(Onze
heures vingt-trois minutes)
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, bonjour à tous. Je déclare la Commission de
l'aménagement du territoire ouverte étant donné qu'il y a quorum.
Alors, la commission
est réunie ce matin afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 57, Loi édictant la Loi visant à protéger les élus et à
favoriser l'exercice sans entraves de leurs fonctions et modifiant diverses
dispositions législatives concernant le domaine municipal.
Est-ce qu'il y a des
remplaçants ce matin, M. le secrétaire?
Le Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Kelley (Jacques-Cartier) est remplacé par Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger) et M. Fontecilla (Laurier-Dorion) est remplacé par M. Grandmont
(Taschereau).
Étude détaillée (suite)
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci beaucoup. Alors, hier, lors de la... de
l'ajournement, pardon, de la... du projet de loi, nous étions à... au
sous-amendement du député de Lac-Saint-Jean. Et puis je sais que le député de Marquette
avait posé une question, mais il n'y a pas eu de temps pour la réponse. Alors,
je ne sais pas si vous vouliez reposer la question ou quoi que ce soit. On
était là.
M. Ciccone : On était là?
Mme Laforest :
...Président, sur l'ajout du... de l'amendement de mon collègue de Lac-Saint-Jean
sur l'ajout «dans le respect de la Charte des droits et libertés de la personne
(chapitre C-12)». Maintenant, mon collègue député du Lac-Saint-Jean devra
retirer l'amendement parce qu'après vérification, «dans le respect de la Charte
des droits et libertés de la personne», c'est d'emblée dans tous les projets de
loi. Donc, évidemment, le ministère de la Justice s'est penché sur votre
demande... Ah! le député de... des Îles n'est pas là, mais c'était sa demande.
Mais c'est une obligation d'emblée. Donc, si
on l'ajoute là, il va falloir changer tous les projets de loi. Donc, on va
retirer l'amendement de mon collègue de... du Lac-Saint-Jean. On était
rendus là.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. Alors, ça... ça me prend le consentement pour le
retrait.
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Bien, je retire le... l'amendement que j'ai déposé,
M. le Président.
Le Président (M.
Schneeberger) : Parfait.
Des voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
fait qu'il n'y a pas de consentement. Parfait. Alors, je continue le débat.
Mme Setlakwe :
...la ministre veut intervenir avant?
Le Président (M.
Schneeberger) : Je laisse le débat. C'est vous qui nous a demandé le
débat. Moi... Oui.
Mme Setlakwe :
Oui. Donc, je veux juste... Oui, merci, M. le Président. Je veux juste
réitérer, on a eu de longs échanges hier sur la question des droits et
libertés. Il y a eu différents amendements qui ont été déposés, et, à la fin,
c'est le gouvernement qui soumet un amendement référant spécifiquement,
explicitement à la charte des droits et libertés du Québec. J'ai posé la
question au micro hier : Est-ce qu'on est en train de créer un précédent?
Parce que la charte s'applique d'emblée. Elle chapeaute toutes les lois qu'on
adopte, à moins d'utiliser la clause dérogatoire, mais la charte s'applique.
J'ai posé la question spécifiquement, exprimant une inquiétude comme quoi on
est en train de créer un précédent. J'ai dit : Est-ce que cette... ce
libellé a déjà été inscrit dans le corpus législatif?, ce à quoi on m'a
répondu : Oui, à une seule occasion récemment, dans le projet de
loi 37.
Là,
ce matin, on a... on tient un discours différent, M. le Président. Donc là, le
gouvernement réalise entre-temps que ce n'est pas opportun d'apporter cet
amendement. Alors, voilà, je propose qu'on... qu'on vote sur l'amendement.
Le Président (M.
Schneeberger) : Parfait. Alors... Oui, député de Taschereau.
M. Grandmont :
Oui. Bien, moi, je... Au fil des discussions, puis on en a eu plusieurs,
évidemment, là, on avait, donc, statué qu'un article qui traite des objets d'un
chapitre ou d'un projet de loi vient donner des balises interprétatives puis
peut servir aussi à rassurer la population ou des parties prenantes qui ont...
qui sont intervenues dans le cadre d'un... de l'étude d'un projet de loi. Ce
n'est... Puis ce n'est pas nous, ce n'est pas les oppositions qui avons dit ça,
là, ça venait de la partie gouvernementale, cette... cette... ces propos-là.
Donc, j'aimerais comprendre pourquoi on l'inscrit dans le projet de
loi 37, puis ce ne l'est pas dans le projet... ce ne serait pas possible
dans le projet de loi 57, d'abord.
Mme Laforest :
Bon...
Le Président (M.
Schneeberger) : Mme la ministre.
Mme Laforest :
Oui. Alors, dans le projet de loi 37, la mention de la charte donnait
seulement un exemple de la loi qui protège le droit des enfants. Donc, ce n'est
pas une question d'imposition de la charte des droits et libertés, ce n'était
qu'un exemple. Alors, quand le député des Îles-de-la-Madeleine disait :
Pourquoi on ne l'applique pas ici, dans votre loi, parce qu'on l'a appliqué
dans le projet de loi 37?, alors, dans le projet de loi 37, c'était vraiment pour donner un exemple. Ça fait que c'est
pour ça que nous, après vérification, on ne peut pas aller de l'avant,
parce que sinon il va falloir complètement faire tous les changements
nécessaires avec... dans toutes les lois qui touchent la loi... la charte des
droits et libertés. Donc, c'est une obligation d'emblée. Mais, considérant que
le député des Îles avait mentionné que c'était très bien mentionné dans le
projet de loi 37, bien, on a vérifié, puis dans le projet de loi 37,
c'est juste pour donner un exemple. Puis ce n'était pas dans un article de loi,
c'était vraiment à titre d'exemple dans le préambule.
M. Grandmont :
Est-ce qu'on pourrait suspendre, le temps de consulter le projet de
loi 37 pour vérifier comment il est utilisé?
Le Président (M.
Schneeberger) : Vous demandez une suspension?
M. Grandmont :
Je le demande.
Le Président (M.
Schneeberger) : Est-ce qu'il y a consentement pour suspendre?
Mme Laforest :
Bien, je ne pense pas, parce que c'est vraiment dans le préambule. Ils ont
passé la soirée à valider puis à vérifier.
M. Grandmont :
Mais c'est parce que vous nous dites que c'est utilisé comme exemple.
Exemple de quoi? Exemple de lois auxquelles il faut... qu'il faut respecter?
Exemple de... Tu sais, dans quel sens c'est utilisé? Je veux bien que ça serve
d'argument, mais, si on n'a pas le temps, nous... Vous nous arrivez avec,
aujourd'hui, un retrait de cet... de l'amendement que vous avez vous-mêmes
déposé. Je veux dire, j'aimerais ça juste avoir le temps de pouvoir consulter l'argument, prendre connaissance de
l'argument que vous invoquez, que c'était juste un exemple, puis pouvoir
mesurer, en fait, de mon appréciation... donner mon appréciation de cet
argument-là.
Mme Laforest : On pourrait le
transférer, mais c'est sûr qu'il n'y aura pas de changement, malheureusement. Mais
on pourra vous le transférer. Est-ce qu'on peut... On peut suspendre, là. On va
vous le transférer tout de suite.
M. Grandmont :
Parfait. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, nous allons suspendre.
(Suspension de la séance à
11 h 29)
(Reprise à 11 h 35)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons les travaux. Je laisse le discours. Il y avait une demande
de suspension. Y a... Qui veut prendre la parole pour la suite?
Mme Laforest :
...le député de Taschereau, mais, moi, ce que je peux amener, c'est que,
bien, pour redire... pour répéter ce que je disais... Ce que je mentionnais au
début, c'est qu'on ne pouvait pas ajouter... Bref, on a fait un effort
d'essayer d'ajouter l'amendement parce qu'on disait que, dans le projet de
loi 37, c'est indiqué. Dans le projet de loi 37, c'est bien indiqué, mais
c'est dans le préambule, dans les considérants. Puis, dans le projet de
loi 37, je pourrais le lire ici, là, c'est vraiment dans les considérants
puis c'est bien dit : «Considérant que les droits des enfants sont
protégés au Québec par la loi, notamment par le Code civil», notamment par la
charte des droits et libertés, alors, considérant qu'il y a des préoccupations
des enfants dans les politiques gouvernementales, notamment. Donc, c'est
plusieurs exemples qui sont donnés dans le préambule du projet de loi 37.
Maintenant,
nous, l'appliquer comme ça dans notre projet de loi 57, ce ne serait pas
applicable, parce que, comme je le mentionnais, il faudrait revoir tous les
articles de loi, parce que la Charte des droits et libertés de la personne s'applique
obligatoirement dans tous les projets de loi. Donc, on ne peut pas l'ajouter
comme ça seulement à la fin d'un paragraphe. Voilà. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci. Député de Taschereau.
M. Grandmont :
...donc, j'ai la même compréhension. En fait, c'est effectivement dans le
préambule que ça avait été mis... que ça a été ajouté au projet de loi 37.
Ça a d'ailleurs été ajouté par le député... bien, par le ministre des Services sociaux, le député de Taillon.
Donc, c'est une modification qu'il a lui-même apportée à son projet de loi, si ma compréhension est bonne. Puis vous pourrez
vérifier, là, si jamais ce n'est pas le cas, mais c'est notre
compréhension, là. Il y a eu une série de... Il y a eu une petite, légère
modification qui a été apportée par la suite par la députée, là, de Robert-Baldwin,
mais initialement, là, ça venait vraiment du ministre lui-même.
Donc, on est dans un
préambule. Moi, j'aimerais comprendre c'est quoi, la différence, en fait...
Parce que, là, on parle... on est dans un article, en fait, qui est un... qui
vient déterminer les objets de... du chapitre. Pour moi, ça s'apparente à un
préambule, ça s'apparente. Peut-être que ce n'est pas la même chose, peut-être
que M. le juriste pourra nous dire la différence que ça a comme impact sur
l'écriture d'un texte de loi, mais on est, encore une fois, dans l'instauration
de balises interprétatives. Et donc, pour moi, ça peut se faire, pour les
raisons qu'on a évoquées hier, là, notamment la question de rassurer le public
puis donner des balises, évidemment, aussi. Donc, pour moi, ça demeure
pertinent d'inscrire, tel que vous l'avez vous-même présenté hier, le
respect... «dans le respect de la charte québécoise des droits et libertés»,
puisque ça s'apparente à un préambule. En tout cas, on est dans les objets,
donc dans des... dans des grands principes, en fait, qui viennent chapeauter
l'écriture d'un chapitre ou d'un projet de loi. Mais je serais curieux
d'entendre Me Dumont sur cette interprétation que je fais.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. Alors, Me Dumont, même si on vous connaît,
vous... besoin du consentement pour la prise de parole.
Des voix :
Consentement.
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, vous présenter par votre nom et titre.
M. Dumont
(Luc) : Bonjour. Luc Dumont, avocat à la Direction des affaires
juridiques du ministère des Affaires municipales.
Le préambule, c'est,
à la base, les... c'est, à la base, une liste d'énoncés du gouvernement puis ce
n'est pas... Ça n'a pas nécessairement... Ça
n'a pas un caractère normatif. Ça peut, dans certains cas, servir de source
d'interprétation, mais ce ne sont que des énoncés, tandis que... tandis
qu'une disposition d'objet, c'est... on vient circonscrire ce à quoi la loi
doit servir. Donc... donc, ce n'est pas... ce n'est pas la même chose.
M. Grandmont :
Donc, est-ce que vous êtes d'avis qu'il faut retirer cette mention, cette
référence à la charte québécoise des droits et libertés?
M. Dumont
(Luc) : Moi, je pense... bien, pas je pense, je suis convaincu que
c'est préférable, puisque, de toute façon, l'article 52 de la charte
prévoit déjà qu'aucune disposition de n'importe quelle loi au Québec ne peut déroger des articles 1 à 38, qui comprend,
notamment, le droit à la liberté, à moins qu'il y ait une disposition
dérogatoire, puis on n'est pas là du tout.
M. Grandmont :
Parfait. Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va?
M. Grandmont :
Oui...
Le Président (M.
Schneeberger) : D'autres questions?
M. Grandmont :
...réponses. Moi, je vais continuer... je vais quand même demander le vote
éventuellement là-dessus.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
Alors, s'il n'y a pas d'autre question, nous allons mettre le sous-amendement
aux voix. Est-ce que le sous...
Des voix :
...
Le Président (M.
Schneeberger) : Pardon?
M. Grandmont : Appel nominal.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. Nous allons mettre le... voyons, sous-amendement
aux voix par appel nominal. M. le président.
• (11 h 40) •
Le Secrétaire : M. Girard
(Lac-Saint-Jean)?
M. Girard (Lac-Saint-Jean) :
Contre.
Le Secrétaire : Mme Laforest
(Chicoutimi)?
Mme Laforest : Contre.
Le Secrétaire : M. Rivest
(Côte-du-Sud)?
M. Rivest : Contre.
Le Secrétaire : Mme Dionne
(Rivière-du-Loup—Témiscouata)?
Mme Dionne : Contre.
Le Secrétaire : M. Gagnon
(Jonquière)?
M. Gagnon : Contre.
Le Secrétaire : Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Contre.
Le Secrétaire : Monsieur...
Mme Rotiroti, Jeanne... M. Ciccone (Marquette)?
M. Ciccone :
...
Le Secrétaire : Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger)?
Mme Rotiroti :
Contre.
Le Secrétaire : M. Grandmont
(Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire : M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Le Président (M. Schneeberger) : Abstention.
Alors, le sous-amendement est rejeté. Nous revenons à l'article initial,
l'article 1. S'il n'y a pas d'autre... Oui, questions? Ça va? S'il n'y a
pas d'autre... Oui, alors, députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Nous sommes toujours
sur l'article 1 qui énonce l'objet de la loi, n'est-ce pas?
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Mme Setlakwe : Donc, on a eu
une... plusieurs échanges sur la notion d'entrave. «Entrave» se trouve dès... dès l'article 1. Il est utilisé... ou ce mot
est utilisé seul, sans... sans le qualifier, sans le baliser, sans lui ajouter
un adjectif, alors que plus loin, à 3, quand on parle du nouveau recours
à l'injonction, on dit que l'entrave... on parle de propos ou de gestes qui
entravent de façon abusive.
Plus loin, quand on parle du désordre, on ne
parle pas d'entraves, mais le gouvernement est venu modifier la version initiale de son projet de loi pour
qualifier aussi que le désordre doit se... se faire de manière à troubler de
façon abusive. La ministre a à maintes reprises, en commission et ailleurs, à
d'autres occasions dans l'espace public, affirmé qu'on visait des
situations d'abus, des situations abusives envers les élus.
Alors, je proposerais un amendement à
l'article 1. Je crois qu'il est prêt. Je ne sais pas, je pense qu'il a été
soumis... un sous-amendement qui a été envoyé pour introduire le mot «abusives»
suite au mot «entraves».
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Alors, nous allons suspendre, parce qu'il n'est pas arrivé. Alors, nous
suspendons quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 42)
(Reprise à 11 h 45)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons les travaux. Alors, je vais donner la parole à la députée de Mont-Royal—Outremont pour qu'elle
puisse nous lire le sous-amendement proposé.
Mme Setlakwe : Oui. Donc, je
propose de modifier l'amendement proposé à l'article 1 du projet de loi
par l'insertion, dans l'article 1 de la loi édictée, de «abusives» après
«entraves».
L'article modifié se lirait donc comme
suit : «La présente loi vise à valoriser le rôle des élus, à encourager
les candidatures aux élections et à contribuer à la rétention des élus en
favorisant l'exercice sans entraves abusives des fonctions électives au sein
des institutions démocratiques québécoises, notamment l'exercice de telles
fonctions à l'abri des menaces, du harcèlement et de l'intimidation, sans
restreindre le droit de toute personne de participer aux débats publics.»
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Est-ce qu'il y a des questions sur le sous-amendement proposé?
Mme Laforest : ...les
questions, je vous laisse aller.
Mme Setlakwe : ...donc, pour
revenir à la discussion qu'on avait hier, «entrave» utilisé de cette façon,
c'est le sens commun qui lui est donné, ce qui veut dire... «Entrave» veut dire
«ce qui retient, ce qui gêne». Puis, sans être redondante, là, hier soir, on...
je mentionnais qu'un élu, forcément, c'est intrinsèque, c'est implicite dans
nos... dans nos fonctions, que ce soit... Peu importe le palier, on n'a pas...
on doit toujours défendre nos décisions, on doit répondre aux préoccupations,
on doit... On s'expose forcément à la critique, à ce que les citoyens viennent
remettre en doute, remettre en cause nos propositions, nos décisions, nos
projets de loi. Donc, ça fait partie du rôle d'un élu. Donc, si on le laisse de
façon générale dans l'objet, je... j'ai peur que ça puisse donner lieu à une
interprétation, donc, trop large du concept, bien que, plus tard, je reconnais,
quand on met de l'avant le recours à l'injonction, on a mieux balisé. Quand on
parle de... des deux pénalités... des deux... des deux clauses pénales
nouvelles qui traitent, dans un premier cas, donc, des cas de harcèlement,
menaces, intimidation, c'est plus précis, aussi dans le cas de troubler le
déroulement d'une séance de conseil, mais néanmoins je pense que, dans cet
article, il serait opportun de venir quand même préciser qu'on parle ici... on
parle généralement d'entraves abusives envers les élus.
Puis je rappelle que, l'article 1, l'objet
va servir notamment à un juge qui va évaluer le comportement d'un citoyen à la
lumière de ces balises-là. Donc, je pense qu'il serait opportun d'inscrire le
mot «abusives». Je pense... je pense même, dans les échanges hier soir, qu'il y
avait une ouverture du gouvernement. Donc, j'aimerais entendre la ministre.
Est-ce qu'elle pense que ce serait opportun de l'ajouter, et sinon pourquoi?
Le Président (M. Schneeberger) : Mme
la ministre.
Mme Laforest : Merci, M. le
Président. En fait, le premier paragraphe, c'est sûr que, quand on commence à
lire l'article 1, c'est la présentation du... de l'article général. Donc,
c'est sûr qu'à ce moment-ci on présente l'article, le but, pourquoi on veut
cette mesure-là. Et, par la suite, le terme «entraves abusives» est bien
qualifié. Donc, il faut quand même... Puis c'est ça que je mentionnais hier,
parce qu'on a eu des discussions hier, si, à chaque phrase, on indique
«abusives», «abusives» ou «abusifs», peu importe, «des propos abusifs», des
«entraves abusives», à ce moment-là, on va sûrement... on va sûrement... Puis,
dans l'optique et dans la vision du ministère de la Justice, on va vraiment
s'attaquer sur des situations toujours, toujours abusives.
Maintenant, étant donné que la loi est nouvelle,
on l'applique. C'est sûr qu'il va y avoir une jurisprudence qui va s'appliquer
par la suite, parce que, là, on commence à appliquer cette loi-là, mais ce
n'est pas... Comment je peux dire? Ça peut arriver une fois, ça peut ne pas
être abusif, mais, en même temps, ça peut être blessant, touchant, peinant,
intimidant, humiliant pour l'élu.
Ça fait que
c'est sûr que, là, on est dans la présentation générale de l'article de loi au
premier paragraphe et, par la suite, on indique «entraves abusives». Et on l'a
aussi, comme vous dites, là, «de façon abusive», là, on l'explique bien.
Mais c'est pour ça qu'au début il faut laisser
ça quand même général, parce qu'il faut laisser le tribunal et le juge se laisser l'opportunité de... d'évaluer la
situation comme telle et de ne pas... Tu sais, si on l'indique, on va
l'indiquer à toutes les phrases, là, dans l'article de loi. C'est pour
ça que, le premier paragraphe, on doit le laisser comme ça, plus général.
Mme Setlakwe : Vous avez
mentionné, dans votre explication : Toujours, toujours, ça va toujours,
toujours être des cas abusifs.
Mme Laforest : Oui, dans des
situations d'abus, des propos abusifs, oui, sauf que, là, on est dans la
présentation de l'article. Donc, c'est sûr que c'est important de mentionner
que, là, les... il faut être à l'abri des menaces,
du harcèlement, de l'intimidation, sans restreindre le droit de personnes...
aux personnes de participer aux débats publics, puis après ça c'est bien
indiqué dans le projet de loi. Parce que, si on l'ajoute là, on va l'ajouter à
tous les paragraphes, là. C'est pour ça que, le premier paragraphe, il faut le
laisser général, puis après ça on le détermine par la suite.
• (11 h 50) •
Mme Setlakwe :
Vous ne croyez pas, donc, qu'il serait important de venir envoyer le
message clair qu'on est... Donc là, évidemment, vous êtes... vous ne voulez pas
définir «entraves». Ça, c'est ce que je pense, que c'est assez clair, ça, que
votre position, c'est de ne pas définir «entraves» dans le projet loi. C'est
bien le cas?
Mme Laforest :
Bien, il faut laisser quand même...
Mme Setlakwe :
Oui. OK. Mais, si on ne... si vous... on ne le définit pas... Vous
souhaitez le laisser comme ça de façon générale, «sans entraves», sachant que
c'est inhérent aux fonctions d'un élu de faire face à des entraves dans son
quotidien.
Mme Laforest :
Bien, en fait, comme je le mentionne toujours, je sais que le député de Marquette
va revenir avec ça, mais ça prend l'interprétation du juge quand même. Ça fait
que, là, c'est sûr que c'est la présentation de l'article général, mais après
on le définit, les... «entravent de façon abusive [à] l'exercice de ses
fonctions ou qui constituent une atteinte illicite à son droit à la vie
privée». Donc, par la suite, on le définit. Mais là c'est juste dans le premier paragraphe. Donc, ce serait mieux de le
laisser général comme ça, puis après on va expliquer les autres mesures.
Mme Setlakwe :
Oui, oui, je vous entends. Il y a le... il y a le juge, il y a aussi...
Puis on l'a entendu, je veux dire, il y a eu
à maintes reprises des gens qui sont... qui ont exprimé dans l'espace public
l'inquiétude que ça puisse créer des comportements abusifs, on ne le
souhaite pas, Mme la ministre, mais de la part de certains élus qui pourraient
eux-mêmes abuser de ces nouveaux recours. C'est quand même novateur. C'est
nouveau, ce qu'on met en place.
Je le réitère, les
objectifs sont louables. Je l'ai dit et redit. Et, en tant qu'ancienne élue
municipale, ça me... ça me touche et ça m'affecte énormément de voir ces élus,
ces personnes compétentes, avec un sens de l'engagement, s'investir dans le service public et abandonner,
notamment pour... en raison de situations abusives. Mais là il faut faire
très attention de viser le juste équilibre
ici et ne pas ouvrir la porte à des interprétations trop larges des différents
recours.
Alors, écoutez, moi,
je pense que, d'entrée de jeu, si on n'a pas peur de le dire et de le redire
verbalement, je pense qu'on ne devrait pas avoir peur de l'inscrire dans le...
dans le projet de loi.
Le Président
(M. Schneeberger) : ...va? Député de Marquette, oui.
M. Ciccone : ...beaucoup, M. le Président. Rebonjour à tous. On fait
encore du chemin sur le mot «entrave», là. Puis je comprends que la ministre a
sa façon de voir les choses. C'est sûr que nous, on le voit d'une façon
différente, parce que... Encore une fois, je fais référence à ce qu'on voit
dans le Code criminel, puis je vais vous en citer quelques passages, infos,
entraves à la justice, là, informations sur les entraves à la justice,
l'article 129 : «Quiconque, selon le cas :
«a) volontairement
entrave un fonctionnaire public ou un agent de la paix dans l'exécution de ses
fonctions ou toute personne prêtant légalement main-forte à un tel
fonctionnaire ou agent, ou lui résiste en pareil cas;
«b) omet, sans excuse
raisonnable, de prêter main-forte à un fonctionnaire public ou à un agent de la
paix...»
Alors, vous voyez
qu'on utilise seulement le mot «entrave» ici, là, «entrave», parce que, dans la
situation du Code criminel, le mot «entrave» est pas mal plus large, est très,
très, très large.
Dans le cas qui nous
concerne ici, dans le projet de loi 57, comme ma collègue le disait, c'est
encore très, très, très large dans l'explication à l'article 1, dans le
premier paragraphe, là, quand on parle seulement «sans entraves des fonctions électives», avant le sous-amendement, ce qui
laisse place, comme... C'est comme une catégorie. Entrave... Il y a
entrave. Après ça, il y a harcèlement, il y a intimidation. Ça fait que, là...
Il y a des menaces également. Ça fait que, là, ça devient une catégorie. Puis
le député de... des Îles-de-la-Madeleine en parlait hier.
Alors, moi, je ne
vois pas pourquoi on devrait... Parce qu'une entrave à un travail... Puis je
sais qu'on va le voir plus loin, là, au 5, par exemple : «Quiconque
entrave l'exercice des fonctions d'un élu municipal en le menaçant...» «En le
menaçant», ça devient une entrave. Un peu plus tôt également, on parle aussi
d'entrave, «qui entravent de façon»... «Un élu municipal qui, du fait qu'il est
élu, fait l'objet de propos ou de gestes qui entravent de façon», là, on parle
de propos qui entravent de façon abusive. Ça fait que, là, on l'associe à un
acte. Là, ici, il n'est pas associé à aucun acte, là. On parle des fonctions
électives au sein des institutions démocratiques québécoises.
Alors, c'est pour ça
que moi, selon... pour être cohérent, cohérent... Puis je ne pense pas que ça
ne changerait absolument rien, absolument rien à l'objet du projet de loi de
rajouter le mot «abusives», parce qu'encore une fois, je répète, là, même si on
va plus loin puis on l'explique, là, ça reste encore qu'une entrave n'est pas
nécessairement... ne va pas nécessairement
se retrouver devant la loi, là, ou va faire objet d'une plainte au tribunal
puis même au DPCP, à être obligé
d'étudier la... cette situation-là ou même par injonction, par exemple, là,
quand on va voir un peu plus tard.
Alors, moi, c'est...
j'abonde dans le même sens. Ça ne change rien, on pourrait l'ajouter, parce
que, là, encore une fois, on ne le met pas... absolument rien dans ça, alors
que, plus tard... Puis je comprends la ministre de dire : Bien, plus tard,
on l'explique. Oui, mais c'est parce que, plus tard, on l'explique, mais ce
n'est pas de la même façon qu'il est écrit là, dans la... dans le premier
paragraphe de l'article 1.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. Alors, une autre personne qui veut prendre la
parole? Ça va? Député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui.
Merci, M. le Président. On a... on a pour objectif, avec ce projet de loi là,
de s'attaquer, entre autres, à la vague de démissions importante. Ce
qu'on veut, c'est que les gens cessent de démissionner pour des raisons, évidemment,
qu'on pourrait corriger, qu'on pourrait éviter. Là-dessus, évidemment, il y a
une portion qui relève de problèmes de harcèlement, de menaces,
d'intimidation, même d'agressions. On le sait, que ça existe. On veut
évidemment corriger cette situation-là.
Moi,
j'aimerais savoir : Est-ce que vous avez des statistiques sur la partie
qui... la partie, là, des 800 démissions, là, qui sont dues à des
questions de harcèlement, menaces, intimidation, agressions qui viennent de la
relation avec des citoyens et des citoyennes?
Le Président (M. Schneeberger) : Mme
la ministre.
Mme Laforest : Non. Si vous me
demandez les statistiques exactes, non. On a le... On a énormément de
courriels, énormément de faits racontés, ça, c'est sûr. C'est pour ça qu'on a
mis de l'avant le projet de loi. Mais le nombre de statistiques exactes, non.
M. Grandmont : Puis évidemment,
là, on est... on est évidemment... On ne se met pas la tête dans le sable. On
sait que ça existe. Il y a des cas qui ont été nommés, qui ont fait les médias.
Nous-mêmes, comme élus à l'Assemblée nationale, évidemment, on reçoit un
certain lot de ce type de comportements là contre nous.
Donc, on ne sait pas non plus quelle proportion
de ces 800 là pourrait être due à du surmenage, à du... à des comportements
inappropriés entre élus eux-mêmes ou à des comportements inappropriés qui
proviennent des citoyens et des citoyennes. On n'a aucune idée, là. On est dans
le noir complet, sur les 800, quelles sont les causes de ces démissions-là.
Mme Laforest : Bien, on n'a pas
le nombre exact. Par contre, il y en a plusieurs, cas d'élus qui ont travaillé avec la Commission
municipale. Puis, comme je le
mentionne, il y a... En fait, il y a le Code criminel, mais, en même
temps, je vais répondre tout de suite au député de Marquette, le Code criminel,
c'est de compétence fédérale. Ça fait qu'on est vraiment... Ce n'est pas la
même chose. On ne peut pas comparer ça ici. Ici, on est avec le droit pénal, ce
qui est complètement différent du Code criminel. Puis c'est là qu'on vient agir, nous. On vient agir avec le droit
pénal, pour les élus municipaux, avec les citoyens. Puis pourquoi on le
fait? C'est parce qu'il y a des mesures qui sont applicables avec la Commission
municipale, mais, quand il y a des dépressions, peu importe, là, la situation
des élus, à ce moment-là, il y a des... il y a des situations que la Commission
municipale n'avait pas... comment je peux le dire... dans la loi, ne pouvait
pas appliquer des mesures de menaces... de menaces... d'infractions comme
telles, comme on le fait dans le projet de
loi. Ça fait que, comme je le disais hier, nous, on vient répondre au vide
qu'il y avait entre les deux mesures.
Puis ce qui est important, c'est que, dans notre
projet de loi... C'est pour ça qu'il fallait absolument bien définir le mot «entrave», pour... des entraves
comme on le mentionne, parce qu'il faut... Il faut resserrer l'interprétation
pour ne pas être entre la Commission municipale et entre le Code criminel, qui
est fédéral. Ça fait que c'est pour ça qu'on doit agir ici. On vient vraiment
répondre à la demande.
Mais, honnêtement, les élus qui ont démissionné
ou dépression, il y en a énormément, là, puis, des lettres assez particulières,
il y en a énormément, puis on en a entendu aussi en commission. Puis parfois
c'est... c'est vraiment une mairesse, un conseiller... un citoyen qui va aller
une fois au micro, mais qui va dire à la mairesse ou au maire : Toi, tu ne
sortiras pas de la bâtisse, je vais t'attendre, puis... et là ça continue, ça
continue, ça continue. Donc, ce n'est pas abusif, c'est arrivé juste une fois,
mais, en même temps, c'est des exemples comme ça qu'il faut... qu'il faut
donner des outils aux élus, heureusement.
M. Grandmont : Bien, ça, c'est
une menace... L'exemple que vous donnez, c'est une menace claire, puis ça
aurait pu être traité par le criminel. Ça, c'est clair dans mon esprit.
• (12 heures) •
Mme Laforest : Mais c'en est,
des exemples comme ça...
M. Grandmont : Mais on
reviendra...
Mme Laforest : ...mais le
nombre exact, je ne l'ai pas.
M. Grandmont : ...mais
on reviendra... Nous étions à la notion d'entrave, là. Moi, je voudrais qu'on y
revienne tantôt. Mais juste revenir
un peu encore sur la genèse, là, du projet de loi. Vous dites : On n'a pas
de statistique là-dessus. Évidemment, on a beaucoup de démissions, puis
évidemment on veut y voir, puis il y a probablement des gens qui restent puis qui subissent des comportements soit
entre élus soit de la part de citoyens, de citoyennes ou même peut-être
de groupes, peu importe, là, mais qui décident de demeurer en place.
À quelque part, on veut, évidemment, que tout le
monde ait le droit de travailler dans un climat de travail qui est le plus sain
possible, tout en sachant puis en étant bien conscients en même temps aussi
qu'être élu, bien, ça vient aussi avec son lot d'adversité. Il y a un petit
vent de face tout le temps. Ce n'est jamais... Je pensais à ma collègue de Mont-Royal—Outremont qui
disait : Ce n'est pas la place... ce n'est pas la meilleure place pour
faire consensus puis pour avoir juste des amis, là. Ce n'est pas un monde de
Calinours ici, on le sait. Puis, en même temps, est-ce que... Je vois bien du
monde qui acquiesce. Mais, en même temps, ça reste quand même qu'on... tu sais,
on... est-ce qu'on peut avoir un minimum d'encadrement pour être capables de
travailler dans un environnement qui est plus sain? Parce
que ce n'est pas normal, évidemment, qu'on subisse... Même si on a un vent de
face, même si on ne fait pas l'unanimité auprès de tout le monde, bien, ce
n'est pas normal quand même, malgré tout, qu'il y ait des situations de
harcèlement, de menaces, d'intimidation puis d'agression. Ça, ça reste des
comportements qui sont proscrits.
Maintenant, je
reviens sur la genèse du projet de loi. Vous dites : Actuellement, on n'a
rien, on veut mieux définir ce qu'est une
entrave. Ça, on y reviendra tantôt. Je trouve ça intéressant que vous avanciez
cette... ce... vous-même, là, ce... ces mots-là, là, la notion de
définition d'«entrave», mais vous dites : La commission... la Commission
municipale du Québec et le fédéral, dans le fond, sont déjà... ont déjà eu à
traiter des cas, c'est-à-dire qu'il y a des gens,
des élus qui ont fait des plaintes à la... pardon, à la CMQ, puis le fédéral
aussi, quand c'est de nature criminelle, en reçoit. Donc, est-ce qu'il
est possible d'avoir des informations sur... des statistiques qui nous
proviennent de la CMQ ou encore du fédéral
sur cet... sur les différents cas qu'ils auraient pu... ou qu'ils ont reçus? En
fait, on soupçonne qu'il y en a eu,
donc je ne parlerai pas au conditionnel, mais est-ce que... est-ce qu'on a ces
informations-là de leur côté?
Mme Laforest :
Bien, comme je le mentionnais, c'est... c'est ce qu'on vient compléter avec
le projet de loi, parce que la CMQ n'a pas le mandat entre les élus et les
citoyens. C'est ça qu'on vient ajouter ici, dans le projet de loi 57, pour
la protection des élus.
M. Grandmont :
D'accord.
Mme Laforest : Donc, c'est sûr qu'on n'a
pas le nombre, parce que la CMQ n'a pas le pouvoir de faire ça, non.
M. Grandmont :
La CMQ, c'est uniquement entre élus. Parfait. Et donc, au niveau fédéral,
il y en a eu, des cas qui ont été au... qui ont été traités par le fédéral, je
veux dire, il y a eu des plaintes au criminel d'élus municipaux. Donc là, on
touche les citoyens et les citoyennes. Est-ce que vous avez fait cette demande
d'avoir des informations pour savoir, là, quelles... quelle était l'ampleur de
la problématique au Québec?
Mme Laforest : Bon, au Code criminel... Mais, encore là, c'est sûr qu'on n'explique pas... On ne dira pas le
détail des causes, mais il y a... il y a eu, au Code criminel, 26 maires,
six conseillers municipals, puis là, présentement, il y a quatre... Puis
ça, c'est important, regardez, il y a 26 maires, six conseillers
municipals pour des propos ou gestes menaçants qui ont été rapportés. Les
dossiers fermés, il y en a quatre pour le maire et un pour le conseiller
municipal. Donc, il y a vraiment, vraiment, je pense, une belle considération à
avoir dans notre article de loi pour, nous, amener l'injonction et la notion
d'urgence. Parce que, là, les causes sont ici, 26 maires ou mairesses
peut-être, là, mais ça vous indique, au niveau du Code criminel, combien il y
en a. Donc, c'est sûr que...
M. Grandmont :
...pour préciser, c'est depuis 2021?
Mme Laforest :
Est-ce qu'on a les dates? 2023-2024. Ça fait qu'il y en a quand même
26, plaintes avec le Code criminel. Puis c'est vraiment différent, comme
je le dis, c'est traité différemment. Ce n'est pas nous. Ça fait que c'est pour
ça que... Je pense qu'il y a... je suis convaincue, d'ailleurs, avec tout ce
qu'on a lu comme courriels et histoires assez particulières. Il y a des
tentatives de suicide. On a des lettres. C'est particulier. Ça fait que c'est
sûr qu'on ne peut pas laisser ça aller comme ça.
Maintenant, ce qu'il
est important de voir, c'est que, si la Commission municipale joue son rôle,
joue très, très bien son rôle entre élus, la
Commission municipale, et le Code criminel a ses compétences avec le fédéral,
bien, nous, on est capables d'ajouter une protection des élus ici avec
le projet de loi n° 57.
M.
Grandmont : Parfait. Vous avez dit tantôt : On veut introduire
une nouvelle... un nouveau régime dans lequel on va venir définir... dans le
fond, on va venir encadrer les relations entre les citoyens et citoyennes et
les élus. Je comprends, il y a comme une espèce de flou, un vide juridique à ce
niveau-là, parce que le fédéral s'occupe du criminel, la Commission municipale
s'occupe du... des relations entre élus eux-mêmes, et donc il reste la partie
entre citoyens, citoyennes et élus.
Mme
Laforest : Oui.
M.
Grandmont : Ça, moi, je suis d'accord là-dessus, on peut intervenir.
En même temps, on ne connaît pas l'ampleur de manière quantitative de, par
exemple, le lien entre le nombre de démissions puis des comportements qui
seraient inappropriés de la part de citoyens et citoyennes. Donc, ça, on n'a
pas d'information là-dessus. On se fie sur le fait que c'est nommé. On a reçu
des courriels, plusieurs histoires, évidemment, puis on ne veut pas les
invalider. Ces histoires-là sont vraies, puis évidemment on veut agir, mais on
n'a pas une idée de l'ampleur du phénomène.
Mme Laforest :
Bien, en fait, moi, je pourrais
vous dire comme ça, là, que c'est au moins une cinquantaine de
courriels, là, que, vraiment, c'était hyperpréoccupant, là, puis des histoires
d'horreur, là. Mais les gens qui envoient les courriels, je peux vous dire, les
gens veulent rester. Oui, les gens parfois se nomment, mais, en même temps, les
gens ne veulent pas sortir leur histoire au grand public, là, parce que c'est
leur vie personnelle. C'est des dépressions, c'est des histoires de famille, et
tout, et tout. Ça fait que, même ça, je ne pourrais pas... je ne pourrais
pas...
M. Grandmont : Quand
vous... quand vous parlez d'histoires d'horreur, là... 50 courriels, c'est
quand même beaucoup, là, on s'entend, là.
Mme Laforest : Oui.
M. Grandmont : Puis, quand vous
parlez d'histoires d'horreur, là, moi, je... il y a plein d'images qui peuvent nous venir en tête, là. À quoi... Sans
entrer dans le détail, là, mais vous faites référence à quoi exactement, là?
Mme Laforest : Ah! bien, tout de
suite... Bien, vous savez, là, au niveau municipal, il y a la Commission municipale.
Tout de suite on essaie d'offrir de l'aide si les gens ont besoin d'aller voir
la Commission municipale, considérant que c'est des élus, mais il y a aussi les
directions régionales. Les directions régionales des affaires municipales
accompagnent énormément les élus. Ça fait que...
Bien là, moi, je suis là depuis bientôt six ans.
Donc, c'est certain qu'avec la mesure qu'on ajoute là... C'est sûr qu'il y a
beaucoup de... c'est ça qu'Anis me présente, là, il y a beaucoup, beaucoup de
situations que les enfants sont suivis pour aller à l'école, de l'intimidation
pour les conjointes, des arrêts de travail pour les conjointes des maires.
Donc, c'est... Il y a des menaces aussi à l'extérieur pour que... Les
conjointes se font dire : Si ton conjoint reste maire, toi, tu vas perdre
ta job, des trucs comme ça, là. Tu sais, ça fait que c'est des histoires assez
particulières. Ça fait que c'est quand même, oui, une cinquantaine de
courriels. Je peux dire qu'en six ans c'est... on va dire, c'est peut-être peu.
Il y en a peut-être plus, là, peut-être 70, 75. Mais, en même temps, tant mieux
s'il y en a 70, 75 ou 50, mais on ne peut pas laisser aller ça comme ça, là,
parce qu'il y a une protection des élus.
Puis, tu sais, quand je vous dis qu'il y a des
histoires sordides avec des familles, ça fait vraiment pitié. C'est pour ça
qu'on vient vraiment... On va chercher l'endroit où ni un ni l'autre ne peut
agir.
M. Grandmont : Bien, dans les 50,
70 courriels, là, d'histoires d'horreur, là, que vous avez... ou, en tout
cas... oui, c'est ça, je reprends vos mots, là, des histoires d'horreur que...
dont vous avez été mis au courant, là, est-ce qu'il n'y a pas là-dedans des cas
qui devraient être directement référés ou traités de manière criminelle? Si
c'est des histoires d'horreur, moi, j'imagine...
Mme Laforest : Bien là, c'est sûr
que...
M. Grandmont : ...des choses assez
épouvantables, là.
Mme Laforest : Oui, mais, moi, ce
que je veux dire, c'est que... Moi, mon rôle, là, c'est de donner du soutien
aux élus et aux municipalités. Ça fait que, ce qu'on a fait tout de suite, on a
investi, là, vous l'avez entendu, le 2 millions pour du soutien psychologique,
pour des psychologues pour les élus. Ça fait que ça, tout de suite, on a mis ça
en place, qui a vraiment été, si je peux dire, un soupir de soulagement pour
les élus. C'est très utilisé. Il y a une ligne d'urgence aussi qu'on a mise en
place avec l'UMQ, avec la Fédération québécoise des municipalités. Il y a
une... Il y a aussi des assurances aussi qui vont être mises en place avec une
des deux unions. Donc, on a mis des mesures en place, là, du soutien
psychologique, services de psychologue, ligne d'urgence, mais c'est sûr que,
moi, mon rôle, c'est de donner tous les outils et de référer les gens qui en
ont besoin.
Puis la Commission municipale est très, très
bien outillée parce qu'elle, elle connaît aussi, éthique, déontologie, toutes
les normes à respecter. Puis aussi les unions, bien, ils ont le téléphone
d'urgence, ça fait qu'ils ont les téléphones pour parler à un psychologue ou
avoir de l'aide immédiatement. Ça fait que c'est pour ça que...
Oui, toutes les mesures sont là, mais ce qu'on
veut, c'est arrêter le citoyen qui menace continuellement ou encore pose des
gestes comme... comme les gestes qui sont nommés dans l'article.
M. Grandmont : ...le
2 millions de dollars pour le soutien psychologique, la ligne
d'urgence, évidemment, c'est des mécanismes qui sont salués, là. Puis, je vous
le dis, là, je ne sais plus si je l'avais salué sur les médias sociaux, c'est la bonne pratique. Mais sinon, je
vous le dis aujourd'hui, là, c'est évidemment une mesure qui est intéressante.
Puis, comme dans tous les cas, évidemment, ce
qu'on veut essayer d'avoir le plus possible aussi, c'est des mesures qui vont
s'attaquer à la racine des problèmes, c'est-à-dire agir en amont. Tu sais, une
ligne psychologique... une ligne d'urgence, du soutien psychologique, c'est
apprécié, c'est nécessaire, mais évidemment, au départ, il faut essayer de travailler sur l'élimination,
évidemment, des menaces, du harcèlement, de l'intimidation... j'aurais
peut-être ajouté «des agressions», là, dans le... dans le paragraphe, là, mais
tous ces comportements-là qui font en sorte que cette ligne d'urgence et
ce soutien psychologique, en théorie, devraient devenir inutiles. Dans le
meilleur des mondes, on n'aurait pas besoin de ça parce qu'il n'y aurait pas
ces comportements-là. C'est ce qu'on souhaite toujours. Ce serait l'idéal,
mais, bon, c'est une utopie. Je pense qu'il faut travailler quand même sur les
deux, hein? On ne peut pas se concentrer juste sur les mesures, les plasteurs
ou les mesures d'aide par la suite.
• (12 h 10) •
Maintenant, j'aimerais revenir quand même sur la
notion d'entrave. Bon, je pense que vous avez... vous vouliez ne pas mettre de définition de ce que c'est, une entrave, dans
le projet de loi, en prétextant que c'est aux tribunaux de juger. Quand
on regarde un peu ce que... Puis malheureusement il y a peu d'endroits, dans
les lois québécoises ou canadiennes, qui traitent de l'entrave, puis ça reste
quand même un concept assez large. Quand on regarde un peu les entraves au
travail des policiers, par exemple, aux agents de la paix, mon collègue de
Marquette, tantôt, en a parlé... Puis le refus de donner
son nom ou de donner son vrai nom est passible de... d'une amende... Je pense,
c'est deux ans de prison qu'on peut avoir pour ne pas avoir donné son nom. Vous
voyez que j'ai... en donnant précisément cet exemple-là, je viens marquer qu'on
pourrait avoir une interprétation qui est très préoccupante, parce que c'est
quoi, en fait, entraver de manière abusive ou... Même sans l'ajout, là, du mot
«abusif», là, tel que le propose l'opposition officielle, ça reste quand même
que l'entrave est... est un concept où finalement on peut avoir des
interprétations qui sont... qui sont très larges et qui peuvent être
inquiétantes.
Moi, quand je pense aux groupes qui sont venus
nous voir, quand je pense aussi au travail, aux lettres qu'on a vues dans les
médias et des lettres que vous avez reçues, là, de la part des syndicats puis
que je vois une certaine crainte de voir le mot «entrave» utilisé notamment
dans les objets à l'article 1, mais aussi plus loin dans le... dans le
chapitre I, bien, je les comprends d'avoir une crainte que ce soit
interprété de manière très large. Donc, je me questionne même sur la présence
du mot «entrave» dans l'article 1. Je me questionne sur la présence, parce
que ce qu'on veut éviter, là, Mme la
ministre, là... C'est que les gens puissent travailler à l'abri des menaces, du
harcèlement, et de l'intimidation, et des agressions, je me permets encore une
fois de l'ajouter, parce que ce n'est pas normal que, dans le travail,
dans le cadre de leurs fonctions puis de nos fonctions ici aussi, à l'Assemblée
nationale, on travaille dans un climat qui serait toxique. Ce qu'on veut, c'est
que le climat soit le plus sain possible, dans la mesure du possible, évidemment,
parce qu'on est en position de pouvoir, et évidemment ça vient avec un vent de
face, de l'adversité. Mais est-ce que la notion d'entrave est nécessaire? Je me
pose la question. Je me la pose.
Mme Laforest : Bien, c'est sûr, vous
pouvez vous poser la question, là, c'est normal aussi, là, sauf que, dans tout
le corpus du projet de loi, c'est sûr que le meilleur terme, le meilleur mot
qui a été choisi, avec le ministère de la Justice, c'est vraiment «entrave»,
là. Ça fait qu'il y a eu des raisons pour choisir ce mot-là. Je pourrais
peut-être laisser Me...
M. Grandmont : Dumont.
Mme Laforest : ...Dumont, mais, moi,
c'est sûr que c'est le terme juridique qui a été choisi, approprié pour
l'indiquer. Mais vous avez... vous pouvez poser des questions. C'est parfait.
M.
Grandmont : Parfait. Je vais... Je vous reposerai des questions
après. On peut écouter M. Dumont... Me Dumont, pardon. Excusez-moi.
Le Président (M. Schneeberger) : Me
Dumont.
M. Dumont (Luc) : ...
M. Grandmont : Vous le méritez, vous
le méritez, là. Prenez-le, prenez-le.
M. Dumont (Luc) : Donc, je veux
juste comme recadrer tout de suite. Il faut prendre quand même l'article 1
puis la notion d'entrave, puis il faut l'interpréter dans l'ensemble de la loi,
là. On ne peut pas prendre isolément l'article 1 puis faire fi de tous les
autres articles qui vont suivre. La règle d'interprétation des lois,
principale, c'est : La loi s'interprète dans son ensemble, puis ça doit
s'interpréter dans... de manière harmonieuse puis être cohérente. Donc, pour ma
part, moi, il n'y a aucun risque, si on prend... lorsqu'on prend, par exemple,
le recours en injonction, qu'un juge vienne, après ça, dire, à cause de
l'article 1 : Ah! le législateur a mis le terme «abusif», mais, dans
l'article 1, on ne le qualifie pas, donc je... ça n'a pas besoin d'être
abusif. Il faut toujours, toujours s'en remettre à l'article qu'on applique
lorsqu'il s'agit du recours en injonction ou lorsqu'il s'agit de l'entrave, qui
est assez bien qualifiée, puisqu'évidemment on parle de harcèlement,
intimidation qui... Et puis il y a un critère objectif pour la personne, qui... voyons, qui peut craindre
raisonnablement pour sa santé et sa sécurité. Donc là, ici, il y a des
paramètres.
Pour ce qui est... pour ce qui est de l'entrave,
c'est important aussi de rappeler qu'il faut... on ne fait pas que protéger la
personne en tant que telle, on protège l'élu, sa fonction puis l'institution
qu'il représente. Et l'institution qu'il représente, ses fonctions, elles
doivent fonctionner, doivent fonctionner en démocratie, sinon il n'y a pas de décisions qui vont pouvoir se prendre. S'il n'y a
plus d'élu, il n'y aura plus non plus d'institution. C'est à ça qu'il sert,
le projet de loi, il sert à assurer une pérennité, puis une rétention, puis des
nouvelles candidatures à titre d'élus. Donc, il faut voir tout ce projet de loi
là dans sa globalité.
Donc, le
terme «entrave à la fonction», il est important, parce que c'est la fonction
qu'on protège ultimement. Parce que, s'il n'y a plus personne pour les
occuper, ces fonctions-là, bien, elles n'existent plus.
M. Grandmont : Je vous... je vous
entends bien. D'une part, évidemment, là, ce qu'on veut... Puis, moi, c'est mon... c'est mon souhait aussi puis c'est de
cette façon-là que j'aborde le projet de loi, je l'ai dit d'entrée de jeu.
D'abord, il y a deux grands principes qui me
guident dans mes interventions. D'une part, évidemment, on veut travailler
sur cette épidémie de démissions des élus.
Ça, pour moi, c'est évident. Puis ça touche au caractère toxique de
l'environnement dans lequel nous travaillons comme élus. Et les élus au
niveau municipal aussi y travaillent en partie,
évidemment, parce que c'est entre élus. Des fois, c'est la charge de travail.
On avait proposé, je le rappelle aussi, là, en même temps que ma
collègue... mes deux collègues sont là, en fait, de Marquette et Mont-Royal—Outremont, qui ont proposé aussi un mandat d'initiative, je me
permets de le rappeler. Mais nos mandats d'initiative couvraient plus large que simplement la question des incivilités, des
agressions, du harcèlement, de l'intimidation. Ça tient à plus large que ça.
Donc...
Mais, si le
projet de loi n° 37 nous permet effectivement d'aborder une partie de ces
enjeux-là, bien, faisons-le. Puis on le fait de bonne foi, là. Notre
objectif, c'est d'éviter que les gens aient à travailler dans des
environnements où on a des comportements qui sont complètement inappropriés et
qu'on veut proscrire. Parce que, dans tous les autres milieux de travail, c'est
interdit. Il y a des lois qui l'empêchent. Il y a une loi sur la santé et
sécurité au travail qui vient dire que le harcèlement, c'est inapproprié, et il
y a des mesures contre ça. Les agressions, le harcèlement, c'est la même chose,
on n'a pas le droit de faire ça en milieu de travail. Pourquoi les élus
devraient endurer ça? Il y a moyen de
manifester son désaccord de manière... de manière exempte de menace,
harcèlement, intimidation et agression.
Maintenant, il y a l'institution, entrave à
l'institution. Moi, c'est là où je trouve qu'il y a peut-être un... une
interprétation un peu large. Parce que, de l'autre côté, là, de ce projet de
loi là, il y a la liberté de manifester, la liberté d'expression, la liberté de
se réunir de manière pacifique. Le droit de manifester, c'est un droit qui est
reconnu par nos tribunaux, qui va déranger, qui va entraver le bon déroulement
de... des travaux d'une institution. C'est le propre d'une manifestation. Elle
va déranger, elle va ralentir. Quand vous avez une manifestation, une grève
dans un milieu de travail, bien, évidemment, toutes les choses sont arrêtées,
les travaux sont arrêtés. Même, on s'est donné, au Québec, la possibilité
d'interdire qu'il y ait des briseurs de grève, les lois antiscabs. Ça existe
parce qu'on établit que le droit de manifester est important puis que les employés
ont le droit de bâtir un rapport de force dans une négociation avec leur
employeur pour négocier des conditions de travail, par exemple.
Donc, une manifestation peut entraver
momentanément le travail, le bon déroulement des opérations ou du... déroulement,
là des opérations d'une institution. Donc, c'est là où moi, j'ai... il y a un
enjeu. D'un côté, moi, je veux bien qu'on travaille à protéger les élus pour
qu'ils puissent travailler dans des environnements qui sont le plus sain
possible, le moins toxique possible, mais, de l'autre côté, la notion
d'entrave, c'est là où il y a un enjeu pour moi, c'est là où il y a un enjeu.
Donc, qu'on le mette, «sans entraves abusives»,
c'est qu'on vient créer... puis je pense que ça va rejoindre un peu les propos
de mon collègue des Îles-de-la-Madeleine, c'est qu'on vient créer une nouvelle
catégorie. Je pense que mon collègue a une... un amendement, là, je ne veux pas
lui mettre des mots dans la bouche, là, mais il a un amendement qui va venir un
peu nuancer, en fait, puis préciser que ce sur quoi on travaille, c'est d'abord
les comportements inappropriés des citoyens et des citoyennes contre des élus.
Moi, je pense qu'il est là, le véritable enjeu, puis il est là, le véritable
travail qu'on devrait poursuivre ici, au sein de cette commission qui travaille
sur le projet de loi 37.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons... Oui, députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : ...
M. Ciccone : Ah! bien oui, «good».
Mme Setlakwe : ...19285
M. Ciccone : OK. Parfait.
Le Président (M. Schneeberger) : Député
de Marquette.
• (12 h 20) •
M. Ciccone : Oui, merci beaucoup. Il y a un élément également qu'on
doit... qu'on doit considérer ici, là. Puis
je ne veux pas redire tout ce que j'ai dit, là, mais, tu sais, rajouter, là,
le... ça sert également à avoir une précision légale aussi, là. Dès le début
de... l'objectif de ce projet de loi là, c'est... Je comprends qu'on a amené
d'autres choses, là, c'est un omnibus, là, mais l'objectif de ce projet
de loi là, c'est de protéger les élus contre toute attaque. Puis on a défini,
là, quel genre d'attaque, que ce soit le harcèlement, les menaces et
l'intimidation, et là on met le mot «entrave»
aussi. Alors, l'objectif, c'est... c'est vraiment de protéger les élus et de
protéger, justement, leur... leur travail puis de faire en sorte que... notre démocratie également, parce que, si
on n'en a plus, comme ça a été mentionné, le débat démocratique va
être... va être affecté.
Alors, ajouter «abusifs» après «entraves», ça
permet au législateur de spécifier qu'est-ce qui est une entrave, que ce n'est
pas toutes les entraves qui sont... qui est une obstruction ou qui est
illégale. Ça fait que, déjà là, on le dit d'entrée de jeu, là. Ça fait que
c'est pour ça qu'on resserre un peu le mot «entrave» puis que ça vise seulement
ce qui est abusif de nature, M. le Président.
Également, la protection des droits, ça, on en a
parlé un peu plus tôt aussi, ça permet de protéger les droits et libertés des
individus. Il y a... On a parlé des journalistes hier aussi, là. Ça fait que,
là, ça veut dire, ça, que, tu sais, ça vient protéger la liberté... la liberté
d'expression puis la protection des droits. Puis on dit d'ores et déjà en
partant, au début : Voici ce qu'on veut
dire par «entrave», parce qu'entrave, bien, si c'est à considérer, c'est... ça
doit être absolument abusif.
La proportionnalité des sanctions également,
parce qu'on a des... Il va y avoir des amendes, là. Je comprends que la
ministre, tantôt, elle me disait qu'il ne faut pas comparer les deux, le Code
criminel, puis tout ce qui est pénal. Ça, je comprends ça. Je pense que la
ministre n'est pas... elle n'est pas obligée de me l'expliquer, là. Là, on
parle d'amendes, mais là, en même temps, en mettant ça,
bien, ça vient définir aussi... donner des barèmes un peu plus clairs au juge aussi, de... le montant puis de
l'amende qu'il va donner aussi. Quand on dit : C'est abusif, bien là, c'est...
ça vient restreindre un peu puis pour...
pour faciliter le travail du juge aussi, parce que c'est sûr qu'il ne faut pas
se mêler, puis on a eu la discussion en Chambre tantôt, là, il ne faut pas
mêler les deux. Ce n'est pas à nous autres à dire au juge quoi faire,
mais, en même temps, c'est nous autres qui va mettre les barèmes pour que le
juge prenne une décision.
Puis ça vient aussi prévenir, parce qu'il faut
regarder les deux côtés, là, ça vient prévenir aussi les abus de pouvoir
également, là. Tu sais, ça vient dire : Bien, regarde, si tu veux porter
plainte, si tu veux... si tu veux avancer dans ça, tu veux dénoncer, bien, tu
sais, il ne faut pas que ça commence... les gens commencent à dénoncer pour
n'importe quoi parce qu'ils se sentent... Ça fait que tu leur dis : Ce
n'est pas juste une entrave, là, il faut que ce soit abusif, abusif aussi, parce qu'il faut protéger également le système.
Alors, ça sert aussi à délimiter un peu les comportements.
Alors, moi,
c'est un peu mon... ma plaidoirie aujourd'hui, là. Je comprends qu'on n'est
peut-être pas d'accord de l'autre
côté sur ce... sur cet enjeu-là. Je comprends que mon... On débat sur des
termes. Ce n'est pas encore une loi, là. On débat sur des termes. Puis
ce qui est ironique dans tout ça, c'est que, dans mon premier cours de droit à
l'UQAM, on m'a dit : Il ne faut jamais interpréter une loi, mais on se
retrouve toujours devant les tribunaux, parce qu'il y a deux parties qui
interprètent la loi. Ça fait qu'il faut éviter ça le plus possible. Il faut que
ce soit un peu plus encadré, selon moi. Voilà, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Oui, merci.
J'aimerais renchérir sur une question qui a été posée par le député de Taschereau
à la ministre, à savoir si elle avait, bon, des statistiques, des données, tout
ça. Ça m'a fait penser... Évidemment, j'ai bien écouté l'échange, mais ça m'a
fait penser à deux choses, bien, aux différents sondages que l'UMQ a menés, qui
nous donnaient quand même... qui permettaient de brosser un portrait de ce que
vivent les élus, et par ailleurs j'ai aussi pensé au rapport de recherche qui
vous avait été soumis, Mme la ministre, rapport de recherche de Mireille
Lalancette. C'est un rapport qui vous était dressé, il est assez étoffé, sur la
gestion par les élus des actes et propos
violents, haineux ou déplacés à leur égard. C'est... Donc, ça, c'en est un.
Dans quelle mesure est-ce que vous vous êtes inspirés de ce rapport de
recherche quand vous avez déposé votre projet de loi?
Mme Laforest : Bien, honnêtement, on
s'est inspirés de tous les rapports qu'on a eus, de toutes les consultations,
de tous les rapports et de tous les courriels qu'on a reçus également, toutes
les demandes de l'UMQ, la FQM. Bref, on s'est inspirés de tout le monde, là.
Puis c'est pour... Puis ça revient aussi dans...
Tu sais, je vais vous donner deux exemples. Vous
allez comprendre pourquoi le premier paragraphe est quand même important. C'est
important de le laisser plus large un peu, OK? Je vais vous donner des exemples
d'entrave à la fonction d'élu par des menaces, de l'intimidation, du
harcèlement. Puis là on n'a pas la notion... Bien, on s'est... on s'est laissés
influencer par tous les groupes, honnêtement, pour répondre à votre question,
là, oui.
Mme Setlakwe : On étaitensemble
durant les consultations. On a entendu... on a entendu la même chose.
Mme Laforest : Oui, c'est ça.
Mme Setlakwe : Mais spécifiquement,
là, sur ce rapport de recherche qui est quand même étoffé, une soixantaine de
pages... Est-ce que vous en avez commandé plusieurs, de ces rapports-là, ou
est-ce que celui-ci a quand même un caractère plus particulier, plus important
dans votre réflexion?
Mme Laforest : Bien, je ne pourrais
pas dire que lui est plus important qu'un autre, là, mais c'est certain que,
depuis six ans, on a eu quand même...
Mme Setlakwe : Vous en avez commandé
plusieurs, rapports de recherche, de cette nature-là.
Mme Laforest : Non, non, mais j'en
ai lu plusieurs, là. Tu sais, c'est important. Puis j'ai discuté avec des
anciens ministres des Affaires municipales aussi. Ça se passait aussi, puis il
n'y avait pas de mesure. Donc, il y a quand même beaucoup de travail qui a été
fait, là.
Mme
Setlakwe : Oui, oui, mais... OK. Donc... Mais, ici, je
pensais que c'était vous qui aviez donné le mandat à Dre Lalancette.
Des voix : ...
Mme Laforest : Oui, c'est vrai.
Mme Setlakwe : Non?
Mme Laforest : Pardon?
Mme Setlakwe : C'était
vous qui aviez donné le mandat à Dre Lalancette de...
Mme Laforest : Oui. Puis, dans le
programme... dans le rapport... Bien, c'est sûr que nous, dans la loi, on va
vraiment plus loin, là, parce que ça, il y avait de... justement de l'aide avec
des programmes psychologiques dans le rapport, puis c'est important aussi. Ça,
on le met aussi dans... On l'a déjà appliqué avec le soutien psychologique,
avec de l'aide aussi pour des intervenants. Donc, il y a des mesures qu'on a
déjà appliquées, là. Comme je mentionnais tantôt, les deux annonces qu'on a
faites, ça, on s'est inspirés aussi de ce rapport-là, mais il y a eu... Bref,
disons qu'il y a plusieurs... on a pris plusieurs recommandations.
Mme Setlakwe : Est-ce que... OK.
Est-ce que vous avez jugé bon de... Est-ce que vous... Qu'est-ce que vous
pensez de sa définition du harcèlement et de ses impacts? Parce qu'elle dit
clairement quel impact ça peut avoir sur les élus. Vous n'avez pas souhaité
définir «harcèlement» à la lumière de son rapport.
Mme Laforest : Bien, comme je le
mentionne, chaque situation est préoccupante, chaque situation est stressante,
autant les faits qui sont énumérés dans ce rapport-là. C'est préoccupant. On
est arrivés puis, à chaque fois, d'ailleurs, depuis six ans, on a fait de la
formation avec des webinaires pour les élus. C'était demandé. On a fait... On a
lancé le plan de lutte, d'ailleurs, suite à des recommandations, le plan de
lutte contre l'intimidation, avec 11 mesures vraiment concrètes pour
contrer l'intimidation pour les élus. On n'a pas arrêté, en fait. Puis c'est
pour ça que le projet de loi 57, il est
assez... il est bien... si je peux dire, il est bien défini, parce que les
mesures qu'on a prises en place... Vous le savez, depuis six ans, on n'a
pas arrêté, là, de soutenir les élus municipaux, mais on est rendus à un stade où...
Parfois, là, c'est sûr qu'il y a une question de fonctionnement, une question
de vie familiale, une question que, là, on va trop loin, là, depuis la
pandémie. Ça fait que c'est pour ça qu'on va encore plus loin avec ces
mesures-là. Mais tous les rapports... Puis, oui, vous avez raison, les
recommandations au niveau de l'intimidation, harcèlement, on a fait les
capsules aussi, au niveau du harcèlement, de l'intimidation, suite à des
recommandations de ces rapports-là. Ça fait qu'on n'a pas arrêté vraiment.
Tous... tous les rapports étaient essentiels puis tout... Oui.
Mme Setlakwe : Bien, écoutez, moi,
je pense que l'amendement proposé, je reviens à l'amendement, là, ici, est... est toujours pertinent. J'essaie de voir
est-ce que vous avez des exemples d'entraves... Peut-être que c'est... Mais
est-ce que des entraves qui ne seraient pas
abusives, des entraves qui n'entraîneraient pas... qui n'impliquent pas un
abus... En quoi... Quelle est...
Expliquez-nous quelle est votre réticence à venir préciser le mot «entrave»
par... en le qualifiant, en lui apportant une précision.
• (12 h 30) •
Mme Laforest : Bien, comme je le
mentionne, c'est le premier paragraphe. On présente l'article. Si je peux
donner des exemples, admettons, d'entraves à la fonction d'élu par des menaces,
de l'intimidation, du harcèlement, en fait, la personne peut se présenter dans
une séance du conseil municipal, prendre... prendre la parole, et là c'est
vraiment, là, des propos et menaçants, intimidants soit sur la personne, sur la
vie familiale de la personne. Ça peut vraiment être, bref, un... bref, une...
des propos vraiment inacceptables. C'est arrivé juste une fois, mais tout ce
qui en découle, avec les menaces,
l'intimidation, la violence... Ça peut arriver juste une fois. Ça fait que
c'est pour ça que je dis que, là, est-ce qu'on dit «sans entraves
abusives»? Est-ce que c'est abusive... c'est abusif? Elle est allée seulement,
la personne... Admettons, le citoyen est allé seulement une fois au micro, et
ça a duré 20 minutes, et a dit des propos sur la famille et des trucs
comme ça. Ça fait que ça, ça peut être un exemple.
Après ça, comme je le mentionne, bloquer un élu
à une séance du conseil municipal soit pour y arriver soit pour quitter, ça,
c'est quand même arrivé plusieurs fois à plusieurs élus.
Après ça, comme je le mentionnais, se manifester
devant la résidence privée. Est-ce que, si on met «entraves abusives», et le
citoyen est toujours stationné devant la maison... Puis là est-ce que c'est
abusif? Parce qu'il est stationné seulement dans sa voiture. Est-ce que, si on
ajoute «entraves abusives», on va dire : Bien là, ce n'est pas abusif
parce qu'il est seulement dans sa voiture, il attend, il surveille la maison?
Ça fait qu'il faut comprendre aussi que le premier...
Le premier paragraphe, il faut laisser large. Ça fait que vous avez des
exemples comme ça que le juge, si on... si on... Comme je le disais, si on
ajoute toujours la notion «abusive» à chaque phrase, à chaque paragraphe, bien
là, c'est sûr que ça va... ça peut être interprété différemment.
Mais, les exemples que je vous... je vous
mentionne, tu sais, il y a des élus, c'est arrivé une fois dans... la visite dans une épicerie... bien, pas un élu,
plusieurs élus. Ça a été l'horreur, ce qu'ils ont vécu en allant faire
l'épicerie avec leur famille. Est-ce que c'étaient des entraves
abusives? C'est arrivé seulement une fois.
Ça fait que c'est pour ça que je dis qu'il faut
quand même laisser large le premier paragraphe qui présente l'article. Ça, c'est des exemples comme ça qui ne
sont pas vus comme étant abusifs. Puis là on a les... d'autres exemples,
que je vais arriver plus tard. C'est
vraiment des exemples de manières abusives qui empêchent l'exercice de la
fonction d'élu. Mais, vous voyez, des
exemples comme ça, un juge pourrait dire : Bien, ce n'est pas abusif,
c'est arrivé seulement une
fois, sauf que la réputation de l'élu, peut-être, pendant 20 minutes que
quelqu'un va au micro, est détruite à vie. Mais le citoyen est allé seulement
au micro une fois, puis c'est arrivé quelques fois aussi, parle de la famille, des enfants, qu'est-ce qui se passe, puis
invente des scénarios, puis invente... donne des mauvaises réputations à la
famille, aux enfants. C'est arrivé seulement une fois. Ça fait que, là, ce
n'est pas abusif, mais c'est arrivé une fois. C'est pour ça qu'il faut
laisser quand même le tribunal juger de la situation.
Mme Setlakwe : Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, Mme la députée.
Mme Setlakwe : J'aurais une autre
question.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
allez-y.
Mme Setlakwe : C'est une question
que... je pense, qui vaut la peine d'être... d'être répondue au micro, là.
Parce que, quand vous décrivez des exemples, puis je comprends que les... vos
exemples ne sont pas exhaustifs, c'est... c'est évident, vous avez apporté des
exemples pertinents, mais parfois vous parlez d'entraver avec menaces, harcèlement, intimidation, alors que, dans le fond,
le... Je veux juste qu'on soit clairs, là. Le nouveau régime a trois
composantes, là : le recours à l'injonction, où on ne parle pas de
menaces, intimidation, harcèlement, c'est une entrave de manière abusive, on va
laisser le juge se prononcer, on a des pénalités qui peuvent être imposées dans
deux... deux scénarios, et là on parle de... Je vais y aller directement, là.
Je ne veux pas paraphraser, je vais le dire exactement,
c'est : «Quiconque entrave l'exercice des fonctions d'un élu — là,
je suis à l'article 5 — [...] en le menaçant, en l'intimidant ou en le harcelant de façon à lui
faire craindre raisonnablement pour son intégrité ou sa sécurité», et on a
aussi la situation d'une personne qui vient, à 4, lors d'une séance, «causer du
désordre de manière à troubler de façon abusive».
Est-ce que ces trois recours sont... peuvent
être cumulatifs ou est-ce qu'ils sont mutuellement exclusifs?
Mme Laforest : Est-ce que, M. le
légiste, vous pouvez répondre si ça peut être cumulatif?
Mme Setlakwe : Mais selon vous, Mme
la ministre.
Mme Laforest : Je ne suis pas
avocate. Je ne pourrais pas vous répondre. Je vais laisser M. le légiste...
Le Président (M. Schneeberger) : M.
Dumont.
Mme Laforest : Est-ce que ça peut
s'appliquer en...
M. Dumont (Luc) : Oui. C'est certain
que, dépendamment des cas de l'affaire, si une personne est capable de remplir
le fardeau de preuve puis de démontrer la nécessité d'avoir... d'obtenir une
injonction, il pourrait l'avoir. Puis, s'il est capable d'aller faire une
plainte aussi à la police puis qu'au terme de l'enquête les éléments de preuve
sont là, il peut aussi avoir une amende. Ce n'est pas la même chose. Donc, oui,
on peut les... on peut faire les deux, si j'ai bien compris la question.
Mme Setlakwe : Oui. OK. Donc, un
comportement isolé ou répété pourrait donner lieu à une injonction et une
amende. C'est ça.
M. Dumont (Luc) : Oui, parce que ça
ne sert pas le même objectif, en fait.
Mme Setlakwe : Non, tout à fait. Les
critères de chacun de ces recours-là sont... sont différents. Mais moi, je vous
ai entendus dire que, dans tous les cas, il y a une situation d'abus. Puis
vous, vous nous dites que vous êtes à l'aise à laisser le mot «entrave» de
façon... évidemment, dans l'objet, dans son sens le plus usuel, «gêner»,
«retenir», alors qu'on sait qu'un élu, il n'y a rien de plus inhérent dans la
fonction d'un élu que d'être gêné ou retenu par des pétitions, par des chaînes
de lettres, par des courriels, par des questions, par des rencontres, par des
manifestations, par des démonstrations. Est-ce que, pour vous, des citoyens qui
viennent en groupe...
On a reçu, vous, et moi, et les autres élus, des
courriels à répétition disant : Attention à des gens vulnérables, des
groupes de personnes. Là, je me réfère au mémoire de la Ligue des droits et
libertés, qui dit : Ces personnes qui sont vulnérables, qui... ce n'est
pas des gens qui ont... qui vivent des difficultés vis-à-vis un élu qui est en
situation de pouvoir. Ils se sentent peut-être... C'est gros, pour eux, d'aller
à une séance de conseil ou d'aller confronter ou questionner un élu. Ils
viennent en groupe. Ça arrive souvent. Ils ont des banderoles. Ils viennent
ensemble. Ils peuvent être respectueux, civils, mais ils sont ensemble, en
groupe, et ils cherchent à se mobiliser pour avoir un effet plus fort, ils
ont... pour passer leurs messages, que ce soit sur des questions de logement,
de... En tout cas, je veux dire, la liste
est extrêmement longue. Vous voyez ce que je veux dire. Mais ça, c'est venu...
C'est des groupes d'action communautaire, des gens qui se mobilisent,
qui viennent... Et là quel message on leur envoie aujourd'hui? Est-ce que c'est
abusif, ce qu'ils font? Est-ce qu'on souhaite que ces personnes-là continuent
de se mobiliser ensemble pour venir mettre de l'avant leurs enjeux auprès de
leurs élus?
Mme Laforest : Bon, alors, à votre
question... D'ailleurs, on les a reçues, là, certaines personnes, d'ailleurs,
au niveau des mêmes questions. Bien, c'est sûr que ça... on ne touche pas du
tout, du tout les groupes, là. Les manifestations, les groupes qui se
présentent, on ne touche pas ça du tout. Il faut rester... Est-ce qu'il y a eu
des menaces? Est-ce qu'il y a eu du harcèlement? C'est normal, ça fait partie
du travail. Puis là, quand on dit que ça entrave le travail de l'élu, est-ce
que le groupe bloque l'entrée à l'élu à chaque conseil municipal? Mais c'est
normal d'avoir des manifestations. Le droit de grève, c'est dans la loi. On va
reparler de la charte des droits et libertés. Donc, c'est
prévu, ça, dans leur travail. En aucun temps on ne va empêcher les groupes de
se présenter dans des séances de conseil municipal.
Mme
Setlakwe : ...
Mme Laforest :
Pas du tout, pas du tout. Puis,
regardez, dans la deuxième page, je ne sais pas si vous l'avez...
Mme Setlakwe :
C'est important que ce soit dit
au micro, là. Ce n'est pas une entrave, un groupe qui se présente.
Mme
Laforest : Non. Puis c'est... Encore là, ici, c'est bien défini. C'est
écrit : «La Cour évalue la demande en tenant compte de l'intérêt public.»
Donc là, vous donnez l'exemple d'un groupe pour le logement, le logement
social, logement abordable. Bien, c'est pour l'intérêt public, donc c'est prévu
aussi, là, dans l'article.
Mme
Setlakwe : Oui, je comprends, oui, suite à... Oui, c'est un amendement
que vous avez déposé, qui est pertinent.
Mme
Laforest : Oui. Donc, c'est prévu. Ça fait partie du travail de l'élu.
Mme
Setlakwe : OK. Et on revient, donc... Parce qu'à un moment donné il
faut... Donc, vous considérez que ce n'est pas... Parce que vous ne vous êtes
pas encore prononcée, mais je crois comprendre que vous ne voulez pas ajouter
le mot «abusives». Donc, si on ne l'ajoute pas, vous considérez que c'est...
cette façon de faire des groupes d'action communautaire ne constitue pas une
entrave à une fonction élective.
Mme
Laforest : Bien, tout à fait, puis... Eh mon Dieu! Vous répondez même
à la question que vous me posez, parce que
les groupes qui viennent manifester, ce n'est pas abusif. Vous comprenez, des
fois, qu'il y a des mesures qu'on
peut dire : Bien, c'est dans le cadre de leur travail, c'est dans le
cadre. Ça fait que, tu sais, il ne faut quand même pas, à chaque... à
chaque paragraphe, ajouter les... «sans entraves abusives», parce qu'un groupe
qui se présente à un conseil municipal régulièrement, c'est normal. Un groupe
de logement, ça va arriver souvent.
Mme Setlakwe :
Il est arrivé à, Trois-Rivières... Puis, tu sais, je vais... là, je vais...
Honnêtement, il faut... il faut se les poser, les questions, là. Il y avait la
question, donc, des chaînes de lettres et... Quelle est votre réaction, là? Je pense, c'est arrivé, même, au bureau du premier
ministre, là, des envois... des envois de courriels, des chaînes de lettres.
Est-ce que ça constitue une entrave?
• (12 h 40) •
Mme
Laforest : ...les chaînes de lettres.
Mme
Setlakwe : Est-ce que... OK. Ce n'est pas une entrave. Et, en... à
l'été 2023, il y a des citoyens de la ville
de Trois-Rivières préoccupés par un projet d'agrandissement d'un parc
industriel... Ça, là, ça se... ça se reproduit dans un
grand nombre de municipalités au travers de... le Québec, là, des citoyens qui
vont dans... qui assistent à une séance de
conseil pour énoncer leurs préoccupations par rapport à un projet, que ce soit
un parc industriel ou autre, là. Lors de la séance du conseil municipal
du 20 juin 2023, les citoyens dans l'assistance se lèvent en silence
pendant l'intervention d'un conseiller, lequel marque également son opposition
à cette mesure, et brandissent des petites affiches sur lesquelles on peut
lire : «Milieux humides, on vous a à l'oeil», «eau propre ou asphalte, l'heure
des choix», «la prochaine génération vous
regarde», et déroulent une bannière, alors que les propos du conseiller — donc, au sein du conseil, il y en
avait qui étaient dissidents, qui n'étaient pas d'accord avec le projet — suscitent
des applaudissements des citoyens pendant quelques secondes. Plusieurs chantent
ensuite le slogan «Pas un hectare de plus». Le tout dure environ deux minutes.
Le maire suppléant a alors suspendu rapidement la séance et a appelé la police.
Le reste de la séance s'est déroulé en présence de la police, les portes
verrouillées, empêchant toute personne d'entrer ou de sortir de la salle.
Est-ce que... À quel
moment on n'est plus dans l'entrave? À quel moment est-ce que... Qu'est-ce que
vous... Qu'est-ce que vous pensez de cette situation-là?
Mme
Laforest : Bien, comme je le disais, puis je le dis depuis hier, là,
tout groupe peut se présenter dans un conseil municipal. Toute personne, peu
importe, peut arriver avec des banderoles, peut faire une chanson devant le
conseil municipal. Mais ça, c'est tout à fait accepté puis c'est normal. On le
dit, là, c'est vraiment... Puis on l'a indiqué :
«Toute personne de participer» à un débat public. Donc, ça, c'est un débat
public. Toute personne peut y assister.
Maintenant, quand on
va plus loin, là, on parle de menaces et de tous, tous, tous les... tous les
faits qu'on a ajoutés présentement sur l'article, là, on va plus loin, là,
c'est différent. Mais il n'y a rien qui empêche... Les chaînes de lettres,
c'est de la liberté d'expression. On ne touche pas à ça non plus.
Mme
Setlakwe : OK. Vous êtes... Oui, vous êtes en train de... en tout cas,
d'avance, de dire si c'est... c'est permis ou pas, mais je ne comprends
toujours pas pourquoi vous hésitez à qualifier «entrave», parce que, là, on est
en train de dire généralement qu'on veut contribuer à la rétention des élus en
favorisant l'exercice sans entraves des fonctions électives, alors que ça fait
partie du quotidien. Vous le reconnaissez, tu sais, que les citoyens doivent...
peuvent venir en groupe. Ça fait partie de leur travail qu'ils viennent...
Mme Laforest : C'est
parce qu'après, dans les autres articles, c'est tout bien défini, là, au niveau
de l'entrave dans des situations particulières. Là, on est juste dans le
premier paragraphe, mais on va continuer après, là, ça fait qu'on va pouvoir en
discuter après.
Mme Setlakwe : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : D'autres...
Député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci. Intéressante
discussion avec notre collègue de Mont-Royal—Outremont. Mme la ministre, vous... je ne peux m'empêcher de
noter que vous nommez des comportements qui seraient permis dans des conseils
municipaux d'un côté. En même temps, de l'autre côté, vous ne venez pas définir
ce que c'est, une entrave. Dans le... dans le mémoire que vous avez déposé au Conseil
des ministres, vous avez dit : Certaines personnes pourraient... ou certains groupes pourraient trouver que le projet de
loi est une atteinte à la liberté d'expression, la liberté de
manifester, à la liberté de se réunir pacifiquement, et vous référez aux
tribunaux, dans le fond.
Donc, d'un côté, on vous demande de peut-être
mieux définir, de peut-être mieux encadrer différents mots qui sont utilisés
dans le projet de loi, notamment le mot «entrave», puis, de l'autre, il y a un
refus de votre côté en disant : C'est les tribunaux qui vont trancher, qui
vont définir puis se bâtir une jurisprudence autour de ce concept-là. Puis, de
l'autre côté, vous, ici, en commission, vous définissez des comportements que
vous jugez acceptables.
Mme Laforest : ...
M. Grandmont : Bien, je veux dire,
vous dites... vous dites : Les manifestations seront permises, les... par
exemple, c'est un bon exemple, là, les manifestations seront permises au sein
du conseil municipal.
Mme Laforest : C'est toujours
permis. Mais là c'est sûr que je pourrais avoir, et vous aussi, là, tout le
monde pourrait avoir plusieurs, plusieurs, plusieurs exemples. Mais, quand on
parle vraiment sans entraves à la fonction d'élu... Un exemple, un groupe qui
vient manifester, c'est normal. Ça va arriver puis ça va toujours être comme ça
dans nos séances de conseil municipal. C'est tout à fait normal. Par contre, un
groupe qui va se présenter dans un conseil municipal, qui va saccager la salle
du conseil, il y a entrave au travail de l'élu. Les élus ne peuvent plus
continuer à travailler. Tu sais, c'est là, l'affaire. On est vraiment rendus
ailleurs, là.
M. Grandmont : Elle est où, la
limite entre entraver, là, l'exemple qu'on a... que notre collègue a lu tantôt,
là, qui est un cas... Puis il y a d'ailleurs une vidéo aussi qui a circulé
récemment. Vous l'avez sans doute vue passer aussi au conseil municipal de
Trois-Rivières. Le conseil a été ralenti pendant quelques minutes. Ils n'ont
pas saccagé, là. Ils ont ralenti la bonne tenue, le bon déroulement du conseil
municipal, hein, les choses ont été... Le conseil a été suspendu pendant
quelques minutes, puis après ça s'est fait sous supervision policière. Donc, de
votre point de vue actuellement, aujourd'hui, là, vous considérez que ce n'est
pas une entrave.
Mme Laforest : Bien, je le dis, puis
je vais le répéter, puis je vais faire ça, là, jusqu'à la fin du projet de loi,
je ne suis pas juge. Il y a des tribunaux pour le décider. Imaginez si moi, je
dis : La situation de Trois-Rivières, c'est une entrave, on va donner une
infraction à tous les gens qui sont allés manifester à Trois-Rivières. Voyons,
je suis qui, moi, pour dire ça? Alors, même si vous essayez de me faire dire
des... pour moi, c'est... tu sais, c'est une entrave ou non... Bien, c'est pour
ça qu'on vient l'appliquer dans le projet de loi. On vient demander une
injonction pour qu'elle soit traitée d'urgence avec la Cour supérieure, pour
qu'il y ait un jugement rapide, pour que les élus puissent continuer leur
travail. Vous comprenez? Présentement, on ne peut pas faire ça.
M. Grandmont : Moi, je vous l'ai dit
tantôt, ce que... ce que j'espère trouver comme équilibre à travers le projet
de loi, là, c'est à la fois protéger les élus, on veut vraiment protéger les
élus, qu'ils puissent travailler dans un environnement qui est sain, mais, de
l'autre côté, je veux protéger aussi des droits qui sont fondamentaux dans
notre démocratie.
Il est normal qu'un conseil municipal... en tout
cas, il est normal qu'une institution, qu'elle soit publique ou privée, soit ralentie par des manifestations ou
mouvements de grève. Souvenez-vous, l'hiver dernier, là, les manifestations
qui ont eu lieu dans le secteur public, là. Je veux dire, c'est un droit qui
est officiellement reconnu. Ils ont le droit de manifester, là. Ils sont en
négociation avec le Conseil du trésor pour améliorer leurs conditions, puis,
bon, c'est dans les moyens qu'ils ont à leur
disposition. Mais, pendant ce temps-là, les écoles étaient fermées, les
hôpitaux fonctionnaient à régime, disons, réduit, les services
d'urgence... Donc, il y avait quand même un minimum qui était assuré, mais donc
le bon déroulement des opérations, des écoles puis des... des hôpitaux n'était
pas assuré, là. On se comprend qu'on était
dans un régime de manifestation, et il y avait grève. Et pourtant ça, c'est...
c'est reconnu, c'est protégé par nos
chartes, par notre charte québécoise, c'est reconnu aussi au fédéral et
évidemment ça a été reconnu par les tribunaux.
Donc, moi, c'est l'utilisation du mot «entrave»,
là, qui... Qu'elle soit abusive ou non, il me semble qu'il y a quelque chose, là, qui... Puis, comme je le disais
tantôt, mon collègue, peut-être moi-même aussi après, on verra au fil
des discussions, aurons des propositions sur ce mot-là précisément.
J'aimerais vous entendre, tu sais... À défaut
d'avoir vraiment une définition du mot «entrave», comme je vous l'ai dit tantôt, moi, je veux que les élus
puissent travailler dans un milieu qui est exempt de certains comportements.
Ça fait que... Puis je prends juste des exemples que vous
avez nommés au fil des discussions. Vous avez parlé d'empêcher un élu de
passer, d'accéder, par exemple, à la salle du conseil. Est-ce que c'est une
entrave ou c'est de l'intimidation, selon vous?
Mme Laforest : Bien là, j'ai répondu
à votre question, là.
M. Grandmont : Non, non, non, ce
n'est pas la même question, là. Je ne demandais pas si c'est de l'entrave.
Mme Laforest : Non, non, mais là,
écoutez, là...
M. Grandmont : Bien, regardez, je
vais vous la... je vais... je vais y aller autrement, OK? On pourrait se poser la question : Empêcher un élu de
passer, est-ce que c'est de l'entrave ou c'est de l'intimidation? Stationner
devant...
Mme Laforest : Écoutez, je ne répondrai
pas à votre... C'est...
M.
Grandmont : Non, non, je sais, je sais, je sais. Vous m'avez
dit que vous ne répondriez pas. C'est correct.
Mme Laforest : Non, mais...
J'aimerais bien répondre, mais je n'oserai pas répondre, parce que ce n'est pas
à moi à prendre le rôle du juge qui va
prendre la décision dans chacune des situations. Hier, on a dit... Un exemple,
c'est, je crois... Il y a un député qui a dit : Moi, j'ai vécu ça,
mais ça dépend. C'est selon lui, comment il a vécu ça. Ça dépend. Chaque cas est différent. Tu sais, je ne
peux pas... Demandez-moi pas si chaque situation vécue dans un conseil
municipal... Il y a 1 100 municipalités. Donc, des situations, il y
en a beaucoup...
M. Grandmont : Parfait.
Mme Laforest : ...qui sont vécues.
Puis ce n'est pas moi, qui est ministre des Affaires municipales, de dire
coupable ou non, entrave ou non. Si on met un système en place, ce qui est extraordinaire,
selon moi, aujourd'hui, c'est qu'on a la chance ici, tous ensemble, les élus,
de mettre un système en place pour protéger les élus...
M. Grandmont : On est d'accord.
Mme Laforest : ...puis en laissant
la liberté d'expression, en laissant le droit de grève. On ne touche pas à ça. C'est pour ça que je disais, hier : Il
n'y a aucun journaliste qui doit être inquiet, aucun, aucun, aucunement. Mais
on doit laisser des élus aller travailler. On doit les... tu sais, les
enfants des familles, arrêter de les menacer. Les conjoints doivent continuer
leur travail. Ça doit se passer comme ça, là, quand tu es élu municipal. Puis,
en même temps, qui va se présenter élu
aujourd'hui s'il n'y a pas aucun, aucun, aucun encadrement qu'on peut ajouter
aujourd'hui dans la loi pour
dire : Oui, les élus, soyez fiers d'être élus, on va vous protéger, mais,
en même temps, laisser toutes les autres règles s'appliquer, comme la charte
des droits et libertés, le droit de grève?
• (12 h 50) •
Ça fait que c'est sûr que, là, malheureusement,
si vous me donnez... me posez plein de questions, bien, c'est plein d'exemples.
Puis ce ne sera pas moi à agir. Moi, mon rôle, c'est de... avec vous, ce n'est
pas moi qui le fais seule, d'apporter un
changement à la loi pour mieux protéger nos élus, pour arrêter d'avoir des
démissions, pour arrêter d'avoir des gens en arrêt de travail, pour
avoir... arrêter ce qu'on vit présentement dans le milieu municipal.
M. Grandmont : Je vous entends très
bien. Puis tout ce que vous avez dit touchait des notions qui touchaient au
milieu de travail. Ce qu'on veut, c'est éviter les menaces, le harcèlement,
l'intimidation, les agressions. Vous n'avez pas parlé... en tout cas, je n'ai
pas entendu la notion d'entrave. Quand je dis, là... Puis je n'irai pas par
questions, je vais y aller par affirmations. Empêcher un élu de passer, là,
puis d'entrer à l'hôtel de ville, par exemple, tu sais, on pourrait considérer que c'est une entrave, mais on pourrait
dire aussi que c'est une certaine forme d'intimidation. Quand on dit...
Puis c'est un exemple que vous avez donné tantôt aussi, là. Stationner devant
la maison d'un élu de manière répétée et
abusive, est-ce que c'est de l'entrave? Non. Est-ce que c'est du harcèlement?
Probablement. Est-ce que... De dire à un élu qu'il ne rentrera pas chez
lui à soir, est-ce que c'est de l'entrave? Pas sûr, mais la menace,
certainement.
Moi, je pense que la portion sur laquelle on
devrait se concentrer dans le coeur... puis qui est au coeur, qui devrait être
au coeur de ce chapitre I du projet de loi n° 57, là, c'est vraiment le
milieu de travail, l'abri... pouvoir travailler
à l'abri des menaces, du harcèlement, de l'intimidation et des agressions. Je
pense que c'est là-dessus qu'on devrait se concentrer.
La notion d'entrave est floue, ouvre la porte à
beaucoup d'interprétations potentielles, et moi, je pense que ça, c'est un des
enjeux importants du chapitre I, la notion d'entrave.
L'autre partie, là, je suis 100 % d'accord
avec. La notion de garantir aux élus qu'ils vont pouvoir travailler à l'abri
des menaces, du harcèlement, de l'intimidation et des agressions, pour moi, il
faut travailler là-dessus à 100 %. C'est la partie la plus importante.
C'est le coeur du projet de loi. Et c'est comme ça qu'on garantira aux élus,
comme individus, de pouvoir travailler, donc, dans un milieu qui est plus sain.
Puis on pourra s'attaquer à la partie, là, des démissions puis de l'insatisfaction de travailler en milieu municipal ou
à l'Assemblée nationale, qui est problématique au regard des relations avec les citoyens et les
citoyennes. Parce que l'autre partie, l'entrave, là, vient vraiment toucher
de façon... puis malheureusement, parce qu'on a peu de définitions, puis il y a
peu de précédents dans les... dans les différentes lois québécoises ou
canadiennes, vient toucher potentiellement à la notion de liberté d'expression,
de liberté de réunion pacifique, et donc de droit de manifester.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
D'autres... S'il n'y a pas d'autre commentaire, nous allons mettre aux... Oui.
M. Ciccone : ...d'abord si le député des Îles-de-la-Madeleine veut la
parole.
Le Président (M. Schneeberger) : Comment?
M. Ciccone : Je voulais savoir si le député des Îles-de-la-Madeleine
voulait parler. Je le...
Une voix : ...
M. Ciccone : OK. Je ne voulais pas...
Le Président (M. Schneeberger) : Député
de Marquette.
M.
Ciccone : Merci beaucoup. Honnêtement, là, depuis tantôt, ce
que j'entends, puis ça semblait être clair, là... Puis, depuis hier,
justement, la ministre nous dit : Ça va être... ça va être aux juges de
décider, mais, en même temps, elle est
embarquée dans le jeu en disant : Bien non, ça, ce n'est pas une entrave,
ça, ce n'est pas une entrave, non, ça, ce n'est pas une entrave, que ce
soient des chaînes de lettres, non, ça ce n'est pas une entrave. Ça fait que,
déjà là, elle s'est mise en position de décider qu'est-ce qui est une entrave
ou non.
Présenter en groupe devant un conseil, elle
dit : Non, ce n'est pas une entrave, mais ça peut devenir une entrave, ça
pourrait devenir une entrave. Si on empêche les gens de rentrer, ça pourrait
devenir une entrave. Mais là vous allez me
dire : Mais c'est une entrave qui est... qui devient du harcèlement, qui
devient de l'intimidation, qui devient peut-être même une voie de fait.
Oui, mais, en même temps, le sens... le sens des
mots, dans un... dans un article, dans un article de loi, est très, très, très lourd de sens, là. Je vais vous
lire, là, «entrave» dans Le petit Larousse : «Ce qui retient, gêne,
embarrasse; obstacle.» Moi, c'est ça que je vois, là, dans
l'article 1, là. Mais ça, on dit qu'on n'a pas le droit de faire ça. Là,
vous dites : Oui, oui, mais plus tard
on va l'expliquer, ça fait qu'on va voter sur celui-là, mais plus tard on va
l'expliquer. Bien non, mais il faut... il faut ajuster le premier pour
passer au deuxième. Si on n'est pas... On n'est pas ici pour le fun puis on
n'est pas confortables avec ça. Je comprends que l'idée derrière ça a peut-être
un sens, mais nous, comme législateurs qui
représentent le peuple, on n'est pas d'accord avec ça. Puis ce n'est pas juste
nous autres. Il y a des groupes également qui l'ont mentionné.
Alors, moi, je ne vois pas pourquoi que, justement...
Puis je comprends que rajouter des mots, des fois, ça vient limiter. Dans ce
cas-ci, là, ça ne vient pas, justement, empêcher quelqu'un de faire son
travail. Au contraire, je pense, ça vient
encadrer le travail, par exemple, du DPCP ou même du juge, parce que notre
rôle, c'est de leur donner les outils
pour bien faire leur travail puis rendre les décisions plus rapides, parce
qu'on veut faciliter, justement, cette prise de décision là de façon
urgente.
Alors, moi,
je trouve ça un peu... je trouve ça un peu drôle qu'on dise une chose puis...
ce matin... hier, puis là, ce matin, on vient dire : Bien là, on
vient déterminer qu'est-ce qui est une entrave ou non. Alors, déjà là, si on
fait cet exercice-là, ça vient dire que, justement, là, on n'est pas... ce
n'est pas clair, là, ce n'est pas clair dans ce qu'on... ce qu'on avance dans
l'article 1. Alors, nous maintenons notre position sur l'aspect d'entrave
abusive, parce qu'«entrave», de la façon
qu'il est utilisé dans les autres articles, Mme la ministre, n'est pas utilisé
de la même façon dans l'article 1. Voilà. C'est tout ce que j'avais
à dire.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui. Bien, juste un
mot sur la... le sous-amendement proposé par ma collègue. Le problème fondamental... Qu'on parle d'un... d'une entrave
abusive ou indue, on est dans le même registre. On tente de qualifier
une notion qui, elle-même, n'est pas définie. Alors, si on ne sait pas ce
qu'une... ce qu'est une entrave de façon très précise, si on ne sait pas quel
comportement on veut sanctionner, si on dit : On va adopter ça, mais que
l'intention du législateur n'est pas définie, mais on va laisser aux juges le
soin de le définir, je pense qu'on ne va pas au bout de notre responsabilité et
de notre fonction. Et c'est là, le problème fondamental.
On peut utiliser tous les qualificatifs voulus
pour définir l'entrave, pour circonscrire l'entrave, si on ne sait pas de quoi
on parle, s'il est comme... Moi aussi, j'avais une définition du dictionnaire.
Si on parle d'entrave comme d'un obstacle, ou d'un empêchement, ou d'une
contrainte, bien, il y a de multiples façons démocratiques d'exprimer notre
point de vue, notre opposition à un certain nombre de décisions ou d'intentions,
et ainsi de suite, qui peuvent être perçues comme des entraves, ou des
obstacles, ou des empêchements à aller rapidement puis adopter des... et
prendre des décisions, mais là on ne sait pas si elles seraient véritablement
des entraves qui seraient légales, qui seraient reconnues par le juge ou pas
comme étant licites ou si elles deviennent illicites. Et là, bien, je trouve
qu'on ouvre la porte extrêmement grande à toutes sortes
de situations qu'on ne veut pas voir arriver. Ce n'est pas l'objectif de... je
pense, de notre travail et du projet de loi.
Si l'on veut sanctionner des comportements qu'on
juge inacceptables, ou des gestes, ou des propos, je pense qu'il faut dire de
quoi on parle et l'inscrire dans le projet de loi. Sinon, on parle pour ne rien
dire. Et c'est la raison pour laquelle je ne m'en prends pas de façon... plus
spécifiquement, là, à l'intention de ma collègue de qualifier l'entrave. Je reviens sur l'idée que l'entrave
veut dire tout et son contraire selon la personne qui se prononce là-dessus
et selon le contexte. On dit même que, selon le ressenti de la personne, ça
pourrait être différent. Bien, alors, à ce moment-là, je pense qu'on embrasse
beaucoup trop large et on étreint bien mal, alors que je pense que ce qui est
reconnu par tout le monde comme l'objectif fondamental, c'est, oui, de doter...
de s'assurer de favoriser un climat de travail...
ou un climat ou une... un contexte qui favorise l'exercice des fonctions
électives qui est à l'abri des menaces, du harcèlement, ou de l'intimidation,
ou des agressions, mais des notions qui sont bel et bien reconnues, qu'il est
facile d'observer, d'identifier et de décrire. Et c'est le sens de l'amendement
que je présenterai tout à l'heure.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Merci. Alors, j'imagine que,
compte tenu de l'heure, nous allons suspendre jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13 heures)
(Reprise à 15 h 06)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bon après-midi à tous. La Commission de l'aménagement du territoire reprend ses
travaux.
Je rappelle que nous poursuivons l'étude
détaillée du projet de loi n° 57, loi édictant... loi
édictant... pardon, visant à protéger les élus et à favoriser l'exercice sans
entraves de leurs fonctions et modifiant diverses dispositions législatives
concernant le domaine municipal.
Alors, avant
la suspension, nous étions toujours au sous-amendement présenté par la députée
de Mont-Royal—Outremont. Alors, est-ce qu'il y avait
encore des... avant que je mette aux voix le sous-amendement? Je vois qu'il n'y
a rien. Alors, est-ce que le sous-amendement présenté à l'article 1...
Oui. Oui, député de Taschereau.
M. Grandmont : Voulez-vous juste
nous rappeler où est-ce qu'on en est, là?
Le Président (M. Schneeberger) :
Comment? Pardon?
M. Grandmont : Excusez-moi.
Pouvez-vous nous rappeler juste... nous rappeler juste où on en est? On est sur
le sous-amendement «entraves abusives»?
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
je viens de le dire, je viens de le rappeler.
M. Grandmont : Parfait. Excellent.
Le
Président (M. Schneeberger) : Le sous-amendement présenté par la députée de Mont-Royal—Outremont.
M. Grandmont : Non, moi, ça allait
là-dessus. J'ai fait valoir mes points tout à l'heure. Il n'y a pas de
problème.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Alors, à ce moment-là, est-ce que le sous-amendement présenté est adopté?
Mme Setlakwe : ...vote par appel
nominal, s'il vous plaît?
Le Président (M. Schneeberger) : Bien
entendu. Vote par appel nominal.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Pour.
Le Secrétaire : M. Ciccone (Marquette)?
M. Ciccone : Pour.
Le Secrétaire : Mme Laforest
(Chicoutimi)?
Mme Laforest : Contre.
Le Secrétaire : M. Girard
(Lac-Saint-Jean)?
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Contre.
Le Secrétaire : M. Gagnon
(Jonquière)?
M. Gagnon : Contre.
Le Secrétaire : M. Rivest
(Côte-du-Sud)?
M. Rivest : Contre.
Le Secrétaire : Mme Dionne
(Rivière-du-Loup—Témiscouata)?
Mme Dionne : Contre.
Le Secrétaire : M. Grandmont
(Taschereau)?
M. Grandmont : Abstention.
Le Secrétaire : M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Le Président (M. Schneeberger) : Abstention.
Alors, l'amendement est rejeté. Alors, nous poursuivons le débat sur
l'article 1. Député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : J'aimerais déposer un
amendement, si vous le permettez, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Vous l'avez déposé. On l'a reçu au greffe. Alors, je vous invite à en faire la
lecture.
M. Arseneau : J'avais au départ
envoyé un premier amendement, puis un deuxième, puis ensuite un troisième qui inclut les deux premiers. J'aimerais
qu'on regarde le troisième, ce serait plus simple pour tout le monde,
là, si vous le voulez bien.
Le Président (M. Schneeberger) : Pour
qu'on soit bien sûrs, c'est l'amendement qui modifie l'article 1 et qui
modifie l'article 3?
M. Arseneau : Oui, tout à fait.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
M. Arseneau : Tout à fait. Alors,
oui, je pense que je vais... je vais essayer de vous le lire. Alors, ce que je
propose comme sous-amendement, c'est le suivant : Modifier
l'article 1 en introduisant... OK. L'article 1 modifie l'article... Non, c'est ça. Modifier
l'article 1, introduit par l'amendement proposé à l'article 1 du
projet de loi, en retirant les mots «sans entraves et» et remplacer les mots
«sans restreindre le droit de toute personne de participer aux débats
publics» par «qui l'entravent».
Modifier l'article 3, introduit par
l'amendement proposé à l'article 1 du projet de loi, en introduisant,
après «de gestes», les mots «menaçant, harcelant ou intimidant».
Alors, ce que
ça veut dire essentiellement, c'est que... On l'a mentionné à plusieurs
reprises, il y a définitivement un os autour de la définition du terme
«entrave». J'oserais dire que la principale entrave à nos travaux à l'heure
actuelle, c'est ce terme. Et, pour tenter de dénouer l'impasse et de proposer
une voie de passage, il me semblait opportun de proposer que l'on élimine le
mot «entrave» pour revenir au comportement qu'on cherche à sanctionner, qui me
semble être celui qui est... les termes qui sont déjà bien compris et admis par
tous, donc les comportements étant les comportements menaçants, harcelants ou
intimidants.
• (15 h 10) •
Ce sont des termes qui font déjà l'objet d'une
compréhension des tribunaux, de la cour et du commun des mortels dont nous
sommes. Et, à l'article 1, donc, si, plutôt que parler d'entraves, d'une
part, et, d'autre part, de menaces, de harcèlement et de l'intimidation, la
proposition, le sous-amendement vise, essentiellement, à parler des fonctions électives qui sont mises à l'abri des
menaces, du harcèlement et de l'intimidation, qui sont des comportements qui
entravent, donc, les fonctions électives, à ce moment-là, ça devient
parfaitement cohérent, puisqu'on sait exactement quels sont les
comportements qui viennent entraver la fonction de l'élu.
Et, de façon concomitante ou conséquente,
l'article 3 pourrait également être modifié de la même façon en parlant de
propos, parce qu'on dit qu'un élu municipal, du fait qu'il est un élu, fait
l'objet de propos ou de gestes, sans définir quels sont ces propos ou ces
gestes. Alors, des gestes qui entravent, si l'on précise que ce sont des propos ou des gestes menaçants, harcelants ou intimidants,
on comprend que c'est... Il ne faut pas prouver, là, une entrave, mais bien une
menace, une intimidation ou un harcèlement, et qui empêche, évidemment,
l'exercice des fonctions, qui constitue une atteinte illicite à son droit à la
vie privée, et ainsi de suite, sur laquelle la cour va pouvoir se prononcer par
injonction. Lorsqu'un juge sera saisi d'une demande d'injonction, une demande
urgente, bien, il devra se pencher sur des propos ou des gestes qui sont de
l'ordre de la menace, de l'intimidation ou du harcèlement. Et, s'il constate que c'est le cas, bien,
évidemment, il constate également que c'est une entrave au travail ou à
l'exercice des fonctions de l'élu et peut prononcer l'injonction.
Ces deux propositions-là, essentiellement, elles
sont aussi conséquentes ou en parfaite coordination avec l'article 5, qui
fait essentiellement la même chose. Si on le relit : «Quiconque entrave
l'exercice des fonctions d'un élu municipal...» Et là on dit comment. Et c'est
l'article peut-être le plus précis, le plus clair du projet de loi, dans le
projet de loi. C'est qu'on dit «en le menaçant, en l'intimidant ou en le
harcelant de façon à lui faire craindre raisonnablement pour son intégrité ou
sa sécurité». C'est à ce moment-là qu'il devient passible d'une amende de
500 $ ou d'au plus 1 500 $. Donc, ici, on est clairs. On définit
l'entrave en parlant de la menace, de l'intimidation ou du harcèlement qui fait
craindre, évidemment, pour l'intégrité ou la sécurité.
Donc, il me semble qu'en toute cohérence, si on
ramène cette façon de rédiger l'article 5 à l'article 3 et à
l'article 1, bien, on peut définir ce qu'on entend par entraver la
fonction ou l'exercice de la fonction de l'élu. On s'éloigne de cette espèce de
trou noir où on a le terme «entrave» qui peut dire tout et son contraire selon
la personne à qui on s'adresse, et on fait
notre travail aussi de législateur en manifestant de façon claire, nette,
précise notre intention, et nous ne
laissons pas aux juges le soin de définir le mot «entrave». Nous définissons
que le geste d'entraver, en fait, doit être associé nécessairement à la
menace, l'intimidation ou le harcèlement.
Et il me semble que la plupart des fois où on a
demandé des explications en commission parlementaire, lorsqu'on était en consultations particulières ou lorsqu'on a questionné
la ministre sur ce qu'on cherchait à empêcher, ce qu'on voulait régler
comme problématique, et les cas sur lesquels on voulait se pencher, on vient
toujours par ramener la question de la
menace, de l'intimidation ou du harcèlement. Et puis, accessoirement, bien
évidemment, si on parle d'agression, c'est encore pire, mais là on ne
parle pas de ça dans le projet de loi actuel.
Alors, il me semble qu'avec une approche comme
celle-là on n'a pas besoin de se substituer au juge. Parce qu'on a entendu tout
à l'heure la ministre nous dire qu'elle ne pouvait pas aller plus loin, en
disant : Bien, moi, ce n'est pas... je
ne suis pas le juge qui se prononcera. Là, nous indiquons clairement au juge
que la menace, l'intimidation et le
harcèlement, c'est inacceptable face à des élus municipaux et que c'est... ce
sont des comportements répréhensibles, des comportements que nous devons
sanctionner parce qu'ils entravent, ces comportements-là, et ils sont bien
ciblés, la capacité des élus à exercer leurs
fonctions en toute... en toute sécurité. Et il en va aussi, là, pour leurs
familles lorsqu'il est question, là, du droit à la vie privée, là, pour
l'article... C'est quoi, l'article 3, où on parle du droit à la vie
privée? Donc, ça... par extension, c'est donc la famille également qui est
touchée.
Je réitère qu'à défaut d'y aller avec une
approche comme celle-là, on a une espèce de boîte noire qu'on met en place et,
à partir de ce moment-là, on laisse le soin aux tribunaux de définir ce qu'est
une entrave. Et il me semble qu'on est dans ce que je qualifierais de droit
nouveau, c'est-à-dire un élément qui n'est pas actuellement... qui ne fait pas partie du corpus législatif ou qui est... qui
n'est pas associé à une définition claire. On a de la difficulté à la définir
nous-mêmes. Alors, de laisser aux juges le
soin de le faire, ça ne me semble pas très responsable de la part du
législateur.
Et on évite, justement, d'avoir à se justifier
de mettre en place quelque chose qui pourrait aller trop loin en indiquant, par
exemple, que ça ne doit pas aller à l'encontre de la capacité des gens de
participer aux débats publics ou encore
est-ce que ça va restreindre leur capacité, leur droit de s'exprimer? Là, quand
on sait que la charte des droits
et libertés nous permet de le faire, parce que ce droit-là, il est reconnu, le
droit à la liberté d'expression ou le droit d'association pacifique également
ou de... comment on appelait ça, de réunion pacifique, tout ça devient
superfétatoire. Ce n'est plus nécessaire de le préciser, parce que, là, on se
concentre sur des choses dont on sait d'emblée
que ce n'est pas admissible dans une société civilisée comme la nôtre, une
société de droit, parce que la menace, elle est inacceptable, que ce
soit sur le plan criminel ou sur le plan pénal.
Je comprends qu'on peut dire : Bien là, on
s'inspire du Code criminel. Bien sûr, on s'inspire de quelque chose qui existe
puis qui est compris de tous, mais ce qu'on est en train de faire, c'est on
s'éloigne du Code criminel pour arriver avec
des sanctions pénales. Mais, si on transporte les concepts, on est capables de
mieux les expliquer, de mieux les comprendre et de mieux les faire
appliquer.
Donc, il ne
s'agit pas ici, là, d'usurper des éléments du Code criminel. Je voudrais tout
de suite le mentionner, que ce n'est pas du tout ça, l'objectif, c'est que...
Plutôt qu'arriver avec un nouveau délit qu'on ne peut pas définir... C'est-à-dire,
on n'a pas été encore capables, depuis le début des travaux dans cette
commission-ci, de définir de façon claire et consensuelle ce qu'on voulait dire
par un comportement qui constitue une entrave. On va même jusqu'à faire des amendements au projet de loi
pour dire : Voici ce que ce n'est pas. Mais, si on n'est pas capables de
dire ce que c'est, on a un problème. Et on a un problème, et c'est la
raison pour laquelle on a plus de 300, 350 organismes qui disent : On
met la liberté d'expression et d'association et la capacité pour nous de nous
exprimer face au pouvoir municipal, parce qu'on ne sait pas ce que vous allez
interdire, on ne sait pas quel est le comportement que vous voulez sanctionner,
on ne sait pas ce qu'on peut potentiellement faire de répréhensible. On sait ce
qui ne l'est pas, mais il y a bien des choses qui pourront être définies plus
tard dans la jurisprudence. Puis je pense que ce n'est pas sage pour les élus
de laisser les juges gouverner à notre place lorsqu'il est question de prendre
une décision en ce qui concerne l'assurance, la valorisation... l'assurance
qu'on doit donner aux élus et la valorisation de leur travail dans un cadre qui
est exempt de menaces, de harcèlement et d'intimidation.
• (15 h 20) •
Alors, c'est le plaidoyer
que je voulais faire d'entrée de jeu sur les amendements. Puis, cela dit, je
suis ouvert à tous les amendements de ce
sous-amendement-là, mais je pense qu'à défaut d'avoir une certaine ouverture
là-dessus, on revient sur la question de la définition de l'entrave,
parce que, l'utiliser comme verbe, on sait ce que ça veut dire, il y a un
comportement qui entrave, un comportement qui fait obstacle à quelque chose,
c'est clair, mais le juge, le jour où il devra se pencher là-dessus, il va
évaluer le comportement qui entrave. Mais, encore une fois, si on dit
simplement qu'il s'agit du terme, de l'entrave, et qu'on n'arrive pas à le
définir, bien, on ne sait pas ce sur quoi on veut que le juge se prononce. Et,
pour moi, encore une fois, je me répète, je pense que ce n'est pas faire notre
travail de façon rigoureuse de l'ouvrir de façon aussi large, avec les risques
que ça... que ça comporte pour l'exercice de la liberté d'expression de
l'ensemble de la société civile à travers l'ensemble du Québec. Merci, M. le
Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, est-ce qu'il y a des commentaires suite à la présentation du
sous-amendement?
Mme Laforest : Mon commentaire est
celui-ci, parce que... Je remercie quand même le député des Îles. J'ai reçu
l'amendement hier pour validation. Donc, c'est certain, comme je le mentionne,
là, avant de refuser un amendement, il y a des... il y a des équipes qui se
penchent sur le nouvel amendement. Puis c'est sûr qu'il y a eu... il y a eu
analyse de l'amendement. Puis c'est assez complexe, parce que, quand vous dites
ici : «La présente loi vise à valoriser le rôle [de l'élu], à encourager
les candidatures aux élections et à contribuer à la rétention des élus en
favorisant l'exercice des fonctions électives au sein des institutions municipales
québécoises, à l'abri des menaces, du harcèlement et de l'intimidation qui
l'entravent», «qui l'entravent», ça pourrait être des fonctions électives. Les
fonctions électives, est-ce que c'est un travail? Comment... comment sont vues
les fonctions électives? Tout de suite là, il y a comme ambiguïté. Donc, ce
n'est pas... On arriverait encore à une notion qui n'est vraiment pas claire
ici.
Puis ensuite «au sein des institutions
municipales québécoises, [...]qui l'entravent», alors, c'est comme si la phrase
«qui l'entravent» va chercher certaines notions, fonctions électives,
institutions municipales québécoises ou encore rétention des élus, mais, en
même temps, «qui l'entravent», ça finit comme ça. C'est comme... C'est... Ce
n'est pas assez clair, là, ce qu'on me dit.
Puis aussi,
quand on arrive aussi... Vous avez raison, par exemple, de dire que
l'article 3 est attaché également avec l'article 5, parce que
ce qu'on dit depuis le début, au paragraphe 1, qu'il manque des notions
comme «abusif»... Puis aussi, quand on parle des notions pénales, bien,
c'est... c'est normal qu'au pénal on soit plus clairs, évidemment, vous le
savez, parce que les conséquences sont rendues par un agent. Donc, c'est sûr
qu'au pénal c'est beaucoup plus clair. Donc, avec l'article 5, on...
encore une fois, on l'éclaircit. Puis voilà. Mais il y a eu quand même analyse,
étude et possibilité, puis ce n'est pas possible d'aller de l'avant avec votre
amendement.
Le Président (M. Schneeberger) : Député
des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Oui. Bien, juste en
toute... Bien, je suis content de... qu'on puisse en discuter. Puis, en tout
respect, les... lorsqu'il est question de bien comprendre le sous-amendement,
moi, j'ai voulu respecter de façon très, très précise ce qui était déjà proposé
dans l'amendement de la ministre. Et, la façon dont je comprends l'amendement
de départ, c'est que l'on veut favoriser, là... si on se rend jusqu'à
«favorisant», ce qu'on veut favoriser, c'est l'exercice des fonctions électives
au sein des institutions municipales québécoises. Donc, ça me semble très
clair, ce que... La raison pour laquelle, là, la présente loi existe, on veut
valoriser... c'est favoriser l'exercice des fonctions électives au sein des
institutions québécoises. On veut le favoriser. Dans le projet initial
d'amendement, on veut favoriser cet exercice
des fonctions électives sans entraves et à l'abri des menaces, du harcèlement,
de l'intimidation, OK, c'est ce qu'on veut faire.
Étant donné — moi, c'est ma prétention — que
l'entrave est difficile à définir, à l'évidence, depuis qu'on en parle, si on
élimine tout simplement cet aspect, «sans entraves», on ne change pas du tout
le sens de ce que propose la ministre. On
veut favoriser l'exercice des fonctions électives au sein des institutions
municipales, à l'abri des menaces, du harcèlement et de l'intimidation.
C'est ce que la ministre propose. Et ce qu'on ajoute par la suite, c'est le
fait que les menaces, le harcèlement et l'intimidation peuvent entraver
l'exercice des fonctions, en fait, entravent l'exercice.
Puis la raison pour laquelle la proposition que
j'ai faite en sous-amendement n'est pas «peut entraver», c'est qu'on ne peut
pas mettre de conditionnel au fait qu'une menace, un harcèlement ou de
l'intimidation a un effet réel. On aurait pu écrire... La phrase serait plus
jolie, mais moins précise si on disait «favorisant l'exercice des fonctions électives au sein des institutions municipales
québécoises, à l'abri des menaces, et du harcèlement, et de l'intimidation
qui peuvent l'entraver», cet exercice-là. Mais c'est plus qu'une possibilité,
c'est un effet réel que l'on constate et sur lequel on veut se pencher.
Alors, encore
une fois, je ne vois pas en quoi, sur le plan du libellé, cette proposition-là
vous apparaît difficile à comprendre,
parce que c'est essentiellement la formulation initiale qui veut favoriser
l'exercice des fonctions électives au
sein des institutions municipales québécoises et de les mettre à l'abri des
menaces, du harcèlement et de l'intimidation qui l'entravent, le «l'» étant
«qui entravent l'exercice des fonctions électives». Bon, je ne suis pas un
rédacteur de loi, là, mais on a quand même travaillé là-dessus pour
s'assurer que, sur le plan de la maîtrise de la langue française, cette structure-là
se tient et elle se comprend très bien.
Maintenant, la question est de savoir si on veut
considérer qu'une entrave, c'est quelque chose de différent qu'une menace, que
du harcèlement ou de l'intimidation. Alors, moi, si c'est là-dessus qu'on insiste
dans l'étude du projet de loi, bien, je
reviens à mon argument de départ. Je sais très bien ce qu'est une menace. Je
sais la comprendre, je sais la déceler, je vais la
dénoncer. Je sais que le juge pourra le reconnaître comme moi. Il en va de même
pour le harcèlement. On en avait déjà parlé. Il en va de même pour
l'intimidation, qui peut affecter l'exercice des fonctions électives d'un élu
municipal. Et je l'ai déjà été. J'ai déjà subi des menaces. J'ai déjà subi du
harcèlement et de l'intimidation, subi des entraves. J'en subis aujourd'hui,
hier, à l'époque où j'étais élu. Dans tous les postes électifs où j'ai déjà servi, j'ai été dans un environnement
où on a constamment eu des gens qui tentaient de contester nos décisions,
qui nous mettaient des obstacles sur la route, qui voulaient nous empêcher
d'aller de l'avant avec un certain projet de règlement, ou avec des motions, ou
avec... Les contraintes sont multiples. C'est le propre de la démocratie.
Alors, si on
n'arrive pas à définir de façon claire, ce qu'est une entrave, de la même
façon, de façon éclatante, que ce qui est une menace, du harcèlement, de
l'intimidation, si on me dit que le concept est vraiment autre chose, bien, qu'on nous le définisse, parce
qu'à chaque fois qu'on a posé la question, on est revenus à la menace, on
est revenus à l'intimidation, on est revenus au harcèlement. Alors, si c'est de
ça qu'on parle, puis ça me semble être l'élément fondamental à clarifier ici,
en commission, si l'on parle d'un autre concept, donc que l'entrave n'est pas
une menace, n'est pas de l'intimidation puis n'est pas assimilable à du
harcèlement, bien, de quoi parle-t-on? Moi, je pense que l'on parle de la même
chose. En fait, je comprenais qu'on parle de la même chose.
J'ai entendu les élus municipaux nous parler de
menaces, d'intimidation et de harcèlement qui entravent leur travail, qui les
affectent, qui les bousculent, qui les bouleversent, qui les rend anxieux, qui
a un effet sur leur famille également et sur leur capacité à continuer parfois leur
mandat. Et, pour certains... dans certains cas, ils vont jusqu'à démissionner
parce qu'ils sont dans une situation comme celle-là. Mais, à chaque fois, je
n'ai pas vu d'autre concept que la menace,
l'intimidation, le harcèlement. Et, si ça a été jusqu'à l'agression, bien là,
évidemment, c'est encore pire, mais c'est aussi un concept qui est bien
connu. Alors, moi, je vous demande respectueusement de nous dire ce qu'est une
entrave, à défaut de quoi ne pas l'utiliser comme un terme qui serait une boîte
à surprise pour nous tous, pour les élus puis pour les tribunaux.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, est-ce qu'il y a d'autres personnes qui souhaitent intervenir? Oui,
députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : ...non? Moi,
j'avais des questions. Je trouve ça intéressant, là, l'amendement qui est soumis. Ma première question ou ma première
observation, ce serait que, là, on a, au-delà de toute l'explication sur le
fait que, là, maintenant, l'entrave est une conséquence qui est
forcément une conséquence de menace, harcèlement ou intimidation... Première
observation, c'est que, là, on a... on a retiré la question d'assurer... de ne
pas restreindre le droit de toute personne de participer aux débats publics
dans l'amendement. C'était l'objectif?
• (15 h 30) •
M. Arseneau : Non. Bien, en
fait, la remarque m'a été faite par d'autres collègues, là. En fait, ce que...
Je n'ai rien contre le fait qu'on mette la ceinture, les bretelles puis un peu
aussi de «duct tape», là, pour tenir nos pantalons. Mais, dans ce cas-là, il me
semble que, si la ministre a rajouté la notion de ne pas restreindre le droit
de toute personne de participer aux débats publics, c'est parce qu'on présente
un concept qui n'est pas défini et dont les gens
pensent que ça pourrait atteindre leur droit de participer à des débats
publics, ou à s'exprimer librement, ou encore à se rassembler de façon
pacifique. On l'a mis en conséquence, cet élément-là, du fait qu'«entrave»
n'est pas définie. Mais, à partir du moment où on a des concepts très bien
définis, comme sont ceux de la menace, du harcèlement et de l'intimidation,
bien là, je pense qu'on ne peut plus opposer l'intimidation, la menace et
l'intimidation à l'idée de restreindre le droit de toute personne de participer
aux débats publics.
C'est comme si on disait : Il peut y avoir
des... Si on le conservait, ma compréhension des choses, c'était comme :
Tu peux faire des menaces, là, mais... c'est-à-dire, on va s'assurer que tu
puisses participer aux débats publics, même s'il y a une certaine menace, mais
qu'elle n'est pas trop grave, ou que l'intimidation n'est pas trop grave, ou
que le harcèlement ne l'est pas suffisamment. Alors, c'est... c'est là où on se
met dans un contexte où il y a une injonction, là, où il y a une demande
d'injonction, parce que c'est ce qui vient plus tard. Il ne semblait plus
nécessaire, mais vous pouvez en juger autrement, de se donner cette
protection-là, parce que l'objectif n'est jamais... Avec le projet de sous-amendement que je vous soumets humblement, là,
l'objectif n'est jamais de restreindre le droit de toute personne à
participer. Il est de sanctionner la menace, l'intimidation et le harcèlement.
Puis c'est clair, c'est clair que ce sont les comportements qu'on veut
sanctionner. Puis évidemment ce n'est pas en sanctionnant ça qu'on va affecter
de quelque façon que ce soit la capacité des gens à participer à un débat
public. Menacer, ce n'est pas participer à un débat public, intimider non plus,
puis harceler encore moins.
Mme Setlakwe : OK. Je
comprends. Je comprends. Donc, l'idée... Je voulais quand même, merci, avoir l'explication, parce que... Mais là on... Je veux
juste revenir en arrière. Je comprends que ce qui est proposé par le député des
Îles, c'est, donc, dans tous les cas, de faire en sorte que l'entrave est causée
par des menaces, harcèlement ou intimidation,
mais je veux juste faire remarquer que, dans sa version initiale, la
disposition sur le recours à l'injonction... puis là je vais m'adresser, évidemment, à la partie gouvernementale pour
venir nous expliquer, mais moi, j'avais compris que l'intention,
c'était d'offrir ou de créer un nouveau régime additionnel.
Il y a déjà un régime qui permet d'avoir recours
à une injonction en vertu du droit civil, là, du Code de procédure civile, et
on nous explique que, là, on voulait en créer un spécifique aux élus et de leur
permettre, donc, de faire cesser des
comportements, certains comportements qui respectent, qui... certains critères
sont rencontrés, mais de façon urgente pour leur permettre de mettre fin
à une situation qui cause un préjudice soit à eux-mêmes ou à leur famille. Et
j'avais compris du libellé, que, là, on serait en train de changer, là, avec la
proposition... Mais, si c'est... si c'est l'intention du
gouvernement, bien, qu'on nous le dise. Mais est-ce que ma compréhension est
bonne? On voulait créer une injonction, un recours à l'injonction similaire à
celui qui existe déjà en vertu du droit commun, en vertu du Code de procédure
civile, que je n'ai pas sous les yeux, et je n'ai jamais été avocate en litige,
donc je m'en remets à vous, mais on ne nommait pas spécifiquement les mots
«intimidation», «menace» ou «harcèlement». Est-ce que c'était... c'était
souhaité, c'était intentionnel?
Mme Laforest : ...vous avez tout
compris. En fait, c'est le but.
Mme Setlakwe : OK. Donc là... Bien,
c'est parce que, si c'est ce qu'on souhaite avec l'amendement... Mais il faut
comprendre la portée de l'amendement, parce qu'en changeant 1, bien, on change
aussi 3, qui est le nouveau... ce nouveau recours à l'injonction. On change les
critères. On rend ça plus difficile à obtenir. Est-ce... est-ce le cas, Mme la
ministre ou M. le légiste?
Mme Laforest : Plus difficile à
obtenir?
Mme Setlakwe : Bien... bien là, on
resserre les critères. On fait en sorte que les critères sont... bien, sont moins... sont plus restrictifs, sont plus stricts.
Donc, le fardeau de preuve, il est plus... bien, pas le fardeau, mais la preuve
qui doit être faite serait plus... serait plus imposante.
Mme Laforest : Bien, en fait,
qu'est-ce qu'on fait, c'est... vous avez totalement raison, on vient baliser...
on vient guider le travail de la Cour supérieure en balisant, en nommant,
justement, les possibilités avec l'injonction. Vous avez tout à fait compris.
Mme Setlakwe : Mais, selon
l'amendement qui est proposé, est-ce qu'on fait en sorte qu'on vient...
Mme Laforest : Selon l'amendement du
député des Îles?
Mme Setlakwe : Oui, parce qu'il faut
bien en comprendre la portée, là. Est-ce qu'on serait en train de confirmer...
Donc, vous m'avez confirmé que l'intention, c'était de créer un régime
spécifique pour les élus, parce qu'on avait compris d'une explication aussi qui
nous avait été fournie que les élus municipaux ne se trouvent pas suffisamment
protégés. Si on n'est pas dans une situation de harcèlement criminel, menace de
mort, où c'est le... c'est le Code criminel qui s'applique, on est dans une
situation où ils sont incapables de faire cesser certains comportements, et ça mène à des démissions. Et
donc on dit... on envoie... on crée un nouveau régime avec... qui va... qui va donner lieu à une nouvelle jurisprudence,
comme on dit aux juges : Nous souhaitons protéger les élus municipaux.
Parce que j'avais compris que, peut-être, les juges ou le... étaient peut-être
réticents, étant donné qu'on a affaire à une fonction élective, de venir
octroyer des injonctions. Premier constat. OK.
Mais là ma question, c'est : Si on changeait
le libellé de l'article 3 dans le sens de l'amendement qui est proposé, comment est-ce que... Donc, je vais poser
une question ouverte. Comment est-ce que l'amendement est... Quelle est
la portée de l'amendement sur le recours à l'injonction qu'on souhaite offrir
aux élus municipaux? Je vais le poser comme ça.
Mme Laforest : La question est à
maître... Allez-y.
Mme Setlakwe : Oui, parce qu'il faut
comprendre la portée de l'amendement.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Alors, Me Dumont.
M. Dumont (Luc) : Merci. Comme vous
l'avez souligné, effectivement, il y a les recours, on va les appeler les
recours actuels normaux, qui sont à la disposition des élus puis des
municipalités. Ce que la loi fait, c'est qu'elle envoie un signal... On parle
en matière d'injonction. On envoie un signal à la Cour supérieure, parce que
c'est le seul tribunal qui est compétent pour rendre toute ordonnance de la
nature de l'injonction, et pour... dans le fond, pour signaler les intentions
du législateur quant au fait qu'il y a des limites pour lesquelles on souhaite
que les tribunaux rendent des ordonnances afin de limiter ce qui est... ce qui
est... sans dire inacceptable, ce qui peut être raisonnablement limité dans le
cadre d'un débat libre et démocratique.
Mme Setlakwe : Quel est l'impact de
l'amendement proposé à cet égard-là, ça, par rapport à la version initiale que
le gouvernement soumet et même par rapport à ce qui existe en droit commun en
vertu du Code de procédure civile?
M. Dumont (Luc) : Dans le Code de
procédure civile, il n'y a aucun qualificatif, il y a... par rapport à la
possibilité d'avoir... par rapport à avoir une injonction. Quiconque qui veut
faire arrêter ou... qui voudrait faire arrêter un geste par un individu doit se
présenter à la Cour supérieure et démontrer... démontrer les éléments... les
éléments qui sont nécessaires pour l'obtenir. Mais il n'y a rien qui est
plus... il n'y a rien de précisé par rapport à ça. Pour ce qui est du recours
qu'on a actuellement...
Mme Setlakwe : ...donc,
il n'y a rien qui est précisé dans le libellé.
M. Dumont (Luc) : Dans le Code de
procédure civile.
Mme Setlakwe : Ok. Parfait.
M. Dumont (Luc) : Dans le Code de
procédure civile, il n'y a rien. C'est les règles...
Mme Setlakwe : Mais les juges ont
des critères à respecter, quand même, qui sont connus, oui.
M. Dumont (Luc) : Ont des
critères... ont des critères à respecter, sérieux et serrés. Puis, je veux
dire, ce n'est pas... l'ordonnance d'injonction n'est vraiment pas un recours
nouveau, là. Les critères jurisprudentiels sont très, très, très bien établis.
Ici, ce qu'on... ce qu'on a constaté dans
divers... dans divers jugements qui ont été rendus, c'est que les tribunaux
sont sympathiques aux cas qui leur sont soumis par les élus, mais, comme dans
la... comme dans le cas de Saint-Constant, la municipalité de Saint-Constant,
le tribunal, à l'époque, a dit qu'il y avait... qu'il avait certaines
hésitations parfois à aller limiter la liberté d'expression d'un citoyen. Par
contre, dans le cas de Saint-Constant, finalement, le juge s'était résolu à
rendre une ordonnance puisque, bien, en fait, là, les comportements qui étaient
ciblés à l'époque étaient... outrepassaient largement ce qui peut être toléré.
Là, on parlait de violence puis d'atteinte à l'intégrité physique complète, là,
à cette époque-là.
Mais le but de cette disposition-là, c'est de
répondre à ces hésitations-là des tribunaux puis de leur... d'envoyer le
message du législateur comme quoi il est souhaité, dans le fond, au nom du...
au nom du... au bénéfice de la fonction
élective puis de la pérennité des institutions démocratiques, de rendre des
ordonnances, dans les mêmes critères qui existent encore, lorsque le juge
constatera qu'en soupesant les droits d'un et chacun c'est justifié d'apporter
ces limites-là.
• (15 h 40) •
Mme Setlakwe : Très bien. Et donc
l'amendement proposé viendrait rendre... ferait en sorte qu'il serait plus
difficile pour un élu municipal d'obtenir une injonction par cette voie-là,
pourrait...
M. Dumont (Luc) : Ça pourrait
potentiellement, dans certains cas qui, je pense que plusieurs personnes l'ont
répété, peuvent être indéfinis, là, toutes les situations qu'on pourrait
imaginer... mais, dans certains cas, je ne suis pas juge non plus, dans
certains cas, ça pourrait venir limiter la discrétion des tribunaux
supérieurs... de la Cour supérieure, laquelle on ne vient pas toucher, là, dans
ce projet de loi là. Ça fait que c'est les mêmes... On est encore dans le même...
dans les mêmes paramètres du recours en injonction normal. C'est les mêmes
critères. C'est les règles de la Cour supérieure, puis ça, on ne touche pas à
ça. On ne pourrait même pas le faire de toute façon.
Mme Setlakwe : OK. Et donc les critères,
moi, si je ne me trompe pas, ce serait, donc, apparence de droit, préjudice
sérieux et irréparable, tiendre en compte... prendre en compte la balance des
inconvénients. Évidemment, on parle ici d'un préjudice qui ne peut pas être
compensé par des dommages et intérêts ou qui peut difficilement l'être. Et puis
la notion d'urgence, bien là, elle est traitée dans le projet de loi. On dit
que ça doit être instruit d'urgence. Est-ce que c'est comme ça qu'il faut le
comprendre?
M. Dumont (Luc) : Bien, je vais
préciser. C'est qu'il y a un double concept par rapport à l'urgence. L'urgence,
dans le projet de loi, c'est au niveau de la priorisation du dossier. C'est
qu'on priorise au rôle la demande... la demande d'un élu. Par contre, obtenir
une injonction interlocutoire urgente répond à ces autres critères complètement
autonomes. Ça se pourrait très bien que l'élu se présente en urgence et que le
juge dise : Bien, parfait, je vous entends maintenant, demande une
injonction interlocutoire urgente, dise : Bien là, vous ne remplissez pas
le fardeau pour ça, arrivez-moi... parce que... arrivez-moi avec un dossier
complet, parce que, lorsqu'on demande une injonction interlocutoire urgente,
c'est par affidavit, il n'y a pas eu de témoignage de la personne qui aurait
été visée par ça.
Donc, il y a... Dans le fond, il y a une très
grande déférence de la part des tribunaux là-dessus. Par contre, ils vont
dire : Revenez-moi quelques semaines plus tard avec un dossier complet, et
là je vous rendrai... et là je vous rendrai, si je juge... comme vous l'avez
dit, si les éléments constitutifs sont présents, c'est-à-dire apparence de
droit... on peut les répéter encore, mais vous les avez très bien énumérés, là,
auquel cas je vais vous rendre votre injonction interlocutoire le temps que je
rende ma décision sur la demande d'injonction permanente.
Mme Setlakwe : Merci. C'est très
clair. Je pense que, dans le... dans l'amendement qui est proposé... Mais c'est
encore... c'est une question, là. Le fait de relier menaces, harcèlement et
intimidation à l'entrave, c'est vrai, mais en lien avec l'article 5. C'est
une question que je pose, là.
Une voix : ...
Mme Setlakwe : Oui, puis, dans le
cas de l'article 3, pour l'injonction, on a un libellé plus général. Il
faut... il faut démontrer qu'il y a des gestes ou des propos qui viennent
entraver de manière abusive le travail d'un élu.
Mme Laforest : Exactement.
Mme Setlakwe : Exactement. OK. Ma
question suivante... C'est parce que, je pense, c'est important qu'on clarifie
exactement ce qu'on est... ce qu'on veut viser, là. Donc... Puis l'amendement
de notre collègue est pertinent dans ce sens-là, mais je pense que ça viendrait
compliquer l'obtention d'une injonction. Mais ma prochaine question, c'est...
Aujourd'hui, avec les outils qui sont disponibles pour un élu municipal, bien,
il y a soit... c'est le Code criminel et... mais est-ce que... Comment se
comporteraient les agents de la paix, là, les corps policiers, etc., face à une
situation qui ne constitue pas, bon, un harcèlement... du harcèlement criminel,
mais une forme d'incivilité, parce que, je pense, c'est ça qu'on veut... on
veut stopper, là, une forme d'incivilité, un comportement envers l'élu ou
envers l'institution démocratique, que ce soit de façon isolée ou à quelques
répétitions?
Moi... En tout cas, moi, ma compréhension, c'est
qu'aujourd'hui les élus qui font face à ces incivilités qui ne constituent pas
un comportement... qui constituent un acte criminel, parce que ce n'est pas ça
ici qu'on veut faire, ils sont... ils ont... ils se font répondre : Ah! on
ne peut pas rien faire, c'est simplement de l'incivilité. Et là, justement, ce
que le projet de loi vise à faire, c'est de leur donner un outil pour venir...
pas faire en sorte que le comportement, cette
incivilité-là, constituerait un acte criminel, mais venir faire en sorte qu'on
puisse... Bien, ça fait... ça va constituer une... bien, un geste pénal,
là. Ça va pouvoir... Il va pouvoir y avoir un régime pénal qui s'applique à ce
genre de comportement là dans la mesure où c'est abusif. Donc, ça peut survenir
plusieurs fois.
Je vais donner un exemple, un élu. Il y a un
maire, moi, qui m'a raconté qu'il se faisait... je ne dirais pas que c'était...
il ne se faisait pas suivre, là, ce n'était pas un acte criminel, mais il se
faisait régulièrement intercepter par le même citoyen dans la rue, dans la
municipalité, alors que le maire était en train d'avoir des conversations avec
des citoyens, dans l'objectif... Il n'y avait pas de... il n'y avait pas de
menace, il n'y avait pas d'intimidation, mais c'était un geste répétitif qui visait à venir l'entraver dans ses fonctions, à
venir stopper un peu ce qu'il faisait, à venir mettre... mettre fin à
une conversation, mais dans l'objectif de le faire changer d'idée.
Donc, c'est un peu ce que... ce qui était visé
dans le rapport qui avait été soumis par Dre Lalancette. Ça peut avoir pour
effet... Puis, je pense, c'est ça, l'entrave, de peut-être avoir pour effet de
faire en sorte que l'élu va choisir de
peut-être reculer, ou se taire, ou ne pas aller de l'avant avec un projet.
Est-ce que c'est ce genre de comportement là qu'on tente de stopper avec
le régime d'injonction?
Mme
Laforest : Bien, ce qu'on vient... ce qu'on vient faire
présentement, là, ce qui est important de mentionner dans notre article
puis dans... même dans le projet de loi de protection des élus, c'est qu'on
vient... on vient guider l'évaluation,
l'analyse du tribunal, présentement, parce que, présentement, comme vous le
dites, il n'y a pas de notion d'urgence. Ça, c'est sûr qu'on amène aussi
cette notion-là. Puis, comme vous l'avez dit tantôt, la Cour supérieure... supérieure dispose déjà de cette prérogative-là
d'ordonner une restriction à une personne... par exemple, une personne,
un citoyen, ou peu importe, là, qui demande une injonction, sauf qu'avec les
mesures qu'on ajoute on vient vraiment guider et baliser le travail du tribunal
par rapport au travail d'un élu municipal.
Donc, c'est sûr que, dans le contexte qui est actuel,
ordonner les restrictions quand un citoyen dépasse les bornes, bien, c'est sûr
que c'est inacceptable, sauf que, le tribunal, aujourd'hui, on vient lui... on
vient lui donner des outils pour guider ces infractions-là, parce que,
présentement, il n'y a pas de notion d'urgence puis il n'y a pas... il n'y a pas de balise claire pour que le tribunal
puisse agir directement avec un citoyen qui abuse, ou qui menace, ou qui harcèle
un élu. Donc, ce qu'on vient faire en plus, c'est qu'on vient prévoir que l'injonction
est jugée urgente dans des cas comme ça.
Donc, oui, vous avez raison, ce qu'on fait,
c'est vraiment... on vient baliser, ou guider, ou encadrer le travail du
tribunal, de la cour, pour agir plus rapidement avec une menace comme ça d'un
citoyen.
Mme Setlakwe : Merci. Ça répond à
mes questions sur... bien, sur l'amendement puis aussi les clarifications au
niveau de l'article 3, sur l'injonction.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
Député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau : Moi, j'aurais juste
besoin d'une... peut-être une précision. Je ne sais pas si Me Dumont peut
intervenir là-dessus, là. On vient de parler de la notion d'urgence si on
cherche à obtenir une injonction. Je comprends très bien, là, que l'intention
de la ministre à travers le projet de loi, c'est de faire en sorte d'influencer
le tribunal, qui, aujourd'hui, on l'a répété à plusieurs reprises, semble plus
frileux ou hésitant à accorder des injonctions interlocutoires. La notion d'urgence, en quoi est-elle modifiée par
l'introduction du sous-amendement que je vous propose?
M. Dumont (Luc) : C'est vraiment...
c'est vraiment, en fait, là, au niveau administratif, procédural. Vous savez, les tribunaux sont très occupés. Donc, en
ajoutant cette mention-là, c'est tout simplement... je vais vous imager
ça, le dossier se retrouve en haut de la pile.
M. Arseneau : Mais quelle mention...
M. Dumont (Luc) : Donc, il n'y a
pas... Donc, il n'y a pas de... il n'y a de... Dans le fond, au niveau de la
priorisation, il n'y a pas de preuve à faire sur l'urgence en tant que telle.
Par contre, une fois qu'on... une fois qu'on veut
être entendu puis que le recours est entamé, si on veut ce qu'on appelle une
injonction interlocutoire d'urgence, là, il y a
tout un fardeau de preuve qu'il faut remplir. Si la personne qui le demande
n'est pas capable de le remplir, le juge va
dire : Bien, revenez-moi dans quelques semaines avec un dossier complet,
que je puisse entendre les deux parties, et là je rendrai ma décision.
C'est une décision interlocutoire normale, qui n'est pas urgente, le temps que
la décision soit rendue sur le fond de l'injonction permanente.
M. Arseneau :
Mais en fait j'ai peut-être mal formulé mon questionnement. L'amendement
qu'on est à étudier présentement, là, s'il est modifié par le sous-amendement,
est-ce que le traitement par le tribunal serait différent en matière d'urgence
ou non d'agir?
M. Dumont
(Luc) : Pas sur le... pas sur le... pas sur le fardeau de ce qui est à
prouver. Il faut quand même prouver tous les éléments si on veut une injonction
interlocutoire urgente. C'est-à-dire, d'aller limiter les droits de quelqu'un,
d'un individu qui ne se serait pas fait entendu seulement par voie d'affidavit,
on ne va pas toucher à ça. C'est ce qu'on
appelle... L'injonction interlocutoire urgente, on ne va pas la faire. Par
contre, ce que ça fait, par contre, l'idée
d'introduire la notion du jugement d'urgence, comme je vous dis, c'est purement
administratif, c'est-à-dire qu'on... qu'on permet... on permet tout
simplement d'aller... d'être sur le dessus de la pile par rapport à la mise au
rôle.
• (15 h 50) •
M. Arseneau :
Mais où est-ce qu'on introduit... Là, je ne sais pas à quoi vous faites
référence. Je m'excuse. Peut-être que c'est moi qui ne saisis pas, là, le...
J'essaie, encore une fois, de déterminer en quoi le fait de proposer une modification à l'amendement proposé par la
ministre change les règles ou... les règles du jeu lorsqu'on procède à une
demande d'injonction.
M. Dumont
(Luc) : Par exemple, si une personne n'est pas en mesure d'avoir une
injonction... ne serait pas en mesure de remplir le fardeau de la preuve pour
avoir une injonction interlocutoire urgente, il faudrait qu'il dépose une
demande pour avoir une injonction... bien, une injonction... injonction
interlocutoire. Ça peut prendre plusieurs semaines,
voire des mois, même, pour ça, même juste pour avoir une injonction
interlocutoire. Dans ce cas-ci, en ajoutant la notion d'urgence, administrativement, on saute les autres dossiers
puis on a... dans le fond, ça accorde une forme... ça accorde une
priorisation à l'étude du dossier par le tribunal.
M. Arseneau :
Mais l'ajout de la notion d'urgence, où la voyez-vous?
M. Dumont (Luc) : Mais c'est parce qu'on
n'est plus... Je pense qu'on n'est pas dans l'article 1 en ce moment.
C'est qu'on a... on a bifurqué tantôt sur la notion d'injonction à l'article 2,
là... 3, pardon.
M. Arseneau :
À l'article 2, mais celui-là est inchangé. On parle de sous-amendement, puis
cet article-là est inchangé. Ça fait que je ne sais pas pourquoi on fait ce
débat-là. Moi, je voulais juste qu'on juge...
M. Dumont (Luc) : Bien, c'est ça, puis vous
modifiez 3 aussi en même temps. C'est pour ça qu'on est tombés sur cette
notion-là.
M. Arseneau :
Oui, oui, mais, encore une fois,
moi, je demande à être convaincu qu'en proposant des amendements je viens réduire la capacité de l'élu d'obtenir
d'urgence une décision de la cour. Je ne vois pas en quoi les amendements
que je propose diminuent la notion d'urgence.
M. Dumont
(Luc) : Je pense, ce qui était soulevé, c'est que le fait d'ajouter
pour l'injonction les caractéristiques liées
au harcèlement, l'intimidation, par rapport à ce qu'il est possible d'avoir en
matière d'ordonnance, ça restreint... ça peut venir restreindre les
possibilités pour obtenir une injonction.
M. Arseneau :
D'accord. OK. Donc, vous faites référence à 3. Si on ne parle... Je veux
juste qu'on se comprenne bien, là. Si on parle de propos ou de gestes, là,
évidemment, le spectre de ce qu'on peut retenir comme étant important et urgent
est plus large que si on le confine dans le geste ou le propos qui est
menaçant, qui est intimidant ou qui est harcelant. C'est ce qu'il faut
comprendre de votre explication.
M. Dumont
(Luc) : C'est qu'on... Dans le fond, on laisse à l'appréciation du
juge si l'entrave est... si l'entrave est abusive et qu'elle justifie... et
qu'elle justifie, dans le fond, la... une ordonnance de... une ordonnance. Cela
dit, comme on dit, ça reste que, pour rendre une injonction, pour rendre de
telles ordonnances, c'est... ce sera encore les mêmes critères qui existent
déjà aujourd'hui, qui ont été appliqués dans des situations similaires.
M. Arseneau :
Je comprends. D'accord. Vous avez bien expliqué votre point de vue. Mais,
tout à l'heure, on a aussi mentionné que les... si les juges étaient plutôt
réticents ou hésitants à aller de l'avant, c'est qu'ils ne souhaitaient pas
limiter le droit d'expression. C'est ce qu'on a entendu tout à l'heure. Donc,
on est vraiment dans le coeur de ce qui fait actuellement problème. C'est que,
sans le préciser de façon très, très claire, ce qu'on semble avoir exprimé comme législateurs, c'est que, dans
certains cas, on va demander au juge de limiter le droit d'expression,
mais on lui laissera le soin d'intervenir au cas par cas.
Des voix : ...
M.
Arseneau : Bien, c'est sur l'enregistrement. On l'a entendu. Je l'ai
noté, là. Les juges sont hésitants à limiter le droit d'expression, et c'est la
raison pour laquelle ils n'accorderaient pas d'injonction souvent. C'est ce que
j'ai entendu tantôt.
M. Dumont
(Luc) : Ils sont hésitants à limiter la liberté d'expression lorsqu'il
s'agit... lorsqu'il s'agit de soupeser ce droit, justement, à la liberté
d'expression, le droit de tout citoyen de critiquer, de parler, et les droits
individuels de l'élu lorsque ceux-ci sont atteints. Il s'agit toujours de
soupeser ce qu'on fait. Ça fait qu'évidemment, dans tout cas d'injonction, d'ordonnance, c'est sûr que... c'est sûr que
c'est une limitation dans tous les cas. On limite... Ultimement, on limite les droits d'un citoyen
lorsque c'est devenu... lorsque ses agissements sont devenus injustifiables
par rapport à la norme raisonnable.
M. Arseneau :
Exactement. Et c'est la norme raisonnable que moi, je cherche à définir et
que je proposais de définir dans le sens strict, effectivement, de la menace,
de l'intimidation ou du harcèlement, mais là ce qu'on semble dire, c'est qu'il
y a autre chose, d'autres comportements, d'autres propos, d'autres gestes qui
sont... qui débordent de la norme du raisonnable, mais on n'est pas en mesure
ou on ne souhaite pas le définir aujourd'hui et on va laisser le soin aux
tribunaux de le définir. Et c'est sûr que cette définition-là aura un impact,
un impact sur la liberté d'expression des gens et leur droit d'association
pacifique. C'est ce que moi, je comprends, là, de ce qu'on est en train de
discuter aujourd'hui. Et, entre vous et moi, j'ai l'impression que ça accrédite
un peu les craintes et les préoccupations d'un certain nombre de groupes qui
jugent que cette ouverture-là crée une brèche dont on ne sait pas exactement ce
que ça va donner comme... comme résultat.
Mme
Laforest : Mais moi, j'aimerais... Est-ce que c'est possible de
réagir? Parce que, là, il ne faut pas... il ne faut vraiment pas... Là, il ne
faut pas faire peur, là. Parce que c'est pour ça aussi qu'on a ajouté, là, le
paragraphe : «Aux fins du premier alinéa, ne constitue pas une entrave le
fait d'exprimer, par tout moyen, son opinion dans le respect des valeurs
démocratiques du Québec.» Donc, quand vous dites : On vient restreindre la
liberté d'expression, bien non, pas du tout, là. Ce n'est pas ça, là, du tout.
Puis, en même temps,
tu sais, c'est sûr que, comme je le mentionne, on peut amener plusieurs
exemples, plusieurs situations, mais ce qu'on vient faire, c'est baliser le
travail du juge. C'est un... c'est un nouvel outil qu'on va donner aux juges.
On vient paramétrer les gestes, les propos, harcèlement, menaces,
intimidation... au juge pour lui dire qu'on lui... On guide la Cour supérieure
pour avoir une demande d'injonction pour agir plus rapidement si on est dans
des propos menaçants, intimidants ou encore des... du harcèlement qui entravent
la fonction d'élu.
Donc, c'est très,
très... Oui, c'est simple, c'est peut-être restrictif, mais, en même temps,
c'est là qu'on ne peut pas agir présentement
pour protéger nos élus. Il y a la commission... Comme je le dis, la Commission municipale fait tout son
travail. Ça, c'est très, très large. Puis il y a l'autre... l'autre possibilité
aussi, là, avec le Code criminel. Mais là il ne faut pas sortir d'où on veut
aller. On veut juste aller chercher ce qui est impossible à travailler ou
encore à avoir comme possibilité de protection pour nos élus municipaux. Donc,
dans les possibilités de protéger les élus municipaux,
bien, la nouvelle orientation est vraiment cet article de loi là qui dit :
Bon, on va pouvoir, admettons, baliser le
travail du juge, que lui va dire : Est-ce que c'est vraiment dans le cadre
de propos... d'intimidation, de harcèlement, est-ce que c'est dans le
cadre de ces gestes-là et que ça entrave le travail d'un élu?
Ça fait que, là,
c'est sûr qu'il faut quand même être très concret. C'est spécial à dire, mais
il faut... il ne faut pas sortir du cadre où on veut aller. Le cadre, c'est
vraiment... c'est donner la possibilité au tribunal de dire : Oui,
maintenant, vous avez le droit de porter une décision pour un élu municipal et
même vous pouvez le faire en situation
d'urgence. Ça fait que c'est pour ça que je dis que c'est nouveau, qu'est-ce
qu'on fait là, mais il ne faut pas... il ne faut pas faire peur puis il
ne faut pas dire : Maintenant, ça va... ça va empêcher la liberté
d'expression. On comprend que certains groupes étaient en désaccord, qu'ils
étaient mal à l'aise, mais là il faut juste voir...
Comme si on regarde,
là, les 75 courriels... Les 75 personnes qui ont envoyé des
courriels, là, de détresse, là, on les a bien entendues. Ils ont été
transférés, ces personnes-là, puis ils ont eu du soutien psychologique. Mais ce
qu'on veut, c'est traiter ces personnes-là qui n'ont pas... Ils n'ont pas
d'endroit où aller. Puis la cour manque d'outils, puis c'est ce qu'on vient
donner à la Cour supérieure, pour dire : Maintenant, on vous donne les
pouvoirs pour agir en urgence dans des
situations de menaces. Ça fait que c'est ça qu'on vient faire, là. Parce que,
là, c'est sûr que, si on... si on
déborde, on va aller trop loin puis on perd l'objectif du projet de loi. Puis,
c'est ça, il ne faut pas perdre l'objectif du projet de loi du tout, du
tout.
• (16 heures) •
M. Arseneau :
Bien, en fait, on le répète, qu'on souscrit à l'objectif d'intervenir. Ce
qu'on essaie de définir, c'est dans quelles situations on intervient et quelles
sont, justement, les situations où, si on se met à la place du juge, comme
législateurs, on aimerait qu'il agisse. Et c'est cette incapacité-là à cerner
de façon plus précise ce qui n'est pas de l'ordre de la menace, de
l'intimidation ou du harcèlement qui pose problème, parce qu'un propos ou un
geste, bien, évidemment, c'est... le spectre est excessivement large, et de
laisser uniquement à l'appréciation d'un juge, et puis d'un autre, puis d'un
autre encore, le soin de définir ça, c'est là où on a, disons, une certaine
préoccupation.
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va? Alors, on avait le député de Taschereau qui
souhaitait prendre... prendre la parole.
M. Grandmont : Oui, merci. D'abord,
je voudrais remercier mon collègue des Îles pour... — ça ne
vous dérange pas qu'on résume ça aux Îles, non, ça vous va? — mon
collègue des Îles-de-la-Madeleine... — il n'a pas répondu — des
Îles-de-la-Madeleine pour le dépôt de son sous-amendement. Je trouve ça
intéressant, parce qu'effectivement ça vient ramener, en fait, à ma
préoccupation... Je pense que ça offre une réponse intéressante à la préoccupation que j'ai, qui est de s'attaquer au
noeud du problème, qui est de travailler sur les comportements qui sont
inappropriés.
J'aurais une
question, peut-être, pour Mme la ministre. Quand on... Quand je regarde, là...
Puis, c'est vrai, je pense qu'il l'a conservé aussi, là, dans le... dans son...
dans sa proposition. Oui, c'est ça. «En favorisant l'exercice des fonctions électives au sein des institutions
municipales québécoises», donc, les fonctions électives, là, d'un élu, là, au
niveau municipal, ça consiste en quoi, grosso modo?
Mme
Laforest : Bien, vous me posez des questions, mais c'est l'amendement
du député des Îles.
M.
Grandmont : Bien, il est dans votre... il est dans votre proposition
aussi, là.
M. Arseneau :
Il est dans le texte original.
M. Grandmont :
Il est dans le texte original.
Mme Laforest :
Ah! OK, OK. Je pensais que vous
vouliez que je commente l'amendement du député des Îles.
M.
Grandmont : Non, non, je parle des...
M. Arseneau :
L'exercice des fonctions électives.
M. Grandmont :
Non, non, ça, on y viendra
tantôt. Non, non, la notion de fonctions électives, là. C'est quoi, les
fonctions électives? De quoi on s'attend comme travail?
Mme
Laforest : Bien, c'est toutes les fonctions d'un élu municipal, en
fait.
M.
Grandmont : OK. Puis ça, ça comprend...
Mme
Laforest : Tout ce qui est... tout ce qui est dans le domaine
municipal, dans ses fonctions d'un élu.
M.
Grandmont : OK. Tu sais, nous autres... Ici, à l'Assemblée nationale,
moi, je sais que j'ai trois rôles principaux,
là. J'ai à représenter les gens de ma circonscription, surveiller l'action
gouvernementale, puis le dernier, c'est...
Une voix : ...
M. Grandmont : ...législateur, oui. On est en train de le faire, en plus. Donc, j'ai
trois fonctions principales. Donc, dans
l'ensemble de ce que je fais, il y a ça. Puis là, bien, on pourrait se poser la
question : Si j'organise... si je participe à une épluchette de blé
d'Inde, ou à un souper spaghetti, ou que sais-je, quelle partie du rôle que je
fais, mais je ne sais même pas si... Tu sais, quand on parle d'entraves, là,
dans le fond, là, lesquelles parties des fonctions électives d'un élu municipal
pourraient éventuellement faire partie de ce qui serait traité par un juge?
Mme
Laforest : Toutes les fonctions qui ont un lien avec la fonction d'un
élu municipal. S'il est demandé dans une activité comme ça à titre d'élu
municipal, d'être représentant, c'est sûr, c'est dans ses fonctions électives.
M. Grandmont :
OK. Donc, je vois Me Dumont, là,
hocher de la tête. Donc, je comprends que, dans le fond, ça, ça a été
comme analysé comme une des fonctions. Quelqu'un... Un élu qui irait dans une
activité-bénéfice, ou peu importe, si on l'entrave, si on l'empêche, par
exemple, de tenir un discours dans une fête foraine, une fête de quartier en
jouant du tambour très fort, bien là, on est en train d'entraver son travail.
Donc, je comprends bien que ça peut en faire partie.
Mme
Laforest : Oui.
M.
Grandmont : Évidemment, entrer au conseil municipal, ça en fait partie
aussi. Le déroulement du conseil municipal, ça pourrait en faire partie
également aussi.
Mme
Laforest : Oui.
M.
Grandmont : Oui, évidemment. OK. Parfait. Donc, on progresse, parce
qu'on n'avait pas d'exemple encore de ce qui
était une entrave, mais on commence à comprendre un peu, là, où est-ce qu'on
veut s'en aller avec ça.
Vous dites que vous
avez reçu 75 courriels de gens qui... des élus qui... puis vous avez parlé
d'histoires d'horreur, là. J'imagine que ce
n'était pas tout dans le piton non plus, mais, tu sais, s'ils ont pris la peine
de vous écrire, c'est parce que, quand même, ils avaient quand même
quelque chose d'important à vous communiquer aussi, là, j'imagine, là.
Avez-vous...
avez-vous... Comment vous avez analysé, en fait, là, ces courriels-là? Parce
que, j'imagine, ça a servi un peu... Bien, tu sais, je ne veux pas vous mettre
des mots dans la bouche, mais peut-être que... De la façon que vous le racontez, j'ai l'impression que ça a
servi un peu de déclencheur, entre autres. Il y a la vague de démissions
des élus, mais il y a ces 75 courriels là qui semblent avoir quand même
assez été importants. Vous avez appuyé sur le mot «histoire d'horreur». Comment
vous... Comment ça a servi, en fait, à, disons, catalyser ou démarrer, en fait,
votre réflexion sur le projet de loi?
Mme
Laforest : Bien, moi, je crois sincèrement qu'on n'est pas là pour ne
pas faire évoluer les... et aider les gens qui sont avec nous en politique,
évidemment. Puis, recevoir des lettres comme ça, moi, je ne peux pas rester
insensible. Je devais agir. Puis c'est sûr que j'ai la chance d'être là depuis
le début. Donc, des situations comme ça, j'en
ai vécu, et aussi avec la pandémie. Mes collègues députés en ont vécu, des
collègues et des maires, des mairesses que je connais très, très bien
également. Il y a eu beaucoup de démissions. Mais c'est quand même... Comment
je pourrais dire? C'est continuel.
J'arrive, là, du
congrès de la FQM. Il y a un maire qui est venu me voir, qui a dit :
Vous... vous venez de sauver ma vie, Mme Laforest. Ça fait que la
protection des élus municipaux, là... C'est sûr que les élus municipaux sont
essentiels. Les élus, on est tous essentiels pour la démocratie. Mais moi, je
ne peux pas rester insensible quand ça fait des années, je suis aux Affaires
municipales. Vous allez dire peut-être : Ce n'est pas trop, 50,
75 citoyens qui envoient des lettres ou des courriels comme ça. Mais moi,
mon rôle, c'est de protéger les élus en premier et d'aider les municipalités.
Mais la première des choses, c'est de protéger l'être humain qui est derrière
l'élu, protéger les familles. Ça fait que c'est sûr que l'élément
déclencheur... Dès que j'ai vu ça, j'ai dit : Voyons donc! Tu sais, parce
que, vous le savez, on va en politique pourquoi? Pour aider notre municipalité,
notre région, pour... tu sais, pour des projets communs. On ne va pas là pour
se faire tirer des tomates, là, puis on ne va pas là pour le pouvoir, là. Tu
sais, tant mieux si on peut changer les choses, mais moi, je le dis, on le fait
ensemble, on change les choses.
Donc, les élus
municipaux, bien, pourquoi, après la pandémie et durant la pandémie, c'est
vraiment devenu comme ça, derrière les
écrans, puis après c'est à l'épicerie, puis c'est à l'aréna? Puis ça n'arrête
pas comme ça, là. Ça fait que, là,
c'est sûr que moi, je me disais : Si, comme gouvernement, on n'agit pas,
il y a une question d'irresponsabilité, parce que, si on ne protège pas
nos élus maintenant, puis on n'a pas un projet de loi qui peut le faire, puis
qu'on ne vient pas encadrer et baliser le travail de la Cour supérieure, on a
la chance de le faire, bien, pour moi, là, je laisserais tomber des élus.
Puis, des tentatives
de suicide, vous étiez ici quand on était en commission, vous en avez entendu
aussi. Ça fait que vous me dites : Quel était... pourquoi vous avez fait
ça, Mme Laforest? Ça vient me chercher, ce que vous dites, parce que je me
dis : J'aimerais ça sauver tout le monde. Ça, c'est... Je ne peux pas
sauver tout le monde, sauf que j'ai la chance, avec vous, avec vous et vous,
d'être en place pour prendre un article, si simple et si concret soit-il, mais
qui va aller tellement loin. Moi, je suis sûre qu'à la fin du projet de loi,
honnêtement, on va se dire : On a mieux... on va... on a réussi à mieux
protéger les élus municipaux, puis aller en politique municipale, bien, c'est
bon, ça peut être plaisant, puis, si je vis, comme ça, des menaces
d'intimidation, ou ma conjointe, ou mes enfants, ma famille, bien, au moins, il
y a un gouvernement qui a levé la main pour dire : Heille! un instant, on
a dit qu'il y avait une possible injonction présentement dans un projet de loi
pour que la Cour supérieure, le tribunal rende une décision immédiate. Parce
que, quelqu'un qui se fait menacer, le lendemain, dites-vous, là, qu'il n'a pas
dormi de la nuit, là. Puis parfois,
aujourd'hui, à cause qu'on n'a pas des... on n'a pas la possibilité de rendre
des décisions en urgence, ça peut durer des semaines, des semaines.
Donc, il y en a vraiment que leur vie est... est vraiment atteinte parce qu'ils
ont décidé de vouloir changer une municipalité, changer un projet. Donc là,
c'est sûr, ça vient me chercher, ce que vous posez comme question. Mais elle
est très bonne, votre question. Mais vous allez faire le changement avec moi
aussi, là.
Ça fait que c'est
pour ça, je dis que les mots qu'on met dans l'article 1, bien, c'est sûr
que c'est travaillé avec le ministère de la Justice, parce qu'ils ont... Ils
travaillent, eux, avec, évidemment, tous... tous les légistes pour que ce soit
bien placé, pour que ce soit bien positionné. On a ajouté des amendements,
c'est certain, parce que la liberté d'expression, c'est essentiel, puis, les
journalistes, on en a besoin. Ils sont essentiels, nos journalistes. Ça fait
qu'on n'est pas dans... dans déranger la
liberté d'expression et nos journalistes. On veut que ça fonctionne comme ça
toujours. On veut juste aller chercher des possibilités pour sauver nos
75 personnes, là, qui sont au bord du gouffre. C'est ça qu'on fait, là,
dans notre projet de loi.
Alors, ne pensez pas
qu'on vient changer, si je peux dire, les... tous les articles dans un projet
de loi municipal pour complètement déstabiliser ou encore mélanger un tribunal
ou un juge qui a à rendre une décision. Au contraire, on donne des balises
sérieuses : harcèlement, intimidation, c'est bien écrit, menaces qui
entravent le travail de l'élu. C'est simple.
C'est ça. Puis ça peut être une cause d'urgence... traitée en urgence. Si ça se
passe dans le conseil municipal, tant mieux, parce qu'on peut faire
appel à la police municipale, qui va donner une infraction, tant mieux. Puis on
verra plus tard avec les députés, parce que vous savez qu'il y a des députés
qui ont eu des menaces aussi.
M.
Grandmont : ...en ai envoyé moi-même à la... à la SQ...
• (16 h 10) •
Mme Laforest :
Bon, alors, voilà. C'est pour ça
que l'élément déclencheur, c'est ça qui a fait que je me disais : Si
moi, après mon mandat aux Affaires municipales, je n'agis pas, bien, honnêtement,
là, quand je vais me bercer, quand je vais être grand-mère, je vais dire :
J'ai échappé, j'ai manqué quelque chose, puis il y a des élus qui sont encore
en détresse, puis j'ai été élue, puis je n'ai pas agi, puis, comme
gouvernement, je pouvais changer les choses, je ne l'ai pas fait. Honnêtement,
je pense qu'il y aurait eu des regrets. Il y aurait eu des regrets.
M. Grandmont : Bien,
vous voulez savoir, moi, je salue le fait que vous ayez fait... je salue le
fait que vous ayez déposé un projet de loi qui visait à protéger les élus. Moi,
je suis 100 % derrière vous là-dessus. Je constatais... Puis, je le
rappelle encore, on a déposé des mandats d'initiative en simultané, parce que,
nous aussi, la situation nous préoccupait. Nous aussi, on voyait cette épidémie
de démissions là d'un très mauvais oeil. C'est mauvais pour notre démocratie.
Puis, encore une fois, je le rappelle, c'est anormal qu'une catégorie de
personnes au Québec travaillent dans des conditions où on trouve ça... dans des
milieux où on trouve ça acceptable, puis je le dis avec des gros guillemets, là, on trouve ça acceptable, où il est
toléré, je dirais, d'avoir de l'intimidation, du harcèlement, des menaces. Ça
ne se peut juste pas.
Mme Laforest : Tout à fait.
M. Grandmont : On a eu des
témoignages, là. Je me souviens d'Alicia Despins, qui est de... qui était du
regroupement, là, Faut que ça change, qui parlait de son conjoint, qui est dans
le milieu de la santé. Puis, quand on raconte
à nos conjoints, à nos conjointes, le soir, puis c'est la même chose au niveau
municipal, ce qui se dit ou ce qu'on endure sur les médias sociaux,
c'est le genre de chose qui est inacceptable, qui ne se peut pas dans d'autres
milieux de travail. Ça ne se peut pas. Donc, il faut y voir. Ça, je suis
100 % d'accord avec vous.
Mais je vous
posais la question sur les... sur la... une part de l'origine de votre
réflexion. Quand vous dites : Ce n'est
pas beaucoup, 75 courriels envoyés, là, depuis... depuis six ans, moi, je
ne suis pas sûr que... tu sais, je le modérerais, là, dans le sens où...
Mme Laforest : J'ai dit : Ce
n'est peut-être pas beaucoup pour vous.
M. Grandmont : Non, non, mais je...
Non, non, non. Mais, justement, je veux justement nuancer. Puis je n'ai pas... je n'ai pas qualifié, en fait, la
quantité, mais je dois vous dire que ce n'est pas peu non plus, tu sais, loin
de là. Ce n'est pas tout le monde qui va prendre la peine de le faire.
Il y en a qui ont décidé de partir de la politique. Ils ont fait ce choix-là de
quitter, tout simplement. Il y en a d'autres qui ne prendront juste pas
l'opportunité ou ne penseront pas à vous écrire, pour toutes sortes de raisons.
D'autres ont fait des plaintes à travers d'autres mécanismes qui existent
présentement. Mais la quantité importe peu pour moi. L'important, c'est ce
qu'on... c'est que vous avez de ces lettres-là. On constate par ailleurs qu'il
y a 800 des conseillers municipaux qui ont quitté, pas tous pour ces raisons-là non plus, par ailleurs, là. Je le
répète toujours, c'est beaucoup plus large que simplement les relations citoyens
et élus. Mais, quand même, tu sais, il faut en prendre acte puis il faut... Je
pense qu'on fait bien d'agir là-dessus.
Maintenant, moi, ce que je voulais savoir aussi,
c'est ces lettres-là, là, les gens qui vous ont écrit, là, qui ont pris le
temps de vous envoyer un courriel. Qu'est-ce qu'ils disaient principalement,
là?
Mme Laforest : ...curieux. Je ne
peux pas dire ça ici, là.
M. Grandmont : Non, non, je sais,
mais on peut rester général.
Mme
Laforest : C'est par respect pour les personnes qui envoient
des lettres. Vous en recevez comme moi, là.
M. Grandmont : Non, non, mais je ne
vous demanderais pas de déposer les courriels non plus. Ce n'est pas la
question. Ce n'est pas mon intention. Mais ce que je veux dire, c'est que je
vous écoute parler depuis le début, où on... depuis le début de la journée ou
en tout cas... ou le milieu de l'avant-midi, quand on a commencé à traiter de l'article 1, puis, quand je vous écoute
parler puis quand j'écoute ce que vous dites, là, des 75 courriels, là,
vous parlez beaucoup, là, de menaces,
d'intimidation, de harcèlement. Vous ne parlez pas d'entrave. Vous parlez...
Vous avez même dit tout à l'heure... Il y a... il y a quelques minutes,
là, vous avez parlé de menaces qui entravent.
Tu sais, moi,
je pense que la proposition qui est faite par notre collègue des Îles-de-la-Madeleine, là, est intéressante, parce
que ce qui est le véritable problème au fond de tout ça, là, c'est... c'est le
lot, la... Il y a des expressions pas très... pas très belles pour le dire, mais je vais le dire poliment, mais il y a
des brouettes... il y a des brouettes de commentaires haineux,
d'intimidation, de harcèlement, de situations qui n'ont pas... qui n'ont juste
pas de bon sens, qui font que les gens ont
envie de décrocher, à un moment donné. Si je suis payé, puis on l'a entendu,
là, c'est... c'est un cas fréquent, là, qu'on entend souvent, là, je
n'irai pas... je n'irai pas... Tu sais, puis les gens vont en politique, comme
vous l'avez dit tantôt, là, pour essayer d'améliorer leurs municipalités, parce
qu'ils ont des idées, parce qu'ils ont une vision. Puis évidemment, bien, ça ne
fait pas tout le temps l'affaire de tout le monde, parce qu'il y en a qui sont
accrochés au statu quo. Ça fait que, là, ils
arrivent puis ils veulent changer, améliorer leurs municipalités. Là, quand ils
voient ce que ça génère comme... comme commentaires négatifs, comme
regards des autres, comme commentaires désobligeants à l'épicerie, comme...
comme conséquences désagréables à vivre pour soi, pour sa famille, pour ses
proches, ils se disent : Heille! je n'irai pas... je n'irai pas me
consacrer 24/7 à 6 000 $ par année pour en plus recevoir toute
cette... cette haine-là en plus. C'est un désincitatif à faire de la politique
ou, en tout cas, c'est... c'est la goutte, des fois, qui va faire déborder le
vase, qui va faire que les gens vont quitter.
Moi, je suis persuadé que... Puis, tu sais,
dites-moi le contraire si c'est le cas, là, sans rentrer dans le détail des
cas, mais les courriels que vous avez reçus, là, j'ai comme l'impression que
c'est beaucoup aussi principalement des cas
de gens qui disent avoir reçu de la haine, avoir été intimidés, harcelés. La
question des entraves, là, la question des entraves, je ne suis pas sûr
que c'est au coeur du désengagement puis la vague de démissions qu'on a au
Québec, malheureusement. C'est pour ça que je trouve que
la proposition de notre collègue est intéressante, parce que les menaces, le
harcèlement, l'intimidation, ça entrave, effectivement, l'envie de travailler,
ça entrave le travail de nos élus. Moi, je
veux juste qu'on fasse attention à ne pas créer une nouvelle catégorie. Puis
c'est ça qui fait peur aux gens, c'est ça qui fait peur aux groupes des
médias, aux syndicats, aux groupes de la société civile, à des citoyens qui
trouveraient que c'est problématique. C'est ces comportements-là qu'on veut
éliminer. C'est ces comportements-là qu'on veut faire arrêter.
Vous
savez, tantôt, je vous avais proposé une espèce de test, là, en trois
questions, là... bien, pas des questions, mais en trois cas de figure.
Je vous avais demandé : Empêcher un élu de passer, est-ce que c'est de
l'entrave ou de l'intimidation? Est-ce que... Stationner devant la maison à
répétition, devant la maison d'un élu, est-ce que c'est de l'entrave ou du
harcèlement? Dire à un élu qu'il ne rentrera pas chez lui, est-ce que c'est de
l'entrave ou c'est de la menace? Moi, je
pense que des termes comme «menace», «intimidation», «harcèlement», c'est des
termes qui sont beaucoup plus clairs,
qui sont à la source du désengagement des élus qu'on a actuellement. C'est à cause
de ces trois concepts-là, entre autres, qu'on a de la difficulté à soit
retenir nos élus soit les attirer vers la politique, beaucoup plus que les
entraves. Les entraves, c'est... c'est un terme qui est large, qui est mal
défini, qui risque de créer un nouveau champ légal dans lequel on va devoir...
les tribunaux vont devoir se positionner. Puis je comprends aussi que c'est ce
terme-là qui pose un problème, qui pose... qui amène de grandes inquiétudes à
tout un pan de la société qui veut s'assurer de pouvoir protéger la liberté
d'expression, la liberté de se réunir pacifiquement, donc, le droit de
manifester également.
Donc, moi, je vous
remercie vraiment pour la discussion puis la transparence dont vous faites
preuve sur les... sur les lettres que vous avez reçues, sur les discussions que
vous avez. Nous-mêmes, on a des discussions régulièrement avec des élus du
municipal, que ce soit l'UMQ, à la FQM. Puis on comprend tellement qu'il faut
changer les choses pour qu'ils puissent faire leur travail sans entraves,
qu'ils puissent le faire dans un environnement de travail qui est exempt de ces
sources de l'entrave, de cette... de cette haine-là, du harcèlement, de
l'intimidation, des agressions, des incivilités, de l'intimidation. Ça, ça doit
être éliminé. Ça, c'est la cause, il me semble, de ce... de cette vague... en tout cas, en bonne partie, de
cette vague de démissions, de cet écoeurement que certains élus peuvent avoir puis probablement aussi... puis, encore une
fois, là, comme je vous disais, là, peut-être, vous pouvez me contredire,
mais aussi de la... de la source ou de l'envie de vous écrire. Les
75 personnes qui l'ont fait, là, c'est probablement plus ça qui est
à la base des courriels que vous avez reçus.
Mme
Laforest : Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va? Alors, député des Îles-de-la-Madeleine.
M. Arseneau :
Oui. Bien, en fait, je trouve intéressante, effectivement, la discussion
qu'on... qu'on a. Et puis je veux le préciser une fois de plus puis que ce soit
compris, on cherche tous à favoriser l'engagement des gens, des citoyens dans... en politique municipale, peu
importe où on habite. Au Québec, il y a... il y a un palier gouvernemental
qui est... qui est fondamental et qu'il faut protéger. Et effectivement, le projet
de loi, ce qu'on souhaite, c'est qu'il puisse donner aux élus une certaine zone
de confort pour pouvoir exercer leurs fonctions. Et c'est la raison pour
laquelle moi, je dis : Il faut cibler les comportements qui sont à
proscrire. Et on arrive à le faire lorsqu'il est question de la menace, de
l'intimidation ou du harcèlement, puis c'est pas mal moins clair pour
l'entrave.
• (16 h 20) •
Et, là où on a à
trouver l'équilibre, Me Dumont le disait tout à l'heure, et je pense que
plusieurs l'ont dit depuis... depuis qu'on
est à se pencher sur ce projet de loi là, l'équilibre, il est aussi, je dirais,
dans l'engagement démocratique non seulement des élus, mais également
des citoyens et des organisations, qui sont répartis un petit peu partout à
travers le Québec et qui veulent aussi s'assurer que le palier municipal soit
un palier démocratique où, entre deux élections, on puisse encore s'exprimer,
qu'on puisse encore s'assurer d'avoir voix au chapitre, d'être entendus par les
élus municipaux. Et c'est là où on s'assure de faire la discussion correctement
pour ne pas, justement, faire en sorte de
créer un déséquilibre qui, en bout de ligne, serait tout aussi dommageable pour
les élus, qui pourraient se retrouver sans, justement, cette
participation essentielle de la population et des groupes de la société civile
à leur action politique.
Donc, moi, je pense
que, lorsqu'il est... On ne peut pas opposer la protection du droit
d'association, la protection de la liberté démocratique de s'exprimer et la
protection des élus contre les menaces, l'intimidation et le harcèlement. Ce
serait trop... beaucoup trop manichéen. Je pense qu'il faut soutenir les deux
et s'assurer qu'en protégeant les élus on ne brime pas les gens qui veulent
s'exprimer et parfois exprimer leur mécontentement ou exprimer leur opposition,
exprimer un point de vue qui est contraire au point de vue qui est présenté par
leurs élus. Alors, je pense que ça, ça fait
partie de l'exercice démocratique, et c'est ce sur quoi repose notre... notre
régime à tous points de vue.
Alors, de ce point de
vue là, qu'il soit clair que, lorsqu'il est question de situations où il y a
urgence d'agir de la part de la cour parce que l'exercice des fonctions de
l'élu sont... sont mises à mal, l'exercice est mis à mal... Je voudrais valider
une chose. Lorsqu'il est inscrit en toutes lettres dans l'amendement de la
ministre qu'«une demande est instruite et jugée d'urgence», je pense que ça ne
peut pas être plus clair, là, «la demande est instruite et jugée d'urgence». Mais les critères, eux, ne changent
pas de façon fondamentale par rapport à l'évaluation, disons, de l'urgence.
Est-ce que je
pourrais avoir une précision, à savoir, si on change quoi que ce soit dans
l'appréciation, par le juge, de l'urgence, à savoir, s'il s'agit d'un
préjudice qui est causé, qui est sérieux et irréparable, est-ce que... est-ce
ça reste essentiellement la même chose?
Mme Laforest : Selon
moi, oui. Moi, je suis convaincue que oui. Oui? Y a-tu... C'est pareil, oui.
Le Président (M. Schneeberger) : ...
M. Dumont (Luc) : Bien, comme...
comme j'expliquais, la mention par rapport à ça, c'est que c'est... c'est au
niveau administratif. C'est un ordre de priorisation des dossiers au rôle.
Donc, on passe... on fait... on fait sauter le dossier en haut.
Par contre, s'il s'agit de donner une... dans le
fond, une injonction sur le banc, immédiatement, c'est-à-dire en dedans de
24 heures, on ne change pas le fardeau de la preuve à remplir pour la
personne qui le demande.
M. Arseneau : Exact.
M. Dumont (Luc) : On ne le change
pas. L'appréciation des faits est la même. Mais ça... mais ça reste que
l'avantage principal, c'est que, lorsqu'il s'agit d'avoir une injonction
interlocutoire, ce qui est... ce qui est, dans le fond, l'ordonnance la plus
demandée généralement, c'est beaucoup plus rapide dans son traitement.
M. Arseneau : Bien, je comprends.
Bien, j'apprécie votre réponse, Me Dumont. Donc, l'appréciation des faits
demeure la même, mais ce qu'on vient indiquer de façon très claire, c'est que
ce doit être instruit de façon... et jugé de façon urgente. On fera
l'appréciation des faits de la même façon, mais les faits qu'on soumettra à
l'appréciation du juge, ce sont les faits qui sont relatifs à des propos ou des
gestes, de façon générale, des... alors que... et là on laissera à la
discrétion du juge de trancher, à savoir si ça constitue ou ça peut constituer
un préjudice sérieux, irréparable, qui nécessite une action urgente, d'où le
sous-amendement, qui... et je le ramène, qui permet de mieux cadrer
l'appréciation des faits du juge. S'il y a menace, s'il y a harcèlement ou s'il
y a intimidation, on peut penser que le préjudice est sérieux et que le préjudice
est irréparable, alors que, si on y va de façon plus générale, avec des propos
ou des gestes, il me semble qu'on ouvre une brèche et une espèce de boîte de
Pandore.
Même si je reconnais le point de vue de la... de
la ministre à l'effet qu'un peu plus tard on indique que le fait d'exprimer par
tout moyen son opinion dans le respect des valeurs démocratiques, ça ne
constitue pas une entrave, il y a quand même là un corpus, disons, ou un délit
d'entrave qui est encore mal défini et tout à fait nouveau, et qui, à mon sens,
est... demeure sujet à précision.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Oui? D'autres... Député de Taschereau.
M. Grandmont : ...merci.
Le
Président (M. Schneeberger) : Non? Ça va? Parfait. Alors, s'il n'y a pas
d'autres... Parfait. Oui. Y avait-tu d'autres commentaires? Non?
Parfait. Alors, nous allons... Oui.
M. Arseneau : J'ai encore quelques
minutes, quelques secondes?
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui.
M. Arseneau : Juste avant de passer
au vote... Je comprends que vous allez passer au vote, mais j'aurais une
dernière intervention. Sur les deux propositions qui composent le
sous-amendement que j'ai proposé, ils sont en lien, je l'ai expliqué dès le
départ, avec l'article 5, qui, lui, précise, lorsqu'il est question d'une
amende entre 500 $ et 1 500 $, cet article-là précise que
l'entrave à l'exercice des fonctions d'un élu municipal, il est très, très
cadré, tu sais, il est très précis. C'est lorsqu'on le fait en menaçant, en
intimidant ou en harcelant de façon à faire craindre raisonnablement pour son
intégrité et pour sa sécurité. J'aimerais savoir pourquoi, dans ce cas-là, on
précise que c'est la menace, l'intimidation ou le harcèlement qui font craindre
pour l'intégrité et la sécurité, pourquoi c'est valide lorsqu'on donne des
amendes puis pourquoi ce ne serait pas valide pour le geste de soumettre au
jugement d'un... à la décision d'un juge une demande d'injonction.
Mme Laforest : Parce que l'amende
vient du policier.
M. Arseneau : Et...
Mme Laforest : Bien, ici, c'est ça,
la différence. C'est que l'amende vient d'un policier. Donc, c'est sûr que ça
peut toujours être contestable devant un juge pareil.
M. Arseneau : Et pourquoi ce...
Mme Laforest : Vous parlez de
l'article 5?
M. Arseneau : Oui, oui, oui. Parce
que... Je veux juste comprendre. Parce que ça vient d'un policier, il faut
préciser de façon plus pointue ce qui pose une entrave.
Mme
Laforest : Un, c'est... c'est remis par un policier, l'autre,
c'est par... avec un tribunal. Donc, c'est deux choses différentes.
C'est pour ça qu'ici il faut venir le préciser.
M. Arseneau : Oui, mais je voudrais
comprendre la motivation derrière la proposition. Je sais que ce sont deux...
deux institutions différentes, là.
Mme Laforest : Oui. C'est copié avec
le ministère de la Justice. Allez-y.
M. Dumont (Luc) : C'est...
Le Président (M. Schneeberger) : Me Dumont.
M. Dumont (Luc) : Merci beaucoup.
C'est... Bien, c'est deux choses très différentes. Comme... comme la ministre
l'a mentionné, au niveau de la disposition pénale, il s'agit d'un agent de la
municipalité. Donc, c'est... ce n'est pas un magistrat. Ce n'est pas quelqu'un
qui a la formation, qui est apte à soupeser... qui est apte à soupeser tous les
éléments propres à l'infraction. Il n'y a pas... Il y aura... Il n'y a pas de
procédure contradictoire devant lui, donc il
doit y avoir des critères serrés tout de suite pour rendre le constat
d'infraction immédiatement... immédiatement ou... En pratique, ce qui va
plutôt se passer, c'est que ça va être le... ça va être la municipalité qui va
lui envoyer le constat. Il peut décider de déclarer coupable ou non. S'il
décide... S'il juge qu'il n'est pas coupable, il va le contester devant la
cour... devant la cour municipale, qui, elle, va trancher. Donc, en matière
pénale, étant donné que la conséquence est plus immédiate, bien, il faut que le
justiciable soit quand même capable de savoir quelle est... quels sont les
éléments de l'infraction.
En matière d'injonction, c'est différent. En
matière d'injonction, il ne s'agit pas de punir. Il s'agit de mettre fin à des
gestes qui ne sont pas désirés, auquel cas c'est... seule la Cour supérieure
est habilitée pour rendre ce genre d'ordonnance là en soupesant les droits...
les droits de chacun, soit sa... soit ses droits individuels et sur les
droits... leur droit individuel à la liberté d'expression. Et c'est... Dans les
cas d'injonction, les juges sont les meilleurs, sont les mieux placés pour
décider au cas par cas c'est quoi, la pondération des droits de tous et chacun.
• (16 h 30) •
M. Arseneau : D'accord. Bien, c'est
ça. Donc, en d'autres mots, là, je comprends bien votre explication, il est
beaucoup plus simple, comme on le dit depuis... depuis le début, d'identifier
un comportement qui est menaçant, qui est intimidant ou qui est harcelant et
qui fait craindre raisonnablement pour l'intégrité et la sécurité d'un élu que
de juger d'une demande d'injonction où la personne, elle, se sent dans
l'incapacité d'exercer ses fonctions parce qu'un comportement qui n'est pas
nécessairement associé de façon très claire, nette et précise à la menace, à
l'intimidation ou au harcèlement, mais est néanmoins préjudiciable et...
affecte sa capacité d'exercer ses fonctions. Et c'est là qu'il doit faire la
démonstration auprès d'un juge pour solliciter son intervention, pour faire
cesser ledit comportement. C'est comme ça qu'il faut le comprendre, la
différence entre les deux. Je vous remercie.
M. Dumont (Luc) : Exact.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. Juste un petit
peu plus de précisions, parce qu'effectivement moi aussi, j'avais remarqué que
l'article 5 puis l'article 4, en fait, là, les deux, d'une part,
quand on parle d'entrave... Tantôt, bien, on a eu des échanges là-dessus, Mme
la ministre et moi, sur le fait qu'une entrave, ça pouvait être bien des
choses, là. Ça pouvait être à la fois empêcher un élu d'entrer au conseil
municipal, ça peut être aussi l'empêcher de prendre... faire une prise de
parole publique lors d'un événement festif à l'extérieur, par exemple. Puis
là... Puis, en même temps, on essaie d'avoir, donc, des définitions un petit
peu plus claires de ce que c'était, une entrave, puis moi, je mettais toujours
en relation le fait que ce qui entrave ou ce qui décourage les élus de faire
leur travail, puis peut-être causer démission,
puis, des fois, écrire à Mme la ministre, puis font démissionner, bien, c'est
probablement plus l'intimidation, le caractère menaçant de certaines...
certaines interventions des élus, le harcèlement, qui peuvent leur faire
craindre raisonnablement pour leur intégrité ou leur sécurité.
Ça fait que, dans le premier article, là, on
dirait qu'on sépare les concepts de comportement inapproprié puis l'entrave, c'est comme deux choses complètement
séparées, alors que, dans l'article 5, on les regroupe ensemble, l'entrave
est directement liée à l'intimidation, le harcèlement, la menace. Ça
fait que j'ai de la misère à comprendre pourquoi on se retrouve avec une
compréhension commune de ces... de ces concepts-là à l'article 5, alors
qu'à l'article 1 ce sont deux choses séparées, alors que la proposition de
mon collègue des Îles-de-la-Madeleine vise sensiblement à faire ce qu'on fait
dans l'article 5, c'est-à-dire regrouper l'entrave avec les comportements
inappropriés. J'aimerais comprendre pourquoi ce n'est pas recevable d'avoir un
article... ou, en fait, un sous-amendement comme ce qui est proposé par mon
collègue des Îles-de-la-Madeleine puis, de l'autre côté, avoir
l'article 5, qui fait justement ce même travail là de les joindre
ensemble.
Mme Laforest : Bien, ça a déjà tout
été expliqué, honnêtement.
M. Grandmont : Bien, ça a été tout
expliqué?
Mme Laforest : Puis
l'article 5, c'est qu'on vient définir les montants en plus. C'est
seulement ça, là.
M.
Grandmont : OK.
Mme Laforest :
De 500 $ à
1 500 $. Puis on l'a bien expliqué, l'article 1 puis toute la
suite après. M. le Président...
Le Président (M.
Schneeberger) : Ah!
M.
Grandmont : C'est la seule réponse?
Mme
Laforest : Non, mais c'est parce que ça fait plusieurs fois qu'on
l'explique.
Le Président (M.
Schneeberger) : C'est bon?
M.
Grandmont : Ce n'est pas très satisfaisant.
Le
Président (M. Schneeberger) :
Alors, nous allons mettre aux voix l'amendement. Est-ce que le sous-amendement
présenté à l'article 1 est adopté?
Une voix :
...
Le Président (M.
Schneeberger) : Par appel nominal.
Le
Secrétaire : Pour, contre, abstention. Mme Laforest (Chicoutimi)?
Mme
Laforest : Contre.
Le
Secrétaire : M. Girard (Lac-Saint-Jean)?
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Contre.
Le
Secrétaire : M. Gagnon (Jonquière)?
M. Gagnon : Contre.
Le
Secrétaire : M. Rivest (Côte-du-Sud)?
M. Rivest : Contre.
Le
Secrétaire : Mme Dionne (Rivière-du-Loup—Témiscouata)?
Mme Dionne : Contre.
Le
Secrétaire : Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont)?
Mme
Setlakwe : Abstention.
Le
Secrétaire : Mme Rotiroti
(Jeanne-Mance—Viger)?
Mme
Rotiroti : Abstention.
Le
Secrétaire : M. Taschereau... M. Grandmont (Taschereau)?
M.
Grandmont : Ce n'est pas la première fois. Pour.
Le
Secrétaire : M. Schneeberger
(Drummond—Bois-Francs)?
Le Président (M.
Schneeberger) : Abstention. Alors...
Mme Laforest :
M. le Président, est-ce qu'on peut suspendre?
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, on peut suspendre. Alors, l'amendement est
rejeté.
Nous suspendons
quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 35)
(Reprise à 17 h 34)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons les travaux. Alors, avant la suspension, nous venions de passer
aux voix le sous-amendement qui avait été déposé. Alors, ça a été rejeté.
Alors, nous revenons maintenant à l'article 1. Alors, je laisse... je
laisse la parole à ceux qui veulent la prendre. Député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui. Bien, on va
avoir un amendement à déposer.
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
Alors...
M. Ciccone : Un sous-amendement.
M. Grandmont : Un sous-amendement,
oui. Merci de me corriger, mon collègue de Marquette.
Le
Président (M. Schneeberger) : Parfait. Alors, député de Taschereau... Est-ce que vous l'avez eu, au greffe? Non?
M. Grandmont : On va l'envoyer à
l'instant.
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
M. Grandmont : On peut suspende
deux secondes. Ça me va.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons suspendre, le temps de le prendre. Voilà.
(Suspension de la séance à 17 h 35)
(Reprise à 17 h 39)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons les travaux. Je vais laisser la lecture au député de Taschereau.
Alors, allez-y.
M. Grandmont : Merci, M. le
Président. Donc, voilà, je dépose ce sous-amendement-là. Donc, je vais en faire
la lecture : À l'article 1 de la Loi visant à protéger les élus
municipaux et à favoriser l'exercice sans entraves de leurs fonctions, édictée
par l'amendement à l'article 1 du projet de loi, supprimer, après «québécoises»,
les mots «sans entraves et».
Donc, ça se lirait comme suit : «La
présente loi vise à valoriser le rôle des élus municipaux, à encourager les
candidatures aux élections municipales et à contribuer à la rétention des élus
municipaux en favorisant l'exercice des fonctions électives au sein des
institutions municipales québécoises à l'abri des menaces, du harcèlement et de
l'intimidation, sans restreindre le droit de toute personne de participer aux
débats publics.»
• (17 h 40) •
Écoutez, je pense que Mme la ministre ne sera
pas surprise, là, de cet amendement-là. J'ai beaucoup argumenté dans ce sens-là. Pour moi, il y a deux choses différentes
dans l'article 1 puis dans le... dans tout le chapitre I. En fait, il
y a, d'une part, la question, là, des menaces, des comportements qui peuvent
être perpétrés, là, en fait, là, par des citoyens, des citoyennes ou des
groupes qui pourraient, de manière indue, là, faire des menaces, du
harcèlement, de l'intimidation auprès des élus municipaux, et, de l'autre, il y
a toute la question des entraves.
Moi, ce qui est important... Ce qui est
important là-dedans, c'est qu'on arrive à bien les séparer. Et, je le disais
plus tôt, là, selon moi, puis Mme la ministre ne m'a pas... ne m'a pas
contredit là-dessus, là, quand je faisais référence aux différentes lettres et
courriels qu'elle a reçus... Il y a des gens qui ont pris la peine de lui
écrire, puis probablement... Tu sais, je
suis assez persuadé que ça représente juste la pointe de l'iceberg, en fait,
là. J'ai l'impression que, s'il y a
75 personnes qui lui ont... qui ont pris le temps de lui écrire, il y a
beaucoup de gens qui... beaucoup d'élus, en fait, là, qui vivaient des situations stressantes dues à des menaces,
du harcèlement, de l'intimidation. Donc, je considère que c'est quand
même un nombre assez important et qui est un bon indicateur de l'importance
d'agir et de protéger les élus.
Puis c'est aussi mon souhait, hein? Ce que je
veux, c'est qu'on protège les élus dans leurs fonctions. Ce que je veux, c'est qu'ils puissent faire leur travail,
comme tous les Québécois et toutes les Québécoises au Québec qui travaillent,
qui ont la possibilité de travailler dans un environnement qui est exempt de
toutes ces manifestations stressantes, intimidantes. Les menaces, du
harcèlement, de l'intimidation, ça ne devrait pas exister dans le cadre des
fonctions d'un élu ou d'une élue. Ce n'est pas le genre d'environnement dans
lequel on veut travailler.
Je ne sais pas... Tu sais, j'ai demandé... C'est
difficile d'avoir des statistiques sur quelles sont les causes des départs, des démissions des gens qui sont... qui
quittent, en fait, leurs fonctions, puis il n'y a pas de donnée scientifique.
J'ai demandé à mon équipe, là, de rechercher, là, des données, puis, selon les infos
que j'ai réussi à trouver, là, les élus qui envisagent de démissionner sont
davantage victimes de tous les types de violence. Par exemple, alors que le taux d'élus qui disent avoir vécu du harcèlement est de
36 %, ça passe à 51 % chez ceux qui envisagent de démissionner. C'est quand même important, là.
51 % des personnes qui envisageraient de démissionner disent que c'est à
cause du harcèlement. 46 % des élus qui disent avoir vécu de... 46 %,
pardon, des élus qui disent avoir vécu de l'intimidation qui ont effectivement
démissionné, et le taux passe à 61 % chez ceux qui envisagent de
démissionner. Donc, deux tiers des
personnes qui envisagent de démissionner de leur poste d'élu au municipal,
deux tiers, c'est parce qu'ils ont eu de... ils ont vécu de l'intimidation.
Donc, évidemment, ce n'est jamais... ce n'est
jamais tranché au couteau puis évidemment ce n'est pas tout d'une cause aussi
qui est de... des citoyens, ou des citoyennes, ou des groupes. Ça peut être les
élus entre eux autres. Mais, quand même, ça donne l'indication que le milieu de
travail dans lequel évoluent les élus municipaux n'est pas favorable au plein
exercice de leurs fonctions électives, comme c'est écrit dans le texte. Donc,
moi, je pense que ça vaut la peine de travailler de façon précise là-dessus. Je
le répète, on veut que les élus puissent travailler dans des environnements qui
sont le plus sains possible.
De l'autre côté, là, on a toute la notion
d'entrave. L'entrave, ça, c'est un enjeu sur lequel on nous a alertés. On a reçu
plusieurs mémoires, on a reçu plusieurs groupes aussi en audiences qui nous ont
dit qu'ils avaient des craintes par rapport à l'utilisation de ce mot-là. On a
reçu des lettres, plusieurs par courriel, il y a eu des lettres officielles qui
ont été envoyées également par les centrales syndicales, il y a eu des lettres
qui ont été envoyées aussi à travers les médias — pas plus tard que, je
pense, aujourd'hui, il y avait encore des lettres ouvertes qui paraissaient
dans les médias — puis
c'est beaucoup la notion d'entrave qui pose problème. C'est vraiment cette...
cette notion-là qui est importante pour moi.
Donc, moi, ce que j'ai envie de proposer, Mme la
ministre, là, c'est qu'on se concentre... qu'on y aille par étapes, qu'on se
concentre d'abord sur ce qui est sûr, sur ce qui est solide, sur ce qui est
clair aux yeux des tribunaux, et travailler sur la menace, travailler sur le
harcèlement, travailler sur l'intimidation. Ce sont des gestes qui sont
interdits au Québec. On ne peut pas faire ça en milieu de travail. Les milieux
de travail normaux, là, en dehors... je parle, en dehors des fonctions
électives, ont déjà des mécanismes pour légiférer là-dessus, ont déjà des
mécanismes pour le prévenir, pour le
dénoncer, pour... pour arbitrer puis pour mettre en place des mesures pour
l'empêcher ou pour punir. Donc, on a ces dispositions-là qui existent
déjà.
Moi, la notion d'entrave, là, je la trouve trop
floue, trop inquiétante, au regard, notamment, là, de la liberté d'expression,
de la liberté de se réunir pacifiquement, et donc du droit de manifester. Ce
que je propose, c'est qu'à court terme on adopte... qu'on puisse avancer dans
le projet de loi, qu'on adopte la partie ou les parties, les articles qui
touchent davantage les comportements qu'on veut restreindre puis, de l'autre
côté, la partie d'entrave, là, bien, qu'on y revienne plus tard. Commençons par
mettre en place un régime dans lequel on va intervenir sur la question du
harcèlement, des menaces et de l'intimidation. Quand ce sera fait, puis si on voit
qu'on a besoin de redurcir la loi, on se refera un omnibus dans lequel on
viendra ajouter d'autres notions pour venir encadrer peut-être des parties qui
auraient été oubliées ou qu'on pourrait améliorer. Mais la partie qui me semble
la plus solide, la plus sûre et aussi la partie sur laquelle... à mon sens à
moi, me semble la plus urgente d'agir, c'est la partie qui touche les
comportements qu'on veut proscrire. L'entrave, c'est se mettre le pied ou... le
pied ou la main dans un panier de crabes. En tout cas, je dirais ça comme ça.
C'est un panier de crabes, c'est une boîte de Pandore, c'est... Il y a
plusieurs expressions pour caractériser ce que ça peut représenter, là, mais
plusieurs organismes de la société civile nous ont mis en garde quant à l'utilisation
de ces termes-là, de ce concept-là dans le projet de loi n° 57.
Donc, je vous le demande. C'est ce que je vous
propose. Ça me semble raisonnable. Commençons par travailler sur ce qui est
solide, les comportements, puis par la suite, s'il y a besoin de corriger, on
fera un autre projet de loi, un autre omnibus. Il nous reste du temps
d'ici 2026. Je suis sûr que Mme la ministre pourra, d'ici 2026,
corriger la situation et pourra tout aussi bien se bercer dans sa chaise
berçante plus tard avec le sentiment du devoir accompli.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
commentaires sur le dépôt du sous-amendement? Non? Oui.
Mme Setlakwe : ...M. le Président...
Le Président (M. Schneeberger) : Vous
avez le droit.
Mme Setlakwe : ...je me demandais si
la ministre intervenait.
Mme Laforest : Bien, en fait, on a
discuté précédemment assez longuement, mais la notion d'entrave est importante,
parce qu'elle est reliée vraiment dans les fonctions électives. Donc, c'est sûr
que... On parlait d'entrave, empêcher le travail de l'élu, puis c'était important
de le mentionner. Ça fait qu'on ne peut pas l'enlever certain. Puis on l'a expliqué vraiment plusieurs fois tantôt,
là, comment... comment c'était important, le mot «entrave». On essayait
de trouver des synonymes, puis, bref, c'est le meilleur des... c'est la
meilleure expression pour s'attacher avec la fonction de l'élu. Alors, voilà.
Merci, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
M.
Grandmont : ...Mme la ministre, c'est le fait qu'ils subissent
des menaces, du harcèlement et de l'intimidation. C'est vraiment ça qui
entrave le travail. C'est pour ça que tantôt j'étais d'accord avec la
proposition de mon collègue des Îles-de-la-Madeleine. C'est ce qui est le principal moteur du
désintérêt, ou des démissions, ou des... de la difficulté de travailler au sein d'un conseil municipal.
C'est le fait qu'on subit des pressions, c'est le fait qu'on subit des menaces,
du harcèlement, de l'intimidation.
La notion d'entrave, là, elle réfère à d'autres
choses, d'autres concepts qui... qui laissent croire qu'il y aurait des
chances, effectivement, d'entraver ou de limiter la capacité pour les gens
d'exprimer leurs points de vue dans certaines situations. Et ça aussi, c'est
dommageable. Ça aussi, c'est important de le souligner. C'est potentiellement
dangereux pour notre démocratie, dans laquelle on respecte, on reconnaît la
liberté d'expression, notamment, comme un droit fondamental au Québec. Tant que
ce mot-là va être là-dedans, on va avoir des gens qui vont, à juste titre, je pense, craindre pour la liberté d'expression au
Québec. Ça va continuer. Ça risque d'être contesté. Ça va se retrouver devant
les tribunaux.
Le Président (M. Schneeberger) : Députée
de Mont-Royal—Outremont.
Parfait. Allez-y.
Mme
Setlakwe : Merci. Bien, c'est sûr que le mot «entraves» seul,
là, sans qualification, ça pose un problème. Donc, dans ce sens-là, moi, j'ai tenté de... on... nous avons tenté de
le faire modifier en ajoutant «abusives». Toutefois, là, si on l'enlève
complètement...
Bien, j'ai peut-être... Avant de continuer, j'ai
une question pour mon collègue de Taschereau. Est-ce qu'en enlevant «entraves»
ici, vous souhaitez aussi faire comme notre collègue des Îles-de-la-Madeleine
et retirer la notion d'entrave à l'article 3 qui traite du nouveau recours
en injonction?
M. Grandmont : Moi, c'est...
Évidemment, là, là, je propose, là... Je travaille sur l'article 1.
Évidemment, il y aurait de la concordance à faire si on adopte ma proposition.
Mme Setlakwe : OK. Merci. Bon, si on
enlève simplement «sans entraves et», à mon sens, là, on devient restrictifs dans l'article 1 qui énonce
l'objet. Et vous me corrigerez, là, mais... Puis je ne veux pas être redondante
par rapport à ce que j'ai dit
précédemment, mais je pense qu'à chaque fois ça vaut la peine de faire valider
notre compréhension. Moi, ce que je
vois, c'est que l'objet doit être assez large. Il doit... Dans le fond, on
cherche à trouver un libellé qui expose, oui, l'objet, la protection des
élus, mais on ne veut pas restreindre la participation citoyenne, mais qui
cherche aussi à résumer, en quelque sorte,
ou à exposer un sommaire des différentes mesures ou des différents recours
qu'on introduit dans la loi un petit peu plus loin. J'en vois trois.
• (17 h 50) •
Je vois, à 3, à l'article 3, le nouveau
recours... le nouvel outil qui est offert aux élus d'entamer une procédure en
injonction. Et là, je me répète, dans ce cas-là, on ne traite pas, dans le
libellé actuel, on ne parle pas de menaces, harcèlement, intimidation. Moi,
j'ai compris qu'il peut y avoir des situations où un... On veut donner la
possibilité à un élu de demander une injonction pour qu'un comportement, que ce
soient des propos ou des gestes, cesse de façon urgente parce que ça constitue
une entrave de manière abusive à l'exercice de ses fonctions, et là il y a tout
le reste des critères que le juge va devoir appliquer. Est-ce que c'est une
bonne compréhension de l'article 3 sur l'injonction? L'injonction ne parle
pas, là... C'est... On parle... On ne parle pas de menaces, harcèlement,
intimidation. Alors...
Mme Laforest : ...
Mme
Setlakwe : OK. Oui. Alors donc, si on enlève «entraves» puis
on dit que la loi vise juste à protéger l'élu de menaces, de harcèlement et
d'intimidation, bien là, on escamote le recours en injonction tel que stipulé
ici. C'est exact?
Mme Laforest : Oui.
Mme Setlakwe : Je regarde le légiste
aussi. Merci.
Dans un deuxième temps, il y a un autre... un
autre outil qui est offert à l'article 4 et qui vient créer une infraction
pénale, pas un crime, une infraction pénale pour quiconque va venir causer du désordre
de manière à troubler de façon abusive le
déroulement de la séance de conseil. Ici, on ne vise pas nécessairement... le
comportement ne vise pas forcément un élu directement. Est-ce que je me
trompe? Je ne me trompe pas? Le comportement, à 4, il...
Mme Laforest : Pas directement.
Mme
Setlakwe : ... le citoyen,
ce n'est pas nécessairement un geste qui est directement visé vers un élu, qui
vise directement un élu. Donc...
Mme Laforest : Ça peut... Ça vise le
conseil municipal, la...
Mme Setlakwe : Oui. Donc, la
personne... Donc, ici... Donc... OK. Moi, je le comprenais comme ça aussi. Une
personne, et ça arrive, se présente dans une institution démocratique, là, un
conseil municipal, où on a tout à fait le droit de venir et d'exposer notre
point de vue. Mais, si on vise le cas d'une personne qui vient causer du
désordre de manière à troubler de façon abusive le déroulement de la séance,
ça, ça peut avoir un effet sur les élus et ça peut avoir un effet sur les
autres citoyens qui ont envie de se prononcer. Ça, c'est quelque chose, je
trouve, qu'on ne dit pas suffisamment. Quand on cause un
désordre dans un conseil municipal, c'est sûr que ça affecte les élus, mais je
pense que c'est important qu'on dise aussi que, des citoyens qui auraient envie
de venir exposer une problématique ou exprimer un point de vue, s'adresser à
leurs élus et qui voient ce désordre, ce cirque, ce chaos se dérouler sans
conséquence, bien, il y a un impact. Moi, j'appelle ça la majorité silencieuse.
La majorité silencieuse qui voit ça, qui voit que ça se fait en toute impunité,
se dit : Ouf! moi, je n'irai peut-être pas. Alors, moi, je le voyais d'une
façon large, l'article 4. Est-ce que je le comprends bien?
Mme Laforest : Tout à fait.
Mme Setlakwe : OK. Et donc
l'article 4 ne serait pas... Il me semble que, là, avec le nouveau
libellé, je ne vois pas que le concept est inclus dans l'objet de la loi.
Est-ce que je me trompe?
Mme Laforest : Tout à fait aussi.
Mme Setlakwe : Mais donc ça fait
partie de ce qu'on veut protéger. On veut protéger l'élu, pas juste... On ne
veut pas le mettre à l'abri uniquement de menaces, de harcèlement et
d'intimidation, on veut mettre... On veut le mettre, lui, à l'abri, les autres
citoyens et toute l'institution à l'abri de ce genre de comportement là qui
trouble une instance démocratique.
Mme Laforest : Oui, exactement.
Mme Setlakwe : Bon, merci. Et,
troisièmement, on crée l'infraction pénale à 5, où, là, on a effectivement des menaces, de l'intimidation ou du harcèlement
qui viennent entraver les fonctions d'un élu. Là, je trouve que le libellé
rejoint plus ce qui est proposé à 1, n'est-ce pas?
Mme Laforest : Oui, aussi.
Mme Setlakwe : OK. Mais 1, là, 1
ne... avec ce libellé-là, je suis obligée de dire que ça ne... ça ne convient
pas au régime qu'on vient mettre en place pour protéger...
Mme Laforest : Merci beaucoup.
Mme
Setlakwe : ...selon moi. Mais je continue de... je maintiens
qu'«entraves» seul, sans le qualifier, ce n'est peut-être pas idéal.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Député de Taschereau.
M. Grandmont : Bon, d'une part, je
ne réargumenterai pas sur l'amendement... sur la modification... je ne réargumenterai pas sur le... l'article 1.
J'irai plutôt plus sur des éléments que ma collègue de Mont-Royal—Outremont a nommés, d'une part,
l'article 4 : Lors d'une séance... «Quiconque, lors d'une séance de
tout conseil d'un organisme municipal, cause du désordre de manière à troubler
de manière abusive le déroulement de la séance est passible d'une amende
d'au moins 50 $ et d'au plus 500 $.»
Des voix : ...
M. Grandmont : Excusez-moi, j'ai de
la misère à m'entendre parler.
Le Président (M. Schneeberger) :
...la parole.
M. Grandmont : Merci. Donc, je
répète. L'article 4 : «Quiconque, lors d'une séance de tout conseil
d'un organisme municipal, cause du désordre
de manière à troubler de façon abusive le déroulement de la séance est passible
d'une amende d'au moins 50 $ et d'au plus 500 $.» Là-dedans, il n'y a
pas de référence à l'entrave.
Puis par ailleurs il existe déjà dans plusieurs
municipalités... bien, en fait, les municipalités ont la possibilité de
réglementer la... le bon déroulement de leur conseil municipal. J'ai quelques
exemples. Si je ne me trompe pas...
Municipalité de Val-des-Lacs, à
l'article 8. Je vais vous le lire parce que c'est quand même intéressant,
article 8, Ordre et décorum : «Le maire ou la personne qui préside la
séance maintient l'ordre et le décorum durant les
séances du conseil municipal. Il peut ordonner l'expulsion de l'endroit où se
tient une séance de toute personne qui en trouble l'ordre et le bon
déroulement, notamment :
«En utilisant un langage grossier, injurieux,
violent ou blessant ou en diffamant quelqu'un;
«En criant, chahutant;
«En faisant du bruit;
«En s'exprimant sans en avoir obtenu au
préalable l'autorisation;
«En posant un geste vulgaire;
«En interrompant quelqu'un qui a déjà la parole;
«En
entreprenant le débat avec le public;
«En ne respectant pas
la procédure mentionnée au point 10.4;
«En ne se limitant
pas au sujet en cours de discussion.»
Dans la municipalité
de Mille-Isles, donc on est du côté de Laval, à l'article 18. Je vais me
permettre de le lire aussi parce que c'est intéressant. On est plus synthétique
dans Mille-Isles. «Tout membre du public présent lors d'une séance du conseil
doit s'abstenir de crier, chahuter, de chanter, de faire du bruit ou de poser
tout autre geste susceptible d'entraver le bon déroulement de la séance.»
À Montréal, à
l'article 36. Je vais me permettre de le lire parce que c'est intéressant
aussi. Ah! je l'ai passé. «Une question doit être posée au président de la
séance dans la forme interrogative et ne contenir que les mots nécessaires pour
obtenir les renseignements demandés. Elle doit se rapporter à une matière
d'intérêt public qui relève des attributions de l'arrondissement.
«Est notamment
irrecevable une question :
«1° qui est
malveillante à l'égard d'autrui;
«2° dont la réponse
constituerait une opinion personnelle.
«Sont également
prohibés durant la période de questions :
«1° l'utilisation d'un
langage injurieux ou obscène;
«2° les débats entre
personnes présentes dans l'assistance ou entre ces dernières et les membres du
conseil ou les officiers.»
Ça fait que mon point
là-dedans, M. le Président, c'est assez simple, c'est que, d'une part, les
conseils municipaux ont déjà la possibilité de réglementer leurs conseils
municipaux. On n'a pas besoin d'avoir un projet de loi qui traite d'entraves.
Les conseils municipaux ont cette possibilité-là de le faire. On peut bien
rajouter... On peut bien rajouter un mécanisme pour... puis, encore là, moi, je
suis très critique de ça, là, mais on peut... on peut rajouter des mécanismes,
mais les conseils municipaux ont déjà cette possibilité-là.
Par ailleurs, à
l'article 5, évidemment, si on adoptait mon sous-amendement, il faudrait
faire sauter, là, la partie où on parle...
On en parle-tu? Oui, «entrave». Puis encore on pourrait le garder, parce qu'il
n'y a pas vraiment de référence à
l'article 1, là : «Quiconque entrave l'exercice des fonctions d'un
élu municipal en le menaçant, en l'intimidant ou en le harcelant de
façon à lui faire craindre raisonnablement pour son intégrité ou sa sécurité
est passible d'une amende d'au moins 500 $ et d'au plus
1 500 $.» Ce ne serait pas incohérent, même, que de le garder.
Donc, moi, je ne vois
pas d'incohérence, je ne vois pas d'impossibilité pour les conseils municipaux,
par ailleurs, de réglementer leurs... la
bonne marche, le bon déroulement des conseils municipaux. Je pense que mon...
ma proposition de sous-amendement est tout à fait raisonnable, nous
ramène à la notion de protection des élus, des gestes qu'on veut éviter de
citoyens envers ces élus-là, d'intimidation, de harcèlement, de menaces. C'est
ce qu'on veut prohiber. C'est ce qu'on veut interdire.
Mettons un travail...
Faisons les choses dans l'ordre et par étapes. Commençons par travailler sur ce
qui est sûr, ce qui est solide, des notions qui sont bien claires pour les
tribunaux, et, de l'autre, travaillons à garder du temps, revoir la notion
d'entrave. Voyons si elle est nécessaire dans un avenir prochain. Comme je le
disais, on a jusqu'à encore 2026. Donc, on a encore deux ans devant nous
pour revenir à la charge si on se rend compte qu'au bout d'une année,
deux années, le projet de loi n° 57 ne va pas assez loin. C'est ce
que je dirais, M. le Président.
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci. Alors, à ce moment-ci, nous allons suspendre
les travaux jusqu'à 19 h 30.
(Suspension de la séance à
18 heures)
(Reprise à 19 h 34)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
bonsoir à tous. Alors, la Commission
de l'aménagement du territoire reprend ses travaux.
Alors, je rappelle
que nous poursuivons l'étude détaillée du projet de loi n° 57, Loi
édictant la Loi visant à protéger les élus
et à favoriser l'exercice sans entraves de leurs fonctions et modifiant
diverses dispositions législatives concernant le domaine municipal.
Alors,
avant la suspension, nous en étions à l'article 1, et il y avait un
sous-amendement déposé par le député de Taschereau. Alors, je veux juste
vérifier s'il n'y avait pas d'autre intervention.
M.
Grandmont : Bien oui, je vais continuer.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, intervention. Alors, député de Taschereau.
M.
Grandmont : Juste avant de continuer, M. le Président, il me reste
combien de temps?
Le Président (M.
Schneeberger) : 6 min 30 s.
M. Grandmont :
6 min 30 s.
Parfait. Merci. Donc, voilà, tout à l'heure, j'ai énuméré puis lu, en fait, des
parties de règlements municipaux qui venaient encadrer le bon fonctionnement,
l'ordre, le décorum de certaines municipalités au
Québec, là. J'ai parlé de quatre... de trois cas, Val-des-Lacs, dans les
Laurentides, les Mille-Isles et Montréal, donc,
trois municipalités avec des tailles différentes, des moyens différents, des...
des situations, des conditions, des... donc, des milieux très différents
les uns des autres. Et dans chacun des cas on se rend compte, dans le fond, que
les conseils municipaux de toutes les villes
du Québec, peu importe leur taille, peu importent leurs moyens, sont capables
de réglementer l'ordre et le décorum au sein de leur conseil municipal, et plus
particulièrement la période des questions...
et aussi, en fait, la période des questions, pas plus particulièrement, mais
aussi la... Donc, on voit qu'on est capable,
quand même, de faire un gros ménage dans tout ce qui touche le langage
grossier, injurieux, violent, blessant, diffamant, le fait de crier, de
chahuter, de faire du bruit, de s'exprimer sans avoir obtenu au préalable
l'autorisation, de poser des gestes vulgaires, d'interrompre quelqu'un qui a
déjà la parole, d'entreprendre un débat avec le public, de ne pas respecter les
procédures, de ne pas se limiter... de se limiter au sujet de... en cours de
discussion.
Donc, moi, je repose
ma question, parce que je reviens avec mon sous-amendement, là, qui vient, dans
le fond, biffer la notion de sans entraves : En quoi on a besoin de
traiter de l'entrave dans un projet de loi qui vise à protéger les élus de
comportements qui sont de l'ordre de l'intimidation, du harcèlement, de la
menace, alors que les municipalités ont le pouvoir de réglementer la bonne
tenue des séances du conseil municipal?
Mme
Laforest : Bon, bien, juste pour corriger, là, les séances du conseil
municipal, là, puis ça, c'est dans le projet de loi aussi, là, on veut obliger
les conseils municipaux d'avoir une régie interne pour la séance du conseil
municipal. Parce que, vous avez raison, là, il y a des municipalités qui ont
déjà une régie interne, sauf que ce n'est pas
uniforme du tout, du tout à la grandeur du Québec. Donc, ce qu'on veut, c'est
harmoniser et obliger les séances... les conseils municipaux à adopter
une régie interne pour la séance du conseil. Ça, c'est la première des choses.
Parce que vous avez nommé des municipalités où il y en a, mais ce n'est pas
comme ça partout au Québec.
L'autre
chose. Si on recommence à discuter «sans entraves», bien, moi, honnêtement, je
vais le redire, on a discuté énormément du mot «entrave», et je pense
que je répéterai les mêmes choses qu'on a dites aujourd'hui.
M.
Grandmont : Bien, en tout cas, force est de constater qu'on n'a pas
été convaincus, de notre côté en tout cas, parce qu'on dirait qu'on a tous les
outils, même en enlevant le mot «entrave», là, on a tous les outils pour être
capables de protéger adéquatement les élus municipaux de ce qui cause une
source de stress importante. D'un côté, on a effectivement... si on l'enlève,
là... on garde les notions de menaces, de harcèlement, d'intimidation,
d'agression fonctionnelles dans le projet de loi. Ce sont des notions qui sont
bien claires, qui sont comprises par les tribunaux. De l'autre côté, on sait que des municipalités ont déjà le pouvoir de
réglementer et d'avoir leurs propres codes pour la bonne tenue des
séances du conseil municipal.
Vous
dites que vous voulez aller plus loin et, disons, inciter fortement... Je ne
sais pas si c'est le bon terme, là, mais, en tout cas, vous voulez
obliger, peut-être, je ne sais pas, là, mais vous voulez inciter, à tout le
moins, là, les municipalités à se doter d'un
code pour être capables de... d'une régie... Je ne me souviens plus du terme
que vous avez employé, je suis désolé. Mais donc, dans le fond, vous
voulez que les municipalités s'obligent à aller vers des codes pour être
capables d'articuler un règlement qui viendrait encadrer le bon fonctionnement.
Donc, je ne vois pas l'utilité de garder le mot «entrave», d'autant plus que
c'est le terme qui pose problème au regard de différents acteurs qu'on a
entendus soit en audiences, ici, soit à l'extérieur, dans les médias. Donc,
non, je demeure à convaincre.
Mme Laforest :
Bien, vous demeurez à convaincre,
mais, en même temps, tous les groupes qu'on a rencontrés, il n'y a personne, il
n'y a pas un groupe qui a parlé... qui a mentionné... ou qui a parlé contre le
mot «entrave», ça, c'est important de
le mentionner, dans toutes les consultations. Non, mais c'est vrai. Le mot
«entrave» ne dérangeait pas les groupes du tout, du tout.
Mais le mot
«entrave», en fait, c'est simple... c'est simple. Je sais que vous n'appréciez
pas ce mot-là, mais, en même temps, il faut le relier dans la fonction de
l'élu. Puis qu'est-ce qui va faire qu'un élu peut être menacé, harcelé ou
intimidé, c'est dans l'exercice de ses fonctions. Puis qu'est-ce qu'on veut
attacher, c'est le lien entre le citoyen qui empêche l'élu de travailler, de
faire ses fonctions électives. Donc, un citoyen qui empêche l'élu de faire ses
fonctions électives, c'est... ce sont des entraves durant sa période de travail
d'élu municipal. Donc, il y a un lien directement.
On ne pourrait pas dire : En favorisant l'exercice des fonctions électives
au sein des institutions municipales québécoises, à l'abri des menaces,
parce que peut-être que... même s'il y a des menaces ou du harcèlement, ça ne
l'empêche pas de travailler. C'est là qu'il faut vraiment ajouter...
Puis, comme je le
dis, il faut bien expliquer pour que l'injonction soit claire et transparente
pour le tribunal. Donc, on ajoute «sans entraves». Mais je l'ai... j'en ai
parlé toute la journée. Alors, ça revient quand même à la même définition. Je sais que vous n'êtes pas
convaincu, mais je n'ai pas à vous convaincre. L'important, c'est de donner des
outils au tribunal pour qu'il puisse baliser les procédures de menaces, de
harcèlement et d'intimidation envers les élus municipaux.
• (19 h 40) •
M.
Grandmont : Mais actuellement ces termes-là sont déjà balisés.
Mme Laforest :
Les termes «menaces», «harcèlement»,
«intimidation», oui, mais, comme je l'explique, pour les élus
municipaux, il y a un vide que nous, on doit ajouter dans la loi.
M. Grandmont :
Bien, écoutez, vous avez dit
tantôt qu'il n'y a aucun groupe qui a manifesté de l'opposition...
Mme Laforest : Ils n'ont pas parlé
d'entraves, là.
M.
Grandmont : ...à l'utilisation du terme «entrave». Il y en a eu, des
groupes qui sont venus dire que ça n'avait pas de bon sens. Il y a des groupes
qui ont même dit que tout le chapitre I allait trop loin, qu'il y a déjà
des dispositions qui existent actuellement qui permettent aux élus de se
défendre et que l'entrave allait trop loin. Il y a des groupes qui se sont
prononcés contre l'utilisation du mot «entrave» spécifiquement. Il y a des
choses qui sont... Il y a des... Il y a plusieurs acteurs de la société civile
qui se sont... qui se sont inquiétés de l'utilisation de ce terme-là.Vous
avez reçu... Vous avez reçu les mêmes lettres que moi, vous avez reçu les mêmes
communications, vous avez lu les mêmes articles, les mêmes lettres ouvertes que
moi.
Mme
Laforest : Moi, l'article 3, ça, oui, c'est vrai, vous avez
raison, au niveau des groupes, il y a eu des... Les groupes se sont exprimés
puis avec certains questionnements avec l'article 3. Ça, vous avez raison.
Puis c'est pour ça qu'on a ajouté les amendements, d'ailleurs.
M.
Grandmont : La... Pardon? Les amendements? Oui, OK. Excusez-moi, je
n'avais pas compris. Non, moi, je demeure
toujours à convaincre. Je ne crois pas qu'on arrive à... Puis, comme je le dis,
je pense proposer quelque chose qui me semble raisonnable.
Ce qu'on veut faire,
c'est, évidemment, protéger les élus contre des comportements qui les empêchent
de faire leur travail convenable, qui les découragent de se présenter au boulot
à tous les matins, d'arriver au conseil municipal, de se présenter devant les
foules, parce qu'ils ont peur, parce qu'ils sont tannés, ils sont essoufflés
d'être harcelés, d'être intimidés, d'être menacés. Ça, je le comprends. Puis on
veut les protéger, ces élus-là, comme on veut protéger...
J'aimerais mieux qu'on travaille dans un climat plus sain aussi à l'Assemblée
nationale à bien des égards, des fois entre élus puis aussi dans notre
relation avec certains citoyens. Ça pose problème des fois. Puis c'est vrai que
c'est essoufflant, c'est éreintant, puis je veux qu'on les protège.
Mais, en même temps,
moi, je reviens à ça, là, l'entrave, là, la façon qu'on envoie ça aux tribunaux
en leur disant : Débrouillez-vous pour bâtir une jurisprudence parce qu'il
n'y a rien pour l'instant, là, débrouillez-vous pour bâtir une jurisprudence,
moi, j'ai vraiment peur que ce soient beaucoup de cas qui soient envoyés
directement là-bas, qu'on ralentisse ou
qu'on engorge le travail de la Cour supérieure ou, de la même façon, c'est...
que ce soit éventuellement contesté. Puis, après ça, qu'est-ce qu'il
restera de tout ça? Je ne sais pas, mais j'ai des craintes.
Donc, je trouve que
c'est juste plus prudent d'y aller par étapes, commencer par retirer le mot
«entrave», qui pose problème, à mon avis, garder les termes qui sont plus sûrs,
qui ont déjà une assise juridique. Les menaces, le harcèlement, l'intimidation,
c'est ça qui pose problème pour les élus. Puis on verra si on a besoin d'aller
plus loin avec la notion d'entrave par la suite.
Mme Laforest :
Mais, honnêtement, je ne suis pas
tout à fait d'accord, M. le Président, si je peux m'avancer, pour dire
que, là, bref, on envoie ça, puis on va avoir énormément de causes. C'est sûr
que, si, admettons, on a... on n'attache pas et on ne relie pas les menaces, le
harcèlement et l'intimidation avec les fonctions électives de l'élu qui, lui,
est entravé avec ces mesures-là, ces menaces, le harcèlement, l'intimidation
dans le cadre de son travail, bien là, c'est
sûr, mais on vient tellement bien l'expliquer. Donc, à ce moment-ci, le juge,
ou peu importe, là... C'est tellement bien
expliqué. Donc, il faut que ce soit durant ses fonctions, il ne faut pas que ça
entrave son travail. Puis on touche les menaces, harcèlement,
intimidation.
Mais
ce que vous dites, c'est que... Si on enlève «entrave», je comprends qu'il y
aurait énormément de causes, là,
parce que ce n'est même pas à l'intérieur de son travail nécessairement puis ça
ne l'empêcherait pas nécessairement de faire ses fonctions électives.
Donc, «entrave» est important d'être ajouté dans l'article.
M.
Grandmont : ...parce qu'on est élu 24/7 un peu, en quelque part, là.
Il y a des menaces, je veux dire, des commentaires de toutes sortes, de toutes
natures. Il y en a sur les médias sociaux. Est-ce que, quand je suis en train de consulter mes réseaux sociaux, par exemple, si
je suis dans la rue, chez nous... Tu sais, on n'est pas tout le temps dans la... dans le... Comment je dirais ça? J'ai de la
misère à voir la nuance entre être en fonction, ne pas l'être. L'application
de la notion d'entrave, ce n'est pas clair pour moi avec ce que vous venez de
dire, là.
Le Président (M.
Schneeberger) : ...votre temps est écoulé, M. le député de Taschereau.
M.
Grandmont : Bien, j'ai posé une dernière question. Je ne sais pas si
Mme la ministre peut répondre, là.
Mme
Laforest : À qui? Quoi? Excusez.
M.
Grandmont : C'est parce que vous avez ouvert, comme, un front. Je
m'excuse de dépasser, je veux juste répéter ma question, M. le Président, là.
Vous avez dit que c'était dans le cadre de ses fonctions, que, s'il n'y avait
pas la notion d'entrave, ce serait... donc, celui-ci... il pourrait y avoir des
plaintes ou des demandes d'injonction en tout
temps. Or, quand on est élu, on est un peu élu 24/7. Puis donc on parlait aussi
de cas où on peut être sur les médias sociaux puis recevoir du
harcèlement, des menaces, même chose si on va à l'épicerie. On n'est pas en
fonction, mais, en même temps, on est...
Mme
Laforest : Mais là...
M. Grandmont : ...on
est susceptible de recevoir des commentaires. Je voudrais juste que vous
clarifiiez ce que vous venez de dire, là.
Mme Laforest : Mais, dans une
situation comme ça, par exemple à l'épicerie, bien, encore une fois, c'est bien
défini. Il peut appeler la... l'élu pourrait appeler la police, là, la
police... immédiatement, la police municipale. Mais ça dépend des cas, ça
dépend des situations.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous allons mettre aux voix l'amendement si je n'ai pas d'autre intervention.
Alors, le... Est-ce que le...
M. Grandmont : Par appel nominal,
s'il vous plaît.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
par appel nominal, bien sûr. Alors, est-ce que l'amendement déposé par le
député de Taschereau est adopté?
M. Grandmont : C'est un
sous-amendement, mais je suis pour.
Le Président (M. Schneeberger) : Un
sous-amendement, oui. Pardon.
Le Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont : Pour.
Le Secrétaire : Mme Laforest
(Chicoutimi)?
Mme Laforest : Contre.
Le Secrétaire : M. Girard
(Lac-Saint-Jean)
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Contre.
Le Secrétaire : M. Gagnon
(Jonquière)?
M. Gagnon : Contre.
Le Secrétaire : Mme Dionne (Rivière-du-Loup—Témiscouata)?
Mme Dionne : Contre.
Le Secrétaire : M. Rivest
(Côte-du-Sud)?
M. Rivest : Contre.
Le Secrétaire : Mme Setlakwe
(Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe : Contre.
Le Secrétaire : M. Ciccone (Marquette)?
M. Ciccone : Contre.
Le Secrétaire : Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger)?
Mme Rotiroti : Contre.
Le Secrétaire : M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Le Président (M. Schneeberger) : Abstention.
Alors, l'amendement est rejeté. Nous revenons sur l'article 1 original.
Alors, est-ce qu'il y avait... Oui, député de Marquette.
M. Ciccone : Merci beaucoup, M. le Président. Mme la ministre, vous
allez voir, là, qu'on vous a écoutée. J'ai pris des notes, je vais vous citer.
Je vais déposer un sous-amendement, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
parfait. Est-ce que le greffe l'ont?
M. Ciccone : Il est
là, oui.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui? Parfait. Alors, vous...
M.
Ciccone : On peut continuer?
Le Président (M.
Schneeberger) : Faites-en la lecture, oui, exactement.
M.
Ciccone : Parfait. On va le mettre à
l'écran. Je vais le lire, puis après ça, bien, on va... je vais l'expliquer. Alors, article 1 : Modifier l'amendement
proposé à l'article 1 du projet de loi par l'insertion, dans
l'article 1 de la loi édictée...
1° par la suppression
des mots «sans entraves et»;
2° par le
remplacement de «à l'abri des menaces, du harcèlement et de l'intimidation,»
par «. L'exercice de telles fonctions doit notamment être à l'abri des menaces,
du harcèlement et de l'intimidation qui pourrait entraver leur travail, et
ce,».
Alors, je vais vous
faire la lecture complète : «La présente loi vise à valoriser le rôle des
élus municipaux, à encourager [la] candidatures aux élections municipales et à
contribuer à la rétention des élus municipaux en favorisant l'exercice des
fonctions électives au sein des institutions municipales québécoises.
L'exercice de telles fonctions doit notamment être à l'abri des menaces, du
harcèlement et de l'intimidation qui pourrait entraver leur travail, et ce,
sans restreindre le droit de toute personne de participer aux débats publics.»
Alors là, c'est dans
l'objectif de trouver un passage, là. Parce que, depuis tantôt que je vous
écoute, Mme la ministre, puis j'écris, puis je vous cite, vous avez dit bien
clairement, suite au dépôt du sous-amendement du député de Taschereau, que la
notion d'entrave doit absolument être là, c'est très important. Alors, je vous
cite : «La notion d'entrave est importante, on ne peut pas l'enlever». Il
est là, «entraver». Vous avez dit également : «Menaces qui entravent le
travail d'un élu», «menaces qui entravent le travail d'un élu». Vous avez dit
également : L'exercice des fonctions
électives peut entraver avec les trois éléments. Vous avez encore fait
référence à «entrave» avec les trois éléments, comme il est stipulé dans
l'article 3 et également dans l'article 5, qui fait référence à
«entrave» avec, justement, les éléments qu'on... qu'on a devant nous, là,
harcèlement, intimidation qui pourraient entraver le travail.
Encore une fois, je peux
répéter. Je réitère, là, que le mot «entrave», ça ne peut pas être juste tout
seul, comme «intimidation», «harcèlement» et «menaces», parce que c'est un
peu... On le voit trop large. Je comprends vos explications. Mais, de cette
façon-là, on vient exactement écrire le mot «entrave» dans, justement,
l'objectif des autres articles que vous avez... que vous avez écrits, la façon
que vous avez bâti vos articles. On vient entraver, justement... On vient utiliser le mot «entraver» pour spécifier
exactement quelle est l'entrave au lieu de le mettre sur un sens large.
Puis,
comme vous avez pu... comme vous avez pu voir, là, parce que vous avez utilisé
souvent le mot «entrave» de façon à ce qu'il fallait le laisser large,
on a ajouté «notamment», ce qui est signifiant... ou ce qui signifie de garder
les choses larges aussi, là : «L'exercice de telles fonctions doit
notamment être à l'abri des menaces...» Alors, ça respecte l'aspect large que
vous voulez garder au mot «entrave». Alors, voilà, M. le Président.
• (19 h 50) •
Le Président (M.
Schneeberger) : Merci pour les explications. Est-ce qu'il y a des
commentaires suite au dépôt du sous-amendement?
Mme
Laforest : Je comprends votre... votre approche, mais, en même temps
vous... Vous enlevez le mot «sans entraves». Vous ajoutez «entraver leur
travail», puis les menaces, le harcèlement, l'intimidation, tout est à... tout est à l'intérieur, comme l'article 1 qui
est présenté. En fait, c'est que, le mot «sans entraves», vous le déplacez pour
«entraver leur travail». Donc, à ce moment-ci, c'est plus limité.
Moi, je pense qu'à ce
moment-ci j'aime mieux mon article, parce que le mien est quand même... il peut
aller chercher d'autres situations plus larges que celles où vous l'expliquez
de cette manière-là. Parce qu'en fait je comprends, là, vous avez changé des
blocs de mots, mais... C'est une belle approche, honnêtement, mais ça revient à
l'article 1, puis c'est moins limitatif, de la manière qu'on l'a écrit.
M.
Ciccone : Vous avez dit que vous aimez
mieux le garder plus large, parce que ça vient limiter. Par contre, dans les
autres articles, l'article 3, l'article 5, vous limitez aussi, là.
C'est restrictif, parce que vous faites référence à certains éléments, dont,
justement, le harcèlement, l'intimidation. Ça vient limiter quoi, «entrave»?
Parce que, dans le fond, là, ce qu'on dit,
puis on revient, ça fait longtemps qu'on en parle, là... Ça vient limiter quoi
de l'avoir seulement... si on le met, justement, à ces trois
éléments-là? Si on le laisse seul, ça vous donne... Quelle liberté ça vous
donne de plus? Quelle liberté ça vous donne de plus? Parce que, là, vous dites
que c'est restrictif à ces trois mots-là, mais, si vous le laissez tout seul,
ça veut dire... c'est plus large. Bien, vous avez peur qu'on enlève quoi?
Mme
Laforest : Bien, moi, je pense que, si... On a entendu, là, toutes les
raisons de votre collègue, là, de Mont-Royal—Outremont, tantôt, qui est avocate, là. Elle a vraiment bien
expliqué les mesures, pourquoi on ne pourrait pas y aller avec un amendement
comme ça.
M.
Ciccone : Bon, moi, bon, c'est drôle,
parce que ce n'est pas ça que j'ai compris. Ce qu'elle plaidait, elle plaidait également sur l'aspect d'enlever
complètement le «sans entraves». Moi, il est là, là, «entrave», là, on
l'utilise... un verbe différent.
Mme Laforest : Oui,
mais c'est ça...
M. Ciccone : On le met à l'infinitif, là.
Mme Laforest : C'est ça, c'est ça,
mais qu'est-ce que...
M. Ciccone : Mais il est là, là, ça fait qu'on... Ma collègue, ce
qu'elle plaidait, elle disait qu'elle... il ne faut pas l'enlever, le mot
«entrave», là. Il est là, «entrave», là.
Mme Laforest : Mais les entraves,
là, qui ne sont pas reliées à l'intimidation ou au harcèlement, qu'est-ce qu'on
en fait?
M. Ciccone : Comme... Bien, expliquez-moi. Lesquelles?
Mme Laforest : Bien là, tantôt, j'en
ai donné, là, des... Un conseil municipal, par exemple... Attendez, j'avais
donné des exemples. On recommence, là. OK. Exemple, des gens qui arrivent dans
un conseil municipal, puis ça s'est passé quand même dans une belle grande
ville qu'on connaît, là, qu'il y a eu débordements, qu'il y a eu des objets qui sont... qui sont allés partout, du
papier partout, des cahiers partout. Ensuite, quand je mentionnais, là, répéter...
de manière répétitive, injurier des élus qui assistent à la séance du conseil
municipal. Après ça, créer un sentiment d'insécurité quand, admettons, les gens
arrivent dans un conseil municipal, comme ça s'est passé dans une grande ville.
Donc, évidemment, c'est... on a créé un sentiment d'insécurité chez les
personnes qui étaient présentes. C'est des exemples qu'on a donnés précédemment,
ça.
M. Ciccone : Bien, je suis vraiment content que vous me dites ça, Mme la
ministre, parce que tout ce que vous m'avez dit, là, ça rentre dans
harcèlement, intimidation et... Ça rentre là-dedans, là. Ça rentre là-dedans.
Quelqu'un qui a peur de rentrer, c'est parce qu'il est intimidé. Lancer des
papiers, et tout ça, à un moment donné, ça rentre dans les définitions de ce
que vous me dites, là. C'est large, ça, là, «harcèlement» puis «intimidation».
On peut intimider de milliers de façons. Le
harcèlement, ça peut se faire de milliers de façons puis les menaces aussi, là.
Puis là tout ce que vous m'avez dit, ça rentre là-dedans.
Mme Laforest : Oui, mais en fait,
là, on parle de troubler, troubler l'ordre public, en fait, là, ce que vous
parlez, là, c'est bien ça, troubler une séance de conseil municipal.
M. Ciccone : Bien, je veux dire, là, vous m'avez parlé de sentiments,
là.
Mme Laforest : Ça en est, des
menaces.
M. Ciccone : Ça, ça amène un sentiment, là. Quelqu'un que... Quand tu
troubles l'ordre public, je veux dire...
Quand tu troubles l'ordre public, là, tu appelles la police, puis ils vont
arrêter, là. C'est déjà prévu dans la loi, ça, que tu n'as pas le droit de troubler l'ordre public. Là, ici, on vient
protéger les élus, là, à moins que vous vouliez changer la loi au
complet pour... sur... que ça dépasse la protection des élus, là. Là, vous
parlez de l'ordre public. Tu appelles la police si quelqu'un...
Mme Laforest : ...je parle des
exemples que je donnais tantôt, là.
M. Ciccone : Bien, c'est ça, mais vous me parlez de l'ordre public.
Parce que, les exemples que vous m'avez donnés,
on peut les mettre dans chaque catégorie, le harcèlement, l'intimidation, ce
que vous m'avez dit, là. Vous comprenez?
Mme Laforest : Mais, honnêtement...Hein? Pardon?
Des voix : ...
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, consentement pour la prise de parole? Oui?
Alors, Mme Katia Petit, allez-y.
Mme Petit
(Katia) : Oui. Katia Petit, sous-ministre adjointe aux
politiques au ministère des Affaires municipales et de l'Habitation.
Donc, comme Mme la ministre l'a dit et comme il
a été expliqué à plusieurs occasions, on est vraiment dans l'objet. L'objet, il
doit s'assurer de couvrir l'entièreté de la nouvelle loi qu'on crée. Il doit
être suffisamment large pour ne pas venir trop circonscrire puis laisser quand
même de la marge de manoeuvre aux tribunaux pour interpréter au cas par cas les
événements.
Et, comme il a été mentionné tantôt, c'est que,
oui, on retrouve la notion de menaces, harcèlement et intimidation à une infraction spécifique, là, qui est à... qui est à
l'article n° 5, mais on a également l'infraction, par exemple, d'avoir
troublé une séance, là, du conseil et troublé ou empêché, là, de façon telle
qu'une séance ne se déroule pas. Puis on va l'aborder
plus tard dans le projet de loi, là, c'est que, là, on est un petit peu, là...
on saute d'un article à l'autre, mais ça, ce n'est pas nécessairement associé,
par exemple, à du harcèlement, là.
Donc, il faut avoir
vraiment un article très large, puis on pense que, par la suite, il doit
s'interpréter avec l'ensemble du texte. Et, comme on l'a mentionné, on est
venus apporter différentes... différents amendements aux articles pour être
sûrs que ça s'applique uniquement à ce qu'on voulait réellement viser puis de
répondre à toutes les préoccupations des groupes en termes de liberté
d'expression, et tout. Donc, on est venus vraiment le resserrer à différents
endroits.
Donc là, ici, on est
vraiment dans l'article de la loi. La ministre l'a expliqué, notre juriste l'a
bien expliqué aussi, qu'il faut que ce soit suffisamment large. Et il est
essentiel que «sans entraves», ce soit associé à l'exercice de la fonction de l'élu. C'est exactement ce qu'on
vient légiférer ici. Donc, c'est un concept qui est essentiel pour l'ensemble
de la loi, donc, assurer la protection des institutions... démocratiques,
pardon, et empêcher... éviter, là... assurer que le... que les élus
exercent leurs fonctions sans entraves. Donc, c'est vraiment l'objet de la loi,
et on pense vraiment que c'est essentiel de garder ce terme-là.
M.
Ciccone : Quand vous m'avez dit... Merci
beaucoup. Merci beaucoup. Quand vous avez dit, justement : C'est pour que ça reste très large au niveau de
l'entrave... C'est parce que, vous comprenez, puis vous êtes pratiquement obligée
de me donner raison là-dessus, c'est que «entrave», ça peut être... ça peut
être vu comme une faute, en même temps, mais aussi ça peut être soumis à un
juge, mais aussi tu peux avoir des entraves qui n'est pas une entrave qui peut
devenir... que le DPCP va le recevoir. Tu sais, je veux dire, c'est large,
mais, de l'autre côté... C'est parce que, moi... Vous voyez, vous, de l'autre
côté où il faut qu'il reste large, mais moi, je vois de l'autre... de l'autre
sens aussi. Puis on dirait que vous avez de
la difficulté à regarder de l'autre côté aussi, où là on peut utiliser
n'importe quoi pour dire : Bien
là, moi, je trouve que c'est de l'entrave, je n'aime pas ça, je ne suis pas
capable de le prendre, ça fait que je vais... je vais demander une
injonction, je vais demander ci, je vais utiliser...
J'ai peur qu'il y ait
de l'abus. Je vais vous dire bien franchement, là, j'ai peur. Parce que, dans
notre côté, oui, il faut protéger, mais, en même temps, il ne faut pas que ça
aille trop loin de l'autre côté. Puis moi, de le laisser lâche comme ça, je
trouve que ça peut aller trop de l'autre côté, puis là ça va se retrouver
devant le juge, le DPCP, qui va dire : Non, non, finalement, ça, c'est...
il n'y a pas matière à prendre une décision là-dessus ou à envoyer une amende,
là. Ça fait que moi, je le vois de l'autre côté aussi. On dirait que ça, la
ministre, n'a pas... elle ne le voit pas beaucoup de ce côté-là. Elle veut
protéger plus un côté, qui est correct, j'en suis, puis on est tous d'accord
avec ça, mais, de l'autre côté, je trouve que ça va un peu trop loin.
Mme Petit
(Katia) : Peut-être préciser...
Le Président (M.
Schneeberger) : ...
Mme Petit
(Katia) : Merci, M. le Président. Juste peut-être préciser que, le
projet de loi, comme on l'a mentionné, la charte continue de s'appliquer. Et à
terme il y a toujours un tribunal, il y a... On a mis les balises pour
s'assurer qu'un tribunal pourrait se prononcer contre d'éventuels abus ou
mauvaises utilisations des dispositions. Donc, on pense vraiment qu'on a mis
l'ensemble des balises pour s'assurer les écarts dont vous faites mention.
• (20 heures) •
M.
Ciccone : Je vais laisser ma collègue...
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme
Setlakwe : Oui, si je peux intervenir. Je ne pense pas que ce soit
limitatif, parce qu'on a inséré le mot «notamment» de façon intentionnelle, là.
Ici, l'exercice... Parce que je reconnais que l'exemple qui est... que c'est un
exemple qui est donné où qu'on vise les cas de menaces, harcèlement,
intimidation qui pourraient entraver le... le travail des élus, mais c'est
«notamment». Les autres situations qu'on a déjà... je ne veux pas les répéter,
là, mais les autres situations sont couvertes, donc, par le libellé. Et surtout
il est intéressant de venir... On fait en sorte que le mot «entrave» demeure,
mais il... il est rattaché aux notions de menaces, harcèlement, intimidation.
Il n'est pas employé seul, sans qualificatif, ce qui est quelque chose qui
continue de nous agacer. Mais je ne pense pas que ce soit limitatif avec
l'emploi du mot «notamment».
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va? D'autres...
M.
Ciccone : Bien, je vais poser une
question : Trouvez-vous qu'il est... en mettant «notamment», est-ce que
c'est limitatif ou c'est... ça le reste... on le garde un peu plus large,
justement, avec les explications qu'on a eues, là? Est-ce que ça reste plus
large? Est-ce que vous considérez qu'avec le «notamment» on le met plus large?
On dit «notamment», pas «réservé à seulement le harcèlement, l'intimidation et
les menaces». On dit «notamment».
Mme
Laforest : C'est un bel exemple, mais, honnêtement, on aime mieux
notre formulation.
M.
Ciccone : Ça fait que vous me dites :
C'est un bel effort, Enrico, mais...
Mme Laforest : Non, mais...
Une voix : Bravo
pour l'effort!
M. Ciccone : Merci pour l'effort, Enrico.
Le Président (M. Schneeberger) : Député
de Marquette.
M. Ciccone : Ce ne sera pas une première étoile, ça va être la
troisième. C'est ça que vous me dites.
Mme Laforest : Mais les troisièmes
étoiles sont essentielles.
M. Ciccone : Quand même pas pire, troisième étoile. Mon Dieu! Écoutez...
Mme Laforest : Je comprends, je
comprends...
M. Ciccone : Je pourrai avoir essayé. Vous ne pouvez pas me dire que je
n'ai pas essayé. Vous ne pouvez pas me dire que mes arguments, les arguments de
nos collègues ici ne sont pas valables. Encore une fois, je ne suis pas juriste. J'aimerais tellement ça être assis
dans la place de Me... Me Dumont. Peut-être que je comprendrais un peu
plus vite. Mais moi, je ne le vois pas.
Je comprends qu'il faut... il y a des textes de
loi, c'est important, il faut se référer aussi à d'autres textes de loi, mais, dans ce contexte-là qu'on vient amener
une nouvelle formule attitrée aux élus pour les protéger, le mot «limitatif»...
Puis je me suis dit : Je vais envoyer une balle courbe, je vais mettre
«notamment», elle ne pourra pas dire que c'est limitatif. Vous l'avez quand
même sorti. Je trouve ça un peu... Je trouve ça plate un peu, là, mais, en même
temps...
Mme
Laforest : Mais ça peut porter... Vous avez raison, par
exemple, pour un... sur un point. Vous avez dit : Je vais envoyer une
balle courbe, je vais placer «notamment». Mais, pour moi, oui, il y a... il y a
un sens, ça pourrait être limitatif.
Mais, dans... dans un autre côté, quand on ajoute «doit notamment être à l'abri
des menaces, du harcèlement et de l'intimidation», ça peut aussi porter
à confusion, dans le sens que ça ouvre des exemples : notamment menaces, harcèlement, intimidation. Donc là, c'est comme si
on ouvre encore plusieurs possibilités. Une autre vision, ça pourrait
être ça.
Ça fait que, là, c'est sûr que ce qu'il faut,
c'est vraiment baliser au maximum la nouvelle réglementation pour agir rapidement envers les élus municipaux.
Puis ça, tu sais, ça peut porter... Il peut y avoir deux aspects, là, sous
votre... votre nouvelle formulation. Ça fait
que, oui, ça peut être d'un côté restrictif, mais, de l'autre côté, ça pourrait
être très, très large. Donc là, ça... Bref, on est mieux avec notre
paragraphe.
M.
Ciccone : Mais vous... vous... Je pensais arrêter là, mais
vous me donnez tellement de jus, Mme la ministre. Vous dites, vous me
dites, tantôt : Restez large...
Une voix : ...
M. Ciccone :
Non, je ne dirai pas ça, parce que je veux vous entendre parler, parce que, là,
vous allez dire : Je ne parlerai plus. Vous me dites, tantôt : Restez
large, puis là vous venez me dire : Bien, c'est parce qu'on veut baliser.
Là, honnêtement, là, on part de 0 à 100, là. Ça fait que, là, vous me dites que
vous voulez baliser puis, juste avant, vous
me dites, vous voulez rester large. Là, je suis un... Là, déjà que je
commençais à être mêlé, là, vous me mêlez encore plus, Mme la ministre.
Mme Laforest : ...justement, c'est
ce que je voulais dire. Votre phrase est complètement... n'a pas de sens.
M. Ciccone : Mais vous avez dit que j'avais fait un bel effort, puis là
ça n'a pas de sens.
Une voix : ... plus d'étoiles, ne
mettez plus d'étoiles. Il n'y en a plus.
Mme
Laforest : Non, mais c'est parce que... Bref, on est mieux de
rester avec... Parce que je ne veux pas rester large.
M. Ciccone : Parfait. Baliser assez large. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci. Bien, moi...
moi, je comprends le sens de la proposition du député de Marquette, en tout
cas, puis il me plaît. Moi, je lui donne une étoile, je lui donne une étoile.
Non, je l'aime, parce qu'effectivement, bien, il rejoint un peu ce qu'on dit,
là. En fait, là, on essaie de trouver des manières d'éviter de créer un nouveau
champ, là, en amenant un concept qui est... qui est large, qui est vraiment
large. Mme la ministre, elle dit qu'il est balisé,
que le mot «entrave» est balisé, mais, dans les faits, pour nous... C'est
peut-être là, la grande différence de point de vue au départ, parce que,
pour nous, il est très large. C'est pour ça, je pense, qu'il veut... que le
député, mon voisin ici, veut l'attacher, finalement, à...
aux notions qui, elles, sont plus claires, les menaces, le harcèlement,
l'intimidation. Ça, c'est des concepts clairs sur lesquels on est capables
d'avoir des définitions claires. Un juge est capable de se prononcer là-dessus
de manière claire. C'est des concepts qui existent déjà. Il y a déjà des textes
qui existent, même, jusqu'à la CNESST, qui fournit des guides pour éviter des
comportements inappropriés en entreprise ou dans les institutions, dans les
sociétés d'État, etc. Pour moi, c'est clair.
Donc, en disant qu'on
veut... Si on suit bien le raisonnement, là, de Mme la ministre, avec sa
proposition, son amendement original, elle dit qu'il est balisé, alors que
nous, on lit complètement l'inverse. On lit qu'on ouvre quelque chose, qu'on...
C'est encore plus large que ce qu'on... ce qu'on devrait... ce à quoi on
devrait s'attaquer à l'intérieur de ce projet de loi là.
Puis tantôt... Je me
permets de revenir quand même sur une partie, le début de l'échange que vous
avez eu, le député de Marquette et vous, Mme la ministre. Vous avez... Tu sais,
le député de Marquette vous demandait : Qu'est-ce que ça permet de plus,
l'utilisation du mot «entrave», qu'est-ce que ça permet de faire, qu'est-ce qui
n'est pas couvert... qui est... qui est déjà couvert actuellement par les lois
en vigueur? Puis vous avez parlé d'intimidation, débarquer dans le conseil,
faire du chahut, mettre des collants, que sais-je, là, qu'on peut faire, là,
pendant une manifestation, des propos injurieux, des menaces à l'endroit des
députés... des députés, des élus municipaux, des situations où on a... où il y
a un sentiment d'insécurité, des comportements qui amènent un sentiment
d'insécurité.
Je vous l'ai dit
tantôt, puis vous êtes d'accord, puis j'aurai une question après aussi par
rapport à ça, mais les municipalités sont déjà... ont déjà les pouvoirs pour
être capables de mettre en place des règlements pour encadrer le travail lors
du... de la bonne tenue, en fait, d'un conseil municipal. Je vous ai parlé de
trois villes. Je reprends toujours celui de Val-des-Lacs parce que je le trouve
intéressant. Il est très clair, il est très large, il vient baliser. Ils ont dû
en vivre, des histoires, là-bas, à Val-des-Lacs, pour avoir des termes aussi
précis que ça aujourd'hui. Mais ils parlent d'éviter d'utiliser un langage
grossier et injurieux, violent ou blessant, diffamant quelqu'un, éviter de
crier, de chahuter, éviter de faire du
bruit, éviter de s'exprimer sans avoir obtenu au préalable l'autorisation,
éviter de poser un geste vulgaire,
éviter d'interrompre quelqu'un qui a déjà la parole, éviter d'entreprendre un
débat avec le public, éviter de ne pas respecter la procédure, éviter...
se limiter au sujet qui est en cours lors de... dans la discussion.
Les municipalités ont
déjà ces pouvoirs-là. Tous les exemples que vous avez donnés, là, les
municipalités ont le pouvoir d'agir là-dessus. Je ne vois pas en quoi ajouter
«entrave» permet ça, d'autant plus que vous avez dit que vous vouliez... Puis là c'est là que je vais vous
poser une question, parce que vous dites que, dans votre proposition, là,
dans la version amendée de l'article 1, finalement, vous... ou c'est
ailleurs, parce que je ne l'ai pas trouvé, vous voulez vous assurer que tous
les conseils municipaux du Québec se dotent de règlements pour encadrer la
bonne tenue, l'ordre, le décorum dans les conseils municipaux. C'est où? Juste
pour savoir, parce que je ne l'ai pas trouvé tantôt, là, en cherchant
rapidement.
Des voix : ...
M.
Grandmont : Donc, c'est dans un article de...
Des voix : ...
M. Grandmont :
OK. Parce que, là, on a vu
l'article 1 du chapitre I. C'est ça qu'on est en train de voir, c'est ça,
hein?
Le Président (M.
Schneeberger) : Est-ce que ça concerne l'article 1, votre
question?
M. Grandmont :
Bien, je veux juste m'assurer...
Parce que je ne le trouvais pas dans l'article 1. Je veux juste
qu'on me dise c'est où.
Mme Petit
(Katia) : C'est dans la... 13, 33... 13 et suivants, là, dans l'ordre
de notre projet de loi.
M.
Grandmont : Donc, ça se trouve...
Mme Petit
(Katia) : Donc, pas dans l'article 1, évidemment, là, qu'on est
en train d'étudier. C'est plus tard, à partir de l'article 13.
M.
Grandmont : À partir de l'article 13. Donc, c'est la
section IV. C'est-tu ça?
• (20 h 10) •
Mme Petit (Katia) : C'est la section
civilité, là, dans laquelle on est actuellement. C'est juste que
l'article 1, c'est juste un élément de cette section.
M. Grandmont :
Oui, oui, oui. J'essaie de le
trouver. Je m'excuse, je ne le trouve pas. OK. Mais on va le voir plus
tard, là. Il n'est pas encore couvert, là, pour l'instant.
Mme
Laforest : Oui.
M.
Grandmont : OK. OK. OK.
Le Président (M.
Schneeberger) : Parfait. Alors...
Une voix : ...
M. Grandmont : Ah! OK. 13, puis 331,
qui est modifié. D'accord, je comprends. C'est parfait.
Le Président (M. Schneeberger) : Parfait.
M. Grandmont : Donc... Oui, c'est
ça. Donc, je reviens. Merci pour la réponse, Mme Petit. Donc, c'est ça.
Donc, je reviens avec la question de mon collègue de Marquette, là. Si les
réponses que Mme la ministre a données tout à l'heure sur ce que permettait
d'ajouter la notion d'entrave, à mon analyse, on est capables de le faire à
travers ce qu'on va faire à l'article 13 tantôt, puis ce qui est déjà
permis par ailleurs, c'est juste que, là, on va s'obliger, à travers
l'article 13, de l'avoir pour l'ensemble des municipalités du Québec,
bien, je repose la même question : Qu'est-ce que permettra l'ajout du mot
«entrave», séparé des notions, là, de menaces, harcèlement et intimidation,
qu'on ne peut pas déjà faire?
Mme Laforest : Bien, il y a une
affaire, je ne comprends pas, là, puis, honnêtement, on va... peut-être, c'est
vous qui allez me répondre. Parce qu'il y a un amendement du député des Îles et
il y a un amendement du député de Marquette, puis vous êtes d'accord à tous les
amendements, mais, notre amendement, vous n'êtes pas d'accord puis vous revenez
toujours sur le mot «entrave». Moi, je le dis, là, le mot «entrave», on doit le
laisser là comme il est. Puis c'est une question... c'est une question de
l'équipe du ministère de la Justice. Je pense que c'est important. Puis je
comprends, là, que vous êtes pour tous les amendements, mais notre amendement
est quand même solide, là.
M. Grandmont : Non, je me suis
abstenu sur certains... certains amendements également aussi, là.
Mme Laforest : OK. OK. Mais, en même
temps, je comprends votre position. Vous êtes mal à l'aise avec le mot
«entrave», mais, que voulez-vous, je vais répéter ce que je dis depuis ce midi,
on doit laisser le mot «entrave».
M. Grandmont : D'accord. Mais ma
question, ce n'est pas...
Mme
Laforest : Je le sais, que vous n'êtes pas... vous n'êtes
pas... comment... convaincu. Bien, je comprends. On applique une
nouvelle mesure dans une loi. C'est nouveau.
M.
Grandmont : D'accord. Bien, moi, je fais juste ramener, en
fait, ce qui a été nommé par plusieurs acteurs que nous avons entendus
soit durant les audiences elles-mêmes, soit à l'extérieur, dans les lettres
ouvertes, soit dans des lettres qui nous ont été envoyées. Le mot «entrave»
ouvre un champ nouveau qui, selon certains, risque d'amener à certains abus puis des... une diminution de la
portée de d'autres... de d'autres droits qui sont en vigueur actuellement
puis qui sont fondamentaux pour notre société : le droit de manifestation,
qui est soutenu par la liberté d'expression et par le droit de réunion
pacifique.
Moi, c'est pour ça que je reviens souvent sur
cet enjeu-là. Parce que, comme je le disais tantôt, les autres termes, pour
moi, sont très clairs. C'est l'utilisation du terme «entrave». Puis je vais
répéter ma question parce que... On a un peu changé de sujet, là, mais je vous
repose, dans le fond, la question. Sachant qu'il est possible pour les
municipalités de se doter d'un code pour encadrer la bonne tenue, l'ordre, le
décorum d'un conseil municipal, sachant qu'à l'article 13, un peu plus
tard, quand on y arrivera, on viendra renforcer ce pouvoir-là des
municipalités, on va leur demander de le
faire, donc, d'encadrer, d'avoir des articles comme celui que je vous ai lu,
celui de Val-des-Lacs, celui de... des Mille-Isles, celui de la ville de
Montréal, s'assurer que tout le monde a un code pour être capable de bien
encadrer ça, sachant que tout à l'heure, quand mon collègue, notre collègue ici
a posé la question, vous avez répondu... quand il vous a demandé qu'est-ce que
le mot «entrave» apportait de plus, vous avez répondu des éléments... en fait,
tous des exemples qui, à mon sens à moi, peuvent être répondus par la
réglementation municipale ou encore ce qu'on va faire à l'article 13,
bien, je vous repose la question : Qu'est-ce que le mot «entrave», tel que
vous le libellez, peut apporter de plus dans la protection des élus au Québec?
Mme Laforest : Le mot «entrave», là,
je pense que je l'ai assez bien expliqué. Puis, on le dit, là, le mot
«entrave», c'est ce qui va empêcher un élu de travailler dans... dans ses
fonctions.
Puis l'autre chose, c'est que, quand vous parlez
des groupes qui étaient... certains étaient mal à l'aise, ou dans les lettres qu'on a eues, c'est quand c'était
écrit «les entraves indues». Puis, dans notre amendement, on a enlevé le mot «indues», ça, vous l'avez vu aussi
sûrement, là, mais on a gardé le mot «entraves», parce que les commentaires,
c'était que les gens n'aimaient pas le mot «indues». Puis ça, on le... on l'a
enlevé. Ça fait que ça, c'est réglé, là, pour répondre à la demande. Puis, les
amendements, si je peux dire, on s'est bien... on a collaboré avec tout ce
qu'on a entendu puis on a été à l'écoute, parce qu'on a fait quand même
plusieurs amendements selon les demandes des groupes
puis... Voilà. Puis, le mot «entrave», je sais, là,
vous allez... vous allez y penser cette nuit, c'est sûr, là. Je n'ai pas
de réponse. Je n'ai plus de mots. Je n'ai pas... On... Le mot «entrave» est
important.
M. Grandmont : ...
Mme Laforest :
J'espère.
M. Grandmont : ...de vous
soucier de mon sommeil. Je dors très bien.
Mme Laforest : Mais je n'ai pas
d'autre mot à vous dire.
M. Grandmont : Je lis avant de
me coucher. J'ai changé ma routine.
Mme Laforest : C'est ça,
j'aimerais ça...
M. Grandmont : Passer moins de
temps sur les médias sociaux avant de me coucher, ça, ça aide pas mal. Vous
savez comment c'est. On a beaucoup de commentaires. Ce n'est pas le fun. Non,
j'arrive à bien dormir, mais je vous remercie de vous en préoccuper.
Mais, non, le mot «entrave», moi, pour moi, il
est lourd de sens parce que, justement, il ouvre une possibilité importante
d'interprétation.
Mme Laforest : Mais le mot
«entrave» vous dérange. Quand on a ajouté la phrase «sans restreindre le droit
de toute personne de participer aux débats publics», on a ajouté quand même...
Et après ça on a dit : «Aux fins du premier
alinéa, ne constitue pas une entrave le fait d'exprimer, par tout moyen, son
opinion dans le respect des valeurs démocratiques
du Québec.» Ça, on l'a ajouté aussi, là. C'est important, là. Je sais qu'on
n'est pas rendus à ce paragraphe-là, mais ça a été ajouté. Puis ça veut
tout dire, en fait, là.
M. Grandmont : Oui, puis je
vous vois cheminer puis j'en suis très content. C'est pour ça que je me permets
d'insister. Je me dis : On pourrait aller plus loin encore.
Mme Laforest : J'allais dire
quelque chose. Je ne le dirai pas.
Le Président (M. Schneeberger) : Bon,
alors, s'il n'y a pas d'autre commentaire, nous allons mettre aux voix le...
Oui, député de Marquette.
M. Ciccone : Soyez ouverts. Je dis ça comme ça. Tu sais, à
l'article 2 : «Aux fins de la présente loi, on entend par...» Parce que tantôt je vous ai cité le
mot «entrave» dans le Code criminel. Je sais que vous me dites : Bien, ce
n'est pas pareil. Oui, je comprends que ce n'est pas... le pénal puis le Code
criminel, ce n'est pas la même chose, mais à le définir dans la...
Mme Laforest : Je vais
laisser...
M. Ciccone : Juste si c'est possible...
Mme Laforest : Oui,
je vais laisser Mme Petit parce qu'elle était au ministère de la Sécurité
publique. Donc là, je pense qu'elle va avoir votre réponse.
M. Ciccone : OK. Peut-être que ce n'est pas possible, mais juste voir si
ça...
Le Président (M. Schneeberger) : Mme
Petit.
Mme Petit (Katia) : Merci. En fait,
peut-être que la DAJ pourra... pourra compléter, là, mais, vous savez, le terme
«entrave», clairement, on n'est pas... on ne veut pas la définition du Code
criminel, là. On l'a bien expliqué. On n'est
pas du tout dans le domaine du Code criminel. La notion d'entrave, elle existe
quand même, là. Puis Me Dumont pourra le préciser, mais elle existe dans
quand même plusieurs lois, puis c'est souvent interprété de façon large. Ce
n'est jamais défini de façon précise.
Nous, ce qu'on est venus faire, par contre,
comme on l'a expliqué, c'est qu'on est venus surtout le baliser dans les
articles où on applique l'injonction, entre autres, où on est venus clairement
préciser ce que ce n'est pas. Donc, il y a
eu vraiment un pas assez important, en termes d'amendements, qui a été fait
pour clarifier cet élément-là, mais... Je suis certaine que Me Dumont
dirait la même chose, on essaie d'éviter de mettre des définitions de ce genre
de concepts là dans la loi, parce qu'on lie les mains de la cour, on limite
l'interprétation, alors que c'est plutôt le rôle des tribunaux de
l'interpréter, là.
M. Ciccone : Vous n'avez pas besoin de parler, c'est clair. J'ai
compris. Merci beaucoup. Je voulais voir si c'était une possibilité.
Le Président (M. Schneeberger) : Merci.
Alors, est-ce que le sous-amendement déposé est adopté?
Une voix : ...
Le
Président (M. Schneeberger) : Par appel nominal, M. le président... M.
le secrétaire, pardon.
Le
Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Ciccone (Marquette)?
M. Ciccone : Pour.
Le
Secrétaire : Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont)?
Mme Setlakwe :
Pour.
Le
Secrétaire : Mme Rotiroti
(Jeanne-Mance—Viger)?
Mme Rotiroti :
Pour.
Le Secrétaire :
Mme Laforest (Chicoutimi)?
Mme Laforest :
Contre.
Le
Secrétaire : M. Girard (Lac-Saint-Jean)?
M. Girard
(Lac-Saint-Jean) : Contre.
Le
Secrétaire : M. Gagnon (Jonquière)?
M. Gagnon :
Contre.
Le
Secrétaire : Mme Dionne (Rivière-du-Loup—Témiscouata)?
Mme Dionne :
Contre.
Le
Secrétaire : M. Rivest (Côte-du-Sud)?
M. Rivest :
Contre.
Le
Secrétaire : M. Grandmont (Taschereau)?
M. Grandmont :
Pour.
Le
Secrétaire : M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Le Président (M.
Schneeberger) : Abstention. Alors, le sous-amendement est rejeté. Nous
revenons à l'article 1 original. Est-ce
qu'il y avait d'autres questions? S'il n'y a pas d'autre question, nous allons
passer à l'article 2.
Mme Laforest :
L'article 2 : «Aux fins de la présente loi, on entend[...] :
«1° "élu
municipal" : un membre d'un conseil d'une municipalité locale ou un préfet
élu conformément à l'article 210.29.2 de la Loi sur l'organisation territoriale
municipale (chapitre O-9);
«2° "organisme
municipal" : une municipalité locale, une municipalité régionale de comté,
une communauté métropolitaine, une société de transport en commun, une régie
intermunicipale, l'Administration régionale Kativik ou le Gouvernement régional
d'Eeyou Istchee Baie-James.»
Le Président (M.
Schneeberger) : Questions?
Mme Setlakwe :
Oui, M. le Président.
Le Président (M.
Schneeberger) : Députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Oui, merci. Bien, «élu
municipal», ça me semble très clair, là, c'est un membre d'un conseil.
Évidemment, ça inclut un maire d'une municipalité locale ou un préfet élu.
Dans «organisme
municipal», juste pour clarifier, deux questions. On ne vise pas ici les...
bien, je ne crois pas, mais juste le confirmer, les... j'allais dire les
commissaires scolaires, mais les... oui, les commissaires scolaires. Les
commissaires scolaires sont-ils... sont-ils visés dans la définition?
• (20 h 20) •
Mme
Laforest : Les commissaires scolaires, non.
Mme Setlakwe : Non. C'est... Donc, une commission scolaire ou un
centre de services scolaire, et les personnes qui siègent sur le conseil
d'administration, et ceux qu'on considère les... encore des commissaires élus
jusqu'à ce que leur statut soit... soit réglé de façon définitive, là. Les
commissions scolaires anglophones ne sont pas visées ici.
Mme
Laforest : Non.
Mme
Setlakwe : OK. C'est ce que je pensais. Et deuxième question :
Pourquoi on nomme seulement deux... de façon spécifique deux administrations...
bien, on nomme l'Administration régionale Kativik de façon spécifique et le
Gouvernement régional d'Eeyou Istchee Baie-James? Pourquoi seulement ces
deux-là?
Mme
Laforest : C'est Me Dumont qui va l'expliquer.
Le Président (M.
Schneeberger) : Me Dumont.
M. Dumont
(Luc) : Je vais devoir vous revenir avec la réponse, malheureusement,
sur cette question-là, parce que c'est une... C'est une disposition standard
qu'on met lorsqu'il s'agit de couvrir... lorsqu'il s'agit de couvrir, là, les
projets, le... dans le fond, le champ d'application d'un projet de loi.
Pourquoi c'est ces deux-là? Ça relève davantage du droit autochtone. Donc, pour
vous donner une réponse claire... Je ne pourrais pas vous répondre maintenant.
Il faudrait que je vérifie avec un de mes collègues.
M. Ciccone : Mais
on s'entend qu'il s'engage... M. Dumont s'engage à nous revenir avec la réponse
d'ici demain.
M. Dumont
(Luc) : Oui, je vais vous revenir rapidement.
M.
Ciccone :
OK.
Le Président (M.
Schneeberger) : C'est un engagement. Alors, si vous avez la réponse ce
soir, bien, on va... on y reviendra. Sinon, à ce moment-là, j'imagine qu'elle
pourra être déposée au secrétariat.
Est-ce qu'il y avait
d'autres commentaires sur l'article 2, questions? Oui, oui, député de Taschereau.
M.
Grandmont : Oui. Je ne sais pas si c'est là que ça pourrait s'appliquer,
là, mais on a... Tu sais, il y a des groupes,
notamment, là, des groupes qui représentent, là, des... qui représentaient des
fonctionnaires. Notamment, on a eu le... Oui, on avait eu, notamment,
là, une association de directeurs généraux qui était venue nous voir,
notamment, puis il y a eu quelques groupes qui nous ont sensibilisés au fait
qu'on devrait élargir le projet de loi non seulement aux élus, mais aussi, bon,
il y a eu des élus qui ont demandé à ce que les familles aussi soient protégées.
Je pense qu'on va éventuellement en traiter. Il y en a d'autres qui ont demandé
aussi à ce que des fonctionnaires soient... soient touchés, visés par le projet
de loi. Il y avait des demandes pour que les directeurs généraux le soient. Il
y en avait pour que les greffiers le soient. Il y en a qui nous ont demandé que
ce soit l'ensemble des fonctionnaires qui soient couverts par le projet de loi.
Il y en a qui nous ont demandé... mais ce n'était pas dans les audiences, c'est
une discussion que j'ai eue par après, des fonctionnaires qui étaient en
relation avec le public, notamment, par exemple, des gens qui travaillent pour la voirie, dans certains cas, ou encore
les chauffeurs d'autobus, par exemple, qui vivent aussi un fardeau de
récriminations de certains usagers du transport en commun très élevé.
Donc, je me
demandais, est-ce qu'on aurait besoin de l'inscrire tout de suite, définir
quels sont ces postes, qu'est-ce que ça couvre, dans le fond? Parce que, là, on
a deux définitions : les élus municipaux, les organismes municipaux. Ça,
je pense que les définitions sont correctes, là. Peut-être qu'on n'a pas besoin
de définir ce que sont certains corps de métier au sein de l'appareil
fonctionnarial des différentes instances municipales parce qu'on a les organismes municipaux qui sont définis eux-mêmes.
Je ne sais pas. Donc, je me demandais s'il y a une place pour ça, en fait, définir... si on a besoin de définir,
dans le fond, là, certains types de métiers qui pourraient être couverts par la
loi.
Mme
Laforest : Bien, votre question... votre question est excellente,
parce que nous, on doit vraiment, si je peux dire... on est vraiment restreints
à un membre du conseil d'une municipalité locale, un préfet élu, bref, et l'organisme municipal. Toutes les autres personnes
que vous avez nommées, ça, c'est sûr que ça concerne mon collègue au
ministère de la Sécurité publique. Donc, on ne peut pas toucher.
Par
contre, il y a des discussions qui se font présentement, parce qu'on les a
entendus en commission parlementaire, en
consultations particulières. Mais, pour les autres personnes, par exemple, tous
les employés municipaux, on s'entend, ici, qu'il ya a des... il y a des
règles, là, qui s'appliquent avec le ministère de la Sécurité publique. Mais on
a entendu les gens en consultations, donc on va regarder qu'est-ce qu'on peut
faire avec ça, mais ça ne nous concerne pas ici, dans le projet de loi.
M.
Grandmont : Ce que vous dites, c'est qu'il y aura, donc, des...
peut-être des avancées qui seront faites pour
les protéger, mais dans un autre projet de loi qui serait mené par votre
collègue, je parle au conditionnel, là, par votre collègue le ministre à
la Sécurité publique.
Mme Laforest :
Oui, ça se pourrait. Mais, présentement, tous les élus municipaux, quand
même, il y a un volet protection avec le ministère de la Sécurité publique déjà
qui existe. Ça fait que c'est sûr que, là, après les consultations, on va
regarder si on va aller plus loin, mais ici, là, on garde seulement les élus
municipaux puis les organismes municipaux.
M. Grandmont : Juste savoir en
quoi, là... En quoi ces personnes-là sont plus protégées que les élus
municipaux à travers des dispositions qui relèvent du ministère de la Sécurité
publique?
Mme Laforest : En quoi ces
personnes-là sont plus protégées? Bien, nous, on fonctionne avec la fonction...
dans les fonctions électives, les fonctions des élus. On est vraiment dans ce
cadre-là.
M. Grandmont : D'accord. Mais
vous dites... C'est parce que j'ai de la misère à comprendre, là. Vous dites
qu'actuellement, ces personnes-là, dans le fond, leur protection relève
davantage du ministre de la Sécurité publique.
Mme Laforest : Oui, oui. Donc,
il y a... Présentement, là, il y a des travaux qui se font, il y a une analyse
qui se fait. Je ne sais pas où ça va aller, mais je vous donne quand même une
bonne information, là. Puis ça, ça va concerner le ministère de la Sécurité
publique.
M. Grandmont : OK.
Actuellement, ces personnes-là, est-ce qu'ils ont raison... est-ce qu'ils ont
eu raison, à votre avis, de venir ici puis de demander davantage de protection?
Mme Laforest : Bien,
honnêtement, pour moi, là, ce n'est pas... Je ne peux pas vous dire que moi,
j'ai eu, comme... j'ai eu tous les courriels, là, des élus municipaux. Je n'ai
pas eu ça, là, à mon... à mon cabinet à moi puis au ministère. Mais peut-être
qu'il y a eu des demandes comme ça au ministère de la Sécurité publique, là. Je
ne pourrais pas vous...
M. Grandmont : Non,
mais on les a entendus en audiences, là. Ils nous l'ont... Ils vous l'ont
demandé à vous.
Mme Laforest : Ah! bien, eux
autres, c'est sûr qu'ils ont dit : Si on... si on peut, on aimerait ça
aussi avoir droit à cette protection-là. C'est sûr que ça a été demandé en
consultations particulières.
M. Grandmont : Oui, oui, c'est
ça.
Mme Laforest : Oui,
c'est sûr, là. Les gens peuvent demander aussi une certaine protection, mais
nous, on est vraiment dans cette mesure-là aujourd'hui.
M. Grandmont : OK. Puis
pourquoi on fait ce choix-là? Parce que ces personnes-là, dans le fond, font
fonctionner l'appareil ou l'institution municipale, là, à quelque part. Ils
participent aussi, à quelque part, à la... au bon fonctionnement de l'appareil
municipal. Pourquoi, dans le fond, ces personnes-là ne sont pas couvertes, puis
on veut couvrir les élus? J'essaie de comprendre la distinction entre les deux.
Mme Laforest : Bien, justement,
avant d'aller de l'avant, on va faire des travaux, on va vérifier. Est-ce que
c'est notre responsabilité? Est-ce que c'est le ministère de la Sécurité
publique? Est-ce qu'il y a déjà une fonction? Il y a... il y a tous les
travailleurs aussi de la fonction publique. Si on touche les travailleurs des
affaires municipales, des ministères, des municipalités, tu sais, c'est quand
même très large, là. Ça fait qu'il y a du travail à faire avant... avant de
continuer.
M. Grandmont : Je comprends, je
comprends. Vous avez... Je reviens, je vais... je vais encore redire le mot en
e. Je vais encore redire le mot en e. Je vais parler d'entrave. Vous avez
dit... vous avez dit que, pour vous, le mot «entrave» est important parce qu'il
fallait l'attacher à la protection de l'institution, s'assurer que les élus
puissent faire leur travail électif...
Mme Laforest : Sans entraves.
M. Grandmont : ...sans
entraves, évidemment, mais le... dans le fond, ce qu'on veut protéger, c'est
leur rôle, c'est... Donc, c'est l'institution, à quelque part, qu'on vient
protéger à travers le travail des élus.
Il y a plusieurs personnes qui sont venues nous
voir, notamment, là, l'association des directeurs généraux des MRC, je pense,
qui est venue nous dire que, tu sais, dans les petites municipalités, là, tout
le monde se connaît, tout le monde est proche. Le directeur général, le
greffier, ils se font autant invectiver... ils se font autant invectiver que
des élus, là. C'est la même réalité qu'ils vivent, là. Ils sont au coeur de
l'appareil municipal. Les citoyens et les citoyennes ne font pas nécessairement
la différence entre les élus puis... Ça fait qu'à un moment donné il y a... il
y a, à mon avis, autant urgence d'agir, de vouloir les protéger que les élus
eux-mêmes. Puis ils sont au coeur de l'appareil municipal. Ils sont au coeur de
cette machine-là aussi. Donc, j'ai de la misère à comprendre pourquoi, d'un
côté, on traite les choses ici, aux Affaires municipales, puis, de l'autre,
pour des travailleurs, des fonctionnaires de l'appareil municipal, ils ne sont pas traités par la ministre
des Affaires municipales, mais par le ministre de la Sécurité publique.
Pourquoi il y a une distinction entre les deux?
Mme Laforest : Bien, il y a du
travail qui se fait entre les deux ministères. Il y a des rencontres qui se
font. Je crois même qu'il y a un comité interministériel...
M. Grandmont : J'imagine.
Mme Laforest : ...pour étudier
la situation. Mais, comme je vous dis, avant d'aller plus loin, c'est une
grande mesure, là, qui... que vous parlez. Il y a peut-être... il y a peut-être
raison d'aller de l'avant, mais, avant, on va regarder,
parce que, là, c'est... ce sont tous les employés des municipalités, tous les
directeurs généraux. C'est quand même une partie des fonctionnaires.
Avant d'aller plus loin, il y a des... il y a du travail qui se fait entre les
deux ministères. Ce n'est pas... ce n'est pas... ce n'est pas un travail en
silo, là. Ne soyez pas inquiet.
M. Grandmont : Non, non, je ne
suis pas... je ne suis pas inquiet. Faites-vous-en pas. Mais ce que j'ai de la
misère à comprendre, c'est le raisonnement logique derrière. Je veux dire, il y
a... Tu sais, protéger les élus, c'était un
bon mandat. Je suis content que vous l'ayez saisi. Évidemment, là-dessus, on
n'a pas... on est en accord à 100 % là-dessus.
Suite aux
audiences puis aux nombreuses représentations qu'on a pu avoir, vous avez
apporté des modifications. On a quand même une liste d'amendements aujourd'hui
qui est quand même substantielle, des modifications assez en profondeur. Je me dis : Pourquoi, alors qu'on
a entendu ces personnes-là, qui sont des greffiers, qui sont des directeurs
généraux, qui travaillent au sein de l'appareil municipal, nous faire des
représentations, pourquoi on n'a pas fait ce travail-là aussi de les inclure,
alors qu'ils relèvent, dans mon esprit, des Affaires municipales aussi? Je
comprends qu'il y a un comité interministériel, là, mais je ne comprends pas pourquoi
ça doit être traité par le ministère de la Sécurité
publique, alors que, de l'autre côté, on est... tu sais, on est en affaires
municipales puis on protège les élus. Il y a... il y a ce choix-là que
je ne comprends pas. Pourquoi on n'est pas en train de parler d'eux ici
aujourd'hui... bien, je veux dire, on en parle, mais pourquoi on n'est pas en
train de traiter un amendement que vous auriez apporté suite aux
représentations qu'ils ont faites?
• (20 h 30) •
Mme Laforest : Mais il faut être
prudents, là. Parce que, là, vous me dites : Pourquoi on n'est pas allés
de l'avant? Quand on n'est pas prêts... On
est mieux de ne pas amener de mesure quand on n'est pas prêts, parce qu'il y a
du travail, il y a des consultations à faire. Là, on parle de tous les
employés, par exemple, des municipalités ou tous les directeurs généraux des municipalités. Est-ce qu'on va... Est-ce que
ça va inclure tous les autres directeurs généraux aussi? Il faut... il
faut... Quand on fait les choses, il faut bien les faire. On ne serait pas
prêts, là, à amener cette mesure-là ici. On les a entendus en consultations. Il
y a déjà du travail qui se fait.
Même, vous avez dû entendre mon collègue, il y a
quelques mois, parce qu'on avait des démissions des élus ou des menaces des
élus, lui-même disait qu'il y avait un comité. On travaillait ensemble, les
deux ministères, pour la protection des élus ou encore... Bien, on savait que
le projet de loi allait arriver, là, mais il y a le volet aussi avec la Sûreté
du Québec, il y a un volet aussi avec le Code criminel.
Donc, moi, c'est sûr que... Honnêtement, on
amène un projet de loi ici qui était prêt, mais il faut laisser le temps au...
le temps... le travail se faire. Ce qui est positif, c'est que, le projet de
loi n° 57, c'est vrai qu'il est arrivé comme ça. Il est travaillé depuis
longtemps. Bien, il se travaillait pendant le projet de loi n° 39, puis là
on a eu le temps de le déposer. Tant mieux. Avant les élections, c'est une...
c'est une bonne chance.
Mais, pour les autres, la protection de tous les
employés municipaux, tu sais, on touche aussi mon collègue au Travail, là. Il y
a d'autres ministères qui sont concernés. Ça fait qu'on va laisser le temps...
On va laisser le travail se faire.
M. Grandmont : Parfait.
Puis pourquoi ce n'est pas... Dans le fond, le projet de loi n° 57, là,
les élus municipaux, pourquoi ce n'est pas au ministère de la Sécurité
publique que c'est traité?
Bien, je comprends, là, pour le délai, là. Ça,
vous m'avez convaincu. C'est correct, là. Ça fait beaucoup de monde, beaucoup
de corps de métiers différents, évidemment, là. Ça, cette partie-là, je vous le
concède, on peut faire les choses en deux temps, c'est bien correct.
Mme Laforest : Parce qu'il y a un
grand lien...
M. Grandmont : Pourquoi ce n'est pas
Sécurité publique pour les élus?
Mme Laforest : ...il y a un grand
lien, comme je l'ai dit aussi plusieurs fois aujourd'hui, avec les élus qui sont touchés avec la Commission municipale du Québec. Donc, la Commission municipale du Québec, on
comprend, c'est avec le ministère des Affaires municipales. Donc, ici,
on savait que la protection des élus pouvait être insérée dans notre omnibus,
dans le projet de loi n° 57.
M. Grandmont : Alors que, les
employés de la Commission municipale, il n'y a aucun lien, dans le fond.
Mme Laforest : Pardon?
M. Grandmont : La
Commission municipale, les fonctionnaires, il n'y a aucun lien.
Mme Laforest : Aucun lien...
M. Grandmont : Il y a... Il n'y a
pas de plainte ou de... Y a-tu des recours pour les... pour les fonctionnaires
à la Commission municipale?
Mme Laforest : Bien là, on parle
élus et citoyens.
M. Grandmont : Oui, je sais, je
sais.
Mme Laforest : Oui, c'est ça.
M. Grandmont : Non, non, mais je
parle des fonctionnaires, citoyens... citoyens et... En fait, est-ce que... est-ce que la Commission municipale du Québec
traite aussi d'enjeux qui sont vécus, dans le fond, par des fonctionnaires?
Mme Laforest : Oui, elle peut.
M. Grandmont : D'accord.
Mme Laforest : Exemple, un DG...
conflit d'intérêts, un DG avec un maire, c'est sûr que oui, là.
M. Grandmont : OK. Est-ce que c'est
toujours dans des cas où ça implique un élu ou si c'est vraiment... il peut y
avoir des cas entre, par exemple, deux employés d'une même municipalité?
Mme Laforest : Ça peut impliquer un
élu, ça peut impliquer deux municipalités. Ça dépend des causes.
M. Grandmont : OK. L'argument que
vous me donnez pour me convaincre que, dans le fond, la protection des élus, ça doit passer par le ministère des
Affaires municipales, c'est qu'on veut se raccrocher à la... au fait
qu'essentiellement ça se passe avec la Commission municipale, qui relève
du ministère des Affaires municipales. Vous me dites, après ça, qu'il y a
des... il y a des employés qui peuvent voir leurs causes, ou leurs griefs, ou
leurs plaintes traités par la Commission
municipale aussi, mais on les envoie, eux autres... On aura un projet de loi
éventuel au ministère de la Sécurité publique.
Donc, j'ai de la misère à comprendre la logique
derrière, d'un côté, on traite un projet de loi pour les élus... je comprends,
là, le faire en deux temps, ça, c'est correct, mais que, d'un côté, on traite
la sécurité des élus aux Affaires municipales
puis la sécurité des employés, donc les greffiers, les directeurs généraux et
plus large, potentiellement, là, dépendamment, au ministère de la
Sécurité publique.
Mme Laforest : Mais c'est très, très
large, là. Comme par exemple, la Commission municipale peut... une municipalité
peut demander de l'aide pour protéger des employés municipaux avec la
Commission municipale. Moi, ici, là, je suis vraiment à... comme on le
mentionne, là, vraiment, là, menaces, intimidation, harcèlement avec les élus
municipaux et les citoyens.
M. Grandmont : Oui. Les petites
municipalités, ce qu'ils nous disaient, là, c'est que le... dans l'oeil des citoyens... ou des électeurs, en fait, là, ou des
citoyens, des fois, là, les greffiers, les DG, c'est un peu comme des élus,
puis ils ont des cas assez problématiques des fois. Je comprends qu'ils ne vous
ont peut-être pas envoyé de courriels, là, mais ils nous en ont quand même
raconté, là. On en a eu, des cas qui nous ont été évoqués où, effectivement,
c'est des... c'est des citoyens ou des groupes de citoyens qui agissent et qui
vont faire, comme on disait tantôt, là, de l'intimidation, des menaces, du
harcèlement. Donc, j'aimerais juste comprendre.
Puis évidemment vous ne pouvez pas me dire des
informations qui vont être du ressort, là, du... qui vont être au coeur du
projet de loi, peut-être, éventuel... en tout cas, vous me donnez peut-être un
scoop, là, mais élaboré par le ministère de la Sécurité publique. Dans le fond,
on crée un régime ici où... Dans le fond, il y a un nouveau régime d'injonction qui est plus rapide pour les élus.
C'est un peu ça qu'on fait, là. On veut être plus rapides. On veut donner
la possibilité aux élus d'être protégés plus
rapidement, puis la preuve va peut-être être un petit peu moins grosse à bâtir.
Mais les greffiers puis les DG, là, ils nous
disaient qu'ils vivaient exactement les mêmes problématiques que des élus.
Est-ce à dire qu'ils n'auront pas les mêmes outils pour se défendre?
Mme Laforest : Il y a du travail qui
se fait présentement.
M. Grandmont : Il y a du travail qui
se fait présentement. Mais donc...
Une voix : ...
M. Grandmont : Je n'ai pas compris
le commentaire.
Mme
Laforest : Anis, il dit : On vous invite à suivre nos prochains
travaux, nos prochains projets de loi.
M.
Grandmont : D'accord. Excellent. Peut-être nous faire un montage avec
les meilleurs moments.
Mme
Laforest : Mais ce n'est pas... ce n'est pas tous les... ce n'est pas
tous les greffiers, là, trésoriers non plus qui vivent ça. C'est pour ça, là.
M.
Grandmont : Non, comme ce n'est pas tous les élus qui vivent ça non
plus.
Mme
Laforest : Là, on le fait parce qu'on a quand même un nombre
impressionnant de démissions, là.
M.
Grandmont : Oui, oui.
Mme
Laforest : Ça fait que c'est sûr que, si on met une mesure pour tous
les employés municipaux, il faut quand même qu'on ait des raisons de faire des
projets de loi puis des situations assez particulières.
M.
Grandmont : Effectivement.
Mme
Laforest : Alors, voilà.
M.
Grandmont : Puis d'ailleurs... J'essaierai de retrouver le chiffre,
là, mais j'avais des mises à jour à faire sur
le nombre de démissions, là. Je pourrai vous envoyer ça tantôt, mais c'est
épeurant. Vous l'avez aussi? 960 quelques...
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors, oui, députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme
Setlakwe : Oui. Merci. J'aimerais revenir... J'aimerais juste revenir
sur la définition d'«organisme municipal».
Je regarde mes notes, puis notre collègue à l'opposition officielle qui est
porte-parole au niveau du dossier des autochtones me disait :
Assurez-vous, là, que ça couvre aussi une municipalité autochtone comme Kahnawake,
Wendake. Il ne faudrait pas les oublier.
Des voix :
...
Mme
Setlakwe : OK. Donc... OK.
Il n'y a aucune... il n'y a aucune municipalité autochtone qui serait oubliée
ici, là. Puis vous allez nous revenir avec la question des deux...
Des voix : ...
Mme
Setlakwe : Ah! vous avez
déjà votre réponse. Bon. Puis, écoutez, je me... je rectifie le tir, là. Je
suis... Oubliez ma question. Mais on n'a pas... on n'a pas oublié, donc,
des...
M. Dumont
(Luc) : ...la juridiction du Québec, non, en fait, c'est exactement
pour ça. Un de mes collègues qui est beaucoup familier avec cette question-là
me disait que... justement, que, dans le fond, là, ce qu'on appelle, là, le
GREIBJ puis l'ARK, là, c'est... c'est des entités qui sont similaires à des
municipalités mais qui n'en sont pas. Donc, pour s'assurer... Mais ils ont
quand même des élus, comme, sur leur conseil. Ça fait que, pour s'assurer
qu'ils soient couverts, bien, il faut les assimiler à «organisme municipal».
Mme
Setlakwe : Oui, il faut les nommer spécifiquement.
M. Dumont
(Luc) : Exact.
Mme
Setlakwe : Puis on n'en a pas échappé.
M. Dumont
(Luc) : Non.
Mme
Setlakwe : Ce sont ces deux-là.
M. Dumont
(Luc) : Exact.
Mme
Setlakwe : OK. Merci. Donc, c'est exhaustif.
Et là mon autre
question, c'est pour renchérir sur les propos du... de notre collègue de
Taschereau. Bon, là, j'ai compris, là. Je ne veux pas qu'on recommence le...
J'ai compris l'explication que c'est peut-être ultérieurement qu'on va... Vous
allez souhaiter bonifier, vous allez viser à bonifier la protection des
officiers municipaux. Là, ici, ce qu'on fait avec le projet de loi n° 57,
ce que vous faites, ce qu'on comprend, c'est de protéger... les mesures de
protection, les recours qu'on met en place, ça vise à protéger les fonctions
électives, c'est rattaché à la fonction d'un élu ou d'une élue. C'est bien ça,
Mme la ministre?
Mme
Laforest : Oui.
Mme
Setlakwe : Et puis...
Mme
Laforest : ...rapporté à la fonction d'élu, oui.
Mme
Setlakwe : Oui? OK. Donc, il n'en demeure pas moins qu'il y aurait
peut-être lieu de mettre à jour des articles. Il y en a un dans le Code
municipal puis il y a son pendant dans la Loi sur les cités et villes. Ça,
c'est les... c'est l'union des... en tout cas, ce sont... ce sont les... c'est
une union qui représente les directeurs généraux ou les officiers municipaux
qui nous disent... Oui, l'ADMQ. C'est intéressant, ce qu'ils disent, puis on se
souvient qu'on en avait parlé en consultations. Il y a un article dans le Code
municipal, l'article 173, qui traite des montants d'amende en lien avec
les officiers municipaux. Les montants sont... ça date d'une autre époque, là.
Je vous lis
l'article 173 : «Quiconque moleste tel officier — un
officier municipal — ou
lui nuit, ou cherche à le molester ou à lui nuire, dans l'exercice de ses
fonctions, encourt, pour chaque offense, une amende de pas moins de 2 $ ni
de plus de 10 $, et est, en outre, responsable de tous les
dommages-intérêts en réparation du préjudice qu'il a causé, envers ceux qui
l'ont subi.»
Puis
l'article 14 dans la Loi sur les cités et villes parle d'un montant de pas
moins de 20 $ ni de plus de 50 $.
Est-ce que...
Qu'est-ce que vous pensez de ça, Mme la ministre, ces montants-là? Est-ce
que...
• (20 h 40) •
Mme
Laforest : On... Bien, on avait discuté de ces articles-là. C'est
vraiment des vieux, vieux, vieux articles qui sont encore là. On pourrait les
abroger, mais, à ce moment-ci, c'est sûr qu'on... il faudrait ajouter plusieurs
amendements, parce que c'était l'ancienne loi qui se reproduit, là, dans le
projet de loi. C'est sûr qu'on pourrait abroger ça, mais je ne sais pas combien
d'articles et d'amendements on devrait faire, ça fait que...
Mme
Setlakwe : Mais l'abroger ou le mettre à jour?
Mme
Laforest : Bien, ça dépend. Il faudrait... il faudrait évaluer la
situation, là. Mais, tu sais, c'est les montants qui existaient il y a très
longtemps, les 2 $, là. C'est ça qu'on a discuté, là. Mais, à ce
moment-ci, ça ne viendrait pas dans le projet de loi, là.
Mme
Setlakwe : Non...
Des voix :
...
Mme
Setlakwe : Non, parce que ça, ça ne peut pas rester comme ça. Il
faut... Il va falloir que vous posiez un geste,
je pense, parce que les montants sont... sont vraiment trop bas. Et puis c'est
une préoccupation, là, des... l'association des... ADMQ... directeurs
des municipalités.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, Mme Petit.
Mme Petit
(Katia) : Oui. Merci, M. le Président. Oui, écoutez, ça, c'est...
c'est des chantiers puis ça s'inscrit dans la réflexion plus globale qu'on a,
là. Ça mérite... C'est des articles qui datent de tellement longtemps que ça ne
tient pas compte non plus de toute l'évolution du droit depuis ce temps-là.
Donc, on ne pourrait pas juste augmenter le
montant, là. Ça nécessite une réflexion plus de fond puis ça s'inscrit dans le
fameux chantier, là, dont on discutait tantôt, une réflexion plus large
sur l'ensemble des employés.
Mme Setlakwe :
Effectivement, le libellé, je
pense qu'il mérite une petite... une petite mise à jour, oui, peut-être
pas juste les montants. Mais, en tout cas, ajoutez ça sur votre...
Mme
Laforest : ...mise à jour à faire, honnêtement, là.
Mme
Setlakwe : Bon, bien... Mais, en tout cas, je terminerais en disant
qu'étant donné qu'on sait qu'il y a des comportements... malheureusement, là,
qu'il y a une détérioration du climat puis du... des incivilités et du... des
situations de non-respect puis de... c'est ça, d'incivilité envers non
seulement les élus, mais les officiers municipaux aussi, il faudrait peut-être
y voir plus tôt que plus tard.
Mme
Laforest : Oui.
Mme
Setlakwe : Merci. Donc, moi, je pense que... Ah! bien, peut-être en
lien avec «organisme municipal» et «municipalité». La définition d'«organisme
municipal», elle est... elle est utilisée ensuite plus loin, quand on dit qui
peut prendre, pour le bénéfice d'un élu, un recours visé à l'article... bien
là, ce n'est plus 8, c'est l'article 3. C'est donc... C'est l'organisme municipal qui va pouvoir prendre le recours en
injonction, Mme la ministre? Qui est habilité, donc, à prendre un
recours en injonction?
Mme Laforest : Avec l'organisme
municipal, qui est habilité pour...
Mme Setlakwe : Oui,
pour prendre le recours en injonction.
Mme Laforest : Avec... C'est la municipalité.
Mme Setlakwe : Seulement la
municipalité locale?
Mme Laforest : Ou l'élu lui-même,
mais normalement ça va être demandé avec la municipalité.
Mme
Setlakwe : Bien là, je pense que c'est plus large que ça, là,
parce que c'est «l'organisme municipal» qui est utilisé à l'article...
11 est devenu... 11 est devenu...
Des voix : ...
Mme
Setlakwe : Oui, oui, moi, c'est 11 dans mon projet de loi que
j'avais mis dans le cartable, mais c'est devenu... c'est devenu 6.
Une voix : ...
Mme
Setlakwe : Ah! OK. Vous l'avez changé. Je sais qu'on n'est
pas rendus à cet article-là, mais la définition, elle est utilisée plus
loin.
Une voix : ...
Mme Setlakwe : Ah! non, OK. Ici,
municipalité locale ou une MRC pour le bénéfice du préfet.
Mme Laforest : C'est ça.
Mme
Setlakwe : En tout cas, on y
arrivera. Et, pour le... pour la poursuite pénale à l'article 7, là,
pourquoi on se limite à «municipalité locale»? C'était un commentaire qu'ils
avaient. Ils disaient : Pourquoi est-ce que ce n'est pas...
Mme Laforest : Où vous êtes? À
l'article 7?
Mme Setlakwe : Oui.
Mais qu'est-ce qui a justifié que, dans certains cas, on se limite à
«municipalité locale», à d'autres cas, on élargisse à une MRC?
Mme Laforest : Parce que ça
peut être une MRC, une municipalité locale ou une régie intermunicipale à ce
moment-ci. C'est pour ça que c'est bon de le spécifier.
Mme Setlakwe : Mais, à 7... à
7, on semble être limité à la municipalité locale.
Mme Laforest : C'est parce que
la municipalité locale, elle, va travailler avec son corps de police municipal
pour les infractions, comme une infraction normale. C'est pour ça qu'il faut
l'ajouter ici, pour le... mieux le définir.
Mme Setlakwe : OK.
Mme Laforest : ...tout
de suite après, c'est écrit : «L'amende appartient à la municipalité qui a
intenté la poursuite.»
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va comme ça?
Mme Setlakwe : Oui.
Donc, une MRC... pas... une MRC n'a pas ce pouvoir-là. On me dit... On me fait
signe que non. C'est la municipalité locale avec le corps...
Mme Laforest : La MRC n'a pas
le pouvoir. Il n'y a pas de corps municipal.
Mme Setlakwe : ...avec le corps
municipal. Très bien. Non, moi, personnellement, je n'ai pas autre chose sur l'article 2
au niveau de ces deux définitions-là.
Le Président (M. Schneeberger) : C'est
bon? Alors, s'il n'y a pas d'autre question, nous allons passer à
l'article 3. Alors...
Mme Laforest : ...du fait qu'il est
un élu, «fait l'objet de propos ou de gestes qui entravent de façon abusive
l'exercice de ses fonctions ou qui constituent une atteinte illicite à son
droit à la vie privée peut demander à la Cour supérieure de prononcer une
injonction pour mettre fin à cette situation».
Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Schneeberger) : Merci.
Mme Laforest : Ah! Ah! bien, je vais
continuer : «La Cour évalue la demande en tenant compte de l'intérêt
public. Elle peut notamment ordonner à une personne :
«1°
de ne pas se présenter aux séances de tout conseil d'un organisme municipal
auquel siège l'élu municipal;
«2° de ne pas se
trouver dans les bureaux de tout organisme municipal visé au paragraphe 1°
sans y avoir été autorisée par le conseil de cet organisme;
«3° de cesser de communiquer
avec l'élu municipal;
«4° de cesser de
diffuser dans l'espace public des propos visés au premier alinéa.
«Une demande est
instruite et jugée d'urgence.
«Aux fins du premier
alinéa, ne constitue pas une entrave le fait d'exprimer, par tout moyen, son
opinion dans le respect des valeurs démocratiques du Québec.»
Merci, M. le
Président.
Le Président
(M. Schneeberger) : Merci. Est-ce qu'il y a des questions sur...
Mme Setlakwe :
...on aurait un amendement qui a été envoyé.
Le Président
(M. Schneeberger) : Oui, on l'a déjà reçu. Il n'y a pas de
problème. Est-ce que vous voulez le déposer immédiatement?
Mme Setlakwe :
Oui, s'il vous plaît.
Le Président
(M. Schneeberger) : Alors, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont, on vous écoute. Juste peut-être le temps...
Donnez-nous... Voilà, il est rendu sur les... sur les écrans.
Mme Setlakwe :
Mais juste une... Bien, je vais le lire. Après ça, je pourrai fournir une
explication. Donc, on propose de modifier l'amendement proposé à
l'article 1 du projet de loi par l'insertion, à la fin de l'article 3
de la loi édictée, de l'alinéa suivant :
«La
collecte, la détention, l'utilisation ou la communication de matériel
journalistique, à une fin d'information légitime du public ne
constituent pas une entrave au sens du premier alinéa.»
Donc, l'article se
lirait comme suit... Est-ce que je dois lire l'article au complet? Oui?
«Un élu municipal
qui, du fait qu'il est un élu, fait l'objet de propos ou de gestes qui
entravent de façon abusive l'exercice de ses fonctions ou qui constituent une
atteinte illicite à son droit à la vie privée peut demander à la Cour
supérieure de prononcer une injonction pour mettre fin à cette situation.
«La
Cour évalue la demande en tenant compte de l'intérêt public. Elle peut
notamment ordonner à une personne :
«1°
de ne pas se présenter aux séances de tout conseil d'un organisme municipal
auquel siège l'élu municipal;
«2° de ne pas se
trouver dans les bureaux de tout organisme municipal visé au paragraphe 1°
sans y avoir été autorisée par le conseil de cet organisme;
«3° de cesser de
communiquer avec l'élu municipal;
«4° de cesser de
diffuser dans l'espace public des propos visés au premier alinéa.
«Une demande est
instruite et jugée d'urgence.
«Aux fins du premier
alinéa, ne constitue pas une entrave le fait d'exprimer, par tout moyen, son
opinion dans le respect des valeurs démocratiques du Québec.»
Et «la collecte, la
détention, l'utilisation ou la communication de [tout] matériel journalistique,
à une fin d'information légitime du public ne constituent pas une entrave au
sens du premier alinéa».
Bon, là, ici,
évidemment, on est soucieux de ne pas brimer, ne pas affecter la liberté de
presse. Je pense que la préoccupation
demeure, Mme la ministre. Est-ce que... J'aimerais vous entendre, là, sur
comment vous les rassurez.
Mme Laforest :
...
Mme Setlakwe :
Absolument. Si on... si on prend, par exemple, le quatrième... là, c'est un
paragraphe dans le deuxième alinéa, quand on dit que la cour peut notamment
ordonner à une personne «de cesser de diffuser dans l'espace public des propos
visés au premier alinéa», bien, régulièrement, des journalistes vont mettre de
l'avant des propos concernant un élu
municipal. Là, il faut vraiment que ce soit clair que ce n'est... ça ne
constitue pas une entrave. Il faut que ce soit clair que ce n'est pas
visé par le premier alinéa, et ça ne peut pas donner lieu à des injonctions.
Les... Vous avez lu comme moi, là, les
représentants des différents... des différents médias qui ont fait un... qui
ont sonné la... qui ont... comment on dit ça...
Une voix :
...
Mme Setlakwe :
...oui, qui ont... qui ont tiré la sonnette d'alarme et qui ont dit :
Attention! il y a un trou béant ici, là, il ne faut absolument pas que ça
vienne affecter notre travail journalistique.
Alors, vous vous souviendrez que, ce libellé, on
a tenté de le faire inscrire dans l'article 1, dans l'objet. Vous n'avez
pas voté pour. Mais je pense qu'il serait encore mieux... Donc, on se réessaie,
là. Puis je pense qu'il est encore mieux... mieux situé
ici, dans l'article qui traite de l'injonction. J'aimerais vous entendre, Mme
la ministre, là-dessus.
• (20 h 50) •
Mme
Laforest : Votre question est très, très bonne.
Mme
Setlakwe : Oui. Puis vous dites que vous avez échangé avec les médias,
ça, on en avait déjà parlé, et qu'ils avaient été rassurés, mais, nous, ce
n'est pas le son de cloche qu'on a.
Mme Laforest :
OK. Moi, j'ai dit que j'avais
annoncé, pour les médias, qu'il n'y avait aucune inquiétude à avoir.
Là, si on revient
avec le paragraphe, en commençant : «La Cour évalue la demande en tenant
compte de l'intérêt public. Elle peut notamment ordonner à une personne»,
alors, quand on lit ici : «La Cour évalue la demande en tenant compte de
l'intérêt public», alors, immédiatement, ce qui... ce que ça veut... ce que ça
prétend, ce que ça veut dire, c'est qu'évidemment on va tenir compte de
l'intérêt public, on va tenir compte de la Charte des droits et libertés de la
personne, on va tenir compte aussi du travail d'un journaliste. Donc, c'est sûr
ici que le travail d'un journaliste, ça tient compte de l'intérêt public. Donc,
le paragraphe explique très brièvement, mais ça veut quand même dire ça, qu'on
va respecter l'intérêt public. On tient... tient compte de la charte. Puis
évidemment le travail d'un journaliste, c'est dans l'intérêt public. Donc, ici,
ça veut... ça l'explique très bien.
Mme
Setlakwe : OK. Moi, je n'ai rien contre ce libellé-là, que la cour
évalue la demande en tenant compte de l'intérêt public. Je pense que cet
amendement au libellé initial, il est... il est bon. Toutefois, moi, je pense
que... Là, dans cette... dans ce contexte-là, la cour est déjà saisie d'une
demande. Moi, je pense que ce que le libellé qu'on a soumis, qui, d'ailleurs...
Je n'en prends pas le... Ce n'est pas moi qui l'ai rédigé. On nous... on nous a
demandé de le prévoir spécifiquement. Ce qu'on dit avec ces mots-là, c'est que
ces gestes-là, ou ces propos-là, ou ces... cette façon de traiter
l'information, collecte, détention, utilisation, communication, ne constituent
pas une entrave. Donc, on est en train de
dire d'avance : Ce n'est pas une entrave et ça ne doit pas faire l'objet
d'une procédure en injonction.
Et d'ailleurs, je
veux juste terminer là-dessus, ce libellé se trouve de... presque mot pour mot,
là, c'est une disposition très similaire, existe déjà dans la Loi sur la
protection des renseignements personnels dans le secteur privé. Ça existe dans
le corpus législatif, là, dans la loi... je pense, c'est la loi 25.
Mme
Laforest : Oui, mais vous allez lire aussi : «Aux fins du premier
alinéa, ne constitue pas une entrave le fait d'exprimer, par tout moyen, son
opinion dans le respect des valeurs démocratiques du Québec.»
Mme
Setlakwe : Oui, mais c'est plus qu'exprimer son opinion, là, ce que...
ce que font les journalistes. C'est toute la démarche...
Mme
Laforest : Le fait d'exprimer, par tout moyen.
Mme
Setlakwe : Mais, avant de l'exprimer, il y a toute une démarche qui
est faite en amont pour aller chercher l'information.
Mme
Laforest : Mais ça tient compte de l'intérêt public, en fait, un
travail de journaliste. C'est tissé. Donc, le premier et le dernier paragraphe
concernent vraiment la possibilité de ne pas... si je peux dire, de ne pas
interdire le travail d'un journaliste, ou peu importe. C'est dans l'intérêt
public, on tient compte de la charte, évidemment, puis on vient... on vient respecter, par tout moyen, le respect et l'opinion
des valeurs démocratiques du Québec. Donc, à ce moment-là, le tribunal voit que c'est dans toutes les sphères, dans
toutes les... dans tous les besoins, là, d'intérêt public. Donc,
c'est... c'est inclus.
Mme
Setlakwe : Mais un journaliste qui fait bien son travail, là, puis qui
fouille, puis qui pense qu'il y a de quoi, là, puis il veut aller chercher...
Une voix : ...
Mme
Setlakwe : ...oui, il fait une enquête, il va... il va, par tous les
moyens, aller creuser, chercher. Il pense qu'il y a peut-être eu... Je vais
donner un exemple, là, tu sais, il y en a tellement, d'exemples, mais sur une
question de dépenses, tu sais, il contrôle l'action... c'est la surveillance de
l'action gouvernementale, de comment on dépense les fonds publics. Il décide
qu'il ne lâche pas le morceau...
Mme
Laforest : Bien, c'est dans...
Mme
Setlakwe : ...puis il pose... il pose des gestes envers la collecte...
Mme
Laforest : ...c'est dans l'intérêt public.
Mme Setlakwe : C'est... Ah! mais
qu'est-ce qui vous... quelle est votre réticence à le dire de façon explicite,
à vraiment viser de façon explicite le travail journalistique?
Mme Laforest : Bien,
en fait, c'est protégé, un, par la charte, ça, c'est sûr, la liberté
d'expression. Deux, on vient ici vraiment bien indiquer que, quand c'est dans
l'intérêt du... des citoyens, quand c'est dans l'intérêt public, il n'y a pas
de... le tribunal, tout de suite, comprend que c'est dans le travail du journaliste.
Il ne peut pas... il ne peut pas dire :
Non... Comme vous dites, là, même s'il pose des questions, même s'il revient,
même s'il fait enquête pendant des semaines, des semaines, c'est dans...
c'est dans le cadre de son travail. Donc, ici, même, on dit que c'est permis.
Mme Setlakwe : Vous avez eu des
discussions avec eux, puis ils vous ont dit qu'ils étaient rassurés du nouveau
libellé avec vos amendements?
Mme Laforest : Non.
Mme Setlakwe : Les amendements sont
récents?
Mme Laforest : Les nouveaux
libellés, vous les avez eus, là. On s'entend, les amendements, là, c'est vous qui les avez. Je n'ai pas présenté les amendements
aux journalistes, là, ça, c'est sûr, sauf que j'ai... j'ai vraiment lu tous
les commentaires, ça, c'est sûr.
Mme Setlakwe : Non, non, mais, suite
au dépôt de ces amendements-là auprès... à la commission...
Mme Laforest : ...c'est sûr que,
dans le cadre du projet de loi, je ne peux pas présenter les amendements à
d'autres personnes à ce moment-ci, là.
Mme
Setlakwe : Non, non, mais ils sont publics, là, depuis...
Vous n'avez pas eu de son de cloche de leur part.
Mme Laforest : Non.
Mme Setlakwe : «Un élu municipal
qui, du fait qu'il est un élu, fait l'objet de propos ou de gestes qui
entravent de façon abusive l'exercice de ses fonctions ou qui constituent une
atteinte illicite à son droit à la vie privée peut demander à la Cour
supérieure de prononcer une injonction pour mettre fin à cette situation.»
Donc, vous ne croyez pas que ça puisse ouvrir la
porte à des démarches, des procédures qui seraient intentées par des élus pour
venir entraver le travail des journalistes.
Mme Laforest : Pas du tout, pas du
tout, parce que, s'il y a un travail qui est dans l'intérêt du public, c'est
vraiment le travail d'un journaliste, là.
Mme Setlakwe : OK. Donc, c'est votre
amendement qui est venu, selon vous...
Mme Laforest : Le spécifier.
Mme Setlakwe : ...fermer la porte
ou... oui, c'est ça, fermer... fermer la porte à cette possibilité-là. Avant,
il y avait un flou.
Mme Laforest : Bien non, il n'y
avait pas de flou, parce que nous, on s'était basés sur la charte des droits et
libertés. Donc, automatiquement, on ne peut pas empêcher ça. Comme on le disait,
là, les groupes peuvent manifester. Il y a des droits de grève, il y a
des... Il y a toutes sortes de manifestations qui peuvent arriver dans un
conseil municipal à cause de la charte des droits et libertés. Sauf que nous,
quand on a entendu les commentaires, puis j'ai lu... je les ai lus, là, les...
tous les articles des journalistes, bien, c'est pour ça qu'on s'est dit :
Il faut ajouter que, quand ça tient compte de l'intérêt public, l'intérêt des
citoyens, on ne peut pas... on ne peut pas empêcher le travail d'un
journaliste, par exemple, ou peu importe, là.
Mme Setlakwe : OK. Alors, comment on
pourrait expliquer... mais c'est peut-être vous, le légiste, mais comment on
explique que cette... ce libellé se trouve dans la loi 25, mais qu'on
hésite à l'inscrire ici? Pourquoi il est nécessaire à un endroit puis il n'est
pas nécessaire ici?
Mme Laforest : Parce qu'avec l'ajout
des amendements c'est complet.
Mme Setlakwe : Mais la charte
s'applique dans les deux lois.
Mme Laforest : La charte est
obligatoire partout, de toute manière.
Le Président (M. Schneeberger) : Député
de Marquette.
M. Ciccone : Merci beaucoup. Madame, je vais vous lancer des petites
hypothèses, là. Je vais revenir hier, sur ce que vous m'avez dit hier, quand je
vous ai parlé, justement, de... On a parlé de harcèlement, on a parlé d'entrave, on a parlé d'intimidation, puis vous m'avez dit
clairement, puis on pourrait revoir, là, dans le verbatim, là, que ça
s'appliquait également à des journalistes, parce que je vous ai dit hier des
scénarios.
Admettons qu'un journaliste revient à chaque
jour à la porte, cogner à la porte, puis il fait ça constamment, constamment,
l'élu pourrait demander une injonction, s'il se sent harcelé par un
journaliste, de dire : Bien là, c'est assez, là, je demande une
injonction. Puis là le juge... le juge, par exemple, déciderait de... c'est
quand même un journaliste, là, déciderait de dire : Bien là, là, vous
n'avez plus le droit d'aller au conseil municipal. Est-ce qu'il pourrait faire
ça? Parce que... parce que vous m'avez dit : C'est le juge, mais...
Mme Laforest : D'après vous... Bien,
d'après vous, quelle serait ma réponse?
M. Ciccone : Je ne le sais pas. Je vous pose la question.
Mme Laforest : C'est le tribunal qui
va décider.
M. Ciccone : Oui, mais...
• (21 heures) •
Mme Laforest : Un journaliste qui
cogne à tous les jours à la porte d'un maire ou d'une mairesse, ça n'arrive
pas. Honnêtement, je n'ai jamais vu ça.
M. Ciccone : Non, ça, on ne peut pas dire ça. Ça, on ne peut pas dire
que ça n'arrive pas. Ça pourrait arriver.
Mme Laforest : Bien...
M. Ciccone : Puis un projet de loi doit vivre dans le temps. Je veux
juste terminer.
Mme Laforest : Oui.
M. Ciccone : Mais, en même temps, vous m'avez dit : C'est le juge
qui va s'en occuper. Mais vous venez de dire, pas plus tard que voilà trois
minutes : On ne peut pas empêcher le travail d'un journaliste. Ça fait
que, dans le fond, vous dites aux juges, là : Vous ne pouvez pas empêcher
le travail d'un journaliste. Vous dites...
Mme Laforest : Bien, c'est parce que
vous...
M. Ciccone : Vous prenez déjà une décision en disant : On ne peut
pas. Vous n'avez pas dit : On ne pourrait pas, on va voir, c'est le juge qui va décider. Vous dites : On ne
peut pas, on ne peut pas empêcher le travail d'un journaliste.
Mme Laforest : ...vous me...
M.
Ciccone : Parce que ça pourrait arriver. Comprenez-vous ce
que je vous dis? Ça pourrait arriver. C'est pour ça qu'ils sont
inquiets.
Mme Laforest : OK. Vous me donnez,
là, deux situations différentes, OK? Vous me dites : Un journaliste qui cogne à la porte, à tous les jours, d'un maire
ou d'une mairesse. Je vous dis : Je n'ai jamais vu ça. Je suis honnête,
là. En six ans, je n'ai jamais vu ça. Puis même... En tout cas, je n'ai jamais
vu ça.
Maintenant, c'est sûr que, si un journaliste
commence à tous les jours à cogner à la porte d'une mairesse, sans cesse, puis
là l'élue dit : C'est du harcèlement, puis l'élue prend des mesures, et le
juge dit : Oui, c'est du harcèlement, à ce moment-là, c'est... c'est
ordonné par le tribunal, c'est le juge qui va décider. Ça fait que moi, je ne
peux pas vous dire que... qu'est-ce que va décider le juge.
Mais un journaliste, dans son travail...
Premièrement, honnêtement, là, vous me donnez... vous me donnez un exemple
extrême. Puis, si on parle à nos journalistes ici et chez moi, je n'en ai
jamais vu un à tous les jours aller chez un maire ou une mairesse. On comprend,
là, les journalistes sont très professionnels. Il n'y en a pas un qui ferait ça
à tous les jours pendant x nombre de semaines. Je ne penserais pas, du moins.
Peut-être, dans le temps, ça va arriver, comme vous le dites, mais, à ce
moment-là, nous, ce qu'on fait, c'est qu'on vient baliser et... pas baliser, on
vient permettre et exempter le travail quand c'est dans l'intérêt public. Un
journaliste, c'est dans l'intérêt du public. Donc, ils sont protégés, et la
charte les protège également.
M. Ciccone : ...toujours vous nommer puis faire... pour faire un point,
là, puis vous me dites : Ça n'arrive pas, mais, pour faire un point, on
est obligés d'aller loin pour vraiment démontrer ce qui pourrait arriver. Puis
je le sais, là, ce n'est pas comme ça chez nous, ce n'est pas comme ça chez
vous, mais cogner à la porte... Ça peut être... bien là, va suivre constamment à l'épicerie, au conseil de ville,
partout, pour essayer d'avoir un commentaire. Puis là, à un moment
donné, il dit : Là, là, ça fait deux, trois semaines, là, tu ne me lâches
pas, moi, je pense que c'est de l'harcèlement.
Bien là, c'est parce qu'avec cet... ce
sous-amendement-là... Parce que, là, on dit :
«1° de ne pas
se présenter aux séances de tout conseil d'un organisme municipal auquel siège
un élu municipal;».
Parce
que, là, vous dites qu'on ne peut pas empêcher le travail d'un journaliste.
Avec ça, ce qu'on dit, c'est que, regarde, nonobstant, là, la collecte, la
détention, l'utilisation ou la communication de matériel journalistique... Parce que peut-être que... Mais il pourrait continuer
à écrire, il pourrait continuer à faire quand même un certain travail.
Mme Laforest :
Donc, si je lis bien votre
paragraphe : «La collecte, la détention, l'utilisation ou la communication
de matériel journalistique, à une fin d'information légitime du public ne
constituent pas une entrave au sens du premier alinéa», donc, si je lis ça
comme ça, ça veut dire que, dans le cadre de la collecte, la détention,
l'utilisation, la communication de matériel
journalistique, si le journaliste, à tous les jours, se présente chez une
mairesse ou un maire...
M.
Ciccone : Ou suit quelqu'un, oui, ou...
Mme
Laforest : ...aurait la possibilité d'y aller à tous les jours. Ça ne
peut pas fonctionner, votre paragraphe.
M.
Ciccone : Non, ce n'est pas ça, je dis, ce
n'est pas ça, je dis.
Mme
Laforest : Bien, c'est ça.
M.
Ciccone : Non, ce que je dis, ce n'est pas
d'y aller à tous les jours. Mais, en même temps, est-ce qu'on empêche... Même
s'il y a une injonction, par exemple, il fait une demande d'injonction, est-ce
que ça peut l'empêcher d'écrire, de citer la personne dans les journaux, de
faire son travail, quand même, journalistique? Est-ce qu'on... est-ce qu'on
vient l'arrêter? Moi, c'est une question que je vous pose. Je ne fais pas une
affirmation. C'est une question que je vous pose pour tourner toutes les
pierres.
Mme
Laforest : Je...
M. Ciccone : Si
vous me dites non, c'est non. Si vous me dites oui, c'est oui. Moi, je veux
juste savoir votre... des réponses.
Mme
Laforest : Mais là je vais vous répondre comme j'ai toujours dit, là.
Aujourd'hui, c'est plate, parce que normalement je suis plus intéressante que
ça, mais là je vais vous dire une chose : S'il y a des... du harcèlement,
des menaces, de l'intimidation de la part du journaliste, comme vous le dites,
si c'est à tous les jours chez l'élu, bien, à ce moment-là, le tribunal va
décider, il y aura... il y aura une décision qui sera prise. Mais, comme ça, je
ne peux pas... même pas accepter ça, parce que ça, OK, si on permet ça comme
ça, «fine», c'est bien, sauf que ça veut dire qu'un journaliste pourrait aller
à tous les jours cogner à la porte...
M.
Ciccone : Non, non, ça veut... ça veut
dire qu'un juge pourrait dire : Mais là vous n'avez plus le droit d'aller
au conseil municipal. Moi, je pose une question, là.
Mme
Laforest : Bien, au conseil municipal, c'est dans le cadre de son
travail.
M.
Ciccone : Oui, mais...
Mme
Laforest : Ah! après avoir harcelé, intimidé.
M.
Ciccone : Oui, oui, oui. Il pourrait.
Mme
Laforest : Bien là... Bien, c'est ça que je vous dis. Il faut qu'il y
ait... il faut qu'il y ait quand même un jugement, là, par la suite.
M.
Ciccone : OK. Parfait.
Mme Laforest :
Si le juge dit : Il y a eu harcèlement, il y a eu intimidation, il y a eu
menaces, il ne pourra peut-être plus y aller, au conseil municipal.
M. Ciccone : C'est
correct, parfait. C'est juste ça que je voulais entendre. Je ne voulais pas
rentrer dans un débat, je voulais juste avoir...
Mme
Laforest : Non, c'est intéressant.
M.
Ciccone : ...une petite précision. Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui. Alors, députée de Jeanne-Mance—Viger.
Mme Rotiroti : Oui, merci, M. le
Président. Moi, je vais aller un petit peu pointilleux par rapport à votre
libellé à vous, Mme la ministre. Vous dites : «...qui entravent de façon
abusive l'exercice de ses fonctions ou qui constituent
une atteinte illicite à son droit à la vie privée peut demander à la Cour
supérieure de prononcer une injonction...» Quand on regarde une atteinte
illicite, ça peut comprendre la discrimination, atteinte à la propriété,
violation des droits de propriété intellectuelle, diffamation et atteinte à la
vie privée.
Un journaliste qui
couvre un conseil de ville, et il y a une prise de bec entre deux élus, et le
journaliste relate cette prise de bec là exactement comme ça s'est passé dans
le conseil de ville, et il y a un conseiller qui n'est pas content de la
manière que le journaliste a relaté la... l'information, qu'est-ce qui s'est
passé dans le conseil de ville, lui, il juge que c'était diffamatoire, à ce
moment-là, l'élu en question peut demander... peut aller devant les cours
demander une injonction pour dire que le journaliste a tenté de diffamer sa
réputation.
Mme
Laforest : Le... les atteintes illicites, c'est dans la loi, là, le
terme. Je vais laisser Me Dumont...
Mme
Rotiroti : Absolument. Oui, oui, c'est un terme légal.
Mme
Laforest : Oui, c'est ça. Je vais lui laisser s'expliquer. Puis, à ce
moment-là, votre question, ça revient à... Oui.
Mme
Rotiroti : Oui, puis je vais juste continuer, parce que, dans la
définition de «diffamation», on dit que ça peut être, même, dans une
publication, en disant : «La déclaration doit être communiquée à une
tierce personne et peut être diffusée par écrit, oralement ou par tout autre
moyen de communication.» Alors, évidemment, le journaliste va écrire, parce que
sa... son travail, c'est justement ça, c'est... Il se présente au conseil de
ville, puis, dans le journal local, deux jours plus tard, bien, on a le résumé
des débats du conseil de ville. Mais, cette soirée-là, ça a brassé entre élus,
là, ça a brassé, parce que, bon, l'opposition n'était pas d'accord avec une
position du... de le gouvernement... pas le gouvernement, le...
M.
Ciccone : Le maire.
Mme Rotiroti :
...le maire, et le journaliste,
lui, bien, il écrit ça à sa façon, il relate les événements et, peut-être, il
rajoute un mot de plus, un mot de moins qui fait en sorte que le maire
dit : Heille! lui, là, c'est l'acharnement sur moi, il vient de dire des
faussetés. Selon lui, c'est allé trop loin dans qu'est-ce qui est écrit dans
les journaux. Là, c'est assez. Alors là, il se présente devant la cour puis il
dit : Je demande une injonction parce que, ce journaliste-là, bien, c'est
l'acharnement, c'est la diffamation, il écrit des affaires que ce n'est pas
vrai, c'est des faussetés.
Alors, comment on
protège, à ce moment-là, la liberté de presse, et de laisser le journaliste
faire son travail sans... sans ajouter... Parce que, dans le fond, ma collègue
de Mont-Royal, quand elle parle de collecte, détention, l'utilisation ou la communication de matériel journalistique, bien, ce
volet-là, ça tombe dans le matériel journalistique, afin de... afin
d'information légitime du public. C'est exactement qu'est-ce qu'elle veut
protéger. Alors, pourquoi vous n'êtes pas à l'aise avec ça?
Mme
Laforest : Parce que la diffamation, c'est complètement un autre
recours. Peut-être, Me Dumont, voulez-vous...
Le Président (M.
Schneeberger) : Me Dumont.
M. Dumont
(Luc) : ...ce que la ministre dit est exact. La diffamation, c'est
différent. Là, sans rentrer dans les détails, il peut arriver, des fois, que
les choses se chevauchent puis qu'il y ait de la diffamation puis une atteinte illicite, mais nous, on ne vise que l'atteinte
illicite ici, là. Les propos diffamatoires, c'est un autre recours, c'est... Ça
se fait par les règles générales de l'injonction prévues au code de
procédure. Ça, on ne touche pas à ça, là.
Mme
Rotiroti : Mais, quand vous... quand vous dites : L'atteinte
illicite... Donnez-moi un exemple. Si vous dites
que l'atteinte illicite, ce n'est pas la discrimination, la violation des
droits, diffamation ou atteinte à la vie privée, alors, c'est quoi,
votre définition? Si vous dites que ça peut devenir du harcèlement et de...
J'essaie de comprendre.
M. Dumont
(Luc) : Par exemple, ça... par exemple, ça pourrait être le fait... ça
pourrait... Par exemple, un des cas de jurisprudence que j'ai eu devant moi,
c'est le fait d'occuper puis de piqueter pendant très, très longtemps devant la
maison... devant la maison d'un élu. Ça, c'est une atteinte... Ça, ça a été
considéré par un tribunal comme une atteinte
illicite parce que le déroulement de sa vie privée, il était... il était
atteint à un niveau, là, qui n'était plus acceptable, selon... selon le
tribunal, à ce moment-là, ce qui n'est pas de la diffamation. On n'est pas
là-dedans.
Mme
Rotiroti : OK. Ça fait que, pour vous, la diffamation ne fait pas
partie d'une atteinte illicite. Alors, le journaliste qui va écrire un article,
qui va quasiment accuser le maire de... je ne sais pas, moi, de ne pas faire sa
job correctement ou d'avoir des... la collusion ou la... peu importe, ça,
c'est... le maire n'a pas le droit.
M. Dumont
(Luc) : C'est un recours diffamatoire. La question serait différente
si, par exemple, il y aurait un individu qui irait chercher les relevés de
notes d'un des enfants de l'élu puis qui rendrait ça public. Ça, ce serait une
atteinte potentiellement illicite à la vie privée.
• (21 h 10) •
Mme
Rotiroti : ...on dirait... il le fait souvent, puis le maire
dit : Bien, c'est de l'acharnement, c'est du harcèlement, à ce
moment-là, ça ne tombe pas... le maire ne peut pas...
M. Dumont (Luc) : Bien, ça, ce
serait au juge de juger, mais, moi, ce que je peux vous dire, c'est que... Si
c'est des propos diffamatoires, des mensonges ou... mais que ce soit... Mais,
si c'est des mensonges, et tout, ça se tourne davantage par rapport... par
rapport à la diffamation. Ce n'est pas ça qu'on vise par cette loi-là ici.
Mme Rotiroti : Mais qui ne l'empêche
pas non plus. Vous le... Dans le fond, le journaliste qui, lui, fait son
travail, mais que, peut-être, pour l'élu, va trop loin dans son travail, il est
assujetti à une injonction.
M. Dumont
(Luc) : Il faut que ça se qualifie dans la loi,
c'est-à-dire, une atteinte illicite à la vie privée, il faut qu'il soit capable
de le démontrer, puis le juge le constate. Il faut que ce soit une... que ce soit une entrave injustifiée.
Mme Rotiroti : Une entrave bien
justifiée.
M. Dumont (Luc) : Injustifiée.
Mme Rotiroti : Injustifiée.
M. Dumont (Luc) : Abusive, pardon.
Excusez-moi.
Mme Rotiroti : Une entrave abusive.
Moi, je ne suis pas convaincue. Je vais réfléchir puis je vais revenir, M. le
Président.
Le Président (M. Schneeberger) : OK.
D'autres... d'autres questions? Ça va? Oui.
Mme
Setlakwe : ...questions sur l'article... sur
l'article 3, c'est sûr, mais là vous voulez savoir si on a d'autres
interventions sur l'amendement.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
bien là, sur l'amendement.
Mme Setlakwe : Pas pour le moment.
Je ne sais pas si le... notre collègue de Taschereau en a.
M. Ciccone :
Bien...
Le Président (M. Schneeberger) :
Oui, député de Marquette.
M. Ciccone : Bien, je veux juste faire un petit point. Je veux juste
peut-être renchérir sur ce que ma collègue dit, parce qu'une atteinte illicite,
là, ma collègue vous l'a dit, discrimination, atteinte à la propriété,
violation des lois, diffamation...
Une voix : ...
M. Ciccone :
...exactement, mais, s'il y a de la discrimination à chaque fois, une fois,
deux fois, quatre fois, cinq fois, six fois, ça peut donner du harcèlement.
Comprenez-vous? Ça va être l'interprétation... Mais est-ce que... est-ce que le
maire peut se prévaloir du projet de loi ici sans que ce soit de la
diffamation? Parce que, là, je sais que vous allez me nommer, dans le Code
criminel, la diffamation mais là... 317 à... 319 à je ne sais pas quoi, là,
mais c'est parce qu'un élément qui n'est pas nommé là peut devenir du
harcèlement. Est-ce que le maire peut se prévaloir de ça? C'est ça, la
question. Puis là vous allez dire : C'est le juge, oui.
M. Dumont (Luc) : Si... Dans le
fond, il faut toujours se rapporter à la loi qui est ici. Il faut... il faut
que la personne qui fasse la demande d'injonction soit capable de remplir le
fardeau qui est imposé au juge puis il faut que le juge soit convaincu par
prépondérance des probabilités, c'est-à-dire qu'il soit convaincu que
l'atteinte soit abusive ou que... Lorsqu'on
parle d'atteinte illicite au droit à la vie privée, c'est au droit à la vie
privée. C'est un des droits qui est circonscrit dans la charte, là. Ce n'est
pas tous les droits, c'est vraiment une atteinte illicite au droit à la vie
privée.
Donc, dépendamment des cas d'espèce, puis là on
pourrait en nommer vraiment plusieurs, il peut y avoir de la diffamation qui
s'est entremêlée, il peut y avoir des propos diffamatoires qui se sont
entremêlés puis qui se sont immiscés aussi dans la vie privée. On ne sait pas.
Ça se peut que ça arrive, mais là on est dans plusieurs... On pourrait en nommer plein, plein, plein, de cas,
sans fin. L'idée, c'est de remplir le fardeau de preuve qui est prévu à la loi.
M. Ciccone : Parce que, dans le fond, ce que j'entends, c'est que, pour
vraiment se prévaloir de cette... de cette loi-là, il faut que le maire ou
l'élu soit sûr d'être capable de le prouver, parce que c'est son fardeau à lui,
c'est son fardeau. On a eu une discussion
tantôt à bâtons rompus. Il faut... il faut qu'elle soit capable de le prouver.
Sinon, elle ne peut pas... elle ne
peut pas arriver là facilement puis le dire, là. Ça fait que c'est ça. Il faut
qu'elle soit absolument...
Une voix : ...
M. Ciccone :
Oui. Parfait. Merci, merci beaucoup. On va peut-être utiliser plus tard ce que
vous avez dit. Merci beaucoup.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Député de Taschereau.
M. Grandmont : Oui, merci beaucoup.
Bien, on va commencer d'abord sur la question... on va commencer d'abord sur la
question des médias, là, puisque les collègues à ma droite, ici, là, ont amené
un amendement qui traite spécifiquement de ça, là. D'abord, qu'est-ce qu'on a
comme... qu'est-ce qui existe au Québec comme définition d'«organe de presse»?
Parce que je suis sur le conseil de presse, là, puis ce n'est pas...
évidemment, pas tous les médias ou... en tout cas, dans ma tête, qui se
qualifient pour être un média, peut-être, qui se... qui rentrent là-dedans. Mais qu'est-ce qu'on rentre là-dedans, dans le
fond? Puis peut-être que ma question s'adresse à ma collègue de Mont-Royal—Outremont, là. Je pense que c'est elle qui a déposé l'amendement. Qu'est-ce qu'on
entend par matériel journalistique, comme organe de presse? Juste pour
comprendre.
Mme Setlakwe : ...de presse, si vous
me permettez, M. le Président.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
allez-y, députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Tout simplement, on
veut exclure ou venir préciser de façon spécifique et explicite que le travail
d'un journaliste... le travail est... ce n'est pas juste de publier un texte,
c'est toute la démarche, là, de collecte d'information, la détenir, l'utiliser
ou la communiquer. Le matériel journalistique, il peut prendre différentes
formes, à une fin d'information légitime du public. On veut simplement venir
préciser que cette démarche du journaliste, dans le fond, même si ça peut
déranger un élu ou ça peut... ça fait partie de la vie d'un élu. L'élu doit
composer avec autant les questionnements des citoyens que ceux des médias.
Et on répond à la demande, à l'inquiétude des
médias de venir préciser que toute cette démarche d'obtention d'information, de
questionnement dans toute la chaîne de collecte, de détention, là, tout ce qui
mène à la préparation d'une communication de... c'est ça, de matériel
journalistique... Je pense que c'est... Puis d'ailleurs ça existe déjà dans le corpus législatif, là. Toute cette... Tout
ce processus, ce... n'entrave pas un élu dans l'exercice de ses fonctions.
M. Grandmont : Est-ce que des
chroniques, ça fait partie du... est-ce que ça fait partie du corpus, là, législatif, là? Quand on parle de matériel
journalistique ou encore de journalisme, est-ce que la question... les
chroniques, par exemple, font aussi partie de ce qu'on pourrait
caractériser comme du matériel journalistique?
Mme Setlakwe : Bien oui. Moi, je...
Oui, je le voyais dans son sens large.
M. Grandmont : OK. Moi, j'ai testé
ça sur le conseil de presse, là. C'est peut-être, là, ce qui se rapproche le
plus de ce qui regroupe, là, l'ensemble des organes de presse, là. Je vais en
nommer comme ça. Il y a Bell Média, Cogeco Média, la fédération des
journalistes, fédération nationale des journalistes et de la culture, affiliée
à la CSN, Les Hebdos du Québec, L'Actualité, La Presse, La Presse canadienne, Le Devoir, Les Affaires, les Coops de l'info — il y
en a plusieurs — Québec
Science, Radio-Can, Télé-Québec, la Gazette, TV5, Urbania.
Est-ce que c'est ça, l'écosystème journalistique
au Québec, ou s'il y a d'autres organes qui sont aussi inclus là-dedans ou pas?
Je pense aux médias communautaires. Je pense à des médias, par exemple, qui ne
s'y trouvent pas. Il n'y a pas de référence à TVA, Québecor. Il n'y a pas de
référence à certaines radios privées aussi. CHOI Radio X, pour la nommer, par
exemple, ici, à Québec, ne fait pas partie des groupes qui sont là-dedans.
Est-ce qu'on... est-ce qu'on peut faire partie de ce qui se qualifie pour être
du matériel caractérisé comme du matériel journalistique quand on est à
l'extérieur de ces organes-là qui sont nommés, là, actuellement?
Le
Président (M. Schneeberger) : Est-ce que vous avez une... La question s'adresse
à la députée de Mont-Royal—Outremont?
M. Grandmont : À la collègue de Mont-Royal—Outremont, là, oui.
Mme Setlakwe : Bien, je pense que
j'ai répondu. D'ailleurs, je suis dans la Loi sur la protection des
renseignements personnels dans le secteur privé, où on a jugé bon d'inclure
cette précision que la loi ne s'applique pas à la collecte, la détention,
l'utilisation et la communication de matériel journalistique — bon,
là, ça traite aussi de matériel historique ou généalogique, ce n'était pas
pertinent ici — à
une fin d'information légitime du public. Écoutez, je pense que ça vient mettre
la... ça vient envoyer le signal que cette démarche n'est pas... ne doit pas
être réputée être une entrave, ne constitue pas une
entrave dans le travail des élus.
Rappelons-nous à quel point il y a des déserts
médiatiques qui s'installent, d'ailleurs, malheureusement, dans différentes
régions du Québec. C'est à la grandeur du Québec, là. Les conseils municipaux,
en plus, sont en... sont de moins en moins
adéquatement couverts. Il faut vraiment réfléchir, à savoir : Est-ce
que... Comme législateur, ce n'est... ce n'est vraiment pas un bon
message à envoyer, là, que... Bien, en tout cas, j'entends la ministre que le
libellé a été amélioré,
mais c'est... c'est... il faut être... il faut être clair, comme législateur,
que ce qu'on vise à faire... De protéger l'élu de comportements abusifs
qui entravent leur travail, leur... l'exercice de leurs fonctions électives,
c'est ça qu'on veut faire. On veut... On ne
veut pas venir ouvrir la porte à une interprétation large, ouvrir la porte à
une autre problématique où les élus se serviraient de ces nouveaux
outils, qui servent un objectif vraiment louable, mais qu'ils s'en servent...
ça peut arriver, on ne le souhaite pas, on présume de la bonne foi de tout le
monde, mais qu'ils s'en servent pour venir entraver le travail des
journalistes, qui est... qui est une composante essentielle de notre
démocratie. Moi, je m'arrêterais là.
• (21 h 20) •
M.
Grandmont : C'est bon. C'étaient juste des questions pour essayer
d'éclaircir un peu, voir la portée, là, de la proposition, de l'amendement...
du sous-amendement, pardon, qui est apporté.
J'aurais
peut-être plus des questions maintenant pour la partie gouvernementale. Tu
sais, il y a des éléments, là, en
fait, dans le... la proposition que... maintenant que je le comprends mieux,
là, que je trouve intéressants. Évidemment, là, le travail journalistique
est important. Il y a la notion de fin d'information légitime du public, que je
trouve qui est une des parties quand même assez fortes de cet amendement-là,
puis c'est là où, tu sais, je faisais référence, des fois, à des chroniques. On peut se poser la question si
c'est du matériel journalistique. Est-ce que c'est pour fin d'information
légitime du public ou si c'est... c'est... la
chronique sort de ça? J'avoue que je n'ai pas l'information, moi,
personnellement, ici, là. Je ne sais pas si ça rentre... À mon avis, en fait,
les chroniqueurs ne sont pas assujettis aux règles
journalistiques, puis c'est d'ailleurs une des confusions qui existent
actuellement dans les médias. Les chroniqueurs ne sont pas considérés
comme des journalistes. Ça fait que, des... En tout cas, je me pose la question
sur la portée de l'amendement, notamment au regard de ça.
Puis
aussi, bien, il y a... il y a certaines... il y a des comportements qui peuvent
être faits dans des... dans certaines radios, notamment. J'ai moi-même été...
On n'a pas donné toutes mes informations personnelles d'où j'habitais,
mais on a nommé la rue sur laquelle j'habitais dans une radio de Québec. On a
nommé plusieurs fois l'endroit où je travaillais et où plusieurs de mes
collègues travaillaient, puis il y avait un caractère très intimidant à faire
donner ces informations-là en ondes. Là, après ça, je ne sais pas si ça rentre
dans le type... puis peut-être que Me Dumont pourra nous éclairer là-dessus, mais le type de comportements qui pourraient
éventuellement être traités par le projet de loi n° 57 si c'est un élu qui
est touché par ce genre de divulgation-là. En anglais, on appelle ça du
«doxing», là, donc, la divulgation d'informations personnelles par des
médias, mais, en même temps, là, comme je vous dis, là, j'ai... j'ai de la
misère à définir exactement ce qu'est un
média au regard des informations que j'ai actuellement, mais, disons, dans
l'espace public par des organes qui s'apparentent à des médias.
Est-ce que c'est...
Est-ce qu'un élu pourrait intervenir sur la base de... là, parce que, là, on
est sur un endroit... on est sur... on touche les médias, là, puis c'est ça, le
coeur de l'amendement... du sous-amendement qui est proposé par notre collègue,
mais on parle particulièrement, là, du droit... ou de l'atteinte, en fait, à
son droit à la vie privée. Est-ce que, dans ce cadre-là, un élu pourrait
utiliser les outils qui sont présentés dans le projet de loi n° 57 puis
demander une injonction pour arrêter ou s'il doit utiliser un autre moyen qui
serait plus de l'ordre de la diffamation, par exemple? Mais la diffamation,
c'est donner une information qui est fausse sur une personne, sur ses
intentions, par exemple. Peut-être juste des éclaircissements là-dessus, là.
Mme
Laforest : ...des éclaircissements, mais c'est sur l'amendement de ma
collègue. Mais moi, je suis contre l'amendement. Ça fait que j'aime mieux ne
pas expliquer son amendement. Je suis contre. Sauf qu'au niveau des médias
c'est sûr que, que ce soit un chroniqueur, un journaliste ou un animateur,
évidemment, c'est dans le cadre de leur travail. Maintenant, s'il y a, exemple,
dévoilement de l'adresse privée, comme vous le mentionnez, ça pourrait être une atteinte également puis c'est ça
qui... C'est pour ça qu'on ajoute également «qui constituent une atteinte
illicite à son droit à la vie privée». Donc, c'est le juge qui va décider si
c'est une atteinte à votre vie privée.
M. Grandmont :
Mais donc, selon vous, dans le
fond, on n'a pas besoin de l'amendement... du sous-amendement proposé
ici parce que, dans le... dans la finale, en fait, on dit... Ah! je ne suis pas
au bon endroit. Mais en fait on dit, là : «Aux fins du premier alinéa, ne
constitue pas une entrave le fait d'exprimer, par tout moyen, son opinion dans
le respect des valeurs démocratiques du Québec.» Est-ce que ça couvre les
médias aussi, selon votre interprétation et selon Me Dumont aussi?
Mme Laforest :
Oui, oui, tout à fait.
M. Grandmont : OK. Donc, à la fois vous
répondez positivement sur le fait que... puis peut-être que Me Dumont pourra
acquiescer aussi, là, mais que le fait de dévoiler des informations privées
pourrait constituer une atteinte à la vie privée, et donc, dans ce cas-là, évidemment,
un des deux pourrait demander une injonction pour faire cesser ou faire... puis
même faire se rétracter, par exemple, un média ou ce qui s'apparente à un
média, là — encore
une fois, au niveau de la définition, ce n'est pas clair pour moi tout le temps — puis,
de l'autre côté, vous pensez qu'avec ce qu'on a d'écrit là, même sans l'ajout
de la collègue de Mont-Royal—Outremont, on arriverait à l'expliquer aussi, là.
Mme Laforest :
Oui, tout à fait.
M. Grandmont :
OK. Je comprends mieux. Correct.
Le
Président (M. Schneeberger) : Ça va? Il y avait le député de Marquette,
je pense, qui souhaitait prendre la parole.
M. Ciccone : Juste... juste un petit... quelques questions, là, pour
peut-être mettre du poids, là, puis je veux entendre la ministre là-dessus, à
savoir si ça aurait pu fonctionner, si les choses auraient pu être différentes
avec ce... selon elle. Vous avez parlé tantôt de liberté de presse, liberté
d'expression. Les journalistes sont protégés parce que c'est déjà là. C'est ce
que vous avez dit un peu plus tôt. Un cas concret, là, puis vous le connaissez,
le cas, là, c'est le cas de Pétronille, à l'île...
Une voix : Sainte-Pétronille.
M. Ciccone : ...à Sainte... pardon, Sainte-Pétronille, Saint-Pétronille,
à l'île d'Orléans. La ville avait essayé de bâillonner les... le journal local.
Elle avait envoyé pratiquement 100 mises en demeure aux citoyens, et ça
avait coûté plus de 20 000 $, là, d'avocat pour une ville qui a à peu
près 2 000 habitants, là. Pourtant, la ville... Puis la ville a été
blanchie, soit dit en passant, là, là-dedans, là.
Une voix : ...
M. Ciccone : Oui, mais, tu sais...
Une voix : ...
M. Ciccone : Oui, oui, je comprends, mais, tu sais, elle a... tu sais,
elle n'a pas été... elle n'a pas été réprimandée, là. Elle n'a pas dit... Tu
sais, ça... En tout cas, il y a une ambiguïté là-dedans. Puis elle n'a pas eu
bien, bien de... Elle n'a pas eu un gros coût, là, la ville, là. Mais est-ce
que vous pensez qu'avec cet amendement-là la ville aurait dit : Bien, on ne le fera pas parce que c'est sûr et certain
que, hein, on ne gaspillera pas 20 000 $, là, de l'argent de
nos citoyens, puis, regarde, ça ne passera jamais avec ça? Ça fait qu'on
protège... Dans le fond, on ne vient pas protéger, là, justement, ces abus-là?
Mme Laforest :
Bien, la situation de Sainte-Pétronille, bien, honnêtement, c'est bien,
parce qu'évidemment tout est sorti dans les
médias. Ce qu'on voit, là, c'est quand même hyperpositif, les médias. Et en plus,
avec le rapport de la Commission municipale, on voit que la municipalité
ne pouvait pas museler les médias. Donc, on a vraiment un bel exemple, comment
les médias sont importants pour nous. C'est dans l'intérêt des citoyens. Donc,
on a vraiment un bel exemple. Maintenant, étant donné qu'il y avait des gestes
qui étaient posés par la municipalité, la Commission municipale pouvait y
aller. Donc, ça, c'était dans les pouvoirs de la municipalité.
Il y a des
amendements qu'on va voir plus loin puis qu'on ne peut pas présentement, parce
que la situation de Sainte-Pétronille... Vous allez voir, dans d'autres
articles plus loin, que le ou la ministre peut immédiatement agir pour envoyer
de l'accompagnement à la municipalité. Dans ce qui s'est passé à Sainte-Pétronille,
c'est sûr que c'est une situation particulière, mais, dans le projet de loi,
c'est prévu, parce que ce n'est pas la première municipalité qui vit des problématiques comme ça, question
d'organisation, question de procédure. Donc, on va pouvoir, vous allez le voir
plus tard, immédiatement se déplacer et aller accompagner la municipalité pour
bien expliquer comment faire les choses. Parce que, là, il y a eu énormément de
mises en demeure.
Bref, je ne parlerai
pas ici de la situation de Sainte-Pétronille, mais, quand même, dans le projet
de loi, on amène un amendement plus tard, puis on pourra en reparler à ce
moment-ci. On va... On pourrait agir comme ça avec Sainte-Pétronille. Mais on a
quand même la Commission municipale qui a très bien agi, là, puis vous voyez
que les médias, encore une fois, ils ont été très bien protégés.
M. Ciccone : OK. Merci pour la réponse, Mme la ministre.
Mme Laforest :
Ça fait plaisir.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui.
Parfait. Alors, s'il n'y a pas d'autre question, nous allons mettre aux voix
l'amendement proposé sur... le sous-amendement, pardon, proposé à
l'article 3. Est-ce que...
Une voix : ...
Le Président
(M. Schneeberger) : Par appel nominal, M. le secrétaire.
Le
Secrétaire : Pour, contre, abstention. Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont)?
Mme
Setlakwe : Pour.
Le Secrétaire :
M. Ciccone (Marquette)?
M. Ciccone :
Pour.
Le Secrétaire :
Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger)?
Mme
Rotiroti : Pour.
Le Secrétaire : Mme Laforest
(Chicoutimi)?
Mme Laforest : Contre.
Le Secrétaire : M. Girard
(Lac-Saint-Jean)?
M. Girard (Lac-Saint-Jean) : Contre.
Le Secrétaire : M. Gagnon
(Jonquière)?
M. Gagnon : Contre.
Le Secrétaire : Mme Dionne
(Rivière-du-Loup—Témiscouata)?
Mme Dionne : Contre.
Le Secrétaire : M. Rivest
(Côte-du-Sud)?
M. Rivest : Contre.
Le Secrétaire : M. Grandmont
(Taschereau)?
M. Grandmont : Abstention.
Le Secrétaire : M. Schneeberger (Drummond—Bois-Francs)?
Le Président (M. Schneeberger) : Abstention.
Alors, le sous-amendement est rejeté.
Moi, je ne
sais pas si... Je proposais peut-être un petit deux, trois minutes de pause
ou... si ça vous tente. Sinon, on peut continuer. Alors, moi, je vais en
prendre une pareil.
Une voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) :
Trois minutes de pause?
Alors, nous allons suspendre quelques instants.
(Suspension de la séance à 21 h 30)
(Reprise à 21 h 44)
Le Président (M. Schneeberger) : Alors,
nous reprenons les travaux. Alors, nous en étions à l'article 3. Alors, je
laisse poursuivre la conversation. S'il n'y a pas de question, nous allons
mettre aux voix... pas aux voix, mais nous allons passer à l'article 4.
Oui. Alors, Mme la députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Je ne sais pas si ma
collègue de Jeanne-Mance voulait commencer. Moi, je peux peut-être commencer
avec une première question. On a déjà parlé quand même beaucoup, là, de ce
nouveau recours, de ce nouvel outil qui est offert... qui sera offert aux élus.
Je suis heureuse de voir que vous avez prévu de façon plus spécifique, là,
qu'on parle de propos ou de gestes qui entravent de façon abusive l'exercice
des fonctions d'un élu et qui constituent
une atteinte illicite à son droit à la vie privée. Bon, là, plus loin, on dit,
et c'est une bonne chose, que la cour évalue la demande en tenant compte
de l'intérêt public. Bon, elle peut notamment, et ce n'est donc pas exhaustif,
ordonner à une personne de ne pas se
présenter aux séances de tout conseil d'un organisme municipal auquel
siège l'élu municipal.
Est-ce que vous avez réfléchi au concept de
temps? Tu sais, il y a des élus qui siègent, là, sur... des élus qui siègent
pendant plusieurs mandats. Est-ce que... Comment vous voyez ça, là, de baliser
ça dans le temps?
Mme Laforest : C'est la cour qui va
le déterminer, encore une fois.
Mme Setlakwe : Oui. C'est une
préoccupation qui nous avait été signalée. Je pense que ce n'est pas
forcément... ce n'est pas forcément pour toujours. C'est selon le cas. Selon le
cas, le juge va décider qu'est-ce qui est approprié.
Mme Laforest : Oui,
tout à fait, oui.
Mme Setlakwe : Bon, encore une fois,
là, vous avez... vous avez rassuré que... Au paragraphe 4°, «cesser de diffuser
dans l'espace public des propos visés au premier alinéa», vous rassurez les
médias qu'on ne les vise pas ici.
Mme Laforest : Pas du tout.
Mme Setlakwe : OK. Si on revient
généralement au paragraphe introductif... Puis je comprends que vous ne voulez
pas statuer vous-même, là, sur ce qui peut constituer une entrave qui pourrait
mener... mais ça prend quand même, je pense, dans l'espace public, des
exemples, des exemples de comportements qui pourraient possiblement... ou
peut-être des cas qui ont été vécus qui nous ont été relatés en commission.
Quel genre de comportement pourrait potentiellement donner lieu à des... à
cette injonction, à cette... c'est ça, qui pourrait faire en sorte que ce
nouvel outil pourrait s'avérer utile?
Mme Laforest : Bien, tout
comportement qui comporte des menaces, du harcèlement, de l'intimidation à ce
moment-ci.
Mme Setlakwe : Mais pourquoi vous
revenez toujours avec ces... On est dans le paragraphe sur... ou dans le
recours à l'injonction et on ne mentionne pas ces mots-là dans le libellé.
Mme Laforest : Parce qu'il est déjà
déterminé dans les premiers paragraphes. Donc, ce n'est pas nécessaire ici. C'est des exemples qu'on peut donner, là,
notamment ordonner à une personne de ne pas se présenter aux séances du
conseil municipal. Donc, c'est sûr que c'est dans le cadre du premier... C'est
pour ça que je disais : Le premier paragraphe est essentiel.
Mme Setlakwe : Non, non, mais je
suis confuse, là...
Mme Laforest : Ou je ne comprends
pas votre question, peut-être. Ça, ça se peut, là.
Mme
Setlakwe : Bien, les critères, les composantes du recours en
injonction, ce n'est pas forcément menaces... menaces, intimidation,
harcèlement.
Mme Laforest : ...il faut que ce
soit, par exemple... Là, c'est là que la notion...
Mme Setlakwe : Non, mais, oui ou
non, Mme la ministre, est-ce que forcément ça prend des menaces, de
l'intimidation, du harcèlement pour donner lieu à une injonction?
Mme Laforest : Mais c'est ça que je
vous dis. Ce n'est pas... Je ne peux pas décider ça. C'est le tribunal qui va
décider c'est quoi... c'est quoi qui va... qu'est-ce qui va arriver pour
obliger un citoyen de ne pas se présenter aux séances de tout conseil ou encore
de ne pas se présenter dans les bureaux d'un organisme municipal, de cesser de communiquer avec l'élu municipal. Donc, c'est sûr
qu'il va y avoir une décision qui sera prise. Je ne peux pas faire ça, moi,
là.
Mme Setlakwe : Non, non, je comprends,
mais, dans l'infraction pénale un peu plus loin, là, on dit qu'il faut que la
personne entrave l'exercice des fonctions d'un élu en le menaçant, en
l'intimidant ou en le harcelant. Alors, quand je vous demande un exemple d'un
comportement qu'on veut faire cesser, je suis surprise que vous parliez tout de suite d'intimidation, menaces, harcèlement.
Alors, peut-être que je devrais poser la question au légiste. Est-ce que ça doit...
ça prend obligatoirement une menace, de l'intimidation ou du harcèlement pour
donner lieu à une injonction?
Mme Laforest : Bien, il faut
respecter toujours l'article qu'on... Pour revenir à
l'article 1 qu'on vient de faire,
qu'on va adopter, il faut que ce soit dans le cadre de cet article-là que le
tribunal va pouvoir ordonner une mesure. Mais, peut-être, Me Dumont,
vous pouvez compléter, mais c'est dans le cadre de l'article...
M. Dumont (Luc) : Je ne peux pas
vraiment ajouter rien de plus. Ça va être... C'est à la pression factuelle des
tribunaux. Je ne peux rien... je ne peux rien rajouter de plus. Ce que la
ministre a dit est exact.
Le Président (M. Schneeberger) : ...
• (21 h 50) •
Mme Rotiroti : Merci. Je comprends
que vous dites : Vous ne pouvez pas ajouter rien de plus, mais on doit se
référer à l'article 1 et, l'article 1, si c'est adopté tel que la
ministre a amendé, on parle de menaces, harcèlement, intimidation. Alors, ça
veut dire que, pour qu'on émette une injonction, pour qu'un élu émette une
injonction, il faut qu'il remplisse ces trois critères-là, un des trois,
c'est-à-dire menaces, harcèlement ou l'intimidation. Vrai?
M. Dumont (Luc) : ...encore une
fois, il faut quand même s'en remettre au libellé de l'article qui est là.
Mme
Rotiroti : Mais je vous lis le libellé de l'article 1.
M. Dumont
(Luc) : Mais de l'article... Mais là... mais là vous m'amenez à
l'article 1, mais il faut quand même s'en remettre au libellé de
l'article 3, ce qui est...
Mme
Rotiroti : Oui. Alors, l'article 3 : «...atteinte illicite à
son droit à la vie privée peut demander à la Cour supérieure de prononcer une
injonction pour mettre [la] fin [de] cette situation.» Alors, tout à l'heure,
vous avez dit, si j'ai bien... et si je vous cite comme il faut, que le fardeau
est sur l'élu pour émettre l'injonction.
M. Dumont
(Luc) : Oui.
Mme
Rotiroti :
C'est-à-dire que l'élu doit avoir un motif sérieux, un motif sérieux pour
émettre... pour demander une injonction. Pour vous, le motif sérieux, ce
serait... Donnez-moi un exemple.
M. Dumont
(Luc) : De vous donner des exemples, c'est... ce serait de me substituer
par... ce serait vraiment un substitut au travail d'un juge. C'est la
considération d'un ensemble de faits, de qui l'a fait, de comment ça s'est passé. Donc, c'est très difficile pour moi de vous
donner un exemple succinct en une ligne. Je pense que, comme c'est le
cas actuellement, les juges de la Cour supérieure sont familiers avec ce genre
de questions là. Ils sont habitués de soupeser tout ça, et c'est eux qui
sont... c'est eux qui sont les mieux à même de juger d'une affaire en
particulier.
Mme
Rotiroti : Bon, alors, un élu qui veut aller chercher une
injonction... une injonction... Et vous dites qu'il doit y avoir des motifs
sérieux. Ils doivent se poser cette question-là avant d'aller voir le juge pour
demander l'injonction. Quand vous dites : Il faut que ce soit une entrave
de façon abusive, parce que c'est ça qui est écrit aussi dans l'article 3,
pour vous, façon abusive, c'est... est-ce que c'est un acte qui est en
répétition?
M. Dumont
(Luc) : C'est... Ça va s'apprécier au cas par cas par le juge.
Mme
Rotiroti : OK. Puis... OK. Bien, je... Alors, le fardeau demeure
toujours sur l'élu. L'élu doit avoir un motif sérieux.
M.
Ciccone : ...
Mme
Rotiroti :
C'est vrai, oui. Il me dit... C'est vrai?
M. Dumont
(Luc) : Ce que la loi dit, c'est qu'il faut que ce soit... que ce soit
abusif. Ce n'est pas sérieux, c'est abusif. Donc, il faut... il faut être en
mesure de convaincre le juge que l'entrave, elle est abusive. Là, les cas
possibles peuvent être infinis. Je ne peux pas... je ne peux pas vous les
énumérer.
Mme Rotiroti :
Mais c'est ça. Ça fait qu'on ne
peut... on ne peut pas quantifier c'est quoi, abusif. Vous dites : C'est
le juge qui va décider si ça a été abusif ou pas, si l'entrave était de façon
abusive, c'est au juge de décider ça.
M. Dumont
(Luc) : C'est lui qui doit le décider pour rendre son...
Mme
Rotiroti : Qui va décider dans son jugement.
M. Dumont
(Luc) : C'est ça.
Mme
Rotiroti :
Si... OK. OK.
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va?
Mme
Rotiroti :
Oui, merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Député de Marquette.
M.
Ciccone : Merci. Je veux juste comprendre,
là. Tantôt, vous m'avez dit... Tu sais, on pose des questions, puis, souvent,
la réponse, ça va être... Mme la ministre, vous allez dire : Bien là,
c'est la cour qui va évaluer, c'est la cour qui va décider. Là, ici, on... dans
l'article de loi, on nomme des exemples, là, 1°, de ne pas présenter aux séances de tout conseil d'organisme municipal, de
ne pas se trouver dans les bureaux, puis, dans le fond, on dit déjà au juge
qu'il peut... ce qu'il peut faire.
Mme Laforest :
C'est des exemples.
M. Ciccone : Oui, c'est des exemples, mais on... c'est écrit dans un
projet de loi, là. Ça fait qu'on dit au... on dit au juge : Voici comme
exemple ce que vous pouvez...
Mme Laforest : Oui...
M. Ciccone : Mais pourquoi vous dites toujours que... Oui, mais
c'est : Non, je ne peux pas répondre parce que c'est le juge qui va
décider. Est-ce que le juge... Vous dites «notamment», vous gardez ça large.
Vous dites «notamment, il peut», mais il pourrait ordonner d'autres choses
aussi.
Mme Laforest : Ah! bien, tout à
fait, là. Ça dépend, là. S'il y a des menaces graves, ou peu importe, là...
C'est sûr que ça peut être d'autres... d'autres exemples qu'on pourrait
ajouter. Mais ça, c'est le minimum, là.
M. Ciccone : Je comprends, mais comprenez-vous que, tu sais, ça va un
peu à l'encontre de ce que vous dites, là, que le juge est autonome, c'est lui
qui décide, on n'a pas d'affaire à lui dire quoi faire? On ne se substituera pas au juge. C'est... On va séparer les pouvoirs.
C'est tous des mots que vous avez utilisés, là. Mais là vous dites... bien,
vous définissez quand même un certain carré de sable. Même si vous écrivez
«notamment», vous dites : Bien, il peut faire ça. Peut-être que le juge,
lui, il dit : Bien non, moi, je vais donner d'autres choses. Oui, il peut
le faire, il a la liberté de le faire, mais,
quand même, vous l'écrivez quand même noir sur blanc dans le projet de loi,
que, notamment, vous pouvez faire ça, M. le juge.
Mme Laforest : Tout à fait, mais ce
n'est pas limitatif, là. Mais vous avez raison.
M. Ciccone : OK. Parce que ça... C'est ça que je trouve. Ce n'est pas
limitatif. Mais, nous, ce qu'on avait proposé avant, c'était limitatif, alors
qu'on utilisait le mot «notamment» également, là. Parce que c'est... Tu sais, dans le fond, vous dites : On ne peut pas...
on ne pourra pas dire au juge quoi faire, on ne va pas lui suggérer quoi faire,
mais dans sa...
Mme Laforest : Ça, c'était dans
«entrave», entraver, là.
M. Ciccone : Non, non, mais c'est dans... puis même plus tard aussi, là,
c'est sur le mot «notamment» aussi. Tu sais, là, je sais que vous ne voulez
pas... baliser, pardon, mais vous l'écrivez quand même, là. Vous donnez une
piste de solution dans la décision du juge. Moi, je trouve ça bizarre.
Mme
Laforest : Peut-être. Peut-être, ça se peut. Je vous le
permets. Peut-être, ça fait bizarre, mais disons que...
M. Ciccone : Pourquoi qu'on peut le faire là puis on ne pourra pas le
faire ailleurs? Pourquoi des fois il faut laisser totalement la liberté au
juge, puis des fois on lui dit : Bien, voici, M. le juge? Dans la loi...
Parce que c'est écrit, là. C'est écrit. Vous ne le dites pas juste comme ça,
là, au micro, c'est écrit dans la loi : Commencez avec ça, M. le juge, là,
vous pouvez faire ça, là.
Mme Laforest : Oui. Moi, ce qu'on me
dit, c'est : Quand on introduit une nouvelle mesure, comme ce qu'on fait
présentement dans le projet de loi, on vient parfois, dans certains projets de
loi, ajouter des «notamment», des exemples, comme je le dis, pour présenter des
exemples au juge, qui pourra appliquer ces nouvelles mesures-là. Puis ce n'est
pas limitatif. Comme je le dis, il pourrait y en avoir énormément d'autres.
Mais ça peut arriver, dans une nouvelle... une nouvelle obligation, une
nouvelle mesure, une nouvelle procédure, de donner certains exemples. Mais, si
je ne me trompe pas, tantôt, je pense que ce n'est pas la même chose, parce
qu'on on parlait d'entrave et entraver, ou des trucs comme ça, là, ou encore...
M. Ciccone : Non, je parlais du mot... je parlais du mot «notamment»,
là.
Mme Laforest : Là, vous parlez du
mot «notamment», c'est vrai, notamment menaces, et tout ça, là, oui. Bien là,
c'est sûr qu'on aurait pu en ajouter plusieurs. Là, c'est sûr qu'on en met
quelques-unes, mais, nous, c'est vraiment intimidation, harcèlement, puis
c'étaient ces trois-là qui étaient visés et non d'autres.
M. Ciccone : Parce que ce que j'entends bien aussi, c'est que, dans
l'article 1, là, vous mentionnez menaces, harcèlement, intimidation, mais
ça pourrait être d'autres choses aussi.
Mme Laforest : Ça pourrait être
d'autres choses, là, mais là, honnêtement...
M. Ciccone : Ça fait que ça pourrait être d'autres choses.
Une voix : ...
M. Ciccone : Je
ne pense pas qu'elle est d'accord avec vous. Ça pourrait être d'autres choses,
oui ou non? Parce que, là, votre collègue a réagi, là. Ça fait que ça pourrait
être d'autres choses.
Mme Laforest : Bien là... Allez-y
donc. Moi, je ne veux pas parler pour quelqu'un, là. Allez-y.
M.
Ciccone : C'est pour ça qu'on pose des
questions, parce que...
Mme
Laforest : ...bien, c'est parce qu'on revient au mot «sans
entraves». Puis je ne voulais pas le répéter, là, mais c'est parce que c'est pour ça qu'on a ajouté
le mot «sans entraves» avant, pour arriver avec ces trois dispositions-là.
M.
Ciccone : OK. Mais ça pourrait être... ça pourrait... On
pourrait demander une demande d'injonction sur d'autres choses que la
menace, harcèlement, intimidation. Ça ne se limite pas seulement à ces
trois-là, là, ces trois mots-là, là.
Mme Laforest : Pour l'injonction, il
n'y a pas de rapport avec ça, par exemple, là.
M. Ciccone : OK. Ça fait que c'est plus large, ça peut aller plus large.
Parfait. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Députée Mont-Royal—Outremont.
Mme Setlakwe : Oui, merci. Est-ce
que... La question de la prescription, je me réfère au mémoire, là, de la Ligue
des droits et libertés, est-ce qu'ici, en vertu du nouveau régime qu'on est en
train d'instituer... est-ce que des injonctions pourraient être données pour une
période qui excéderait trois ans?
Mme Laforest : Bien, c'est le... ce
sera jugé en temps et lieu, là. C'est encore la même réponse.
Mme Setlakwe : Mais ce n'est pas
balisé autrement, ça, la durée des injonctions.
Le Président (M. Schneeberger) : Me Dumont.
M. Dumont (Luc) : Il y a certaines
injonctions qui sont balisées dans le Code de procédure civile, à l'article 509, qui sont limitatives lorsqu'il
s'agit, dans certains cas... Pour des gestes de violence, oui, il y a une limitation
de trois ans, mais... et ça, c'est depuis 2016, mais la règle générale en
matière d'injonction, c'est que c'est à la discrétion du juge lorsque... puis
il pondère pour ce qu'il croit approprié dans la situation.
• (22 heures) •
Mme Setlakwe : OK. Selon le nouveau
libellé que vous avez ajouté, «aux fins du premier alinéa, ne constitue pas une
entrave le fait d'exprimer, par tout moyen, son opinion dans le respect des
valeurs démocratiques du Québec», est-ce
que... considérez-vous... est-ce que vous considérez qu'avec le libellé actuel,
là, une injonction pourrait être demandée par un élu qui est visé par
une campagne de lettres ou de courriels? Tu sais, on voit ça souvent, là, ces
initiatives-là qui sont initiées par des organisations de la société civile. Je
sais que j'en ai parlé hier, mais est-ce que ces démarches... démarches
démocratiques...
M. Dumont (Luc) : Est-ce que c'est à
moi... Est-ce que la question est à moi ou à Mme la ministre?
Mme Setlakwe : Pardon?
M. Dumont (Luc) : Est-ce que la
question est à moi?
Mme Setlakwe : Bien, c'est toujours
à la ministre en premier, puis ensuite...
Mme Laforest : Mais on en a parlé,
des lettres ouvertes, que ça ne concernait pas des envois de lettres ouvertes,
là.
Mme Setlakwe : Mais ce n'est pas une
lettre ouverte, là. C'est des initiatives qui ont lieu, là, fréquemment par des
organisations de la société civile, des... ou, en tout cas, les campagnes de
lettres ou de courriels. Pour vous...
Mme Laforest : Mais non, ce n'est
pas ça. Tu sais, on ne touche pas... C'est du travail normal. On en reçoit
tellement, des lettres et des courriels. Ce n'est pas ça, là. On n'est pas
dans... on n'est pas dans les menaces, on n'est pas dans... Tu sais, il faut
voir aussi... Puis, à ce moment-ci, bien, peu importe, là, si ça outrepasse
l'acceptable, bien, il va y avoir une décision aussi qui sera prise.
Mme Setlakwe : Mais est-ce que vous
croyez qu'avec le libellé...
Mme Laforest : J'aimerais bien être
juge, hein, j'aimerais bien aujourd'hui être juge. Je pourrais répondre
qu'est-ce que je ferais. Mais, encore là, je ne pourrais peut-être pas...
Mme Setlakwe : Mais est-ce que cette
démarche fait partie de... d'exprimer son opinion dans le respect des valeurs
démocratiques du Québec?
Mme Laforest : Oui, tout à fait.
Mme Setlakwe : OK.
Donc, ce n'est... ça ne constitue pas une entrave, selon le libellé.
Mme Laforest : Pas du tout.
Mme Setlakwe : Très bien. Ça va pour
l'instant.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va?
Mme Setlakwe : Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Député
de Marquette.
M. Ciccone : J'ai une petite question, là. Est-ce que le juge, lui,
pourrait peut-être un jour déterminer que ça, ça pourrait être vu comme de
l'harcèlement? Parce que, là, vous dites non, là. Parce que, là, vous dites ce
que le juge dirait, là.
Mme Laforest : Oui, c'est ça, puis
je ne veux pas dire ce que le juge dirait.
M. Ciccone : Bien, vous venez de le dire. Vous dites que, non, ça ne
consiste pas à de l'harcèlement, ça, une chaîne de lettres puis ces
affaires-là.
Mme Laforest : Mais, quand on parle
d'une chaîne de lettres, c'est un moyen d'exprimer des opinions. Quand on parle d'exprimer des opinions, on
l'a : «Aux fins du premier alinéa, ne constitue pas une entrave le fait
d'exprimer, par tout moyen — donc,
une lettre, un fax, un courriel, un pigeon voyageur — son
opinion dans le respect des valeurs démocratiques...»
M. Ciccone : OK. Oui, OK.
Mme Laforest : Voilà.
M.
Ciccone : Parce qu'il y a plusieurs façons, peut-être,
d'envoyer des lettres ou... Tu sais, c'est parce que, là, vous dites ce
que le juge déciderait, là.
Mme Laforest : Non, non, non. Eh!
non, non, non.
M. Ciccone : Parce que peut-être que le juge va voir... Peut-être que le
juge verrait, là, que ce soit d'une différente façon de communiquer...
dire : Bien là, ça, non, ça, ça... je détermine que c'est trop, là, tu
sais. Puis là le député n'est plus capable de... pas le député, mais l'élu
n'est plus capable de faire sa job parce que, là, c'est... il est complètement subjugué,
il est pogné, il n'est plus capable de faire son travail à cause peut-être d'un
élément qui touche à ça, là.
Mme Laforest : Oui, c'est ça. Mais,
en même temps, si le juge, lui, juge que le fait de s'exprimer par tout moyen son opinion, c'est respectable, vous
comprenez qu'à ce moment-ci c'est dans les valeurs démocratiques du Québec. Donc,
c'est acceptable.
M.
Ciccone : OK. Bien, donnez-moi un exemple que ça ne pourrait
pas être acceptable d'utiliser des communications.
Mme Laforest : Non.
M. Ciccone : Non?
Mme Laforest : Non, je ne donne pas
d'exemple, non. Non, parce que je donne des exemples, puis vous en demandez
d'autres, ça fait que... Moi, je ne suis pas juge puis j'aimerais bien...
M. Ciccone : Bien non.
Mme Laforest : Non, non, mais je ne
suis pas placée... je ne suis pas... Je ne peux pas vous répondre à la place
d'un tribunal. Vous me posez des questions. J'aimerais bien vous dire que
des... Pour moi, des chaînes de lettres, il n'y a aucun problème, puis c'est
sûr qu'il n'y a aucun problème. Des courriels, des chaînes de courriels, on en
reçoit sans arrêt. Il n'y a pas de courriel. Mais, si c'est des chaînes de
courriels menaçants, avec des menaces... peu
importe, des menaces de mort, c'est une autre affaire. Ça fait que, c'est pour
ça, je dis qu'il y a tellement de cas de figure.
M. Ciccone : C'est ça, il y a beaucoup de cas de figure.
Mme Laforest : Oui,
c'est ça. Ça fait que...
M. Ciccone : Parce que... parce que la façon que vous, vous le voyez...
Le point que je veux faire, c'est que peut-être que le juge ne le verrait pas
de la même façon que vous.
Mme Laforest : Bien, sûrement. Ça se
peut aussi. Puis peut-être que moi, je ne verrais pas ça non plus comme le juge
le voit.
M. Ciccone :
C'est ça. Mais c'est pour ça que c'est toujours délicat quand vous dites :
Non, ça, non, ça, oui, ça, non. C'est pour ça.
Mme Laforest : Mais c'est pour ça
qu'il faut se... toujours revenir dans l'espace intimidation, menaces, harcèlement. C'est vraiment... C'est très simple
pourtant. Pour moi, c'est simple. Mais il faut regarder l'article toujours dans
ce contexte-là.
M. Ciccone : C'est simple pour vous, mais le harcèlement, c'est...
Mme Laforest : Oui, c'est... Je ne
veux pas dire ça. Heille! Non, non, non. Ce que je veux dire, c'est que les
paramètres qu'on fixe ici, dans notre article, sont... comment je pourrais
dire, sont concrets, concis, bien expliqués.
Maintenant, vous avez raison, là, les cas de
figure sont énormes, les exemples sont énormes. Vous avez tout à fait raison.
M. Ciccone : Vous comprenez que, si c'était vraiment clair, net et
précis, on ne passerait pas des heures, des heures et des heures à... Si on a
des questions, c'est parce que...
Mme Laforest : C'est tout à fait
légitime.
M. Ciccone : J'imagine que, quand le ministère a écrit le projet de loi,
ils ont dû en passer, des heures aussi de tourner toutes les pierres puis
dire... Puis il y a eu des débats. Puis je ne veux pas revenir au mot
«entrave», là, mais je suis persuadé qu'il y a eu des... quelques heures de
discussion sur ce mot-là. Je suis persuadé.
Mme Laforest : Oui, pendant un mois.
Le mot «entrave» a été étudié un mois.
M. Ciccone : Parfait. Ça fait que finalement on n'est pas dans le champ.
Mme Laforest : Bien, vous n'êtes pas
dans le champ du tout.
M. Ciccone : Parfait. Merci. On va... Non, vous avez dit quelque chose
de bon, on va rester là-dessus. Merci, M. le Président.
Mme Laforest : Je dis plein de
choses de bonnes.
Le Président (M. Schneeberger) : Ça
va? Député de Taschereau.
M. Grandmont : Merci. Ça fait que
des campagnes de pigeons voyageurs, ça marche. Ça dépend à quelle vitesse ils
arrivent.
Mme Laforest : ...pigeon n'intimide
pas.
M. Grandmont : Pardon?
Mme Laforest : Si le pigeon
n'intimide pas, ne harcèle pas puis ne menace pas.
M. Grandmont : Exact.
Mme Laforest : Il est
10 heures, là.
M. Grandmont : Moi aussi, j'avais
des questions sur la...
Mme Laforest : Il est
10 h 05.
M. Grandmont : Oui, mais, c'est ça,
le temps passe. J'avais des questions, moi aussi, sur la question de la durée,
parce qu'on pourrait comprendre qu'un juge pourrait émettre une injonction à
une personne. Il n'aurait plus le droit de se trouver dans la même pièce ou dans
le même... dans la même enceinte, de ne pas se présenter aux séances de tout conseil d'un organisme municipal ou d'un... ou d'un
conseil d'un organisme municipal auquel siège l'élu. Si l'élu est en poste pendant 20 ans, ça veut dire que cette
personne-là, potentiellement, pourrait ne plus, pendant 20 ans,
assister au conseil municipal, au conseil d'arrondissement où siège le même
élu, au conseil de la société de transport auquel siège le même élu, au conseil
de je ne sais pas quelles autres affaires, mais, potentiellement, c'est ça, ça
pourrait mener à ça. C'est ce qu'on doit comprendre. Ça pourrait.
Mme Laforest : Ça se pourrait.
M. Grandmont : Si le juge décide que
c'est ça. Ça fait que vous avez préféré ne pas mettre de balises. Vous avez
préféré laisser au juge le soin d'évaluer, dans le fond. Puis sur quelle base
il devra juger... puis c'est peut-être à Me Dumont que je m'adresse
davantage, là, mais sur quelle base il va juger de la sévérité de la peine?
Mme Laforest : Sur la base de
l'intérêt public.
M. Grandmont : De l'intérêt public.
Puis comment on mesure ça?
Mme Laforest : Bien, sur la base de
l'intérêt des citoyens, sur la base de l'intérêt du conseil... de la séance du
conseil municipal, sur la base des menaces, ou peu importe, là, le geste qui a
été posé.
M. Grandmont : Donc, est-ce que
c'est la gravité du geste qui vient préciser ou qui sert de balise pour le
jugement sur la durée, notamment?
Mme Laforest : Bien oui, bien oui,
c'est sûr, c'est certain.
M. Grandmont : Puis quand ça...
quand... Il y a déjà des demandes d'injonction qui existent. Il y a déjà un
régime d'injonction qui existe au Québec. On en a parlé un petit peu tantôt.
Comment le juge détermine ou sur quelle base... Ça peut aller de combien
d'années à combien d'années? Puis sur quel type de sévérité de faute, dans
d'autres mécanismes légaux, là, on vient fixer la durée?
Mme Laforest : Je vais laisser
Me Dumont, s'il y a, des fois, des... Je ne le sais pas, si vous avez
quelques paramètres en années de... Je ne le sais pas, là. Impossible pour moi.
Le Président (M. Schneeberger) : Me Dumont.
M. Dumont (Luc) : Je ne le sais pas.
Je n'ai pas cette information-là, malheureusement.
M. Grandmont : Parce que... Vous
n'avez pas l'information parce que...
M. Dumont (Luc) : Bien, pouvez-vous
juste me la répéter?
M.
Grandmont : Je demandais... En fait, on a discuté tantôt qu'il
y avait d'autres formes de demandes d'injonction qui pouvaient être formulées actuellement. Ce qu'on dit, c'est qu'il y a
certaines... il y a certains types d'injonctions, là, dont on va avoir
une durée fixe de trois ans, je le redis de mémoire, là, je ne suis pas
juriste, là, de durée de trois... trois ans ou trois mois... trois ans, je
pense, vous avez dit, hein? Après ça, est-ce qu'il y a d'autres types de
régimes d'injonction dans lequel la durée peut varier? Puis ma question,
c'est : Sur quelle base ou sur quelle gravité, quel type d'acte ou de
gravité d'acte on va venir fixer une durée plus ou moins longue de
l'injonction?
M. Dumont (Luc) : Je ne peux pas
vous répondre sur les... sur l'ensemble des critères qui peuvent être pris en compte par les juges de la Cour supérieure parce que je n'en plaide pas, des injonctions. Par contre, comme on
l'avait mentionné plus tôt durant la
commission, la règle générale de l'injonction permanente, qui ne sera pas
nécessairement permanente, c'est... le juge va... le juge est en mesure
de délimiter la période qu'il juge appropriée.
Là, si vous voulez que je vous parle de
l'injonction interlocutoire, bien, l'injonction interlocutoire, elle est là
durant le temps jusqu'à tant que le juge se prononce sur le fond de la
permanente. C'est ça.
M. Grandmont : Évidemment, on agit
maintenant, puis après ça on porte un autre jugement qui vient fixer la durée.
M. Dumont (Luc) : Tout à fait.
• (22 h 10) •
M. Grandmont : J'avais une question
qui touchait encore ça, le... OK. Mais je reviendrai. Ça va peut-être me
revenir de toute façon, là.
Sur la... sur
la notion d'urgence, je sais que vous en avez parlé un petit peu tantôt, là,
sur... Donc, on en parle, là, elle est jugée d'urgence, la demande est
instruite et jugée d'urgence. Est-ce qu'il y a des délais? Vous avez parlé
d'une espèce de système de priorisation, en fait, là, à la Cour supérieure.
Donc, dans le fond, quand une demande est jugée
d'urgence, est instruite et jugée d'urgence, dans le fond, elle passe avant les
autres, tout simplement. Est-ce qu'il y a une durée maximum, un délai de
traitement, disons, raisonnable ou prescrit à la Cour supérieure?
M. Dumont (Luc) : J'ai posé la
question au Procureur général du Québec. Ça peut être le lendemain.
M. Grandmont : Ça peut être le
lendemain, mais est-ce qu'il y a un maximum?
M. Dumont (Luc) : Je ne pourrais pas
vous dire, là.
M. Grandmont : Parfait. Excellent.
Tout à l'heure, Mme la ministre, le député de Marquette vous demandait des
exemples. Puis c'est intéressant. Moi aussi, j'aime ça vous entendre parler de
différents exemples. Puis vous avez résumé, dans le fond, en disant : Mais
je ne peux pas vous donner tous les exemples possibles et inimaginables parce
qu'il y en a certainement plusieurs, mais ce qu'il faut savoir, ce qu'il faut
se rappeler, c'est qu'on doit rester à l'intérieur des concepts menaces,
intimidation et harcèlement.
Si on veut résumer, là, l'ensemble de l'oeuvre,
là, on va travailler pour, dans le fond, tout ce qui est menaces, intimidation,
harcèlement. C'est ce qu'on vise par le projet de loi 57.
Mme Laforest : Alors, je vais lire
le premier paragraphe. On revient toujours au premier paragraphe. Ça résume
vraiment l'article complet. «La présente loi vise à valoriser le rôle des élus
municipaux, à encourager les candidatures aux élections municipales et à
contribuer à la rétention des élus municipaux en favorisant l'exercice des fonctions électives au sein des institutions
municipales québécoises sans entraves et à l'abri des menaces, du harcèlement et de l'intimidation, sans restreindre le droit de
toute personne de participer aux débats publics.» Donc, c'est vraiment
toujours à ce paragraphe-là que nous allons nous référer, qui présentait bien
l'article au complet.
M. Grandmont : Parfait.
Mme Laforest : C'est dans ces paramètres-là.
M.
Grandmont : Parfait. Chaque fois qu'on vous pose la question,
on revient toujours à ces trois concepts-là, puis vous ne nommez jamais
l'entrave.
Mme Laforest : ...je viens de le
lire.
M. Grandmont : Oui, je sais, là,
vous venez de le lire, mais, quand vous donniez des exemples tantôt au député
de Marquette, vous disiez, là : Ce qu'on veut éviter, c'est des menaces,
de l'intimidation, du harcèlement.
Mme Laforest : Mais je viens de
lire, là, «sans entraves et à l'abri des menaces».
M. Grandmont : Ce que je veux
signifier par là, c'est qu'on crée un nouveau régime pour défendre, pour
protéger les élus. On aurait pu s'en tenir à menaces, intimidation, harcèlement,
sans nécessairement aller dans la notion
d'entrave. Vous-même, vous ramenez seulement les notions de menaces,
intimidation, harcèlement quand on vous le demande.
Mme Laforest : On a discuté, ça
fait... Je pense, ça fait 12 heures qu'on dit la même chose.
M.
Grandmont : Je me demandais... Si on revient à ces trois
mots-là, là, puis en ajoutant «sans entraves», là, évidemment, là,
«menaces», «intimidation», «harcèlement», donc, agir sans entraves, pour les
gestes, là, qui seraient plus... qui seraient plus lourds, là, qui toucheraient
la violence, les agressions physiques, par exemple, là, ce n'est pas là-dedans,
là, qu'on... ce n'est pas avec le 57 qu'on va y répondre, là.
Mme Laforest : On l'a dit
aujourd'hui aussi, ça, ça touche le Code criminel.
M. Grandmont : On tombe dans le Code
criminel, tout simplement. Mais ce n'est pas une entrave au travail d'un élu.
C'est une entrave.
Mme Laforest : Je ne réponds plus,
honnêtement, là.
M. Grandmont : D'accord. On se
comprend. Parfait.
Mme Laforest : Je vais prendre une
pastille.
M. Grandmont : Un petit caramel.
Mme Laforest : Un caramel.
M.
Grandmont : Parfait. Ce sera tout pour l'instant. Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va? D'autres... Alors, on peut poursuivre. Alors,
s'il n'y a plus de question au numéro 3, nous allons passer au numéro 4.
Numéro 4.
Mme
Laforest : «Quiconque, lors d'une séance de tout conseil d'un
organisme municipal, cause du désordre de manière à troubler de façon abusive
le déroulement de la séance est passible d'une amende d'au moins 50 $ et
d'au plus 500 $.»
Merci, M. le
Président.
Le Président (M.
Schneeberger) : Questions?
Mme
Setlakwe : ...Président.
Le Président (M.
Schneeberger) : Députée de Mont-Royal—Outremont.
Mme
Setlakwe : On a déjà parlé, là, précédemment de ce qui... de cet
outil. Est-ce que vous pouvez nous expliquer quand même, là, le... comment
ça... la séquence, comment ça va se... comment ça va se dérouler? Est-ce que...
est-ce que, déjà, il y avait cet outil qui existait, mais qui était peut-être
appliqué de façon différente, là, d'une... d'une
municipalité à l'autre? Mais ma question, c'est vraiment de nous expliquer la
séquence, la procédure, là, comment ça se déroule.
Puis on a déjà dit,
là, que c'est un... c'est une personne qui vient, bon, causer le désordre de
manière à troubler de façon abusive, mais...
Mais donc ça se produit. On est en séance du conseil. Qui fait quoi, à quel
moment, là, pour mettre... mettre cet outil-là en branle, en oeuvre?
Mme Laforest :
Bien, en fait, c'est sûr que, dès qu'il va y avoir un appel ou une demande
encore au corps policier, bien, les
procédures vont s'enclencher, puis ce sera comme une infraction, comme on le
mentionnait, là, dans les... dans les municipalités. C'est comme une
infraction normale, entre 50 $ et 500 $.
Mme
Setlakwe : Est-ce que... OK. Donc... Oui, oui, mais il y a un
représentant de la municipalité qui va contacter les corps... le corps
policier, qui va venir constater.
Mme
Laforest : Ça peut être le greffier, ça peut être... à ce moment-ci,
là, peu importe, la personne qui est nommée au conseil municipal qui peut
téléphoner, qui peut parler au corps policier. Normalement, c'est le greffier.
Mme
Setlakwe : Et... Oui, mais même chose en région éloignée, où il y a...
Mme
Laforest : C'est le greffier-trésorier. Ça pourrait être ça aussi.
Mme
Setlakwe : On fait appel au corps policier le plus proche.
Mme
Laforest : Oui. Là, ça... il va y avoir une notion ou non d'urgence,
sûrement, là, dépendamment que... qu'est-ce que dira l'enquête, mais ça va être
rapide, puis il va y avoir une infraction qui sera donnée au citoyen.
Mme Setlakwe :
Est-ce que le corps policier doit
venir tout de suite sur place ou il y a comme une description qui est
fournie, il y a un témoignage qui est donné, il y a...
Mme
Laforest : Ça peut se faire tout de suite comme ça peut se faire
peut-être après... après enquête.
Mme
Setlakwe : OK. La question de... du cas qui a été vécu à Trois-Rivières,
où il y a eu une perturbation d'un conseil, je pense, ça avait duré deux
minutes.
Mme
Laforest : Oui.
Mme
Setlakwe : Comment ça s'inscrit, là, dans le... Est-ce que ça aurait
pu faire l'objet de...
Une voix :
...
Mme
Setlakwe : ...oui, d'une amende, selon ce nouvel article 4?
Mme
Laforest : C'est sûr que, là, évidemment, notre article de loi, le
projet de loi n'était pas adopté. Donc, ici,
si on revient une fois le projet de loi adopté, il y a toujours la notion
d'abusive. Donc, la situation à Trois-Rivières
aurait été jugée. Dépendamment si c'est une situation abusive, bien là, à ce
moment-ci, on aurait peut-être ou possiblement
pu agir. Maintenant, c'est arrivé quand même peu de fois. Puis, comme je le
mentionne, c'est le tribunal, quand même, à la fin... Même après le
projet de loi, le tribunal va prendre les décisions qu'il faut.
Mme Setlakwe : En
quoi est-ce que cet article vient bonifier le régime actuel pour un désordre
dans le...
Mme Laforest : Pour un désordre.
Mme Setlakwe : Oui, dans une séance
de conseil. Actuellement, là, qu'est-ce qui arrive si...
Mme Laforest : Bien, qu'est-ce qui
arrive? Il n'y a pas de... Admettons, là, que... Là, c'est sûr que, si ça
arrive dans un conseil municipal, la police peut intervenir, sauf que, si c'est
un citoyen qui perturbe le conseil municipal,
il y a possibilité, par exemple, de demander une injonction à la cour et que le
citoyen... Si ce sont des menaces...
Mme Setlakwe : Non, non, non, je
parle vraiment, si on est dans une trame factuelle, là, qui est visée à 4,
aujourd'hui, avant le... avant qu'on mette en place le régime, donc,
essentiellement, le régime actuel avant l'adoption de la loi.
Mme
Laforest : Mais ça dépend. Comme le collègue de Taschereau
le mentionnait, il y a déjà des municipalités que c'est bien expliqué, comment
doit se dérouler une séance du conseil municipal. Puis il y a même des
municipalités aussi qu'il y a des possibles infractions, là, si ça peut
arriver.
À ce moment-ci, bien là, qu'est-ce qu'on va
faire avec le projet de loi? Toutes les municipalités devront adopter une régie
interne pour la séance du conseil municipal, puis ce sera bien défini si,
admettons, il y a... il y a une perturbation de la séance du conseil à ce
moment-là.
Mme Setlakwe : Est-ce que... est-ce
que vous vous êtes inspirés d'un libellé qui existe? Là, je pense qu'il y a
peut-être quelque chose de similaire dans la Loi sur l'Assemblée nationale ou
je me trompe?
Mme Laforest : Vous êtes-vous
inspirés d'une loi sur l'Assemblée nationale?
Des voix : ...
Mme Setlakwe : Non? Il n'y a pas la
notion de causer le désordre?
Des voix : ...
Mme Laforest : C'est ça, ce n'est
pas nous qui avons la loi.
Des voix : ...
Le Président (M. Schneeberger) : Est-ce
que vous voulez qu'on suspende quelques instants?
Mme Laforest : Non. OK. Oui, on l'a
ici. Vous avez raison, c'est la loi 55, oui : «Nul ne peut porter
atteinte aux droits de l'Assemblée. Constitue notamment une atteinte aux droits
de l'Assemblée le fait de :
«1° refuser d'obéir à un ordre de l'Assemblée,
d'une commission ou d'une sous-commission;
«2° rendre un témoignage faux ou incomplet
devant l'Assemblée, une commission ou une sous-commission;
3° présenter à l'Assemblée [...] un document
faux dans le dessein de [se] tromper;
«4° contrefaire,
falsifier ou altérer, dans le dessein de tromper, un document de l'Assemblée,
d'une commission ou d'une sous-commission ou un document présenté ou
produit devant elles; puis
«5° créer des désordres susceptibles de troubler
le cours des débats parlementaires;».
Donc, oui, sûrement. Merci. On a quelqu'un du
ministère de... non, du Conseil exécutif.
• (22 h 20) •
Mme Setlakwe : Merci. Bien, écoutez,
moi, je me suis exprimée plus tôt aujourd'hui sur... Moi, je trouve ça
opportun, là, de venir encadrer les séances d'un conseil. Puis ce n'est pas
juste pour protéger... Ce n'est pas juste pour l'élu, là, c'est pour protéger
l'institution. C'est une instance démocratique qui doit... qui doit bien
fonctionner, puis je pense que c'est... c'est ce qu'on vise à faire ici.
Toutefois, pour que ce soit efficace, pour que ce soit... qu'on comprenne bien
de quoi il s'agit, j'aimerais ça vous entendre sur la notion de causer du
désordre.
Mme
Laforest : Causer du désordre durant le conseil municipal,
bien, le meilleur exemple, c'est qu'est-ce qui s'est passé au conseil
municipal de Montréal. C'est le meilleur exemple qu'on peut avoir.
Mme Setlakwe : Oui. C'est-à-dire?
Mme Laforest : Bien, vous savez
qu'est-ce qui s'est passé à Montréal à la séance du conseil. Ça fait que, pour
moi, ça, c'est... oui, c'est causer du désordre.
Mme
Setlakwe : Non, mais je pense qu'il faut... il faut répondre aussi...
Ce que j'essaie de faire, c'est de vous permettre de donner... vous donner
l'opportunité de venir dire que c'est bien balisé, parce que la dernière chose qu'on veut... Autant je trouve ça important de protéger les
élus, les citoyens, toute... toute l'instance démocratique, je pense qu'il faut
être clair, là, dans... dans ce que ça veut dire puis il faut... Il ne faut pas
qu'on vienne empêcher ou décourager des gens
de venir s'exprimer, exprimer de façon légitime, là, dans les valeurs...
Pourquoi on n'a pas repris ici, donc, on n'a pas jugé bon de reprendre,
justement, la notion de respect des valeurs démocratiques? Tu sais, comme par
exemple, les gens qui viennent en groupe pour exprimer leurs... Les gens qui
viendraient en groupe exprimer leur opinion, qui se mobilisent ensemble, qui le
font dans le respect, rappelez-nous, là, où est-ce que ça, c'est... Parce que
ça, ce n'est pas visé, là, par le projet de loi. C'est quelque chose
qu'on veut maintenir. On ne veut pas... on ne veut pas le limiter.
Mme
Laforest : ...la dernière phrase du premier paragraphe, on le résume
bien, c'est bien écrit : «...sans restreindre le droit de toute personne
de participer aux débats publics.»
Mme
Setlakwe : Parfait. Moi, ça me... moi, ça me va. Donc, c'est ça. La
balise, au tout début, va s'appliquer à l'article 4.
Question :
Est-ce que... On n'a pas jugé bon d'inclure une notion de temps, de temps, on
veut... tu sais, de... Je pense à l'exemple,
là, de Trois-Rivières, là. Apparemment, c'était quelque chose qui
n'avait pas... ça n'avait pas duré longtemps. Tu sais, quelle... quelle
a été la réflexion, là, pour en arriver à ce... à ce libellé?
Le Président (M.
Schneeberger) : ...
M. Bernier
(Guillaume) : Guillaume Bernier. Oui, bien...
Le Président (M.
Schneeberger) : Alors... Excusez. Oui, alors, consentement pour
prendre la parole?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Schneeberger) : Consentement. Présentez-vous.
M. Bernier (Guillaume) : Bien, on s'est inspirés,
là, de l'article de l'Assemblée nationale, dans le fond. On est partis
du même libellé puis on a jugé bon d'ajouter «de façon abusive», là, pour ne
pas être trop restrictifs, là.
Mme
Setlakwe : Merci.
Le Président (M.
Schneeberger) : Ça va?
Mme Setlakwe :
Puis, pour ce qui est des montants, quelle était la réflexion pour...
Une voix : ...
Mme
Setlakwe : Non, non, c'est ça. Donc, je vois aussi que quiconque va,
donc, troubler de manière à... causer le désordre de manière à troubler de façon
abusive le déroulement de la séance est passible d'une amende d'au moins 50 $ et d'au plus 500 $.
Quelle a été la réflexion, là, pour... avant de déterminer ces montants-là?
Pourquoi ces montants-là?
M. Bernier
(Guillaume) : Bien, c'est sûr que, si on compare avec les montants
d'amende dans la Loi sur l'Assemblée nationale, on est, disons, moins... moins
sévères au niveau des montants, mais, bon, c'est un choix d'opportunité, je
pense, qu'on a fait ici, là. On ne veut pas empêcher les citoyens de
s'exprimer. On ne veut pas être trop sévères
dans le montant de l'amende. Donc, on arrive avec des montants ici qui nous
semblent, disons, raisonnables. C'est l'approche qu'on a retenue.
Le Président (M.
Schneeberger) : Oui, députée de Jeanne-Mance—Viger.
Mme
Rotiroti : Merci, M. le Président. Je ne peux pas m'empêcher de poser
la question au... à notre juriste. Vous dites, vous vous êtes inspirés de
qu'est-ce qu'on a dans la Loi de l'Assemblée nationale, qui est l'article 55 que
la ministre a eu la chance de lire. Vous dites que vous... Quand on vous pose
la question sur le 50 $ jusqu'à 500 $, vous dites que vous vous êtes inspirés des amendes qu'il y a à
l'Assemblée nationale. J'aimerais ça juste savoir à quel article vous
vous référez de la loi, parce que je ne suis pas sûre que...
Mme Laforest :
...excusez, de l'Assemblée
nationale, hein? Désolée. C'est les amendes du milieu municipal.
M. Bernier (Guillaume) : Non, non, c'est ça,
exact. On s'est inspirés du libellé par rapport aux comportements qu'on...
qu'on souhaite proscrire.
Mme
Rotiroti : Oui, ça, c'est correct. Alors, dites-moi, quand vous
dites : Un moyen de 50 $ à 500 $... Vous prenez ces montants-là.
Pourquoi ce n'est pas 500 $ à 1 000 $, par exemple? Vous, vous
êtes... Ces montants-là sont jugés comment?
M.
Bernier (Guillaume) : Bien, on a fait des... on a fait des consultations
à l'interne, au ministère de la Justice, puis les montants qu'on a
retenus ici étaient dans les échelles, là, de ce qui serait raisonnable comme
montants d'amende.
Mme Rotiroti : L'échelle de quoi,
basée sur quoi?
M. Bernier
(Guillaume) : Bien, de... les montants de... disons, d'amende
qu'on a pour ces types d'infraction là de façon générale, disons, là.
Mme Rotiroti : Pouvez-vous me donner
un exemple, juste dans quelle loi ou...
M. Bernier (Guillaume) : Là, je n'en
ai pas un sous la main en ce moment, là. Disons que je n'avais pas anticipé ça.
Mais, demain, on pourrait arriver avec des exemples, si vous le souhaitez.
Mme Rotiroti : Oui, ce serait
apprécié, oui. Merci.
Le Président (M. Schneeberger) : Oui,
député de Marquette.
M. Ciccone : Oui, merci. Il ne reste pas beaucoup de temps, là, mais je
veux juste demander peut-être une petite précision, là. Justement, à
l'article 4, là, on dit : «Cause du désordre de manière à troubler de
façon abusive», de façon abusive, là. Est-ce
que, par exemple... Parce que, quand on regarde le... Parce qu'il y a quand
même une gradation, là. À
l'article 5, quand on va aller plus bas, là, on va nommer des... «en le
menaçant, en l'intimidant ou [...] le harcelant», mais est-ce que ça
peut être considéré comme abusif, ça, le harcèlement, l'intimidation, les
menaces?
M. Bernier
(Guillaume) : ...les cas qui seraient effectivement couverts par
notre disposition ici. Du harcèlement
en séance de conseil, je pense qu'on s'entend autour de la table pour dire que
ça n'a pas lieu d'être, donc...
M. Ciccone :
OK. Mais, quand je lis... C'est parce que je veux savoir, moi, parce que de
façon abusive... Tu sais, vous dites que...
Dans l'article 5, vous nommez, puis, en haut, vous dites seulement «de
façon abusive», «à troubler de façon abusive». Mais tu peux troubler de
façon abusive en menaçant, en intimidant, en harcelant.
Une voix : ...
M. Ciccone :
Oui ou pas pantoute. Parce que, là, il y a une gradation. Il y a 500 $...
50 $ à 500 $ puis il y a de 500 $ à 1 500 $. Mais
est-ce que ça peut être de façon abusive avec le harcèlement? Est-ce que ça
rentre dans une façon abusive, ça, le harcèlement, l'intimidation?
M. Bernier (Guillaume) : J'aurais
tendance à croire que oui, là.
M. Ciccone :
Bien, pourquoi, d'abord, c'est juste 500 $... 50 $ à 500 $ si ça
peut rentrer là-dedans, «de façon abusive»?
Mme Laforest : Bien, en fait, moi,
je vais répondre, là, pour terminer la soirée, là. C'est qu'on s'est fiés sur
des montants qui étaient déjà évalués, des infractions au niveau municipal.
Donc, c'est sûr qu'il y a de 50 $ à 500 $... Désolée, là, maître.
Mais on a évalué avec... Puis ça s'est fait avec le ministère de la Justice,
avec le ministère des Affaires municipales. On a pris des infractions qui
étaient aux Affaires municipales, considérées avec... avec des montants qui
étaient évalués... avec le ministère de la Justice pour certains exemples
d'infractions et on est arrivés avec ces montants-là. Alors, voilà.
M. Ciccone : OK. Parfait. Ce n'était pas ma question, mais merci
beaucoup.
Mme Laforest : Bien, merci.
M. Ciccone : Moi, je parle «de façon abusive». Qu'est-ce qui rentre dans
la définition de «façon abusive»? Je sais
qu'on n'a pas beaucoup de temps, mais ça va être... C'est un beau préambule, là,
Mme la ministre, pour revenir, justement, sur cette question-là.
Mme Laforest : Merci. Bonsoir.
Le
Président (M. Schneeberger) : Alors, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux sine die.
(Fin de la séance à 22 h 30)