Journal des débats de la Commission de l'aménagement du territoire
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mercredi 20 septembre 2023
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Vol. 47 N° 20
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 31, Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière d’habitation
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Intervenants par tranches d'heure
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Duranceau, France-Élaine
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Schneeberger, Sébastien
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Jeannotte, Chantale
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Dufour, Virginie
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
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Arseneau, Joël
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Jeannotte, Chantale
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Dufour, Virginie
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Dufour, Virginie
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Schneeberger, Sébastien
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Jeannotte, Chantale
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Dufour, Virginie
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Caron, Linda
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Dufour, Virginie
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Caron, Linda
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Fontecilla, Andrés
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Schneeberger, Sébastien
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Arseneau, Joël
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Duranceau, France-Élaine
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Duranceau, France-Élaine
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Schneeberger, Sébastien
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Dufour, Virginie
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
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Schneeberger, Sébastien
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Duranceau, France-Élaine
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Dufour, Virginie
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Dufour, Virginie
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Caron, Linda
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Schneeberger, Sébastien
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Fontecilla, Andrés
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Arseneau, Joël
11 h (version révisée)
(Onze heures dix-huit minutes)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'aménagement du territoire ouverte. Je vous souhaite la bienvenue à tout le
monde. Et juste vérifier vos téléphones cellulaires, que la... le son soit bien
fermé.
Alors, la commission est réunie aujourd'hui
afin de poursuivre les consultations particulières du projet de loi n° 31,
Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière d'habitation.
Mme la secrétaire, est-ce que nous avons
des remplaçants?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Caron
(La Pinière).
Auditions (suite)
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
Merci beaucoup. Alors, ce matin, nous allons entendre la ville de Gatineau, qui
sont avec nous en visioconférence, et la Fédération des locataires d'habitations
à loyer modique du Québec.
Alors, tout de... tout de suite, nous
allons du côté de la ville de Gatineau. Alors, bonjour à vous trois. Alors, à
tour de rôle, vous présenter avec vos titres, et par la suite vous avez un 10 minutes
pour présenter votre mémoire, et on poursuivra avec une période d'échange avec
les députés. C'est à vous.
Ville de Gatineau
Mme Bélisle (France) : Merci,
M. le Président. Bonjour à tous et toutes. Mon nom est France Bélisle. Je suis
la mairesse de Gatineau.
Mme Marchand (Catherine) : Bonjour.
Je suis Catherine Marchand, directrice générale adjointe au développement
durable, à la ville de Gatineau.
M. Bisson (Martin) : Bonjour
à tous. Je suis Martin Bisson, conseiller politique au cabinet de la mairesse
France Bélisle.
Le Président (M. Schneeberger) : ...alors,
on écoute votre mémoire.
Mme Bélisle (France) : Parfait.
Alors... (panne de son) ...du temps que vous accordez à la ville de Gatineau
pour qu'on puisse vous présenter une synthèse du mémoire qui vous a été déposé.
Je vous félicite aussi, comme membres de la commission, de vous pencher sur
cette question extrêmement importante.
• (11 h 20) •
Il faut rééquilibrer l'écosystème du
logement au Québec. Il y a un lien direct entre la pénurie de logements et les
crises que vivent non seulement nos populations vulnérables, mais aussi, de
plus en plus, les gens de la classe moyenne. Il m'apparaît crucial qu'on
réalise collectivement que la participation financière des gouvernements
fédéral, provinciaux et des villes dans le logement social, ce n'est pas une
dépense mais bien un investissement. J'ai d'ailleurs la conviction que les
solutions à court, à moyen et à long terme ne passent pas uniquement par les
mains d'une seule ministre. À notre avis, le projet de loi n° 31 doit être
vu comme un point de départ. Accueillons notre responsabilité collective de
tous faire partie de la solution. Ne nous voyons pas comme des adversaires mais
bien comme des partenaires pour régler cette crise.
Comme Gatineau est frappée durement par
une crise du logement et, vous l'avez certainement vu dans l'actualité <récente...
Mme Bélisle (France) :
...et
vous l'avez certainement vu dans l'actualité >récente, une crise aussi
de l'itinérance, on vous offre aujourd'hui, bien humblement, d'autres pistes à
considérer. Nos propositions sont le fruit de discussions nombreuses avec des
partenaires du milieu communautaire, associatif, coopératif, mais aussi les
gens de l'équipe de la ville de Gatineau, et, je vais... je vous dirais aussi,
politiquement, ce qu'on a vécu dans les programmes actuels qui ont été
déployés. Les propositions qui sont faites commandent aussi, de la part du
gouvernement, l'ouverture de reconnaître les spécificités régionales. On a
formulé 15 recommandations et on les considère, vous le comprendrez bien,
toutes pertinentes. Par contre, on va s'attarder sur certaines d'entre elles
pour être dans le temps qui nous est alloué aujourd'hui.
Avec l'arrivée de divers programmes tant
au provincial qu'au fédéral, les villes sont de plus en plus sollicitées pour
compléter les montages financiers dans le développement du logement. À cet
effet, il serait important d'intégrer des dispositions d'aide complémentaire à
la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme. Je vous réfère donc à la
recommandation n° 3 que vous voyez dans notre mémoire. La ville de
Gatineau recommande d'intégrer des dispositions d'aide complémentaire à la loi
avec l'objectif d'accélérer les appuis des villes à des projets en logement
social et communautaire, le tout pour optimiser les processus et surtout
diminuer les délais pour les mises en chantier.
L'intégration à la loi de dispositions
d'aide complémentaire, ça peut prendre différentes formes : des crédits de
taxes, des dons de terrains, des interventions pour les infrastructures ou
encore d'autres montants en argent additionnels qui donneraient les coudées
franches aux villes pour soutenir le développement, mais aussi ralentir le
processus administratif. En fait, je devrais dire ralentir la bureaucratie et
accélérer les choses. Ça permettrait aux villes d'éviter l'adoption de
règlements discrétionnaires visant l'adoption de programmes d'aide
complémentaire. Il s'agit aussi d'une mesure qui accélérerait les choses dans
notre administration. Ça offrirait aussi une flexibilité d'arriver avec
d'autres options.
Je vous donne un exemple concret. Hier
soir, au conseil municipal, la ville de Gatineau a donné son appui à près de
886 logements dans le cadre de l'appel de projets du programme PHAQ. Si
l'ensemble des projets étaient retenus, et j'espère bien qu'ils le seront, ça
représenterait, pour la ville, en argent sonnant, 45 millions de
dollars. C'est beaucoup d'argent et c'est difficile dans le cadre actuel de la
situation financière. Faire des changements à l'aide complémentaire, ça nous
permet d'intervenir autrement.
Il faut aussi aborder l'enjeu du
financement ou du sous-financement pour la décontamination des terrains. À la
recommandation 6, on propose une bonification des enveloppes. Dans les
villes qui ont un passé industriel, il y a des terrains stratégiques qui ont un
passé industriel, qui sont lourdement contaminés, et le coût pour les
décontaminer vient freiner le développement de projets. C'est majeur et c'est
une façon autre d'intervenir.
Troisièmement, il faut améliorer la
mécanique entourant la contribution fédérale du logement social et
communautaire. À la recommandation 7, la ville recommande au gouvernement
de négocier avec le fédéral un programme autoportant et structurant qui
pourrait s'inspirer du Programme de la taxe sur l'essence et de la contribution
du Québec, mieux connu sous le nom de la TECQ.
Quatrièmement, il faut modifier les
mesures fiscales en lien avec la taxe de vente du Québec. À la
recommandation 10, la ville de Gatineau recommande que le gouvernement du
Québec modifie la Loi sur la taxe de vente du Québec afin que les projets de
logements sociaux et communautaires hors marché bénéficient d'un remboursement
de TVQ à 100 %.
Enfin, à la recommandation 15, la ville
de Gatineau recommande que le gouvernement du Québec... modifie, pardon, la Loi
sur l'aménagement et l'urbanisme afin d'introduire le zonage différencié, qui
vise à bonifier la densification dans le cadre de projets sociaux et
abordables.
J'attire votre attention sur la
recommandation 4 et 5 qui touchent le milieu communautaire.
Malheureusement, étant donné le sous-financement de nombreux organismes au
Québec, et plus spécifiquement dans notre région, je vous rappelle que l'Assemblée
nationale du Québec a voté à l'unanimité, à l'automne, pour reconnaître qu'il y
a un sous-financement en Outaouais. Ça devient très difficile pour les organismes
communautaires de lever la main et de jouer pleinement leur rôle d'alliés sur
le terrain.
Enfin, je me permets aussi de souligner la
nécessité d'exempter tous les projets de logement hors marché des processus
d'approbation référendaire, et que cette mesure soit <inscrite...
Mme Bélisle (France) :
...d'approbation
référendaire et que cette mesure soit >inscrite dans la Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Ce sont des projets qu'on veut voir dans notre
cour. Alors, il s'agit de notre recommandation 14.
Il faut aussi raffiner la passerelle entre
les interventions sur le terrain faites par les partenaires terrain, souvent du
milieu communautaire, et l'offre de soins structurée par le gouvernement du
Québec dans le réseau de la santé et des services sociaux.
En conclusion, M. le Président et membres
de la commission, je vous dirais que ne pas agir, c'est appauvrir le Québec,
c'est mettre un frein à son développement. Ne pas agir, c'est ne pas pouvoir
loger correctement nos étudiants, les travailleurs de demain, qui sont si
importants dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre. Ne pas agir, c'est
refuser de créer des conditions de succès pour les nouveaux arrivants. Ne pas
agir, c'est tourner le dos au développement et à l'épanouissement des régions
du Québec dans leur développement économique. C'est rendre très difficiles
l'attraction et la rétention de talents. Ne pas agir, c'est fragiliser des
aînés qui ont pourtant contribué à la société québécoise toute leur vie. Agir
en logement, ça doit se faire sur tous les fronts. Agir, c'est offrir aux
Québécois, peu importe leur situation, des conditions de succès pour qu'ils
contribuent pleinement à la société québécoise.
On associe beaucoup la crise du logement à
son impact sur les plus vulnérables. Il y a un lien direct avec le social,
c'est vrai, mais on parle trop peu du frein au développement économique. Ne pas
investir en logement et créer des conditions où les gens paient trop cher pour
leur logement, c'est freiner la formation des étudiants, qui constituent une
relève pour nos entreprises et nos institutions publiques. C'est ne pas pouvoir
attirer et retenir de jeunes talents. C'est mettre une pression immense sur des
entrepreneurs actuels qui voient leurs employés avoir de la difficulté à
joindre les deux bouts, qui viennent faire des demandes pour des hausses
salariales et, s'ils ne peuvent pas les offrir, qui voient leurs employés
tourner. Et ça déstabilise nos entreprises. Ça mine également la compétitivité
du Québec à attirer des talents et de l'expertise, d'ailleurs, parce que la
disponibilité de logement est souvent un frein pour dire oui. Merci beaucoup de
m'avoir écoutée.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Alors, nous allons commencer une période d'échange en
commençant avec... du côté... ministériel, pardon, avec la ministre. Alors, Mme
la ministre, vous avez la parole pour 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Merci. Merci.
Bonjour, Mme Bélisle. Bonjour à toute l'équipe. Merci de prendre le temps de nous
donner une perspective de l'Ouest du Québec.
Mme Bélisle (France) : Merci,
Mme Duranceau.
Mme Duranceau : Alors, je
vais aller peut-être un petit peu, là, dans l'ordre de vos recommandations, pas
que je veux m'étendre indéfiniment sur la notion de cession de bail, mais je me
demandais : Avez-vous des données, vous, empiriques, là, qui vous
réconfortent dans votre position à cet égard-là? Puis je vous fais le parallèle
avec la ville de Longueuil, qui a dit : Bien, sais-tu quoi, moi, je n'ai
pas de données qui me... qui me disent que ça va améliorer la situation, puis
que ce n'est pas tant la cession de bail que le registre des loyers, là. Parce
que c'est ça, votre recommandation.
Mme Bélisle (France) : Oui. Bien,
en fait, je vais fournir une réponse, puis j'inviterais soit M. Bisson, dans
mon équipe, ou Mme Marchand à compléter, si vous le voulez bien. Il y a,
au-delà de la recommandation à laquelle vous faites référence, Mme Duranceau,
une préoccupation chez nous, parce que, bien, on a une crise du logement avec
un taux d'inoccupation de 0,8 %. On fait aussi partie des villes, au
Québec, qui connaissent une croissance fulgurante. C'est un beau problème. Ça
fait donc en sorte qu'on... Il y a beaucoup de bails dans l'univers gatinois.
C'est aussi... aussi, vous le savez très bien, on l'a mis dans le mémoire, où
un quatre et demie, ça coûte le plus cher au Québec.
Alors, pour nous, l'idée d'un registre de
loyers, c'est une façon, je dirais, respectueuse d'assurer un prix raisonnable
aux loyers, une façon aussi d'être transparent dans une ville qui, comme nous,
connaît une croissance particulière. Alors, j'inviterais, là... Je ne sais pas
si c'est M. Bisson ou M. Marchand qui... Mme Marchand, pardon, qui pourrait
compléter ma réponse.
• (11 h 30) •
Mme Marchand (Catherine) : J'ajouterais,
Mme la ministre, qu'on n'a pas de données probantes qui permettent de faire le
lien directement, mais il faut se rappeler que le logement actuel, c'est là où
on trouve le logement abordable. Les logements, à Gatineau, qui ont été
construits avant 2005, qui sont des logements locatifs, c'est là qu'il y a du
logement abordable, et donc c'est là où l'écart entre le prix de ces
logements-là, souvent occupés depuis longtemps, et le prix du nouveau logement...
l'écart est le plus grand. Donc, notre réserve de logements abordables, elle
est à l'intérieur des logements qui sont déjà occupés par des gens, parfois,
depuis plusieurs <années...
>
11 h 30 (version révisée)
< Mme Marchand (Catherine) :
...des
logements qui sont déjà occupés par des gens, parfois, depuis plusieurs >années.
Mme Duranceau : OK. Merci.
Ensuite, ça, je suis... La recommandation n° 3, j'aimerais
ça avoir plus de précisions quand vous dites : Bien, on aimerait ça que
les villes soient capables d'avoir des participations, là, au-delà de leur
participation financière. Peut-être juste préciser les bloquants puis... pour
que je sois capable de bien porter votre message, s'il y a lieu.
Mme Bélisle (France) : Martin,
est-ce que tu souhaites... Bien sûr. M. Bisson.
M. Bisson (Martin) : En fait,
Mme la ministre, c'est que ces dispositions-là existent déjà, il y a des
possibilités de le faire à l'intérieur de la Loi sur la Société d'habitation du
Québec, mais ces dispositions d'aide complémentaire là s'appliquent
spécifiquement à des programmes. Donc, il faut adopter... les villes doivent
adopter des règlements discrétionnaires, un pour, par exemple, AccèsLogis, un
autre pour le PHAQ, un autre pour les fonds fiscalisés. L'enjeu que ça
représente... C'est un enjeu, pour les villes, d'adopter à chaque fois, à
chaque nouveau programme, des dispositions d'aide complémentaire pour les
différents programmes qui existent.
Il y a aussi d'autres sources de revenus
qui commencent à prendre forme pour le logement social et communautaire. Donc,
d'inscrire à l'intérieur de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme des
dispositions qui automatiseraient ces aides complémentaires là pour éviter que
ce soient des règlements discrétionnaires par les villes, c'est-à-dire on l'inscrit
dans la loi, au même titre, par exemple, qu'on le fait pour la revitalisation
des centres-villes, il y a une durée de temps qui a été mise, je pense qu'à l'ensemble
du Québec ça pourrait être bénéfique, surtout... Je prends l'exemple de Mme la
mairesse. Dans l'appel aux projets PHAQ, la ville de Gatineau, d'ailleurs, a
déposé 886 logements. Évidemment, vous comprendrez que, demain matin... Même
les plus petites villes, c'est un enjeu de sortir du capital. Donc, c'est de l'automatiser
dans le but d'accélérer les mises en chantier.
Mme Duranceau : OK. Ça, je
vous entends. C'est intéressant. Recommandation n° 4,
là, vous faites référence aux groupes de ressources techniques. Pour moi, là,
les groupes communautaires qui nous aident, là, dans tout ça puis qui ont porté
ces projets-là depuis AccèsLogis, tu sais, c'est des entreprises d'économie
sociale, là, si on veut parler avec le jargon de 2023. Puis, que ce soit un
GRT, que ce soit un OBNL, que ce soient les offices d'habitation, c'est tout du
monde qui est impliqué, puis qui contribue, là, puis dont on a besoin. Là, de
soutenir spécifiquement... Je pense qu'il y en a qui font très bien, là, puis
qui n'ont pas besoin d'aide pour être soutenus puis pour rester en vie. Ceux
qui ont actualisé leurs pratiques puis leurs méthodes d'intervention puis de
financement, bien, ils réussissent à livrer des superbeaux projets. Alors, qu'est-ce
que vous suggérez, là, ici? Une aide spécifique pour ces groupes-là, pour ceux
qui n'ont pas actualisé leurs affaires puis qui ont de la difficulté?
Mme Bélisle (France) : Bien,
je me permettrais un début de réponse, puis M. Bisson, qui est, au
cabinet, la personne qui traite, notamment, avec les GRT, pourrait compléter.
Vous avez raison, Mme Duranceau, l'offre
des GRT au Québec, elle est parfois asymétrique. Il y a des GRT, selon les
marchés, selon, je vous dirais aussi, la stabilité au sein même de leur
organisation, qui sont peut-être plus performants que d'autres. Et ça n'a rien
à voir avec la compétence ou le désir d'accomplir des choses. Ça a juste à
voir... Dans certaines régions, il y a plus de roulement. On le vit, nous, à
Gatineau, avec certains de nos GRT.
Alors, y a-t-il lieu de soutenir les GRT
dans une forme d'attente, de standard, de professionnalisation des GRT? Et
notre recommandation, elle est un peu dans ce sens-là, pour venir vraiment nous
donner des outils à la grandeur du Québec pour avoir des GRT qui sont
performants, parce qu'ils sont aussi soutenus dans leur développement. Alors,
M. Bisson pourrait un petit peu compléter puisqu'il est bien au fait des
défis qu'on peut avoir.
M. Bisson (Martin) : Mme la
ministre, pour les groupes de ressources techniques, un des enjeux qu'on vit à
Gatineau, c'est... puis, en fait, qui n'est pas vraiment un enjeu, mais mes
gros groupes promoteurs, mes gros groupes sociaux n'ont pas de difficulté à
faire lever des 100, des 150 portes, des 200 portes. Là où on
identifie un risque, nous, au niveau des GRT, c'est vraiment au niveau des
clientèles vulnérables. Par exemple, l'itinérance, les déficiences
intellectuelles, c'est des plus petits groupes qui portent ces projets-là, et,
souvent, les groupes qui portent ces projets-là, ce n'est pas leur mission
première d'offrir du logement. Donc c'est des gens, par exemple... Je prends l'exemple
de la Maison des Apprentis, à Gatineau, qui va accueillir une clientèle de gens
<avec des déficiences intellectuelles...
M. Bisson (Martin) :
...qui
va accueillir une clientèle de gens >avec des déficiences
intellectuelles, qui... Ce n'est pas dans son «core business» de faire du
logement social. Lui, il pense qu'en offrant... en ajoutant cette offre de
service là pour sa clientèle, ses usagers, ça va être bénéfique.
S'il n'y a pas de plus petit groupe de
ressources techniques qui aide ces petits organismes là à les développer, ces
petits projets... C'est des petits projets. C'est des 15... Des fois, c'est des
maisons de femmes violentées, des 15 portes, des 20 portes. Il y a un
ajout à garder les GRT pour pouvoir aider ces plus petits groupes là
communautaires à développer du logement pour des clientèles très spécifiques.
On le vit, nous, dans l'Outaouais. On a un
GRT qui se spécialise dans le social. Mais un GRT, c'est un peu comme une
entreprise, à la limite. Plus tu as un volume, plus tu as des rentrées. Je
prends l'exemple de nos GRT qui font des 15, 20 portes, qui n'ont pas
nécessairement les rentrées qu'un 150 portes va donner. Ça leur cause des
enjeux. Et il y a un risque, à l'intérieur de l'écosystème social, à Gatineau,
de perdre, puis je suis convaincu que c'est dans d'autres régions du Québec, la
capacité de développer des projets pour les plus petites clientèles ou les
clientèles les plus vulnérables.
Mme Duranceau : OK. Je
vous entends. Je vous entends. Je vous entends.
Pour ce qui est... Il n'y a pas
d'enveloppe, là, au niveau de la recommandation 6, au niveau de la
décontamination de terrain. Il n'y a pas d'enveloppe spécifique qui est dédiée
aux villes pour ça. C'est ça que vous me dites.
Mme Bélisle (France) :
En fait, il y a parfois des enveloppes de décontamination, je vais dire, dans
différents programmes gouvernementaux. Puis Mme Marchand pourrait... puisqu'elle
a une grande expérience à la ville, pourrait le confirmer.
Mais je me permets de vous donner un
exemple. Il y a deux ans, alors que je venais d'être élue, votre collègue,
M. Girard, faisait un peu une tournée des nouveaux maires et mairesses du
Québec, puis j'abordais, avec son équipe, la question de la décontamination. Et
il disait : Tu sais, vous savez, les besoins sont tellement grands qu'on
pourrait prendre Gatineau, Québec et Montréal, puis ces trois villes-là, à
elles seules, videraient l'enveloppe. Alors, il y a des enveloppes qui
existent, mais, clairement, elles sont insuffisantes.
On a un projet, vous êtes venue à Gatineau
pour l'annoncer, un projet, clairement, là, d'une dizaine de logis pour des
familles à risque d'itinérance à Gatineau, qu'on appelle le projet
Saint-Étienne, qui était complètement bloqué parce qu'il manquait
800 000 $ pour décontaminer le terrain. Et ça, ça aurait fait mourir
le projet. C'est la ville de Gatineau, finalement, qui a voté une aide
d'urgence pour venir sauver ce projet-là.
Alors, vous comprenez, dans une ville
comme Gatineau, puis il y en a plein, là, des villes au passé industriel à travers
le Québec, s'il faut toujours intervenir à coups de 800 000 $ ici et
là... On n'a même pas fait d'investissement dans des portes. On est juste en
train de gérer des terrains. Alors, on a besoin d'aide. Et une meilleure
intégration puis une bonification de l'enveloppe de décontamination, ça
viendrait vraiment, vraiment nous aider.
Je dirais aussi que ça fait, à mon avis,
écho à ce qui a été déposé par Mme Laforest, d'être capables de
revitaliser, de densifier des centres-villes, d'agir là où il y a un passif
environnemental. Et, dans ce contexte-là, on devrait bonifier et... bonifier
les enveloppes, les augmenter et être capables de les associer plus directement
à des projets de logements sociaux et abordables.
Mais, Mme Marchand, si vous voulez compléter
ma réponse avec des exemples plus concrets, administratifs, je l'apprécierais.
Merci.
Mme Marchand (Catherine) : Très
sommairement, l'enjeu, c'est que les programmes gouvernementaux pour la
décontamination ne sont pas dédiés. Donc, c'est des gens qui soumettent ces
appels à projets. Et, comme le disait Mme la mairesse, ces enveloppes-là ne
sont pas capables de répondre à l'ampleur des problèmes. Donc, le fait qu'il
n'y ait pas d'enveloppe dédiée pour de la décontamination liée, par exemple, à
des projets de logement abordable ou à la construction de logements fait que
tous ces projets-là sont en... toutes ces demandes-là sont en concurrence. Et
c'est, je pense, la portée de la demande exprimée par la ville.
• (11 h 40) •
Mme Duranceau : OK. Non,
je vous entends. Puis je me souviens, dans le projet dont vous parlez,
justement, de l'enjeu. Ça fait partie des bloquants, justement, pour les
projets d'habitation. Ça fait que... OK. Ça, je vois ça.
L'autre chose... Bien, au niveau d'UTILE...
On les a rencontrés la semaine dernière, je pense. Effectivement, votre
recommandation va dans le sens de ce qu'ils proposaient. Je ne sais pas s'il y
a d'autres choses que vous vouliez ajouter à ce sujet-là. Non? OK.
Peut-être... Je vais vous amener sur le
zonage différencié versus le zonage incitatif, qui est déjà prévu par la LAU,
là, suite aux modifications qui ont été faites. Puis ma compréhension à moi,
c'est que... Pour reprendre l'expression qui m'a été donnée, c'est comme un peu
des poupées <russes...
Mme Duranceau :
...pour
reprendre l'expression qui m'a été donnée, c'est comme un peu des poupées >russes,
puis le zonage incitatif inclurait le zonage différencié. Ça fait que vous
auriez déjà les pouvoirs pour faire ça. Alors, si je ne comprends pas comme il
faut, expliquez-le-moi.
M. Bisson (Martin) : Bien, en
fait, Mme la ministre, vous avez raison que le zonage différencié puis le
zonage incitatif peuvent être liés. L'avantage... Je prends l'exemple de
Gatineau, où on a une pénurie de terrains et où les entrepreneurs, les
promoteurs communautaires puis les promoteurs privés compétitionnent pour le
même terrain. Avoir une disposition de zonage différencié au moment de l'achat
du terrain... Parce que le zonage incitatif va nécessiter une approbation du
conseil municipal, par exemple, au travers des processus, comparativement à un
zonage différencié, qui l'automatiserait. Donc, au moment de la négociation
pour un terrain, par exemple, si un OBNL compétitionne contre le privé dans
l'achat d'un terrain, l'avantage d'être capable de faire automatiquement plus
de logements que... avec un zonage incitatif pour lequel il y a un retour au
conseil municipal leur permet d'avoir un avantage d'acquérir des terrains,
d'être plus compétitifs par rapport au privé.
Mme Duranceau : Mais là, vous
dites, vous feriez ça «on the spot», là. Chaque fois qu'il y a une transaction,
vous pourriez, pour cette transaction donnée là, modifier le zonage.
M. Bisson (Martin) : Non. Il
serait inscrit dans les grilles de zonage, c'est-à-dire que... Le zonage
incitatif n'est pas inscrit à l'intérieur de la grille de zonage.
Mme Marchand pourrait peut-être me corriger là-dessus, mais le zonage
différencié, ce qu'il fait, c'est qu'il est inscrit dans la grille de zonage, c'est-à-dire
que, pour un OBNL, là, c'est automatique qu'il peut faire plus de logements. Ce
n'est pas au même sens que le zonage incitatif, où il faut que ce soit propre
au conseil municipal, sur des conditions, et il y a de la négociation qui doit
être faite avec la ville. Ce que ça fait, le zonage différencié, notre
compréhension, c'est que ça automatise cette plus-value au niveau du logement
abordable, donc, rend nos OBNL plus compétitifs dans un marché où le terrain
est quand même assez rare. L'exemple de Gatineau, là, c'est particulier.
Mme Bélisle (France) : Mme Marchand,
est-ce que vous souhaitez compléter?
Mme Marchand (Catherine) :
...
Mme Duranceau : OK. Bon,
bien, parfait. Ça me va. Je vais passer la parole à ma collègue députée de
Labelle et adjointe parlementaire.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
députée de Labelle, vous avez la parole pour 1 min 50 s.
Mme Jeannotte : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme la mairesse. Écoutez, moi, je suis impressionnée par
votre discours. Je vous félicite, parce que vous avez beaucoup parlé
d'horizontalité. Vous avez un beau discours qui dit qu'il ne faut pas être
adversaires puis qu'il faut être partenaires. Puis, les efforts que fait la ville
de Gatineau, je vous salue, parce que, si toutes les villes en faisaient
autant, peut-être qu'on... En tout cas, c'est ça, il faut travailler en équipe.
Ça fait que félicitations!
Puis, l'horizontalité, on est là-dedans,
hein, le Tourisme avec ma collègue, les Affaires municipales, le Travail avec
M. Boulet, qui va travailler au niveau de la CCQ, France-Élaine. Donc, on
est vraiment en équipe. Puis vous avez raison d'en parler.
Puis moi, dans mon comté de Labelle, là,
je reconnais les mêmes suggestions que vous faites. Je le vis dans mon comté.
Donc, c'est intéressant, là. Toutes vos suggestions aussi, un coup de chapeau à
vos suggestions. C'est très intéressant.
La TECQ, qui pourrait venir, là, aider,
comme modèle, avec nos négociations avec le fédéral, j'aimerais vous entendre
là-dessus. Et puis d'ailleurs avez-vous interpelé, tant qu'à faire,
M. Trudeau, qui vous a lancé un coup de... un petit cri, ça ne fait pas
longtemps? Donc, je voudrais vous entendre sur la TECQ, s'il vous plaît. Merci.
Mme Bélisle (France) : Bien,
M. Trudeau n'est pas loin, hein? Je faisais des blagues que je suis prête
à aller chercher un chèque pour le gouvernement du Québec. Ça me prend
10 minutes de traverser le pont.
Peut-être que Mme Marchand pourrait
compléter, mais, je vous dirais, sur le plan administratif et politique, la TECQ
est un programme...
Le Président (M. Schneeberger) : 15 secondes.
Mme Bélisle (France) : ...est
un programme duquel on peut s'inspirer. Je pense que, quand on est en
politique, on ne veut pas toujours réinventer la roue, et cette possibilité-là
est intéressante. Alors, Mme Marchand ou Martin, je ne sais pas si vous
voulez compléter, voir quels sont les liens, là, qu'on voit ou le potentiel de
prendre la TECQ comme un modèle qui pourrait aussi s'appliquer en logement.
Le Président (M. Schneeberger) : Malheureusement,
on n'a plus de temps. Alors, peut-être qu'on pourra revenir avec les
oppositions là-dessus. Alors, excusez-moi, il faut faire respecter les minutes
pour tout le monde. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle avec la députée de Mille-Îles. Vous avez 10 min 24 s
qui vous est accordé.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Alors, d'abord, merci, Mme la mairesse et les deux personnes qui
vous accompagnent, d'être présents avec nous ce matin. Je dois vous dire que
j'ai beaucoup... j'ai eu à beaucoup insister pour que vous soyez présents. Je
tenais absolument à vous entendre. Et, après plusieurs refus, heureusement,
vous êtes ici. Donc, je suis très heureuse. Et la raison pourquoi je voulais
autant vous entendre, c'est que vous êtes à proximité d'une autre province, qui
a des règles assez différentes des nôtres par rapport à la construction, et
vous vivez une réalité qui est vraiment distincte du reste du Québec. Donc,
vous en parlez dans votre mémoire. C'est <fort intéressant...
Mme Dufour :
...donc
vous en parlez dans votre mémoire. C'est >fort intéressant.
Avant de rentrer dans les détails, je
voudrais juste souligner que j'apprécie d'entendre que le logement social, ce
n'est pas une dépense, mais que c'était un investissement. On l'a vu avec le
sommet de l'itinérance la semaine dernière. Donc, merci d'avoir porté ce bâton
de pèlerin là, Mme la mairesse, dans les dernières semaines.
Donc, peut-être venir avec... Justement,
on a vu l'Ontario annoncer qu'ils allaient aller dans le sens, dans le fond, du
fédéral pour leur taxe de vente sur les matériaux de construction. Et, dans
votre mémoire, vous en parlez, là, en page 11. Vous aimeriez que le Québec
également, dans le fond, modifie la Loi sur la taxe de vente du Québec pour,
dans le fond, exempter les logements sociaux et communautaires. Est-ce que vous
pourriez en parler un peu plus? Qu'est-ce que vous pensez que ça aurait comme
impact chez vous?
Mme Bélisle (France) : Je
vais demander à Martin de compléter la réponse, mais merci de me poser cette
question-là. Je vais me permettre de dire quelque chose que j'ai entendu,
justement, au sommet la semaine dernière. Vous étiez présente. Quelqu'un a dit :
«One-size-fits-all fits nobody», c'est-à-dire que, si on fait du mur-à-mur, on
ne répond aux besoins de personne. Et, je veux dire, je suis mairesse, vous
êtes députés, vous êtes ministre, c'est vraiment plus simple pour une
organisation gouvernementale de faire du mur-à-mur. C'est plus facile pour nous
sur le plan administratif, mais ça ne répond pas bien aux besoins. Et la région
de l'Outaouais et de Gatineau, elle a, oui, des spécificités régionales. Et je
comprends bien que les 1 100 maires et mairesses au Québec vous
diraient qu'ils sont tous spéciaux et uniques, mais, si on veut être capables
d'atteindre des résultats, il va falloir faire preuve de souplesse et venir
mettre des lunettes. Et vous avez complètement raison. Ce que Gatineau vit dans
sa situation frontalière de pression sur le logement, de... Une couverture pour
un itinérant, là, c'est une couverture, qu'il soit l'autre côté du pont ou de
ce côté-ci. Alors, ça demande une vision comme ça.
Je vais demander à M. Bisson, dans
mon équipe, de vous parler parce qu'il est... C'est lui qui a eu des
discussions avec les gens de l'ACQ et de l'APCHQ dans ce dossier de la
construction, puis il pourrait répondre, là, plus précisément à votre question
sur les freins que ça engendre, la situation puis la réglementation actuelles.
M. Bisson (Martin) : Oui. Par
rapport à la région, de notre proximité avec Ottawa, autant au niveau du marché
locatif privé que du marché... le hors marché, on a... on compétitionne,
Gatineau, avec les entrepreneurs d'Ottawa, même au niveau de la main-d'oeuvre,
au niveau des talents. Donc, on a cette compétition-là. Si, par exemple, à
Gatineau... Puis souvent Gatineau, par les programmes puis par sa proximité
avec Ottawa... Je vais vous donner un exemple. La construction à Gatineau est
17 % plus chère qu'à Montréal. Ça fait qu'on pense souvent que le marché
de Montréal, c'est où c'est le plus cher au Québec, construire. Gatineau, c'est
17 % plus cher, puis il y a un impact qui est directement lié avec
l'Ontario.
En octroyant un crédit de taxes au niveau
des... du logement social et communautaire hors marché, ça nous permet d'être
un peu plus... d'être plus compétitifs, de baisser nos coûts, évidemment, parce
qu'au final c'est... au même titre qu'au privé, au social, communautaire, bien,
c'est une question de chiffres puis de montage financier.
Dans un exemple... Puis, même pour le
marché locatif privé, si l'Ontario adopte un crédit pour sa TVH, bien, l'impact
pour nos entrepreneurs de Gatineau, c'est qu'ils deviennent automatiquement
15 % moins compétitifs que le logement qui se construit l'autre côté de la
rivière. Je pense que d'inscrire ça, ça permet une certaine compétitivité puis,
dans la relance qu'on vit présentement, ça donne un avantage au logement social
et communautaire, c'est-à-dire que, le temps que les taux d'intérêt descendent,
il y a une possibilité pour le Québec de mettre la pédale au fond pour le
logement social et communautaire. Ça nous donne cette opportunité-là, le temps
que le marché se rééquilibre au niveau du marché locatif privé. Donc, c'est une
des avenues que nous, on suggérait.
• (11 h 50) •
On a aussi mis dans notre mémoire le fait
que, pour le marché locatif privé, ça pourrait être intéressant de le faire
aussi, mais, dans le mémoire, ce qu'on inclut, c'est une notion de le faire
dans des axes à haut niveau de service de transport collectif et dans des zones
densifiées, justement, pour qu'à court, moyen, long terme, bien, ça... on
puisse avoir un retour sur notre... que le gouvernement puisse avoir un retour
sur son investissement.
Mme Dufour : Merci beaucoup.
Il y a aussi une autre réalité que vos voisins vivent, c'est l'accès aux sommes
du fédéral avec l'ICRL. Là, il y a eu une sortie, la semaine dernière, du
président de l'Union des municipalités du Québec, est-ce que... qui demandait,
justement, que l'entente soit rapidement signée ou que les villes puissent
directement aller chercher les sommes au fédéral. J'ai entendu hier, je crois
que c'était hier, la ministre qui parlait des conditions qui seraient exigées.
Mais, entre ne pas avoir <l'argent...
Mme Dufour :
...je
crois que c'était hier, la ministre qui parlait des conditions qui seraient
exigées. Mais, entre ne pas avoir >l'argent et attendre versus on perd
du temps, qu'est-ce que vous en pensez? Puis est-ce que vous... est-ce que vous
voyez un impact, justement, qu'Ottawa ou... et même Toronto vont... puissent
avoir accès à cet argent-là et pas vous?
Mme Bélisle (France) : Je
vais répondre parce que la question est peut-être un petit peu plus politique.
Tu sais, j'ai le goût de vous dire, là : Moi, au final, là, ça ne me
dérange pas, c'est quoi, le système, mais il peut-tu marcher? Tu sais, on peut-tu
se parler? On peut-tu faire descendre de l'argent? Il y a quelque chose qui est
complètement aberrant de vivre une crise comme on vit en ce moment et de savoir
que cet argent-là ne descend pas sur le terrain. C'est inacceptable.
Alors, moi, j'ai le goût de vous dire, au
gouvernement du Québec et au gouvernement fédéral : Assoyez-vous, trouvez
une solution puis arrangez-vous pour que ça fonctionne. Moi, que l'argent
vienne directement aux villes ou qu'elle transite par Québec, bien franchement,
ça m'importe peu. Ce qui m'importe, c'est qu'elle arrive le plus rapidement
dans ma ville pour qu'elle arrive le plus rapidement avec une pépine sur un
terrain qui va faire du logement pour des gens qui en ont besoin.
Mme Duranceau et moi, on a déjà eu
cette discussion-là. Moi, je vais vous dire, je fais peut-être partie des
mairesses, au Québec, qui ont des liens plus étroits avec le gouvernement
fédéral à cause, justement, de cette proximité où j'ai la chance de voir des
ministres fédéraux. Alors, je pense que tout le monde est plein de bonne
volonté. Je sais que Mme Duranceau a eu des échanges souvent avec le
fédéral à cet égard-là. J'ai le goût, un petit peu, de vous renvoyer la balle
puis de dire : Dites-moi qu'est-ce que ça prend. Si vous avez besoin
d'aide, je vais aller vous aider.
Mme Dufour : Merci. Merci
pour ce... Ça venait du cœur. On parlait aussi de la proximité de l'Ontario, là.
C'était intéressant, je trouvais. En page 12, vous parlez de la mobilité
des travailleurs de la construction. Puis ça, c'est un enjeu. Il y a une
pénurie de main-d'oeuvre dans le domaine de la construction. On parle de plus
en plus, là, d'avoir des gens issus de l'immigration dans ces domaines
spécifiques là. Bien, vous, ce que vous demandez, c'est que les
500 Québécois qui travaillent en Ontario, donc, juste l'autre bord de la
frontière, puissent venir construire chez vous. Puis actuellement ce n'est pas
possible. Donc, peut-être vous entendre un peu plus là-dessus, s'il vous plaît.
Mme Bélisle (France) : Martin,
veux-tu aborder cette question-là de la mobilité de la main-d'œuvre?
M. Bisson (Martin) : Oui,
absolument. Il y a une entente qui existe entre le Québec, l'Ontario et
d'autres provinces de l'Atlantique, justement, pour la mobilité de la
main-d'œuvre. Un des enjeux particuliers de Gatineau, c'est que... bien, puis
du Québec, c'est qu'il y a le système de cartes de compétence. Ce qui arrive à
Gatineau, c'est que j'ai des travailleurs qui vont acquérir de l'expérience en
Ontario, OK, qui deviennent des charpentiers-menuisiers, des gens de métier,
qui ne peuvent pas, parce qu'ils n'ont pas de carte de compétence, venir
travailler au Québec, sauf si, par exemple, le bassin s'ouvre ou s'ils vont
faire des formations professionnelles. Ce qu'on considère qui serait avantageux
pour l'Outaouais, ce serait, justement, de décloisonner ça et de permettre à
ces travailleurs-là, sous des conditions particulières à l'Outaouais, de
pouvoir intégrer le marché de la construction à Gatineau, en Outaouais, pour,
justement, là, se donner un avantage ou une chance... une condition de succès
additionnelle.
Mme Dufour : Oui. Et un des
enjeux au Québec, c'est justement la multiplication des cartes de compétence.
Puis, en Ontario, il y en a beaucoup moins. Donc, est-ce que... Dans le fond,
c'est sûr qu'on voit que c'est plus efficace. Est-ce que vous voyez des
différences dans les temps de réalisation des chantiers entre Ottawa et chez
vous?
M. Bisson (Martin) : Donc,
cette question-là particulière, Mme la députée, je ne pourrais pas vous... Je
ne pourrais pas vous répondre, à savoir est-ce que c'est plus vite en Ontario
ou au Québec, là. Je pense que chacun des marchés a ses particularités. Les
façons dont les corps de métier et les inspections sont gérés d'une province à
l'autre sont trop différentes. Je ne pourrais pas me positionner là-dessus.
Mme Dufour : Parfait.
Peut-être un dernier point. Vous demandez, là, un taux d'imposition différencié
pour les OBNL, les coopératives d'habitation. Dans le fond, ce qu'on comprend,
c'est que, comme ville, vous souhaiteriez pouvoir les aider en les taxant sur
un taux différencié que le reste du résidentiel qui se compare actuellement. C'est
bien ça?
Mme Bélisle (France) : Oui. Martin,
tu peux ajouter, mais le... En fait, l'idée... C'est ce qu'on entend... Ce
qu'on entend beaucoup, c'est la capacité ou l'incapacité, parfois, à faire des
réinvestissements ou des investissements pour maintenir l'infrastructure.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
Mme Bélisle (France) : Donc,
s'il y avait une pression moindre, on fait le pari que les organismes
pourraient se garder certaines réserves pour faire un meilleur entretien, et
donc offrir des logements de meilleure qualité pour les gens.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition avec
le député de Laurier-Dorion. <Vous avez 3 min 28 s...
Le Président (M. Schneeberger) :
...côté de la deuxième opposition, avec le député de Laurier-Dorion.
>Vous avez 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Bélisle, Mme Marchand et M. Bisson.
Écoutez, je vais y aller tout de suite avec votre première recommandation, là,
les cessions de bail, là. Vous ne parlez pas de cession de bail. Vous parlez de
registre des loyers. Donc, on est forcés de faire, comment dire, un
raisonnement mental pour se dire que vous préférez... En fait, c'est la
question que je vous pose, là. À la lecture de votre mémoire, on dirait que
vous préférez nettement le registre des loyers à la cession de bail, là. Est-ce
que c'est ça, votre raisonnement?
Mme Bélisle (France) : Martin,
veux-tu parler du débat qu'on a eu là-dessus?
M. Bisson (Martin) : En fait,
nous, on voit le registre des loyers comme une mesure de contrôle des loyers,
mais la cession de bail comme telle, c'est entre le locateur et le locataire.
La ville de Gatineau, elle, n'est pas ni un ni l'autre, OK? Le registre des
loyers, ce qu'on trouve, c'est que c'est une opportunité, à notre avis, d'être
moins contraignants, autant pour le locataire que le locateur, puis qui
permet... Un des avantages, au-delà du contrôle du bail, d'avoir des données en
temps réel du marché, qui peut... qui, à notre avis... Ça, c'est un des
avantages, d'avoir ces données-là, pour savoir ils se dirigent où vers le
marché. Si mon parc de logements abordables a une hausse plus significative,
par exemple, que mon marché privé, bien, avec un registre de loyers, nous, on a
la prétention que ça nous permettrait puis ça permettrait au gouvernement de
pouvoir ajuster le tir en cours de route et ne pas se retrouver devant des
faits accomplis.
M. Fontecilla : Très bien. Je
vais aller sur votre recommandation n° 5, donc, «intégrer,
dans le développement des projets d'habitation pour les clientèles vulnérables,
les mises à niveau pérennes et suffisantes de ressources humaines». Donc, vous
parlez d'une planification de besoins en santé et services sociaux. Bon, on le
sait, on a tous et toutes entendu votre cri du cœur, Mme Bélisle, la
semaine dernière, concernant l'itinérance et la nécessité absolue de s'attaquer
à cette problématique-là. Croyez-vous que, dans l'état actuel des choses, le
développement du logement social et communautaire n'est pas assez arrimé à de
l'accompagnement, de l'assistance en termes de santé et services sociaux, en
particulier pour les populations en situation d'itinérance?
Mme Bélisle (France) : Merci,
M. le député, de me poser cette question-là. Je reviens à ce que j'ai dit au
début de mon mémoire, où je disais que Mme Duranceau ne pourra pas, seule,
porter ce dossier. C'est l'affaire de tous et c'est l'affaire d'autres ministres
et d'autres ministères au gouvernement.
Je reviens à votre question. Si on ne voit
pas les défis de notre réseau de la santé, si on ne voit pas les défis de notre
réseau de services sociaux, si, avec nos CISSS, on n'est pas capables de
s'asseoir à la table et d'avoir des discussions productives pour voir comment
on passe de l'intervention terrain à la phase soins, bien, on fait juste pomper
des millions et on n'est pas dans une réflexion de solutions du système. Et
donc j'ai le goût de vous dire que le succès par rapport, notamment, à
l'itinérance mais aussi à d'autres personnes vulnérables et fragilisées, il
repose aussi, en grande partie, sur notre capacité de travailler en équipe sur
tous les fronts.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
Mme Bélisle (France) : Alors,
la faiblesse ou la force d'un réseau de santé et de services sociaux efficace a
un impact direct sur les clientèles qu'on essaie d'aider.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup pour votre réponse. Alors, nous allons maintenant du côté des Îles-de-la-Madeleine.
Alors, vous avez 2 min 38 s, M. le député.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme la mairesse, membres de votre équipe. Je voudrais
d'abord saluer la teneur puis l'approche de votre mémoire, qui est... je
qualifierais d'humaniste et d'holistique, dans la mesure où on veut aborder les
problèmes en collaboration avec les autres, mais de façon globale. Vous parlez
de santé. Vous parlez de logement. Les deux sont interreliés. J'imagine que
vous pourriez parler aussi d'environnement. Et, sous cet angle-là, je pense que
c'est une bonne façon de voir les choses.
On voit qu'il y a des recommandations pour
soutenir les projets de résidences étudiantes. On a aussi des propositions pour
soutenir les organismes communautaires. Vous avez aussi votre rôle à jouer, le
gouvernement également. Alors, moi, je trouve que l'approche est très
intéressante.
Puis, pour entrer dans le vif du sujet,
puisqu'on a peu de temps, j'aimerais savoir... On a beaucoup parlé de cession
de bail. Vous refusez de vous prononcer là-dessus, en disant : Ce n'est
pas nécessairement l'affaire des villes. Mais, sur le registre des loyers, vous
prenez position. On est d'accord avec vous. La ministre, hier, a semblé
suggérer que ce n'était pas le travail du gouvernement mais plutôt l'affaire de
Vivre en ville ou même des villes, si elles voulaient en développer un. Quelle
est votre réaction à ce point de vue?
• (12 heures) •
Mme Bélisle (France) : Nous,
on maintient qu'un registre des loyers à portée, je veux dire, nationale est
intéressant. Il est intéressant pour les <locataires...
>
12 h (version révisée)
< Mme Bélisle (France) :
...nous, on maintient qu'un registre des loyers à portée, je vais dire,
nationale est intéressant. Il est intéressant pour les >locataires. Je
pense aussi qu'il est intéressant dans la collecte de données pour le
gouvernement, autant le gouvernement du Québec que pour les villes. Je ne sais
pas quelle serait la bonne solution. Vivre en ville a fait une proposition très
intéressante, que nous, on a appuyée, par rapport à son registre. Il y a déjà
des mécanismes qui existent entre le gouvernement du Québec et les
propriétaires. Je vais prendre, par exemple, le relevé 31, que les
propriétaires doivent faire et doivent fournir à leurs locataires. Est-ce qu'il
n'y a pas là une façon d'intégrer une nouvelle donnée ou une nouvelle question
qui permettrait de colliger le prix des loyers?
Alors, je... moi, je pense que cette
idée-là, elle est très intéressante pour protéger les locataires, pour tenir
aussi les locateurs imputables, mais pour permettre aussi au gouvernement du
Québec, puis là je reviens à mon discours économique, de voir comment ça va
dans l'économique de ses régions, de voir quel est le profil ou la pression sur
certaines populations et villes du Québec par rapport à d'autres. Et ça, c'est
très important. Je vous dirais, dans une région comme Gatineau, de façon plus
granulaire, et vous le voyez dans le mémoire... Je n'en ai pas parlé ici
aujourd'hui parce que vous l'avez sous les yeux, mais on est le logement
abordable d'Ottawa. On est la ville, au Québec, où le quatre et demie coûte le
plus cher, mais on est presque 400 $ moins cher que le côté d'Ottawa.
Alors, il y a une pression immense.
Donc, ce genre de... En fait, ce registre
des loyers permettrait peut-être d'aller chercher de la donnée fine autre que
seulement propre au logement, mais pour voir et pour moduler, sur le plan
économique, qu'est-ce que ça donne dans une population.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci,
Mme la mairesse. Alors, merci pour votre précieuse contribution à nos travaux.
Alors, nous allons suspendre quelques
instants pour permettre au prochain groupe de prendre place. Bonne journée.
Mme Bélisle (France) : Merci.
Merci à vous.
(Suspension de la séance à 12 h 03)
(Reprise à 12 h 06)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, je souhaite la bienvenue à la Fédération des
locataires d'habitations à loyer modique du <Québec. Alors...
Le Président (M.
Schneeberger) :
... à la Fédération des locataires
d'habitations à loyer modique du >Québec. Alors, bonjour à vous quatre.
Alors, dans un premier temps, peut-être juste vous présenter très rapidement,
parce que c'est à l'intérieur du 10 minutes qui vous est consacré pour
présenter votre mémoire. Alors, je vous laisse la parole.
Fédération des locataires d'habitations à loyer
modique du Québec (FLHLMQ)
M. Dubé (Yves) : ...je vais
vous présenter les membres qui sont avec moi. J'ai la vice-présidente, Mme
Marie-France Poirier, organisatrice communautaire, Patricia Viannay, notre
trésorier, M. Lucien Dionne, et moi-même, le président, Yves Dubé. Alors, Mme
la ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Les présentations sont faites,
alors je vais passer à un petit topo de la fédération.
Alors, bien, en premier lieu, au nom de la
fédération, je tiens à vous remercier pour l'invitation à participer à cette
commission parlementaire. La fédération a toujours été une force de proposition,
et nous sommes contents de pouvoir contribuer, avec nos commentaires, à
l'avancement du droit au logement au Québec.
Il y a 30 ans, la fédération voyait
le jour, et aujourd'hui elle parle au nom de 65 000 ménages
administrés par les 149 offices d'habitation du Québec. Elle regroupe près
de 300 associations de locataires et une centaine de comités consultatifs
de résidents répartis sur tout le territoire.
Depuis sa fondation, notre fédération se
soucie d'assurer la bonne gestion et la pérennité du parc de logements publics
au Québec, notamment en favorisant l'implication des locataires à la gestion de
leur office d'habitation. La fédération est dirigée par un conseil
d'administration composé de 18 locataires représentant les différentes
régions du Québec.
D'entrée de jeu, ici, il est important
pour nous de préciser que nous n'interviendrons pas sur la modification
proposée par la ministre concernant la cession de bail et le fonctionnement du Tribunal
administratif du logement. Cependant, nous attirons votre attention sur des
sujets qui sont très importants pour la fédération et les
65 000 familles que nous représentons : en premier lieu, la
préservation du parc immobilier HLM, un patrimoine collectif de plus de
30 milliards de dollars; ensuite, nous proposerons des solutions à la
crise du logement grâce à un nouveau programme HLM et à des mesures
législatives pour augmenter l'offre de logement; finalement, nous aborderons
des articles sur la gouvernance des offices.
Et, sur ces quelques mots, je vais céder
la parole à Patricia Viannay, qui va développer davantage sur le contexte et
notre amendement à l'article 19 de la loi n° 31.
Merci.
Mme Viannay (Patricia) : Merci,
Yves. Donc, en effet, nous, à la fédération, bien, vous l'avez vu à la lecture
de notre mémoire, on a choisi de se concentrer sur les articles 19 et 22,
directement en lien avec le parc HLM, la gouvernance des offices, et, je vous
dirais, en particulier l'article 19. C'est l'article, donc, qui ouvre la
possibilité, en cas d'aliénation d'un immeuble ou d'un terrain, que le produit
de cette aliénation serve à reconstruire du logement HLM ou du logement
abordable. Donc, c'est plus sur le «ou du logement abordable» qu'on
souhaiterait intervenir.
C'est sûr que la vente de HLM, la
démolition, la reconstruction, c'est encore quelque chose qui se fait rarement.
C'est déjà possible. Ça se fait à certaines conditions. C'est encore rare. On
lit aussi, dans les programmes gouvernementaux, que ça ne semble pas être
l'intention de diminuer le nombre de logements HLM. On n'a pas l'intention d'en
vendre. On l'a bien lu. On aimerait ça le lire dans la loi aussi. En fait,
finalement, c'est ça, notre point.
• (12 h 10) •
Pourquoi on trouve que c'est important que
ce soit enchâssé dans la loi et dans l'article 19 actuellement? C'est
parce que, bien, la crise du logement a fini par nous rattraper. On ne voudrait
pas que le contexte qu'on vit en ce moment en HLM finisse aussi par nous
rattraper.
Qu'est-ce que j'entends par «le contexte
HLM»? Bien, sans surprise, l'état du parc. On a beaucoup échangé avec le
gouvernement, à la fédération, sur l'état du parc. On sait, on partage tous le
fait qu'il y a d'énormes défis à relever par les offices. On a applaudi le Programme
de rénovation HLM au mois de juin. On est rassurés que le 2,2 milliards
soit consacré à ce programme-là puis on y voit des opportunités de rénovation
ou modernisation. On le voit. Mais, la réalité étant ce qu'elle est, le
programme va aussi permettre, dans des conditions particulières, de vendre ou
de démolir pour reconstruire, tu sais, puis démolir pour reconstruire... Tu sais,
démolir, c'est plus facile que reconstruire. Donc, c'est ça qu'on veut vraiment
préciser avec l'article 19.
Un autre élément du contexte qu'on ne peut
pas passer sous silence, c'est, bien, l'appétit plus ou moins grand, hein, des <administrations,
des...
Mme Viannay (Patricia) :
...
passer sous silence, c'est, bien, l'appétit plus ou moins grand, hein, des >administrations,
des municipalités d'investir dans le logement social. Donc, on l'a vu. Puis je
n'irai pas dans les détails des exemples, mais on peut citer des municipalités
qui ont fait le choix de ne pas entretenir leurs parcs HLM et qui ont fait le
choix de vendre ensuite, une fois qu'ils étaient barricadés, pour faire place à
des condos. Dans certains cas, les locataires ont réussi à bloquer ce mauvais
projet. Dans d'autres cas, ils n'ont pas réussi. Donc, ça pourrait être ça, tu
sais, le... C'est ça, le contexte HLM qui nous dit... On ne peut pas laisser ça
ouvert : Ah oui! on va démolir, on va reconstruire en HLM ou en logement
abordable. Ce n'est pas juste une question de sémantique.
Vous savez ce qu'on pense du logement
abordable, à la Fédération des locataires de HLM. Ça ne répond pas aux mêmes
besoins que les HLM, pas juste en termes de coûts de loyer, mais aussi qui
accède au logement abordable. On a fait les vérifications. À date, le programme
de logement abordable ne prévoit pas que la partie abordable soit attribuée en
fonction des règlements d'attribution des offices. Donc, ce n'est pas les gens
qui sont sur les listes d'attente des offices qui iront dans le logement
abordable.
C'est pour ça qu'on propose une
reformulation de l'article 19 pour s'assurer que... Si c'est l'intention du
gouvernement de sauvegarder le parc, de ne perdre aucun HLM, il faut que
l'article garantisse que toute démolition entraînera une reconstruction égale
ou supérieure en logement à loyer modique, et non pas abordable, et avec
l'assentiment des locataires, parce qu'ils ont leur mot à dire. Ils sont
impliqués dans la gestion, et on veut qu'ils soient impliqués dans ces
réflexions-là.
Donc, c'est vraiment le cœur de nos
changements, l'article 19. Il y a quelques éléments sur la gouvernance des
offices qu'on trouve intéressants dans le projet de loi, donc je vais laisser
M. Dionne les préciser.
M. Dionne (Lucien) : Merci,
Mme Viannay. Le premier article, l'article 20, qui réfère à l'article de
la Loi de la SHQ, 85.1, on attire votre attention sur l'énoncé suivant : «Les
dispositions de la présente section s'appliquent à un organisme d'habitation
qui est un organisme sans but lucratif...» Nous autres, on voudrait qu'on
insère, après «qui est», à ce moment-là, «ou un organisme sans but lucratif».
Ça donnerait l'occasion, à ce moment-là, d'éclaircir que la loi s'applique
également à l'office d'habitation.
L'article 21, lui, concerne la
période de mise en tutelle. Alors, on est d'accord avec l'article 21 qui
prescrit, à ce moment-là, de passer d'une période de trois mois à une période
de 12 mois de façon à éviter des mandats répétitifs.
L'article 22, qui concerne la période
d'inhabilité à siéger, on est d'accord pour une période de trois ans. Cet
article-là modifie l'article 85.5 de la SHQ, qui, lui, est imprécis à cet
effet. On aimerait, par contre, l'article 41 du code de déontologie des
administrateurs, que... ça devrait être la même durée aussi, de façon à
demeurer cohérents entre les articles.
J'ai terminé. Je passe la parole à notre
vice-présidente.
Mme Poirier (Marie-France) : Merci,
M. Dionne. La crise du logement, la solution, c'est vraiment les HLM. Nous
avons des propositions pour cette crise. La... Voyons! La colocation entre les
locataires peut... peuvent être proposée, donner le pouvoir aux offices de
construire des HLM, les moyens. C'est pourquoi on veut un nouveau programme. En
conclusion, le 80-20 pour relancer la construction, c'est un must pour contrer
et relancer. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci pour votre présentation. Nous allons débuter une période d'échange
avec... du côté ministériel avec Mme la ministre. Vous avez un 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Parfait.
Merci. Bien, merci de vous être déplacés pour nous rencontrer. Ça ne fait pas
tellement longtemps qu'on s'est rencontrés, mais là on est précisément sur ce
sujet-là du projet de loi. Merci bien.
Je comprends vos modifications. Je trouve
que vos propositions sont très pertinentes. Puis, clairement, l'idée, ce n'est
pas de réduire le nombre de logements sociaux. Ça fait que, sur ça, je peux
vous rassurer d'emblée, je pourrais... Ça fait que, sur les modifications
techniques, là, j'ai bien compris, puis on va les analyser, puis on pourra en
reparler en temps et lieu.
Peut-être, on en a parlé brièvement quand
on s'est vus l'autre fois, mais, tout l'enjeu de colocation, j'aimerais ça
qu'on aille un peu plus dans le détail sur cette question-là, colocation à
l'intérieur des HLM, pour le bénéfice de tout le monde, puis qu'on voie comment
on peut bonifier ça, puis aussi l'impact que ça peut avoir sur les listes
d'attente, puis le <respect...
Mme Duranceau :
...
bonifier ça, puis aussi l'impact que ça peut avoir sur les listes d'attente,
puis le >respect de la liste d'attente. Ça fait que je vous écoute.
Mme Viannay (Patricia) : Donc,
le règlement actuel... Vous savez, en HLM, bon, il y a le règlement
d'attribution pour entrer dans les HLM, et le règlement ne permet pas,
actuellement, à des gens qui ne font pas partie d'une même famille d'habiter un
même logement, à moins que la personne soit reconnue comme aidante naturelle.
Mais c'est... On parle de logement... La volonté du législateur, à l'époque,
j'imagine... On parle de logements familiaux, puis l'intention, c'était
vraiment que ces logements soient réservés à la cellule familiale.
Actuellement, ce qu'on constate, c'est
qu'il y a à peu près 10 % du parc HLM qui est en sous-occupation. Donc, on
parle quand même de plusieurs milliers de logements. Il y a plusieurs raisons.
Il y a des... Ça dépend vraiment de la demande, évidemment, mais l'essentiel
des situations de sous-occupation qu'on retrouve, ça va être, par exemple,
souvent une femme qui va avoir élevé sa famille dans son logement en région.
Pourquoi dans les plus petits centres? Parce que c'est là où il y a... où
l'offre est la moins diversifiée, finalement. On connaît qu'il y a des
immeubles, c'est 10 logements, c'est toute la même taille, ou
20 logements. C'est tous les mêmes, le même modèle. Donc, cette
personne-là, elle a le droit au maintien dans les lieux, évidemment, elle a
encore besoin de son HLM, mais l'office ne peut pas lui offrir de logement
adapté à sa taille. Elle voudrait avoir un trois et demie, mais il n'y en a
juste pas, de trois et demie, dans la région. Donc, elle reste dans un quatre,
voire dans un cinq et demie. C'est des situations... Ça, c'est un exemple de
sous-occupation.
À Montréal, ça va être une autre raison.
Par exemple, il y a des immeubles qui ont été construits avec, à chaque bout du
corridor, des quatre et demie, puis c'est des immeubles qui sont destinés à des
personnes âgées. Bien, le niveau de revenus actuel ne permet pas à deux
personnes âgées de cohabiter. Ils ne sont pas éligibles. Ils dépassent les
revenus. Donc, on a beaucoup de difficultés à louer certains quatre et demie
dans des résidences de personnes âgées à Montréal. Donc, on comprend pourquoi
ces logements sont vides. Il y a des raisons de programme, de règlement. Mais
là les locataires... Vous savez, nous, quand on disait qu'on a une force de proposition,
c'est venu des locataires. C'est les locataires qui ont dit : Bien, nous,
on pourrait louer, on pourrait partager ces logements-là...
Mme Duranceau : ...vous
interrompre. Est-ce que c'est un enjeu, au niveau des règlements, du côté HLM,
ou c'est au niveau de la loi sur la sécurité sociale, ou...
Mme Viannay (Patricia) : Non.
Là, c'est vraiment le règlement d'attribution qui ne permet pas la colocation.
C'est ça qu'il faudrait changer. C'est sûr qu'il y aura des arrimages à faire,
parce qu'on sait que, quand il y a partage de logement, ça peut avoir un impact
de revenus, un impact sur le revenu en termes de sécurité sociale, la
sécurité... le soutien au revenu.
Mme Duranceau : ...
Mme Viannay (Patricia) : Tout
à fait. Mais c'est pour ça que nous, on l'amène comme... Regardez, il y a
10 % du parc qui est en sous-occupation. Il y a aussi 10 % du parc
qui est en suroccupation. Bien, ce 10 % du parc en sous-occupation, il y a
des locataires, à notre congrès, qui ont levé la main et qui ont dit :
Mais moi, j'ai des voisins, voisines, ça fait cinq ans qu'ils attendent sur la
liste, j'ai un cinq et demie, je pourrais partager avec eux. Donc... Mais le
règlement ne le permet pas actuellement. Donc, c'est un chantier qu'on pense
qu'il faut qu'on travaille ensemble. Il y a quelque chose là. Il faut le penser.
Il faut que ce soit sur une base volontaire, parce qu'on sait que la
cohabitation... On ne veut pas que ça finisse par entraîner d'autres problèmes
de vivre ensemble. Donc, c'est un chantier à entreprendre ensemble, mais on y
voit au moins une partie de la solution pour loger certaines personnes, en
effet, sur les listes d'attente.
Mme Duranceau : Parfait. Je
pense, je vais passer la parole à ma collègue de Labelle.
Le Président (M. Schneeberger) : Députée...
députée de Labelle. Oui, allez-y.
Mme Jeannotte : Oui. Merci,
M. le Président. Dans le fond, j'aimerais vous entendre, parce que vous
proposez également, là, que vous... Vous seriez capables, dans le fond, de
gérer un programme vous-mêmes. C'est ce que je comprends dans une des
propositions.
• (12 h 20) •
Mme Viannay (Patricia) : On
n'avait pas tout à fait cette ambition, pour être honnête. Non. En fait, le
programme qu'on propose, le 80-20, donc, pour nous... Pour nous, le logement
social, le logement public, c'est une mission du gouvernement. Ça fait... On
veut... On a le droit au logement. On reconnaît l'importance du droit au
logement au Québec, qu'il soit dans les textes de loi ou pas, là. À la commission,
ici, on veut tous que tout le monde ait un toit sur la tête. On reconnaît ce droit-là.
Puis, pour certains ménages les moins fortunés ou les gens qui vivent de la
discrimination dans l'accès au logement, c'est le logement public qui permet
ceci ou le logement social et communautaire. Donc, nous, c'est sûr qu'on mise
sur le logement public. Il y a des administrations en place. Il y a des offices.
Il y a des locataires impliqués. Les offices sont en lien avec les
municipalités. Donc, on y voit... On voit les offices puis on pense, tu sais,
avec la tournée qu'on voit actuellement sur l'optimisation du réseau, qu'on
partage ça avec le gouvernement, les offices pourraient développer et gérer les
HLM.
Mme Jeannotte : Oui, c'est
plutôt ça, dans le fond.
Mme Viannay (Patricia) : Dans
le fond, nous, c'est un programme gouvernemental. Ça reste un programme gouvernemental.
Mme Jeannotte : Est-ce que
vous <pourriez...
Mme Viannay (Patricia) :
...dans le fond, nous, c'est un programme gouvernemental. Ça reste un programme
gouvernemental.
Mme Jeannotte :
Est-ce
que vous >pourriez expliquer comment les offices pourraient s'y prendre?
Mme Viannay (Patricia) : C'est
ça. Donc, l'idée, en fait... Puis ça, c'est des... En tout cas, on est dans
différents groupes de travail, de réflexion. On n'a pas pensé ça tout seuls. On
l'a déjà, même, discuté un petit peu avec la SHQ. L'idée, en fait, c'est que...
Ce qui était reproché au programme HLM, c'étaient ses coûts sur le long terme, des
engagements à 35, 45 ans qui engageaient les municipalités et les
gouvernements sur du long terme, tout ça. Puis ça, on l'a entendu, on l'entend
tout le temps, c'est un enjeu. Donc, on a essayé de penser déjà à un programme
qui serait plus un coût à court terme, élevé, je ne dis pas le contraire. On le
sait, que ça coûte cher pour faire du logement social. Les premières fois qu'on
parlait de ça, on était à 250 000 $, 300 000 $ la porte. Je
pense qu'on est rendus pas mal à 400 000 $ la porte. Donc, tu sais, on
ne nie pas que c'est un investissement qui va coûter de l'argent, mais il va
être à court terme, il va être prévisible.
80-20, pour nous, c'est... 80 %,
c'est de l'argent gouvernemental, 20 %, c'est la contribution des
municipalités. Je sais qu'en ce moment on le pense plus 10 %, quand on
pense le programme HLM. 20 % des municipalités, ce n'est pas forcément un
chèque. C'est des terrains. Il y en a plein, de terrains à développer. On sait
qu'on entend tout le temps qu'on manque de terrains, mais il y en a, des
terrains qui ne sont pas développables, parce qu'il faudrait changer la Loi des
cités et villes, par exemple. Mais les offices ont des terrains qu'ils
pourraient densifier, qui sont des terrains municipaux. Donc, on pense qu'il y
a une contribution comme ça, municipale, qui pourrait être de l'ordre de
20 %.
Pourquoi ce serait géré par les offices?
Parce qu'on veut absolument vider cette liste. On veut s'assurer que les
locataires qui bénéficient de ces investissements, ce soient ceux qui en ont le
plus besoin. C'est ceux qui sont à plus faibles revenus et ceux qui vivent
toutes sortes de discrimination quand ils appliquent dans du logement. Puis,
les HLM, on ne vit pas ça. Les offices, justement, règlent ce problème-là.
On dit 80 % d'attribution selon le
règlement, 20 % selon les besoins municipaux, parce qu'après tout c'est
vrai que c'est une contribution municipale. Peut-être que, dans certaines municipalités,
il y aurait un 20 % qui pourrait servir à d'autres besoins. On le voit
maintenant. On est obligés de faire des décrets pour dire : Bien, telle
municipalité peut augmenter un petit peu son plafond de revenus parce que ça
correspond mieux à sa réalité locale. Bien, on pourrait le prévoir dans le
programme, d'avance. C'est sûr que, les offices, comme les grandes villes,
Montréal, qui ont des listes d'attente interminables, il y a des chances qu'ils
utilisent 100 % de leurs logements pour vider leurs listes, mais il y
aurait cette flexibilité-là dans le nouveau programme HLM qu'on voudrait.
Mme Jeannotte : Puis,
peut-être, si j'ai encore du temps, est-ce qu'il y a une différence entre ce
que vous venez d'expliquer et une deuxième génération de HLM, là, que vous
verriez?
Mme Viannay (Patricia) : Pour
nous, c'est ça, la deuxième génération. Puis pourquoi on dit «deuxième
génération»? Parce qu'on va apprendre de nos erreurs passées. Entre autres, on
pense, tu sais, à des immeubles multigénérationnels. On l'entend beaucoup. C'est
une demande qu'on entend beaucoup dans le milieu. Les gens veulent rester dans
leur milieu. Il y a toute sorte d'entraide qui se fait. C'est un exemple, tu
sais, de pourquoi on parle de nouvelle génération.
Mme Jeannotte : Est-ce que
les loyers seraient encore toutes sortes de grandeurs ou... Avez-vous réfléchi
aussi à ça? Non?
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
pas... Oui, nous, on fait le lien entre un programme 80-20 HLM et le
programme PSL, c'est sûr. On veut que les loyers soient à 25 % des
revenus. Il n'y a pas de marge de manœuvre budgétaire, malheureusement, dans
les ménages avec qui on travaille. Donc, il faudrait que ce ne soit pas
abordable, mais à 25 % des revenus.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, nous retournons du côté de la ministre. Mme la ministre, c'est à vous.
Mme Duranceau : Oui. Vous
mentionnez être d'accord, dans votre mémoire, là, avec la prolongation des
délais pour les administrations provisoires. Moi, je vais vous avouer, ça me
décourage toujours quand j'ai ça sur mon bureau à approuver. Là, je vais les
avoir dans une fréquence un peu moins élevée.
Mais je voulais vous entendre. Je pense
qu'à l'égard des offices d'habitation ce n'est pas applicable. C'est à l'égard
des OBNL qui s'occupent des HLM privés, disons, là, ceux qu'on qualifie de HLM
privés parce qu'ils sont sous un OBNL. Quelle est votre perspective sur ça, sur
le mode de gestion, justement, au niveau des OBNL dans ce contexte-là versus,
peut-être, les offices d'habitation? Avez-vous des recommandations à formuler?
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
j'aurais tendance à laisser ça au regroupement des OSBL en habitation. Bien,
pourquoi...
Mme Duranceau : Vous être
bien placés pour commenter.
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
en fait, on connaît bien le programme HLM, tu sais. À Ottawa, quand le
programme a été pensé... On sait comment il fonctionne. Le déficit
d'exploitation, les... tu sais, toutes les règles d'attribution, ça, c'est
pareil, mais la gestion est complètement différente, après, quand c'est un
office et quand c'est un OBNL. Un OBNL, on parle vraiment d'un conseil
d'administration autonome qui gère ces logements-là.
Nous, la beauté, je vous dirais... En tout
cas, je pense, les deux répondent à des besoins différents. L'avantage du HLM
public, c'est, bien, son volume, mais c'est aussi l'implication des <locataires
dans...
Mme Viannay (Patricia) :
...
HLM public, c'est, bien, son volume, mais c'est aussi l'implication des >locataires
dans la gestion. Je vous dirais, c'est là, nous, qu'on voit la principale
différence, l'implication des locataires dans la gestion. Quand le HLM, il est
public, géré par l'office, bien, l'implication, elle est structurée. Elle fait
même partie de la loi, maintenant, de la SHQ. Elle fait partie du guide de
gestion. C'est un chapitre au complet. Et ça fait toute une différence. Les
locataires sont sur le conseil d'administration. Je sais que, sur les OSBL
aussi, là, il y a des sièges réservés aux administrateurs, mais ce n'est pas
facile d'être un administrateur locataire autour... tu sais, quand on gère des
HLM. Mais, en HLM, les administrateurs, ils ont l'appui d'un comité consultatif
des résidents, qui est une obligation du gouvernement d'avoir un... imposée par
la SHQ, d'avoir des comités consultatifs. Il y a des associations locales. Donc,
il y a toute une prise en charge, dans les HLM, qui est peu connue.
Tu sais, on pense plus... HLM, on ne pense
pas prise en charge. On pense prise en charge quand on pense coop, mais on n'y
pense pas en HLM. Mais, pour avoir travaillé dans toutes les tenures, je peux
vous dire que, dans les HLM, il y a une implication qui est énorme, qui fait
une différence et qui rend, selon nous, les offices pas mal plus intelligents,
pas mal plus flexibles dans leur gestion, parce que les locataires apportent
des idées. Puis on pourrait en parler longtemps. Les locataires ont toutes
sortes de propositions, même pour peut-être diminuer le déficit d'exploitation,
parce qu'ils disent : Bien, nous, il y a une partie des jobs qu'on
pourrait faire. Il y a énormément de choses qui se font bénévolement, que, si
on n'allait chercher que des intervenants et intervenantes de milieu pour faire
ce qu'eux, ils font sur le terrain, ça coûterait pas mal plus cher. Donc, en
termes de gestion, nous, on trouve que la place centrale que prennent de plus
en plus les locataires, c'est une bonne garantie aussi d'une bonne gestion.
Mme Duranceau : Parfait.
Merci. Puis, au niveau des listes, évidemment, on parle toujours de la liste
d'attente, là, des HLM, puis il faut, effectivement, que ça diminue, c'est
quoi, votre perspective sur la gestion de ces listes-là? Êtes-vous confiants
qu'on a les bons chiffres, confiants que... Outre le fait qu'il faut construire
plus, là, la gestion, l'attribution, avez-vous des recommandations à faire sur
ça?
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
la liste d'attente, tu sais... Puis on le sait, qu'il y a des travaux, en ce
moment, pour revérifier si toutes les personnes qui sont sur les listes sont
bel et bien en attente. Moi, je vous dirais qu'il y en a plus qui ne sont pas
sur les listes qui ont besoin d'un HLM qu'il y en a sur les listes qui n'en ont
plus besoin. Tu sais, on peut les faire, les appels, mais combien il y en a qui
vont dire : Ah non! moi, ça ne m'intéresse plus, un HLM, si on le rejoint?
Parce que c'est une chose de vider la liste parce qu'on n'a pas rejoint la
personne; c'est une chose de vider la liste parce qu'elle nous a confirmé
qu'elle n'en avait plus besoin. Si on se fie aux besoins en logement, la liste,
elle sous-estime les besoins.
Après, en termes de gestion de liste,
c'est sûr que mettre de l'énergie pour gérer une liste ne nous semble pas le
meilleur choix. Tu sais, si on veut mettre de l'énergie, ce que, nous, les
locataires nous disent, c'est qu'ils veulent que quelqu'un réponde au téléphone
quand ils appellent. Ils veulent quelqu'un sur le terrain. Puis les offices ont
des budgets limités. Donc, plus ils mettront d'énergie à gérer la liste, moins
ils en mettront à parler aux locataires qui sont déjà en place.
Dans la gestion de la demande de logement
social, c'est sûr qu'on trouve intéressant, par contre, de fusionner les listes
des différentes tenures, parce que c'est là où, des fois, les locataires, c'est
moins clair pour eux. Ils ont appliqué dans un OBNL puis ils croient qu'ils
sont sur la liste de logement social, mais en fait ils ne sont pas sur la liste
de l'office, ou, inversement, ils ont appliqué à l'office puis ils ne
comprennent pas pourquoi ils n'ont jamais été appelés par le nouvel OBNL. Donc,
ça, ça peut être... pour les besoins des locataires, ça pourrait être quelque
chose d'intéressant.
Mme Duranceau : Un guichet.
Mme Viannay (Patricia) : Un
guichet.
Mme Duranceau : Un guichet
unique, peut-être, là, à imaginer. OK. Parfait. Bien, écoutez, c'est bon. Moi,
ça fait le tour de mes questions. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : ...comme
ça, alors nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle, avec 10 min 24 s,
madame. Députée de Mille-Îles, c'est à vous.
• (12 h 30) •
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Et merci à vous tous d'être ici ce matin, en personne en plus. Vraiment
un grand plaisir. Et, désolée, là, j'ai dû m'absenter juste au début de votre
présentation. Par contre, j'ai pris connaissance de votre mémoire entièrement
avant.
Peut-être juste préciser que ça fait quand
même longtemps que ça se parle, hein, de faire un registre central de listes
d'attente. Donc, ce n'est pas une nouvelle idée. Je pense que vous en avez déjà
parlé. Ça a été demandé, là, par les milieux il y a quand même plusieurs
années. Donc, on va espérer que ça puisse se faire, parce qu'effectivement,
moi, les échos que j'ai sur le terrain, c'est la même chose, c'est que les gens
ne s'inscrivent plus sur la liste compte tenu des délais qu'ils voient, des
gens qui sont déjà sur la liste et qui attendent depuis sept, huit, neuf ans.
Donc... donc, voilà.
Je vais venir peut-être à votre... à vos
propositions. Vous parliez... Ça, je trouvais ça assez intéressant. Bon, le
nouveau programme de HLM, vous en avez évoqué un peu avec la ministre, mais... C'est
en page 7, voilà, et vous parlez, dans le fond, qu'actuellement les offices
d'habitation qui souhaient faire du développement de nouveaux logements <sociaux...
>
12 h 30 (version révisée)
<19287
Mme Dufour :
...les offices d'habitation qui souhaitent faire du développement de
nouveaux logements >sociaux doivent créer un genre d'OBNL pour être
capables de le faire. Puis il y a un groupe qui nous a parlé de ça, c'est... je
crois, hier aussi. C'était, je crois, la CMM qui parlait de ça et... sinon, c'était
l'UMQ, mais, il me semble, c'est la CMM. Puis ils demandaient un peu
sensiblement ce que... J'ai l'impression que c'est la même chose.
Vous dites que «la Loi de la SHQ doit
cesser de cantonner les offices d'habitation au simple rôle de gestionnaire d'immeuble».
Et on sait qu'il y a quand même une bonne... comment dire, une bonne expertise
dans les offices. Il y en a qui sont très professionnalisés et qui seraient en
mesure de faire du développement, qui le font, d'ailleurs, mais par l'entremise,
comme vous dites, d'un OBNL. Donc, peut-être vous entendre un peu plus
davantage sur qu'est-ce qu'il faudrait qui soit modifié pour ouvrir ça un peu.
Mme Viannay (Patricia) : En
fait, actuellement, en effet, il y a quelques offices qui ont fait le choix de
développer, tu sais, ce n'est pas tous les offices, mais il y en a, sauf qu'il
n'y a pas de programme dédié aux offices, tu sais. Le programme HLM,
anciennement, comme on le connaissait, lancé par le fédéral, il était pensé
pour les offices, puis la loi encadre comment les offices, ensuite, gèrent...
gèrent les immeubles. Là, maintenant, si un office, il veut développer du
logement social, il doit y aller avec les programmes existants. Déjà, un office
ne peut pas emprunter par lui-même, tu sais, il ne peut pas... C'est ça. Il est
lié par la loi. Donc, il y a des choses qu'il ne peut pas faire. Donc, il ne
peut pas se dégager lui-même ses propres fonds. Donc, ça, c'est un problème.
Puis, dans les programmes actuels, tous
ceux qui ont déposé actuellement, que ce soit, anciennement, AccèsLogis, le
PHAQ, maintenant, le programme n'est pas autoporteur. Il n'arrive pas à couvrir
l'ensemble... l'ensemble des coûts. Donc là, les offices qui arrivent à
construire font... ils mixent toutes sortes de programmes pour que ça sorte de
terre. Ils sont obligés de mélanger toutes sortes de programmes. Ils sont
obligés, tu sais, avec les fonds fiscalisés, d'aller chercher des emprunts, d'aller
chercher... Et ça, ils ne peuvent pas le faire. La loi ne leur permet pas.
Donc, ils le... Pour le faire, il faut qu'ils créent un apparenté, un OBNL,
qui, lui, même s'il reste... peut faire ça. Donc là, ça multiplie les
structures de gestion, parce que c'est les mêmes salariés, c'est le même monde,
mais qui sont à l'office ou dans une structure apparentée, puis là... Donc, ça,
ça rend le développement possible, mais ça le complique énormément. Il faut
être une structure solide pour commencer à embarquer dans ce genre de
développement.
Donc, tu sais, si on veut que les offices
aient les coudées franches, vraiment, pour développer, bien, il faut leur
donner les coudées franches en, peut-être, assouplissant les choses qu'actuellement
ils ne peuvent pas faire, soit par la Loi de la SHQ soit dans la Loi des cités
et villes aussi, là, qui les restreint de toutes sortes de manières quand ils
vont... quand ils doivent faire affaire, afin qu'ils puissent vraiment être des
outils de développement.
Mme Dufour : Le groupe que
je vous parlais nous parlait aussi des conditions d'appel d'offres qui étaient
plus complexes versus un groupe privé qui part et qui va en construction, par
exemple. Et donc ça rendait les délais plus longs, de construction, notamment,
donc...
Mme Viannay (Patricia) : C'est
en lien avec la Loi des cités et villes, notamment, oui.
Mme Dufour : Exact,
exact. Et là vous parlez d'une formule de prêt sans intérêt, peut-être même
utiliser l'équité des HLM. Vous avez sûrement entendu parler de Plancher, là. Ça
se discute pour les... Je crois que c'est les OBNL en habitation. Donc, de plus
en plus de groupes... UTILE aussi fait ça. Donc, ils vont chercher de l'équité
sur les immeubles existants. Mais, dans le cas des HLM, j'essaie juste de
comprendre, il y a déjà des déficits d'opération. Est-ce qu'il n'y aurait pas
une tentation, dans le fond, de la... je ne sais pas si c'est la SHQ, mais qui
va aller garder les loyers, une fois un immeuble libre d'hypothèque... Mais
est-ce qu'ils ne seraient pas tentés d'utiliser ça pour, dans le fond, combler
les déficits d'opération?
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
actuellement, ce n'est pas possible de le faire comme ça. Nous, quand on parle
d'équité, tu sais... Puis on est bien conscients, on a eu la discussion,
notamment, avec Mme Duranceau, que, tu sais, réemprunter, bien, même si on
a la bâtisse, tout ça, pour... à proposer, ça augmente la dette du
gouvernement. Mais déjà, si on se concentrait... Vous savez, il y a 19 000
des 65 000 logements HLM, là, qui sont libérés de ça. Il n'y a plus d'hypothèque.
Les... Donc, ils appartiennent, en ce moment, aux villes ou aux offices. Il y a
19 000. Ce 19 000... Ces 19 000 unités, juste à elles
toutes seules, c'est un 5 milliards. Donc, on a déjà... Ça ne va pas augmenter
la dette du gouvernement, tu sais. Donc, on pourrait déjà partir de ça pour
réinvestir dans des nouveaux logements, où c'est vraiment en commençant par ça,
déjà, qu'on pourrait dégager des possibilités d'emprunt.
Mme Dufour : Parfait. Merci
beaucoup. Peut-être, votre... L'idée du programme 80-20, je sais que vous
avez dit tout à l'heure que ce serait 20 %, la contribution des
municipalités, puis vous disiez : Bien, actuellement, les autres
programmes HLM, c'était 10 %. Mais, <dans les faits,
Mme Dufour :
...parfait.
Merci beaucoup. Peut-être, votre... L'idée du programme 80-20, je sais que
vous avez dit tout à l'heure que ce serait 20 %, la contribution des
municipalités, puis vous disiez : Bien, actuellement, les autres programmes
HLM, c'était 10 %. Mais, >dans les faits, avec les nouveaux
programmes comme le PHAQ, c'est beaucoup plus élevé que ça pour les
municipalités, là. On est plus dans l'ordre du 30 %, 40 %, donc... et
même plus, parfois. Donc, je pense qu'ils seraient très ouverts à votre
proposition du 80-20. Ça, c'est certain.
Peut-être, je voudrais venir sur
l'aliénation des HLM. Ça, moi, c'est une clause que j'ai dénoncée dès que le
projet de loi est sorti, vous m'avez peut-être entendue là-dessus, parce que ça
m'inquiète depuis le début. On semble, actuellement, affaiblir le... vouloir
affaiblir le logement social. Et ça, c'est une des mesures qui pourrait
contribuer à ça encore davantage. Donc, je sais qu'il y a des exemples que vous
avez cités, là, mais peut-être que vous pourriez en parler, là, de... un peu
plus davantage, là, de qu'est-ce qui pourrait arriver si cette clause-là était
appliquée telle quelle.
Et peut-être vous entendre aussi sur la
mobilité des projets, parce que vous, vous demandez que ça reste dans la même
ville. Et vous le justifiez bien, là. Vous donnez l'exemple de Waterloo, là,
qui a une liste d'attente et, malgré tout, qu'on va retirer... Je pense qu'on
souhaitait retirer de là et le déménager à Granby, si je crois... si je ne me
trompe pas. Mais il y a aussi les... la FQM qui est venue nous dire que, dans
le fond, ils aimeraient que ce soit géré au niveau de la MRC. Et donc je
voudrais vous entendre sur cette proposition-là.
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
sur les exemples, en tout cas, on peut... Je ne sais pas lequel est le plus
choquant, là, mais on peut prendre, par exemple, l'exemple de Daveluyville,
parce que... Nous, ça nous a choqués, parce qu'on s'en est rendu compte,
c'était démoli. Parce qu'en fait ce qui est arrivé à Daveluyville, c'est que,
les immeubles, ça faisait des années qu'ils n'étaient plus du tout habités,
puis, tu sais, il y avait juste cet immeuble-là. Donc là, tu n'as plus de...
C'est ça, le... C'est... Tu n'as plus d'association, tu n'as plus de locataire,
tu n'es plus en contact, il y a juste l'office, tu sais, qui sait qu'est-ce qui
se passe. Puis ils n'ont jamais été rénovés. Il n'y a jamais eu un
investissement dans cet immeuble-là... dans ces immeubles de 32 logements
à Daveluyville. Ils n'ont jamais été rénovés. Et il est arrivé ce qui finit par
arriver : le toit coule, les fondations sont fragilisées. Donc, les
immeubles finissent par être barricadés. Ils sont non habités. Les gens
n'appliquent plus. Il n'y en a plus, de logement.
Donc là, à un moment, tu te retrouves
avec, apparemment, la situation où tu n'as plus le choix de les démolir. Ils ne
sont absolument plus habitables. Il n'y a plus personne sur les listes parce
que personne ne pense qu'un jour ils pourraient être réhabitables. Et on
réalise, un jour, un matin, que, bien, il y a un permis de démolition qui a été
donné, puis il n'y en a plus, de HLM, puis l'immeuble... Le terrain, donc, a
été vendu à des promoteurs qui ont fait des condos à la place. Donc, ça arrive.
Je l'ai dit au début, ça reste rare pour l'instant, mais, si on se dit que... Pour
que ça, ça arrive, il a fallu qu'il y ait un déficit d'entretien chronique
pendant des années, un désintérêt de la municipalité locale, qui ne voulait...
qui faisait du «pas dans ma cour» avec les personnes à plus faibles revenus. C'est
des situations qui existent encore en 2023. Donc, c'est ça, notre crainte, tu
sais, que ça réarrive et... C'est ça.
Mme Dufour : Sur la mobilité
à l'intérieur d'une MRC...
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
c'est sûr que nous, on a toujours été en faveur d'offices régionaux. Les
premières fusions au début des années 2000, ça a permis d'éliminer
beaucoup de petits offices où quelqu'un travaillait quelques heures par semaine,
puis où ça n'allait vraiment pas bien. Ce n'était pas suffisant. Il y a eu un
deuxième tour de regroupement. Ce n'est pas suffisant. On est contents. Il y a
une tournée actuellement...
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
• (12 h 40) •
Mme Viannay (Patricia) : ...il
y a une tournée de la SHQ actuellement, qui veut... qui veut optimiser ce
réseau-là. Puis de ce qu'on voit, c'est que les discussions se font à une
échelle régionale. Nous, on trouve qu'un office régional, en effet, aurait plus
de... aurait plus les coudées franches pour faire une bonne job mais devrait
s'assurer de répondre aux besoins de l'ensemble, de tout le monde. Puis ça
aussi, ce serait un avantage, parce qu'actuellement, les villes où il n'y en a
pas, de logement social, bien, les gens, c'est fini. S'il n'y a pas de HLM, ils
n'appliquent pas, là. Une vision régionale pourrait permettre, justement,
peut-être une meilleure mobilité.
Il ne faut pas qu'elle soit forcée non plus.
Il ne faut pas qu'on concentre tous les HLM à un endroit. Les HLM, ça a été
vraiment une façon de développer des milieux de vie partout au Québec, dans des
petits villages, dans des centres-villes. On veut garder ça.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup. Alors, on a déjà dépassé. Alors, nous allons
maintenant du côté de la deuxième opposition. Alors, vous avez un 3 min 28 s.
M. le député de Laurier-Dorion.
M. Fontecilla : Merci.
Mesdames messieurs, merci beaucoup d'être ici et de vous être déplacés.
Écoutez, je vais y aller tout de suite. J'ai été, comment dire, agréablement
impressionné par l'affirmation de Mme Poirier, qui disait, là : La
solution à la crise du logement, c'est les HLM. On n'a pas... C'est la première
fois qu'on entend parler de ça ici, à l'Assemblée nationale. On oublie <souvent
les HLM, là...
M. Fontecilla :
...qui
disait, là : La solution à la crise du logement, c'est les HLM. On n'a
pas... C'est la première fois qu'on entend parler de ça ici, à l'Assemblée
nationale. On oublie >souvent les HLM, là. Et je constate également vos
solutions novatrices, là, en termes d'utilisation, par exemple, de l'équité du
parc immobilier, là. Il nous manque un peu d'imagination, peut-être, au Québec,
là, pour aller de l'avant, là, répondre aux besoins des populations les plus
défavorisées, justement, là. C'est là qu'il faut intervenir en priorité.
Puisque vous vous êtes déjà exprimés sur
le sujet, là, je vais aller sur... dans une autre direction, là, la
préservation du parc HLM. Oui, tout à fait d'accord avec vous, là, il faut
développer les parcs d'HLM, là, mais il faut, d'abord et avant tout, je pense,
là, conserver ce qu'on a, là. J'aimerais vous entendre parler sur cette
nécessité-là.
Mme Viannay (Patricia) : Bien,
c'est sûr que le parc HLM... Tu sais, en moyenne, les HLM ont entre 38 et
48 ans, tu sais. Donc, comme tout projet immobilier, si tu n'as pas
investi au fur et à mesure ce qu'il fallait pour l'entretien, tu te retrouves,
après 38, 48 ans, avec certains immeubles ou certains logements qui ont
vraiment des déficits d'entretien énormes. Et les indices de vétusté sont... peuvent
être très gros.
Tu sais, je peux vous inonder de chiffres,
si vous voulez, mais, tu sais, quelques-uns marquants, là, tu sais, de... Même,
selon le recensement même du gouvernement, il y a près de 5 000 logements
HLM, en ce moment, qui sont vides, juste parce qu'ils ne sont pas rénovés, tu
sais, 4 480, juste parce qu'ils ne sont pas rénovés. Donc, une chance, il
y a le programme HLM qui a été mis en place pour ça, mais c'est ça, la réalité.
On parle de 27 000 ménages qui vivent dans des logements cotés D et E.
Ce n'est pas juste... C'est beaucoup de monde, là, 27 000 ménages
dans des D et E. On parle de... Puis surtout, peut-être, le chiffre le plus
alarmant, je vous dirais, c'est que ça ne cesse de se détériorer. Tu sais, on
est passés de 29 %, à peu près, de vétusté du parc, en 2020, à 40 %
en 2022. Donc, ça se détériore, puis ça se détériore vite. Donc, c'est sûr que
ça, ça nous inquiète. On a beaucoup... On n'a parlé presque que de ça, je vous
dirais, dans la dernière année. On a documenté ça. On a démontré les besoins.
On s'est aussi réjouis en juin 2022. C'est
sûr que nous, on est contents qu'il y ait le Programme de rénovation HLM. Le Programme
de rénovation HLM, c'est la garantie que le 2,2 milliards d'Ottawa, il va
servir à la rénovation des HLM. Ça ne suffira pas. Il y a encore... On est un
peu dans les technicalités, mais il y a encore du RAM, là, le budget partagé
entre la SCHL et la SHQ, qui s'ajoute à ça.
Donc, ça nous prenait ce programme-là pour
vraiment lancer le message. Tu sais, pour nous, c'est une façon aussi de dire :
On va les rénover, les HLM. Nous, maintenant, à nos membres, on parle
objectif 2028.
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
Mme Viannay (Patricia) : On
demande aux associations de locataires de faire la liste de tout ce qu'il faut
qui soit rénové dans les HLM. Le programme de rénovation va permettre qu'il y
ait des projets de rénovation qui s'étalent sur trois, quatre ans. Bien,
collectivement, là, donnons-nous l'objectif 2028. Les locataires ont leurs
listes de travaux. Les offices ont les bilans de santé immobiliers. Puis allons
demander à la SHQ les budgets qu'il faut. Le programme doit le permettre. Il y
a les trois volets qui doivent le permettre. Mais il faut le faire, puis il
faut le faire vite. Il faut commencer tout de suite pour ne pas avoir à tout à
dépenser en 2027. Sinon, on va perdre des logements.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté du député des Îles-de-la-Madeleine
pour 2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci à vous d'être là et d'évidemment nous éclairer sur la
situation des HLM, qui est quand même assez dramatique, selon ce que vous nous
présentez, là. Oui, vous représentez 65 000 familles ou personnes,
mais il y en a 38 000 qui attendent, presque 39 000 qui attendent des
logements. Et, vous venez de le mentionner, il y en a 5 000 qui sont
déserts parce qu'ils ne sont pas salubres ou pas habitables. Vous nous dites :
Bon, on est rassurés parce qu'il y a de l'argent, puis on va construire. Malgré
tout, l'argent, là, il a été débloqué... en fait, il a été annoncé il y a déjà
un certain nombre d'années, et pourtant, les deux dernières années, ça n'a
cessé de se détériorer.
Alors, ma question est la suivante. C'est...
Même si vous dites : Bien, on est rassurés parce qu'il y a de l'argent,
vous mentionnez quand même qu'il s'agit d'un énorme défi. Bon, quel est votre
degré de confiance que, d'ici 2028, on arrive à la fois à rénover le parc des
HLM et en construire des nouveaux?
Mme Viannay (Patricia) : On a
le goût d'être optimistes. Je vous dirais, de 2018 à 2022, on a déchiré notre
chemise sur la place publique. Tu sais, on était contents qu'il y ait une
annonce dans le cadre de la stratégie canadienne, mais ça a pris, c'est vrai,
trop de temps, on est d'accord, pour arriver, en 2022, à ce programme-là. Je ne
vous dirai pas le contraire. Puis on le voit, les conséquences. On a accumulé.
On espère qu'avec tout le bruit et toutes les démonstrations qui ont été faits
depuis, avant ceci, là... que c'est rendu clair, là : Si on n'agit pas
tout de suite, il y en aura plus, de détériorés dans deux ans. Il n'y en aura
pas moins.
Puis l'objectif, objectif 2028, c'est
de <rénover...
Mme Viannay (Patricia) :
...le
bruit et toutes les démonstrations qui ont été faites depuis, avant ceci, là,
que c'est rendu clair, là, si on n'agit pas tout de suite, il y en aura plus de
détériorées dans deux ans, il n'y en aura pas moins.
Puis l'objectif, objectif 2028,
c'est de >rénover l'ensemble du parc et même de le moderniser. C'est sûr
que ça va être un gros défi. On le sait. Mais nous, on n'a pas le choix d'être
optimistes. Il faut que cet argent soit dépensé d'ici 2028. Puis c'est pour ça...
Tu sais, on est... Nous, on travaille avec la SHQ, les offices, il y a une
table des partenaires sur les HLM publics, puis, nous, je peux vous dire qu'on
suit puis on demande à la SHQ c'est quoi, les travaux demandés, combien ont été
engagés, pour monitorer ça de proche puis... Bien, regarde, si... Pourquoi
l'argent n'est pas engagé? Pourquoi il n'est pas dépensé? Et c'est là où on
rejoint toutes sortes d'autres demandes qui vous ont été présentées pour
faciliter ces dépenses.
M. Arseneau : ...les propositions
que vous faites concrètement pour contribuer, là, à la page 7 de votre
document, on en a parlé tout à l'heure, bien, vous parlez d'aller utiliser,
évidemment, là, votre parc actuel pour pouvoir développer de nouveaux projets.
Quand vous parlez de formule de prêt sans intérêt, vous pensez à quoi? Garanti
par le gouvernement, un programme particulier, une caisse particulière du
gouvernement, ou aller auprès des banques, mais garanti par le gouvernement du
Québec?
Le Président (M. Schneeberger) : 10 secondes.
Mme Viannay (Patricia) : C'est
sûr que ce n'est pas... Nous, on n'est pas fiscalistes, et tout ça, mais, oui,
on pense que c'est à partir du gouvernement. La SCHL l'a fait... Est-ce que
c'est elle? Est-ce que c'est la SHQ, plutôt? C'est sûr que, nous, notre
interlocuteur privilégié, ça reste la SHQ, ça reste le gouvernement du Québec,
qui développe, donc...
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Alors, nous... je vais suspendre la
commission jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
15 h (version révisée)
(Reprise à 15 h 05)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon après-midi à tous. La Commission de l'aménagement du territoire reprend ses
travaux. Alors, bien, veuillez éteindre vos sonneries si, des fois, ce n'est
pas fait.
Alors, nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques du projet de loi n° 31, Loi modifiant
diverses dispositions législatives en matière d'habitation.
Cet après-midi, nous entendons les témoins
suivants : l'Association des propriétaires du Québec, en visioconférence,
qui sont présents avec nous, le Front d'action populaire en réaménagement
urbain, le Regroupement des comités de logement et associations de locataires
du Québec et Association des juristes progressistes.
Alors, tout de suite, nous commençons avec
l'Association des propriétaires du Québec. Alors, bonjour à vous quatre. Alors,
dans un premier temps, juste vous nommer à tour de rôle ou une personne qui le
fait pour les quatre, et par la suite vous... vous nous présentez notre
mémoire... votre mémoire. Vous avez 10 minutes. Et il y aura ensuite une...
un échange avec les députés et ministre. Voilà. Allez-y.
Association des propriétaires du Québec (APQ)
M. Messier (Martin A.) :Parfait. Bonjour, M. le Président, Mme la ministre, Mmes et
MM. les députés. Je suis accompagné aujourd'hui de M. Alain Dion,
propriétaire de logements dans la belle région de l'Estrie, de Me Jean-Olivier
Reed, avocat, et de Mme Estelle Fabre, directrice, Développement des affaires.
L'APQ, l'Association des propriétaires du
Québec, représente plus de 17 000 propriétaires, gestionnaires
immobiliers depuis 1984. On est <heureux...
M. Messier (Martin A.) :
...l'APQ, l'Association des propriétaires du Québec
représente plus de 17 000 propriétaires, gestionnaires immobiliers
depuis 1984. On est >heureux de pouvoir vous faire part de notre vécu,
particulièrement en ce qui concerne le projet de loi n° 31, et on est
également heureux de voir que le monde locatif se retrouve sur vos planches à
dessin, et qu'on puisse regarder ensemble pour faire... faire évoluer les
choses.
On tient à souligner, évidemment, que,
concernant le projet le n° 31, on est principalement en accord avec
l'article 7 du projet de loi concernant la réforme des cessions des baux,
donc, cette possibilité-là, qui aurait toujours dû être celle du propriétaire,
de pouvoir choisir son locataire, qui redevient mise de l'avant avec le projet
de loi. Pour nous, le choix du locataire, c'est essentiel, hein? Ça fait partie
de la vie de notre immeuble. Ça fait partie de nos devoirs de propriétaire de
s'assurer de la sensibilité des uns et des autres, de la santé et sécurité, de
la jouissance paisible des lieux. Donc, choisir son locataire, c'est vraiment
une façon, là, de s'assurer du bon fonctionnement de notre investissement
immobilier. Donc, on considère que, par cet article, en fait, on respecte la
visée initiale de la cession de bail, qui était vraiment de permettre au
locataire d'être libéré de son bail, de pouvoir, donc, cesser d'avoir à payer
le loyer avant la fin du bail.
On retrouve ça dans la modification
proposée et on vient mettre fin à, malheureusement, ce qu'on a vu grandir dans
les dernières années, une vente aux enchères, en quelque sorte, du droit au
bail, donc, des locataires qui viennent céder leurs baux en disant : Je
vais vous le vendre, parce que j'ai un loyer pas cher, et donc ça vaut de
l'argent, et donc qui viennent, finalement, bouleverser un petit peu le... ce
que devrait être le marché, particulièrement dans un contexte locatif où on a
des contrôles de loyer très sévères, très lourds, trop lourds. D'ailleurs, on
va en parler un petit peu plus tard avec d'autres... d'autres de mes collègues.
Mais c'est d'autant plus difficile, quand
on a cette cession de bail là, parce que l'occasion du départ d'un locataire,
pour nous, ça devrait être l'occasion d'un renouveau dans l'immeuble, d'un
renouveau dans le prix du loyer. Et c'est pour cette raison qu'on considère que
la clause G devrait également faire partie des modifications, parce qu'on croit
qu'elle devrait purement et simplement être abolie, que la protection conférée
au prix pendant que le locataire occupe le logement, c'est une chose, mais de
maintenir cette protection-là alors que le logement est vide, pour nous, c'est
une situation qui devrait... qui devrait cesser.
On voit également, dans les articles sur
les modifications en matière de reprise de logement et d'éviction, les articles 2
à 6, un mauvais message lancé aux propriétaires, alors qu'on veut stimuler les
réinvestissements puis on veut dire aux gens : L'immobilier, c'est
intéressant. Ça nous prend des logements. Ça nous prend, donc, des gens qui
veulent investir dans ce secteur-là. On vient rendre encore plus difficiles les
règles et, en fait, on vient, en quelque sorte, proposer, à la base, que le
propriétaire est de mauvaise foi dans sa démarche de reprise, puisqu'il doit se
défendre en faisant état de sa bonne foi, il doit prouver sa bonne foi. Donc,
c'est un peu comme si on devait prouver son innocence au lieu d'être présumé de
bonne foi, qu'on doive la prouver. Pour nous, ça lance un mauvais message,
alors que le Tribunal administratif du logement a, selon nous, déjà les outils
et qu'il les a utilisés. Il y a plusieurs décisions qui ont été rendues, là,
qui ont été très sévères, à juste titre, dans plusieurs cas, avec des
propriétaires qui avaient utilisé leur droit à la reprise ou l'éviction d'une
façon inadéquate.
• (15 h 10) •
Le montant des indemnités est également
important. Donc, c'est une préoccupation, parce qu'évidemment un immeuble, là,
où on prévoit un changement de vocation, un changement d'affectation, c'est
souvent un immeuble qui doit être redressé, tant au niveau de son entretien que
de sa place dans le marché. Ça demande des investissements importants. Et là,
quand on parle d'aller jusqu'à 24 mois d'indemnité, pour nous... pour nous,
c'est beaucoup. Et ça risque d'encore une fois empêcher ces immeubles-là qui
ont besoin d'un redressement.
Je vais passer la parole à Me Jean-Olivier
Reed pour la clause F et le dépôt de garantie.
M. Reed (Jean-Olivier) : ...
M. Messier (Martin
A.) :Ton micro, Jean-Olivier, je pense.
M. Reed (Jean-Olivier) : Alors,
bonjour, M. le Président, Mme la ministre, MM. et Mmes les députés. Le projet
de loi aborde la clause F du bail sur la construction d'immeubles neufs et sur
la fameuse clause des cinq premières années. À prime abord, nous appuyons
l'adoption de cet article, mais nous souhaitons que des précisions soient
apportées sur la modification législative. Notamment, étant donné que plusieurs
projets sont en construction, déjà planifiés ou en <chantier...
M. Reed (Jean-Olivier) :
...que
des précisions soient apportées sur la modification législative. Notamment,
étant donné que plusieurs projets sont en construction, déjà planifiés ou en
>chantier, il serait important que cette loi-là ne soit pas
d'application immédiate pour permettre aux... (panne de son) ...en cours et aux
futurs projets, que ce soit... que les futurs projets de construction... et que
la loi soit appliquée à ces futurs projets là. Donc, il serait important, pour
éviter une confusion avec les propriétaires d'immeuble, pour savoir qu'est-ce
qu'on fait avec les baux qui sont actuellement en vigueur et qui disposent
d'une clause F actuellement...
Pour finir, nous souhaitons souligner que
le projet de loi n° 31 doit être vu comme un grand changement. Et surtout
deux éléments primordiaux qui ont été oubliés ici et qui n'ont pas été discutés,
c'est le dépôt de garantie et le taux de rentabilité des travaux.
Donc, le dépôt de garantie devrait être
discuté au niveau de la société québécoise et devrait faire partie, à tout le
moins, des discussions pour permettre aux propriétaires d'immeuble de pouvoir
avoir une garantie, puisque ce n'est pas seulement une demande qui est profitable
aux propriétaires, mais c'est aussi parce qu'il y a... Le gros niveau de
logements saccagés fait en sorte que les logements saccagés ne sont pas sur le
marché, et souvent les propriétaires n'ont pas les moyens de les réparer
rapidement. C'est un... Un dépôt de garantie est un ajout financier
supplémentaire. Et la plupart des pays, la France, les autres provinces, ont, en
certaines... dans certaines circonstances, ce dépôt-là. Il faudrait, dans ces
circonstances-là, que le Parlement se penche sur cette possibilité-là pour
qu'on puisse améliorer, disons... surtout, par exemple, pour les bungalows, qui
est une des choses les plus difficiles à louer en ce moment. Ça fait qu'à
travers les exemples des autres pays on devrait pouvoir trouver une solution
pour permettre aux propriétaires d'immeuble à revenus de disposer, dans
certaines circonstances, d'un dépôt de garantie.
Et voilà, donc, pour moi. Je vais
transférer la parole à M. Alain Dion pour la fin de notre petit exposé. Merci
beaucoup...
M. Dion (Alain) : Bonjour, M.
le Président, Mme la ministre, MM., Mmes les députés. Moi, je suis propriétaire
immobilier. Et, la commission, il y a une chose qu'elle n'aborde pas, c'est la
rentabilité et les pourcentages de rentabilité quand on fait des travaux
majeurs. Présentement, dans les cinq dernières années, les taux ont été
ridiculement bas. Je vais vous donner un exemple. J'ai mis une toiture, sur un
12 logements, qui m'a coûté 50 000 $. Ça va prendre 50 ans
pour récupérer ma dépense, puis la dernière toiture a duré 15 ans. Ça fait
que c'est... Il n'y a aucun encouragement à faire des travaux. Je trouve ça un
peu... pas raisonnable.
Puis aussi ce que je dénonce, c'est qu'on
ne peut même pas... si on fait des travaux vraiment majeurs, on ne peut même
pas s'entendre avec le locataire pour le répartir sur trois ans. Moi, quand
j'ai un bon locataire, là, je veux qu'il reste. Si je fais des travaux majeurs,
je veux pouvoir m'entendre puis l'étaler. Je pense que ça fait des années qu'on
parle de la rentabilité sur les investissements. Il faut qu'il y ait un
encouragement. Notre parc immobilier se dégrade, et il faut que ce soit
corrigé.
M. Messier (Martin
A.) : Parfait. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui. Il vous reste 30 secondes.
M. Messier (Martin A.) :Donc, ça met terme, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Ça... OK. Ça met fin. Alors, nous allons maintenant passer aux périodes
d'échange. Alors, on commence avec... du côté ministériel avec Mme la ministre.
Vous avez un 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Merci. Bien,
écoutez, merci de prendre le temps de nous rencontrer. Vous avez des positions
bien énoncées dans votre document, là, et je vais vous poser quelques
questions. Je vais commencer par la fin, concernant le lissage, si on veut, des
dépenses, là, dans un contexte où il y a des travaux qui sont... qui sont
faits. Vous dites : Bien, on n'a même pas la possibilité d'étaler ça sur
un certain nombre d'années, parce que, si on ne fait pas notre <augmentation
l'année...
Mme Duranceau :
...vous
dites : Bien, on n'a même pas la possibilité d'étaler ça sur un certain
nombre d'années, parce que, si on ne fait pas notre >augmentation
l'année 1, bien, dans le fond, après ça, la méthode de calcul de fixation
de loyer ne nous permet pas de nous rattraper ou d'ajuster l'année suivante. Bien,
vous n'êtes pas au fait de situations où, finalement, il y a eu une entente entre
le propriétaire puis le locataire, et il y a un loyer qui est fixé à un montant
x, mais on accorde un rabais pour tenir compte du fait qu'on ne veut pas,
l'année 1, imposer toute la hausse, compte tenu des travaux qui ont été
faits? Ce n'est pas une alternative, là, de le faire de cette façon-là?
M. Messier (Martin A.) :Ce n'est pas une alternative, malheureusement, Mme la
ministre, parce que la loi va prévoir, si j'accorde des rabais, que, dans la
méthode de calcul, on va tenir compte des 12 derniers mois réellement
payés par le locataire. Donc, on vient, finalement, faire la moyenne des 12 derniers
mois. Donc, actuellement, pour un propriétaire... Et je trouve ça heureux, moi,
que des propriétaires viennent nous dire ça. Souvent, on parle des
propriétaires, là, qui veulent toujours tout avoir tout de suite. Moi, j'ai
souvent des propriétaires, comme M. Dion, qui me disent : Bien là, moi, je
voudrais... oui, j'ai une hausse de taxes ou d'assurance, mais je ne veux pas
perdre mes locataires, je suis prêt à absorber une partie, mais je ne veux pas
la perdre pour tout le temps, est-ce que je peux convenir d'un étalement d'un
an, deux ans, trois ans? Puis la réponse, malheureusement, c'est non. Si on
procédait avec un système de rabais, bien, le locataire pourrait ensuite
demander le rabattement du coût de son loyer. C'est l'objet de la méthode
actuelle, ce qu'on demande, d'ailleurs, de changer, Mme la ministre. Ça permet
de voir qu'un propriétaire et un locataire devraient pouvoir s'entendre.
Encore... encore, ce matin, en fait, il y
a un propriétaire qui nous a expliqué avoir négocié un bail avec un locataire.
Il a rempli la clause G, il s'est entendu sur un prix de loyer, puis, quelques
heures plus tard, le locataire était au tribunal pour faire réduire le loyer à
la baisse, ce qui est permis actuellement par la loi. Alors, c'est assez
spécial, ça, de dire, propriétaire et locataire, on s'entend sur un prix...
Oui, le loyer était payé, je ne sais pas, exemple, 800 $, puis maintenant
on s'entend sur 900 $, je signe avec le locataire, on est tous les deux
consentants, et lui, dans les heures qui suivent, il s'en va au tribunal puis
il fait ramener ce loyer-là au loyer le plus bas. On pense, Mme la ministre,
que ce type de situation là, d'abord, ça nuit aux relations
propriétaire-locataire, c'est une mauvaise façon, avouons-le, de décoller... de
décoller la relation, mais également que la place au libre marché, quand le
logement est libre, c'est ce qui vient insuffler une certaine vigueur au
marché, ce qui permet de combler à d'autres lacunes qu'on a en termes de taux
de rendement puis de permettre de garder notre parc immobilier en santé.
Mme Duranceau : Vous trouvez
que le marché n'est pas assez rigoureux en ce moment.
M. Messier (Martin A.) :Bien, le marché est très rigoureux. Le contrôle des loyers
est absolument atroce pour les propriétaires, là. Puis, quand on... On en
discutait ce matin, en fait. La méthode donne des rendements qui sont très
longs puis elle ne tient pas compte du fait qu'actuellement je vais devoir
payer des intérêts pour ça. Donc, on... Quand on parlait tantôt d'un taux de
rendement, là, qui varie de, mettons, disons, 26 ans, pour l'année
dernière, à plus de 50 ans, qu'on a déjà vu, bien, ça, c'est un peu comme
si on disait : Il faut prendre l'argent qu'on a, si on a l'argent dans un
tiroir, dans la... dans la cuisine, parce que, sinon, ça ne tient pas compte du
fait qu'il faut que je paie des intérêts pour emprunter cet argent-là ou que je
n'en ai pas parce que je dois réinvestir. Donc, ce rendement-là est vraiment à
revoir.
Mme Duranceau : Bien, ça, je
vous l'accorde, là, qu'il y a une hausse des coûts pour tout le monde puis que
les taux d'intérêt pour... dans un contexte où tu es propriétaire puis que tu
finances, effectivement, ça a un impact sur le rendement, là.
Je vais vous amener sur le dépôt de
garantie. Il n'y a rien, actuellement, dans le projet de loi, qui est prévu
là-dessus. Je suis bien consciente qu'ailleurs, dans d'autres pays ou même dans
les autres provinces canadiennes, c'est... c'est monnaie courante, là, d'avoir
un dépôt de garantie. Comment vous géreriez ça? Puis moi, je vous le dis, j'ai
une préoccupation, là. Il y a des gens qui n'arrivent pas à payer leur loyer,
ça fait que de leur demander un dépôt de garantie, à prime abord, ça me semble
difficile à réaliser. Mais donc comment vous voyez ça, justement, pour des
locataires à faibles revenus?
• (15 h 20) •
M. Messier (Martin A.) :Bien, j'avoue que ce n'est pas simple, comme... comme enjeu.
Par contre, c'est important, c'est important de voir que, là, présentement, il
n'y a, à toutes fins pratiques, pas d'enjeu pour les locataires qui quittent en
laissant le logement en mauvais état. Et c'est le but du dépôt de garantie. C'est
de s'assurer que le logement est en bon état, puis que le prochain locataire va
bénéficier d'un logement en bon état. Donc, on pense, par exemple, à une
implémentation graduelle, là, commencer... au lieu de demander un mois de
loyer, y aller avec un montant minimal qui s'accumule au fil... au fil des
mois, au fil des années pour venir constituer un montant. Bien, il ne faut
pas... je dirais, il ne faut pas s'arrêter, de façon absolue, au fait que,
parce qu'on n'en a pas, on ne peut pas en avoir. Tu sais, ce... ces
mécanismes-là, ils ont débuté partout, dans tous les autres pays. Et, bon, en
permettant, justement, un étalement des délais, des façons de <combler...
M. Messier (Martin A.) :
...tu sais, ce... ces mécanismes-là, ils ont débuté
partout, dans tous les autres pays. Et, bon, en permettant, justement, un
étalement des délais, des façons de >combler, on réussit à y arriver.
Je pense que l'objectif, c'est de
permettre qu'on ait un parc immobilier en meilleur état, avec des gens qui sont
conscientisés, qui ont, je dirais, un intérêt direct, là, à respecter les
obligations, dont celle de laisser le logement dans l'état où ils l'ont reçu.
Et, pour nous, c'est important. Donc, il faut... il faut, à un moment donné, se
dire : Ce n'est pas parce qu'on ne l'a pas qu'il faut se dire... que, parce
que c'est difficile à mettre en place, on ne le mettra jamais.
Mme Duranceau : Non. Vous
avez raison. On peut... on peut réfléchir, effectivement. Ce n'est pas parce
que ce n'est pas là que ça n'a pas de besoin d'être là. Mais on a un contexte
qui est difficile, en ce moment, pour ça, je vous dirais. Mais je vous entends
bien.
Au niveau de la section 3 de votre
mémoire, reprises de logement et éviction, la discussion qui est faite là
réfère à des reprises où on devrait compenser les gens, là. Puis vous donnez
l'exemple d'une jeune famille qui veut reprendre son logement pour se loger
elle-même puis que, là, elle devrait payer une compensation. Les mesures qui
sont proposées, ça vise seulement les évictions dans un contexte où tu veux
agrandir, subdiviser ou changer l'usage, ça fait que... des projets, à la
limite, commerciaux, là, et non un cas de reprise pour soi-même. Je voulais
juste préciser ça, là.
M. Messier (Martin A.) :Oui, bien, je vous remercie de la précision. Il faudrait...
Parce que, dans certains cas, la reprise est à double effet, là. Donc, on
reprend possession, parfois, d'un ou deux logements pour en faire un plus grand,
pour obtenir le nombre de chambres voulu pour loger notre famille. Donc, il
faudrait peut-être s'assurer que la distinction soit faite puis, dès lors que
c'est la reprise, bien, qu'à ce moment-là, même s'il y a un agrandissement qui
est... qui est sous-jacent à cette reprise... qu'il n'y ait pas d'impact, là,
pour... pour les familles qui agissent ainsi.
Mme Duranceau : OK. Je vais
passer la parole à ma collègue de Labelle.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
OK. Alors, députée de Labelle, allez-y.
Mme Jeannotte : Merci, M. le
Président. Bonjour. Oui, vous avez raison, hein, c'est un équilibre délicat
entre les locataires et les propriétaires. C'est ce qu'on... ce que la ministre
recherche, bien sûr. Vous nous amenez des bonnes pistes intéressantes pour
améliorer les méthodes. J'aimerais revenir... Vous dites : Les méthodes de
calcul lorsqu'on fait des rénovations... Est-ce que vous pourriez être un petit
peu plus concrets? Qu'est-ce que vous proposeriez que le TAL change, là,
dans... lorsqu'il fait sa méthode de calcul pour des rénovations?
M. Messier (Martin A.) :Bien, en fait, je dirais qu'un des irritants... il y en a
plusieurs, à plusieurs niveaux, mais l'irritant majeur, c'est vraiment sur les
travaux majeurs. Donc, quand on veut, justement, donner de l'amour à notre
immeuble, lui permettre de retrouver son sourire et d'avoir, donc, des
investissements, fenêtres, toit, maçonnerie, ça coûte très cher. Et là on a des
rendements qui sont basés sur une méthode qui est désuète, qui nous donne des
taux de rendement, là, de 26 ans d'amortissement, de plus de 50 ans
d'amortissement, sans tenir compte qu'aujourd'hui la plupart des propriétaires
qui vont se financer vont devoir payer du 7 % ou 8 % pour aller...
pour aller chercher l'argent requis pour faire ces transformations-là. Donc,
c'est ce qu'on demande d'être révisé, d'avoir un taux d'amortissement entre 10,
12 ans, 15 ans, ce qui est la durée de vie du toit de M. Dion de tout
à l'heure, et qu'on... qu'on arrive à quelque chose de raisonnable, que je
sache que, si j'ai investi dans mon immeuble, je vais pouvoir retrouver cet
investissement-là.
Puis aussi, à un moment donné, il faut que
je puisse me financer, hein? Si je vais voir une institution financière, puis
je lui fais part de mon immeuble avec ses revenus, puis je dis : Bien,
j'aurais besoin de plusieurs centaines de milliers de dollars, bien, il faut
que ça génère un revenu supplémentaire, hein? Sinon, je ne suis pas en mesure
d'aller chercher mon financement, sauf par d'autres sources d'actifs, sources
de revenus que j'ai.
Donc, c'est important pour le marché, c'est
important pour les propriétaires, puis, ultimement, je suis fondamentalement
convaincu que c'est important pour les locataires. Il faut qu'on puisse avoir
ça pour avoir un parc en bon état puis inciter nos propriétaires à investir
dans les immeubles.
Mme Jeannotte : Puis vous
savez à quel point c'est chaud, quand même, politiquement, ne serait-ce que de
parler de cession de bail. Ça fait que, de parler de dépôt de garantie, vous
comprendrez que c'est... Ça ne veut pas dire que ce n'est pas... On reçoit bien,
là, votre recommandation, mais vous comprenez à quel point ça peut être
difficile. Donc, entre les deux, entre le dépôt de garantie puis améliorer la
méthode du calcul des rénovations, laquelle vous choisiriez?
M. Messier (Martin A.) :C'est un choix pas facile, mais certainement que le fait de
pouvoir avoir un rendement sur les investissements qui est plus important, de
s'assurer qu'on soit en mesure de redonner au parc immobilier des années qu'il
a perdues à attendre cette réforme-là... je pense que M. Dion pourra me
corriger s'il n'est pas d'accord, mais, je pense, ce serait, pour plusieurs, la
priorité.
Mme Jeannotte : Dernière <question...
M. Messier (Martin A.) :
...je pense que M. Dion pourra me corriger s'il
n'est pas d'accord, mais, je pense, ce serait, pour plusieurs, la priorité.
Mme Jeannotte :
Dernière
>question, si je peux encore. Dans le fond, le TAL, vous suggérez
énormément de... On a la chance d'avoir un expert ici, derrière. Le Tribunal
administratif du logement, vous suggérez plusieurs choses. J'aimerais vous
réentendre là-dessus, là. Vous suggérez d'engager plus de juges administratifs.
Vous... vous parlez d'un principe basé sur les petites créances. Alors, allez-y.
On est là pour vous entendre.
M. Messier (Martin A.) :Bien, certainement. Donc, au niveau du Tribunal
administratif du logement, on a quelques enjeux qui nous sont soulevés.
D'abord, évidemment, les conflits sont souvent plus longs ou plus compliqués,
particulièrement quand il y a un phénomène de rareté de logements, là. Les
gens, évidemment, n'ont pas le désir de quitter, par le biais d'une entente,
plus rapidement. Bien, ça prend des ressources. Ça prend de plus en plus de ressources
pour qu'on soit entendus rapidement.
Tu sais, quand on a un problème dans un
immeuble à logements, l'enjeu, c'est que j'ai un locataire qui ne s'entend pas
avec un autre locataire, donc, c'est... c'est un enjeu important, ou un qui ne
s'entend pas avec plusieurs, puis là c'est tout le monde qui se voit empêché de
vivre, finalement, dans l'immeuble en attendant que le tribunal puisse
intervenir. Donc, d'être capable d'avoir des ressources... des ressources
supplémentaires, je pense que c'est... c'est une bonne idée.
Il y a certaines mesures, selon nous, qui
seraient plus faciles. On en a déjà avancé certaines dans le passé, notamment
en cas de non-paiement de loyer. Si le locataire ne se manifeste pas, parce
qu'il y a plusieurs cas où, ces causes-là, les locataires ne se présentent pas
parce qu'ils n'ont tout simplement pas payé leur loyer, ça fait qu'il n'y a pas...
pas grand-chose à dire, donc, qu'on puisse procéder par défaut en soumettant le
bail, l'état de compte, et qu'on puisse, tout simplement, recevoir la décision,
là, sans être obligé de se déplacer au tribunal pour faire valoir cette
situation-là.
On a des enjeux en termes de
compréhension. Puis je vois toute la correspondance que le tribunal fait
parvenir quand on dépose une demande. Il y a un délai de 45 jours maintenant.
Donc, la loi a été modifiée. Il faut déposer la preuve de notification. Ça fait
que, finalement, la preuve que j'ai envoyé le document à l'autre partie, au
locataire ou au propriétaire, il faut que je dépose ça au tribunal. Il y en a
plusieurs qui... Malgré que c'est écrit, on dit que c'est écrit noir sur blanc,
bien, ce n'est pas tout le monde qui est en mesure de bien saisir les écrits,
et on voit qu'il y a un enjeu avec ça. Il y a des propriétaires et des
locataires, on le voit des deux côtés, là, qui perdent des droits en raison de
ça. Donc, je pense que le... un mécanisme qui permettrait un rappel aux gens
avant la fermeture du dossier, donc, que les propriétaires ou locataires
puissent recevoir un rappel : Attention, vous n'avez pas produit votre
avis, si on ne le reçoit pas, on va fermer votre dossier... qu'il y ait un
mécanisme comme ça qui puisse être établi.
Mme Jeannotte : Merci. Est-ce
qu'on a... est-ce qu'on...
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui, il y a du temps, trois minutes.
Mme Jeannotte : Tu veux-tu
reprendre ou... Non? Est-ce qu'on pourrait entendre l'expert là-dessus, si
c'est quelque chose qui pourrait se faire, ou si c'est prématuré? Je ne sais
pas. Est-ce que M. Simard pourrait intervenir, si le président l'accepte?
Est-ce que c'est une suggestion qui pourrait être facilement mise en œuvre?
Le Président (M. Schneeberger) : Bien,
moi, avec le... Si tout le monde... consentement, il n'y a pas de problème pour
prendre la parole.
Mme Duranceau : ...
Mme Jeannotte : Bien, la
dernière suggestion de monsieur.
M. Messier (Martin A.) :D'avoir un rappel avant la fermeture d'un dossier pour
permettre aux justiciables de corriger la situation.
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Oui. Alors, s'il y a une personne en arrière qui veut intervenir, moi, il n'y a
pas de problème, mais avec le consentement des députés ici. Alors, s'il y a
consentement, juste... la personne peut intervenir avec... en nommant son nom
et son titre, et puis après ça il est libre.
M. Simard (Patrick) : Bien,
merci, M. le Président. Je suis Patrick Simard, le président du Tribunal
administratif du logement.
Alors, à l'égard de cette proposition-là,
le législateur a déjà, dans le cadre du projet de loi n° 16
de la première législature, statué sur le délai. Alors, si c'est un élément qui
peut être porté à la connaissance des députés pour la commission, M. le
Président, on sera là pour participer aux réflexions.
Le Président (M. Schneeberger) : Mme
la députée de Labelle.
Mme Jeannotte : Ça semble
déjà là. Donc, non, je... C'est bon pour moi. Je n'ai pas d'autre question.
• (15 h 30) •
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Mme la ministre.
Mme Duranceau : Oui. Alors, peut-être,
avec le temps qu'il nous reste, il y a plusieurs groupes, là, qui ont... qui nous
ont présenté leurs mémoires, là, au cours des deux derniers jours, et, à
répétition, on me parle de registre de loyers. Alors, tout le monde a le droit
d'être entendu sur le sujet, ça fait que j'aimerais avoir votre avis, puis en
quoi... en quoi ça... c'est bon ou ce n'est pas bon pour l'écosystème.
M. Messier (Martin A.) :Pour nous, non seulement ce n'est pas bon, mais évidemment,
comme on demande l'abolition de la clause G, donc, on demande de cesser de
protéger le logement qui est libre, bien, le registre du loyer, évidemment, on
ne peut pas être en accord avec ça.
Mais prenons pour acquis que la clause G
est maintenue. De toute façon, les... Je pense que les coûts impliqués pour un
registre de loyers, c'est... c'est des revenus qu'on pourrait investir <ailleurs...
>
15 h 30 (version révisée)
< M. Messier (Martin
A.) :
...prenons pour acquis que la
clause G est maintenue. De toute façon, les... Je pense que les coûts impliqués
pour un registre de loyers, c'est... c'est des revenus qu'on pourrait investir >ailleurs
pour aider nos locataires plus démunis. Je pense que ce n'est pas la bonne
méthode.
Puis, fondamentalement, le fait qu'un
loyer doive être figé dans la glace ou dans le ciment, si on veut revenir à l'immobilier,
bien, ce n'est pas une bonne idée. Il faut permettre au marché d'évoluer. C'est
comme ça qu'on va avoir des immeubles en santé, qu'on va avoir... Puis on dit
qu'on n'a pas assez de logements qui se construisent. Bien, une des bonnes
façons d'intéresser les gens qui investissent en immobilier, c'est de leur
montrer qu'il y a un espoir, que c'est un marché qui est en vie...
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
M. Messier (Martin A.) :...que, oui, il y a un mécanisme de protection pour des
locataires qui sont en place, mais, quand le logement est libre, qu'on puisse
fixer le loyer au prix du marché.
Mme Duranceau : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup, du côté ministériel. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle. Et c'est la députée de Mille-Îles? Oui, c'est ça. OK. Vous êtes
deux, alors je le demande. Alors, députée de Mille-Îles, pour un 10 min 24 s.
Mme Dufour : Excellent.
Merci, M. le Président. Merci, MM. Messier, Dion, Reed et Mme Fabre,
pour votre présence aujourd'hui. J'aimerais... On va continuer sur le dépôt de
garantie. C'est quand même une proposition, là... Vous êtes les premiers à
proposer ça, un dépôt de garantie progressiste... progressif, pardon. Et là il
y a... Dans votre mémoire, il y a un élément qui m'a surprise un peu, mais
en... je vais quand même le mentionner, là, pour les... ceux qui nous écoutent,
là, que vous proposez qu'il soit payé au gouvernement et non pas que ce soit le
propriétaire qui garde ce dépôt de garantie là progressif. Vous proposez qu'il soit
payé par le gouvernement dans le cas où on parle de plus démunis. Et là vous
mentionniez que c'est offert par des assurances privées. Et c'est ça que j'aimerais
comprendre un peu plus, parce que, pour, moi c'est... Je ne saisis pas, là, la
nuance.
M. Messier (Martin A.) :Tout à fait. Bien, je vous explique. Ce que vous avez, ce n'est
pas une proposition globale. Ce sont différents points de réflexion sur ce qui
peut être fait. Donc, ce n'est pas... ce n'est pas un ensemble.
Donc, dans les pistes étudiées pour
assouplir la mise en place d'un dépôt de garantie... On se rend bien compte qu'on
part de zéro, là. Il faut... il faut permettre de bouger. Et, dans ce contexte-là,
il y a plusieurs avenues qui nous semblent être pertinentes à étudier. Une de
ces avenues-là, c'est le dépôt... progressif — moi aussi, je suis
parti sur le «progressiste» — et donc dépôt graduel, et qu'on ait
également la possibilité, là, de voir ce que le marché des assurances peut
offrir. C'est le cas dans certains pays, où les assureurs vont venir soutenir
le dépôt de garantie. Dans certains États, certains pays, c'est le gouvernement
qui, pour les plus démunis, va, je dirais, assumer en tout ou en partie le
dépôt. Et on a également des provinces où le dépôt est géré par le
gouvernement. Donc, les sommes sont versées dans un compte en fidéicommis dont
les intérêts servent à payer la gestion de toute cette administration-là liée
au dépôt.
Donc, c'est un peu le résumé, là, de
différentes pistes de réflexion, plutôt qu'une proposition globale. Je suis
tout à fait en accord avec vous, là, que, si on essaie de mettre ça bout à
bout, là, ça s'aligne mal, oui.
Mme Dufour : Oui. Je voudrais
peut-être vous entendre sur les animaux. Il y a eu des collègues, autour de la
table, qui ont proposé... d'un autre groupe d'opposition, qui ont proposé que
ce soit interdit de les interdire, finalement. D'un autre côté, on voit qu'il y
a, des fois, des enjeux. Vous parlez, dans votre mémoire, là, de saccage. Puis
on a vu des exemples dans les médias. Ce n'est pas toujours avec des animaux. Mais
est-ce que le dépôt de garantie peut être une... peut rassurer certains
propriétaires d'accepter des animaux, disons, plus... des animaux qui ont l'air
un peu plus, disons...
Une voix : ...
Mme Dufour : ...massifs, oui,
c'est ça...
M. Messier (Martin A.) :Bien, en fait, je vous dirais... Je vous remercie de la
question. Je veux d'abord préciser qu'on adore les animaux. Moi, je suis un
amoureux des animaux. Je m'ennuie de mon petit Max, qui nous a quittés. Et il
faut être conscient que l'animal, en soi, est rarement, sinon jamais, la source
du problème. C'est vraiment la personne qui devrait s'en occuper adéquatement.
J'ai en tête un cas où les locataires sont partis en laissant plusieurs chiens
dans le logement pendant plusieurs jours. Ça ne va pas bien. Et ce n'est pas
intéressant ni pour le chien, ni pour le logement, ni pour les autres voisins
autour. Donc, c'est cette... Puis je veux faire la différence, parce que je ne
veux pas lancer le message, là, qu'on a quelque chose contre les animaux. C'est
vraiment, malheureusement, des gens qui devraient en prendre soin, qui n'en
prennent pas soin, et ça cause des dommages.
Quand je parle de catastrophe au logement,
là, j'ai vu des situations où... Bien, on va utiliser les vrais <mots...
M. Messier (Martin
A.) :
...quand je parle de
catastrophe au logement, là, j'ai vu des situations où... Bien, on va utiliser
les vrais >mots, là. De l'urine animale sur un plancher, là, c'est... c'est
le plancher, c'est les madriers sous le plancher, c'est une odeur, là, qui ne
part pas. Ça ne se lave pas. C'est des travaux de milliers ou plusieurs
dizaines de milliers de dollars. Et ça a l'air inoffensif, là, un très joli
petit toutou, mais, si on ne s'en occupe pas, là, ça peut être catastrophique.
Donc, d'interdire d'interdire les animaux, bien, ce n'est pas une bonne idée,
pour plusieurs raisons. Celle-là en est une.
Également, il y a plusieurs locataires qui
vont nous le demander. Eux, ils ont été troublés, dans le passé, par des
animaux qui étaient, encore une fois, laissés à eux-mêmes, qui aboyaient. On a
des gens qui sont nerveux en présence des animaux, les allergies, les
croisements, là, dans les espaces communs, dans les corridors. Donc, il y a
plusieurs raisons, là, qui militent pour ne pas aller dans ce sens-là.
Et le dépôt de garantie vise à rassurer,
vous avez bien raison. On a fait un sondage qui démontrait que... puis là je
n'ai pas les chiffres devant moi, mais, de façon sensible, là, ça augmentait le
nombre de propriétaires qui seraient prêts à accepter des animaux, parce que ça
viendrait démontrer que cette personne-là a dit : OK, moi, je vais prendre
un risque, moi, je donne l'exemple. Je pense qu'on me donne le chiffre, ici, là.
On monterait à la moitié des propriétaires, 50 %, là, qui accepteraient
les animaux. Et moi, je donne souvent l'exemple de quand j'allais à l'hôtel
avec mon petit toutou. On me demandait un dépôt de 250 $ pour la chambre,
que je payais parce que je comprenais. Donc, ça fait partie de ça.
Mme Dufour : Tout à fait.
Juste brièvement, parce que le temps passe vite, quand il y a des dommages
comme ça qui sont laissés par un locataire, pour le propriétaire, comment
est-ce qu'il arrive à récupérer l'argent s'il ne retrouve plus le locataire ou
qu'il est insolvable? Est-ce qu'il peut le remettre dans le loyer, entre
guillemets, du prochain, dans les règles actuelles?
M. Messier (Martin
A.) : Non, non.
Mme Dufour : Il doit
l'absorber lui-même.
M. Messier (Martin A.) :Non. Comment ça fonctionne, c'est des travaux majeurs au
logement. Je ne peux pas les récupérer, parce que malheureusement... Bien, je
pourrais. Techniquement, je peux. Je peux obtenir une décision du Tribunal
administratif du logement. Si j'en fais la demande, je présente la preuve
adéquate, je vais obtenir une décision. Maintenant, cette décision-là, il faut
que je l'exécute, et là il faut que je puisse trouver de l'argent quelque part.
Quand ce n'est pas... (panne de son) ...qui néglige ses obligations et qui....
je perds le tout. Et, si je fais des dépenses dans mon logement, bien, je me
retrouve aux prises avec la méthode qu'on parlait précédemment, où, là, j'ai un
taux d'amortissement qui varie, là, mais qui va jusqu'à 50 ans dans les
dernières années.
Mme Dufour : OK. Je vais vous
poser juste une petite question de compréhension, là. Dans votre mémoire... J'essaie
de trouver, mais, à une place, vous parlez de la méthode de fixation de loyer
puis vous dites : Des taux négatifs ne doivent pas être pris en compte.
C'est quoi, ça, des taux négatifs? C'est en page 9.
M. Messier (Martin A.) :Bien, en fait, ce qu'on voit dans la méthode... Finalement,
si on visualise la méthode, c'est un peu comme un tableau Excel. Puis, quand on
fait les calculs, on va venir enlever des montants, ajouter des montants. Par
exemple, si je fais des travaux majeurs dans une année où j'ai une baisse du
coût de l'énergie, bien, je vais venir diminuer le montant de rendement que
j'aurais sur mes travaux majeurs, parce que, cette année-là, les coûts
d'énergie ont diminué, car mes travaux majeurs doivent s'appliquer pour
toujours. Donc, c'est ce qu'on parle dans ce type de calcul là. Donc,
finalement, les éléments négatifs vont venir annuler les augmentations
positives que j'aurais eues pour les travaux majeurs.
Mme Dufour : Parfait. Merci.
Je vais maintenant passer la parole à ma collègue députée de La Pinière.
• (15 h 40) •
Mme Caron : Merci. Alors,
j'aurais une question à propos de la clause F. Vous avez mentionné que vous
étiez contre des changements à la clause F pour les baux en vigueur et
peut-être pour les nouveaux. Alors, dans un premier... Je vais vous demander
avec quoi vous seriez à l'aise pour les nouveaux baux.
Et je vais, avant ça, vous amener une
situation où j'ai rencontré plusieurs personnes, cet été, qui vivent... un
couple qui vit dans une plus petite résidence pour personnes retraitées, qui
ont cette clause-là qui s'applique et me disaient : Bien, ce n'est pas
pour finir l'édifice ou pour apporter des améliorations, c'est pour financer la
construction d'autres édifices par le même propriétaire.
Et, dans un autre cas, une grande
résidence toute construite où les gens savaient qu'il y aurait des
augmentations mais ne savaient pas... Ils ne peuvent pas avoir de
prévisibilité, eux non plus, sur la hauteur des augmentations de loyer. Ils me
disaient... Une dame dit : Moi, ça fait deux ans que je vis ici, puis, si,
l'an prochain, c'est la même augmentation, je suis obligée de partir.
Alors, quel est... Qu'est-ce qui est bon
pour le propriétaire, dans ce cas-là, étant donné que... Si les gens se mettent
à partir parce qu'ils ne peuvent plus payer le loyer, là, ça ne vous <aide...
Mme Caron :
...là, étant
donné que... Si les gens se mettent à partir parce qu'ils ne peuvent plus payer
le loyer, ça ne vous >aide pas non plus.
M. Messier (Martin A.) :Effectivement. Puis je pense que vous faites une excellente
démonstration de ce mécanisme d'offre et demande qui doit avoir lieu. Un
propriétaire qui augmente trop ses loyers, bien, va se retrouver avec un
logement qui est vide. Donc, c'est un mécanisme qui fonctionne partout, y
compris dans le logement locatif. Et donc ce qu'on souhaite, c'est permettre
aux propriétaires qui sont sur la planche à dessin en ce moment, là, ou qui ont...
qui sont en train de construire des... (panne de son) ...qui sont déjà construits,
là...
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
On a... Monsieur...
M. Messier (Martin A.) :...c'est autre chose, là, mais... (panne de son) ...déjà en
vigueur, mais... (panne de son) ...permettre à ces gens-là de savoir à l'avance
que leurs logements...
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Il y a des interruptions. Je ne sais pas...
M. Messier (Martin A.) :Ça coupe. Je ne sais pas si...
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
ça coupe, ça fait qu'on n'a pas compris la dernière réponse.
M. Reed (Jean-Olivier) : ...peut-être
poursuivre, là. Vu que ça coupe, je pourrais peut-être terminer, Martin. Bien,
écoutez, il y a aussi le fait que... Si vous lisez l'amendement, on parle de «si
elles sont prévues dans le bail[...], que si le bail indique le loyer [maximum]
que le locateur pourra imposer». Ça, ça veut dire que... Premièrement, c'est
que les baux vont devoir être modifiés. Et les baux actuels ne prévoiront pas
cette clause-là. Donc, il va y avoir un problème d'information. Il va y avoir
aussi un problème d'ajustement. Donc, il y a quelque chose qui ne fonctionnera
pas avec les anciens baux et... Parce qu'on voit clairement, là, dans la
modification, que les baux actuels, le format papier, devront être modifiés, et
les formats papier qui sont déjà signés ne seront pas modifiés, visiblement.
Donc, à ce niveau-là, on voit
difficilement comment on va pouvoir imposer au propriétaire d'ajouter au bail
déjà signé. Parce qu'il va falloir, selon ce qui est écrit là, le faire, Donc,
ce n'est pas évident de pouvoir gérer cette situation-là et c'est pour ça qu'on
demande que... (panne de son) ...pour le futur. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition. Et,
M. le député de Laurier-Dorion, vous avez un 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Bonjour, messieurs dame. Concernant la cession de bail, là, est-ce
que vous avez des données, d'une part, concernant... parmi vos membres, je ne
sais pas, des données concernant le nombre de cessions de bail auxquelles vous
assistez et, d'autre part, le nombre qui ont été monnayées, qui ont été
marchandisées, si je peux m'exprimer ainsi?
M. Messier (Martin A.) :Bien, en fait, évidemment, les locataires font ça de façon
clandestine, là. Ils ne vont pas nous dire qu'ils ont monnayé. On l'entend à
travers... à travers les branches ou après, quand le nouveau locataire est en
place. Parfois, il va nous le dire. Donc, il n'y a pas de chiffre, mais on voit
que c'est un phénomène grandissant. Le phénomène de rareté des logements
contribue à ça.
Et les cessions de baux, on en reçoit très
régulièrement, donc les propriétaires... Je dirais que c'est une façon de
faire, là, qui a été annoncée par plusieurs groupes, associations de
locataires. Il y a des groupes, là, de plusieurs... de dizaines de milliers de
personnes sur les réseaux sociaux, là, qui qui surveillent les cessions de baux.
Donc, c'est un phénomène qui est en croissance.
M. Fontecilla : On sait qu'à
l'origine, la cession de bail, là, les représentants des propriétaires étaient
d'accord avec... C'était dans un contexte immobilier complètement différent,
avec un taux de disponibilité des logements beaucoup plus grand, mais, à ce
moment-là, les propriétaires étaient d'accord pour que les locataires puissent
céder leur bail pour pouvoir avoir des loyers. Est-ce qu'on ne pourrait pas
considérer que les propriétaires changent un peu le discours selon la
conjoncture économique? Quand le taux de vacance augmente, on a une position
puis, quand ça descend, on en a une autre.
M. Messier (Martin A.) :Non. Je pense que... je pense que, de tous les côtés,
l'abus qui résulte de la cession de bail, pour être bien franc, puis je n'ai
pas fait partie de ces débats-là à l'époque, là, mais ce que j'en sais, c'est
que ça n'a pas été... On ne l'a pas vue venir, en bon français, donc, cette
possibilité d'abus, cette imposition d'un locataire peu souhaitable dans un
immeuble, qui vient, en quelque sorte, rompre la quiétude et la jouissance
paisible des autres locataires. C'est une situation qui n'aurait jamais dû
avoir lieu, puis je pense que c'est un redressement, là, qui est très positif.
M. Fontecilla : Très bien. On
vous a entendus dire que le contrôle des loyers, le contrôle qui existe en ce
moment est absolument atroce, là. J'aimerais vous entendre dans un contexte où
d'autres <intervenants...
M. Fontecilla :
...existe
en ce moment est absolument atroce, là. J'aimerais vous entendre dans un
contexte où d'autres >intervenants, là, dans le monde du logement nous
disent que les profits en immobilier atteignent des sommets stratosphériques,
là. Par exemple, les loyers moyens ont augmenté de 75 % entre 2002 et
2021, alors que, durant la même période, l'inflation liée à l'indice des prix à
la consommation est à 43,1 %. Donc, il y a... On constate les données. Si
on croit ces données-là, il y a un enrichissement net des propriétaires au
cours des 20 dernières années, mais ce n'est pas le discours qu'on entend de
votre part. On dirait que c'est une mauvaise business, l'immobilier, en ce
moment.
M. Messier (Martin A.) :Ce n'est pas une mauvaise business, mais, quand on est
propriétaire opérateur... C'est sûr que, si j'achète un immeuble, que je le
revends, il y a une situation différente, mais, pour un propriétaire opérateur,
là, qui voit son bien à long terme, qui a ses locataires à long terme, qui veut
bien entretenir son immeuble, lui, il doit fonctionner comme tout le monde,
comme toute entreprise, avec un revenu brut, des dépenses, un revenu net puis
des taux d'intérêt, des facteurs de financement. Et, pour ça, quand on dit à un
propriétaire qu'il doit présenter au Tribunal administratif du logement...
Le Président (M. Schneeberger) : Rapidement.
On n'a plus de temps.
M. Messier (Martin A.) :On n'a plus de quoi?
Le Président (M. Schneeberger) : Rapidement,
parce que le temps est écoulé, ça fait que... Je veux juste vous laisser
répondre.
M. Messier (Martin A.) :Ah! OK. Parfait. Je conclus en disant qu'un propriétaire
qui, lui, veut bien entretenir son immeuble, c'est cauchemardesque quand on lui
dit qu'il y a 50 ans, comme M. Dion, avant de récupérer un investissement
sur un toit. Ça ne marche pas.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons du côté du député des Îles-de-la-Madeleine pour un
2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Écoutez, merci de votre présentation. Je m'attendais à un point de
vue assez campé, mais la radicalité de vos propositions me surprend un peu, je
dois vous le dire, là. Quand on dit : Abolir la clause F, abolir la
clause G, abolir la cession de bail, je me suis demandé si vous n'alliez
pas demander d'abolir le Tribunal administratif du logement. Mais, plus
sérieusement, là, est-ce que vous ne trouvez pas que votre plaidoyer pour la
déréglementation à peu près totale du logement et du marché locatif au Québec
tombe à un mauvais moment, alors que, vous l'avez mentionné tout à l'heure, il
y a une rareté de logements?
Depuis le début de la commission, on
essaie de trouver, là, la notion d'équilibre entre le locateur puis le
locataire. On n'a pas la même définition que la ministre de ce qui est
nécessaire pour garder l'équilibre. Vous, vous prônez un plus grand
déséquilibre, alors que le marché est déjà complètement déséquilibré en votre
faveur parce qu'il y a une rareté de logements, parce qu'il y a une pénurie de
logements, parce qu'il y a des gens qui sont dehors et parce que, on le voyait
tout à l'heure avec la mairesse de Gatineau, il y a une augmentation des loyers,
chez elle, un loyer moyen, là, dans sa ville, de 60 % dans les dernières
années. Je me demande comment vous pouvez demeurer à ce point insensibles à la
situation de ceux que vous logez et ceux que vous logerez. Il n'y a pas... il
n'y a pas cette notion-là d'équilibre dans votre façon de voir les choses.
M. Messier (Martin A.) :Bien, pas du tout insensibles, au contraire. Ce qu'on
représente, c'est le fait que, justement, vous l'avez dit, on a une rareté de
logements et on n'a pas assez de personnes qui construisent. Je pense qu'un
plus un égale... Il manque d'intérêt pour les investisseurs. Qu'est-ce qu'on a,
comme situation? On a des contrôles de loyer qui sont omniprésents, que, même
quand un logement se libère, il faut maintenir le prix du loyer, que, quand ton
locataire est présent, on a des taux d'amortissement de 50 ans qui ne
tiennent pas compte du taux d'intérêt que j'ai en place, puis, dans ce contexte-là,
on veut intéresser de nouveaux investisseurs.
Pour moi, c'est un langage qui doit être
modifié. Puis le but, c'est, justement, d'avoir un marché dynamique, un marché
qui évolue. Puis, oui, il ne faut pas... il ne faut pas se faire d'illusion, là.
Les prix augmentent pour tout le monde. Les coûts de construction, les coûts
d'assurance, les coûts d'alimentation, tout augmente partout. Dans un contexte
comme celui-là, quand on dit : Bien, les propriétaires, vous, on veut vous
maintenir le plus bas possible... Il faut faire un petit peu la différence. Il
faut intéresser les investisseurs.
Puis, oui, aider nos plus démunis à se
trouver des logements puis à joindre les deux bouts, pour nous, c'est très
important, mais pas au détriment d'un parc immobilier qui doit être bien
entretenu, avec les coûts que ça impose.
• (15 h 50) •
M. Arseneau : Bien, vous
parlez beaucoup de la loi du marché, là, puis de la libre concurrence, puis
l'offre et la demande. Et juste une petite question en terminant : Le
droit au logement, vous y croyez?
Le Président (M. Schneeberger) : Le
temps est écoulé, malheureusement. On ne peut pas embarquer sur une autre
question, là. On a déjà le temps écoulé. Alors, je vous remercie pour votre
contribution à nos travaux.
Alors, on suspend quelques instants pour
laisser au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 15 h 51)
(Reprise à 15 h 53)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, je souhaite la bienvenue à la représentante du
Front d'action populaire en réaménagement urbain. Alors, bonjour à vous. Alors,
dans un premier temps, je vous demanderais de vous présenter, et par la suite
vous avez 10 minutes pour faire votre exposé, et il y aura un échange
ensuite avec les députés. Allez-y.
Front d'action populaire en réaménagement urbain
(FRAPRU)
Mme Laflamme (Véronique) :M. le Président, Mme la ministre, membres de la commission,
bonjour. Donc, mon nom est Véronique Laflamme. J'essaie de partir le chrono,
mais ça ne marche pas. Donc, mon nom est Véronique Laflamme. Je suis
porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain, le FRAPRU,
qui est un regroupement comptant 145 organismes de divers horizons à
travers le Québec, dont 30 sont au cœur de nos actions. Ce sont des comités de
citoyens et citoyennes, des comités logement et des associations de locataires.
Donc, le droit au logement est au cœur du
travail du FRAPRU depuis sa naissance, et je vous rappelle que ce droit au
logement est reconnu à l'article 11 du Pacte international relatif aux
droits économiques, sociaux et culturels, le PIDESC, auquel a adhéré le Québec.
C'est en nous basant sur la mise en œuvre progressive de ce droit au logement
que le Québec s'est engagé, donc, à respecter que nous avons analysé le projet
de loi n° 31.
Or, au moment où ce... au moment où la
situation du logement se détériore et où ce droit subit de nombreux reculs,
nous constatons que le projet de loi n° 31 va en sens inverse d'une mise
en œuvre progressive. Donc, le projet de loi, rappelons-le, survient dans un
contexte bien particulier : rareté de logements locatifs partout au
Québec, flambée du prix des loyers, hausse des évictions et des reprises de
logement, des centaines de ménages locataires ne réussissant pas à se reloger
autour de la période des déménagements et même deux mois plus tard, comme on le
sait actuellement, hausse de l'itinérance visible et cachée.
Le projet de loi n° 31 a été présenté
comme un projet de loi devant rétablir l'équilibre entre propriétaires et
locataires. Or, ce n'est pas le cas. Seulement l'article 2 et, dans une moindre
mesure, les articles 3, 4 et 5 du présent projet de loi pourraient contribuer à
cet objectif. Pour cette raison, il serait plus avisé, selon nous, de retirer
le projet de loi pour le remplacer par un autre plus adéquat et de déposer le
plan d'action gouvernemental en habitation avant de déposer ce projet de loi.
C'est la raison pour laquelle, dans notre mémoire, vous ne trouverez pas une
longue liste de recommandations détaillées comme nous en avons l'habitude. Nous
apportons quelques recommandations qui rendraient le projet de loi plus
acceptable si le gouvernement décidait d'aller de l'avant avec l'adoption du projet
de loi.
Nous pensons que ça prend une vision
globale. D'ailleurs, nous proposons l'adoption d'une politique globale basée
sur le droit au logement. Et c'est une demande qui est portée par
500 organisations sociales au Québec. C'est une demande qui est portée par
la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui a,
aujourd'hui, déposé aussi à la commission son mémoire. Donc, voilà pourquoi
nous avons plusieurs doutes sur la possibilité d'atteindre l'objectif poursuivi
ou annoncé du projet de loi n° 31.
Concernant les évictions, d'abord, les
collègues du Regroupement des comités logement et associations de locataires du
Québec, qui nous suivent, vous en parleront plus longuement, probablement, ils
ont fait de nombreux rapports sur le sujet depuis quelques années, mais, depuis
quatre ans, les évictions de toutes sortes sont en hausse. Les fameuses
rénovictions se sont étendues à plusieurs régions. Les évictions amènent
carrément des locataires à <l'itinérance....
Mme Laflamme (Véronique) :
...les fameuses rénovictions se sont étendues à
plusieurs régions. Les évictions amènent carrément des locataires à >l'itinérance,
comme certains l'ont appris la semaine dernière. Donc, ça fait quelques années
déjà qu'on demande l'adoption de mesures pour mieux protéger les locataires
contre les évictions.
Le projet de loi offre une avancée à cet
égard-là, mais les nouvelles protections offertes contre les évictions et les
reprises de logement sous de faux motifs sont insuffisantes. Je vais revenir en
fin d'audience, si j'ai le temps, sur le sujet. Donc, il faut élargir les
protections contre les évictions.
Au niveau de la cession de bail, dont vous
avez entendu largement parler, évidemment, nous demandons aussi le retrait de
l'article du projet de loi. Les recours légaux actuels basés sur la section G
du bail, qui oblige, en principe, les propriétaires à indiquer le montant le
plus bas payé pour le loyer au cours des 12 derniers mois, sont
insuffisants. Donc, il faut trouver un moyen que, finalement, la loi soit
appliquée. Et, pour le faire, ça prendrait un registre des loyers, comme
plusieurs autres organismes sont venus vous le dire au cours des audiences. Le
dernier rapport de la SCHL est clair à ce sujet, les hausses abusives se
produisent souvent aux changements de locataires.
Au niveau de la clause F, qui a fait
couler beaucoup d'encre dans les dernières années, à raison, et qui a
occasionné de nombreux appels dans les comités logement, entraînant des hausses
de 200 $, 300 $, parfois, dans des municipalités où il y a un
quasi-monopole, je pense à Saint-Calixte, qui avait... dont il avait été
question dans les médias, donc, il faut s'attaquer à cet enjeu.
Malheureusement, le projet de loi maintient le privilège permettant aux
propriétaires de logements construits depuis moins de cinq ans d'échapper aux
règles du Tribunal administratif du logement.
Je passe rapidement sur ces enjeux pour
attirer votre attention sur d'autres enjeux qui ont fait couler beaucoup moins
d'encre sur le projet de loi n° 31 mais qui nous
inquiètent grandement. Il s'agit de modifications à la Loi de la Société
d'habitation du Québec et à la Loi de la Communauté métropolitaine de Montréal
concernant le logement social. Nous sommes vraiment inquiets de ces
modifications apportées dans le projet de loi aux lois de la SHQ et de la CMM,
qui semblent écrites pour s'adapter au fait qu'il y a eu, au Québec, un
changement de programme dans les derniers mois et que, finalement, l'abandon du
programme AccèsLogis, seul programme destiné spécifiquement au logement social
hors marché privé depuis 25 ans au Québec, était abandonné. Mais les modifications,
finalement, apportées au projet de loi élargissent des mesures qui étaient
jusqu'ici prévues pour protéger le développement du logement social au marché
privé. Et là je parle des modifications à la Loi de la CMM.
Dans le projet de loi n° 31, aux
articles 8 et 9, notamment, on modifie presque partout le terme «logement
social» pour le remplacer par le terme «habitation». Donc, ce n'est pas la même
chose. Et ça peut avoir des conséquences, notamment quand on regarde
l'article 153.1 de la Loi de la CMM, qui prévoit le remboursement par la
CMM de la contribution de base pour des projets de logement sans but lucratif,
des coopératives, des OBNL et des logements réalisés par les offices
d'habitation. Donc, le projet de loi ferait en sorte qu'un tel remboursement
pourrait être fait pour d'autres types, donc, on pense à des condos, des
maisons de ville, etc., ce, dans un contexte où les besoins sur le territoire
de la CMM, vous le savez probablement, sont grands. On parle de plus de
100 000 ménages locataires ayant des besoins impérieux de logement,
avec des revenus largement en deçà de 25 000 $. Donc, c'est à ces
besoins qu'il faut pouvoir répondre en priorité. Et on se désole d'affaiblir
les mesures législatives qui avaient été mises en place, finalement, pour
encourager le développement de logement social, être élargies, finalement, au
marché privé.
• (16 heures) •
Donc, deuxièmement, les modifications à la
Loi de la Société d'habitation du Québec. L'article 19, donc, du projet de
loi n° 31 modifie l'article 62, et ça nous inquiète. Donc, deux éléments
dont vous ont probablement parlé les gens de la Fédération des locataires de
HLM du Québec.
Donc, rapidement, là, la SHQ pourrait
dorénavant permettre à des municipalités ou à des offices d'habitation de
procéder à l'aliénation de HLM pour d'autres raisons que celles actuellement
prévues. On comprend que c'est fait en cohérence, là, avec la volonté de
rénover, notamment, et le nouveau Programme de rénovation des HLM. Par contre,
même si on reconnaît que, dans certaines situations, il est admissible que des
HLM en très mauvais état puissent être cédés pour être reconstruits ailleurs,
on est très inquiets dans le contexte actuel. Et, on le sait, malheureusement,
il y a des endroits où l'adhésion n'est pas la même, que ça puisse représenter
un danger pour des habitations à loyer modique bien situées, à proximité des <services.
Souvent, on le sait...
>
16 h (version révisée)
< Mme Laflamme
(Véronique) :
...pour des
habitations à loyer modique bien situées à proximité des >services.
Souvent, on le sait, le droit... la mobilité de gens à faibles revenus n'est
pas la même. Donc, il pourrait y avoir des effets malheureux, notamment, en
cédant des terrains bien situés pour leur valeur marchande, là, afin de
relocaliser ces immeubles-là plus loin. Donc, il faut que ça se fasse aux
conditions que la Fédération des locataires vous a énoncées, avec l'accord des
locataires, évidemment, et sans perdre des unités, des précieuses unités de
logement à loyer modique. On le sait, les listes d'attente s'allongent dans
certaines municipalités.
Donc, pour nous, il est inacceptable de
perdre une seule unité de logement à loyer modique, et c'est la raison pour
laquelle nous sommes alertés par l'autre élément, finalement, de ce projet de
loi qui permettrait que des HLM puissent être aliénés, donc, vendus dans le
cadre d'un projet visant la réalisation de logement abordable, hein, la fameuse
notion de logement abordable qui a été, finalement, introduite, hein, très,
très en douce il n'y a même pas trois ans dans la Loi de la SHQ. Et ça a
eu des conséquences beaucoup plus profondes qu'on le... qu'on le pensait
peut-être alors.
Donc, pour nous, ça, c'est inquiétant,
parce que ça veut dire qu'on va... on pourrait perdre des unités à loyer
modique qui s'adressent à des ménages à faibles revenus pour des projets qui ne
s'adressent pas... qui ne s'adresseraient pas aux mêmes personnes. Donc, il... Ce
changement-là n'est pas acceptable, selon nous, même s'il peut y avoir d'autres
besoins. Mais, dans le contexte actuel où il faudrait de nouvelles unités de
logement à loyer modique, ce n'est pas le moment d'en perdre. Donc, évidemment
qu'on va demander que ce soit retiré du projet de loi pour...
Le Président (M. Schneeberger) : 15 secondes.
Mme Laflamme (Véronique) :Excellent. Donc, en conclusion, au lieu d'affaiblir le logement
social, on pense que c'est le moment pour le gouvernement québécois de se doter
sans plus attendre d'un plan ambitieux permettant son développement sous
différentes formes. Le projet de loi annoncé pour cet automne en fournirait l'occasion.
Donc, comme je le disais tout à l'heure, on pense que ça devrait précéder,
logiquement, ce projet de loi là. En conclusion, donc, nos attentes sont
énormes à l'égard de ce plan d'action. Nos attentes sont énormes à l'égard de
la mise à jour économique et financière. On connaît les solutions. Donc, on
espère que les efforts du gouvernement iront au bon endroit et à très court
terme.
Je vais conclure en vous citant ledit
mémoire de la Commission des droits de la personne, qui insiste sur le fait que
«toute mesure législative liée au logement et toute mise en oeuvre de solution liée
au logement devrait être analysée à la lumière du cadre normatif des droits de
la personne. Il faut rééquilibrer le rapport de force pour garantir les droits
de la personne.» Et je... Fin de la citation. Je conclurais en disant que le projet
de loi n° 31 ne le fait pas. Merci beaucoup de votre écoute.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup, Mme Laflamme, pour la présentation. Alors, nous allons débuter
une période d'échange avec Mme la ministre. Vous avez environ 16 minutes.
Mme Duranceau : Merci, Mme Laflamme.
Alors, jusqu'à présent, on a toujours eu des bonnes conversations, ça fait que
j'imagine qu'on va continuer... on va continuer aujourd'hui.
Bien, écoutez, je vous ai lus, «le retrait
du projet de loi n° 31». On va continuer de parler comme si le projet de
loi allait être déposé, question de maximiser notre temps aujourd'hui. Mais je
veux vous entendre sur différents éléments, là, puis peut-être, d'emblée, vous
rassurer. On a effectivement eu une conversation avec la Fédération des
locataires de HLM. Les préoccupations qu'ils ont soulevées, on les a bien
notées. Puis j'étais d'accord avec eux, là, sur l'essentiel de tout ça. Donc,
ça va être revu... ça va être revu, là, subséquemment ou dans la version finale
du projet de loi.
L'intention, ce n'est vraiment pas de
réduire le nombre de logements pour personnes vulnérables. On a eu cette
discussion-là ensemble. Puis on va revenir à ce type de logement là
spécifiquement, mais, en premier, j'aimerais ça... Bon, je comprends, là, la
clause F, tu sais, ce n'est pas quelque chose qui... bon, que vous
soutenez. Par contre, j'aimerais ça vous entendre. Qu'est-ce que... On en a...
on en a parlé, hein, il faut augmenter l'offre de logements, là, puis de tous
les types de logements, puis c'est ce qui va, ultimement, avoir un effet... un
effet bénéfique, là, sur les prix. Mais, vous, qu'est-ce que vous proposez pour
augmenter l'offre ou pour créer un contexte où on va en avoir, des
constructeurs qui viennent, autre le fait qu'il faut que le gouvernement le
finance, là, comme, le marché, là?
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, c'est une grande question, mais, justement, dans le
débat actuel... Et c'est... La même discussion a lieu à l'échelle
pancanadienne, hein, il faut le dire. Il y a des gens qui disent que, pour se
sortir de cette crise du logement, il faut augmenter l'offre et il faut
encourager le privé à construire, et d'autres qui disent que... et nous en
sommes, que seulement s'attaquer à l'offre sans regard à ce qu'on construit ne
réglera pas le problème et va contribuer à augmenter le problème d'inabordabilité.
Et la clause F contribue... <bien...
Mme Laflamme
(Véronique) :
...et la
clause F contribue... >bien, la partie de la clause F
concernant les immeubles construits depuis moins de cinq ans contribue à
cet accroissement rapide du loyer moyen du marché, hein, il faut se le dire.
Donc, si on inonde le marché de nouveaux logements trop chers, en plus que,
finalement, on permet de soustraire, finalement, à la fixation... en fait, à la
fixation des loyers ces logements-là, on va se retrouver avec des logements...
peut-être davantage de logements, mais avec des logements trop chers pour la
capacité de payer des ménages locataires. Et c'est ça qui se passe dans... actuellement,
quand on regarde d'autres villes canadiennes, quand on regarde ce qui se passe
avec des... une ville comme Montréal, où, dans les deux dernières années,
on a... on a eu un taux d'inoccupation en haut du seuil d'équilibre du marché,
avec un boom immobilier, mais les logements construits ne correspondaient pas
nécessairement aux besoins. Alors, on avait une... des taux d'inoccupation plus
grands pour ces logements-là que pour les autres types de logement. Donc, il y
a des gens qui se sont quand même retrouvés sans logement au 1er juillet
parce que les logements disponibles ne correspondaient pas à leur capacité de
payer.
Et c'est pour ça qu'on répète que la crise
du logement, ce n'est pas qu'une question de taux d'inoccupation. C'est une
question aussi de capacité de paiement, une des composantes du droit au
logement. Et donc, notre solution, et c'est la même, on pense que, si on inonde
le marché de logements sans but lucratif, bien, on va contribuer à augmenter
l'offre, mais on va contribuer à augmenter l'abordabilité.
Et ça s'est déjà fait, hein? Avant que le
fédéral ne se retire, dans les années... en 1994, on a déjà construit, au
Québec, de 8 000 à 10 000 logements sociaux par année sous
différentes formes, des coopératives d'habitation, des organismes sans but
lucratif d'habitation, des habitations à loyer modique. On est capables de
faire ça. Et d'ailleurs on talonne le gouvernement fédéral également pour qu'il
fasse descendre l'argent. Mais on est capables de faire ça et on pense que
c'est là qu'il faut regarder, parce qu'actuellement on craint vraiment les
conséquences de l'explosion des loyers dans plusieurs régions. Et, déjà, on a
un aperçu très inquiétant, notamment quand on regarde la hausse de l'itinérance
visible et invisible mais aussi de la précarité des locataires, qui n'ont pas
le choix d'aller dans les banques alimentaires, même en travaillant à temps
plein, parce que le logement est trop cher, finalement. Donc, c'est à ça qu'il
faut s'attaquer.
Donc, c'est la raison pour laquelle on
pense que les ressources publiques, dans le fond, doivent servir d'abord à ce
secteur-là, sur lequel personne ne fait de profit. Et ces logements-là qui sont
construits, ça vient, finalement, grossir notre patrimoine collectif. On en a
un, au Québec, heureusement. Il faut le grossir, ce patrimoine collectif. Et
notre grande solution, c'est qu'on se dote de cette perspective, là,
d'augmenter le nombre de logements sociaux hors marché privé pour répondre à la
diversité des besoins et avoir une alternative au monopole, parce que 90 %
des logements locatifs sont des logements privés. Ça ne laisse pas grand-chose,
finalement, pour les gens pour qui ce marché-là ne répond pas aux besoins.
Mme Duranceau : Bien, je vous
entends bien sur la... l'importance, là, que le gouvernement intervienne où il
a à intervenir, au niveau du logement pour les personnes en situation de
vulnérabilité. Si on conclut sur la clause F, ça, c'est pour le marché
autre, là, privé, puis c'est une mesure qui vise à encourager, finalement, les
propriétaires à construire. Puis il en faut de tous les types, de logement, je
pense. Ça fait que, là, on n'a pas d'autre proposition de votre part, là.
Mme Laflamme (Véronique) :Oui. Bien, en fait, c'est qu'ils ne l'utilisent pas pour la
bonne raison. C'est ça qui est malheureux avec la clause F.
Mme Duranceau : Bien, les
risques, qu'est-ce que vous faites de leurs risques de construction, là, quand
ils partent un projet, puis que tu ne sais pas, l'année 1, 2, 3,
nécessairement, quels vont être tes revenus et tes dépenses, surtout, là?
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, il faut trouver une façon que les loyers puissent
être fixés par le tribunal et que... Et c'est... De soustraire complètement des
logements, finalement, à la juridiction du tribunal, c'est... c'est assez
particulier.
Mme Duranceau : OK. Ça fait
que vous gardez la position initiale...
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, actuellement...
Mme Duranceau : ...que c'est
suffisamment encourageant pour les constructeurs d'aller avec ça.
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, les loyers mis en marché sont très chers, hein? Donc
là, si on leur dit : Vous pouvez augmenter les coûts comme...
Mme Duranceau : Bien, ils
sont en fonction des coûts de construction, je pense, là.
• (16 h 10) •
Mme Laflamme (Véronique) :...comme vous voulez... Il faut trouver une façon qu'on ne
puisse pas avoir des hausses de 200 $, 300 $, 400 $ comme ça. Et,
comme je le disais, la raison invoquée, ce qu'on constate dans les dernières
années... Ça a augmenté, peut-être, parce qu'il y a eu un boom immobilier dans
certaines régions, mais c'est plus que ça, là. Quand on regarde les chiffres, il
y a... le taux d'inoccupation a diminué, les loyers se sont mis à augmenter,
puis c'est plus l'appât du gain qui a... qui a amené, finalement, l'utilisation
de la clause F que, finalement, les raisons...
Mme Duranceau : Bien, c'est
ce qu'on voulait... C'est ce qu'on veut encadrer. En obligeant les
propriétaires à mettre un pourcentage d'augmentation potentiel, bien, ils
annoncent leurs couleurs. Alors, si ça n'a pas de bon sens... Bien,
premièrement, il y a une prévisibilité pour le locataire. Puis, si ça n'a pas
de bon sens, bien, le locataire va dire : Sais-tu quoi, moi, je n'y vais
pas, à cet endroit-là.
Mme Laflamme (Véronique) :Mais le problème, c'est que, dans... avec un taux
d'inoccupation aussi bas, les locataires n'ont pas tant que ça le choix. Même
si c'est annoncé, là, même si on dit : Je vais... je pourrais augmenter,
là, de 1 000 $, là, en cinq ans, quand le taux d'inoccupation
est à 0,4 %, là, puis là, hein, on peut nommer toutes les <municipalités...
Mme Laflamme
(Véronique) :
...on peut nommer
toutes les >municipalités, là, Drummondville, Granby, en bas de
1 %, là, est-ce que les gens ont vraiment le choix? Souvent, c'est ça,
l'option, ou se retrouver, finalement, sur le divan de la famille, quand tu en
as, là. Donc, est-ce que les locataires vont... vont dire : Ah! bien, je...
Moi, je pense que, si j'étais dans la peau de ces personnes-là, je dirais :
Je vais prendre une chance. Donc, les gens vont se retrouver avec... avec un
problème quand même. Et donc il est là, l'enjeu. Donc...
Et par ailleurs, bien, même si le
propriétaire annonce : Je vais... pourrais augmenter jusqu'à
1 000 $, même si, finalement, les coûts ne sont pas plus importants,
quand tu dis... Honnêtement, dans le contexte actuel, quand c'est une business,
si c'est écrit dans le bail que tu peux aller jusqu'à tant en cinq ans,
pourquoi ne pas le faire? Malheureusement, on voit les exemples, là, de
propriétaires malintentionnés qui...
Mme Duranceau : ...je pense,
pas la majorité de tous... et de part et d'autre, hein? Les locataires qui ne
sont pas des bons locataires, puis les propriétaires qui ne sont pas des bons
propriétaires, je pense, c'est la minorité, quand même, dans notre écosystème,
là.
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, sur la clause F, on a vu vraiment des cas
effarants, dans les dernières années, se multiplier. Alors, il y a un contexte
qui favorise, dans le fond, les abus.
Mme Duranceau : Je suis
d'accord. OK. Alors, on va passer à un autre sujet que la clause F. Vous
m'avez parlé, bon, de votre inquiétude face aux logements sociaux puis la... Vous
avez fait référence, là, à la CMM puis l'utilisation du mot «habitations»
versus «logements sociaux», là. On va... on va revoir ça pour calmer... pas
calmer, mais être sûrs, là, que ça ne crée pas d'effet pervers.
Par contre, on en a souvent... on en a
parlé ensemble aussi, votre inquiétude, justement, à l'égard du nombre de
logements sociaux. Puis, si je voulais répondre à cette inquiétude-là, de
quelle manière je pourrais le faire? Mais... Puis là j'aimerais une proposition
qui est réaliste — je le sais, que vous m'avez écrit 50 000,
donc, 10 000 sur cinq ans — réaliste dans un cadre
budgétaire où il y a... il n'y a pas... Tu sais, il y a... il y a plusieurs
choses, là, à financer. Qu'est-ce qu'on... Avec quoi on est capables de vivre,
là?
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, c'est une bonne question. Le 50 000, hein, je
dois vous rassurer, c'est ce qui est... c'est réaliste, parce qu'on l'a déjà
fait au Québec.
Mme Duranceau : Oui, mais on
n'avait pas de pénurie de main-d'oeuvre comme on l'a en ce moment.
Mme Laflamme (Véronique) :C'est un enjeu.
Mme Duranceau : On n'avait
pas une pénurie de logements.
Mme Laflamme (Véronique) :Pour pallier à ça, on pourrait dire que le 50 000 peut
inclure également des projets d'achat-rénovation, notamment, donc, dans le
fond, d'acquisition. C'est sûr que, dans le contexte de pénurie, pour nous,
même si on a compris, là, votre ouverture sur l'acquisition, achat-rénovation
pour sortir du marché des immeubles avec des taux d'inoccupation aussi bas,
pour les raisons que je viens d'exposer dans la réponse précédente, je ne peux
pas vous dire qu'il faut aller juste vers l'acquisition, au contraire, si on ne
veut pas construire juste du neuf trop cher.
Donc, pour nous, il faut se donner un
objectif ambitieux. Notre 50 000 inclut le neuf et l'achat-rénovation sous
différentes formes. C'est sûr qu'on pense... On est capables. On l'a déjà fait,
des 8 000 à 10 000 par année, juste en constructions neuves ou
pratiquement. Il y a un contexte particulier, mais nous, on pense que, si on
veut donner un grand coup pour préserver une abordabilité au Québec, il faut se
donner un objectif de cet ordre-là si on veut répondre aux besoins des ménages
à faibles revenus puis aussi aux ménages de... à revenus modestes dont les
revenus dépassent un peu les seuils de besoins impérieux, mais qui n'arrivent
pas, là, à se loger avec des logements à 2 500 $. Donc, il faut, pour
répondre à ces deux types de besoins, avoir une variété de projets qui
répondent à ces besoins-là, et qu'on ne néglige pas les plus pauvres. Donc,
c'est pour ça qu'on dit : Ça prend 50 000.
Il faut avoir des coopératives, des
organismes sans but lucratif d'habitation qui répondent aux besoins des ménages
à faibles et à modestes revenus, mais il faut s'assurer d'avoir un programme de
logement social complet, pérenne, qui va nous permettre de s'attaquer aux
besoins, finalement, de personnes qui, aujourd'hui, sont en train, sous nos yeux,
de tomber à la rue parce qu'ils sont sur une liste d'attente pendant cinq ans.
Donc...
Mme Duranceau : ...l'écosystème,
là, ça demeure les organismes à but non lucratif, là, parce qu'avec les
chiffres puis les coûts de construction actuels, les taux d'intérêt actuels ça
ne fonctionne pas pour le privé, à moins qu'ils décident d'être dans la
philanthropie, là. Donc, moi, les acteurs, les acteurs présents dans
l'écosystème, c'est encore les partenaires pour la suite, là.
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, en fait, c'est qu'il faut se poser la question sur
le... Là, il reste... Il y a un programme en place, du côté québécois, qui est
le PHAQ. Est-ce qu'il est... il est fait pour permettre à ces projets-là,
finalement, de se réaliser rapidement? La réponse, pour nous, c'est non. Vous
avez annoncé, on a lu dans La Presse ce matin, des modifications,
plusieurs modifications qui pourraient se faire rapidement au PHAQ. Donc, c'est
sûr qu'il faut aller vers des améliorations pour que, finalement, il y ait une
plus grande contribution gouvernementale, pour que les projets n'aient pas à
cogner à plusieurs portes, mais on pense qu'il faut s'assurer aussi qu'on donne
les moyens de construire des logements qui répondent aux <besoins...
Mme Laflamme
(Véronique) :
...de construire des
logements qui répondent aux >besoins les plus urgents, comme on l'avait
avec un programme HLM à l'époque.
L'ICRL du fédéral, ça finance 100 %
des coûts de réalisation. Pourquoi, si le fédéral peut le faire, on ne peut pas
le faire? Là, je suis d'accord que ça n'inclut pas le supplément au loyer, ce
que faisait le programme HLM, mais je pense qu'on est... on est... Il y a des
solutions qui sont mises de l'avant depuis plusieurs mois, puis il faut
regarder vers ça, parce que, finalement... Si on veut s'assurer que ces
besoins-là soient répondus puis qu'on ait un filet social, la seule manière
d'en être certains, c'est d'avoir un programme, finalement, social, un
programme de logement social qui tient puis qui nous donne ces garanties-là.
Mme Duranceau : Je vous
amène sur un autre sujet où, dans le cadre du projet de loi, on permet à toute
partie d'être représentée par toute personne ou par... toute personne de son
choix devant le Tribunal administratif du logement. Puis je me demandais si,
justement, cette mesure-là, ce n'est pas quelque chose qui est intéressant pour
une association comme la vôtre, justement, en matière d'aide aux locataires.
Mme Laflamme
(Véronique) :Bien, c'est une excellente
question. Et je pense que vous allez entendre deux points de vue cet
après-midi, avec le Regroupement des comités logement et associations de
locataires, qui nous suit, et l'Association des juristes progressistes
également.
Je pense qu'il faut faire attention. Ça
peut être vu comme une mesure qui favoriserait, augmenterait l'accès à la
justice, mais il y a des inquiétudes à avoir sur est-ce que ça pourrait être
rémunéré, ce type de représentation là, et, surtout, est-ce qu'on s'attend à ce
que des groupes, justement, les comités logement et associations de locataires,
fassent ça, alors qu'ils sont... qu'ils sont complètement débordés. Et, on va
se le dire, là, les... c'est pratiquement du bénévolat, là, là, travailler dans
un comité de logement ou une association de locataires. Avec les demandes qui
augmentent, là, des rénovictions qui se multiplient, les appels, les hausses de
loyer, les... je vous... les groupes, honnêtement, ne pourraient pas faire ça.
Donc, nous, on se rallie, là, à la
position qui est contenue dans la mémoire du Regroupement des comités logement
et associations de locataires sur ce sujet-là. On pense qu'il faut faire
attention à cette mesure-là, parce qu'on a l'impression qu'elle... Ce ne serait
peut-être pas un gage, là, de la meilleure accessibilité à la justice. Et il faudrait
voir qui pourrait faire ça.
Mme Duranceau : OK.
Parfait. Bien, écoutez, je pense que, de mon côté, ça va pour mes questions.
Mme Laflamme
(Véronique) :Si... Est-ce que ça se fait
de... Là, je ne sais pas si votre temps n'est pas écoulé.
Mme Duranceau : Oui, posez-moi
une question. Si je l'autorise...
Mme Laflamme
(Véronique) :Bien, moi, j'avais une question,
parce que mon...
Le Président (M. Schneeberger) :
Il reste une minute.
Mme Laflamme
(Véronique) :Je n'ai jamais réussi à
partir mon chrono tout à l'heure, et il y avait un élément sur les
modifications à la Loi de la SHQ qui était contenu dans notre mémoire et sur
lequel je n'ai pas pu intervenir. C'est la... Puis là, bien, c'est vous qui en
avez dit plus qu'il y en a dans le projet de loi quand vous avez été interviewée
sur le sujet, là, par Le Devoir, quand le projet de loi a été
déposé. C'est au niveau des modifications qui feraient en sorte que la SHQ
pourrait dorénavant vendre ses services en fournissant à tout intervenant du
secteur de l'habitation, moyennant considération et dans un objectif
d'autofinancement, l'expertise et les services requis. Et là, en conférence...
Lorsque vous avez été interpelée, on disait que ça visait à introduire dans la
législation la notion de profitabilité, en donnant comme exemple les garanties
de prêt, dans le fond, qui étaient accordées par la SHQ. Et là nous, on se
questionnait, puis sur l'objectif, parce que peut-être qu'on était échaudés,
là, par les modifications récentes à la Loi de la SHQ, puis là, bien, on s'est
dit : Oh...
Mme Duranceau : On
n'aura plus de temps, ça fait que, pour vous répondre...
Le Président (M. Schneeberger) :
C'est 10 secondes.
Mme Duranceau : Pour
vous répondre rapidement, c'est pour donner de l'agilité sur le plan financier
à la SHQ. Puis on finance déjà les projets. On ne va pas leur rajouter une charge
par-dessus, parce que, là, on va se surcharger nous-mêmes. Alors, c'est une
agilité financière globale quand ce sera pertinent, mais certainement pas pour
des projets qu'on finance par ailleurs, là.
• (16 h 20) •
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci. Alors, nous allons maintenant du côté de la... l'opposition
officielle, pardon, je voulais dire la première opposition, mais l'opposition
officielle. Ça... Vous êtes la première quand même, mais, bon, c'est
l'opposition officielle. Alors, vous avez 10 min 24 s. Mme la
députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci, M.
le Président. Mme Laflamme, merci pour votre exposé. Je peux vous
rassurer, je vais poser beaucoup de questions sur l'autofinancement, l'objectif
d'autofinancement de la SHQ lors de l'étude détaillée. Donc, il y aura... On
aura sûrement plus de détails rendus là.
Je vous remercie, comme je vous le disais,
pour l'exposé que vous avez fait. J'ai trouvé ça intéressant que vous parliez
du droit au logement et que vous disiez : Bien, c'est bien beau
d'augmenter l'offre, mais, sans regarder ce qu'on construit, on pourrait s'en
aller dans le mur. Puis je pense que les chiffres qu'on a vus lors du grand
sommet de Centraide, il y a quelques mois, le montraient. Le taux
d'inoccupation à Montréal, dans les logements très, très chers, est beaucoup
plus élevé. Il est bien au-delà du seuil d'équilibre. C'est vraiment dans les
loyers les moins chers qu'on trouve le manque de logements le plus criant. Je
vais aussi citer la mairesse de <Gatineau...
Mme Dufour :
...la
mairesse de >Gatineau, qui est venue nous voir ce matin, qui est venue
nous parler ce matin virtuellement, puis elle disait... elle disait :
Bien, le... ce n'est pas une dépense, le logement social, c'est un
investissement. Puis ça, on l'a bien vu, vendredi, avec le sommet sur
l'itinérance. Donc, je pense que c'est très, très noble ce que vous défendez
comme cause, et il faut absolument qu'on soutienne les loyers les plus démunis.
Par contre, il y a une autre réalité qui
est les coûts, les coûts d'intérêt qui ont monté énormément, les coûts
financiers qui font en sorte que certains propriétaires se ramassent avec des
paiements qui vont au-delà de ce que les loyers leur rapportent. Et là c'est...
On met dans la précarité aussi des propriétaires. Donc, ça, c'est une réalité
qu'on doit tenir en compte puis qu'on doit garder, parce qu'on a besoin aussi
de gens qui mettent leurs logements sur le locatif, mais on ne peut pas non
plus se permettre qu'ils se ramassent à la faillite pour autant. Ça fait qu'il
y a... il y a tout un équilibre. Ce n'est pas... ce n'est pas facile.
Je voudrais peut-être vous entendre. Vous
avez parlé des reprises au TAL. Ça, c'est intéressant. Vous avez parlé comment
elles avaient augmenté, dans votre mémoire, de 1 500 à 2 500 en
quelques années. Est-ce que vous croyez que les pénalités qui sont proposées
dans le projet de loi pourraient venir ralentir ça? C'est sûr que les
pénalités, je pense, c'est plus pour des évictions, mais, si... Admettons qu'on
avait le même genre de pénalités, mais pour des reprises de logement, est-ce
que c'est quelque chose qui pourrait venir, disons, ramener un peu d'équilibre
là-dedans?
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, effectivement, la question des indemnités, c'est une
demande, là, qui est portée par les comités logement depuis... depuis plusieurs
années. Donc, c'est important. Et c'est... Oui, ça a été vu comme une avancée
dans le projet de loi n° 31, mais, comme vous l'avez dit, le problème,
c'est que ça ne... ça ne concerne pas les reprises, donc... Et, les reprises, au
moment où on se parle, les cas sont plus élevés que, finalement, les évictions
et que... Dans le contexte actuel, les reprises sont souvent pratiquées pour de
mauvaises raisons. Donc, il faut s'attaquer à ça.
Il y a des propositions qui sont mises de
l'avant, là, notamment dans notre mémoire et dans celui, là, du RCLALQ et de
l'AJP, qui vont aussi être entendus aujourd'hui, mais c'est sûr qu'il faut
qu'il y ait une... il faut qu'il y ait un contrôle automatique, là, parce que ce
n'est pas nouveau, hein, que... Cette brèche-là est utilisée depuis... depuis longtemps,
mais là ça se multiplie. Et, le contexte actuel où le marché est déséquilibré,
on voit, dans le fond, la loi... les brèches dans la loi, les façons de
contourner, finalement. Bien là, quand il y en a, on... le mot se passe, puis,
en tout cas, elles sont utilisées.
Donc, c'est pour ça qu'il faut... qu'il
faut, oui, augmenter les indemnités en cas de reprise. Il faut les augmenter, parce
que, finalement, les gens qui sont victimes de ces reprises et de ces évictions
sous de faux motifs, souvent, ce sont des personnes... pas toujours, par
contre, mais, souvent, ce sont des personnes qui habitent leurs logements
depuis un peu plus longtemps, qui vont payer un logement un peu moins cher que
sur le prix du marché. Bien, quand ces personnes-là se font évincer, ce
qu'elles peuvent trouver, là, c'est... c'est le prix du loyer moyen des
logements disponibles. Donc, c'est beaucoup plus cher. Donc...
Et, à cet égard-là également, là, comme
c'est indiqué dans notre mémoire, on appuie également, là, la position, portée
aussi par le Regroupement des comités logement et associations de locataires à
cet effet-là, qu'il faut... il faut appliquer les indemnités aussi aux reprises
et s'assurer qu'elles sont augmentées...
(Interruption)
Mme Laflamme (Véronique) :Oh! excusez. C'est le fameux minuteur qui n'a jamais
fonctionné. Je m'excuse.
Mme Dufour : Parfait. Je
voudrais peut-être vous entendre sur... Vous proposez, à la page 10 du
mémoire, là, un moratoire sur les évictions pour subdivision. On est en pénurie
de logements. Est-ce qu'une subdivision n'amènerait pas plus de logements?
Peut-être juste comprendre l'idée du moratoire.
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, en fait, c'est qu'encore là, souvent, ce sont des
prétextes. Dans le fond, les... Souvent, hein, ça a été... par le passé,
subdivision, ça a pu être utilisé pour, justement, transformer des grands
logements en petits logements quand, finalement, il a commencé à y avoir moins
de grandes familles, etc. Que ce soit pour agrandissement ou pour subdivision,
actuellement, ces évictions-là qui sont permises par la loi sont utilisées,
plus souvent qu'autrement, là, pour, finalement, déloger les locataires et
augmenter le prix des loyers. Donc, on n'est pas contre d'ajouter des
logements, mais il y a un enjeu actuellement, c'est que les évictions, quand
elles sont permises, elles sont utilisées comme prétexte pour augmenter le prix
des loyers.
Et on pense que ça prendrait un moratoire
dans le contexte où il y a un taux d'inoccupation si bas, comme ça a été le
cas, hein, pour d'autres types. Par exemple, les transformations des condos
divises, dans certains arrondissements, c'est permis, dans le fond, quand il y
a... Et il y a des moratoires quand les taux d'inoccupation, par exemple, sont
en bas de 3 %.
Par contre, un des éléments, au niveau des
évictions, qui est important, selon nous, c'est les évictions pour changement
d'affectation. Même si on demande que l'ensemble, là, des évictions permises
par la loi... qu'il y ait un <moratoire...
Mme Laflamme
(Véronique) :
...des évictions
permises par la loi... qu'il y ait un >moratoire dans le... quand le
taux d'inoccupation est en bas de 3 %, bien, l'hébergement touristique,
minimum du minimum, il ne faudrait pas que ce soit un prétexte, que ce ne soit
pas, dans la loi, prévu qu'on peut changer d'affectation pour un hébergement
touristique. Et vous avez, tout le monde, entendu parler de cas, par exemple,
dans Hochelaga-Maisonneuve, de locataires évincés pour un Airbnb. Ça fait dur.
Et ça, il faudrait qu'on... On pourrait, là, utiliser le projet de loi
n° 31 pour modifier ça.
Mme Dufour : Oui,
effectivement. Avec la nouvelle loi qui est rentrée en vigueur vers la fin
de... dans le fond, au mois de juin, là, est-ce que vous avez... vous continuez
à avoir des cas d'éviction pour hébergement touristique?
Mme Laflamme
(Véronique) :Bien là, récemment, là, je
pourrais difficilement vous répondre avec des chiffres précis, mais on peut
quand même... on peut quand même procéder au changement d'affectation pour
transformer en hébergement touristique. Et le danger, c'est que, là, on
pourrait prétexter un hébergement touristique à long terme, et qu'on... Bien, on
peut afficher, sur Airbnb, un logement pour 32 jours, et là... Quand le but,
c'est de faire plus d'argent, bien, il y a une fenêtre à utiliser, de
dire : Bien, on peut l'utiliser.
Donc, je vous... Comme on constate, là,
depuis quelques années déjà, là, que tous les trous, finalement, sont utilisés
pour, finalement, évincer des locataires pour faire, souvent, plus d'argent, on
pense que la question de... Cette question-là est particulièrement scandaleuse
dans un contexte où on perd des logements locatifs, d'une part, alors qu'on en
a besoin cruellement, et, d'autre part, que les prix qui augmentent ne
redescendront pas, hein? Ça fait que les anciens Airbnb affichés pour louer sur
le marché régulier, là, quand on voit les photos puis les prix qui viennent
avec, on en a vu beaucoup pendant la pandémie, là, bien, ils n'étaient pas au
loyer moyen du marché, là, ces logements-là.
Mme Dufour : C'est
évident. Je vais passer la parole à ma collègue la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci.
Alors, il y a une donnée qui m'a interpelée, dans le haut de la page 4 de
votre mémoire, où vous dites que «le nombre d'évictions de locataires,
notamment dans des résidences privées pour aînés — donc, les RPA — est
passé de 249, en 2020, à 1 378 en 2022», donc, en deux ans
seulement. Est-ce que... Parce que vous dites «notamment dans les RPA». Est-ce
que c'est... Les chiffres que vous donnez dans le mémoire, c'est pour
l'ensemble ou c'est... Est-ce que... Puis, si c'est pour l'ensemble, est-ce
qu'il y a une majorité de personnes aînées qui sont... qui sont concernées par
ça?
Mme Laflamme
(Véronique) :Je n'ai pas de chiffre sur
le sujet. D'ailleurs, je vous invite à questionner le groupe... le regroupement
qui passe après nous, qui a réalisé, dans le fond, là, l'enquête la plus
récente sur les évictions. Je ne pense pas qu'on ait de donnée précise sur les
locataires aînés, donc...
Par contre, en RPA, d'une part, les
changements d'affectation ont un effet très grave, là, sur les locataires. Et
c'est un enjeu qui est «touchy», dans le sens où on sait bien, là, qu'il y a...
qu'il y a tout un contexte, là, autour de ça. Mais, on l'a dit lors de la
dernière... l'avant-dernière ou la dernière audience, quand on est venus en
commission parlementaire, ici, on a dit : Il faudrait empêcher, dans le
fond, les changements d'affectation. Finalement, la loi n'est pas allée aussi
loin, puis on voit que le problème a continué.
Donc, une des raisons pour laquelle on
demande un grand chantier de logement social en grand nombre, là, c'est
notamment parce qu'il faut faire du logement social pour les personnes aînées.
Il faut faire des RPA sans but lucratif, mais juste des logements, hein, autant
des HLM pour aînés. Dans plusieurs villages, là, c'est... c'est là où les gens
ont les moyens d'aller, finalement. Et on pense que ça, c'est une façon de s'assurer
qu'on va avoir un endroit pour loger décemment les gens.
Mais il faut s'attaquer à la question des
évictions de locataires, des changements d'affectation de RPA. Et les
locataires aînés... Je sais que vous allez recevoir une proposition plus tard.
J'ai lu, dans le mémoire de l'Association des juristes progressistes...
• (16 h 30) •
Le Président (M. Schneeberger) : 30 secondes.
Mme Laflamme
(Véronique) :C'est une demande qu'on a
déjà faite. Il faudrait élargir les protections, dans le fond, législatives sur
les... qui s'adressent aux locataires aînés, minimalement pour diminuer l'âge
des personnes qui sont protégées. Mais il faut... il faut s'inquiéter de ça. Et
elles sont souvent les premières visées en raison de la raison... de la durée
pour laquelle elles habitent leurs logements et du fait qu'elles habitent dans
un logement peu cher.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition. Et,
député de Laurier-Dorion, vous avez un 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci,
M. le Président. Bonjour, Mme Laflamme. Merci beaucoup d'être ici.
Écoutez, on sait que le FRAPRU est très... est très actif, là, autour de la
crise du logement du 1er juillet, là, où vous êtes dans... vous êtes... Vous
être très vocale, là, autour de cette crise-là des sans-logis. Ça s'apparente
un peu à... bien, à des maisons... à des gens qui n'ont pas un toit, là. Et,
d'autre part, tantôt, vous avez abordé une thématique, un débat intéressant, là,
les... l'offre insuffisante versus <l'abordabilité...
>
16 h 30 (version révisée)
<17953
M.
Fontecilla :
...là, le... l'offre insuffisante versus >l'abordabilité.
Je ne sais pas si c'est... Je crois que c'est le terme que vous avez utilisé,
là. On vient d'apprendre, la semaine dernière, là, qu'autour de... dans le
dénombrement des personnes en situation d'itinérance, il y a 22 % des
personnes qui sont devenues en situation d'itinérance suite à une expulsion.
Est-ce que la construction de plus de logements privés, à qui on va appliquer
la clause F, là, pourrait régler cette... ou, en tout cas, contribuer à régler
la crise de l'itinérance qu'on connaît au Québec?
Mme Laflamme (Véronique) :Bien, la réponse, c'est non. Merci pour la question. C'est
sûr que nous, on regarde les gens... On parle, autour du 1er juillet, du
1er août, du 1er septembre, avec des locataires qui se retrouvent,
là, en situation de... de difficulté. C'est sûr que, comme je le disais tout à
l'heure, même... quand il y a des logements disponibles qui sont trop chers, ça
n'aide pas les gens à signer un bail. Donc... Et, quand on regarde les causes
invoquées, là, pour les expulsions des locataires qui étaient devenus, en fait,
en situation d'itinérance lors du dénombrement de 2022, ça va sûrement avoir
augmenté en 2024, il y avait la question des évictions frauduleuses, hein, des
reprises de possession, mais il y avait aussi les enjeux de non-paiement. Et il
faut nommer ce problème-là. Il y a des gens qui n'arrivent plus à le payer,
leur logement, parce que les logements sont trop chers.
Alors, c'est sûr que la clause F, qui... la
part qui concerne, là, les logements, en fait, construits depuis moins de cinq
ans, elle a un effet sur, finalement, la difficulté des ménages à payer le
loyer. Effectivement, ça a été mentionné tout à l'heure, ce n'est probablement
pas des ménages à très faibles revenus qui ont les moyens de se payer un
logement neuf, mais on contribue à mettre dans... en situation de plus grande
précarité des locataires qui avaient peut-être des revenus un peu plus élevés,
qui pouvaient se payer le logement neuf à 1500 $,
2 000 $, 2 500 $, mais que la hausse de 300 $, ça va
être de trop. Et on met... On expose ces gens-là à se retrouver aussi dans des
contextes de non-paiement de loyer.
Pour revenir à l'autre élément de votre
question, bien, bien non, les logements nouvellement construits ne régleront
pas le problème de ces ménages locataires, finalement, qui tombent en situation
d'itinérance. Et on avait mis en lumière déjà ces données-là, là. Je ne le sais
pas par cœur, mais, pour vous donner une idée, c'est... c'est plus de 50 000,
là, ménages locataires qui, lors du dernier recensement, payaient plus de
80 % de leurs revenus pour se loger au Québec. La norme devrait être de
30 %. Donc, c'est... On le répète depuis des années, les gens, s'il arrive
une petite hausse de loyer, s'il arrive un frigo qui lâche, un problème de...
dans la famille, une séparation, les gens sont à risque, finalement, de se
retrouver à la rue, parce que, quand ils ont besoin d'avoir un logement social,
bien, tout ce qu'on peut leur dire, c'est : Mettez-vous sur la liste d'attente.
Et je serais curieuse de savoir combien, parmi les personnes qui sont devenues
en situation d'itinérance dans les dernières années, il y en a qui sont inscrites
sur une liste d'attente...
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
Mme Laflamme (Véronique) :...quand on sait que la moyenne, c'est cinq ans à Montréal.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Alors, nous allons du côté de... député des Îles-de-la-Madeleine, pour un
2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci, M. le
Président. Merci, Mme Laflamme. Bon, je vous... Je comprends que vous suggérez de...
le retrait du projet de loi n° 31 en disant : Ça ne répond pas à la
crise actuelle, puis il faudrait une stratégie beaucoup plus globale pour l'attaquer.
La stratégie viendra, on l'espère. Le projet de loi, j'imagine qu'on va devoir
continuer à l'étudier.
Bien, j'aimerais... Et j'apprécie le fait
que, malgré le fait que vous êtes... vous avez certaines réserves importantes
par rapport au projet de loi, vous... quand même, vous suggérez des pistes
intéressantes. Puisque vous le faites si bien, là, vous maîtrisez si bien le dossier,
quand vous parlez du logement social, versus l'habitation, versus le logement
abordable, en quelques... sans faire de la sémantique, là, pourquoi c'est si
important, pour vous, distinguer les choses?
Mme Laflamme (Véronique) :Excellente question. Parce que ce débat sémantique là bouge
très vite au Québec, hein? Je le disais, la Loi de la SHQ a été modifiée en
2020 seulement pour introduire le vocable «logement abordable». Donc, c'est que
tout ça est très nouveau. C'était un terme qui était utilisé davantage au
fédéral par le passé.
Donc, le logement social,
traditionnellement, au Québec, ça a été... Ce qu'on considérait comme du
logement social, c'est du logement hors marché privé, hein? Dans le fond, la
définition, là, c'est du logement sur lequel on ne fait pas de profit, qui n'est
pas sur le marché privé. Il est donc social. Parfois, les gens vont comprendre :
Logement social égale habitation à loyer modique. Ce n'est pas la même chose.
Pour nous, une habitation, dans le fond, qui est... qui est hors marché privé,
qui est une coopérative et qui, finalement, répond à des besoins de ménages à
modestes revenus, c'est une habitation sociale.
Mais donc, pour répondre à cette... à ce
débat sémantique, dans les dernières années, l'utilisation de «logement social
et communautaire» a été utilisée par certains et certaines. Mais nous, quand on
parle de logement social, on englobe les trois tenures de logement social, tel
que reconnu, notamment, dans le cadre de référence sur le soutien du logement
social et <communautaire...
Mme Laflamme
(Véronique) :
...notamment dans le cadre
de référence sur le soutien du logement social et >communautaire, auquel
ont adhéré la SHQ et le MSSS, notamment. Donc... Mais, une chose est sûre, «l'habitation»,
ce n'est pas ça que ça veut dire. Et le logement abordable, bien, ça ne... ça peut
inclure du logement social, mais ça ne le garantit pas. Et c'est là, la
préoccupation qu'on a.
M. Arseneau : D'accord. Vous
avez parlé... Rapidement, les évictions forcées, vous dites : Bon, le
projet maintient cette possibilité-là d'évincer les locataires pour subdiviser,
agrandir et changer d'affectation. Mais il y a aussi un article qui disparaît, les
recours du locataire. Ça, j'imagine, ça doit vous inquiéter aussi, là, le...
l'abolition de l'article du Code civil, 1965, qui dit que... bien, qui
disparaît, essentiellement, là, selon l'article 5... l'article 1966,
c'est-à-dire, de... du projet de loi n° 31.
Mme Laflamme (Véronique) :Attendez un peu, je vais...
Le Président (M. Schneeberger) : En
10 secondes, parce que le temps est passé.
Mme Laflamme (Véronique) :Attendez un petit peu. Là, il va falloir que vous me
rafraîchissiez la mémoire, parce que, là, je ne vous suis pas sur ce petit bout
là. Je suis désolée.
M.
Schneeberger
:
Alors...
M. Arseneau : Bien, enfin, on
aura l'occasion d'y revenir. Je... Le temps est écoulé. C'est bon.
Mme Laflamme (Véronique) :Bon, OK.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, merci beaucoup pour votre présentation.
Alors, nous suspendons quelques instants
pour permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 37)
(Reprise à 16 h 40)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants du Regroupement des comités logement et associations de
locataires du Québec. Alors, bonjour à vous deux. Alors, dans un premier temps,
veuillez vous présenter avec votre titre, et par la suite vous pouvez procéder
immédiatement à votre présentation. Vous avez 10 minutes. Et il y aura
ensuite un... une période d'échange avec les députés. Allez-y.
Regroupement des comités logement et associations
de locataires du Québec (RCLALQ)
M. Dussault (Cédric) : Bonjour.
Cédric Dussault, co-coordonnateur et porte-parole du RCLALQ. Je suis accompagné
de mon collègue Martin Blanchard, qui est aussi co-coordonnateur. Je vais y
aller tout de suite.
Depuis que le contenu du projet de loi
n° 31 a été rendu public le 9 juin dernier, son article 7, qui
vise à restreindre le droit de cession de bail pour les locataires, a soulevé
l'indignation d'une grande partie de la population québécoise. Il y a de
très... Il y a eu des très nombreuses manifestations contre le projet de loi
n° 31, dont une, le 22 juin, a rassemblé des milliers de personnes.
Pas plus tard que samedi dernier, il y a eu des manifestations aux quatre coins
du Québec, et des dizaines et des dizaines d'organisations provinciales, régionales
et locales de différents secteurs se sont prononcées en faveur de la
préservation du droit de cession de bail.
Mais l'indignation de la population face
au projet de loi n° 31 ne tient pas seulement à la question de la cession
de bail, et c'est autant pour ce qu'il contient, soit des reculs majeurs pour
les locataires, que ce qu'il ne contient pas, soit une réponse à la grave crise
du logement qui frappe lourdement l'ensemble du Québec, que le projet de loi
n° 31 choque autant. Si l'intention de <retirer...
M. Dussault (Cédric) :
...qui
frappe lourdement l'ensemble du Québec, que le projet de loi n° 31 choque
autant. Si l'intention de >retirer un droit aux locataires, aussi limité
soit-il, suscite autant la colère, c'est parce qu'il y a déjà de... un profond
déséquilibre dans le rapport de force entre locataires et propriétaires, qui
désavantage très nettement les locataires, un déséquilibre que le projet de loi
n° 31 ne vient qu'accentuer.
Je dis que le droit de cession de bail est
limité. C'est parce que, contrairement à ce qu'on a laissé entendre à cette
commission, ce n'est pas un droit qui est très largement utilisé. La cession de
bail ne concernerait pas plus que 1 % ou 2 % des baux qui changent de
mains chaque année au Québec, selon une enquête interne auprès des comités
logement du Québec. C'est très loin du 25 %, le chiffre avancé par la
CORPIQ, dont la méthodologie est douteuse, car c'est un sondage interne auquel
ont répondu des propriétaires de plusieurs centaines de logements que sont, pour
la plupart, les membres de la CORPIQ.
Prenons les chiffres les plus solides que
possède le gouvernement. En 2022, seulement 17 causes touchant des
cessions de baux ont été entendues au Tribunal administratif du logement. En
2023, nous n'en sommes actuellement qu'à 12 causes entendues. Donc, on
aura peut-être une diminution cette année. Donc, la question à se poser, c'est :
Pourquoi est-ce que les locataires tiennent au droit de cession de bail, mais
surtout pourquoi est-ce que les propriétaires tiennent à ce point-là à s'en
débarrasser?
Le droit de propriété n'est pas un droit
absolu. Il ne donne pas le droit à la discrimination et il ne donne pas le
droit d'enfreindre le Code civil du Québec. En effet, le Code civil donne aux
locataires le droit au maintien dans les lieux et celui de refuser une hausse
de loyer abusive, même lorsqu'il y a un changement de locateur. Tout ça, c'est
en théorie, parce qu'en pratique, dans le cadre actuel, ces droits-là sont
presque systématiquement bafoués. Je vais y revenir.
Réglons une chose tout de suite. Si les
associations de propriétaires veulent voir disparaître la pratique de la
cession de bail, ce n'est certainement pas en raison d'un problème de
marchandisation des cessions de baux par les locataires. Cette idée que la marchandisation
des baux serait un problème répandu est totalement loufoque, d'abord parce que,
je le répète, la cession de bail elle-même n'est pas une pratique à ce point
répandue, ensuite parce qu'absolument aucune preuve ne vient corroborer...
corroborer cette affirmation des associations de propriétaires voulant qu'un
nombre important de locataires monétiseraient leurs cessions de bail. Ce n'est
rien d'autre qu'un écran de fumée émis pour masquer les véritables motifs pour
lesquels le lobby des grands propriétaires souhaite voir disparaître la cession
de bail.
En fait, ce que le débat de la cession de
bail vient mettre en lumière, c'est l'absence de mécanismes capables de
garantir les droits des locataires, qui sont pourtant inscrits dans des textes
de loi qui sont adoptés ici même par les élus de l'Assemblée nationale. En
l'absence de tels mécanismes, lorsqu'il y a un changement de locataire dans un
logement, les propriétaires ont tout le loisir de dicter le montant du loyer.
Aussi, en l'absence... Aussi, l'absence de tels mécanismes engendre un contexte
de discrimination rampante. En fait, à l'heure actuelle, à peu près rien
n'empêche les propriétaires de refuser un logement à un locataire sur des bases
purement discriminatoires.
En l'absence de mécanismes pouvant
garantir les droits des locataires pourtant inscrits dans le Code civil et la Charte
des droits, la cession de bail est devenue, par la force des choses, le seul
recours, aussi limité soit-il, qui permet à des locataires d'accéder à un
logement dont le loyer n'est pas complètement déraisonnable ou encore à des
locataires faisant l'objet de discrimination d'accéder à un logement tout
court.
En fait, si les associations de
propriétaires souhaitent voir disparaître la pratique de la cession de bail,
c'est justement pour pouvoir continuer de bafouer en toute impunité et sans
entrave les droits des locataires inscrits dans le Code civil et la Charte des
droits et libertés de la personne en dictant le montant du loyer et en
discriminant à leur guise. La prétendue libre négociation entre propriétaires
et locataires, dans un contexte qui est le nôtre actuellement, elle n'existe
tout simplement pas.
Il ne peut pas y avoir de libre
négociation dans un contexte d'explosion des loyers, dans un contexte où il est
presque impossible pour le commun des mortels de trouver un logement qu'il peut
se payer sans s'appauvrir et dans un contexte où bon nombre de locataires
vivent sous la menace d'une éviction frauduleuse ou d'une reprise de logement
de mauvaise foi. Il ne peut pas y avoir de libre négociation quand vous visitez
un logement dont le loyer est beaucoup trop cher pour ce que vous pouvez vous
permettre, que le propriétaire n'a pas rempli la clause G du bail... la section
G du bail, pardon, mais qu'il y a 60 personnes qui attendent en arrière de
vous, qui n'hésiteront pas à payer ce prix-là, même si, comme vous, elles ne
peuvent pas se le permettre, mais que, comme vous, elles n'ont rien trouvé
d'autre. Il ne peut pas y avoir de libre négociation quand ça fait six mois que
votre propriétaire vous harcèle et vous menace à chaque jour pour vous forcer à
quitter le logement où vous habitez depuis 22 ans en échange d'une somme
d'argent ridicule. Il ne peut pas y avoir de libre négociation quand votre
propriétaire vous amène à accepter une hausse de loyer complètement abusive en
vous disant que, de toute façon, si vous n'acceptez pas, il va trouver une
façon de vous évincer. Il ne peut pas y avoir de libre négociation et il ne
peut certainement pas y avoir d'équilibre lorsque, d'un côté, il y a des
personnes qui doivent répondre à un besoin fondamental, celui d'avoir un
logement, et, de l'autre, il y a des possédants qui cherchent à maximiser leurs
profits en ayant toute la latitude pour dicter les prix.
Investir dans l'immobilier locatif est un
choix, mais un choix que peut se permettre seulement une infime partie de la
population québécoise. Par contre, ce n'est pas un choix, pour une mère
monoparentale, de payer 800 $ par mois pour habiter dans un sous-sol avec
sa fille quand elle dépense déjà une fortune en <garderie...
M. Dussault (Cédric) :
...par
mois pour habiter dans un sous-sol avec sa fille quand elle dépense déjà une
fortune en >garderie. Ce n'est pas un choix, pour une famille qui a deux
revenus de travail à temps plein, d'avoir recours au dépannage alimentaire
parce que le trois quarts de ces revenus-là passe dans le paiement du loyer. Ce
n'est pas un choix de se retrouver à la rue à 63 ans parce que votre
propriétaire a décidé de louer votre logement à son fils, un fils qui,
étrangement, possède lui-même une belle grande maison à Rosemère. Ce n'est pas
un choix de retourner vivre avec un conjoint qui vous a envoyée à l'hôpital
plusieurs fois, que vous ne pouvez pas aller rester chez vos amies parce
qu'elles ont toutes peur de lui, que ça fait déjà plus que deux ans que vous
vivez dans une maison de deuxième étape et que, des logements, dans votre coin,
il n'y en a presque pas, et il n'y en a surtout aucun que vous êtes capable de
vous payer. Ce n'est pas un choix de dormir dans son char parce que vous vous
êtes fait évincer d'un logement qui va être loué à des touristes sur Airbnb,
puis que le Programme de supplément au loyer, bien, ça ne s'appliquait pas à
vous.
Pour tout ce que vous venez d'entendre, le
RCLALQ demande non seulement le retrait de l'article 7 du projet de loi
n° 31 qui autoriserait les locateurs à refuser une cession de bail sans
aucun motif, mais aussi l'ajout au projet de loi n° 31 d'articles
permettant d'assurer le respect du Code civil du Québec en matière des droits
des locataires, notamment en prévoyant la mise en place de mesures de contrôle
des loyers comprenant un registre des... un registre public obligatoire qui
s'appliquerait à l'ensemble des loyers du Québec ainsi qu'un plafonnement des
hausses de loyer annuelles qui s'appliquerait même lorsqu'il y a un changement
de locateur, en établissant que toutes reprises ou évictions de logement doivent
être soumises au contrôle du Tribunal administratif du logement et que la
partie propriétaire doive faire la preuve, après un an, que le projet pour
lequel le tribunal a autorisé la reprise ou l'éviction a bel et bien été
réalisé.
Le RCLALQ demande également au
gouvernement de décréter un moratoire interdisant les évictions et reprises
lorsque le taux d'inoccupation des logements est sous la barre des 3 %.
Par ailleurs, le RCLALQ croit que les articles 29
et 30 du projet de loi n° 31, qui proposent de modifier l'article 72
de la Loi sur le Tribunal administratif du logement afin de permettre aux
parties de se faire représenter par un mandataire sans exiger la gratuité, infligeraient
un sérieux recul aux locataires. En 2005, la Cour du Québec a obligé la Régie
du logement à mettre un frein aux actes juridiques par mandataire avec le
jugementGuerreiro. La représentation
par mandataire avantage les locateurs qui peuvent désigner gestionnaires, concierges
ou tout autre professionnel pour les représenter et mener la démarche juridique
en leur nom. Ces mandats étaient courants avant 2005, et le jugement Guerreiro
y a mis fin. Ce fut... Ce fut une bonne chose, et il n'est pas désirable de
revenir à cette époque. Les locataires n'ont pas les moyens d'embaucher des
mandataires professionnels.
En conséquence, le RCLALQ demande la
modification des articles 29 et 30 afin de n'autoriser le mandat de
représentation que par un mandataire membre d'un organisme à but non lucratif,
un OBNL à vocation juridique, et seulement dans les cas où un tel mandat serait
gratuit. Nous demandons aussi que les articles 29 et 30 maintiennent la
possibilité que la représentation par mandataire soit effectuée gratuitement
par un conjoint, un parent, un allié ou un ami.
Il me reste du temps?
Le Président (M. Schneeberger) : ...minute.
M. Dussault (Cédric) : Une
minute. Bien, je vais en profiter, justement, parce que... comme je suis sur le
sujet de la représentation par mandataire, pour dire que... répondre à la
question comme quoi les comités logement ne sont, dans leur ensemble, pour
l'instant, pas intéressés du tout à prendre ce mandat-là, premièrement parce
que le rôle des comités logement est de défendre l'ensemble des locataires du
Québec. Devant un tel mandat, les comités logement devraient avoir à choisir
pour... Si les mandats ne sont pas gratuits, les comités logement devraient
choisir des locataires qui paient, donc, avantager des locataires qui sont plus
fortunés. Donc, pour énormément de raisons, on n'a pas encore de position
unanime là-dessus. Mais on se dirige vers ça, on se dirige vers une position
unanime comme quoi, non, ce n'est pas un mandat, la représentation par
mandataire, qui pourrait être assuré par les comités logement du Québec.
• (16 h 50) •
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour la présentation. Alors, nous allons débuter la période
d'échange. Mme la ministre, vous avez un 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Oui. Parfait.
Bien, écoutez, merci pour votre présentation. J'aimerais ça savoir si vous avez
des statistiques concernant les relations entre locataires, propriétaires, parce
que ce que vous décrivez, c'est catastrophique, là, ça va mal partout, là. Ça
fait que... Est-ce qu'il y a... Est-ce qu'on a des pourcentages, là, qui nous
disent le nombre de personnes contentes versus pas contentes?
M. Dussault (Cédric) : Bien,
si je suis la méthodologie de la CORPIQ, je peux vous dire que c'est 100 %
des locataires qui viennent voir les comités logement qui sont insatisfaits de
leur relation avec leur propriétaire.
Mme Duranceau : OK. Puis ça
donne combien de pour cent, ça, de la population locataire au Québec?
M. Dussault (Cédric) : Bien,
nous, on défend les droits de l'ensemble de la population du Québec. Les associations
de locataires sont des groupes citoyens, justement, de locataires qui se
regroupent ensemble pour pouvoir... pour pouvoir se défendre. Les comités
logement répondent aux locataires. Il n'y a pas de mouvement citoyen qui est
plus représentatif. Puis il n'y a pas, à l'échelle du Québec, de groupe qui est
plus représentatif que le RCLALQ pour parler au nom des droits... au nom des <locataires...
M. Dussault (Cédric) :
...de
groupe qui est plus représentatif que le RCLALQ pour parler au nom des
droits... au nom des >locataires.
M. Blanchard (Martin) : Si je
peux me permettre, on estime qu'il y a environ 100 000 demandes
d'information qui sont reçues chaque année par les comités logement et
associations de locataires du Québec. On ne peut pas prétendre que tous les
locataires qui ont des problèmes appellent les comités logement. Donc, on peut
dire qu'il y en a au moins 100 000, donc à peu près 10 % des ménages,
mais qu'il y en a certainement beaucoup plus en réalité. Ça ne m'étonnerait pas
que c'est quelque chose comme un locataire sur trois ou sur quatre qui a des
problèmes qui contacte un comité logement ou une association de locataires.
Mme Duranceau : Oui.
J'imagine, quand ils vous contactent, je veux dire, ce n'est pas toujours parce
qu'ils veulent s'en aller puis ils veulent... que tout va mal, là.
M. Blanchard (Martin) : C'est
une hausse de loyer abusive, c'est de l'insalubrité dans le logement, c'est... Ça
peut être parfois... Là où c'est... ça ne concerne pas nécessairement un
propriétaire, c'est lorsqu'il peut y avoir des conflits entre locataires. C'est
des situations que l'on constate quand même, malheureusement, dans le domaine
locatif, mais ce n'est pas la majeure partie des cas. Au niveau des statistiques
qu'on a sur les compilations, je dirais qu'à peu près, facilement, la moitié
des locataires qui contactent c'est pour une hausse de loyer abusive. Et puis
une autre grande partie, c'est des reprises, évictions de logement et de... des
problèmes d'insalubrité.
Mme Duranceau : OK. Écoutez,
pour votre information, le chiffre qui nous a été rapporté par la CORPIQ, sur
un sondage fait auprès de locataires et propriétaires, c'est que 88 % de
tout ce monde-là s'entend bien. Ça fait qu'on est dans... on serait dans le
12 %.
M. Blanchard (Martin) : Oui.
Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas ce que dit le sondage.
Mme Duranceau : Non?
M. Blanchard (Martin) : Ce
que dit le sondage, c'est qu'il y en a 88 % qui disent que...
Mme Duranceau : Ils sont
satisfaits.
M. Blanchard (Martin) : ...qu'ils
sont satisfaits, mais, même si on va dans les... dans... un peu dans le fond de
ça, ce n'est pas exactement ça qu'il dit. J'espère que le gouvernement ne
fonctionne pas par sondages pour ce qui est des relations entre locataires et
locateurs.
Ce qu'il faut regarder, c'est sur le
terrain. Si on regarde au niveau des hausses de loyer, elles dépassent
largement le cadre de l'inflation. Si on regarde les évictions et les reprises,
elles sont nettement en très forte hausse. Si on regarde l'insalubrité, on a
toujours les mêmes problèmes d'insalubrité qui ne sont pas nécessairement
réglés. Enfin, regardons ces choses-là de face.
Mme Duranceau : Bien, tout à
fait. Puis c'est ce que j'ai voulu faire, d'ailleurs, en déposant ce projet de
loi là. Mais, d'un naturel positif, là, et... généralement, je voulais juste
remettre en perspective, là, parce que... parce que c'est déprimant pour la
population, là, si on dit que ça va mal pour tout le monde. Il y a... Il y en...
M. Dussault (Cédric) : Bien,
la situation, elle est dramatique pour une grande partie des locataires du
Québec à l'heure actuelle.
Mme Duranceau : Elle est...
Oui, tout à fait. Puis c'est pour ça qu'on va retourner au projet de loi. En
matière d'éviction... Puis combien de fois mon collègue de l'autre côté de la
table m'a interpelée en Chambre pour me parler des évictions, puis des
situations où des personnes vulnérables se faisaient mettre à la rue, puis ça
n'avait pas de bon sens? Puis j'en ai convenu avec lui dès... dès les premiers
jours en Chambre. Je pense qu'on a des avancées dans le projet de loi en
matière d'éviction. Est-ce qu'il y a des choses que vous voulez féliciter?
M. Dussault (Cédric) : Bien, notre
proposition, c'est que... Bien, notre proposition, c'est que l'ensemble des
reprises et des évictions soit contrôlé par le Tribunal administratif du
logement. De cette façon-là, on aurait... on n'aurait pas de surprise, puis ça
réglerait la question de... à savoir si les évictions sont... les reprises de
logement sont légitimes ou non. C'est un cas... C'est une question de
transparence aussi.
Mme Duranceau : Donc... donc,
vous dites... Deux parties peuvent s'entendre entre elles, locataire,
propriétaire, dans un contexte d'éviction, avec des nouvelles mesures où on
vient donner des compensations financières. Malgré ça, vous dites : Il
faudrait que le tribunal vienne par-dessus.
M. Dussault (Cédric) : Les...
Essentiellement, là, les locataires n'acceptent pas de quitter un logement, ils
sont forcés de le faire. D'autre part, ce que les locataires veulent, ce n'est
pas un montant d'argent, c'est un logement. Les locataires ne veulent pas
quitter leurs logements en échange d'un montant d'argent. Puis, même une
compensation, là, un montant d'argent, ça peut être dilapidé extrêmement
rapidement lorsque le montant de votre loyer, il est, tout d'un coup, doublé,
triplé, voire quadruplé, parce qu'il n'y a rien d'autre que vous trouvez de
moins cher sur le marché. Donc, les gens, dans le contexte actuel, je vous
dirais qu'ils... Les locataires valorisent bien davantage le fait d'avoir un
toit sur la tête qu'un... avoir... être compensés financièrement.
Puis il y a un... il y a un précédent
dangereux que pourrait entraîner ce projet de loi là, c'est de légitimer les
évictions, c'est-à-dire qu'à partir du moment où on compense des locataires il
n'y a pas de problème. Mais il y a un problème. Les évictions, c'est censé être
un processus exceptionnel. C'est... c'est très balisé par le Code civil sur
papier. Malheureusement, dans les faits, c'est systématiquement bafoué. Nous,
on évalue... La plus... la plus longue étude qu'on a que... qui a été faite,
c'est l'étude du Comité logement Petite-Patrie, qui est la plus... qui est la
plus fiable sur les évictions, et les reprises de logement, et les
rénovictions, et toutes ces tactiques-là, puis ça a été <déterminé...
M. Dussault (Cédric) :
...les
évictions, et les reprises de logement, et les rénovictions, et toutes ces
tactiques-là, puis ça a été >déterminé que c'était 85 % de tous ces
procédés-là qui étaient frauduleux, c'est-à-dire que le motif qui était invoqué
au départ, pour lequel l'éviction a été faite, était un faux motif. Puis le véritable
motif, c'était seulement pour mettre un locataire dehors pour pouvoir augmenter
de façon très significative le montant du loyer ou encore de louer sur une
plateforme d'hébergement touristique.
Mme Duranceau : OK. Puis là
la notion de fardeau de preuve qu'on renverse puis qu'on met sur les épaules du
propriétaire pour, tu sais, qu'il prouve sa bonne foi, s'il n'a pas fait ce
qu'il voulait ou...
M. Blanchard (Martin) : Oui.
Ce dont on parle, là, ce dont vous parlez, c'est l'article... Lorsqu'il y a une
poursuite pour reprise ou éviction de mauvaise foi et que... pour les dommages
et intérêts matériels et moraux seulement, et non pas les dommages punitifs, il
y aurait... le propriétaire aurait à prouver sa bonne foi. Sinon, il est
condamné aux dommages et intérêts matériels et moraux. Oui, c'est une avancée,
mais c'est une très... une avancée qui est, disons... C'est le plus petit pas
qu'on pouvait faire dans le... dans ce domaine-là.
La première chose à dire, c'est qu'on a à
peu près moins d'une cinquantaine de poursuites pour reprise et éviction de
mauvaise foi au Québec à chaque année. Les locataires ne retournent pas sur le
lieu du traumatisme qu'ils ont vécu. Les locataires qui viennent nous voir, il
y en a qui... ils sont... je veux dire, qui perdent leur santé mentale suite à
une reprise ou une éviction, qui sont aux portes du suicide. Ils ne veulent pas
retourner dans cette histoire-là qui les a traumatisés à vie. Donc, quand bien
même on hausserait ou, en tout cas, on faciliterait le fardeau de preuve, ces
locataires-là... ça ne va pas aider la très grande... majeure partie des
locataires qui ont une éviction, une reprise de mauvaise foi.
Mais, certes, ça va être plus facile pour les
dommages et intérêts matériels et moraux, qui sont beaucoup moins élevés que
les dommages et intérêts punitifs. Matériels et moraux, c'est, je ne sais pas,
le set de rideaux que vous avez eu à acheter parce que vous avez à déménager,
ce genre de chose là.
Mais, là où il y a vraiment beaucoup de
compensations à aller chercher, c'est au niveau des dommages punitifs. Alors,
on demande que le fardeau de preuve soit aussi renversé pour les dommages
punitifs, ne serait-ce que pour avoir un peu de cohérence et, en plus, pour ne
pas se retrouver face à des locataires qui disent : Bien, je vais juste
aller chercher des dommages et intérêts matériels et moraux, ce qui baisserait
les compensations des... moyennes qu'ils ont, qui ne sont pas élevées. En ce
moment, c'est environ 5 000 $, en moyenne, de compensation. Ce n'est
pas grand-chose quand on est face à une fraude, et qui nous a fait perdre notre
logement.
Mme Duranceau : OK. Bien, au
niveau... Revenons au niveau des évictions. Donc, est-ce que... Là, je ne vous
ai pas entendus dire ça, là, mais c'est... c'est déjà dans le Code civil. C'est
permis. Vous avez dit : C'est... c'est permis puis ça devrait être des
situations qui sont... qui sont exceptionnelles. C'est quoi, vos suggestions
pour encadrer ça davantage ou autrement, si vous trouvez que ça, ce n'est pas
suffisant?
M. Dussault (Cédric) : C'est...
c'est dans notre mémoire. C'est que tous les... toutes les évictions et toutes
les reprises soient... passent par le Tribunal administratif du logement. À
l'heure actuelle, là, pour les gens qui ne sont pas au courant, c'est qu'il
suffit d'envoyer un avis. Il suffit que le propriétaire envoie un avis au
locataire. Puis, même, dans certains cas, il ne le fait même pas par écrit. Il
le fait verbalement. Puis il y a des gens qui ne connaissent pas nécessairement
leurs droits, qui... qui se font évincer quand même.
Bien, ce qu'on demande, c'est qu'il faut
que ça passe par le Tribunal administratif du logement, tous les cas de
reprise, tous les cas d'éviction, mais aussi qu'il y ait un contrôle, c'est-à-dire
qu'au bout d'un an le propriétaire doive revenir au tribunal pour faire la
preuve que le... la raison pour laquelle l'éviction a été accordée, le projet
qu'il a invoqué, soit un agrandissement, une subdivision, un changement
d'affectation ou, dans le cas d'une reprise, que c'est vraiment un parent ou un
enfant qui occupe le logement... Il faut que le propriétaire fasse la preuve
que cette éviction-là ou cette reprise-là était légitime au bout d'un an. Puis,
par défaut, si le locateur n'est pas capable d'en faire la preuve, bien, il y ait...
il y ait des conséquences pour ce locateur-là.
• (17 heures) •
Mme Duranceau : ...vous dites :
Il faut qu'il en fasse la preuve au bout d'un an.
M. Dussault (Cédric) : Oui,
parce que c'est... Actuellement...
Mme Duranceau : Donc, la
personne est partie, là.
M. Dussault (Cédric) : Oui, parce
qu'actuellement, là...
Mme Duranceau : Donc, ce
n'est pas pour prévenir.
M. Dussault (Cédric) : Bien,
c'est pour prévenir aussi, au sens où... Si on contrôle tous les... toutes les
reprises et toutes les évictions, d'abord, on a un certain contrôle, parce qu'à
l'heure actuelle c'est... c'est le far west. Il n'y a pas de contrôle. Puis,
d'autre part aussi, c'est que, si les locateurs qui sont... qui procèdent à des
fraudes sont par la suite punis, bien, ça va en décourager.
Il n'y a pas de système parfait, effectivement,
mais, à l'heure actuelle, il n'y a pas de système du tout, là, pour encadrer...
encadrer les reprises et les évictions. Puis ce qu'on sait, c'est que c'est une
majeure partie, puis ça, c'est dans l'ensemble du Québec, qui sont <frauduleuses,
là...
>
17 h (version révisée)
< M. Dussault (Cédric) :
...ce
qu'on sait, c'est que c'est une majeure partie, puis ça, c'est dans l'ensemble
du Québec, qui sont >frauduleuses, là.
Mme Duranceau : OK. Ça fait
que... Puis là vous pensez que les mesures actuelles, avec, quand même, des
compensations financières, là, pour dissuader, là... bien, mieux traiter,
premièrement, les locataires qui ont à être déplacés, ça, ce ne sera pas...
M. Dussault (Cédric) : Elles
ne viennent pas nécessairement dissuader les comportements frauduleux, les
mesures actuelles.
Mme Duranceau : OK. Ensuite,
on parle de la limite monétaire qui a trait à la compétence du Tribunal
administratif du logement dans des contextes d'insalubrité. Donc, je pense que
vous saluez le fait que cette limite-là... cumulative, là. Justement, les
contextes d'insalubrité, moi, c'est quelque chose qui me préoccupait, puis que
les gens puissent vivre dans un... un environnement qui est décent, là. Puis
ça, je pense que tout le monde a droit à ça. Est-ce que vous avez des
suggestions, à cet égard-là, pour être plus... plus incisifs, peut-être, auprès
des propriétaires délinquants?
M. Blanchard (Martin) : ...là
où je pense qu'on pourrait agir... Et ce n'est pas dans le projet de loi. Ce n'est
pas nécessairement... Ce n'est pas dans notre mémoire non plus. On n'a pas...
On a eu cette discussion-là. Mais, puisque la question est lancée, un des gros
problèmes qui est en hausse depuis la pandémie, c'est la punaise de lit, et le
problème de la punaise de lit est lié fortement à la pauvreté. Il y a un lien
qui est à faire et qui est... Et on le constate sur le terrain. Les locataires
qui vivent dans des logements moins salubres vont accepter le sort qui leur est
réservé d'accepter ce logement-là. Ils ne vont pas nécessairement se plaindre,
parce qu'ils ont peur de perdre leur logement, ils ont peur du stigmatisme, ils
ont peur des représailles. Et, de toute façon, ils ont une expérience de vie
qui leur dit que, lorsqu'ils se plaignent, ça va toujours mal se terminer.
Donc, là où il y a réellement une grande
avancée à faire, c'est de se pencher sur les punaises de lit et de regarder la
réglementation québécoise. Actuellement, un... pas un... un gestionnaire
parasitaire, c'est comme ça qu'on les appelle, n'a qu'à suivre une formation de
quelques heures en ligne pour avoir le droit d'avoir une licence. En fait, il y
a un immense ensemble de problèmes. Je ne peux pas tous les décrire ici. Mais,
si jamais le gouvernement voulait agir sur l'insalubrité, la première chose que
je dirais, c'est les punaises de lit. Et appelez-nous, parce qu'on a réellement
une expertise là-dessus, et qui a été franchement... qu'on a...
Par exemple, dans La Petite-Patrie,
on a des projets pilotes qui ont réussi à réellement se débarrasser de la
punaise pour tout un bloc. Et on parle de conciergerie, d'endroits qui ne sont
pas faciles à travailler, et on a réussi à travailler ces problèmes-là. Donc,
il y a des avancées à faire.
Mme Duranceau : Bon, bien,
ça, j'en prends bonne note, là. On ne pensait pas parler de ça aujourd'hui,
mais merci du commentaire. Mais... Puis, vraiment, au niveau des inspections en
salubrité, comment on peut...
M. Blanchard (Martin) : Il y
a une dernière chose à dire, c'est une revendication du RCLALQ depuis très
longtemps, qu'il y ait un code du logement provincial. Actuellement, les codes
de salubrité et de sécurité des logements, ça dépend des municipalités. Et, les
municipalités, bien, il y en a beaucoup qui disent : Bien, on n'a pas les
moyens d'avoir un code du logement. Donc, on se retrouve avec une immense
inégalité entre les municipalités qui ont un code du logement et celles qui n'en
ont pas. Et, là-dessus, on a une revendication historique d'avoir un code du
logement provincial. Il me semble que, s'il peut y en avoir un à Montréal, il
peut y en avoir un partout au Québec.
Mme Duranceau : Puis qu'est-ce
que ça aurait comme impact? Au niveau de l'application, comment...
M. Blanchard (Martin) : C'est
que les locataires auraient, à ce moment-là, des outils, au niveau municipal,
pour être capables de... des inspecteurs. Il pourrait y avoir des... Il
pourrait aussi y avoir des règlements beaucoup plus appliqués à la situation qu'ils
vivent, ne serait-ce que, par exemple, sur les problèmes de... sur les
problèmes d'humidité excessive, toutes ces choses-là qui ne se retrouvent pas
dans le Code civil actuel. Et, avec un code du logement provincial, bien, il y
aurait des règles auxquelles les locateurs seraient tenus. Les propriétaires
seraient tenus d'observer ces règles-là. Il peut y avoir une intervention
municipale, que je verrais un peu plus facile qu'avoir des inspecteurs du
Québec un peu partout dans les municipalités.
Mme Duranceau : OK. Parfait.
Merci. C'est intéressant. C'est bon pour moi.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Ça va? OK. Alors, nous allons du côté de l'opposition officielle avec la
députée de Mille-Îles. Vous avez 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Merci, MM. Dussault et Blanchard, pour votre exposé, votre mémoire.
Code du logement, juste une petite parenthèse, j'étais à la ville de Laval
avant, et on a eu à le mettre en place. Ça a pris quand même plusieurs années.
Et Laval, c'est une... c'est une grande ville. Bien, malgré tout, ça a pris pas
mal de ressources municipales pour <l'écrire...
Mme Dufour :
...de
ressources municipales pour >l'écrire. Alors, je trouve que l'idée est
fort intéressante, parce que je peux imaginer qu'il y a beaucoup de villes de
moindre ampleur qui n'ont pas nécessairement les ressources, là, pour mettre ça
en place. Puis par contre, après ça, il faut voir comment l'appliquer, là,
parce que... parce que, malgré tout, il continue à y avoir des cas
d'insalubrité à Laval, malgré un code du logement. Ça fait qu'il y a une
réflexion, je pense, à avoir là-dessus, définitivement, parce que c'est... vous
l'avez bien dit, là, les plus vulnérables sont ceux qui sont les plus affectés par
ces insalubrités-là, malheureusement.
Je vais peut-être venir sur quelque chose
d'un petit peu plus technique. Vous avez parlé de la CMM dans votre mémoire. Le
FRAPRU aussi en a parlé, mais je n'avais pas eu la chance de leur poser la
question. Alors, je vais vous la poser, à vous. Dans le fond, la notion,
actuellement, qui est proposée, c'est de changer «logement social» par le mot
«habitation» dans la loi, là, différentes lois où on réfère à la CMM. Et hier
on a rencontré les gens de la CMM, puis ils nous ont expliqué, dans le fond,
que ce qu'ils souhaitaient par ce changement-là, c'était d'être capables de
verser une contribution aux municipalités qui investiraient dans des projets
communautaires, mais qui ne sont pas... qui ne rentrent pas dans un programme
de la SHQ. Et là ils nous donnaient l'exemple... UTILE, par exemple, ils ont
été approchés pour contribuer à ce genre de projet là. Alors, je leur ai
demandé s'il y avait une modification... au lieu d'être «habitation», que ce
soit plutôt «logement social et/ou communautaire». Ils semblaient ouverts à ça.
Et je voudrais vous entendre là-dessus, sur cette proposition-là. Qu'est-ce que
vous en pensez?
M. Dussault (Cédric) : Bien,
malheureusement, en fait... Puis là je pense que, c'est ça, il y a des
questions, des fois, qui sont posées, qui sont plus du ressort d'un
regroupement ou un autre de part et d'autre. Mais ce que moi, j'aurais à dire
là-dessus, c'est que, malheureusement, on a l'impression qu'il y a des
municipalités qui s'adaptent comme ça parce qu'on a coupé le financement pour
le logement social. Donc, c'est malheureux, parce que ça entérine un peu ce qui
a été fait au provincial. Donc, on abandonne aussi cette question-là au niveau
municipal. Mais malheureusement, c'est ça, c'est... Il faut financer le
logement social. Le vocable qui a été... qui a commencé à être utilisé depuis
quelques années, qui est « logement
social et abordable », en
général, quand on parle de ça, le logement, il finit par n'être jamais social
et il n'est souvent pas très abordable.
Mme Dufour : D'accord. Merci.
Je voudrais aussi vous entendre sur... À la page 10, là, vous parlez des
reprises, des évictions. On en a parlé un peu. Vous en avez parlé avec la
ministre aussi. Mais il y a eu une proposition. Vous, vous proposez, là, que le
propriétaire fasse preuve au tribunal après un an. Mais faire preuve au
tribunal, ça peut... ça peut... disons, on peut présenter les preuves qu'on
veut bien. Le FRAPRU, qui vous a... qui vous a précédés, proposait plutôt une
inspection systématique après un an. Et j'aurais voulu... Je n'ai pas eu la
chance d'en parler avec eux non plus, mais qu'en pensez-vous, de cette
possibilité-là où, là, on constate sur place la réalité plutôt que... c'est ça,
plutôt que...
• (17 h 10) •
M. Blanchard (Martin) : Bien,
pourquoi pas? Mais le mieux est l'ennemi du bien, parfois, c'est-à-dire, là,
tant mieux s'il y a des inspecteurs qui vont aller dans tous les logements
qui... Et je ne serais pas... Et là je ne pense pas que le RCLALQ et ses
membres seraient opposés à ça, mais, s'il est possible d'opérationnaliser
quelque chose sans que ce soit trop lourd, je pense que les propriétaires
pourraient avoir à faire preuve de la subdivision ou du... Par exemple,
subdivision ou agrandissement, bien, c'est sur le rôle foncier. On le voit.
Donc, à ce moment-là, ils envoient un extrait du rôle foncier, puis il y a une
subdivision ou un agrandissement. La reprise, si c'est pour un parent ou un
enfant, bien, à ce moment-là, il peut y avoir, là, une série de vérifications
des identités par rapport au logement, là. C'est quand même une preuve qui...
dont on peut aller chercher des documents assez formels à produire et qui seraient
à la satisfaction.
Après ça, est-ce qu'il y aurait des brèches
là-dedans? Oui, il y en aurait. Après ça, on va travailler les brèches. Mais,
s'il faut attendre dans 1 000 ans qu'il y ait des inspecteurs, qu'ils
aillent dans chaque logement, je préfère qu'on commence par cette mesure-là.
Mme Dufour : Je comprends.
Merci. Je voudrais aussi vous entendre, vous êtes les seuls qui avez parlé de
cet élément-là, de tous les groupes qu'on a rencontrés, les dommages-intérêts
punitifs versus les dommages-intérêts matériels et moraux. Donc, peut-être vous
entendre sur votre recommandation 4.
M. Dussault (Cédric) : Tu
veux y aller encore?
M. Blanchard (Martin) : Oui.
Bien, les dommages et intérêts matériels et moraux que les locataires peuvent
réclamer lorsqu'il y a eu une reprise ou une éviction de mauvaise foi et qu'ils
font une poursuite, qu'ils vont à travers le... la <procédure...
M. Blanchard (Martin) :
...et
ils ont une éviction de mauvaise foi et qu'ils font une poursuite, qu'ils vont à
travers le... la >procédure, très difficile pour les locataires de se
rendre à la poursuite.
Les dommages matériels et moraux, c'est,
par exemple, tous les biens qu'ils ont eu à acheter suite au déménagement
lorsqu'ils ont eu une éviction forcée. Ça peut être aussi le différentiel de
loyer. Donc, il y a eu un différentiel de loyer à payer, et la cour, le
tribunal va accorder une année ou peut-être même deux années. Habituellement,
c'est un an de différentiel de loyer. On peut aller jusqu'à deux ans. Ça
s'arrête à peu près là. Donc, ce n'est pas beaucoup, hein? C'est
3 000 $ ou 4 000 $ qu'on peut réclamer par ça.
Les dommages et intérêts punitifs, c'est
lorsque la mauvaise foi des propriétaires fait en sorte qu'elle est punie par
la loi, c'est-à-dire on veut punir. Ce n'est pas des dommages compensatoires.
On ne va pas compenser les problèmes que les locataires ont eus. On va plutôt
dire : On va vous punir d'avoir fait ce geste-là et on va dissuader... On
va envoyer un message pour dissuader les prochains à ne pas refaire la même
chose. Et là, par exemple, on va y aller parfois sur les profits réalisés
lorsqu'il y a eu la revente des appartements ou des immeubles. Donc... Et là
les jugements qu'on trouve les plus intéressants à ce niveau-là, c'est
20 000 $, 30 000 $, 40 000 $ de dommages punitifs,
parce que les profits qui ont été réalisés sont immenses.
Mme Dufour : Il y a eu un cas,
de mémoire, 45 000 $...
M. Blanchard (Martin) : Oui.
Mme Dufour : ...il y a
quelques semaines à peine. Donc, c'est ça que vous souhaiteriez, que le fardeau
de la preuve soit inversé également, comme...
M. Blanchard (Martin) : Exactement.
Le propriétaire a à prouver sa bonne foi aussi dans les cas des dommages
punitifs. C'est un peu étrange de séparer les deux. Je ne vois pas trop la
logique. Pourquoi est-ce que, d'un côté, le fardeau de preuve serait sur le
propriétaire et, de l'autre côté, sur le locataire? Il n'y a pas de logique
juridique. Je ne vois pas, là, pourquoi on fait cette séparation-là. Et la
crainte, c'est qu'on abandonne les dommages punitifs parce que le fardeau de
preuve est plus difficile à aller... à rencontrer.
Mme Dufour : Je comprends.
M. Dussault (Cédric) : ...ce
que je disais tantôt. C'est que, si on fait seulement compenser les locataires
lorsqu'il y a une éviction, qu'elle soit frauduleuse ou non, bien, en fait, on
vient légitimer les comportements frauduleux puis on vient même encourager les
comportements frauduleux. Donc, c'est un peu.... c'est un peu dans ce sens-là.
Mme Dufour : Je comprends. Merci.
Je vais peut-être vous... Le dernier élément, pour moi, que je vais aborder,
c'est la discrimination. Vous êtes aussi les seuls qui en avez parlé, et
c'était quand même une préoccupation. On a vu beaucoup de cas... En fait, non,
il y a eu un groupe qui est venu en parler. C'était la fédération des étudiants
collégiale qui faisait part de la discrimination envers les jeunes qui
essayaient de trouver des logements. On a vu des cas de personnes qui venaient
d'ailleurs, des mères de famille qui sont refusées parce qu'elles ont des
enfants. Donc... Et j'ai compris ce que vous avez dit, là. Le droit à la
propriété n'autorise pas le droit à la discrimination. Mais, tu sais, dans
l'ordre des choses actuel, comment on peut, disons, prévenir la discrimination?
Il n'y a pas vraiment de mesure proposée ici, mais je voudrais vous entendre
là-dessus.
M. Dussault (Cédric) : Effectivement,
on n'en a pas proposé dans notre mémoire. Par contre, on a une revendication,
au RCLALQ, c'est que les cas de discrimination en matière de logement, au
Québec, passent aussi par le Tribunal administratif du logement. À l'heure
actuelle, pour les cas de discrimination, que ce soit en matière de logement ou
en d'autres domaines, il faut passer par la Commission des droits de la
personne. Nous, ce qu'on réclame, c'est que ça passe aussi par le Tribunal
administratif du logement. Puis j'aimerais ça dire que... La discrimination,
effectivement elle est très, très problématique au Québec en matière d'accès au
logement. Elle est très large aussi. Elle touche énormément de population. Puis
effectivement ça a peut-être... Malheureusement, ça n'a pas été beaucoup
entendu.
Nous, on voulait... La semaine dernière,
on a fait une conférence de presse. On a voulu donner la parole à des groupes
qui, malheureusement, ne sont pas nécessairement représentés ici, en
commission, mais pour qui la discrimination est extrêmement, extrêmement présente,
là, dans la recherche de logement, puis pour qui... Puis c'est ça qu'on s'est
rendu compte, en fait, comme regroupement, on s'est rendu compte qu'il y avait
beaucoup de groupes qui avaient recours au droit de cession de bail pour avoir
accès à un logement. Donc, ce n'était même pas simplement d'avoir accès à un
logement qui était plus abordable. Pour certaines personnes, pour certains
groupes sociaux, c'est d'avoir accès à un logement tout court.
Donc, en enlevant le droit de cession de
bail, on vient enlever, pour certaines personnes, même si ce n'est pas des
millions de personnes, on vient enlever, pour certaines personnes, la <possibilité...
M. Dussault (Cédric) :
...des
millions de personnes, on vient enlever, pour certaines personnes, la >possibilité
d'avoir accès à un logement concrètement. Puis effectivement ce n'est pas la
cession de bail qui va tout régler, mais...
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci...
M. Dussault (Cédric) : Il faut
vraiment agir en matière de discrimination, effectivement, mais, à l'heure
actuelle, ne pas agir en matière de discrimination et enlever en plus la
cession de bail, c'est favoriser la discrimination.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous passons maintenant du côté de la deuxième opposition avec
le député de Laurier-Dorion, pour 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci, M. le
Président. Dans les 3 min 28 s qui me sont allouées, j'aimerais
ça vous entendre parler de la clause F. Vous n'avez pas... Vous vous êtes
concentrés sur la cession de bail, là, ce qui est tout à fait légitime, là,
mais j'aimerais ça vous entendre, connaître... mieux connaître et comprendre
votre positionnement, là, sur la clause F.
M. Blanchard (Martin) : Oui,
bien sûr. Bien, la clause F, je veux dire, que des propriétaires qui
viennent de construire un immeuble... Moi, j'ai emménagé dans un nouvel
immeuble en 2018. Et, de 2018 à 2023, bien, j'étais sous la clause F, mais
les augmentations de loyer étaient vraiment correctes. Heureusement, mon
propriétaire est un propriétaire public, et j'ai eu cette chance-là de ne pas
recevoir une hausse de loyer qui m'aurait contraint à quitter mon logement.
Mais le fait de ne pas pouvoir contester
sa hausse de loyer, quand bien même elle serait inscrite et prévue, le fait de
ne pas pouvoir contester sa hausse de loyer n'est pas... est une aberration et
un non-sens. Il faut pouvoir avoir le droit de contester sa hausse de loyer, et
que le tribunal regarde si celle-ci est juste au regard des factures, au regard
des pièces justificatives qui sont données. Et, oui, il peut y avoir des coûts
non prévus que le propriétaire d'un nouvel immeuble rencontre, mais celles-ci
doivent être regardées par un tribunal, et non laisser la porte à des abus.
Alors, quand bien même... Si l'abus est inscrit dans une clause dans un bail,
elle ne règle pas ce problème-là qu'il n'y a pas de contestation possible avec
la clause F.
M. Dussault (Cédric) : Moi,
j'aimerais ça aussi, là, à la question de la... la prévisibilité, pardon, des
hausses de loyer... Dans certaines régions, là, il y a... on est à un taux
d'inoccupation qui est à zéro ou tout près de zéro. Pour certains locataires,
les seuls logements qui sont disponibles, ça va être des logements neufs. Quand
bien même qu'on vous dit que, dans un an, dans deux ans, ça va augmenter à tel
montant, vous n'avez pas de choix. Il n'y a pas d'autre option qui s'offre à
vous. Il n'y a pas de loyer disponible. Donc, le seul choix que vous avez,
c'est de quitter la région.
Donc, il y a des gens qui, bon, soit se
retrouvent, justement, avec un fardeau extrêmement important, avec une
augmentation de loyer qui est extrêmement importante, puis je pense que
Véronique en a parlé aussi, ça... Oui, évidemment, ça concerne des gens qui
sont à plus faibles revenus, mais il y a des gens qui ont des bons revenus
aussi, mais pour qui le fardeau d'une augmentation de loyer, là, qui est pour
les immeubles qui ont été construits il y a moins de cinq ans, elle peut être
extrêmement importante puis elle peut vous faire passer au-dessus du 30 %.
Puis, c'est ça, dans certaines régions, vous
allez avoir des gens qui ont le choix entre payer 60 % de leurs revenus au
paiement du loyer ou quitter la région. Puis, même en quittant la région, je
vous dirais qu'à l'heure actuelle les taux d'inoccupation sont extrêmement bas
aussi partout, les loyers sont extrêmement élevés un peu partout, donc, c'est...
Même en connaissant les prix... C'est comme quand on recherche un logement
aussi. À l'heure actuelle, ce n'est pas vrai qu'on peut magasiner un logement
puis trouver un logement qui est abordable pour nous. À l'heure actuelle, les
loyers qui sont disponibles...
Le Président (M. Schneeberger) :
En terminant.
M. Dussault (Cédric) : ...sont
à... (pannne de son) ...extrêmement élevés.
• (17 h 20) •
M. Fontecilla : Donc, si je
comprends bien...
Le Président (M. Schneeberger) : Voilà.
Non, on n'a plus de temps. Excusez-moi. Excusez-moi. Alors, nous allons du côté
du député des Îles-de-la-Madeleine, pour 2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
Merci pour votre présentation très claire sur la cession de bail. Je pense que
votre démonstration est éloquente. J'aimerais aborder la question qui a parfois
été discutée ici, à savoir que peut-être que la cession de bail — bien,
enfin, c'est la prétention de certains — ne serait pas nécessaire si
on avait... par exemple, si tout le monde remplissait de façon obligatoire la
clause G. Qu'est-ce que vous en pensez?
M. Dussault (Cédric) : ...que
ça. Il faudrait, puis c'est ce qu'on dit dans notre mémoire, il faudrait un
registre des loyers. Il faudrait un registre des loyers universel, obligatoire,
public.
Il faudrait un plafonnement aussi des
hausses de loyer, parce que, puis c'est ce que je disais un peu tantôt, ce
n'est pas vrai qu'il y a une libre négociation. Même si on remplit la clause G,
quand il y a 60 personnes qui attendent en arrière de vous pour louer le <logement...
M. Dussault (Cédric) :
...quand
il y a 60 personnes qui attendent en arrière de vous pour louer le >logement
puis qu'ils vont le payer, ce montant-là, même s'ils ne sont pas nécessairement
plus capables que vous de le payer, mais que... parce qu'il n'y a pas d'autre
option disponible, ça ne règle absolument pas cette question-là. Quand on est
dans un marché qui est complètement déréglé, il n'y a pas de choix qui s'offre
aux locataires. Donc, il faut un véritable contrôle des loyers. Mais il y a
aussi la question de la discrimination dont on a parlé tantôt.
M. Arseneau : J'imagine que
vous avez entendu, tout à l'heure, le groupe qui est passé juste avant vous,
là, l'Association des propriétaires du Québec, là, qui demande d'aller encore
plus loin que la CORPIQ, c'est-à-dire le libre marché complet, et tout ça, là.
Je n'ose pas imaginer la réaction que vous avez eue. Bien, sur le fond, ils
semblaient même dire que la situation que vous décrivez n'est pas... n'est pas
réelle. Je veux vous entendre là-dessus. On est dans le déni ou on est vraiment
dans l'abus de pouvoir à l'heure actuelle?
M. Dussault (Cédric) : Oui,
oui, on est dans l'abus de pouvoir. On peut parler d'abus de pouvoir. Mais
c'est certain que... Écoutez, c'est... Évidemment que, quand on profite d'un
système, on ne voit pas nécessairement ceux qui sont victimes du système. On a
des données extrêmement probantes, là, qui... qui montrent que la situation est
dramatique pour les locataires. Tu voulais-tu...
M. Blanchard (Martin) : Oui,
juste pour... À peu près toutes les données de recherche, sociologues, géographes,
économistes, philosophes, nommez-les, décrient la situation vécue par les
locataires comme étant intenable, problématique, et que la situation est en
recul aussi. Il n'y a à peu près aucune donnée qui dise que ça va mal pour les
propriétaires. Ça, on parle des données probantes universitaires.
Le Président (M. Schneeberger) : En
terminant.
M. Blanchard (Martin) : Moi,
je travaille depuis longtemps à un niveau de haute recherche académique, et ça
n'existe pas, cette position-là qui nous est ramenée par les propriétaires.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Le temps était... est écoulé, malheureusement. Alors, merci
pour votre présentation.
Nous suspendons quelques instants pour
permettre au dernier groupe de la journée de prendre place.
(Suspension de la séance à 17 h 23)
(Reprise à 17 h 28)
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous reprenons la séance. Alors, nous en sommes maintenant au dernier
groupe de la journée. Alors, bonjour à vous trois. Alors, je vous présente. C'est
l'Association des juristes progressistes. Alors, dans un premier temps, vous
présenter à tour de rôle, et enchaîner ensuite avec votre présentation. Vous
avez un 10 minutes. Par la suite, on procédera à un échange avec les
députés. Allez-y.
Association des juristes progressistes (AJP)
Mme Brown (Kimmyanne) : Bonjour,
tout le monde. Bonjour, chers députés, Mme la ministre, M. le président du
Tribunal administratif du logement. Bonjour. Donc, merci à tous et toutes de
nous accueillir et de nous accorder votre temps.
Je me présente. Je m'appelle Kimmyanne
Brown. Je suis avocate. Et je suis accompagnée de Me Gabriel Pelletier et de
Spencer Nault. Nous sommes membres de l'Association des juristes progressistes,
qui est un OBNL qui compte 200 membres au Québec et qui se veut, en fait,
une force politique vouée à la promotion des droits politiques, sociaux et
culturels au Québec.
En tant que juristes, nous croyons
fermement que, si le droit peut s'avérer un outil efficace de lutte contre les
inégalités sociales, il peut également produire et reproduire de telles
inégalités. Et donc c'est dans ce contexte que l'on intervient aujourd'hui dans
la commission parlementaire sur le projet de loi n° 31. Et nous
considérons que les dispositions dans le projet de loi n° 31 ont comme
objectif avoué de rétablir l'équilibre entre les propriétaires et les
locataires.
Si l'on salue certaines de ces
modifications législatives qui sont proposées, force est de constater que ce
projet de loi ne contient pas de solutions structurantes qui permettent
d'assurer à long terme la protection des droits des locataires et un accès au
logement pour toute la population québécoise. On considère également que
certaines des modifications législatives proposées n'auront que comme
conséquence d'accentuer la précarité des locataires, une population qui est
constituée des plus vulnérables de la société, en plus de... de fragiliser,
pardon, dangereusement le principe du droit au maintien dans les lieux, pierre
angulaire du régime de louage résidentiel au Québec.
• (17 h 30) •
Donc, je vais débuter la présentation avec
ce qui a fait beaucoup parler aujourd'hui, d'ailleurs, le droit à la cession de
bail. C'est un des enjeux centraux du projet de loi n° 31. Et
l'article 7 propose une modification majeure au régime de la cession de
bail, et il est important de nommer que cette modification opère un changement
de fond du mécanisme et vient renverser plusieurs années de courant
jurisprudentiel en la matière.
Il faut comprendre, et c'est très
important, que la cession de bail, c'est un corollaire et une dimension
essentielle du droit au maintien dans les lieux des locataires. Le droit à la
cession de bail, c'est une mesure voulue, désirée et choisie par le législateur
afin d'assurer un contrôle des loyers. C'est aussi, et ça a été mentionné
aujourd'hui, un moyen qui permet un droit de <mobilité des locataires...
>
17 h 30 (version révisée)
< Mme Brown (Kimmyanne) :
...aujourd'hui,
un moyen qui permet un droit de >mobilité des locataires, donc, qui
veulent se libérer d'un bail avant la date de fin prévue de bail. Et donc
plusieurs décisions, depuis plusieurs années, sont venues consolider ce droit à
la cession de bail, et le tribunal a même estimé, en 1995, que ce droit était
une limitation raisonnable au droit de propriété des locateurs.
Donc, on considère que la proposition dans
le projet de loi n° 31 met à mal ces éléments, en
plus de déséquilibrer de manière significative les rapports entre les
locataires et les locateurs. Et, comme le RCLALQ l'a mentionné tout à l'heure,
nous sommes, en fait, concernés que l'on apporte une solution à un problème qui
n'existe pas. On se questionne pourquoi cette mesure est mise en place. Quel
est le problème ciblé? La CORPIQ va parler de marchandisation des loyers, de
cession de bail de mauvaise foi. À ce jour, il n'y a aucune étude, aucune
donnée, aucune analyse scientifique qui nous permet d'en venir à ce constat,
tant sur le terrain qu'au niveau académique.
Et donc, pour résumer, mettre en place des
solutions législatives pour des problèmes non documentés, c'est, au mieux,
travailler à l'envers et, au pire, mettre à mal des principes qui sont des
corollaires du droit au maintien dans les lieux des locataires pour satisfaire
un intervenant de l'échiquier politique au Québec. Et donc c'est la raison pour
laquelle nous croyons que les membres de l'Assemblée nationale ne doivent pas
donner l'aval à ce retrait du droit à la cession de bail, parce que nous
considérons que les modifications faites sont un retrait du droit à la cession
de bail pour les locataires.
Et notre mémoire vient, donc, proposer
également une pléthore de propositions qui viennent solidifier des mécanismes
qui existent déjà en matière de contrôle des loyers, notamment les mécanismes
prévus à la clause G et la fixation de loyer. Donc, je demande votre
attention sur ces moyens-là que l'on propose, qui sont des modifications
mineures, mais qui auront des impacts significatifs pour consolider l'objectif
du législateur en matière de contrôle des loyers.
Je vais passer la parole à mon collègue,
Me Pelletier.
M. Pelletier (Gabriel) : Merci
beaucoup. M. le Président de la commission, Mme la ministre, Mmes, MM. les
députés du gouvernement et de l'opposition, je vous remercie de nous recevoir.
Je veux vous entretenir, là, quelques
instants sur les aspects du projet de loi qui touchent au régime des évictions.
À l'AJP, là, on accueille favorablement les modifications qui sont proposées à
ce régime-là par le projet de loi tel que présenté par le gouvernement. On
pense que c'est des pas dans la bonne direction, surtout considérant le
contexte de crise du logement. Cela étant, on se permet de proposer un certain
nombre d'amendements supplémentaires qui, on pense, permettraient de prendre
certains pas supplémentaires qui sont tout autant nécessaires. Je vous en lance
trois en rafale. Puis je vous invite, évidemment, à poser vos questions et à
consulter le rapport.
Première des choses, nous proposons de
renforcer l'article 1899, qui prévoit des dommages punitifs lorsqu'un locateur,
suite à l'exercice d'un droit d'un locataire, agit par représailles en
atteignant à son droit au maintien dans les lieux. Donc, il y a des dommages
punitifs qui sont prévus dans ces cas-là. On propose d'importer un mécanisme
qui existe déjà en droit du travail, dans le Code du travail, dans la Loi sur
les normes, qui prévoirait une présomption, où on présumerait que le locateur
qui agit ainsi agit, justement, en représailles, et ce serait à lui de
démontrer que ce n'est pas le cas.
Deuxième des choses, on propose d'élargir
la discussion sur les indemnités afin d'inclure les reprises. Évidemment, on
est conscients que l'objet des reprises de logement et des évictions, ce n'est
pas la même chose. On est donc partis de la base que le gouvernement propose au
niveau des indemnités en matière d'éviction, qui est de 24 mois. Nous, on
propose plutôt un mécanisme, là, qui serait modulable selon le nombre d'années
d'occupation et qui serait maxé à six mois. C'est discutable, mais le principe
reste quand même de vouloir l'élargir à la question de la reprise de logement,
parce qu'éviction, reprise, pour le locataire, l'effet est le même, c'est une
perte de milieu de vie.
Et, en dernier lieu, au niveau de la
protection des locataires aînés vulnérables, on attire l'attention du
législateur sur l'article 1959.1, qui est, il faut le dire, un très rare
exemple, dans l'histoire parlementaire québécoise, d'un projet de loi de député
qui s'est rendu à son aboutissement. C'est un travail de coalition, c'est un
travail de conciliation en commission qui a permis à cet article-là d'avoir
vie. Il y a eu des compromis qui ont été faits à cette époque-là, entre autres
sur le seuil, sur l'âge, afin d'avoir accès à cette protection-là pour les
locataires aînés.
À l'heure actuelle, pour en bénéficier, un
locataire aîné doit être âgé de 70 ans ou plus. Ce qu'on soumet... Et on se
base, là-dessus, sur des études assez récentes, entre autres, de l'Observatoire
québécois des inégalités, qui date de 2022, et de l'association québécoise des
droits des retraités, qui fait état d'une situation véritablement épeurante en
matière de pauvreté des aînés au Québec, surtout en région. En sachant, d'ailleurs,
que l'âge moyen de la retraite au Québec... Actuellement, la prise de la
retraite, c'est 63 ans, 64 ans. En sachant qu'on a presque un aîné sur
deux de 65 à 69 ans qui vit en deçà d'un seuil de revenu viable, qui est un
seuil d'environ une vingtaine de mille, donc ce n'est pas grand-chose, on s'entend,
nous, ce qu'on soumet au législateur, c'est qu'il y a tout à fait raison <d'être
d'augmenter...
M. Pelletier (Gabriel) :
...nous,
ce qu'on soumet au législateur, c'est qu'il y a tout à fait raison >d'être
d'augmenter ce seuil-là afin qu'un locataire aîné de 65 à 69 ans soit
protégé en matière de reprise et d'éviction, à même titre qu'un locataire de
70 ans et plus.
Sur ce, je vais passer la parole à mon
collègue. Je vous remercie pour votre attention.
M. Nault (Spencer C.) : Merci.
Alors, l'Association des juristes progressistes souhaite rappeler que de
nombreuses questions juridiques et sociales sont oubliées dans le projet de loi
n° 31 et que le gouvernement doit prendre ses responsabilités lorsqu'il
est question de la crise du logement. Comme il est écrit dans notre mémoire, le
gouvernement du Québec est lié par plusieurs obligations législatives
reconnaissant le caractère fondamental du droit au logement.
En effet, le Québec est lié de façon implicite
par sa propre Charte des droits et libertés de la personne, dont
l'article 45 indique que «toute personne dans le besoin a [le] droit, pour
elle et sa famille, à des mesures d'assistance financière et à des mesures
sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie
décent». Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la
jeunesse, le droit au logement fait implicitement partie du droit à des mesures
sociales et financières.
Soulignons également que le Québec a des
obligations de nature internationale puisque le Canada a signé le Pacte
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, dans lequel
il est indiqué, à son article 11, que «les États parties prendront des
mesures appropriées pour assurer la réalisation du droit à un logement
suffisant». Je vous invite à consulter les pages 45 et 50 de notre mémoire
pour prendre la mesure des obligations auxquelles le Québec est tenu.
Nous suggérons également au gouvernement
d'adopter une approche holistique des droits fondamentaux. En effet, selon la conférence
mondiale sur les droits humains de Vienne, tous les droits de la personne sont
universels, indissociables et interdépendants. La communauté internationale
doit traiter des droits de l'homme globalement, de manière équitable et
équilibrée, sur un pied d'égalité, et en leur accordant la même importance.
Pour toutes ces raisons, l'Association des
juristes progressistes formule la recommandation n° 17,
que l'Assemblée nationale ajoute une reconnaissance qui soit explicite du droit
au logement dans la Charte des droits et libertés de la personne. Je vous
remercie.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre présentation. Nous allons maintenant débuter une
période d'échange avec... du côté ministériel avec la ministre. Alors, vous
avez un 16 min 30 s.
Mme Duranceau : Parfait.
Merci. Merci pour votre présentation. Je vais vous ramener tout de suite à un
élément dont vous venez de parler, l'âge de... les locataires aînés, là,
70 ans et plus, qui, bon, selon leur niveau de revenus, peuvent être
protégés, là. Vous recommandez 65 ans. Je comprends que c'est parce que
les analyses disent qu'à partir de 63 les gens, bon, sont à la retraite, mais
là vous ne pensez pas qu'une fois qu'on va être rendus à 65, là, ça va être 60
puis...
M. Pelletier (Gabriel) : Bien,
c'est certain qu'à un moment donné on peut se demander : Bien, où est-ce
qu'on va mettre la ligne? Est-ce qu'on va la mettre à 60, à 55, à 50? J'ai
envie de vous dire : Mettons-la quelque part où ça vaut la peine de la
mettre, et cet endroit-là, c'est 65 ans. Pourquoi 65 ans? Parce qu'il
y a un appauvrissement qui est lié avec le fait de prendre sa retraite, parce
qu'on a une majorité de Québécois qui ne bénéficient pas d'un fonds de pension
privé qui leur permet d'avoir accès à une rente au-delà de ce que la RRQ ou les
pensions de vieillesse du Canada leur garantissent une fois rendus à la
retraite et parce que, de manière générale, les études qu'on voit actuellement
font état d'un appauvrissement à partir de 65 ans, le tout dans un
contexte d'augmentation du coût de la vie.
Alors, je vous entends. Effectivement,
quand on élargit un droit, y a-t-il un risque de l'élargir à une population
trop grande? Peut-être. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on fait confiance au
législateur là-dessus, et on vous soumet qu'avec les éléments qu'on a c'est
65 ans.
• (17 h 40) •
Je me permets une petite anecdote rapide.
On a fait le tour de la jurisprudence pour trouver des exemples, justement, où
cet enjeu de l'âge là était problématique. Puis ce qu'on se rend compte, c'est
que, dans 1/5 des cas où la protection du 1959.1 a été refusée, c'étaient des
cas où les locataires n'avaient pas l'âge nécessaire. Et ça, il y a des cas
horribles là-dedans. Il y a des cas de personnes de 69 ans qui habitent
dans un logement depuis une vingtaine d'années, qui ont le revenu pour se
qualifier à un HLM mais qui, par la force des choses, parce que... Beau cadeau
d'anniversaire. Avant leur 70e, ils ne seront pas tout à fait rendus au seuil
de 70, et là arrive l'éviction, ils doivent quitter. Bien, ils perdent un droit
à un logement. Ils perdent un milieu de vie qui leur est propre. Donc,
certainement, écoutez, je suis sensible à ça, je vous entends, mais 65, ça nous
semble raisonnable.
Mme Duranceau : OK. Puis on a
parlé de discrimination, là, avec le groupe qui vous précédait, puis c'est
souvent le commentaire qui est fait à l'égard de cette mesure-là, qu'à la
limite, bien, si tu as un locataire de 64 ans, là, exemple, qui s'en vient
pour louer, bien là, ça risque d'être <regardé par le propriétaire...
Mme Duranceau :
...exemple,
qui s'en vient pour louer, bien là ça risque d'être >regardé par le
propriétaire, dire : Là, je m'embarque-tu là-dedans? Tu sais, ça ne va pas
avoir cet effet-là?
M. Pelletier (Gabriel) : Peut-être,
mais, dans tous les cas, ça ne l'aura plus pour ceux de 69.
Mme Duranceau : Ceux qui sont
déjà en logement, on va les protéger. C'est ça, votre... OK.
M. Pelletier (Gabriel) : C'est
ça. Mais je vous entends.
Mme Duranceau : Oui, c'est
ça, ce n'est pas... Difficile équilibre, hein, tout ça. OK. Bon, alors, je
continue, vu que c'est ma job. Vous proposez que le locateur qui souhaite
augmenter son loyer au-delà du taux indicateur, là, en vigueur doive présenter
automatiquement une demande de fixation de loyer au TAL. Et je me demande :
Est-ce qu'on veut calquer un peu sur le régime ontarien ou... Est-ce que vous
pouvez élaborer un peu sur ça?
M. Pelletier (Gabriel) : En
fait, l'idée, c'est qu'on est sensibles au fait que... Des mécanismes de
contrôle de loyer au Québec, bon, certains diront le contraire, c'est leur
droit, nous, on considère qu'il en manque, surtout si on retire celui de la
cession de bail. À nos yeux, l'idée d'aller... En matière de fixation, l'idée
est la suivante. C'est que, dans les faits, comment ça fonctionne aujourd'hui,
le locataire a le poids de l'odieux, disons, d'aller voir son propriétaire puis
là de dire : Écoutez, moi, cette augmentation-là ne me convient pas.
Nous, ce qu'on voit dans la pratique puis
avec nos membres, c'est qu'il y a énormément de locataires qui n'osent pas se
rendre jusque-là. Pourquoi? Des fois, parce qu'ils ne connaissent pas leurs
droits, tout simplement, des fois, parce qu'il y a une barrière linguistique,
mais aussi, souvent, parce qu'ils se disent : Est-ce que j'ai vraiment
intérêt à, disons, m'obstiner pour une augmentation de loyer quand ça pourrait
me revenir contre moi plus tard dans mes relations avec mon locateur? Donc, ils
veulent maintenir cette relation ou carrément parce que, bien, ils ont peur.
Alors, nous, ce qu'on se dit : Bien,
écoutez, ne punissons pas les locateurs qui, effectivement, font vraiment des
travaux dans leurs logements. Si tel est le cas et qu'ils peuvent en faire la
preuve, c'est assez simple, ils ont des factures, ils ont des contrats, qu'il
se rendent au TAL, qu'ils fassent la démonstration devant un greffier — en
plus, même pas besoin de passer devant un juge pour faire ça, c'est plus simple — qu'ils
en fassent la démonstration, et ça va retirer ce poids-là aux locataires et, on
pense, ça va contribuer à faire un certain contrôle de loyer.
Mme Duranceau : Puis je vais
vous poser une autre question. Disons que l'augmentation du propriétaire, elle
est calquée, là, sur les balises qui sont... qui sont annoncées par le TAL
annuellement. Bien, pourquoi... En fait, les locataires peuvent quand même
contester cette augmentation-là. Puis est-ce que c'est bénéfique? Est-ce que ça
n'embourbe pas le TAL, justement, de demandes qui, finalement... quand les mathématiques
vont être refaites, ça va donner la même réponse?
M. Pelletier (Gabriel) : Bien,
écoutez, ils ont le droit d'ester en justice. C'est un droit fondamental. Ils
vont aller là pour perdre leur temps. Moi, je le dis très sincèrement... Puis
je vous entends, je comprends, mais je connais très peu de justiciables... ou,
en tout cas, je me fie sur les clients que moi, je connais, je connais très peu
de justiciables qui apprécient l'idée de perdre une journée de travail, ou de
perdre du temps de réflexion, ou du sommeil à l'idée d'aller au tribunal pour
rien. Et ça, ça inclut les locataires qui vont en demande en fixation. Donc,
est-ce qu'il y a des gens qui vont en abuser? Peut-être, comme dans tout, mais
est-ce que ça va être la norme? Sincèrement, j'en doute. J'en doute.
Mme Duranceau : Oui. On a vu
une grosse recrudescence des demandes devant le TAL pour des raisons
probablement valides, là, compte tenu du contexte, mais, à un moment donné, ce
calcul-là, il est très mathématique aussi, là. Ça fait qu'il n'y a pas de
surprise, souvent.
Ensuite.. Attendez... Ah oui! c'est ça. Vous
avez parlé de la reprise de logement, puis qu'il y a une compensation, dans un
cas de reprise et non pas d'éviction, une compensation qu'on pourrait venir
prévoir dans la loi, puis que vous limitez à six mois. Puis je pense qu'en ce
moment c'est le TAL qui... Il y a une compensation qui est déjà prévue, là, de
trois, je pense, trois mois.
M. Pelletier (Gabriel) : Le
trois, c'est... Excusez-moi. Est-ce que je vous ai interrompue? Non?
Mme Duranceau : Oui... Non,
non, non. Bien, en fait, ma question, c'est : Pourquoi prévoir six mois et
ne pas laisser le TAL, justement, sur cette mesure-là, convenir de quel est le
bon montant, selon les circonstances?
M. Pelletier (Gabriel) : Ça
découle de nos observations. C'est qu'en gros, à l'heure actuelle, le trois
mois, c'est vraiment pour les évictions. Au niveau de la reprise, ce qui est
prévu dans le moment, c'est des conditions qui apparaissent raisonnables au juge,
pouvant... y inclus les frais de déménagement.
Alors, nous, ce qu'on voit, c'est que, et
ça va de soi, il y a une grande marge de manœuvre qui est laissée au juge, mais
il y a un certain caractère qui est arbitraire puis il y a une grande
fluctuation, tout dépendant, disons, dans quel dossier on est. Souvent, il y a
des juges qui vont simplement donner l'indemnité de déménagement, qui vont se
limiter à ça. Il y a des juges, parfois, qui vont plutôt retenir des décisions
de la Cour du Québec qui font état que, par exemple, le déracinement de son
loyer, ça mérite d'être indemnisé. Donc, ils vont moduler l'indemnisation en
facteur de ça. Mais ça dépend, essentiellement, d'une chose l'une, de sur qui
on tombe, mais aussi si le locataire est représenté ou connaît suffisamment
bien ses droits pour savoir qu'il peut faire cette preuve-là.
Alors, nous, ce qu'on dit, c'est : Venons
standardiser les choses, mettons en place un mécanisme d'indemnisation dont le
maximum serait moins bas... serait moins élevé que <l'éviction...
M. Pelletier (Gabriel) :
...d'indemnisation
dont le maximum serait moins bas... serait moins élevé que >l'éviction,
parce qu'on sait que ce n'est pas la même finalité, on sait que ce n'est pas le
même objectif, on sait que ce n'est pas nécessairement les mêmes locateurs qui
le font non plus, mais six mois, ça nous semble être un compromis qui est
acceptable, cela étant, un maximum qui est bien en deçà du 24 qui est dans le
projet de loi, là.
Mme Duranceau : Oui. Le 24
s'applique aux évictions.
M. Pelletier (Gabriel) : Exact.
On s'entend. Tout à fait.
Mme Duranceau : C'est ça. On
ne touchait pas les reprises, parce que, souvent, le parc locatif au Québec, si
je ne me trompe pas, c'est beaucoup aussi des duplex, des triplex puis des gens
qui reprennent et qui veulent l'habiter aussi. On ne voulait pas pénaliser non
plus des gens qui, de bonne foi, achètent un duplex puis veulent l'habiter. OK.
Bien, je note ça.
Ensuite, concernant la représentation
devant le TAL, vous mentionnez que ce soit nécessaire... que c'est nécessaire
que la représentation se fasse à titre gratuit. Puis peut-être qu'on peut
discuter un peu de cette mesure-là, là, qui est proposée, puis vos commentaires
là-dessus. On en a parlé avec les groupes qui vous ont précédés un peu, mais
comment vous voyez ça?
M. Pelletier (Gabriel) : Tout
à fait. Puis ma collègue, là, Me Brown, là, complétera, là, certainement.
En somme, écoutez, on entend les comités logement, d'une chose l'une, et on
entend que... Nous, pour nous, le fait d'ouvrir le mandat à l'extérieur de la
profession d'avocat, c'est une mesure d'accès à la justice ou, du moins, ça
pourrait être une mesure d'accès à la justice. On trouve ça intéressant. Cela
étant, quand on ouvre ce genre de mandat là, entre autres, dans le
communautaire, à un milieu dans lequel on sait qu'il y a des enjeux de
financement, il y a des enjeux de financement de l'action communautaire
autonome, nous, la question qu'on se pose, c'est : Est-ce qu'on est
vraiment en train de donner les moyens aux comités logement de faire cette
représentation-là? Est-ce qu'ils veulent le faire? Est-ce qu'ils ont les moyens
de le faire?
Alors, nous, ce qu'on dit, ce n'est pas
compliqué, c'est : La mesure, on est en faveur. On trouve ça intéressant. Il
y a certainement des OSBL qui pourraient être intéressés à le faire,
probablement plus si on augmentait le financement pour aller dans ce sens-là. Mais
ce qu'on craint, c'est qu'en le limitant... en ne le limitant pas aux OSBL, aux
employés puis aux bénévoles d'OSBL qui feraient ça à titre gratuit, on se
retrouverait à recréer ce qui existait au début des années 2000, où on
avait des mandataires, ou des employés, ou voire même des boîtes, là, de
représentants à bon prix, un peu, disons-le en bon québécois, cheap, qui
venaient permettre à des locateurs d'être représentés à prix très, très bas. Et
là on se retrouve avec une mesure qui est censée être une mesure d'accès à la
justice, qu'on trouve intéressante, mais qui vient encore plus augmenter la
disproportion des forces entre le locateur puis le locataire, parce que le
locataire doit toujours trouver une ressource qui peut le prendre, alors que le
locateur, lui, a accès à une ressource encore moins dispendieuse que ce qu'il a
déjà. Peut-être, Me Brown...
Mme Brown (Kimmyanne) : Oui.
Si je peux me permettre de compléter, en fait, le risque avec ça, c'est que,
souvent, les locateurs... Souvent, les personnes morales et les entreprises
vont avoir accès à une multitude de représentants à leur disposition. Il faut
noter que les locataires, en ce moment, devant le Tribunal administratif du
logement, n'ont pas beaucoup de représentations, n'ont pas beaucoup accès à des
avocats en droit du logement pour les représenter soit pour une question de
revenus ou de disponibilité de ces dits avocats. Donc, déjà qu'il existe un
déséquilibre, ce déséquilibre, je crois, ne serait qu'encore plus amplifié s'il
y a des concierges, des mandataires, des gestionnaires d'immeuble qui viennent au
TAL, à titre onéreux, représenter ces locateurs.
Mme Duranceau : Donc, je
garde mes... mon esprit. Et par contre, dans cette façon de faire là, les
modifications qui sont proposées sont alignées avec ce qui se fait au Tribunal
administratif du Québec puis le Tribunal administratif du travail. Je me
permets des questions plus techniques, juridiques, là.
Mme Brown (Kimmyanne) : Oui.
Bien, je pense... Et Me Pelletier pourra compléter, mais le... Qu'il y ait des
mandataires, des concierges, des gestionnaires, c'est un phénomène social qui
est très propre au marché locatif. Et donc je pense que ça pourrait être une
mesure d'accès à la justice en raison des précédents qui existent dans d'autres
tribunaux administratifs au Québec, mais on craint de revenir à la situation
qui préexistait, la décision Harvey c. Guerreiro, en 2005, de la Cour du
Québec, et donc qu'on crée un déséquilibre. Donc, souvent, on met en place des
dispositions législatives qui, on croit, vont corriger certaines problématiques
sociales mais qui vont en générer d'autres. Donc, c'est notre crainte, et je
crois que cette crainte est légitime et fondée dans les circonstances.
• (17 h 50) •
Mme Duranceau : OK. Parfait.
M. Pelletier (Gabriel) : Si
je peux me permettre...
Mme Duranceau : Oui, oui, oui,
allez-y.
M. Pelletier (Gabriel) : Peut-être,
une petite chose supplémentaire que je rajouterais, il faut comprendre aussi qu'au
niveau des autres tribunaux administratifs... Puis je me prends en exemple, là.
Les premiers mandats juridiques que j'ai faits, c'était comme étudiant au bac
dans le cadre d'un OSBL où on pouvait avoir une représentation devant un
tribunal administratif. C'était le Tribunal de la sécurité sociale au Canada
pour les dossiers d'assurance-emploi. Bien, il faut comprendre que, que ce soit
au TSS ou au TAQ, très souvent, dans plusieurs dossiers, l'adversaire, disons,
l'opposant, c'est l'État. Souvent, ça peut être l'État. C'est le gouvernement,
c'est une <commission. Donc, il n'y a pas ce...
M. Pelletier (Gabriel) :
...l'opposant,
c'est l'État. Souvent, ça peut être l'État. C'est le gouvernement, c'est une >commission.
Donc, il n'y a pas ce rapport-là, comme Me Brown dit, où est-ce que c'est deux
particuliers. Évidemment, bon, en matière d'accident de travail, l'employeur
peut se faire représenter, mais il faut comprendre que le contexte est très
différent dans ces tribunaux-là à cause des forces en présence.
Mme Duranceau : OK. Je
vais revenir au contexte d'éviction. Bien, vous proposez, en tout cas, des
suggestions intéressantes, au niveau des villes, pour la preuve, je pense, au
niveau des permis, tout ça. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de ces
recommandations-là?
Mme Brown (Kimmyanne) : Oui.
En fait, on a constaté, je pense que ça a été amené aujourd'hui ou hier, là,
qu'il y a... dans la foulée de la pandémie, il y a plusieurs arrondissements
qui ont pris des décisions innovantes de limiter l'octroi de certains types de
permis, particulièrement la subdivision de logement, puisqu'il était constaté
qu'il ne fallait pas plus de logements petits. Il nous fallait des grands
logements pour accueillir les familles. Et donc ces décisions sont salutaires,
mais on constate qu'il existe... c'est-à-dire, on pourrait habiter dans
Rosemont et ne pas pouvoir... être protégé, et on change une rue plus loin, on
est dans un autre arrondissement puis on n'est pas protégé.
Et donc on se pose la question. On ouvre
un peu la discussion. Je pense qu'il faut aborder ça. Et c'est dans un contexte
où ces microdécisions-là qui sont prises dans chaque arrondissement ont des
impacts considérables. On protège les droits des locataires, mais vient à se
poser la question : Est-ce qu'il y a des données qui existent en matière
de crise du logement, de spéculation immobilière? Quels arrondissements
permettent la subdivision ou ne la permettent pas? Dans quels arrondissements...
Donc, il n'y a pas d'étude qui est faite.
Il n'y a pas de données qui nous permettent de prendre position sur ces
éléments-là. Et, en contexte d'éviction, dans le contexte où le législateur va
modifier des dispositions avec les évictions, je crois qu'il faut avoir cette
réflexion-là parce que... Je fais un petit aparté historique dans le mémoire. Quand
on parle du fait qu'à l'époque, là, il y avait... C'était supposé être le Tribunal
administratif du logement qui devait gérer cette question-là, et l'Union des
municipalités du Québec a dit : Non, c'est notre compétence, on est
spécialistes en urbanisme, on va le faire. Donc là, aujourd'hui, on se retrouve
dans un contexte où il y a plein de règlements qui sont adoptés, et donc il
faut analyser l'impact que ça a. Est-ce que les locateurs utilisent vraiment le
mécanisme de la subdivision? En ce moment, on ne le sait pas vraiment.
Donc, pour prendre position, en tant que
législateur, sur des choses qui ont des impacts majeurs tant sur les locateurs
que sur les locataires, il est fondamental que les données soient mises... qu'elles
soient disponibles pour nous permettre de comprendre la réalité sur le terrain,
parce que les évictions pour agrandissement, subdivision et changement
d'affectation, c'est le cœur de la crise du logement. C'est un droit du
locateur, mais c'est un moyen qui est mis en place, qui permet l'enrichissement
du locateur. Donc, il faut analyser ça.
Et d'ailleurs nous décrions fortement que
le rapport annuel de gestion du TAL ne donne pas le nombre d'oppositions aux
évictions que les locataires ont déposées. On a noté une grande augmentation
des demandes de reprise de logement. Tout à l'heure, on en a parlé avec le
FRAPRU, je crois, de mémoire, mais le nombre d'oppositions aux évictions n'est
pas quantifié. Et nous nous désolons franchement de ça, parce que, sur le
terrain, nos avocats membres constatent qu'il y a une recrudescence phénoménale
de ce type d'éviction.
Mme Duranceau : OK. Je
comprends que c'est à l'étude de crédits, cette information-là, puis c'est une
information qui est publique. Ce n'est peut-être pas dans le rapport de
gestion, là, mais elle est publique.
Mme Brown (Kimmyanne) : Des
avocats membres de l'association ont fait des demandes d'accès à l'information
pour obtenir ces données-là, et il y a plusieurs dossiers devant la Commission
d'accès à l'information en lien avec ça.
Le Président (M. Schneeberger) :
30 secondes.
Mme Brown (Kimmyanne) : Donc,
en tout cas, ça me fera plaisir de... Mais, pour les justiciables, parce que le
rapport annuel de gestion, c'est public pour tout le monde, je pense que cette
information-là doit être publiée.
Mme Duranceau : Parfait.
Bien, merci. Merci pour vos commentaires.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle, et je crois entendre Mme la députée de Mille-Îles, pour un 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci, M.
le Président. Mes Brown, Pelletier et Mme Nault — je ne me suis
pas trompée, j'ai les bons titres — merci pour votre présence, et
votre exposé, et votre mémoire très, très, très détaillé. Il y a beaucoup,
beaucoup de propositions.
Je vais peut-être juste reprendre là où on
s'est arrêtés, par rapport aux demandes de permis dans les municipalités. Vous
proposez, donc, que les municipalités rendent disponible, via un portail
public, l'ensemble des demandes de permis d'agrandissement et tous les autres,
là, statuts que vous parlez. Ce n'est quand même pas banal, comme information.
C'est très compliqué à obtenir. Toutes les villes travaillent différemment. Je
viens du milieu municipal. Personnellement, quand j'ai vu ça, j'ai dit :
Ouf! Je ne vois pas ça demain matin du tout. Ça pourrait prendre, même,
beaucoup de temps, et pour...
Finalement, ce que je comprends, votre objectif,
c'est plutôt de comprendre et d'avoir un état des lieux, mais est-ce que
c'est... En tout cas, je me demande : Est-ce <qu'il n'y aurait...
Mme Dufour :
...état
des lieux, mais est-ce que c'est... En tout cas, je me demande : Est-ce >qu'il
n'y aurait pas une autre façon d'avoir un état des lieux que de tenter
d'harmoniser des systèmes de 1 200 municipalités au Québec, ce qui
n'est vraiment pas fait? Et je peux vous dire qu'ils risquent de crier demain
matin si on leur demande de fournir ces informations-là toutes en même temps.
Donc, il n'y aurait pas lieu, peut-être, que... vous parliez de l'INRS,
ailleurs, de faire peut-être... y aller autrement, peut-être par des sondages,
des enquêtes avec un chercheur? Je ne sais pas, mais je vous pose la question,
parce que ça me semble assez, assez, assez difficile à atteindre, là, cet
objectif-là, la recommandation 8.
Mme Brown (Kimmyanne) : Oui,
bien, c'est une recommandation qui est très ambitieuse. Nous faisons confiance
au législateur, bien entendu, pour répondre à cette problématique-là. Ce qu'on
nomme dans le mémoire, c'est que c'est très difficile pour quelqu'un de savoir
ce qui se passe avec une demande de permis, à part de passer par les mécanismes
d'accès à l'information. Et les difficultés, bon, inhérentes à... Je comprends
que les municipalités, c'est des organismes complexes, surtout quand on pense
qu'il y a beaucoup d'arrondissements. Il y a beaucoup de personnes qui sont
impliqués là-dedans. Mais on est... Je pense qu'on demeure ouverts à toute
possibilité.
L'important, je pense, c'est l'accès aux
données et de savoir combien de demandes de permis sont faites dans
l'arrondissement, par exemple, Rosemont—La Petite-Patrie pour la subdivision.
Tu sais, pour moi, c'est un peu ça qui est important, de connaître, tant pour
les justiciables qui souhaitent se défendre ou connaître... ou nous,
l'Association des juristes progressistes, ou tout le Québec, en fait... Je
pense que l'important de cette recommandation-là qu'est la recommandation 8,
c'est de comprendre qu'en ce moment ces données-là sont très peu accessibles,
sont très peu documentées, et qu'il faut un peu les mettre sur la table par
n'importe quel véhicule.
On propose ce portail-là parce qu'on
considère que c'est important que les locataires aient accès au statut de... Est-ce
que je... Tu sais, j'ai reçu un avis d'éviction. Là, avec les propositions du
projet de loi, c'est un peu modifié, mais, en recevant un avis d'éviction, est-ce
que le locateur a déposé sa demande de permis? Qu'est-ce qu'il en est? Est-ce
que je suis évincé? Est-ce que je devrais déposer une demande? Donc, je pense
que la publicité des informations en matière de logement dans un contexte de
crise du logement, c'est fondamental. L'information, c'est du pouvoir, et le
fait d'avoir accès à cette information-là, ça peut changer les choses.
Mme Dufour : Je vais juste me
faire la voix un peu des municipalités, là. Je peux... Pour l'avoir vécu, l'information
concernant une demande de permis qui est active et non octroyée encore, c'est
confidentiel. Même les élus n'ont pas cette information-là. Donc, avant qu'elle
soit publique, il faudra changer la loi sur les... la confidentialité des
données. On n'est pas là. Donc, il y a un enjeu là. C'est pour ça que je
vous... Peut-être, la réflexion, c'est de voir l'objectif, c'est quoi, puis de
voir quel moyen... Peut-être que le moyen choisi n'est pas le meilleur moyen
pour atteindre le même objectif. Peut-être autrement. En tout cas, je vous
lance les réflexions, puis on pourra peut-être en discuter ultérieurement,
parce que je pense que c'est intéressant, là, ce... l'objectif, au bout du
compte.
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien
sûr.
Mme Dufour : Je vais peut-être
vous amener sur la sous-location. C'est page 27 de votre mémoire,
disant... Vous faites une... 26 ou 27. Vous faites une proposition, dans le
fond, d'amendement où vous dites, dans le fond, que, pour résilier un bail qui
a été sous-loué, là, pendant 12 mois... plus de 12 mois, dans le fond...
que la demande soit déposée au Tribunal administratif du logement plutôt
qu'actuellement, là, tout simplement signifiée au locataire. Et je me demandais
pourquoi ne pas avoir choisi une présomption de refus, parce que ma crainte,
quand je lis cette proposition-là, c'est qu'on embourbe le tribunal, tu sais,
qui est déjà trop sollicité. Donc, je me demandais pourquoi on n'avait pas été
plutôt avec la présomption de refus.
• (18 heures) •
Mme Brown (Kimmyanne) : En
fait, je pense que la raison pour laquelle on n'est pas allés avec la
présomption de refus... C'est des dossiers qui sont... Je n'ai pas le rapport
annuel de gestion devant moi, mais ce n'est pas ce qui embourbe le tribunal en
ce moment, les dossiers en matière de sous-location de plus de 12 mois. Ce
qui embourbe, selon moi, et ce qui constitue un problème social, c'est
d'envoyer des avis à des locataires, alors qu'ils n'ont pas sous-loué pendant
plus de 12 mois. Et ça, pour moi, c'est aussi un des phénomènes qui sont à
l'origine de la crise du logement, et on en parle longuement dans notre mémoire.
Et on salue, en fait, l'initiative de modifier ça pour le régime des évictions.
Le fait d'envoyer un avis à un locataire qui n'a pas sous-loué depuis plus de
12 mois, c'est grave.
Nous, ce qu'on propose, c'est qu'étant
donné que ce n'est pas... c'est un moyen qui est encore moins utilisé que celui
des évictions et des reprises... que ce soit le locateur qui, tout simplement,
dépose sa demande au Tribunal du logement. C'est sûr que le Tribunal
administratif du logement, je crois, a besoin de ressources pour répondre aux
besoins actuels. Je pense que nous avons... Comme membre, je le constate, je
pense, chaque jour, dès que j'arrive au Tribunal administratif du logement, au Village
olympique, et je vois les rôles d'audience. C'est <incroyable...
>
18 h (version révisée)
< Mme Brown (Kimmyanne) :
...au
Tribunal admnistratif du logement, au Village olympique, et je vois les rôles d'audience.
C'est >incroyable. Mais je pense que c'est quelque chose qui n'est pas
étranger à la crise du logement et au fait que, grâce aux mécanismes qui
existent, de contrôle des loyers, les locataires ont les outils pour pouvoir
déposer des types de demandes pour ça, puis parce que ce n'est pas... 1948, la
question de la sous-location, ce n'est pas la même chose qu'une affaire d'éviction
puis c'est un phénomène qui est vraiment moins utilisé, là.
Mme Dufour : Est-ce que
la présomption de refus pourrait atteindre, finalement, le même objectif de
protéger un peu...
Mme Brown (Kimmyanne) : Tout
à fait.
Mme Dufour : OK. Parfait.
Je vous amène aussi... C'est un peu technique, là, mais, la recommandation 13,
je voulais bien juste comprendre. Vous faites une recommandation de modifier...
que... de modifier, dans le fond, là, la... Bien, c'est toujours le même
élément, mais on parle... La demande... Ah! c'est ça. C'est quand on se rend
compte que le prix conclu n'est pas... dans le fond, là, ne suit pas, là, ce
qui a été payé dans les derniers 12 mois, qu'il n'est pas en phase avec
ça. Précédemment, c'était que la demande devait être présentée dans les 10 jours
de la conclusion du bail. Vous proposez que ce soit dans le mois, donc,
donner... qu'il y ait plus de journées pour le faire.
Mais, dans le deuxième cas, vous le
diminuez, où on dit que ça... elle doit l'être dans les deux mois du début du
bail ou de la sous-location... pardon, et là, vous dites : Elle doit l'être
plutôt dans le mois de la connaissance du loyer le moins élevé. Pourquoi pas
deux mois, là? C'est ça que j'essayais de comprendre, pourquoi on l'avait
diminué.
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien,
en fait, la raison pour laquelle on l'a ramené à 30 jours, c'est parce qu'on
harmonise la procédure. Donc, il y a deux délais de 30 jours, ce qui
est... ce qui semble plus aisé et simple pour les justiciables, mais aussi
parce qu'on le fait courir à partir de la connaissance du fait. Donc là, ça, c'est
le cas de la clause G vide, là. Donc, quand la clause G n'est pas remplie, on
trouve ça un peu insensé, là, que le locataire doit déposer sa demande dans les
deux mois du début du bail, parce que, s'il ne connaît pas le loyer, ça devient
comme inefficace, comme recours.
Donc là, ce qu'on dit, c'est qu'il a 30 jours,
mais à compter de la connaissance du fait, donc, qu'on reporte à 30 jours.
Et là, ça donne la marge de manœuvre au locataire de trouver l'information. Dès
qu'il la trouve, il a 30 jours pour déposer sa demande, ce qui uniformise
la procédure et solidifie aussi ce mécanisme-là, qui est un mécanisme vraiment
essentiel, là. Tu sais, c'est un mécanisme qui est très bon, mais il faut le
rendre effectif.
Mme Dufour : Oui.
Rapidement, parce que je veux passer la parole à ma collègue, la colocation,
vous ne l'avez pas abordée. Est-ce que c'est quelque chose que vous croyez qui
devrait être traité dans... éventuellement?
Mme Brown (Kimmyanne) : Il
est vrai qu'en ce moment il existe quelques problématiques. Je parle au niveau
du traitement judiciaire de la colocation et non pas de la colocation
elle-même. La colocation, c'est le fait de cohabiter. Mais je ne pense pas que
le législateur doit intervenir sur cette question. Je pense que le traitement
judiciaire actuel de la colocation est très bon. Donc, on vient dire : Des
locataires peuvent cohabiter ensemble, et un locataire a le droit de donner
accès au logement à des personnes qui peuvent l'utiliser à sa guise. Donc, c'est
un phénomène social qui existe et qui permet, d'ailleurs, de partager les coûts
du loyer. Donc, je ne pense pas qu'une intervention du législateur est
nécessaire. Et je fais confiance au traitement judiciaire pour ça.
Mme Dufour : Merci. Je
laisse la parole à la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci.
Alors, la question que j'ai, c'est à propos de votre recommandation 9. Vous
avez... Je pense que c'est dans un but d'équilibre, où vous avez... vous
proposez que l'âge, ce soit de 65 ans et plus plutôt que 70 ans et
plus, à la fois pour les locataires et pour les locateurs. Ma question, c'est :
Est-ce que vous pensez que cette modification-là, c'est suffisant pour assurer
la protection des aînés contre le phénomène, là, des évictions?
M. Pelletier (Gabriel) : Bien,
c'est une excellente question, puis la réponse s'y trouve d'une certaine manière.
Moi, ce que je vous dirais, c'est qu'on a voulu se concentrer sur l'âge parce
qu'on pensait que c'était une bonne piste de départ. C'est quelque chose qui
pouvait être discuté, puis avoir... être porteur de la commission. Mais on a
des enjeux où il y a, effectivement, des demandes qui sont refusées, où des
protections sont refusées parce que le revenu est un petit peu trop élevé par
rapport à ce qui est déterminé. Puis ça, bien, disons-le, là, le revenu, dans
la loi actuellement, il est très bas, là. L'admissibilité à un HLM, c'est très
bas. On peut se demander aussi... Peut-être, 10 ans, c'est un peu trop.
Nous, on a voulu se concentrer sur l'âge,
mais il y a une discussion à avoir sur le revenu maximal, il y a une discussion
à avoir sur le nombre d'années d'occupation, puis on espère que la commission
pourra avoir cette discussion-là, effectivement.
Mme Caron : D'accord.
Merci. Est-ce que...
Le Président (M. Schneeberger) :
On n'a plus... on n'a plus de temps.
Mme Caron : On n'a plus
de temps. OK. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Désolé. Alors, nous allons maintenant du côté de la deuxième opposition.
Alors, M. le député de Laurier-Dorion, vous avez 3 min 28 s.
M. Fontecilla : Merci
beaucoup, messieurs dame, d'être ici. Je vous félicite pour votre mémoire, qui
est très, très... très complet. Écoutez, je vous remercie <également de
soulever la question...
M. Fontecilla :
...qui
est très, très... très complet. Écoutez, je vous remercie >également de
soulever la question de la protection des locataires aînés, ce que nous
appelons gentiment, dans ma formation politique, la clause Françoise David, là.
Bien, j'aimerais vous entendre plus
particulièrement sur les effets du retrait de la cession de bail pour les
femmes victimes de violence conjugale.
M. Nault (Spencer C.) : Oui,
tout à fait. En fait, c'est vrai que, dans l'actualité, on nous rappelle que la
violence conjugale, c'est une problématique sociale qui est très présente dans
notre société, malheureusement. Puis, à l'heure actuelle, ce qu'on constate,
c'est qu'il y a de nombreuses femmes qui doivent être hébergées en maison
d'aide et d'hébergement ou chez des proches, puis ça, c'est en attente d'un HLM
qui se libère. Mais on sait aussi que ces places-là sont vraiment rares et
voire inexistantes dans plusieurs secteurs et régions du Québec. Donc, pour
plusieurs de ces femmes, la possibilité de la cession de bail, ça représente
une des rares options existantes pour avoir accès à des logements dont le loyer
n'est pas trop élevé pour leurs moyens.
Puis on parle aussi... Quand on parle de
femmes, on parle, évidemment, également des femmes autochtones, des femmes
immigrantes, des femmes racisées, qui vivent, en plus, de la discrimination en
raison de leur identité. Donc, ces personnes tiennent énormément au mécanisme
de la cession de bail.
M. Fontecilla : Donc,
pour avoir accès à un... avoir accès à un logement dont le bail a été cédé.
M. Nault (Spencer C.) : Oui.
M. Fontecilla : Très
bien. Donc, ça pourrait aider énormément ces femmes-là.
Je vais passer à une idée plus... beaucoup
plus vaste, là. J'ai été étonné. Enfin, on a entendu cette idée-là dans... chez
d'autres groupes aussi, là, la question du paradigme dominant, là, comme quoi
le problème, c'est l'insuffisance de la production de... dans la production de
logements. Vous, vous dites que c'est plutôt dans l'absence de contrôle des
loyers qu'il faut trouver la cause de la crise du logement. Expliquez-nous
votre idée.
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien,
en fait, on est des juristes, donc, déformation professionnelle, on analyse le
Code civil du Québec. Puis on pense que, dans un contexte de crise du logement,
il faut une intervention du législateur pour corriger les inégalités et on
pense que ce sont des moyens plus efficaces que... Construire des logements, ça
prend du temps et ça prend des terrains. Ça prend de la main-d'oeuvre. C'est
des mesures qui sont long terme. Nous, on considère que le législateur peut
agir rapidement, efficacement, sur des moyens qui ont des effets assez
significatifs sur les locataires. La question des locataires aînés, de réduire
à 65 ans, c'est une intervention mineure qui pourra permettre à des
personnes aînées dans des situations de vulnérabilité grave et critique d'être
maintenues dans leurs logements.
Il ne... Il faut continuer de rappeler que
le logement, c'est une dimension essentielle du bien-être physique et
psychologique de chaque personne. Et donc c'est pour ça qu'on arrive avec un
mémoire qui a plusieurs propositions qui viennent corriger ces inégalités-là et
proposer des solutions innovantes pour permettre un meilleur contrôle des
loyers, pour permettre de consolider le droit au maintien dans les lieux des
locataires, qui est la pierre angulaire du régime de louage résidentiel au
Québec.
M. Fontecilla : Je vous
remercie.
Le Président (M. Schneeberger) :
Alors, merci beaucoup. Alors, nous allons voir du côté du député des Îles-de-la-Madeleine
pour un 2 min 38 s.
• (18 h 10) •
M. Arseneau : Mes Brown,
Pelletier et Mme Nault, merci de votre mémoire très riche, plein de pistes
fort intéressantes. Je note, notamment, là, la question du droit au logement à
inscrire ou la réduction de l'âge pour... en ce qui a trait aux procédures
d'éviction.
Je retiens aussi que vous avez mentionné :
Pourquoi réparer ce qui n'est pas brisé, là, lorsqu'il est question de la
cession de bail? Bien, vous savez que les propriétaires, par exemple, ont fait
valoir leur droit de propriété puis vous l'abordez. J'aimerais ça que vous
résumiez un petit peu. J'aurais trois questions à vous poser en deux minutes,
donc, de petites réponses courtes. Mais pourquoi est-ce que ça n'affecte pas
leur droit de propriété, de maintenir le droit de cession de bail?
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien,
en fait, le droit à la cession de bail constitue une limitation raisonnable du
droit de propriété. Donc, la jurisprudence est venue dire, et les tribunaux
sont venus dire : C'est une limitation raisonnable dans un contexte où
l'objectif du législateur, c'est de protéger le droit au maintien dans les
lieux.
Donc, en ce moment, il faut encore le
dire, et le RCLALQ l'a nommé, combien de cessions de bail sont faites par année
au Québec? Personne ne peut répondre à cette question. Donc, moi, je considère que
ce droit-là est fondamental. Est-ce qu'il est utilisé à 100 %? Je ne peux
pas vous répondre. Est-ce qu'il est sous-utilisé? Je ne peux pas vous répondre
sans donnée. Et c'est important, pour moi, ces données-là.
Donc, selon moi, là, ces arguments-là de
droit à la propriété ont été abordés. Et d'ailleurs, les décisions dont je
vous... qu'on parle dans le <mémoire, il y avait des...
Mme Brown (Kimmyanne) :
...abordés.
Et d'ailleurs, les décisions dont je vous... qu'on parle dans le >mémoire,
il y avait des représentations des associations de propriétaires. Ils ont été
entendus.
M. Arseneau : Oui, ils
ont été entendus.
Mme Brown (Kimmyanne) : Donc,
ces arguments-là ont déjà été abordés et décidés.
M. Arseneau : Et,
lorsqu'ils font valoir que ça n'avait pas été l'intention du législateur
d'utiliser cet aspect-là, là, pour le contrôle des loyers, donc qu'on pourrait
tout simplement l'abandonner aujourd'hui, qu'est-ce que vous répondez à ça?
Mme Brown (Kimmyanne) : Bien,
c'est une interprétation erronée. Et je pense qu'il y a plusieurs décisions des
tribunaux qui viennent consacrer ça et dire que non seulement c'est un moyen
que le législateur a mis en place pour assurer le droit à la mobilité des
locataires, parce que, comme on l'a dit si justement tout à l'heure, les
propriétaires étaient en faveur du droit à la cession de bail, lorsqu'il a été
mis en place, pour favoriser la mobilité des locataires et trouver des nouveaux
locataires, mais c'est aussi une mesure de contrôle des loyers. Ça fait partie
du sac à dos du législateur, des moyens pour contrôler les loyers. C'est ce que
le législateur a décidé. Les tribunaux sont venus confirmer ça à travers le
temps, par des années de superbelles décisions qu'on doit garder. Il ne faut
pas aller contre ça.
M. Arseneau : J'aurais
aimé vous poser la question sur la fixation des loyers comme mécanisme de
contrôle, mais je pense que le président ne vous donnera pas le temps de
répondre.
Le Président (M. Schneeberger) :
Et... Non, malheureusement, malheureusement.
M. Arseneau : On aura
l'occasion de s'en reparler.
Mme Brown (Kimmyanne) : Avec
plaisir. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) :
Parfait. Alors, merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Mémoires déposés
Alors, avant de conclure les auditions, je
procède au dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été
entendus en commission. Mais par contre je peux leur dire qu'ils seront pris en
considération par les députés pour l'adoption du futur... du projet de loi.
Alors, à ce moment-ci, la commission ayant
accompli sa mission, j'ajourne les travaux sine die. Bonne soirée à tous.
(Fin de la séance à 18 h 13)