Journal des débats de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
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Le
jeudi 10 avril 2025
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Vol. 47 N° 61
Étude détaillée du projet de loi n° 69, Loi assurant la gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses dispositions législatives
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Intervenants par tranches d'heure
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Montigny, Yves
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Bouazzi, Haroun
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Fréchette, Christine
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Bouazzi, Haroun
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Fréchette, Christine
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Montigny, Yves
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Kelley, Gregory
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Paradis, Pascal
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Paradis, Pascal
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Montigny, Yves
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Fréchette, Christine
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Sainte-Croix, Stéphane
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Garceau, Brigitte B .
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Fréchette, Christine
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Montigny, Yves
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Kelley, Gregory
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Garceau, Brigitte B .
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Montigny, Yves
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Fréchette, Christine
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Paradis, Pascal
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Montigny, Yves
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Paradis, Pascal
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Fréchette, Christine
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Fréchette, Christine
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Montigny, Yves
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Paradis, Pascal
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Bouazzi, Haroun
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Fréchette, Christine
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Montigny, Yves
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Bouazzi, Haroun
11 h 30 (version révisée)
(Onze heures quarante-neuf minutes)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous avons repris nos travaux. À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission de l'agriculture, des pêcheries,
de l'énergie et des ressources naturelles ouverte.
La commission est réunie afin de
poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 69, Loi assurant la
gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses
dispositions législatives.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Bernard (Rouyn-Noranda—Témiscamingue) est remplacé par Mme Lachance
(Bellechasse); M. Rivest (Côte-du-Sud), par Mme Abou-Khalil (Fabre);
et M. Ciccone (Marquette), par Mme Garceau (Robert-Baldwin).
• (11 h 50) •
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Lors de l'ajournement de nos travaux hier, nous étions à l'étude de l'amendement
proposé à l'article 38 par le député de Maurice-Richard. Par ailleurs, je
veux vous rappeler pour tout le monde que les articles suivants, l'article 4, l'article 20,
l'article 29 à 33 et l'article 35, et l'article 36, sont
suspendus. Y a-t-il d'autres interventions sur la proposition d'amendement? Oui,
M. le député de Maurice-Richard, vous avez la parole.
M. Bouazzi : Peut-être un peu,
déjà, pour nous rafraîchir, à toutes et tous, la mémoire, ici, il est question
d'éliminer la possibilité que le privé puisse vendre au privé. Hier, Mme la
ministre a reconnu quelque chose qui est effectivement assez évident pour tout
le monde, c'est que Sainte-Thècle ou Saint-Tite n'est pas adjacent à
Shawinigan. Or, TES Canada produit... va implanter... compte implanter 133 éoliennes
sur un territoire de pratiquement plus de 100 kilomètres carrés,
pratiquement 200 kilomètres carrés, et qui intègre deux MRC au complet.
Et donc, déjà, ça pose des questions sur l'interprétation
de la loi, et, de ce que nous a dit la ministre hier, il semble assez évident
qu'à ce stade TES Canada bénéficie d'un passe-droit, mais, en plus, Mme la
ministre nous a dit que la notion d'adjacent, une fois qu'on a... on produit de
l'électricité, c'est adjacent aux espaces de production, et donc ce qu'on
comprenait de ce que disait la ministre, c'est que l'article... le paragraphe
que nous voulons enlever permettrait à une compagnie comme TES Canada de vendre
à n'importe quel client qui se retrouve justement sur les 200 kilomètres
carrés où il va y avoir les 133 éoliennes. Si ça, ce n'est pas une brèche...
Ce n'est plus un cheval de Troie, là. On est rendus à un mammouth de <Troie,
M. le Président...
M. Bouazzi :
...ce
n'est plus un cheval de Troie, là. On est rendus à un mammouth de >Troie,
M. le Président. Pour permettre la privatisation du réseau électrique ou, en
tout cas, avoir un réseau privé en parallèle avec le public, je ne sais pas ce
que c'est.
Ce qu'on a dit aussi hier, c'est que le
risque numéro un identifié par le document qui nous a été livré par M. Sabia
est le risque de l'accès à la main-d'oeuvre, et on peut se douter sans se
tromper, parce qu'on a d'autres exemples, que ce soit dans la santé ou dans
l'éducation, que, quand on a des réseaux privés parallèles avec le réseau
public, le réseau privé siphonne les expertises qui se retrouvent dans notre
réseau public, et donc ça va affaiblir et faire en sorte qu'Hydro-Québec, qui
fonctionne très bien aujourd'hui, va mal fonctionner dans l'avenir, comme ce
qu'on voit dans nos hôpitaux publics ou dans nos écoles, par manque de
ressources, alors que c'est déjà un risque identifié, et qu'on parle
d'embaucher plusieurs dizaines de milliers de personnes pour réussir la
transition qui nous a été présentée par M. Sabia.
Donc, pour ces deux raisons, je ne vois
pas comment est-ce qu'on peut défendre cette brèche ouverte dans notre réseau,
et donc j'invite la ministre à accepter cet amendement avec... salutaire, je
dirais.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre, je vous laisse la parole.
Mme Fréchette : Oui, merci,
M. le Président. Donc, bonjour à tous. Je voulais, en fait, revenir sur des
propos que m'a associé, là, le député de Maurice-Richard, à l'effet que j'avais
reconnu, là, que ce n'était pas deux zones adjacentes, là, les deux
municipalités dont il était question. Ma réponse, hier, était à l'effet que je
devais réviser ma géographie régionale dans ce secteur-là avant de répondre.
Alors, je ne comprends pas qu'on m'associe au fait que j'ai reconnu ce qu'il
prétend.
Je voudrais revenir aussi sur une autre
affirmation du député puisqu'il disait hier qu'il n'y avait pratiquement pas de
groupes qui appuyaient cet article-là. Or, on s'est replongés dans les
différents mémoires qui nous ont été présentés, et il y a vraiment une
grande... un grand nombre d'organisations qui appuient la proposition,
l'article 60. En fait, on a notamment Énergie solaire, on a Réseau
Environnement, on a l'Association de l'énergie du Québec, Écotech, on a Vantage
Data Centers, la FCEI, Nuclébec, AMQ, RES, AQPER, HEC... HEC, FCEI, FCCQ. Et je
continuerais comme ça encore un certain temps parce qu'il y en a 21, de ces
groupes. Donc, il faut quand même reconnaître que ce projet-là... cet
article-là est appuyé par un nombre significatif et varié, je vous dirais, de
groupes, l'institut Trottier également, Nergica.
Donc, voilà, c'est pour vous dire qu'il y
a un appui diversifié et large qui a été donné à cet article. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur cette proposition
d'amendement?
M. Bouazzi : Bien, je salue
évidemment les exemples que nous a donnés Mme la ministre, mais, je veux dire,
moi, pour défendre l'hôpital public, je ne vais pas prendre la parole de ceux
qui gèrent les cliniques privées, Mme la ministre. Je vais prendre la parole de
ceux qui reçoivent les services, et, dans le cas dont on parle, évidemment, les
défenseurs des consommateurs, entre autres, nous ont bien signifié que c'était
une très mauvaise... une très, très mauvaise nouvelle, étant donné qu'une des
raisons... la raison pourquoi est-ce que l'électricité coûte moins cher
qu'ailleurs au Québec, c'est parce que, justement, c'est un bien public, c'est
un... commun que nous avons et qui nous est terriblement cher.
Donc, s'il y a des gens qui vont faire de
l'argent avec une telle proposition, il est évident qu'ils sont très heureux de
le faire, et ça, c'est leur job, c'est correct. Nous, notre job, c'est de nous
assurer que les Québécoises et Québécois reçoivent de l'électricité au juste
prix, que les industries que nous pensons utiles pour l'économie et pour la
transition énergétique, écologique reçoivent les blocs, et qu'évidemment
l'effort national qui est en train de commencer sur la production de la
nouvelle énergie, bien, soit exclusivement centré sur l'électricité publique,
étant donné que c'est ça qui permet ce dont je viens de parler.
Et, encore une fois, ouvrir cette
porte-là, c'est faire fi de ce qu'on voit partout ailleurs, où, quand on a un
bien <public, que ce soit la santé ou l'éducation...
M. Bouazzi :
...cette
porte-là, c'est faire fi de ce qu'on voit partout ailleurs, où, quand on a un
bien >public, que soit la santé ou l'éducation, nous avons ouvert au
privé, et les conséquences, c'est un public qui marche de moins en moins bien,
avec moins de ressources, qui va faire en sorte qu'on va encore nous raconter
que la solution aux problèmes du public, c'est plus de privé, qui va faire que
le public va marcher encore moins bien, et, s'il vous plaît, ne créons pas des
problèmes que nous n'avons pas. Nous avons déjà assez de problèmes à résoudre.
Et donc, pour l'instant, ce n'est pas un
argument que j'ai entendu. Il faudrait me convaincre qu'il y a une abondance
de... ne serait-ce que pour les ressources humaines, de ressources humaines
qualifiées qui permettraient au privé de cohabiter avec le public sans affaiblir
Hydro-Québec et ses projets par rapport au manque de ressources qui se
retrouvent au Québec, et vous savez comme moi, Mme la ministre, que nous sommes
dans une société vieillissante, et que ça va être sacrément compliqué, là.
Donc, donc, je ne sais pas, vous avez une étude, par exemple, qui permettrait
de dire que ça ne rajoute pas de... un risque par rapport aux... à l'accès aux
ressources humaines qualifiées pour Hydro-Québec? Je ne peux pas croire qu'on
va ouvrir une brèche comme ça sans avoir au moins une analyse qui nous le
prouve.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre.
Mme Fréchette : Oui, merci,
M. le Président. La brèche à laquelle réfère le député de Maurice-Richard, elle
existe depuis 25 ans. Alors, c'est simplement qu'on vient diversifier les
sources d'énergie renouvelable qui pourront être utilisées. Donc, je n'ai pas
vu un impact considérable être généré par cette brèche d'il y a 25 ans. En
fait, il n'y a pas de projet, jusqu'à maintenant, qui a recouru à cet article.
Donc, le fait de limiter cette possibilité de vendre sur un emplacement
adjacent à un seul consommateur, un seul, je ne vois pas en quoi ça pourrait
affecter vraiment la capacité d'Hydro-Québec d'accéder à des ressources pour
son plan de développement, qui sera costaud, et dont on a grandement besoin
pour amplifier l'impact d'Hydro-Québec dans l'économie et le secteur
énergétique québécois. Merci.
M. Bouazzi : ...existe, au
juste, depuis 25 ans. Je ne suis pas sûr de comprendre le lien entre ce qu'il
y a à l'écran et ce qui existe depuis 25 ans.
Mme Fréchette : La
possibilité de vendre à un site adjacent, elle existe pour des projets qui
utilisent la biomasse. Donc, ça, ça existe depuis l'an 2000. Ça a été
amené par le Parti québécois, et donc c'est, à vos yeux, une brèche, mais qui...
25 ans plus tard, peut-on vraiment dire que c'est une brèche qui a généré
un apport, une présence considérable du privé dans le secteur énergétique?
Bien, je ne vois pas les preuves de ça. Donc, voilà, je ne pense pas qu'il y
aura un impact significatif pour Hydro-Québec du fait que l'on permet non
seulement de la biomasse, mais aussi à du solaire, ou de l'éolien, ou autres
énergies renouvelables, de reposer sur cet article.
• (12 heures) •
M. Bouazzi : Alors, j'ai du
mal à croire que... que, Mme la ministre, vous comparez vraiment ces deux
situations. Donc, on est en train de comparer que, depuis 20 ans, on a le
droit de faire de l'électricité avec du compost ou des bouses de vache, et là
on ouvre la possibilité de faire des éoliennes sur 200 kilomètres carrés
et de vendre à n'importe qui sur 200 kilomètres carrés, et vous nous dites :
Ne vous inquiétez pas, personne n'a fait d'électricité avec des bouses de
vache, donc il n'y a pas de problème avec les 200 kilomètres carrés
d'éoliennes de TES. Ce n'est pas sérieux, Mme la ministre. Est-ce que vous
pouvez nous donner un autre argument que celui-ci? Il ne tient pas, là.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre.
Mme Fréchette : Oui, en fait,
les projets pouvant... qui auraient pu avoir lieu, c'est des projets, par
exemple, d'utilisation des résidus du bois avec la biomasse.
M. Bouazzi : Aussi, pas
juste...
Mme Fréchette : Donc, c'est
des projets qui auraient pu aller de l'avant, mais, voilà, ils n'ont pas été de
l'avant malgré l'existence de cette possibilité, une possibilité qui, par
ailleurs, va nous permettre de décarboner davantage l'économie québécoise.
Donc, ça, ça ouvre une possibilité intéressante. Je crois que le collègue
endosse cette idée que nous devons décarboner. Encore faut-il donner des
outils. Alors, c'est un outil qui sera à petite échelle, vous me direz, mais,
tout de même, un outil qui, pour... Les régions qui sont concernées par cette
possibilité-là qui est apportée vont quand même avoir un levier nouveau, un
levier additionnel, advenant qu'ils veuillent aller de l'avant avec un projet
de décarbonation.
Le Président (M. Montigny) : M.
le député.
M. Bouazzi : Bon, alors,
c'est vrai, ce n'est pas juste les bouses de vache, c'est aussi les chutes de
bois. On s'entend, ceci étant dit, que ça n'a vraiment rien à voir, Mme la
ministre, avec le fait d'avoir des éoliennes de 200 mètres éparpillées sur
200 kilomètres carrés, là. C'est comme autre chose.
Sur la question de la géographie, vous
avez dit que vous avez révisé votre géographie. Est-ce que... Hier, là, on était
d'accord pour dire que Québec et Montréal n'étaient pas adjacents...
12 h (version révisée)
M. Bouazzi : ...vous avez dit
que vous avez à réviser votre géographie. Est-ce que... Hier, là, on était d'accord
pour dire que Québec et Montréal n'étaient pas adjacents. Est-ce qu'après la
révision, est-ce qu'ils sont adjacents aujourd'hui?
Mme Fréchette : Oui, oui, ça,
oui.
M. Bouazzi : Oui, oui, ils ne
sont pas adjacents ou...
Mme Fréchette : Ils ne sont
pas adjacents, Montréal et Québec.
M. Bouazzi : Bon. Et
Saint-Thècle, et avec Shawinigan, est-ce que ça se rapproche? Ça s'arrête où?
Mme Fréchette : Bien, je dois
vérifier ma... Je n'ai pas eu l'occasion de me plonger dans la géographie
régionale, là, depuis notre conversation d'hier.
M. Bouazzi : Je vais déposer
une carte du Québec, si vous nous donnez un peu de temps, juste pour voir où se
trouvent les deux MRC en question. Est-ce que.... Alors, peut-être entre
Saint-Thècle... Je dois avouer que j'ai une affection particulière pour
Saint-Thècle parce que j'avais des amis qui m'invitaient souvent là-bas. Mais
imaginons qu'effectivement vous ne sachiez pas à quelle distance est
Saint-Thècle de Shawinigan, est-ce que, je ne sais pas, moi, Lévis, c'est
adjacent à Limoilou? Restons proches d'ici.
Le Président (M. Montigny) : Juste
avant de céder la parole, vous m'avez mentionné votre intérêt de déposer.
Est-ce que c'est déposer ou plutôt partager? Parce que c'est différent au
niveau de la procédure. Ça dépend de vous. Si vous voulez procéder
officiellement à un dépôt, c'est plus complexe. Mais, si vous voulez partager
avec les membres de la commission, ça se fait plus spontanément, disons. Ça
dépend de votre décision.
M. Bouazzi : Je me pose la
question. J'ai l'impression que je vais déposer. Soyons fous!
Le Président (M. Montigny) : Vous
pouvez simplement transmettre au secrétariat. Nous transmettrons aux autres.
M. Bouazzi : Parfait.
Le Président (M. Montigny) : Ça
va être plus simple, c'est... procédure plus simple. Mais, si vous voulez
officiellement faire un dépôt pour qu'il soit enregistré comme un dépôt, c'est
un peu différent.
M. Bouazzi : Bien, j'ai l'impression
que la géographie est spécialement importante pour ce dont on parle, M. le
Président. Et puis... OK. En tout cas, on vous envoie effectivement le document
à la commission.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
M. Bouazzi : Et donc, pour
revenir à ma question, est-ce qu'une compagnie de Limoilou peut mettre une
éolienne à Lévis, Mme la Présidente... Mme la ministre?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre.
Mme Fréchette : Écoutez, on
ne va pas se mettre à faire des demandes pour chaque région du Québec. Moi, ce
que j'avance, c'est que, d'une part, TES, auquel vous référez régulièrement, c'est
de l'autoproduction. Donc, on n'est pas dans cette idée de recourir à l'article 60,
parce qu'il n'y a pas, dans leur plan d'affaires, cette idée que de vendre. C'est
pour leur propre consommation que ce projet-là existe. Donc, à partir de là, je
ne vois pas pourquoi on jouerait aux devinettes sur est-ce qu'un territoire est
contigu, ou adjacent, ou rapproché de l'autre, puisqu'on est dans un projet
avec TES d'autoproduction. Ce qui nous amène dans une autre dimension.
Par ailleurs, il faut voir qu'il y a des
projets industriels en région éloignée qui, souvent, par manque d'alternatives
et par manque d'expertise aussi à l'interne, recourent au diesel ou encore au
pétrole pour générer les activités. Donc, est-ce qu'on pourrait offrir des
alternatives à base d'énergies renouvelables pour ce type d'industrie? Il me
semble qu'on partage des vues par rapport à ce type de questionnement là. Il me
semble que ce serait intéressant qu'on puisse avoir une alternative basée sur
de l'éolien, du solaire ou de la biomasse, comme c'est déjà existant, pour
permettre à des industries en région éloignée de s'approvisionner autrement qu'à
partir d'énergies fossiles. Donc, c'est la proposition qui sous-tend cet
article-là à échelle très réduite, puisqu'il ne peut y avoir qu'un seul
consommateur. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Juste pour information, M. le député de Maurice-Richard, il vous reste à
peu près deux minutes sur votre amendement, juste pour vous planifier.
M. Bouazzi : OK. Bien, j'entends.
Alors, d'abord, en tout respect, Mme la ministre, les deux articles, dont on
parle pour TES, ici, utilisent le mot «adjacent». Ça fait que la définition du
mot «adjacent» reste terriblement pertinente, là, même si c'est de l'autoproduction.
Deuxièmement, une compagnie dont vous parlez, là, qui voudrait mettre des
panneaux solaires, qu'est-ce qui l'empêche de le faire en autoproduction?
Pourquoi ouvrir la porte du privé au privé? C'est justement possible.
D'ailleurs, nous, à Québec solidaire, on n'est
pas contre l'autoproduction. Il est possible qu'une compagnie produise pour
elle-même sans avoir à vendre à qui que ce soit. Pourquoi est-ce que ce n'est
pas ça que vous privilégiez? Pourquoi ouvrir une brèche sur la privatisation
des réseaux électriques et d'avoir des réseaux parallèles?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre.
Mme Fréchette : Eh bien,
souvent, ces entreprises-là n'ont pas l'expertise à l'interne pour aller de l'avant
avec un projet sur la base de panneaux solaires ou d'éoliennes.
(Interruption) Pardon. Donc, voilà, c'est
pour compenser cette absence d'expertise à l'interne que s'offre cette
possibilité de travailler avec une communauté adjacente pour faire en sorte de
développer un projet éolien qui pourrait alimenter, par exemple, une entreprise
qui soit à proximité. Donc, franchement, il y a là <une ouverture
intéressante...
Mme Fréchette :
…pour
faire en sorte de développer un projet éolien qui pourrait alimenter, par
exemple, une entreprise qui soit à proximité. Donc, franchement, il y a là >une
ouverture intéressante, me semble-t-il.
M. Bouazzi : Et, pour conclure,
parce qu'il ne me reste pas de temps, on est d'accord que vous n'avez aucune
étude d'impact d'une telle proposition sur l'accès aux ressources
d'Hydro-Québec, juste aucune?
Mme Fréchette : En fait, on a
une expérience de 25 ans, en ce sens que la possibilité existe avec la
biomasse. Donc, on peut voir que ça n'a pas généré un afflux considérable de
projets de cette nature-là, puisque ça n'a pas été utilisé.
M. Bouazzi : Mme la ministre,
vous faites une telle proposition pour que ce soit utilisé, là. Moi, ce que je
vous dis, ce n'est pas si on peut faire de l'électricité avec des bouses
de vache ou du bois, là, je vous dis : Là, vous ouvrez la porte à vendre
du privé au privé à partir d'éoliennes sur des grosses surfaces. Est-ce que vous
avez une étude d'impact? Il y en a eu zéro, là, de vos propres… Ce que vous
nous avez dit hier, il n'y a eu aucun projet, en 20 ans, sur de
l'électricité fait à partir du bois ou des poubelles. Ici, par rapport à ce que
vous ouvrez, est-ce que vous avez la moindre étude? Parce que c'est facile de
faire une étude sur quelque chose qui n'a jamais arrivé en 20 ans. Là, ce
qu'on ouvre la porte de la vente au privé au privé sur de gros projets éoliens,
est-ce que vous avez la moindre étude d'impact sur l'accès d'Hydro-Québec aux
ressources humaines, juste une? Je ne peux pas croire qu'il n'y en a aucune,
là, c'est trop grave, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Oui, M. le
Président. Bien, comme je dis, on a… on a l'expérience des 25 dernières
années, donc, avec la biomasse, c'était possible, et ça a été mis en place,
donc, en 2000. Et on a vu, depuis ce temps-là, qu'il commence à évoluer. Donc,
on pense qu'avec les développements technologiques en matière d'énergie
renouvelable, eh bien, il pourrait être intéressant d'élargir ça à d'autres
sources énergétiques, surtout dans un contexte de décarbonation. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Oui,
M. le député, vous pouvez y aller.
M. Bouazzi : Donc, il n'y a
aucune étude, soyons, soyons d'accord. Bon, et basé sur le fait qu'il n'y a eu
aucun projet… Bon, revenons — il me reste quelques secondes — sur
la question d'adjacent, est-ce que… donnez-moi juste, au moins, un nombre de
kilomètres, là. Je veux dire, je comprends, est-ce que… à partir de quand on
n'est pas adjacent? Parce que, techniquement, adjacent, c'est avoir une
frontière commune, ça fait que, techniquement, si on n'a pas une frontière
commune, on n'est pas adjacent. Est-ce qu'on est d'accord avec cette
définition-là qui est celle qu'on retrouve au Larousse?
Le Président (M. Montigny) : Il
vous resterait 20 secondes, M. le député. Mme la ministre, je vous laisse
la parole.
• (12 h 10) •
Mme Fréchette : Oui. Bien, je
voulais juste rappeler que le mot doit être pris dans son sens commun, donc,
lieu avoisinant, lieu continu. Voilà, c'est le sens commun du terme qui doit
être pris en considération et non pas un repère chiffré.
M. Bouazzi : Donc, dans le…
dans la compréhension commune, est-ce que Sainte-Thècle est adjacent à
Shawinigan? Et puis, si vous voulez un moment pour suspendre et regarder une «map»...
Le Président (M. Montigny) :
Merci. En conclusion.
M. Bouazzi : ...on vous l'a
envoyée, c'est correct.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Mme la ministre, souhaitez-vous prendre la parole?
Mme Fréchette : Non, merci.
Le Président (M. Montigny) : Tout
à fait. Alors, est-ce qu'il y a d'autres interventions? Malheureusement, M. le
député, il ne vous reste plus de temps. Oui, M. le député de Jacques-Cartier.
M. Kelley : Merci beaucoup,
M.le Président. Rebonjour, rebonjour, tout le monde. Mme la ministre,
hier, merci beaucoup pour certaines clarifications sur le système, et comment
ça va marcher, et comment on pourrait avoir un gros producteur d'énergie, ils
ont vraiment le droit de juste vendre à un consommateur un bungalow.
C'est intéressant, mais je veux… reviens à
l'exemple que vous cites souvent, sur les projets dans le Grand Nord, parce que
je veux juste bien comprendre cet exemple. Parce que, présentement, c'est
Hydro-Québec qui est comme responsable pour fournir l'électricité des grosses…
des communautés inuites dans le Nord puis pour les Cris. Alors, si jamais il y
a un exemple qui arrive, qu'il y a un projet minier, côté de la Baie-James,
puis il y a une communauté crie décide : Bien, on veut aider ce projet
minier, produire de l'énergie propre. J'imagine, ça va être fait en lien déjà
avec Hydro-Québec, parce qu'Hydro-Québec est responsable de fournir, qui est souvent,
dans certains cas de ces communautés, l'énergie diesel, là, ça vient du diesel,
l'énergie qu'ils utilisent pour fournir l'électricité à leurs communautés.
Alors, c'est la communauté, avec
Hydro-Québec, qui décide de faire ça, puis vendre l'électricité à un projet
minier, mais ça, c'est comme déjà un petit peu un exemple qui existe. Alors, je
cherche de comprendre cet exemple dans des régions éloignées, comment ça peut
marcher quand on a déjà un peu ce type de projet en place, que, s'il y a des communautés…
Il y a des exemples à Kuujjuaq, un projet de minicentrale pour fournir de
l'électricité à la communauté. Je ne pense pas que ça peut rendre la communauté
100 % autonome, mais, quand même, ces types de projets peut exister <dans
le Nord...
71, 77 - CSL-
- Imprimé le 29 mai 2025 à 7 :31 Fin
R -021
M. Kelley :
...de l'électricité
à la communauté. Je ne pense pas que ça peut rendre la communauté 100 %
autonome, mais, quand même, ces types de projets peut exister >dans le
Nord, mais c'est juste de comprendre encore cet exemple que vous revient sur
souvent, qui est comme le modèle qui peut marcher dans le contexte actuel.
Est-ce que ça va arriver vraiment? Est-ce que ça va être quelque chose que le
gouvernement va autoriser souvent ou c'est encore plus des projets et des
exemples vers le sud, qu'on va voir ce pouvoir qui est utilisé? Et, ça, c'est
où je comprends le sens de mon collègue d'enlever ce paragraphe-là. C'est une
proposition intéressante.
Mais c'est encore, je reviens sur cet
exemple de bien comprendre la logique de le gouvernement, que c'est dans les
territoires éloignés dans le Nord, où ils font déjà fournir de l'électricité ou
l'énergie par Hydro-Québec. Alors, dans quelle... dans quelle instance qu'on
pense que ce type d'exemple va marcher, va exister? Est-ce qu'il y a, peut-être,
des projets déjà en place ou des communautés qui demandent d'avoir ce type
de... une autorisation du gouvernement de vendre à un projet à côté? Parce que,
quand même, si on regarde l'exemple de Raglan, ce n'est pas adjacent, c'est
certain, mais quand même, Raglan a une éolienne en opération présentement. Et
je ne sais pas si peut-être il y a un projet avec ces communautés dans le Nord,
mais je cherche encore juste de bien comprendre cet exemple que vous cite
souvent.
Le Président (M. Montigny) : Merci,
M. le député. Avant de donner la parole à Mme la ministre, simplement vous
donner comme information que le document qui a été... transmis à la commission
par le député de Maurice-Richard est disponible dans la section des documents
transmis sur Greffier. Merci. Mme la ministre.
Mme Fréchette : Oui. Je vais
prendre un petit moment, s'il vous plaît. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Tout
à fait. Nous allons donc suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 12 h 14)
(Reprise à 12 h 21)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous sommes de retour. Au moment de la période de suspension, Mme la ministre,
vous aviez la parole, donc, vous avez toujours la parole.
Mme Fréchette : Oui, merci.
Alors, bon, je voulais, en fait, revenir, bien, notamment sur l'exemple de
Raglan, la mine de Raglan qui a été mise de l'avant par le député de
Jacques-Cartier. Bien, ça, c'est un bel exemple, parce qu'eux fonctionnent au
diesel, donc, au niveau de l'impact environnemental, on n'est pas dans des
orientations qui sont souhaitables à long terme pour le Québec. Donc, cet
article-là viendrait offrir une alternative basée sur de l'énergie renouvelable
pour alimenter, donc, son usine. Et ce serait beaucoup plus facile pour eux de
fonctionner avec de l'éolien généré par un parc qui serait adjacent au site,
plutôt que de développer par eux-mêmes à l'interne cette expertise-là pour
essayer de s'autoapprovisionner en énergie.
Et il faut voir que, dans ce genre de
projet là, comme Raglan, comme d'autres projets miniers, il y a toujours une
part de risque. Alors, si on dit que c'est à Hydro-Québec de prendre en charge
le développement de ce type de projet là, eh bien, on vient transférer sur les
clients québécois la part de risque qu'un client industriel est prêt à assumer
de lui-même. Alors, à partir du moment où l'entreprise croit <en son
projet...
Mme Fréchette :
...eh
bien, on vient transférer sur les clients québécois la part de risque qu'un
client industriel est prêt à assumer de lui-même. Alors, à partir du moment où
l'entreprise croit >en son projet, considère que ça va pouvoir aller de
l'avant puis avoir du succès, eh bien, c'est le client qui assume la part de
risque qui est associé au projet, tandis que, si on demande à ce que ce soit
systématiquement Hydro-Québec, là on vient socialiser... collectiviser ce
niveau de risque, alors qu'il peut être assumé par l'industriel lui-même.
Donc, il n'y a pas nécessité de transférer
des risques accrus chez les clients québécois, d'autant qu'Hydro-Québec fait
face à de nombreux projets. Elle doit choisir entre ces projets-là et... Bien,
assurément, elle va vouloir diminuer son exposition au risque et probablement
ne pas retenir des projets qui ont un certain niveau de risque. Donc, ça
risque, bref, de ne pas être des projets qui sont retenus, donc, pour lesquels
l'alimentation risque de faire défaut. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, très bien. Merci. M. le député de Jacques-Cartier, vous avez la parole.
M. Kelley : Merci, M. le
Président. Et, Mme la ministre, je ne suis pas contre l'autoproduction, et on
sait, pour plusieurs projets miniers dans le Grand Nord, pas juste au Québec,
mais au Canada en général, ils sont obligés de faire de l'autoproduction, c'est
eux autres qui fournissent le diesel, et tout ça, parce qu'il n'y a pas
d'autre... il n'y a pas de réseau proche de ces projets miniers, c'est correct.
Et quand même, dans certains cas, partout au Québec, l'autoproduction, c'est
une option intéressante. C'est plus cette question. Après ça, on sait que le
projet minier ne peut pas vendre l'énergie supplémentaire à juste un... ça doit
être un consommateur. Alors, si c'est l'autre entreprise à côté, peut-être,
mais ça, c'est un exemple pas mal rare dans le sens... peut-être dans
l'Abitibi, où on a des mines un petit peu proches à une l'autre. Mais, quand
même, j'essayais encore de juste comprendre cette capacité que souvent ce n'est
pas le projet ou le... Ce n'est pas nécessairement l'entreprise minier qui va
être capable de vendre l'électricité à quelqu'un d'adjacent, parce que c'est
une communauté autochtone, et ça, ce n'est pas un consommateur, c'est plusieurs
consommateurs, si je comprends bien.
Alors, c'est juste de clarifier un petit
peu cet exemple. Parce que, moi, dans la logique, c'est plus que les communautés
autochtones, qui sont déjà en lien avec Hydro-Québec, vendent à un site minier
avec leurs énergies renouvelables supplémentaires et... Puis c'est une autre
discussion. Je sais qu'Hydro-Québec travaille avec les différentes communautés
dans le Grand Nord pour se rendre plus... de se rendre, ces communautés, plus
dépendantes sur l'énergie renouvelable que juste le diesel, d'avoir un bon
mélange, un bon mix.
Mais, encore, la crainte, Mme la ministre,
c'est que cet... excusez-moi, pas l'amendement, mais cet article, ça vise plus
le Sud et qu'on va voir une course de certaines entreprises de chercher les
meilleurs sites pour l'éolien ou pour le solaire, de l'utiliser, cette énergie,
autoproduction, d'une part, mais de vendre le reste à une entreprise à côté.
Puis Hydro-Québec va être obligée d'aller de plus en plus vers le Nord pour
leurs sites des éoliennes, et on sait que ça, c'est un problème, ça devient
plus cher pour Hydro-Québec. Alors, c'est une crainte que j'avais avec
qu'est-ce qui est précisé dans cet article-là parce qu'il n'y a pas une limite
qui est mise sur le nombre d'autorisations que le gouvernement donner.
Peut-être vous, vous avez l'intention de diviser ça dans une façon très
limitée, mais un prochain gouvernement peut interpréter ça qu'on va laisser
tout le monde produire l'électricité où il veut, vendre à un client adjacent,
sur des conditions qui sont entre les deux, puis il prend tous, il prend tous
les sites intéressants de l'éolien puis le solaire ou les autres types
d'énergie que vous voulez.
Puis ça, c'est... je pense, un peu
problématique, ça, ça pourrait... ça peut créer une brèche, le cheval à... on a
plein des exemples. Mais c'est juste, je comprends encore, comme je dis, que ce
n'est pas seulement la ministre qui veut faire ça, mais un gouvernement après,
peut-être on va avoir une autre vision. Alors, merci pour l'écoute, M. le
Président.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, M. le député. Mme la ministre, vous avez la parole quand vous
serez prête.
Mme Fréchette : Oui, M. le
Président, mais je voudrais, en fait, préciser que c'est vraiment le plan
d'action d'Hydro-Québec qui est appelé à répondre aux besoins des Québécois en
matière d'énergie, puis à réaliser ce plan de développement énergétique pour
propulser le Québec, l'engager dans la transition énergétique. Et vous faisiez
référence, au tout début, à la mine Raglan comme étant, en fait, un endroit où
il ne pourrait pas vendre à la communauté autochtone qui serait à côté, et
effectivement, il faut qu'il y ait un seul consommateur. Donc, la logique,
c'est plus de permettre à la communauté des Premières Nations de développer un
projet éolien ou de développer un projet de <biomasse ou solaire...
Mme Fréchette :
…donc,
la logique, c'est plus de permettre à la communauté des Premières Nations de
développer un projet éolien ou de développer un projet de >biomasse ou
solaire pour vendre à l'entreprise pour qu'elle puisse se décarboner.
Donc, la logique est vraiment dans le sens
qui va pour du développement régional, développement économique et aussi une
plus grande autonomie, à la fois des Premières Nations puis des communautés,
particulièrement celles établies dans le Nord-de-Québec. Parce qu'à la base, je
vous dirais que tout le monde veut se brancher au réseau d'Hydro-Québec, mais
il arrive parfois que ce réseau-là n'est pas accessible ou, du moins, pas à
court terme. Parfois, c'est sur la base de la géographie, du milieu, parfois,
c'est parce que les capacités techniques d'Hydro-Québec sont au maximum. Donc,
c'est dans ces cas-là où cet article-là, cette orientation-là va pouvoir créer
une alternative.
Donc, entre n'avoir rien du tout et de
continuer dans un mode d'alimentation énergétique qui dégage énormément de GES
et avoir une alternative comme celle-là, de s'approvisionner sur la base
d'énergie de sources renouvelables, bien, je pense qu'on a tout à gagner pour
ceux qui veulent s'engager dans la transition énergétique à miser sur les
énergies renouvelables. Et, ce faisant, on contribue au développement
économique de communautés qui, je pense, seront souvent éloignées. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. D'autres… Oui, M. le député de Jean-Talon, vous
avez la parole.
M. Paradis : Merci. Cet
article 60 de la Loi sur la Régie de l'énergie, tel que modifié par le
projet de loi n° 69, et le projet d'amendement du collègue de
Maurice-Richard nous amènent au cœur d'une des questions les plus importantes
de ce projet de loi. Est-ce qu'il ouvre la porte à une plus grande
privatisation du secteur de l'énergie, oui ou non?
Et cet amendement-là nous amène vraiment
au cœur de cette question. Il a été dit, dans un échange précédent entre la
ministre et mon collègue de Jacques-Cartier, que le projet de loi ne changeait
rien, en réalité, et que l'autoproduction puis la vente privée, donc, d'un
producteur privé à un autre consommateur privé, à l'encontre du monopole de
distribution d'Hydro-Québec, c'était déjà prévu dans la loi. Je trouve que
c'est une information... ou c'est une affirmation intrigante, parce que, quand
on lit très bien l'article 60 actuel de la Loi sur la Régie de l'énergie,
le deuxième… le premier paragraphe, c'est celui qui prévoit le monopole
d'Hydro-Québec. C'est fondamental. Ça, c'est l'héritage de la nationalisation
de l'électricité au Québec dans les… dans les années 60. Donc, le
monopole, c'est le premier paragraphe… ou le premier alinéa de
l'article 60 actuel.
• (12 h 30) •
Les exceptions, c'est le deuxième alinéa.
Et ça dit, la loi actuelle dit ceci : «Ce droit n'empêche pas quiconque — donc,
le droit… le droit exclusif de distribution d'électricité d'Hydro-Québec — n'empêche
pas quiconque de produire et de distribuer, sur son réseau, l'électricité qu'il
consomme.» L'autoproduction, ça, c'est une modification qui a été apportée en
1996 pour reconnaître un état de fait que… avec lequel tout le monde est
d'accord. Ça a toujours existé, l'autoproduction. Tu produis pour toi-même,
chez toi, sur ton terrain, de l'électricité, puis tu le consommes.
Ce qui est intéressant, c'est ce qui a été
ajouté en 2000, on a ajouté «ou de distribuer l'électricité produite à partir
de biomasse forestière à un consommateur sur un emplacement adjacent au site de
production». Ça, c'est l'état du droit actuel. Tu peux autoproduire de
l'électricité pour toi, première exception, première brèche au monopole
d'Hydro-Québec. Puis la deuxième exception, c'est que tu as de la biomasse. De
la biomasse, là, ça, c'est sur ton terrain, c'est chez vous, puis là tu dis...
Tu as une usine qui est à côté de chez vous, tu dis : Je te produis, je te
donne de l'électricité.
Quand on parle de l'importance de nos
débats, retournons au moment de l'adoption de cette modification en 2000. C'est
Jacques Brassard qui est le ministre, qui explique que cette disposition, je le
cite, dans les débats de l'Assemblée nationale, «vise à faciliter l'utilisation
de la biomasse forestière et sa valorisation sur le plan énergétique, également,
afin de régler un problème environnemental majeur un peu partout à travers
toutes les régions du Québec». De manière plus détaillée, il continue :
«Le projet de loi permettra aussi à un producteur d'électricité, qui est généré
à partir de la biomasse forestière, de vendre directement cette électricité à
une entreprise dans la mesure où sa centrale sera installée sur un emplacement
adjacent à l'entreprise. Cette mesure permettra de réduire les impacts environnementaux
liés à l'enfouissement et à l'accumulation des résidus forestiers.»
Donc, cette brèche très limitée, incluse
en 2000, avait pour objectif de réduire les impacts écologiques des résidus
forestiers. C'est ça, l'État du droit...
12 h 30 (version révisée)
M. Paradis : ...impacts
environnementaux liés à l'enfouissement et à l'accumulation des résidus
forestiers. Donc, cette brèche très limitée, incluse en 2000, avait pour
objectif de réduire les impacts écologiques des résidus forestiers. C'est ça, l'état
du droit.
Ce qui est proposé désormais à l'article 60,
tel que modifié par le projet de loi n° 69, c'est
complètement différent. C'est maintenant d'avoir une exception très large qui
permet, à l'encontre du droit exclusif d'Hydro-Québec, de produire toute forme
d'électricité de sources renouvelables puis de le vendre à d'autres compagnies
privées, par exemple. C'est une modification majeure. C'est une modification
qui élargit la possibilité de privatiser le secteur de l'énergie au Québec.
Parce que là, soudainement, on inclut l'éolien et on prévoit un immense
développement éolien au Québec, on inclut le solaire, on inclut toutes les
autres formes d'énergies renouvelables.
J'ai deux questions pour la ministre, en
conséquence de cette mise en contexte importante. Parce qu'on a beaucoup évoqué
le fait : ah! ça avait été adopté sous le Parti québécois. Je viens d'expliquer
ce qui a été adopté sous le Parti québécois, c'est une exception très limitée.
C'est ça, l'état actuel du droit. Puis tout le monde le sait, dans le secteur,
que c'est ça, là, la biomasse. C'est chez vous, c'est sur ton terrain, puis là
tu dis à mon voisin : J'ai de l'électricité, je peux t'en donner un peu.
Puis tout le monde accepte ça. C'est ça, l'état du droit. Là, on va dire,
maintenant : Toutes les formes d'énergie renouvelable, tu peux vendre
entre entre privés. Quand les gens s'inquiètent de la volonté de ce
gouvernement de privatiser le secteur de l'énergie, là, on est au cœur de l'affaire.
Donc, dans ce contexte, j'aimerais poser
une première question à la ministre : Est-ce qu'elle maintient ce qu'elle
a dit au début de son échange avec le député de Jacques-Cartier, à l'effet que
cet article, finalement, il ne fait pas grand-chose et qu'il ne change pas l'état
du droit?
Le Président (M. Montigny) : Alors,
Mme la ministre, souhaitez-vous prendre la parole?
Mme Fréchette : Oui. Merci. Merci,
M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Tout
à fait. Vous avez la parole, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Merci. Donc,
en fait, par rapport à ce qu'avait permis le Parti québécois alors qu'ils
étaient au gouvernement, en 2000, en fait, la proposition qui est ici est, sur
certaines dimensions, plus contraignante. Parce que ce qu'avait permis le Parti
québécois en 2000 ne requérait pas d'autorisation gouvernementale. Nous, on
vient ajouter cet élément-là d'une autorisation gouvernementale pour pouvoir
aller de l'avant. Donc, on est moins permissifs par rapport à ce genre de
projet qui pourrait prendre racine.
Maintenant, on se veut aussi le reflet de
l'évolution qu'il y a eu au fil des dernières années par rapport aux énergies
renouvelables, que l'on souhaite qu'elles soient endossées par le plus grand
nombre à la fois de citoyens et également d'acteurs économiques. Et voilà, c'est
ce pour quoi on élargit à d'autres sources d'énergie renouvelables. Parce qu'à
l'époque c'était la biomasse qui se voulait une source d'énergie intéressante
pour être dans le renouvelable. Maintenant, il y a également le solaire, il y a
également l'éolien.
Et je trouve que ça vaut le coup de
reprendre ce que disait Jacques Brassard, au moment où il a fait adopter, en
fait, cet amendement, où il rappelait, d'ailleurs : Ça, s'amende ça, une
loi. «Ce n'est pas une hérésie...» Jacques Brassard : «Ce n'est pas une
hérésie que d'amender la Loi sur la Régie de l'énergie si les choses ont
évolué. Je pense qu'on est devant une évolution, les choses ont changé.» C'est
ce qu'il disait déjà à l'époque. «La situation actuellement, au début de l'an 2000,
est déjà très différente de celle qui prévalait au moment où on a adopté la Loi
sur la Régie de l'énergie en 1996.» Quatre ans plus tard. Il nous dit :
Là, les choses ont vraiment changé, il faut qu'on s'adapte. Là, on est 25 ans
plus tard. Et je peux vous dire que, oui, les choses ont changé
considérablement en matière d'énergie renouvelable. Il disait à l'époque :
«Ça a changé beaucoup, beaucoup, ça a beaucoup évolué, très rapidement. Et, en
particulier, c'est la déréglementation de la production, l'introduction de la
concurrence dans la production d'électricité, c'est ça qui est apparu partout.
Alors, c'est ce qu'on fait, tout en tenant compte de nos particularités, tout
en tenant compte de nos traits distinctifs et tout en préservant puis en sauvegardant
ce qui nous distingue, et notre grand choix démocratique qu'on a fait au début
des années 60, qui s'est traduit par ce qu'on appelle le pacte social.»
Donc le PQ a agi, en respect du pacte
social, à élargir néanmoins ce qui est maintenant l'état du droit. Alors, c'est
notre vue également de respecter ce pacte social là. Il est fondamental.
Maintenant, les choses ont changé, 25 ans plus tard. Les énergies
renouvelables sont plus accessibles, sont plus compétitives, <et on
pense...
Mme Fréchette :
...
Les énergies renouvelables sont plus accessibles, sont plus compétitives, >et
on pense qu'il y a là un levier de développement intéressant pour des
communautés qui n'ont pas accès à de l'énergie renouvelable aisément et qui
pourraient, par le... par le fait même, développer leur autonomie et
diversifier leurs sources de revenus. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Je trouve ça
fort de café que la ministre dise : Ah! nous, ça va être plus restreint
parce qu'il va y avoir une forme de contrôle. Puis là elle cite... je cite son
article 60, tel que modifié : «Que le gouvernement autorise — les
projets de vente de privé à privé — aux conditions qu'il détermine».
Ça, c'est le gouvernement qui s'octroie un pouvoir discrétionnaire. Puis on a
vu ce que ça a donné dans les dernières années, là, à qui on a donné des blocs
d'énergie, au Québec, puis à quelles conditions. Comment ça se fait qu'on a
autorisé le projet TES? Pourquoi ce projet-là? Pourquoi pas d'autres projets?
Parce que l'ancien ministre a dit : C'est magique, TES. Il m'a répondu ça
ici, en commission parlementaire : C'est magique.
Puis le... Puis j'aimerais savoir si la
ministre est d'accord avec son prédécesseur qui a dit que son projet de loi
vise à encourager la production privée d'électricité et la vente de celle-ci.
Je le cite, 22 janvier 2024. Est-ce que la ministre ne convient pas avec
moi, selon les termes mêmes de l'article qu'elle propose, que c'est un
élargissement majeur de la possibilité pour une entreprise privée de vendre de
l'électricité à une autre entreprise privée? Parce qu'avant c'est la... c'est
l'article qui le dit, avant c'était limité à la biomasse. Que les Québécois
comprennent, là, ça, ça veut dire que tu as de la biomasse chez vous puis que tu
en vends à ton voisin, point final. Et là, aujourd'hui, vous dites : Tout
producteur privé d'énergie renouvelable va avoir cette possibilité-là. Puis
après ça on va aller dans ce que ça veut dire. Parce que, quand on parle de
biomasse, la biomasse, c'est très circonscrit. Donc, la nécessité de définir ce
qui est adjacent de la biomasse, c'est pas mal facile. Quand on parle d'un parc
éolien à des dizaines de kilomètres d'une usine, c'est d'autre chose.
Est-ce que la ministre convient que son
gouvernement élargit, dans les termes mêmes de l'article 60, la
possibilité de vendre entre entreprises privées, qu'un producteur privé vende à
une entreprise privée, oui ou non?
• (12 h 40) •
Le Président (M. Montigny) :
Alors, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Alors, merci,
M. le Président. Donc, j'ai l'impression que le collègue a une vue un peu
folklorique de ce que peut être la biomasse. C'est comme si quelqu'un utilisait
ses résidus de bois dans sa cour pour alimenter en énergie lui-même et son
voisin. La biomasse, là, ça peut se faire à très grande échelle, là, et ça se
déplace, là. Donc, je ne vois pas pourquoi la biomasse, ce serait acceptable,
mais, si c'est à partir de vent ou d'énergie solaire que l'on développe ce type
de projet là, là, ça devient vraiment dangereux. Franchement, il y a deux
poids, deux mesures dans la logique du député de Jean-Talon.
Et je voudrais souligner, en fait,
quelques-uns des commentaires qui ont été... qui ont été faits à travers les
mémoires puis les interventions qu'on a eues en commission quant aux retombées
qu'aura cet article-là. Et je commencerais par Pierre-Olivier Pineau, hein,
quand même, qui s'y connaît passablement, qui est passablement respecté. Et il
dit que cet article-là, ça permettrait à des acteurs diversifiés, notamment des
coopératives, des municipalités, des entreprises, de développer des solutions
innovantes et adaptées aux réalités technologiques et économiques actuelles.
Si on regarde du côté de l'AQPERE,
l'association québécoise pour l'efficacité...
Une voix : ...
Mme Fréchette : ...l'énergie
renouvelable, pour l'énergie renouvelable, ils nous disent : «En
élargissant le cadre juridique à toutes les sources d'énergie renouvelable, le
projet de loi ouvre de nouvelles perspectives pour les producteurs d'énergie,
favorisant ainsi une plus grande diversité dans le mix énergétique du Québec.» Ce
qui est quand même intéressant.
La FCEI dit : «Cette ouverture a le
potentiel de permettre à des PME de tester et de développer des idées et des
technologies nouvelles.»
Ensuite, l'AIEQ nous dit que cette
proposition encourage la résilience des clients et partenaires industriels et
aussi des communautés près de la consommation qui désireront devenir
partenaires de production et de gestion de microréseaux.»
Et on a également une entreprise qui nous
dit : «Ce mécanisme permettrait aux entreprises de contribuer à la
production d'énergies alternatives, tout en assurant un approvisionnement
direct et équitable pour leurs projets, optimisant ainsi l'efficacité
énergétique dans les régions.»
Donc, des groupes <comme ça, on en
a...
Mme Fréchette :
…
ainsi l'efficacité énergétique dans les régions.»
Donc, des groupes >comme ça, on
en a 21 qui se sont prononcés en faveur. Puis je pense que c'est important de
rappeler leurs vues de ce que pourra générer cet article-là en termes de
retombées. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Fort bien, je...
La ministre cite des sources, qui sont contentes de ce changement et qui disent
que c'est un changement de paradigme. Maintenant, j'aimerais qu'on puisse…
j'aimerais qu'on puisse citer la ministre elle-même. Est-ce qu'elle est gênée
d'assumer la posture de son gouvernement? Est-ce qu'elle est gênée de le dire
ici? Parce que c'est son article qui dit ça, l'article 60 actuel limite la
capacité d'un producteur privé de vendre à une entreprise privée au cas de la
biomasse, point à la ligne. Votre projet de loi dit maintenant : Tout
producteur privé de toute forme d'énergie renouvelable peut vendre à une
entreprise privée.
Je demande d'assumer votre posture pour
que les Québécois vous entendent. C'est… Ce sont vos mots, c'est votre projet
de loi. Est-ce que, oui ou non, le gouvernement de la CAQ est en train
d'élargir la possibilité qu'une entreprise privée vende de l'électricité à une
autre entreprise privée? Est-ce que vous êtes en train d'élargir la voie à une
plus grande privatisation du secteur de l'énergie au Québec, oui ou non?
Le Président (M. Montigny) : Mme
la… Mme la ministre, je vous laisse la parole.
Mme Fréchette : Merci.
Écoutez, on n'est pas du tout dans un autre paradigme, on est dans le même
paradigme que celui établi par le Parti québécois il y a 20 ans.
Seulement, on vient apporter une contrainte additionnelle, parce que le
gouvernement doit autoriser chacun des projets, ce qui n'était pas le cas à
l'époque du PQ. Donc, c'est quand même un droit de regard très important, avec
des conditions, par exemple en termes d'impact régional, bon, de création
d'emplois, s'il y a lieu. Donc, tout ça, ça pourra être encadré. Donc, on n'est
pas dans un nouveau paradigme, on est dans la même logique, si ce n'est qu'on
vient permettre un recours à des nouvelles sources d'énergie renouvelable qui
maintenant sont plus accessibles et sont plus compétitives et qui vont
permettre à des… à des acteurs, qu'ils soient communautaires ou entrepreneuriaux,
au lieu d'attendre des années, bien, de pouvoir prendre action pour pouvoir
s'approvisionner en énergie renouvelable. Et, ce faisant, ça va permettre la
décarbonation aussi de plusieurs industries qui voudront recourir à ce
procédé-là, advenant qu'ils soient nombreux. Parce que, comme je le disais, ça
fait 25 ans que ça existe, cette permission-là et ça n'a pas généré une
hécatombe, aucune. On est dans le même paradigme. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, très bien. Merci. M. le député de Jean-Talon, vous avez la parole.
M. Paradis : C'est très
intrigant, ce fait que la ministre a l'air gênée d'assumer ce que son projet de
loi dit, en tout cas. Parce que ce n'est pas le même paradigme, on passe de la
biomasse forestière, point, à toutes les formes d'énergie renouvelable.
On va prendre les choses autrement. On a
posé à plusieurs reprises la question à l'ancien ministre, je lui pose
maintenant à elle. Le projet TES Canada, c'est l'initiative-phare de ce que
sera l'article 60 dans le futur, c'est le ministre Fitzgibbon qui nous l'a
dit à plusieurs reprises. On lui a posé la question, puis il nous a toujours
dit : Bien oui, c'est permis par la loi actuelle. C'est un projet avec de
l'éolien pour produire de l'hydrogène. J'aimerais savoir en quoi, au moment de
son autorisation par le ministre… Parce que la ministre dit : Ah oui! mais
attendez, là, on s'est… on s'est donné un pouvoir discrétionnaire d'autoriser
les projets. Ce n'est pas du tout un garde-fou. Mais voyons comment ça a marché.
En quoi le projet TES était légal au moment où il a été déposé? En quoi il
cadre dans l'article 60 tel qu'il existe actuellement? En quoi un projet
d'éoliennes, ça rentre dans une exception qui parle de biomasse?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre, vous avez la parole.
Mme Fréchette : Oui. Merci,
M. le Président. Si on veut parler de changement de paradigme, bien moi, je
ramènerais, en fait, le collègue de Jean-Talon à ce qu'a permis le Parti
québécois quand il était au pouvoir. Il a permis de déréglementer la production
d'énergie au Québec. Déréglementer la production. Ça, j'appelle ça un
changement de paradigme. Là, on est ailleurs. Et ça a permis, en fait, d'avoir
accès à des prix beaucoup plus compétitifs, cette déréglementation-là qu'a
générée le Parti québécois. Donc là, je pense qu'il y a eu un changement
notable, significatif. Quand on dit qu'on passe de la biomasse à d'autres
sources d'énergie renouvelable, je tiens à le rappeler, je l'ai fait souvent,
c'est pour alimenter un seul <consommateur...
Mme Fréchette :
…
renouvelable, je tiens à le rappeler, je l'ai fait souvent, c'est pour
alimenter un seul >consommateur, pas une collectivité, là, pas un
territoire habité, là, de milliers de personnes, là. On parle d'un consommateur,
alors... qui par ailleurs va permettre de créer des emplois, générer de la
décarbonation. Donc, le changement de paradigme, si on compare à ce qu'a fait
le PQ quand ils étaient au pouvoir, en matière de déréglementation, on est
vraiment ailleurs. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. M. le député de Jean-Talon, vous avez la parole.
M. Paradis : On n'est même
pas proche d'avoir le début d'une réponse, là. Vous dites : Est-ce qu'il y a un
changement ou non? Bien moi, je dis : Bien, discutons du projet actuel. Où est
l'assise juridique du projet TES actuellement? Je prends… Je prends l'avis de
projet déposé par TES Canada, avis de projet pour le projet Mauricie. Donc, il
y a un tableau ici, là, qui explique comment ça marche, le projet TES, hein, donc,
on voit qu'il y a de l'hydroélectricité, de l'éolien et de l'eau...
Le Président (M. Montigny) :
Je ne veux pas vous brimer, là, mais je veux juste rappeler, là, que c'est
important d'avoir des tableaux didactiques.
M. Paradis : Voici mon
tableau didactique, il est très petit, là, mais ce n'est pas grave, juste en
expliquant, là, ça va… ça va faire le… ça va faire le travail.
Le Président (M. Montigny) : Il
y a des règles, quand même, pour les tableaux didactiques. Mais je vous
remercie.
M. Paradis : Très bien. Le
projet tel que schématisé par TES Canada prévoit qu'il va y avoir des apports
en hydroélectricité, en eau, en énergie… d'autres énergies renouvelables, de
l'éolien, qu'ils vont fournir un électrolyseur, l'électrolyseur va fournir de
l'hydrogène qui va aller vers le transport lourd, qui va aller vers le
transport de gaz, qui va aller vers les industries lourdes, tout ce
processus-là qui a été autorisé par le gouvernement, quelle assise juridique,
dans l'article 60 actuel, qui n'autorise la vente d'une compagnie privée à
une autre compagnie privée que dans le cas où c'est de la biomasse?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre.
Mme Fréchette : Oui. Bien, on
l'a dit, on l'a dit à plusieurs reprises déjà, là, TES, c'est de
l'autoproduction, hein, de l'autoproduction. L'autoproduction, ça existe, là,
depuis les tout débuts. On peut penser à Produits forestiers Résolu, on a la
région du Saguenay qui repose dans une partie significative sur de
l'autoproduction au niveau industriel. Donc là, on est dans un autre… une autre
dimension. Par ailleurs, le projet TES va permettre, puis je profite pour le
souligner, là... de permettre au Québec de rencontrer 20 % de sa cible
quant à la présence du GSR dans le gaz distribué. Donc, vraiment, là, il y a un
élément important à atteindre comme objectif. TES va pouvoir y contribuer. Mais,
je répète, c'est de l'autoproduction. Donc, ça, c'est quelque chose qui existe
depuis... depuis le début, en fait, d'Hydro-Québec, depuis… Donc, voilà.
Puis ma mère vient du Saguenay—Lac-Saint-Jean,
alors je peux vous dire qu'il y a une région qui bénéficie grandement de ce
type d'autoproduction en matière de création d'emplois, de développement
économique. Puis c'est quelque chose, je pense, qui est… qui a généré son lot
de retombées positives pour les Québécois, en termes de richesse. Bien sûr,
Hydro-Québec, c'est notre plus grand générateur de richesse par rapport à ce
que peut générer l'énergie, mais voilà, quand vous allez à Saguenay, Lac-Saint-Jean,
vous comprenez aussi que de l'autoproduction peut être générateur de richesse.
• (12 h 50) •
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, merci, Mme la ministre. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Je vais être
curieux de savoir si c'est vraiment de l'autoproduction ou s'il y a de la
vente. Parce que, même dans la façon dont le projet est présenté, je trouve que
ça n'a pas l'air d'exclure du tout la vente à d'autres entreprises privées. Mais
on cherche toujours l'assise juridique de ce projet-là. La ministre elle-même a
dit hier : Oui, mais depuis 25 ans il n'y en a presque pas eu. Le
ministre Fitzgibbon a annoncé qu'il allait y en avoir plein, des projets comme
TES.
Puis le problème d'un projet comme TES,
dans le cadre juridique que la ministre propose, là, pour que les gens
comprennent bien, c'est qu'actuellement, quand tu regardes la zone de projet
telle que proposée par TES, ça couvre presque entièrement la MRC des Chenaux
puis la MRC de Mékinac. Alors, disons que ça, c'en est un, là, projet où il
pourrait y avoir de la vente à un autre producteur. Parce que c'est ça,
maintenant, un projet d'énergie renouvelable, c'est un modèle. Que la ministre
dise : Celui-là, il est en autoproduction, il va y en avoir d'autres, des
projets éoliens comme ça, beaucoup plus que de la biomasse.
Qu'est-ce qui est adjacent à tout ce
territoire-là? Quand tu as un parc éolien, une ligne de transmission de
plusieurs dizaines de kilomètres, une usine de production qui est à côté d'une
autre usine de <production…
M. Paradis :
...
dizaines de kilomètres, une usine de production qui est à côté d'une autre
usine de >production, d'une autre forme d'énergie, dans le cas de TES,
par exemple, du gaz, qu'est-ce qui est adjacent à ça? À qui on... Si on disait...
Eux autres, ils veulent vendre à un producteur privé. Maintenant qu'ils ont
leur facilité d'autoproduction, ils disent : Bon, bien, je regarde
l'article 60, moi, ça me dit que je suis un producteur d'énergie
renouvelable, je peux vendre à quiconque qui est adjacent à côté de chez nous.
Qu'est-ce qui est adjacent à tout ça, ces centaines de kilomètres carrés? C'est
ça, le problème du projet de loi n° 69. Avez-vous
évalué ça? Qu'est-ce qui va empêcher maintenant une entreprise qui a... qui a
une autorisation d'autoproduction comme ça de dire : Bon, bien, OK,
maintenant, j'ai de l'énergie, j'en produis plus, n'achetez pas votre énergie
d'Hydro-Québec, je vais vous en vendre, moi? Puis là j'ai des centaines de
kilomètres d'adjacents à côté de moi.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Alors, simplement pour vous mentionner que nous ajournons bientôt, là, ça
avance vite. Alors, je fais juste vous dire ça, de surveiller l'heure. Mme la
ministre.
Mme Fréchette : Oui. D'une
part, je voudrais dire que ça ne fait pas la file, hein, devant le ministère
pour présenter des projets d'autoproduction comme TES en développe un. Je veux
dire, à ma connaissance, il n'y en a pas d'autres dans les cartons pour
l'instant. Alors, voilà, si ça devenait un Klondike, je pense qu'on aurait vu
les gens se ruer avec des projets à la carte, mais ce n'est pas le cas. Donc,
c'est toute une entreprise que de se lancer... se lancer là-dedans, puis on a
besoin de projets qui vont nous permettre de décarboner des secteurs qui ne
peuvent l'être à travers l'électricité.
Donc, est-ce que le député réalise que
l'autoproduction ne pourra être vendue qu'à un seul consommateur? Là, j'entends
qu'il prévoit, là, qu'il y aura comme des zones immenses, très vastes qui
pourront faire l'objet de vente d'énergie. Mais la vente de l'énergie ne pourra
être destinée qu'à un consommateur, un bungalow, par exemple, un chalet. Ça va
être ça, un consommateur, ça ne peut pas être d'autre chose. Ça, c'est très
clair dans le projet de loi, c'est un seul consommateur. Alors, pourquoi y
aurait-il des entreprises, des industries qui feraient des pieds et des mains
pour vendre à un consommateur? Là, il faudra m'expliquer le modèle d'affaires,
là. Parce que c'est des investissements conséquents, colossaux qui sont requis
pour ce genre de projet là, tout ça pour vendre à une personne? Il faudra
m'expliquer la logique qui habite le... qui justifie les craintes du député
parce que moi, je ne les comprends pas, vraiment, je ne vois pas là de
potentiel de développement à grande échelle de centaines de projets, non,
franchement.
Puis comme je vous disais, des projets
comme TES, bien, ça, c'est de l'autoproduction, on est dans une autre
dimension. Mais je peux vous dire que ça ne court pas les rues comme type de
projet. Et voilà, l'article limite et contraint grandement ce qu'il sera
possible de faire, notamment du fait que c'est un seul consommateur. Et par
ailleurs il devrait y avoir une autorisation du gouvernement du Québec, ce qui
n'était pas le cas jusqu'à maintenant. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? M. le député.
M. Paradis : Je suis très
surpris par la réponse de la ministre parce que les inquiétudes, elles ont été
générées par son propre gouvernement. Moi, ça fait un an et demi que je suis
élu, M. le Président, j'ai eu plusieurs interactions, y compris en commission
parlementaire, avec le prédécesseur de la ministre. Je l'ai entendu des
dizaines de fois répéter que TES, c'est un projet magique, qu'ils vont se
multiplier, et que le gouvernement les encourageait, et que ce qu'ils voulaient
faire, c'était élargir.
Puis je vais vous le dire c'est quoi,
l'histoire. Parce qu'elle dit : Ah! attendez, les gens ne se précipiteront
pas. Mais c'est ça, le problème avec l'article 60. Parce que, là, ce qu'on
va dire, c'est que vous allez pouvoir faire de l'argent avec ça. Hydro-Québec
va se priver de la possibilité de faire des profits puis de vendre lui-même,
parce qu'on va dire : Si vous développez votre capacité de production, d'autoproduction,
après ça, on vous donne la possibilité de faire de l'argent en vendant de
manière bien plus ouverte qu'avant à d'autres entreprises. Vous allez faire de
l'argent avec ça. Une entreprise à votre choix, sur 100 kilomètres d'adjacents.
Alors qu'avant c'était : Tu produis chez vous, celui qui est immédiatement
ton voisin, il n'y en a pas 1 000, il est là.
C'est un signal que le gouvernement de la
CAQ lance dans son projet de loi, à même le texte, mais ça a été le message du
gouvernement lui-même au salon bleu, au salon rouge, ici en <commission. Parce
qu'il a dit...
M. Paradis :
message
du gouvernement lui-même au salon bleu, au salon rouge, ici en >commission.
Parce qu'il a dit, ça a été le message : Hydro-Québec n'est pas capable, Hydro-Québec
n'est plus capable, jamais, on ne va y arriver. Donc, on veut plus de
producteurs privés qui vont avoir plus de possibilités de vendre à des
entreprises privées. C'est le gouvernement de la CAQ qui envoie ce message-là,
depuis longtemps, et c'est ce que dit l'article 60. L'article 60
n'est pas anodin, il change complètement la donne. Je veux dire, ça ne peut pas
être plus clair, le texte même, lui, dit : avant, très restreint, deux
petites exceptions au monopole d'Hydro-Québec, toutes petites; puis là on dit :
Ah! maintenant, tout ce qui est production de source renouvelable, vous
développez ça puis vous avez la capacité de vendre puis de faire de l'argent
avec ça. C'est ça, le signal.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre, vous avez la parole, Mme la ministre. Juste pour vous informer, il
reste à peu près une minute.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Bien, écoutez, je trouve quand même étonnant que le collègue, qui
est avocat par ailleurs, s'en remette plus aux déclarations de mon prédécesseur
quant à l'impact qu'aura cet article-là qu'à ce que contient l'article
lui-même. C'est quand même particulier. Comme si les déclarations du
prédécesseur allaient prendre les devants sur le contenu de l'article.
Or, le libellé de l'article, c'est ça qui
fait foi de ce qui peut arriver. Alors, si on regarde l'article tel qu'il est,
bien, on comprend bien qu'il n'y a pas de changement de paradigme. On comprend
bien qu'il ne doit y avoir qu'un seul consommateur. On comprend bien que ça
pourra générer une alternative pour des gens qui n'en ont pas, parce
qu'Hydro-Québec est très sollicitée dans le contexte actuel de transition
énergétique. Et il y a bien des clients qui, malheureusement, ne pourront pas
voir leurs projets être mis en œuvre, à courte échéance ou à moyenne échéance.
Et là on vient offrir une alternative qui permettrait par ailleurs de
décarboner, parce que c'est souvent des clients qui roulent sur la base
d'énergie fossile. Donc, merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Alors, je vous remercie de votre collaboration.
Compte tenu de l'heure, la commission
suspend ses travaux jusqu'à 14 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 59)
14 h (version révisée)
(Reprise à 14 h 13)
Le Président (M. Sainte-Croix) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'agriculture, des pêcheries, de
l'énergie et des ressources naturelles reprend ses travaux. Nous poursuivons l'étude
détaillée du projet de loi n° 69, Loi assurant la
gouvernance responsable des ressources énergétiques et modifiant diverses
dispositions législatives.
Lors de la suspension de nos travaux, cet
avant-midi, nous en étions à l'étude de l'amendement proposé à l'article 38
par le député de Maurice-Richard. Y a-t-il d'autres
interventions sur cet amendement? Oui, Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Ça a l'air que
c'est moi.
Le Président (M. Sainte-Croix) :
La parole est à vous.
Mme Garceau : J'attendais mon
collègue, je n'étais pas certaine... Merci, M. le Président. J'ai écouté avec
beaucoup d'intérêt les échanges entre Mme la ministre et mes deux collègues. L'inquiétude
de la privatisation, elle est là et... mais je comprends l'idée exprimée par la
ministre concernant toute la question de la nécessité pour joindre les régions
éloignées, aussi distribution, développement pour les Premières Nations.
Et là je tente de comprendre l'objectif, l'étendue,
je devrais dire, de l'objectif, l'étendue de l'objectif de cette deuxième
partie de l'article 60, qui, évidemment, fait partie de l'amendement de
mon collègue de Maurice-Richard, l'étendue. Parce que ce n'est pas clair pour
moi lorsqu'on regarde... Parce que, oui, ça va être l'exception à la règle :
«Ce droit n'empêche pas quiconque produisant de l'électricité de source
renouvelable de la distribuer à un seul consommateur»... Puis on a déjà eu des
échanges en ce qui a trait à la définition «client», «consommateur», Québec, à
l'extérieur du Québec.
Donc, j'aimerais débuter avec... Vous voyez
où est-ce que je m'en vais, hein, Me Marois? Pour les fins de cette partie, compte
tenu des préoccupations, et des préoccupations aussi des Québécoises, Québécois,
des groupes, très légitimes, en ce qui a trait à la privatisation, et aussi,
évidemment, les conséquences qui en découlent, on parle de quoi? C'est quoi, l'intention?
Puis je le sais, que mon collègue de Jean-Talon avait parlé... ah! bien, vous
savez, votre prédécesseur avait dit telle, telle, telle chose.
Mais c'est sûr et certain que... puis Me
Marois le sait, que c'est toujours très, très important de voir quelle est l'intention
d'un législateur. Et donc c'est vous, ça, Mme la ministre. Donc, en ce moment,
vous portez... c'est votre dossier. Donc, pour vous, c'est quoi, la... l'intention
ici lorsqu'on précise? On ne parle pas d'une collectivité, on ne parle pas des
consommateurs, on ne parle pas des clients, on parle d'un consommateur. Ça, c'est
très précis. Ça a quand même une certaine définition, mais j'aimerais connaître
la vôtre.
Le Président (M. Sainte-Croix) : Merci,
Mme la députée. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette : Oui. Merci, M.
le Président. Bienvenue, M. le Président.
Le Président (M. Sainte-Croix) :
Merci beaucoup.
Mme Fréchette : J'ai eu le
temps de manger mon petit chocolat Caramilk.
Des voix : ...
Mme Fréchette : Notre timing était
parfait. Alors donc, l'intention... En fait, vous le savez, on est dans un
contexte de <resserrement...
Mme Fréchette :
...était
parfait. Alors donc, l'intention... En fait, vous le savez, on est dans un
contexte de >resserrement de l'offre énergétique. La transition
énergétique a généré un rehaussement de la demande énergétique, l'offre aussi
n'a pas été développée comme il a... elle aurait pu ces dernières années. Donc,
on s'est retrouvés dans une situation où on a des projets intéressants qui
pourraient être supportés, mais parce que les mégawatts se font plus rares, on
n'est pas en mesure de le faire. On a aussi des communautés que, j'entends,
souhaitent s'investir ou s'engager dans le développement d'énergie
renouvelable, que ce soit éolienne ou solaire, et qui, par le fait même, se
génèrent des revenus plus diversifiés. Donc, je pense qu'il y a une belle
combinaison à laquelle répond cet article-là, à savoir qu'on peut permettre à
des entreprises de se... de déployer leurs projets, alimentés par un
développement énergétique, éolien, ou solaire, ou de biomasse et faire en sorte
que les deux interagissent pour s'épauler et répondre aux besoins de l'un et de
l'autre.
Donc, ça répond aux objectifs de
transition énergétique, ça répond aux objectifs de décarbonation, ça répond à
la volonté de diversifier les revenus, de faire du développement économique,
particulièrement en région éloignée. Je pense que ça va être le... une zone
assez centrale pour ce type de projets là. Donc, voilà, ça vient cocher
plusieurs cases dans un contexte de transition énergétique. Et moi, je suis
bien contente de voir la conversion énergétique qui pourra être opérée. Ça fait
partie des objectifs, hein, qu'on s'est donnés, la conversion pour la
transition énergétique. Et il y a probablement des projets qui actuellement
reposent sur de l'énergie fossile, qui, du fait de cet article-là, pourront
dorénavant s'approvisionner en énergie éolienne ou solaire, en énergie renouvelable.
Le Président (M. Sainte-Croix) : Merci,
Mme la Présidente. Je vous cède la parole, Mme la députée.
• (14 h 20) •
Mme Garceau : Donc, on va
continuer cette conversation, Mme la ministre, parce que vous avez mentionné
deux choses importantes, les projets intéressants que vous avez, il y a des
projets intéressants, et aussi les communiqués... des communautés, excusez,
qu'elles veulent... il y a des communautés qui veulent s'engager dans la
transition énergétique, et tout ça. Donc, je voulais avoir... je voulais que
vous puissiez peut-être expliquer c'est quoi, actuellement, les projets
intéressants qui feraient en sorte que ces projets-là, avec l'adoption de cet
article, vont avoir lieu. C'est des projets qui vont faire partie de votre
autorisation, parce que je comprends que le gouvernement va devoir autoriser
tout nouveau projet. Donc, est-ce qu'on a déjà en vue certains projets où le
gouvernement songe déjà évidemment à autoriser à temps l'adoption du projet de
loi? Je veux juste vous entendre là-dessus.
Le Président (M. Sainte-Croix) : Mme
la ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette : Merci. Merci,
M. le Président. Non, je n'ai pas de projets concrets que je sais qui sont dans
les cartons et qui n'attendent que l'adoption d'un article de la sorte pour
aller de l'avant. Il faut voir qu'en ce moment, ce qui est permis, c'est de le
faire, mais avec de la biomasse, donc ça ne cadre pas nécessairement avec tous
les... tous les types de projets ou encore les régions auxquelles ça pourra
s'adresser en élargissant à d'autres sources d'énergie renouvelable.
Mais le concept reste qu'on est dans un
cadre où l'offre énergétique est restreinte. Puis il y a beaucoup de projets
qu'on pourrait mettre de l'avant, certains avec un certain niveau de risque,
que probablement nous, comme gouvernement ou... en fait, comme, comment dire,
actionnaires d'Hydro-Québec, trouverions que ce serait un projet un peu risqué
à faire assumer par Hydro-Québec et qui, avec un tel article, pourrait aller de
l'avant parce que des industriels, eux, verraient l'opportunité et seraient
prêts à assumer une part de risque et pourraient travailler avec une communauté
adjacente environnante. Donc, moi, je pense que ça va générer des projets
nouveaux, mais, pour l'instant, je n'en ai pas, là, sur... sur la table.
Le Président (M. Sainte-Croix) : Merci,
Mme la ministre. D'autres commentaires? Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Oui. Parce que,
la façon que vous venez de répondre à ma question, Mme la ministre, on dirait
que vous en avez déjà en tête, des projets, là. Il y a peut-être des
entreprises, il y a peut-être des gens qui vous ont déjà consultés avec des
projets. Est-ce que j'ai raison à dire qu'il y a des personnes, des organismes,
des entreprises qui a communiqué avec vous, avec votre ministère pour dire :
Nous, on veut... on a un projet en ce qui a trait à la production d'électricité
de ressource... de source renouvelable?
Le Président (M. Sainte-Croix) :
Mme la <ministre...
Mme Garceau :
...ressource...
de source renouvelable?
Le Président (M.
Sainte-Croix) : Mme la >ministre.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Non, je n'ai pas eu de proposition de cette nature-là. Donc, il y a
des... les projets qui se déroulent en ce moment, là, par exemple l'Alliance de
l'énergie de l'Est, là, qui sont dans un... dans l'énergie renouvelable, mais
qui ne reposent pas sur cet... ce type d'article là. Donc, je n'ai pas eu de
projet à proprement parler en lien avec un tel article.
Le Président (M. Sainte-Croix) : Mme
la députée de Robert-Baldwin, vous désirez continuer?
Mme Garceau : Oui, s'il vous
plaît.
Le Président (M. Sainte-Croix) : Allez-y.
Mme Garceau : Parce que mon
collègue de Jean-Talon avait soulevé une préoccupation quand même assez
importante au niveau de la privatisation, production, vente d'une entreprise à
une autre entreprise. Et donc il y aurait quand même, juste dans cette
définition-là, un élargissement, si je peux dire, de l'article... de l'étendue
de l'article 60 actuel, qui était limitée, là, à la biomasse forestière.
Donc, dans vos réponses, lorsqu'on parle
de projets intéressants qui vont faire en sorte qu'ils vont aller alimenter en
énergie renouvelable des entreprises, des communautés, des municipalités, c'est
là, là, j'essaie de comprendre. Parce qu'il me semble que... Je ne veux pas le
dire de cette façon-là puis je ne veux pas porter de mauvaise intention, là, ce
n'est pas ça, l'idée. On dirait qu'«un seul consommateur» n'est pas le bon
terme à utiliser ici dans... Je ne veux pas dire : On est en train
d'induire tout le monde en erreur, là, mais, il me semble, l'idée, si on
regarde le projet au complet, ce n'est pas d'aller produire et de vendre à une
personne. Ce n'est pas ça, l'idée, non, et c'est pour ça que... est-ce qu'on ne
devrait pas peut-être réviser cet aspect-là pour qu'elle reflète vraiment
l'intention du législateur?
Le Président (M. Sainte-Croix) : ...Mme
la députée. Mme la ministre.
Mme Fréchette : Oui, merci,
M. le Président. Bien, notre intention, c'est que justement ça ne prenne pas
une ampleur que l'on ne souhaite pas que ça prenne. Donc, c'est pour ça qu'on
l'a réduit à un seul consommateur. Donc, ce ne serait pas... Comment dire? Les
projets qu'on va voir arriver ne seront pas justifiés par la volonté de vendre
à un consommateur. On ne veut pas que ce soit ça.
Il faut que ce soit, en fait... bien, à
moins que ce soit... Non, je me... je me reprends, parce que ça peut être une
communauté qui vend à une entreprise, mais ça ne peut pas être une entreprise
qui va générer un projet dans l'optique de dire : Je vais aller le vendre,
mon énergie, par la suite à un consommateur. Parce qu'il faut qu'il y ait un...
il faut que ça tienne la route, là, sur le plan financier.
Donc, qu'une communauté se mobilise pour
développer un parc éolien, un parc solaire pour vendre à une entreprise, ça,
oui, ça tient la route, mais qu'une entreprise décide de développer son projet
énergétique en vue de s'adresser avec une offre énergétique à un consommateur,
ça, ça ne tiendrait pas la route. Elle va vouloir répondre peut-être à des
besoins internes, elle a besoin d'énergie, des mégawatts importants pour de
l'autoproduction, et par le fait même, par la bande, décider d'offrir son
énergie à un consommateur, mais je ne verrais pas que, pour une entreprise, ça
puisse... ça puisse être ça, son... sa volonté initiale, de vendre à un
consommateur. À moins que ce soit une autre entreprise. Ça, ça pourrait
peut-être être justifié.
Le Président (M. Sainte-Croix) : Merci,
Mme la ministre. Vous désirez continuer, Mme la députée de Robert-Baldwin? La
parole est à vous.
Mme Garceau : Mme la
ministre, là, je dois dire, je suis un petit peu confuse. Il me semble qu'il
vient d'y avoir une contradiction en ce qui a trait à «ce n'est pas l'intention
de vendre à un seul consommateur», mais c'est ça que ça dit, l'article, c'est
de vendre à un... bien, distribuer à un seul consommateur.
<RLe Président (M. Montigny) :
Merci. Mme la ministre.
Mme Fréchette : Le une... le «un
consommateur», ça peut être une personne morale ou une personne individuelle,
un ménage, par exemple.
Mme Garceau : ...personne
morale voulait dire une entreprise?
Mme Fréchette : Ça peut être
une entreprise, ça peut être une organisation, ça peut être une personne.
Mme Garceau : Ça peut être
une communauté? Ça peut être une communauté autochtone?
Mme Fréchette : Ça peut... ça
ne peut pas alimenter une communauté, non.
Mme Garceau : Ça ne pourrait
pas être une...
Mme Fréchette : Ça, ce
seraient plusieurs consommateurs. Ça peut alimenter une entreprise. C'est un
compteur, un compteur électrique qui pourra être alimenté. Donc, une
communauté, ça ne repose pas sur un compteur électrique.
Mme Garceau : Ça commence à
être un petit peu technique, là.
Mme Fréchette : Être <quoi...
Mme Garceau :
...ça commence
à être un petit peu technique, là.
Mme Fréchette :
Être
>quoi?
Mme Garceau : Ça commence à
être un petit peu technique, là.
Mme Fréchette : Bien, c'est...
c'est facile à saisir, là, un compteur électrique.
Mme Garceau : Un compteur
électrique.
Mme Fréchette : Oui.
Mme Garceau : Donc, un
compteur. Donc, pour vous, un seul consommateur équivaut à un compteur
électrique.
Mme Fréchette : C'est ça.
Mme Garceau : Puis un
compteur électrique va desservir...
Des voix : ...
Mme Garceau : Vas-y.
M. Kelley : ...
Le Président (M. Montigny) :
Tout à fait.
Mme Garceau : Je... je lance
la parole à mon collègue...
Le Président (M. Montigny) : Des
fois, on fait des petits chargements comme ça. Alors, M. le député, vous
souhaitez prendre la parole, c'est ça?
M. Kelley : Oui. Non, non,
je... parce que je comprends...
Le Président (M. Montigny) : ...
M. Kelley : Merci beaucoup,
M. le Président. Non, c'est... comme, par exemple, si c'est, comme, le
gouvernement cri, est-ce que comme une communauté qui est gérée par une... Ce
n'est pas une personne légale, mais comme...
Mme Garceau : ...
M. Kelley : ...une personne
morale, c'est comme une organisation ou, excusez-moi, un autre type de
gouvernement. Est-ce que ça, c'est considéré comme un consommateur, si c'est,
comme, une organisation puis après ça c'est faire la distribution dans une
communauté... la logique qu'on vende à un consommateur, mais ce consommateur
est responsable de fournir l'électricité à une communauté. Non, pas possible,
c'est vraiment juste un compteur, c'est tout?
Mme Fréchette : Exact. Ça ne
peut pas être une communauté de personnes...
M. Kelley
:
Personnes...
Mme Fréchette : Parce que, là,
il y aurait plusieurs compteurs électriques. C'est un compteur, c'est une
communauté, c'est une personne morale.
M. Kelley : Ça ne peut pas
alimenter un réseau qui n'est pas attaché à Hydro-Québec.
Mme Fréchette : On n'est pas
dans l'idée d'un réseau de distribution, ce n'est pas ça.
M. Kelley : C'est... ça ne
peut pas être considéré un consommateur unique, OK.
Mme Fréchette : Ça ne peut
pas être... c'est ça, et c'est pour ça que je dis qu'il n'y aura pas de projet
d'affaires bien solide qui va se développer autour de l'idée d'aller fournir de
l'électricité à un bungalow, une maison...
M. Kelley : Oui, oui,
évidemment. Je... oui, oui.
Mme Fréchette : ...en tout
cas, s'ils en sont là, c'est qu'ils n'ont pas d'enjeu d'argent.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui, Mme la députée de Robert-Baldwin,
je vous redonne la parole à nouveau.
• (14 h 30) •
Mme Garceau : Merci. Merci. Dans
cet article, il y a quand même, puis mon collègue de Jean-Talon l'avait
mentionné, cette discrétion du gouvernement, illimitée, si je peux m'exprimer
ici, concernant les entreprises, les personnes morales qui vont être
autorisées, qui vont être autorisées à produire l'électricité, le distribuer à
un seul consommateur ou un seul compteur. Et donc quels seront... quels seront
les critères d'autorisation? Dans quelles circonstances est-ce que vous allez
autoriser versus ne pas autoriser?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. Mme la ministre.
Mme Fréchette : M. le
Président, bienvenue à nouveau. Alors, écoutez, ça va être au cas par cas, les
critères que l'on pourra identifier, mais je verrais, par exemple, que l'usage
qui sera fait de l'énergie soit un élément à considérer. Comme, par exemple,
bon, je vous dirai que, comme gouvernement, on a des réserves en lien avec les
entreprises de cryptomonnaie. Donc, est-ce qu'on voudra que ça n'alimente pas,
par exemple, une entreprise de cryptomonnaie? C'est une possibilité. La
création d'entreprises, advenant que ce soit générateur d'emplois, parce qu'une
communauté voudrait développer un parc éolien ou un parc solaire, eh bien, ça,
je pense que ça se prêterait bien à l'idée qu'il puisse y avoir une création
d'emplois pour les gens de la communauté. Donc, ça, c'est des exemples, mais je
vous dirais que ça... ça variera de... suivant les... la nature des projets qui
nous... qui nous seront soumis.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, merci. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Mme la députée de
Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Oui, merci. Et,
aux conditions, quand même, que le gouvernement va déterminer, est-ce que ces
conditions vont être publiques? Est-ce qu'ils vont être sur un site Internet?
Est-ce qu'on va les prévoir par des règlements?
Le Président (M. Montigny) :
Très bien. Merci. La parole est à Mme la ministre...
14 h 30 (version révisée)
Mme Garceau : ...de règlement.
Le Président (M. Montigny) :
Très bien. Merci. La parole est à Mme la ministre.
Mme Fréchette : Oui. Alors,
bien, l'autorisation serait donnée via un décret, donc oui, ce serait de nature
publique.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Mme la députée de Robert-Baldwin.
Mme Garceau : Donc, l'idée, c'est
de... de faire quoi en termes de la publication de ces conditions-là? Ça va
être sur le site du ministère? Ça va être... Comment est-ce que ça va être
diffusé?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci beaucoup, Mme la...
Mme Garceau : ...
Mme Fréchette : Oui, c'est
public via la Gazette.
Mme Garceau : ...la
Gazette?
Mme Fréchette : C'est public.
C'est public via la Gazette officielle.
Mme Garceau : Tiens!
Mme Fréchette : Êtes-vous
abonnés?
Mme Garceau : Je le sais que
tu as... tu n'as pas aimé ça.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci.
Mme Garceau : Est-ce que vous
avez... Oh, excusez, M. le Président. C'est parce que j'ai...
Le Président (M. Montigny) :
Non, non, allez-y, Mme la députée, vous avez la parole. Je vais vous laisser
changer un peu, là.
Mme Garceau : Oui. Est-ce qu'il
y a des balises? Est-ce qu'il va y avoir un certain encadrement? Dans le sens
que pour l'acceptabilité sociale aussi de cette, si je peux dire, nouvelle
tendance dans la transition énergétique et donc qui va faire en sorte que ce
que vous avez envisagé pour les premières années, admettons qu'il va y avoir
une limite, qu'on va dire que ça peut être deux projets, trois projets par
année, est-ce qu'il y a eu cette... cette... Est-ce qu'on a réfléchi à tout cet
aspect-là de l'acceptabilité sociale et de se dire comme gouvernement :
Bien, savez-vous, peut-être qu'on va... on va mettre en place deux projets par
année, quelque chose comme ça, au lieu de dire... Parce que, là, en ce moment,
il pourrait y en avoir une centaine. Vous pourriez autoriser... Le gouvernement
pourrait autoriser, avec l'adoption de cet article, un nombre illimité de
producteurs, distributeurs, toujours un seul compteur. Mais il pourrait y en avoir.
Ça fait qu'à un moment donné tu as plusieurs compteurs qui sont... Ça fait en
sorte que ça peut être comme répandu et non seulement juste...
Parce que je vous ai aussi entendu au
début, parce que vous avez misé beaucoup sur : Oui, mais là, ça va être
important pour aller aider nos régions éloignées, le Nord-du-Québec, les Premières
Nations. Il y avait toute cette partie-là, mais ça ne vous empêche pas non plus
d'aller dans le Sud. Donc, c'est un petit peu ça. Ma question est de voir,
encore une fois, l'étendue de cet article-là en termes de... est-ce qu'il y a
une réflexion pour dire : Savez-vous... on... il devrait y avoir un
certain nombre. Ce n'est pas comme si, là, on va avoir carte blanche puis on va
pouvoir en autoriser 50 la première année, à titre d'exemple.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Bien, il faut voir que c'est des projets qui vont requérir des
investissements importants, donc ce n'est pas à la portée de main de tous. Il
va falloir que ce soit une entité, une personne, une communauté qui a quand
même à sa disposition des ressources à investir pour le développement, par
exemple, d'un parc éolien. Alors, ce n'est pas... ce n'est pas à la portée de
tous, comme je disais.
Et, la question de l'acceptabilité sociale,
c'est un bon point. Je pense qu'il va falloir que l'acceptabilité sociale soit
au rendez-vous comme pour l'ensemble des projets de cette... de cette nature-là.
Ça fait partie intégrante de ce qui est à retrouver quand il y a un projet qui...
qui est soumis. Ça se travaille, ça se développe. Puis j'ai vu des belles... des
belles réalisations en ce sens-là. Notamment, l'Alliance de l'énergie de l'Est
frappe fort en matière d'acceptabilité sociale. Ils en sont même, je dirais, à
la désirabilité sociale parce que les gens demandent à ce que des projets
voient le jour.
Et je trouverais dommage vraiment que, par
exemple, dans le comté de mon collègue... qu'en Gaspésie on développe deux
projets, trois projets, puis que pour le reste du Québec, ce ne soit plus
possible de le faire, parce qu'on aurait mis un seuil en disant : Bien, c'est
trois projets, maximum, cette année. Là, il arrive quoi avec les communautés
ailleurs au Québec, qui, elles, avaient un projet pour s'alimenter à partir de
sources d'énergie renouvelable? Alors, je ne vois pas la nécessité de mettre un
seuil maximum de nombre de projets parce que chaque projet va être analysé
individuellement et <devra...
Mme Fréchette :
...projet
va être analysé individuellement et >devra répondre à un ensemble de
critères. Et, dans la mesure où ces critères-là sont rencontrés puis que ça
s'inscrit dans le concept de transition énergétique, ça permet de déployer
encore davantage de projets sur la base d'énergie renouvelable, bien, moi, je
pense que ça devrait aller de l'avant. Puis par ailleurs, si le projet génère
une production de 10 MW ou plus, eh bien, là, il y aura incontournablement
un BAPE qui devra... devra se tenir. Toutes les législations environnementales
vont s'appliquer à ces projets-là comme pour les autres.
Donc voilà, il me semble que, s'il y a des
projets intéressants qui sont mis sur la table, et que les ressources sont
disponibles pour aller de l'avant, on devrait pouvoir aller de l'avant.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la députée.
Mme Garceau : Dans cette
optique, Mme la... Mme la ministre, est-ce que... est-ce que le gouvernement
songe à avoir comme, si je peux dire, une liste de priorités en termes de
régions qu'on va miser, surtout au début? Que ce soit le Nord-du-Québec, est-ce
qu'on va miser certaines régions pour dire : On veut vraiment commencer à
prioriser certaines régions pour assurer qu'elles soient alimentées
convenablement?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre.
Mme Fréchette : Merci. Bien,
ce n'est pas le gouvernement qui va initier ces démarches-là, c'est les gens
qui vont venir offrir... proposer, plutôt, un projet au gouvernement pour
essayer de recueillir l'autorisation. Mais ce n'est pas nous qui sommes initiateurs.
Donc, il va falloir vraiment, puis ça, ça participe aussi du succès dans
l'acceptabilité sociale... il faut que ça vienne du terrain, il faut que ce
soit organique. Ce n'est pas nous qui allons aller cogner aux portes en disant :
Heille! Vous devriez penser à ça, tel projet, ça pourrait être intéressant. Non.
Il faut que les gens soient mobilisés d'eux-mêmes et qu'ils... qu'ils veuillent
s'investir dans le projet. Parce que ça va demander de l'investissement à la
fois monétaire, mais humain aussi, un engagement de la part des communautés
parce que ce sont des projets... Ce n'est pas... Ce n'est pas un raccourci que
de passer par ce type de projets là. Je le sais, les gens voudraient tous avoir
accès à Hydro-Québec et au réseau d'Hydro-Québec, parce que tellement plus
simple, plus... plus avantageux aussi au niveau financier. C'est avec
Hydro-Québec que les coûts sont les moins élevés, là, pour ce genre de projets
là. Donc, ça, ça va s'avérer certainement plus coûteux qu'un raccordement à
Hydro-Québec. Mais voilà, ce ne sera pas le cas dans toutes les situations. Donc,
certains vont devoir considérer des alternatives, et puis ça, c'en... c'en sera
une qui, de ce fait-là, va contribuer au développement économique.
• (14 h 40) •
Mme Garceau : ...est-ce que
le gouvernement n'a pas une responsabilité? Surtout avec le PGIRE puis toutes
les consultations que vous êtes en train de faire en termes d'orientations, de
cibles concernant la transition énergétique. Puis vous l'avez... Puis ça fait à
quelques reprises que vous avez mentionné, puis on le sait, qu'il y a des
préoccupations, il y a des besoins dans le Nord-du-Québec et aussi les
communautés autochtones, donc il me semble que, compte tenu des besoins que
nous connaissons déjà, est-ce que le gouvernement ne devrait pas prendre
l'avant avec des projets qui vont aider ces communautés et les régions? Ça
va... Ça ne fera pas partie du PGIRE?
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Le PGIRE va adresser, en fait, les grandes orientations, les lignes,
le type de mix énergétique qu'on va utiliser au cours des 25 prochaines
années, mais il ne va pas aller jusqu'à définir les projets A, B, C, D, dans
chacune des régions, qui devraient aller de l'avant. Ce n'est pas... Ce n'est
pas le rôle du gouvernement. Il faut que les projets émergent des communautés,
émergent des groupes ou des organisations qui voudront bien mettre en place un
projet et cognent à la porte du gouvernement pour voir si ça recueille
l'autorisation.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci.
Mme Garceau : Mais, Mme la
ministre, on... on est ici, on parle de la volonté du gouvernement, de tout le
monde, d'aller de l'avant avec une transition énergétique qui va comprendre... Et
évidemment, l'électricité de source renouvelable, ça en fait partie. Donc, je
ne peux pas croire que dans le PGIRE, il ne va pas y avoir des cibles, des
orientations liées à ça, qui va faire en sorte que les projets... on va déjà
avoir songé à des... à des projets. C'est... Parce qu'on sait, là, qu'il y a
des besoins dans certaines régions et surtout dans certaines <communautés....
Mme Garceau :
...>communautés.
Mme Fréchette : Oui. M. le
Président, ce que je dis, en fait, c'est que le PGIRE ne va pas cibler des
projets comme tels. Il va, oui, donner les orientations, donner des balises, le
mix énergétique, comment est-ce qu'il pourra évoluer au fil des ans, l'efficacité
énergétique, dans quelle mesure peut-on reposer là-dessus, la sobriété
énergétique, tout ça, mais voilà, ça ne... ça... le PGIRE n'ira pas jusqu'à
identifier les projets que le gouvernement voudrait voir être mis en place. Ce
n'est pas... Ce n'est pas notre rôle. Je pense, c'est aux communautés, aux
proposeurs, aux développeurs de nous... de mettre de l'avant des projets et de
voir s'ils recueillent, donc, l'assentiment puis l'autorisation du
gouvernement. Ça va être en ce sens-là que les projets vont émerger. Ce ne sera
pas imposé par le gouvernement vers les différentes régions. Nous, on offre un
cadre. On offre un cadre à partir duquel on s'attend à ce que les gens
proposent des projets, à l'intérieur duquel les gens devront manoeuvrer, mais c'est
aux communautés puis aux développeurs de proposer des projets.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la députée.
Mme Garceau : Est-ce qu'il va
y avoir une enveloppe budgétaire pour aider ces entreprises, pour venir en aide
à ces projets-là?
(Consultation)
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Alors, Mme la ministre.
Mme Fréchette : Il n'y a pas
d'enveloppe qui est prévue pour soutenir la réalisation de projets de cette
nature-là. Il y a des programmes qui existent avec un certain nombre de normes.
Est-ce que ces projets-là pourraient cadrer avec des normes déjà établies dans
les programmes, peut-être, mais on n'a pas d'enveloppe prévue pour aider à
l'émergence de projets de cette nature-là.
Le Président (M. Montigny) :
Très bien.
Mme Garceau : ...nouveau
programme envisagé pour venir en aide à ce développement?
Mme Fréchette : Il n'y a pas
de programme.
Mme Garceau : OK. Et donc,
pour revenir... je vais laisser la parole à mes autres collègues... qui fait en
sorte que la préoccupation de mon collègue de Jean-Talon en ce qui a trait à la
privatisation d'une entreprise à une autre... Et là on n'a pas mis... il n'y a
pas de limite à ça. C'est un peu ça, l'idée de la deuxième partie de l'article 60,
il n'y a pas de...
Le Président (M. Montigny) :
Madame...
Mme Garceau : ...il n'y a pas
de limite.
Mme Fréchette : Bien, la
limite, elle est très claire, il faut que ça serve à un consommateur. Si, ça,
ce n'est pas une limite. Il faut que ce soit de l'énergie renouvelable, que ça
serve à un seul consommateur et puis que le gouvernement l'autorise, et, par
conséquent, que ça doive répondre à un certain nombre de critères. C'est quand
même des limites assez contraignantes, là.
Mme Garceau : ...on se
comprend que c'est un compteur qui pourrait desservir des milliers de
personnes. Non? OK. On me dit non.
Mme Fréchette : Un
consommateur. Un. Un seul.
Mme Garceau : Un consommateur.
OK. Pas une communauté?
Mme Fréchette : Pas une
communauté.
Mme Garceau : OK.
Le Président (M. Montigny) : ...
Mme Garceau : Donc, une...
Le Président (M. Montigny) : Oh!
excusez-moi, je pensais que vous aviez fini.
Mme Fréchette : Un compteur.
Pas une communauté. Un consommateur. Une entité, un consommateur, une
entreprise.
Mme Garceau : Une entreprise?
Mme Fréchette : Une
entreprise. Un consommateur, une entreprise, mais pas une communauté, pas de
réseau. L'idée de réseau n'est pas compatible avec cet article-là.
Mme Garceau : Mais un
consommateur peut être une entreprise?
Mme Fréchette : Ça peut être
une entreprise.
Mme Garceau : OK.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre, souhaitez-vous rajouter d'autres choses? Non. Est-ce qu'il y a
d'autres interventions en lien avec cette proposition d'amendement? Parce que
nous sommes toujours sur la proposition d'amendement à l'article 38. M. le
député de Jean-Talon, je vous laisse la parole.
M. Paradis : Le... L'amendement
du député de Maurice-Richard, donc, enlève toute la
dernière partie du deuxième alinéa de l'article 60, qui est le droit
nouveau proposé. La ministre insiste avec vigueur qu'il y a des balises, parce
que ça dit, à la fin de l'alinéa, que les projets de vente d'un producteur
privé à un client privé, donc de privatisation du secteur de l'énergie, vont
requérir que ce soit dans la mesure, je cite, «que le gouvernement autorise,
aux conditions qu'il détermine». Fin des guillemets. Ça, moi, j'appelle ça un
pouvoir discrétionnaire. Si ce n'est pas un pouvoir discrétionnaire, j'aimerais
que la ministre me dise où sont les balises dans son projet de loi qui vont
dire <aux...
M. Paradis :
...les
balises dans son projet de loi qui vont dire >aux Québécois comment elle
va exercer son pouvoir. Elle vient de dire que les projets vont devoir, je la
cite, «répondre à un certain nombre de critères». OK, un seul consommateur
adjacent. Mais je veux savoir c'est quoi, ces... où sont ces critères-là? Où
sont balisés les pouvoirs de la ministre dans le projet de loi n° 69?
Mme Fréchette : C'est bon.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre. Je vous laisse aller.
Mme Fréchette : Merci, merci,
M. le Président. Donc, les critères vont évoluer selon la perspective qui sera
portée par les gouvernements des 25 prochaines années. C'est une loi qui
est élaborée pour les 25 prochaines années, donc il est important que ces
critères-là évoluent avec le temps, évoluent avec la vision portée par les
différents gouvernements. Mais je rappelle également que toutes les balises
environnementales qui existent vont devoir s'appliquer à ces projets-là. Le
BAPE entrera en action s'il s'agit de 10 MW ou plus. L'acceptabilité
sociale, certainement que ça va faire partie des critères des différents
gouvernements qui auront à mettre en place cet article et les projets qui
pourraient en découler.
Et puis je rappelle que ça s'adresse à un
consommateur, un seul. Donc, si, ça, ce n'est pas une balise importante, je ne
sais pas ce que c'est, là.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Oui.
Malheureusement, la ministre vient de nous décrire c'est quoi, un pouvoir
discrétionnaire. Il va s'exercer, je la cite, «selon les perspectives des
gouvernements». C'est ça, un pouvoir discrétionnaire. Une loi, ça fixe des
balises, ça rassure les Québécois. Parce que, là, ce qu'elle nous dit, c'est :
Ah! un ministre X aime tel projet, ah! lui, on l'accorde, un autre ministre
n'aime pas tel projet, ah! on ne l'accorde pas. C'est important d'avoir de la
certitude. Vous créez du droit nouveau, et je le redis, vous ouvrez toute
grande la porte à la privatisation du secteur de l'énergie. Selon quelles
balises dans le projet de loi? Est-ce qu'il y en a? S'il n'y en a pas,
j'aimerais que la ministre me dise : Il n'y a pas de balises dans le
projet de loi. Moi, je n'en ai pas trouvé. Je vois que le gouvernement
s'octroie... la ministre s'octroie le pouvoir d'autoriser ou non «aux
conditions qu'il détermine». C'est ça qui est écrit dans le projet de loi.
Est-ce qu'il y a des balises?
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre.
• (14 h 50) •
Mme Fréchette : Oui. M. le
Président, ce que je peux vous dire, c'est que des balises, quand c'est le PQ
qui avait mis ça en place, il n'y en avait pas. On ne donnait pas
d'autorisation gouvernementale à quelconque projet. On disait : Vous avez
un projet, allez-y, on ne regardera même pas ce que vous faites. Ça, ça a été
l'approche du Parti québécois.
Nous, on dit qu'il faudrait quand même
qu'il y ait un encadrement avec une vision gouvernementale parce que ce n'est
pas juste le bon vouloir d'une personne qui définit ce qu'est le... la vision
gouvernementale. C'est un gouvernement qui est porté par une approche. Dans
notre cas, on considère que la transition énergétique doit être au coeur du
développement économique au Québec, et qu'on a tout ce qu'il faut pour réaliser
cet objectif-là, à la fois atteindre la transition énergétique tout en créant
du développement économique. Parce qu'on a les ressources, on a l'expertise,
les ressources naturelles, l'expertise, les talents pour ce faire. Alors, ça,
c'est notre vision. Donc, il va falloir que ce soit créateur d'emplois, il va
falloir que l'usage qui est fait avec l'énergie qui sera générée corresponde
avec des priorités gouvernementales, qu'on ne soit pas à contresens. Et ça,
c'est bien différent de l'approche qu'avait prise le Parti québécois, qui, eux,
disaient : Bien, allez-y, on ne regardera pas ce que vous faites, allez-y,
vous avez la possibilité. Ça, j'appelle ça ne pas avoir de balises. Et, nous,
on arrive avec une approche plus encadrée, plus contraignante... en fait, très
contraignante du fait du seul consommateur qui doit être répondu au niveau des
besoins énergétiques. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Juste pour vous dire, M. le député, qu'il vous reste très peu de temps,
là, autour d'une minute, peut-être même moins. On va me donner votre temps, ce
ne sera pas long. Vous pouvez y aller.
M. Paradis : Bon. L'approche
du Parti québécois, c'était d'autoriser uniquement les projets de vente quand
c'est de la biomasse, extrêmement limitée. Votre gouvernement, maintenant, il
ouvre à toutes les sources d'énergie renouvelable. C'est... C'est une
différence complètement fondamentale.
Et, sur ce que vous dites,
malheureusement, ce n'est pas le cas, parce que vous ne dites rien de plus,
vous n'indiquez que vous allez exercer le pouvoir selon votre bon vouloir.
Il n'y a aucune différence.
Alors, en parlant de l'approche du PQ, je
vais demander une suspension parce que je vais proposer un projet... un
sous-amendement à l'amendement, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 14 h 52)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 15)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous reprenons donc nos travaux. Pendant la période de suspension, nous avons
reçu une proposition de sous-amendement à un amendement qui était déjà à l'étude.
L'amendement à l'étude se trouvait à proposer un peu, là, comme, je dirais, de
soustraire une partie. Alors, là, on a un nouvel... un sous-amendement qui nous
propose d'ajouter quelque chose à la partie... je veux dire, à l'amendement qui
était déjà là, ça fait que dans les circonstances, il est recevable. M. le
député, vous pouvez faire la présentation de votre sous-amendement à l'amendement
qui était déjà à l'étude.
M. Paradis : L'amendement à l'article 60
de la Loi sur la Régie de l'énergie, tel que modifié par l'article 38 du
projet de loi, est sous-amendé par l'ajout de l'alinéa suivant :
«Cet article est également modifié par l'ajout
des mots suivants, après «qu'il produit» au deuxième alinéa : «ou de distribuer
l'électricité produite à partir de biomasse forestière à un consommateur sur un
emplacement adjacent au site de production».»
L'article 60 de la Loi sur la Régie
de l'énergie, tel que modifié, se lirait ainsi :
«Un droit exclusif de distribution d'électricité
confère à son titulaire, sur le territoire où il porte et à l'exclusion de
quiconque, le droit de distribuer de l'électricité à un consommateur.
«Ce droit n'empêche pas quiconque de
consommer l'électricité qu'il produit ou de distribuer l'électricité produite à
partir de biomasse forestière à un consommateur sur un emplacement adjacent au
site de production.» Alors, Mme la ministre, on ne se fera pas de
cachette, je propose de revenir, essentiellement, au libellé existant de l'article 60
de la Loi sur la Régie de l'énergie, parce que l'amendement proposé par le
collègue de Maurice-Richard, en fait, en retirait un bout.
Alors, je vous prends au mot. Vous m'avez répondu à plusieurs reprises que ça
ne changeait pas grand-chose, qu'il n'y avait pas de changement de paradigme.
Je vous ai demandé à plusieurs reprises d'avouer que c'était... votre
amendement à vous, à l'article 60, c'était pour ouvrir la porte plus large
à une privatisation de la vente d'électricité au Québec. Bien, je vous prends
au mot, je vous suggère de garder la situation actuelle, puis de dire : Bien,
c'est Hydro-Québec qui s'occupe de la vente d'électricité au Québec, de la
distribution d'électricité. Et il y a deux exceptions : celui qui produit
pour lui-même puis celui qui veut vendre de l'électricité à une entreprise
adjacente, parce qu'il a de la biomasse forestière. Voilà ce que je vous
propose, à moins, bien sûr, que vous ayez des réponses aux questions <relatives...
M. Paradis :
...parce
qu'il a de la biomasse forestière. Voilà ce que je vous propose, à moins, bien
sûr, que vous ayez des réponses aux questions >relatives à ce que vous
proposez à l'article 60. Donc, j'aimerais avoir votre réaction à cette
proposition d'amendement ou de sous-amendement, ou alors avoir des
éclaircissements, vraiment des éclaircissements sur ce que vous, vous proposez.
Parce que je le redis : Pour toutes
les Québécoises et pour tous les Québécois, c'est un changement fondamental au
régime de distribution d'électricité au Québec que vous proposez. C'est énorme,
ce qui est proposé par la modification à l'article 60. Avant, c'est juste
de la biomasse. Si tu as de la biomasse forestière, tu peux vendre à ton
voisin. Autrement, c'est Hydro-Québec qui s'occupe de la vente. C'est ça, le
monopole. Vous, vous dites, maintenant : Toute personne qui va produire de
l'électricité renouvelable va être capable d'approcher le gouvernement pour
dire : Je veux vendre à un voisin. Bien, si vous faites ça, moi, je veux
savoir c'est quoi, vos plans. Je veux savoir c'est quoi, la définition, dans
votre amendement, de l'«électricité de source renouvelable». Je veux savoir
c'est quoi, votre définition d'«emplacement adjacent». Je veux savoir c'est
quoi, votre définition de «site de production», puis je veux savoir où sont les
balises de l'exercice de pouvoir discrétionnaire.
Parce que malgré ce que vous dites, c'est
un pouvoir discrétionnaire immense que vous vous conférez d'autoriser ou non
des projets aux conditions que vous déterminez, à votre bon vouloir. Il n'y a
pas de balise. Donc, on va avoir ces questions-là dans un deuxième temps. En
premier, j'aimerais avoir votre réaction à la proposition de sous-amendement.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre, vous avez la parole.
Mme Fréchette : Oui. Merci,
M. le Président. Donc, je comprends, dans le fond, que le député de Jean-Talon
veut le statu quo. Il a une préférence pour la biomasse forestière, parmi les
différentes énergies renouvelables. Alors, je ne sais pas pourquoi cette
préférence-là existe.
Il faut voir qu'au moment où ça a été
adopté, c'est que les alternatives n'étaient pas très nombreuses ou encore
n'étaient pas très accessibles, alors c'est la biomasse forestière qui s'est
comme imposée. On est ailleurs, maintenant, on est en 2025, il y a des
alternatives qui existent et qui sont beaucoup plus accessibles, beaucoup plus
compétitives.
Et il s'avère que, contrairement à l'an 2000,
on est dans une phase de transition énergétique. Je ne sais pas si le député de
Jean-Talon veut contribuer à l'engagement de la société québécoise dans la
transition énergétique, mais c'est notre cas, et on voit là une possibilité
d'aller de l'avant. Et il faut voir qu'Hydro-Québec n'est pas toujours en
mesure de livrer les services demandés dans une période de temps, je dirais, de
court ou même, parfois, moyen terme. Parfois, c'est la capacité technique qui
n'est pas au rendez-vous, parfois, c'est que les réseaux ne sont pas déployés
suffisamment largement pour rejoindre toutes les zones du territoire.
• (15 h 20) •
Donc, considérant cet engagement-là qu'on
a dans la transition énergétique, considérant la disponibilité, notamment
financière, d'alternatives renouvelables à la biomasse, il est important que
l'on s'adapte et puis qu'on offre des alternatives qui tiennent la route sur le
plan environnemental, en plus de tenir la route sur le plan économique. Et je
le répète, c'est pour alimenter un seul consommateur, un seul.
Alors, cette idée-là, qu'on vienne créer
une compétition à Hydro-Québec, vraiment, je ne vois pas où ça pourrait créer
une menace pour Hydro-Québec. C'est Hydro-Québec qui est au cœur de notre
stratégie de développement énergétique. C'est Hydro-Québec qui va créer
l'assise dont on a besoin pour se propulser encore plus avant dans la
transition énergétique, en plus de créer du développement économique. Alors,
cette possibilité-là, d'offrir à des communautés ou à des entités de disposer
d'une alternative à partir de sources renouvelables, il me semble qu'il n'y a
qu'un bénéfice qui peut être tiré de ça. C'est quelque chose qui vient en
complément d'Hydro-Québec et, par conséquent, ça mérite d'être mis de l'avant,
et pas juste au niveau de la biomasse.
Et j'en profite pour souligner que la
biomasse, là, au Québec, là, c'est 361 mégawatts, actuellement, qui sont
générés par de la biomasse. Alors, pourquoi le député de Jean-Talon dit :
Oui, la biomasse, ça va. Moi, j'aimerais entendre son argument à l'effet que la
biomasse forestière, c'est acceptable, mais l'énergie éolienne, ce n'est pas
acceptable. Quelle est la logique, j'essaie de la chercher, à part que le statu
quo doit prévaloir dans sa vision des choses? Mais, nous, voilà, on est en
phase avec les développements énergétiques et technologiques qui sont survenus
depuis l'année 2000. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci beaucoup, Mme la ministre. M. le député de Jean-Talon, vous avez la
parole à nouveau.
M. Paradis : La question
n'est pas une <préférence...
Mme Fréchette :
...Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Très
bien. Merci beaucoup, Mme la ministre. M. le député de Jean-Talon, vous avez la
parole à nouveau.
M. Paradis :
La
question n'est pas une >préférence pour la biomasse. La question, c'est
une préférence pour Hydro-Québec, pour la production et la distribution
publique d'électricité, de ne pas ouvrir toutes grandes les portes à la
production et à la distribution par des acteurs privés qui vont toucher les
produits, et donc les profits, à la place des Québécois. C'est ça, ma
préférence. La biomasse, c'est parce que c'est une exception très limitée au
fait qu'au Québec, les profits de la vente d'énergie, ça va dans les poches des
Québécois, pas des acteurs privés. C'est de ça dont on parle.
La ministre elle-même nous a dit, hier :
Bien oui, mais il n'y en a presque... il n'y en a pas eu, de projet, dans les
25 dernières années. Alors, c'est drôle, parce qu'aujourd'hui, elle disait :
Ah! le PQ, lui, il ne laissait pas... il n'avait pas de balise, tout ça. Il n'y
en a pas eu beaucoup, des projets, parce que c'est une exception limitée.
Et nous, on est de ceux qui sont là pour
se tenir debout pour Hydro-Québec, pour le fait que c'est notre richesse
collective, la distribution d'électricité au Québec, que c'est ça qui paie des
hôpitaux, des routes, des écoles. Alors, il y a un engagement pour la
transition énergétique, bien sûr, mais menée par Hydro-Québec au profit des
Québécois. Fort bien, en partenariat avec des acteurs privés, ça peut arriver,
il y en a déjà, ça peut marcher, mais la distribution d'électricité, c'est dans
les mains du secteur public. Ça nous appartient, aux Québécois. C'est ça, la
préférence.
Et là, on a encore dit : Oui, mais
là, Hydro-Québec ne sera pas capable. C'est ça, aussi, qui n'est pas notre
préférence, de dire que : Ah! Hydro-Québec n'est pas capable, Hydro-Québec
ne peut pas. Ce discours-là, on l'entend beaucoup actuellement. Hydro-Québec
est un géant. C'est un des meilleurs du monde. Oui, il peut, oui, il est
capable, oui, il peut s'adjoindre des partenaires. Et c'est exactement ce
qu'Hydro-Québec dit, elle. Elle dit : À partir de maintenant, c'est moi
qui vais les piloter, les projets. Mais le gouvernement ne dit pas la même
chose, lui. Le gouvernement dit : Hydro-Québec n'est pas capable.
Ça fait que là, on va autoriser de plus en
plus de producteurs privés d'énergie renouvelable à vendre, eux autres, à des
clients privés. On va en faire plus, du privé à privé. Et ça, ce n'est pas moi
qui le dis. C'est le gouvernement de la CAQ qui l'a répété à de très nombreuses
reprises.
La ministre me demande : Mais d'où
viennent ces inquiétudes? On a eu son prédécesseur, ici, qui nous a dit :
C'est magique! Je le cite : «Le projet TES, c'est magique.» Il nous a
aussi dit : J'en ai des piles, de projets comme ça, sur mon bureau. Je
suis surpris d'entendre, aujourd'hui, la ministre nous dire : Ah! il n'y
en a presque pas, des projets, ça ne se bouscule pas au portillon. Son
prédécesseur nous a dit qu'il y en avait des piles. Il a dit, au salon bleu, au
salon rouge, devant les élus de l'Assemblée nationale, et il l'a répété dans la
presse, j'ai des... j'ai des coupures de presse comme ça. Il va y en avoir
plein, de ces projets-là. On s'en va vers là. C'est ça, l'inquiétude, Mme la
ministre.
Et, moi, je vous pose des questions sur ce
que ça veut dire, «électricité de ressource renouvelable» dans votre amendement
à vous. Qu'est-ce que ça veut dire, «emplacement adjacent», dans votre
amendement à vous? Qu'est-ce que ça veut dire, «site de production», dans votre
amendement à vous? Qu'est-ce que ça veut dire, c'est quoi, ça, «le gouvernement
autorise aux conditions qu'il détermine»? Dans quels cas, selon quelles balises?
Et je n'ai eu aucune réponse. Vous modifiez, vous venez faire quelque chose de
fondamental, vous venez jouer dans le monopole d'Hydro-Québec puis vous n'avez
pas de réponses à des questions fondamentales.
Pour que les gens qui nous écoutent
comprennent, un emplacement adjacent à de la biomasse, c'est pas mal facile à
déterminer. Un emplacement adjacent à un parc d'éoliennes qui peut être
distribué dans plein d'endroits, qui a une ligne de transmission qui peut faire
10 kilomètres, 20 kilomètres, 50 kilomètres, s'en va vers une
usine qui peut être de telle taille ou de telle autre taille, qui peut être
reliée à une autre usine, comme dans le projet de TES. Elle est là, la
définition de ce que c'est, adjacent. Oui, un seul. Ah oui, mais où, ça?
Lequel? Ça va être au choix de l'entreprise de déterminer : Oui, oui, moi,
je vais prendre ça à 100 kilomètres d'ici. Puis là, la ministre, on ne
sait pas sur quelle base elle va décider. Zéro. On n'a aucune balise. C'est
quoi le site de production? C'est le site de production d'électricité éolienne
ou c'est le site de production d'hydrogène ou c'est le site de catalyse? On n'a
aucune balise.
Nous, notre préférence, c'est qu'on ne
joue pas aux apprentis sorciers avec un des... des trésors de l'État québécois :
notre énergie. C'est ça qu'on demande. Alors, je réponds, j'espère, aux
questions de la ministre. C'est ça, nos <inquiétudes...
M. Paradis :
...notre
énergie. C'est ça qu'on demande. Alors, je réponds,
j'espère, aux questions de la ministre. C'est ça, nos >inquiétudes.
Puis elle était là, aux consultations particulières. Ce n'est pas juste moi qui
dis ça. Moi, je suis un citoyen inquiet puis je suis un député inquiet, mais
j'ai entendu des dizaines de groupes qui sont venus ici nous dire : On est
très inquiets, puis qui vous ont demandé : L'article 38 du projet de
loi n° 69, retirez-le, c'est dangereux pour l'avenir énergétique du
Québec. C'est ça que les gens sont venus nous dire, y compris les artisans
d'Hydro-Québec, y compris les travailleurs d'Hydro-Québec, ceux qui en
connaissent le plus sur l'électricité, au Québec. Alors, c'est ça, ma réponse à
vos questions.
Mais moi, je vous relance les questions :
Si vous tenez tant à faire cette brèche-là puis à ce qu'il y ait plus de
possibilités pour des acteurs privés de vendre à des acteurs privés puis de
distribuer à des acteurs privés, quelles réponses avez-vous aux questions sur :
Qu'est-ce qu'il veut dire, votre alinéa à vous? Je le réitère. C'est quoi,
l'électricité de source renouvelable dans votre projet de loi? Parce que ce
n'est pas défini. C'est quoi, l'emplacement adjacent? Ce n'est pas défini.
C'est quoi, le site de production? Ce n'est pas défini. Comment vous allez
exercer l'immense discrétion que vous vous donnez de déterminer l'avenir
énergétique du Québec?
Ce n'est même pas lié au PGIRE, ça. Bien,
vous allez me dire : Le PGIRE, peut-être, mais il n'y en a pas, de balise,
dans le projet de loi. Vous m'avez décrit, tout à l'heure, vous avez dit :
Ah! ça va être selon les perspectives des gouvernements. C'est ça qu'on ne veut
pas, on veut avoir de la certitude dans le projet de loi. Donc, avez-vous des
réponses à ces questions-là, relativement à votre amendement? Parce que, sinon,
je vous propose vraiment de considérer cet amendement-là puis de revenir à un
cadre qu'on connaît puis qui donne des résultats pour le Québec.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre, quand vous êtes prête.
Mme Fréchette : Merci. Merci,
M. le Président. Je m'étonne quand même, à chaque fois, de l'entendre,
d'entendre mon collègue de Jean-Talon dire qu'il a besoin de balises, que, là,
ce vers quoi on propose de s'en aller, ça ne peut pas tenir la route, ce n'est
pas encadré, les critères ne sont pas clairs, tout ça, mais quand il s'agit de
la biomasse, ah, bien là, il n'y a aucun inconfort à ce qu'il n'y ait pas de
balise, à ce qu'il n'y ait pas d'encadrement, à ce qu'il n'y ait pas de critère,
là, tout va pour le mieux. Alors, c'est quand même particulier, parce que s'il
s'agit d'énergie solaire, d'énergie éolienne, de géothermie, là, ça n'aurait
aucun sens de ne pas avoir de balise, mais s'il s'agit de la biomasse
forestière, aucun problème. Ça fait 25 ans qu'on roule comme ça, ça a été
mis en place par le gouvernement du Parti québécois puis il n'y en a pas,
d'enjeu. Alors, je ne comprends pas ce deux poids, deux mesures. Soit il a un
malaise, soit il n'en a pas, mais là, qu'il n'en ait pas pour la biomasse, mais
qu'il en ait si c'est d'autres formes d'énergie renouvelable, il me semble
qu'il y a deux poids, deux mesures.
• (15 h 30) •
Par ailleurs, j'ai mentionné qu'il y avait
plus d'une vingtaine de groupes, 21 groupes, en fait, qui sont venus nous dire,
en commission parlementaire, qu'ils étaient favorables à cet article-là, qu'ils
voyaient là une plus-value pour le Québec. J'aimerais ça entendre les
commentaires de mon collègue de Jean-Talon sur ve qu'est venu nous dire, en
fait, Pierre-Olivier Pineau, qui, quand même, n'a pas un intérêt, hein,
personnel par rapport à ce projet... ce projet-là et qui est venu nous dire :
«Dans le contexte où l'obligation de desservir serait encadrée dans de
nouvelles lois, et afin de ne pas faire reposer sur Hydro-Québec et ses clients
réglementés un poids indu de la croissance de la consommation d'électricité,
une ouverture de la production et de la vente d'électricité à tous les acteurs
souhaitant s'y consacrer est recommandée. Cela permettrait à des acteurs
diversifiés : coopératives, municipalités, entreprises privées — et
j'ajouterais populations autochtones — de développer des solutions
innovantes et adaptées aux réalités technologiques et économiques actuelles.»
Donc, M. Pineau... Pr Pineau nous rappelle que ce serait un poids indu à être
porté par Hydro-Québec s'il advenait qu'ils doivent répondre à la totalité des
besoins. Alors, je pense que c'est à prendre en considération, dans un contexte
de grande croissance de la demande énergétique et d'une offre qui n'arrive pas
à suivre au même rythme.
Et, par ailleurs, même s'il advenait
qu'Hydro-Québec puisse suivre au même rythme, il y a des projets pour lesquels
il y a un niveau de risque assez élevé qui caractérise des projets, des projets
pour lesquels ce ne serait pas nécessairement jugé opportun qu'Hydro-Québec les
soutienne, parce que le niveau de risque sera élevé. Or, pour ce genre de
projets là, il peut y avoir un promoteur, un développeur ou une communauté qui
est prête à prendre ce niveau de risque là et qui souhaite s'y engager. Dans la
perspective de mon collègue de Jean-Talon, il n'y aurait pas cette
possibilité-là, pour les communautés. Il préfère que ces communautés-là
oublient ça, s'en remettent à d'autres types de projets...
15 h 30 (version révisée)
Mme Fréchette : ...cette
possibilité-là pour les communautés. Il préfère que ces communautés-là oublient
ça, s'en remettent à d'autres types de projets parce que ce n'est pas là qu'ils
vont pouvoir assurer leur diversification des sources de revenus.
Alors, nous, on est d'avis que non
seulement ça devrait être une option, de pouvoir développer des projets de
ressources énergétiques renouvelables, en plus que ça peut contribuer au
développement économique, en plus que ça peut générer une diversification des
revenus tout en décarbonant, tout en décarbonant. À un moment donné, la
transition énergétique, il va falloir qu'elle s'opère sur le terrain. Et ça, c'en
est une, manière, de l'opérer sur le terrain. Hydro-Québec va y contribuer
comme nulle autre organisation. Et c'est un immense bienfait pour le Québec. C'est
ça qui va générer notre enrichissement collectif. Ça va être le pouvoir, la
capacité d'Hydro-Québec de livrer des projets énergétiques au bénéfice de tous
les Québécois.
Maintenant, Hydro-Québec, il y a des
endroits où ils ne se rendent pas. Il y a des endroits où la capacité technique
est à pleine... à pleine... à son maximum et pour lesquels il y a une
incapacité à répondre à un besoin x ou y, dans une région donnée, et pour
lesquels on pourrait développer un projet comme celui qui serait permis, pour
un seul consommateur, je répète, et qui viendrait changer la donne, qui
viendrait changer la donne de manière positive, puisque ça s'inscrira dans un
mouvement de conversion énergétique ou de transition énergétique. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. D'autres interventions? M. le député de Jean-Talon,
vous avez la parole à nouveau.
M. Paradis : Bon, la ministre
revient sans cesse, là, à l'article de la biomasse, puis là le PQ, c'était
épouvantable, il n'y avait pas de contrôle. Est-ce que la ministre a dit, oui
ou non, hier que, dans les 25 dernières années, cette option n'avait été...
n'avait pas été ou peu utilisée? Est-ce que c'est elle qui a dit ça hier, oui
ou non?
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre.
Mme Fréchette : Effectivement,
cet article-là n'a pas été utilisé, mais il reste qu'il n'offre aucun
encadrement. Alors, il peut être utilisé sans encadrement. Et nous, on y voit
un enjeu. On pense qu'il faut un cadre, on pense qu'il faille une autorisation,
il faille rencontrer un certain nombre de critères, que ce soient des critères
de nature économique, environnementale ou sociale. Alors, c'est important de
baliser davantage parce que ce ne l'était pas, balisé. Ça n'a pas été utilisé
jusqu'à maintenant. Ça n'indique pas que ça ne le serait pas ultérieurement,
mais on pense qu'il faut qu'il y ait un cadre plus important qui entoure cet
article-là.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. D'autres interventions? M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Bon. Alors, on
aura tous compris, hein, que, là, on aura beau faire beaucoup, hein, de mots
là-dessus, là, mais donc il ne s'est rien passé depuis 25 ans, là, il n'y a pas
eu d'autorisation non balisée, etc. C'est vous-même qui le dites, il n'y en a
pas eu ou très peu, puis on n'en a pas nommé. Donc, depuis qu'il y a eu cette
modification-là, ça n'a pas été exercé.
Vous, vous proposez un élargissement. Vous
changez... Vous proposez un changement majeur et vous dites : Ouh! On met
des balises. La balise, c'est qu'on dit qu'il va y avoir une autorisation à l'entière
discrétion du gouvernement. Ce n'est pas une balise, ça, de dire que le
gouvernement l'autorise aux conditions qu'il détermine. Ça, c'est s'octroyer un
pouvoir discrétionnaire. C'est écrit noir sur blanc dans votre modification.
Et vous proposez des nouveaux concepts qui
vont s'appliquer à de toutes nouvelles formes d'autorisation en vertu de cet
article. C'est ça, l'histoire de la biomasse, parce que c'était une très petite
exception au principe, parce que tout le reste de ce que vous avez dit, dans
votre réaction à ce que je viens de vous dire... On est d'accord, la
transition, puis des projets, puis aller dans les énergies renouvelables. Ce n'est
pas ça, le problème. C'est que vous, vous proposez que ça, ce soit mis dans les
mains d'entreprises privées qui vont pouvoir faire des profits en vendant à d'autres
entreprises privées puis vous voulez élargir ça, alors que, nous, la vision qu'on
a, c'est Hydro-Québec, puis c'est le Québec qui pilote ça puis qui touche les
profits pour payer nos services publics. C'est ça, la différence.
Puis je vous ai demandé au tout début de
nos échanges : Êtes-vous prête à l'admettre, au moins, que vous ouvrez
tout grand la porte... toute grande la porte au privé? Puis je n'ai pas eu de
réponse, alors que c'est ça qu'elle dit noir sur blanc, votre modification. C'est
ça, la différence.
Et puis là vous êtes... Je redemande :
Est-ce que vous avez, quelque part, une analyse? Est-ce que vous avez regardé
ça? TES Canada, votre projet modèle... Parce que vous dites : Oui, c'est
de l'autoproduction, mais là ça, ah! ça, ça va être quelqu'un qui produit pour
lui-même, qui, après ça, va être capable de vous approcher, eux ou d'autres qui
vont avoir des projets comme ça, d'éolien, de solaire, d'autres formes <d'énergies...
M. Paradis :
...vous
approcher, eux ou d'autres qui vont avoir des projets comme ça, d'éolien, de
solaire, d'autres formes >d'énergies renouvelables, puis qui vont vous
approcher, puis qui vont dire : Moi, maintenant, je voudrais vendre à tel
voisin, c'est moi qui a décidé. J'ai 100 kilomètres de terrain adjacent,
200, 300 kilomètres en comptant. Qu'est-ce qui est adjacent? Vous n'avez
pas commencé à donner le début d'un commencement de réponse à ces questions-là?
Qu'est-ce qui va être adjacent? Si TES ou un autre vous approche, c'est quoi, son
site de production? C'est quoi, l'emplacement adjacent? Est-ce qu'il est...
Quelle énergie, quelle source d'énergie renouvelable est visée ou pas? Et
surtout quelles sont les balises d'exercice de votre pouvoir discrétionnaire?
Je le réitère, les Québécois ont raison de
se poser des questions, parce que de l'exercice du pouvoir discrétionnaire dans
les dernières années, on en a vu sur plein de sujets, plein de sujets. Moi,
j'ai posé des questions, le collègue de Jacques-Cartier a posé tellement de
questions : Mais comment vous avez octroyé les blocs d'énergie que tout le
monde cherche au Québec? On n'a jamais eu de réponse à ça. C'est ça, le
problème des blocs d'énergie. Pendant qu'il y a des gens dans les régions du
Québec, en Abitibi, Témiscamingue, sur la Côte-Nord, au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
qui disent : Heille! Nous, on a des projets puis on voudrait avoir des
blocs d'énergie, ils se font dire : On ne le sait pas.
Je fais le parallèle parce que c'est ça,
le problème de l'exercice discrétionnaire. Qu'est-ce qui fait que le ministre
Fitzgibbon trouve que c'est magique, TES? Parce que, là, après ça, oui, ils
vont pouvoir vendre à des... à un terrain voisin ou d'autres projets. Qu'est-ce
qu'on va accorder puis qu'est-ce qu'on n'accordera pas? Il n'y a aucune réponse
à ces questions-là. Puis il n'y a rien dans le projet de loi qui balise ça. Ce
n'est pas normal quand il s'agit d'une brèche fondamentale à un principe de
base de la société québécoise. Depuis 1963, c'est Hydro-Québec qui distribue
l'électricité au Québec au profit des Québécois.
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre.
• (15 h 40) •
Mme Fréchette : Oui. Merci.
Donc, le Parti québécois dit à une entreprise qui fonctionne actuellement, par
exemple, au diesel qui voudrait se décarboner tout en enrichissant la
communauté adjacente à son usine, composée essentiellement de Premières Nations,
peut-être de la MRC, qui voudrait créer un parc éolien ou un parc de panneaux
solaires, et pour qui Hydro-Québec n'a pas une offre à courte échéance, de dire :
Oubliez ça, oubliez ça, votre projet, c'est Hydro-Québec ou c'est rien. Bien,
nous, on dit : S'il y a une alternative qui permet de décarboner
l'entreprise, qui permet d'enrichir les communautés, Premières Nations, MRC, on
leur dit qu'il y a une alternative qui devrait exister. Ça va répondre à des
objectifs de transition énergétique, de développement économique régional. À ce
que j'en comprends, le Parti québécois ne loge pas là, mais ce n'est pas notre
approche. Nous, on pense que la transition énergétique, c'est pour tout le
monde. Il faut que tout le monde s'y engage, que chacun fasse un effort.
Et là on vient offrir une alternative qui
n'existe pas si ça ne va pas de l'avant. Alors, le député de Jean-Talon préfère
que ce soit le vide qui soit offert comme prix de consolation. Nous, on est
d'avis qu'il faut offrir une possibilité qui va nous permettre d'avancer dans
la décarbonation, d'avancer dans le développement économique régional et dans
l'autonomie, l'autonomie économique, l'autonomie énergétique. Ça ne vient
absolument pas menacer de quelque manière que ce soit Hydro-Québec puisque ça
devra s'adresser à un seul consommateur, un seul. Mais ça vient bénéficier à
une multitude, potentiellement. Si c'est une communauté qui développe le parc
éolien, le parc solaire, c'est une communauté au grand complet qui va en
bénéficier.
Puis c'est des communautés, souvent, qui
n'ont pas d'alternative parce que dépendantes d'un seul secteur économique,
parfois même dépendantes d'une seule entreprise, monoindustrie. Est-ce que
c'est ça, la vision du Parti québécois? Ce n'est pas la nôtre. Nous, on pense
que la transition énergétique, ça peut générer une nouvelle forme de
développement économique. Et ça, c'est à petite échelle, là, le développement
économique qui pourrait surgir. C'est un seul consommateur. Mais il n'en
demeure pas moins que, pour les communautés concernées, ça peut être
transformationnel, même si c'est pour un seul consommateur, parce que ça ouvre
une nouvelle alternative, une nouvelle possibilité.
Puis Hydro-Québec, malgré toute l'ambition
qui peut l'habiter, puis les ressources dont elle dispose, elle ne pourra pas
être au rendez-vous à courte échéance pour l'ensemble des besoins du territoire,
alors il faut trouver une alternative. Et le PQ en avait trouvé une en 2000.
Ils ont décidé que la biomasse, <ça...
Mme Fréchette :
...alors
il faut trouver une alternative. Et le PQ en avait trouvé une en 2000. Ils ont
décidé que la biomasse, >ça pourrait être utile pour aider à du
développement économique, à de l'autonomie énergétique, à la diversification
des ressources, des revenus. Je pense que c'était une orientation qui était
d'intérêt. Maintenant, l'évolution a fait en sorte qu'en termes d'énergies
renouvelables, il y a des options qui sont maintenant plus accessibles et
compétitives, donc qui pourraient être utilisées à la même fin que celle qui
avait été prévue par le Parti québécois, mais avec un peu plus d'encadrement,
parce qu'il faudrait quand même qu'il y ait une autorisation. Mais on pense que
le solaire, que l'éolien, que la géothermie pourraient être mis à contribution
à cette même fin. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. D'autres interventions? M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : La ministre
vient de dire : Ah oui! La vision du Parti québécois, c'est le vide, quand
l'entreprise privée n'est pas capable, nous autres, au Québec, on ne sera pas
capables. C'est le contraire. Nous, on est encore la vision de l'ambition pour
le Québec puis de croire qu'on est capables de tout.
La réponse à la question, c'est : Ah!
quand il y a une communauté, c'est... comme... Collectivement, au Québec, on
est capables de fournir de l'électricité puis de l'énergie avec nos propres
moyens, la force de nos bras, puis de garder les profits au bénéfice de la
collectivité. C'est ça, notre vision.
La ministre nous réitère les mêmes lignes
qu'on a entendues de son prédécesseur : On n'est plus capables au Québec.
Il y a des cas comme ça : Si l'entreprise privée n'est pas là, on ne sera
rien capables de faire. Ils vont... Ils vont se trouver le bec à l'eau. Voyons
donc!
Nous, notre vision, c'est qu'il n'y a rien
à notre épreuve, collectivement, au Québec, que, s'il y a des communautés comme
ça, qui ont besoin d'énergie, on va être capables d'aller leur en donner, de
l'énergie, puis qu'on va... on va l'aborder ensemble, le défi de la transition,
en gardant ce bien collectif qu'on a, celui de la production puis la
distribution d'électricité. Pas se faire dire : Ah non! Si la... Si les
compagnies privées n'y vont pas, ils ne seront pas capables. Depuis quand les
compagnies privées ont les reins plus solides qu'Hydro-Québec puis que nous,
collectivement, pour construire des infrastructures de distribution, de
transport puis de production? Moi, je n'en reviens pas, du discours qu'on
entend. Nous, c'est ça, notre posture.
Puis le projet de loi, actuellement, il
n'y a rien qui garantit, avec l'article 60, qu'on n'est pas en train
d'ouvrir tout grand la porte à dire : Bon, bien, tiens, il va y en avoir
plein, des distributeurs privés partout au Québec, puis qui vont le vendre à
plein d'acheteurs privés. Ça veut dire quoi, ça? Sur plein... Qui... Est-ce
qu'ils vont être connectés d'une manière ou d'une autre au réseau d'Hydro-Québec?
On n'a toujours pas cette réponse-là. Quand c'est de l'éolien, c'est de
l'intermittent. Qui, dans le privé, quelle banque va financer un projet qui va
coûter des milliards de dollars, qui n'est pas adossé à Hydro-Québec pour
garantir que, quand il n'y a pas de vent, il va quand même avoir de l'énergie,
y compris le projet de TES? Ça coûte des milliards, construire une ligne de
transmission.
Ah! puis les lignes de transmission,
est-ce qu'on va tapisser le Québec de lignes de transmission privées ou bien on
va utiliser les lignes de transmission d'Hydro-Québec? Pierre Fitzgibbon,
22 janvier 2024 : «On va favoriser l'autoproduction puis la vente de
privé à privé, mais sans utiliser les lignes de transport du réseau public, a
prévenu le ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie.» Pierre
Fitzgibbon, 17 avril 2024, ici, en répondre à... en réponse à une de mes
questions : «Pour la distribution, c'est un monopole de facto parce qu'il
n'y aura aucune ligne de transmission au Québec qui est privée. Il n'y en aura
pas.» Donc, il va y en avoir, des lignes privées, ou il n'y en aura pas, des
lignes privées? Ils vont utiliser des lignes d'Hydro-Québec ou ils n'en
utiliseront pas, des lignes d'Hydro-Québec? Quelle part de nos investissements
collectifs vont être utilisés par des entreprises privées pour produire de
l'électricité puis ensuite de la vendre à d'autres entreprises privées en
touchant, eux, les profits?
Socialisation des investissements,
privatisation des profits, il y a plein de questions qui se posent. J'en ai une
page, de questions, encore. Comment on va vérifier l'acceptabilité sociale des
projets quand c'est le gouvernement qui décide s'il autorise ou non des projets
de vente privés aux conditions qu'il détermine? Ce n'est pas écrit nulle part.
Donc, où sont les réponses à toutes ces
questions fondamentales lorsqu'on ouvre une brèche sur cet élément fondamental
de notre fonctionnement en société, au Québec, que c'est Hydro-Québec qui a le
monopole de la distribution d'électricité?
Le Président (M. Montigny) : Mme
la ministre, vous avez la parole.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Bien, j'aimerais entendre le député de Jean-Talon sur ce qu'il
répond aux gens pour qui Hydro-Québec ne peut pas répondre à <leurs...
Mme Fréchette :
...député
de
Jean-Talon sur ce qu'il répond aux gens pour qui
Hydro-Québec
ne peut pas répondre à >leurs besoins avant sept, huit, neuf ans. Qu'est-ce
qu'il leur répond? Continuez avec votre propane, continuez avec votre diesel,
mais, n'oubliez pas, la transition énergétique, ça nous concerne tous. C'est
ça, la réponse? Parce qu'Hydro-Québec ne pourra pas répondre, à brève échéance,
à tous les besoins. Donc, il faut trouver des alternatives. Le Parti québécois
en avait identifié une à partir de la biomasse. Maintenant, les énergies
renouvelables ont pris, je dirais, en importance, en place dans le marché, en
compétitivité.
Par ailleurs, si on demandait à Hydro-Québec
de s'occuper de tous les projets, ça voudrait dire qu'on veuille faire assumer
par les contribuables québécois des niveaux de risque assez élevés parfois,
parce que, des entreprises, ça vient avec un niveau de risque, des projets
d'entreprise. Et, s'il s'avère que ce soit qu'Hydro-Québec qui puisse offrir le
type de réponse, de fourniture, l'alimentation énergétique qui est requise par
certains projets, eh bien, ce serait à Hydro-Québec de payer et d'assumer
l'ensemble des coûts pour connecter une entreprise au réseau, répondre à ses
besoins, mais avec un niveau de risque parfois très élevé. Alors, est-ce qu'il
serait normal que ce soient les contribuables québécois qui assument ce risque
plutôt qu'un industriel qui est prêt à prendre le risque, qui est prêt à
investir malgré le risque existant?
Alors, dans la mesure où il y a un
industriel ou une communauté qui est prêt à prendre le risque, un risque élevé,
eh bien, je pense que c'est bénéfique qu'on puisse laisser libre cours à cette
possibilité-là plutôt que de la stopper sous prétexte qu'il faut que ce soit
absolument, invariablement, Hydro-Québec. On l'a vu, par ailleurs, quand cette
possibilité-là existe, ça ne se rue pas dans les brancards, ça ne fait pas la
file pour venir en profiter. En 25 ans, cet article-là n'a pas été
utilisé.
Alors, la brèche qui a été créée en 2000,
est-ce que, vraiment, on peut qualifier ça de menace? Bien, franchement,
l'expérience nous montre que ça n'a pas été le cas depuis 25 ans. Alors,
je ne vois pas pourquoi ce serait chamboulé et complètement l'inverse à partir
du moment où on permet d'autres formes d'énergie renouvelables.
Donc, voilà. Je pense qu'on a fait le tour
de la question, M. le Président Merci.
• (15 h 50) •
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. Est-ce qu'il y a d'autres personnes qui
souhaitent prendre la parole? M. le député de Jean-Talon. Je vous avise qu'il
vous reste tout près d'une minute.
M. Paradis : Très bien. Je...
La ministre me pose plus de questions... Elle ne répond à aucune question,
alors que c'est elle qui présente le projet de loi, puis elle m'en pose plein.
Elle me demande : Qu'est-ce que je dis aux communautés? Je leur dis que le
Québec est capable de leur fournir de l'électricité puis de l'énergie. Et c'est
drôle, c'est ce qu'Hydro-Québec leur répond. Parce que... La ministre, je suis
stupéfait de ses réponses parce qu'Hydro-Québec elle-même vient de publier sa
stratégie de développement éolien. Elle dit : À partir de maintenant, nous
allons être le maître d'œuvre et l'actionnaire de tous les projets. Hydro-Québec
leur répond ça, puis la ministre n'a même pas l'air d'être capable de leur
répondre ça. Étonnant. Je m'arrête là pour l'instant, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Est-ce qu'il y a d'autres interventions? Oui. M. le député de Maurice-Richard, vous avez demandé la parole, je crois.
M. Bouazzi : Oui. Mme la
ministre, vous avez, à plusieurs reprises, parlé des communautés autochtones. Est-ce
que vous pourriez nous expliquer exactement, en utilisant ce que vous proposez,
comment ça fonctionnerait?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Fréchette : Oui. Bien,
c'est un exemple, en fait, dont on a discuté hier. Il pourrait, par exemple, y
avoir un projet de mine dans le Grand Nord, au Québec, un projet de mine qui
pourrait être alimenté en énergie à partir, par exemple, d'énergie résultant
d'un parc éolien ou un parc solaire. Alors, moi, je vois la belle possibilité
pour des Premières Nations de former un regroupement pour développer le parc
éolien et vendre une partie de l'électricité, donc, à l'usine pour qu'elle
puisse s'alimenter. Et ça, ça peut générer, donc, de la conversion énergétique,
advenant qu'elle soit alimentée qu'avec du diesel, par exemple. Donc là, il
pourrait y avoir un hybride parce qu'on sait que l'éolien, bon, c'est
intermittent, mais, tout de même, ça pourrait améliorer sa performance
environnementale, écoénergétique. Il pourrait y avoir du stockage, également,
de cette énergie-là dans des batteries, question <qu'elle...
Mme Fréchette :
...pourrait
y avoir du stockage, également, de cette énergie-là dans des batteries,
question >qu'elle puisse s'alimenter même lorsqu'il ne vente pas,
qu'elle puisse s'alimenter à partir de l'énergie stockée.
Donc, voilà. Moi, je pense que ça
constitue un levier intéressant pour des communautés des Premières Nations qui
n'existe pas à l'heure actuelle. Donc, offrir un nouveau levier de
développement économique et d'autonomisation aussi, ça crée une autonomie
accrue. Et sans impact tarifaire. Ça, je pense que c'est important de le
mentionner. Parce que, quand on passe par Hydro-Québec, s'il y a des coûts très
importants pour rejoindre une région donnée, eh bien, c'est les contribuables
québécois qui vont assumer l'impact sur les tarifs. Dans le cas qui est
présenté ici, bien, ce serait dissocié... en fait, il n'y aurait pas de
transfert des coûts aux contribuables québécois, aux consommateurs d'Hydro-Québec,
en fait.
M. Bouazzi : ...vous dites
qu'une partie irait à la mine. Et l'autre partie irait à qui, au juste?
Mme Fréchette : Il faut que
ce soit... pardon, il faut que ce soit la totalité de... qui aille à la mine.
M. Bouazzi : Donc là, juste
avant, vous nous avez dit : Hydro-Québec et puis nous, en fait, on n'a pas
les reins assez solides pour prendre des risques associés à une nouvelle mine.
Mais là les petites communautés quelque part dans le Nord-du-Québec,
communautés autochtones, elles, là, on va leur dire : Allez-y,
franchement, prenez le risque à notre place. Il se passe quoi si la mine fait
faillite, Mme la ministre?
Mme Fréchette : En fait, ce
sera surtout le propriétaire, le développeur de la mine qui va prendre le
risque. Et il va... il va travailler en collaboration avec les communautés. Il
pourrait y avoir de l'injection de fonds de communautés, là. Ça, c'est un cas
de figure qui pourrait exister. Mais ça va être essentiellement le promoteur
d'une entreprise qui va assumer le risque. Donc, voilà. Je pense que c'est
important de souligner cette réalité.
M. Bouazzi : Je remarque que
plus ça va, moins il y a d'autochtones dans votre histoire où il y a des
autochtones, Mme la ministre. Juste pour comprendre, on a des situations de
«greenwashing» malheureuses, malheureusement, avec lesquelles on vit, là. On a
l'impression qu'on a du «autochtonewashing». Expliquez-nous, là. Si la
compagnie... Donc, d'après ce que vous dites, il y a encore des autochtones
dans votre histoire. Si la compagnie fait faillite, la minière, et Dieu sait
qu'il y a des risques associés effectivement à ce genre d'industrie, qu'est-ce
qui se passe avec les autochtones?
Donc, une éolienne, c'est 4 millions.
Imaginons qu'ils en font 50 pour répondre aux besoins d'une éolienne. Vous nous
dites : Au début, bon, bien, c'était un peu pour eux, un peu pour la
compagnie, là, tout d'un coup, c'est juste pour l'autre compagnie, là, tout
d'un coup, c'est avec une compagnie privée. J'imagine, on est dans du 50-50.
J'essaie de comprendre où rentrent en compte les autochtones.
Bon, imaginons qu'ils sont à 50 %
propriétaires du parc d'éoliennes avec Boralex, qui, rappelons-le, envoie une
partie de son argent dans des paradis fiscaux. Si la compagnie fait faillite,
est-ce que le 50 %... je veux dire, comment on fait, là? Moi, je ne
comprends pas, honnêtement. Je veux dire, j'ai la réponse, là, honnêtement, mais
j'aimerais bien vous entendre.
Mme Fréchette : Bien, prenons,
par exemple, M. le Président, le projet d'Apuiat. C'est un projet qui est
50 % Premières Nations, premières... 50 % une entreprise, en
l'occurrence les Innus et Boralex. Donc, chacun a mis...
Une voix : ...
Mme Fréchette : Bien, dans ce
cas-ci, le client, c'est Hydro-Québec, dans le cas.
M. Bouazzi : C'est tout mon
point, Mme la ministre.
Le Président (M. Montigny) : Juste
une seconde. Je vais attribuer le droit de parole. Je ne veux juste pas que
vous vous coupiez, là, dans... Ça allait superbien, là. Je veux préserver ça.
Mme la ministre, je vous laisse la parole.
Complétez.
Mme Fréchette : 4 heures,
jeudi.
Le Président (M. Montigny) : Oui,
oui. On ne veut pas que ça dérape. Ça va superbien. Mme la ministre.
Mme Fréchette : OK. Oui, M.
le Président. Vous faites bien de nous rappeler à l'ordre.
Le Président (M. Montigny) : ...
Mme Fréchette : Alors, c'est ça,
Apuiat, je disais que c'étaient Innus à 50 % et Boralex à 50 %. Donc,
après ça, bien, c'est des questions d'arrangements, là. Je veux dire, il y a
différents cas de figure qui peuvent exister. Il n'y a pas un seul modèle qui
puisse être mis en place. On l'a vu, il y a de plus en plus de communautés
autochtones, puis, ça, je l'entends quand je suis en région, les communautés
autochtones sont très contentes quand elles peuvent aller de l'avant avec un
projet de nature éolienne pour la plupart du temps. Ça ouvre des nouvelles
perspectives. Donc, moi, je pense qu'avec le projet de loi, l'article dont on
discute, il y a cette nouvelle perspective-là qui va pouvoir s'offrir et qui
fait un complément à ce que peut faire Hydro-Québec. Le cœur demeure Hydro-Québec.
Ça, je ne le répéterai jamais assez, là. C'est ça, le fer de lance. C'est Hydro-Québec.
Maintenant, il y a des situations où la
possibilité pour Hydro-Québec de prendre action à courte échéance, elle n'est
pas là. Ils ont un plan de développement pour 2035 qui est fabuleux, qui est de
grande ampleur, qui est <visionnaire...
Mme Fréchette :
...elle
n'est pas là. Ils ont un plan de développement pour 2035 qui est fabuleux, qui
est de grande ampleur, qui est >visionnaire.
Maintenant, 2035, pour des communautés qui
auraient besoin d'approvisionnement énergétique accru, ça reste que c'est dans
10 ans. Donc, ça, est-ce qu'un article comme ça va pouvoir... permettre de
prendre action avant qu'Hydro-Québec ne puisse le faire? Je pense que oui. Encore
faut-il avoir les ressources nécessaires, la volonté nécessaire aussi, parce
que c'est... ce ne sera pas une mince tâche pour ceux qui voudront se lancer
dans ce genre d'initiatives là, mais ça reste que ça va être une possibilité.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. M. le député.
M. Bouazzi : Oui. Ça fait que
je veux juste qu'une fois pour toutes, comme, on écarte un peu cet exemple de Premières
Nations, parce que l'exemple que vous nous avez donné, Mme la ministre, est un
exemple où les Premières Nations vendent à Hydro-Québec, qui n'est pas celui
qu'on préfère, mais qui n'a quand même rien à voir avec ce dont on parle
aujourd'hui. Vous, vous avez dit : Il y a des risques qu'on n'est pas
prêts à prendre qu'il faudrait prendre pour les minières, laissons le privé
s'en charger, et c'est une opportunité pour les Premières Nations. Est-ce qu'on
peut, s'il vous plaît, dire tout de suite aux Premières Nations : Ne
prenez pas ce genre de risques, vous allez faire faillite? Parce que si c'est
trop risqué pour Hydro-Québec, c'est probablement beaucoup trop risqué pour les
Premières Nations aussi. Sommes-nous d'accord là-dessus ou est-ce que... Parce
qu'on ne va pas vendre aux Premières Nations : Regardez, vous avez des
projets qui marchent où Hydro-Québec vous garantit un prix fixe sur
20 ans, et là prenez le risque avec une minière parce que nous, on n'est
pas prêts à prendre le risque, sachant qu'elle pourrait faire faillite.
Le Président (M. Montigny) : Bien.
Mme la ministre, quand vous serez prête.
Des voix : ...
Le Président (M. Montigny) :
Alors, voulez-vous une petite...
Mme Fréchette : Oui, je vais
juste prendre quelques secondes.
Le Président (M. Montigny) : Oui.
Nous allons donc suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 heures)
(Reprise à 16 h 02)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous sommes de retour. Mme la ministre, vous aviez la parole, je vous la
redonne maintenant.
Mme Fréchette : Oui. Merci,
M. le Président. Donc, je voulais poursuivre sur la notion de risques et puis
sur la différenciation qu'il peut y avoir entre un projet mené par Hydro-Québec
versus une communauté...
16 h (version révisée)
Mme Fréchette : ...sur la
différenciation qu'il peut y avoir entre un projet mené par Hydro-Québec versus
une communauté.
Alors, en ce qui a trait au niveau de
risque, prenons, par exemple, une région, là, comme l'Abitibi-Témiscamingue,
une région où la capacité du réseau d'Hydro-Québec est proche de la limite. On
s'entend qu'il n'y a plus beaucoup de marge de manœuvre. On va être serrés pour
un bout de temps. Et là il y aurait un projet qui... qui veut voir le jour, qui
est... qui est soumis pour du développement, et ce projet-là est à, disons, 100 kilomètres
du réseau d'Hydro-Québec. Alors, s'il faut qu'Hydro-Québec raccorde ce projet-là
à son réseau, ça veut dire qu'elle doit développer des lignes sur une centaine
de kilomètres. C'est des coûts considérables.
Alors, si on procède plutôt avec l'ouverture
que permet l'article 60, on pourrait avoir plutôt un parc solaire ou
éolien, de la géothermie sur le site, pratiquement, dans le site adjacent au
projet qui sera développé. Donc, en termes de coûts, on est ailleurs, là,
comparativement à ce qu'il en coûterait par Hydro-Québec si ce projet-là était
porté par Hydro-Québec.
Donc, on est vraiment dans une notion d'est-ce
que ça vaut la peine, du point de vue d'Hydro-Québec, de soutenir tous les
projets qui vont vouloir être développés? Eh bien, ce n'est pas toujours le cas
parce que les fonds, parfois, vont être considérables, pour ce qui est d'Hydro-Québec,
parce que le raccordement au réseau d'Hydro va se faire sur des superficies qui
se comptent en dizaines et dizaines de kilomètres, alors que, si on y va avec
un projet sur l'emplacement adjacent à l'usine, eh bien, là, on élimine une
série de coûts considérables. On vient rapprocher la zone de production de la
zone de consommation.
Hydro-Québec a énormément de demandes. Alors,
c'est sûr que, quand elle analyse les demandes, elle va comparer les coûts avec
ce que ça rapporte, les coûts avec le nombre de consommateurs qui vont être
desservis, et, s'il s'agit d'un projet dans une zone relativement éloignée, ça ne
tiendra pas la route. Le ratio ne va pas être là pour justifier qu'Hydro-Québec
prenne action pour aller raccorder ce projet-là, surtout dans une période où
les besoins sont très grands, puis je pense qu'elle a tout intérêt à se
concentrer dans des zones où la densité est plus grande et où les coûts de
développement vont être moindres.
Alors, c'est tous ces calculs-là qui vont
entrer en ligne de compte. Donc, je veux bien que le principe que ce soit
toujours Hydro puisse être... puisse paraître intéressant, mais, dans les
faits, il y aura des projets qui ne pourront pas être répondus sur la base de
ce que je viens de vous expliquer, parce que les frais de raccordement seraient
colossaux, faramineux.
Le Président (M. Montigny) :
Parfait.
Mme Fréchette : ...
Le Président (M. Montigny) : Oui,
Mme la ministre?
Mme Fréchette : ...oui, et la régie
doit, par ailleurs, approuver ces investissements-là, puis, s'il y a des
investissements colossaux qui sont à faire, je ne suis pas convaincue que la régie
va estimer qu'il est justifié que la société d'État prenne ce risque-là puis
engage autant d'investissements dans un projet qui va servir une entreprise.
Voilà, merci.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. D'autres interventions? M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Je remercie Mme
la ministre de ne pas avoir parlé des communautés autochtones une seule fois. Ça
fait qu'au moins on a éliminé cette question-là à ce stade-ci, donc, quand on
parle des risques, effectivement, disproportionnés qu'on devrait prendre. J'ai...
On s'entend que ce qu'on fait ici, c'est comme élargir la question de l'autoproduction.
Aujourd'hui, Mme la ministre, l'extrême majorité des mégawatts en autoproduction,
ils sont connectés ou pas au réseau d'Hydro-Québec?
Le Président (M. Montigny) :
Très bien.
Mme Fréchette : La mine
Raglan, par exemple, ce n'est pas connecté au réseau d'Hydro-Québec. La mine de
diamants Stornoway... la mine Stornoway n'était pas connectée non plus. Donc, bon,
je n'ai pas la liste, bien sûr, exhaustive, là. Il y a de l'autoproduction qui
existe et qui est connectée au réseau. Il y en a d'autres qui existent sans
être connectés.
M. Bouazzi : ...qu'en quantité
de mégawatts l'extrême majorité est connectée au réseau, on peut-tu être d'accord
là-dessus?
Mme Fréchette : Désolée, je
n'ai pas le ratio. Je n'ai pas cette information-là.
M. Bouazzi : On a des
alumineries qui ont... qui ont des barrages.
Mme Fréchette : Oui, oui. Non,
mais je...
M. Bouazzi : C'est sûr, en quantité
de mégawatts, on peut prendre l'hypothèse que la majorité des <mégawatts
en autoproduction...
M. Bouazzi :
...en
quantité de mégawatts, on peut prendre l'hypothèse que la majorité des >mégawatts
en autoproduction sont connectés.
Mme Fréchette : ...quelle
part sont connectées versus celles qui ne le sont pas.
M. Bouazzi : Je comprends que
vous n'avez pas le ratio, moi non plus, mais moi, je dis que la majorité de
l'autoproduction est connectée au réseau, et je vous demande juste d'être
d'accord. Je suis sûr que vous savez que la majorité de l'autoproduction en
mégawatts est connectée au réseau, Mme la ministre. Bon, bref, ce n'est pas
grave. Qu'est-ce qui... Alors, j'ai... ce que... Votre réponse sur les
éoliennes, qu'est-ce qui empêche... Il y a deux choses.
D'abord, vous avez donné des exemples de
minières qui sont en autoproduction. Moi, je ne comprends pas pourquoi on ouvre
ceci, alors qu'effectivement l'autoproduction est possible, parce que, là, on
ouvre une porte qui est immense. Je ne vais pas reprendre tout ce que mon
collègue de Jean-Talon a pu dire, mais il est évident que ça ouvre une porte
de... une porte immense, avec toutes sortes d'inconnues et avec des questions
auxquelles vous ne répondez pas, mais pourquoi ne pas se limiter à de
l'autoproduction?
C'est vraiment... Je ne comprends pas
l'obligation qu'on a de dire : On va vendre du privé au privé.
L'autoproduction est permise. Juste... Expliquez-moi pourquoi ça ne marcherait
pas. Tout ce que vous avez décrit là, il y a une minière quelque part qui veut
produire sa propre électricité, etc., etc., pourquoi est-ce qu'elle-même
n'aurait pas ses propres éoliennes ou ses panneaux solaires?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre, quand vous serez prête.
Mme Fréchette : Bien, j'aime
bien la question du député. Vraiment, c'est une question importante. C'est
qu'en fait l'expertise n'existe pas nécessairement, puis rarement, en fait,
dans les entreprises qui pourraient bénéficier comme ça de l'énergie générée
par source d'énergie renouvelable dans un lieu... un lieu à proximité. Ce n'est
pas comme une génératrice, hein, dire : Ah! on va... on va s'acheter
trois, quatre éoliennes pour s'autoproduire en matière énergétique. C'est pas
mal plus tentant de dire : On va acheter quelques génératrices, puis on va
les brancher, puis, voilà, on va être alimentés. Donc, c'est vraiment toute une
aventure, là, de se lancer dans le développement de l'énergie solaire, ou
éolienne, ou la géothermie. Donc, l'expertise, souvent, n'est pas présente dans
l'entreprise, et on a eu des cas où, même quand cette volonté d'aller de
l'avant existait, bien, que ça ne s'est pas très bien passé.
Donc, je pense que, dans la mesure où il y
aurait une entité, une communauté ou une entreprise qui voudrait, elle, se
développer une expertise ou qui la possède déjà, cette expertise-là, bien, se
mette à contribution pour générer une alimentation en énergie renouvelable pour
une entreprise. Donc, voilà, c'est vraiment une question d'expertise et puis de
volonté de diversifier ou pas les produits d'une entreprise. La volonté de
diversifier, elle n'est pas... elle n'est pas souvent là, et, voilà, c'est ce
qui justifie qu'on puisse avoir un autre acteur qui vienne subvenir aux
besoins.
• (16 h 10) •
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Vous voulez dire
que la... Imaginons qu'une compagnie privée, une minière, là, qui contracte
avec Boralex pour que Boralex vienne installer une...
(Interruption)
Le Président (M. Montigny) : Nous
allons suspendre pour quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 11)
(Reprise à 16 h 13)
Le Président (M. Montigny) : Alors,
nous sommes de retour. Au moment de la période de suspension, Mme la ministre
avait la parole. Je vous redonne la parole.
Des voix : ...
Le Président (M. Montigny) : Non,
je crois que c'était le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : J'avais...
j'avais effectivement... Ah non! C'est vrai, c'était moi, je n'avais même
pas... je n'étais pas arrivé au bout de...
Le Président (M. Montigny) : ...de
Maurice-Richard, vous avez la parole. M. le député.
M. Bouazzi : C'est ça. Ça
fait que qu'est-ce qui empêcherait une minière — c'était ça, ma
question — qui ferait un contrat avec une compagnie privée, là, avec les
Boralex de ce monde pour qu'ils viennent installer une éolienne chez eux, là,
clés en main, et qu'ils la gardent, et que ce ne soit pas Boralex qui vend à la
minière, mais, comme on achète un ordinateur, on peut bien acheter une
éolienne?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, très bien. Merci. Mme la ministre, quand vous serez prête.
Des voix : ...
Le Président (M. Montigny) : Vous
avez la parole quand vous serez prête.
Mme Fréchette : Alors, bien,
si c'était quelqu'un... une entreprise comme Boralex qui offrait l'énergie, ça
fait partie de son modèle d'affaires de rétribuer son investissement initial,
de l'amortir dans le temps. Donc, c'est sûr qu'une entreprise comme ça ne
voudra pas laisser aller la gestion puis le fait de toucher à des retombées
économiques à l'entreprise pour qui elle offrirait ce service-là, cette
énergie-là. Donc, c'est ça, comme ça fait partie de son modèle d'affaires, elle
voudra rester propriétaire et générer les retombées attendues.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Bon, alors,
d'abord, il y a de ces... ce n'est pas Boralex particulièrement, mais il y a au
moins quelques-unes de ces compagnies-là qui ont pu, par exemple, sous-traiter
au complet l'opérationnalisation derrière. Il y en a qui sous-traitent au
complet la construction de l'éolienne. Je veux dire, les modèles d'affaires,
ils sont différents, là, et moi, je nous invite à faire de la législation pas
pour les modèles d'affaires. Les modèles d'affaires peuvent s'adapter aux lois,
Mme la ministre. D'ailleurs, j'en profite, vous avez fait référence à plusieurs
reprises au modèle d'affaires de TES Canada. Est-ce que vous pourriez le
partager avec nous, Mme la ministre?
Mme Fréchette : ...de la
phrase. Qu'est-ce qu'on pourrait partager?
M. Bouazzi : À plusieurs
reprises, depuis qu'on parle de ça, et puis évidemment on a beaucoup évoqué le
cas de TES Canada, et vous avez parlé du modèle d'affaires de TES Canada, qui
ne consiste pas à vendre de l'électricité à d'autres États, donc, j'imagine que
vous avez eu accès à ce document et que vous êtes prête à le partager avec
nous.
Mme Fréchette : Ce que je
dis, c'est que le modèle de TES Canada repose sur de l'autoproduction. Donc, ce
n'est pas un modèle de vente qui est basé sur la vente à un consommateur. C'est
de l'autoproduction générée à partir d'un parc d'éoliennes et également de
panneaux solaires. C'est ça qui est à la base du projet de TES.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre. M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Bien, est-ce que
vous avez vu le modèle d'affaires? Est-ce que vous avez eu le document de
modèle d'affaires de TES Canada?
Mme Fréchette : J'ai eu droit
à une présentation. Ils sont venus me présenter leur modèle pour m'expliquer ce
en quoi ça consistait, et voilà.
M. Bouazzi : Et c'est quand
même une compagnie à laquelle on a laissé un gros bloc d'électricité, parce que,
malgré l'autoproduction, évidemment, en fin de compte, ces compagnies-là ont
besoin d'Hydro-Québec de toute façon. Est-ce que vous avez vu un modèle
d'affaires ou, en tout cas, dans la présentation, quelque chose qui pouvait
faire croire à une entreprise rentable?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci. Mme la ministre, quand vous serez prête.
Mme Fréchette : M. le
Président, il m'apparaît qu'on veuille tomber dans des informations qui sont de
nature confidentielle, au sens où, bon, je ne voudrais pas révéler des
informations qui tiennent de la confidentialité puis qui sont sur le côté
stratégique, des informations stratégiques de l'entreprise.
Le Président (M. Montigny) : Je
vous entends.
Mme Fréchette : Donc, je préfère...
je préférerais me limiter au modèle d'autoproduction, là, dont...
Le Président (M. Montigny) :
Parfait, pas de problème, je vous entends très, très bien. Merci, Mme la <ministre.
M. le député de Maurice-Richard...
Le Président (M. Montigny) :
...pas
de problème, je vous entends très, très bien. Merci, Mme la >ministre.
M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : C'est très bien,
mais, du coup, on ne peut plus faire référence au modèle d'affaires que nous,
on ne connaît pas. Nous, on va juger... juger sur ce qu'on voit. On voit une
compagnie qui pourrait très, très bien invoquer le nouveau projet de loi que
vous proposez pour vendre de l'électricité. Bon, ça fait que moi, je pense, déjà,
si on peut se mettre d'accord et avoir juste une réponse claire... Aujourd'hui,
elle compte mettre 133 éoliennes de 200 mètres de long sur un territoire de
plus de 100 kilomètres carrés. Est-ce que... La seule compagnie à laquelle elle
peut vendre, est-ce qu'elle peut être... est-ce qu'elle est obligatoirement
collée à elle, sur Shawinigan, ou elle peut être à côté de n'importe laquelle
de ces éoliennes?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre, quand vous serez prête.
Mme Fréchette : Oui, M. le
Président.
Le Président (M. Montigny) :
Quand vous serez prête.
Mme Fréchette : Alors, bien,
je voudrais simplement souligner que, quand l'énergie a été confirmée pour le
projet de TES, c'était sur la base du projet qui avait été présenté et c'est un
modèle d'autoproduction. Donc, ce n'était un modèle qui était d'une autre
nature. C'est un modèle d'autoproduction et c'est toujours le cas. Donc, quand
on réfère au modèle TES, c'est ce dans quoi ça s'inscrit. Ça fait qu'on n'est
pas dans le type de situation auquel réfère l'article 60. On est dans de
l'autoproduction.
M. Bouazzi : J'ai du mal à
croire qu'on n'est pas capables d'avoir cette conversation-là. Si, demain, TES
vient vous voir pour vous dire : Moi, je veux... j'en ai trop, de
l'électricité, je voudrais la vendre à quelqu'un, je vous demande juste de nous
répondre, est-ce qu'elle a le droit de vendre sur le territoire où il y a
toutes les éoliennes ou juste collé à Shawinigan, l'usine de Shawinigan?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre, quand vous serez prête.
Mme Fréchette : En fait, on
précise qu'ils ont déjà une entente, TES Canada, pour qu'Hydro-Québec puisse
récupérer de l'énergie advenant qu'il y ait une volonté de redonner de
l'énergie sur le réseau.
• (16 h 20) •
Le Président (M. Montigny) : Très
bien.
M. Bouazzi : Mme la ministre,
ce n'est pas ma question. En tout respect, je suis persuadé que vous comprenez
à quel point cette question est importante pour la transparence face aux
Québécoises et Québécois. Est-ce que... Si TES Canada vient vous voir pour vous
dire : Je veux vendre de l'électricité à mon voisin, est-ce que la notion
de voisin, c'est les deux MRC, le 100 kilomètres carrés et plus, ou c'est juste
ce qui est collé à l'usine à Shawinigan?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre, vous avez la parole.
Mme Fréchette : ...quelques
secondes, M. le Président.
Le Président (M. Montigny) : Aucun
problème. Nous allons donc suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 21)
(Reprise à 16 h 23)
Le Président (M. Montigny) :
Alors, nous avons repris nos travaux. Au moment de la période de suspension,
Mme la ministre, vous aviez la parole. Je vous redonne la parole.
Mme Fréchette : Merci, M. le
Président. Donc, écoutez, on ne peut pas se prononcer sur un projet fictif.
C'est sûr que, s'il y avait un changement d'orientation de la part de TES
Canada, il faudrait qu'il y ait le dépôt d'une demande avec un projet, avec
l'identification d'un consommateur, et que ce serait sur la base de ce
projet-là qu'il faudrait qu'une analyse soit réalisée puis que des critères
soient élaborés advenant que le gouvernement veuille aller de l'avant, mais on
ne peut pas imaginer un projet... une réponse à un projet fictif dont on n'a
pas aucune idée des critères.
M. Bouazzi : ...honnêtement, je
m'en allais poser... Je ne comprends pas, Mme la ministre, pourquoi vous ne
voulez pas répondre à une question aussi simple, vraiment. Donc, prenons une
compagnie A qui a une usine, un emplacement B, et qui met des éoliennes à 200
kilomètres à la ronde, elle veut vendre à une autre compagnie C, est-ce que
cette compagnie-là doit être collée à l'usine B ou à n'importe laquelle des
éoliennes qui sont à 200 kilomètres à la ronde? C'est ça, ma question. Si vous
ne voulez pas appeler ça TES, n'appelez pas ça TES. On doit être capables de
dire c'est quoi, les conséquences du projet de loi qu'on met sur la table,
quand même.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, M. le député, merci pour votre question. Mme la ministre, je vous cède la
parole.
Mme Fréchette : Bien, il faut
voir que ces éoliennes-là, elles sont connectées, et ce n'est pas chaque
éolienne qui pourrait faire l'objet d'une connexion avec un acheteur. Elles
sont interreliées. Il y a un point d'injection, et puis c'est à partir de là
qu'il pourrait y avoir une distribution à un consommateur, mais ce n'est pas
chaque éolienne qui peut devenir un point de distribution à un consommateur.
M. Bouazzi : ...des questions
sur le réseau, effectivement, dont vous parlez, mais effectivement il y a un
point à partir duquel on se connecte parce qu'il y a un seul client. Ce
point-là, est-ce qu'il peut être n'importe où à côté d'une des éoliennes, où on
va mettre un connecteur, ou alors elle est obligatoirement à côté de là où
l'usine se trouve, le...
Mme Fréchette : ...
M. Bouazzi : Donc, vous avez
une compagnie qui a un territoire donné. Les éoliennes ne sont pas sur le
territoire donné. Elles sont sur 100 kilomètres à la ronde. Bon, est-ce que la
compagnie à laquelle on vend peut être quelque part, dans le 100 kilomètres à
la ronde, proche d'une des éoliennes, ou alors elle est obligatoirement... c'est
une question simple, Mme la ministre, en tout respect, là... ou alors elle doit
être connectée, collée, adjacente au terrain qui appartient à l'usine qui
produit l'électricité?
Le Président (M. Montigny) : Très
bien.
Mme Fréchette : Le point... le
point d'injection est le nœud central, je vous dirais, c'est là à partir duquel
il pourrait y avoir une transmission d'énergie. Donc, c'est ce à partir duquel
il faudrait calculer un terrain, un site, un emplacement adjacent, avoisinant.
M. Bouazzi : Et ce nœud
central, on peut le mettre à côté de n'importe laquelle des éoliennes?
Mme Fréchette : Bien,
habituellement, il est à côté de l'usine.
M. Bouazzi : Bien, je ne vous
demande pas habituellement. Je vous demande : Est-ce qu'il peut ou ne pas
être à côté d'une éolienne?
Mme Fréchette : Il est à côté
de l'usine.
M. Bouazzi : Donc, il ne peut
pas être... il ne peut pas être... Si j'ai une éolienne à 200 kilomètres, je ne
peux pas décider que mon point... enfin, pas 200, là, à 25 kilomètres, je ne
peux pas décider que mon point de connexion est à 25 kilomètres, à côté de
l'éolienne?
Mme Fréchette : C'est le
point d'injection de l'usine qui va être le point de départ.
M. Bouazzi : Mme la ministre,
je vous assure que c'est une question très simple. J'ai du mal à croire qu'on
n'est pas <capables de dire...
M. Bouazzi :
...je
vous assure que c'est une question très simple. J'ai du mal à croire qu'on
n'est pas >capables de dire aux Québécoises et Québécois c'est quoi que
vous avez, vous, comme prévu dans cette situation-là. Je ne vous demande pas de
ne pas me répondre à la question. Je vous demande une question simple. J'ai
130 éoliennes autour de moi, et là la question, c'est que j'ai une usine
avec un client que je veux connecter, est-ce que je peux décider que mon point
de connexion est l'une des... proche de l'une des 133 éoliennes ou alors
obligatoirement sur mon terrain à moi? Parce que vous comprenez que ça fait une
grosse différence, là.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien, très bien. On va prendre le temps d'écouter la réponse. Mme la ministre,
je vous laisse la parole.
Mme Fréchette : Oui, bien,
j'indiquais... j'indiquais déjà, dans des réponses antérieures, que c'est avec
le point d'injection qu'on peut faire la connexion avec un consommateur et que
ce n'est pas une éolienne en soi qui peut permettre ça. Donc, habituellement,
ce point de congestion... d'injection, pardon, il est à côté de l'usine. Donc,
je pense, ce n'est qu'à partir de ce site-là qu'on peut considérer que ça doit
être livré dans un... ou ça pourrait être livré, sous approbation du
gouvernement, à un site environnant ou adjacent.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Merci, Mme la ministre, pour votre réponse. M. le député.
M. Bouazzi : Bien, pour les
30 secondes qui restent avant... Mme la ministre, Hydro-Québec, c'est une
longue histoire. Ça a commencé avec M. Godbout, et ensuite M. René Lévesque, et
puis c'est comme une histoire d'émancipation d'un peuple. Je ne peux pas croire
qu'on va ouvrir une brèche comme celle-là sans même être capables de répondre à
des questions aussi simples. Ça fait que, quand on va revenir au 1er mai,
là, s'il vous plaît, au moins, je... Vous avez la majorité, vous allez pouvoir
voter toutes vos affaires, là, mais, au moins, ayons l'honnêteté de dire au
peuple québécois qu'est-ce qui les attend. C'est ça qu'on veut, au minimum,
faire.
Le Président (M. Montigny) : Très
bien. Mme la ministre, en conclusion.
Mme Fréchette : Alors, aux
Québécois, je dis qu'Hydro-Québec, c'est le fer de lance de notre développement
énergétique au Québec. Je suis une fière hydroquébécoise et je vais le
demeurer. Mon père a fait l'essentiel de sa carrière là. Il y a travaillé
35 ans. Ça a été le principal sujet de discussion à la table au souper, et
je peux vous dire que ça va rester le cas. Merci.
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Alors, je vous remercie pour votre collaboration.
Compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au jeudi 1er mai, à 11 h 30.
(Fin de la séance à 16 h 30)