(Onze
heures dix-huit minutes)
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant le quorum, je
déclare la séance de la Commission de l'aménagement du territoire ouverte. Je
vous souhaite la bienvenue à tout le monde. Et juste vérifier vos téléphones
cellulaires, que la... le son soit bien fermé.
Alors,
la commission est réunie aujourd'hui afin de poursuivre les consultations
particulières du projet de loi n° 31, Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière
d'habitation.
Mme la secrétaire,
est-ce que nous avons des remplaçants?
La
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Ciccone (Marquette) est
remplacé par Mme Caron (La Pinière).
Auditions (suite)
Le Président (M.
Schneeberger) : Parfait. Merci beaucoup. Alors, ce matin, nous allons
entendre la ville de Gatineau, qui sont avec
nous en visioconférence, et la Fédération des locataires d'habitations à loyer
modique du Québec.
Alors, tout de...
tout de suite, nous allons du côté de la ville de Gatineau. Alors, bonjour à
vous trois. Alors, à tour de rôle, vous présenter avec vos titres, et par la
suite vous avez un 10 minutes pour présenter votre mémoire, et on
poursuivra avec une période d'échange avec les députés. C'est à vous.
Ville de Gatineau
Mme Bélisle (France) : Merci, M. le Président.
Bonjour à tous et toutes. Mon nom est France Bélisle. Je suis la
mairesse de Gatineau.
Mme Marchand (Catherine) : Bonjour. Je suis Catherine
Marchand, directrice générale adjointe au développement durable, à la
ville de Gatineau.
M. Bisson
(Martin) : Bonjour à tous. Je suis Martin Bisson, conseiller politique
au cabinet de la mairesse France Bélisle.
Le Président (M.
Schneeberger) : ...alors, on écoute votre mémoire.
Mme Bélisle
(France) : Parfait. Alors... (panne de son) ...du temps que vous
accordez à la ville de Gatineau pour qu'on puisse vous présenter une synthèse
du mémoire qui vous a été déposé. Je vous félicite aussi, comme membres de la
commission, de vous pencher sur cette question extrêmement importante.
• (11 h 20) •
Il faut rééquilibrer
l'écosystème du logement au Québec. Il y a un lien direct entre la pénurie de
logements et les crises que vivent non seulement nos populations vulnérables,
mais aussi, de plus en plus, les gens de la classe moyenne. Il m'apparaît crucial
qu'on réalise collectivement que la participation financière des gouvernements
fédéral, provinciaux et des villes dans le logement social, ce n'est pas une
dépense mais bien un investissement. J'ai d'ailleurs la conviction que les
solutions à court, à moyen et à long terme ne passent pas uniquement par les
mains d'une seule ministre. À notre avis, le projet de loi n° 31 doit être
vu comme un point de départ. Accueillons notre responsabilité collective de
tous faire partie de la solution. Ne nous voyons pas comme des adversaires mais
bien comme des partenaires pour régler cette crise.
Comme Gatineau est
frappée durement par une crise du logement et, vous l'avez certainement vu dans
l'actualité récente, une crise aussi de l'itinérance, on vous offre aujourd'hui,
bien humblement, d'autres pistes à considérer. Nos propositions sont le fruit
de discussions nombreuses avec des partenaires du milieu communautaire,
associatif, coopératif, mais aussi les gens de l'équipe de la ville de
Gatineau, et, je vais... je vous dirais aussi, politiquement, ce qu'on a vécu
dans les programmes actuels qui ont été déployés. Les propositions qui sont
faites commandent aussi, de la part du gouvernement, l'ouverture de reconnaître
les spécificités régionales. On a formulé 15 recommandations et on les
considère, vous le comprendrez bien, toutes pertinentes. Par contre, on va
s'attarder sur certaines d'entre elles pour être dans le temps qui nous est
alloué aujourd'hui.
Avec l'arrivée de
divers programmes tant au provincial qu'au fédéral, les villes sont de plus en
plus sollicitées pour compléter les montages financiers dans le développement
du logement. À cet effet, il serait important d'intégrer des dispositions
d'aide complémentaire à la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme. Je vous réfère
donc à la recommandation n° 3 que vous voyez dans notre mémoire. La
ville de Gatineau recommande d'intégrer des dispositions
d'aide complémentaire à la loi avec l'objectif d'accélérer les appuis des
villes à des projets en logement
social et communautaire, le tout pour optimiser les processus et surtout
diminuer les délais pour les mises en chantier.
L'intégration à la loi de
dispositions d'aide complémentaire, ça peut prendre différentes formes :
des crédits de taxes, des dons de terrains, des interventions pour les
infrastructures ou encore d'autres montants en argent additionnels qui
donneraient les coudées franches aux villes pour soutenir le développement,
mais aussi ralentir le processus administratif. En fait, je devrais dire
ralentir la bureaucratie et accélérer les choses. Ça permettrait aux villes
d'éviter l'adoption de règlements discrétionnaires visant l'adoption de
programmes d'aide complémentaire. Il s'agit aussi d'une mesure qui accélérerait
les choses dans notre administration. Ça offrirait aussi une flexibilité
d'arriver avec d'autres options.
Je vous donne un exemple concret. Hier soir, au
conseil municipal, la ville de Gatineau a donné son appui à près de
886 logements dans le cadre de l'appel de projets du programme PHAQ. Si
l'ensemble des projets étaient retenus, et
j'espère bien qu'ils le seront, ça représenterait, pour la ville, en argent
sonnant, 45 millions de dollars. C'est beaucoup d'argent et
c'est difficile dans le cadre actuel de la situation financière. Faire des changements
à l'aide complémentaire, ça nous permet d'intervenir autrement.
Il faut aussi aborder l'enjeu du financement ou
du sous-financement pour la décontamination des terrains. À la recommandation 6, on propose une
bonification des enveloppes. Dans les villes qui ont un passé industriel, il y
a des terrains stratégiques qui ont un passé industriel, qui sont
lourdement contaminés, et le coût pour les décontaminer vient freiner le
développement de projets. C'est majeur et c'est une façon autre d'intervenir.
Troisièmement, il faut améliorer la mécanique
entourant la contribution fédérale du logement social et communautaire. À la recommandation 7, la
ville recommande au gouvernement de négocier avec le fédéral un programme
autoportant et structurant qui pourrait
s'inspirer du Programme de la taxe sur l'essence et de la contribution du
Québec, mieux connu sous le nom de la TECQ.
Quatrièmement, il faut modifier les mesures
fiscales en lien avec la taxe de vente du Québec. À la recommandation 10,
la ville de Gatineau recommande que le gouvernement du Québec modifie la Loi
sur la taxe de vente du Québec afin que les
projets de logements sociaux et communautaires hors marché bénéficient d'un
remboursement de TVQ à 100 %.
Enfin, à la recommandation 15, la ville de
Gatineau recommande que le gouvernement du Québec... modifie, pardon, la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme afin d'introduire le zonage différencié, qui vise à bonifier la
densification dans le cadre de projets sociaux et abordables.
J'attire votre
attention sur la recommandation 4 et 5 qui touchent le milieu
communautaire. Malheureusement, étant donné le sous-financement de
nombreux organismes au Québec, et plus spécifiquement dans notre région, je
vous rappelle que l'Assemblée nationale du Québec a voté à l'unanimité, à
l'automne, pour reconnaître qu'il y a un sous-financement en Outaouais. Ça
devient très difficile pour les organismes communautaires de lever la main et
de jouer pleinement leur rôle d'alliés sur le terrain.
Enfin, je me permets aussi de souligner la
nécessité d'exempter tous les projets de logement hors marché des processus
d'approbation référendaire, et que cette mesure soit inscrite dans la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Ce sont des projets qu'on veut voir dans notre cour.
Alors, il s'agit de notre recommandation 14.
Il faut aussi raffiner la passerelle entre les
interventions sur le terrain faites par les partenaires terrain, souvent du milieu communautaire, et l'offre de
soins structurée par le gouvernement du Québec dans le réseau de la santé
et des services sociaux.
En conclusion, M. le Président et membres de la
commission, je vous dirais que ne pas agir, c'est appauvrir le Québec, c'est mettre un frein à son
développement. Ne pas agir, c'est ne pas pouvoir loger correctement nos étudiants,
les travailleurs de demain, qui sont si importants dans un contexte de pénurie
de main-d'oeuvre. Ne pas agir, c'est refuser
de créer des conditions de succès pour les nouveaux arrivants. Ne pas agir,
c'est tourner le dos au développement et
à l'épanouissement des régions du Québec dans leur développement économique.
C'est rendre très difficiles l'attraction et la rétention de talents. Ne
pas agir, c'est fragiliser des aînés qui ont pourtant contribué à la société
québécoise toute leur vie. Agir en logement, ça doit se faire sur tous les
fronts. Agir, c'est offrir aux Québécois, peu importe leur situation, des
conditions de succès pour qu'ils contribuent pleinement à la société
québécoise.
On associe beaucoup la crise du logement à son
impact sur les plus vulnérables. Il y a un lien direct avec le social, c'est
vrai, mais on parle trop peu du frein au développement économique. Ne pas
investir en logement et créer des conditions
où les gens paient trop cher pour leur logement, c'est freiner la formation des
étudiants, qui constituent une relève pour nos entreprises et nos
institutions publiques. C'est ne pas pouvoir attirer et retenir de jeunes
talents. C'est mettre une pression immense sur des entrepreneurs actuels qui
voient leurs employés avoir de la difficulté à joindre les deux bouts, qui
viennent faire des demandes pour des hausses salariales et, s'ils ne peuvent
pas les offrir, qui voient leurs employés tourner. Et ça déstabilise nos
entreprises. Ça mine également la compétitivité du Québec à attirer des talents et de l'expertise, d'ailleurs,
parce que la disponibilité de logement est souvent un frein pour dire oui.
Merci beaucoup de m'avoir écoutée.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, merci beaucoup. Alors, nous allons
commencer une période d'échange en
commençant avec... du côté... ministériel, pardon, avec la ministre. Alors, Mme
la ministre, vous avez la parole pour 16 min 30 s.
Mme
Duranceau : Merci. Merci. Bonjour, Mme Bélisle. Bonjour à
toute l'équipe. Merci de prendre le temps de nous donner une perspective
de l'Ouest du Québec.
Mme Bélisle (France) : Merci,
Mme Duranceau.
Mme Duranceau : Alors,
je vais aller peut-être un petit peu, là, dans l'ordre de vos recommandations,
pas que je veux m'étendre indéfiniment sur la notion de cession de bail, mais
je me demandais : Avez-vous des données, vous, empiriques, là, qui vous
réconfortent dans votre position à cet égard-là? Puis je vous fais le parallèle
avec la ville de Longueuil, qui a dit : Bien, sais-tu quoi, moi, je n'ai
pas de données qui me... qui me disent que ça va améliorer la situation, puis
que ce n'est pas tant la cession de bail que le registre des loyers, là. Parce
que c'est ça, votre recommandation.
Mme Bélisle (France) : Oui. Bien, en
fait, je vais fournir une réponse, puis j'inviterais soit M. Bisson, dans mon
équipe, ou Mme Marchand à compléter, si vous le voulez bien. Il y a, au-delà de
la recommandation à laquelle vous faites référence, Mme Duranceau, une
préoccupation chez nous, parce que, bien, on a une crise du logement avec un
taux d'inoccupation de 0,8 %. On fait aussi partie des villes, au Québec,
qui connaissent une croissance fulgurante. C'est un beau problème. Ça fait donc
en sorte qu'on... Il y a beaucoup de bails dans l'univers gatinois. C'est
aussi... aussi, vous le savez très bien, on l'a mis dans le mémoire, où un
quatre et demie, ça coûte le plus cher au Québec.
Alors, pour nous, l'idée d'un registre de
loyers, c'est une façon, je dirais, respectueuse d'assurer un prix raisonnable
aux loyers, une façon aussi d'être transparent dans une ville qui, comme nous,
connaît une croissance particulière. Alors, j'inviterais, là... Je ne sais pas
si c'est M. Bisson ou M. Marchand qui... Mme Marchand, pardon, qui
pourrait compléter ma réponse.
• (11 h 30) •
Mme Marchand (Catherine) : J'ajouterais,
Mme la ministre, qu'on n'a pas de données probantes qui permettent de faire le
lien directement, mais il faut se rappeler que le logement actuel, c'est là où
on trouve le logement abordable. Les logements, à Gatineau, qui ont été
construits avant 2005, qui sont des logements locatifs, c'est là qu'il y a du
logement abordable, et donc c'est là où l'écart entre le prix de ces
logements-là, souvent occupés depuis longtemps, et le prix du nouveau
logement... l'écart est le plus grand. Donc, notre réserve de logements
abordables, elle est à l'intérieur des logements qui sont déjà occupés par des
gens, parfois, depuis plusieurs années.
Mme Duranceau : OK. Merci. Ensuite,
ça, je suis... La recommandation n° 3, j'aimerais ça
avoir plus de précisions quand vous dites : Bien, on aimerait ça que les
villes soient capables d'avoir des participations, là, au-delà de leur
participation financière. Peut-être juste préciser les bloquants puis... pour
que je sois capable de bien porter votre message, s'il y a lieu.
Mme Bélisle (France) : Martin,
est-ce que tu souhaites... Bien sûr. M. Bisson.
M. Bisson
(Martin) : En fait, Mme la ministre, c'est que ces
dispositions-là existent déjà, il y a des possibilités de le faire à l'intérieur de la Loi sur la Société
d'habitation du Québec, mais ces dispositions d'aide complémentaire là s'appliquent
spécifiquement à des programmes. Donc, il faut adopter... les villes doivent
adopter des règlements discrétionnaires, un pour, par exemple, AccèsLogis, un
autre pour le PHAQ, un autre pour les fonds fiscalisés. L'enjeu que ça représente... C'est un enjeu, pour les villes, d'adopter
à chaque fois, à chaque nouveau programme, des dispositions d'aide
complémentaire pour les différents programmes qui existent.
Il y a aussi
d'autres sources de revenus qui commencent à prendre forme pour le logement
social et communautaire. Donc,
d'inscrire à l'intérieur de la Loi
sur l'aménagement et l'urbanisme des
dispositions qui automatiseraient ces aides complémentaires là pour
éviter que ce soient des règlements discrétionnaires par les villes,
c'est-à-dire on l'inscrit dans la loi, au
même titre, par exemple, qu'on le fait pour la revitalisation des
centres-villes, il y a une durée de temps qui a été mise, je pense qu'à l'ensemble du Québec ça pourrait être
bénéfique, surtout... Je prends l'exemple de Mme la mairesse. Dans l'appel aux projets PHAQ, la ville
de Gatineau, d'ailleurs, a déposé 886 logements. Évidemment, vous comprendrez que, demain matin... Même les plus
petites villes, c'est un enjeu de sortir du capital. Donc, c'est de
l'automatiser dans le but d'accélérer les mises en chantier.
Mme
Duranceau : OK. Ça, je vous entends. C'est intéressant.
Recommandation n° 4, là, vous faites référence aux groupes de
ressources techniques. Pour moi, là, les groupes communautaires qui nous
aident, là, dans tout ça puis qui ont porté ces projets-là depuis AccèsLogis,
tu sais, c'est des entreprises d'économie sociale, là, si on veut parler avec
le jargon de 2023. Puis, que ce soit un GRT, que ce soit un OBNL, que ce soient
les offices d'habitation, c'est tout du monde qui est impliqué, puis qui
contribue, là, puis dont on a besoin. Là, de soutenir spécifiquement... Je
pense qu'il y en a qui font très bien, là, puis qui n'ont pas besoin d'aide
pour être soutenus puis pour rester en vie. Ceux qui ont actualisé leurs
pratiques puis leurs méthodes d'intervention puis de financement, bien, ils
réussissent à livrer des superbeaux projets.
Alors, qu'est-ce que vous suggérez, là, ici? Une aide spécifique pour ces
groupes-là, pour ceux qui n'ont pas actualisé leurs affaires puis qui
ont de la difficulté?
Mme Bélisle (France) : Bien, je me
permettrais un début de réponse, puis M. Bisson, qui est, au cabinet, la
personne qui traite, notamment, avec les GRT, pourrait compléter.
Vous avez raison, Mme Duranceau, l'offre
des GRT au Québec, elle est parfois asymétrique. Il y a des GRT, selon les
marchés, selon, je vous dirais aussi, la stabilité au sein même de leur
organisation, qui sont peut-être plus performants que d'autres. Et ça n'a rien
à voir avec la compétence ou le désir d'accomplir des choses. Ça a juste à
voir... Dans certaines régions, il y a plus de roulement. On le vit, nous, à
Gatineau, avec certains de nos GRT.
Alors,
y a-t-il lieu de soutenir les GRT dans une forme d'attente, de standard, de
professionnalisation des GRT? Et notre recommandation, elle est un peu dans ce
sens-là, pour venir vraiment nous donner des outils à la grandeur du
Québec pour avoir des GRT qui sont performants, parce qu'ils sont aussi
soutenus dans leur développement. Alors, M. Bisson pourrait un petit peu
compléter puisqu'il est bien au fait des défis qu'on peut avoir.
M. Bisson (Martin) : Mme la
ministre, pour les groupes de ressources techniques, un des enjeux qu'on vit à
Gatineau, c'est... puis, en fait, qui n'est pas vraiment un enjeu, mais mes
gros groupes promoteurs, mes gros groupes sociaux n'ont pas de difficulté à
faire lever des 100, des 150 portes, des 200 portes. Là où on
identifie un risque, nous, au niveau des
GRT, c'est vraiment au niveau des clientèles vulnérables. Par exemple,
l'itinérance, les déficiences intellectuelles,
c'est des plus petits groupes qui portent ces projets-là, et, souvent, les
groupes qui portent ces projets-là, ce n'est pas leur mission première
d'offrir du logement. Donc c'est des gens, par exemple... Je prends l'exemple
de la Maison des Apprentis, à Gatineau, qui va accueillir une clientèle de gens
avec des déficiences intellectuelles, qui... Ce
n'est pas dans son «core business» de faire du logement social. Lui, il pense
qu'en offrant... en ajoutant cette offre de service là pour sa
clientèle, ses usagers, ça va être bénéfique.
S'il n'y a pas de plus petit groupe de
ressources techniques qui aide ces petits organismes là à les développer, ces petits projets... C'est des petits projets.
C'est des 15... Des fois, c'est des maisons de femmes violentées, des
15 portes, des 20 portes. Il y a un ajout à garder les GRT
pour pouvoir aider ces plus petits groupes là communautaires à développer du
logement pour des clientèles très spécifiques.
On le vit, nous, dans l'Outaouais. On a un GRT
qui se spécialise dans le social. Mais un GRT, c'est un peu comme une
entreprise, à la limite. Plus tu as un volume, plus tu as des rentrées. Je
prends l'exemple de nos GRT qui font des 15, 20 portes, qui n'ont pas
nécessairement les rentrées qu'un 150 portes va donner. Ça leur cause des
enjeux. Et il y a un risque, à l'intérieur de l'écosystème social, à Gatineau,
de perdre, puis je suis convaincu que c'est dans
d'autres régions du Québec, la capacité de développer des projets pour les plus
petites clientèles ou les clientèles les plus vulnérables.
Mme Duranceau : OK. Je vous
entends. Je vous entends. Je vous entends.
Pour ce qui
est... Il n'y a pas d'enveloppe, là, au niveau de la recommandation 6, au
niveau de la décontamination de terrain. Il n'y a pas d'enveloppe
spécifique qui est dédiée aux villes pour ça. C'est ça que vous me dites.
Mme Bélisle
(France) : En fait, il y a
parfois des enveloppes de décontamination, je vais dire, dans différents
programmes gouvernementaux. Puis
Mme Marchand pourrait... puisqu'elle a une grande expérience à la ville,
pourrait le confirmer.
Mais je me
permets de vous donner un exemple. Il y a deux ans, alors que je venais d'être
élue, votre collègue, M. Girard, faisait un peu une tournée des nouveaux
maires et mairesses du Québec, puis j'abordais, avec son équipe, la question de la décontamination. Et il
disait : Tu sais, vous savez, les besoins sont tellement grands qu'on
pourrait prendre Gatineau, Québec et
Montréal, puis ces trois villes-là, à elles seules, videraient l'enveloppe.
Alors, il y a des enveloppes qui existent, mais, clairement, elles sont
insuffisantes.
On a un projet, vous êtes venue à Gatineau pour
l'annoncer, un projet, clairement, là, d'une dizaine de logis pour des familles
à risque d'itinérance à Gatineau, qu'on appelle le projet Saint-Étienne, qui
était complètement bloqué parce qu'il manquait 800 000 $ pour
décontaminer le terrain. Et ça, ça aurait fait mourir le projet. C'est la ville
de Gatineau, finalement, qui a voté une aide d'urgence pour venir sauver ce
projet-là.
Alors, vous comprenez, dans une ville comme
Gatineau, puis il y en a plein, là, des villes au passé industriel à travers le Québec, s'il faut toujours intervenir
à coups de 800 000 $ ici et là... On n'a même pas fait
d'investissement dans des portes. On est juste en train de gérer des terrains.
Alors, on a besoin d'aide. Et une meilleure intégration puis une
bonification de l'enveloppe de décontamination, ça viendrait vraiment, vraiment
nous aider.
Je dirais aussi que ça fait, à mon avis, écho à
ce qui a été déposé par Mme Laforest, d'être capables de revitaliser, de
densifier des centres-villes, d'agir là où il y a un passif environnemental.
Et, dans ce contexte-là, on devrait bonifier et... bonifier les enveloppes, les
augmenter et être capables de les associer plus directement à des projets de
logements sociaux et abordables.
Mais, Mme Marchand, si vous voulez
compléter ma réponse avec des exemples plus concrets, administratifs, je
l'apprécierais. Merci.
Mme Marchand (Catherine) : Très
sommairement, l'enjeu, c'est que les programmes gouvernementaux pour la
décontamination ne sont pas dédiés. Donc, c'est des gens qui soumettent ces
appels à projets. Et, comme le disait Mme la mairesse, ces enveloppes-là ne
sont pas capables de répondre à l'ampleur des problèmes. Donc, le fait qu'il n'y ait pas d'enveloppe dédiée pour de la
décontamination liée, par exemple, à des projets de logement abordable
ou à la construction de logements fait que tous ces projets-là sont en...
toutes ces demandes-là sont en concurrence. Et c'est, je pense, la portée de la
demande exprimée par la ville.
• (11 h 40) •
Mme Duranceau : OK.
Non, je vous entends. Puis je me souviens, dans le projet dont vous parlez,
justement, de l'enjeu. Ça fait partie des bloquants, justement, pour les
projets d'habitation. Ça fait que... OK. Ça, je vois ça.
L'autre chose... Bien, au niveau d'UTILE... On
les a rencontrés la semaine dernière, je pense. Effectivement, votre
recommandation va dans le sens de ce qu'ils proposaient. Je ne sais pas s'il y
a d'autres choses que vous vouliez ajouter à ce sujet-là. Non? OK.
Peut-être...
Je vais vous amener sur le zonage différencié versus le zonage incitatif, qui
est déjà prévu par la LAU, là, suite aux modifications qui ont été faites. Puis
ma compréhension à moi, c'est que... Pour reprendre l'expression qui m'a été
donnée, c'est comme un peu des poupées russes, puis le zonage incitatif
inclurait le zonage différencié. Ça fait que vous auriez déjà les pouvoirs pour
faire ça. Alors, si je ne comprends pas comme il faut, expliquez-le-moi.
M. Bisson
(Martin) : Bien, en fait, Mme la ministre, vous avez raison que le
zonage différencié puis le zonage incitatif peuvent être liés. L'avantage... Je
prends l'exemple de Gatineau, où on a une pénurie de terrains et où les entrepreneurs, les promoteurs
communautaires puis les promoteurs privés compétitionnent pour le même terrain.
Avoir une disposition de zonage différencié au moment de l'achat du terrain...
Parce que le zonage incitatif va nécessiter une approbation du conseil
municipal, par exemple, au travers des processus, comparativement à un zonage
différencié, qui l'automatiserait. Donc, au moment de la négociation pour un
terrain, par exemple, si un OBNL compétitionne contre le privé dans l'achat
d'un terrain, l'avantage d'être capable de faire automatiquement plus de
logements que... avec un zonage incitatif pour lequel il y a un retour au
conseil municipal leur permet d'avoir un avantage d'acquérir des terrains,
d'être plus compétitifs par rapport au privé.
Mme Duranceau :
Mais là, vous dites, vous feriez
ça «on the spot», là. Chaque fois qu'il y a une transaction, vous
pourriez, pour cette transaction donnée là, modifier le zonage.
M. Bisson
(Martin) : Non. Il serait inscrit dans les grilles de zonage,
c'est-à-dire que... Le zonage incitatif n'est pas inscrit à l'intérieur de la
grille de zonage. Mme Marchand pourrait peut-être me corriger là-dessus,
mais le zonage différencié, ce qu'il fait, c'est qu'il est inscrit dans la
grille de zonage, c'est-à-dire que, pour un OBNL, là, c'est automatique qu'il
peut faire plus de logements. Ce n'est pas au même sens que le zonage
incitatif, où il faut que ce soit propre au conseil municipal, sur des
conditions, et il y a de la négociation qui doit être faite avec la ville. Ce
que ça fait, le zonage différencié, notre compréhension, c'est que ça
automatise cette plus-value au niveau du logement abordable, donc, rend nos
OBNL plus compétitifs dans un marché où le terrain est quand même assez rare.
L'exemple de Gatineau, là, c'est particulier.
Mme Bélisle
(France) : Mme Marchand, est-ce que vous souhaitez compléter?
Mme Marchand
(Catherine) : ...
Mme Duranceau :
OK. Bon, bien, parfait. Ça me va.
Je vais passer la parole à ma collègue députée de Labelle et adjointe
parlementaire.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, députée de Labelle, vous avez la parole pour
1 min 50 s.
Mme
Jeannotte : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme la mairesse. Écoutez,
moi, je suis impressionnée par votre discours. Je vous félicite, parce que vous
avez beaucoup parlé d'horizontalité. Vous avez un beau discours qui dit qu'il
ne faut pas être adversaires puis qu'il faut être partenaires. Puis, les
efforts que fait la ville de Gatineau, je vous salue, parce que, si toutes les
villes en faisaient autant, peut-être qu'on... En tout cas, c'est ça, il faut
travailler en équipe. Ça fait que félicitations!
Puis,
l'horizontalité, on est là-dedans, hein, le Tourisme avec ma collègue, les
Affaires municipales, le Travail avec M. Boulet, qui va travailler au
niveau de la CCQ, France-Élaine. Donc, on est vraiment en équipe. Puis vous
avez raison d'en parler.
Puis moi, dans mon
comté de Labelle, là, je reconnais les mêmes suggestions que vous faites. Je le
vis dans mon comté. Donc, c'est intéressant, là. Toutes vos suggestions aussi,
un coup de chapeau à vos suggestions. C'est très intéressant.
La TECQ, qui pourrait
venir, là, aider, comme modèle, avec nos négociations avec le fédéral,
j'aimerais vous entendre là-dessus. Et puis d'ailleurs avez-vous interpelé,
tant qu'à faire, M. Trudeau, qui vous a lancé un coup de... un petit cri,
ça ne fait pas longtemps? Donc, je voudrais vous entendre sur la TECQ, s'il
vous plaît. Merci.
Mme Bélisle
(France) : Bien, M. Trudeau n'est pas loin, hein? Je faisais des
blagues que je suis prête à aller chercher un chèque pour le gouvernement du
Québec. Ça me prend 10 minutes de traverser le pont.
Peut-être que
Mme Marchand pourrait compléter, mais, je vous dirais, sur le plan
administratif et politique, la TECQ est un programme...
Le Président (M.
Schneeberger) : 15 secondes.
Mme Bélisle
(France) : ...est un programme duquel on peut s'inspirer. Je pense
que, quand on est en politique, on ne veut pas toujours réinventer la roue, et
cette possibilité-là est intéressante. Alors, Mme Marchand ou Martin, je
ne sais pas si vous voulez compléter, voir quels sont les liens, là, qu'on voit
ou le potentiel de prendre la TECQ comme un modèle qui pourrait aussi
s'appliquer en logement.
Le Président (M.
Schneeberger) : Malheureusement, on n'a plus de temps. Alors,
peut-être qu'on pourra revenir avec les oppositions là-dessus. Alors,
excusez-moi, il faut faire respecter les minutes pour tout le monde. Alors,
nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle avec la députée de Mille-Îles.
Vous avez 10 min 24 s qui vous est accordé.
Mme Dufour : Merci, M. le Président.
Alors, d'abord, merci, Mme la mairesse et les deux personnes qui vous
accompagnent, d'être présents avec nous ce matin. Je dois vous dire que j'ai
beaucoup... j'ai eu à beaucoup insister pour que vous soyez présents. Je tenais
absolument à vous entendre. Et, après plusieurs refus, heureusement, vous êtes
ici. Donc, je suis très heureuse. Et la raison pourquoi je voulais autant vous
entendre, c'est que vous êtes à proximité d'une autre province, qui a des
règles assez différentes des nôtres par rapport à la construction, et vous
vivez une réalité qui est vraiment distincte du reste du Québec. Donc, vous en
parlez dans votre mémoire. C'est fort intéressant.
Avant de rentrer dans les détails, je voudrais
juste souligner que j'apprécie d'entendre que le logement social, ce n'est pas
une dépense, mais que c'était un investissement. On l'a vu avec le sommet de
l'itinérance la semaine dernière. Donc, merci d'avoir porté ce bâton de pèlerin
là, Mme la mairesse, dans les dernières semaines.
Donc, peut-être venir avec... Justement, on a vu
l'Ontario annoncer qu'ils allaient aller dans le sens, dans le fond, du fédéral
pour leur taxe de vente sur les matériaux de construction. Et, dans votre
mémoire, vous en parlez, là, en page 11. Vous aimeriez que le Québec également,
dans le fond, modifie la Loi sur la taxe de vente du Québec pour, dans le fond, exempter les logements sociaux
et communautaires. Est-ce que vous pourriez en parler un peu plus?
Qu'est-ce que vous pensez que ça aurait comme impact chez vous?
Mme Bélisle (France) : Je vais
demander à Martin de compléter la réponse, mais merci de me poser cette
question-là. Je vais me permettre de dire quelque chose que j'ai entendu,
justement, au sommet la semaine dernière. Vous étiez présente. Quelqu'un a
dit : «One-size-fits-all fits nobody», c'est-à-dire que, si on fait du
mur-à-mur, on ne répond aux besoins de personne. Et, je veux dire, je suis
mairesse, vous êtes députés, vous êtes ministre, c'est vraiment plus simple
pour une organisation gouvernementale de faire du mur-à-mur. C'est plus facile
pour nous sur le plan administratif, mais ça
ne répond pas bien aux besoins. Et la région de l'Outaouais et de Gatineau,
elle a, oui, des spécificités régionales. Et je comprends bien que les
1 100 maires et mairesses au Québec vous diraient qu'ils sont tous spéciaux et uniques, mais, si on veut être
capables d'atteindre des résultats, il va falloir faire preuve de souplesse
et venir mettre des lunettes. Et vous avez complètement raison. Ce que Gatineau
vit dans sa situation frontalière de pression
sur le logement, de... Une couverture pour un itinérant, là, c'est une
couverture, qu'il soit l'autre côté du pont ou de ce côté-ci. Alors, ça
demande une vision comme ça.
Je vais
demander à M. Bisson, dans mon équipe, de vous parler parce qu'il est...
C'est lui qui a eu des discussions avec
les gens de l'ACQ et de l'APCHQ dans ce dossier de la construction, puis il
pourrait répondre, là, plus précisément à votre question sur les freins
que ça engendre, la situation puis la réglementation actuelles.
M. Bisson
(Martin) : Oui. Par rapport à la région, de notre proximité
avec Ottawa, autant au niveau du marché locatif privé que du marché...
le hors marché, on a... on compétitionne, Gatineau, avec les entrepreneurs
d'Ottawa, même au niveau de la
main-d'oeuvre, au niveau des talents. Donc, on a cette compétition-là. Si, par
exemple, à Gatineau... Puis souvent Gatineau, par les programmes puis
par sa proximité avec Ottawa... Je vais vous donner un exemple. La construction
à Gatineau est 17 % plus chère qu'à Montréal. Ça fait qu'on pense souvent
que le marché de Montréal, c'est où c'est le
plus cher au Québec, construire. Gatineau, c'est 17 % plus cher, puis il y
a un impact qui est directement lié avec l'Ontario.
En octroyant un crédit de taxes au niveau des...
du logement social et communautaire hors marché, ça nous permet d'être un peu plus... d'être plus
compétitifs, de baisser nos coûts, évidemment, parce qu'au final c'est... au
même titre qu'au privé, au social, communautaire, bien, c'est une
question de chiffres puis de montage financier.
Dans un exemple... Puis, même pour le marché
locatif privé, si l'Ontario adopte un crédit pour sa TVH, bien, l'impact pour
nos entrepreneurs de Gatineau, c'est qu'ils deviennent automatiquement
15 % moins compétitifs que le logement qui se construit l'autre côté de la
rivière. Je pense que d'inscrire ça, ça permet une certaine compétitivité puis,
dans la relance qu'on vit présentement, ça donne un avantage au logement social
et communautaire, c'est-à-dire que, le temps
que les taux d'intérêt descendent, il y a une possibilité pour le Québec de
mettre la pédale au fond pour le logement social et communautaire. Ça
nous donne cette opportunité-là, le temps que le marché se rééquilibre au
niveau du marché locatif privé. Donc, c'est une des avenues que nous, on
suggérait.
• (11 h 50) •
On a aussi mis dans notre mémoire le fait que,
pour le marché locatif privé, ça pourrait être intéressant de le faire aussi,
mais, dans le mémoire, ce qu'on inclut, c'est une notion de le faire dans des
axes à haut niveau de service de transport
collectif et dans des zones densifiées, justement, pour qu'à court, moyen, long
terme, bien, ça... on puisse avoir un retour sur notre... que le
gouvernement puisse avoir un retour sur son investissement.
Mme
Dufour : Merci beaucoup. Il y a aussi une autre réalité que
vos voisins vivent, c'est l'accès aux sommes du fédéral avec l'ICRL. Là, il y a eu une sortie, la semaine dernière,
du président de l'Union des
municipalités du Québec,
est-ce que... qui demandait, justement, que l'entente soit rapidement signée ou
que les villes puissent directement aller
chercher les sommes au fédéral. J'ai entendu hier, je crois que c'était hier,
la ministre qui parlait des conditions qui seraient exigées. Mais, entre
ne pas avoir l'argent et attendre versus on perd du temps, qu'est-ce que vous
en pensez? Puis est-ce
que vous... est-ce que vous voyez un impact, justement, qu'Ottawa ou... et même
Toronto vont... puissent avoir accès à cet argent-là et pas vous?
Mme Bélisle (France) : Je vais
répondre parce que la question est peut-être un petit peu plus politique. Tu sais, j'ai le goût de vous dire, là : Moi, au
final, là, ça ne me dérange pas, c'est quoi, le système, mais il peut-tu
marcher? Tu sais, on peut-tu se
parler? On peut-tu faire descendre de l'argent? Il y a quelque chose qui est
complètement aberrant de vivre une crise comme on vit en ce moment et de
savoir que cet argent-là ne descend pas sur le terrain. C'est inacceptable.
Alors, moi,
j'ai le goût de vous dire, au gouvernement du Québec et au gouvernement
fédéral : Assoyez-vous, trouvez une solution puis arrangez-vous
pour que ça fonctionne. Moi, que l'argent vienne directement aux villes ou
qu'elle transite par Québec, bien franchement, ça m'importe peu. Ce qui
m'importe, c'est qu'elle arrive le plus rapidement dans ma ville pour qu'elle
arrive le plus rapidement avec une pépine sur un terrain qui va faire du
logement pour des gens qui en ont besoin.
Mme Duranceau et moi, on a déjà eu cette
discussion-là. Moi, je vais vous dire, je fais peut-être partie des mairesses,
au Québec, qui ont des liens plus étroits avec le gouvernement fédéral à cause,
justement, de cette proximité où j'ai la chance de voir des ministres fédéraux.
Alors, je pense que tout le monde est plein de bonne volonté. Je sais que
Mme Duranceau a eu des échanges souvent avec le fédéral à cet égard-là.
J'ai le goût, un petit peu, de vous renvoyer la balle puis de dire :
Dites-moi qu'est-ce que ça prend. Si vous avez besoin d'aide, je vais aller
vous aider.
Mme Dufour : Merci. Merci pour ce...
Ça venait du coeur. On parlait aussi de la proximité de l'Ontario, là. C'était
intéressant, je trouvais. En page 12, vous parlez de la mobilité des
travailleurs de la construction. Puis ça, c'est un enjeu. Il y a une pénurie de
main-d'oeuvre dans le domaine de la construction. On parle de plus en plus, là,
d'avoir des gens issus de l'immigration dans ces domaines spécifiques là. Bien,
vous, ce que vous demandez, c'est que les 500 Québécois qui travaillent en
Ontario, donc, juste l'autre bord de la frontière, puissent venir construire chez vous. Puis actuellement ce n'est pas
possible. Donc, peut-être vous entendre un peu plus là-dessus, s'il vous plaît.
Mme Bélisle (France) : Martin,
veux-tu aborder cette question-là de la mobilité de la main-d'oeuvre?
M. Bisson (Martin) : Oui,
absolument. Il y a une entente qui existe entre le Québec, l'Ontario et
d'autres provinces de l'Atlantique, justement, pour la mobilité de la
main-d'oeuvre. Un des enjeux particuliers de Gatineau, c'est que... bien, puis
du Québec, c'est qu'il y a le système de cartes de compétence. Ce qui arrive à
Gatineau, c'est que j'ai des travailleurs
qui vont acquérir de l'expérience en Ontario, OK, qui deviennent des
charpentiers-menuisiers, des gens de métier, qui ne peuvent pas, parce
qu'ils n'ont pas de carte de compétence, venir travailler au Québec, sauf si,
par exemple, le bassin s'ouvre ou s'ils vont faire des formations
professionnelles. Ce qu'on considère qui serait avantageux pour l'Outaouais, ce
serait, justement, de décloisonner ça et de permettre à ces travailleurs-là,
sous des conditions particulières à l'Outaouais, de pouvoir intégrer le marché
de la construction à Gatineau, en Outaouais, pour, justement, là, se donner un
avantage ou une chance... une condition de succès additionnelle.
Mme Dufour : Oui. Et un des enjeux
au Québec, c'est justement la multiplication des cartes de compétence. Puis, en Ontario, il y en a beaucoup moins. Donc,
est-ce que... Dans le fond, c'est sûr qu'on voit que c'est plus efficace.
Est-ce que vous voyez des différences dans les temps de réalisation des
chantiers entre Ottawa et chez vous?
M. Bisson (Martin) : Donc, cette
question-là particulière, Mme la députée, je ne pourrais pas vous... Je ne
pourrais pas vous répondre, à savoir est-ce que c'est plus vite en Ontario ou
au Québec, là. Je pense que chacun des marchés a ses particularités. Les façons
dont les corps de métier et les inspections sont gérés d'une province à l'autre
sont trop différentes. Je ne pourrais pas me positionner là-dessus.
Mme Dufour : Parfait. Peut-être un
dernier point. Vous demandez, là, un taux d'imposition différencié pour les
OBNL, les coopératives d'habitation. Dans le fond, ce qu'on comprend, c'est
que, comme ville, vous souhaiteriez pouvoir les aider en les taxant sur un taux
différencié que le reste du résidentiel qui se compare actuellement. C'est bien
ça?
Mme Bélisle (France) : Oui. Martin,
tu peux ajouter, mais le... En fait, l'idée... C'est ce qu'on entend... Ce
qu'on entend beaucoup, c'est la capacité ou l'incapacité, parfois, à faire des
réinvestissements ou des investissements pour maintenir l'infrastructure.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
Mme Bélisle (France) : Donc, s'il y
avait une pression moindre, on fait le pari que les organismes pourraient se garder certaines réserves pour faire un
meilleur entretien, et donc offrir des logements de meilleure qualité pour les
gens.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition avec
le député de Laurier-Dorion. Vous avez 3 min 28 s.
M.
Fontecilla : Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Bélisle,
Mme Marchand et M. Bisson. Écoutez, je vais y aller tout de suite avec votre première recommandation, là, les
cessions de bail, là. Vous ne parlez pas de cession de bail. Vous parlez
de registre des loyers. Donc, on est forcés de faire, comment dire, un
raisonnement mental pour se dire que vous préférez... En fait, c'est la
question que je vous pose, là. À la lecture de votre mémoire, on dirait que
vous préférez nettement le registre des loyers à la cession de bail, là. Est-ce
que c'est ça, votre raisonnement?
Mme Bélisle
(France) : Martin, veux-tu parler du débat qu'on a eu là-dessus?
M. Bisson
(Martin) : En fait, nous, on voit le registre des loyers comme une
mesure de contrôle des loyers, mais la cession de bail comme telle, c'est entre
le locateur et le locataire. La ville de Gatineau, elle, n'est pas ni un ni
l'autre, OK? Le registre des loyers, ce qu'on trouve, c'est que c'est une
opportunité, à notre avis, d'être moins contraignants, autant pour le locataire
que le locateur, puis qui permet... Un des avantages, au-delà du contrôle du
bail, d'avoir des données en temps réel du marché, qui peut... qui, à notre
avis... Ça, c'est un des avantages, d'avoir ces données-là, pour savoir ils se
dirigent où vers le marché. Si mon parc de logements abordables a une hausse
plus significative, par exemple, que mon marché privé, bien, avec un registre
de loyers, nous, on a la prétention que ça nous permettrait puis ça permettrait
au gouvernement de pouvoir ajuster le tir en cours de route et ne pas se
retrouver devant des faits accomplis.
M. Fontecilla :
Très bien. Je vais aller sur
votre recommandation n° 5, donc, «intégrer, dans le développement
des projets d'habitation pour les clientèles vulnérables, les mises à niveau
pérennes et suffisantes de ressources humaines».
Donc, vous parlez d'une planification de besoins en santé et services sociaux.
Bon, on le sait, on a tous et toutes entendu
votre cri du coeur, Mme Bélisle, la semaine dernière, concernant
l'itinérance et la nécessité absolue de s'attaquer à cette
problématique-là. Croyez-vous que, dans l'état actuel des choses, le
développement du logement social et communautaire n'est pas assez arrimé à de
l'accompagnement, de l'assistance en termes de santé et services sociaux, en
particulier pour les populations en situation d'itinérance?
Mme Bélisle
(France) : Merci, M. le député, de me poser cette question-là. Je
reviens à ce que j'ai dit au début de mon
mémoire, où je disais que Mme Duranceau ne pourra pas, seule, porter ce
dossier. C'est l'affaire de tous et c'est l'affaire d'autres ministres
et d'autres ministères au gouvernement.
Je reviens à votre
question. Si on ne voit pas les défis de notre réseau de la santé, si on ne
voit pas les défis de notre réseau de services sociaux, si, avec nos CISSS, on
n'est pas capables de s'asseoir à la table et d'avoir des discussions
productives pour voir comment on passe de l'intervention terrain à la phase
soins, bien, on fait juste pomper des millions et on n'est pas dans une
réflexion de solutions du système. Et donc j'ai le goût de vous dire que le succès par rapport, notamment, à l'itinérance
mais aussi à d'autres personnes vulnérables et fragilisées, il repose aussi,
en grande partie, sur notre capacité de travailler en équipe sur tous les
fronts.
Le Président (M.
Schneeberger) : En terminant.
Mme Bélisle
(France) : Alors, la faiblesse ou la force d'un réseau de santé et de
services sociaux efficace a un impact direct sur les clientèles qu'on essaie
d'aider.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup pour votre réponse. Alors, nous allons maintenant du côté des Îles-de-la-Madeleine.
Alors, vous avez 2 min 38 s, M. le député.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme la mairesse, membres de votre équipe.
Je voudrais d'abord saluer la teneur puis l'approche de votre mémoire, qui
est... je qualifierais d'humaniste et d'holistique, dans la mesure où on veut
aborder les problèmes en collaboration avec les autres, mais de façon globale.
Vous parlez de santé. Vous parlez de logement. Les deux sont interreliés.
J'imagine que vous pourriez parler aussi d'environnement. Et, sous cet
angle-là, je pense que c'est une bonne façon de voir les choses.
On voit qu'il y a des
recommandations pour soutenir les projets de résidences étudiantes. On a aussi
des propositions pour soutenir les organismes communautaires. Vous avez aussi
votre rôle à jouer, le gouvernement également. Alors, moi, je trouve que
l'approche est très intéressante.
Puis, pour entrer
dans le vif du sujet, puisqu'on a peu de temps, j'aimerais savoir... On a
beaucoup parlé de cession de bail. Vous
refusez de vous prononcer là-dessus, en disant : Ce n'est pas
nécessairement l'affaire des villes. Mais, sur le registre des loyers,
vous prenez position. On est d'accord avec vous. La ministre, hier, a semblé
suggérer que ce n'était pas le travail du gouvernement mais plutôt l'affaire de
Vivre en ville ou même des villes, si elles voulaient en développer un. Quelle
est votre réaction à ce point de vue?
• (12 heures) •
Mme Bélisle
(France) : Nous, on maintient qu'un registre des loyers à portée, je
veux dire, nationale est intéressant. Il est intéressant pour les locataires.
Je pense aussi qu'il est intéressant dans la collecte de données pour le
gouvernement, autant le gouvernement du Québec que pour les villes. Je ne sais
pas quelle serait la bonne solution. Vivre en ville a fait une proposition très intéressante, que nous, on a appuyée, par
rapport à son registre. Il y a déjà des mécanismes qui existent entre le
gouvernement du Québec et les propriétaires. Je vais prendre, par exemple, le
relevé 31, que les propriétaires doivent faire et doivent fournir à leurs
locataires. Est-ce qu'il n'y a pas là une façon d'intégrer une nouvelle donnée
ou une nouvelle question qui permettrait de colliger le prix des loyers?
Alors,
je... moi, je pense que cette idée-là, elle est très intéressante pour protéger
les locataires, pour tenir aussi les locateurs imputables, mais pour
permettre aussi au gouvernement du Québec, puis là je reviens à mon discours économique,
de voir comment ça va dans l'économique de ses régions, de voir quel est le
profil ou la pression sur certaines populations et villes du Québec par rapport
à d'autres. Et ça, c'est très important. Je vous dirais, dans une région comme
Gatineau, de façon plus granulaire, et vous le voyez dans le mémoire... Je n'en
ai pas parlé ici aujourd'hui parce que vous
l'avez sous les yeux, mais on est le logement abordable d'Ottawa. On est la
ville, au Québec, où le quatre et demie coûte le plus cher, mais on est
presque 400 $ moins cher que le côté d'Ottawa. Alors, il y a une pression
immense.
Donc, ce genre de... En fait, ce registre des
loyers permettrait peut-être d'aller chercher de la donnée fine autre que
seulement propre au logement, mais pour voir et pour moduler, sur le plan
économique, qu'est-ce que ça donne dans une population.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la mairesse. Alors, merci pour votre précieuse contribution à nos travaux.
Alors, nous
allons suspendre quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre
place. Bonne journée.
Mme Bélisle (France) : Merci. Merci
à vous.
(Suspension de la séance à 12 h 03)
(Reprise à 12 h 06)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, je souhaite la bienvenue à la Fédération des
locataires d'habitations à loyer modique du Québec. Alors, bonjour à vous
quatre. Alors, dans un premier temps, peut-être juste vous présenter très
rapidement, parce que c'est à l'intérieur du 10 minutes qui vous est
consacré pour présenter votre mémoire. Alors, je vous laisse la parole.
Fédération des
locataires d'habitations à loyer
modique du Québec (FLHLMQ)
M. Dubé
(Yves) : ...je vais vous présenter les membres qui sont avec
moi. J'ai la vice-présidente, Mme Marie-France Poirier, organisatrice
communautaire, Patricia Viannay, notre trésorier, M. Lucien Dionne, et
moi-même, le président, Yves Dubé. Alors, Mme la ministre, Mmes et MM. les
députés, bonjour. Les présentations sont faites, alors je vais passer à un
petit topo de la fédération.
Alors, bien, en premier lieu, au nom de la
fédération, je tiens à vous remercier pour l'invitation à participer à cette
commission parlementaire. La fédération a toujours été une force de
proposition, et nous sommes contents de pouvoir contribuer, avec nos
commentaires, à l'avancement du droit au logement au Québec.
Il y a 30 ans, la fédération voyait le
jour, et aujourd'hui elle parle au nom de 65 000 ménages administrés
par les 149 offices d'habitation du
Québec. Elle regroupe près de 300 associations de locataires et une
centaine de comités consultatifs de résidents répartis sur tout le
territoire.
Depuis sa fondation, notre fédération se soucie
d'assurer la bonne gestion et la pérennité du parc de logements publics au Québec, notamment en favorisant l'implication des
locataires à la gestion de leur office d'habitation. La fédération est dirigée par un conseil
d'administration composé de 18 locataires représentant les différentes
régions du Québec.
D'entrée de jeu, ici, il est important pour nous
de préciser que nous n'interviendrons pas sur la modification proposée par la
ministre concernant la cession de bail et le fonctionnement du Tribunal
administratif du logement. Cependant, nous
attirons votre attention sur des sujets qui sont très importants pour la
fédération et les 65 000 familles que nous représentons :
en premier lieu, la préservation du parc immobilier HLM, un patrimoine
collectif de plus de 30 milliards de
dollars; ensuite, nous proposerons des solutions à la crise du logement grâce à
un nouveau programme HLM et à des
mesures législatives pour augmenter l'offre de logement; finalement, nous
aborderons des articles sur la gouvernance des offices.
Et, sur ces
quelques mots, je vais céder la parole à Patricia Viannay, qui va développer
davantage sur le contexte et notre amendement à l'article 19 de la
loi n° 31. Merci.
Mme Viannay (Patricia) : Merci,
Yves. Donc, en effet, nous, à la fédération, bien, vous l'avez vu à la lecture
de notre mémoire, on a choisi de se concentrer sur les articles 19 et 22,
directement en lien avec le parc HLM, la gouvernance des offices, et, je vous
dirais, en particulier l'article 19. C'est l'article, donc, qui ouvre la
possibilité, en cas d'aliénation d'un immeuble ou d'un terrain, que le produit
de cette aliénation serve à reconstruire du logement HLM ou du logement
abordable. Donc, c'est plus sur le «ou du logement abordable» qu'on
souhaiterait intervenir.
C'est sûr que
la vente de HLM, la démolition, la reconstruction, c'est encore quelque chose
qui se fait rarement. C'est déjà
possible. Ça se fait à certaines conditions. C'est encore rare. On lit aussi,
dans les programmes gouvernementaux, que ça ne
semble pas être l'intention de diminuer le nombre de logements HLM. On n'a pas
l'intention d'en vendre. On l'a bien lu. On aimerait ça le lire dans la loi
aussi. En fait, finalement, c'est ça, notre point.
• (12 h 10) •
Pourquoi on trouve que c'est important que ce
soit enchâssé dans la loi et dans l'article 19 actuellement? C'est parce que, bien, la crise du logement a fini
par nous rattraper. On ne voudrait pas que le contexte qu'on vit en ce
moment en HLM finisse aussi par nous rattraper.
Qu'est-ce que
j'entends par «le contexte HLM»? Bien, sans surprise, l'état du parc. On a
beaucoup échangé avec le gouvernement, à la fédération, sur l'état du
parc. On sait, on partage tous le fait qu'il y a d'énormes défis à relever par
les offices. On a applaudi le Programme de rénovation HLM au mois de juin. On
est rassurés que le 2,2 milliards soit consacré à ce programme-là puis on
y voit des opportunités de rénovation ou modernisation. On le voit. Mais, la réalité étant ce qu'elle est, le programme va
aussi permettre, dans des conditions particulières, de vendre ou de démolir
pour reconstruire, tu sais, puis démolir pour reconstruire... Tu sais, démolir,
c'est plus facile que reconstruire. Donc, c'est ça qu'on veut vraiment
préciser avec l'article 19.
Un autre élément du contexte qu'on ne peut pas
passer sous silence, c'est, bien, l'appétit plus ou moins grand, hein, des
administrations, des municipalités d'investir dans le logement social. Donc, on
l'a vu. Puis je n'irai pas dans les détails des exemples, mais on peut citer
des municipalités qui ont fait le choix de ne pas entretenir leurs parcs HLM et
qui ont fait le choix de vendre ensuite, une fois qu'ils étaient barricadés,
pour faire place à des condos. Dans certains cas, les locataires ont réussi à
bloquer ce mauvais projet. Dans d'autres cas, ils n'ont pas réussi. Donc, ça
pourrait être ça, tu sais, le... C'est ça, le contexte HLM qui nous dit... On
ne peut pas laisser ça ouvert : Ah oui! on va démolir, on va reconstruire
en HLM ou en logement abordable. Ce n'est pas juste une question de sémantique.
Vous savez ce qu'on pense du logement abordable,
à la Fédération des locataires de HLM. Ça ne répond pas aux mêmes besoins que
les HLM, pas juste en termes de coûts de loyer, mais aussi qui accède au
logement abordable. On a fait les vérifications. À date, le programme de
logement abordable ne prévoit pas que la partie abordable soit attribuée en
fonction des règlements d'attribution des offices. Donc, ce n'est pas les gens
qui sont sur les listes d'attente des offices qui iront dans le logement
abordable.
C'est pour ça qu'on propose une reformulation de
l'article 19 pour s'assurer que... Si c'est l'intention du gouvernement de
sauvegarder le parc, de ne perdre aucun HLM, il faut que l'article garantisse
que toute démolition entraînera une reconstruction égale ou supérieure en
logement à loyer modique, et non pas abordable, et avec l'assentiment des
locataires, parce qu'ils ont leur mot à dire. Ils sont impliqués dans la
gestion, et on veut qu'ils soient impliqués dans ces réflexions-là.
Donc, c'est vraiment le coeur de nos
changements, l'article 19. Il y a quelques éléments sur la gouvernance des
offices qu'on trouve intéressants dans le projet de loi, donc je vais laisser
M. Dionne les préciser.
M. Dionne (Lucien) : Merci, Mme
Viannay. Le premier article, l'article 20, qui réfère à l'article de la
Loi de la SHQ, 85.1, on attire votre attention sur l'énoncé suivant : «Les
dispositions de la présente section s'appliquent à un organisme d'habitation qui est un organisme sans but lucratif...»
Nous autres, on voudrait qu'on insère, après «qui est», à ce moment-là,
«ou un organisme sans but lucratif». Ça donnerait l'occasion, à ce moment-là,
d'éclaircir que la loi s'applique également à l'office d'habitation.
L'article 21, lui, concerne la période de
mise en tutelle. Alors, on est d'accord avec l'article 21 qui prescrit, à ce moment-là, de passer d'une période de trois
mois à une période de 12 mois de façon à éviter des mandats répétitifs.
L'article 22, qui concerne la période
d'inhabilité à siéger, on est d'accord pour une période de trois ans. Cet
article-là modifie l'article 85.5 de la SHQ, qui, lui, est imprécis à cet
effet. On aimerait, par contre, l'article 41 du code de déontologie des administrateurs, que... ça devrait être la même
durée aussi, de façon à demeurer cohérents entre les articles.
J'ai terminé. Je passe la parole à notre
vice-présidente.
Mme Poirier (Marie-France) : Merci,
M. Dionne. La crise du logement, la solution, c'est vraiment les HLM. Nous avons des propositions pour cette crise.
La... Voyons! La colocation entre les locataires peut... peuvent être proposée, donner le pouvoir aux offices de
construire des HLM, les moyens. C'est pourquoi on veut un nouveau programme.
En conclusion, le 80-20 pour relancer la construction, c'est un must pour
contrer et relancer. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci pour votre présentation. Nous allons débuter une période d'échange
avec... du côté ministériel avec Mme la ministre. Vous avez un
16 min 30 s.
Mme Duranceau : Parfait. Merci.
Bien, merci de vous être déplacés pour nous rencontrer. Ça ne fait pas
tellement longtemps qu'on s'est rencontrés, mais là on est précisément sur ce
sujet-là du projet de loi. Merci bien.
Je comprends vos modifications. Je trouve que
vos propositions sont très pertinentes. Puis, clairement, l'idée, ce n'est pas
de réduire le nombre de logements sociaux. Ça fait que, sur ça, je peux vous
rassurer d'emblée, je pourrais... Ça fait que, sur les modifications
techniques, là, j'ai bien compris, puis on va les analyser, puis on pourra en
reparler en temps et lieu.
Peut-être, on en a parlé brièvement quand on
s'est vus l'autre fois, mais, tout l'enjeu de colocation, j'aimerais ça qu'on
aille un peu plus dans le détail sur cette question-là, colocation à
l'intérieur des HLM, pour le bénéfice de tout le monde, puis qu'on voie comment
on peut bonifier ça, puis aussi l'impact que ça peut avoir sur les listes
d'attente, puis le respect de la liste d'attente. Ça fait que je vous écoute.
Mme
Viannay (Patricia) : Donc, le règlement actuel... Vous savez, en HLM,
bon, il y a le règlement d'attribution pour entrer dans les HLM, et le
règlement ne permet pas, actuellement, à des gens qui ne font pas partie d'une
même famille d'habiter un même logement, à moins que la personne soit reconnue
comme aidante naturelle. Mais c'est... On
parle de logement... La volonté du législateur, à l'époque, j'imagine... On
parle de logements familiaux, puis l'intention, c'était vraiment que ces
logements soient réservés à la cellule familiale.
Actuellement, ce
qu'on constate, c'est qu'il y a à peu près 10 % du parc HLM qui est en
sous-occupation. Donc, on parle quand même
de plusieurs milliers de logements. Il y a plusieurs raisons. Il y a des... Ça
dépend vraiment de la demande, évidemment, mais l'essentiel des
situations de sous-occupation qu'on retrouve, ça va être, par exemple, souvent
une femme qui va avoir élevé sa famille dans son logement en région. Pourquoi
dans les plus petits centres? Parce que c'est là où il y a... où l'offre est la
moins diversifiée, finalement. On connaît qu'il y a des immeubles, c'est
10 logements, c'est toute la même taille, ou 20 logements. C'est tous
les mêmes, le même modèle. Donc, cette personne-là, elle a le droit au maintien
dans les lieux, évidemment, elle a encore besoin de son HLM, mais l'office ne
peut pas lui offrir de logement adapté à sa taille. Elle voudrait avoir un
trois et demie, mais il n'y en a juste pas, de trois et demie, dans la région.
Donc, elle reste dans un quatre, voire dans un cinq et demie. C'est des
situations... Ça, c'est un exemple de sous-occupation.
À Montréal, ça va
être une autre raison. Par exemple, il y a des immeubles qui ont été construits
avec, à chaque bout du corridor, des quatre et demie, puis c'est des immeubles qui
sont destinés à des personnes âgées. Bien, le niveau de revenus actuel ne
permet pas à deux personnes âgées de cohabiter. Ils ne sont pas éligibles. Ils
dépassent les revenus. Donc, on a beaucoup de difficultés à louer certains
quatre et demie dans des résidences de personnes âgées à Montréal. Donc, on
comprend pourquoi ces logements sont vides. Il y a des raisons de programme, de
règlement. Mais là les locataires... Vous savez, nous, quand on disait qu'on a
une force de proposition, c'est venu des locataires. C'est les locataires qui
ont dit : Bien, nous, on pourrait louer, on pourrait partager ces
logements-là...
Mme
Duranceau : ...vous interrompre. Est-ce que c'est un enjeu, au niveau
des règlements, du côté HLM, ou c'est au niveau de la loi sur la sécurité
sociale, ou...
Mme Viannay (Patricia) : Non. Là, c'est vraiment
le règlement d'attribution qui ne permet pas la colocation. C'est ça
qu'il faudrait changer. C'est sûr qu'il y aura des arrimages à faire, parce
qu'on sait que, quand il y a partage de logement, ça peut avoir un impact de
revenus, un impact sur le revenu en termes de sécurité sociale, la sécurité...
le soutien au revenu.
Mme
Duranceau : ...
Mme Viannay
(Patricia) : Tout à fait. Mais c'est pour ça que nous, on l'amène comme...
Regardez, il y a 10 % du parc qui est en sous-occupation. Il y a aussi
10 % du parc qui est en suroccupation. Bien, ce 10 % du parc en
sous-occupation, il y a des locataires, à notre congrès, qui ont levé la main
et qui ont dit : Mais moi, j'ai des voisins, voisines, ça fait cinq ans
qu'ils attendent sur la liste, j'ai un cinq et demie, je pourrais partager avec
eux. Donc... Mais le règlement ne le permet pas actuellement. Donc, c'est un
chantier qu'on pense qu'il faut qu'on travaille ensemble. Il y a quelque chose
là. Il faut le penser. Il faut que ce soit sur une base volontaire, parce qu'on
sait que la cohabitation... On ne veut pas que ça finisse par entraîner
d'autres problèmes de vivre ensemble. Donc, c'est un chantier à entreprendre
ensemble, mais on y voit au moins une partie de la solution pour loger
certaines personnes, en effet, sur les listes d'attente.
Mme
Duranceau : Parfait. Je pense, je vais passer la parole à ma collègue
de Labelle.
Le Président (M.
Schneeberger) : Députée... députée de Labelle. Oui, allez-y.
Mme
Jeannotte : Oui. Merci, M. le Président. Dans le fond, j'aimerais vous
entendre, parce que vous proposez également, là, que vous... Vous seriez
capables, dans le fond, de gérer un programme vous-mêmes. C'est ce que je
comprends dans une des propositions.
• (12 h 20) •
Mme Viannay
(Patricia) : On n'avait pas tout à fait cette ambition, pour être
honnête. Non. En fait, le programme qu'on propose, le 80-20, donc, pour nous...
Pour nous, le logement social, le logement public, c'est une mission du
gouvernement. Ça fait... On veut... On a le droit au logement. On reconnaît
l'importance du droit au logement au Québec, qu'il soit dans les textes de loi
ou pas, là. À la commission, ici, on veut tous que tout le monde ait un toit
sur la tête. On reconnaît ce droit-là. Puis, pour certains ménages les moins
fortunés ou les gens qui vivent de la discrimination dans l'accès au logement,
c'est le logement public qui permet ceci ou le logement social et
communautaire. Donc, nous, c'est sûr qu'on mise sur le logement public. Il y a
des administrations en place. Il y a des offices. Il y a des locataires
impliqués. Les offices sont en lien avec les municipalités. Donc, on y voit...
On voit les offices puis on pense, tu sais, avec la tournée qu'on voit
actuellement sur l'optimisation du réseau, qu'on partage ça avec le
gouvernement, les offices pourraient développer et gérer les HLM.
Mme
Jeannotte : Oui, c'est plutôt ça, dans le fond.
Mme
Viannay (Patricia) : Dans le fond, nous, c'est un programme
gouvernemental. Ça reste un programme gouvernemental.
Mme
Jeannotte : Est-ce que vous pourriez expliquer comment les offices
pourraient s'y prendre?
Mme Viannay
(Patricia) : C'est ça. Donc, l'idée, en fait... Puis ça, c'est des...
En tout cas, on est dans différents groupes de travail, de réflexion. On n'a
pas pensé ça tout seuls. On l'a déjà, même, discuté un petit peu avec la SHQ.
L'idée, en fait, c'est que... Ce qui était reproché au programme HLM, c'étaient
ses coûts sur le long terme, des engagements à 35, 45 ans qui engageaient
les municipalités et les gouvernements sur du long terme, tout ça. Puis ça, on
l'a entendu, on l'entend tout le temps, c'est un enjeu. Donc, on a essayé de
penser déjà à un programme qui serait plus un coût à court terme, élevé, je ne
dis pas le contraire. On le sait, que ça coûte cher pour faire du logement
social. Les premières fois qu'on parlait de ça, on était à 250 000 $,
300 000 $ la porte. Je pense qu'on est rendus pas mal à 400 000 $
la porte. Donc, tu sais, on ne nie pas que c'est un investissement qui va
coûter de l'argent, mais il va être à court terme, il va être prévisible.
80-20,
pour nous, c'est... 80 %, c'est de l'argent gouvernemental, 20 %,
c'est la contribution des municipalités. Je sais qu'en ce moment on le pense
plus 10 %, quand on pense le programme HLM. 20 % des municipalités, ce
n'est pas forcément un chèque. C'est des terrains. Il y en a plein, de terrains
à développer. On sait qu'on entend tout le temps qu'on manque de terrains, mais
il y en a, des terrains qui ne sont pas développables, parce qu'il faudrait
changer la Loi des cités et villes, par exemple. Mais les offices ont des
terrains qu'ils pourraient densifier, qui sont des terrains municipaux. Donc,
on pense qu'il y a une contribution comme ça, municipale, qui pourrait être de
l'ordre de 20 %.
Pourquoi ce serait
géré par les offices? Parce qu'on veut absolument vider cette liste. On veut
s'assurer que les locataires qui bénéficient de ces investissements, ce soient
ceux qui en ont le plus besoin. C'est ceux qui sont à plus faibles revenus et
ceux qui vivent toutes sortes de discrimination quand ils appliquent dans du
logement. Puis, les HLM, on ne vit pas ça. Les offices, justement, règlent ce
problème-là.
On dit 80 %
d'attribution selon le règlement, 20 % selon les besoins municipaux, parce
qu'après tout c'est vrai que c'est une contribution municipale. Peut-être que,
dans certaines municipalités, il y aurait un 20 % qui pourrait servir à d'autres
besoins. On le voit maintenant. On est obligés de faire des décrets pour
dire : Bien, telle municipalité peut augmenter un petit peu son plafond de
revenus parce que ça correspond mieux à sa réalité locale. Bien, on pourrait le
prévoir dans le programme, d'avance. C'est sûr que, les offices, comme les
grandes villes, Montréal, qui ont des listes d'attente interminables, il y a
des chances qu'ils utilisent 100 % de leurs logements pour vider leurs
listes, mais il y aurait cette flexibilité-là dans le nouveau programme HLM
qu'on voudrait.
Mme
Jeannotte : Puis, peut-être, si j'ai encore du temps, est-ce qu'il y a
une différence entre ce que vous venez d'expliquer et une deuxième génération
de HLM, là, que vous verriez?
Mme Viannay
(Patricia) : Pour nous, c'est ça, la deuxième génération. Puis
pourquoi on dit «deuxième génération»? Parce qu'on va apprendre de nos erreurs
passées. Entre autres, on pense, tu sais, à des immeubles multigénérationnels.
On l'entend beaucoup. C'est une demande qu'on entend beaucoup dans le milieu.
Les gens veulent rester dans leur milieu. Il y a toute sorte d'entraide qui se
fait. C'est un exemple, tu sais, de pourquoi on parle de nouvelle génération.
Mme
Jeannotte : Est-ce que les loyers seraient encore toutes sortes de
grandeurs ou... Avez-vous réfléchi aussi à ça? Non?
Mme Viannay
(Patricia) : Bien, pas... Oui, nous, on fait le lien entre un
programme 80-20 HLM et le programme PSL, c'est sûr. On veut que les loyers
soient à 25 % des revenus. Il n'y a pas de marge de manoeuvre budgétaire,
malheureusement, dans les ménages avec qui on travaille. Donc, il faudrait que
ce ne soit pas abordable, mais à 25 % des revenus.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci. Alors, nous retournons du côté de la ministre.
Mme la ministre, c'est à vous.
Mme
Duranceau : Oui. Vous mentionnez être d'accord, dans votre mémoire,
là, avec la prolongation des délais pour les administrations provisoires. Moi,
je vais vous avouer, ça me décourage toujours quand j'ai ça sur mon bureau à
approuver. Là, je vais les avoir dans une fréquence un peu moins élevée.
Mais je voulais vous
entendre. Je pense qu'à l'égard des offices d'habitation ce n'est pas
applicable. C'est à l'égard des OBNL qui s'occupent des HLM privés, disons, là,
ceux qu'on qualifie de HLM privés parce qu'ils sont sous un OBNL. Quelle est
votre perspective sur ça, sur le mode de gestion, justement, au niveau des OBNL
dans ce contexte-là versus, peut-être, les offices d'habitation? Avez-vous des
recommandations à formuler?
Mme Viannay
(Patricia) : Bien, j'aurais tendance à laisser ça au regroupement des
OSBL en habitation. Bien, pourquoi...
Mme Duranceau : Vous être bien
placés pour commenter.
Mme Viannay
(Patricia) : Bien, en fait, on connaît bien le programme HLM, tu sais.
À Ottawa, quand le programme a été pensé... On sait comment il fonctionne. Le
déficit d'exploitation, les... tu sais, toutes les règles d'attribution, ça, c'est pareil, mais la gestion
est complètement différente, après, quand c'est un office et quand c'est un OBNL.
Un OBNL, on parle vraiment d'un conseil d'administration autonome qui gère ces
logements-là.
Nous, la beauté, je vous dirais... En tout cas,
je pense, les deux répondent à des besoins différents. L'avantage du HLM
public, c'est, bien, son volume, mais c'est aussi l'implication des locataires
dans la gestion. Je vous dirais, c'est là, nous, qu'on voit la principale
différence, l'implication des locataires dans la gestion. Quand le HLM, il est public, géré par l'office, bien,
l'implication, elle est structurée. Elle fait même partie de la loi, maintenant,
de la SHQ. Elle fait partie du guide de gestion. C'est un chapitre au complet.
Et ça fait toute une différence. Les locataires sont sur le conseil
d'administration. Je sais que, sur les OSBL aussi, là, il y a des sièges
réservés aux administrateurs, mais ce n'est pas facile d'être un administrateur
locataire autour... tu sais, quand on gère des HLM. Mais, en HLM, les
administrateurs, ils ont l'appui d'un comité consultatif des résidents, qui est
une obligation du gouvernement d'avoir un... imposée par la SHQ, d'avoir des
comités consultatifs. Il y a des associations locales. Donc, il y a toute une
prise en charge, dans les HLM, qui est peu connue.
Tu sais, on pense plus... HLM, on ne pense pas
prise en charge. On pense prise en charge quand on pense coop, mais on n'y
pense pas en HLM. Mais, pour avoir travaillé dans toutes les tenures, je peux
vous dire que, dans les HLM, il y a une implication qui est énorme, qui fait
une différence et qui rend, selon nous, les offices pas mal plus intelligents, pas mal plus flexibles dans
leur gestion, parce que les locataires apportent des idées. Puis on pourrait
en parler longtemps. Les locataires ont toutes sortes de propositions, même
pour peut-être diminuer le déficit d'exploitation, parce qu'ils disent :
Bien, nous, il y a une partie des jobs qu'on pourrait faire. Il y a énormément
de choses qui se font bénévolement, que, si
on n'allait chercher que des intervenants et intervenantes de milieu pour faire
ce qu'eux, ils font sur le terrain, ça coûterait pas mal plus cher. Donc, en
termes de gestion, nous, on trouve que la place centrale que prennent de plus
en plus les locataires, c'est une bonne garantie aussi d'une bonne gestion.
Mme
Duranceau : Parfait. Merci. Puis, au niveau des listes,
évidemment, on parle toujours de la liste d'attente, là, des HLM, puis
il faut, effectivement, que ça diminue, c'est quoi, votre perspective sur la
gestion de ces listes-là? Êtes-vous confiants qu'on a les bons chiffres,
confiants que... Outre le fait qu'il faut construire plus, là, la gestion,
l'attribution, avez-vous des recommandations à faire sur ça?
Mme
Viannay (Patricia) : Bien, la liste d'attente, tu sais... Puis on le
sait, qu'il y a des travaux, en ce moment, pour revérifier si toutes les
personnes qui sont sur les listes sont bel et bien en attente. Moi, je vous
dirais qu'il y en a plus qui ne sont pas sur les listes qui ont besoin d'un HLM
qu'il y en a sur les listes qui n'en ont plus besoin. Tu sais, on peut les
faire, les appels, mais combien il y en a qui vont dire : Ah non! moi, ça
ne m'intéresse plus, un HLM, si on le rejoint? Parce que c'est une chose de
vider la liste parce qu'on n'a pas rejoint la personne; c'est une chose de vider la liste parce qu'elle nous a confirmé
qu'elle n'en avait plus besoin. Si on se fie aux besoins en logement, la liste,
elle sous-estime les besoins.
Après, en termes de gestion de liste, c'est sûr
que mettre de l'énergie pour gérer une liste ne nous semble pas le meilleur
choix. Tu sais, si on veut mettre de l'énergie, ce que, nous, les locataires
nous disent, c'est qu'ils veulent que quelqu'un réponde au téléphone quand ils
appellent. Ils veulent quelqu'un sur le terrain. Puis les offices ont des
budgets limités. Donc, plus ils mettront d'énergie à gérer la liste, moins ils
en mettront à parler aux locataires qui sont déjà en place.
Dans la gestion de la demande de logement
social, c'est sûr qu'on trouve intéressant, par contre, de fusionner les listes
des différentes tenures, parce que c'est là où, des fois, les locataires, c'est
moins clair pour eux. Ils ont appliqué dans un OBNL puis ils croient qu'ils
sont sur la liste de logement social, mais en fait ils ne sont pas sur la liste
de l'office, ou, inversement, ils ont appliqué à l'office puis ils ne
comprennent pas pourquoi ils n'ont jamais été appelés par le nouvel OBNL. Donc,
ça, ça peut être... pour les besoins des locataires, ça pourrait être quelque
chose d'intéressant.
Mme Duranceau : Un guichet.
Mme Viannay (Patricia) : Un guichet.
Mme Duranceau : Un guichet unique,
peut-être, là, à imaginer. OK. Parfait. Bien, écoutez, c'est bon. Moi, ça fait
le tour de mes questions. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Schneeberger) : ...comme ça, alors nous allons maintenant du côté
de l'opposition officielle, avec 10 min 24 s, madame.
Députée de Mille-Îles, c'est à vous.
• (12 h 30) •
Mme Dufour : Merci, M. le Président.
Et merci à vous tous d'être ici ce matin, en personne en plus. Vraiment un
grand plaisir. Et, désolée, là, j'ai dû m'absenter juste au début de votre
présentation. Par contre, j'ai pris connaissance de votre mémoire entièrement
avant.
Peut-être juste préciser que ça fait quand même
longtemps que ça se parle, hein, de faire un registre central de listes
d'attente. Donc, ce n'est pas une nouvelle idée. Je pense que vous en avez déjà
parlé. Ça a été demandé, là, par les milieux
il y a quand même plusieurs années. Donc, on va espérer que ça puisse se faire,
parce qu'effectivement, moi, les échos que j'ai sur le terrain, c'est la même chose, c'est que
les gens ne s'inscrivent plus sur la liste compte tenu des délais qu'ils
voient, des gens qui sont déjà sur la liste et qui attendent depuis sept, huit,
neuf ans. Donc... donc, voilà.
Je vais venir peut-être à votre... à vos
propositions. Vous parliez... Ça, je trouvais ça assez intéressant. Bon, le
nouveau programme de HLM, vous en avez évoqué un peu avec la ministre, mais...
C'est en page 7, voilà, et vous parlez, dans le fond, qu'actuellement les
offices d'habitation qui souhaient faire du développement de nouveaux logements
sociaux doivent créer un genre d'OBNL pour être capables de le faire. Puis il y
a un groupe qui nous a parlé de ça, c'est... je crois, hier aussi. C'était, je
crois, la CMM qui parlait de ça et... sinon, c'était l'UMQ, mais, il me semble, c'est la CMM. Puis ils demandaient un
peu sensiblement ce que... J'ai l'impression que c'est la même chose.
Vous dites que «la Loi de la SHQ doit cesser de
cantonner les offices d'habitation au simple rôle de gestionnaire d'immeuble».
Et on sait qu'il y a quand même une bonne... comment dire, une bonne expertise
dans les offices. Il y en a qui sont très
professionnalisés et qui seraient en mesure de faire du développement, qui le
font, d'ailleurs, mais par
l'entremise, comme vous dites, d'un OBNL. Donc, peut-être vous entendre un peu
plus davantage sur qu'est-ce qu'il faudrait qui soit modifié pour ouvrir
ça un peu.
Mme Viannay
(Patricia) : En fait, actuellement, en effet, il y a quelques
offices qui ont fait le choix de développer, tu sais, ce n'est pas tous
les offices, mais il y en a, sauf qu'il n'y a pas de programme dédié aux
offices, tu sais. Le programme HLM, anciennement, comme on le connaissait,
lancé par le fédéral, il était pensé pour les offices, puis la loi encadre comment les offices, ensuite,
gèrent... gèrent les immeubles. Là, maintenant, si un office, il veut
développer du logement social, il doit y aller avec les programmes
existants. Déjà, un office ne peut pas emprunter par lui-même, tu sais, il ne peut pas... C'est ça. Il est lié par
la loi. Donc, il y a des choses qu'il ne peut pas faire. Donc, il ne peut pas
se dégager lui-même ses propres fonds. Donc, ça, c'est un problème.
Puis, dans les programmes actuels, tous ceux qui
ont déposé actuellement, que ce soit, anciennement, AccèsLogis, le PHAQ,
maintenant, le programme n'est pas autoporteur. Il n'arrive pas à couvrir
l'ensemble... l'ensemble des coûts. Donc là, les offices qui arrivent à construire
font... ils mixent toutes sortes de programmes pour que ça sorte de terre. Ils
sont obligés de mélanger toutes sortes de programmes. Ils sont obligés, tu
sais, avec les fonds fiscalisés, d'aller chercher des emprunts, d'aller
chercher... Et ça, ils ne peuvent pas le faire. La loi ne leur permet pas.
Donc, ils le... Pour le faire, il faut qu'ils créent un apparenté, un OBNL,
qui, lui, même s'il reste... peut faire ça.
Donc là, ça multiplie les structures de gestion, parce que c'est les mêmes
salariés, c'est le même monde, mais qui sont à l'office ou dans une
structure apparentée, puis là... Donc, ça, ça rend le développement possible,
mais ça le complique énormément. Il faut
être une structure solide pour commencer à embarquer dans ce genre de
développement.
Donc, tu sais, si on veut que les offices aient
les coudées franches, vraiment, pour développer, bien, il faut leur donner les
coudées franches en, peut-être, assouplissant les choses qu'actuellement ils ne
peuvent pas faire, soit par la Loi de la SHQ soit dans la Loi des cités et
villes aussi, là, qui les restreint de toutes sortes de manières quand ils
vont... quand ils doivent faire affaire, afin qu'ils puissent vraiment être des
outils de développement.
Mme Dufour : Le groupe que je
vous parlais nous parlait aussi des conditions d'appel d'offres qui étaient
plus complexes versus un groupe privé qui part et qui va en construction, par
exemple. Et donc ça rendait les délais plus longs, de construction, notamment,
donc...
Mme Viannay (Patricia) : C'est
en lien avec la Loi des cités et villes, notamment, oui.
Mme Dufour : Exact, exact. Et
là vous parlez d'une formule de prêt sans intérêt, peut-être même utiliser
l'équité des HLM. Vous avez sûrement entendu parler de Plancher, là. Ça se
discute pour les... Je crois que c'est les OBNL en habitation. Donc, de plus en
plus de groupes... UTILE aussi fait ça. Donc, ils vont chercher de l'équité sur
les immeubles existants. Mais, dans le cas des HLM, j'essaie juste de
comprendre, il y a déjà des déficits d'opération. Est-ce qu'il n'y aurait pas
une tentation, dans le fond, de la... je ne sais pas si c'est la SHQ, mais qui
va aller garder les loyers, une fois un immeuble libre d'hypothèque... Mais
est-ce qu'ils ne seraient pas tentés d'utiliser ça pour, dans le fond, combler
les déficits d'opération?
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
actuellement, ce n'est pas possible de le faire comme ça. Nous, quand on parle
d'équité, tu sais... Puis on est bien conscients, on a eu la discussion,
notamment, avec Mme Duranceau, que, tu sais,
réemprunter, bien, même si on a la bâtisse, tout ça, pour... à proposer, ça
augmente la dette du gouvernement. Mais déjà, si on se concentrait...
Vous savez, il y a 19 000 des 65 000 logements HLM, là, qui sont
libérés de ça. Il n'y a plus d'hypothèque. Les... Donc, ils appartiennent, en
ce moment, aux villes ou aux offices. Il y a 19 000. Ce 19 000... Ces
19 000 unités, juste à elles toutes seules, c'est un
5 milliards. Donc, on a déjà... Ça ne va pas augmenter la dette du gouvernement,
tu sais. Donc, on pourrait déjà partir de ça pour réinvestir dans des nouveaux
logements, où c'est vraiment en commençant par ça, déjà, qu'on pourrait dégager
des possibilités d'emprunt.
Mme Dufour : Parfait. Merci
beaucoup. Peut-être, votre... L'idée du programme 80-20, je sais que vous
avez dit tout à l'heure que ce serait 20 %, la contribution des
municipalités, puis vous disiez : Bien, actuellement, les autres
programmes HLM, c'était 10 %. Mais, dans les faits, avec les nouveaux programmes
comme le PHAQ, c'est beaucoup plus élevé que ça pour les municipalités, là. On
est plus dans l'ordre du 30 %, 40 %, donc... et même plus, parfois.
Donc, je pense qu'ils seraient très ouverts à votre proposition du 80-20. Ça,
c'est certain.
Peut-être, je voudrais
venir sur l'aliénation des HLM. Ça, moi, c'est une clause que j'ai dénoncée dès
que le projet de loi est sorti, vous m'avez peut-être entendue là-dessus, parce
que ça m'inquiète depuis le début. On semble, actuellement, affaiblir le...
vouloir affaiblir le logement social. Et ça, c'est une des mesures qui pourrait
contribuer à ça encore davantage. Donc, je sais qu'il y a des exemples que vous
avez cités, là, mais peut-être que vous pourriez en parler, là, de... un peu plus davantage, là, de qu'est-ce qui pourrait
arriver si cette clause-là était appliquée telle quelle.
Et peut-être vous entendre aussi sur la mobilité
des projets, parce que vous, vous demandez que ça reste dans la même ville. Et
vous le justifiez bien, là. Vous donnez l'exemple de Waterloo, là, qui a une
liste d'attente et, malgré tout, qu'on va retirer... Je pense qu'on souhaitait
retirer de là et le déménager à Granby, si je crois... si je ne me trompe pas.
Mais il y a aussi les... la FQM qui est venue nous dire que, dans le fond, ils
aimeraient que ce soit géré au niveau de la MRC. Et donc je voudrais vous
entendre sur cette proposition-là.
Mme Viannay (Patricia) : Bien, sur
les exemples, en tout cas, on peut... Je ne sais pas lequel est le plus
choquant, là, mais on peut prendre, par exemple, l'exemple de Daveluyville,
parce que... Nous, ça nous a choqués, parce qu'on s'en est rendu compte,
c'était démoli. Parce qu'en fait ce qui est arrivé à Daveluyville, c'est que,
les immeubles, ça faisait des années qu'ils n'étaient plus du tout habités,
puis, tu sais, il y avait juste cet immeuble-là. Donc là, tu n'as plus de...
C'est ça, le... C'est... Tu n'as plus d'association, tu n'as plus de locataire,
tu n'es plus en contact, il y a juste l'office, tu sais, qui sait qu'est-ce qui
se passe. Puis ils n'ont jamais été rénovés. Il n'y a jamais eu un
investissement dans cet immeuble-là... dans ces immeubles de 32 logements
à Daveluyville. Ils n'ont jamais été rénovés. Et il est arrivé ce qui finit par
arriver : le toit coule, les fondations sont fragilisées. Donc, les
immeubles finissent par être barricadés. Ils sont non habités. Les gens
n'appliquent plus. Il n'y en a plus, de logement.
Donc là, à un moment, tu te retrouves avec,
apparemment, la situation où tu n'as plus le choix de les démolir. Ils ne sont
absolument plus habitables. Il n'y a plus personne sur les listes parce que
personne ne pense qu'un jour ils pourraient être réhabitables. Et on réalise,
un jour, un matin, que, bien, il y a un permis de démolition qui a été donné,
puis il n'y en a plus, de HLM, puis l'immeuble... Le terrain, donc, a été vendu
à des promoteurs qui ont fait des condos à la place. Donc, ça arrive. Je l'ai
dit au début, ça reste rare pour l'instant, mais, si on se dit que... Pour que
ça, ça arrive, il a fallu qu'il y ait un déficit d'entretien chronique pendant
des années, un désintérêt de la municipalité locale, qui ne voulait... qui
faisait du «pas dans ma cour» avec les personnes à plus faibles revenus. C'est
des situations qui existent encore en 2023. Donc, c'est ça, notre crainte, tu
sais, que ça réarrive et... C'est ça.
Mme Dufour : Sur la mobilité à
l'intérieur d'une MRC...
Mme Viannay (Patricia) : Bien, c'est
sûr que nous, on a toujours été en faveur d'offices régionaux. Les premières
fusions au début des années 2000, ça a permis d'éliminer beaucoup de
petits offices où quelqu'un travaillait quelques heures par semaine, puis où ça
n'allait vraiment pas bien. Ce n'était pas suffisant. Il y a eu un deuxième
tour de regroupement. Ce n'est pas suffisant. On est contents. Il y a une
tournée actuellement...
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
• (12 h 40) •
Mme Viannay (Patricia) : ...il y a
une tournée de la SHQ actuellement, qui veut... qui veut optimiser ce réseau-là.
Puis de ce qu'on voit, c'est que les discussions se font à une échelle
régionale. Nous, on trouve qu'un office régional, en effet, aurait plus de...
aurait plus les coudées franches pour faire une bonne job mais devrait
s'assurer de répondre aux besoins de l'ensemble, de tout le monde. Puis ça
aussi, ce serait un avantage, parce qu'actuellement, les villes où il n'y en a
pas, de logement social, bien, les gens, c'est fini. S'il n'y a pas de HLM, ils
n'appliquent pas, là. Une vision régionale pourrait permettre, justement,
peut-être une meilleure mobilité.
Il ne faut pas qu'elle soit forcée non plus. Il
ne faut pas qu'on concentre tous les HLM à un endroit. Les HLM, ça a été
vraiment une façon de développer des milieux de vie partout au Québec, dans des
petits villages, dans des centres-villes. On veut garder ça.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup. Alors, on a déjà dépassé. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième
opposition. Alors, vous avez un 3 min 28 s. M. le député de
Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci. Mesdames
messieurs, merci beaucoup d'être ici et de vous être déplacés. Écoutez, je vais
y aller tout de suite. J'ai été, comment dire, agréablement impressionné par
l'affirmation de Mme Poirier, qui disait, là : La solution à la crise
du logement, c'est les HLM. On n'a pas... C'est la première fois qu'on entend
parler de ça ici, à l'Assemblée nationale. On oublie souvent les HLM, là. Et je
constate également vos solutions novatrices, là, en termes d'utilisation, par
exemple, de l'équité du parc immobilier, là. Il nous manque un peu
d'imagination, peut-être, au Québec, là, pour aller de l'avant, là, répondre
aux besoins des populations les plus défavorisées, justement, là. C'est là
qu'il faut intervenir en priorité.
Puisque vous
vous êtes déjà exprimés sur le sujet, là, je vais aller sur... dans une autre
direction, là, la préservation du parc HLM. Oui, tout à fait d'accord
avec vous, là, il faut développer les parcs d'HLM, là, mais il faut, d'abord et
avant tout, je pense, là, conserver ce qu'on a, là. J'aimerais vous entendre
parler sur cette nécessité-là.
Mme Viannay (Patricia) : Bien, c'est
sûr que le parc HLM... Tu sais, en moyenne, les HLM ont entre 38 et
48 ans, tu sais. Donc, comme tout projet immobilier, si tu n'as pas
investi au fur et à mesure ce qu'il fallait pour l'entretien,
tu te retrouves, après 38, 48 ans, avec certains immeubles ou certains
logements qui ont vraiment des déficits d'entretien énormes. Et les indices de
vétusté sont... peuvent être très gros.
Tu sais, je peux vous
inonder de chiffres, si vous voulez, mais, tu sais, quelques-uns marquants, là,
tu sais, de... Même, selon le recensement même du gouvernement, il y a près de
5 000 logements HLM, en ce moment, qui sont vides, juste parce qu'ils
ne sont pas rénovés, tu sais, 4 480, juste parce qu'ils ne sont pas
rénovés. Donc, une chance, il y a le
programme HLM qui a été mis en place pour ça, mais c'est ça, la réalité. On
parle de 27 000 ménages qui vivent dans des logements cotés D
et E. Ce n'est pas juste... C'est beaucoup de monde, là,
27 000 ménages dans des D et E. On parle de... Puis surtout,
peut-être, le chiffre le plus alarmant, je vous dirais, c'est que ça ne cesse
de se détériorer. Tu sais, on est passés de 29 %, à peu près, de vétusté
du parc, en 2020, à 40 % en 2022. Donc, ça se détériore, puis ça se
détériore vite. Donc, c'est sûr que ça, ça nous inquiète. On a beaucoup... On
n'a parlé presque que de ça, je vous dirais, dans la dernière année. On a
documenté ça. On a démontré les besoins.
On s'est aussi réjouis
en juin 2022. C'est sûr que nous, on est contents qu'il y ait le Programme de
rénovation HLM. Le Programme de rénovation HLM, c'est la garantie que le
2,2 milliards d'Ottawa, il va servir à la rénovation des HLM. Ça ne
suffira pas. Il y a encore... On est un peu dans les technicalités, mais il y a
encore du RAM, là, le budget partagé entre la SCHL et la SHQ, qui s'ajoute à
ça.
Donc, ça nous prenait
ce programme-là pour vraiment lancer le message. Tu sais, pour nous, c'est une
façon aussi de dire : On va les rénover, les HLM. Nous, maintenant, à nos
membres, on parle objectif 2028.
Le Président (M.
Schneeberger) : 30 secondes.
Mme Viannay
(Patricia) : On demande aux associations de locataires de faire la
liste de tout ce qu'il faut qui soit rénové dans les HLM. Le programme de
rénovation va permettre qu'il y ait des projets de rénovation qui s'étalent sur
trois, quatre ans. Bien, collectivement, là, donnons-nous l'objectif 2028.
Les locataires ont leurs listes de travaux. Les offices ont les bilans de santé
immobiliers. Puis allons demander à la SHQ les budgets qu'il faut. Le programme
doit le permettre. Il y a les trois volets qui doivent le permettre. Mais il
faut le faire, puis il faut le faire vite. Il faut commencer tout de suite pour
ne pas avoir à tout à dépenser en 2027. Sinon, on va perdre des logements.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté
du député des Îles-de-la-Madeleine pour 2 min 38 s.
M. Arseneau :
Merci, M. le Président. Merci à vous d'être là et d'évidemment nous éclairer
sur la situation des HLM, qui est quand même assez dramatique, selon ce que
vous nous présentez, là. Oui, vous représentez 65 000 familles ou
personnes, mais il y en a 38 000 qui attendent, presque 39 000 qui
attendent des logements. Et, vous venez de le mentionner, il y en a 5 000
qui sont déserts parce qu'ils ne sont pas salubres ou pas habitables. Vous nous
dites : Bon, on est rassurés parce qu'il y a de l'argent, puis on va
construire. Malgré tout, l'argent, là, il a été débloqué... en fait, il a été
annoncé il y a déjà un certain nombre d'années, et pourtant, les deux dernières
années, ça n'a cessé de se détériorer.
Alors,
ma question est la suivante. C'est... Même si vous dites : Bien, on est
rassurés parce qu'il y a de l'argent, vous mentionnez quand même qu'il
s'agit d'un énorme défi. Bon, quel est votre degré de confiance que, d'ici
2028, on arrive à la fois à rénover le parc des HLM et en construire des
nouveaux?
Mme Viannay
(Patricia) : On a le goût d'être optimistes. Je vous dirais, de 2018 à
2022, on a déchiré notre chemise sur la place publique. Tu sais, on était
contents qu'il y ait une annonce dans le cadre de la stratégie canadienne, mais
ça a pris, c'est vrai, trop de temps, on est d'accord, pour arriver, en 2022, à
ce programme-là. Je ne vous dirai pas le
contraire. Puis on le voit, les conséquences. On a accumulé. On espère qu'avec
tout le bruit et toutes les démonstrations qui ont été faits depuis, avant
ceci, là... que c'est rendu clair, là : Si on n'agit pas tout de suite, il
y en aura plus, de détériorés dans deux ans. Il n'y en aura pas moins.
Puis l'objectif,
objectif 2028, c'est de rénover l'ensemble du parc et même de le
moderniser. C'est sûr que ça va être un gros défi. On le sait. Mais nous, on
n'a pas le choix d'être optimistes. Il faut que cet argent soit dépensé d'ici
2028. Puis c'est pour ça... Tu sais, on est... Nous, on travaille avec la SHQ,
les offices, il y a une table des partenaires sur les HLM publics, puis, nous,
je peux vous dire qu'on suit puis on demande à la SHQ c'est quoi, les travaux
demandés, combien ont été engagés, pour monitorer ça de proche puis... Bien,
regarde, si... Pourquoi l'argent n'est pas engagé? Pourquoi il n'est pas
dépensé? Et c'est là où on rejoint toutes sortes d'autres demandes qui vous ont
été présentées pour faciliter ces dépenses.
M. Arseneau :
...les propositions que vous faites concrètement pour contribuer, là, à la
page 7 de votre document, on en a parlé tout à l'heure, bien, vous parlez
d'aller utiliser, évidemment, là, votre parc actuel pour pouvoir développer de
nouveaux projets. Quand vous parlez de formule de prêt sans intérêt, vous
pensez à quoi? Garanti par le gouvernement, un programme particulier, une
caisse particulière du gouvernement, ou aller auprès des banques, mais garanti
par le gouvernement du Québec?
Le Président (M.
Schneeberger) : 10 secondes.
Mme Viannay (Patricia) : C'est sûr
que ce n'est pas... Nous, on n'est pas fiscalistes, et tout ça, mais, oui, on
pense que c'est à partir du gouvernement. La SCHL l'a fait... Est-ce que c'est
elle? Est-ce que c'est la SHQ, plutôt? C'est sûr que, nous, notre interlocuteur
privilégié, ça reste la SHQ, ça reste le gouvernement du Québec, qui développe,
donc...
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, merci beaucoup pour votre
contribution à nos travaux.
Alors, nous... je vais suspendre la commission
jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
(Reprise à 15 h 05)
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, bon après-midi à tous. La Commission de l'aménagement du territoire reprend
ses travaux. Alors, bien, veuillez éteindre vos sonneries si, des fois, ce
n'est pas fait.
Alors, nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques du projet de loi n° 31, Loi modifiant
diverses dispositions législatives en matière d'habitation.
Cet après-midi, nous entendons les témoins
suivants : l'Association des propriétaires du Québec, en visioconférence,
qui sont présents avec nous, le Front d'action populaire en réaménagement
urbain, le Regroupement des comités de logement et associations de locataires
du Québec et Association des juristes progressistes.
Alors, tout de suite, nous commençons avec
l'Association des propriétaires du Québec. Alors, bonjour à vous quatre. Alors,
dans un premier temps, juste vous nommer à tour de rôle ou une personne qui le
fait pour les quatre, et par la suite vous... vous nous présentez notre
mémoire... votre mémoire. Vous avez 10 minutes. Et il y aura ensuite
une... un échange avec les députés et ministre. Voilà. Allez-y.
Association des
propriétaires du Québec (APQ)
M. Messier (Martin A.) : Parfait.
Bonjour, M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés. Je suis
accompagné aujourd'hui de M. Alain
Dion, propriétaire de logements dans la belle région de l'Estrie, de Me
Jean-Olivier Reed, avocat, et de Mme Estelle Fabre, directrice,
Développement des affaires.
L'APQ,
l'Association des propriétaires du Québec, représente plus de
17 000 propriétaires, gestionnaires immobiliers depuis 1984.
On est heureux de pouvoir vous faire part de notre vécu, particulièrement en ce
qui concerne le projet de loi n° 31, et on est également heureux de voir
que le monde locatif se retrouve sur vos planches à dessin, et qu'on puisse
regarder ensemble pour faire... faire évoluer les choses.
On tient à souligner, évidemment, que,
concernant le projet le n° 31, on est principalement en accord avec
l'article 7 du projet de loi concernant la réforme des cessions des baux,
donc, cette possibilité-là, qui aurait toujours dû être celle du propriétaire,
de pouvoir choisir son locataire, qui redevient mise de l'avant avec le projet
de loi. Pour nous, le choix du locataire, c'est essentiel, hein? Ça fait partie
de la vie de notre immeuble. Ça fait partie de nos devoirs de propriétaire de
s'assurer de la sensibilité des uns et des autres, de la santé et sécurité, de
la jouissance paisible des lieux. Donc, choisir son locataire, c'est vraiment
une façon, là, de s'assurer du bon fonctionnement de notre investissement
immobilier. Donc, on considère que, par cet article, en fait, on respecte la
visée initiale de la cession de bail, qui était vraiment de permettre au
locataire d'être libéré de son bail, de pouvoir, donc, cesser d'avoir à payer
le loyer avant la fin du bail.
On retrouve ça dans la modification proposée et
on vient mettre fin à, malheureusement, ce qu'on a vu grandir dans les
dernières années, une vente aux enchères, en quelque sorte, du droit au bail,
donc, des locataires qui viennent céder leurs baux en disant : Je vais
vous le vendre, parce que j'ai un loyer pas cher, et donc ça vaut de l'argent, et donc qui viennent, finalement,
bouleverser un petit peu le... ce que devrait être le marché, particulièrement
dans un contexte locatif où on a des contrôles de loyer très sévères, très
lourds, trop lourds. D'ailleurs, on va en parler un petit peu plus tard avec
d'autres... d'autres de mes collègues.
Mais c'est d'autant plus difficile, quand on a
cette cession de bail là, parce que l'occasion du départ d'un locataire, pour
nous, ça devrait être l'occasion d'un renouveau dans l'immeuble, d'un renouveau
dans le prix du loyer. Et c'est pour cette raison qu'on considère que la clause
G devrait également faire partie des modifications, parce qu'on croit qu'elle
devrait purement et simplement être abolie, que la protection conférée au prix
pendant que le locataire occupe le logement,
c'est une chose, mais de maintenir cette protection-là alors que le logement
est vide, pour nous, c'est une situation qui devrait... qui devrait
cesser.
On voit également, dans les articles sur les
modifications en matière de reprise de logement et d'éviction, les
articles 2 à 6, un mauvais message lancé aux propriétaires, alors qu'on
veut stimuler les réinvestissements puis on veut dire aux gens :
L'immobilier, c'est intéressant. Ça nous prend des logements. Ça nous prend,
donc, des gens qui veulent investir dans ce secteur-là. On vient rendre encore
plus difficiles les règles et, en fait, on vient, en quelque sorte, proposer, à la base, que le propriétaire
est de mauvaise foi dans sa démarche de reprise, puisqu'il doit se défendre
en faisant état de sa bonne foi, il doit
prouver sa bonne foi. Donc, c'est un peu comme si on devait prouver son innocence
au lieu d'être présumé de bonne foi, qu'on doive la prouver. Pour nous, ça
lance un mauvais message, alors que le Tribunal administratif du logement a,
selon nous, déjà les outils et qu'il les a utilisés. Il y a plusieurs décisions
qui ont été rendues, là, qui ont été très sévères, à juste titre, dans
plusieurs cas, avec des propriétaires qui avaient utilisé leur droit à la
reprise ou l'éviction d'une façon inadéquate.
• (15 h 10) •
Le montant des indemnités
est également important. Donc, c'est une préoccupation, parce qu'évidemment un
immeuble, là, où on prévoit un changement de vocation, un changement
d'affectation, c'est souvent un immeuble qui
doit être redressé, tant au niveau de son entretien que de sa place dans le
marché. Ça demande des investissements importants. Et là, quand on parle
d'aller jusqu'à 24 mois d'indemnité, pour nous... pour nous, c'est
beaucoup. Et ça risque d'encore une fois empêcher ces immeubles-là qui ont
besoin d'un redressement.
Je vais passer la parole à Me Jean-Olivier Reed
pour la clause F et le dépôt de garantie.
M. Reed (Jean-Olivier) : ...
M. Messier (Martin A.) :
Ton micro, Jean-Olivier, je pense.
M. Reed
(Jean-Olivier) : Alors, bonjour, M. le Président, Mme la ministre,
MM. et Mmes les députés. Le projet de loi aborde la clause F du bail sur
la construction d'immeubles neufs et sur la fameuse clause des cinq premières
années. À prime abord, nous appuyons l'adoption de cet article, mais nous
souhaitons que des précisions soient apportées sur la modification législative.
Notamment, étant donné que plusieurs projets sont en construction, déjà
planifiés ou en chantier, il serait important que cette loi-là ne soit pas
d'application immédiate pour permettre aux... (panne de son) ...en cours et aux
futurs projets, que ce soit... que les futurs projets de construction... et que
la loi soit appliquée à ces futurs projets
là. Donc, il serait important, pour éviter une confusion avec les propriétaires
d'immeuble, pour savoir qu'est-ce qu'on fait avec les baux qui sont
actuellement en vigueur et qui disposent d'une clause F actuellement...
Pour finir, nous souhaitons souligner que le
projet de loi n° 31 doit être vu comme un grand changement. Et surtout
deux éléments primordiaux qui ont été oubliés ici et qui n'ont pas été
discutés, c'est le dépôt de garantie et le taux de rentabilité des travaux.
Donc, le dépôt de garantie devrait être discuté
au niveau de la société québécoise et devrait faire partie, à tout le moins,
des discussions pour permettre aux propriétaires d'immeuble de pouvoir avoir
une garantie, puisque ce n'est pas seulement
une demande qui est profitable aux propriétaires, mais c'est aussi parce qu'il
y a... Le gros niveau de logements saccagés fait en sorte que les
logements saccagés ne sont pas sur le marché, et souvent les propriétaires n'ont pas les moyens de les réparer rapidement.
C'est un... Un dépôt de garantie est un ajout financier supplémentaire. Et
la plupart des pays, la France, les autres provinces, ont, en certaines... dans
certaines circonstances, ce dépôt-là. Il faudrait, dans ces circonstances-là,
que le Parlement se penche sur cette possibilité-là pour qu'on puisse
améliorer, disons... surtout, par exemple, pour les bungalows, qui est une des
choses les plus difficiles à louer en ce moment. Ça fait qu'à travers les exemples des autres pays on devrait pouvoir
trouver une solution pour permettre aux propriétaires d'immeuble à
revenus de disposer, dans certaines circonstances, d'un dépôt de garantie.
Et voilà, donc, pour moi. Je vais transférer la
parole à M. Alain Dion pour la fin de notre petit exposé. Merci beaucoup...
M. Dion
(Alain) : Bonjour, M. le
Président, Mme la ministre, MM., Mmes les députés. Moi, je suis propriétaire
immobilier. Et, la commission, il y a une
chose qu'elle n'aborde pas, c'est la rentabilité et les pourcentages de
rentabilité quand on fait des travaux majeurs. Présentement, dans les
cinq dernières années, les taux ont été ridiculement bas. Je vais vous donner un exemple. J'ai mis une toiture,
sur un 12 logements, qui m'a coûté 50 000 $. Ça va prendre
50 ans pour récupérer ma dépense, puis la dernière toiture a duré
15 ans. Ça fait que c'est... Il n'y a aucun encouragement à faire des
travaux. Je trouve ça un peu... pas raisonnable.
Puis aussi ce que je dénonce, c'est qu'on ne
peut même pas... si on fait des travaux vraiment majeurs, on ne peut même pas
s'entendre avec le locataire pour le répartir sur trois ans. Moi, quand j'ai un
bon locataire, là, je veux qu'il reste. Si je fais des travaux majeurs, je veux
pouvoir m'entendre puis l'étaler. Je pense que ça fait des années qu'on parle
de la rentabilité sur les investissements. Il faut qu'il y ait un encouragement.
Notre parc immobilier se dégrade, et il faut que ce soit corrigé.
M. Messier (Martin A.) :
Parfait. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui. Il vous reste 30 secondes.
M. Messier (Martin A.) : Donc, ça met terme, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Ça... OK. Ça met fin. Alors, nous allons maintenant passer aux périodes d'échange. Alors, on commence avec... du
côté ministériel avec Mme la ministre. Vous avez un 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Merci. Bien, écoutez,
merci de prendre le temps de nous rencontrer. Vous avez des positions bien
énoncées dans votre document, là, et je vais vous poser quelques questions. Je
vais commencer par la fin, concernant le lissage, si on veut, des dépenses, là,
dans un contexte où il y a des travaux qui sont... qui sont faits. Vous
dites : Bien, on n'a même pas la possibilité d'étaler ça sur un certain
nombre d'années, parce que, si on ne fait pas notre augmentation
l'année 1, bien, dans le fond, après ça, la méthode de calcul de fixation
de loyer ne nous permet pas de nous rattraper ou d'ajuster l'année suivante.
Bien, vous n'êtes pas au fait de situations où, finalement, il y a eu une
entente entre le propriétaire puis le locataire, et il y a un loyer qui est
fixé à un montant x, mais on accorde un rabais pour tenir
compte du fait qu'on ne veut pas, l'année 1, imposer toute la hausse,
compte tenu des travaux qui ont été faits? Ce n'est pas une alternative, là, de
le faire de cette façon-là?
M.
Messier (Martin A.) : Ce n'est pas une
alternative, malheureusement, Mme la ministre, parce que la loi va prévoir, si
j'accorde des rabais, que, dans la méthode de calcul, on va tenir compte des
12 derniers mois réellement payés par
le locataire. Donc, on vient, finalement, faire la moyenne des 12 derniers
mois. Donc, actuellement, pour un propriétaire... Et je trouve ça
heureux, moi, que des propriétaires viennent nous dire ça. Souvent, on parle des propriétaires, là, qui veulent toujours tout
avoir tout de suite. Moi, j'ai souvent des propriétaires, comme M. Dion,
qui me disent : Bien là, moi, je voudrais... oui, j'ai une hausse de taxes
ou d'assurance, mais je ne veux pas perdre mes locataires, je suis prêt à
absorber une partie, mais je ne veux pas la perdre pour tout le temps, est-ce
que je peux convenir d'un étalement d'un an, deux ans, trois ans? Puis la
réponse, malheureusement, c'est non. Si on procédait avec un système de rabais,
bien, le locataire pourrait ensuite demander le rabattement du coût de son
loyer. C'est l'objet de la méthode actuelle, ce qu'on demande, d'ailleurs, de
changer, Mme la ministre. Ça permet de voir qu'un propriétaire et un locataire
devraient pouvoir s'entendre.
Encore... encore, ce
matin, en fait, il y a un propriétaire qui nous a expliqué avoir négocié un
bail avec un locataire. Il a rempli la clause G, il s'est entendu sur un prix
de loyer, puis, quelques heures plus tard, le locataire était au tribunal pour faire réduire le loyer à la baisse, ce qui est
permis actuellement par la loi. Alors, c'est assez spécial, ça, de dire,
propriétaire et locataire, on s'entend sur un prix... Oui, le loyer était payé,
je ne sais pas, exemple, 800 $, puis maintenant on s'entend sur
900 $, je signe avec le locataire, on est tous les deux consentants, et
lui, dans les heures qui suivent, il s'en va
au tribunal puis il fait ramener ce loyer-là au loyer le plus bas. On pense,
Mme la ministre, que ce type de
situation là, d'abord, ça nuit aux relations propriétaire-locataire, c'est une
mauvaise façon, avouons-le, de décoller... de décoller la relation, mais
également que la place au libre marché, quand le logement est libre, c'est ce
qui vient insuffler une certaine vigueur au marché, ce qui permet de combler à
d'autres lacunes qu'on a en termes de taux de rendement puis de permettre de
garder notre parc immobilier en santé.
Mme
Duranceau : Vous trouvez que le marché n'est pas assez rigoureux en ce
moment.
M.
Messier (Martin A.) : Bien, le marché est
très rigoureux. Le contrôle des loyers est absolument atroce pour les
propriétaires, là. Puis, quand on... On en discutait ce matin, en fait. La
méthode donne des rendements qui sont très longs puis elle ne tient pas compte
du fait qu'actuellement je vais devoir payer des intérêts pour ça. Donc, on...
Quand on parlait tantôt d'un taux de rendement, là, qui varie de, mettons,
disons, 26 ans, pour l'année dernière, à plus de 50 ans, qu'on a déjà
vu, bien, ça, c'est un peu comme si on disait : Il faut prendre l'argent
qu'on a, si on a l'argent dans un tiroir, dans la... dans la cuisine, parce
que, sinon, ça ne tient pas compte du fait qu'il faut que je paie des intérêts
pour emprunter cet argent-là ou que je n'en ai pas parce que je dois
réinvestir. Donc, ce rendement-là est vraiment à revoir.
Mme
Duranceau : Bien, ça, je vous l'accorde, là, qu'il y a une hausse des
coûts pour tout le monde puis que les taux d'intérêt pour... dans un contexte
où tu es propriétaire puis que tu finances, effectivement, ça a un impact sur
le rendement, là.
Je
vais vous amener sur le dépôt de garantie. Il n'y a rien, actuellement, dans le
projet de loi, qui est prévu là-dessus. Je suis bien consciente
qu'ailleurs, dans d'autres pays ou même dans les autres provinces canadiennes,
c'est... c'est monnaie courante, là, d'avoir un dépôt de garantie. Comment vous
géreriez ça? Puis moi, je vous le dis, j'ai une préoccupation, là. Il y a des gens qui n'arrivent pas à payer leur
loyer, ça fait que de leur demander un dépôt de garantie, à prime abord,
ça me semble difficile à réaliser. Mais donc comment vous voyez ça, justement,
pour des locataires à faibles revenus?
• (15 h 20) •
M.
Messier (Martin A.) : Bien, j'avoue que ce
n'est pas simple, comme... comme enjeu. Par contre, c'est important, c'est
important de voir que, là, présentement, il n'y a, à toutes fins pratiques, pas
d'enjeu pour les locataires qui quittent en laissant le logement en mauvais
état. Et c'est le but du dépôt de garantie. C'est de s'assurer que le logement
est en bon état, puis que le prochain locataire va bénéficier d'un logement en
bon état. Donc, on pense, par exemple, à une implémentation graduelle, là,
commencer... au lieu de demander un mois de loyer, y aller avec un montant
minimal qui s'accumule au fil... au fil des mois, au fil des années pour venir
constituer un montant. Bien, il ne faut pas... je dirais, il ne faut pas
s'arrêter, de façon absolue, au fait que, parce qu'on n'en a pas, on ne peut
pas en avoir. Tu sais, ce... ces mécanismes-là, ils ont débuté partout, dans
tous les autres pays. Et, bon, en permettant, justement, un étalement des
délais, des façons de combler, on réussit à y arriver.
Je pense que
l'objectif, c'est de permettre qu'on ait un parc immobilier en meilleur état,
avec des gens qui sont conscientisés, qui ont, je dirais, un intérêt direct,
là, à respecter les obligations, dont celle de laisser le logement dans l'état
où ils l'ont reçu. Et, pour nous, c'est important. Donc, il faut... il faut, à
un moment donné, se dire : Ce n'est pas
parce qu'on ne l'a pas qu'il faut se dire... que, parce que c'est difficile à
mettre en place, on ne le mettra jamais.
Mme
Duranceau : Non. Vous avez raison. On peut... on peut réfléchir,
effectivement. Ce n'est pas parce que ce n'est pas là que ça n'a pas de besoin
d'être là. Mais on a un contexte qui est difficile, en ce moment, pour ça, je
vous dirais. Mais je vous entends bien.
Au niveau de la section 3 de votre mémoire,
reprises de logement et éviction, la discussion qui est faite là réfère à des
reprises où on devrait compenser les gens, là. Puis vous donnez l'exemple d'une
jeune famille qui veut reprendre son logement pour se
loger elle-même puis que, là, elle devrait payer une compensation. Les mesures
qui sont proposées, ça vise seulement les évictions dans un contexte où tu veux
agrandir, subdiviser ou changer l'usage, ça fait que... des projets, à la
limite, commerciaux, là, et non un cas de reprise pour soi-même. Je voulais
juste préciser ça, là.
M.
Messier (Martin A.) : Oui, bien, je vous
remercie de la précision. Il faudrait... Parce que, dans certains cas, la
reprise est à double effet, là. Donc, on reprend possession, parfois, d'un ou
deux logements pour en faire un plus grand, pour obtenir le nombre de chambres
voulu pour loger notre famille. Donc, il faudrait peut-être s'assurer que la distinction soit faite puis, dès lors que
c'est la reprise, bien, qu'à ce moment-là, même s'il y a un agrandissement
qui est... qui est sous-jacent à cette reprise... qu'il n'y ait pas d'impact,
là, pour... pour les familles qui agissent ainsi.
Mme
Duranceau : OK. Je vais passer la parole à ma collègue de Labelle.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. OK. Alors, députée de Labelle, allez-y.
Mme
Jeannotte : Merci, M. le Président. Bonjour. Oui, vous avez raison,
hein, c'est un équilibre délicat entre les locataires et les propriétaires.
C'est ce qu'on... ce que la ministre recherche, bien sûr. Vous nous amenez des
bonnes pistes intéressantes pour améliorer les méthodes. J'aimerais revenir...
Vous dites : Les méthodes de calcul lorsqu'on fait des rénovations...
Est-ce que vous pourriez être un petit peu plus concrets? Qu'est-ce que vous
proposeriez que le TAL change, là, dans... lorsqu'il fait sa méthode de calcul
pour des rénovations?
M.
Messier (Martin A.) : Bien, en fait, je
dirais qu'un des irritants... il y en a plusieurs, à plusieurs niveaux, mais
l'irritant majeur, c'est vraiment sur les travaux majeurs. Donc, quand on veut,
justement, donner de l'amour à notre
immeuble, lui permettre de retrouver son sourire et d'avoir, donc, des
investissements, fenêtres, toit, maçonnerie, ça coûte très cher. Et là
on a des rendements qui sont basés sur une méthode qui est désuète, qui nous
donne des taux de rendement, là, de 26 ans d'amortissement, de plus de
50 ans d'amortissement, sans tenir compte qu'aujourd'hui la plupart des
propriétaires qui vont se financer vont devoir payer du 7 % ou 8 %
pour aller... pour aller chercher l'argent requis pour faire ces
transformations-là. Donc, c'est ce qu'on demande d'être révisé, d'avoir un taux
d'amortissement entre 10, 12 ans, 15 ans, ce qui est la durée de vie
du toit de M. Dion de tout à l'heure, et qu'on... qu'on arrive à quelque chose
de raisonnable, que je sache que, si j'ai investi dans mon immeuble, je vais
pouvoir retrouver cet investissement-là.
Puis
aussi, à un moment donné, il faut que je puisse me financer, hein? Si je vais
voir une institution financière, puis je lui fais part de mon immeuble avec ses
revenus, puis je dis : Bien, j'aurais besoin de plusieurs centaines
de milliers de dollars, bien, il faut que ça génère un revenu supplémentaire,
hein? Sinon, je ne suis pas en mesure d'aller chercher mon financement, sauf
par d'autres sources d'actifs, sources de revenus que j'ai.
Donc, c'est important
pour le marché, c'est important pour les propriétaires, puis, ultimement, je
suis fondamentalement convaincu que c'est important pour les locataires. Il
faut qu'on puisse avoir ça pour avoir un parc en bon état puis inciter nos
propriétaires à investir dans les immeubles.
Mme
Jeannotte : Puis vous savez à quel point c'est chaud, quand même,
politiquement, ne serait-ce que de parler de cession de bail. Ça fait que, de
parler de dépôt de garantie, vous comprendrez que c'est... Ça ne veut pas dire
que ce n'est pas... On reçoit bien, là, votre recommandation, mais vous
comprenez à quel point ça peut être difficile. Donc, entre les deux, entre le
dépôt de garantie puis améliorer la méthode du calcul des rénovations, laquelle
vous choisiriez?
M.
Messier (Martin A.) : C'est un choix pas
facile, mais certainement que le fait de pouvoir avoir un rendement sur les
investissements qui est plus important, de s'assurer qu'on soit en mesure de
redonner au parc immobilier des années qu'il a perdues à attendre cette
réforme-là... je pense que M. Dion pourra me corriger s'il n'est pas
d'accord, mais, je pense, ce serait, pour plusieurs, la priorité.
Mme
Jeannotte : Dernière question, si je peux encore. Dans le fond, le
TAL, vous suggérez énormément de... On a la chance d'avoir un expert ici,
derrière. Le Tribunal administratif du logement, vous suggérez plusieurs
choses. J'aimerais vous réentendre là-dessus, là. Vous suggérez d'engager plus
de juges administratifs. Vous... vous parlez d'un principe basé sur les petites
créances. Alors, allez-y. On est là pour vous entendre.
M.
Messier (Martin A.) : Bien, certainement.
Donc, au niveau du Tribunal administratif du logement, on a quelques enjeux qui nous sont soulevés. D'abord,
évidemment, les conflits sont souvent plus longs ou plus compliqués,
particulièrement quand il y a un phénomène de rareté de logements, là. Les
gens, évidemment, n'ont pas le désir de quitter, par le biais d'une entente, plus rapidement. Bien, ça prend des
ressources. Ça prend de plus en plus de ressources pour qu'on soit
entendus rapidement.
Tu sais, quand on a
un problème dans un immeuble à logements, l'enjeu, c'est que j'ai un locataire
qui ne s'entend pas avec un autre locataire, donc, c'est... c'est un enjeu
important, ou un qui ne s'entend pas avec plusieurs, puis là c'est tout le monde qui se voit empêché de vivre, finalement,
dans l'immeuble en attendant que le tribunal puisse intervenir. Donc,
d'être capable d'avoir des ressources... des ressources supplémentaires, je
pense que c'est... c'est une bonne idée.
Il
y a certaines mesures, selon nous, qui seraient plus faciles. On en a déjà
avancé certaines dans le passé, notamment en cas de non-paiement de loyer. Si
le locataire ne se manifeste pas, parce qu'il y a plusieurs cas où, ces
causes-là, les locataires ne se présentent pas parce qu'ils n'ont tout
simplement pas payé leur loyer, ça fait qu'il n'y a pas... pas grand-chose à dire, donc, qu'on puisse procéder par défaut en
soumettant le bail, l'état de compte, et qu'on puisse, tout simplement, recevoir la décision, là, sans
être obligé de se déplacer au tribunal pour faire valoir cette situation-là.
On
a des enjeux en termes de compréhension. Puis je vois toute la correspondance
que le tribunal fait parvenir quand on dépose une demande. Il y a un
délai de 45 jours maintenant. Donc, la loi a été modifiée. Il faut déposer
la preuve de notification. Ça fait que, finalement, la preuve que j'ai envoyé
le document à l'autre partie, au locataire ou au propriétaire, il faut que je
dépose ça au tribunal. Il y en a plusieurs qui... Malgré que c'est écrit, on
dit que c'est écrit noir sur blanc, bien, ce n'est pas tout le monde qui est en
mesure de bien saisir les écrits, et on voit qu'il y a un enjeu avec ça. Il y a
des propriétaires et des locataires, on le voit des deux côtés, là, qui perdent
des droits en raison de ça. Donc, je pense
que le... un mécanisme qui permettrait un rappel aux gens avant la fermeture du
dossier, donc, que les propriétaires
ou locataires puissent recevoir un rappel : Attention, vous n'avez pas
produit votre avis, si on ne le reçoit pas, on va fermer votre
dossier... qu'il y ait un mécanisme comme ça qui puisse être établi.
Mme
Jeannotte : Merci. Est-ce qu'on a... est-ce qu'on...
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, il y a du temps, trois minutes.
Mme
Jeannotte : Tu veux-tu reprendre ou... Non? Est-ce qu'on pourrait
entendre l'expert là-dessus, si c'est quelque
chose qui pourrait se faire, ou si c'est prématuré? Je ne sais pas. Est-ce que
M. Simard pourrait intervenir, si le président l'accepte? Est-ce
que c'est une suggestion qui pourrait être facilement mise en oeuvre?
Le Président (M. Schneeberger) : Bien,
moi, avec le... Si tout le monde... consentement, il n'y a pas de problème pour
prendre la parole.
Mme
Duranceau : ...
Mme
Jeannotte : Bien, la dernière suggestion de monsieur.
M. Messier (Martin A.) : D'avoir un rappel avant la fermeture d'un dossier pour permettre aux
justiciables de corriger la situation.
Le Président (M.
Schneeberger) : OK. Oui. Alors, s'il y a une personne en arrière qui
veut intervenir, moi, il n'y a pas de problème, mais avec le consentement des
députés ici. Alors, s'il y a consentement, juste... la personne peut intervenir
avec... en nommant son nom et son titre, et puis après ça il est libre.
M. Simard (Patrick) : Bien, merci, M. le
Président. Je suis Patrick Simard, le président du Tribunal administratif du logement.
Alors,
à l'égard de cette proposition-là, le législateur a déjà, dans le cadre du
projet de loi n° 16 de la première législature, statué sur
le délai. Alors, si c'est un élément qui peut être porté à la connaissance des
députés pour la commission, M. le Président, on sera là pour participer aux
réflexions.
Le Président (M.
Schneeberger) : Mme la députée de Labelle.
Mme
Jeannotte : Ça semble déjà là. Donc, non, je... C'est bon pour moi. Je
n'ai pas d'autre question.
• (15 h 30) •
Le Président (M.
Schneeberger) : OK. Mme la ministre.
Mme
Duranceau : Oui. Alors, peut-être, avec le temps qu'il nous reste, il
y a plusieurs groupes, là, qui ont... qui nous ont présenté leurs mémoires, là,
au cours des deux derniers jours, et, à répétition, on me parle de registre de loyers. Alors, tout le monde a le droit d'être
entendu sur le sujet, ça fait que j'aimerais avoir votre avis, puis en quoi...
en quoi ça... c'est bon ou ce n'est pas bon pour l'écosystème.
M. Messier (Martin A.) : Pour nous, non seulement ce n'est pas bon, mais évidemment, comme on
demande l'abolition de la clause G, donc, on demande de cesser de
protéger le logement qui est libre, bien, le registre du loyer, évidemment, on
ne peut pas être en accord avec ça.
Mais
prenons pour acquis que la clause G est maintenue. De toute façon, les... Je pense que les coûts impliqués pour un registre de loyers,
c'est... c'est des revenus qu'on pourrait investir ailleurs pour aider nos
locataires plus démunis. Je pense que ce n'est pas la bonne méthode.
Puis,
fondamentalement, le fait qu'un loyer doive être figé dans la glace ou dans le
ciment, si on veut revenir à l'immobilier, bien, ce n'est pas une bonne idée.
Il faut permettre au marché d'évoluer. C'est comme ça qu'on va avoir des immeubles en santé, qu'on va avoir...
Puis on dit qu'on n'a pas assez de logements qui se construisent. Bien,
une des bonnes façons d'intéresser les gens qui investissent en immobilier,
c'est de leur montrer qu'il y a un espoir, que c'est un marché qui est en
vie...
Le Président (M.
Schneeberger) : 30 secondes.
M.
Messier (Martin A.) : ...que, oui, il y a un mécanisme de protection
pour des locataires qui sont en place, mais, quand le logement est
libre, qu'on puisse fixer le loyer au prix du marché.
Mme Duranceau : Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, merci beaucoup, du côté ministériel. Alors,
nous allons maintenant du côté de
l'opposition officielle. Et c'est la députée de Mille-Îles? Oui, c'est ça. OK.
Vous êtes deux, alors je le demande. Alors, députée de Mille-Îles, pour
un 10 min 24 s.
Mme
Dufour : Excellent. Merci, M. le Président. Merci,
MM. Messier, Dion, Reed et Mme Fabre, pour votre présence
aujourd'hui. J'aimerais... On va continuer sur le dépôt de garantie. C'est
quand même une proposition, là... Vous êtes les premiers à proposer ça,
un dépôt de garantie progressiste... progressif, pardon. Et là il y a... Dans
votre mémoire, il y a un élément qui m'a surprise un peu, mais en... je vais
quand même le mentionner, là, pour les... ceux qui nous écoutent, là, que vous
proposez qu'il soit payé au gouvernement et non pas que ce soit le propriétaire
qui garde ce dépôt de garantie là
progressif. Vous proposez qu'il soit payé par le gouvernement dans le cas où on
parle de plus démunis. Et là vous
mentionniez que c'est offert par des assurances privées. Et c'est ça que
j'aimerais comprendre un peu plus, parce que, pour, moi c'est... Je ne
saisis pas, là, la nuance.
M. Messier (Martin A.) : Tout à fait. Bien, je vous explique. Ce que vous avez, ce
n'est pas une proposition globale. Ce sont différents points de réflexion sur
ce qui peut être fait. Donc, ce n'est pas... ce n'est pas un ensemble.
Donc, dans les pistes étudiées pour assouplir la
mise en place d'un dépôt de garantie... On se rend bien compte qu'on part de
zéro, là. Il faut... il faut permettre de bouger. Et, dans ce contexte-là, il y
a plusieurs avenues qui nous semblent être pertinentes à étudier. Une de ces
avenues-là, c'est le dépôt... progressif — moi aussi, je suis parti sur
le «progressiste» — et
donc dépôt graduel, et qu'on ait également la possibilité, là, de voir ce que
le marché des assurances peut offrir. C'est le cas dans certains pays, où les
assureurs vont venir soutenir le dépôt de garantie. Dans certains États,
certains pays, c'est le gouvernement qui, pour les plus démunis, va, je dirais,
assumer en tout ou en partie le dépôt. Et on a également des provinces où le
dépôt est géré par le gouvernement. Donc, les sommes sont versées dans un
compte en fidéicommis dont les intérêts servent à payer la gestion de toute
cette administration-là liée au dépôt.
Donc, c'est un peu le résumé, là, de différentes
pistes de réflexion, plutôt qu'une proposition globale. Je suis tout à fait en
accord avec vous, là, que, si on essaie de mettre ça bout à bout, là, ça
s'aligne mal, oui.
Mme Dufour : Oui. Je voudrais
peut-être vous entendre sur les animaux. Il y a eu des collègues, autour de la table, qui ont proposé... d'un autre groupe
d'opposition, qui ont proposé que ce soit interdit de les interdire,
finalement. D'un autre côté, on voit qu'il y a, des fois, des enjeux.
Vous parlez, dans votre mémoire, là, de saccage. Puis on a vu des exemples dans
les médias. Ce n'est pas toujours avec des animaux. Mais est-ce que le dépôt de
garantie peut être une... peut rassurer
certains propriétaires d'accepter des animaux, disons, plus... des animaux qui
ont l'air un peu plus, disons...
Une voix : ...
Mme Dufour : ...massifs, oui, c'est
ça...
M. Messier (Martin A.) : Bien, en fait, je vous dirais... Je vous remercie de la
question. Je veux d'abord préciser qu'on adore les animaux. Moi, je suis un
amoureux des animaux. Je m'ennuie de mon petit Max, qui nous a quittés. Et il faut être conscient que l'animal,
en soi, est rarement, sinon jamais, la source du problème. C'est vraiment
la personne qui devrait s'en occuper adéquatement. J'ai en tête un cas où les
locataires sont partis en laissant plusieurs chiens dans le logement pendant
plusieurs jours. Ça ne va pas bien. Et ce n'est pas intéressant ni pour le chien, ni pour le logement, ni pour les autres
voisins autour. Donc, c'est cette... Puis je veux faire la différence, parce
que je ne veux pas lancer le message, là, qu'on a quelque chose contre les
animaux. C'est vraiment, malheureusement, des gens qui devraient en
prendre soin, qui n'en prennent pas soin, et ça cause des dommages.
Quand je parle
de catastrophe au logement, là, j'ai vu des situations où... Bien, on va
utiliser les vrais mots, là. De
l'urine animale sur un plancher, là, c'est... c'est le plancher, c'est les
madriers sous le plancher, c'est une odeur, là, qui ne part pas. Ça ne
se lave pas. C'est des travaux de milliers ou plusieurs dizaines de milliers de
dollars. Et ça a l'air inoffensif, là, un
très joli petit toutou, mais, si on ne s'en occupe pas, là, ça peut être
catastrophique. Donc, d'interdire d'interdire les animaux, bien, ce
n'est pas une bonne idée, pour plusieurs raisons. Celle-là en est une.
Également, il y a plusieurs locataires qui vont
nous le demander. Eux, ils ont été troublés, dans le passé, par des animaux qui
étaient, encore une fois, laissés à eux-mêmes, qui aboyaient. On a des gens qui
sont nerveux en présence des animaux, les allergies, les croisements, là, dans
les espaces communs, dans les corridors. Donc, il y a plusieurs raisons, là,
qui militent pour ne pas aller dans ce sens-là.
Et le dépôt
de garantie vise à rassurer, vous avez bien raison. On a fait un sondage qui
démontrait que... puis là je n'ai pas les chiffres devant moi, mais, de
façon sensible, là, ça augmentait le nombre de propriétaires qui seraient prêts à accepter des animaux, parce que ça viendrait
démontrer que cette personne-là a dit : OK, moi, je vais prendre un
risque, moi, je donne l'exemple. Je pense qu'on me donne le chiffre, ici, là.
On monterait à la moitié des propriétaires, 50 %, là, qui accepteraient
les animaux. Et moi, je donne souvent l'exemple de quand j'allais à l'hôtel
avec mon petit toutou. On me demandait un dépôt de 250 $ pour la chambre,
que je payais parce que je comprenais. Donc, ça fait partie de ça.
Mme Dufour : Tout
à fait. Juste brièvement, parce que le temps passe vite, quand il y a des
dommages comme ça qui sont laissés par un locataire, pour le propriétaire,
comment est-ce qu'il arrive à récupérer l'argent s'il ne retrouve plus le
locataire ou qu'il est insolvable? Est-ce qu'il peut le remettre dans le loyer,
entre guillemets, du prochain, dans les règles actuelles?
M.
Messier (Martin A.) : Non, non.
Mme Dufour :
Il doit l'absorber lui-même.
M.
Messier (Martin A.) : Non. Comment ça
fonctionne, c'est des travaux majeurs au logement. Je ne peux pas les récupérer, parce que malheureusement...
Bien, je pourrais. Techniquement, je peux. Je peux obtenir une décision
du Tribunal administratif du logement. Si j'en fais la demande, je présente la
preuve adéquate, je vais obtenir une décision.
Maintenant, cette décision-là, il faut que je l'exécute, et là il faut que je
puisse trouver de l'argent quelque part. Quand ce n'est pas... (panne de
son) ...qui néglige ses obligations et qui... je perds le tout. Et, si je fais
des dépenses dans mon logement, bien, je me retrouve aux prises avec la méthode
qu'on parlait précédemment, où, là, j'ai un taux d'amortissement qui varie, là,
mais qui va jusqu'à 50 ans dans les dernières années.
Mme Dufour : OK.
Je vais vous poser juste une petite question de compréhension, là. Dans votre
mémoire... J'essaie de trouver, mais, à une
place, vous parlez de la méthode de fixation de loyer puis vous dites :
Des taux négatifs ne doivent pas être pris en compte. C'est quoi, ça,
des taux négatifs? C'est en page 9.
M.
Messier (Martin A.) : Bien, en fait, ce
qu'on voit dans la méthode... Finalement, si on visualise la méthode, c'est un
peu comme un tableau Excel. Puis, quand on fait les calculs, on va venir
enlever des montants, ajouter des montants.
Par exemple, si je fais des travaux majeurs dans une année où
j'ai une baisse du coût de l'énergie, bien, je vais venir diminuer le
montant de rendement que j'aurais sur mes travaux majeurs, parce que, cette
année-là, les coûts d'énergie ont diminué,
car mes travaux majeurs doivent s'appliquer pour toujours. Donc, c'est ce qu'on
parle dans ce type de calcul là. Donc, finalement, les éléments négatifs
vont venir annuler les augmentations positives que j'aurais eues pour les
travaux majeurs.
Mme Dufour : Parfait.
Merci. Je vais maintenant passer la parole à ma collègue députée de La Pinière.
• (15 h 40) •
Mme Caron : Merci.
Alors, j'aurais une question à propos de la clause F. Vous avez mentionné que
vous étiez contre des changements à la clause F pour les baux en vigueur et
peut-être pour les nouveaux. Alors, dans un premier... Je vais vous demander
avec quoi vous seriez à l'aise pour les nouveaux baux.
Et
je vais, avant ça, vous amener une situation où j'ai rencontré plusieurs
personnes, cet été, qui vivent... un couple qui vit dans une plus petite
résidence pour personnes retraitées, qui ont cette clause-là qui s'applique et
me disaient : Bien, ce n'est pas pour finir l'édifice ou pour apporter des
améliorations, c'est pour financer la construction d'autres édifices par le
même propriétaire.
Et,
dans un autre cas, une grande résidence toute construite où les gens savaient
qu'il y aurait des augmentations mais ne savaient pas... Ils ne peuvent
pas avoir de prévisibilité, eux non plus, sur la hauteur des augmentations de
loyer. Ils me disaient... Une dame dit : Moi, ça fait deux ans que je vis
ici, puis, si, l'an prochain, c'est la même augmentation, je suis obligée de
partir.
Alors, quel est...
Qu'est-ce qui est bon pour le propriétaire, dans ce cas-là, étant donné que...
Si les gens se mettent à partir parce qu'ils ne peuvent plus payer le loyer,
là, ça ne vous aide pas non plus.
M.
Messier (Martin A.) : Effectivement. Puis
je pense que vous faites une excellente démonstration de ce mécanisme d'offre
et demande qui doit avoir lieu. Un propriétaire qui augmente trop ses loyers,
bien, va se retrouver avec un logement qui est vide. Donc, c'est un mécanisme
qui fonctionne partout, y compris dans le logement locatif. Et donc ce qu'on
souhaite, c'est permettre aux propriétaires qui sont sur la planche à dessin en
ce moment, là, ou qui ont... qui sont en train de construire des... (panne de
son) ...qui sont déjà construits, là...
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. On a... Monsieur...
M. Messier (Martin A.) : ...c'est autre chose, là, mais... (panne de son) ...déjà en vigueur,
mais... (panne de son) ...permettre à ces gens-là de savoir à l'avance
que leurs logements...
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. Il y a des interruptions. Je ne sais pas...
M. Messier (Martin A.) : Ça coupe. Je ne sais pas si...
Le
Président (M. Schneeberger) : Oui, ça coupe, ça fait qu'on n'a pas
compris la dernière réponse.
M. Reed (Jean-Olivier) :
...peut-être poursuivre, là. Vu que ça coupe, je pourrais peut-être
terminer, Martin. Bien, écoutez, il y a aussi le fait que... Si vous lisez
l'amendement, on parle de «si elles sont prévues dans le bail[...], que si le
bail indique le loyer [maximum] que le locateur pourra imposer». Ça, ça veut
dire que... Premièrement, c'est que les baux
vont devoir être modifiés. Et les baux actuels ne prévoiront pas cette
clause-là. Donc, il va y avoir un problème d'information. Il va y avoir aussi
un problème d'ajustement. Donc, il y a quelque chose qui ne fonctionnera
pas avec les anciens baux et... Parce qu'on voit clairement, là, dans la
modification, que les baux actuels, le format papier, devront être modifiés, et
les formats papier qui sont déjà signés ne seront pas modifiés, visiblement.
Donc, à ce niveau-là,
on voit difficilement comment on va pouvoir imposer au propriétaire d'ajouter
au bail déjà signé. Parce qu'il va falloir, selon ce qui est écrit là, le
faire, Donc, ce n'est pas évident de pouvoir gérer cette situation-là et c'est
pour ça qu'on demande que... (panne de son) ...pour le futur. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté
de la deuxième opposition. Et, M. le député de Laurier-Dorion, vous avez un
3 min 28 s.
M.
Fontecilla : Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs dame.
Concernant la cession de bail, là, est-ce que vous avez des données, d'une
part, concernant... parmi vos membres, je ne sais pas, des données concernant
le nombre de cessions de bail auxquelles vous assistez et, d'autre part, le
nombre qui ont été monnayées, qui ont été marchandisées, si je peux m'exprimer
ainsi?
M.
Messier (Martin A.) : Bien, en fait,
évidemment, les locataires font ça de façon clandestine, là. Ils ne vont pas
nous dire qu'ils ont monnayé. On l'entend à travers... à travers les branches
ou après, quand le nouveau locataire est en place. Parfois, il va nous le dire.
Donc, il n'y a pas de chiffre, mais on voit que c'est un phénomène grandissant.
Le phénomène de rareté des logements contribue à ça.
Et les cessions de
baux, on en reçoit très régulièrement, donc les propriétaires... Je dirais que
c'est une façon de faire, là, qui a été annoncée par plusieurs groupes,
associations de locataires. Il y a des groupes, là, de plusieurs... de dizaines
de milliers de personnes sur les réseaux sociaux, là, qui qui surveillent les
cessions de baux. Donc, c'est un phénomène qui est en croissance.
M. Fontecilla :
On sait qu'à l'origine, la
cession de bail, là, les représentants des propriétaires étaient d'accord
avec... C'était dans un contexte immobilier complètement différent, avec un
taux de disponibilité des logements beaucoup plus grand, mais, à ce
moment-là, les propriétaires étaient d'accord pour que les locataires puissent
céder leur bail pour pouvoir avoir des loyers. Est-ce qu'on ne pourrait pas
considérer que les propriétaires changent un peu le discours selon la conjoncture économique? Quand le taux de vacance
augmente, on a une position puis, quand ça descend, on en a une autre.
M.
Messier (Martin A.) : Non. Je pense que...
je pense que, de tous les côtés, l'abus qui résulte de la cession de bail, pour être bien franc, puis je n'ai pas
fait partie de ces débats-là à l'époque, là, mais ce que j'en sais, c'est que
ça n'a pas été... On ne l'a pas vue venir, en bon français, donc, cette
possibilité d'abus, cette imposition d'un locataire peu souhaitable dans un
immeuble, qui vient, en quelque sorte, rompre la quiétude et la jouissance
paisible des autres locataires. C'est une
situation qui n'aurait jamais dû avoir lieu, puis je pense que c'est un
redressement, là, qui est très positif.
M.
Fontecilla : Très bien. On vous a entendus dire que le contrôle des
loyers, le contrôle qui existe en ce moment
est absolument atroce, là. J'aimerais vous entendre dans un contexte où
d'autres intervenants, là, dans le monde du logement nous disent que les
profits en immobilier atteignent des sommets stratosphériques, là. Par exemple,
les loyers moyens ont augmenté de 75 % entre 2002 et 2021, alors que,
durant la même période, l'inflation liée à l'indice des prix à la consommation
est à 43,1 %. Donc, il y a... On constate les données. Si on croit ces
données-là, il y a un enrichissement net des propriétaires au cours des 20
dernières années, mais ce n'est pas le discours qu'on entend de votre part. On
dirait que c'est une mauvaise business, l'immobilier, en ce moment.
M.
Messier (Martin A.) : Ce n'est pas une
mauvaise business, mais, quand on est propriétaire opérateur... C'est sûr que,
si j'achète un immeuble, que je le revends, il y a une situation différente,
mais, pour un propriétaire opérateur, là, qui voit son bien à long terme, qui a
ses locataires à long terme, qui veut bien entretenir son immeuble, lui, il
doit fonctionner comme tout le monde, comme toute entreprise, avec un revenu
brut, des dépenses, un revenu net puis des
taux d'intérêt, des facteurs de financement. Et, pour ça, quand on dit à un
propriétaire qu'il doit présenter au Tribunal administratif du
logement...
Le Président (M.
Schneeberger) : Rapidement. On n'a plus de temps.
M.
Messier (Martin A.) : On n'a plus de quoi?
Le
Président (M. Schneeberger) : Rapidement, parce que le temps est écoulé, ça fait
que... Je veux juste vous laisser répondre.
M. Messier (Martin A.) : Ah!
OK. Parfait. Je conclus en disant qu'un propriétaire qui, lui, veut bien
entretenir son immeuble, c'est
cauchemardesque quand on lui dit qu'il y a 50 ans, comme M. Dion, avant de
récupérer un investissement sur un toit. Ça ne marche pas.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons du côté du
député des Îles-de-la-Madeleine
pour un 2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Écoutez, merci de votre présentation. Je m'attendais à un point de
vue assez campé, mais la radicalité de vos propositions me surprend un peu, je
dois vous le dire, là. Quand on dit : Abolir la clause F, abolir la
clause G, abolir la cession de bail, je me suis demandé si vous n'alliez
pas demander d'abolir le Tribunal administratif du logement. Mais, plus
sérieusement, là, est-ce que vous ne trouvez pas que votre plaidoyer pour la
déréglementation à peu près totale du logement et du marché locatif au Québec
tombe à un mauvais moment, alors que, vous l'avez mentionné tout à l'heure, il
y a une rareté de logements?
Depuis le début de la commission, on essaie de
trouver, là, la notion d'équilibre entre le locateur puis le locataire. On n'a
pas la même définition que la ministre de ce qui est nécessaire pour garder
l'équilibre. Vous, vous prônez un plus grand déséquilibre, alors que le marché
est déjà complètement déséquilibré en votre faveur parce qu'il y a une rareté
de logements, parce qu'il y a une pénurie de logements, parce qu'il y a des
gens qui sont dehors et parce que, on le
voyait tout à l'heure avec la mairesse de Gatineau, il y a une augmentation des
loyers, chez elle, un loyer moyen, là, dans sa ville, de 60 % dans
les dernières années. Je me demande comment vous pouvez demeurer à ce point
insensibles à la situation de ceux que vous logez et ceux que vous logerez. Il
n'y a pas... il n'y a pas cette notion-là d'équilibre dans votre façon de voir
les choses.
M. Messier (Martin A.) : Bien, pas du tout insensibles, au contraire. Ce qu'on
représente, c'est le fait que, justement, vous l'avez dit, on a une rareté de
logements et on n'a pas assez de personnes qui construisent. Je pense qu'un
plus un égale... Il manque d'intérêt pour les investisseurs. Qu'est-ce qu'on a,
comme situation? On a des contrôles de loyer qui sont omniprésents, que, même
quand un logement se libère, il faut maintenir le prix du loyer, que, quand ton
locataire est présent, on a des taux d'amortissement de 50 ans qui ne
tiennent pas compte du taux d'intérêt que j'ai en place, puis, dans ce
contexte-là, on veut intéresser de nouveaux investisseurs.
Pour moi, c'est un langage qui doit être
modifié. Puis le but, c'est, justement, d'avoir un marché dynamique, un marché qui
évolue. Puis, oui, il ne faut pas... il ne faut pas se faire d'illusion, là.
Les prix augmentent pour tout le monde. Les coûts de construction, les coûts
d'assurance, les coûts d'alimentation, tout augmente partout. Dans un contexte
comme celui-là, quand on dit : Bien, les propriétaires, vous, on veut vous
maintenir le plus bas possible... Il faut faire un petit peu la différence. Il
faut intéresser les investisseurs.
Puis, oui, aider nos plus démunis à se trouver
des logements puis à joindre les deux bouts, pour nous, c'est très important,
mais pas au détriment d'un parc immobilier qui doit être bien entretenu, avec
les coûts que ça impose.
• (15 h 50) •
M. Arseneau : Bien, vous parlez
beaucoup de la loi du marché, là, puis de la libre concurrence, puis l'offre et
la demande. Et juste une petite question en terminant : Le droit au
logement, vous y croyez?
Le Président (M. Schneeberger) : Le
temps est écoulé, malheureusement. On ne peut pas embarquer sur une autre
question, là. On a déjà le temps écoulé. Alors, je vous remercie pour votre
contribution à nos travaux.
Alors, on suspend quelques instants pour laisser
au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 15 h 51)
(Reprise à 15 h 53)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, je souhaite la bienvenue à la représentante du
Front d'action populaire en réaménagement urbain. Alors, bonjour à vous. Alors,
dans un premier temps, je vous demanderais
de vous présenter, et par la suite vous avez 10 minutes pour faire votre
exposé, et il y aura un échange ensuite avec les députés. Allez-y.
Front d'action
populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
Mme Laflamme (Véronique) : M. le Président, Mme la ministre, membres de la commission,
bonjour. Donc, mon nom est Véronique Laflamme. J'essaie de partir le chrono,
mais ça ne marche pas. Donc, mon nom est Véronique Laflamme. Je suis
porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain, le FRAPRU,
qui est un regroupement comptant 145 organismes de divers horizons à
travers le Québec, dont 30 sont au coeur de nos actions. Ce sont des comités de
citoyens et citoyennes, des comités logement et des associations de locataires.
Donc, le droit au logement est au coeur du
travail du FRAPRU depuis sa naissance, et je vous rappelle que ce droit au logement est reconnu à l'article 11
du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels,
le PIDESC, auquel a adhéré le Québec. C'est en nous basant sur la mise en
oeuvre progressive de ce droit au logement que le Québec s'est engagé, donc, à
respecter que nous avons analysé le projet de loi n° 31.
Or, au moment où ce... au
moment où la situation du logement se détériore et où ce droit subit de
nombreux reculs, nous constatons que le
projet de loi n° 31 va en sens inverse d'une mise en oeuvre progressive.
Donc, le projet de loi, rappelons-le, survient dans un contexte bien
particulier : rareté de logements locatifs partout au Québec, flambée du
prix des loyers, hausse des évictions et des reprises de logement, des
centaines de ménages locataires ne réussissant pas à se reloger autour de la
période des déménagements et même deux mois plus tard, comme on le sait
actuellement, hausse de l'itinérance visible et cachée.
Le projet de loi n° 31 a été présenté comme
un projet de loi devant rétablir l'équilibre entre propriétaires et locataires.
Or, ce n'est pas le cas. Seulement l'article 2 et, dans une moindre mesure, les
articles 3, 4 et 5 du présent projet de loi pourraient contribuer à cet
objectif. Pour cette raison, il serait plus avisé, selon nous, de retirer le
projet de loi pour le remplacer par un autre plus adéquat et de déposer le plan
d'action gouvernemental en habitation avant de
déposer ce projet de loi. C'est la raison pour laquelle, dans notre mémoire,
vous ne trouverez pas une longue liste de recommandations détaillées comme nous en avons l'habitude. Nous
apportons quelques recommandations qui rendraient le projet de loi plus
acceptable si le gouvernement décidait d'aller de l'avant avec l'adoption du
projet de loi.
Nous pensons que ça prend une vision globale.
D'ailleurs, nous proposons l'adoption d'une politique globale basée sur le droit au logement. Et c'est une
demande qui est portée par 500 organisations sociales au Québec. C'est une
demande qui est portée par la Commission des droits de la personne et
des droits de la jeunesse, qui a, aujourd'hui, déposé aussi à la commission son mémoire. Donc, voilà pourquoi nous
avons plusieurs doutes sur la possibilité d'atteindre l'objectif
poursuivi ou annoncé du projet de loi n° 31.
Concernant les évictions, d'abord, les collègues
du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec, qui nous suivent, vous en parleront plus
longuement, probablement, ils ont fait de nombreux rapports sur le sujet
depuis quelques années, mais, depuis quatre ans, les évictions de toutes sortes
sont en hausse. Les fameuses rénovictions se
sont étendues à plusieurs régions. Les évictions amènent carrément des
locataires à l'itinérance, comme certains l'ont appris la semaine dernière.
Donc, ça fait quelques années déjà qu'on demande l'adoption de mesures
pour mieux protéger les locataires contre les évictions.
Le projet de loi offre une avancée à cet
égard-là, mais les nouvelles protections offertes contre les évictions et les
reprises de logement sous de faux motifs sont insuffisantes. Je vais revenir en
fin d'audience, si j'ai le temps, sur le sujet. Donc, il faut élargir les
protections contre les évictions.
Au niveau de la cession de bail, dont vous avez
entendu largement parler, évidemment, nous demandons aussi le retrait de
l'article du projet de loi. Les recours légaux actuels basés sur la section G du
bail, qui oblige, en principe, les propriétaires à indiquer le montant le plus
bas payé pour le loyer au cours des 12 derniers mois, sont insuffisants.
Donc, il faut trouver un moyen que, finalement, la loi soit appliquée. Et, pour
le faire, ça prendrait un registre des loyers, comme plusieurs autres
organismes sont venus vous le dire au cours des audiences. Le dernier rapport
de la SCHL est clair à ce sujet, les hausses abusives se produisent souvent aux
changements de locataires.
Au niveau de la clause F, qui a fait couler
beaucoup d'encre dans les dernières années, à raison, et qui a occasionné de
nombreux appels dans les comités logement, entraînant des hausses de
200 $, 300 $, parfois, dans des municipalités où il y a un
quasi-monopole, je pense à Saint-Calixte, qui avait... dont il avait été
question dans les médias, donc, il faut s'attaquer à cet enjeu.
Malheureusement, le projet de loi maintient le privilège permettant aux
propriétaires de logements construits depuis moins de cinq ans d'échapper aux
règles du Tribunal administratif du logement.
Je passe rapidement sur ces enjeux pour attirer
votre attention sur d'autres enjeux qui ont fait couler beaucoup moins d'encre
sur le projet de loi n° 31 mais qui nous inquiètent
grandement. Il s'agit de modifications à la Loi de la Société d'habitation du
Québec et à la Loi de la Communauté métropolitaine de Montréal concernant le
logement social. Nous sommes vraiment inquiets de ces modifications apportées
dans le projet de loi aux lois de la SHQ et
de la CMM, qui semblent écrites pour s'adapter au fait qu'il y a eu, au Québec,
un changement de programme dans les
derniers mois et que, finalement, l'abandon du programme AccèsLogis, seul
programme destiné spécifiquement au logement social hors marché privé depuis
25 ans au Québec, était abandonné. Mais les modifications, finalement,
apportées au projet de loi élargissent des mesures qui étaient jusqu'ici
prévues pour protéger le développement du logement social au marché privé. Et
là je parle des modifications à la Loi de la CMM.
Dans le projet de loi n° 31, aux
articles 8 et 9, notamment, on modifie presque partout le terme «logement social» pour le remplacer par le terme
«habitation». Donc, ce n'est pas la même chose. Et ça peut avoir des conséquences,
notamment quand on regarde l'article 153.1 de la Loi de la CMM, qui
prévoit le remboursement par la CMM de la contribution de base pour des projets
de logement sans but lucratif, des coopératives, des OBNL et des logements
réalisés par les offices d'habitation. Donc, le projet de loi ferait en sorte
qu'un tel remboursement pourrait être fait pour d'autres types, donc, on pense
à des condos, des maisons de ville, etc., ce, dans un contexte où les besoins
sur le territoire de la CMM, vous le savez probablement, sont grands. On parle
de plus de 100 000 ménages locataires ayant des besoins impérieux de
logement, avec des revenus largement en deçà de 25 000 $. Donc, c'est
à ces besoins qu'il faut pouvoir répondre en priorité. Et on se désole d'affaiblir
les mesures législatives qui avaient été mises en place, finalement, pour
encourager le développement de logement social, être élargies, finalement, au
marché privé.
• (16 heures) •
Donc, deuxièmement, les modifications à la Loi
de la Société d'habitation du Québec. L'article 19, donc, du projet de loi
n° 31 modifie l'article 62, et ça nous inquiète. Donc, deux éléments dont
vous ont probablement parlé les gens de la Fédération des locataires de HLM du
Québec.
Donc, rapidement, là, la SHQ pourrait dorénavant
permettre à des municipalités ou à des offices d'habitation de procéder à
l'aliénation de HLM pour d'autres raisons que celles actuellement prévues. On
comprend que c'est fait en cohérence, là, avec la volonté
de rénover, notamment, et le nouveau Programme de rénovation des HLM. Par
contre, même si on reconnaît que, dans certaines situations, il est admissible
que des HLM en très mauvais état puissent
être cédés pour être reconstruits ailleurs, on est très inquiets dans le
contexte actuel. Et, on le sait, malheureusement, il y a des endroits où
l'adhésion n'est pas la même, que ça puisse représenter un danger pour des
habitations à loyer modique bien situées, à
proximité des services. Souvent, on le sait, le droit... la mobilité de gens à
faibles revenus n'est pas la même. Donc, il pourrait y avoir des effets
malheureux, notamment, en cédant des terrains bien situés pour leur valeur marchande, là, afin de relocaliser ces
immeubles-là plus loin. Donc, il faut que ça se fasse aux conditions que la Fédération des locataires vous a énoncées, avec
l'accord des locataires, évidemment, et sans perdre des unités, des précieuses unités
de logement à loyer modique. On le sait, les listes d'attente s'allongent dans
certaines municipalités.
Donc, pour nous, il est inacceptable de perdre
une seule unité de logement à loyer modique, et c'est la raison pour laquelle
nous sommes alertés par l'autre élément, finalement, de ce projet de loi qui
permettrait que des HLM puissent être aliénés, donc, vendus dans le cadre d'un
projet visant la réalisation de logement abordable, hein, la fameuse notion de logement abordable qui a été,
finalement, introduite, hein, très, très en douce il n'y a même pas
trois ans dans la Loi de la SHQ.
Et ça a eu des conséquences beaucoup plus profondes qu'on le... qu'on le
pensait peut-être alors.
Donc, pour nous, ça, c'est inquiétant, parce que
ça veut dire qu'on va... on pourrait perdre des unités à loyer modique qui s'adressent à des ménages à faibles
revenus pour des projets qui ne s'adressent pas... qui ne s'adresseraient
pas aux mêmes personnes. Donc, il... Ce changement-là n'est pas acceptable,
selon nous, même s'il peut y avoir d'autres besoins. Mais, dans le contexte
actuel où il faudrait de nouvelles unités de logement à loyer modique, ce n'est
pas le moment d'en perdre. Donc, évidemment qu'on va demander que ce soit
retiré du projet de loi pour...
Le Président (M. Schneeberger) : 15 secondes.
Mme Laflamme (Véronique) :
Excellent. Donc, en conclusion, au lieu d'affaiblir le logement social, on
pense que c'est le moment pour le gouvernement québécois de se doter sans plus
attendre d'un plan ambitieux permettant son développement sous différentes
formes. Le projet de loi annoncé pour cet automne en fournirait l'occasion. Donc, comme je le disais tout à
l'heure, on pense que ça devrait précéder, logiquement, ce projet de loi là.
En conclusion, donc, nos attentes sont énormes à l'égard de ce plan d'action.
Nos attentes sont énormes à l'égard de la mise à jour économique et financière.
On connaît les solutions. Donc, on espère que les efforts du gouvernement iront
au bon endroit et à très court terme.
Je vais conclure en vous citant ledit mémoire de
la Commission des droits de la personne, qui insiste sur le fait que «toute
mesure législative liée au logement et toute mise en oeuvre de solution liée au
logement devrait être analysée à la lumière du cadre normatif des droits de la
personne. Il faut rééquilibrer le rapport de force pour garantir les droits de
la personne.» Et je... Fin de la citation. Je conclurais en disant que le
projet de loi n° 31 ne le fait pas. Merci beaucoup de votre écoute.
Le
Président (M. Schneeberger) : Merci beaucoup, Mme Laflamme, pour la
présentation. Alors, nous allons débuter une période d'échange avec Mme
la ministre. Vous avez environ 16 minutes.
Mme
Duranceau : Merci, Mme Laflamme. Alors, jusqu'à présent,
on a toujours eu des bonnes conversations, ça fait que j'imagine qu'on
va continuer... on va continuer aujourd'hui.
Bien, écoutez, je vous ai lus, «le retrait du
projet de loi n° 31». On va continuer de parler comme si le projet de loi
allait être déposé, question de maximiser notre temps aujourd'hui. Mais je veux
vous entendre sur différents éléments, là, puis peut-être, d'emblée, vous
rassurer. On a effectivement eu une conversation avec la Fédération des
locataires de HLM. Les préoccupations qu'ils ont soulevées, on les a bien
notées. Puis j'étais d'accord avec eux, là, sur
l'essentiel de tout ça. Donc, ça va être revu... ça va être revu, là,
subséquemment ou dans la version finale du projet de loi.
L'intention, ce n'est vraiment pas de réduire le
nombre de logements pour personnes vulnérables. On a eu cette discussion-là
ensemble. Puis on va revenir à ce type de logement là spécifiquement, mais, en
premier, j'aimerais ça... Bon, je comprends, là, la clause F, tu sais, ce
n'est pas quelque chose qui... bon, que vous soutenez. Par contre, j'aimerais ça vous entendre. Qu'est-ce que... On en a... on
en a parlé, hein, il faut augmenter l'offre de logements, là, puis de
tous les types de logements, puis c'est ce qui va, ultimement, avoir un
effet... un effet bénéfique, là, sur les prix.
Mais, vous, qu'est-ce que vous proposez pour augmenter l'offre ou pour créer un
contexte où on va en avoir, des constructeurs qui viennent, autre le
fait qu'il faut que le gouvernement le finance, là, comme, le marché, là?
Mme Laflamme (Véronique) : Bien, c'est une grande question, mais, justement, dans le
débat actuel... Et c'est... La même discussion a lieu à l'échelle
pancanadienne, hein, il faut le dire. Il y a des gens qui disent que, pour se
sortir de cette crise du logement, il faut augmenter l'offre et il faut
encourager le privé à construire, et d'autres qui disent que... et nous en
sommes, que seulement s'attaquer à l'offre sans regard à ce qu'on construit ne
réglera pas le problème et va contribuer à augmenter le problème
d'inabordabilité.
Et la clause F contribue... bien, la partie
de la clause F concernant les immeubles construits depuis moins de
cinq ans contribue à cet accroissement rapide du loyer moyen du marché,
hein, il faut se le dire. Donc, si on inonde le
marché de nouveaux logements trop chers, en plus que, finalement, on permet de
soustraire, finalement, à la fixation... en fait, à la fixation des
loyers ces logements-là, on va se retrouver avec des logements... peut-être
davantage de logements, mais avec des logements trop chers pour la capacité de
payer des ménages locataires. Et c'est ça qui se passe dans... actuellement,
quand on regarde d'autres villes canadiennes, quand on regarde ce qui se passe
avec des... une ville comme Montréal, où, dans les
deux dernières années, on a... on a eu un taux d'inoccupation en haut du
seuil d'équilibre du marché, avec un boom
immobilier, mais les logements construits ne correspondaient pas nécessairement
aux besoins. Alors, on avait une... des taux
d'inoccupation plus grands pour ces logements-là que pour les autres types
de logement. Donc, il y a des gens qui se sont quand même retrouvés sans
logement au 1er juillet parce que les logements disponibles ne
correspondaient pas à leur capacité de payer.
Et c'est pour ça
qu'on répète que la crise du logement, ce n'est pas qu'une question de taux
d'inoccupation. C'est une question aussi de
capacité de paiement, une des composantes du droit au logement. Et donc, notre
solution, et c'est la même, on pense que, si on inonde le marché de logements
sans but lucratif, bien, on va contribuer à augmenter l'offre, mais on
va contribuer à augmenter l'abordabilité.
Et ça s'est déjà
fait, hein? Avant que le fédéral ne se retire, dans les années... en 1994, on a
déjà construit, au Québec, de 8 000 à 10 000 logements sociaux
par année sous différentes formes, des coopératives d'habitation, des
organismes sans but lucratif d'habitation, des habitations à loyer modique. On
est capables de faire ça. Et d'ailleurs on talonne le gouvernement fédéral
également pour qu'il fasse descendre l'argent. Mais on est capables de faire ça
et on pense que c'est là qu'il faut regarder, parce qu'actuellement on craint
vraiment les conséquences de l'explosion des loyers dans plusieurs régions. Et,
déjà, on a un aperçu très inquiétant, notamment quand on regarde la hausse de l'itinérance visible et invisible mais aussi de la
précarité des locataires, qui n'ont pas le choix d'aller dans les banques
alimentaires, même en travaillant à temps
plein, parce que le logement est trop cher, finalement. Donc, c'est à ça qu'il
faut s'attaquer.
Donc,
c'est la raison pour laquelle on pense que les ressources publiques, dans le
fond, doivent servir d'abord à ce secteur-là, sur lequel personne ne
fait de profit. Et ces logements-là qui sont construits, ça vient, finalement,
grossir notre patrimoine collectif. On en a un, au Québec, heureusement. Il
faut le grossir, ce patrimoine collectif. Et notre grande solution, c'est qu'on
se dote de cette perspective, là, d'augmenter le nombre de logements sociaux
hors marché privé pour répondre à la
diversité des besoins et avoir une alternative au monopole, parce que 90 %
des logements locatifs sont des
logements privés. Ça ne laisse pas grand-chose, finalement, pour les gens pour
qui ce marché-là ne répond pas aux besoins.
Mme
Duranceau : Bien, je vous entends bien sur la... l'importance, là, que
le gouvernement intervienne où il a à
intervenir, au niveau du logement pour les personnes en situation de
vulnérabilité. Si on conclut sur la clause F, ça, c'est pour le marché
autre, là, privé, puis c'est une mesure qui vise à encourager, finalement, les
propriétaires à construire. Puis il en faut de tous les types, de
logement, je pense. Ça fait que, là, on n'a pas d'autre proposition de votre
part, là.
Mme Laflamme (Véronique) : Oui. Bien, en fait, c'est qu'ils ne l'utilisent pas pour la bonne
raison. C'est ça qui est malheureux avec la clause F.
Mme
Duranceau : Bien, les risques, qu'est-ce que vous faites de leurs
risques de construction, là, quand ils partent un projet, puis que tu ne sais
pas, l'année 1, 2, 3, nécessairement, quels vont être tes revenus et tes
dépenses, surtout, là?
Mme Laflamme (Véronique) : Bien, il faut trouver une façon que les loyers puissent être fixés par
le tribunal et que... Et c'est... De
soustraire complètement des logements, finalement, à la juridiction du
tribunal, c'est... c'est assez particulier.
Mme
Duranceau : OK. Ça fait que vous gardez la position initiale...
Mme
Laflamme (Véronique) : Bien,
actuellement...
Mme Duranceau :
...que c'est suffisamment encourageant pour les constructeurs d'aller avec
ça.
Mme
Laflamme (Véronique) : Bien, les loyers
mis en marché sont très chers, hein? Donc là, si on leur dit : Vous pouvez
augmenter les coûts comme...
Mme Duranceau :
Bien, ils sont en fonction des coûts de construction, je pense, là.
• (16 h 10) •
Mme
Laflamme (Véronique) : ...comme vous
voulez... Il faut trouver une façon qu'on ne puisse pas avoir des hausses de
200 $, 300 $, 400 $ comme ça. Et, comme je le disais, la raison
invoquée, ce qu'on constate dans les dernières
années... Ça a augmenté, peut-être, parce qu'il y a eu un boom immobilier dans
certaines régions, mais c'est plus
que ça, là. Quand on regarde les chiffres, il y a... le taux
d'inoccupation a diminué, les loyers se sont mis à augmenter, puis c'est plus l'appât du gain qui a... qui a
amené, finalement, l'utilisation de la clause F que, finalement, les
raisons...
Mme
Duranceau : Bien, c'est ce qu'on voulait... C'est ce qu'on veut encadrer.
En obligeant les propriétaires à mettre un pourcentage d'augmentation
potentiel, bien, ils annoncent leurs couleurs. Alors, si ça n'a pas de bon sens... Bien, premièrement, il y a une
prévisibilité pour le locataire. Puis, si ça n'a pas de bon sens, bien, le
locataire va dire : Sais-tu quoi, moi, je n'y vais pas, à cet
endroit-là.
Mme
Laflamme (Véronique) : Mais le problème,
c'est que, dans... avec un taux d'inoccupation aussi bas, les locataires n'ont
pas tant que ça le choix. Même si c'est annoncé, là, même si on dit : Je
vais... je pourrais augmenter, là, de 1 000 $, là, en cinq ans, quand
le taux d'inoccupation est à 0,4 %, là, puis là, hein, on peut nommer
toutes les municipalités, là, Drummondville, Granby, en bas de 1 %, là,
est-ce que les gens ont vraiment le choix? Souvent, c'est ça, l'option, ou se
retrouver, finalement, sur le divan de la famille, quand tu en as, là. Donc,
est-ce que les locataires vont... vont dire : Ah! bien, je... Moi, je
pense que, si j'étais dans la peau de ces personnes-là, je dirais : Je
vais prendre une chance. Donc, les gens vont se retrouver avec... avec un problème
quand même. Et donc il est là, l'enjeu. Donc...
Et par ailleurs, bien, même si le propriétaire
annonce : Je vais... pourrais augmenter jusqu'à 1 000 $, même si, finalement, les coûts ne sont pas plus
importants, quand tu dis... Honnêtement, dans le contexte actuel, quand c'est une business, si c'est écrit dans le bail que tu
peux aller jusqu'à tant en cinq ans, pourquoi ne pas le faire?
Malheureusement, on voit les exemples, là, de propriétaires
malintentionnés qui...
Mme Duranceau : ...je pense, pas la
majorité de tous... et de part et d'autre, hein? Les locataires qui ne sont pas
des bons locataires, puis les propriétaires qui ne sont pas des bons
propriétaires, je pense, c'est la minorité, quand même, dans notre écosystème,
là.
Mme Laflamme (Véronique) : Bien, sur la clause F, on a vu vraiment des cas
effarants, dans les dernières années, se multiplier. Alors, il y a un contexte
qui favorise, dans le fond, les abus.
Mme
Duranceau : Je suis d'accord. OK. Alors, on va passer à un
autre sujet que la clause F. Vous m'avez parlé, bon, de votre inquiétude face aux logements
sociaux puis la... Vous avez fait référence, là, à la CMM puis l'utilisation du
mot «habitations» versus «logements sociaux», là. On va... on va revoir ça pour
calmer... pas calmer, mais être sûrs, là, que ça ne crée pas d'effet pervers.
Par contre, on en a souvent... on en a parlé
ensemble aussi, votre inquiétude, justement, à l'égard du nombre de logements
sociaux. Puis, si je voulais répondre à cette inquiétude-là, de quelle manière
je pourrais le faire? Mais... Puis là j'aimerais une proposition qui est
réaliste — je
le sais, que vous m'avez écrit 50 000, donc, 10 000 sur cinq ans — réaliste dans un cadre budgétaire où il y a... il
n'y a pas... Tu sais, il y a... il y
a plusieurs choses, là, à financer.
Qu'est-ce qu'on... Avec quoi on est capables de vivre, là?
Mme
Laflamme (Véronique) : Bien, c'est une bonne question. Le 50 000,
hein, je dois vous rassurer, c'est ce qui est... c'est réaliste, parce
qu'on l'a déjà fait au Québec.
Mme Duranceau : Oui, mais on n'avait
pas de pénurie de main-d'oeuvre comme on l'a en ce moment.
Mme Laflamme (Véronique) : C'est un enjeu.
Mme Duranceau : On n'avait pas une
pénurie de logements.
Mme Laflamme (Véronique) : Pour pallier à ça, on pourrait dire que le 50 000 peut
inclure également des projets
d'achat-rénovation, notamment, donc, dans le fond, d'acquisition. C'est sûr
que, dans le contexte de pénurie, pour nous, même si on a compris, là, votre
ouverture sur l'acquisition, achat-rénovation pour sortir du marché des
immeubles avec des taux
d'inoccupation aussi bas, pour les raisons que je viens d'exposer dans la
réponse précédente, je ne peux pas vous dire qu'il faut aller juste vers
l'acquisition, au contraire, si on ne veut pas construire juste du neuf trop
cher.
Donc, pour nous, il faut se donner un objectif
ambitieux. Notre 50 000 inclut le neuf et l'achat-rénovation sous
différentes formes. C'est sûr qu'on pense... On est capables. On l'a déjà fait,
des 8 000 à 10 000 par année, juste en constructions neuves ou
pratiquement. Il y a un contexte particulier, mais nous, on pense que, si on
veut donner un grand coup pour préserver une abordabilité au Québec, il faut se
donner un objectif de cet ordre-là si on veut répondre aux besoins des ménages
à faibles revenus puis aussi aux ménages de... à revenus modestes dont les
revenus dépassent un peu les seuils de besoins impérieux, mais qui n'arrivent
pas, là, à se loger avec des logements à 2 500 $. Donc, il faut, pour
répondre à ces deux types de besoins, avoir une variété de projets qui
répondent à ces besoins-là, et qu'on ne néglige pas les plus pauvres. Donc,
c'est pour ça qu'on dit : Ça prend 50 000.
Il faut avoir des coopératives, des organismes
sans but lucratif d'habitation qui répondent aux besoins des ménages à faibles
et à modestes revenus, mais il faut s'assurer d'avoir un programme de logement
social complet, pérenne, qui va nous permettre de s'attaquer aux besoins,
finalement, de personnes qui, aujourd'hui, sont en train, sous nos yeux, de
tomber à la rue parce qu'ils sont sur une liste d'attente pendant
cinq ans. Donc...
Mme Duranceau : ...l'écosystème, là,
ça demeure les organismes à but non lucratif, là, parce qu'avec les chiffres
puis les coûts de construction actuels, les taux d'intérêt actuels ça ne
fonctionne pas pour le privé, à moins qu'ils décident d'être dans la
philanthropie, là. Donc, moi, les acteurs, les acteurs présents dans
l'écosystème, c'est encore les partenaires pour la suite, là.
Mme Laflamme (Véronique) : Bien, en fait, c'est qu'il faut se poser la question sur
le... Là, il reste... Il y a un programme en
place, du côté québécois, qui est le PHAQ. Est-ce qu'il est... il est fait pour
permettre à ces projets-là, finalement, de se
réaliser rapidement? La réponse, pour nous, c'est non. Vous avez annoncé, on a
lu dans La Presse ce matin, des modifications, plusieurs modifications
qui pourraient se faire rapidement au PHAQ. Donc, c'est sûr qu'il faut aller
vers des améliorations pour que, finalement, il y ait une plus grande
contribution gouvernementale, pour que les projets n'aient pas à cogner à
plusieurs portes, mais on pense qu'il faut s'assurer aussi qu'on donne les moyens de construire des logements qui répondent
aux besoins les plus urgents, comme on l'avait avec un programme HLM à
l'époque.
L'ICRL du fédéral, ça
finance 100 % des coûts de réalisation. Pourquoi, si le fédéral peut le
faire, on ne peut pas le faire? Là, je suis d'accord que ça n'inclut pas le
supplément au loyer, ce que faisait le programme HLM, mais je pense qu'on
est... on est... Il y a des solutions qui sont mises de l'avant depuis
plusieurs mois, puis il faut regarder vers
ça, parce que, finalement... Si on veut s'assurer que ces besoins-là soient
répondus puis qu'on ait un filet social, la seule manière d'en être
certains, c'est d'avoir un programme, finalement, social, un programme de
logement social qui tient puis qui nous donne ces garanties-là.
Mme Duranceau :
Je vous amène sur un autre sujet où, dans le cadre du projet de loi, on
permet à toute partie d'être représentée par toute personne ou par... toute
personne de son choix devant le Tribunal administratif du logement. Puis je me
demandais si, justement, cette mesure-là, ce n'est pas quelque chose qui est
intéressant pour une association comme la vôtre, justement, en matière d'aide
aux locataires.
Mme Laflamme
(Véronique) : Bien, c'est une excellente
question. Et je pense que vous allez entendre deux points
de vue cet après-midi, avec le Regroupement des comités logement et
associations de locataires, qui nous suit, et l'Association des juristes
progressistes également.
Je pense qu'il faut
faire attention. Ça peut être vu comme une mesure qui favoriserait,
augmenterait l'accès à la justice, mais il y a des inquiétudes à avoir sur
est-ce que ça pourrait être rémunéré, ce type de représentation là, et,
surtout, est-ce qu'on s'attend à ce que des groupes, justement, les comités
logement et associations de locataires, fassent ça, alors qu'ils sont... qu'ils
sont complètement débordés. Et, on va se le dire, là, les... c'est pratiquement
du bénévolat, là, là, travailler dans un
comité de logement ou une association de locataires. Avec les demandes qui
augmentent, là, des rénovictions qui se multiplient, les appels, les hausses de
loyer, les... je vous... les groupes, honnêtement, ne pourraient pas
faire ça.
Donc,
nous, on se rallie, là, à la position qui est contenue dans la mémoire du
Regroupement des comités logement et associations de locataires sur ce
sujet-là. On pense qu'il faut faire attention à cette mesure-là, parce qu'on a
l'impression qu'elle... Ce ne serait peut-être pas un gage, là, de la meilleure
accessibilité à la justice. Et il faudrait voir qui pourrait faire ça.
Mme Duranceau :
OK. Parfait. Bien, écoutez, je pense que, de mon côté, ça va pour mes
questions.
Mme Laflamme (Véronique) : Si... Est-ce que ça se fait de... Là, je ne sais pas si votre temps
n'est pas écoulé.
Mme Duranceau :
Oui, posez-moi une question. Si je l'autorise...
Mme Laflamme
(Véronique) : Bien, moi, j'avais une
question, parce que mon...
Le Président (M.
Schneeberger) : Il reste une minute.
Mme
Laflamme (Véronique) : Je n'ai jamais réussi à partir mon
chrono tout à l'heure, et il y avait un élément sur les modifications à la Loi
de la SHQ qui était contenu dans notre mémoire et sur lequel je n'ai pas pu
intervenir. C'est la... Puis là, bien, c'est vous qui en avez dit plus qu'il y
en a dans le projet de loi quand vous avez été
interviewée sur le sujet, là, par Le Devoir, quand le projet de loi a été déposé. C'est au
niveau des modifications qui feraient en sorte que la SHQ pourrait
dorénavant vendre ses services en fournissant à tout intervenant du secteur de
l'habitation, moyennant considération et dans un objectif d'autofinancement,
l'expertise et les services requis. Et là, en conférence... Lorsque vous avez
été interpelée, on disait que ça visait à introduire dans la législation la
notion de profitabilité, en donnant comme exemple les garanties de prêt, dans
le fond, qui étaient accordées par la SHQ. Et là nous, on se questionnait, puis sur l'objectif, parce que peut-être qu'on
était échaudés, là, par les modifications récentes à la Loi de la SHQ,
puis là, bien, on s'est dit : Oh...
Mme Duranceau :
On n'aura plus de temps, ça fait que, pour vous répondre...
Le Président
(M. Schneeberger) : C'est 10 secondes.
Mme Duranceau :
Pour vous répondre rapidement, c'est pour donner de l'agilité sur le plan
financier à la SHQ. Puis on finance déjà les
projets. On ne va pas leur rajouter une charge par-dessus, parce que, là, on va
se surcharger nous-mêmes. Alors,
c'est une agilité financière globale quand ce sera pertinent, mais certainement
pas pour des projets qu'on finance par ailleurs, là.
• (16 h 20) •
Le
Président (M. Schneeberger) :
Merci. Alors, nous allons
maintenant du côté de la... l'opposition officielle, pardon, je voulais dire la première opposition,
mais l'opposition officielle. Ça... Vous êtes la première quand même, mais, bon,
c'est l'opposition officielle. Alors, vous avez 10 min 24 s. Mme
la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Mme Laflamme, merci pour votre exposé. Je peux vous rassurer,
je vais poser beaucoup de questions sur
l'autofinancement, l'objectif d'autofinancement de la SHQ lors de l'étude
détaillée. Donc, il y aura... On aura sûrement plus de détails rendus
là.
Je vous remercie, comme je vous le disais, pour
l'exposé que vous avez fait. J'ai trouvé ça intéressant que vous parliez du
droit au logement et que vous disiez : Bien, c'est bien beau d'augmenter
l'offre, mais, sans regarder ce qu'on construit, on pourrait s'en aller dans le
mur. Puis je pense que les chiffres qu'on a vus lors du grand sommet de
Centraide, il y a quelques mois, le montraient. Le taux d'inoccupation à
Montréal, dans les logements très, très chers, est beaucoup plus élevé. Il est
bien au-delà du seuil d'équilibre. C'est vraiment dans les loyers les moins
chers qu'on trouve le manque de logements le plus criant. Je vais aussi citer
la mairesse de Gatineau, qui est venue nous voir ce matin, qui est venue nous
parler ce matin virtuellement, puis elle disait... elle disait : Bien,
le... ce n'est pas une dépense, le logement social, c'est un investissement.
Puis ça, on l'a bien vu, vendredi, avec le sommet sur l'itinérance. Donc, je
pense que c'est très, très noble ce que vous défendez comme cause, et il faut
absolument qu'on soutienne les loyers les plus démunis.
Par contre, il y a une autre réalité qui est les
coûts, les coûts d'intérêt qui ont monté énormément, les coûts financiers qui
font en sorte que certains propriétaires se ramassent avec des paiements qui
vont au-delà de ce que les loyers leur rapportent. Et là c'est... On met dans
la précarité aussi des propriétaires. Donc, ça, c'est une réalité qu'on doit
tenir en compte puis qu'on doit garder, parce qu'on a besoin aussi de gens qui
mettent leurs logements sur le locatif, mais on ne peut pas non plus se
permettre qu'ils se ramassent à la faillite pour autant. Ça fait qu'il y a... il
y a tout un équilibre. Ce n'est pas... ce n'est pas facile.
Je voudrais peut-être vous entendre. Vous avez
parlé des reprises au TAL. Ça, c'est intéressant. Vous avez parlé comment elles
avaient augmenté, dans votre mémoire, de 1 500 à 2 500 en quelques
années. Est-ce que vous croyez que les
pénalités qui sont proposées dans le projet de loi pourraient venir ralentir
ça? C'est sûr que les pénalités, je pense, c'est plus pour des
évictions, mais, si... Admettons qu'on avait le même genre de pénalités, mais
pour des reprises de logement, est-ce
que c'est quelque chose qui pourrait venir, disons, ramener un peu d'équilibre
là-dedans?
Mme Laflamme (Véronique) : Bien, effectivement, la question des indemnités, c'est une
demande, là, qui est portée par les comités logement depuis... depuis plusieurs
années. Donc, c'est important. Et c'est... Oui, ça a été vu comme une avancée
dans le projet de loi n° 31, mais, comme vous l'avez dit, le problème,
c'est que ça ne... ça ne concerne pas les reprises, donc... Et, les reprises,
au moment où on se parle, les cas sont plus élevés que, finalement, les évictions
et que... Dans le contexte actuel, les reprises sont souvent pratiquées pour de
mauvaises raisons. Donc, il faut s'attaquer à ça.
Il y a des propositions qui sont mises de
l'avant, là, notamment dans notre mémoire et dans celui, là, du RCLALQ et de
l'AJP, qui vont aussi être entendus aujourd'hui, mais c'est sûr qu'il faut
qu'il y ait une... il faut qu'il y ait un contrôle automatique, là, parce que
ce n'est pas nouveau, hein, que... Cette brèche-là est utilisée depuis...
depuis longtemps, mais là ça se multiplie. Et, le contexte actuel où le marché
est déséquilibré, on voit, dans le fond, la loi... les brèches dans la loi, les
façons de contourner, finalement. Bien là, quand il y en a, on... le mot se
passe, puis, en tout cas, elles sont utilisées.
Donc, c'est pour ça qu'il faut... qu'il faut,
oui, augmenter les indemnités en cas de reprise. Il faut les augmenter, parce
que, finalement, les gens qui sont victimes de ces reprises et de ces évictions
sous de faux motifs, souvent, ce sont des personnes... pas toujours, par
contre, mais, souvent, ce sont des personnes qui habitent leurs logements
depuis un peu plus longtemps, qui vont payer un logement un peu moins cher que
sur le prix du marché. Bien, quand ces personnes-là se font évincer, ce
qu'elles peuvent trouver, là, c'est... c'est le prix du loyer moyen des
logements disponibles. Donc, c'est beaucoup plus cher. Donc...
Et, à cet égard-là
également, là, comme c'est indiqué dans notre mémoire, on appuie également, là,
la position, portée aussi par le Regroupement des comités logement et
associations de locataires à cet effet-là, qu'il faut... il faut
appliquer les indemnités aussi aux reprises et s'assurer qu'elles sont
augmentées...
(Interruption)
Mme
Laflamme (Véronique) : Oh! excusez. C'est le fameux minuteur qui n'a
jamais fonctionné. Je m'excuse.
Mme
Dufour : Parfait. Je voudrais peut-être vous entendre
sur... Vous proposez, à la page 10 du mémoire, là, un moratoire sur les évictions pour subdivision.
On est en pénurie de logements. Est-ce qu'une subdivision n'amènerait
pas plus de logements? Peut-être juste comprendre l'idée du moratoire.
Mme Laflamme (Véronique) : Bien, en fait, c'est qu'encore là, souvent, ce sont des
prétextes. Dans le fond, les... Souvent,
hein, ça a été... par le passé, subdivision, ça a pu être utilisé pour,
justement, transformer des grands logements en petits logements quand,
finalement, il a commencé à y avoir moins de grandes familles, etc. Que
ce soit pour agrandissement ou pour subdivision, actuellement, ces évictions-là
qui sont permises par la loi sont utilisées, plus souvent qu'autrement, là,
pour, finalement, déloger les locataires et augmenter le prix des loyers. Donc,
on n'est pas contre
d'ajouter des logements, mais il y a un enjeu actuellement, c'est que les
évictions, quand elles sont permises, elles sont utilisées comme
prétexte pour augmenter le prix des loyers.
Et on pense que ça prendrait un moratoire dans
le contexte où il y a un taux d'inoccupation si bas, comme ça a été le cas, hein, pour d'autres types. Par
exemple, les transformations des condos divises, dans certains arrondissements,
c'est permis, dans le fond, quand il y a... Et il y a des moratoires quand les
taux d'inoccupation, par exemple, sont en bas de 3 %.
Par contre, un des éléments, au niveau des
évictions, qui est important, selon nous, c'est les évictions pour changement
d'affectation. Même si on demande que l'ensemble, là, des évictions permises
par la loi... qu'il y ait un moratoire dans le... quand le taux d'inoccupation
est en bas de 3 %, bien, l'hébergement touristique, minimum du minimum, il
ne faudrait pas que ce soit un prétexte, que ce ne soit pas, dans la loi, prévu
qu'on peut changer d'affectation pour un hébergement touristique. Et vous avez,
tout le monde, entendu parler de cas, par exemple, dans Hochelaga-Maisonneuve,
de locataires évincés pour un Airbnb. Ça fait dur. Et ça, il faudrait qu'on...
On pourrait, là, utiliser le projet de loi n° 31 pour modifier ça.
Mme Dufour : Oui,
effectivement. Avec la nouvelle loi qui est rentrée en vigueur vers la fin
de... dans le fond, au mois de juin, là, est-ce que vous avez... vous continuez
à avoir des cas d'éviction pour hébergement touristique?
Mme Laflamme
(Véronique) : Bien là, récemment, là, je pourrais difficilement
vous répondre avec des chiffres précis, mais on peut quand même... on peut
quand même procéder au changement d'affectation pour transformer en
hébergement touristique. Et le danger, c'est que, là, on pourrait prétexter un
hébergement touristique à long terme, et qu'on...
Bien, on peut afficher, sur Airbnb, un logement pour 32 jours, et là...
Quand le but, c'est de faire plus d'argent, bien, il y a une fenêtre à
utiliser, de dire : Bien, on peut l'utiliser.
Donc, je vous... Comme on constate, là, depuis
quelques années déjà, là, que tous les trous, finalement, sont utilisés pour,
finalement, évincer des locataires pour faire, souvent, plus d'argent, on pense
que la question de... Cette question-là est particulièrement scandaleuse dans
un contexte où on perd des logements locatifs, d'une part, alors qu'on en a
besoin cruellement, et, d'autre part, que les prix qui augmentent ne redescendront
pas, hein? Ça fait que les anciens Airbnb
affichés pour louer sur le marché régulier, là, quand on voit les photos puis
les prix qui viennent avec, on en a vu beaucoup pendant la pandémie, là,
bien, ils n'étaient pas au loyer moyen du marché, là, ces logements-là.
Mme Dufour : C'est évident. Je
vais passer la parole à ma collègue la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci.
Alors, il y a une donnée qui m'a interpelée, dans le haut de la page 4 de
votre mémoire, où vous dites que «le nombre d'évictions de locataires,
notamment dans des résidences privées pour aînés — donc, les RPA — est
passé de 249, en 2020, à 1 378 en 2022», donc, en deux ans
seulement. Est-ce que... Parce que vous dites
«notamment dans les RPA». Est-ce que c'est... Les chiffres que vous donnez dans
le mémoire, c'est pour l'ensemble ou c'est... Est-ce que... Puis, si c'est pour
l'ensemble, est-ce qu'il y a une majorité de personnes aînées qui sont... qui
sont concernées par ça?
Mme Laflamme
(Véronique) : Je n'ai pas de chiffre sur
le sujet. D'ailleurs, je vous invite à questionner le groupe... le regroupement
qui passe après nous, qui a réalisé, dans le fond, là, l'enquête la plus
récente sur les évictions. Je ne pense pas qu'on ait de donnée précise sur les
locataires aînés, donc...
Par contre, en RPA, d'une part, les changements
d'affectation ont un effet très grave, là, sur les locataires. Et c'est un
enjeu qui est «touchy», dans le sens où on sait bien, là, qu'il y a... qu'il y
a tout un contexte, là, autour de ça. Mais,
on l'a dit lors de la dernière... l'avant-dernière ou la dernière audience,
quand on est venus en commission parlementaire,
ici, on a dit : Il faudrait empêcher, dans le fond, les changements
d'affectation. Finalement, la loi n'est pas allée aussi loin, puis on
voit que le problème a continué.
Donc, une des raisons pour laquelle on demande
un grand chantier de logement social en grand nombre, là, c'est notamment parce
qu'il faut faire du logement social pour les personnes aînées. Il faut faire
des RPA sans but lucratif, mais juste des
logements, hein, autant des HLM pour aînés. Dans plusieurs villages, là,
c'est... c'est là où les gens ont les
moyens d'aller, finalement. Et on pense que ça, c'est une façon de s'assurer
qu'on va avoir un endroit pour loger décemment les gens.
Mais il faut s'attaquer à la question des
évictions de locataires, des changements d'affectation de RPA. Et les
locataires aînés... Je sais que vous allez recevoir une proposition plus tard.
J'ai lu, dans le mémoire de l'Association des juristes progressistes...
• (16 h 30) •
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
Mme Laflamme
(Véronique) : C'est une demande qu'on a
déjà faite. Il faudrait élargir les protections, dans le fond, législatives sur
les... qui s'adressent aux locataires aînés, minimalement pour diminuer l'âge
des personnes qui sont protégées. Mais il
faut... il faut s'inquiéter de ça. Et elles sont souvent les premières visées
en raison de la raison... de la durée pour laquelle elles habitent leurs
logements et du fait qu'elles habitent dans un logement peu cher.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition. Et,
député de Laurier-Dorion, vous avez un 3 min 28 s.
M. Fontecilla :
Merci, M. le Président. Bonjour, Mme Laflamme. Merci beaucoup d'être
ici. Écoutez, on sait que le FRAPRU est très... est très actif, là, autour de
la crise du logement du 1er juillet, là, où vous êtes dans... vous êtes... Vous être très vocale, là, autour de
cette crise-là des sans-logis. Ça s'apparente un peu à... bien, à des maisons...
à des gens qui n'ont pas un toit, là. Et, d'autre part, tantôt, vous avez
abordé une thématique, un débat intéressant, là, les... l'offre insuffisante versus l'abordabilité. Je ne sais pas si
c'est... Je crois que c'est le terme que vous avez utilisé, là. On vient
d'apprendre, la semaine dernière, là, qu'autour de... dans le dénombrement des
personnes en situation d'itinérance, il y a 22 % des personnes qui sont
devenues en situation d'itinérance suite à une expulsion. Est-ce que la construction de plus de logements privés, à qui
on va appliquer la clause F, là, pourrait régler cette... ou, en tout cas, contribuer
à régler la crise de l'itinérance qu'on connaît au Québec?
Mme Laflamme (Véronique) : Bien, la réponse, c'est non. Merci pour la question. C'est
sûr que nous, on regarde les gens... On
parle, autour du 1er juillet, du 1er août, du 1er septembre,
avec des locataires qui se retrouvent, là, en situation de... de
difficulté. C'est sûr que, comme je le disais tout à l'heure, même... quand il
y a des logements disponibles qui sont trop
chers, ça n'aide pas les gens à signer un bail. Donc... Et, quand on regarde
les causes invoquées, là, pour les expulsions des locataires qui étaient
devenus, en fait, en situation d'itinérance lors du dénombrement de 2022, ça va
sûrement avoir augmenté en 2024, il y avait la question des évictions
frauduleuses, hein, des reprises de possession, mais il y avait aussi les
enjeux de non-paiement. Et il faut nommer ce problème-là. Il y a des gens qui
n'arrivent plus à le payer, leur logement, parce que les logements sont trop
chers.
Alors, c'est sûr que la clause F, qui... la part
qui concerne, là, les logements, en fait, construits depuis moins de cinq ans, elle a un effet sur, finalement, la
difficulté des ménages à payer le loyer. Effectivement, ça a été mentionné
tout à l'heure, ce n'est probablement pas des ménages à très faibles revenus
qui ont les moyens de se payer un logement neuf, mais on contribue à mettre
dans... en situation de plus grande précarité des locataires qui avaient
peut-être des revenus un peu plus élevés, qui pouvaient se payer le logement
neuf à 1 500 $,
2 000 $, 2 500 $, mais que la hausse de 300 $, ça va
être de trop. Et on met... On expose ces gens-là à se retrouver aussi dans des
contextes de non-paiement de loyer.
Pour revenir à l'autre élément de votre
question, bien, bien non, les logements nouvellement construits ne régleront
pas le problème de ces ménages locataires, finalement, qui tombent en situation
d'itinérance. Et on avait mis en lumière déjà ces données-là, là. Je ne le sais
pas par coeur, mais, pour vous donner une idée, c'est... c'est plus de
50 000, là, ménages locataires qui, lors du dernier recensement, payaient
plus de 80 % de leurs revenus pour se loger au Québec. La norme devrait
être de 30 %. Donc, c'est... On le répète depuis des années, les gens,
s'il arrive une petite hausse de loyer, s'il arrive un frigo qui lâche, un
problème de... dans la famille, une séparation, les gens sont à risque,
finalement, de se retrouver à la rue, parce que, quand ils ont besoin d'avoir
un logement social, bien, tout ce qu'on peut leur dire, c'est :
Mettez-vous sur la liste d'attente. Et je serais curieuse de savoir combien,
parmi les personnes qui sont devenues en situation d'itinérance dans les dernières
années, il y en a qui sont inscrites sur une liste d'attente...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
Mme Laflamme (Véronique) : ...quand on sait que la moyenne, c'est cinq ans à Montréal.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Alors, nous allons du côté de... député des Îles-de-la-Madeleine, pour un
2 min 38 s.
M.
Arseneau : Merci, M. le Président. Merci, Mme Laflamme. Bon,
je vous... Je comprends que vous suggérez de... le retrait du projet de loi n° 31 en disant : Ça ne
répond pas à la crise actuelle, puis il faudrait une stratégie beaucoup
plus globale pour l'attaquer. La stratégie viendra, on l'espère. Le projet de
loi, j'imagine qu'on va devoir continuer à l'étudier.
Bien,
j'aimerais... Et j'apprécie le fait que, malgré le fait que vous êtes... vous
avez certaines réserves importantes par rapport au projet de loi, vous... quand
même, vous suggérez des pistes intéressantes. Puisque vous le faites si
bien, là, vous maîtrisez si bien le dossier, quand vous parlez du logement
social, versus l'habitation, versus le logement abordable, en quelques... sans faire de la sémantique, là, pourquoi
c'est si important, pour vous, distinguer les choses?
Mme Laflamme (Véronique) : Excellente question. Parce que ce débat sémantique là bouge
très vite au Québec, hein? Je le disais, la Loi de la SHQ a été modifiée en
2020 seulement pour introduire le vocable «logement abordable». Donc, c'est que tout ça est très nouveau. C'était un terme
qui était utilisé davantage au fédéral par le passé.
Donc, le logement social, traditionnellement, au
Québec, ça a été... Ce qu'on considérait comme du logement social, c'est du
logement hors marché privé, hein? Dans le fond, la définition, là, c'est du
logement sur lequel on ne fait pas de profit, qui n'est pas sur le marché
privé. Il est donc social. Parfois, les gens vont comprendre : Logement
social égale habitation à loyer modique. Ce n'est pas la même chose. Pour nous,
une habitation, dans le fond, qui est... qui
est hors marché privé, qui est une coopérative et qui, finalement, répond à des
besoins de ménages à modestes revenus, c'est une habitation sociale.
Mais donc,
pour répondre à cette... à ce débat sémantique, dans les dernières années,
l'utilisation de «logement social et communautaire» a été utilisée par
certains et certaines. Mais nous, quand on parle de logement social, on englobe
les trois tenures de logement social, tel que reconnu, notamment, dans le cadre
de référence sur le soutien du logement social et
communautaire, auquel ont adhéré la SHQ et le MSSS, notamment. Donc... Mais,
une chose est sûre, «l'habitation», ce n'est
pas ça que ça veut dire. Et le logement abordable, bien, ça ne... ça peut
inclure du logement social, mais ça ne le garantit pas. Et c'est là, la
préoccupation qu'on a.
M. Arseneau : D'accord. Vous avez
parlé... Rapidement, les évictions forcées, vous dites : Bon, le projet maintient cette possibilité-là d'évincer les
locataires pour subdiviser, agrandir et changer d'affectation. Mais il y a aussi
un article qui disparaît, les recours du locataire. Ça, j'imagine, ça doit vous
inquiéter aussi, là, le... l'abolition de l'article du Code civil, 1965, qui
dit que... bien, qui disparaît, essentiellement, là, selon l'article 5...
l'article 1966, c'est-à-dire, de... du projet de loi n° 31.
Mme Laflamme (Véronique) : Attendez un peu, je vais...
Le Président (M. Schneeberger) : En
10 secondes, parce que le temps est passé.
Mme
Laflamme (Véronique) : Attendez un petit peu. Là, il va falloir que vous
me rafraîchissiez la mémoire, parce que, là, je ne vous suis pas sur ce
petit bout là. Je suis désolée.
M.
Schneeberger :
Alors...
M. Arseneau : Bien, enfin, on aura
l'occasion d'y revenir. Je... Le temps est écoulé. C'est bon.
Mme Laflamme (Véronique) : Bon, OK.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, merci beaucoup pour votre présentation.
Alors, nous suspendons quelques instants pour
permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 37)
(Reprise à 16 h 40)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants du Regroupement des comités logement et associations de locataires
du Québec. Alors, bonjour à vous deux. Alors, dans un premier temps, veuillez
vous présenter avec votre titre, et par la suite vous pouvez procéder
immédiatement à votre présentation. Vous avez 10 minutes. Et il y aura
ensuite un... une période d'échange avec les députés. Allez-y.
Regroupement des
comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ)
M. Dussault (Cédric) : Bonjour.
Cédric Dussault, co-coordonnateur et porte-parole du RCLALQ. Je suis accompagné
de mon collègue Martin Blanchard, qui est aussi co-coordonnateur. Je vais y
aller tout de suite.
Depuis que le contenu du projet de loi
n° 31 a été rendu public le 9 juin dernier, son article 7, qui
vise à restreindre le droit de cession de bail pour les locataires, a soulevé
l'indignation d'une grande partie de la population québécoise. Il y a de très... Il y a eu des très nombreuses
manifestations contre le projet de loi n° 31, dont une, le 22 juin, a
rassemblé des milliers de personnes. Pas plus tard que samedi dernier, il y a
eu des manifestations aux quatre coins du Québec, et des dizaines et des dizaines d'organisations provinciales,
régionales et locales de différents secteurs se sont prononcées en
faveur de la préservation du droit de cession de bail.
Mais l'indignation de la population face au
projet de loi n° 31 ne tient pas seulement à la question de la cession de
bail, et c'est autant pour ce qu'il contient, soit des reculs majeurs pour les
locataires, que ce qu'il ne contient pas,
soit une réponse à la grave crise du logement qui frappe lourdement l'ensemble
du Québec, que le projet de loi n° 31 choque autant. Si l'intention de
retirer un droit aux locataires, aussi limité soit-il, suscite autant la
colère, c'est parce qu'il y a déjà
de... un profond déséquilibre dans le rapport de force entre locataires et
propriétaires, qui désavantage très nettement les locataires, un
déséquilibre que le projet de loi n° 31 ne vient qu'accentuer.
Je dis que le droit de cession de bail est
limité. C'est parce que, contrairement à ce qu'on a laissé entendre à cette
commission, ce n'est pas un droit qui est très largement utilisé. La cession de
bail ne concernerait pas plus que 1 % ou 2 % des baux qui changent de
mains chaque année au Québec, selon une enquête interne auprès des comités
logement du Québec. C'est très loin du 25 %, le chiffre avancé par la
CORPIQ, dont la méthodologie est douteuse, car c'est un sondage interne auquel
ont répondu des propriétaires de plusieurs centaines de logements que sont,
pour la plupart, les membres de la CORPIQ.
Prenons les chiffres les plus solides que
possède le gouvernement. En 2022, seulement 17 causes touchant des
cessions de baux ont été entendues au Tribunal administratif du logement. En
2023, nous n'en sommes actuellement qu'à 12 causes entendues. Donc, on
aura peut-être une diminution cette année. Donc, la question à se poser,
c'est : Pourquoi est-ce que les locataires tiennent au droit de cession de
bail, mais surtout pourquoi est-ce que les propriétaires tiennent à ce point-là
à s'en débarrasser?
Le
droit de propriété n'est pas un droit absolu. Il ne donne pas le droit à la
discrimination et il ne donne pas le droit d'enfreindre le Code civil du Québec.
En effet, le Code civil donne aux locataires le droit au maintien dans les
lieux et celui de refuser une hausse de loyer abusive, même lorsqu'il y a un
changement de locateur. Tout ça, c'est en théorie, parce qu'en pratique, dans
le cadre actuel, ces droits-là sont presque systématiquement bafoués. Je vais y
revenir.
Réglons une chose tout
de suite. Si les associations de propriétaires veulent voir disparaître la
pratique de la cession de bail, ce n'est certainement pas en raison d'un
problème de marchandisation des cessions de baux par les locataires. Cette idée
que la marchandisation des baux serait un problème répandu est totalement
loufoque, d'abord parce que, je le répète,
la cession de bail elle-même n'est pas une pratique à ce point répandue,
ensuite parce qu'absolument aucune preuve ne vient corroborer...
corroborer cette affirmation des associations de propriétaires voulant qu'un
nombre important de locataires monétiseraient leurs cessions de bail. Ce n'est
rien d'autre qu'un écran de fumée émis pour masquer les véritables motifs pour
lesquels le lobby des grands propriétaires souhaite voir disparaître la cession
de bail.
En fait, ce que le
débat de la cession de bail vient mettre en lumière, c'est l'absence de
mécanismes capables de garantir les droits des locataires, qui sont pourtant
inscrits dans des textes de loi qui sont adoptés ici même par les élus de
l'Assemblée nationale. En l'absence de tels mécanismes, lorsqu'il y a un
changement de locataire dans un logement, les propriétaires ont tout le loisir
de dicter le montant du loyer. Aussi, en l'absence... Aussi, l'absence de tels
mécanismes engendre un contexte de discrimination rampante. En fait, à l'heure
actuelle, à peu près rien n'empêche les propriétaires de refuser un logement à
un locataire sur des bases purement discriminatoires.
En l'absence de
mécanismes pouvant garantir les droits des locataires pourtant inscrits dans le
Code civil et la Charte des droits, la cession de bail est devenue, par la
force des choses, le seul recours, aussi limité soit-il, qui permet à des
locataires d'accéder à un logement dont le loyer n'est pas complètement
déraisonnable ou encore à des locataires faisant l'objet de discrimination
d'accéder à un logement tout court.
En fait, si les
associations de propriétaires souhaitent voir disparaître la pratique de la
cession de bail, c'est justement pour pouvoir continuer de bafouer en toute
impunité et sans entrave les droits des locataires inscrits dans le Code civil
et la Charte des droits et libertés de la personne en dictant le montant du
loyer et en discriminant à leur guise. La
prétendue libre négociation entre propriétaires et locataires, dans un contexte
qui est le nôtre actuellement, elle n'existe tout simplement pas.
Il ne peut pas y
avoir de libre négociation dans un contexte d'explosion des loyers, dans un
contexte où il est presque impossible pour le commun des mortels de trouver un
logement qu'il peut se payer sans s'appauvrir et dans un contexte où bon nombre de locataires vivent sous la menace d'une
éviction frauduleuse ou d'une reprise de logement de mauvaise foi. Il ne peut pas y avoir de libre
négociation quand vous visitez un logement dont le loyer est beaucoup trop cher pour ce que vous pouvez vous permettre,
que le propriétaire n'a pas rempli la clause G du bail... la section G du
bail, pardon, mais qu'il y a 60 personnes qui attendent en arrière de
vous, qui n'hésiteront pas à payer ce prix-là, même si, comme vous, elles ne
peuvent pas se le permettre, mais que, comme vous, elles n'ont rien trouvé
d'autre. Il ne peut pas y avoir de libre négociation quand ça fait six mois que
votre propriétaire vous harcèle et vous menace à chaque jour pour vous forcer à
quitter le logement où vous habitez depuis 22 ans en échange d'une somme
d'argent ridicule. Il ne peut pas y avoir de libre négociation quand votre
propriétaire vous amène à accepter une hausse de loyer complètement abusive en
vous disant que, de toute façon, si vous n'acceptez pas, il va trouver une
façon de vous évincer. Il ne peut pas y avoir de libre négociation et il ne
peut certainement pas y avoir d'équilibre lorsque, d'un côté, il y a des
personnes qui doivent répondre à un besoin fondamental, celui d'avoir un
logement, et, de l'autre, il y a des possédants qui cherchent à maximiser leurs
profits en ayant toute la latitude pour dicter les prix.
Investir dans
l'immobilier locatif est un choix, mais un choix que peut se permettre
seulement une infime partie de la population québécoise. Par contre, ce n'est
pas un choix, pour une mère monoparentale, de payer 800 $ par mois pour
habiter dans un sous-sol avec sa fille quand elle dépense déjà une fortune en
garderie. Ce n'est pas un choix, pour une famille qui a deux revenus de travail
à temps plein, d'avoir recours au dépannage alimentaire parce que le trois
quarts de ces revenus-là passe dans le paiement du loyer. Ce n'est pas un choix
de se retrouver à la rue à 63 ans parce
que votre propriétaire a décidé de louer votre logement à son fils, un fils
qui, étrangement, possède lui-même une belle grande maison à Rosemère.
Ce n'est pas un choix de retourner vivre avec un conjoint qui vous a envoyée à
l'hôpital plusieurs fois, que vous ne pouvez pas aller rester chez vos amies
parce qu'elles ont toutes peur de lui, que ça fait déjà plus que deux ans que
vous vivez dans une maison de deuxième étape et que, des logements, dans votre
coin, il n'y en a presque pas, et il n'y en a surtout aucun que vous êtes
capable de vous payer. Ce n'est pas un choix de dormir dans son char parce que
vous vous êtes fait évincer d'un logement qui va être loué à des touristes sur
Airbnb, puis que le Programme de supplément au loyer, bien, ça ne s'appliquait
pas à vous.
Pour tout ce que vous
venez d'entendre, le RCLALQ demande non seulement le retrait de
l'article 7 du projet de loi n° 31 qui autoriserait les locateurs à
refuser une cession de bail sans aucun motif, mais aussi l'ajout au projet de
loi n° 31 d'articles permettant d'assurer le respect du Code civil du
Québec en matière des droits des locataires, notamment en prévoyant la mise en
place de mesures de contrôle des loyers comprenant un registre des... un
registre public obligatoire qui s'appliquerait à l'ensemble des loyers du
Québec ainsi qu'un plafonnement des hausses de loyer annuelles qui
s'appliquerait même lorsqu'il y a un changement de locateur, en établissant que
toutes reprises ou évictions de logement doivent être soumises au contrôle du
Tribunal administratif du logement et que la partie propriétaire doive faire la
preuve, après un an, que le projet pour lequel le tribunal a autorisé la
reprise ou l'éviction a bel et bien été réalisé.
Le RCLALQ demande également au gouvernement de
décréter un moratoire interdisant les évictions et reprises lorsque le taux
d'inoccupation des logements est sous la barre des 3 %.
Par
ailleurs, le RCLALQ croit que les articles 29 et 30 du projet de loi
n° 31, qui proposent de modifier l'article 72 de la Loi sur le
Tribunal administratif du logement afin de permettre aux parties de se faire
représenter par un mandataire sans exiger la gratuité, infligeraient un sérieux
recul aux locataires. En 2005, la Cour du Québec a obligé la Régie du logement
à mettre un frein aux actes juridiques par mandataire avec le jugement
Guerreiro. La représentation par mandataire avantage les locateurs qui peuvent
désigner gestionnaires, concierges ou tout autre professionnel pour les
représenter et mener la démarche juridique en leur nom. Ces mandats étaient
courants avant 2005, et le jugement Guerreiro y a mis fin. Ce fut... Ce fut une
bonne chose, et il n'est pas désirable de revenir à cette époque. Les
locataires n'ont pas les moyens d'embaucher des mandataires professionnels.
En conséquence, le
RCLALQ demande la modification des articles 29 et 30 afin de n'autoriser
le mandat de représentation que par un mandataire membre d'un organisme à but
non lucratif, un OBNL à vocation juridique, et seulement dans les cas où un tel
mandat serait gratuit. Nous demandons aussi que les articles 29 et 30
maintiennent la possibilité que la
représentation par mandataire soit effectuée gratuitement par un conjoint, un
parent, un allié ou un ami.
Il me reste du temps?
Le Président (M.
Schneeberger) : ...minute.
M. Dussault (Cédric) : Une minute. Bien, je vais
en profiter, justement, parce que... comme je suis sur le sujet de la
représentation par mandataire, pour dire que... répondre à la question comme
quoi les comités logement ne sont, dans leur ensemble, pour l'instant, pas
intéressés du tout à prendre ce mandat-là, premièrement parce que le rôle des
comités logement est de défendre l'ensemble des locataires du Québec. Devant un
tel mandat, les comités logement devraient avoir à choisir pour... Si les
mandats ne sont pas gratuits, les comités logement devraient choisir des
locataires qui paient, donc, avantager des locataires qui sont plus fortunés.
Donc, pour énormément de raisons, on n'a pas encore de position unanime
là-dessus. Mais on se dirige vers ça, on se dirige vers une position unanime
comme quoi, non, ce n'est pas un mandat, la représentation par mandataire, qui
pourrait être assuré par les comités logement du Québec.
• (16 h 50) •
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci beaucoup pour la présentation. Alors,
nous allons débuter la période d'échange. Mme la ministre, vous avez un
16 min 30 s.
Mme
Duranceau : Oui. Parfait. Bien, écoutez, merci pour votre
présentation. J'aimerais ça savoir si vous avez des statistiques concernant les
relations entre locataires, propriétaires, parce que ce que vous décrivez,
c'est catastrophique, là, ça va mal partout,
là. Ça fait que... Est-ce qu'il y a... Est-ce qu'on a des pourcentages, là, qui
nous disent le nombre de personnes contentes versus pas contentes?
M. Dussault (Cédric) : Bien, si je suis la
méthodologie de la CORPIQ, je peux vous dire que c'est 100 % des locataires
qui viennent voir les comités logement qui sont insatisfaits de leur relation
avec leur propriétaire.
Mme
Duranceau : OK. Puis ça donne combien de pour cent, ça, de la
population locataire au Québec?
M. Dussault
(Cédric) : Bien, nous, on défend les droits de l'ensemble de la
population du Québec. Les associations de locataires sont des groupes citoyens,
justement, de locataires qui se regroupent ensemble pour pouvoir... pour pouvoir se défendre. Les comités
logement répondent aux locataires. Il n'y a pas de mouvement citoyen qui est plus représentatif. Puis il n'y a pas, à
l'échelle du Québec, de groupe qui est plus représentatif que le RCLALQ pour
parler au nom des droits... au nom des locataires.
M. Blanchard
(Martin) : Si je peux me permettre, on estime qu'il y a environ
100 000 demandes d'information qui sont reçues chaque année par les
comités logement et associations de locataires du Québec. On ne peut pas
prétendre que tous les locataires qui ont des problèmes appellent les comités
logement. Donc, on peut dire qu'il y en a au moins 100 000, donc à peu
près 10 % des ménages, mais qu'il y en a certainement beaucoup plus en réalité. Ça ne m'étonnerait pas que c'est quelque
chose comme un locataire sur trois ou sur quatre qui a des problèmes qui
contacte un comité logement ou une association de locataires.
Mme
Duranceau : Oui. J'imagine, quand ils vous contactent, je veux dire,
ce n'est pas toujours parce qu'ils veulent s'en aller puis ils veulent... que
tout va mal, là.
M. Blanchard
(Martin) : C'est une hausse de loyer abusive, c'est de l'insalubrité
dans le logement, c'est... Ça peut être parfois... Là où c'est... ça ne
concerne pas nécessairement un propriétaire, c'est lorsqu'il peut y avoir des
conflits entre locataires. C'est des situations que l'on constate quand même,
malheureusement, dans le domaine locatif, mais ce n'est pas la majeure partie
des cas. Au niveau des statistiques qu'on a sur les compilations, je dirais
qu'à peu près, facilement, la moitié des locataires qui contactent c'est pour
une hausse de loyer abusive. Et puis une autre grande partie, c'est des
reprises, évictions de logement et de... des problèmes d'insalubrité.
Mme
Duranceau : OK. Écoutez, pour votre information, le chiffre qui nous a
été rapporté par la CORPIQ, sur un sondage fait auprès de locataires et
propriétaires, c'est que 88 % de tout ce monde-là s'entend bien. Ça fait
qu'on est dans... on serait dans le 12 %.
M. Blanchard
(Martin) : Oui. Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas ce que dit le
sondage.
Mme Duranceau : Non?
M. Blanchard (Martin) : Ce que dit
le sondage, c'est qu'il y en a 88 % qui disent que...
Mme Duranceau : Ils sont satisfaits.
M. Blanchard (Martin) : ...qu'ils
sont satisfaits, mais, même si on va dans les... dans... un peu dans le fond de
ça, ce n'est pas exactement ça qu'il dit. J'espère que le gouvernement ne
fonctionne pas par sondages pour ce qui est des relations entre locataires et
locateurs.
Ce qu'il faut regarder, c'est sur le terrain. Si
on regarde au niveau des hausses de loyer, elles dépassent largement le cadre
de l'inflation. Si on regarde les évictions et les reprises, elles sont
nettement en très forte hausse. Si on regarde l'insalubrité, on a toujours les
mêmes problèmes d'insalubrité qui ne sont pas nécessairement réglés. Enfin,
regardons ces choses-là de face.
Mme
Duranceau : Bien, tout à fait. Puis c'est ce que j'ai voulu
faire, d'ailleurs, en déposant ce projet de loi là. Mais, d'un naturel
positif, là, et... généralement, je voulais juste remettre en perspective, là,
parce que... parce que c'est déprimant pour la population, là, si on dit que ça
va mal pour tout le monde. Il y a... Il y en...
M.
Dussault (Cédric) : Bien, la situation, elle est dramatique pour une
grande partie des locataires du Québec à l'heure actuelle.
Mme Duranceau : Elle est... Oui,
tout à fait. Puis c'est pour ça qu'on va retourner au projet de loi. En matière
d'éviction... Puis combien de fois mon collègue de l'autre côté de la table m'a
interpelée en Chambre pour me parler des évictions, puis des situations où des
personnes vulnérables se faisaient mettre à la rue, puis ça n'avait pas de bon
sens? Puis j'en ai convenu avec lui dès... dès les premiers jours en Chambre.
Je pense qu'on a des avancées dans le projet de loi en matière d'éviction.
Est-ce qu'il y a des choses que vous voulez féliciter?
M. Dussault (Cédric) : Bien, notre
proposition, c'est que... Bien, notre proposition, c'est que l'ensemble des reprises et des évictions soit contrôlé par le
Tribunal administratif du logement. De cette façon-là, on aurait... on n'aurait
pas de surprise, puis ça réglerait la
question de... à savoir si les évictions sont... les reprises de logement sont
légitimes ou non. C'est un cas... C'est une question de transparence aussi.
Mme
Duranceau : Donc... donc, vous dites... Deux parties peuvent
s'entendre entre elles, locataire, propriétaire, dans un contexte
d'éviction, avec des nouvelles mesures où on vient donner des compensations
financières. Malgré ça, vous dites : Il faudrait que le tribunal vienne
par-dessus.
M. Dussault (Cédric) : Les...
Essentiellement, là, les locataires n'acceptent pas de quitter un logement, ils
sont forcés de le faire. D'autre part, ce
que les locataires veulent, ce n'est pas un montant d'argent, c'est un logement.
Les locataires ne veulent pas quitter leurs
logements en échange d'un montant d'argent. Puis, même une compensation,
là, un montant d'argent, ça peut être dilapidé extrêmement rapidement lorsque
le montant de votre loyer, il est, tout d'un
coup, doublé, triplé, voire quadruplé, parce qu'il n'y a rien d'autre que vous
trouvez de moins cher sur le marché. Donc, les gens, dans le contexte
actuel, je vous dirais qu'ils... Les locataires valorisent bien davantage le
fait d'avoir un toit sur la tête qu'un... avoir... être compensés
financièrement.
Puis il y a un... il y a un précédent dangereux
que pourrait entraîner ce projet de loi là, c'est de légitimer les évictions,
c'est-à-dire qu'à partir du moment où on compense des locataires il n'y a pas
de problème. Mais il y a un problème. Les évictions, c'est censé être un
processus exceptionnel. C'est... c'est très balisé par le Code civil sur
papier. Malheureusement, dans les faits, c'est systématiquement bafoué. Nous,
on évalue... La plus... la plus longue étude
qu'on a que... qui a été faite, c'est l'étude du Comité logement Petite-Patrie,
qui est la plus... qui est la plus fiable sur les évictions, et les reprises
de logement, et les rénovictions, et toutes ces tactiques-là, puis ça a été
déterminé que c'était 85 % de tous ces procédés-là qui étaient frauduleux,
c'est-à-dire que le motif qui était invoqué au départ, pour lequel l'éviction a
été faite, était un faux motif. Puis le véritable motif, c'était seulement pour
mettre un locataire dehors pour pouvoir augmenter de façon très significative
le montant du loyer ou encore de louer sur une plateforme d'hébergement
touristique.
Mme Duranceau : OK. Puis là la
notion de fardeau de preuve qu'on renverse puis qu'on met sur les épaules du
propriétaire pour, tu sais, qu'il prouve sa bonne foi, s'il n'a pas fait ce
qu'il voulait ou...
M. Blanchard (Martin) : Oui. Ce dont
on parle, là, ce dont vous parlez, c'est l'article... Lorsqu'il y a une
poursuite pour reprise ou éviction de mauvaise foi et que... pour les dommages
et intérêts matériels et moraux seulement, et non pas les dommages punitifs, il
y aurait... le propriétaire aurait à prouver sa bonne foi. Sinon, il est
condamné aux dommages et intérêts matériels et moraux. Oui, c'est une avancée,
mais c'est une très... une avancée qui est, disons... C'est le plus petit pas
qu'on pouvait faire dans le... dans ce domaine-là.
La
première chose à dire, c'est qu'on a à peu près moins d'une cinquantaine de
poursuites pour reprise et éviction de mauvaise foi au Québec à chaque année.
Les locataires ne retournent pas sur le lieu du traumatisme qu'ils ont vécu.
Les locataires qui viennent nous voir, il y en a qui... ils sont... je veux
dire, qui perdent leur santé mentale suite à une reprise ou une éviction, qui
sont aux portes du suicide. Ils ne veulent pas retourner dans cette histoire-là
qui les a traumatisés à vie. Donc, quand bien même on hausserait ou, en tout cas,
on faciliterait le fardeau de preuve, ces locataires-là... ça ne va pas aider
la très grande... majeure partie des locataires qui ont une éviction, une
reprise de mauvaise foi.
Mais, certes, ça va
être plus facile pour les dommages et intérêts matériels et moraux, qui sont
beaucoup moins élevés que les dommages et intérêts punitifs. Matériels et
moraux, c'est, je ne sais pas, le set de rideaux que vous avez eu à acheter
parce que vous avez à déménager, ce genre de chose là.
Mais, là où il y a
vraiment beaucoup de compensations à aller chercher, c'est au niveau des
dommages punitifs. Alors, on demande que le fardeau de preuve soit aussi
renversé pour les dommages punitifs, ne serait-ce que pour avoir un peu de cohérence et, en plus, pour ne pas se retrouver
face à des locataires qui disent : Bien, je vais juste aller
chercher des dommages et intérêts matériels et moraux, ce qui baisserait les
compensations des... moyennes qu'ils ont, qui ne sont pas élevées. En ce
moment, c'est environ 5 000 $, en moyenne, de compensation. Ce n'est
pas grand-chose quand on est face à une fraude, et qui nous a fait perdre notre
logement.
Mme
Duranceau : OK. Bien, au niveau... Revenons au niveau des évictions.
Donc, est-ce que... Là, je ne vous ai pas
entendus dire ça, là, mais c'est... c'est déjà dans le Code civil. C'est
permis. Vous avez dit : C'est... c'est permis puis ça devrait être des
situations qui sont... qui sont exceptionnelles. C'est quoi, vos suggestions
pour encadrer ça davantage ou autrement, si vous trouvez que ça, ce
n'est pas suffisant?
M. Dussault
(Cédric) : C'est... c'est dans notre mémoire. C'est que tous les...
toutes les évictions et toutes les reprises soient... passent par le Tribunal
administratif du logement. À l'heure actuelle, là, pour les gens qui ne sont
pas au courant, c'est qu'il suffit d'envoyer un avis. Il suffit que le
propriétaire envoie un avis au locataire. Puis, même, dans certains cas, il ne
le fait même pas par écrit. Il le fait verbalement. Puis il y a des gens qui ne
connaissent pas nécessairement leurs droits, qui... qui se font évincer quand
même.
Bien, ce qu'on
demande, c'est qu'il faut que ça passe par le Tribunal administratif du
logement, tous les cas de reprise, tous les cas d'éviction, mais aussi qu'il y
ait un contrôle, c'est-à-dire qu'au bout d'un an le propriétaire doive revenir
au tribunal pour faire la preuve que le... la raison pour laquelle l'éviction a
été accordée, le projet qu'il a invoqué, soit un agrandissement, une
subdivision, un changement d'affectation ou, dans le cas d'une reprise, que
c'est vraiment un parent ou un enfant qui occupe le logement... Il faut que le
propriétaire fasse la preuve que cette éviction-là ou cette reprise-là était
légitime au bout d'un an. Puis, par défaut, si le locateur n'est pas capable
d'en faire la preuve, bien, il y ait... il y ait des conséquences pour ce
locateur-là.
• (17 heures) •
Mme
Duranceau : ...vous dites : Il faut qu'il en fasse la preuve au
bout d'un an.
M. Dussault
(Cédric) : Oui, parce que c'est... Actuellement...
Mme
Duranceau : Donc, la personne est partie, là.
M. Dussault
(Cédric) : Oui, parce qu'actuellement, là...
Mme
Duranceau : Donc, ce n'est pas pour prévenir.
M. Dussault
(Cédric) : Bien, c'est pour prévenir aussi, au sens où... Si on
contrôle tous les... toutes les reprises et toutes les évictions, d'abord, on a
un certain contrôle, parce qu'à l'heure actuelle c'est... c'est le far west. Il
n'y a pas de contrôle. Puis, d'autre part aussi, c'est que, si les locateurs
qui sont... qui procèdent à des fraudes sont par la suite punis, bien, ça va en
décourager.
Il n'y a pas de
système parfait, effectivement, mais, à l'heure actuelle, il n'y a pas de
système du tout, là, pour encadrer... encadrer les reprises et les évictions.
Puis ce qu'on sait, c'est que c'est une majeure partie, puis ça, c'est dans
l'ensemble du Québec, qui sont frauduleuses, là.
Mme
Duranceau : OK. Ça fait que... Puis là vous pensez que les mesures
actuelles, avec, quand même, des compensations financières, là, pour dissuader,
là... bien, mieux traiter, premièrement, les locataires qui ont à être
déplacés, ça, ce ne sera pas...
M. Dussault
(Cédric) : Elles ne viennent pas nécessairement dissuader les
comportements frauduleux, les mesures actuelles.
Mme
Duranceau : OK. Ensuite, on parle de la limite monétaire qui a trait à
la compétence du Tribunal administratif du
logement dans des contextes d'insalubrité. Donc, je pense que vous saluez le
fait que cette limite-là... cumulative, là. Justement, les contextes
d'insalubrité, moi, c'est quelque chose qui me préoccupait, puis que les gens
puissent vivre dans un... un environnement qui est décent, là. Puis ça, je
pense que tout le monde a droit à ça. Est-ce que
vous avez des suggestions, à cet égard-là, pour être plus... plus incisifs,
peut-être, auprès des propriétaires délinquants?
M. Blanchard (Martin) : ...là
où je pense qu'on pourrait agir... Et ce n'est pas dans le projet de loi. Ce
n'est pas nécessairement... Ce n'est pas dans notre mémoire non plus. On
n'a pas... On a eu cette discussion-là. Mais, puisque la question est lancée,
un des gros problèmes qui est en hausse depuis la pandémie, c'est la punaise de
lit, et le problème de la punaise de lit est lié fortement à la pauvreté. Il y
a un lien qui est à faire et qui est... Et on le constate sur le terrain. Les
locataires qui vivent dans des logements moins salubres vont accepter le sort
qui leur est réservé d'accepter ce logement-là. Ils ne vont pas nécessairement
se plaindre, parce qu'ils ont peur de perdre leur logement, ils ont peur du
stigmatisme, ils ont peur des représailles. Et, de toute façon, ils ont une
expérience de vie qui leur dit que, lorsqu'ils se plaignent, ça va toujours mal
se terminer.
Donc, là où il y a
réellement une grande avancée à faire, c'est de se pencher sur les punaises de
lit et de regarder la réglementation
québécoise. Actuellement, un... pas un... un gestionnaire parasitaire, c'est
comme ça qu'on les appelle, n'a qu'à suivre une formation de quelques
heures en ligne pour avoir le droit d'avoir une licence. En fait, il y a un
immense ensemble de problèmes. Je ne peux pas tous les décrire ici. Mais, si
jamais le gouvernement voulait agir sur l'insalubrité, la première chose que je
dirais, c'est les punaises de lit. Et appelez-nous, parce qu'on a réellement
une expertise là-dessus, et qui a été franchement... qu'on a...
Par exemple, dans
La Petite-Patrie, on a des projets pilotes qui ont réussi à réellement se
débarrasser de la punaise pour tout un bloc. Et on parle de conciergerie,
d'endroits qui ne sont pas faciles à travailler, et on a réussi à travailler
ces problèmes-là. Donc, il y a des avancées à faire.
Mme
Duranceau : Bon, bien, ça, j'en prends bonne note, là. On ne pensait
pas parler de ça aujourd'hui, mais merci du commentaire. Mais... Puis,
vraiment, au niveau des inspections en salubrité, comment on peut...
M. Blanchard
(Martin) : Il y a une dernière chose à dire, c'est une revendication
du RCLALQ depuis très longtemps, qu'il y ait un code du logement provincial.
Actuellement, les codes de salubrité et de sécurité des logements, ça dépend
des municipalités. Et, les municipalités, bien, il y en a beaucoup qui
disent : Bien, on n'a pas les moyens d'avoir un code du logement. Donc, on
se retrouve avec une immense inégalité entre les municipalités qui ont un code
du logement et celles qui n'en ont pas. Et, là-dessus, on a une revendication
historique d'avoir un code du logement
provincial. Il me semble que, s'il peut y en avoir un à Montréal, il peut y en
avoir un partout au Québec.
Mme
Duranceau : Puis qu'est-ce que ça aurait comme impact? Au niveau de
l'application, comment...
M. Blanchard
(Martin) : C'est que les locataires auraient, à ce moment-là, des
outils, au niveau municipal, pour être capables de... des inspecteurs. Il
pourrait y avoir des... Il pourrait aussi y avoir des règlements beaucoup plus
appliqués à la situation qu'ils vivent, ne serait-ce que, par exemple, sur les
problèmes de... sur les problèmes d'humidité excessive, toutes ces choses-là
qui ne se retrouvent pas dans le Code civil actuel. Et, avec un code du
logement provincial, bien, il y aurait des règles auxquelles les locateurs
seraient tenus. Les propriétaires seraient tenus d'observer ces règles-là. Il
peut y avoir une intervention municipale, que je verrais un peu plus facile
qu'avoir des inspecteurs du Québec un peu partout dans les municipalités.
Mme
Duranceau : OK. Parfait. Merci. C'est intéressant. C'est bon pour moi.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Ça va? OK. Alors, nous allons du côté de l'opposition officielle avec la
députée de Mille-Îles. Vous avez 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci,
M. le Président. Merci, MM. Dussault et Blanchard, pour votre exposé, votre
mémoire. Code du logement, juste une petite parenthèse, j'étais à la ville de
Laval avant, et on a eu à le mettre en place. Ça a pris quand même plusieurs
années. Et Laval, c'est une... c'est une grande ville. Bien, malgré tout, ça a
pris pas mal de ressources municipales pour l'écrire. Alors, je trouve que
l'idée est fort intéressante, parce que je peux imaginer qu'il y a beaucoup de
villes de moindre ampleur qui n'ont pas nécessairement les ressources, là, pour
mettre ça en place. Puis par contre, après ça, il faut voir comment
l'appliquer, là, parce que... parce que, malgré tout, il continue à y avoir des
cas d'insalubrité à Laval, malgré un code du logement. Ça fait qu'il y a une
réflexion, je pense, à avoir là-dessus, définitivement, parce que c'est... vous
l'avez bien dit, là, les plus vulnérables sont ceux qui sont les plus affectés
par ces insalubrités-là, malheureusement.
Je vais peut-être
venir sur quelque chose d'un petit peu plus technique. Vous avez parlé de la CMM
dans votre mémoire. Le FRAPRU aussi en a parlé, mais je n'avais pas eu la
chance de leur poser la question. Alors, je vais
vous la poser, à vous. Dans le fond, la notion, actuellement, qui est proposée,
c'est de changer «logement social» par le mot «habitation» dans la loi,
là, différentes lois où on réfère à la CMM. Et hier on a rencontré les gens de
la CMM, puis ils nous ont expliqué, dans le
fond, que ce qu'ils souhaitaient par ce changement-là, c'était d'être capables
de verser une contribution aux municipalités qui investiraient dans des projets
communautaires, mais qui ne sont pas... qui
ne rentrent pas dans un programme de la SHQ. Et là ils nous donnaient
l'exemple... UTILE, par exemple, ils ont été approchés pour contribuer à
ce genre de projet là. Alors, je leur ai demandé s'il y avait une
modification... au lieu d'être «habitation», que ce soit plutôt «logement
social et/ou communautaire». Ils semblaient ouverts à ça. Et je voudrais vous
entendre là-dessus, sur cette proposition-là. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Dussault (Cédric) : Bien,
malheureusement, en fait... Puis là je pense que, c'est ça, il y a des
questions, des fois, qui sont posées, qui sont plus du ressort d'un
regroupement ou un autre de part et d'autre. Mais ce que moi, j'aurais à dire là-dessus, c'est que, malheureusement, on a
l'impression qu'il y a des municipalités qui s'adaptent comme ça parce qu'on a coupé le financement pour le logement social.
Donc, c'est malheureux, parce que ça entérine un peu ce qui a été fait au
provincial. Donc, on abandonne aussi cette question-là au niveau municipal.
Mais malheureusement, c'est ça, c'est... Il faut financer le logement social.
Le vocable qui a été... qui a commencé à être utilisé
depuis quelques années, qui est « logement social
et abordable », en général, quand on parle
de ça, le logement, il finit par n'être jamais social et il n'est
souvent pas très abordable.
Mme Dufour : D'accord. Merci. Je
voudrais aussi vous entendre sur... À la page 10, là, vous parlez des reprises, des évictions. On en a parlé un peu.
Vous en avez parlé avec la ministre aussi. Mais il y a eu une proposition.
Vous, vous proposez, là, que le propriétaire
fasse preuve au tribunal après un an. Mais faire preuve au tribunal, ça peut...
ça peut... disons, on peut présenter les preuves qu'on veut bien. Le FRAPRU,
qui vous a... qui vous a précédés, proposait plutôt une inspection systématique
après un an. Et j'aurais voulu... Je n'ai pas eu la chance d'en parler avec eux
non plus, mais qu'en pensez-vous, de cette possibilité-là où, là, on constate
sur place la réalité plutôt que... c'est ça, plutôt que...
• (17 h 10) •
M. Blanchard (Martin) : Bien,
pourquoi pas? Mais le mieux est l'ennemi du bien, parfois, c'est-à-dire, là,
tant mieux s'il y a des inspecteurs qui vont aller dans tous les logements
qui... Et je ne serais pas... Et là je ne pense pas que le RCLALQ et ses
membres seraient opposés à ça, mais, s'il est possible d'opérationnaliser
quelque chose sans que ce soit trop lourd, je pense que les propriétaires
pourraient avoir à faire preuve de la subdivision ou du... Par exemple, subdivision ou agrandissement, bien,
c'est sur le rôle foncier. On le voit. Donc, à ce moment-là, ils envoient
un extrait du rôle foncier, puis il y a une subdivision ou un agrandissement.
La reprise, si c'est pour un parent ou un enfant, bien, à ce moment-là, il peut
y avoir, là, une série de vérifications des identités par rapport au logement,
là. C'est quand même une preuve qui... dont on peut aller chercher des documents
assez formels à produire et qui seraient à la satisfaction.
Après ça,
est-ce qu'il y aurait des brèches là-dedans? Oui, il y en aurait. Après ça, on
va travailler les brèches. Mais, s'il
faut attendre dans 1 000 ans qu'il y ait des inspecteurs, qu'ils
aillent dans chaque logement, je préfère qu'on commence par cette
mesure-là.
Mme Dufour : Je comprends. Merci. Je
voudrais aussi vous entendre, vous êtes les seuls qui avez parlé de cet
élément-là, de tous les groupes qu'on a rencontrés, les dommages-intérêts
punitifs versus les dommages-intérêts matériels et moraux. Donc, peut-être vous
entendre sur votre recommandation 4.
M. Dussault (Cédric) : Tu veux y
aller encore?
M. Blanchard (Martin) : Oui. Bien,
les dommages et intérêts matériels et moraux que les locataires peuvent
réclamer lorsqu'il y a eu une reprise ou une éviction de mauvaise foi et qu'ils
font une poursuite, qu'ils vont à travers le... la procédure, très difficile
pour les locataires de se rendre à la poursuite.
Les dommages matériels et moraux, c'est, par
exemple, tous les biens qu'ils ont eu à acheter suite au déménagement
lorsqu'ils ont eu une éviction forcée. Ça peut être aussi le différentiel de
loyer. Donc, il y a eu un différentiel de
loyer à payer, et la cour, le tribunal va accorder une année ou peut-être même
deux années. Habituellement, c'est un an de différentiel de loyer. On
peut aller jusqu'à deux ans. Ça s'arrête à peu près là. Donc, ce n'est pas
beaucoup, hein? C'est 3 000 $ ou 4 000 $ qu'on peut
réclamer par ça.
Les dommages et intérêts punitifs, c'est lorsque
la mauvaise foi des propriétaires fait en sorte qu'elle est punie par la loi,
c'est-à-dire on veut punir. Ce n'est pas des dommages compensatoires. On ne va
pas compenser les problèmes que les locataires ont eus. On va plutôt
dire : On va vous punir d'avoir fait ce geste-là et on va dissuader... On va envoyer un message pour dissuader les
prochains à ne pas refaire la même chose. Et là, par exemple, on va y aller
parfois sur les profits réalisés lorsqu'il y
a eu la revente des appartements ou des immeubles. Donc... Et là les jugements
qu'on trouve les plus intéressants à ce niveau-là, c'est 20 000 $,
30 000 $, 40 000 $ de dommages punitifs, parce que les
profits qui ont été réalisés sont immenses.
Mme Dufour : Il y a eu un cas, de
mémoire, 45 000 $...
M. Blanchard (Martin) : Oui.
Mme Dufour : ...il y a quelques
semaines à peine. Donc, c'est ça que vous souhaiteriez, que le fardeau de la
preuve soit inversé également, comme...
M. Blanchard
(Martin) : Exactement. Le propriétaire a à prouver sa bonne
foi aussi dans les cas des dommages punitifs. C'est un peu étrange de
séparer les deux. Je ne vois pas trop la logique. Pourquoi est-ce que, d'un
côté, le fardeau de preuve serait sur le propriétaire et, de l'autre côté, sur
le locataire? Il n'y a pas de logique juridique. Je ne vois pas, là, pourquoi
on fait cette séparation-là. Et la crainte, c'est qu'on abandonne les dommages
punitifs parce que le fardeau de preuve est plus difficile à aller... à
rencontrer.
Mme Dufour : Je comprends.
M. Dussault
(Cédric) : ...ce que je disais tantôt. C'est que, si on fait seulement
compenser les locataires lorsqu'il y a une
éviction, qu'elle soit frauduleuse ou non, bien, en fait, on vient légitimer
les comportements frauduleux puis on vient même encourager les
comportements frauduleux. Donc, c'est un peu... c'est un peu dans ce sens-là.
Mme Dufour : Je comprends. Merci. Je
vais peut-être vous... Le dernier élément, pour moi, que je vais aborder, c'est la discrimination. Vous êtes aussi
les seuls qui en avez parlé, et c'était quand même une préoccupation. On
a vu beaucoup de cas... En fait, non, il y a eu un groupe qui est venu en
parler. C'était la fédération des étudiants collégiale qui faisait part de la
discrimination envers les jeunes qui essayaient de trouver des logements. On a
vu des cas de personnes qui venaient
d'ailleurs, des mères de famille qui sont refusées parce qu'elles ont des
enfants. Donc... Et j'ai compris ce
que vous avez dit, là. Le droit à la propriété n'autorise pas le droit à la
discrimination. Mais, tu sais, dans l'ordre des choses actuel, comment
on peut, disons, prévenir la discrimination? Il n'y a pas vraiment de mesure
proposée ici, mais je voudrais vous entendre là-dessus.
M. Dussault (Cédric) : Effectivement,
on n'en a pas proposé dans notre mémoire. Par contre, on a une revendication,
au RCLALQ, c'est que les cas de discrimination en matière de logement, au
Québec, passent aussi par le Tribunal
administratif du logement. À l'heure actuelle, pour les cas de discrimination,
que ce soit en matière de logement ou en d'autres domaines, il faut
passer par la Commission des droits de la personne. Nous, ce qu'on réclame,
c'est que ça passe aussi par le Tribunal
administratif du logement. Puis j'aimerais ça dire que... La discrimination,
effectivement elle est très, très problématique au Québec en matière
d'accès au logement. Elle est très large aussi. Elle touche énormément de
population. Puis effectivement ça a peut-être... Malheureusement, ça n'a pas
été beaucoup entendu.
Nous, on voulait... La semaine dernière, on a
fait une conférence de presse. On a voulu donner la parole à des groupes qui,
malheureusement, ne sont pas nécessairement représentés ici, en commission,
mais pour qui la discrimination est extrêmement, extrêmement présente, là, dans
la recherche de logement, puis pour qui... Puis c'est ça qu'on s'est rendu
compte, en fait, comme regroupement, on s'est rendu compte qu'il y avait
beaucoup de groupes qui avaient recours au
droit de cession de bail pour avoir accès à un logement. Donc, ce n'était même
pas simplement d'avoir accès à un logement qui était plus abordable.
Pour certaines personnes, pour certains groupes sociaux, c'est d'avoir accès à
un logement tout court.
Donc, en enlevant le droit de cession de bail,
on vient enlever, pour certaines personnes, même si ce n'est pas des millions
de personnes, on vient enlever, pour certaines personnes, la possibilité
d'avoir accès à un logement concrètement. Puis effectivement ce n'est pas la
cession de bail qui va tout régler, mais...
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci...
M. Dussault (Cédric) : Il faut
vraiment agir en matière de discrimination, effectivement, mais, à l'heure actuelle, ne pas agir en matière de discrimination
et enlever en plus la cession de bail, c'est favoriser la discrimination.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous passons maintenant du côté de la deuxième opposition avec
le député de Laurier-Dorion, pour 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Dans les 3 min 28 s qui me sont allouées, j'aimerais
ça vous entendre parler de la clause F.
Vous n'avez pas... Vous vous êtes concentrés sur la cession de bail, là, ce qui
est tout à fait légitime, là, mais
j'aimerais ça vous entendre, connaître... mieux connaître et comprendre votre
positionnement, là, sur la clause F.
M. Blanchard (Martin) : Oui, bien
sûr. Bien, la clause F, je veux dire, que des propriétaires qui viennent
de construire un immeuble... Moi, j'ai emménagé dans un nouvel immeuble en
2018. Et, de 2018 à 2023, bien, j'étais sous la clause F, mais les
augmentations de loyer étaient vraiment correctes. Heureusement, mon
propriétaire est un propriétaire public, et j'ai eu cette chance-là de ne pas
recevoir une hausse de loyer qui m'aurait contraint à quitter mon logement.
Mais le fait de ne pas pouvoir contester sa
hausse de loyer, quand bien même elle serait inscrite et prévue, le fait de ne
pas pouvoir contester sa hausse de loyer n'est pas... est une aberration et un
non-sens. Il faut pouvoir avoir le droit de contester sa hausse de loyer, et
que le tribunal regarde si celle-ci est juste au regard des factures, au regard
des pièces justificatives qui sont données. Et, oui, il peut y avoir des coûts
non prévus que le propriétaire d'un nouvel immeuble rencontre, mais celles-ci
doivent être regardées par un tribunal, et non laisser la porte à des abus.
Alors, quand bien même... Si l'abus est inscrit dans une clause dans un bail,
elle ne règle pas ce problème-là qu'il n'y a pas de contestation possible avec
la clause F.
M. Dussault (Cédric) : Moi,
j'aimerais ça aussi, là, à la question de la... la prévisibilité, pardon, des
hausses de loyer... Dans certaines régions, là, il y a... on est à un taux
d'inoccupation qui est à zéro ou tout près de zéro. Pour certains locataires,
les seuls logements qui sont disponibles, ça va être des logements neufs. Quand
bien même qu'on vous dit que, dans un an, dans deux ans, ça va augmenter à tel
montant, vous n'avez pas de choix. Il n'y a pas d'autre option qui s'offre à vous. Il n'y a pas de loyer disponible. Donc, le
seul choix que vous avez, c'est de quitter la région.
Donc, il y a des gens qui, bon, soit se
retrouvent, justement, avec un fardeau extrêmement important, avec une
augmentation de loyer qui est extrêmement importante, puis je pense que
Véronique en a parlé aussi, ça... Oui, évidemment, ça concerne des gens qui
sont à plus faibles revenus, mais il y a des gens qui ont des bons revenus aussi, mais pour qui le
fardeau d'une augmentation de loyer, là, qui est pour les immeubles qui ont été
construits il y a moins de cinq ans, elle peut être extrêmement
importante puis elle peut vous faire passer au-dessus du 30 %.
Puis, c'est ça, dans
certaines régions, vous allez avoir des gens qui ont le choix entre payer
60 % de leurs revenus au paiement du loyer ou quitter la région. Puis,
même en quittant la région, je vous dirais qu'à l'heure actuelle les taux
d'inoccupation sont extrêmement bas aussi partout, les loyers sont extrêmement
élevés un peu partout, donc, c'est... Même en connaissant les prix... C'est
comme quand on recherche un logement aussi. À l'heure actuelle, ce n'est pas
vrai qu'on peut magasiner un logement puis trouver un logement qui est
abordable pour nous. À l'heure actuelle, les loyers qui sont disponibles...
Le Président (M.
Schneeberger) : En terminant.
M. Dussault
(Cédric) : ...sont à... (pannne de son) ...extrêmement élevés.
• (17 h 20) •
M.
Fontecilla : Donc, si je comprends bien...
Le Président (M.
Schneeberger) : Voilà. Non, on n'a plus de temps. Excusez-moi.
Excusez-moi. Alors, nous allons du côté du député des Îles-de-la-Madeleine,
pour 2 min 38 s.
M. Arseneau :
Merci beaucoup. Merci pour votre présentation très claire sur la cession de
bail. Je pense que votre démonstration est éloquente. J'aimerais aborder la
question qui a parfois été discutée ici, à savoir que peut-être que la cession de bail — bien,
enfin, c'est la prétention de certains — ne
serait pas nécessaire si on avait... par exemple, si tout le monde
remplissait de façon obligatoire la clause G. Qu'est-ce que vous en
pensez?
M. Dussault
(Cédric) : ...que ça. Il faudrait, puis c'est ce qu'on dit dans notre
mémoire, il faudrait un registre des loyers. Il faudrait un registre des loyers
universel, obligatoire, public.
Il faudrait un
plafonnement aussi des hausses de loyer, parce que, puis c'est ce que je disais
un peu tantôt, ce n'est pas vrai qu'il y a une libre négociation. Même si on
remplit la clause G, quand il y a 60 personnes qui attendent en
arrière de vous pour louer le logement puis qu'ils vont le payer, ce
montant-là, même s'ils ne sont pas nécessairement plus capables que vous de le
payer, mais que... parce qu'il n'y a pas d'autre option disponible, ça ne règle
absolument pas cette question-là. Quand on est dans un marché qui est
complètement déréglé, il n'y a pas de choix qui s'offre aux locataires. Donc,
il faut un véritable contrôle des loyers. Mais il y a aussi la question de la
discrimination dont on a parlé tantôt.
M. Arseneau :
J'imagine que vous avez entendu, tout à l'heure, le groupe qui est passé
juste avant vous, là, l'Association des propriétaires du Québec, là, qui
demande d'aller encore plus loin que la CORPIQ, c'est-à-dire le libre marché
complet, et tout ça, là. Je n'ose pas imaginer la réaction que vous avez eue.
Bien, sur le fond, ils semblaient même dire que la situation que vous décrivez
n'est pas... n'est pas réelle. Je veux vous entendre là-dessus. On est dans le
déni ou on est vraiment dans l'abus de pouvoir à l'heure actuelle?
M. Dussault
(Cédric) : Oui, oui, on est dans l'abus de pouvoir. On peut parler
d'abus de pouvoir. Mais c'est certain que... Écoutez, c'est... Évidemment que,
quand on profite d'un système, on ne voit pas nécessairement ceux qui sont
victimes du système. On a des données extrêmement probantes, là, qui... qui
montrent que la situation est dramatique pour les locataires. Tu voulais-tu...
M. Blanchard (Martin) : Oui, juste pour... À peu
près toutes les données de recherche, sociologues, géographes, économistes, philosophes, nommez-les, décrient la
situation vécue par les locataires comme étant intenable, problématique, et
que la situation est en recul aussi. Il n'y a à peu près aucune donnée qui dise
que ça va mal pour les propriétaires. Ça, on parle des données probantes
universitaires.
Le Président (M.
Schneeberger) : En terminant.
M. Blanchard
(Martin) : Moi, je travaille depuis longtemps à un niveau de haute
recherche académique, et ça n'existe pas, cette position-là qui nous est
ramenée par les propriétaires.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Le temps était... est écoulé, malheureusement. Alors,
merci pour votre présentation.
Nous suspendons
quelques instants pour permettre au dernier groupe de la journée de prendre
place.
(Suspension de la séance à
17 h 23)
(Reprise à 17 h 28)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous reprenons la séance. Alors, nous en sommes maintenant au dernier
groupe de la journée. Alors, bonjour à vous trois. Alors, je vous présente.
C'est l'Association des juristes progressistes. Alors, dans un premier temps, vous présenter à tour de
rôle, et enchaîner ensuite avec votre présentation. Vous avez un
10 minutes. Par la suite, on procédera à un échange avec les députés.
Allez-y.
Association des
juristes progressistes (AJP)
Mme Brown
(Kimmyanne) : Bonjour, tout le monde. Bonjour, chers députés,
Mme la ministre, M. le président du Tribunal administratif du logement.
Bonjour. Donc, merci à tous et toutes de nous accueillir et de nous accorder
votre temps.
Je me
présente. Je m'appelle Kimmyanne Brown. Je suis avocate. Et je suis accompagnée
de Me Gabriel Pelletier et de Spencer Nault. Nous sommes membres de
l'Association des juristes progressistes, qui est un OBNL qui compte 200 membres au Québec et qui se veut, en
fait, une force politique vouée à la promotion des droits politiques, sociaux
et culturels au Québec.
En tant que juristes, nous croyons fermement
que, si le droit peut s'avérer un outil efficace de lutte contre les inégalités
sociales, il peut également produire et reproduire de telles inégalités. Et
donc c'est dans ce contexte que l'on intervient aujourd'hui dans la commission
parlementaire sur le projet de loi n° 31. Et nous considérons que les
dispositions dans le projet de loi n° 31 ont comme objectif avoué de
rétablir l'équilibre entre les propriétaires et les locataires.
Si l'on salue
certaines de ces modifications législatives qui sont proposées, force est de
constater que ce projet de loi ne contient pas de solutions structurantes qui
permettent d'assurer à long terme la protection des droits des
locataires et un accès au logement pour toute la population québécoise. On
considère également que certaines des modifications législatives proposées n'auront
que comme conséquence d'accentuer la précarité des locataires, une population
qui est constituée des plus vulnérables de la société, en plus de... de
fragiliser, pardon, dangereusement le principe du droit au maintien dans les
lieux, pierre angulaire du régime de louage résidentiel au Québec.
• (17 h 30) •
Donc, je vais débuter la présentation avec ce
qui a fait beaucoup parler aujourd'hui, d'ailleurs, le droit à la cession de bail. C'est un des enjeux centraux du
projet de loi n° 31. Et l'article 7 propose une modification majeure
au régime de la cession de bail, et il est important de nommer que cette
modification opère un changement de fond du mécanisme et vient renverser
plusieurs années de courant jurisprudentiel en la matière.
Il faut comprendre, et c'est très important, que
la cession de bail, c'est un corollaire et une dimension essentielle du droit
au maintien dans les lieux des locataires. Le droit à la cession de bail, c'est
une mesure voulue, désirée et choisie par le
législateur afin d'assurer un contrôle des loyers. C'est aussi, et ça a été
mentionné aujourd'hui, un moyen qui
permet un droit de mobilité des locataires, donc, qui veulent se libérer d'un
bail avant la date de fin prévue de bail. Et donc plusieurs décisions,
depuis plusieurs années, sont venues consolider ce droit à la cession de bail,
et le tribunal a même estimé, en 1995, que ce droit était une limitation
raisonnable au droit de propriété des locateurs.
Donc, on considère que la proposition dans le
projet de loi n° 31 met à mal ces éléments, en plus
de déséquilibrer de manière significative les rapports entre les locataires et
les locateurs. Et, comme le RCLALQ l'a mentionné tout à l'heure, nous sommes,
en fait, concernés que l'on apporte une solution à un problème qui n'existe
pas. On se questionne pourquoi cette mesure est mise en place. Quel est le
problème ciblé? La CORPIQ va parler de marchandisation des loyers, de cession
de bail de mauvaise foi. À ce jour, il n'y a aucune étude, aucune donnée,
aucune analyse scientifique qui nous permet d'en venir à ce constat, tant sur
le terrain qu'au niveau académique.
Et donc, pour résumer, mettre en place des
solutions législatives pour des problèmes non documentés, c'est, au mieux,
travailler à l'envers et, au pire, mettre à mal des principes qui sont des
corollaires du droit au maintien dans les lieux des locataires pour satisfaire
un intervenant de l'échiquier politique au Québec. Et donc c'est la raison pour
laquelle nous croyons que les membres de l'Assemblée nationale ne doivent pas
donner l'aval à ce retrait du droit à la cession de bail, parce que nous
considérons que les modifications faites sont un retrait du droit à la cession
de bail pour les locataires.
Et notre mémoire vient, donc, proposer également
une pléthore de propositions qui viennent solidifier des mécanismes qui
existent déjà en matière de contrôle des loyers, notamment les mécanismes
prévus à la clause G et la fixation de loyer. Donc, je demande votre attention
sur ces moyens-là que l'on propose, qui sont des modifications mineures, mais
qui auront des impacts significatifs pour consolider l'objectif du législateur
en matière de contrôle des loyers.
Je vais passer la parole à mon collègue, Me
Pelletier.
M.
Pelletier (Gabriel) : Merci beaucoup. M. le Président de la commission,
Mme la ministre, Mmes, MM. les députés du gouvernement et de
l'opposition, je vous remercie de nous recevoir.
Je veux vous
entretenir, là, quelques instants sur les aspects du projet de loi qui touchent
au régime des évictions. À l'AJP, là, on accueille favorablement les
modifications qui sont proposées à ce régime-là par le projet de loi tel
que présenté par le gouvernement. On pense que c'est des pas dans la bonne
direction, surtout considérant le contexte de crise
du logement. Cela étant, on se permet de proposer un certain nombre
d'amendements supplémentaires qui, on pense, permettraient de prendre certains pas supplémentaires qui sont tout
autant nécessaires. Je vous en lance trois en rafale. Puis je vous
invite, évidemment, à poser vos questions et à consulter le rapport.
Première des choses, nous proposons de renforcer
l'article 1899, qui prévoit des dommages punitifs lorsqu'un locateur, suite à
l'exercice d'un droit d'un locataire, agit par représailles en atteignant à son
droit au maintien dans les lieux. Donc, il y a des dommages punitifs qui sont
prévus dans ces cas-là. On propose d'importer un
mécanisme qui existe déjà en droit du travail, dans le Code du travail, dans la
Loi sur les normes, qui prévoirait une présomption, où on présumerait que le
locateur qui agit ainsi agit, justement, en représailles, et ce serait à lui de
démontrer que ce n'est pas le cas.
Deuxième des choses, on propose d'élargir la
discussion sur les indemnités afin d'inclure les reprises. Évidemment, on est
conscients que l'objet des reprises de logement et des évictions, ce n'est pas
la même chose. On est donc partis de la base
que le gouvernement propose au niveau des indemnités en matière d'éviction, qui
est de 24 mois. Nous, on propose
plutôt un mécanisme, là, qui serait modulable selon le nombre d'années
d'occupation et qui serait maxé à six mois. C'est discutable, mais le
principe reste quand même de vouloir l'élargir à la question de la reprise de
logement, parce qu'éviction, reprise, pour le locataire, l'effet est le même,
c'est une perte de milieu de vie.
Et, en dernier lieu, au niveau de la protection
des locataires aînés vulnérables, on attire l'attention du législateur sur
l'article 1959.1, qui est, il faut le dire, un très rare exemple, dans
l'histoire parlementaire québécoise, d'un projet de loi de député qui s'est
rendu à son aboutissement. C'est un travail de coalition, c'est un travail de
conciliation en commission qui a permis à cet article-là d'avoir vie. Il y a eu
des compromis qui ont été faits à cette époque-là, entre autres sur le seuil,
sur l'âge, afin d'avoir accès à cette protection-là pour les locataires aînés.
À l'heure actuelle, pour en bénéficier, un
locataire aîné doit être âgé de 70 ans ou plus. Ce qu'on soumet... Et on se base, là-dessus, sur des études assez
récentes, entre autres, de l'Observatoire québécois des inégalités, qui date de
2022, et de l'association québécoise des droits des retraités, qui fait
état d'une situation véritablement épeurante en matière de pauvreté des aînés
au Québec, surtout en région. En sachant, d'ailleurs, que l'âge moyen de la
retraite au Québec... Actuellement, la prise de la retraite, c'est 63 ans,
64 ans. En sachant qu'on a presque un aîné sur deux de 65 à 69 ans qui vit
en deçà d'un seuil de revenu viable, qui est un seuil d'environ une vingtaine
de mille, donc ce n'est pas grand-chose, on
s'entend, nous, ce qu'on soumet au législateur, c'est qu'il y a tout à fait
raison d'être d'augmenter ce seuil-là afin qu'un locataire aîné de 65 à
69 ans soit protégé en matière de reprise et d'éviction, à même titre
qu'un locataire de 70 ans et plus.
Sur ce, je vais passer la parole à mon collègue.
Je vous remercie pour votre attention.
M. Nault (Spencer C.) : Merci.
Alors, l'Association des juristes progressistes souhaite rappeler que de
nombreuses questions juridiques et sociales sont oubliées dans le projet de loi
n° 31 et que le gouvernement doit prendre ses responsabilités lorsqu'il
est question de la crise du logement. Comme il est écrit dans notre mémoire, le
gouvernement du Québec est lié par plusieurs obligations législatives
reconnaissant le caractère fondamental du droit au logement.
En effet, le Québec est lié de façon implicite
par sa propre Charte des droits et libertés de la personne, dont
l'article 45 indique que «toute personne dans le besoin a [le] droit, pour
elle et sa famille, à des mesures d'assistance financière et à des mesures
sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie
décent». Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse, le droit au logement fait implicitement partie du droit à des mesures
sociales et financières.
Soulignons également que le Québec a des obligations
de nature internationale puisque le Canada a signé le Pacte international
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, dans lequel il est
indiqué, à son article 11, que «les États parties prendront des mesures
appropriées pour assurer la réalisation du droit à un logement suffisant». Je
vous invite à consulter les pages 45 et 50 de notre mémoire pour prendre
la mesure des obligations auxquelles le Québec est tenu.
Nous suggérons également au gouvernement
d'adopter une approche holistique des droits fondamentaux. En effet, selon la
conférence mondiale sur les droits humains de Vienne, tous les droits de la
personne sont universels, indissociables et interdépendants. La communauté
internationale doit traiter des droits de l'homme globalement, de manière
équitable et équilibrée, sur un pied d'égalité, et en leur accordant la même
importance.
Pour toutes ces raisons, l'Association des
juristes progressistes formule la recommandation n° 17,
que l'Assemblée nationale ajoute une reconnaissance qui soit explicite du droit
au logement dans la Charte des droits et libertés de la personne. Je vous
remercie.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, merci beaucoup pour votre présentation.
Nous allons maintenant débuter une période d'échange avec... du côté
ministériel avec la ministre. Alors, vous avez un 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Parfait. Merci.
Merci pour votre présentation. Je vais vous ramener tout de suite à un élément
dont vous venez de parler, l'âge de... les locataires aînés, là, 70 ans et
plus, qui, bon, selon leur niveau de revenus, peuvent être protégés, là. Vous
recommandez 65 ans. Je comprends que c'est parce que les analyses disent
qu'à partir de 63 les gens, bon, sont à la retraite, mais là vous ne pensez pas
qu'une fois qu'on va être rendus à 65, là, ça va être 60 puis...
M. Pelletier (Gabriel) : Bien, c'est
certain qu'à un moment donné on peut se demander : Bien, où est-ce qu'on
va mettre la ligne? Est-ce qu'on va la mettre à 60, à 55, à 50? J'ai envie de
vous dire : Mettons-la quelque part où ça vaut la peine de la mettre, et
cet endroit-là, c'est 65 ans. Pourquoi 65 ans? Parce qu'il y a un
appauvrissement qui est lié avec le fait de
prendre sa retraite, parce qu'on a une majorité de Québécois qui ne bénéficient
pas d'un fonds de pension privé qui leur permet d'avoir accès à une
rente au-delà de ce que la RRQ ou les pensions de vieillesse du Canada leur
garantissent une fois rendus à la retraite et parce que, de manière générale,
les études qu'on voit actuellement font état
d'un appauvrissement à partir de 65 ans, le tout dans un contexte
d'augmentation du coût de la vie.
Alors,
je vous entends. Effectivement, quand on élargit un droit, y a-t-il un risque
de l'élargir à une population trop grande? Peut-être. Nous, ce qu'on
dit, c'est qu'on fait confiance au législateur là-dessus, et on vous soumet
qu'avec les éléments qu'on a c'est 65 ans.
• (17 h 40) •
Je me permets une petite anecdote rapide. On a
fait le tour de la jurisprudence pour trouver des exemples, justement, où cet
enjeu de l'âge là était problématique. Puis ce qu'on se rend compte, c'est que,
dans 1/5 des cas où la protection du 1959.1 a été refusée, c'étaient des cas où
les locataires n'avaient pas l'âge nécessaire. Et ça, il y a des cas horribles
là-dedans. Il y a des cas de personnes de 69 ans qui habitent dans un
logement depuis une vingtaine d'années, qui ont le revenu pour se qualifier à
un HLM mais qui, par la force des choses, parce que... Beau cadeau
d'anniversaire. Avant leur 70e, ils ne seront pas tout à fait rendus au seuil
de 70, et là arrive l'éviction, ils doivent quitter.
Bien, ils perdent un droit à un logement. Ils perdent un milieu de vie qui leur
est propre. Donc, certainement, écoutez, je suis sensible à ça, je vous
entends, mais 65, ça nous semble raisonnable.
Mme Duranceau : OK. Puis on a parlé
de discrimination, là, avec le groupe qui vous précédait, puis c'est souvent le commentaire qui est fait à l'égard de
cette mesure-là, qu'à la limite, bien, si tu as un locataire de 64 ans, là,
exemple, qui s'en vient pour louer, bien là, ça risque d'être regardé
par le propriétaire, dire : Là, je m'embarque-tu là-dedans? Tu sais, ça ne
va pas avoir cet effet-là?
M. Pelletier (Gabriel) : Peut-être,
mais, dans tous les cas, ça ne l'aura plus pour ceux de 69.
Mme Duranceau : Ceux qui sont déjà
en logement, on va les protéger. C'est ça, votre... OK.
M. Pelletier (Gabriel) : C'est ça.
Mais je vous entends.
Mme Duranceau : Oui, c'est ça, ce
n'est pas... Difficile équilibre, hein, tout ça. OK. Bon, alors, je continue,
vu que c'est ma job. Vous proposez que le locateur qui souhaite augmenter son
loyer au-delà du taux indicateur, là, en vigueur doive présenter
automatiquement une demande de fixation de loyer au TAL. Et je me demande :
Est-ce qu'on veut calquer un peu sur le régime ontarien ou... Est-ce que vous
pouvez élaborer un peu sur ça?
M. Pelletier (Gabriel) : En fait,
l'idée, c'est qu'on est sensibles au fait que... Des mécanismes de contrôle de
loyer au Québec, bon, certains diront le contraire, c'est leur droit, nous, on
considère qu'il en manque, surtout si on retire celui de la cession de bail. À
nos yeux, l'idée d'aller... En matière de fixation, l'idée est la suivante.
C'est que, dans les faits, comment ça
fonctionne aujourd'hui, le locataire a le poids de l'odieux, disons, d'aller
voir son propriétaire puis là de dire : Écoutez, moi, cette
augmentation-là ne me convient pas.
Nous, ce qu'on voit dans la pratique puis avec
nos membres, c'est qu'il y a énormément de locataires qui n'osent pas se rendre
jusque-là. Pourquoi? Des fois, parce qu'ils ne connaissent pas leurs droits,
tout simplement, des fois, parce qu'il y a une barrière linguistique, mais
aussi, souvent, parce qu'ils se disent : Est-ce que j'ai vraiment intérêt
à, disons, m'obstiner pour une augmentation de loyer quand ça pourrait me
revenir contre moi plus tard dans mes
relations avec mon locateur? Donc, ils veulent maintenir cette relation ou
carrément parce que, bien, ils ont peur.
Alors, nous, ce qu'on se dit : Bien,
écoutez, ne punissons pas les locateurs qui, effectivement, font vraiment des
travaux dans leurs logements. Si tel est le cas et qu'ils peuvent en faire la
preuve, c'est assez simple, ils ont des factures, ils ont des contrats, qu'il
se rendent au TAL, qu'ils fassent la démonstration devant un greffier — en
plus, même pas besoin de passer devant un juge pour faire ça, c'est plus simple — qu'ils
en fassent la démonstration, et ça va retirer ce poids-là aux locataires et, on
pense, ça va contribuer à faire un certain contrôle de loyer.
Mme Duranceau : Puis je vais vous
poser une autre question. Disons que l'augmentation du propriétaire, elle est
calquée, là, sur les balises qui sont... qui sont annoncées par le TAL
annuellement. Bien, pourquoi... En fait, les locataires peuvent quand même
contester cette augmentation-là. Puis est-ce que c'est bénéfique? Est-ce que ça
n'embourbe pas le TAL, justement, de demandes qui, finalement... quand les
mathématiques vont être refaites, ça va donner la même réponse?
M. Pelletier (Gabriel) : Bien,
écoutez, ils ont le droit d'ester en justice. C'est un droit fondamental. Ils
vont aller là pour perdre leur temps. Moi, je le dis très sincèrement... Puis
je vous entends, je comprends, mais je connais très peu de justiciables... ou, en tout cas, je me fie sur les clients
que moi, je connais, je connais très peu de justiciables qui apprécient
l'idée de perdre une journée de travail, ou de perdre du temps de réflexion, ou
du sommeil à l'idée d'aller au tribunal pour rien. Et ça, ça inclut les
locataires qui vont en demande en fixation. Donc, est-ce qu'il y a des gens qui
vont en abuser? Peut-être, comme dans tout, mais est-ce que ça va être la
norme? Sincèrement, j'en doute. J'en doute.
Mme Duranceau : Oui. On a vu une
grosse recrudescence des demandes devant le TAL pour des raisons probablement
valides, là, compte tenu du contexte, mais, à un moment donné, ce calcul-là, il
est très mathématique aussi, là. Ça fait qu'il n'y a pas de surprise, souvent.
Ensuite.. Attendez... Ah oui! c'est ça. Vous
avez parlé de la reprise de logement, puis qu'il y a une compensation, dans un
cas de reprise et non pas d'éviction, une compensation qu'on pourrait venir
prévoir dans la loi, puis que vous limitez à six mois.
Puis je pense qu'en ce moment c'est le TAL qui... Il y a une compensation qui
est déjà prévue, là, de trois, je pense, trois mois.
M. Pelletier
(Gabriel) : Le trois, c'est... Excusez-moi. Est-ce que je vous ai
interrompue? Non?
Mme
Duranceau : Oui... Non, non, non. Bien, en fait, ma question,
c'est : Pourquoi prévoir six mois et ne pas laisser le TAL, justement, sur
cette mesure-là, convenir de quel est le bon montant, selon les circonstances?
M. Pelletier
(Gabriel) : Ça découle de nos observations. C'est qu'en gros, à
l'heure actuelle, le trois mois, c'est vraiment pour les évictions. Au niveau
de la reprise, ce qui est prévu dans le moment, c'est des conditions qui
apparaissent raisonnables au juge, pouvant... y inclus les frais de
déménagement.
Alors, nous, ce qu'on
voit, c'est que, et ça va de soi, il y a une grande marge de manoeuvre qui est
laissée au juge, mais il y a un certain caractère qui est arbitraire puis il y
a une grande fluctuation, tout dépendant, disons, dans quel dossier on est. Souvent,
il y a des juges qui vont simplement donner l'indemnité de déménagement, qui
vont se limiter à ça. Il y a des juges, parfois, qui vont plutôt retenir des
décisions de la Cour du Québec qui font état que, par exemple, le déracinement
de son loyer, ça mérite d'être indemnisé. Donc, ils vont moduler
l'indemnisation en facteur de ça. Mais ça dépend, essentiellement, d'une chose
l'une, de sur qui on tombe, mais aussi si le locataire est représenté ou
connaît suffisamment bien ses droits pour savoir qu'il peut faire cette
preuve-là.
Alors,
nous, ce qu'on dit, c'est : Venons standardiser les choses, mettons en
place un mécanisme d'indemnisation dont le maximum serait moins bas...
serait moins élevé que l'éviction, parce qu'on sait que ce n'est pas la même finalité,
on sait que ce n'est pas le même objectif, on sait que ce n'est pas nécessairement
les mêmes locateurs qui le font non plus, mais six mois, ça nous semble être un
compromis qui est acceptable, cela étant, un maximum qui est bien en deçà du 24
qui est dans le projet de loi, là.
Mme
Duranceau : Oui. Le 24 s'applique aux évictions.
M. Pelletier
(Gabriel) : Exact. On s'entend. Tout à fait.
Mme
Duranceau : C'est ça. On ne touchait pas les reprises, parce que,
souvent, le parc locatif au Québec, si je ne
me trompe pas, c'est beaucoup aussi des duplex, des triplex puis des gens qui
reprennent et qui veulent l'habiter aussi.
On ne voulait pas pénaliser non plus des gens qui, de bonne foi, achètent un
duplex puis veulent l'habiter. OK. Bien, je note ça.
Ensuite, concernant
la représentation devant le TAL, vous mentionnez que ce soit nécessaire... que
c'est nécessaire que la représentation se
fasse à titre gratuit. Puis peut-être qu'on peut discuter un peu de cette
mesure-là, là, qui est proposée, puis
vos commentaires là-dessus. On en a parlé avec les groupes qui vous ont
précédés un peu, mais comment vous voyez ça?
M. Pelletier
(Gabriel) : Tout à fait. Puis ma collègue, là, Me Brown, là,
complétera, là, certainement. En somme,
écoutez, on entend les comités logement, d'une chose l'une, et on entend que...
Nous, pour nous, le fait d'ouvrir le mandat à l'extérieur de la
profession d'avocat, c'est une mesure d'accès à la justice ou, du moins, ça
pourrait être une mesure d'accès à la
justice. On trouve ça intéressant. Cela étant, quand on ouvre ce genre de
mandat là, entre autres, dans le communautaire, à un milieu dans lequel
on sait qu'il y a des enjeux de financement, il y a des enjeux de financement
de l'action communautaire autonome, nous, la question qu'on se pose,
c'est : Est-ce qu'on est vraiment en train de donner les moyens aux
comités logement de faire cette représentation-là? Est-ce qu'ils veulent le
faire? Est-ce qu'ils ont les moyens de le faire?
Alors, nous, ce qu'on
dit, ce n'est pas compliqué, c'est : La mesure, on est en faveur. On
trouve ça intéressant. Il y a certainement des OSBL qui pourraient être
intéressés à le faire, probablement plus si on augmentait le financement pour aller dans ce sens-là. Mais ce
qu'on craint, c'est qu'en le limitant... en ne le limitant pas aux OSBL,
aux employés puis aux bénévoles d'OSBL qui feraient ça à titre gratuit, on se
retrouverait à recréer ce qui existait au début des années 2000, où on
avait des mandataires, ou des employés, ou voire même des boîtes, là, de
représentants à bon prix, un peu, disons-le
en bon québécois, cheap, qui venaient permettre à des locateurs d'être
représentés à prix très, très bas. Et
là on se retrouve avec une mesure qui est censée être une mesure d'accès à la
justice, qu'on trouve intéressante, mais qui vient encore plus augmenter
la disproportion des forces entre le locateur puis le locataire, parce que le locataire doit toujours trouver une ressource qui
peut le prendre, alors que le locateur, lui, a accès à une ressource encore
moins dispendieuse que ce qu'il a déjà. Peut-être, Me Brown...
Mme Brown
(Kimmyanne) : Oui. Si je peux me permettre de compléter, en fait, le
risque avec ça, c'est que, souvent, les locateurs... Souvent, les personnes
morales et les entreprises vont avoir accès à une multitude de représentants à
leur disposition. Il faut noter que les locataires, en ce moment, devant le Tribunal
administratif du logement, n'ont pas beaucoup de représentations, n'ont pas
beaucoup accès à des avocats en droit du logement pour les représenter soit
pour une question de revenus ou de disponibilité de ces dits avocats. Donc,
déjà qu'il existe un déséquilibre, ce déséquilibre, je crois, ne serait
qu'encore plus amplifié s'il y a des concierges, des mandataires, des
gestionnaires d'immeuble qui viennent au TAL, à titre onéreux, représenter ces
locateurs.
Mme
Duranceau : Donc, je garde mes... mon esprit. Et par contre,
dans cette façon de faire là, les modifications qui sont proposées sont alignées avec ce qui se fait au Tribunal administratif du Québec puis le Tribunal
administratif du travail. Je me permets des questions plus techniques,
juridiques, là.
Mme Brown (Kimmyanne) : Oui. Bien,
je pense... Et Me Pelletier pourra compléter, mais le... Qu'il y ait des
mandataires, des concierges, des gestionnaires, c'est un phénomène social qui
est très propre au marché locatif. Et donc je pense que ça pourrait être une
mesure d'accès à la justice en raison des précédents qui existent dans d'autres
tribunaux administratifs au Québec, mais on craint de revenir à la situation
qui préexistait, la décision Harvey c. Guerreiro, en 2005, de la Cour du Québec, et
donc qu'on crée un déséquilibre. Donc, souvent, on met en place des dispositions
législatives qui, on croit, vont corriger certaines problématiques sociales
mais qui vont en générer d'autres. Donc, c'est notre crainte, et je crois que
cette crainte est légitime et fondée dans les circonstances.
• (17 h 50) •
Mme Duranceau : OK. Parfait.
M. Pelletier (Gabriel) : Si je peux
me permettre...
Mme Duranceau : Oui, oui, oui,
allez-y.
M. Pelletier (Gabriel) : Peut-être,
une petite chose supplémentaire que je rajouterais, il faut comprendre aussi
qu'au niveau des autres tribunaux administratifs... Puis je me prends en
exemple, là. Les premiers mandats juridiques
que j'ai faits, c'était comme étudiant au bac dans le cadre d'un OSBL où on
pouvait avoir une représentation devant
un tribunal administratif. C'était le Tribunal de la sécurité sociale au Canada
pour les dossiers d'assurance-emploi. Bien, il faut comprendre que, que
ce soit au TSS ou au TAQ, très souvent, dans plusieurs dossiers, l'adversaire,
disons, l'opposant, c'est l'État. Souvent, ça peut être l'État. C'est le
gouvernement, c'est une commission. Donc, il n'y a pas ce rapport-là, comme Me
Brown dit, où est-ce que c'est deux particuliers. Évidemment, bon, en matière
d'accident de travail, l'employeur peut se faire représenter, mais il faut
comprendre que le contexte est très différent dans ces tribunaux-là à cause des
forces en présence.
Mme Duranceau : OK.
Je vais revenir au contexte d'éviction. Bien, vous proposez, en tout cas, des
suggestions intéressantes, au niveau des villes, pour la preuve, je
pense, au niveau des permis, tout ça. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu
de ces recommandations-là?
Mme Brown (Kimmyanne) : Oui. En
fait, on a constaté, je pense que ça a été amené aujourd'hui ou hier, là, qu'il
y a... dans la foulée de la pandémie, il y a plusieurs arrondissements qui ont
pris des décisions innovantes de limiter l'octroi de certains types de permis,
particulièrement la subdivision de logement, puisqu'il était constaté qu'il ne
fallait pas plus de logements petits. Il nous fallait des grands logements pour
accueillir les familles. Et donc ces décisions sont salutaires, mais on
constate qu'il existe... c'est-à-dire, on pourrait habiter dans Rosemont et ne
pas pouvoir... être protégé, et on change une rue plus loin, on est dans un
autre arrondissement puis on n'est pas protégé.
Et donc on se pose la question. On ouvre un peu
la discussion. Je pense qu'il faut aborder ça. Et c'est dans un contexte où ces microdécisions-là qui sont prises
dans chaque arrondissement ont des impacts considérables. On protège les droits
des locataires, mais vient à se poser la question : Est-ce qu'il y a des
données qui existent en matière de crise du logement, de spéculation
immobilière? Quels arrondissements permettent la subdivision ou ne la
permettent pas? Dans quels arrondissements...
Donc, il n'y a pas d'étude qui est faite. Il n'y
a pas de données qui nous permettent de prendre position sur ces éléments-là.
Et, en contexte d'éviction, dans le contexte où le législateur va modifier des
dispositions avec les évictions, je crois
qu'il faut avoir cette réflexion-là parce que... Je fais un petit aparté
historique dans le mémoire. Quand on parle du fait qu'à l'époque, là, il
y avait... C'était supposé être le Tribunal administratif du logement qui
devait gérer cette question-là, et l'Union des municipalités du Québec a dit : Non, c'est notre compétence, on est
spécialistes en urbanisme, on va le faire. Donc là, aujourd'hui, on se
retrouve dans un contexte où il y a plein de règlements qui sont adoptés, et
donc il faut analyser l'impact que ça a. Est-ce que les locateurs utilisent
vraiment le mécanisme de la subdivision? En ce moment, on ne le sait pas vraiment.
Donc, pour prendre position, en tant que
législateur, sur des choses qui ont des impacts majeurs tant sur les locateurs que sur les locataires, il est
fondamental que les données soient mises... qu'elles soient disponibles pour
nous permettre de comprendre la
réalité sur le terrain, parce que les évictions pour agrandissement,
subdivision et changement d'affectation, c'est le coeur de la crise du
logement. C'est un droit du locateur, mais c'est un moyen qui est mis en
place, qui permet l'enrichissement du locateur. Donc, il faut analyser ça.
Et d'ailleurs nous décrions fortement que le
rapport annuel de gestion du TAL ne donne pas le nombre d'oppositions aux
évictions que les locataires ont déposées. On a noté une grande augmentation
des demandes de reprise de logement. Tout à
l'heure, on en a parlé avec le FRAPRU, je crois, de mémoire, mais le nombre
d'oppositions aux évictions n'est pas quantifié. Et nous nous désolons
franchement de ça, parce que, sur le terrain, nos avocats membres constatent
qu'il y a une recrudescence phénoménale de ce type d'éviction.
Mme Duranceau : OK. Je
comprends que c'est à l'étude de crédits, cette information-là, puis c'est une
information qui est publique. Ce n'est peut-être pas dans le rapport de
gestion, là, mais elle est publique.
Mme Brown
(Kimmyanne) : Des avocats membres de l'association ont fait des
demandes d'accès à l'information pour obtenir ces données-là, et il y a
plusieurs dossiers devant la Commission d'accès à l'information en lien avec
ça.
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
Mme Brown (Kimmyanne) : Donc,
en tout cas, ça me fera plaisir de... Mais, pour les justiciables, parce que le
rapport annuel de gestion, c'est public pour tout le monde, je pense que cette
information-là doit être publiée.
Mme Duranceau : Parfait. Bien,
merci. Merci pour vos commentaires.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle, et
je crois entendre Mme la députée de Mille-Îles, pour un
10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Mes Brown, Pelletier et Mme Nault — je ne me suis pas
trompée, j'ai les bons titres — merci
pour votre présence, et votre exposé, et votre mémoire très, très, très
détaillé. Il y a beaucoup, beaucoup de propositions.
Je vais
peut-être juste reprendre là où on s'est arrêtés, par rapport aux demandes de
permis dans les municipalités. Vous proposez, donc, que les municipalités
rendent disponible, via un portail public, l'ensemble des demandes de
permis d'agrandissement et tous les autres, là, statuts que vous parlez. Ce
n'est quand même pas banal, comme information. C'est très compliqué à obtenir. Toutes les villes travaillent
différemment. Je viens du milieu municipal. Personnellement, quand j'ai vu ça, j'ai dit : Ouf! Je ne vois
pas ça demain matin du tout. Ça pourrait prendre, même, beaucoup de temps, et
pour...
Finalement, ce que je comprends, votre objectif,
c'est plutôt de comprendre et d'avoir un état des lieux, mais est-ce que c'est...
En tout cas, je me demande : Est-ce qu'il n'y aurait pas une autre façon
d'avoir un état des lieux que de tenter d'harmoniser des systèmes de
1 200 municipalités au Québec, ce qui n'est vraiment pas fait? Et je
peux vous dire qu'ils risquent de crier
demain matin si on leur demande de fournir ces informations-là toutes en même
temps. Donc, il n'y aurait pas lieu, peut-être, que... vous parliez de
l'INRS, ailleurs, de faire peut-être... y aller autrement, peut-être par des
sondages, des enquêtes avec un chercheur? Je ne sais pas, mais je vous pose la
question, parce que ça me semble assez, assez, assez difficile à atteindre, là,
cet objectif-là, la recommandation 8.
Mme Brown (Kimmyanne) : Oui, bien,
c'est une recommandation qui est très ambitieuse. Nous faisons confiance au
législateur, bien entendu, pour répondre à cette problématique-là. Ce qu'on
nomme dans le mémoire, c'est que c'est très
difficile pour quelqu'un de savoir ce qui se passe avec une demande de permis,
à part de passer par les mécanismes d'accès à l'information. Et les
difficultés, bon, inhérentes à... Je comprends que les municipalités, c'est des
organismes complexes, surtout quand on pense qu'il y a beaucoup d'arrondissements.
Il y a beaucoup de personnes qui sont impliqués là-dedans. Mais on est... Je
pense qu'on demeure ouverts à toute possibilité.
L'important, je pense, c'est l'accès aux données
et de savoir combien de demandes de permis sont faites dans l'arrondissement,
par exemple, Rosemont—La
Petite-Patrie pour la subdivision. Tu sais, pour moi, c'est un peu ça qui est important, de connaître, tant pour les
justiciables qui souhaitent se défendre ou connaître... ou nous, l'Association
des juristes progressistes, ou tout le Québec, en fait... Je pense que
l'important de cette recommandation-là qu'est la recommandation 8, c'est de
comprendre qu'en ce moment ces données-là sont très peu accessibles, sont très
peu documentées, et qu'il faut un peu les mettre sur la table par n'importe
quel véhicule.
On propose ce portail-là parce qu'on considère
que c'est important que les locataires aient accès au statut de... Est-ce que je... Tu sais, j'ai reçu un avis
d'éviction. Là, avec les propositions du projet de loi, c'est un peu modifié,
mais, en recevant un avis d'éviction, est-ce
que le locateur a déposé sa demande de permis? Qu'est-ce qu'il en est? Est-ce
que je suis évincé? Est-ce que je devrais déposer une demande? Donc, je pense
que la publicité des informations en matière de logement dans un contexte de
crise du logement, c'est fondamental. L'information, c'est du pouvoir, et le
fait d'avoir accès à cette information-là, ça peut changer les choses.
Mme Dufour : Je vais juste me faire
la voix un peu des municipalités, là. Je peux... Pour l'avoir vécu,
l'information concernant une demande de permis qui est active et non octroyée
encore, c'est confidentiel. Même les élus
n'ont pas cette information-là. Donc, avant qu'elle soit publique, il faudra
changer la loi sur les... la confidentialité des données. On n'est pas
là. Donc, il y a un enjeu là. C'est pour ça que je vous... Peut-être, la
réflexion, c'est de voir l'objectif, c'est quoi, puis de voir quel moyen...
Peut-être que le moyen choisi n'est pas le meilleur moyen pour atteindre le
même objectif. Peut-être autrement. En tout cas, je vous lance les réflexions,
puis on pourra peut-être en discuter ultérieurement, parce que je pense que
c'est intéressant, là, ce... l'objectif, au bout du compte.
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien sûr.
Mme Dufour : Je vais peut-être vous
amener sur la sous-location. C'est page 27 de votre mémoire, disant... Vous faites une... 26 ou 27. Vous faites une
proposition, dans le fond, d'amendement où vous dites, dans le fond, que,
pour résilier un bail qui a été sous-loué, là, pendant 12 mois... plus de
12 mois, dans le fond... que la demande soit déposée au Tribunal
administratif du logement plutôt qu'actuellement, là, tout simplement signifiée
au locataire. Et je me demandais pourquoi ne pas avoir choisi une présomption
de refus, parce que ma crainte, quand je lis cette proposition-là,
c'est qu'on embourbe le tribunal, tu sais, qui est déjà trop sollicité. Donc,
je me demandais pourquoi on n'avait pas été plutôt avec la présomption de
refus.
• (18 heures) •
Mme Brown (Kimmyanne) : En fait, je
pense que la raison pour laquelle on n'est pas allés avec la présomption de
refus... C'est des dossiers qui sont... Je n'ai pas le rapport annuel de
gestion devant moi, mais ce n'est pas ce qui embourbe le tribunal en ce moment,
les dossiers en matière de sous-location de plus de 12 mois. Ce qui
embourbe, selon moi, et ce qui constitue un problème social, c'est d'envoyer
des avis à des locataires, alors qu'ils n'ont pas sous-loué pendant plus de
12 mois. Et ça, pour moi, c'est aussi un des phénomènes qui sont à l'origine de la crise du logement, et on en parle
longuement dans notre mémoire. Et on salue, en fait, l'initiative de modifier
ça pour le régime des évictions. Le fait d'envoyer un avis à un locataire qui
n'a pas sous-loué depuis plus de 12 mois, c'est grave.
Nous, ce qu'on propose, c'est qu'étant donné que
ce n'est pas... c'est un moyen qui est encore moins utilisé que celui des
évictions et des reprises... que ce soit le locateur qui, tout simplement,
dépose sa demande au Tribunal du logement. C'est sûr que le Tribunal
administratif du logement, je crois, a besoin de ressources pour répondre aux
besoins actuels. Je pense que nous avons... Comme membre, je le constate, je
pense, chaque jour, dès que j'arrive au Tribunal administratif du logement, au Village
olympique, et je vois les rôles d'audience. C'est incroyable. Mais je pense que
c'est quelque chose qui n'est pas étranger à la crise du logement et au fait
que, grâce aux mécanismes qui existent, de contrôle des loyers, les locataires
ont les outils pour pouvoir déposer des types de demandes pour ça, puis parce que ce n'est pas... 1948, la question
de la sous-location, ce n'est pas la même chose qu'une affaire d'éviction puis
c'est un phénomène qui est vraiment moins utilisé, là.
Mme Dufour : Est-ce
que la présomption de refus pourrait atteindre, finalement, le même objectif de
protéger un peu...
Mme Brown (Kimmyanne) : Tout à
fait.
Mme Dufour : OK. Parfait. Je
vous amène aussi... C'est un peu technique, là, mais, la
recommandation 13, je voulais bien
juste comprendre. Vous faites une recommandation de modifier... que... de
modifier, dans le fond, là, la... Bien, c'est toujours le même élément,
mais on parle... La demande... Ah! c'est ça. C'est quand on se rend compte que
le prix conclu n'est pas... dans le fond, là, ne suit pas, là, ce qui a été
payé dans les derniers 12 mois, qu'il n'est pas en phase avec ça.
Précédemment, c'était que la demande devait être présentée dans les
10 jours de la conclusion du bail. Vous proposez que ce soit dans le mois,
donc, donner... qu'il y ait plus de journées pour le faire.
Mais, dans le deuxième cas, vous le diminuez, où
on dit que ça... elle doit l'être dans les deux mois du début du bail ou de la
sous-location... pardon, et là, vous dites : Elle doit l'être plutôt dans
le mois de la connaissance du loyer le moins
élevé. Pourquoi pas deux mois, là? C'est ça que j'essayais de comprendre,
pourquoi on l'avait diminué.
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien,
en fait, la raison pour laquelle on l'a ramené à 30 jours, c'est parce
qu'on harmonise la procédure. Donc, il y a deux délais de 30 jours, ce qui
est... ce qui semble plus aisé et simple pour les justiciables, mais aussi
parce qu'on le fait courir à partir de la connaissance du fait. Donc là, ça,
c'est le cas de la clause G vide, là. Donc,
quand la clause G n'est pas remplie, on trouve ça un peu insensé, là, que le
locataire doit déposer sa demande dans les deux mois du début du bail,
parce que, s'il ne connaît pas le loyer, ça devient comme inefficace, comme
recours.
Donc là, ce qu'on dit, c'est qu'il a
30 jours, mais à compter de la connaissance du fait, donc, qu'on reporte à
30 jours. Et là, ça donne la marge de
manoeuvre au locataire de trouver l'information. Dès qu'il la trouve, il a
30 jours pour déposer sa demande, ce qui uniformise la procédure et
solidifie aussi ce mécanisme-là, qui est un mécanisme vraiment essentiel, là.
Tu sais, c'est un mécanisme qui est très bon, mais il faut le rendre effectif.
Mme Dufour : Oui. Rapidement,
parce que je veux passer la parole à ma collègue, la colocation, vous ne l'avez
pas abordée. Est-ce que c'est quelque chose que vous croyez qui devrait être
traité dans... éventuellement?
Mme Brown (Kimmyanne) : Il est
vrai qu'en ce moment il existe quelques problématiques. Je parle au niveau du
traitement judiciaire de la colocation et non pas de la colocation elle-même.
La colocation, c'est le fait de cohabiter.
Mais je ne pense pas que le législateur doit intervenir sur cette question. Je
pense que le traitement judiciaire actuel de la colocation est très bon.
Donc, on vient dire : Des locataires peuvent cohabiter ensemble, et un
locataire a le droit de donner accès au logement à des personnes qui peuvent
l'utiliser à sa guise. Donc, c'est un phénomène social qui existe et qui
permet, d'ailleurs, de partager les coûts du loyer. Donc, je ne pense pas
qu'une intervention du législateur est nécessaire. Et je fais confiance au
traitement judiciaire pour ça.
Mme Dufour : Merci. Je laisse
la parole à la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci. Alors, la
question que j'ai, c'est à propos de votre recommandation 9. Vous avez...
Je pense que c'est dans un but d'équilibre, où vous avez... vous proposez que
l'âge, ce soit de 65 ans et plus plutôt que 70 ans et plus, à la fois
pour les locataires et pour les locateurs. Ma question, c'est : Est-ce que
vous pensez que cette modification-là, c'est suffisant pour assurer la protection
des aînés contre le phénomène, là, des évictions?
M. Pelletier
(Gabriel) : Bien, c'est une excellente question, puis la réponse s'y
trouve d'une certaine manière. Moi, ce que je vous dirais, c'est qu'on a voulu
se concentrer sur l'âge parce qu'on pensait que c'était une bonne piste de
départ. C'est quelque chose qui pouvait être discuté, puis avoir... être
porteur de la commission. Mais on a des enjeux où il y a, effectivement, des
demandes qui sont refusées, où des protections sont refusées parce que le
revenu est un petit peu trop élevé par rapport à ce qui est déterminé. Puis ça,
bien, disons-le, là, le revenu, dans la loi actuellement, il est très bas, là.
L'admissibilité à un HLM, c'est très bas. On peut se demander aussi...
Peut-être, 10 ans, c'est un peu trop.
Nous, on a voulu se
concentrer sur l'âge, mais il y a une discussion à avoir sur le revenu maximal,
il y a une discussion à avoir sur le nombre d'années d'occupation, puis on
espère que la commission pourra avoir cette discussion-là, effectivement.
Mme Caron :
D'accord. Merci. Est-ce que...
Le Président
(M. Schneeberger) : On n'a plus... on n'a plus de temps.
Mme Caron :
On n'a plus de temps. OK. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Désolé.
Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition. Alors,
M. le député de Laurier-Dorion, vous avez 3 min 28 s.
M. Fontecilla :
Merci beaucoup, messieurs dame, d'être ici. Je vous félicite pour votre
mémoire, qui est très, très... très complet. Écoutez, je vous remercie
également de soulever la question de la protection des locataires aînés, ce que
nous appelons gentiment, dans ma formation politique, la clause Françoise
David, là.
Bien, j'aimerais vous
entendre plus particulièrement sur les effets du retrait de la cession de bail
pour les femmes victimes de violence conjugale.
M. Nault
(Spencer C.) : Oui, tout à fait. En fait, c'est vrai que, dans
l'actualité, on nous rappelle que la violence conjugale, c'est une
problématique sociale qui est très présente dans notre société,
malheureusement. Puis, à l'heure actuelle,
ce qu'on constate, c'est qu'il y a de nombreuses femmes qui doivent être
hébergées en maison d'aide et d'hébergement ou chez des proches, puis
ça, c'est en attente d'un HLM qui se libère. Mais on sait aussi que ces
places-là sont vraiment rares et voire inexistantes dans plusieurs secteurs et
régions du Québec. Donc, pour plusieurs de
ces femmes, la possibilité de la cession de bail, ça représente une des rares
options existantes pour avoir accès à des logements dont le loyer n'est
pas trop élevé pour leurs moyens.
Puis
on parle aussi... Quand on parle de femmes, on parle, évidemment, également des
femmes autochtones, des femmes immigrantes, des femmes racisées, qui vivent, en
plus, de la discrimination en raison de leur identité. Donc, ces
personnes tiennent énormément au mécanisme de la cession de bail.
M. Fontecilla :
Donc, pour avoir accès à un... avoir accès à un logement dont le bail a été
cédé.
M. Nault
(Spencer C.) : Oui.
M. Fontecilla :
Très bien. Donc, ça pourrait aider énormément ces femmes-là.
Je
vais passer à une idée plus... beaucoup plus vaste, là. J'ai été étonné. Enfin,
on a entendu cette idée-là dans... chez d'autres groupes aussi, là, la
question du paradigme dominant, là, comme quoi le problème, c'est
l'insuffisance de la production de... dans
la production de logements. Vous, vous dites que c'est plutôt dans l'absence de
contrôle des loyers qu'il faut trouver la cause de la crise du logement.
Expliquez-nous votre idée.
Mme Brown
(Kimmyanne) : Bien, en fait, on est des juristes, donc, déformation
professionnelle, on analyse le Code civil du
Québec. Puis on pense que, dans un contexte de crise du logement, il faut une
intervention du législateur pour
corriger les inégalités et on pense que ce sont des moyens plus efficaces
que... Construire des logements, ça prend du temps et ça prend des
terrains. Ça prend de la main-d'oeuvre. C'est des mesures qui sont long terme.
Nous, on considère que le législateur peut
agir rapidement, efficacement, sur des moyens qui ont des effets assez
significatifs sur les locataires. La question des locataires aînés, de réduire
à 65 ans, c'est une intervention mineure qui pourra permettre à des
personnes aînées dans des situations de vulnérabilité grave et critique d'être
maintenues dans leurs logements.
Il ne... Il faut continuer
de rappeler que le logement, c'est une dimension essentielle du bien-être
physique et psychologique de chaque personne. Et donc c'est pour ça qu'on
arrive avec un mémoire qui a plusieurs propositions qui viennent corriger ces
inégalités-là et proposer des solutions innovantes pour permettre un meilleur
contrôle des loyers, pour permettre de consolider le droit au maintien dans les
lieux des locataires, qui est la pierre angulaire du régime de louage
résidentiel au Québec.
M. Fontecilla :
Je vous remercie.
Le Président
(M. Schneeberger) : Alors, merci beaucoup. Alors, nous allons
voir du côté du député des Îles-de-la-Madeleine pour un
2 min 38 s.
• (18 h 10) •
M. Arseneau :
Mes Brown, Pelletier et Mme Nault, merci de votre mémoire très riche,
plein de pistes fort intéressantes. Je note, notamment, là, la question du
droit au logement à inscrire ou la réduction de l'âge pour... en ce qui a trait
aux procédures d'éviction.
Je retiens aussi que vous avez mentionné :
Pourquoi réparer ce qui n'est pas brisé, là, lorsqu'il est question de la
cession de bail? Bien, vous savez que les propriétaires, par exemple, ont fait
valoir leur droit de propriété puis vous l'abordez. J'aimerais ça que vous
résumiez un petit peu. J'aurais trois questions à vous poser en deux minutes,
donc, de petites réponses courtes. Mais pourquoi est-ce que ça n'affecte pas
leur droit de propriété, de maintenir le droit de cession de bail?
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien,
en fait, le droit à la cession de bail constitue une limitation raisonnable du
droit de propriété. Donc, la jurisprudence est venue dire, et les tribunaux
sont venus dire : C'est une limitation raisonnable dans un contexte où
l'objectif du législateur, c'est de protéger le droit au maintien dans les
lieux.
Donc, en ce moment, il faut encore le dire, et
le RCLALQ l'a nommé, combien de cessions de bail sont faites par année au Québec? Personne ne peut répondre à
cette question. Donc, moi, je considère que ce droit-là est fondamental.
Est-ce qu'il est utilisé à 100 %? Je ne peux pas vous répondre. Est-ce
qu'il est sous-utilisé? Je ne peux pas vous répondre sans donnée. Et c'est
important, pour moi, ces données-là.
Donc, selon
moi, là, ces arguments-là de droit à la propriété ont été abordés. Et d'ailleurs,
les décisions dont je vous... qu'on parle dans le mémoire, il y avait des
représentations des associations de propriétaires. Ils ont été entendus.
M. Arseneau : Oui, ils ont été
entendus.
Mme Brown (Kimmyanne) : Donc,
ces arguments-là ont déjà été abordés et décidés.
M. Arseneau : Et,
lorsqu'ils font valoir que ça n'avait pas été l'intention du législateur
d'utiliser cet aspect-là, là, pour le
contrôle des loyers, donc qu'on pourrait tout simplement l'abandonner
aujourd'hui, qu'est-ce que vous répondez à ça?
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien,
c'est une interprétation erronée. Et je pense qu'il y a plusieurs décisions des
tribunaux qui viennent consacrer ça et dire que non seulement c'est un moyen
que le législateur a mis en place pour
assurer le droit à la mobilité des locataires, parce que, comme on l'a dit si
justement tout à l'heure, les propriétaires étaient en faveur du droit à
la cession de bail, lorsqu'il a été mis en place, pour favoriser la mobilité des
locataires et trouver des nouveaux locataires, mais c'est aussi une mesure de
contrôle des loyers. Ça fait partie du sac à dos du législateur, des moyens
pour contrôler les loyers. C'est ce que le législateur a décidé. Les tribunaux
sont venus confirmer ça à travers le temps,
par des années de superbelles décisions qu'on doit garder. Il ne faut pas aller
contre ça.
M. Arseneau : J'aurais aimé
vous poser la question sur la fixation des loyers comme mécanisme de contrôle,
mais je pense que le président ne vous donnera pas le temps de répondre.
Le Président (M. Schneeberger) : Et...
Non, malheureusement, malheureusement.
M. Arseneau : On aura
l'occasion de s'en reparler.
Mme Brown (Kimmyanne) : Avec
plaisir. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
Alors, merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Mémoires déposés
Alors, avant de conclure les auditions, je
procède au dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été
entendus en commission. Mais par contre je peux leur dire qu'ils seront pris en
considération par les députés pour l'adoption du futur... du projet de loi.
Alors, à ce moment-ci, la commission ayant
accompli sa mission, j'ajourne les travaux sine die. Bonne soirée à tous.
(Fin de la séance à 18 h 13)