Journal des débats de la Commission de l'aménagement du territoire
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mardi 19 septembre 2023
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Vol. 47 N° 19
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 31, Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière d’habitation
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Intervenants par tranches d'heure
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Jeannotte, Chantale
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Dufour, Virginie
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Dufour, Virginie
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Schneeberger, Sébastien
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Fontecilla, Andrés
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Dufour, Virginie
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Fontecilla, Andrés
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Fontecilla, Andrés
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Schneeberger, Sébastien
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Arseneau, Joël
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Duranceau, France-Élaine
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Dionne, Amélie
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Dionne, Amélie
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Dufour, Virginie
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Duranceau, France-Élaine
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Schneeberger, Sébastien
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Dufour, Virginie
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Rivest, Mathieu
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Dufour, Virginie
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Dufour, Virginie
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Schneeberger, Sébastien
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
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Duranceau, France-Élaine
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Duranceau, France-Élaine
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Schneeberger, Sébastien
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Dufour, Virginie
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Fontecilla, Andrés
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Gagnon, Yannick
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Dufour, Virginie
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Dufour, Virginie
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Schneeberger, Sébastien
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Dufour, Virginie
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Dufour, Virginie
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Schneeberger, Sébastien
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Fontecilla, Andrés
10 h (version révisée)
(Dix heures trois minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon matin à tous. Il y a quorum, alors je déclare la Commission de l'aménagement
du territoire ouverte. Je souhaite la bienvenue à tous et à toutes.
La commission est réunie ce matin afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 31, Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière
d'habitation.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplaçants?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Caron (La Pinière).
Auditions (suite)
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous entendons... nous allons entendre, ce matin : l'Union
des municipalités du Québec, la Fédération québécoise des municipalités et Me
David Searle, ce matin, avant midi.
Alors, je commence tout de suite par l'Union
des municipalités du Québec. Alors, bonjour à vous trois. Alors, le test de son
est fait — on est en visioconférence, pour nos auditeurs — et
vous avez 10 minutes pour faire votre exposé. Par la suite, il y aura un
échange avec la ministre et les députés d'opposition. Et puis, normalement,
tout se déroule bien. Alors, je vous laisse aller...
Des voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
Non, mais c'est parce qu'il y avait des... Je préviens, on avait des problèmes
de wifi, ce matin, alors je fais juste de dire : Si, des fois, il y a des
coupures, là, que tout le monde soit au courant, là, ce n'est pas la pluie qui
fait ça. Alors, il faut être un peu comique, hein, avec la pluie, on essaie d'être
un petit peu joyeux. Voilà. Alors, allez-y. À vous trois. La parole est à vous.
Union des municipalités du Québec (UMQ)
M. Damphousse (Martin) : Merci
beaucoup. Mme la ministre responsable de l'Habitation, M. le Président de la commission,
mesdames, messieurs les membres de la commission, je vous remercie de nous
donner l'occasion, aujourd'hui, de vous faire part de nos commentaires sur le
sujet de l'heure, à savoir la crise de l'habitation qui sévit au Québec depuis
plusieurs années.
Je suis accompagné, aujourd'hui, par M. Guillaume
Tremblay, premier vice-président de l'UMQ, président du comité sur l'habitation
de l'UMQ et maire de Mascouche, ainsi que Mme Valérie Fortin, conseillère
aux politiques à l'UMQ.
Le projet de loi n° 31 actuellement à
l'étude représente une étape importante dans la recherche de solutions à cette
crise de l'habitation. Cependant, il est essentiel de comprendre que ce projet
de loi, bien que prometteur, ne peut, à lui seul, résoudre l'ensemble des
problèmes auxquels nous sommes confrontés. Dans notre présentation, nous allons
aborder les aspects du projet de loi n° 31 qui touchent le milieu
municipal et présenter des propositions constructives pour son amélioration
ainsi que des mesures plus larges pour faire face aux enjeux actuels en matière
d'habitation.
La crise du logement, au Québec, est un
problème complexe qui perdure depuis le milieu des années 2010. Le
déséquilibre entre l'offre et la demande de logements s'aggrave chaque année.
Selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement, SCHL, d'ici 2030, le
Québec devrait construire 78 000 logements de plus par année par
rapport au rythme actuel, soit plus du double. Pour sortir de cette <crise...
M. Damphousse (Martin) :
...logements
de plus par année par rapport au rythme actuel, soit plus du double. Pour
sortir de cette >crise, il est impératif que tous les niveaux de
gouvernement unissent leurs efforts pour stimuler la création de logements et
accélérer leur construction.
Dans ce contexte, le financement et la
facilitation de la réalisation de logements sociaux jouent un rôle crucial. Actuellement,
plus de 37 500 ménages locataires sont en attente d'un logement
social et de nombreux ménages doivent consacrer plus de 50 % de leurs
revenus pour se loger. Pour répondre à ces besoins, nous proposons d'augmenter
le financement pour la création de 4 500 logements sociaux et
13 400 logements abordables chaque année.
La semaine passée, lors du sommet sur
l'itinérance que nous avons tenu à Québec, vous avez probablement eu l'occasion
de m'entendre mentionner le nom du premier ministre Trudeau. Le milieu
municipal était plutôt amer envers son commentaire qui laissait sous-entendre
que c'est le milieu municipal qui est le responsable de la lenteur de la
construction des logements en lien avec le nouveau programme de financement
fédéral. Ce que j'ai mentionné, c'est que, malheureusement, le
900 millions qui est réservé pour le Québec... nous sommes en attente
d'une entente entre Québec et Ottawa pour s'assurer que ces sommes-là puissent
être libérées. Donc, le commentaire de M. Trudeau ne s'appliquait pas pour
le Québec. De plus, nous plaidons pour un programme de logements sociaux
indépendant des cycles de financement public financés de manière adéquate afin
d'éviter une augmentation des coûts pour les municipalités au fil du temps.
En complément des programmes
traditionnels, nous recommandons la création d'un fonds provincial dédié au
financement d'unités de logement privées hors marché. En fait, Mme la ministre,
je vous en ai parlé à maintes reprises, je vous félicitais encore une fois pour
la belle initiative de votre gouvernement avec le Fonds Desjardins et le Fonds
de la FTQ, qui est, à notre avis, un excellent... une excellente initiative. Ce
fonds permettrait de réaliser des projets innovants à l'échelle du Québec, tels
que des logements étudiants, de manière plus flexible et agile.
Maintenant, je passe la parole à
M. Guillaume Tremblay.
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
merci beaucoup, M. le président, Mme la ministre, M. le Président de la
commission, mesdames et messieurs les membres de la commission. Nous pensons
qu'il est essentiel de donner aux municipalités la marge de manœuvre nécessaire
pour intervenir dans le domaine de l'habitation en fonction de leurs
compétences et, bien sûr, de leurs moyens. Nous proposons ainsi de permettre
aux municipalités de jouer un rôle de mandataire dans l'application des
programmes du gouvernement du Québec. De plus, les offices d'habitation doivent
bénéficier d'une plus grande flexibilité dans le développement de projets en
tant que partenaires importants dans l'offre de logements aux populations
vulnérables.
Pour accélérer la création de nouvelles
unités, nous devons également lever les obstacles qui entravent les projets
résidentiels. Les municipalités sont parfois critiquées pour les retards dans
l'émission des permis de construction, mais elles sont prêtes à améliorer leur
efficacité. D'ailleurs, l'UMQ mène actuellement une enquête pour mieux
comprendre les défis auxquels elles sont confrontées en matière d'émission de
permis. Les résultats préliminaires montrent que près de 50 % des
répondants constatent une diminution du nombre de demandes de permis depuis le
début de l'année 2023, ce qui suggère une baisse de l'activité de
construction.
• (10 h 10) •
Des enjeux découlant des projets eux-mêmes
peuvent aussi engendrer des délais, comme les besoins en infrastructures, par
exemple. Pour trouver des solutions concrètes adaptées aux différentes régions,
nous proposons la mise sur pied d'un groupe d'accélération pour la construction
de logements réunissant toutes les parties prenantes. En outre, la complexité
de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, la LAU, pose également des défis
aux municipalités. Certaines modifications réglementaires sont soumises à
l'approbation par les personnes habiles à voter, ce qui peut entraîner des
retards très importants et permettre à un petit groupe de bloquer des projets
d'intérêt public. De plus, certains projets de règlement d'urbanisme
nécessitent jusqu'à trois adoptions pour un même règlement, prolongeant
inutilement les délais avant l'entrée en vigueur. Par ailleurs, le transfert
d'une partie importante du fardeau administratif en matière d'inspection aux municipalités
prévu dans le projet de loi n° 17 pourrait poser des problèmes en matière
de ressources spécialisées.
Je vais maintenant retourner la parole au
président, M. Martin Damphousse.
M. Damphousse (Martin) : Merci,
M. le maire. Pour l'UMQ, il est essentiel de maintenir et d'entretenir le parc
de logements existants. La détérioration du parc immobilier peut entraîner la
perte d'unités <disponibles...
M. Damphousse (Martin) :
...le
parc de logements existants. La détérioration du parc immobilier peut entraîner
la perte d'unités >disponibles, comme en témoigne le nombre élevé de
logements sociaux vacants en raison de rénovations nécessaires. Les
investissements dans la rénovation des habitations à loyer modique doivent être
maintenus et étendus à d'autres types de logements sociaux. De plus, il est
important de protéger le parc de logements existants pour éviter la vente
d'immeubles financés collectivement ou la conversion d'unités à des fins
touristiques.
En conclusion, le projet de loi n° 31
est une étape positive dans la lutte contre la crise de l'habitation au Québec,
mais il ne peut résoudre tous les problèmes à lui seul. Pour sortir de cette
crise, nous devons augmenter rapidement l'offre de logements, financer et
faciliter la réalisation de logements sociaux, lever les obstacles à
l'accélération des projets résidentiels et maintenir et entretenir le parc de
logements existants. Les municipalités sont prêtes à jouer leur rôle dans cette
démarche, mais elles ont besoin du soutien et de la collaboration du
gouvernement provincial. Ensemble, nous pouvons surmonter cette crise et
assurer un avenir meilleur en matière de logement pour l'ensemble du Québec.
Nous sommes maintenant disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci pour votre exposé. Alors, nous allons débuter les échanges. Alors, la
parole est à Mme la ministre. Bonjour à vous.
Mme Duranceau : Bonjour.
Bonjour, M. Damphousse. Bonjour, Guillaume. Bonjour, je m'excuse, troisième
personne...
Une voix : ...
Mme Duranceau : Comment?
Une voix : ...
Mme Duranceau : Mme Fortin,
bon. Désolée. Je m'excuse. Justement, revenons sur les déclarations de M. Trudeau
puis l'objectif du fonds fédéral, puis peut-être en deux volets. Je pense que
l'idée du fonds, c'est que... c'était d'inciter les municipalités à améliorer
leurs procédures puis leurs façons de faire pour accélérer la livraison de
logements. Ça fait que ça, c'est louable, je pense, comme objectif, là, on le
partage tous. Puis j'aimerais ça vous entendre là-dessus, au niveau très
opérationnel, là, qu'est-ce qui peut être fait, puis, tu sais, il y a le volet
des élus, mais il y a le volet administratif, ça fait qu'on parle de ça.
Puis, quand vous dites : Il y a 900
millions qui est pris, là, quelque part entre le fédéral puis le Québec, est-ce
que vous avez une idée des conditions qui étaient imposées par le fédéral
relativement à ce 900 millions là? Alors, la parole est à vous, donc,
qu'est-ce qu'on peut faire pour améliorer les procédures puis...
M. Damphousse (Martin) : ...oui,
bien, en fait, ce qu'on entend, c'est que les autres municipalités, partout au
Canada sauf au Québec, ont accès à leur part. Et, malheureusement, nous, au
Québec, on comprend qu'il y a des enjeux entre Québec et le Canada, en fonction
assurément des conditions imposées et des fonctions que vous souhaitez
probablement assouplir, mais ce volet administratif là, là, on vous le laisse.
On vous dit juste : Trouvez donc le moyen pour faire en sorte qu'on sorte
de cette impasse-là dans les meilleurs délais, pour que ces sommes accessibles
là puissent être disponibles pour l'ensemble des villes du Québec.
Mme Duranceau : OK, ça,
on s'entend-tu qu'on est sur la même longueur d'onde, là-dessus, là? C'est ce
sur quoi on travaille, mais, justement, je pense qu'en bout de ligne, si vous
aviez le détail de ce que les villes, les autres villes canadiennes ont comme
contraintes, vous comprendriez mieux, effectivement, la position du Québec
là-dedans, là.
Ça fait qu'on pourra y revenir, ce n'est
pas le sujet à l'ordre du jour ce matin, mais, maintenant, j'aimerais ça vous
entendre. Dans le fond, dans l'esprit de ce fonds-là, là, qui est d'accélérer
la livraison d'unités d'habitation au niveau des villes, concrètement, là, tu
sais, pas par rapport au fonds fédéral, mais nous autres, concrètement, au
Québec, qu'est-ce qu'on peut faire là-dessus? On a parlé... puis on en a parlé
ensemble, hein, du comité d'accélération, là, je ne sais pas si vous avez eu le
temps de mijoter ça depuis, s'il y a des choses additionnelles que vous
voudriez ajouter par rapport à ça.
M. Damphousse (Martin) : ...la
création du comité qu'on a parlé en privé, puis, honnêtement... M. Tremblay
était avec moi, on reste convaincus que c'est une bonne alternative. Puis vous
vous souviendrez qu'on donnait même l'exemple plus local de Blue Bonnets, qui a
été un peu inspiré de ce modèle-là.
Si je peux me permettre de revenir une
dernière fois sur le volet du financement fédéral, c'est en réaction au
commentaire de M. Trudeau, qui vient dire : Pourquoi ça ne bouge pas?
C'est à cause des villes. Ça fait que vous comprendrez que, au Québec, tant que
l'argent n'est pas disponible, nonobstant l'enjeu administratif que vous pouvez
avoir avec le fédéral, bien, ce volet-là n'étant pas réglé, ça ne peut pas être
la faute des villes du Québec, parce qu'on n'a pas accès à cet argent-là. Puis
là je ne rentre pas dans les détails <administratifs...
M. Damphousse (Martin) :
...la
faute des villes du Québec, parce qu'on n'a pas accès à cet argent-là. Puis là
je ne rentre pas dans les détails >administratifs, je vous les laisse, mais
la réalité, c'est que je n'acceptais pas le commentaire du premier ministre.
Bien, pour l'accélérateur, honnêtement, on
est encore à la même place. On est aussi encore à la même place avec, peut-être,
une formule d'allègement, pour le phénomène «pas dans ma cour». Puis ce qui est
fascinant, c'est de lire... Pas plus tard que ce matin, on a vu une anecdote,
on l'a appelée... le titre, c'était Grâce à un barbecue, on vient de démêler
l'histoire à Chambly, un projet exceptionnel. Je connais bien le projet à
Chambly, de la mairesse Alexandra, mais la réalité, c'est qu'un petit groupe de
citoyens se sont opposés, ont réussi à bloquer le projet, ça a amené un an de
retard, et, finalement, c'est l'initiative du promoteur qui a mené à aller
rencontrer ces gens-là, faire un barbecue puis, ensemble, dénouer l'impasse,
mais surtout apaiser les tensions. Mais il n'est pas acceptable, Mme la
ministre, qu'un trop petit groupe de citoyens, parce qu'ils ne veulent pas de
densité à côté de chez eux, aient le pouvoir de bloquer des projets
structurants pour une municipalité.
Mme Duranceau : Bien,
ça, je suis entièrement d'accord avec vous. Ça fait que qu'est-ce que vous
proposez concrètement? Est-ce que vous considérez qu'en ce moment vous n'avez
pas les outils réglementaires ou législatifs pour agir à cet égard-là? Parce
que, là, c'est vraiment au niveau des municipalités, là, ça.
M. Damphousse (Martin) : Je
suis d'accord, mais on a aussi eu un allègement par la ministre Laforest qui
fait en sorte que, si on densifie de 33 %, on n'est pas sujet à une règle
référendaire. Ça va, mais, quand on passe d'un duplex à un triplex, bien, on
comprend qu'on vient d'augmenter de 50 %, puis on vient juste passer d'un
triplex à un triplex... d'un duplex à triplex, ce qui fait que, bien là, on est
pris dans le processus référendaire.
Est-ce qu'on pourrait élargir la
permission d'éviter le référendum? Puis là je ne dis pas de ne pas informer la
population, il reste essentiel d'informer, mais le milieu municipal serait prêt
à assumer de prendre la chaleur de la modification réglementaire pour faire en
sorte qu'on puisse éviter le «pas dans ma cour» pour faire bloquer,
malheureusement, des projets très structurants pour le milieu municipal.
M. Tremblay (Guillaume) : Si
vous me permettez, M. le Président, il y a aussi, quelquefois... Dans la LAU,
présentement, comme on mentionnait dans notre énoncé, par exemple, ça peut
prendre deux à trois, pratiquement, séances du conseil ou trois étapes pour
modifier des règlements. Ce qu'on vient dire, c'est possiblement qu'il pourrait
y avoir un travail de fait avec le ministère, par exemple, des Affaires
municipales pour nous aider à aller un petit peu plus rapidement dans tout ce
qui s'appelle la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, parce que, oui, pour la
ville, c'est lourd, puis, oui, à terme, bien, c'est le promoteur, des fois, qui
n'a pas, justement, son permis à temps ou assez rapidement.
Et, de l'autre côté, il faut aussi
concevoir, comme on mentionnait aussi, que, présentement, en 2023, c'est
50 % de moins de demandes de permis de construction qu'on a eues l'année
dernière. Donc, oui, il y a une réalité avec les villes, ça peut être un peu
long, puis on le dit dans notre rapport, on a aussi des façons de faire, on a
mis de l'avant des comités de bonnes pratiques, on veut... mais on veut venir
aider, justement, les municipalités qui ont besoin d'aide, on va être présent,
on va répondre à l'appel, mais, de l'autre côté, il y a aussi la réalité du
marché présentement : c'est 50 % de moins de demandes de permis que
les années précédentes.
Mme Duranceau : OK.
Bien, je vous entends, là, sur la LAU, là, on va continuer de travailler
là-dessus.
J'aimerais ça vous entendre concernant
votre recommandation n° 3, où vous dites : Bien, les villes devraient
être mandataires des programmes du gouvernement du Québec en matière
d'habitation. Puis je vous ai déjà un peu exposé le fait que... en tout cas, je
ne sais plus si c'est à vous que je l'ai exposé, là, mais qu'on avait été un
peu, peut-être, échaudés à cet égard-là, à l'égard de l'ancien programme, là,
AccèsLogis. Comment vous voyez ça? Comment ça pourrait se réaliser puis comment
on évite les bloquants qu'on a connus dans l'ancien régime?
• (10 h 20) •
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
clairement, vous savez que, comme l'UMQ, c'est des demandes qui viennent de nos
membres en tant que tels. Il y a des villes qui font la demande, de plus en
plus, d'être mandataires. Pour nous, c'est une demande centrale, une demande
importante de notre mémoire en tant que tel. Maintenant, sur la faisabilité, la
façon de faire, je pourrais peut-être laisser la parole à notre... Je ne sais
pas si vous avez quelque chose à rajouter au niveau technique, en tant que tel,
sur le sujet, Valérie.
Mme Fortin (Valérie) : Bien,
peut-être, là, je pourrais simplement ajouter que, tu sais, tel que mentionné,
là, par mes collègues, tu sais, évidemment, on sait qu'on doit optimiser nos
façons de faire, c'est en chantier, l'UMQ est très mobilisée, là-dessus, à
accompagner ses membres. Donc, j'irais dans le sens de... Je comprends les
blocages que vous évoquiez... l'expérience que vous avez eue, on est tous
conscients qu'on doit améliorer nos façons de faire, mais une plus grande
autonomie à ce niveau-là, c'est certain que ça demeure une demande.
Mme Duranceau : OK.
Parce que <garantir...
Mme Fortin (Valérie) :
...mais
une plus grande autonomie à ce niveau-là, c'est certain que ça demeure une
demande.
Mme Duranceau :
OK.
Parce que >garantir de l'argent dans une ville, si le projet n'est pas
prêt à partir, on s'entend que je vais geler de l'argent quelque part alors
que, peut-être, ailleurs, je suis prête à aller de l'avant, là. Il y a quelque
chose à regarder là, pour ne pas... éviter, justement... En tout cas, il faut
que les sommes soient déployées le plus rapidement possible, mais moi, sur le
concept, que ce soit une ville, que ce soit un organisme, dans la mesure où on
est prêt à lever de terre, je pense que je peux être ouverte à ça, là, mais...
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
on est tous à la même place là-dessus, tu sais, possiblement, de mettre des
délais. Je pense qu'il y a quelque chose d'intéressant qu'on peut voir, mais,
clairement, pour nous, pour certains de nos membres, bien, c'est quelque chose
d'important, de pouvoir avoir la faisabilité d'être une ville mandataire.
Mme Duranceau : OK. À
définir. À définir, disons. OK. L'autre point... Bien, je ne veux pas revenir
nécessairement aux 900 millions, là, mais, justement, dans les projets
d'habitation, c'est une chose, d'être mandataire, mais, de votre point de vue,
la contribution des villes, la contribution financière des villes, ça devrait
être quoi? Dites-moi pas «le plus bas possible», là.
M. Damphousse (Martin) : Bien,
vous nous demandez... la contribution financière des villes?
Mme Duranceau : Dans un
montage financier, oui.
M. Damphousse (Martin) : Bien,
je vous dirais que, dans...
Mme Duranceau : Tu sais,
actuellement, on voit que, dans AccèsLogis, il y avait comme... on était à x %,
dans le PHAQ, on était à 40 %. Tu sais, quand on est mandataire,
justement, il y a une contribution, aussi, de la part des villes, présumément,
là. Qu'est-ce que vous avez en tête comme contribution?
M. Damphousse (Martin) : Bien,
en fait, je n'ai pas tant de montant ni de pourcentage, mais ce que je peux
vous assurer, c'est qu'on peut assurément compter sur la contribution des
villes. Pour les logements sociaux, si on en demande autant, je vous dirais que
la prémisse, c'est assurément le terrain puis, très souvent, c'est des
conditions favorables, comme... Par exemple, parce qu'au fond c'est un projet
que je peux vous parler personnellement, parce que c'est un sujet qui a été
discuté sur le conseil, à Varennes, c'est même de permettre un allègement de
taxation sur les 35 prochaines années pour s'assurer qu'on ne charge pas
de taxes en plus d'offrir le terrain. Je suis... J'ai pratiquement la
certitude, Mme la ministre, que la grande majorité des villes, pour du logement
social, seraient tout à fait disposées à alléger le fardeau fiscal de la
taxation pour donner un très grand coup de main là-dessus.
Mme Duranceau : OK.
L'autre question, je pense que c'était évoqué dans votre mémoire aussi... Le
projet de loi n° 16, là, de ma collègue Andrée Laforest, parlait de zonage
incitatif, OK, puis je pense que vous, vous revenez sur la notion de zonage
différencié, ça fait que... Est-ce que vous pouvez me parler un peu de ça puis
pourquoi vous considérez que le zonage incitatif, ce n'est pas assez, ce qui
est proposé actuellement?
Mme Fortin (Valérie) : Zonage
incitatif. Écoutez, je vais devoir vous revenir là-dessus plus précisément, là,
je suis désolée. Dans le cadre du projet de loi n° 31, on s'est intéressés
à d'autres aspects. Donc, je me prends une note, là, de vous revenir.
Mme Duranceau : Je
m'excuse. Peut-être que c'est un autre groupe, là, qui le soulevait, mais OK, on...
Pardon?
M. Damphousse (Martin) : On
va vous revenir, Mme la ministre, sur... parce que c'est...
Mme Duranceau : Oui,
excusez-moi, c'est peut-être plus la CMM puis la ville de Montréal qui
soulevaient ça. OK. Je pense que j'ai une collègue qui aurait une question à
vous poser.
Mme Jeannotte : Bien,
moi, j'aimerais que vous précisiez... Peut-être revenir sur la question d'être
mandataire. Jusqu'où ça irait, administrativement parlant? Pourriez-vous donner
des exemples concrets, là, comment vous verriez ça si, demain matin, on
décidait, là, que les villes seraient mandataires pour gérer... Ce que vous
demandez, dans le fond, là, pourriez-vous donner un exemple concret?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, vous le savez, présentement, la ville de Montréal, la ville de Québec,
la ville de Gatineau sont des villes mandataires. Moi, je pense qu'il faut voir
comme très positivement que les villes du Québec veulent en faire un peu plus.
C'est un peu, dans le fond, le même pouvoir qu'on demande, que certaines villes
demandent. Donc, ce ne serait pas nécessairement l'ensemble des villes du
Québec, mais les villes qui font la demande veulent s'impliquer encore plus
positivement dans le logement. On l'a vu, la semaine dernière, avec tout le
rassemblement qu'on a eu sur l'itinérance. Je pense que vous voyez que le monde
municipal... de dire : On se prend en main, on veut aider, on veut être
des collaborateurs au niveau du développement de logements, en tant que tel, mais
ce qu'on veut, c'est de faire partie intégrante du choix, des choix, justement,
des lieux, des endroits, des endroits stratégiques qui pourraient être
construits.
Donc, pour que ce soit clair, ce n'est pas
l'ensemble des villes du Québec qui demandent ça. Vous avez certains de nos
membres qui disent que, selon eux, des fois, parce qu'ils ont, par exemple, un
service à l'intérieur de leurs <villes...
M. Tremblay (Guillaume) :
...qui disent que, selon eux, des fois, parce qu'ils ont, par
exemple, un service à l'intérieur de leurs >villes...
Donc, des fois, c'est des plus grandes villes, des
plus grosses villes qui demandent ça. Bien, clairement on veut prendre notre
responsabilité, puis, pour nous, on veut faire partie intégrante de la solution
en matière de logement.
Mme Jeannotte : D'accord.
Le Président (M. Schneeberger) :
...
Mme Jeannotte : Oui, ça
va. Ça va.
Le Président (M. Schneeberger) :
Ça va?
Mme Jeannotte : Oui.
Le Président (M. Schneeberger) :
OK. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Oui,
dernier point. Il me reste toujours du temps encore, oui? Le projet de loi n° 17,
concernant la Régie du bâtiment puis le fardeau administratif qui est transféré
aux villes, pouvez-vous m'en parler un peu? Parce que je voudrais être sûre de
bien comprendre puis de vous aider là-dessus.
Mme Fortin (Valérie) : Je
ne rentrerai pas dans trop de détails, mais, en gros, c'est que ça ouvre une
possibilité, en fait, qu'une certaine partie des responsabilités soit
transférée aux villes. Donc, nous, ce qu'on fait, c'est soulever un peu cette
inquiétude-là puis les impacts que ça aurait pour les municipalités. Donc, ça
pourrait être possiblement très difficile, là, d'avoir la main-d'œuvre
spécialisée pour prendre en charge une partie de ce que la RBQ faisait. Donc,
c'est plutôt une... C'est ça, on soulève une inquiétude.
M. Tremblay (Guillaume) : Donc,
on y mentionnait, à l'intérieur, que la Régie du bâtiment du Québec pourrait obliger
les municipalités à s'assurer de toute la qualité au niveau de la construction.
Nous, ce qu'on dit, c'est que, présentement, on n'a pas cette main-d'oeuvre-là.
Et on parle de rapidité de livraison de permis, de livraison de projets. Vous
allez comprendre que, si on se doit d'embaucher encore du personnel, on vit la
même réalité terrain que vous au niveau du personnel en tant que tel. Donc,
nous, on pense que cette responsabilité doit rester à la Régie du bâtiment du
Québec.
Mme Duranceau : OK. Puis,
ça, on parlait de... pour les inspections pour des immeubles de moins de x
nombre d'unités, c'est ça?
M. Tremblay (Guillaume) : Écoutez,
vous dire exactement... Nous, ce n'était pas nécessairement clair, là, comment
que c'était écrit dans le projet de loi en tant que tel. On voyait juste une
brèche, une certaine brèche puis on disait : Est-ce que ça va être une
étape de plus dans la construction pour les municipalités? Notre objectif à
nous, comme vous, c'est de livrer rapidement des projets, puis on veut
travailler, bien sûr, en collaboration avec vous. C'est pour ça qu'on lève le
drapeau aujourd'hui en disant : Juste vous assurer, s'il vous plaît, avec
votre collègue ministre que ce n'est pas un nouveau fardeau qu'on va obliger
les villes... parce qu'on veut collaborer, on veut aller beaucoup plus
rapidement, mais on vous demande surtout de ne pas avoir de nouvelle
responsabilité sans avoir nécessairement le financement qui vient avec.
Mme Duranceau : OK.
Puis, à l'égard de l'émission des permis puis du délai pour émettre les permis,
avez-vous connaissance de certaines municipalités qui se sont imposé des
délais, justement, avec des conséquences, si ça... se sont auto-imposé des
délais?
Le Président (M. Schneeberger) :
15 secondes.
M. Damphousse (Martin) : Bien,
en fait, l'imposition de délais, avec des conséquences, est complexe à mettre
en place. Par contre, ce dont moi, j'ai entendu parler, parce que je viens de
terminer une tournée, vous le savez, là, je termine aujourd'hui même l'ensemble
des caucus, c'est qu'il y a une volonté ferme de l'ensemble des municipalités
de faire des efforts importants pour réduire les délais d'émission des permis.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle. Mme la députée de Mille-Îles, vous avez 12 min 23 s.
Mme Dufour : Dans...
Merci, M. Damphousse, M. Tremblay, Mme Fortin, pour votre
exposé. Je voudrais peut-être revenir sur ville mandataire pour aller dans la
même... continuer sur le sujet. À l'époque, lorsque j'étais à la ville de
Laval, être ville mandataire, ça nous donnait l'occasion d'avoir des unités
réservées dans AccèsLogis. Donc, les villes qui étaient les trois villes
mandataires du Québec avaient des unités réservées. C'est pour ça que d'autres
villes, dont Laval, Longueuil, demandaient à être aussi villes mandataires,
pour avoir des unités, mais, aujourd'hui, compte tenu qu'il y a plus d'unités,
avec le PHAQ, qui sont réservées... et, d'ailleurs, c'était un des éléments que
la ville de Montréal soulignait, qu'ils ont été très loin du nombre d'unités
qu'ils se seraient attendus à recevoir, compte tenu des unités émises dans le PHAQ,
qu'est-ce qu'aujourd'hui ça représente, être ville mandataire, pour Montréal,
Québec, Gatineau, s'ils n'ont plus d'unité réservée pour eux?
• (10 h 30) •
M. Damphousse (Martin) : Bien,
je vous dirais que le principe de ville mandataire, c'est d'assurer une
meilleure autonomie du milieu municipal, parce que, je vous dirais, ce que j'ai
observé aussi... et je reviens à ma tournée, parce que j'entends parler
beaucoup de logement social depuis un bon bout de temps, j'entends parler
beaucoup d'OMH. On le sait, on a des OMH qui sont performants, qui vont bien, on
a des OMH où c'est plus compliqué, c'est plus lourd. Dans ce temps-là, la
création des logements abordables, logements sociaux... bien, ils sont
tributaires de ces organismes-là. Et, quand on vient nous apostropher au
conseil de ville puis on nous dit : OK, mais c'est donc bien long, les
logements sociaux, ça ne fonctionne pas, ça ne lève pas de terre, puis, quand
on n'a pas le <contrôle...
>
10 h 30 (version révisée)
< M. Damphousse (Martin)T :
...ça
ne fonctionne pas, ça ne lève pas de terre. Puis, quand on n'a pas le >contrôle,
le milieu municipal, de cette construction-là, de ce développement-là, puis que
c'est relégué à des OMH, bien, c'est là où ça devient plus compliqué. Le jour
où Varennes, Mascouche et d'autres municipalités qui le souhaiteraient
deviendraient mandataires, on est tributaire de la lenteur ou de l'accélération
des projets, donc on devient beaucoup plus responsable et répondant de ça.
Donc, à partir du moment où on est prêt à
offrir des terrains, on est prêt à offrir des crédits de taxe, à additionner l'ensemble
des conditions favorables dans des secteurs spécifiques, bien, ça fait en sorte
qu'on peut être beaucoup mieux positionné pour accélérer les projets en étant
mandataire.
Mme Dufour : Parfait. Je
comprends. Par contre, avec le PHAQ, vous le mentionniez, là, qu'il n'y a plus
la... dans le fond, les villes ne participent plus à l'identification des
projets retenus. AccèsLogis, les villes étaient partie prenante. Et là, dans le
PHAQ, c'est... dans le fond, on ne sait pas trop comment sont choisis les
critères... les projets, qu'est-ce qui détermine qu'une ville reçoit des
projets ou pas. Et donc, donc, ça, est-ce que c'est un élément qui, pour vous,
serait important qu'il revienne? De ce que je comprends, c'est ce que vous
souhaitez, là, que les villes puissent... puissent, disons, être un peu plus
partie prenante du choix des projets retenus.
M. Damphousse (Martin) : Honnêtement,
je vois... Bien sûr que, dans un monde idéal, ce serait le fun de savoir et d'influencer
même le choix des projets, mais la réalité, c'est que, dans n'importe quel
programme de subvention, que ça soit sportif, que ce soit primo, que ce soit le
tech, bien, l'ensemble des villes, on dépose des projets puis on se croise les
doigts d'être retenues.
Dans les infrastructures sportives, bien,
on est dans l'attente, en fonction du 300 millions qui est là, mais c'est
le même principe. Les projets sont développés, puis on est confiant que le
choix qui est fait est en fonction de la qualité des projets. Ils ont des
critères, et on est en attente du choix final. Mais, honnêtement, je vois mal
comment on puisse décider, là. Il n'y en a pas pour tout le monde, donc, il y a
des choix qui doivent se faire.
Mme Dufour : Tout à
fait. Mais je me référais à votre mémoire, où vous disiez : «Le programme
AccèsLogis permettait aux municipalités de contribuer à l'identification des
projets retenus sur leur territoire. Or, le PHAQ n'offre pas cette possibilité
et se prive ainsi d'un précieux apport pour mieux cibler les besoins locaux.»
Donc, je me référais vraiment à votre mémoire, là. Donc, j'essaie juste de
comprendre à quoi vous faisiez référence.
M. Damphousse (Martin) : ...va
vous donner des précisions là-dessus.
Mme Dufour : Merci.
Mme Fortin (Valérie) : Oui,
bien, c'est ça, tout à fait. Donc, pour compléter, là, ce qui a été dit, là, on
peut simplement dire, donc, tel que décrit dans le mémoire, dans le temps d'AccèsLogis,
il y avait vraiment une plus grande implication de la municipalité dans les
projets qui étaient retenus. Dans le cadre du PHAQ, c'est simplement une
information, donc il n'y a pas de possibilité de la municipalité de s'impliquer.
Dans certains contextes, ce qu'on nous
rapporte, c'est que ça pourrait... Une meilleure implication de la
municipalité, tel que c'était le cas dans AccèsLogis, permet peut-être de mieux
arrimer, entre autres, peut-être au développement territorial ou à différents
besoins sur le territoire qui rejoignent les compétences des municipalités dans
l'aménagement du territoire ou la planification. Donc, c'est un peu dans ce
sens-là, ce que vous soulevez.
M. Tremblay (Guillaume) : Des
exemples concrets, là, des fois, par exemple, quand vous avez de la place pour
tout ce qui s'appelle tuyaux, donc, au niveau des infrastructures, des fois, on
peut travailler avec les groupes, dire : Voici, il y a plus de places dans
nos infrastructures à telle place, telle place versus d'autres endroits. Donc,
je pense que c'est intéressant que le milieu municipal fasse partie importante,
là, de ces choix-là.
Mme Dufour : Parfait.
Merci. J'ai noté, tout au long du mémoire et de votre allocution, que vous
faisiez vraiment référence au logement social et non pas au logement abordable.
Je trouvais que c'était intéressant. Ce qu'on voit, par contre, c'est plus des
projets. On voit de plus en plus de projets abordables et de moins en moins de
logements sociaux. Est-ce que c'est quelque chose... Parce que, dans vos
recommandations, là, vous demandez 4 500 logements sociaux par année,
le maintien d'un programme de logements sociaux, donc, vous vous parlez
beaucoup de ça. Donc, pour vous, c'est vraiment différent, logement social, de
logement abordable?
M. Tremblay (Guillaume) : Pour
nous, ce qui est clair, c'est que c'est un... excusez-moi l'expression très
anglaise, mais un melting-pot de toutes les solutions, hein? Donc, pour nous, c'est
important, oui, du logement social, du logement abordable. Tantôt, mon collègue
parlait des projets qui étaient mis de l'avant avec Desjardins, avec la FTQ. Il
faut savoir aussi qu'il y a plusieurs OMH qui participent, justement, au
programme PHAQ, donc, qui peuvent avoir des subventions.
Donc, nous, ce qu'on dit aujourd'hui :
Mettez-nous de l'avant l'ensemble des idées possibles pour pouvoir, justement,
faire du logement, mais, oui, le logement social en fait partie puis c'est
important, pour nos concitoyens et concitoyennes, d'avoir eu du logement
social, mais ça prend vraiment des idées et des idées dans toutes les sphères
des possibilités.
M. Damphousse (Martin) : Si
je peux me permettre <un complément d'information...
M. Tremblay (Guillaume) :
...d'avoir
eu du logement social, mais ça prend vraiment des idées et des idées dans
toutes les sphères des possibilités.
M. Damphousse (Martin) :
Si
je peux me permettre >un complément d'information, si, dans notre
mémoire et à la lecture de notre mémoire, vous avez vraiment eu l'impression
qu'on axait principalement, sinon uniquement, vers le logement social, bien,
c'est probablement une erreur, parce qu'honnêtement la réalité... Que ce soit
du logement social, que ce soit du logement abordable, que ce soit du logement,
des appartements, des condos, honnêtement, toute forme de porte, aujourd'hui,
est nécessaire partout.
Mme Dufour : Parfait.
Peut-être vous amener sur les allègements que vous aimeriez voir pour les
offices municipaux. Vous parliez notamment du processus d'appel d'offres pour
l'octroi de contrats. Est-ce qu'il y aurait moyen d'être un peu plus précis
dans les allègements qu'on voudrait voir pour les offices municipaux?
M. Tremblay (Guillaume) : Oui.
Écoutez, je vais y aller de façon très précise, je vais y aller avec un exemple
superconcret. Donc, vous avez, par exemple, des OMH, présentement, qui sont
obligés... parce que vous savez que les OMH ont pratiquement les mêmes
réglementations que les villes, en tant que tel, on est présentement en pénurie
de logements. Et là, par exemple, je vais donner un exemple de chez nous, on
cède un terrain, on est prêt à partir en développement d'un projet. Cependant,
bien, l'OMH, avec le Fonds, par exemple, Desjardins, je peux vous dire que
c'est très lourd, faire tous les appels d'offres pour faire les inspections au
niveau du sol. Des fois, Desjardins a aussi des promoteurs rapides avec qui ils
sont prêts à travailler, qui ont négocié des prix intéressants pour que nos
citoyens puissent savoir rapidement. Mais ils sont tous obligés d'aller en
appel d'offres, puis là on est obligé, pratiquement, de créer des OBNL pour
aller... pour aller plus rapidement. Ça, des fois, c'est des délais de quatre,
cinq, six mois, là, pour la création des OBNL.
D'ailleurs, je pense que, dans votre
passé, quand vous étiez à Laval, vous aviez créé aussi un OBNL de la sorte.
Donc, bien là, si chacune des villes au Québec, on est obligé de faire ça, vous
allez comprendre que c'est des délais encore importants. Nous, on est
collaborateurs, on veut travailler avec nos offices, on veut faire du logement
social. Cependant, les délais sont beaucoup plus importants que le privé, qui
peuvent aller super rapidement. Donc, le message qu'on dit aujourd'hui au
gouvernement du Québec, c'est : Aidez-nous à trouver des solutions pour
répondre à cette demande-là, parce que, oui, on veut aller vitesse grand V,
mais on ne peut pas faire ça seul, selon la loi telle qu'elle est présentement.
Mme Dufour : Merci de la
précision. Effectivement, quand on va en appel d'offres, là, c'est rarement en
bas de six mois pour un grand contrat, puis ça, c'est si on a des
soumissionnaires, si ça respecte le budget, parce que, après ça, ça peut être
encore plus long. Donc, c'est un enjeu. Et c'est, d'ailleurs, pour ça que
plusieurs villes développent en maîtrise d'oeuvre privée pour aller plus vite
et ensuite les rues sont cédées aux municipalités. Donc, je pense que, Mme la
ministre, on pourra travailler quelque chose pour peut-être accélérer certains
éléments là-dessus.
Peut-être, je voudrais vous entendre,
brièvement, là... bien, en terminant, là, sur l'enjeu de l'hébergement
touristique, vous parlez de la procédure d'approbation particulière qui, là,
est en cours présentement. On voit beaucoup, beaucoup de nouvelles régionales,
là, il y en a qui vont en consultation là-dessus, et il y a des contestations.
Mais ça prend, si je me rappelle bien, là, ça prend la moitié moins de
signatures pour bloquer un projet, en fait, qui empêcherait l'hébergement
touristique, alors que, déjà, on dit que c'est trop lourd actuellement, puis
que ça ne prend déjà pas assez de signatures pour bloquer des projets. Donc,
peut-être vous entendre un peu plus là-dessus.
M. Tremblay (Guillaume) : Je
vais laisser la parole... Parce que, tantôt, on s'était dit, si on avait cette
question-là, c'est très technique, mais juste vous dire que, présentement,
c'est les délais, donc, les délais, c'est très long, puis ça peut être très fastidieux
de tout faire ces étapes-là. Puis, vu que c'est très technique, je vais céder
la parole à Valérie, là, qui va pouvoir renchérir. Allez-y.
• (10 h 40) •
Mme Fortin (Valérie) : Oui,
bien, en fait, c'est ça, l'idée, c'est que l'hébergement touristique peut
menacer, en fait, les logements existants sur le marché, donc, les rendre
indisponibles, là, à la population. C'est vraiment l'idée de base qui sous-tend
un peu ça. Donc, certaines municipalités souhaitaient réglementer plus
précisément la permission pour les propriétaires... bien, en fait, pour, peu
importe, là, pour les personnes, là, de louer de l'hébergement touristique dans
leur résidence principale. Le mécanisme qui était prévu initialement pour ça
était très, très lourd, donc, équivalait, pratiquement, à tenir des élections,
là, tu sais, en termes d'organisation, là.
Donc, nous, ce qu'on plaidait, c'était en
faveur d'un mécanisme moins lourd, pour permettre aux municipalités qui le
souhaitent de réglementer plus facilement cet aspect-là, pour les municipalités
qui auraient des enjeux plus grands, là, puis toujours dans une idée d'éviter
la perte de logements. Donc, je résumerais comme ça. Je ne sais pas si ça
répond à votre question.
Mme Dufour : Bien,
est-ce qu'à ce moment-là le processus de consultation de zonage ordinaire
aurait pu le faire en attendant qu'il soit révisé, bien entendu, là?
Mme Fortin (Valérie) : ...oui,
c'est ça. En fait, <ce qui était souhaité...
Mme Dufour :
...le
processus de consultation de zonage ordinaire aurait pu le faire en attendant
qu'il soit révisé, bien entendu, là?
Mme Fortin (Valérie) :
...oui,
c'est ça. En fait, >ce qui était souhaité, c'était la procédure
ordinaire qui s'applique et non une procédure extraordinaire qui là était de
l'ampleur, là... Donc, tout à fait, c'est ce que vous dites, oui.
Mme Dufour : Parfait.
Bien, écoutez, je l'ai déjà souligné lors des travaux du PL n° 16.
C'est souhaitable que le processus de consultation de zonage soit révisé
entièrement.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
Mme Dufour : Donc, on va
travailler là-dessus avec le gouvernement. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition, et
la parole est au député de Laurier-Dorion pour un temps de 4 min 08 s.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Bonjour, M. Damphousse, M. Tremblay et
Mme Fortin. Écoutez, je voudrais aller immédiatement du côté de certains
chiffres que vous avez mentionnés, donc, des objectifs ou des visées, là, en
termes de construction de logements. Vous avez parlé de
4 500 logements sociaux et 13 000 logements abordables, et
donc pour... et il y a un objectif... en tout cas, un besoin, là, de
78 000 logements, d'ici 2030, pour absorber le déficit de l'offre.
Tout d'abord, vous dites dans votre
mémoire que vous souhaitez la continuité et le maintien d'un programme visant
la création de logements sociaux en complément d'un programme visant la
création de logements abordables. Je suppose que les 4 500 et les
13 000 logements que vous mentionnez, c'est en plus de ce qui se fait
maintenant, d'une part, et est-ce que... Vous appelez, dans votre mémoire,
carrément à continuer des efforts de construction de logements sociaux... peut-être
par AccèsLogis ou un autre problème, là, le véhicule est moins important ici, là,
mais c'est la construction, carrément, des logements sociaux, en plus de ce qui
se fait maintenant?
M. Damphousse (Martin) : La
réponse, c'est oui. Et ce qu'on observe, si on fait juste un parallèle entre
l'émission des permis de construction entre 2022 et 2023, ce qu'on est en
mesure d'observer, c'est qu'en 2022 on avait identifié que ça prenait plus de
logements, on identifiait à... 78 000 logements de plus, mais par rapport
à ce qui se faisait normalement. Mais là, en 2023, on a déjà constaté,
l'ensemble du milieu municipal, qu'on émet aujourd'hui 50 % moins de
permis de construction que la base qu'on souhaitait, mais on en a besoin de
plus. Donc, vous aurez compris que l'écart se creuse davantage.
Donc, quand je mentionnais tantôt à vous
tous qu'il est important qu'on travaille ensemble, parce qu'il faut trouver... En
fait, c'est multifactoriel, donc, il faut trouver une panoplie de solutions
pour être capable d'y arriver. Mais ce sont les chiffres de la SCHL, le nombre
de logements sociaux. Puis on regarde l'effet de l'itinérance, là, il y a un
lien direct avec le manque de logements, avec l'abordabilité. La progression de
l'itinérance est fulgurante en ce moment. Donc, ces données-là sont tout à fait
valables puis ils viennent de la SCHL, principalement.
M. Fontecilla : Merci beaucoup,
là. Dans votre recommandation n° 2, vous appelez
à créer un fonds visant le développement de l'offre de logements locatifs privés
hors marché par la mise en avant des modèles alternatifs, là. J'aimerais... Dans
votre esprit, là, qu'est-ce que c'est, des logements locatifs privés hors
marché? Est-ce que c'est du logement social? Est-ce que c'est du logement
abordable? Quels sont les modèles alternatifs, là, que vous envisagez?
Mme Fortin (Valérie) : Oui.
Donc, je vais prendre la réponse. Donc, on parle, entre autres, de projets
comme ceux de l'UTILE, qui fait du logement étudiant. Donc, c'est vraiment des
modèles alternatifs, ça innove par rapport à ce qui se faisait auparavant, mais
ça répond à certains besoins. Puis, tel que décrit auparavant, on a vraiment
besoin d'un éventail, d'une diversité de logements pour répondre à l'ensemble
des besoins. Donc, ce type de fonds là, pour financer des projets comme
l'UTILE, Interloge, Plancher, c'est des exemples, là, de modèles alternatifs,
là, de logements qui répondent aux...
M. Tremblay (Guillaume) : Qui
fonctionnent bien.
Mme Fortin (Valérie) : Voilà.
M. Fontecilla : Hors
marché, qu'est-ce que ça veut dire exactement? Ça n'appartient pas à un
promoteur privé, une compagnie ou un particulier, mais ça appartient, par
exemple, à des OSBL, un office d'habitation? Quelle est la forme de propriété,
là, que vous envisagez?
Mme Fortin (Valérie) : Oui,
bien, c'est des propriétés, en fait, qui ne sont pas soumises, là, au marché
spéculatif. Donc, c'est pour ça qu'on dit hors marché, donc, qui vont moins
subir, là, les hausses, les fluctuations du marché, ainsi mieux protégées, puis
avec une meilleure abordabilité pérenne, en fait, là, à plus long terme. Donc,
c'est ça qui est entendu...
M. Damphousse (Martin) : Et,
si je peux me permettre une précision, parce qu'on a parlé du programme de
l'organisme UTILE, en fait, c'est un OBNL qui a été créé pour <du
logement étudiant...
M. Damphousse (Martin) :
...et,
si je peux me permettre une précision, parce qu'on a parlé du programme de
l'organisme UTILE, en fait, c'est un OBNL qui a été créé pour >du
logement étudiant. Donc, ce contexte-là, étonnamment, quand on le lit, quand on
apprend ce qu'ils réussissent à faire, c'est pour ça qu'on dit que c'est hors
marché. C'est un OBNL, ce n'est pas une entreprise qui est là pour faire de
l'argent auprès de ses actionnaires. C'est vraiment une mission qu'ils se sont
donnée pour répondre aux besoins des étudiants, et ça fonctionne. On n'en a pas
beaucoup encore de ce genre-là, mais c'est probablement à explorer et à pousser
et mettre de l'avant, surtout dans des milieux très universitaires. Je pense à
Sherbrooke, à Montréal, Québec, Trois-Rivières, donc, c'est des endroits où ça
répondait vraiment à un besoin.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Merci beaucoup. Votre temps était écoulé depuis presque une minute, mais je
vous laissais aller parce que pour... par politesse, pour répondre à la
question. Alors, merci beaucoup pour votre représentation.
Nous allons suspendre maintenant quelques
instants pour... en attendant l'autre prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 47)
(Reprise à 10 h 54)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
on reprend les travaux. Alors, nous allons débuter maintenant avec Me Searle.
Alors, Me Searle, vous avez 10 minutes pour vous présenter et présenter
votre mémoire, et, par la suite, il y aura une période d'échange avec les
députés. Alors, la parole est à vous.
M. David Searle
M. Searle (David) : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci. Bonjour, Mme la ministre, Mmes, MM. les
députés, et je salue également M. le président du Tribunal administratif du
logement. C'est un grand privilège et honneur d'être ici. J'ai énormément de
respect pour votre travail à tous et à toutes. Donc, sans plus tarder, qui
suis-je? Donc, mon nom, c'est David Searle. Je suis avocat et chargé de cours
en droit du logement. Je travaille depuis environ neuf ans dans des organismes
communautaires dans le domaine juridique. On parle beaucoup de logement, vous
pouvez vous en douter.
Donc, le droit du logement, en soi, c'est
un domaine qui est excessivement important, on parle de droits fondamentaux,
mais malheureusement très peu étudié. Il y a beaucoup de mésinformation dans le
domaine, et donc ça mène à beaucoup de mauvaise compréhension. C'est une des
raisons que j'ai lancées, l'année dernière, justicedecodee.com. Donc, c'est un
outil dans lequel on publie des recherches étudiantes en droit du logement,
puis avec l'objectif de faire disséminer des recherches qui mettent... qui
vulgarisent l'État du droit actuellement, en matière du logement au Québec, ce
qui ne se fait pas assez souvent.
Donc, par rapport au projet de loi, je
vais vous entretenir, en partant, par rapport aux deux sujets qui, disons,
avantagent ou désavantagent les locataires et les propriétaires ou locateurs,
je pense, je vais essayer de dire «propriétaires». Donc, en partant, le projet
de loi attaque le sujet des évictions. Donc, à titre de rappel, bien, les
reprises, c'est peut-être M., Mme baby-boomer qui vient faire venir maman,
papa, <enfants chez eux...
M. Searle (David) :
...ou
locateurs, je pense, je vais essayer de dire «propriétaires». Donc, en partant,
le projet de loi attaque le sujet des évictions. Donc, à titre de rappel, bien,
les reprises, c'est peut-être M., Mme baby-boomer qui vient faire venir
maman, papa, >enfants chez eux, doit faire partir un locataire. Tandis
qu'éviction, c'est, par exemple, un... qui décide de faire partir un locataire
pour créer un bureau, par exemple. Donc, point de vue valeur sociétale, on peut
comprendre que la reprise a plus de valeur. Je trouve, c'est vraiment très
juste, les mesures qui sont proposées en matière d'éviction par le
gouvernement. Étant donné qu'on vient donner, dans le fond, un coût plus élevé
pour l'éviction que pour la reprise, je pense qu'on a frappé juste.
Je ne suis pas d'accord... Et j'ai
beaucoup de plaisir à écouter les autres présentations des autres membres, là,
ici, à cette place, mais je ne suis pas d'accord avec l'APCHQ qu'on devrait
changer la proposition à 12 mois. Présentement, on a mentionné que les
personnes pourraient, en temps et lieu, venir chercher plus d'indemnités. C'est
déjà le cas. Ils ne le font pas. Donc, c'est... Et je trouve intéressant que la
CORPIQ n'a pas critiqué cette démarche-là, si je ne m'abuse. Donc, c'est
vraiment très intéressant.
En ce qui concerne les cessions de bail,
c'est un sujet qui fait couler beaucoup, beaucoup d'encre. Je ne suis peut-être
pas au diapason avec mes collègues dans le communautaire sur ce sujet. Oui,
c'est certain que c'est une réforme qui viendrait désavantager des locataires,
c'est vrai. Par contre, je pense qu'il y a beaucoup de méconceptions sur la
finalité de la cession de bail. En particulier, je veux apporter à votre
attention trois cas de figure les plus récurrents. Donc, on a le premier, c'est
les propriétaires qui sont tout à fait à l'aise avec la cession, parce que,
bon, ça leur donne un autre locataire, pas de problème, donc, eux, ils le permettent,
ils ne seront pas affectés par le projet de loi.
Le deuxième cas de figure, c'est les
propriétaires qui détestent les cessions de bail, qui vont s'y opposer coûte que
coûte. Ces personnes-là vont refuser même quand c'est valide. Et qu'est-ce qui
arrive? C'est que le locataire, puis moi, c'est ça que je rencontre à tous les
jours, et j'ai oublié de mentionner, d'ailleurs, que je travaille au centre de
justice de proximité. Je ne parle pas pour le centre de justice de proximité ou
l'UQAM, donc, je le précise. Mais les personnes qui refusent viennent
essentiellement rendre impossible la cession de bail présentement, parce que...
On peut avoir un bel article de loi qui prévoit que la cession est d'ordre
public, mais, si un propriétaire refuse une cession qui est pourtant justifiée,
le candidat cessionnaire, le locataire actuel, bien, il a... excusez, le cédant
a un candidat cessionnaire qui doit habiter quelque part. Il n'a pas
typiquement cinq semaines pour attendre un litige incertain pour s'aménager
quelque part.
Donc, tu sais, d'une part, ce n'est pas un
outil miraculeux, quand il y a des refus faits par les propriétaires qui sont
peut-être non justifiés, souvent, non justifiés, les locataires vont parfois
contourner, c'est leur droit, en faisant vivre la personne chez eux, en
attendant le procès. Et, bon, c'est une façon de faire qui n'est pas ouverte à
beaucoup de personnes.
• (11 heures) •
J'espère que je ne vous perds pas dans les
détails, mais une dernière chose que je veux juste mentionner avec la cession,
c'est que ça termine souvent quand, par exemple, le propriétaire fait rentrer
un candidat... c'est-à-dire quand un locataire fait rentrer un cessionnaire
chez lui ou chez elle, le cessionnaire qui devient locataire est souvent dans
une longue série de conflits avec le propriétaire, qui, lui ou elle, ne voulait
pas cette personne-là, ne veut pas cette personne-là. Bon. Est-ce qu'il y aurait...
vous pourriez me dire qu'on devrait peut-être corriger ce problème, peut-être,
mais tout pour dire que ce n'est pas non plus la panacée. Et, par contre, comme
je le dis dans le mémoire, je pense qu'on vient retirer un bénéfice aux
locataires, et j'aurais tendance à proposer ou suggérer plutôt à la commission
de peut-être maintenir cette réforme-là en autant que d'autres mesures
intéressantes aux locataires soient amenées dans le projet de loi, qui ne s'y
retrouvent pas.
Et le premier, le plus important, et celui
que je tiens le plus à vous parler, là, c'est s'attaquer au problème de... le
problème de sécurité et de salubrité des logements. On a un... Vous connaissez
l'état qui se dégrade du parc locatif, on devrait s'en inquiéter, c'est une
question de santé publique qui affecte la capacité de toutes sortes... Je ne
suis pas médecin, là, mais ça m'inquiète. Et les gens... Dans le fond, ce qu'on
peut voir présentement, c'est que c'est un secret de Polichinelle, les compensations...
puis les locataires peuvent chercher, devant le tribunal, pour un problème de
salubrité, est très bas, est très, très bas. Donc, vous ne vous <imaginerez
pas...
>
11 h (version révisée)
< M. Searle (David)T :
...très
bas. Donc, vous ne vous >imaginerez pas qu'est-ce qu'un locataire
pourrait chercher pour un cas de coquerelles, un cas de punaises qui dure
pendant des mois, des années. Et ce que l'on voit dans le domaine, c'est des
propriétaires qui rentrent dans l'immobilier et qui ne sont pas intéressés,
point, à faire des changements dans l'immeuble. Et, financièrement, ils ont
peut-être raison. Je veux dire, ils se font poursuivre, ils ont une ordonnance,
ils vont payer 2 000 $. Mais le... Ce qu'ils disent aux locataires :
Bien, quittez, moi, je vais juste vous remplacer, c'est tout. Donc... Et le
problème, maintenant, c'est qu'avec la crise du logement... Avant, les
locataires, qu'est-ce qu'ils faisaient, bien, ils quittaient, ils
déménageaient, maintenant, ils ne peuvent plus. On a vu une baisse du nombre
des déménagements. Et donc les gens, ils restent, et ils restent dans des
problèmes d'insalubrité. C'est inquiétant. Donc, moi, ce que je vous
proposerais, ce serait d'amener des dommages punitifs en matière d'insalubrité,
de manques de sécurité qui sont récurrents, qui... on pourrait assimiler à des
cas de taudis, pour venir amener un coût pour les propriétaires dans cette
situation-là, alors que, présentement, il n'y a pas de coût, vraiment.
Et quelque chose que... qui serait bon
pour tous les locataires, ce serait d'anonymiser leur demande au tribunal pour
des cas d'insalubrité ou de manque de sécurité. Présentement, ils sont
plusieurs à ne pas faire de demande parce qu'ils craignent ne pas se faire relouer
un logement par après. Parce que, s'ils font une... s'ils postulent pour un
appartement, on voit qu'ils ont ouvert une demande, c'est un locataire qui
dérange, donc on ne leur loue pas. Donc, c'est vraiment un grand problème. Et
on peut le voir dans les statistiques. Quand on lit le rapport annuel du Tribunal
administratif du logement, si on regarde juste les causes civiles, on exclut,
on ne prend pas en compte fixation de loyer, on ne prend pas en compte le
non-paiement de loyer, ce qui est le nerf de la guerre. Si on ne prend pas en
compte ces mesures-là... Les demandes des locataires qui s'assimilent à des
problèmes de sécurité et insalubrité, là, ça tourne autour de 8 %
seulement des causes civiles au TAL. Donc, les gens ne se rendent pas au
tribunal, et je pense qu'on a à se poser la question pourquoi.
J'aurais quatre points à couvrir. J'espère
qu'on... je pourrai les couvrir. Mais, sinon, un autre enjeu qui n'est pas
couvert...
Le Président (M. Schneeberger) : Il
vous reste une minute, une minute.
M. Searle (David) : Une
minute. OK. Je vais... Donc, dans le fond, il reste le sujet de la colocation
et de la sous-location.
Donc, la crise du logement, on ne crée pas
assez de logements. Vous le savez, les gens, qu'est-ce qu'ils font, bien, ils
rentrent en colocation, ils rentrent en sous-location. Et la colocation n'est
pas définie au Code civil, et ce qui veut dire beaucoup d'ambiguïté, beaucoup
de détresse aussi. C'est... On a vu, particulièrement durant la COVID, mais ça
va se poursuivre, on a quelqu'un qui vit chez nous, on veut qu'il parte, bien,
ce n'est pas clair si on peut lui forcer à partir ou pas.
Donc, je vous propose quelques
modifications à amener en matière de colocation, sous-location : distinguer
les concepts, déterminer si on veut vraiment donner le... tu sais, peut-être,
la priorité au locataire, quitte à dire : Le colocataire, sous-locataire,
il n'a pas nécessairement la priorité de rester dans le logement si le locataire
veut rester puis il veut qu'il parte. Donc, ça, c'est un enjeu que je suis
vraiment content de pouvoir amener à votre attention. Je pense qu'il n'est pas
vraiment sur le radar de personne.
Il existe aussi l'enjeu de la reprise du
logement. On en traite un peu indirectement dans le projet de loi. Et je ne
vous en parlerais pas, si ce n'était pas pour une dernière jurisprudence, Aly c.
Gagnon, qui été rendue par la Cour du Québec, dans laquelle un juge de la Cour
du Québec a adopté une interprétation très littérale du Code civil. Et, dans
mon mémoire, je vous dis qu'on cite quatre fois ce jugement, c'est rendu à 10 fois,
le jugement a été cité en date d'aujourd'hui. Et on vient dire que quelqu'un
qui a un projet à court terme peut faire partir un locataire. Donc, un
projet... par exemple, bien, j'ai ma tante qui va être au Canada pendant six
mois, je veux qu'elle vive chez vous, ça, ce sera permis, même si le locataire,
il est là depuis 20 ans. Donc, ce n'est pas sur le radar. Moi, j'invite la
commission à réfléchir à la possibilité d'intégrer ce qui a toujours été la
jurisprudence, ou, du moins, qui a été longtemps la jurisprudence du Tribunal
administratif du logement, que de seulement accepter des reprises qui sont...
qui ont un caractère certain et qui... et permanent.
L'avant-dernier point : les
rénovictions. Il y a beaucoup de mésinformation sur la matière, donc je vous
propose trois idées pour aider les parties, tant locataires que propriétaires,
à mieux connaître leurs droits, mieux <savoir...
M. Searle (David) :
...aider
les parties, tant locataires que propriétaires, à mieux connaître leurs droits,
mieux >savoir.
Dans le fond, qu'est-ce ce qu'on voit
souvent, c'est qu'un propriétaire achète un bloc, arrive avec ses gros sabots
et dit aux locataires : On rénove, malheureusement, c'est la fin, mais je
suis prêt à vous offrir 4 000 $ pour couvrir vos frais. Et ça peut
être très impressionnant. Ça peut mener à des signatures de quittance où le
locataire s'engage à partir. Et les propriétaires aussi, ils peuvent être mal
informés de leurs droits par leur courtier. Donc, je vous proposerais quelques
idées, là, donc, pour s'assurer qu'à la transmission d'une propriété on informe
les locataires de leur droit au maintien dans les lieux, que de forcer leur
départ, c'est vraiment l'exception, et qu'il doit... on doit respecter des
critères assez spécifiques, donc vraiment d'aller chercher de l'information en
cas de doute, pareillement pour les propriétaires, et également de spécifier, à
même le Code civil, l'état de la jurisprudence, qui prévoit qu'en cas de
travaux majeurs les locataires sont à perte... n'ont aucune perte. Le principe
élaboré par le tribunal, c'est de faire en sorte que les locataires peuvent... doivent
partir effectivement pour permettre les travaux, mais peuvent revenir et ne
subiront pas de perte parce que leur déménagement, leur entreposage est
compensé par les propriétaires.
Sinon, le dernier point, bien, tous ces
points-là sont inutiles, si...
Le Président (M. Schneeberger) : Rapidement,
parce que vous êtes déjà trois minutes sur le temps de la ministre, là.
M. Searle (David) : Oui. Ah!
je vous en prie.
Le Président (M. Schneeberger) : Mais,
allez-y, elle vous le donne, mais rapidement.
M. Searle (David) : Très
rapidement. Tous ces points sont inutiles si on n'investit pas dans le concret.
Et ces droits se décident au Tribunal administratif du logement. On a
M. Simard. Me Simard est le capitaine d'une équipe de tonnerre et
mais qui est vastement sous-financée. Et on parle ici de... Si on compare les
petites créances et le TAL, ce sont deux tribunaux de proximité, le
gouvernement a investi, a embauché des juges, des greffiers spéciaux, à son
honneur, mais ce n'est vraiment pas assez, si on regarde, là, les statistiques.
Et surtout les perceptions des gens, malheureusement, étant donné la vitesse
que l'état du financement impose au tribunal lors des audiences. Bien, moi, je
reçois beaucoup d'insatisfaction et je dois souvent faire la part des choses
avec les gens, dire : Bien, ils essayaient... ils essayaient d'appliquer
la loi, mais... et ça peut mener à des problèmes, là. Parce qu'à la base c'est
l'écoute. Comme vous m'écoutez, bien, c'est l'écoute aussi au tribunal. Des
fois, ça dépasse puis, des fois, c'est long. Donc, il faut investir.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
M. Searle.
M. Searle (David) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, on va procéder aux périodes de questions avec Mme la ministre. Vous
avez... Il vous reste un peu plus de 12 minutes.
Mme Duranceau : ...alors,
M. Searle, merci beaucoup pour votre mémoire. Comme je vous le mentionnais
tantôt, c'était rafraîchissant à lire, honnêtement.
M. Searle (David) : Merci.
Mme Duranceau : C'est...
Ce n'est pas peu dire dans le contexte actuel. Non, je trouvais qu'il y avait
de la perspective aussi qui est... à l'égard des différentes mesures, les pour
et les contre. Alors, ça, c'était intéressant.
On va parler de la cession de bail. Est-ce
que vous êtes d'accord avec moi que le locataire a toujours la possibilité de
céder son bail malgré un refus du propriétaire? Le refus pur et simple entraîne
la résiliation du bail. Donc, le locataire qui veut quitter... c'est ça, là,
l'idée d'une cession de bail, le locataire qui veut quitter peut toujours
quitter, n'est-ce pas?
M. Searle (David) : Dans la
mouture actuelle, c'est effectivement le... la personne pourra quitter, donc
elle pourra être libérée de ses obligations.
Mme Duranceau : Donc, quel
droit est-ce.... de quel droit le locataire est-il privé, donc, avec les
modifications proposées?
M. Searle (David) : Bien, en
fait, c'est de deux parts. D'une part, le candidat pourra se voir... le locataire
qui veut partir pourrait avoir plus, peut-être, de difficulté à trouver des
candidats, peut-être, peut-être pas. Ça, ce n'est peut-être pas le...
• (11 h 10) •
Mme Duranceau : Trouver
des candidats pour?
M. Searle (David) : Bien, c'est-à-dire,
si moi, je sais que ma candidature pourrait être refusée parce que le
propriétaire ne veut pas faire une cession, bien, peut-être, je ne vais même
pas appliquer. Donc, peut-être, le locataire aura plus de difficulté à trouver des
candidats.
Mme Duranceau : Mais le
locataire, à la base, ce qu'il veut, c'est quitter, lui. «Right»?
M. Searle (David) : Oui.
Mme Duranceau : Donc,
s'il quitte, ce qu'il veut, c'est ne plus avoir d'obligations en vertu de son
bail. Donc, un refus du propriétaire et une résiliation du bail, parfait, moi,
je suis libérée de mes obligations.
M. Searle (David) : Oui. Puis,
le plus grand désavantage pour les locataires, c'est clairement pour les
locataires qui rentrent, qui n'auront pas un loyer qui est facilement protégé
et qui est le même. Ça, c'est le plus grand désavantage pour les locataires.
Mme Duranceau : Pour le nouveau
qui n'était pas partie au bail.
M. Searle (David) : Pour le
nouveau. Exactement.
Mme Duranceau : Donc, c'est
redonner au suivant avec le bien d'autrui. Est-ce qu'on peut dire ça en ce
moment?
M. Searle (David) : Bien, ce
n'est pas... je ne dirais pas... je n'irais peut-être pas jusque là parce que
c'est un peu à... Tu sais, on a... le Code civil a l'idée de vouloir faire en
sorte que les loyers augmentent seulement avec les critères de <fixation...
M. Searle (David) :
...Tu
sais, on a... le Code civil a l'idée de vouloir faire en sorte que les loyers
augmentent seulement avec les critères de >fixation. Donc, en fait,
techniquement, ça devrait toujours être le cas, ce que... ce qui est
présentement en place et ce qui peut être fait avec la cession. En pratique, on
est d'accord, on ne se mentira pas, ce n'est pas la réalité sur le terrain, et,
je veux dire, bon, pour le mieux ou pour le pire. Ce n'est pas la réalité,
quand... un locataire qui quitte, le prochain va payer le même loyer. Ce n'est
pas la réalité du tout, là.
Mme Duranceau : Donc,
est-ce qu'il n'y aurait pas une façon de... Dans le fond, la cession de bail,
ce n'est pas ce qui vient régler le problème. Il y a un autre problème à la
source, qui est : au moment du transfert, bon, il y a des augmentations de
loyer qui ne sont pas celles qui seraient souhaitées. Donc, on ne devrait pas
travailler plutôt sur ces augmentations-là?
M. Searle (David) : Ah! moi,
je suis certain que FRAPRU, RCLALQ, tout le monde serait vraiment content, si
on amènerait des mesures pour faciliter la fixation au même niveau de loyer au
départ de l'ancien locataire.
Mme Duranceau : Ou faire
en sorte que les règles présentement applicables soient appliquées?
M. Searle (David) : Soient
appliquées. La réalité, c'est que c'est très difficile pour un... Moi, ça
m'arrive de rencontrer des gens qui font cette démarche-là, de faire rebaisser
le loyer tel qu'il était dans les 12 mois précédents, mais ce n'est pas
une preuve facile. Il faut être en mesure de prouver que l'ancien locataire, il
payait tel montant. Ce n'est pas le propriétaire qui va le dire. Donc, c'est assez
difficile de porter une telle cause.
Mme Duranceau : Bien,
une clause G remplie, ça te donne l'information.
M. Searle (David) : Quand
elle est remplie, quand on... Donc, admettons, une clause G remplie. Mais, moi,
quand j'ai aménagé mon appartement, il n'était tout simplement pas rempli.
C'est le cas de beaucoup de locataires.
Mme Duranceau : OK.
Donc, on pourrait travailler sur ce volet-là, peut-être.
M. Searle (David) : On
pourrait travailler sur cet élément, absolument.
Mme Duranceau : OK.
Parfait. Donc, ensuite de ça, je voulais vous amener sur les évacuations
temporaires en raison de travaux majeurs. Vous avez mentionné : Ça doit se
faire à coût nul pour les locataires. Mais peut-être revenir sur les mesures
que vous suggérez pour encadrer ça puis aussi la notion de... tu sais, de
reprise pour soi-même, là, mais dans un contexte plus prévisible, là, ou
durable.
M. Searle (David) : Oui. Donc,
quand on parle de travaux majeurs, de... Dans le fond, on peut légalement
forcer le départ d'un locataire dans le contexte de travaux majeurs, travaux
urgents. Donc, par exemple, ça commence à couler, il faut tout détruire, il
faut tout enlever, et là, ensuite, faire rentrer la personne. Et, ce que la loi
prévoit, c'est que la personne a le droit de re-entrer par la suite.
Présentement, on parle juste de... le
propriétaire doit remettre un avis, incluant l'indemnité, on ne dit pas c'est
quoi, l'indemnité, dans le Code civil, et on... le locataire a le loisir de
contester ou pas. Mais, tu sais, si on se met dans la peau d'un locataire
moyen, il reçoit, il se fait dire : Bien là, on fait des travaux majeurs,
je vous dis que ça va prendre x nombres de mois, sinon années, etc., donc le
locataire, souvent, va juste dire : OK, je prends l'argent, je pars, alors
que... C'est correct, un locataire peut prendre cette décision-là, un
propriétaire peut faire cette offre-là, mais encore, on viendrait amener une
plus grande connaissance des faits en cause, si on dit aux locataires :
Bien, voilà, vous avez droit à être coût neutre pendant ce déménagement-là, et,
encore, de le faire au moment du transfert de propriété, au moment où beaucoup de
rénovictions ont lieu.
Mme Duranceau : Puis,
coût neutre, tu sais, c'est vrai, mais comment on va gérer les exagérations?
Parce qu'il y en a, là, à l'occasion aussi, là, dans l'autre sens.
M. Searle (David) : Oui. Bien,
justement, il faut des juges au Tribunal administratif du logement. C'est ça, leur...
C'est ça, les types de causes qu'on a vulgarisées sur Justice décodée, là, c'est
des demandes pour les déménagements : bien, le déménagement, c'était trop,
non, ce n'était pas assez. Donc, c'est effectivement comment le juge... C'est
déjà prévu.
Mme Duranceau : Ça fait
qu'on se retrouve quand même devant la cour pour ces dossiers-là?
M. Searle (David) : Oui,
exactement. Puis je pense que c'est un des points...
Mme Duranceau : Il n'y
aurait pas moyen d'être comme en amont pour éviter de se retrouver devant le...
M. Searle (David) : Oui,
justement, c'est, justement, en étant plus clair sur c'est quoi, les attentes
du législateur envers les parties. Donc, si on dit clairement : Bien, ça,
c'est l'état de la jurisprudence, on est d'accord, bien, à ce moment-là, le...
on aura moins de chance d'avoir des conflits, parce qu'on pourra se référer à
un texte de loi, se référer aux vulgarisations du TAL et dire : Bien,
écoutez, c'est supposé d'être coût neutre, et il y aura moins de propriétaires
qui refuseront, plus de locataires qui feront valoir leurs droits, tout dans le
cadre qui est déjà prévu par la loi. C'est juste de rendre le tout plus connu
de <tous...
M. Searle (David) :
...tout
dans le cadre qui est déjà prévu par la loi. C'est juste de rendre le tout plus
connu de >tous.
Mme Duranceau : Donc,
c'est d'ajouter les éléments de jurisprudence, là, qui sont repris à maintes
reprises dans la législation. C'est ça que vous proposez?
M. Searle (David) : Exactement.
Mme Duranceau : OK. OK. Moi,
je pense que c'était ça.
Pour ce qui est... Ah! ça, c'est
intéressant aussi, les demandes qui sont... qui pourraient être anonymisées
concernant l'insalubrité, donc ce serait vraiment juste dans ces cas-là, mais
ça, ce serait anonyme, comme ça, il y a... il n'y a rien qui suit le locataire,
là, sur... Mais, par contre, les demandes qui peuvent être introduites par les
propriétaires dans certains cas, s'il y a non-paiement de loyer, ça, on
continue de les...
M. Searle (David) : Exactement
ce que je proposerais.
Mme Duranceau : OK. Puis
vous disiez que ça représente quand même seulement 8 %... Non, au TAL, ça
représente 8 % des...
M. Searle (David) : Causes
civiles.
Mme Duranceau : ...des
causes. Mais, ces contextes-là, de... avez-vous, sur le plancher, là, une évaluation
de ce que ça peut représenter?
M. Searle (David) : Bien, on
parle de... Bien, on parle de... dans le Grand Montréal, dans les rapports de
la Fondation du Grand Montréal, de 10 % des logements locataires sont en
besoin de grandes, grandes, grandes rénovations. Donc, pour moi, ça n'a pas de
sens qu'il y a 10 % à Montréal seulement, puis on a l'équivalent de, je ne
sais pas, bien, 8 %... j'oublie le chiffre, là, mais... Bref, excusez-moi.
Mme Duranceau : OK.
Autour de ça, là.
M. Searle (David) : Autour de
ça. Voilà. Désolé. Je vais le trouver. C'est ça, 2 000... 2 000 causes,
2 000 causes, essentiellement, par année.
Mme Duranceau : Qui se
retrouvent devant le TAL?
M. Searle (David) : Exactement.
Mme Duranceau : Puis il
y en a d'autres qui ne se retrouvent juste pas là pour...
M. Searle (David) : Oui,
exactement. Puis, tu sais, en tant qu'avocat, moi, je tiens beaucoup à l'état
de droit. Et c'est vraiment préoccupant pour moi, toutes les fois où les gens
ne se présentent pas au tribunal avec une... En fait, ce n'est pas que je veux
que les gens soient «bellicose», ce n'est pas ça, tu sais, il n'y a pas un
avocat qui veut ça, ou une avocate. C'est plus si on a des citoyens qui disent :
Bien, ça ne vaut pas la peine, je vais chercher trop peu d'argent, de toute
façon, ils sont ci, ils sont ça, ce qui n'est pas vrai, là, mais bon, c'est un
grand problème pour notre société. Puis ça mène à des choses comme Trump, là,
si vous voulez.
Mme Duranceau : Oui. OK.
Pour ce qui est de la colocation, est-ce que vous avez une idée aussi de la...
tu sais, de la proportion ou de l'occurrence de ces situations-là? Parce que ce
que je comprends, c'est qu'actuellement le Code civil couvre peu ça. Ça fait
que c'est un projet en soi, là.
M. Searle (David) : Exactement.
Il y a... On a... Moi, je n'ai pas de donnée là-dessus. Je n'en ai pas vu. J'en...
J'aimerais connaître. Mais c'est quelque chose que moi, je constate...
anecdotiquement, que la classe moyenne, de plus en plus, se retourne vers la
colocation, la sous-location. Ce n'est plus juste les étudiants. Et ça cause
beaucoup de souffrance, le fait que ce n'est pas encadré.
Mme Duranceau : Parce
que, là, ultimement, quelqu'un se retrouve dans un logement, mais il n'a aucun
droit. C'est ça?
M. Searle (David) : Il n'a
aucun droit. Mais le locataire aussi, ce n'est pas clair, c'est quoi, ses
droits vis-à-vis cette personne-là. Donc, souvent, ce qu'on entend, c'est un
locataire qui vient nous voir : Je ne suis plus capable,je veux qu'il parte. Puis moi, je dois leur
dire : Bien, selon la jurisprudence, il faut qu'il soit violent, il faut
qu'il fasse quelque chose de vraiment pas correct ou encore qu'il ne paie pas,
mais ça, c'est une autre histoire, là, pour que le TAL puisse intervenir,
sinon, bien, vous êtes pris avec.
Mme Duranceau : OK. Puis
il y a une recrudescence de ça dans le contexte actuel. C'était moins vrai il y
a x nombres d'années?
M. Searle (David) : Je suis
un peu jeune pour vous le dire, mais... du haut de mes trentaines, là... Mais
je vous dirais, bien, on peut s'attendre à ce que ça va s'empirer, là, tant que
d'autres mesures ne sont pas mises en place, là, pour alléger la crise.
Mme Duranceau : OK. OK.
Bien, écoutez, moi, ça répond à mes questions. Merci beaucoup.
M. Searle (David) : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. La députée
de Mille-Îles. Vous avez 10 min 24 s.
• (11 h 20) •
Mme Dufour : Excellent.
Merci beaucoup, Me Searle. Franchement, un très bel exposé puis surtout un
mémoire très exhaustif, beaucoup, beaucoup de matériel et des éléments qu'on
n'a pas vus dans d'autres mémoires ou dans d'autres présentations. Donc, merci
beaucoup pour votre présence.
Je vais peut-être revenir sur les cessions
de bail. Effectivement, votre position est distincte de d'autres groupes. Et là
je voudrais vous entendre d'abord... Moi, ce que je comprends, c'est que, dans
le fond, les gens ont recours à la cession de bail surtout parce que la clause
G, elle ne fonctionne pas actuellement. Mais est-ce que vous avez une idée de
comment elle pourrait fonctionner? Est-ce qu'une amende, par exemple, pour
non... pour cause de... si elle n'est pas remplie... Je ne sais pas. Quelle
serait votre vision là-dessus?
M. Searle (David) : Bien,
premièrement, merci. Deuxièmement, je vous dirais, il faudrait... tu sais, si
c'est la volonté du législateur, ce serait de mettre en place un registre des
loyers et aussi de rendre ce registre-là... tu sais, d'avoir une force <probante...
M. Searle (David) :
...mettre
en place un registre des loyers et aussi de rendre ce registre-là... tu sais,
d'avoir une force >probante. Parce que moi, je ne suis pas certain que,
si on se réfère au Registre des loyers présentement, que je puisse amener ça en
cour puis convaincre un juge que, bien, parce que c'est écrit 1 000 $,
que c'étaient 1 000 $. Ça ne vaut pas grand-chose, là. Donc, il
faudrait donner une force probante à ça. Mais, encore, il faudrait alors, tu
sais, faire des vérifications pour ce registre-là puis aussi anonymiser aussi...
Il y a des enjeux de vie privée aussi qui est très important pour le commun des
mortels, là, donc, tu sais, il y a cet enjeu-là aussi, là, de la vie privée.
Mme Dufour : Oui. Parfait.
Mais donc un registre des loyers avec force probante, ce serait quelque chose,
quand même, d'assez compliqué et coûteux à mettre en place, là. Je comprends,
parce que, là, il y a...
(Interruption)
M. Searle (David) : Oupelaïe!
Mme Dufour : ...il y a beaucoup
de systèmes. Puis, jusqu'à maintenant, les registres qui ont été mis en place par
nos gouvernements n'ont pas nécessairement toujours bien fonctionné, là. On
parle... Registre des armes à feu. Et je suis désolée pour le verre que vous
avez échappé.
M. Searle (David) : Bien oui.
Je suis désolé pour le verre, surtout.
Mme Dufour : Donc,
voilà. Écoutez, je voudrais savoir si vous avez eu vent de cas de monétisation
de la cession de bail ou de la sous-location, là.
M. Searle (David) : Pas
personnellement, mais on m'en a fait part, effectivement, oui. Puis, tu sais,
j'ai une... bien, tu sais, c'est du ouï-dire, là. Mais donc bref, par la bande,
oui.
Mme Dufour : Est-ce que
c'est quelque chose que vous croyez qui devrait être encadré?
M. Searle (David) : Oui. Je
veux dire, c'est... toute financiarisation du logement, c'est un problème pour
la société. Dans le mémoire, je propose que... On voit, par exemple, des
locataires qui sous-louent ou ont des colocs qui paient leur train de vie. Et,
tu sais, ça, c'est un... c'est problématique. Donc, je pense qu'on devrait
légiférer contre ça. Idéalement, on veut avoir un marché locatif qui fonctionne,
puis on n'a pas à... tu sais, à s'attaquer à ces problèmes-là, là, mais pour
l'instant, il y a quand même une iniquité, là.
Mme Dufour : Effectivement.
Je voudrais vous entendre sur deux éléments que vous avez soulignés dans votre
mémoire, la représentation devant le TAL et les 30 jours de délai d'appel,
qui, maintenant, seraient à partir de la date de prise de connaissance. Vous
étiez favorable aux deux changements qui étaient proposés. Mais je voudrais
juste vous souligner qu'on a reçu, dans le fond, une lettre du Barreau qui fait
partie, dans le fond, là, des éléments qu'on devra regarder. Et il y a un
élément où ils parlent de la... le risque qu'il y ait des gens peu scrupuleux
et sans expérience qui puissent abuser de locataires parfois vulnérables, et,
pour ça, qui, eux autres, suggèrent plutôt que ce soit à titre gratuit, s'il y
a un représentant de quelqu'un qui n'est pas un avocat. En tant qu'avocat, qu'en
pensez-vous?
M. Searle (David) : Effectivement.
J'ai... Je ne me suis pas penché énormément sur la question. Je trouve qu'on devrait
faire... Le Barreau... Bien, en tout cas, j'ai l'impression qu'on devrait faire
attention de ne pas légiférer pour l'exception et plutôt, tu sais, viser la
personne moyenne. Donc, la personne moyenne risque de gagner de cette
réforme-là. Peut-être, la personne... Il y aura des... effectivement, des gens
qui vont subir des conséquences négatives, là. C'est certain que... Mais, tu
sais, ce n'est pas tous les avocats qui représentent, non plus, bien, au
Tribunal administratif du logement, là. Donc, ce n'est pas... La différence,
c'est qu'eux, ils sont assurés. Ces mandataires-là, futurs, ne seront pas assurés.
Donc, il y aura plus grande difficulté à rechercher ses sous. Mais non, moi, ça
me... ça ne m'empêchera pas de dormir.
Mme Dufour : OK. Merci.
Il y avait aussi... Il y a eu une jurisprudence, il y a quelques mois, puis je n'arrive
pas à la retrouver, là, dans ma mémoire, mais qui parlait du délai d'appel et qui
pouvait être compris de différentes façons. Parce que, des fois, s'il n'est pas
signifié, là, par exemple, signifié à la mauvaise adresse ou signifié à
l'adresse de... que la personne a déménagé, et là on parle de la date de prise
de connaissance maintenant, mais ça, ça peut aussi avoir un flou. La date de...
Est-ce que la date de notification, par exemple, tu sais, que... Comment on
détermine la date de prise de connaissance?
M. Searle (David) : Bien, la
notification, c'est... ce serait... je ne l'ai pas mentionné dans le mémoire,
là, ce sera pour une autre fois, si vous permettez, là, mais la notification,
c'est l'enfer. Des... Ce n'est pas facile de rejoindre des gens. Le juge de la Cour
du Québec est là pour trancher c'est quand exactement, la connaissance, selon
les faits qui lui sont amenés. Présentement, par contre, la situation,
l'application de la jurisprudence... mais là ça a été corrigé, là. Mais c'est
une très bonne <idée...
M. Searle (David) :
...la
situation, l'application de la jurisprudence... mais là, ça a été corrigé, là.
Mais c'est une très bonne >idée de le mettre dans le projet de loi. Ça
fait en sorte qu'on peut avoir des gens qui apprennent cette semaine que le
jugement a été rendu, mais ça fait deux semaines et demie. Il leur reste cinq
jours pour faire un appel. C'est impossible. Donc, on vient attaquer l'état du
droit encore, le fait de pouvoir être entendu, donc c'est un changement
essentiel.
Mme Dufour : Parfait.
Merci. Je voudrais peut-être vous entendre, parce... sur les reprises de
logement versus les évictions, parce qu'ils sont traités vraiment différemment
dans votre mémoire, puis il semble y avoir des distinctions importantes dans la
loi. Donc, peut-être vous entendre un peu plus sur la distinction entre les deux.
M. Searle (David) : Oui. Donc,
encore une fois, reprise, on peut penser à la personne baby-boomer avec... triplex,
veut faire entrer maman, fiston dans le triplex, on fait partir les locataires.
Donc, c'est sûr qu'il y a des enjeux opposés, mais, ultimement, c'est pour
faire vivre la famille. Bon. Tandis qu'éviction, bien, c'est un projet
d'agrandissement, subdivision, changement d'affectation. Ça peut être
économique. Tu sais, on a vu récemment une jurisprudence où on a confirmé qu'on
peut faire une éviction pour transformer un logement en Airbnb, tu sais. Donc, c'est
beaucoup plus problématique. Mais, bon, on vit dans un système capitaliste, on
doit faire avec : propriété, on a droit de le changer. Mais je trouve que
c'est très sage de rendre ça plus dispendieux et de dire clairement : Ça
pourrait aller chercher jusqu'à 24 mois de loyer de compensation.
Mme Dufour : Donc,
actuellement, pour les évictions, c'est ce qui est proposé, mais ce ne l'est
pas pour les reprises de logement?
M. Searle (David) : Effectivement,
effectivement.
Mme Dufour : OK. Et donc
c'est le trois mois qui s'appliquerait pour une reprise de logement?
M. Searle (David) : Exactement.
Mme Dufour : Excellent.
La présomption de refus aussi, vous faites référence à ça sur... pour les
expulsions pour cause de sous-location plus de 12 mois. Est-ce que vous
pouvez nous en parler un peu plus?
M. Searle (David) : Oui. Donc,
c'est quelque chose de... peu... on en parle peu. Il y a rarement la jurisprudence.
Mais je voulais en parler juste parce que, justement, comme on en parle peu, il
y a beaucoup de gens qui vont frapper un panneau... tomber dans le panneau,
plutôt, parce qu'ils vont recevoir l'avis de non... Donc, on connaît tous, six
à trois mois avant la fin du bail, on fait le renouvellement du bail. Et un
propriétaire qui envoie un avis de non-renouvellement, bien, tout le monde sait
que c'est illégal. En fait, c'est faux. En matière de sous-location, on peut...
si le locataire a sous-loué pendant plus de 12 mois, on peut envoyer cet
avis-là. Et, à ce moment-là, il n'y aura pas de renouvellement. Le locataire
devra quitter, à moins que ce soit le locataire qui demande que le tribunal
intervienne. Le problème, c'est que le locataire, souvent, est mal informé,
souvent, va juste s'adresser au tribunal au moment qu'il y aura les... tu sais,
le propriétaire qui dit : Bien, c'est le 1er juillet, qu'est-ce que
tu fais là? Et le tribunal a les mains liées et doit forcer le départ du locataire
parce qu'il n'a pas respecté les délais.
Mme Dufour : OK. Mais
là, s'il y a une... Parce que, là, dans le fond, on a la cession de bail, où on
comprend qu'avec le projet de loi, ce qui est proposé... un propriétaire
pourrait la refuser. Mais, d'un autre côté, on vient dire, dans le fond, que,
pour la sous-location, là, le locataire devrait pouvoir la refuser, refuser la
résiliation pour cause de sous-location. Donc, il me semble que les deux sont
contradictoires.
M. Searle (David) : C'est que,
présentement, puis le projet de loi ne fait pas de changement là-dessus, c'est
qu'on peut sous-louer un logement pendant x nombre de temps en autant que ça ne
dépasse pas 12 mois. Si ça dépasse 12 mois, là, le propriétaire peut
intervenir. Et donc, dans le fond, on... l'état actuel du droit, c'est qu'on
dit : On peut céder un bail, on peut sous-louer, mais on ne peut pas
sous-louer l'entièreté du logement pendant 12... plus de 12 mois, à
quel moment on peut voir le non-renouvellement. Donc, est-ce qu'il y aurait
lieu à changer ça? Personnellement, je ne vois pas le besoin.
Mme Dufour : OK. Mais
vous suggérez, par contre, qu'il y ait une présomption de refus?
M. Searle (David) : Absolument.
Mme Dufour : OK. Excellent.
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
• (11 h 30) •
Mme Dufour : Bien,
écoutez, je vais peut-être juste revenir... Est-ce que vous croyez que, s'il y
avait un meilleur retour sur investissement, entre guillemets, dans les
rénovations, lorsqu'un propriétaire fait des rénovations, est-ce qu'il y aurait
moins de dommages, tu sais, de problématiques de taudis, entre guillemets, si
les propriétaires pouvaient mieux rentrer dans leur argent?
M. Searle (David) : Donc, la
réponse, pour moi, c'est : peut-être pour très, très peu de cas. Mais, les
cas de taudis, c'est vraiment des propriétaires qui... ils n'ont juste rien
à... ils ne veulent pas dépenser une cenne noire.
Mme Dufour : OK.
Excellent. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : ...merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition.
Alors, député de Laurier-Dorion, vous avez un 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Bonjour,
M. Searle. Écoutez, je vais y aller sur... tout d'abord, sur les rénovictions.
On sait qu'il y a un grand nombre, une épidémie, certains le diraient, afin
de... bien, de faire monter les loyers qui étaient auparavant jugés... pas très
élevés, là. Vous proposez trois solutions : donc, <tout d'abord,
d'information...
>
11 h 30 (version révisée)
<17953
M. Fontecilla :
...vous proposez trois solutions : donc, >tout d'abord,
de l'information aux locataires, aux propriétaires et ensuite une augmentation
des indemnités. Vous allez m'expliquer. Il y a une étude, là, il y a quelques
années, du Comité logement de La Petite-Patrie, qui arrivait à la conclusion
que 85 % des évictions et des reprises de logements étaient... avaient un
caractère frauduleux. Et plusieurs dans la société proposent une mesure de
vérification disponible pour les locataires, là, afin de vérifier,
effectivement, si les travaux ont été faits, la subdivision, ou la personne, la
mère, le fils a été installé, etc., là. Est-ce que vous pensez que votre... ce
que vous proposez va endiguer l'épidémie de rénovictions ou il faut d'autres
mesures?
M. Searle (David) : Donc... Merci
beaucoup, M. le député. En fait, il y a une mesure à même le projet de loi qui
n'a pas attiré du tout d'attention, qui pourra endiguer quelque peu, et c'est
un renversement de la présomption. Dans le fond, quand on... en 1968, on
peut chercher des dommages, maintenant, contre le propriétaire pour, par
exemple, les loyers plus payés et le stress causé par la reprise ou l'éviction,
et ce sera au propriétaire de prouver sa bonne foi, donc ce sera à il ou à elle
de prouver, que ce soit la reprise ou l'éviction, que ça a été de bonne foi. S'il
ou elle ne réussit pas, il ou elle devra payer ses trois ans de loyer de
plus. Donc, ça, c'est un droit quand même intéressant pour les locataires, qui
pourra aider avec les rénovictions. Et, en plus, ils pourront chercher des
dommages punitifs en matière de mauvaise foi. Donc, c'est un avantage quand
même important pour les locataires et contre les rénovictions sur ce point-là.
M. Fontecilla : Très
bien. Pour revenir à la question de la cession de bail, là, dans le temps qu'il
me reste, je ne suis pas sûr de comprendre, vous appuyez ce qui est proposé
dans le projet de loi, et vous dites que, dans la situation actuelle, là, un
grand nombre de... je... il s'en dégage de votre texte, là, comme si beaucoup
de propriétaires utilisaient... contestaient la cession... la cession de bail,
là, et ça, ça induit ce que vous dites, là, la colocation, etc., là, mais ils
doivent prouver, là, que ça... le propriétaire doit prouver qu'il y a une bonne
raison, là, que ce n'est pas une raison futile, là...
M. Searle (David) : ...effectivement.
Excusez-moi, je suis désolé de vous interrompre.
M. Fontecilla : Non, mais
allez-y, là.
M. Searle (David) : C'est ça
que la loi dit. Par contre, en réalité, dès qu'il ou elle refuse, bien là, le
locataire doit attendre, doit ouvrir une demande au tribunal, doit attendre des
délais du tribunal, peut-être quatre, cinq semaines, et ensuite il y aura
jugement. Le propriétaire risque de perdre, mais, entre-temps, le candidat, il
sera parti, là. Donc...
M. Fontecilla : Mais ça,
cette procédure-là se fait quelques mois avant la fin du... avant la fin du
bail, là.
M. Searle (David) : Non,
parce que le... Dans le fond, on annonce l'appartement, on...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Searle (David) : ...on
trouve un candidat et c'est pour tout de suite. Donc là, on fait la demande. Donc...
M. Fontecilla : Donc,
dans les faits, dans les faits, vous dites que les propriétaires, dans la
cession de bail, là, ont le gros bout du bâton, là, juste par un dépôt d'un
refus de la cession, là.
M. Searle (David) : Oui. Exactement.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. On n'a plus de temps, désolé. Alors, nous allons maintenant du côté
du député des Îles-de-la-Madeleine. Vous avez un 2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci, M. Searle. C'est ça, c'est un mémoire
qui est très étoffé. Puis je vais m'attaquer à une question qui fait l'objet de
plusieurs, justement, interrogations, la cession de bail, puis il y a d'autres
éléments qu'on pourra ramener dans l'étude du projet de loi. Question préalable :
si vous déposez ce mémoire-là, si vous êtes ici présent avec nous, j'imagine
que c'est parce que vous êtes conscient qu'il y a une crise du logement qui est
sans précédent au Québec.
M. Searle (David) : Bien, j'espère,
oui.
M. Arseneau : Et la
question qui se pose, c'est : La crise, là, est-ce qu'elle affecte
davantage les locataires...
M. Searle (David) : Oui
M. Arseneau : ...que les
propriétaires?
M. Searle (David) : C'est
sûr, c'est sûr.
M. Arseneau : OK. Bon,
si on s'entend sur l'idée que les locataires, là, c'est les... c'est ceux pour
qui, là, on travaille aujourd'hui, j'essaie de comprendre votre logique, où
vous dites : Peut-être que la cession de bail, là, ça ne donne pas des
résultats, là, de façon excessive, ça ne marche pas toujours, ce n'est pas
excessivement efficace, dites-vous, pour contrer la hausse des loyers. Par
contre, à l'heure actuelle, les cessions ont toujours lieu, et, quand c'est le
cas, ça assure le contrôle des loyers.
M. Searle (David) : C'est
vrai.
M. Arseneau : Donc, vous
semblez plaider pour la cession de bail, pour le maintien des cessions de bail.
Et, par ailleurs, je voulais juste vous entendre sur le fait que les
propriétaires disent : Il faut interdire la cession de bail parce qu'il y
a des gens qui monétisent. Vous, vous dites : Bien, c'est du ouï-dire, j'en
ai déjà entendu parler, mais, par contre, les hausses réelles de loyer, elles,
elles sont documentées, le pourcentage est effarant par rapport aux cessions de
bail. Donc, j'essaie de comprendre votre logique. À partir du moment où on a
dit ça, pourquoi on... dans une crise du logement, on éliminerait le seul
levier, alors qu'on n'a pas de registre puis on n'a pas l'intention d'en mettre
un en place, puis que la clause G n'est pas remplie, puis on n'a <apparemment...
M. Arseneau :
...on
n'a >apparemment pas l'intention de la faire remplir de façon
obligatoire?
M. Searle (David) : Parce
que, pour moi, ce n'est pas le seul levier. Il y a le mécanisme de fixation de
loyer qu'on... dont on pourrait être fier au Québec. Maintenant, c'est... il y
a définitivement un enjeu pour l'accès au logement, je le concède, c'est une
recommandation pragmatique que, si on l'accepte, cette réforme-là... bien,
qu'on s'assure de s'attaquer aux enjeux autres, comme la qualité, parce ce
n'est pas juste l'argent, la vie, c'est aussi la santé.
M. Arseneau : D'accord.
Donc, je ne voulais pas vous mettre en contradiction dans votre mémoire, mais
ce que vous dites, c'est : Bien, si on concède la cession de bail, il faut
trouver d'autres moyens, mais là, actuellement...
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
M. Arseneau : ...vous
avez des propositions, mais elles ne sont pas nécessairement dans le projet de
loi, là.
M. Searle (David) : Effectivement.
M. Arseneau : OK. Merci
beaucoup. C'est terminé? C'est ce que vous nous dites?
Le Président (M. Schneeberger) : 20 secondes.
M. Arseneau : Combien?
Le Président (M. Schneeberger) : 20.
M. Arseneau : Ah! 20 secondes?
Mon Dieu Seigneur!
Vous avez parlé de l'accès à la justice,
moi, ça me préoccupe beaucoup. En 10 secondes, là, qu'est-ce qu'on peut
faire, davantage d'argent, de ressources, les deux?
M. Searle (David) : De l'argent
pour des juges. Et pourquoi pas plus de centres de justice, meilleurs salaires?
M. Arseneau : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons suspendre quelques acheteurs pour accueillir le
prochain groupe. Merci à vous.
(Suspension de la séance à 11 h 37)
(Reprise à 11 h 41)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, nous recevons maintenant les représentants de
la Fédération québécoise des municipalités.
Alors, bonjour à vous trois. Alors, dans
un premier temps, vous présenter et, par la suite, vous avez 10 minutes
pour votre présentation. Alors, c'est à vous.
Fédération québécoise des municipalités (FQM)
M. Tardif (Antoine) : Bien,
merci beaucoup de nous recevoir. C'est ma première fois en commission
parlementaire, donc espérons que ça va bien se passer. Mais je suis encore,
même, en compagnie de quelqu'un que je connais, comme président, qui est notre
député dans ma... dans mon coin, dans ma région. Donc, salutations, M. le
Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés. Donc, je suis accompagné,
aujourd'hui, de Pierre Châteauvert, directeur des politiques à la Fédération
québécoise des municipalités, de même que Maryse Drolet, conseillère politique
dans l'équipe de M. Châteauvert.
Peut-être, d'entrée de jeu, permettez-moi
de vous présenter la FQM, là. Si vous êtes plus ou moins familiers... la FQM,
c'est le porte-parole des régions, 1 040 membres, sur une base
volontaire, répartis sur l'ensemble du territoire québécois. La FQM, comme vous
le savez, accorde une priorité absolue à ses membres et défend avec détermination
leurs intérêts politiques et économiques. Elle favorise l'autonomie municipale,
travaille activement à accroître la vitalité des régions et offre un large
éventail de services aux municipalités et aux MRC. Le dynamisme, la créativité
ainsi que l'esprit de concertation et d'innovation animent les élus municipaux,
qui inspirent ses réflexions et façonnent ses actions au quotidien.
Nos commentaires sur le projet de loi en
tant que tel seront brefs et porteront sur des modifications qui touchent plus
spécifiquement le milieu municipal. Cependant, nous souhaiterions profiter de
l'opportunité devant vous, aujourd'hui, pour vous présenter notre position, en
matière d'habitation, et nos recommandations afin de résoudre la crise du
logement qui touche très durement toutes les régions du Québec.
Concernant le projet de loi n° 31, la
FQM appuie la modification permettant à une municipalité ou à un office
d'habitation qui aliène un immeuble d'habitation à loyer modique d'employer le
produit de cette aliénation afin de rénover ou de construire un immeuble ou de
réaliser des logements abordables, avec l'accord de la SHQ. On trouve que c'est
une bonne mesure.
Ainsi, au lieu de retourner les gains
obtenus lors de la vente d'un immeuble à loyer modique, par exemple, la
municipalité ou l'office d'habitation pourra réinjecter les sommes dans
l'amélioration de l'offre de logements locatifs sociaux et abordables avec une
marge de manoeuvre financière intéressante et nouvelle.
Concernant les modifications proposées à la
Loi sur la Communauté métropolitaine de Montréal, la FQM tient à souligner la
modification de l'intitulé sur la compétence de la CMM en matière de logement
social par le terme «habitation». Ce changement de terme prend tout son sens
dans le contexte actuel, qui correspond à la vision de la FQM sur le rôle du
milieu municipal en matière d'habitation, qui s'étend bien au-delà du volet
social.
On appuie également la modification
permettant à la CMM de rembourser une municipalité de son territoire pour sa contribution
à la réalisation d'un projet d'habitation qu'elle soutiendrait financièrement,
même si ce projet n'est pas financé par la SHQ.
Il y a, en effet, de plus en plus de
projets qui se réalisent sans le soutien des programmes de la SHQ. Cette possibilité
de récupérer les sommes que la municipalité doit verser au Fonds du logement
social de la CMM, pour les investir dans les projets d'habitation et de
logements, notamment des projets abordables, est une bonne nouvelle pour les
municipalités sises sur le territoire de la CMM et aidera certainement les
initiatives des municipalités locales qui s'investissent dans la bonification
de leur offre de logements.
En lien avec notre vision sur
l'habitation, on le sait, le plus récent rapport sur la pénurie des logements
au Canada, de la Société canadienne d'hypothèques et de logement, nous apprend
qu'au Québec s'est... au Québec, la situation s'est considérablement dégradée.
En effet, on parlait d'un manque de 620 nouveaux logements d'ici 2030,
il n'y a pas très longtemps, puis, aujourd'hui, ça a augmenté à 860 000 nouveaux
logements qui sont nécessaires.
La tâche est, donc, colossale et il est
inutile de revenir sur les impacts économiques et sociaux de cette pénurie de
logements, connus et largement documentés. Il y a plutôt lieu d'agir.
C'est pourquoi on désire profiter de ces
audiences publiques sur le projet de loi n° 31 pour déposer aux membres de
la commission nos propositions de solutions. Ces propositions de solutions sont
issues des travaux des membres de plusieurs commissions, de la Fédération
québécoise des municipalités ainsi que du conseil d'administration, qui a
adopté à l'unanimité, lors de sa rencontre du 1er octobre dernier, les
recommandations. Et le sujet sera encore discuté <lors...
M. Tardif (Antoine) :
...discuté
>lors de notre congrès, du 28 au 30 septembre prochain, et une
nouvelle résolution y sera discutée. Celle-ci vous sera transmise dès son
adoption.
Pour la FQM, il est temps de procéder à un
nouveau partage des responsabilités en matière de gestion de l'habitat entre
les instances gouvernementales et municipales.
Et il est temps, pour l'État québécois, de
confier aux gouvernements de proximité, à savoir les municipalités et les MRC,
le levier et les ressources financières nécessaires au développement durable de
notre habitat dans une vision stratégique et prospective pour le mieux-être de
nos populations.
Il faut revoir nos façons d'intervenir
dans les milieux. Il faut oser être audacieux et adapter les interventions gouvernementales
aux réels besoins des populations en matière d'habitation dans un tout
cohérent.
Il est urgent que soient accordées plus de
souplesse et d'agilité aux territoires afin d'adapter les outils
d'accompagnement pour relever le défi d'augmenter rapidement l'offre de
logements, avec une attention plus particulière à l'abordabilité, bien entendu.
La MRC doit être reconnue par le
gouvernement en tant qu'échelle pertinente pour la planification stratégique
des besoins en matière d'habitation, et ce, dans une visée structurante et à
long terme, pour l'ensemble des populations de son territoire, et en avoir les
moyens législatifs et financiers.
Privilégier une gestion décentralisée des
programmes soutenant l'habitat permettra de mieux répondre aux besoins de
toutes les clientèles, avec des critères adaptés aux réalités des ménages selon
les régions et surtout un suivi réel de l'évolution du marché et une adaptation
des modalités, sans décalage entre les programmes et la réalité.
Plus concrètement, cela voudra dire plus
d'agilité pour les municipalités, des délais raisonnables, ajuster les critères
d'admissibilité selon la réalité des territoires et des populations qui
l'habitent et avoir la marge de manœuvre pour mieux suivre et s'adapter à
l'évolution des marchés, notamment de la construction et de la location.
Un exemple bien concret et rapide serait
que le gouvernement se conforme à sa nouvelle Politique nationale de
l'architecture et de l'aménagement du territoire en accordant plus d'autonomie
aux MRC en matière de gestion du territoire et d'habitation, en autorisant, par
exemple, les unités d'habitation accessoires en zones non desservies et à
l'extérieur des périmètres d'urbanisation comme moyen de réponse aux besoins
des communautés rurales en matière d'habitation, et non uniquement en zones
urbaines.
La FQM souhaite que le processus
permettant d'ajouter une adresse civique sur un même lot, dans le cas d'une
modification d'une maison unifamiliale en demeure bigénérationnelle ou lors de
l'ajout de l'unité d'habitation accessoire, soit rapidement autorisé. En effet,
il est facile de comprendre qu'une distinction d'adresse devient nécessaire le
jour où les occupants d'une unité d'habitation accessoire n'ont plus de lien de
parenté avec les propriétaires. Ce simple ajout nécessite une modification au
schéma d'aménagement et de développement de la MRC, qui est actuellement
bloquée par le ministère des Affaires municipales, qui n'autorise pas les
modifications au schéma. Ceci n'est... un exemple de frein au développement
rapide de l'offre de logements.
En conclusion, ce qu'on souhaite, c'est
plus de flexibilité, bien entendu, mais aussi une décentralisation de la
gestion des programmes de soutien à l'habitat, qui devrait être accompagnée des
ressources financières à la hauteur des besoins et selon une répartition
équitable tenant compte de la réalité des régions. Chaque territoire doit avoir
le moyen de se doter d'une vision de développement pour l'ensemble de son
territoire, d'une vision prospective de l'habitat et une approche
multisectorielle qui assurera la cohérence des interventions. Nous parlons ici
d'une approche milieu de vie. On peut faire différent. Il est temps de faire
autrement.
Et je termine en réitérant notre volonté à
poursuivre notre collaboration avec vous afin de contribuer collectivement à
faire en sorte que tous nos citoyens et citoyennes puissent se loger selon
leurs besoins et dans la dignité, dans toutes les régions du Québec,
contribuant ainsi à l'essor et la vitalité de la société québécoise. Je vous
remercie pour votre écoute, puis ça va nous faire plaisir de répondre aux
questions.
• (11 h 50) •
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup, M. Tardif. Alors, nous allons du côté ministériel. Mme la
ministre, vous avez un 16 min 30 s disponible.
Mme Duranceau : Bon. Bonjour.
Merci d'être là. On s'est vu beaucoup, dans les dernières semaines, dans le
cadre des consultations. Alors, ça me fait plaisir de vous revoir. Je pense
qu'on était très dans les mesures concrètes, là, puis c'est ce que vous ramenez
un peu dans votre mémoire.
Et, bon, l'UMQ... On a vu l'UMQ, ce matin,
qui nous parlait... qui nous demandait d'avoir des villes mandataires à l'égard
des programmes d'habitation. Là, vous, vous demandez une décentralisation, ce
n'est pas la première fois, là, et vous demandez une décentralisation au niveau
des <gouvernements...
Mme Duranceau :
...des
>gouvernements, là, de proximité. Tu sais, on a le fonds régions,
ruralité, là, ça, ça ne relève pas de l'habitation, mais il y a quand même...
Puis je me demande en quoi ce fonds-là ne répond pas aux besoins en matière de...
tu sais, d'embauche, une ressource, disons, qui va être dédiée à l'habitation
ou... J'aimerais ça vous entendre sur ça.
M. Tardif (Antoine) : En
fait, les fonds, les FRR sont très utiles dans les régions, puis elles sont
très appréciées aussi de l'ensemble des MRC puis des élus. Pour la plupart, les
fonds FRR sont engagés dans des projets de développement économique, social,
environnemental déjà. Le besoin pour la création de logements, c'est un défi
majeur, là, avec lequel on compose récemment. Donc, oui, est-ce qu'il pourrait
y avoir un volet habitation au FRR? Est-ce que ça pourrait être une demande qui
voit le jour prochainement puis qui viendrait donner un levier? Je pense que ça
répondrait clairement aux besoins des municipalités d'avoir une certaine
agilité puis un consensus régional au niveau de la MRC. Donc, les fonds FRR
fonctionnent. Un fonds FRR dédié spécifiquement à l'habitation serait
certainement une avenue intéressante.
Mme Duranceau : ...je
m'aventure sur une piste qui est moins la mienne, là, mais je comprenais qu'un
des volets du FRR, déjà, permettait ça, le volet 4, si je me... si je ne
me trompe pas.
M. Tardif (Antoine) : Oui,
puis, comme...
Mme Duranceau : Donc,
qu'est-ce qui n'est pas suffisant de ce côté-là?
M. Tardif (Antoine) : Bien,
ce n'est pas... ce n'est pas que ce n'est pas suffisant ou que le FRR ne nous
le permet pas, c'est que, si on veut répondre aux besoins de création de
logements rapides, puis que les MRC contribuent à cet effort de création de
logements, ça va prendre des ressources supplémentaires, considérant que les
FRR sont déjà, pour la plupart, déjà affectés à des projets régionaux. Puis là
je pourrais vous en faire la nomenclature. Il y a des projets en lien avec
l'agriculture. Il y a des projets en lien avec la main-d'oeuvre. Il y a des
projets en lien avec les services de garde où certaines municipalités tentent
aussi de mettre l'épaule à la roue. Donc, l'enjeu de l'habitation en soi, avec
l'importance qu'il a, ne peut être comblé par les sommes FRR pour lesquelles on
a déjà eu des consentements.
Mme Duranceau : Donc... Ça
fait que ça prendrait plus d'argent, c'est ça que vous dites, c'est ça?
M. Tardif (Antoine) : Pierre,
si tu veux rajouter.
M. Châteauvert
(Pierre) :Mme la ministre, une
flexibilité qui n'est pas là, présentement, parce qu'il y a des règles. Genre,
une MRC qui voulait investir, ils avaient besoin d'une résidence personnes
âgées sur son territoire, et les règles du fonds l'interdisaient, d'investir
dans... pour compléter le montage financier. Il y a une flexibilité qui... En
fait, on l'avait... À l'époque, quand ça avait été discuté, on n'était pas
conscient, collectivement, là, tout le monde, pas juste nous autres, pas... ce
n'est pas une critique au gouvernement, collectivement, on n'était pas
conscient de ce qui s'en venait par rapport à ça et cette nécessaire
flexibilité là. Et c'est ça qu'on aimerait gagner dans le cadre d'un autre
volet, effectivement, avec des investissements supplémentaires. Parce que,
comme M. Tardif vient de le mentionner, effectivement, il est en
compétition avec d'autres parce qu'il y a des demandes. Vous en avez à l'infini
pour ces fonds-là, parce que ça fonctionne. Et la qualité de ce fonds-là, c'est
la mobilisation qui vient autour. Supposons, quand il y a un investissement en
agriculture, et tout ça, souvent, c'est conçu avec les intervenants, avec les
partenaires.
Donc, à ce moment-là, il y a une
efficacité qui est là, d'ailleurs, de là l'intérêt de continuer le fonds régions,
ruralité dans son ensemble, et aussi, à la demande des maires puis de l'intérêt
du gouvernement, de continuer. Parce qu'il y a une efficacité autour de ce
fonds-là puis il y a une mobilisation des intervenants, ce qui fait qu'il y a
un succès. Donc, reproduisons-le en logement, tout le monde autour de la table,
concevoir, planifier, réaliser.
Mme Duranceau : OK.
Parfait. Ensuite, bien, je vais vous poser la même... pas la même question,
mais qu'est-ce qui ne fonctionne pas? On a déjà eu l'occasion d'en discuter,
mais, je pense, c'est une bonne idée de le ramener autour de la table, là, en
matière d'habitations accessoires puis de densification à cet égard-là. Puis là
vous mentionnez les adresses aussi, ça fait que prenons le temps, là, d'en
débattre.
M. Tardif (Antoine) : Oui.
Parfait. Bien, peut-être, vous avez des exemples concrets...
M. Châteauvert
(Pierre) :J'ai un exemple très concret.
Vous avez une grande résidence où vous voulez, supposons, accueillir vos
parents, vous faites un appartement à l'intérieur. Mais là, à un moment donné,
c'est triste, mais la vie est ainsi, les parents, bien, ils ne sont plus là,
puis... bien, nous autres, on se retrouve avec une résidence où est-ce qu'il y
a un appartement et on ne peut pas le mettre sur le marché locatif, il n'y a
pas de numéro civique. Et, actuellement, dans le processus, de la façon qu'il
est fait... Et, le débat sur... ces semaines-ci, là, actuellement, on ne... le
ministère refuse pour... parce que ça <demande...
M. Châteauvert
(Pierre) :
...ça >demande une
modification au schéma, ça, parce qu'on associe ça probablement, dans un milieu
rural, à de l'étalement urbain, et tout ça, alors que ce n'est pas ça. Ça ne
demande aucune nouvelle résidence, aucune nouvelle installation septique, aucun
aqueduc et égout, même pas une entrée asphaltée, rien. À ce moment-là, on est
profondément certain que, si on permettrait, avec les espaces puis les
résidences, qu'il y a beaucoup de place, de dire... de permettre un deuxième
numéro civique dans plusieurs résidences en milieu rural dans des rangs, on est
profondément convaincu que ça ferait, dans certains endroits, une différence, et
de... Ce n'est pas notre conviction la plus profonde. Ce n'est pas de l'étalement
urbain, c'est simplement de l'occupation du territoire et permettre des milieux
de vie de qualité. Donc, c'est... Et ça, cette flexibilité-là, cette
autorisation-là, on est... Comme je vous dis, c'est actuellement en débat. C'est...
On ne l'autorise pas au niveau du ministère des Affaires municipales, et c'est
une demande très pressante du monde rural.
Mme Duranceau : Donc,
pour que je comprenne bien, ça fait qu'on a une maison, on avait des
grands-parents qui habitaient un sous-sol aménagé, là, disons.
M. Châteauvert
(Pierre) :Il y avait beaucoup d'espace,
puis on peut aménager, oui.
Mme Duranceau : Bon. Puis...
Donc, tout est existant, tout est fonctionnel, il n'y a rien à faire, sauf d'ajouter
une pancarte dehors avec l'adresse.
M. Châteauvert
(Pierre) :Bien, un nouveau numéro
civique.
Mme Duranceau : 102 B,
disons.
M. Châteauvert
(Pierre) :Ou 104.
Mme Duranceau : Oui. OK,
ou 104. OK. Puis là, actuellement, donc, un citoyen veut faire ça, là, il s'en
va à sa municipalité, puis là la municipalité, elle dit : Je ne peux pas
faire ça.
M. Châteauvert
(Pierre) :Ce n'est pas autorisé par le
schéma.
Mme Duranceau : OK.
M. Châteauvert
(Pierre) :Donc, c'est ça. Actuellement,
il y a des débats, il y a plusieurs schémas qui sont étudiés, puis il y a des
débats entre les MRC concernées et le ministère des Affaires municipales, pour
dire : Regardez, là, ça serait possible de débloquer beaucoup de... mais
ce n'est pas de l'étalement ça, là, là, il n'y a pas de résidence
supplémentaire.
M. Tardif (Antoine) : En
fait, c'est de la densification. Là, tu sais, même chose au niveau des unités d'habitation
accessoires. Là, tu sais, quand le terrain est suffisamment grand pour
permettre de construire une deuxième plus petite maison, ça devrait pouvoir
être permis, puis on pourrait maximiser l'utilisation de nos terrains, là.
M. Châteauvert
(Pierre) :Et des installations qui viennent
autour d'une résidence.
Mme Duranceau : OK. OK.
L'autre chose, ce n'est pas quelque chose que vous avez nécessairement abordé,
mais je voulais vous entendre un peu sur vos offices d'habitation dans les
différentes régions, puis l'exercice, là, qui est un peu amorcé de voir comment
on peut professionnaliser ces équipes-là puis...
M. Tardif (Antoine) : Oui.
Bien, c'est un gros chantier qui s'est amorcé au départ avec un objectif bien
précis de réduire à une cinquantaine d'offices, là, pour avoir une meilleure
efficacité. Je pense qu'il y a eu beaucoup de pourparlers qui se sont faits
avec les municipalités. La FQM aussi a travaillé le dossier à un partenariat
avec votre ministère pour s'assurer que ça se fasse adéquatement, parce que ce
n'est pas les mêmes réalités partout. Il y en a où le mariage est très naturel,
se passe bien, puis d'autres où les réalités sont différentes. Donc là, les
consultations ont lieu en ce moment, puis chez nous, c'est jeudi, là, que ça a
lieu à Victoriaville. Donc, on va participer activement à ça. Mais je pense que
l'essence de tout ça, c'est que ça ne soit pas forcé. Puis, naturellement, les
élus sont en mesure de constater probablement certaines... certains bienfaits
de se regrouper pour assurer une meilleure desserte. Donc, jusqu'à présent, les
commentaires qu'on a, c'est que ça se passe... ça se passe bien.
Mme Duranceau : Oui? OK.
Non, non... Puis, effectivement, le but, ce n'est pas... ce n'est pas que ça
soit forcé, c'est vraiment l'efficience là-dedans, considérant qu'il y a
2,2 milliards, là, qui vont être injectés au niveau des rénovations, puis
tout ça, puis s'assurer que les gens qui s'occupent de la construction, bien,
ils s'occupent de la construction, puis ceux qui sont plus pertinents au niveau
des aides à la personne, bien, qu'ils puissent se consacrer à ça, là. Ça fait
que je tiens à le...
• (12 heures) •
M. Tardif (Antoine) : Tout
à fait. Puis on a eu des bonnes discussions avec M. Foster aussi, et tout
l'objectif de rendre plus efficace la SHQ, qui résonne très bien à nos oreilles.
Parce qu'il faut le dire, là, à toutes les fois qu'on se rassemble...
Mme Duranceau : Ah! vous
pouvez nous renvoyer la balle, c'est correct.
M. Tardif (Antoine) : ...qu'on
se rassemble, les maires ensemble, c'est souvent des problèmes de complexité
avec les différents programmes, les négociations avec la SHQ qui reviennent à l'avant-scène,
donc, de voir à faciliter les relations à ce niveau-là ou simplifier certains
processus, on est très contents.
Mme Duranceau : Je vais
défendre la SHQ un peu, là. Il y a des règles gouvernementales qui imposent...
qui sont imposées à la SHQ. Là, on y travaille, ça aussi. Je vais céder la
parole à ma collègue députée de Rivière-du-Loup.
Le Président (M. Schneeberger) : ...députée
de Rivière-du-Loup—Témiscouata—Les Basques, c'est bien ça? Alors, vous
avez la parole.
Mme Dionne : Oui. Merci,
M. le Président. Effectivement, fière députée de région. Alors, <bonjour
à vous trois...
>
12 h (version révisée)
<19273
Mme Dionne :
...alors, >bonjour à vous trois. Dans le fond, c'est
intéressant, ce que vous dites aussi au niveau des particularités des régions,
c'est souvent à géométrie variable. Puis c'est le cas chez nous, moi, je suis,
dans le fond, députée de trois MRC. Donc, on a des projets présentement avec
des villes, tu sais, qu'on va déposer, avec des partenaires privés, tout ça,
versus des projets aussi entamés avec les MRC. Donc, vous avez raison de dire
que les MRC veulent être impliquées au niveau du logement.
Jusque-là, ça va bien, mais, au niveau du
projet avec la MRC, ce que j'entends puis ce que les municipalités me
mentionnent, c'est que, quand on n'est pas une municipalité de cités et villes,
le crédit de taxes devient... dans le fond, n'est pas possible. Donc, au niveau
du projet de MRC, souvent... moi, c'est au niveau des règles qui... parce que,
bon, les MRC consultent leurs municipalités pour voir, un, si elles ont des
terrains vacants, pour éventuellement construire du logement, mais il y a une
question aussi de crédit de taxe. Ça fait que j'aimerais vous entendre
là-dessus, sur peut-être des mesures aussi plus fiscales, là, qui pourraient
peut-être favoriser également la construction de logements dans les régions.
M. Tardif (Antoine) : On
a-tu quelque chose par rapport au crédit de taxe?
M. Châteauvert
(Pierre) :Oui, bien, en fait, là-dessus,
effectivement, il y a des limitations puis il y a des débats à y avoir sur l'efficacité
de chacune des mesures. Ça, c'est certain. Il y a des endroits où est-ce qu'effectivement
on peut... Au niveau du prix, il y a des municipalités qui aimeraient acheter
des terrains, tout ça. Bien, historiquement, il y a des raisons qui ont été
installées, mais, chose certaine, c'est, quelle que soit la municipalité, il
faut que les pouvoirs soient les mêmes, OK... La distinction, quand on en voit
une, là, je pense qu'il faut effectivement... tout le monde, mais il y a des...
il y a beaucoup de monde, comme les MRC de... les MRC de la Gaspésie, eux
autres, ils sont rendus à dire, genre, 2 000 $ par logement, tout le
monde ensemble, avec un fonds, des choses... des incitatifs qui sont souvent
plus efficaces. Et où la MRC des Laurentides, où Mme la ministre, c'est son
coin, ils ont carrément un fonds d'investissement qu'ils viennent de mettre en
place dans les...
Nous, notre job, c'est de mettre tout le
monde ensemble puis de faire partager ces expériences-là et par rapport à...
pour ces moyens-là qui sont là, parce qu'il y a des endroits où, effectivement,
le crédit de taxe peut être envisagé puis des endroits où est-ce que ça ne
fonctionne pas, tu sais, c'est... Par rapport à la situation, je ne la connais
pas, ce que... ce dont vous... la situation que vous mentionnez ici. Puis le législateur
a mis aussi des limites à tout ça, pour des raisons qui... historiques qui sont
valables encore dans certaines parties, à certains endroits, mais il y a toutes
sortes d'initiatives qui sont... qui peuvent être prises.
M. Tardif (Antoine) : Bien,
il est vrai que ce n'est pas simple puis qu'on doit se casser la tête un peu à
savoir par quel mécanisme on va arriver à nos fins. Il y a des offices... pas
des offices, mais des Innov Habitat Drummond de ce monde, Innov Habitat Victode
ce monde qui ont été créés, c'est des OBNL indépendants, pour pouvoir avoir,
justement, plus de flexibilité. Une ville comme Victoriaville, on a accepté de
consentir des sommes à cet OBNL là parce que ça devient une subvention
indirecte, tu sais, qu'on n'aurait pas le droit de subventionner directement ou
de donner un crédit de taxe pour des... Ça fait que, tu sais, c'est quand même
complexe.
Puis chaque municipalité, puis plusieurs
municipalités rurales ou... justement, font preuve de créativité puis essaient
par différents moyens, mais il n'y a rien de clair puis il y a des règles à
respecter aussi. Donc, certainement qu'une meilleure compréhension des outils
législatifs ou des mesures qu'on peut utiliser serait optimale.
Mme Dionne : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Mme
la ministre.
Mme Duranceau : Oui. Ça,
c'est important, tu sais, quand vous dites : On n'a peut-être pas la
souplesse pour faire ce qu'on veut, moi, je pensais que ça avait été modifié,
ça, justement, de vous permettre de financer certains projets d'habitation
directement, au même titre... Non? Ça n'a pas été changé, ça, en décembre
dernier?
M. Châteauvert
(Pierre) :...pas au niveau de la MRC.
Mme Drolet (Maryse) :C'est la municipalité locale qui peut maintenant s'impliquer
en matière de logement, mais pas la MRC. Si elle ne déclare pas sa compétence,
elle ne peut pas s'impliquer financièrement.
Mme Duranceau : Dans un
projet spécifique, vous pourriez embaucher une ressource, par exemple, ou...
Mme Drolet
(Maryse) :...ou faire un fond, c'est ça.
M. Châteauvert
(Pierre) :Oui. Bien, c'est ça, c'est... comme
Maryse vient de dire, c'est tout à fait pertinent. Effectivement, lorsque vous
avez fait la modification, et on l'avait mentionné, on a inscrit «municipalités
locales», ce qui exclut la... Si on avait juste dit, dans la loi, «municipalités»,
les MRC auraient été... mais on a ajouté le «locales» à côté, ce qui fait que
ça exclut les MRC pour un investissement direct à partir des fonds, et tout ça.
Donc, cette flexibilité-là, c'est... En
fait, nous, ce qu'on dit, c'est que c'est, les gens, qu'il faut qu'ils s'organisent
puis qu'ils choisissent la façon d'intervenir sur le territoire, et en fonction
de l'innovation, et tout ça, donc. Et ça, c'est un... ça, voilà une limitation.
Mme Duranceau : OK. C'est
bon. Ça, je note ça. Bien, écoutez, moi, je pense que ça fait le tour. Je vous
remercie.
Des voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
OK. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. Mme la
députée des Mille-Îles, vous avez <10 min 24 s...
Le Président (M. Schneeberger) :
...OK. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle. Mme la députée des
Mille-Îles, vous avez >10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci, M.
le Président. Alors, merci à vous pour votre présentation, M. Tardif, M. Châteauvert
et Mme Drolet. Merci pour votre présence. Je voudrais peut-être vous
entendre d'abord sur deux éléments qui m'ont, je vous avoue, étonnée. Puis
c'est les débuts de votre mémoire où... puis vous en avez parlé aussi, c'est
l'article 19 concernant l'aliénation des habitations à loyer modique, qui
peut... qui pourrait... si le projet de loi était adopté tel quel, servir à du
logement abordable et aussi, un peu un élément semblable, où la CMM, au lieu
d'investir dans du logement social, aujourd'hui, ce seraient des projets d'habitation.
Et vous mentionnez qu'il y a de plus en plus de projets qui se réalisent sans
la SHQ, et c'est la raison pourquoi vous... je crois, vous soutenez cette
mesure-là.
Moi, ça m'a étonnée, parce qu'un des
plaidoyers que j'ai faits depuis le début par rapport à ce projet de loi là, c'est
que je vois, dans ces deux mesures-là, un certain affaiblissement du logement
social, où on s'en va vers du logement abordable ou même un projet habitation.
Et ma crainte, c'est que le logement abordable, c'est très peu défini, ce que
c'est et, quand on parle d'habitation, bien, ce l'est encore moins. Donc,
est-ce qu'on pourrait se retrouver avec des projets privés de logements privés,
à un moment donné, financés par la CMM? Je vous pose la question.
Et donc je me demandais si, pour vous,
c'était une préoccupation de maintenir des logements sociaux sur vos
territoires. Parce que les HLM, c'est ça, c'est du logement social. Et, si on
l'aliène et on s'en va vers du logement abordable, où on perd de l'abordabilité
réelle pour les plus démunis de vos localités, comment vous entrevoyez ça?
M. Tardif (Antoine) : ...c'est
une bonne question. En même temps, ça dépend de chaque région puis de chaque
réalité. Souvent, nous, ce qu'on constate, c'est qu'au niveau des OMH, qui ont
la responsabilité des HLM, ils répondent à la demande en logement social. Là où
il y a vraiment un trou, c'est au niveau du logement abordable, qui peut quand
même être quantifié, là, avec différentes... différents calculs, là, 30 %
du revenu ou... Tu sais, il y a des mécanismes qui existent quand même. Puis
c'est comme ce niveau-là où les citoyens sont... ils gagnent trop cher pour
être dans des HLM, mais n'ont pas un revenu suffisant pour accéder aux unités
d'habitation disponibles en ce moment. Puis c'est ce qui vient créer, là, la
strate, là, de logements abordables qui est manquante.
Puis, dans certains cas... tu sais, c'est
propre à chacun, là, tu sais, le logement social est très important, puis on
veut, a priori, répondre aux citoyens qui se classent dans cette catégorie-là,
mais, en même temps, il y a une très grande proportion qui se trouve dans la
strate suivante, où là il y a un manque. Donc, de voir une flexibilité, c'est
un peu ce qu'on demande avec l'aliénation de certains projets qui pourraient
être réinvestis dans des projets abordables. On voit ça positivement.
Mme Dufour : OK. Il y
avait un cas où... qui est venu... il me semble, que j'ai lu, que c'était,
justement, l'aliénation d'un HLM dans une localité et que l'office municipal
voulait construire dans une autre localité du... puis... et là probablement que
ce serait du logement abordable. Est-ce que ça, c'est un enjeu, la mobilité des
projets? Parce que vos localités, souvent, sont quand même assez éloignées une
de l'autre. Est-ce que ça, pour vous, c'est quelque chose d'important, de prévenir
ça?
• (12 h 10) •
M. Tardif (Antoine) : Bien,
de là l'importance de le discuter au niveau de la MRC, tu sais. Si je parle
pour chez nous, on est 22 municipalités dans notre MRC, on connaît bien
notre réalité, notre milieu. Donc, avoir cette discussion-là au sein de notre
MRC pourrait permettre de voir que les besoins sont plus importants dans une
municipalité voisine que dans la nôtre. Puis la répartition des unités d'une
municipalité à l'autre pourrait se faire conjointement entre les maires, donc à
ce niveau-là aussi. Tu sais, au niveau régional, dans la majorité des cas, il y
a une bonne concertation, puis on est en mesure de prendre les décisions.
Mme Dufour : Parfait.
Puis vous parliez, justement, dans le mémoire, là, que vous vouliez des
modalités ajustées au contexte, je pense, c'était en page 6, puis vouliez des
appels de projets à date fixe ou continus, mais pour une certaine
prévisibilité, ça, je trouvais, c'était intéressant. Et là vous avez parlé
d'unités aussi, d'être capable d'identifier. Donc, vous voudriez être un peu
plus partie prenante, au niveau de la MRC, de peut-être même des choix des
projets.
M. Tardif (Antoine) : Oui,
c'est clair qu'une des choses qui revient souvent, c'est que, quand les différents
appels à projets sont lancés pour des plus petites municipalités, souvent, on
n'a pas de projet déjà monté prêt à déposer dans les délais prescrits, ce qui
fait en sorte qu'on passe au bout du rouleau puis qu'on ne règle pas notre
problématique <régionale...
M. Tardif (Antoine) :
...dans
les délais prescrits, ce qui fait en sorte qu'on passe au bout du rouleau puis
qu'on ne règle pas notre problématique >régionale.
Donc, tu sais, d'avoir un peu de... plus
de prévisibilité dans ces projets-là, d'avoir des appels à projets par région,
où il y a un temps plus grand pour déposer les projets ou même des sommes
données aux MRC, où vous avez ces argents-là de consentis, vous pouvez
maintenant travailler des projets dans un délai qui est plus réaliste pour la
grosseur de votre ville ou de votre région, ça viendrait aider
considérablement. Parce que, souvent, ce qu'on entend, c'est que les projets
sont... les appels à projets sont lancés, c'est un court laps de temps puis ça
finit que c'est les grands centres qui ont des équipes prêtes à monter des
dossiers rapidement ou déjà des dossiers de montés qui bénéficient des
programmes. Donc, ça, c'est une demande qui revient toujours.
Mme Dufour : Merci. Vous
parlez aussi d'avoir... d'offrir... vous souhaiteriez pouvoir offrir du soutien
financier par unité de logement... ou ça dit : «ou par projet». Et là,
c'est ça, je disais, tout à l'heure, les modalités spécifiques aux territoires,
comment vous concevez ça? Dans la pratique, là, comment ça pourrait
s'opérationnaliser?
M. Tardif (Antoine) : Bien,
peut-être, je pourrais vous laisser répondre, mais, tu sais...
M. Châteauvert
(Pierre) :...
M. Tardif (Antoine) : Un
peu comme... comme j'expliquais tantôt, tu sais, on s'est fait une règle, nous,
à l'interne, de dire : On va investir 25 000 $ par porte pour
pouvoir permettre un certain levier puis des projets de voir le jour, mais, tu
sais, il a fallu faire ça par un OBNL distinct, en contournant un peu le modus
operandi, puisqu'une MRC ne peut pas, à sa séance du conseil des maires,
définir que, en date d'aujourd'hui, on va donner 25 000 $ par porte
de nouvelle unité de logement abordable. Puis, tu sais, c'est ça, le but, je
pense, c'est de créer des logements abordables basés sur un calcul qui est
fait, qui vient établir c'est quoi, le logement abordable dans la région donnée.
Puis, ensuite, bien, la MRC pourrait, elle, avec ses sommes de FRR, ou autres,
décider d'investir dans cet enjeu-là.
Mme Dufour : Oui. Il y a
quand même un risque de... en prenant le pouvoir, d'avoir... disons, devenir,
comme, responsable des projets qui ne lèvent pas par manque de financement. Je
comprends, puis vous le précisez bien, là, que vous souhaitez que l'argent
descende aussi avec le pouvoir, donc plus de pouvoirs, mais avec les sous qui
viennent avec. Bien, pour avoir été dans une ville où on en faisait beaucoup
des projets, à un moment donné, on... les villes portent le fardeau de dire :
Bien, dans le fond, c'est comme si on était responsables de ne pas avoir fait
les projets, alors que c'est un manque de financement qui vient du provincial.
Il n'y a pas un risque de ce côté-là?
M. Châteauvert
(Pierre) :Si vous permettez, moi, je ne
crois pas, parce qu'en fait la façon que ça procède en région, souvent, on
donnait l'exemple de la MRC de Coaticook, où est-ce qu'ils ont mis tout le
monde autour de la table, ils ont identifié des projets, puis tout le monde se
mobilise pour les réaliser. Les MRC de la Gaspésie, ils ont fait un programme.
Là où on parle de redevances de 2 000 $ par logement dans certaines
régions, eux autres, ils donnent 2 000 $ par région, par logement
pour les réaliser, il y a un fonds. On parlait de la MRC des Laurentides, on
parle, justement, d'Arthabaska, Victoriaville, et tout ça, il y a des
initiatives un peu partout. Il y a des gens qui aimeraient prendre des
initiatives pour aider, mais ce n'est pas eux qui vont réaliser. Puis la MRC
est là pour planifier, connaître, et tout ça, ce n'est pas elle qui va
réaliser, souvent, c'est souvent la collectivité, la communauté, la
municipalité, le groupe, le... des choses comme ça. C'est d'aider à mettre les
meilleurs... le meilleur système, en fait, le meilleur appui pour que ça se
réalise.
Mme Dufour : Parfait. Il
reste peu de temps, mais les unités accessoires... d'habitation accessoires, ça
m'a beaucoup interpelée, je l'ai vécu dans une... mon ancienne vie, où les
bigénérationnels... Par exemple, pour faire une bigénérationnelle, même en zone
agricole, ça prend une demande déposée à la CPTAQ. C'est quand même assez
lourd. Donc là, vous n'en parlez pas spécifiquement, de la zone agricole, mais
vous dites un peu... mais est-ce que ce que je comprends que vous souhaiteriez
un changement à la loi... bien, c'est ça, à...
M. Châteauvert
(Pierre) :En fait, là, on est... Il y a
une discussion, actuellement, qui est... qu'on est très content, là, qu'on a
sur la révision de la loi, l'approche, et tout ça. Parce que, nous, la
protection du territoire agricole, c'est une valeur très importante chez nous,
parce que nous... c'est une richesse. Bien, à quelque part, si on pouvait juste
s'occuper... la deuxième adresse civique pour le territoire actuel, là, dans
les conditions actuelles, là, ça ferait déjà une différence. On pourrait
commencer par là, là, au lieu de commencer, tu sais, puis tout... mais c'est
certain que le... quand tu as ta ferme, pour pouvoir loger tes parents, puis
qu'ils étaient à.... souvent avant propriétaires de la ferme... ça, c'est
quelque chose de fondamental. Bien, la commission est assez ouverte sur ces
affaires-là, normalement, elle n'est pas... ce n'est pas... On a... Il y a des
problèmes, mais pas... Non, le problème, c'est vraiment la deuxième adresse
civique par unité.
Mme Dufour : OK. Puis vous
souhaitiez aussi un processus simplifié, là, parce que, c'est ça, vous disiez :
Il faut que ce soit ajouté au schéma de l'aménagement. Et là ça, c'est
extrêmement lourd. Donc...
M. Châteauvert
(Pierre) :
D'autoriser,
d'autoriser.
Mme Dufour : D'autoriser
de <facto...
Mme Dufour :
...parce
que, c'est ça, vous disiez : Il faut que ce soit ajouté au schéma de
l'aménagement. Et là ça, c'est extrêmement lourd. Donc...
M. Châteauvert
(Pierre) :
D'autoriser,
d'autoriser.
Mme Dufour :
D'autoriser
de >facto. Excellent. Bien, je n'ai pas d'autre question. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième
opposition. Député de Laurier-Dorion, vous avez 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Bonjour, messieurs dames. Écoutez, j'irai tout d'abord dans...
sur un sujet qui n'a pas été abordé dans votre mémoire, mais qui fait l'objet
de beaucoup de questions. Je voudrais m'informer, en même temps, de la
situation, là, la question de l'itinérance. Bon, vous représentez les
municipalités qui sont en zone rurale. On peut s'attendre à ce que cette
réalité soit moins présente, mais il y a quand même des centres urbains
importants, là. Quel est... Comment vous voyez cette situation-là? Et les
pouvoirs supplémentaires que vous demandez, là, comment on pourrait vous aider
à s'attaquer à cette problématique-là?
M. Tardif (Antoine) : Bien,
c'est clair que ça se vit aussi en région, là. Si je prends Victoriaville, par
exemple, on a de l'itinérance, depuis quelques années, qu'on n'avait pas
historiquement. Principalement, tu sais, l'augmentation de l'itinérance chez
nous, au dire de nos organismes communautaires, c'est beaucoup créé par le
manque de logements aussi. Plusieurs personnes qui avaient accès à un logement
abordable ou à moindre coût, historiquement, ça n'existe plus, ces
logements-là. Tous ces logements-là ont augmenté de valeur, puis ça devient de
plus en plus difficile pour les personnes en situation de vulnérabilité, là, de
se loger.
C'est sûr que la création de logements
rapidement, c'est une des choses qui, selon moi, va permettre d'adresser une
portion de l'itinérance. Tout l'autre volet, c'est les maisons d'hébergement,
permanentes, temporaires, qui peuvent être mises en place avec le soutien des
organismes communautaires d'un milieu, mais aussi du CIUSSS. Chez nous, on a
entre autres, après avoir eu une maison d'hébergement permanente pendant
l'équivalent d'un an, converti toutes ces chambres-là en unités d'hébergement.
On en avait une temporaire, on l'a convertie en permanente. Puis à ça s'ajoute
tout un éventail de services sociocommunautaires, aussi, pour bien accompagner
les gens en situation d'itinérance. Donc, tu sais, il n'y a pas de formule
miracle, là, mais la création de logements puis l'accompagnement en région, ça
peut fonctionner.
M. Fontecilla : ...croyez
que vous avez les outils nécessaires, soit au niveau de la municipalité locale
ou du... de la MRC, pour intervenir sur l'aspect logement, là? On va laisser...
Santé et Services sociaux, c'est une autre... une autre discussion, là, mais
est-ce que vous avez les outils? Parce qu'il y a le mot clé, là, ici, là, c'est
la décentralisation, la flexibilité, là. Et je me demandais si, dans votre
vision, vous avez les outils pour s'attaquer à la question du... de
l'habitation, du logement, là, pour ces populations-là.
M. Tardif (Antoine) : Bon,
c'est clair que, tu sais, ça a fait couler beaucoup d'encre, là, dans les
dernières semaines, là, l'enjeu de l'itinérance, là. Puis il y a... C'est vrai
que ça existe autant dans les grands centres que dans les plus petites
municipalités. En même temps, je crois qu'il y a plusieurs initiatives qui ont
été portées par des plus petites municipalités où on a eu le soutien du
gouvernement.
Si je parle pour chez nous, justement, on
cherchait à mettre sur pied une maison d'hébergement permanente. Puis le ministre
Lionel Carmant, pour ne pas le nommer, nous a soutenus dans l'acquisition d'un
immeuble qui a été converti en unités permanentes. Donc, à ce titre, c'est
la... les promoteurs du coin, les organismes communautaires du coin, la ville
et le gouvernement qui ont travaillé ensemble pour adresser l'enjeu de
l'itinérance. Donc, je pense qu'il n'y a pas de recette miracle face... pour
cet enjeu-là, mais, justement, en région, on est capables parfois de faire
travailler ensemble, tous les acteurs du milieu, pour adresser des solutions
des enjeux criants. C'est le cas pour l'itinérance, mais c'est le cas aussi
pour l'habitation. Puis c'est pourquoi aujourd'hui on dit : Avec un peu
plus de flexibilité, on serait capables de livrer beaucoup, là, sur cet
enjeu-là.
• (12 h 20) •
Le Président (M. Schneeberger) :
...merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté des Îles-de-la-Madeleine
avec un 2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci, M.
le Président. Bonjour à vous, messieurs, madame. Je voudrais juste établir, on
a peu de temps, quelle est la situation à l'heure actuelle, les possibilités,
les limitations pour des villes ou des municipalités, par rapport aux MRC,
quant à des programmes de soutien à l'habitation. Parce que vous vous souviendrez
que Gaspé avait fait adopter une loi privée. Aux Îles-de-la-Madeleine, on a
fait adopter une loi privée. Est-ce qu'aujourd'hui, ce dossier-là, vous
considérez qu'il est réglé pour les municipalités? Parce que vous parlez des
MRC, vous ne parlez pas des...
M. Châteauvert
(Pierre) :
...
M. Arseneau : Hein?
M. Châteauvert
(Pierre) : Il faut que ce soit le pouvoir général.
M. Arseneau : Bien,
exactement, donc ce n'est pas encore <acquis...
M. Châteauvert
(Pierre) :
...il faut que ce soit
le pouvoir général.
M. Arseneau :
Bien,
exactement, donc ce n'est pas encore >acquis.
M. Châteauvert
(Pierre) :Non.
M. Arseneau : Non, mais
vous n'en avez pas...
M. Châteauvert
(Pierre) :C'est dans notre document de...
qui l'accompagne, le document de... sur l'habitation, celui qu'on vous a déposé
également. Ça fait partie des revendications qu'on a.
M. Arseneau : Donc, ça,
c'est une revendication que vous conservez. Parfait. Puis, pour ce qui est des
MRC, ce que je comprends, c'est qu'on a réglé partiellement les choses. On
parle du volet 4, mais toutes les MRC n'obtiennent pas du volet 4, si
je comprends bien, ça dépend du degré de vitalisation des MRC.
M. Châteauvert
(Pierre) : ...
M. Arseneau : Donc, est-ce
que, là encore, vous suggérez qu'on puisse élargir?
M. Châteauvert
(Pierre) :Sur le volet, nous, on fait la
proposition d'un volet 5, habitation, pour tout le monde, flexible,
possibilité de planifier, comme je disais tantôt... regarder, mobiliser,
planifier puis réaliser, qui pourrait soutenir en fonction des réalités du
milieu plus que... Parce que le volet 4, effectivement, vous avez
totalement raison de le rappeler, c'est l'intervention ponctuelle pour les
endroits où est-ce que... les endroits moins vitalisés, les régions moins
vitalisées, tout ça. Puis il y a aussi d'autres aspects, là... l'innovation,
mais ça a des fonctions et ça répond à des questions... à des problématiques, mais,
nous, la... En fait, ce qu'on demande puis ce qu'on suggère fortement au
gouvernement, parce qu'on... c'est certain que ça va fonctionner, c'est un
volet 5, habitation.
M. Tardif (Antoine) : M. Châteauvert
vient de donner un scoop de notre prochain congrès.
M. Châteauvert
(Pierre) : C'est-tu vrai?
M. Arseneau : On y
assistera, justement, à la fin septembre.
M. Châteauvert
(Pierre) :Bien, je pense que la ministre
l'a déjà entendue, celle-là.
M. Arseneau : D'accord.
Donc, ce que je comprends, c'est que les municipalités, les MRC se sentent bien
positionnées pour soutenir, pourvu qu'ils aient à la fois le pouvoir et les
ressources pour développer du logement dans nos régions.
Maintenant, je voudrais revenir sur la
question, là, du blocage au ministère quant à une deuxième adresse civique, là,
pour des logements en région rurale. Est-ce que ce que vous cherchez à obtenir,
c'est un aval par décret, une simple décision administrative ou un changement
législatif? J'essaie de comprendre.
M. Châteauvert
(Pierre) :En fait, c'est l'autorisation
des schémas. Lorsque le schéma le demande, c'est la ministre des Affaires
municipales qui signe... au nom du gouvernement, ce n'est pas plus compliqué
que ça.
Le Président (M. Schneeberger) :
Ah! Merci beaucoup.
M. Arseneau : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
ceci met fin aux audiences de ce matin. Alors, merci à vous trois. Et puis
aussi, avec votre chapeau de maire de Victoriaville, je vous invite à venir
manger la meilleure poutine de Drummond—Bois-Francs, monsieur. Alors, merci
beaucoup à vous.
(Suspension de la séance à 12 h 23)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 10)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonjour à tous. À l'ordre, s'il vous plaît! La commission reprend ses travaux.
Alors, je rappelle que nous poursuivons les consultations particulières et
auditions publiques sur le projet de loi n° 31, Loi modifiant diverses
dispositions législatives en matière d'habitation.
Cet après-midi, nous recevons les gens de
Vivre en ville, Mario Polèse, la ville de Montréal, la Fédération étudiante
collégiale du Québec et la Communauté métropolitaine de Montréal.
Alors, tout de suite, nous allons écouter
les personnes de Vivre en ville. Alors, bonjour à vous deux. Vous avez
10 minutes pour présenter votre exposé, et je vous demanderais de <commencer
par vous...
Le Président (M. Schneeberger) :
...10 minutes pour présenter votre exposé, et je vous
demanderais de >commencer par vous présenter et ensuite emboîter sur
votre présentation.
Vivre en ville
M. Savard (Christian) : Bonjour
à tous. Merci beaucoup à la commission pour l'invitation. Je me présente,
Christian Savard, directeur général de Vivre en ville. Je suis accompagné par
Adam Mongrain, directeur, Habitation, chez nous.
D'entrée de jeu, ce que j'aimerais dire,
c'est que Vivre en ville ne représente aucun intérêt particulier, sauf
l'intérêt de tous. Donc, on n'est pas là au nom des locataires ni des
propriétaires, on est là... Notre objectif est défendre l'intérêt commun parce
que tout le monde habite quelque part. C'est un des enjeux les plus universels.
Tout le monde consomme de l'habitation. En ce sens, on trouve intéressant
l'initiative du gouvernement et du PL n° 31 de
donner... qui donne toute son importance à l'habitation. C'est plutôt rare.
Dans les dernières années... On est les
spécialistes des milieux de vie, puis l'habitation, c'est la cellule de base de
nos milieux de vie. Dans les dernières années, face à la crise de l'habitation,
on a mené des recherches et des consultations intensives pour tenter, à la
hauteur de nos moyens, de contribuer à la sortie de crise en habitation. Nos
résultats ont mené à un rapport, qui s'appelle Portes ouvertes, que je
vous invite à lire si vous êtes intéressés par cette question-là, qui insiste
sur quatre axes : prendre l'augmentation de l'offre au sérieux, créer un
marché sans spéculation, construire une abondance d'unités à but non lucratif,
décupler la productivité du secteur de l'habitation.
Les recommandations qu'on fait aujourd'hui
vont... concernent des éléments très spécifiques du projet de loi, mais
concernent également d'autres mesures législatives qui pourraient venir à
terme, et même des chantiers à ouvrir, afin de faire en sorte de sortir de
manière durable et pérenne de la crise de l'habitation, parce que je pense que
personne... tout le monde est au courant, autour de la table, que ce projet de
loi n'est qu'un début.
Pour la suite, je laisse la parole à mon
collègue, Adam.
M. Mongrain (Adam) : Merci,
Christian. Comme Christian vient de l'indiquer, nous sommes convaincus qu'une
sortie de crise durable passe nécessairement par un plan concerté planchant sur
les quatre chantiers simultanés, qui sont l'offre, la lutte à la spéculation,
s'assurer d'avoir un apport structurant du secteur à but non lucratif et un
apport... décupler la productivité du secteur de l'habitation. Et bien que le
présent projet de loi n'a pas, pour le moment, la portée nécessaire pour une
véritable sortie de crise, on salue évidemment l'initiative du gouvernement de
traiter de l'habitation comme un sujet qui mérite une attention particulière,
un sujet en soi. À cet effet, nous estimons qu'il est d'importance capitale
d'éclaircir certaines dynamiques des marchés résidentiels pour que les
interventions du gouvernement aient les effets escomptés.
Le premier aspect fondamental du marché de
l'habitation, c'est que toute la population est consommatrice. Comme Christian
l'a dit, tout le monde habite quelque part, tout le monde doit payer pour se
loger et tout le monde souhaite avoir le meilleur service possible pour le
montant déboursé. Or, au cours des 10 dernières années, les conditions
économiques, démographiques et fiscales ont contribué à faire reculer le
pouvoir d'achat de toute la population québécoise par rapport à l'habitation.
Non seulement tout coûte plus cher, on en a moins pour notre argent en 2023
qu'on en avait en 2013. Je vous invite à consulter le tableau aux pages 12
et 13 du mémoire pour en prendre la mesure.
Les plus démunis sont évidemment les
premiers touchés par ces hausses, et l'explosion de l'itinérance des dernières
années est un des symptômes les plus directs et les plus marquants de la crise,
mais, avec la hausse des prix, toute la population s'appauvrit par rapport à un
poste de dépense essentiel. Il est, donc, d'importance capitale que le
gouvernement prenne acte de l'opportunité d'agir pour protéger les
consommateurs, c'est-à-dire toute la population, mais, pour bien la protéger,
il faut bien comprendre ce qui distingue le marché résidentiel des autres
marchés.
Une des différences clés, c'est que le
marché résidentiel est un marché usagé. Les transactions dans le marché ont
pratiquement toutes lieu dans la revente de biens. Dans l'annexe 2 du
mémoire, vous trouvez une statistique éloquente à cet égard, seuls 15 %
des propriétaires locateurs du Québec ont fait construire leurs immeubles,
85 % les ont achetés. Puisque les transactions se passent dans l'existant,
les prix dans le marché sont particulièrement sensibles aux dynamiques d'offre
et de demande. À travers plusieurs mécanismes, le prix des loyers envoie donc
des signaux qui sont reçus par l'ensemble du marché et les ajustements sont
très rapides, mais, contrairement aux biens et services conventionnels, les
profits ne sont pas seulement engrangés par des producteurs.
Détenir de l'immobilier et construire de
l'immobilier, ce sont des activités économiques distinctes, et la hausse des
prix profite plus immédiatement et plus directement à la première catégorie,
détenir de l'immobilier. Je vous invite à consulter la figure à la page 39
pour comprendre la distinction. La conséquence de cette particularité, c'est
que la hausse des prix n'induit pas nécessairement une réponse d'offre, et, si
vous regardez les tableaux à la page 42, vous verrez que la hausse
continue des prix n'a pas provoqué une hausse continue des mises en chantier.
On sait, d'ailleurs, parce que ça a été
essayé ailleurs, que, quand on libéralise les prix et <qu'on retire, par
exemple...
M. Mongrain (Adam) :
...on
sait, d'ailleurs, parce que ça a été essayé ailleurs, que, quand on libéralise
les prix et >qu'on retire, par exemple, des mesures de contrôle des
loyers, la conséquence directe est la hausse de la valeur marchande de tout le
stock immobilier et non pas un investissement supplémentaire en rénovation et
en construction. Une telle prise de valeur au Québec aurait pour conséquence
d'induire un nouveau recul du pouvoir d'achat des ménages québécois et de compliquer
la mise en chantier des unités dont on a besoin. On a, d'ailleurs, un élément
de réponse important avec le recul des mises en chantier en 2023.
Qu'est-ce qui explique le plus ce qu'on
observe, que les prix sont trop bas et que les constructeurs ne peuvent pas
faire de profit ou que les prix sont trop élevés et qu'il n'y a pas une
certitude d'écouler les milliers d'unités qu'on pourrait mettre en chantier? À
chaque fois que les prix montent, ça attaque directement la productivité du
secteur de l'habitation. Le danger est particulièrement grand parce que le taux
d'inoccupation est particulièrement bas, une situation dans laquelle il n'y a
pas d'incitatif automatique à améliorer la qualité ou la disponibilité en
habitation.
C'est la réalité du Québec en 2023, et le
gouvernement doit absolument reconnaître l'état du marché dans lequel il
souhaite intervenir. Je vous invite à consulter la figure à la page 47
pour une schématisation du cercle vicieux dans lequel nous sommes pris, mais la
bataille n'est pas perdue. Nous proposons une quinzaine de recommandations pour
bonifier le projet de loi afin que l'action du gouvernement profite bel et bien
à protéger tous les consommateurs québécois.
À cet égard, le gouvernement dispose de
tous les outils. Il faudra seulement de l'audace, de la rigueur et de la
probité pour rompre avec les idées reçues, colmater les brèches dans le marché
et planifier une sortie de crise durable en habitation. Si le gouvernement est
prêt, ces succès lui appartiendront, et nous serons des alliés pour mettre le
marché au service du consommateur, c'est donc dire toute la population, sans
exception. Avec le temps qu'il me reste, j'aimerais attirer votre attention sur
quatre propositions précises parmi la quinzaine qui se trouvent dans notre mémoire.
La première, c'est la
recommandation 2, soit celle de déployer pour le public québécois un
registre des loyers qui va avoir plusieurs bénéfices sur l'état du marché, mais
dont le premier et le plus évident serait de nous donner un tableau de bord
pour évaluer la pertinence et les effets de nos autres politiques en
habitation, parce que les données officielles en habitation sont souvent
désuètes, prennent trop de temps à arriver et ne prennent pas la juste mesure
du stock entier au niveau résidentiel.
La deuxième recommandation sur laquelle je
veux attirer votre attention, c'est la recommandation 3, s'assurer que la
clause F profite vraiment à la construction neuve et non pas seulement à
l'acquisition et la remise en marché. En ce moment, il y a une brèche à
colmater dans la façon dont marchent les choses. On a vu, dans les endroits où
est-ce que les taux d'inoccupation étaient très bas ailleurs dans le monde, des
acquisitions pour profiter de la demande, et ça, ça n'augmente pas le stock
résidentiel, ça n'augmente pas la quantité de services qui est disponible pour
la population, ça exacerbe la crise. Donc, on y croit. Il faut absolument que
la construction nous sorte du trou, et, pour ça, ça prend des mesures qui
récompensent la construction et non pas la possession de l'immobilier.
La troisième recommandation sur laquelle
je veux attirer votre attention, c'est la recommandation 7, à propos de la
protection de la mobilité résidentielle des ménages évincés. Si on reconnaît le
besoin de restituer les ménages évincés pour les protéger, protéger leur
dignité résidentielle, leurs intérêts, on devrait s'assurer, par le même fait,
que nos mesures qu'on déploie atteignent la cible. En ce moment, si on calcule
la restitution sur le loyer que le locataire ou le ménage locataire payait, on
ne lui donne pas les moyens pour se reloger dans le même milieu duquel il est
évincé parce qu'il va avoir à payer les loyers qui sont libres en ce moment et
non pas le loyer qu'il occupait avant. Si on va dans cette direction-là, il va
y avoir le bénéfice additionnel d'avoir un effet tampon sur la valeur des
immeubles à revenus, et descendre les prix, c'est un passage obligé pour
réussir à faire les investissements dont on a besoin en construction neuve.
• (15 h 20) •
Puis, finalement, compte tenu de l'état du
stock, puis il y a un tableau qui montre un écrasement de la disponibilité du
stock résidentiel dans le mémoire, je vous invite à consulter, encore une fois,
en prendre la mesure, dans des circonstances comme celles que le Québec
traverse en ce moment, où le taux d'inoccupation est littéralement à zéro dans
plusieurs régions du Québec, si on enlève la possibilité de céder des bails, on
va nécessairement induire des hausses de prix. Les baux qui vont être
renégociés vont être négociés à plus haut montant, et ce signal de prix va être
reçu par l'ensemble du marché, ce qui va contribuer à créer davantage l'écart
entre les moyens des ménages québécois et les prix dans le marché.
Je vous remercie pour l'attention. Je vais
finir en disant que, même si on fait quelques recommandations ciblées ici, on a
la conviction que l'habitation mérite un plan d'action national gouvernemental
informé par les meilleures pratiques à l'international, toute la littérature
académique et scientifique, qui peuvent déterminer d'avance si nos actions sont
les bonnes, et on invite le gouvernement, dans les prochains mois, prochaines
années, à saisir l'opportunité de protéger réellement toute la population
québécoise et leur rapport à l'habitation.
Le Président (M. Schneeberger) :
Bien, merci beaucoup pour votre présentation. Alors, nous avons... nous allons <débuter
une période...
Le Président (M. Schneeberger) :
...bien, merci beaucoup pour votre présentation. Alors, nous
avons... nous allons >débuter une période de questions. Alors, nous
débutons avec Mme la ministre. Vous avez 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Parfait,
merci. Merci. C'est toujours intéressant d'avoir des discussions avec vous. Donc,
merci d'être là.
Je vais vous amener complètement ailleurs,
OK, juste pour fins de discussion. La semaine dernière, je pense, Mario Dumont
a publié un article, là, ou chronique, peu importe, puis il disait que la crise
du logement, c'était quelque chose d'annoncé, compte tenu du contrôle des
loyers au Québec, puis, tu sais, le premier 10 ans, ça servait bien la
population, l'autre 10 ans, bon, on pouvait vivre avec, mais qu'au bout de
40 ans, bien, on se retrouve dans la situation où on est actuellement, puis
le parc est désuet, puis, dans le fond, c'était une crise annoncée, que cette
histoire-là de contrôle des loyers. J'aimerais ça vous... avoir votre réaction
sur ça. Je ne dis pas que je me loge où est Mario Dumont, mais j'écoute. Je
veux savoir ce que vous en pensez.
M. Mongrain (Adam) : Bien
sûr. Bien, je ne veux pas me défiler, mais je pense qu'on n'a pas besoin
d'avoir une opinion précise là-dessus parce qu'il y a des territoires où est-ce
qu'il n'y a, en fait, aucun contrôle des loyers. Donc, on peut regarder ces territoires-là,
ces législatures-là, et regarder qu'est-ce qui se passe, et il se passe la même
chose qu'ici. On a un mode d'aménager l'espace habitable qui est très répandu
dans le monde, qui produit systématiquement un écart entre le pouvoir d'achat
des ménages et le prix dans l'immobilier. Tout le monde y goûte en ce moment.
Il y a des endroits au Canada où est-ce qu'ils n'ont aucun contrôle des loyers,
comme par exemple c'est le cas en Nouvelle-Écosse, et ils ont des problèmes
identiques aux nôtres sur la vétusté du stock et l'écart entre le pouvoir
d'achat des ménages et le prix en immobilier en ce moment.
Donc, c'est une idée séduisante parce
qu'évidemment on se dit : Bien là, si on contrôle les prix, ça va avoir un
effet sur l'offre, parce que ça a l'allure de quelque chose qui tient la route,
mais on n'a pas besoin de faire des calculs sur une feuille parce qu'on a des
expériences dans le monde réel qui nous montrent que les contrôles des loyers
ont un effet modéré ou nul. Puis, à cet égard-là, on a des références dans le
mémoire que je vous invite à consulter, Sebastian Kohl et les travaux qui ont
été faits à Cambridge, au Massachusetts, après la fin du contrôle des loyers.
Ce n'est pas là que le bât blesse. Il y a d'autres choses en cours, dans la
réglementation, dans le traitement fiscal des biens immobiliers, qui
contribuent davantage à la sous-offre chronique. Et, en ce moment, si on écoute
cette proposition-là, qui semble tenir la route, de reculer sur des mesures de
contrôle des loyers, on sait qu'est-ce qui va se passer, c'est déjà arrivé, ça
fait augmenter la valeur de tout le stock immobilier, et il n'y a pas de
construction neuve.
Mme Duranceau : OK. Je
vais vous faire parler un peu du registre des loyers, hein, parce que c'est un
projet que vous portez depuis un moment. Qu'est-ce que vous dites du fait que
ce n'est pas nécessairement un outil qui va être valide en cour, qui va
présenter une preuve qui va être... qui sera... qui serait valide en cour?
M. Mongrain (Adam) : Notre
proposition, ce serait que le gouvernement adopte un registre des loyers. Donc,
le gouvernement donnerait force de loi au registre des loyers puis le rendrait
légitime en cour par la même occasion. La proposition de Vivre en ville, c'est
que le gouvernement, bien, en fait, devrait avoir un registre des loyers public
universel et obligatoire. On a créé un outil, qui est conforme aux exigences
gouvernementales en matière de protection de la vie privée et de cybersécurité,
qu'on est prêts à donner au gouvernement à coût nul pour l'essayer. Si le
gouvernement veut en faire un lui-même, on n'est pas contre cette initiative-là
non plus, mais vous pouvez vous saisir de la proposition de Vivre en ville, qui
est de prendre un registre des loyers qu'on a construit comme si le
gouvernement l'avait fait lui-même pour l'essayer, et, si le gouvernement
l'essaie, il lui donne de facto force de loi. Donc, les informations qui vont
s'y trouver, qu'on propose, doivent venir de sources administratives, comme par
exemple les déclarations de revenus alimentées par le relevé 31 et les
déclarations de revenus provenant d'immeubles locatifs, bien, ça va
nécessairement être des sources d'information légitimes qui vont servir de
référence pour arbitrer les causes dans le Tribunal administratif du logement.
Mme Duranceau : Oui. Je
suis préoccupée par le coût de maintien de ce registre-là puis de la véracité
de l'information aussi qu'on va y retrouver. Il y a le loyer, mais il y a tout
autre frais accessoires qui peuvent s'ajouter au loyer, puis qui doivent être
pris en compte, puis qui peuvent faire en sorte qu'on va comparer des pommes
avec des oranges, peut-être.
M. Mongrain (Adam) : Absolument,
mais, si on pense que la clause G, en ce moment, répond à une fonction réelle
dans le marché, bien, ça serait juste l'équivalent de la clause G, mais dont l'application
serait systématisée. On sait, en ce moment, que huit ménages locataires sur 10
au Québec ne connaissent pas le montant payé par l'ancien locataire. L'étude en
annexe 1 du présent mémoire le démontre. C'est la plus grande étude qu'il
n'y a jamais eu sur la situation des ménages locataires au Québec. Donc, c'est
des informations qui sont nouvellement disponibles. La clause G, si on lui
reconnaît une valeur, ne fonctionne pas. Un registre des loyers viendrait
substituer ce mécanisme-là pour s'assurer une transmission de l'information.
Puis évidemment ça vient de déclarations fiscales, ça vient de déclarations
d'impôt, de <données administratives...
M. Mongrain (Adam) :
...ça
vient de déclarations fiscales, ça vient de déclarations d'impôts, de >données
administratives. La véracité de ces informations-là va s'en retrouver améliorée
par rapport au statu quo.
Donc, c'est certain que ce n'est pas
nécessairement tout le monde qui fait des déclarations d'impôt à temps. Il va
peut-être y avoir un peu de délinquance à cet endroit-là. Il y a peut-être un
égard à la fraude fiscale qu'il faut tenir en compte, mais, si on se donne les
moyens d'administrer pour de vrai un registre des loyers à partir des
informations qui sont déjà collectées par le gouvernement, ça va être une
source d'information plus véridique, plus légitime que tous les mécanismes qui
sont en ce moment en vigueur.
En ce qui a trait aux coûts d'entretien,
Vivre en ville a déjà du financement pour l'opérationnalisation durant les
trois prochaines années. On va le prendre sur nous si ça vous aide, mais la
solution qu'on déploie a aussi le bénéfice d'être payée pour l'hébergement,
pour le maintien de la solution jusqu'en 2028. On a le temps de faire un test,
et j'y reviens.
Mme Duranceau : C'est un
clés en main que vous m'offrez.
M. Mongrain (Adam) : Exact,
si vous le voulez. Encore une fois, si le gouvernement veut en faire un, c'est
cohérent avec notre recommandation, mais on revient beaucoup sur le point. Si
ça ne donne pas les résultats escomptés, on va le débrancher nous-mêmes. Le
registre des loyers, ce n'est pas une fin en soi, c'est une manière d'aider,
parce qu'on a vraiment besoin de beaucoup d'aide dans l'ensemble du marché de
l'habitation, puis ça va avoir le bénéfice immédiat et évident de nous aider à
évaluer les impacts de nos différentes politiques en habitation.
Mme Duranceau : Puis, si
on ne va pas vers le registre, mais que la clause G du bail, on trouve des
façons de la rendre plus obligatoire avec des dommages, des dommages punitifs,
là, ou des pénalités en lien avec ça...
M. Mongrain (Adam) : Bien,
ce serait intéressant pour aider la stabilité des prix entre les locataires,
donc, essentiellement, enlever essentiellement une brèche dans laquelle le prix
du service de l'habitation peut augmenter sans nécessairement que la qualité du
service rendu augmente en conséquence, mais il y a d'autres bénéfices à avoir
un registre des loyers. De déclarer les loyers réels sur les immeubles à revenus,
ça peut avoir un effet à la baisse sur les prix qui dépendent en ce moment des
revenus potentiels bruts. Ça peut aussi informer en temps réel des endroits où
les loyers sont en train d'exploser.
Puis regardez qu'est-ce qui s'est passé en
Ontario, qu'ils n'ont pas exactement le même contexte, mais l'apport
d'étudiants internationaux en Ontario a provoqué des crises localisées dans
certaines villes universitaires en Ontario, et on n'a pas vu qu'est-ce qui se
passait dans les loyers avant trois ans après le coup, et maintenant ces
hausses de prix là ont contaminé l'entièreté du marché. Les travaux de Mike
Moffatt, de Smart Prosperity Institute, ont très bien démontré que de ne pas
voir en temps réel les hausses de loyer telles que négociées en marché, puis ce
serait impossible, sans registre des loyers, de les voir, ça nous prive
d'informations cruciales pour être en mesure d'agir de façon cohérente avec la
réalité du marché.
Mme Duranceau : Vous me
faites toujours réfléchir quand je vous parle, ça fait que c'est bon, c'est
bon, c'est bon. Question concernant votre recommandation numéro 3, vous
dites : Bon, les modifications qui sont proposées en lien avec la clause
F, on devrait les limiter aux immeubles nouvellement bâtis parce que ceux
dont... qui sont usagés, mais dont l'usage change, bien là c'est peut-être une
opportunité, là, de charger cher. Mais on s'entend que, s'il y a un changement
d'usage, ce n'était pas de l'habitation. Donc, c'est déjà un plus, là, on vient
quand même amener une nouvelle unité d'habitation sur le marché, non?
• (15 h 30) •
M. Mongrain (Adam) : L'exemption,
en ce moment, s'applique aux unités qui étaient occupées par des propriétaires occupants
puis qui sont mises sur le marché locatif pour la première fois. Donc, ça ne
fait pas nécessairement des nouvelles unités dans le marché. À ce moment-là,
d'ailleurs, c'est la première fois qu'ils rentrent sur le marché, il n'y a
aucun loyer précédent, donc on peut mettre le loyer à n'importe quel prix.
C'est juste que le Code civil, en ce moment, aménage une exemption du survol du
Tribunal administratif du logement pendant les cinq premières années après ce
changement d'affectation là, alors que tout était bon pour donner le bon
premier prix, et, de façon très importante, ça ne crée pas un avantage
compétitif pour la construction neuve. J'espère que notre mémoire est clair à
cet égard. On ne se sort pas de crise sans un apport monstrueux de construction
neuve. Donc, c'est important qu'on ait un traitement différencié qui récompense
la construction plutôt que la possession de biens immobiliers.
Mme Duranceau : OK. On
en a-tu tant que ça, du monde qui met leur résidence à louer?
M. Mongrain (Adam) : Plus
les loyers sont élevés, plus il y a de l'activité dans ce segment-là. Ça a été
observé dans tous les endroits où est-ce qu'il y a des crises du logement, des
crises de l'habitation, en Amérique du Nord, dans les dernières années. On n'a pas
beaucoup entendu parler... Puis je ne suis pas quelqu'un qui met tout sur la
financiarisation du logement. Je pense qu'il y a d'autres dynamiques
fondamentales en cours qui peuvent expliquer la situation dans laquelle on est
en ce moment, mais, quand on regarde qu'est-ce que les fonds fiscalisés, qui
sont actifs dans le milieu de l'immobilier, déclarent aux autorités légales qui
<supervisent leurs activités...
>
15 h 30 (version révisée)
<
M. Mongrain (Adam)T :
...qui
sont actifs dans le milieu de l'immobilier, déclarent aux autorités légales qui
>supervisent leurs activités, ils l'écrivent noir sur blanc : On va
faire des acquisitions dans des marchés où il y a peu de constructions pour
profiter de la vigueur de la demande. En ce moment, on a des taux d'inoccupation
qui frôlent les 0 %. Puis je ne sais pas si vous réalisez à quel point la
situation est exceptionnelle, même en Amérique du Nord, c'est un marché
exceptionnellement peu vacant qu'on a au Québec en ce moment.
Donc, au fur et à mesure que la situation
s'enlise, on va voir de plus en plus de ces investissements-là, puis c'est...
Sur le long terme, si on ne fait pas ce qui est nécessaire pour récompenser la
construction plutôt que la possession... C'est dur, construire, il y a une
bonne mesure d'incertitude, la réglementation ne le prend pas toujours d'un bon
œil, ça prend un bon capital, ça prend énormément de choses qui fonctionnent
bien pour faire un bon projet en construction. Si c'est possible de
rentabiliser des investissements en acquisition, pourquoi est-ce qu'on s'attendrait
à ce que la majorité du capital disponible en immobilier aille en construction?
Si c'est possible d'avoir un retour sur investissement intéressant en possédant
de l'immobilier, il y a nécessairement une partie importante du capital investi
qui va aller en possession.
Mme Duranceau : Oui, je
vous entends. Mais, à quelque part, il faut que quelqu'un les détienne les
immeubles aussi, là.
M. Mongrain (Adam) : Oui.
Mme Duranceau : Ça fait
qu'il restera que c'est un véhicule d'investissement, là, je présume. OK.
L'autre chose, recommandation 7,
concernant les indemnités, là, dans le cas de l'éviction. Là, vous parlez d'une
indemnité minimale de 12 mois sans égard au nombre d'années dans le
logement.
M. Mongrain (Adam) : Oui.
Mme Duranceau : C'est
quand même une grosse commande, là, ça.
M. Mongrain (Adam) : Bien,
les baux au Québec sont renouvelables automatiquement sur une période d'un an.
Si on donne moins qu'un an de loyer, on place les ménages dans une situation où
est-ce que, nécessairement, sur une période de moins d'un an, ils vont
probablement se retrouver à redevoir déménager ou à faire des sacrifices
inacceptables au niveau des autres postes de dépenses. Comme les baux sont d'une
durée d'un an, de restituer les ménages évincés à la hauteur d'un an, c'est la
moindre des choses. D'ailleurs, les ménages qui sont dans leur appartement
depuis moins d'un an, il n'y en a pas beaucoup, là. Donc, ça fait au moins un
an que les ménages sont à certains endroits, ils se font évincer. Avec notre
proposition, ces personnes-là seraient capables de réintégrer le même milieu de
vie, ce qui n'est pas le cas en ce moment. Il n'y a rien qui garantit qu'un
ménage évincé va être en mesure de rester dans son milieu de vie, et ça cause
énormément de problèmes aux ménages évincés, ce déracinement d'être propulsés
loin de leur emploi, loin des services, loin de la famille, loin des amis. Et j'y
reviens, si le coût de restitution pour un ménage évincé augmente, ça devrait
avoir un effet sur le coût de transaction de l'immeuble. Si ça coûte 60 000 $
reprendre un logement, la valeur de l'immeuble devrait descendre de 60 000 $,
ce qui est quelque chose qu'on souhaite.
Mme Duranceau : Bien, c'était
ça l'idée de la mesure aussi, là. Je veux dire, les paramètres sont un peu
différents, mais c'est ça l'idée. Puis vous ne faites pas de nuance sur... ou c'est
évictions dans le cadre de reprises de logement pour transformation,
agrandissement, c'est dans un contexte comme ça?
M. Mongrain (Adam) : Pour
toutes les reprises. Le ménage évincé, un coup qu'il est sorti, l'usage de l'unité
qu'il vient de quitter, ça lui importe peu, évidemment, à moins qu'il y ait eu
de la magouille, qu'il y ait de la mauvaise foi, auquel cas ça lui importe
énormément. Mais supposons que tout le monde est de bonne foi, puis que les
reprises... les évictions ou les reprises ont lieu pour des raisons légitimes,
c'est important de protéger la mobilité et la dignité résidentielle de ces
personnes-là parce qu'ils subissent une conséquence, particulièrement si la
reprise est légitime, sur laquelle ils n'ont aucune emprise, et ça provoque une
douleur puis des surcoûts pour la société qu'il faut regarder en face. On a une
manière de s'assurer qu'on restitue adéquatement les personnes qui subissent
une situation hors de leur contrôle.
Mme Duranceau : OK. Je
vais vous amener... On va sortir un petit peu du loyer, dans vos autres
propositions au niveau plus municipal, peut-être discuter du zonage différencié
versus le zonage incitatif, qui a été mis de l'avant dans le projet de loi n° 16,
puis en quoi cette proposition-là n'est pas suffisante. J'aimerais bien ça
comprendre.
M. Mongrain (Adam) : Oui,
bien sûr. Le zonage incitatif, dans le fond, vient parler à tous les acteurs
dans le marché pour leur... les inciter, c'est le mot, à améliorer leur projet.
Puis évidemment, pourquoi ne pas se réjouir d'une telle mesure? On veut que les
projets soient constamment améliorés. La position qu'on propose, en fait, c'est
que, pour arriver à une situation d'équilibre, pour arriver à une situation de
santé résidentielle pour l'ensemble du Québec, ça va prendre un apport
structurant du secteur à but non lucratif. Donc, ça veut dire que le secteur à
but non lucratif, que ce soit le logement social communautaire, le logement
subventionné, le logement public est appelé à jouer un beaucoup plus grand rôle
dans l'offre totale de <logement...
M. Mongrain (Adam) :
...le
logement public est appelé à jouer un beaucoup plus grand rôle dans l'offre
totale de >logement au Québec. Et, pour permettre au secteur à but non
lucratif de s'acquitter de ce rôle structurant dans le marché, il faut qu'il y
ait un avantage comparatif avec tous les autres acteurs du marché, d'où
l'intérêt d'avoir un zonage différencié.
Le zonage différencié, ça va jouer dans le
normatif et ça donne des règles du jeu différentes et non pas allégées, des
règles du jeu différentes à des acteurs à but non lucratif pour qu'ils soient
en mesure de mettre plus d'unités en chantier ou de réduire la profondeur de
subvention par unité qui est nécessaire pour que les projets tombent dans le
vert.
La recommandation qu'on fait, d'ailleurs,
c'est de permettre aux municipalités de se doter d'un règlement de zonage
différencié. Donc, ce n'est pas tout de suite de portée nationale, c'est
vraiment un outil de plus. Puis, à cet égard-là, les paramètres de chacune des
municipalités vont être importants. Par exemple, un zonage différencié qui
garantit une unité de plus au promoteur à but non lucratif, bien souvent, ça ne
fera pas la différence. Donc, il va falloir être encore rigoureux et cohérents
avec la réalité sur le terrain.
Mme Duranceau : Ça fait
que vous comprenez, pour le moment, que la notion de...
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
Mme Duranceau : ...de...
voyons, de zonage incitatif, que ça, ce n'était pas suffisant?
M. Mongrain (Adam) : Oui.
Mme Duranceau : OK.
M. Savard (Christian) : En
fait, on proposait d'aller encore plus loin dans les réformes liées au zonage
afin de favoriser la construction résidentielle lors du PL n° 16,
et on pense qu'il y aurait d'autres choses qu'on pourrait faire dans le futur.
Mme Duranceau : Parfait.
Merci.
M. Savard (Christian) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci à vous. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle.
Alors, députée de Mille-Îles, vous avez 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci, M.
le Président. Effectivement, vous pourriez, Mme la ministre, retourner voir les
échanges qu'on avait eus avec la ministre des Affaires municipales à ce sujet-là.
J'ai fait un grand plaidoyer sur le zonage différencié, et c'est fort différent
du zonage incitatif. Donc, je vais revenir avec ça, je peux vous l'assurer,
dans les amendements de ce projet de loi là.
Je voudrais peut-être vous entendre sur...
Le registre des loyers, bon, on en a parlé. La clause G. Si la clause G
était fonctionnelle, si elle était vraiment... que c'est-à-dire que, s'il y
avait une obligation claire de la remplir et qu'il y avait une amende forte de
ne pas le faire, puis qu'il y avait des vérifications qui étaient faites,
est-ce que ça viendrait peut-être un peu, disons, amoindrir le besoin d'un
registre de loyer, selon vous?
M. Mongrain (Adam) : Bien,
c'est... Je vais... Je ne veux pas faire une prise rhétorique avec votre
question, mais comment on fait une vérification sur un registre? Dans le sens
où la clause G, en ce moment, est divulguée entre deux parties, c'est
essentiellement de gré à gré à la signature du bail. Il y a déjà une obligation
de la remplir. C'est écrit noir sur blanc dans la loi que la clause G doit
être remplie et il y a déjà des amendes. C'est juste que la preuve qu'il y a eu
une défaillance ou une délinquance à cet endroit-là est difficilement
applicable. Comme on a 10 jours après la signature pour demander au
tribunal administratif, si jamais l'écart est trop grand, mais là, encore là,
il faut que l'information soit véridique. Comment est-ce qu'on s'en assure sans
un registre? Si on décide d'agir dans les 10 jours, on déclare
immédiatement à notre propriétaire que les relations vont être difficiles. Puis
les locataires, j'y reviens, la situation du marché en 2023 au Québec est très
dramatique pour les consommateurs d'habitation, toute la population. Donc, il
n'y a pas de filet de sécurité en ce moment pour la part des personnes qui vont
avoir recours à leurs droits parce que ça dépend de leur action personnelle. Un
registre, ça vient aider à dépersonnaliser cette action-là. Donc, ça... les
bénéfices que vous envisagez avec un renforcement de la clause G sont
implicites au passage d'un registre des loyers, puis c'est... La façon dont la clause G
marche ou ne marche pas en ce moment, il y a vraiment un défaut de logique, de
raisonnement. Il y a une seule personne dans l'univers qui est en conflit
d'intérêts avec le montant de la clause G, et c'est à cette personne-là
qu'on remet la responsabilité de la remplir. Je ne pense pas que les personnes
sont malhonnêtes. Je ne pense pas que tout le monde est tordu par le conflit
d'intérêts au niveau de la clause G, mais, si on veut des règlements qui
fonctionnent uniformément pour l'ensemble de la population, on se dote de
mécanismes qui s'assurent qu'ils soient appliqués automatiquement.
• (15 h 40) •
Mme Dufour : Merci. Je
ne partage pas votre opinion sur l'ensemble des éléments qui ont été
mentionnés, mais je partage, par exemple, l'inquiétude de la ministre
concernant les coûts de maintien d'un tel registre. Le Québec n'a pas... bien,
le Canada, de façon générale, n'a pas nécessairement de beaux exemples de
registres nationaux ou provinciaux à faible coût. Ça fait que, je ne sais pas,
de votre côté, est-ce que vous en faites des vérifications avec votre... le
registre que vous avez mis en place? Comme... si quelqu'un dépose et dit :
Bon, moi, ça, c'est ça, le loyer que je paie présentement. Comment c'est
vérifié, cette information-là?
M. Mongrain (Adam) : En
ce moment, ce n'est pas ça l'objet de l'outil. Puis c'est vrai, comme je pense
qu'il faut vraiment être <clair...
M. Mongrain (Adam)T :
...être
>clair et généreux à cet égard-là. Il n'y a pas beaucoup de succès à
déclarer de la part des gouvernements dans le maintien de solutions
informatiques, et c'est la raison pour laquelle on n'a pas besoin d'en parler
parce qu'il est déjà fait en ce moment. La solution qu'on vous propose, puis
j'y reviens, ça n'a pas besoin d'être la nôtre qui est adoptée par le
gouvernement, notre recommandation, c'est juste qu'il devrait y en avoir un,
elle est déjà conforme aux standards exigés par le gouvernement en matière de
cybersécurité et elle est déjà payée.
Mme Dufour : Oui, mais mon...
M. Mongrain (Adam) : Le
maintien ne coûte rien.
Mme Dufour : Je
m'excuse, mais mon inquiétude, ce n'est pas par rapport à la plateforme
informatique, mais plutôt le contrôle des informations, «garbage in, garbage
out». Qu'est-ce qui est rentré dedans? Comment on le vérifie, que c'est de la
bonne donnée qui est rentrée dedans? C'est ça ma préoccupation...
M. Mongrain (Adam) : Et
je partage votre préoccupation. La solution à ce problème qui va rester un
problème tant que l'alimentation d'un tel registre est faite sur une base
volontaire, c'est d'utiliser des données administratives. En ce moment, c'est
possible pour une personne d'aller sur le web, registredesloyers.quebec, et de
faire une autodivulgation parce qu'on veut que la population comprenne à quoi
ça sert, un registre. Mais ce n'est pas la vocation de l'outil. L'outil est
fait pour recevoir une somme importante de données qui viendrait d'une source
administrative. S'il y avait un aménagement dans les règlements du Québec pour,
par exemple, prendre toutes les données issues des déclarations d'immeubles à
revenus, tous les relevés 31, mettre ça dans un fichier Excel quelque part
secret, on alimenterait le registre en un instant. Ça serait fait et ça serait
des données qui viennent d'une seule source. Donc, on ne pourrait pas dire
«garbage in, garbage out», parce que ce serait la source officielle des données
du gouvernement du Québec.
Mme Dufour : OK. Merci.
Il y a tout un exposé dans votre mémoire qui est fort, fort exhaustif sur, bon,
comment on peut établir les valeurs et comment elles sont établies, puis il n'y
a pas de lien nécessairement entre les hausses des valeurs et la construction,
et tout ça, et les loyers. Mais là il y a un enjeu qui arrive, qui est réel,
là, c'est que les constructions, actuellement, les coûts de construction, et là
je ne parle pas de privé, là, prenons des OBNL qui construisent des logements
sociaux, il y a très peu d'unités qui sortent en bas de 300 000 $,
350 000 $ ou même 400 000 $ la porte, et là, nonobstant le
coût du terrain, là, on parle d'unités.
Donc, quand on prend ces coûts-là, à la
base, et là que si on met ça dans le logement privé puis qu'on veut prendre une
hypothèque pour ça, bien, nécessairement, si on l'étale sur le plus long terme,
ça va quand même arriver à des loyers, des montants mensuels extrêmement
élevés, là. Je le vis et je peux vous dire qu'on est dans des alentours de
2 700 $, 2 800 $ par mois. Alors, est-ce que c'est réaliste
de penser qu'on peut avoir des coûts de loyer qui baissent actuellement si on
construit du neuf, sans profit, là? On ne parle pas de profit, là, on est juste
dans la base. On part de zéro, là, on est... juste la construction, déjà, on
est dans les 2 800 $... 2 800 $ par mois. Alors, comment
est-ce qu'on peut s'attendre que les loyers baissent? Tu sais, à un moment
donné vous parlez d'un... C'est un service rendu, mais la personne qui
construit ne veut pas non plus perdre de l'argent pour rendre un service. Il
n'y a pas une entreprise qui va faire ça. Alors, comment vous vous attendez
qu'il y ait des nouveaux logements qui arrivent sur le marché mais que, sans
subvention, là, bien sûr, là, soit, baissent les coûts des loyers, là? Moi, je
ne le vois pas l'équilibre, là, l'équation.
M. Mongrain (Adam) : Dans
le neuf, c'est un peu... Dans le neuf, c'est un peu perdu. Ça va être très,
très, très dur. Ceci étant dit, si le secteur privé veut faire sa marge de
15 %, pourquoi est-ce que les mises en chantier arrêtent aujourd'hui? Ils
ont juste à augmenter le prix de vente de 15 % puis le vendre. Il y a un
plafond dur à ce que le consommateur est en mesure de payer, puis c'est... La
spirale dans laquelle on s'est engagé en ce moment a déconnecté le pouvoir
d'achat de la population du Québec dans l'ensemble pour amener les prix à un
endroit où seulement certains ménages, les plus liquides, sont en mesure de
s'en payer. Il va rester des ménages liquides qui vont pouvoir consommer du neuf,
puis on va voir les mises en chantier qui arrivent un petit peu au
compte-gouttes à chaque année pour desservir cette clientèle-là.
L'apport qu'on propose, qui viendrait du
secteur privé et du secteur à but non lucratif vient d'un contrôle des coûts.
Il y a un tableau qui montre que le Québec met beaucoup plus d'unités locatives
en chantier, beaucoup plus d'unités livrées au cours des 30 dernières
années que la Colombie-Britannique et l'Ontario. Pourtant, tout le monde le
sait, les loyers au Québec sont moins élevés qu'en Colombie-Britannique et en
Ontario. Ce qui explique ça, c'est que ce qui détermine la cadence des mises en
chantier, c'est la certitude de vendre et, pour avoir la certitude de vendre,
c'est mieux d'avoir un plus grand bassin d'acheteurs, donc des prix qui sont
plus bas, qu'un bassin d'acheteurs qui est plus petit, donc des prix qui sont
plus hauts. Ça passe par le contrôle des coûts. On a plein de mesures à cet
égard-là pour essayer de contrôler les <coûts...
M. Mongrain (Adam) :
...coûts.
On a plein de mesures à cet égard-là pour essayer de contrôler les >coûts.
Mais ça se passe aussi d'une manière où est-ce que, si on réussit à avoir un
apport continu en constructions neuves, ça va enlever la pression sur le stock
de mauvaise qualité, puis, à cet égard-là, je veux être clair, je ne veux pas
que le stock de mauvaise qualité desserve la population, tout le monde mérite
un bon service en habitation, mais dans des conditions de marché où est-ce que
la demande est tellement forte qu'il n'y a pas de structure incitative
économique pour s'assurer qu'il y a un relèvement de la qualité de service
rendu dans le stock existant puis il n'y a pas une contre-offre dans le neuf
pour rendre de la valeur conséquente.
Mme Dufour : Le temps avance
vite, et je voudrais vous entendre sur les mesures incitatives pour soutenir
les municipalités, que vous recommandez ça en recommandation 15, mais il
n'y a rien de précis vraiment de soulevé. Donc, je voudrais peut-être vous
entendre : Qu'est-ce que vous aviez en tête?
M. Mongrain (Adam) : Oui,
absolument.
Mme Dufour : Là-dessus,
c'est page 29.
M. Mongrain (Adam) : On
travaille sur un projet en ce moment qu'on veut pouvoir dévoiler bientôt, mais
à cause des différentes... des différentes provisions, on ne peut pas
exactement en dire le détail. Mais on sait qu'à certains endroits dans le
monde, ils se sont dotés d'une structure standardisée pour le développement de
projets résidentiels. Donc, ce sont des technologies qui existent, à certains
égards, c'est en pratique depuis 2004, et le Québec pourrait se saisir de ces
outils-là en plus de plein de mesures complémentaires pour aider la
productivité du secteur de l'habitation, pour essayer de réduire les coûts en
construction qui sont dus à l'incertitude et le manque de standardisation dans
le milieu. Ce n'est pas... ce n'est pas pour esquiver la question que je ne
vous en dis pas plus, j'ai manifestement très hâte de vous dire le détail de
notre projet en ce moment, mais je vous assure que c'est du concret.
Mme Dufour : C'est bon.
Merci. Il me reste 30 secondes, ça fait que je vais juste vous demander
brièvement... Vous allez... vous parlez de failles qui permettent d'opérer des
hôtels clandestins de type Airbnb. Il y a eu quand même des amendements à un
projet de loi l'automne... le printemps dernier. Qu'est-ce qui manque encore à
faire selon vous?
M. Mongrain (Adam) : Je
ne sais pas ça va être quoi, la taille des dents qu'il va falloir mettre sur
nos règlements pour que ça fonctionne, mais il y a des journalistes qui étaient
sur Airbnb au passage de la réglementation, puis les unités qui ne sont pas
conformes ne sont pas disparues de la plateforme. Puis, si ce n'est pas Airbnb
ou un autre comme Booking, il va continuer à avoir des glissements...
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition.
Alors, le député de Laurier-Dorion, vous avez 3 min 28 s.
M. Fontecilla : M. le
Président, on va y aller. J'ai très peu de temps, là. Très rapidement, la
recommandation 8 : Ne pas adopter l'article 7 sur la gestion des
baux et en reconnaissance d'une dynamique fondamentale dans le marché résidentiel.
Pouvez-vous argumenter, là, élaborer?
M. Mongrain (Adam) : Oui,
bien sûr. Il faut reconnaître que la responsabilité du locataire de trouver un
sous-locataire était une demande historique des propriétaires quand le taux
d'inoccupation était entre 5 % et 8 %, et à raison, je pense qu'il y
avait un réel bénéfice pour le service de l'habitation livré à la société s'il
y avait une prévisibilité de la part des fournisseurs de service, que le
service rendu serait payé parce que le système était très compétitif à ce
moment-là.
Ce n'est pas pour rien qu'on parle de
l'arrêt des cessions de bail, en 2023, quand le taux d'inoccupation est à
1 %, 2 %, 0 %, c'est à cause que le danger n'a jamais été plus
grand pour la population québécoise de voir le prix des services consommés
augmenter sans voir une augmentation de la qualité du service rendu. Si vous
lisez le détail de la recommandation un peu plus loin, dans le mémoire, on dit :
Si jamais le marché revient à taux d'inoccupation à 7 %, ce qui n'est pas
impossible puisque c'était le cas au moment où la cession de bail a été
institutionnalisée dans le Code civil, on pourrait revisiter la proposition
d'abroger les cessions de bail à ce moment-là parce qu'il va y avoir une
garantie, si jamais un locataire quitte l'unité, que le fournisseur de service
va avoir à fournir un service de qualité pour attirer un locataire de qualité.
• (15 h 50) •
En ce moment, des locataires de qualité,
il en pleut. Ce n'est pas juste un médecin contre une mère de famille monoparentale,
c'est trois médecins contre 10 familles monoparentales, des étudiants, des
travailleurs temporaires. C'est extrêmement compétitif. Dans ces situations-là,
si on ne permet pas de reconduire le bail, et être clair, recevoir une cession
de bail, c'est recevoir l'obligation de payer, c'est identique à un bail qui
serait automatiquement renouvelé de la part d'un locataire qui reste en place.
Si on ouvre cette porte-là, ce qu'on fait, c'est qu'on ouvre la porte à des
renégociations baux avec une qualité de service égale. Les unités ne seront pas
nécessairement mieux entretenues. L'agilité du fournisseur de service n'est pas
garantie, mais les gens, ils se battent pour payer plus cher. Tout le monde est
consommateur, tout le monde a besoin de consommer. Les gens vont aller au bout
de leur capacité de payer pour s'assurer d'occuper une unité. Puis ce n'est
pas, ce n'est pas de la fiction, on a compté un plus grand nombre de personnes
itinérantes au Québec que jamais. Ça arrive en ce moment, c'est la réalité du
marché dans lequel on intervient en ce moment. Et, si on ouvre des nouvelles
brèches, on va voir ce qu'on a vu ailleurs comme à Cambridge au Massachusetts, une
hausse de la valeur du stock immobilier et aucune construction neuve, <aucun...
M. Mongrain (Adam) :
...une
hausse de la valeur du stock immobilier et aucune construction neuve, >aucun
investissement en rénovation.
M. Fontecilla : Je
constate que vous proposez que la clause F, de la façon dont vous la
présentez, là, soit soumise à la procédure de fixation de loyer, là.
M. Mongrain (Adam) : On
y va un peu plus dans la nuance à l'égard où c'est vrai que c'est difficile de
construire, c'est vrai qu'il y a une période d'incertitude après la
construction. C'est là qu'on va remarquer s'il y a des défauts de construction,
c'est impossible à savoir d'avance. Il peut y avoir des situations
macroéconomiques, comme une explosion du taux d'intérêt. Là, en ce moment, ça a
monté un peu, mais on a vu des exemples dans l'histoire où ça a monté plus vite
que ça. Donc, ça pourrait mettre les personnes qui viennent de construire des
immeubles dans des situations extrêmement difficiles. Ce qu'on dit, c'est que,
s'ils veulent ajuster les loyers, ils devraient soumettre des pièces
justificatives, pas nécessairement pour donner une nouvelle autorité au
tribunal de dicter les loyers, mais de reconnaître les pièces justificatives,
dans le fond, qui permettraient à un constructeur dans le neuf d'augmenter les
loyers.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté des Îles-de-la-Madeleine, avec
le député des Îles-de-la-Madeleine. Alors, vous avez un
2 min 38 s qui vous êtes accordées.
M. Arseneau : Merci.
Donc, si on revient sur la clause F... non, pas la clause F, la clause G,
c'est-à-dire, vous dites qu'elle est irréformable, essentiellement, là, ça
passe par le registre, si j'ai bien compris votre explication, ça passe par
l'instauration d'un registre, alors parlons du registre. Comment se fait-il que
vous, comme organisme, vous soyez capable d'en développer un et que le
gouvernement semble dire que c'était mission impossible?
M. Mongrain (Adam) : Je
pense, de bonne foi, le gouvernement essaie le plus possible de contrôler le
risque dans l'octroi de contrats publics à des... Le gouvernement, je pense que
c'est une chose avérée, n'a pas les capacités internes pour produire son propre
registre, donc il va sous-traiter la construction d'un registre à un
fournisseur de services. Les règles d'approvisionnement en matière de services
informatiques du gouvernement gonflent les factures, et les fournisseurs de
services qui s'acquittent de ça ont comme seule distinction, comme seul
fournisseur de services, d'être les seuls à pouvoir s'acquitter des commandes
gouvernementales. Donc, il n'y a pas une compétition très forte pour s'assurer
que le dollar est bien investi.
M. Arseneau : Et, quand
on parlait de s'assurer que les données soient fiables, moi, je siège aussi sur
une autre commission, on ne parle que de données dans le domaine de la santé.
Moi, je pense que la santé, c'est aussi avoir la santé de façon globale, le
bien-être des gens, c'est aussi avoir un loyer, c'est aussi être capable de l'assumer.
Et je pense que les données, si j'ai bien compris votre explication, elles sont
déjà disponibles, il s'agit d'aller les chercher, notamment par le
relevé 31. C'est déjà de l'information auquel le gouvernement aurait accès
en claquant des doigts?
M. Mongrain (Adam) : Absolument.
C'est une transaction qui est déjà observée par le gouvernement, le paiement
d'un loyer, puisqu'on doit faire des déclarations sur les revenus des immeubles
à revenus. Et on a déjà un inventaire pratiquement total de toutes les unités
mises en location à travers le relevé 31. Combiner ces données-là, les
rendre disponibles, ça donne au registre des loyers toute l'essence dont il a
besoin pour fonctionner. Le registre des loyers qu'on a construit, c'est un
jet, ça a besoin d'un pilote, donc, du gouvernement qui est prêt à lui donner
force de loi et de l'essence, les données que le gouvernement collecte déjà sur
une base annuelle. C'est déjà le cas.
M. Arseneau : Donc, il
s'agit de mettre les morceaux ensemble, tout simplement.
M. Mongrain (Adam) : Oui,
et de l'essayer. J'y reviens. C'est certain que, si le gouvernement paie
1 milliard pour construire un registre des loyers puis il ne fonctionne
pas, ça va faire mal et il va y avoir beaucoup d'engagements à le faire
fonctionner. Là, il ne coûte rien. Si on l'essaie puis ça ne fonctionne pas,
personne ne perd la face. On la perd un peu, mais c'est correct, on va la
prendre.
M. Arseneau : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup.
Alors, nous suspendons quelques instants
pour permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 15 h 55)
(Reprise à 15 h 59)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, nous sommes maintenant avec M. Mario
Polèse, professeur émérite, Économie urbaine et régionale, à l'Institut
national de la recherche scientifique. Alors, M. Polèse, bonjour.
M. Mario Polèse
M. Polèse (Mario) : Bonjour.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, étant donné que je vous ai déjà présenté, nul besoin de vous
représenter. Alors, vous avez un 10 minutes pour faire votre présentation
et, par la suite, vous aurez la chance d'échanger avec les députés et la
ministre pour des périodes de questions. Alors, allez-y.
• (16 heures) •
M. Polèse (Mario) : Merci.
Donc, il faut bien comprendre que ma spécialité, c'est l'économie urbaine et
régionale. Je n'ai pas de compétence, expertise particulière dans la
fixation... les règles de fixation du loyer ou encore sur tous les aspects plus
techniques. Donc, ma présentation serait beaucoup plus générale de ce que vous
avez entendu jusque-là, je pense. Et mon regard avec vous porte surtout sur ce
que j'appellerais l'esprit du projet de loi n° 31, sur sa finalité, plutôt
que sur des dispositions particulières. Mon avis sur les modifications sont dans
mon... mon mémoire, je m'excuse.. Donc, pour la présentation de cet après-midi,
je vais m'en tenir aux grands principes qui sous-tendent le modèle québécois de
contrôle des loyers.
On parle beaucoup d'équilibre entre
propriétaires et locataires, mais encore faut-il qu'on s'entende entre nous sur
les objectifs de la loi, qu'est-ce qu'on veut, et c'est vraiment ça, mon point
de départ, où est-ce qu'on veut arriver. Faisons un peu d'histoire. Si le
modèle québécois, donc le TAL, le Tribunal administratif du logement... mais,
désormais, je vais dire TAL, donc anciennement la Régie des loyers, maintenant
en place depuis une quarantaine d'années, si on se compare à d'autres, a donné
des... plutôt des bons résultats, fonctionne plutôt <bien...
M. Polèse (Mario) :
...donné
des... plutôt des bons résultats, fonctionne plutôt >bien. Je ne veux
pas répéter les chiffres, vous les connaissez. Je pense, la personne de la
présentation précédente l'a dit, on le sait très bien, nos loyers sont
nettement plus bas que dans d'autres villes canadiennes. La part consacrée des
revenus à la location est nettement en bas... que du reste du Canada. Mais, en
même temps... Donc, on a atteint cet objectif-là, mais, en même temps, c'est
important, le Québec a aussi réussi à maintenir un assez bon rythme de
construction, de construction locative neuve et aussi a réussi à maintenir, à
conserver le parc existant, c'est-à-dire jusqu'à la crise actuelle. En d'autres
mots, OK, le Québec a réussi, je répète, du moins jusque-là, à maintenir les loyers
à un niveau raisonnable, tout en assurant aussi à la fois le maintien et le
renouveau du parc de logements. Donc, c'est un équilibre très délicat.
Mais la question qu'il faut il se poser, OK :
C'est quoi, les fondements qui nous ont permis, par le passé, d'atteindre ces
deux objectifs? Là encore, l'expérience des derniers 43 ans, en tout cas
c'est ma lecture... nous apprend que le maintien de l'équilibre repose
ultimement sur l'indépendance et l'impartialité du TAL et la confiance que lui
font les parties. OK. Donc, et c'est un peu là mon point central, il serait
utile, à mon sens, de mieux consolider cet acquis.
Donc, voici mon idée, ma proposition :
que l'indépendance du TAL soit réaffirmée dans la loi et, tout aussi important,
qu'on accorde désormais au TAL la pleine liberté d'établir les méthodes de
fixation du loyer avec, et c'est essentiel, les ressources nécessaires
d'analyses économique, sociale et juridique et évidemment la responsabilité de
bien expliquer ces calculs de façon transparente. Bien sûr, c'est l'État
québécois qui doit fixer les grands objectifs de la politique, mais c'est au
TAL, dans ma vision des choses, de les réaliser de façon indépendante. Et, un
peu dans le même sens, il serait, donc, utile aussi que la mission double du TAL
soit aussi réaffirmée dans la loi.
Les deux objectifs, conciliation, d'une
part, locataires et propriétaires et la conservation du parc du logement, ces
deux objectifs sont déjà inscrits dans la mission du TAL, mais, à mon sens, il
serait très utile, OK, que, dorénavant, que ce soit encore plus clair pour bien
envoyer le message que la loi n'ait pas seulement pour objectif d'assurer le
juste équilibre entre les droits locataires-propriétaires, mais aussi la
conservation, et là j'insiste là-dessus, l'amélioration du parc existant. Cette
finalité n'est pas seulement de l'intérêt des locataires, mais de tous les
Québécois.
Une parenthèse, si vous permettez. Le
projet de loi n'est pas une réponse, il ne faut pas le chercher, hein, à la
crise du logement, OK? La crise du logement a surtout pour origine, je ne pense
pas qu'il y ait grand désaccord là-dessus, le déséquilibre grandissant entre la
demande et l'offre de logements, aussi bien publics que privés. Stimuler la
construction est tout un défi, mais ce n'est pas l'objectif premier de ce
projet de loi. Cependant, cependant, le parc existant de logements n'est pas <complètement
fixe...
>
16 h (version révisée)
< M. Polèse (Mario)T :
...le
parc existant de logements n'est pas >complètement fixe. Permettez-moi
alors une petite idée : Pourquoi, dans le contexte de la crise actuelle, faciliter
plus explicitement des améliorations majeures puis démolitions qui ont pour
objectif d'accroître le potentiel du parc existant, comme, par exemple, l'ajout
d'une annexe, quelques étages de plus ou encore la transformation de places ou
de terrains de stationnement en logements, et tout cela, bien entendu, avec des
compensations correspondantes pour les locataires affectés?
Mais... on revient toujours à l'arbitrage,
mais vouloir accroître le potentiel du parc existant dans la crise actuelle
nous ramène inévitablement à l'arbitrage difficile entre deux objectifs a
priori en conflit : d'une part, maintenir des hausses de loyer
raisonnables et éviter des évictions abusives, mais, d'autre part, OK, faire
que les propriétaires trouvent intérêt à améliorer le parc existant, voire l'agrandir.
Donc, l'arbitrage ne sera jamais facile. Plaire à toutes les parties est
impossible, vous le savez comme moi. Cependant, je vous laisse avec cette
pensée, à vous... il revient à vous d'assurer que les deux objectifs puissent
être atteints. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup, M. Polèse, pour votre présentation. Nous allons débuter
une période de questions avec... du côté ministériel, avec Mme la ministre,
pour 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Oui. Bonjour,
M. Polèse. Merci d'être parmi nous. Merci aussi pour votre mémoire, là. Je
vous avais lu dans les journaux, puis votre mémoire est intéressant, du fait qu'il
couvre les deux côtés. Ça fait que ça, c'est intéressant, de lire ça.
Quelques questions pour vous. Tantôt, j'ai
référé, plus tôt, là, à une sortie de Mario Dumont, à l'effet que la crise
était annoncée, compte tenu du fait qu'il y a un contrôle des loyers au Québec
puis que, dans les premières années de la mise en place de ce système-là, bien,
ça nous servait peut-être bien, mais que, quand on arrive 40 ans plus tard
puis que tous les bâtiments ont vieilli, on est dans un contexte où c'est
peut-être moins profitable... ou moins fonctionnel, là, ou ça n'atteint pas les
objectifs souhaités.
Vous mentionnez, dans votre mémoire, que,
somme toute, on a réussi à garder un équilibre au Québec, ça fait que j'aimerais
ça vous entendre un petit peu sur cette affirmation-là, là, de M. Dumont,
mais voir un peu où vous vous rangez.
• (16 h 10) •
M. Polèse (Mario) : M. Dumont,
avec tout le respect que je lui dois, n'a pas fait ses devoirs, OK, il
simplifie terriblement, OK? Il y a contrôle des loyers et contrôle des loyers,
OK? Ce que nous avons, au Québec, les Anglais appellent ça «soft rent control»,
OK? Il existe différents modèles, et le Québec a inventé son propre modèle. Et
je pense, quand on regarde, justement, les résultats, on peut en être fier.
Donc, notre modèle est quand même... ce n'est pas un vrai contrôle des loyers,
contrôle de... D'abord, les premiers cinq ans, vous le savez comme moi avec... la
clause F laisse le marché, donc, établir les prix de base. Déjà, c'est une
sorte de contrôle fixe. Et, deuxièmement, l'objectif de la loi québécoise n'est
pas de fixer les loyers, mais de surveiller les hausses. Donc, je répète, M. Dumont
n'a pas fait ses devoirs, il parle de contrôle des loyers comme si on avait un
modèle soviétique, ce qu'on n'a pas.
Mme Duranceau : Effectivement.
Vous parlez aussi de voir au bon entretien du parc immobilier puis qu'il ne
faut pas non plus créer d'entrave ou de limitation pour la construction du neuf.
Ça fait que, peut-être, deux volets. Au niveau de l'entretien du parc
immobilier, dans le contexte actuel réglementaire en matière de travaux
majeurs, est-ce que vous auriez des <recommandations...
Mme Duranceau :
...réglementaire
en matière de travaux majeurs, est-ce que vous auriez des >recommandations?
M. Polèse (Mario) : Bien,
comme j'ai dit, je n'ai pas forcément les compétences techniques, là, sur...
Quand on regarde... et là c'est vraiment l'observateur extérieur qui regarde, comme
j'ai dit, je n'ai pas vraiment toutes les connaissances, je ne peux pas
prétendre que je les ai, mais, quand on regarde les rénovictions, ça nous
envoie un message. Moi, ce qui m'intéresse, c'est les résultats, OK, après. Ça
nous dit : Il y a quelque chose qui ne marche pas, OK? Si les
propriétaires font ça, il doit y avoir une raison, OK?
Donc, c'est pour ça que j'ai dit :
J'aimerais bien l'idée d'une agence indépendante, là, qui regarde ça, qui fait
le suivi avec ça... données. C'est quand on voit le phénomène comme les
rénovictions... ça envoie un clignotant rouge, qui dit aux gens, si vous voulez,
de dire: Ah! peut-être il faut faire un ajustement. Donc, voilà ma réponse.
Moi, je ne veux pas me rendre dans toutes les discussions... qu'est-ce qu'il
faut mettre comme critère de rendement, que ce soit une discussion sur les
revenus nets, est-ce qu'il faut regarder le certificat d'investissement sur
cinq ans ou 10 ans? Justement, je laisse ça aux experts, mais des experts
qui ont aussi une conscience sociale et aussi des compétences économiques pour
bien faire l'équilibre. Donc, voilà.
Mme Duranceau : OK.
Bien, justement, je vais vous amener... Vous parlez de l'impartialité du TAL,
puis j'aimerais vous entendre un petit peu sur ce que vous proposez, là. Est-ce
que... puis je vais m'avancer dans une option, est-ce que ce que vous proposez,
c'est que toutes les recommandations en matière d'augmentation ne viennent plus
du TAL parce que ça ne le rend pas impartial? Est-ce que c'est ça qu'il faut
comprendre de votre....
M. Polèse (Mario) : Bien,
prenons... peut-être que c'est une mauvaise analogie, mais prenons la Banque du
Canada, qui est une agence indépendante. Je pense... En tout cas, moi, je fais
confiance, peut-être pas à M. Poilievre, mais moi, je pense que la
population aurait confiance, plus confiance qu'aujourd'hui au TAL si on sentait
bien... c'est ça qui était ma présentation, qu'il a la compétence économique,
sociale et juridique pour bien regarder tous les aspects, OK?
Et, lorsqu'il arrive avec son calcul,
comme il fait tous les ans, qu'il l'explique bien, qu'il est capable de bien
l'expliquer, qu'il ne fait pas simplement appliquer ce qui, ce que je comprends
bien, est actuellement un règlement, OK, de... l'appliquer, entre guillemets,
bêtement, là, mais qu'il puisse l'expliquer, aussi, la logique derrière son
propre raisonnement. Et ça, j'ai entendu ça... mais, comme je dis, je ne suis
pas expert, mais j'ai entendu ça d'autres qui ne trouvent pas... ne trouvent
pas que le TAL soit terriblement transparent. Et c'est vrai que ce n'est pas
toujours facile à suivre pour le commun des mortels, et... Voilà.
Donc, je dis, autant que possible, rendre
ça crédible, peut-être que c'est l'autre mot, impartial, crédible, que les gens
sentent que les commissaires... je ne sais pas si on les appelle les
commissaires, ont vraiment à coeur d'arriver avec un jugement qui est
équilibré.
Mme Duranceau : Bien,
c'est ça. Est-ce qu'il n'y a pas... ce n'est pas deux points? Parce qu'à la
défense du TAL, effectivement, c'est un règlement qui régit le calcul, tu sais,
de l'augmentation annuelle, puis ils appliquent les modalités du règlement, qui
sont très techniques et mathématiques, là.
M. Polèse (Mario) : C'est
ça.
Mme Duranceau : Ça fait
que ça, c'est une chose. Maintenant, les données, elles viennent de Statistique
Canada, ça fait que je ne pense pas qu'il y a place à interprétation à cet
égard-là non plus.
M. Polèse (Mario) : Bien,
même là... là, je me contredis moi-même parce que j'ai dit que je n'ai pas les
compétences techniques, là...
Mme Duranceau : OK. Non,
mais je vais vous amener ailleurs...
M. Polèse (Mario) : ...mais
j'ai lu quand même plusieurs textes et je me rends compte que, même là-dessus,
il y a des désaccords entre spécialistes. Il y a certains qui disent :
Non, les données de Stat Can ne sont pas les bonnes, il faut utiliser les
données de la SCHL, OK? Moi, je ne peux pas dire lequel est le meilleur, mais
je sais qu'il y en a certains... qui préfèrent la SCHL et, les autres, Stat Can.
C'est pour ça que, là, je me répète, j'aimerais bien avoir le sentiment que les
personnes qui prennent, finalement, la décision, finalement, ont à cœur de
vraiment faire le meilleur travail, et qui aussi ont la compétence technique,
économique, statistique, et tout pour décider : OK, c'est les données que
Stat Can utilise ou SCHL. Parce qu'il y a actuellement deux <sources...
M. Polèse (Mario) :
...pour
décider : OK, c'est les données que Stat Can utilise ou SCHL. Parce qu'il
y a actuellement deux >sources. Pour le commun des mortels, c'est mêlant
en sacrement, il y a deux sources, actuellement, pour plusieurs données, Stat Can
et la SCHL. Même moi, je perds mon latin là-dedans.
Mme Duranceau : Puis je
ne veux pas passer trop de temps là-dessus, mais dernier point, dans le fond,
ce que vous dites, c'est que, du fait que l'augmentation annuelle est calculée,
là, intelligemment ou pas, par le TAL, là, puis là je fais des farces... mais
que ça, ça induit un peu dans la population une... Dans le fond, ils se
demandent si, au niveau des juges qui rendent les décisions, il y a une
impartialité complète qui est là.
M. Polèse (Mario) :
Exact.
Mme Duranceau : OK, c'est
ça, le lien que vous voulez faire. OK. Bon, bien, écoutez, à voir, là, mais je
pense que, par définition, les juges, il faut qu'ils soient impartiaux, là, ça
fait qu'on va présumer que ça fonctionne comme il faut.
Je vais vous amener ailleurs. À la
page 4 de votre mémoire, vous affirmez être en faveur de la mesure sur la
cession de bail puis vous affirmez que la cession de bail n'est pas un bon
moyen de contrer les hausses abusives. Ça fait que j'aimerais ça que vous
élaboriez un petit peu là-dessus, là, s'il vous plaît.
M. Polèse (Mario) : Bien,
je sais que ça a fait couler beaucoup d'encre, ça, donc il faut que je fasse
très attention à ce que je dis...
Mme Duranceau : Non,
non, dites ce que vous pensez.
M. Polèse (Mario) : ...mais
j'aime mieux garder ça comme c'est actuellement, très simplement, c'est précisément
parce que nous sommes en période de pénurie, de crise du logement. Et il ne
faut pas être génie pour comprendre que, dans une situation de pénurie comme
ça, où ces bails... surtout si c'est des bails vraiment très intéressants, ça
devient de plus en plus intéressant, OK, et ça risque, effectivement... ce
n'est pas parce que les locataires sont méchants, vraiment de créer, je pense,
ce qu'on appelle un marché secondaire.
Là, si vous me permettez, moi, j'ai des
origines viennoises, la ville de Vienne. Et, quand j'étais jeune, moi, je m'en
rappelle encore à l'époque, il y avait... là, il y avait un vrai contrôle des
loyers, OK, et il y avait, effectivement, ce droit de cesser... de céder le
bail, OK? Souvent, on cédait ça à un parent ou un ami, ou quelque chose, et
c'était très intéressant, parce que, vraiment, ces bails étaient vraiment à des
taux incroyables. Sauf, quand on cédait le bail, il fallait payer ce qu'on
appelait, en bon allemand, du «Schlüsselgeld», ça veut dire, traduit, l'argent
de clé. Donc, peut-être la baisse des 500... par année, ou céder, OK... mais, OK,
l'argent pour la clé, c'était peut-être 10 000 $, OK? Donc, j'ai
peur, précisément en situation de pénurie, que ça crée une espèce de marché
secondaire.
C'est normal, tu sais. Moi, si j'étais
locataire et, pour une raison d'autre, on m'offrait un emploi, je ne sais pas,
à Toronto, quelque part, si je devais partir, et je sais que j'ai vraiment un
bail vraiment intéressant dans la situation actuelle... très tenté à demander
une petite faveur à la personne à qui je cède le bail. Donc, j'aime mieux
éviter ce genre de marché secondaire. Qu'est-ce qui est moyen, quand même, de,
disons, donner certains... plus de pouvoirs aux locataires sans nécessairement
éviter... tout en évitant ce genre de marché secondaire, je ne sais pas, mais,
comme j'ai dit...
• (16 h 20) •
Mme Duranceau : Vous, ce
que vous dites...
M. Polèse (Mario) : ...laisser
librement le droit de céder comme c'est actuellement, personnellement, je
n'aime pas tellement dans la... je n'aime pas ça tellement, dans la situation
actuelle, où ces bails vont devenir de plus en plus lucratifs.
Mme Duranceau : OK.
Donc, vous parlez du marché secondaire puis d'une marchandisation des baux
qui...
M. Polèse (Mario) : C'est
ça.
Mme Duranceau : Puis
vous... dans le fond, vous l'avez vécu dans une autre vie ou dans une plus
jeune vie.
M. Polèse (Mario) : Dans
une autre vie, oui. Ça fait bien longtemps.
Mme Duranceau : Parfait.
Merci. Vous mentionnez aussi que... bon, c'est en lien avec la clause F, là,
peut-être, un peu, la discussion, mais qu'il serait mal avisé, dans le contexte
actuel, là, de mettre des entraves pour favoriser la construction. Par contre,
vous avez des doutes sur notre proposition quant à la clause F, ça fait que
j'aimerais <peut-être...
Mme Duranceau :
...pour
favoriser la construction. Par contre, vous avez des doutes sur notre
proposition quant à la clause F, ça fait que j'aimerais >peut-être vous
entendre un peu sur ce que vous avez en tête en matière de barrières à la
construction.
M. Polèse (Mario) : Peut-être
que j'ai été... j'ai peut-être sauté trop vite, là. Je pense qu'en relisant le...
tout la... c'est plutôt la première partie de mon commentaire qui est la bonne,
OK? C'est que, finalement, c'est un geste un peu symbolique, à mon sens, c'est
une espèce de... OK, ça va plaire à un certain auditoire, mais,
fondamentalement, soyons honnêtes, là, en économie, cinq ans, c'est une
éternité, OK, et entre vous et moi, c'est quoi, la valeur de ces prévisions? Et
ça ne saurait... Je ne peux pas m'imaginer que ça puisse avoir une valeur
juridique, OK? Donc, finalement, c'est un exercice un peu futile.
Donc, si vous gardez cette modification, à
mon sens, ça ne changerait probablement pas grand-chose, mais, si jamais elle
est mal appliquée, je ne sais pas, si jamais, vraiment, ça commence à avoir une
valeur juridique, ces prévisions, mais je ne peux pas m'imaginer comment ça
puisse fonctionner, bien là, effectivement, ça pourrait être une entrave à la
construction neuve. Mais, si ça reste, comme je pense que ce serait le cas,
c'est du symbolique, soyons honnêtes. OK, faites l'exercice, mais pourquoi,
mais pourquoi, tu sais? Ça donne quoi, finalement, entre vous et moi?
Mme Duranceau : Bien, ça
donne de la prévisibilité, là, c'est ce qui est cherché par les locataires.
M. Polèse (Mario) : Bien,
pas vraiment.
Mme Duranceau : Sans
faire d'entraves pour les propriétaires qui veulent construire.
M. Polèse (Mario) : Bien,
c'est une fausse prévisibilité, puisqu'on ne peut pas savoir qu'est-ce qui va
se passer dans cinq ans. Vous pouvez mettre n'importe quoi, là-dedans, vous
pouvez mettre n'importe quoi, tu sais, si j'étais le... mais je n'ai pas assez
pensé là-dessus, mais, si j'étais le propriétaire, qu'est-ce que je mettrais?
Mme Duranceau : OK. Bon,
bien, je vous entends.
M. Polèse (Mario) : Comme
je vous dis, pour moi, ça m'apparaît un exercice un peu comique, presque.
Mme Duranceau : Je vais
céder la parole à mon collègue de Joliette.
Le Président (M. Schneeberger) : De
Joliette?
M. Rivest : Côte-du-Sud.
Moi, je ne suis pas de Joliette...
Mme Duranceau : Côte-du-Sud,
je m'excuse. Je m'excuse. Je suis mêlée.
M. Rivest : Je vous
invite tous à venir visiter Côte-du-Sud, d'ailleurs, monsieur, mais...
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
député de Côte-du-Sud.
M. Rivest : Merci. Merci
pour votre contribution. Et, d'ailleurs, votre merveilleuse ville de Vienne est
tout à fait appropriée, parce que c'est un endroit fabuleux, que j'invite aussi
à visiter, tout comme j'invite les gens à visiter la Côte-du-Sud, ici, au
Québec. Alors, merci pour votre...
M. Polèse (Mario) : ...aussi
merveilleux.
M. Rivest : Oui. Merci
pour votre contribution et votre humour aussi. C'est un grand plaisir pour moi
de vous entendre. J'aimerais voir... Vous parlez, là, à l'intérieur de
l'article, là, Pourquoi se loger coûte-t-il moins cher ici, au Québec, qu'en
Ontario? Vous parlez de souplesse puis du contrôle souple des coûts. Selon
vous, qu'est-ce qui attribue cette souplesse-là, là, à l'intérieur des coûts,
qu'ici, au Québec est...
M. Polèse (Mario) : Il y
a plusieurs affaires. Le plus important, sur lequel j'ai pas mal écrit, OK,
c'est qu'on n'a jamais eu cette reddition des redevances. Là, ça a changé, maintenant,
on permet ça aux municipalités, mais c'est encore très timide, chez nous. Mais,
dans le reste du Canada, ce qu'on appelle les redevances ou «development
charges», en anglais, là, on crée des hauteurs énormes, tu sais. Dans un de mes
textes, je parle de 80 000 $ par porte, à Toronto, OK? Donc, c'est
clair que ça a un effet triple, d'avoir ça. C'est un coût qu'il faut passer
directement au locataire, mais aussi ça décourage, OK, ça décourage des
promoteurs à y aller parce que c'est une dépense au départ.
Le Président (M. Schneeberger) : M. Polèse,
je vais devoir vous arrêter. On a déjà dépassé de 30 secondes, alors je
n'ai pas le choix de vous arrêter, par respect. Voilà.
M. Polèse (Mario) :
...mes excuses. OK. Mes excuses.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. Alors, Mme la
députée de Mille-Îles, la parole est à vous pour 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci
beaucoup, M. Polèse, si vous voulez continuer, hein, je vous laisse, si vous
voulez, là, je...
M. Polèse (Mario) : Non,
ça va.
Mme Dufour : Ça va?
Parfait. Écoutez, merci beaucoup pour votre exposé. C'est ça, c'est un angle un
peu différent qu'on a vu par rapport au groupe juste précédent, qui était Vivre
en ville. Vous parlez d'éléments, là... qui est un peu... par exemple, vous
parliez du marché secondaire qui se crée puis que, bon... On entend, il y a des
ouï-dire, il y a probablement des histoires de marchandisation de baux lors des
cessions de <bail...
Mme Dufour :
...on
entend, il y a des ouï-dire, il y a probablement des histoires de
marchandisation de baux lors des cessions de >bail, mais qui pourraient
aussi être en sous-location, lors de sous-locations.
Est-ce que vous croyez qu'il y aurait
possibilité, entre guillemets, de maintenir la cession bail telle qu'elle est
actuellement, mais de venir interdire ou... et peut-être, tu sais, de contrôler
un peu mieux, justement, la possible monétisation ou marchandisation des baux
par la cession de bail?
M. Polèse (Mario) : Bien,
puisque vous me posez la question, est-ce que vous avez des idées? Je m'excuse
de vous renvoyer la question.
Mme Dufour : Oui.
M. Polèse (Mario) : Non,
mais, effectivement, c'est un bon problème, tu sais, c'est... De toute façon,
ce que j'ai compris de la modification, il y a quand même... on permet toujours
une cession de bail, OK, dans le... mais le propriétaire a un droit de regard.
On ne dit pas qu'il n'y a pas de cession de bail. On dit simplement : le
locateur a un droit de regard, OK?
Alors, peut-être il faudra refaire la loi,
mais je n'ai vraiment pas... je n'ai pas assez réfléchi pour savoir qu'est-ce
qui serait vraiment une bonne formulation, qui pourrait peut-être plaire aux
deux, mais c'est toujours... c'est toujours des arbitrages si difficiles.
Mme Dufour : Tout à
fait. Et c'est la même chose avec la clause G, qui est celle qui... qu'on...
que le propriétaire doit indiquer le loyer précédent payé, et qui, selon le
groupe précédent qui est venu... nous disait que 80 % ou 90 % du
temps n'est pas remplie, cette clause-là. Il ne semble pas y avoir de réelles
conséquences en ne la remplissant pas. Est-ce que... Je vais vous poser la même
question, mais est-ce que, dans le fond, un meilleur contrôle de la clause G
viendrait, peut-être, réduire le besoin à recourir à la cession de bail?
Dans le fond, tu sais, ce qu'on comprend,
par les groupes de protection, c'est qu'ils souhaitent maintenir les loyers bas
par la cession de bail, mais, vous l'avez dit, ce n'est pas l'objectif initial
de cette mesure-là. Donc, est-ce que, dans le fond, un meilleur contrôle de la
clause G pourrait venir un peu rééquilibrer tout ça?
M. Polèse (Mario) : J'aime
mieux... ne peux pas répondre. Je ne suis pas sûr. Je ne suis vraiment pas sûr.
Mme Dufour : Parfait.
Bon. Écoutez, je vais peut-être vous amener complètement ailleurs. Vous avez,
dans votre mémoire, à la première page, si je ne me trompe pas... vous parlez
des coûts. Il y a des endroits où les coûts sont plus élevés, les loyers sont
plus élevés, puis vous semblez faire un lien, peut-être, avec les redevances de
développement en disant : Finalement, chez nous, c'est plus bas parce que,
jusqu'à maintenant, il n'y avait pas de redevance de... vous appelez ça, là,
d'aménagement, là. Ici, souvent, c'est appelé redevance de développement.
Peut-être que j'aimerais vous entendre là-dessus. Est-ce que ce quelque chose
que vous avez étudié, les redevances?
M. Polèse (Mario) : Oui,
oui, c'était ma réponse... la personne précédente, là, précisément. C'est une
des grandes différences entre le Québec et, je dirais, presque le reste de
l'Amérique du Nord, OK? Nous, on peut dire... pour le dire autrement, nous, on
a toujours socialisé le coût des grandes infrastructures urbaines, OK, écoles,
routes, etc., police, tandis que, par exemple, si vous êtes à Toronto... Ou, regardez,
allez sur le site, OK, sur... «development charges», mettez «Toronto
development» et vous allez voir, la facture des 80 000 $ par porte, ça
comprend même les garderies, OK, les écoles. Chez nous, tous ces coûts-là sont
socialisés, sont... on les partage entre tous les contribuables québécois,
tandis qu'en Ontario, mais c'est aussi le cas ailleurs, aux États-Unis, ils ont
un vocabulaire différent, ces coûts-là, on les envoie directement au promoteur,
qui les envoie évidemment au locataire. Donc, c'est une énorme différence entre
notre tradition et ce qui se passe ailleurs. Et espérons que ça reste ainsi.
• (16 h 30) •
Mme Dufour : Oui. Bien,
en fait, tous les frais que vous référez, les garderies, les écoles, ça, c'est
effectivement assumé, chez nous, par le gouvernement provincial, mais les
redevances de développement qu'on commence à voir au Québec, c'est pour les
frais qui sont assumés par les municipalités, qui... C'est peut-être différent
en Ontario, mais, moi, dans ma vie antérieure, j'étais dans une ville, et,
lorsqu'il y avait des nouveaux développements qui arrivaient, parfois, il
arrivait que le prolongement de réseau amenait des surcoûts beaucoup plus
grands que ce que la taxe foncière pouvait permettre à la ville de récupérer
dans la période, là, qu'on peut s'attendre de le faire. Donc là, à ce moment-là,
il y a comme peut-être un déséquilibre pour les municipalités, alors c'est pour
ça que <certaines...
>
16 h 30 (version révisée)
<19287
Mme Dufour :
...smunicipalités, alors c'est pour ça que >certaines ont
commencé à avoir recours à la redevance de développement. Alors, comment on
trouve l'équilibre là-dedans à ce moment-là?
M. Polèse (Mario) : Vous
touchez vraiment au problème central de ces redevances. Je ne suis pas contre
les redevances, en principe. Le problème, et il n'y a pas vraiment une façon
facile de s'en sortir, c'est que le calcul précis, impartial entre une nouvelle
construction, disons, qui arrive et qu'est-ce que ça engendre comme
infrastructure, vraiment le lien avec les coûts d'infrastructure pour la ville,
le calcul est impossible à faire. Il n'y a pas de science qui permet de le
faire. C'est bien ce qui s'est passé en Ontario, ce qu'il faut éviter ici, OK,
c'est que, finalement, les maires, les conseillers utilisent ça comme moyens
pour commencer à financer d'autres choses, et c'est ça qui... il y a un
glissement qui est allé beaucoup plus loin que ce qui est l'intention, au
départ, de la loi. Ce que vous dites, vous avez raison. Si on peut vraiment s'assurer,
et c'est ça, le défi, que ces redevances servent vraiment à financer... Actuellement,
je pense qu'on parle surtout des parcs, par exemple, à Montréal, OK? Pour vraiment
financer une infrastructure vraiment liée à la nouvelle construction, je suis
pour, mais que, quand ça a commencé à déraper vers d'autres dépenses, OK... J'avais
lu... là, je ne veux pas citer la ville, mais j'avais lu, il y a quelques mois,
qu'il y avait une ville qui a... qui imposait des redevances, et le maire a
même dit : On va utiliser ça pour financer l'école, OK? Là, je commence à
dire... Peut-être, là, on commence à déraper. Donc, c'est... Et donc, dans une
nouvelle mouture de la loi, pour les redevances, il faut être très clair ce qui
peut être... disons, ce qu'on peut comptabiliser et comment le faire. Sinon,
comme je dis, le dérapage est beaucoup trop facile. On l'a, l'exemple, chez nos
voisins.
Mme Dufour : Oui, tout à
fait. Il y a effectivement, des fois, des surcoûts qui sont quantifiables,
quand même. Je parlais récemment avec la mairesse de Saint-Jean-sur-Richelieu.
Ils sont passés... Ils ont passé le cap du 100 000 habitants, ils
sont devenus une grande ville. Ça vient avec des avantages...
M. Polèse (Mario) : Oui,
bravo! Une autre métropole.
Mme Dufour : ...ça vient
avec des avantages, mais ça vient aussi avec des désavantages. Et là ils ont dû
relever le niveau, par exemple, de leur service de police, et là c'est beaucoup
d'investissements pour la ville. Des fois, certaines villes, on ajoute 100 maisons,
et là oups! ils doivent agrandir l'usine d'épuration des eaux usées parce qu'ils
ont atteint leur capacité. Donc, parfois, les surcoûts sont immenses pour un
nombre, tu sais, de citoyens qui ne permet pas de rentabiliser, entre
guillemets, là... en tout cas, au moins de combler ces coûts-là.
M. Polèse (Mario) : Ça
me permet de... L'autre danger des redevances, s'ils ne sont pas bien encadrés,
ce que... les provinces aiment ça, c'est ce que l'Ontario... c'est leur dire :
Bien, vous avez des redevances, on va vous... on va vous transmettre ces
responsabilités. Donc, par exemple, le bien-être social, si je ne me trompe
pas, en Ontario, bien, c'est les villes, pas la province... Mettez ça dans vos
redevances. Donc, la province se lave les mains... on transfère aux villes.
Donc, tout ça, c'est... comme j'ai dit, c'est toujours des jeux d'équilibre qui
ne sont pas faciles.
Mme Dufour : Non, effectivement.
Je voudrais, en terminant, là, c'est... il me reste une minute, vous entendre
sur un élément que vous avez écrit. Vous avez écrit : «Il serait... Il
sera souhaitable que les compensations prévues pour les locataires touchés
soient bonifiées à l'aide de fonds publics.» Ça, ça m'a surprise, et j'aimerais
vous entendre.
M. Polèse (Mario) : Bien,
si on veut... Bien non, si on veut leur donner une espèce de... Oups! Si on
veut donner vraiment un coût supplémentaire spécifique à des améliorations
majeures ou des démolitions qui agrandissent le parc de logements, OK, par
exemple, on prend un terrain de stationnement, on le transforme en logements,
mais, comme... si ça nécessite une éviction, OK, dans les cas où, vraiment, le
propriétaire peut dire : Oh! on agrandit de façon significative l'offre de
logements, pourquoi ne pas...
Le Président (M. Schneeberger) : 20 secondes.
M. Polèse (Mario) : ...pourquoi
ne pas lui donner un petit bonus de plus, là, dans ce cas-là, au locataire, s'il
y a une éviction, si on... Parce que, nous, en période de crise, là, ce qu'on
veut, c'est plus, on veut plus de logements. Donc, peut-être, comme je dis, mon
idée, c'est : dans certains cas, le stock existant peut être élargi, donc,
si on veut que le... si on veut inciter le propriétaire à le faire, bien,
peut-être <donner...
M. Polèse (Mario) :
...donc,
si on veut que le... si on veut inciter le propriétaire à le faire, bien,
peut-être >donner un bonbon de plus.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
M. Polèse. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition.
Député de Laurier-Dorion, vous avez 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Bonjour, M. Polèse. Merci pour...
M. Polèse (Mario) : Bonjour.
M. Fontecilla : ...d'avoir
exprimé votre opinion en commission. Écoutez, je vais y aller sur la question
du... le... la clause F, finalement, là, un bâtiment situé dans un immeuble
nouvellement bâti ou qui fait l'objet d'un changement d'affectation. C'est très
clair, vous ne semblez pas y croire, à cette... à la mesure qui est avancée
dans le projet de loi n° 31, là. Mais on a entendu
plusieurs... plusieurs personnes, intervenants se prononcer sur ce sujet-là. Et
vous dites : Cinq ans, là, c'est carrément... c'est de la fiction. Vous allez
loin, là. Ne craignez-vous pas que certains promoteurs pourraient aller à des
prix un peu fictifs, là, comme... pour utiliser votre expression, là, pour... sur
une... bien, sur une période de cinq ans et, finalement, bien, ramasser un
pactole, même si ça ne correspond pas à... aux frais d'exploitation?
Et, d'autre part, il y a d'autres
intervenants qui ont soumis l'idée de soumettre ces... les hausses pour le
nouveau bâtiment ou qui ont changé de... enfin, particulièrement pour le
nouveau bâtiment, à l'obligation de présenter des documents justificatifs au Tribunal
administratif du logement. Qu'est-ce que vous pensez de cette avenue-là?
M. Polèse (Mario) : Bien
là, si on se tient à ce qui est dans le projet de loi, effectivement, le mot «fictif»
n'est pas exagéré, et, comme j'ai dit, ça n'a pas de valeur juridique. Donc, ça
donne quoi, là? Je vous pose la question.
Je suis propriétaire. Même avec les
meilleures intentions, je fais : OK, dans cinq ans, étant donné le taux
d'inflation, na, na, na, ah! je... 40 % de plus, OK. Sauf, entre-temps, OK,
on s'en va en... il y a une récession, il y a un autre... la Russie décide
d'envahir un pays encore, puis c'est la récession, puis... et les prix
commencent à chuter, OK? Ça a quelle valeur? Je veux dire, ça... cette
prévision, là, elle a quelle valeur? Je vous pose la question à vous.
M. Fontecilla : Je ne
vois pas la valeur de la prédiction, là.
M. Polèse (Mario) : Oui,
c'est... Quelle est la valeur de la prédiction? Je vous pose la question.
M. Fontecilla : Mais est-ce
que... même si c'est fictif, là, même si les prix ont chuté, ou peut-être pas,
en fait, on ne peut pas... on ne peut pas le savoir, c'est la boule de cristal,
est-ce que les propriétaires ne pourraient pas être tentés, là, même si la
prédiction ne correspond à aucune réalité, de l'appliquer quand même, sans
aucun contrôle?
M. Polèse (Mario) : Il
ne peut pas... Il ne peut pas appliquer quelque chose qui n'est pas... Ce n'est
pas une question à appliquer, on lui demande de faire une devinette, OK, il ne
peut pas l'appliquer. Il y aurait... Comme j'ai dit, ça n'a... À moins qu'on
change l'écriture de ce projet de loi, cette prévision n'a pas de valeur
juridique. Il n'y a pas de question d'appliquer. Dans cinq ans, on verra où ce
qu'on est dans cinq ans. Peut-être, le... ce monsieur-là se serait totalement
trompé ou, peut-être, c'est un génie, il sait vraiment, dans cinq ans, où il va
être. Mais, comme j'ai dit, pour moi, c'est vraiment un jeu qui a une valeur
plus symbolique, si on veut dire, pour sécuriser, peut-être, le locataire...
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup.
M. Polèse (Mario) : ...mais
comment est-ce qu'il peut... comment est-ce qu'on peut savoir ce qui va se
passer réellement? Regardez...
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup, M. Polèse.
M. Polèse (Mario) : ...est-ce
que vous auriez pu prévoir la COVID?
• (16 h 40) •
Le Président (M. Schneeberger) : On
a déjà dépassé de 20 secondes, là. On a déjà dépassé de 20 secondes.
Il faut que je vous coupe. Excusez-moi. Alors, nous allons maintenant du côté
du député des Îles-de-la-Madeleine pour 2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci
beaucoup, M. le Président. M. Polèse, merci beaucoup d'être là avec nous
aujourd'hui. Est-ce que je me trompe ou si vos attentes envers le projet de loi
n'étaient pas très élevées, quand je lis votre première phrase? Vous dites :
«Le volet le plus encourageant du projet de loi n° 31,
c'est ce qu'il ne fait pas.»
M. Polèse (Mario) : Oui,
c'est vrai, parce que, comme j'ai dit, ce n'était pas... quand même pas si
mauvais par le passé, OK? Donc...
M. Arseneau : Donc, vous
trouvez...
M. Polèse (Mario) : Non,
non, mais il faut le dire honnêtement. Si on avait décidé de totalement
démanteler le TAL, tout démanteler notre système... Là, il y a... le projet de
loi propose des modifications mais garde... pas... garde le TAL et le régime
que nous avons fondamentalement en place. Moi, je veux encore plus le
consolider. J'aimerais, personnellement, <donner...
M. Polèse (Mario) :
...que nous avons fondamentalement en place. Moi, je veux
encore plus le consolider. J'aimerais, personnellement, >donner
encore plus d'indépendance au TAL, OK? Mais fondamentalement on garde le même
bateau, OK? On change peut-être la... quelques cabines, on améliore le moteur,
mais on garde le même bateau.
M. Arseneau : Mais quels
sont les facteurs que vous identifiez aujourd'hui qui minent cette indépendance
du TAL, que vous semblez condamner?
M. Polèse (Mario) : ...pas
miné, j'aimerais ça le rendre plus évident. «Miné», ce n'est peut-être pas le
mot... C'est que ce que j'ai entendu souvent, et c'est vrai : ce n'est pas
toujours très transparent. Ce n'est pas toujours évident, pour le commun des
mortels, comment le TAL nous arrive avec son modèle fictif à tous les ans ou
quand ils rendent les jugements. Je pense, ce serait beaucoup plus sain, OK,
que tout le calcul derrière ces fixations de loyer soit beaucoup plus clair.
Et, pour ça, on a besoin d'un arbitre indépendant. C'est vraiment le cœur de
mon intervention.
M. Arseneau : D'accord.
Tout à fait. Et beaucoup plus transparent, je comprends, qu'il ait ses propres
méthodes, qu'il ait l'équipe pour les développer, et qui les présente, et qui
les défend.
M. Polèse (Mario) : Actuellement,
ce que je comprends : ce n'est pas le TAL qui le fait, c'est fait par...
mais je ne suis pas l'expert, ça se fait par un règlement. Et peut-être la
ministre peut nous expliquer qui sont les personnes derrière qui, vraiment,
font le calcul.
M. Arseneau : Mais ma
question, c'est : Malgré le fait qu'aujourd'hui les méthodes peuvent être
discutables, néanmoins, lorsqu'il y a éviction, qu'il y a changement de
locataire puis qu'il y a non-réponse à la clause G, il peut y avoir des
augmentations qui dépassent largement ce que le TAL recommande. En quoi est-ce
qu'une nouvelle méthode changerait la donne pour le locataire?
M. Polèse (Mario) : Bien,
je parle surtout des... évidemment, des... de les renouvellements, pas... Le
nouvel locataire, là, c'est toute une autre problématique, et là on part... on
ouvre toute une autre porte, on pourrait se parler longtemps.
M. Arseneau : Oui, pour
l'application des recommandations ou, en fait, des décisions du TAL, d'accord.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors...
M. Polèse (Mario) : ...pour
les logements vacants, actuellement...
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
M. Polèse, on n'a plus de... on n'a plus de temps. Excusez-moi, on est
déjà...
M. Polèse (Mario) : Je
m'excuse.
Le Président (M. Schneeberger) :
Je vous laisse beaucoup de temps, je dépasse à chaque fois les interventions.
M. Polèse (Mario) : J'adore
les Îles-de-la-Madeleine, en tout cas.
M. Arseneau : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre présentation, M. Polèse.
Alors, nous allons suspendre quelques
instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 16 h 44)
(Reprise à 16 h 48)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, nous en sommes maintenant avec la ville de
Montréal. Alors, bonjour à vous trois. Alors, vous avez un 10 minutes pour
faire votre présentation. Vous pouvez vous présenter officiellement, à tour de
rôle, et puis, ainsi, procéder à votre présentation. Par la suite, il y aura
une période d'échange avec la ministre et les députés d'opposition. Alors,
c'est à vous.
Ville de Montréal
M. Beaudry (Robert) : ...beaucoup,
M. le Président. Mme la ministre, M. le Président, M. le vice-président, Mmes
et MM. les députés, je me présente, Robert Beaudry, je suis conseiller de ville
du district de Saint-Jacques, dans le centre-ville, responsable de l'urbanisme
au comité exécutif de la ville de Montréal. Je suis accompagné de M. Jonathan
Bouchard, qui est responsable du soutien aux élus à l'habitation, de M. Dorais,
qui vous envoie ses salutations, qui ne pouvait malheureusement pas être des
nôtres, Mme la ministre, et également de Mme Clotilde Tarditi, qui est
directrice du Service de l'habitation à la ville de Montréal.
Donc, Montréal, la métropole du Québec, le
coeur économique, un lieu de création culturelle et artistique de calibre
international, la porte d'entrée principale pour l'immigration du Québec. C'est
également une ville à la qualité de vie exceptionnelle. Or, malgré son
dynamisme, nous sommes également la tête de flèche de nombreux problèmes
sociaux et économiques au Québec.
En effet, alors que nous voyons un
effritement de l'abordabilité depuis plusieurs années, cette crise touche
aujourd'hui toutes les régions du Québec. En 2021‑2022, l'augmentation du loyer
moyen a été la plus forte en... depuis 20 ans. En guise d'exemple, le
loyer moyen d'un quatre et demie offert en location en 2022 était de 21 %
plus élevé que l'année précédente. Le prix médian des copropriétés a augmenté
de 50 % en cinq ans, ce qui a mené au premier recul du taux de
propriétaires en 20 ans. 40 % de la pauvreté au Québec se trouve à
Montréal. Ces défis, nous y sommes confrontés tous les jours nous-mêmes, en y
habitant et y travaillant et via également nos citoyens, qui viennent nous voir
à nos bureaux et viennent témoigner de leurs expériences lors des conseils
d'arrondissement ou des conseils municipaux à tous les mois.
• (16 h 50) •
Notre administration a fait de
l'habitation un cheval de bataille depuis notre arrivée au pouvoir, il y a près
de six ans. Nous ne sommes pas la seule municipalité à s'impliquer et à
s'investir en habitation, mais, en tant que métropole, nous avons des pouvoirs
particuliers et nous avons des capacités financières que les autres
municipalités n'ont pas. Cela dit, malgré toute notre volonté et tous les
investissements que nous pourrions faire, il a toujours été clair pour nous que
nous devions agir avec tous nos partenaires. Ceci inclut, au premier plan, le
gouvernement du Québec, à qui revient la responsabilité d'adopter des lois en
matière d'habitation, de financer les programmes et les projets de logements
sociaux et abordables et d'établir des objectifs en matière d'aménagement du
territoire. Nous saluons ainsi les efforts actuellement déployés par le
gouvernement et, au premier chef, la ministre responsable de l'Habitation, qui
a déployé une variété d'initiatives dans le but de proposer des solutions à la
crise du logement, comme le plan d'action en habitation qui devrait
prochainement être annoncé. À cet égard, le projet de loi n° 31 est
également un pas dans la bonne direction.
Cela dit, nous croyons fondamentalement
que, comme la ville ne peut régler les défis de l'abordabilité sans ses
partenaires, le gouvernement non plus. Ce constat est partagé par un grand
collectif dont la ville de Montréal fait partie et qui inclut l'industrie de la
construction, des propriétaires privés sans but lucratif et une foule d'autres
organisations de la société civile. Nous en appelons ainsi au <gouvernement...
M. Beaudry (Robert) :
...sans
but lucratif et une foule d'autres organisations de la société civile. Nous en
appelons ainsi au >gouvernement d'avoir des discussions ouvertes dans le
but de se donner des objectifs, des moyens et un plan d'action partagé clair
avec l'ensemble des acteurs de l'habitation.
Parmi ces objectifs et ces moyens, il est
essentiel de mettre en place un plan d'investissement pluriannuel ambitieux en
logements sociaux et abordables dont le financement répond aux besoins de
construction. Nous proposons également que le gouvernement se dote de lignes
directrices et de mécanismes d'intervention automatiques basés sur les besoins
réels, surtout en cas de crise. Ce type de mécanismes existe, par exemple, pour
l'ouverture de nouveaux CPE ou même, en habitation, pour la planification du
financement des dépenses encourues par les municipalités pour l'aide au
relogement de ses citoyens lorsque les travaux d'occupation... les taux
d'inoccupation deviennent trop bas. C'est notre recommandation n° 1.
Comme dans de nombreux autres domaines,
les municipalités sont appelées à contribuer de plus en plus aux enjeux de
l'habitation. Le gouvernement leur demande d'ailleurs de contribuer davantage
au montage financier des projets de logements sociaux et abordables. En effet,
alors que la contribution municipale oscillait autour de 30 % de celle du
gouvernement sous AccèsLogis, les nouveaux programmes exigent dorénavant
40 % de la subvention du gouvernement, et parfois plus, selon les
programmes. Au sein du projet de loi n° 31, le gouvernement accorde même
le pouvoir à la Communauté métropolitaine de Montréal de subventionner des
projets de manière autonome, en dehors de quelconques programmes du
gouvernement ou de la SHQ.
Or, nous soulignons que les municipalités
semblent de plus en plus écartées du processus de planification et de décision
lié auxdits programmes. Les municipalités sont les entités les plus au fait des
besoins de leurs populations, ce sont elles qui planifient le développement
immobilier, ouvrent des nouveaux quartiers au développement. Elles devraient
être partie prenante de la planification des nouveaux projets de logements
sociaux et abordables sur leurs territoires, d'autant plus qu'on leur exige de
contribuer davantage à leurs montages financiers. Le gouvernement devrait ainsi
s'assurer de la cohérence entre les réglementations et législations suite à
l'élargissement des définitions du logement social vers la notion d'habitation
et prévoir les impacts financiers de ces modifications. Ce sont nos recommandations 8
et 9.
Ensuite, j'aimerais aborder la question du
régime de protection des droits des locataires. Montréal est une ville où les
deux tiers des ménages sont locataires, dans un parc de logements souvent
vieillissant de surcroît. Plus de 24 % des ménages doivent consacrer
30 % de leurs revenus à se loger, et plus de 13 % font face à un taux
d'effort de plus de 50 %. Concrètement, cela signifie qu'un ménage sur
cinq dans le Grand Montréal n'a pas les revenus nécessaires pour payer son
logement et répondre à ses besoins actuels. Cette situation est intenable pour
ces ménages.
En tant que conseiller de ville de
Montréal qui connaît la plus importante part du développement immobilier de la
métropole, j'ai pu voir d'innombrables cas de locataires victimes de
stratagèmes ou simplement victimes de leur manque de connaissances sur leurs
droits. Plusieurs arrondissements à Montréal ont adopté des règlements pour
mieux encadrer les rénovations lors d'opérations de subdivision, de fusion ou
d'agrandissement. Nous avons également protégé les conversions d'immeubles
destinés aux populations vulnérables, comme les maisons de chambres.
Nous le voyons dans les statistiques, les
pertes de logement pour motif d'éviction sont grandement en hausse. Pour les
cas d'urgence, la ville de Montréal a un étroit partenariat avec l'Office
municipal d'habitation de Montréal afin d'offrir des services de recherche de
logement et d'hébergement d'urgence pour les personnes ayant perdu leurs
logements. La ville de Montréal a financé l'Office municipal d'habitation de
Montréal à la hauteur de 3,5 millions en 2022, un montant qui a presque
doublé en trois ans en raison de l'augmentation des besoins. Tristement, les
ménages que nous accompagnons sont plus vulnérables, requièrent plus de suivis,
plus complexes, et ont besoin d'être hébergés plus longtemps.
Nous soulignons d'ailleurs que les
critères d'admissibilité du Programme de supplément au loyer limitent l'accès
au programme et empêchent les locataires de se retrouver un logement. En effet,
plus de la moitié des ménages qui s'adressent au service de référence de l'OMH
après avoir perdu leurs logements ne sont pas éligibles au PSLU en raison des
circonstances entourant la perte de leurs logements. C'est pourquoi nous
recommandons de rehausser les pénalités financières relatives aux infractions
liées aux reprises de logement et évictions de manière frauduleuse et de revoir
les critères des PSL afin d'aider les gens à se retrouver un logement, surtout
en contexte de pénurie de logements abordables. Ce sont nos recommandations
n° 2 et 5.
Sur les cessions de bail maintenant. Nous
sommes en crise du logement, les solutions pour la surmonter doivent être
structurelles, et le projet de loi doit être évalué avec cette lentille. Conséquemment,
la modification des règles concernant les cessions de bail nous paraît
préoccupante. Si les locataires utilisent les cessions de bail comme refuge
contre les augmentations abusives de loyer, c'est qu'il manque de logements
abordables et qu'il manque d'outils pour les préserver, que, lorsqu'il y a
changement de locataire, l'augmentation moyenne des loyers augmente de
14,5 %. En ce sens, nous recommandons que la modification ayant trait aux
cessions de bail soit abandonnée en raison du contexte actuel et qu'un registre
public des loyers soit implanté afin d'introduire davantage de transparence
dans la démarche et rétablir l'égalité de l'information entre les propriétaires
et les locataires. Ce sont nos recommandations n° 4 et 6.
En matière d'interventions structurelles,
nous devons répondre à la question des bâtiments vieillissants, qui doivent
être rénovés, d'autant plus que ces rénovations peuvent mener à de grandes
améliorations au niveau de la consommation énergétique, contribuant
à nos efforts en matière de performance énergétique et de lutte aux changements
<climatiques...
M. Beaudry (Robert) :
...contribuant
à nos efforts en matière de performance énergétique et de lutte aux changements
>climatiques. Selon les règles actuelles, les investissements faits pour
rénover les immeubles résidentiels se répercutent sur la facture des
locataires. Or, dans un contexte de nécessaire adaptation aux changements
climatiques, ces rénovations ne devraient pas se faire au détriment de la poche
des locataires. À Montréal, par exemple, les programmes d'aide et de rénovation
incluent des critères de performance environnementale et des critères de
protection de l'abordabilité.
Nous recommandons ainsi que les incitatifs
financiers pour les rénovations d'immeubles locatifs soient améliorés, notamment
afin d'assurer l'abordabilité des loyers, tout en permettant une amélioration
de la qualité de vie des locataires et une adaptation des immeubles aux
changements climatiques. Ce sont nos recommandations n° 12
et 11.
Je vous ai peint un portrait sommaire de
notre mémoire. Nous sommes disponibles pour répondre maintenant à vos
questions. Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre présentation. Alors, nous allons du côté ministériel
avec Mme la ministre, pour 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Oui.
Bonjour. Bien, merci de prendre le temps de nous parler. Puis, écoutez, je
pense qu'effectivement c'était important d'entendre la ville de Montréal, là,
parce que vous représentez un des gros bassins, justement, de la population
mais aussi des locataires qui vont être... qui sont... locataires et
propriétaires, là, qui sont touchés par le projet de loi.
Je pense, je vais passer vos
recommandations une à une, là, quelques questions. Dans le cas de la première,
vous avez référé aux garderies ou aux... j'ai manqué un peu, là, la référence.
Ça fait que pouvez-vous peut-être juste reprendre à cet égard-là?
M. Beaudry (Robert) : Oui.
Effectivement, c'est dans la deuxième partie de la recommandation où on demande
une obligation de mettre en place des mesures particulières en cas de crise. On
fait référence... Le lien que je faisais, c'était avec le projet de loi n° 1,
si ma mémoire est bonne, sur les CPE, où, de façon territoriale, quand il y a
des manques en garderie, il y a une action immédiate pour ajouter des places en
garderie. Ça peut être aussi tout le travail qu'on fait, là, de façon
obligatoire, de dédier des sommes additionnelles, là, dans le cadre, là, des
opérations du 1er juillet. Donc, je faisais ces deux comparatifs-là en se
disant qu'en cas de crise du logement il devrait y avoir obligation d'agir de
façon encore plus efficiente, là, pour répondre aux besoins qui sont immédiats.
Mme Duranceau : OK, OK.
Parfait. Donc, d'enchâsser ça dans une loi quelconque puis de...
M. Beaudry (Robert) : Exact,
exact.
Mme Duranceau : ...ou
dans la présente loi. OK.
M. Beaudry (Robert) : Dans
la présente loi comme responsabilité à la SHQ.
Mme Duranceau : Je
comprends. OK. Par rapport à la recommandation n° 2,
je vous avouerai que je ne suis pas trop certaine des pénalités auxquelles vous
faites référence. En matière d'éviction, ce qu'on fait, là, dans le projet de
loi, c'est de dire : Bien, il y a un fardeau de la preuve qui est
transféré au propriétaire, il y a des mesures qui vont être... des
compensations financières qui vont être plus grandes, puis après ça, bien, le
tribunal demeure disponible, là, pour des dommages plus grands, au besoin. Ça
fait que j'aimerais ça vous entendre. Puis aussi je pense que, des inspecteurs
en salubrité, puis tout ça, vous avez ça à la ville de Montréal.
M. Beaudry (Robert) : Exact,
exact.
Mme Duranceau : Ça fait
que comment le travail de ces gens-là peut être bonifié, arrimé avec la
législation? Peut-être qu'on peut regarder des idées sur ça.
M. Beaudry (Robert) : Exact.
C'est, en fait, quand il y a des stratégies qui sont, par exemple, frauduleuses
ou qui ont été accusées comme étant frauduleuses, de s'assurer vraiment, là,
que les pénalités qui sont données aux propriétaires fautifs soient vraiment à
la hauteur du gain qu'il peut y avoir, là, dans, par exemple, le fait
d'évincer, là, un propriétaire... un locataire, pardon, à mauvais escient dans
son logement, parce qu'on le sait, qu'au final, la rentabilité qu'on peut avoir
à utiliser une stratégie qui n'est pas légale mais qui est, des fois, à la
limite de la légalité, bien, le rendement est plus que, par exemple, la
pénalité ou le... l'amende qu'on va recevoir.
• (17 heures) •
Nous, à la ville de Montréal, d'ailleurs,
c'est quelque chose sur lequel on a vraiment travaillé au niveau de nos
inspecteurs, pour s'assurer que nos amendes soient vraiment dissuasives. On a
ajouté des inspecteurs à notre service d'habitation. On a une équipe vraiment
dédiée qui s'assure de pouvoir faire la tournée des grands ensembles. Donc,
nous, on l'a optimisée, là. Quand j'étais responsable de l'habitation au
dernier mandat, on a vraiment mis en place cette équipe-là. On accompagne les
arrondissements, justement, pour avoir de l'impact rapide, efficace sur les
problématiques des grands ensembles, qui étaient difficiles d'être captées par
les quelques inspecteurs qu'on avait en arrondissement. Mais, en plus, on s'est
assurés vraiment de revoir à la hausse nos amendes qu'on donnait ou les avis de
détérioration, comme par exemple quand il y avait de la négligence au niveau du
propriétaire pour tout ce qui était des enjeux de salubrité et de dépérissement
du bâtiment, faire des travaux en lieu et place. Donc, on a vraiment mis en
place un bouquet de mesures à la ville de Montréal. Ce qu'on se dit, c'est,
encore une fois, y aller de front commun, le gouvernement du Québec, la ville
de Montréal, pour qu'aussi, au niveau du tribunal... du tribunal du logement,
on puisse donner des amendes qui sont <dissuasives...
>
17 h (version révisée)
< M. Beaudry (Robert) :
...le
gouvernement du Québec, la ville de Montréal, pour qu'aussi, au niveau du
tribunal... du tribunal du logement, on puisse donner des amendes qui sont >dissuasives,
donc que ça devienne pas mal moins intéressant pour le propriétaire de dire :
Je vais m'essayer ou je serai négligent, de toute façon, les amendes, ça ne
fait pas grande différence par rapport à ce que ça me coûte pour investir au
niveau, par exemple, des parasites, là.
Mme Duranceau : OK.
Bien, écoutez, je comprends, là, moi, qu'avec le fardeau de preuves qu'on a
inversé, dans un cas de reprise du logement, puis que finalement, la personne
ne fait pas ce qu'elle avait dit qu'elle ferait, bien là maintenant, c'est le
propriétaire, dans ce cas-là, qui va devoir faire la preuve qu'il n'était pas
de mauvaise foi. Ça fait qu'on vient mettre le fardeau sur les épaules du
propriétaire dans ce cas-là. Et puis... et puis, bien...
M. Beaudry (Robert) : On
reçoit ça, d'ailleurs, d'une très bonne... d'une très bonne façon, là. De notre
part, on trouve que c'est une avancée dans le cadre du projet de loi. Ce qu'on
vient dire, c'est aussi de s'assurer vraiment de travailler au niveau de, quand
il y a une amende qui est donnée, ou quand la personne est jugée coupable,
bien, que ça puisse vraiment toucher son portefeuille, là, à cet égard-là.
Mme Duranceau : OK.
Bien, je suis d'accord avec vous sur ça. On va voir comment on s'assure qu'on
bonifie dans le bon sens, là.
M. Beaudry (Robert) : Merci.
Mme Duranceau : Bon, la
cession de bail, vous en parlez. Je veux juste être claire, là, au cas, là, où
ça ne le serait pas : la cession de bail est toujours possible, hein? On s'entend
là-dessus?
M. Beaudry (Robert) : Exact.
Mme Duranceau : Donc, le
locataire qui veut partir de son logement a toujours les... la possibilité de
céder son bail. Et, dans un contexte où le propriétaire n'est pas d'accord avec
la cession, bien, il est obligé d'annuler le bail. Donc, d'un point de vue du
droit des locataires, son droit de céder demeure, le locataire.
M. Beaudry (Robert) : On
l'entend. Ce qu'on dit, c'est : Dans le contexte actuel, on comprend votre
volonté de vouloir mieux encadrer le type de cession de bail, hein, pour s'assurer
vraiment qu'autant les droits des propriétaires que des locataires peuvent être
respectés. Toutefois, dans le contexte actuel, on est dans une très grande
crise du logement. Et on a vu que le fait de quitter des logements, pour les
locataires, quand ils n'avaient pas le choix, puis que l'information n'a pas
été transitée, bien, on a vu des augmentations. Puis on fait référence, d'ailleurs,
au 14 % d'augmentation, en moyenne, du parc locatif.
Donc, on se dit… actuellement, dans le
cadre de la crise du logement qu'on vit partout au Québec, et particulièrement
à Montréal, on juge que, dans le cadre de ce projet de loi là, on devrait le
retirer et réfléchir aux mécanismes qui nous permettraient de peut-être mieux
protéger la volonté que vous avez de protéger les droits du propriétaire, mais
surtout d'assurer aussi celui du locataire, parce qu'actuellement il y a un
manque criant de logements locatifs accessibles, et c'est pour cette raison-là,
une forme de solidarité qui s'est installée à travers la population, où on va
dire : Je dois quitter, je veux céder mon bail, et c'est des gens qui
trouvent des moyens d'aller chercher des loyers qui répondent à leur capacité
de payer. C'est des familles, c'est des personnes dans le besoin, c'est des
personnes qui ne veulent pas être délocalisées de leur milieu.
Donc, ce qu'on se dit actuellement, c'est
qu'on doit mettre ça de côté, parce que, bien souvent, c'est... on ne respecte
pas les règles du TAL actuellement, telles qu'elles sont écrites, pour indiquer
au nouveau propriétaire... au nouveau locataire, pardon, quel est le loyer que
l'ancien propriétaire payait. Alors, on se dit : Donnons-nous du temps
pour réfléchir là-dessus. Mais en pleine crise du logement, ce n'est pas le bon
moment.
Mme Duranceau : OK. Bien,
ça m'amène... je vais sauter la recommandation 5, je vais y revenir… ça m'amène
au fameux registre des loyers, qui est votre recommandation 6. Moi, j'ai
le goût de vous dire...
M. Beaudry (Robert) : Exact.
Mme Duranceau : …j'ai le
goût de vous dire : Bien, tu sais, comme le... Je veux dire, les enjeux,
ils sont à la grandeur du Québec, bien sûr, mais ils sont plus pointus, si on
veut, à Montréal. Puis, si vous pensez que Montréal a besoin d'un registre des
loyers, pourquoi Montréal ne le met pas en place?
M. Beaudry (Robert) : Parce
que ça ne fait pas partie de ses responsabilités, parce qu'actuellement la
responsabilité du bail incombe au gouvernement du Québec, au Tribunal
administratif du logement, c'est lui qui doit juger s'il est conforme ou pas.
Donc, ce n'est pas la responsabilité de Montréal, et on ne pourrait pas avoir
accès à toute la donnée de façon facile et agile, comme le gouvernement peut le
faire actuellement. Et c'est sa responsabilité. On… (panne de son) …ici de champs
de compétence. L'info, elle est à Québec, elle n'est pas à Montréal. Donc, c'est
dans la logique de dire que c'est de la responsabilité du gouvernement du
Québec et du tribunal administratif de gérer les baux, de gérer les conflits qu'il
y a entre locateurs et locataires. Donc, ça devrait aussi être sa
responsabilité de mettre en place ce registre, et on s'assurerait vraiment qu'il
y ait toute l'information claire, nette et précise, parce qu'elle est chez
vous, cette information-là.
Mme Duranceau : OK.
Bonne <réponse…
M. Beaudry (Robert) :
...précise, parce qu'elle est chez vous, cette
information-là.
Mme Duranceau :
OK.
Bonne >réponse. Maintenant... maintenant, bon, j'ai vu certains maires,
mairesses, justement, abonder dans ce sens-là, là, d'aller vers un registre.
Par contre, j'ai entendu d'autres... d'autres… mairesses, là, pour ne pas la
nommer, à Longueuil, particulièrement, qui a dit : Bien, écoutez, moi, je
n'ai pas de données empiriques, là, qui me permettent de croire que ça a
vraiment un impact. Qu'est-ce que vous dites de ça à Montréal?
M. Beaudry (Robert) : Nous,
ce qu'on dit, c'est que ça va être un outil supplémentaire pour équilibrer, et
de rendre l'information de façon transparente. Parce que, actuellement,
promoteurs, développeurs immobiliers, propriétaires ont accès à des ressources,
des associations qui leur donnent énormément de données sur comment je devrais
louer mon loyer, mais les locataires, eux, pas tant, et ils sont un peu tenus
dans l'ignorance actuellement. Nous, ce qu'on se dit, là, c'est que cette
mesure-là est une mesure qui peut être assez aisément mise en place et qui va
s'additionner à un cocktail de mesures pour avoir plus d'équité, plus de
transparence aussi, en termes de logement, d'accès au logement. Alors, pour
nous, on voit ça comme un plus, de notre côté, à Montréal.
Mme Duranceau : OK. Maintenant,
si... attendez… oui, c'est ça, je vais vous amener sur les PSL d'urgence, puis
je l'entends, je l'entends souvent, là, puis, évidemment, c'est des discussions
que j'ai avec mon collègue le ministre… Santé et Services sociaux.
M. Beaudry (Robert) : Carmant,
oui.
Mme Duranceau : C'est
ça. Mais vous êtes d'accord avec moi que, dans ça, il y a des… il y a des règles
pour baliser, hein, les… l'octroi des PSL puis s'assurer qu'on est dans des
situations où tout le monde est de bonne foi, là.
M. Beaudry (Robert) : Oui,
exact. Nous, ce qu'on vient dire ici, c'est qu'on le voit qu'il y a deux
éléments qui est très fréquents, dans lesquels les gens sont bloqués par le
PSL, puis par l'expérience avec les opérations logement, puis voyez les données
comme nous, mais aussi le milieu, ce qu'ils nous disent, puis quand on va aller
chercher l'information auprès de personnes en situation d'itinérance : le
départ volontaire et le non-paiement... l'éviction pour non-paiement de loyer.
C'est très, très fréquent, et c'est des freins à l'accès au PSL. Mais on peut
s'entendre que, dans une crise du logement, des fois, le non-paiement de loyer,
ça peut être une personne qui était vraiment sur le bord, là, sur la fesse,
puis qu'à un moment donné il a un accident de vie puis qu'il n'arrive pas à
payer son loyer. On peut aussi s'entendre qu'un départ volontaire ça peut être
une famille qui est dans un logement complètement insalubre, puis qu'elle ne
peut plus rester dans ces conditions-là.
Donc, nous, ce qu'on se dit, c'est que,
dans un cadre d'urgence, comme la crise du logement actuelle, est-ce qu'on ne
peut pas trouver une façon d'assouplir ces critères-là? On ne dit pas de les
retirer. Il en faut, des critères, il faut baliser tout ça, il faut faire le
suivi. C'est bien, parce qu'on a une approche qui est différenciée pour une
population qui est en logement et qui perd son logement, puis une approche
aussi auprès de la population itinérante, plus particulièrement. Donc, ça, pour
nous, c'est intéressant, puis ça doit se poursuivre, parce qu'on veut éviter
d'entrer des gens dans l'itinérance chronique, et en sortir aussi, des
personnes, de l'itinérance, avec ce type de mesures là. Mais ce qu'on se dit,
c'est qu'il y a probablement ces deux critères-là, là, qui sont les deux plus
grandes barrières à l'entrée actuellement. Est-ce qu'on pourrait penser à les
remettre en cause, à les retirer, surtout en cas de crise?
Mme Duranceau : OK. Non,
mais ça, ça, je suis relativement d'accord avec vous, puis on est en train de
regarder, là… parce qu'il y a des changements...
M. Beaudry (Robert) : Formidable.
Mme Duranceau : ...il y
a des changements à faire, justement. Je ne suis pas sûre si c'est législatif,
mais il y a des modifications qui doivent être approuvées, là. Mais,
effectivement, on le regarde, parce que c'est une mesure concrète, justement,
pour aider les gens puis, souvent, les garder... bien, en tout cas, des fois,
ça va être de les garder en logement aussi.
• (17 h 10) •
M. Beaudry (Robert) : Exact.
Mme Duranceau : OK.
Savez-vous quoi? Je vais vous ramener sur le fameux registre, parce qu'en 2022… tu
sais, on dit que c'est la responsabilité de Québec, là, mais j'avais en tête, là,
puis là ça me revient… vous avez annoncé, pour les logements de… les
immeubles locatifs de sept logements et plus, qu'ils devaient être certifiés
puis de déclarer leurs loyers. Donc, vous étiez déjà dans une tangente comme
celle-là.
M. Beaudry (Robert) : Oui,
en fait...
Mme Duranceau : Ça fait
que qu'est-ce qui vous empêche de continuer?
M. Beaudry (Robert) : Parce
que là, ici, on parle d'ensembles immobiliers, OK, des grands ensembles
immobiliers, puis une certification, pour nous assurer que notre travail de
ville soit plus évident, c'est-à-dire tout ce qui est… ce qui a trait à la
salubrité puis au maintien du parc actuel. La stratégie de la certification des
propriétaires responsables, c'est vraiment une mesure qui nous permet d'assurer
que le propriétaire qui a plus qu'une porte… donc, on peut s'entendre que ça
commence à être une responsabilité qui est entrepreneuriale, donc avec des
responsabilités… bien, lui, on va lui demander de venir déclarer l'état de son
immeuble, s'assurer vraiment qu'il y a eu un plan d'entretien, s'assurer que, si
ce n'est pas fait, bien, on puisse rapidement intervenir.
La typologie des logements à Montréal, on
est sur le <plex…
M. Beaudry (Robert) :
...si
ce n'est pas fait, bien, on puisse rapidement intervenir.
La typologie des logements à Montréal,
on est sur le >plex, le duplex et même, dans certains secteurs, de
l'unifamilial ou beaucoup de condos. On ne pourrait pas toucher à tout ce
volume-là. Vraiment, la certification des propriétaires responsables vient
chercher un type de propriétaire, et c'est très lié aux enjeux de salubrité et
de maintien des bâtiments. Et, au détour, on demande aussi d'avoir les loyers
pour s'assurer que cette information puisse être partagée. On sait que,
généralement, c'est beaucoup de populations vulnérables qui se retrouvent dans
ces grands ensembles là, aussi, historiquement, beaucoup de populations
immigrantes, qui ne connaissent pas nécessairement leurs droits. Donc, il y a
aussi un lien qui est fait à cet égard-là, comme la ville fait toujours, là,
avec ses équipes d'inspecteurs, en faisant le lien avec les différents comités
logement.
Mme Duranceau : Bon,
bien, c'est bon. Ça fait qu'à l'égard du registre des loyers Vivre en ville a
développé un outil que vous allez pouvoir utiliser, vous m'en… vous m'en
redonnerez des nouvelles. Puis, bien, peut-être une note, là, ça ne touche pas
tant le projet, sur ça, mais les inspecteurs qui vont se mettre à relater aux
propriétaires quels travaux doivent être faits, vous n'avez pas peur que ça ait
un effet à la hausse, justement, sur les loyers, ça?
M. Beaudry (Robert) : Bien,
ça, c'est intéressant que vous nous ameniez là-dessus, parce que, nous, on a
mis en place nos programmes de rénovation, puis c'est une de nos
recommandations aussi qu'il y ait des sommes supplémentaires qui viennent dans
les projets de rénovation, mais qu'également on puisse s'assurer que ce qui est
subventions n'ait pas d'impact sur l'abordabilité du parc locatif. Donc, on a
fait une révision de tous nos programmes de rénovation à Montréal, RénoPlex
puis Réno logement abordable, sur lesquels on s'est vraiment assuré qu'on
puisse envoyer l'information aux locataires sur qu'est-ce qui a été
subventionné au niveau des travaux.
Après, il y a des travaux qui sont, on
s'entend, nécessaires. On a un parc qui est très vieillissant, et c'est pour ça
aussi qu'il faut coupler ça au développement de logements abordables, de
logement social, d'où les demandes historiques de Montréal de pouvoir
développer ce type de logements là pour répondre aux besoins de la population.
Mais rénover notre parc abordable, actuellement, pour nous, nous permet
d'assurer qu'il restera, pour des années encore, accessible, et aussi s'assurer
que les subventions ne soient pas des cadeaux qu'on refile après, comme facture
aux locataires, là. On le met dans nos programmes.
Mme Duranceau : Oui,
tout à fait. C'est un bon point, ça. Bien, en tout cas, je nous invite à
continuer la collaboration, là, sur toutes ces mesures-là, je pense qu'on a du
travail à faire ensemble. Merci.
M. Beaudry (Robert) : Oui,
puis je sais que vous rencontrez mon collègue très bientôt, donc vous allez
pouvoir poursuivre.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. Alors,
la parole est à la députée de Mille-Îles, pour 12 min 23 s.
Mme Dufour : Merci.
Merci, M. le Président, et merci à vous trois, qui avez bien présenté la vision
de la ville de Montréal, qui est une vision quand même assez axée sur les
logements sociaux, donc, et je suis à la même place que vous là-dessus. Puis on
voit… les chiffres sont assez éloquents sur les baisses d'unités. On nous
parlait, ce matin... l'UMQ nous parlait de l'importance de ramener peut-être
les villes mandataires, Montréal et villes mandataires. Est-ce que... À
l'époque d'AccèsLogis, il y avait une certaine assurance d'avoir des unités. Est-ce
que vous avez vu une différence avec l'arrivée du PHAQ, qui serait son
remplacement?
M. Beaudry (Robert) : Oui,
oui, effectivement, et ça aussi, ça fait partie de notre… nos recommandations,
là, dans le cadre de notre mémoire. Mandataires, absolument, c'est important, là,
pour Montréal, parce qu'elle est responsable de la planification de son
territoire et elle connaît le mieux les différents besoins aussi. Elle est
capable d'arrimer, d'ailleurs, les projets les plus porteurs en fonction des
secteurs, là, qui sont en événement de développement.
Après, ce qu'on demande aussi, c'est
d'être partenaires, à tout le moins, quand il y a des nouvelles initiatives. On
est absolument d'accord à avoir une… des multiplications d'approches. Nous-mêmes,
on a une diversification de nos approches au niveau du développement du
logement social, du logement abordable. Mais, quand il y a des programmes
comme, par exemple, le PHAQ, on ne veut pas être seulement consultés pour
savoir où est-ce que ça pourrait être. On veut être partie prenante de la
construction de ces projets-là, de la planification de ces projets-là. On est
une valeur ajoutée, les villes, à cet égard-là, parce qu'on permet justement,
d'accélérer, à ce moment-là, les projets, parce que tous les partenaires sont à
la même table. Ce n'est pas un projet qu'on se dit : OK, bien, on pense
qu'il y a peut-être celui-là qui va arriver ou on pense qu'il y a l'autre qui
va arriver. Il y a trop d'incertitude quand on n'est pas vraiment alentour de
la table et partie prenante.
Donc, pour nous, c'est fondamental que,
dans tout nouveau programme… Et c'est une bonne chose de faire de l'innovation
en logement social. On a un bagage d'expertises sur le terrain qui est là, avec
nos GRT. Mais il faut que la ville de Montréal soit <vue…
M. Beaudry (Robert) :
...d'expertises sur le terrain, qui est là, avec nos GRT. Mais
il faut que la ville de Montréal soit >vue de gouvernement à
gouvernement, et les autres municipalités aussi, également, là… on va se faire
le porte-parole des autres municipalités, on est toutes à l'UMQ… d'être
partenaires dans ce type de programmes là, et mandataires, bien évidemment. On l'a
démontré, là, pour AccèsLogis, par exemple, quand Montréal, là, pour ces
programmes, on avait réduit de moitié les temps de réalisation des projets,
dans le cadre du programme AccèsLogis de Montréal, qu'on était... la partie
dont on était mandataires.
Mme Dufour : Ah! c'est
intéressant, c'est intéressant de savoir qu'il y avait moyen d'accélérer les
projets lorsque vous étiez mandataires, parce que, souvent, on entend, plutôt,
que les projets sont longs. Mais vous l'expliquez bien, là, que les projets qui
retardent sont souvent les frais, en fait, d'un manque de financement.
Et c'est assez… c'est assez évocateur, là,
le tableau qu'on trouve en page 5 de votre mémoire sur l'augmentation des
coûts de réalisation moyens par unité. C'est vraiment impressionnant, là, le
chiffre. On s'en doutait, là, on voyait qu'il y avait une inflation, mais
l'inflation dans le domaine de la construction, est beaucoup plus élevée que
dans le panier d'épicerie, là, qui est souvent la... notre référence, et là on
parle de 28 % en 2023. C'est... Tout à l'heure, je parlais je ne sais plus
avec quel groupe puis je mentionnais qu'une unité ici ou... actuellement, ça ne
sort plus en bas de 350 000 $ la porte. Mais là, à 500… plus de 500 000 $
la porte à Montréal, c'est énorme. Les... il est clair que les programmes ne
suivent pas, là, ne suivent pas cette augmentation-là. Donc, même dans le PHAQ,
les projets n'aboutiraient pas sans une augmentation de la contribution de la ville,
j'imagine?
M. Beaudry (Robert) : C'est...
Absolument. Puis on nous demande 40 %, là, de participation, là, à la ville
de Montréal, dans le cadre du PHAQ, donc c'est quand même un très gros morceau
pour des programmes dans lesquels on n'est pas impliqués comme… comme
partenaires. Ces augmentations-là, effectivement, sont un défi supplémentaire,
puis c'est pour ça qu'on a mis en place notre Chantier Montréal abordable, pour
travailler avec tous les partenaires, avoir des façons là, différentes de
financer du logement, d'autres modes de tenure aussi qui nous permettraient,
là, d'utiliser, là, en partie, certains programmes du gouvernement fédéral, des
programmes du gouvernement provincial, l'implication aussi du privé ou de
fondations, la ville de Montréal, via ses différents outils, comme, par exemple,
le Règlement pour une métropole mixte, où on développe un fonds aussi pour le développement
puis l'avènement du logement abordable et du logement social. Donc, bref, on
doit faire front commun, parce que, oui, les coûts sont élevés et ils n'ont
fait qu'augmenter.
Et, historiquement, on demande, et là, je
vous ramènerais à notre recommandation 1, de la prévisibilité et de la
pluriannualité, et ça, c'est important. Il faut que les sommes soient prévues,
parce que, bien évidemment, les programmes, à eux seuls, ne seront jamais
autoportants, donc il faut qu'on puisse savoir, bien, OK, pour les années
subséquentes... suivantes, pardon, combien on aurait de manque à gagner pour le
nombre d'unités, quel type de partenaires on peut aller chercher. Bref, ça
accélérerait, pour nous, les projets, puis ça nous permettrait vraiment de
développer plus rapidement. Puis, on le sait, ce qu'on développe aujourd'hui
là, ce qu'on développe plus rapidement aujourd'hui, bien ça nous coûte moins
cher, parce que ça ne fait qu'augmenter, bien évidemment.
Mme Dufour : Effectivement,
la prévisibilité, d'autres groupes l'ont... en ont parlé, quand on connaît
d'avance les programmes, et que c'est même... ça pourrait même être en continu,
éventuellement, ça permettrait de développer des projets et les déposer de
façon plus rapide.
• (17 h 20) •
Vous parlez des HLM, l'aliénation des HLM,
et c'est quelque chose que vous semblez avoir une certaine inquiétude.
J'aimerais que vous en... vous m'en parliez, parce qu'en fait, là, ce que ça
vient dire, c'est que ça pourrait être aliéné pour être du logement abordable.
Mais c'est très vaste. Peut-être...
M. Beaudry (Robert) : Bien,
nous, ce qu'on dit, puis je vais peut-être laisser la parole à Mme Tarditi
sur ce point-là, mais c'est qu'on veut absolument préserver ce parc-là. C'est
un parc… c'est un actif important, un atout important pour la résilience de
Montréal. Il ne faut absolument pas, même si ça part de bonnes intentions pour
du refinancement, avoir le moyen, là, de perdre ce parc immobilier là au
détriment du privé. Il y a trop d'argent qui a été investi. On en a besoin, de
notre parc HLM. C'est quand même une fierté, ce modèle-là. Oui, il y a du
travail à faire au niveau des HLM, au niveau de la rénovation, mais il ne faut
absolument pas qu'il y ait une possibilité que des unités puissent nous glisser
entre les mains. Imaginez, là, pendant des années, on a mis de l'argent, on les
a construits, on a réinvesti, on a réinvesti, puis, à un moment donné, «bad
luck» de... pour une des unités, puis ça part au niveau privé. Ce serait une
catastrophe.
Je ne sais pas si, Mme Tarditi, vous
voulez rajouter peut-être…
Mme Tarditi (Clotilde) :
Bien, je pense que vous avez bien fait le tour, mais ce qu'on peut ajouter
c'est qu'effectivement on a, encore aujourd'hui, à Montréal, un <nombre…
Mme Tarditi (Clotilde) :
...mais
ce qu'on peut ajouter c'est qu'effectivement on a, encore aujourd'hui, à
Montréal, un >nombre très important de ménages en attente de logement
social. Donc, dans le contexte, encore une fois, de crise avérée du logement,
il nous paraît très prudent d'agir vraiment avec beaucoup de réserve sur cet
élément-là.
Ceci dit, on reste ouvert. Dans le cadre
de Chantier Montréal abordable, on explore des choses, on veut permettre à nos
partenaires de trouver aussi des nouvelles façons de fonctionner plus
efficientes, etc. Donc, on reste ouvert. Mais, encore une fois, aujourd'hui, la
crise du logement est là, donc notre... nos logements HLM, on en a besoin, donc
ça reste très, très important de s'y arrimer et d'être prudents dans ces
éléments.
Mme Dufour : Tout à
fait. Et, vendredi, j'étais présente au sommet de l'itinérance, sommet
municipal de l'itinérance, et il y a clairement un lien, là, qui a été établi
entre la crise du logement et la crise de l'itinérance. Et vous faites état,
là, de... vous souhaitez 2 000 logements sociaux par année,
300 unités destinées aux personnes en situation d'itinérance. Les chiffres
étaient assez clairs à quel point investir dans une unité de logement social ou
une unité de logement pour soutenir le... pour sortir les gens en itinérance,
bien, c'était rentable, parce que ça coûtait moins cher. Qu'est-ce que vous
vivez ou vous pouvez dire là-dessus, comme, comment la ville, là, vit ça, les
surcoûts que représente l'itinérance pour la ville?
M. Beaudry (Robert) : …bien,
en fait, je suis très bien placé pour vous en parler. J'ai travaillé une
quinzaine d'années dans le domaine de l'itinérance, au centre-ville, et je suis
élu depuis six ans dans l'endroit où il y a la plus grande concentration
d'organismes communautaires au Québec, et qui viennent en aide aux populations
en itinérance, avec des enjeux, dans l'espace public, qu'on n'avait pas vus
avant, des enjeux beaucoup plus complexes, beaucoup plus chroniques aussi à
l'heure actuelle. Bien évidemment, pour nous... puis les 300 unités, c'est
fondamental. On le voit, il y a des beaux projets qui se sont faits. Je parle,
dans le cadre d'ICRL, par exemple, des projets d'accompagnement de populations
autochtones avec la gestion de l'alcool, ça a donné des succès inespérés, des
personnes qu'on voyait dans la rue, qu'on ne croyait pas pouvoir, un jour,
arriver à la réinsertion, tellement hypothéquées, tellement malades, tellement
avec des problématiques de vie, qui, maintenant, sont dans un bien-être au
centre-ville de Montréal, près des services hospitaliers.
Bref, le logement n'est pas tout pour les
personnes itinérantes, c'est... il faut aussi s'assurer qu'on soutienne
adéquatement nos réseaux communautaires. On a un réseau communautaire exceptionnel,
je pense, le meilleur au Québec, si je peux me permettre, je fais un peu de
chauvinisme ici. Mais, à Montréal, on a vraiment un réseau communautaire
formidable, qui vient en aide à la population, qui a développé une expertise.
Il faut reconnaître leur travail en l'appuyant. Parce que le logement, ce n'est
pas tout pour cette population-là. Si on leur donne un logement, bien, ça ne
marchera pas, puis ça va être une situation d'échec, qui va s'être accumulée
par-dessus d'autres situations d'échec. Donc, on doit vraiment s'assurer
d'avoir, oui, ces unités-là mais, en plus, un soutien communautaire adéquat,
qui permet de maintenir les personnes en logement et de traiter les enjeux qui
sont spécifiques à chaque type de population.
Mme Dufour : Oui, merci.
Je vais peut-être vous amener complètement ailleurs. On a vu un article, la
semaine dernière, sur le droit de préemption que vous avez utilisé, à la ville
de Montréal, et proactivement, pour préserver, dans le fond, des maisons de
chambres, et je vous en félicite, mais on a aussi vu qu'il y aurait eu des
propriétaires ou, en tout cas, des transactions qui auraient peut-être eu pour
objectif de gonfler, là, la facture pour la ville. Et moi, j'étais à la ville
de Laval, avant, et j'ai vu aussi des transactions semblables, qui avaient pour
but de faire monter les coûts d'expropriation, dans des boisés notamment.
Est-ce que... et là, là, c'est... vraiment, on sort, mais c'est... on parle des
maisons de chambres… est-ce qu'il y a une modification législative qui pourrait
être apportée pour éviter…
M. Beaudry (Robert) : Bien,
la question… la question est intéressante, et on l'avait prévue. Non. Bref,
déjà, de départ, quand on regarde toute stratégie malveillante… la ville fait
une veille, pour tous ses programmes, sur des stratégies qui pourraient être
malveillantes. Ici, là, ce qu'il faut se rappeler, là, ce qui a été affiché
dans l'article de journal, on parlait de valeur municipale, donc la valeur...
l'évaluation municipale versus le coût d'acquisition. Je ne pense pas qu'il y
ait grand monde qui ait acquis leur maison, dans les dernières années, au coût
de la valeur foncière. C'est, généralement, bien au-dessus de la valeur
foncière. Après, on ne s'en cache pas, il faut faire une veille, il faut être
vigilants. Mais on a refusé aussi des acquisitions, parce que, justement, on
avait un doute qu'on essayait de nous en passer une petite vite puis de nous
les vendre trop cher. Le droit de préemption, c'est un droit qui est nouveau,
mais qui a des succès extraordinaires...
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
M. Beaudry (Robert) : On
a préservé des maisons de chambres, qui sont le dernier rempart à l'itinérance
pour bien des gens. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Ça va comme ça?
Mme Dufour : Oui, merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
parfait. Alors, nous allons du côté de la deuxième opposition. Alors, député de
Laurier-Dorion, pour 4 min 8 s.
M. Fontecilla : Oui,
merci, M. le Président. Est-ce qu'on peut récupérer le temps du collègue qui
n'est plus là?
Le Président (M. Schneeberger) :
C'est déjà fait.
M. Fontecilla : C'est
déjà fait? Wow! Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Beaudry, M. Bouchard,
Mme Tarditi, merci <d'être…
Le Président (M. Schneeberger) :
...C'est déjà fait.
M. Fontecilla :
C'est
déjà fait? Wow! merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, M. Beaudry, M. Bouchard,
Mme Tarditi, merci >d'être ici avec nous. Écoutez, je vais y aller
avec... d'emblée avec votre première recommandation, je suppose que c'est parmi
les plus importantes. Et vous recommandez que... au gouvernement du Québec de
se donner une obligation, à la société d'habitation en particulier, là,
d'investissements pluriannuels, et que ça ait une obligation de production, là,
donc en termes d'unités, je suppose, là. Vous dites aussi que ces
investissements tardent à venir. Est-ce que vous croyez que le gouvernement du
Québec pourrait en faire plus concernant le financement du logement social?
M. Beaudry (Robert) : C'est
ce qu'on demande. On demande vraiment un financement prévisible, pluriannuel,
conséquent aussi, là. Je vous rappelle, dans notre mémoire, là, on le démontre
très bien, 40 % de la pauvreté se trouve sur l'île de Montréal. La
pauvreté, ça vient avec énormément d'enjeux, énormément d'implications pour les
municipalités aussi, également, en ce qui a trait à tous les services publics
qu'on offre à cette population-là, la solidarité.
Donc, oui, on doit en faire plus pour le
développement du logement. Nous, on veut en faire plus aussi, comme ville de
Montréal. Depuis les six dernières années, là, on a mis le pied sur
l'accélérateur pour démultiplier les mesures : le Règlement pour une
métropole mixte, l'application du droit de préemption, le développement de
logements innovants au niveau du développement de logement social, le travail
au niveau du zonage pour des projets qui pourraient toucher les populations
étudiantes, qui ont besoin de logements aussi à Montréal, travail au niveau de
la rénovation de la classe moyenne. Bref, oui, il faut en faire plus, et on
veut en faire plus, mais on a besoin du gouvernement du Québec pour en faire
plus.
M. Fontecilla : Et
j'aimerais avoir des éclaircissements sur la recommandation n° 8.
Je vous avoue que je comprends moins : «Assurer la cohérence entre les
réglementations et législations suite à l'élargissement des définitions du
logement social vers la notion d'habitation.» Qu'est-ce que vous vous entendez
par là plus précisément, là?
M. Beaudry (Robert) : Oui,
en fait, en fait, c'est que, à chaque fois qu'on modifie la législation, ce
qu'il faut s'assurer c'est quel impact financier ça va avoir sur ce qui se
passe à la CMM, par exemple, parce que la CMM doit rembourser en partie les
municipalités pour des projets de logement social. Donc, quand on change, par
exemple, les définitions, on veut vraiment s'assurer qu'on puisse évaluer les
effets délétères que ça pourrait avoir, les impacts aussi que ça pourrait avoir
sur les autres réglementations. Donc, c'est vraiment un souci d'arrimage. Je
vais demander peut-être à Mlle Tarditi d'illustrer, peut-être, un cas de
figure, là, un petit peu plus précis, là, pour aider notre collègue à...
Mme Tarditi (Clotilde) : Tout
à fait. Bien, votre question est fort pertinente. Puis c'est sûr qu'on est en
pleine transformation des programmes d'habitation. Donc, ce qu'on cherche à
dire ici, c'est que, dans le projet de loi, on propose de modifier, en fait,
certains termes, de passer de logement social à la notion d'habitation,
notamment dans la Loi sur la CMM, qui… CMM contribue, en fait, à rembourser des
participations du milieu dans différents projets. Donc, ce qu'on veut
simplement s'assurer, parce qu'on est très favorables à ce changement-là qui
est proposé, ce qu'on veut simplement s'assurer, c'est que tout soit bien
arrimé à l'intérieur des différentes réglementations, des différentes lois, parce
qu'aujourd'hui la crise du logement nous force à réfléchir différemment. On ne
peut plus simplement parler de logement social. On a plusieurs projets,
plusieurs programmes qui rencontrent, en fait, des besoins de financement.
Donc, on veut s'assurer de cet arrimage-là et de cette cohérence entre les
différents règlements et législations. C'est simplement ça.
• (17 h 30) •
M. Fontecilla : Merci
beaucoup. On a eu des acteurs...
Le Président (M. Schneeberger) : 10 secondes,
10 secondes.
M. Fontecilla : Je pense
que je vous félicite pour votre mémoire. Merci.
Une voix : Merci, merci
beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
ce qui met fin à cet entretien. Alors, merci beaucoup à vous trois.
Alors, nous allons suspendre quelques
instants pour laisser entrer le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 17 h 31)
17 h 30 (version révisée)
(Reprise à 17 h 36)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonjour à vous deux. Alors, nous en sommes maintenant... Nous reprenons les
travaux. Nous en sommes maintenant avec la Fédération étudiante collégiale du
Québec. Alors, dans un premier temps, vous présenter, et, par la suite, vous
avez un 10 minutes pour présenter votre mémoire, et il y aura une période
de questions avec les députés. Alors, à vous.
Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Bonjour à tous et à toutes. Je me présente, Laurence Mallette-Léonard,
présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec, et j'ai avec moi,
là, Étienne Langlois, à la vice-présidence.
Donc, tout d'abord, là, merci énormément
de nous recevoir, là. Nous sommes très reconnaissants de pouvoir échanger avec
vous, là, sur la réalité étudiante en matière de logement.
Donc, la Fédération étudiante collégiale
du Québec représente 80 000 membres, là, provenant de 13 régions
administratives <différentes...
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
...reconnaissants de pouvoir échanger avec vous, là, sur la réalité
étudiante en matière de logement.
Donc, la Fédération étudiante
collégiale du Québec représente 80 000 membres, là, provenant de 13 régions
administratives >différentes, répartis dans 28 cégeps.
Vous allez sûrement vous en rendre compte,
là, au fil de nos échanges, nous ne sommes pas des spécialistes en matière
d'habitation au Québec. Par contre, nous croyons être les mieux placés pour
vous faire part des besoins et des réalités de la population étudiante au
Québec et, plus largement, de la jeunesse québécoise.
Donc, comme vous avez pu le constater, là,
au fil des derniers mois, il y a une réelle crise du logement au Québec. On
peut compter 245 000 étudiants locataires un peu partout dans la
grande province, surtout dans les villes universitaires et collégiales. Donc,
pour la population étudiante, il est important de nommer qu'il y a trois
options quand c'est le temps de venir se loger. Donc, il y a les résidences
étudiantes, qui sont souvent liées aux établissements d'enseignement. Le
logement étudiant à but non lucratif, donc il y a souvent des coopératives ou
des entreprises d'économie sociale, comme l'UTILE, l'Unité de travail pour
l'implantation du logement étudiant, qui offrent du logement abordable, là,
spécifiquement pour la population étudiante. Ou, sinon, il y a le marché
locatif régulier.
Donc, aujourd'hui, les commentaires de la
fédération, là, vont surtout toucher de manière à favoriser l'implantation du
logement étudiant à but non lucratif mais aussi à protéger la population
étudiante qui est sur le marché locatif régulier, parce que la population
étudiante est souvent une population beaucoup plus vulnérable.
Donc, nous avons, là, pris le temps
d'analyser le projet de loi n° 31, là, en détail. C'est sûr qu'il y a des
points qu'on adore, mais il y a aussi des points où est-ce qu'on juge que ce
serait à retravailler, notamment, là, en matière de cession de bail. Donc, la
fédération se positionne, là, pour le retrait de l'article 7 du projet de
loi n° 31, qui touche la cession de bail, parce que le marché locatif
régulier actuel est très défavorable à la population étudiante québécoise. On
pense notamment au taux d'inoccupation, là, qui est nettement inférieur à
3 %, qui fait en sorte que les locateurs, en ce moment, ont le choix de
leurs futurs locataires, sans qu'il y ait la cession de bail. Donc, ça fait en
sorte que la population étudiante est déjà défavorisée. Quand tu as le choix entre
un ingénieur blanc bien établi ou un étudiant noir en soins infirmiers, bien,
souvent, le locateur, il va aller vers la personne qui est la mieux établie
puis il va tasser du revers de la main la personne étudiante. Puis ça, ce n'est
pas seulement à Montréal, c'est un peu partout au Québec, notamment en régions
plus éloignées, où est-ce que la population étudiante internationale est plus
importante.
Donc, on souhaite maintenir la possibilité
de céder son bail, parce que, souvent, la population étudiante qui a déjà un
logement va être plus conscientisée, là, au défi d'être étudiant à la recherche
de logements et va être plus encline à céder son bail à un étudiant, là, qui en
aurait grandement besoin. Donc, c'est sûr que, nous, de notre côté, là, on prône
le retrait, là, de l'article 7, à ce niveau-là, mais aussi parce qu'il
s'agit d'un moyen de contrôler la hausse des loyers, même si ce n'est pas dans
l'esprit de la loi, c'est une conséquence de la loi actuelle, là, que la
cession de bail permet un certain contrôle des loyers, surtout que la
population étudiante, c'est une population qui bouge beaucoup. Je pense à la
personne, là, qui habite, notamment, Havre-Saint-Pierre, qui doit déménager à Sept-Îles
pour faire son cégep, mais ensuite à Québec pour faire son université, puis qui
peut avoir à déménager, après ça, à Montréal pour faire son stage. Donc, on
pense à une population étudiante qui déménage tellement souvent. Si, à chaque
fois, elle doit faire face à un locateur qui peut augmenter déraisonnablement son...
le prix du loyer à chaque fois, ça fait en sorte que la population étudiante
est victime de cette hausse des loyers là de manière beaucoup plus importante
que le restant de la population... de la population au Québec.
• (17 h 40) •
En fait, on réalise que les loyers moyens
payés par la population étudiante sont 21 % plus élevés que le... les
loyers de la... du restant de la population, mais 62 % des étudiants font
moins de 20 000 $ par année. Donc, les étudiants paient plus, mais
ont beaucoup moins d'argent, ce qui est complètement déraisonnable. Puis, on
pense que, malheureusement, la cession de bail, c'est la seule façon de
protéger ces étudiants-là à l'heure actuelle.
Puis, si on enlevait la cession de bail,
puis que les étudiants étaient amenés à payer plus, bien, on se ramasse avec
des étudiants qui habitent dans des garde-robes avec des coquerelles, ce qui
est des cas réels qu'on... auxquels on est confrontés, là, sur une base
régulière, la Fédération étudiante collégiale du Québec. Sinon, bien, il y en a
qui décident de tout simplement reporter ou d'annuler leurs études.
Finalement, là, de mon côté, je tiens à
parler du droit au maintien. On salue, là, l'article 4 du projet de loi n° 31, qui amène une meilleure compensation financière pour
les <évictions...
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
...une meilleure compensation financière pour les >évictions.
On ne se le cachera pas, les évictions ont augmenté grandement, là, dans les
dernières années, passant de 1 243 cas en 2021 à 3 110 cas
en 2022. Bien que ce soit difficile pour toute personne de se faire évincer,
moi, je pense à l'étudiant international à Gaspé qui se fait sortir de son
logement en pleine mi-session. Impossible qu'il finisse sa session. C'est tout
simplement impossible. Il n'a pas de famille. Il n'a pas de ce qu'on appelle le
«support system». Il ne l'a pas à Gaspé parce que ses parents sont restés en
France, sont restés ailleurs dans le monde.
Puis malheureusement, là, on constate que
la population étudiante n'est pas au fait de leurs droits en matière de
logement, puis c'est pourquoi la FECQ souligne l'importance de pénaliser financièrement
les locateurs qui pratiquent des évictions injustifiées ou abusives.
Dernière clause, là, qu'on aimerait
ajouter par... en amendement, là, quant au droit au maintien. On souligne, là,
que l'UTILE, notamment, là, fait face à des problèmes concernant des personnes
qui demeurent dans leur logement à la fin de leurs études. Donc, on aimerait
avoir une clause spécifique, là, en matière de droit au maintien qui fait en
sorte que la personne ne peut pas renouveler son bail indéfiniment si elle n'est
plus aux études. On veut que le logement étudiant reste pour les étudiants, pas
pour un jeune médecin ou un jeune ingénieur qui serait capable de se payer un
logement régulier. Je te cède la parole, Étienne.
M. Langlois (Étienne) : Oui.
Bien, en fait, un autre point qu'on souhaiterait amener, c'est au niveau des
taxes foncières. C'est-à-dire qu'actuellement on souhaite vraiment réduire l'iniquité
qu'il y a entre les logements étudiants universitaires et le logement étudiant
collégial à ce niveau-là. Vous n'êtes pas sans savoir probablement que les...
le logement étudiant universitaire construit par les entreprises d'économie
sociale à l'heure actuelle est, justement, exempt de taxes foncières, alors que
le logement étudiant collégial ne l'est pas. Nous, on trouve que c'est un
non-sens, parce qu'au final ça fait en sorte que les entreprises d'économie
sociale qui vont construire du logement étudiant vont vraiment se tourner
massivement vers le logement étudiant universitaire au lieu du logement
étudiant collégial, laissant en plan totalement la population étudiante
collégiale.
Évidemment, on comprend leur décision.
C'est très compréhensible dans l'état actuel des choses, parce qu'avoir une
exemption de taxe foncière ça fait en sorte, justement, de réduire les coûts de
façon générale et pouvoir offrir des loyers plus bas à la population étudiante
qui sera affectée par ceux-ci. Malheureusement, les étudiants du niveau
collégial sont vraiment laissés en plan par ça, alors que les défis en matière
de logement au niveau collégial sont aussi criants qu'au niveau universitaire.
Et même qu'au niveau collégial, à cause d'une plus grande répartition à travers
le territoire québécois, il y a d'autres enjeux qui sont encore plus, justement,
drastiques. Tu sais, on peut penser, par exemple, aux étudiants collégiaux de
Gaspé ou Sept-Îles, qui sont dans des régions où le taux d'inoccupation des
logements est très bas, où la crise du logement frappe de plus en plus fort, ce
qui n'est pas nécessairement le cas d'étudiants dans les grandes villes
universitaires, par exemple Montréal, Québec, etc. Tu sais, seulement au niveau
de Rimouski, qui est une ville à la fois collégiale et universitaire, on a pu
voir que des étudiants de l'UQAR ont dû être déplacés à Lévis. Et ça, c'est le
seul exemple qu'on a, niveau Bas-Saint-Laurent, en région, pour l'université,
alors qu'au niveau collégial on a un cégep à Rivière-du-Loup, et etc., ce qui
fait en sorte que ça peut donner un exemple, brièvement.
Ainsi, ce qu'on souhaite faire, c'est vraiment
que le PL n° 31 vienne modifier
l'article 2004, alinéa 13, de la Loi sur la fiscalité municipale pour
étendre l'exemption de taxe foncière déjà prévue pour le logement universitaire
en économie sociale à tous les niveaux d'enseignement supérieur et enfin,
justement, résoudre cette iniquité-là entre les niveaux d'enseignement
postsecondaire.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Parfait. Donc, si je peux conclure, nous, ce qu'on souhaite, c'est qu'il y
ait notamment plus d'investissements, là, au niveau du logement, parce que, peu
importe ce qui va être souligné dans le PL n° 31,
il faut en construire, des bâtisses, pour loger nos étudiants. C'est ça qu'il
faut, parce que, tant qu'on ne construira pas plus de logements, les logements
vont être plus chers, vont être plus difficilement accessibles pour la
population étudiante. Puis, pour ça, bien, c'est essentiel de rénover les
résidences étudiantes actuelles, d'en construire davantage puis aussi de
subventionner les projets d'entreprises d'économie sociale en logement afin de
désengorger le marché locatif actuel au Québec. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci beaucoup pour votre présentation. Alors, nous allons débuter
une période d'échanges et vous avez... vous êtes avec la ministre, alors, pour
16 min 30 s.
Mme Duranceau : Merci.
Merci de votre présentation. Je vais vous poser une question. Vous parlez du
Code civil qui permet trois motifs pour les évictions, soit quand on désire
agrandir le logement, le subdiviser ou en changer l'affectation. Puis vous nous
demandez de clarifier ce que sont des motifs sérieux d'éviction. Je ne suis pas
certaine de ce que vous voulez dire par ça. Puis, où est-ce que cette notion-là
est traitée dans le Code civil?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
De notre côté, tu sais, c'est sûr que, pour une personne étudiante, se
référer au Code civil, c'est souvent plus loin puis ne va pas comme <comprendre...
Mme Duranceau :
...où
est-ce que cette notion-là est... est traitée dans le Code civil?
Mme Mallette-Léonard
(Laurence) :
De notre côté, tu sais, c'est sûr que, pour une
personne étudiante, se référer au Code civil, c'est souvent plus loin puis ne
va pas comme >comprendre directement, là, tu sais, c'est quoi, une
réelle subdivision, est-ce que c'est rajouter une pièce? Est-ce que c'est de
vraiment mettre à terre le logement? C'est difficile, puis ça fait... c'est
tellement de petites nuances qui font en sorte qu'on le constate, là, des
rénovictions fausses, il y en a de plus en plus. Puis, la personne étudiante,
ce n'est pas celle qui va aller au Tribunal administratif du logement, entre
deux cours de chimie puis un cours de physique, pour contester son éviction,
là, un coup qu'elle est partie.
Donc, ce qu'on voudrait, c'est qu'il y ait
peut-être un guide, de quoi de produit, là, pour expliquer peut-être davantage,
là, à la population étudiante, c'est quoi, un motif sérieux d'éviction par
rapport à c'est quoi, de la rénoviction, sur lesquels il est possible, là, de
contester.
Mme Duranceau : OK. Est-ce
que vous avez déjà vu, au niveau d'Éducaloi, les renseignements qui sont
disponibles à cet endroit-là?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui, nous avons pu consulter, là, ce qui est disponible sur Éducaloi.
Toutefois, là, on pense qu'il est possible d'en faire encore davantage, là,
pour notre population étudiante.
Mme Duranceau : OK.
Parfait. Ensuite, je vais vous amener... Bon, évidemment, vous avez parlé de la
cession de bail, puis je vais reprendre vos mots, vous avez dit : Ce n'est
pas l'esprit de la loi, les transferts qui se font actuellement. «Right»? C'est
ce qu'on a dit. Est-ce qu'on convient, toutes les deux, que la cession de bail
est toujours permise?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
En ce moment, oui.
Mme Duranceau : Toujours
permise. Parfait. Donc, un locataire qui veut céder son bail peut le faire.
Puis, si le propriétaire dit non, bien, son bail va être résilié, donc
l'obligation relative au bail, là, disparaît. OK.
Puis, même UTILE, qui était là cette
semaine, mentionnait que mais il y a des cas où, si j'ai un étudiant, dans une
résidence étudiante, qui décide de céder son bail, je vais dire à un
grand-papa, là, dans ce cas... dans l'exemple, bien, que c'est... ce n'est
certainement pas la vision d'UTILE par rapport à ces logements.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Mais là-dessus, il faut... il faut faire une nuance entre le marché locatif
régulier et le marché locatif destiné à la population étudiante comme UTILE.
Nous, ce qu'on veut, c'est maintenir la cession de bail pour le marché locatif
régulier, mais, dans le cas de l'UTILE, que la cession de bail soit permise
mais entre étudiants.
Mme Duranceau : Donc,
vous voudriez maintenir ça entre étudiants sans qu'UTILE puisse commenter sur
le transfert.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Mais que... Nous, l'objectif, c'est que le logement étudiant demeure
étudiant. Donc, si l'UTILE veut participer là-dedans, ça nous va, là, tu sais,
les deux, ça... On n'a pas nécessairement d'opinion à ce sujet, on ne peut pas
commenter, là, le cas de l'UTILE particulièrement. Mais, nous, ce qu'on veut,
c'est que la population étudiante puisse continuer de céder son bail en
dehors... dans le marché locatif régulier. L'important, c'est de distinguer les
deux, parce que l'UTILE fait un travail très important en... au niveau de
logement étudiant, mais c'est loin d'être tous les étudiants qui habitent dans
des logements comme l'UTILE. Puis, dans le marché locatif régulier, sans la
cession de bail, on le voit, les étudiants paient déjà 21 % de plus que la
population générale. Puis, si... sans cession de bail, ce chiffre-là ne serait
pas seulement à 21 %, ce serait au-dessus du 50 %, là.
• (17 h 50) •
Mme Duranceau : OK. À
l'égard... Puis, dans le fond, ce qu'on a discuté amplement, là, aujourd'hui,
puis peut-être vous n'avez pas suivi tout le déroulement de la journée, mais
que la cession de bail, finalement, c'est un outil, là, qui est pour les fins
que vous décrivez, mais qu'ultimement c'est peut-être la clause G du bail qui
est la réponse à la problématique. Et donc la clause G qui doit être dénoncée dans
le bail. Puis, c'est obligatoire, là, de la remplir. Bon, est-ce qu'elle est
toujours remplie? Peut-être pas. Est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose à
faire de ce côté-là qui pourrait répondre à vos préoccupations?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Je pense que ce serait une avenue à considérer, là, au niveau de la clause
G. Toutefois, les étudiants, c'est une population qui est différente. Tu sais,
souvent, dans le projet de loi puis dans la loi actuelle, la population de 70 ans
et plus est protégée à différents égards, là, notamment aux évictions,
justement, parce qu'elle est une population vulnérable. Mais la population
étudiante de 18 ans, là... Votre enfant, là, de 18 ans, qui est à
Gaspé tout seul, est autant vulnérable qu'une personne de 70 ans.
Toutefois, elle n'est pas protégée comme une personne de 70 ans et plus,
puis ça, ça fait en sorte qu'elle est <vulnérable...
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
...Toutefois, elle n'est pas protégée comme une personne de
70 ans et plus, puis ça, ça fait en sorte qu'elle est >vulnérable.
Puis, est-ce que la personne de 70 ans et plus va se rendre au Tribunal
administratif du logement? Sûrement pas. Mais c'est la même chose pour une
personne étudiante qui est en médecine ou qui est en sciences infirmières puis
qui essaie juste de finir son DEC.
Mme Duranceau : C'est un
excellent point. Il y a des règles, justement, qui visent à protéger les
personnes plus vulnérables ou, tu sais, au-delà de 70 ans, donc, puis ce
n'est pas dans les propositions, mais est-ce que vous iriez vers une mesure
comme celle-là?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui, vraiment. Nous, on pense que ce serait une façon d'aider notre population
étudiante, oui.
Mme Duranceau : Puis là
on est étudiant jusqu'à quand puis ça va être quoi, ma preuve?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Bien, on est étudiant jusqu'à tant qu'on finisse ses études, là. Tu sais,
moi, je pense à ceux qui sont en médecine longtemps, là. Tu sais, pendant
qu'ils sont à leurs études ils n'ont pas plus le temps de se rendre au Tribunal
administratif du logement que quelqu'un qui a 17 ans puis qui vient
d'embarquer au collégial. Donc, on est étudiant tant qu'on fait nos cours puis
qu'on réussit à l'école, là.
Mme Duranceau : Sur la
question de se rendre au tribunal, probablement qu'un médecin non plus qui travaille,
il n'a pas le temps de se rendre au Tribunal administratif du logement, là,
mais c'est un autre débat.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Un autre enjeu, oui.
Mme Duranceau : Un autre
débat, exactement. OK. Parfait. OK. Donc là, je vous entends sur la population
étudiante spécifiquement. UTILE était ici effectivement cette semaine avec...
Je ne sais pas si vous avez vu les recommandations qu'ils nous ont formulées
tant sur le droit au maintien dans les lieux que taxes foncières. Puis vous
étiez d'accord avec leurs recommandations?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui.
Mme Duranceau : OK. Donc,
si on se colle à ce qu'UTILE suggère, ça vous convient? OK. Parfait. Puis,
d'ailleurs, je veux vous dire que je les trouve très dynamiques, très agiles,
très innovants dans leur façon d'approcher le financement du logement pour
étudiants puis toute leur offre, là. Alors, on les écoute... on les écoute
bien. Je vais passer la parole à mon collègue de Jonquière.
Le Président (M. Schneeberger) : ...est
à vous.
M. Gagnon : Merci, Mme
la ministre. Je suis content de vous rencontrer, la Fédération étudiante
collégiale du Québec. C'est une question un petit peu plus locale, mais j'en
profite pour savoir si c'est à l'ensemble. Chez nous, j'ai rencontré notre
fédération qui mentionnait, en lien avec l'immigration étudiante, qu'il y avait
quand même de la fausseté sur certains sites, c'est-à-dire quelqu'un, exemple,
qui était en France, qui voulait peut-être s'en venir au Québec, il y avait
tout un marché, peut-être, de locataires qui ne donnait pas nécessairement la
vraie information. Les personnes arrivaient au Québec, ce n'était pas
nécessairement ce qu'on avait vu sur les photos, ce n'était pas nécessairement
ce qui avait été entendu. Également, aussi, toute la vulnérabilité aussi avec
la langue, des fois, pour le bail de location. Moi, comme on disait, je suis
député de Jonquière, je l'ai entendu beaucoup dans la région, mais je voulais
peut-être vous entendre si ce que je mentionne est sur la scène provinciale, un
peu.
M. Langlois (Étienne) : Bien,
c'est certain qu'à ce niveau-là il y aura toujours des gens qui vont essayer,
justement, de prendre avantage du fait que les étudiants internationaux,
souvent, pas autant... Tu sais, déjà qu'un étudiant de base n'a pas
nécessairement assez de connaissances en logement, un étudiant international en
a encore moins.
Puis, un autre enjeu à ce niveau-là qu'on
avait noté, c'est que le dossier de crédit d'un étudiant international n'est
vraiment pas aussi étoffé, voire il n'existe pas, par rapport à un étudiant qui
est québécois, ce qui fait en sorte que, dans diverses régions du Québec,
divers endroits, l'étudiant international a vraiment beaucoup de misère à se
loger. Puis ça, ce n'est pas dans le cas de Jonquière spécifiquement que ça
nous a été nommé. Par exemple, à Sept-Îles, les étudiants sont quasiment
obligés d'aller dans les résidences étudiantes du cégep, vu que c'est le seul
endroit qui va les... leur louer, en fait.
Donc, oui, c'est certain que, justement,
les différents abus, c'est quelque chose qui nous a été nommé puis quelque
chose qu'on regarde, en fait, activement, évidemment, là.
M. Gagnon : Ce que je
comprends, c'est... Vous donnez l'exemple de Sept-Îles, c'est que mon exemple
pourrait être beaucoup dans les régions, où la fédération dit : C'est à
l'ensemble du Québec, un peu, ces sites-là ou ces informations-là qui peuvent
être erronées.
M. Langlois (Étienne) : Bien,
évidemment, c'est quelque chose qui est... qu'on voit à l'ampleur du Québec,
mais, évidemment, justement, considérant les proportions souvent plus grandes
d'étudiants internationaux en région. C'est pour ça que je le mentionnais de
cette façon-là. Mais, oui, c'est quelque chose qu'on voit à la grandeur du
Québec, nécessairement.
M. Gagnon : D'accord.
M. Langlois (Étienne) : Député
de Jonquière, ça va? Pas d'autres questions?
M. Gagnon : Peut-être, une
dernière question si Mme la ministre... Mais sinon... Oui? Je suis très
sensible à ce que vous mentionnez, c'est-à-dire la taxe foncière en lien avec
le collégial universitaire. Moi aussi, c'est des choses que j'ai entendues.
Techniquement, dans certains endroits au Québec, les universités peuvent être
proches de... du cégep. Votre exemple, ça veut dire qu'advenant qu'il y aurait
une location ou il y aurait, exemple, un 30 logements qui serait à
mi-chemin entre le cégep et université, le propriétaire se doit, s'il y a eu la
taxe <foncière...
M. Gagnon :
...qu'advenant
qu'il y aurait... il y aurait une location ou il y aurait, exemple, un 30 logements
qui serait à mi-chemin entre le cégep et université, le propriétaire se doit,
s'il y a eu la taxe >foncière, de privilégier le milieu universitaire, ou
il peut y avoir un pourcentage? Est-ce que je suis clair?
M. Langlois (Étienne) : Bien,
nos discussions avec nos partenaires, ce qu'on a compris, en fait, c'est
vraiment que, dès que le logement n'était pas spécifiquement destiné aux
étudiants universitaires, les taxes foncières s'appliquaient, ce qui fait en
sorte qu'un logement, justement, qui serait... collégial et universitaire, ce
ne serait pas possible, dans l'état actuel des choses, pour bénéficier d'une
telle mesure.
M. Gagnon : La formule
hybride n'existe pas en ce moment pour l'hébergement.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Si je peux compléter, là, la formule hybride n'est pas claire au sens de la
loi, c'est un flou juridique à l'heure actuelle. Donc, il y a plusieurs
entreprises d'économie sociale, là, qui décident de ne juste pas tenter leur chance,
au risque de se voir imposer des taxes foncières, là, au milieu du projet puis
de devoir augmenter, là, les loyers.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va comme ça? Alors, nous retournons à la ministre. Mme la ministre.
Mme Duranceau : Non,
mais c'est un excellent point, ça. On a bien noté cette demande-là.
Au niveau... Il y a des gens qui vous ont
précédés, ce matin, là, qui ont fait état des... du manque, peut-être, de
précision dans la loi concernant les sous-locations et la colocation. Puis j'aimerais
ça vous entendre. Je pense, ça doit toucher le milieu étudiant aussi. Donc,
est-ce que vous avez des choses à nous mentionner à cet égard-là?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Je dirais qu'au niveau étudiant c'est surtout des colocations, là, plus que
des sous-locations. Les sous-locations arrivent souvent durant l'été, là, quand
la population étudiante, là, décide de partir en voyage ou retourner chez
maman, papa. Mais, des fois, il y a des sous-locations, mais la majeure partie,
là, de la population étudiante doit habiter en colocation.
Tu sais, de notre côté, on a analysé la
loi, mais on n'a pas vu de lacune, là, précise au niveau de la colocation, mais
c'est sûr que plus il y a de précisions, mieux c'est. Puis mieux c'est
vulgarisé auprès de la population, mieux ça va, là, c'est certain.
Puis, bien, c'est sûr que, tu sais, de
notre côté, là, en parlant de colocation, là, on en profite, là, pour vous
mentionner, là, à quel point, là, il y a de plus en plus d'étudiants, là, qui
se regroupent au sein de colocations puis qui ont... ils n'ont même pas de
chambre à eux, là, en ce moment, là. Il y a des gens qui habitent vraiment dans
des garde-robes puis qui habitent dans la cuisine parce qu'il manque de place,
là. Donc, je dirais que c'est ça qu'on a à dire, là, au niveau des colocations,
en ce moment, là.
Mme Duranceau : Je pense
qu'il faut augmenter l'offre de logements, hein?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui.
Mme Duranceau : Je pense
que ça... On peut légiférer tant qu'on veut, là, mais je pense qu'il faut
augmenter l'offre de logements. Ça, je l'ai bien entendu.
Peut-être, une dernière question. Vous
avez... vous mentionnez qu'on devrait avoir des sanctions plus sévères pour les
locateurs qui pratiquent des évictions abusives, ça fait que... en tout cas,
j'imagine, ça, c'est un terme qu'on peut définir, là, mais à quoi vous pensez
comme sanction?
Puis il faut comprendre aussi que le projet
de loi, là, vise les évictions. On change le fardeau de preuve en le mettant
sur le dos du propriétaire puis aussi on demande au propriétaire qui ne fait
pas ce qu'il a dit qu'il ferait de se justifier devant le tribunal, le cas
échéant, s'il y a un avis... une intention, là, qui est déposée devant le
tribunal, donc.
• (18 heures) •
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui. Bien, on a pu constater, là, cet élément-là dans le projet de loi,
mais c'est sûr que de...
Mme Duranceau : Que vous
saluez, par ailleurs.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui, qu'on salue. Mais je pense que, tu sais, c'est une chose de mettre le
fardeau sur le propriétaire, mais, un coup qu'il est reconnu coupable
d'éviction abusive, bien, il faut se porter sur qu'est-ce qui va se passer,
pour ne pas que ça réarrive. Puis, de notre côté, là, c'est des sanctions
financières, là, qui... qu'on jugerait appropriées, là.
Mme Duranceau : OK. OK.
Parfait. Bien, écoutez, ça répond à mes questions. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle, et vous avez 10 min 24 s, Mme députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M.
le Président. Merci, Mme Mallette-Léonard et M. Langlois, pour votre
présentation. Vous défendez bien les droits des étudiants.
Il y a quelque chose, dans votre mémoire,
qui m'a... des chiffres qui m'ont quand même, je vous dirais, choqués, quand je
lis qu'il y a 58 % des étudiants qui ont avoué s'être sentis en danger ou
avoir vécu dans un logement insalubre. Aussi, vous parlez que ça a des
répercussions sur la santé mentale, le bien-être des étudiants. Et là vous
parliez, tout à l'heure, d'étudiants qui vivent dans des garde-robes ou dans
une cuisine. Moi, j'ai déjà fait de la colocation quand j'étais étudiante mais
pas dans ces conditions-là, donc je peux imaginer que ça n'aide pas, là, pour
la concentration puis réussir les <examens...
>
18 h (version révisée)
<19287
Mme Dufour :
...jeune. Moi, j'ai déjà fait de la colocation quand j'étais
étudiante, mais pas dans ces conditions-là. Donc, je peux imaginer que ça n'aide
pas, là, pour la concentration puis réussir les >examens. Est-ce qu'à
votre connaissance il y a une augmentation de l'itinérance cachée chez les
étudiants, avec de telles conditions, actuellement, là?
M. Langlois (Étienne) : Bien,
tu sais, évidemment, on espère que, par exemple, le régime d'AFE soit assez, tu
sais, seulement pour nommer ça, soit assez, justement, généreux pour ne pas que
des étudiants se ramassent littéralement à la rue. On n'a pas, justement, de
donnée spécifique par rapport à l'itinérance cachée chez les étudiants
spécifiquement puis on espère que ça ne se passe pas trop. Ce qu'on voit
surtout, en fait, c'est que les étudiants sont, justement, obligés de payer
vraiment trop pour des logements, sans nécessairement se ramasser à la rue. Tu
sais, ça peut aller jusqu'à 70 %, justement, de leur budget. Je n'ai
pas... J'ai les statistiques exactes ici, qui sont, je crois, présentées dans
le mémoire, mais, de façon générale, je ne sais pas si on voit une hausse d'itinérance
cachée chez les étudiants spécifiquement, mais c'est certain que ça a un impact
puis qu'à long terme ça pourrait être quelque chose qui deviendrait
problématique.
Mme Dufour : Ça, c'est parce
qu'un grand manque de logements pourrait venir à une... malheureusement, une
solution... Quand on dit «itinérance cachée», c'est que tu as quelqu'un qui vit
sur le divan de quelqu'un d'autre ou dans sa voiture. Mais les chiffres que
vous avez évoqués, là, 70 % de ses revenus... des revenus, là, consacrés
au loyer, c'est quand même inquiétant aussi. 27 %, plus de 27 % de la
population étudiante. Et là vous dites que les résidences ne sont pas
réellement abordables. Est-ce que c'est possible d'avoir une idée... Parce qu'on
dit 70 % des revenus, mais on ne sait pas non plus c'est quoi, les revenus
des étudiants, tu sais, s'il y a un étudiant qui ne travaille pas ou qui n'a
pas d'entrée de revenus. Tu sais, c'est difficile, pour moi, de juger. Ça fait
que ça peut ressembler à quoi, le coût de maintien dans une résidence
collégiale?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
De notre côté, là, ce qu'on entend de plus en plus, c'est entre 350 $
pour les vraiment moins chers, donc on parle d'une chambre puis, tu sais, avec cuisine
et salle de bain commune, à plus de 550 $ par mois, pour souvent aussi une
chambre et une cuisine commune et une salle de bain. Mais, tu sais, comme vous
comprenez, là, c'est un effet de rareté, là. Les listes d'attente pour les
résidences étudiantes, là, sont interminables. Puis il y en a, justement, là,
comme a mentionné Étienne plus tôt, là, qui doivent changer de ville d'études
ou tout simplement reporter leurs études parce qu'ils ne rentrent pas en
résidence puis ils ne sont pas capables de se trouver un logement. Puis, tu
sais, sinon, comme vous avez dit, il y en a qui font du «couch surfing», donc
qui vont sur le sofa d'un ami jusqu'à tant qu'ils se fassent tasser de là,
trouvent un autre ami où est-ce qu'on dort sur le sofa, puis, après, ils
finissent par se trouver une chambre des fois.
Mme Dufour : Effectivement.
Et là, là, vous parlez... Puis tout ça, là, vous revenez à la cession de bail,
on comprend votre position. Par contre, il y a un élément qui m'est... Pour
moi, ce n'était pas clair. J'essayais de comprendre. On disait que la
possibilité que le locateur refuse une cession de bail pourrait aggraver la
situation et forcer, dans le fond, les gens à rester... à rester dans le
logement, là. Il y avait cette phrase-là. Oui, c'est ça. Et plusieurs
locataires pourraient se voir obligés de demeurer dans leur logement malgré une
volonté de déménager uniquement parce que chaque déménagement les met à risque,
bon. Peut-être me préciser ce que vous vouliez dire par forcer de rester, là.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui, bien, pour préciser, là, c'est plus dans le cas des déménagements pour
un stage, là, justement, où est-ce qu'admettons une personne qui habite à
Montréal va faire son stage à, je ne sais pas, Varennes ou Saint-Jean-sur-Richelieu,
bien, s'il n'y a plus de cession de bail puis la personne est obligée de payer
un loyer, là, qui a augmenté, là, de manière déraisonnable, bien, la personne
va souvent rester à Montréal au lieu d'aller dans un logement où la cession de
bail du précédent locataire a été refusée puis que le loyer a augmenté de
manière déraisonnable. C'est plus dans cette vision-là.
Mme Dufour : D'accord,
merci. Là, actuellement, il y a une clause qui est la... qui s'appelle la
clause G dans le bail, qui, si elle est remplie correctement et que le Tribunal
administratif du logement, dans le fond, la règle de calcul d'augmentation de
loyer est appliquée, il n'y aurait pas de différence entre une cession de bail
et une simple augmentation de loyer. Donc, est-ce que vous pensez que, si c'était
renforcé, cette clause G là, tu sais, est-ce que ça pourrait peut-être,
disons... Bien là, je ne dis pas... Est-ce que ça pourrait pallier à cette
problématique-là?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Bien, de la manière que je répondrais à ça, c'est que, tu sais, je me
considère comme une étudiante quand même très à son affaire, puis Étienne
aussi, là. Puis, personnellement, la clause G, j'ai <réalisé qu'elle
existait...
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
...puis Étienne aussi, là. Puis personnellement, la clause G, j'ai >réalisé
qu'elle existait voilà deux semaines, puis j'ai déménagé en logement, puis je
n'aurais jamais pu voir ça, là. Ça fait que, là, je pense que c'est sûr que la
clause G est... Tu sais, maintenant que j'ai découvert que ça existe, je vais
m'assurer de regarder ça à chaque fois que je vais déménager, mais tu sais,
l'étudiant moyen... Tu sais, si moi, je n'ai pas été capable de m'en rendre
compte, puis je travaille dans le réseau étudiant puis, tu sais, je suis
confrontée à des problèmes de logement étudiant à chaque semaine, bien,
j'imagine, l'étudiant moyen, qu'il a plein d'autres choses à faire, là.
Mme Dufour : Puis là
vous m'amenez sur un élément qui est une petite... bien, en tout cas, une
petite préoccupation personnelle concernant la complexité du bail. Vous l'avez
dit, vous ne l'avez pas remarquée. Je vous avoue, moi, je loue un logement à
quelqu'un d'autre et, même moi, je ne la comprenais pas trop. J'ai essayé de
lire le bail. Des fois, le lire au complet, c'est quand même assez complexe. Alors,
j'imagine qu'un étudiant qui arrive d'ailleurs, c'est encore pire. Un étudiant
qui arrive tout court sur le marché, là, qui arrive à 18 ans, c'est... Il
n'est pas habitué de lire des contrats, puis c'est très, très, très complexe.
Donc, moi, je voudrais vous entendre sur une possibilité peut-être de
simplifier le bail. Qu'est-ce que vous en penseriez?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Bien, c'est sûr que, de notre côté, là, on serait favorables à une telle
proposition, là, tant qu'il demeure complet, bien sûr, là. Mais moi, je pense
que de simplifier le bail ou comme simplifier l'aide financière aux études, ça
serait très bien vu, là, par notre population étudiante.
Mme Dufour : Oui. Est-ce
que vous êtes au courant s'il y a des cliniques pour accompagner des étudiants,
pour essayer de comprendre un peu mieux tout cet...
M. Langlois (Étienne) : Bien,
en fait, pour n'en nommer qu'un, il y a Juripop, qui est un organisme avec
lequel on est, justement, en partenariat, en collaboration très proche. Mais,
évidemment, c'est toujours une question que l'étudiant connaisse ces
organismes-là aussi parce que nécessairement, évidemment, s'ils vont chercher
des ressources en ligne, c'est déjà un pas de plus. Puis, au final, on
pourrait, justement, à voir la complexité du bail, tout de suite, juste se dire :
Ah! et puis tant pis, je vais juste signer et espérer que ça va être correct sans
nécessairement passer à travers toutes les étapes, alors que, justement,
possiblement qu'on a un emploi qu'on cumule avec les études, etc. Tu sais,
c'est une question de, justement, amener les ressources à l'étudiant. Puis
c'est certain qu'il y a des organismes qui le font, mais c'est vraiment juste
question que l'étudiant sache où s'adresser.
Mme Dufour : Parfait,
merci. Peut-être dernière question concernant... Bien, on parlait d'UTILE, tout
à l'heure, qui demande et, je pense, vous faites la même demande, là, de...
dans le fond, le droit au maintien mais tant qu'on est aux études. Advenant
qu'il y ait un projet de résidence étudiante, et là je ne parle pas d'une
résidence de... voyons, de la... du cégep en question, mais plutôt adjacent,
qui est un OBNL. Et là il y a des étudiants qui sont... ils sont au cégep. Éventuellement,
ils passent à l'université, bac, maîtrise, doctorat, jusqu'à... Est-ce qu'il y
a un moment... Et là ils continuent à travailler en même temps, stages, etc.
Est-ce qu'il y a un moment où est-ce que vous considérez que, bien, il faudrait
peut-être faire de la place pour la personne qui est au cégep?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
De notre côté, là, c'est sûr qu'on priorise comme l'abandon des taxes
foncières pour construire plus de logements collégiaux, mais, tu sais, je me
verrais mal pousser vers la sortie quelqu'un qui est à la maîtrise ou au
doctorat, sachant très bien, là, par nos relations, là, avec nos collègues
universitaires, que ces personnes étudiantes là, les bourses sont souvent très
maigres pour vivre. Donc, je me sentirais mal, là, de les tasser pour la
population étudiante collégiale parce que je sais que, pertinemment, ceux qui
sont à la maîtrise ou au doctorat sont souvent pauvres comme nos étudiants en
collégial.
• (18 h 10) •
Mme Dufour : Parfait.
Et, pour ce qui est de la formation professionnelle, vous n'en avez pas parlé
dans votre mémoire, mais c'est aussi une réalité. Est-ce que, pour vous, ça
serait... ça pourrait être inclus, là, dans la définition?
M. Langlois (Étienne) : Bien,
on n'y voit absolument... on n'y voit absolument pas d'opposition, là. Évidemment,
tu sais, nous, on parle au niveau collégial, parce que c'est l'iniquité qu'on
voit le plus comme représentants, justement, du milieu collégial, mais c'est,
justement, par exemple, comme l'UTILE l'avait, justement, proposé, au niveau de
la formation professionnelle aussi, on est totalement ouverts. Au final,
retirer le plus d'étudiants du marché locatif privé fait en sorte que le marché
locatif privé s'en sort encore mieux puis il y a moins de pression, justement,
à la hausse sur les loyers. Donc, c'est totalement une avenue à laquelle on est
ouverts.
Le Président (M. Schneeberger) :
OK. Merci beaucoup. Alors, nous allons voir du côté de la deuxième
opposition. Alors, député de Laurier-Dorion, vous avez un 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Est-ce que vous avez une idée du nombre de la population
étudiante, soit collégiale, ou universitaire, ou les deux, qui reste en
logement, qui ne reste... qui ne vive pas... Vous avez cette donnée-là?
Mme Mallette-Léonard
(Laurence) : Ça serait... On ne les a pas mises dans le <mémoire
mais...
M. Fontecilla :
OK.
Mais ça existe.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
...mais ces données existent.
M. Fontecilla :
...Vous
avez cette donnée-là?
Mme Mallette-Léonard
(Laurence) :
Ça serait... On ne les a pas mises dans le >mémoire,
mais...
M. Fontecilla : OK. Mais
ça existe.
Mme Mallette-Léonard
(Laurence) : ...mais ces données existent.
M. Fontecilla : Mais
c'est plusieurs... plusieurs milliers, voire des centaines de milliers?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
C'est un peu plus du tiers qui reste avec les parents.
M. Fontecilla : Très
bien. Dites-moi, là, j'aimerais que vous nous disiez qu'est-ce qui va arriver aux
étudiants, étudiantes qui restent en location privée, si jamais le gouvernement
va de l'avant, là, avec la décision de rendre à toute fin inopérante la cession
de bail, là, qu'est-ce qui va arriver?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Bien, les étudiants vont être encore plus souvent confrontés à des loyers
déraisonnables, puis leur seule façon... La seule façon de contrôler la hausse
des loyers va être disparue. Puis, justement, il risque d'y avoir une hausse de
loyer à chaque fois que la personne étudiante va changer de domicile. Puis ça
va être tout le temps les premiers frappés, parce que c'est quand on est
étudiant qu'on entre sur le marché locatif. Donc, c'est quand tu as le moins de
ressources que tu entres sur le marché locatif, qui est déjà surstimulé. Puis
ça va faire en sorte qu'ils vont être les premières victimes, puis que ça va
coûter encore plus cher pour eux.
M. Fontecilla : Est-ce
qu'on peut dire que ça va être un appauvrissement de bail en bail?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui, exactement.
M. Fontecilla : Très
bien. Et vous parlez de... d'avoir des sanctions plus sévères dans le cas
d'éviction, en particulier les évictions frauduleuses, mais de façon... Et comment
qu'on peut faire ces évictions-là? Parce qu'une fois qu'on part de quelque
part, surtout pour un jeune étudiant, bien, on oublie ce qui se passe, là. Et comment
qu'on va vérifier que vous avez été évincés? Est-ce que vous ne pensez pas
qu'il pourrait y avoir une procédure de vérification automatique, là, pour
dénicher ces propriétaires qui font ce type de pratique, là?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui, moi, je pense qu'un suivi de la sorte, effectué par l'État, pourrait
être très bénéfique, là, pour la population étudiante. Parce que, comme vous le
dites, un coup qu'une personne étudiante a déménagé, ça ne leur tente pas
nécessairement de regarder pourquoi puis c'est qui qui aurait pris, à quel
loyer, puis si c'était une véritable éviction, est-ce qu'il y a vraiment eu des
rénovations? Surtout que la personne étudiante, comme j'ai mentionné
précédemment, va déménager souvent dans une autre ville. Donc, si je quitte
Montréal et je m'en vais à Sherbrooke, je ne retournerai pas nécessairement
voir à Montréal, deux ou trois semaines plus tard, voir si, le logement, il y a
des camions de rénovation devant, là.
M. Fontecilla : Et, si
cet étudiant-là, étudiante, avait la volonté de vérifier, est-ce que vous
pensez qu'elle a les moyens de vérifier?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Il faudrait être un étudiant, étudiante très, très motivé pour avoir accès à
toutes ces données ou toutes... Justement, là, il faut être très motivé, puis
je ne pense pas que c'est quelque chose que l'étudiant moyen a le temps de
faire.
M. Fontecilla : En
terminant, vous parlez beaucoup du manque d'information, là, en particulier
sur... on va l'appeler la classe étudiante. Est-ce que vous pensez que le
gouvernement pourrait financer davantage de campagnes d'information, en
particulier sur la question du droit au logement?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui. Moi, je suis persuadée que le gouvernement pourrait faire mieux, là,
pour informer la population étudiante quant à ses droits, puisqu'il s'agit
d'une population étudiante qui est vulnérable au même titre que les personnes
âgées de 70 ans et plus.
M. Fontecilla : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté du député des
Îles-de-la... Madeleine, pardon, Îles-de-la-Madeleine, pour une période de 2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci, M.
le Président. Merci pour votre présentation puis de recadrer le fait que la
population étudiante va proportionnellement dépenser beaucoup plus par rapport
au... pour le logement par rapport au revenu dont elle dispose. C'est des
données qui sont intéressantes, tout comme le fait que la population étudiante
est très mobile et parce qu'elle arrive sur le marché locatif.
Moi, je vois que le 21 % qu'on paie
de plus, quand on est étudiant, pour un loyer, c'est quand même parlant, c'est
quand même... Et ce que vous dites, essentiellement, c'est que, si on enlève la
cession de bail, ça va encore... L'écart va encore se creuser. J'imagine que
c'est ce que vous voulez dire. Est-ce que vous avez des statistiques sur,
justement, la proportion des étudiants, là, justement, qui peuvent céder le
bail à des colocs lorsqu'ils déménagent, ainsi de suite? Est-ce que c'est très,
très répandu chez les étudiants?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Je dirais que c'est... Tu sais, je n'ai pas de statistique, mais, comme
quelqu'un a mentionné plus tôt dans la journée, là, à la commission
parlementaire, les groupes Facebook de cession de bail, c'est plus de
55 000 personnes, puis ça, c'est un seul groupe. Puis, pour en suivre
quelques-uns quand je suis à la recherche de logement, bien, je peux dire que
ça touche au moins 150 000 personnes, là, au Québec, là, tu sais,
d'aller sur ces <groupes Facebook...
Mme Mallette-Léonard
(Laurence) :
...au Québec, là, tu sais, d'aller sur ces >groupes
Facebook là puis de regarder les logements qui passent, parce que... Non, c'est
quelque chose qui est très commun.
M. Arseneau : Bien là,
vous faites référence à des groupes Facebook où on peut voir quels sont les
gens qui sont intéressés à céder leur bail.
Mme Mallette-Léonard
(Laurence) : Oui.
M. Arseneau : Mais là on
ne parle pas ici de cessions de bail dans le sens de ce qu'on abordait la
semaine dernière, c'est-à-dire avec monétisation de la cession de bail. Ce
n'est pas ce à quoi vous faites référence, j'imagine. C'est simplement
quelqu'un qui veut passer le bail à un autre étudiant en toute sollicitude. Ce
n'est pas... Ce n'est pas pour faire de l'argent, là.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Non, on ne parle pas nécessairement de...
M. Arseneau : Parce que
c'est ce qui a été révélé la semaine dernière, là, sans nécessairement pouvoir
avoir des données. Donc, ce que vous dites, c'est que les étudiants
s'entraident essentiellement à ce qui permet de garder le loyer... Donc, c'est
un effort collectif qu'on fait, là.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Oui, exactement.
M. Arseneau : D'accord.
Maintenant, est-ce que vous avez... vous vous êtes penchés sur l'idée d'un
registre des loyers?
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
On a pu constater qu'il y en existe un, là, à l'heure actuelle, si on ne se
trompe pas.
M. Arseneau : Oui.
Mme Mallette-Léonard (Laurence) :
Puis, oui, c'est sûr que ça existe, mais est-ce que c'est appliqué de manière
générale?
M. Arseneau : Oui. Bien,
le groupe précédant votre présence, Vivre en ville, là, en a développé un, mais
il proposait que le gouvernement s'en saisisse et puisse en faire un outil, là,
pour l'ensemble des Québécois, mais peu importe.
Le Président (M. Schneeberger) :
...
M. Arseneau : D'accord.
Bien, merci beaucoup, encore une fois. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci beaucoup. Alors, nous avons terminé. Alors, merci beaucoup
pour votre présentation et merci aussi de vous impliquer socialement. À votre
âge, c'est très apprécié.
Alors, nous suspendons quelques instants
pour permettre au dernier groupe de la journée de prendre place.
(Suspension de la séance à 18 h 18)
18 h 30 (version révisée)
(Reprise à 18 h 32)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
on reprend la séance. Alors, nous recevons le dernier groupe de la journée.
Alors, bonjour à vous trois. Alors, c'est le groupe de la Communauté
métropolitaine de Montréal. Alors, dans un premier temps, vous présenter à tour
de rôle, et, par la suite, celui ou ceux qui feront la présentation, vous avez
un 10 minutes pour faire la présentation, et on aura une période d'échange
avec les députés. Alors, allez-y.
Communauté métropolitaine de Montréal (CMM)
M. Lessard-Blais (Pierre) : Merci
beaucoup, M. le Président. Je me nomme Pierre Lessard-Blais. Je représente la
Commission de l'habitation et de la cohésion sociale à la Communauté
métropolitaine de Montréal. Je suis aussi accessoirement maire de l'arrondissement
montréalais Mercier—Hochelaga-Maisonneuve. Je suis accompagné par M. Stéphane
Pineault, qui est directeur des relations gouvernementales et des relations
avec les peuples autochtones à la CMM, ainsi que M. Philippe Rivet, qui
est chef d'équipe au développement social et monitoring à la CMM.
Donc, un immense merci, M. le Président,
et la commission, de nous recevoir. Mme la ministre responsable de l'Habitation,
Mmes et MM. les députés membres de la Commission de l'aménagement du territoire,
merci beaucoup de nous accueillir. Je sais qu'on est les derniers intervenants.
Donc, on ne tournera pas autour du pot. On sait que la journée de
parlementaire, c'est long, donc on va droit au but.
Donc, on est très heureux d'être avec vous
aujourd'hui. Vous savez, depuis la création de la CMM en 2001, nous avons un
rôle important en matière d'habitation, c'est de s'assurer que les 82 municipalités
de notre territoire financent le logement social et communautaire. Donc, année
après année, on parle entre 30 % et 50 % de notre budget annuel qui
est consacré au logement social et communautaire. Donc, depuis 2001, c'est plus
de 825 millions qui ont été investis par les 82 villes de la CMM dans
des projets de logements sociaux et communautaires, et ce qui est formidable de
tout ça, c'est que toutes les villes contribuent, peu importe où est-ce que le
projet se trouve.
Donc, l'objectif central de la CMM en
habitation, c'est que chaque ménage ait accès à un logement décent. Donc, pour
y arriver, la CMM a adopté, l'automne dernier, sa première Politique
métropolitaine d'habitation, qui documente l'état de la situation et propose
des actions pour répondre aux besoins des ménages plus défavorisés, favoriser
la mixité sociale et aussi encourager une densification réfléchie des quartiers.
Mais, avant de parler spécifiquement du projet
de loi n° 31, on tient à parler rapidement du contexte de la crise du
logement actuelle, qui touche les 82 municipalités de la CMM. Vous le
savez tous, le Québec n'a pas vécu une telle crise depuis des décennies, et les
effets sont de plus en plus perceptibles. Ça, littéralement, brise des vies de
Québécois. On a des listes interminables pour avoir l'accès à du logement
social. On a des difficultés pour acheter les premières maisons. On a 10 000 itinérants
qui sont recensés.
Bref, la crise de l'habitation se fait
sentir partout dans notre société, et on le sait, là, moi-même, j'habite un
quartier de Montréal qui est réputé pour son abordabilité,
Hochelaga-Maisonneuve, mais il faut savoir maintenant qu'à Hochelaga-Maisonneuve,
si un ménage pauvre perd son logement, bien, c'est impossible pour lui de
retrouver un logement en bas de 1 000 $ par mois, ça va être 1 500 $,
2 000 $ par mois. Bref, il va nécessairement devoir s'exiler.
Et on est aussi, malheureusement, reconnus
pour notre situation avec l'itinérance dans notre quartier. Bien, même lorsqu'on
a un itinérant qui réussit à obtenir son chèque d'aide sociale, bien, c'est
impossible pour lui de se loger avec ce chèque d'aide sociale là. Bref, on ne
doit pas, en tant que décideurs, rester insensibles. On doit être actifs,
proactifs sur la question du logement. C'est un droit fondamental et c'est un
socle qui favorise la sécurité, la stabilité et la dignité de nos concitoyens.
On le sait, on a eu la mise à jour, là, de
la SCHL dernièrement, qui disait que, pour le Grand Montréal, là, on devait
construire au minimum 50 000 logements de <plus par année...
M. Lessard-Blais (Pierre) :
...pour le Grand Montréal, là, on devait construire au minimum 50 000 logements
de >plus par année pour rétablir l'abordabilité dans le marché.
Malheureusement, cette année, on prévoit seulement la construction de
12 000 unités d'habitation. Donc, on est loin du 50 000, et, si on n'accélère
pas la cadence, bien, on sait que... on peut prévoir que la pénurie actuelle de
logements va se prolonger au-delà de 2030.
Donc, on ne veut absolument pas se rendre
là et on a, comme société, une obligation de se retrousser les manches. À la CMM,
on est prêt à relever ce défi. On a assez de terrains pour construire les
logements nécessaires. On a commencé à élaborer un deuxième plan métropolitain
d'aménagement et de développement qui ira plus loin que le premier en
favorisant le logement, la densification, le transport collectif et la mixité
sociale.
On croit aussi qu'on devrait prévoir une
corvée nationale, une corvée habitation, comme dans le programme dans les
années 80, pour surmonter les obstacles qui nous empêchent actuellement
d'augmenter rapidement l'offre de logements et qu'entre paliers de gouvernement
on travaille ensemble et non pas à se lancer la balle, à qui est responsable de
quoi. On doit travailler ensemble pour trouver ces solutions-là, mais, pendant
ce temps, la crise est grave. Des investissements bien supérieurs, en termes de
logements sociaux, communautaires et abordables, doivent être faits. Juste pour
le territoire de la CMM, il faudrait au moins 3 000 unités de
logements sociaux et communautaires par année pour au moins 10 ans.
Donc, la construction d'unités pour les
clientèles jugées les plus fragiles, qui nécessitent également des services
sociaux et de santé, comme dans le volet 3 du programme AccèsLogis, doit
être priorisée afin de répondre rapidement à la crise de l'itinérance actuelle.
Le dernier portrait du dénombrement, 2022, sur l'itinérance par le
gouvernement du Québec démontre bien le lien entre l'inaccessibilité du
logement et l'itinérance, en fait, et, pour cohabiter avec de nombreuses
situations... personnes en situation d'itinérance, là, sur notre territoire,
tout le monde nous le dit, là, on a besoin de refuges, mais les itinérants ne
veulent pas vivre en refuge. Ils veulent avoir un toit sécuritaire sur leur
tête, où est-ce qu'ils ne risqueront pas de se faire voler, de se faire
agresser, où est-ce qu'ils ne craindront pas pour leur vie.
Bref, nous avons entendu Mme la ministre
promettre un plan d'action cet automne. Nos espérances sont élevées. Et on est
aussi très enthousiastes par rapport au ministre des Finances, qui a annoncé
des mesures spécifiques qui s'attaqueraient à la crise du logement.
Pour le projet de loi spécifiquement, en
fait, la CMM, on est... on accueille positivement deux mesures en lien avec le
projet de loi. Premièrement, la mesure qui modifie le Code civil, qui fera en
sorte qu'il appartiendra désormais au propriétaire de démontrer qu'il a agi en
bonne foi advenant un recours au Tribunal administratif du logement, donc, ça,
c'est une très bonne chose, là, lorsque... pour justifier le bien-fondé d'une
augmentation de loyer, d'une reprise de logement ou encore d'un projet de
rénovation. Et la deuxième mesure, là, que nous accueillons positivement, c'est
celle qui renforce la section F du bail, qui permettra aux locataires de mieux
anticiper les hausses de loyer pour les logements construits depuis moins de
cinq ans.
• (18 h 40) •
Donc, des mesures supplémentaires
devraient être ajoutées au projet de loi n° 31, et nous en avons quatre,
particulièrement, là, que nous souhaitons mettre de l'avant. Premièrement,
première modification proposée, c'est la révision du Code civil pour que les
évictions de logement au motif de subdivision, d'agrandissement, de changement
d'affectation... que... qu'on oblige le propriétaire à expliquer en détail aux
locataires les travaux envisagés. Cela va outiller davantage le locataire s'il
y a des recours à avoir dans un contexte du Tribunal administratif.
Ensuite, deuxième modification que nous
proposons, c'est d'abandonner la modification du Code civil visant à permettre
au propriétaire de refuser les cessions de bail sans motif sérieux. On sait que
la cession de bail est questionnée, mais il demeure que nous sommes en
situation de crise et que la situation de bail est, par défaut, une mesure qui
protège les locataires d'importantes hausses de loyer et qu'on est dans une <situation
de rareté importante...
M. Lessard-Blais (Pierre) :
...les locataires d'importantes hausses de loyer et qu'on est dans
une >situation de rareté importante. Donc, nous, on considère
qu'affaiblir davantage les droits des locataires en pleine crise du logement,
c'est jouer avec des allumettes dans une poudrière, là. Donc, la CMM, on est en
défaveur de cette proposition.
Troisième proposition de modification de
notre côté, c'est de mettre en place un registre des loyers publics obligatoire
et universel pour renforcer l'objectif de la clause G du bail. On doit se
mettre dans la... à la place d'un locataire qui est à la recherche d'un loyer
abordable depuis des mois et des mois, là. C'est très difficile, pour lui, de
demander à un propriétaire qui ne veut pas remplir la section G du bail de lui
fournir cette information-là parce que le locataire sait qu'il y a une dizaine,
voire des dizaines d'autres locataires qui sont intéressés par ce logement-là.
Donc, il n'est pas dans une position de force pour demander ces informations-là,
et un registre des baux permettrait d'avoir une transparence de l'information,
et qui dit plus de transparence dit davantage de confiance entre les locataires
et les propriétaires.
J'imagine, M. le Président, il me reste
30 secondes, une minute, quelque chose comme ça?
Le Président (M. Schneeberger) : C'est
pas mal écoulé. Alors, à moins que vous avez...
M. Lessard-Blais (Pierre) : C'est
écoulé? Un grand merci. On est très heureux d'être avec vous et on est ouverts
aux échanges.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
Alors, on va débuter avec une période d'échange avec Mme la ministre. Mme la
ministre, vous avez 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Bonjour,
bonjour. Merci de prendre le temps, là, à cette heure-ci. On aurait aimé ça
vous avoir avec nous. On n'aurait pas eu d'enjeu technique, mais, bon, merci
d'être là. Mémoire étoffé aussi.
Alors, je vais vous poser quelques
questions, une en particulier où vous mentionnez qu'on devrait avoir des suivis
plus rigoureux dans le contexte de reprise de logement et d'éviction afin de
contrer des tactiques frauduleuses ou malveillantes pour contourner la loi et
reprendre le logement. Donc, je me demandais si les modifications qui sont
proposées actuellement, c'est-à-dire de changer le fardeau de la preuve puis de
le mettre sur le dos du propriétaire, ensuite de ça de présumer de... la
présomption de bonne foi qui disparaît, puis, si le propriétaire décide de ne
pas aller de l'avant avec des travaux qui étaient la raison pour laquelle il
reprenait le logement, est-ce que vous ne trouvez pas que ça, ça vient viser
ces mesures-là?
M. Lessard-Blais (Pierre) : Oui,
c'est un pas... c'est définitivement un pas dans la bonne direction. En fait,
Mme la ministre, nous croyons toutefois qu'assurer un détail dans les travaux
envisagés est important aussi. Ce qu'on réalise souvent dans nos communautés,
c'est que le propriétaire n'étant pas obligé de fournir en détail les
interventions... Certains le font de bonne foi, puis nous, on part avec... en a
priori que la grande majorité sont de bonne foi, mais, juste en tant que maires
d'arrondissement, là, assez régulièrement, on se fait interpeler, où est-ce que
les gens jouent sur les mots, jouent sur... Donc, du moment que le propriétaire
est obligé de détailler... Par exemple, je donne un cas que j'ai reçu cette
semaine, là, ils se font dire... les locataires se font dire : Ah! ça va
être pour la famille qu'on va agrandir. Donc, on veut agrandir le logement pour
intégrer la famille, on manque d'espace, mais là, après ça, une fois que la
rénoviction est faite, c'est très difficile pour le locataire de revenir s'il
n'a pas les informations nécessaires au TAL. Donc, c'est dans ce sens-là que va
notre recommandation.
Mme Duranceau : OK, mais
là le changement qui est proposé, c'est de faire en sorte que, quand il y a une
demande qui est introduite au TAL, dans un contexte comme celui-là, ça va être
au propriétaire de démontrer que toute son histoire était vraie. Alors, la
preuve, elle n'a plus à être fournie par le locataire. Ça fait que je pense
qu'on vient couvrir, là... à moins que je ne comprenne pas bien, là, mais je
pense qu'on vient couvrir ce à quoi vous faites allusion.
M. Lessard-Blais (Pierre) : C'est
ce qu'on espère. Dans ce sens-là, on... Notre intervention, dans le sens, c'est...
on veut s'assurer que l'intention du propriétaire soit la plus claire possible
et qu'elle soit partagée aux locataires avant le processus d'éviction, en fait,
et non pas seulement en aval, lorsqu'il y a un conflit au TAL. On doit aussi <garder
en tête...
M. Lessard-Blais (Pierre) :
...et non pas seulement en aval, lorsqu'il y a un conflit. On doit
aussi >garder en tête que plusieurs... Souvent, ce qui arrive dans les
processus de rénoviction, Mme la ministre, là... Mon ancien voisin, c'est ça,
là, c'est un propriétaire qui a mal entretenu son bâtiment pendant très
longtemps. Il n'a pas investi. Il a gardé le local... le logement pas cher.
Donc là, c'est un peu un problème, le logement est anormalement bas, mais là,
après ça, quand le propriétaire vend, le nouveau propriétaire fait une
rénoviction, il double le prix, mais souvent la personne qui vivait dans le
logement vraiment pas cher n'a pas les ressources pour ensuite faire le suivi
en aval de... après avoir été rénovincé, puis il a toute... parce qu'il a toute
sa vie à reconstruire dans une nouvelle ville, généralement. Donc, une
intervention en amont, détaillée, donne... renforcerait, selon nous,
l'application, là, de la réglementation.
Mme Duranceau : Puis
vous ne pensez pas, en fait, que la ville qui va émettre un permis dans ce
contexte-là n'est pas dans une bonne position pour peut-être faire un suivi
là-dessus?
M. Lessard-Blais (Pierre) : Ça
devient extrêmement complexe, en fait, parce qu'on arrive dans des situations
un peu comme la situation du Airbnb, là. Puis, je tiens à souligner, on a une
superbelle collaboration entre les villes puis votre ministère là-dessus, là,
puis vous avez pris des bonnes décisions sur le Airbnb. Bien, sur le partage
d'information en lien avec le TAL, des fois, quand c'est la ville qui le fait
par rapport au gouvernement, l'échange d'information est un peu plus ardu, en
fait, c'est de la même... C'est un petit peu de la même façon, là, que ce pour
quoi c'est des inspecteurs du ministère des Finances qui appliquent la
réglementation du Airbnb, parce que le transfert d'information est beaucoup
plus fluide dans ce temps-là.
Mme Duranceau : OK, bien,
puis je tiens à mentionner, là, que, quand il y a des travaux majeurs qui sont
faits, ce n'est pas une éviction, ça, c'est... On demande au locataire de
sortir de manière temporaire. Clairement, les choses sont expliquées, parce que
le locataire revient dans le logement, là, après une période de trois mois, là,
je pense, c'est ça, le délai.
Je vais vous amener maintenant sur le
registre des loyers dont on a abondamment parlé aujourd'hui. Il y avait un
projet de mettre en place un registre des loyers. On essaie, en tout cas, de
suggérer au gouvernement de s'occuper de ça, mais l'enjeu ou, en tout cas, le
marché qui est très serré, c'est vrai dans toutes les régions, mais
principalement à Montréal, là, et ses... et sa périphérie. Donc, il n'y aurait
pas lieu que le projet que vous aviez en lien avec un registre des loyers, vous
le mettiez de l'avant? Est-ce que vous pensez que c'est ça, la solution?
M. Lessard-Blais (Pierre) : J'imagine
que vous suivez, Mme la ministre, là, les travaux de l'UMQ dans le contexte de
la fiscalité municipale. Nous, on est très proactifs, là, les municipalités,
pour... Ça fait des années qu'on dit que la crise de l'habitation est là puis
qu'on met en place, soit à la ville de Montréal, soit à la CMM, des plans, des
stratégies, tout ça, mais on a... il y a aussi une limite pour les
municipalités d'intervenir dans des champs de compétence qui sont clairement
provinciaux, en fait. Je pense que, par exemple, on a souvent parlé, là, de... entre
Québec et Ottawa, là, le respect des champs de compétence. Par exemple, on a
beaucoup parlé des sommes en santé, qu'on voulait le respect des compétences.
Donc, je pense qu'il faut que le respect des compétences s'applique dans les
deux sens. Lorsqu'on parle d'un registre des baux, en fait, on parle
d'informations qui sont en lien avec le Tribunal administratif du logement.
• (18 h 50) •
Nous, à la ville de Montréal, on a fait un
projet qui est en lien avec les grands bâtiments, en lien avec le travail des
inspecteurs, une espèce de certification des travailleurs responsables, tout
ça. Mais donc on est constamment interpelés à en faire davantage, les
municipalités, mais la compétence demeure clairement provinciale. Donc,
cette... la proposition qui a été montée par Vivre en ville, par exemple,
démontre qu'il est possible de le faire, qu'un registre des baux soit pertinent
sans que ce soit nécessairement à grand coût, mais il faut que les informations
puissent se passer facilement entre le Tribunal administratif du logement et le
registre des baux. Selon nous, c'est <une responsabilité de Québec...
M. Lessard-Blais (Pierre) :
...facilement entre le Tribunal administratif du logement et le
registre des baux. Selon nous, c'est >une responsabilité de Québec.
Mme Duranceau : Bon, ça,
on pourrait en débattre, j'imagine, mais, justement, concernant le registre des
loyers, vous ne pensez pas que d'avoir un registre comme ça puis de savoir que
ton voisin charge x pour son logement, ça ne sera pas comme un incitatif de
dire : Heille! Il faut que je me réajuste puis qu'à l'intérieur des
limites, là, bien, ça ne va pas pousser à la hausse les loyers de l'immeuble
voisin?
M. Lessard-Blais (Pierre) : Nous,
on voit beaucoup ça avec... Je veux dire, les gens, ils se parlent déjà, là. Je
veux dire, il y a des groupes qui existent sur Internet où est-ce que le monde
s'échange des trucs pour plus facilement évincer des locataires. Donc, le
partage d'information, là, il se fait déjà. On considère que le registre des
baux, c'est une mesure de transparence. On le sait, puis moi, j'en suis, là, il
y a parfois un discours qui est négatif par rapport aux propriétaires
d'habitations, et, nous, ce qu'on croit, là, c'est que la grande majorité des
propriétaires qui ont des logements prennent leurs responsabilités et sont
responsables et honnêtes par rapport à leurs locataires.
Cela dit, il y a des contrevenants, et,
sans registre des baux, c'est très difficile d'intercepter les manoeuvres
illégales. Je ferais un peu un parallèle avec la sécurité autour des écoles. On
peut placer un policier une fois de temps en temps pour être sûr que le
30 kilomètres-heure soit respecté, mais, si on met un photoradar, on va
tous les pogner. Donc, avec le registre des baux, là, c'est ça, on va s'assurer
que chacun des contrevenants soit épinglé et respecte la réglementation qui est
actuellement en œuvre. Donc, ce n'est pas plus contraignant pour les
propriétaires qui, actuellement, respectent la loi, mais ceux qui ne la respectent
pas, ça va créer beaucoup plus de pression chez eux.
Mme Duranceau : Oui,
c'est ça, j'ai l'impression que c'est une mesure... Tu sais, ce que j'entends,
c'est que, dans la très grande majorité des cas, sinon la quasi-totalité, là,
des cas, les locataires et les locateurs s'entendent, puis tout le monde est
content, mais on a un 10 % de cas qui se retrouvent dans les journaux,
puis dont on parle abondamment, puis que... c'est ça, là, qu'on veut... pour ce
petit pourcentage là, là, on veut créer une grosse affaire où tout le monde va
devoir divulguer son information. Je ne sais pas, je trouve ça envahissant,
non, comme mesure?
M. Lessard-Blais (Pierre) : Bien,
je vous entends. La transparence va créer la confiance dans ce dossier-là. La
confiance, malheureusement, dans le contexte de crise actuelle, là, elle est un
peu brisée. Est-ce que c'est 1 % des problèmes, 10 %, 25 %? Vous
et moi, on n'a pas cette réponse-là. La transparence va permettre cet... un
renforcement de la confiance. Je pense à, entre autres, une des réglementations
du gouvernement du Québec où est-ce qu'on a mis de l'avant davantage de
transparence pour renforcer le sentiment de confiance. Bien, entre autres, il y
a le registre du lobbyisme du Québec, où est-ce qu'on dit : Le lobbyisme
existe, il est là, mais il va être transparent. Donc, nous, on pense que le
sentiment de confiance... Puis, on l'a vu, il y a beaucoup de manifestations.
Le sentiment de confiance, malheureusement, nous, on... je vais parler en mon
nom puisque je ne fais pas partie du mémoire de la CMM, mais je crois qu'il est
brisé et que davantage de transparence renforcerait la confiance.
Mme Duranceau : Oui, je
pense que ça dépend des messages véhiculés. Si les messages positifs étaient
véhiculés, peut-être que la confiance serait plus là, là, mais ça, encore une
fois, c'est un sujet qu'on pourrait traiter à l'extérieur de cette salle.
M. Lessard-Blais (Pierre) : On
est en politique. C'est rare que les bonnes nouvelles sortent, là.
Mme Duranceau : Bien, c'est
ça, c'est un autre sujet.
M. Lessard-Blais (Pierre) : C'est
un autre sujet.
Mme Duranceau : Alors,
bien, je vais vous amener sur quelque chose de porteur, peut-être, ici, là, à
mon sens. Vous parlez de la Corvée-habitation qui avait été mise en place, je
pense, dans les années 80. Qu'est-ce que vous pensez? Donnez-moi donc les
idées que vous aviez en tête pour une version 2023-2030, là, de cette Corvée-habitation.
M. Lessard-Blais (Pierre) : Oui,
peut-être que M. Pineault ou M. Rivet, qui ont fouillé un peu cette
question-là, voudraient se lancer? M. Pineault.
M. Pineault (Stéphane) : Oui,
écoutez, Mme la ministre, effectivement, l'idée ici n'est pas de répliquer Corvée-habitation
comme dans les années 80. Le contexte était évidemment un peu différent.
Je pense qu'à l'époque ça portait surtout sur une aide pour faire face aux
hausses de taux d'intérêt. On fait effectivement un peu face à la même
situation, mais il y a d'autres enjeux, comme la pénurie de la main-d'oeuvre,
l'augmentation des coûts de construction, etc., qui devraient être... auxquels <on
devrait s'attaquer...
M. Pineault (Stéphane) :
...
l'augmentation
des coûts de construction, etc., qui devraient être... auxquels >on
devrait s'attaquer.
Donc, l'idée, je pense, ici, qu'on essaie
de véhiculer, c'est d'avoir un chantier, une corvée nationale, là, où le
gouvernement du Québec, les municipalités, tout le monde met la main à la
tâche, puis on va de l'avant pour essayer vraiment d'accélérer puis d'augmenter
l'offre de logements, parce que, comme on le disait tantôt, on aurait besoin, là,
d'ici 2030, d'au moins 50 000 unités par année, on va en faire... de
plus, et, cette année, on est à 12 000.
Écoutez, Mme la ministre, c'est très
inquiétant. C'est très inquiétant pour nos enfants, là, qui, un jour, on l'espère,
vont pouvoir aussi accéder à la propriété. C'est inquiétant pour les gens les
plus démunis. C'est inquiétant, aussi, le phénomène de l'itinérance, là, qui a
été abordé la semaine dernière. Donc, je pense qu'on a une obligation, comme
société, de faire face à ce défi-là et de trouver les moyens d'accélérer d'une
façon importante la construction. Donc, Corvée-habitation, c'était pour faire image.
Je pense qu'on est capable, en 2023, de trouver une opération, une formule qui
va être une corvée comme à l'époque, là. Je pense que ça évoque quelque chose
aux oreilles des Québécois.
Mme Duranceau : ... de recommandations
spécifiques, là, à discuter ultérieurement.
M. Pineault (Stéphane) : Bien,
comme je vous le disais, on commence à avoir bien documenté, quand même, les
problèmes auxquels on fait face, là, donc augmentation des taux d'intérêt, les
gens qui commencent à avoir de la difficulté à payer leur hypothèque, pénurie
de main-d'œuvre dans le secteur de la construction, augmentation... Donc, c'est
des éléments. Le gouvernement du Canada a annoncé une mesure, là, d'abolition de
la TPS la semaine dernière, c'est un exemple. Ça semble avoir été reçu plutôt
froidement du côté du gouvernement du Québec. Je pense qu'il faut regarder les
leviers qui vont nous permettre, de façon spécifique, de faire face à cette
crise-là, mais on est... Tout le monde, je pense, très sérieusement, on doit se
dire... On sait très bien qu'on ne pourra pas rétablir l'équilibre d'ici 2030,
ça va être très difficile, mais il faut qu'on mette en place des... Rapidement,
il faut qu'on redouble d'ardeur, là, pour aller de l'avant parce que, pendant
ce temps-là, il y a des gens qui souffrent pour de vrai.
Mme Duranceau : OK.
Ensuite, je vais vous amener sur le zonage locatif et le zonage différencié.
Donc, j'aimerais vous entendre puis comprendre ce qui n'est pas suffisant, dans
votre perception, là, vis-à-vis ce qui est déjà prévu par la LAU puis par ce
que le PL n° 16 a changé à cet égard-là, donc, en
quelques mots, là, si vous êtes capable de... puis on pourra les laisser finir
sur la question.
M. Lessard-Blais (Pierre) :
M. Pineault ou M. Rivet?
M. Pineault (Stéphane) : Oui,
je vais vous parler de... Je pense, l'objectif qui est recherché ultimement,
là... Puis je vous avoue très candidement que j'ai parlé avec plusieurs
journalistes, là, puis ça ne me semble pas évident, effectivement, que
l'amendement qui a été mis dans le PL n° 16 ne
permettrait pas d'atteindre l'objectif qui est recherché, mais l'objectif est
le suivant, c'est que les villes puissent adopter un règlement qui permettrait
de donner une bonification, par exemple, en matière de densité, pour des
projets qui seraient réalisés par des OBNL, qui offriraient du logement social
ou abordable. Donc, c'est l'idée de base. Donc, si on est dans une zone où on
permet cinq étages, là, c'est un exemple pour illustrer, bien, que, si c'est un
OBNL d'habitation qui arrive, bien, on lui permettrait de faire sept ou huit
étages, évidemment, s'il y a une acceptabilité sociale. Donc, c'est l'idée,
c'est de pouvoir permettre ça. Donc, est-ce que l'amendement qui a été mis dans
le PL n° 16...
• (19 heures) •
Le Président (M. Schneeberger) :
Rapidement.
M. Pineault (Stéphane) :
...du zonage incitatif, le permettrait? C'est à explorer, mais, je pense, c'est
l'objectif que plusieurs villes recherchent, c'est de pouvoir aider la
construction et une densification douce pour le logement social et abordable.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous avons dépassé légèrement. Alors, nous allons maintenant
du côté de l'opposition officielle, et, Mme la députée de Mille-Îles, vous avez
12 min 23 s.
Mme Dufour : Merci, M.
le Président. Merci, messieurs, pour votre présentation. Je vais continuer sur
le sujet que la ministre discutait avec vous, le zonage locatif incitatif et différencié
aussi.
Donc, premièrement, ma question, ça
concerne le zonage locatif. À ma connaissance, il est déjà possible, pour une
ville, d'empêcher les conversions de logements locatifs en condominiums en
passant une résolution. Du moins, moi, précédemment, dans ma vie antérieure,
j'étais à la ville de Laval, et on le faisait à tous les ans. Donc, tous les
ans que j'ai été là, on l'a fait. Donc, pourquoi mettre en place un zonage
locatif, quelque chose qu'on peut faire déjà autrement?
M. Lessard-Blais (Pierre) : Sur
cet... légalement, on a étudié cette question-là, à la CMM, et je ne suis pas
sûr d'avoir la même information que vous, Mme la députée. Donc, je ne sais pas
si... parce que je sais que c'est légal, dans certaines provinces canadiennes,
d'imposer une <catégorie...
>
19 h (version révisée)
<
M. Lessard-Blais (Pierre)T :
...donc, je ne sais pas si... parce que je sais que c'est légal,
dans certaines provinces canadiennes, d'imposer une >catégorie soit du
locatif, soit du condo, sur le sol, mais, selon les informations que j'avais, ça
ne l'était pas, donc, je ne sais pas... ça ne l'était pas au Québec. Donc, je
ne sais pas si M. Pineault ou M. Rivet a un complément d'information
là-dessus. Mais ce que je dirais, toutefois, là, sur le différencier, là, ce qu'il
faut faire attention, c'est que le zonage, c'est sensible, particulièrement
dans des contextes de densification. Donc, si on a un secteur où est-ce qu'on a
planifié un zonage de quatre étages, mais que, si on se dit : OK, mais,
advenant que c'est du social, on permet du six étages ou du huit étages, ce qui
est fort... ce qui est possible, ce qu'on doit prévoir, là, c'est une
mobilisation forte du voisinage, parce que, généralement, de la densification,
lorsqu'il y a une grosse différence avec le voisinage actuel, mais ce que ça
peut créer, c'est une mobilisation de «not in my backyard», là, le fameux
NIMBY, ça, on peut le voir souvent. Donc, c'est quelque chose qui est
intéressant, le différencier, mais, dans l'application de nos règlements de
zonage, ça peut être très complexe.
Je ne sais pas si mes collègues, M. Pineault
ou M. Rivet, ont... sur l'élément légal que c'est possible de forcer le
locatif. M. Pineault.
Mme Dufour : Non, en
fait, en fait, précision, là, c'est possible d'empêcher la conversion vers des
condominiums du locatif vers, pas forcer le locatif, mais plutôt empêcher la
conversion.
M. Rivet (Philippe) : Oui,
oui, je pense que c'est dans cet esprit-là, effectivement, là, le zonage
locatif. On est dans pouvoir favoriser du développement locatif dans certains
secteurs, donc, priorisés, ce qui est effectivement différent de l'inverse, là,
de ne pas transférer du logement locatif en condo. Ça fait que c'est, dans
cette optique-là, de favoriser par une autre mesure le logement locatif,
notamment dans un cadre... dans un contexte où les taux d'inoccupation sont
très, très bas. Puis, nous, sur le territoire de la CMM, les... par exemple,
dans les couronnes, mais les taux d'inoccupation sont bas partout. Mais on a
des secteurs, dans les couronnes, que c'est en bas de 0,5 % depuis des
années.
Donc, c'est une des mesures qui pourrait
être ajoutée, là, au bouquet de mesures pour favoriser, dans ce cas-ci, le
logement locatif en particulier.
Mme Dufour : OK. Je
voudrais peut-être vous entendre sur votre demande concernant le zonage
incitatif, de l'élargir pour que les municipalités puissent exiger une
contribution financière, une cession de terrains ou un immeuble de logements
abordables. On l'a adopté... il y a quelques mois à peine, deux, trois mois, le
projet de loi n° 16, et j'étais sous l'impression, là, que c'était quelque
chose qui était possible, d'exiger une contrepartie de logements sociaux. Donc,
j'aimerais comprendre c'est quoi qu'on souhaiterait, là, comme amendements
législatifs, exactement.
M. Lessard-Blais (Pierre) : M. Pineault.
M. Pineault (Stéphane) : Oui,
écoutez, cet élément-là, je vous avoue qu'il faudrait que je le regarde plus en
détail, c'est un élément qui a été apporté et qui m'a... que je ne maîtrise pas
bien. Donc, je préfèrerais pouvoir peut-être vous revenir avec un complément de
réponse pour cet élément spécifique là, si vous me le permettez.
Mme Dufour : Parfait. Ce
serait apprécié. Merci beaucoup.
M. Pineault (Stéphane) : Très
bien.
Mme Dufour : Je vais
peut-être vous amener sur les notions... en fait, les différents éléments qui
concernent la CMM spécifiquement puis les contributions qu'elle peut faire aux
municipalités, là, par rapport au logement social. Il y en a plusieurs, il y a
plusieurs points. Il y en a un qui est déjà prévu dans le projet de loi, puis
je comprends qu'il y en a deux autres qui ne sont pas prévus, puis vous
souhaiteriez qu'ils soient inclus. Le premier, c'est celui qu'on dit que, c'est
à la page 8, là, la notion, dans le fond, d'habitation, c'est la
contribution en logement social. On voudrait que ça puisse aller vers... plutôt
de l'habitation. Et là, moi, je vous avoue que j'ai soulevé, à quelques
reprises, une inquiétude par rapport à cette disposition-là particulièrement,
et vous le soulevez vous-même en disant que «le nouveau pouvoir devrait être
balisé par la CMM puisque, sans définition précise d'un projet d'habitation,
cela ouvre un large éventail de possibilités», et c'était ma crainte.
Et donc je voudrais vous entendre sur l'idée
que ça pourrait être balisé, et qu'on parle de logement social abordable,
communautaire, OBNL, mais qu'on le précise un peu plus, parce qu'habitation, c'est
très, très, très large, et puis ce qu'on voudrait éviter, c'est que ça
vienne... dans le fond, des fonds publics viennent financer du logement privé,
là.
M. Lessard-Blais (Pierre) : En
effet, il faut faire attention par rapport à ça, c'est... Toutefois, là, on
voit de plus en plus de projets dont le financement excède <le 15 %
traditionnel...
Mme Dufour :
...que
ça vienne... dans le fond, des fonds publics viennent financer du logement
privé, là.
M. Lessard-Blais (Pierre) :
En effet, il faut faire attention par rapport à ça, c'est... Toutefois,
là, on voit de plus en plus de projets dont le financement excède >le
15 % traditionnel. Les montages financiers ne balancent plus pour
plusieurs, plusieurs projets, pour toutes les raisons que vous connaissez déjà.
Donc, on demande une plus grande flexibilité à la CMM pour pouvoir octroyer des
fonds aux municipalités. Mais c'est certain que, du moment que la CMM va avoir
cet outil-là, il va falloir qu'on le balise très bien, parce qu'il y a une
possibilité de pente glissante aussi. Et c'est aussi la résultante d'une
situation où est-ce que, par exemple, en logement social, tu as l'augmentation
des prix de construction, et les programmes souvent offrent le même montant par
porte depuis des années. Donc, les... le financement qu'on reçoit, par exemple,
via l'ancien programme AccèsLogis, ne suivait pas l'augmentation de
l'inflation.
Donc, on essaie d'en faire davantage,
d'être plus flexible, tout en étant prudent sur les modalités, parce qu'on sait
que ça pourrait être une certaine pente glissante, en fait, là.
Mme Dufour : Oui. Donc,
est-ce que je comprends que vous seriez ouverts à ce qu'on précise un peu plus habitation,
qu'on élargisse au-delà de logement social, mais qu'on précise social,
abordable et communautaire? Est-ce que ça, c'est quelque chose qui permettrait
à la CMM d'arriver au même objectif?
M. Lessard-Blais (Pierre) : Au
niveau légal, peut-être, je laisserais mes collègues, M. Pineault, M. Rivet.
M. Pineault (Stéphane) : Mais
c'est clair, là, que pour les élus à la Communauté métropolitaine de Montréal,
la priorité, pour ce qui concerne le financement, c'est le logement social et
communautaire. Ça, il n'y a pas de doute que le partage, la péréquation
métropolitaine qui se fait au niveau des 82 villes, c'est le logement
social et communautaire. Il y avait deux préoccupations, là, c'est que là on
a...
Actuellement, on assiste à une
multiplication des modèles et des formules de réalisation de logement social et
communautaire. On l'a vu avec les fonds fiscalisés Desjardins FTQ. Ça, il y
avait une petite embûche dans la loi qui faisait en sorte que ce n'était pas
évident que la CMM pouvait rembourser la contribution de base des villes dans
des programmes de cette nature-là. On a trouvé une façon de contourner ce
problème-là. Mais, maintenant, dans le projet de loi, ce qui est...
l'amendement qui est proposé vise à faire en sorte que, si jamais il y a
d'autres fonds fiscalisés qui sont mis en place, on va pouvoir le rembourser,
la question ne se posera plus. Ça, c'était la première préoccupation.
La deuxième préoccupation, c'est celle de
ce qu'on appelle les subventions additionnelles ou les contributions
supplémentaires qui se rajoutent à la contribution de base. Traditionnellement,
la CMM, on ne remboursait que la contribution de base. Dans le programme
AccèsLogis, c'était le 15 %. Toute contribution additionnelle qui,
malheureusement, est devenue nécessaire avec les années à cause du
sous-financement et de l'inadéquation des coûts maximaux admissibles aux fins
de réalisation, tout ce financement supplémentaire là était à la charge des
villes, il ne pouvait pas être partagé entre les 82 villes de la CMM.
Là, ce qu'on demande, c'est que toute
subvention additionnelle, tel que c'est prévu dans le PHAQ, notamment pour les
terrains, on pourrait aussi rembourser cette subvention additionnelle là, donc.
Mais ce qu'on dit, là, puis le libellé dans notre mémoire, ce qu'on dit, c'est
qu'on voudrait que cette subvention additionnelle là, évidemment, le conseil de
la CMM puisse la baliser en adoptant les paramètres, là, qui seront... qui
feront partie d'un éventuel règlement à cet égard-là.
• (19 h 10) •
Mme Dufour : Parfait.
Puis, il y avait aussi le Fonds du logement social que vous mentionniez, qui,
actuellement, là, vous aimeriez qu'il puisse s'élargir aussi, là. Ça, c'était à
la page 10, oui, voilà, que, selon vous, là, ça ne pourrait pas... Vous ne
pourriez pas légalement utiliser le Fonds du logement social pour les projets
que vous parliez, justement. Donc, la Loi sur la SHQ devrait être modifiée.
M. Pineault (Stéphane) : C'est...
Bien, en fait, ça, c'est un peu la même idée de ce dont je viens de vous
entretenir. L'important ici, c'est de s'assurer qu'il y a une concordance entre
la Loi sur la SHQ puis la Loi sur la CMM.
Mme Dufour : OK. Puis
là, présentement, ce n'est pas complet, dans le fond, la proposition du PL n° 31 n'est pas complète là-dessus.
M. Pineault (Stéphane) : En
particulier pour les contributions additionnelles.
Mme Dufour : Parfait. Je
voudrais peut-être entendre — oui, c'est ça, ça va être ma dernière
intervention — sur les incitatifs à la rénovation. Vous parlez, là,
de... que c'est souvent... c'est ça, la rénovation est souvent associée à des
hausses importantes de loyer, puis que vous croyez qu'il faudrait offrir des
incitatifs financiers suffisants à la rénovation, dont bonifier l'enveloppe
budgétaire pour Rénovation Québec, hausser les crédits d'impôt.
Est-ce que... Dans le fond, est-ce qu'il y
a d'autres éléments? Est-ce que... Par exemple, un des enjeux, c'est souvent le
temps de récupérer aussi les rénovations, le coût des rénovations <dans
les loyers...
Mme Dufour :
...dans
le fond, est-ce qu'il y a d'autres éléments? Est-ce que... Par exemple, un des
enjeux, c'est souvent le temps de récupérer aussi les rénovations, le coût des
rénovations >dans les loyers. Là, ici, on parle, tu sais, d'un programme,
Rénovation Québec, mais, au-delà de ça, est-ce qu'il y aurait, selon vous, là,
une possibilité de voir autrement pour récupérer les...
M. Lessard-Blais (Pierre) : M. Pineault?
M. Rivet?
M. Rivet (Philippe) : Bien,
moi, je peux peut-être juste... Dans le mémoire, on parlait en particulier du
nouveau Programme de rénovation HLM. Pour ce point-là, on voulait vous
mentionner que, bon, au départ, on avait certains questionnements quant à la
possibilité pour la CMM de rembourser les contributions de base pour ce
programme-là. Depuis le dépôt de notre mémoire, on a reçu des avis juridiques
qui vont dans le sens que la CMM pourra... pourra, là, finalement, contribuer
au remboursement des contributions de base des municipalités. Donc, de ce
côté-là, c'est réglé, en fait.
Puis nous, on voit ça évidemment d'un bon
oeil, là, ce nouveau programme là qui va pouvoir vraiment contribuer
directement à la rénovation des HLM, surtout dans un contexte où les conventions,
là, avec les HLM, sont en... se terminent de plus en plus, donc, ça vient
prendre le relais. Donc, de ce côté-là, notre demande en tant que telle, là, n'est
plus à propos.
Mme Dufour : OK. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition. Alors,
pour la dernière intervention de la journée, M. le député de Laurier-Dorion,
vous avez 4 min 8 s.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Bonsoir, messieurs. Écoutez, je veux vous poser la même
question que j'ai posée aux représentants de la Fédération étudiante collégiale
du Québec, là : Que va-t-il arriver aux locataires qui n'auront plus accès
à une cession de bail, là? Que va-t-il arriver à la famille, dont vous avez
évoqué tantôt, là, avec des enfants, que va-t-il arriver à la personne seule
d'un certain âge qui travaille au salaire minimum, qui ne pourront plus avoir
une cession de bail, là?
M. Lessard-Blais (Pierre) : Bien,
ce qui arrive, en général, c'est que les gens ne sont pas capables de se
reloger non seulement dans leur quartier, mais parfois même dans leur ville.
Donc, un cas spécifique, là, que j'ai connu, puis que ça m'a touché, parce que
c'étaient des anciens voisins que j'aimais beaucoup, c'étaient des gens dont la
femme avait des enjeux de santé physique, de mobilité, donc, elle avait un
soutien communautaire, elle avait de l'aide, elle avait un voisinage qu'elle
connaissait depuis des décennies, en fait. Donc, tout un réseau d'entraide,
soit social, communautaire, familial, qui était là. C'étaient aussi des gens
qui étaient très impliqués dans leur communauté.
Une fois qu'ils ont quitté leur logement,
eh bien, ils ont perdu tout leur réseau, leur réseau d'entraide communautaire,
social, familial, parce qu'ils sont allés sur la Rive-Sud, en fait, donc, c'est
toute une désorganisation. Ils payaient plus cher, parce que, maintenant, la
crise de l'habitation, ce n'était pas juste à Montréal, c'est partout dans la
CMM et partout au Québec. Donc, ils payaient plus cher, moins de services, plus
dépendants à l'automobile. Donc, c'est vraiment un impact sur la qualité de vie
qui est immense.
Et, par exemple, souvent, quand on pense à
l'itinérant qu'on doit loger en logement social, bien, on doit garder en tête
le coût total de la non-intervention de l'État... Peut-être que le logement
social va coûter cher à la porte, mais l'économie que l'État en fait, en termes
d'intervention sociale, en termes de surdose, en termes de santé mentale, est,
selon nous, substantive, là, en termes d'économie. Donc, cet investissement-là
mérite d'être fait.
M. Fontecilla : J'ai
combien de temps, monsieur...
Le Président (M. Schneeberger) : ...presque
deux minutes.
M. Fontecilla : Oh! une
éternité. Écoutez, il y a eu les professionnels de la construction qui sont...
qui nous ont informés qu'une bonne partie des augmentations pour des travaux
qui mènent... qui motivent souvent des évictions, entre autres, là, ça
correspond à... les augmentations de loyer correspondent au coût des travaux,
souvent, des travaux qui pourraient être, par exemple, de nature
écoénergétique, par exemple. Si on améliore les programmes de subvention, ce
qu'ils nous ont dit très clairement, là, si on améliorait de façon
substantielle le programme de subvention à la rénovation écoénergétique, à
toutes fins pratiques, les travaux ne devraient plus occasionner des hausses de
loyer. Est-ce que vous partagez cette analyse-là?
M. Lessard-Blais (Pierre) : Je
n'ai pas analysé la question spécifique des crédits subvention pour rénovation.
Je ne sais pas si mes collègues, M. Pineault, M. Rivet, ont un
élément de réponse <pour vous...
M. Fontecilla :
...est-ce
que vous partagez cette analyse-là?
M. Lessard-Blais (Pierre) :
Je n'ai pas analysé la question spécifique des crédits subvention
pour rénovation. Je ne sais pas si mes collègues, M. Pineault, M. Rivet,
ont un élément de réponse >pour vous, M. le député.
M. Pineault (Stéphane) : Non,
on n'a pas regardé cette question spécifique là.
M. Lessard-Blais (Pierre) : Désolé.
M. Fontecilla : Mais
vous proposez quand même de bonifier... de bonifier l'enveloppe budgétaire
consacrée au programme Rénovation Québec, n'est-ce pas?
M. Pineault (Stéphane) : Oui,
absolument, absolument.
M. Fontecilla : Dans
quel but vous... C'est très bien comme recommandation, mais pourquoi?
M. Pineault (Stéphane) : Oui,
bien, écoutez, je pense, ça a été abordé un peu, là, tout à l'heure, aussi par
votre collègue du Parti libéral. Effectivement, il y a des problèmes, là, ce
qu'on entend beaucoup de la part des propriétaires, c'est la difficulté de bien
entretenir leurs bâtiments sans pouvoir, par la suite, augmenter, de façon plus
substantielle, les loyers pour rencontrer les coûts qui ont été entraînés par
ces rénovations-là. Donc, je pense que, dans le contexte actuel d'inflation,
d'augmentation des taux d'intérêt, ça devient effectivement assez difficile
pour les propriétaires, là, qui ne peuvent pas toujours non plus toujours
augmenter les loyers dans une proportion qui permettrait de rembourser les
travaux, là.
Donc, ça, c'est un élément où on était
sensibles un peu à ce qu'on entendait de la part des propriétaires.
Effectivement, c'est extrêmement important d'être en mesure d'entretenir le
parc de logements, en particulier dans la région métropolitaine de Montréal, où
il y a un parc qui a besoin de rénovation. Donc, c'est dans le contexte
particulier actuel où on pense qu'effectivement il y aurait lieu de bonifier le
programme de rénovation. Bon, cela étant dit, là, quand on rajoute à ça des
éléments d'efficacité énergétique, etc., évidemment, c'est toujours des coûts
qui se rajoutent...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Pineault (Stéphane) : ...mais,
en même temps, ça fait partie des objectifs, je pense, qu'on s'est donnés
collectivement aussi. Donc, c'est dans cette perspective-là qu'on fait cette
proposition-là.
M. Fontecilla : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Eh
bien, merci beaucoup. Alors, cela met fin à nos travaux aujourd'hui. Alors,
merci beaucoup pour votre contribution.
Alors, sur ce, la commission ajourne ses
travaux à demain, mercredi 20 septembre, et... où elle reprendra ses
travaux après la période de questions... ou, plus précisément, après les avis
touchant les travaux de commission. Alors, bonne soirée à tous et aussi bonne
soirée à nos auditrices et auditeurs. Merci.
(Fin de la séance à 19 h 19)