(Neuf heures cinquante et une
minutes)
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, bon matin à tous.
Premièrement, je voudrais m'excuser pour ma voix, j'ai un peu une petite
grippette, comme on dit, alors un petit peu la voix rauque ce matin.
Alors, ayant
le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'aménagement du territoire
ouverte. Je vous demanderais de bien vouloir fermer vos cellulaires, si
vous en avez, au niveau de la sonnerie.
Alors, la commission est réunie aujourd'hui en
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 39, Loi modifiant la Loi sur la fiscalité municipale et
d'autres dispositions législatives.
Est-ce que nous avons des remplaçants, M. le
secrétaire?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Ciccone (Marquette) est remplacé par Mme Caron
(La Pinière); et M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par M. Grandmont
(Taschereau).
Remarques préliminaires
Le
Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Alors, nous
allons débuter par... ce matin, par les remarques préliminaires au
niveau de la députation et de la ministre, et nous entendrons par la suite
trois groupes, soit l'Union des municipalités du Québec que je salue, qui
sont déjà assis à la table, la Fédération québécoise des municipalités et la
ville de Gatineau. Alors, Mme la ministre, vous avez six minutes pour faire vos
remarques préliminaires.
Mme Andrée
Laforest
Mme Laforest : Merci. Alors, je
suis très heureuse d'être ici, évidemment, pour étudier le projet de loi...
étudier le projet de loi n° 39, oui, c'est bien ça,
39, parce que, depuis cinq ans maintenant, c'était un des projets de loi qui
étaient demandés depuis le début avec l'Union des municipalités, la Fédération
québécoise des municipalités, Québec, Montréal. La première demande qu'on a
eue, c'était d'avoir un projet de loi pour moderniser la fiscalité municipale. Donc, c'est sûr qu'avant de moderniser
la fiscalité municipale il a fallu étudier plusieurs projets de loi pour
en arriver avec la fiscalité comme telle. Donc, on a étudié sept projets de loi
avec mes collègues, que je remercie, qui étaient ici ou presque tous ici pour
les autres projets de loi, et ça s'est quand même très, très bien fait.
Donc, le projet de loi n° 39,
c'est quand même, si je peux le dire ainsi, c'est la finalité de plusieurs
nouvelles réglementations qu'on a faites dans le milieu municipal, mais, en
même temps, plusieurs réglementations nouvelles que... si ça se passe quand même
bien avec mes collègues, députée de Mille-Îles, députée de La Pinière, député
de Taschereau, les Îles-de-la-Madeleine,
normalement, ça se passe bien en commission, nous pourrions... nous aurions
la chance de vous aider au niveau de la fiscalité municipale.
Donc, c'est
sûr qu'il y a parfois certains articles de loi qui sont assez... qui seront
assez complexes. On travaillera avec l'équipe des Affaires municipales,
avec, ici, M. Jocelyn Savoie, sous-ministre. Mais aussi je suis convaincue
qu'avec tout le monde, que je connais maintenant depuis cinq ans... je suis
très heureuse d'être avec vous tous, et on va encore accomplir de grandes
choses pour toutes les villes du Québec. Alors, voilà. Merci, tout le monde.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, Mme la députée des Mille-Îles, vous avez aussi un temps de parole de
deux minutes... 4 min 30 s, oui.
Mme Dufour : Hein? Ce n'est pas
sept? Quatre minutes?
Le Président (M. Schneeberger) :
4 min 30 s.
Mme Dufour :
4 min 30 s, hein?
Le Président (M. Schneeberger) :
Bien, quasiment.
Mme Virginie
Dufour
Mme Dufour : Oui. Merci, M. le Président. Alors, merci à tous.
C'est un grand plaisir d'être ici, et je remercie la ministre pour le
projet de loi qui nous donne encore l'opportunité de parler des municipalités.
Les villes, je crois, attendaient impatiemment, évidemment, le nouveau pacte
fiscal qu'on a entendu parler il y a quelques semaines et, évidemment, ce
projet de loi là qui reflète l'entente... l'entente, notamment, en insérant
dans la loi le partage de la croissance d'une partie de la TVQ. Et ça, je pense
que c'était attendu parce que ça va amener de la prévisibilité pour les villes qui doivent
jongler, là, avec un budget, là, dans les... On est dans la période où les
budgets doivent être établis, et ce
n'est pas... ce n'est pas facile, actuellement, on le voit avec la hausse,
l'inflation dans les services que les municipalités rentrent... rendent.
Bien, l'inflation a été supérieure à ce qu'on
connaît, là, au niveau de l'inflation pour les biens et services. Et on voit
aussi que le projet de loi, ça va donner plus de flexibilité pour les villes
pour taxer, taxer de différentes façons. Par
contre, on ne trouve pas de nouvelles sources de revenus dans ce projet de loi
là, et ça, c'est une... je pense, c'est une déception. On aurait aimé,
je pense, que ça aille plus loin, mais on aura l'occasion d'en discuter
davantage.
Une autre inquiétude, c'est qu'on veut limiter
les redevances de développement, ce qui est une source de revenus importante
pour certaines villes. En période, actuellement, de crise du logement, on
comprend peut-être le besoin de l'encadrer, mais ceci dit, d'un côté, on dit
qu'on veut donner plus de flexibilité et de nouvelles sources de revenus aux
villes et, d'un autre côté, on leur en enlève. Alors, il y a ici un enjeu qu'on
devra analyser davantage.
Je constate aussi qu'on ne prévoit toujours pas
d'assurer 100 % les compensations tenant lieu de taxes pour les écoles primaires et secondaires, et on
n'assume toujours pas la facture des terrains des écoles. Ça, c'est une
aberration qui est venue, là, en 2020, alors
que l'éducation, c'est clairement une compétence provinciale et non municipale.
Donc, aujourd'hui, on entendra plusieurs
groupes, et je vous remercie, là, tous ceux qui sont dans la salle, d'être
présents. On va être à l'écoute,
évidemment, des demandes d'amélioration. Et puis je pense que ce projet de loi
là est perfectible, et ce qu'on
fera... ce qu'on va faire dans les prochaines semaines, tenter de trouver le
meilleur équilibre pour bénéficier aux municipalités
qui, on s'entend, sont le premier gouvernement... le plus près des citoyens et
qui sont aux premières loges de la
crise du logement, la crise des changements climatiques. Alors, sur ce, M. le
Président, je vous remercie beaucoup.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Merci beaucoup. Alors, nous allons
maintenant du côté du député de Taschereau pour
1 min 30 s, maximum.
M. Etienne
Grandmont
M. Grandmont : Merci,
M. le Président. D'abord, salutations à la ministre, à tous les collègues qui
sont présents aussi, au personnel qui accompagne Mme la ministre et la
partie gouvernementale. Merci aussi aux gens qui sont ici pour nous aider sur
les aspects techniques, pour nous permettre de faire cette commission de
manière adéquate et dans le bon ordre.
La fiscalité, c'est un enjeu important au
Québec, on le sait, et c'est une... c'est un moyen, en fait, de répondre à plusieurs enjeux qui sont importants au Québec,
notamment les enjeux d'étalement urbain qui sont... qui est fortement
lié à la dépendance des municipalités à l'impôt foncier. Donc, c'est clair que
la fiscalité peut être une réponse à plusieurs enjeux que nous vivons, que nous
rencontrons ici, aujourd'hui, au Québec. On comprend évidemment que le PL n° 39 s'inscrit dans un moment, à la fin de l'année, où les
municipalités sont en train d'écrire leur budget, d'en discuter avec leurs
citoyens, leurs citoyennes.
Donc, évidemment, on va essayer d'agir de
manière collaborative et en toute diligence aussi. Bien entendu, on aura des propositions d'amendements à apporter.
Donc, on espère aussi que la ministre saura les entendre et saura se montrer clémente face à ces propositions
d'amendements, puisque tout ce que nous souhaitons, et je suis sûr que
c'est la même chose, là, du côté de la partie gouvernementale, c'est le
meilleur projet de loi pour aider les municipalités à répondre à ces enjeux
importants qui sont devant nous. Donc, je m'arrêterai là-dessus. Merci, M. le
Président.
Auditions
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant commencer nos exposés. Alors, je salue
l'union des membres de... l'Union des municipalités du Québec. Je vous
inviterais à vous présenter à tour de rôle pour savoir à qui... parce que, même
si je nomme les noms, on ne saura pas... pour mettre un nom sur chaque visage.
Alors, je vous demande de vous présenter puis, après ça, vous commencez votre
mémoire. Voilà.
Union des municipalités
du Québec (UMQ)
M. Damphousse (Martin) : Merci.
Martin Damphousse, maire de Varennes et président de l'Union des municipalités
du Québec.
M. Boucher (Jean-Philippe) : Jean-Philippe
Boucher, directeur général de l'UMQ.
M. Roy (Samuel) : Samuel Roy,
conseiller stratégique aux politiques à l'UMQ.
• (10 heures) •
M. Damphousse
(Martin) : Merci. Mme la ministre des Affaires municipales,
M. le Président de la commission, Mmes,
MM. les membres de la commission, je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui
dans le cadre des consultations sur le projet de loi n° 39,
Loi modifiant la Loi sur la fiscalité municipale et d'autres dispositions
législatives.
D'emblée, l'UMQ salue le dépôt de cette
importante pièce législative. Elle répond à une demande phare de l'union et
concrétise un engagement du premier ministre du Québec pris lors du sommet
électoral de l'UMQ en septembre 2022. L'union souhaite d'abord souligner
l'important jalon que représente l'enchâssement dans la loi du partage de la croissance de l'équivalent d'un
point de TVQ en matière de fiscalité municipale. Ce changement
législatif vient assurer la pérennité de cet important
transfert pour le milieu municipal. Le contexte actuel de la crise du logement, de la crise de l'itinérance puis de la
crise climatique pose d'importants défis aux gouvernements de proximité.
Malheureusement, à l'heure actuelle, il n'est pas... ce n'est pas l'ensemble
des outils fiscaux nécessaires pour faire face à ces importants défis. Le
projet de loi prévoit certaines avancées en ce sens.
Nonobstant
l'entente que nous avons très hâte de signer avec vous, Mme la ministre, il y a
quand même deux sujets que nous savons... les deux sujets qui suivront,
qui se retrouveront dans nos rencontres annuelles.
Donc,
cependant, certains éléments sont absents du projet de loi. Dans l'éventualité
de leur inclusion, ils permettraient
une meilleure atteinte de nos objectifs collectifs. Nous souhaitons donc
soumettre des recommandations en ce sens. Dans notre présentation, nous
mettrons l'accent sur certains éléments importants de notre mémoire, soit l'importance de poursuivre la modernisation de la
fiscalité municipale, l'autonomie municipale et l'expropriation
déguisée.
Premièrement, les immeubles qui font partie du
réseau de l'éducation sont non imposables aux fins de la taxation foncière
municipale, mais font l'objet des compensations tenant lieu de taxes versées
par le ministère des Affaires municipales et
de l'Habitation. Alors que le taux de compensation applicable est de 100 %
pour les immeubles du réseau de la santé et des services sociaux, de
l'enseignement supérieur et des services de garde, ce taux est à 82 % pour
les immeubles du réseau de l'enseignement primaire et secondaire.
Pourtant, les municipalités sont tenues d'offrir
100 % des services municipaux aux immeubles scolaires du réseau de
l'enseignement primaire et secondaire. Il en résulte que la compensation tenant
lieu de taxes versée aux municipalités pour
les immeubles du réseau de l'enseignement primaire et secondaire ne correspond
pas à l'ensemble des taxes que les municipalités seraient en mesure de
percevoir si ces immeubles ne faisaient pas partie de ce réseau. Le manque à
gagner pour les municipalités est estimé à environ 50 millions de
dollars.
Par ailleurs, le milieu municipal craint
d'assister à un recul des compensations tenant lieu de taxes qui seront versées
aux municipalités dans les prochaines années. En effet, la croissance
importante des valeurs imposables pour le secteur résidentiel crée une tendance
à la baisse sur les taux de taxation par 100 $ d'évaluation foncière. Cela
a pour effet d'entraîner une pression à la
baisse sur le taux global de taxation, l'indice utilisé par le MAMH pour
verser les compensations tenant lieu de taxes aux municipalités.
Or, ces distorsions créent des variations
importantes sur le rôle d'évaluation d'une municipalité et ne devraient pas
entraîner une réduction des compensations versées. Il apparaît important de
revoir la mécanique prévue en matière de compensation tenant lieu de taxes afin
que les municipalités ne soient pas pénalisées dans un contexte où la pression
sur leurs dépenses est forte.
C'est
pourquoi l'UMQ recommande de hausser à 100 % le taux de compensation de
taxes pour les immeubles du réseau de l'enseignement primaire et
secondaire. L'union recommande en plus de revoir la mécanique du taux global de
taxation afin que les compensations de taxes versées aux municipalités ne
soient pas affectées négativement par le dépôt des rôles d'évaluation.
Deuxièmement, les municipalités doivent
actuellement payer de la TVQ au gouvernement du Québec pour ensuite être remboursées à seulement 50 %.
Elles doivent donc taxer davantage leurs citoyennes et leurs citoyens
pour payer cette taxe au gouvernement du Québec. Pour l'union, il est clair
qu'un gouvernement ne devrait pas en taxer un
autre. À cet effet, rappelons que le gouvernement fédéral rembourse la TPS à
100 %. Le gouvernement du Québec devrait emboîter le pas et
rembourser 100 % de la TVQ.
Pourtant, le remboursement à 100 % de la
TVQ permettrait d'accélérer les investissements productifs des municipalités. Les municipalités jouent un rôle
clé pour créer un environnement propice aux affaires. Malheureusement,
bien des investissements nécessaires pour soutenir la croissance économique et
des projets structurants sur les plans économique et environnemental n'ont pas
une rentabilité fiscale strictement foncière, ce qui réduit d'autant leur
intérêt pour les municipalités qui les retardent, voire les délaissent.
Par la suite, l'article 244.64.9 de la Loi
sur la fiscalité municipale permet d'alléger le fardeau des petites entreprises
commerciales ou industrielles et prévoit la possibilité de fixer, pour chaque catégorie
ou sous-catégorie d'immeubles non
résidentiels et pour les immeubles industriels, des taux différents
s'appliquant selon des strates de la valeur
des immeubles visés. À l'heure actuelle, cette disposition n'est pas permise
pour le secteur résidentiel, malheureusement.
Cependant, elle permettrait de corriger
plusieurs iniquités qui entrent les contribuables... qui existent entre les contribuables municipaux. Effectivement, plusieurs
municipalités ont noté une croissance plus importante des valeurs foncières pour les immeubles résidentiels se
trouvant sous la moyenne des valeurs imposables des immeubles
résidentiels, comparativement aux immeubles de plus grande valeur.
Concrètement,
ce phénomène entraîne un transfert du fardeau fiscal des mieux nantis vers les
moins bien nantis. Par un souci
d'équité entre les contribuables du secteur résidentiel, la flexibilité prévue
pour le secteur non résidentiel à l'article 244.64.9 de la Loi sur la
fiscalité municipale devrait être étendue au secteur résidentiel afin que les
municipalités puissent ajuster les taux de taxation en fonction des variations
du rôle d'évaluation.
L'UMQ
recommande donc de permettre l'ajout d'une deuxième catégorie de taxation en
fonction de la valeur des immeubles
pour le secteur résidentiel, tel que permet actuellement le secteur non
résidentiel à l'article 244.64.9 de la Loi sur la fiscalité. Si je peux me permettre, personnellement, un exemple très
concret, on pourrait définir que la strate serait jusqu'à la valeur de
l'évaluation moyenne de la maison. Donc, tout ce qui serait en bas de la valeur
moyenne pourrait avoir un taux moindre. Donc, on viendrait aider les moins
nantis de chacune des municipalités, et la strate au-dessus de la valeur
moyenne pourrait avoir un taux légèrement plus élevé pour compenser le manque à
gagner de la première strate qui serait payée par les plus nantis. Donc, on
viendrait aider la clientèle moins nantie de chaque municipalité.
À l'heure actuelle, certaines municipalités font
déjà face à des contestations devant les tribunaux en ce qui concerne le
règlement instituant une redevance au développement. C'est le cas, notamment,
vous le savez bien, de la ville de Brossard, pour laquelle plusieurs dizaines de millions de
dollars sont potentiellement à risque en raison de cette contestation.
Dans une perspective de réduction du risque juridique et de consolidation du
pouvoir de redevance de développement,
l'union recommande d'affirmer que les règlements municipaux pris en vertu du
pouvoir de redevance de développement doivent être interprétés de
manière large et libérale par les tribunaux, et nous souhaitons le retrait de
l'article 2 du projet de loi.
Le prochain sujet, c'est assurément mon sujet de
prédilection, vous le comprendrez rapidement. Le contexte économique actuel est
difficile pour l'ensemble de la population. Le milieu municipal souhaite
respecter la capacité de payer des
citoyennes et des citoyens, et ce, dans un contexte où les coûts augmentent
rapidement tant pour la population que pour les municipalités. Or, pour
plusieurs municipalités, il pourrait être très difficile d'y arriver.
En effet, certaines dispositions de la Loi sur
la fiscalité municipale pourraient contraindre ces municipalités à hausser substantiellement le fardeau fiscal du
secteur résidentiel afin d'éviter un effritement de leurs revenus
autonomes. La Loi sur la fiscalité municipale prévoit des taux maximums pour
les taux de taxation particuliers à la catégorie des immeubles non
résidentiels, qui sont obtenus en multipliant le taux de base de la
municipalité qui s'applique au secteur résidentiel par des coefficients qui
sont établis à l'article 240.40 de la Loi sur la fiscalité municipale.
Ces coefficients ne reflètent plus la réalité
observée sur le terrain. En effet, un déséquilibre de plus en plus important
est observé entre la croissance de la valeur des propriétés résidentielles et
non résidentielles. Si je peux me permettre, on a de nouveaux rôles qui sont
sortis cette année. On a vu apparaître des augmentations résidentielles qui
dépassent le 50 %, et l'année prochaine...
• (10 h 10) •
Le
Président (M. Schneeberger) : ...une minute de plus que vous avez droit. Alors
là, il faut que je le... On peut continuer, mais il faut que j'aie la
permission de la ministre d'être sur son temps à elle. Alors, je ne sais pas si
vous avez encore beaucoup de temps à faire, là. Moi, je suis...
M.
Damphousse (Martin) : Je vais faire vite, c'est promis.Donc, la
croissance rapide des valeurs des propriétés résidentielles, au cours
des dernières années, a amené bon nombre de municipalités à réduire le taux de
taxation de manière à ne pas créer un choc important sur le compte de taxes des
citoyennes et des citoyens. En bref, des hausses de valeur de 50 % des propriétés n'ont pas engendré une hausse de
50 % du compte de taxes. Le même principe s'applique même, dans une mesure moindre, du côté non
résidentiel, étant donné une croissance de la valeur des propriétés
beaucoup moins rapide.
Or, ce phénomène a pour effet d'accentuer
l'écart entre les taux de base et le taux de taxation particulier de la
catégorie des immeubles non résidentiels, et ce, sans que le fardeau fiscal
d'un secteur ait augmenté par rapport au fardeau fiscal de l'autre secteur. Il
s'agit de situations qui ne sont pas souhaitables dans les deux cas.
Concrètement, dans certains cas, nous assisterons à une hausse municipale
résidentielle de 8 % seulement pour maintenir le taux de taxe du secteur
non résidentiel à son taux actuel.
Parallèlement à ça, dans ma ville, à Varennes,
on observe qu'en respectant le plafond du taux résidentiel une entreprise a vu
son compte réduit de 33 % dans les 10 dernières années afin que
l'entreprise investisse 20 millions pour agrandir ses installations. Le
coefficient prévu à l'article 244.40 de la Loi sur la fiscalité
municipale... ont été ajustés à plusieurs reprises par le passé. En effet, la
dernière modification date de 2017. Puis ce qu'on apprend, c'est que Montréal
n'a pas de plafond de taux, ce que plusieurs municipalités aimeraient avoir.
Pour terminer, il y aurait lieu de procéder à un
nouvel ajustement de ce coefficient qui reflète l'évolution des valeurs imposables au cours des dernières années,
sans aucun coût pour le gouvernement. Là-dessus, je vous dis merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Alors, je vais... On va débuter par une période de questions.
Alors, je laisse Mme la ministre des Affaires municipales procéder aux
questions, échanges.
Mme Laforest : Oui. Alors,
merci. Je vous entends bien puis je sais que c'étaient des demandes aussi dans
le passé. Si on parle, par exemple, de la
taxe résidentielle, on le sait déjà, que c'est possible de taxer cinq fois le
taux de base. Maintenant, est-ce que... puis on a fait le tour de toutes
les municipalités du Québec puis on voit qu'il y a certaines municipalités qui
n'ont pas osé taxer le résidentiel comme elles devraient le faire, mais
souvent, elles se reprennent sur le commercial. Donc, c'est sûr que, là, si on
acceptait cette possibilité-là, moi, je me pose la question à savoir :
Est-ce que vous ne croyez pas qu'à ce moment-là ce serait, pour des
municipalités qui n'ont pas été... qui n'ont pas osé s'ajuster avec la taxation
résidentielle... qu'il était possible de le faire au moment qu'elles pouvaient
le faire?
M. Damphousse
(Martin) : Bien, en fait, je vous dirais, Mme la ministre,
non, pour une raison précise qu'on observe depuis deux ans, et, la
réalité, ça va s'accentuer, c'est que, quand on a une hausse dans un nouveau
rôle, la hausse résidentielle est
gigantesque par rapport à la hausse commerciale puis encore plus par rapport à
celle industrielle. Quand on a une augmentation, une hausse de plus de
50 % dans un nouveau rôle, vous le savez, on ajuste le taux à la baisse.
On n'a pas le choix, mais, en l'ajustant, on attire aussi à la baisse le taux
commercial industriel qui, lui, peut avoir eu une hausse de 12 %, de
15 %.
Ça fait qu'on crée un déséquilibre qui est
tellement grand que, là, on se retrouve à accorder un crédit de taxe, par
rapport à l'année précédente, au commercial et industriel. Ça fait que c'est
surtout ce qu'on ne veut pas faire. On veut qu'ils aient une hausse, mais pas
une hausse démesurée par rapport à ce qu'ils avaient avant, mais une hausse juste logique. Mais là, à cause qu'on est liés
avec le taux résidentiel, on vient faire baisser la valeur taxable
industrielle et commerciale. C'est ça qui n'a pas de bon sens.
L'exemple de Kronos, à
Varennes, est un bel exemple. En 10 ans, ils ont baissé leur compte de
taxes de 33 %. Pensez-vous que c'est ce que je souhaite? Bien, c'est sûr
que non. Ils ont même investi 20 millions puis leur taux de taxe... leur
compte de taxes est plus bas. Personne ne veut ça. On ne veut pas les faire
exploser, mais on veut juste que ça puisse
suivre une logique, mais là, à cause de l'écart et du facteur cinq fois, on est
pris. On est obligés de baisser leur taux ou de suraugmenter le taux
résidentiel, puis assurément, c'est ce qu'on ne veut surtout pas non plus, là.
Mme Laforest : Puis,
si je vous demandais quelle formule vous auriez puis comment... Est-ce que vous
accepteriez que, s'il y avait un maximum...
M. Damphousse (Martin) : En
fait, pour être réaliste, là, enlever le plafond, on a des risques que ça ne
passe pas. Ça fait que j'aime mieux, sincèrement, qu'on fasse un gain ensemble
en augmentant le coefficient pour donner de l'air aux municipalités. Si ça ne
bouge pas, on est plusieurs municipalités au Québec... Ceux qui ont beaucoup de
commercial et industriel sont pris... aujourd'hui, là, ils sont vraiment dans
le trouble, puis la liste est longue dans...
de villes, mais, si on était capables de changer le plafond, le taux... On est
à cinq de coefficient, si on était à six, si on était à sept... parce
que l'enlever, ce serait l'idéal pour nous. Montréal n'en a pas. Montréal,
aujourd'hui, n'en a pas. C'est un privilège extraordinaire, qui est un peu...
qui est, à mon avis, une compétition déloyale avec ses voisins. Bon, tant mieux
pour eux, mais la réalité, c'est que, pour être sûrs de faire un gain, j'aime
mieux qu'on augmente le coefficient, qu'il y en ait un, mais, au moins, on
donne de l'air, comme c'est arrivé en 2017.
Mme Laforest : Je vais vous demander
si c'est possible, là, dans les prochains jours, de nous envoyer des exemples,
comment vous feriez ça.
M. Damphousse (Martin) : Avec
plaisir.
Mme Laforest : J'ai aussi une
question par rapport... parce qu'on s'est questionnés à savoir... le partage
des revenus pour le... entre les municipalités, parce que, dans le projet de
loi n° 39, il y a le partage des revenus pour... dans
tout développement avec d'autres municipalités. C'était demandé. On l'applique
dans le projet de loi n° 39. Il
va y avoir un article pour le partage, les effets bénéfiques de cet article-là.
Maintenant, est-ce que vous croyez sincèrement
que toutes les municipalités vont participer à ce partage au niveau des
nouveaux développements? Exemple, il y a une nouvelle usine dans un secteur ou
encore, peu importe, là, un nouveau quartier ou... industriel. Est-ce que vous
croyez vraiment qu'il va y avoir une... bref, une collaboration de toutes les
municipalités qui sont autour ou il faudrait y aller plus sévèrement pour
l'obliger?
M.
Damphousse (Martin) : En fait, j'aurai ma position puis je vais inviter
mes collègues, s'ils veulent intervenir.
Dans les parcs industriels existants, je ne peux
pas m'imaginer qu'une ville accepte tout à coup : Bien, je vais partager mes revenus, parce qu'ils n'ont pas
contribué aux dépenses, parce que, très souvent, c'est des
investissements importants, mais il y a aussi des effets qui peuvent être
pervers, de ces... Quand il y a beaucoup de transport, de transport pas en
commun, mais transport lourd, bien, souvent, c'est des effets néfastes que la
municipalité va vivre.
Par contre, dans des futurs projets de
développement... prenons juste l'exemple de Northvolt, qui est un bel exemple pour moi, que je connais bien, mais, si la
communauté et la MRC décidaient d'investir ensemble et d'accueillir
ensemble les futurs employés, là, il y a une logique qui s'installe. Mais je ne
peux pas m'imaginer, Mme la ministre, qu'une municipalité qui reçoit
l'entreprise sur son territoire, qui fait des investissements majeurs pour les
accueillir, qu'elle ne partage que les bénéfices sans les investissements.
Mais, dans une approche où une région se met en commun pour les dépenses, pour
trouver une formule de partage, je trouve que ça fait du sens, mais, tant que
c'est sur une base volontaire, ça risque d'être difficile à organiser, mais je
suis convaincu qu'il y a des régions qui seraient favorables à ça. L'exemple de
l'éolien est un bel exemple, en Gaspésie. Bravo, encore une fois, pour eux
autres.
Mme Laforest : Merci. Puis j'ai une
question aussi sur... Est-ce que...
Le Président (M. Schneeberger) : ...
Mme
Laforest : Ah! OK. J'ai une question par rapport aux terrains
vagues. Est-ce que... parce que, là, encore une fois, on va le
permettre, les terrains vacants, au niveau de la taxation. Est-ce que vous en
entendez vraiment parler beaucoup des municipalités?
M. Damphousse (Martin) : Bien, en
fait, il y a de moins en moins de terrains vagues desservis.
Mme Laforest : Oui, c'est ça.
M. Damphousse (Martin) : Mais, pour
ceux qui sont là, de ce que j'ai compris, vous augmentez le coefficient à
quatre fois. C'est une très bonne chose, on est très contents de ça, parce
qu'au fond ce qu'on déteste... Dans les municipalités, dans un contexte de
pénurie de logements, dans un contexte actuel, qu'un promoteur s'assoie sur un terrain et ne fait rien, quand, en plus, le
terrain est desservi, d'être capables de surcharger la taxe de cette
façon-là, c'est excellent.
Mme
Laforest : Au niveau... vous parlez des logements vacants... parce que
nous, ce qu'on disait, c'est qu'on
entendait : Oui, vous pouvez le faire, c'est excellent, mais ça va...
ce sera compliqué de faire ça dans chacune des municipalités. C'est sûr
que vous demandiez ça, de taxer les logements vacants, qui sont vacants depuis
peut-être, possiblement, 180 jours et plus, mais est-ce que vous avez... au
niveau de l'application, comment ça va se passer? Vous êtes confiant que ça va
bien aller? Pour trouver les logements qui sont vacants, qui ne sont pas loués,
pour taxer ces logements-là, il n'y a pas de problème?
• (10 h 20) •
M. Damphousse
(Martin) : Moi, j'ai répondu sur les terrains vacants. Là, en lien
avec les logements vacants, ce que j'observe, c'est assurément les territoires
et municipalités qui sont en lien avec l'aspect touristique et l'Airbnb. À Varennes, les logements vacants sont
rares puis ils ne restent pas longtemps. Ça fait que c'est sûr que je ne
perdrai pas de temps à les chercher, là,
mais c'est vraiment dans un contexte Airbnb, où des gens sortent leurs
appartements du pool locatif pour faire plus de revenus. Bien, eux autres, je
suis convaincu que des villes comme Montréal, Québec...
je pense à Gaspé, où l'aspect touristique et l'Airbnb prend trop de place,
qu'ils vont trouver des mécanismes pour suivre à la lettre ces
appartements-là. Comment ils vont faire? Là, on peut vous revenir avec leurs
méthodes qu'ils auront adoptées, mais c'est sûr que ce n'est pas une mauvaise
chose, assurément.
Mme Laforest :
C'est bon. Je voulais vous poser
des... bien, je vais vous poser une question du champ gauche, ça me
tente. Les offices de consultation publique, pour vous, est-ce que c'est
vraiment quelque chose que vous considérez utile?
M. Damphousse
(Martin) : Moi, je n'en ai pas, à Varennes. J'essaie de voir quelle
est la réponse la plus «politically correct» que je peux vous donner, là.
Mme
Laforest : C'est une question du champ gauche.
M. Damphousse
(Martin) : Bien, en fait, je vais répondre d'une autre façon. J'ai
plaidé, dans les dernières semaines,
beaucoup le problème du «pas dans ma cour» des zones contiguës, là, les deux,
trois maisons qui ne veulent pas un projet, là, puis c'est triste parce
qu'il y a souvent, dans trop de cas, des projets de qualité qui ne se font pas
à cause de deux, trois voisins. Puis je ne suis pas contre la consultation,
puis je ne suis pas contre que des gens de la population aient un pouvoir
d'intervenir, mais je n'aimerais pas qu'on permette à seulement une petite zone
contiguë de bloquer un projet de qualité. Qu'on permette à l'ensemble de la
municipalité d'avoir le pouvoir, et si, vraiment, le projet municipal déposé ne tient pas la route, bien, la population
s'exprimera, mais pas aux voisins... pas sous le contexte de «pas dans
ma cour».
Ça fait que c'est ça
que je n'aime pas, mais, si c'est présenté à la population, puis les gens
disent : Bien non, mais c'est bien
correct, ça, parfait. Dans le contexte de densification, je suis 100 %
d'accord avec ça, mais le «pas dans ma cour», c'est souvent deux voisins
immédiats qui viennent solliciter l'ensemble de leur zone puis qui bloquent des
projets de grande qualité. Ça, c'est un vrai problème.
Mme Laforest :
Donc, les offices de
consultation, en lien avec ça, qu'est-ce qu'ils viennent faire avec ma...
Votre réponse... Je ne comprends pas le lien
avec... Est-ce que... Pour vous, est-ce que c'est utile dans une
municipalité ou une...
M. Damphousse
(Martin) : Bien, en fait, c'est fait par la ville, ce n'est pas
obligatoirement fait par l'office de consultation, là. La municipalité peut la
mettre en place, cette consultation-là, mais l'office, à part les grandes
villes, je n'en vois pas dans bien des municipalités au Québec, là.
Mme
Laforest : OK, c'est bon, vous êtes très prudent, je le vois aussi,
là. Dernière question, quand on parle de la taxation résidentielle... Pour
revenir à ça, la taxe résidentielle, quand on dit que, dans le projet de loi,
on va permettre, bien, au niveau... Dans le
projet de loi, il y a certaines mesures pour la taxation par secteur avec les
taux variés résidentiels. Si,
admettons, on dit : Nous, on demande de hausser... pouvoir hausser plus
librement la taxe résidentielle, vous ne croyez pas que la taxe par
secteur est suffisante, non?
M. Damphousse
(Martin) : Non. Puis, en fait, la façon dont... Je vais essayer de
trouver une réponse la plus précise possible, là.
Il n'existe pas, dans
des municipalités, des secteurs précis où ce ne sont que les maisons de riches,
un autre secteur où ce ne sont que les maisons à faibles revenus. Il y a
toujours des mélanges dans chacun des secteurs, tandis que, si on y va, Mme la
ministre, sur la base de la valeur, chaque municipalité a une valeur de maison
moyenne. 400 000 $ à Varennes, parfait. En bas de 400 000 $,
sur l'ensemble de mon territoire, je baisse mon taux pour aider la population
moins nantie, et toutes les maisons, sur l'ensemble du territoire, dont la
valeur est plus élevée, je peux changer le coefficient du taux légèrement à la
hausse. Ce sont les plus nantis qui vont payer ça.
Donc, c'est pour ça
que je trouve que c'est beaucoup plus logique comme ça que par secteur, parce
que chaque secteur, tu as des maisons de riches puis tu as des maisons moins
riches. Ça fait que, donc, je fais quoi? Je l'augmente dans ce secteur-là, mais
le moins nanti qui, malheureusement, habite sur une rue de ce secteur-là va
être impacté? Ce n'est pas ça que je veux faire.
Mme Laforest : C'est bon. Moi, j'ai
terminé mes questions. Merci beaucoup.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, merci beaucoup, Mme la ministre.
Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. Alors,
j'écoute Mme la députée de Mille-Îles, je pense, oui?
Mme Dufour : Oui,
merci, monsieur...
Le Président (M.
Schneeberger) : Vous avez un 10 min 24 s.
Mme Dufour : 10 min 24 s, excellent. Écoutez, M.
le Président, peut-être... Merci, d'ailleurs, d'abord, pour votre exposé puis votre mémoire. Je voudrais peut-être
continuer sur les logements vacants. Vous en avez parlé brièvement. Vous
mentionnez dans votre rapport que le taux devrait être haussé à 3 %, la
taxation sur les logements vacants. Vous
soulignez que c'est ce qui se fait à Vancouver puis c'est comme ça que ce
serait le plus optimal. Est-ce qu'il y a des simulations qui ont été
faites, combien de... en revenus, la différence que ça pourrait représenter
pour les municipalités? Puis est-ce qu'à Vancouver ils ont vu vraiment un effet
notoire? Est-ce qu'ils ont testé le 1 % versus le 3 % ou... Je
voudrais vous entendre à ce sujet-là.
M. Damphousse
(Martin) : Si vous me permettez, je vais laisser la parole à Samuel.
Mme Dufour : Sans
problème.
M. Roy
(Samuel) : Oui. Donc, en fait, pour répondre à votre question,
effectivement, à Vancouver, c'est une taxe qui a été mise en place, puis qui a
donné des résultats, puis il y a des... plusieurs centaines, des milliers de
logements qui sont retournés sur le marché locatif.
Donc, on comprend que
l'idée, c'est de donner davantage de latitude aux municipalités pour pouvoir
utiliser ce pouvoir-là pour faire en sorte
d'établir le taux qui, selon leur évaluation, sera optimal pour atteindre les
objectifs de politique publique qu'ils vont avoir. Donc, c'est pour ça
qu'on recommande de hausser le taux maximum. Ça ne veut pas nécessairement dire
que les municipalités qui adopteraient ce pouvoir-là iraient jusqu'au taux
maximum, mais, de donner cette flexibilité-là, ça fait en sorte qu'on peut
atteindre davantage nos objectifs, là.
Mme Dufour : OK,
d'accord. Merci. Je veux peut-être aussi vous entendre sur les terres en
friche. Ça, vous en avez parlé... Vous ne l'avez pas mentionné, ça fait que je
vous donne l'occasion, là, d'en parler davantage, là. Dans le fond, ce que vous
vouliez ici, si je ne me trompe, c'était, dans le fond, d'imposer une taxe
foncière sur les terres en friche sur l'ensemble des municipalités. Ça, je
comprends que c'est en zone agricole, donc en zone verte. Actuellement, il y a
quelques villes qui ont le pouvoir. Dans le fond, l'objectif, ce serait quoi,
exactement, que vous souhaiteriez comme amendement, là?
M. Damphousse
(Martin) : C'est intéressant que vous me posiez cette question-là
parce que j'ai entendu l'UPA qui sont un peu inconfortables avec ça, puis je
comprends leur position. Et la nôtre, elle est claire, c'est que... Sans
vouloir reprendre toujours un exemple de Varennes, là, mais il y a une terre
agricole qui est cultivée depuis des lunes à Varennes, mais qui appartient à un
promoteur immobilier, pas un agriculteur. Il loue sa terre et là il a
décidé : Je ne la loue plus à l'agriculteur, je la laisse en friche. Une
terre de qualité qui devient en friche parce qu'il rêve au jour où elle sera
peut-être tellement en friche que ça va être plus facile de la dézoner, ça n'arrivera
pas, ça, mais moi, je veux être capable de le convaincre, puis souvent, c'est
par la taxation spéciale.
Donc, cette
formule-là de transformer une terre qui était cultivable en friche, ce sont
malheureusement des mauvais joueurs qui font ça... pas la terre qui ne se
développe pas, parce que j'ai entendu l'UPA dire : Mais il existe des
terres en friche qui ne sont pas cultivables. OK, mais ne pénalisons pas
l'agriculteur qui a une portion qu'il n'est pas
capable de développer. Ce n'est pas ça que je veux faire. C'est vraiment le
propriétaire non agricole qui transforme la terre cultivable en friche,
et ça, tout le monde est perdant pour ça. Si j'étais capable de lui charger une
taxation additionnelle, probablement qu'il y penserait deux fois avant de la
laisser en friche, c'est juste ça.
Mme Dufour : Peut-être
juste pour ma compréhension, j'étais sous l'impression que... parce que, là, on
parle d'une terre probablement sous exclusion ou c'est une terre en zone
agricole?
M. Damphousse
(Martin) : Oui, oui, zone agricole, exact.
Mme Dufour : En
zone agricole, OK, parce qu'en exclusion agricole c'est différent, là, il y
a... quand elles sont... elle n'est plus
exploitée, bien, automatiquement, elle tombe sous le taux de taxation régulier,
là, il n'y a plus le taux de taxation, disons, agricole, mais je
comprends votre appréhension. Donc, il faudrait, à ce moment-là, que ce soit la
totalité de la terre qui... tu sais, il faudrait prévoir quelque chose pour les
cas où vous dites qu'il y a des agriculteurs qui ne peuvent pas opérer leur
terre, là, dans le fond, là.
M. Damphousse
(Martin) : C'est sûr qu'il faut que ce soit dédié au lot, à la
superficie qui est devenue en friche, pas à l'ensemble de la terre, là. Des
fois, c'est juste des parcelles, bien là, il faut que ce soit ce bout-là, pas
toute la terre, s'il y a une portion qui est cultivée, là, assurément pas, là.
Mme Dufour : Oui,
OK. Merci. Concernant les terrains vagues desservis, il y a... j'ai posé la
question... on a eu une rencontre hier avec la ministre, puis je posais la
question du risque juridique que ça pouvait représenter pour les municipalités
quand une... le fait qu'elles ne soient pas développées... le terrain n'est pas
développé, et, dû à, par exemple, les capacités d'infrastructures, oui, elle
est desservie, mais l'usine d'eau potable ou l'usine d'eaux usées est rendue à
pleine capacité, et donc la municipalité ne peut pas octroyer le terrain pour
cette raison-là.
Il n'y a pas un risque, en augmentant, à un
moment donné, les taxes de façon indue, qu'il y ait des poursuites dans ce
cas-là? Et je me demandais, tu sais, s'il n'y aurait pas la possibilité de
prévoir peut-être une exclusion dans des cas comme ça, que... tu sais, que les
municipalités puissent imposer cette taxe-là seulement si le terrain n'est pas
développé à cause des contraintes, là.
• (10 h 30) •
M. Damphousse (Martin) : Bien là,
vous avez tout à fait raison, là, jamais dans 100 ans je ne me serais imaginé qu'on surtaxe un terrain vacant parce que
la ville ne peut pas lui offrir le service d'égout, d'eau. C'est sûr que
non. Moi, ce que je vois, c'est l'inverse,
c'est que le terrain est desservi, est développable, mais c'est le promoteur
qui fait le choix de ne pas vouloir le
développer. C'est dans ces cas-là où il faut être capable d'avoir une poignée
additionnelle.
Mme
Dufour : Mais actuellement, quand on impose une... quand on
décide, comme ville, de mettre cette taxation supplémentaire là, on doit
le faire sur tous les terrains, peu importe s'ils sont... tous les terrains
desservis vacants. Il n'y a pas... On ne peut pas faire le choix, dire :
Lui oui, lui non, si je ne me trompe pas, là.
M. Damphousse (Martin) : C'est une
bonne question.
M. Boucher
(Jean-Philippe) : Bien, en fait, moi, ce que j'ajouterais en
complément de la réponse du président, c'est
qu'étant donné... nous, selon notre analyse, étant donné qu'il y a quand même
encore un plafond, c'est-à-dire fois quatre
le taux qui est prévu, on considère que le risque juridique est quand même,
somme toute, limité, de poursuites. On considère
que l'analyse a été faite, est appuyée sur des fondements juridiques qui nous
permettraient de passer la rampe, là.
Mme
Dufour : OK. D'accord. Donc, vous considérez qu'il y aurait
un risque, mais qu'il est minime pour l'instant.
M. Boucher (Jean-Philippe) : Très,
très limité, là.
Mme Dufour : OK. Excellent. Je vais
peut-être juste vous entendre sur le risque, justement, juridique. Vous parlez,
à la page 12, là, de votre mémoire, là, les risques juridiques, vous
parlez, là, qu'il y aurait... on devrait avoir une vigie des règlements adoptés
en vertu du pouvoir de redevances de développement, mais aussi le pouvoir
général de redevances réglementaires. Peut-être vous entendre parce qu'on ne
l'a pas... vous n'avez pas eu la chance d'en parler, là, dans votre allocution.
M. Roy (Samuel) : Oui. Bien, en
fait, l'idée, c'est... de manière générale, c'est de pouvoir démocratiser ces
nouveaux pouvoirs là qui ont été octroyés aux municipalités dans les dernières
années, donc de favoriser l'utilisation de ces pouvoirs-là. Donc, il y a
plusieurs façons de le faire. Il y a, d'une part, de s'assurer que, vraiment,
on vienne dire aux tribunaux que c'est les
règlements qui sont pris par les municipalités et, en vertu de ces pouvoirs-là,
qu'ils soient vraiment interprétés de manière large et libérale. Ça,
c'est très important. Mais une autre façon aussi de... d'aider à l'utilisation de ces pouvoirs-là, c'est de
connaître, justement, les différents exemples qui sont déployés dans
l'ensemble des municipalités du Québec.
Donc, on pense qu'il y a un rôle qui peut être joué, notamment par le
gouvernement, pour faire un certain suivi puis s'assurer que,
collectivement, on se dote des meilleurs outils fiscaux dans les municipalités.
Mme Dufour : Parfait. Mais c'est
parce que vous voyez qu'il y a un risque juridique actuellement, parce que la
ville de Percé, notamment, a été poursuivie. Donc là, ce que je comprends, ce
qu'il y a aussi l'intention de limiter ces risques juridiques là aussi.
M. Roy (Samuel) : Bien,
effectivement, je dirais que c'est une volonté assez claire, puis d'ailleurs
qui se reflète dans notre mémoire, là, qu'on souhaite vraiment que... qu'il y
ait, disons, une affirmation claire du fait que les règlements qui sont pris en
vertu de ces pouvoirs-là soient interprétés de manière très large et libérale
par les tribunaux. Ça fait notamment écho aux enjeux qui ont été connus à
Percé, là.
Mme Dufour : Si vous avez une
proposition d'amendement au projet de loi, on apprécierait voir comment ça
pourrait être rédigé.
Je vais maintenant céder la parole à ma collègue
députée de La Pinière. Merci.
Le
Président (M. Schneeberger) : Oui. Alors, allez-y, députée de La Pinière. Vous
avez une minute et demie.
Mme Caron : Merci. Alors, ma
question portera sur votre recommandation n° 7, de
retirer l'article 2 du projet de loi à propos des redevances. Vous avez
mentionné la ville de Brossard, pour qui il y aurait des impacts de dizaines de
millions. Est-ce que vous pourriez nous parler davantage des impacts de... ou,
s'il y a des avantages, là, de nous en parler davantage, s'il vous plaît?
M.
Roy (Samuel) : Bien, en fait, les redevances de développement, ça
fait partie, justement, des nouveaux pouvoirs fiscaux qui ont donnés aux municipalités dans les dernières années puis
c'est... ce sont des... Il y a plusieurs municipalités... en fait, des
dizaines de municipalités qui se sont données... dotées de règlements en la
matière dans les dernières années. Donc, c'est un outil qui est vraiment
intéressant, qui permet, dans le fond, de vraiment utiliser, là, le concept
d'utilisateur payeur pour financer les nouvelles infrastructures. Donc, on est
dans une période, justement, de crise du logement. Il y a beaucoup de nouvelles
infrastructures qui devaient être construites par les municipalités. C'est une
façon pour elles de se financer puis de s'assurer qu'on puisse payer le
développement avec le développement.
Ensuite, vous l'avez mentionné, du côté de
Brossard et dans d'autres cas également, il y a des règlements qui sont contestés, ce qui vient, disons, créer
certains enjeux pour le déploiement de ces redevances-là. Donc, il y a
vraiment un travail à faire pour s'assurer qu'encore une fois... que les
tribunaux interprètent de manière large et libérale les règlements qui sont pris dans ces contextes-là puis qu'en fait on vienne
vraiment élargir les pouvoirs des municipalités en cette matière-là
plutôt que de les restreindre.
Donc, pour
nous, c'est important de s'assurer qu'on respecte l'autonomie municipale en
matière d'adoption de redevances de
développement, puis c'est dans ce contexte-là, avec ces considérations-là,
qu'on a fait la recommandation.
Mme Caron : Merci. Est-ce qu'il
reste encore quelques secondes?
Le Président (M. Schneeberger) : Cinq
secondes.
Mme
Caron : J'allais demander combien de villes actuellement
seraient touchées, qui se servent de cet outil-là, mais qui ne...
M. Damphousse (Martin) : On estime
entre 30 et 40...
Mme Caron : Villes?
M. Damphousse (Martin) : ...qui ont
mis des redevances, oui.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, nous allons maintenant du côté du député de Taschereau pour
3 min 28 s.
M.
Grandmont : 3 min 28 s. Merci beaucoup, M. le
Président. Merci à vous, gens de l'UMQ, d'être présents aujourd'hui. On
a très peu de temps, comme vous l'avez vu.
J'aimerais
savoir d'abord, le remboursement de TVQ, là, que vous demandez à 100 %, je
comprends le principe, là, de taxer deux fois, dans le fond, là, qui est
assez évident, est-ce que vous avez une évaluation du manque à gagner que ça
peut représenter, de votre côté... bien, des côtés des municipalités?
M. Damphousse (Martin) : Estimé à un
peu plus de 600 millions de valeur.
M. Grandmont : 600 millions.
M. Damphousse (Martin) : Oui.
M.
Grandmont : Parfait. Excellent, merci. Maintenant, pour ce qui
est des terres en friche, vous proposez une approche de taxation des
terres qui ne sont pas en exploitation, des terres agricoles qui ne sont pas en
exploitation. J'ai quelques questions là-dessus. La première : Est-ce
qu'on n'est pas en train de... On en a discuté dans le PL n° 22
sur les expropriations notamment. Il y avait l'UPA, notamment, qui avait
proposé... la CMM aussi qui avait proposé d'un pouvoir d'exproprier après trois
ans de non-exploitation d'une terre agricole. Est-ce que ce n'est pas un moyen
qui est plus agile, plus pertinent dans... parce que, si on taxe de manière
supplémentaire, est-ce qu'on ne vient pas augmenter le coût du terrain et donc
aussi, bien, limiter la capacité d'un agriculteur de reprendre cet immeuble-là
et, dans le fond, de l'exploiter?
M. Damphousse (Martin) : Je vous
dirais qu'aujourd'hui nos réflexions ne vont pas dans ce sens-là. On est plus
dans un contexte de taxation, d'un projet de loi de taxation. On souhaite
davantage taxer. On pourrait évaluer plus tard l'impact potentiel de ça, mais
là on est vraiment plus dans les taxations, ceux qui... les terrains qui
devraient être développés en agricole, mais qui ne sont volontairement pas
développés par des promoteurs, là, souvent, là.
M. Grandmont : ...bien, mais est-ce
que ça ne risque pas, finalement, de limiter la capacité de l'agriculteur de
reprendre ces biens-là puis de les exploiter par la suite? Le coût de la terre,
dans le fond, est très élevé. Si on vient taxer de manière supplémentaire, ça
augmente aussi le coût de la terre. Donc, on a de la difficulté, pour un
agriculteur, de le reprendre et de l'exploiter.
M. Damphousse (Martin) : Ou ça
incite le propriétaire à relouer rapidement à l'agriculteur. C'est plus ça
qu'on souhaite.
M.
Grandmont : Ah oui! Effectivement, OK, d'accord.
M. Damphousse
(Martin) : Oui, c'est ça, l'objectif.
M.
Grandmont : Mais vous seriez ouvert à d'autres mécanismes, dans le
fond, l'objectif étant de reprendre cette terre-là puis qu'elle soit agricole,
elle soit exploitée.
M. Damphousse
(Martin) : Exact.
M.
Grandmont : On s'entend là-dessus. Parfait. Qu'en est-il des terres
qui seraient zonées agricoles, mais qui seraient des terres à bois, par
exemple? Est-ce qu'on n'est pas... est-ce qu'on ne devrait pas garder certaines
formes d'exception ou s'assurer, finalement, qu'une terre à bois qui serait
zonée agricole ne soit pas...
M. Damphousse
(Martin) : Mais pour moi, une terre à bois n'est pas une terre en
friche, là.
M.
Grandmont : Non, non, non, tout à fait, exactement.
M. Damphousse
(Martin) : Donc, on ne surtaxe pas la terre à bois, là. Elle a sa
grande valeur.
M.
Grandmont : D'accord. Dans votre esprit, on n'est pas dans une
situation de terres en friche?
M. Damphousse
(Martin) : Pas du tout.
M. Grandmont :
Exactement. Parfait, excellent.
Je pense que ça va être tout en ce qui me concerne. Vous avez été
tellement efficace dans vos réponses. Merci beaucoup.
M. Damphousse
(Martin) : Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Il vous restait presque 50 secondes.
M.
Grandmont : Oui, c'est correct. Non, mais ça va être beau.
Le Président (M.
Schneeberger) : OK. Parfait. Alors, député des Îles-de-la-Madeleine
pour 2 min 38 s.
M. Arseneau :
2 min 38 s. Merci
beaucoup. M. le Président, Messieurs, M. Damphousse, MM. Boucher et
Roy, je suis surpris de voir un aussi grand
nombre de propositions, de recommandations, une trentaine de
recommandations. Est-ce qu'il faut conclure que c'est le résiduel de ce que
vous n'avez pas pu obtenir dans l'entente de partenariat qui a été signée avec le ministère des Affaires
municipales que vous déposez ici, dans l'objectif d'en obtenir davantage
que ce que vous avez déjà obtenu dans
l'entente? Je prends pour exemple le 100 % de taux de compensation pour
tenant lieu de taxes ou rembourser
100 % de la TVQ. Est-ce que ça a vraiment sa place dans ce projet de loi
là ou est-ce que ce n'était pas discuté dans l'entente puis, si ça
revient là, c'est parce que le gouvernement n'a pas accepté d'ouvrir la porte?
M. Damphousse (Martin) : Bien, c'est intéressant.
C'est une façon pour nous de rappeler que c'est des demandes historiques
de l'UMQ. Mais, comme je l'ai dit en préambule, c'est que, dans la nouvelle
entente, on aura le privilège de se rasseoir annuellement avec la ministre puis
c'est assurément des sujets qui vont revenir régulièrement parce qu'au fond on
juge que c'est important. Ça fait que c'est une tribune que nous avons pour
l'ajouter, mais ce n'est pas parce que l'entente ne fait pas notre affaire.
Vous avez raison, c'est dans la liste des demandes historiques que nous avions,
on se permet de le rementionner, mais ce n'est pas du tout un désaveu envers
l'entente qu'on a là.
• (10 h 40) •
M. Arseneau :
Non, je comprends que c'est les ententes... c'est les demandes historiques,
mais, là-dessus... parce que j'essaie de
faire le tri en ce qui est de l'ordre du politique, de la revendication
historique et ce qui est de l'ordre du...
on va bonifier le projet de loi, là, je n'ai pas eu le temps de passer des
heures là-dessus. Mais quel est le pourcentage de vos recommandations
qui sont vraiment de l'ordre, je dirais, des améliorations techniques à
apporter au projet de loi?
M. Damphousse (Martin) : Bien, parler de
pourcentage, c'est peut-être plus difficile, mais, je l'ai mentionné
tantôt, là, d'augmenter le plafond des taux commerciaux industriels, dans un
contexte aujourd'hui d'explosion des valeurs, ça, honnêtement, là, vous pouvez
considérer que c'est...
M. Arseneau :
C'est une mesure législative.
M. Damphousse
(Martin) : ...c'est une mesure très importante, parce qu'on a
aujourd'hui des municipalités qui sont dans le trouble et, l'année prochaine,
avec le nouveau rôle qui va arriver, on va exploser les problèmes. Première des
choses.
Puis
deuxième, c'est d'avoir deux strates, comme je l'ai mentionné, de taxation dans
le résidentiel. C'est vraiment une demande qui est, pour nous, très
logique. Ça fait que ça, c'est très clair là-dessus. Mais les autres éléments,
bien, on sait que ça... on va continuer à en discuter et à en débattre.
M. Arseneau : Excellent. Je...
Le Président (M. Schneeberger) : ...on
n'a plus de temps.
M. Arseneau : Ah! c'est bon.
Le Président (M. Schneeberger) : Désolé.
Alors, merci beaucoup pour votre contribution à la commission.
Alors, nous
allons suspendre quelques instants pour laisser place à la Fédération
québécoise des municipalités. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 10 h 42)
(Reprise à 10 h 48)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons la séance. Alors, nous en sommes maintenant avec la Fédération
québécoise des municipalités.
Alors, bonjour à vous deux. Dans un premier
temps, vous présenter à tour de rôle et, par la suite, commencer votre mémoire.
Alors, c'est à vous.
Fédération québécoise
des municipalités (FMQ)
M. Demers (Jacques) :
Parfait. Merci, M. le Président. Bonjour. Mme la ministre des Affaires
municipales, Mmes et MM. membres de la commission, merci de nous recevoir
aujourd'hui. Jacques Demers, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley,
préfet de la MRC de Memphrémagog et président de la Fédération québécoise des municipalités. Je
suis aujourd'hui accompagné de Me Sylvain Lepage, directeur général de la
FQM.
La Fédération québécoise des municipalités, ça
réunit, sur une base volontaire, plus de 1 000 membres, dont
l'ensemble des MRC du Québec. Donc, on est le porte-parole des régions et nous
vous remercions de nous permettre d'être ici avec vous ce matin pour contribuer
à l'étude de ce projet de loi.
Ce projet de loi est important. Nous vous
remercions, Mme la ministre, de le proposer aux membres de l'Assemblée nationale. Au-delà de son titre, qui
fait principalement référence à la fiscalité municipale, ce projet de
loi marque une première étape, dans le fond,
l'entente de réciprocité, qui est... qu'on a déjà parlé il y a quelques
semaines. En effet, le gouvernement et les
municipalités ont convenu de structurer leur relation sur de nouvelles bases,
et les travaux sur le projet de loi n° 39 que nous débutons aujourd'hui constituent, en quelque sorte, le
lancement de cette nouvelle relation.
• (10 h 50) •
Notre mémoire
abordera plusieurs points, Me Lepage va développer dans les prochaines minutes,
il fera aussi des propositions de modifications constructives afin d'en
améliorer le contenu, mais permettez-moi de souligner que ce projet de loi s'inscrit notamment dans la loi...
qui va inscrire notamment dans la loi le transfert de la croissance du
point de TVQ, de nouveaux pouvoirs en matière de taxation foncière, des
pouvoirs en matière d'habitation pour les MRC, de nouveaux éléments en matière
d'éthique qui devront être bonifiés.
Enfin, je... excusez, ce projet de loi qui est
important aussi sur l'ensemble de différents points qu'on va avoir la chance de discuter. Au niveau de la FQM, on
constate que le projet de loi apporte plusieurs choses, mais on a quand
même quelques questionnements sur le projet de loi. En matière de conservation,
qu'est-ce qu'on fait? Qu'est-ce qui est la
solution au niveau de la conservation des milieux humides, des pouvoirs qui ont
été cédés du gouvernement envers les municipalités? Il y a ce côté-là
qu'on trouve qu'au niveau environnemental, il y a peut-être des pouvoirs qui
nous manquent réellement, si on veut être capables d'appliquer ce qui nous a
été cédé. Je vais attendre, du côté de la ministre, des propositions de ce
côté-là. Je pense que lors du congrès, le 29 septembre passé, on avait eu
un discours qui nous amenait dans ce sens-là. Il ne faudra surtout pas
l'oublier, si on veut pouvoir continuer dans l'ensemble de ces dossiers. Merci
beaucoup. Me Lepage.
M. Lepage (Sylvain) : Alors,
merci beaucoup, tout le monde. D'abord, comme M. Demers vient de le dire, la fédération est très satisfaite, là, du contenu
du projet de loi. La loi, effectivement, là, constitue le premier jalon
vers la nouvelle relation partenariale. C'est un mot qui a déjà été utilisé
avant, mais la vision d'engagement est réciproque, là, satisfait la commission, et on souhaite qu'effectivement, lorsque ce
sera mis en pratique, ça donne des résultats concrets.
Je vais aborder avec vous ce matin quatre thèmes
principaux, c'est-à-dire le partage de la croissance de la TVQ, certaines
mesures que je qualifierais de plus techniques, vous avez constaté comme moi
que c'est quand même un projet de loi très
technique, les mesures relatives aux conflits d'intérêts et, comme
M. Demers vient de vous le dire, là, la question de l'immunité
lorsque nous avons à protéger... lorsque nos membres ont à protéger les milieux
humides.
Alors,
d'abord, le partage de la croissance de la TVQ. Je pense que c'est un secret
pour personne que le partage de la
croissance de la TVQ correspond à une revendication historique de l'ensemble
des intervenants du monde municipal. Depuis toujours, les municipalités se plaignent
avec raison de... que leur financement se fonde presque essentiellement sur le foncier. Alors, pour la première fois, à
l'occasion du dernier pacte fiscal, il y a une première mesure qui a été
mise en place, qui doit, à terme, et de plus en plus dans le futur, amener des
revenus qui ne sont pas sur la base du foncier.
Alors, évidemment, la
fédération est très satisfaite que la loi insère... hein, que l'on insère dans
une loi, que l'on codifie, si je peux m'exprimer ainsi, là, cette mesure-là.
Pourquoi on est satisfait? C'est qu'évidemment, en période financière plus
difficile, lorsqu'une mesure est prévue dans une loi, c'est toujours un peu
plus compliqué, évidemment, d'y porter
atteinte et ça nous donne davantage de sécurité qu'une entente de bonne foi
avec le gouvernement en place. Alors, c'est une grande avancée
d'inscrire dans la loi le fait que cette croissance-là doit être partagée entre
les municipalités.
Ceci dit, la
fédération désire insister, mais insister fortement, sur le partage de la
croissance de cette TVQ là. La mesure actuelle, évidemment, au départ, on
parlait de sommes peu considérables, fait en sorte que, pour l'essentiel... je dis pour l'essentiel, parce
qu'il y a effectivement une petite pondération fondée sur ce qu'on appelle
l'indice de vitalité économique, mais l'essentiel du partage est en fonction de
la population. Et la position de la fédération, qui a été exprimée clairement autour de la table à l'occasion des
discussions, c'est que cette formule-là n'est pas acceptable, n'est plus
acceptable, d'autant plus qu'on s'en va, par exemple, l'an prochain, sur un
partage de la croissance de plus de 500 millions. Alors, vous comprenez
qu'on parle de 500 millions. Puis je vous dirais qu'à terme, si on se
place en 2030, les chiffres qui nous ont été fournis, évidemment, c'est des
estimés, on parle de 1 milliard de dollars.
Alors,
lorsque l'on connaît une croissance aussi importante puis qu'on connaît les
besoins dans les communautés territoriales et dans les plus petites
municipalités, on ne peut pas, en ce qui nous concerne, essentiellement prendre
ce milliard-là ou ce 500 millions l'an prochain, là, et le diviser par
tête de pipe, si je peux m'exprimer ainsi.
Vous
avez tous vu, au cours des dernières semaines, avec raison, tous les élus...
tous les intervenants ont souligné le nombre stupéfiant, si je peux
m'exprimer ainsi, de démissions d'élus municipaux au cours des deux dernières
années. Il y a beaucoup de gens qui font une relation, je vous dirais, entre
ces démissions-là et le contexte des médias sociaux que vous connaissez. Mais,
du côté de la fédération, on est persuadés que, s'il y avait une étude
approfondie des motifs à l'origine de ces démissions-là... Et je signalerais
qu'en ce qui nous concerne, là, la très, très, très grande majorité de ces
démissions-là intervienne dans des petites communautés, là. Avec tout le
respect que j'ai, ce n'est pas dans les villes de 100 000 habitants
où il y a une avalanche de démissions, c'est souvent dans les municipalités de
20 000, 10 000, 5 000, 800 habitants que les gens n'en
peuvent plus, essentiellement. Alors, il faut se poser la question :
Pourquoi?
De notre côté, le
diagnostic que nous faisons... Je le répète, si nous faisions une étude,
probablement qu'on constaterait que le problème de base est l'absence de moyens,
l'absence de fonctions publiques dans les plus petites communautés... puis, par plus petites communautés, vous pouvez
dire municipalités de 5 000 habitants,
7 000 habitants, 8 000 habitants. Évidemment, plus la
municipalité est grande, plus elle peut compter sur une fonction publique
professionnelle, mais, dans la grande majorité des municipalités, j'oserais
dire qu'une partie importante des fonctions municipales sont accomplies par des
élus presque sous forme de bénévolat. Quand on parle d'une rémunération de 6 000 $, 7 000 $ par année puis que le maire se retrouve à faire fonctionner
une usine d'épuration des eaux ou à devoir intervenir quand le feu prend, excusez l'expression, bien,
essentiellement, ça devient extrêmement difficile pour ces gens-là.
Alors, c'est
pourquoi, pour la fédération... puis on l'a exprimé clairement à nos vis-à-vis
municipaux et à nos partenaires, nous ne
pouvons pas voir comment cette occasion-là unique, là, parce que c'est quand
même des transferts financiers considérables qui vont avoir lieu du
gouvernement du Québec vers les municipalités, pourrait résulter... dans un simple exercice mathématique, bien, il y a
tant d'habitants, alors ils vont avoir tant de dollars. On doit tenir
compte des particularismes, on doit tenir compte de l'étendue des territoires,
et, je le répète, de cette fonction publique là, que les gens, généralement,
n'ont pas les moyens de se payer. Alors donc, je le répète, on... la fédération
entend revendiquer un partage différent de... de la croissance de la TVQ, je
m'excuse.
Alors, si on
continue, je vous ai également dit qu'on... je vous glisserais quelques mots
sur d'autres mesures techniques. Le projet de loi, vous le savez, prévoit
notamment la possibilité de prévoir des taux de taxes variés. OK, pour nous,
c'est une excellente mesure. Ceci dit, la rédaction de la loi telle qu'elle est
faite actuellement prévoit une obligation de déposer un rôle préliminaire — vous
allez me dire : On est dans le très, très technique, mais ça a des
conséquences très concrètes pour nos membres — avant le 15 août de
chaque année. C'est l'article 18 du projet de loi, OK? En ce qui nous
concerne, cette proposition-là est irréaliste pour ce qu'on appelle
généralement les OMRE, qui, la plupart du temps, sont des MRC. Évidemment, ça
fonctionne bien dans une municipalité de grande taille, je vais dire Québec, je
vais dire Laval, je peux dire Val-d'Or également, mais, dans la plupart des
OMRE-MRC, ces gens-là font de nombreux rôles. Ils ne font pas un seul rôle, ils
font de nombreux rôles, bon, évidemment, selon la période prévue par la loi, de
trois ans. Mais de prévoir qu'il y a un rôle préliminaire qui doit être déposé
le 15 août sans possibilité de prolongation, c'est clairement, en ce qui
nous concerne, irréaliste.
Je
vais vous donner un exemple. La FQM à un service d'évaluation. Vous le savez
peut-être, nous desservons actuellement 27 OMRE... Oh! je comprends
que mon temps se termine.
Le Président (M.
Schneeberger) : Il vous reste peu de temps, parce que...
M. Lepage
(Sylvain) : Deux secondes, monsieur.
Le Président (M.
Schneeberger) : OK, allez-y.
M.
Lepage (Sylvain) : Alors donc, nous desservons
300 municipalités. Il est impossible à notre service de rentrer
dans les délais du 15 août.
Alors, je vous
aurais parlé de la question... puis je pourrai répondre à vos questions sur les
mesures qui touchent les conflits d'intérêts. Je pense, c'est une des
mesures phares de ce projet... de loi là, pardon, où nous devrions avoir
certaines améliorations aussi.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant commencer la période d'échange avec Mme
la ministre des Affaires municipales.
Mme Laforest : Oui. Merci,
M. Lepage, mais vous pouvez continuer, si ce n'est pas trop long. Il vous
restait un point?
• (11 heures) •
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
essentiellement, sur les mesures de conflit d'intérêts, vous le savez, Mme la ministre, on est très contents de ce que vous
apportez. Ceci dit, comme on l'a souligné dans notre mémoire, on ne
parle que d'acquisition de biens. Vous savez que souvent, souvent, on va faire
de la location. Je prends le domaine de la construction. Alors, le projet de
loi, par acquisition de biens, ne viserait pas la location. Je pense que c'est
essentiel que ça vise la location.
Par ailleurs, on pense également que la loi
devrait prévoir expressément, expressément que ces dispositions-là devront être
interprétées par la Commission municipale, qui va en être la gardienne,
comme... de façon large et généreuse, alors que, normalement, ils vont avoir
tendance à dire que c'est des exceptions au principe des conflits d'intérêts. Alors, ils peuvent avoir une
interprétation... je ne voudrais pas être méchant avec la commission, mais un
peu tatillonne, mais l'objectif de base de la loi, c'est de faire en sorte que
les communautés puissent fonctionner puis que...
on l'a répété souvent, soit les gens qui ont la meilleure littératie financière
puissent s'impliquer au conseil municipal. Alors, il ne faut pas se
retrouver avec des mesures où la commission va se mettre à mesurer le... va se
mettre à mesurer le kilométrage. D'ailleurs,
on vous présente une autre mesure que le kilométrage. Mais, je le répète, en ce
qui nous concerne, la loi devrait spécifiquement prévoir que la commission doit interpréter ces mesures-là dans une...
avec largesse, de façon à ce que ça
fonctionne bien, sans par ailleurs permettre, évidemment, les conflits
d'intérêts inacceptables ou le copinage, si je peux m'exprimer ici,
mais, encore là, il faut que la commission use de bon jugement dans
l'application de ces mesures-là. Et, pour nous, c'est essentiel que ce soit
prévu à la loi, parce que les règles d'interprétation des lois vont nous mener
exactement à l'interprétation contraire.
Mme
Laforest : D'accord. Merci beaucoup. Je voulais... En fait,
j'ai plusieurs petites questions. Quand vous... Quand on parle,
justement, de commerces de proximité, le cinq kilomètres, les menus
travaux, là, ce que j'entends, c'est que vous voulez qu'on ajoute une
particularité pour de la location.
M. Lepage (Sylvain) : Pour la
location, et on vous suggère également de ne pas fonctionner avec la limite du
cinq kilomètres, mais...
Mme Laforest : Pourquoi, hein?
M. Lepage (Sylvain) : Parce que...
Je vais prendre l'exemple de mon village natal, Barraute. Donc, tous ceux qui
me connaissent, je le répète... Je vois le sous-ministre rire en m'entendant.
Bien, essentiellement, Barraute, là, à cinq kilomètres, c'est la forêt,
OK? Le...
Mme Laforest : C'est bien, la forêt.
Moi, je trouve ça bien.
M. Lepage (Sylvain) : Le village le
plus près, il est à 20 kilomètres, puis le... Alors, si moi, je suis à...
je suis maire de Barraute et actionnaire, le village le plus près, c'est
Belcourt ou Senneterre, alors on... Puis, encore là, vous le savez, il y a des
regroupements actuels de municipalités où, parfois, il y a deux pôles
urbains. Alors, il faut que la rédaction de
la loi permette, finalement, aux gens qui vivent dans la communauté de pouvoir
faire affaire avec le commerce de
proximité le plus près, puis, s'il est à 22 kilomètres, qu'est-ce que vous
voulez, il va être à 22 kilomètres, là, tu sais.
Mme Laforest : Merci.
M. Lepage
(Sylvain) : C'est ça, la logique de la loi, puis, je pense,
c'est ce que vous souhaitez aussi, là, tu sais.
Mme
Laforest : OK. On va regarder ça avec mes collègues. L'autre
chose... J'aimerais ça vous entendre plus longuement sur la conservation
des milieux humides. C'est concernant l'expropriation?
M. Lepage
(Sylvain) : Oui, effectivement. Vous savez que, dans le cadre
d'un autre projet de loi, nous avons revendiqué
l'importance d'accorder aux municipalités une immunité légale lorsqu'elles
posent un geste qui est requis par une loi du gouvernement du Québec. Je
pense que vous êtes tous au courant du fait que les MRC et les municipalités,
là, doivent adopter des mesures de protection des milieux humides, et on sait,
et ça a déjà commencé, qu'il y aura des recours judiciaires prétendant, là, à...
essentiellement à des expropriations déguisées.
Alors, dans la mesure où
on veut... on ne fait qu'appliquer une ordonnance, si je peux m'exprimer ainsi,
du gouvernement du Québec, toutes les MRC et
municipalités du Québec souhaitent être protégées, bénéficier d'une
immunité dans ces cas-là, dans la mesure, évidemment, où c'est ces règles-là
que nous appliquons.
Mme Laforest : C'est bon. OK.
Votre... Dans la recommandation 1, la FQM recommande qu'une nouvelle
formule de partage de la croissance du point de TVQ «soit négociée rapidement
afin que toutes les municipalités de moins de 50 000 habitants aient
accès à une hausse raisonnable de leurs transferts». Ça, je vous mets tout de
suite au courant, ce n'est pas dans la loi, la formule de calcul...
M. Lepage (Sylvain) : C'est dans le
règlement.
Mme Laforest : ...ça va être dans le
règlement. Ça fait que ça, c'est sûr qu'on ne pourra pas appliquer ça dans le
projet de loi n° 39.
Je vous pose une question comme ça, parce que
certains collègues mentionnent parfois que les municipalités des... les
villages de 500 habitants et moins n'ont pas les mêmes demandes
financières, n'ont pas besoin des demandes financières que les municipalités de
500 habitants et plus. J'aimerais vous entendre sur ça.
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
écoutez, évidemment, on est absolument en désaccord avec ça, Mme la
ministre. Je viens de vous l'expliquer, on a vraiment des cas où c'est le maire
et le directeur général qui vont s'occuper, là, lorsqu'une... on disait chez nous une calvette — un
ponceau bloque, là. Alors, quand on me dit que ces gens-là n'ont pas
besoin d'aide, puis n'ont pas besoin de fonction publique, puis n'ont pas
besoin d'argent pour, justement, embaucher des gens, je suis tout à fait en
désaccord avec une affirmation comme celle-là. Puis je pourrais laisser mon
patron s'exprimer, il est lui-même maire d'une petite communauté, là.
M. Demers (Jacques) : ...de
démontrer ça, je regarderais juste la municipalité voisine de chez nous, qui
est quand même connue, North Hatley, une petite municipalité qui n'a pas 700 de
population. Mais, quand vous regardez les
aqueducs, le système d'eau, tout ce qu'ils ont à tenir... Puis il faut
s'entendre que les normes environnementales, pour une petite
municipalité, sont exactement les mêmes que pour les grands... les plus grandes
municipalités, là. Mais, si vous arrivez dans une... dans un endroit comme ça,
vous allez voir que cette pauvre petite municipalité là charge trois,
quatre fois plus de taxes foncières que ses voisins, où est-ce qu'ils
n'ont pas ce genre de services là.
Ça fait que, quand on me dit que la petite, ça
lui coûte moins cher, il va falloir que quelqu'un m'explique à quel endroit que
ça lui coûte moins cher, parce que ce n'est souvent pas le cas, puis les
petites ont souvent beaucoup de kilométrage... de routes, là, toutes
proportions gardées, pour le nombre de population. C'est assez incroyable, les superficies qu'ils ont à entretenir. Quand on voit
que les coûts de déneigement, présentement... puis les déchets, on les
ramasse... tout ce qui est camionnage, les nouveaux contrats, ça explose, bien,
ça coûte encore plus cher dans ces petites municipalités là, où est-ce qu'il y
a moins de densification.
Mme Laforest : Est-ce que ces
municipalités-là vous parlent des fusions?
M. Demers (Jacques) : Certains ont beaucoup... il y a beaucoup déjà de fusions de
services. Ça, c'est surtout là qu'on a de besoin présentement. Ce qu'il y a une
urgence, c'est des fusions de services, parce que, sur le bout de la ligne, là,
ce n'est pas d'avoir un conseil qui a sept personnes, quand le maire gagne
10 000 $ par année, puis les autres ont 3 000 $ ou
4 000 $ comme conseillers, là. Le coût d'en avoir un ou d'en
avoir cinq, certains diront : Bon, bien, ça représente mieux mes
citoyens, je suis là. Il est où, le coût de différence à ce moment-là? Où
est-ce qu'on le retrouve, c'est quand il y a
des communautés que des fois... n'ont même pas de village, ils sont en milieu
rural, disent : Oui, on va bien ensemble, puis ça va travailler
d'une même façon.
Ce qui est en train de se fusionner, c'est des
services. On vient de regrouper, nous, 10 municipalités pour les incendies
ensemble. Le site d'enfouissement, on est rendus 20 municipalités à
travailler ça ensemble. On va le faire au niveau de la voirie, on va le
faire... Évidemment, ça va amener aussi d'autres qui sont en train d'analyser,
de dire : Bien, tant qu'à aller jusque-là, pourquoi qu'on ne fusionne pas
l'ensemble? Mais moi, je pense que ça devient des choix locaux. Mais oui, vous
avez raison qu'il va y en avoir de plus en plus que je pense... qu'une fois
qu'on a fusionné ça. Puis les besoins de DG ou de représentant d'un certain
niveau... Puis il y a un coût, là, pour avoir un bon directeur général d'une municipalité, mais peut-être qu'on va se le
partager à deux ou trois. Il y aura des adjoints. Il y a beaucoup de
choses qui sont en train de travailler sur le terrain qui font exactement ce
que je pense, le bon sens, là.
Mme Laforest : ...justement.
M. Lepage (Sylvain) : Puis, si je
peux me permettre également, Mme la ministre, avec tout le respect que j'ai, l'exemple des fusions de 2002, si on fait le
bilan en termes d'économie, on peut parler d'autres aspects qui sont
positifs, mais toutes les études démontrent qu'il n'y a pas eu de grandes
économies financières résultant, là.
Mme Laforest : Non, je parlais juste
des 500 et moins, M. Lepage. Ne soyez pas inquiet, puis il n'y a rien de
fait là-dessus, il n'y a pas de... C'était une question comme ça parce que vous
dites que les 500 habitants et moins ont plus de difficulté.
Il
y a la recommandation 6 au niveau de... au sujet de l'article 18 sur
l'impossibilité de déposer le rôle préliminaire avant le 16 août. Je vais
le regarder aussi avec mes collègues. Moi, je ne vois pas d'enjeu. En tout cas,
on va regarder ça ensemble. C'est la recommandation 6. Ça fait qu'on va se
mettre un point d'interrogation sur ça.
La
recommandation 8 : «La FQM recommande que la notion de "à des
fins de prévention" soit définie à l'article 19 du projet de loi afin
d'éviter les enjeux d'interprétation.» M. Lepage.
M. Lepage
(Sylvain) : Oui. Bien, essentiellement, ce que le projet de loi
prévoit, c'est la possibilité de partager des renseignements qui sont souvent
sensibles, hein? Par exemple, on a des évaluations, on a des états financiers, on a un certain nombre de choses.
Alors, qu'est-ce qu'on entend par prévention exactement? Qu'est-ce qui
peut être partagé et qu'est-ce qui ne peut pas être partagé? Vous devez
comprendre que nos évaluateurs, puis vous le savez, on en a à la FQM qui se
présentent, ne sont pas toujours reçus avec bien... bienséance, si je peux
m'exprimer ainsi, puis ils vont l'être moins
si les gens savent qu'en me donnant leurs états financiers je peux partager ça
avec différents services. On comprend la préoccupation de la... votre
préoccupation de faire en sorte, là, qu'à des fins de prévention il puisse y avoir échange de certains
renseignements, mais ce serait important que ce soit bien... bien balisé,
exactement, qu'est-ce qu'on vise par là, là, parce que les gens sont très
hésitants, là, quand on... Il faut comprendre qu'on pose des questions très
détaillées, un peu comme l'impôt, entre guillemets, là, pour avoir des
renseignements, alors...
Mme
Laforest : OK. On va discuter plus longuement de ça, la
recommandation... OK, le cinq kilomètres, on en a parlé. La
recommandation 13 : «La FQM recommande que la notion des
"travaux de réparation et d'entretien" introduite à l'article 3
du projet de loi soit définie afin d'éviter les problématiques d'interprétation
et les requêtes en inhabilité.» «Inhabilité» veut dire... ça, c'est la
personne, le conseiller du...
M. Lepage
(Sylvain) : Il ne peut... il ne pourrait plus être conseiller.
Mme
Laforest : C'est ce qu'on a discuté. OK.
• (11 h 10) •
M. Lepage
(Sylvain) : Puis ça rejoint ce que je vous ai dit, Mme la ministre,
quand je vous disais que ces dispositions-là devraient être interprétées par la
commission de façon large et généreuse et non pas restrictive. Si vous adoptiez
une disposition comme celle-là, ça réglerait ça. Autrement dit, on ne
commencera pas à s'obstiner à savoir si, en posant un mur, c'est-tu de
l'entretien, c'est-tu de la nouvelle construction, c'est...
Bon, ce qu'on parle,
c'est de choses relativement menues, d'une valeur peu importante.
Fondamentalement, c'est ça. Il ne faut pas tomber dans un... Il ne faut pas
tomber dans une situation où la commission va regarder le dictionnaire puis
elle va dire : Ah! ça ne rencontre pas la définition du dictionnaire, donc
vous êtes inhabile, donc vous... je vais prendre... entreprendre un recours
pour que vous quittiez le conseil.
L'idée, c'est que les
gens dans la communauté puissent fonctionner raisonnablement sans népotisme et
sans favoritisme, mais, en même temps, ne
pas les empêcher de s'impliquer dans les conseils municipaux. C'est une
véritable problématique, vous le savez, que les gens qui sont les mieux en
mesure de lire des états financiers puis de comprendre la finance ne puissent
plus s'impliquer autant qu'avant, là.
Mme
Laforest : J'avais...
Le Président (M.
Schneeberger) : ...
Mme
Laforest : OK. Est-ce qu'il y en a qui ont des questions, mes
collègues? Sinon, moi, je peux continuer.
Il y a la
recommandation 20... Bien, la recommandation 20, moi, ça m'embête,
parce que c'est sûr que c'est pour vérifier s'il n'y a pas... au niveau de la
concurrence, parce que... un élu qui a un intérêt puisse soumissionner dès le
premier appel d'offres et qu'à défaut d'autres soumissions conformes... Mais on
fait justement ça pour essayer de trouver d'autres soumissionnaires que ceux du
conseil.
M. Lepage
(Sylvain) : On a un problème immense, actuellement, sur le fait que,
souvent, il n'y a aucun soumissionnaire ou qu'il y a un seul soumissionnaire.
Alors, c'est... ce n'est pas un problème artificiel, on le voit en déneigement.
Là, encore là, on pourrait vous en parler longtemps, puis mon patron est
probablement mieux que moi, mais c'est un problème qui nous revient de façon
récurrente, là, tu sais. Il y a un... Il n'y a pas de soumissionnaire ou il y a
un seul soumissionnaire, alors c'est vraiment...
Mme Laforest :
OK, je comprends votre notion,
c'est de dire que, si, admettons, on a juste un soumissionnaire, on
l'accepte, c'est tout, même si... OK, là, je comprends.
M. Lepage
(Sylvain) : Mais, autrement dit, on... il pourra soumissionner encore,
dans le cadre, là, de ce que vous avez défini.
Mme
Laforest : C'est ça. C'est bon, ça. OK, c'est bon.
Dernière
question. Recommandation 17 : «La FQM recommande que les
modifications demandées par la FQM à l'article 3 relatif au
territoire soient également appliquées aux alinéas 1 et 2 du nouvel
article 305.0.1 de la Loi sur les élections et les référendums.» Ah! c'est
la même chose pour les adaptations nécessaires. Ça, c'est correct, correct.
Et j'avais la question sur
le partage de la croissance du point de TVQ pour la nouvelle formule, qu'on va
regarder ensemble, mais, comme je vous explique, ce n'est pas dans le projet de
loi, justement, parce que...
M. Lepage (Sylvain) : Vous avez
raison, mais la loi peut baliser certains critères quand même. Il y a un
règlement, là, le règlement est large, il pourrait y avoir n'importe quoi à
l'intérieur du règlement, là.
Mme Laforest : OK. Puis est-ce...
Vous, vous êtes en faveur, évidemment, là, pour un nouveau projet, un nouveau
parc industriel, une nouvelle usine sur le territoire pour partager des
revenus.
M. Lepage (Sylvain) : Oui, on est
d'accord avec ça.
Mme Laforest : Est-ce que vous
croyez que ce sera facile à exécuter ou...
M. Demers (Jacques) : ...de chaque MRC ou chaque territoire. Souvent, il y a des
questions légales, mais il y a des questions
de personnes aussi. Il y en a qui ont appris depuis longtemps de travailler
ensemble, puis ça va très bien. D'autres places, il y aura des cas plus
difficiles. Ça fait que je ne dirais pas que ça le sera partout de la même
façon, mais oui, on a l'ouverture vers ça, absolument.
Mme Laforest : OK, moi, j'ai terminé
mes questions. Si mes collègues ont des questions... C'est bon?
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : ...
Le Président (M. Schneeberger) : Deux minutes.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : ...au niveau des milieux humides, vous êtes en
train de déposer vos plans, là, vos PRMHH, là, puis vous mentionnez
que... vous parliez d'avoir plus de restrictions à ce niveau-là. Quand vous
parlez de ça, c'est au niveau de
l'acquisition de terrains ou des expropriations? Peut-être aller un petit peu
plus loin là-dessus.
M.
Demers (Jacques) : Bien, notre vraie crainte, c'est les poursuites,
là-dessus, là. On a beau vouloir avancer, tous, en environnement, quand on entend le ministre de l'Environnement
nous parler de 30 % de la biodiversité, quand, de l'autre côté, il dit : Wo! Là, maintenant,
vous êtes dû pour vérifier vos territoires, l'ouvrage est fait dans la
majorité des MRC pour... C'est quoi, nos milieux humides? Puis c'est important
de les protéger, mais, si les municipalités se font poursuivre à chaque fois qu'elles vont vers une application que le
gouvernement lui demande de faire, on dit : Il y a quelque chose qui n'est pas conséquent, là, il y a a une
problématique de ce côté-là. On se dit : Il faut être immunisés, de ce
côté-là. Si on n'a pas de protection, de quelle façon qu'on va avancer? Il n'y
a pas beaucoup de monde, il n'y a pas beaucoup de MRC qui vont les adopter puis
encore moins quand on va vouloir l'appliquer au niveau des municipalités.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : OK. Puis une dernière question : Vous pensez
quoi des pouvoirs, là, justement, pour nos MRC, là, en matière
d'habitation, qu'on prévoit, là, justement, au niveau du PL n° 39?
M. Lepage
(Sylvain) : ...de ces mesures-là. Évidemment, ça va demander,
dans chaque cas, un certain jugement, si je peux m'exprimer ainsi, mais
oui, on est... de façon générale, on est satisfait de ce qu'il y a au projet de
loi.
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Moi, ça
va, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, merci. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle
avec la députée de Mille-Îles. Vous avez un 10 min 24 s
Mme Dufour : ...M. le Président. Je
pars le chrono. Parfait.
Donc, peut-être une question sur la vacance.
Vous parlez des logements vacants, dans votre mémoire, et vous parlez, là, de
la créance en cas de faillite, que vous aviez un enjeu sur la définition et
aussi la créance... qu'est-ce qui arrive en cas de faillite. Donc, si vous
pouviez peut-être nous en parler davantage, c'est à la page...
M. Lepage (Sylvain) : Vous êtes à
quelle page, Mme la...
Mme Dufour : Pages 6, 7 et 8.
Vous...
M. Lepage (Sylvain) : La page 6
et 7.
Mme Dufour : Je peux vous le lire,
là. Ça dit...
M. Lepage (Sylvain) : Oui. Bien,
essentiellement, ce qu'on dit à... en haut de la page 6, là... puis c'est
très, très, très technique, là, mais toute l'évaluation se fait en fonction
d'un guide qui est rédigé, puis qui est rédigé à une époque où on ne
connaissait pas ce que nous connaissons aujourd'hui, c'est-à-dire le
télétravail largement répandu. Je pense, c'est un secret
de polichinelle qu'il y a beaucoup de gens qui ont quitté la ville puis qui ont
transformé leur chalet en habitation. Alors, il y a comme une réforme à faire
de ce côté-là.
Ensuite, si on continue au... à la
recommandation 2, là, essentiellement, ce qu'on souhaite, là, c'est que...
puis là vous êtes au premier paragraphe, là, c'est que, dans le... dans la Loi
sur la faillite, là — là,
on est très, très technique, là — il y a une certaine... il y a une
protection pour les lois... pour les taxes municipales, mais il n'y a pas de
protection, selon la jurisprudence, sur une créance pour cette forme de taxe
là. Alors, il faudrait que le Code civil soit modifié pour prévoir un rang de
colocation, que ce soit inclus dans les taxes municipales. C'est
essentiellement ça que nous indiquons, là, tu sais. Alors, on va voir la... En
cas de faillite, on voit notre priorité diminuer, alors donc, ce qu'on... on
vous demande un ajustement, voyez-vous, à l'article 2651.5° du Code civil.
Je ne l'ai pas amené avec moi aujourd'hui, pour être honnête, là, mais...
Mme
Dufour : OK, 2651.5°. OK, excellent. Puis vous mentionnez,
puis ça, c'est intéressant, là, il n'existe aucune information à l'égard
de la vacance sur les immeubles de trois logements et moins, donc... mais
trois logements et plus, c'est... il y a cette information-là ou,
plutôt...
M. Lepage (Sylvain) : Je ne pourrais
pas vous répondre à votre question sans vous mentir, mais je sais que, compte tenu de notre service d'évaluation qui est
largement en milieu rural, nous n'avons pas cette information-là pour les trois logements et moins. Est-ce qu'elle
est disponible dans les grands centres? Peut-être que oui... qui ont une
meilleure méthodologie que la nôtre. Mais nous, demain matin, vous nous
demanderiez : C'est quoi, le taux de vacance dans les immeubles de
trois logements et moins?, on est incapables de vous fournir de
l'information là-dessus. Est-ce qu'il y en a? Est-ce qu'il n'y en a pas? Nous
ne le savons pas.
Mme Dufour : Donc, l'application
même d'une taxation, comme ça, sur des logements vacants, si on n'a pas
l'information, comment...
M. Lepage (Sylvain) : Pour avoir
participé aux discussions autour de la table, ma compréhension, c'est que, du
côté des grandes villes, ils sont en mesure de colloquer cette information-là.
Au moment où on se parle, de notre côté, c'est une information qu'à notre
connaissance les municipalités n'ont pas.
Mme Dufour : Ça fait que, pour faire
en sorte que vous soyez capables d'avoir cette information-là, ça impliquerait
des revenus... des dépenses supplémentaires.
M. Lepage (Sylvain) : Je vous
annonce que, là, il y a quand même un aspect vie privée. Moi, si vous me dites : On veut savoir si votre chalet, il
est vacant, ou votre maison ne l'est pas, je vais peut-être vous dire que vous
ne rentrerez pas chez nous, là, tu sais,
parce que je suis en vacances en Floride trois mois par année, là. Mais on
m'a expliqué, bon, clairement que, dans les grandes villes, les
municipalités étaient en mesure de vérifier cette information-là.
Mme
Dufour : Mais, pour vous, de... pour les plus petites
villes, ce que je comprends, c'est que ce n'est pas... ce serait complexe.
M. Lepage (Sylvain) : C'est une
chose que nous n'avons pas.
Mme
Dufour : Puis que ça impliquerait... pour pouvoir appliquer
une telle taxe, ça impliquerait des dépenses supplémentaires.
M. Lepage (Sylvain) : Oui, tout à
fait.
Mme Dufour : Excellent.
M. Demers (Jacques) : ...questionnable, ce que... Souvent, la deuxième
habitation, quand tu n'as pas de multilogement,
c'est, des fois, du bigénérationnel qui, du jour au lendemain, quand il y a un
décès, devient probablement un loyer. Mais est-ce que cette maison-là,
qui est occupée, est considérée comme vacante, étant donné qu'il n'y a pas
d'habitant dans le bigénérationnel? Est-ce que c'est un logement qui est libre?
Ou il ne peut pas être habité, selon la réglementation de la municipalité, si
c'est considéré, à cet endroit-là, seulement du bigénérationnel et il ne l'est
pas? Tu sais, c'est obligé. Ça fait qu'on trouvait... Pour nous, ça, ce n'est
pas ça... ce n'était pas évident d'aller chercher ces données-là, du moins, on
avait... il y avait plusieurs points d'interrogation, là.
Mme Dufour : Je comprends. Merci.
M. Lepage (Sylvain) : ...de mon
point de vue, l'enjeu semble être les riches étrangers qui, à une époque, ont
acheté des lots complets de condos ou de tours à des fins spéculatives. Puis,
dans la vraie vie, ils habitent à... je vais vous dire à Dubaï plutôt qu'à
Montréal ou à Québec, là. Il n'y a pas beaucoup de condos à Barraute qui sont
vendus à des riches à Dubaï, tu sais.
• (11 h 20) •
Mme
Dufour : Excellent. Peut-être j'aimerais vous entendre sur
la taxation distincte selon les secteurs. Bon, vous, pour... vous mentionniez,
là, que ça pourrait entraîner des coûts supplémentaires, que vos outils, là,
d'évaluation n'étaient pas adaptés à ça. C'est ce que je comprends?
M. Lepage (Sylvain) : Bien, il faut
comprendre, encore là, qu'une partie importante de... chez une partie
importante de nos membres, ils ne font pas eux-mêmes l'évaluation. C'est
sous-traité à des services, dont un que la FQM exploite, là, pour des raisons
de concurrence, et que nous avons mis sur pied il y a environ quatre ans.
Alors, personne, personne n'a fait une échelle de coûts ou de... une grille de
coûts en fonction de ces nouvelles dispositions là. Alors, il est clair que ça va entraîner des ajustements. Mais,
encore là, dans les grandes villes qui font eux-mêmes leur taxation,
bien, écoutez, ça... ils vont y... ils contrôlent eux-mêmes le rythme,
comprenez-vous, de ce qu'ils souhaitent faire en fonction des effectifs qu'ils
ont, là.
Mme
Dufour : Je comprends. Et j'aimerais vous entendre sur la
proposition, dans le fond, du groupe qui vous a précédé, l'Union des
municipalités du Québec, qui disait
que la taxation selon la valeur aussi serait intéressante. Est-ce que ça, c'est une proposition qui vous... De votre
côté, là, je comprends qu'il y aurait des ajustements à faire, mais
est-ce que ça serait quelque chose que vous seriez favorable également?
M. Lepage (Sylvain) : Tout dépend de
ce qu'on appelle la valeur, là. Je n'ai pas entendu, je vous le dis bien
respectueusement, quelle était la proposition de l'UMQ.
Mme Dufour : Je pense qu'on visait,
là, des maisons un petit peu plus, disons, cossues, là, les... qui ont des
valeurs foncières, là, tu sais, d'avoir des taux de taxation distincts si on
dépasse une certaine valeur versus... entre ça. Parce que, bien, il y a eu une
hausse fulgurante des valeurs des maisons, peut-être, meilleur marché, là, et
donc ça crée un déséquilibre, là, avec les maisons plus cossues.
M. Demers (Jacques) :
...déjà, quand vous regardez sur la taxe de bienvenue. Les taxes de bienvenue,
il y a une base provinciale de la formule, mais certaines municipalités
décident de modifier puis passer à 500 000 $, 1 million. Il y a
des strates qui existent de ce côté-là.
Ça fait qu'on comprend la demande. On comprend
que des gens pourraient vouloir... Moi, je ne suis jamais contre d'avoir des nouveaux outils pour le monde
municipal, mais, après ça, laissons le choix local, par exemple. Tu
sais, si... J'ai de la misère... du mur-à-mur parce qu'on aurait des exemples
qui ne s'appliqueraient pas puis, tu sais, c'est ce qu'il ne faudrait pas
défaire non plus.
Mme Dufour : Tout à fait. Je vais
laisser la parole à ma collègue députée de La Pinière. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Allez-y, députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci. Alors, j'ai été
interpelée par votre... presque votre préambule sur les... votre diagnostic, en fait, sur les démissions d'élus. Puis ce n'est
pas juste à cause des réseaux sociaux, mais finalement la... peut-être
la charge mentale associée à répondre à
toutes les obligations légales et de reddition de comptes qui sont très grandes
pour les petites municipalités comme les plus grandes.
Alors, vous disiez qu'une étude pourrait
peut-être corroborer votre propre diagnostic. Alors, je pense que... Je ne sais pas si c'était une demande officielle
d'études à la ministre des Affaires municipales, mais sans doute que ce
serait un bon... une belle... un beau
mandat, en tout cas, de voir tout ce qui entoure ça, parce que c'est... on
parle de manque... vous avez parlé de
manque de moyens vis-à-vis, là, les obligations. Alors, c'est fort important.
Merci d'avoir souligné ça.
J'avais une question sur les redevances de
développement. Donc, l'UMQ, qui a parlé avant vous, demandait que soit retiré l'article 2 du projet de loi
à propos des redevances de développement ou qui relèveraient, là... qui
seraient balisées par la ministre. Est-ce
que vos membres à vous sont touchés par cet article-là ou... parce que je... à
moins d'avoir manqué quelque chose, je ne l'ai pas vu dans votre
mémoire. Est-ce que c'est une préoccupation ou pas pour vous?
M. Lepage (Sylvain) : Non, ce n'est
pas une préoccupation.
Mme Caron : Ça ne vous touche pas.
D'accord.
Quand vous avez parlé, à quelques reprises, là,
pour les territoires, milieux naturels, et tout ça, vous parliez de risques sur le plan financier. Est-ce que ces
risques-là sont essentiellement liés aux poursuites et à ce que les
poursuites peuvent représenter pour les
municipalités sur le plan financier ou est-ce qu'il y avait autre... d'autres
volets de risques de plan financier?
M. Demers (Jacques) : C'est vraiment l'aspect premier évidemment, c'est les
poursuites qu'on craint le plus puisque... Collectivement, on veut tout mieux
faire pour l'environnement, on veut protéger, mais, quand on tombe sur des
dossiers comme ça, qui, juridiquement... Puis c'est un virage quand même
important pour certains, là, qui étaient propriétaires, qui pensaient pouvoir
faire des choses. Quand on modifie puis quand on donne l'obligation aux
municipalités de modifier, bien là, on s'est dit : Comment ça se fait que
c'est nous autres qui se retrouvent en cour à avoir des poursuites, nous faire
payer ça? Il me semble, c'est des belles décisions qui sont d'un niveau plus
macro, là, tu sais, si
c'est pour l'ensemble. On veut être mieux pour la planète, on veut que tout le
monde, collectivement, on le soit, mais on finit que la facture est très
locale. C'est le bout qu'on dit : Non, non, il faut s'immuniser de ça
parce qu'il faut avancer dans ce sens-là. Ça fait que... tout simplement.
Mme Caron : Parfait, merci. Puis vous aviez... À votre
recommandation 18, vous demandiez que la notion de «manuellement», qui était introduite à
l'article 15 du projet de loi, soit définie afin d'éviter les
problématiques d'interprétation puis les requêtes en inhabilité. Est-ce
que vous aviez une définition à proposer à la place de «manuellement»?
M. Lepage
(Sylvain) : Bien, essentiellement, ce qu'on souhaite, c'est qu'on le
définisse, mais, non, on n'a pas rédigé de... on n'a pas rédigé, entre
guillemets, de définition. On pourrait le faire, par exemple, mais ce qu'on
souhaite, tu sais... Je pense qu'on a tous une idée sur ce que ça peut vouloir
dire, mais, je pense, c'est important que la loi le définisse, là.
Mme Caron : D'accord.
Merci. Est-ce que le temps est écoulé?
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. Députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : ...parce qu'on a hérité du temps des collègues.
J'aurais juste une question. Sur les terrains vagues non desservis, vous suggérez, dans votre mémoire,
de... que la possibilité de taxer davantage des... comme c'est proposé pour les terrains vagues desservis, que vous
puissiez le faire aussi sur les terrains vagues non desservis. N'y a-t-il pas
un risque? Est-ce que vous l'avez évalué, qu'il y ait un risque que... de
poursuites? Parce que, lorsque le développement ne se fait pas, parce que le terrain
est non desservi, alors que, souvent... bien, en tout cas, dans les grandes
villes, quand c'est... quand ce n'est pas développé, c'est souvent parce que la
municipalité n'est pas en mesure encore d'amener les services. Est-ce qu'il y a
un risque que vous voyez de ce côté-là?
M. Demers (Jacques) : ...dans le sens que, pour bien des municipalités, il y a plusieurs
centaines de municipalités qui n'ont aucun territoire desservi. Ça fait
que, si on n'inclut pas ce parti-là, bien, on vient d'éliminer plusieurs
municipalités qui ne pourront pas mettre de pression pour que ça se passe à cet
endroit-là. Puis présentement, on n'accepte pas d'agrandir des périmètres
urbains, ou de desservir plus grand, ou de rajouter des routes, mais ça, c'est
ceux qui sont déjà lotis qui ont le pouvoir de le faire, mais qui ne le font
pas. On devrait le voir un peu dans le même sens que, pour une grande ville
qui, elle, dit : Non, elle n'est pas rendue là, c'est pour ça qu'elle ne
l'a pas desservi, tandis que, dans la municipalité,
c'est des terrains qui dorment présentement, qui auraient des possibilités de
construction que si on ne les inclut pas... mais ce n'est pas des nouveaux
services, il n'y a aucun coût pour le provincial de desservir ces endroits-là.
Ça va être des puits, ça va être des champs qui vont leur appartenir. Ça fait
qu'il n'y a pas de coût supplémentaire, mais il y a des endroits qui dorment,
là.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci... Oui.
M. Lepage
(Sylvain) : ...le développement où c'est possible parce qu'il y a un
problème, vous le savez, d'habitation. Alors, ça va favoriser, entre
guillemets...
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté
du député de Taschereau, avec 4 min 8 s.
M. Grandmont :
Merci, M. le Président. Bonjour à vous deux, content de vous revoir. On
devient des habitués. Merci de faire le lien
avec la vague de démissions au Québec. Moi aussi, c'est quelque chose qui nous
intéresse et nous interpelle beaucoup. On a vu les articles récemment. C'est
évidemment quelque chose qui... duquel il faudra se préoccuper très bientôt.
Je
n'irai pas là-dessus. Cela dit, pour commencer, j'irais sur les milieux
humides. Vous avez là-dessus, dans le fond...
parce que je comprends que, dans le PL n° 22, sur les expropriations, vous
n'avez pas obtenu l'assurance puis les moyens
de pouvoir résoudre cette problématique-là, qui est très grande et très grave.
Donc, est-ce que vous... qu'est-ce que vous proposez à travers le PL
n° 39 pour compenser, finalement, ce qu'on n'a pas obtenu du côté du
ministre... du ministère des Transports?
M. Lepage
(Sylvain) : Écoutez, nous, on profite de l'occasion, excusez
l'expression, pour demander à nouveau des dispositions là-dessus. On ne peut
pas penser que le Québec va rencontrer ses obligations, puis les obligations
font consensus, en tout cas en ce qui me concerne, au niveau de tous les partis
politiques. On ne peut pas penser que le Québec va être en mesure de rencontrer
ses objectifs, s'il n'y a pas une protection législative lorsque les
municipalités puis les MRC se mettent en action pour mettre en place,
justement, là, la réglementation nécessaire pour les rencontrer.
C'est simple, on
entend toujours le même commentaire de la part des MRC : Nous ne
l'adopterons pas, le plan, parce que nous
serons poursuivis en prétendant qu'il y a une expropriation déguisée. Et les
gens vont souvent vous dire :
Oui, mais ça va être rejeté au bout de la ligne. N'importe qui qui a fait
affaire avec un avocat sait qu'on dépense 200 000 $,
300 000 $ d'honoraires rapidement. Alors, les gens, surtout dans un
exercice aussi ambitieux que celui-là, ne sont pas prêts à prendre le risque.
Alors, oui, ça doit être balisé.
Entendons-nous, il ne
s'agit pas de donner une protection illimitée à n'importe quoi, mais, lorsqu'on
fait, on applique les exigences du
gouvernement du Québec, la loi devrait être claire pour dire : Bien, cet
exercice-là, en autant qu'il est vraiment cet exercice-là et non pas
autre chose, entendons-nous, il est protégé, tu sais.
• (11 h 30) •
M.
Grandmont : Donc, on n'a pas obtenu les outils dont on avait besoin
sur le projet de loi qui touchait les expropriations. J'espère que, dans le
cadre d'un projet de loi...
M. Lepage
(Sylvain) : C'est notre demande.
M.
Grandmont : ...qui touche les affaires municipales, on aura des
outils, parce qu'effectivement tout le milieu,
pas seulement la FQM, mais l'UMQ, les municipalités, les communautés
métropolitaines, l'Ordre des urbanistes, avait ramené cet enjeu-là comme... puis j'en oublie certainement, là,
mais nommait cet enjeu-là comme hyperimportant.
M. Lepage
(Sylvain) : C'est un enjeu qui fait consensus. C'est une position qui
fait consensus. Évidemment, c'est le côté désagréable d'adopter des mesures de
protection de l'environnement. Je pense qu'on en convient tous, mais on... Je pense que tout le monde convient
qu'il y a un grand virage à prendre au niveau de la société. Ça en fait
partie.
M.
Grandmont : Je vous entends bien. Je vous entends bien. Tout à l'heure...
ça n'apparaissait pas dans votre mémoire,
là, mais... tout à l'heure, on a parlé avec l'UMQ. Vous les avez peut-être
entendus, là, si vous avez assisté à leur audience. Ils demandaient deux
choses sur lesquelles j'aimerais vous entendre, le remboursement à 100 %
de la TVQ puis, d'autre part, le remboursement des taxes des écoles primaires
et secondaires, qui ne le sont qu'à 82 %.
M.
Demers (Jacques) : ...dans l'entente de
réciprocité qu'on vient d'avoir comme accord, ça fait partie des demandes. On
peut juste les appuyer là-dessus. Évidemment, c'est un plus, pour l'ensemble
des municipalités, de pouvoir aller chercher ces éléments-là.
M.
Grandmont : Parfait. Merci. Puis peut-être, sur les terrains vagues
non desservis, moi aussi, j'avais une question là-dessus, je suis content que
ma collègue l'ait abordé tout à l'heure. Puis je comprends que la situation dans les plus petites municipalités, évidemment,
tout le système... tous les terrains ne sont pas immédiatement
raccordés. Cela dit, il y a des terrains qui
se retrouvent quand même dans les secteurs identifiés au schéma comme étant
développables. Donc, votre proposition vise des terrains qui ne seraient
qu'identifiés, c'est-à-dire qu'on vient baliser, en fait, la possibilité
d'augmenter les taxes à fois quatre, mais en concordance avec le schéma,
j'imagine.
M.
Demers (Jacques) : ...il faut que ça
corresponde à ces terres-là. Si ce n'est pas des endroits que tu peux bâtir,
bien, évidemment, on ne pourra pas taxer de façon supplémentaire à cet
endroit-là. Mais, veux veux pas, il y a des gens qui se bâtissent une belle
grosse maison et achètent les huit terrains qui sont autour en se disant :
Tant que j'habite cette maison-là, bien, je vais... il n'y aura pas personne
autour, mais je me garde le droit de bâtir sur ces maisons-là, elles ne sont
pas loties, elles ne sont pas ramenées dans un lot. Ça fait que tu
fais : Bien, voyons!
Là, on va
approcher... la commission, on va vouloir agrandir nos territoires, ils vont
dire : Vous ne pouvez pas agrandir, parce que vous avez des terrains qui
ne sont pas bâtis. Mais c'est de là qu'on se dit : Bien, mettons au moins de la pression sur ceux qui retiennent ces
terrains-là, qui empêchent... parce que, quand on regarde les
pourcentages d'endroits qu'on peut bâtir dans une municipalité, parfois, on
dit : Heille! il y en a beaucoup. Mais quand on y va de façon plus
spécifique, on s'aperçoit qu'il n'y en a pas beaucoup qui sont réellement
bâtissables, parce que certains ont la mainmise et qui attendent plus longtemps
avec ça, là.
M.
Grandmont : Merci pour vos interventions. Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, c'est terminé. Alors, on n'a
plus de temps. Désolé pour tout le monde, le temps est terminé.
Alors, nous
suspendons quelques instants pour recevoir, par la suite, la ville de Gatineau.
(Suspension de la séance à
11 h 33)
(Reprise à 11 h 39)
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, nous reprenons nos travaux. Nous recevons
maintenant la ville de Gatineau. Alors, nous avons trois personnes à la table
et une personne en visioconférence, qui s'appelle M. St-Pierre. Alors,
bonjour à M. St-Pierre. Alors, Mme la mairesse, je vous laisse vous
présenter avec vos deux autres collègues, puis allez-y avec votre mémoire, et
je sais que vous avez aussi une présentation infographique.
Ville
de Gatineau
Mme Bélisle (France) : Oui, à
laquelle je ferai référence au cours de la présentation.
Bonjour à tous et toutes. M. le Président, Mme
la ministre, membres de la commission, c'est un plaisir d'être ici. Je vous
présente, à ma droite, Me Christian Tanguay, de la direction générale de
la ville de Gatineau, il est responsable des services administratifs. À ma
gauche, Mme Havard, qui travaille avec nous sur les politiques à la ville de Gatineau. Et vous avez en ligne, Mario
St-Pierre, le directeur des finances et également trésorier de la ville
de Gatineau. C'est vraiment un plaisir
d'être ici. Merci de nous accueillir. Ça me permet, comme mairesse, de vous
partager ma préoccupation mais aussi celle des membres du conseil municipal.
Dans notre mémoire que vous avez reçu, il y a
neuf recommandations. On ne les couvrira pas toutes. On en a choisi certaines, peut-être plus complexes, sur
lesquelles on souhaitait s'attarder. J'espère de tout mon coeur, pour
les gens de Gatineau, mais aussi pour
d'autres citoyens du Québec, que les recommandations présentées seront
considérées, parce que je pense qu'on partage tous le même objectif, celui de
donner un peu d'air aux citoyens et aux citoyennes.
• (11 h 40) •
Gatineau est l'une des premières grandes villes
à capter 100 % des effets de la pandémie, avec le dépôt de son rôle
d'évaluation qui a eu lieu il y a un mois. Alors que des villes comme Montréal
ont perdu des résidents, Gatineau a poursuivi sa croissance. Le marché gatinois
a connu une surchauffe immobilière significative. Et quand on a pris la
température du marché, vous le voyez sur le tableau, on l'a fait en juillet
2022 alors que le marché était effervescent. Conséquence : une
augmentation historique des valeurs foncières qui va, vous l'avez bien compris,
se traduire aussi par une augmentation historique des taxes pour les citoyens.
On va y revenir tout à l'heure.
L'augmentation
moyenne est de 71,9 % dans le secteur résidentiel. C'est considérable. Et
ce qu'il faut retenir, c'est que, toutes catégories confondues, deux
tiers des propriétés se retrouvent au-dessus de la moyenne. Même si les citoyens
paient plus, la ville ne s'enrichit pas sur leur dos. Tout ça, c'est une
répartition fiscale. Certains augmentent, d'autres baissent, et on vise
l'équilibre. Et notre plaidoyer, aujourd'hui, ce n'est pas dans l'objectif de
faire plus d'argent avec l'exercice du rôle municipal. Au contraire, ce qu'on
souhaite, c'est éviter un choc de taxation pour les citoyens. Cependant, la loi
actuelle sur la fiscalité municipale ne nous permet pas d'éviter ce choc.
J'aurai une supersolution plus tard pour vous.
Le dépôt du
projet de loi n° 39, c'est une étape significative qui démontre
l'engagement du gouvernement à offrir de
la latitude aux villes. Merci, Mme Laforest. En ce sens, la ville de
Gatineau souligne l'importance du mémoire qui a été présenté tout à l'heure par l'UMQ, et je vais me permettre
d'insister sur quelques-unes de leurs recommandations.
Tout d'abord,
la recommandation qui demande au gouvernement du Québec de payer 100 % le
taux de compensation tenant lieu de
taxes pour les immeubles scolaires du primaire et du secondaire, il est
crucial. L'obligation pour les villes de fournir gratuitement des
terrains pour construire des écoles pèse lourd. Un exemple, récemment, la ville
de Gatineau s'est vue forcée d'acheter un terrain pour une école
primaire : 13 millions de dollars. En plus, on doit faire des
aménagements connexes qui nous coûteront 8 millions de dollars. On
croit fermement que les terrains scolaires devraient être payés par la
province, à tout le moins, l'ajustement demandé permettrait à terme d'amoindrir
l'impact sur les finances municipales. Et, pour Gatineau, ça représenterait
2 millions de dollars par année.
Dans le même ordre d'idée, on croit que la TVQ
payée par les villes devrait aussi être remboursée à 100 %, tout comme la
TPS. Considérant le volume d'infrastructures à réaliser et les quantités de
services que les villes acquièrent chaque
année, ce remboursement à 100 % augmenterait notre capacité à investir
davantage. Pour Gatineau, le remboursement à 100 % de la TVQ
représenterait des sommes approximatives de 15 millions de dollars
par année.
L'UMQ en a parlé tout à l'heure, redevances de
développement, taux distinct, taux global de taxation, je vais y revenir et, en
toute humilité, je me permettrais de bonifier quelques recommandations. Les
villes peuvent en effet mettre en oeuvre des redevances de développement et ça
nous paraît responsable de l'envisager. Dans certains cas, toutefois, des
villes qui ont opté pour des redevances font face à des poursuites. La ville de
Gatineau est passée par la voie des tribunaux en 2013, et, en 2016, le
gouvernement du Québec a corrigé le tir. Force est de constater que des écueils
existent toujours puisque d'autres dossiers ont pris la voie judiciaire. Les
paramètres doivent être clairs pour éviter
les contestations judiciaires mais aussi protéger les villes. Les modalités
d'application doivent se faire en consultation avec les municipalités
pour répondre aux besoins, peu importe leur taille.
Aussi, dans le contexte de la crise du logement,
le recours aux redevances doit être balisé pour ne pas être un frein
additionnel à la construction de logis. La proposition actuelle, telle que
formulée dans le PL 39, mériterait d'être clarifiée. Il n'est pas clair
pour nous quel problème on tente réellement de régler.
Le 18 octobre dernier, Gatineau a déposé
son nouveau rôle d'évaluation foncière, ce qui nous amène particulièrement ici
aujourd'hui. La valeur totale du rôle est passée de 42 milliards à
65 milliards de dollars. C'est 20 milliards en trois ans, c'est
du jamais-vu. Soyons clairs, presque toutes les propriétés ont augmenté. En
termes de taxation, c'est une aberration.
Les maisons les plus chères sont moins impactées que celles de moindre valeur.
C'est-à-dire que tout le monde qui s'est arraché des maisons durant la
pandémie, bien, évidemment, il y a une conséquence. Le choc le plus grand est sur les propriétaires d'unifamiliales et de
condos. Je vous donne un exemple. La valeur médiane... et on le voit sur le tableau, la valeur médiane de
l'unifamiliale est passée de 256 000 $ à 454 000 $, une
augmentation de 78 %. Pour le condo, la variation est de 81 %. Avec
le nouveau rôle, deux propriétaires sur trois feront face à une hausse de taxes
importante. Je vous rappelle qu'on a pris la température du marché en juillet
2022, post-pandémie. Ce que Gatineau vous raconte aujourd'hui, d'autres villes
du Québec le vivront dans les prochains mois.
Mettons un visage sur ces hausses. J'aimerais
vous parler de Ginette et Michel, des retraités propriétaires d'un bungalow
depuis des années. Durant la pandémie, ils n'en revenaient tout simplement pas
du prix de la maison qui
s'est vendue sur leur rue. La maison est passée de 258 000 $ à
516 000 $, 600 $ de plus sur le compte de taxes. Un taux
distinct permettrait de réduire l'augmentation de taxes pour Ginette et Michel
d'à peu près 170 $. On pourrait créer un palier avec des tranches
d'imposition différentes, un peu comme on le fait sur l'impôt pour le revenu.
Cette solution, et ce n'est pas banal, permettrait à Gatineau d'ajuster le coût
pour 85 000 propriétés sur 95 000. Assez ironiquement, je l'ai
dit tout à l'heure, les propriétés de plus grande valeur vont profiter d'une
baisse de taxe.
Ce qui m'amène à un prochain exemple, celui de
Yasmina et Joseph. Professionnels, ils habitent un quartier plus récent. La
valeur de leur maison a bondi de 67 %, donc moins que la moyenne. Dans
leur cas, ils vont payer 600 $ de moins de taxes. Un taux distinct
permettrait de rééquilibrer les choses.
En introduction, je précisais que la ville ne
tire aucun revenu additionnel des taxes foncières avec le nouveau rôle foncier,
mais, si la mécanique globale de taxation demeure inchangée, les villes comme
Gatineau vont perdre de l'argent. Pour
Gatineau uniquement, Gatineau perdra 3,6 millions de dollars par année en
compensation tenant lieu de taxe à compter
de 2025. Pour cette raison, la ville recommande au gouvernement de réintroduire
le mécanisme de pondération pour le
taux global de taxation. Cette mesure éviterait aux villes de perdre des
revenus en lien avec le dépôt du nouveau rôle. En d'autres mots, à
l'heure actuelle, alors que le deux tiers des résidents connaîtront une hausse,
leur compte de taxes sans hausse de revenus pour la ville, le gouvernement,
lui, va profiter d'une baisse de taxe de près de 18 %.
Il y a d'autres recommandations qui vous sont
présentées, on sera disponibles pour des questions, mais on voulait absolument
parler de cet impact du rôle. Et, encore une fois, je vous remercie d'accepter
de nous accueillir. Il y a parfois des moments, dans des projets de loi comme
celui-là, où la décision collective peut faire une différence sur le
portefeuille des citoyens. Et je nous invite tous à être proactifs, puisque
vous verrez sinon frapper à vos portes d'autres villes et citoyens du Québec
qui seront frappés, comme le sont ceux de Gatineau à l'heure actuelle. Merci,
M. le Président, de m'avoir écouté.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup pour la présentation. Alors, vous êtes dans les temps. Alors, merci
pour votre aptitude. Alors, Mme la ministre, c'est à vous pour une période
d'échange.
• (11 h 50) •
Mme Laforest : En
fait, si j'entends bien, puis avec ce qu'on a entendu ce matin aussi, Mme la
mairesse, si on parle, par exemple,
que la FQM et l'UMQ ont demandé d'avoir une possibilité de varier la taxe
résidentielle, vous, ça irait au-delà
de ça? En fait, vous voulez complètement changer les taux par secteur, revoir
l'efficience la taxation, c'est ça?
Mme Bélisle
(France) : Bien, en fait, ce qu'on souhaite surtout, c'est
d'avoir des taux distincts sur les paliers selon les valeurs. Et je me rends compte que j'ai sauté un petit
paragraphe parce que je voulais m'assurer d'être dans mon temps,
mais peut-être, Mme la ministre, que ça peut répondre partiellement à la
question, et M. St-Pierre pourrait compléter.
La ville de Gatineau a annoncé ses couleurs, et
l'augmentation de taxes municipales sera probablement de 2,9 % à Gatineau, ce qui est peu
comparativement à ce qu'on voit dans d'autres villes. On a fait des efforts
significatifs, et une des raisons pourquoi on a fait autant d'efforts sur la
taxe municipale, c'est qu'avec l'impact du nouveau rôle foncier, c'était majeur pour les citoyens. Alors, on s'est serré la
ceinture, on a fait des choix. Le rôle, le rééquilibrage, avec un taux
distinct, nous permettrait de donner un coup de pouce pour éviter les extrêmes
qu'on vit en ce moment. Et M. St-Pierre pourrait sûrement compléter ma
réponse à la ministre.
Le Président (M. Schneeberger) : ...M. St-Pierre.
M. St-Pierre (Mario) : Oui.
Merci, M. le Président. Donc, effectivement, on a vu, le projet de loi
présentait, là... nous permettait d'avoir des taux par secteurs et des taux
différenciés par sous-catégories. Ces deux éléments-là sont appréciés, et on ne
veut pas les... qu'ils soient retirés. Par contre, ils ne répondent pas aux
besoins qu'on a, qu'on vit à Gatineau. Essentiellement, à Gatineau, ce qu'on
vise, c'est que... globalement, au niveau du résidentiel, c'est que les petites
propriétés ont augmenté beaucoup plus que les grandes, donc on va se retrouver
avec un transfert de fardeau fiscal des
grandes propriétés vers les petites propriétés. Et la façon de contrecarrer ça,
c'est... et c'est la demande qu'on fait aujourd'hui, c'est de nous
permettre d'avoir deux taux différenciés, comme dans le non résidentiel. Donc, c'est-à-dire qu'on aurait, je le dis à titre
d'exemple, un taux pour les valeurs de 0 $ à 500 000 $, et les
valeurs au-dessus auraient un taux plus élevé.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Mme Laforest : C'est bon. Je
voulais également savoir combien vous avez eu de nouveaux citoyens durant la
pandémie à Gatineau.
Mme Bélisle (France) : Excusez-moi,
je n'ai pas entendu la question.
Mme Laforest : Vous avez eu
combien de nouveaux citoyens? Les gens, là, souvent... bien, la... Il y a eu
75 000 personnes qui ont quitté la grande ville pour aller vers les
régions et vers des villes comme Gatineau. Combien vous en avez eu chez vous, à
Gatineau?
Mme Bélisle (France) : Je n'ai
pas le compte exact, Mme Laforest, là. On frôle les
300 000 habitants. Ce que je peux
vous dire, c'est qu'on a quand même une migration très importante des Ontariens
qui viennent dans notre ville. Si ma mémoire est
bonne, là, je pense que la statistique date de 2021, il y avait autour de
21 000 Ontariens qui avaient quitté l'Ontario pour s'installer au
Québec et, en très grande proportion, ces gens viennent à Gatineau.
Mme Laforest : OK. Je ne sais
pas si je pourrais avoir... si on pourrait avoir l'information, si vraiment il
y a un déplacement de... il y a une migration importante. J'aimerais ça savoir
le nombre exact, si c'est possible.
Maintenant, je veux vous entendre aussi sur les
terrains vagues et les logements vacants dans le projet de loi. Comment...
Pensez-vous qu'avec... dans votre municipalité, ça va vraiment accélérer la
construction? Oui?
Mme Bélisle (France) : Je
laisserais M. Tanguay répondre à cette question.
M. Tanguay (Christian) : On
reçoit positivement la proposition qui est faite dans le projet de loi. On considère que, comme les unions l'ont présenté
antérieurement, qu'en ajoutant une charge à des terrains vacants il y
aura un mouvement vers la construction ou, à tout le moins, le redéveloppement
de ces installations-là.
Par rapport
au taux de taxation pour les logements vacants, on doit vous avouer que ça peut
représenter un certain défi en termes
techniques et d'application, parce que les données ne sont peu ou pas
disponibles ou encore difficiles à aller
chercher. Donc, c'est les deux éléments qu'on aurait à vous répondre par
rapport à cette... à ces deux propositions.
Mme Laforest : OK.
Ensuite, est-ce que c'est la même chose aussi, la difficulté pour les
redevances de développement?
M. Tanguay (Christian) : Les
redevances de développement, le plus grand frein que nous rencontrons, c'est le
risque juridique en lien avec les dispositions actuelles. Les deux unions qui
nous ont précédés nous ont présenté la demande de sécuriser l'exercice de ce
pouvoir-là pour les municipalités, et c'est une demande que nous appuyons et
que nous avons aussi.
Mme la mairesse l'a mentionné dans son
introduction, en 2013, la ville de Gatineau a fait l'objet... a été précurseure
en voulant introduire d'une certaine façon les redevances de développement,
chose qui avait fait l'objet d'un long débat
et coûteux débat devant les tribunaux. En 2016, le gouvernement du Québec a
introduit des dispositions permettant
de légitimer cette approche-là. Toutefois, force est d'admettre qu'actuellement
les risques juridiques freinent certaines municipalités à aller de
l'avant. Nous avons un appétit, qui a été communiqué dans un plan financier
long terme que la ville a préparé, qui... On pourra vous rendre disponible, si
cela vous intéresse.
Et aussi le conseil municipal, dernièrement,
dans le cadre de l'étude budgétaire, nous a demandé, en termes
d'administration, d'entamer les démarches pour aller plus loin dans
l'élaboration de redevances de développement. Dans
le cadre de l'analyse de cette démarche-là, on anticipe des risques, notamment
dans toute l'élaboration de qu'est-ce qui
peut être admissible, quel est le coût exact que l'on peut facturer en termes
de redevances de développement. Il y a certaines attributions dans la
loi qui nous aident, qui nous guident. Toutefois, ça demeure complexe, ça
demeure imprécis. Et si on pouvait compter
sur l'appui du gouvernement et des législateurs pour nous rassurer, dans
l'exercice de ce pouvoir-là, ce serait grandement apprécié.
Mme
Laforest : D'accord. Si je vous posais la question, Mme la
mairesse... Vous parlez beaucoup de Gatineau, Gatineau qui est
différente, c'est un secteur différent, c'est une ville qui est différente, les
Ontariens se déplacent à Gatineau. Si,
admettons, je vous demandais, là, qu'est-ce qui est différent avec Gatineau...
parce qu'on a le tableau, ici, des
villes, avec les rôles fonciers aussi, les changements de rôles, puis il y a
quand même une dizaine de municipalités que leur rôle a vraiment,
vraiment été en augmentation incroyable, là. On le voit ici. Mais quand vous
dites : Gatineau, on n'est pas pareils,
Gatineau, on est différents, j'aimerais ça vous entendre pour savoir vraiment
comment qu'on pourrait dire : Bien oui, Gatineau est différent,
même si d'autres municipalités ont eu un rôle foncier très élevé.
Mme
Bélisle (France) : Tous les maires et les mairesses pensent que leur
ville est extraordinaire et différente. Mais, en fait, c'est que
Gatineau vit une pression différente des autres villes, c'est-à-dire, je vais
prendre l'exemple du logement et de l'habitation, on devient le logement
abordable d'Ottawa, pas parce que le logement est abordable, mais tout
simplement parce que la propriété est plus accessible du côté gatinois. Ça,
c'est un exemple qui a créé une pression sans précédent, entre autres durant la
pandémie. Alors, on a vu des gens se déplacer, chercher des cours, chercher des
espaces, vouloir venir s'installer, et c'était comme ça, en fait, avant la
pandémie, mais il y a quelque chose qui s'est exacerbé.
Alors, cette
pression-là sur l'habitation, elle est immense, elle fait gonfler les prix. Et,
quand on s'est retrouvés en pandémie
avec des gens qui cherchaient des propriétés, on s'est retrouvés dans un marché
de surenchère complètement incroyable, et je vous dirais qu'on vit
toujours ça. Bien sûr, ça s'est un petit peu calmé avec les taux d'intérêt,
mais on vit encore une pression qui est vraiment... qui est vraiment immense du
côté de la rivière.
En même temps, je me permets un petit aparté
pour dire que, pour le gouvernement du Québec, c'est un potentiel économique
aussi immense, parce que la ville de Gatineau et l'Outaouais offrent au Québec
la plus longue frontière sur l'Ontario. Il devrait savoir en profiter
davantage.
Mme
Laforest : J'imagine. Si vous pouvez, là, bien entendu,
peut-être me donner... m'envoyer, là, la différence que vous voyez... On
va regarder avec les autres municipalités, là, puis on va regarder s'il y a
quelque chose à faire, évidemment, pour vous aider, pour aider les citoyens à
ce moment-ci. J'ai...
Le Président (M.
Schneeberger) : ...si vous avez de la documentation à envoyer, c'est
bon pour vous mais aussi pour toutes les personnes qui passent en commission...
Mme Laforest : Ah! oui, oui, tout le
monde.
Le Président (M. Schneeberger) : ...de
bien l'envoyer au secrétaire de la commission, et on va le rediffuser par la
suite pour que tous les députés l'aient. C'est bon? Merci beaucoup.
Mme Bélisle (France) : Avec plaisir,
M. le Président. Dans le mémoire aussi, il y a déjà des données qui ont été
ventilées avec des scénarios sur le taux distinct, là, aussi, là, je pense, en
page 11 du mémoire, là.
• (12 heures) •
Mme Laforest : C'est bon. OK. C'est
bon. Une question comme j'ai posée tantôt avec l'UMQ, les offices de
consultation publique pour les grandes villes, c'est quoi, votre point de vue
par rapport aux offices de consultation publique?
On sait que Longueuil vient d'en... d'adopter une... l'office de consultation,
et Montréal l'avait depuis 2002, je crois. Qu'est-ce que vous pensez de
cet... ces organismes-là?
Mme
Bélisle (France) : Quelques éléments. Je pense qu'on doit d'abord et
avant tout s'accrocher à l'objectif et non pas à l'instrument.
L'objectif, c'est de consulter et d'interagir avec nos citoyens. Alors, je vais
me permettre de donner l'exemple de la ville
de Gatineau, qui est en train de réactualiser une politique de participation
citoyenne. On a aussi créé, à l'intérieur de notre ville, le service
d'interaction citoyenne. On avait... Mme Laforest, on s'en était parlé
lorsqu'on s'était rencontrées à la suite de mon élection, la ville de Gatineau,
dans le précédent mandat, avait formulé une demande pour avoir un office de
consultation publique. Et, dans les premiers mois qui ont suivi l'élection, le
conseil municipal, à la majorité, a rejeté cette demande. Alors, on n'est pas
allés de l'avant et on a choisi de faire de l'interaction citoyenne
différemment. Il faut aussi se dire que les... le mouvement qu'on voit, il est
très positif, au Québec, les citoyens qui
veulent suivre la démocratie. Leur intérêt est, par contre, assez souvent
orienté vers les questions de développement et d'urbanisme. Alors, s'il
y a quelque chose à clarifier, c'est probablement là-dessus qu'on doit agir, et
la consultation ne peut pas non plus déresponsabiliser des élus de prendre des
décisions, même si elles sont parfois difficiles.
Mme Laforest : Donc, vous ne
regrettez pas non plus si ça se passe bien comme ça avec le... ce que vous
avez... le service de consultation citoyenne que vous avez mis en place. Donc,
ça se passe possiblement aussi bien que d'avoir instauré l'office?
Mme Bélisle (France) : Ce qu'on
vise... La valeur qu'on voyait de créer un service d'interaction citoyenne, c'était de changer la culture à l'intérieur plutôt
que d'avoir un organe externe qui pilote des consultations, qui peuvent être tout à fait pertinentes, là, soit dit en
passant, mais d'être capables de changer la culture de l'interaction
citoyenne. Le changement organisationnel de
l'interne nous paraissait très important et positif. On est déjà bons à la
ville de Gatineau. Je pense que, juste pour 2023, on a plus de
40 consultations et interactions avec les citoyens qui étaient à l'agenda.
Mme Laforest : C'est beaucoup, c'est
beaucoup. C'est sûr que la dernière chose... comme, là, c'est le projet de loi
n° 39, c'est pour toutes les municipalités en général. Je vais vraiment
attendre, là, toutes vos informations pour voir est-ce qu'il y a une particularité
différente pour Gatineau, parce que c'est sûr que tous les points que vous nous
amenez, c'est pour la ville de Gatineau. On va regarder, nous, de notre côté,
est-ce que vous êtes vraiment différents, mais je vais attendre quand même
toutes ces informations-là, puis mes collègues aussi. De toute manière,
j'envoie toujours toutes les informations,
parce qu'on parle, oui, du projet de loi n° 39 dans vos recommandations,
mais, en même temps, on parle... Aujourd'hui, on n'a parlé que de la
ville de Gatineau. Ça fait que moi, si je peux essayer de vous aider, on va le
faire de cette manière-là, à voir c'est quoi, vos particularités, puis on va
regarder avec mes collègues s'il y a vraiment quelque chose à travailler pour
aider vos citoyens.
Mme
Bélisle (France) : Si vous me permettez, Mme la ministre, je peux
vous dire... parce qu'on avait beaucoup de collègues à travers le Québec
qui savaient qu'on voulait venir vous parler. Je ne crois pas que la situation
est unique à la ville de Gatineau. Je crois que Gatineau vit une pression
supplémentaire, mais ce qu'on a vu dans les régions du Québec avec la
pandémie... de l'explosion des maisons, je pense que ça dépasse largement les
frontières de la ville de Gatineau, et je
sais que notre administration a eu beaucoup de discussions aussi avec d'autres
administrations à travers le Québec parce qu'ils partagent cette préoccupation.
Mme Laforest : Bien, vous avez
raison. Puis, en même temps, bien, je vais essayer de voir qu'est-ce qu'on peut
faire quand même avec votre municipalité, mais vous avez totalement raison.
Disons que je suis au courant de tous les citoyens qui ont quitté la grande
ville pour aller dans les régions. On n'était peut-être pas prêts à recevoir
tous ces nouveaux citoyens là. C'est pour ça que je vous posais la
question : Vous en avez eu combien chez vous? Exemple, au Saguenay, on en
a eu 5 000, au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
5 000 de plus, des gens qui ont quitté la grande ville, ça fait que c'est
énorme. C'est pour ça qu'il faut construire plus vite et se dépêcher pour cette
fameuse pression sur le logement, mais je vais attendre vos informations. Moi,
j'ai terminé. Je vais laisser la parole à mes collègues. Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, députée de...
Mme Jeannotte : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
...Labelle, excusez-moi. Vous avez deux minutes.
Mme Jeannotte : Deux minutes?
D'accord. Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, Mme la mairesse. J'ai eu la
chance d'habiter à Gatineau, donc, pendant...
Mme Bélisle (France) : J'ai perdu un
contribuable, c'est ce que vous nous dites?
Mme Jeannotte : Bien oui. Bien oui,
la belle ville, mais j'aimerais vous réentendre sur deux aspects qui m'ont
frappée. Dans le fond, la distorsion, là, que vous semblez dire, justement, au
niveau de la mécanique qui devrait être
revue, comme le disait également l'UMQ, parce que, suite à la pandémie,
effectivement, il y a certains secteurs, là, qui ont... dont leur valeur
a tellement augmenté que ça mériterait d'être revu par secteur. Puis
effectivement, l'ayant vécu, là, je peux comprendre que certains...
Est-ce que ça se pourrait que les contribuables
qui habitent dans certains secteurs de la municipalité avaient des revenus
beaucoup moindres que dans d'autres secteurs où... toutes proportions gardées,
dans les secteurs plus... on va dire le mot
«bourgeois», entre parenthèses, ou cossu, on va dire ça, l'impact est beaucoup
plus grand chez les petits bungalows,
là? Donc, peut-être que les contribuables qui habitent là, est-ce que ça se
pourrait... J'essaie de comprendre la distorsion que... parce que vous
souhaitez qu'on revoie le mécanisme, si j'ai bien compris.
Mme Bélisle (France) : Exact, et je
pense qu'il faut être prudent. On ne parle pas systématiquement ou nécessairement des moins bien nantis, c'est-à-dire
que le couple retraité dont je parlais, qui a acheté sa maison il y a 25 ans, bien,
bien sûr que son bungalow, il l'a payé 85 000 $. Comprenez-vous?
Quand, là, soudainement, il y a un rôle d'évaluation, à cause d'une pression, qui l'amène à
516 000 $... C'est un superbe bungalow, mais qui a été acheté à une
certaine époque.
En
contrepartie, le jeune couple qui voulait s'acheter sa première maison, il
s'est peut-être acheté un bungalow parce que, justement, c'était ce qui
était accessible dans un contexte de pandémie. Alors, lui aussi, il est allé à
la banque pour négocier un prêt pas possible et là il va se retrouver avec une
facture extrêmement salée. Les gens qui avaient déjà des maisons de grande
valeur, à 700 000 $, à 800 000 $, bien, bien sûr que, par
rapport à la moyenne, cette maison-là a fluctué moins que le bungalow acheté ou
qui a été construit dans les années 80 ou 90. Alors, c'est là où on se retrouve
avec une distorsion et à un déséquilibre.
Le Président (M. Schneeberger) :
Merci. On n'a plus de temps.
Mme Jeannotte : Exemple, Côte-d'Azur
versus le cégep, ces secteurs-là?
Mme Bélisle (France) : Exact.
Mme Jeannotte : Parfait. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle avec
la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
Micro? Voilà.
Mme Dufour : OK, merci. Merci, M. le
Président. Donc, merci pour votre exposé, puis je pense que vous l'avez bien
expliqué visuellement. C'était très intéressant. Est-ce que cette présentation
va...
Mme Bélisle (France) : ...absolument,
on l'enverra avec les autres documents avec plaisir.
Mme Dufour : Oui, ce serait
apprécié. Merci. Vous avez mentionné lors de votre exposé qu'il y avait quand même, le chiffre m'a étonnée, là, une... tu sais,
il y a une augmentation moyenne de 54 % des valeurs pour le
résidentiel, mais une diminution de 18 % pour les propriétés dont le
gouvernement est responsable. Est-ce que vous avez cette simulation-là à
quelque part? Parce qu'on ne la trouve pas dans le document.
Mme Bélisle (France) : Je pense
qu'on ne l'a pas ventilé dans un tableau, mais on a les données. Je ne sais pas,
M. Tanguay, si vous pouvez ajouter des précisions?
M. Tanguay (Christian) : Absolument.
Donc, c'est le mécanisme de répartition pour l'établissement des contributions. On pourra, avec plaisir, vous
transmettre une ventilation ou, à tout le moins, une démonstration qui
appuie, là, la donnée qu'on vous a communiquée.
Mme Dufour : Excellent.
Merci beaucoup. Ce serait apprécié. Et là vous parliez, dans votre mémoire, du
taux global de taxation pondéré qui a été
retiré, bon, je pense, c'était en janvier 2022, que vous soulignez. Moi, j'ai
quitté la politique municipale en
2021. Donc, je n'ai pas vu cet impact-là, mais là, de ce que je comprends,
c'est... dans le fond, ce que vous proposez, là, d'avoir différents
paliers, c'est ça, la taxation pondérée, ou c'est autre chose?
Mme Bélisle
(France) : C'est autre chose, et, sur le niveau de taxation pondérée,
vous me corrigez si je me trompe, M.
Tanguay, mais c'est quelque chose qui existait à l'époque, qui a été retiré en
2006 parce que le gouvernement a
dit : Voyons, on ne vivra plus jamais ça. Et finalement on se retrouve
dans une situation similaire presque 20 ans plus tard. Donc,
M. Tanguay ou M. St-Pierre, je ne sais pas si vous pouvez clarifier la
question pour...
M. Tanguay (Christian) : Oui, absolument. Donc, à
la page 12 du mémoire, 12 et 13... D'ailleurs, mon collègue M. St-Pierre
nous rappelle à l'ordre, le fait que les données que vous nous demandez sont
vraiment à la page 13 du mémoire, d'une certaine façon. Donc, M. St-Pierre
pourra assurément bonifier la réponse que je vous donnerai, mais, à l'époque,
Gatineau avait fait des représentations pour s'assurer que cette flexibilité
demeure au sein de la loi, et, comme Mme la mairesse l'a mentionné, là, c'est
quelque chose qui avait été retiré parce qu'on voulait alléger
l'administration, notamment. C'était dans la foulée, là, de la révision des
redditions de comptes et des différentes charges
administratives. Alors, nous, on considère actuellement que la réintroduction
du taux, du TGT pondéré, serait de grande aide, là, pour nous permettre
d'atténuer l'impact.
• (12 h 10) •
Mme Dufour : Juste
pour bien comprendre, là, vous avez dit que c'était à la page 13, le tableau,
parce que, peut-être, je... on parle...
valeur des réseaux, «réseaux», c'est «gouvernement»? C'est comme ça qu'on doit
l'interpréter?
M. Tanguay
(Christian) : Exactement. M. St-Pierre pourra assurément vous donner
plus de précisions.
Mme Bélisle (France) : Là, on se tourne vers
quelqu'un d'expert, là, qui va nous aider à comprendre le tableau 13.
M. St-Pierre
(Mario) : ...oui, excusez. Exactement, la valeur des réseaux, là,
c'est nos hôpitaux, écoles secondaires, primaires, etc., à Gatineau, donc, qui
étaient... Essentiellement, là, ils ont augmenté de 33 % et le résidentiel
a augmenté de 72 %. Le TGT est basé sur l'augmentation du résidentiel,
essentiellement. Ça fait que vous voyez la distorsion entre les deux qui va
créer une diminution des en-lieu de taxes.
Mme Dufour : Excellent.
Merci. Ça aide à comprendre le tableau. Merci beaucoup. Vous mentionnez dans votre mémoire, là, que l'étalement de taxes qui
est proposé, là, dans le fond, dans le projet de loi, que vous
souhaiteriez qu'il puisse se faire selon la catégorie... des catégories de...
là, ce que je comprends, des catégories résidentielles. Oui, c'est ça, quelles
catégories on réfère exactement...
Mme Bélisle
(France) : M. St-Pierre, est-ce que vous pouvez répondre sur quelles
catégories on réfère?
M. St-Pierre
(Mario) : Excusez, j'ai manqué le début de la question. On faisait...
Mme Dufour : C'est
la recommandation 5, dans le fond, lorsqu'on dit... On voudrait que les
municipalités puissent décider quelles catégories d'immeubles l'étalement
pourrait s'appliquer... Là, ce que je comprends, tu sais, par exemple, s'il y a un taux de taxation qui venait
se faire... selon votre proposition, là, pondéré, est-ce que le... est-ce que l'étalement des taxes pourrait
aussi être selon ces niveaux-là? En fait, j'imagine, c'est ça, votre
questionnement ou votre proposition, mais...
M. St-Pierre
(Mario) : Je vais y aller, là. La recommandation 5 traite de
l'étalement du paiement des droits de mutation.
Mme Dufour : Oui,
exact.
M. St-Pierre
(Mario) : Actuellement, le paiement de mutation, c'est en un seul
versement, et la loi nous permettrait d'avoir plus de versements. Nous, ce
qu'on demande ici, c'est d'avoir le choix, en tant que municipalité, de l'appliquer selon la catégorie, et là on fait
référence aux catégories de taxation : résidentiel, non résidentiel,
industriel, terrain vague. Donc, essentiellement,
à titre d'exemple, on pourrait l'appliquer au résidentiel, mais ne pas le
permettre au non résidentiel.
Mme Dufour : OK, ma compréhension, peut-être... en tout cas, ma
compréhension, c'est que ce serait quelque chose qui serait possible,
mais là est-ce que vous auriez un intérêt à ce que ce soit aussi possible de
déterminer des catégories à l'intérieur du résidentiel? Et c'était ça, mon
questionnement principal, est-ce que... tu sais, parce que... En fait il y a des municipalités qui voudraient
pouvoir l'offrir, par exemple, bon, à des catégories d'immeubles en deçà
d'un certain seuil, droit de mutation, premier acheteur, mais une maison à
2 millions, ils n'ont peut-être pas besoin d'un étalement des taxes... de
la taxe de bienvenue, là. C'était ça, mon questionnement.
M. Tanguay (Christian) : Je pourrais
peut-être me permettre...
M. St-Pierre
(Mario) : Allez-y, M. Tanguay.
M. Tanguay (Christian) : Donc,
j'utiliserais la même formule que le président de la fédération tout à l'heure.
On n'est jamais contre plus de pouvoirs qui nous permettent de mieux répondre à
la réalité du terrain. Donc, si c'est une proposition qui vous sied, assurément
qu'on serait ouverts à la recevoir. Il faut savoir ici que nous... la plus
grande préoccupation, si on veut s'assurer d'être en mesure de répondre à
certains impératifs. À titre d'exemple, si c'est l'accès à la propriété qui est
difficile, on veut être en mesure de pouvoir permettre l'étalement pour les
résidences et pas nécessairement pour les entreprises, qui ne sont pas
confrontées aux mêmes problématiques.
Mme Dufour : Tout à fait. Peut-être
vous entendre sur les propositions concernant le vérificateur, parce que ça, vous n'avez pas eu la chance d'en parler. Je
trouvais ça fort intéressant compte tenu de ce qui se passe à Saguenay
présentement. Ça fait presque un an et demi, je crois, qu'ils sont sans
vérificateur. Donc, vous faites des propositions intéressantes, peut-être si
vous pouviez en parler...
M. Tanguay (Christian) : Donc, vous
parlez de Saguenay qui est dans une situation... Nous, on souhaite ne pas être
dans cette situation-là. Vous savez que, la vérificatrice générale de la ville
de Gatineau, son mandat se termine en début d'année 2024. Nous avons un
processus de recrutement qui est en cours. Le processus va bon train.
Toutefois, nous ne sommes pas en mesure de déjà déterminer si le processus se
soldera par une embauche, une recommandation au conseil ou non, et ça nous
amène une période d'incertitude, et on souhaite avoir des leviers pour faire
face à cette période d'incertitude là.
Vous avez fait référence à une ville. Je crois
qu'il y a eu d'autres villes qui ont eu des défis importants dans le
recrutement, le recrutement pour trouver des personnes qualifiées, ou encore
des institutions qui ont embauché des personnes,
et que l'Ordre des comptables a déterminé que la personne n'avait pas les
qualifications requises pour occuper le poste. Donc, c'est l'objet de
l'une de nos recommandations, de nous assurer que le législateur soit ferme à
l'effet que le fait d'être membre de l'Ordre des comptables satisfait aux
exigences nécessaires pour être un vérificateur général dans une organisation
municipale.
Donc, c'est les deux objectifs. Et la troisième
recommandation que nous avons aussi à cet égard-là, c'est dans le contexte où une personne qui occupe un
poste de vérificateur général devait subir une période d'arrêt de
travail. Vous savez qu'on est contraints par des délais très rigides. On
souhaite avoir la possibilité de pouvoir faire appel à un autre organisme
municipal pour venir offrir le service pendant la période de transition.
Notamment, si c'est une période toute simple, de trois mois, peut-être qu'un
autre organisme, par le biais d'une entente de service, serait en mesure de
nous aider, ou encore la Commission municipale.
Peut-être que votre question serait :
Pourquoi ne pas le faire actuellement? C'est que la Loi des cités et villes
prévoit expressément que le vérificateur général est à emploi exclusif. Donc,
nous n'avons pas cette flexibilité-là, et, si on pouvait compter sur votre
appui, ça serait grandement apprécié.
Mme Dufour : Merci. Je vais céder la
parole à ma... à la députée de La Pinière.
Le Président (M. Schneeberger) : ...
Mme Caron : Merci, M. le Président.
Alors, je reviens à la recommandation n° 3, donc, sur
les différents paliers dans la catégorie résidentielle. Est-ce que vous...
parce que l'UMQ, si je ne m'abuse, proposait que le palier soit la valeur
moyenne des résidences, donc, au-delà d'une valeur supérieure à la valeur
moyenne, pour avoir un taux de taxation
différent des résidences qui sont en deçà de ce taux-là. Dans votre cas, est-ce
que c'est la même proposition ou est-ce que c'est plutôt en fonction d'une valeur
établie, auquel cas... Qu'est-ce que vous proposiez? Parce que, si, dans la
loi, on mettait une valeur établie dans... ça pourrait ne pas faire l'affaire
de toutes les municipalités, ou cette valeur-là, en raison du marché, pourrait être amenée à changer, et là on serait pris
avec ce qui serait indiqué dans la loi précisément.
Mme Bélisle (France) : Exact. Je
pense que M. St-Pierre pourrait fournir une réponse à cette question.
M. St-Pierre (Mario) : Notre demande
n'est pas de fixer un... des tranches dans la loi, non, essentiellement, c'est de nous permettre d'établir des tranches en
fonction de notre réalité de chacune des villes. Évidemment, ça risque
de ressembler à quelque chose qui va se
rapprocher de la moyenne, fort probablement. Puis on a fait des simulations
chez nous, et évidemment, les meilleurs
résultats, on les obtient près de la moyenne. Ça fait qu'essentiellement ça
risque d'être ça, mais on ne voudrait
pas être limités à une valeur qui est prescrite dans la loi, qui va changer à
chaque dépôt de rôle, effectivement. L'élément qui est important, nous,
par contre... Oh! excusez.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
bien, on a déjà 30 secondes de passées. Alors, à un moment donné, je ne
peux pas étirer, étirer, là.
M. St-Pierre (Mario) : C'est beau,
je termine.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
excusez-moi, c'est comme ça. Alors, je suis lousse, là, mais pas tant que ça.
Alors, député de Taschereau, vous avez 3 min 28 s, s'il vous plaît.
M. Grandmont : Merci,
M. le Président. On va retenir cette citation-là contre vous à un moment donné.
Merci pour votre présentation, messieurs dames,
Mme la mairesse, très intéressante et effectivement très révélatrice d'un enjeu
qu'on vit partout. Puis je tiens à le souligner à Mme la ministre, oui, on le
vit avec beaucoup d'acuité, là, disons, là, à Gatineau, mais je connais bien la
région de Charlevoix. Baie-Saint-Paul subit aussi cette pression-là, qui est énorme aussi, sur les résidences. Des couples qui
ont acheté leurs maisons dans les années 70 aussi ont des taux de
taxation qui sont énormes. Donc, cette situation-là, elle n'est vraiment pas
circonscrite à Gatineau. Donc, je l'invite, Mme la ministre, à être attentive à
ça.
Sur les propositions que vous proposez, vous
proposez un taux distinct de taxation, là, avec des paliers, limité à
500 000 $. Est-ce que vous avez évalué d'autres mécanismes qui
auraient pu atteindre le même objectif avant de faire votre proposition, les
taxes sur le patrimoine, par exemple, ou autre chose?
Mme Bélisle (France) : Je ne crois
pas qu'on soit allés dans ce sens-là, M. St-Pierre, à moins que vous ayez fait
des petits calculs que je ne connais pas.
M.
St-Pierre (Mario) : Non, rapidement, on a regardé tous les pouvoirs
qui étaient possibles dans la loi et on a inséré... avec un pouvoir qui
existe dans la loi pour le non-résidentiel, qu'on voudrait appliquer dans le
résidentiel.
M.
Grandmont : Donc, vous êtes restés à l'intérieur des
paramètres de la loi. Vous n'avez pas proposé quelque chose qui était complètement révolutionnaire non
plus, là, de changer complètement la façon de taxer les ménages ou, en
fait, les propriétaires, là, québécois.
• (12 h 20) •
Mme
Bélisle (France) : Et, dans les faits, ce qu'on demande, pour revenir
aussi à la question précédente, c'est un principe, et non pas un
plafond, mais la souplesse de pouvoir le faire et de s'adapter à la réalité de
chacune des villes.
M. Grandmont : Et ce que je
comprends aussi, puis je pense que c'est ce qui a été dit par M. Demers, si je
ne me trompe pas, pour le nom, là, que, dans le fond, c'est un mécanisme qui
existe déjà pour le non-résidentiel, que vous voulez pouvoir appliquer au
résidentiel tout simplement.
Mme Bélisle (France) : Exact, et qui
ressemble beaucoup aux paliers d'imposition de l'impôt sur le revenu, par
exemple.
M. Grandmont : Parfait. Merci.
J'aimerais vous amener sur la taxe sur les logements vacants. Moi, je vous
avouerais que cette mesure-là, je la trouve intéressante parce qu'effectivement
ça peut permettre de remettre disponible sur le marché des logements qui sont
inoccupés. Donc, c'est un outil qu'on a, qu'on donne aux municipalités.
Évidemment, dans une situation de crise du logement qui, j'imagine, est très
aiguë à Gatineau, là, vous ne serez pas contre ce mécanisme-là, mais, sur la
difficulté de l'application, qu'est-ce que ça représente, pour vous, comme
moyens à déployer, dans le fond, pour... parce que je comprends qu'à la base on
compte sur une dénonciation volontaire, mais, au-delà de ça, là...
M. Tanguay
(Christian) : Bien, écoutez, les éléments à prendre en compte,
c'est vraiment l'accès à l'information et la précision de l'information.
Donc, tenant pour acquis où nous n'avons pas la donnée en temps réel ou encore
c'est une déclaration volontaire, vous comprenez que ça peut amener des enjeux
à différents égards, premièrement, sur l'uniformité et l'équité. Donc, comment
est-ce qu'on peut s'assurer que l'ensemble des propriétaires, dans cette
situation-là, paie sa juste part? Et, d'autre part, il est important de nous
assurer que ça soit opérationnalisable, là, d'un point de vue de grand volume.
Alors, c'est là les enjeux que nous avons. On
n'est pas contre le principe. Nous sommes toutefois préoccupés sur la façon de
pouvoir le mettre en oeuvre. On est toutefois ouverts à recevoir des idées ou
encore évaluer différents partenariats avec des instances gouvernementales qui
pourraient obtenir ce type d'information là pour nous faciliter la tâche. Donc,
à titre d'exemple...
M. Grandmont : Le ministère du
Revenu, par exemple, pourrait être impliqué là-dedans?
M. Tanguay (Christian) : Revenu
Québec.
M. Grandmont : Oui, Revenu Québec.
M. Tanguay (Christian) : Exactement,
mais là on s'entend qu'à toutes les fois qu'on ajoute des partenaires, avec le
nombre de villes, les systèmes informatiques, il faut que ça se parle, etc. Là,
on parle de grands volumes, ça peut présenter certains défis. Toutefois, on est
ouverts.
M. Grandmont : Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons du côté des Îles-de-la-Madeleine pour 2 min 38 s.
M. Arseneau : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci pour votre présentation, Mme la mairesse et
votre équipe.
Je
vais revenir sur la question des taux. Si on poussait un peu plus loin le
parallèle entre les tables d'imposition puis les taux que vous proposez,
est-ce que vous avez envisagé la possibilité d'avoir plus que deux taux? Si on
veut être encore plus justes, plus équitables, est-ce que ce serait possible?
Est-ce que c'est ce que vous souhaiteriez obtenir dans la loi, adopter deux
taux ou trois taux, une table avec différents taux?
Mme Bélisle
(France) : Je pense que M. St-Pierre est la bonne personne pour
répondre à cette question-là.
Le Président (M.
Schneeberger) : M. St-Pierre.
M. St-Pierre (Mario) : Nous,
comme on a mentionné tantôt, on s'est limités essentiellement à ce qui est
prévu dans la loi ou des articles de
loi pour d'autres catégories. Évidemment, on n'a pas exploité ou regardé,
analysé la possibilité d'avoir plus
que deux, c'est... Évidemment, si on veut nous accorder le pouvoir d'en avoir
plus que deux, c'est quelque chose qu'on va regarder, évidemment.
M. Arseneau :
Mais ça pourrait être plus juste, évidemment, comme calcul, si on en avait
davantage. Je me posais la question, peut-être que vous y avez déjà... vous
avez déjà fait allusion à ça tantôt, mais est-ce que cette formule-là, elle
serait vraiment novatrice pour le Québec, mais est-ce qu'elle est éprouvée?
Selon la réflexion que vous avez faite ou la recherche, est-ce qu'ailleurs on
utilise ce type de formule?
Mme Bélisle
(France) : En fait, on le fait dans le commercial déjà.
M. Arseneau :
Oui, pour le commercial, mais, je veux dire, ailleurs dans le monde
moderne?
Mme Bélisle
(France) : Dans d'autres provinces? On n'a pas fait pas cette
vérification.
M. Arseneau :
Non, vous n'avez pas fait cette vérification-là. Et puis donc ce que ça
voudrait dire dans le concret, c'est qu'à l'adoption, au dépôt d'un nouveau
rôle d'évaluation, on adopte à la fois un taux et à la fois... bien, en fait,
deux taux, les paliers, et on peut les réviser à chaque dépôt de rôle
d'évaluation. Donc, le taux...
Mme Bélisle
(France) : Exact, là, l'exercice pourrait se faire basé sur la
moyenne, et/ou la médiane, et/ou les deux, là, en fonction de la réalité et de
la fluctuation du marché.
M. Arseneau :
D'accord. Donc, à chaque année,
on peut jouer avec le taux d'imposition, mais pas avec les tables.
Mme Bélisle
(France) : Probablement, puis j'imagine...
M. Arseneau :
C'est ça?
Mme Bélisle
(France) : M. St-Pierre?
M. St-Pierre
(Mario) : Par défaut, on va jouer avec les tables à cause que nous, on
applique l'étalement de base. Ça fait
qu'évidemment notre table va... Les catégories... Les strates, elles vont varier d'une année à
l'autre, mais, en théorie, quelqu'un qui n'applique pas l'étalement
devrait normalement avoir la même table pour la durée d'un rôle.
M. Arseneau :
Pour la durée d'un rôle? OK, c'est bien. Je vous remercie beaucoup.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup... alors ce qui met un terme à notre
consultation pour ce matin. Alors, merci à la ville de Gatineau et ses
représentants, et je vous souhaite un bon dîner à tous.
(Suspension de la séance à
12 h 25)
(Reprise à 15 h 18)
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La commission
reprend ses travaux. Juste bien vérifier que vos téléphones cellulaires soient
bien fermés.
Alors, nous en
sommes... cet après-midi, nous entendrons quatre groupes : la ville de
Montréal, L'Institut de développement urbain du Québec, Pre Fanny
Tremblay-Racicot et Vivre en ville.
Alors, nous débutons
par la ville de Montréal. Alors, vous êtes en visioconférence. Alors, bonjour à
vous trois. Alors, dans un premier temps, vous vous présentez à tour de rôle,
et, par la suite, la personne qui présentera votre mémoire, bien, vous pouvez y
aller directement. Alors, à vous la parole.
Ville
de Montréal
M.
Therrien (Jean) : Alors,
bonjour. Jean Therrien, je suis directeur du Bureau des relations
gouvernementales et municipales à la ville de Montréal.
M. Rabouin (Luc) : Bonjour. Luc
Rabouin, président du comité exécutif de la ville de Montréal.
Mme Rault (Stéphanie) : Bonjour.
Stéphanie Rault, directrice par intérim du budget et de la planification
fiscale et financière.
M. Rabouin (Luc) : On y va?
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui, allez-y.
• (15 h 20) •
M. Rabouin (Luc) : Parfait. Merci
beaucoup. M. le Président, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés,
permettez-moi tout d'abord de vous remercier d'avoir convié la métropole du
Québec aux auditions d'aujourd'hui. Donc, je suis accompagné, ils se sont déjà
présentés, là, de M. Therrien et Mme Rault.
La ville de Montréal est heureuse de prendre
part aux présentes consultations entourant le dépôt du projet de loi n° 39, la Loi modifiant la Loi sur la fiscalité municipale et d'autres
dispositions législatives, déposé
dans la foulée de l'entente de
partenariat conclue entre le gouvernement du Québec et le milieu municipal. La
ville de Montréal accueille favorablement
la volonté du gouvernement de répondre à plusieurs demandes exprimées au fil
des dernières années par les municipalités
par l'introduction de ce projet de loi. Celui-ci met en évidence la place du
gouvernement du Québec dans l'amélioration des milieux de vie des
résidantes et des résidants de sa métropole et sa volonté de lui donner les
outils fiscaux supplémentaires.
En pérennisant le partage de la croissance d'une
partie de la taxe de vente du Québec avec les municipalités, ce projet de loi
représente un pas de plus vers une plus grande diversification des revenus des
municipalités.
Nous croyons
toutefois que le projet de loi pourrait certainement bénéficier de l'expertise
de la ville de Montréal afin de
bonifier quelques aspects significatifs. Les modifications qu'on vous propose
aujourd'hui permettront de renforcer encore davantage les outils rendus
disponibles par l'introduction du présent projet de loi.
Comme vous
l'avez constaté, le mémoire de la ville de Montréal se décline en quatre axes.
Le premier est celui d'atteindre une
fiscalité municipale plus efficace et plus équitable. Afin de rendre permanente
sa mesure fiscale destinée aux
commerces et entreprises de taille modeste, la ville de Montréal réitère sa
demande de retirer l'obligation de devoir mettre en place une stratégie
de réduction du fardeau fiscal entre les immeubles résidentiels et non
résidentiels. En effet, la poursuite de
cette stratégie pourrait avoir pour effet l'accroissement du fardeau
résidentiel plus rapidement que celui
des immeubles non résidentiels, dans un contexte où les particuliers sont déjà
très touchés par l'inflation, la hausse des taux des prêts
hypothécaires, etc.
Par ailleurs, la ville souhaite conserver le
pouvoir d'appliquer des taux différenciés pour les immeubles non résidentiels
de plus faible valeur. Dans le cas contraire, l'abandon de cette mesure
impliquerait un accroissement de près de 20 % du fardeau fiscal des
petites entreprises situées dans des plus petits immeubles non résidentiels.
Dans un contexte de ressources limitées et
de forte dépendance à l'impôt foncier, comme vous le savez, qui notre
principale source de revenus, vous
conviendrez qu'il serait souhaitable de pérenniser cette approche gagnante qui
est actuellement en place dans la métropole, c'est-à-dire d'avoir un
taux différencié, là, sur les plus petits immeubles non résidentiels.
La hausse importante des valeurs des immeubles
résidentiels actuellement, de façon souvent hétérogène entre les types d'immeubles, peut induire aussi un
rebalancement abrupt de la facture fiscale entre les propriétaires
d'immeubles résidentiels. Cette situation
implique que, sans une intervention différenciée au niveau des taux de
taxation, les ménages montréalais supporteraient, dans un contexte de
forte inflation, des variations importantes de leur compte de taxes.
Afin de
répondre à cet enjeu, la ville recommande l'introduction d'un second jalon avec
l'introduction de taux différenciés pour les immeubles résidentiels
similaires à ceux appliqués lors de l'imposition des immeubles non résidentiels. Cette nouvelle flexibilité
permettrait la mise en place de découpages fiscaux plus efficaces, ce qui
partagerait plus équitablement les charges fiscales pour l'ensemble des
contribuables.
Le deuxième axe de notre mémoire concerne
l'amélioration de l'efficience par la densification. Le plafond imposé par la Loi
sur la fiscalité municipale, à deux fois le taux de base pour les immeubles de
la catégorie des terrains vagues desservis, prive les municipalités d'un outil
supplémentaire pour accélérer le développement de ces terrains. Le projet de loi n° 39 accède à notre
demande et permet ainsi d'offrir un outil fiscal bonifié visant à
encourager la densification du territoire.
Évidemment, la ville de Montréal accueille très favorablement l'ajout de cette
disposition.
Toutefois, le gouvernement propose l'application
par les municipalités d'un crédit de taxe obligatoire dans le cas où les
terrains vacants sont acquis par succession. En introduisant ce crédit, nous
sommes d'avis que la mesure visant à
développer les terrains vacants s'en trouve affaiblie. Alors que le legs d'un
terrain vague puisse se révéler être un déclencheur essentiel portant
vers une utilisation plus optimale du terrain, ce crédit, valide pour une
longue période, minerait son efficacité au détriment du bien-être collectif. Si
l'intention du gouvernement est d'alléger le fardeau fiscal dans le cas où des particuliers héritent d'un terrain, une
modification aux dispositions sur le gain en capital aurait permis ou
permettrait d'atteindre le même objectif sans alourdir les opérations des
municipalités.
La ville de
Montréal est d'avis que ce crédit de taxe obligatoire de surcroît ne devrait
pas se retrouver dans la Loi sur la fiscalité municipale, notamment
parce que celui-ci vise autant les personnes physiques que les personnes
morales.
Le troisième axe du
mémoire porte sur les outils fiscaux disponibles pour répondre à la crise du
logement. La ville de Montréal appuie la disposition du projet de loi qui
permet d'imposer une taxe basée sur la valeur foncière à l'égard des immeubles comportant un logement
vacant ou sous-utilisé à des fins d'habitation et ainsi favoriser le
retour sur le marché locatif de ses unités d'habitation. La mise en place d'une
telle taxe nécessite la collecte de données et la vérification de celle-ci.
Afin de
répondre à cet enjeu, la ville de Montréal recommande de prévoir que les
municipalités disposent d'un pouvoir
de conclure, avec une autre personne, y compris des ministères et des
organismes gouvernementaux, une entente prévoyant le partage et le traitement d'informations ou de données
nécessaires à l'imposition et à l'application de cette taxe.
La ville insiste aussi sur l'importance de
revoir les limitations prévues à l'article 500.5.3, et ce, afin de permettre aux municipalités d'imposer la taxe sur
les logements impropres à l'habitation. Selon l'expérience de la ville, ces exceptions, telles que rédigées actuellement,
pourraient engendrer des effets délétères, notamment en favorisant des
attitudes contre-productives de la part de certains propriétaires mal
intentionnés qui pourraient volontairement faire que leurs unités d'habitation
deviennent impropres pour se soustraire de cette taxe.
La métropole recommande donc de prévoir une
exception donnant le pouvoir aux municipalités d'imposer une taxe relative aux
logements vacants ou sous-utilisés à l'égard de tout logement impropre à
l'habitation.
Le quatrième et dernier axe du mémoire de la
ville touche certaines des mesures plus techniques proposées dans le projet de loi actuel, notamment les délais
prévus pour le dépôt d'un rôle comportant des sous-catégories et pour la
préparation et le dépôt d'un rôle
préliminaire ou définitif. Je souhaite que ces éléments soient discutés à brève
échéance entre nos équipes pour qu'ils... puisqu'ils occasionnent des enjeux
opérationnels non négligeables.
En conclusion, il me fait plaisir de réitérer
l'accueil favorable de la métropole au projet de loi n° 39, lequel contient des
mesures importantes et viennent moderniser le régime fiscal municipal. Je tiens
toutefois à rappeler que l'obtention d'une plus grande diversification des
sources de revenus demeure une priorité pour la ville de Montréal. Les
discussions formelles issues de la déclaration de réciprocité se tiendront au
cours des 12 prochains mois entre le gouvernement du Québec et le milieu
municipal. Elles seront clés pour la suite des choses.
Par ces échanges, la ville de Montréal souhaite
atteindre, sur le plan fiscal, une plus grande agilité et une diversification
accrue de ses sources de revenus. L'atteinte de ces objectifs est essentielle
pour répondre, de façon pérenne, tant aux besoins des citoyens montréalais qu'à
l'atteinte des objectifs gouvernementaux dans les domaines de l'environnement, de la lutte aux changements
climatiques, du développement social et du développement économique.
En terminant,
je veux souligner la relation, l'écoute, le dialogue, la relation... l'approche
de collaboration menée par la
ministre de l'Habitation. Donc, je tiens à rassurer tous les parlementaires, il
y a une réelle volonté de collaborer. On est très heureux de la façon
que le dossier chemine, de l'écoute qu'on a, et, pour nous, c'est vraiment très
important que ce projet de loi là soit adopté le plus rapidement possible.
Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup. Alors, nous allons procéder maintenant à une période d'échange,
en commençant par Mme la ministre. Alors, la parole est à vous.
Mme Laforest : Oui. Alors, bonjour,
M. Therrien. Encore une fois, bonjour, heureuse d'être avec vous. M. Rabourin... bien, Rabouin, oui, félicitations,
parce que maintenant vous êtes président du comité exécutif. Ça s'est
fait rapidement. Merci beaucoup. Mme Rault, salutations également.
Je vais tout de suite revenir sur la
recommandation 5 : «La ville de Montréal recommande de prévoir une exception
donnant le pouvoir aux municipalités d'imposer une taxe relative aux logements
vacants ou sous-utilisés à l'égard de tout logement impropre à l'habitation.»
Ce n'était pas... Ça, c'est une recommandation que vous voulez, sauf que, là, si je comprends bien, ou vous allez
m'expliquer, le logement impropre, il faudrait qu'il soit sorti de la
loi, si je vous entends bien. Sinon, expliquez-moi. Je ne comprends pas la
différence entre les deux que vous voulez.
M. Rabouin (Luc) : En fait, ce qu'on
veut, c'est que la taxe s'applique aussi aux logements impropres à
l'habitation. Parce que si ce n'est pas le cas, bien, certains propriétaires
malintentionnés pourraient juste laisser se dégrader
leurs logements pour qu'ils deviennent impropres à la location et ainsi se
soustraire à la taxe sur les logements vacants. Donc, un propriétaire
pourrait décider, par exemple, d'enlever les toilettes dans son immeuble. Ce
n'est plus un logement qui est propre à l'habitation, et, bien, de cette
manière-là, on ne peut pas lui imposer la taxe sur les logements vacants.
Mme Laforest : OK. Bien, juste me le
clarifier, par exemple, parce qu'on me disait que c'était une demande de la
ville de Montréal, ça. Donc, ce n'est pas vraiment... On devrait le lire comme
la recommandation et non ce que vous avez demandé dans le passé. C'est ça?
M. Rabouin (Luc) : Bien, en tout
cas, ce qui est écrit dans le mémoire, c'est ce qu'on demande aujourd'hui.
Mme Laforest : OK, parce qu'il y a peut-être
eu un changement, là.
Il y a la recommandation 3 : «La ville de
Montréal demande de retirer l'article 40 du projet de loi n° 39, qui prévoit un
crédit de taxes obligatoire dans le cas de l'acquisition d'un terrain vague par
succession.» Nous... Je vais juste vous expliquer les demandes qu'on a eues.
Peut-être que vous allez mieux comprendre le besoin de respecter les
successions. En fait, c'est qu'il y a quand même... puis c'est très rare, là.
Tu sais, il n'y en a pas énormément dans les municipalités, là. Mais ceux ou
celles qui, si je peux dire, qui reçoivent ou qui ont la chance d'avoir un
terrain qui a été donné dans une succession, bien, c'est
sûr que leur dire tout de suite : OK, le terrain est vacant, on va vous le
surtaxer, mais... c'est assez embêtant.
• (15 h 30) •
Ce qu'on disait, c'est que ce serait quand même
important de respecter qu'il y a eu un moment où le terrain a été donné par succession. Est-ce qu'on doit tout
de suite le taxer ou le surtaxer parce qu'il est vacant? C'est une
question à se poser. C'est pour ça qu'au
départ on disait : Au moins, laissez une période... Je sais que, là, c'est
cinq ans. On avait discuté aussi que
ça pourrait être trois ans. Maintenant, on va discuter avec mes collègues ici,
en commission parlementaire, mais sauf que ceux qui ont un legs, on
arrive tout de suite en disant... Un jeune de 30 ans, mettons, qui reçoit
un terrain en succession à Montréal, et tout de suite on le surtaxe parce que
le terrain est vacant, vous n'êtes pas d'accord
de lui laisser une chance de voir : Est-ce qu'il va avoir un projet?
Est-ce qu'il va construire ou est-ce qu'il va... Est-ce qu'il veut le vendre ou... Tout de suite, vous, vous dites :
Non, il n'a pas d'affaire à... Il doit absolument faire partie, comme
ceux qui ont des terrains vacants... être surtaxés. Qu'est-ce que vous en
pensez?
M. Rabouin
(Luc) : Ma compréhension des choses, c'est que le terrain
vacant, il doit avoir déjà une surtaxe, parce que c'est un terrain
vacant lors de la succession, donc il était déjà imposé à ça. Parce que ce qu'on
veut, c'est d'éviter que des terrains restent vacants, hein? On en a très peu
encore, des terrains vacants qui sont disponibles, et pour construire du
logement, et pour faire du développement économique. Donc, on veut juste
éviter... Notre objectif, c'est d'éviter que... ce terrain-là, qu'on encourage
qu'il reste vacant.
Mme Laforest : D'accord, sauf que
là, présentement, les terrains sont taxés deux fois et non quatre fois, comme
le projet de loi le propose, là.
M. Rabouin (Luc) : Exact. Et donc,
là, il reviendrait à quatre fois.
Mme
Laforest : Oui, mais présentement il ne l'est pas, à quatre
fois. Donc, vous, vous n'êtes même pas pour dire : OK, on vous le laisse à deux fois, pendant trois
ans ou cinq ans, peu importe, là. Tout de suite, ce serait quatre fois,
c'est ça?
M. Rabouin (Luc) : Bien, écoutez,
nous, notre position, là, c'est vraiment qu'il y ait un incitatif, parce que la loi, ce qu'elle prévoit, c'est... En fait,
l'idée de taxer à quatre fois, c'est que c'est un incitatif au développement.
Donc, on veut juste éviter qu'il y ait un message qui s'envoie, où on dit : Ah! bien, on... Donc, après
cinq ans, on trouvait que c'était beaucoup. Peut-être qu'il y a moyen de
trouver une façon intermédiaire. Ce qu'on veut surtout, c'est de nous assurer qu'on n'encourage pas que le terrain reste
vacant pendant trois, quatre, cinq ans. C'est ça, notre objectif
principal.
Mme Laforest : Oui, c'est toujours
l'objectif, c'est pour ça qu'on le met dans le projet de loi. Avez-vous fait un
inventaire, admettons, à Montréal? Parce que cette demande-là est là depuis que
je suis en poste... en fait, depuis cinq ans. Avez-vous un inventaire des terrains
vacants à Montréal?
Mme Rault (Stéphanie) : Oui, oui.
Dans le rôle d'évaluation, oui.
Mme Laforest : Vous êtes... Puis ça
ressemble à quoi?
Mme Rault (Stéphanie) : Dans quel
sens?
Mme
Laforest : Bien, vous en avez, admettons, combien, en
pourcentage, là, de... ou vous en avez combien, environ?
Mme Rault
(Stéphanie) : Il faudrait que je vous revienne pour ça. Je n'ai
pas les chiffres en tête sur le nombre. Ce qu'on sait, c'est que... et
ce qu'on a fait valoir dans le passé, c'est que d'augmenter la taxation des
terrains vagues de deux à trois fois le taux, par exemple, ça rapporterait à
peu près 10 millions de dollars à la ville de Montréal.
Mme Laforest : OK. C'est bon.
Mme Rault (Stéphanie) : Mais, en
nombre de terrains, il faudrait vous revenir.
Mme Laforest : OK. Non, bien là,
c'est... on va être capables de faire le calcul. Pour les logements vacants, est-ce que vous voyez ça... parce qu'il y en a
certains qui nous disent que ça pourrait être complexe, mettre ça en
place, taxer les logements vacants. Comment vous voyez ça, pour Montréal?
M. Rabouin (Luc) : Bien, c'est sûr
qu'il y a un enjeu de complexité pour la mise en oeuvre. Je pense qu'on est d'accord sur l'objectif, c'est un bon moyen.
Ce qu'on veut, c'est que les logements reviennent sur le marché locatif.
On est en pleine crise de logement, là, donc je pense qu'on a tous cet
objectif-là de nous assurer que les logements qui existent devraient être
rendus aussi disponibles sur le marché.
Sur l'application, c'est pour ça qu'on a une
demande qui est de nous permettre, dans la loi, de conclure des ententes, notamment avec des ministères et des
organismes publics, pour s'assurer qu'on puisse partager des
informations, justement, pour faciliter l'application et la mise en oeuvre.
Mme
Laforest : D'accord. Au niveau des redevances de
développement, vous savez, pourquoi on met ça en place, de mieux
encadrer les redevances de développement, c'est parce qu'il y a certains abus
dans certaines municipalités, comme je le mentionnais ce matin. À Montréal,
est-ce que vous avez des exemples, présentement, ou ça se passe bien, ou c'est
plus complexe?
M. Rabouin (Luc) : Nous, on a des
ententes de développement, on fait des accords de développement dans certains
projets. On n'a pas de redevance particulière de développement.
Mme Laforest : Il n'y a pas aucune
redevance?
M. Therrien (Jean) : En fait, il n'y
a que celles qui sont imposées pour le REM, pour le projet du REM de l'Ouest,
mais il n'y a pas de redevance de... touchée directement par la ville parce
qu'on crée... on conclut des ententes avec les développeurs pour des territoires
précis, des ententes de développement.
Mme Laforest : OK. Ensuite, au
niveau des sous-catégories résidentielles, je voulais vous poser la
question : Pensez-vous qu'en ajoutant ces sous-catégories-là
résidentielles, ça va permettre à Montréal de mieux répartir l'augmentation du
fardeau fiscal, en particulier, là, pour les résidences?
M. Rabouin
(Luc) : Oui, tout à fait. On envisage ça positivement. Ça
va nous permettre une meilleure équité.
Mme
Laforest : C'est bon. Ensuite, vous avez la possibilité
d'avoir un programme pour les nouveaux acheteurs, puis nous, dans le
projet de loi n° 39, on veut ajouter une disposition, en fait, pour les
premiers acheteurs dans toutes les municipalités du Québec. On le sait que
Montréal et Québec ont déjà cette possibilité-là. Est-ce que vous vous en
servez beaucoup?
M. Rabouin (Luc) : Pour les nouveaux
acheteurs?
M. Therrien (Jean) : Vous parlez du
remboursement de la taxe de bienvenue?
Mme Laforest : Oui. Est-ce que vous
le faites ou c'est plus... Est-ce que vous vous en servez?
M. Therrien (Jean) : On l'a
appliqué, effectivement, il y a des citoyens qui en ont bénéficié. Et je crois
qu'elle est encore en vigueur, mais elle a été... jusqu'à l'an dernier, elle
l'était.
Mme Laforest : OK. Puis je pose la
question, là... ne soyez pas inquiets, là, je pose la question à tout le monde. Est-ce qu'aujourd'hui vous êtes encore en
mesure de dire qu'on serait peut-être plus prudents ou plus sérieux, si
on ajoutait certaines recommandations pour les offices de consultation
publique? Parce que vous savez que vous n'avez
pas... vous n'êtes... pas juste à Montréal, il y a Longueuil aussi. Donc,
est-ce que vous seriez en faveur, si on ajoutait certaines mesures, mais sans aller dans les détails, là, je ne veux pas
avoir de malaise, mais, en même temps, si on était plus... si c'était
mieux encadré, seriez-vous à l'aise avec cette mesure-là, si on ajoutait une
mesure dans le PL n° 39, avec mes collègues?
M. Rabouin (Luc) : Évidemment, nous,
depuis le début de la situation qui se passe au cours des dernières semaines...
Nous, on a défendu très fortement la pertinence, la nécessité de l'Office de
consultation publique de Montréal comme contribution à la démocratie, mais on a
aussi dit qu'il fallait absolument renforcer les mécanismes d'encadrement,
notamment en ce qui concerne la gestion. C'est important que l'office soit
indépendant dans ses recommandations, ses processus de consultation, mais, sur
la gestion, elle doit rendre des comptes et il doit y avoir des mesures
d'encadrement beaucoup plus claires. Donc, on est évidemment favorables à ça.
Mme Laforest : Merci. Puis les
dispositions de redevances, comme vous parliez tantôt, M. Therrien, pour le
REM, est-ce que c'est bienvenu? Est-ce que vous avez eu, je ne sais pas, là, de
la difficulté à mettre ça en place ou... Comment vous voyez ça, cette... parce
que, là, c'est sûr, chez vous, c'est possible, mais, si on le met à la grandeur
du Québec, comment vous voyez ça? C'est quoi, le positif, et quels sont les
enjeux, selon vous?
M.
Therrien (Jean) : Bien, écoutez, je ne suis pas un spécialiste des
questions de transport et de redevances, là, et je crois que ça rapporte... elle va rapporter quand même des revenus
substantiels au CPDQ pour le REM de l'Ouest, la redevance, là,
sur le REM. Il est aussi question qu'il y en ait une qui va être appliquée
aussi pour la ligne bleue dans l'est de
Montréal. Donc, c'est une source de revenus qui a une certaine, comment dire,
force, qui amène un certain revenu, des sommes de revenus intéressantes.
Maintenant, il faut évidemment les moduler en
fonction de quels types de bâtiments sont visés, et on a... notamment pour le
REM de l'Ouest, ça a été exclu, les logements sociaux, de cette redevance-là,
et il y a discussion pour le faire, quelque
chose de similaire avec le REM de... avec la ligne bleue dans l'Est, donc...
mais oui, c'est une mesure qui peut avoir un effet positif en termes de
retour sur l'investissement public et de permettre de financer des travaux, des
installations publiques comme un système de transport structurant.
Mme
Laforest : OK. C'est bon. Vous dites : ajouter la disposition
selon la valeur de la propriété. Vous, la valeur par secteur, ce n'est pas
suffisant, j'imagine?
Mme Rault
(Stéphanie) : La valeur par secteur... En fait, ce qui est recherché,
ce serait une disposition similaire à celle qui est disponible pour les
immeubles non résidentiels, donc ce serait d'ajouter de la progressivité dans l'impôt foncier et non pas de découper par...
en fonction des valeurs moyennes des différents secteurs de la ville.
Mme Laforest :
OK. Moi, j'ai terminé les
questions que j'avais... parce que c'est sûr que ça fait plusieurs
années qu'on travaille ce projet de loi là, donc je connais pas mal vos
demandes, mais, en même temps, je vais laisser plus de temps à mes collègues,
si vous voulez bien. Merci, puis j'espère que ça va bien aller. Ça devrait bien
aller, l'étude, mais... Voilà. Est-ce que vous aviez des questions...
Des voix : ...
Mme
Laforest : OK, c'est bon.
• (15 h 40) •
Le Président (M.
Schneeberger) : Non? Alors, bon, parfait. Alors, merci beaucoup.
Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle, et je donne
la parole à la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Et,
M. le Président, combien de temps on a?
Le Président (M. Schneeberger) :
Étant donné que le député des Îles-de-la-Madeleine est présent, alors, à ce
moment-là, vous avez un 10 min 24 s.
Mme Dufour : Excellent.
Merci. Donc, merci à vous trois d'être présents... virtuellement, mais d'être
avec nous pour la présentation.
Je veux peut-être vous entendre, vu que... je ne
pense pas qu'on en ait parlé... vous en ayez parlé, mais la valorisation
des droits aériens pour les projets structurants en transport, ça fait partie
de votre mémoire, recommandation 4. Dans le fond, ce que vous souhaitez, c'est
de pouvoir, là... Dans le fond, là, vous parlez qu'il y aurait une possibilité
de jusqu'à 300 millions en financement innovant, mais qu'actuellement...
le cadre légal actuel, là, empêche la STM de réaliser ces valorisations. Alors,
j'aimerais vous entendre davantage à ce sujet.
M. Therrien
(Jean) : Bien, je vais me permettre de répondre. Ça fait un peu un
lien avec la question de la ministre sur les redevances de développement. Le
300 millions, notamment, là, évoqué va venir de cette source de revenus.
Et pour faire... pour tenir des redevances de développement, il faut faire du
développement. S'il n'y a pas de développement, il n'y a pas de redevances, on
s'entend.
Donc, les stations de
métro... puis la loi actuelle qui encadre les sociétés de transport, c'est
qu'elle ne peut que construire l'édicule de l'entrée de métro, mais elle ne
peut pas construire l'édifice sur les droits aériens qui surplombent cet édicule-là, de sorte que c'est
compliqué, après ça, de... Ce qu'on souhaite, c'est que... la demande
qu'on fait, c'est que la STM puisse s'asseoir avec un partenaire privé qui est
propriétaire des terrains adjacents et qu'on puisse construire un complexe qui,
à la fois, est sur le terrain adjacent puis aussi sur les droits aériens de
l'édicule, de façon à rentabiliser et à densifier au maximum le terrain, qui
est un terrain de grande valeur, hein? Notamment, sur la ligne bleue, quand
même, les terrains sont chers. Donc, sinon, avec la loi actuelle, on va se
retrouver avec des petits édicules sur des terrains énormes qui ont grande
valeur, avec aucun logement, aucun commerce, parce que le seul commerce qu'il y
aura, c'est peut-être le dépanneur dans l'édicule de la station de métro.
Alors, on pense que
cet ajustement-là permettrait... et c'est notamment important pour une des
stations, où on pourrait aller en appel d'offres avec un promoteur propriétaire
des terrains adjacents, le... pour faire un appel d'offres conjoint, à la fois
l'édicule et la tour qui serait sur l'édicule, que ce soit de l'habitation ou
du commerce, mais probablement plus de l'habitation dans ce cas-là. Alors,
voilà l'idée derrière cette demande.
Mme Dufour :
Et est-ce que vous avez un libellé, que vous pourriez nous proposer, de ce que
vous souhaitez comme modification pour
avoir... dans le fond, pour atteindre l'objectif que vous visez? Est-ce que ce
serait possible...
M. Therrien (Jean) : Oui, qu'on pourrait
envoyer au ministère dans les prochaines heures ou prochains jours.
Mme Dufour : Excellent. Merci beaucoup. OK. Je vais peut-être
vous parler de logements vacants. Un peu plus tôt aujourd'hui, on a rencontré des gens de la Fédération québécoise des municipalités, qui nous soulignaient que pour... eux,
ils voyaient difficilement, là, applicable cette taxe-là parce qu'ils ne
connaissaient pas l'état, dans le fond, de vacance, là, des logements sur leurs
territoires.
Et là, en lisant
votre mémoire, il semble que... ça semble aussi une difficulté chez vous, qui
êtes quand même la plus grande ville du
Québec. Donc, vous parlez, là, qu'il serait peut-être nécessaire de prévoir le
partage d'informations avec d'autres organismes pour obtenir
l'information. Donc, je ne sais pas si vous pouvez m'en dire plus sur l'état de
la connaissance que vous avez des logements vacants sur votre territoire.
M. Therrien (Jean) : Peut-être plus
Stéphanie, mais...
Mme Rault (Stéphanie) : C'est
sûr que ce type de taxe là est plus complexe à mettre en place que de
l'impôt foncier, donc ça va nous demander certains ajustements dans nos
différents processus. Ce qu'on a observé ailleurs, c'est beaucoup de pratiques
d'autodéclaration avec, bien entendu, des enquêtes de la municipalité qui met
en place la mesure pour s'assurer de l'exactitude des renseignements qui ont
été déclarés.
Par contre, pour
certains éléments plus spécifiques, là, notamment, dans le projet de loi, on
prévoit des exemptions pour toute personne qui serait liée au propriétaire,
donc, pour s'assurer que ces choses-là soient bien validées. Parfois, ce sont des renseignements qui sont déjà détenus par
des agences gouvernementales. Donc, pour éviter un dédoublement du
fardeau administratif pour le citoyen, là, on souhaite pouvoir conclure des
ententes ciblées pour valider certaines
informations comme ça avec différentes agences gouvernementales ou autres qui
détiendraient déjà l'info.
M. Rabouin
(Luc) : Puis peut-être, je peux ajouter, le défi d'application, c'est
sûr qu'il est important, puis on le voit dans l'application de notre
réglementation sur la location touristique, par exemple. Donc, c'est un défi
d'avoir l'information, mais on en a de l'information. On n'a pas des données
objectives, mais on a des signalements, on a des gens qui nous appellent, qui
nous informent qu'il y a de la location touristique, donc c'est comme ça qu'on
est capables aussi d'intervenir.
Donc,
ça, c'est un élément, c'est un mécanisme d'information dont on dispose, mais,
si on était capables d'avoir des
ententes avec certains ministères ou organismes pour partager, évidemment, de
manière confidentielle, entre nous, des informations, ça nous aiderait à
appliquer la réglementation.
Mme Dufour : Et
est-ce que vous considérez qu'il y en a beaucoup, des logements vacants qui
répondent à tous les critères, là,
d'exclusion qu'on... Et là je comprends que ça n'inclut pas non plus ceux qui
s'en vont sur le marché du Airbnb, là, de l'hébergement touristique
temporaire. Donc, est-ce qu'il y en aurait beaucoup que ça serait... que ça
pourrait s'appliquer, finalement, cette taxation-là?
Mme Rault
(Stéphanie) : Bien, c'est sûr que c'est difficile à chiffrer de manière
précise parce qu'on n'a pas l'inventaire en ce moment, mais on pense que le
potentiel est là. Encore une fois, ce n'est pas une mesure qu'on mettrait en
place nécessairement pour obtenir des revenus, mais vraiment pour les effets
bénéfiques que la mesure va causer, donc d'inciter les propriétaires à rendre
les logements disponibles sur le marché de la location à long terme.
M. Rabouin
(Luc) : C'est vraiment ça, notre objectif, là, dans le contexte du
manque de logements, là.
Mme Dufour : Je comprends. Ça
pourrait, finalement, vous coûter plus cher que les revenus que vous en
gagneriez, parce que je comprends
qu'il y a quand même des mises à jour de système, puis il va falloir aller
chercher l'information, là. Ça fait que ce ne serait peut-être pas un
gain, mais je comprends que ce serait un gain pour la construction.
L'Union des municipalités du Québec, ce matin, suggérait d'augmenter à 3 % le
maximum de la valeur foncière, là, de la valeur du rôle foncier de cette
taxation-là. Vous, vous semblez satisfait du 1 % qui est proposé
actuellement. Est-ce que vous avez fait des évaluations, des scénarios?
Mme Rault
(Stéphanie) : Bien, c'est sûr que ce qu'on observe dans d'autres
juridictions... les taux en vigueur sont plus élevés. C'est sûr que ça a pu
être mis en vigueur de façon graduelle. Donc, même si on avait un plafond plus
élevé, à 3 %, ça semble cohérent avec ce qu'on voit ailleurs, à Vancouver,
à Toronto, etc. Donc, ce serait effectivement intéressant. Comme toute mesure
fiscale, c'est bien d'y aller graduellement, donc peut-être que le... 1 %
en début, et puis, en fonction de l'effet de la mesure, cela pourrait être
réévalué dans le futur.
Mme Dufour : OK. Parfait. Je vais maintenant passer la parole à
ma collègue de La Pinière, députée de La Pinière. Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Allez-y, députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci,
M. le Président. Alors, j'aimerais vous entendre sur votre recommandation n° 7,
à propos des rôles d'évaluation, le moment
qui semble... vous semblez dire que ça porte... ça cause problème,
actuellement, le dépôt de tous les rôles en même temps. Alors, est-ce que vous
pouvez nous en parler davantage?
Mme Rault
(Stéphanie) : Oui. Alors, dans le cas particulier de Montréal, nous
sommes une agglomération dans laquelle il y
a 16 municipalités différentes, et, dans le contexte de... dans ce
contexte bien particulier, les rôles de
toutes les municipalités doivent être déposés de manière définitive en même
temps. Donc, si une seule des municipalités sur l'île demande à
l'évaluateur un rôle préliminaire, ça retarde les travaux des 15 autres
municipalités. Donc, ce qu'on demande, c'est de pouvoir ne pas retarder les
travaux des autres municipalités si une municipalité choisit de se prévaloir
des disponibilités... des dispositions pour les sous-catégories.
Mme Caron : Et
il n'y a pas de... il n'y aurait pas d'effet négatif sur la taxation après?
C'est-à-dire que, s'il y a une municipalité qui le fait plus tard que les autres,
pour l'entrée en vigueur, est-ce que...
Mme Rault (Stéphanie) : Il ne devrait pas y avoir
d'effet négatif sur la taxation à l'intérieur de la municipalité. Puis pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'effet sur
la taxation à l'intérieur de l'agglomération, par le biais des quotes-parts,
il faudrait s'assurer qu'entre le dépôt du rôle
préliminaire et le dépôt du rôle définitif, il n'y ait pas de modification qui
soit apportée aux unités d'évaluation, autre que simplement, là, la
catégorisation... d'évaluation.
Mme Caron : D'accord.
Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Une minute.
Mme Dufour : Oui, merci. Je veux juste... j'attends le micro.
Voilà. OK. Je veux peut-être... Dernière question que je vous poserais,
c'est concernant votre recommandation 1, de retirer l'obligation de l'exigence
de se doter d'une stratégie de réduction de l'écart du fardeau fiscal. Est-ce
que vous pouvez en parler davantage de cette demande-là?
• (15 h 50) •
M. Rabouin
(Luc) : Oui. En fait, actuellement, on a la possibilité d'avoir un
taux différencié. Donc, nous, ce qu'on fait à Montréal, c'est que, pour les
immeubles non résidentiels, la première tranche de 900 000 $ à un
taux de taxation plus bas que le reste de
l'immeuble... ce qui nous permet, là, de protéger les petits immeubles
commerciaux, là, classiques de nos rues commerciales, par exemple, les
petites entreprises. Et ça, c'est possible, s'il y a une stratégie de réduction
de l'écart entre le résidentiel et le non résidentiel.
Dans le contexte
actuel d'inflation importante, d'augmentation des valeurs résidentielles, on
pense que ce n'est pas... en tout cas, on ne
souhaite pas avoir l'obligation... on veut pouvoir maintenir le taux
différencié sans avoir l'obligation d'avoir une stratégie de réduction
de l'écart fiscal entre le résidentiel et le non résidentiel. Sinon, ça va
vouloir possiblement dire une augmentation importante du fardeau fiscal sur les
immeubles résidentiels, parce que, si le non résidentiel paie moins, bien, il y
a quelqu'un qui paie, au final, puis ça va être le résidentiel.
Mme Dufour : D'accord.
Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté
de la deuxième opposition avec le député de Taschereau.
M.
Grandmont : Combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Schneeberger) : 3 min 28 s.
M.
Grandmont : Merci, M. le Président. Bonjour à vous trois. Merci pour
votre participation. Merci pour votre mémoire.
J'aimerais vous
amener, rapidement, là, sur les logements vacants. Donc, dans le fond, ce que
je comprends de votre proposition, c'est d'élargir un peu la notion de logement
vacant, d'amener les logements qui sont impropres aussi à l'habitation,
normalement, pour pouvoir les taxer aussi. Quel effet vous pensez que ça peut
avoir sur le retour d'une plus grande offre d'habitation sur le marché pour les
ménages locataires?
M. Rabouin (Luc) : Bien, en fait, la mesure,
comme telle, sur les logements vacants, on pense que ça va avoir un
impact incitatif pour remettre des logements sur le marché locatif, là, qui est
notre principal objectif. Et ce qu'on veut surtout éviter, c'est que certains
propriétaires mal intentionnés s'arrangent pour que leur logement qui est
propre à la location devienne impropre à la
location juste pour se soustraire de ça. Et ça, ce n'est pas une bonne affaire.
Donc, on comprend l'intention, mais on pense
qu'il faut éviter cet effet délétère là en taxant l'ensemble des unités
d'habitation.
M.
Grandmont : Non, je comprends. Je comprends bien. On a d'ailleurs des
cas, nous aussi, à Québec, là, dans le
Vieux-Québec, notamment, là, de logements qui sont comme ça, un peu à
l'abandon, qui sont probablement... qui rentrent dans cette catégorie,
là, de logements impropres.
Sur
les expropriations déguisées, j'aimerais vous entendre. Ça représente quoi,
pour vous, là, comme... parce que je comprends
bien qu'on fait référence au projet de loi n° 22, dans lequel on n'a pas
réussi à faire bouger le gouvernement, là, sur la question des
expropriations déguisées. En même temps, ça représente quoi pour la ville de
Montréal de ne pas avoir eu cela dans le 22, puis, dans le fond, pourquoi vous
le ramenez dans le 39, là?
M. Rabouin
(Luc) : Bien, c'est important pour nous que cette disposition-là soit
dans le projet de loi n° 39. Notre compréhension, c'est que c'était
transféré dans le projet de loi n° 39. C'est une
mesure qui est essentielle pour nous, et la ville de Montréal, et la communauté
métropolitaine, on a une position commune là-dessus. C'est vraiment essentiel
que ça... je veux dire, c'est au coeur de nos enjeux. Si on veut protéger des
milieux naturels, il faut qu'on puisse avoir cette protection-là, les
municipalités.
M.
Grandmont : Parfait. Je vous remercie. Et finalement, sur le fait de
s'unir à un promoteur pour favoriser le développement au-dessus des abords
d'une infrastructure, là, de transport collectif, là, est-ce que vous ciblez ça
simplement pour les édicules de métro? C'est l'exemple que vous avez utilisé.
Parce qu'on comprend aussi que ça... c'est
là où il y a le plus grand potentiel, finalement, de développement résidentiel,
puis il y a aussi une réponse, à quelque part aussi, à la crise du
logement puis à la possibilité de bâtir des aires TOD là où on articule bien le
transport collectif et l'urbanisme. Est-ce que ça peut s'appliquer dans
d'autres types d'infrastructures de transport que vous avez... qui sont sous la
juridiction, par exemple, de la STM?
M. Rabouin (Luc) :
Bien, essentiellement, puis mes collègues pourront compléter, c'était
autour des stations de métro parce que c'est
l'enjeu principal. En plus, on a une station de métro, donc ce qu'on veut,
c'est des logements proches de la station de métro, là. On a besoin de
ça, là, dans notre perspective de densification. Donc, c'est essentiellement
autour des stations de métro.
M. Grandmont : Parfait. Je vous
remercie. Merci pour votre mémoire.
Le
Président (M. Schneeberger) : Oui. Alors, merci beaucoup. Alors, nous allons
maintenant du côté du député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
2 min 36 s.
M. Arseneau : D'accord. Merci, M. le
Président. Merci à vous trois pour la présentation.
Alors, je voulais d'abord parler de la façon
d'intervenir pour tenter d'atténuer les effets de la crise du logement. À la page 8 de votre mémoire, vous
dites qu'encore faut-il que l'outil puisse être suffisamment incitatif,
puis vous faites référence au fait qu'une taxe... en fait, que vous auriez
besoin d'informations, un partage d'informations détenues par d'autres
organismes. Vous faites référence à quels organismes qui devraient être mis à
contribution, qui auraient cette information que vous dites ne pas posséder?
M. Rabouin
(Luc) : Bien, on pense évidemment à Revenu Québec, en
premier lieu, avec qui on pourrait partager des informations. C'est la
principale, je pense, source d'information potentielle.
M.
Arseneau : D'accord. Maintenant, l'autre élément, sur,
justement, la page 9, concernant, là, les logements qui sont
vacants ou sous-utilisés, la recommandation 6, vous dites : prévoir une
exception. En fait, ce que je comprends, c'est que vous voudriez qu'on puisse
se soustraire aux exceptions qui sont proposées dans le projet de loi. C'est ce
que je comprends, donc, c'est... non pas une exception pour la ville de
Montréal, c'est de dire que ces exceptions-là ne devraient pas nécessairement
être retenues. C'est à peu près ça?
M. Rabouin (Luc) : Exact.
M.
Arseneau : D'accord, OK. Maintenant, l'autre question que
j'avais, c'était concernant les taux différenciés pour les immeubles résidentiels. Ce matin, avec la
ville de Gatineau, on a discuté d'une proposition qui me semble être
similaire. Je ne sais pas si vous avez eu l'occasion d'entendre leur
présentation. Est-ce que vous parlez, par exemple, de l'adoption d'une espèce
de table de taux selon la valeur des résidences, et donc d'avoir des taux
différenciés? C'est un peu similaire à ce qu'on a discuté ce matin?
M. Rabouin
(Luc) : Bien, je ne peux pas... Nous, on est en conseil
municipal aujourd'hui, donc je n'ai pas pu entendre la ville de Gatineau, mais c'est l'idée. On a déjà cette
disposition-là pour les immeubles non résidentiels, comme je l'expliquais un peu précédemment. La première
tranche de 900 000 $, par exemple... Donc, les plus petits
immeubles ont un taux différencié et
ensuite... C'est un impôt, c'est une taxe progressive, et on a la même vision
pour le résidentiel.
M. Arseneau : Est-ce que vous ne
voyez que deux taux ou la table pourrait comporter plusieurs taux?
M. Rabouin (Luc) : Elle pourrait
comporter plusieurs taux, mais, pour nous, deux taux, ce serait déjà une très
bonne avancée. On cherche quelque chose de simple à appliquer.
M. Arseneau : D'accord. C'est bien.
Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Bon.
Alors, merci beaucoup. Cela met fin à nos discussions. Alors, je vous remercie
de votre présentation.
Alors, nous allons suspendre quelques instants
et nous reviendrons avec L'Institut de développement urbain du Québec.
(Suspension de la séance à 15 h 57)
(Reprise à 15 h 59)
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, nous reprenons les travaux. Alors, je salue
L'Institut du développement urbain du Québec, alors... et ses deux
représentants. Alors, bonjour à vous deux. Dans un premier temps, même si je vous connais déjà... pour une ancienne vie, alors
vous vous présentez avec votre titre, et puis, par la suite, vous
présenterez votre mémoire. Alors, allez-y.
Institut
de développement urbain du Québec (IDU‑Québec)
Mme
Melançon (Isabelle) : Bonjour, M. le Président. Isabelle Melançon, PDG
de L'Institut du développement urbain du Québec.
M. Cloutier (Carl) : Carl Cloutier,
vice-président Exploitation, Institut de développement urbain du Québec.
Mme Melançon (Isabelle) : Alors, M.
le Président, je vous salue. Je salue aussi la ministre des Affaires
municipales. Mmes, MM. les députés, très heureuse de vous retrouver aujourd'hui.
Vous allez me permettre d'entrée de jeu, M.
le Président, de remercier Mme Suzanne Lévesque, qui est consultante en
fiscalité et en politiques publiques, ex-sous-ministre adjointe au
ministère des Affaires municipales, au ministère des Finances, et qui... à qui
l'IDU avait donc confié un mandat spécial
cet été, de nous proposer une réflexion dans une perspective globale concernant
l'enjeu de l'habitation au Québec. Nous nous sommes donc largement inspirés du
document de réflexion de Mme Lévesque pour élaborer le mémoire que nous
vous soumettons aujourd'hui à cette commission, en espérant que le fruit de ses
réflexions saura en inspirer plusieurs.
• (16 heures) •
Depuis plusieurs mois, les enjeux et les défis
qui touchent l'industrie immobilière et l'habitation au Québec se multiplient et se complexifient. La crise du
logement et celle des changements climatiques s'intensifient et les
besoins sont criants. Les immeubles de bureaux ne se sont pas encore remis de
la pandémie, la vitalité de nos centres-ville s'en trouve fragilisée. Il y a
urgence de développer un plan de match ambitieux, concerté — vous
allez entendre souvent le mot «concerté» aujourd'hui — pour
répondre adéquatement à ces défis.
Plusieurs pistes de solutions sont donc connues.
Elles nécessitent une augmentation de l'offre en habitation par l'ajout de mesures incitatives, comme, par
exemple, l'exemption de la TPS introduite par le gouvernement fédéral
sur les constructions d'immeubles locatifs.
À ce sujet,
vous me permettrez de répéter que l'on souhaite, à l'IDU, toujours que Québec
emboîte le pas avec l'exemption de la
TVQ comme d'autres provinces ont choisi de le faire, notamment l'Ontario, la
Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse ainsi que Terre-Neuve.
Cela va nécessiter également une densification
planifiée de nos milieux de vie, des infrastructures adaptées à ces changements
et un plus grand soutien pour le développement urbain.
L'enjeu de
l'habitation est multisectoriel, et se loger fait partie des besoins de base de
la pyramide de Maslow. Par conséquent, des pistes de solution et les
différents leviers relèvent de plusieurs ministères et nécessitent donc une offensive concertée, une offensive qui implique le
gouvernement, les municipalités et l'ensemble des acteurs de
l'habitation. Il est donc primordial que
chaque effort consenti pour régler la crise de l'habitation fasse partie d'un
tout, une stratégie concertée et un plan gouvernemental au service de
l'exécution d'une vision globale et non des modifications à la pièce comme nous ont trop souvent habitués les
gouvernements. C'est d'ailleurs la principale demande du groupe des 21,
dont fait partie l'IDU. Nous nous sommes adressés au premier ministre du
Québec, en juin dernier, afin d'obtenir un plan global et concerté, et je
réitère aujourd'hui cette demande.
Je tiens à rappeler qu'à l'IDU nous sommes en
mode collaboration, en mode recherche de solutions, et, chaque occasion d'agir sur le front de l'habitation, l'IDU répond
présent. Notre objectif est d'apporter une contribution à la recherche
de solutions durables pour mettre fin à la crise du logement, en plus de
collaborer au développement des villes abordables, résilientes et vertes. C'est
au coeur de la mission de notre institut. Quand le gouvernement pose de bons
gestes, on le souligne. On le fait aujourd'hui, auprès de la ministre des
Affaires municipales, qui, avec le projet de loi n° 39, reconnaît le
besoin d'encadrer le recours aux redevances de développement qui rendent
difficile la construction de logements abordables. Bravo, Mme la ministre. On
profite également de la tribune que nous avons aujourd'hui pour saluer l'amendement apporté par la ministre de
l'Habitation, dans le projet de loi n° 31, permettant aux villes
d'accélérer l'approbation des projets de construction d'habitations et contrer
les effets négatifs des processus de consultation, ce qu'on appelle plus
souvent le «pas dans ma cour».
Au dépôt du
projet de loi n° 39, la ministre des Affaires municipales a dit qu'elle
visait cinq objectifs. Je ne vais pas
les énumérer ici, mais je tiens simplement dire à la ministre que l'IDU partage
également ces objectifs. D'emblée, il faut saluer que le projet de loi
reconnaît le besoin d'un encadrement du recours aux redevances par les
municipalités, comme l'avait réclamé l'IDU
en avril dernier. Au Québec, le pouvoir de prélever des redevances de
développement est prévu depuis 2016
dans la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme. La situation est préoccupante car
cette source de revenu municipal a augmenté de 43 % entre 2016 et
2021. Si rien n'est fait pour mieux encadrer son utilisation, on peut anticiper
que la progression se poursuivra dans les prochaines années. Or, la plupart de
ces initiatives ne respectent pas le cadre
légal sur lequel elles s'appuient. Dans pareil cas, ça ressemble davantage à
une taxe foncière additionnelle.
Dans le
contexte actuel, où il est mathématiquement quasi impossible de démarrer des
chantiers et construire des logements
que les familles pourront se payer, tous frais supplémentaires, toute taxe
foncière additionnelle contribuent à aggraver
la crise que nous vivons ensemble. C'est pourquoi l'IDU est d'accord avec
l'intention du législateur d'encadrer le
recours aux redevances de développement. Nous croyons toutefois qu'il serait
nécessaire de bonifier l'article 2, car il faudrait qu'en plus de démontrer la nécessité des
infrastructures projetées pour la réalisation de tels projets, que les
municipalités soient tenues de documenter, par des études sérieuses, le
coût de celles-ci plutôt que se limiter à des renseignements sommaires sur des projets qui valent plusieurs
millions de dollars. Aussi, la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme devrait
prévoir une reddition de comptes régulière
sur l'utilisation qui est... qui sont faites de ces redevances, ainsi que la
possibilité, pour les promoteurs de projets visés, de contester
l'imposition d'une redevance qu'ils jugent déraisonnable.
L'IDU accueille
favorablement la volonté de permettre aux municipalités d'introduire un taux
varié par secteur et par catégorie d'immeubles dans la mesure, évidemment, où
cela permettra de favoriser une densification planifiée
et, du même souffle, contribuer à la vitalité de nos centres-villes qui en ont
bien besoin. Si l'on veut vraiment ajouter
plus de 1,2 million de logements, d'ici la fin de 2030, pour rétablir
l'équilibre et l'abordabilité, comme l'estime la SCHL, il faut
absolument élargir les outils des villes pour favoriser le développement,
notamment dans les zones prioritaires de développement ainsi que dans les zones
TOD et les secteurs à revitaliser. Dans la mesure où l'instauration de taux
sectoriel créera des écarts de niveau de taxation sur le territoire, il est
important que le recours à ces nouvelles dispositions fasse l'objet d'un
certain encadrement.
Dans cette perspective, l'IDU soumet l'idée que
la résolution municipale qui établira un secteur ou en modifiera les
délimitations mentionne clairement les objectifs poursuivis en matière
d'aménagement du territoire. Par ailleurs, dans le but de favoriser la
densification urbaine, l'IDU soumet aussi l'idée qu'en cas d'imposition de taux
variés par secteur, le taux imposé dans un secteur situé à proximité d'une
station de réseau de transport collectif structurant soit inférieur à ceux
imposés dans les autres secteurs. Il serait très intéressant d'encourager les
bons gestes plutôt que de les pénaliser.
Un élément du projet de loi que nous souhaitons
porter à l'attention de la ministre concerne son intention d'introduire des
taxes sur les logements vacants. Afin de stimuler l'offre et les
investissements dans le parc existant, l'IDU
suggère, particulièrement dans la conjoncture économique difficile que nous
vivons actuellement, de miser sur des mesures incitatives plutôt que des
mesures qui seraient pénalisantes. J'aimerais attirer l'attention des
parlementaires sur la baisse importante de
l'occupation des espaces à bureaux et de l'offre commerciale dans les
centres-villes qui est grandement
imputable au télétravail, comme on le sait, mais aussi au commerce
électronique, deux phénomènes accélérés par la pandémie. Cependant, on ne peut pas mettre tout sur le dos de la
pandémie. Il y a d'autres facteurs, sous le contrôle des municipalités,
qui contribuent, depuis fort longtemps, à aggraver les problèmes rencontrés par
l'immobilier non résidentiel. C'est le fardeau... le fardeau fiscal,
pardonnez-moi, disproportionné qui lui est imposé.
À ce chapitre, la ville de Montréal se distingue
défavorablement par l'écart du taux de taxation foncière entre les immeubles
résidentiels et les immeubles non résidentiels. En fait, à Montréal, on impose
un surpoids non résidentiel de 4,33 %, alors qu'à Vancouver ce taux est à
3,57 %; à Québec, à 3,53 %; et à Toronto, 3,26 %. Ce fardeau
fiscal disproportionné affecte l'attractivité de Montréal, décourage les
investissements, accentue l'étalement urbain et compromet les efforts de
relance postpandémie. C'est pourquoi nous pensons que le projet de loi
n° 39 pourrait permettre de rétablir un certain équilibre entre les
fardeaux fonciers respectifs.
En conclusion, la crise que nous vivons
actuellement en habitation est historique. Les conditions particulières dans lesquelles elle sévit mettent à mal la
capacité de construire, mais surtout la capacité de livrer des logements
dont les coûts permettront aux familles de se loger à coût raisonnable. Mais je
vais le répéter, une fois de plus, il faut une vision globale, un plan d'action
concerté qui se nourrira des forces de chacun pour y arriver.
Nous sommes disponibles pour répondre à vos
questions. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
bien, merci beaucoup, Mme Melançon. Alors, nous allons débuter par une période
de questions avec la ministre. Alors, la parole est à vous.
Mme Laforest : Oui. Alors, merci
beaucoup. J'ai bien lu votre mémoire. Quand on parle... parce que là c'est sûr
qu'on parle beaucoup de logement, d'habitation, de construction avec la ville
de Montréal. Au niveau des terrains vacants, au niveau des projets en
habitation, il y a quand même plusieurs freins pour des projets en habitation.
Alors, croyez-vous vraiment que le projet de loi va vous aider? Puis, en même
temps, c'est bien, vous avez spécifié aussi le projet de loi n° 31 de ma collègue en habitation puis... Comment
vous voyez ces impositions-là par les municipalités? Parce que vous avez quand même plusieurs demandes,
là. J'entends juste le 4,33 % pour la ville de Montréal. Comment on
pourrait y arriver, ce serait de plafonner... d'obliger Montréal de plafonner
son taux? À ce moment-ci, on touche l'autonomie municipale, c'est assez
particulier.
Mais ma
question est très large, mais, en même temps, pensez-vous que Montréal a tous
les outils pour pouvoir faire ça? Comment vous voyez ça?
• (16 h 10) •
Mme Melançon (Isabelle) : Bien, à
vrai dire, actuellement, vous... on parlait tout à l'heure, par exemple, des redevances. Vous avez posé la question à la ville
de Montréal, là — nous
étions en salle, on a pu entendre — si
la ville de Montréal avait des redevances sur le développement, par
exemple. Il est vrai que la ville de Montréal n'a pas de redevances pour le développement, mais il y a
d'autres types de redevances. Et, à chaque fois qu'on ajoute une
redevance, une taxe supplémentaire, ce n'est
pas la taxe en soi qui coûte très, très cher, c'est l'accumulation de toutes
ces taxes-là qui, au final... qu'on appelle des redevances, mais que
nous, on appelle carrément des taxes à ce moment-ci, qui viennent alourdir, dans le fond, le coût, puis, au final,
ce n'est pas les promoteurs qui allons payer la taxe, le montant au bout
de la ligne, c'est l'acheteur et/ou le locataire qui va payer plus cher.
Donc, à votre question : Est-ce que la
ville de Montréal a, entre les mains, tous les outils?, la réponse est clairement non, parce que la taxe foncière à elle
seule, à un moment donné, avec toutes les exigences que la ville a comme
fardeau... à laquelle ils doivent répondre,
mais ils ne sont pas capables d'y arriver uniquement avec la taxe foncière.
Là, je vais vous laisser le soin de négocier avec eux le nouveau pacte fiscal,
mais assurément, ça va prendre de nouvelles entrées d'argent pour les
municipalités qui en ont besoin.
Là
où, du côté de l'institut, où on n'est pas d'accord, dans le fond, c'est
lorsqu'on vient introduire de nouvelles redevances qui ne nous
permettent pas, malheureusement... parce que là il y a deux problématiques,
hein, il y a la conjoncture puis il y a le structurel.
Actuellement, il y a un problème d'offre, de demande qui est assez clair, mais,
de l'autre côté, on nous dit : Allez-y,
bâtissez, faites du logement, on en a besoin. Il n'y a pas un promoteur qui,
avec les taux que l'on note actuellement, là, devant nous, a envie de
dire : Bien oui, on va se lancer dans des grands projets. Ça coûte
beaucoup, beaucoup trop cher.
Là, je pourrais vous
parler de la réglementation, je pourrais vous parler, bien sûr, des permis, de
l'émission des permis. Il y a plusieurs
problématiques qui freinent actuellement. Est-ce que tout est dans la cour des
municipalités? La réponse, c'est non. Est-ce qu'il y en a une partie qui est
dans leur cour? La réponse, c'est oui. Puis, du côté de l'Institut du
développement urbain, je tiens à vous le dire, Mme la ministre, on travaille
avec la ville de Montréal. On siège sur plusieurs tables, plusieurs comités
pour trouver des solutions. Par exemple, il y a une cellule facilitatrice avec
la ville de Montréal sur laquelle on siège. Il y a un autre comité qui est
Chantier Montréal abordable pour voir comment est-ce qu'on peut rendre
l'abordabilité, là, si on veut construire des nouveaux logements.
Et,
je le répète, si on a besoin de sortir 1,2 million d'unités d'ici 2030,
ça, ça veut dire que c'est 164 000 unités annuellement. Bien,
je veux simplement vous dire qu'on est très, très loin du compte, parce que,
cette année, on n'aura pas bâti plus de
37 000 unités. On est très, très loin du compte actuellement, et
c'est pour ça qu'on dit que chaque taxe,
chaque coût supplémentaire, c'est sûr que c'est une rentrée d'argent pour la
ville de Montréal, mais c'est un frein pour pouvoir créer, justement, du
logement et un frein aussi pour pouvoir parler d'abordabilité. On nous demande
de faire de l'abordabilité, mais ce n'est pas abordable actuellement de bâtir
des logements. On parle d'une augmentation de coûts de 30 % dans les deux
dernières années, les deux dernières années. C'est excessivement coûteux.
Mme Laforest :
Est-ce que... Tantôt, vous
dites : Ce n'est pas des redevances de développement, sauf que
c'est des taxes. Donnez-moi des exemples, voir.
Mme Melançon
(Isabelle) : Bien, peut-être... Oui, merci beaucoup, Carl. On a fait
une étude où on est allé chercher combien ça coûtait, les redevances, par
exemple, pour le REM. On a fait Brossard puis ville Saint-Laurent, c'est sur le
site Internet de l'institut. On parle, au total, lorsqu'on les additionne... je
ne sais pas si c'est celles que j'ai ici...
oui, c'est exactement celles-ci. Du côté de Brossard, lorsqu'on additionne la
redevance du REM, la contribution du règlement métropole mixte, ça, ça
ne touche pas Brossard, mais les redevances, donc, de développement, parce
qu'il y en a du côté de Brossard, les frais
de parc, les permis de construction et autres, incluant aussi les droits de
mutation, on parle par unité, Mme la ministre, par unité, à Brossard, de
33 712 $ supplémentaires.
Si je regarde du côté
de l'arrondissement de Saint-Laurent, on parle d'une augmentation... Là, il y a
des redevances REM. Il est vrai qu'il n'y a pas de redevance de développement,
mais il y a la contribution de Règlement pour une métropole mixte qu'on appelle
le «20-20-20». Il y a les frais de parc, il y a les permis de construction, il
y a les droits de mutation. On en a pour
36 204 $ par unité. Donc, lorsque l'on vous dit que ce n'est pas de
façon individuelle qu'il faut le regarder, mais il faut faire l'addition
de tout ça, mais ça, le coût est refilé à qui? Bien, il est refilé à celui qui
va acheter l'unité ou à celui qui va louer l'unité.
Mme Laforest :
OK, excellent. La taxation pour
les terrains vacants, est-ce que vous voyez à Montréal qu'il y en a
vraiment plusieurs, des terrains?
Mme Melançon (Isabelle) : Bien, à Montréal, il y a
moins de terrains vacants que dans d'autres municipalités, auxquelles vous
pensez et auxquelles je pense aussi, donc, je ne pourrais pas vous dire, là.
Même la ville de Montréal ne pouvait pas vous dire combien on en avait
répertorié, là. Je ne l'ai pas du côté de l'institut, mais je tiens à vous
rappeler une chose, Mme la ministre, je pense que c'est important pour ceux qui
nous écoutent aussi, L'Institut du développement urbain, ce n'est pas qu'à
Montréal hein, c'est aussi à Québec puis c'est sur l'ensemble du territoire. Je voyais les gens de Gatineau tout à l'heure, pas
plus tard qu'après la commission, je m'en vais dans votre région, je
m'en vais à Saguenay pour rencontrer des
promoteurs que nous représentons du côté de l'institut. Donc, des terrains, il
y en a un peu partout sur le territoire, bien entendu.
On ne s'est pas
penchés particulièrement sur ce point-là. Vous l'avez vu, d'ailleurs, à
l'intérieur de notre mémoire, on a des
opinions sur plusieurs autres dossiers. Cependant, je tiens à vous le rappeler,
là, actuellement, l'ajout de toute
taxe ou de tout frein, dans le fond, au développement... pas pendant la crise,
on n'en a pas besoin maintenant, là. Le vent de face est tellement fort,
actuellement, que ce qu'on doit faire, c'est d'arriver avec des mesures
incitatives pour permettre du développement et non pas des mesures punitives.
Mme Laforest :
Au niveau des mesures
incitatives, vous avez parlé des mesures incitatives, d'y aller plus
avec ces mesures-là pour le logement
vacant... que notre mesure, pour dire : On taxe les logements qui sont
vacants. Donnez-moi des exemples,
voir, de mesures incitatives qu'on pourrait prendre pour du logement vacant,
par exemple. Parce qu'on a eu, durant
la pandémie, d'ailleurs, plusieurs... de jeunes entrepreneurs qui ont acheté un
immeuble pour en faire du logement d'hébergement touristique de courte
durée, et c'est particulier, parfois, qu'ils louent ces logements-là même pas
quatre mois, cinq mois par année. Donc, si vous dites : Nous, ce ne serait
pas notre mesure d'y aller par la taxation, quelles mesures vous auriez...
quelles mesures vous avez pensées?
Mme Melançon (Isabelle) : Moi, si je vous reviens,
je veux simplement vous dire : Sur cette question spécifique là, je
vous invite, vraiment, à poser la question plus à la CORPIQ. C'est vraiment
plus du côté de la CORPIQ où ils sont dans
ces mesures de logement, parce que nous, les gens que nous représentons sont
principalement des bâtisseurs, donc, on est plus dans le nouveau parc que dans
le parc déjà construit.
Cependant,
si je reviens à la page 12 du document que nous avons présenté, je vais
d'ailleurs citer Éric Sansoucy, qui est le président de la CORPIQ :
«Le parc locatif traditionnel ne reçoit pas les investissements requis pour sa
conservation. La législation actuelle bloque l'entretien et la rénovation et
pousse donc les acteurs du milieu vers la sortie.
Les petits propriétaires sont particulièrement à bout de souffle, puisque les
conditions de détention pour les plex ne font plus de sens. Il est urgent que des correctifs soient apportés en
amont afin d'encourager l'entretien du parc locatif. La dernière chose qu'il nous faut pour y arriver,
c'est une surtaxe punitive, tandis qu'il n'a jamais été aussi difficile de
rénover.»
C'est sur les coûts de rénovation actuellement.
Je vous parlais de l'explosion des coûts. On parle de 30 % d'explosion de coûts. Donc, les propriétaires qui
ont des... ou qui veulent acheter un logement qui est peut-être vraiment
défraîchi actuellement, il n'y a rien qui les incite, justement, à aller vers
une rénovation pour pouvoir remettre le plus rapidement possible sur le marché.
Mme Laforest : Excellent.
Maintenant, au niveau, encore une fois, des redevances de développement, vous
dites : «Quoiqu'en accord avec l'intention du législateur d'encadrer le
recours aux redevances de développement, nous
croyons que l'article 2 du projet de loi devrait être modifié afin
d'ajouter, après le paragraphe 3°, "déterminer des exigences relatives à la documentation que doit
présenter la municipalité — ça,
c'est bon — déterminer
un mécanisme de contestation de l'exigence du paiement d'une contribution
et, 3°, prévoir la fréquence à laquelle la municipalité doit rendre compte de
son utilisation du paiement de contribution".» Ça, ça ne se fait pas,
normalement?
• (16 h 20) •
Mme
Melançon (Isabelle) : Non. La réponse, c'est non. Concernant le mécanisme
de contestation de l'exigence du
paiement, là, il n'y a rien actuellement, et ce qu'on s'aperçoit, c'est, bien
sûr, qu'il y a des municipalités qui, actuellement,
vont aller chercher les redevances en développement, peuvent les mettre de côté
pour pouvoir faire, peut-être, un futur projet, je ne sais pas, moi, je vais
parler d'aqueduc, d'égout, ou je ne sais pas trop quoi. Mais actuellement, il
n'y a pas un suivi déterminé pour s'assurer que les sommes ont été engagées et
à quel niveau elles ont été engagées.
Mme
Laforest : OK. Ça, je trouve ça quand même vraiment
intéressant, cet ajout-là. Il y a dans... des recettes foncières non
résidentielles, par rapport au résidentiel, que les municipalités,
particulièrement les plus grandes, réduisent les taux non résidentiels et des
niveaux davantage comparables à ceux des autres villes de la Communauté
métropolitaine ou de l'agglomération à laquelle elles appartiennent. On parle
toujours du 4,33, Mme Melançon?
Mme Melançon (Isabelle) : Oui, en
effet.
Mme Laforest : OK. Puis, pour
terminer, est-ce que... Là, on comprend les deux dernières années que ça a été
plus... très, très difficile avec les taux d'intérêt, les coûts des matériaux.
Mais, en fait, vous avez parlé tantôt des permis...
parce que nous, on a fait quand même le tour de plusieurs municipalités, on a
parlé beaucoup à la FQM, à l'UMQ pour livrer les permis plus rapidement.
Puis oui... mais, en même temps il n'y a pas juste ça. Puis vous avez raison tantôt de dire : Il n'y a pas juste les
permis, il n'y a pas juste une raison spécifique à la non-construction, il y a
plusieurs raisons. Mais, si vous avez, parfois, des municipalités, là, que vous
pouvez nous parler, que c'est très, très complexe ou c'est très long, bien, on
ne le dira pas publiquement ici, mais il faut le savoir. Parce qu'en même temps
on fait le tour de plusieurs municipalités, puis c'est sûr qu'il y en a qui
disent : Oui, c'est vrai, nous, c'est plus long pour telle, telle, telle
raison, mais il y en a qui nous disent que non, ça va très bien, puis ce n'est
pas le cas.
Ça fait que, si vous avez vraiment... Puis je
parle beaucoup aussi à ma collègue à l'Habitation, j'ai des exemples, mais, si
vous en avez encore plus à nous donner, là, je crois qu'on est bien placés pour
envoyer un avis, là, comme de quoi il y a quelque chose qui se passe, puis on
le fait souvent, là. Ça fait que, si vous voulez, là...
Mme
Melançon (Isabelle) : Bien, je tiens à rebondir un peu sur votre
demande, Mme la ministre. Je veux me garder des amis dans le monde
municipal, donc, non, je ne donnerai pas des exemples à micro ouvert, bien
entendu.
Mme Laforest : Non, non, mais...
Mme Melançon (Isabelle) : Cependant,
je tiens quand même à faire des coups de chapeau, et je sais que ce n'était pas
votre demande, là, du tout, j'ai bien compris.
Mme Laforest : Non, mais ils ne sont
pas offusqués, hein, quand on pose des questions parce qu'ils ont des bonnes
raisons.
Mme Melançon (Isabelle) : Exact.
Mme Laforest : Des fois, là, quand
les permis ne sont pas octroyés... mais, parfois, ils ont des raisons de ne pas
les octroyer aussi. Ça fait que ce n'est pas mal vu, là.
Mme Melançon (Isabelle) : Ce que je
tiens à mentionner, c'est qu'on sent la volonté politique actuellement, là, l'urgence d'agir, parce que, si on sait qu'il
y a une crise du logement, si vous savez qu'il y a une crise du
logement, puis si tout le monde le reconnaît, bien, je pense qu'on doit se dire
que les élus municipaux le savent aussi, là, parce que c'est leur monde avec une proximité qui est
très, très grande, là, du côté du monde municipal. On sent, donc, cette volonté-là politique. Parfois, les machines sont
un peu réticentes, on va se le dire, mais j'ai quand même des exemples
en tête, où il y a des municipalités qui m'appellent au bureau puis qui me
disent : Bien, nous autres, de notre côté, là, on a regardé puis on sait
qu'il y a des problèmes dans telle, telle et telle ville actuellement. Nous
autres, on est en train de faire l'inverse, on est en train de se doter de
mesures facilitantes.
Je peux déjà
vous parler de Rimouski. Je suis avec Guy Caron sur une base assez régulière,
là, où on... il siège avec nous sur le groupe des 21. Jean Lamarche, du
côté de Trois-Rivières, c'est la même chose, là. Ils le savent. Lorsque je
parlais avec Catherine Fournier, du côté de Longueuil, puis qu'elle nous
disait : Bien, nous autres, là, c'est un enjeu qui est majeur actuellement
puis on veut que ça bouge... Carl, qui m'accompagne aujourd'hui, siège sur
différents comités du côté de la ville de Laval. Je pense qu'on peut saluer le
travail qui est fait de ce côté-là.
Donc, on n'est pas juste là pour être en
confrontation avec des municipalités, on est là, bien entendu, pour leur
dire : Bien, voici comment est-ce qu'on peut faire, comment est-ce qu'on
peut regarder le processus. Puis on ne veut pas faire... on ne veut pas bâtir
n'importe quoi n'importe où.
Et d'ailleurs c'est pour ça qu'on demande à ce
qu'il y ait un plan gouvernemental concerté avec un véritable état de situation actuellement. Parce que je suis
persuadée que Guy Caron, à Rimouski, n'a pas nécessairement les mêmes
besoins que Valérie Plante à Montréal. Et je suis persuadée que c'est la même
chose du côté de Saguenay et la même chose du côté de l'Abitibi. Donc, on doit
être capables de se définir, qu'est-ce qu'on a besoin de bâtir, où est-ce qu'on
a besoin de bâtir quoi puis d'accompagner les municipalités pour que le
règlement puisse suivre, justement, ce qu'on a besoin de faire.
Mais il y a
une chose qui est certaine, Mme la ministre, c'est qu'au moment où on se parle,
actuellement, on a besoin de pouvoir
faire de la densification. Si on veut éviter l'étalement urbain, hein, on est
en pleine crise climatique en plus,
si on veut éviter l'étalement urbain, il va falloir qu'on se donne le potentiel
de faire de la densification. Pas partout, pas n'importe comment. Je ne
parle pas de gratte-ciel de 38 étages en plein coeur de... en plein coeur
de Varennes, par exemple. Le président de l'UMQ va être très content que je
parle de Varennes. Mais ce n'est pas ce qu'on vise, pas du tout. C'est de
pouvoir faire, justement, ce qu'on appelle de la densification intelligente, de
pouvoir voir où est-ce qu'on peut en faire, comment est-ce qu'on peut en faire
puis de se rapprocher des... pour faire, justement, de la densification, au
lieu de dire aux promoteurs : Ah! toi, je vais aller te taxer, parce que
tu es dans l'aire TOD, tu vas pouvoir vendre plus cher. Je vous ai bien fini
ça, M. le Président? J'ai vu le signe.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
c'est parfait. On a dépassé, mais, bon, je dépasse toujours un petit peu avec
tout le monde. Ça fait que, des fois, on se permet aussi du côté ministériel.
Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle, avec la députée
de Mille-Îles, pour 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci, M. le Président.
Merci, Mme Melançon, monsieur...
Mme Melançon (Isabelle) : Cloutier.
Mme Dufour : ...Cloutier, pour votre
exposé. Moi, je vais peut-être aller sur le coefficient maximal que vous
parlez, là, dans votre rapport, dans votre mémoire puis, en passant, un mémoire
fort intéressant. Je ne sais pas si le rapport de Mme Tremblay est envoyé ou serait
disponible pour les membres de la commission. Ce serait...
Mme
Melançon (Isabelle) : Ce que je vous propose, Mme la députée, c'est,
bien sûr, de prendre le document de Mme Lévesque, et je pourrais le
rendre disponible à l'ensemble de la commission.
Mme Dufour : ...merci. J'ai dit Mme
Tremblay, c'est Mme Lévesque.
Mme Melançon (Isabelle) : Oui, on a
compris.
Mme Dufour : Merci. Donc, le
coefficient maximal par lequel, là, une municipalité peut augmenter la taxe non
résidentielle versus le résidentiel, là, il y a eu des calculs qui ont été
faits. Je vous avoue que c'est plus bas que je pensais, parce que moi, j'avais
déjà été interpelée, dans mon ancienne vie, comme élue municipale et, dans un
même quartier, un bâtiment commercial versus... pour la même valeur, pour la
même valeur, c'était du 10 pour un. Donc, en
termes de compte municipal, donc, c'était vraiment 10 fois plus élevé pour
le commercial, le compte que j'avais vu.
Ça fait que
là un coefficient, bon, vous mentionniez, là, c'est 4,8 maximum pour
Laval, Gatineau. Dans le cas de Montréal,
vous mentionnez que, là, ça peut aller même à plus élevé que ça, parce qu'ils
peuvent le faire par règlement. Ce matin,
on a entendu l'Union des municipalités du Québec qui nous faisait part qu'ils
souhaitaient que ce coefficient-là soit, en fait, enlevé, parce qu'ils
disaient qu'il y aurait peut-être un enjeu, là, au niveau... un choc, un choc
fiscal, finalement, pour le résidentiel. Et donc, là, on a comme les deux côtés
ici. Je ne sais pas comment vous envisagez ça.
Mme Melançon (Isabelle) : Bien, il y
a différentes choses. Il y a, bien sûr, la valeur foncière sur laquelle on doit
se baser, parce que, si on regarde les pourcentages, je vous amène à la
page 16, dans le fond, de notre mémoire, là,
la surcontribution du secteur non résidentiel face aux revenus fonciers, c'est
sûr qu'à partir du moment où on le regarde puis qu'on se dit : Ah
oui! il y a une valeur qui est beaucoup, beaucoup plus grande d'un côté de
l'autre, que l'autre, on arrive avec un problème. Je tiens à vous le
mentionner, parce qu'actuellement, dans le non-résidentiel... puis je vais parler ici du centre-ville de Montréal, mais ça
pourrait très bien s'appliquer à Québec, avec la crise des bureaux que nous
sommes à vivre, avec les taux d'inoccupation qui atteignent des niveaux
historiques, là. Là, soit on dit : Ça, c'est historique, là... mais la
crise des bureaux, actuellement, là, c'est du jamais-vu. Il ne faut pas qu'on
s'en aille dans un mur, comme l'a fait Calgary, par exemple, où les taux
d'inoccupation pouvaient être de l'ordre de 34 %, 35 % environ. Là,
on est au-dessus, à certains endroits, du 20 %, 21 %.
Et, selon les analystes, actuellement, ce taux
d'inoccupation là va être encore plus grand. La journée où les rôles
d'évaluation vont être déposés, moi, je peux vous dire quelque chose, il y a
des villes, avec des centres-villes, qui ne trouveront pas ça drôle. Puis, à
partir du moment où ces rôles-là vont... parce que ça va être des revenus,
beaucoup, beaucoup d'argent en moins dans les coffres de la ville. Je parle de
Montréal, je parle de Québec. On peut parler de Gatineau aussi qui... où est-ce
que ça sévit actuellement. Bien, je pense qu'on doit regarder...
Puis c'est pour ça qu'on le regarde avec une lorgnette
un peu différente aussi, en disant : Bien, oui, c'est sûr qu'il y a une valeur qui est très, très grande,
mais à partir... puis à partir du moment où c'est quatre fois, quatre fois
plus que le résidentiel, à un moment donné,
il faut penser aussi à l'attractivité. Pour nous, là, à l'institut, c'est ce
qu'on regarde. Pour Québec, pour
Montréal, les taux sont plus élevés qu'à Vancouver ou à Toronto, ce qui est,
selon nous, inacceptable.
• (16 h 30) •
Mme
Dufour : Oui, tout à fait. Ce que le maire de Varennes
soulignait ce matin, c'était que, dans un cas précis, il disait que
le... et même les immeubles gouvernementaux étaient dans la même situation, où
est-ce que c'étaient des baisses de taxes, alors que, dans le résidentiel,
c'est des hausses substantielles qui pourraient... avec les nouveaux rôles qui
sortiraient. Donc là, il y aurait comme un rééquilibre qui pourrait se faire,
mais eux, ce qu'ils disaient, c'est qu'ils voulaient, dans le fond, que le
coefficient soit enlevé, là.
Mme Melançon (Isabelle) : Je vais
laisser le soin à Carl Cloutier, qui est spécialiste dans le sujet...
M. Cloutier (Carl) : Chaque municipalité
a ses situations particulières dues à sa composition du parc immobilier et la date du dépôt du rôle. Dans le
cas de Montréal, la date du dépôt du rôle, on en a encore pour deux ans.
Et là les valeurs, par contre, ont baissé,
mais les taux de taxe sont maintenus. Vous voyez que c'est là que ça ne
fonctionne pas. Ça fait que c'est... La situation de Varennes, aussi, c'est une
situation particulière. Je veux dire, il y a beaucoup de revenus pour... Donc
là, il y a une situation particulière qui est distincte d'une autre. Mais à
Montréal il y a un écart important, puis ça affecte, là, l'attractivité de la
ville puis la vitalité commerciale aussi, parce qu'il y a moins de travailleurs
dans les rues, moins de consommateurs. Bien, un moment donné, il y a des taxes,
puis elles se sont maintenues au même niveau, ça fait que ça a des effets.
Mme Dufour : Merci. Bien, d'ailleurs,
page 9 et 10, vous en parlez abondamment de l'enjeu, là, des bureaux
vacants, et je vous remercie, là, vous mettez le doigt sur quelque chose qu'on
n'entend pas assez parler, à mon avis. En
même temps, c'est des immeubles qui... c'est de l'espace qui est utilisé
pour... Bon, on parle de bureaux vacants, puis là, éventuellement, on
manque de logements. La ville de Calgary a eu une stratégie pour convertir...
est-ce que c'est quelque chose que vous avez regardé, de votre côté?
Mme Melançon (Isabelle) : Non
seulement on l'a regardé, on a même fait un événement autour de la conversion
des bureaux, avec nos membres, où on avait invité des spécialistes sur la
possible conversion. Et vous savez quoi?
Avec toutes les exigences pour réussir une conversion, actuellement, là, puis
là je pourrais vous faire la liste, je pourrais même vous envoyer le
document, si ça vous intéresse, on a vu au final, avec tout ce que... les
exigences, avec... Ça prend un minimum de pieds carrés pour pouvoir arriver à
la conversion, ça nous prend des édifices classés B, C, la plupart du temps, si
on veut arriver à des coûts qui vont être raisonnables pour pouvoir
transformer.
Au final, on se ramasse avec quatre possibles
conversions, à Montréal, dans le centre-ville de Montréal, quatre. Donc, ceux
qui pensaient que ça pouvait être vraiment la fête puis dire : Bon, bien,
OK, les bureaux se vident, bien, let's go, on va pouvoir faire de la
conversion, ce n'est malheureusement pas le cas. Et on le voit parce que ça
prend aussi des pourcentages assez élevés de taux de vacance, de plus de
50 %. Parce que, tes locataires qui sont là, il faut que le bail puisse
être respecté. Donc, au final, quatre édifices seulement pour le centre-ville
de Montréal, ce n'est pas beaucoup et c'est excessivement coûteux.
Je peux vous
donner un exemple, parce que, dans un comté qui s'appelle le comté de Verdun,
que je connais assez bien, du côté de
l'île des Soeurs, il y a eu une conversion qui a été faite du côté des Pages
jaunes, les deux édifices des Pages
jaunes, pour ceux qui utilisaient la 10, là, fréquemment. Là, la conversion a
été faite, a été réalisée, ça a été très dispendieux. Les gens nous ont dit qu'ils apprenaient, là, tu sais, ça
prenait aussi de l'apprentissage dans de la conversion. Mais c'est excessivement coûteux, c'est
excessivement long aussi. Et, du côté de chez Claude Lachance, qui était le
promoteur, le propriétaire de l'édifice, l'édifice était vacant
complètement, ce qui facilitait la conversion à ce moment-là.
Mme
Dufour : Merci. Je veux peut-être vous entendre, pour une
dernière question pour moi, là, pour l'exemption de TVQ pour la
construction de logements locatifs. Vous en avez parlé brièvement, mais
pourquoi c'est si important pour vous? Puis
est-ce qu'il y a des risques à ne pas le faire, particulièrement pour une ville
comme Gatineau, qui est à côté de l'Ontario, qui prévoit le faire?
Mme Melançon (Isabelle) : C'est une
excellente question. Merci pour cette question. J'étais à Gatineau, pas plus
tard que la semaine dernière, on est allés les rencontrer. Assurément, à partir
du moment où la TPS a été exemptée, à partir du moment où
l'Ontario a décidé d'y aller de l'exemption de la taxe provinciale aussi, bien
là, on est dans un... complet, que ce soit à
Gatineau ou que ce soit sur l'ensemble du territoire du Québec, je tiens à le
dire, parce qu'il faut garder une chose en tête, actuellement, c'est les
capitaux. Les capitaux, pour pouvoir bâtir, là, la plupart du temps, on fait
affaire avec des fonds qui sont pancanadiens, qui se retrouvent un peu partout
au Canada. Si, au jour 1, on est assurés d'avoir un rendement de 8 %,
ce qui représente à peu près la taxe chez les voisins, que ce soit en Ontario,
en Colombie-Britannique ou encore du côté de Terre-Neuve, bien, c'est certain
que les rendements vont attirer des
capitaux, vont... Donc, on va avoir une fuite de capitaux ici, au Québec. On
vient avantager d'autres territoires. Et au Québec, actuellement, la
crise, elle est là, mais on est en train de se battre avec les autres
territoires, sur... au Canada, qui vivent aussi une crise du logement, d'où
l'importance d'essayer d'y aller avec l'exemption de la TVQ qui est demandée et
qu'on espère pour le prochain budget.
Mme Dufour : Merci. Je vais
passer la parole à...
Le Président (M. Schneeberger) :
Et 20 secondes.
Mme Caron : Bien, en fait, vous
avez cité le cas de Brossard, avec les frais, les redevances. C'est dans le comté de La Pinière, je connais bien. Par contre,
c'est un secteur où... C'est une ville dans une ville, le secteur Solar,
tout près du REM. Alors, comment... Je comprends qu'on ne veut pas que les
logements coûtent trop cher, mais il n'en demeure pas moins que
l'infrastructure est d'ampleur, d'envergure et coûte très cher dans ce secteur-là.
Alors,
comment on arriverait à réduire? Je comprends l'objectif, parce que c'est près
d'un TOD, mais comment... Je fais référence à votre recommandation n° 3. Comment on pourrait ne pas... la ville pourrait ne
pas profiter de ce secteur-là pour imposer
des redevances, étant donné les coûts importants des infrastructures pour cette
ville dans la ville?
Mme Melançon (Isabelle) : Il ne
faut quand même pas oublier qu'il y a une création de richesse qui est faite, à
ce moment-là, mais... Oui, M. le Président?
Le
Président (M. Schneeberger) :
Nous devons arrêter. C'est parce
que vous avez déjà dépassé de 40 secondes le 20 secondes qu'il restait. Alors, peut-être, si on a quelques...
qu'il reste quelque temps sur les autres groupes, peut-être qu'on pourra
y revenir, là. Malheureusement... Alors, député de Taschereau, à vous pour la
suite, 3 min 28 s.
M. Grandmont : Merci beaucoup,
M. le Président. Bonjour à vous, représentants de l'IDU. Content de vous voir.
Merci beaucoup pour votre mémoire. Très intéressant. Moi, j'aimerais vous
entendre sur un sujet dont vous ne semblez pas avoir parlé dans votre mémoire,
ce sont les terrains vagues desservis, donc raccordés. Pourquoi vous n'avez pas
abordé cet enjeu-là, là? À moins que je l'aie manqué, mais...
Mme Melançon (Isabelle) : Non,
non, mais vous avez... vous n'avez rien manqué. Comme je le disais tout à
l'heure, on s'est inspirés très, très largement d'un rapport qui a été... qui
avait été commandé directement à Suzanne Lévesque. On n'était pas allés en ce
sens-là, et le rapport sur lequel on s'est inspirés était avant le dépôt du
projet de loi que vous étudiez actuellement.
M. Grandmont : D'accord,
d'accord. Mais c'est un sujet, là, dont à peu près tous les acteurs nous ont
parlé ce matin. Est-ce que vous avez
une opinion que vous n'avez pas écrite là-dessus, que vous pourriez nous donner
maintenant?
Mme Melançon (Isabelle) : Oui.
Bien, comme je l'ai mentionné tout à l'heure auprès de la ministre, bien entendu, nous, du côté de l'institut, on se dit
qu'actuellement c'est des mesures incitatives et non pas des mesures
punitives que ça prend. Si on veut pouvoir
démarrer un projet, un chantier, si on veut pouvoir faire du logement,
actuellement, c'est des mesures incitatives. Je vous dirais que la
conjoncture dans laquelle on vit actuellement, c'est assez punitif, merci.
M. Grandmont : Oui.
Bien, venons-en justement au contexte, là, la crise du logement, sur la...
votre recommandation 4, là, concernant, justement, des mesures
plutôt incitatives plutôt que coercitives sur les logements vacants.Je
veux dire, avant d'attendre qu'un logement soit vacant... Je veux dire, il y a
une crise du logement, là, les gens sont
prêts à payer des prix de fous pour se loger. C'est un bon incitatif à
construire des logements ou, en tout cas, à prendre des logements qui
sont vacants puis à les remettre sur le marché, non?
• (16 h 40) •
Mme Melançon (Isabelle) : Bien,
le problème, c'est qu'actuellement il y a les coûts rattachés à ça. Je vous
expliquais tout à l'heure que pour faire de la construction actuellement, là...
M. Grandmont : Là, on parle de
logements vacants, là.
Mme Melançon
(Isabelle) : Oui. Bien, un logement, habituellement, là, s'il
est vacant, c'est... et/ou il a besoin d'amour un petit peu, beaucoup,
pas mal, parce que c'est... Ce qui ne se loue pas actuellement, c'est des
logements qui ne sont pas toujours les plus...
M. Grandmont : Il
y a quand même plusieurs restrictions, là, actuellement, dans le projet de loi.
Il y a beaucoup...
Mme Melançon
(Isabelle) : Pardonnez-moi, je n'ai pas entendu.
M. Grandmont : Il y a plusieurs
restrictions, en fait, là, de logements qui sont exclus. On a eu des
représentations de la ville de Montréal qui disait : On devrait enlever
des restrictions parce qu'il y a trop de logements. Il y a des propriétaires
qui pourraient même ne pas entretenir, voire faire... enlever les toilettes,
par exemple, donc, le rendre insalubre, et donc ne seraient plus assujettis à
la surtaxe.
Donc, j'ai de la
misère à comprendre la logique, là. Il y a une crise de logement, les gens sont
prêts à payer les prix de fou, on a des logements existants, ils sont vacants
et donc considérés salubres pour la location, ils ne sont pas mis sur le
marché. Je ne comprends pas, là, de quoi on a peur, à l'IDU, d'une mesure
coercitive qui va être un incitatif, là, tout simplement, là.
Mme Melançon (Isabelle) : On
n'a pas peur de grand-chose, à l'IDU, au contraire. Je soulève, depuis les six
derniers mois, toutes les pierres qu'on peut soulever pour tenter de trouver
des solutions. Ce que je peux vous mentionner, c'est qu'actuellement, du côté
de L'IDU... parce que, je le disais tout à l'heure, du côté de la CORPIQ, ils
ont beaucoup plus de données. Moi, je n'ai pas ces données-là, du côté de
l'IDU, donc c'est difficile, à un moment donné, d'essayer de vous faire un
résumé complet et total sur des données que je n'ai pas entre les mains.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté des Îles-de-la-Madeleine pour
un 2 min 38 s.
M. Arseneau :
Merci beaucoup. Alors, on est dans l'archipel, maintenant, on est arrivés,
on a une crise du logement également. Mais non, sérieusement, je veux continuer
sur la question des logements vacants. Vous parlez de mesures incitatives. Outre l'histoire de la TVQ, est-ce qu'il y a des
mesures que vous avez à proposer spécifiquement pour ça, là? À quoi on
pourrait penser? Un logement vacant, comment on pourrait, justement, le
transformer pour qu'il soit mis sur le marché?
Mme Melançon
(Isabelle) : Carl?
M. Cloutier
(Carl) : Bon, les taux réduits de taxation par zones, ce qui serait
prévu dans le projet de loi actuellement, on
propose par contre, là, que... Vous voyez à la fin du mémoire que le projet de
loi, il propose de rendre possibles des taux distincts par secteurs ou
par zones, mais que ce taux distinct doit varier, soit... Il y a des marges,
entre 66 % et 130 quelques pour cent, 133 %. Mais, si on se retrouve
dans des... puis on crée une catégorie de six logements et plus ou de nombre de
logements, on ne précise pas que, si on demande plus de logements... que ce
taux doit être inférieur au taux général.
Le genre de mesures,
exemple, qui pourraient être considérées par une ville, c'est de donner un taux
de taxation réduit pour les immeubles de
forte densité pour inciter à la construction de logements denses. On peut
donner des réductions sur les droits de mutation pour les premiers acheteurs,
on peut réduire les frais dont on a discuté ici pour la construction puis s'en tenir à des choses pour les nouvelles
constructions, considérant que les nouvelles constructions vont générer
de la richesse foncière puis, donc, des revenus de taxation supplémentaires.
Est-ce que tous ces frais sont requis pour favoriser l'émergence des projets...
M. Arseneau :
Mais ces mesures-là, vous en faites la proposition aux villes, si je
comprends bien.
Mme Melançon
(Isabelle) : Oui.
M. Arseneau :
C'est ça. OK. Merci. Je n'ai probablement pas beaucoup de temps, mais je
voulais vous entendre sur ce que vous mentionnez à la page 7 concernant
les redevances de développement. Vous parlez des initiatives qui s'apparentent davantage
à une taxe foncière additionnelle. C'est comme si on ne respectait pas le cadre
légal. C'est quand même, en fait, une accusation quand même assez sérieuse,
non?
Mme Melançon
(Isabelle) : Ça a été vérifié, il y a des cas qui ont été soulevés où il
y a des redevances. Et d'ailleurs je pense que, la ministre puis du côté du
ministère, ils sont bien au fait de ces cas-là, mais ça a été observé, ça a été
décrié. Et on le dit, là, il y a une augmentation de : bien, on va mettre
une redevance sur le développement puis on va bâtir un hôtel de ville ou un
aréna. On n'appelle pas ça nécessairement du développement.
M. Arseneau :
C'est bon?
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, fini, plus de temps.
M. Arseneau :
Oui, c'est fini.
Le Président (M.
Schneeberger) : Mme Melançon, juste par... question d'être juste,
il y avait une question de la députée de La Pinière. Est-ce que vous vous en
souvenez, la question qui avait été posée?
Des voix : ...
Le Président (M.
Schneeberger) : Bon, je vous donnerais peut-être une minute, parce
qu'on avait du temps encore de pas pris, du gouvernement. Ça fait que je vous
laisserais peut-être juste y répondre.
Une voix : ...
Mme Melançon (Isabelle) : Oui,
c'est ça. Dans le fond, si on ne veut pas aller avec les redevances du REM, parce que c'était grosso modo ça, la question,
c'est qu'on vient d'aller créer de la richesse foncière. La ville, là, avec
les nouveaux... les unités de logement
supplémentaires qui ont été... qui sont sorties de terre, bien, il va y avoir,
bien sûr, un versement de taxes assez
intéressant pour la ville. Donc, lorsqu'on dit : Oui, mais ça vient créer
une infrastructure, vous avez raison, mais, à ce moment-ci, là, la taxe,
la redevance REM pour Brossard, serait de 14 124 $. Vous comprenez
que tout à l'heure je vous ai dit que c'était autour de 34 000 $. Il
reste un 20 000 $ supplémentaire aussi sur lesquels on est capables
d'aller travailler. C'est là où il faut les regarder dans l'ensemble, et non
pas de façon individuelle.
Je le répète, là, je comprends que les
municipalités cherchent de l'argent, actuellement, pour offrir le plus de
services possible. Mais, à l'inverse, il faut aussi regarder la capacité de
payer des locateurs... des locataires, c'est-à-dire, ainsi que des futurs
propriétaires.
Le Président (M. Schneeberger) : Voilà.
Bien, merci beaucoup, alors, merci. Alors, on vous remercie.
Et nous suspendons quelques instants, pour la
prochaine personne. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 46)
(Reprise à 16 h 55)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons nos travaux. Alors, nous recevons Mme Fanny Tremblay-Racicot, professeure agréée à l'ENAP,
CERGO, Centre de recherche sur la gouvernance. Alors, bonjour à vous.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Bonjour,
M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
je vous invite à... Étant donné que vous êtes seule, pas besoin de vous
présenter, je viens de le faire, alors je vous invite à lire votre mémoire.
Mme Fanny
Tremblay-Racicot
Mme
Tremblay-Racicot (Fanny) : Très bien. Merci, M. le Président. Mme la
ministre, mesdames et messieurs, chers membres de la commission, je vous
remercie de m'avoir invitée à vous offrir mes commentaires sur ce projet de loi
fort attendu.
Mon expertise en matière de fiscalité municipale
se concentre plus spécifiquement sur l'écofiscalité ou sur l'utilisation des
pouvoirs fiscaux aux fins de développement durable, principalement en ce qui
concerne l'utilisation du pouvoir général de
taxation, du pouvoir de prélever des redevances réglementaires et des
redevances de développement. Mon analyse du projet de loi à l'étude
s'est donc réalisée sous le prisme du développement urbain durable, plus
particulièrement à l'égard des principes d'équité sociale, du respect de
l'environnement et de l'augmentation de la capacité financière des
municipalités.
Je tiens d'abord à féliciter le gouvernement et
les équipes qui ont travaillé à la conception de ce projet de loi, dont
certaines dispositions offriraient davantage de latitude aux municipalités
quant à l'utilisation de leur pouvoir de perception
et de prélèvement monétaire. Cependant, l'apport de certaines modifications et
l'ajout de quelques mécanismes supplémentaires
le rendraient encore plus robuste et en faciliteraient l'application. Mes
commentaires sont ordonnancés en fonction de trois lois plus spécifiques
qui font l'objet de modifications, à savoir la LAU, la LCV et la LFM.
Concernant la Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme, au sujet des modifications qui sont proposées aux dispositions qui encadrent l'adoption des
redevances de développement, je me permets les observations et les
propositions suivantes. Donc, en premier
lieu, la définition d'«infrastructures», dans les règles du ministère des
Affaires municipales et de l'habitation, devrait être élargie pour
inclure les infrastructures vertes, donc les solutions fondées sur la nature,
puisque celles-ci doivent être priorisées dans un contexte de mitigation et
d'adaptation aux changements climatiques. De plus, les infrastructures et les
équipements de transport collectif devraient aussi pouvoir être financés par
les redevances de développement.
Ensuite, la possibilité que la ministre puisse
exempter toute personne du paiement d'une contribution et puisse prescrire les
règles différentes pour toute municipalité présente un risque d'iniquité entre
les municipalités et entre les personnes visées. Mais afin de minimiser ce
risque d'iniquité, justement, et de contestation judiciaire, la ministre
pourrait édicter ou proposer des règles qui permettent de calculer les
contributions devant être prises en charge par les promoteurs immobiliers.
Finalement, afin de minimiser la compétition
intermunicipale, qui freine l'adoption des redevances, les municipalités dont l'indice de vitalité économique
se situe dans les deux premiers quintiles devraient être dans
l'obligation d'adopter un règlement encadrant la perception des redevances de
développement d'ici les quatre prochaines années.
Concernant la Loi sur les
cités et villes et la taxe sur les logements vacants, je salue l'idée de la
permettre explicitement. Je me permets les observations et les recommandations
suivantes. La ministre pourrait offrir aux municipalités
un guide d'application de ces dispositions, notamment en offrant des critères
qui permettent de déterminer qu'un logement soit vacant ou soit réputé
vacant. Quant au taux de la taxe, qui est d'un minimum de 1 % de la valeur
imposable, celui-ci pourrait être d'un maximum de 3 %, de manière à s'aligner
avec ceux imposés à Toronto et à Vancouver.
Puis cela offrirait aux municipalités la latitude nécessaire pour envoyer un
signal de prix aux propriétaires, en augmentant le taux progressivement
avec le temps, et ce, tout en donnant aux propriétaires suffisamment de temps pour modifier leurs comportements de
sous-utilisation ou de spéculation. Finalement, les différents ministères
devraient mettre à disposition leurs bases de données aux municipalités afin
que celles-ci puissent vérifier l'information qui est déclarée par les
propriétaires.
Concernant le pouvoir général de taxation et le
pouvoir général de redevances réglementaires dont l'utilisation n'est pas
touchée par le présent projet de loi, je recommande que le ministère facilite
leur adoption en obligeant leur perception lorsque leur prélèvement requiert la
collaboration d'un mandataire, de la même manière que les commerçants sont
obligés de percevoir les taxes de vente. De plus, considérant l'impact de
certains bâtiments institutionnels sur les services et les infrastructures
municipales, les mandataires de l'État, donc les hôpitaux, les écoles, etc., devraient être assujettis au pouvoir
général de taxation et au pouvoir général de redevances réglementaires
ou, du moins, ces prélèvements devraient être pris en compte dans le calcul des
compensations tenant lieu de taxes.
Concernant la Loi sur la fiscalité municipale,
le projet de loi introduit la possibilité de faire varier les taux de taxe foncière en fonction de sous-catégories
d'immeubles déterminés en fonction d'une caractéristique au rôle
d'évaluation foncière, sauf sa valeur et sa localisation. Il introduit aussi la
possibilité d'introduire des taux sectoriels de la taxe foncière générale et
maintient la possibilité d'avoir deux paliers de taxation pour les catégories
d'immeubles non résidentiels et industriels.
• (17 heures) •
Faire varier les taux en fonction de
caractéristiques du rôle d'évaluation et en fonction de secteurs pourrait
permettre une meilleure adéquation entre le coût en infrastructures et en
services municipaux qui sont associés à une unité d'évaluation et le compte de
taxe foncière des propriétaires d'immeubles. Par exemple, les propriétés d'une plus grande superficie pourraient payer davantage
que les plus petites unités résidentielles. Quant aux secteurs, ceux-ci pourraient être déterminés de manière à atténuer
certaines distorsions et à rendre la taxation plus équitable en fonction
des services rendus par la municipalité. Ainsi, les taux pourraient être moins
élevés dans les secteurs où sont localisées certaines rues privées ou ils
pourraient être plus ou moins élevés dans certains secteurs où les valeurs
foncières sont particulièrement faibles ou particulièrement élevées dû à la
localisation de la propriété.
Quant à l'objectif de revitalisation ou de
densification, une variation à la baisse du taux dans les secteurs à
revitaliser ou à densifier pourrait permettre l'atteinte de cet objectif,
puisque l'augmentation de valeur qui en découle est moins taxée qu'elle le serait avec un taux unique. Cependant,
l'imposition d'une redevance de revitalisation, telle que permise en
Alberta et au Manitoba, pourrait aussi servir cet objectif en finançant les
projets publics de revitalisation. Les
redevances de revitalisation permettent parfois l'imposition de deux taux
distincts sur la même unité d'évaluation, ce qui n'est pas permis dans
le régime d'imposition actuel. Donc, je recommande qu'un projet de loi distinct
portant sur les redevances de revitalisation soit éventuellement étudié.
L'introduction de ces nouveaux mécanismes
pourrait rendre la perception de la taxe foncière plus juste et équitable. Par contre, leur application est
néanmoins d'une grande complexité, comme en témoignent plusieurs
sections du projet de loi. De plus, cette latitude dans le prélèvement des
taxes foncières pourrait mener à une multitude d'approches dans l'application
de la taxe foncière, ce qui requiert une vigilance toute particulière afin de
diffuser les meilleures pratiques et d'éviter que se répandent les conséquences
non anticipées.
Ainsi, il m'apparaît souhaitable que les mesures
suivantes soient introduites. Donc, l'établissement de sous-catégories d'immeubles ou de secteurs devrait se
faire par l'adoption d'un règlement, lequel doit être précédé d'un avis
de motion et du dépôt d'un projet de
règlement lors d'une séance antérieure à son adoption, et non pas par
résolution qui peut être adoptée par séance tenante... en séance
tenante. Le règlement établissant le ou les secteurs devrait pouvoir être
adopté à chaque année et non pas uniquement avant la date du 15 août qui
précède le nouveau rôle afin que les municipalités puissent appliquer les
nouvelles dispositions de la loi dès son entrée en vigueur et qu'elles puissent
corriger les erreurs ou les distorsions non anticipées annuellement. Le
greffier devrait devoir transmettre au ministère la copie des règlements
adoptés en vertu des articles relatifs à l'établissement de nouveaux paramètres
de perception afin de permettre au ministère de suivre l'utilisation de ces
nouveaux pouvoirs et d'en faire rapport. Puis un fonds d'aide technique devrait
être créé afin que les plus petites municipalités puissent avoir accès à
l'expertise nécessaire pour profiter pleinement de ces nouvelles dispositions.
Finalement, je suis d'avis que le ministère
devrait envisager la création d'un observatoire sur la fiscalité municipale au
Québec dont le mandat serait d'étudier et de diffuser les meilleures pratiques
en matière de perception des nouveaux pouvoirs par le biais d'un rapport annuel
d'orientation, par exemple. Cet observatoire pourrait aussi avoir le mandat
d'analyser et de diffuser les innovations réglementaires en matière
d'aménagement et d'urbanisme, de manière à
faciliter l'atteinte des objectifs de la Politique nationale de l'architecture
et de l'aménagement du territoire. Donc, je vous remercie de votre
attention.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci beaucoup pour votre rapidité, parce qu'il vous restait encore deux
minutes et demie. Alors, vous avez... vous êtes la gagnante aujourd'hui. Alors,
on poursuit pour une période d'échange avec Mme la ministre.
Mme Laforest :
Bien, justement, vous parliez, au niveau du projet de loi fiscalité, qu'il
pourrait y avoir un lien avec les infrastructures vertes, si je comprends bien,
puis, à la fin, vous parlez du lien avec la Politique nationale d'architecture
et d'aménagement du territoire. Est-ce que c'est possible de me donner quelques
exemples? Si on veut faire le lien avec la
PNAAT, la politique nationale d'aménagement et d'architecture du territoire, et
les infrastructures vertes, comment
vous voyez ça? Parce que, là, c'est sûr que, non, c'est vrai que, dans le
projet de loi, ce n'est pas mentionné au niveau des infrastructures
vertes, mais, en même temps, il y a plusieurs programmes pour les
infrastructures vertes. Comment vous voyez ça, le lien qu'on aurait pu faire?
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : En
fait, c'est... Dans la définition d'infrastructure qui est utilisée par le
ministère de l'Habitation et des Affaires municipales, je propose que la
définition d'infrastructure soit élargie pour inclure les infrastructures
vertes. Comme ça, les municipalités vont pouvoir financer des projets de
revitalisation et de requalification des
berges à même la redevance de développement, par exemple. Parce que, là,
lorsque les municipalités adoptent des
règlements qui visent l'implantation de redevances de développement, elles
peuvent financer des infrastructures qui sont rendues nécessaires par le
nouveau développement immobilier, les usines de traitement des eaux, les centres de gestion de matières
résiduelles, le surdimensionnement des réseaux d'infrastructure et d'égouts,
mais la notion d'infrastructure dans le MAMH, c'est uniquement les
infrastructures dites grises. Donc, je propose que ce soit élargi aux
infrastructures vertes, mais ça, ça ne s'inscrit pas dans un projet de loi,
c'est simplement la définition.
Mme Laforest : C'est ça, c'est
plus la définition également dans nos programmes.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Voilà.
Mme Laforest : Je
comprends la différence. OK. C'est intéressant. Ensuite, vous parlez de la
contribution par les promoteurs immobiliers des deux premiers quintiles.Donnez-moi aussi des exemples.
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : En fait, c'est l'indice de vitalité économique des
villes, des municipalités du Québec.
Donc, les municipalités qui se situent dans les deux premiers quintiles,
généralement, c'est des... je l'ai, le rapport, ici, là. Ce sont
des municipalités qui se situent dans les grandes régions métropolitaines, qui
sont... qui ont un indice de vitalité économique positif, tu sais, donc ils ont
un taux d'emploi... la démographie, les gens, il y a un niveau de revenu
suffisant. Donc, ce sont des villes qui sont en développement.
Donc, pour faciliter l'implantation des
règlements qui imposent des redevances de développement, les municipalités qui
se situent dans ces deux premiers quintiles là devraient être obligées
d'imposer des redevances de développement.
Et ça, on voit ça aux États-Unis, dans les États où il y a des stratégies de
gestion de la croissance, pour s'assurer que les municipalités aient les
revenus nécessaires pour accueillir le développement immobilier. Donc, on
oblige les municipalités, là, à avoir des règlements qui encadrent les
redevances de développement.
Mme Laforest : OK,
c'est bon. Est-ce que vous pouvez... Je ne sais pas, vous avez sûrement la
réponse, pourquoi les redevances de développement, elles n'ont pas été
utilisées autant depuis 2016? Là, c'est sûr qu'on veut les encadrer parce que,
vous le savez, il y a eu certains abus. Donc, on veut mieux les encadrer. Mais
pourquoi... Tu sais, comme, là, vous dites : On pourrait obliger d'imposer
les redevances de développement aux deux premiers quintiles. Mais pourquoi,
selon vous, les redevances n'ont pas été utilisées autant qu'elles auraient dû?
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Bien,
c'est qu'il y a une certaine compétition intermunicipale. Donc, on veut que les
taux de taxation soient le plus bas possible et les redevances également soient
les plus basses possible pour attirer le développement immobilier. Donc, il y a
une compétition à la baisse des niveaux de taxation. Ça, c'est une tendance
qu'on voit. C'est normal.
Il y a aussi l'aspect de la complexité des
règlements puis il y a aussi le fait que les règlements qui encadrent les ententes avec les promoteurs immobiliers...
Donc, les villes peuvent adopter un règlement qui encadre ces
ententes-là pour le paiement des infrastructures qui sont nécessaires au
développement et, généralement, sont réalisées par le promoteur et puis sont
cédées à la municipalité.
Donc, pour ça, pour avoir un règlement sur les
redevances de développement, il faut d'abord avoir un règlement qui encadre les
ententes avec les promoteurs, puis ça, c'est seulement 50 % des
municipalités. Il y a une étude qui a été commandée par votre ministère, qui a
dit que... Il y a un sondage qu'on... qui a été réalisé par le MAMH et l'UQAM, qui a démontré que c'est un peu...
c'est autour de 50 % des villes qui ont un règlement qui encadre les ententes. Donc, ça, c'est sûr que ça demande
une certaine, tu sais, une certaine capacité administrative pour
concevoir des règlements, puis c'est assez complexe à réaliser aussi, là. Donc,
c'est un ensemble de facteurs.
Mme Laforest : J'ai aussi la
question... Le maximum de 3 % au niveau des logements vacants, vous dites
que vous seriez d'accord pour les hausser à 3 %. C'est bien ce que vous
avez dit?
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Exactement.
Donc, à Vancouver et à Toronto, les taux vont... À Toronto, les taux
vont être ramenés à 3 %. À Vancouver, ils le sont déjà, puis, à Vancouver,
ça a mené à 37 % de diminution des logements
vacants entre 2017 et 2021. Donc, ça a eu un effet sur le développement ou
l'occupation de ces logements-là, puis
on va chercher, à Vancouver, 67 millions de dollars par année aussi.
Donc, c'est une source de revenus importante puis ça envoie un signal de prix aussi aux
propriétaires. Puis l'objectif, ce n'est pas que les villes imposent un
3 % tout de suite. On commence
par 0,5 %; année 2, 1 %; année 3, 1,5 %. Donc, envoyer
un signal de prix, avoir une prévisibilité, puis l'adoption... tu sais,
l'application progressive des taux, ça envoie vraiment un message de prix aux
propriétaires.
Mme Laforest :
Puis... parce qu'ici ce qu'on entend depuis ce matin, c'est que c'est très,
très complexe. En tout cas, les
municipalités nous disent vraiment que ce sera difficile d'appliquer ce
règlement-là. Donc, vous, est-ce que vous... J'imagine, vous avez
sûrement en tête comment appliquer un règlement comme ça pour le taux de
taxation de logements vacants. Comment... Voyez-vous ça complexe aussi?
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Ils le font en Ontario, ils le font aussi en
Colombie-Britannique. Donc, ça serait intéressant de voir la manière dont les
villes l'imposent là-bas. Moi, ce que je recommande, c'est que le ministère des
Affaires municipales pourrait édicter des règles uniformes pour faciliter le
travail des villes. Puis généralement, c'est de l'autodéclaration. Donc, les
propriétaires doivent faire la démonstration... S'ils ne font pas la
démonstration, c'est réputé vacant, puis, si c'est réputé vacant, ils sont
imposés.
Mme Laforest :
Bon, c'est ça qu'on peut faire aussi, mais je me disais, avez-vous la
recette magique?
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Bien, vous pourriez... Vous pourriez regarder la définition,
les critères, par exemple, d'Ottawa, qui sont très bien déterminés...
Mme Laforest :
Définis.
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : ...définis, puis l'appliquer, le suggérer aux municipalités
québécoises, là.
Mme Laforest :
OK. Parce que, juste arriver avec le 1 %, je vous dis que ça a été...
C'est sûr, là, on voit un édifice de
400 000 $, ça veut dire que, s'il y a le 1 %, c'est
4 000 $, quand même, de plus pour le logement vacant. Mais
vous, 3 %, ce serait 12 000 $ sur la valeur de l'immeuble qui
est 400 000 $. Vous seriez d'accord avec ça ici?
• (17 h 10) •
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Bien, si c'était implanté de manière progressive, je pense
que c'est juste, puis ça s'aligne sur les autres juridictions aussi, là.
Mme Laforest : OK. C'est bon. Ensuite,
vous parliez... Vous alliez vite, là, mais je pense, j'ai... OK. Vous
dites : Ça prendrait un projet de loi de redevance des revitalisations.
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Oui.
Mme Laforest :
Expliquez-moi, voir.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Alors,
captation de la plus-value foncière. Donc, c'est appliqué dans les... C'est permis en Alberta et au Manitoba. Puis je
savais que la question allait venir. Donc, ici, au temps... Par exemple,
OK, la Commission de la capitale nationale à
Québec, vous avez annoncé la phase IV de la promenade Samuel-de Champlain.
Souvent, les... ce sont des droits qui sont
donnés à des commissions spéciales ou à des autorités de taxation
particulières qui font des projets de revitalisation, mais ça peut aussi être
le cas d'une municipalité, d'accord? Donc, au temps 1, il y a un rôle
initial, on fait des projections. Donc, s'il n'y avait pas eu l'investissement
public, l'augmentation du taux de... l'augmentation de la valeur aurait eu
cette croissance-là. Puis tout ce qui est jugé incrémental, tout ce qui est jugé dû à l'investissement est taxé à un taux égal
ou supérieur au taux de taxe foncière et sert à rembourser
l'investissement. Donc, par exemple, en
Alberta, à Calgary, il y a le Rivers District. Ils sont allés chercher
400 millions de dollars depuis les investissements de revitalisation. Ça peut être des travaux de
décontamination, ça peut être des travaux d'investissement dans des
bibliothèques, ça peut être des accès routiers pour développer un nouveau
secteur. On pense, toute la revitalisation phase IV, ça serait le genre de
projet qui serait parfait pour faire l'implantation de ces mesures-là.
Parfois, les risques
c'est que, tu sais, il y a des critères du n'eût été. Donc, n'eût été
l'investissement public, il n'y aurait pas eu d'investissement privé, et le
critère de paupérisation. Donc, il faut que ce soit des secteurs qui soient
défavorisés. Des fois, les deux critères ne sont pas nécessairement rencontrés.
Donc, ça, c'est les risques. Des fois, ça a
été utilisé aux États-Unis, par exemple, pour financer des stades. Donc, ce
n'est pas nécessairement le genre d'investissement qu'on voudrait, mais
les... En fait, pour les travaux de décontamination, on pense à des projets
comme le Carré Laval, et tout ça, ça serait un mécanisme idéal pour financer
ces grands projets là.
Mme Laforest :
OK. Puis c'était quoi, l'obligation de perception? Ça, c'était... Non,
c'est beau.
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Oui, les mandataires?
Mme Laforest :
Oui, exactement.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Donc,
c'est le cas de Percé. Donc, Percé, son règlement est contesté, donc, la
redevance visant les touristes, parce qu'on le... dans la loi, c'est écrit, la
possibilité de s'entendre avec un mandataire, mais les
mandataires devraient être obligés de percevoir les redevances et les taxes qui
sont adoptées par les municipalités parce que, sinon, ces dispositions-là de la
redevance réglementaire sont inopérantes parce que, dans la loi, on peut
imposer une redevance réglementaire sur la distribution d'un bien ou d'un
service, par exemple, ou sur la présence d'un individu sur le territoire, mais
si ça prend un mandataire qui accepte et si on doit s'entendre avec lui, bien,
ces dispositions-là sont quasiment inopérantes.
Donc, comme la taxe de vente, par exemple, où
les commerçants sont obligés de la percevoir, on pense que les mandataires, là,
comme, par exemple, la SAAQ pour l'imposition d'une taxe sur les droits
d'immatriculation supplémentaires, que les mandataires soient obligés de
percevoir ces taxes, ces redevances.
Mme Laforest : Puis là je ne
sais pas... je vais me dépêcher, j'avais peut-être une dernière question.
Le Président (M. Schneeberger) : ...aussi,
là.
Mme Laforest : OK.
Je vais tellement vite. OK. Je voulais avoir des précisions sur... C'était
sur : «L'établissement de
sous-catégories d'immeubles ou de secteurs devrait se faire par l'adoption d'un
règlement, lequel doit être précédé...» OK. C'est ça que vous avez
mentionné tantôt.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Pas
par résolution, mais par règlement. Donc, il doit y avoir un avis, un projet
qui soit déposé à une séance du conseil d'administration... du conseil
municipal précédent pour qu'il y ait une certaine
prévisibilité, là, pour la part des oppositions, qu'il y ait une transparence,
là, pour que le règlement soit étudié.
Mme Laforest : C'est pour la
prévisibilité? Parce que vous ne pensez pas que ça, ça va devenir plus
compliqué en faisant ça, non?
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Non.
Mme Laforest : C'est bon. Puis,
après ça, j'avais... Ah! l'observatoire sur la fiscalité municipale au Québec.
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Oui, c'est quelque chose qui manque selon moi. En
Ontario, il y a le IMFG, Institute on
Municipal Finance and Governance. On s'y réfère beaucoup, les chercheurs, parce
que c'est de la recherche appliquée,
mais ce n'est pas... C'est encore moins appliqué, disons, que la recherche
qu'on fait ici, au Québec, là. Il y a des communautés de pratique au
Québec, ce qui fait... Tu sais, il y a des comités de l'UMQ, il y a des comités
de la COMAQ, des comités d'experts, sauf que
cette information-là n'est pas publique, puis on cherche des sources de
données. Parce que, par exemple, lorsque
j'ai fait l'étude sur les redevances de développement, bien, il a fallu faire
la recherche sur Google, Google Search, là, pour trouver les règlements
qui imposent des redevances de développement.
Donc, on
pense que ce serait préférable d'avoir un institut, un observatoire qui fait la
recension des innovations réglementaires
des communautés de pratiques, sur les meilleures pratiques aussi, parce que les
municipalités ont besoin de conseils
et de ressources pour voir que... diffuser les meilleures pratiques
essentiellement, documenter les innovations. Parce que ce qui est extraordinaire, c'est que les municipalités
québécoises, elles ont beaucoup de latitude de perception, de
prélèvement. Puis on est des leaders canadiens, sinon mondiaux, dans l'adoption
de mesures écofiscales dans les villes
québécoises. Mais ça, pour qu'une invention réglementaire soit... devienne une
innovation et soit diffusée, bien, il faut
que l'information soit connue, puis les gens... comme, par exemple, Toronto,
qui ont le pouvoir général de taxation, ils ne savent pas quoi faire
avec leur pouvoir général de taxation. Ils pensent qu'ils ne peuvent rien faire
avec ça, alors que les villes québécoises en font beaucoup. Donc, il faut...
Mme Laforest : OK.
Je trouve ça vraiment intéressant parce qu'au début, ce matin, c'est ça que je
mentionnais... parce que le projet de loi en fiscalité, on le travaille depuis
quand même cinq ans, mais c'était tellement complexe, il y avait tellement
d'acteurs à rencontrer, de mesures à vérifier, c'est assez particulier. Puis là
c'est la première fois que j'entends ça, un observatoire sur la fiscalité. Puis
là je comprends... j'en comprends tout son sens, là.
Alors, bien, merci beaucoup. Merci, parce que je
suis très heureuse de vous avoir entendue pour certaines mesures qu'on va
réfléchir ici ensemble. Puis, en même temps, de vous entendre, ça me réconforte
parce que vous avez félicité quand même le projet de loi sur la fiscalité
municipale. Alors, je suis quand même rassurée. Mais bravo pour vos
connaissances et vos compétences.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Bravo
aux équipes et aussi à vous.
Mme Laforest : Oui, nos équipes
travaillent très fort.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) :
Elles travaillent fort.
Mme Laforest : Merci. Et on va
se revoir sûrement bientôt. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle et Mme
la députée de Mille-Îles pour 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci,
M. le Président. Merci. Donc, je voudrais peut-être vous entendre sur, bon, les
redevances de développement. On a entendu des groupes ce matin. Bien, en fait,
juste avant vous, il y avait un groupe qui souhaitait que ce soit mieux
encadré. Même, je pense qu'ils préféreraient même que ce soit complètement
aboli, là. De votre côté, vous proposez plutôt l'inverse, là, que ce soit
généralisé, du moins dans les villes des deux premiers quintiles, que vous mentionnez. Et donc... Et les raisons que vous avez
évoquées, là, je les comprends parce que j'étais à la ville de Laval
avant, au municipal, et, tu sais, la réflexion qui s'était faite, c'était ça,
c'était de dire : Bien, si on l'impose, ça va aller développer plus au
nord, donc Mirabel, etc. Puis ça, finalement, favorise l'étalement urbain.
Donc...
Mais, par contre, on est en crise du logement. Et donc, est-ce
que vous... Puis là, en ce moment... puis c'est ça, l'IDU, qui vous précédait, eux avaient plutôt la prémisse que ça n'a
pas... tu sais, ça reportait, en fait, des investissements, des
redevances de développement, puis que ça peut faire en sorte de diminuer
l'abordabilité. Est-ce que vous pensez que peut-être il y a... Un moratoire,
par exemple, de quelques années, est-ce que ce serait quelque chose dans... que vous voyez qui pourrait être une
possibilité ou vous pensez vraiment que c'est nécessaire de les imposer?
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Ça
prend des infrastructures pour accueillir le développement immobilier. C'est ça, le problème, c'est que les villes sont
dans une situation où elles veulent accueillir le développement, mais il
y a des investissements qui sont nécessaires. Moi, je suis une... je fais la
promotion des redevances dites minimales. Donc, c'est pour ça que peut-être un
encadrement sur qu'est-ce qui peut être financé, comment ça doit être calculé
pour s'assurer que ce soit bien fait, que ce soit réalisé, là. Donc, ça serait
mon... Moi, je suis une défenseure d'une... des redevances minimales.
Puis, au Québec, il
faut dire que les redevances de développement, la moyenne, c'est de
4 000 $ la porte. Donc, il ne faut
pas trop... Il ne faut pas trop jeter le bébé avec l'eau du bain, là. Donc, les
redevances de développement, c'est un outil qui permet de financer des
projets d'infrastructure, mais c'est seulement... Si c'est bien calculé, la redevance, elle ne sera pas... elle ne sera pas
terriblement élevée, là. Donc, c'est seulement une portion des
infrastructures, parce que la redevance est
supposée payer ce qui est rendu nécessaire par le nouveau développement
immobilier. Donc, la redevance la
plus élevée de développement au Québec est de 15 000 $ l'unité, puis
la plus faible est quelque part entre... Je pense que c'est 700 $, 750 $
la porte. Donc, ça permet aux municipalités d'aller chercher un financement
pour financer... pour accueillir ce développement-là. Donc, c'est...
Puis,
pour ce qui est de l'abordabilité, ça dépend du marché. Dans les marchés de
grande... de très grande vigueur, le prix va être reporté sur le coût de
location, mais dans les marchés de moins grande vigueur, il y a une partie du
coût qui va être pris en charge par le promoteur immobilier. Donc, ça dépend
vraiment du marché. Puis, bien, ces mesures-là d'abordabilité, ça peut être
garanti. C'est parce que ce n'est pas tant... C'est la capacité d'accéder au
logement, ce n'est pas tant le prix du logement que la capacité à y accéder qui
est importante, donc des mécanismes d'accès à la propriété, par exemple, des
réserves foncières qui sont constituées par la municipalité, l'abolition de la taxe de vente sur les nouveaux projets de
développement immobilier. Donc, les bonus de densité, ça peut être des
mesures qui préservent l'abordabilité aussi, là, mais ça ne veut pas dire que
les redevances de développement ne doivent pas être imposées. Donc, je pense
que c'est le bon prélèvement et le bon mécanisme pour le bon objectif, là.
• (17 h 20) •
Mme Dufour : Moi, j'aimerais vous
entendre. Vous avez évoqué les... que 50 % des villes ont un règlement
qui gère les développements, dans le fond,
faits en... nous, on appelait ça en maîtrise d'oeuvre privée, là, par les
développeurs, puis, par la suite, les
infrastructures sont cédées à la municipalité. Bien, dans un cas comme ça,
quand c'est développé comme ça, bien,
c'est le développeur qui assume tous ces coûts-là, justement, des
infrastructures et, par la suite, bien, c'est cédé à la municipalité. En tout cas, moi, c'était comme ça, à
l'époque, à Laval, là, pour ce genre de développement là. Donc, c'est
une forme, d'une certaine façon, de... Est-ce que ça ne fait pas l'équivalent
de la redevance?
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Non. Il faut faire la distinction entre les contributions
des promoteurs en vertu des ententes et la redevance de développement. Les
contributions des promoteurs en vertu des ententes, ça sert pour les infrastructures qui sont nécessaires au
développement immobilier. Donc, généralement, ce sont des
infrastructures qui sont sur le site et qui
ne sont pas utilisées par les autres résidents. Donc, c'est vraiment «on site».
Et les redevances de développement,
ce sont les infrastructures qui sont rendues nécessaires par le nouveau
développement immobilier, tous les
travaux de surdimensionnement, par exemple, l'agrandissement de l'usine de
traitement des eaux, l'agrandissement... Une nouvelle bibliothèque ou
une nouvelle caserne de pompiers.
Donc, il faut
calculer la proportion qui... de ces infrastructures-là qui sont rendues
nécessaires par le nouveau développement. Et ce sont des infrastructures qui
peuvent généralement être utilisées aussi par les autres citoyens. Donc, il y a
vraiment une distinction à faire entre les deux.
Mme Dufour :
Ça fait que le 50 %, que vous référiez, des villes qui avaient un
règlement, c'était par rapport à la deuxième, deuxième option. C'est ça que...
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : À la première option.
Mme Dufour :
À la première?
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Sur le site, oui. Les...
Mme Dufour : Mais
ça, c'est nécessaire que ce soit en place pour être capable d'imposer les
redevances de développement de la deuxième catégorie. C'est ça?
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Bien,
normalement, oui. Comme ma collègue Marie-Claude Prémont dit, c'est le crémage
sur le gâteau, là. Il faut d'abord avoir un gâteau avant de manger le crémage.
Mme Dufour : Excellent. Merci.
C'est très clair. Je voudrais peut-être vous entendre sur les redevances
réglementaires. Vous mentionnez dans votre mémoire, là, je ne sais pas c'est où
exactement, mais... bien, dans votre texte, en fait, que les bâtiments, dans le
fond, gouvernementaux, actuellement, ce que vous suggérez, c'est qu'elles
soient aussi admissibles à cette redevance-là. Donc, en ce moment, ce n'est pas
le cas. C'est ce que je comprends?
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Oui.
Mme Dufour : Donc, est-ce...
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Donc,
l'État et ses mandataires ne sont pas assujettis au pouvoir général de taxation
et au pouvoir de prélever des redevances réglementaires. Pour donner un
exemple, supposons qu'une municipalité voulait adopter une redevance qui vise
les grands générateurs de déplacements. Donc, les grands générateurs de
déplacements, ce sont les grands employeurs, puis on veut que les employeurs
soient dotés de plans de gestion des transports pour les... pour réduire
l'utilisation de l'auto solo chez les employés, puis la redevance, elle serait
imposée uniquement aux générateurs de déplacements qui ne disposent pas de
plans de gestion. Bien là, dans ce cas-là, dans une ville, les écoles, les
hôpitaux, les immeubles gouvernementaux ne sont pas assujettis, alors que ce
sont de grands générateurs de déplacements. Donc, c'est pour ça qu'on
recommande qu'ils soient assujettis et que le paiement des redevances... parce
que les paliers de gouvernement ne se taxent pas les uns les autres, là, donc
que la redevance soit calculée dans le calcul de... les paiements en-lieu de
taxes.
Mme Dufour : Les paiements
tenant lieu de taxes. OK. Parfait. Vous parlez aussi d'écofiscalité, là. En
fait, vous êtes spécialisée, ce que je comprends, en écofiscalité. Il y a... Il
n'y a pas rien là-dedans, dans le projet de loi, présentement, qui traite
vraiment d'écofiscalité, à part peut-être des... certains éléments qui vont...
qui pourraient contrer l'étalement urbain, ou l'inverse, là. Ça pourrait même
créer l'inverse. Mais est-ce qu'il y a des éléments que vous pensez qu'on
pourrait prendre l'opportunité d'introduire?
Puis je vais peut-être vous amener ailleurs. Ce
matin, la... Je pense, c'est la Fédération québécoise des municipalités mais
c'est peut-être aussi l'Union des municipalités du Québec, là, je ne suis pas
certaine, mais une des deux, elle nous a mentionné qu'il y avait actuellement
un risque avec les redevances réglementaires. Dans le fond, il y a des
poursuites, notamment à Gaspé, il y a eu une poursuite pour une taxation
supplémentaire.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : À
Percé, oui.
Mme Dufour : À Percé, pardon,
vous avez raison, c'est Percé. Et donc là il y avait comme un enjeu de ce
côté-là, un risque... puis qu'il y a des municipalités qui, tu sais, qui n'osent
pas aller de l'avant parce qu'ils regardent ça puis ils se disent : Est-ce
que je serai le prochain à me faire poursuivre, là? Prévost, cette semaine...
bien, je pense, la semaine passée plutôt...
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : C'est
une réglementation à Prévost, par exemple, ce n'est pas de l'écofiscalité.
Mme Dufour : Ça,
c'est autre chose, mais il reste que, tu sais, à chaque fois qu'il y en a une
qui teste quelque chose, là, il y a
des villes qui mettent des taxations sur les stationnements pour... pour ce que
ça génère, mais on ne sait pas encore
s'il va y avoir éventuellement une réaction. Donc, est-ce qu'il y a quelque
chose que nous, on pourrait faire, puis en profiter, de ce projet de loi
là, pour venir réduire les risques qu'il y ait ces poursuites-là?
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Que les mandataires soient dans l'obligation de
les percevoir, comme j'ai recommandé.Puis il y a aussi des mesures d'écofiscalité qui sont... qui pourraient
être implantées par les municipalités, mais qui ne le sont pas parce que
leur risque d'implantation ou leur implantation est trop compliquée comme, par
exemple, les redevances sur les colis livrés dans une municipalité. Donc, ça
nuit aux artères commerciales, ça utilise les routes locales, mais qui dit que
UPX puis... FedEx et UPS voudraient être... voudraient les prélever et
voudraient les rendre à la municipalité? Donc, le gouvernement provincial, même
le gouvernement fédéral, selon nous, devrait percevoir des redevances sur les
colis et redistribuer cet argent-là aux municipalités.
Donc, ça, c'est une source, ça serait une
nouvelle source de revenus et ça permettrait aux municipalités de financer les
équipements de... liés à la collecte et au traitement de ces matières-là, de
ces déchets, financer les artères locales,
financer les routes sur lesquelles roulent ces camions-là. Donc, ça, c'est
une... ce serait une mesure qui pourrait être mise en oeuvre par le
gouvernement, là.
Mme Dufour : Merci. Je vais
laisser la parole à la députée de La Pinière.
Le Président
(M. Schneeberger) : Députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci. Je dirais que c'est rafraîchissant de
lire ce mémoire, avec, je dirais, les innovations qui sont incluses, notamment
quand il est question de redevances, où on ne veut pas... on ne veut pas
freiner le développement et... Parce qu'il y a des villes où il y a des
moratoires sur le développement immobilier en ce moment parce que les
infrastructures d'eau sont insuffisantes ou sont inexistantes, il faut en
construire davantage. Donc, avec les redevances dont il est question, on
pourrait... Les municipalités peuvent s'en servir pour mettre les
infrastructures qui sont nécessaires pour promouvoir le développement. Quand
vous, vous proposez pour les municipalités qui sont dans les deux premiers
quintiles d'être dans l'obligation d'adopter un règlement qui encadre la
perception des redevances, est-ce que vous obligez aussi... ça veut
nécessairement dire obliger d'avoir des redevances, ou juste celles qui en ont,
on les obligerait?
Une voix : ...
Mme Caron : Pardon.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Ce
serait d'obliger l'adoption d'un règlement qui impose des redevances de
développement d'ici les quatre prochaines années.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant du côté du député de Taschereau pour
3 min 28 s.
M. Grandmont : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Tremblay-Racicot.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Bonjour.
M. Grandmont : Merci pour votre
présentation, pour votre mémoire. Avant de l'oublier, je vous dirais, c'est
vrai que c'est intéressant de vous entendre, là, sur les propositions que vous
faites. Si vous avez des exemples que vous pouvez nous envoyer à la commission
qui seront, après ça, distribués, ça nous ferait, je pense, tous plaisir
d'avoir quelques exemples, là, pour faciliter la discussion lors de l'étude
détaillée. Je pense que ça...
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Des
exemples de quoi? Je m'excuse.
M. Grandmont : Bien,
un peu de ce qu'on a discuté ensemble. Si vous avez des études qui viennent
soutenir ce que vous avez mentionné
dans votre mémoire, je pense, ce serait vraiment apprécié. Donc, après ça, à
vous de choisir, puis on pourra peut-être vous relancer, là, mais bref,
ce que vous avez sous la main, notamment.
On a entendu
plus tôt l'IDU tantôt, là, décrier en fait, là, le fait que les redevances, ça
coûte cher aux promoteurs, aux propriétaires. On parle, dans leur cas,
de perte de compétitivité. Vous apportez quand même des exemples internationaux, même ici, ailleurs au Canada.
Est-ce que, pour vous, bien, utiliser des redevances, c'est signe de
perte de compétitivité ou ça peut, au contraire, aider, peut-être? Je ne le
sais pas. J'aimerais vous entendre là-dessus.
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Bien, en Ontario, les redevances de développement,
ça va jusqu'à 140 000 $ par unité résidentielle. Donc, on
n'est pas dans le 4 000 $ moyen du Québec, et je pense que l'objectif,
c'est d'avoir un certain rattrapage avec l'Ontario. C'est sûr qu'avoir une
redevance de développement à 140 000 $ l'unité, c'est... ça fait en sorte que ça freine l'abordabilité. C'est
une des raisons pour laquelle le Québec a une meilleure abordabilité de la propriété, c'est parce qu'il
n'y a pas de redevance de développement. Puis ça a un impact important
sur le marché immobilier, parce que ça fait
en sorte qu'il y a seulement un petit nombre de promoteurs qui ont les reins
assez solides pour construire. Mais,
au Québec, on n'est pas là du tout, du tout, du tout. On est loin de ça. Puis,
dans les 28 règlements au Québec qu'on a analysés, il y en a
seulement une poignée qui imposent des redevances de développement sur le
développement commercial et industriel. Le reste des règlements s'impose
uniquement au résidentiel, on le sait, là.
M. Grandmont : Parfait. Merci.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Donc,
ça, ça serait ma réponse.
• (17 h 30) •
M. Grandmont : Parfait. Bien,
c'est excellent. Sur les mandataires de l'État, là, vous avez parlé d'exemples,
là, qui nous parlaient évidemment beaucoup, là, notamment, sur les plans de...
les plans de déplacement. Dans le fond, ce que j'entends, dans le fond, c'est
qu'en quelque part, pour l'instant, l'État échappe à son rôle, à son devoir
d'exemplarité, en fait, là. Il est lui-même générateur de déplacement, il est
lui-même générateur d'un certain nombre d'externalités,
dans le fond. Et donc les bâtiments qui appartiennent aux différents
mandataires de l'État, aux ministères, devraient être assujettis aux
mêmes règles qu'à peu près tout le monde, dans le fond.
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Oui. Oui, je serais d'accord avec cette affirmation-là. Ça
serait idéal. Ça favoriserait l'adoption des règlements, parce que ça
permettrait une plus grande efficacité parce que, quand on a un... Supposons qu'une municipalité a adopté un règlement sur... qui
impose une redevance sur les grands générateurs de déplacement, puis que c'est
une ville comme Québec, qui est le... Un des plus grands générateurs de
déplacement est le gouvernement. Bien, à quoi ça sert? C'est aussi une iniquité
aussi envers les autres employeurs. Donc, c'est une question, effectivement,
d'exemplarité de l'État.
M. Grandmont : Parfait. Peut-être une dernière question sur les
redevances. Je vais revenir là-dessus, mais quand vous parlez d'une moyenne de 4 000 $, on
comprend que c'est les portes qui sont assujetties à des redevances, là, la
moyenne.
Mme Tremblay-Racicot
(Fanny) : Voilà.
M. Grandmont :
...ne comprend pas les portes qui ne sont pas touchées par des redevances.
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Voilà.
Lorsqu'il y a des redevances de développement, il y a
28 règlements qu'on a analysés, puis
c'était en moyenne 4 000 $
la porte. Puis il faut dire que ça permet de ne pas imposer 666 $
aux résidents actuels. Donc, dans les villes qui ont adopté des redevances de
développement, le montant qui est perçu, ça équivaut à 666 $ la porte pour
les résidents actuels. Donc, on ne perçoit pas auprès des propriétaires
actuels. C'est vraiment les nouveaux résidents qui paient pour la croissance.
M.
Grandmont : Parfait, merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Voilà. Alors, député des Îles-de-la-Madeleine, pour
2 min 38 s.
M. Arseneau :
Oui, merci beaucoup, M. le Président. Merci, Mme Tremblay-Racicot,
pour la présentation et toutes ces idées qui sont stimulantes.
Je vais continuer sur
la question des redevances de développement. Vous avez parlé de l'imposition,
là, pour les deux premiers quintiles, que vous suggérez que ce soit
obligatoire. Qu'en est-il des petites municipalités? Si on regarde la carte du
Québec, tu sais, par exemple, une ville comme Port-Cartier, c'est au... dans le
deuxième quintile, c'est vraisemblablement parce qu'il y a une grosse usine ou
deux qui sont là. Est-ce que ça s'applique quand même pour des régions comme
celle-là ou probablement que...
Mme
Tremblay-Racicot (Fanny) : Il y en a quelques-unes. Si vous regardez
la carte ici, l'indice de vitalité économique, il y en a quelques-unes qui sont
positives dans le Nord.
M. Arseneau :
Bien, en fait, ma question : Est-ce que ça s'applique aussi pour les
petites villes de région ou on parle surtout des milieux densément urbanisés?
Mme Tremblay-Racicot (Fanny) : Honnêtement,
dans ces régions-là, il y a un indice de vitalité économique positif, il
n'y a pas beaucoup de compétition entre les municipalités. Est-ce qu'il y a
énormément de compétition de promoteurs
immobiliers? Il y a très peu de promoteurs que, généralement, qui sont dans ce
marché-là. Il faudrait y réfléchir davantage
parce que... aussi l'avantage du pouvoir général de taxation, pouvoir général
de redevances réglementaires, même les redevances de développement, on
peut prévoir des exclusions. Donc, il faudrait voir comment ça... quelles
conséquences ça pourrait avoir dans des plus petits milieux comme ça.
M. Arseneau :
La présentation du groupe précédent, L'Institut de développement urbain,
là, parlait de l'effet cumulatif, bon, des redevances de développement, et
tout. C'est quoi, votre point de vue, là-dessus, là? Parce que c'est comme si
c'était de trop d'arriver avec des redevances, si j'ai bien compris leur
propos.
Mme
Tremblay-Racicot (Fanny) : Bien, il faut le tenir... il faut le
prendre en compte parce que... c'est sûr, sûr,
sûr qu'il faut en tenir compte quand on adopte des nouveaux règlements qui
imposent des contributions aux promoteurs immobiliers parce que c'est la
même assiette. Quand on pense à des redevances de transport et des redevances
de développement, bien, il faut que les
taux... il faut voir, il faut prendre en compte, en considération que ça va
être cumulatif, là. Donc, effectivement, c'est important de tenir compte
de ces... de l'effet cumulatif des différentes perceptions.
M. Arseneau :
Et ce n'est pas ici, au législateur, d'en tenir compte, mais bien au
pouvoir municipal?
Mme
Tremblay-Racicot (Fanny) : Oui, parce que certaines... chaque
municipalité a un contexte particulier, là, puis je pense que les élus sont
très à même de juger de l'acceptabilité sociale de ces mesures-là, là.
M. Arseneau :
Si j'ai encore quelques secondes...
Le Président (M.
Schneeberger) : 10 secondes.
M. Arseneau :
Sur la question des logements vacants, quand il a été question du crédit de
taxes sur les successions, est-ce que vous
avez un point de vue là-dessus, là, ou sur ce qui se passe ailleurs, en
Ontario, par exemple? Est-ce que c'est...
Mme
Tremblay-Racicot (Fanny) : Je n'ai pas de point de vue là-dessus.
M. Arseneau :
D'accord. Merci.
Mme
Tremblay-Racicot (Fanny) : Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va? Merci beaucoup. Alors, très instructif.
Alors, nous allons
suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à
17 h 35)
(Reprise à 17 h 40)
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, nous reprenons les travaux. Alors, nous
accueillons maintenant les deux personnes...
deux membres de Vivre en ville. Alors, je vous invite à vous présenter, et, par
la suite, vous procéderez à votre allocution au niveau de votre mémoire.
Allez-y.
Vivre en ville
M. Savard
(Christian) : Merci beaucoup. Mon nom est Christian Savard, directeur
général de Vivre en ville. Je suis accompagné d'Émile Perreault, coordonnateur
aux affaires publiques chez nous. Merci à la commission de nous recevoir dans
le cadre de ce projet de loi quand même important sur la fiscalité municipale.
De m manière
générale, l'esprit de notre intervention, comme le dit le titre de notre
mémoire, vise à préparer l'avenir vers un nouveau régime fiscal et considère
que les propositions contenues dans le projet de loi sont un premier pas.
Donc, de manière
générale, Vivre en ville accueille favorablement le projet de loi, considère
qu'on donne des moyens intéressants aux villes pour diversifier leurs approches
en matière de fiscalité, mais on considère qu'il s'agit d'un premier pas vers
une nécessaire réforme de la fiscalité municipale plus profonde, qui va donner
davantage de revenus aux villes... bon, on le sait, qu'il y a des enjeux de ce
côté-là, mais qui va également donner une destination, des orientations plus claires sur le type de développement urbain qu'on
veut avoir pour le Québec, parce que le... donc, dans notre projet de
loi... dans notre projet de loi... désolé, dans notre mémoire — on
est en novembre, on est tous un peu fatigués — dans notre mémoire, on
propose des ajustements, éventuellement, au projet de loi, mais on propose, et
c'est notre recommandation n° 1, d'adopter le projet de loi, mais
également de démarrer un chantier plus profond en matière de fiscalité, et on
pense que... parce qu'on pense qu'il y a eu des choses qui ont été faites dans
le passé. Je pense notamment aux redevances de développement. Il y a le pouvoir
qui a été donné en 2016... et qu'on voit déjà peut-être certaines dérives ou
des utilisations pas optimales. D'ailleurs, la ministre, dans le projet de loi,
se donne le pouvoir de peut-être remettre en question certaines de ces
redevances de développement là.
Donc,
nous, on croit qu'il faudrait, de manière générale, que les nouveaux pouvoirs
fiscaux, que ça soit ceux-ci... on pourrait peut-être penser à des
ajustements au projet de loi actuel ou dans un chantier plus profond dans le
futur... soient assujetti à quatre principes : assurer l'équilibre des
finances publiques à long terme, autant du gouvernement du Québec que des municipalités; assurer l'équité, notamment en
internalisant, donc, le troisième principe, les coûts du développement urbain. Et je pourrais peut-être
revenir sur certains exemples de comment les redevances de développement
sont utilisées actuellement et ne respectent
pas toujours les principes d'équité et d'internalisation des coûts, ce qui
fait en sorte que certains types de développement sont davantage pénalisés.
C'est le cas, d'ailleurs, aussi pour les catégories d'usage résidentiel,
actuellement... et de, dernier principe, favoriser l'émergence de collectivités
viables, et c'est probablement une des faiblesses du projet de loi actuel.
De manière générale,
Vivre en ville a toujours trouvé que le régime fiscal ne donnait pas assez de
flexibilité aux villes. Les taux uniques
imposés de manière systématique... et le projet de loi vient ouvrir, justement,
avec une taxation par secteur, avec une taxation par un certain nombre
de sous-catégories de bâtiments résidentiels. Donc, le projet de loi donne des
moyens, mais ne donne pas la destination. On ne sait pas... donc, on pourrait,
comme on dit, on pourrait faire... les
villes pourraient faire la bonne chose qui va avoir les plus grands cobénéfices
pour la collectivité et la société,
mais les villes pourraient faire aussi la mauvaise chose, et on pense qu'il va
falloir davantage un certain nombre de balises en matière... pour ces nouveaux pouvoirs là, avec une certaine
flexibilité aux villes, pour savoir jusqu'où ils veulent aller.
Donc, je pense que,
là, actuellement, on donne des nouveaux moyens qui répondent à certaines
demandes traditionnelles des villes, mais il y a certaines balises qui n'existent
pas. Par exemple, on pourrait décider que, si on veut favoriser la construction de logements à but non lucratif, bien,
ils pourraient ne pas être assujettis aux redevances de développement.
Les secteurs en revitalisation, consolidation, les secteurs centraux qui ont
des forts bénéfices environnementaux ne
pourraient pas être assujettis aux redevances ou à certaines catégories de
taxation qui feraient en sorte qu'ils seraient plus taxés. Et
actuellement, et peut-être qu'en période de questions j'aurai l'occasion d'y
revenir, là, mais on en a des exemples où on ne va pas... l'application des
mesures par les villes ne va pas dans le bon sens.
Donc, pour certaines
recommandations spécifiques, je passe la parole à Émile Perreault.
M.
Perreault (Émile) : Merci, Christian. Je veux attirer votre attention
sur certaines de nos recommandations plus
spécifiques. La première, c'est d'adopter la disposition qui enchâsse dans la
loi le versement annuel aux municipalités des
revenus tirés de la croissance d'un point de TVQ. C'est une mesure qu'on tient
à saluer. C'est une mesure aussi qui va
permettre de diversifier, de protéger les sources de revenus des municipalités.
Dans la mesure où les municipalités ont besoin d'un soutien financier
structurel et non seulement ponctuel, ce transfert sera une contribution
substantielle et récurrente du gouvernement au financement des services et des
infrastructures municipales, et c'est la raison pour laquelle nous recommandons
que cette mesure soit adoptée.
La deuxième recommandation, c'est d'adopter un
taux maximal de 5 % pour assurer l'efficacité de la taxe sur un immeuble
comportant un logement vacant ou sous-utilisé. L'urgence réelle de la crise de
l'habitation requiert des mesures fortes, puis même si c'est une mesure que
nous saluons, celle que le gouvernement souhaite mettre de l'avant, c'est-à-dire de permettre aux
municipalités d'imposer une taxe sur les immeubles comportant des logements
vacants ou sous-utilisés, qui est une mesure nécessaire, selon nous, on se
questionne quand même sur la pertinence de délimiter ce seuil-là en le
plafonnant à 1 %. C'est possible dans certaines régions où la crise de
l'habitation est plus grave qu'ailleurs, où une taxe sur les logements vacants
est plus nécessaire qu'ailleurs, qu'une taxe de 1 % soit, dans les faits,
insuffisante. C'est pourquoi on encourage le législateur à augmenter le seuil
maximal de la taxe sur un immeuble comportant un logement vacant ou
sous-utilisé.
Et enfin, la troisième recommandation sur
laquelle je souhaite attirer votre attention, c'est de protéger les moyens d'action et les finances des municipalités
en codifiant le principe selon lequel l'exercice, par une municipalité,
des pouvoirs d'urbanisme, notamment lorsqu'ils sont exercés à des fins de
protection de milieux naturels d'intérêt, de
boisés et de corridors écologiques identifiés, ne peut donner lieu à une
indemnisation. Comme le gouvernement, les villes et de nombreux
observateurs, Vivre en ville considère que le concept d'expropriation déguisée
demeure une menace importante pour les
finances municipales et pour l'exercice des pouvoirs municipaux. La capacité
des municipalités à exercer certains pouvoirs a été sévèrement limitée,
au cours des dernières années, par certaines interprétations des tribunaux qui
vont à l'encontre de l'intention du législateur. Ces décisions ont eu pour
effet d'exiger que l'exercice de certains pouvoirs municipaux, en matière de
zonage notamment, puisse donner lieu à une indemnisation comme s'il s'agissait
d'une expropriation.
Le gouvernement a reconnu ce problème et a
indiqué son intention de le régler, mais ailleurs que dans le cadre du projet
de loi n° 22, Loi concernant l'expropriation. Le projet de loi n° 39
représente donc, à notre avis, une belle occasion à saisir pour régler ce
problème-là. L'exercice légitime par les municipalités des pouvoirs prévus dans
la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme ou dans la Loi sur le patrimoine
culturel doit être protégé, et c'est donc un principe qui devrait être enchâssé
dans la loi. Merci.
M. Savard (Christian) : Donc, pour
conclure, bien, effectivement, notre dernière recommandation vise en quelque
part à profiter du projet de loi actuel pour terminer le travail du projet de
loi n° 22. C'est un peu particulier, mais il reste... je pense qu'il y a
un peu urgence d'agir.
Je terminerai également en soulignant que,
lorsqu'on parle de taxation, lorsqu'on parle de redevances de développement, il faut être conscient qu'il faut
qu'il y ait une certaine cohérence dans qu'est-ce qui coûte cher,
qu'est-ce qui coûte moins cher, et pas
qu'est-ce qui est plus facile à taxer versus, uniquement, qu'est-ce qui est
moins facile à taxer.
À titre d'exemple, la loi actuelle permet de
taxer davantage les bâtiments de six logements et plus possédés par quelqu'un
qui loue. Un des problèmes de cette approche-là, c'est que, bien, actuellement,
c'est des... les villes un peu prises à la gorge ont tendance à taxer plus ça,
parce que, bien, il y a moins de propriétaires, il y a moins de gens qui
votent, mais, à la fin, c'est des locataires qui, par la bande, par leur loyer,
paient cette taxation-là différenciée.
Donc, je crois qu'il va falloir que le Québec se
dote éventuellement de balises pour ce type de taxation là, qui feraient en
sorte que, finalement, ceux pour qui ça coûte le plus cher... Puis j'attirerais
votre attention sur le schéma de la page 12, là, qui démontre que ce n'est
pas tous les types de développement qui coûtent aussi cher à la société et qu'il
faut considérer, là, lors de nos interventions fiscales sur le milieu
municipal... Donc, je vous remercie.
• (17 h 50) •
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons maintenant passer à la période de questions,
échange. Alors, Mme la ministre, la parole est à vous.
Mme Laforest : Oui. Bien, alors, je
suis quand même contente, parce que, quand j'ai lu votre mémoire... évidemment,
je sais que, dans le projet de loi, il y a quand même plusieurs mesures qui se
retrouvent, donc vous ne serez pas déçus. Puis je voyais, quand vous... c'était
mentionné, c'est un bon début.
Une voix : ...
Mme
Laforest : Mais vous allez
voir qu'on va quand même très, très loin. Donc, la recommandation
«adopter la disposition qui enchâsse dans la loi», ça, c'était prévu aussi avec
les municipalités, on va essayer de faire... La recommandation 3 qui était
«modifier le projet de loi pour les taux sectoriels», ça, on essaie de le faire
aussi.
La
recommandation 4, modalités fiscales avantageuses pour certaines
catégories d'immeubles, on essaie d'y voir aussi, puis là je peux le
mentionner, on a tous le même projet de loi.
La recommandation 5 et 6, par contre, je
vous le dis tout de suite, ça, c'est dans un règlement. Donc, c'est certain,
quand on parle d'un projet de loi, il va falloir le modifier dans un règlement,
donc, et la sixième... la 5, la recommandation 6 aussi.
La
recommandation 7, en fait, là, si je comprends bien, vous dites :
Adopter un taux maximal de 5 %. C'est sûr que 5 %... Tantôt, on donnait l'exemple d'un immeuble de 400 000 $, ça donnait 1 %, 4 000 $ d'obligation de paiement du logement vacant. Ça veut dire que, là, ça coûterait 20 000 $ du logement
vacant. C'est sûr que c'est très... c'est énorme, là. On va regarder cette
proposition-là, mais je vous dis tout de suite que 5 %, c'est quand même
énorme.
Puis l'autre chose
aussi, qui était la recommandation 8, préciser, au besoin, que la taxe sur
les immeubles... de logements vacants sous-utilisés s'applique sur des
immeubles faisant l'objet d'un avis de détérioration, même si un ordre
d'évacuation... Là, c'est sûr que le logement, à ce moment-ci, n'est pas
habité, mais on va regarder si, à ce moment-là, on peut faire quelque chose.
Il y a la
recommandation 9 dans le projet de loi n° 31, ça
relève aussi de ma collègue à l'Habitation, puis la 10e, protéger les
moyens d'action et des finances des municipalités, en codifiant le principe sur
lequel l'exercice, par une municipalité, des pouvoirs d'urbanisme, notamment
lorsqu'ils sont exercés à des fins de protection de milieux naturels d'intérêt,
de boisés et de corridors écologiques, bien, en toute honnêteté, il va falloir
que je discute avec mes collègues pour avoir
cette disposition-là, si on travaille cette disposition-là. Évidemment, on va
le décider tous ensemble.
Alors, c'est rapide
pour moi, mais je vais passer tout de suite vos recommandations... puis, pour
terminer, en disant : Je crois que vous
ne serez pas déçu, à ce moment-là, de notre projet de loi. Alors, je laisse la
parole à mes collègues.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant du
côté... Il n'y avait pas d'autre question du côté gouvernemental? Non? Parfait.
Alors, nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. Alors,
députée de Mille-Îles, la parole est à vous.
Mme Dufour : Merci.
Ça vient plus tôt que prévu. Écoutez, je suis en train de finaliser la lecture
de votre mémoire, mais je vais aller sur un élément que j'avais sous les yeux,
où vous parlez que... parce que vous parlez des redevances pour le
développement de transport en commun, et là vous dites : C'est à se
demander si une redevance ne devrait pas... une telle redevance ne devrait pas
être appliquée pour les nouvelles infrastructures autoroutières, et je trouve
ça intéressant. Je voudrais vous entendre davantage à ce sujet-là.
M. Savard
(Christian) : De manière générale, puis c'est l'exemple du REM, une
des raisons... une des manières qu'on a...
une des choses qu'on a faites pour financer le REM, c'est d'instaurer une
redevance de développement aux... sur les édifices qui sont situés à
côté du REM, en disant : Bien, il y a une plus-value parce que tu es à
côté du REM, l'État va capter une partie de cette plus-value-là pour financer
le REM.
A priori, on peut
penser que c'est une bonne idée, mais, selon nous, il y a comme quelque chose
comme un deux poids, deux mesures. Bien,
d'abord, s'il y a du développement aux abords du transport en commun, on trouve
que c'est une bonne chose. Et là ce que l'État a fait, c'est qu'on lui a donné
une taxe supplémentaire. Donc, construire une
unité de condos à côté du REM à Brossard a une taxe supplémentaire que de
construire une... puis là je ne nommerai pas de ville pour ne pas faire... pointer personne, mais de construire
une unité de condos sur le bord d'une autoroute à la périphérie de Montréal, et là il n'y a pas de
taxation. Et donc il y a comme, là, dans les redevances de
développement, une adéquation. Puis on voulait donner cet exemple-là entre
qu'est-ce qu'on permet... puis, des fois, on taxe la vertu et on taxe moins ce
qu'on veut moins.
Si je peux me
permettre, je vais donner un autre exemple. Beaucoup de villes ont utilisé la
redevance sur le développement, et ils l'ont utilisée de manière uniforme, et
fait en sorte que c'est 15 000 $
la porte peu importe tu es où dans la ville,
peu importe quel type d'unité d'habitation que c'est. Mais la vérité, c'est,
dans un bâtiment plus dense, tu utilises moins de rues, tu utilises
moins d'aqueducs, tu utilises moins de services. C'est un peu ce que le schéma
de la page 12 dit. Et actuellement,
bien, les villes, c'est 15 000 $
la porte. Donc, il y a comme... toi, comme comme personne qui achète ou qui construit, dans le fond, tu vas
utiliser moins de ressources des pouvoirs publics, que ça soit les
pouvoirs publics supérieurs ou de la ville, mais tu paies aussi cher ta
redevance que si c'est dans un endroit qui coûte plus cher, qui prend plus
d'infrastructures.
Donc, c'est pour ça
que, si on est relativement d'accord sur les ouvertures qu'il y a sur le projet
de loi, on pense qu'éventuellement, là, et je ne suis pas sûr qu'on va pouvoir
tout régler dans ce projet de loi là, il va falloir aller plus loin et pousser plus loin notre réflexion. Et c'est ça que je
comprends aussi, d'ailleurs, sur certains pouvoirs que s'est donnés la
ministre sur peut-être qu'il y a des redevances qui se passent, dans des
villes, qu'on ne veut pas, et éventuellement je crois qu'il va falloir une
réforme fiscale plus profonde qui va venir donner plus de sens à la fiscalité
municipale. Voilà.
C'est bon? Excusez.
Mme Dufour : Merci.
D'ailleurs, peut-être que vous l'avez mentionné, là, la page 12, il est
fort pertinent, là, le graphique que vous présentez, il y a eu... puis là vous
mentionnez que ce serait intéressant de pouvoir taxer, bien, les secteurs, mais
vous parliez, vous, de secteurs moins denses, plus denses.
M. Savard
(Christian) : Oui, oui, oui.
Mme Dufour : Et
ce que je comprends, c'est que le projet de loi pourrait permettre de faire ça.
M. Savard
(Christian) : Tout à fait.
Mme Dufour : Mais
faudrait-il encore qu'une municipalité souhaite le faire de cette façon-là.
M. Savard (Christian) : C'est ça.
Mme
Dufour : Ou, tu sais... puis, à l'intérieur d'un secteur,
il pourrait y avoir différents types de densité aussi. Donc, peut-être
que ça ne se verrait pas finalement.
Mais il y a eu plusieurs propositions, ce matin
et cet après-midi, de le faire peut-être sur la valeur des propriétés, et ça, c'était un autre aspect, là,
qui soulevait... Puis, tu sais, on pourrait penser que, de façon générale,
des propriétés unifamiliales avec des grands
terrains vont valoir plus que, par exemple, des condos tout empilés, et tout
ça, là.
M. Savard (Christian) : Oui.
Mme Dufour : Ça fait que je ne sais
pas ce que vous en pensez, de cette option-là, d'y aller aussi sur la valeur plutôt...
M. Savard
(Christian) : J'aurais tendance... qu'il va falloir... La petite
histoire, là, des redevances de développement, au Québec, là, ça a
débuté à Gatineau, qui a voulu imposer des redevances de développement parce
que sa voisine, Ottawa, le faisait, puis elle se disait : Bien, j'ai de
l'espace fiscal, moi, pour le faire. Et quand elle l'a fait, bien, son intention, c'était de... bien, si je construis des
nouveaux développements en «greenfield» — excusez-moi,
c'est l'expression qu'on utilise — en
terrain vierge, en périphérie, j'ai des coûts d'infrastructure supplémentaires
que je voudrais pouvoir absorber à travers les redevances de
développement, mais mon centre-ville, lui, toutes les infrastructures sont déjà
présentes. Donc, la ville de Gatineau avait
décidé qu'il n'y avait pas de redevances de développement à ces endroits-là.
Donc, c'était ça... c'est ça, la logique, et
éventuellement c'est la logique qu'il va falloir, selon moi... arriver au Québec. Et ce que je veux dire, sur la valeur,
c'est que ça peut faire en sorte que j'ai une valeur élevée parce que je
suis bien positionné dans une ville, mais que mes coûts sont nuls, parce que
c'est... les infrastructures sont déjà toutes présentes. Donc, ça pourrait
renforcer, finalement... le comportement qu'on souhaite, ça pourrait le
décourager, là.
Mme Dufour : Là, je ne parlais pas
de redevances de développement, là, je parlais des taux...
M. Savard (Christian) : Vous parlez
plus de taxation.
Mme Dufour : C'est ça, les taux de
taxation différenciée.
M. Savard (Christian) : Parfait.
Mme Dufour : C'était plutôt de ça,
là, que...
• (18 heures) •
M. Savard
(Christian) : Tout à... Oui, oui, on pourrait penser à quelque
chose du genre, mais ça aurait quand même l'effet. Les redevances et les
deux... La redevance, c'est lors de la construction, hein, puis tandis que
l'autre, c'est récurrent, année après année, ça fait que ça peut aussi avoir le
même effet.
Je réitère qu'actuellement les villes taxent
plus, grosso modo, les immeubles locatifs de plus de six loyers parce que la loi
leur permet puis parce que c'est comme un endroit facile à taxer, mais qu'en
quelque part, tu sais, les propriétaires, là, ça, c'est un frais qu'ils peuvent
mettre à l'augmentation de loyer, là. Donc, il y a comme là quelque chose qui est comme un règlement un peu
antidensité, par exemple, dans ce cas-ci. Et là on peut voir qu'est-ce que
ça va donner dans la prochaine année, dans les deux prochaines années, mais
moi, j'ai peur à un mouvement qui ne va peut-être pas amener... faire des
collectivités plus durables, mais plutôt taxer là où est-ce que c'est facile,
sans avoir des impacts positifs sur le type de développement qu'on fait. Mais,
de manière générale, d'y aller avec des taux différenciés nous apparaît
intéressant, mais il faudrait avoir plus de balises pour donner davantage de
direction, une destination vers laquelle on veut aller.
Mme Dufour : Merci. Je vais laisser
la parole à la députée de La Pinière.
Le Président (M. Schneeberger) : Allez-y.
Mme
Caron : Merci. Alors, si je reviens à votre recommandation
n° 5 où vous parlez... bon, Mme la ministre a dit que ce serait
plutôt dans un règlement que ça serait abordé. Mais, quand vous parlez
d'exclusion pour exempter les centres-villes et les coeurs de villages, est-ce
que vous parlez dans les grandes villes également ou bien dans les plus petites
municipalités?
M. Savard (Christian) : Ça
peut... dans tout type de municipalité.
Mme Caron : Dans tout type de
municipalité.
M. Savard
(Christian) : Dans tout type de municipalité, également... bien, tout
simplement parce que c'est des milieux qui ont des défis particuliers. Et on
est revenus à l'esprit de Gatineau, qui était précurseur, qui avait fait ça. Éventuellement, il pourrait y avoir un autre procédé
à travers des zones que la ville se veut de consolider, tu sais, puis que, si on veut la consolider, bien, elle doit
avoir un taux de taxation ou de redevances, là... pour moi, c'est deux
choses semblables, c'est deux choses concomitantes, mais également, là, pour le
logement à but non lucratif qu'on veut multiplier puis
qu'on sait que les chiffriers Excel ont de la difficulté à arriver en raison du
financement plus difficile. Ça serait une
manière d'accélérer aussi ce type de... d'habitation là, qui a pris un fort
retard, dans les dernières années, au Québec et qu'on tente, là... puis
il y a quand même eu des sommes intéressantes lors de la mise à jour
économique, qu'on tente de relancer, là, pour faire face, en partie, à la crise
de l'habitation.
Mme Caron : OK. Parce que, je pense,
par exemple... bon, tantôt, vous n'avez pas voulu nommer de ville, mais
vous aviez nommé Brossard juste avant, dans le secteur du REM, actuellement,
là, où c'est une ville dans la ville, comme je disais à un groupe un petit peu
plus tôt, avec le développement... on parle de milliers d'unités puis on parle d'un quadrilatère de là où la ville a dû donner un
terrain assez grand au centre de services scolaire pour la construction
d'une école primaire et, un petit peu plus tard, d'une école secondaire qui
sera rattachée, bref.
Mais
il y a un autre secteur auprès de la... d'une autre station du REM, Panama, où
il y aura un développement immobilier
qui est prévu, qui n'est pas... ce n'est pas actuellement un centre-ville,
mais, dans la vision de la ville, de ce que j'en connais, ça va... c'est appelé à devenir le centre-ville, donc.
Alors, le centre-ville... Disons que cette exclusion-là ne pourrait pas
s'appliquer au moment où le développement se fait, mais après ce serait un
centre-ville, alors...
M. Savard
(Christian) : ...on pourrait le décider ou il pourrait y avoir des
orientations qui soient données. Et je...
sur la mécanique, comment y arriver, avec le délai qu'on a eu pour la
commission, je n'ai pas 100 % des réponses à donner. Ça arrive
qu'on a beaucoup de réponses, à Vivre en ville. Dans ce cadre-ci, on se laisse
un peu de marge de manoeuvre, mais oui, il faudrait donner signal. Et, si je
peux me permettre, je vais donner l'exemple de...
Le Président (M. Schneeberger) :
...donnez-moi juste un instant...
M. Savard
(Christian) : Oui, excusez.
Le Président (M.
Schneeberger) : ...parce que le temps est terminé.
M. Savard
(Christian) : Excusez-moi.
Le Président (M.
Schneeberger) : Par contre, il y a eu des discussions, puis, du côté
ministériel, ils vous alloueraient un
10 minutes de temps supplémentaire qu'ils n'ont pas pris, alors, qui va
être réparti sur les trois groupes
d'opposition. Alors, j'ai besoin du consentement pour ça. Alors, j'imagine que
vous allez consentir certainement, mais j'ai besoin d'en faire la... en
tout cas, là, pas la motion, mais, en tout cas, de le dire. Alors, vous avez un
6 min 18 s, 2 min 6 s pour le député de
Taschereau et 1 min 36 s pour le député des Îles.
Mme Caron :
Donc, bref, on peut... c'est à moduler en fonction des cas, parce qu'il
peut y avoir des cas particuliers où...
M. Savard (Christian) : Je
vais... Je suis... J'ai donné l'exemple de Brossard parce que je suis de la
Rive-Sud de Montréal, je suis né
là-bas, même si maintenant j'habite majoritairement à Québec. Vous savez, il y
a du développement autour des Promenades St-Bruno, puis la ville de
Saint-Bruno veut développer. Il n'y a pas de station de REM. C'est... va être un développement probablement axé
autour de l'auto, qui est axé aussi autour de la 30. Mais pourquoi, eux,
qui vont se développer là grâce à la 30, il n'y a pas de redevance de
développement à payer, mais que Brossard, qui va avoir un développement axé
autour du transport en commun, bien, il y a des redevances de développement?
Il y a comme là
quelque chose qu'il faut... qu'il faut pousser la réflexion au Québec sur notre
fiscalité pour faire en sorte que ça soit... L'écofiscalité, c'est encourager
les bons comportements, que ça soit des comportements individuels ou
corporatifs, encourager les bons... ou municipals, encourager les bons
comportements et décourager les moins bons, sans obligatoirement les interdire,
avoir une certaine régulation économique par rapport à ça, et le régime actuel
ne le permet pas. Le régime proposé, là, va pouvoir le permettre pour ceux qui
vont vouloir jouer le jeu, mais ceux qui ne voudront pas jouer le jeu ou qui
vont essayer de pousser un peu là où ce que ça va être plus facile ou... il n'y a pas vraiment de balise. Et
ce bout-là, on pense qu'il nous faut une bonne réflexion par rapport à
ça. On est quand même favorables au projet de loi pour commencer, mais je pense
qu'il va nous falloir un grand tour de roue collectif pour aller plus loin et
arriver à un régime fiscal qui va nous amener dans la bonne direction.
Mme Caron :
D'accord. Maintenant, pour la recommandation 7, où vous parlez d'un
taux maximal de 5 % plutôt que le 1 % pour les logements vacants, la
Pre Tremblay, qui a fait une présentation avant vous, nous proposait plutôt un
maximum de 3 % mais qui serait appliqué progressivement, par exemple,
peut-être un 0,5 % la première année, ensuite 1 % la deuxième année
ou... bon, peu importe la temporalité, mais qui permet aux promoteurs d'avoir une prévisibilité aussi sur... pas aux promoteurs,
mais aux propriétaires de logements vacants d'avoir une prévisibilité.
Est-ce que c'est quelque chose que vous verrez d'un bon oeil aussi?
M. Savard
(Christian) : C'est une approche qui pourrait s'avérer, effectivement,
intéressante. C'est sûr que nous, on... c'est un peu un électrochoc qu'on
propose, parce qu'on considère que... tu sais, que d'avoir des locaux vacants,
en 2023, pendant qu'on est en crise de l'habitation... c'est parce qu'il y en
a, des gens, qui s'assoient dessus, pour différentes raisons. Ça fait
qu'effectivement le taux qu'on propose est un peu un électrochoc, mais, s'il
arrivait une solution, peut-être, mitoyenne, ça pourrait être aussi intéressant.
C'est intéressant à considérer, effectivement.
Mme
Caron : Merci. Je vais...
Le Président (M.
Schneeberger) : ...
Mme Dufour : Oui.
Merci, M. le Président. Je vais peut-être profiter des minutes qui me restent
pour vous entendre davantage sur la façon,
disons, administrative d'être capable de recenser les logements vacants. Il y a
plusieurs... On a entendu d'autres municipalités qui semblaient voir ça quand
même pas évident, là. Tu sais, la mesure est intéressante,
mais comment l'appliquer, ça, c'est moins évident. Même que la Fédération québécoise des municipalités
nous a carrément dit qu'ils n'avaient pas les moyens, là, de faire ça, là, les
petites municipalités. Donc, j'aimerais vous entendre, parce que vous faites
une proposition, là, dans votre mémoire, ça fait que, peut-être, vous pourriez
nous en parler davantage.
M. Savard
(Christian) : C'est un défi. Il faut voir aussi si tout le monde va
vouloir l'utiliser ou pas, là, il y a ça aussi éventuellement comme option,
mais je ne crois pas qu'on puisse faire... Puis, à la limite, si on a des
idées, on vous les transmettra avec grand plaisir. On a une équipe en
habitation à Vivre en ville qui pourrait aussi... pourrait vous revenir avec
une réponse plus précise. Mais il faut trouver des moyens... et je pense que
c'est une demande aussi de beaucoup de villes, là, il faut trouver des moyens
de remettre sur le marché, le plus rapidement possible, tous les espaces qu'on
a besoin. C'est ça, le grand défi de la crise de l'habitation, le déficit de
logements qu'on a. Donc, il faut agir. Et ce n'est pas parce qu'une mesure est
imparfaite ou pas applicable à 100 % à tout le monde qu'il ne faut pas...
qu'il ne faut pas l'adopter dans ce cadre-ci, je pense.
Mme Dufour : ...excusez-moi,
vous parlez dans votre mémoire, dans le fond, du relevé 31. Je comprends,
c'est à peu près la même chose pour le registre des loyers, là, j'avais vu ça
aussi dans le 31.
M. Savard
(Christian) : Oui, tout à fait.
Mme
Dufour : Donc, peut-être...
et, c'est ça, comment vous voyez ça? Ce serait l'ensemble des
contribuables qui auraient à remplir ce document-là, à ce moment-là?
M. Perreault
(Émile) : Oui, c'est ça, on peut... je peux y aller sur le
relevé 31. On n'est pas rentré dans la mécanique exacte de quel, par
exemple, champ pourrait être inclus au relevé 31 pour aller chercher
l'information nécessaire, mais on a fait le constat, puis on n'est pas la seule
organisation à faire ce constat-là, il nous manque des données sur la situation du logement au Québec. On dépend
essentiellement de données qui sont issues de statistiques fédérales, la
SCHL. C'est des données qui sont... qui ne sont pas parfaites, qui sont
incomplètes. Et, en intégrant, par exemple,
au relevé 31 des champs qui nous permettraient d'aller chercher cette
information-là à la source directement, qui serait gérée par le
gouvernement du Québec mais mise à la disposition, par la suite, pour les
municipalités, en données ouvertes, bien, ça permettrait d'avoir un portrait de
la situation peut-être un peu plus exact que ce qu'on a actuellement, surtout
que, les duplex, les triplex, on n'a pas d'information sur ce type de logements
là actuellement, puis, dans les centres urbains, au Québec, en grande partie,
ce sont des immeubles qui font partie du portrait.
• (18 h 10) •
Mme Dufour : OK.
Puis vous parlez...
Le Président (M.
Schneeberger) : On n'a plus...
Mme Dufour : Est-ce
que mon temps est terminé?
Le Président (M.
Schneeberger) : C'est pas mal fini.
Mme Dufour :
OK. Parfait. Bien, merci beaucoup.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, merci beaucoup. Alors, nous allons maintenant
du côté de député de Taschereau.
M.
Grandmont : Pour combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Schneeberger) : Pour un 5 min 34 s.
M.
Grandmont : 5 min 34 s. Merci beaucoup, M. le
Président. M. Savard, M. Perreault, merci beaucoup pour votre présence. Merci pour votre mémoire très
étoffé, considérant le peu de temps que vous avez eu pour le rédiger.
Donc, merci pour votre contribution.
Première
question, j'aurais... je vous poserais la question assez largement, là. Est-ce
que le régime fiscal actuel et ce qui
est proposé dans le PL n° 22 actuellement favorisent l'étalement urbain au
Québec? Je veux dire, actuellement, là, ce qu'on a sur la table, et le
projet de loi...
M. Savard
(Christian) :
Qu'est-ce qui est sur... Le
régime fiscal actuel ne permet pas, effectivement, d'internaliser les coûts
de notre développement urbain, notamment le développement urbain en mode
étalement en périphérie. Donc, en quelque sorte, notre régime fiscal a tendance
à subventionner l'étalement urbain en n'attachant pas tous les coûts liés à ce développement-là à la taxation ou au régime
fiscal. Donc, c'est un enjeu important, au Québec, de notre régime
fiscal.
Le projet de loi actuel pourrait ou ne pourrait
pas s'attaquer à cette situation-là de manière... et donc ça va être à chaque ville... les villes vont pouvoir
maintenant prendre action, mais certaines pourraient ne pas le faire, et
certaines pourraient même empirer la situation, et certaines pourraient
aller... finalement, améliorer la situation. Donc, c'est comme si on avait fait
le bon premier pas en commençant à réfléchir à une approche par secteurs, une
approche par catégories d'immeubles mais
qu'il n'y a pas de... on ne sait pas la destination qu'on veut atteindre, d'où
certains ajustements qu'on propose.
Et on propose
même qu'à terme... éventuellement, là, je pense qu'il faut regarder que la
question des redevances de développement soit davantage gérée à
l'échelle nationale, à l'échelle du Québec, pour avoir un éventuel outil de
redistribution entre les secteurs à consolider, qui redemandent parfois des
investissements publics, versus les développements qui se font en mode
d'étalement, qui coûtent de l'argent. Donc, il pourrait y avoir éventuellement
un genre de péréquation municipale. Je pense que c'est un chantier qu'on a à
ouvrir.
Mais donc, pour répondre... finir la réponse,
oui, le régime pousse à l'étalement actuellement, et le projet de loi ne pousse
pas mais ne... peut même permettre d'aller dans le sens... dans le bon sens
mais pourrait aussi maintenir la situation actuelle puis l'empirer s'il y a des
mauvais joueurs.
M. Grandmont : Est-ce que vous
pensez qu'une forme de compétition entre municipalités peut s'installer et que,
finalement, on n'utilise pas les outils qui sont mis de l'avant par le projet
de loi... puis, justement, aller dans le sens de poursuivre l'étalement urbain,
là?
M. Savard (Christian) : C'est tout à
fait ça, et on pense que les villes doivent avoir une certaine marge de
manoeuvre pour leurs réalités propres. Mais, par exemple, on pense que, les
redevances de développement, ça va être difficile d'aller au bout de cet outil-là
en raison de la compétition entre les villes, parce que, si la bonne chose à
faire, c'est x, pour internaliser les coûts de développement, pour être moins
incitatif à l'étalement, pour qu'il y ait un coût, par exemple, à
l'artificialisation des sols, à, donc, construire sur des milieux naturels, par
exemple, si l'autre... la voisine ne le fait pas, l'autre ville ne fera pas,
parce qu'elle dit : Ils vont tous partir dans l'autre ville.
Donc, c'est clair pour moi qu'on ne va pas au
bout de nos outils fiscaux à travers le régime actuel et que, particulièrement pour les redevances de
développement, une approche nationale serait probablement... aurait
probablement plus d'impact positif que l'approche à la pièce.
M.
Grandmont : Sur les expropriations... pas déguisées, les...
pardon, les redevances de développement, vous dites : Il faudrait
exclure les centres-villes, il faudrait exclure les coeurs villageois. Je
comprends de votre schéma, là, à la page 12, où vous voulez aller.
Vraiment une
question pratico-pratique, là, puis j'essaie de me mettre dans la peau de la
ministre, là : Comment on... Quel chemin on prend pour rétablir la
bonne... tu sais, le bon mode de taxation par secteurs, alors que tout le monde
se sent accoté, on est dans une situation où les hypothèques ont monté? Ça fait
que, bref, comment on réussit à rééquilibrer ça, là? Est-ce qu'on le fait de
façon progressive avec les nouvelles constructions, par exemple?
M. Savard
(Christian) : Bien, c'est... Vous savez, à titre d'exemple... puis
là c'est une question quand même
assez profonde. Ce n'est pas pour rien qu'on propose un chantier. Puis on
trouve que, dans le projet de loi, il y a les premiers outils. C'est
juste, comme on le dit... on ne leur donne pas la destination, donc on pourrait
faire à peu près n'importe quoi. Mais, lorsqu'on fait des changements de
taxation, ce qui est important, là, c'est... si, à un moment donné, on dit : Bien, ça, là, les gens ne
payaient pas le juste coût, bien, pour y arriver, effectivement, c'est, sur les
nouvelles constructions, toujours plus facile. Lorsqu'il y a eu les fusions
municipales, on a ajusté des taux de taxation puis on l'a fait sur 15 ans.
Éventuellement, lorsque viendra le temps, ça pourra être une manière d'y
arriver.
M. Grandmont : Merci encore pour
votre présentation.
M. Savard (Christian) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons maintenant du côté des Îles-de-la-Madeleine. À vous.
M. Arseneau : Oui. Merci beaucoup,
MM. Savard et Perreault, pour la présentation et le riche mémoire. Je vais
aussi aborder la question des redevances de développement et des outils.
Bien,
d'abord, peut-être, de façon plus générale, vous avez mentionné à plusieurs
reprises qu'on ne connaît pas la destination.
Est-ce qu'on peut, dans le cadre d'un... du travail des législateurs, selon
vous, inscrire une destination? Ce que vous
êtes en train de dire, qu'il faudrait amender le projet de loi, est-ce qu'il y
a une façon, selon vous, de le préciser?
M. Savard (Christian) : Notre
position, puis c'est notre recommandation n° 1, c'est
que, pour arriver à la vraie destination, il
va falloir avoir une bonne... un bon chantier collectif sur cette question-là.
Nous, on est plus favorables à adopter le projet
de loi avec certains ajustements. Puis, comme j'ai dit, on n'a pas 100 %
des réponses, mais il y en a un facile, par exemple, sur l'habitation à but non
lucratif. Ça, on pourrait dire : Il n'y a pas de redevance là-dessus. Ce
n'est pas très difficile et ça améliorerait le projet de loi.
Est-ce qu'on pourrait dire : Les villes,
sur certains secteurs centraux en revitalisation, ne peuvent pas avoir des
redevances plus élevées? Vous le savez, actuellement, il y a des villes, là,
qui dit : On veut revamper notre centre-ville, mais ça coûte aussi cher la
porte au centre-ville, si quelqu'un construit des nouvelles unités
d'habitation, qu'à... au pourtour de la ville, tu sais. Donc, il y a comme
peut-être là des mécanismes à aller chercher. Donc...
Puis il y a aussi des bons aspects du projet de
loi sur les immeubles vacants, les choses comme ça, qu'on considère important
de conserver. Selon moi, c'est pour ça qu'on dit que c'est un bon premier pas,
mais il faut tout de suite commencer à voir
qu'est-ce... comment on pourrait aller plus loin, là, dans cette fiscalité-là,
pour s'en aller vers une meilleure
adéquation entre les coûts du développement versus la taxation, mais également
pour un développement urbain plus durable. Donc, c'est comme... on a des
bons outils de départ, mais ça pourrait avoir certaines... Beaucoup de villes
pourraient prendre des mauvaises directions, malheureusement.
M. Arseneau : Bien, exactement, mais
on a quand même un enjeu où on... enfin, plusieurs souhaitent que les villes
soient considérées comme des gouvernements de proximité et... bon, il y a des
élus qui sont démocratiquement choisis par leurs populations, et leur donner le
pouvoir, la flexibilité, et tout ça. Comment est-ce qu'on trouve cet
équilibre-là? Parce que vous avez même évoqué qu'on pourrait même...
j'allais... centraliser les revenus. Est-ce que ça ne va pas à l'encontre,
justement, d'une prise en charge davantage locale ou régionale des défis?
M. Savard (Christian) : C'est pour
ça qu'il peut y avoir une modulation par villes, mais il y a certains grands principes et... je dirais, par exemple, la
protection de l'environnement, la protection des finances publiques fait
en sorte que c'est normal que l'État
québécois joue un certain rôle pour orienter. Et je pense qu'il n'y a pas un
gouvernement qui n'a pas dit... qui n'a pas dit : Bien, c'est nous qui
prenons les grandes orientations, et les villes les appliquent d'une certaine
manière. Dans certains cas, là, bien, les villes pourraient aller complètement
à l'encontre des grandes orientations qu'on s'est données. J'espère que non,
j'espère que le milieu municipal ne le fera pas, mais ça pourrait arriver. Et on sent bien, d'ailleurs, que le
législateur, là, dans... à travers la proposition, s'est même donné des
poignées sur les redevances sur développement pour peut-être pallier à
certaines dérives possibles. C'est ce que je comprends.
M.
Arseneau : Il y avait l'idée de... je pense, ça a été évoqué
dans certains mémoires, de... soit d'un observatoire ou de s'assurer que, justement, une fois qu'on a
donné des outils aux municipalités... bien, qu'on puisse valider si
elles sont... Est-ce que c'est un peu dans le sens de vos propositions, qu'on
puisse valider si les outils supplémentaires sont utilisés à bon escient?
• (18 h 20) •
M. Savard
(Christian) : Je pense que de monter notre niveau de
connaissance sur l'utilisation de ces outils-là est essentiel. Et on sait déjà... par exemple, les
redevances de développement sont appliquées, là, depuis quelques années,
et nous, on constate déjà certaines taxes
aux bonnes pratiques. Le REM en est une, certaine taxe à la densité. Donc, il y
en a déjà, des pratiques, qui ne vont pas obligatoirement dans le bon sens,
actuellement. Et donc c'est pour ça qu'on propose,
en recommandation n° 1, d'ouvrir ce chantier-là pour donner un autre
tour de roue, éventuellement dans une... dans un second temps, pour
faire en sorte d'avoir un régime fiscal plus durable pour les municipalités du
Québec, plus durable dans tous les sens du terme.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci
beaucoup.
M. Arseneau : Merci beaucoup.
M. Savard (Christian) : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
merci pour votre apport à la commission.
Mémoires déposés
Alors, avant de conclure les auditions, je
procède au dépôt des mémoires des personnes et des organismes qui n'ont pas été
entendus mais qui ont déposé un mémoire. Donc, cela est fait.
Alors, je remercie tout le monde pour la
contribution aux travaux.
Et la commission, ayant accompli son mandat,
ajourne ses travaux sine die. Bonsoir à tous.
(Fin de la séance à 18 h 21)