perception du ministre par rapport à qu'est-ce qui se
passe en ce moment, le dézonage de terres agricoles.
M. Lamontagne : Bien, première
des choses, j'aimerais revenir. Tantôt, vous m'avez posé des questions, là, sur
le fait qu'on a fait une étude en 2018 puis pour avoir un suivi des transactions.
Bien, ce qu'on m'a appris, c'est que, depuis
2018, là, on a répertorié toutes les transactions depuis 2018 puis on est en
train de faire le rapport qu'on avait fait
en 2018. Alors, c'est quelque chose, là, qu'on va avoir dans, je présume, dans
la... au courant de la prochaine année, là.
Un, première des choses, Mme la députée, la...
au Québec, on a une loi qui s'appelle la loi sur la production du territoire et
des activités agricoles, puis aussi on a un organisme qui s'appelle la commission
de la protection du territoire et des activités agricoles, qui vise à appliquer
cette loi-là. Puis, dans cette loi-là, bien, naturellement, il y a toutes
sortes de dispositions qui visent à protéger notre territoire agricole puis, en
même temps, bien, à accompagner les réalités, si on veut, là, des milieux qui
sont sur le territoire. Puis il y a différents articles de la loi, là, qui
viennent instruire la commission sur comment elle doit aborder, là, tous les
enjeux de la protection du territoire agricole.
Puis c'est
certain qu'à toutes les fois qu'on a des terres agricoles qui, on dirait, qui
sont... que l'usage, finalement, final devient que ce n'est plus des terres
agricoles, mais ça devient des condos, que ça devient des centres
d'achat, des choses comme ça, bien, c'est une perte pour notre territoire
agricole.
Alors, la
commission, son rôle, vraiment, c'est qu'en fonction de la loi puis des
pouvoirs qui lui sont dévolus, c'est vraiment de faire en sorte de
contenir et de limiter pour continuer à protéger le territoire agricole.
Mme Zaga Mendez : Et, afin de
limiter puis protéger, je pense qu'on est d'accord sur la mission, on est
d'accord sur l'objectif. Est-ce que vous sentez... Est-ce que M. le ministre
sent que la protection est suffisante quand on voit une perte de
14 000 hectares?
M. Lamontagne : OK. Bien,
première des choses, là, un, moi, j'ai un très, très grand souci pour la
protection du territoire agricole, je vais
vous dire ça. En 2021, il y a eu une étude par l'université de la Colombie-Britannique
du nord qui portait sur tous les régimes de protection du territoire agricole
qu'on retrouve dans chacune des provinces au Canada. Puis, ce qui est
ressorti, c'est que la province qui a le régime le plus robuste, c'est le
Québec, bon.
Ceci étant
dit, ça ne nous dédouane pas, qu'est-ce qu'on peut faire de plus pour protéger
notre territoire agricole, ça, je suis tout à fait d'accord avec vous.
Mme Zaga
Mendez : Alors, pour... On va proposer des idées pour faire des choses
de plus. Je pense qu'on a la même intention. Que pensez-vous de créer des
fiducies foncières agricoles pour retirer des terres du marché puis leur donner juste une fonction, c'est-à-dire, on
les retire du marché spéculatif puis on dit : Bien, ces territoires-là
restent à un usage agricole spécifiquement?
M. Lamontagne : Bien,
je vous dirais qu'on a un bel exemple. Encore, la Ferme aux petits oignons, là,
il n'y a pas longtemps, à Tremblant, ont décidé qu'ils faisaient de leur
ferme une fiducie foncière, ils appellent ça une fiducie d'utilité sociale
agricole, puis que... maintenant, je pense que c'est une soixantaine d'employés
qui sont rendus copropriétaires ou partenaires de l'entreprise. J'ai visité, il
n'y a pas longtemps, au Bas-Saint-Laurent, une entreprise qui avait la même
chose. L'outil, si on veut, de créer une fiducie, une FUSA, là, de ce sens-là,
là, bien, c'est donné à tous ceux qui sont
propriétaires d'une terre agricole au Québec puis qui veulent... qui veulent le
faire, là, Mme la députée, là.
Mme Zaga Mendez : Parfait. Et
qu'est-ce que le ministère peut faire ou va faire pour encourager ce type de
mécanisme, d'outil que vous avez dit que ça a fait ses preuves, on peut
protéger le territoire comme ça? Est-ce qu'on a une politique pour encourager
la fiducie agricole?
M. Lamontagne : Bien, en
réalité, c'est des initiatives qui sont de la part des citoyens. C'est des
propriétaires puis des terres. Le ministère comme tel n'est pas dans le
commerce des terres agricoles, n'est pas dans le
commerce de faciliter ou non des transactions agricoles entre des parties, et
tout ça. Mais, par contre, il y a des leviers, il y a des outils
juridiques, là, qui sont disponibles au Québec. Puis les gens peuvent se
prévaloir, s'ils ont la volonté de le faire, ils peuvent se prévaloir de ces
outils-là, là.
Mme Zaga Mendez : Je comprends.
Ce que j'entends beaucoup de la part du ministre, puis vous me corrigerez, vraiment, c'est qu'on voit un
problème, on a parlé de spéculation, de gaspillage alimentaire, microbrasseurs,
on peut parler maintenant de protection puis on dit : Il y a des outils,
tout est beau, on se retire. Est-ce que... Est-ce que c'est ça, le rôle du
ministère de l'Agriculture?
M. Lamontagne : Non. Ce que je
vous explique, c'est qu'on n'est pas propriétaires de terres agricoles.
Mme Zaga Mendez : Alors, vous,
vous... en termes de vision pour la protection du territoire agricole, quand on
voit la spéculation monter, quand on voit les... des projets qui grugent sur le
territoire récolte, vous êtes d'accord avec moi que c'est un problème.
M. Lamontagne : Bien, ce qui
est un problème, je vous dirais, c'est le fait que, quand je suis venu au
monde, il y avait 4 millions d'habitants au Québec; aujourd'hui, on est
rendus 8,5 millions. Puis probablement, quand
je vais décéder, on va être rendus à 10 ou 11 millions au Québec, si je
suis chanceux, qui fait en sorte que c'est un territoire qui est limité, qui a
des besoins qui sont en expansion. Alors, il y a une pression partout sur notre
territoire pour accommoder une population qui est grandissante.
Mme Zaga Mendez : Alors, dans
cette logique-là, si notre territoire est limité, les terres agricoles sont
encore plus limitées, il faudrait faire tout pour les protéger.
Je vais vous
amener sur un autre cas pour la protection des terres agricoles. Un des sujets
que je suis beaucoup, c'est l'explosion des claims miniers partout sur
le territoire. Et il y a certains cas, là, je lisais ça il y a une semaine, en Abitibi-Ouest, mais j'ai entendu les mêmes histoires en Outaouais, Laurentides, qu'il
est permis de claimer le sous-sol des terres agricoles. Est-ce que le
ministre est d'accord avec cette pratique?
M. Lamontagne : Bien, je vous
dirais que j'ai pris connaissance, encore là, dans le cadre de visites que j'ai
faites sur le terrain, de choses qui ont pu
se passer qui étaient en lien avec le secteur minier puis des productions, bien,
qui étaient acéricoles, puis que c'était vraiment à ma grande surprise. Ça fait
que la première chose que j'ai faite, bien, c'est que j'ai demandé à ma
collègue de me revenir avec quel est l'état des lieux par rapport à la
situation particulière que je lui ai
mentionnée. Puis je vous dirais qu'honnêtement j'ai été surpris de ce que le
producteur m'a appris. Puis, suite à ça, bien, je vais attendre de voir
la réponse de ma collègue. Puis, après ça, on verra le suivi que je vais donner
à ça, là.
Mme Zaga Mendez : Parce qu'en
termes d'état des lieux, là, tantôt, le collègue de Matane-Matapédia disait : On aimerait ça avoir une carte. On
parlait des claims miniers, on parlait de propriétaires terriens, là, mais
l'état des lieux, c'est urgent de le faire. Mais pas seulement ça. Je
vous lance une idée. Est-ce que vous serez d'accord avec moi que toutes les
terres agricoles du Québec devraient être déjà incompatibles avec les activités
minières?
M. Lamontagne : Bien,
honnêtement, là, le premier réflexe du ministre de l'Agriculture, là, ça vous
dirait... ça dirait oui, là, tout à fait, tout à fait.
Mme Zaga Mendez : Alors, vous
serez d'accord avec moi d'aller voir la ministre des Ressources naturelles puis
leur dire... En ce moment, je sais qu'il y a une consultation et je sais
qu'elle fait du travail. On ne le nie pas.
M. Lamontagne :
Oui. Oui.
Mme Zaga Mendez : De
dire : Là, il faut retirer toutes les terres agricoles de son registre.
• (14 h 30) •
M. Lamontagne : Bien,
honnêtement, ma collègue, là, je vais... Moi, je vais... je vais m'informer
auprès de ma collègue, là, puis...
Mme Zaga Mendez : Mais, sur le
principe, on est d'accord.
M. Lamontagne : Bien, le
principe, là, c'est qu'on a un territoire agricole, là, qui est limité
aujourd'hui puis qui est soumis à une
pression importante. Puis une pression importante vient aussi du fait que nos
agriculteurs ont des propriétés qu'on les empêche de développer par
toutes sortes de réglementations. Ça fait que déjà... Puis ça, ça contribue. Tantôt, on parlait de l'augmentation du
prix des terres agricoles, là. Ça, ça contribue à l'augmentation du prix des
terres agricoles.
Mme Zaga Mendez : Oui, mais un
claim minier...
M. Lamontagne : Alors,
ce que je veux vous dire, c'est que c'est certain que, moi, tant et aussi
longtemps que je vais être ministre de l'Agriculture, je vais tout faire
pour faire en sorte de protéger la capacité nourricière de notre territoire
agricole.
Mme Zaga Mendez : Alors, je
compte sur vous.
M. Lamontagne : Alors,
si ça touche le sujet dont vous mentionnez, soyez assurée que je vais être le
premier...
Mme Zaga Mendez : Parfait. Puis
j'étais...
M. Lamontagne : ...qui
va être en première ligne, là, pour faire en sorte, là, qu'on puisse protéger
la vocation nourricière de nos terres.
Mme Zaga Mendez : Bien, je suis
contente de vous entendre là-dessus parce que c'est ce sujet-là dans toutes les régions du Québec. Là où est-ce qu'il
nous manque de terres agricoles, on a des claims. Et là j'ai entendu qu'on est
d'accord sur le principe que les terres
agricoles ne devraient être que des terres agricoles puis ne devraient pas être
soumises à l'exploration minière.
M. Lamontagne : Ce
que je vous dis, c'est que, moi, il est primordial de préserver la capacité
nourricière de tout notre territoire agricole. Ça, on s'entend
là-dessus.
Mme Zaga Mendez : On s'entend
là-dessus. Je vous remercie...
M. Lamontagne : Juste
compléter, par contre, ma collègue. Tantôt, on disait : des choses à faire
pour aider... pour protéger les terres, là. Vous parliez d'une FUSA. Il
y a eu la... Fondaction et l'UPA ont mis en place une fondation, justement, pour faire l'acquisition de terres
agricoles pour pouvoir garder puis mettre... la relève agricole. Bien, on a
souscrit, là, deux montants, à la
hauteur de 6,3 millions, encore là, pour accompagner une initiative comme
ça sur le territoire, là.
Mme Zaga Mendez : J'ai
peut-être quelques secondes?
Le Président (M. Ciccone) : ...secondes.
Mme Zaga Mendez : Je veux
lancer la question... on reviendra sur la question des pêches.
M. Lamontagne : La gestion des?
Mme Zaga Mendez : Des
pêcheries.
M. Lamontagne : Des pêcheries.
Mme Zaga
Mendez : Des produits de la mer. On parlait de consommation
locale. Une demande, c'est augmenter la
traçabilité des produits qui sont québécois. Est-ce que vous êtes d'accord sur
le principe qu'on devrait peut-être avoir un petit sticker «Produit de
la mer québécois» dans toutes nos épiceries?
M. Lamontagne : Bien,
en réalité, vous savez, on a déjà un travail exceptionnel qui se fait avec nos
producteurs de homards, hein? On a un
petit sticker que, vous checkez ça, vous allez sur l'Internet, vous savez quel
pêcheur, puis quand est-ce que ça a été pêché.
Mme Zaga Mendez : Mais
on pourrait le faire... on pourrait le faire pour notre crevette de Matane, on
pourrait le faire pour plusieurs produits. Est-ce que vous êtes
d'accord, une appellation pour l'ensemble?
M. Lamontagne :
Bien, ce que je vous dis, ce qui est important, c'est que, quand les
Québécois achètent des aliments du Québec,
ils ont déjà pas mal une bonne idée de la traçabilité, là. Ça, c'est... ils ont
déjà... pas mal à ça, là, hein? Ça fait que...
Mme Zaga
Mendez : Mais on pourrait l'augmenter, on pourrait l'augmenter pour
nos producteurs.
M. Lamontagne : Moi, mon... je vous
dirais qu'une grosse partie de mon énergie, là, vous l'avez vu, là, c'est
d'accroître l'autonomie alimentaire du Québec puis c'est accroître le geste
d'achat des Québécois, là, envers les aliments du Québec.
Le Président (M. Ciccone) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Avant de passer la parole au député de Pontiac,
je veux juste faire un petit point, là. J'offre énormément de latitude, là,
avec les échanges, vous vous interpelez, parce
qu'on sauve du temps de cette façon-là. Mais je vous demanderais, s'il vous
plaît, de vous laisser terminer. C'est sûr que le temps appartient à
l'opposition. Si vous croyez que vous avez assez d'informations, vous me faites
signe, on passe à la prochaine. Mais, s'il vous plaît... parce que je vais être
obligé de vous demander de vous adresser à la présidence, puis ça, c'est plate.
Une voix : ...
Le Président (M. Ciccone) : Oui,
oui, oui, effectivement, effectivement. Alors... c'est parce que les gens nous écoutent
à la maison, c'est pour ça... alors, M. le député de Pontiac, vous avez
21 min 15 s.
M. Fortin : Merci. En saluant tous les gens qui nous écoutent à la
maison, bien évidemment.
Le Président (M.
Ciccone) : Bien sûr, bien sûr.
M. Fortin : Vous n'êtes pas sans le savoir, M. le ministre, le projet de loi
n° 41, que vous aviez déposé, là, à la dernière législature, avait causé des... appelons ça des remous
importants dans l'industrie agricole, chez nos producteurs, des gens qui se sentaient directement concernés.
Vous aviez vu, entre autres, les réactions de nombreuses associations, groupes, dans le secteur, qui trouvaient qu'il y
avait... qu'il y avait une perte de la gestion de leurs propres entreprises, là,
avec ce projet de loi là, puis... Et, disons, il y a encore une appréhension
par rapport à ce qui pourrait être présenté. Je pense... je ne pense pas que
c'est une cachette, je pense tout le monde est d'accord avec ce que je viens de
dire là, là.
Hier, dans l'étude de
crédits de son ministère, la présidente du Conseil du trésor a laissé entendre
que c'était possible de ramener une partie du projet de loi n° 41, des
sections du projet de loi n° 41, mais de le faire sous forme
réglementaire. Est-ce que c'est votre intention?
M. Lamontagne :
Bien, honnêtement, là, c'est ma collègue présidente du Conseil du trésor
qui a mentionné ça. Je vous dirais, par
rapport à l'objectif qui est recherché, qui est la modernisation de la loi, qui...
de mémoire, je pense, ça fait 75 ans, là, que ça n'a pas été
touché, là, puis le rôle de l'agronome, les outils qui sont disponibles
aujourd'hui, tout ça, là, ça a beaucoup
changé. Bien, par rapport à l'intention, je vous dirais, il y a un bout qui va
être réglementaire, puis il y a
certainement un bout qui va être législatif aussi, là. Normalement, c'est
inclus dans les deux, là. À savoir où, finalement, tout ça va atterrir,
au moment où on se parle, là, ce n'est pas arrêté encore.
Mais ce que je peux
vous dire, c'est que, suite au dépôt que j'ai fait... c'est moi-même qui a
présenté le projet de loi, à l'époque, qui
était le projet de loi n° 41... on a bien entendu les commentaires des
différents groupes, puis, sur différentes tribunes, parce que je
m'exprime souvent devant les différentes associations de producteurs, j'ai bien
manifesté qu'on a bien entendu les
différents... les différentes représentations. Puis j'avais donné instruction à
toute l'équipe, au MAPAQ, là, qui continuaient ces travaux-là d'être en
mode écoute, collaboration, et tout ça. Puis ce que j'ai dit, c'est que, quand tout ça va atterrir, là, bien,
ultimement, l'objectif qui est recherché, c'est une amélioration de la pratique
de la profession, puis, ultimement, bien, ça va atterrir à une place, là, où ça
va être consensuel. Il n'y a pas... ce n'est pas
l'idée de mettre en place des dispositions, là, qui vont faire en sorte, là,
qu'on va déchirer tout le monde sur le territoire, ce n'est pas ça du
tout, là.
M. Fortin : Mais c'est un peu ça qui s'est passé la première fois, là.
Puis, en tout respect, il y a...
M. Lamontagne : Bien, en réalité, il n'y
a aucune loi qui a été adoptée. Il n'y a même pas eu de consultations
particulières.
M. Fortin : Non, non. Non, je comprends.
M. Lamontagne :
Les gens se sont exprimés.
M.
Fortin : Mais, justement, parce qu'il y
avait ce processus législatif là, les gens se sont exprimés, sentaient qu'il y
avait... qu'il y avait des députés qu'ils pouvaient interpeler parce qu'ils
étaient pour être appelés à voter sur cette
loi-là, ils ont pu avoir une mobilisation des acteurs. Puis je suis certain que
vos collègues vous en ont parlé, comme certains députés d'opposition
vous en ont parlé, comme... Et vous avez raison, moi, je... connaissant la
plupart des associations, là, dans le secteur, d'habitude, ils ne se gênent pas
pour dire ce qu'ils pensent, avec raison, donc je suis certain que vous avez entendu le fond de leur pensée sur la chose...
mais d'où l'importance de ne pas tout mettre dans la réglementation, là.
Je pense qu'il y a beaucoup de sourcils qui se
sont levés hier quand la présidente du Conseil du trésor a mentionné,
justement, cette réglementation-là, parce que ça ne permettrait pas, justement,
un, de faire une étude publique de la chose,
d'avoir des commentaires de tout le monde sur la place publique. Alors, moi, je
veux un engagement de votre part que
la deuxième itération, là, elle sera discutée en commission parlementaire, à
travers un projet de loi, et que les réglementations vont être des
réglementations afférentes au projet de loi, qui vont être adoptées par la
suite. Il n'y aura pas un projet de loi puis
une partie de ce qui a été présenté qui va être faite par projet de loi puis
une partie par réglementation, là.
M. Lamontagne : Bien, ce que je
veux... je veux dire... rassurer mon collègue... puis mon collègue a été... a
eu des fonctions ministérielles... je ne me souviens pas si vous aviez déposé
un projet de loi, à l'époque, dans le cadre
de vos fonctions, mais, je veux dire, il y a un processus qui est, justement,
le processus des consultations particulières puis des représentations que tous
les groupes concernés peuvent faire. Bien, un, dans le cas présent, je veux dire,
on a entendu ces représentations-là puis on est retournés à la table à dessin.
Ça fait que ça, c'est une bonne nouvelle.
Puis, la journée qu'un nouveau véhicule va être
présenté, là, encore là, je veux dire, il va faire l'objet de beaucoup de consultations, beaucoup de travail
concerté puis, après ça, il va y avoir encore, si on veut, là, des
consultations particulières, comme il y a dans l'étude de tous les
projets de loi. Ça fait que tous les mécanismes vont être mis en place pour s'assurer, là, que tout ce qui va être
fait va être fait selon les règles de l'art, puis que tout le monde va pouvoir
s'exprimer là-dessus, là.
M. Fortin : OK. Mais, en même temps, vous m'avez dit qu'on voudra
présenter quelque chose qui est consensuel là. C'est rare, des projets de loi
qui sont parfaitement consensuels.
M. Lamontagne : Tout à fait.
M. Fortin : Ça n'arrive pas souvent, puis je doute que ce soit
facilement atteignable comme cible. Alors, c'est pour ça que je vous dis :
Faites-en un maximum dans le projet de loi, là, parce que... Moi, je n'ai pas
de problème avec la réglementation qui
découle de projets de loi, on aime mieux l'avoir, mais... c'est sûr qu'on aime
mieux le détail dans le projet de loi mais, en même temps, si vous
arrivez avec des choses qui ne sont pas discutées dans le projet de loi, qui sont adoptées par
réglementation puis qui étaient peut-être dans la loi initiale, là, je pense
qu'il va y avoir matière à ce que plusieurs groupes, disons, soient
inquiets.
M. Lamontagne : Bien, je vous
entends bien, M. le député, je vous entends bien, là. Au moment où on se parle, je ne suis pas en mesure de vous dire, là,
ça va être quoi, quelle forme, puis quand, mais... C'est sûr qu'on va revenir
à un moment donné, avec la modernisation de la loi, mais j'ai bien entendu ce
que vous dites puis je suis tout à fait en ligne avec les propos que vous
tenez, là.
M. Fortin : OK, tiguidou. La question des agronomes, pendant qu'on
parle du n° 41, la question des agronomes, là, je ne
le sais pas, vous, dans vos circonscriptions, là, mais moi, dans la mienne,
c'est dur, trouver un agronome, il n'y en a
pas beaucoup sur le territoire québécois. Est-ce que vous êtes... est-ce que
vous avez des démarches précises pour
vous assurer qu'on a tous les agronomes dont on peut avoir besoin au Québec
puis qu'ils sont facilement accessibles en région?
• (14 h 40) •
M. Lamontagne : Bien, un, la
question des agronomes, comme la question des infirmières, comme la question des préposés au Tim Hortons, comme...
tout ça, là, à la grandeur du territoire du Québec, je peux vous dire que
c'est difficile, au point de vue de la rareté de la main-d'oeuvre. Mais un
travail important chez nous, c'est toute la fonction agronomique, puis soyez
assurés qu'au ministère on est mobilisés pour faire en sorte d'avoir la
meilleure attractivité possible pour les gens, pour être capables, ultimement,
aussi, que nos agronomes, bien, fassent le travail d'agronome.
Moi, je suis arrivé chez... au ministère puis,
tu sais, j'ai été mis devant des situations où, à un moment donné, on a des agronomes, chez nous, qui passaient une
grande, grande partie de leur temps dans la gestion de programmes, puis
qu'ultimement bien, ils n'étaient pas sur le terrain puis ils n'étaient pas en
train de rendre des services. Puis, si vous
avez suivi, dans le cadre du plan agriculture durable, là, on a annoncé
20 nouvelles ressources, mais les nouvelles ressources, c'était
vraiment une nouvelle façon de gérer les programmes qui ferait qu'on aurait
libéré 90 agronomes puis techniciens pour qu'ils soient encore davantage
sur le terrain à la grandeur du territoire. Mais c'est une préoccupation qu'on
a. On est en train de réformer le programme de services-conseils. Au coeur de
tout ça, encore, il y a de l'accompagnement, il y a les agronomes. Ça fait que
soyez assurés que c'est un souci qu'on a là, d'avoir les ressources qu'on a
besoin sur le territoire là.
M. Fortin : Il nous en manque
combien? Selon votre estimation, il manque combien d'agronomes au Québec?
M. Lamontagne : Bien,
au moment où on se parle, je ne peux pas vous dire que... s'il nous manque des
agronomes. Ce que je peux vous dire, c'est de s'assurer que les
ressources qu'on a, essentiellement, ils font le travail pour lequel on les a
embauchés, là.
M. Fortin : Non, non, mais vous ne pouvez pas me dire combien il manque d'agronomes?
Vous avez fait référence aux infirmières. Le ministre de la Santé est
capable de nous dire combien il manque d'infirmières.
M. Lamontagne : Bien, au moment
où on se parle, honnêtement, je n'ai pas de signaux comme quoi, là, on est dans
une pénurie... on est dans une pénurie d'agronomes, là. Moi, ce que je dirais,
mon souci, c'est de m'assurer que les agronomes qu'on a au ministère, là, bien,
ces gens-là, essentiellement, leur travail, c'est un travail qui est lié à
l'agronomie, là. Mais je n'ai pas d'indication comme quoi, là...
M. Fortin :
Vétérinaires?
M. Lamontagne : Les
vétérinaires...
M. Fortin :
Vétérinaires?
M. Lamontagne : ...ça, c'est un
enjeu, là, je vous dirais.
M. Fortin : Avez-vous un chiffre précis sur les vétérinaires? Avez-vous
une idée de combien on devrait en avoir de plus au Québec, je veux dire, tant
pour le...
M. Lamontagne : Bien,
en réalité, je vous dirais, les vétérinaires, là, chaque vétérinaire qu'on
réussit à avoir là, c'est une bonne nouvelle.
M. Fortin :
C'est une... Oui, absolument.
M. Lamontagne : On a
27 abattoirs d'inspection provinciale, on a 27 abattoirs de
proximité. On s'entend, les abattoirs de proximité, c'est peut-être trois ou
quatre visites par année. Ça veut dire, peut-être, une centaine de visites par
année, là, pour l'ensemble de nos abattoirs de proximité. Mais nos abattoirs
d'inspection provinciale, c'est... quand
l'abattoir fonctionne, ça prend des gens qui sont sur les lieux. Au moment où
on se parle, je pense qu'on a une trentaine de vétérinaires là, je dois
avoir un chiffre à quelque part, mais autour de ça. Mais c'est un défi.
On a augmenté le salaire des vétérinaires, on a
permis d'avoir des vétérinaires à temps partiel, on a donné des primes pour les
vétérinaires qui veulent aller en abattoir. On cherche à faire en sorte que les
vétérinaires qui viennent de l'extérieur
puissent pratiquer certains gestes, parce qu'on a l'ordre des vétérinaires au
Québec, qui fait en sorte qu'un vétérinaire qu'on va chercher au Chili,
mettons, puis qui est spécialisé dans les animaux... qui s'en vient ici, c'est
compliqué de le faire travailler. On a mis en place un projet avec... pas nous,
mais la faculté de médecine vétérinaire, pour
faire en sorte d'avoir toute une nouvelle cohorte, si on veut, de vétérinaires,
25 vétérinaires additionnels qui vont être formés à Rimouski, tout
ça pour augmenter notre bassin de vétérinaires au Québec, là.
M. Fortin : OK. Est-ce que le 25 de formés additionnel, là, est-ce que
c'est assez, selon vous? Parce qu'il en manque...
M. Lamontagne : Bien, écoutez,
la faculté...
M. Fortin : ...dans plusieurs régions. L'est du Québec, c'est une
chose. Il en manque dans plusieurs régions. On
en a déjà parlé, vous et moi, de ma propre région, mais c'est un enjeu dans
plusieurs endroits au Québec. Alors, c'est bien de faire un programme
additionnel, mais il me semble que le manque à gagner est encore plus grand que
ce qui est...
M. Lamontagne : Oui. Puis ça,
c'est dans un contexte aussi... Bien, c'est sûr que... Je vous dirais que, moi,
mon focus est davantage sur les vétérinaires pour les grands animaux, ça, on
s'entend là-dessus. Mais des besoins pour tous les types d'animaux, là, il y en
a partout. Tu sais, on a une faculté vétérinaire, qui ne relève pas du MAPAQ,
on s'entend là-dessus, mais je pense que c'est 900 demandes par année, ils
en acceptent 96. Sur les 96, là, il y en a 16 que c'est pour les grands
animaux, si on veut. Ça, on a réussi... Avant qu'on soit là, ce n'était pas ça.
Maintenant, il y en a 16 qui est là. On a
mis des stages, en début, pour faire en sorte que, si, parmi les... pas les 16,
mais les 80 qui restent, là, qu'ils développent une affinité puis qu'ils
aient envie de travailler avec les grands animaux. Là, après ça, on en a 25,
augmenté une cohorte. Ça veut dire que c'est plus que 25 % que la faculté
de médecine vétérinaire a augmenté sa cohorte. Ça fait que, tout ça, on espère
que ça va venir être aidant, là.
M. Fortin : Est-ce qu'on en perd? Est-ce que vous entendez beaucoup de
députés comme moi, là, qui vous interpellent puis qui vous disent : Dans
ma région, on a un sapré problème, là?
M. Lamontagne : Oui,
bien, en réalité, ce qui se passe, là, honnêtement, c'est que, bien, comme dans
d'autres domaines, là, on a un vieillissement, aussi, de nos vétérinaires. Puis
ce qu'on a mis en place, puis qui fonctionne quand même assez bien, honnêtement, là, c'est des
régions qui viennent aider d'autres régions. Comme là, maintenant, en Abitibi,
on est plus couverts, mais on a été une période où, en Abitibi, là, on était
vraiment en place... en face, là, de presque un bris de service, si on veut.
Bien là, il y a tout un système qui a été mis en place, avec l'équipe chez
nous, où on a des gens d'une autre région du
Québec qui s'étaient coordonnés pour venir aider. On vient de mettre en place
en Gaspésie, là... encore là, avec
une clinique vétérinaire de la place, là... ils ont été très créatifs, mais
woups! là, on a réussi à faire en
sorte que, d'une façon assez robuste maintenant, le territoire est couvert.
Mais je vous confesserais, bien honnêtement, que c'est un défi.
Une bonne nouvelle, c'est qu'avec Luceville on a
eu un projet pilote, qui a été accepté par l'ordre des vétérinaires, c'est avec la télé... je vais dire, la télémédecine, un
peu, là, puis qui donne des résultats très, très, très intéressants. Ça
fait que l'objectif, c'est de faire en sorte qu'on puisse prendre ce modèle-là
puis le répliquer dans d'autres abattoirs, ce qui viendrait libérer des
capacités, là. On est dans toutes ces situations-là, là, M. le député.
M. Fortin : OK. Vous me parlez d'abattoirs. On peut aborder le sujet,
tant qu'à y être, là. Vous le savez que la question des abattoirs de proximité,
là, c'est un outil de succès économique pour nos producteurs, hein, d'avoir un
abattoir accessible, dans sa région, qui est dans la bonne... le bon type
d'abattage pour notre production. Ça peut faire une immense différence sur les coûts de transport, sur la santé
financière des producteurs agricoles, alors c'est un plus. Est-ce que
vous considérez, en ce moment, qu'il y a assez d'abattoirs de proximité au
Québec?
M. Lamontagne : Bien, juste
pour votre gouverne, M. le député, un abattoir de proximité comme tel, c'est un
abattoir que... le type qui a l'abattoir a le droit de transformer ses produits
à la ferme, de vendre à la ferme, mais qu'il ne peut pas... Mettons, moi, j'ai
un boeuf, que je l'amène chez lui, puis il le transforme pour moi, puis moi, je
vais le vendre. Il peut acheter mon boeuf puis, après ça, le vendre. Les
abattoirs d'inspection provinciale, là, les gens peuvent amener leurs animaux, les animaux sont abattus, après ça,
peuvent être vendus sur tous les marchés. Ça fait que, je présume, ce
dont vous me parlez, ce n'est pas les abattoirs de proximité, mais c'est...
M. Fortin : Bien, tant l'un que l'autre, tant l'un que l'autre. Allons-y, là, puis
vous pouvez parler des abattoirs d'inspection fédérale aussi, si vous
voulez, là, mais...
M. Lamontagne : Non, ça, ce
n'est pas...
M. Fortin : Mais vous pouvez en parler, là, parce qu'ils font partie, veux, veux
pas... il y a certains de nos producteurs qui font appel à ces
abattoirs-là.
M. Lamontagne : Oui, mais ce
n'est pas nos employés.
M. Fortin : Je comprends, mais... Non, non, je comprends très bien que
ce n'est pas votre juridiction de les inspecter, mais, en même temps, ils ont
un impact sur la santé financière de nos producteurs, là, parce qu'ils sont quand même dans nos régions puis il y a des
producteurs qui y font appel. Alors, est-ce que, de votre point de vue, là,
de façon générale, prenons-les tous, là, est-ce qu'il y a assez d'abattoirs au
Québec? Est-ce qu'il y a des régions qui sont vraiment mal desservies où on
aurait besoin de davantage d'abattoirs?
M. Lamontagne : Bien, on a
certainement des régions... Puis, je veux dire, on peut parler de l'Abitibi,
qui souhaiterait avoir un abattoir. Puis il y a eu des projets dans le passé
qui n'ont pas fonctionné. Il y avait, jusqu'à tout récemment, là, une initiative qui était... qui allait, potentiellement,
fonctionner. Finalement, les promoteurs se sont retirés. Nous, on a mis en place, il y a quelques années,
là, un programme qui s'appelle le programme d'accompagnement, là, pour...
voyons, programme pour la compétitivité des abattoirs régionaux, puis on a
accompagné quelques dizaines de projets, soit un nouvel abattoir, soit des
abattoirs qui se sont modernisés, soit des abattoirs qui ont agrandi. Puis, honnêtement, on est venu avec des supports
financiers importants, qui fait en sorte qu'aujourd'hui, je veux dire, on a
plus que doublé, dans les trois
dernières années, le nombre de bêtes qu'on abat à Québec comparativement à ce
qu'on abattait avant.
Mais, ceci
étant dit, pour qu'un projet fonctionne dans une région, un nouveau projet,
bien, il faut qu'il y ait eu une
masse critique de gens qui vont faire affaire avec cet abattoir-là pour que
l'abattoir puisse vivre. Puis le problème de l'Abitibi qu'on a, c'est,
jusqu'au moment où on se parle, il n'y a pas un projet comme ça, là, qui est
capable de lever. Nous, on peut accompagner
la mise en place d'infrastructures, mais, une fois que l'infrastructure est en
place, bien, il faut qu'elle puisse vivre de la relation entre les gens
qui alimentent l'abattoir.
M. Fortin : Il y a une question de l'oeuf et la poule là-dedans, en
même temps, là, parce que, s'il n'y a pas d'abattoir,
il n'y a pas beaucoup de producteurs qui vont être intéressés à nécessairement
s'établir dans une région quand ils peuvent aller ailleurs, avec une
proximité bien plus grande, là.
M. Lamontagne : Bien,
dans le cas qu'on parle, de la région, il y a eu pas mal de poules. Mais,
jusqu'à date, ça n'a pas fonctionné.
M. Fortin : Alors... mais pensez-vous que vos programmes, dans ce
cas-là, sont assez généreux?
M. Lamontagne : Tout à fait.
M. Fortin : Parce que, de toute évidence, ça... il y a des projets qui ne
réussissent pas à lever à certains endroits quand même, là.
M. Lamontagne : Oui.
Mais, non, honnêtement, les programmes... Puis, encore là, depuis qu'on est en
place, M. le député, on a vraiment
mis en place une cellule qu'on appelle l'équipe bioalimentaire... économique
bioalimentaire Québec, là, où Investissement Québec, le MEI, La Financière
agricole puis le MAPAQ travaillent
très, très étroitement pour n'échapper aucun projet. Puis, dans le
cas... exemple, on a un cas qui a presque fonctionné. Mais Investissement
Québec est là, le ministère, par ses programmes, est là, il y a différents
leviers qui sont là. L'objectif, c'est de faire fonctionner des projets, mais
il faut que les plans d'affaires démontrent qu'une fois que ça commence à
fonctionner, bien, que ça va être capable de vivre.
M. Fortin : Combien d'abattoirs provinciaux ont ouvert dans les quatre
dernières années?
M. Lamontagne : Bien, on vient
d'avoir un abattoir qui a ouvert dans la Mauricie, on a un abattoir dans le
coin de Racine...
M. Fortin : Oui, mais vous devez avoir un chiffre, là. Je comprends que
vous vous remémorez certains projets, mais...
• (14 h 50) •
M. Lamontagne : Bien,
attendez-moi une seconde, je vais demander... Voulez-vous qu'on...
M. Fortin : Oui, oui. Bien, je suis convaincu que quelqu'un a la
réponse pas très loin, là.
M. Lamontagne : Parfait, c'est
bon.
M. Fortin : Mais, effectivement, tant qu'il y a des régions
qui sont mal desservies, ça rend difficile la production animale.
M. Lamontagne : Ça, c'est pour
les gros animaux. Une chose qu'on a faite aussi, c'est qu'on a accompagné un
projet qui s'appelle Le petit abattoir. Ça, c'est plus pour de la volaille puis
des animaux spécialisés. Ça, c'est dans la région de Saint-Joachim-de-Shefford.
Puis c'est fait... c'est un abattoir qui est fédéral, OK, puis qui est dans des
conteneurs maritimes. C'est un nouveau concept. C'est une coopérative qui est
en arrière de ça, là. Ma collègue de Verdun va être heureuse d'entendre ça.
Puis, si ce projet-là finit, qu'il fonctionne bien, bien, c'est un modèle qu'on
aimerait ça qu'il y ait une autre coopérative avec le même potentiel, qui
puisse se former au Québec.
Puis l'autre chose qu'on a faite aussi pour
aider, c'est qu'on est dans un projet pilote aujourd'hui où il est possible,
pour les producteurs à la ferme, de procéder à l'abattage jusqu'à 300... les
gens qui ont des petites quantités de volaille, là, qui peuvent aujourd'hui...
c'est un projet pilote qui est en cours présentement, là, qui vise à venir
aider encore, en permettant qu'il y ait de l'abattage à la ferme, là.
M. Fortin : Vous savez qu'il y a un enjeu d'abattage de bisons, entre autres, dans
nos abattoirs, par rapport au type, à la façon qu'on abat nos bisons. Est-ce
qu'il y a des changements de réglementation qui sont prévus là-dessus? Parce que les producteurs le disent que c'est un
vrai problème, les gens en abattoirs le disent que c'est un vrai problème.
Alors, est-ce que vous êtes en train de revoir cette politique-là sur la façon
que les bisons sont abattus?
M. Lamontagne : Le ministre
n'est pas tout à fait omnipotent comme ça. Je sais qu'on a un enjeu avec les
bisons. Il y a la question du format de l'animal. Après ça, il y avait la
question aussi de transporter les animaux. Mais je vais faire enquête, là, pour
en savoir davantage, là.
M. Fortin : Non, mais il y a des gens ici, là, et j'en suis convaincu,
qui connaissent la réponse à ma question. Alors, je ne vous demande pas d'être
si omnipotent, M. le ministre. Si vous n'avez pas la réponse, c'est correct,
mais je suis convaincu qu'il y a des gens ici qui le savent.
M. Lamontagne : Bien,
honnêtement, on vous entend, puis, je veux dire, s'il y a quelque chose que je
peux vous amener d'ici la fin de l'étude, ça va me faire plaisir de vous donner
l'information, là.
M. Fortin : Mais moi, si votre sous-ministre a la réponse, moi, je suis
très ouvert à l'entendre, là.
M. Lamontagne : Bien, un
instant, juste... On peut ajourner une seconde?
Le Président (M. Ciccone) : ...mais,
si vous voulez donner la parole...
Des
voix : ...
M. Fortin : OK. Bon, parfait. Si vous n'avez pas plus de détail, s'il
n'y a personne, ici, autour de la table, qui a la réponse... Pardon?
M. Lamontagne : Parfait. Non, c'est bon,
c'est correct. On va demander à l'équipe puis on va fournir la réponse.
M. Fortin : À la commission?
M. Lamontagne :
On peut fournir la réponse à la commission, tout à fait, oui.
M. Fortin : OK. Mais je vous soumets que... puis là je ne parle pas de
la question du transport, là, je parle de la
question de l'abattage... il y a un enjeu. Il y a des juridictions différentes,
notamment l'Alberta, qui a un long historique d'élevage de bisons, qui ont trouvé des façons différentes de s'y
prendre, et qui fonctionnent très bien, et qui pourraient régler, entre
autres, la question à laquelle font face nos producteurs puis nos abattoirs en
ce moment.
M. Lamontagne :
Parfait.
M. Fortin : Question, justement... En deux minutes, à peu près. Bien,
on peut-tu faire ça, M. le Président? Pouvez-vous
prendre ma minute et demie, la mettre sur le dernier bloc, pour ne pas que je
commence quelque chose... puis qu'on le finisse? Puis je laisserais...
je laisserais la députée de Québec solidaire procéder tout de suite.
M. Lamontagne :
Faites donc ça, M. le Président.
Le Président (M.
Ciccone) : Bien, je vais demander le consentement.
M. Lamontagne :
On se donne le consentement.
Le Président (M.
Ciccone) : Consentement? Consentement. Parfait, merci beaucoup. Je
vais maintenant céder la parole... je vais céder la parole, maintenant, à la
députée de Verdun. Vous avez 10 min 37 s.
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Alors, mes prochaines questions vont
être sur le thème de l'agroenvironnement, un thème qui est... qui est très cher
à nos producteurs agricoles, pour moi aussi, j'ai travaillé longtemps dans ce
domaine-là, dans la recherche puis l'accompagnement. Alors, on parlait
rapidement des effectifs d'agronomes. J'ai
peut-être mal compris, mais est-ce que le ministre a l'intention d'augmenter le
nombre des agronomes au MAPAQ qui font de l'accompagnement sur le
terrain?
M. Lamontagne :
Bien, ce qu'il faut comprendre, tout l'écosystème de soutien, par le biais
du programme de soutien... de services-conseils, là, c'est 600 agronomes,
là, qui sont au service des producteurs agricoles sur le Québec, OK. Puis, en
première ligne comme telle, là, ce n'est pas les agronomes du MAPAQ. Les
agronomes du MAPAQ sont en deuxième ligne. Puis, comme je vous dis, avec le
plan d'agriculture durable, là, on s'est assurés... on a identifié qu'on
avait... avoir davantage besoin que nos ressources soient dédiées à la fonction
agronomique, là, puis on a fait les changements au niveau des ressources pour
que tout ça arrive.
Mais, au moment où on
se parle, là, moi, je n'ai pas de message chez nous, là, qui dit comme quoi, au
niveau du MAPAQ, là, on manquerait
d'agronomes, là. Présentement, comme je vous le dis, la fonction d'agronomes
qui sont sur le terrain, là, qui sont en services-conseils auprès de nos
producteurs, productrices, là, il y a 600 personnes, là, qui
servent à ça.
Mme Zaga
Mendez : Puis dans le cas du PAD... On va continuer, ça enchaîne très
bien mes questions dans le cadre du plan...
le PAD, on va l'appeler comme ça. Vous dites qu'il y aurait des ressources qui
vont augmenter pour embaucher des agronomes pour réaliser le PAD?
M. Lamontagne :
Non, en réalité, ce qu'on a fait... C'est que, moi, quand je suis arrivé en
poste... je fais souvent des rencontres avec
des employés du ministère, puis le message que je recevais, c'est que j'avais
des agronomes, dans les rencontres, puis qui m'expliquaient que, dans le
fond, eux autres, ils étaient rendus qu'il y a 20 % de leur temps qu'ils s'occupaient d'agronomie puis il y a
80 % qu'ils s'occupaient de programmes. Alors, suite à ça, en même
temps qu'on a annoncé le PAD, on a annoncé aussi une réorganisation dans notre
façon de traiter les programmes au ministère
puis on a mis 20 ressources additionnelles, pas 20 agronomes, mais
20 personnes qui allaient... par une cellule particulière, qui
allaient prendre en charge au point de vue des programmes, puis ce qui fait
qu'on a libéré... je pense, c'est, au total,
90 agronomes et puis techniciens agronomiques où, peut-être, il y en a un
qui, avant, c'était 50 % de sa tâche,
maintenant, c'est rendu 80 % de sa tâche, un autre... Alors, on a vraiment
libéré, là, la force agronomique qu'on avait au ministère davantage, là,
impliquée dans la mise en oeuvre du PAD.
Mme Zaga Mendez : Merci. Pour
parler un peu du PAD, il y a quelque chose qui est nouveau. Le plan
d'agriculture durable nous parle de rétribution pour des bonnes pratiques
agroenvironnementales. Dans l'annonce, on parle d'un
ajout de 50 millions en tout. Est-ce qu'on peut savoir comment le
financement va être octroyé pour la rétribution?
M. Lamontagne : Bien, en
réalité, la rétribution, je vous dirais que c'est... un, c'est quelque chose
qui est unique au Canada, là, ce qu'on a mis en place. C'est... les objectifs
du PAD, là, on a cinq grands objectifs puis on a huit mesures, hein? C'est
diminuer les pesticides, diminuer l'utilisation de fertilisants de synthèse,
améliorer la santé des sols, et puis améliorer la qualité de l'eau, puis
augmenter la biodiversité sur les fermes, puis on a huit indicateurs pour venir
mesurer ça. Puis le programme de rétribution qu'on a mis en place, c'est d'avoir
des producteurs, des productrices qui s'engagent à mettre en place au moins une
des mesures, OK...
Mme Zaga Mendez : Une pratique...
retirer...
M. Lamontagne : ...puis ils
sont rémunérés à l'hectare, en fonction de la mesure qu'ils mettent en place.
Mme Zaga Mendez : Oui, j'ai... oui,
peut-être pour aller un peu plus vite, je ne voyais pas le président, désolée...
oui, je suis très familière avec le PAD. En tout cas, j'ai... on a contribué,
comme chercheurs, dans une autre vie, à cet... à ce principe-là, rétribution,
donc, pour chaque pratique, surtout le retrait de la... des cultures. Mais la
question était : Combien de sommes ont déjà été octroyées pour le PAD,
pour la...
M. Lamontagne : La première
cohorte, la première cohorte qu'on a eue, on a 1 834 producteurs qui
se sont inscrits, puis c'est... je pense que c'est 56 millions, au total,
là, sur trois ans, là, qui ont été accordés, là, pour la mise en oeuvre des
pratiques. Les gens peuvent avoir un minimum... pour une pratique minimum, là,
c'est... le versement minimum, c'est 1 500 $ par année, puis le
versement maximal, là, au total, de la contribution, là, c'est
50 000 $.
Mme Zaga Mendez : 50 000 $.
M. Lamontagne : Oui. Ça, c'est
la première cohorte.
Mme Zaga Mendez : Parfait. Puis
ça revient à combien par hectare, à peu près?
M. Lamontagne : Bien,
honnêtement, ça dépend des... ça dépend des pratiques qu'ils décident de mettre
en place. Parce qu'il y a différentes pratiques, il y a différents gestes
qu'ils vont poser puis dépendamment dans quelle région, aussi, au Québec, parce que c'est un taux qui est différencié en
fonction du coût alternatif, là, quand on décide d'utiliser notre... nos
hectares pour faire d'autres choses. Mais c'est vraiment... c'est vraiment
différencié en fonction de l'effort puis en fonction des régions.
Mme Zaga
Mendez : Parfait, merci pour la réponse. De ce que j'ai cru
comprendre, c'est que les rétributions continuent
à venir d'un budget qui est plutôt discrétionnaire, plutôt que d'un budget à
long terme. Est-ce que vous vous engagez à garder un budget à long terme
pour ces rétributions-là?
M. Lamontagne : Bien, ce que je
vous dirais... D'abord et avant tout, ça prend un début à quelque chose, hein? Ce qu'on a mis en place, le plan
d'agriculture durable, comme je vous dis, c'est quelque chose... c'est une
initiative au Canada qui n'existe pas. Puis il y a plusieurs des choses
qu'on a mises là-dedans, là, que, je veux dire, c'est assez unique. Là, ce
qu'on a fait, il y a une première cohorte qui a été mise en place. Il y a une
deuxième cohorte qui a été annoncée puis qui
a 1 029 participants. On a annoncé, pendant la campagne électorale,
qu'on allait souscrire un autre 50 millions.
Mais c'est certain que l'objectif, dans tout ça, là, c'est d'avoir une
pérennité dans le geste, de la part des agriculteurs, des agricultrices.
Mme Zaga Mendez : Est-ce qu'il
va y avoir une pérennité dans le financement? Parce que, juste entre vous et
moi, là, l'Île-du-Prince-Édouard l'a fait, ça fait des années qu'il y a le même
programme, que c'est en partenariat, comme vous êtes en... on est en train de
le faire. En Europe, on est... on a la politique de l'agriculture commune. C'est des choses qui sont faites un peu partout
depuis 15 ans. L'enjeu, c'est la pérennité du financement. Est-ce que vous
vous engagez à garder des budgets à long terme puis, même, faire une vraie
politique pour la rétribution?
M. Lamontagne : Je
vous dirais que c'est... l'enjeu est le même pour le nôtre, là. Une bonne
nouvelle qu'on a eue, c'est qu'on vient de signer le plan canadien
d'agriculture durable avec le gouvernement fédéral, parce qu'on sait que
l'agriculture, c'est une juridiction qui est partagée, à certains égards. Et
puis, dans... le gouvernement fédéral a des objectifs
d'agriculture durable, mais on a réussi à faire reconnaître les initiatives du
PAD. C'est-à-dire, les fondamentaux du PAD, maintenant, le fédéral
s'aligne. Ça fait que tous les fonds disponibles du gouvernement fédéral puis
de l'agroenvironnement vont pouvoir être canalisés vers... en partie
importante, là, vers le plan d'agriculture durable, là, qui va aider dans les
objectifs que vous recherchez, Mme la députée, là.
• (15 heures) •
Mme Zaga
Mendez : Parfait. Étant donné que le temps file, j'ai... Il
me reste deux questions, je... on pourrait faire ça un peu rapidement.
Sur l'urgence... les effets des changements climatiques, je voulais savoir si
le ministère de
l'Agriculture fait l'évaluation des... les coûts que nos agriculteurs et
agricultrices vont devoir assumer avec les différents changements des
températures et précipitations. Ça... la première question. Puis la
deuxième : Quels sont les fonds qui sont prévus pour accompagner et
compenser pour les pertes?
M. Lamontagne : OK. Bien,
première chose qu'on a faite dans ce volet-là, on a créé, avec le Scientifique
en chef puis le Fonds de recherche du Québec, Nature et technologies... on a
créé ce qu'on a appelé le Réseau québécois de
recherche en agriculture durable, qui est un huitième pôle pour le fonds, qui
est changements climatiques, agriculture durable, les cinq objectifs du PAD plus la réaction, l'adaptation aux
changements climatiques. On a financé ce fonds-là. Aujourd'hui, le réseau québécois, c'est
200 chercheurs, organisations, CCTT, universités qui travaillent ensemble
sur tous ces volets-là.
Après ça, la question de l'accompagnement, on
vient d'annoncer, l'automne passé, le premier programme pour l'adaptation aux changements
climatiques, en collaboration avec le fonds qui est issu de notre... notre plan
pour une économie verte. Dans le plan de mise en oeuvre 4, qui va
venir bientôt, vous devriez voir des mesures additionnelles.
Mme Zaga Mendez : L'année
prochaine, parce que le PMO3, c'est cette année. PMO4...
M. Lamontagne : Le
PMO3. Dans le prochain PMO qui s'en vient, là, normalement, il devrait y avoir
des mesures qui commencent à arriver
pour venir accompagner le système agricole en fonction de nos objectifs
climatiques, là.
Mme Zaga
Mendez : On va terminer ça. Et c'est combien qui va être
budgété environ? C'est combien vous le...
M. Lamontagne : Ça,
je n'ai pas... Bien, vous savez, il y a 9 milliards dans ce fonds-là, là,
ça fait que je ne sais pas exactement la portion qui va être utilisée
pour remplir les objectifs qu'on a, là.
Mme Zaga Mendez : C'est
9 milliards en tout à cette année. Ça fait que, l'année prochaine,
j'espère qu'il va être bonifié.
M. Lamontagne : Bien, depuis
que vous êtes députée, ça a été bonifié pas mal chaque année. Avec la bourse du
carbone, là, c'est des centaines de...
Mme Zaga Mendez : Ça fait six
mois je suis ici. Je viens d'arriver, monsieur.
M. Lamontagne : Pardon?
Mme Zaga Mendez : Je viens
d'arriver, ça fait six mois depuis je suis députée.
M. Lamontagne : Ah! c'est vrai,
vous êtes... Bien, écoutez, demandez à vos collègues qui sont là, là, c'est
quelque chose, là.
Mme Zaga Mendez : Non, on a
suivi, j'ai quand même suivi, ça fait que... juste pour... si j'ai... On a un engagement que ça va arriver à peine l'année
prochaine, les fonds pour la stabilisation causée par les... Pour les effets
des changements climatiques en agriculture, ça arrivera juste au PMO4?
M. Lamontagne : Ce que je dis,
c'est qu'il y a eu des premières initiatives, là. Comme, on a mis en place à partir d'un programme d'accompagnement. On vient
d'annoncer aussi des initiatives, que ce soit avec les producteurs
laitiers, là, 3,5 millions de dollars pour les aider, encore là, à
s'adapter pour toute la question du méthane. Puis plus on va avancer dans le
temps, bien, plus l'accompagnant... l'accompagnement pour le système agricole,
là, va aller en augmentant, là.
Mme Zaga Mendez : Merci. Une
dernière question. Tantôt, on parlait des microbrasseurs, puis je me joins ma voix au collègue, parce que, déjà, au Québec,
pour les cidres, pour le vin, on permet la vente aux marchés publics, on permet
la livraison. Pourquoi on ne permet pas à nos microbrasseurs du Québec de faire
la même chose? C'est une interprétation d'une directive de la Sécurité
publique. Est-ce que vous allez aussi rencontrer le ministre de la Sécurité
publique pour lui en parler des...
M. Lamontagne : Bien,
honnêtement, je parle à tous mes collègues. Au départ, là, tu sais, il y a une
question de... Tu sais, le vin, c'est le raisin qui sort, qu'on presse le
raisin, on le transforme, on le met dans une bouteille, puis on le vend.
Mme Zaga Mendez : Puis l'agriculture?
M. Lamontagne :
Puis le cidre, c'est des pommes
qu'on prend, on les met... on les presse, puis, à un moment donné, on
les vend. Mais plus on s'éloigne, tranquillement pas vite, de ce processus-là,
bien, plus on quitte ma cour un petit peu, là.
Mme Zaga
Mendez : Le malt et le houblon fait au Québec, est-ce que c'est dans
votre cour?
M. Lamontagne :
Oui, tout à fait, la culture...
Mme Zaga
Mendez : Alors?
M. Lamontagne :
...la culture, là, du houblon, là.
Mme Zaga
Mendez : Donc, les microbrasseurs qui font le... qui utilisent les
houblons québécois, est-ce que c'est dans votre cour?
M. Lamontagne : Bien, ce que j'expliquais
à mon collègue, c'est que tout ce qui touche l'activité artisanale, là, tout
ce qui touche l'activité artisanale, c'est vraiment des choses pour lesquelles,
je veux dire, il est important qu'on donne un maximum d'opportunités à nos
gens. Puis, quand on tombe, après ça, dans la livraison, quand on parle de
commerce sur Internet, puis tout ça, ce que j'expliquais à mon collègue,
c'était vraiment moins, si on veut, là, de mon ressort, là.
Mme Zaga
Mendez : Merci.
M. Lamontagne :
Mais, au départ, je suis un entrepreneur...
Le Président (M.
Ciccone) : Merci.
M. Lamontagne :
...puis je veux qu'on favorise les opportunités pour les gens qui
entreprennent.
Mme Zaga
Mendez : Désolée.
Le Président (M. Ciccone) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup. M. le ministre, pour être un Italien moi-même,
là, ça ne prend pas plus... c'est pas mal plus
compliqué que juste presser du vin pour remettre ça dans une bouteille pour
faire un bon vin, là. C'est un plus long processus que ça.
M. le député de
Marquette... député de Pontiac, vous avez la parole pour
22 min 38 s, avec consentement, avec le temps rajouté.
M. Fortin : ...je n'aurai jamais la prétention d'être député de
Marquette, quand même.
Le Président (M.
Ciccone) : Non, non, je sais. Excusez-moi.
M. Fortin : Mais c'est de valeur de la façon que l'échange avec la collègue
de Verdun s'est terminé, parce que... Puis même l'argumentaire que vous avez
utilisé tantôt, vous dites : Ce n'est pas dans ma cour parce que ce n'est pas du produit qui est pleinement transformé
à la ferme. C'est toujours le défi, là, c'est toujours le défi de dire :
Bien, c'est à moitié dans la cour d'un ministre, à moitié dans la cour
de l'autre ministre, et moi, je me rends... j'en fais un bout, j'ai besoin de
l'autre. Mais, à la fin de la journée, là, il y a des producteurs, des
microbrasseurs dans ce cas-ci, québécois, qui font un produit au Québec avec
des produits du Québec, qu'ils n'ont pas les mêmes opportunités que d'autres produits, puis c'est franchement
malheureux pour nos petites entreprises québécoises, qui devraient être encore plus
un succès qu'ils le sont.
M. Lamontagne :
Oui. Mais, encore là, ce que je veux dire à mon collègue, là, puis je vous
dis, moi, j'ai une sensibilité pour tous les entrepreneurs au Québec par
rapport à ce qu'ils veulent faire, puis ils veulent faire croître leurs
entreprises, là. Le sens ou l'essence de ma réponse, là, c'est qu'ultimement ce
que mon collègue me demande, c'est :
Oui, mais est-ce que tu parles à ton collègue pour qu'il fasse des changements
dans la loi? Ultimement, c'est ça que
vous me demandez. S'il y a des choses chez moi, là, vous dites, là : Là,
vous pouvez le faire, le ministre, pourquoi vous ne le faites pas? Bien
là, il y a une réponse que je peux essayer de vous donner. Mais, en bout de
ligne, là, je peux chercher d'informer,
d'influencer. Comme je vous dis, j'ai participé à des rencontres avec mon
collègue ministre de l'Économie puis l'Association des microbrasseurs,
mais, en bout de ligne, ce n'est pas moi qui est responsable du portefeuille.
M.
Fortin : Moi, je veux... je ne veux juste
pas, M. le ministre, que, le jour où vous ne serez plus en poste, et ce jour-là
va venir un jour, là, ce n'est peut-être pas bientôt, mais je ne voudrais pas
que vous regrettiez, en marchant dans un marché public québécois, là, le fait
qu'il n'y ait pas un microbrasseur local, là, puis que vous vous disiez :
J'aurais pu faire de quoi, j'aurais pu pousser davantage, j'aurais pu me rendre
jusqu'au bout. Même si ce n'était pas dans ma cour, j'aurais pu faire cette
représentation-là auprès de mon collègue. Ce serait de valeur pour vous, ce serait de valeur pour le marché public, ce serait
de valeur la microbrasserie puis ça serait de valeur pour les producteurs
de malt puis de houblon québécois. Enfin.
M. Lamontagne : C'est bon, je
vous entends bien.
M. Fortin : On a
parlé tantôt des abattoirs. C'est quoi, la plus grande menace, selon vous, à la
production animale au Québec en ce moment? Puis là je mets le porc de côté, là.
Je ne veux pas revenir sur le porc, là, on a fait la discussion, puis je ne
veux pas revenir. Mais la plus grande menace?
M. Lamontagne : La plus grande menace,
vous êtes dans le cycle du temps puis de la vie des consommateurs puis...
M. Fortin : Oui.
M. Lamontagne : Bien, je vous dirais, de
voir des habitudes de consommateurs qui changent puis qu'ultimement,
bien, ça fait en sorte que les progressions dans certaines filières, bien,
soient limitées ou soient réduites.
M. Fortin : Les viandes de laboratoire, là, est-ce que c'est sur votre radar, ça?
Est-ce que vous avez commencé une réflexion là-dessus au ministère de
l'Agriculture? Est-ce que c'est quelque chose qui vous préoccupe?
M.
Lamontagne : Bien, c'est-à-dire tout produit qui est un substitut à un
produit qui est sous la juridiction, je vous
dirais, entre... du ministère de l'Agriculture puis des politiques agricoles,
bien, c'est quelque chose certainement qu'on a sur notre radar, à
savoir... Bien, un, il y a deux choses au niveau du radar. Il y en a un que
c'est une question de santé publique, là, à
savoir la production, les règles de production, il y a Santé Canada qui est
là-dedans, il y a tout ça. Après ça, chez nous, si c'est des
organisations qui sont de juridiction provinciale, bien, encore là, on a tout
un aspect, l'innocuité, salubrité, et tout ça, des processus qui sont en place.
Mais, ceci étant dit,
après ça, bien, ça devient une compétition pour des activités qui sont faites
par les producteurs, les productrices qui
sont sur le territoire du Québec, puis c'est comment ces gens-là, ces filières-là
peuvent s'organiser ultimement pour être en marché face à ces nouveaux
défis-là.
M. Fortin : Mais vous le... Vous voyez ce qui se passe aux États-Unis,
là, vous voyez ce que la FDA a commencé à faire, a commencé à approuver,
justement, des aliments préparés, de la viande préparée en laboratoire. Alors, ça va venir, là. Si c'est rendu aux
États-Unis, ça va traverser la frontière. À un moment donné, ça va se rendre
chez nous. Santé Canada va avoir une réflexion à faire là-dessus, j'en
conviens, mais nous, on va avoir une réflexion au Québec à savoir comment nos producteurs peuvent évoluer
dans un marché qui pourrait, là, selon les choix des consommateurs,
selon le prix des aliments, selon tout le reste, pourrait être grandement
influencé.
Alors, vous, là, à
l'interne, est-ce qu'on a commencé une réflexion au MAPAQ à savoir comment
on... quel genre d'appui on pourra ou on devra donner à nos producteurs le
moment venu, par exemple?
M. Lamontagne :
Bien, deux caractéristiques, là, de comment on fonctionne au Québec au
point de vue de tout ce qui est notre
production agricole. Première des choses, là, c'est qu'on a un modèle, on
travaille en filière. Puis, exemple, là, moi, demain, vendredi, je
termine 14 rencontres que j'ai initiées, là, à partir de la fin janvier,
où je rencontre chacune des filières. Et chacune des filières, en amont de
cette rencontre-là, il y a tout un travail qui se fait sur une base annuelle avec toute l'équipe du secrétariat à la Politique
bioalimentaire puis qui vise à faire en sorte que, quand moi, je les
rencontre, là, c'est tous les enjeux de la filière, c'est les bons coups, les
défis, les plans d'action. Il y a toute une mobilisation qui est là, là, qui
est en place grâce aux filières.
L'autre chose, j'ai
parlé de la Politique bioalimentaire, au coeur de la politique, bien, c'est les
besoins des consommateurs, c'est comment ces besoins des consommateurs
évoluent. Alors, avec la Politique bioalimentaire, avec le plan de mise en oeuvre de la Politique bioalimentaire, encore
là, c'est toute la feuille de route en accompagnement, si on veut, de
notre production agricole, notre transformation alimentaire, la saine
alimentation des Québécois et des Québécoises qui est sur notre écran radar
365 jours par année, je veux dire, pour chaque année, là.
• (15 h 10) •
M. Fortin : Mais on ne voudrait pas, là... du point de vue de notre
production animale, là, on ne voudrait pas,
le jour où c'est approuvé par Santé Canada, qu'il y a une usine qui se
mette en place et, tout à coup, là, nos producteurs ont une méchante surprise
parce qu'il n'y a pas eu de préparation à l'interne, là. Je vous... Puis je ne
suis pas le seul à le dire, là, il y a Sylvain Charlebois qui en parle,
il y en a d'autres qui disent : C'est quelque chose qui va s'en venir, il faut s'en préoccuper, il faut commencer à en
parler, pas juste avoir de la réflexion générale, là, que vous semblez avoir
depuis plusieurs années sur l'avenir, mais, sur cet enjeu spécifique là, ça va
avoir un impact.
M. Lamontagne :
Bien, M. le Président... bien, M. le député, ce que je vous ai expliqué, ce
n'est pas une réflexion générale. Ce que je
vous dis, c'est que chacune des filières est mobilisée en fonction de sa
réalité, ses défis, ce qui s'en vient. On vient les accompagner.
Je donnais l'exemple,
l'enjeu du méthane pour les producteurs laitiers. Tu sais, la carboneutralité
de la filière laitière, là, si la filière
laitière veut continuer sa croissance, il y a un enjeu de carboneutralité, il y
a un enjeu des émissions de méthane. On vient d'annoncer, là, la semaine
passée, 3 500 000 $ pour les accompagner pour améliorer encore
les actions qu'ils peuvent prendre, avec la planète, pour venir réduire les
émissions de méthane. Ça fait que chacune des filières est mobilisée. Puis
notre travail, que ça soit par la recherche, on investit des dizaines de
millions en recherche par année, puis on accompagne 17 centres de
recherche au Québec, ça vise à faire en sorte que les gestes qu'on pose
aujourd'hui sont appropriés pour le présent, mais, en même temps, d'anticiper
ce qui s'en vient pour le futur. Ça, c'est sûr que ça fait partie du travail
qu'on fait, ça, M. le député.
M. Fortin : OK. Bien-être animal, on n'en a pas parlé encore beaucoup. On regardait
vos statistiques d'inspection cette année. Elles ont diminué par rapport
à l'an dernier. Pourquoi?
M. Lamontagne :
Bien, honnêtement...
M. Fortin : Mais elles ont diminué beaucoup, là, quand même. Elles ont
diminué de 2 600 visites à... ou inspections
à 2 200 cette année. Le nombre d'heures est passé de 4 200 à
3 000. Donc, c'est quand même une diminution, nombre d'heures
d'inspection, de 25 %. Alors, j'aimerais ça le comprendre.
M. Lamontagne :
Bien, ce qu'il faut comprendre, première des choses, toute la question de
l'application de la loi puis du suivi de la loi sur le bien-être animal, là, ça
se fait par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, en coordination avec six
ou sept partenaires qui sont sur le territoire du Québec, puis qu'on travaille
ensemble pour voir à l'application de la loi.
Des inspections, il y
a deux types d'inspections qui peuvent avoir lieu. Il y a des inspections qu'on
fait de façon aléatoire, où on se présente
chez les gens, puis, après ça, il y a des inspections que les gens font
1-888-animaux, je pense, c'est ça, le numéro. C'est-tu ça, 1-844...
Excusez-moi, 1-844-animaux, pour ceux qui nous écoutent... pour ceux qui nous écoutent, pour déposer une plainte
ou expliquer qu'il y a quelque chose qui se passe. À ce moment-là, bien,
on va aller faire... on va aller faire enquête. Alors, grosso modo, là, il y a,
de mémoire, je pense, c'est 5 000, 6 000 ou
7 000 inspections de tout ce monde-là par année, qui peuvent se faire
par année. Mais qu'il y ait une variation de... bien, un, il y a... pendant la période de la pandémie, là, on a chuté de
plusieurs milliers d'inspections par année, puis là on est en
rattrapage.
M. Fortin : Oui. Mais là je vous parle de l'année 2022-2023 par
rapport à l'année précédente, là, par rapport à 2021-2022. Il y a une
diminution de 25 %. Alors, je comprends c'est quoi, le contexte, vous nous
l'avez expliqué, c'est très bien. Mais pourquoi il y a eu une diminution si
importante?
M. Lamontagne : Bien, honnêtement, comme
je vous le dis, là, c'est... il y a deux choses, il y a les inspections
qui sont planifiées, puis, après ça, il y a les inspections qui viennent sur
plainte.
M. Fortin : OK. Est-ce qu'il y a moins de plaintes?
M. Lamontagne :
Puis, après ça, il peut y avoir eu moins de plaintes.
M. Fortin : Non, non, mais, bon, je vous pose une question sérieuse. Je ne veux pas
un «il peut y avoir eu», là. Qu'est-ce qui s'est passé?
M. Lamontagne :
Bien, comme j'explique... je vous explique, M. le député, on a des
mandataires, on a le ministère, on est sur le territoire du Québec, puis il y a
deux choses qu'on fait. On a des programmes qui visent à faire des inspections qui sont aléatoires sur le
territoire puis, après ça, on a des plaintes qui sont faites, où on va
répondre.
M. Fortin : OK. Bien, prenons-le comme ça : Est-ce qu'il y a eu
moins d'inspections planifiées ou est-ce qu'il y a eu moins de plaintes?
M. Lamontagne : Honnêtement, je n'ai pas
cette information-là ici avec moi, là, mais je pourrai vous donner
l'information.
M. Fortin : Est-ce que vous pouvez l'acheminer à la commission?
M. Lamontagne :
Oui, oui.
M. Fortin : Est-ce que vous pouvez nous donner les secteurs? Est-ce
qu'il y a un moins d'inspection, par exemple, dans les chenils? Est-ce qu'il y
a eu moins d'inspections dans... Est-ce que vous pouvez nous donner les
secteurs d'activités?
M. Lamontagne : Non. Ce qu'on va vous
donner, c'est de façon générale, là, les inspections qu'on a faites en
bien-être animal.
M. Fortin : Mais vous n'avez pas ça par secteur d'activités?
M. Lamontagne : Non. Ou si je l'ai, là,
je verrai avec les gens, mais je ne veux pas m'engager à vous fournir
cette information-là, là.
M. Fortin : Mais, si vous l'avez, est-ce que vous pouvez vous engager à
la fournir si vous l'avez?
M. Lamontagne : Oui, tout à
fait, tout à fait.
M. Fortin : OK. Parfait. Parce que
c'est quand même un chiffre assez important, là, puis, je pense, c'est
important qu'on ait une réponse, là, à savoir qu'est-ce qui se passe, si
on s'en va dans une tendance en ce sens-là, s'il y a...
M. Lamontagne : Bien,
en réalité, en réalité, pour être franc avec vous, là, moi, ce que je viens de
lancer, il y a deux choses, OK, c'est faire en sorte que, pendant mon
premier mandat, la loi avait été adoptée par le précédent gouvernement, mais il
n'y a jamais eu de réglementation qui avait été mise en place, ça fait que je
me suis assuré de faire mettre en place la
réglementation qui permet de mieux appliquer la loi. Et, suite à ça, bien, ce
qu'on fait, en début de mandat, c'est de lancer une grande offensive, deux
choses, c'est qu'on a annoncé l'ajout de 20 ressources au niveau de l'inspection sur le territoire du Québec. Après
ça, on a annoncé une tournée nationale avec tous les partenaires. Il y a
30 groupes qui vont être rencontrés pour faire un genre d'état de
situation, aujourd'hui, de toute la question du bien-être animal, de
l'application de la loi, de l'inspection sur les sites. Puis, suite à cette
grande rencontre-là, cette tournée-là de ma
collègue Audrey Bogemans, puis, suite aux ajouts qu'on va avoir fait au niveau
des inspecteurs, bien, on s'attend à mettre en place...
M. Fortin :
OK. Je vais le prendre de ce bord-là : Pourquoi vous voulez ajouter des
inspecteurs?
M. Lamontagne :
Parce
que, honnêtement, sur le territoire, là, moi, je regarde l'application de la
loi qu'on a à faire, je regarde la
sensibilité des Québécois par rapport à toute la question du bien-être animal.
Chaque fois qu'il y a un reportage ou qu'il y a un événement qui est
rapporté, c'est tout le temps... il faut... Un, il va toujours y avoir des gens
qui vont abuser des animaux sur le territoire du Québec.
M. Fortin : Ça, ça va arriver.
M. Lamontagne : OK, on
s'entend. Mais, après ça, je me dis : Est-ce qu'on est équipé de la
meilleure façon pour répondre puis appliquer la loi de la meilleure façon? Je
me suis assis avec notre équipe, puis ce qu'ils m'ont dit, ils ont dit :
M. le ministre, on aimerait avoir 20 ressources de plus. Puis, après ça,
moi, j'ai dit : Bien, parfait, on va voir
si on peut avoir les 20 ressources. On les a eues. Puis j'ai dit : En
plus de ça, je dis, on va faire une tournée nationale, on va aller voir les... tous nos partenaires, puis
on va convenir d'un plan d'action, là, pour faire en sorte d'appliquer, au
meilleur possible, la loi, là.
M. Fortin : Mais si vous voulez 20 ressources de plus, vous ne pouvez pas être
content qu'il y ait une diminution des inspections, là?
M. Lamontagne : Bien, moi, ce
qui est...
M. Fortin : Si vous voulez embaucher 20 ressources, vous êtes
prêts à mettre de l'argent là-dedans, vous ne pouvez pas être content qu'il y
ait eu moins d'inspections l'an passé.
M. Lamontagne : Bien, je ne
jugerai pas à savoir si c'est sur le nombre d'inspections. Moi, je me suis
assis avec le sous-ministériat, avec les gens qui sont responsables. J'ai
dit : Aujourd'hui, est-ce qu'on est vraiment bien équipés pour faire le
travail qu'on a à faire avec nos partenaires? Ce qu'on m'a dit, on a dit :
M. le ministre, idéalement, là, si on pouvait avoir 20 ressources de plus,
là, c'est ça que ça nous prendrait pour s'assurer qu'on fait le travail qu'on a
à faire. Bien là, on va leur livrer les 20 ressources de plus, puis, après
ça, on va avoir une meilleure mobilisation puis un meilleur travail en synergie
avec tous les partenaires sur le territoire. Mais c'est certain que, si j'avais jugé, puis que, si les gens m'avaient
dit : M. le ministre, tout est beau, tout est correct, il n'y a pas
d'enjeu, bien, on n'aurait pas rajouté de ressources, là.
M. Fortin : OK. Avez-vous un objectif? Parce que, là, vous avez
2 200 visites ou inspections par année. Avez-vous un objectif de ce
que vous devez atteindre avec ces nouvelles ressources là?
M. Lamontagne : Bien, je vous
dirais, quand on va avoir terminé notre... toute notre consultation nationale qu'on fait, là, puis on va s'être assis avec les
partenaires, puis on va vraiment s'être entendus sur les priorités en fonction
de l'application de la loi puis la réalité qu'on vit sur le territoire, bien,
je pourrai vous revenir... vous revenir avec des objectifs. Mais, aujourd'hui, ce n'est pas des objectifs quantitatifs.
Ultimement, ça va être des objectifs opérationnels pour voir à appliquer
la loi de la meilleure façon possible.
M. Fortin : Je trouve ça intéressant de ne pas avoir de... C'est un peu
comme si vous aviez mis la charrue en avant des boeufs. Puis je ne vous dis pas
que vous n'avez pas besoin de ces 20 ressources là, peut-être que vous en avez besoin. Mais vous n'avez pas vraiment
d'objectif à savoir qu'est-ce qu'ils doivent atteindre comme... Donc, je trouve
ça particulier comme façon de faire, mais je vais passer à d'autres choses
quand même.
Hier, j'ai eu
une conversation avec votre collègue de l'Environnement à propos des eaux de
lavage et Prime-Vert, entre autres. Une des demandes de l'UPA, c'était
la bonification de Prime-Vert, en disant que les montants ne sont pas assez
importants, qu'on a besoin d'aide additionnelle. Est-ce que ça fait partie de
vos plans de modifier le montant qui est accordé à travers Prime-Vert?
M. Lamontagne :
Ce n'est pas quelque chose qu'on a fait dans le dernier budget, là. Puis,
honnêtement, on met tout près de 30 millions par année dans le programme Prime-Vert.
Ce qu'on cherche toujours à faire, c'est de s'assurer que les interventions qui
sont faites par le biais de Prime-Vert servent vraiment à ce qu'on cherche à
faire. Puis, honnêtement, c'est un programme
qui est en place depuis des années, puis là on est à revoir, justement, comment
on peut faire en sorte que ce programme-là est encore plus percutant au niveau
de l'impact qu'il a puis qu'il vient vraiment
aider où on veut qu'il vienne aider, là. Mais, à la hauteur de financement
qu'il a présentement, dans Prime-Verte, honnêtement, c'est des montants
qui sont considérables, puis il y a un très bon soutien qui vient à un nombre
très important d'entreprises, là.
M. Fortin : Donc, vous êtes en désaccord avec l'UPA là-dessus? Eux
disent que ce n'est pas assez, on a besoin d'en avoir plus, ça ne rend pas
justice aux besoins des agriculteurs.
M. Lamontagne : Bien,
en tout respect, puis là, je veux dire, je vais faire un clin d'oeil à mes
collègues, à mes amis, là, de l'UPA, là.
M. Fortin :
Ah! allez-y. Ah! allez-y.
M. Lamontagne : Il n'y a pas
beaucoup de dossiers dans lesquels ils ne sont pas en demande en nous disant qu'il n'y en a pas assez, que ça en prendrait
plus, là. Ça, je peux vous confesser ça, puis je n'ai pas de misère à leur dire
quand je les rencontre, là.
M. Fortin : Oui, mais, si ça limite des investissements, on a un enjeu.
M. Lamontagne : Notre travail à
nous, c'est de s'assurer... c'est s'assurer qu'on investit bien l'argent des
contribuables en fonction des défis qu'on a, puis ces défis-là sont changeants.
Alors, ce qu'on fait, c'est qu'on analyse les changements, puis on vient
modifier les interventions qu'on fait.
M. Fortin : OK. Mais je ne vous ai pas sorti de toutes les demandes de
l'UPA aujourd'hui.
• (15 h 20) •
M. Lamontagne : Ah! je les
connais toutes, je les connais toutes, inquiétez-vous pas.
M. Fortin : Je vous parle du Prime-Vert parce que je pense qu'il y a un vrai enjeu
au niveau de Prime-vert, là.
M. Lamontagne : Oui.
M. Fortin : Mais ça, si vous ne voulez pas aller là, ça vous
appartient. J'aimerais ça terminer aujourd'hui quand même, comme il nous reste
quoi, cinq minutes à peu près...
Le Président (M. Ciccone) : ...
M. Fortin : 8 minutes, ah! mon Dieu.
M. Lamontagne : Ah! Il y a une
minute et demie que je vous ai redonnée, là, M. le député.
M. Fortin : Oui, mais je pense que j'en ai eu plus que ça, je vais la
prendre, je vais la prendre, il n'y a pas de problème.
M. Lamontagne : Je commence à
le regretter quasiment.
M. Fortin : On va voir si on peut s'assurer de ne pas vous la faire regretter,
M. le ministre. Je veux qu'on parle, puis je
pense que c'est un incontournable dans votre monde ces jours-ci, puis, même
comme député, je suis certain que les
gens autour de la table le sentent, le savent, le voient, en entendent parler,
la santé mentale des agriculteurs, là. Si
on a un enjeu, puis tout ce qu'on a discuté aujourd'hui touche à la santé
mentale de nos agriculteurs et toute la réglementation parfois
excessive, les programmes d'aide, la difficulté à avoir accès à des programmes
d'aide, de l'éloignement, tout ça, là, ça vient tout toucher la santé mentale.
Alors, tout ce qu'on a abordé comme enjeu est relié à ça. Il y a eu des programmes qui ont été mis en place au fil du temps,
les travailleurs de rang, puis tout ça, pour essayer d'aider nos agriculteurs. Mais, encore là, puis à
tous les... régulièrement, il y a des... on entend des histoires d'agriculteurs
qui commettent l'irréparable. J'en ai
vu une récemment à propos d'un producteur porcin. L'été dernier, il y en a eu
deux dans ma circonscription dans un très court laps de temps, et ça
laisse toute une communauté un peu ébranlée, disons, ces situations-là.
J'aimerais votre évaluation par rapport au
programme de Travailleurs de rang. Un des enjeux chez nous, entre autres, c'est
un certain... c'est qu'il y a beaucoup de roulement. Même chez les travailleurs
de rang, ce n'est pas un travail facile.
J'aimerais votre... Pour commencer, là, puisqu'il nous reste quelques minutes,
votre impression du succès que ce
programme-là a à date, puis je comprends que ce n'est pas entièrement le vôtre,
là, mais que ce programme-là a à date.
M. Lamontagne :
Bien, première des choses, là, la question de la santé mentale, la santé
psychologique de nos agriculteurs, hein, de par leur travail, de par, tu sais,
le climat, les saisons, les animaux, le fait que c'est tellement prenant, ils sont sujets à des stress, pas un
stress unique, des stress qui sont concurrents. Puis je vous dirais que,
jusqu'à il y a quelques années, il y a plusieurs groupes qui cognent à
la porte du ministère de la Santé puis qui disent : Écoutez, nous, on est particuliers. Nous, on est
particuliers, on voudrait avoir un traitement particulier. Mais, il y a
quelques années, le ministère de la Santé et des Services sociaux a
reconnu qu'il y avait une particularité avec le monde agricole, puis a
entrepris de financer de façon pérenne, récurrente, Au Coeur des familles
agricoles.
Au Coeur des
familles agricoles, c'est une organisation. Il y a quelques organisations au
Québec qui cherchent à venir en accompagnement pour les travailleurs
agricoles au niveau de la santé mentale, mais Au Coeur des familles agricoles,
c'est un organisme, aujourd'hui, qui assure le service dans une majorité de
régions au Québec, puis l'objectif, c'est de faire en sorte que, 24 heures
par jour, sept jours par semaine, si quelqu'un a besoin de services, qu'il lève
la main, puis qu'il y ait quelqu'un qui réponde au bout de la ligne, puis qu'il
y ait un soutien.
Puis,
parallèlement à ça, il y a tout un travail, l'UPA fait un gros travail
là-dessus, on appelle ça des sentinelles. Tous les gens qui sont des
fournisseurs de grain, les vétérinaires, qui sont des gens qui... puis, même au
ministère, on a plus de 200 personnes, là, qui ont participé à des
formations, qui sont en contact avec nos agriculteurs pour faire en sorte qu'aussitôt qu'ils décèlent quelque chose,
bien, qu'ils puissent soulever ça puis, ultimement, faire un appel pour
venir à être en aide.
Alors, ce qu'on a mis en place au Québec au
niveau des travailleurs de rang, je vous dirais, encore là, l'an passé, mes
collègues de partout au Canada m'ont demandé d'avoir de l'information. On a
fait un Teams avec plusieurs provinces où on a pu leur présenter ce qu'on
faisait au Québec. La base de ce qu'on fait au Québec, où on a une approche qui est différenciée pour le milieu
agricole puis qui s'additionne à tous les efforts du ministère de la Santé,
c'est certainement positif. À savoir, après ça, s'il y a du soutien additionnel
qui peut être donné, bien, certainement qu'il y a du soutien additionnel qui
peut être donné, là.
M. Fortin : Je vous soumets, M. le ministre, dans les, quoi, deux
minutes qui restent environ, là, je vous soumets que les 400 000 $
qui sont investis dans le programme de Travailleurs de rang, là, c'est un
début, mais c'est loin d'être suffisant, là. On parle de 13 travailleurs
de rang à travers neuf régions... à travers le Québec, là, c'est très peu quand on connaît, puis vous l'avez dit, là,
pour toutes sortes de raisons, que ce soit le climat, l'isolement,
l'endettement, l'endettement des
agriculteurs québécois qui est plus important que dans plusieurs autres
provinces et significativement, le poids familial qu'ils portent. Il y a
une multitude de raisons à cela, mais on doit prendre soin de la santé mentale
de nos agriculteurs. C'est le genre d'enjeu que je vous dirais, M. le ministre,
on n'en fera jamais assez. Puis je vous enjoins,
c'est ma dernière demande aujourd'hui, là, ce que je vous demande, c'est qu'à
chaque fois que vous imposez une réglementation, pensez à l'impact que
ça a sur la santé mentale de nos agriculteurs, cette demande-là de plus, cette
requête-là, cette obligation-là de plus, elle pèse lourd à chaque fois sur les
épaules de nos agriculteurs. Si on est capable d'en enlever, ça leur ferait le
plus grand bien. Si on est capable d'éviter d'en ajouter, si on est capable de
leur donner des appuis à travers tout ça, si j'ai un message à vous passer
aujourd'hui, là, c'est : Regardez l'entièreté de vos programmes puis mesurez ce qui pèse sur leurs épaules, parce qu'il
n'y a rien de simple aujourd'hui. Il y a une détresse, il y en a
toujours eu une chez les agriculteurs. L'enjeu de la santé mentale des
agriculteurs, c'est de longue date, mais on
le dirait encore plus présent ou peut-être encore plus discuté, mais, de toute
évidence, plus présent aujourd'hui que jamais, surtout quand il y a des
secteurs en crise comme aujourd'hui.
M. Lamontagne : Bien
honnêtement, je suis vraiment d'accord avec vous, mon collègue, puis pas plus
tard que... ça ne fait pas tout à fait un
an, j'ai demandé au ministère de revoir l'entièreté des programmes qu'on a au
ministère, avec le premier souci, c'est le souci du fardeau
administratif que nos programmes génèrent chez nos producteurs. Mais je suis
tout à fait à la même enseigne que vous qu'il y a une partie importante de leur
stress qui vient de toutes les réglementations puis tous les comptes rendus
qu'ils ont à faire, quand, dans le fond, eux autres, ils se lèvent le matin, tout ce qu'ils ont envie de s'occuper,
c'est de leur production agricole, puis ils en ont déjà plein les bottines avec
ça, je suis d'accord avec vous à 100 %.
Le Président
(M. Ciccone) : Merci beaucoup. Merci beaucoup, M le député,
merci, M. le ministre. Maintenant, on passe à la partie gouvernementale,
avec un temps de 17 minutes, et je cède la parole au député de Gaspé.
M. Sainte-Croix : Merci, M. le
Président. M. le Président, vous m'accorderez le privilège de commencer par
saluer tout ce beau monde. Alors, à commencer par vous, sincères salutations,
M. le Président. C'est toujours un privilège de vous côtoyer, à l'intérieur de
nos travaux parlementaires, sur cette glace que vous connaissez très bien.
Le Président (M. Ciccone) : Merci.
M. Sainte-Croix : M. le
ministre, salutations très particulières à vous et aux membres de votre... de
vos filières au niveau du ministère, aux membres du cabinet. Sachez que c'est
un réel plaisir de collaborer avec vous tous,
de par mon rôle de député de Gaspé, bien entendu, mais d'adjoint
parlementaire... gouvernemental, plutôt, au ministre au niveau du
secteur des pêches, c'est un réel privilège, et puis je suis très fier d'être
ici aujourd'hui pour participer à cet exercice, qui, soit dit en passant, est
notre premier, en termes de nouvel élu de la 43e législature. Alors, c'est
une belle expérience, là, aujourd'hui, pour
ma part. Sachez aussi que cette appréciation-là vaut pour l'ensemble des
membres du
cabinet, de la filière, de nos collègues aussi, hein, de la partie
gouvernementale et, bien entendu, de notre opposition principale.
• (15 h 30) •
À titre d'adjoint, donc, au niveau pêcheries,
bien entendu, j'ai un parti pris, disons-le comme ça, pour la question du
secteur des pêches. Moi-même étant Gaspésien d'origine, je viens aussi d'une
famille de pêcheurs, donc c'est un secteur d'activité qui me tient à coeur,
secteur d'activité en lequel j'ai grandi et puis que j'ai vu évoluer au fil des ans de la pêche à la ligne à la morue, que
j'ai faite, petit garçon, comme hobby, mais aussi comme première job d'été, et puis jusqu'à l'avènement, là, de la pêche
commerciale, l'arrivée des chalutiers, bref, la croissance et le
développement, là, industriel des pêches que j'ai vu chez nous en Gaspésie.
Donc, très heureux d'être ici aujourd'hui pour cette première étude des
crédits.
M. le Président, vous le savez, et M. le
ministre aussi, nous sommes le gouvernement des régions, et puis, particulièrement, M. le ministre, vous savez à
quel point le secteur des pêcheries contribue au rayonnement du Québec et
à son développement social et économique considérant l'apport, là, annuel au
niveau de notre économie.
Chez nous en Gaspésie, la pêche est synonyme
d'histoire, bien entendu, une des plus vieilles régions d'occupation humaine du
Québec, pour la pêche à la morue, c'est même le patrimoine historique et
culturel aussi. Bien évidemment, dans l'assiette, dans le langage, la Gaspésie
est fortement teintée par la pêche, question d'identité aussi, les Gaspésiens, on comprend, hein, le poisson, c'est quelque
chose de très présent dans nos vies, dans notre quotidien; l'occupation
du territoire, je l'ai dit. Oui, pour le castor il y a bien longtemps, mais
aussi pour la pêche à la morue, l'histoire
du Québec, c'est aussi ça dès le début, et puis, bien évidemment, d'économie,
une économie bleue de surcroît.
Donc, pour le
bénéfice peut-être de nos auditeurs, de nos auditrices, la Gaspésie à elle
seule, grosso modo, annuellement, là, représente la moitié du volume en
tonnage au niveau des pêcheries et puis aussi la moitié de la valeur en dollars
des débarquements, toutes espèces confondues, au Québec. C'est, donc, quelque
chose d'important, quelque chose de structurant, est quelque chose qui est
appelé aussi à relever des grands défis dans les années à venir, considérant, là, la question des
changements climatiques, considérant la question des pêches durables, des
habitudes de consommation, donc, un
secteur, là, qui est névralgique au niveau de l'alimentation du Québec et puis
qui est appelé, là, à relever de grands défis dans les années à venir.
M. le
ministre, j'aimerais vous entendre parler de l'état de nos pêches côtières,
principalement pour les secteurs de
la Gaspésie, de la Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent et les Îles-de-la-Madeleine. Donc, vous le savez, c'est une industrie qui est en mutation, avec laquelle l'innovation,
là, est bien inscrite dans le développement durable. Et puis, bien, nous
le savons, nous avons ici, chez nous, là, au
Québec, des initiatives très intéressantes qui sont inspirantes pour d'autres
secteurs, là, au niveau des pêches sur la planète. Et puis, bien, je vous
laisserai, là, quelques minutes pour nous faire état, là, des belles initiatives, là, qu'on supporte de façon très
structurée dans notre merveilleux ministère du MAPAQ.
M. Lamontagne : Bien, écoutez,
je veux remercier le député de me laisser quelques minutes pour... Bien, je
veux le remercier de son préambule. Puis c'est certain que, tu sais,
l'histoire, les pratiques, les coutumes, s'il y a une nation que ça nous habite, c'est bien les Québécois, là, parce que Dieu
sait qu'en 400 quelques années d'histoire, on a toutes sortes
d'histoires à raconter par rapport à comment on a fait pour être rendus où
est-ce qu'on est aujourd'hui. Le secteur des
pêches, c'est certainement très, très important, puis c'est le secteur côtier,
puis... Rapidement, là, tu sais, on a à peu près
1 000 pêcheurs, au Québec, qui font de la pêcherie commerciale, on a
à peu près... un peu plus que 4 000 personnes
qui travaillent dans des usines de transformation. C'est... L'an passé, c'est
des débarquements records, à hauteur
de 460 millions, aux alentours, c'est une transformation record, plus haut
que 750 millions, qui s'est transformé.
Mais, au-delà de tout ça, ce que je vous dirais,
c'est que les défis sont constants, les défis au niveau des pêcheries, parce que c'est les besoins des
consommateurs, c'est la disponibilité des ressources, c'est toutes les
questions environnementales, c'est les demandes des marchés sur lesquels
aussi on est invités à aller présenter nos produits. Parce qu'une partie très, très, très, importante de nos captures, bien,
c'est des produits que ça s'adonne qui sont délicieux, mais que... en
plus de ça, bien, c'est qu'on en récolte beaucoup, beaucoup, beaucoup plus que
ce qu'on a d'appétit pour en manger. Alors, je parle, mettons, de nos
crustacés, le homard, le crabe, la crevette, dans une autre manière.
Mais le fait qu'on exporte une partie importante
de nos produits fait en sorte aussi qu'il y a des exigences qui viennent des
différents marchés partout sur le territoire. Ça fait que, un, ce qu'on fait,
c'est vraiment... On a nos directions régionales,
OK, en Gaspésie, sur la Côte-Nord, puis l'objectif, encore là... Tantôt... je
parlais de communication par filière, tantôt, avec mon collègue de Pontiac.
Bien, au niveau des pêches, c'est la même chose. Dans un premier temps,
c'est tout le temps d'être en contact avec les communautés, d'être en contact
avec les différents groupes, si on veut,
parce qu'aussi une particularité qu'on a, au Québec, toute la question des
quotas, bien... c'est le gouvernement fédéral qui décide d'une partie de
combien est pêché. Puis, après ça, bien, nous, par les pêcheurs, et tout ça,
nos usines de transformation, bien, on vient, ultimement, s'arrimer avec la
disponibilité des pêches.
Mais ce qui est important, c'est de faire en
sorte qu'on accompagne, dans un objectif de pérennité, bien, qu'on accompagne
nos pêcheurs, qu'on accompagne nos transformateurs, qu'on ait de la recherche.
Très important, on a un centre de recherche
qui fait un travail phénoménal qui s'appelle Merinov. On est en train de créer,
en Gaspésie, là, vraiment, un hub, si on veut, d'innovation, mais de
faire en sorte qu'on se donne les outils humains mais aussi financiers de venir
accompagner toute notre récolte puis notre transformation pour des années à
venir.
Puis on a mis en place... au-delà des différents
programmes d'accompagnement qu'on a au ministère, on a mis en place, avec le
gouvernement fédéral, le Fonds des pêches du Québec. Le Fonds des pêches du
Québec vise à accompagner nos producteurs,
nos pêcheurs, récolteurs, pour s'améliorer, pour pouvoir innover, vise à
accompagner nos transformateurs pour s'améliorer, pour pouvoir innover,
vise à accompagner nos centres de recherche.
Encore là, tantôt, on
parlait des réchauffements climatiques, tout l'impact environnemental. Bien, il
y a une adaptation, si on veut, pour venir faire en sorte que... aujourd'hui,
oui, c'est des bonnes nouvelles pour les régions côtières, toute la question
des pêches, mais on veut que ce soit encore des bonnes nouvelles dans
20 ans puis on veut que ce soit encore
des bonnes nouvelles dans 40 ans. Puis, pour que ça, ça arrive, bien, il
faut qu'on soit capable de prévoir, il
faut qu'on soit capable de s'adapter aux changements, des changements
d'environnement, puis aussi que nos pêcheurs acceptent, aussi, de
modifier leurs pratiques, leurs façons de faire.
Puis un bel exemple... tu sais, il y a
20 ans, on ne parlait pas de la baleine noire. Aujourd'hui, bien, on a un enjeu qui est très important : il en reste
350, à peu près, ou 400, dans l'Atlantique, puis les pêches, bien, elles
peuvent représenter des risques par rapport à la survie de la baleine
noire. Puis, après ça, on a des marchés qui viennent nous imposer des
restrictions en fonction de nos pratiques par rapport aux baleines noires.
Bien, qu'est-ce que ça implique? Ça implique
qu'il faut, chez nous, qu'on fasse énormément de recherche pour faire en sorte qu'ultimement nos pratiques de
pêche soient durables. Puis, quand on dit qu'elles soient durables, là,
il faut que ce soit durable, il faut que nos entreprises puissent prospérer, il
faut qu'ultimement nos consommateurs soient en paix avec les façons dont on
récolte puis on produit, mais, après ça, il faut que l'environnement, ce qu'on fait à tous les jours... on n'est pas en train
d'hypothéquer l'environnement. Alors, ça, exemple, la baleine noire, c'est un
très bon défi.
Puis tous les
efforts de recherche qui sont consentis... Bien, on a vu une annonce, là, il
n'y a pas longtemps, là, où il y a un nouveau filet, là, un nouveau fil
qui a été créé pour la pêche au crabe, qui fait en sorte que, s'il y a une
certaine pression... bien, je veux dire, qu'une baleine s'entreprenait dans les
câbles, bien... ferait en sorte que, je veux dire,
il y aurait une rupture du câble puis il n'y aurait pas d'enjeu avec l'animal,
là, le mammifère... Alors, ça, c'est des enjeux qu'on a.
Quand j'étais au Japon, il y a quelques
semaines, d'ailleurs, je suis allé parler de sirop d'érable, je suis allé parler de porc, mais... j'ai aussi beaucoup parlé
des produits de la pêche, M. le député de Pontiac, mais j'ai eu beaucoup
de questions par rapport à la certification
MSC, Marine Stewardship Council, qui est comme une étampe ou une garantie,
si on veut, de qualité durable pour nos pêches. On a, dans l'objectif de la
politique bioalimentaire, comme objectif d'avoir
70 % de nos pêcheries commerciales qui sont certifiées MSC d'ici 2025. On
était à cet objectif-là puis on s'est fait déclasser un peu, justement,
à cause de la baleine noire. Aujourd'hui, on est à 56 %, OK?
Bien, ces gens-là,
les Japonais, la question qu'ils avaient : Où en êtes-vous par rapport à
votre certification MSC? Puis c'est un de nos gros marchés, hein? Puis, tant
qu'on leur fait la démonstration qu'on pose les bons gestes, ces gens-là sont
intéressés, parce que la qualité de ce qu'on fait, les conditions de travail
des gens, les conditions environnementales, et tout ça, là, chez nous, là,
c'est comme un peu un eldorado, pour eux autres, là. Bien, les pratiques qu'on
a maintenant, il faut que ça rencontre les plus hauts standards en
termes d'environnement. Ça fait que ça, c'est un défi qu'on a, mais c'est un
défi qu'on accompagne de brillante façon, là, via le Fonds des pêches puis via
aussi d'autres programmes qu'on a, d'accompagnement, entre autres, avec une organisation
comme Merinov.
Après ça, toute la question de la
commercialisation, parce qu'un défi qu'on a, au Québec... Les marchés pour
sortir le homard puis sortir le crabe, honnêtement, ça va bien, là, il y a de
la demande. Il y a des enjeux dans le crabe un petit peu depuis l'an passé, là,
mais ça va bien. Le défi qu'on a, chez nous, c'est qu'on veut augmenter la part
des poissons puis des produits de la mer
dans l'assiette des Québécois, OK? Puis on a toutes sortes de poissons qui sont
moins connus un petit peu, mais on a
des organisations au Québec qui visent à les faire connaître, qui visent à les
mettre en marché.
• (15 h 40) •
Ça fait qu'on accompagne des initiatives, entre
autres, une initiative qui s'appelle la Fourchette bleue, le Salon Fourchette
bleue, qui vise, à chaque année, à faire une liste de produits de la mer qui ne
sont pas le crabe, le homard, la crevette,
tout ça, mais qui sont des produits qui sont plus spécialisés, qui peuvent être
disponibles en moins grande quantité, qui peuvent être disponibles pas
nécessairement pour un approvisionnement sur une base annuelle, mais... de
faire connaître ces produits-là.
Puis, après ça, on a aidé en subventionnant une
plateforme pour mettre en contact ceux-là qui produisent avec ceux-là qui achètent
puis qui veulent distribuer. Ça fait que ça, c'est une bonne nouvelle. Puis on
a la chaîne Metro, pour ne pas les nommer,
qui ont décidé d'embrasser ce concept-là, puis, aujourd'hui, je pense, dans une
soixantaine de magasins, ils font la
promotion des produits Fourchette bleue. Alors, ça, encore là, c'est une
initiative qu'on met en place qui
vise à faire en sorte de commercialiser au-delà de nos grands produits, si on
veut, aussi, qui sont sur les marchés d'exportation, là, qui sont...
vraiment, de commercialiser les produits du Québec.
Puis, moi, souvent, quand je parle avec nos
producteurs, ce que je leur dis, c'est : Plus on va se différencier, plus vous allez avoir une histoire à raconter par
rapport aux produits que vous voulez mettre en marché, plus ça va frapper
l'imaginaire des Québécois puis plus les Québécois vont développer une
relation, puis, ultimement, ce n'est plus le produit
qu'ils vont acheter, c'est l'histoire qui est en arrière du produit. Puis on
l'a dans les huîtres, on l'a dans le homard. Tantôt, on parlait de l'identification du homard.
Aujourd'hui, toute initiative des producteurs de homards qu'on a aidés... on a
financé presque... aux alentours de 1 million de dollars pour accompagner
toute cette initiative-là. Bien, aujourd'hui, vous prenez un homard qui
vient de la Gaspésie, puis il y a une petite affichette qui est avec, puis il y
a toute l'histoire de la pêche de ce
homard-là. Ça fait qu'ultimement les gens, ils achètent plus que le produit,
ils achètent l'histoire qui est en arrière du produit.
Ça fait que moi, tu sais, j'invite nos
producteurs, j'invite nos transformateurs à développer ces histoires-là en arrière de leurs produits, comment se
différencie... Tantôt, on parlait de d'autres productions en agriculture, avec
mon collègue de Pontiac. Bien, sur le territoire, les gens qui
produisent puis qui réussissent à développer un produit qui est différencié,
avec une histoire qui est différenciée, bien, s'il se met à venter dans leur
production, bien, le fait qu'il y ait cette
différenciation-là, à laquelle le consommateur s'attache, bien, il va venter
aussi pour eux autres, mais peut-être qu'il va venter un petit peu moins, puis
ils vont être un peu moins vulnérables. Bien, dans le secteur des pêches,
encore, c'est des choses comme ça qu'on veut faire.
Puis un autre défi qu'on a, tout le défi de
l'aquaculture, hein... l'aquaculture, on a un potentiel exceptionnel au Québec, puis on s'était donné comme objectif,
là... On a une production de 1 500 tonnes. Si on compare ça avec les Provinces
maritimes, honnêtement, c'est vraiment des petites affaires qu'on fait, au
Québec, là. Bien, on veut passer de
1 500 à 3 000, mais, après ça, on est en train de mettre en place un
écosystème pour être capable d'augmenter ça de façon importante.
Le Président (M. Ciccone) : Il vous
reste 20 secondes, M. le ministre.
M. Lamontagne : ...nouvelles,
aujourd'hui, on est rendu à 2 200, alors on a un bon bout de chemin de
fait. Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Ciccone) : 15 secondes.
M. Lamontagne : 15 secondes.
Merci, tout le monde, merci à mon collègue de Pontiac pour ses interventions,
c'est toujours un plaisir de travailler avec vous, M. le Président, toute
l'équipe du ministère, du cabinet, pour votre soutien. Bien, écoutez,
être au service de nos producteurs, nos productrices, nos pêcheurs, nos
transformateurs, c'est un grand privilège, puis je vais continuer à faire ça,
là, pour les prochaines années, avec beaucoup de passion puis de détermination,
avec tout votre soutien. Merci beaucoup.
Le Président (M. Ciccone) : Merci
beaucoup. La députée d'Argenteuil avait une bonne question à part de ça, mais
ce sera pour la prochaine fois.
Une voix : L'année prochaine.
Le Président (M. Ciccone) : L'année
prochaine.
Adoption des crédits
Alors, le temps alloué à l'étude des crédits
budgétaires du portefeuille Agriculture, Pêcheries et Alimentation étant
presque écoulé, nous allons maintenant procéder à la mise aux voix des crédits.
Alors, le
programme 1, intitulé Développement des entreprises bioalimentaires et
qualité des aliments, est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M. Ciccone) : Alors,
adopté à la majorité.
Le programme 2, intitulé Organismes d'État,
est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M. Ciccone) : Alors,
adopté à la majorité.
Et, finalement, l'ensemble des crédits
budgétaires du portefeuille Agriculture, Pêcheries et Alimentation pour
l'exercice financier 2022‑2024 est-il adopté?
Des voix : Adopté.
Le Président (M. Ciccone) : Adopté à
la majorité.
Documents déposés
En terminant, je dépose les réponses aux
demandes de renseignements de l'opposition.
Et, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au mardi 2 mai, à 9 h 45, où elle
entreprendra l'étude du volet Forêt des crédits budgétaires du portefeuille
Ressources naturelles et Forêts. Alors, bon week-end, tout le monde.
(Fin de la séance à 15 h 44)