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(Onze heures trente et une minutes)
Le Président (M. Lemieux): À l'ordre, s'il vous
plaît!
Le mandat de la commission est le suivant: la commission du budget et de
l'administration se réunit ce matin afin de poursuivre l'étude
détaillée du projet de loi 68, Loi sur le ministère des
Approvisionnements et Services et modifiant diverses dispositions
législatives.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire: Oui, M. le Président. M. Chevrette
(Joliette) va remplacer M. Dufour (Jonquière).
Le Président (M. Lemieux): Je vous remercie, M. le
secrétaire. Relativement à la poursuite des travaux, vous vous
souvenez que, lorsque nous avons ajourné nos travaux lundi dernier, nous
débattions l'amendement du député de Dubuc à la
motion du député de Joliette. L'amendement est le suivant: La
motion pour consultations particulières est amendée en ajoutant,
à la fin de cette motion, les termes suivants: "ainsi que le
président de l'Assemblée nationale." Si l'amendement était
adopté, la motion du député de Joliette se lirait ainsi:
"Que la commission, avant d'entreprendre l'étude détaillée
du projet de loi 68, Loi sur le ministère des Approvisionnements et
Services et modifiant diverses dispositions législatives, procède
à des consultations particulières en entendant le Syndicat
canadien de la fonction publique, ainsi que le président de
l'Assemblée nationale."
Nous reprenons donc le débat sur l'amendement du
député de Dubuc. Monsieur...
Retrait de la motion d'amendement
M. Chevrette: Je voudrais vous demander de clore le débat
pour les motifs suivants. Hier, nous avons eu une commission de
l'Assemblée nationale et le président a rendu public le fait
qu'il avait eu des communications écrites avec le ministre des
Approvisionnements et Services et le ministre responsable du Comité de
législation, et qu'on doit nous présenter éventuellement
des amendements. Le ministre peut-il confirmer si tel est le cas par rapport
à l'Assemblée nationale?
M. Rocheleau: M. le Président, j'ai fait une
dernière vérification ce matin. Il y a effectivement un
amendement qui devrait être déposé en ce qui concerne le
Directeur général des élections. Par contre, en ce qui a
trait à l'Assemblée nationale, il y a déjà un
pouvoir de dérogation en vertu de l'article 110, qui permet à
l'Assemblée nationale de déroger à l'application de la
loi, d'une part. Il avait été convenu de le maintenir de la
même façon, étant donné que, depuis la passation de
la loi 90, en 1982, déjà l'Assemblée nationale
était assujettie à la loi sur les achats et le pouvoir de
dérogation a été, à l'occasion, utilisé
comme il peut être utilisé encore si le Bureau de
l'Assemblée nationale, lors de l'administration de son budget, en
décidait ainsi. J'en ai fait mention au leader du gouvernement et tenant
compte de cela... Quant au Directeur général des
élections, nous aurons un amendement à déposer à la
suite de la discussion que nous avons eue, l'autre fois.
M. Chevrette: Si le président nous le permet, cela va
probablement éviter énormément de débats par la
suite si on clarifie ces petits points. La réponse a-t-elle
été transmise officiellement au président de
l'Assemblée nationale concernant cette motion?
M. Rocheleau: Écoutez, M. le Président, je
m'excuse. D'une part, j'ai dû m'absenter au cours des derniers jours; je
suis arrivé uniquement ce matin. Je pourrai, à midi, faire les
consultations d'usage, s'il y a lieu. Déjà, ce matin, j'en ai
parlé au leader du gouvernement et ce dernier m'a dit qu'il avait
justement eu, hier, des propos là-dessus. Je lui ai confirmé, ce
matin, qu'il y aurait un amendement en ce qui concerne le Directeur
général des élections, mais, en ce qui concernait le
président de l'Assemblée nationale, il y avait déjà
un pouvoir de dérogation.
M. Chevrette: Y a-t-il possibilité d'avoir la
référence précise que vous me donniez pour la
dérogation? C'est l'article 110 de quelle loi.
Le Président (M. Lemieux): Il a dit la
Loi sur l'Assemblée nationale tout à l'heure, M. le
député de Joliette.
M. Chevrette: D'accord.
M. Rocheleau: Je voudrais simplement dire pour le
bénéfice du leader de l'Opposition que la Loi sur
l'Assemblée nationale a été votée sous le
gouvernement précédent, en 1982.
Le Président (M. Lemieux): L'article se Ht comme
suit.» Est-ce que vous voulez que je vous en fasse lecture, M. le
député de Joliette?
M. Chevrette: Oui.
Le Président (M. Lemieux): "Sous réserve de la
présente loi, la gestion de l'Assemblée nationale continue de
s'exercer dans le cadre des lois, règlements et règles qui lui
sont applicables. Toutefois, le bureau peut, par règlement,
déroger à ces lois, règlements et règles en
indiquant précisément les dispositions auxquelles il est
dérogé et les dispositions qui s'appliqueront en leur lieu et
place."
Voilà le contenu du texte de l'article 110 de la Loi sur
l'Assemblée nationale. M. le député de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Oui, M. le Président. Si je
comprends bien les propos du ministre - c'est bien important de partir sur le
bon pied ce matin - concernant le Directeur générai des
élections, il y aura un amendement et, concernant l'Assemblée
nationale, on se référera donc à la Loi sur
l'Assemblée nationale. Par le fait même, cela justifie un peu
l'inquiétude qu'on avait, mais c'est protégé par la Loi
sur l'Assemblée nationale. Est-ce exact?
M. Rocheieain C'est exact.
M. Parent (Bertrand): Cela va pour moi, M. le
Président.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette, je vais vous faire lecture de l'article 195 des Règles de
procédure qui dit: "L'auteur d'une motion ou, avec sa permission, un
autre député peut en proposer le retrait." Si je comprends
bien...
Une voix: Quel article?
Le Président (M. Lemieux): L'article 195 des Règles
de procédure. Si je comprends bien, M. le député de
Joliette, c'est avec la permission du député de Dubuc que nous
pouvons considérer le retrait de l'amendement: "ainsi que le
président de l'Assemblée nationale." Est-ce exact?
M. Chevrette: C'est exact. Ou bien qu'on y mette fin purement et
simplement par un vote immédiat.
Le Président (M. Lemieux): Non. Il n'y a pas de
problème si vous me dites qu'effectivement c'est avec la permission du
député du Dubuc.
M. Chevrette: Prenez la procédure la plus rapide.
Le Président (M. Lemieux): Maintenant, dans un
deuxième temps, c'est de votre propre chef que vous retirez la motion
principale, à savoir qu'avant d'entreprendre l'étude
détaillée du projet de loi 68, Loi sur le ministère des
Approvisionnements et Services et modifiant diverses dispositions
législatives, on procède à des consultations
particulières en entendant le Syndicat canadien de la fonction
publique.
Vote sur la motion principale
M. Chevrette: Au lieu de la retirer, avec le nombre d'heures que
l'on a fait, vous comprendrez qu'on est peut-être mieux de
procéder au vote. On croyait que c'était important de faire venir
des gens. Donc, je préférerais que l'on procède à
un vote immédiat.
Le Président (M. Lemieux): Alors, avec la permission du
député de Dubuc l'amendement est retiré en ce qui a trait
à: ainsi que le président de l'Assemblée nationale." Nous
allons prendre le vote sur la motion principale du député de
Joliette. M. le secrétaire.
M. Chevrette: Pas nécessairement un vote par appel
nominal. On peut dire que l'Opposition est pour et que le gouvernement est
contre.
Le Président (M. Lemieux): Alors, adopté sur
division.
Une voix: Rejeté.
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Joliette, rejeté sur division.
M. Chevrette: On en est venu à un cheveu de gagner.
Le Président (M. Lemieux): Mon instinct, M. le
député de Joliette. J'appelle l'article 1 du projet de loi 68,
Loi sur le ministère des Approvisionnements et Services et modifiant
diverses dispositions législatives. M. le ministre.
Étude détaillée Organisation du
ministère
M. Rocheleau: M. le Président, je me permets simplement de
lire l'article 1 et d'apporter un léger commentaire... "Le
ministère des Approvisionnements et Services est dirigé
par le ministre des Approvisionnements et Services nommé en vertu de la
Loi sur l'exécutif (LRQ, chapitre E-18)." Le commentaire est très
simple: Cet article prévoit que c'est le ministre des Approvisionnements
et Services qui assume la direction du ministère des Approvisionnements
et Services.
Le Président (M. Lemieux): Y a-t-il d'autres
interventions? M. le député de Joliette.
M. Chevrette: Si le ministre me le permet, j'irai plutôt
par questions que par exposé pour essayer de situer cela et de bien
comprendre ce que cela va avoir comme image, ce ministère.
Vous devenez ministre des Approvisionnements et Services avec quatre
structures dites juridiques et autonomes ou quasi autonomes, parce que si on
regarde le Service des achats, c'est quand même une assise juridique
très forte et qui a une structure avec des coudées assez libres,
merci.
C'est écrit: "Le ministère des Approvisionnements et
Services est dirigé par le ministre des Approvisionnements et Services
nommé en vertu de la Loi sur l'exécutif." N'y aurait-il pas lieu
- c'est une question que je pose pour clarifier; c'est surtout sur un point de
droit - d'administrer, bien sûr, mais dans le cadre des juridictions que
lui permet la législation sur laquelle sont assises les structures
autonomes? En d'autres mots - je vais reposer ma question différemment -
le ministre devient titulaire d'un ministère à quatre structures
dites légales et autonomes. Est-ce que, par te fait qu'on crée un
ministère, on donne plus ou moins de pouvoirs au ministre ou si on ne
change en rien les pouvoirs des structures qui sont assujetties à sa
tutelle?
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre.
M. Rocheleau: M. le Président, si nous les
éliminons par priorité, en ce qui concerne la RIO, la
Régie des installations olympiques, comme le leader de l'Opposition le
faisait remarquer l'autre jour, cela peut relever, au point de vue de la
responsabilité, de l'un ou l'autre des ministres. Cela a
déjà été sous la tutelle du ministère du
Loisir, de la Chasse et de la Pêche. Aujourd'hui, le premier ministre a
décidé par décret de me confier cette
responsabilité qui n'apparaît pas dans le projet de loi comme
telle.
Pour ce qui est de la Protection civile qui relevait déjà
du ministère de la Justice, encore une fois, M. le Président, le
rapport qui a été déposé au mois de janvier
démontre très clairement que la Protection civile a toujours
été un peu l'enfant délaissé de l'un ou l'autre des
ministères pour lesquels il y avait un responsable.
Dans les différentes provinces canadiennes, M. le
Président, on retrouve la Protection civile sous la juridiction, dans
certains cas, du ministre des Affaires municipales, dans d'autres cas, du
ministre des Approvisionnements et Services, dans d'autres cas
également, cela relève du ministère de la Justice. Mais il
n'y a pas de lien de parenté comme tel autre que la Protection civile.
Cela tient compte de services par le biais des municipalités aux
sinistrés. Ce sont les municipalités qui sont aidées par
la Protection civile pour mettre en oeuvre un programme en ce qui peut
concerner un sinistre ou un désastre quelconque.
La Protection civile a recours également aux
municipalités, aux bénévoles dans chacune des
régions, aux services de police; si c'est dans un secteur rural, la
Sûreté du Québec et si c'est dans un secteur urbain, la
police municipale.
Le rapport démontre clairement qu'il y a des améliorations
en ce qui concerne les politiques à mettre en oeuvre. En tenant compte
du fait que ma responsabilité touche plus particulièrement les
politiques et la réglementation, comme la planification
également, le premier ministre a jugé opportun de me confier
cette responsabilité.
Pour ce qui est de la Société immobilière du
Québec, on sait que cela a été modifié en 1984. A
ce moment, c'était une modification qui était apportée
à l'ancien ministère des Travaux publics, dans le but de
créer une Société immobilière du Québec et
de transporter l'actif immobilier à une société, tout en
permettant à la société d'effectuer un remboursement au
gouvernement à des périodes définies par le ministre des
Finances.
Cela permettait au gouvernement d'aller chercher pour son fonds
consolidé des sommes d'argent relativement importantes. Cette structure
n'a pas été modifiée, à l'exception de la
planification. La planification des besoins des ministères devra
être faite par le ministre responsable des Approvisionnements et
Services. (11 h 45)
On a constaté à plusieurs reprises que la
Société immobilière du Québec ne rencontrait pas
nécessairement les objectifs de l'ensemble des ministères, mais
qu'elle agissait beaucoup plus comme gestionnaire immobilier responsable de la
construction d'édifices pour le gouvernement et responsable de la
location d'espaces pour les différents organismes qui sont sous sa
juridiction. Au point de vue de la planification, on s'est rendu compte qu'il y
avait, antérieurement à aujourd'hui, une lacune très
évidente. C'est une des raisons
pour lesquelles on retrouve à l'article 27, dont on pourra
discuter un peu plus tard, qu'il y aura un transfert de certains
employés de la Société immobilière du Québec
qui se retrouvent davantage au secteur de la planification. Cela comporte un
nombre assez restreint d'employés avec lesquels on fera des ententes
particulières; d'autant plus que, si je me réfère à
la loi de 1984, il y avait déjà des prévisions qui avaient
été inscrites à ce moment concernant les employés
à être transférés de la SIQ. On avait alors convenu
qu'on gardait les acquis. Si des employés ont à revenir à
l'intérieur de la fonction publique, j'ai l'impression que ceux-ci ne
pourraient qu'être aussi bien protégés qu'avant, sinon
mieux, et que s'ils avaient des acquis, à ce moment-là, ceux-ci
seront négociés directement avec le groupe d'employés qui
sera transféré chez-nous. On ne veut brimer aucun employé
dans ses droits et ses privilèges, d'autant plus que ces employés
auront la latitude d'être transférés sous la
responsabilité directe du ministre responsable.
En ce qui concerne particulièrement le Service des achats du
gouvernement, il relève déjà du ministre et il en a
toujours relevé en vertu de la loi. Il n'y a rien de changé de ce
côté, à l'exception que les politiques d'achat qui
étaient assujetties soit au Conseil du trésor, soit au
ministère de l'Industrie et du Commerce, soit à d'autres
ministères se verront regrouper à l'intérieur du
ministère des Approvisionnements et Services. Ce dernier verra à
préparer les politiques selon la planification et selon les besoins,
à les faire adopter par le gouvernement et par la suite, à faire
en sorte de préparer les règlements qui en découlent.
Encore une fois, les règlements sont assujettis à l'acceptation
du gouvernement. Il y a une loi qui est étudiée en
parallèle à l'Assemblée nationale, je ne sais pas si elle
est déjà adoptée, la loi 12, qui donnera juridiction
à l'Assemblée nationale de désavouer les règlements
qui pourront à tout effet être passés. De par cette loi, on
valorise davantage l'Assemblée nationale au point de vue de la
réglementation, chose qu'on ne retrouvait pas antérieurement. Je
crois que c'est à l'avantage de tout le monde de faire en sorte
que les règlements soient soumis à l'Assemblée nationale
pour y être discutés.
Le Président CM. Lemieux): M. le ministre, vous avez
terminé?
M. Rocheleau: Oui.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Je voudrais savoir de la part du ministre
si, par rapport à l'organisation de ce nouveau ministère, un
organigramme a déjà été conçu, si une
nouvelle description de tâches a été faite concernant ces
personnes qui relèveront maintenant du ministre. Est-ce que tout est
prêt à être mis en place à partir du moment où
la loi sera adoptée ou si tout est è faire? Je pense à
l'organigramme en particulier.
M. Rocheleau: M. le député de Bertrand, je dois
vous avouer qu'avec le nombre très restreint d'employés à
mon service actuellement... On sait qu'à l'exception de mon cabinet
politique j'ai une personne-ressource, qui porte le titre de secrétaire
général adjoint, qui m'est prêtée par le Conseil du
trésor. Aussitôt que nous aurons adopté la loi
créant le ministère comme tel, nous aurons le personnel
nécessaire nous permettant de nous structurer et d'élaborer une
structure opérationnelle qui devrait se mettre en marche dans les
prochaines semaines, sinon les prochains mois.
Le Président (M. Lemieux): J'imagine, M. le ministre, que
ce plan d'organisation sera approuvé par le Conseil du
trésor.
M. Rocheleau: C'est cela.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce qu'il y a d'autres
questions à l'article 1 du projet de loi 68? Est-ce que l'article 1 du
projet de loi 68 est... M. le député de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): M. le Président, si vous me
permettez...
Le Président (M. Lemieux): Oui, M. le député
de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): ...une dernière question à la
suite de la réponse du ministre. Est-ce qu'il serait possible de les
faire déposer, dès que ce nouvel organigramme et cette nouvelle
structure seront prêts, pour l'information de l'Opposition,
peut-être à mon collègue, le leader de l'Opposition? Ce
serait important. On se fait poser beaucoup de questions là-dessus et,
à partir du moment où le projet de loi 68 entrera en vigueur,
qu'il deviendra loi, vous allez vous retrouver à la tête d'un
ministère. Qui va dépendre de qui? Comment cela va-t-il
fonctionner? Je pense que ce serait important, dès que ce sera fait,
qu'on puisse avoir cela entre les mains.
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre.
M. Rocheleau: Pour le bénéfice du
député de Bertrand, aussitôt après l'approbation du
projet de loi 68 créant le ministère des Approvisionnements et
Services
- à l'intérieur du budget de l'année courante,
1986-1987, nous sommes assujettis au Conseil du trésor; alors, on n'a
pas de budget, d'appropriations budgétaires comme telles -sous
réserve de l'approbation du Conseil du trésor, une fois que
l'organigramme sera accepté, il me fera plaisir d'en faire parvenir une
copie ou les directives nécessaires à l'Opposition.
Le Président (M. Lemieux): J'aimerais attirer l'attention
du député de Bertrand sur les 30 premiers articles de la loi 51,
Loi sur la fonction publique. Vous pouvez aussi vous adresser au Conseil du
trésor en pareille circonstance pour obtenir ce plan d'effectifs.
Est-ce qu'il y a d'autres questions à l'article 1 du projet de
loi 68? Il n'y a pas d'autres questions à l'article 1. Est-ce que
l'article 1 est adopté?
Des voix: Adopté.
Le Président (M. Lemieux): L'article 1 est
adopté.
J'appelle l'article 2 du projet de loi 68. M. le ministre. Est-ce que
l'article 2 est adopté?
M. Rocheleau: M. le Président, c'est simplement pour en
faire la lecture et les commentaires, si vous voulez.
Le Président (M. Lemieux): Un instant, M. le ministre.
Est-ce que l'article 2 est adopté?
M. Chevrette: Non. Des voix: Non.
Le Président (M. Lemieux): Alors, M. le ministre, s'il
vous plaît!
M. Chevrette: J'ai des questions à poser. J'ai
été tuteur de la RIO et d'une couple de structures au cours des
dernières années et le fait d'avoir un sous-ministre.., J'ai
été ministre de la Santé et des Services sociaux et
à un moment donné j'avais aussi la responsabilité de la
RIO. Au niveau du fonctionnement, on sait que les P.-D.G. des structures, des
sociétés d'État ou des régies se considèrent
- je n'ai pas à juger si c'est a juste titre ou pas -
l'équivalent d'un sous-ministre en titre. Vous arrivez avec un
sous-ministre en titre, tel que stipulé dans la loi, à moins que
je ne me trompe, sur le plan légal, tirant son autorité
directement du ministre, si on regarde l'article 3 qui suit, parce qu'il y a un
enchaînement cohérent dans la loi et qui, à mon avis, a
donc, sur le plan administratif, l'autorité sur les P.-D.G. Est-ce que
c'est une déduction logique ou pas?
M. Rocheleau: En somme, dans le cas de la RIO, comme le
mentionnait le leader de l'Opposition, le P.-D.G. a dans les faits le titre ou
est l'équivalent d'un sous-ministre. Le P.-D.G. relève
directement du ministre, entre autres, dans le cas de la RIO, et aussi dans le
cas du bureau de la Protection civile du Québec et de la SIQ. Par
contre, l'élément planification ou les employés qui
relèveront directement du ministère des Approvisionnements et
Services pour la planification relèveront également, je le crois,
du sous-ministre de ce ministère. Mais, quant è la
Société immobilière du Québec qui a, elle aussi, en
vertu de la loi, un président-directeur général, à
ce moment-là, son président relève du ministre.
M. Chevrette: À toutes fins utiles, c'est peut-être
là que la discussion peut être un peu longue puisque c'est pour
l'ensemble du projet de loi, car la clarification de cet article nous permettra
de clarifier une série d'autres articles qui suivront.
J'aimerais savoir, pour bien comprendre le fonctionnement
éventuel de ce ministère, si, à toutes fins utiles, vous
auriez un ministère avec un sous-ministre en titre pour un personnel
réduit, comme vous l'avez dit, et trois types de directeurs
généraux ou l'équivalent de sous-ministres adjoints, qui
seraient les présidents, P.-D.G., de trois structures, la RIO, la SIQ et
le bureau de la Protection civile qui, elles, relèvent directement du
ministre. Donc, en relevant directement du ministre, c'est comme si vous aviez
quatre sous-ministres en titre, avec le vôtre au point de vue
autorité ou ligne d'autorité, si je me base exclusivement sur les
assises légales de ces structures. Le sous-ministre dont il est question
ici serait embauché pour quel type d'activité, si ce n'est pour
le Service des achats, d'après ce que je peux comprendre? Encore
là, le Service des achats a beaucoup d'autonomie.
Le fonctionnement juridique de tout cela n'est pas clair pour moi. Je
sais qu'on crée, bien sûr, légalement le sous-ministre. Je
pense que, lorsque vous créez un ministère, vous nommez un
sous-ministre en titre, et je le comprends. Mais ce sous-ministre en titre, par
rapport au sous-ministre en titre des autres ministères, est là
face à trois et même, je dirais, à quatre bonshommes. Car
je dirais que même le Service des achats a une autonomie très
forte. J'ai été surpris de voir toute l'autonomie que pouvait
avoir le Service des achats dans la loi.
À partir de là, ma question est la suivante. Est-ce que le
sous-ministre en titre que l'on crée dans la loi n'est pas, à
toutes fins utiles, quelqu'un qui aura, dans les faits, moins d'autorité
que les P.-D.G. des structures dites autonomes que la loi n'affecte pas? Je
pense que c'est une
question très sérieuse, et le ministre comprend
sûrement le dilemme juridique qu'on veut faire clarifier. Il n'est pas
question de vouloir prendre un temps illimité, mais je voudrais
comprendre cela bien comme il faut avant d'entreprendre les articles plus
techniques par la suite.
M. Rocheleau: M. le Président, c'est une question
très pertinente. À la régie, comme à la Protection
civile et à la Société immobilière du
Québec, les P.-D.G. relèvent directement du ministre. Dans le cas
du ministère des Approvisionnements et Services où il y aura un
sous-ministre en titre, ce dernier aura, entre autres, la responsabilité
de la planification des besoins et de l'élaboration des politiques
d'achat antérieurement assumée par le Conseil du trésor et
par le ministère de l'Industrie et du Commerce.
L'élaboration des politiques et de la réglementation
relèvera directement du sous-ministre en titre du ministère des
Approvisionnements et Services, et des employés qui viendront s'y
greffer au point de vue des politiques et des règlements qui suivront.
Examinons la suite, juste parce qu'il y a une connotation à l'article 3:
"Sous la direction du ministre, le sous-ministre administre le
ministère. Il exerce, en outre, toute fonction que lui assigne le
gouvernement ou le ministre." Si des fonctions particulières ont
à lui être assignées, elles peuvent lui être
assignées directement par le gouvernement ou par le ministre. (12
heures)
M. Chevrette: Je reviens è ma question. Prenons juste une
structure. Allons-y par structure, cela va peut-être être plus
clair que d'y aller globalement. Prenons la RIO. M. Deschamps relève
directement de vous comme ministre, mais, par rapport à
l'autorité de votre sous-ministre dans votre ministère, votre
sous-ministre n'en a aucune légalement. Est-ce que j'interprète
bien la loi?
Une voix: C'est cela.
M. Chevrette: C'est un long réveil! Vis-à-vis de la
RIO, votre sous-ministre n'a donc aucune autorité, même s'il est
le prolongement du ministre. En d'autres mots, cela n'altère en rien,
juridiquement, la structure de la RIO, mais cela n'accrédite en rien,
non plus, les pouvoirs du sous-ministre en titre du ministère.
M. Rocheleau: Pour la RIO, non. C'est que le P.-D.G.
relève directement du ministre.
M. Chevrette: D'accord, cela va.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que je pourrais ajouter quelque
chose, M. le député de Joliette? J'aimerais attirer votre
attention sur le fait qu'il y a une différence qui me semble importante
en vertu de la Loi sur la fonction publique où le sous-ministre en titre
est considéré comme un administrateur d'État, et c'est bel
et bien indiqué dans la loi comme telle.
M. Chevrette: Et pas l'organisme.
Le Président (M. Lemieux): Et non pas l'organisme. Encore
autre chose. Il y a un jugement très intéressant de Claire
L'Heureux-Dubé sur la CSST qui fait cette distinction entre
société d'État et pouvoirs des sous-ministres. On a
affaire à une société qui est complètement
distincte, qui a son existence légale propre, d'où la
non-existence de cette ligne d'autorité dont vous venez de faire part.
Je voulais simplement ajouter ceci. Vous avez la parole, M. le
député de Joliette.
M. Chevrette: D'accord. Donc, c'est clair. Allons à la
SIQ. À la SIQ, il y a un P.-D.G. qui, en vertu d'une loi, encore une
fois... On va aller au plus court: Est-ce que c'est le même raisonnement
ou le même jugement que je peux porter face à la SIQ que celui que
je portais sur la RIO?
M. Rocheleau: À la Société
immobilière du Québec, en vertu de la loi qui l'a
constituée, c'est exactement la même chose.
M. Chevrette: C'est le même jugement. Vis-à-vis de
la Protection civile?
M. Rocheleau: Vis-à-vis de la Protection civile, encore
là, le directeur général de la Protection civile
relève directement de l'autorité du ministre.
M. Chevrette: II reste donc le Service général de
financement qui, lui...
Une voix: Des achats.
M. Chevrette: Des achats, excusez. La SGF, ce n'est pas tout
à fait la même chose. Le Service générai des achats,
lui, relève du sous-ministre. Est-ce que je me trompe? Parce que,
là, c'est plus complexe. J'ai eu de la difficulté,
personnellement, n'étant pas un juriste renommé, à avoir
la clarification. Je sens une assise légale au Service des achats, mais
je ne lui sens pas la même autorité juridique que la RIO, la SIQ
ou la Protection civile. Cela ne me ferait rien que le procureur nous
l'explique, parce que je vaudrais bien comprendre.
Le Président (M. Lemieux): Du consentement de la
commission, M. le procureur.
M. Denis (Mario): En fait, vous avez raison de souligner que le
statut du directeur général des achats est très
différent de celui de la SIQ, par exemple, ou de la RIO. Dans les cas de
la RIO et de la SIQ, ce sont des organismes autonomes qui ne relèvent
que du ministre. Alors, lorsque dans la loi du ministère on dit que le
sous-ministre a l'autorité du ministre, c'est uniquement aux fins du
ministère. En ce qui concerne, par exemple, les directives que le
ministre est habilité à donner de par son pouvoir, le
sous-ministre n'a aucune compétence à l'égard des
dirigeants d'organismes qui sont l'équivalent de sous-ministres à
l'égard de leur organisme. C'est-à-dire que la loi prévoit
que ce sont des dirigeants d'organismes. Alors, eux seuls ont autorité
sur la gestion de leur boîte, sous réserve, évidemment, du
pouvoir du ministre quant à l'application de leur loi, notamment quant
aux directives qu'il peut donner sur l'orientation et les objectifs de ces
sociétés.
À l'égard du directeur général du Service
des achats, c'est extrêmement différent dans la mesure où,
vous avez raison de le soulever, c'est beaucoup moins autonome. Lorsqu'on dit
que c'est une boîte qui était relativement autonome, c'est un
fait, sauf qu'il faut faire attention, c'est bien "relativement" autonome. Cet
organisme, le Service des achats, n'a aucune personnalité juridique,
contrairement aux autres organismes qui ont une personnalité juridique.
Le Service des achats comme tel n'a aucune capacité juridique. On dit
dans la Loi sur le Service des achats - c'était déjà dit
actuellement, on ne touche pas à cela -que cela relève du
ministre, de sorte que c'est le ministre qui a autorité, sauf que le
directeur du Service des achats est également dirigeant d'organisme.
Cela veut dire qu'à l'égard du Service des achats qui est
conservé comme tel, mais qui va se retrouver à l'intérieur
du ministère, le directeur général des achats aura seul
autorité sur la gestion, par exemple, des ressources humaines de son
service. Le sous-ministre, à l'intérieur du ministère, en
principe, n'aura pas de pouvoir là-dessus à cause de la Loi sur
le Service des achats qui confère un statut de dirigeant d'organisme au
directeur général des achats. Sauf que, à l'égard
de sa relation avec le ministre, c'est exactement la même relation
d'autorité qui va continuer que celle qui existe actuellement.
M. Chevrette: Donc, directe.
M. Denis: Directe, effectivement. C'est particulier.
M. Chevrette: Je laisserais un point d'interrogation
là-dessus. C'est peut-être à l'usage qu'on
découvrira que cela prendra un amendement. En créant un
ministère, on revient, quand même, à un concept qui a
déjà existé par rapport à celui qui existe. Bien
sûr qu'il est difficile de présumer des relations
éventuelles, des fois, cela concerne des personnes et non pas des
structures. Il faut faire ce débat. Je suis assez convaincu de la
nécessité d'une ligne d'autorité directe, surtout si cela
relève du ministre et si on a un sous-ministre en titre qui, lui, est
responsable de la planification. Si je suis le raisonnement du ministre,
étant le responsable de la planification, il me semble qu'il lui faut
s'assurer que la planification se transpose très bien. La ligne
d'autorité devrait être directe. C'est probablement à
l'usage qu'on verra si c'est important.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Saint-Louis, le député de Bertrand avait demandé la parole
avant vous.
M. Chagnon: C'est juste une question de trois secondes au leader
de l'Opposition.
Le Président (M. Lemieux): Vous permettez, M. le
député de Bertrand, ça va?
M. Parent (Bertrand): Oui.
M. Chagnon: Lorsque vous faisiez allusion, M. le
député de Joliette, à un type d'ancien ministère,
est-ce que vous faisiez allusion à l'ancien ministère des Travaux
publics?
M. Chevrette: C'est justement à ça que je pensais.
Le type qui est le grand manitou des conceptions et de la planification
pourrait, à la rigueur, ne pas avoir l'autorité réelle
à cause d'un manque de relation directe. Cette relation est
privilégiée en vertu de la Loi sur le Service des achats qui
donne directement accès au ministre qui, lui, pourrait
éventuellement passer par-dessus la tête du sous-ministre en
titre, ce que je trouverais personnellement aberrant dans un fonctionnement
cohérent. On prend la peine de faire des lois pour donner un pouvoir
réel et juridique à un sous-ministre dans un ministère,
sous-ministre qui, entre vous et moi, s'occupera, bien sûr,
prioritairement du Service des achats, parce que les autres structures sont
quand même beaucoup plus autonomes, avec une personnalité
juridique et tout. Il se pourrait que cela crée éventuellement
des conflits de pouvoir. Je ne veux pas en faire un plat, ni proposer
d'amendement à ce stade, mais, par rapport au cheminement que j'ai
essayé de faire face aux quatre structures, il m'apparaît que
c'est celle-là qui est la moins claire concernant la ligne
d'autorité et qui peut créer des problèmes. Pour les
autres, c'est d'une clarté, d'une limpidité très correcte
dans la loi.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que l'article 2 est
adopté? M. le député de Bertrand, je m'excuse.
M. Parent (Bertrand): Vous m'avez oublié, M. le
Président.
Le Président (M. Lemieux): Oui, vous aviez
cédé votre droit de parole brièvement au
député de Saint-Louis.
M. Parent (Bertrand): Après les explications que le
ministre nous a données, si je comprends bien, de façon
très simple, la RIO, la SIQ et le bureau de la Protection civile ont
gardé leur autonomie et la direction des achats, elle, va être un
peu traitée à part en fonction du travail du sous-ministre, entre
autres. Ce que vous avez dit, ce que j'ai compris, c'est que le sous-ministre
en titre va avoir, finalement, pleins pouvoirs sur un des quatre organismes,
soit la direction générale des achats, mais n'aura pas cette
ligne directe avec les trois organismes que sont la SIQ, la RIO et le bureau de
la Protection civile. Est-ce que cette partie-là est exacte?
M. Rocheîeau: C'est exactement ça, M. le
député de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Quand on arrivera à l'article 4, il
faudra faire une différence. Même si on n'est pas rendu à
ce point, on essaie de toucher ça ou de comprendre. On y dit: 'Dans
l'exercice de ses fonctions, le sous-ministre a l'autorité du ministre".
J'ai un petit peu peur qu'il y ait ambiguïté parce que, finalement,
vous chapeautez les trois autres organismes qui se disent autonomes, mais le
sous-ministre n'a pas une ligne directe. Le ministre a une ligne directe sur
ces trois autres organismes, mais c'est différent dans le cas de la
direction générale des achats.
M. Rocheleau: On pourrait aller par analogie à ce
moment-là avec les autres ministères et on pourra è
l'article 4 le définir pour la compréhension des membres de cette
commission. Effectivement, M. le député de Bertrand, si on se
réfère, comme vous le disiez tantôt, au cas de la RIO, de
la SIQ et au bureau de la Protection civile, ces organismes sont
déjà autonomes de par la loi et relèvent directement du
ministre, en fonction de l'autonomie qui leur est propre, d'une part, et le
ministre titulaire des Approvisionnements et Services a la
responsabilité de ces organismes comme tels. Mai3 à cause de leur
statut particulier, ils relèvent directement du ministre et non pas, en
l'occurrence, du sous-ministre.
Pour ce qui est de l'autonomie de ces organismes - on fait toujours
référence à la Protection civile, à la RIO et
à la SIQ, - ces organismes vont garder leur conseil d'administration.
Ils vont continuer à exister comme tels. Il n'y a aucun changement dans
ces structures à l'exception - sans rappeler les commentaires que vient
d'émettre mon collègue de Saint-Louis - des conseils
d'administration qui sont maintenant composés de citoyens et citoyennes
nommés par décret et qui, contrairement à avant, n'ont
plus de jetons de présence pour assister à ces rencontres. Ils
ont toujours les mêmes pouvoirs qui leur sont conférés par
la loi qui les a créés.
M. Parent (Bertrand): Pour revenir à ces trois organismes
dans le cas de la direction générale des achats, je ne pense pas
qu'il y ait des problèmes. Cela va fonctionner comme n'importe quel
autre ministère. Entre autres, dans les notes explicatives, on dit que
le ministre des Approvisionnements et Services aura pour fonction
d'établir avec "les organismes publics désignés - donc les
trois que j'ai mentionnés - les besoins immobiliers de ces
ministères? La compréhension que j'ai à ce stade-ci, c'est
que, contrairement à d'autres sociétés d'État comme
la Société de développement industriel du Québec
qui relève du ministère de l'Industrie et du Commerce, elles ont
leur complète autonomie tout en se rapportant à un ministre. Ici,
ce sont trois organismes qui risquent de se retrouver avec moins d'autonomie
puisque te ministre des Approvisionnements et Services se voit conférer
certains pouvoirs dans ce projet de loi, pouvoirs pour leur donner des
directives.
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre.
M. Rocheleau: M. le Président, il est évident que,
lorsque le gouvernement rend un ministre responsable d'un organisme quelconque,
même si l'organisme a pleine et entière autonomie sur la
juridiction de son service, il y a quand même des directives sous
lesquelles il est assujetti au ministre responsable. Mais il faut faire une
distinction entre ministre et sous-ministre. Dans ces cas, étant
donné que ce sont des boîtes autonomes, elles relèvent
directement du ministre. Comme le décret qui a été
passé au mois de décembre me donnant la responsabilité sur
ces organismes, à ce moment, pour les sociétés ou les
organismes comme tels, toutes les demandes qui sont acheminées au point
de vue de leurs immobilisations doivent être sous l'autorité du
ministre pour, finalement, être acheminées au Conseil du
trésor pour l'approbation de leurs crédits. C'est le ministre qui
doit en donner l'autorisation et acheminer le dossier au Conseil du
trésor pour l'autorisation des crédits.
M. Parent (Bertrand): Est-ce qu'il va y avoir un changement de
statut ou de titre en ce qui regarde les D.G. ou les P.-D.G. des trois
sociétés dont il est question?
M. Rocheleau: En vertu de la loi, les mêmes statuts
demeurent. Il n'y a pas de modification.
M. Parent (Bertrand): Ce sont des lois constituantes.
M. Rocheleau: C'est cela. Il n'y a pas de modification comme
telle aux structures existantes.
Le Président (M. Lemieux): Y a-t-il d'autres interventions sur
l'article 2? (12 h 15)
M. Chevrette: Non.
Le Président (M. Lemieux): L'article 2 est-il
adopté?
M. Chevrette: Adopté.
Le Président (M. Lemieux): L'article 2 est
adopté.
J'appelle l'article 3 du projet de loi 68. Est-ce que l'article 3 du
projet de loi 68 est adopté? M. le ministre.
M. Chevrette: Non, M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): Oui, M. le député
de Joliette.
M. Chevrette: Ici, je voudrais interroger le ministre sur le
pourquoi d'introduire "le gouvernement". Il me semble qu'un sous-ministre en
titre est toujours sous la responsabilité du ministre. Dans la
majorité des lois que j'ai vues, pour ne pas dire presque la
totalité, un sous-ministre en titre qui est embauché agit
directement pour et au nom du ministre. Il en tire l'autorité que le
ministre lui transmet sur le plan administratif. Il est dit ici, au
deuxième alinéa: "Il exerce, en outre, toute fonction que lui
assigne le gouvernement ou le ministre". Je suis même porté
à faire un amendement ici. On va le discuter avant; on verra
après si on le fera ou pas, mais il m'apparaît que c'est superflu.
Nos intellectuels auraient dit "superfétatoire". Mais cela
m'apparaît de trop, cette histoire-là. Le sous-ministre ne tire
l'autorité que du ministre et le gouvernement ne transmettra pas
à un sous-ministre une responsabilité. Le gouvernement va
transmettre une responsabilité ou une autorité à un
ministre qui, lui, peut déléguer à un sous-ministre.
J'aimerais d'abord connaître les motifs pour lesquels on dit "le
gouvernement", parce qu'à mon point de vue ce n'est pas le gouvernement
qui va transmettre une autorité à un sous-ministre dans une loi.
Le gouvernement va confier une responsabilité au ministre qui, lui, va
la déléguer probablement à son sous-ministre. Tel que
libellé, c'est et/ou. Cela voudrait donc dire que le gouvernement
pourrait par décret donner une autorité directement à un
sous-ministre. Cela m'apparaît préférable, dans une loi
où on crée un ministère, d'indiquer que la ligne
d'autorité du ministère, c'est le ministre qui, lui, verra
à déléguer son autorité à un sous-ministre.
Tel que stipulé - en tout cas, je ne l'ai pas vu dans beaucoup de lois -
je me demande si cela ne constitue pas une déviation de la
législation. C'est comme si le Conseil des ministres pouvait aller
directement à un sous-ministre, par-dessus la tête du ministre.
Strictement sur le plan de l'image - je ne dis pas que c'est l'objectif -de la
ligne d'autorité, je ne peux pas concevoir qu'un sous-ministre en titre
d'un ministère tire son autorité de quelqu'un d'autre que son
ministre. Le gouvernement qui veut confier des responsabilités les
confie au ministre. Il me semble que c'est la ligne logique à laquelle
on a toujours assisté. Ce n'est peut-être pas majeur dans les
faits, mais, tel que libellé, cela m'a frappé au point de dire
que cela mériterait peut-être un amendement. Cela ne fera pas
changement avec les autres ministères; cela a toujours été
ça.
M. Rocheleau: Disons que, dans la ligne de conduite du
gouvernement et ce qui a précédé aussi, le sous-ministre
est effectivement nommé non pas par le ministre, mais par le
gouvernement. Alors, dans la même ligne de conduite, étant
donné que ce n'est pas le ministre qui nomme son sous-ministre, mais le
gouvernement, il y a quand même, j'imagine, une cohérence qui se
fait dans le cheminement normal des activités quotidiennes du
ministère tenant compte que le sous-ministre est directement sous
l'autorité du gouvernement parce que c'est lui qui l'a nommé.
M. Chevrette: Regardons froidement l'article 3 lui-même, le
premier alinéa par rapport au deuxième. Le premier alinéa
est très clairs "Sous la direction du ministre, le sous-ministre
administre...". Et "Il exerce, en outre, toute fonction que lui assigne le
gouvernement ou le ministre". Dès qu'on établit l'autorité
du ministre sur le sous-ministre, je ne vois pas en quoi on vient ajouter en
disant que le gouvernement pourrait intervenir. Je ne vois pas en quoi.
M. Rocheleau: À remarquer...
M. Chevrette: Je vais vous poser une question différente.
Est-ce que ce sont les légistes qui recommandent cette nouvelle formule?
On sait très bien que, bien souvent
- j'ai été ministre - on nous dit: C'est la formule
juridique acceptable. Si c'est cela qu'on veut dire, Je ne veux pas torturer
pour le plaisir de torturer. Mais, dans ma logique à moi, si un
sous-ministre est sous la responsabilité du ministre, je ne vois pas
pourquoi on ajoute des mots pour dire que quelqu'un peut venir. S'ils ne sont
pas satisfaits, qu'ils changent de ministre, mais c'est lui qui a
l'autorité sur le sous-ministre. C'est comme cela que je vois
ça.
M. Rocheleau: Mais, de toute façon, ils peuvent les
changer quand même.
M. Chevrette: Oui, c'est vrai; tout à fait.
M. Rocheleau: En somme, M. le Président, ce que le leader
soulève, cela a du sens, parce que le fait que le ministre est
responsable de son ministère et que le sous-ministre relève de
son autorité, c'est vrai. Par contre, si on suit la continuité
dans les faits, le sous-ministre est nommé également par le
gouvernement et non par le ministre, comme tel.
M. Chevrette: Regardez le 4. J'ai essayé de suivre un
cheminement logique. J'y suis allé petit pas par petit pas pour essayer
de démontrer mon affaire. Je savais que vous me donneriez à peu
près cette réponse. Mais regardez l'article 4. Si on ne parle pas
pour ne rien dire, bon Dieu, il y a quelque chose. L'article 4 confirme ce que
le premier paragraphe de 3 disait. Quand vous relisez le deuxième
alinéa de l'article 3 par rapport à l'article 4 qui suit, cela
confirme davantage qu'on parle pour ne rien dire ou qu'on a des chinoiseries
juridiques qui pourraient permettre éventuellement à quelqu'un de
pouvoir s'en tirer.
Je vous avoue que, quand on crée un ministère, on a
l'imputabilité totale et, bien souvent, on a plus que
l'imputabilité. Tant et aussi longtemps que les hauts fonctionnaires
d'État ne seront pas redevables au bout d'une table de leur
administration, je pense que, quant à choisir son plat, on peut choisir
les ustensiles avec lesquelles on va le manger.
À partir de là, quand on regarde l'article 4, en ce qui
concerne "dans l'exercice de ses fonctions", on retrouve "fonctions" exactement
comme au deuxième paragraphe de l'article 3. "Le sous-ministre a
l'autorité du ministre." C'est clair et limpide. S'il n'y avait pas
l'article 4, j'aurais peut-être hésité à dire: Je
ferais peut-être un amendement à l'article 3.
Mais le deuxième paragraphe de l'article 3 vient semer une
ambiguïté qui, à mon avis, est tout de suite enlevée
par l'article 4 du projet de loi. Remarquez que c'est peut-être
technique. Mais un législateur n'est pas supposé parler pour ne
rien dire. Quand je lis le deuxième alinéa par rapport à
l'article 4, à la rigueur, on n'aurait plus besoin de ministre. On fait
l'amendement; on est aussi bien de le faire.
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre.
M. Rocheleau: M. le Président, si vous le permettez, je
comprends l'argument que soulève le leader de l'Opposition. Si, pour une
raison, il souhaitait que nous mettions de côté cet article dans
le but de nous permettre de consulter les légistes en haut lieu...
M. Chevrette: On peut le mettre en suspens.
M. Rocheleau: On peut le mettre en suspens, si vous voulez. Il y
a peut-être un élément qui nous permettrait de... Remarquez
que je dois dire que je suis d'accord avec le point que vous soulevez, parce
que, une fois que le ministère a été créé et
une fois que le sous-ministre a été nommé par le
gouvernement, il est sous la responsabilité du ministre
effectivement.
M. Chevrette: L'article 4 est clair. On pourrait donc mettre en
suspens les articles 3 et 4.
M. Chagnon: C'est l'article 3 qu'il faudrait mettre en suspens,
M. le Président.
M. Chevrette: Ah oui, parce que l'article 4, je l'accepte.
M. Chagnon; En fait, la question que le leader pose...
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Saint-Louis, mais M. le député de
Montmorency avait levé la main avant vous.
M. Chagnon: On ne se battra pas.
M. Séguin: Un léger commentaire, M. le
Président Personnellement, je ne veux pas étayer l'argument
davantage. Je pense que M. le ministre en est très conscient.
Effectivement, il y aurait lieu de reconsidérer le libellé des
articles 3 et 4, parce qu'il y a, je ne dirais pas, une confusion, mais on
semble donner un pouvoir très étendu qu'on ne soupçonne
pas dans le libellé, mais qu'on va peut-être voir en pratique.
Enfin, je ne sais pas, mais cela me semble un peu au-delà de ce qu'on
voit habituellement dans les libellés. A tout le moins, il a une
précision que je serais personnellement très content qu'on puisse
apporter.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Je le verrais peut-être pour une
société d'État qui peut changer de titulaire très
régulièrement et qui a à répondre au bout d'une
table quand on la convoque, alors que, pour un sous-ministre, ce sera toujours
le ministre qui aura le plat. Tantôt, le président nous disait que
la SIQ avait une clause à peu près semblable, mais la SIQ devait
répondre de ses décisions à l'Assemblée nationale.
On peut la convoquer et on peut demander ce qui arrive. Même si le
ministre est tuteur au sens de la loi, il n'en demeure pas moins que son
pouvoir a une assise légale, s'appuie sur une loi, alors que pour un
sous-ministre c'est rare. Même, il est notoire que le sous-ministre parle
quand le ministre lui permet bien de parler, quand il veut bien qu'il parle,
alors qu'un P.-D.G., on peut le convoquer. Aux commissions parlementaires - et
c'est un peu à cela que je pensais - avec la nouvelle réforme
parlementaire, on a la permission de convoquer des structures et il y a donc
une certaine imputabilité quand on les fait venir, alors que vous ne
verrez jamais un sous-ministre venir à une table au nom du ministre.
C'est le ministre qui a la responsabilité. Ne serait-ce que pour
clarifier cela à court terme, même pour le bénéfice
du ministère de la Justice, cela serait extrêmement important.
M. Rocheleau: M. le Président, je suis d'accord avec le
leader de l'Opposition pour suspendre cet article. On apportera des
éléments qui nous permettront de faire une analyse plus en
profondeur et, s'il y a lieu de soustraire une partie du deuxième
alinéa, on le fera.
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre, permettez-vous au
député de Saint-Louis, de prendre la parole
brièvement?
M. Rocheleau: Ah oui.
Le Président (M. Lemieux): Vu qu'il y a consentement, M.
le député de Saint-Louis.
M. Chagnon: Fort brièvement, ce que j'allais dire tout
à l'heure, c'est ceci: Le point soulevé par le
député de Joliette touche spécifiquement l'article 3. La
question que soulève le député de Joliette pourrait
toucher trois mots dans le deuxième paragraphe de l'article 3 "le
gouvernement ou". La suggestion du ministre, entérinée par le
leader de l'Opposition, de suspendre cet article jusqu'à la fin de nos
travaux aurait essentiellement pour but de voir quel effet les mots "le
gouvernement ou" viennent ajouter ou diminuer dans le cadre de notre discussion
en général. Quant à l'article 4, il m'apparaît qu'il
est logique qu'il soit là, parce qu'on le retrouve dans toutes les
lois.
Pour tirer une simple conclusion aux propos du député de
Joliette quant à l'imputabilité du sous-ministre, je rappellerai
fort amicalement au député de Joliette qu'il est arrivé
une fois dans nos annales politiques en commission parlementaire que des
sous-ministres mandatés par le gouvernement, je ne dirais pas ont
enfreint le code de l'imputabilité, mais ont ajouté aux effets de
l'imputabilité sous-ministérielle. C'était à la
commission parlementaire sur l'éducation préparatoire à la
commission sur les relations du travail en 1983. Or, le sous-ministre, qui
était à l'époque M. Jacques Girard et son sous-ministre,
M. André Rousseau, avaient participé et remplacé le
ministre à la commission parlementaire. C'est la seule fois que c'est
arrivé.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Ce qui est peut-être un peu
inquiétant, c'est qu'à mon avis la deuxième partie de
l'article 3 a été mise là pour quelque chose en
particulier. Lorsque, entre deux virgules, on retrouve "il exerce, en outre",
c'est qu'il y d'autre chose derrière cela et c'est important.
L'explication donnée au début par le ministre est que, de toute
façon, le sous-ministre est nommé par le gouvernement. Tous Ie3
sous-ministres - et c'est vrai pour tous les ministères - sont
nommés par le gouvernement. Il y a d'autre chose derrière cela
qu'il nous faudrait savoir si jamais on veut le laisser là, parce
qu'effectivement cela risque de causer des problèmes au ministre dans la
partie opérationnelle comme telle.
À cause de l'article 4, il y a une espèce de
contradiction. Le fait que cela se retrouve là, soit de deux choses
l'une: cela a été repris ou copié d'ailleurs et
ramené à l'intérieur de cette loi ou bien on voulait en
particulier couvrir un angle qui n'est pas couvert actuellement. C'est un peu
pour cela qu'au début de l'article 2 je vous posais des questions sur la
façon dont la structure va fonctionner et sur la façon un peu
à part dont les trois sociétés, par rapport à la
direction des achats, seront traitées et le rôle du sous-ministre
qui n'est pas direct sur les trois sociétés d'État et qui
va être direct par rapport à l'autre. C'est peut-être cet
aspect qu'on a voulu couvrir. Si on veut l'adopter tel quel, il va falloir
avoir de bonnes explications; sinon, on crée un certain danger dans le
fonctionnement de votre futur ministère. (12 h 30)
Le Président (M. Lemieux): J'aimerais simplement ajouter
quelque chose. M. le député de Joliette a fait mention que j'ai
parlé de la Société immobilière du Québec.
C'est que l'article 38.2 permet au gouverne-
ment d'intervenir à certains niveaux, mais ils sont bien
définis, ils sont bien délimités.
Nous suspendons de consentement les articles 3 et 4 du projet de loi
68.
Une voix: Pas l'article 4, je pense.
M. Chagnon: Le législateur, selon le dicton, ne doit pas
légiférer pour rien.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette, vous aviez demandé la suspension des articles 3 et 4?
M. Chevrette: Pour ce qui est de l'article 4, je me rends aux
propos du député de Saint-Louis. L'article 4 est d'une
clarté qui correspond à mes objectifs.
Le Président (M. Lemieux): Nous suspendons de consentement
l'article 3 du projet de loi 68 et j'appelle l'article 4 du projet de loi 68.
L'article 4 est-il adopté?
M. Chevrette: Adopté.
Le Président (M. Lemieux): L'article 4 est adopté.
J'appelle l'article 5 du projet de loi 68.
M. Chevrette: À l'article 5, M. le Président...
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse. Avez-vous des
commentaires, M. le ministre?
M. Rocheleau: Oui, simplement un commentaire, M. le
Président. Cet article habilite le sous-ministre des Approvisionnements
et Services à déléguer aux conditions prescrites
l'exercice de ses fonctions à un membre du personnel du
ministère. Le sous-ministre est également habilité
à autoriser la subdélégation des fonctions qu'il indique.
Il faut lire ces articles avec les articles 40 et 41 de la Loi sur la fonction
publique. Ces articles édictent, notamment, que le sous-ministre doit
exercer ses responsabilités en favorisant la délégation de
responsabilités à ses adjoints et au personnel d'encadrement.
M. Chagnon: M. le Président...
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Saint-Louis, mais M. le député de
Joliette a demandé la parole avant vous. M. te député de
Joliette.
M. Chevrette: Je viens avec un amendement, M. le
Président, toujours dans mon désir - et ce n'est qu'un souci de
cohérence de ma part - d'assumer que le ministre est responsable sur
toute la ligne, que le sous-ministre tire vraiment 3on autorité du
ministre. Je tiens à le préciser, même dans cela, je la
trouve très large. Titulaire d'un emploi... Quand on se rend au
titulaire d'un emploi dans la signature, cela peut aller loin, la
délégation de pouvoirs qui est inscrite.
Dans un premier temps, en tout cas, je veux bien faire comprendre que ce
que nous voudrions, nous, c'est qu'il y ait possibilité pour le
sous-ministre, par écrit, dans la mesure qu'il l'indique et sous
l'autorité du ministre ou encore dans la mesure... Je pourrais la lire
pour voir ce que cela donnerait.
Le Président (M. Lemieux): S'il vous plaît, M. le
député.
M. Chevrette: D'accord. L'article 5 du projet de loi 68, Loi sur
te ministère des Approvisionnements et Services et modifiant diverses
dispositions législatives, est modifié en remplaçant le
premier paragraphe par \e suivant: "Le sous-ministre peut, par écrit,
dans la mesure qu'il indique et sur approbation du ministre - les vrais mots en
surplus sont "sur approbation du ministre" -déléguer à un
fonctionnaire ou au titulaire d'un emploi l'exercice de ses fonctions."
C'est parce qu'on l'a préparé en trois étapes. Je
me demande si je ne devrais pas vous le donner pour l'ensemble pour faire la
discussion. On a préparé trois amendements, mais il y a une
cohérence sur le tout.
Le Président (M. Lemieux): Puis-je prendre connaissance de
l'amendement dans un premier temps pour qu'après on puisse en discuter,
s'il est recevable?
Des voix: Tout ce qui est rajouté, c'est "sur approbation
du ministre".
M. Chevrette: Dans un premier temps, c'est cela.
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Saint-Louis, je vais prendre connaissance de
l'amendement et après on va continuer.
Est-ce sur la recevabilité de l'amendement?
M. Rocheleau: M. le Président, on se réfère
à l'article 4 où on dit: "Dans l'exercice de ses fonctions, le
sous-ministre a l'autorité du ministre" comme telle. S'il fallait, dans
le quotidien, que j'autorise sur chacun des points le sous-ministre à
poser des gestes quelconques, je vous avoue, M. le Président, que...
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre» je m'excuse. On
va maintenant procéder à l'étude de... L'amendement est
recevable.
M. Chevrette: Qu'est-ce que vous faites comme procédure?
Le ministre me permettrait-il de présenter les trois sous le même
article? On est moins formels, moins formalistes, mais ce serait
peut-être bon que je présente l'ensemble des amendements qu'on
voulait, ce qui viserait à un texte à peu près final, ce
qui nous permettrait peut-être de faire la discussion globale sur les
trois, quitte à les présenter un par un. Vous allez
peut-être penser qu'en les présentant un après l'autre, on
vise à défaire ce qu'on recherchait en premier.
Le Président (M. Lemieux): Mais, M. le leader...
M. Chevrette: Cela ne me fait rien, c'est pour vous.
Le Président (M. Lemieux): ...vous n'êtes pas sans
savoir que, pour la procédure, je dois procéder...
M. Chevrette: C'est juste pour la présentation que je
demande si on me permet de le faire.
Le Président (M. Lemieux): Les présenter...
M. Chevrette: Je sais très bien que selon le
règlement, on doit y aller un par un.
Le Président (M. Lemieux): C'est cela, un par un. Alors,
pour la présentation, mais non pour fins de discussion. Est-ce qu'il y a
consentement?
M. Chevrette: On pourrait même les déposer tous les
trois. Précisément, cela vise le deuxième paragraphe. Nous
voulions un "boss", si on s'exprime clairement pour bien s'expliquer. Au
premier paragraphe, on dit que le ministre doit avoir le dernier mot, alors
qu'au deuxième paragraphe, pour nous, la subdélégation des
fonctions qu'il indique, le cas échéant, c'est aller très
loin dans un ministère où il y a peu de personnel. Plus le
contrôle est sévère ou serré dans un
ministère aussi important que cela à cause de la nature et du
nombre de transactions, il nous apparaît que la
subdélégation peut extrêmement être dangereuse.
Le troisième amendement qu'on voudrait présenter se lirait
comme suit: "L'article 5 du projet de loi sur le ministère des
Approvisionnements et Services et modifiant diverses dispositions
législatures est modifié en biffant, aux premier et
deuxième paragraphes, les termes "ou au titulaire d'un emploi". Le
titulaire d'un emploi, à moins qu'on ne nous explique
précisément ce qu'on vise, cela nous apparaît aller assez
bas dans l'échelle en termes de délégation. Quand on pense
à l'importance de ce ministère sur le contrôle de ce qu'on
appelle la probité publique en général, la nature des
transactions qui se font là, on prétend que cela devrait
être signé au plus haut niveau.
Je vais les déposer à l'intention de la commission et pour
que le procureur ait l'ensemble du portrait et sache ce que cela donnerait.
À toutes fins utiles, on rétablit l'autorité du ministre.
On enlève le "titulaire d'un emploi" et on dit que la
subdélégation ne devrait pas exister.
Le Président (M. Lemieux): Le premier amendement nous
disait ceci: "L'article 5 du projet de loi 68 est modifié en
remplaçant le premier paragraphe par le suivant: "Le sous-ministre peut,
par écrit, dans la mesure qu'il indique et sur approbation du ministre
-effectivement, c'est la teneur de l'amendement - déléguer
à un fonctionnaire ou au titulaire d'un emploi, l'exercice de ses
fonctions visées par la présente loi".
Sur l'amendement, M. le député de Saint-Louis.
M. Chagnon: Je trouve les trois amendements un peu
particuliers.
Le Président (M. Lemieux): C'est-à-dire qu'on
discute...
Une voix: Même le troisième?
M. Chagnon: Oui.
M. Chevrette: Allez-y sur le premier.
Le Président (M. Lemieux): Sur le premier, M. le
député de Saint-Louis.
M. Chagnon: Je veux juste placoter deux ou trois minutes
là-dessus. Ce ne sera pas bien long. Cela me semble effectivement un peu
superfétatoire comme premier amendement.
Une voix: Super quoi?
M. Chagnon: Superfétatoire.
Une voix: Pouvez-nous en expliquer le sens?
M. Chagnon: En deux mots, comme on le disait tout à
l'heure, sur l'article 3 et comme certainement le Comité de
législation qui étudie le projet de loi a dû l'indiquer au
contentieux du ministère, le législateur n'a pas à
légiférer pour rien. Le fait qu'on soit revenu sur l'article 3 et
qu'on l'ait suspendu pour fins de recherche signifie que notre désir
profond est d'éviter de légiférer pour rien.
L'amendement qui nous est proposé, sur le fond d'abord, est une
dérogation à une
règle de droit que le député de Joliette
connaît sur le bout de ses doigts, qu'il a apprise en première
année de droit, le célèbre delegatus non potest delegare.
C'est une exception à cette règle que l'on retrouve dans la Loi
sur la fonction publique et qui permet à un sous-ministre de
déléguer au titulaire d'un emploi ou à un autre
employé du ministère une fonction qu'il a lui-même
reçue préalablement de son ministre.
Dans un cas comme celui-là, je pense que le ministre ayant
délégué une partie des responsabilités à son
sous-ministre, ce dernier, ayant le droit de le faire, n'a pas a
requérir l'approbation de son ministre, puisque, de toute façon,
il le fait par écrit vis-à-vis du titulaire d'un emploi ou d'une
tierce personne dans le ministère.
M. Chevrette: Me permettez-vous de vous poser une question?
M. Chagnon: Certainement.
M. Chevrette: Dans le cas de l'article, ce n'est pas le ministre
qui délègue.
M. Chagnon: Non, je le sais.
M. Chevrette: C'est le sous-ministre qui
délègue.
M. Chagnon: Mais, le sous-ministre délègue...
M. Chevrette: Cela aussi est une règle
élémentaire en droit.
M. Chagnon: Oui, j'ai fort bien compris, mais le sous-ministre
délègue un objet qu'il a lui-même en sa
délégation. Or, le sous-ministre, dans sa
délégation vis-à-vis d'un tiers, le fait
déjà par écrit. Il me semble beaucoup moins utile qu'il y
ait paraphe du ministre à la délégation entre le
sous-ministre et le tiers en question.
M. Chevrette: Comment conciliez-vous cela avec l'article 4 qu'on
a adopté?
M. Chagnon: À l'article 4, "dans l'exercice de ses
fonctions, le sous-ministre a l'autorité du ministre",
évidemment, dans le cadre...
M. Chevrette: Mais comment voulez-vous lui donner pleine
autorité s'il ne l'a pas du ministre?
M. Chagnon: ...de l'article 3 où "il exerce, en outre,
toute fonction que lui assigne le ministre", si on acceptait l'amendement
suggéré par vous-même.
M. Chevrette: Le ministre, a moins que cela ne soit explicite, je
comprends. Mais j'ai déposé les trois,
délibérément, pour montrer où j'allais.
M. Chagnon: Oui.
M. Chevrette: Là, vous faites abstraction de ce que j'ai
déposé. J'ai voulu vous présenter les trois
précisément parce que, dans ma tête, si je ne permets pas
la subdélégation, vous comprendrez bien, si je dis que cela
relève du ministre, il faut que je sois cohérent avec
moi-même.
M. Chagnon: Oui.
M. Chevrette: Je comprends que c'est difficile de discuter d'un
amendement alors qu'on en a annoncé trois pour montrer
véritablement ce qu'on voulait.
M. Chagnon: Les deux autres amendements...
M. Chevrette: Personnellement, je suis bien prêt, par
consentement, à ce qu'on permette le tout et cela ne prendra pas plus de
temps.
M. Chagnon: C'est très difficile de les séparer les
uns des autres. Le deuxième amendement qui incite à biffer les
mots "titulaire d'un emploi", aux premier et deuxième paragraphes, vient
un peu contredire votre premier amendement dans lequel on retrouve les mots
"titulaire d'un emploi". Quant au troisième amendement, il demande de
biffer le deuxième paragraphe. Donc, il demande de modifier encore une
fois.
M. Chevrette: Ce qui est la subdélégation. C'est
cela.
M. Chagnon: Il y a comme une contradiction entre le
deuxième et le troisième amendements par rapport à
l'amendement principal.
M. Chevrette: À toutes fins utiles, savez-vous...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Saint-Louis, avez-vous terminé?
M. Chevrette: Est-ce que je pourrais lui dire exactement ce que
cela donnerait pour nous autres si nos trois étaient acceptés?
Cela donnerait le premier paragraphe bien clair, moins "le titulaire d'un
emploi". Ce serait aussi simple que cela en disant que c'est le ministre qui
autorisera toutes les délégations.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles.
M. Bélisle: M. le Président, je ne sais pas si je
peux poser ma question parce que moi aussi, j'ai ce problème-là.
Compte tenu des expériences vécues en termes juridiques devant
les cours, et non en théorie, concernant le problème de la
délégation, la question fondamentale que je me pose, c'est:
Est-ce que l'article 5 tel que rédigé présentement va nous
éviter le problème de la sous-délégation? Est-ce
que, par l'insertion - est-ce que le conseiller juridique du ministre est
capable de répondre? - dans un texte de loi, de l'autorisation de
sous-délégation, on circonvient à la règle
administrative que le député de Saint-Louis a soulignée
tantôt? C'est ma première question. Est-ce qu'il y a des
décisions de la cour là-dessus que vous pourriez me citer?
Le Président (M. Lemieux): L'arrêt Vic Restaurant,
M. le député de Mille-Îles.
M. Bétisle: Pas de problème. Oui?
Le Président (M. Lemieux): Delegatus non potest delegare.
Aucun problème.
M. Bélisle: En le mettant comme cela. Ma deuxième
question: Autoriser...
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, mais c'est clair
pour moi.
Une voix: Parlez souvent et on va revenir souvent.
Des voix: Ha! Ha! Ha!
M. Bélisle: Ma deuxième question est relative au
titulaire d'un emploi. Je voudrais qu'on me dise...
Une voix: Finissons cela en latin.
M. Bélisle: ...à qui on pense comme titulaire d'un
emploi. C'est quoi, la distinction entre un fonctionnaire et un titulaire d'un
emploi? Je dois vous dire que, dans toutes les lois du Québec où
il y a des autorisations de poursuite pénale en vertu de la Loi sur les
poursuites sommaires, il y a quelquefois des autorisations qui sont
nécessaires. Je ne voudrais pas, comme citoyen, qu'une autorisation soit
donnée, dans quelque ministère que ce soit, à un
employé commis de comptoir qui, lui, déciderait de poser tel ou
tel acte. Or, "titulaire d'un emploi", cela peut aller jusque-là.
J'abonde dans le sens du député de Joliette et je saisis
très mal les termes "titulaire d'un emploi", à moin3 qu'on ne
fasse référence à un poste très précis,
mais, à ce moment-là, cette personne sera automatiquement
fonctionnaire.
M. Chevrette: Un fonctionnaire, au moins on sait, en vertu de la
loi, qui c'est.
M. Bélisle: On sait c'est quoi. Un titulaire d'un emploi,
on ne sait pas c'est quoi.
M. Chevrette: Ce peut être quelqu'un de
l'extérieur.
M. Bélisle: Ce peut être...
M. Chevrette: Quelqu'un de l'extérieur.
M. Bélisle: Oui, et quelqu'un peut-être qui n'est
pas soumis à nos règles.
M. Chevrette: C'est exact.
M. Bélisle: La question que je me pose, si on a des
règles d'administration - cette loi-là est, évidemment,
pour améliorer et de beaucoup et de loin l'administration de la chose
publique - je pense qu'il faudrait savoir exactement à quoi on fait
référence en disant "titulaire d'un emploi".
M. Gobé: La Loi sur le ministère des
Approvisionnements et Services.
Une voix: II y a un lien...
M. Bélisle: Non, ce sont tous...
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre, s'il vous
plaît! (12 h 45)
M. Chagnon: On va en entendre une bonne.
M. Rocheleau: M. le Président, j'aurai peut-être
l'occasion un jour de faire mon droit. En attendant, je vous avoue que je
commence à me perdre. Par contre, je souhaiterais que mon aide de camp,
en l'occurrence M. Denis, puisse interprêter aussi la Loi sur la fonction
publique. Je pense qu'il pourrait peut-être apporter certains
éclaircissements. M. Denis.
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. Denis. Est-ce
que vous pourriez vous identifier pour les fins du Journal des
débats?
M. Rocheleau: M. le Président, je ne sais pas si je fais
erreur, mais je pense que mon représentant parle en mon nom.
Le Président (M. Lemieux): Effectivement, M. le ministre.
Il parle en votre nom et de consentement. Il n'y a aucun problème.
M. Parent (Bertrand): Pouvoir de délégation.
Le Président (M. Lemieux): C'est simplement pour les
fins... Vous devez vous identifier.
M. Denis Mario Denis, du service de législation du
ministère de la Justice.
Le Président (M. Lemieux): Il parle en son nom, mais sur
votre temps.
M. Rocheleau: C'est cela. Merci bien.
Le Président (M. Lemieux): Allez-y, M. Denis.
M. Denis: Tout d'abord, je voudrais simplement préciser
qu'il s'agit d'une clause usuelle, ce qui ne lui confère pas
nécessairement des lettres de créance, qu'on retrouve dans les
lois constitutives de ministères depuis au moins, je pense, les quatre
ou cinq dernières années. En fait, sur la question précise
du titulaire d'un emploi, il faut d'abord lire l'article dans le contexte de la
loi. Il s'agit, évidemment, du titulaire d'un emploi à
l'intérieur du ministère. C'est comme le mot "fonctionnaire" qui
est utilisé ici. C'est, évidemment, l'autorité du
sous-ministre à l'égard d'un fonctionnaire relevant de son
ministère. Il en va de même à l'égard du titulaire
d'un emploi. Il faut également voir que l'expression "titulaire d'un
emploi" est opposée au terme "fonctionnaire", parce qu'on dit
"déléguer à un fonctionnaire ou au titulaire d'un emploi".
Le fonctionnaire est celui qui est nommé et
rémunéré conformément à la Loi sur. la
fonction publique. Sur cela, c'est très clair. Il n'est pas question de
classification d'emploi et de dire: Cela vise des professionnels; cela ne vise
pas... Toute personne qui est nommée et rémunérée
conformément à la Loi sur la fonction publique, c'est un
fonctionnaire. Ce n'est, évidemment, pas ces personnes qu'on vise par
"titulaire d'un emploi" puisqu'on vient d'en parler. Alors qui peut exercer un
emploi à l'intérieur d'un ministère? Par exemple, c'est un
contractuel, un occasionnel. C'est généralement quelqu'un
d'engagé par contrat et qui peut exercer une fonction.
Il faut lire cet article de façon extrêmement
étroite avec la Loi sur la fonction publique. La Loi sur la fonction
publique dit au moins deux choses à l'égard des sous-ministres,
à savoir que c'est le sous-ministre qui est responsable de la
planification, de la gestion et de la direction du personnel. Ce n'est pas le
ministre, c'est le sous-ministre sous l'autorité du ministre, mais c'est
d'abord et avant tout la responsabilité du sous-ministre. C'est la Loi
sur la fonction publique. Ce n'est pas la loi du ministère Y, ni la loi
du ministère X qui a à préciser ces fonctions. C'est la
Loi sur la fonction publique. Ce que dit également la Loi sur la
fonction publique, c'est qu'elle fait un devoir au sous-ministre d'encourager
la délégation de responsabilités.
Ces précisions étant apportées, je reviens à
ce que je disais tout à l'heure, que c'est une clause usuelle qu'on
retrouve depuis un certain nombre d'années dans les lois de
ministères. C'est une disposition qui a été conçue
pour répondre à des besoins. Dans des lois de ministères
plus vieilles, on retrouvait l'équivalent, mais ce n'était pas
aussi explicite. C'est à la suite de l'évolution du droit, de
l'évolution de l'administration qui a amené les
législateurs à concevoir une disposition qui, en principe, permet
de répondre aux impératifs de l'administration en matière
de délégation. Il est certain que cela va très loin. Sauf
qu'il semblerait que c'est pour répondre aux besoins de la pratique de
l'administration, d'autoriser la délégation et la
subdélégation. Tout cela est fonction de l'autorité du
ministre, toujours qui dirige le ministère. L'article 1 de la loi du
ministère est extrêmement importent. L'article 1 dit que c'est le
ministre qui dirige le ministère. Il ne faut jamais l'oublier.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Est-ce que le sous-ministre pourrait
déléguer son pouvoir de signature qui lui est
conféré à un employé de la SIQ?
M. Denis: Non, pour la simple et bonne raison que
l'employé de la SIQ n'est pas un fonctionnaire, ni le titulaire d'un
emploi de son ministère. La SIQ relève de la
responsabilité du ministre. C'est en vertu d'un seul article. C'est en
vertu de l'article à la fin de la loi sur la SIQ qui dit que le ministre
désigné par le gouvernement est responsable de l'application de
la présente loi. Généralement, ce que cet article a comme
implication, c'est qu'il permet au ministre de donner des directives à
la SIQ quant aux orientations et quant aux objectifs de la SIQ dans l'exercice
de ses fonctions. Mais ce n'est certainement pas un tel article, ni
celui-là qui permettrait au sous-ministre de
déléguer...
M. Chevrette: En vertu de la loi constituant le Service des
achats, est-ce que le sous-ministre pourrait confier à un fonctionnaire
du Service des achats son pouvoir de signature?
M. Bélisle: La question est mal posée. Une voix:
Comment la poserais-tu?
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles.
M. Bélisle: La question, je pense, qu'on se pose
très honnêtement, de façon non partisane, c'est par rapport
aux pouvoirs du projet de loi. Il ne faut pas aller en dehors des pouvoirs du
projet de loi. Je vous écoutais et je regardais les paragraphes 7 et 8
où ce sont réellement les pouvoirs du projet de loi. Je comprends
que cela doit être en fonction de cela. M. le député de
Joliette, votre question est beaucoup plus pertinente relativement aux
paragraphes 7 et 8 et je pense que la réponse est évidente. C'est
qu'on ne pourra pas le faire en dehors du cadre des pouvoirs du projet de
loi.
Une voix: C'est ça.
M. Bélisle: II me semble. Peut-être que je me
mêle de ce qui ne me regarde pas.
M. Denis: Là-dessus, dans la mesure où la direction
du Service des achats fait partie du ministère, cet article habiliterait
le sous-ministre à lui déléguer son autorité en
matière de signature, bien qu'il relève en principe du directeur
général des achats qui a le statut de dirigeant d'organisme
à l'égard de ses employés. On a là un exemple de
chevauchement...
Le Président (M. Lemieux): Ses fonctions et pouvoirs
prévus aux articles 7 et 8, effectivement. M. le député de
...
M. Chevrette: Considérez les deux autres comme deux
sous-amendements et, comme la discussion a eu Heu... Est-ce que vous pouvez
faire cela?
Le Président (M. Lemieux): Non. Écoutez-moi bien,
M. le député de Joliette. Relativement aux amendements, pour que
ce soit bien clair et qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, Geoffrion dit
à l'article 175: "Sauf les exceptions prévues au
règlement, plusieurs amendements peuvent être proposés
successivement sur une motion principale par différents
députés qui ont le droit de parler sur cette motion." Vous
comprenez, M. le député? Cela va? Je m'en doutais que vous le
saviez, M. le député de Joliette.
Relativement au premier amendement qui se lit comme suit: "Le
sous-ministre peut, par écrit, dans la mesure qu'il indique et sur
approbation du ministre, déléguer à un fonctionnaire ou au
titulaire d'un emploi, l'exercice de ses fonctions visées par la
présente loi," est-ce qu'il est adopté?
M. Chevrette: Adopté.
M. Rocheleau: Je pense, M. le Président, que les
explications qu'on a pu apporter ont sûrement éclairé cette
commission et qu'on devrait se limiter à l'article 5 tel que lu
tantôt.
Le Président (M. Lemieux): C'est donc rejeté sur
division?
M. Chevrette: C'est ça.
Le Président (M. Lemieux): L'amendement est rejeté
sur division.
M. Chevrette: Je dépose les deux autres, M. le
Président.
Le Président (M. Lemieux): Relativement au deuxième
amendement, il se lit comme suit: "L'article 5 du projet de loi 68, Loi sur le
ministère des Approvisionnements et Services et modifiant diverses
dispositions législatives, est modifié en biffant, aux premier et
deuxième alinéas, les termes "ou au titulaire d'un emploi".
M. Chevrette: Même vote.
Le Président (M. Lemieux): Rejeté sur division.
Relativement au troisième amendement: L'article 5 du projet de loi 68,
Loi sur le ministère des Approvisionnements et Services et modifiant
diverses dispositions législatives, est modifié en biffant le
deuxième paragraphe, l'amendement est irrecevable en vertu des articles
244 et 197 qui nous disent... Oui, M. le leader, je vais vous dire pourquoi il
est irrecevable. Vous n'êtes pas sans savoir, M. le leader, qu'un
amendement doit être conforme à l'objet, à l'esprit et
à la fin visés comme tels par le projet de loi. Il doit avoir un
rapport direct au sujet de l'article qui est à étudier, ne pas
être étranger, ni changer la nature comme telle - c'est cela qui
m'apparaît important -du sens et de la philosophie comme telle de
l'article 5. Un instant! Je vais trouver mon article 5. En biffant le
deuxième paragraphe, M. le député de Joliette, vous allez
à l'encontre même du principe du premier paragraphe qui est de
permettre la subdélégation.
M. Chagnon: Le sous-amendement, s'il avait été
adopté, aurait été encore pire.
M. Chevrette: M. le Président, je m'excuse, avec toute la
déférence que j'ai pour vous, de plaider sur la
recevabilité. Je pense qu'on est en train de s'"enfarger". Qu'on ne soit
pas d'accord, très bien mais le premier paragraphe, on va le lire
ensemble...
Le Président CM. Lemieux): Oui.
M. Chevrette: ...s'il le faut pour s'expliquer. "Le sous-ministre
peut, par écrit" - on conserve cela - "déléguer" - ce que
je faisais, dans mon premier amendement, je le subordonnais à
l'autorité du ministre, ce qui
est tout à fait plausible si on voulait utiliser une autre
formule que celle traditionnelle -"à un fonctionnaire". Donc, c'en est
de la subdélégation. Je ne vois pas en quoi, en maintenant la
subdélégation dans le premier, j'enlève ce qui est
subdélégation dans le deuxième. Le principe de la
subdélégation est conservé dans le premier, quand on dit
"déléguer à un fonctionnaire", sauf que
"déléguer à un fonctionnaire", c'est très
précis, on qualifie la personne qui peut recevoir.
Ce n'est pas du tout irrecevable. Vous pouvez être contre, mais
l'amendement est très recevable sur le fond.
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Joliette, je vais reprendre l'article 5. "Le
sous-ministre peut, par écrit et dans la mesure qu'il indique,
déléguer..." - c'est un acte de délégation qui est
visé dans le premier paragraphe de l'article 5 - "...ou au titulaire
d'un emploi l'exercice de ses fonctions visées par la présente
loi". Remarquez que, en biffant le paragraphe 2: "II peut, dans l'acte de
délégation, autoriser la
subdélégation...1'
M. Chevrette: Pouvez-vous avoir deux principes dans un même
article de loi?
Le Président (M. Lemieux): Effectivement, M. le
député de Joliette.
M. Chevrette: Oui?
Le Président (M. Lemieux): C'est la raison pour laquelle
je vous citais tout à l'heure et je vous invite à lire
l'arrêt Vic Restaurant, M. le député de Joliette.
M. Chevrette: Oh, Vic Restaurant.
Le Président (M. Lemieux): Écoutez, j'ai rendu ma
décision là-dessus et je vous dis qu'en biffant l'article 5 vous
changez le principe de l'article qui est d'autoriser la
subdélégation.
Une voix: On va l'avoir à l'usure.
M. Chevrette: Ne vous choquez pas, M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): Non, non, M. le
député de Joliette.
M. Chevrette: II ne faudrait pas perdre les "quételles"
parce qu'on ne s'entend pas sur un article de règlement.
Le Président (M. Lemieux): Non, non, M. le
député de Joliette.
M. Chevrette: "Les amendements doivent concerner le même
sujet que la motion..." En parlant de délégation, on peut
très très bien limiter la délégation à la
délégation simple sans aller à la
subdélégation, mais le principe fondamental ou l'économie
de l'article 5 est sur la délégation d'un acte.
Une voix: L'article 197.
Le Président (M. Lemieux): Voulez-vous continuer l'article
que vous venez de lire, s'il vous plaît? C'est beaucoup plus
intéressant. "...et ne peuvent aller à l'encontre de son
principe".
M. Chevrette: J'étais en train de dire quelque chose.
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse.
M. Chevrette: Je ne le sais pas, si...
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Joliette, vous avez raison.
M. Chevrette: D'accord. M. le Président, l'économie
de l'article 5, tel que stipulé, c'est un geste de
délégation. Vous pouvez déléguer,
subdéléguer à l'infini. Mais, en amendement, le fait
d'enlever une étape n'altère pas l'esprit de la
délégation qui paraît en première même de
l'article 5,
S'il fallait interpréter cela comme vous le dites, il n'y aurait
plus possibilité de faire un amendement. Je suis convaincu de cela.
J'aimerais que vous le réétudiez et que vous le mettiez en
suspens jusqu'à notre retour.
M. Chagnon: On pourrait le finir avant, cela réglerait le
problème.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: L'article 197 permet d'amender.
Une voix: M. le Président a rendu sa décision.
M. Chevrette: Est-ce vrai? Il est vite.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette, je vais suspendre.
M. Chevrette: Je n'haïrais pas cela.
Le Président (M. Lemieux): Je vais suspendre et je vais
vérifier cela. Je vais suspendre environ cinq...
M. Chevrette: En rentrant...
Le Président (M. Lemieux): Ah! en
entrant.
Une voix: M. le Président, je m'en vais dîner.
Le Président (M. Lemieux): S'il vous plaît, s'il
vous plaît!
M. Chagnon: M. le Président, avant de suspendre,
j'aimerais que le député de Joliette accepte que nous
procédions au vote sur le sous-amendement en question. Nous reviendrons
régler la question théorique.
Le Président (M. Lemieux): Non, non. Je m'excuse,
monsieur. Nous suspendons jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 59)
(Reprise à 15 h 3)
Le Président (M. Lemieux): À l'ordre, s'il vous
plaît!
La commission du budget et de l'administration reprend ses travaux quant
à l'étude du projet de loi 68, Loi sur le ministère des
Approvisionnements et Services et modifiant diverses dispositions
législatives.
Nous en étions à l'article 5 et nous avions à
décider de la recevabilité de l'amendement suivant: L'article 5
du projet de loi 68, Loi sur le ministère des Approvisionnements et
Services et modifiant diverses dispositions législatives, est
modifié en biffant le deuxième paragraphe: "II peut, dans l'acte
de délégation, autoriser la subdélégation des
fonctions qu'il indique; le cas échéant, il identifie le
fonctionnaire ou le titulaire d'un emploi à qui cette
subdélégation peut être faite."
Après de nombreuses discussions avec les conseillers juridiques
et après réflexion, ma décision est la suivante. L'article
197 de nos règles de procédure se lit comme suit: "Les
amendements doivent concerner le même sujet que la motion et ne peuvent
aller à l'encontre de son principe. Ils ne visent qu'à
retrancher, à ajouter ou à remplacer des mots." De cet article,
il faut retenir que l'amendement ne peut aller à l'encontre du principe
dans le présent cas de l'article 5. Quel est le principe de l'article 5?
Dans un premier temps, on pourrait affirmer qu'il vise à permettre la
délégation dans son ensemble. Mais il y a lieu de s'interroger et
de se demander si le deuxième alinéa de l'article 5 ne contient
pas un deuxième principe, soit celui d'autoriser la
subdélégation. Cette subdélégation est-elle un
pouvoir accessoire à la délégation? Certains peuvent
penser que oui et d'autres peuvent dire que, si ce pouvoir accessoire n'est pas
écrit dans la loi, on élimine le principe parce que, si cette
délégation n'est pas écrite comme telle, elle n'existe
pas.
On a une règle de droit qui est carrément établie
dans un arrêt de la Cour suprême - Vic Restaurant Incorporated and
the City of Montréal (1959, RCS, page 58). Par contre, nous ne sommes
pas en droit strict mais dans le domaine du droit parlementaire, où l'on
doit permettre aux députés de jouer un rôle comme
législateurs, ce qui est une de leurs fonctions. Comme j'ai un doute eu
égard à la recevabilité de l'amendement et comme le doute
doit jouer en faveur du parrain de la motion, comme le veut la coutume en droit
parlementaire, - à titre d'exemple, on n'a qu'à penser à
la règle de la pertinence qui doit être interprétée
au bénéfice du député et être
appliquée avec souplesse, comme le dit Beauchesne au paragraphe 259, 5e
édition - j'en viens à la conclusion que ce doute doit jouer et
déclare recevable l'amendement, après avoir entendu le
député de Joliette et les membres du parti
ministériel.
Vous demandez le vote sur l'article 5?
M. Chevrette: De toute façon, on était parti pour
voter.
Le Président (M. Lemieux): Le vote nominal?
M. Chevrette: Non, non, je veux dire comme les autres.
Le Président (M. Lemieux): Rejeté sur division. Je
m'excuse, M. le leader, je croyais que c'était sur appel nominal. Alors,
rejeté sur division. Est-ce que l'article 5 est adopté?
M. Chevrette: Sur division.
Le Président (M. Lemieux): L'article 5 est adopté
sur division.
M. Chevrette: Est-ce que le ministre revient à l'article 3
ou s'il préfère continuer?
Le Président (M. Lemieux): Nous l'avions suspendu.
M. Rocheleau: On a des éléments de
réponse.
Le Président (M. Lemieux): On pourrait revenir sur
l'article 3 qui a été suspendu. Alors, j'appelle l'article 3 du
projet de loi 68. M. le ministre.
M. Rocheleau: M. le Président, M. Mario Denis est
allé aux informations ce matin entre autres et probablement qu'il
pourrait nous fournir certains éléments qui nous permettraient de
juger si cet article
devrait subir des modifications ou si plutôt cet article est en
conformité avec l'intention du législateur.
Le Président (M. Lemieux): Alors, M. Denis, sur le temps
de parole du ministre, en votre nom.
M. Denis: M. le Président, après recherches et
consultations, il semble bien que cet article, comme on l'a dit ce matin,
confirme le pouvoir du gouvernement à l'égard de l'ensemble de
l'administration, y compris les sous-ministres. En fait, c'est comparable
à celui que Ton peut retrouver par exemple à l'article 9 de la
Loi sur l'exécutif qui permet au gouvernement de transférer des
fonctions, des services, des fonctionnaires, et qui peut chambarder
complètement la vocation d'un ministère et en créer
d'autres, comme vous le savez. Ici, comme on le sait, le sous-ministre est le
bra3 administratif du ministre et, en l'absence d'un tel pouvoir, curieusement
le gouvernement ne pourrait adopter un décret s'il veut, comme il le
fait régulièrement, créer des comités
interministériels de sous-ministres pour étudier des questions
particulières. Il semblerait que cela vise notamment et essentiellement
cette chose-là. C'est loin d'être un précédent,
c'est même habituel dans les lois des ministères depuis environ
quatre ou cinq ans. Il y en a quand même eu un certain nombre et c'est
systématique dans les lois des ministères. Encore une fois cela
vise à confirmer l'autorité du gouvernement sur l'ensemble de
l'administration, y compris les sous-ministres qui sont désignés
par le gouvernement.
Évidemment, il n'est pas question de court-circuiter quoi que ce
soit. Il y a un ministère et un ministre de créés et en
principe on pourrait songer à passer par le ministre, mais...
Évidemment, le ministre fait lui-même partie du gouvernement et
cela permet d'éviter cette étape-là, somme toute, que l'on
peut considérer comme inutile dans la mesure où, encore une fois,
le sous-ministre a une vocation purement administrative. Le gouvernement
étant le responsable de l'administration, il convient qu'il se
réserve le pouvoir d'attribuer des fonctions particulières, s'il
le juge approprié, directement sans passer par le consentement d'un
ministre, ce qui serait pour le moins curieux dans la mesure où le
ministre lui-même détient ces pouvoirs à l'égard du
gouvernement. En fait, c'est le gouvernement qui est la mesure de ses
pouvoirs.
M. Chevrette: Vou3 allez recommander de battre mon
amendement.
M. Denis: Je n'oserais.
M. Bélisle: Ou de le retirer, cela serait plus
diplomatique.
Une voix: Le député de Mille-Îles a une bonne
suggestion.
M. Bélisle: Parfois, on avance des choses, des fois on les
retire.
Une voix: À l'article 195...
M. Bélisle: II ne s'agit pas de considérer cela
comme non pertinent.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Iles, s'il vous plaît, la parole... Vous avez terminé? La
parole est maintenant au député de Joliette.
M. Chevrette: M. le Président, je le maintiens, je
comprends que cela s'inscrit dans la ligne de la légalité, mais
ce serait tout aussi légal. C'est purement et simplement une question de
perception. Cela n'empêche pas d'avoir des perceptions différentes
tout en reconnaissant la légalité de ce qui peut être
annoncé par le ministre. Je maintiens nos amendements.
M. Rocheleau: Je voudrais juste ajouter, M. le Président,
è l'intention de nos collègues, que l'interprétation que
donne le leader de l'Opposition a un côté très valable. Par
contre, je vous avoue que le précédent n'est pas
créé par ce projet de loi, mais c'est plutôt une suite aux
précédents créés antérieurement. Je vous
avoue que, dans les circonstances, je souhaite personnellement ne pas
créer le précédent et apporter des modifications qui
pourraient peut-être être plus profondément analysées
et étudiées éventuellement. Mais, pour le moment, je
conçois aussi que le gouvernement pourrait à certaines occasions
déplacer les sous-ministres de différents ministères
à d'autres et c'est sous la directive du gouvernement et non pas sous la
directive du ministre. Pour ces faits-là, M. le Président, nous
allons maintenir la décision et, s'il y a lieu, si l'Opposition souhaite
demander le vote, on pourra...
Le Président (M. Lemieux): Permettez-moi de relire
l'amendement. L'amendement se lisait comme suit: L'article 3 du projet de loi
68, Loi sur le ministère des Approvisionnements et Services et modifiant
diverses dispositions législatives, est modifié en retranchant,
au deuxième paragraphe, les termes "le gouvernement ou." Est-ce que
l'amendement est adopté?
M. Chevrette: C'est le même vote. Rejeté sur
division.
Le Président (M. Lemieux): L'amendement est rejeté
sur division. Nous
appelons maintenant l'article 3 du projet de loi 68. Est-ce que
l'article 3 du projet de loi 68 est adopté?
M. Rocheleau: Sur division, M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): L'article 3 du projet de loi 66
est adopté sur division. J'appelle maintenant l'article 6 du projet de
loi 68. M. le ministre des Approvisionnements et Services.
M. Rocheleau: M. le Président, à l'article 6, on
lit: "Le personnel du ministère est constitué des fonctionnaires
nécessaires à l'exercice des fonctions du ministre; ceux-ci sont
nommés et rémunérés conformément à la
Loi sur la fonction publique. "Le ministre détermine les devoirs de ces
fonctionnaires, pour autant qu'il n'y est pas pourvu par la loi ou par le
gouvernement."
Cet article établit le principe que les membres du personnel du
ministère des Approvisionnements et Services constituent des
fonctionnaires nommés et rémunérés suivant la Loi
sur la fonction publique, donc assujettis au régime
général de la fonction publique. Cet article confirme en outre
que c'est le ministre qui définit les attributions des fonctionnaires de
son ministère. Cet article doit être lu avec l'article 4 de la Loi
sur la fonction publique qui définit les devoirs et les pouvoirs des
fonctionnaires.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce qu'il y a des
interventions sur l'article 6? M. le député de Joliette.
M. Chevrette: Je vous avoue encore une fois... C'est probablement
du juridisme qu'on découvrira, mais je pense que cela en vaut la peine
pour bien faire percevoir ce qu'on veut faire ressortir: "Le personnel du
ministère est constitué des fonctionnaires nécessaires
è l'exercice des fonctions du ministre..." Je vous avoue que... Ce sont
des fonctionnaires nécessaires à l'application de la
présente loi; j'en fais un amendement. On a le don de rédiger nos
lois, je ne sais pas ce qu'on vise par cela, mais, quand tu engages du monde,
c'est pour appliquer une loi, la rendre effective et efficace.
M. Bélisle: La réponse est bonne, n'est-ce pas?
M. Chevrette: Oui.
M. Bélisle: ...
(15 h 15)
M. Chevrette: Je fais mon amendement quand même.
L'amendement se lirait donc comme suit: L'article 6 du projet de loi 68, Loi
sur le ministère des Approvisionnements et Services et modifiant
diverses dispositions législatives, est modifié en
remplaçant, au premier paragraphe, les termes "l'exercice des fonctions
du ministre" par "l'application de la présente loi1".
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que je peux avoir une
copie écrite, s'il vous plaît?
M. Chevrette: Oui.
Le Président CM. Lemieux): Merci, M. le
député de Joliette. L'amendement est recevable.
M. Chevrette: C'est clair.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que l'amendement est
adopté?
Une voix: Est-ce qu'on peut en discuter un peu?
M. Chevrette: Bien sûr.
M. Rocheleau: Est-ce qu'on peut en avoir une copie, M. le
Président?
Le Président (M. Lemieux): Oui. J'en ai une seule copie.
Il faudrait me la remettre. Vous en avez? S'il vous plaît!
M. Chagnon: Sur l'amendement.
Le Président (M. Lemieux): Un instant.
M. Rocheleau: M. le Président, il y a un point que
j'aimerais souligner. Si on prend l'article 6 tel quel et si on prend
l'amendement proposé par l'Opposition, dans l'éventualité
où le gouvernement confierait au ministère des Approvisionnements
et Services d'autres tâches, à ce moment-là, cela pourrait
créer des problèmes particuliers quand on dit "à
l'application de la présente loi". Cela pourrait créer des
problèmes particuliers dans l'éventualité où on
élargirait les responsabilités du ministre en lui attribuant
d'autres responsabilités. L'article 9...
M. Chevrette: N'a-t-on pas voté ce matin un article qui
dit que le gouvernement pouvait confier même par décret des
responsabilités additionnelles? Donc, il applique la présente
loi. On va le regarder, mais il me semble qu'on a voté cela ce matin, et
le député de Saint-Louis s'était empressé de me
dires Voyons! Voyonsl c'est bon. Si on est capable de confier des
responsabilités additionnelles au sous-ministre, il faudrait quand
même de facto en confier au ministre, parce que le plus faible ne doit
pas enlever les capacités au plus fort.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que vous avez
terminé, M. le député de Joliette?
M. Chevrette: Il faudrait entendre quelqu'un sur le fond. C'est
possible que...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Saint-Louis, sur l'amendement. Vous avez demandé la parole.
M. Chagnon: L'amendement, finalement, ne change pas grand-chose
au libellé qui est là compte tenu que l'article 8 définit
les fonctions et pouvoirs du ministre. À l'article 6, on dit: "Le
personnel du ministère est constitué des fonctionnaires
nécessaires à l'exercice des fonctions du ministre..." "Le
ministre détermine les devoirs de ces fonctionnaires, pour autant qu'il
n'y est pas pourvu par la loi ou par le gouvernement." "...ceux-ci sont
nommés et rémunérés..." L'article 8 définit
les fonctions et pouvoirs du ministre à l'intérieur de la loi. On
estime que les...
M. Chevrette: ...la loi. Je m'excuse, mais...
M. Chagnore Je pense qu'il y a une concordance avec l'article 8.
M. Chevrette: ...votre argumentation me confirme que j'ai raison.
Si l'article 8...
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Joliette. Est-ce que, M. le député de
Saint-Louis, vous avez terminé?
M. Chagnon: J'aime bien entendre le député de
Joliette, M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): Alors, M. le
député de Joliette, la parole est à vous.
M. Chevrette: M. le Président, je vous demanderais de me
mettre dans la bouche les arguments du député de Saint-Louis pour
prouver...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Saint-Louis.
M. Chagnon: Je pense que, de toute façon, il y a une
concordance entre l'article 6 et l'article 8. L'amendement du
député de Joliette ne change rien au fond. Donc, c'est aussi bien
de ne pas le prendre.
M. Chevrette: Cela ne change rien au fond?
M. Chagnon: Bien non.
Le Président CM. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Je ne change rien au fond, mais, quand vous avez
fait un amendement de portée générale, vous disiez que les
fonctionnaires sont là pour appliquer une loi. Tout ce qui vient se
greffer par loi, ce sont nécessairement des amendements
législatifs. C'est un cadre juridique, un encadrement juridique beaucoup
plus spécifique, parce que vous ne sortez pas du cadre juridique quand
vous venez pour discuter, par exemple, d'éventuels conflits sur une
tâche qui ne serait pas dévolue dans le cadre de l'application de
la loi. Je pense que, quand vous marquez l'application dans le cadre de la loi
et non pas des fonctions du ministre qui pourrait avoir, par CT, des
tâches additionnelles qui ne sont pas nécessairement dans le cadre
de la loi et qui pourraient être accomplies par un fonctionnaire qui est
engagé pour accomplir les fonctions d'une loi et non pas les
tâches d'un ministre...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Saint-Louis.
M. Chagnon: Là-dessus, le député de Joliette
remarquera que le libellé de l'article 3, alinéa 2, fait en sorte
que le gouvernement peut greffer des devoirs supplémentaires directement
au sous-ministre. "Il exerce, en outre, toute fonction que lui assigne le
gouvernement ou le ministre."
M. Chevrette: Le sous-ministre, entre vous et moi, n'a que
l'autorité que lui confie le ministre.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Saint-Louis.
M. Chagnon: L'alinéa 5° de l'article 8 dit que le
ministre peut "s'acquitter des autres devoirs que lui assigne le gouvernement".
C'est clair que l'article 8, alinéa 5° , est en concordance avec le
troisième article, alinéa 2°. Dans ce cadre, l'amendement que
vous suggérez à l'article 6 ne m'apparaît pas absolument
nécessaire.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette et, après, M. le député de Mille-Iles, s'il vous
plaît.
M. Chevrette: Cela ne me fait rien de l'écouter.
Le Président (M. Lemieux): Cela va. M. le
député de Mille-Îles.
M. Bélisle: Justement c'est sur l'article 8, alinéa
5°. En termes de technique rédactionnelle, si je comprends bien,
tout ce qu'il y a dans les articles 8 et suivants, ce sont les fonctions et les
pouvoirs du ministre. Le personnel du comité de
législation qui a rédigé ce projet de loi a
utilisé les mêmes termes: "à l'exercice des fonctions du
ministre" et, deux articles plus loin, "les fonctions et pouvoirs du
ministre."
En termes de logique juridique et d'application de la loi ou de
l'interprétation éventuelle par une cour de justice ou par un
fonctionnaire, c'est beaucoup mieux de toujours utiliser les mêmes
termes. On arrive ici avec des termes un peu différents. Mais c'est
évident qu'à l'article 8, alinéa 5°, c'est une clause
très vague, très large. C'est un cadre dans lequel plusieurs
fonctions peuvent être confiées au ministre.
Une voix: À l'article 8, alinéa 5°, c'est le
ministre.
M. Bélisle: Bien oui.
Une voix: À l'article 3, alinéa 2...
M. Bélisle: "...que lui assigne le gouvernement",
c'est-à-dire les fonctions du ministre.
Une voix: Oui, mais...
M. Bélisle: Exemple: le service de paie. Cela en est un,
en ce moment, qui serait normalement dévolu... Les envois postaux du
gouvernement, etc. Ce n'est pas spécifiquement déterminé
à la loi, parce que c'est une loi-cadre, cette petite loi, en fin de
compte. Cela serait adopté par l'article 8, alinéa 5 , en vertu
des devoirs additionnels assignés par le gouvernement par décret
du lieutenant-gouverneur en conseil et par voie de transit par l'article 6,
"...à l'exercice des fonctions du ministre".
Je vais vous avouer franchement que je trouve cela pas mal correct comme
c'est rédigé là. Je ne vois pas de problèmes de
logistique juridique ou administrative pour le fonctionnaire.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Quand j'ai changé les mots "fonctions du
ministre" par "la présente loi", c'est qu'un ministre, d'après
moi, a deux fonctions: une fonction administrative et une fonction politique.
Alors que quand on dit: des fonctionnaires payés ou engagés pour
appliquer une loi, on les confine à l'aspect administratif, et non pas
politique, de leur rôle. C'était un des objectifs de
l'amendement.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles.
M. Bélisle: Je rappellerai au leader de l'Opposition que,
dans toutes les lois du Québec et dans les statuts refondus du
Québec, vous pouvez toujours apporter cet argument. Vous pouvez
toujours dire que la ministre de la Santé et des Services sociaux ou le
ministre de la Main-d'Oeuvre et de la Sécurité du revenu et du
Travail ont une fonction politique et une fonction administrative.
Écoutez, sous votre gouvernement ou sous n'importe quel autre
gouvernement au Québec, en remontant jusqu'à Maurice Duplessis,
il y a toujours eu deux fonctions. Même avant, depuis la nuit des temps.
Alors, M. le Président, je comprends mal le raisonnement. Je comprends
mal l'intervention du député de Joliette, leader de l'Opposition,
de dire qu'il y a deux compartiments. C'est sûr qu'il y a deux
compartiments. Toutes les lois administrées par n'importe quel ministre
ont toutes cette double vision administrative et politique. C'est sûr
que, s'il y avait des objets essentiellement politiques, partisans, faits par
le futur ministre des Approvisionnements et Services, ce serait ultra vires et
n'importe qui pourrait les contester si ce n'est pas fait dans le cadre de la
loi et des pouvoirs qui lui sont conférés.
Alors, M. le député de Joiiette, je vous rappellerais que
quand vous étiez ministre vous avez posé des gestes politiques,
vous avez posé des gestes administratifs en vertu de lois. C'est la
même distinction qui s'appliquait à vous à l'époque.
Le problème vis-à-vis de cela, je ne le vois pas.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que l'amendement est
adopté?
M. Chevrette: Sur division.
Le Président (M. Lemieux): L'amendement serait le suivant
- je m'excuse, M. le député de Joiiette - changer l'expression
"l'exercice des fonctions du ministre" par "l'application de la présente
loi." L'amendement est-il adopté?
Une voix: Rejeté.
Le Président (M. Lemieux): Rejeté sur division.
L'article 6 est-il adopté?
Une voix: Non.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand.
M. Parent (Bertrand): II y aurait un autre volet qui touche le
point 6 et c'est concernant les employés de la fonction publique. Ce que
nous voudrions peut-être proposer comme amendement, ce serait d'ajouter
à la fin du deuxième paragraphe... Le deuxième paragraphe
se lit comme suit: "Le ministre détermine les devoirs de ces
fonctionnaires, pour autant
qu'il n'y est pas pourvu par la loi ou par le gouvernement." On y
ajouterait: "et sous réverve des conventions collectives en vigueur et
de toute loi ou décret en tenant lieu."
Le Président (M. Lemieux): L'amendement à l'article
6 se lirait comme suit: L'article 6 du projet de loi 68, Loi sur le
ministère des Approvisionnements et Services et modifiant diverses
dispositions législatives, est modifié en ajoutant, à la
fin du deuxième paragraphe, les termes "et sous réserve des
conventions collectives en vigueur ou de toute loi ou décret en tenant
lieu."
Merci, M. le secrétaire. Y a-t-il des interventions? M. le
député de Joliette?
M. Parent (Bertrand): Ce qu'il est important de définir,
c'est ce qu'on entend par les devoirs du ministre. Ce qu'on veut ajouter par
notre amendement: "et sous réserve des conventions collectives en
vigueur ou de toute loi ou décret en tenant lieu", c'est pour essayer de
couvrir tous les angles.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Saint-Louis.
M. Chagnon: II me semble - et peut-être que mon
collègue de Bertrand pourra corriger mon jugement - que l'article 27
vient encadrer les dispositions législatives antérieures. Les
conditions de travail et les modalités que détermine le
gouvernement, cela ne peut être autrement que celles qui
régissent, par exemple, l'organisation des conventions collectives du
personnel syndiqué, particulièrement è l'intérieur
du SPGQ ou à l'intérieur du syndicat des fonctionnaires...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de Joliette
et, après, M. le député de Mille-Îles.
M. Chevrette: Vous me permettez de vous souligner que nous avons
reçu la lettre avec la mention "copie conforme à Pierre Marc
Johnson et à Robert Bourassa," lettre adressée au ministre. Dans
cette lettre, le Syndicat des fonctionnaires provinciaux s'en remet à
l'article 27. Ces gens nous mettent cependant en garde contre les articles 8 et
27. Seulement trente secondes. Ils disent: Après avoir pris connaissance
du projet de loi précité, nous estimons que des modifications
doivent y être apportées aux fins de prévoir, notamment
à l'article 27, que la Loi sur la fonction publique s'applique sans
autre formalité aux membres visés au deuxième paragraphe
sur la base des principes déjà établis. Nous croyons
également que les dispositions du premier alinéa de l'article 8
viennent en contradiction avec les dispositions de la Loi sur la
Société immobilière du Québec et qu'une
clarification devrait être apportée.
On sait que les conventions collectives peuvent faire l'objet aussi de
définitions de fonctions et de tâches. Au-delà de ce que la
lettre des fonctionnaires nous dit vis-à-vis des articles 8 et 27, nous
prétendons qu'il y a une occasion de le stipuler et que c'est à
l'article 6: "Le ministre détermine les devoirs de ces fonctionnaires,
pour autant qu'il n'y est pas pourvu", parce qu'il est vrai qu'il y a des
devoirs qui peuvent être couverts par les conventions collectives de
travail ou par des décrets tenant lieu de conventions collectives de
travail. Mais aussi, si ce sont des fonctionnaires, cela peut être par la
Loi sur la fonction publique. Sur cela, c'est bien rédigé. Mais
là où cela fait l'objet d'une discussion entre syndicat et
employeur, cela peut être une convention ou un décret y tenant
lieu. C'est la précaution qu'on pensait pouvoir introduire
immédiatement pour tenir compte de la tâche ou de l'encadrement de
travail qui fait l'objet aussi d'une convention. Ce n'est pas
nécessairement l'objet d'un règlement: quand ce ne sont pas ceux
de la fonction publique, ce n'est pas par règlement, c'est par
convention collective. Remarquez que cela peut être discutable quant
à l'endroit approprié pour le mettre. Par contre, ce n'est pas
contradictoire par rapport à la capacité de définir ce que
c'est qu'un devoir parce que c'est un objet spécial.
Le Président (M. Lemieux): Vous avez terminé, M. le
député de Joliette?
M. Chevrette: Oui.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles, vous avez demandé la parole.
M. Bélisle: Pas pour l'instant, M. le Président,
je...
Le Président (M. Lemieux): Je vous remercie. Est-ce que
l'amendement... Est-ce qu'il y a d'autres intervenants sur l'amendement? M. le
député de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Seulement pour compléter. Je pense
que les explications du député de Joliette sont tout à
fait exactes. Je pense qu'il y a lieu de couvrir tous les angles lorsque l'on
parle des devoirs de ces fonctionnaires qui peuvent être régis par
autre chose que par la Loi sur la fonction publique, en spécifiant - de
toute façon, je ne pense pas que cela nuise à quelqu'un -que
c'est sous réserve de3 conventions collectives ou des décrets qui
peuvent être en vigueur. On s'assure à ce moment que, finalement,
les devoirs des fonctionnaires qui sont visés par le ministre pourront
être
couverts sous cet angle. (15 h 30)
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que vous avez
terminé, M. le député de Bertrand? Nous allons attendre
une fraction de seconde.
Est-ce que vous avez une intervention, M. le ministre?
M. Rocheleau: M. le Président, nous sommes à
réfléchir.
Le Président (M. Lemieux): C'est bien, M. le ministre. M.
le député de Joliette.
M. Chevrette: On pourrait peut-être donner un exemple
additionnel pendant qu'on réfléchit.
Le Président (M. Lemieux): Vous êtes sur votre droit
de parole, M. le député de Joliette.
M. Chevrette: Je prends un exemple. Le ministre dit: On
assujettit le fonctionnaire à l'exercice des fonctions du ministre -
c'est le terme utilisé - alors que ces mêmes fonctions sont
souvent encadrées ou balisées par une convention collective. Si
vous remplissez telle fonction, vous êtes payé tel salaire. Si
vous accomplissez telle autre fonction, vous pouvez changer de classe ou de
catégorie d'embauche. Vous ne pouvez pas créer exclusivement .
une obligation de faire telle chose et ne pas la subordonner en même
temps aux conditions relatives à cette même obligation de faire de
la part de l'individu. C'est pour cela qu'on ajoute cet amendement.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles.
M. Bélisle: Est-ce que je dois comprendre, M. le
député de Joliette, que vous voulez légiférer sur
l'évidence?
M. Chevrette: Oh non! Non, ce n'est pas légiférer
sur l'évidence, là-dessus.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Je peux vous dire qu'il y a des trous juridiques
dans certaines lois que vous connaissez très très bien.
M. Bélisle: C'est pour cela que je vous pose la question,
M. le député de Joliette. Donnez-moi un exemple d'un cas
précis d'une personne...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles.
M. Bélisle: ...sans citer de nom, qui aurait subi un
préjudice dans une loi qui a été adoptée
récemment, il y a trois, quatre ou cinq ans, où il n'y avait pas
une disposition semblable...
M. Chevrette: J'ai vu...
M. Bélisle: ...malgré qu'elle sait couverte par la
loi-cadre de la fonction publique.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Je vous citerai des sentences en appel depuis trois
ou quatre ans précisément, car il y a eu, dans la
multiplicité des structures, des trous juridiques,
précisément parce qu'on ne tenait pas compte...
M. Bélisle: De cela spécifiquement?
M. Chevrette: ...de cela spécifiquement. L'exemple, entre
autres, c'est lorsque, partant de la fonction publique, l'individu
décidait de s'en aller à une société d'État.
Là, vous alliez non plus vers une loi qui protège votre statut,
mais vers une convention collective. Si un vide juridique se produit, beaucoup
de précédents disent: prescription légale, c'est
regrettable. Vous n'êtes plus couvert. Vous n'avez pas
négocié, au moment où vous auriez dû, l'application,
par une clause de prolongation automatique, même s'il y a une fin de
contrat.
M. Bélisle: Et possiblement des dispositions
contractuelles différentes.
M. Chevrette: Exactement.
M. Bélisle: C'est surtout à cela que vous faites
référence?
M. Chevrette: C'est surtout à cela et, en arbitrage, il y
en a qui ont perdu. Ils ont été déboutés en
première instance et on sait que, en arbitrage, c'est fini.
Le Président (M. Gobé): M. le député
de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Surtout que, dans le cas qui nous
préoccupe, on sait qu'il y aura des transferts de sociétés
à l'intérieur de la structure du ministère. Je pense que
cela devient plus "touchy". Ce n'est pas comme si on bâtissait un
ministère. On bâtit un ministère, mais on devra toucher...
Que ce soit par la S1Q ou autrement, il y aura sûrement des gens qui
passeront d'un organisme à l'autre à l'intérieur de
l'appareil gouvernemental.
M. Rocheleau: M. le Président,
j'aimerais peut-être, si c'est possible, demander à M.
Denis d'apporter un éclaircissement à l'article 6, plus
particulièrement à l'amendement que l'Opposition nous a
soumis.
Le Président (M. Gobé): Certainement, M. le
ministre. M. Denis, si vous voulez procéder.
M. Denis: En fait, à nouveau, cette disposition vise
à permettre au ministre de définir, comme il est dit là,
les devoirs de ces fonctionnaires. Je pense qu'il est certain, lorsqu'on dit
"pour autant qu'il n'y est pas pourvu par la loi ou par le gouvernement",
qu'une disposition de loi aussi générale ne pourrait pas
permettre au ministre de déterminer des devoirs qui iraient à
l'encontre de conventions collectives qui sont adoptées en vertu de lois
très spécifiques régissant le domaine des
négociations collectives dans le secteur public et parapublic. Comme
vous le savez, il y a toute une série de lois et de décrets qui
viennent encadrer ces conventions et ces dispositions. Si jamais il y avait
conflit et si le ministre était tenté, sur la base de cette
disposition habilitante très générale, de définir
quelque chose qui irait à l'encontre de cela, il est certain que, en
vertu du principe juridique que le particulier prévaut sur le
général, il lui faudrait quelque chose de beaucoup plus clair que
cela pour mettre de côté des conventions collectives qui sont
négociées et conclues dans le cadre de lois bien
particulières dans le domaine public et parapublic.
Encore une fois, c'est une disposition qu'on retrouve dans l'ensemble
des ministères. Cela n'a jamais servi, que je sache, à un
ministre pour contourner les conventions collectives ou à ajouter aux
tâches des fonctionnaires qui sont régis par des conditions de
travail très bien encadrées. Le ministre le voudrait-il que,
juridiquement, cela serait tout à fait impossible, compte tenu
précisément du cadre juridique dans lequel ces conventions sont
conclues. Elles prévaudraient parce que c'est du particulier en ce sens
que ce sont des conditions de travail alors qu'ici c'est beaucoup plus
général, c'est un article dans une loi constitutive de
ministère. Certainement qu'on ne peut pas penser que cela puisse
habiliter le ministre. À ma connaissance, cela n'a jamais servi à
cet effet et je vois mal, juridiquement.»
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Oublions cet article et cet amendement
temporairement pour nous situer dans le cadre de l'économie de la loi
face aux employés. Ce que vous leur garantissez comme conditions
minimales... Il faut faire fi du fait qu'on ne connaît pas les conditions
de travail existantes. Dès que vous garantissez les conditions minimales
de la Loi sur la fonction publique, vous les considérez comme des
fonctionnaires, ce n'est pas nécessairement la garantie de tous les
droits de l'individu. Il se peut que, dans certains cas, ce soient des droits
supérieurs à ceux existants, mais il se peut aussi que ce soit
inférieur. Dans le cas de la SIQ, par exemple, je n'ai pas pris le temps
de regarder toute la convention pour voir et comparer les droits ou les
privilèges avec ceux de la Loi sur la fonction publique et des
fonctionnaires provinciaux. C'est le Syndicat canadien de la fonction publique
qui les représente.
À partir de là, je dis: "décret en tenant lieu"
parce que la dernière ronde de négociations dans les secteurs
public et parapublic s'est soldée par des décrets. Donc, en
oubliant les contenus, je vais essayer de fermer la porte parce que je ne pense
pas qu'on ait avantage, qui que ce soit, è vouloir diminuer en quoi que
ce soit un droit. Je ne pense pas que ce soit l'objectif visé et c'est
pour cela qu'on disait: Comme on ne sent pas que c'est un objectif visé
puisqu'on donne la loi ailleurs, pourquoi ne pas mettre plus que la loi, parce
que c'est plus que la Loi sur la fonction publique dans les faits quand on
regarde la SIQ?
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre.
M. Rocheleau: Mais, M. le Président, je comprends certains
des arguments du leader de l'Opposition. Par contre, si on s'en tient
particulièrement aux conventions collectives existantes, soit celle de
la fonction publique, d'une part, et celle de la Société
immobilière du Québec, d'autre part, où il pourrait y
avoir certaines différences et où on pourrait souhaiter que
certains acquis soient préservés, c'est beaucoup plus à
l'article 27 qu'on pourrait, je pense, donner l'interprétation et
sécuriser davantage en fonction de la lettre que nous avons reçue
de M. Harguindeguy qu'à l'article 6 où on détermine
davantage les devoirs. Au sens large, les devoirs ne font pas, je pense,
divergence avec la convention comme telle.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur l'amendement? Est-ce que l'amendement est adopté?
M. Chevrette: Sur division.
Le Président (M. Lemieux): L'amendement est
rejeté... Est-ce que l'amendement est adopté?
M. Rocheleau: Rejeté sur division.
M. Chevrette: C'est rejeté sur division. Je sais bien
qu'il va voter contre à cause de l'argumentation...
Le Président (M. Lemieux): Oui, c'est un lapsus.
Une voix: On va veiller tard.
Une voix: On est juste vendredi après-midi.
Le Président (M. Lemieux): L'amendement à l'article
6 qui se lisait comme suit: Ajouter après le deuxième paragraphe
de l'article 6: "et sous réserve des conventions collectives en vigueur
ou de toute loi ou décret en tenant lieu", est rejeté sur
division. Est-ce que l'article 6 est adopté?
M. Chevrette: Sur division. Une voix: Sur division.
Le Président (M. Lemieux): L'article 6 est adopté
sur division.
M. Rocheleau: Est rejeté.
Une voix: Non, l'article 6 est...
M. Rocheleau: Excusez.
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, il est...
M. Rocheleau: Je n'ai pas veillé à la même
heure.
Le Président (M. Lemieux): L'amendement est rejeté
sur division et l'article est adopté sur division.
M. Rocheleau: Sur division.
Fonctions et pouvoirs du ministre
Le Président (M. Lemieux): J'appelle l'article 7 du projet
de loi 6B.
Une voix: Faire une renumérotation.
M. Rocheleau: Merci, M. le Président. Article 7: "Le
ministre élabore et propose au gouvernement des politiques relatives
à l'acquisition et à la fourniture de biens et de services pour
les ministères et pour les organismes publics désignés par
le gouvernement. "Il veille à l'application de ces politiques, en
coordonne l'exécution et peut, à ces fins, prendre des
règlements. Ces règlements sont soumis à l'approbation du
gouvernement et entrent en vigueur le quinzième jour qui suit celui de
leur publication à la Gazette officielle du Québec ou à
une date ultérieure qu'indiquent ces règlements. "Le ministre a
également charge de l'application des lois confiées à sa
responsabilité."
Certains commentaires, M. le Président. Cet article
précise le rôle premier du ministre des Approvisionnements et
Services qui sera de présenter au gouvernement des politiques relatives
à l'acquisition et à la fourniture de biens et de services tant
mobiliers qu'immobiliers lorsque ces biens ou services sont requis pour des
ministères et des organismes publics désignés par le
gouvernement. Il prévoit en outre que c'est aussi le ministre des
Approvisionnements et Services qui aura la responsabilité de voir
à l'application de ces politiques; à cette fin, la loi accorde au
ministre un pouvoir de réglementation. Enfin, le ministre de9
Approvisionnements et Services aura la charge d'appliquer les lois
confiées à sa responsabilité, telles la Loi sur la
Société immobilière du Québec, la Loi sur la
Régie des installations olympiques et la Loi sur la protection des
personnes et des biens en cas de sinistre.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que vous avez
terminé, M. le ministre?
M. Rocheleau: Fin des commentaires.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur l'article 7 du projet de loi 68?
M. Chevrette: Oui.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Cela ne sera pas long, M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): Vous êtes dans votre
droit de parole, M. le député de Joliette.
M. Chevrette: Le temps a-t-il commencé à compter?
Il n'y a pas de problème. Je vais me ramasser assez vite. Je voulais
lire...
Le Président (M. Lemieux): Cela va, M. le
député.
M. Chevrette: Je me suis aperçu que mon autre... J'ai
retiré mon premier amendement, mon silence vous a payé.
Le Président (M. Lemieux): Prenez tout le temps
nécessaire, M. le député de Joliette.
M. Chevrette: Voulez-vous que je retire
le deuxième?
M. Parent (Bertrand): Peut-être, entre-temps, M. le
Président...
Le Président (M. Lemieux): Oui, M. le député
de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): En fait, la préoccupation qu'on a
concernant l'article 7 vise la façon dont il est rédigé:
il n'y a pas tellement de balises, j'en ai fait part en deuxième lecture
en Chambre. Cela nous apparaît être très très large.
On se retrouve devant des pouvoirs qu'on peut trouver assez illimités.
C'est peut-être dans ce sens-là que mon collègue de
Joliette aura une modification à apporter pour essayer de baliser les
pouvoirs du ministre. Tout cela, comme je l'avais expliqué dans mes
propos, pour essayer de voir où cela peut commencer et s'arrêter.
Je pense que c'est dans ce sens-là que mon collègue veut
présenter quelque chose.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Je viens de retrouver l'expression que je
recherchais, c'est "prendre des règlements", voilà la fameuse
expression dont on avait parlé assez longuement le premier soir de la
commission parlementaire. À ce stade, je me pose, fondamentalement, une
question de droit. Je me demande si cet article n'est pas ultra vires,
puisqu'il me semble qu'on n'a pas le droit, dans une loi, d'introduire la
capacité de faire de la réglementation sans baliser cette
même réglementation. Si on lit l'article: "II veille à
l'application de ces politiques", "ces", c'est déjà
démonstratif dans le sens que, si on se réfère au premier
alinéa, "des politiques relatives à l'acquisition et à la
fourniture de biens", là, c'est un peu plus spécifique. Mais,
"à ces fins prendre des règlements", sans qualifier, sans fixer
de balises quelconques, cela veut dire qu'il s'occupe de l'achat des biens et
services et, pour ces fins, il fait des règlements. Cela pourrait
être des règlements qui iront dans n'importe quel sens. Moi, je
peux acheter...
M. Bélisle: Vous en avez à l'article 8.3°.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Oui, mais je ne peux pas présumer que
l'article 8.3 sera adopté. Je suis obligé d'aller article par
article. C'est très sérieux. On procède article par
article.
Le Président (M. Lemieux): Effectivement.
M. Chevrette: J'en suis à l'article 7...
M. Rocheleau: Si on promet que l'article 8.3° va être
adopté?
M. Chevrette: ...on donne à un pouvoir une portée
très générale sans balise à ce moment-ci. Le
législateur pourrait changer d'idée, une fois à l'article
8.3°. Cela pourrait donner un pouvoir tout à fait illimité.
Le ministre pourrait voter l'article 7 et ne pas voter l'article 8.3 . Cela lui
permet de faire quoi? N'importe quoi. Je suis convaincu que c'est
spécifique quand on dit: "Des politiques relatives à
l'acquisition et à la fourniture de biens et de services pour les
ministères." C'est à la fois spécifique et très
vaste. Quel type de politique est-ce? Est-ce une politique qui favorise
l'ensemble des fournisseurs québécois, par exemple? Est-ce une
politique qui va favoriser les régions du Québec, parce que le
ministre a utilisé la dimension régionale dans son exposé
à plusieurs reprises, même aux crédits? Cela devient des
balises dans lesquelles je sais d'ores et déjà, au moment
où je vote, que le ministre a l'intention de se servir de ces
limites-Ià. Tel que rédigé, le ministre a le droit de
prendre des règlements. Des règlements pour quoi? Pour sacrer
à terre tout ce qui existe? Cela pourrait aussi bien vouloir dire cela
par rapport à l'acquisition des biens et services. Ce n'est
balisé d'aucune façon. Je suis persuadé que c'est ultra
vires. On n'a pas le droit d'adopter une réglementation sans aucune
balise; j'en ai la conviction. Pour ce faire, on va au moins essayer
d'introduire quelques petites balises ou quelques principes qui permettraient,
à ce moment-là, au moins, de le situer dans des limites ou dans
des objectifs quelconques. Donc, je dépose un amendement, M. le
Président... (15 h 45)
Le Président (M. Lemieux): Oui, M. le député
de Joliette.
M. Chevrette: ...que, j'en suis convaincu, le ministre va
adopter. C'est l'ajout d'un paragraphe entre les alinéas 1 et 2.
Le Président (M. Lemieux): L'amendement proposé par
le député de Joliette à l'article 7 du projet de loi 68 se
lirait comme suit: L'article 7 du projet de loi 68 est modifié en
insérant, entre le premier et le deuxième alinéa, le
paragraphe suivant: "Dans l'élaboration de ces politiques, le ministre
doit promouvoir des mécanismes assurant l'utilisation optimale des fonds
publics. Ces politiques doivent viser à ce que le processus
d'acquisition et de fourniture de biens et de services garantisse l'absence de
toute considération extérieure au cours normal des affaires, sous
réserve de toute
politique visant à favoriser l'acquisition de biens ou de
services produits ou vendus par des Québécois."
M. Rocheleau: M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): L'amendement est recevable.
Est-ce qu'il y a des interventions sur l'amendement? M. le ministre.
M. Rocheleau: J'aurais peut-être voulu, simplement pour
reprendre l'article 7 sans tenir compte de l'article 8, car ce n'est pas
l'article 8 qui est discuté actuellement... En ayant l'ouverture que
nous avons eue tout à l'heure d'examiner les trois amendements que
l'Opposition a déposés, cela nous permettait de considérer
les autres amendements. Effectivement, à l'article 8.3 , je pense, que
nous devrions étudier très prochainement, nous aurions
souhaité apporter un amendement. Pour le bénéfice du
leader de l'Opposition, il y aurait peut-être lieu de lui soumettre pour
sa gouverne ce que nous aurions peut-être eu...
M. Chagnon: C'est fait.
M. Rocheleau: C'est fait? Vous en avez déjà eu une
copie?
M. Chagnon: J'en ai distribué une copie à tout le
monde.
M. Rocheleau: Ah bon!
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que je pourrais
suspendre les travaux, M. le député de Joliette, afin de vous
permettre d'en prendre connaissance?
M. Chevrette: Non, je l'ai déjà eue.
Le Président (M. Lemieux): Vous l'avez? Parfait. Est-ce
que, relativement...
M. Rocheleau: Est-ce que vous souhaitez qu'on suspende l'article
7, M. le Président?
Le Président (M. Lemieux): Effectivement, nous pouvons
suspendre l'article 7 et procéder à l'étude de l'article
8.
M. Rocheleau: En somme, M. le Président, l'article 8
définit les fonctions et les pouvoirs du ministre, plus
particulièrement dans les éléments qui suivent.
Le Président (M. Lemieux): Nous suspendons l'article 7.
J'aimerais vous informer que, relativement à l'article 7, j'avais
jugé recevable l'amendement déposé par le
député de Joliette. J'appelle maintenant l'article 8 du projet de
loi 68.
M. Parent (Bertrand): M. le Président, sur l'article
7...
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Bertrand, nous avons convenu, de consentement, de
suspendre l'article 7 et d'y revenir par la suite. J'ai appelé l'article
8. Alors, l'amendement déposé par le ministre se lirait comme
suit: À l'article 8 du projet de loi 68, le paragraphe 3 de cet article
est remplacé par le suivant: "Prendre les mesures nécessaires
pour accroître l'efficacité et pour restreindre les
dépenses des ministères et des organismes publics
désignés par le gouvernement relativement à l'acquisition
et à la fourniture de biens et de services, notamment pour l'obtention
du meilleur rapport qualité/coût." Voilà la teneur de
l'amendement déposé par M. le ministre. Est-ce qu'il y a des
interventions sur l'amendement? M. le député de
Mille-Îles.
M. Bélisle: D'abord, je dois dire que je suis très
sensible à cela et très touché. Je remercie le ministre
délégué aux Services et Approvisionnements d'avoir
ajouté cet amendement parce que c'est une préoccupation que
j'avais la semaine dernière. Cette préoccupation, elle est toute
simple. Il faut établir un cadre, mais non pas un cadre trop
serré, un carcan, pour la loi. Cette loi, comme je l'ai dit tantôt
et à l'Assemblée nationale la semaine dernière, c'est une
loi très importante en matière de contrôle de
l'administration publique. J'avais un énorme problème avec
l'actuel article 8.3°. Quand on me dit "l'obtention du meilleur rapport
qualité-coût", je vous en ai touché un mot, M. le leader de
l'Opposition, à l'extérieur de la salle de la commission du
budget et de l'administration, la semaine passée...
M. Chevrette: En regard de l'article 28.
M. Bélisle: ...en vous disant que vous avez l'exemple
frappant et c'est sous vos chaussures, c'est-à-dire les tuiles qui ont
été installées. Tout est une question de
dénominateur commun dans toutes les études de
bénéfice-coût qui ont été faites, c'est un
ratio, le numérateur sur le dénominateur. On peut donner un
exemple. Les tuiles comme telles, 450 000 $ de dénominateur, c'est un
coût. Les critères pour juger du numérateur, de la
qualité peuvent être quantifiés, on peut accorder des
points: la beauté, l'esthétique, la facilité d'entretien,
la valeur du patrimoine augmentée; cela est un exemple. On peut
différer sur les critères quant à la qualité. C'est
la même chose pour une salle de concert, pour un immeuble gouvernemental,
pour l'aménagement d'un local de bureau. Le coût, le
dénominateur et le
numérateur dépend des critères de celui qui juge.
Mais on en vient toujours, avec l'article 8.3 existant, à un rapport.
Alors, si c'est 400 000 $ et qu'on juge que cela vaut 800 000 $, c'est du deux
pour un. Mais on pourrait avoir des situations où c'est absolument
inadmissible d'avoir un dénominateur de 400 000 $, qui est le
coût; on cherche tous è assainir les finances publiques du
Québec.
C'est pour cela que dans l'amendement il y a deux normes fondamentales;
c'est d'augmenter l'efficacité - c'est le but premier du
ministère qui va être créé -c'est-à-dire le
rendement des services qui vont être donnés aux autres
ministères, et une diminution et une économie d'échelle
qui sera redistribuée peut-être aux autres ministères ou
aux fonds publics de la province.
Par conséquent, si on nous met deux normes de base, qui sont
l'efficacité et la réduction générale des
dépenses des ministères et des organismes, je ne pense pas qu'il
y ait personne qui puisse être contre cela. Mais d'aller aussi loin que
de dire: On va déterminer la politique chez nous, la non-intervention...
Ce sont des spécificités dont on n'a pas à se soucier dans
la préparation des normes générales. Mais supposons qu'un
ministre, dans 25 ans, prendrait une décision pour un monument, un
mausolée à Québec et qu'il y aurait un coût de 50
000 000 $ et une qualité extraordinaire, en vertu de ces deux
critères, ce serait une décision qui pourrait être
contestée judiciairement. J'espère que vous comprenez bien
jusqu'où les deux critères et les deux normes sont
précisés.
M. Chevrette: N'y a-t-il pas une autre expression que
"bénéfice/coût"?
M. Bélisle: Ce n'est pas
"bénéfice/coût", c'est "qualité/coût".
Une voix: Qualité/coût.
M. Bélisle: Qualité, c'est subjectif et,
coût, c'est objectif. Sauf que qualité, subjectif, cela peut
être déterminé en termes quantifiables, cela se
comptabilise. Je peux vous assurer, M. le député de Joliette,
qu'on peut faire l'exercice tous les deux avec des grilles, très
facilement; n'importe quel économiste est capable de faire cela. Au
moins, c'est balisé par deux grandes règles de base, que
n'importe quel administrateur de n'importe quel gouvernement devrait avoir
quotidiennement en tête dans chacune des décisions administratives
qu'il prend.
Je pense, selon moi, qu'on ne peut pas être contre
l'amendement.
M. Rocheleau: Simplement pour rajouter...
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre.
M. Rocheleau: ...M. le Président, à toutes fins
utiles, l'amendement suggéré par l'Opposition, à l'article
7, vient se confirmer...
M. Bélisle: ...c'est cela.
M. Rocheleau: ...à l'intérieur de l'amendement
suggéré. J'apprécie aussi que mon collègue de
Mille-Îles ait fait cette demande, parce que je pense que cela est une
balise très précise pour ce qui est des objectifs que nous
poursuivons. Le député de Mille-Îles, tantôt, a fait
allusion, entre autres, aux tuiles; je vous avoue que, pour avoir fait partie
du Bureau de l'Assemblée nationale pendant quelques années, j'ai
pu me rendre compte, à plusieurs occasions -d'autant plus que
l'Assemblée nationale, par le Bureau, avait un pouvoir de
dérogation en vertu de l'article 110... Cela l'obligeait à
prendre ses responsabilités. Je ne veux pas faire allusion à la
vaisselle, entre autres, que l'Asssemblée nationale aurait pu avoir sur
ses tables au coût de quelque 80 000 $ alors que c'était une
dépense que je jugeais absolument inutile, en ce temps-là, alors
que l'on tentait de compresser les dépenses du gouvernement. Je
comprends aussi que l'Assemblée nationale, en ce temps-là,
n'était pas assujettie à la prescription même de la loi et
pouvait le faire par dérogation, ce qui avait été fait,
finalement. Cela a été modifié par le Bureau alors qu'on a
eu l'occasion d'en discuter une autre fois. Si on prend l'Assemblée
nationale, elle a toujours le même pouvoir de dérogation qui lui
est conféré. Par contre, on établit des politiques pour
l'ensemble des organismes du gouvernement avec des paramètres bien
définis, dans le but de diminuer les dépenses et de tenir compte
davantage des coûts et de la qualité. Ce sont les deniers publics
qui vont défrayer l'ensemble de ces coûts. Je ne vois pas la
raison pour laquelle on pourrait soustraire l'un ou l'autre des organismes de
politiques semblables qui ne briment aucunement l'autonomie juridique de
l'Assemblée nationale comme telle mais plutôt l'inscrivent
à l'intérieur d'objectifs précis qui doivent cheminer dans
tous les organismes du gouvernement et cela, sans exception, M. le
Président.
Le Président (M. Lemieux): Vous me permettrez, M. le
ministre, de demander au député de Mille-Îles si
effectivement un tel amendement permettrait d'étendre le principe de
l'imputabilité?
M. Bélisle: Certainement, M. le Président. Si je
prends l'exemple de la vaisselle, 80 000 $ de coût - c'est le
dénominateur - supposons qu'en termes de critères de
qualité, on l'ait évaluée à 160 000 $, on aurait un
rapport de 2 sur 1. Le facteur serait 2,0. Si on en venait à une
décision en fonction du nouvel article 8.3 proposé -
réduction des coûts - d'acheter de la vaisselle avec un
dénominateur de 20 000 $ et que la qualité soit seulement d'une
valeur de 30 000 $ et qu'on ait un rapport de 1,5 - 30 000 $ divisés par
20 000 $, cela fait 1,5 - il faudrait, d'après l'article existant,
acheter la vaisselle à 80 000 $ parce qu'elle a un rapport de 2,0. On
n'a plus les moyens de se permettre cela. Il faut acheter celle où il y
a un rapport de 1,5 à cause de la règle de la réduction
des dépenses où le dénominateur doit être
considéré comme le plus bas possible.
Le Président (M. Lemieux): Y a-t-il d'autres interventions
sur l'amendement? M. le député de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Quant à l'amendement comme tel, il y
a une facette que j'aimerais toucher d'abord, c'est l'expression
qualité/coût qui est défendue et exprimée par le
député de Mille-Îles et par le ministre. Je voudrais aussi
toucher un autre volet qui était couvert par notre préoccupation
exprimé à l'article 7 et qu'on tente actuellement de couvrir
à l'article 8 qui est de prendre les mesures nécessaires pour que
tout cela se fasse à l'intérieur de la politique d'achat du
gouvernement.
Sur ce deuxième volet, je pense qu'il y a une
préoccupation qui est sûrement partagée de part et d'autre,
à savoir qu'on puisse agir à l'intérieur de la politique
d'achat. Je ne sais pas si c'est l'endroit pour l'insérer, soit à
l'article 7 ou à l'article 8, dans le troisième paragraphe. Cette
dimension me préoccupe. Quant à l'amendement qui est
proposé, pour fins de discussion, serait-il possible d'utiliser les
expressions qui ont été utilisées récemment dans
l'application de certaines lois et qui sont plutôt en termes comptables
ou de comptabilité? Ce serait de parler de favoriser l'efficience par
rapport à l'efficacité. Ce sont les deux volets.
Le Président (M. Lemieux): Un dictionnaire financier et un
dictionnaire français, M. le secrétaire. (16 heures)
M. Parent (Bertrand): Je pense que cela couvre de façon
plus large et veut dire sensiblement la même chose. Je ne suis pas un
spécialiste en la matière sauf que je le propose. À ce
moment, si jamais on s'assure qu'on veut dire la même chose mais qu'on le
couvre mieux, on pourrait prendre votre amendement tel quel, mais le changer
par ce rapport comme tel que l'on vise essentiellement, parce que, dit comme il
est là et d'après les explications données tantôt,
je n'ai pas de cas à l'esprit, mais 11 me semble que juste mettre le
rapport qualité/coût n'a pas nécessairement l'ampleur de ce
que l'on recherche pour se couvrir.
Le Président (M. Lemieux): Vous avez terminé, M. le
député de Bertrand?
M. Parent (Bertrand): Oui, oui. Je ne le fais pas en
sous-amendement, je l'apporte seulement pour les fins de la discussion, parce
que ce qui est sur la table me semble intéressant et valable. L'autre
préoccupation, c'était essentiellement la dimension d'essayer de
couvrir cela à l'intérieur de la politique d'achat du
Québec.
Le Président (M. Lemieux): C'était en
considération de l'amendement à l'article 8. Maintenant, votre
intervention sur l'amendement à l'article 8, M. le député
de Mille-Îles.
M. Bélisle: Relativement au terme "efficacité"
versus "efficience", je vais réserver mon jugement lorsque le
dictionnaire français et le dictionnaire financier seront
arrivés. On regardera la connotation exacte que cela peut avoir. Je ne
connais pas de loi, à moins qu'on ne me corrige...
Le Président (M. Lemieux): La loi sur la fonction
publique, la loi 51.
M. Bélisle: Oui, qui utilise le terme "efficience".
Le Président (M. Lemieux): Oui. C'est une des
premières lois qui ont employé ce terme.
M. Bélisle: M. le Président, peut-être que
vous pourriez nous renseigner, pauvres béotiens que nous sommes. Quelle
est l'interprétation qu'on a donnée à ce terme en vertu de
la loi?
Le Président (M. Lemieux): "Efficience et
efficacité". L'efficacité vise à se conformer, si je me
souviens bien, aux objectifs avec un minimum de coûts et l'efficience,
à se conformer - et là c'est vraiment sous toute réserve,
il faudrait que j'aie la loi 51 avec moi - à ces objectifs avec un
nombre moins grand d'effectifs que requis. C'est vraiment sous réserve.
Il faudrait que j'aie la loi 51 devant moi.
M. Parent (Bertrand): Pour répondre à la question
du député de Mille-Îles, je dirai que cela a
été utilisé dans une loi.
M. Bélisle: Je peux vous parler relativement à la
politique d'achat du gouvernement et à votre suggestion de
l'incorporer, ce qui n'est pas un sous-amendement présentement.
Tout ce qui est très spécifique dans une loi ou dans un projet de
loi, politique d'achat, critères pour juger de la qualité d'un
projet de loi, cela ferait partie d'une politique du ministère qui n'est
pas élaborée pour le moment. Cela peut se faire de façon
très scientifique, très précise et très
minutieuse.
Quand on crée un ministère, je vois très mal qu'on
l'encarcane dans des balises très serrées et qu'on l'oblige
à suivre des politiques d'achat, des politiques de détermination
de qualité, des politiques... C'est sûr qu'il va y avoir des
politiques de ceci et de cela. C'est sûr qu'il va y avoir des politiques
de détermination de qualité, et aussi de détermination de
coûts. Cela va aussi loin que les coûts également. Chacun
des mots qui sont dans la loi va être scruté et analysé par
le cabinet du ministre, par ses sous-ministres, par ses hauts fonctionnaires,
pour en arriver à des politiques précises par ministère.
M. le député, vous allez voir que, lors des crédits
budgétaires au printemps prochain, vous allez pouvoir poser un tas de
questions sur ces normes et ces politiques qui seront élaborées
par le ministère du député de Hull et ministre des
Approvisionnements et Services. Je ne vois pas l'utilité...
Le Président (M. Lemieux): La loi 51 nous dit, qu'en ce qui
concerne la fonction publique qui a pour mission de fournir au public des
services de qualité, que l'objet de la présente loi est de
permettre l'accomplissement de cette mission. À cette fin, elle institue
un mode d'organisation des ressources humaines destiné à
favoriser l'efficience de l'administration ainsi que l'utilisation et le
développement des ressources humaines d'une façon...
M. Bélisle: C'est dans le préambule de la loi?
Le Président (M. Lemieux): C'est dans l'objet de la
loi.
M. Bélisle: Ah! D'accord.
Le Président (M. Lemieux): Par contre, ce qui est
intéressant, c'est que je n'ai pas le préambule de la loi 51. Je
sais que les deux expressions "efficience" et "efficacité" sont
utilisées dans le préambule comme tel de la loi 51. Je n'ai pas
le préambule devant moi.
M. Bélisle: M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles.
M. Bélisle: En termes de technique législative, si
c'est utilisé dans le préambule et que cela n'est pas
utilisé dans...
Le Président (M. Lemieux): Nous avons la définition
des deux. Alors, M. le ministre.
M. Rocheleau: M. le Président, entre autres il y a la Loi
sur le Vérificateur général, à l'article 21: "Aux
fins de la présente sous-section, on entend par: 2° "efficience": la
transformation, au meilleur rendement, des ressources en biens et services;
3° "efficacité": l'atteinte, au meilleur degré, des objectifs
ou autres effets recherchés d'un programme, d'une organisation ou d'une
activité." Alors, on pourrait y inclure autant efficience
qu'efficacité.
Une voix: Les deux.
M. Rocheleau: On pourrait, entre autres, prendre les mesures
nécessaires pour accroître l'efficience et l'efficacité
pour restreindre les dépenses d'un ministère.
Le Président (M. Lemieux): Je pense qu'avec cela... M. le
député de Bertrand, oui.
M. Parent (Bertrand): À ce moment-là, je pense
qu'on en vient à être beaucoup plus explicites. De toute
façon, notre préoccupation est essentiellement la même.
Mais, si les termes utilisés sont beaucoup plus complets, je pourrais
peut-être suggérer à ce stade-ci d'apporter...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand...
M. Parent (Bertrand): Ce serait par sous-amendement...
Le Président (M. Lemieux): Par sous-amendement,
effectivement.
M. Parent (Bertrand): ...à l'amendement déjà
déposé par le député de Mille-Iles. On pourrait
changer l'expression à la dernière ligne, notamment dans...
Le Président (M. Lemieux): Pour l'obtention...
M. Parent (Bertrand): ...notamment pour l'obtention de la
meilleure efficience ou du meilleur rapport efficience/efficacité
dans...
M. Bélisle: Non, ce n'est pas un rapport.
M. Parent (Bertrand): Ce n'est pas un rapport. Pour la
meilleure...
M. Bélisle: L'efficacité et l'efficience...
M. Parent (Bertrand): ...pour l'obtention de l'efficacité
et de l'efficience.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand, voulez-vous faire référence... C'est à la
première ligne, je crois, de l'amendement qui a été
proposé au paragraphe 3 : prendre les mesures nécessaires pour
accroître l'efficacité et l'efficience. Est-ce que ce serait le
sens de votre sous-amendement, y ajouter "et l'efficience"? C'est cela?
M. Parent (Bertrand): Oui. M. Bélisle: M. le
Président.
Le Président (M. Lemieux): Oui, M. le député
de Mille-Îles.
M. Bélisle; Cela se lirait très mal, avec ce qui suit,
avec le "pour" qui est là. Mettons donc "dans le but de restreindre", ce
serait beaucoup mieux; prendre les mesures nécessaires pour
accroître l'efficacité et l'efficience dans le but de restreindre
les dépenses des ministères... et jusqu'à la fin de
l'alinéa.
Le Président (M. Lemieux): Si vous voulez, nous allons
prendre le temps de le rédiger, M. le député de
Mille-Îles, afin que nous soyons certains qu'il n'y ait pas d'erreur.
Nous allons suspendre trente secondes et nous allons rédiger le
sous-amendement.
(Suspension de la séance à 16 h 8)
(Reprise à 16 h 12)
Le Président (M. Lemieux): À l'ordre, s'il vous
plaît! La commission du budget et de l'administration reprend ses travaux
relativement à l'étude du projet de loi 68.
Le député de Bertrand, relativement à
l'étude de l'article 8, troisième paragraphe, propose le
sous-amendement suivant à l'amendement du ministre
délégué aux Services et Approvisionnements, soit de
remplacer les deuxième et troisième lignes de l'amendement par
les suivantes: "et l'efficience des ministères et des organismes publics
désignés par le gouvernement et pour restreindre leurs
dépenses", de telle sorte que l'amendement tel que proposé se
lirait comme suit: "prendre les mesures nécessaires pour accroître
l'efficacité et l'efficience des ministères et des organismes
publics désignés par le gouvernement et pour restreindre leurs
dépenses..."
M. Bélisle: M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles.
M. Bélisle: J'insiste sur celui-là. Selon moi, les
articles 7 et 8 sont le coeur du projet de loi. Je voudrais que nous soyons
très clairs sur cela.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Îles, c'est la raison pour laquelle j'ai suspendu la
séance.
M. Bélisle: C'est cela. Je voudrais que vous me relisiez
une autre fois l'amendement comme il se lirait, c'est-à-dire la nouvelle
clause.
Le Président (M. Lemieux): Le sous-amendement, M. le
député de Mille-Îles.
M. Bélisle: Non. Ce que je veux savoir, M. le
Président...
Le Président (M. Lemieux): Et, par la suite, nous allons
vous lire l'amendement et le sous-amendement. Cela va? Vous pouvez le lire.
M. Denis: Le sous-amendement se lirait comme suit: Remplacer les
deuxième et troisième lignes de l'amendement pour les suivantes:
"et l'efficience des ministères et des organismes publics
désignés par le gouvernement et pour restreindre leurs
dépenses".
Une fois intégré à l'amendement, le tout se lirait
comme suit: "prendre les mesures nécessaires pour accroître
l'efficacité et l'efficience des ministères et des organismes
publics désignés par le gouvernement, et pour restreindre leurs
dépenses relativement à l'acquisition et à la fourniture
de biens et de services, notamment pour l'obtention du meilleur rapport
qualité/coût".
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que le sous-amendement
est adopté? Le sous-amendement est adopté. Est-ce que l'article 8
tel... M. le député de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Cela a été relativement vite.
Seulement une explication additionnelle sur les organismes publics
désignés par le gouvernement. En fait, on fait
référence à des décrets...
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que l'amendement
à l'article 8 tel que modifié par le sous-amendement du
député de Bertrand est adopté? M. le député
de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Adopté.
Le Président (M. Lemieux): L'article 8, paragraphe 3°,
sous-amendé par le député de
Bertrand et amendé par le ministre, est-il adopté?
Des voix: Adopté.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que l'article 8 tel
qu'amendé est adopté?
M. Parent (Bertrand): M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand.
M. Parent (Bertrand): J'avais abordé un autre volet...
Le Président (M. Lemieux): Oui.
M. Parent (Bertrand): ...lorsque j'avais soulevé ce point.
C'était la dimension de protection, à cette étape-ci ou
qu'on retrouvera ailleurs, car on a voulu relier l'article 7 à l'article
8, concernant la politique d'achat du Québec. Je pense que tout ce
rapport...
Le Président (M. Lemieux): Je m'excuse, M. le
député de Bertrand, êtes-vous bien à l'article
8?
M. Parent (Bertrand): Oui, oui, à l'article 8. À
l'intérieur du troisièmement...
Le Président (M. Lemieux): Oui, M. le député
de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): ...on a voulu corriger essentiellement - je
l'apporte à ce stade-ci pour qu'on le retienne tout simplement - la
dimension ou la préoccupation qu'on avait manifestée à
l'article 7 en introduisant tantôt un amendement. Un volet de notre
préoccupation a été mis de côté: celui que
tout cela se fasse dans la plus grande efficacité et la meilleure
efficience.
Notre préoccupation viserait aussi que tout cela se fasse en
tenant compte de la politique d'achat du Québec. Si l'on prend l'exemple
cité précédemment par le député de
Mille-Iles sur les tuiles de plancher, je peux aussi en prendre un qui a
été porté à mon attention récemment. La SIQ,
l'un des organismes responsables du nouveau Palais de justice, devait installer
des divisions et des portes spéciales pour les salles d'audiences, des
portes acoustiques. La préoccupation de la politique d'achat du
Québec a fait en sorte que, devant de très gros manufacturiers
américains dans ce domaine, la seule façon qu'on a pu employer
pour faire accepter le produit a été par concordance et
référence à l'application de cette politique d'achat du
Québec.
On aura beau avoir tous les rapports de préoccupation,
d'efficience et de coût, il faut ensuite aller se raccrocher à
l'intérieur, si l'on veut toujours tenir à notre politique
d'achat au Québec. Je pense que cela fait aussi partie des
préoccupations du ministre. Je ne sais pas si on devra le rattacher
à l'article 8 ou à l'article 7, mais je voudrais que cette
préoccupation d'efficacité et d'efficience qu'on vise soit aussi
en accord et en concordance avec la politique d'achat du Québec»
Je ne sais pas ce que le ministre en pense»
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre
délégué aux Services et Approvisionnements.
M. Rocheleau: En somme, M. te Président, cela fera
sûrement partie d'une politique qui a une importance capitale pour le
Québec, celle de favoriser premièrement l'achat de produits
québécois, pour autant que cela entre dans les normes tant
minimales que maximales. Il est bien évident que c'est l'une des
politiques les plus importantes que le gouvernement devra se donner s'il veut
réellement intéresser des investisseurs à venir
s'implanter au Québec et à produire, au Québec, un contenu
québécois.
Cela devra sûrement tenir compte de cet élément qui
est très important, qui n'est pas pour autant, ici, balisé en
tant que tel, mais qui se définira dans les politiques à venir et
aussi dans les directives et les règlements qui en découleront
à ce moment-là.
Le Président (M. Lemieux): Je vous remercie, M. le
ministre. Est-ce que l'article 8 tel qu'amendé est adopté? Oui,
M. le député de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): M. le Président, si vous me le
permettez, si j'ai bien compris les explications du ministre, il se montre
d'accord avec cela, sauf qu'il semble dire dans ses propos qu'il n'est
peut-être pas nécessaire de l'expliciter. Je vous avoue que,
lorsqu'on parle des fonctions et des pouvoirs d'un ministère comme
celui-là, qui verra à tout l'approvisionnement des biens et
services, s'il y a une préoccupation qu'on doit trouver dans les
fonctions et pouvoirs du ministre, c'est de s'assurer de prendre toutes les
mesures nécessaires pour viser notre efficience et notre
efficacité, mais il faut trouver, quelque part, de façon
très explicite que tout ceci se fait en concordance de la politique
d'achat. Éventuellement, si on veut changer la politique d'achat du
Québec c'est une chose, mais je crois qu'on doit la retrouver à
l'intérieur d'un des paragraphes de l'article 8 puisqu'il en est
question. Si on voit qu'on peut introduire ailleurs cette préoccupation,
qu'on puisse m'en assurer. Cela fait partie de mes préoccupations.
Le Présidait (M. Lemieux): M. le ministre.
M. Rocheleau: M. le Président, remarquez que cela rejoint
sûrement les préoccupations du député de Bertrand.
On va retrouver, à l'intérieur de la réglementation, des
éléments et des facteurs qui devront privilégier l'achat
du contenu québécois. Cela se retrouvera sûrement à
l'intérieur de politiques d'où découleront des
règlements auxquels seront assujettis l'ensemble des ministères
et organismes pour lesquels on retrouve ici dans la loi les différents
éléments de chacun de ces ministères.
M. Parent (Bertrand): Je comprends que l'article 7 que nous
devons discuter de nouveau tantôt dit dans son deuxième
paragraphe, "prendre des règlements." Le ministre va pouvoir
édicter certains règlements, mais il y a plusieurs formes de
règlements. On ne peut pas toutes les expliciter, sauf qu'étant
donné l'importance et la préoccupation que nous avons dans le
fait de pouvoir couvrir la politique d'achat je me demande si, de façon
explicite, on ne peut pas l'introduire ici pour montrer, de façon
très précise, notre préoccupation de se rattacher à
cette politique. On voudrait que cela soit inscrit de façon
explicite.
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre
délégué...
M. Rocheleau: M. le Président, il y a aussi un
élément qu'il faut éventuellement retenir, c'est l'aspect
concurrentiel. C'est un élément très important. Par
contre, dans les objectifs que le gouvernement antérieur a poursuivis,
je pense qu'une des seules politiques que l'on retrouvait en ce qui concerne le
Service des achats, c'était une politique d'achat à contenu
québécois, sans pour autant avoir un tas d'autres politiques qui
auraient tenu compte davantage de l'efficience et de l'efficacité. Je me
demande si cela ne pourrait pas être, à un moment donné,
contraignant dans le sens de le spécifier très clairement
à l'intérieur d'une loi, alors que l'objectif poursuivi par le
gouvernement, à toutes fins utiles, est le même. C'est dans ce
sens que...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Sans être contraignant, parce que la
politique d'achat du Québec prévoit des mécanismes et des
règles selon lesquels, si un produit québécois ou à
contenu québécois à fort pourcentage est plus
élevé que 10 %, il est rejeté, et on va au plus bas
soumissionnaire... Je ne veux pas le mettre contraignant. Je voudrais qu'on
puisse le retrouver de façon qu'au moins - et je ne sais de quelle
façon on pourrait le formuler - on puisse être capable de dire que
c'est prévu dans la loi qu'on doit avoir cette préoccupation et
qu'on doit s'y référer. L'expression "favorisant la politique
d'achat"...
M. Rocheleau: Je vais vous donner un exemple, M. le
député de Bertrand. En 1978, dans l'Outaouais, entre autres, on
construisait une usine d'épuration des eaux. Un contrat qui totalisait
près de 160 000 000 $ pour les conduites maîtresses et autres,
dont l'usine d'épuration de la Communauté régionale de
l'Outaouais. Celle-ci comportait des coûts de l'ordre de 29 000 000 $.
Nous avions à ce moment-là procédé à la
demande de soumissions et une firme ontarienne, la firme V.K. Mason, avait
été le plus bas soumissionnaire, comportant une différence
de coûts très importante. 90 % des employés de cette firme
située à Ottawa étaient des résidents du
côté de l'Outaouais québécois, ses principaux cadres
étaient des résidents du côté
québécois et les matériaux utilisés et les
sous-traitants étaient québécois. On a dû retourner
en soumissions l'année d'après. Effectivement, on a retenu encore
une fois la même firme, V.K. Mason, à cause de toutes sortes de
contraintes, de distances et de tout; les coûts de 29 000 000 $
étaient augmentés à 36 000 000 $. On traversait la
période d'inflation et on s'était retrouvé avec des
coûts additionnels de quelques 7 000 000 $ pour en arriver aux
mêmes fins, c'est-à-dire de retenir la même firme. J'ai
toujours été un fervent de la politique d'achat chez nous et je
souhaiterais du même coup, M. le député de Bertrand, que
nos municipalités au Québec soient assujetties
éventuellement aussi à respecter certaines balises que le
gouvernement du Québec se fixe ou se fixera, tout en tenant compte d'une
différence en ce qui concerne les coûts. On s'était souvent
posé la question à savoir si on ne devait pas privilégier,
à quelques points de pourcentage près, une firme
québécoise plutôt qu'une firme ontarienne, tout en
déterminant une balise qui favoriserait une entreprise
québécoise qui paye ses taxes au Québec, ses impôts
au Québec. Par le biais de la bande il y a des retombées
très importantes qui font que la différence permissible serait
plus avantageuse en lui donnant peut-être un certain écart au
point de vue d'être favorisée. Encore là, je pense que ce
serait peut-être nous restreindre à des balises' très
rigides, alors que les objectifs poursuivis par le ministère sont
effectivement de cet ordre.
Le Président (M. Lemieux): Merci, M. le ministre. M. le
député de Bertrand, est-ce que l'article 8 tel qu'amendé
est adopté?
M. Parent (Bertrand): Vous me
permettrez, juste un petit instant.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand. Vous permettez, M. le député de Bertrand?
M. Parent (Bertrand): Oui.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Mille-Iles. (16 h 30)
M. Bélisle: Présentement, il existe un
arrêté en conseil relativement à la politique d'achat chez
nous qui définit le contenu, qui définit la politique et qui
oblige les ministères, les organismes, municipalités etc.,
à procéder. Qu'on parle seulement du domaine dont le ministre
vient de parler, la Société québécoise
d'assainissement des eaux oblige tous les entrepreneurs généraux,
les sous-traitants, que ce soit dans le domaine de la mécanique de l'eau
ou autres, à respecter la règle du contenu
québécois. Cela cause des problèmes énormes. Le cas
de V.K. Mason avec l'usine de la CRO, c'est un cas patent et notoire au
Québec. Tous les sous-traitants, même sur le chantier, ont
également le même problème. Le gars qui s'achète des
vannes, des turbidimètres, des appareils qui sont manufacturés
ailleurs qu'au Québec, malheureusement, cela oblige à des
contorsions juridiques absolument extraordinaires. Tantôt, quand je vous
ai parlé des autres politiques qui vont être
élaborées par le ministère... Vous avez la certitude qu'il
y a déjà une politique confirmée par
réglementation. Vous allez être consultés si elle est
éliminée ou si c'était le voeu du gouvernement de ne pas
suivre cette politique. Je ne connais pas le voeu du gouvernement. Mais,
commencer à insérer une parcelle infime d'un objectif qu'on
partage tous... C'est une limite vers laquelle on doit tendre. Je pense que,
dans une loi-cadre créant un ministère, cela n'a pas sa place. La
preuve, M. le député de Bertrand, c'est que cela a trouvé
sa place ailleurs et ce, confortablement, au cours des dernières
années, je dois vous le souligner. Sans partisanerie, j'aimerais bien
vous souligner à nouveau que, si cela avait été le cas,
cela aurait été incorporé différemment, par
l'ancien gouvernement de votre formation politique, à l'intérieur
de lois-cadres d'autres ministères, que ce soit le ministère des
Travaux publics et des Approvisionnements, ou à l'intérieur de
lois constitutives comme celle de la Société
québécoise d'assainissement des eaux; cela n'a pas
été fait. Si cela n'a pas été fait dans le cas de
ces organismes, ministères ou sociétés d'État, qui
donnaient des contrats à tour de bras, au Québec, en
immobilisation, en équipement ou en main-d'oeuvre également, pour
les contrats de sous-traitance de main-d'oeuvre, pourquoi, lorsqu'on en vient
à cette loi qui a exactement les mêmes visées, on serait
obligés de l'incorporer? Je saisis mal. Est-ce que cela veut dire, par
votre interprétation, que cela allait mal avant, que ce n'était
pas suffisamment rigide? Est-ce que c'est cela que je dois comprendre ou si
vous pensez que cela allait bien? Je pense qu'on peut convenir que cela allait
bien et que c'est une excellente politique. Elle est là pour y rester,
je pense bien, mais, l'inclure dans le projet de loi, je pense que c'est serrer
un peu trop l'étau par le tournevis du législateur.
M. Parent (Bertrand): M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Tout en comprenant bien les explications
additionnelles fournies par le député de Mille-Iles, je voudrais
seulement qu'on comprenne bien ce qu'on est en train d'essayer de faire: ne pas
mettre un étau, mais mettre des balises. À l'article 8, on dit,
essentiellement: Le ministre peut faire cela, cela et cela. À 3°, le
député de Mille-Îles a apporté un bon point, on a
essayé de l'améliorer et je pense que, dans l'ensemble, cela va.
Mais vous reconnaîtrez qu'on met des balises en fonction de certains
critères d'efficacité, mais des critères que j'appelle
aussi d'ordre comptable.
M. Bélisle: Sans spécificité.
M. Parent (Bertrand): Si, dans cette préoccupation
d'efficacité et d'efficience telle que décrite tantôt, on a
aussi cette préoccupation qui dirait... Je ne pense pas que ce soit
aussi restreignant, de la façon qu'on pourrait mettre cela à
l'intérieur du troisième alinéa. Cela serait sous
réserve -tel que c'était prévu tantôt - de prendre
les mesures nécessaires... Je ne le présente pas pour l'instant.
Je vais juste le lire pour qu'on puisse en juger: prendre les mesures
nécessaires pour accroître l'efficacité et l'efficience des
ministères et organismes publics désignés par le
gouvernement et pour restreindre leurs dépenses relativement à
l'acquisition de la fourniture de biens et de services, notamment pour
l'obtention d'un meilleur rapport qualité/coût - que l'on a
discuté tantôt - sous réserve de toute politique visant
è favoriser l'acquisition de biens ou de* services produits ou vendus
par des Québécois. Ce serait dans ce sens que l'on aurait la
préoccupation de dire: On vise l'efficacité et on vise des
rapports de coûts, mais on vise aussi à préserver cette
dimension de la politique d'achat chez nous. Est-ce que, présenté
de cette façon, ce serait quelque chose de pas trop restreignant et qui
pourrait être acceptable?
Le Président (M. Lemieux): M. le ministre.
M. Rocheleau: Je ne veux pas pour autant relever le passé,
M. le Président, mais je tiens à souligner qu'il y a quelques
années le gouvernement, pour des raisons d'échanges entre pays,
avait conclu certaines ententes avec la France...
Une voixs Dans le cas du matériel informatique.
M. Rocheleau: ...dans le cas du matériel informatique.
Cela avait été une décision du gouvernement à cause
d'échanges ou de la venue possible d'industries françaises au
Québec. Alors, c'était un engagement qui favorisait tels genres
d'échanges dans le but d'aller chercher peut-être l'investissement
de tel autre genre d'industrie pour le Québec. C'est pour cela que je
souhaiterais qu'on ne mette pas une balise qui pourrait nous restreindre
uniquement à l'achat au Québec, même si, à
l'intérieur des critères ou des règlements qui seront
énoncés et approuvés par le gouvernement à ce
moment-là, on pourra sûrement trouver des moyens qui pourront
favoriser l'acquisition de certains produits par le gouvernement du
Québec et qui ne sont pas fabriqués au Québec, en
exclusivité.
Dans ce sens, j'ai un peu d'appréhension, du fait que cela
pourrait nous limiter dans les faits. Cela pourrait, éventuellement,
créer certains problèmes d'échanges avec les provinces
voisines où il y aurait des ententes.
Le Président (M. Lemieux): Est-ce que l'article 8 tel
qu'amendé est adopté?
M. Parent (Bertrand): M. le Président.
Le Président (M. Lemieux): Oui, M. le député
de Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Face aux explications que je veux bien
comprendre et que je ne partage pas nécessairement à cause de ma
préoccupation et quitte à ce qu'on en finisse là dans la
discussion, j'aimerais la présenter comme amendement...
Le Président (M. Lemieux): Comme amendement?
M. Parent (Bertrand): ...tel que je l'ai spécifié
tantôt. Je vais vous remettre le texte.
Le Président (M. Lemieux): Oui, M. le
député.
M. Parent (Bertrand): II se lirait en ajout au troisième
alinéa de l'article 8: "sous réserve de toute politique visant
à favoriser l'acquisition de biens ou de services produits ou vendus par
des Québécois." La discussion a déjà eu lieu et on
pourra tout simplement prendre le vote. J'y tiens à cette
préoccupation-là.
Le Président (M. Lemieux): Puis-je avoir copie de
l'amendement?
M. Parent (Bertrand): Certainement.
Une voix: Je pense que c'est un sous-amendement.
Le Président (M. Lemieux): C'est un sous-amendement, en
effet.
Une voix: Non, c'est un nouvel amendement.
Le Président (M. Lemieux): C'est un sous-amendement.
M. Bélisle: Non, l'autre a été
adopté, donc c'est un autre amendement.
M. Parent (Bertrand): L'autre a été adopté.
Alors, on soumet un autre amendement. Non?
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand, il nous faut amender l'article 8 tel qu'amendé; alors, c'est
un amendement. Alors, le paragraphe 3 de l'article 8 est modifié en
ajoutant, à la fin, les termes: "sous réserve de toute politique
visant à favoriser l'acquisition de biens ou de services produits ou
vendus par des Québécois".
Est-ce qu'il y a des interventions relativement à l'amendement du
député de Bertrand?
M. Bélisle: Voulez-vous répéter encore une
fois, M. le Président?
Le Président (M. Lemieux): L'amendement du
député de Bertrand se lirait ainsi: L'article 8, troisième
alinéa, est modifié en y ajoutant - l'article 8 que nous avions
amendé - à la fin les termes: "sous réserve de toute
politique visant à favoriser l'acquisition de biens ou de services
produits ou vendus par des Québécois". Est-ce qu'il y a des
interventions sur l'amendement du député de Bertrand?
M. Rocheleau: En principe, je ne conteste pas l'argumentation
soulevée par le député de Bertrand, mais on sait
qu'actuellement, entre autres, la grande mode au cours de3 derniers mois a
été de parler de libre-échange.
Une voix: C'est cela.
M. Rocheleau: Je ne voudrais pas m'embarquer sur ce dossier parce
que je ne le connais pas à fond. Il n'en demeure pas moins qu'il ne
faudrait pas à l'intérieur d'une loi se restreindre à
établir ou à se doter d'un carcan qui pourrait nous créer,
par la suite, des problèmes particuliers alors que l'objectif poursuivi,
même s'il n'est pas inclus ou inscrit dans la loi, est toujours le
même en ce qui a trait à l'efficacité, aux coûts. Je
l'ai déjà énoncé, M. le Président, c'est de
favoriser les régions du Québec afin de penser "création
de nouveaux emplois", sortir un peu des grands centres, peut-être, et
aller davantage en régions, favoriser nos régions. Encore une
fois, je pourrais me servir des exemples des tuiles qu'on vient de poser ici
dans notre enceinte, lesquelles auraient pu être achetées au
Québec et ont été achetées en Italie.
Une voix: Elles sont belles, par exemple.
M. Rocheleau: Pourtant, M. le Président, c'était
sous la juridiction, à ce moment-là, de l'autonomie propre de
l'Assemblée nationale et du Bureau de l'Assemblée nationale,
remarquez-le. Si on avait eu un mot à dire en ce temps-là, on
aurait pu au moins leur laisser sous-entendre...
Une voix: ...vienne nous rendre visite pour la semaine
prochaine...
M. Rocheleau: Écoutez, je ne veux pas critiquer les
personnes qui nous ont précédés ou, à un moment
donné, certaines décisions qui se sont prises parce que, de toute
façon, en vertu de la loi qui existe déjà et même
avec la loi créant le ministère, il y a toujours les pouvoirs de
dérogation qui sont là et qui permettent de déroger
à la règle en votant au Bureau une résolution qui le
confirme.
Encore une fois, je comprends l'objectif qui est le même que celui
que nous poursuivons, mais je ne souhaiterais pas pour autant le voir inclus,
M. le Président, dans le projet de loi comme tel. Je trouverais cela
trop restrictif.
Le Président (M. Lemieux): Vous avez terminé, M. le
ministre? M. le député de Mille-Îles.
M. Bélisle: Si vous me permettez d'appliquer
hypothétiquement votre amendement è la situation des tuiles ou,
éventuellement, à la situation de machines à traitement de
textes car il y a quelques députés qui en ont à
l'Assemblée nationale... Dans le cas de la machine à traitement
de textes qui est sous période d'examen et de probation
présentement, elle ne fait pas le travail qu'elle devrait faire. Si on
prend la machine AES, elle n'est pas produite et fabriquée au
Québec. Les tuiles, comme M. le ministre l'a dit, ne sont pas produites
au Québec.
Une voix: Le contenu québécois, c'est le
papier.
M. Bélisle: II faudrait, à ce moment-là,
quand vous dites "produit ou vendu", que la machine ou les tulles soient
vendues par un intermédiaire. Vous allez créer, M. le
député de Bertrand, par votre amendement, une hausse des
coûts publics pour le gouvernement du Québec pour les biens et les
services qu'il va acheter et qu'il ne peut pas se procurer au Québec. Je
suis sûr que ce n'est pas votre intention. Vous allez créer un
"factoring", entre guillemets...
M. Parent (Bertrand): La politique, si vous le permettez, M. le
Président...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand.
M. Parent (Bertrand): ...parce que je ne veux pas avoir de longs
débats là-dessus...
Le Président (M. Lemieux): Avez-vous terminé, M. le
député de Mille-Îles? Alors, vous pouvez continuer, M. le
député de Mille-tles. M. le député de Bertrand et
M. le député de Joliette ont demandé la parole aussi
avant.
M. Bélisle: Je voulais juste compléter pour bien
expliquer: "sont produits ou vendus"; "ou vendus", c'est ce que vous dites dans
votre amendement? Ayez conscience de ce que vous mettez dans votre amendement,
M. le député de Bertrand, parce que vous allez créer un
coût additionnel et artificiel à l'intérieur de la machine.
Ce n'est pas du tout cela, je le pense en tout cas, que votre formation veut
pour l'administration du Québec et c'est ce que nous autres, nous ne
voulons absolument pas. (16 h 45)
M. Rocheleau: M. le Président, juste pour reprendre parce
que, moi, je suis d'une région frontalière. Aussi bête que
cela puisse être, le printemps dernier, à Aylmer, le
ministère des Transports avait octroyé un contrat. Les bordures
de routes en béton précontraint avaient été
fournies par un fournisseur de Gatineau mais c'était un produit
manufacturé en Ontario. Un des soumissionnaires, dont la soumission
était un peu plus dispendieuse, était un soumissionnaire de
l'Ontario et son produit était un produit de Montréal,
fabriqué au Québec, mais vendu en Ontario. On avait alors retenu
le fournisseur du Québec, ce qui était meilleur marché.
À cause du fameux contenu québécois, le fournisseur a
dû
reprendre son produit et on a dû faire appel à de nouvelles
soumissions. Finalement, cela a été expédié de
Montréal à 0,31 $ le pied linéaire de plus que le
coût original de la soumission. Cela avait coûté, a la toute
fin, 80 000 $ de plus dans le contrat à cause de cette contrainte, parce
que vous avez des fournisseurs ontariens qui s'approvisionnent à
Montréal en certains produits qui sont fabriqués au
Québec. Aussi bête que cela puisse paraître, entre le
fournisseur ontarien et le fournisseur québécois, le contenu peut
être de part ou d'autre... C'est pour cela que je vous dis que cela
pourrait sûrement nous créer des problèmes particuliers. Je
vous assure que l'objectif poursuivi, c'est de favoriser les régions,
mais aussi, autant que possible, faire venir chez nous des industries qui vont
produire en sol québécois un contenu québécois,
mais sans pour autant se créer de carcan à l'intérieur de
la loi.
Le Président CM. Lemieux): Merci, M. le ministre. M. le
député de Joliette, est-ce que vous consentez?
M. Chevrette: Je vais le laisser finir.
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Bertrand.
M. Parent (Bertrand): Simplement pour conclure sur ce point. Je
comprends fort bien les explications données par le député
de Mille-Iles et par le ministre, ayant eu souvent à vivre, ces
dernières années, des contraintes. Ce que je veux simplement vous
expliquer, c'est qu'il ne s'agit pas ici pour nous de mettre des balises qui
vont vous mettre dans un carcan. L'objectif visé par l'amendement,
c'était essentiellement de vous dire qu'on va faire
référence, autant qu'on en fait par rapport à
l'efficacité ou à l'efficience, à la politique d'achat. Il
y aura lieu, à ce moment-là, en fonction de tous les cas qui ont
été vécus ces dernières années et dans la
dernière année, d'apporter des modifications à la
politique d'achat. Ce que vous dites, cela a été des cas
d'exception, sauf que c'est devenu des cas importants. Ce que je voulais faire
effectivement, c'était qu'on puisse se référer à la
préoccupation, parce que c'est le service d'achat et d'approvisionnement
du gouvernement, et dire: On n'oublie pas la politique. Éventuellement,
il y aura lieu d'avoir un débat. 11 y aura Heu d'avoir des amendements
et des changements* à la politique d'achat. Alors, c'était de se
référer à cela parce que je suis conscient que la
politique d'achat n'est pas parfaite et qu'il y a lieu d'apporter des
modifications. Les exemples que vous me donnez, j'en ai vécu aussi et
vous avez raison. Mais on devra changer des modalités dans la politique
d'achat pour tenir compte des contraintes que vous avez mentionnées
tantôt. Il s'agit simplement de se référer à la
politique d'achat. La politique d'achat - je pourrais le mentionner en exemple,
pour conclure - ce n'est pas nécessairement une différence de 10
%, 15 % ou 20 % par rapport au produit qui vient de l'extérieur du
Québec. On pourra tenir compte d'autres considérations à
l'Intérieur de cela. Mais il ne s'agit pas ici de discuter de la
politique d'achat du Québec. Elle a ses bons côtés -cela a
été mentionné - mais elle a aussi ses failles qu'il va
falloir corriger. Ma préoccupation, c'était beaucoup plus cette
dimension. En tout cas, j'ai soumis ma préoccupation. On peut
peut-être la voter et conclure là-dessus, parce que...
Le Président (M. Lemieux): M. le député de
Joliette.
M. Chevrette: Si on finit là-dessus, j'aurais une
suggestion à faire au ministre. J'en fais part à la commission.
J'ai fait une entente avec le leader du gouvernement et, théoriquement,
il nous restera probablement à peine trois ou quatre heures de
discussion lundi puisque, normalement, on devrait avoir fini à 18
heures, lundi. En fin de session, il est normal qu'entre leaders il y ait des
ententes. Je ne voudrais pas que vous pensiez qu'il y a des gamiques dans cela.
C'est normal pour deux leaders...
Le Président (M. Lemieux): De donner des cours de droit
parlementaire.
M. Chevrette: ...d'arriver à des ententes pour venir
à bout d'un menu minimal sur le plan législatif. Je demanderais
donc au ministre si on peut consentir, de part et d'autre, à ce que
notre conseiller rencontre le sien pour le mettre au courant de certains
amendements qui feraient que cela pourra être beaucoup plus rapide et
juste l'aviser, par exemple, qu'à l'article 10 on veut changer le mot
"ministre" par le mot "gouvernement", pour traiter de gouvernement à
gouvernement. Je vou3 donne un autre exemple. À l'article 12, on a
l'intention de vous proposer telle chose et peut-être qu'à sa face
même il y en a trois ou quatre qui tomberont et qu'on n'aura pas à
faire lundi. Ce serait peut-être une façon
d'accélérer, si vous le jugez approprié. On offre cela
pour lundi matin.
Une voix: On est à votre disposition.
M. Chevrette: Avec M. Mario Denis. Pour le moment, nous savons
que nous avons une demande pour ajourner l'article 9 de la part du bureau du
leader du gouvernement, et qui est aussi responsable de la réforme
électorale, de l'ajourner jusqu'à lundi, de toute
façon.
Le Président (M. Lemieux): Nous allons...
M. Chevrette: Donc, compte tenu qu'il nous le demanderait, on
ajournerait sur ceci, après avoir voté sur...
Le Président (M. Lemieux): S'il vous plaît, sur
l'amendement et sur l'article 8! Est-ce que l'amendement proposé par le
député de Bertrand d'ajouter, à la fin de l'article 8, au
troisième alinéa, les termes suivants: "sous réserve de
toute politique visant à favoriser l'acquisition de biens ou de services
produits ou vendus par des Québécois", est adopté?
Une voix: Rejeté sur division.
Le Président (M. Lemieux): Rejeté sur division.
Est-ce que l'article 8 tel qu'amendé est adopté?
M. Chevrette: Sur division.
Le Président (M. Lemieux): L'article 8 tel
qu'amendé est adopté sur division. Nous ajournons les travaux
sine die. Il reste seulement l'article 7 qui a été suspendu.
M. Chevrette: On reviendra sur l'article 7.
M. Chagnon: On a réglé le problème avec
cela.
Le Président (M. Lemieux): De consentement, est-ce que
vous êtes d'accord...
M. Parent (Bertrand): Non, je pense qu'on doit revenir sur
l'article 7.
Le Président (M. Lemieux): Nous allons revenir? J'ajourne
sine die.
(Fin de la séance à 16 h 52)