(Onze
heures seize minutes)
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, bonjour à tous. Je constate le quorum. Alors,
je déclare la séance de la Commission de l'aménagement du territoire ouverte.
Je demanderais à... de bien vouloir fermer vos sonneries, téléphones et autres
appareils électroniques.
Alors, ce matin, la
commission est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 16, Loi modifiant la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme et d'autres dispositions.
Mme la secrétaire,
est-ce que nous avons des remplacements ce matin?
La
Secrétaire : Oui. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Lakhoyan
Olivier (Chomedey); M. Fontecilla (Laurier-Dorion), par M. Grandmont
(Taschereau).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous entendrons, ce matin, les
témoins suivants : l'Institut de développement urbain du Québec et L'Union
des producteurs agricoles.
Alors, je souhaite la
bienvenue aux membres de l'Institut du développement urbain. Je vous rappelle
que vous avez un 10 minutes pour procéder à votre exposé, et, par la
suite, nous procéderons au... à la période d'échange. Et, pour remarquer une
connaissance bien connue, alors on le fait par le fait même, mais vous êtes
en... vous savez très bien les règlements. Alors, je vous laisse la parole.
Institut de développement urbain du Québec (IDU‑Québec)
M. Fournier
(Jean-Marc) : Merci, M. le Président. Mme la ministre, chers membres
de la Commission de l'aménagement du
territoire, mon nom est Jean-Marc Fournier, je suis PDG de l'IDU. Je suis
accompagné de Carl Cloutier, qui est le vice-président, Exploitation, de
l'IDU.
L'Institut
de développement urbain du Québec représente l'immobilier commercial et se
préoccupe de développement urbain.
D'abord, nos remerciements pour l'invitation à venir vous présenter nos
commentaires à l'égard du projet de
loi n° 16. Comme plusieurs autres, l'IDU a participé à de nombreux travaux
à l'occasion de la conversation nationale sur l'aménagement du
territoire qui a amené la publication de la Politique nationale de
l'architecture et de l'aménagement du territoire.
La politique est un
document majeur qui insiste sur l'importance du territoire, sur ses richesses
et sa fragilité. Elle pose un regard nouveau sur notre patrimoine bâti et à
bâtir, propose d'actualiser nos modèles urbains et ruraux, aspire à réduire l'étalement urbain et
l'utilisation de l'auto, etc. Bref, on nous annonce un grand chantier de
transformation de l'aménagement de nos espaces. Nos habitudes de déplacement,
nos aspirations d'hébergement, notre mode de vie se trouvent dans la ligne de
mire des actions à entreprendre. Les attentes envers la mise en oeuvre de cette
politique sont très grandes.
Le
projet de loi n° 16 ne peut être la seule réponse. Il doit accompagner
plusieurs autres initiatives regroupées au sein d'un plan d'action, par
ailleurs annoncé et très attendu. De nombreux enjeux doivent être considérés
pour assumer les responsabilités découlant de la politique qui vise à
réorienter nos approches urbanistiques pour répondre aux défis climatiques et à ceux de la biodiversité, en voici une courte
énumération non exhaustive : le financement du transport collectif, une
meilleure densification au bénéfice de la rentabilisation et des
investissements en infrastructures publiques et pour la protection de
nos milieux naturels et agricoles, l'offre accrue de logements en conjonction
avec la création de quartiers de proximité, une fiscalité et un financement
local adaptés aux objectifs à atteindre, la requalification foncière, la
conservation et la requalification du patrimoine bâti, la mise à niveau et
l'extension des infrastructures au soutien de la faisabilité et de la
désirabilité des nouveaux milieux de vie, etc.
À défaut d'être un
élément d'un plan d'action global visant à donner suite à la politique, le
projet de loi ne peut arriver à répondre aux attentes. D'une part, il ne
propose pas une refonte des pratiques nécessaires en matière d'aménagement,
pourtant identifiées comme problématiques au cours des laboratoires de la
conversation nationale. D'autre part, il
n'est pas associé à un plan d'action adopté en amont pour soutenir des
objectifs et des cibles clairement identifiées.
• (11 h 20) •
Prenons l'exemple de
la pénurie de logements. En temps de crise climatique, il ne suffit plus de
construire plus, il faut construire aux bons
endroits de manière à limiter nos déplacements générateurs de GES et de
protéger nos ressources financières et naturelles. Cela implique
d'éviter l'étalement urbain en créant des quartiers de proximité dotés d'une masse critique de citoyens pour
soutenir un pôle d'emplois et de services à distance de marche. Il en découle
qu'il faut fixer les cibles de nouvelles
unités de tout type de logement à construire et de déterminer les zones
susceptibles de les accueillir.
Et
cela entraîne qu'il faut établir le budget national attribué aux mesures
d'habitation inclusive, aux investissements pour l'eau et le transport
collectif, ainsi que revoir les critères de localisation des écoles, des
garderies, des parcs et de tous les services présentement planifiés à la pièce.
En d'autres mots, le virage nécessaire dans la gestion publique des différents
aspects relatifs au territoire que commande le présent contexte, et qui est
abondamment décrit dans la politique, ne relève pas du seul ministère des
Affaires municipales. Cela doit être assumé par le gouvernement. On ne peut que regretter ce rendez-vous manqué. Le
gouvernement est le garant de notre territoire. À ce titre, il doit offrir
une gouverne cohérente. Cela signifie d'abord d'éviter de se contredire dans
les décisions des différents ministères. Rappelons le débat sur la localisation
de l'Hôpital de Gatineau.
Cela dit, l'exemplarité ne se limite pas à
éviter de causer des problèmes. L'État doit aussi être interpelé pour en
régler. Pour soutenir les ambitions de la politique, nous suggérons que Québec
adopte un programme de transfert municipal avec un volet en habitation
inclusive, en transport collectif et incluant un pacte de développement pour
soutenir l'aménagement urbain et la requalification foncière. Comme mesure
visant à assurer une meilleure gestion publique du territoire, nous soutenons,
avec d'autres, la création d'un conseil national de l'aménagement. Il aurait
notamment pour fonction d'obliger la cohérence entre les règles édictées par
les différents paliers décisionnels, de soumettre des avis scientifiques à
l'égard des cibles et de leurs atteintes et de faire rapport publiquement.
Abordons la question de la nécessaire densification.
On doit repenser la planification urbaine pour réduire nos déplacements. Le
zonage, qui traditionnellement sépare les usages, devrait plutôt privilégier la
mixité de fonctions. Comme il s'agit d'un changement majeur, il faut aussi bien
comprendre les enjeux.
On entend souvent que les quartiers complets
doivent être à échelle humaine. Précisons que la mesure de l'échelle humaine
n'est pas la hauteur des immeubles, mais un ensemble de facteurs de design
urbain qui influencent la capacité de se sentir bien dans un quartier, que ce
soient les espaces verts proposés, le traitement et l'orientation des façades,
l'ensoleillement ou encore l'accès aux services publics et privés. C'est
d'autant plus important de le spécifier puisque les hauteurs contribuent à
dégager l'espace au sol pour créer des aires naturelles.
Dans une analyse de 2022, la SCHL déterminait
que, pour assurer l'abordabilité de notre parc résidentiel, il fallait doubler
la cadence de production de tous types d'unités d'ici 2030. Le projet de loi
propose deux outils de densification : la bonification de 33 % aux
paramètres de densité et le zonage incitatif. On aura compris que, face à la
cible de la SCHL d'augmenter de 100 % la production de nouvelles unités,
la proposition ne suffira pas à la tâche. Notons de surcroît que ces deux
outils, tels que proposés, peuvent être mis en oeuvre à l'extérieur de futurs
quartiers de proximité et pourraient donc générer plus de voiturage solo, faute
d'avoir prévu leur utilisation dans les endroits ayant accès au transport
collectif.
Cela dit, nous approuvons la densification
automatique visée par les dispositions. Le gouvernement fait le même constat
que nous en ce qui concerne les trop longs délais d'implantation et les freins
de la contradiction entre les intérêts particuliers des voisins immédiats des
projets et le bien commun. Nous suggérons de suivre le même chemin de la densification automatique pour
densifier les aires TOD, avec une cible de 400 à 600 logements à l'hectare
pour les secteurs moins urbanisés et, pour les secteurs déjà développés,
d'adopter une variation automatique de 70 % à 100 %. Pour les autres portions du territoire, l'État devrait
imposer un exercice identique aux acteurs régionaux et locaux,
c'est-à-dire déterminer les cibles de nouvelles unités à atteindre et adopter
les règles de densification optimales selon la nature des différents sites à
développer.
La densification est un incontournable, mais
elle change nos habitudes. Les grandes consultations nationales et régionales
la soutiennent, que ce soient les orientations gouvernementales ou les schémas
d'aménagement, mais la dernière
consultation, celle des voisins immédiats des projets, révèle une contradiction
entre leurs intérêts particuliers et les intérêts communs. Le «pas dans
ma cour» devient un obstacle majeur à la cohérence. Si le gouvernement choisit
de maintenir le recours aux référendums locaux, il devrait en améliorer la
représentativité pour équilibrer les chances de faire apparaître un peu de
cohérence. Nous proposons que la consultation s'étende à la grandeur du
quartier ou de l'arrondissement et exige une participation au vote d'au moins
50 % des électeurs admissibles.
En terminant, nous souhaitons aborder brièvement
deux sujets, d'abord l'expropriation, pour exprimer notre désaccord avec la demande de l'UMQ de réformer les
règles d'indemnisation de la partie expropriée. Comme le démontre une
étude juridique jointe à nos documents, le droit de propriété est traité de la
même manière au Québec que dans le reste du
Canada actuellement. Tout changement qui ne permettrait pas une pleine
indemnisation diminuerait la valeur du
droit de propriété au Québec en comparaison des autres provinces et, en
conséquence, porterait atteinte à l'attractivité économique du Québec.
Ensuite, nous tenons à vous informer d'une
pratique récente à l'égard des redevances, où se multiplient les règlements
qui, malgré la lettre et l'esprit de la loi, imposent à... la redevance de
développement sans aucun lien de causalité à l'égard des services publics que
ces développements entraînent. On se retrouve avec des redevances devant
financer un stade sportif de haut niveau, un hôtel de ville ou un centre
culturel. Par ailleurs, entre 4 000 $, et 8 000 $, et parfois 15 000 $ la porte, ces redevances,
qui s'ajoutent à d'autres, éloignent de l'abordabilité et exacerbent
l'actuelle crise de logement. L'exemplarité de l'État...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Fournier (Jean-Marc) : ...suggère
que le ministère documente la pratique et procède à une correction de
cohérence.
En conclusion, nous soumettons que l'État
devrait d'abord identifier clairement ses objectifs concernant l'usage du
territoire. Il devrait fixer des cibles nationales et s'assurer que des cibles
régionales et locales seront aussi établies. C'est vrai
pour le résidentiel et c'est aussi vrai pour l'industriel, comme l'ont démontré
les déclarations récentes concernant
l'absence de terrains industriels, entraînant le choix de l'Ontario par
Volkswagen. Enfin, il devrait octroyer les moyens financiers adaptés aux
cibles. Ensuite, mais seulement ensuite, il sera possible de dessiner une nouvelle Loi sur l'aménagement et l'urbanisme
réellement transformatrice et adaptée à notre époque. M. le Président,
merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons procéder maintenant
à la période d'échange. Étant donné que vous avez pris une minute de plus, je
vais le prendre sur le temps du gouvernement. Mme la ministre, la parole est à
vous.
Mme
Laforest : Oui, oui, oui. Alors, bonjour. Ça me fait plaisir d'être
avec vous aujourd'hui. Merci d'être ici pour partager les recommandations.
Je vais commencer
tout de suite avec un... la création d'un conseil national de l'aménagement.
C'est sûr qu'au niveau des Affaires municipales
on a aménagement du territoire, mais on voit que, dans le passé, ça a été très,
très compliqué ou très lourd, arriver avec une politique nationale
d'aménagement du territoire, hein? On sait que la loi a quand même 40 ans.
Ça a été très difficile dans le passé.
Est-ce que vous ne...
Croyez-vous que c'est... ce serait une lourdeur d'ajouter un conseil national
de l'aménagement, avec l'obligation de construire rapidement, et la vision de
la politique nationale d'aménagement qui fait qu'on veut construire dans les
milieux consolidés déjà avec... après le deux ans de consultations dont vous
avez fait partie?
M. Fournier
(Jean-Marc) : Bien, d'abord, le conseil n'intervient pas dans
l'émission de permis et dans l'application, l'administration de la réglementation.
Donc, ce n'est pas lui qui va retarder une demande de permis pour qu'ensuite on passe à la mise en chantier. Le
conseil, il répond à deux problématiques, là, appelons-les horizontale
et verticale, horizontale, pour assurer une
cohérence entre les différentes actions du gouvernement. Tantôt, je faisais
référence à Gatineau, on pourrait faire référence à d'autres choses.
S'il y avait un conseil de l'aménagement qui existait aujourd'hui, son premier
avis scientifique serait certainement de revoir le mode d'attribution du lieu
où on met des écoles. Plutôt que d'attendre qu'il y ait du monde qui vive
derrière les portes, peut-être qu'on y penserait un petit peu avant, exemple.
Mais l'autre élément
majeur, en termes d'un conseil, c'est de s'assurer que, lorsqu'il y a des
orientations gouvernementales qui sont établies, qu'elles... qu'on puisse
percoler au niveau régional, local et de l'arrondissement rapidement.
Aujourd'hui, entre l'orientation et le jour du règlement de zonage, vous avez
de huit à 10 ans. On va en reparler pendant combien de temps? Alors,
clairement, il y a cette période-là qui doit être ramenée beaucoup plus
rapidement.
• (11 h 30) •
Ensuite, lorsqu'on
adopte ces règlements-là, évidemment, ils doivent coller à la réalité locale,
mais, comme vous le savez plus que moi, il y a plus de
1 000 municipalités. Les ressources humaines pour faire l'aménagement
de l'avenir, qui est un changement par rapport à ce qu'on faisait avant, là, on
le sait, vont demander une mutualisation des services, vont demander une
analyse scientifique. Donc, le conseil, qui est... qu'on envisage et qui est
soutenu par d'autres, puis je sais que vous
avez eu plusieurs mémoires qui ont abordé sous différents noms de... ce
concept-là, vise à la cohérence entre
les actions ou les décisions des différents paliers, des différents acteurs
pour atteindre la cible préalablement définie qui, à mon avis, se retrouve
abondamment dans la politique, mais qui va demander ensuite de se
retrouver incluse dans les différents moyens législatifs gouvernementaux.
Mme
Laforest : Et, pour ce conseil-là, est-ce que vous voyez que c'est un
conseil national vraiment ou si on pouvait le faire, exemple, un pour Montréal,
un pour l'Outaouais, un pour chacune des régions?
M. Fournier (Jean-Marc) :
Non, clairement, c'est... pour nous, c'est national. On a déjà fait un
texte, là, dernièrement, avec un certain nombre de professeurs d'université,
entre autres, je pense, Vivre en ville aussi, était signataire, où on le mettait sous l'Assemblée nationale, enfin, un peu à
la... un peu comme le vérificateur, le Protecteur
du citoyen. Mais je ne veux pas m'embêter dans les... ce qui est sous
l'Assemblée, sous un ministère.
L'important, c'est
qu'il soit gouvernemental, c'est qu'il soit transversal, c'est qu'il puisse
parler à l'ensemble des acteurs du gouvernement et qu'il puisse s'assurer de
l'application sur le terrain. Et il est macro. Je veux dire, ce n'est pas lui qui va arriver à dire : Le
règlement doit ressembler à ça dans la... je ne sais pas, moi, à Rimouski puis
ce n'est pas... ce n'est pas son job.
Mais, son job, c'est de s'assurer que les mécaniques permettent qu'il y ait une
cohérence à la... au bout de l'exercice, là.
Mme
Laforest : Croyez-vous qu'on pourrait le faire avec les universités?
M. Fournier
(Jean-Marc) : Je crois que la participation scientifique est
obligatoire dans un conseil comme celui-là. Il doit y avoir une présence, puis
ça ne peut pas être juste des scientifiques, mais une grande présence de
scientifiques là-dedans, d'autant que la période et la politique que vous avez
publiée appellent une transformation par rapport à ce qu'on faisait avant.
Alors, si on
fait une transformation, vous le savez comme moi, ceux qui sont dans
l'administration actuellement, c'est ceux qui étaient là il y a deux
ans, il y a cinq ans, il y a 10 ans, il y a 20 ans. C'était, on va
appeler ça l'ancienne méthode, qui est toujours la
méthode actuelle. Mais, si on veut la transformer, il faut bien qu'on trouve
des nouveaux repères, et je pense que les mieux placés pour le faire
seraient... d'associer des scientifiques à nos spécialistes actuels dans
l'administration.
Mme Laforest : D'accord. Vous avez
parlé tantôt des redevances sur le développement. En fait, c'est un peu la même
position que l'APCHQ, vous parlez de banaliser les redevances de développement.
Est-ce que vous trouvez que présentement il y a certains abus?
M. Fournier (Jean-Marc) : Bien là,
vous avez vu peut-être, là, hier, il y avait un article, il y en avait un autre
aujourd'hui. L'article d'hier faisait suite à l'étude qu'on a publiée sur les
pratiques actuelles, et honnêtement, c'est
assez récent, là, je n'en veux pas à personne, là, je veux dire, ça date d'il y
a quelques mois, où l'UMQ a, je crois, donné quelques indications, à
l'automne. Puis là on est rendus à une vingtaine de municipalités qui adoptent
des règlements sur la redevance de développement.
Je tiens à faire une parenthèse... qui s'ajoute aux
redevances parcs, aux redevances du 20-20-20, aux redevances du REM,
éventuellement, peut-être tramway, éventuellement, peut-être... C'est la
nouvelle recette, des redevances. C'est, dans le fond, toujours un impôt
foncier dans une province qui a le plus lourd fardeau foncier au Canada. Bon.
Alors, une fois que j'ai fait cette petite
parenthèse là, c'est sûr que ça, on le regarde avec un angle différent quand on
dit, bon, comment s'applique la redevance actuellement.
Il ressort de
l'étude juridique qu'on a, que les règlements tels qu'adoptés ne tiennent pas
compte des nombreuses conditions qui sont émises dans la loi
actuellement. Alors, on peut... Comme législateurs, vous pouvez vous
dire : Bon, bien, s'ils considèrent
qu'ils ne respectent pas la loi, bien, qu'ils contestent le règlement, qu'ils
aillent en cour, et qu'ils perdent un petit peu de temps avec ça, puis
on verra bien ce que ça donnera.
On peut aussi être proactifs, aller lire les
règlements qui sont adoptés puis se dire : Bien, ce n'est pas ça qu'on voulait faire. Et la lettre et l'esprit du...
de la loi qui donne le pouvoir à la redevance de développement, c'étaient
clairement d'imposer une redevance pour payer des infrastructures associées à
ce développement. Alors, si la redevance
précise qu'une des finalités, c'est de payer un stade sportif de haut niveau,
on peut avoir un peu de difficulté à trouver le lien de causalité,
pourtant essentiel selon la loi.
Alors, il y a lieu, c'est ce qu'on vous soumet,
là, il y a lieu, pour le ministère, d'aller regarder les règlements comme nous,
on l'a fait, et de se poser simplement la question : Est-ce qu'on trouve
qu'ils correspondent à la loi? Si c'est votre avis, bien, je comprends que ça
va limiter... vous allez dire : On va laisser ça comme ça. Mais, si ce
n'est pas le cas, je vous suggère de ne pas
forcer le monde à aller devant les tribunaux, de retarder les projets, parce
qu'on n'est pas dans une période où on doit mettre des freins, on est
dans une période où on doit plutôt accélérer. C'est encore plus vrai dans le
domaine de l'habitation.
Mme Laforest : OK. Est-ce que vous
avez déjà entendu parler de certaines entreprises ou des promoteurs que... qui
sont, eux, tout de suite... qui reculent par rapport à leurs projets
d'habitation, considérant qu'il y aurait une possibilité de redevance?
M. Fournier (Jean-Marc) : Bien, pour
être bien franc, là, en ce moment, le contexte, là, ce n'est même plus la
redevance, là. Il y a un...
Mme Laforest : C'est les coûts?
M. Fournier (Jean-Marc) : Il y a un
frein total, là. En ce moment, on est dans un contexte : les coûts sont
plus élevés, mais les conditions d'emprunt, les conditions de participation où
on demande un financement accru dans les
projets, le financement par dette est plus difficile. En ce moment, là, ce que
vous constatez, c'est : les demandes de permis tombent. Et on est
dans une période, pour parler d'habitation, où la SCHL dit : Pour assurer
l'abordabilité, il faut doubler la
production d'ici 2030, doubler la production d'unités de logement d'ici 2030.
L'année passée, on est... on a baissé de 16 %. Cette année, nous,
on a 19 %, l'APCHQ parle de 23 % de baisse pour 2023.
On n'est pas
sur la bonne voie. On est dans le sens contraire. Ce que ça annonce,
c'est : le 1er juillet, cette année, ça va être «rough», mais
vous n'avez rien vu, le 1er juillet de l'année d'après, puis l'autre
après. Et, si on n'a pas, excusez-moi l'anglicisme, un «wake-up call»
maintenant, bien, on s'achète du trouble.
Mme Laforest : Bien, M. Fournier,
vous êtes la meilleure personne avec qui je peux aborder le sujet de
l'habitation, parce que c'est sûr qu'étant donné que j'avais le dossier depuis
quatre ans, c'est un dossier particulier. Puis des... parfois, c'est long,
l'émission des permis dans les municipalités. Et il y a un autre aspect,
parfois, construire du logement social, c'est complexe aussi avec les offices
d'habitation. Et, d'après vous... Là, c'est sûr que nous, en plus, avec la
pandémie, la migration vers les régions, un certain... si je peux dire, une
problématique avec les résidences pour
personnes âgées depuis la pandémie, l'habitation, ça a quand même été souvent
et très, très longtemps complexe. Selon vous, si on regarde, là, puis on ne
parle pas du tout, du tout de qui était en place, l'habitation, pourquoi
c'est si complexe pour un gouvernement?
M.
Fournier (Jean-Marc) : Puis je vais commencer en disant que ça avait été
encore pire. Parce que maintenant, comme
je disais tantôt, il ne s'agit pas d'en construire plus, c'est d'en construire
plus aux bons endroits. Corvée-habitation, dans
les années 80, c'était une corvée pour en construire. Il faut en refaire
une, mais il faut se demander où on va les mettre.
Vous ne pouvez pas les mettre n'importe où, sinon, ça défait toute la
politique. Alors, il faut penser à la planification urbaine, premier...
première parenthèse.
Mais
oui, c'est complexe. C'est complexe. Pourquoi? C'est complexe parce que, dans
le parc résidentiel total, il y en a qui correspondent, le prix de
construction, payer le... le prix du terrain, et tout ça, il y a plein de
citoyens qui n'en ont pas les moyens. Donc,
il y a une politique d'habitation inclusive qui doit être planifiée et
réfléchie, identifier les cibles et
prévoir le financement en conséquence. Mais il n'y a pas que ça. Il faut faire
de l'habitation privée. D'ailleurs, comme
le dit la SCHL, c'est l'ensemble qu'il faut faire. Il faut augmenter l'offre et
ainsi on va contrôler la hausse des coûts. Alors, il faut doper l'offre
ni plus ni moins.
Alors, comment on
fait tout ça? Bien, la première chose, c'est de se demander ils sont où, nos
freins. Alors, vous faites référence tantôt
à l'émission des permis. Nous avons demandé, il y a deux ans ou à peu près, là,
c'était en... on est rendus à trois
ans, même, à la ville de Montréal, de faciliter l'émission des permis. On a
travaillé avec eux et, il y a deux mois, a été annoncé le début d'une
cellule facilitatrice. Alors, Montréal a constaté, il faut bien l'admettre,
après un peu d'introspection, qu'ils avaient des freins à l'émission de permis.
Mais que la ville ou les villes fassent leur part pour que ça aille plus vite,
qu'ils identifient en amont les zones à développer, qu'ils facilitent la
densification plutôt que de la contrecarrer, ça, c'est dans leur champ.
Maintenant, dans le
champ provincial, il y a aussi quelque chose à faire. D'une part, il y a, pour
ce qui est de l'habitation inclusive, il y a peut-être des programmes qui
méritent d'être revus pour qu'on tienne compte des coûts actuels de construction. Parce qu'on peut
dire : Voici, je donne un budget de, prenons n'importe quel chiffre,
1 milliard, mais pour y avoir
droit, il faut construire une porte à 250 000 $, bien, c'est parce
qu'elles coûtent 450 000 $, les portes. Ça fait que tu as un
budget de 1 milliard, c'est super beau, mais ça ne construit pas rien.
Alors, il faut être, je dirais, connectés à la valeur, à l'évolution de la
valeur et adapter en temps réel les programmes.
Il y a un programme
de... qui existe depuis le début des années 20, là, 2020... ou plutôt les
années 2000, qui permet une réduction de TVQ en tenant compte des coûts de
construction. Bien, évidemment, comme on n'a pas bougé les coûts de
construction, ce n'est plus admissible. Alors, ça, l'idée de cette mesure-là,
c'était pour favoriser l'abordabilité. Comme on n'a pas actualisé les coûts,
bien, cette mesure d'abordabilité ne joue plus. Alors là, on s'étonne que ce soit moins abordable, les outils
qu'on avait mis de l'avant, on ne les utilise plus puis on a laissé l'offre être
de plus en plus distante de la demande.
• (11 h 40) •
Mme Laforest :
Par contre, là, ça, je suis un
peu sensible, là, parce qu'en 2018 on a ajusté tout de suite les coûts, qui
n'avaient pas été ajustés depuis 2009, mais... puis on les a réajustés deux
fois.
Par contre, je vais
revenir plus d'abord sur une question, parce qu'il faut trouver quand même la
meilleure situation dans les municipalités. On a eu une proposition d'avoir des
cibles sur un an pour l'émission des permis. Donc,
à chaque année, on demanderait aux municipalités de nous donner le pourcentage
d'émission des permis. Est-ce que vous seriez en accord avec ça?
M. Fournier
(Jean-Marc) : Oui, et je dis ceci : cibles nationales,
régionales, locales. Alors, des cibles, c'est idéal parce que ça nous permet de
dire qu'est-ce qu'on veut faire. Il faut en faire pour 10 ans, il faut les
analyser annuellement, mesurer pourquoi on les... on ne les a pas atteintes, si
on ne les a pas atteintes, et essayer de lever les freins. La cible, c'est
idéal, mais il faut la...
Puis là je sais que
le monde municipal va vous dire : Si vous m'imposez la cible,
permettez-moi de la faire avec vous, ma cible. Et je pense que. là, il y a une
petite partie, et puis je ne l'ai peut-être... je ne pense pas l'avoir dit dans la lecture, mais peut-être que ça paraît dans
le mémoire, où il y a une remise en question du mode de gouvernance. On
est obligés de travailler en partenariat, Québec, avec les villes, avec les
arrondissements. Il doit y avoir un travail, où ce n'est pas juste : Moi,
j'ai mis de l'argent de côté, ça fait que fais-le.
J'ai eu l'occasion de
vous interviewer pour une de nos... un de nos événements. J'ai fait la même
chose avec la ministre actuelle de l'Habitation puis je lui posais la
question : Vous dites que l'argent est parti de Québec, puis Montréal dit
que l'argent n'est pas arrivé, j'ai dit : Est-ce que l'argent est à
Drummondville? Mais l'image, l'image servait
à ceci : les deux parties... Bien, moi, je suis neutre, là-dedans. Je les
écoute, là, je dis : Mais est-ce que vous pouvez vous asseoir ensemble puis la trouver, si elle est
à Drummondville, trouver le code postal puis aller la chercher? Il y a
quelque chose qui manque.
La version que
j'entends, c'est celle que les critères admissibles pour mettre l'argent en jeu
doivent être revus. Et je pense qu'on doit
passer au-delà... puis je ne vous en veux pas du tout, là, mais il faut aller
au-delà de : On a fait notre
part. Il faut trouver le moyen de dire : Toi, tu penses que je ne l'ai pas
fait, qu'est-ce que tu me proposes? Et je pense que Montréal, comme Québec,
comme Rimouski, vont être en mesure de dire comment on peut le faire ensemble.
Mme
Laforest : Le Réflexe habitation pour Montréal, est-ce que... comment
vous le voyez? Est-ce que vous trouvez que c'est... ça a été une bonne décision?
M. Fournier
(Jean-Marc) : Vous parlez de...
Mme
Laforest : L'autonomie avec Montréal, oui.
M. Fournier (Jean-Marc) : De donner
à Montréal la capacité de gérer... Bien, on revient toujours avec la même
question : Quels sont les... Quelles sont les normes qui nous gouvernent?
Comment on peut y arriver? Je crois comprendre, puis là, ce n'est pas moi qui
administre leur budget, mais je crois comprendre qu'ils éprouvent des difficultés
au décaissement.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Fournier (Jean-Marc) : Alors, à
partir de là, je ne connais pas les... je ne connais pas les contraintes qu'ils ont, mais je peux affirmer une chose :
lorsque j'écoute Québec et lorsque j'écoute Montréal, je n'entends pas le
même discours. Ça vaudrait la peine de se mettre au diapason.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons passer maintenant
du côté de l'opposition officielle, et j'entends la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le Président.
Très, très, très intéressant, vos propositions, et je vous remercie d'être ici
ce matin pour en parler.
Je vais peut-être juste commencer avec... Vous
avez mentionné, lorsque vous avez parlé de l'avis juridique concernant les
redevances, qu'il était en annexe. Moi, je ne l'ai pas vu, mais peut-être que
j'ai mal saisi ce que vous avez dit aussi.
M. Fournier (Jean-Marc) : Il est peut-être
en hyperlien ou je ne sais pas trop.
M. Cloutier (Carl) : On ne l'a pas
mis parce qu'on l'a publié juste avant la transmission. Il est sur notre site.
Mme Dufour : OK. Parfait. Excellent.
Donc, on va pouvoir aller le chercher. Excellent. Merci.
Et là je vais
y aller à l'envers de votre mémoire dans les sujets. Vous avez parlé, à la
toute fin, là, l'expropriation. Ça, c'est la page 15. Vous aviez parlé
d'une indemnité juste et raisonnable qui... Donc, vous étiez en désaccord avec
la demande de l'UMQ. On a eu, en fait, plusieurs groupes qui sont venus parler
de l'enjeu de l'expropriation. Il y a différents... comment dire, différentes
propositions qui ont été faites, différents points de vue. Mais j'aimerais vous
entendre, parce que vous parlez d'une indemnité juste et raisonnable, mais il y
a quelque chose actuellement qui se passe au
Québec, qui est, quand une ville va en expropriation, il y a... il n'y a pas
juste la valeur marchande, mais il y a aussi un calcul du profit
potentiel, si le projet s'était réalisé, et s'il n'y avait eu aucune embûche,
et etc. Et donc c'est très hypothétique, mais ça, c'est ce qui coûte très, très
cher aux municipalités, ce que dénonce l'UMQ, notamment. Donc, j'aimerais vous entendre sur... parce que
vous avez parlé de ce qui se fait au Canada. Est-ce que vous avez regardé
de ce côté-là, quel est le type d'indemnité qui est généralement, là, réalisée
lors des expropriations?
M. Fournier (Jean-Marc) : Merci pour
votre question et merci pour votre désir d'aller sur le site, parce que vous
allez voir l'étude... la redevance, mais aussi l'étude sur l'expropriation, qui
est aussi une étude juridique.
Essentiellement, la réponse à votre question,
c'est la valeur au propriétaire ou la valeur au marché. La terminologie dans
les autres provinces n'est pas la même que celle au Québec, mais la réalité de
l'indemnisation, dans les autres provinces et au Québec, au Canada, est la même
depuis 100 ans. Alors, dans votre question, il y avait une espèce de...
Depuis quelque temps, il y a aussi une perte d'expectative. Ça, c'est la règle
du droit de propriété depuis plusieurs décennies, là.
Alors, une fois qu'on a dit ça... et je peux
comprendre que cela coûte de l'argent lorsqu'on veut exproprier une partie pour
le bien commun. Puis moi, je n'en disconviens pas, puis je pense que vous
n'allez trouver personne qui va dire :
Pour des causes d'intérêt commun, ce droit doit exister, mais il doit exister
de manière à indemniser. C'est la règle depuis tout le temps.
Et le risque qu'il y a de dire : Bien, pour
telle raison ou telle raison, je vais en donner moins que ce qui se donne en Ontario et au Nouveau-Brunswick, ou en Nouvelle-Écosse, ou en Colombie-Britannique, bien là, vous allez avoir un problème
d'investisseur, c'est-à-dire, si le droit de propriété a moins de valeur au
Québec qu'il en a ailleurs et que la demande pour l'investissement immobilière
est aussi important ailleurs qu'il l'est au Québec présentement, notamment en
habitation, on ne va peut-être pas s'aider. Alors, l'attractivité économique
risque d'être atteinte.
Il est intéressant de dire : Est-ce que je
peux écrire dans la loi que je peux exproprier en payant moins cher?
Honnêtement, vu de Québec, ça fait bien du sens, mais il y a quelqu'un qui est
exproprié. Et, si le premier qui se fait exproprier
à moindre indemnité le dit à quelqu'un d'autre, ce qui risque d'arriver, il y a
du monde qui vont se demander si ça vaut encore la peine de venir
investir au Québec. Alors, il faut être prudents.
Je sais que
l'UMQ présente la différence de terminologie, parce qu'ailleurs on parle de
valeur marchande et autres frais,
alors qu'ici on est aux valeurs au propriétaire. Mais la jurisprudence... Les
règles qui sont appliquées, d'indemnisation, sont les mêmes en ce
moment. Alors, si on change au Québec pour aller plus bas, on sera plus bas
d'ailleurs.
Mme
Dufour : ...vous dites «et autres frais», est-ce qu'on
parle, ailleurs au Canada, de profits potentiels advenant que le projet,
ça s'était réalisé?
M.
Fournier (Jean-Marc) : L'expectative... Oui, exactement, l'expectative,
oui,et il y a de nombreux critères pour l'encadrer, là. Ce n'est
pas nécessairement, là : Ah! je peux prévoir la lune, là. Il y a des
limites quand même à l'interprétation centenaire.
Mme
Dufour : Parfait. Bien, je vous remercie, et on va aller voir cette
étude sur votre site avec grand intérêt.
Vous
avez parlé des aires TOD et vous êtes les premiers à nous en parler dans toute
cette consultation. Alors...
M. Fournier
(Jean-Marc) : Ça me fait peur. Dites-moi pas ça.
• (11 h 50) •
Mme Dufour : Oui,
et je vous remercie de le faire parce que c'est vraiment très, très pertinent.
Et malheureusement, on a eu trop d'exemples
d'aires TOD qui n'ont pas rempli leurs objectifs ou leurs promesses initiales, donc.
Et là vous proposez quelque chose d'assez, disons... je pourrais dire, c'est
ambitieux, 400 à 600 logements à l'hectare. Actuellement, ce qu'on voit
dans la... Moi, je peux... je connais le territoire de la CMM, le maximum que j'ai vu, c'est du 100 logements à l'hectare
qui était imposé comme densité minimale. C'est... On peut s'attendre à ce que
ça ait l'air de quoi, ça, 400 à 600 logements à l'hectare?
M. Fournier
(Jean-Marc) : Pour commencer, pour faire un petit détour, l'important,
pour nous, c'est de rester dans l'axe défini
par la politique. Et l'axe défini par la politique cherche à créer des
quartiers de proximité, donc qui vont
être densifiés pour supporter des pôles de services et d'emplois et bénéficier
de services de transport en commun. C'est ce qu'il faut faire. Alors, si
on est pour faire notamment du résidentiel, mais pas juste parce que ça prend
de la mixité fonctionnelle, mais si on est pour en faire, on va les mettre aux
endroits, notamment au début, où il y a déjà du transport collectif ou qui est
à la veille de venir.
Alors, pour répondre
à votre question, dans les TOD, on l'a divisé en deux, hein? Il y a les TOD
pour lesquels il n'y a pas grand-chose encore autour. Et on va donner un
exemple, là : le 400 à 600, c'est Solar. Alors évidemment, tu ne vas pas
faire Solar sur un kilomètre carré, là, mais, dans Solar, il y a cette
densité-là.
Soit dit en passant,
pour ceux qui disent que c'est... ce n'est peut-être pas ce qu'il faut faire,
les unités se louent et se vendent, donc il
y a du monde que ça intéresse, d'être juste à côté du REM. Il y a donc une...
non seulement la logique de densification pour sauver la planète, elle
est bonne, mais le monde l'accepte, ils la... ils en veulent. Alors donc, un des volets, c'est de dire :
Bien, regardons ou regardez... Tantôt, Mme la ministre disait de faire des
cibles. Bien, si on fait des cibles,
la question tout de suite après, c'est : Où on les... Où on veut les
atteindre? À quel endroit on veut les atteindre? Il faut se coller sur
le terrain.
Et, dans l'aire TOD,
donc, il y a les TOD, appelons-les nouveaux, en développement, possibles, on
peut avoir une densité importante. Je
rappelle qu'il faut doubler la production de logements, là, alors il va bien
falloir qu'on les fasse en quelque part. Et il y a les TOD, je dirais,
qui existent déjà, pour lesquels il y a déjà un patrimoine bâti. Et là,
évidemment, vous ne pouvez pas dénaturer le quartier à ce point-là, ce qui ne
veut pas dire qu'il ne doit pas y avoir un effort de densification même dans
ces territoires-là.
Mme Dufour : Mais quand je vous entends puis je lis le mémoire,
les... ce qui est considéré aire TOD semble être beaucoup plus large que
ce qu'on a actuellement dans les planifications qui sont considérées des aires
TOD. C'est concentré particulièrement autour des gares de train qu'on voit ça,
certains quartiers, mais très peu. Donc, pour vous, c'est quoi, une aire TOD,
là, la définition que vous y verriez, là?
M. Fournier (Jean-Marc) : Bien, écoutez, la
définition, ce n'est pas juste que ce soit un métro ou un REM, là. Il y a des parcs incitatifs d'autobus qui sont
qualifiés aires TOD, il y a des identifications de TOD. C'est déjà... ça existe
déjà, alors commençons par ceux-là et n'arrêtons pas l'ambition. Il va s'en
faire d'autres. Demain matin, quelqu'un va penser à l'est de Montréal ou
quelqu'un va penser au tramway de Québec. Puis je crois que lorsqu'on le fait,
on devrait dire au monde : Le réseau qu'on va installer ici va changer le
quartier. Il faudrait aviser les gens que... va entraîner une densification, va
entraîner une mixité fonctionnelle, pour que les gens sachent, pour éviter un
peu, là...
Donnons un exemple,
là. Vous parlez de TOD, là. On va parler de Pointe-Claire. Le service était
demandé, le service arrive, mais les
citoyens... peut-être que l'effort pédagogique n'était pas suffisant, les
citoyens considèrent que c'est un service pour eux et qu'il ne changera
pas la trame urbaine qu'ils connaissent. Les sous qui sont investis méritent
que nous changions cette trame, parce que, si on ne profite pas de ce point-là,
desservi de façon importante par un service
très, très utile de transport collectif, et rapide, et efficace, vous allez
retrouver les gens à quel endroit? Tantôt, je vous parlais de la cible,
mais quel endroit... vous allez les trouver à quel endroit? Bien, dans ce qu'on
appelle l'étalement urbain.
Puis n'oubliez pas
que plus que vous en mettez sur un même petit bout de terrain, vous améliorez
votre abordabilité. Aujourd'hui, quand vous
regardez l'accès à la propriété, là, ce n'est pas trop compliqué, vous faites
l'exercice, allez sur Centris, dites-vous : Voici ma cible, voici
ce que j'ai, puis vous allez voir que plus ça va, vous allez zoomer out, puis là vous allez être de plus en plus loin
de la centralité. Si ce petit exercice vous fait la démonstration qu'on a un
problème d'étalement urbain concernant les
valeurs, on est obligés de penser TOD, on est obligés de penser densification.
Alors, si les taux...
honnêtement, si le 400 à 600 fait peur, allez-y au moins pour quelque chose qui
est ambitieux à votre échelle. Mais, en ce moment, il n'y a rien.
Mme Dufour : Oui.
Gérard Beaudet, que malheureusement on n'attendra pas à la commission parce
qu'il n'a pas pu se présenter à cause de la tempête de verglas, avait... a
parlé de la démographie. Et l'enjeu avec les aires TOD, c'est que les aires TOD sont développées pour une démographie qui
n'est pas nécessairement celle qui y va. Donc, on voyait, par exemple,
beaucoup de personnes en fin de carrière aller vers les aires TOD, alors que ce
sont ceux qui prennent le moins le transport en commun et que ceux qui allaient
au centre-ville, eux choisissaient des maisons en banlieue. Donc...
M. Fournier
(Jean-Marc) : Posez-vous la question.
Mme Dufour : Donc, il y a un enjeu.
Je veux juste vous entendre brièvement parce qu'il...
M.
Fournier (Jean-Marc) : Oui. Je veux juste quand même vous dire un mot.
Lorsqu'on met des redevances avec un coût plus cher aux portes, ce n'est
pas les gens à bas revenus qu'on aide, c'est ceux qui ont les moyens de
s'acheter un VUS, là.
Mme Dufour : Oui. Il reste peu de
temps pour moi, mais j'aimerais vous entendre sur un élément que vous avez dit
en page 11 sur le zonage incitatif, là. Vous avez dit que ça pourrait être
une mauvaise... ça pourrait créer une mauvaise densification. J'aimerais que
vous expliquiez un peu plus.
M. Fournier
(Jean-Marc) : C'est un peu la question que j'ai soulevée tantôt,
les cibles et l'endroit, c'est-à-dire, si
on peut l'utiliser à n'importe quel endroit, donc on n'est pas nécessairement
en train d'utiliser ce levier-là pour favoriser des quartiers de proximité. Je veux dire, les quartiers de proximité qui
sont... je veux dire, les quartiers de 15 minutes, là, qui... tout
à la mode partout, là, je veux dire, il faut les créer, là. Il n'y en a pas
tant que ça. Il y en a quelques-uns qui se
qualifient comme ça, là, mais des endroits où on est... on a eu la chance de ne
pas être contaminés par la culture de
l'auto, il y en a quelques-uns où on peut encore trouver un pôle de service,
puis un pôle d'emploi, puis du monde qui réside, mais il faut en faire davantage. Alors, si on est pour utiliser
des leviers de densification, que ce soit incitatif ou qu'il y ait des pourcentages, essayons de les
amener dans une démarche cohérente qui favorise des quartiers de proximité.
Mme
Dufour : Donc, est-ce qu'il faudrait que ce soit dans des
secteurs identifiés par les municipalités : ici, on concentre le
développement, et là on peut faire du zonage incitatif? Je vois monsieur qui
dit oui.
M.
Fournier (Jean-Marc) : Tantôt, on m'a posé une question... on m'a posé une
question sur un conseil national d'aménagement, je disais : C'est
pour assurer une cohérence horizontale et verticale. Il doit y avoir une
cohérence verticale. Si vous...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M.
Fournier (Jean-Marc) : Si vous souhaitez, à Québec, faire une politique
qui vise à éviter les déplacements et, quand il y en a, de les faire en
transport collectif, les outils doivent aller dans ce sens-là.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous, c'est... le temps est
révolu. Alors, nous allons passer maintenant du côté de la deuxième
opposition, et je laisse la parole au député de Taschereau.
M.
Grandmont : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous
deux. Vous savez bien qu'on n'a pas beaucoup de temps, rendu à mon
niveau, donc je vais vous demander d'être synthétiques dans vos réponses, s'il
vous plaît.
Sur
l'exemplarité de l'État, vous avez apporté des propositions que je trouve très
intéressantes. J'avais salué, là, l'idée, là, d'un ministère de
l'Occupation du territoire, comme vous l'appeliez, en 2021. Vous parlez
aujourd'hui, là, d'une autre option qui pourrait être un comité, un comité qui
serait en charge, finalement, de veiller... un conseil sur l'aménagement du territoire. Ça m'a fait penser au
Comité consultatif sur les changements climatiques, qui est consultatif. Est-ce que c'est un... Est-ce que c'est un
mécanisme duquel vous vous êtes inspirés, qui pourrait avoir sensiblement la
même fonction?
M. Fournier
(Jean-Marc) : Oui. On proposait un ministère du Territoire.
C'était évidemment avant que l'Habitation sorte des Affaires
municipales, et l'objectif, c'était de regrouper Transports et Affaires
municipales, de garder l'Habitation. Je n'ai rien contre qu'il y ait Municipales
et Habitation, ça donne quelqu'un qui s'en occupe, là, précisément, mais le
problème qu'il y a, c'est que ça ne favorise pas, je dirais, l'effort
transversal que ça demande.
La ville de
Montréal fait un plan d'urbanisme pour la première fois, ils l'appellent un
PUM, un plan d'urbanisme et de mobilité. La politique est... Ce qui
soutient la politique, c'est de lier le développement urbain, la planification urbaine et le transport. Vous avez vu sans doute
que je propose aussi qu'on change les... l'appropriation des budgets des
Transports entre le transport en commun puis la voirie, comme l'Ontario le
fait.
Bon, une fois que j'ai dit ça, bon, on prend
acte, il n'y a pas de ministère du Territoire. OK. Mais, dans l'idée du
ministère du Territoire, c'était d'avoir le regroupement de deux grands
secteurs, avec un rôle tamis donné à ce ministère-là sur l'ensemble des actions
des autres ministères. Rien n'empêche aujourd'hui que le ministère des Affaires municipales ait une responsabilité de
tamis à l'égard des décisions qui sont... Vous allez me dire : Mais ils
l'ont déjà. Peut-être un tamis plus exécutoire, je dirais.
M. Grandmont : Un petit peu plus
fort...
M.
Fournier (Jean-Marc) : Bon, alors, une fois que j'ai dit ça, pour ce qui
est du... pour ce qui est du conseil, bien sûr, on regardait, par
exemple, le vérificateur qui vérifie comment lois sont appliquées, comment
on... dans ce domaine-là, il faut aller au-delà de l'État québécois, il faut
aller dans les organisations municipales, dans des entités autres.
Ça prend donc un pouvoir qui est assez large et perçant, disons-le comme ça.
Alors, ça, que ce soit... Puis le Protecteur
du citoyen, à la limite, là, pas tout
à fait de la même nature, mais que les citoyens puissent l'interpeler. Il y a
des gens, notamment de Patrimoine,
qui ont parlé de certains cas de démolition d'édifices patrimoniaux... plutôt
difficile de savoir à qui s'adresser aujourd'hui.
Alors, s'il y avait un conseil, et je dis
scientifique... pas juste des scientifiques, mais qu'on sent qu'il y a une
réflexion à long terme qui est objective. Et je n'ai rien contre les positions
qui peuvent être partisanes, ça fait partie la
démocratie, les partis puis des positions, mais la science, on peut lui donner
un petit bout là-dedans, là. Alors, c'est un peu comme ça qu'on voyait
la chose.
M. Grandmont : Merci. Sur les
redevances, rapidement, là, vous semblez être plutôt opposés, là, au système
des redevances. En même temps, quand j'écoutais Richard Bergeron récemment à la
radio, il se servait du cas de Toronto pour
expliquer comment les redevances peuvent être un levier pour ramener, finalement,
le développement vers les centralités
puis vers la densité, et donc... alors qu'actuellement le système est
complètement fait à l'inverse. Est-ce que ça ne devrait pas être un
levier ou vous êtes complètement contre?
• (12 heures) •
M. Fournier (Jean-Marc) : Non.
Bien... Puis d'abord, pour ce qui est des redevances de développement, je
serais pour qu'on applique la loi. Je suis contre la pratique qui prend congé
de la loi pour devenir un pouvoir de taxation et qui, par ailleurs, est un
pouvoir de taxation sur la construction de nouvelles unités de logement dont on
a de besoin et qu'on fait de moins en moins. Puis il y a... mais il y a
beaucoup de redevances, et les redevances sont souvent placées, par exemple,
les... redevances, REM en est un exemple, éventuellement, peut-être, tramway.
Si on veut favoriser que le plus de monde possible puisse y avoir accès, et de
toute catégorie, bien, on va vouloir aussi que ceux qui ont moins de revenus
puissent être là
Alors, il faudrait éviter qu'on mette des
redevances qui gonflent les prix, puis il faudrait peut-être cibler l'aide du
financement national à l'habitation inclusive vers ces zones-là. Mais, pour
arriver à ça, il faut qu'on ait une conception gouvernementale qui soit
transversale, M. le Président. Je m'arrête. Je vous vois.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Merci beaucoup. Alors, j'ai
vérifié, oui, l'argent est arrivé à Drummondville, étant donné que
Drummondville est un arrêt obligatoire. Alors, je suspends quelques instants
pour permettre au prochain groupe de venir prendre place.
(Suspension de la séance à 12 h 01)
(Reprise à 12 h 06)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons poursuivre. Alors, je souhaite la bienvenue à L'Union des
producteurs agricoles. Vous avez un 10 minutes pour faire votre exposé.
Par la suite, nous allons procéder à une période d'échange avec les députés et
la ministre. Alors, présentez-vous et allez-y après.
Union des producteurs agricoles (UPA)
M. Caron (Martin) : Bien, merci, M.
le Président. Mme la ministre, MM. et Mmes les députés, merci de nous recevoir.
Je m'appelle Martin Caron, je suis président général de l'UPA et je suis
producteur laitier et céréalier à Louiseville, en Mauricie. Je suis accompagné
de Ghalia Chahine, qui est, entre autres, coordonnatrice au niveau de
l'environnement et de l'aménagement à la Direction de la recherche économique
et politique à l'UPA.
Merci de nous donner le temps pour exposer
les... pour exposer le point de vue des producteurs agricoles sur le projet de
loi n° 16.
Au dépôt du projet de loi, en mars dernier, la
ministre des Affaires municipales affirmait, et je cite : «Notre
gouvernement a la volonté d'assumer son rôle de leader en matière d'aménagement
du territoire afin que toutes les collectivités soient fières d'habiter des
milieux de vie de qualité, complets et conviviaux. Le cadre d'aménagement
actuel n'apporte pas toujours des solutions aux enjeux contemporains. Un virage
majeur s'impose donc. Il est temps de faire
preuve d'audace et de créativité pour la poursuite du développement de nos
milieux de vie.» Fin de la citation.
D'autre part,
le gouvernement affirmait la nécessité d'imaginer l'architecture et les
territoires de demain et réfléchir aux
actions les plus porteuses pour habiter nos espaces de façon optimale et
durable. Le projet de loi n° 16 est l'occasion à privilégier pour
traduire et asseoir clairement et fermement la vision et les constats relevés
dans la Politique nationale de l'architecture
et de l'aménagement du territoire à travers un texte législatif ambitieux, à la
hauteur des objectifs gouvernementaux.
À l'image de la PNAAT, toute modification de la
loi ou toute orientation gouvernementale se doit d'être tout aussi ambitieuse et oser la transformation de
façons de faire en aménagement du territoire. C'était d'ailleurs le souhait
formulé partout depuis le forum organisé en 2015 par l'Alliance Ariane et
réitéré tout au long de la conversation nationale sur l'urbanisme et l'aménagement
du territoire que Mme la ministre avait initiée en 2021.
Bien que nous tenions à saluer plusieurs
modifications proposées à la Loi sur l'aménagement de l'urbanisme, comme l'ajout d'un préambule qui permet d'ancrer
la volonté gouvernementale ou encore l'obligation de réaliser aux cinq ans des bilans en aménagement, nous croyons
que les changements proposés dans la LAU sont quelque peu timides
et ne sont pas encore tout à fait à la hauteur des enjeux de l'aménagement du
territoire pour engendrer... pour engendrer sur le secteur agricole.
Compte
tenu de l'ampleur des défis territoriaux actuels qui commencent avec sa
planification et son aménagement et auxquels nous devons tous faire
face, l'UPA demande que les modifications proposées dans son mémoire soient
considérées et intégrées au niveau de la LAU.
Nous avons d'ailleurs
soumis un mémoire qui se structure alentour de quatre demandes principales,
trois éléments positifs à garder et sept commentaires spécifiques au niveau des
articles particuliers. Donc, aujourd'hui, pour la présentation, je vais me
concentrer sur nos quatre demandes.
• (12 h 10) •
Premièrement, nous
demandons d'introduire l'application de réciprocité pour l'établissement de
tout nouvel établissement à la limite des
périmètres urbains ou secteurs urbains ainsi que tout usage non agricole en
zone agricole.
Plus précisément,
nous demandons que l'implantation de nouveaux établissements à la limite d'un
périmètre urbain ou secteur urbain de même que tout usage non agricole en zone
agricole se fasse suite à l'identification et le choix d'emplacements ayant le
moins d'effets sur les activités agricoles qui sont déjà en place. En intégrant
cette réciprocité à l'intérieur même de
l'exercice de la planification de l'aménagement du territoire, les
municipalités auront la
responsabilité de prendre en considération les impacts de tout nouvel
établissement sur le territoire et surtout sur les activités agricoles.
Nous
demandons... notre demande permet d'anticiper et de réduire substantiellement
les enjeux de cohabitation et les
effets négatifs futurs que certaines installations ou usages non agricoles
peuvent occasionner sur le développement des activités agricoles.
Deuxièmement,
nous demandons d'intégrer clairement et expressément l'objectif de freiner
l'étalement urbain, dans la LAU, en
conformité avec la PNAAT. Le constat est clair, au fil des ans, un modèle
d'aménagement s'est instauré, favorisant
l'étalement urbain et entraînant des répercussions considérables sur le
territoire québécois, dont le territoire agricole.
Nous
tenons à rappeler que le sol agricole est une ressource rare, non renouvelable
et essentielle au développement des activités... ainsi que forestières,
les activités agricoles. Malgré ce fait, un trop grand nombre d'intervenants et
de décideurs considèrent encore que la zone est en attente de développement
urbain. Ainsi, les usages non agricoles et l'étalement
urbain en zone agricole sont devenus monnaie courante dans le cadre de
l'aménagement du territoire actuel au Québec.
Afin
de renverser cette culture de l'aménagement et de revenir aux fondements de la
conversation nationale sur l'urbanisme
et l'aménagement du territoire, il importe de transmettre un message clair à la
LAU pour freiner l'étalement urbain.
Par ailleurs, nous
tenons à rappeler que l'UPA a adopté, lors de son dernier congrès général, une
résolution intitulée La protection du territoire et des activités agricoles et
forestières comme priorité nationale, dans laquelle il était demandé au
gouvernement d'implanter tout d'abord le principe de zéro perte nette pour le
territoire agricole dans une perspective
d'autonomie alimentaire et ensuite le maintien des superficies agricoles et
forestières productives de même qualité, tant pour les projets futurs
qu'en cours. À l'image de la législation en matière de la conservation, en
2017, le principe de l'objectif d'aucune perte nette devrait être repris pour
le territoire agricole au Québec.
Troisièmement, nous
demandons d'inscrire dans la PNAAT dans la... nous demandons d'inscrire la
PNAAT dans la LAU en établissant un lien direct avec la révision de cette
dernière. L'UPA recommande d'intégrer le projet de loi n° 16...
un amendement qui confirme l'engagement des gouvernements à la vision, aux
constats et aux axes d'intervention de la PNAAT ainsi qu'aux moyens et aux
outils nécessaires pour la mise en oeuvre et au déploiement.
L'amendement proposé
pourrait se traduire comme principe directeur dans le préambule ainsi que sous
forme d'article formellement détaillé... détaillant, à titre d'exemple, les
moyens et les modalités à réviser.
Pour l'UPA, un tel
amendement permettrait dès aujourd'hui d'enraciner dans les pratiques de
planification et d'aménagement partout au Québec la nécessité d'assurer d'abord
la cohérence de l'action... la cohérence de l'action de l'État et de ses partenaires en matière d'aménagement, autant pour
les actions propres des ministères, que les organismes de l'État, que
pour celles des instances municipales, et ensuite les mécanismes de révision de
la PNAAT, assurant ainsi l'actualisation périodique.
Quatrième
et dernière, nous demandons de mettre à contribution un comité d'experts et une
instance indépendante afin d'assurer la veille et les suivis des bilans
nationaux et régionaux en aménagement du territoire.
Des bilans nationaux
et régionaux doivent être publiés, documentés et analysés afin d'informer la
transformation de la pratique de l'urbanisme au Québec. Il faut pousser vers de
meilleures pratiques en planification et en
aménagement du territoire de façon à ce que les pratiques soient réellement
respectueuses du territoire et du côté durable.
Pour suivre
annuellement les indicateurs nationaux et les cibles municipales et contribuer
au suivi des bilans des indicateurs développés, l'UPA demande que soit mis en
place un comité permanent de suivi composé d'experts externes, membres de la société civile, dont, bien évidemment, le
secteur agricole, à l'image du comité consultatif au niveau de la PNAAT.
Concernant l'instance
indépendante, nous réitérons la proposition faite par l'Alliance Ariane, dont
l'UPA est membre, qu'elle soit mise sur pied pour veiller au fonctionnement des
systèmes d'aménagement et de la cohérence de
l'action gouvernementale en matière d'aménagement du territoire. En effet,
cette instance contribuerait à l'analyse des résultats et à la
formulation de recommandations à la ministre.
En terminant, les
modifications de la LAU qui sont discutées aujourd'hui doivent ouvrir la voie à
un changement des façons de faire en aménagement
du territoire au Québec tant au niveau municipal, régional, métropolitain
que provincial, et ce, à travers l'exemplarité de l'État. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup, M. Caron. Alors, nous allons procéder maintenant à une période
d'échange avec la ministre. La parole est à vous.
Mme Laforest : Oui, merci. Bonjour,
M. Caron. Mme Ghalia, bonjour à vous.
Ma première question, pour le comité permanent
de suivi pour les bilans, est-ce que... comment vous voyez ça et qui... Ce serait quoi, le rôle, exactement?
Vous avez mentionné certains groupes qui pourraient siéger sur ce comité.
Et ce serait financé par qui?
M. Caron (Martin) : Bien, peut-être,
d'entrée de jeu, puis je vais laisser Ghalia répondre... d'entrée de jeu, Mme
la ministre, comme on le voit au niveau de la PNAAT, il y a un comité
consultatif qui est là, il y a des gens qui sont là, des membres de la société
civile. Puis je pense qu'on va avoir à peu près le même exemple comme ça, c'est
que chacun sont là, sont présentés, entre autres, puis ça nous permet entre
autres d'amener toute l'expertise au niveau de
chacun des secteurs en lien... face au développement et à l'aménagement du
territoire du Québec. Ça fait que je pense... on a à peu près le même
système. Et c'est pour ça qu'on veut amener cette cohérence-là avec la LAU,
projet de loi aujourd'hui, puis avec la
PNAAT, pour vraiment que ce soit ensemble. Je ne sais pas si, Ghalia, tu avais
d'autres choses à rajouter.
Mme Chahine (Ghalia) : Bien, c'est
exactement ça, c'est aussi... ce serait un comité comme celui du comité
consultatif de la PNAAT, mais avec un suivi régulier, donc c'est pendant que
les bilans se font, donc, des rencontres annuelles,
bisannuelles, dépendamment du rythme qui est souhaité, qui ferait ce suivi et
qui permettrait cet échange-là autour de l'aménagement du territoire.
Mme Laforest : C'est bon. Financé
par l'UPA, à ce moment-là?
M. Caron (Martin) : Les
représentants de l'UPA vont se financer eux-mêmes.
Mme Laforest : D'accord. Quand vous
parlez au niveau des indicateurs, quel genre d'indicateurs que vous pourriez
suggérer, quand on parle des cibles, dans la politique et dans la LAU?
M. Caron (Martin) : Oui, absolument,
oui, je reviens encore à... Mme la ministre, le lien avec la PNAAT, puis on va avoir les OGAT qui s'en viennent entre
autres sur les orientations. Dans la PNAAT, on a parlé d'indicateurs, d'indicateurs parlants, tout ça, c'est la même
cohérence, et si on est capable de faire atterrir... puis je pense qu'on va
être capable de le faire atterrir puis avoir les mêmes indicateurs pour
être sûr d'être capable d'avoir ces suivis-là. Et je sais qu'on parle des bilans, tout ça, dans les suivis aux cinq ans,
mais, pour nous, il ne faut pas attendre cinq ans. Il faudrait qu'à
chaque année qu'on puisse suivre, entre autres, en lien avec la PNAAT, les
orientations. Peut-être que Ghalia pourrait donner, peut-être, quelques exemples
d'indicateurs, là.
Mme Chahine (Ghalia) : Mais c'est
certainement avec le temps aussi... il y a des indicateurs qu'on n'est pas capable de développer aujourd'hui, avec la
connaissance et l'expertise qui va être rassemblée, de nouveaux indicateurs
pourraient être pertinents, notamment pour
suivre l'évolution de l'étalement ou l'effet de l'étalement sur la zone
agricole.
Mme Laforest : OK. Excellent.
Ensuite, j'ai une autre question par rapport... dans le projet de loi, on
permet des mesures qui vont permettre aux
municipalités de suspendre temporairement des projets, par exemple, qui n'ont
pas suffisamment d'eau, considérant la nappe phréatique. Donc, est-ce
que... Comment vous voyez cette proposition-là? Est-ce qu'il y a déjà des situations, dans certaines régions au Québec,
dont c'est très, très fragile, l'approvisionnement en eau potable?
M. Caron (Martin) : C'est sûr que
oui. On a eu des cas présentement qu'on a été interpelés par ça. Il n'y a
peut-être pas eu de manque d'eau directement, mais c'est sûr, quand même, là,
il y a cet aspect-là. Puis je pense, avec
les changements climatiques, on se doit d'avoir entre autres une prévisibilité
par rapport à ça parce qu'il y a un risque qui est là. Peut-être,
Ghalia, tu pourrais compléter par rapport à cet élément-là.
Mme Chahine (Ghalia) : Il y a eu
certains cas de municipalités qui avaient prévu un étalement ou un
agrandissement, qui n'avaient pas prévu la capacité d'eau potable. On peut
penser à des cas dans les Laurentides plus récemment. Donc, ce serait
d'anticiper ces besoins-là en ressources avant de développer et de voir
l'infrastructure qui... si elle a besoin
d'entretien, déjà, si elle a la capacité d'accueillir et si elle a des impacts
sur la zone agricole, que ce soit en faisant reculer l'activité agricole ou en
faisant... des impacts... impossibilité de développement de cette activité-là.
Mme Laforest : OK. Il y a... dans le
projet de loi, on propose l'octroi d'une aide municipale aux producteurs
agricoles, si vous l'avez lu, qui va permettre aux producteurs agricoles une
compensation, par exemple, pour la protection des
milieux, protection des cours d'eau. Qu'est-ce que vous pensez de ce
pouvoir-là? Et est-ce qu'on devrait passer directement avec l'UPA ou passer par
les MRC?
• (12 h 20) •
M. Caron
(Martin) : Bien, nous, fondamentalement, le droit à la propriété,
c'est une priorité pour nous. Je pense,
c'est un élément assez important. Puis de plus en plus, c'est qu'on nous
demande, entre autres, sur nos activités agricoles, de protéger des
zones. Ça fait que l'élément de compensation au niveau de la rétribution, on
peut parler des biens et services
écologiques, est bienvenu, et est souhaité, et demandé par rapport à nos
membres, nos producteurs agricoles.
Ça fait que c'est sûr
qu'il faut être capable d'avoir ça, d'être doté... Je pense qu'il y a des
discussions qui sont faites de part et d'autre là-dessus. Est-ce que...
L'aspect au niveau des MRC, des municipalités, c'est une chose, mais pour nous, l'important, c'est que ce soit
reconnu que le bien... parce que c'est un bien collectif, on peut le voir comme
un bien collectif, mais, quand il se retrouve sur nos terres agricoles, c'est
nous qui avons les impacts, là, par rapport à changer
nos pratiques agricoles. Ça fait qu'il faut qu'il y ait cette
reconnaissance-là. Puis c'est sûr qu'au niveau du domaine agricole on a
de l'expertise énormément là-dessus, ça fait que nous, on veut être là puis
être mis à contribution par rapport à ça.
Mme Laforest :
C'est bon. Merci beaucoup. J'ai
terminé les questions. C'est mes collègues ou ma collègue qui va
continuer les questions.
Le Président (M.
Schneeberger) : ...du côté de la députée de Rivière-du-Loup—Témiscouata.
Mme Dionne : Les Basques.
Non, non...
Le Président (M.
Schneeberger) : Les Basques, en plus.
Mme Dionne : J'ai trois MRC. Bonjour.
Bien, justement, j'étais intéressée à vous entendre parce que je demeure dans
une circonscription ou une communauté rurale. Alors, les terres agricoles sont
omniprésentes, les agriculteurs sont omniprésents
chez moi, de même que les forêts, l'acériculture. Bref, le projet de loi
introduit des nouvelles obligations en
matière de monitorage par la production de bilans sur l'aménagement du
territoire régional, métropolitain, national. Pensez-vous que ces
obligations-là vont permettre d'effectuer un meilleur suivi sur l'évolution des
terres agricoles dans nos milieux?
M. Caron
(Martin) : Je vais laisser aller Ghalia puis je compléterai après ça.
Mme Chahine
(Ghalia) : Bien, c'est sûr qu'avec les données qui existent en ce
moment, on a un début, mais il y a d'autres indicateurs qui mériteraient d'être
développés. Les bilans vont informer ces nouveaux indicateurs pour faire le suivi, comme je disais, de l'étalement
sur les zones agricoles, qu'ils soient directs ou indirects. On a des effets
immédiats et on a des effets à plus long terme de faire reculer l'agriculture
ou l'activité elle-même. Donc, il faut développer... les bilans vont servir à
renforcer la connaissance collective.
Les instances qu'on
propose d'ajouter, que ce soit le comité ou l'instance indépendante,
permettront de faire avancer, de développer
d'autres... raffiner notre connaissance et d'aller vraiment capter l'évolution
du territoire agricole de façon plus fine que juste un chiffre de...
voici la superficie totale de la zone agricole.
Mme Dionne : Donc, pour ma compréhension, c'est à bâtir, dans
le fond, parce qu'on n'a pas, à l'heure actuelle, les indicateurs
précis. Ça va être selon l'évolution de...
M. Caron
(Martin) : Et je rajouterais, puis c'est le message que je mentionnais
tantôt, cette cohérence-là au niveau de la PNAAT puis de la LAU, il faut qu'on
soit ensemble. De toute façon, on entend parler de plus en plus de pénurie de
main-d'oeuvre, on ne peut pas partir sur deux, trois chantiers, il faut être
capable de... vraiment d'avoir cette
cohérence-là, d'avoir un outil. Puis au niveau du monitoring, c'est, bien sûr,
d'établir ces indicateurs-là qui vont se retrouver dans la PNAAT puis qui se retrouveraient aussi au niveau de la
LAU, puis ce serait plus simple, là, pour tout l'ensemble, là.
Puis il y a un
élément puis que Ghalia a mentionné, c'est sur nos activités agricoles, ça,
c'est... des fois, c'est un petit peu plus
difficile. Puis je sais que, des fois, c'est le terme que vous entendez,
«expropriation déguisée», entre autres. Puis je vous dirais, je vous ramène à un autre terme, pour nous, c'est
rendu plus loin que ça, c'est rendu de l'«appropriation de notre
métier». Et ça, de plus en plus, on le voit au niveau de différentes instances,
et ça, ça met vraiment de la pression énorme
sur nos activités agricoles, là. Ça fait que c'est pour ça que le côté
monitoring, indicateurs, il va falloir être capable de le travailler,
puis je pense qu'on est capables collectivement de le travailler ensemble, ça.
Mme Dionne : OK.
Notre projet de loi aussi propose plusieurs élargissements au niveau des
exemptions référendaires, notamment à des
fins de densification qu'on peut catégoriser de plus douce. Ça permettrait
aussi éventuellement d'alléger la
pression immobilière sur les terres agricoles. Donc, est-ce que, d'après vous,
ces exemptions vous apparaissent pertinentes?
M. Caron (Martin) : Ghalia.
Mme
Chahine (Ghalia) : Tout ce qui est consolidation des tissus urbains,
noyaux villageois ou densification, c'est une bonne idée. Il faut
évidemment l'adapter au contexte particulier, parce que toutes les régions ne
sont pas égales, mais certainement c'est un principe qui est très, très
intéressant et important à mettre de l'avant. Comme on a ajouté dans le mémoire, c'est avec un objectif de
freiner l'étalement urbain, qu'il soit diffus ou par blocs, dépendamment
de comment on fonctionne.
Mme Dionne : Puis il y a certains
intervenants aussi qui nous proposent d'élargir encore davantage les exemptions
référendaires pour des fins de densification, justement. Qu'est-ce que vous
pensez de ces propositions?
Mme
Chahine (Ghalia) : Il faudrait les étudier. On n'a pas été dans le
détail de ces propositions-là, mais il faudrait les étudier, puis
certainement il faudrait explorer les impacts aussi que ça peut avoir sur une
zone agricole, positifs ou négatifs.
Mme Dionne : Merci. Est-ce que...
Combien de temps il me reste, M. le Président?
Le Président (M. Schneeberger) : ...plus
de six minutes.
Mme
Dionne : Plus de six minutes, d'accord. Donc, le projet de
loi propose aussi aux... que les municipalités puissent exiger, à titre
de contribution aux fins de parcs, une servitude, en plus, comme elles le
peuvent déjà, là, des cessions de terrains ou des compensations en argent.
J'imagine que cette proposition-là pourrait être pertinente dans les terres
agricoles. Donc, pensez-vous que cette nouvelle possibilité d'exiger une
servitude serait utilisée, un, par les municipalités et que ce serait favorable
pour les terres agricoles?
M. Caron (Martin) : Bon, bien, si
vous avez vu notre mémoire, on amenait ce point-là directement au niveau des servitudes, puis, pour nous, c'est
vraiment une contrainte, comme on le voit présentement, d'ailleurs on a eu
un cas au niveau de la Mauricie. Mais vous comprenez que, quand je vous parle
au niveau des activités agricoles, c'est ça, c'est... quand on donne une
servitude, bien, on vient de geler le territoire. Et bien souvent, quand on
parle au niveau des cours d'eau, des fossés, tout ça, bien, ça amène une obligation
que le producteur ne peut plus entretenir ces
cours d'eau, ces fossés, ça fait que donc ça vient geler sur ses activités
agricoles. Ça fait que le côté servitude, nous, on n'est vraiment pas
là. Il y a d'autres mécanismes qu'on peut utiliser. Puis je pense qu'il faut
avoir une notion de cohabitation là-dedans puis d'avoir une notion de
partenariat. Mais servitude, on a trop vu des problématiques avec ça
présentement, puis je peux parler aussi des zones inondables, là, qu'on a vu la
même chose là-dessus. Je ne sais pas si, Ghalia, tu voulais rajouter.
Mme Chahine (Ghalia) : Bien, il faut
aussi rappeler qu'une servitude, c'est une utilisation autre qu'agricole, donc, nécessite une autorisation de la CPTAQ, donc
c'est quelque chose qui est important à rappeler. C'est un acte notarié,
donc la perpétuité, comme on dit, est assez
longue à vivre avec. Ça peut amener aussi des installations d'infrastructures, quand
on donne accès, dans le cas de notre commentaire à la page 16, à une
installation d'infrastructures, donc des bancs,
etc., et une multitude de personnes sur le lot agricole, donc ça peut causer
des enjeux de cohabitation, aux enjeux d'entretien, par exemple, d'un
cours d'eau, etc., qui peuvent être plus à long terme ou plus indirects.
M. Caron (Martin) : On peut rajouter
d'autres exemples : les sentiers pédestres et pistes cyclables, ainsi de suite, c'en est, des exemples, entre autres, que,
quand on donne les servitudes, ça nous amène, entre autres, à risque, là,
autant au niveau aussi de la cohabitation.
Mme Dionne : J'aimerais vous
entendre sur une recommandation que vous nous avez faite, soit d'introduire
l'application de la réciprocité pour l'implantation de tout nouvel
établissement à la limite des périmètres urbains ou des secteurs urbains ainsi que de tout usage non agricole en zone
agricole. Pouvez-vous développer un petit peu plus sur cette
recommandation?
M. Caron
(Martin) : Oui. Je vais y aller avec la première, quand on
demande cette réciprocité des règles là... parce que, bien souvent, au niveau de la loi ou de l'État, il y a des
modifications de règlement. Puis je vous en donne un, le dernier, c'est
l'omnibus réglementaire qui a été déposé, l'omnibus 2, qui a été déposé au
ministère de l'Environnement puis qui nous amène, entre autres, sur
l'application des pesticides avec les pulvérisateurs puis d'avoir des distances
beaucoup plus élevées, que ce soit au niveau des écoles, que ce soit au niveau
des garderies.
Nous, quand on reçoit ça, on se dit... on est
conscients, tu sais, on veut protéger les enfants en garderie, c'est bien
correct, mais, si on arrive avec implanter une nouvelle garderie qui est juste
au bout, accotée sur un territoire agricole, c'est ça, la réciprocité. Ça fait
qu'en voulant dire : Si vous mettez une garderie là ou des écoles, c'est
sûr que ça va avoir des impacts. Ça fait qu'avant il faut être capable
d'étudier le moindre impact quand on va installer ces nouvelles... ces nouveaux
établissements là.
Ça fait que ça, c'en est, des exemples qu'avec
les lois... puis quand on vous disait, au niveau de nos activités agricoles,
bien, c'est ça... Ça fait que c'est pour ça qu'on demande cette réciprocité-là,
en voulant dire : Bien, moi, quand je suis dans ma zone agricole, mes
activités agricoles, j'ai un cadre que je suis capable d'établir. Mais quand on
me met quelque chose à côté... puis on pourrait rajouter même les puits. Pour
les puits, ceux qui ont des puits, bien, s'ils le mettent
juste au bout, là, on fait un rayon, puis là le producteur est obligé encore de
s'éloigner, on est obligés de modifier ces pratiques-là. Ça fait que c'était un
peu ça au niveau de la réciprocité.
Puis au niveau des usages non agricoles, je ne
sais pas si, Ghalia, tu avais un exemple, là.
Mme Chahine
(Ghalia) : C'est de réfléchir à l'avance, c'est... mieux vaut prévenir
que guérir, un peu, le concept. Quand on a
un projet agricole, par exemple, qui s'implante, il doit réfléchir, avant
d'être implanté, à l'impact, à la
distance, à des mesures d'atténuation, etc. C'est cette réciprocité qu'on
demande, avant d'installer un établissement qui va imposer un recul des activités agricoles directement pour les
bâtis ou pour les activités elles-mêmes aux champs, qu'on y pense deux
fois. Et c'est cette réciprocité qu'on aimerait que les municipalités aient à
appliquer quand elles réfléchissent où installer un bâtiment en zone agricole
par un usage non agricole ou à la limite des périmètres urbains ou secteurs
urbains.
• (12 h 30) •
Mme Dionne : S'il
me reste du temps, M. le Président...
Le Président (M.
Schneeberger) : Deux minutes.
Mme Dionne : Deux
minutes. On a abordé la notion de changements climatiques tout à l'heure. On le
sait, nos milieux humides, nos milieux
hydriques, nos terres agricoles sont d'une... sont importantes aussi à
conserver puis à préserver. On sait aussi où... le jour où les
changements vont vraiment nous arriver de plein fouet, là, que ça va être important, là, tu sais, de vraiment... de
contribuer à préserver surtout nos milieux hydriques, là, pour pouvoir
approvisionner en eau nos terres agricoles.
D'après vous, est-ce
que vous pensez que le projet de loi va assez loin dans la prévisibilité et
dans une perspective de pouvoir, justement,
là, nous aider à préserver puis à avoir de la prévisibilité pour, justement,
l'augmentation des changements climatiques, là, puis des enjeux aussi
auxquels on fait face par rapport à ces changements-là?
M. Caron (Martin) : Bien, moi, je vais y
aller. Au tout début, je pense, tantôt, avec la... avec Mme la ministre, on a parlé d'indicateurs, des choses, on a parlé
d'un comité avec de l'expertise, je pense, il faut aller chercher l'expertise.
Vous êtes d'ailleurs dans une région, tantôt,
tu sais, là, qui a eu... quelques années, au niveau soit dans le Bas-Saint-Laurent
ou Gaspésie-Les Îles, qu'il y a eu des
sécheresses dans... Si je regarde dans les cinq dernières années, il y a eu
quatre années qu'il y a eu des temps difficiles. Ça fait que, donc, il
faut avoir cette prévisibilité-là, puis c'est sûr qu'il faut être capable de mettre des choses en place, parce que
c'est une réalité qu'on vit en tant que, nous, producteurs, mais en tant
que tous les gens, les acteurs de la société, là. Ça fait qu'il faut... Il y a
déjà quelque chose, on trouve ça intéressant d'avoir cette notion-là, mais il
ne faut pas se priver de l'expertise puis des ajustements qu'on peut faire un
petit peu plus loin.
Mme Dionne : Puis
avez-vous des idées aussi pour... Tu sais, je parle peut-être d'acceptabilité
sociale, parce que c'est difficile, des
fois, de faire... tu sais, justement, au niveau des municipalités, de leur
faire comprendre que, tu sais, il faut quand même penser à moyen et à
long terme, des fois, bon, elles vont vouloir plus développer sur des terres
agricoles, mais qu'en même temps il faut aussi se conserver une partie de
terres agricoles et de milieux humides et hydriques.
Le Président (M.
Schneeberger) : ...
Mme Dionne :
Oui. Alors, oui...
M. Caron
(Martin) : Bien, absolument qu'il faut avoir ce plan-là, entre autres,
puis qu'il faut focusser mais en ayant des bons indicateurs puis en allant
chercher de l'expertise de l'ensemble des partenaires.
Le Président (M.
Schneeberger) : Je vous remercie. Alors, nous allons maintenant du
côté de l'opposition officielle, et je laisse la parole à la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci
beaucoup. Merci à vous deux d'être ici aujourd'hui. Très apprécié. Votre
perspective est très importante parce que le territoire agricole est très
important dans l'aménagement du Québec au... entier, du territoire du Québec
entier.
J'aimerais vous
entendre sur la contribution aux fins de parcs, là, que, dans le jargon, on
appelle les frais de parcs. J'étais étonnée
de voir ça dans un mémoire qui touche le monde agricole parce que, dans ma
perspective et mes connaissances, je
voyais les frais de parcs surtout en milieu urbain. Donc, j'aimerais voir...
peut-être que, c'est ça, ma... voir des exemples que vous pourriez nous
donner, là, où il y aurait eu des frais de parcs en zone agricole.
Mme Chahine
(Ghalia) : Donc, on peut vous alimenter avec des exemples précis.
C'est un cas particulier en Mauricie qu'on a vécu, où un producteur qui faisait
une opération cadastrale... donc, il n'y avait pas... vraiment rien de changé, et le facteur que c'est un droit
discrétionnaire, le niveau de taxation était au maximum, et donc il a été taxé
deux fois par rapport à une opération cadastrale standard pour son entreprise.
Donc, on pourrait vous alimenter avec l'exemple précis, mais c'est un cas où la
contribution aux fins de parcs a été appliquée sur cette nouvelle répartition
cadastrale qui a été faite, et il y a eu une... un paiement ou une demande de
paiement très, très important.
Mme Dufour : OK.
Et on ne parle pas de projet résidentiel, là?
Mme Chahine (Ghalia) : Non, non,
non, du tout. C'est une opération cadastrale agricole pour... agricole dans...
C'est vraiment une démarche interne à l'entreprise, sans changement.
Mme
Dufour : Oh mon Dieu! Parce que ma compréhension, c'est que
les frais de parcs, c'est pour, justement, quand il y a des... on crée, dans le
fond, de la densité, on a des nouvelles constructions, ça va amener des gens,
donc il faudra éventuellement construire de
nouveaux parcs. Donc, écoutez, merci de nous en faire part, parce qu'il y a
peut-être, effectivement, une précision à apporter, à ce moment-là, dans
la loi pour que ça soit évité.
Vous avez aussi parlé de l'article 67, et
là, ça, c'est à la toute fin, la dernière page de votre mémoire, et je n'ai
pas, malheureusement, compris la phrase. En fait, vous parlez... vous
questionnez sur la pertinence d'inclure l'article 79.3 à l'article 67,
mais il n'y a pas d'explication. Donc, est-ce que vous pourriez nous détailler
un peu plus de quoi il s'agit?
Mme Chahine (Ghalia) : Donc, nous
souhaitions ramener le fait que tout ce qui est encadrement ou impacts
d'activité... sont déjà encadrés par plusieurs règlements, donc le REAFIE et
plusieurs autres, qui étudient, évaluent et établissent
les règles d'application quand on fait une démarche au niveau des milieux
humides et hydriques, entre autres, ou un impact à l'environnement.
Donc, à travers l'ensemble des paramètres
environnementaux qui existent déjà, on pensait que c'était redondant ou pouvant créer une confusion de
l'inclure ici aussi. Donc, c'est un... désolée, un «overlap», une répétition,
une possible confusion qui peut se faire. Et ensuite on traitait de... du
règlement sur l'abattage d'arbres, qu'on pense qu'il serait plus
pertinent d'établir au niveau des MRC et non pas des municipalités, parce qu'il
y a plusieurs facteurs qu'on énumère. Si vous voulez, je peux rentrer dans le détail.
Mme Dufour : ...c'était ma prochaine
question, parce que ça aussi, ça m'a étonnée, là, la phrase suivante : Les MRC, contrairement aux municipalités, se
réfèrent à l'expertise des spécialistes contre les... comme les ingénieurs
forestiers.» Je viens... Précédemment, j'étais dans une ville, on avait des
ingénieurs forestiers, et je peux vous dire que les règlements étaient basés sur des spécialistes. Mais j'imagine que
vous avez des exemples de... bien, que ce n'est pas... ça n'a pas été le cas,
là. Je ne sais pas si vous pouvez en parler un peu plus.
M. Caron (Martin) : Bien, oui, on
pourrait amener des cas, mais qu'est-ce qu'on voit, c'est que, des fois, ce n'est pas de la mauvaise volonté ou de la mauvaise
foi des gens, mais, vu qu'ils n'ont pas l'expertise... Mais on sait que,
bien souvent, l'expertise se retrouve au niveau des MRC, c'est encadré là. Ça
fait que c'est pour ça, nous, dans le but d'être cohérents, on se dit :
Bien, on est mieux d'amener ça là. Parce que, vous comprenez, en tant que
producteur, je peux avoir des terres ou des lots boisés dans ma MRC, sur une
ville, une municipalité ou deux municipalités. Ça fait qu'on dit : Il faut
qu'il y ait une cohérence de tous ces règlements-là, et c'est pour ça que nous autres,
on favorise beaucoup... puis, dans d'autres projets de loi, on l'amène, on
favorise beaucoup au niveau de la MRC pour amener les mêmes standards, pour
s'assurer qu'il y ait une bonne cohésion, entre autres, des activités qu'on
peut faire.
Puis je rajoute, au niveau du REAFIE, qu'est-ce
qui était marqué, c'est que... je veux juste vous... que vous nous comprenez là-dedans, c'est que les
producteurs, productrices, présentement, sont bombardés de règlements. C'est
énorme. On est vraiment dans le top, au niveau du Québec, sur la
réglementation, et là les producteurs n'en peuvent plus, là. C'est pour ça, à
un moment donné, il faut avoir cette cohérence-là puis trouver une façon de
faire. Mais cet élément-là, c'est ça, on le
retrouve dans un règlement. Là, on nous rajoute d'autre chose. Vous comprenez,
en tant que producteur, quand j'arrive pour faire mon activité, là, OK,
bien, j'ai un règlement là, REAFIE, ma municipalité, ah, puis mon autre ville
où ce que j'ai mes autres terres, ça devient extrêmement complexe, là.
Mme
Dufour : Effectivement. Et je vais poser une question. Vous
savez, quand on est, par exemple... on parle de routes, les normes, toute la distance d'un arrêt versus un autre
arrêt, etc., tout ça, c'est géré, il y a comme des normes, là, ça s'appelle le Tome V... le ministère
des Transports qui établit ça, puis les municipalités vont les suivre
généralement puis, des fois, déroger pour certaines raisons.
Est-ce que vous croyez qu'on devrait aller vers
des normes au niveau d'abattage, de la plantation d'arbres, comme ce que vous
dites là, mais plutôt nationales, qui orienteraient les MRC et les
municipalités? Parce que, là, on parle que
chacune des MRC devrait avoir des ingénieurs forestiers pour établir ces
règles-là. Ça peut aussi être difficile. Donc, je ne sais pas. Je
voudrais vous entendre sur cette possibilité-là qu'il y ait des normes... bien,
pas des normes qu'on doive suivre
absolument, mais des «guidelines», en anglais, là, qu'on dit, j'essaie... des
lignes directrices, voilà. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Caron (Martin) : Bien, je pense
plutôt d'emblée, avec la LAU, qu'elles sont présentes aujourd'hui. Puis le lien
que je faisais avec la PNAAT tantôt, ça nous prend des balises, puis des
cadres, puis des orientations. Ça fait que, je pense, c'est de mise d'avoir ces
orientations-là, ensuite de ça, bien, de s'assurer qu'il y ait un suivi. C'est
pour ça, dans la demande, quand on parlait de comité d'experts... oui, ces
experts-là vont contribuer, mais, en même temps, il faut faire un suivi, là, un
suivi assez régulier, s'il y a des choses à modifier. Ça ne veut pas dire qu'on
fait un plan sur cinq ans puis qu'on pense qu'on va arriver à temps, mais il y
a peut-être des choses à modifier. Tantôt, on parlait, entre autres,
changements climatiques. Je pense, il y a des choses aussi à rattacher à ça. Ça
fait que, oui, une base, des orientations, mais, ensuite
de ça, il faut s'assurer d'avoir un suivi sur le territoire puis d'avoir un
bilan de ça, là.
Mme Dufour : OK. Juste préciser, ma
question précédente concernait vraiment l'abattage et les plantations d'arbres, là, le fait... les ingénieurs
forestiers, qu'on disait, les normes, chaque MRC a ses normes. Est-ce qu'on
devrait avoir quelque chose de... des normes nationales ou des lignes
directrices nationales sur cet aspect précis?
M. Caron (Martin) : Je ne sais pas,
Ghalia...
• (12 h 40) •
Mme
Chahine (Ghalia) : Le plus de repères communs on peut avoir, le mieux
c'est. Ça n'a pas besoin d'être une...
Comme vous dites, ça peut être des lignes directrices puis appliquées...
différenciées selon le cas. Mais certainement, si on peut avoir une
ligne directrice commune, c'est toujours plus facile aussi à savoir.
M. Caron (Martin) : Il faut faire
attention parce que la couverture au niveau forestier, et tout ça, est différente, tu sais. Si je m'adresse à Abitibi-Témiscamingue, ou on parlait de... du Bas-Saint-Laurent, c'est bien différent de la Montérégie, entre autres, là, vous
comprenez? Ça fait que, si on amène une norme... Ça fait qu'il faut se garder cette flexibilité-là, cette intelligence-là
d'ajuster ça. Ça fait que moi, je pense que, oui, il y a des cadres, mais,
selon le territoire puis les ressources aussi qui sont là, là, c'est...
je pense qu'il faut être capable d'adapter ça.
Mme Dufour : Excellent. Merci. Vous
avez tout un volet, là, concernant les distances séparatrices avec les
exploitations agricoles. Il y a des cas, là, que j'ai personnellement vécus à
Laval, là, où des quartiers se sont construits à côté de terres agricoles, et
après il commence à recevoir... le propriétaire agricole, qui était là depuis
fort longtemps, commence à recevoir des
plaintes pour le bruit ou l'épandage, justement, des pesticides, que vous
mentionnez ici. Donc, ça, c'est quelque chose... bien, en tout cas, que,
personnellement, je trouvais pertinent. Je ne sais pas si vous avez
des exemples, d'autres exemples, ou, en tout cas... On parle de quoi exactement
aussi, quel genre de distance?
M. Caron (Martin) : Bien, je vais
vous en donner, d'autres exemples, on en a plein. C'est que, tantôt, j'ai parlé
sur un nouveau règlement qui arrive puis que ça nous amène des impacts, mais,
dans d'autres exemples qu'on peut vous donner, entre autres, c'est que, juste
au niveau des travaux, on est rendus qu'avec... des villes, ou des
municipalités, ou même des fois des MRC de dire : Bien, vous ne pourrez
pas faire vos travaux... vous pouvez faire vos travaux à partir... jusqu'à
11 heures le soir. Ça fait que vous comprenez, là, que nous, en tant que
producteurs, quand c'est le temps de faire
les travaux, puis on a des fenêtres, des temps d'horaire, on travaille la nuit
aussi, là. Ça fait que, vous comprenez, quand on met des applications,
parce qu'on est proches... parce que les gens disaient : Bien là, ça fait
du bruit, ça fait de la poussière, c'est les odeurs, on a tout à gérer ça.
Ça fait que c'est pour ça qu'on se dit :
Bien, quand on y va, là, la première des choses, ça, là, on y va avec la
densification qui est super... bien importante, puis, après ça, c'est le moins
d'impact, mais il faut amener cette notion-là. Puis je sens, par rapport à la
PNAAT, puis Mme la ministre l'a amené... je sens qu'il y a une volonté, là, mais c'est juste... il faut attacher les choses
puis être cohérent... puis de s'assurer que cette volonté-là descende au niveau
des décideurs et des élus dans nos régions
puis qu'ils voient, l'agriculture, là, que c'est un potentiel, puis c'est
l'autonomie alimentaire, puis il faut la protéger, là, autant sur les
terres que sur l'activité agricole.
Mme Dufour : Puis les... ces
distances séparatrices là, est-ce que vous avez des recommandations qu'on...
qui devraient être mises en place? J'imagine, ça dépend, évidemment, de la
nature de l'activité agricole. Est-ce que c'est quelque chose qu'il serait
possible de nous suggérer?
M. Caron (Martin) : Bien, oui, mais,
dans un cas... puis j'ai répondu à la question tantôt, quand on a parlé de
compensation ou rétribution, c'est la même chose, là. On parle présentement de
préserver, entre autres, toute la zone inondable puis de laisser des bandes,
des zones tampons, tout ça. Le producteur ne pourra pas faire ça à lui seul,
pour le bien de la collectivité, assumer d'établir des bandes végétatives, là,
à ses frais à lui, pour l'aspect de la collectivité. Je pense, les producteurs,
on est mobilisés à faire ça, mais il faut être capable de ramener, et c'est
pour ça qu'on demande la rétribution, là. Dans des cas comme ça, si on se
dit : C'est un bien collectif, l'ensemble dit ça, bien, il faut être
capable de rétribuer les producteurs en conséquence, là.
Mme Dufour : OK. Mais est-ce qu'il y
a des recommandations de distances séparatrices qui devraient être d'emblée
prévues dans les... parce qu'une municipalité peut décider que c'est
100 mètres et, une autre, décider que c'est 10 mètres.
M. Caron (Martin) : Encore là, c'est
pour ça qu'on ramène au niveau de la LAU puis des instances. Il faut être
capable d'être cohérent, parce que, dans une municipalité ou une ville, je peux
avoir cinq mètres ou 10 mètres d'un
cours d'eau, parce qu'on me dit : Un risque de précaution... On pense
qu'il y a un risque là, puis, dans un autre, bien, ça va être le un et
trois mètres. C'est sûr que nous, en tant que producteurs, on veut que ça soit
cadré. Il n'y a rien de mieux, je pense... Il y a le ministère de
l'Agriculture, ministère de l'Environnement, puis on a cette expertise-là. En
lien ici avec la LAU, je pense... avec le MAMH, il faut trouver une façon de
faire pour être cohérent. Moi, je vous dis juste comme message : Les
producteurs, productrices sur le terrain, puis je sais que M. le président est
bien...
Le
Président (M. Schneeberger) : En terminant.
M. Caron
(Martin) : ...bien conscient de ça, c'est... il faut juste s'assurer
que, pour nous, là, c'est accessible puis c'est facile, là, quand on fait nos
activités agricoles.
Mme Dufour : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, merci à la députée de Mille-Îles pour ses questions. Nous allons maintenant
du côté de la deuxième opposition, et je laisse la parole au député de
Taschereau.
M.
Grandmont : Merci, M. le Président. Merci à vous deux pour votre
contribution. La pandémie nous a appris que l'autonomie alimentaire est une
chose absolument essentielle au Québec. Vous contribuez, évidemment, grandement
avec vos nombreux membres. Il y a deux ans, vous avez écrit que, dans les cinq
dernières années, donc les cinq années qui
avaient précédé, on avait perdu plus de 14 000 hectares qui avaient
servi... tu sais, à construire, c'était de l'étalement urbain, là, c'est des
routes qu'on installe, c'est des nouveaux quartiers, de l'industriel, etc.
14 000 hectares, ça représente à peu près... un peu plus, en fait, que la
moitié de l'île de Laval, dont on parle... on parlait tantôt, ce qui est
un énorme territoire. J'imagine que vous avez des statistiques plus récentes
que vous pourriez éventuellement nous fournir. Je vous inviterais à le faire
éventuellement.
Est-ce que, pour
vous, dans le fond, l'opportunité que nous avons avec la révision de la LAU
aujourd'hui, c'est un moment charnière puis il faut viser clairement la fin de
cet étalement urbain là?
M. Caron
(Martin) : Absolument, puis ce n'est pas pour rien... Dans les recommandations
qu'on fait dans le projet de loi, on marque, à bien des places, «freiner
l'étalement urbain». Pour nous, vraiment, il y a une opportunité là-dessus d'envoyer le message clair à nos gens,
les décideurs, et les gens sur le territoire, entre autres, en lien avec ça,
là. Puis vous mentionnez le nombre d'hectares, qui est une chose, mais
des... quand on tombe dans la zone agricole, avec le non-usage agricole, entre
autres, ça aussi, là, on sent qu'il y a une pression qui s'exerce là.
M. Grandmont :
Qui vient s'ajouter, dans le fond.
M. Caron
(Martin) : Qui vient s'ajouter, entre autres, avec des infrastructures
qui sont là. Donc, on reste en zone agricole, mais il reste quand même... ce
n'est pas une activité agricole qu'on fait, puis cette activité agricole là,
c'est pour ça, entre autres, qu'on appelle le risque de réciprocité, pas juste
sur les distances, tout ça, mais aussi sur les non-usages agricoles qui vont se
retrouver dans cette zone-là agricole, parce que ça aussi, ça a des impacts,
entre autres, comme j'expliquais tantôt, là.
Je ne sais pas si,
Ghalia, il y avait des choses que tu voulais rajouter.
Mme Chahine
(Ghalia) : C'est vraiment deux statistiques qui vont être différentes.
Il y a le total de la superficie de la zone agricole et tous les usages non
agricoles en zone agricole, qui sont aussi des poches ou des diffus
d'urbanisation, qui peuvent s'expliquer ou qui peuvent ne pas être justifiés.
Et, à cela... par rapport à la zone agricole,
il y a le chiffre absolu et, après, à l'intérieur, la zone qui est cultivable.
Donc, c'est... il y a tout... il y a certaines gradations à comprendre quand on regarde les chiffres, et c'est
généralement au-delà des... du chiffre absolu, qui peut être avancé, de
14 000 ou d'autres superficies plus actualisées, là.
M.
Grandmont : Parfait. Ces pertes de potentiel agricole, je vais le
nommer comme ça, là, ça représente quoi comme risque pour l'avenir alimentaire
du Québec?
M. Caron
(Martin) : Bien, la première des choses, nos terres agricoles, c'est
le premier outil qu'on a pour faire de
l'agriculture. Ici, au Québec, je pense que tout le monde le sait, c'est à peu
près 2 %. Si on regarde en Ontario, c'est 3,6 %, puis, si on
regarde à travers le Canada, c'est 6,9 %. Ça, on parle juste des terres
cultivables. Puis, en même temps, il y a un volet là-dessus qu'on a nos
bâtiments, chemins de ferme, etc., qu'on ne cultive pas, là. Ça fait que c'est
une nécessité.
Puis durant la
pandémie, qu'est-ce qu'on a vu? La recrudescence, entre autres, d'avoir des
achats locals, des achats de proximité,
bien, ça a permis d'avoir 461 entreprises... nouvelles entreprises au
Québec, là, en 2021, du jamais-vu depuis les années 40, là. Ça fait
que ça démontre une effervescence des gens, vraiment, puis qu'ils ont des
projets agricoles. Ça fait qu'il faut
vraiment protéger ces terres agricoles là. Puis c'est un bien non renouvelable,
là. Tu sais, on ne peut pas dire...
puis, bien souvent, la pression est énorme sur les terres, entre autres, qui
sont collées puis les meilleures terres agricoles, là, on parle des
terres noires, etc., là.
Ça fait qu'il faut
vraiment les protéger, et c'est pour ça qu'on redemande, entre autres, le même
système qu'on a mis pour la protection des milieux humides et hydriques, là,
bien, d'arriver avec zéro perte nette pour les terres agricoles. Si on veut vraiment freiner cet étalement urbain là,
c'est un geste concret, puis je sens que la PNAAT, la tendance... puis,
je pense, Mme la ministre a amené cet élément-là, là, de dire : Bien, il
faut prioriser... puis je me répète, là,
mais prioriser terres agricoles... territoire agricole, mais les activités
aussi, parce qu'on a beaucoup de pression sur les activités.
M. Grandmont : Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci.Merci beaucoup. Alors, merci pour
votre contribution à nos travaux.
Alors, à cette heure-ci, je suspends les travaux
jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 49)
(Reprise à 15 h 04)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Bon après-midi. Alors, la Commission de l'aménagement du territoire reprend ses travaux. Je demande bien à... de bien
vouloir vérifier vos téléphones cellulaires et les appareils
électroniques, que la sonnerie soit bien éteinte.
Alors, nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 16, Loi sur l'aménagement et l'urbanisme et d'autres
dispositions. Alors, cet après-midi,
nous allons entendre la Communauté
métropolitaine de Montréal, Vivre en ville, Pre Catherine Morency et le
collectif G15+.
Alors, je souhaite la bienvenue à
M. Iezzoni. C'est ça?
M. Iezzoni (Massimo) : C'est bien
ça.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, Massimo Iezzoni, alors, directeur général de Communauté métropolitaine
de Montréal. Alors, vous avez 10 minutes pour faire votre exposé. Par la
suite, nous allons faire un échange avec... de questions avec les différents
élus et la ministre. Allez-y.
Communauté
métropolitaine de Montréal (CMM)
M. Iezzoni
(Massimo) : Très bien. Alors, Mme la ministre, M. le
Président, Mmes et MM. les membres de la commission, bonjour. Je vous
remercie de nous recevoir dans le cadre des audiences sur le projet de loi
n° 16. La CMM salue cette démarche
gouvernementale de doter le Québec d'un cadre d'aménagement renouvelé afin
d'adapter les outils de planification du territoire aux défis du
XXIe siècle.
La CMM est un organisme de planification, de
coordination et de financement créé en 2001. Elle regroupe 82 municipalités, soit 4,1 millions de
personnes réparties sur plus de 4 370 kilomètres carrés. En matière
d'aménagement sur le territoire de la
CMM, on retrouve un plan métropolitain, 14 schémas régionaux et
82 plans d'urbanisme locaux. Depuis 2010, la CMM possède une
compétence renouvelée prévue à la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme à
l'égard d'un Plan métropolitain d'aménagement et de développement, le PMAD.
La CMM s'attaque aux défis du XXIe siècle
en matière d'aménagement. Elle a déjà pris des mesures pour freiner l'étalement
urbain sur son territoire en maintenant son périmètre métropolitain. Elle
densifie et consolide l'urbanisation, tout en l'arrimant avec le transport
collectif selon les principes du «transit-oriented development». Elle favorise
le développement des infrastructures de transport actif, et protège, et met en
valeur le territoire agricole et les milieux naturels. Évidemment, on veut
accroître la sécurité des personnes et des biens aux abords des cours d'eau du Grand
Montréal avec la production de cartes de zones inondables préparées à
l'interne.
En
10 ans d'application, le PMAD a porté fruit. La densification s'est
poursuivie dans l'ensemble du territoire de la CMM, à Montréal, Laval,
Longueuil, et la grande majorité des MRC de la CMM ont déjà atteint leur cible
de densité visée pour 2031 en neuf ans. L'objectif d'orienter 40 % des
nouveaux ménages dans les aires TOD a atteint 43 % avec l'arrivée du Réseau
express métropolitain. Cet objectif est maintenant établi à 60 %.
L'habitation dans le Grand Montréal est de plus
en plus dense, mais demeure diversifiée. 31 % des logements sont des
maisons individuelles. À titre d'information, il s'agit de
523 000 maisons individuelles. Le grand pot Montréal présente un
potentiel d'accueil énorme en densification douce, avec des unités d'habitation
accessoires. Déjà, 10 000 UHA ont
été réalisées dans les 10 dernières années, 9 % sont des maisons
jumelées ou en rangée, 50 % sont des
appartements locatifs ou en copropriété dans des immeubles de quatre étages et
moins et 9 % sont des appartements locatifs ou en copropriété dans
des immeubles de plus de cinq étages.
Les nombreux projets structurants, en cours de
planification ou de réalisation, ainsi que la mise en oeuvre du futur plan
stratégique de développement de l'Autorité régionale de transport
métropolitain, devraient permettre de hausser la part modale du transport
collectif. En environnement, la CMM a adopté deux règlements de contrôle
intérimaire qui permettent l'application de mesures de conservation sur
22,1 % du territoire du Grand Montréal.
• (15 h 10) •
Le projet de loi n° 16 est un geste
important pour la mise en oeuvre de la PNAAT. La vision et les axes de la PNAAT
correspondent en grande partie aux orientations et aux objectifs du PMAD. Une
grande cohérence se dégage entre la PNAAT et le PMAD. En effet, les axes
portant sur les milieux de vie qui répondent aux besoins de la population, la préservation et la mise en valeur
des milieux naturels et le territoire agricole et se doter de communautés
dynamiques et authentiques, partout au Québec, sont en droite ligne avec les
orientations et les objectifs du PMAD, qui sont de créer des milieux de vie
denses, compacts et mixtes, de protéger et mettre en valeur les milieux
naturels et agricoles afin d'assurer un développement durable. De plus, les
deux sont soutenus par un monitoring, un qui est à venir, bien entendu, et la CMM,
qui est implantée depuis 2008.
Notre première recommandation touche d'ailleurs
le monitorage des territoires. La CMM recommande de mettre en place un système de monitorage métropolitain axé sur le suivi
d'indicateurs stratégiques. Par ses compétences prescrites
par sa loi actuelle, la CMM est active dans le développement et le suivi
d'indicateurs territoriaux liés à l'occupation
du territoire, au transport, à l'habitation, aux milieux naturels et à
l'économie. Elle a mis en place, dès 2008, l'Observatoire Grand Montréal, accessible en ligne, la plateforme de
diffusion d'analyses et d'indicateurs pour le suivi du développement du
Grand Montréal.
Dans le but de suivre l'atteinte de ses
objectifs et de ses cibles et d'ajuster ses outils de planification à la
lumière des résultats, la CMM a développé une expertise de monitorage reconnue.
Ça se produit à tous les deux ans avec une
agora métropolitaine où participe la société civile, et il y a un échange sur
les mesures qu'on doit corriger pour atteindre les objectifs. Ces bilans
s'appuient sur plusieurs indicateurs stratégiques : les espaces protégés,
la canopée, l'artificialisation des sols et
des îlots de chaleur, la densification résidentielle, le transport actif et
collectif, l'accessibilité liée aux villes des 15 minutes, les
friches agricoles, le développement des aires TOD, et bien d'autres.
La plupart de ces indicateurs se déclinent au
niveau local. Les données traitées par la CMM sont obtenues auprès d'organismes qui ont autorité en la
matière. Les MRC et les municipalités ne sont pas sollicitées pour produire
ces données. Je peux mentionner deux
exceptions, pour la concordance des outils d'aménagement au PMAD et lors de
l'obtention du registre foncier consolidé du MAMH, qui lui-même obtient
les registres des villes.
L'intégration à l'Observatoire du Grand Montréal
d'un outil de carte dynamique est prévue pour 2024. Il s'agit d'un outil unique au Québec permettant de représenter les
indicateurs clés de divers enjeux du territoire métropolitain afin d'en
comprendre l'évolution dans le temps et l'espace, tant au niveau métropolitain,
tant au niveau des MRC et tant au niveau des villes. Donc, la CMM compile déjà
un ensemble de données à l'échelle de ces différents territoires afin d'assurer
une mise à jour de ces indicateurs stratégiques tous les deux ans.
À la lumière
de la proposition du gouvernement, la CMM se réjouit de l'élargissement de la
notion d'indicateurs à l'ensemble du Québec en matière de planification.
Elle souhaite maintenant mettre à profit son expertise et faciliter la mise en
oeuvre d'un système de monitorage intégré. Cela participerait à une cohérence
dans la planification, tout en allégeant les nouvelles responsabilités des MRC
visées. Un système intégré pour le Grand Montréal présente aussi des avantages
en termes de coût et d'efficience.
Une seconde recommandation porte sur les délais
prescrits par la loi concernant les avis gouvernementaux sur les PMAD, qui y prescrit actuellement un délai
de 180 jours pour que le ministre puisse notifier aux communautés métropolitaines un avis qui indique les
orientations gouvernementales touchant son territoire et son avis de
conformité. Actuellement, les MRC ont
un délai de 120 jours. La CMM souhaite que, pour les avis gouvernementaux concernant
les plans métropolitains, on réduise le délai également à 120 jours
comme pour les MRC. En fait, la CMM recommande aussi d'assurer une équité entre
les territoires métropolitains et périmétropolitains en matière d'aménagement.
Les MRC périmétropolitaines sont actuellement
assujetties à l'orientation 10 de l'addenda modifiant les orientations
gouvernementales en matière d'aménagement pour le territoire de la CMM. Cette
orientation stipule notamment que, dans une optique de complémentarité des planifications
métropolitaines et périmétropolitaines, il faut consolider le développement
dans le principal pôle de services et d'équipements des MRC.
Plusieurs
municipalités limitrophes à la CMM ont connu une croissance démographique
accélérée et présentent aujourd'hui
une intégration socioéconomique importante avec le territoire métropolitain.
Près de 30 municipalités
limitrophes de la CMM ont maintenant un taux de navettage vers la CMM de plus
de 40 %, dont 10 avec un taux de navettage vers la CMM de 50 %...
de plus de 50 %. Il est essentiel que les MRC métropolitaines fortement
intégrées assurent une planification
intégrée de l'aménagement et du transport collectif. Cette planification passe
par une densification du cadre bâti et des cibles de densité comparables
à celles prescrites pour les municipalités des couronnes nord et sud de la CMM. Ceci contribuera à l'équité des règles
applicables de la part et d'autres des limites du territoire de la CMM.
Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre exposé. Alors, nous allons maintenant passer avec les
questions avec Mme la ministre.
Mme Laforest : Oui. Alors, bonjour,
M. Massimo. Je suis quand même très, très rassurée, parce que je vois que, dans votre mémoire, ça rejoint vraiment la
politique et la loi qu'on veut changer avec la LAU. Maintenant, quand vous
parlez de système de monitorage, si je comprends bien, vous vous proposez comme
étant aussi celui qui pourrait aider les municipalités pour faire du
monitorage ou... comment vous voyez ça?
M. Iezzoni (Massimo) : Bien, nous,
on travaille, évidemment, avec les MRC, avec les agglomérations, avec les
villes et on a mis en place un observatoire du Grand Montréal, donc on collige
des données. Alors, par exemple, on a les données des enquêtes
origine-destination, par exemple, sur les transports collectifs, on a les
données sur les seuils de densité. Donc,
actuellement, lorsqu'on fait le bilan, en fonction des orientations et de nos
objectifs, on fixe les seuils et, à tous les deux ans, on peut suivre
l'avancement de ces cibles-là, et ça permet de faire les ajustements
nécessaires.
Comme la loi va prévoir des bilans régionaux,
des bilans métropolitains et un bilan national, on propose que la mise en
place, disons, de services géomatiques, de plateformes et évidemment de
collecte de données... La CMM dispose de tous ces équipements-là, de tous ces
systèmes-là, et on pourrait, évidemment, accompagner les MRC pour réaliser le
système. Et ils pourraient utiliser cette plateforme-là pour leurs fins
régionales, et on pourrait également les accompagner pour qu'ils fassent leurs
suivis.
Et, comme vous le savez, c'est une conformité
qui se suit entre l'orientation gouvernementale, celle de la CMM, celle des MRC et celle des villes. On pense
que ce serait optimal et efficient de le faire de cette façon-là, selon
les prescriptions que le gouvernement suggérera dans le cadre des orientations.
C'est ça qu'on propose. Évidemment, c'est en cours de
discussion. On pense qu'il y a un outil qui est là, qui est disponible puis qui
pourrait être utilisé par les parties prenantes, et ce serait optimal et
efficient, et on diminuerait aussi les coûts.
Mme
Laforest : Parce que vous, quand on parle, nous... Bien, on a
entendu certains intervenants qui proposaient que les bilans régionaux
soient plus fréquents qu'aux cinq ans. J'imagine que, vous, aux deux ans, ça se
passe quand même assez bien. Ce n'est pas trop rapproché?
M. Iezzoni (Massimo) : Bien, c'est-à-dire...
Oui, au début, quand on a commencé, c'était pas mal rapproché. Donc, quand vous sortez d'une adoption d'un plan,
vous n'avez pas toutes les données, mais, comme ça fait depuis 2008, on
a... on a un stock de données disponibles, on a des analyses qui sont faites.
Et je vous mentionne également qu'une fois que la loi sera adoptée, bien, il y
a des nouveaux schémas à faire, évidemment, il y a les orientations gouvernementales qui devront être adoptées. On
peut déjà préparer le système avec la CMM, qui a déjà une expérience,
qui a déjà un système de données, et on pourrait rapidement, lorsque les
schémas seront adoptés et seront conformes, fournir un outil pour leurs propres
suivis. Nous, on le fait aux deux ans. Ça nous convient très bien dans le sens
où ça nous permet d'avoir le pouls de la société civile et des villes pour
modifier des objectifs.
Je prends un exemple. Sur les milieux naturels,
on avait un objectif de 17 % dans le premier PMAD, là, qui était l'objectif de Nagoya, et on plafonnait
depuis neuf ans à 9 %. Alors, on présentait ces bilans-là, au cours des
années, puis en disant : Mon Dieu! Ça n'a pas de bon sens, la CMM,
qu'est-ce que vous allez faire? Alors, à ce moment-là, on a dit : Nous
sommes donc en processus de révision, on pourrait modifier le PMAD et augmenter
la cible. Ça, ça nous a permis, grâce aux bilans, de dire : On doit le
modifier pour atteindre le 17 %. Grâce aux bilans, on a constaté qu'il y
avait un geste à poser et on a adopté des règlements de contrôle intérimaire
qui nous ont permis de passer de 10 % à 22 %.
Donc, c'est à ça que ça sert, un bilan. C'est de
suivre les objectifs, c'est de suivre des cibles et de réajuster au fur et à mesure. C'est ce qui est intéressant dans
la loi, et c'est ce que nous faisons, et c'est très pertinent. Et les citoyens
participent beaucoup et eux aussi veulent
savoir où on est rendus puis comment. Alors, nous autres, on fait simplement dire :
On a un système de monitoring, il est disponible, et on peut l'adapter, et on
peut être un collaborateur dans cet exercice-là.
• (15 h 20) •
Mme Laforest : OK. Parce que... Puis
il y a une chose aussi, c'est que, dans le projet de loi, on veut élargir le
contenu du schéma d'aménagement avec des nouveaux enjeux comme le transport
intégré. J'imagine que, vous, c'est déjà
prévu. Donc, pour vous... Moi, j'aimerais juste savoir, parce que, si je vous
entends bien, si je regarde bien dans votre mémoire... qu'est-ce que
vous voudriez que le projet de loi amène de plus avec la CMM?
M. Iezzoni (Massimo) : Moi, le
projet de loi, la CMM, on le trouve adéquat, mais il faut regarder ça comme un
tout. La loi, c'est un élément. Avoir indiqué les finalités, je pense qu'on se
rapproche des enjeux du XXIe siècle. Avoir indiqué que ce régime-là est
responsable, puis on doit traiter les changements climatiques, c'est excellent,
mais on doit maintenant regarder tous les morceaux du puzzle. La loi est
adoptée. Il y aura l'exercice des orientations gouvernementales puisque c'est
cet outil-là auquel on doit se conformer. Ces orientations-là doivent
s'ajuster, évidemment, au régime que vous allez adopter éventuellement dans le
projet de loi n° 16. Donc, nous, ce qu'on dit, c'est que les orientations gouvernementales vont fixer des cibles, ces
cibles-là vont être opposables aux communautés métropolitaines et aux
MRC. Nous, on dit : On a une petite longueur d'avance, on aimerait ça
contribuer à ça.
Et, quand vous me parlez du transport intégré,
on l'a fait, nous, avec l'approche des aires TOD. Donc, on a travaillé ça. On a
155 aires TOD dans la CMM. C'est des aires d'un kilomètre. Et, des
objectifs, c'était, dans le premier
10 ans, d'avoir... 40 % de population concentrée dans les aires TOD,
donc des services de proximité, favoriser le transport collectif, le transport actif. Je ne dis pas que c'est
parfait, tout ça, là, mais on l'a fait et on a des données pour
expliquer ça.
Dans la deuxième révision que nous procédons
maintenant, on va travailler sur la règle du 15 minutes, comme on sait que
le gouvernement y réfléchit également dans les OGAT, mais nous, on a de
l'avance là-dessus. Nous, on travaille déjà
dans la révision du PMAD avec des indicateurs d'accessibilité pour l'aire TOD.
Donc, on pourrait dire, par exemple, on peut avoir des espaces verts à
300 mètres, la piétonnisation, on pourrait avoir un pourcentage pour le favoriser. Bref, on a une série de
réflexions qui sont en cours actuellement et on pense qu'on peut répondre à la
loi et aux cibles qui sont fixées aux orientations gouvernementales.
Mme Laforest : C'est bon...
M. Iezzoni (Massimo) : Donc, on
offre... Mme la ministre, on vous offre nos services.
Mme
Laforest : Oui, c'est ça. C'est ça que j'entends. J'ai comme
une offre de services aujourd'hui. C'est pour ça que je vous dis que...
M. Iezzoni (Massimo) : C'est ça.
Mme Laforest : Juste une dernière
question, parce qu'il y a quand même plusieurs MRC qui disent qu'ils ne sont...
si je peux le dire délicatement comme ça, qui sont moins outillées pour
l'aménagement du territoire. Comment vous voyez la
relation, vous, avec les MRC, la CMM avec les MRC? Est-ce que ça se passe quand
même généralement bien, ou celles-ci manquent d'outils, ou comment... comment
vous voyez la situation exactement?
M. Iezzoni (Massimo) : Bien, nous,
on se voit comme un collaborateur des MRC dans la mise en oeuvre du PMAD. Donc,
on collabore avec eux. Donc, on va préparer des guides. Tiens, je vais prendre
quelque chose qu'on connaît bien, nous produisons les cartes des zones
inondables pour le territoire. Donc, c'est un outil de prise à la décision pour
les MRC aussi. Donc, on collabore avec eux. Il y en a qui ont moins de
services, il y en a moins qui sont moins
outillées, mais nous, on peut leur donner ce service-là, et je pense que ce
sont des services de qualité. Et le travail qui est fait par l'observatoire,
c'est un travail de qualité, et je pense que ça aide pour mettre en oeuvre les
orientations gouvernementales. Donc, on peut faire ça, puis notre expérience
avec les 14 MRC est très positive. On ne s'entend pas sur tout à tous les
jours, mais on s'entend quand même assez bien.
Mme Laforest : OK. C'est bon. Alors,
j'ai bien pris le message. On va sûrement se rencontrer par la suite. Merci
beaucoup, M. Massimo.
M. Iezzoni (Massimo) : Merci, Mme la
ministre.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la ministre. Alors, on a une question de la part du député du Lac-Saint-Jean.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Oui,
bonjour. Dans votre projet de loi, à la page 7, là, vous parlez de la modification de certaines règles applicables à la
révision des documents. Vous voulez que les délais soient à 120 jours. Je
me doute un petit peu de la réponse, mais j'aimerais ça vous entendre
là-dessus. Puis c'est quoi, vos... c'est quoi, les avantages pour vous de
ramener ça à 120 jours comme les MRC?
M. Iezzoni (Massimo) : Bien, c'est
trop long, 180 jours. Quand on a fait la réforme de la Loi sur la CMM, en 2010, on voulait se donner du temps. Et je vais
vous poser une petite question : Combien de temps vous pensez que
ça nous a pris pour adopter le paiement dans... en 2010?
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Allez-y.
M. Iezzoni (Massimo) : Un an, un an.
Donc, évidemment, c'est toute une histoire, mais pour vous dire que c'est
facile, quand on a une collaboration optimale, de réduire les délais.
Nous,
actuellement, on est en train de faire le deuxième PMAD et, quand on regarde la
crise climatique, la crise d'habitation, quand on regarde la relance du
transport collectif, bien, quand on met un outil, comme un schéma, en place
avec la nouvelle loi, par exemple, bien, mettons sur... Je pense qu'il y a une
disposition qui dit : c'est trois ans pour faire un schéma, là, nous aussi
d'ailleurs, bien, trois ans, puis tu dois faire l'approbation avec le
gouvernement, etc., etc. Disons que c'est cinq ans, mais, après cinq
ans, il faut que tu fasses la concordance aussi. C'est quand même un horizon de
temps très long. Puis, si on regarde nos
objectifs en 2030, bien, on ne peut pas être continuellement dans un processus
où les schémas ne sont pas adoptés ou en vigueur.
Du côté de la CMM, nous, on pense que, si on
réduit les délais puis on peut arriver dans le temps, bien, c'est sûr que ça va
aider à mettre en place la vision actuelle du PL n° 16 et des nouvelles
OGAT. Alors, c'est pour ça qu'on dit : Bien, on aimerait ça avoir le...
Bien, de toute façon, je pense que c'est une question d'équité aussi, là.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Oui, je
comprends.
M. Iezzoni (Massimo) : Je ne sais
pas si ça répond à votre question.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Oui,
oui, je comprends. Je comprends. Puis vous avez parlé un peu aussi de la concordance. Puis, dans le projet de loi, il y
a des mécanismes, là, il y a des mesures qui sont proposées. Puis, entre autres, qu'est-ce que vous pensez du mécanisme de
suspension des avis de conformité en cas de défaut de concordance?
M. Iezzoni
(Massimo) : Oui, bien, attendez, je ne me prononcerai pas
là-dessus, parce que je sais qu'il y a eu un débat avec plusieurs de
notre membership chez nous, mais moi, je vais donner l'exemple... je vais vous
donner l'exemple chez nous. On a adopté le PMAD, disons, en un an, mais la
concordance chez nous, en moyenne, ça a pris cinq
ans, mais, tout le monde, ça a pris 10 ans. Puis les municipalités locales
sont conformes à 87 %. Il en reste 13, puis on est rendu à 2023,
mais ça, c'est une longue histoire, ça prendrait plus que cinq minutes répondre
à ça.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : C'est pour ça que je vous ai posé la question.
C'est beau. Moi, je n'ai pas d'autre... je n'ai pas d'autre question.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors...
Comment?
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Je n'ai
pas d'autre...
Le
Président (M. Schneeberger) : Ça va comme ça? C'est beau. Alors, merci
beaucoup du côté ministériel. Nous allons du côté de l'opposition officielle.
Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Oui,
bonjour, M. Iezzoni. Merci de votre présence. Moi, j'en ai une, idée
pourquoi ça a été si long, l'adoption,
notamment dans ma région de Laval. Les concordances, mettons que ça a été bien
long à Laval. Ça, c'était avant qu'on arrive. C'est intéressant.
Je voudrais peut-être
vous parler des aires TOD, parce que c'est... il y a peu de gens qui nous en
ont parlé, mais ça donne qu'aujourd'hui vous
êtes le deuxième groupe à nous en parler. Évidemment, les aires TOD développées
au Québec sont principalement sur le
territoire de la CMM, donc vous avez une grande connaissance, et je voudrais
donc avoir votre opinion sur une suggestion qu'on a reçue ce matin du...
L'Institut de développement urbain concernant les seuils de densité. La CMM,
elle a des... il y a eu des seuils de densité qui ont été adoptés, puis, à ma
mémoire, là, peut-être que ça a changé depuis, là, le plus fort seuil de
densité qu'on voyait, c'était... imposé, là, densité minimale, c'était 100 logements à l'hectare, de
mémoire, dans les zones les plus denses, mais peut-être qu'avec le REM, là, il
y a eu des zones... c'est un peu plus dense, oui?
M. Iezzoni
(Massimo) : Oui, oui.
Mme Dufour : Mais
là l'IDU nous suggérait, ce matin, dans ces zones les plus denses là, de passer
à un seuil de 400 à 600 logements à
l'hectare, ce qui est quand même nettement plus dense que ce qu'on avait
précédemment, et aussi de... Il y avait une autre proposition, là, concernant
les secteurs urbanisés existants, d'autoriser des bonifications de
densification automatique, là, de 70 % à 100 %, au lieu du 33 %,
là, qu'il y a dans le projet de loi, de monter ça de 70 %. Alors, je
voudrais vous entendre sur ces deux propositions-là.
M. Iezzoni
(Massimo) : Oui, oui. Merci pour la question, là.
Premièrement, il faut
mettre les choses en perspective, là. Je disais, tout à l'heure, on a une crise
d'abordabilité. Au sommet de l'habitation, l'année dernière, la CMM parlait
d'une projection de 460 000 logements à construire. Puis on se souvient de la SCHL qui se questionnait sur les
données. Quand on prend... la référence d'ISQ, c'est 155 000 ménages d'ici 2031. Et, si on ajoute la SCHL qui
disait : On a un problème de mobilité au Québec, bien, quand on fait le chiffre, CMM, on parle de
460 000 logements en 10 ans. On fait des mises en chantier à
20 000, faites le calcul, c'est doublé. Donc, l'IDU est dans cette
préoccupation où il faut augmenter le rythme pour l'abordabilité.
La CMM est au
rendez-vous, et c'est exactement les travaux que nous entreprenons actuellement
dans la révision du PMAD. Alors, nous, on va
regarder ça à deux niveaux. Évidemment, il faut toujours se souvenir que c'est
un seuil minimal et que les seuils minimals qu'on a fixés ont été dépassés et
les seuils observés sont quand même significatifs. Il ne faut pas oublier ça.
Donc, un REM, ce n'est pas 100, c'est 150 logements, c'est largement
dépassé. Pour vous donner un indice, quand vous passez à Brossard, on frise du
900 logements à l'hectare. On peut imaginer pourquoi. On a un système...
en autoroute et en bordure, vous voyez très bien les gratte-ciel.
• (15 h 30) •
Nous,
la CMM, maintenant, on se préoccupe de cette problématique-là et on veut
élargir l'aire TOD pour densifier sur les corridors de transport
collectif. Donc, on veut, entre guillemets, c'est drôle de dire ça, étaler
l'importance de la densité. Donc, on regarde aussi ce genre de chiffres là, et
effectivement, si on veut résorber la crise d'abordabilité, les seuils doivent
être au rendez-vous. Alors là, on est dans les analyses fines avec les villes,
avec nos aires TOD et avec les corridors de transport collectif et on pense
que... dans notre deuxième tournée, là, on pense qu'il va y avoir des seuils de
densité beaucoup plus ambitieux que le premier, mais avec des sites
stratégiques. Prenons, par exemple, les
centres commerciaux qui sont dans des corridors de transport. On pense qu'il
peut y avoir des densités importantes. Ça rejoint, entre guillemets, le
concept de ville du 15 minutes. Évidemment, on peut prendre le
stationnement, revoir l'offre commerciale et proposer des espaces verts, mais
le pari, c'est d'augmenter la fréquence du transport collectif, par ailleurs.
Alors, pour faire une
réponse courte, oui, on regarde des seuils ambitieux. Il y a certains seuils
qu'on regarde qui sont autour de ça, mais
nous, on va toujours baser nos seuils en fonction des particularités du milieu.
Et, s'il y a transport collectif, ça devrait être effectivement haussé,
mais il y a le pari aussi de devancer l'offre ou la fréquence en pariant sur
une hausse de densité immédiate. Donc, c'est ça qu'on regarde.
Et je pense que l'IDU...
on les a rencontrés, on a rencontré beaucoup de promoteurs de centres
commerciaux, puis le prochain défi du PMAD, c'est comment avoir une
densification qui s'arrime avec les objets du PL n° 16
ou de la CMM qui, quand même, reproduisent
des milieux de vie complets avec des services de proximité, des espaces verts puis
du... une offre de transport collectif et actif.
Mme Dufour : Merci.
Bien, c'est très intéressant. J'ai hâte de voir ces travaux-là. Vous avez
parlé, là, qu'il y a des municipalités, MRC... bien, des municipalités
limitrophes à la CMM, qui, dans le fond, sont très intégrées à la CMM de plus
en plus. Est-ce qu'on comprend que vous souhaiteriez que les limites de la CMM
soient revues? Parce que je vais vous poser aussi la question à savoir... À un
moment donné, les seuils, ces seuils-là qu'on discute, sont bien adaptés dans
les villes, mais, dans les municipalités limitrophes à la CMM, on tombe
beaucoup plus dans du rural, de plus en plus. Donc là, à ce moment-là, c'est
peut-être moins adapté, autant la structure que les cibles, pour ces MRC là.
M. Iezzoni
(Massimo) : Bon, évidemment, nous, les indicateurs... Premièrement, il
faut regarder la région métropolitaine. Bon, il y a le territoire qui a été
fixé par un découpage de RMR, mais nous, on regarde maintenant la zone
d'influence métropolitaine. Donc, en termes d'aménagement, on n'arrête pas à la
limite de la CMM. On regarde ce
phénomène-là. Ce qu'on retient, c'est quand 30 % de ces personnes-là se
déplacent, puis majoritairement en voiture, à l'intérieur, pour le motif travail, de la CMM, on est préoccupés par
cette situation et on pense, à cause de l'orientation 10
gouvernementale, qu'il faut que les règles soient similaires. On n'est pas dans
la gouvernance. On est dans l'application de règles similaires pour favoriser,
qui est exactement ce que dit... des milieux de vie complets avec du transport
collectif.
Alors, nous, on pense que la CMM peut
accompagner, mais on a aussi la possibilité, avec l'ARTM, de conclure des
accords et de favoriser le transport collectif, ne serait-ce que pour du
rabattement, par exemple. C'est la suggestion
que propose la CMM, c'est que ces MRC là puissent densifier, favoriser le
transport collectif, et, en faisant ça, il y a une obligation de densité. Alors,
la densité, dans ce cas-là, c'est du rabattement, mais, si on parle d'un mode
aussi simple que de l'autobus, bien, assurons-nous que ce seuil-là le permet,
et on pense qu'à ce moment-là ça va être équitable pour l'ensemble du
territoire périmétropolitain et celui de la CMM.
Mme
Dufour : OK. Je vais vous demander aussi... Là, ce que je
comprends, ce n'est pas une... Vous ne demandez pas à élargir le
territoire de la CMM...
M. Iezzoni (Massimo) : Absolument
pas.
Mme
Dufour : ...mais vous
souhaiteriez que les... dans le fond, que les règles ou, en tout cas, les
cibles soient semblables ou soient mieux régies.
M. Iezzoni
(Massimo) : Bien, pour parler clairement, pour parler
clairement, si on a des cibles de densification pour les MRC
métropolitaines, si les villes identifiées avec du navettage de 30 % ou
50 % dans ces MRC là... donc, on irait
avec l'entité MRC, on s'attendrait qu'ils aient, eux aussi, ce type de cible-là
pour un critère principal, c'est des bassins de navettage métropolitains
dont on parle, ce n'est pas un bassin régional. Si 50 % se déplacent vers Montréal, et Montréal, quand je dis... c'est le
Grand Montréal, puis on utilise l'indicateur, qui sont des bassins de
navettage, bien, ils doivent être assimilés au même bassin qui fait
partie du territoire d'origine-destination.
Mme Dufour : Parfait. Il y a eu...
On a rencontré, si je ne me trompe pas, la FQM, qui est... qui a mentionné un
désir de voir une meilleure représentation des MRC dans les les communautés
métropolitaines, autant la CMM que la CMQ,
et ils auraient... ce qu'ils nous ont fait comme recommandation, c'est que tous
les préfets des MRC incluses à
l'intérieur du territoire soient à la table de décision de la... des
communautés métropolitaines. Alors, j'aimerais vous entendre sur cette
demande de la FQM.
M. Iezzoni (Massimo) : Bien,
premièrement, la désignation des élus à la Communauté métropolitaine sont prescrits par la Loi de la CMM. Ce choix-là a été
fait en 2001, et la représentativité est faite par blocs de MRC. Alors là,
les choix se font entre les élus, de
déterminer s'ils veulent désigner un préfet ou un élu. La CMM n'est pas
responsable de la sélection. C'est le
mécanisme prévu par la loi que nous appliquons. Ma foi, actuellement, au
conseil ou à l'intérieur des municipalités régionales de comté avec qui
moi, je travaille, je n'ai pas entendu cette préoccupation-là.
Mme Dufour : OK, parfait, mais
est-ce que ce serait... Est-ce que vous voyez un enjeu de gouvernance si,
soudainement, la table de décision se voyait remplie de ces gens-là
supplémentaires qui... Actuellement, c'est un représentant par région, là,
je... si je ne me trompe pas, là, Rive-Nord, Rive-Sud.
M. Iezzoni
(Massimo) : Bien, en fait, c'est 14 représentants de
l'agglomération de Montréal, quatre représentants de la couronne nord, quatre
représentants de la couronne sud, et trois représentants de ville de Laval et
trois représentants de l'agglomération de Longueuil. Donc, ces quatre
représentants-là sont désignés par un mécanisme, là. Maintenant, pour faire une modification sur la gouvernance,
bien, il faut établir s'il y a un dysfonctionnement du conseil. Actuellement,
je n'en ai pas vu. Je vous dirais que l'ensemble des décisions se prennent à l'unanimité.
Alors, je n'ai pas senti ça, actuellement, là.
Mme Dufour : Parfait. Pour ce qui
est des outils que vous avez parlé, là, c'est... je le confirme, là, vous êtes
très en avance dans tout ce qui est géomatique. C'est très, très, très développé,
là, ce que la CMM a notamment par rapport aux inondations, les cartes. Et donc,
là, ce que vous suggérez, c'est d'offrir ces services-là aux MRC, mais ça
pourrait aussi... En tout cas, je comprends que peut-être la ministre aurait
une ouverture à ce que les outils soient déployés à l'ensemble du Québec, là,
dans le fond, que ça devienne... parce que ces cibles-là que vous aviez... que
vous utilisez, là, pour l'Agora métropolitaine sont assez intéressantes, là,
pour l'ensemble du Québec. Donc, ça serait quelque chose que vous seriez
ouvert, là, à partager, oui?
M. Iezzoni
(Massimo) : Bien, partager la connaissance, bien sûr, mais on
va se concentrer sur notre territoire.
Mme Dufour : Oui, oui. Non, bien
sûr, mais je parlais aussi des outils, pas juste la connaissance.
M.
Iezzoni (Massimo) : Oui, oui, bien sûr. Bien sûr, oui, effectivement,
il n'y a pas de problème.
Mme Dufour : Excellent.
Bien, pour moi, ça ferait le tour. Je n'ai pas d'autre question. C'est bon.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci à la députée des Mille-Îles. Alors, nous
allons maintenant du côté de la deuxième opposition. La parole est à vous, M.
le député de Taschereau.
M.
Grandmont : Merci, M. le Président. J'ai combien de temps?
Le Président (M.
Schneeberger) : ...
M.
Grandmont : Quatre minutes?
Le Président (M.
Schneeberger) : Quatre minutes, oui, maintenant, quatre minutes.
M.
Grandmont : Parfait, merci. Bonjour, M. Iezzoni.
M. Iezzoni
(Massimo) : Bonjour.
M.
Grandmont : Content de vous rencontrer. Merci pour votre contribution.
D'abord, j'aimerais
aller sur la question du territoire de la CMQ. Là, vous... ma collègue en a
parlé tantôt, vous a posé des questions. Vous n'envisagez pas ou ne demandez pas
une modification du territoire de la CMM. Je comprends bien, là, que vous
voulez quand même, malgré cela, signaler le fait qu'il y a des enjeux par
rapport aux municipalités qui sont périmétropolitaines. Vous donnez, dans votre
mémoire, quand même, des statistiques qui sont assez intéressantes, mais, en même temps, inquiétantes, je dirais, là,
des municipalités, là, qui sont à 40 %, voire 50 % de taux de navettage vers le territoire de la CMM,
des gens qui vont majoritairement, peut-être, bien, utiliser l'automobile solo
ou vont utiliser différents modes de transport, mais disons qu'on a quand même
un mode de transport assez automobile, hein? C'est ce que je comprends?
M. Iezzoni
(Massimo) : 92 %.
• (15 h 40) •
M.
Grandmont : 92 % se déplacent en automobile jusqu'à leur
destination finale? OK, parfait. Je ne connais pas les statistiques pour la
CMM. Dans la CMQ, ce qu'on... à Québec, là, ce qu'on observait, c'est qu'il y
avait un développement très, très grand aussi sur le... dans les municipalités
autour du territoire métropolitain, ce qui a un impact, évidemment, sur les
infrastructures, leur usure, sur l'environnement, etc.
Est-ce que vous
seriez en mesure de nous faire parvenir des statistiques, considérant que vous
avez des bonnes données puis des bons outils, sur les taux de croissance des
municipalités autour du pourtour métropolitain? Ce serait très apprécié. Je
pense, ça aiderait à la compréhension du phénomène.
M. Iezzoni (Massimo) : Oui, on va vous
transmettre des données de l'Observatoire du Grand Montréal avec plaisir.
M.
Grandmont : Parfait. Merci beaucoup. Sinon, j'aimerais aller sur la
question du transport collectif. Vous faites un beau lien entre l'aménagement
du territoire, vos... les orientations du PMAD et le transport collectif. Je me
réfère encore, je dois vous le dire, souvent à un de vos mémoires, là, de 2011,
sur les bénéfices du transport collectif. Je l'utilise encore, là... plus de
bénéfices à investir en transport collectif que dans le transport routier.
Est-ce que vous voyez
qu'il y a des enjeux? Actuellement, le ratio d'investissement transport
collectif, transport routier est à 70-30 dans le PQI. Au niveau de la
bonification puis du maintien des infrastructures de transport collectif, on est à 80 % bonification, 20 %
maintien. On a des opportunités, peut-être, vous saurez me le dire, avec
la réfection de l'autoroute Métropolitaine, qui sera en chantier
éventuellement. Est-ce qu'il y a là des éléments qui font en sorte qu'on
pourrait améliorer notre occupation du territoire, densifier davantage, bref,
atteindre plus facilement nos objectifs métropolitains?
M. Iezzoni
(Massimo) : Bien, c'est sûr que, si vous parlez aux différents élus de
la région métropolitaine, ils vont vous parler crise du logement, relance du
transport collectif, crise climatique. Donc, on est dans ça, mais, quand on le
regarde du côté de l'aménagement du territoire, ce qu'on a de plus puissant
dans l'outil, c'est de favoriser la densification autour des corridors ou des
TOD. Donc, hormis le financement, la préoccupation immédiate, c'est comment
peut-on augmenter la fréquence pour justifier la densification. C'est ça, le
pari, là, et nous, ce qu'on pense aujourd'hui,
c'est que, si on a un seuil de densité plus important, on pense qu'on est
capables d'améliorer la fréquence.
Donc, ça peut être
aussi simple que d'avoir des systèmes rapides par bus dans des corridors que
nous avions identifiés, et, à court terme, on a besoin de ça. Et l'enjeu, dans
la CMM, c'est que les couronnes ont une croissance importante, donc je parle
des couronnes nord et sud, et elles n'ont pas une offre de service adéquate en
transport collectif. Si on densifie suffisamment, je pense qu'on va être au
rendez-vous pour augmenter la fréquence. C'est ça, notre défi immédiat, c'est
en parlant du maintien des actifs puis des modes lourds à installer. Donc,
concrètement, l'outil PMAD doit avoir un seuil de densité critique et
stratégique pour favoriser l'offre de transport collectif à très court terme.
M. Grandmont : Donc,
pour vous, là, il y a un arrimage très, très, très évident entre l'augmentation
de l'offre, et le maintien, évidemment, là, des actifs de transport collectif,
et les objectifs qu'on va se fixer en termes d'occupation du territoire,
d'augmentation de la densité. Pour vous, ça va tout ensemble.
M. Iezzoni (Massimo) : Densification,
mais densification intelligente dans une perspective de milieu de vie complet,
là. Là, on a mis... disons, le premier PMAD a mis en place les éléments de base
pour les aires TOD. Maintenant, il faut les raffiner puis les compléter. C'est
un travail de longue haleine, mais il faut le faire maintenant, et le timing
est là pour le faire maintenant et rapidement.
M. Grandmont : Parfait. Merci, M.
Iezzoni.
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Alors, merci beaucoup, M. Iezzoni, pour votre exposé. Alors, on vous
remercie pour la collaboration.
Nous
suspendons quelques instants pour permettre au prochain groupe de pouvoir venir
accéder à nos travaux.
(Suspension de la séance à 15 h 43)
(Reprise à 15 h 48)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons nos travaux. Alors, je salue les représentants de Vivre en
ville. Alors, bonjour à vous deux. Vous avez 10 minutes pour faire votre
exposé. Peut-être commencer par vous présenter, et ensuite l'exposé, et on
procédera par une période d'échange avec les élus. Alors, allez-y.
Vivre en ville
M. Savard (Christian) : Bonjour.
Christian Savard, directeur général de Vivre en ville.
Mme Labonté (Thalie) : Bonjour.
Thalie Labonté, conseillère aux affaires publiques chez Vivre en ville.
M. Savard (Christian) : Merci.
Merci beaucoup de l'invitation en cette dernière journée de consultations sur
le projet de loi n° 16 sur la modification sur la Loi
sur l'aménagement et l'urbanisme, pas mal au coeur de la mission de Vivre en
ville. Donc, ça nous intéressait particulièrement. Donc, on va y aller sur
quelques points de notre mémoire, qui est quand même assez complet, je pense,
et on aura l'occasion peut-être d'en discuter.
• (15 h 50) •
Donc, le dépôt d'un projet de loi qui vise à
réformer la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme constitue une étape importante
de la révision du cadre d'aménagement du territoire québécois. Vivre en
ville... pour Vivre en ville, bien que cette
révision soit très attendue, les changements proposés, selon nous, manquent de
force, d'amplitude et de profondeur. Le projet de loi n° 16
ne prend pas suffisamment la mesure de l'urgence climatique ni de la crise de
la biodiversité. Ce n'est pas un projet de
loi qui est assez déterminé pour s'attaquer, par exemple, à la pénurie en
habitation, donc, et notamment aussi
au niveau des coûts de notre organisation territoriale. Donc, il n'est pas,
selon nous, suffisamment transformateur.
Et donc on sent qu'il y a des impératifs de
processus qui sont attaqués dans le projet de loi, mais, au niveau du
changement des pratiques, il y a peut-être encore des lacunes, de notre point
de vue. C'est pour ça que nous avons proposé un mémoire qui contient près de
40 recommandations pour faire passer, je dirais, le projet de loi au
prochain niveau et à la hauteur de la politique nationale d'architecture et
d'aménagement qui a été... dont le premier morceau a été déposé en juin
dernier. Donc, on a été, d'ailleurs, très précis dans nos recommandations. On
n'est pas restés général. On a proposé des libellés pour améliorer plusieurs
aspects du projet de loi qui accompagne, justement, cette politique nationale.
Un aspect... Évidemment, le projet de loi fait
des propositions pour améliorer les pratiques en matière d'aménagement et d'urbanisme au Québec, mais une
de nos grandes préoccupations, c'est de changer la... transformer la culture de l'aménagement, faire en sorte que
l'aménagement, l'architecture et l'urbanisme, au Québec, soient considérés
comme quelque chose d'important, quelque chose qui compte et non pas quelque
chose d'optionnel. Et donc, vous allez voir, beaucoup de nos interventions
visent à faire en sorte qu'on prenne davantage au sérieux l'aménagement et
l'urbanisme au Québec, avec un certain nombre, parfois, d'instances, parfois de
processus pour y arriver. Donc, comme je le
dis, je ne parlerai pas de l'ensemble de nos recommandations. Ça serait trop
fastidieux. On va se concentrer sur trois principalement.
Mon premier vise, et c'est vraiment, pour nous,
très, très important en ce qui concerne le changement de culture, autant d'un
point de vue de la société québécoise générale, mais également la culture
gouvernementale, c'est de faire en sorte que la politique nationale
d'architecture et d'aménagement soit inscrite en toutes lettres dans la loi. Ça a été un très bon coup de ce gouvernement
d'adopter cette politique-là, mais, on le sait, les choses sont éphémères,
le temps passe, on ne sait pas si... et la
meilleure manière pour cadenasser un bon coup, une bonne idée, de conserver le
legs qu'on tente de faire, c'est d'inscrire
dans la loi l'obligation d'avoir une politique nationale d'architecture et d'aménagement
et de la renouveler.
On
fait partie également de l'Alliance Ariane, une alliance d'organisations de la
société civile qui faisait cette demande-là,
et, pour nous, c'est un point majeur. Si on veut changer la culture autant à
l'intérieur du gouvernement que dans
la société, il faut que l'idée d'une politique nationale d'aménagement...
d'architecture et d'aménagement du territoire soit inscrite en toutes lettres dans la loi. Comme ça, le legs va
rester, et ce n'est pas, finalement, en fonction, là, du vent, du temps,
non, c'est quelque chose d'important et ça mérite d'être inscrit dans la
législation.
Mme Labonté (Thalie) :
Ensuite, on souhaitait aborder la question de s'attaquer à la crise de
l'habitation et d'accentuer le virage vers la densification. On sait que le
déficit en habitation a plusieurs conséquences, notamment sur le volet social,
environnemental et même économique, et l'une des portes à ouvrir pour répondre
à la crise de l'habitation, c'est de combler ce déficit en habitation. Donc, il
faut construire davantage dans les milieux urbanisés pour y augmenter les densités, et, en attendant un véritable chantier
sur l'habitation, on propose quelques modifications au projet de loi qui
vont en ce sens.
D'abord, le projet de
loi va dans le sens de faciliter la densification. Vivre en ville croit qu'il
est également nécessaire d'augmenter les seuils fixés. Donc, nous recommandons
d'exempter de l'approbation référendaire les mesures visant à autoriser un
maximum de trois étages sur tout le territoire québécois. C'est une hauteur qui
demeure à échelle humaine, et qui s'insère bien dans tous nos milieux de vie, et,
malheureusement, lorsqu'un projet de cette envergure ne survit pas au processus
référendaire, c'est souvent plus une question de «pas dans ma cour» qu'un réel enjeu d'intégration. On recommande également
d'exempter de l'approbation référendaire les mesures visant à autoriser un maximum de huit étages aux abords de réseaux de
transport collectif structurant pour encourager le transfert modal.
Ensuite, le projet de
loi inclut déjà le zonage incitatif, ce qui est favorable à l'intégration de
logements sociaux. Vivre en ville recommande
également d'y autoriser le zonage différencié afin que les municipalités soient
en mesure d'imposer des conditions
différentes selon la nature des projets immobiliers. Le zonage différencié, ça
se distingue aussi dans la mesure où la totalité des unités qui vont
être construites constituent du logement à but non lucratif. Donc, dans l'objectif de favoriser la construction
d'unités à but non lucratif, les municipalités devraient pouvoir offrir,
grâce au zonage différencié, un cadre normatif plus favorable aux acteurs de
cesdits projets.
Donc, ça permet de
viabiliser les projets sans subvention supplémentaire, pour ainsi dire, à un
coût nul. Donc, Vivre en ville recommande de permettre aux municipalités
d'intégrer au zonage des dispositions spécifiques aux projets de logements à
but non lucratif, par exemple, pour permettre d'augmenter la densité.
M. Savard
(Christian) : Donc, d'ailleurs, à ce propos, deux aspects qu'on a
trouvé intéressants, qu'on veut mettre comme contenu obligatoire au schéma et
au plan d'urbanisme, c'est l'identification des zones à consolider, mais également les liens entre transport et
aménagement, qui nous apparaissaient, là, des ajouts intéressants et qui pourraient
être concomitants aux propositions qu'on vient de faire.
Un autre aspect qui
nous apparaît important pour justement s'assurer d'avoir une culture du
changement et de l'amélioration en continu
en matière d'aménagement, c'est la révision des schémas. La révision des
schémas a trois... il y a trois manières de pouvoir le faire, deux
que... dans le cas de nouvelles orientations gouvernementales, dans le cas où est-ce qu'il y aurait défaut d'arriver au
résultat du bilan, mais également, après neuf ans, la ministre peut demander
une révision du schéma. Selon nous, si on veut que la culture de l'aménagement
s'instaure au Québec, il ne faudrait pas que ça soit peu demandé et ça devrait
se faire automatiquement. Un schéma devrait être révisé aux neuf ans.
Et, si on tombe dans
une MRC qui... avec, par exemple, un développement, un taux d'augmentation de
la population plutôt stable, puis il n'y a pas grand-chose à réviser, on ne
révise pas grand-chose, mais on le fait. Ça ne doit pas être optionnel de faire
la révision des schémas d'aménagement. Il doit y avoir un processus
automatique. On concède, comme plusieurs, que la loi actuelle, qui est aux cinq
ans, est probablement rapide, mais qu'aux neuf ans, c'est franchement
confortable et que c'est la moindre des choses de le rendre automatique. Il y a
des bouts qu'il faut dépolitiser quand même parce que, sinon, on peut se rendre
dans une espèce de négociation : Ah non! Je ne veux pas le faire,
oblige-moi pas à le faire. Mais il faut également qu'il y ait des conséquences
à ne pas le faire, parce qu'actuellement il
y a des schémas, au Québec, qui ont 25 ans, puis il n'y a pas de
conséquence à ne pas le faire. Il y a des administrations dans le monde,
là, que, si tu n'as pas fait ta révision de ta planification, là, tu n'as plus
de subvention de l'État. Donc, je crois qu'il faut se donner des outils pour le
rendre obligatoire.
Pour conclure, on
espère vous avoir fait de nombreuses suggestions, dans notre mémoire et dans
notre exposé, que vous allez pouvoir inclure
lors de l'étude article par article, mais je tiens à dire que ce n'est pas la
fin, hein, au niveau de l'amélioration de nos pratiques en aménagement
et en urbanisme, ni de la culture. Il y a des grands chantiers qui s'en viennent, le chantier sur les orientations
gouvernementales, notamment, le chantier sur le monitorage, qui est un très bon coup de la loi, je tiens à le
souligner, mais également des chantiers budgétaires pour aider les villes
à prendre le virage. On peut penser à un fonds en aménagement et urbanisme
durables. Si on additionne tout ça, à la fin,
on va être proches d'un «désormais» en aménagement, mais on a un coup à donner
sur la loi pour qu'elle aille plus en profondeur, avec une plus grande
amplitude. Je vous remercie.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Alors, nous allons procéder maintenant à la période
d'échange. Je laisse la parole à la ministre des Affaires municipales.
Mme
Laforest : Alors, bonjour à vous deux. J'aimerais savoir...
parce qu'on a quand même certains mandats ensemble, avec le ministère des
Affaires municipales, que vous travaillez ou que vous avez travaillé. Le
meilleur exemple que
vous avez eu, comme projet, ou que vous avez, si vous aviez un exemple vraiment
intéressant à expliquer, ce serait lequel?
• (16 heures) •
M. Savard (Christian) : J'en ai... Je vais vous
donner un exemple de petites communautés, les communautés de La
Nouvelle-Beauce que Vivre en ville a accompagnées, je les connais bien parce
qu'on les a accompagnées, qui avaient tous des demandes de dézonage agricole,
et qui se sont fait dire non, et qui ont dit : Bien, comment on assure un
certain développement à nos villes, et qui ont fait affaire avec nous pour
arriver à des scénarios de consolidation et
de densification, mais on est à Saint-Elzéar, on est à Saints-Anges, là. On ne
parle pas de densification très forte, là, et qui sont... qui ont
travaillé... puis d'ailleurs ils ont travaillé ensemble en partie, et qui ont
travaillé pour faire en... pour avoir des scénarios de développement pas axés
sur l'étalement urbain, pas axés sur le grignotage sur les terres agricoles.
Et donc la plupart
ont retiré la majorité de leurs demandes de dézonage et sont arrivés,
finalement, à quand même recevoir de la nouvelle population. Je dirais que
c'est probablement un des exemples qui démontre qu'il faut... qu'on ne peut pas
juste se fier sur la bonne volonté ou, tu sais, la vertu des gens, que, des
fois, la facilité fait en sorte qu'on prend un chemin, mais, quand ce n'est pas
facile, il y a aussi d'autres solutions, et celle-là, bien, c'est parce qu'on leur a dit non. D'ailleurs, le MAMH leur
avait dit non, la commission de la protection du territoire leur avait dit non,
et après ils ont travaillé au lieu de prendre le chemin de la facilité. Selon
moi, ça, c'est un bel exemple, là, où, en aménagement du territoire, on a fait un virage, et que des villes se
sont prises en main pour assurer un développement plus harmonieux.
Mme
Laforest : Mais concrètement, c'est quoi que vous avez fait?
M. Savard
(Christian) : Concrètement, on leur a fait des plans de potentiel de
développement et des choses qu'ils ne voyaient pas. Par exemple, un terrain où est-ce
qu'ils pensaient mettre cinq unités d'habitation, bien, nous, on a dit : Ah bien, non, nous, ça... avec une
densité juste un peu plus élevée, vous êtes capable d'arriver à 12, à 16. Tel
terrain, pourquoi vous ne l'achèteriez pas
pour faire un projet de logement social puis aller chercher un 16,
24 unités? Ça a demandé du travail plus... plus facile que juste
dire : Ah! bien, je vais demander un nouveau terrain à côté, je ne me
poserai pas de question, tu sais. Il y a comme un... excusez-moi l'expression,
un «fine-tuning» dans la planification, imposé par la contrainte, hein? On
dit : nécessité est mère d'industrie, donc, c'est vraiment comme ça. Donc,
on leur a fait des plans de potentiels de développement. Et selon nous,
d'ailleurs, ce genre de plan là devrait devenir obligatoire, là, pour les
villes et les MRC, question de voir la cohérence dans leur développement.
Mme Laforest :
Quand on étudie le projet de loi,
c'est sûr qu'on veut... je le répète souvent, on ne veut pas faire de
mur-à-mur, puis vous, vous avez, comme recommandation 3 : Adopter le
principe de zéro étalement. Zéro étalement, il y a des endroits que
c'est impossible. Donc, vous, le principe de zéro étalement, ce serait
obligatoire ou... Est-ce que vous croyez que c'est vraiment logique?
M. Savard (Christian) : Les Français ont
l'objectif, actuellement, de faire zéro artificialisation, donc développer
leur territoire, accueillir des nouvelles unités d'habitation sans que ce soit
sur des territoires qui sont... qu'on appelle «green field», qui sont vierges.
Donc, nous, on pense qu'on peut s'en rapprocher. Est-ce qu'il peut exister
toujours... avoir certaines exceptions? Mais c'est un principe et c'est une
idée qu'il faut se rapprocher, parce qu'on a fait... on a développé de manière
tellement lousse dans les dernières années que, bien, des dents creuses, des
endroits potentiels, il y en a plus... il y en a plus qu'on pense.
Une
chose est sûre, peut-être quelques... il peut y exister des exceptions, je ne
suis pas quelqu'un de dogmatique. Par contre, je suis quelqu'un qui veut
mettre la barre haute parce que, si on ne la met pas haute, on finit toujours
par, finalement, faire toujours comme avant. Donc, c'est sûr qu'un message
clair sur la consolidation et une limitation forte pour freiner l'étalement
urbain est important.
Mme
Laforest : C'est bon. Là, vous ne faites pas le comparatif avec
l'artificialisation, non?
M. Savard
(Christian) : Oui, en partie. Oui, oui, c'est ça.
Mme
Laforest : OK. Parce que ça fonctionne, mais pas toujours, là, en tout
cas...
M. Savard
(Christian) : C'est un bon défi qu'ils se sont donné.
Mme Laforest :
Oui, c'est ça. Ça fait que ce
n'est pas le meilleur exemple non plus à donner. Moi, j'ai terminé,
parce qu'on s'est rencontrés il y a à peine un mois, donc, mes questions, je
les ai posées déjà. Je vais laisser les questions à mes collègues. Merci
beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Côté
ministériel, est-ce qu'il y avait des questions? Oui, député de Jonquière.
M. Gagnon : Bonjour.
Fort intéressant. Je lisais, dans le rapport... Dans ma note... je prenais
comme note qu'à certains endroits vous
proposez d'intégrer un pouvoir de zonage différencié afin de faciliter la
construction d'unités à but non lucratif. C'est bien ça?
M.
Savard (Christian) : Oui.
M. Gagnon : Ma question, c'est : Ne pensez-vous pas que
le pouvoir de zonage incitatif permettrait d'atteindre sensiblement les
mêmes finalités? J'ai de la misère à comprendre un peu.
M. Savard
(Christian) : C'est une bonne... c'est une bonne question. Vous avez
raison que le zonage incitatif pourrait, en partie, arriver à cet... à ce
résultat-là, et d'ailleurs, ça, c'est un des bons coups du projet de loi. Toutefois, on pense qu'il faut avoir un parti pris
un peu plus fort pour le logement social et donc lui donner un certain
avantage compétitif.
Je reviens de
mission, je reviens de Finlande, qui ont adopté, justement, une politique, là,
pour limiter, par exemple... les sans-abri, les gens qui n'ont pas de domicile
fixe, et le logement social fait partie, vraiment, de la solution. Et, si on veut aider le logement social
autrement qu'en lui donnant de l'argent, il faut lui donner aussi d'autres
avantages concurrentiels. Donc, le zonage différencié aurait ce potentiel-là.
Si vous... savoir plus en détail, là, le regroupement ACHAT, là, qui est un
regroupement d'organismes en habitation à but non lucratif, là, pourrait aussi vous en dire plus... qu'ils sont allés très
profondément. Mais donc il y a un parti pris pour le logement social dans cette
proposition-là.
M. Gagnon : Juste,
tout à l'heure, j'ai bien aimé votre mot, «identifier les zones à consolider».
Est-ce que, quand vous avez abordé, tout à
l'heure, «identifier les zones à consolider», c'est un peu dans le même sens
que ce qu'on vient de dire, de zonage diversifié? Est-ce qu'il y a un
lien à faire?
M. Savard
(Christian) : Il y a... Effectivement, dans les zones qu'on identifie
à consolider, c'est là qu'on s'attend à avoir, éventuellement, davantage de
zonage incitatif ou un zonage différencié, parce que c'est souvent des zones
prioritaires situées déjà à proximité des services, déjà viabilisés, des fois,
qui, justement, sont dévitalisés, qui ont besoin qu'on insuffle un certain
développement. Donc, oui, il y a un lien à faire dans une planification
intégrée.
M. Gagnon : Parfait.
Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va? Député...
Une voix : ...
Le Président (M.
Schneeberger) : Il reste neuf minutes, député de Lac-Saint-Jean.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Moi, je veux juste revenir, parce que ma collègue
la ministre vous a parlé, en fait, de la
recommandation 3, puis je comprends, quand vous dites densifier, tout ça, puis
le zonage incitatif... en tout cas, on croit que c'est un bon moyen aussi, là,
mais c'est... Juste vous sensibiliser aussi, puis c'est ressorti beaucoup avec les
autres intervenants qui sont venus en commission aussi... entre autres, on a eu
aussi la fédération municipale...
M. Savard
(Christian) : Oui, la FQM.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : ...M. Demers, qui nous a... qui a quand même dit
une chose extrêmement importante, parce qu'on a des endroits, des
municipalités, des régions où qu'on a beaucoup de routes rurales, OK, puis
parfois, ce n'est pas nécessairement un service supplémentaire de permettre la
construction dans des milieux rurals, mais
ça permet des fois de sauver l'école du village, ça permet de maintenir
l'activité économique, le dépanneur, l'épicerie, puis c'est extrêmement
important dans toute la vision de l'occupation du territoire puis du
développement du territoire aussi. Puis c'est important d'en tenir compte, de
cette sensibilité-là, parce que, oui, la densification, c'est important, il
faut travailler là-dessus, mais aussi ce n'est pas nécessairement de voir que,
quand tu t'installes dans un autre endroit,
bien, tu fais de l'étalement. Des fois, la route est là quand même, il y a des
possibilités qui le permettent.
Entre autres, il y a
eu du travail qui s'est fait, je ne sais pas, mais... si on prend les PDZA,
hein, le fameux article 59, les îlots déstructurés. Tu sais, je veux quand
même avoir votre vision là-dessus, parce qu'on ne peut pas faire ça
unilatéralement non plus. Puis vous savez que les MRC ont quand même le pouvoir
de se donner des visions stratégiques puis ils ont le pouvoir d'amener des
grandes affectations, hein, vous le savez, en termes de zonage, en termes de
milieux humides. Par la suite, les municipalités vont appliquer, eux autres, le
zonage. J'aimerais vous... quand même avoir votre vision là-dessus, là, la
différence.
M. Savard
(Christian) : En ce qui concerne... Par rapport à ça, je reviendrais
en partie à ma réponse que j'ai donnée à Mme la ministre. Il y a moyen, dans
les petits milieux, de ne pas rentrer dans un mode étalement urbain, souvent déstructuré,
avec des lotissements. Vous savez, on ne sait pas, des fois, là... il y a une
certaine époque, on faisait... on était un peu moins structurés, un peu
moins... notre planification était plus lousse, les lotissements un peu
déconnectés du village. Il y a moyen de... par exemple, de revitaliser un
village sans obligatoirement être en mode étalement urbain. On a réussi en
bonne partie, par exemple, dans les villages de La Nouvelle-Beauce. C'étaient
des développements très près du coeur du village, qui viennent, justement, à
côté de l'école, qui viennent faire en sorte d'avoir plus de clients pour les
commerces de proximité.
• (16 h 10) •
Il
ne faut pas oublier que la question de nos villages est complexe, hein, et
c'est... D'un point de vue socioéconomique, pourquoi il y en a qui ont plus de
difficultés que d'autres, mais... ainsi de suite, mais je ne crois pas qu'on va
les sauver et les revitaliser en acceptant n'importe quel développement autour.
Je ne crois pas que ce soit la voie à
suivre. Par exemple, actuellement, on travaille avec la ville de... le village
de Saint-Camille, justement, avec une certaine densification de son
coeur. Donc, il n'y a rien de contradictoire entre une planification qui
minimise notre impact environnemental, qui
minimise les coûts financiers pour l'État, mais également une vitalisation de
nos villages.
Il
peut y avoir aussi des soutiens financiers. On sait qu'il y a eu, durant la
campagne électorale, des promesses pour soutenir nos coeurs villageois,
des investissements aussi pourraient faire du bien, mais je finirais juste sur
un petit élément, c'est... on ne peut pas rester dans l'ancien paradigme, il
faut faire les... il faut changer les choses. Et il ne faut pas non plus suivre le plus petit dénominateur commun, ceux qui
ne veulent pas que les choses changent. Il faut oser innover, il faut oser faire différent, et on est capables d'assurer
le développement de l'ensemble de nos villes et villages en faisant différemment.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Moi, ça fait le tour, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Oui, députée de Rivière-du-Loup—Témiscouata—Les Basques. Voilà.
Mme Dionne :
Bonjour. On va rester dans la ruralité avec une circonscription de 43
municipalités. Vous proposez d'ajouter une
exigence pour les organismes municipaux, là, pour produire une analyse, là, des
effets attendus sur leur planification locale, régionale. J'aimerais ça
en savoir davantage. Puis est-ce que vous pensez qu'une attente de la sorte est
réaliste pour, justement, nos petites municipalités, là, qui ont peine à
remplir leurs exigences et leurs obligations, là, parfois?
M. Savard
(Christian) : Il y aurait moyen, fort probablement, de la moduler,
effectivement. Elle ne pourrait pas... elle
ne devrait peut-être pas s'appliquer à une plus petite municipalité qui a très
peu de croissance. Je crois que ce serait probablement exagéré, dans
certains cas.
Donc, il pourrait y
avoir une forme de modulation par rapport à ça, mais je crois que, pour les MRC
qu'on veut mieux outiller, qu'on veut qui
aient plus d'expertises, il faut qu'il y ait une certaine forme d'évaluation
des scénarios de développement. Si on
dit : OK, on va faire... Je vais donner l'exemple, là, justement de la
prise d'eau de Québec, là, aux MRC de
la Jacques-Cartier, qui a fait... qui a profité de l'étalement urbain, qui a
construit à Stoneham, à Lac-Beauport, et on se rend compte maintenant que
ce développement-là, bien, on n'a pas analysé l'impact, mais, finalement, ça
fait mal à la prise d'eau de Québec, au lac Saint-Charles, et là, ça coûte des
millions à l'État, qui est obligé de fournir aqueducs,
égouts à des lotissements excentrés, bien, parce que, finalement, c'est les
gens de Québec qui n'auront plus d'eau.
Donc, l'impact de nos
choix en aménagement, souvent, on ne les mesure pas, puis, à la fin, on se
retrouve avec des enjeux qu'on n'avait pas
vu venir. Il y a l'exemple, là, dans les Laurentides, où est-ce qu'il y a des
villes qui ont des problèmes d'eau parce que c'était mal planifié par
rapport à ça. Donc, les études d'impact, ça peut vouloir dire l'impact sur
l'environnement, mais l'impact aussi sur les services publics.
Et, au Québec, on a
de la misère à planifier et à voir venir les coûts. On fait les choses et, par
la suite, on s'ajuste, mais très souvent, et ça me fait de la peine de le dire,
ce n'est pas le milieu local qui prend la facture, c'est le gouvernement qui
dit : OK, bon, bien, on n'a plus le choix, hein? Et c'est, finalement, le
gouvernement qui paie. Donc, il y a aussi
une certaine responsabilité financière à bien faire les choix. Donc, c'est pour
ça qu'il faut qu'il y ait un certain niveau d'étude d'impact par rapport...
Mais, oui, je suis d'accord avec vous, pour revenir à votre question, ça ne
doit peut-être pas s'appliquer à chaque petite ville du Québec.
Mme Dionne : Puis
est-ce que vous voyez ça, là, à chaque fois qu'il va y avoir une modification à
apporter à la planification ou... Comment vous voyez le mécanisme?
M. Savard (Christian) : Bien, au moment de la
révision, ça, c'est sûr, au moment qu'on fait la planification, et ça
pourrait être... à un certain niveau de modifications, il pourrait y avoir une
mise à jour, tout simplement. Encore une fois, je reviens de Scandinavie, et
eux, c'est obligatoire, lorsqu'il y a une mise à jour, par exemple, du plan, du
schéma d'aménagement de la grande région de la capitale, Helsinki, bien, ils
sont obligés de mettre à jour leur étude d'impact. Donc, ça pourrait arriver.
Il pourrait y avoir un certain niveau d'amplitude du changement pour déclencher
une mise à jour, mais très souvent, c'est
circonstanciel, lorsque c'est une modification, c'est limité, ça ne devrait pas
être très complexe, là.
Mais je veux juste
compléter. Vous savez, au Québec, on fait des BAPE pour des berges, des bouts
de berges qu'on change. Ne pas faire d'évaluation... puis je ne suis pas en
train de dire qu'il faut un BAPE en bonne et due forme pour chaque schéma, mais
ne pas faire d'évaluation ou peu d'évaluation de l'impact de notre
planification territoriale semble en deçà, là, de notre ambition.
Mme Dionne : Merci.
Je n'ai plus de question.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci. Alors, ça va? 40 secondes, député de Jonquière.
M. Gagnon : ...accroché
sur deux mots, «zone à consolider», et vous avez abordé aussi... excusez, je
n'ai pas le terme exact, c'est allé vite, mais vous avez également parlé de
«zone de transport en commun», là.
M.
Savard (Christian) : Oui, bien, en fait, c'est plus lier les
transports à l'aménagement du territoire, s'assurer que c'est cohérent. Puis ça
peut vouloir dire aussi avec les routes. Est-ce que la route est capable de
prendre ou pas un nouveau développement ou ça va vouloir dire l'élargir? En
milieu de plus grande ville, bien, ça veut dire concentrer le développement
autour du transport en commun pour favoriser un certain transfert modal,
pratique assez convenue en matière d'aménagement du territoire. Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup pour vos explications. Nous passons
maintenant du côté de l'opposition officielle, et la parole est à la députée de
Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le Président. Merci à vous deux d'être
ici pour présenter votre mémoire, qui est très exhaustif. Je vais aller à un
sujet qui est plus périlleux, je vous dirais, c'est votre recommandation...
c'est en page 30, là, je ne sais pas le numéro de la recommandation, je vais
vous dire ça... c'est la recommandation 22, d'exempter de
l'approbation référendaire, dans le fond, les trois étages sur tout le
territoire du Québec et huit étages aux abords du réseau de transport collectif
structurant. Ce n'est quand même pas rien, huit étages, sur l'ensemble du
territoire, peu importe c'est où qu'il y a du transport collectif structurant.
Il n'y a pas un certain déni de démocratie dans cette proposition-là?
M. Savard
(Christian) : Ma réponse est non. Ça ne veut pas dire que les gens
n'auraient plus... n'auraient pu à être consultés, ça veut... ce n'est pas ça
que ça veut dire. Ça veut dire que, toutefois, il ne pourrait plus y avoir de blocage référendaire. Je vous dirais qu'on a
une crise de l'habitation, actuellement, et il faut offrir plus de logements.
On peut prendre l'exemple ontarien, qui est : on ouvre les vannes à
l'étalement urbain, on défonce les ceintures vertes, on se fout du
zonage agricole ou on fait de la consolidation urbaine, et, pour y arriver,
bien, il va falloir faciliter, dans certains cas, la densification.
Et oui, on a osé
écrire ça, mais ça ne veut pas dire que les gens ne doivent pas être consultés,
et je dirais même que les gens doivent être mieux consultés. Vivre en ville a
d'ailleurs plusieurs projets pour mieux consulter les gens. Il y a certains
aspects du projet de loi qui sont intéressants là-dessus. Il y en a d'autres
qui devraient peut-être être améliorés. Ce
n'est pas un aspect qu'on a beaucoup creusé, mais une chose est sûre, il faut faciliter
la densification et il faut éviter le blocage que... je dirais, de type
pas dans ma cour, qui est un peu mécanique, lié au référendum, mais je n'ai pas
dit de ne pas écouter les gens. Et la démocratie, ce n'est pas un référendum
parce que tu ne veux pas de nouveaux
voisins. Et, si on ne crée pas de nouvelles unités d'habitation, la crise de
l'habitation, la crise du logement va s'accélérer. Donc, il faut trouver
des moyens.
Et, juste pour
compléter, il y a des juridictions dans le monde, des juridictions, à droite
comme à gauche sur le spectre politique, qui vont plus... beaucoup plus loin et
qui l'imposent aux villes. Je pense à l'Oregon, je pense à la Nouvelle-Zélande,
parce qu'il y a tellement un déficit en matière de logement qu'ils ont dit :
Il faut construire, et ils ont imposé ces zonages-là aux villes.
Nous, ce qu'on
propose, tout simplement, dans ce cas-ci, c'est de faire en sorte que ça soit
plus facilement possible de faire une certaine densification, mais, si on ne
construit pas plus d'unités d'habitations construites au bon endroit, la crise
de l'habitation va s'exacerber et on devra peut-être aller vers des mesures
plus fortes au niveau de la densification.
19 287
Mme Dufour : Bien, moi, je suis à la
même place que vous. Je pense qu'il faut densifier au bon endroit, mais de
faire du mur-à-mur et de dire : partout du trois étages, ça veut dire
incluant dans des zones patrimoniales, par exemple, où on ne trouve que du deux
étages, ou dans des zones où c'est actuellement... c'est un style où ce sont
des maisons d'un étage, mais c'est un style qui est vraiment particulier, qui
doit être préservé. Bien, le huit étages, quand on dit transport collectif
structurant...
Je vais vous donner
l'exemple de l'Île Bigras, où les... qui est... c'est une gare qui est entourée
de maisons qui sont sur des fosses
septiques, avec des terrains d'à peu près 40 000 pieds carrés. Est-ce
que c'est l'endroit qu'on veut voir
des huit étages? L'affaire, c'est que la gare n'est peut-être
pas à la bonne place, mais elle est là, et là, présentement, bien, c'est considéré comme du transport collectif
structurant parce que le REM a acheté cette ligne de train là. Donc, il
y a une question aussi de respect. Alors, le mur-à-mur, moi, je suis étonnée,
là, qu'on le propose.
• (16 h 20) •
M. Savard
(Christian) : Bien, d'abord, il faut dire que ce qu'on propose, c'est
que les villes qui veulent le faire puissent le faire plus facilement. C'est ce
qu'on propose dans notre mémoire, mais effectivement, les milieux de vie
devraient pouvoir évoluer jusqu'à trois étages sans que ce soit un grand
problème. Et il faut passer à ça, mais ce ne
sera pas partout, puis il y a des endroits que ce n'est probablement pas
souhaitable, mais éventuellement, il faudrait aller à ça. Il faut
favoriser ce type de densification là plutôt que juste des grandes tours à
certains endroits. Une densification plus douce, plus à échelle humaine, est
souhaitable, selon nous.
Et
il ne faut pas oublier que dans la proposition qu'on fait, là, c'est les
villes... S'il y a des gens qui ne sont pas d'accord, ils vont toujours pouvoir
s'exprimer, c'est juste qu'il n'y aura plus de possibilité de blocage
référendaire.
19 287
Mme Dufour : Oui. Oui, bien, voyez-vous,
je viens de Laval. Il y a eu un certain maire qui s'appelait Gilles
Vaillancourt, et lui, que les gens se seraient bien exprimés, ça ne
l'aurait pas empêché de faire des tours à l'Île Bigras s'il avait pu.
M. Savard (Christian) : Bien,
c'étaient des tours. On ne parle pas de tours dans notre cas.
19 287
Mme Dufour : Mais ça fait que... En tout
cas, je trouve ça... C'est ça, c'est quand même... c'est particulier d'enlever le droit de... Tu sais, je comprends
qu'ils peuvent s'exprimer, mais de ne plus... qu'il n'y ait plus de mécanisme,
ça va loin, à mon sens.
M. Savard
(Christian) : Le référendum, pour ce genre de choses là, est une
exception québécoise, hein? Ce n'est pas partout comme ça, dans le
monde, là. Ce n'est pas un droit... ce n'est pas un droit démocratique
classique, là.
19 287
Mme Dufour :
Oui. Je veux parler du zonage différencié. Vous l'avez proposé pour du
logement social, c'est une mesure très,
très, très intéressante. D'autres groupes avant vous en ont parlé, notamment la
ville de Montréal, mais hier, ils sont venus nous parler, pour eux,
c'était plutôt... ils le proposaient pour du logement abordable pérenne, que... C'est une catégorie qu'ils ont créée,
qu'ils disaient, du logement abordable sur au moins 30 ans, d'un OBNL,
comme vous le mentionnez vous aussi. Qu'est-ce que vous opinez de ça?
M. Savard (Christian) : Ça pourrait
être une des balises qui seraient intéressantes pour encadrer ce type de zonage
là. De manière générale, effectivement, ça pourrait... ça pourrait être ça.
Mme Dufour : Moi, ce que j'avais
lancé, comme idée, hier soir, c'était... quand on en a parlé, c'est peut-être
d'avoir un zonage différencié plus pour du abordable pérenne puis plus pour du
social. Je ne sais pas...
M. Savard (Christian) : Ça pourrait
être ça. En principe, le social pur, l'État se donne souvent les coudées
franches, là. Donc là, c'est plus pour les organisations, là, de type OBNL
d'habitation.
Mme Dufour : Parfait. Vous avez
parlé du «test territoire». Ça, c'est... c'était en pages 17, 18, je veux juste
les retrouver. Je ne sais pas... Vous
parlez, chaque ministère, chaque organisme public devrait se... dans le fond,
c'est ça, évaluer la contribution attendue de ses décisions sur
l'atteinte des cibles et transmettre ça au ministre des... bien, à la ministre des Affaires municipales, qui aurait un
autre nom, là, selon votre proposition. Il y a... Comment vous voyez ça? Parce
qu'il y a toujours les organismes publics, ce que je comprends, ça inclurait
Hydro-Québec. Et jusqu'où ça irait, selon vous, les organismes publics?
M. Savard (Christian) : Bien, selon
moi, ça irait... l'ensemble des sociétés d'État devraient être assujetties. Le bon vieux... le bon vieil exemple des SAQ, qui
sont un monopole, et donc les gens vont être... sont obligés d'aller là,
donc, qui, finalement s'installent... des
endroits, ça leur coûte moins cher, excentrés, font souvent mal aux artères
commerciales, aux centres-villes, par leur délocalisation, et que, si
c'était un marché libéré, bien, il y aurait sûrement des cavistes indépendants,
là. Donc, ils abusent un peu de leur monopole, donc ce serait normal à l'État
d'imposer un certain nombre de règles.
Mais, de manière générale, malheureusement, ça
arrive que, bien, il y a un ministère qui met, par exemple, une école dans un
endroit inaccessible à pied pour les enfants ou qui installe un bureau en
dehors du centre-ville de la ville, puis,
pendant ce temps-là, bien, le MAMH va donner des sous pour la revitalisation de
la rue principale, mais que... s'il y
avait eu les 40 employés de telle agence gouvernementale, tel ministère,
qui était là, bien, ça ferait 40 clients qui feraient en sorte que
la rue irait mieux. Donc, souvent, c'est par rapport notamment à la
localisation des services de l'État. Ça peut vouloir dire aussi des grands
projets d'infrastructure, quel est l'impact.
Une chose est sûre, actuellement, on ne... on y
réfléchit très peu. Il n'y a pas... et c'est pour ça que, nous, on pense qu'il
faut renforcer les pouvoirs, les pouvoirs de la ministre, et qu'il faut
renforcer l'idée de territoire dans les décisions gouvernementales. On a fait
comme si on pouvait aller n'importe où, n'importe comment, se développer
n'importe comment, pendant des décennies, il est temps d'avoir des mesures
comme un «test territoire».
On espère que ce genre de mesures là, si ce
n'est pas à travers la loi, ce sera à travers le plan de mise en oeuvre de la
politique qu'on va voir à s'attaquer à ça. Parce que, depuis trop longtemps, je
vois se défaire... ce que l'État fait de la main droite défait par ce que la
main gauche fait. Et je pense qu'on a une occasion, là, d'avoir ce débat-là,
qu'il y aurait des poignées qu'on pourrait insérer dans la LAU. Il y a d'autres
routes, mais une chose est sûre, il faut quelque chose d'équivalent.
Mme Dufour : Et est-ce que l'État
pourrait tout simplement respecter les planifications territoriales déjà
établies? Parce que les municipalités ont fait cet exercice-là, les PMAD, etc.
L'exercice a été fait, mais, une fois fait, bien, c'est que les... en tout cas,
les exemples récents de maisons des aînés, notamment, qui s'installent en
dehors des zones établies selon les planifications. Donc, est-ce que ce serait déjà
une solution?
M. Savard (Christian) : Je prendrais
les ceintures et la bretelle, dans ce cas-là. Donc, effectivement, une
meilleure adéquation avec les planifications régionales, les planifications
locales, je crois qu'il y a un certain souci, là, par rapport à ça, de faire
attention à ça, dans le projet de loi et dans la Politique nationale
d'architecture et d'aménagement, mais je crois qu'il faut aussi un test
interne, je dirais, à l'État pour y arriver. Et peut-être qu'on aurait,
justement, des conflits de moins avec le milieu local, si on le faisait
d'entrée de jeu.
Mme Dufour : Merci. Est-ce que vous
pourriez nous parler du fonds en aménagement et urbanisme durables, qui est la
recommandation 33 que vous avez faite?
M. Savard (Christian) :
Oui. Nous, on pense que changer... prendre le virage, là, d'un aménagement
et d'un urbanisme plus durables ne demandera
pas juste... ne demandera pas que des contraintes ou qu'uniquement la
contrainte va être improductive ou va créer plus de frustration.
Mme la ministre m'a demandé des bons exemples.
Un des deuxièmes bons exemples, bien, c'est les projets d'écoquartiers qui
devraient se faire partout au Québec. Il y en a à Québec qui commencent à
fonctionner, on pense à Pointe-aux-Lièvres, on pense à D'Estimauville. On peut
penser à Angus, à Montréal, mais c'est tous des projets qui ont eu des petits
coups de pouce de l'État. Et ce coup de pouce là doit devenir un peu la
partie... la partie carotte de la démarche qu'on est en train de faire à travers
la politique nationale d'aménagement et d'urbanisme.
Il faut aussi
des incitatifs. Je vais prendre le parallèle, là : on veut que les gens
s'achètent des autos électriques, on
leur donne une subvention. Bien, si on veut que les villes fassent moins de dézonage
agricole puis plus de consolidation urbaine, il faut leur donner des
sous.
Ceux qui me connaissent vont être tannés de
m'entendre, mais, tu sais, un projet... un terrain vague comme Fortissimo, à
Drummondville, ou le pôle Roland-Therrien, à Longueuil, qui est vague depuis
des décennies, c'est du gaspillage pour ces
villes-là de ne pas pouvoir les développer. C'est du gaspillage pour le Québec
qu'ils ne soient pas développés, parce que, très souvent, on va finir par la
facilité puis aller dans les milieux naturels, les milieux agricoles.
Donc, avoir un fonds incitatif pour que les gens
aient le goût de faire autre chose, souvent, pour donner le coup de pouce à des
terrains qui sont un peu plus difficiles de démarrage, selon nous, c'est
vraiment important. Ça a fonctionné, en France, pour faire lever les
écoquartiers, c'est en train de fonctionner aussi en Californie, là, pour faire
lever des... certains projets.
Le Président (M. Schneeberger) : Je
vous...
M. Savard (Christian) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Je
vous remercie. Excusez-moi, vous avez dépassé le temps, alors...
M. Savard (Christian) : Pas de
problème.
Le Président (M. Schneeberger) : ...je
vous laissais finir quand même. Nous allons maintenant du côté de la deuxième
opposition, et je laisse la parole au député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci, M. le
Président. Bonjour, M. Savard, Mme Labonté. Merci pour votre mémoire très touffu. On va certainement beaucoup s'en inspirer.
Puis merci aussi... j'en profite pour dire merci pour le travail que vous
faites, votre grande contribution au Québec,
que vous faites depuis plusieurs années, beaucoup d'influence et beaucoup
de vulgarisation. C'est très apprécié et utile.
Vous parlez d'une instance, créer une instance
indépendante sur l'aménagement de l'urbanisme qui aurait pour mandat de formuler des recommandations,
notamment sur l'atteinte des cibles, très belle proposition. Est-ce que...
Est-ce que le Comité consultatif sur les
changements climatiques peut être un exemple de mode de fonctionnement? Est-ce
qu'on peut dire que ce serait un fonctionnement similaire?
M. Savard (Christian) : Il y aurait
des similarités. Je lui donnerais quand même un peu plus de moyens au niveau de l'analyse, et c'est parce qu'on dit
souvent que l'aménagement et l'urbanisme est politique. Il l'est trop. Il l'est
trop. Il y a des choses qui parfois
ont des impacts, et c'est scientifique, tu sais, ce n'est pas... La science de
l'aménagement est trop considérée que
chaque décision est bonne, puis ça nous... on décide, puis ça va être correct.
Il y a des impacts, et il faut, dans
une certaine manière, valoriser une certaine indépendance par rapport aux
connaissances liées à l'aménagement.
Donc, avoir une instance qui pourrait faire des
recommandations, qui aurait aussi une certaine force au niveau de l'analyse nous apparaît très intéressant. Ça serait un genre
d'aménagiste en chef ou un conseil de l'aménagement. Il y a plusieurs
personnes, là, qui ont appelé ça sur différents noms, mais nous, on pense que,
pour améliorer la culture de l'aménagement, pour la renforcer, ce serait
vraiment un outil très intéressant à se doter, au Québec, quitte à ce qu'il prenne une certaine partie du travail que fait
Vivre en ville, actuellement, mais moi, ce que je veux, c'est que les choses
s'améliorent sur le terrain. Donc, voilà.
• (16 h 30) •
M. Grandmont : ...c'est bien,
excellent. En page 8, vous parlez d'un objectif zéro étalement. On pourrait
arguer qu'il y a des gens qui vont
vouloir... tu sais, qu'on a du résidentiel à construire. Vous en faites même
part aussi, on doit construire davantage pour accueillir les gens, la
croissance démographique du Québec. Est-ce que, si on fait un objectif, si on se dote d'un objectif zéro
étalement, il y a suffisamment d'espace dans les milieux existants, dans les
milieux déjà urbanisés, pour accueillir cette nouvelle construction
domiciliaire là?
M. Savard
(Christian) : Il y a une distinction forte qu'on pourrait faire,
puis là il y a la question de zéro étalement ou zéro artificialisation,
tu sais. Les Français, ils sont allés jusqu'à zéro artificialisation, ce qui
est très sévère mais qui est probablement à la hauteur des défis climatiques
qu'on a.
Nous, on propose zéro étalement. Est-ce que ça
peut vouloir dire que des périmètres d'urbanisation qui sont actuellement
verts, donc qui sont des boisés, des champs, mais qui sont dans le périmètre
d'urbanisation, seraient... on pourrait les développer?
Je démontre une certaine ouverture. Mais une chose est sûre, le tissu urbain du
Québec et ses périmètres d'urbanisation peuvent accepter la croissance pour
encore plusieurs décennies si on va au périmètre d'urbanisation qui contient aussi les zones vertes. Éventuellement, il
faudra se diriger vers la fiscalité, avoir probablement un programme de
redevances remises pour faire en sorte de favoriser la consolidation versus la
construction en milieu vert.
Donc, il y a différentes routes pour y aller,
mais il faut le viser. On a pu... On a grugé le territoire trois fois plus vite que la population au Québec. Grosso
modo, là, tu sais, pour une personne de plus, on prend trois fois plus de
place qu'on en prenait avant. C'est un ratio
beaucoup trop élevé qui nous coûte cher d'un point de vue environnemental
mais qui nous coûte cher aussi d'un point de vue financier. Il faut inverser la
tendance.
M.
Grandmont : ...sur le Fonds aménagement et urbanisme durables,
combien... à combien vous évaluez le fonds?
M. Savard (Christian) : Il y a
plusieurs années, on l'évaluait à 100 millions par année. Puis là il y a
des partenaires qui ont commencé à me dire,
que je ne nommerai pas : Mais là, Christian, avec l'inflation, ce n'est
plus assez. Mais je crois qu'un minimum...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Savard (Christian) : ...un
minimum de 100 millions par année pour faire plusieurs projets partout au
Québec serait... c'est ce qu'il nous faut.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Un échange très enrichissant.
Alors, merci à vous pour votre exposé.
Nous allons
suspendre quelques instants pour permettre aux prochains groupes de pouvoir
accéder par visioconférence.
(Suspension de la séance à 16 h 33)
(Reprise à 16 h 39)
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, nous reprenons les travaux. Alors, nous
accueillons, cet après-midi, Pre Catherine Morency ainsi que M. Hubert
Verreault. Alors, je vous souhaite la bienvenue. Vous avez un 10 minutes
pour présenter... bon, dans ce cas-ci, comme je dis, vous avez une
présentation, alors vous allez faire votre présentation. Par la suite, vous pouvez encore, s'il reste du
temps, vous pouvez procéder à une explication... en tout cas, un peu plus,
et puis on procédera par la suite à l'échange avec les élus. Voilà. Alors, je
vous laisse là-dessus.
Mme Catherine Morency
Mme
Morency (Catherine) : Donc, vous voulez d'abord qu'on se présente, et
ensuite je passe à la présentation, c'est ça?
Le Président (M. Schneeberger) : Bien
oui, oui.
• (16 h 40) •
Mme Morency (Catherine) : Donc, je
suis professeure à la Polytechnique de Montréal et je vais vous parler de
certaines préoccupations sur la mobilité, parce que j'ai deux chaires de
recherche sur la mobilité, donc je ne fais que parler de mobilité. Et Hubert,
peut-être, juste te présenter rapidement.
M. Verreault (Hubert) : Oui. Bien,
je suis professionnel de recherche pour la Chaire Mobilité, justement, à l'École polytechnique de Montréal puis je suis
spécialisé dans tout ce qui concerne la collecte de données en transport,
l'analyse et la modélisation.
Mme Morency (Catherine) : Alors, sur
ce, je partage mon écran... je repartage mon écran. Voilà. Donc, en fait, seulement certains éléments, là, sur les
préoccupations qu'on peut avoir d'un point de vue de la mobilité... et j'avais
participé à des comités, là, sur la
politique, et le premier commentaire que j'avais énoncé, c'était que toutes les
mauvaises décisions d'aménagement étaient responsables des problèmes de
transport. Donc, je souhaitais le redire, que tous les outils qu'on peut donner aux municipalités ou toutes les décisions qu'on
prend au niveau de l'urbanisme se traduisent par des impacts, soit
positifs, soit négatifs, sur les besoins de transport et l'ampleur des impacts,
surtout négatifs, qu'il y aura sur les choix de mobilité, là.
Donc, je veux juste ramener aussi sur le
préambule, c'est qu'évidemment on a une politique de mobilité durable.
Actuellement, ce qu'on réalise, c'est qu'il y a vraiment beaucoup de décisions
qui ne sont pas en phase avec les cibles qu'on veut avoir dans cette
politique-là. Et là je ne dis pas que les cibles sont bien formulées, là, mais
j'en rappelle quelques-unes ici sur les options. Donc, on a une cible sur le
fait que les citoyens doivent avoir accès à plus d'options de mobilité durable.
On veut réduire les temps de déplacement. On veut que les déplacements soient
plus sécuritaires. Évidemment, pour des déplacements plus
sécuritaires, logiquement, ce que ça prend, c'est moins de déplacements en
automobile. On sait quand même quels sont les principaux facteurs de risque sur
la question des déplacements en auto solo. Et là, évidemment, je me permets de
dire que c'est peu importe la source énergétique de la voiture. On est quand même une autre cible. On veut réduire la part
des déplacements qui sont faits avec des véhicules privés. On veut
réduire la consommation énergétique et réduire les gaz à effet de serre émis en
lien avec le transport, notamment.
La question de la
congestion aussi qui est présente, et ça, évidemment, c'est beaucoup en lien
avec l'organisation de nos territoires et la façon dont les déplacements vont
se matérialiser sur ce territoire-là. Et l'autre cible fort importante, ce sont
les dépenses des ménages. Puis là je me permets, au passage, de dire aussi
qu'on a quand même 33 milliards annuellement qui est dépensé dans le
transport privé par les ménages québécois, donc beaucoup d'argent qui sert
surtout à laisser des véhicules stationnés.
Donc, mes constats,
donc, ça aussi, ce sont des choses qui sont très préoccupantes, là, puis qui
découlent de certains choix qui ont été faits précédemment, donc, au Québec, la
population de voitures augmente plus vite que la population d'adultes. Les
dépenses de transport, c'est le deuxième poste budgétaire le plus important des
ménages après le logement et avant
l'alimentation. La part de l'auto dans les déplacements domicile-travail, même
post-pandémie, a augmenté sur 10 ans. On a cet argent qui est mis
dans le transport privé, là, avec en moyenne 10 500 $ par ménage pour
le transport, dont 9 500 $ pour le transport privé. Et on a aussi
quelque chose qui est relativement inquiétant, qui n'est pas en lien avec cette
loi dont on parle, mais qui est une préoccupation sur la place des véhicules
dans le quotidien et sur nos territoires et tout l'espace que ça peut occuper,
donc le nombre de véhicules, mais aussi les dimensions et la masse des
véhicules qui est en augmentation très importante, et ça réduit de façon
significative notre capacité routière.
Et
là j'ai quelques chiffres, là. Puis évidemment tout ce qu'on... toutes les
réponses — il
y a un échange après, évidemment — tout
ce qu'on va dire, c'est en lien avec des choses qu'on a pu calculer, parce que,
si ce sont des choses qui peuvent être dites par d'autres ou qui font
partie du capital commun de connaissances, là, je pense que ce n'est pas à nous d'en parler. Donc, autre chose fort
importante, c'est que les distances moyennes de déplacement ont augmenté,
les espaces d'activités. Donc, là où on se destine pour nos activités, c'est de
plus en plus étalé. Le kilométrage total parcouru est supérieur dans les
territoires moins denses et qui sont plus éloignés des centres, et il y a
vraiment une iniquité. Et ça, c'est
important de comprendre que ceux qui subissent les impacts négatifs des
déplacements, principalement automobiles, ne sont pas ceux qui en sont
responsables, et ça, ça crée quand même des enjeux d'équité. Là, je reviens avec mon préambule, là, que ces mauvaises décisions...
donc la façon dont on aménage nos territoires, tant localement qu'au niveau métropolitain ou dans les régions, a
vraiment un impact significatif. Ça va dicter les besoins de mobilité
alors qu'on ne les a pas anticipés, et ça, pour moi, c'est vraiment la chose
qui est la plus fondamentale.
Donc,
j'ai trois préoccupations. Je ne sais pas comment ça doit se refléter dans...
ou comment ça fait écho à ce projet
de loi, là, je ne suis pas quelqu'un de très habile sur ces questions de loi.
La première chose qui m'est fondamentale, c'est que, quand on prend des
décisions au niveau de l'aménagement ou qu'on se donne des outils pour
organiser le territoire, il faut... et là j'utilise le mot «endogénéiser», là,
ça veut dire qu'il faut anticiper quels seront les besoins de mobilité pour les
personnes qui vont aller s'établir là ou pour les destinations qui vont s'y
localiser, là. On peut parler d'emplois ou de grands centres d'attraction, de
déplacements. Donc, il faut prévoir qu'est-ce que ça va générer comme besoins
de déplacements, tant pour les personnes que pour les marchandises. Parce que
les territoires très étalés vont créer des dépendances à l'auto, mais ils vont
aussi se traduire par de longues distances et une complexité au niveau de
l'optimisation de la mobilité.
Il
faut aussi prévoir des espaces pour mettre en place des offres de mobilité
multimodales. Donc, multimodales, ça veut dire qu'on fait de la place
pour tous les modes dont on veut favoriser l'usage : la marche, le vélo,
les modes partagés, le transport en commun.
Et il faut aussi se doter d'outils parce que la façon dont on finance ou,
enfin, dans... les messages qu'on envoie souvent dans les municipalités
qui veulent se doter d'infrastructures de transport en commun, notamment, c'est
qu'on va souvent pénaliser ceux qui vont se doter de belles infrastructures en
les faisant payer, alors qu'on ne va pas pénaliser ceux qui ne mettent pas en
place ce qu'il faut pour que les gens puissent se déplacer autrement, ce qui
est un peu une incohérence quand on voit l'ensemble des cibles qu'on veut
atteindre.
Donc,
c'est sûr qu'il faut avoir une vue beaucoup plus claire des opportunités de
déplacements avec l'ensemble de ces modes, là, c'est le concept de
multimodalité que je mets. Il faut que ça soit ancré dans nos planifications
des territoires, parce que, là, on a vraiment tendance à séparer la
planification de ces territoires et la planification des systèmes de transport qui vont être requis pour
assurer la mobilité la plus durable possible pour les citoyens... puis
je n'ai pas regardé l'heure qu'il était quand j'ai commencé.
Puis là je vous
illustre, là, les choses aberrantes qu'on peut faire, là, des détours
impossibles qu'on peut mettre en place et,
là, qui vont empêcher, justement, l'utilisation des modes actifs et
l'utilisation du transport en commun, parce qu'il faut quand même bien
être en mesure d'accéder à des arrêts, si on veut se déplacer autrement. Ça
fait que ça, c'est des choses qu'on a dans nos quartiers.
Ensuite, la question
des cohérences des choix d'aménagement avec les cibles, là... Les cibles de la
Politique de mobilité durable, logiquement, on les a. On devrait être... On
devrait toujours aller valider si ce qui est mis ou ce qui est adopté permet d'atteindre ces cibles. Il y en a beaucoup pour
lesquelles on n'a absolument pas les outils pour le faire, là. La
question des dépenses des ménages, ça passe principalement par la réduction de
la nécessité de posséder des véhicules
privés. Tu sais, c'est un poste de dépense qui est important et c'est la seule
façon. Un véhicule électrique ne va pas me permettre d'économiser tant
d'argent que ça. Il faut quand même que je l'achète, que je l'exploite.
Donc, l'idée,
pour réduire les dépenses, c'est vraiment d'affranchir. Donc, on devrait avoir,
dans ces questions d'aménagement, les cibles de réduction du nombre de
véhicules requis pour répondre aux besoins de mobilité, et la question des espaces et
de la disponibilité de lieux d'activités doit aussi passer par les réflexions
sur qu'est-ce qu'on met où. Est-ce
que les... On a fait quelques erreurs dans le passé sur les types de services
ou de... les types d'aménagement qu'on offrait dans certains quartiers.
Et là ma
troisième préoccupation, ce sont ces questions d'obésité. Donc, c'est un mot
que j'utilise souvent, là, l'obésité liée à l'habitation, l'obésité qui
est liée aux espaces d'activité. Donc, on a tendance à ne pas contrôler la
consommation de nos ressources, que ce soit de l'espace... Donc, l'obésité
spatiale liée l'habitation, c'est vraiment les mètres carrés qui sont consommés
par personne dans les territoires. On n'a pas de vue sur l'évolution, là. Je
pense que Christian, qui était avant moi, a
parlé... le fait que le territoire urbanisé, il était plus vite... s'est
développé plus rapidement que la
population, mais on a quand même une capacité de suivre c'est quoi, la
consommation de ces espaces qui devraient être préservés pour les usages
collectifs.
On a une obésité qui est liée à où on va faire
nos activités, là. Puis là vous avez des cartes, c'est sans doute un peu
compliqué à voir de loin, mais les distances qui sont requises pour accéder à
ce à quoi... ce à quoi je dois accéder pour réaliser mes activités quotidiennes
ou à travers l'année.
Ensuite, on a vraiment cette obésité routière.
Le réseau requis pour permettre aux gens d'accéder à leurs différentes
activités, c'est vraiment l'explosion avec les kilomètres qui sont parcourus
pour justement répondre à ces besoins, la génération d'espaces de stationnement
pour cumuler tous ces véhicules. Et il y a quand même des articles qui font un
lien direct entre ces quartiers dépendants à l'automobile et le fait de ne pas
avoir un niveau d'activité physique suffisant dans son quotidien.
Et il y a ce
dernier élément, là, d'équité, donc : Qui bénéficie? Quand on a un
territoire puis il y a des déplacements qui se font, il y a des gens qui vont
subir les impacts négatifs des kilomètres parcourus puis il y en a qui
vont en être responsables. Dans n'importe quelle région, quand on fait
l'analyse, donc on fait le bilan de ceux qui subissent les impacts et de ceux
qui les génèrent, il y a une iniquité qui est très, très claire.
• (16 h 50) •
Bon, pour donner un exemple évident, à Montréal...
puis je pense que c'est mon graphique le plus compliqué ici, là, c'est que ceux
qui consomment le kilométrage au centre-ville de Montréal ne sont pas
principalement des résidents, ceux qui consomment le kilométrage en banlieue
sont principalement des résidents des banlieues... qu'on a vraiment une espèce
d'iniquité qui se traduit, puis il n'y a pas d'endogénéisation, finalement, de
ces impacts négatifs qui sont parcourus.
Donc, c'est tout simplement des éléments de
préoccupation que je voulais énoncer en loi avec ces questions d'aménagement
parce qu'on a vraiment cette tendance à séparer des décisions ou des... oui,
des décisions et des planifications des
territoires et des réseaux qui font en sorte qu'on se ramasse avec des
territoires qui sont impossibles à desservir ou pour lesquels les
comportements de mobilité vont être extrêmement difficiles à convertir pour les
rendre un peu plus durables.
Donc, je
vais, sur ce, arrêter, si je retrouve ma fenêtre de... ah! bien, tiens, si je
retrouve ma fenêtre de... que je ne trouve pas. Ah oui! Voilà. «Stop
sharing.» Donc, voilà, les partages... et là on est prêts à discuter avec vous
si vous avez des questions mobilité et transport, parce que c'est
principalement ce qu'on connaît...
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Bien, merci beaucoup.
Mme Morency (Catherine) : ...et pour
lesquelles on a sans doute fait des estimations.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup pour votre présentation. Alors,
nous allons passer maintenant aux questions. Alors, je laisse la
ministre des Affaires municipales poser la première question.
Mme
Laforest : Oui. Alors, merci pour votre présentation, M.
Verreault, Mme Morency. En toute transparence, c'est sûr qu'on a reçu le
mémoire ça fait à peine une heure, alors, dans ce temps-là, c'est assez
difficile pour nous de bien prendre... de bien lire et de, si je peux dire,
bien comprendre votre document.
Alors, ce que je comprends, en résumé, c'est que
je crois que... en tout cas, le projet de loi, pour vous, c'est très, très
positif parce qu'on parle de mobilité, on parle de planification des
transports, planification du territoire. Les deux
vont ensemble. On parle, dans le projet de loi, également de l'importance des
cibles, du monitorage. Ça, c'est dans le projet également, de toujours
réfléchir à nos transports, la marche, le vélo, la réduction des véhicules,
l'obésité, j'ai bien lu, là, dans les
espaces d'activités routières, et toujours... bref, toujours réfléchir aux
comportements de mobilité.
Donc, il faut juste voir qu'on a eu quand même
une consultation de deux ans et demi, et évidemment, la mobilité, vous êtes au
courant, c'était au coeur des consultations.
Moi, je vais prendre, si c'est possible, bien
entendu... Le mémoire est ici. OK. Donc, je vais le lire vraiment calmement puis, après ça, je vais pouvoir me faire
une tête. Mais dites-vous que j'ai très bien entendu votre proposition... votre
présentation, mais, d'après moi, vous ne serez pas déçus, là, qu'on puisse
travailler vos demandes dans le projet de
loi. Disons que ça fait quand même longtemps qu'on n'a pas touché à cette
loi-là, ça fait une quarantaine d'années. D'avoir la politique d'aménagement du territoire, c'est quand même très
positif. Et, comme je le mentionne, mes collègues et moi, on vient juste de recevoir le document.
Alors, merci beaucoup, puis c'est sûr que je vais en prendre bonne note.
Merci à vous.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, c'est tout du côté ministériel? Alors, nous
allons passer maintenant du côté de l'opposition officielle. Mme la
députée des Mille-Îles.
Mme
Dufour : Merci. Merci, Mme Morency, d'avoir accepté notre invitation.
Je vous avais déjà rencontrée lorsque j'étais à Laval. Vous aviez travaillé,
là, sur le plan de réduction de GES de la ville. À l'époque, j'étais dans le
comité consultatif en environnement.
Et donc je vais
peut-être vous poser des questions, parce que, dans le document, il n'y a
pas... vous ne nous avez pas fait de recommandation, là, concernant le projet
de loi, mais je vous ai entendu dire qu'il faudrait une cible de réduction des
véhicules. Et là le projet de loi parle de bilan national d'aménagement du
territoire, et il y a tout ça à établir,
justement, les cibles qu'on devrait se donner. Donc, je comprends que, vous,
vous croyez qu'il devrait y avoir une cible de réduction du nombre de
véhicules et vous croyez que ça s'applique pour l'ensemble du Québec.
Mme Morency
(Catherine) : Oui. Je vais dire que ce que j'ai déposé, ce n'est pas
un mémoire, c'est une présentation que j'avais faite, notamment au comité
expert, là. Parce qu'on m'a interpelée, puis là j'ai dit : Bon, qu'est-ce qu'on dit sur ces choses-là? Puis moi,
ma compétence, c'est du transport, puis, au comité d'experts, il n'y avait
que moi qui étais en mobilité, ce qui m'avait quand même beaucoup étonnée, là.
Ce que je comprends de ces lois-là, c'est
qu'on a tendance à faire encore de la segmentation, et, je le répète, l'aménagement
du territoire est le responsable des problèmes qu'on a en transport. On
veut opérer un réseau de transport en commun. Si ça a été mal conçu, on a cet
enjeu-là.
Puis je trouve aussi
qu'on est très frileux sur l'établissement de cibles, sur le nombre de voitures
qui circulent ou qui sont requises. Parce
qu'on comprend qu'on a créé un monde qui est totalement dépendant de
l'automobile solo. Il y a d'autres solutions. Et tant que ça ne fait pas
partie des cibles qui vont déterminer la façon dont on aménage nos territoires
et qu'on détermine l'allocation de nos espaces, on va être un peu pris avec le
problème d'essayer de faire des mesures de mitigation, donc mettre en place des
services de transport en commun, etc.
Donc, pour moi, cette
cible-là, tant qu'on ne change pas notre... Tu sais, on peut avoir différentes
sortes de cibles, mais cette cible-là, pour
moi, elle est la clé de l'adoption de nouveaux comportements puis de la mise en
place de nouvelles... de nouveaux
types de solutions. C'est ça qu'on n'a pas. Donc, quand on réfléchit en termes
de changement des comportements de mobilité et pas en termes de
changements structurels, bien, on n'a pas les mêmes types de solution. Ça fait
que ça m'apparaît effectivement quelque chose de relativement fondamental,
étant donné l'argent et l'espace qu'on met dans nos voitures puis les impacts
négatifs qui sont associés à tout ça.
Mme Dufour : Oui. Puis à part cette cible-là du nombre de
véhicules, est-ce qu'il y en a d'autres que vous croyez qui seraient
représentatives, là, de... Dans le fond, est-ce qu'on s'en va dans la bonne
direction pour l'aménagement du territoire, mais dans votre champ de
compétence, là?
Mme Morency
(Catherine) : Oui. Bien, c'est sûr que, je veux dire, tout ce qui
est... Je répète aussi que je suis dans le
comité consultatif sur les changements climatiques, là. Puis, quand il y a eu
l'avis sur... le moratoire sur la construction d'autoroutes, là, je dois
vous avouer que j'avais beaucoup poussé pour le moratoire sur la construction
d'autoroutes, parce qu'actuellement on a une surcapacité... même si les gens ne
le croient pas, on a une surcapacité parce qu'on utilise mal nos routes. Donc,
je pense qu'on a... il faut vraiment réfléchir à la façon dont on développe
notre territoire, puis arrêter de l'étendre, puis générer une augmentation des
distances, parce que c'est ça qu'on crée.
Donc, dans les
cibles, je pense qu'il faut... Là, pour moi, je ne peux pas avoir un chiffre,
mais un chiffre au niveau de ce qui est
construit, donc ce qui est construit en termes de territoires, il faut être
capable d'évaluer c'est quoi, la capacité de revalorisation pour des
fins d'habitation, mais...
Quand
je parle d'obésité, là, ce qu'on construit, ce sont quand même des territoires
très étalés, avec une densité très faible de ménages, une densité très
faible de... Tu sais, on utilise beaucoup de mètres carrés par personne. On n'est pas du tout dans un état d'esprit où on a
une espèce de sobriété de consommation de nos ressources. On s'approprie
beaucoup, d'un point de vue privé, le territoire. Ça, pour moi, c'est
préoccupant.
Ça fait que je ne
sais pas quel doit être... comment la cible doit être énumérée, mais c'est sûr
qu'il faut vraiment cesser d'étaler les territoires pour faire de la
densification et de la mixité et réfléchir à la façon d'anticiper les besoins
de mobilité. Pour moi, ça, c'est le gros enjeu aussi, parce qu'on y va souvent
a posteriori. On a développé un territoire puis soudainement on se questionne,
tu sais : Comment les gens vont pouvoir se déplacer? Ils vont aller faire
leur... l'ensemble de leurs activités où? On l'a vu dans plusieurs endroits,
là, dans les banlieues de Montréal, notamment. Ça, c'est un enjeu, que ça ne
soit pas réfléchi de façon simultanée.
Mme Dufour : Que pensez-vous des seuils de... minimaux de
stationnement? Il y a un groupe qui nous a demandé de les éliminer
complètement. Donc, vous opinez quoi de cette demande?
Mme Morency (Catherine) : Le stationnement est un
sujet très chaud, là, mais on a fait des recommandations au gouvernement il y a
à peu près 15 ans pour une tarification métropolitaine du stationnement,
donc une gestion systématique de tout espace de stationnement hors domicile.
Donc, je pense que ça va tout à fait en lien avec la cible de réduction du
nombre de véhicules privés.
Et
je peux vous dire que... c'est un chiffre qui, je ne sais pas, qui va vous
faire sursauter, mais, pour Montréal, si on mutualisait l'ensemble des
véhicules, on pourrait enlever 1 million de véhicules sur 1,8 en ne
changeant pas les comportements. Donc, tout déplacement en automobile
conducteur se fait en automobile conducteur encore. Ça, ça veut dire qu'on a un usage qui est très, très
mauvais, puis ça consomme beaucoup d'espace. On consomme de l'espace. Ça fait que je répète encore ma question
d'obésité, là, on consomme beaucoup d'espace par nos véhicules, par la façon
dont on occupe de façon privée le territoire.
Donc,
c'est sûr que le stationnement est le principal levier pour changer. Si vous
n'avez plus de stationnement, vous n'attirez plus de véhicules,
clairement. C'est un... (panne de son) ...mais c'est clair que, si on veut
mettre des cibles, des ratios de nombre
d'espaces de stationnement par personne ou... il faut offrir des options. Il
faut offrir des options de mobilité, là.
• (17 heures) •
Mme
Dufour : Oui, tout à fait. Je vous confirme qu'on consomme
beaucoup d'espaces. À Laval, on avait fait l'exercice, et c'était entre
trois et quatre espaces de stationnement par véhicule de Lavalois.
Mme Morency (Catherine) : Oui, c'est
ça.
Mme
Dufour : Donc, c'est
effectivement énorme. Et vous avez raison de dire que, 95 % du temps, les
véhicules sont stationnés, donc ils ne bougent pas.
Je voudrais
vous entendre sur les... Il y a l'enjeu... Le transport en commun structurant,
actuellement, s'implante des fois à des endroits où ce n'est pas encore
développé. Le REM, par exemple, vient s'implanter, on l'a vu... au lieu de se mettre du côté du Dix30, il se met dans
l'autre quadrant où il n'y a rien encore de construit. Et c'est comme ça
ailleurs. Il y a une gare à Sainte-Rose, à Laval aussi, qui n'a rien de
construit autour, et là vont se développer ces nouveaux quartiers là.
Et, il y a quelques années, j'avais entendu
Gérard Beaudet qui parlait des enjeux de la démographie qui n'étaient pas en
adéquation avec, dans le fond, l'offre de logements. Dans le fond, les gens qui
vont dans ces TOD-là ne sont pas nécessairement ceux qui vont prendre le
transport en commun qui est juste à côté et que, finalement, ça génère autant de déplacements, sinon même plus,
parce que ceux qui habitent dans le TOD sont, par exemple, des gens en fin de carrière qui ne se rendent plus au
centre-ville pour aller travailler et qui vont prendre leur véhicule pour aller,
je ne sais pas, moi, à la salle de cinéma,
quand... en après-midi versus ceux qui vont aller travailler vont habiter plus
loin et prendre leur véhicule.
Donc,
finalement, les TOD ne jouaient pas leur rôle de réduction du nombre de
déplacements. Alors, j'aimerais vous entendre sur cette théorie-là et si
vous avez observé la même chose.
Mme Morency (Catherine) : Je n'ai
pas observé directement ceci. Ce que je peux dire, c'est que ça soulève quand
même l'enjeu de l'abordabilité intégrée des coûts de transport et d'habitation.
Parce qu'actuellement, tu sais, on a une
interaction qui est tellement forte entre l'aménagement du territoire et le
transport qu'actuellement on a vraiment des décisions de localisation
résidentielle qui sont faites en raison du coût puis du... souvent en
négligeant le coût de transport qui va résulter de ce nouveau choix de
localisation.
Ça fait que c'est sûr... et, encore une fois, ce
n'est pas moi, la spécialiste pour dire comment il faut tarifer le logement ou comment il faut le subventionner, là,
mais il reste que cette décision, la décision du choix de localisation,
va déterminer les coûts de transport. Le calcul est relativement compliqué à
faire. Ça fait que c'est sûr que, si j'avais à me pencher sur cette
question-là, faciliter l'accès au logement près des sites de transport en
commun, donc, en maintenant des coûts moindres, et rendre le coût de transport
plus en phase avec l'ensemble des externalités qu'il génère permettrait
d'éviter, sans doute, des délocalisations de gens qui bénéficieraient d'être à
proximité des noeuds de transport en commun structurants. Ça, c'est clair.
Puis je ne sais pas si, anecdotiquement, on n'a
pas les bonnes personnes à côté, mais ce que je sais, c'est que, quand on a
accès à un réseau de transport en commun structurant, avec une forte amplitude
et une haute fréquence, on a la capacité de réduire le nombre de véhicules
possédés, donc que les gens adoptent une mobilité qui est plus ancrée sur les modes durables, dans la mesure où
on n'a pas juste mis une ligne de transport en commun, parce qu'on a vu
des... j'appelle ça des pseudo-TOD, là, où on fait beaucoup de densification
autour, mais il n'y a pas de service. S'il
n'y a pas de service, bien là, je vais être obligé d'avoir ma voiture pour
aller ailleurs, donc là, finalement, ça n'atteint pas les objectifs, qui
seraient de réduire la dépendance à l'auto dans ces quartiers-là.
Ça fait qu'il y a quand même une série de
critères à faire. Ce n'est pas juste de la densification, c'est aussi d'avoir de la diversité, c'est de s'assurer qu'il
y a l'ensemble des services requis pour répondre aux besoins, et là on va
peut-être avoir des... une capacité à réduire puis à faire en sorte que les
gens adoptent un mode de vie qui est basé sur d'autres types de déplacements...
d'autres types de modes de transport. Je pense qu'il y a ça aussi qui se crée.
Puis il ne faut pas négliger aussi...
J'émets le début de la question, là, dans le sens où je me souviens que, quand
les trains de banlieue se développaient, on disait à l'AMT de
l'époque : Vos trains vont aussi générer de l'étalement urbain.
Puis il faut réfléchir, quand on a des
investissements à faire en transport en commun, c'est où qu'on doit les mettre. Si on est vraiment riches, là, puis qu'on
veut investir dans le réseau de transport en commun, questionnons-nous sur
la capacité de transformation structurelle du système de mobilité des
résidents. Est-ce que c'est vraiment la ligne de train de banlieue où je vais
aller chercher des gens qui font des déplacements pendulaires, mais qui
possèdent trois autos, puis l'ensemble de leurs autres déplacements vont être
en auto, ou je vais aller dans les quartiers où, finalement, je vais permettre aux gens de se départir des véhicules puis
de faire l'ensemble de leurs déplacements avec d'autres modes?
Ça, pour moi, il y a quand même une réflexion à
faire sur où est-ce qu'on devrait favoriser, et ça, ça dépend des cibles. Si ma cible, c'est de faire en sorte
que le travailleur prenne le transport en commun, et non de dire : Comment
je fais pour que des ménages puissent s'affranchir de la nécessité de
posséder deux véhicules?, là, je n'aurai pas les mêmes stratégies. Ça fait que
je sais que j'insiste beaucoup sur cette cible de réduction, mais elle est
quand même très structurante sur le type de
stratégie qu'on va vouloir adopter par la suite, mais, bon... Ça fait que les
TOD, en soi, l'idée
de densifier est intéressante, mais il faut le densifier intelligemment, puis
ça veut dire qu'il faut aussi mettre des services. Ce n'est pas juste
dire : Ces gens-là vont pouvoir prendre des transports en commun pour
aller au centre-ville. Surtout en postpandémie, ça change complètement
la réflexion, là.
Mme Dufour : On se déplace de moins
en moins vers le centre-ville, effectivement. Bien, je vous remercie beaucoup,
Mme Morency, c'était éclairant. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup, députée de Mille-Îles. Alors, nous allons passer à la deuxième
opposition. M. le député de Taschereau.
M.
Grandmont : Merci, M. le Président. Est-ce qu'il restait... Il
y a du temps résiduel de la partie ministérielle. Est-ce que je peux
l'utiliser? Oui?
Le
Président (M. Schneeberger) : Oui, je pense qu'il n'y a pas de... Je ne sais pas
si... oui, oui, il n'y a pas de
problème.
M. Grandmont : Donc, j'ai... ça me
donne combien de temps?
Le
Président (M. Schneeberger) : Ah! bien là, allez-y, là, puis on va le calculer, parce que
je n'ai pas la réponse.
M.
Grandmont : Vous le calculerez? Peut-être juste me faire
signe, à un moment donné. C'est bon. Parfait, merci beaucoup.
Merci beaucoup pour votre intervention, Mme
Morency. J'aimerais vous ramener, en fait, sur la Politique de mobilité
durable. C'est intéressant, parce qu'à Québec il y a eu un exercice similaire
qui avait été fait avec le plan de mobilité
durable. Je me souviens de François Picard, le conseiller municipal qui
pilotait le dossier, qui avait dit : Nous, on pensait parler juste de
transport. Puis, dans les faits, à la fin, il disait bien candidement :
Mais finalement, c'est beaucoup d'aménagement du territoire aussi. Donc,
c'est vraiment intrinsèquement lié, c'est très important.
Dans la politique
québécoise de mobilité durable... cette politique-là est articulée sur
l'approche RTA : réduire, transférer,
améliorer. Réduire le nombre de déplacements effectués et la distance des
déplacements qui sont effectués. Transférer,
ensuite, c'est-à-dire développer du transport collectif et actif pour que les
gens... susciter de l'offre de transport collectif et actif pour que les
gens l'utilisent. Et améliorer, essentiellement, améliorer l'efficacité
énergétique des véhicules. Et on doit les faire dans l'ordre. Si on veut avoir
un effet pérenne, transversal, on doit les faire dans l'ordre, RTA. Est-ce que
vous pensez que le gouvernement, d'après ce que vous voyez puis ce que vous
avez pu lire dans le projet de loi sur l'aménagement et l'urbanisme, que vous
pensez qu'on est sur la bonne voie pour rejoindre ces objectifs de la politique
et de l'approche RTA?
Mme Morency (Catherine) : De façon
systématique, je pense qu'on est très frileux à prendre des approches qui vont véritablement transformer la demande.
Parce c'est ce que ça fait, hein, l'approche. Le R, là, permet de faire une
transformation. Ça fait qu'on dit : OK, il faut questionner la façon dont
les gens vont se déplacer, il faut questionner la façon dont on aménage nos
territoires pour véritablement faire une transformation. C'est ma
compréhension, là, et... bon, compréhension,
on pourrait le dire comme ça. C'est que c'est tellement plus facile de faire le
A et le... donc, de transférer puis
d'améliorer sans questionner, ou aller travailler à faire les changements
structuraux, qui sont beaucoup plus
longs, que c'est sûr qu'on voit rarement ce... les stratégies de transformation
vont être mises en place efficacement. Ça fait que c'est un peu comme ça
que je répondrais, là.
Mais, oui, il faut adopter RTA, puis oui, il
faut mettre en place le R tout de suite, même si les impacts vont être vus
beaucoup plus loin dans le temps. C'est là où il y a toujours une complexité à
les mettre en place, c'est qu'on n'a pas le... Il y a des... il y a cette espèce
de concept, là, où on veut avoir des gains rapides, là, mais les gains rapides
sont moins grands que les gains qu'on va avoir à long terme, qui vont vraiment
permettre d'infléchir la direction vers où on s'en va. Ça fait que je pense
qu'il faut réinsister et réinsister sur ces stratégies de réduction.
Moi, je n'entends pas assez le mot «sobriété»,
je n'entends pas assez le mot «contraindre» les... la façon dont on fait le
développement de quartiers résidentiels, je n'entends pas assez l'obligation
d'avoir des cibles ou l'atteinte de résultats en termes de comportement a
posteriori. Ça, on ne l'a pas, là. Souvent, nos indicateurs... mais on peut
parler de monitoring des impacts de la loi. On n'aura pas d'indicateurs
d'impact, on va voir des indicateurs d'input, ahm
on a fait ci, on a fait ça, on a fait ça. Mais est-ce que, finalement, ça s'est
traduit par une réduction de quelque chose? C'est rare qu'on va avoir ça
dans nos politiques ou dans nos plans. Donc, je dirais que...
M. Grandmont : ...le réduire. Oui?
Mme Morency (Catherine) : C'est ça,
le réduire...
M.
Grandmont : Le réduire, c'est vraiment l'aménagement du
territoire, en fait. Là, c'est vraiment... on touche vraiment
l'aménagement du territoire.
Mme Morency (Catherine) : Définitivement,
oui.
M. Grandmont : Donc,
il faut absolument aménager nos villes, aménager nos quartiers. Donc, il faut
être extrêmement ambitieux. Donc, ce que je comprends, c'est que, si on veut
atteindre nos objectifs de politique, on veut avoir un impact sur les
changements climatiques, sur l'occupation du territoire, de manière générale,
ce qu'on est en train de faire là est absolument essentiel, et on doit être
très ambitieux.
Mme Morency (Catherine) : Très,
très, très ambitieux. Il faut vraiment transformer la façon dont on occupe le
territoire. Puis souvent, on va nous poser la question, tu sais :
Qu'est-ce qu'on fait pour les territoires déjà construits? Eh bien, j'ai
dit : La première chose qu'on fait, c'est qu'on fait un diagnostic sérieux
de la façon dont on peut transformer les territoires qui sont construits, parce
qu'on est capables de savoir si c'est un enjeu de... c'est quel type d'enjeu. Est-ce que c'est un enjeu de
non-disponibilité de services? Ce que j'ai fait pour Laval, d'ailleurs. Tu
sais, on regardait : Est-ce que c'est parce qu'il manque de
services? Comment on fait pour faire en sorte que les gens qui se déplacent
avec un certain mode puissent s'affranchir de l'automobile?
Mais, oui, la clé numéro un... ça, j'ai beaucoup
aimé ma phrase, qui avait choqué beaucoup des gens... Mais tous les problèmes
de transports qu'on a, ce sont des mauvaises décisions d'aménagement. Tu sais,
on hérite de quelque chose pour lequel il n'y a pas eu d'anticipation des
impacts que ça aurait sur les populations qui vont décider d'aller... pour les employeurs qui vont se
localiser à ces endroits-là, dire : On construit puis, après ça, on
constate. Puis on dit : Bien là,
comment qu'on va faire pour que les gens ne soient pas, tu sais... Mais la
réflexion est faite à l'envers ou elle est faite de façon encore trop
segmentée.
Ça fait que,
dans cette loi-là, là, j'ai vu... tu sais, je vois «mobilité durable», là. Bon,
c'est un mot qu'on utilise beaucoup mais il faut vraiment être capables
d'anticiper. Puis, si je fais ça, qu'est-ce qu'il va y avoir comme impact au
niveau de la mobilité? Qui va générer quoi? Qui va y aller? Comment? C'est
quoi, le niveau de compétitivité que je veux
offrir avec mes autres options? Est-ce que je vais être capable de mettre du
transport en commun? Puis combien ça va coûter? Je trouve qu'on ne la
fait pas assez, cette réflexion-là, là, en amont.
M.
Grandmont : Donc, je comprends que vous faites un appel à
arrêter de travailler en silo. Il y a des... plusieurs intervenants qui
nous ont proposé... notamment l'IDU, là, qui nous a proposé de créer un
ministère de l'Occupation du territoire, là, qui mélangerait à la fois
l'occupation du territoire, là, les affaires municipales, ou, en tout cas, là,
l'occupation, et les transports, pour être sûrs que ces deux gros ministères
là, dans le fond, qui ont un impact très, très grand, puissent être coordonnés.
Est-ce que vous... qu'est-ce que vous pensez, en fait, de cette proposition-là?
Mme Morency (Catherine) : Oui, c'est
les modèles qu'on essaie de développer...
• (17 h 10) •
Le
Président (M. Schneeberger) : Bien, excusez-moi, M. le député de Taschereau,
parce que vous avez déjà dépassé de 30 secondes. Je vous laissais
finir, là, mais je... Si votre réponse est courte, je laisse aller, sinon,
je... Je vais vous laisser aller pour 20, 30 secondes, et puis on termine
ça.
Mme Morency (Catherine) : Bien, il y
a un beau cercle qui explique tout ça, hein, les effets, les interactions au
transport, aménagement, il y a un beau cercle qui confirme que c'est vraiment
des interactions qui sont continues, alors c'est fondamental pour moi. Puis là
je ne sais pas si... c'est trop long, là, mais c'est clair que ça prend ça,
parce qu'actuellement ça... on voit que ça n'a pas fonctionné du tout. En tout
cas, d'un point de vue transport, le diagnostic que je fais, il est
relativement plutôt déprimant.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre collaboration et votre mémoire.
Alors, on suspend quelques instants pour
permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 17 h 11)
(Reprise à 17 h 17)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous reprenons nos travaux. Alors, je salue le dernier groupe de la
journée. Alors, je salue et souhaite la bienvenue au collectif G15+. Alors,
vous avez 10 minutes pour présenter votre mémoire ainsi que vous
présenter. Alors, je vous laisse la parole.
G15+
Mme Desbiens (Gabrielle) : Moi,
c'est Gabrielle Desbiens, je suis la coprésidente du Réseau des conseils
régionaux de la culture du Québec, qui est membre du collectif G15+. Merci.
Donc, bien, je laisse mes collègues se présenter.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Donc, Samuel Pagé-Plouffe, je suis directeur des
Affaires publiques et gouvernementales chez Vivre en ville.
Mme Alain (Béatrice) : Béatrice
Alain, directrice générale du Chantier de l'économie sociale.
Mme Desbiens
(Gabrielle) : Alors, le collectif G15+, on est honorés de pouvoir
présenter ce mémoire à vous, Mmes et MM. les
élus, à la Commission de
l'aménagement du territoire. On est
contents de faire partie de cette plus importante modification depuis
45 ans à cette loi, qui revêt, en fait, une très haute importance, et,
pour cette raison, bien, elle doit être à la hauteur des défis
contemporains.
Le collectif G15+, depuis 2020, on s'appuie sur
le dialogue social pour favoriser la transformation de l'économie québécoise vers une société plus solidaire, prospère et verte
puis on veut placer le bien-être de la population au coeur des décisions politiques. On est... ce
collectif est composé de leaders économiques, sociaux, syndicaux, culturels, etc., puis on veut vraiment contribuer
au développement du Québec en misant sur le dialogue avec vous, les
décideurs publics, avec la société civile et la population. C'est pourquoi,
évidemment, la question de l'aménagement du
territoire est très importante pour nous. C'est un enjeu qui est au coeur de
notre identité collective, c'est transversal à toutes les questions de
développement du Québec, puis on place cette question-là vraiment au coeur de
nos actions. On a organisé des événements
qui ont mobilisé des élus, des parties prenantes de la société civile. On fait
souvent des recommandations dans différents sujets pour vraiment
permettre à tout le monde de vivre dans des milieux de vie sains, durables,
abordables. Puis on vous... on propose aussi des feuilles de route.
Un grand chantier qu'on a fait au G15+, c'est
les indicateurs du bien-être du Québec. Ils sont en référence dans notre mémoire, on vous invite à les
consulter, puis l'objectif de ces indicateurs-là, c'est
d'encourager le gouvernement, de vous
encourager à intégrer le bien-être au coeur, encore une fois, des politiques
publiques. Beaucoup de ces indicateurs concernent l'aménagement du
territoire également, là, donc on fait du lien avec ça.
• (17 h 20) •
Alors, on pense que le Québec est mûr pour cette
nouvelle... une nouvelle approche en aménagement et en urbanisme. La révision
de cette loi devrait, selon nous, participer à l'amélioration des pratiques en
aménagement et en urbanisme, et le succès de cette réforme de la loi va être
jugé à la lumière d'un indicateur, un indicateur qui va contribuer à l'atteinte
des résultats concrets de cibles cohérentes avec la vision stratégique qui
serait établie dans la Politique nationale
de l'architecture et de l'aménagement du territoire. Donc, on va, au cours des
prochaines minutes, là, vous présenter certaines bonifications qu'on
vous propose au projet de loi pour que cette réforme puisse amener une nouvelle
façon de faire l'aménagement et l'urbanisme au Québec. Donc, voilà. Je passe la
parole à Samuel.
M.
Pagé-Plouffe (Samuel) : Merci. Merci, Gabrielle. Alors, notre première
proposition, vous l'avez beaucoup entendue lors des différentes
auditions en commission parlementaire : inscrire la Politique nationale
d'architecture et d'aménagement du
territoire et sa mise à jour dans la loi. On se permet quand même de le
répéter, même si ça a été dit par
d'autres organisations, parce que l'on considère que ce sur quoi vous avez
travaillé, Mme la ministre, c'est un grand legs que vous allez laisser au Québec, et on croit qu'il est important
d'assurer sa pérennité et que, pour que cette vision-là, qui doit guider
essentiellement l'ensemble des actions dee l'État en matière d'aménagement du
territoire et d'urbanisme, pour que
cette vision-là demeure la bonne, demeure pertinente, bien, il faut prévoir sa
mise à jour, parce que les défis, bien, ils évoluent. Ils évoluent
toujours, en aménagement du territoire. Le gouvernement reconnaît, d'ailleurs,
qu'on a trop tardé à agir, que le cadre
d'aménagement, il était gravement, disons, dû pour une mise à jour, et donc
qu'il fallait le faire.
Il y a
plusieurs politiques gouvernementales, puis là je ne veux pas trop m'épancher
là-dessus, mais notamment la
Politique culturelle et la politique-cadre sur les changements climatiques, qui
sont inscrites dans des lois et dans le... pour ce qui est spécifiquement, là, de la politique-cadre sur les
changements climatiques, bien, en plus, sa mise à jour, elle est prévue. Ça a été fait, là, par le projet
de loi n° 44, à l'époque, sur la gouvernance climatique, là,
par monsieur... votre collègue, M. Charette. Donc, on est
convaincus que le plan de mise à jour... le plan de mise en oeuvre qui sera
déposé dans les prochaines semaines, on ne sait pas encore exactement à
quel moment, là, va contenir de nombreuses mesures qui seront utiles, qui
seront pertinentes et qui ne pourraient pas avoir lieu, si on se limitait, par
exemple, à avoir un cadre d'aménagement avec les mesures légales et les mesures
réglementaires qui sont mises à jour.
Et aussi, je dirais, pour terminer sur ce
point-là, bien, c'est qu'il y a de nombreux changements, je dirais, démographiques. Pensons au vieillissement de la
population, les changements climatiques, les transformations numériques,
que l'on ne peut pas voir venir à l'avance. Et la planification, ça se fait sur
20 ans, la planification territoriale, 20 ans, minimalement, et, comme on ne peut pas voir ces
défis-là à l'avance, bien, il faut prévoir, justement, comme je le disais,
une mise à jour des mécanismes.
Le point suivant, établir des objectifs clairs,
des indicateurs et un monitorage rigoureux pour une nouvelle approche en
aménagement et en urbanisme. Bien, essentiellement, ce que l'on a à dire, ici,
c'est qu'on vous félicite... en fait, on vous félicite d'inscrire des finalités
à la planification territoriale. L'article 6 qui est prévu dans le projet
de loi, il est bon parce qu'il vient donner
un sens à la planification territoriale et à la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme. On dit souvent que c'est une loi de procédure, mais il vient
donner un sens. Ce qu'il faut maintenant, par contre, c'est de faire un lien
entre ces finalités-là et, bien, essentiellement, les schémas et les bilans qui
vont être réalisés. Donc, quand on dit faire
les liens, on met en place... on va mettre en place des bilans, mais il faut
s'assurer que, dans les bilans, il y ait des indicateurs qui soient
pertinents puis qui viennent s'attacher à l'ensemble des finalités qui sont
inscrites à l'article 6.
On dit aussi, souvent, que ce qui nous manque au
Québec, c'est une culture de l'aménagement, et pour entretenir une culture de
l'aménagement, notre impression, c'est que la période de cinq ans pour la
diffusion des bilans est limitative. Il faut
trouver une manière, peu importe laquelle elle sera, de maintenir une
conversation, un peu comme vous avez
tenue, une conversation nationale sur l'aménagement et l'urbanisme. Et là,
nous, ce que l'on propose, comme
d'autres organisations, c'est la diffusion de bilans de mi-parcours, qui
pourront s'inscrire dans une perspective de dialogue
social, hein? Au G15, c'est une de nos grandes priorités, le dialogue social.
Et aussi que, lors de la diffusion de ces bilans-là, bien, qu'il y ait
une instance qui soit en mesure de formuler des recommandations sur comment on corrige les tendances, si les tendances ne sont
pas les bonnes. Donc, encore une fois, là-dessus, ce que je disais,
c'est : Il faut faire les liens entre la vision et la loi, la
vision stratégique, et entre les finalités et les schémas, le contenu des
schémas, et les bilans.
Et,
pour terminer, bien, un point sur l'exemplarité de l'État. Bien, d'une part...
Bon, je crois que Vivre en ville
a parlé d'un test territoire tout à l'heure.
On parle souvent d'une clause de cohérence en aménagement, et aussi, le G15+,
là, propose de reconnaître la valeur des services écologiques rendus par
les infrastructures naturelles. On voit ça comme une manière de rendre l'État
exemplaire. Donc, je passe maintenant la parole à Béatrice.
Mme Alain
(Béatrice) : Merci. Je voulais parler de quelques autres points dans
ce projet de loi. D'abord, le G15 accueille
positivement, à l'article 125, le pouvoir de zonage incitatif. C'est clair
qu'il prend... ça prend des nouveaux outils
pour faire face à la crise de logements. Par contre, on propose d'aller plus
loin. En plus, on propose d'aller plus loin, et par la mise en place
d'un outil plus novateur, plus efficace, qui serait le zonage différencié.
Donc, concrètement, on parle d'octroyer un
bonus de densification à des organisations qui développent du logement sans but
lucratif. Ça veut dire donner un étage, permettre un étage de plus,
avoir un zonage qui permet un étage de plus à des développements de logements
sans but lucratif, parce qu'ils font 100 % du logement sans but lucratif,
parce qu'ils restent sans but lucratif, donc, à terme, vont rester abordables à
perpétuité. Donc, c'est très efficace comme moyen pour accélérer le logement
de... ce genre de logements.
Deuxièmement, on
voulait, en tant que G15, accueillir vraiment favorablement la modernisation
des processus de consultation. C'était important. C'est un bon point de cette
loi. On pense qu'on peut encore améliorer les pratiques de consultation puis,
notamment, le rehaussement des exigences de participation. On a vu beaucoup
d'enjeux de... où, c'est ça, les exigences n'étaient pas appropriées, on ne
consultait pas les bonnes personnes. Donc, ça, c'est bonifié,
l'article 113, notamment, là-dessus, par contre.
Finalement, on s'étonne
du fait que la réalité des enjeux autochtones, elle n'est pas du tout nommée
dans ce projet de loi. Les 11 nations autochtones ne sont juste pas là. La
reconnaissance de leur présence sur ce territoire depuis des millénaires, le
devoir de consultation de ces nations, puis la prise en compte de leurs droits,
il me semble que... serait important dans un processus, dans une loi qui parle
du territoire. Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci beaucoup. Alors... Oui?
Une voix :
...
Le
Président (M. Schneeberger) :
C'est parce que votre temps est écoulé. Je ne sais pas si vous avez d'autres
choses...
Mme Desbiens
(Gabrielle) : Bien, oui, un dernier point.
Le Président (M. Schneeberger) : Non,
mais ce qui est important... Attendez. Est-ce qu'on le prend sur le temps
du gouvernement? Parce que, sinon...
Mme
Laforest : ...
Le Président (M.
Schneeberger) : OK. Parfait.
Mme Desbiens
(Gabrielle) : Merci, c'est très apprécié. Bien, rapidement, je ne peux
pas ne pas parler de patrimoine et de culture.
Donc,
le G15+ souhaite, là, souligner l'importance de l'aménagement culturel. Je
pense que vous le savez, il y a des
outils qui existent là-dessus. L'aménagement culturel contribue à
l'amélioration de la qualité de vie, des populations, va renforcer le
sentiment d'appartenance, d'identité, puis ça, ça passe, entre autres, par la
valorisation du patrimoine bâti. Et puis il
y a une idée qui a été... une manière de le faire, en fait, là, c'est une idée
de l'organisme... Entremise, je m'excuse, qui propose, en fait, de
mettre en place, là, d'intégrer à la loi un pouvoir qui habiliterait les
municipalités d'autoriser des usages, de manière temporaire... les bâtiments
patrimoniaux qui ne sont plus en utilisation, pour vraiment faciliter
l'occupation transitoire de bâtiments vacants. En fait, ce serait... on vous
propose de formaliser une pratique qui se
fait déjà dans la ville de Québec. Donc, peut-être, d'élargir cette
permission-là à plus, ça encouragerait les municipalités, peut-être, à
passer à l'action à cet... à ce niveau-là.
Donc,
bien, voilà, merci de nous avoir écoutés. On est très contents d'avoir pu vous
faire part de nos réflexions puis on est prêts à répondre à vos
questions.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci à... (panne de son) ...votre
présentation. Alors, nous allons maintenant débuter la période de questions, et
je donne la parole à Mme la ministre des Affaires municipales.
Mme Laforest :
Oui. Alors, merci beaucoup. Je
prends bonne note pour l'exemple... l'exemple de Québec, avec l'usage transitoire. Merci beaucoup. Pour les
autochtones, il y a eu des consultations particulières avec la politique
nationale d'aménagement. Donc, ça aussi, on a eu des consultations spécifiquement
avec les autochtones.
Ma première question va à
M. Samuel, parce qu'on a rencontré certains groupes et, par exemple, Vivre en
ville, qui disait qu'il est... que Vivre en ville était pour faire du mur-à-mur
dans certains cas. Et, considérant votre expérience, pouvez-vous me faire la
différence... ou peut-être que j'ai mal compris, mais pourquoi... Précédemment,
on disait que c'était positif de faire du mur-à-mur pour l'aménagement du
territoire. Est-ce que vous êtes pour le mur-à-mur? Mais vous, vous avez dit,
tantôt, l'inverse. Alors, je ne comprends pas la différence de position.
• (17 h 30) •
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : On est
pour la cohérence, je dirais, en aménagement du territoire. C'est un terme qui
est souvent utilisé. C'était la recherche, même, au moment où a été élaborée la
LAU à l'époque, la cohérence en aménagement du territoire. Il y avait eu le
rapport La Haye, qui recherchait la cohérence. Bien, il y a toujours, en fait, des... certaines modulations
qui peuvent être apportées, puis j'ai écouté, tout à l'heure, la consultation.
Je crois que vous devez référer, là, à M. Savard. Et, bien, ce qu'on
observe, c'est qu'il y a des tendances lourdes dans les juridictions pour
mettre en place des mesures fortes, effectivement. Peut-être que vous référez
aux mesures en matière d'habitation. Effectivement, ça s'observe. Il y a
toujours, quand même, des manières d'apporter des nuances, par exemple, dans
les secteurs patrimoniaux. Donc, ça se fait.
Ceci dit, à ce moment-ci, on présente le mémoire
du G15+, et je m'en tiendrai quand même aux mesures proposées par le G15, qui, en habitation, de manière générale, appuie ce
qui se trouve dans le projet de loi, mais appelle, néanmoins, à certaines bonifications. Ma collègue
Béatrice a notamment évoqué le zonage différencié, qui est un outil qui,
je crois, serait particulièrement porteur. Je ne sais pas si, Béatrice...
Mme Laforest : Oui, c'est bien.
J'aime bien votre position. D'ailleurs, le mémoire est très... je pense qu'il
est complet et très équilibré, je dois vous le mentionner. Alors, c'est
positif, mais je voulais quand même entendre votre position.
J'ai une question, si c'est possible... Vous
dites que vous êtes pour les changements avec les processus de consultation, et j'aimerais ça, peut-être,
que... si c'est possible d'élaborer. Vous sembliez dire qu'il y a
eu des mauvaises expériences ou des projets qui n'ont pas été de l'avant
à cause des processus de consultation. Est-ce que vous avez vécu des... un
arrêt de projet ou un projet qui n'a pas fonctionné à cause des processus de
consultation?
Mme Alain (Béatrice) : Je pense que
ce n'est pas tant le constat de projet à projet. Le G15 rassemble des
organisations de tout type, donc le souci est d'assurer qu'on puisse
développer... On sait que la crise du logement, elle est partout, elle est à des échelles, elle appelle à des genres de
projets différents, et que les processus de consultation, autour de
nouveaux développements, n'ont pas été modernisés et aussi doivent être modulés
en fonction de la taille, que ce soit du logement ou des espaces naturels, la
taille, l'importance pour la communauté, la retombée, l'usage de ceux-ci par
juste le quartier, toute la ville, la région en général. Donc, je pense qu'il y
a une réflexion puis une occasion d'améliorer ces processus de consultation.
Mme Laforest : Excellent. Je sais
que mes collègues aussi ont des questions. Je ne sais pas, rapidement, l'usage
transitoire pour Québec, ça me chicote. Pouvez-vous peut-être m'expliquer un
peu ou détailler cet usage transitoire si on pouvait le faire à la grandeur du Québec?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien, on
peut compléter. Essentiellement, c'est de permettre, pour une certaine période,
un usage qui n'est pas prévu dans un secteur pour mettre en valeur un bâtiment
ou un lieu qui est vacant pour faire différentes choses, comme je l'ai dit, qui
n'auraient pas été faites dans ce secteur-là, donc, par exemple de la diffusion culturelle, des spectacles. Et, bien,
la ville de Québec, effectivement, dans sa charte, prévoit des... un usage
transitoire de certains lieux, mais, comme
ce n'est pas formalisé dans la loi, il y a une hésitation de la part de plusieurs
municipalités à mettre en oeuvre de telles actions qui sont bonnes,
essentiellement, pour la mise en valeur de bâtiments.
Puis, après ça, on dit qu'ils sont transitoires, mais qui peuvent mener, par la
suite, à une véritable mise en valeur puis une occupation permanente,
par la suite, là, du patrimoine, des bâtiments aussi.
Mme Alain (Béatrice) : Juste si je
peux compléter... D'une part, l'usage temporaire ou transitoire d'un bâtiment
est nettement préférable à un espace vide pour des raisons de maintenir
l'usage, mais aussi pour des questions de sécurité. D'autre part, c'est une
façon de tester des usages. Donc, si je mets un «pop-up shop» de... tu sais, un point alimentaire, un point culturel,
est-ce que c'est usage... donc, est-ce que c'est utilisé? Est-ce que c'est
fréquenté? Est-ce que le marché est viable? Donc, c'est une façon
d'encourager l'entrepreneuriat, la prise en charge, de tester des besoins dans
une communauté.
Mais c'est sûr que ça peut être risqué, si on
utilise une vieille gare pour un usage culturel. Ce n'est pas zoné pour ça, le bâtiment n'est pas toujours exactement
au code. Donc, on évalue le risque par rapport à l'occasion de tester
cette formule le temps d'un été, par exemple. Et c'est là où ce projet de loi
peut venir encourager puis confirmer le droit et la pertinence pour les
municipalités de faire ça. Et on a vu des cas à Montréal aussi, comme à Québec,
où des grands ensembles, des hôpitaux, des
espaces religieux ont été mis à des usages comme ça, puis ça a permis de
confirmer et... confirmer l'usage de ces espaces-là puis maintenir ces
infrastructures.
Mme Desbiens (Gabrielle) : J'aurais...
Si je peux me permettre, Mme Laforest, on a un bel exemple au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
là, l'enjeu de l'église Saint-Édouard à La Baie, tu sais. Il y a un enjeu
de... Là, c'est vide, il y avait un projet
puis là... mais il y a des... La communauté est en train de faire des projets,
il va y avoir un spectacle qui va se tenir là. Ça
fait que c'est vraiment... ça favorise un peu... ça revient mettre de la
vitalité puis ça fait que, c'est ça, il y a
une occupation au lieu de... Pendant qu'on fait un projet qui va être plus à
long terme, ça permet d'explorer, puis
de valoriser, puis de revenir vers les élus puis les décideurs, de dire :
C'est possible de faire quelque chose, on peut aller dans cette... dans
ce chemin-là puis réaliser.
Mme Laforest : Puis est-ce que vous
avez... est-ce que vous avez un délai, peut-être le permettre, dans certaines... dans toutes les municipalités,
pendant un an, deux ans, cinq ans? Avez-vous une période qui est intéressante
à valider?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : On n'a
pas pris spécifiquement de position là-dessus.
Mme Laforest : Non. OK.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Ceci dit,
moi, j'invite l'ensemble des parlementaires à consulter le mémoire de l'Entremise. Je sais qu'il y a plusieurs
organisations, en fait, qui ont transmis des mémoires puis auraient aimé passer
en commission parlementaire. On a seulement trois séances, là. Donc,
n'hésitez pas, il y a des très bons mémoires, bien touffus, sur ces
questions-là.
Mme Laforest : C'est bon. Puis on va
souhaiter que ça aille bien à l'église Saint-Édouard avec le groupe. Je sais
que... On les encourage déjà, là, mais c'est vrai qu'il faudrait continuer avec
eux. Bien là, je sais que mes collègues ont
des questions, alors je vais laisser mes collègues continuer. Merci, vraiment.
C'est vraiment intéressant. Votre mémoire est très pertinent.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la ministre. Alors, je ne sais pas lequel a des questions. Personne ne m'a
signifié... Oui, député du Lac-Saint-Jean.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Oui.
C'est très intéressant, là, de vous entendre sur certaines propositions, tout ça. Vous parlez aussi de, tu sais, de la
concertation, de la cohabitation, de la cohérence. Vous parlez aussi d'approche
de concertation sociale, tout ça. Puis il y
a eu... On a parlé aussi, là, avec d'autres intervenants, vous savez, quand
vient le temps, là, au niveau, là, des projets, tout ça, il y a les CCU,
les comités consultatifs d'urbanisme, il y a aussi les CCA dans les MRC,
comités consultatifs agricoles, tout ça. Puis ça a été soulevé un peu, la
pertinence de ces comités consultatifs là.
Vous voyez ça comment? Sont-ils importants pour vous dans les localités, dans
les municipalités? Y aurait-il besoin d'avoir de la formation, davantage
de formation pour ces gens-là?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Oui.
Bien, on a dit, de manière générale, il y a un chantier plus large à avoir sur
comment on va améliorer à la fois la participation citoyenne, la participation
du public à l'ensemble de l'élaboration des
documents de planification. Bien, les CCU peuvent faire partie... Les CCU
intègrent notamment une voix citoyenne. Donc, certainement qu'on peut
aussi mettre à jour, disons, les connaissances des citoyens et des personnes
qui font partie des CCU.
Ce que je
dirais quand même, c'est que... Un élément qui est important dans le projet de
loi, là, puis j'aimerais y revenir... parce que le projet de loi vient
situer un peu un système de monitorage qui veut guider la prise de décision,
et, au G15+, on aime beaucoup ça, les indicateurs, hein? On a lancé les
indicateurs du bien-être au Québec, et ça fait deux ans qu'on fait la promotion
d'une série d'indicateurs pour dépasser le PIB, essentiellement, et il y en a plusieurs qui portent, en fait, sur l'aménagement
du territoire. On propose, par exemple, de documenter l'artificialisation
des sols. Ça se fait beaucoup en Europe. On se compare entre juridictions,
comment ça se passe, comment les sols s'artificialisent. Et, au Québec, on doit
faire la même chose, parce que ce qui est mesuré s'améliore. Ce n'est pas compliqué, ce qui est mesuré s'améliore, encore
faut-il prendre les moyens de bien mesurer les choses, et ça vaut la peine
d'y consacrer des moyens suffisants.
Dans le dernier budget du gouvernement du
Québec, le gouvernement a prévu des sommes, hein, je crois, c'est
17 millions pour les prochaines années, afin de soutenir la mise en place
du système de monitorage. Mais il ne faut pas rater... il ne faut pas rater
notre coup, il faut mesurer comme il faut. On prévoit un bilan national, un
bilan régional et un bilan métropolitain. Il
faut se donner les moyens. On identifie des finalités. Je les évoquais tout à
l'heure. À l'article 6, on identifie les finalités. Elles sont
importantes, ces finalités-là. Il faut se donner des indicateurs qui sont à la
hauteur, même s'ils n'existent pas pour l'instant, pour guider la prise de
décision. Mais je le redis, ce que l'on mesure s'améliore.
• (17 h 40) •
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : J'ai ma
collègue, à ma droite, aussi qui voulait intervenir.
Le Président (M. Schneeberger) : ...la
députée de Rivière-du-Loup—Témiscouata—Les Basques.
Mme
Dionne : Merci, M. le Président. Bonjour. Moi, le
patrimoine et la culture, ça m'interpelle énormément. C'est certain
qu'on a des municipalités à géométrie variable. Moi, par exemple, j'ai beaucoup
de municipalités rurales. Donc, est-ce que
vous pensez que, présentement, les municipalités ont assez de leviers ou
d'incitatifs aussi pour travailler à conserver et à valoriser leur
patrimoine bâti? Parce qu'on voit des exemples, là, des fois, qui... peut-être qu'ils auraient besoin de
plus d'accompagnement ou... C'est difficile aussi parfois, là, selon la
superficie et la complexité des bâtisses.
Mme Desbiens (Gabrielle) : Oui,
bien, comme on peut... Bien, c'est une bonne question. Merci de parler de
culture.
La question de la transversalité de
l'aménagement, tu sais, c'est important. Donc, oui, il faut considérer les leviers qui permettent aux municipalités, aux MRC
d'investir puis de considérer ces questions-là dans leur développement
puis dans leur aménagement. Il y en a, des leviers, des... les ententes de
développement culturel, les politiques culturelles. Puis, tu sais, je tiens à
le dire, on en fait, là, à... au Saguenay—Lac-Saint-Jean, on est en train
d'en faire, puis le paysage, tu sais, qui est une composante importante, c'est
le point central. Les gens parlent de leurs paysages.
Donc, l'aménagement du territoire, la mise en
valeur du paysage, c'est quelque chose qu'il faut faire, puis je pense que
c'est pour ça que c'est important de considérer la culture, le patrimoine dans
ces questions-là. Donc, oui, il n'y aura jamais assez d'outils pour le faire,
mais il en existe, puis c'est de là l'importance. Puis, au G15+, vous le voyez,
on est des gens de plein d'univers. Ça fait que la transversalité... il faut
que les politiques culturelles soient considérées dans les plans d'aménagement.
La MRC Lac-Saint-Jean-Est fait sa consultation pour son nouveau plan d'aménagement, puis la culture est là, tous les
acteurs sont là. Donc, il faut qu'on continue puis il faut que ces outils-là,
à travers la loi, puissent être considérés pour être en application avec les
municipalités puis les MRC, là.
Mme Dionne : C'est intéressant de...
C'est ça, les paysages, tu sais, comment on peut arriver à, je ne sais pas, à concrétiser tout ça, tu sais, dans... au
niveau de l'aménagement du territoire, question de paysages naturels, tu sais, parce
qu'on... tu sais, sont aussi des attraits touristiques très importants pour
certaines régions, donc.
Mme Desbiens (Gabrielle) : Bien, je
peux, si vous... bien, en fait, j'ai un autre exemple de ma région. Tourisme
Saguenay—Lac-Saint-Jean
a fait une étude pour la valorisation puis la valeur économique des paysages du
Saguenay—Lac-Saint-Jean.
C'est quand même une première au Québec, puis c'est l'idée de dire : Tu
sais, on peut miser... il ne faut pas rendre... Il ne faut pas monétiser le
paysage, mais il faut dire : Il a une valeur, donc, il doit être
considéré. Pour les personnes, c'est la fierté. Vous venez de la Gaspésie,
c'est bien... non...
Des voix : ...
Mme Desbiens (Gabrielle) :
...Bas-Saint-Laurent, je m'excuse, bien, tu sais, je pense que les gens, la vue
du fleuve... Ce n'est pas la même nature, ce n'est pas la même relation qu'avec
le Saguenay. Nous, on a un fjord, vous avez le fleuve. Ça fait que, tu sais,
comment on s'identifie puis qu'on vit à travers ces paysages-là, bien là, que
ce soit considéré dans l'aménagement puis que ce soit mis en valeur, qu'on les préserve,
qu'on les conserve et qu'on les valorise, on est vraiment dans cette idée-là.
Vous avez sorti, en 2017, le guide sur
l'aménagement culturel du territoire qui parle justement... qui amène ces principales... ces considérations-là. Donc,
effectivement, là, il faut travailler à ça, puis je pense que les outils sont
là. Il faut s'assurer de les mailler pour qu'on ait un développement
d'aménagement qui soit vraiment intégré.
Mme Dionne : Je trouve ça
intéressant aussi au niveau du zonage...
Le Président (M. Schneeberger) : ...
Mme Dionne : Ah! oui, excuse-moi,
excuse-moi.
Le
Président (M. Schneeberger) : ...malheureusement. Le temps est écoulé. Voilà.
Alors, nous allons passer du côté de l'opposition officielle. Mme la députée
de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci beaucoup, M. le
Président. Merci à vous trois d'être ici pour nous parler, puis vous
représentez plusieurs groupes. Alors, on retrouve certains éléments dans le
mémoire de d'autres groupes, mais l'ensemble...
voir le portrait d'ensemble, c'est fort intéressant. Je vais peut-être vous
amener à la page 9 du mémoire que vous nous avez fait parvenir.
Vous parlez que vous avez lancé l'initiative des indicateurs du bien-être au
Québec. Puis d'ailleurs c'est ce qui avait
attiré mon attention puis qui avait fait en sorte qu'on vous a mis sur la liste
des invités pour être ici aujourd'hui.
Et donc vous recommandez, là... vous donnez un
exemple d'un indicateur qui serait prometteur, parce que vous avez... je pense
que vous avez commencé à vous pencher sur des indicateurs. Vous parlez
notamment du taux d'artificialisation des sols. D'ailleurs, la CMM, plus tôt,
nous parlait, là, que c'était un de leurs indicateurs qui... qu'ils avaient pour l'ensemble de la CMM. Mais est-ce
qu'il y a d'autres indicateurs que vous voyez? Parce que vous mentionnez aussi,
chaque finalité doit être accompagnée d'un indicateur, puis vous parlez des
finalités plus tôt. Donc, bref, des
indicateurs que vous avez déjà identifiés, ce serait... à part celui qui est
dans le mémoire, y en a-t-il d'autres?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Oui.
Merci pour la question. On en a quelques-uns de mentionnés en note de bas de
page. On a donné quelques exemples, en fait, à la page 10, là, de ce qui
se trouve déjà dans les indicateurs du bien-être
au Québec qui pourraient se retrouver, par exemple, dans le bilan national. On
a évoqué, certes, l'artificialisation des sols, mais
aussi la superficie des aires protégées, la part des modes de mobilité durable.
Ça, ça n'existe pas. D'ailleurs, aussi pour l'artificialisation des
sols, là, pour l'instant, on n'a pas quelque chose de suffisamment de qualité
pour avoir une mesure qui fonctionne pour l'instant. On a évoqué aussi, bon,
l'accès à certains services de proximité puis même on a beaucoup parlé de
culture, tu sais, par exemple, de bibliothèques. Ça fait que c'est un exemple.
Je vous remercie
quand même de la question sur ce volet-là, parce que, pour l'instant, on estime
que le projet de loi n'est pas assez précis pour nous garantir que les cibles
qui vont être établies dans les bilans, ainsi que les indicateurs, seront à la hauteur et mèneront aux changements de
pratiques. Comme je disais tout à l'heure, les liens ne sont pas
suffisamment faits entre les finalités et... les bilans et les finalités, et le
contenu des schémas, des documents de planification. Donc, c'est porteur, on
souhaite que ça fonctionne, et ces indicateurs-là, ils sont particulièrement
importants. C'est en mesurant qu'on améliore les choses, mais il faut aller
plus loin.
Mme Dufour : Tout
à fait, je trouve... Je n'avais pas vu cette note de bas de page, là, et je
trouve ça intéressant, vous parlez de l'accès à une bibliothèque notamment. Je
me souviens, quand j'étais à la ville de Laval, avant... avant, j'étais à la ville de Laval, on avait développé des
indicateurs de proximité, aussi des parcs, par exemple, les petits parcs
ou parcs plus grands. Et ma collègue tenait à ce que tout le monde se rappelle
que c'était important aussi, l'accès au
plateau sportif. Donc, peut-être, c'est ça, ne pas se limiter à la culture,
mais de penser aussi à l'activité physique des gens.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Très bons exemples, l'accès à la nature, c'est... En fait,
on parle souvent aussi des aires alimentaires, c'est un bon exemple. C'est
quand même ambitieux, par contre, là, de dire : On va mesurer l'ensemble des finalités, mais je pense que cette
ambition-là, elle est nécessaire. Puis ce n'est pas pour rien, là, qu'au G15 on
porte beaucoup attention à l'aménagement du territoire. C'est qu'on pense qu'on
peut régler beaucoup de problèmes en même temps, en changeant les
pratiques d'aménagement du territoire, mais ça exige des décisions importantes.
Mme Dufour : Tout
à fait. Je vais vous amener sur le zonage différencié. Vous... Il y a d'autres
groupes, évidemment, qui nous ont parlé de cet outil-là qui semble fort
intéressant. Dans votre cas, vous parlez que ce serait pour du logement sans
but lucratif. On a eu une recommandation que ce soit pour du logement abordable
pérenne, ça, c'était la ville de Montréal, puis on a eu plutôt du logement
social. Alors là, c'est plusieurs typologies, mais je voudrais avoir votre...
c'est ça, pourquoi choisir l'option logement sans but lucratif?
Mme Alain
(Béatrice) : Donc, abordable versus social ou communautaire réfère à
quel groupe... quelle population cible on atteint. La question de «sans but
lucratif» signifie que le fait que l'unité n'est pas gérée pour maximiser les rendements aux investisseurs, et
surtout n'est pas sujet à la revente, va freiner la hausse du coût. Il n'y a pas
de risque de rénoviction puis il ne sera pas racheté plus cher, et donc les
loyers doivent monter pour payer une hypothèque. Donc, il reste pérenne,
abordable à perpétuité, à quelque tranche que ce soit du logement social ou du
logement abordable, il va rester à perpétuité.
C'est pourquoi on
pense qu'une mesure de ce type-là vaut la peine, parce qu'elle est efficace,
pas juste à court terme, mais elle va avoir un impact sur cette crise, mais sur
les crises futures, parce que ce logement-là va rester abordable à perpétuité.
Puis, parce que c'est développé par du «sans but lucratif», l'ensemble des
logements vont être assujettis dans ces conditions-là.
Mme Dufour : Mais
du «sans but lucratif» pourrait ne pas être du logement abordable.
Mme Alain (Béatrice) : En tout temps, le fait
d'être... S'il est, aujourd'hui, construit sans aucune subvention, il
pourrait ne pas être abordable aujourd'hui. Dans les faits, ce n'est pas les
cas, généralement, il y a des sources pour qu'il
soit minimalement abordable. Mais le fait qu'il n'est pas sujet à la revente
signifie qu'avec le temps, nécessairement, il devient de plus en plus
abordable par rapport à un marché qui est constamment assujetti à la revente et
à la hausse des prix, alors que lui, non.
• (17 h 50) •
Mme Dufour : Je
comprends, mais, pour vous, ce n'est pas nécessaire, selon vous, que le zonage
différencié se limite à du logement abordable et social. Ça pourrait être pour
tout type de logement, en autant que ce soit... c'est ça, de l'économie
sociale, sans but lucratif.
Mme Alain
(Béatrice) : Bien, c'est-à-dire que c'est la fonction de perpétuité
qui nous apparaît encore plus importante. Dans les faits, tout le logement sans
but lucratif cherche à être ou social ou abordable, mais c'est la garante que
ça soit perpétuel qui nous semble le facteur de distinction le plus important.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Si vous permettez... 30 secondes. Effectivement, on a mis
cet outil-là de l'avant dans le mémoire. On
dit aussi quand même que, bien, les solutions pour l'abordabilité du logement,
elles sont multiples. On a nommé un
exemple, mais les instruments d'aménagement de territoire de zonage peuvent
permettre le développement d'une quantité de logements importante dans
un peu tous les domaines, que ce soit le logement privé plus traditionnel, que ce soit logement abordable. Et, au G15, on ne dit
pas : C'est uniquement du côté du non lucratif que toutes les
solutions se trouvent, on dit : Voici un outil qui devrait être utilisé.
Puis, dernière chose là-dessus, on observe
vraiment beaucoup, à l'international, les gouvernements qui utilisent les
outils de zonage, d'urbanisme, d'aménagement du territoire. Et ça, bien, ça
plaide, encore une fois, pour inscrire la politique et sa mise à jour dans la loi, parce qu'il y a des
bonnes idées qui viennent un peu partout, puis qui ne vont pas être
réglées dans le présent projet de loi, puis qui devront probablement arriver un
peu plus tard.
Mme
Dufour : Bien, merci. Je vais vous amener... Juste avant,
vous parliez du rôle crucial des infrastructures vertes. Ça, c'est
intéressant, parce que ce que vous proposez, c'est d'inclure des dispositions
visant à les reconnaître comme... bien, les
milieux naturels, comme des infrastructures vertes essentielles. Je voudrais
vous entendre sur comment vous voyez
ça, que ça peut s'appliquer. Parce qu'on a eu une loi sur les milieux humides
et hydriques, qui a été adoptée il y
a plusieurs années, je pense que c'était en 2018, et malheureusement... et on
visait zéro perte nette, et malheureusement, ce qu'on voit, c'est
qu'absolument à peu près toutes les demandes, actuellement, sont autorisées, de
remblaiement de milieux humides.
Donc, on perd des infrastructures vertes au fur
et à mesure que les demandes rentrent, de remblaiement. Alors, comment vous voyez que ça, ça pourrait s'opérationnaliser pour
renverser cette tendance-là puis qu'enfin on préserve réellement nos
milieux naturels?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...bonne
question. C'est une position qu'on a prise, il y a déjà quelques années, au
G15+, d'intégrer la valeur des infrastructures naturelles dans la prise de
décision municipale. On n'a pas spécifié à quel endroit, dans le projet de loi,
il faudrait insérer une disposition dans cette perspective-là. On a observé,
chez nos voisins ontariens, une législation qui va dans ce sens-là. Je pense
que le principe, à tout le moins, de reconnaître la valeur des services écosystémiques qui sont rendus par les milieux
naturels pourrait très bien se trouver dans la loi, du côté du principe. Après ça, c'est probablement du
côté des orientations gouvernementales, en matière d'aménagement du territoire, qui feront l'objet de
consultations, probablement, au cours des prochains mois, que ça se trouvera.
Donc, il faudra surveiller de près, à la fois les parlementaires, la
société civile.
Mme
Dufour : Oui, tout à fait. Je vous remercie aussi d'avoir
souligné l'importance de consulter les communautés autochtones. Et d'ailleurs je voudrais souligner
qu'on avait demandé à ce qu'elles soient entendues ici, à cette consultation.
Peut-être
nous parler brièvement... Ah oui! La consultation écrite, ah oui, ça, c'est
intéressant, pages 15, 16, vous parlez de la consultation écrite,
vous soulignez, là, que c'est une belle avancée, que ça fait... ça va avec,
dans le fond, les nouveaux modes de consultation. Il y a... Moi, ce que je
vois, c'est que le projet de loi, j'ai réalisé, avec les échanges, qu'il ne
prévoit plus que la consultation écrite et donc plus la... il n'y aurait plus
la consultation en présentiel obligatoire, sauf dans le cas où c'est demandé.
Et donc, personnellement, j'ai une certaine crainte pour tous ceux qui sont
analphabètes fonctionnels, et la proportion est quand même assez grande dans
notre population, malheureusement.
Alors, est-ce que vous croyez que c'est encore
important qu'on consulte les gens de façon... en personne aussi... bien,
c'est-à-dire, ça peut être virtuel, là, mais pas seulement un document écrit,
mais plutôt quelque chose qui est rendu visuellement aussi?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : J'aurai
quand même une certaine humilité à ce moment-ci, là, je ne veux pas prétendre
avoir une compréhension parfaite, en tous points, du projet de loi. Ce que je
comprends, c'est qu'effectivement le mécanisme par défaut devient la
consultation écrite et qu'il y a des soucis, disons, d'inclusivité aussi de la
manière que ça se passe présentement. Parce que se rendre en personne à une
consultation, c'est souvent un défi, là. Pensons à un classique, mère
monoparentale qui n'est pas en mesure de se rendre, là, sur place, et diverses
personnes de minorités.
Donc, ceci étant dit, je vous référerais
peut-être aux prises de position de l'Ordre des urbanistes du Québec qui nous
ont beaucoup guidés dans l'élaboration. Et je dirais aussi qu'une de nos
recommandations, en fait, c'est d'avoir une réflexion plus élargie sur
l'amélioration des processus de consultation et de participation du public. On
appuie l'orientation générale qui est prise dans le projet de loi, une certaine
modernisation. Il fallait le faire. On a l'impression, avec la pandémie, on a
pris des manières différentes de consulter, tout ça, mais on ne pense pas que
c'est à travers le projet là qu'on va tout régler ça. Donc, avoir une réflexion
plus large à part du projet de loi nous apparaît opportun.
Mme Dufour : Parfait. Mais je pense
que mon temps est écoulé, alors...
Le Président (M. Schneeberger) : 20 secondes.
Merci beaucoup, députée de Mille-Îles. Alors, nous sommes maintenant du côté de
la deuxième opposition. Député de Taschereau, la parole est à vous.
M. Grandmont : Merci beaucoup, M. le
Président. Merci à vous trois pour votre mémoire puis votre exposé. À l'instar
de l'Ordre des urbanistes du Québec, vous avez effectivement noté, là, que les
Premières Nations étaient absentes du projet de loi, et pourtant... Et je
ferais un lien... en fait, il y a plusieurs éléments, là. Il y a notamment la
question des paysages qui sont importants, notamment en lien avec les Premières
Nations. Il y a aussi le fait que... J'ai rencontré, il n'y a pas si longtemps
que ça, la nation Long Point First Nation, qui voulait nous parler des claims
miniers de l'article 246. Vous n'en parlez pas spécifiquement dans votre
mémoire, mais l'article 246 touche à la fois les Premières Nations, qui
sont particulièrement touchées, mais aussi la question du paysage.
Donc, pour
vous, pourquoi c'est important de parler des Premières Nations dans votre
mémoire puis de l'intégrer dans la LAU? Puis est-ce que ça ne pourrait
pas être dans le préambule, notamment, qu'on pourrait en parler, là?
Mme Alain
(Béatrice) : Je pense qu'on n'est pas rentré dans les détails des
articles qui pourraient être d'un intérêt
particulier pour les autochtones, parce que ça nous semblait justement le cas,
que ce soit les autochtones eux-mêmes qui définissent là où ils ont des
préoccupations ou des intérêts particuliers puis où sont ces intérêts. Mais je
pense que la réflexion plus large de, tu sais, l'occupation ou la vie sur ce
territoire depuis des millénaires est un fait, qu'il y a eu des déclarations
puis des intentions de réconciliation ou de développement autrement. Puis il y
a une bonne occasion ici, parmi plein d'autres, de refléter la réalité
autochtone du Québec, les droits qui sont là, puis les intérêts et les
obligations de consulter les nations pertinentes sur des questions pertinentes.
M. Grandmont : Excellent, merci.
Quand vous parlez aussi, dans la section sur l'exemplarité... vous parlez de mettre en place un mécanisme, là, qui viserait
la cohérence de l'action gouvernementale, notamment qui serait sous la
responsabilité de la ministre. Puis vous parlez, en fait, de... vous faites un
comparatif avec ce qui se passe actuellement avec le ministre de
l'Environnement en matière de gouvernance climatique. Je comprends le principe,
mais, en même temps, c'est comme si... on
dirait que, pour moi, le ministre de l'Environnement n'a pas eu les moyens
de l'ambition de cette fonction-là, n'a pas
réussi à empêcher la création d'un paquet de projets autoroutiers notamment
qui causent l'étalement urbain, donc plus de changements... d'émissions de gaz
à effet de serre.
Donc, comment on pourrait avoir, tout en
s'inspirant de ce mécanisme-là, qui est présent au ministère de
l'Environnement, comment on pourrait le bonifier pour avoir une ministre qui
assure cette cohérence-là, mais de façon très effective?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : La ministre seule ne pourra pas assurer la
cohérence de l'action en aménagement du territoire. Ceci dit, effectivement, on
propose des modifications à son rôle pour qu'elle devienne, bon, soit l'aménagiste
en chef ou la gardienne de l'aménagement du
territoire. Je pense qu'il faut voir ça vraiment de manière complémentaire, avec
l'idée d'avoir une instance, peu importe quelle sera... Il y a différentes
idées, hein? On a entendu parler d'un conseil sur l'aménagement, on a entendu
parler d'un observatoire, mais une instance qui a la capacité de faire des
recommandations qui sont fortes, un peu comme la Vérificatrice générale peut le
faire, là, ou comme la Commissaire au
développement durable peut le faire. C'est quand même... Les rapports de la Vérificatrice générale et du Commissaire au développement durable
ont un effet sur les politiques publiques. Et quand on combine ça avec un rôle
renforcé pour la ministre, je pense qu'on a
une formule qui pourra influencer le cours des choses. Ce ne sera pas parfait,
là, mais on pense que ce serait beaucoup mieux.
Puis je pense que c'est aussi une condition pour
que l'amélioration des pratiques se concrétise sur le terrain. Quand j'entends
souvent des élus et des professionnels nous dire : Oui, bien, on veut
bien, là, changer nos pratiques, mais
l'État, lui, il implante ses écoles un peu n'importe où. Puis il arrive pour
construire un hôpital à Gatineau, puis ça a passé proche de se retrouver
à un lieu qui était absolument... contre le consensus social.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
• (18 heures) •
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Donc, je
fais un petit peu de pouce, je reviens un peu à l'importance d'une culture en
aménagement qui sera... qui découlera, en fait, d'une politique nationale qui
sera mise à jour, à laquelle les citoyens à Gatineau ont pu s'appuyer pour
demander une meilleure localisation pour leurs habitants.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci au collectif G15+. Merci pour votre contribution.
Mémoires déposés
Du fait même, avant de conclure les auditions,
je procède au dépôt des mémoires des organismes et des personnes qui n'ont pas
été entendus ici même et aussi je les remercie pour la contribution au projet
de loi.
Alors, la commission ayant accompli son mandat,
j'ajourne les travaux à ce jeudi 16 avril, 14 heures, où elle
entreprendra un autre mandat. Merci à tous. Bonne soirée.
(Fin de la séance à 18 h 01)