(Onze heures vingt-huit minutes)
La Présidente (Mme Dionne) : Alors,
bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare à la séance de la Commission
de la culture et de l'éducation ouverte.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 23, la Loi modifiant principalement la Loi sur l'instruction publique
et édictant la Loi sur l'Institut national d'excellence en éducation.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, Mme la
Présidente, il n'y a pas de remplacement.
La Présidente (Mme Dionne) : Donc, y
a-t-il consentement pour poursuivre nos travaux au-delà de l'heure prévue, soit
13 heures... environ 13 h 20? Consentement. Merci.
Donc, nous
débuterons ce matin avec les remarques préliminaires, puis nous entendrons les
personnes suivantes, donc, Dr Égide Royer et M. Martin Maltais.
Remarques préliminaires
Donc, j'invite, en premier lieu, le ministre de
l'Éducation à faire ses remarques. Donc, M. le ministre, vous disposez de six
minutes.
M. Bernard
Drainville
M. Drainville : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Je vous salue. Je salue les collègues. Au plaisir de travailler ensemble pour... bien, pour le
bien-être de nos enfants, parce que c'est... c'est pour ça qu'on est ici,
n'est-ce pas? C'est pour ça qu'on a choisi de s'occuper de l'éducation.
Et donc on travaille très fort pour la réussite éducative de nos enfants.
Et moi, Mme
la Présidente, je soutiens que les mesures contenues dans ce projet de loi
n° 23 vont, effectivement, nous
permettre, à terme, d'améliorer la réussite scolaire des enfants, d'améliorer
le cadre à l'intérieur duquel nos enfants fonctionnent. Il y aura, oui, plus d'efficacité grâce à ce projet de
loi, mais ce n'est pas une efficacité qui est au service de l'efficacité. C'est une efficacité qui se veut au
service du bien-être et de la réussite de l'enfant, parce qu'on va avoir
un système qui va être une gouvernance, pour
utiliser un mot un peu technique, beaucoup plus efficace, beaucoup plus
cohérente, les orientations ministérielles, avec les moyens pour les traduire
dans les centres de services, dans les écoles, dans les classes. C'est l'un des
objectifs de ce projet de loi, donc, une plus grande cohérence, une plus grande
cohésion, une direction claire en matière d'orientation.
• (11 h 30) •
Et par la suite les moyens sont le... La
décision des directions dans les centres de services, c'est la décision des
enseignantes et des... et du personnel scolaire dans les écoles.
Évidemment, des données plus accessibles que
celles auxquelles nous avons accès présentement. La Vérificatrice générale l'a
bien souligné dans son dernier rapport, il y a beaucoup de données qu'il nous
manque encore. On va créer, avec le projet
de loi n° 23, le cadre juridique qui va nous permettre d'avoir accès aux
données, d'avoir accès aux données en temps réel, donc, pour nous
permettre de prendre des meilleures décisions, pour nous permettre, dans
certains cas, de venir en aide aux élèves plus rapidement.
Le projet de loi crée l'institut national
d'éducation... d'excellence en éducation pour, notamment, mieux encadrer la formation continue en matière
d'enseignement, Mme la Présidente. Les données scientifiques sont très, très claires,
un meilleur enseignement donne de meilleurs résultats dans les salles de
classe. Et je ne dis pas que nos enseignantes ne sont pas performantes, elles le sont, mais, comme partout ailleurs,
dans toutes les professions, l'idée de s'améliorer sans cesse et surtout d'aller puiser dans les toutes
dernières connaissances, dans les toutes dernières pratiques, c'est une
bonne idée. Et donc les... l'institut va nous permettre d'identifier ces
meilleures pratiques, ces meilleures méthodes, les toutes dernières avancées scientifiques en matière
d'éducation, et les traduire dans des formations continues, et les diffuser
dans les salles de classe, Mme la Présidente. Donc, au niveau de la formation
continue, le projet de loi constitue une avancée.
Ensuite de ça, bien
évidemment, Mme la Présidente, il y a du... il y a de la résistance au
changement. Moi, ce que j'ai dit, il y a un
instant, aux journalistes, c'est que nous allons résister à la résistance au
changement. Il faut, à un moment donné, Mme la Présidente, que l'on
accepte de faire, oui, des avancements, de procéder, oui, à des améliorations
qui, effectivement, dans certains cas, ne
font pas plaisir à tout le monde. Puis on les entendra avec beaucoup de
respect, Mme la Présidente. On va
écouter avec beaucoup de respect les gens qui vont venir se présenter dans
cette commission, et il y aura sans doute des bonnes idées qu'on pourra puiser dans
les témoignages ou encore dans les mémoires, parce que ce n'est pas tout le monde qui peut venir se présenter en
commission, le nombre est limité, et aller puiser, donc, dans ces
témoignages ou dans ces mémoires pour améliorer le projet de loi. Si on peut
améliorer ce projet de loi grâce aux consultations, Mme la Présidente, ou grâce
aux discussions qu'on aura, bien entendu qu'on le fera.
Alors,
voilà, on est dans de très, très bonnes dispositions, Mme la Présidente. On est
dans de très bonnes dispositions, positifs, de bonne humeur. Et on ne
perd pas de vue ceux pour qui on est là, ceux et celles pour qui on est là,
c'est-à-dire nos élèves, nos enseignantes, le personnel scolaire, tous ceux et
celles qui contribuent à la réussite éducative de nos enfants à l'école.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci infiniment, M. le ministre. Je cède maintenant la
parole à l'opposition officielle, donc, la députée de Saint-Laurent. Mme
Saint-Laurent, vous avez trois minutes et peut-être un... quelques secondes,
36 secondes. Donc, la parole est à vous.
Mme Marwah Rizqy
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, M. le
ministre. Je suis contente de vous entendre dire que vous êtes de bonne humeur. Bonjour, chers collègues. Évidemment, à
nos distingués invités, merci de prendre part à nos importants travaux,
mais surtout aussi de la qualité de vos mémoires. Je reviendrai lors de nos
échanges, M. Royer.
Écoutez,
Mme la Présidente, je suis étonnée de m'asseoir dans un projet de loi sur la
gouvernance scolaire, une deuxième
réforme en trois ans, d'autant plus que, dans les sept priorités du
gouvernement que le ministre de l'Éducation présentait après son
100 jours comme nouveau ministre de l'Éducation, nulle part ce n'était
inscrit qu'il fallait faire une réforme de structure. C'était, par contre,
inscrit de revaloriser l'enseignement du français. Or, c'est le pire résultat
en 10 ans. 52 % des élèves sont en échec en orthographe.
Rétablir une voie
rapide vers le brevet d'enseignement. Encore faut-il arrêter l'hémorragie. Dans
le rapport de la Vérificatrice générale du Québec, on indique qu'un enseignant
qui a terminé quatre années de baccalauréat en éducation n'obtient pas de poste
régulier, des fois, jusqu'à sept ans, et même, dans certains cas, c'est pire.
Et c'est une des raisons pourquoi qu'on les perd. Il me semble que le ministre
devrait s'affairer à cela et d'arrêter cette hémorragie.
Offrir
du renfort à nos enseignantes et enseignants, notamment les aides à la classe.
Nous, c'était une proposition libérale. On est très contents que le ministre
ait donné suite, mais, je l'ai toujours dit et je le réitère, ce n'est pas le
remède miracle. L'aide à la classe apporte, évidemment, un soutien, mais,
lorsque nous avons un élève avec un trouble de comportement ou avec une
difficulté d'apprentissage, contrairement à ce que le ministre affirme, ce
n'est pas de l'aide à la classe qui est utile, c'est, au contraire, une
orthophoniste, une orthopédagogue ou une TES, technicienne en éducation
spécialisée.
Avoir des projets
pédagogiques particuliers plus accessibles et plus nombreux. Le gouvernement de
la CAQ a légalisé un système à deux vitesses dans le réseau scolaire, ce qui a
engendré, maintenant, un système à trois vitesses, n'en déplaise au ministre,
qui est le seul à ne pas vouloir le reconnaître, malgré des données probantes
qui émanent du Conseil supérieur de
l'éducation. Or, j'ai déposé un
projet de loi pour rendre gratuits, au Québec, les projets pédagogiques particuliers. J'invite le ministre de l'Éducation
à faire comme le ministre de la Justice, qui, aujourd'hui, reprend le
projet de loi sur l'obsolescence programmée. Il a biffé mon nom. Puis il me l'a
dit, hein, en toute honnêteté. On a fait les études de crédits des... et il m'a dit : Moi, je peux enlever ton nom,
Marwah, il n'y a pas de problème? J'ai dit : Pas de problème, je
n'ai pas d'ego. Alors, ici, Mme la Présidente, j'ai enlevé mon nom, j'ai
indiqué celui du ministre de l'Éducation. Il peut prendre celui pour les
projets pédagogiques particuliers mais aussi celui sur la qualité de l'air dans
les écoles, parce que, du propre aveu du gouvernement, la qualité de l'air a un
impact sur la réussite éducative des enfants.
Si on continue dans
ses priorités, investir dans la formation professionnelle parce que chaque
diplôme compte, je suis très d'accord avec
lui. Par contre, je ne comprends pas pourquoi qu'à l'article 57 de son
projet de loi l'institut national ne vise que le préscolaire, le
primaire et le secondaire, mais on exclut les diplômes d'études
professionnelles. Je trouve là une incohérence.
Rendre notre réseau
scolaire plus performant. Alors, j'aimerais savoir : Est-ce que le
ministre de l'Éducation va s'attaquer à un
des constats les plus importants de la Vérificatrice
générale du Québec? Lorsqu'on prend
le temps de lire correctement son rapport, elle dit que les données
existent au ministère de l'Éducation, mais que c'est elle et son équipe qui a
dû fouiller pour connaître le portrait de la situation au niveau du profil des
enseignants, à savoir combien qui ont un brevet d'enseignant, combien ont une
tolérance d'engagement et combien qui n'ont aucune tolérance et qui sont dans
les bancs d'école. C'est ça, l'organigramme. Ça, c'est un tableau, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme
Dionne) : ...
Mme Rizqy : Ah!
déjà.
La Présidente (Mme
Dionne) : ...vous laisser conclure.
Mme Rizqy : Ah! bien, juste en conclusion, vous comprendrez
que je vais déposer, évidemment, des amendements pour régler des
situations très importantes, comme la violence dans les écoles mais aussi les
bris de service, particulièrement, et, j'en parlerai avec Égide Royer, les
échecs des élèves masculins. Merci, Mme la Présidente.
Auditions
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup, Mme la députée. Étant donné qu'il n'y a pas
d'autre député présent, on va, à ce moment-ci, débuter les auditions.
Donc, je souhaite la
bienvenue à... au Dr Égide Royer. Donc, M. Royer, je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi on va procéder aux
échanges avec les membres de la commission. Donc, je vous invite, un, à vous
présenter et, deux, à nous exposer vos propos.
M. Égide Royer
M. Royer (Égide) : Mme la Présidente, M. le ministre, MM., Mmes les députés, je vais me
présenter sommairement. Je... À ma très grande surprise, ça va faire
bientôt une cinquantaine d'années que je travaille plus spécifiquement sur les
jeunes qui présentent des difficultés à l'école ou des retards scolaires,
autant comme éducateur spécialisé, enseignant au collégial, 10 ans dans
une commission scolaire, par la suite responsable de dossiers au ministère, et
par la suite 25 ans à l'université comme... comme chercheur,
professeur-chercheur.
Je vais faire trois
observations et, à partir de ces trois observations-là, je vais faire un
certain nombre de commentaires et de recommandations par rapport au projet de
loi.
La première
observation, il y a une augmentation extrêmement importante du nombre d'élèves
en difficulté d'adaptation et
d'apprentissage, qui commence à être extrêmement préoccupant. Bon an, mal an,
on est rendus, si j'additionne les élèves du privé, environ à un quart
de million d'élèves en difficulté dans un système scolaire qui comporte
environ 1,1 million d'élèves.
La deuxième chose qui
est... qui est vraiment préoccupante, c'est la sous-scolarisation des garçons,
qui est vraiment importante, du secondaire au collégial. Je vais vous donner
quelques chiffres dans quelques minutes.
Et la troisième, et
ça a été exacerbé par ce qu'on a connu suite à la pandémie... durant la
pandémie, c'est la question des problèmes
des... c'est la question des jeunes qui présentent des difficultés de
comportement et la question des jeunes
qui présentent des besoins en santé mentale, présentement, en ce qui concerne
le milieu scolaire. Je soulignerai que la question des problèmes de
comportement joue un rôle même sur le maintien des enseignants en cours
d'exercice, mais ça joue un rôle aussi sur
le fait que, bon an, mal an, on a présentement 2 500 jeunes qui sont
hors école ou hors classe, en bris de service, si vous aimez mieux, pour
des raisons liées au comportement.
• (11 h 40) •
Donc, brièvement, et
je m'en vais m'en tenir, là, à mon 10 minutes, la première chose, écoutez,
on est passés de 103 000 élèves en
difficulté à 235 000 au secteur public dans une période de 20 ans. La
deuxième, c'est qu'on se retrouve présentement
avec un... secteur public, un jeune sur cinq, et un jeune sur trois au secondaire,
considéré en difficulté d'adaptation et d'apprentissage. Figurez que, si
vous êtes une direction d'école secondaire présentement et vous avez
1 000 élèves, vous auriez environ 330 à 340 plans d'intervention
à gérer comme direction d'école avec votre équipe-école.
L'autre
élément, c'est que le taux de diplomation et de qualification des jeunes
d'adaptation scolaire, présentement, n'est que de... Il y a seulement
43 % ou... environ 43 % des jeunes qui sortent de l'école ou à...
qui, après sept ans au secondaire, n'ont toujours aucun diplôme ou aucune
qualification. En clair, si votre jeune est en adaptation scolaire, ça frise la une chance sur deux qui, après sept
ans, ne se retrouve devant rien en termes de qualification et de
diplomation secondaire.
On
a la même situation au cégep. Et je parlerai tout à l'heure, si vous avez des
questions là-dessus, du fait qu'il va falloir décloisonner le secondaire
puis le collégial, parce qu'au collégial on a une augmentation vraiment
exponentielle du nombre de jeunes qui sont considérés en situation de handicap.
Vous voyez les chiffres comme moi, ça a presque triplé. Et notez toujours que, et ça, c'est des données qui sont
solides, si votre mémoire... si votre moyenne au secondaire... moyenne
générale au secondaire est inférieure à 70 %, on n'a pas deux étudiants
sur 10 qui vont finir leur collégial, avec
une... cette moyenne-là au secondaire, dans les temps prévus plus deux ans.
Donc, ce qui se passe au secondaire, au niveau de la moyenne générale, a
un impact sur la diplomation au collégial.
Deuxième
exemple sur la situation de la diplomation des garçons. Je vais résumer.
Lorsqu'on compte uniquement les diplômes, diplômes d'études
professionnelles, diplômes d'études secondaires, j'enlève les qualifications
qui ne sont pas des diplômes, on... après sept ans, sept années au secondaire,
le taux de diplomation est de 69 % pour les gars, de 82 % pour les
filles. L'autre élément, c'est que, là... et, celui-là, j'en parle souvent avec
M. Tremblay, directeur général de la Fédération des cégeps, regardez le taux
d'accès au cégep des garçons. C'est un peu plus d'un garçon sur deux qui accède au cégep, trois filles sur quatre.
Je tiens à porter à votre attention que, si c'était l'inverse, j'ai trois
gars sur quatre qui vont au cégep et une fille sur deux, ce serait une
situation totalement intolérable.
Troisième
observation, il y a vraiment des lacunes importantes au niveau des pratiques,
et du savoir-faire, et de la prévention par rapport à ce qui touche les
problèmes de comportement, et ça, c'est mon champ de spécialisation pointu à
moi, et la question autour de la santé mentale. Santé mentale, je porte votre
attention, c'est sorti dans Le Devoir ce matin aussi, et indépendamment
de ce que j'avais présenté, il y a quelque chose qui se passe avec les filles
présentement au niveau de la santé mentale. Et il y a une part ou un rôle qui
n'est pas inégal, qui n'est pas... qui est relativement important, joué par les
réseaux sociaux là-dessus. C'est une des variables à tenir compte.
J'en viens à mes
recommandations. Le constat par rapport aux trois exemples que je viens de
donner, c'est qu'on pourrait nettement faire mieux si on appliquait les
pratiques exemplaires puis les données de recherche de qualité qui existent présentement, ce qui m'amène au
projet de loi n° 23. Le ministre, les directeurs généraux, les centres de
services scolaires, les directions d'école, les enseignants et les parents ont
besoin de données fiables, mises à jour régulièrement, au sujet du bien-être et
de la réussite de leurs jeunes.
Le
deuxième constat, c'est qu'un organisme indépendant, doté d'un financement
stable, indépendant des organismes subventionnaires de recherche, est
nécessaire pour que la recherche devienne l'étalon or au niveau de la
pratique... au niveau des références ou de la pratique en éducation et surtout
pour déterminer les meilleures pratiques.
La troisième recommandation, le troisième
constat, les gens tiennent... les organismes scolaires, les parents, les
directions d'école tiennent au Conseil supérieur de l'éducation, ce qui fait
qu'en termes de recommandation il est absolument nécessaire, selon moi, à mettre
en place un dispositif pour avoir des données en temps réel de ce qui se passe en éducation au Québec. Je vais donner
l'exemple... Au 1er juin, maintenant, combien de jeunes ont décroché
de l'école depuis le... depuis le
1er septembre? Écoutez, ça prend... Pour avoir une bonne idée, c'est ce
que plusieurs journalistes font présentement, il faut communiquer avec
les 72 centres de services scolaires pour être en mesure d'avoir...
d'avoir des données, et, la plupart du temps, il va en manquer, des données
aussi. C'est la même chose par rapport aux jeunes qui vivent des problèmes de
discipline ou qui ont été exclus de l'école et c'est la même chose par rapport
au nombre de jeunes qui pourraient être en retard en lecture en première année.
La deuxième, c'est que le Québec doit se doter
d'un institut d'excellence en éducation pour être en mesure de délimiter et de
communiquer les pratiques... les connaissances scientifiques et les pratiques
exemplaires. Puis, quand je dis «connaissances scientifiques et pratiques
exemplaires», ce n'est pas uniquement celles du Québec. Si vous êtes médecin, c'est l'ensemble des connaissances en
médecine qui inspirent votre pratique. Donc, dans cette perspective-là,
dans des recherches de bonne qualité qui
tiennent compte d'un ensemble de... qui tiennent compte de l'ensemble des
variables, la possibilité d'avoir, comme
tel, un institut qui regroupe l'ensemble de ces données-là et qui est en
mesure, entre autres, vous aviez déjà le document entre les mains, de
donner des indications sur la... sur la formation initiale et continue des
personnels scolaires, qui est en complémentarité avec le Conseil supérieur de
l'éducation, mais surtout qui bénéficie d'un financement stable pour être en
mesure d'avoir un suivi longitudinal de ce qui se passe au niveau de la
réussite et du bien-être de nos jeunes.
Je donne
l'exemple de celui qu'on a aux États-Unis, The Institute of Education Sciences,
qui est un bon exemple, pour aller sur le site, de commentaires, ce
qu'on peut être capables de regrouper. Et il y a, entre autres... Un des
éléments auxquels je réfère souvent personnellement, là, tout en faisant des
adaptations pour le Québec, il y a un titre qui s'appelle What Works in
Education, un ensemble de pratiques qui sont reconnues, que ce soit pour
l'enseignement de la lecture, l'intervention auprès de jeunes en difficulté,
comportement, ou autres.
Et, la troisième recommandation, je partage les
conclusions du rapport de recherche sur la création de l'Institut national
d'excellence, qui considère que le Conseil supérieur de l'éducation doit
demeurer en place et... car les missions qu'il a présentement, en fonction du
rôle pressenti pour l'INEE, là, vont être complémentaires. Et je laisse...
En
conclusion, par rapport à cette dernière recommandation là, le fait qu'il y a
une dimension, il y a une fonction démocratique
du Conseil supérieur de l'éducation... Il y a une centaine de personnes qui
donnent de leur temps bénévolement, autant
de parents, d'enseignants, de directions. Et ces... ces deux aspects-là de la
Commission de l'éducation préscolaire, de l'enseignement primaire,
Commission de l'enseignement secondaire sont des lieux de consultation de ce
qui se passe au Québec, alors que l'institut va en couvrir beaucoup plus large.
Et cette dimension démocratique là m'apparaît tout à fait pertinente. Je laisse
les références, la note biographique habituelle. Et je suis prêt, Mme la
Présidente, à recevoir les questions des participants.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup, M. Royer, pour ces interventions. Donc, nous sommes maintenant prêts
à procéder aux échanges. Donc, je cède la parole à M. le ministre. Donc, vous
disposez de 16 minutes. À vous la parole.
M.
Drainville : Très bien. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci,
M. Royer, pas juste pour votre témoignage d'aujourd'hui, mais surtout
pour votre engagement en faveur de l'éducation. Vous êtes un modèle et vous
êtes très présent dans la sphère publique.
Vous avez, au fil du temps, acquis la stature d'une sorte de sage sur les
questions d'éducation, et ça vous honore. Et moi, je suis très honoré de
commencer cette commission parlementaire avec vous comme premier participant.
Je trouve que c'est... c'est extrêmement bien choisi.
Maintenant, votre préoccupation pour les élèves
à besoins particuliers, pour les élèves en difficulté est... est bien connue.
Vous l'avez réitérée dans votre témoignage. Le député de Vanier-Les Rivières
va vous poser une question sur les... la situation des garçons dans un instant,
mais, juste avant, est-ce que vous pouvez nous expliquer, dans votre esprit,
comment la création de l'INEE, que vous favorisez, donc, l'institut national
d'éducation... ou d'excellence en éducation...
Comment est-ce que la création de l'INEE va pouvoir nous aider à mettre en
place des pratiques exemplaires qui pourraient venir en aide, justement,
aux élèves à besoins particuliers, le lien entre pratiques exemplaires et
performance ou résultat dans les salles de classe pour nos élèves à besoins
particuliers, qui sont, effectivement, de plus en plus nombreux?
M.
Royer (Égide) : Voilà quelques années,
j'ai déjà fait une recherche, parce que j'étais professionnel au gouvernement
du Québec pendant quelques années, et par la suite on a eu à faire une
recherche sur l'ensemble des 60 systèmes éducatifs en essayant de voir
lesquels étaient les plus performants en adaptation scolaire, donc, l'idée d'être en mesure, comme institut national... Institut national d'excellence en éducation, d'aller voir des systèmes éducatifs qui sont comparables au nôtre, je vais parler du Massachusetts, l'Iowa, il y a différentes... différentes possibilités, et de
voir, en termes de taux, le niveau de réussite des jeunes qui sont en éducation
spéciale, pour prendre l'expression anglaise, de
voir c'est quoi, leur niveau de diplomation, le niveau de réussite, et c'est
quoi qui explique, justement, les succès que certains systèmes éducatifs
ont comparativement à d'autres. Probablement qu'on va voir apparaître une
intervention précoce
au niveau des jeunes qui présentent des besoins particuliers, et probablement
que le mot «lecture» et le mot «langage», en termes de préoccupations de
ces systèmes-là, est vraiment très important. Mais, par la suite, intervention
maternelle, première, deuxième année...
Mais, par la suite, ce qui devient intéressant, c'est de voir, comme système
éducatif, ils ont articulé ça comment, et qu'est-ce qui se passe
directement, même, au niveau de leurs écoles.
Donc,
l'idée d'aller rechercher des histoires à succès, surtout en Amérique du Nord,
parce que c'est plus similaire à ce qu'on vit, nous autres, pour être en
mesure d'identifier des ingrédients... On en a un certain nombre d'identifiés, mais on ne peut pas... Et probablement qu'on
verrait, dans ce type de recherche là, le fait qu'on a... On ne retrouvera
pas de système scolaire public avec 33 % des jeunes du secondaire
identifiés en adaptation scolaire. Et probablement que viendraient des discussions sur le fait qu'on a concentré ces jeunes-là
dans les écoles ordinaires, ordinaires, alors que les meilleurs systèmes
ont des systèmes qui sont beaucoup plus égalitaires en termes d'accessibilité
et où toutes les écoles mettent l'épaule à
la roue pour être en mesure de réussir. Donc, c'est ce genre de données là
qu'on aurait, bien, l'idée d'avoir une veille internationale, tout au
moins dans le... dans le contexte nord-américain, pour être capables
d'identifier les facteurs qui contribuent à améliorer. Et il y en a un certain
nombre qui pourraient ressortir probablement clairement.
• (11 h 50) •
M.
Drainville : Très bien. Juste avant de céder la parole à mon collègue,
vous plaidez pour la... le maintien du Conseil supérieur de l'éducation. Est-ce
que je peux vous... Alors, vous le savez, que, dans le projet de loi, ce que
nous faisons, c'est que nous transférons,
dans le fond, les fonctions du Conseil supérieur de l'éducation au nouvel
Institut national d'excellence en
éducation. Donc, le mandat de... le rôle... le mandat conseil, dis-je, de... du
conseil supérieur est maintenu, sauf qu'on change d'organisme, dans le
fond, pour en prendre la responsabilité. Bien, pouvez-vous nous demander... pouvez-vous nous dire, dis-je, en quoi le fait de
conserver les fonctions du conseil supérieur sous l'égide du nouvel
institut... en quoi est-ce que c'est problématique à vos yeux, juste pour que
je comprenne bien votre... votre argumentaire?
M.
Royer (Égide) : J'ai bien noté
l'utilisation du mot «égide». C'est bien. Il y a une dimension de consultation
et de participation, là, au niveau des commissions. C'est surtout... C'est ça
qui a attiré plus mon attention. Le mandat de faire l'état des besoins en
éducation, de conseiller le ministre, j'en conviens, mais la dimension de
participation des différentes commissions du conseil supérieur,
particulièrement, là, aux niveaux préscolaire, primaire, et celle du
secondaire, il y a quelque chose là. Les témoignages que j'ai eus, la
connaissance que j'ai du réseau, les gens y tiennent. Et ça m'amène toute une
colonne d'informations ou un niveau d'information qui part de la base et qui
illustre les particularités et les
spécificités québécoises, comparativement à ce que je mentionnais tantôt, au
niveau de l'institut, qui touchait l'ensemble de la recherche en
éducation comme on pourrait toucher l'ensemble de la recherche en médecine. Bien là, il y a quelque chose de spécifique, là,
au niveau de la participation des parents, des enseignants, des directions
d'école. En clair, c'est quelque chose qui,
de toute évidence, semble bien fonctionner. Au niveau du... au niveau de la
manière de conseiller ou de donner des avis au ministre, il y a
peut-être des ajustements à faire, mais, au niveau des deux commissions, ça
m'apparaissait évident que c'était pertinent de les conserver.
M.
Drainville : Très bien. Je vais laisser la parole à mes collègues.
La Présidente (Mme
Dionne) : Oui. Je cède maintenant la parole au député de Vanier-Les Rivières.
M. Asselin : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, Pr Royer, Dr Royer. On a eu l'occasion, évidemment,
avant que je sois député, de collaborer ensemble. Et puis vous êtes un des
grands spécialistes en éducation. Alors, je suis très honoré de pouvoir vous
entendre aujourd'hui, à l'aube de l'étude de ce projet de loi, en particulier
au niveau de vos travaux au niveau de la sous-scolarisation des garçons.
On
a, évidemment, des problèmes culturels, je pense, au Québec, avec l'acceptation
du cheminement particulier que les
gars peuvent vivre à l'école. Et puis vous avez... En particulier, j'aimerais
ça vous entendre, quelques mots là-dessus, sur le lien qu'il y a entre la lecture et les garçons. Je sais que
vous... vous témoignez beaucoup pour des pratiques exemplaires, puis vous avez raison de le faire, mais quel est
le lien que vous pouvez faire entre les pratiques exemplaires et la
réussite des garçons? Qu'est-ce qui se
passe, au niveau de nos gars, qui fait que, dans des écoles, ils ont besoin
d'attention de manière particulière,
et puis du respect des différences culturelles en particulier? Est-ce que
l'école est faite pour les gars? Est-ce qu'on peut trouver du bonheur à travers... de réussites au niveau des
garçons? Alors, j'aimerais vous entendre là-dessus.
M.
Royer (Égide) : Bon, une considération...
Première considération, il y a des milieux scolaires... il y a des systèmes
scolaires et il y a même des milieux scolaires qui font mieux que d'autres au
niveau de la réussite des garçons, l'écart est moins grand, mais, dans
l'ensemble de ce qu'on peut observer, il y a toujours un écart garçons et
filles. Les méta-analyses ont dit que les filles sont toujours meilleures à
l'école que les gars, mais pas un écart pareil. Donc, ce qu'on observe, c'est
que, chez les... chez les anglophones, l'écart garçons-filles est plus faible.
Quand je travaille à
Vancouver, il y a une dimension culturelle. Je regarde, entre autres... Ils ont
beaucoup de milieux asiatiques comme tels à Vancouver, et on se retrouve avec
une importance donnée à l'éducation qui est telle qu'on se retrouve avec des
trois, quatre points de pourcentage de différence gars-filles. Donc, ce n'est
pas énorme.
Spécifiquement,
une... Je vais vous donner quelques données exemplaires, là. Ça a besoin d'être
articulé, là, de manière plus précise.
Prenez 1 000 gars de six ans et 1 000 filles de six ans. En
moyenne, mes 1 000 filles de six ans sont plus prêtes à
apprendre à lire et à écrire que mes 1 000 gars de six ans. C'est
développementalement parlant comme ça, donc,
ce qui fait que... C'est une donnée de base qui fait que je dois porter une
attention particulière à l'enseignement de la lecture et le voir en disant
que ce sera peut-être... Il y aura peut-être des différences au niveau du
rythme, mais, si c'est bien appliqué, rendu en fin de deuxième ou troisième
année, il n'y aura pas grand différence.
Ceci étant dit, en
adaptation scolaire, dans tous les systèmes éducatifs, j'ai... bon an, mal an,
j'ai... Prenez tous les jeunes en difficulté
dans une école ou même handicapés. Vous avez... Bon an, mal an, un 55 %,
60 %, c'est des gars, et l'autre proportion, c'est des filles. Ça,
c'est fait comme ça. Mais, ceci étant dit, plus je vais être efficace pour
intervenir tôt, plus je m'en vais coller les centres d'intérêt des gars, entre
autres, en lecture... Je pense, en Ontario, qu'il y a des guides spécifiques,
au niveau de l'apprentissage de la lecture, qui touchent les centres d'intérêt
et les approches... des approches plus sur mesure par rapport aux garçons. Et
plus on va être en mesure d'avoir une approche qui n'est pas uniquement chapeau
les filles, mais chapeau les gars aussi, là, on va se retrouver dans un environnement...
Mais le problème qu'on a... Un, il y a des
différences culturelles, mais l'autre élément, le problème qu'on a, c'est comme... si on se préoccupait de la
situation davantage de gars en difficulté, c'est comme si on enlevait quelque
chose aux filles. Et ça, c'est un biais cognitif, là, qu'il va falloir... dont
il va falloir se débarrasser. Donc, en clair, on sait à peu près... Puis il y a des milieux scolaires où l'écart de réussite
garçons et filles est beaucoup plus faible que ce que je viens... que j'ai présenté au global. Il y a des
histoires à succès là-dessus, mais ça passe par une intervention précoce,
et la lecture est une variable clé dès le début de la scolarisation.
M. Asselin : Vous parlez de
l'intervention précoce puis des centres d'intérêt. Pourquoi est-ce que les
garçons doivent évoluer dans un système qui
permet que les centres d'intérêt soient spécifiques aux garçons? Pourquoi
est-ce que les gars ont le droit de s'intéresser, par exemple, à la
chasse ou à des sujets qui les rejoint plus d'une certaine façon?
M.
Royer (Égide) : Parce qu'ils sont faits... Comment je dirais ça?
Là, je ne rentrerai pas dans la théorie du genre, là, qu'on... Je
pourrais avoir des critiques assez... assez précises là-dessus. Bien, c'est fait
comme ça. Tu sais, vous voulez... Moi, je n'ai pas besoin... même pas besoin de
l'expliquer ou de dire : Est-ce que c'est bon ou ce n'est pas bon? Prenez
1 000 gars et 1 000 filles d'un groupe d'âge donné...
Prenez ce qui se passe au secondaire présentement, les filles adolescentes,
avec l'impact que ça a de se comparer aux autres filles au niveau de la beauté,
du physique ou des choses comme ça. Ça arrive pour les gars, mais, prenez-moi
1 000 filles de 13 ans puis 1 000 gars de 13 ans,
vous allez voir que ce n'est pas le même
vécu. Est-ce que c'est stéréotypes sexuels, les théories du genre? Je n'en
ai... Comment je dirais? Ce n'est pas ça. C'est carrément une situation
développementale qui nous arrive à ça, avec des influences sociales, là, qui
ont un impact direct.
Donc, coller davantage les besoins et, quand
j'ai des gars de 11, 12 ans qui veulent... 12, 13 ans qui veulent quitter l'école, être en mesure d'avoir une
intervention qui tient compte de leurs préoccupations, puis c'est quoi,
l'intérêt, puis c'est quoi... entre autres, de quoi ont-ils besoin pour
poursuivre. Et, normalement, ça va aller beaucoup mieux. On a... Il y a des
exemples. Il y a des histoires à succès au Québec, là, là-dessus.
M. Asselin : Merci de votre
témoignage. Je vais laisser la chance aux collègues de pouvoir vous interroger.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup, M. le député. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Hull.
Il vous reste un petit peu moins que cinq minutes.
Mme Tremblay : OK. Parfait. Alors,
au niveau... Vous avez parlé des difficultés de comportement, donc, que ça
représente... Effectivement, les jeunes enseignants qui arrivent dans la
profession, c'est un défi pour eux. Et moi, j'aimerais ça vous entendre sur le
lien... Comment on peut mieux les outiller, ces jeunes enseignants puis
enseignantes là, puis même ceux qui sont
aussi dans le milieu de l'éducation depuis un certain nombre d'années? Parce
que parfois ça a beaucoup changé, là.
Moi, j'ai passé du temps dans le milieu de l'éducation, là, pratiquement
20 ans de ma carrière, puis ça a
quand même beaucoup changé, beaucoup évolué. Donc, j'aimerais ça que vous
fassiez le lien, peut-être, dans vos idées, en lien avec ça, par rapport
à la formation initiale. Comment on peut agir, mais aussi comment l'institut,
qu'on veut créer, d'excellence pourrait agir dans... dans ce dossier-là?
• (12 heures) •
M. Royer (Égide) : Le constat présentement, c'est que les futurs enseignants
sont très peu formés sur comment composer avec des jeunes qui présentent des
comportements d'opposition ou des comportements de santé mentale. Prenez un
problème de comportement. Ça, sur la question des pratiques exemplaires, c'est
mon secteur d'expertise, donc je suis au fait des pratiques exemplaires
là-dessus. Bien, j'ai formé des cohortes d'étudiants, à l'université, qui
revenaient chercher les... ces cours-là et ces practicums-là après le
baccalauréat, donc, au niveau de la maîtrise ou au niveau d'un diplôme en adaptation
scolaire.
Le constat,
c'est qu'on sait à peu près quoi faire et comment composer avec des jeunes qui
présentent des difficultés de comportement, que l'information passe peu,
que la formation est peu donnée, mais que, lorsqu'on est capables d'intervenir tôt et lorsqu'on est capables... Et
là je tombe dans un sujet qui est très d'actualité. Moi, éducatrice
spécialisée, ou moi, enseignante en deuxième
année, qu'un jeune qui a des problèmes de comportement crie après moi, ce n'est
pas une agression verbale. C'est comme dire : Écoutez, j'ai un enfant qui
a un problème auditif, je lui parle, il ne m'écoute pas. J'ai des jeunes qui
sont handicapés par leur comportement comme d'autres sont handicapés par
certaines difficultés ou troubles de langage. Donc, dès qu'on... Être capables
d'avoir une formation qui nous permet de dire : Ce jeune-là, par son
comportement, me dit quelque chose, je dois l'encadrer et intervenir de manière
efficace, mais ce n'est pas une attaque personnelle à moi, éducateur, ou à moi,
enseignante, là. Donc, quand on a une interprétation du comportement des jeunes
comme ça, c'est qu'on n'a pas compris ou on a très peu de formation sur comment
faire oeuvre d'éducation avec des jeunes qui ont des difficultés de
comportement. En clair, ils sont handicapés par leur comportement. Donc, au
niveau des pratiques exemplaires, c'est très bien établi.
Regardez ce qui s'est passé, je pense,
à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. Regardez ce qui s'est
passé à Marguerite-Bourgeoys depuis les cinq, six dernières années. Ils ont
implanté le modèle dominant, qui est très basé sur les données de recherche,
qui s'appelle Soutien au comportement positif, Positive Behavorial Support
Intervention, là, et vous allez voir que les
taux de suspension des élèves ont... ça a cassé. Écoutez, ce n'est pas une
médication qu'ils leur ont donnée, là. C'est une manière de faire où
toute une école... Et ça, ça correspond aux pratiques exemplaires, et ça, ça a
besoin d'être diffusé. Donc... Et ce n'est pas des... Comment je dirais? Ce
n'est pas des trucs. C'est vraiment un savoir-faire issu de ce qu'on sait qui
fonctionne et qui a fait ses preuves.
Une pratique
exemplaire, là, je conclus là-dessus, je l'applique dans votre comté... dans
les écoles de votre comté, je l'applique
dans des écoles de votre comté, si c'est appliqué comme du monde, ça donne
toujours des bons résultats. C'est ça, une pratique exemplaire. Elle est
basée. C'est un peu comme une médication qu'on va donner par rapport à une
situation médicale quelconque. Si c'est bien prescrit, ça va avoir son effet.
C'est ça, une pratique exemplaire, et on a besoin de les mettre en relief et de
les communiquer.
Mme
Tremblay : Peut-être une autre dernière... deux autres dernières
questions rapides. Vous avez parlé de l'institut aux États-Unis. Là, je n'ai
pas le nom exact, là. Comment ils font, eux, pour que... bien atteindre le
terrain, donc, s'assurer que l'information
soit diffusée dans les milieux? Ça, j'aimerais ça vous entendre si vous le
savez, peut-être que vous ne le savez pas, parce que c'est important. De
créer un institut, c'est une chose, mais, après ça, une bonne diffusion de
l'information, vous voyez ça...
M.
Royer (Égide) : Ah! classique.
Mme
Tremblay : Il y a le 30 heures de... bon, pour les enseignants, mais,
autrement, au-delà de ça, comment on fait pour une bonne diffusion de
l'information?
M. Royer (Égide) : Brièvement, il y a le classique de dire : Bon, est-ce qu'une classe
à double niveau... est-ce que c'est mauvais ou bon pour des enfants,
première, deuxième ensemble? Il y a la possibilité de rentrer sur le site
Internet, de rentrer le descripteur :
Quelles sont les conditions qui font qu'une classe à double niveau fonctionne?
En une page et quart, vous avez
l'essentiel des variables. Après ça, vous pourrez aller plus loin si vous
voulez. Donc, évidemment, c'est ce type d'accès là.
L'autre élément,
c'est l'influence que ça a sur la formation du personnel, formation continue...
La Présidente (Mme
Dionne) : En 30 secondes, M. Royer.
M. Royer (Égide) : Et, si vous allez en formation continue, vous avez une indication que
tel type d'intervention est nettement supérieur à tel autre. Ça
influence votre contenu de formation continue.
Mme
Tremblay : Parfait. Merci.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole à notre porte-parole de
l'opposition officielle, la députée de Saint-Laurent. Vous disposez d'environ
10 minutes.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bienvenue et, encore une fois, merci de participer
à nos travaux. Vous êtes, à chaque fois, toujours présent.
Une
question simple. Le Conseil supérieur
de l'éducation parle d'un système
scolaire à trois vitesses. Êtes-vous d'accord avec ce constat?
M.
Royer (Égide) : Oui.
Mme Rizqy : Est-ce que vous êtes aussi d'accord qu'un enfant
qui est dans une classe dite régulière a moins de chances, par la suite,
de se rendre à des études supérieures?
M.
Royer (Égide) : Ça, c'est documenté.
Mme Rizqy : Oui, c'est indiqué : 15 % de ceux qui
proviennent d'une école publique régulière iront à l'université.
M.
Royer (Égide) : Oui, oui, c'est documenté.
Oui, oui, oui, je suis d'accord.
Mme Rizqy : Ah
oui! OK. Donc... OK. Vous posez la question... D'accord, oui.
M.
Royer (Égide) : Non, je suis d'accord avec vous. L'autre
élément... Je peux faire un petit ajout? Je ne vole pas de votre temps...
Mme Rizqy : Vous,
vous êtes toujours le bienvenu avec vos ajouts.
M. Royer
(Égide) : La journée où toutes les écoles,
autant privées que publiques, vont mettre l'épaule à la roue pour la réussite
de tous les jeunes et vont accepter une proportion naturelle de jeunes en
difficulté, on reviendra à quelque chose qui est beaucoup plus balancé puis
beaucoup plus efficace en termes d'interventions.
Mme Rizqy : J'ai déposé un projet de
loi pour les projets pédagogiques particuliers dans les écoles publiques, qu'elles soient gratuites, parce que je considère
que, et je pense que c'est partagé par plusieurs de mes collègues... que,
pour un enfant, l'argent ne devrait pas être
un frein, dans le réseau public, pour participer pleinement à son école. Est-ce
que ça, c'est quelque chose que vous partagez ou non?
M.
Royer (Égide) : Je vais vous donner une anecdote. Une enseignante
de sixième année demande à ses jeunes :
C'est quoi que vous faites l'an prochain, vous êtes en quoi? Un dit : Je
suis en sport-études. Un autre dit : Je suis en ci, je suis en ça.
Et il y a cinq élèves de la classe qui disent : Moi... nous autres, on
n'est en rien.
Mme Rizqy : C'est crève-coeur, hein?
M.
Royer (Égide) : Donc, je suis évidemment... Écoutez, le grand gars
de six pieds, là, qui veut faire du football-études, qui n'a pas la
moyenne de 70 %, il peut faire du football-études aussi, selon ma perception.
Il s'agira de souligner... faire attention,
par exemple, de ne pas trop couper le temps en apprentissage. Ça va avoir une
influence ou un impact sur la qualité du français des jeunes,
éventuellement, si on coupe autant de temps.
Mme Rizqy : Absolument. Je dois vous
avouer que j'ai moins d'expérience que vous, mais, entre ce que moi, j'ai vécu
sur les bancs d'école et ce que je vois aujourd'hui, pour avoir fait plusieurs
journées de suppléance, je n'ai jamais vu
autant d'agressivité. Puis l'article de cette fin de semaine, de Marie-Ève
Fournier, dans La Presse, était perturbant, pour ne pas dire
percutant. Et, après des demandes d'accès à l'information que j'ai faites
autant aux centres de services scolaires qu'auprès des corps policiers, c'est
un constat qui est clair, il y a un avant puis un après pandémie où le nombre
de violence a augmenté, mais l'intensité aussi. Et vous êtes psychologue. Il me
semble que, lorsqu'un enfant assiste à un acte de violence, même s'il n'est pas
partie prenante, bien, s'il voit un autre élève lancer et fracasser une chaise
sur son enseignante, si, durant l'heure de dîner, on assiste à une scène de
crime où un autre enfant a été poignardé par un autre élève, il me semble que
c'est quand même préoccupant, pour ne pas dire perturbant, et que c'est pour
ça, d'ailleurs, qu'on dépêche sur les lieux assez rapidement une équipe
psychosociale. Il me semble que la violence dans les écoles a un impact sur la
réussite éducative.
M. Royer (Égide) : Ah oui! Ça va de soi. C'est toute la question des problèmes
de... Nous autres, dans mon métier à moi, on appelle ça les conduites
agressives à l'école. Et ça a un impact, évidemment, sur la victime, mais ça a
un impact aussi sur l'atmosphère de la classe et ça a un impact sur la perte de
temps d'apprentissage. Mais le bon côté des choses, c'est que l'état actuel des
connaissances scientifiques — je parlais du soutien en comportement
positif, puis il y a d'autres modèles qu'on
peut utiliser — nous
permet d'améliorer nettement la situation en classe. Il y a certaines
situations que c'est carrément dangereux puis ça prend d'autres types de
services, mais une meilleure formation de nos enseignants là-dessus, parce que
c'est vraiment très limite présentement, améliorerait sensiblement la
situation. Se sortir du modèle de remorquage, là, où c'est l'éducateur
spécialisé qui rentre dans la classe pour ramener l'ordre, sortir le jeune, on
peut faire beaucoup mieux que ça.
Mme
Rizqy : Oui, bien, d'ailleurs, les psychoéducateurs, c'est
ça, leur rôle. Ils outillent l'enseignant à faire l'intervention avant,
justement, qu'il y ait un débordement. Et ça m'amène à cette question, parce
que l'Ordre des orthophonistes et
audiologistes du Québec ont dit la chose suivante : 80 % des élèves
qui ont un trouble de comportement ont, en réalité, un trouble au niveau
du langage qui n'a pas été réglé. Et malheureusement, en ce moment, on voit que
plusieurs orthophonistes du réseau public scolaire quittent parce qu'ils
n'obtiennent pas de poste régulier, et c'est le même constat qui est, d'ailleurs, écrit par la Vérificatrice générale du
Québec dans son dernier rapport, que ça peut prendre en moyenne jusqu'à
sept années pour obtenir un poste régulier. Et ça, ça a une incidence directe
sur la démotivation des enseignants qui ont
un baccalauréat en éducation, donc, qui ont fait les quatre années, et que...
Vous le savez, là, depuis des années, là, ça fait... on en parle,
environ 20 % à 25 % des enseignants légalement qualifiés, ça coûte de
l'argent à l'État de les former dans nos universités. Bien, on n'arrête pas
cette hémorragie. Et elle écrit, la Vérificatrice générale, la chose
suivante : Un enseignant qui n'est pas adéquatement formé, il y a un
impact sur la réussite éducative. Et vous avez sûrement vu qu'en 10 ans
c'est la première fois que nous avons un échec aussi important en orthographe.
52 % des élèves ont échoué.
M.
Royer (Égide) : La faible formation des enseignants, je fais du
lien sur le problème de comportement, le peu de formation des
enseignants sur comment composer avec des comportements difficiles en classe a
quelque chose à voir avec le maintien d'un certain nombre d'enseignants dans la
profession. De se revirer à l'envers... Vous commencez une première suppléance,
un premier groupe au secondaire, vous faites virer votre classe à l'envers, il
n'y a personne qui apprécie ça, puis ça peut être extrêmement stressant.
La deuxième des choses, vous parliez de langage,
prenez 100 jeunes en difficulté de comportement, vous en avez 50 % qui ont des retards en lecture.
Est-ce qu'ils mènent le diable dans la classe parce qu'ils sont en difficulté
ou ils sont en difficulté parce que
le comportement pose problème? On ne le sait pas exactement, mais les deux vont
ensemble.
Donc, si j'ai un message à vous donner
suite à votre commentaire, là, si vous commencez à améliorer l'éducation
au Québec à partir de ceux qui n'y réussissent pas au lieu de commencer
toujours en disant : On va prendre l'ensemble de tous les jeunes... La
majorité des jeunes apprennent, au Québec, réussissent, mais, pour une fois, quand
on fait des changements, il va falloir partir de ceux qui n'y réussissent pas,
et, dans ce cadre-là, ça implique de meilleurs services professionnels. Et là il y a toutes sortes d'autres mesures qui
pourraient être en ligne de compte, mais c'est évident que, si j'ai un
problème de langage, dans les 30 jours, je devrais avoir au moins un
premier contact avec une orthophoniste, peut-être pas un suivi dans les
30 jours, mais au moins un premier contact, comme un tri à l'urgence, à
l'hôpital, là.
• (12 h 10) •
Mme Rizqy : Dites-moi,
vous avez parlé de l'institut, qu'elle devait être indépendante. Premièrement,
je vois que, dans un des articles du projet
de loi, c'est indiqué que l'institut identifie, en concertation avec le
ministre, les sujets prioritaires qui pourraient bénéficier des travaux.
Il me semble que, si on veut que ce soit indépendant, c'est l'institut qui
devrait identifier les sujets à couvrir.
M.
Royer (Égide) : Indépendamment du
ministre, on va le voir comme ça, cet institut-là ne doit pas avoir de biais de
choix en ce qui concerne les sujets. Ça fait trop longtemps qu'on se débat avec
la question des garçons puis qu'on se débat... avoir de la recherche solide
là-dessus. Prenez les élèves doués et talentueux. Il y a certaines universités
présentement, puis il y a des étudiants qui sont capables de témoigner
là-dessus, que c'est un sujet... Réussite des garçons,
douance et talent, ce n'est pas nécessairement des sujets, quelquefois, pour
des questions idéologiques, qui sont plus acceptables ou facilement
acceptables. Dans ce cadre-là, on prend l'ensemble de la... on prend
l'ensemble, mais on traite l'ensemble des sujets... Il ne faut pas qu'il y ait
de biais ou de choix, mais un ministre, à mon point de vue à moi, a le droit de
poser une question en disant : J'ai besoin d'avoir des données, quel est
l'état de la science sur tel sujet. Ça, il n'y a pas de problème.
Mme Rizqy : ...pas
de commencer à dire les choix de qu'est-ce qui devrait être dans les...
M.
Royer (Égide) : C'est plus l'interdiction.
S'il fallait que moi, comme ministre, j'interdise qu'on fasse de la recherche
ou qu'on ait l'état de la recherche sur tel sujet, là, ce serait inacceptable.
Mme Rizqy : Parfait. C'est clair. Merci. Il me semble que,
tantôt, vous avez aussi fait mention que c'est important qu'il y ait des ponts aussi qui soient créés avec
le réseau collégial, effectivement. Ici, je vois que l'institut va vraiment
se concentrer sur préscolaire, enseignement primaire et secondaire. On ne parle
même pas de la formation professionnelle, qui reste quand même avec... au
réseau de l'éducation. Est-ce que vous, vous croyez qu'on devrait quand même
ajouter peut-être aussi... ou de voir comment on peut s'assurer de garder le
Conseil supérieur de l'éducation utile, parce que, si on le vide de plusieurs
aspects, à un moment donné, je vais vous poser la question : À quoi
sert-il, là, si...
M.
Royer (Égide) : Oui. Je regarde le
document de consultation puis le rapport du document de consultation, ça
semblait assez bien balancé. Il y a peut-être des ajustements à faire entre
institut et Conseil supérieur. Je pense que ça... Mais la... Écoutez, la
première année collégiale, c'est la 12e année dans les autres systèmes
scolaires. Vous me suivez toujours?
Mme Rizqy : Toujours.
M.
Royer (Égide) : Bon, ce qui fait que moi,
institut, je fais un ensemble de recherches sur la question de la santé
mentale, de la réussite scolaire des jeunes de 16, 17 ans. On ne pourra pas ne
pas toucher aux cégeps. Et, je pense, entre autres, il faut revoir la politique
d'adaptation scolaire, qui a presque 25 ans, au Québec, mais il n'est pas
question de dire : On la revoit au primaire, secondaire, un jour, on en
parlera au collégial. Il faut que ça se fasse en même temps. C'est les mêmes
jeunes. Moi, je suis dyslexique en cinquième secondaire, je m'en vais au
collégial, ce n'est pas vrai qu'on va recommencer les... Tu sais, il faut
véritablement qu'il y ait une continuité au minimum secondaire-collégial
là-dessus, et cesser de travailler en silo sur ces sujets-là.
Mme Rizqy : Merci.
Écoutez, c'est ma dernière question puisqu'il me reste moins d'une minute.
Nous, on avait déposé — c'est
mon collègue de Pontiac — un
mandat d'initiative, dans la dernière législature, sur le temps d'écran au
niveau des élèves, puis on a appuyé celle de mon collègue de Matane-Matapédia
pour le temps d'écran mais aussi les
cellulaires en classe. Vous en pensez quoi, vous? Il me semble que plusieurs
voix se font entendre pour que ce
soit interdit, les cellulaires, mais aussi j'ajouterais un meilleur, je vous
dirais, accompagnement pour le temps d'écran.
La Présidente (Mme
Dionne) : Sept secondes.
M.
Royer (Égide) : Excellente question à
poser à l'institut d'excellence en éducation. Moi, je ramasse la documentation,
ce qui se passe en Amérique du Nord là-dessus. Ce n'est pas évident. C'est une
excellente question. Et, un petit point, ce n'est pas tant le temps d'écran que
ce qui se passe sur l'écran.
Mme Rizqy : Oui.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup, M. Royer. Je cède maintenant la parole au
deuxième groupe d'opposition, à la députée de Mercier. Vous disposez d'un peu
plus de trois minutes. La parole est à vous.
Mme
Ghazal : Très bien. Merci beaucoup. Merci beaucoup à M.
Royer d'être parmi nous et de contribuer aussi à nos travaux. J'ai très,
très peu de temps, donc je vais y aller rapidement.
Bien, je suis
contente de vous entendre dire que le système de trois vitesses existe, qu'il a
un impact sur la réussite, aussi, des
élèves, et que ce n'est pas une idéologie. Un expert comme vous qui dites ça,
pour moi, c'est de la musique à mes oreilles.
Donc, vous reconnaissez comme un consensus social qui se fait dans la société
par rapport à cette question-là. Vous dites
que ça prend un institut d'excellence qui soit indépendant, réellement
indépendant. Quand vous regardez le projet de loi, est-ce que, de votre compréhension, il va avoir
cette indépendance pour pouvoir se prononcer sur les sujets qu'il veut, cet
institut?
M. Royer (Égide) : Je présume que oui. D'après ce que j'en ai lu, je présume
que oui. Je vais vous donner deux courtes réponses, la première, sur l'histoire
des vitesses. Nous ne pouvons pas continuer à concentrer tous nos élèves en
difficulté, les 33 % au secondaire, dans les écoles publiques. Ça, c'est
un élément.
Sur la question de l'indépendance de l'institut,
c'est à vous autres de voir. Vous êtes plus spécialisés que moi au niveau de l'aspect juridique, mais je verrais
quelque chose quasiment comme le Vérificateur général, avec qui j'ai
collaboré à quelques reprises. Il rend... Il
témoigne à l'ensemble des Québécois c'est quoi qu'on a comme pratiques
exemplaires puis comme recherche en
éducation. Dans ce cadre-là, vraiment, la dimension indépendance est ressortie
de toutes les consultations puis, probablement, va ressortir fréquemment
quand on va entendre... Tu sais, quand je dis «indépendance», c'est de ne pas
avoir... d'éviter d'avoir des influences qui... de groupes d'intérêts corporatifs
ou je ne sais pas trop quoi.
Mme Ghazal : Puis pourquoi est-ce
que, de votre point de vue, ça prend le Conseil supérieur de l'éducation qui
reste un institut à côté? Pourquoi est-ce que le Conseil supérieur de
l'éducation n'aurait pas pu faire ce que l'institut fait, c'est-à-dire les
meilleures pratiques, etc.?
M. Royer (Égide) : Je garderais davantage quelque chose...
Mme Ghazal : Pourquoi on n'a pas un
seul organisme qui fait tout ça?
M. Royer (Égide) :
...quelque chose qui relève davantage, au niveau de ce qui se passe au Québec,
au niveau du Conseil supérieur de l'éducation, avec la consultation.
L'autre élément, c'est que le rapport de
consultation disait qu'au niveau du coût ça reviendrait... En tout cas, si
c'est une question de coût, ça reviendrait aussi cher que de nicher l'institut
dans le Conseil supérieur. Donc, sur un budget de 17 milliards en éducation,
dont on dépense 3,4 milliards pour les élèves en difficulté, ce n'est pas une
question de coût. C'est une question d'indépendance totale. C'est une autre
mission, si vous aimez mieux.
Mme Ghazal : Donc, ça prend vraiment
les deux organismes.
M. Royer (Égide) : À mon point de vue, oui.
Mme Ghazal : Si vous aviez à
choisir, là, entre... puis conseiller le ministre entre le Conseil supérieur de
l'éducation et... ou l'institut, supposons que le ministre vous dit : Ça
ne peut pas être les deux — vous,
vous dites les deux — il
faut que ce soit un ou l'autre, qu'est-ce que vous choisissez?
M. Royer (Égide) : Je m'abstiendrais. Non. Selon moi... selon moi, ça fait du
sens d'avoir les deux. Il y a quelque chose de profondément sur mesure,
québécois, là, dans le Conseil supérieur. Bien, quand tu fais une synthèse de
c'est quoi, les variables les plus importantes pour prévenir les troubles de
comportement en première année, là, je suis dans le beaucoup plus large.
Mme Ghazal : Donc, l'institut...
La Présidente (Mme Dionne) : 30
secondes, Mme la députée.
Mme Ghazal : Ah mon Dieu! J'avais
comme deux autres questions. L'institut pourrait faire ce rapport. Ça, c'est le
rapport sur le système à trois vitesses, du Conseil supérieur de l'éducation,
de 2016. Il pourrait... Normalement, il devrait... Et ce serait bénéfique qu'il
fasse... qu'il puisse y avoir ce genre de rapport.
M. Royer (Égide) : L'institut devrait faire le tour de qu'est-ce qu'on sait au
niveau de la... On parle beaucoup de composition de classe ces jours-ci.
L'institut pourrait faire l'inventaire de ce qui se passe en termes de
pratiques exemplaires en Amérique du Nord sur ce type de situation là, et
probablement qu'on verrait des systèmes ontariens où c'est 6 % privé non
subventionné et 94 % public, avec intégration des élèves en difficulté. Il
y a d'autres systèmes.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
M. Royer. C'est tout le temps qu'on avait, malheureusement. Je cède
maintenant la parole au député de Matane-Matapédia. Vous disposez également
d'un peu plus de trois minutes.
M.
Bérubé : Merci, Mme la Présidente. Bienvenue, M. Royer. Nous convenons
que la priorité devrait être la réussite scolaire. Vous l'avez évoqué sur
toutes les tribunes. Vous reconnaissez un système à trois vitesses, voire même une quatrième vitesse que vous ne souhaitez pas,
tout comme nous. Vous en avez parlé dans un entretien avec La
Presse en décembre dernier.
Vous savez, le temps
d'une législation, ça en dit beaucoup sur les priorités d'un gouvernement. Je
reconnais au gouvernement les choix qu'il
fait de priorités. On va collaborer du mieux qu'on peut, mais, si on avait eu à
choisir, ce ne serait pas le cas. Ça fait longtemps que je vous suis et
que je suis en éducation de bien des façons. Il me semble, moi, que, si on
avait une priorité, ça aurait dû être la réforme de la politique d'adaptation
scolaire, que vous connaissez bien, 1999, à ma connaissance, dans ces eaux-là.
Ça ne servira peut-être pas nécessairement pour ce projet de loi là, mais
pouvez-vous prendre ce temps que je vous accorde dans mon temps pour nous
indiquer pourquoi ça, ce serait une très grande priorité à avoir en tête,
pendant qu'on a une disponibilité du ministre?
M.
Royer (Égide) : Un, parce qu'on est passés
de 100 000 à 235 000 élèves en difficulté. C'est une politique
qui date de 1999. C'est l'autre siècle, là, que... Ce qui concerne toute la
question des adaptations, même au niveau de... même la révolution numérique,
appliquée à des jeunes qui ont certaines limites particulières, je pense à la
dyslexie, il n'y a pas grand place qui est
faite là-dessus. Et ce n'était pas présent à l'époque. Et, de toute évidence,
avec des taux de diplomation de...
Écoutez, j'ai 40 quelques pour cent des jeunes qui n'obtiennent aucun des
diplômes du secondaire après... ni
qualification après sept année. Prenez juste ces indicateurs-là, c'est autant
de lumières d'allumées en disant : Là, après 25 ans, il faut
revoir le tout. Et là on pourrait aller sur une vaste consultation, et
l'éclairage de l'institut d'excellence en éducation peut être intéressant par
rapport à ce qui se passe de mieux au point de vue international.
M. Bérubé : Le
gouvernement invoquait, lorsqu'on a aboli les commissions scolaires, qu'on
allait remplacer ça par des intervenants qui connaissent leurs
enfants par leurs noms ou par leurs prénoms. Je ne sais pas qu'est-ce que ça a donné d'abolir les commissions
scolaires. On n'a pas fait le bilan. On va dans une nouvelle structure. En quoi
de nommer les directeurs généraux des centres de services scolaires va faire
favoriser la réussite scolaire, selon vous?
M.
Royer (Égide) : Je vais prendre l'exemple
de votre région puis de plusieurs régions du Québec. Le directeur général ou la
directrice générale, ça doit être quelqu'un qui a les racines dans son milieu.
C'est quelqu'un d'important dans son milieu, au niveau du fonctionnement de
l'ensemble des écoles, mais c'est quelqu'un qui doit... Mon sentiment, mon sentiment, comme dirait l'autre, ma suggestion à moi serait probablement que c'est
vraiment le conseil d'administration du centre de services scolaire qui
élabore, comme tel, une sélection.
M. Bérubé : Mais,
sur la réussite scolaire, y voyez-vous un impact direct, que le directeur
général ait une telle impulsion dans son travail qu'il favorise la réussite
scolaire? C'est très encadré, ses fonctions.
M. Royer (Égide) : C'est très encadré. Moi, je suis toujours partisan davantage d'augmenter
le niveau d'autonomie et de pouvoir des écoles autant au point de... et
de décentraliser vers les écoles. Si le directeur général décentralise vers les
écoles à la lumière des pratiques probantes, probablement que ça va améliorer
la situation.
M. Bérubé : Oui,
mais il y a un cadre qui fait en sorte qu'il y a des limites à ce qu'il peut
faire. Donc, est-ce que vous voyez, dans ce projet de loi, une façon
d'améliorer la décentralisation dans les écoles pour l'objectif que vous
poursuivez à travers vos travaux?
M.
Royer (Égide) : Ce n'est pas clair pour
moi présentement.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci. C'est tout le...
M.
Bérubé :
Pas d'autre question.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup, M. le député. Donc, merci infiniment, Dr
Royer, pour votre contribution à ces auditions.
Pour ma part, je
suspends les travaux quelques instants, le temps d'accueillir notre prochain
groupe.
(Suspension de la séance à
12 h 20)
(Reprise à 12 h 23)
La Présidente (Mme
Dionne) : La commission est maintenant prête à reprendre ses travaux.
Donc, nous avons la présence... Je souhaite la bienvenue au Pr Martin Maltais.
Donc, M. Maltais, je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour faire votre exposé. Donc, suite à cela, nous
procéderons aux échanges avec les membres de la commission. Donc, la
parole est à vous.
MM.
Martin Maltais et Ivan Bendwell
M. Maltais (Martin) : Merci, Mme la
Présidente. Très content de pouvoir partager ce moment-ci avec vous. Je tiens, Mme la Présidente, à vous présenter Ivan
Bendwell, qui m'accompagne, qui est enseignant au cégep Saint-Laurent en
philosophie et qui est aussi consultant en gouvernance des organismes publics.
Alors, c'est quelqu'un qui a travaillé, dans la rédaction du rapport du groupe
de travail, sur le volet gouvernance, puis on a rédigé le mémoire qui vous a
été déposé ensemble.
Alors,
peut-être vous dire, d'entrée de jeu, que nous saluons le leadership dont fait
preuve le ministre de l'Éducation et le ministère dont il est fiduciaire
en vue d'établir une relation plus étroite avec les milieux de pratique
éducative. Les présentes propositions vous
sont soumises aujourd'hui dans l'objectif de nourrir une réflexion dans
l'aménagement du projet de loi. C'est
avec une grande confiance que nous laissons le soin aux membres de cette
commission parlementaire d'évaluer
les dispositions ou modalités à ajouter au projet de loi afin d'assurer un
meilleur équilibre. Sans autre préambule, nous souhaiterions commenter
quelques observations concernant le projet de loi à l'étude.
Concernant la gouvernance des institutions en
éducation et les liens entre le gouvernement et les centres de services
scolaires, nous saluons la volonté générale de créer plus de cohésion, de
cohérence et de transparence entre les grandes orientations nationales, les
priorités qui en découlent et leur transposition à partir de problématiques
régionales ou locales.
Il nous semble aussi extrêmement important que
le ministère de l'Éducation et son ministre aient accès à des données
pertinentes, fiables et en quantité suffisante pour pouvoir non seulement
coordonner et piloter adéquatement les
mesures mises en oeuvre, mais également assurer le suivi approprié avec des
indicateurs communs, clairs et facilement opérationnalisables du système
d'éducation.
Sur la nomination des directeurs généraux par le
gouvernement et la modification de l'article 198 de la Loi sur l'instruction
publique, nous sommes profondément convaincus que le gouvernement et le
ministère de l'Éducation du Québec doivent assumer un leadership important en
éducation, bien connaître les milieux de pratique éducative dont il a la responsabilité et assurer une direction
appropriée au sujet des priorités et objectifs nationaux pour l'ensemble
des activités éducatives offertes au Québec.
Le niveau de décision concernant la nomination de la direction générale de
chaque centre de services scolaire par le gouvernement est justifiable et
approprié. Pour se convaincre que cela peut être parfaitement adéquat et
pertinent, et qu'il n'y a pas nécessairement un effet de centralisation des
pouvoirs, mentionnons ici que la nomination dans la plupart des organismes
publics ou encore celle des premiers dirigeants de l'université Polytechnique et des universités du réseau de l'Université du Québec sont faites par le gouvernement. Nous avons
d'ailleurs connu, dans le milieu
universitaire, des situations où le gouvernement était judicieusement intervenu
concernant des contextes de
gouvernance problématique. On se rappellera de l'UQAM, notamment, et de l'îlot
Voyageur, et d'autres où il a erré et a dû, par la suite, corriger le
tir. On se rappellera du dossier de l'université TÉLUQ. Les universités gardent
une grande autonomie malgré cette situation qui leur est propre.
Concernant la création de l'Institut national
d'excellence en éducation, nous sommes emballés par la décision du gouvernement
d'enrichir le Québec d'une nouvelle instance qui constituera un outil
supplémentaire pour améliorer la qualité de l'éducation de nos enfants. Nous
saluons d'ailleurs fortement l'engagement de nos collègues enseignants ainsi
que le travail de l'ensemble des membres du personnel oeuvrant actuellement en
éducation.
Il est d'ailleurs tout à fait pertinent pour une
société d'investir à long terme en vue de l'amélioration continue des pratiques
du milieu scolaire, lesquelles, nous tenons à le rappeler, ne renvoient pas
seulement aux pratiques enseignantes, mais
pourquoi ne pas profiter de l'occasion offerte par le projet de loi pour offrir
à notre société un ensemble d'outils dans notre coffre à solutions, d'un
côté, une instance indépendante qui a comme mission principale de rendre compte
aux acteurs du milieu des résultats issus de la recherche en éducation et des
meilleures pratiques éducatives, et, de l'autre, une instance indépendante qui
a une mission principale et distincte de prodiguer des conseils ou avis au
gouvernement concernant l'ensemble du système d'éducation afin de l'éclairer
dans ses choix politiques?
Conserver les
acquis et expertises du Conseil supérieur de l'éducation, comme nous
l'indiquions dans notre rapport de 2018, nous semble à la fois
complémentaire à la formation d'un institut d'excellence et le scénario le plus
efficient. Le critère de distinction entre les deux instances doit concerner
les champs d'expertise et d'intervention. D'ailleurs, l'évaluation sommaire présentée aux pages 31 et 32 du rapport du
groupe de travail sur la création de l'INEE, dont j'ai rédigé les travaux en 2017, montre qu'il n'y a pas de
dédoublement de rôles entre celui du Conseil supérieur et celui de
l'INEE.
Il faut garder à l'esprit que le premier défi de
l'institut pour assurer sa notoriété sera de bien prendre le temps de lire, et
nous insistons là-dessus, et de comprendre les besoins des milieux de pratique
s'il veut rendre compte auprès de ceux-ci de
l'ensemble des résultats de la recherche en éducation, recherche qui inclut,
pour nous, l'ensemble des types de
savoirs qu'elle produit. Nous insistons sur la nécessité que l'institut
travaille de concert avec le ministère et les acteurs des milieux de pratique. Dès sa création, l'INEE
devra collaborer avec les autres acteurs du milieu de l'éducation, notamment, au-delà des établissements
d'enseignement, avec les universités, le CTREQ, le Conseil supérieur,
les FRQ, les différentes associations et ordres professionnels existants, les
syndicats, le ministère de l'Éducation, le Protecteur national de l'élève,
pour ne nommer que ceux-ci. Nous avions proposé, dans notre rapport, la
création d'une direction des usagers et de comités thématiques pour
assurer ce besoin, lequel nous paraît toujours essentiel et devrait s'ajouter
au projet de loi.
• (12 h 30) •
Concernant la création de l'INEE toujours, et de
façon plus spécifique, nous ne répéterons pas l'entièreté des recommandations
présentes dans le rapport du groupe de travail, mais nous tenons à mettre en
relief quelques éléments qui nous semblent
importants. Notre rôle aujourd'hui est essentiellement d'être des porte-parole
des principaux consensus dégagés lors des consultations ayant mené à la
rédaction du rapport.
Rappelons que le projet de création
d'un organisme ou d'une instance qui rendrait compte des résultats
scientifiques et de la production scientifique en éducation auprès des milieux
de pratique éducative est devenu un élément de la Politique de la réussite
éducative à la suite de consultations qu'a mené le gouvernement du Québec à
l'automne 2016. Près de
15 000 personnes et organismes ont pris part à ces consultations, et
l'idée de rendre compte des résultats de la recherche en sciences de
l'éducation auprès des usagers y a fait consensus.
On le retrouve
d'ailleurs dans l'orientation 4.2 de cette politique, qui, si notre
mémoire est bonne, est toujours en vigueur. Il est dit, cette
orientation : «Sans être les seuls critères devant guider l'action, les
résultats de la recherche doivent constituer des intrants de la prise de décision
dans tous les milieux éducatifs. Toutefois, il faudra encourager et soutenir
une culture de transfert.»
Lors des
consultations que nous avons menées à l'automne 2017, 86 personnes,
groupes ou organismes ont participé à
l'exercice, 55 mémoires ont été transmis sans rencontre... sans rencontrer le
groupe de travail, 30 ont été déposés avec
une rencontre, et une personne a rencontré le groupe de travail sans déposer de
mémoire. Nous avons formulé des recommandations sur la façon la plus
consensuelle de créer un tel organisme et de lui donner une mission pertinente.
Notez que notre souhait fut de présenter et
d'évaluer, de la façon la plus objective possible, le pour et le contre de la
création d'un institut. Nous jugions, à l'époque, que les arguments contre
étaient pertinents et nous en avions... et nous avions tenté au mieux d'en
tenir compte dans nos recommandations. Encore aujourd'hui, nous pensons que,
dans la balance des inconvénients, la création d'un institut d'excellence en
éducation demeure une bonne chose pour notre société et pour notre système
d'éducation. Or, selon notre perspective, il revient maintenant au gouvernement
élu de décider.
Nous souhaitons aussi
partager quelques éléments supplémentaires avec les membres de la commission.
Nous ne comprenons pas la volonté du
ministre et du... dans le contexte actuel, de se priver du Conseil supérieur de l'éducation. Ce
dernier a fait ses preuves. Il est apprécié par un grand nombre d'acteurs et de
chercheurs, même s'il demeure peu connu du
reste de la société civile, et ses travaux ont toujours été d'une grande
pertinence. Dans un contexte où le budget de dépenses des ministères de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur
couvre près du quart du budget québécois, nous ne voyons pas le bénéfice politique ou comptable que le ministre retire
à mettre de côté une telle expertise. Nous souhaitons faire remarquer
que peu d'intervenants, lors des consultations pour la rédaction de notre
rapport, ont mentionné l'idée d'abolir le Conseil supérieur.
Nous proposons de
créer un institut qui n'a pas le mandat de se positionner par un avis, au
regard d'une prise de position, sur des
enjeux systémiques sociétaux, auquel cas il risque de diluer sa raison d'être
ou de politiser les savoirs scientifiques. De plus, l'institut n'a pas à
effectuer des études ou des recherches pour justifier une prise de position. Il
doit, essentiellement, établir l'état des connaissances pour favoriser des
transferts vers les milieux de pratique.
Enfin, nous insistons
sur une dernière chose puis...
La Présidente (Mme
Dionne) : Oui. En terminant rapidement, M. Maltais.
M. Maltais
(Martin) : ... — oui,
c'est la plus importante — sur
la nécessité que les travaux de l'institut, même si leur réalisation se fera en
toute indépendance, devront être élaborés de concert avec le ministère et les
acteurs des milieux de pratique. Pour nous, c'est essentiel.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci infiniment pour cet exposé. Nous sommes prêts à
débuter les échanges. Donc, je cède la parole à M. le ministre. Donc, vous
disposez aussi de 16 minutes.
M. Drainville : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous deux pour votre présence devant cette commission.
Merci, M. Maltais, pour les travaux que
vous avez menés et qui ont produit le rapport, donc, qui recommandait la
création de l'institut national
d'éducation... d'excellence en éducation, dis-je, rapport que j'ai ici, entre
mes mains. Évidemment, on ne serait pas obligés de le créer s'il avait
été créé lorsque le rapport a été déposé, mais, bon, ça, c'est une autre
histoire.
Je vais reprendre un
peu là où vous l'avez laissé, lorsque vous dites : «Enfin, nous insistons
sur la nécessité que les travaux de l'institut se réalisent — et là
vous citez le projet de loi — "de concert avec le ministère et les
acteurs des milieux de pratique".» Il y
a des voix qui se sont fait entendre depuis que le projet de loi a été déposé
et qui craignent, justement, cette phrase, qui craignent que le... les
travaux de l'institut se réalisent de concert avec le ministère et les acteurs
des milieux de pratique. Et pourtant vous, vous dites : C'est une
nécessité. Pourquoi c'est une nécessité?
M. Maltais
(Martin) : En fait, je ne... on ne cite pas le projet de loi, là, dans
cette phrase. On cite le rapport du groupe de travail. On comprend... Et c'est
probablement là où il y a eu un glissement, puis peut-être que ça peut donner
une clé d'explication à la... aux membres de la commission...
M.
Drainville : ...projet de loi dit «en concertation avec le ministre».
M. Maltais
(Martin) : Oui, mais je ne... Mon propos ne porte pas sur la précision
sémantique du terme, parce que l'esprit de cette phrase est repris dans le
projet de loi avec, probablement, la même formulation que dans le rapport du
groupe de travail. Alors, nous, ce qu'on pense simplement, c'est que la chaîne
de... pour arriver au projet de loi depuis les dernières années, parce qu'il y
a eu différentes versions de projets de loi sur la création éventuelle d'un institut
national d'excellence en éducation, a maintenu ce terme-là, mais il était...
cette expression-là était déjà dans le rapport du groupe de travail, sous une
forme ou une autre, avec le même esprit.
L'esprit
qu'on avait à l'époque, c'était... c'est simple, c'est qu'il doit y avoir
concertation. Il ne peut pas n'y avoir
pas d'échange. La notion d'indépendance, les gens ont l'impression, des fois,
qu'on est seuls dans une bulle puis on produit quelque
chose, mais ce n'est pas ça. L'indépendance relève de la nature des travaux à
faire pour donner son avis, mais il doit y avoir une concertation. Lorsque je
vous parlais, tout à l'heure, du comité, de relations ou de... pour les... pour
mieux comprendre les besoins des milieux de pratique, c'est dans cet esprit-là
qu'on... qu'on avait rédigé le rapport du groupe de travail. Alors, pour nous,
il doit y avoir concertation avec le ministre et le ministère, et il doit y
avoir une évaluation claire des besoins des milieux de pratique concernant les
résultats scientifiques.
Si l'institut fait d'abord, dans un premier
temps, dans... dès la première ou les deux premières années, dans son plan de travail... va dans les milieux, fait une
lecture claire d'où ils en sont, quel établissement est rendu où, quelle
école est à quel endroit concernant les résultats scientifiques, monte un plan
de travail, il va falloir en convenir avec le ministère de l'Éducation, parce
que ça va colorer ce que va faire aussi l'appareil public. Il doit y avoir des
échanges puis une conversation sur comment
on soutient les milieux de pratique. Ça ne peut pas être fait en silo. Et ça, à
mon sens puis au sens du groupe de
travail, ça ne ternit en rien la capacité du groupe... de l'institut à mener
ses travaux de façon indépendante.
Le statut d'organisme mandataire de l'État, qui
était celui qu'on a recommandé dans notre rapport, était celui qui conférait la
plus grande indépendance possible à un organisme créé par le gouvernement.
Parce que c'est ça, en bout de ligne, là. Il reste que l'organisme est créé par
le gouvernement. Il a une relation de dépendance au même titre que le Conseil
supérieur de l'éducation a une relation de dépendance. La présidente est nommée
par le ministre... bien, par le Conseil des ministres, mais sur recommandation
du ministre. Tu sais, c'est... Voilà.
M. Drainville : Très bien. Dans
votre mémoire, vous dites : «L'institut n'a pas à effectuer des études ou
des recherches pour justifier une prise de
position. Il doit, essentiellement, établir l'état des connaissances pour
favoriser des transferts vers le
milieu éducatif.» Très concrètement, là, d'abord, comment est-ce qu'on établit
ça, l'état des connaissances? Et par la suite comment on favorise le
transfert? Très concrètement, là, dans un... je dirais, dans... quasiment dans
le quotidien, là.
• (12 h 40) •
M. Maltais (Martin) : Bien, ça prend
un certain nombre d'équipes qui va faire des revues puis des recensions des écrits, des revues de littérature sur des
thèmes qui sont déterminés en amont, puis sur quels thèmes on travaille,
quelles sont les priorités. Est-ce que je travaille sur la qualité de l'air?
Est-ce que je travaille sur les espaces? Est-ce que je travaille sur le leadership scolaire? Je donne des exemples qui sortent
des activités de classe parce qu'on parle beaucoup des activités de
classe, puis ce n'est pas que les activités d'enseignement qui doivent être
visées par les travaux d'un tel institut. C'est pour ça que je donne d'autres
exemples, là.
Et par la
suite, une fois qu'on a établi des thèmes, bien, on va faire une... notamment,
une veille stratégique avec les
équipes, puis on va voir qu'est-ce qui en ressort, puis là on va produire un
certain nombre de recommandations puis d'avis qui peuvent prendre
différentes formes, qui peuvent se traduire par des applications, par des
messages ou des sites Internet, puis, par la suite, des activités,
éventuellement, de transfert et de formation qui peuvent être construites en collaboration avec des universités ou d'autres
groupes qui peuvent être mobilisés pour des activités de formation
continue ou de développement de compétences, puis aussi des activités plus ad
lib. qui peuvent être organisées en collaboration avec les centres de services
scolaires puis les établissements.
M. Drainville : Sur la formation
continue, vous y avez fait référence, l'institut va jouer un rôle important en
matière de formation continue. Parlez-nous de l'état de la formation continue
au Québec présentement et de quelle manière la création de l'institut pourrait
contribuer à améliorer la situation de la formation continue, qui est peut-être
un concept, pour les gens qui nous écoutent,
qui est... qui peut avoir l'air un peu, peut-être, désincarné, mais on sait
que la formation continue des enseignantes
et des enseignants peut avoir un impact très important sur la qualité de
l'enseignement et améliorer, donc, le... la performance des élèves dans les
classes. Ça, les... la... les connaissances scientifiques en matière
d'éducation sont formelles là-dessus, la formation continue peut vraiment jouer
un rôle. Elle peut même, dans certains cas, faire en sorte que des élèves dans
un milieu défavorisé connaîtront les mêmes performances dans un même... dans un même centre de services scolaire,
connaîtront des performances académiques équivalentes à des élèves qui
sont d'un... d'un milieu favorisé. Donc, la formation peut jouer un rôle très
important. Comment est-ce que l'institut peut nous aider là-dedans? Et
parlez-nous un peu de la situation de la formation continue actuellement au
Québec.
M. Maltais (Martin) : Je vais
commencer par, peut-être, la fin de votre question. La situation de la
formation continue au Québec, du côté du milieu scolaire, c'est le
laisser-aller. Il n'y a pas de grand suivi ou de maintien de compétences. Vous
savez, quand... quand le brevet est émis, il y a... il n'y a pas de suivi, là,
pour savoir où en est rendu l'individu dans
le temps, qu'est-ce qu'il fait, il a quitté le milieu, est-ce qu'il a développé
des compétences supplémentaires. Ça,
ce bout-là n'existe pas, là. Il n'y a pas de dossier. Demain matin... Moi, la
dernière fois que j'ai enseigné en sciences au secondaire, c'était en
2002, et je pourrais, demain matin, rentrer sur... en milieu scolaire et
retourner enseigner. Alors, du côté des enseignants, le suivi aussi pour les
formations ou le nombre d'heures de formation obligatoires, il est faible ou à
peu près absent, et il y a un travail important à faire, là, de ce côté-là,
pour identifier des priorités.
Maintenant, qu'est-ce que ça changerait
concrètement? Si vous arrivez, par exemple, dans un milieu où on a, dans un établissement scolaire, davantage de
difficultés, on observe qu'on a des troubles de comportement en plus
grand nombre dans un milieu scolaire, plus
de violence, plus d'agressivité, et qu'on se dit : OK, il faudrait
peut-être envisager de mettre en
place des formations dans ces milieux-là pour améliorer la gestion des
comportements difficiles et l'accompagnement à la gestion des
comportements des individus de façon prioritaire, si on avait des indicateurs
pour suivre vraiment clairement ce qui se passe, on pourrait collaborer avec le
ministère puis avec le centre de services scolaire visé pour offrir, en
travaillant en commun avec les gens dans les milieux de pratique, un certain
nombre de formations qui, à terme, en situation réelle,
pourraient amener une amélioration de ce que vivent les gens, donc, alléger la
tâche des enseignants, des personnels de
direction, rendre l'environnement plus vivant puis, en bout de ligne, avoir des
effets positifs sur la réussite des jeunes. Et ça, c'est... c'est
essentiel.
Et ce n'est pas seulement dans ce milieu-là,
l'exposition à des formations supplémentaires. Les médecins ont des formations continues toute leur vie, les
ingénieurs en ont, les comptables. Et tout ce qu'on voit à partir de l'Office
des professions, c'est que le développement des compétences des individus puis
des carrières est essentiellement lié à des formations d'appoint,
supplémentaires ou complémentaires.
M.
Drainville : Dernière question avant de laisser la parole à mon
collègue de Côte-du-Sud. Vous dites, dans votre mémoire, quand vous avez travaillé au sein du
groupe de travail qui a recommandé, donc, la création de l'institut...
vous avez fait état du consensus dégagé lors des consultations. Vous avez cité
des chiffres très éloquents, 15 000 personnes et organismes qui ont pris part aux consultations, là, tu sais, puis
vous dites : Il y avait un consensus pour la création de l'institut.
Vous avez vu, sans doute, comme moi, les multiples sorties contre l'institut
ces dernières semaines. Comment vous expliquez une telle résistance, alors que
vous avez observé, vous, un consensus lorsque vous avez consulté pour la
création de l'institut?
M. Maltais (Martin) : Bien, il y a
deux niveaux à notre propos. Il y avait un consensus dans le... la consultation
qui avait été menée par le ministre Proulx à l'époque, avec
15 000 personnes qui avaient participé sur la politique de la
réussite, puis il y avait un consensus qu'il fallait trouver une voie pour
rendre compte aux milieux de pratique des résultats de la science. Par la
suite, le ministre Proulx a décidé d'y aller de l'avant avec la création d'un
institut. À ce moment-là, la décision était prise. Notre mandat n'était pas de
juger de la pertinence ou de l'impertinence de la création d'un tel organisme.
Il consistait à consulter les milieux pour trouver la façon d'aménager puis de
le créer qui serait la plus viable. C'était ça, le mandat qu'on avait.
M. Drainville : Donc, le ministre
Proulx était d'accord avec la création de l'institut.
M. Maltais (Martin) : Ah! tout à
fait. C'est pour ça qu'il m'avait donné le mandat. C'était clair dans sa tête qu'il voulait le créer à ce moment-là. Ça,
c'était... c'était limpide. Et une des choses qu'on avait observées très
rapidement, puis c'est... c'est probablement
ma maladresse dans les débuts... On a déposé un document de consultation qui
présentait, notamment, la question des données probantes, puis la question
qu'on posait très candidement, c'était : Qu'est-ce qu'on veut en éducation? Êtes-vous pour ceci ou cela? Et il y a des
groupes d'intérêts, dans le milieu universitaire, des gens qui se sont mis à penser que c'était une volonté
gouvernementale d'aller directement dans cette direction-là puis que les
dés étaient jetés sur l'orientation qui
allait être donnée au travail d'un tel institut, alors que c'était un document
de consultation.
On a rajusté le tir dans les consultations qu'on
a menées puis on a ramené l'aiguille à la bonne place dans le rapport du groupe de travail, mais il reste un
certain nombre d'acteurs, dans le milieu universitaire, qui ont des
résistances, qui ont des craintes, puis je pense qu'il faut trouver des voies
de passage pour atténuer ces craintes-là puis clarifier le jeu, qu'on n'est pas
en train de poser des gestes qui pourraient faire en sorte qu'on limite, par
exemple, les possibilités de recherche par le milieu universitaire. Il y a une
distinction entre le mandat du ministre de l'Éducation, puis celui de la
ministre de l'Enseignement supérieur, et celui du ministère de l'Économie.
Alors, c'est sûr qu'il y a des craintes, dans le
milieu de l'éducation, que les niveaux de preuve les plus élevés soient les
plus valorisés et que ça pourrait éventuellement conditionner les enveloppes,
les subventions par les Fonds de recherche du Québec, à travers le ministère de
l'Économie, et orienter la recherche et les chercheurs vers des niches où un
certain nombre d'entre eux ne veulent pas aller.
M. Drainville : D'accord. Merci.
M. Maltais (Martin) : Si vous
permettez, M. Bendwell aurait peut-être un petit ajout.
La Présidente (Mme Dionne) : Allez-y,
monsieur.
M.
Bendwell (Ivan) : Il faut peser ici, hein, c'est ça? Ah! désolé.
C'est que, d'une certaine façon, M. le ministre, les recommandations qui sont dans le rapport et ce qu'on a proposé comme
structure de gouvernance, le projet de loi que vous déposez les reprend
à moitié. Par exemple, les questions que vous venez de poser sur la formation
continue, le transfert sont des questions
extrêmement pertinentes et préoccupantes. C'est pour cette raison qu'on avait
proposé la création d'un comité des
usagers, c'est-à-dire essayer de trouver une façon, dans la structure même de
l'institution, pour que les besoins du milieu et des enseignants et
enseignantes, donc les besoins du terrain, soient connus, soient transmis, et
pour qu'il y ait une forme... un lieu d'échange, de dialogue et de
communication.
Également, je reprends les types de savoirs,
effectivement, il y a un débat. Moi, je ne suis pas de l'université, donc je
suis assez extérieur et... au débat. Je ne pourrais pas aller dans les détails.
Mais ce que moi, j'en comprends, c'est que
c'est un débat sur qu'est-ce que sont les types de recherches qui doivent être
reconnues ou pas. Et l'idée, ce n'est pas
de reconnaître des types de recherches mais de reconnaître, ce que
M. Royer disait tantôt, des pratiques exemplaires et d'intégrer tous types de travaux universitaires
qui sont valables, bien sûr, autant dans la recherche qualitative,
quantitative, etc.
Alors,
l'objectif du dépôt, aujourd'hui, de notre mémoire, c'est de vous faire des
propositions et des suggestions pour rétablir un peu un équilibre. Et nous,
on pense que, si vous les adoptez, bien, peut-être pas telles quelles, parce qu'on se fie sur vos
débats, bien sûr, mais, si vous les adoptez, vous allez retrouver,
probablement, une... un certain équilibre, du moins, au moins une paix,
et les gens vont être probablement rassurés.
Et je pense que vous devriez aussi beaucoup
penser en termes de clé du succès, qu'est-ce qui va faire qu'une fois que l'institut sera créé il va pouvoir
rapidement être reconnu, il va pouvoir très rapidement travailler en collaboration,
parce que l'essence de l'institut, c'est aussi un organisme de réseautage. Il
doit travailler avec tout le monde. Il doit travailler aussi... autant être
reconnu par les universités que par les milieux de pratique.
Pour la formation continue, si vous êtes imposé,
puis on vous impose une formation, c'est sûr que vous allez être passif ou moins attentif. Si on revient au
comité des usagers, si c'est une formation parce qu'exemple vous avez de
la difficulté sur le terrain à enseigner les mathématiques, la littératie, de
la difficulté avec les garçons, donc, si c'est un besoin que vous pouvez... que
vous avez mentionné à l'institut, l'institut pourra vous aider dans une
formation que vous allez choisir mais aussi va faire en sorte que cette
formation-là sera...
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant, M. Bendwell.
M. Bendwell (Ivan) : ...plus
pertinente. Oui. Je m'excuse.
• (12 h 50) •
La Présidente (Mme Dionne) : Oui.
Vous pouvez conclure en 10 secondes.
M. Bendwell (Ivan) : J'ai conclu.
La Présidente (Mme Dionne) : Parfait.
Alors, c'est tout le temps qu'on avait du côté du gouvernement. Je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle. Mme la députée de Saint-Laurent,
vous disposez d'un petit peu moins de 10 minutes.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci et bienvenue. Ça va très vite, 10 minutes, donc je veux
aller assez rapidement sur certains enjeux que vous avez soulevés.
D'entrée de jeu, le ministre de l'Éducation
semblait peiné que cette réforme, la mise en place de l'institut, n'a pas été
mise en application plus tôt. M. Maltais, vous avez travaillé au ministère
de l'Éducation avec le prédécesseur du ministre de l'Éducation. Vous avez eu la
chance de faire quatre projets de loi. Est-ce qu'il y a une raison pourquoi
que, dans la dernière réforme, l'institut n'a pas été inclus?
M. Maltais (Martin) : Je ne sais pas
pourquoi exactement l'institut n'a pas été inclus, mais... Vous savez, dans un... Ce que j'ai... Ce que je comprends
depuis le temps que je collabore avec les gouvernements, puis
particulièrement le nôtre, il y a des priorités. On ne peut pas tout faire en
même temps. Vous avez parlé de... ce matin, tout à l'heure... J'ai l'impression
que la question va revenir sur l'école à trois vitesses. C'est... Mais on ne
peut pas tout faire en même temps. Il faut établir des priorités.
Sébastien
Proulx, à l'époque... Moi, j'avais travaillé dans la perspective de livrer dans
les temps. Il voulait que le livrable
soit avant la fin de 2017. Je voulais lui donner le maximum de chances, de...
pour qu'il ait l'espace pour déposer avant l'élection qui s'en venait,
six, sept, huit mois après. J'ai déposé dans les temps. C'est rare pour un
consultant du gouvernement. Mais j'ai déposé dans les temps à ce moment-là,
puis ça n'a pas donné fruit. Ça fait que, probablement, ce n'était pas dans la
priorité du premier ministre. Ça, c'est clair.
Puis, pour la suite des choses, c'est... c'est
une question de qu'est-ce qu'on priorise, puis où on va, puis à quelle vitesse
on y va, parce qu'on ne peut pas tout faire en même temps.
Mme Rizqy : ...si, après six, sept
mois avant de partir en élection, ça n'a pas été suffisant pour le faire, vous
concluez que ce n'était pas une priorité du premier ministre de l'époque, mais,
en quatre ans de l'ancien premier ministre, vous ne venez pas à la même conclusion.
M. Maltais (Martin) : Ce que je dis,
c'est qu'ils avaient d'autres priorités avant, puis le nombre de projets de loi
qu'on peut voter a probablement un... une limite.
Mme Rizqy : On a quand même passé
beaucoup de temps à faire une réforme sur la gouvernance scolaire. Il me semble
que, si on prend le temps de faire, même par bâillon, une réforme sur la
gouvernance scolaire... Moi, je... honnêtement, je suis vraiment un petit peu
surprise de m'asseoir, en trois ans, une deuxième fois pour faire une réforme
sur les structures. C'est particulier, quand même.
Puis vous dites que c'est important que le
ministre de l'Éducation puisse avoir son mot à dire sur la recherche d'un
institut qui devrait être indépendant. Or, j'ai regardé la loi sur l'institut
de la... de la santé publique, parce qu'eux autres
aussi... Si on fait le comparable, le comparable de l'institut en éducation,
c'est l'INSPQ. Êtes-vous d'accord avec moi que c'est l'INSPQ qui va être
le comparable de l'institut?
M. Maltais (Martin) : Oui, c'est
l'INESSS qui est plus le comparable.
Mme
Rizqy : Oui, OK, l'INESSS. Alors, dans les deux cas, j'ai
regardé la loi habilitante. Dans la loi habilitante, bien, l'INESSS, là,
elle fait les recherches qu'elle veut. Puis, par exemple, ils en ont fait sur
la qualité de l'air dans les écoles. Et, si, moi, je me mets aujourd'hui dans la posture des cinq
dernières années que j'ai eues en éducation, aujourd'hui, je ne suis pas
certaine que l'institut aurait le mandat de faire de la recherche sur la
qualité de l'air dans les écoles. Alors, pourquoi que, pour... en santé, on
donne les coudées franches pour faire de la recherche sur tous les sujets que l'INESSS
juge à propos pour la santé publique des Québécois et on ajoute aussi que le
ministre peut en ajouter s'il veut? Alors, pourquoi qu'en éducation ce ne
serait pas correct que l'institut puisse choisir ses champs de recherche, et
évidemment, si le ministre veut en ajouter, il peut?
M. Maltais (Martin) : Moi, je suis
très à l'aise avec ça. Je n'ai... je n'ai pas une lecture qui... qui amène
l'institut à avoir une balise, là, très... très orientée, là, de la part du
ministre. Ce n'est pas la lecture que j'ai du projet de loi. Je pense que
l'institut va avoir une autonomie dans l'ensemble de ses activités, une
indépendance sur la façon de mener ses travaux.
Mais, quand on parlait, tout à l'heure, du
milieu de l'éducation, là, dans le commentaire qu'Ivan faisait, il faut se
rappeler qu'on est dans un milieu où la cohésion puis la collaboration est
essentielle. Et, nous, ce qu'on... ce qu'on craindrait,
c'est de voir un organisme qui fait bande à part, complètement, de l'équipe. Et
d'avoir un travail en collaboration ou en concertation, ce n'est pas
une... ce n'est pas imposant. On peut se parler puis convenir... On est
indépendant à l'intérieur d'un mariage, dans un contrat de mariage, mais on
peut convenir d'un certain nombre de choses, ensemble, qu'on va faire puis on
peut convenir de balises puis de...
Mme Rizqy : ...contrat de mariage,
on est deux, là. Alors là, on parle de 1,3 million d'élèves.
M. Maltais
(Martin) : Non, mais je... Non, mais, je vous dis, dans la
relation entre l'INEE et le ministère, c'est normal qu'il y ait une
conversation puis qu'il y ait un échange, de la même façon... de la même
façon...
Mme Rizqy : Bien, si vous permettez,
parce que le temps va vite, je garde mon comparable avec la santé. Au
contraire, les Québécois, à un moment donné, où est-ce qu'on a eu de la
difficulté à faire passer certains messages, c'est qu'ils trouvaient qu'il n'y
avait plus d'indépendance entre la Santé publique puis le ministre de la Santé.
Alors, c'était ça qui est un danger. C'est la perception qu'à un moment donné
on se dit : Est-ce qu'il y a une indépendance? Et, pour moi, je crois qu'un chercheur... Parce que je suis, moi aussi,
professeure et chercheuse, puis jamais je ne vais accepter qu'on me
dise : Marwah, tu vas faire de la recherche en fiscalité de xyz, mais tu
ne toucheras pas à ça. Et c'est... Là, c'est l'apparence. Et moi, je pense que,
tu sais...
Je vous le dis tout de suite, d'entrée de jeu,
je vais déposer un amendement pour qu'on se colle davantage à ce qui existe avec
l'INESSS. Puis évidemment, si le ministre de l'Éducation a d'autres sujets, il
peut, mais je trouve qu'en ce moment... Moi, quand je travaille, si, dans une
loi, c'est écrit noir sur blanc que c'est de... avec la concertation d'un
ministre qu'on choisit des dossiers de recherche, je ne vois pas l'indépendance
parfaite, là.
M. Bendwell (Ivan) : Il faudrait
quand même faire attention, parce que la... toute comparaison a des limites. Il
n'y a pas de cible au Québec en termes de santé, tu sais, exemple : Tout
citoyen devrait, je ne sais pas, moi, avoir un poids parfait. Tu sais, ce
serait, admettons, la cible de l'INESSS... pas l'INESSS, mais l'institut en
santé. Mais, en éducation, on se donne des
cibles, c'est-à-dire on se donne des cibles en disant : On veut avoir un
taux de réussite, etc. Donc...
Mme Rizqy : Oui.
Respectueusement, bien, la qualité de l'air...
M. Bendwell (Ivan) : Bien, juste
pour terminer...
Mme Rizqy : ...on se donne des
cibles, même si elles ne sont pas respectées, là.
M. Bendwell
(Ivan) : Oui, mais, justement... Mais vous donnez des
cibles de la qualité de l'air parce que vous voulez travailler sur la réussite. Ce que je veux dire,
c'est que, s'il y a concertation, il faut que ce soit dans une concertation
autour des orientations que le ministre donne en termes de réussite et donc des
orientations, des objectifs, les indicateurs, etc.
M. Maltais (Martin) : Puis l'idée,
en terminant, ce n'est pas du tout de se voir imposer une orientation du
ministre sur les... la recherche, là. Les chercheurs ont... L'institut ne fait
pas en soi de la recherche, là. Ce n'est pas son mandat, là, pour moi, là. Tu
sais, c'est de rendre compte aux milieux de pratique des résultats de la
recherche. Et c'est... c'est là qu'il y a, des fois, un biais ou une confusion.
Alors, de convenir d'un plan de travail avec le ministre à la lumière des
analyses que l'institut aura faites des besoins des milieux de pratique sur
qu'est-ce qu'on doit prioriser en termes de reddition de comptes sur les
résultats de la recherche, ça, pour moi, il n'y a pas d'enjeu. Puis les travaux
sont déjà menés. Les recherches sont déjà faites. Elles existent déjà. Il n'y a
pas de biais possible puis il n'y a pas d'influence ministérielle sur les
résultats en question.
Mme Rizqy : Bien, si on met
l'accent pour diffuser certaines connaissances et le savoir, mais qu'on n'en
met pas sur d'autres sujets, bien, ça veut dire qu'on parle davantage de certains
aspects mais pas d'autres. Or, ça, ça peut avoir un biais.
Mais, si vous permettez, le temps file, et je
voudrais avoir votre opinion sur d'autres sujets, puis il me reste moins de
deux minutes. Donc, je vais devoir les faire en rafale.
Donc, formation, le centre
de services scolaire Marie-Victorin, eux, ils ont un outil qui comptabilise
vraiment combien d'enseignants nous avons, combien nous allons en manquer.
Pourquoi que les autres... Est-ce qu'on pourrait le faire? Est-ce que vous êtes
d'accord qu'on devrait garder le legs de la commission Parent, que... le
Conseil supérieur en éducation?
Êtes-vous
aussi d'accord que, présentement, le rapport de la Vérificateure générale du
Québec mentionne qu'on a de la
difficulté, avec la formation continue, à faire les suivis? Donc, on a ajouté
de la formation continue, mais, avec le taux de roulement, un, des enseignants dans les différentes écoles, mais
aussi les directions d'école, ça devient très difficile de faire juste le suivi et même de faire les libérations.
Est-ce qu'on ne devrait pas plutôt aussi investir dans un outil informatique,
un peu à l'instar du centre de services scolaire Marie-Victorin, pour avoir des
suivis, là, assez serrés là-dessus, là?
M. Maltais
(Martin) : Donc, peut-être rapidement sur... L'outil de
formation de Marie-Victorin, je ne suis pas... je ne suis pas certain de
comprendre, mais pour ce qui est du suivi des données, pour moi, c'est
essentiel. Puis je pense qu'une des
difficultés qu'on a, c'est que, dans les centres de services scolaires, tout le
monde n'est pas à la même place, puis
c'est souvent à cause du leadership. Une des questions qui était posée à Égide
Royer tout à l'heure, c'était : Le leadership a-tu de l'influence?
Le premier dirigeant, ça a-tu de l'influence? Ma réponse, c'est oui. Si vous
regardez Marguerite-Bourgeoys, ce n'est pas apparu ex nihilo, là, le
développement... le passage de 74 %, 76 % à 90 %, presque,
88,8 % de taux de diplomation. Ça participe d'un ensemble d'éléments de mobilisation
mais d'un leadership qui a été exercé par des gens aussi. Ça a un effet.
L'effet, il n'est pas hyperimportant, mais il fait... ça fait partie de
l'équation.
Pour ce qui est du Conseil supérieur, c'est
clair que, pour nous, là, on a répondu à cette question-là, le Conseil
supérieur devrait rester. Il n'y a pas de... C'est deux mandats distincts. Ce
n'est pas beaucoup d'argent. On dépense très peu pour réfléchir les systèmes
d'éducation. On parlait de l'INESSS puis de l'INSPQ tout à l'heure, on est près
d'une centaine de millions par année. En éducation, 3,5 millions. Il n'y a
pas d'enjeu de ce côté-là.
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant, M. Maltais.
M. Maltais (Martin) : Puis, pour le
suivi, oui, je suis d'accord avec la... je fais les mêmes observations que la
Vérificatrice générale.
• (13 heures) •
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps qu'on avait. Je cède maintenant la parole au
deuxième groupe. Mme la députée de Mercier, vous avez trois minutes.
Mme Ghazal : Oui. Merci,
MM. Maltais et Bendwell. Merci beaucoup pour votre contribution. J'ai très
peu de temps. J'ai encore moins de temps que ma collègue.
Tout à
l'heure, ça... ça m'a tiquée, vous avez dit, M. Maltais, qu'il y a
plusieurs... il y a eu plusieurs versions du projet de loi. Là, je me suis posé la question : Est-ce qu'il a
déjà été déposé avant? Je ne pense pas. Donc, je comprends que vous avez
vu d'autres versions du projet de loi que celui qui a été déposé par le
ministre.
M. Maltais (Martin) : Je fais juste
postuler qu'en cours de route les gens ont rédigé des scénarios. C'est tout ce
que je postule.
Mme Ghazal : OK. Donc, vous
n'avez pas contribué à d'autres versions du projet de loi.
M. Maltais (Martin) : Non.
Mme Ghazal : OK. Très bien. Je
voulais clarifier ça parce que j'étais curieuse de savoir c'était quoi, la
différence entre les différentes versions, mais vous ne le savez pas, puisque
vous n'y avez pas contribué.
Puis aussi je suis très, très contente de vous
entendre, là. Je sens un consensus, là, peut-être aussi dans les autres
intervenants qui vont venir, à l'effet que l'institut ne va pas en
contradiction avec l'existence du Conseil supérieur de l'éducation. Il y a comme un
consensus qui dit : Bien, il faudrait que les deux continuent, ils ont
deux mandats différents.
On parle beaucoup, tu sais, des pratiques
exemplaires, ce qui se passe à Marguerite-Bourgeoys, puis là on a envie de prendre les bonnes choses qui se passent
puis de les étendre partout. Tu sais, on a l'impression que c'est un peu
comme une formule magique qui a marché, puis qu'on va l'étendre partout, alors
qu'on sait que, peut-être, ce qui se passe dans Marguerite-Bourgeoys, il y a
certains facteurs qui font...
Mme Rizqy : ...
Mme
Ghazal : Ah oui? Ah oui! Oui, il y a peut-être certains
éléments qui font que ça marche là, mais, si on étend les résultats de
recherche ou les meilleures pratiques ailleurs, ça ne fonctionnera pas. Comment
est-ce qu'on s'assure, là, pour ne pas faire du mur-à-mur partout en
pensant : Ce qui marche là va marcher partout au Québec, et tenir compte
des différences du milieu... C'est quoi, les façons de faire pour ne pas
adopter une façon simplificatrice ou simpliste d'utiliser les résultats de
recherche?
M. Maltais
(Martin) : Vous avez tout à fait raison. Ça fait partie de la
grande difficulté de l'opérationnalisation d'un institut comme celui-là. C'est pour ça que nous, dans nos
recommandations, on a proposé une direction qui viserait à mieux connaître puis
comprendre les besoins des milieux de pratique, parce que, quand on arrive dans
le «fine-tuning»... Puis on a beau avoir des savoirs dits scientifiques,
il y a aussi des savoirs d'expérience, puis il y a aussi des contextes dans
lesquels ces connaissances-là ou ces pratiques-là doivent être implantées ou
appropriées par les acteurs, puis on doit y
aller avec les gens qui sont dans le milieu. Alors, il faut savoir où ils en
sont, quels sont leurs besoins, puis il faut arriver à prioriser le
travail de développement professionnel de l'ensemble des acteurs. Et ce n'est
pas seulement les enseignants, là. Il ne
faut pas leur mettre tout le temps juste la responsabilité. C'est l'ensemble
des acteurs, le leadership des cadres,
les professionnels autour, les employés de soutien. Puis, quand on a une
lecture, on peut adapter puis contextualiser.
Mme Ghazal : Ça, c'est le comité des
usagers, là, que vous avez mentionné.
M. Maltais (Martin) : Oui, exact.
Mme Ghazal : Puis les recherches,
c'est des recherches faites au Québec ou des recherches faites à l'étranger
qu'on traduit ici puis qu'on amène.
M. Maltais (Martin) : Partout. Il
faut faire une veille stratégique sur l'ensemble.
Mme Ghazal : Est-ce qu'il faudrait
qu'on fasse plus de recherches faites au Québec, ici, là, du «homemade»?
M. Maltais
(Martin) : Bien là, vous demandez à un prof d'université... à
un musicien s'il veut plus de musique. Je vais vous dire oui.
M. Bendwell (Ivan) : Les meilleures
pratiques ne sont pas...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
C'est tout le temps qu'on avait pour... Désolée. Je suis désolée. Je dois
maintenant céder la parole à M. le député de Matane-Matapédia. Vous disposez
également de trois minutes.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. M. Maltais, on vous connaît
bien. Vous avez une vaste expérience. Vous
avez même travaillé au cabinet du ministre précédent, à la CAQ. Donc, vous
avez une vision très large, et même de l'interne, de la réalité.
Vous avez, dans votre mémoire, donné un avis
favorable à la formation à distance. Vous proposez de la reconnaître
officiellement. Vous avez écrit que «la formation à distance permettrait de
valoriser l'éducation», en 2018. Depuis, on
a vécu beaucoup de choses. On a vécu des grandes expériences suite à la
pandémie. Même la Vérificatrice générale nous a parlé de l'enseignement
à distance, qui avait entraîné des retards d'apprentissage, plus
particulièrement avec les jeunes en difficulté. Je fais un lien avec la
présentation précédente, de M. Royer.
Donc, le ministre, avec son projet de loi n° 23,
il propose d'élargir le recours à l'enseignement à distance. Ça fait partie de
ses objectifs. Êtes-vous d'accord avec cette mesure? Et est-ce que votre
position a évolué depuis le temps? Comment vous voyez ça? Quelles sont les
meilleures pratiques qu'on pourrait adopter pour rendre conforme le projet du
ministre avec les observations que vous faites, comme universitaires et comme
chercheurs, dans votre équipe?
M. Maltais
(Martin) : Sur la formation à distance, c'est une grande
question, puis il y a plein de gens qui discutent de ça, mais ce qui est
certain, c'est que c'est une pratique éducative qui est dans l'écosystème puis
avec laquelle il faut composer. Et cette pratique-là répond à une pluralité de
besoins puis de situations.
C'est vrai que les résultats sont généralement
plus élevés dans les cours en présence que dans les cours à distance, pour un
paquet de raisons dont on pourrait faire l'inventaire, mais, en même temps, on
n'a pas la même historicité de
l'enseignement à distance que de l'enseignement en présence. Ça fait que je
pense qu'on a encore beaucoup de possibilités puis de choses à
développer puis à améliorer dans les pratiques à distance. Souvent, on pense
que la pratique est de même nature. Quand on est habitué de faire de la
pratique en présence, on tend à vouloir recopier ce qu'on a l'habitude de faire
lorsqu'on est à distance, alors que ce n'est pas ça qu'il faut faire. Ça fait
que, oui, moi, je pense que c'est une bonne idée, cette ouverture-là.
M. Bérubé : D'accord. Pour le
bénéfice de la commission, en mars, un rapport de la Chaire de recherche du
Canada sur l'équité numérique en éducation arrive à la même conclusion et
observe le même phénomène dans les écoles privées mais bien préparées à
l'enseignement en ligne. Donc, il y a deux vitesses là aussi, là.
M. Maltais (Martin) : Ah! c'est
clair.
M.
Bérubé : Ils étaient mieux préparés. Donc, l'égalité ou
l'équité, c'est pour tous, hein? Comment on y arrive?
M. Maltais
(Martin) : Je l'ai vu, moi, dans ma famille, là. Mon garçon
était au public, au primaire, puis ma fille était dans un établissement d'enseignement d'intérêt public, comme
j'aime les appeler, qui... selon la LEP, et j'ai vu cette différence-là
de façon importante.
Moi, si vous me demandez comment, je pense que
ça prend un genre d'unité qui viserait à mettre... à prévoir un certain nombre
d'activités de formation puis à développer des compétences aussi des enseignants,
en parallèle, puis des personnels d'éducation dans les
cas où on pourrait être face à des situations de crise éventuellement, comme
celle qu'on a vécue, alors, l'ensemble des activités de formation packagées,
montées et organisées...
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant.
M. Maltais (Martin) : ...pour qu'on
puisse déplier la boîte une fois qu'on arrive en contexte de crise.
M. Bérubé : Merci à vous deux pour
votre présence. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
Merci, M. le député. Alors, M. Bendwell, M. Maltais, merci infiniment pour
votre contribution.
Je suspends maintenant les travaux de la
commission jusqu'à 14 h 45.
(Suspension de la séance à 13 h 07)
(Reprise à 14 h 48)
La Présidente (Mme Dionne) : Alors,
bon après-midi à tous. La Commission de la culture et de l'éducation reprend
maintenant ses travaux.
Donc, nous allons poursuivre les consultations
particulières et les auditions publiques sur le projet de loi n° 23, loi modifiant
principalement la Loi sur l'instruction publique et édictant la loi sur
l'institution nationale d'excellence en éducation.
Cet après-midi, nous aurons l'honneur d'entendre
les organismes suivants, donc, la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement,
l'Association québécoise du personnel de direction des écoles,
l'Association montréalaise des directions
d'établissement scolaire et finalement la Fédération des centres de services
scolaires du Québec.
Donc, je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de la Fédération québécoise des directions d'établissement
d'enseignement, donc, M. Prévost, président, et Mme Bossé, vice-présidente.
Donc, je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour nous faire votre
exposé. Alors, je vous cède maintenant la parole. En débutant, veuillez
peut-être vous présenter, et ensuite nous faire votre exposé. Merci.
Fédération québécoise
des directions d'établissement d'enseignement (FQDE)
M. Prévost (Nicolas) : Mme la
Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Je me présente.
Nicolas Prévost, président de la FQDE, Fédération québécoise des directions
d'établissement d'enseignement. Notre fédération représente plus de
2 200 directions et directions adjointes du secteur jeunes, adultes
et de la formation professionnelle. Je suis
accompagné, à mes côtés, de Mme Hélène Bossé, vice-présidente de la fédération.
Et nous vous remercions grandement de nous recevoir aujourd'hui en
commission parlementaire afin de prendre en considération nos commentaires et
recommandations concernant le projet de loi n° 23.
Vous avez assurément déjà pris connaissance de
notre mémoire et pu constater que nous accueillons assez positivement ce projet
de loi, avec toutefois quelques réserves sur certains points dont nous allons
vous parler.
• (14 h 50) •
Mme Bossé
(Hélène) : ...vous dire un peu... nous aimerions vous dire
que, peu importent les changements effectués pour une meilleure
gouvernance scolaire, que ce soient ceux déjà faits ou ceux à venir, si aucun
mécanisme n'est mis en place pour assurer une interprétation commune et une
application effective du respect de la loi et des règles du travail, alors,
malheureusement, le projet de loi, tout comme ceux avant lui, n'auront pas
l'impact souhaité. Il nous apparaît essentiel qu'un comité de suivi soit mis en
place, car nous croyons fermement que, si l'esprit de la loi est respecté ainsi que certaines des recommandations
qui seront prises en compte, alors, oui, ce projet de loi n° 23 pourrait
avoir un effet positif sur la réussite des élèves et le bon fonctionnement des
établissements.
Concernant les intentions du ministre de
l'Éducation et les nouveaux pouvoirs qu'il souhaite s'octroyer, nous comprenons
sa volonté de mettre en place de bonnes pratiques de gestion et d'enseignement
tout en respectant le principe essentiel de
la subsidiarité. Les gens du terrain sont les mieux placés pour prendre des
décisions et pour actualiser l'ensemble des moyens du projet éducatif et
des moyens de la gestion des établissements.
M. Prévost (Nicolas) : Le rôle du
ministre dans la gouvernance scolaire, quant à lui, doit être bien circonscrit,
et il doit pouvoir comprendre, questionner, connaître et recadrer au besoin,
mais en aucun cas imposer des moyens. Les décisions ne doivent pas être prises
«à la satisfaction du ministre», comme nous pouvons le lire, en exemple, dans
le nouvel article 459.7, au troisième alinéa. Justement, en respectant le
principe de subsidiarité, le ministre doit être là pour garantir la qualité des
services sans se substituer aux décisions qui sont prises localement.
Les gens sur le terrain connaissent leur travail
et doivent avoir la confiance du ministre et son support pour mettre en place
les conditions gagnantes pour la réussite éducative. Rappelons que c'est le
travail des directions d'établissement d'analyser la situation de la réussite
de ses élèves, d'assumer une gestion collaborative en discutant avec son équipe-école des moyens à mettre en place
pour les élèves, de soutenir son équipe et de maintenir un climat sain
et sécuritaire dans son établissement d'enseignement. Effectivement, il faut
parfois intervenir, en se basant sur des politiques et
les règlements en vigueur, auprès d'une minorité qui ne suit pas les règles,
mais le résultat de cette loi ne devrait pas permettre au ministre une
ingérence de type microgestion. Le rôle d'une direction générale d'un CSS, d'un
centre de services scolaire, auprès de ses
cadres ne va-t-il pas dans le même sens? Certainement. N'est-ce pas ce même
rôle qui est attendu du ministre auprès des directions générales des différents
centres de services scolaires et commissions scolaires? Oui, au même titre que
des mécanismes d'encadrement sont déjà existants pour accompagner certaines
personnes réfractaires dans des divers corps d'emploi.
Mme Bossé (Hélène) : Concernant la
nomination des directions générales des centres de services scolaires par le gouvernement sous la recommandation du ministre
de l'Éducation, la fédération n'y voit pas d'inconvénient. Cependant, il faut veiller à ce que les nominations ne soient
pas partisanes. Les nominations devront se baser sur un profil de
compétence déclinant des qualités de leadership, de pédagogie, de collaboration
et de connaissance du milieu de l'éducation, pour ne nommer que celles-là. Il
en va de même pour les nominations des directions d'établissement
d'enseignement par les directions générales. La... Les nominations doivent se
faire dans... avec un processus rigoureux de dotation mis en place, ce qui
assurera une nomination impartiale.
Pour ce qui
est de l'entente annuelle de gestion, nous avons plusieurs interrogations,
notamment celle de comprendre l'aide qu'apporterait de plus au ministre,
dans son suivi avec les CSS, que le PEVR existant. De plus, le terme «entente»
utilisé sous-entend de la microgestion qui pourrait être utilisée par le
ministre. Nous recommandons, dans notre mémoire, de plutôt faire la demande que
soit émis un rapport de gestion et d'imputabilité afin de laisser les marges de
manoeuvre nécessaires aux centres de services scolaires pour répondre
correctement aux besoins réels des milieux tout en donnant au ministre
l'information dont il aurait besoin.
M. Prévost
(Nicolas) : Concernant les points de la formation continue
obligatoire et de l'enseignement à distance, la FQDE est favorable. En
effet, il est du devoir de la direction et de ses équipes-écoles de s'assurer
de la qualité des services qui vont amener
les élèves à la réussite scolaire. En ce sens, la formation continue du
personnel est indispensable et doit être respectée. Le but n'est pas
d'intervenir sans raison dans le choix d'un enseignant mais de... d'avoir le pouvoir d'agir auprès de celles et ceux qui
peuvent avoir besoin d'aide ou qui ne respecteraient pas les modalités de
l'école. Comme dans toute profession, il est essentiel de se développer
professionnellement, de vouloir être encore meilleur ou simplement se tenir à
jour dans son domaine.
Il en est de même pour l'utilisation de
l'enseignement à distance pour certaines situations, puisqu'il est de notre
devoir de fournir aux élèves tous les services éducatifs disponibles pour
l'ensemble du calendrier scolaire. Bien entendu,
les situations pour lesquelles un enseignement à distance serait mis en place
doivent être très clairement définies dans
le règlement, mais une fermeture exceptionnelle telle que nous l'avons vécue
durant la pandémie ou la non-disponibilité d'un enseignant sont des
exemples pertinents où l'enseignement à distance pourrait faire une différence
dans la réussite des élèves. Maintenons toutefois que le terme «exceptionnel»
doit le rester, car rien ne remplacera la qualité d'un enseignement en présence
et... qui est l'une des missions de l'école à accomplir, qui est la
socialisation.
Mme Bossé
(Hélène) : Les motifs apportés à la Loi sur l'instruction publique... Les... Excusez. Les modifications
apportées à la Loi sur l'instruction publique sur la tenue des conseils
d'établissement en mode virtuel va dans le sens d'une demande déjà adressée par
la FQDE et l'ensemble des partenaires. Cette organisation était attendue pour
faciliter la présence des parents, notamment. Elle est donc appréciée.
Pour ce qui est de la possibilité d'octroyer la
présidence d'un conseil d'administration à un autre membre qu'un parent si
aucun d'eux n'y siège, la FQDE y voit également un... favorable. La présence
des parents est importante et primordiale. Cependant, le conseil d'administration
doit rester fonctionnel pour le bon fonctionnement du déroulement du quotidien
du centre de services.
Sur la mise en place d'une institution nationale
d'excellence en éducation, la Fédération québécoise des directions
d'établissement d'enseignement est en accord si elle est utilisée adéquatement
et qu'elle reste une instance indépendante du ministère de l'Éducation. On
parle ici d'indépendance pour qu'un ministre ne se serve pas de cet institut pour imposer des courants pédagogiques,
ou des tendances, ou des façons de faire obligatoires. Son rôle, à
l'institut, devra être d'informer et de
documenter sur les divers courants pédagogiques ou autres ressources reliées à
la réussite des élèves. L'institut
devra se soucier de la diversité des recherches et des approches en éducation.
N'oublions pas que plusieurs chercheurs au Québec effectuent déjà ce
travail et que l'INEE devrait être l'endroit où retrouver l'ensemble des
informations pour faciliter les recherches des intervenants.
M. Prévost
(Nicolas) : Nous soulignons quand même l'excellence...
l'excellent travail du Conseil supérieur en éducation, qui a remis des
rapports de grande...
La Présidente (Mme Dionne) : En
terminant, M. Prévost. Il vous reste cinq secondes, à moins que le parti du gouvernement,
vous vouliez laisser un peu de temps pour terminer. M. le ministre... Pour
conclure? OK. Allez-y. Vous pouvez conclure.
• (15 heures) •
M. Prévost
(Nicolas) : ...qui a remis des rapports de grande qualité et
qui ont influencé grand nombre de décisions dans les établissements
d'enseignement.
Pour terminer, et nous le répétons, la FQDE est
d'avis que, si l'ensemble des acteurs respectent la loi et les différentes
politiques, le projet de loi n° 23 aura une incidence positive sur la
réussite des élèves. Bien que le ministre détiendrait
beaucoup de pouvoirs, s'il les utilise à bon escient, pour le respect de la...
de la LIP, alors, ce serait aussi au
bénéfice des élèves. Chaque école connaît les réels besoins de ses élèves, et
chaque centre de services possède l'expertise dans la majorité des
établissements d'enseignement. Le travail est fait avec coeur, dévouement,
professionnalisme et toujours avec l'objectif principal de servir la réussite
des élèves.
Sachez, Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes
et MM. les députés, que la FQDE souhaite fournir au gouvernement un
accompagnement proactif et de collaboration pour améliorer la gouvernance
scolaire. Nous vous remercions pour votre écoute et sommes disposés à répondre
à vos questions.
La Présidente
(Mme Dionne) : Merci infiniment. Juste mentionner la présence
d'une photographe cet après-midi dans le cadre des travaux. Alors,
j'avais oublié tout à l'heure.
Avant... Et maintenant je cède la parole à M. le
ministre. Donc, la parole est à vous.
M. Drainville : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Alors, rebonjour aux collègues. Merci beaucoup, M. Prévost et
Mme Bossé. Merci beaucoup de... d'abord, de votre engagement dans le milieu de
l'éducation. On a fait quelques entrevues ensemble, M. Prévost et moi, dans une
vie passée, et j'ai toujours senti votre sincérité. Vous êtes là pour les
bonnes raisons, et je vous en félicite.
Peut-être une petite question, d'abord, pour
commencer. Vous faites référence au fait que des changements qui devaient
amener une plus grande décentralisation dans les écoles tardent à être perçus
par les milieux. Là, on est plus dans le prolongement du projet de loi
n° 40. Est-ce que vous pouvez préciser votre pensée à cet égard, s'il vous
plaît?
M. Prévost (Nicolas) : Oui,
bien, tout à fait. Nous, on tient à ce que... Les changements qui sont
proposés, avec certaines recommandations, avec certains changements, bien
entendu, on veut s'assurer qu'une fois qu'ils ont été décidés par l'Assemblée
nationale... qu'elles puissent être vécues sur le terrain, parce que, je vous
dirais, concrètement, M. le ministre, ce
n'est malheureusement pas toujours le cas. Puis, quand je parle de non-respect,
je parle à divers niveaux. Je parle autant au niveau des centres de
services, je parle pour certains collègues, directions d'école, je parle pour l'ensemble du personnel. Pour nous, ce qui est
important, c'est qu'il y ait, justement, ce respect des règles législatives
là.
Puis je peux
donner des exemples très concrets. Avec la nouvelle mise en place des conseils
d'administration, bien, on a encore
des endroits, au Québec, où on ne laisse pas le droit de parole aux membres du
personnel qui siègent sur les tables de conseil d'administration. Bon, pour
nous, on y voyait une bonne instance, un bon moyen de travailler en
collaboration, mais, si les gens qui
sont assis là ne peuvent pas s'exprimer librement, à quoi bon? C'est un exemple
parmi tant d'autres...
M. Drainville : Mais en vertu
de quelle règle... Pardonnez-moi de vous interrompre. En vertu de quelle règle
on empêche quelqu'un issu du personnel scolaire, qui siège en bonne et due
forme au conseil d'administration... en vertu de quelle règle on lui... on
l'empêche de prendre la parole?
M. Prévost (Nicolas) : D'aucune,
d'aucune règle, M. le ministre. Il n'y a pas de... Les gens autour de la table
devraient avoir la liberté de s'exprimer, mais malheureusement ce n'est pas
toujours le cas. Mais les...
Mme Bossé (Hélène) : Surtout au
niveau du personnel du centre de services. Alors, ceux qui siègent et qui sont
membres du personnel, on va souvent leur imposer de ne pas intervenir, surtout
si leur idée... où ils sont en mesure d'apporter une situation qui va à
l'encontre de ce qui est présenté.
M. Prévost (Nicolas) : Donc,
c'est un exemple...
M. Drainville : C'est un
exemple.
M. Prévost (Nicolas) : ...parmi
tant d'autres. Donc, pour nous, l'important, c'est qu'il y ait un mécanisme de
suivi, qu'on puisse respecter les règles. Pour nous, c'est ça qui est
important. Donc, c'est de ce côté-là qu'on voit quand même du positif dans le
projet de loi qui est déposé. Comme nous...
Mme Bossé (Hélène) : ...
M. Prévost
(Nicolas) : Oui, il y a des exemples au niveau du comité de
répartition des ressources, mais, exemple, nous, comme direction
d'école, si on ne respecte pas les modalités du centre de services, bien, on
s'attend à ce que la direction générale intervienne auprès de nous pour
recadrer. Donc, on s'attend à la même chose. Puis, quand je dis ça, c'est des
exceptions, là, ce n'est pas une majorité, je veux être bien clair, mais
malheureusement ces exceptions-là font qu'on n'a pas ce qu'on devrait avoir
pour la réussite de nos élèves, tout simplement.
M. Drainville : Je comprends.
Vous avez parlé de formation continue. Vous jugez nécessaire la formation continue. Vous êtes très... Vous adhérez à la
formation continue avec beaucoup de... je dirais, de conviction. Parlez-moi
un petit peu du rôle des directions dans, justement, cette mise en oeuvre de ces
30 heures de formation continue qui sont prévues à la loi. Comment vous...
30 heures aux deux ans, là. Comment... Faites-moi le lien entre directions
d'école et formation continue du personnel enseignant. Quel rôle vous voyez
pour les directions par rapport à cette formation continue qui est prévue par
la loi?
M. Prévost
(Nicolas) : Bien, présentement, les directions d'établissement
n'ont pas tout le pouvoir d'intervention auprès des différents
personnels de l'école. Concernant la formation continue, oui, on va
comptabiliser le 30 heures, qui peut être fait sur différentes formes,
dont, exemple, des lectures, qui sont... qui vont être encore permises avec le
projet de loi n° 23, mais on y voit un petit peu plus de pouvoirs donnés
aux directions d'école pour intervenir.
Puis, quand je dis «intervenir», M. le ministre,
encore là, il faut le faire avec diligence, comme direction d'établissement. Le
choix de formation appartient... Nous, là, qu'il appartienne aux enseignants,
qu'ils puissent avoir le choix d'aller vers des choses sur lesquelles ils ont
plus de difficulté ou ils ont plus de défis...
M. Drainville : Pour lesquelles
ils ont des besoins.
M. Prévost (Nicolas) : ...pour
lesquelles ils ont des besoins, on est tout à fait d'accord. Mais, encore là,
pour certaines personnes, il faut aller un
petit peu plus loin pour recadrer, pour s'assurer du respect des encadrements
qu'on a dans nos écoles, de... que
ces gens-là puissent aussi aller en formation continue dans des... dans des
domaines où ils en ont besoin. Mais l'intention, pour nous, n'est pas de
faire cette ingérence-là, aller vers des courants puis d'imposer de la
formation à l'ensemble de notre personnel. On n'est pas là.
Puis, quand on parle de discernement, je vous
donne un exemple précis. Il y a une conseillère pédagogique qui était en
français dans les sept dernières années, décide de revenir à l'enseignement
pour donner un coup de main, puis il y a une formation en français. Elle était
conseillère pédagogique en français. Comme direction d'école, j'espère que
j'aurai le discernement de dire que tu seras peut-être exemptée, parce que ça
aurait été probablement ma formatrice des dernières années. Tu sais, il y a des
cas comme ça, il faut le faire avec discernement, mais, pour d'autres personnes,
je pense qu'il faut pousser un petit peu plus loin.
Mme Bossé (Hélène) : Si tu me
permets, j'ajouterais qu'il y a comme deux volets à la formation continue. Il y
a la formation continue que, chacune des personnes, les enseignants ont besoin
et choisissent de faire, mais il y a aussi la formation qui est en lien avec le
projet éducatif et les moyens qu'on veut mettre en place pour la réussite des
élèves, parce qu'on s'en va... on a choisi une approche, on a choisi de faire
des actions pédagogiques, et il faut aller chercher la formation. Bien, pour ce
faire, il faut que tout le monde embarque dans le bateau. Et, dans ce
contexte-là, bien, si on est en mesure,
nous, les directions d'école, que tout le monde puisse participer à la
formation en dehors du 30 heures ou
dans 30 heures... Bien là, présentement, c'est plus difficile parce qu'ils
peuvent choisir leurs formations, et là ça fait en sorte qu'on peut avoir, à géométrie variable,
l'application de pratiques probantes, que ce soit au niveau du comportement
ou au niveau de la pédagogie.
M. Drainville : Juste
avant de laisser mes collègues poser leurs questions, moi, ce qu'on me dit, là,
dans mes tournées d'écoles, c'est que c'est très inégal, la formation
continue, c'est-à-dire que, dans certains cas, tu lis un livre, peu importe le
livre ou à peu près, peu importe le livre, puis ça compte, mettons, pour
trois heures, puis, bon, c'est comme ça.
Mme Bossé (Hélène) : Puis on ne
sait pas s'ils l'ont lu.
M. Drainville : Dans d'autres cas, dans d'autres cas, c'est plus
encadré. On m'a dit aussi que le... comment dire, la... comment dire, l'espèce de registre, on va
dire, dans lequel on va inscrire les heures de formation, bon, bien, c'est
l'espèce d'imputabilité, si on peut dire, où la prise en compte des heures est
très inégale aussi. Il y a des processus dans certains cas, mais, dans d'autres
cas, c'est essentiellement laissé à la tête du client, puis il n'y a pas
vraiment d'encadrement au niveau de la formation continue. Est-ce que ce que
j'entends correspond à votre lecture?
Mme Bossé (Hélène) : Tout à
fait. Et ça fait référence, ça fait écho, je pense, à ce qu'on disait en tout
début de présentation. Tant qu'il n'y a pas de mécanisme de suivi ou un
encadrement pour qu'on puisse se gouverner dans une situation comme celle-là
puis qu'il y ait une équité à travers le Québec, ça va exister. Alors, oui, il
y a le 30 heures, ils peuvent lire des livres, mais... mais encore?
Alors...
M. Drainville : Il y a un petit
peu de laisser-aller, là.
Mme Bossé
(Hélène) : Bien, c'est difficile de faire le suivi parce
qu'il n'y a pas de l'encadrement autour de ça. Donc, les balises ne sont
pas claires.
M. Drainville : Et le projet de
loi nous donne les moyens de mettre en place un certain encadrement. Ça, c'est
une des raisons, j'imagine, pour lesquelles vous vous... vous vous réjouissez
du...
Mme Bossé (Hélène) : Tout à
fait.
M. Prévost (Nicolas) : Oui,
oui, tout à fait. Tout à fait, tout à fait.
M. Drainville : C'est bien.
Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Hull.
Mme Tremblay : ...moi,
je vais y aller avec la formation, là, à distance, parce que vous avez abordé,
là, le sujet, donc, les motifs, hein, pouvant faire... Parce que vous
avez une certaine inquiétude des parents, qui pourraient trouver plusieurs... Ils sont imaginatifs, les parents,
pour trouver des situations, là, exceptionnelles, je vais dire ça comme ça,
puis là vous dites : Bien, c'est
important de bien définir ce qui est une situation exceptionnelle. Vous, est-ce
que, dans... vous avez déjà eu une réflexion sur qu'est-ce qui est, pour
vous, une situation exceptionnelle d'enseignement à distance?
• (15 h 10) •
M. Prévost (Nicolas) : Oui,
oui, j'ai, effectivement, quelques exemples. Je vais vous en donner une. À
Fermont, on a une directrice d'établissement qui n'avait pas d'enseignante de
français depuis le début de l'année scolaire pour ses élèves de cinquième secondaire. Elle trouvait ça inadmissible. Elle
n'était pas capable de trouver quelqu'un. Elle a donc décidé, étant
elle-même enseignante de français, de retourner à l'enseignement, et c'est une
directrice retraitée qui a pris la place de
la directrice qui a décidé d'aller donner les cours en français. Mais est-ce
qu'on n'aurait pas pu trouver un moyen, pour ce groupe d'élèves là,
d'avoir un enseignement qui est donné dans une classe, en quelque part au
Québec, en cinquième secondaire, pour que ce groupe-là puisse bénéficier aussi
d'un enseignement?
Bon,
ce n'est pas l'idéal, puis on le dit dans notre... dans notre mémoire, là.
L'enseignement en présence va rester le moyen le plus efficace. Mais,
dans des cas comme ça où... ponctuellement, est-ce qu'on ne pourrait pas se
tourner vers l'enseignement à distance pour donner un service à nos élèves?
S'ils sont sans enseignant pendant deux semaines, trois semaines, quatre semaines en cinquième secondaire, en français, si
on me dit qu'il n'y a pas d'incidence sur la réussite des élèves, je
vais avoir de la difficulté à comprendre. C'est des exemples.
Mais, quand vous
parliez d'encadrement, c'est important aussi, parce que ça ne devra pas non
plus devenir : Mon enfant ne se
présente pas un matin, puis je veux avoir de l'enseignement à distance. Tu
sais, il faudra bien l'encadrer, là,
dans des contextes vraiment particuliers, mais celui que je vous dis en est un.
Puis je connais aussi des endroits qui n'ont pas, exemple, d'enseignant en sciences physiques de quatrième
secondaire. Est-ce qu'on ne peut pas se tourner, justement, vers de
l'enseignement à distance pour que ces enfants-là aient un minimum de services?
Nous, on juge que oui.
Mme Bossé (Hélène) : Ils peuvent être dans la
classe. On parle à distance, mais à distance dans leur classe, avec un
enseignant, et là on est synchrone avec l'enseignant qui donne son cours dans
une autre école, là. Ça, ça pourrait être une mesure exceptionnelle.
Mme Tremblay : Parfait. J'aurais une dernière
question. Vous avez parlé du projet de loi n° 40
puis qu'il n'est pas... bon, ce n'est pas nécessairement descendu.
J'aimerais ça faire le lien avec le principe de subsidiarité. Est-ce que les
centres de services scolaires l'appliquent bien ou ils pourraient mieux
appliquer ce principe-là, dans le sens qu'ils gardent des pouvoirs qui
pourraient être encore plus près des élèves? Est-ce que vous vivez ça sur le
terrain?
M. Prévost
(Nicolas) : La réponse est oui. Encore là, je veux répéter que ce
n'est pas des... ce n'est pas une majorité,
là, loin de là. Mais est-ce qu'il y a une décentralisation complète vers les
établissements scolaires? La réponse, elle est non. Il y a encore des
endroits où c'est très centralisé, comme décisions, où on ne laisse pas le
choix.
Puis
je le répète... Puis, des fois, ça peut être une direction d'école, là. Je ne
veux pas lancer la pierre à gauche, à droite. Nous aussi, comme
directions d'école, on a à suivre ces encadrements-là puis à ne pas trop
centraliser avec nos équipes-écoles non plus. Si on ne souhaite pas de l'être
par nos centres de services, ne le soyons pas, comme directions d'école, avec
nos équipes. Donc, nous, c'est à bien décentraliser avec nos équipes, mais on
souhaite, en même temps, cette collaboration-là de la part des centres de
services, des gens qui sont cadres au niveau des services.
Nous, comme
directions d'école, on a de l'expertise dans un peu tous les domaines, mais on
n'a pas l'expertise spécialisée qu'un cadre peut l'avoir puis qu'il va venir
nous soutenir dans nos décisions. C'est ça qu'on souhaite vraiment pour nos
élèves, parce que chaque établissement, dans chaque région, peut avoir des
besoins qui sont très particuliers. Donc, sur des mesures mur à mur, c'est pour
ça que nous, on n'y croit pas puis on ne croit pas à cette gestion-là à tous
les paliers, là, tu sais, de cette intervention pointue là à tous les niveaux,
dont au niveau de notre ministre envers les centres de services.
Mme Tremblay :
Parfait. Merci.
La Présidente
(Mme Dionne) : ...député de Richelieu. Il vous reste environ 1
min 30 s.
M. Émond :
D'accord. Merci. Je vais essayer d'être bref. M. Prévost,
Mme Bossé, merci pour votre présence, le
dépôt de votre mémoire et de vos recommandations. En terminant, je voudrais
vous amener sur le lien des nominations pour les directions.
Nos précédents
invités de ce matin, M. Royer, entre autres, juste avant vous, a mentionné
comment il est important que les directions, directeurs, directrices, aient des
racines, hein, localement, dans le milieu, parce qu'il a raison, ce sont des
personnes qui sont importantes pour la collectivité. M. Maltais a fait un
parallèle juste avec le milieu universitaire,
où ce sont des nominations. Puis vous avez dit tantôt que vous souhaitez que le
processus ne doit pas être partisan.
Je pense qu'on est d'accord là-dessus. Il est possible, hein, que la nomination
d'un DG par le gouvernement peut prendre
appui sur un processus qui est rigoureux, qui est transparent. Il y a des
précédents, là. Pensons, entre autres, aux gens du secrétariat aux
emplois... aux emplois supérieurs, pardon. Mais qu'est-ce qui vous inquiète ou
qu'est-ce qui vous préoccupe dans le processus de nomination des directions?
Mme Bossé (Hélène) : Des
directions d'établissement ou des directions générales?
M. Émond : Les
deux. Commencez par les directions générales, s'il vous plaît.
Mme Bossé (Hélène) : Bien, je
pense que ce qui est important, c'est de s'assurer que les gens... puis vous
l'avez bien nommé, là, au tout début, que les gens proviennent du milieu.
Souvent, on s'est fait dire : Bien, un directeur général d'un centre
hospitalier pourrait très bien être directeur général... Mais il n'aurait pas
la culture, il n'aurait pas... On le constate au Québec. Les directions
générales, des fois, elles vont arriver des ressources financières, et on voit
la distinction entre une direction générale...
La Présidente (Mme Dionne) :
Merci...
Mme Bossé (Hélène) : ...qui a
été dans une classe. Désolée.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps qu'on avait. Merci. Je cède maintenant la parole
à l'opposition officielle. Mme la députée de Saint-Laurent, la parole est à
vous.
Mme Rizqy : Merci beaucoup.
Merci de participer encore à nos travaux. On était ensemble, d'ailleurs, lors
de la dernière réforme, la loi n° 40, on s'en
rappelle, et on nous avait dit qu'on changeait de paradigme et qu'on essayait
d'avoir des décisions encore plus proches de ceux qui connaissent le nom et le
prénom des élèves. Est-ce qu'on y a réussi avec la dernière réforme, en
respectant aussi le principe de subsidiarité prévu dans la loi?
Mme Bossé (Hélène) : Sur une
échelle de zéro à 10?
Mme Rizqy : Bien, est-ce qu'on
a réussi à s'approcher davantage de la subsidiarité ou on s'est éloignés, de ce
principe-là?
M. Prévost (Nicolas) : Je vous
dirais, on s'est quand même rapprochés un peu, un peu, mais vraiment pas beaucoup, malheureusement. Et, honnêtement, la
réponse que je vous donne, on s'attendait à une plus grande
décentralisation vers le choix des
équipes-écoles, et ce n'est pas ce qu'on a constaté à la lumière, là, des
dernières années qu'on a vécues dans nos établissements. Là, on nous dit
qu'il y a encore une certaine réticence à ce niveau-là, de cette
décentralisation-là vers les gens qui connaissent les élèves par leurs noms.
Mme Rizqy : Moi, je vais vous dire
ce que j'ai comme échos, parce que, comme députés, on reçoit beaucoup... maintenant, les gens se tournent vers nous parce
qu'ils ne savent plus vers qui se tourner, autant les parents, mais aussi
les membres du personnel, incluant les directions d'école, que, lorsqu'ils sont
au conseil d'administration, pour prendre, des
fois, des décisions, les documents sont manquants, donc... Et même c'est arrivé
dans le cas de... à Laval, où est-ce qu'on leur a dit de passer par une
demande d'accès à l'information. J'ai trouvé ça assez particulier, parce qu'ils
siégeaient au conseil d'administration et
ils sont appelés à faire un vote. Alors, je trouvais que ce n'était pas quelque
chose qui respectait le principe de subsidiarité mais aussi ce qu'on
appelle un consentement libre et éclairé, en droit civil québécois.
Je vais aller à une autre question qui est assez
importante. On a parlé beaucoup de l'enseignement à distance. Vous avez lu, fort probablement — je
vous connais assez bien que je sais que vous l'avez lu — le
rapport de la Vérificatrice générale par rapport à l'enseignement à
distance durant la pandémie. Elle avait émis des constats assez importants. Maintenant, comment on peut s'assurer que ce qui
était supposé être temporaire ne devienne pas permanent, notamment avec ceux qui sont en région éloignée, où est-ce
qu'on a déjà des difficultés, par exemple, pensons aux Premières
Nations, à avoir des enseignants? Il ne
faudrait pas qu'on ait deux classes d'élèves, ceux qui seront en virtuel... Il
me semble que, le gouvernement, on a toujours, nous, une responsabilité
de s'assurer que, dans le réel, c'est un enseignant qui est dans une classe et
non pas une classe virtuelle.
M. Prévost (Nicolas) : Oui,
tout à fait, et on le nomme bien dans notre mémoire. Pour la réussite d'un
élève, particulièrement... bien, pour l'ensemble
des élèves, mais particulièrement pour nos élèves vulnérables, c'est la
présence physique, la proximité physique.
L'acte pédagogique d'enseigner, c'est aussi de la socialisation, c'est une des
missions de l'école, puis ça, ça ne se fera pas, effectivement, si on
est dans du mur-à-mur d'un enseignement à distance. Il faut prioriser puis il
faut trouver des moyens d'avoir des gens qui sont qualifiés, oui, dans nos
classes.
Mais maintenant est-ce que ces mesures-là
d'enseignement à distance, comme on le disait, une fois encadrées sur une période qui peut être plus courte avec
l'ensemble... Puis, quand on parle d'enseignement à distance, il faut
s'assurer que l'école ait les équipements nécessaires, qu'on ait quelqu'un
quand même pour superviser les élèves qui sont dans cette classe-là, mais, dans
certains cas, est-ce que ça pourrait donner un coup de main, au lieu d'avoir un
bris de service où il n'y a aucun enseignement ou personne en classe? Bien,
nous, on croit que oui. Mais le choix numéro un restera toujours d'avoir
quelqu'un en classe, c'est clair.
• (15 h 20) •
Mme Rizqy : Puis je remarque
que, dans la loi telle qu'elle est rédigée présentement, il n'y a pas,
justement, les... je dirais, les pare-feux que la Vérificatrice générale émet,
à savoir le nombre d'heures, justement, qui doit être limité à l'enseignement à
distance, parce que, oui, vous vous occupez de la transmission des savoirs,
mais vous êtes aussi le dernier rempart de
la société. C'est vous, souvent, qui allez noter qu'un enfant porte le même
linge pendant plusieurs journées, que
sa boîte à lunch est pas mal vide. Alors, votre rôle est excessivement
important. Vous êtes notre ascenseur social.
M. Prévost
(Nicolas) : Puis, à ce niveau-là, il faut voir, tu sais, qu'il y a
deux types, aussi, d'enseignement à distance,
dans le sens que l'élève... Tu peux avoir des cas où l'élève pourrait rester à
la maison, mais, quand on parle de cas, exemple, d'une classe ou d'un
plus grand nombre d'élèves, bien, nous, on souhaiterait qu'à la base, quand
même, ce service-là se fasse dans la classe, où ça nous permet, effectivement,
de... au-delà de l'enseignement, de vérifier et de s'occuper de l'aspect de la socialisation de nos élèves, qui est
l'aspect sécurité. Pour certains de nos élèves, on ne se le cachera pas, l'école est un rempart important.
Donc, ça, ça doit... On va toujours prioriser ça. Et, si on peut le faire
dans nos classes, un peu comme Mme Bossé l'expliquait tantôt, un
enseignant qui est dans le village voisin ou dans une ville pas très loin, dans
sa classe, pendant qu'elle enseigne, bien, il y a un service qui est donné à
des élèves dans une autre classe, ça pourrait être un cas.
Mme Bossé (Hélène) : Il faut
encadrer. Il faut l'encadrer. Ça, c'est clair.
Mme Rizqy : Oui. Et je n'ai pas
la réponse, et je ne vous la pose pas... Ce n'est pas une question piège. Je
n'ai pas la réponse. Je la cherche encore.
Parce qu'un des constats aussi de la Vérificatrice
générale, c'est qu'il y a des
millions qui ont été investis pour acheter de l'équipement pour, justement,
faire l'enseignement en ligne, mais, pour des raisons juridiques de protection
de la confidentialité des élèves en classe, on a dû mettre le projet sur pause.
Est-ce que vous, de votre côté... Est-ce que
vous avez trouvé une voie de passage? Parce qu'effectivement, des fois, entre
un bris de service ou avoir des élèves en classe, ou pensons, même, à un
enfant qui a eu une opération, qui sort de l'hôpital mais qui ne peut pas tout
de suite regagner l'école, aimerait suivre la classe avec ses élèves... Est-ce
que ça, vous... De votre côté, je ne sais pas si vous avez une réflexion
là-dessus.
M. Prévost (Nicolas) : Moi, je
vous répondrais peut-être que les voies de passage, sans connaître la réponse,
Mme la députée, c'est de voir les projets pilotes qui ont eu lieu dans certains
établissements, au Québec, où ils ont travaillé
avec ce modèle-là. Est-ce qu'eux ont trouvé... Parce que ça aussi, c'est
important. Quand on fait des projets pilotes, c'est important d'aller les évaluer pour voir s'ils fonctionnent ou pas.
Donc, est-ce qu'on a évalué, dans ces projets pilotes là, voir si ça
pouvait... on a trouvé des solutions à la question que vous posez?
Mme Rizqy : Parfait.
Je vais aller beaucoup plus rapidement. Dites-moi, formation... Vous savez, il
s'en fait déjà. Dans le dernier
rapport, la Vérificatrice générale fait mention aussi que les suivis sont plus
difficiles à faire. Vous savez, il y
a du roulement de personnel. Les enseignants changent d'école, mais les
directions d'école aussi changent d'école. Et certaines, même,
directions d'école retournent comme enseignants, parce que, finalement, la
tâche versus le salaire, il se dit :
Bon, bien, peut-être qu'après tout j'étais peut-être mieux dans ma classe. Ça,
j'entends souvent des directions me le dire. Pourquoi que ce n'est pas
plutôt un registre, là, et que ce n'est pas aux directions de devoir faire le
suivi? Parce que je trouve qu'en ce moment même, c'est un constat de la
vérificatrice, ça n'a pas été fait, le suivi, par manque de temps aussi, mais
aussi au niveau de la gestion du personnel qui retourne, là.
M. Prévost
(Nicolas) : Oui. C'est le rôle de la direction d'établissement
de faire la... de faire le suivi. Dans notre jargon à nous, on appelle ça de la supervision pédagogique, là. Ça fait
partie de notre rôle. Même une fois que l'enseignant est en place, ne...
même malgré l'expérience, c'est toujours pertinent de rencontrer l'ensemble de
nos enseignants et même des autres personnels, de nos professionnels, de nos
TES, pour faire un suivi avec eux. Est-ce que, présentement, c'est facile? Je
vous dirais, la réponse, elle est non. Puis ce n'est pas pour se substituer à
notre travail, là, mais, avec le nombre grandissant d'enseignants non
légalement qualifiés et la... le suivi que ça demande pour supporter ces
gens-là, autant de la part de d'autres enseignants dans l'école que de la
direction d'établissement, c'est sûr que ça vient chercher beaucoup... beaucoup
du temps.
Mais, pour y répondre, là, puis je vais dévier
un peu... mais d'où l'importance d'avoir aussi des directions et des directions générales de centre de services. On
parlait tantôt de connaissances, de... on parlait de pédagogie. Pour une
direction d'établissement, de superviser son
personnel, s'il n'y a pas ça, c'est difficile, encore plus quand... avec le
nombre grandissant de personnes non
légalement qualifiées. Mais, oui, c'est notre boulot, mais c'est difficile,
présentement, de le faire.
Mme Rizqy : La façon que c'est
rédigé en ce moment, le projet de loi, la formation s'adresse à tout le monde,
donc, enseignants, directions d'école mais aussi les gens qui sont non
légalement qualifiés. Par exemple, moi, je suis membre du Barreau. Donc, moi,
ma formation continue, c'est après l'obtention de mon bac en droit et de mon
stage du Barreau réussi. Donc, c'est pour ça que ça s'appelle continue. C'est
après. Il me semble que, pour ceux qui n'ont pas encore fait même pas un bac,
là, disons qu'ils ont un secondaire V, ou un cégep, ou une attestation,
vous, dans ce cas-ci, je me demande, votre rôle... c'est-à-dire, vous devez
mettre une attention encore plus importante pour ceux qui ne sont pas légalement
qualifiés. Donc, ça vous prend encore plus de temps et d'énergie.
Mme Bossé
(Hélène) : Tout à fait. On n'appelle pas ça de la formation
continue. On appelle ça de la formation initiale.
Mme Rizqy : Merci. Merci. Je
pense que... Merci pour votre formation initiale.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe. Mme la députée de
Mercier, la parole est à vous.
Mme Ghazal : Merci.
Merci beaucoup d'être parmi nous. On s'est déjà rencontrés et on a discuté.
Dans votre mémoire... Bien, en fait, ce
n'était pas écrit dans votre mémoire, mais, dans votre allocution, votre
présentation, vous avez souligné le travail du Conseil supérieur de
l'éducation, mais qu'est-ce que vous pensez du fait qu'on abolit sa mission
pour... avant les cégeps, pour le primaire et le secondaire? Qu'est-ce que vous
pensez de ça?
M. Prévost (Nicolas) : Bien,
nous, très honnêtement, on n'est pas contre à ce que les deux instituts peuvent
cohabiter, là, parce qu'effectivement le
Conseil supérieur en éducation a fait des rapports de très grande qualité.
Notre seule crainte, c'est... en
ayant deux... c'est les rôles de chacun, tu sais, de bien... pour ne pas,
bon... Si on double les rôles ou si on...
les rôles de chaque institut n'est pas clairement défini, bien là, ça devient
difficile pour nous, à qui on se réfère, comment on se réfère. Donc, il
n'y a pas de fermeture complète à ce que les deux institutions puissent se
substituer, mais, encore là, il faudrait vraiment, vraiment s'assurer des rôles
et de l'indépendance aussi de ces deux instituts. Ça, pour nous, c'est très
important.
Mme Ghazal : Puis,
vous, comme représentants des directions d'école, comment est-ce que le travail
du Conseil supérieur de l'éducation est important? Tu sais, vous avez
souligné son travail. Tu sais, c'est quoi, dans son mandat, qui est important
pour vous, pour faire votre travail?
Mme Bossé (Hélène) : Bien, dans
le fond, ils vont... ils ont... ils font beaucoup d'analyses de ce qui se
passe, ils font des recommandations, mais malheureusement les
recommandations...
M. Prévost (Nicolas) : Ne sont
pas toujours...
Mme Bossé (Hélène) : J'ai envie
de dire «tablettées, mais je ne sais pas si j'ai le droit de dire ça.
Mme Ghazal : Oui, vous avez le
droit. Je vous le donne.
Mme Bossé (Hélène) : Alors,
je pense que la question, c'est... J'ose poser la question autrement :
Est-ce qu'on a besoin de changer le Conseil supérieur pour une
institut... un institut ou on doit mettre en place ce qui est nécessaire pour
prendre en compte ce qui est rapporté quand les gens font le travail et
qu'ils font des recommandations pour améliorer l'éducation?
Mme Ghazal : Oui, bien, vous
posez des bonnes questions. On avait des gens, tout à l'heure, qui disaient que
les deux pouvaient exister parce qu'ils n'avaient pas le même mandat.
Mme Bossé (Hélène) : Exact.
Mme Ghazal : C'est des experts,
là, en éducation qui nous l'ont dit. Par rapport à la formation continue... Là,
on a parlé de la qualité de la formation, et tout ça, mais, moi, quand je vais
dans les écoles puis je parle avec des gens, ils me disent : En fait, on
n'a juste pas le temps de la suivre. En quoi le projet de loi, même si on
dit : Il faut que ce soit obligatoire, et tout ça, va faire... va libérer
le temps des enseignants?
M. Prévost (Nicolas) : Bien, je
vous dirais...
Mme Ghazal : Si le temps n'est
pas libéré, est-ce que ça va changer quelque chose?
M. Prévost
(Nicolas) : Oui. Non, c'est ça, parce qu'à cette... Le temps,
je pense que, oui, il fut un... C'est peut-être moins facile présentement, encore là, compte tenu du contexte de rareté
ou de pénurie de main-d'oeuvre, parce que, quand nos enseignants, par leurs comités de perfectionnement ou autres, font
des demandes de choix de perfectionnement, bien, nous, il faut trouver,
bien entendu, quelqu'un pour les remplacer. Donc, ça peut devenir un enjeu puis
être beaucoup plus difficile. Mais, bon, ça reste quand même, pour nous, assez
important, cette formation-là.
Puis, nous, ce qu'on entend, là, des
enseignants, puis j'ai beaucoup d'amis enseignants, c'est : Ah! Nicolas, à
chaque fois que... la formation, ce n'est
pas toujours adéquat, ce n'est pas toujours pertinent pour nous. Bien, je dis,
moi : Bien non, ce n'est pas toutes des formations cinq étoiles, il y en a
des cinq, il y en a des quatre, il y en a des trois, mais on est toujours capables d'aller chercher une
petite bribe d'information qui fait qu'on peut aller plus loin. Donc, pour
nous, ça reste quand même important d'aller vers la formation, oui.
Mme Ghazal : ...c'en est une.
Puis vous parlez de la...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
Je suis désolée...
Mme Ghazal : Ah! c'est terminé.
On dirait que mon temps se réduit de tant... de fois à fois.
La Présidente (Mme Dionne) : Ça
passe vite.
Mme Ghazal : OK. Merci.
La Présidente
(Mme Dionne) : Je le chronomètre. Il est très bien chronométré,
ce temps.
Mme Ghazal : ...
La Présidente (Mme Dionne) :
Oui, je sais. M. le député de Matane-Matapédia, la parole est à vous.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Tout à l'heure, je vous ai
entendus parler de microgestion. Pouvez-vous me donner un exemple? Qu'est-ce
que vous anticipez?
Mme Bossé
(Hélène) : Bien, vous savez... Bon, je donne un exemple. On a
des projets éducatifs à écrire, avec des moyens, qu'on doit mettre en
place pour... après avoir fait la lecture de notre milieu, mais souvent il y a
un «top-down» qui arrive, puis on nous oblige à mettre des choses dans notre...
soit par le ministère ou soit par les directions générales, parce qu'il y a un
PEVR, puis on doit atteindre les objectifs. Et là, bien, on vient nous dire
comment le faire, comment mettre les choses en place.
M. Bérubé : Est-ce que c'est
arrivé dans le mandat précédent, 2018-2022?
Mme Bossé (Hélène) : Ah! mais
ça existe depuis toujours. Moi, ça fait 30 ans que je suis là.
• (15 h 30) •
M. Bérubé : Ce n'est pas ma
question.
Mme Bossé (Hélène) : Ah! bien
oui.
M. Bérubé : Un exemple concret.
Mme Bossé (Hélène) : Du
gouvernement ou du...
M. Bérubé : Du gouvernement, où
on vous a... on vous a mis une commande, vous avez senti que c'était de la
microgestion.
M. Prévost (Nicolas) : Écoutez,
la... On a eu l'arrivée de tableaux de TNI, là, à un moment donné...
M. Bérubé : TNI...
M. Prévost (Nicolas) : Oui, les
tableaux...
Mme Bossé (Hélène) : Les
tableaux interactifs.
M. Prévost
(Nicolas) : ...tableaux interactifs. On a eu, bien là, du
matériel qui est arrivé aussi pour l'enseignement à distance. C'est
comme des choses qui sont arrivées sans trop, trop qu'on...
Mme Bossé (Hélène) : Les
maternelles quatre ans.
M. Bérubé : OK. Deuxième
question : Trouvez-vous qu'on aurait dû faire le bilan de la réforme
précédente d'abolition des commissions scolaires avant d'embarquer dans une
autre réforme de structure? Parce que moi, je ne sais toujours pas qu'est-ce
que ça a changé. Comme député, dans ma relation avec... commission scolaire ou
un centre de services scolaire, la seule
différence, c'est que je ne peux plus parler à un élu. C'est encore plus
difficile de parler avec une direction de centre de services scolaire.
En quoi ça a amélioré l'éducation, selon vous, la réforme précédente?
M. Prévost (Nicolas) : Bien oui, je
pense qu'il faut, effectivement... Je le disais tantôt, quand on met en place,
il y a des projets pilotes, il y a des choses qu'on met en place, je pense,
d'évaluer les changements... Est-ce qu'il aurait pu y avoir un certain bilan?
Je vous dirais que la réponse est oui.
Mais ce qui est encore plus important pour nous,
au-delà du bilan, c'est qu'on s'assure, justement, du respect de ce qui sera décidé, de la mouture des décisions
finales qui seront prises avec modifications pour qu'on puisse
travailler de façon... Et là ce sera encore
plus facile de faire un bilan, je vous dirais, parce qu'on va se référer aux
choses puis on ne pourra pas dévier sur des choses qui sont non
respectées.
M.
Bérubé : C'est embêtant. On n'a même pas eu le temps de
faire le bilan. On est déjà... Le papier à lettres a changé. On est déjà
dans une autre réforme de structure.
Vous avez indiqué tout à l'heure... Vous avez
parlé de la formation des enseignants. Vous aviez l'air à avoir un certain nombre de doutes. Je pense que vous
trouvez qu'il y en a trop, qu'il y a un plus grand... qu'il y a un trop
grand choix à la disposition des enseignants, non?
M. Prévost (Nicolas) : Non, non.
M.
Bérubé : J'ai lu ça pourtant. Non?
M. Prévost
(Nicolas) : Non, non. Le choix...
Mme Bossé
(Hélène) : Ce n'est pas le nombre... Ce n'est pas les possibilités,
là.
M. Prévost
(Nicolas) : Le choix...
M. Bérubé : Une
trop grande liberté d'interprétation dans le choix des programmes de formation
continue. C'est votre groupe qui dit ça.
M. Prévost (Nicolas) : Oui, oui. Bien, dans... C'est parce que ce n'est
pas le choix qui est offert, parce que plus le coffre d'outils sera...
plus on offrira d'outils aux enseignants, bien, ce qui est important, c'est...
M.
Bérubé :
On dit la même chose.
M. Prévost (Nicolas) : ...mais ce choix-là soit grand, mais qu'ils
puissent aller... que les enseignants choisissent, je vous le dis, nous,
ce n'est pas là la problématique. C'est juste pour certains enseignants, là.
Mais, pour 90 % des enseignants, là, il n'y a pas de problème.
M. Bérubé : Mais
certains doivent être guidés dans leur... je dirais, dans leur autonomie
professionnelle.
Mme Bossé
(Hélène) : Tout à fait.
M. Prévost
(Nicolas) : Certains le demandent, d'être guidés.
M. Bérubé : Vous,
vous dites : Tout à fait. Vous vous dites : Certains.
Mme Bossé
(Hélène) : Il y a les deux.
La Présidente (Mme
Dionne) : En terminant. Il reste cinq secondes. Merci.
Mme Bossé
(Hélène) : N'importe quel corps d'emploi, c'est comme ça.
M. Bérubé : D'accord.
La Présidente (Mme
Dionne) : Mme Bossé, M. Prévost, merci infiniment pour votre
contribution.
Je suspends les
travaux quelques instants, le temps d'accueillir notre deuxième groupe.
(Suspension de la séance à
15 h 33)
(Reprise à 15 h 36)
La Présidente (Mme
Dionne) : La Commission de la culture et de l'éducation reprend
maintenant ses travaux. Donc, nous sommes
prêts à accueillir le deuxième groupe, soit l'association québécoise du
personnel des directions des écoles.
Alors, bienvenue à M. Cedrik Verreault, conseiller en relations publiques, M.
Carl Ouellet, président, et Mme Line Lachance,
vice-présidente. Donc, je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour nous exposer votre présentation. Alors, peut-être vous présenter,
et ensuite nous faire part de votre exposé. Merci.
Association québécoise du personnel de direction des
écoles (AQPDE)
M. Ouellet
(Carl) : Merci beaucoup. Bonjour. Je suis Carl Ouellet, président de
l'Association québécoise du personnel de direction des écoles, qui représente
plus de 750 membres, directions, directions adjointes, gestionnaires
administratifs d'établissement des niveaux primaire, secondaire, formation
professionnelle et l'éducation des adultes. Je suis accompagné de Line
Lachance, vice-présidente de l'AQPDE et directrice à l'école du Bac de Lévis,
ainsi que Cedrik Verreault, conseiller en relations publiques à l'AQPDE.
Mmes, MM. les
députés, membres de la commission Culture et éducation, M. le ministre, Mme la
Présidente, je désire d'abord vous remercier
de cette invitation à venir partager avec vous nos attentes et nos réflexions
sur le projet de loi n° 23. Nous
avons déposé un bref mémoire qui fait état des réflexions des directions
d'établissement de notre association consultées au cours des derniers
jours. Dans le temps qui m'est accordé, je tenterai de le résumer. A priori,
Mme la Présidente, deux clés de lecture essentielles pour notre association.
Premièrement, l'école
se fait dans une classe composée d'un enseignant et d'un groupe d'élèves. La
direction est à l'école ce que l'enseignant
est à la classe. L'école est située au coeur d'un quartier, d'une municipalité,
d'une ville, et elle est sous leur responsabilité collective. Toujours
bon de se rappeler, c'est pédagogique.
Deuxièmement,
le principe de subsidiarité inscrit à la... à l'article 207 de la Loi sur
l'instruction publique oriente la
gouvernance du système d'éducation. Il est défini ainsi, je cite : «...les
pouvoirs et [...] responsabilités doivent être délégués au niveau
approprié d'autorité — j'en
passe — [...]
en ayant le souci de [le] rapprocher le plus possible des élèves.» Fin de la
citation. En toute logique, ce principe devrait être intégré dans la
description des fonctions du ministre aux articles 459 et suivants de la
Loi sur l'instruction publique ainsi qu'aux responsabilités des directions
générales.
Le premier objet de
mon intervention concerne l'Institut national de l'excellence en éducation.
Nous y adhérons à certaines conditions.
L'institut doit être indépendant et neutre, avec un pouvoir d'initiative et de
consultation des partenaires de l'éducation.
L'institut doit être le principal lieu de collecte de données claires, simples
et utiles transmises aux directions d'établissement, c'est-à-dire :
1° l'ensemble des
données statistiques sur les populations scolaires, notamment les indicateurs
de réussite et de persévérance;
2° le recensement des
données probantes issues de la recherche en éducation;
3° la mise à jour des
connaissances sur l'évaluation des apprentissages;
4° les données
qualitatives sur les besoins des élèves et du personnel scolaire;
5° la mise à jour
régulière des données sur le milieu socioéconomique de nos élèves;
6° les propositions
aux directions d'établissement de suivi de stratégies pouvant alimenter leurs
interventions et s'intégrer à un tableau de bord de gestion; et
7° la coordination de
la participation du Québec aux évaluations canadiennes et internationales des
systèmes d'éducation — on
prend comme exemple le PISA — et la diffusion des résultats.
• (15 h 40) •
Nous questionnons
l'intégration au mandat de l'institut des responsabilités concernant les
programmes de formation initiale et continue
à l'enseignement. Cela nous semble une lourde tâche qui pourrait détourner
l'institut de sa mission première,
promouvoir l'excellence des services éducatifs. Cette responsabilité devrait
être confiée à une commission indépendante
avec les mandats suivants : agrément des programmes de formation,
conditions de délivrance et d'autorisation d'enseigner, et
reconnaissance des activités de formation continue.
Mon deuxième objet
concerne justement les dispositions obligatoires de la formation continue des
enseignants. Cela doit se faire dans le dialogue et la recherche commune de
formations qui répondent aux besoins de l'enseignant lui-même, de l'école, par son projet éducatif, et des élèves sous sa
responsabilité. Nous croyons que ces plans de formation devraient être
convenus entre la direction d'établissement et chaque enseignant. Comme
direction, nous serions d'accord à nous voir imposer la même obligation avec la
direction générale.
Mon troisième objet
d'intervention, la formation à distance. Pour nous, il est clair que le centre
de services scolaire est l'entité la mieux
placée pour établir les modalités et les conditions de l'enseignement à
distance pour un élève, pour un groupe d'élèves ou une école aux prises
avec des situations imprévisibles. Ce n'est pas tant un règlement dont nous avons besoin, mais d'un guide de gestion
préparé et transmis par le ministère. Le ministre, pour sa part, doit
s'assurer que les écoles ont accès à des
appareils ainsi qu'à des réseaux et des équipements sécuritaires, fiables,
performants et à jour.
Notre quatrième et
dernière préoccupation concerne la nomination des directions générales. Cette
orientation peut nous faire perdre de vue la visée décentralisatrice introduite
par le principe de subsidiarité inscrit à l'article 207.1 de la loi. Selon
nous, cette nomination, lors de sa mise en oeuvre, risque de soulever un débat
plus large et inutile sur la politisation de la gouvernance scolaire.
Avant
de conclure, je souhaite attirer votre attention sur le fait que ce projet de
loi ignore la formation professionnelle et l'éducation aux adultes. Nous
espérons que le législateur corrigera cette lacune où il se doit dans le projet
de loi.
En
terminant, j'insiste, Mme la Présidente, oui à un institut de l'excellence qui
transmet aux directions des données claires, simples et utiles sur la
situation du système... des systèmes d'éducation et de leurs établissements,
ainsi que des outils concrets pour les aider à améliorer la réussite des élèves
de leurs écoles.
Mme la Présidente,
nous sommes maintenant disponibles à répondre aux questions des membres de la
commission. Merci.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci infiniment, M. Ouellet. On est maintenant prêts à
débuter les échanges, et je cède la parole au ministre de l'Éducation.
M.
Drainville : Très bien. Merci beaucoup. Merci à vous trois de vous
être déplacés et de participer à nos... à nos travaux. D'abord, pour ce qui est
de la formation professionnelle, la formation générale, je vous dis d'emblée
que les améliorations seront apportées, puisque le but de l'exercice, c'est de
s'assurer, justement, qu'on améliore le projet de loi. Alors, ne vous en faites
pas, ce sera fait.
Par rapport à
l'enseignement à distance, bon, évidemment, on a beaucoup investi dans
l'équipement pour faire de l'enseignement à distance pendant la pandémie.
Quelle est l'évaluation que vous faites de l'état des choses présentement par
rapport à l'équipement, l'accessibilité à l'équipement pour nous permettre de
faire de l'enseignement à distance, par
exemple, en cas de catastrophe naturelle, comme on a connu, par exemple, à
Baie-Saint-Paul récemment, dans
Charlevoix, bon, ou encore un élève, effectivement, qui est en traitement, qui
ne peut pas... qui est en chimiothérapie, par exemple, qui ne peut pas
aller dans une classe, donc il doit être éduqué à distance? Est-ce qu'avec les
antennes que vous avez dans les écoles du Québec, auprès des directions d'école
du Québec... Est-ce que vous avez le sentiment qu'on a ce qu'il faut, en termes
d'équipement, pour pouvoir donner cet enseignement à distance?
Mme Lachance (Line) : J'ai envie de
vous répondre que, oui, on a ce qu'il faut, mais il faut toujours tenir à jour,
par contre.
M. Drainville : C'est
ça, l'enjeu, hein?
Mme Lachance (Line) : Exact. Pendant
la pandémie, bien sûr, on a... on avait les clés LTE, en fait, pour des
familles qui n'avaient pas le réseau wifi nécessaire pour assurer le bon
fonctionnement, mais l'enjeu, en fait, c'est plus de tenir à jour toutes nos...
j'allais dire nos flottes, on appelle ça des flottes, d'iPad, de Chromebook,
etc. Donc... Mais actuellement c'est sûr qu'avec la pandémie qui nous est
arrivée on a eu, à vitesse grand V, à former, à se former, à former tout notre
personnel. Ça, je n'ai pas de... je n'ai pas de crainte à ce niveau-là. Donc,
voilà.
M. Ouellet (Carl) : Puis peut-être
en ajoutant aussi que, oui, la quincaillerie est là — on va
le dire, là, quand je parle de la quincaillerie, c'est les outils sont là — mais
présentement on est en pénurie de personnel aussi au niveau technique. Donc,
les techniciens en informatique, c'est difficile dans les centres de services.
On n'a pas... Tu sais, on n'a pas des gens, dans nos écoles, qui viennent nous
aider. On a... C'est difficile. Donc, oui, tout est là, mais ça prend les
conditions aussi, là, pour qu'on continue, qu'on puisse faire quelque chose
avec ce... avec ce matériel-là.
M. Drainville : Parlez-moi du rôle
des directions d'école dans l'encadrement de la formation continue.
M. Ouellet (Carl) : Bien,
premièrement, on est... nous sommes des directions d'école, donc on est les
plus proches. C'est nous qui... Un peu comme
je l'ai dit dans mon préambule, l'enseignant connaît bien sa classe, connaît
bien ses élèves. Nous, comme direction, on connaît bien notre personnel. Donc,
on peut accompagner notre personnel dans la formation, dans la formation
continue. On a un projet éducatif, dans nos écoles, qu'on peut se coller, qu'on
détermine ensemble, avec les parents au
conseil d'établissement, avec nos équipes-écoles. Donc, on a des objectifs à
livrer dans notre... dans notre projet éducatif en tenant compte des
PEVR, en tenant compte des orientations ministérielles, bien sûr.
Mais, quand c'est le temps de parler de
formation continue, on a un petit peu les mains liées présentement avec les... avec les enseignants. De quelle manière?
C'est qu'on ne peut pas, présentement, convier ou demander à un
enseignant d'assister à telle et telle formation, malgré le fait que, bon,
bien, dans certaines situations, avec tel élève, on aurait besoin d'une
formation, on aurait besoin que tu sois formé davantage. Présentement, c'est
difficile. Les conditions gagnantes ne sont pas là. Avec le projet de loi,
qu'est-ce qu'on voit, c'est que, oui, on va avoir des conditions gagnantes.
Et nous, on
propose aussi un plan de formation, donc, un plan de formation que l'enseignant
pourrait avoir et, nous, comme direction, qu'on pourrait avoir aussi
avec notre direction générale. Et les enseignants... Vous savez, on se promène beaucoup, hein, avec la pénurie, avec...
Les enseignants se promènent beaucoup d'un milieu à l'autre. Souvent, on
reçoit des élèves... pas des élèves, mais des enseignants de différents
milieux. On ne sait pas trop qu'est-ce qu'ils ont
fait comme formation. Mais là, avec un plan de formation qui serait convenu
avec la direction, qui serait analysé, qui serait... C'est le dialogue. Ça se fait ensemble, avec le besoin de
l'enfant... le besoin de l'enseignant, le besoin des enfants, bien sûr,
les élèves, en lien avec notre école. Donc, on pourrait avoir plus d'ouverture
et on pourrait être... Ça pourrait être plus structuré, je vous dirais, là, la
formation, là. Je pense au personnel enseignant, bien sûr, mais je pense aussi
aux autres personnels.
M. Drainville : Comment vous
conciliez, parce que, ça, on va beaucoup l'entendre dans des témoignages
subséquents, comment vous conciliez ce besoin d'encadrement avec l'autonomie
professionnelle que les enseignants vont revendiquer en matière de formation
continue?
M. Ouellet (Carl) : La ligne est
mince, effectivement, la ligne est mince, mais moi, comme direction, comme
accompagnant, comme superviseur, des fois, je peux éclairer, je peux soutenir
mon enseignant, dire : Heille! as-tu pensé
à telle formation? Oui, je comprends, c'est ta... c'est ta liberté, c'est...
c'est ton autonomie professionnelle, mais je pense que, comme direction, j'ai un mandat aussi, moi, à... J'ai mes
élèves en arrière de ça. Je veux que mes élèves réussissent. Puis, quand on parle du principe de subsidiarité,
on en a parlé, mais on est proches de l'élève. Donc, moi, j'espère avoir
la capacité... la capacité de parler à mes
profs, à mes TES, à mes personnels de service de garde pour leur dire :
Écoute, avec ce qui se passe, il y a
des nouvelles choses qui sortent, il y a des nouvelles approches pédagogiques,
peu importe, il y a des... des approches, comme je le disais, là, qu'on
peut explorer. Je veux avoir... Je ne veux pas avoir les mains liées. Je veux
le proposer. Je veux être un support pour mon enseignante, mon enseignant,
parce que je sais qu'au bout de la ligne c'est l'élève qui est là.
M. Drainville : Mais ce que
j'entends dans votre réponse puis dans votre ton, surtout, c'est la recherche
de l'équilibre. Vous êtes visiblement
convaincu qu'il y a moyen de trouver cet équilibre délicat entre le besoin
d'encadrement, le besoin, par exemple, de s'assurer que les formations qui sont
consignées soient de vraies formations, que ce ne soit pas du n'importe quoi,
puis parfois ça arrive que c'est du n'importe quoi, pas tout le temps, là, mais
parfois ça arrive, et donc consignées, une vraie formation continue avec, bien
entendu, une marge de liberté professionnelle pour que l'enseignant,
l'enseignante choisisse des formations qui vont dans le sens de ses besoins à
lui, de ses besoins à elle. Il faut... Il y a moyen de trouver cet
équilibre-là.
M. Ouellet (Carl) : Absolument, puis
au même titre que nous, comme direction, si on a cette entente-là avec notre direction générale... Si moi, je suis
affecté dans une école où il y a des classes de troubles de comportement, ou
peu importe, puis je n'ai jamais été dirigeant de ces classes-là, bien,
j'apprécierais que mon DG vienne me dire : Écoute, il y a des formations
disponibles ou les gens des services éducatifs de notre centre de services
pourraient te donner une formation là-dessus. Ça, moi, je
pense qu'il faut être ouvert à ça. Puis, oui, la ligne est mince, mais, en même
temps, on veut faire partie, là, de la solution.
M. Drainville : Très bien. Merci.
J'apprécie beaucoup votre ton très modéré et très nuancé. Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Hull.
• (15 h 50) •
Mme
Tremblay : Bonjour. Donc, j'aimerais... Je vais continuer sur
la formation, là, la formation continue, parce que, clairement la LIP
vous définit comme un rôle de leader pédagogique, c'est très clair, donc, puis
là vous parlez d'avoir une entente plus formelle avec les enseignants puis les
enseignantes. Qu'est-ce que... Puis j'ai deux questions puis même trois, même, là. Qu'est-ce qui vous empêche, à l'heure
actuelle, c'est quoi, les empêchements de discuter déjà, présentement, là, d'avoir ce lien-là avec
l'enseignant puis l'enseignante? J'ai été quand même enseignante 17 ans
puis j'ai eu de nombreuses discussions sur ma formation avec ma
direction. On a partagé... Moi, j'ai partagé mes besoins. Elle m'a partagé, elle, d'autres... d'autres
suggestions de formation. Qu'est-ce... qu'est-ce
qui vous empêche, là, d'avoir
cette discussion-là? Parce que, moi, pour moi, c'est... ça vous est déjà
conféré, en étant un leader pédagogique.
Et mon autre question, c'est, bon... Bien, au
niveau de la formation, vous avez quand même du temps dans les journées
pédagogiques. Le temps vous appartient lors des journées pédagogiques. Très
clair aussi au niveau de la convention.
Qu'est-ce qui vous empêche de dire aux enseignants : Bien, cette
journée-là sera dédiée à telle formation qui est très pertinente dans...
dans notre projet éducatif de l'école?
Mme Lachance (Line) : Bien, en fait,
je vais répondre. En fait, il faut exercer notre pouvoir d'influence, j'ai
envie de dire. Quand on a un bon lien avec notre équipe-école, c'est la base,
premièrement. Quand on est aussi leader pédagogique et qu'on connaît les
besoins de notre milieu, bien, on exerce ce pouvoir d'influence là, justement,
pour que les enseignants puissent aller suivre les formations qui sont en lien,
on le répète, mais c'est important, en lien avec notre projet éducatif de notre
école. Oui, on peut utiliser les journées pédagogiques, oui, on peut
dire : Bien, cette journée-là, je...
elle est dédiée à la formation, et, oui, on peut suggérer fortement. Moi, je
crois à... je me répète, mais au lien qu'on a avec notre équipe-école,
et qu'on peut encadrer davantage tout en étant subtil, des fois, dans
l'obligation, en fait, je vais le dire comme ça.
Mais ce qui demeure difficile, c'est la
consignation de toutes ces formations-là, puis on l'a nommé. Il y a beaucoup de
mouvances. Il y a beaucoup de nouvelles personnes. Les enseignants changent
d'école. Donc, oui, je fais ma supervision pédagogique avec mes enseignants
dans mon milieu, mais, quand même, ce serait intéressant d'avoir un portfolio,
peu importe le format, en fait, mais qui m'amènerait à voir qu'est-ce que
l'enseignant qui arrive dans mon école... quelles formations a-t-il suivies.
Mme
Tremblay : Effectivement intéressant, de ce côté-là, d'avoir
une... Puis c'est intéressant pour les enseignants, les enseignantes
puis, je comprends, pour vous aussi, parce que, oui, effectivement, il y a
beaucoup de mouvements de personnel.
Puis, en
terminant, au niveau... ici, vous disiez : Bien, ça me prendrait des
modifications puis des ajustements aux conventions collectives. De
quelles modifications puis d'ajustements aux conventions collectives, là? C'est
dans votre rapport, là, vers la fin, que vous venez mentionner cela.
M. Ouellet (Carl) : Bien, c'est tout
ce qui touche, justement, l'autonomie professionnelle... pardon, j'ai
beaucoup mal à la gorge, tout ce qui touche l'autonomie professionnelle. Dans
les conventions collectives, on parle de la
formation des enseignants. Moi, comme direction, présentement, je ne peux pas assigner
une direction... un enseignant à une certaine formation. Donc, c'est un
petit peu... Quand on dit : Il faut avoir les encadrements, ça en est un,
exemple. Donc, moi, comme direction, si je
trouve que, bien, dans telle classe, il y a un ti-pit, il y a un élève que j'ai
besoin d'une... il y a un besoin particulier, j'aimerais ça que le prof
suive cette formation-là, présentement, je ne peux pas obliger l'enseignant,
justement, à suivre cette formation-là. Je ne peux pas le convoquer.
Mme Lachance (Line) : Et
j'ajouterais, en terminant, si vous me permettez, en fait, la convention
collective des enseignants, aussi, c'est
qu'ils ont deux jours dans le calendrier scolaire qu'on ne peut pas toucher
pour leur demander d'assister à des formations obligatoires. Elles leur
appartiennent, ces deux journées-là dans le calendrier scolaire. Ça, c'est dans
la nouvelle convention collective.
Mme Tremblay : Oui, puis c'est les
conventions collectives locales, hein, ça fait que ça change de... d'une...
Mme Lachance (Line) : Oui, tout à
fait. Vous avez raison.
M. Ouellet (Carl) : ...centre de
services.
Mme
Tremblay : Certaines directions ne peuvent pas imposer, alors
que, dans d'autres conventions collectives locales, c'est possible.
M. Ouellet (Carl) : C'est en plein
ça.
Mme Lachance
(Line) : Oui, exact, oui.
Mme Tremblay : Parfait. Merci.
M. Drainville : Pouvez-vous juste
répéter ce que vous venez de dire sur les deux jours, là, les deux journées
pédagogiques, comment vous...
Mme Lachance (Line) : C'est deux
jours, en fait, dans le calendrier scolaire, qui sont destinés aux enseignants.
Donc, comme direction d'établissement, je me dois de respecter ces deux
journées-là. Je ne peux pas les obliger, lors de ces journées-là, à suivre une
formation xy ou...
M. Drainville : Ça, c'est dans votre
centre de services scolaire, ça.
Mme Lachance (Line) : Oui.
M. Ouellet (Carl) : Ça existe dans
beaucoup de centres de services scolaires aussi, ça.
Mme Lachance (Line) : Oui.
M. Drainville : OK. Mais ça dépend
du centre de services scolaire.
Mme Lachance (Line) : C'est local,
comme disait...
M. Ouellet (Carl) : C'est local.
Mme Lachance (Line) : Exact, oui.
M.
Drainville : C'est ça. Excellent. Sur l'accès aux données... Il
me reste un petit peu de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Dionne) : Oui. Il
vous reste quatre minutes, M. le ministre.
M. Drainville : Sur l'accès aux
données, là, est-ce que... Vous savez qu'un des objectifs du projet de loi,
c'est justement de faire en sorte qu'on ait accès à des données auxquelles on
n'a pas accès présentement. Puis, dans certains cas, c'est, bien, comme l'a dit la VG il y a quelques jours, là, tu
sais, de ne pas savoir... de ne pas avoir le portrait réel, par exemple,
du corps enseignant actuellement, combien est-ce qu'il y a de non légalement
qualifiés, puis, parmi les non légalement qualifiés, quel type de... de niveau
d'études ils ont ou elles ont, etc. Ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal.
Est-ce que vous, de votre côté, vous en vivez, des frustrations par rapport
à... aux données, par moments?
M. Ouellet (Carl) : Je vous dirais
que, dans plusieurs centres de services, on travaille déjà avec des données,
avec GPI, avec LUMIX, peu importent les systèmes, là, où on est capables...
Moi, comme direction d'école, là, je suis capable, après chaque étape, de voir
la progression de mes élèves, tout ça. La difficulté, c'est que ce n'est pas
partout comme ça. Ce n'est pas tous les centres de services. Puis je comprends,
M. le ministre, que vous dites... Vous, comme ministre,
vous aimeriez ça avoir la vue d'ensemble. Vous ne l'avez pas, c'est vrai. Puis
je pense que c'est important d'avoir ces
données-là, c'est important, parce que... Moi, je l'ai utilisé, comme
direction, quand j'étais dans mes écoles secondaires. Quand je faisais
mes supervisions, quand je rencontrais les parents, quand je rencontrais mes
enseignants, on utilisait beaucoup ces données-là.
M. Drainville : ...
M. Ouellet (Carl) : Aux
Premières-Seigneuries, ici, à Charlesbourg, Beauport. Donc, on était...
M. Drainville : Donnez-moi...
Donnez-nous des exemples, peut-être un ou deux exemples très concrets de
l'utilisation que vous faisiez des données pour... qui avaient un effet réel,
là, sur...
M. Ouellet
(Carl) : Bien, un exemple
très simple, en fin de première étape... Exemple, en histoire, secondaire
IV, on sait qu'il y a un examen ministériel
à la fin de l'année. Première étape, dans un groupe de 30, 32 élèves, j'ai
16 échecs. Bien, moi, comme direction,
on est juste au mois de novembre, là... novembre, c'est ça, premier bulletin,
bien, je suis capable tout de suite... En novembre, on parle à nos
enseignants-ressources, on parle à notre orthopédagogue, on parle à nos enseignants du département d'histoire, d'univers
social, on met un blitz, on fait quelque chose pour ces élèves-là,
récupération, rattrapage, on parle aux parents. Donc, rapidement, cette
donnée-là vient agir... Je suis capable de faire l'intervention rapidement
parce que je l'ai, cette donnée-là. Si j'avais attendu à la fin de l'année, à
l'examen du ministère, bien là, j'aurais dit : Bien, regarde, c'est les
cours d'été. Ma seule solution, ça aurait été de dire à l'élève et aux
parents : Désolé, tu es en échec cette année, tu vas aller suivre le cours
d'été en juillet, tandis que, là, quand j'ai eu la donnée, tout de suite en
novembre, j'ai mis tout de suite un processus d'accompagnement puis de soutien
pour ces élèves-là.
M.
Drainville : ...bon. C'est très bon. C'était tellement un bel exemple.
C'est tellement un bel exemple de la différence que ça peut faire, l'accès aux
données.
M. Ouellet
(Carl) : Puis on était documentés. On avait des tableaux de bord dans
nos écoles. Je prends les Premières-Seigneuries parce que c'est mon expérience,
là, mais on était accompagnés. Il y a des gens, aux services, qui nous
donnaient un coup de main là-dedans. On faisait l'analyse. On le faisait avec
nos profs dans nos assemblées générales, dans nos rencontres pédagogiques de
niveau. On le savait. Les profs, les enseignants savaient où on en était, toute l'équipe-école le savait, puis on avait nos
objectifs en fonction de... en fonction de ça. Puis surtout la décision
venait de nous autres, là. C'est le milieu, c'est notre école, c'est nous qui
le décidons, là. Puis, quand on a besoin, on a tant de budget de mesures
d'appui, bien, quand on arrivait au conseil d'établissement puis on disait aux
parents puis aux enseignants : Bien, cette année, désolé, là, mais on a
besoin de 15 000 $ en mesures d'appui en histoire, on vous montre
pourquoi, on prend la décision, on s'est consultés, on est capables de le
faire, là. Ce n'est pas le gouvernement qui est venu nous dire : Bien,
regarde, tu as 15 000 $ pour telle, telle affaire, là. C'est nous,
dans notre école, qui a décidé qu'est-ce qu'on faisait avec cet argent-là,
parce qu'on avait les données, justement, qu'on avait une problématique puis on
voulait la régler à notre niveau à nous.
La Présidente (Mme
Dionne) : 10 secondes, M. le ministre.
M.
Drainville : Mais le 15 000 $, il servait, par exemple, à...
Vite, vite, un exemple.
M. Ouellet
(Carl) : Du support pédagogique. On engageait un enseignant. On
mettait du support de plus, de la récupération après l'école, du transport. Si
l'élève assistait après l'école, à 4 h 30 jusqu'à 5 h 30,
s'il n'avait pas de transport, on payait le taxi.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup, M. Ouellet.
M. Ouellet (Carl) :
En tout cas, tu sais...
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci. Ça a été très bien, livré très rapidement. Je cède
maintenant la parole à l'opposition officielle. Mme la députée de
Saint-Laurent, la parole est à vous.
Mme Rizqy : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Je tiens à vous rassurer, ce matin, justement, je
parlais de la formation professionnelle, parce que c'est l'une des sept
priorités du gouvernement, et j'ai été, moi aussi, étonnée de lire que l'institut allait se pencher sur le
préscolaire, le primaire et le secondaire mais pas la formation
professionnelle. Alors, j'avais déjà dit qu'il y aura un amendement qu'on
déposera, parce qu'effectivement on ne peut pas oublier.
M. Ouellet
(Carl) : Merci.
Mme Rizqy :
Et c'est surtout que c'est souvent eux, nos raccrocheurs, hein?
M. Ouellet
(Carl) : Absolument.
• (16 heures) •
Mme Rizqy :
Alors, je pense... Je crois que le ministre sera favorable à cet amendement.
Moi,
je suis contente, parce que, les données, j'ai toujours dit, là, moi, je...
Tableaux de bord, là, amenez-en, j'aime ça. Mais, en même temps, ce que
je suis un petit peu étonnée, c'est ce que... contrairement à ce que...
l'exemple du ministre de l'Éducation sur
connaître le profil de combien qu'il y a de gens qui ont une tolérance
d'engagement dans le réseau, la vérificatrice l'indique dans son
rapport. Le ministère de l'Éducation avait cette donnée, mais c'est la VG qui a
fait le travail à la place du ministère de l'Éducation. Et, pour parler à
plusieurs directions d'école, on me dit que vous remplissez beaucoup de
CollecteInfo. Est-ce que c'est vrai que vous remplissez beaucoup de
CollecteInfo?
Mme Lachance
(Line) : Oui, c'est vrai.
Mme Rizqy : Moi,
il y en a qui me disent qu'ils sont transmis. Puis, des fois, c'est très
rapide, hein, quand on vous demande une collecte d'info puis...
Mme Lachance
(Line) : Oui, le délai est court.
Mme Rizqy : Les
délais sont très courts, mais vous le faites pareil, là.
Mme Lachance (Line) :
Il faut.
Mme Rizqy : Oui.
Alors, j'imagine que... Tantôt, on faisait état des frustrations. Ça peut être
une frustration, peut-être, de savoir que, vos CollecteInfo, il n'y a pas grand
monde qui collige l'information demandée.
Mme Lachance (Line) :
Bien, en fait, si je peux me permettre, c'est sûr qu'on a demandé, hein,
d'avoir des budgets décentralisés dans nos écoles. Ça a été une demande. Ça a
été... ça a été approuvé, accepté, en fait. Mais, en même temps, qu'on nous demande
une reddition de comptes, c'est correct. Je pense que c'est normal qu'on
nous demande cette reddition de
comptes là. Puis je ne suis pas... Je suis très honnête. Je ne suis pas
inquiète de la faire. Je la fais en bonne et due forme. Mais, oui, ça demande... C'est administratif, j'ai envie de
dire, ces informations-là, et il y aurait peut-être lieu d'améliorer.
Comment, je n'ai pas de réponse, mais il faut le faire.
Mme
Rizqy : Vous, vous avez beaucoup de tableaux de bord par
chez vous. Vous n'avez pas eu besoin d'une loi pour le faire, hein, vous
l'avez fait. Mais c'est important, parce que la Vérificatrice générale en parle
encore dans son rapport. Puis il y a un
tableau que j'aime beaucoup où elle fait état de différents centres de services
scolaires, évidemment, elle ne démontre pas tout, parce que le
tableau... jamais terminé, où est-ce qu'on parle du taux de roulement, le taux
de rétention, taux d'absentéisme, très détaillé, mais c'est à géométrie
variable dans le réseau.
Alors, ça, je pense qu'on est d'accord que ce
sont des informations qui sont importantes et cruciales, mais que ça devrait
vraiment... avoir un portrait d'ensemble où est-ce que tout le monde répond aux
mêmes affaires, mais ça se fait déjà dans certains centres de services scolaires,
mais qu'on devrait s'assurer que ce soit fait partout et non pas à géométrie
variable, hein?
Mme Lachance (Line) : Exact.
M. Ouellet (Carl) : Absolument. Puis
c'est des objectifs, des priorités que certains centres de services se sont donnés. D'autres ont choisi d'autres priorités.
Donc, on respecte ça, mais je pense qu'aujourd'hui ça devrait être
commun, là. Tu sais, on devrait avoir ces données-là facile.
Mme Rizqy : Le ministre, lorsqu'il a
déposé son projet de loi, a donné l'exemple suivant : Si, par exemple, en décembre, j'apprends que, dans telle classe, les
élèves ont un retard en français, ça va me permettre, moi, de venir dire,
je vais nommer un nom fictif : Mélanie,
as-tu besoin, par exemple, d'une aide à la classe pour t'aider? Moi, ma
compréhension, parce que je n'ai pas fait de
tournée d'écoles, je suis allée faire de la suppléance pendant plusieurs mois,
ma compréhension de ce que j'ai vu, c'est que c'était déjà le cas à
l'école, où est-ce que les directions d'école, lorsque vous voyez, en décembre, qu'une certaine classe ça va moins bien,
vous intervenez immédiatement et vous vous assurez, dès le mois de
décembre... Vous ne tergiversez pas jusqu'au mois de juin en espérant que ça va
se résorber par soi-même. Est-ce que je me trompe, que vous, vous faites une
intervention dès que vous avez les résultats, là?
Mme Lachance (Line) : Vous ne vous
trompez pas. Puis, j'ai envie de dire, on fait même plus régulièrement que ça.
En fait, aux étapes, hein, on fait de la supervision avec notre personnel et on
regarde les résultats de la classe. Et,
autour de la table, bien, il y a les professionnels aussi, l'orthopédagogue,
psychoéducatrice. Et là on regarde, on analyse les besoins de la classe,
les défis de la classe, ce qui va bien, tant mieux aussi, mais... et qu'est-ce
qu'on peut changer pour améliorer les résultats des élèves de cette classe-là,
par exemple.
Mme Rizqy : Parfait. Bien, merci.
Puis merci aussi de nous partager aussi les bons coups, parce qu'on en parle
souvent durant la semaine de la persévérance scolaire, mais, oui...
Mme Lachance (Line) : Oui, exact.
Mme Rizqy : Vous portez d'ailleurs
la couleur de la persévérance scolaire. Aussi, vous le mentionnez dans votre
mémoire, l'indépendance de l'institut. Pour moi, l'institut en éducation, c'est
un peu l'équivalent de l'INESSS qui existe en santé, où est-ce qu'on le voit,
que le premier poste budgétaire le plus important au Québec, la santé, a un
institut qui fait de la recherche par soi-même. Sa loi habilitante, c'est
clairement indiqué que l'institut peut choisir ses dossiers de recherche, mais
aussi que le ministre peut en suggérer ou même carrément lui demander de faire
telle, telle recherche. Il peut le faire.
Mais il y a cette indépendance de l'institut, au niveau de la santé, qui peut
choisir, par exemple : Moi, je vais m'attaquer au plomb dans l'eau,
à la qualité de l'air, et ce qu'ils ont déjà fait dans d'autres études. Je n'ai
pas choisi ça par hasard, comme sujet de recherche, vous le savez, mais je trouve
particulier que l'équivalent en éducation n'est pas là, où est-ce que c'est
vraiment en concertation avec le ministre.
Alors, moi, je pensais faire des amendements
pour qu'on soit beaucoup plus collés avec... au niveau de l'INESSS, où est-ce qu'il aurait les coudées
franches pour choisir des sujets de recherche. Mais évidemment, si le
ministre en a, moi, pour moi, ce n'est pas mutuellement exclusif. Il peut en
suggérer, évidemment. Est-ce que vous serez plus à l'aise aussi avec ça?
M. Ouellet
(Carl) : Oui. C'est ce qu'on dit dans notre mémoire aussi.
C'est... On veut... L'indépendance doit être préservée. C'est nécessaire de lui assurer un pouvoir d'initiative
concernant sa mission et aussi consulter ses partenaires. Donc, moi, comme partenaire aussi, si j'ai besoin
d'avoir... si je peux faire... si je peux avoir accès à l'institut, bien, je
vais le faire aussi. Je comprends que le ministre, dans certains avis, peut
demander... peut donner un mandat à l'institut, je suis d'accord avec ça aussi, il n'y a aucun problème, mais moi aussi,
comme partenaire, je devrais pouvoir le faire. C'est ça qu'on demande.
Oui, on veut que ce soit indépendant. On ne veut pas que ce soit géré... On ne
veut pas que ce soit sous le ministère de l'Éducation. C'est vraiment une
entité à part. Et je pense que ça peut fonctionner.
Mme
Rizqy : On prend bonne note pour le futur amendement. Maintenant, on a
parlé beaucoup de la formation continue. Moi, j'aimerais faire un pas de recul
pour reprendre la formation initiale, par exemple. Vous savez, il y a la
maîtrise qualifiante. Tantôt, vous avez dit : Moi, je veux être en mesure
aussi, peut-être, de faire des suggestions pour la formation continue. En ce
moment, pour la maîtrise qualifiante, dès qu'on est inscrit à un cours, on a
beaucoup, beaucoup de temps pour être en
mesure de compléter la maîtrise qualifiante, mais on n'a pas d'obligation
d'être inscrit à chaque année, par
exemple, ni quoi que ce soit. Est-ce que vous, vous voyez peut-être que ce
n'est pas une incohérence, avant de
parler de formation continue, de ne pas s'assurer qu'à tout le moins les cours
de la maîtrise qualifiante soient vraiment suivis? Parce que, si on
donne neuf ans ou 10 ans, alors que... Maintenant, en plus, si on a une
maîtrise qualifiante accélérée, il me semble
qu'avant de demander de la formation continue il faudrait que la formation de
base soit acquise, là.
M. Ouellet
(Carl) : On ne s'est pas vraiment penchés là-dessus. On n'a pas sondé
nos gens là-dessus. Mais je veux revenir quand même sur la portion d'évaluation
des programmes, parce que j'en ai parlé tantôt. Puis, présentement, ce qu'on voit dans le projet de loi, c'est que ce serait
l'institut qui le ferait. Nous, on continue de dire qu'il faut vraiment
que ce soit à part, que ça prendrait une commission indépendante, parce que ça
va prendre beaucoup de temps. Ça prendrait... Je pense que ça dérogerait un
petit peu de la mission première.
Mais concernant, là,
votre question, là, on n'a pas... Avoir un... Il faudrait y réfléchir, là,
consulter, il faudrait y réfléchir, mais c'est sûr qu'à 10, 15 ans pour
réussir une maîtrise ça commence à être long, là, oui.
Mme Rizqy : Oui,
parce qu'en attendant ils sont en classe, et les classes sont de plus en plus
complexes. Vous le vivez.
M. Ouellet
(Carl) : Puis l'éducation, c'est une science aussi. L'éducation, ça
roule, ça évolue.
Mme Rizqy : Une
science sociale.
M. Ouellet
(Carl) : C'est une science, l'éducation. Ça prend quatre ans pour
former un enseignant. Donc, on le sait,
donc, c'est une science. Ça évolue. Alors, pour nous, c'est important. C'est
ça, la... Tout ce qui est formation initiale, c'est important, mais, en termes de temps, il faut qu'il y ait des
changements aussi, là. Les approches changent. Les... On entend... C'est ça, il y a des nouvelles choses
qui sortent. Il y a une nouvelle... un nouveau type d'apprentissage. Il faut
que les enseignants voient comment ça se
passe, là. Ce n'est pas 10 ans, 15 ans après. Il faut que ça se passe
là, là. On a quand même une prescription au bout, là, de temps, là.
Mme Rizqy : Oui,
puis effectivement... Puis, ce matin, on a aussi beaucoup parlé d'éducation des
garçons. Malheureusement, le temps est très
court. On aura, j'imagine, l'occasion de se reparler sur... une prochaine fois.
Je n'aurai pas le temps de poser des questions là-dessus. Mais je tiens
à vous dire merci, parce qu'à chaque fois que vous êtes venus, les différents
partenaires, vous avez toujours été de très, très grands passionnés de
l'éducation. Puis on voit que ça vous anime toujours. Alors, je me réserve le
droit de continuer à vous appeler durant l'étude détaillée. Merci.
M. Ouellet
(Carl) : Merci.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci, Mme la députée. Je cède maintenant la parole au deuxième
groupe d'opposition. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci.
Merci beaucoup, madame messieurs, pour votre présence ici. C'est très
éclairant. Je lis certains éléments. Moi, j'ai peu de temps, là. Je vais
essayer de voir... de couvrir deux sujets.
Dans l'introduction,
là, j'ai lu comme quelque chose entre les lignes, mais vous me le... vous me
corrigerez. Vous dites qu'on a beaucoup trop changé la Loi sur l'instruction
publique. Ça fait... Tu sais, ça a comme un effet pervers, là, d'avoir tant de débats tout le temps, tout le temps, en
changeant la loi, en changeant la loi, parce que la mission première, bien, c'est de faire des bonnes écoles,
puis là ça nous détourne. Est-ce qu'entre les lignes ce que je suis en
train de lire, de faire une autre loi, comme le projet de loi n° 23, nous
détourne et nous retarde à faire cette mission première? Est-ce que c'est comme
une critique déguisée?
• (16 h 10) •
M. Ouellet
(Carl) : Non, ce n'est pas une critique déguisée. Ce qu'on vient dire,
c'est que ce n'est peut-être pas la priorité
présentement dans les écoles. Nous, sur le terrain, présentement, là, on est
jeudi, il est 16 h 10, là, puis j'ai des directions qui sont... qui remplacent des techniciennes en service
de garde, là. J'ai des directions, présentement, qui sont sur le
téléphone pour savoir qui va enseigner demain matin à ma classe de troisième
année, là. Ce qu'on dit, c'est que... passons à d'autre chose, parce que la priorité
présentement, c'est la pénurie de main-d'oeuvre. On est là-dedans, là.
Mme Ghazal : Puis
il n'y a pas d'urgence, puis, là-dedans, ce n'est pas nécessairement...
M. Ouellet
(Carl) : Bien, ce n'est pas qu'il n'y a pas d'urgence. Il n'y a pas de
bon ou mauvais moment de faire un projet de loi. Mais, pour l'instant, dans les
écoles, on arrive à la fin de l'année, c'est au mois de mai, les gens sont
fatigués. On veut... c'est ça, on veut finir l'année en beauté.
Mme Ghazal : Parfait.
Merci. J'ai une autre question par rapport à la formation, les programmes de
formation. Ce que vous dites, c'est que ça
ne devrait pas être l'INEE qui le fasse parce que, là, on va... on va accaparer
ses ressources. Il faudrait qu'il y ait une commission indépendante.
Est-ce que, d'une certaine façon, encore une fois, entre les lignes, vous êtes
en train de dire que le CAPFE, là, le Comité d'agrément des programmes de
formation à l'enseignement, où ses membres ont tous quitté, n'aurait pas dû
être aboli par cette loi-là?
M. Ouellet (Carl) : Non, ce n'est
pas ça. Ce qu'on dit, c'est qu'il faut donner ça... il ne faut pas donner ça à
l'INEE et, dans les mandats d'évaluation, il ne faut pas juste donner le mandat
d'évaluation. Il faut donner aussi le mandat d'autorisation, l'autorisation
d'enseigner et aussi de la... de faire des suggestions, des recommandations,
des formations continues.
Mme Ghazal : Mais la commission
indépendante que vous demandez qu'elle soit mise en place, qui n'est pas là,
là, dans la loi, ce n'est pas le même mandat. Est-ce qu'elle aurait le même
mandat, dans votre esprit, que ce que le CAPFE avait?
M. Ouellet (Carl) : Non, parce qu'on
ajouterait des mandats.
Mme Ghazal : Parce que vous
ajouterez, mais on aurait pu comme garder le CAPFE puis ajouter. C'est ça que
vous dites.
M. Ouellet (Carl) : Oui. À la base,
ça pourrait être pareil, mais en ajoutant des mandats.
Mme Ghazal : C'est ça. Ça fait que
le ministre, par exemple, pourrait dire : Bien, on garde le CAPFE, on
garde ce qu'il avait puis on ajoute d'autres mandats. Ça aurait pu être aussi
une option qui vous aurait satisfaits.
M. Ouellet (Carl) : Ça aurait pu
être ça aussi. Dans le fond, le principal, c'est qu'on ne veut pas que ce soit
l'INEE qui gère ça. C'est ça, notre préoccupation, nous, là.
Mme Ghazal : OK. Très bien. C'est
très clair. Puis tout à l'heure la Fédération québécoise des directions
d'établissement d'enseignement, ils avaient parlé de microgestion. Ils étaient
inquiets de la microgestion et disaient : On comprend, le ministre veut,
lui, nommer les DG, mais on ne veut pas qu'il y ait de microgestion. Vous, vous
dites : Ce n'est pas une bonne chose,
là, que le ministre nomme les DG, là. Est-ce que vous... Bien, c'est ce que je
lis, là. Cette nomination par le gouvernement, ça risque de politiser,
en tout cas.
M. Ouellet (Carl) : Bien, ce n'est
pas une bonne chose... On n'est pas si... Pardon?
La Présidente (Mme Dionne) : Il vous
reste 20 secondes.
M. Ouellet (Carl) : On n'est pas
drastiques comme ça, sauf qu'on dit qu'il y a des gens, dans les conseils d'administration... Nous, comme direction
d'établissement, à chaque année, le conseil d'établissement donne des
critères, des directions. Pourquoi on ne
ferait pas la même chose avec les CA? Ça pourrait être ça, là. Ce n'est pas
blanc ou noir, là, mais on peut avoir d'autres mécanismes.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. C'est malheureusement le temps qu'on a. Désolée.
M. Ouellet (Carl) : Désolé.
La Présidente (Mme Dionne) : Bien,
c'est plutôt moi qui est désolée. Des échanges très intéressants. M. le député
de Matane-Matapédia, la parole est à vous.
M. Bérubé : Merci. Bienvenue à
l'Assemblée nationale. Ce matin même, dans un échange en Chambre, on parlait de
l'école à trois vitesses, et le ministre nous a répondu que ceux qui
souscrivaient à cette thèse ne considéraient pas
la formation professionnelle. Aujourd'hui même, en après-midi, on se retrouve
avec un projet de loi qui ne considère pas pleinement la formation
professionnelle. Même ministre, même journée.
Alors, pour
vous, c'est important, puis pour nous aussi. Alors, on est capables à la fois
de souscrire à cette réalité, ce n'est pas une thèse, qu'il y a une
école à trois vitesses, et à la formation professionnelle en même temps. Et je
suis convaincu que vous aussi. Alors, comme vous indiquez que la formation
professionnelle et l'éducation des adultes, les deux sont des composantes
essentielles de notre système et que ça ne se retrouve pas dans le projet de
loi, je vous offre l'occasion de continuer
votre... vos explications sur la nécessité pour le ministre de considérer la
formation professionnelle et l'éducation des adultes.
M. Ouellet (Carl) : Bien, quand on regarde le
projet de loi en tant que tel, on peut tout... il pourrait y avoir, à la
fin de chaque paragraphe ou la plupart des
paragraphes qui touchent pédagogie... en y intégrant la FP et la FGA, la
formation professionnelle et la formation générale aux adultes. L'INEE, on a
besoin de données des formations professionnelles. On est
en pénurie de main-d'oeuvre. Je pense qu'on le voit, là. On a besoin de savoir
c'est quoi, là, présentement, dans quels programmes ça bogue, dans quels
programmes on n'a pas d'élève, dans quels programmes, dans les prochaines
années, on devrait pousser des élèves ou on devrait inciter certains élèves.
L'INEE, les données
probantes, Mme Marwah en parlait tantôt... Mme Rizqy en parlait
tantôt, les... en FGA, c'est des raccrocheurs qui reviennent en formation
générale des adultes. Donc, c'est des gens qui ont quitté, des jeunes qui ont quitté, 16, 17, 18 ans, qui
reviennent. Est-ce qu'on a des données là-dessus? C'est quoi, les statistiques
là-dessus? Oui, on en a dans chacun de nos centres, mais, à l'échelle
québécoise, je ne suis pas sûr qu'on a ces données-là. Ça fait que ça pourrait
servir.
M. Bérubé : On
est d'accord, et j'espère qu'on a convaincu le ministre là-dessus. Sur la
réforme précédente, vous étiez là, la réforme précédente, on n'a pas eu le
temps de faire le bilan, il y en a déjà une autre. Est-ce que vous considérez
que ça a eu un impact positif sur la réussite scolaire des élèves dont vous
avez la responsabilité?
M. Ouellet
(Carl) : Je vous dirais qu'on a, dans... Je n'appellerai pas ça la
réforme, mais c'est le changement de gouvernance. On a commencé à parler de
subsidiarité. On le vit plus dans nos milieux qu'avant. Donc, comme école,
comme conseil d'établissement, comme direction, on a plus de marge de
manoeuvre. Je ne vous dis pas que c'est parfait. Je vous dis que c'est
commencé.
M. Bérubé : Vous
avez plus de marge de manoeuvre, mais est-ce que ça donne quelque chose de...
M. Ouellet (Carl) :
J'y viens.
M. Bérubé : Je
n'ai pas beaucoup de temps.
M. Ouellet
(Carl) : OK.
M. Bérubé : Dites
oui ou non.
M. Ouellet
(Carl) : Bien, on a plus de marge de manoeuvre, parce qu'on est
capables de prendre des décisions rapidement pour donner des services à nos
élèves. Donc, ça augmente la réussite de nos élèves.
M. Bérubé : Bon,
parfait. Donc, c'est positif, selon vous.
M. Ouellet
(Carl) : Oui. Ce n'est pas champion, mais c'est positif.
M. Bérubé : Ce
n'est pas champion. Puis qu'est-ce que ça prendrait pour que ce soit champion?
M. Ouellet
(Carl) : Encore plus de marge de manoeuvre dans nos écoles. Des
budgets dédiés, on en parle souvent, des budgets, que... On a des sommes qui
nous sont allouées dans nos écoles qu'on n'a pas le choix de mettre à ces
places-là. Je prends un exemple. En aide...
M. Bérubé : Il
faut partager le pouvoir.
M. Ouellet
(Carl) : Pardon?
M. Bérubé : Il
faut partager le pouvoir entre le ministre et vos directions.
La Présidente (Mme
Dionne) : En terminant.
M. Ouellet
(Carl) : Ce n'est pas nécessairement de partager le pouvoir, mais, je
prends un exemple, là, l'aide alimentaire, c'est un exemple très simple, là...
La Présidente (Mme
Dionne) : En terminant, M. Ouellet.
M. Ouellet
(Carl) : Oui. On reçoit des budgets dans nos écoles en alimentaire...
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci. Merci.
M. Ouellet
(Carl) : ...pas toutes les écoles...
La Présidente (Mme
Dionne) : Désolée, c'est tout le temps qu'on a.
M. Ouellet
(Carl) : Merci beaucoup. Désolé. Vous n'avez pas beaucoup de temps.
La
Présidente (Mme Dionne) : Merci infiniment pour... Merci infiniment
pour votre contribution.
Je suspends les travaux
pour quelques instants pour accueillir notre troisième groupe.
(Suspension de la séance à
16 h 16)
(Reprise à 16 h 20)
La Présidente
(Mme Dionne) : La Commission de la culture et de l'éducation
reprend maintenant ses travaux. Donc, je souhaite
la bienvenue à l'Association montréalaise des directions d'établissement
scolaire, donc, Mme Legault, M. Brunet,
Mme Dandurand et M. Vézina. Je vous rappelle que vous avez
10 minutes pour nous présenter votre exposé. Alors, peut-être vous
présenter d'abord, et ensuite nous faire part de vos propositions. Merci.
Association montréalaise des directions d'établissement
scolaire (AMDES)
Mme Legault (Kathleen) : Alors,
Mme la Présidente, M. le ministre, Mmes et MM. les parlementaires,
bonjour. Je me présente. Kathleen Legault, présidente de l'AMDES, l'Association
montréalaise des directions d'établissement scolaire. Je suis accompagnée des
trois vice-présidents de l'association, qui représentent les membres des trois
centres de services scolaires francophones de Montréal, d'abord, Stéphane
Brunet, directeur de l'école Barthélémy-Vimont et vice-président, AMDES-CSSDM,
Geneviève Dandurand, directrice de l'école secondaire
Antoine-De Saint-Exupéry et vice-présidente de l'AMDES pour le centre de
services scolaire de la Pointe-de-l'Île, et Carl Vézina, directeur de l'école Sainte-Catherine-Labouré et vice-président
de l'AMDES pour le centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys.
Avec ses 650 membres, l'AMDES représente plus
de 85 % du personnel de direction oeuvrant dans des établissements scolaires qui desservent plus de
230 000 élèves, jeunes et adultes. Nous vous remercions pour cette
invitation à participer aux consultations particulières.
Nous avons pris
connaissance, avec beaucoup d'intérêt, des dispositions du projet de loi n° 23. Nous parlerons d'abord des modifications proposées à
la Loi sur l'instruction publique, alors que la centralisation de plusieurs
pouvoirs nous préoccupe grandement. Nous justifierons ensuite notre profond
désaccord avec les modifications des mandats du Conseil supérieur de
l'éducation. Et finalement nous partagerons notre avis sur la création de
l'Institut national d'excellence en éducation.
Lors
de notre passage en commission parlementaire, en novembre 2019, dans le cadre
du projet de loi n° 40 sur la nouvelle gouvernance, nous avions
fait remarquer que très peu de dispositions du projet de loi visaient
directement à redonner de la marge de
manoeuvre ou des pouvoirs additionnels aux établissements et nous le déplorions.
Cette fois encore, nous devons le déplorer, car, alors que des experts
s'accordent pour dire qu'il faut renforcer les pouvoirs des directions
d'établissement, nous observons plutôt une volonté de centralisation des
pouvoirs et nous en sommes préoccupés à plusieurs égards. Nous craignons que
cette centralisation ou l'ingérence possible dans la gestion locale crée des
freins à la créativité, à l'innovation et à la professionnalisation. Alors
qu'il faut rendre les métiers de l'éducation attrayants, est-ce vraiment la voie à suivre? Nous pensons que
non. Ainsi, nous présenterons des recommandations visant à rétablir un
certain équilibre entre les différents paliers de gouvernance. Selon nous, il
faut éviter que des pouvoirs extraordinaires ou exceptionnels soient entre les
mains d'une seule personne, fût-il ministre de l'Éducation.
Recommandation 1.
Nous suggérons la création du comité consultatif de la gouvernance et de la
gestion scolaire, composé de neuf membres
reconnus pour leur expertise, sous la présidence de la sous-ministre de
l'Éducation. Le mandat de ce comité serait d'émettre, à la demande du
ministre, des recommandations sur des sujets délicats tels que l'annulation partielle ou complète d'une décision
d'un centre de services scolaire, la suspension ou le congédiement d'un DG.
Recommandation 2.
Sachant que les directions générales seraient nommées par le gouvernement, nous
recommandons que les conseils
d'administration des centres de services scolaires concernés soient consultés
sur le profil et les compétences recherchées.
Recommandation 3.
Nous accueillons favorablement la possibilité de tenir des rencontres à
distance des conseils d'établissement mais demandons que soit levée
l'obligation qu'une personne soit présente dans l'établissement durant ces
rencontres.
Recommandation 4.
Nous réaffirmons l'importance du principe de subsidiarité en refusant que le
ministre, à partir de son bureau, puisse
procéder à l'analyse des besoins des élèves en lien avec leur réussite. Cette
analyse relève de la responsabilité des personnes qui oeuvrent auprès
des élèves, soit les enseignants, les directions et les professionnels des
centres de services scolaires.
Recommandation 5.
Nous demandons une autonomie au niveau de l'établissement pour les choix des activités
de formation continue.
Deuxième sujet, Conseil
supérieur de l'éducation. Donc, c'est un organisme indépendant, reconnu et
respecté qui célébrera son
60e anniversaire de création. L'AMDES a consulté ses membres, et il appert
que 84 % d'entre eux jugent que
le Conseil supérieur de l'éducation est essentiel, que ses mandats sont
complémentaires à ceux de l'INEE et qu'il exerce un rôle de contre-pouvoir essentiel. Ainsi, nous ne comprenons pas ce
qui motive le retrait des mandats pour l'éducation préscolaire et l'enseignement primaire et
secondaire, alors que l'INEE n'existe pas encore et qu'il ne nous a pas
démontré son efficience et sa pertinence. Selon nous, il serait imprudent de se
priver de l'expertise du conseil alors que nous devons relever tant de défis en
éducation.
Recommandation 6.
Maintenir le nom et le mandat actuel du Conseil supérieur de l'éducation pour
l'éducation préscolaire et l'enseignement
primaire et secondaire, permettre aux commissions du préscolaire, primaire et
secondaire de continuer d'exister et de poursuivre leur mandat
d'initiative.
Recommandation 7.
Réaffirmer l'importance du Conseil supérieur de l'éducation, qui collabore avec
la population en intégrant la société civile dans ses commissions.
Troisième
sujet, l'Institut national d'excellence en éducation. Nous sommes favorables à
la création de l'Institut national d'excellence en éducation. Depuis
plusieurs années, celles et ceux qui dirigent les écoles montréalaises font
face à de grands défis pour assurer la réussite des élèves. Ainsi, les équipes
de direction analysent la situation de leurs écoles, en constatent les forces
et les défis, et réfèrent depuis longtemps à toute une panoplie de ressources
pour mettre en oeuvre les meilleures pratiques et prendre les meilleures
décisions. Nous considérons qu'avec la création de l'INEE nous disposerons
d'une autre ressource pertinente au service de la réussite des jeunes.
Par ailleurs, la mission de l'INEE étant de
promouvoir l'excellence des services éducatifs, il nous semble que le conseil
d'administration doit disposer de toute l'expertise nécessaire pour répondre
aux besoins les plus criants.
Donc,
d'autres recommandations. Recommandation 8. Considérer l'ajout des
secteurs de la formation professionnelle et de la formation générale
adultes lors de la création de l'institut.
Recommandation 9.
Alors que la composition du CA de l'INEE prévoit un membre du personnel
d'encadrement, en prévoir plutôt deux, soit une direction d'école et une
direction de centre, FP ou FGA, car c'est bien de faire des campagnes pour
valoriser la FP, encore faut-il donner une place de choix dans les instances.
Recommandation 10. S'assurer que des
membres du nouvel institut, en fait, aient une expertise au regard de la
réussite des élèves HDAA et que la réussite en milieu pluriethnique et
défavorisé... Rappelons que c'est à ce niveau que les enjeux de réussite sont
les plus préoccupants.
Finalement, afin d'établir sa crédibilité,
l'INEE devra disposer de toute l'autonomie nécessaire dans la conduite de ses
travaux.
En terminant, nous tenons à profiter de cette
occasion pour vous transmettre la profonde inquiétude de nos membres, voire la détresse professionnelle de
certains d'entre eux. Ce que nous vivons dans les établissements
scolaires montréalais depuis les dernières années, ce n'est pas un marathon,
c'est un sprint qui n'a pas de fin. Nos gens sont entièrement dédiés à la
tâche, mais plusieurs sont au bout du rouleau et songent à quitter un milieu
qu'ils ont pourtant choisi et qu'ils aiment,
faute de disposer de la marge de manoeuvre qui leur permettrait de mieux jouer
leur rôle de leader pédagogique dans leur établissement. Voilà pourquoi
nous insistons à demander davantage d'autonomie locale dans les établissements, là où on connaît les élèves
par leurs noms, pour paraphraser un ancien ministre de l'Éducation, car
la pénurie frappe dur, et les défis, à
Montréal, notamment en termes d'intégration des nouveaux arrivants et de
défavorisation, sont colossaux.
Nous tenons à vous remercier pour cette
invitation à participer aux travaux de la commission et nous vous assurons de
notre collaboration pour la suite. Merci.
• (16 h 30) •
La
Présidente (Mme Dionne) : Merci infiniment, Mme Legault. Nous sommes
maintenant prêts pour poursuivre les échanges. Donc, je cède la parole
au ministre de l'Éducation.
M. Drainville : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Merci à vous pour votre présentation. Vous n'en avez pas fait état, je crois, mais, dans votre mémoire, vous
faites référence à l'éducation à distance. Si j'ai bien compris, vous
souscrivez, donc, aux dispositions du projet de loi qui permettraient d'y avoir
recours dans certaines situations particulières. Est-ce que vous pouvez nous
donner des exemples? De quelle manière l'éducation à distance pourrait être une
bonne idée? Dans quelles situations particulières l'éducation à distance
pourrait être une bonne idée?
Mme Legault (Kathleen) : Alors,
comme on le dit dans notre mémoire, c'est à l'école, hein, que devrait... qui est le lieu privilégié pour apprendre, mais, dans
des cas où les services en présence sont impossibles, peu importe la
raison, bien, un peu comme notre collègue l'a dit tout à l'heure, les centres
de services scolaires pourraient tout à fait encadrer cette pratique à
distance, par exemple dans le cas, comme on a vu dernièrement, là,
d'inondations, où on n'arrive pas à avoir accès à nos bâtiments, ou dans le cas
où, dans certaines régions, il est difficile d'offrir certaines formations plus
spécifiques ou plus spécialisées.
M.
Drainville : Sur la formation continue, qu'est-ce que vous... Quelle est votre opinion sur la formation continue? Quelle est votre position, tiens?
Mme Legault (Kathleen) : Bien, en
fait, la formation continue, c'est... En fait, il y a différents niveaux de formation continue. Il y a, d'abord, ce qui est
collectif. C'est ce qu'on travaille avec nos équipes en lien avec nos
enjeux, les défis de nos élèves, nos projets
éducatifs. Ça, généralement, on le fait en équipe, de façon consensuelle. Et,
clairement, juste ces formations-là,
souvent, on atteint le 15 heures par année juste par ces formations qu'on
se donne collectivement dans notre école.
Il y a aussi
des besoins plus personnels... plus professionnels personnels, où les
enseignants choisissent de s'inscrire à certaines formations.
Malheureusement, je vous dirais, depuis cinq ou six ans, on n'arrive pas
toujours à libérer le personnel qui veut
aller en formation, faute de suppléant, et c'est vraiment un obstacle à la
formation continue du personnel. Parce que ce qu'on constate, c'est que,
de façon générale, la réussite des élèves, bien, ça tient à coeur de chaque
enseignant, et les gens sont, de façon générale, très volontaires pour se
former, pour répondre aux besoins du milieu.
M.
Drainville : ...il y a de la formation continue collective?
Mme Legault (Kathleen) : Bien sûr, comme par
exemple, des formations pendant les journées pédagogiques, où on peut faire venir des conférenciers, faire du
travail collectif par rapport à la réussite de nos élèves, explorer des
nouvelles pratiques de classe. Oui, ça, ça se fait déjà plusieurs journées par
année dans chacune de nos écoles.
M. Drainville :
OK. Mais vous dites : Ces
plusieurs journées là pédagogiques, donc, ne permettent pas d'atteindre
le 15 heures par année ou le 30 heures aux deux... aux deux ans.
C'est ça?
Mme Legault
(Kathleen) : Oui, ils le permettent, bien souvent. Puis je vais
laisser ma collègue poursuivre.
Mme Dandurand (Geneviève) : Je
pense que ce qui est important de se rappeler, c'est que, dans les écoles,
on travaille de façon vraiment collégiale. Des équipes se mobilisent pour
pouvoir, justement, se mettre au parfum de plusieurs pratiques pédagogiques qui
vont porter fruit. L'importance du leadership pédagogique de la direction,
c'est de s'assurer, justement, de la mobilisation des équipes pour arriver à
mettre en place, justement, des pratiques probantes pour leur milieu mais aussi
de garantir que, dans la grande mouvance des enseignants qu'on a actuellement,
l'arrivée des nouveaux enseignants, les enseignants qui vont se... qui vont se
promener d'un milieu à l'autre puissent aussi intégrer l'équipe de travail avec
laquelle nous, on a contribué à mettre en place des pratiques pédagogiques
probantes.
Donc, je pense que ce
qui est vraiment important, c'est de s'assurer de conserver dans nos milieux
aussi cette formation-là continue qui est mise de l'avant, qui est sur une
progression, parce qu'on parle ici, là, de tout ce qui est programme de
formation d'école québécoise, la progression des apprentissages. On parle de
notre projet éducatif, des enjeux,
orientations, objectifs. Donc, tout est centré autour de l'atteinte de nos
objectifs. Donc, on veut être aussi capables de se garantir que les personnes qui intégreront notre équipe, bien,
vont pouvoir être part intégrante de cette formation-là continue, et non
pas d'arriver peut-être avec des objectifs différents qui viendraient,
malheureusement, sabrer dans le travail déjà entamé, effectué, là, par l'équipe
en place.
M.
Drainville : D'accord. Donc, le principe de la formation continue,
vous êtes d'accord. Vous dites qu'il s'en fait
présentement, mais c'est plus en mode collectif. L'idée d'offrir des formations
continues sur une base plus individuelle, ça, vous êtes d'accord aussi,
si je comprends bien, mais vous dites... vous déplorez le fait que, des fois,
ils n'ont pas le temps de le faire. C'est bien ça?
Mme Legault
(Kathleen) : ...à les libérer, faute de suppléants, malheureusement.
M.
Drainville : OK. Mais on pourrait faire ces formations sur une base
individuelle pendant les journées pédagogiques.
On pourrait décider qu'un avant-midi c'est tout le monde ensemble, puis l'après-midi
c'est du temps laissé à chacun et à
chacune pour pouvoir choisir une formation pour lequel... pour laquelle,
formation, dis-je, elle a un besoin.
Mme Legault (Kathleen) : Parfois, ça se fait. Ce
qu'on voit aussi de plus en plus, c'est des enseignants qui vont suivre des formations après les heures de classe,
où ça... où ça va être reconnu. Mais on comprend que ça alourdit,
sincèrement, la tâche quand le seul temps qu'on trouve pour se former, c'est
après l'école. Mais ça arrive aussi de plus en plus que ce soit une modalité
retenue.
M.
Drainville : D'accord. Si j'ai bien compris, l'INEE, vous êtes pour,
mais vous souhaitez des modifications au conseil d'administration. C'est bien
ça, si on résume, là?
Mme Legault
(Kathleen) : Oui, au niveau de l'expertise, parce que, dans le projet
de loi, on parlait, là, de la présence de quelqu'un du privé puis quelqu'un
anglophone, mais nous, on a dit : Ça prend aussi une expertise EHDAA, une
expertise au niveau de la réussite en milieu pluriethnique et aussi en milieu
défavorisé. Puis aussi c'était écrit, dans le
conseil d'administration, un personnel d'encadrement. Nous, on dit : Une
direction d'école et, idéalement, une direction de centre, parce qu'on
comprend que les écoles, c'est primaire, secondaire, préscolaire, mais le
centre, c'est FP, FGA, donc, pour que ces deux entités-là soient bien présentes
autour de la table.
M.
Drainville : D'accord. Très bien. Merci.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
M. le ministre. Je cède maintenant la parole au député de Vanier-Les Rivières.
M. Asselin : ...pour la présentation que vous avez faite. J'ai
retenu ou j'ai cru lire dans votre mémoire que vous favorisiez, disons, plus d'indépendance pour
l'école, vous étiez des gens d'école. Je ne me trompe pas en disant ça J'ai
entendu les personnes avant vous, au niveau de l'AQPDE, prôner un peu la même
chose. On s'en va vers plus d'indépendance pour
l'école. Est-ce que, de votre côté, le projet de loi n° 23 pourrait
permettre, à certains égards, d'accélérer encore ce travail-là pour
donner plus d'autonomie à l'école? Est-ce que vous avez des suggestions à faire
au ministre de comment est-ce que l'école pourrait être plus autonome avec le
projet de loi n° 23?
Mme Legault (Kathleen) : OK. Alors,
notre analyse du projet de loi ne nous permet pas d'y voir des lieux où l'école
aurait plus de pouvoirs. Dans le projet de loi n° 40, on avait eu
l'arrivée du comité de répartition des ressources, qui était comme un petit pas dans la bonne direction.
On a aussi un peu plus de budgets qui sont décentralisés directement
dans les écoles. On a...
Là, c'est unanime. Moi, j'ai consulté mes
membres, ils sont unanimes. On a besoin de plus de marge de manoeuvre
budgétaire. Les travaux à cet effet-là sont débutés, mais il faudra aller plus
loin pour qu'on puisse répondre aux besoins des élèves en tenant compte des
ressources qui sont réellement disponibles dans notre milieu. C'est terrible
d'avoir des budgets qu'on ne peut pas utiliser parce que les ressources qu'on a
le droit... ce qu'on a le droit de faire avec,
bien, ça ne fonctionne pas, puis on a des besoins à côté, puis il y a de
l'argent qui dort là. Donc, c'est sûr que plus on aura de flexibilité
dans l'utilisation des montants qui nous sont alloués, mieux on pourra répondre
aux besoins des élèves. Donc, ça, on a besoin de ça.
Au niveau de la formation continue, bien, l'idée
que ce soit à l'extérieur de l'école ou qu'il y ait beaucoup de choses
obligatoires, bien, nous, on veut que ça reste dans l'école, parce qu'il faut
être capables de répondre aux besoins spécifiques de notre clientèle. Donc,
ça... donc, ça, c'est une autre autonomie qu'on trouve importante.
Aussi,
dans... quand il y a des nouveaux programmes, on a souvent l'impression que,
dans les modalités, dans les échéances,
tout vient d'en haut. Il faut nous donner de la marge de manoeuvre dans les
modalités d'implantation, parce que, tu
sais, on peut bien dire : Cette année, on commence avec le premier cycle,
mais peut-être que, dans notre école, ce n'est pas ça qui fonctionnerait, qu'on a une nouvelle équipe au premier cycle,
qu'ils ne sont pas prêts à intégrer de la nouveauté.
Donc, plus on
aura de leviers directement dans nos établissements, plus on pourra exercer ce
leadership-là, mais avec l'équipe,
parce que, si on veut que les... que les enseignants et autres personnels
restent en éducation, il faut qu'ils soient partie prenante du projet
puis qu'ils sentent qu'ils ont un pouvoir réel sur les choix importants qu'on
fait dans l'école.
M. Asselin : ...Mme Legault. Vous
êtes très efficace dans vos démonstrations.
Mme Legault (Kathleen) : Merci.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup, M. le député. Mme la députée de Hull.
• (16 h 40) •
Mme
Tremblay : Oui. Alors, bonjour. Je vais juste revenir sur la
formation continue, parce que le manque de temps... Puis vous avez parlé
des journées pédagogiques, mais il y a quand même 20 journées
pédagogiques, à peu près à 5,24 heures, là, selon... Et qu'est-ce qui fait
en sorte que ce temps-là n'est pas nécessaire? Puis c'est quand même 30 heures sur deux ans, donc 15 heures.
Il y a 20 journées pédagogiques. Bien, j'aimerais ça juste essayer de
comprendre. Est-ce qu'il y a d'autres enjeux qui vous empêchent d'utiliser, tu
sais, puis d'arriver pour que les enseignants arrivent à leurs 30 heures
de formation sur deux ans? Est-ce que vous avez... C'est quoi, le suivi
que... Comment vous assurez le suivi? Est-ce que vous avez déjà mis des moyens
en place pour consigner le 30 heures? Est-ce que vous utilisez... Quel...
Comment vous le faites à l'heure actuelle? C'est ce que j'aimerais, ça, là...
Mme
Legault (Kathleen) : OK. En fait, dans beaucoup d'écoles, avec
seulement le contenu des temps pédagogiques collectifs, les enseignants,
s'ils choisissent de le... de le mettre dans leurs bilans, là, dans leurs...
très souvent, ils auront fait le 15 heures déjà là, bien... dans bien des
cas, dans bien des écoles.
C'est sûr que, dans certaines années, on a
d'autres enjeux. Par exemple, cette année, on travaille sur le projet éducatif. Bien, on prépare le projet éducatif.
Donc, on n'est pas en formation. On est en analyse, en bilan, en exploration
des besoins des élèves. On a d'autres défis.
On doit avoir du temps aussi pour regarder notre plan de lutte à
l'intimidation, le mettre à jour,
regarder les données qu'on a colligées, les évaluer. On a beaucoup de
différentes responsabilités qu'on doit... qu'on doit faire pendant ces
journées pédagogiques là. Alors, c'est... Elles ne sont pas seulement dédiées à
la formation.
Et elles sont aussi dédiées à du travail
collaboratif par niveau ou par cycle, où les enseignants travaillent ensemble. Ils ne sont pas en formation, mais c'est
quand même très important. Et on sait... on sait la part très grande du travail collaboratif sur l'amélioration des
pratiques, aussi, de... Parce que c'est bien beau, aller en formation, mais, si
on n'a pas le temps de développer les
nouveaux outils, d'en discuter puis de se l'approprier, bien, ça ne changera
rien dans la classe. Donc, c'est... Donc, ce n'est pas tant la formation
qui est importante, c'est comment la formation qu'on a se traduit dans la
classe par un changement ou par une amélioration des pratiques au service
des... de la réussite des élèves.
Mme
Tremblay : Parfait. Puis, bon, l'institut aura aussi, là,
des... travaillera aussi sur la formation initiale. J'aimerais ça vous
entendre, là, sur qu'est-ce que vous pensez de ce rôle-là de l'INESSS dans la
formation initiale des enseignants puis des enseignantes.
Mme Legault (Kathleen) : Bien, nous,
on n'est pas des experts de la formation. Cependant, ce qu'on constate, c'est
que la société change, que les élèves changent et que les programmes ont très
peu changé, disons, dans les 20 ou 30 dernières
années. On regarde le... C'est presque les mêmes cours que ceux qu'on a suivis
quand nous-mêmes, on est devenus enseignants. Donc, c'est sûr que ce
qu'on voit, c'est que les gens n'arrivent, même, des fois, après
quatre ans de bac, pas prêts à faire face à certaines réalités, les élèves
HDAA intégrés dans la classe, hein, toute la... ce que les syndicats diraient,
la composition de la classe, il y a quand même des enjeux là, au niveau de la
gestion, aussi prendre en compte les
diversités linguistiques, culturelles, en fait, tous... puis aussi tous les
défis liés à la défavorisation. Donc, ce n'est pas vrai que les gens arrivent et qu'ils sont toujours outillés
pour les choses modernes. Puis là je ne vous parle même pas de la pédagogie, qui évolue tellement vite
qu'on se demande même, dans cinq ans, quelles seront les... comment
ça aura modifié nos façons de travailler.
Donc, ça fait que, la formation initiale, je ne le sais pas, si l'INEE, c'est
la meilleure instance.
Par contre, c'est sûr que
les programmes doivent évoluer. Ce qui me... On a accueilli le 30 crédits
de la TÉLUQ positivement. Il faut qu'il y ait des solutions concrètes pour que
les gens puissent avoir une formation de base pour être capables d'enseigner puis que ce soit plus facile de les encadrer
ou de les accompagner. Est-ce que ça devrait donner droit à un brevet? Bien, c'est une bonne question.
Puis il faut vraiment se la poser, cette question-là, parce que ce qu'on
veut, c'est, bien sûr, avoir les gens qui ont un minimum de compétence pour
être là chaque jour, parce que... Le rapport de la Vérificatrice générale parlait de 30 000 personnes, mais on
comprend que ça, c'était en 2021, là. Ça s'est démultiplié. On ne
sait pas il y en a combien, mais c'est sûr qu'il y en a beaucoup plus
actuellement. Donc, on veut qu'il y ait une compétence de base pour, entre
guillemets, être capable de se débrouiller, mais c'est... mais on a besoin
d'enseignants réellement compétents, là. Je veux dire... Alors, on verra si ce
30 crédits là est suffisant. Il faudra probablement être prudent par
rapport à ça.
Mme Tremblay : ...combien de temps?
La Présidente (Mme Dionne) : Il vous
reste 1 min 30 s.
Mme
Tremblay : J'ai posé la question tantôt puis je vais y
revenir, mais, au niveau de... Dans votre recommandation, bien, je ne
sais pas si c'est la 5 pour vous, là, mais vous dites : Bien, il faut
que... dans un premier temps, rendre disponibles
des formations, puis le personnel des écoles puisse les choisir, tu sais. Puis
là vous dites : Bon, bien, pas trop de rendre obligatoire de notre
côté. Mais les deux sont possibles. Donc, moi, je pense... Puis je voudrais
vous réentendre sur votre recommandation. Je pense que, tu sais, de donner des
grandes orientations, bien, ça n'empêche pas non plus, puis il n'y a rien qui empêche encore le personnel puis les écoles de
discuter aussi de leurs besoins puis d'aller vers des formations. J'aimerais ça vous entendre, là, sur
pourquoi vous avez cette inquiétude-là au niveau de votre
recommandation.
Mme Legault (Kathleen) : Bien, c'est
qu'on veut s'assurer que les formations que les gens suivent répondent aux besoins réels qu'ils rencontrent dans leur
pratique. Puis ce n'est pas vrai... Par exemple, c'est... Il n'est pas certain,
par exemple, que les besoins dans une école montréalaise, ou dans une école du
Grand Nord, ou dans une école de Québec soient les mêmes. Donc, on a
l'impression que des formations choisies localement sont beaucoup plus
susceptibles de répondre aux besoins réels en lien avec les enjeux. Puis je
vais laisser mon collègue terminer.
La Présidente (Mme Dionne) : ...s'il
vous plaît.
M. Vézina (Carl) : OK. Tout à
l'heure, on a parlé de notre influence comme gestionnaires, comme directions de l'école. Ce qu'on se rend compte, c'est que ce
qui est gagnant quand on veut offrir les formations aux enseignants,
c'est qu'on leur donne du sens. Et, si on leur impose des formations sans qu'on
puisse leur donner un sens, bien, il n'y aura pas de retombée. Ça va être du
temps qu'on aura perdu. Donc, ça, c'est notre autre inquiétude aussi.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps qu'on a. Je cède maintenant la parole à l'opposition
officielle. Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Bonjour et bienvenue parmi nous. Vous vous aventurez, dans votre
mémoire, en terrain glissant. Vous parlez de l'école à trois vitesses,
mais le ministre ne reconnaît pas. Mais, vous, c'est clair qu'il y a une école
à trois vitesses.
Mme Legault (Kathleen) : Bien, on
pourrait utiliser un autre terme. On pourrait parler de l'école qui n'est
peut-être pas équitable ou, peut-être, qui ne garantit pas le droit à
l'éducation pour tous. On peut trouver d'autres mots si ça permet que le
concept soit plus accepté, mais c'est une réalité qu'on vit de façon peut-être
plus intense dans la... dans la grande région de Montréal, qui, peut-être,
touche autrement d'autres régions.
Mme Rizqy : ...vous marquez aussi
que la réalité des écoles vétustes... Vous, vous ne contestez pas les rapports
qui sont faits par les inspecteurs qui viennent faire le tour dans les écoles
puis qui disent qu'effectivement une école est classée D et E après avoir fait
une inspection complète, là. C'est réel.
Mme Legault (Kathleen) : Bien, selon
les informations qu'on a, c'est le ministère qui a émis des nouvelles façons
d'évaluer les écoles et, selon l'information qu'on a, c'est cette
information-là qui a été transmise par les centres de services scolaires.
Mme
Rizqy : Mais vous ne contestez pas l'état de situation.
Vous l'écrivez dans votre rapport, que c'est une réalité.
Mme Legault (Kathleen) : Bien, nous,
on n'a pas lieu de contester ça. Et, chaque fois qu'une école se rénove, pour
nous, c'est une excellente nouvelle.
Mme Rizqy : ...pour nous tous, je
vous dirais. Tantôt, il a été question des journées pédagogiques, qu'on faisait
mention... La députée de Hull disait qu'il y avait 20 journées
pédagogiques et qu'elle ne comprenait pas pourquoi que, dans ces 20 journées
pédagogiques, ce serait difficile, peut-être, d'avoir de la formation. Moi, de
ce que j'ai vu dans les
journées pédagogiques, notamment, des directions d'école ainsi que des
enseignants qui font des activités avec leurs élèves, notamment des
concours robotiques, qui partent une fin de semaine complète, incluant le
vendredi, qui est une journée pédagogique, pour pouvoir participer à différents
concours. Donc, est-ce que ça se peut que, dans les journées pédagogiques, il y
ait aussi du travail qui est quand même fait par vous et vos membres?
Mme Legault (Kathleen) : Il y a...
il y a, parfois, des préparations d'évaluations, du temps consacré aussi pour
les évaluations de fin d'étape, là, pour colliger, des fois, se rencontrer
entre collègues avec les résultats de fin d'étape. Donc, il y a du travail,
parfois, qui est plus administratif, là, qui est fait dans ces journées-là,
mais c'est aussi des temps de concertation avec les professionnels pour
reparler de cas d'élèves et de trouver des solutions à... Bien, en fait, dans
le cadre des suivis des plans d'intervention, entre autres, on va faire ça en
journée pédagogique aussi.
Mme
Rizqy : Dites-moi en quoi le projet de loi aujourd'hui
vous donne des outils pour mieux intervenir à l'école.
Mme Legault (Kathleen) : Nous avons
quand même un espoir que les données de l'INEE pourraient nous donner certains
outils. On ne voudrait pas perdre ceux très précieux du Conseil supérieur de
l'éducation. Mais on travaille avec l'École montréalaise pour tous, on
travaille avec le CTREQ, on travaille avec des chercheurs, on regarde les avis du conseil, puis ça nous fera plaisir
aussi d'avoir les données de l'INEE. On... Je pense qu'une variété d'outils
nous permet de répondre le mieux possible aux besoins, parce qu'on analyse
notre école, on regarde les besoins, on regarde notre projet éducatif puis on
utilise ce qui est pertinent dans le cadre de notre rôle de leadership
pédagogique.
• (16 h 50) •
Mme
Rizqy : OK. Dites-moi... Tantôt, j'ai posé la question...
Vous aussi, j'imagine, durant l'année scolaire, dès que vous voyez que... disons, qu'en histoire ça se
passe un petit peu moins bien à une certaine étape, vous intervenez tout de
suite, là.
Mme
Legault (Kathleen) : Bien évidemment. En fait, on a accès, hein, dans
les trois centres de services scolaires de Montréal, on a... Ça fait longtemps qu'on travaille avec des données. On
peut voir l'évolution de la réussite de nos élèves et, oui, on intervient, en collaboration avec les
enseignants, bien sûr, mais aussi avec toutes les équipes, là, qui
travaillent autour de la classe, là, puis qui soutiennent la réussite des
élèves, les orthopédagogues, les enseignants-ressources, les psychoéducateurs,
orthophonistes. En fait, il y a toute une équipe, là. Malheureusement, ils ne
sont pas toujours aussi nombreux qu'on souhaiterait. On a de l'argent, dans les
budgets, qui dort parce qu'on n'arrive pas à combler tous les postes. Mais,
disons, avec ceux qui sont là, on travaille en équipe autour de la réussite des
élèves, avec les parents.
Mme Rizqy : Quand vous faites
référence aux postes, est-ce que vous parlez des postes réguliers ou des postes
qui sont... qui ne sont pas des postes réguliers mais des remplacements?
Mme Legault (Kathleen) : Ah! il y a
aussi des postes réguliers non comblés, malheureusement.
Mme Rizqy : Dites-moi... Donc, par
conséquent, vous, vous n'attendez pas de recevoir un appel du ministre de l'Éducation pour vous dire : Dans tel
groupe, ça se passe moins bien. Vous avez... Vous n'avez pas besoin de ça.
Vous êtes capables de le faire par vous-mêmes, là, puis c'est d'ailleurs,
aussi, dans votre fonction, même, de le faire.
Mme
Legault (Kathleen) : Oui.
Vous référez à l'article 37 du projet de loi, j'imagine. C'est que... C'est
vraiment quelque chose qui nous a étonnés. Et on considère que l'analyse des
besoins de l'élève, c'est quelque chose qui appartient aux enseignants, à la
direction, à l'équipe autour de l'élève et parfois aussi aux professionnels des
centres de services. Et c'est notre rôle,
hein, ça fait que, donc... Par contre, que quiconque plus haut placé nous pose
des questions, ça, évidemment, on est en... on est capables d'y
répondre.
Mme Rizqy : Ça, ça, je n'en doute
pas, que vous êtes capables d'y répondre, mais je me mets peut-être à la place
d'un enseignant et d'une enseignante. Moi, j'ai déjà été une jeune prof. Il me
semble que j'aurais été un petit peu intimidée si jamais je recevais un appel
du ministre de l'Éducation pour me demander pourquoi, dans telle classe, mon groupe en français va un peu moins bien, si j'ai
besoin d'une aide à la classe. Il me semble que ça peut amener à un
terrain assez glissant. Il me semble que vous, dans votre rôle de direction
d'école, vous vous assurez, même, tout au long, d'accompagner vos enseignants,
d'avoir les ressources nécessaires pour la réussite de tous vos élèves.
Mme
Legault (Kathleen) : Bien, en fait, on revient au principe de
subsidiarité. Puis, la collaboration, là, quand on la regarde, qu'est-ce qui fait qu'on est capables de
collaborer? C'est que chacun puisse jouer son rôle et... Et, à ce moment-là,
on s'expliquerait mal l'ingérence de gens
dont ce n'est pas le rôle de venir intervenir directement dans des situations
d'élèves.
Mme Rizqy : ...si vous étiez
ministre de l'Éducation...
Mme Legault (Kathleen) : Oui.
Mme Rizqy : Oh «yes»! J'aime ça.
Mme Legault
(Kathleen) : J'ai hâte à la question.
Mme
Rizqy : Quel aurait été votre projet de loi, votre tout premier projet
de loi?
Mme Legault
(Kathleen) : Moi, j'aurais dit : Enfin, pour l'équité en
éducation. Ça aurait été le titre.
Mme Rizqy : Et
vous?
Une voix :
...
Mme Rizqy :
OK. Sous-ministre, hein, parce qu'il faut avoir un ministre, un sous-ministre.
Disons que vous êtes sous-ministre, quelle aurait été votre priorité?
M. Vézina
(Carl) : Ma priorité? Bien, l'autonomie.
Mme Rizqy : L'autonomie.
M. Vézina
(Carl) : Oui.
Mme Rizqy : Chef
de cabinet?
Une voix : ...
Mme Rizqy : Non.
Moi, je fais des bébés.
M. Brunet
(Stéphane) : ...en fait, c'est qu'on nous fasse confiance, parce que,
quand on nous donne... Tout à l'heure, on
a... on a parlé de budget, de ne pas pouvoir acheter des vélos mais de devoir
acheter du matériel périssable comme des ballons. Pourquoi? Tu sais, en
quoi on ne nous fait pas confiance pour dire : Nous, on pense que... si on
veut faire pédaler nos enfants parce qu'ils n'ont pas les moyens d'avoir des
vélos, puis on pourrait enfin leur montrer à le faire à l'école, dans la cour ou dans le quartier, dans des parcs, plutôt que
dire : Non, ce budget-là, vous n'avez pas le droit, il faut plutôt
prendre un autre... Donc, il y a des... il y a des choix à faire, et je pense
qu'il faut nous faire confiance pour ça.
Mme Rizqy : ...si
je comprends bien, vous souhaiterez peut-être un amendement qui permettrait
davantage d'autonomie dans vos budgets, mais aussi, si je comprends bien, elle
peut être des enveloppes qui pourraient mieux communiquer si jamais... Dans
votre cas, je vous donne un exemple, vous avez une enveloppe x que... dont
vous n'avez pas besoin dans telle école,
mais vous avez un plus grand besoin pour x raison, pour des besoins
immédiats de cette école... soit capable de dire : Regardez, moi,
ici, ça, je n'ai pas besoin, mais j'ai beaucoup plus besoin de ceci.
M. Brunet
(Stéphane) : Absolument. On n'a pas de problème à rendre des comptes à
notre ministre pour dire : On prend de l'argent. C'est des fonds publics.
On comprend. On est responsables. C'est normal. Par contre, faites-nous confiance. Nos équipes, on sait de
quoi nos enfants ont besoin. Peut-être qu'en haut les gens disent : Il
faudrait qu'on implante des choses à l'école. Bien sûr, mais est-ce que, ça, on
en a véritablement besoin dans notre école ou dans notre quartier? Si la
réponse, c'est non, il faut nous donner le pouvoir d'agir autrement. Voilà.
Mme Rizqy : J'ai une question. Et vous n'êtes pas obligés de
la répondre, parce que ça peut être... Vous êtes à la base, aussi, enseignants, là. Dites-moi...
Beaucoup d'enseignants aujourd'hui me disent que ça leur prend plus que
sept ans pour avoir une permanence. Dans votre cas, ça a pris combien
d'années, si vous vous en rappelez? Oui, allez...
Mme Legault
(Kathleen) : Trois ans.
Mme Rizqy : Trois ans.
Moi aussi, comme prof, ça a pris trois ans.
Mme Dandurand
(Geneviève) : Deux ans.
Mme Rizqy :
Et vous?
M. Vézina
(Carl) : Cinq ans.
M. Brunet
(Stéphane) : Cinq ans aussi.
Mme Rizqy : OK. Parce que, présentement, le rapport de la Vérificatrice générale parle de la permanence, qu'en ce moment ça
se situe autour de sept ans, ce qui est énorme. Ça décourage des enseignants
qui sont légalement qualifiés, qui ont fait
quatre années de baccalauréat. Donc, je comprends que, dans votre cas,
c'était plus rapide, là, trois ans, mais la nouvelle réalité me fait dire que c'est peut-être... et ce
n'est pas moi qui le dis, c'est la vérificatrice,
ce qui fait qu'on en perd, justement,
des...
La Présidente (Mme
Dionne) : ...
Mme
Rizqy : ...des jeunes enseignants, qui se démotivent parce qu'ils
n'ont pas de... n'ont pas leurs postes réguliers. Bien, merci beaucoup.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci.
Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Mercier, porte-parole
du deuxième groupe d'opposition.
Mme Ghazal : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup
pour votre présentation. Très éclairant et bien, bien vulgarisé. Vous dites, dans une de vos recommandations :
«Il faut réaffirmer le principe de subsidiarité en refusant que le
ministre puisse procéder à l'analyse des besoins des élèves», puis que cette
responsabilité doit relever du terrain.
Une voix :
...
Mme Ghazal : Oui.
Pourquoi est-ce que... pourquoi est-ce que vous dites que ce n'est pas le ministre,
ce n'est pas à lui de recueillir les données
sur les élèves, les groupes... ou les groupes d'élèves? Pourquoi ce n'est pas à
lui de le faire, comme le propose, là, son projet de loi?
Mme Legault
(Kathleen) : Bien, parce que c'est déjà le travail des enseignants.
Donc, c'est comme si on ne reconnaissait pas la valeur du travail des
enseignants à un moment où on doit valoriser la profession. Parce que, si on veut que ce soit attrayant, il faut que ce soit
valorisé. Alors, c'est comme si on... c'est comme si on laissait sous-entendre,
sans le dire vraiment, que le travail des enseignants, orthopédagogues, équipes
éducatives et de la direction n'était pas à la hauteur. Ce n'est peut-être pas
ça qu'on veut dire...
Mme Ghazal :
...prendre par la main.
Mme Legault
(Kathleen) : ...mais c'est ce que... c'est ce que ça laisse entendre.
Mme Ghazal : Très bien. Bien, très, très clair. Merci beaucoup.
Tout à l'heure, pour... à l'école à trois vitesses, vous avez dit : Ah! bien, si on ne le reconnaît
pas, ce terme-là, moi, j'en ai d'autres — puis
là je... en tout cas, je vous paraphrase — école qui crée des inégalités ou
inéquitable. Moi, je trouve ça même pire qu'école à trois vitesses, comme
phénomène, là, parce que ça le décrit bien, de dire que l'école crée des
inégalités. Donc, je comprends que vous reconnaissez ce terme-là. Donc, peu
importe le terme, vous reconnaissez la réalité.
Mme Legault
(Kathleen) : ...reconnaît cette réalité.
Mme Ghazal : Et
elle a un impact sur la réussite des élèves, selon vous.
Mme Legault
(Kathleen) : Oui. Oui, parce que des élèves performants qui se
retrouvent ensemble, souvent, ont... ils
font face à de l'anxiété de performance. Des élèves qui n'ont plus de modèle
positif ou d'enfant motivé dans leur classe, bien, ça a un impact sur
leur propre motivation.
Puis,
vous savez, l'éducation, là, on prépare les citoyens de demain. On n'a pas
d'intérêt à laisser des élèves derrière. Et, quand on veut agir sur la
violence, là, tu sais, qu'on voit, là, dans la région de Montréal, là, je pense
que c'est 72 % de tous les... la criminalité au Québec qui est là, bien,
il va falloir agir sur l'inclusion de tous, parce que c'est ça, la prévention
qui va faire que chacun trouve sa place dans la société.
Mme Ghazal : ...jusqu'où
vous pouvez aller pour qu'il y ait plus d'égalité? Le ministre nous dit qu'il
faut niveler par le haut le public sans
toucher à rien d'autre ni au privé, qui prend la crème de la crème. Vous, selon
vous, par où il faut commencer?
Est-ce que c'est possible de niveler par le haut le système public sans toucher
à rien d'autre, comme si c'était juste un manque de volonté et non pas
un problème de système, de notre système d'éducation?
Mme Legault
(Kathleen) : Bien, je pense qu'il faut repenser le système au complet,
parce que...
Mme Ghazal : En
touchant aux écoles privées, par exemple.
Mme Legault
(Kathleen) : Oui. Probablement qu'il faut revoir peut-être la
possibilité pour ces écoles-là aussi d'accueillir des élèves qui ont des défis.
Tu sais, ça pourrait être ça. Il y a différentes, probablement, solutions
possibles.
Mme Ghazal : OK.
Par rapport au certificat, là, de 30 crédits, vous dites que c'est bien
mais pas suffisant pour peut-être avoir un brevet. Un secondaire V...
La Présidente (Mme
Dionne) : ...
Mme Legault (Kathleen) : En fait,
je... En fait, il va falloir faire un suivi de ça et ne pas prendre de décision
sans donner...
La
Présidente (Mme Dionne) : Merci beaucoup. Merci. C'est tout le temps qu'on
a. M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci,
Mme la Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Selon vous, qu'est-ce qui
favorise la réussite scolaire dans ce projet de loi?
• (17 heures) •
Mme Legault (Kathleen) : Bien, si
on... si on revient en...
M. Bérubé : Spontanément, là.
Mme Legault (Kathleen) : L'INEE
pourrait le favoriser par... par ses travaux. Si on maintient... si on... Hein?
Une voix : Le fait que le ministère
ait des données.
Mme
Legault (Kathleen) : Le fait que le ministère ait des données, des
tableaux de bord puis, bien, en fait, que ce soit harmonisé, parce que
des données existent localement, mais que ce soit harmonisé, ça peut favoriser
la réussite.
M.
Bérubé : D'accord. D'accord. Nous, ce qu'on plaide, c'est
la réussite scolaire. Tout le reste, c'est des moyens pour y arriver. Un
projet de loi, c'est un moyen pour y arriver également, mais il faut s'entendre
sur le constat général. Vous connaissez mieux l'école que moi et vous
connaissez mieux l'école que le ministre aussi. Alors, il faut s'entendre sur la base et il faut donner des chances égales à
tout le monde. Quand on s'engage en service public, c'est beaucoup pour
ça, s'engager pour que tout le monde ait des chances égales. Vous indiquez que,
dans... à l'école montréalaise, il y a «une situation dégradée où nos écoles
publiques, la troisième vitesse, ne peuvent plus compter sur une mixité
sociale qui, auparavant, aidait les plus vulnérables à se faire un chemin vers
la réussite». Ce n'est pas rien, ça.
Mme Legault (Kathleen) : Je le sais,
que ce n'est pas rien.
M.
Bérubé : Si
quelqu'un vous disait que c'était un biais idéologique, qu'est-ce que pourriez
répondre pour le convaincre, là?
Mme Legault (Kathleen) : Bien, moi,
je pense que je dirais à la personne : Il faudra que vous ayez des données
sur la réussite des élèves selon leurs profils, et sans doute que la lumière
apparaîtra.
M. Bérubé : Ces données-là ne sont
pas accessibles.
Mme Legault (Kathleen) : Bien, elles
sont...
M.
Bérubé : Si vous
arrivez à ce constat-là, c'est que vous pouvez être capables de le constater.
Mme Legault (Kathleen) : C'est qu'on
la vit, la réalité montréalaise, on la vit puis on voit les défis. Bien, en fait, on voit comment c'est difficile aussi pour
les enseignants de travailler dans des classes où les élèves sont moins
motivés ou sont peut-être moins soutenus, où ils ont peut-être moins
d'aspirations. Ça fait que, donc, je ne sais pas si... Et on voit aussi que nos
meilleurs éléments quittent vers le privé, vers les projets particuliers avec
sélection, vers l'école internationale. Ce
n'est pas que ce n'est pas intéressant, c'est que c'est des élèves qui
réussissent déjà. Et, ceux qui réussissent moins bien ou que c'est plus
fragile, on ne leur donne pas beaucoup d'opportunités.
M. Bérubé : C'est
important, comme constat puis comme réalité quotidienne, pour les directions,
pour les enseignants. Puis nous-mêmes, on a à faire cette
démonstration-là, parce que cette personne qui nous indique ça, que c'est un
biais idéologique, c'est le ministre. Alors, on part de là, faire reconnaître
la réalité de l'école montréalaise, l'école publique montréalaise, ses besoins
particuliers. Vous avez parlé de violence, vous avez parlé d'une complexité
plus grande qu'ailleurs au Québec, et je le crois, ça, mais il faut...
La Présidente (Mme Dionne) : ...secondes,
M. le député.
M. Bérubé : Alors, c'est quoi, la
solution?
Mme Legault (Kathleen) : Bien, moi,
je pense que ça va prendre un rapprochement entre les gens qui sont à Québec
puis la réalité montréalaise, parce qu'on a toujours l'impression qu'il y a un
immense écart et qu'il y a une très... qu'il n'y a pas une réelle compréhension
des enjeux que l'on vit dans la région montréalaise.
M. Bérubé : Ce sera le mot de la
fin.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
infiniment. C'est tout le temps qu'on avait. Merci. Alors, merci, mesdames
messieurs, pour vos interventions.
La commission suspend ses travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 17 h 03)
(Reprise à 17 h 06)
La
Présidente (Mme Dionne) : La commission de l'éducation... de la culture et
de l'éducation reprend maintenant ses travaux. Donc, nous accueillons
cet après-midi notre quatrième groupe, soit la Fédération des centres de
services scolaires du Québec, donc, Mme Caroline Dupré et M. Dominique
Robert. Donc, vous avez 10 minutes pour nous exposer vos propositions,
votre présentation. Alors, je vous cède la parole à l'instant.
Fédération des centres de services scolaires du
Québec (FCSSQ)
Mme Dupré (Caroline) : Merci, Mme la
Présidente. M. le ministre, Mmes et MM. les députés membres de la Commission de
la culture et de l'éducation, nous vous remercions de nous donner l'occasion
d'exprimer la position de la fédération eu égard au projet de loi n° 23.
Permettez-moi d'abord de me présenter et de présenter mon collègue. Donc, je suis Caroline Dupré, présidente-directrice
générale de la Fédération des centres de services scolaires du Québec,
et je suis accompagnée de M. Dominique Robert, président-directeur général
adjoint.
La fédération
situe son action au coeur des enjeux du système public d'éducation et soutient
ainsi tous les centres de services scolaires du Québec dans la
réalisation de leur mission. Elle les représente également en considérant leur
diversité et les caractéristiques qui leur sont propres. Notre intervention
d'aujourd'hui s'appuie sur l'expérience et l'expertise
collective de notre réseau. Nous souhaitons souligner les éléments porteurs du
projet de loi de même que nos préoccupations
à l'égard de certains enjeux et proposer des pistes qui favoriseront la mise en
oeuvre de certaines dispositions.
M. Robert
(Dominique) : Nous saluons d'emblée la mise sur pied de l'Institut national d'excellence en
éducation, qui appuiera l'adoption des politiques éducatives et le déploiement
des pratiques pédagogiques fondées sur les connaissances issues de la
recherche. Elle favorisera la mise en oeuvre d'actions systémiques qui
assureront la réussite éducative des élèves.
La création d'un comité scientifique et d'un comité d'évaluation des programmes
de formation de même que la
composition du conseil d'administration sont de nature à positionner l'INEE
comme un joueur clé en éducation.
Pour renforcer sa crédibilité, il devrait
profiter d'une indépendance plus affirmée, à l'instar de l'INESSS. Ainsi, nous proposons que l'indépendance de l'INEE soit
explicitement nommée dans sa loi constitutive. Il doit également pouvoir
se donner des orientations de façon autonome
et donner des avis sur tout sujet de son ressort, et ce, de sa propre
initiative. Par ailleurs, l'Institut aura le
pouvoir de recommander les programmes de formation à l'enseignement. Cette
attribution crée une synergie intéressante en raison de son rôle en
matière de transfert de connaissances et de formation du personnel.
Nous soulignons la représentativité des acteurs
concernés dans la répartition des neuf sièges de son conseil d'administration, mais nous sommes d'avis que sa
composition pourrait toutefois être bonifiée. Ainsi, la fédération
propose un conseil composé de
11 membres afin d'ajouter un siège réservé aux directions générales de
centre des services scolaire et un siège au secteur de la recherche.
Nous proposons également d'affecter un siège existant à un représentant de la formation générale des adultes et de la formation
professionnelle. Soulignons que le projet de loi demeure silencieux à l'égard de ces deux secteurs. Considérant les
particularités, la formation générale des adultes et la formation
professionnelle devraient être nommées dans l'attribution de l'INEE.
Le projet de loi n° 23 propose la mise en
place d'un système de dépôt et de communication des renseignements pour uniformiser la collecte et le traitement des
renseignements, et ainsi générer des données utiles à la prise de
décision. Nous saluons d'ailleurs cette
initiative du ministre. Cela dit, afin de mieux soutenir l'organisation, la
planification et la prestation de
services, l'ensemble du réseau devrait accéder aux données prédictives
statistiques et aux rapports produits par le ministère.
• (17 h 10) •
Mme Dupré (Caroline) : Des parties
importantes du projet de loi n° 23 portent sur la gouvernance du réseau
scolaire. Nous souhaitons rappeler que, depuis 2017, le réseau se gouverne en
fonction du principe de subsidiarité. La loi
définit cette notion comme étant la répartition adéquate des lieux de décision
afin de les rapprocher de l'élève et des personnes concernées. Afin
d'assurer la cohérence de l'action éducative et de maintenir l'équilibre des
pouvoirs et responsabilités au sein du réseau, ceux-ci doivent s'exercer dans
le respect de ce principe.
En effet, les
centres de services scolaires et les écoles ont pour rôle de favoriser la
réussite éducative, d'évaluer les besoins
des élèves et d'organiser des services. C'est leur expertise. Le rôle du
ministre de l'Éducation consiste à déterminer les orientations nationales, de sorte que la gestion opérationnelle doit
demeurer sous la responsabilité exclusive des centres de services, et
ce, conformément à la Loi sur l'instruction publique. Dans sa mouture actuelle,
la loi leur confie la responsabilité de veiller à la réussite éducative des
élèves.
Les attributions qui seront accordées au
ministre ne doivent pas chevaucher celles des organismes scolaires. Pour éviter cet écueil, le choix des moyens mis en
place pour l'atteinte des objectifs et le respect des orientations
ministérielles doit être laissé au milieu de
proximité. Le projet de loi octroie au ministre le pouvoir d'annuler une
décision. Ce pouvoir devrait toutefois être circonscrit... pardon. Nous
sommes d'avis qu'une intervention à la pièce dans des situations rapportées par
des individus ou des groupes d'intérêts pourrait être préjudiciable au plus
grand nombre. Une décision impopulaire n'est
pas nécessairement une mauvaise décision. En effet, les décisions des centres
de services scolaires sont mûrement réfléchies, fondées sur des
encadrements en vigueur et prennent en compte toute la complexité d'une
situation. Dans tous les cas, la collaboration doit être au coeur des rapports
entre le ministre et les centres de services.
M. Robert
(Dominique) : La collaboration est d'autant plus essentielle que
le projet de loi prévoit la nomination du directeur général par le
gouvernement. Ce nouveau mode de désignation instaure, dans les faits, une
relation tripartite
entre le ministre, le directeur général et le conseil d'administration du
centre de services scolaire. Or, le conseil d'administration conserve la
plupart de ses pouvoirs, notamment en matière de gestion des ressources et de qualité
des services éducatifs.
La nouvelle attribution du ministre, concurrente
à celle du conseil d'administration, pourrait placer le directeur général en porte-à-faux avec les objectifs de l'un
ou l'autre de ces mandats. Pour prévenir une telle situation, des
rapports constructifs entre le conseil d'administration et le directeur général
contribuent au maintien d'une saine gouvernance. Ainsi, le conseil doit jouer un rôle conséquent dans sa nomination et
son évaluation. C'est pourquoi nous recommandons que la nomination du directeur général soit effectuée sur recommandation
du conseil d'administration. Dans cette optique, nous recommandons
également que le conseil fasse part au ministre de son appréciation du
directeur général dans le cadre du processus d'évaluation.
Par ailleurs,
la fédération est préoccupée par l'intérim à la direction générale, indûment
prolongé par les mesures transitoires du projet de loi.
Enfin, nous
estimons que le projet de loi propose des outils appropriés en réponse à certains
défis de gouvernance, notamment en matière de quorum, de participation
virtuelle aux instances et de désignation de la présidence du conseil
d'administration du centre de services scolaire.
Mme Dupré
(Caroline) : En somme, notre analyse du projet de loi n° 23
nous a permis d'identifier certains leviers qui favoriseront une action
plus systémique en matière d'éducation. Nous pensons, entre autres, à l'INEE,
au système de dépôt et de communication de renseignements ainsi qu'à la
formation continue du personnel enseignant.
L'institut
saura soutenir les besoins du réseau en matière de déploiement des meilleures
pratiques d'encadrement, d'enseignement et d'évaluation des
apprentissages. C'est par une indépendance plus affirmée que ce nouvel
organisme gagnera en crédibilité pour l'ensemble des acteurs du réseau.
Pour que
l'expertise des centres de services scolaires soit véritablement mise à profit,
les nouveaux pouvoirs et responsabilités
du ministre doivent s'inscrire dans une perspective d'orientation nationale.
C'est dans ces conditions que les centres
de services scolaires auront l'agilité nécessaire pour organiser des services
qui répondent aux besoins des élèves.
En terminant, nous souhaitons rappeler la vision
énoncée au plan stratégique du ministère de l'Éducation en matière de
subsidiarité, et je cite : «La subsidiarité est un principe de
décentralisation des processus et des décisions qui a pour but d'accroître la
rapidité et l'efficacité d'une décision ou d'une action, la responsabilité de celle-ci
étant confiée à l'entité compétente la plus proche des personnes qu'elle vise
directement. La subsidiarité permet aussi de mieux prendre en considération les
réalités locales et régionales, d'en définir les besoins et de bien les
intégrer dans les choix et les décisions.»
Fin de la citation. Cette perspective fondée sur la collaboration de proximité
nous semble la plus porteuse pour
assurer la réussite éducative. C'est pourquoi la fédération estime que le
ministre de l'Éducation doit inscrire ses
actions dans le respect du principe de subsidiarité. La fédération souhaite que
cette réforme ouvre la voie à une vision plus positive de l'éducation au
Québec et à la mise en valeur des succès du réseau et de la contribution
quotidienne du personnel, des administrateurs et des parents, qui soutiennent
la réussite éducative de plus d'un million d'élèves.
Nous vous remercions de votre attention et nous
sommes disposés à répondre à vos questions.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
infiniment. Nous allons procéder au début des échanges. Donc, je cède la parole
à M. le ministre.
M. Drainville : Mme la Présidente,
je veux juste revenir sur la dernière phrase de Mme Dupré.
Mme Dupré (Caroline) : Oui.
M. Drainville : Vous avez parlé de
vision positive et de mise en valeur du réseau. Voulez-vous me répéter ça, s'il
vous plaît?
Mme Dupré (Caroline) : Absolument.
Ça va me faire plaisir de vous le dire. La fédération souhaite que cette
réforme ouvre la voie à une vision plus positive de l'éducation au Québec et la
mise en valeur des succès du réseau, la contribution... quotidienne, pardon, du
personnel, des administrateurs et des parents, qui soutiennent la réussite
éducative de plus d'un million d'élèves.
M. Drainville : J'adhère à cette
conclusion, Mme Dupré. Alors, je vous remercie, tous les deux. Oui, je dis
ça, parce que je suis confronté quotidiennement à tous les enjeux, n'est-ce
pas, du réseau de l'éducation et tous les défis qu'il faut relever, tout le
monde ensemble. Et donc je suis loin d'une vision jovialiste, mais je déplore
souvent que les bons coups du réseau et ce
qui se fait dans les écoles au quotidien, puis il y a beaucoup plus de belles
choses que de choses qui vont mal
dans nos écoles au Québec, là, je déplore que ces belles histoires qui
valoriseraient davantage l'éducation, les professions, les différentes professions, le travail de tout le
personnel scolaire, le travail des gestionnaires, des administrateurs,
tout ce beau travail qui se fait auprès des enfants est passé,
malheureusement... passe, malheureusement, largement inaperçu. Je le déplore.
Je veux juste revenir sur votre mémoire. Vous
parlez... Enfin, vous avez... Lorsqu'on a annoncé notre intention de créer l'INEE et lorsqu'on a, donc, déposé le
projet de loi n° 23, vous avez réagi plutôt favorablement en vous
disant... en émettant l'espoir que ça allait favoriser une culture des données.
Qu'est-ce que ça veut dire, pour vous, une culture des données?
Mme
Dupré (Caroline) : Bien, pour nous, quand on veut prendre une
décision, analyser l'impact des actions qu'on pose au quotidien, c'est
indéniable qu'on doit en analyser les résultats. Alors, ça ne fait pas de sens
que, dans notre réseau d'éducation, on fasse les choses à l'aveuglette, sans
voir réellement quel est l'impact sur la réussite des élèves. On n'a pas les
moyens de perdre du temps ou de faire des choses qui ne donnent pas de
résultat.
Donc, on salue cet élément-là du projet de loi,
qui nous permettra de mettre en commun, parce que, localement, les centres de services scolaires ont de la donnée à
divers égards, de la donnée qui est utile à la prise de décision. Et je vais
prendre un exemple d'un centre de services scolaire qui s'est adjoint avec
d'autres centres de services scolaires pour développer un outil prédictif de
l'échec scolaire. Et, dans les travaux qu'il nous a présentés, bien, ce qu'on a
pu percevoir, c'est que plus il y aura de données mises en commun, plus la
marge d'erreur dans l'interprétation des données va diminuer.
M.
Drainville : Voilà.
Mme Dupré
(Caroline) : Donc, j'ai bon espoir que, le jour où on aura un système
de données centralisé pour l'ensemble du réseau, bien, on aura des données qui
seront fiables, qui seront utiles à la prise de décision et qu'on pourra
consulter en temps réel.
M.
Drainville : Parlez-moi un peu de l'arrimage que vous faites, dans
votre esprit, là, je veux dire, sur le plan du
fonctionnement au quotidien d'un système comme celui qu'on veut mettre en place,
avec des banques de données dans lesquelles
les centres de services vont verser des informations, toutes sortes
d'informations sur lesquelles, évidemment, il faudra statuer, et tout ça. Alors, comment est-ce qu'on fait l'arrimage
entre la création de cet outil et le fonctionnement au quotidien dans les centres de services? Parce
qu'il y a des personnes qui doutent un peu de l'utilité d'une telle
mécanique. Comment vous, vous voyez ça?
• (17 h 20) •
M. Robert
(Dominique) : Peut-être, au premier chef, sur la donnée
principalement, les prédécesseurs ici aujourd'hui
le nommaient, la donnée existe dans les centres de services scolaires. Le gain,
notamment, dans le projet de loi, qu'on
y voit, c'est l'uniformité de la donnée. Donc, à partir du moment où on aura
des données qui seront comparables, et uniformes,
et utiles à la prise de décision, c'est ce qui permettra, là, de venir
faciliter. Donc, c'est l'élément additionnel de l'uniformité auquel vous faites référence, donc, d'avoir une base de
données, je dirais, centralisée, avec, évidemment, les mises en garde
qui sont nécessaires, qu'on a nommées dans le mémoire, notamment sur la
sécurité et la loi à l'accès à l'information,
etc., et qu'on puisse aussi avoir accès pour partager puis pouvoir être en
mesure de bien analyser et prendre des décisions en conséquence, et,
bon, les données qui sont historiques, mais aussi d'être capables d'évaluer,
sur le volet prospectif, donc, sur le prédictif, pour les élèves puis la
réussite des élèves, parce que, la donnée, il faut qu'elle soit utile,
ultimement, pour la réussite des élèves.
M.
Drainville : Exact. Comment vous expliquez qu'il y ait une telle
disparité d'un centre de services à l'autre au niveau du développement,
justement, des outils, soit pour générer des données soit pour les organiser,
les colliger d'une manière qui nous permette, justement, de... pas juste de
prendre des bonnes décisions, mais d'avoir un portrait très terrain de ce qui
se passe, des résultats scolaires dans nos écoles puis dans nos classes, puis
qui nous permettent, par la suite, d'intervenir? Comment on explique ça, que,
dans certains centres de services, il y en a, ils s'en servent, ça fonctionne
bien, dans d'autres cas, ça... il n'y en a pas, ça ne fonctionne pas? Y a-tu
des raisons historiques pour ça? Comment... Quelle est votre explication pour
ça?
Mme Dupré (Caroline) : C'est certain qu'on a des
membres qui sont de plus petits centres de services scolaires qui nous
disent : Nous, on trouve ça extraordinaire, ce qui se fait dans certains
centres de services scolaires, mais actuellement on n'a pas la capacité, en
termes, notamment, de ressources humaines, d'avoir du personnel qualifié pour
nous aider à développer des outils qui vont nous permettre cette collecte et
cette analyse de données.
Bien sûr, il y a des
données qui sont uniformes et qui existent dans l'ensemble des centres de
services scolaires, notamment par le biais de systèmes dont on s'est dotés. Je
vais nommer la GRICS. Donc, c'est une organisation qui nous appartient, comme
réseau. Puis, bon, par exemple, toutes les données relatives à la paie, au
transport scolaire sont déjà versées dans ces outils-là.
Mais il y a d'autres
données que certains centres de services scolaires arrivent à colliger, à
analyser, et, pour de plus petits centres de services scolaires qui ont des
enjeux encore, des fois, plus grands de pénurie de main-d'oeuvre parce qu'ils sont dans des régions éloignées,
quoiqu'il y a d'autres réalités, dans les plus gros centres, qui affectent
aussi la pénurie de main-d'oeuvre... Néanmoins, ces petits centres de services
scolaires là nous disent, bien, qu'ils comptent sur le fait qu'on puisse avoir,
je dirais, un outil de mutualisation. Et c'est ce qu'on perçoit qui sera
développé, là, par le biais, là, du système qui est énoncé dans le projet de
loi, donc, quelque chose d'uniforme qui va leur permettre, à eux, de pouvoir
bénéficier de cette culture des données dans leurs prises de décision,
notamment.
M.
Drainville : Très bien. Sur l'institut d'excellence, vous avez un
préjugé plutôt favorable.
Mme Dupré
(Caroline) : Tout à fait.
M.
Drainville : Pour M. et Mme Tout-le-monde qui vous écoutent, là, pour
notre large public, dites-nous... Je ne sais
pas... Si je vous demandais, de votre point de vue à vous, un ou deux exemples
très concrets de ce que ça pourrait changer, dans votre esprit,
l'arrivée de l'institut...
Mme
Dupré (Caroline) : J'estime qu'en éducation trop de fois on a pris
des courants à la mode sans nécessairement se poser la question :
Est-ce que c'est vraiment une pratique probante, est-ce que ça donne réellement
des résultats? Je peux en témoigner, j'ai
été moi-même enseignante. Puis, à un moment donné, bien, on aimait ça, les clés
en main. Il y avait un courant pédagogique à la mode, puis tout le monde
l'implantait dans sa classe, mais on n'analysait pas la portée, les résultats,
l'effet sur l'élève de ces... de ces programmes-là à la mode. Donc, pour nous,
l'INEE vient amener, je dirais, du sérieux à la démarche.
J'ai entendu mon collègue, tout à l'heure, de
l'AQPDE le nommer, c'est une science, l'éducation. On oublie parfois que c'est une science. Alors, on ne peut
pas se permettre de faire n'importe quoi. On va investir nos énergies
dans ce qui donne des résultats, dans ce que la recherche a pu valider, et
qu'elle vienne nous dire que c'est ce qui est plus probant et c'est ce qui peut
changer les choses, en amélioration, évidemment.
M. Drainville : Question peut-être
un petit peu plus délicate, mais je vous pardonnerai si vous ne souhaitez pas y
répondre, si vous souhaitez l'esquiver. Mais on entend parfois la critique à
l'effet que la création de l'INEE, c'est une nouvelle structure, ce n'est pas
nécessairement prioritaire dans le climat actuel ou dans le contexte actuel,
etc. Moi, je réponds : Bien, écoutez, on peut créer l'INEE, puis créer un
programme de 30 crédits, puis avancer sur les aides à la classe, puis
investir davantage dans les écoles, puis... Tu sais, bref, on peut mâcher de la
gomme puis marcher en même temps.
Est-ce que,
dans votre esprit, là... Mettons, là, j'aurais déposé un projet de loi, puis il
n'y aurait pas eu l'INEE dedans, là, est-ce que... est-ce que, pour
vous, ça aurait été un... est-ce que ça aurait été un... comment dire, un...
Est-ce qu'il aurait manqué quelque chose? Parce que, moi, ce que j'entends dans
le milieu de l'éducation, c'est qu'il y en avait beaucoup qui s'étaient ralliés à cette idée de l'INEE, quand le groupe
de travail avait déposé son rapport, puis il y avait... Ça avait suscité beaucoup d'espoir, sinon beaucoup
d'espérance. Puis là il y avait quand même une certaine attente, dans le milieu
de l'éducation, par rapport à ça, parce que, justement, les gens, un peu comme
vous le dites, il y en a qui déplorent le fait que, par le passé, on a gouverné
un peu... on gouvernait aux instruments sans instrument.
Et donc jusqu'à quel point, avec les gens à qui
vous parlez dans votre réseau, chez les gestionnaires, les administrateurs, jusqu'à quel point est-ce que cette...
Cette intention législative de créer l'INEE, jusqu'à quel point est-ce
que ça répondait à un besoin?
Mme Dupré (Caroline) : Ça répond à
un besoin. Puis je suis contente que vous me posiez la question. Je vais accepter d'y répondre. Quand vous l'avez dit tout
à l'heure, d'entrée de jeu, vous m'avez fait répéter ma phrase de
conclusion... À tous les jours, on entend des histoires d'horreur en éducation.
Pourtant, il se fait des choses extraordinaires. Mais il y a quand même des éléments qui continuent de nous
préoccuper : la réussite des garçons, vous en avez parlé
précédemment, les taux de réussite au niveau du français, en lecture, en
écriture, les élèves HDAA qui peinent à réussir au même niveau que leurs
collègues qui sont en classe régulière.
Donc, est-ce qu'on peut se permettre de
continuer de faire exactement ce qu'on fait depuis des années? Je pense qu'on
est à un tournant en éducation, puis il faut qu'on arrête de se mettre la tête
dans le sable, qu'on prenne des décisions courageuses pour qu'on puisse
entrevoir l'avenir avec positivisme, parce que c'est toute la société qui en
bénéficie, bien sûr, vous le savez comme moi. Chaque élève qu'on forme, c'est
un travailleur de demain, puis ce qu'on souhaite, bien, c'est d'avoir des
travailleurs qui soient compétents et qualifiés.
M. Drainville : Et qui soient de
bons citoyens aussi.
Mme Dupré (Caroline) : Absolument.
M. Drainville : Merci beaucoup, Mme
Dupré puis M. Robert. Merci pour votre engagement également dans le monde de l'éducation.
Je l'ai dit précédemment pour d'autres personnes, mais tous les groupes qui
vont venir nous rejoindre pendant cette commission, qu'ils soient d'accord ou
pas avec le projet de loi, ce sont tous des personnes qui sont engagées dans le monde de l'éducation et qui
le font avec sincérité. Et il faut se féliciter d'avoir un monde de
l'éducation qui est traversé par une telle diversité et puis par toutes sortes
d'opinions, mais par des gens de coeur qui souhaitent vraiment la réussite de
nos enfants, là. Et ça, je pense que c'est une grande richesse, comme société
et comme démocratie. Alors, voilà, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Je cède maintenant la parole à M. le député de Côte-du-Sud.
Il vous reste environ quatre minutes.
M. Rivest : Merci. Merci beaucoup.
Je suis très heureux de vous rencontrer, d'abord, mais aussi de partager avec M. le ministre de l'Éducation cette
volonté-là de parler de nos petites réussites aussi davantage, de ne pas se
mettre la tête dans le sable mais aussi de
se dire qu'il se passe des éléments qui sont extraordinaires dans nos centres
de services scolaires puis dans nos milieux scolaires au Québec.
En même temps que je vais vous parler, là, de
l'institut puis de la mise sur pied, que je considère que vous voyez d'un
regard positif, moi, ce qui m'interpelle, c'est dans cette idée-là
d'uniformité, de partage de données, de partage aussi de bonnes pratiques. Dans
mon ancienne vie, j'ai vu naître le Centre d'excellence en pédagogie musicale. C'était supporté par des chercheurs à l'Université
Laval. C'était unique au Canada. On allait chercher des données partout
à travers le monde. Il y avait quelque chose d'exceptionnel mais qui ne
percolait pas à l'intérieur du réseau même, des enseignants
en musique ou de... du côté du plancher, si on veut, des gens qui réalisent,
finalement, l'action d'enseigner, bien qu'il
y avait, vous le savez comme moi, au niveau de l'enseignement des arts, aussi
un élément porteur pour des jeunes avec des problématiques, qu'on peut
leur apporter bien des bienfaits.
Mais, si on pouvait vous donner une baguette
magique et vous demander comment l'institut national pourrait avoir aussi cette
idée-là, d'une façon peut-être différente que le Conseil supérieur en
éducation, puisse vraiment percoler et aller à l'intérieur de vos enseignants,
des centres de services scolaires, de quelle façon on pourrait arriver à faire
cette magie-là, finalement?
M. Robert (Dominique) : Bien,
peut-être vous dire, d'une part, puis Mme Dupré le nommait tantôt, l'objectif,
notamment, de l'INEE, c'est de s'assurer de ne pas avoir les tendances du jour,
de l'heure, du mois, donc, que ce soit appuyé par la recherche. Donc, on espère
que l'INEE soit en mesure de, justement, consigner et donner, notamment, des orientations mais aussi des outils qui seront,
justement, uniformes, et d'éviter l'éparpillement. Donc, quand vous nous
demandez... Parce qu'il y a plusieurs belles choses qui se font. Et parfois ça
fonctionne, parfois ça fonctionne moins bien. Et l'objectif, c'est de faire la
boucle de régulation pour s'assurer que ça fonctionne, mais qu'on s'appuie sur
la recherche. Donc, c'est peut-être
l'élément, de venir prioriser dans les... dans les mécanismes puis dans les
études probantes, là, et que ce soit bien appuyé dans les écoles.
• (17 h 30) •
M. Rivest : ...qu'il doit aussi y
avoir cet équilibre-là entre la pratique des gens qui sont sur le terrain et le
volet de la recherche, dans ce partage-là des bonnes pratiques, je dirais.
Peut-être, Mme la Présidente, me dire combien de
temps il me reste, parce que j'aimerais aborder un autre thème, mais...
La Présidente (Mme Dionne) : Il vous
reste une minute.
M. Rivest : Une minute. Vous avez
dit, question de formation à distance, comment permettre de poursuivre le
parcours. Vous aviez un regard, je dirais... Pouvez-vous me dire quelques
exemples de situations où l'enseignement à distance peut être une bonne chose?
Mme Dupré (Caroline) : Absolument.
Pour nous, la prémisse de base, quand on a analysé cette partie-là du projet de loi, c'est de se dire que l'élève devrait être en classe 180 jours. Alors,
la place de l'élève, c'est à l'école. Alors, quand un élève est contraint de ne pas pouvoir être à l'école... Bien
sûr, il y a des journées de force majeure qui permettent... parfois,
pardon, de pallier quand on doit avoir une absence en raison d'une tempête de
neige, un dégât d'eau dans l'école, etc.,
mais je vous donnerais des exemples récents qui se sont produits. La nature qui
s'est déchaînée récemment, des routes
qui sont coupées, des élèves qui ne peuvent pas prendre le transport pour se
rendre à l'école, alors, ces élèves-là, bien, si on avait pu les basculer en enseignement à distance, ils
auraient pu profiter d'enseignement. Pensons à un élève qui, malheureusement, aurait un accident, une chute en
ski, cassure du fémur, en traction, pourrait suivre ses cours à
distance.
La
Présidente (Mme Dionne) : Merci. Merci infiniment. Je cède maintenant la
parole à la députée de Saint-Laurent,
porte-parole de la... de l'opposition officielle, pardon.
Mme Rizqy : Merci beaucoup. Merci et
bienvenue. Je vais aller directement à ce que vous avez mentionné, parce que
j'en ai fait part dès ce matin par rapport à l'indépendance de l'INEE. Puis je
suis contente, parce que vous avez pris
l'exemple de l'INESSS, qu'effectivement, dans leur loi habilitante, c'est
clair, ils peuvent choisir les différents sujets de recherche. Et
évidemment le ministre peut toujours en demander davantage si jamais,
d'aventure, il aimerait que l'INESSS se penche sur certains aspects en santé
publique. Alors, si je comprends, si je dépose un amendement dans ce sens, vous
êtes favorables.
Mme Dupré (Caroline) : Tout à fait.
M. Robert (Dominique) : Tout à fait.
C'est d'ailleurs ce qu'on a écrit dans notre mémoire.
Mme Rizqy : Parfait. J'ai une
question : Est-ce que l'enseignement à distance... Puis je suis contente
que vous ayez dit : La place d'un
jeune, c'est à l'école. Moi, ce que j'ai peur, je vais vous le dire ainsi,
c'est que... Dans certaines régions, c'est
difficile d'attirer des enseignants, et j'ai peur que ça devienne un outil pour
combler d'autres moyens pour faciliter la venue d'enseignants, par exemple, dans les comtés plus au nord. Et je ne
voudrais pas que ça devienne, en fait, la solution de rechange, parce que je crois qu'on a d'autres
outils, notamment, en plus de ça. C'est mon biais à moi, de fiscaliste. Je
veux dire, on peut faire des moyens fiscaux
pour s'assurer qu'on attire et on retient des enseignants, notamment dans le Grand Nord.
Vous, de votre côté, vous venez de le dire, 180
jours, mais ça ne devrait pas non plus devenir une alternance... pardon, la
voie de contournement si jamais on n'est pas capables d'attirer par d'autres
mesures un enseignant, là.
Mme Dupré
(Caroline) : On est tout à fait d'accord avec la position que
vous apportez, effectivement. D'ailleurs, c'est pourquoi on trouve que
le caractère imprévisibilité... Bien, peut-être qu'il faudra se pencher sur le
choix des mots pour être certains que...
Parce qu'on pourrait se dire, par exemple, que... Une pénurie de main-d'oeuvre,
est-ce que c'est réellement imprévisible en date d'aujourd'hui? On
pourrait se dire que non.
Donc, alors, si on... Il
faut... Quand on va parler de l'enseignement à distance, pour nous, là, il
faudra vraiment étudier attentivement les mots qu'on choisira pour s'assurer...
Puis notre objectif, évidemment, c'est vraiment dans des situations
particulières — c'est
le mot qu'on aime bien, «situations particulières» — pour soutenir un élève
dans une situation xy, dans un caractère, évidemment, temporaire, mais pas sur
une longue durée.
Mme Rizqy : Parfait. Excellent.
Mme Dupré (Caroline) : La place de
l'élève, c'est à l'école.
Mme Rizqy : Effectivement, on abonde
dans le même sens, d'autant plus que vous, vous vous assurez aussi du bien-être
de l'élève général lorsqu'il est devant vous. Ce n'est pas uniquement de
transmettre des connaissances. C'est même de...
Mme Dupré (Caroline) : Socialiser.
Mme
Rizqy : ...exactement, puis
de s'assurer que ses besoins de base aussi sont comblés. Alors, merci
énormément.
Je pense aussi toujours à l'INEE. Nous, on va
déposer un amendement pour s'assurer que la formation professionnelle, la FGA, soit aussi comblée par la mission, là, parce
que sinon il y a quand même une partie importante de l'éducation qu'on
oublie. Ça, j'imagine que vous êtes d'accord aussi.
M. Robert (Dominique) : Oui, tout à
fait, on est d'accord. Dans notre mémoire, on l'a indiqué. Et d'ailleurs j'en profite pour, oui, ajouter la formation
générale adultes et formation professionnelle, mais également, dans la
composition du conseil d'administration de l'INEE, d'inclure un membre... donc,
déjà existant, mais d'inclure un membre, là, en lien avec la formation générale
adultes ou formation professionnelle.
Mme Rizqy : C'est noté pour le futur
amendement. Tantôt, on parlait... le ministre a dit qu'il y a beaucoup de
personnes qui attendaient, justement, l'institut et il parlait du groupe de
travail. Lorsque le groupe de travail a consulté, la grande, grande majorité a
dit, à l'époque, et ça a été répété, même, par le signataire du groupe de
travail ce matin, M. Maltais, qu'il n'était pas question d'enlever des attributs
au Conseil supérieur de l'éducation, que les deux, en fait, pouvaient exister,
et que le Conseil supérieur faisait déjà, évidemment, des travaux importants,
et que ça permettait à l'INEE de faire autre chose. Est-ce que vous êtes aussi
dans la même lignée que le Conseil supérieur peut continuer d'exister dans sa
forme actuelle?
Mme Dupré (Caroline) : Pour nous, le
Conseil supérieur de l'éducation, c'est une communauté de pensée; l'INEE, c'est
une communauté de pratique. Alors, la différence, c'est là qu'on la voit.
Mme Rizqy : OK. Donc, on n'a pas
besoin d'enlever des attributs. Ils peuvent coexister.
Mme Dupré (Caroline) : Choisir,
c'est renoncer.
Mme Rizqy : Mais ils peuvent
coexister.
Mme Dupré (Caroline) : Ils
pourraient. Tu sais, ça...
M. Robert (Dominique) : Ce que
j'aurais le goût de dire à cet égard-là, c'est que l'objectif... On salue la
mise en place d'un organisme qui permettra, justement, de venir bonifier. Donc,
quelle que soit la structure qui serait en place, Conseil supérieur de
l'éducation, INEE, l'important sera de clarifier les rôles et responsabilités,
dans la mesure où les deux coexistaient, et d'être complémentaires pour que ça
atterrisse, évidemment, dans les écoles et que ce soit... qu'il y ait des
actions concrètes.
Mme Rizqy : OK. Et, dites-moi, au
niveau de l'information... Tantôt, je faisais référence au rapport de la
Vérificatrice générale. Dans les différents centres de services scolaires,
chaque centre de services scolaire collige à sa façon. Puis moi, je me suis
aventurée dans les demandes d'accès à l'information. Et, lorsque j'ai reçu
l'information, par exemple, au niveau
d'actes de violence, bien, chaque centre de services scolaire avait sa propre
définition de qu'est-ce qui était un
acte de violence ou pas. J'ai trouvé ça assez particulier et je me suis
demandé... Parce que, là, ça... on n'a pas besoin du Conseil supérieur, ni de l'INEE, ni d'une loi. Il me semble
que le ministère de l'Éducation... Puisqu'on doit avoir des plans d'intervention contre l'intimidation,
notamment, mais aussi, évidemment, la violence, c'est tolérance zéro, il
me semble que ça devrait exister d'avoir
déjà, au Québec, des normes claires et pas à géométrie variable de comment, un,
notre définition d'acte de violence existe,
mais aussi de comment on les comptabilise, là. Il me semble qu'on n'a pas
besoin d'un projet de loi, mais
qu'une ligne directrice... Le ministre de l'Éducation peut clairement envoyer
ce qu'on appelle les infocollectes avec : Voici la définition,
voici le tableau, voici le colligé. Puis d'ailleurs vous faites déjà beaucoup
d'infocollectes.
M. Robert
(Dominique) : Bien, peut-être, ce que je peux juste nommer à cet
égard-là, bon, vous faites référence, là, à une information, mais il y
en a une multitude, notamment dans les CollecteInfo. Mais, dans... en lien avec
le projet de loi et la
donnée, c'est vraiment l'uniformité, parce que l'information existe dans chacun
des centres de services scolaires, mais évidemment, si on pose la
question un an ou quelques mois après, elle n'est peut-être pas formatée ou
elle n'est peut-être pas dans un format qui est... qui est prévu initialement.
Mais l'information existe. D'ailleurs, les rapports annuels des centres de
services scolaires publient certaines informations officielles, là, qui sont
nécessaires, et elles sont disponibles. Je pense que le projet de loi
aujourd'hui permettra peut-être d'avoir l'élément additionnel de l'uniformité,
qui permettra, justement, d'avoir de l'information fiable, disponible en temps
opportun, et uniforme, et utile à la prise de décision.
Mme Rizqy : Alors, comment se
fait-il que le ministère de l'Éducation, qui est quand même au-dessus de tout,
là, fait ses demandes mais n'obtient pas les informations avec la même façon de
les colliger? Pourquoi que, l'INEE, ce serait mieux respecté que le ministère
de l'Éducation?
Mme Dupré (Caroline) : Bien, moi, je
pense qu'il va falloir se donner, entre autres, un lexique, un vocabulaire qui
est le même. Puis je vais vous donner un exemple. Moi, j'étais directrice
générale d'un centre de services scolaire. Quand on avait fait nos travaux pour
le plan d'engagement vers la réussite, on voulait, évidemment, agir sur les
taux d'absentéisme des élèves au secondaire. Bien, quand on a voulu mettre en
commun les données de nos différentes écoles
secondaires, le défi qu'on a eu, c'est qu'ils n'avaient pas tous et toutes le
même... les mêmes appellations, les mêmes codes associés à des absences.
Parfois, c'étaient des absences motivées. D'autres fois, ce ne l'était pas.
Alors, il a fallu faire tout un ménage. Puis on s'est dit : Bien, pour
pouvoir comparer nos données, bien, il va falloir qu'on parle le même langage.
Donc, ça, c'est... ce sera un chantier, évidemment, qui devra être fait par
l'INEE, de s'assurer qu'on parle le même langage quand on...
• (17 h 40) •
Mme
Rizqy : Bien, il me semble que, le ministère de
l'Éducation, là, par exemple, connaître le taux d'absentéisme des élèves, c'est une donnée quand même
assez importante, là. Puis il y a au-dessus de... Ce matin, j'ai sorti
l'organigramme. Il y a
au-dessus de 1 000 fonctionnaires, différentes directions. Ça aussi,
il est capable. Si vous, comme DG, vous avez été capable d'instaurer,
dans votre centre de services scolaire, une marche à suivre avec le même
langage, le ministre de l'Éducation peut
faire ce que vous, vous avez fait, mais aux 72 centres de services
scolaires et commissions scolaires, non?
Mme Dupré (Caroline) : Si on se
donne un lexique commun, c'est sûr qu'on va avoir des données qui vont être
beaucoup plus pertinentes.
Mme Rizqy : Ça, c'est une question,
au fond, de volonté. Ce n'est pas une question... Parce que vous, vous n'avez
pas eu besoin de loi pour le faire dans votre centre de services scolaire.
Mme Dupré (Caroline) : Non, mais,
quand même, je vous dirais que ça avait amené toutes... toutes que des discussions, étonnamment, ça a l'air bien simple,
là, mais, bon, certaines directions d'école qui disaient : Bien non,
moi, j'y tiens, à ça, parce que, nous, là,
quand on parle aux parents, bien, c'est important qu'on puisse donner un état
de situation sur tel type d'absence. Ça n'avait pas été si simple que
ça, mais c'est faisable.
Mme Rizqy : ...réussi.
Mme Dupré (Caroline) : Tout à fait.
Mme Rizqy : Il y a peut-être des
gens qui pourraient vous appeler pour connaître votre méthode. Il me reste
combien de temps?
La Présidente (Mme Dionne) : Une
minute, Mme la députée.
Mme
Rizqy : Ah mon Dieu! D'accord. Alors, une dernière
question. L'INEE, l'institut, va devoir, évidemment... à partir de données probantes, va faire des
recommandations, et tout ça. Le Conseil
supérieur de l'éducation le fait
déjà. Je vais poser la même question que Marie-Michèle Sioui a posée, que je
trouve très pertinente, du Devoir : Si le Conseil supérieur de l'éducation fait un constat à partir aussi de recherches, de
données probantes sur un système à trois vitesses et arrive avec un constat, avec des chiffres à
l'appui, des pourcentages à l'appui, mais que le ministre le rejette, est-ce
qu'au fond on peut avoir le même
enjeu avec l'institut, d'avoir des recherches basées sur des données probantes,
mais qui sont rejetées?
M. Robert (Dominique) : Sur la
donnée, tout à l'heure, on vous mentionnait des données uniformes, bon,
fiables, disponibles en temps opportun et utiles à la prise de décision. Là,
vous êtes dans le dernier point, sur l'utile à la prise de décision. À partir
du moment où on a une donnée, bien évidemment, c'est de prendre les décisions
en conséquence, quelle que soit la nature de cette donnée-là.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps qu'on avait. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci,
Mme la Présidente. Merci beaucoup pour votre présentation et votre présence ici
parmi nous. Moi, je connais... j'ai des
parents, des fois, qui m'interpellent, parce que je parle beaucoup de l'égalité
des chances de notre système scolaire, de l'école
à trois vitesses, et eux, ils y croient beaucoup, qui sont, par exemple, sur
des conseils d'administration de centre de services scolaire. Puis j'en connais
une, notamment, là, qui me vient en tête, je ne
dirai pas où, où elle avait eu beaucoup, beaucoup de résistance de la part de
son centre de services pour faire adopter des résolutions sur l'école à
trois vitesses. Puis évidemment, quand on dit «trois vitesses», il y a aussi le
privé, mais elle allait plus dans le sens qu'il ne faudrait pas que les notes
ou l'argent puissent ne pas leur permettre d'avoir accès à des programmes
particuliers. Puis, on a vu hier, il y a un article qui est sorti sur les
règles... les règles budgétaires, là, avec d'autres associations de parents et
de cadres, où vous avez dit qu'il fallait, bien, interdire, à partir de 2025,
la sélection basée sur les notes pour les projets particuliers, avoir des
balises pour réduire les coûts. C'est un pas quand même important. Qu'est-ce
qui vous a amenés à proposer ça puis à faire cheminer votre pensée, comme
Fédération de centres de services scolaires?
M. Robert
(Dominique) : En fait, merci d'y faire référence. Effectivement, on a
déposé, là, un mémoire sur les règles budgétaires, la consultation, là, qui
s'est terminée en début de semaine, et ça faisait référence aux PPP, les
projets pédagogiques particuliers. Et, dans l'étude qu'on a pu faire, on a pu
voir, bon, les modifications budgétaires, mais
on en a profité pour venir faire état des travaux de la dernière année,
notamment pour s'assurer de l'arrimage entre la Loi sur l'instruction
publique, le régime pédagogique, les frais exigés aux parents, et pour
s'assurer d'une plus grande démocratisation
de l'école publique, donc, d'éviter des sélections auxquelles on faisait
référence. Puis les groupes précédents l'ont mentionné tantôt. Donc,
c'est ce qui est venu animer notre réflexion à cet égard-là pour... Et c'est un
des moyens.
Puis,
dans le mémoire, là, il y a une annexe complète, là, qui y fait référence pour
fournir, là, des pistes d'amélioration et, à terme, pour donner le temps
à chacun des milieux, parce qu'on fait référence en 2025, là, donc ce n'est pas
demain matin, mais qu'on se donne le temps
pour viser puis atteindre l'objectif pour s'assurer d'une plus grande
démocratisation à l'accès à l'école publique.
Mme Ghazal : Puis ça, c'est quelque chose de partagé dans tous
les centres de... parce que vous êtes la fédération, donc, dans tous les
centres de services scolaires, même ceux, peut-être, qui résistent. Puis vous
allez pouvoir le faire vous-mêmes, ou est-ce que vous avez besoin du
gouvernement...
M. Robert
(Dominique) : Bien, en fait...
Mme Ghazal : ...ou
c'est une proposition que vous faites?
M. Robert
(Dominique) : Pour être... Pour répondre à la première partie de votre
question, évidemment, les 61 centres de
services scolaires, oui, on les représente. Le travail a été fait
conjointement. Et c'était en réaction conjointement avec les centres de
services scolaires et les représentants, et donc c'était en réaction aux règles
budgétaires pour s'assurer d'éviter des
incohérences entre les différents encadrements, donc, notamment, la Loi sur l'instruction publique, mais
évidemment le régime pédagogique.
La Présidente (Mme
Dionne) : ...Mme la députée.
Mme Ghazal : Déjà?
La Présidente (Mme
Dionne) : Déjà.
Mme Ghazal : Bien, voyons! Ah mon Dieu! OK. Bon, là, je n'aurai
pas le temps. Le fait d'annuler une décision d'un centre de services
scolaire, vous, ce que vous dites, là... Tu sais, je vois beaucoup, beaucoup de
recommandations qui disent : Ça ne peut
pas être M. le ministre, là. C'est quoi, la conséquence, si c'est le ministre
qui décide, puis que ce n'est pas changé, puis qu'il ne prend pas en
compte ce que vous dites?
Mme Dupré (Caroline) : Bien, en fait, nous,
on... Nous, ce qu'on... la réflexion qu'on a menée, puis ce que les
membres nous ont dit, c'est : Évidemment, si un centre de services
scolaire prenait une décision...
La Présidente (Mme
Dionne) : En conclusion, Mme Dupré.
Mme Dupré
(Caroline) : ...qui allait à l'encontre d'une loi...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps qu'on a. M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci, Mme la Présidente. Bienvenue à l'Assemblée
nationale. Je comprends que vous représentez à la fois les directions
des centres de services scolaires et les autres employés aussi ou uniquement
les directions?
M. Robert
(Dominique) : On représente les centres de services scolaires, donc
les 61...
M. Bérubé : Tous
les corps de métier qu'on y trouve.
M.
Robert (Dominique) : Exactement. Donc, dans l'accomplissement de leur
mission, les 61 centres de services scolaires.
M. Bérubé : D'accord.
Les directions, est-ce qu'ils sont emballés par l'idée qu'ils soient dorénavant
nommés par le ministre? Quelle est la valeur ajoutée pour...
Mme Dupré
(Caroline) : Bien, les directions générales, vous voulez dire?
M. Bérubé : Oui,
directions générales.
Mme Dupré
(Caroline) : Les directions générales des centres de services
scolaires, bien, ils viendront vous exposer, dans quelques jours, leur point de
vue à cet égard-là. Nous, dans la consultation qu'on a menée auprès de nos
membres, on s'est beaucoup plus attardés au rôle, à quel point ça pouvait
impacter les conseils d'administration, parce qu'évidemment on représente aussi
les conseils d'administration à la Fédération des centres de services, donc...
Et les centres... Évidemment, nos conseils d'administration, ce qu'ils nous
disent, les administrateurs, c'est qu'ils estiment qu'ils sont les mieux placés pour recommander au ministre des
candidatures de personnes qui sauront répondre aux besoins du milieu. Tout à l'heure, il y a un des
représentants des directions d'école qui a fait le parallèle avec le fait que,
dans la loi, c'est prescrit
qu'annuellement les conseils d'établissement sont consultés sur le profil d'une
direction d'établissement si jamais il s'avérait que leur direction
quittait. On pense que ça devrait être la même chose du côté des directions
générales.
M. Bérubé : Donc,
vous vous opposez à la volonté du gouvernement de nommer.
Mme Dupré
(Caroline) : C'est... Bien, ce n'est pas qu'on s'oppose...
M. Bérubé : C'est
pas mal ça que vous avez dit.
Mme Dupré (Caroline) : ...c'est qu'on souhaite
que le conseil d'administration puisse faire des recommandations de
candidats à la lumière des besoins de leurs milieux.
M. Bérubé : Mais
je comprends que ce ne sera plus possible ou ce n'est plus sollicité. C'est ça?
Mme Dupré
(Caroline) : Bien, nous, c'est ce qu'on souhaiterait.
M. Bérubé : On
dit la même chose, tout le monde a compris. D'accord. Je vais permettre... Je
vais vous permettre de poursuivre votre
réponse à la question de ma collègue. Le cas, par exemple, qui est arrivé au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
cas concret, vous l'avez analysé, vous vous êtes dit : Bon, là, voici
l'intervention du ministre. Pouvez-vous poursuivre votre réponse que vous aviez
amorcée pour la députée de Mercier?
Mme Dupré (Caroline) : Absolument. Donc,
évidemment, si un centre de services scolaire s'écartait complètement
d'une loi, d'un règlement, d'une directive, bien, c'est le rôle du ministre
d'intervenir puis de discuter, à tout le moins, là, avec la direction générale
pour comprendre ce qui s'est passé.
Maintenant, il existe
toutes sortes de décisions qui sont propres au milieu et pour lesquelles on
estime que c'est vraiment le centre de
services scolaire qui est le mieux placé pour... Tu sais, prendre une décision
dans un centre de services scolaire, c'est toujours soupesé. C'est
toujours mûrement réfléchi. Et il y a plein de situations qui, parfois,
pourraient déplaire à un parent ou affecter
un élève, mais que, si on la renverse, bien, finalement, c'est des centaines
d'autres enfants qu'on pénalise. Pensons, par exemple, à une situation
de classement d'élèves. Disons, on a un élève qui déménage durant l'été, à la
fin de l'été, et puis, dans la politique d'admission, d'inscription des élèves
du centre de services scolaire, bien, cet élève-là, considérant la date à
laquelle il vient s'inscrire à l'école...
La Présidente (Mme
Dionne) : En terminant.
Mme Dupré
(Caroline) : ...il va devoir être relocalisé. Donc, si on donne raison
à cet enfant-là, bien, quel élève on sort de la classe? Quel élève on pénalise?
Donc, c'est vraiment dans ce sens-là.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci infiniment. C'est tout le temps qu'on avait. Mme
Dupré, M. Robert, merci pour ces échanges fort intéressants.
Je suspends les
travaux de la commission jusqu'à 19 h 30.
(Suspension de la séance à
17 h 49)
(Reprise à 19 h 31)
La Présidente (Mme Dionne) : Alors,
bonsoir à tous. Compte tenu de l'heure et du quorum, la commission est
maintenant prête à reprendre ses travaux. Merci.
Donc, nous poursuivons les
consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
n° 23, la Loi modifiant
principalement la Loi sur l'instruction publique et édictant la Loi sur
l'Institut national d'excellence en éducation.
Ce soir, nous
entendrons les organismes suivants, donc, la Fédération des comités de parents
du Québec, le Regroupement des comités de
parents autonomes du Québec et finalement la Confédération des syndicats nationaux, CSN.
Donc, je souhaite la
bienvenue à nos premiers intervenants, donc, Mme Laviolette, M. Roy,
Mme Payne et Mme Goudreau. Donc,
vous disposez de 10 minutes pour votre exposé. Donc, je vous demanderais, en
entrée de jeu, de vous présenter, et suite à ça de faire votre exposé.
Nous poursuivrons les échanges par la suite. La parole est à vous.
Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ)
M. Roy (Kévin) : Merci. Merci, Mme la
Présidente. M. le ministre, Mmes et MM. les membres de la commission,
bonne Semaine nationale de l'engagement parental en éducation et bonne Journée
mondiale des parents à tous! Et bonjour à tous ceux qui nous écoutent. Merci de
nous recevoir, nous, parents, pour commenter le projet de loi n° 23.
Je me présente. Kévin
Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec. Je suis
accompagné de Mélanie Laviolette, vice-présidente de la fédération, et d'Annie
Goudreau, conseillère EHDAA, membre du comité exécutif de la fédération et
aussi membre parent du conseil d'administration de son centre de services
scolaire, et Mme Corinne Payne, directrice générale de la fédération et parent,
engagée depuis de nombreuses années dans le milieu de l'éducation. Ensemble,
nous cumulons 49 ans d'engagement bénévole dans le réseau de l'éducation.
Notre fédération a
pour mission de défendre et promouvoir les droits et intérêts des parents et
des élèves de l'école publique, et de soutenir et accompagner nos 57 comités de
parents membres, soit les comités de parents de plus de 90 % des centres
de services scolaires au Québec.
Mme Laviolette
(Mélanie) : Pour réagir au projet de loi n° 23, nous avons
consulté nos comités de parents membres.
Nous avons également consulté les membres parents des conseils d'administration
des centres de services scolaires pour
que leurs voix soient entendues et considérées. Nous nous sommes aussi appuyés
sur notre bilan de la gouvernance scolaire produit trois ans après
l'adoption du projet de loi n° 40. À notre connaissance, la FCPQ est la
seule organisation à avoir réalisé un tel bilan. Nous avons aussi considéré nos
orientations sur les projets de loi n° 40, n° 105 et n° 86 sur la gouvernance scolaire et nos travaux en amont du rapport sur la
création d'un institut national d'excellence en éducation en 2016‑2017.
Notre mémoire contient donc 18 exigences et recommandations sur 37 pages, et
130 pages d'annexes pour votre considération.
Bien
que des mesures du projet de loi répondent aux attentes des parents, comme la
possibilité de tenir nos conseils d'établissement
à distance, ce soir, nous voulons mettre l'accent sur les inquiétudes des
parents et sur les recommandations que nous considérons comme des
exigences pour améliorer la gouvernance scolaire.
Mme Goudreau (Annie) : Le projet de loi prévoit
que le ministre de l'Éducation pourra procéder à la désignation d'une
personne pour occuper un poste vacant au conseil d'administration d'un centre
de services scolaire. À 96 % d'opposition dans notre consultation, les
parents sont fortement contre cette mesure.
Nous proposons plutôt
d'apporter des assouplissements aux lois existantes pour permettre aux comités
de parents de combler un poste vacant de membre parent en désignant une
personne de son choix, en bref, d'élargir le bassin
de candidats potentiels, puisque notre fédération et les comités de parents ont
souvent un large éventail de volontaires conscients des enjeux et des réalités des parents et des élèves, par
exemple, un parent siégeant sur un conseil d'établissement ou un parent
engagé dont l'enfant a terminé sa scolarité. Il s'agit de notre première
exigence. Je profite de cette occasion pour remettre de l'avant une exigence de
la fédération que nos membres portent toujours : les parents veulent qu'un
siège de membre parent au conseil d'administration soit réservé à un parent
d'un élève ayant des besoins particuliers.
De manière générale,
les parents ont des inquiétudes par rapport à la concentration de plusieurs
pouvoirs entre les mains d'une seule personne. Les comités de parents sont
défavorables à tous les nouveaux pouvoirs octroyés au ministre par le projet de
loi. Il y a une perception de centralisation des responsabilités vers une seule
personne et une perception de dévalorisation du rôle des instances de
participation du milieu scolaire. Nous estimons que les comités de parents doivent avoir tous les leviers pour
procéder à la désignation de personnes de confiance de leur choix, selon
les besoins de leurs milieux. L'ensemble des
comités de parents ne devraient pas payer le prix pour les situations
problématiques s'étant produites dans quelques comités de parents.
Mme Laviolette
(Mélanie) : Dans l'objectif de valoriser les instances de
participation, nous proposons que la formation obligatoire pour les membres de
conseil d'établissement bénéficie d'un mécanisme de suivi, comme c'est le cas
pour la formation obligatoire pour les membres de conseil d'administration. Il
s'agit de notre deuxième exigence.
Nous insistons sur ce
point pour deux raisons. Premièrement, notre bilan de la nouvelle gouvernance a
révélé que les membres de seulement... que les membres de seulement 39 %,
pardon, des conseils d'établissement ont complété leur formation obligatoire,
alors que 80 % des membres des parents des CA ont complété la leur.
Deuxièmement, et
depuis plusieurs années, nous avons des témoignages, des exemples et des
preuves flagrantes que la Loi sur l'instruction publique n'est pas respectée. Par exemple, près du tiers
des conseils d'établissement n'adoptent pas leurs plans de lutte contre la violence et l'intimidation, et
seulement le tiers des conseils d'établissement se considèrent partie
prenante de l'élaboration du projet éducatif de leur école. Tous les acteurs
impliqués bénéficieraient d'être mieux informés sur les rôles et
responsabilités de chacun, ce qui nous amène à notre troisième exigence.
M. Roy (Kévin) : Les
parents demandent la mise en place d'un mécanisme de recours indépendant auquel
ils pourraient faire appel lorsque la Loi sur l'instruction publique n'est pas
respectée. 96 % des membres sont en faveur de cette demande, ce qui nous indique que l'adresse courriel gouvernance@education.qc.ca ne suffit pas à régler les conflits et les enjeux. Dans certains milieux, il est
difficile de mobiliser les parents et de pérenniser leur engagement pour cette
raison.
Ces trois exigences ont un point en commun,
notre inquiétude pour la subsidiarité et pour l'engagement des parents dans les instances de participation. Les
parents sentent que leur rôle n'est pas valorisé ni respecté, et le
sentiment est empiré en ce moment par les
pouvoirs octroyés au ministre par le projet de loi. Les parents ont d'autres
préoccupations que la gouvernance en cette fin d'année mouvementée, par
exemple, les examens, le stress de leurs jeunes, les bris de service soit dans
le transport, dans les services de garde, dans les classes.
Malgré la difficulté de mobiliser les parents
pour s'engager sur les conseils d'établissement, les comités de parents et les
conseils d'administration, la majorité des sièges sont comblés partout au
Québec. Nos sondages le montrent. Ne
laissons pas les cas d'exception avoir des répercussions négatives et
dommageables sur l'ensemble des milieux.
Les parents veulent s'impliquer pour favoriser
la réussite des élèves. D'ailleurs, il est prouvé par la recherche que leur
implication favorise la réussite. Les grands bâtisseurs de l'éducation au
Québec l'ont compris. La commission Parent
en 1966, Camille Laurin en 1982, Pauline Marois en 1998, tous ont accordé un
rôle grandissant aux parents dans le milieu
scolaire. Les parents veulent être des parties prenantes des décisions qui sont
prises en éducation. Il faut faciliter leur engagement en les outillant, en leur faisant confiance, en respectant
leurs pouvoirs dans le milieu scolaire. Si toutes les personnes autour
de la table connaissent leur rôle et respectent celui des autres, si
l'engagement est valorisé et facilité par des assouplissements, nous pourrons
travailler ensemble pour la réussite et le bien-être des élèves.
Après avoir parlé de gouvernance, je ne peux
conclure notre intervention sans parler de ce qui devrait être la priorité, selon moi et selon les parents d'élèves
que je représente, la protection de nos jeunes. La première mission du
ministre de l'Éducation, c'est de veiller à la sécurité de nos élèves pour
s'assurer qu'ils soient bien à l'école, qu'ils aient le goût d'y aller, qu'ils
y aient le goût d'apprendre et qu'ils se sentent en sécurité. Vous l'avez dit
vous-même la semaine dernière, M. le ministre. Je pose la question :
Qu'est-ce qui est plus important entre agir pour protéger les élèves des
violences et modifier le... la gouvernance scolaire pour une deuxième fois en
trois ans? Vous me direz qu'on peut faire les deux choses en même temps. Bien,
faisons donc les deux choses en même temps, prenons nos responsabilités et
agissons pour prévenir les violences dans les écoles en travaillant sur une
loi-cadre.
Merci de nous avoir écoutés. Nous sommes
maintenant prêts à répondre à vos questions.
• (19 h 40) •
La
Présidente (Mme Dionne) : Merci beaucoup pour ces interventions. Avant de
débuter les échanges, est-ce qu'il y a consentement pour que la députée
de Westmount—Saint-Louis
puisse participer aux échanges de la commission?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Donc, je cède maintenant la parole à M. le ministre.
M. Drainville : Bonsoir. Merci pour
votre présentation. Est-ce que vous pouvez nous donner votre opinion sur
l'institut de... national de... d'excellence en éducation? Est-ce que vous êtes
favorables à la création de l'institut?
M. Roy
(Kévin) : Oui, on est favorables à la création de
l'institut. Il y a certaines conditions. Il faut s'assurer que l'institut reste indépendant. Je pense, je ne suis
pas le premier à le dire aujourd'hui. On ne voudrait pas que ce soit
utilisé comme un outil pour quiconque, par exemple pour le ministre, pour...
pour faire passer une décision, pour faire passer une proposition dans le
réseau... dans le réseau de l'éducation.
Pour l'INEE,
on aimerait... une des préoccupations qu'on a, c'est
qu'il n'y a pas de parent qui siège sur le conseil d'administration.
Pour nous, c'est important. Au Conseil supérieur de l'éducation, il y a des
parents qui siègent là. Je comprends qu'on
veut remplacer un par l'autre, bien que, pour nous, on pense que les deux
pourraient travailler parallèlement, donc, pas nécessairement enlever...
Un n'est pas nécessairement en compétition avec l'autre. Donc, je pense, c'est
plus complémentaire. Mais, si on va de l'avant avec l'INEE, on pense qu'un
parent pourrait être sur le siège... avoir un siège sur le conseil d'administration.
Puis, une
autre chose que je ne pense pas être le premier à le dire aujourd'hui, la
formation professionnelle, la FGA, c'est des éléments importants pour
nous, puis je pense qu'ils devraient être aussi considérés.
M.
Drainville : Votre position sur la formation continue...
Qu'est-ce que vous pensez de ça, vous, la formation continue?
M. Roy (Kévin) : Formation continue
des enseignants?
M. Drainville : Oui, c'est ça.
M. Roy (Kévin) : Pour les
enseignants... Tu sais, la formation continue, nous, à la fédération, on est...
on est pour la création d'un ordre professionnel en éducation pour les
enseignants. Quand on est professionnel, je le suis personnellement, on a un certain nombre d'heures de formation à faire
pour renouveler notre permis dans notre ordre. Donc, nous, on considère
que la formation, c'est important.
Ceci étant dit, comment ça se déroule, qui...
quel type de formation, quels thèmes on utilise, ça n'appartient pas aux parents. Nous, on est... on siège sur les sièges...
les comités, les conseils d'établissement, sur les CA. Les ressources humaines, ça ne nous concerne pas. Ça concerne les
dirigeants des centres de services scolaires. Donc, c'est à eux de prendre ces orientations, ces décisions-là, mais
on pense que la formation continue, c'est... c'est un plus pour nos
enfants, pour nos... pour les écoles du Québec.
M. Drainville : Attendez. Comment
vous avez dit ça à la fin? Ça appartient à qui?
M. Roy (Kévin) : Ça appartient aux
dirigeants du système... de notre réseau d'éducation, aux directions d'école,
aux directions générales de centre de services. Ce n'est pas aux parents, dans
un conseil d'établissement, de dire aux enseignants de prendre telle ou telle
formation. Donc, nous, on laisse cette... on s'arrête là dans notre position.
M. Drainville : D'accord. Mais
l'obligation de faire 30 heures de formation continue aux deux ans, ça,
vous êtes d'accord avec ça.
M. Roy
(Kévin) : On ne va pas... on ne va pas aussi loin que ça,
parce qu'on respecte notre rôle en tant que parents bénévoles. Notre rôle... On ne prend pas ces
devants-là pour aller jusque-là, mais on pense qu'en tant que
professionnels la formation, c'est important. Mais on ne dira pas combien... le
nombre d'heures, on ne dira pas les thèmes. On ne s'avance pas jusque-là.
M. Drainville : D'accord. Mais, sur
le principe de la formation continue, vous jugez que c'est une bonne idée.
Sur l'accès aux données, parce que c'est quand
même un élément important du projet de loi, sur l'accès aux données, le fait
qu'actuellement il y a beaucoup de données qui ne sont pas disponibles ou
encore elles sont disponibles, mais elles ne sont pas organisées d'une manière
qui nous permette de les comparer entre elles, le fait que, quand elles sont
disponibles, ça nous prend beaucoup de temps pour les obtenir, puis il faut
passer souvent par un processus assez inefficace, qu'est-ce que vous en pensez,
vous, de tout l'enjeu des données dans le réseau de l'éducation?
M. Roy (Kévin) : Oui. Mes collègues
vont pouvoir compléter, mais, à première vue, tu sais, quand on voit ça, tu sais, quand on voit, dans les médias :
Bien, le ministre, le ministère n'a pas les données pour répondre à une telle
ou telle question, on est surpris. On est surpris
en tant que parents. Moi, en tout cas, je suis surpris, parce que, les grandes
orientations, la planification stratégique du ministère, bien, on se pose
des... comment... comment elle est mise sur pied? Sur quelles données on se base? Donc, on pense que c'est
important que le ministère, que le ministre, que les décideurs ici aient...
aient ces données-là en main. Ça fait que,
oui, on est tout à fait d'accord à ce que... à ce que les données... qu'un
système fasse en sorte que les données remontent jusqu'ici pour pouvoir
vous permettre de prendre les meilleures décisions pour nos élèves qui sont
dans... qui sont dans nos écoles. Est-ce que vous voulez... Ça va?
Mme Payne (Corinne) : Je pense...
Bien dit, M. Roy. On est... on est d'accord que le ministère... le ministère de
l'Éducation puis le ministre de l'Éducation doit avoir accès les données puis
avoir les leviers nécessaires pour demander les données à ses centres de
services, alors...
M. Drainville : D'accord. Je vais
laisser mes collègues intervenir.
La Présidente (Mme Dionne) : M. le
député de Vanier-Les Rivières.
M. Asselin : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bonjour. Merci pour votre visite et votre présentation. J'ai
eu, dans le passé, l'occasion de travailler
avec vous. J'ai toujours été très content, ravi de l'engagement des parents au
niveau du réseau de l'éducation, même si c'est à vitesse variable, dépendamment
de quelle école est-ce qu'on parle. Les gens sont de bonne volonté, puis c'est
vraiment de... disons, de bon goût, là, que les parents sont impliqués.
Je voudrais
revenir sur l'institut d'excellence en éducation. Est-ce que vous ne pensez pas
qu'il est grand temps, disons,
d'avoir recours à des pratiques, disons, exemplaires? Dr Royer nous
parlait, ce matin, des pratiques exemplaires. Est-ce que vous ne pensez pas qu'en éducation on est mûrs pour avoir un
éclairage un peu plus sophistiqué sur certaines modes dont on entend
parler, et puis que les parents, justement, sont un peu vulnérables par rapport
à ça, et que l'INESSS viendrait peut-être clarifier un peu qu'est-ce qui est
pratique exemplaire de ce qui ne l'est pas?
M. Roy (Kévin) : Peut-être qu'encore
une fois mes collègues vont...
Mme Payne
(Corinne) : Alors, pour y aller, je peux bien ajouter que, sur
la page 32 de notre mémoire, vous pouvez voir c'est quoi, vraiment,
que les parents a répondu dans la consultation. Qu'est-ce qui est vraiment
clair, c'est : Il faut que c'est un organe indépendant, vraiment
indépendant, aucune politisation. C'est...
M. Asselin : On comprend.
Mme Payne
(Corinne) : ...oui, puis ça,
c'est très important, puis, comme M. Roy a dit — je pense, c'est M. Roy qui a dit — qu'il
y ait un parent qui siège là. C'est très important d'avoir ce point de vue là.
Si on compare avec la santé, je crois, il y a un comité d'utilisateurs qui sont
là ou une commission d'utilisateurs. Je pense, c'est M. Royer ou M. Maltais qui
a mentionné ce matin. Je pense, c'est quelque chose qui est important, parce
que les parents, au Québec, ils sont... ils sont là pour
une raison, puis une seule raison, c'est la réussite de tous les élèves. Ils ne
sont pas là pour le corporatisme. Ils sont là vraiment pour la réussite de tous
les élèves. Puis leur opinion, je pense, à l'INEE, sur le conseil d'administration
et/ou ses commissions, ses travaux, c'est primordial.
M. Asselin : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Dionne) : Mme la
députée de Hull.
Mme Tremblay : ...j'aimerais ça vous
entendre, parce que, dans le projet de loi, on parle également, là, de... bien,
dans des mesures exceptionnelles, de la formation à distance. Donc, comme vous
êtes parents, j'aimerais ça vous entendre, là, sur ces mesures-là qu'on
souhaite mettre en place pour des situations exceptionnelles. Puis, pour vous,
c'est quoi, une situation exceptionnelle?
M. Roy (Kévin) : Bien, est-ce que
vous parlez du projet... de la possibilité de mettre un... de faire un projet
de règlement pour l'école à distance?
Mme
Tremblay : Non, pas... Non, non. On veut prévoir de
l'enseignement à distance. Par exemple, si un enfant ne veut pas être en
classe, donc, on prévoit dans le projet de loi, de façon exceptionnelle, de
pouvoir... par exemple, un enfant qui se blesse, qui se casse une jambe puis
que, bon, l'école, par exemple, ce n'est pas accessible pour les... Ils n'ont
pas tous encore des ascenseurs, bien qu'ils doivent se modifier, mais il y a
encore des modifications à faire.
Mme Payne (Corinne) : ...si vous
voulez, je pense, c'est quelque chose qu'on demande depuis, je ne sais pas, le
COVID. La pandémie a duré longtemps, mais, je pense, même avant qu'on a sorti
la pandémie, c'est quelque chose qu'on a demandé, d'avoir une politique, ou
qu'est-ce qui est proposé dans la loi, c'est un règlement, qui va encadrer
l'enseignement à distance. Alors, dans les cas d'exception... On sait qu'il y a
des écoles, dernièrement, qui a été obligée de fermer pour... Il y avait eu un
incendie dans l'école. On sait qu'il y a des enfants qui sont à l'hôpital.
Je pense, qu'est-ce qui est important, c'est
d'avoir les seuils minimaux qui sont établis pour que... c'est quoi qui est
offert pour l'éducation de cet enfant-là. On avait les seuils minimaux, qui a
été mis en place pendant... pendant la pandémie, que chaque enfant avait droit
d'avoir, même si leur école était fermée pendant trois mois, les seuils
minimaux à... Je ne me souviens plus tout exact. C'était par niveau, neuf
heures d'enseignement par année... bien, par semaine minimalement. Alors, je
pense, ça, c'est un exemple d'un encadrement qu'on est... on est favorables à.
Puis on offre toute notre collaboration pour élaboration puis mise en place
d'un règlement ou une politique de ce genre-là.
Mme
Tremblay : Et puis, si, par exemple... Parce qu'on le sait,
il y a une pénurie importante, là, d'enseignants et d'enseignantes. Donc, si, dans une classe, bon,
mathématiques, secondaire V, il y a... on n'a pas d'enseignant qui est
légalement qualifié, donc, d'avoir...
de faire de l'enseignement à distance dans cette situation-là avec, bon, une
personne qui est quand même... Tu
sais, parce qu'il n'y a pas... On ne peut pas mettre physiquement 60 élèves
dans une même classe, là. Souvent, il
n'y a pas l'espace. Mais, de permettre ce type d'enseignement là, est-ce que
vous êtes favorables? Donc, un enseignant qui... avec, peut-être, un surveillant dans la classe, mais un
enseignant qui enseigne en visio à ces élèves-là, vous en pensez quoi?
• (19 h 50) •
M. Roy
(Kévin) : Bien, tu sais, l'idéal, là, c'est d'avoir un
enseignant dans chacune des classes au Québec. C'est...
Mme Tremblay : Oui. Ça, d'accord
avec vous.
M. Roy (Kévin) : Si vous demandez si
on est d'accord à ça, probablement que je vais dire non. Puis la majorité des
parents vont probablement dire ça, non, parce que les parents veulent qu'il y
ait un enseignant qualifié en avant de chacun
des élèves dans... devant chacune des classes. Au Québec, je pense que c'est
important pour les parents. On a subi la pandémie. Puis il y a des
parents autour de la table. On était avec nos enfants à l'école. L'école à
distance, ce n'était pas facile pour les parents. C'était dur, s'adapter.
C'était difficile. Donc, c'est sûr qu'on...
La possibilité d'encadrer l'école à distance,
c'est bienvenu de la part de la fédération. C'est de quoi qu'on avait demandé
pour savoir dans quels cas on peut l'utiliser, dans quels cas on ne peut pas
l'utiliser. Est-ce que, pour une grève du
transport scolaire, on peut l'utiliser ou pas? Bien, au moins, on va avoir un
élément qui... un outil qui va venir encadrer ce... quand on peut sonner ou sortir le... l'école à distance, là. Ça
fait que, pour nous, ça, c'était... on était favorables à ça.
Mais, pour revenir au... un enseignant dans une
classe à côté, avec l'école à distance, c'est sûr que... Je pense... Je ne
pense pas qu'il y ait beaucoup de parents qui soient favorables à ça.
Mme Payne (Corinne) : Bien, si je
peux ajouter une autre suggestion ou aider, exemple, s'il y a cinq élèves, à Baie-James,
qui a besoin de faire la chimie, puis
il n'y a pas un prof qualifié à Baie-James pour faire la chimie, peut-être,
ça peut être l'école à distance. Alors, je
pense, ça va prendre une commission juste pour en discuter, de ce sujet-là.
Non, mais... Et, vraiment, il faut explorer toutes les possibilités puis il
faut... il faut encadrer. On a appris des choses pendant la pandémie. Il ne
faut pas les perdre non plus puis trouver un moyen pour les mettre en place.
Mme Tremblay : Puis, en terminant,
bien, on... La formation des membres du conseil d'établissement est très, très, très importante, parce que votre rôle est
quand même énorme, hein? Vous avez des grosses responsabilités, puis de bien les connaître, bien,
c'est de bien assumer. Qu'est-ce que vous, vous faites... Parce que, là, vous
dites : Bon, bien, il faudrait peut-être assurer un meilleur suivi,
mais comment on peut l'assurer? Puis quel pourrait, vous, être votre rôle dans
ce suivi-là, dans ce processus-là? Est-ce que vous y avez aussi réfléchi?
M. Roy (Kévin) : Je peux commencer.
Tu vas pouvoir me compléter. Pour... Tu sais, on l'a dit, la formation obligatoire... Parce qu'elle est obligatoire,
hein, dans les conseils d'établissement. On se présente là, on doit avoir...
faire notre formation, mais on n'a pas de mécanisme de suivi formel. Donc, je
ne sais pas, moi, si mon collègue, à côté... Il n'y a rien qui vient m'assurer,
contrairement aux membres des conseils d'administration... Eux, ils sont...
sont talonnés par l'ENAP. Je suis membre d'un conseil d'administration, puis, à
l'époque, quand on n'avait pas fait notre formation ou on était en retard dans
un module, on recevait un courriel puis on se le faisait dire. On aimerait que,
dans les conseils d'établissement, ce serait la... ce soit la même chose aussi.
Ce qui est...
Pour ce qui est du rôle à la fédération, on en a un. On accompagne les parents,
nous, dans les conseils d'établissement. On accompagne même les
directions d'école, les membres du personnel qui siègent là en offrant nos
formations. Mais, au-delà du... À ce niveau-là, comment on peut, nous, les
obliger? On n'a pas ces leviers-là. Est-ce qu'on voudrait être le chien de
garde des formations? Si on a les leviers pour, je pense que la fédération
serait capable de le faire, mais, pour l'instant, on n'a pas les leviers pour
faire ça. Est-ce que tu voudrais...
Mme Laviolette (Mélanie) : Bien, en
fait, ce qu'on constate dans des commentaires qu'on reçoit de différents parents qui siègent sur les conseils
d'établissement, c'est que le mot «obligatoire», dans «formation obligatoire»,
est aléatoire dépendamment des
milieux, ce qui revient à dire qu'on reçoit la feuille à signer, je l'ai fait
cette semaine, et on a un sourire en coin :
Tout le monde a fait sa formation? Signez le papier. Il n'y a aucune façon de
savoir si, effectivement, on l'a faite.
Et on ne sait pas non plus à quel point le rôle
est compris. Parfois, on pense que la formation obligatoire n'est que pour les parents siégeant, mais les
enseignants, le personnel scolaire également qui siègent au conseil
d'établissement ne semblent pas comprendre que cette règle-là s'applique à eux
également.
Donc, on
aimerait avoir... que ce soit un lien unique, dédié à chaque personne qui siège
sur un conseil d'établissement. Je ne
sais pas comment on peut voir à s'assurer de, mais, de la façon dont on le
constate sur le terrain présentement, ce n'est pas nécessairement pris
au sérieux, et ça se reflète dans les décisions qui sont prises dans les
conseils d'établissement. Ça se reflète
également dans le rôle et la place que les parents prennent, dans une structure
qui est relativement importante, considérant les décisions qui sont
prises, là, dans les différents milieux pour le bien des enfants.
La Présidente (Mme Dionne) : M. le
ministre, vous vouliez conclure, je crois. Il vous reste deux minutes.
M. Drainville : Oui. Sur les
ententes d'imputabilité annuelles entre la direction générale des centres de
services et le ministre ou la ministre, qu'est-ce que vous en pensez, de ces
ententes d'imputabilité qui fixeraient des objectifs, ou des cibles, ou des
orientations?
Mme Payne (Corinne) : Je pense... On
va résumer que, tout qui touche les directions générales, je pense que les
conseils d'administration devraient avoir un rôle à jouer. Ça ne devrait pas
être tout dans les mains de le ministre de l'Éducation. Puis ça n'a rien contre
le ministre de l'Éducation qui siège présentement, mais on ne sait pas qui va
être dans ce siège-là dans un an, dans cinq ans, dans 10 ans, dans
20 ans.
M. Drainville : ...être pire que
celui qui occupe le siège présentement.
Mme Payne (Corinne) : Oui, mais on
ne sait pas. Puis c'est... Présentement, vous, les législateurs, vous avez une
intention quand vous décidez d'adopter quelque chose. Est-ce que, dans cinq ans
puis 10 ans, les personnes qui votent, là, ils vont avoir la même intention
puis le même respect? Je ne suis pas sûre. Alors, je pense, c'est important de
vraiment faire très attention.
Puis, comme M. Roy a dit, au niveau de les
ressources humaines, les parents qui siègent à toutes les structures, on a
appris depuis longtemps que les ressources humaines, ce n'est pas de notre
égard. Les ressources humaines, c'est l'égard
de votre supérieur immédiat. Alors, dans un conseil d'administration, comme
dans toute bonne gouvernance, le conseil
d'administration a un employé, c'est le DG. Puis, je vous dis, moi, je suis une
DG, puis ça, c'est mes patrons. Alors, il
faut que moi, je respecte qu'est-ce qu'eux autres, il va m'imposer, puis
qu'est-ce qu'il va me demander de faire aussi.
Alors, je pense... Les parents, présentement, ils
posent la question : On va servir à quoi si on n'a aucun contrôle, entre
guillemets, sur notre seul employé? Alors, c'est ça qu'il y a beaucoup de
questionnements présentement.
M. Drainville : ...merci.
La
Présidente (Mme Dionne) : Merci beaucoup. Mme la députée de Saint-Laurent...
ah oui! Westmount—Saint-Louis. D'accord.
Mme Maccarone : Merci beaucoup.
Bonsoir. Merci beaucoup pour votre présence, pour votre témoignage, pour votre
excellent mémoire puis pour la rigueur de votre présentation. C'est très
robuste, ce que vous avez présenté. Ça fait que merci beaucoup, surtout que
vous avez mentionné que vous êtes des bénévoles. Ça fait que le rôle du... de
la Fédération des comités de parents est essentiel pour nous, ça fait que merci
beaucoup.
Évidemment,
on se connaît, puis, sans doute, vous savez que j'aurai un grand intérêt de
vous entendre parler en ce qui
concerne deux de vos recommandations, la recommandation 8 de réinstaurer
un parent qui représente les élèves HDAA au sein des CA, chose que nous avons perdue lors de l'adoption du projet
de loi n° 40, ainsi que votre recommandation 10, que, pour des
raisons évidentes, vous savez que je trouve excellente, que vous appuyez le
projet de loi n° 398 que j'ai déposé en
ce qui concerne le bris de service très important, notamment pour nos élèves
HDAA, pour assurer qu'ils ont le même service, un service équivalent, parce
que, malheureusement, ce qu'on voit sur le terrain puis dans nos écoles,
c'est une exclusion scolaire forcée. Alors, si vous pouvez élaborer sur ces
deux points-là, ce serait grandement apprécié.
Mme
Goudreau (Annie) : Bien, je vais y aller. Alors, je vais commencer
avec la recommandation 8, l'importance d'un parent HDAA au conseil d'administration. Pour être moi-même un parent
HDAA sur mon conseil d'administration, je vois vraiment l'importance et
l'influence que ça peut avoir. Quand on est parent d'un enfant à besoins
particuliers ou qu'on est impliqué au comité EHDAA, on a conscience de
l'ensemble des problématiques qu'il peut y avoir en termes de handicaps, en
termes de troubles d'apprentissage. Je vous dirais que la population générale,
sans vouloir généraliser, en fait, a tendance à considérer qu'il y a juste le
TDAH qui existe, alors que c'est beaucoup plus que ça. On a les handicaps
physiques lourds, on a des enfants... des autistes, on a, évidemment, le
célèbre TDAH, mais, si on n'est pas parent
impliqué auprès de ces enfants-là, on les oublie. Au CA, ça prend au moins une
personne qui a conscience de ces
enfants-là et qui n'oublie pas qu'il y a autre chose que le TDAH. Nous, ce
qu'on aimerait, en fait, c'est qu'il y ait un poste qui soit réservé à
un parent d'un élève HDAA, qui est désigné par le comité de parents. Donc, ce
n'est pas nécessairement un parent d'un district 1,
district 2. Ça prendrait vraiment un district général HDAA pour s'assurer
de ça.
Ensuite, en
ce qui concerne le projet de loi n° 398, j'avoue l'avoir vraiment
particulièrement aimé quand vous l'avez déposé. Moi-même maman de deux
enfants à besoins particuliers, et j'en ai un qui est plus grand, qui est à la
formation professionnelle, l'autre qui est encore au secondaire, en formation
métier semi-spécialisé, j'ai eu la chance d'avoir toujours des services pour mes enfants. Par contre, j'ai conscience
qu'il y a des gens... Puis il y a des gens, près de moi, dont les enfants ont été retirés de l'école parce
qu'ils dérangeaient, parce qu'on n'avait pas le service pour cet enfant-là
à l'école, enfant qui est envoyé à la maison sans service, sans suivi, sans
scolarité et sans nouvelle non plus de quand est-ce qu'il va pouvoir revenir à
l'école. Ça, c'est très problématique. Alors, qu'il y ait quelque chose qui
existe pour s'assurer qu'il y a des services pour ces enfants-là même quand ils
sont à la maison, c'est primordial, parce qu'ils ont le droit d'avoir la même
scolarité que tous les autres. Ils ont le droit d'avoir les mêmes services que
tous les autres. Et puis ce n'est pas aux parents de payer pour le fait que les
services ne sont pas disponibles physiquement à l'école.
• (20 heures) •
Mme Maccarone : Merci. C'est dommage
que ce n'est pas la réalité sur le terrain. Merci beaucoup. Je passe la parole
à ma collègue.
Mme
Rizqy : Merci beaucoup. M. Roy, je vous vois très
souvent commenter. Les gens ne savent pas nécessairement, mais vous êtes
bénévole, hein, et vous avez un emploi, des enfants, mais, en plus de ça, même
la fin de semaine, vous commentez le réseau de l'éducation. Moi, je sais que
plusieurs parents vous appellent pour avoir des renseignements parce qu'ils
pensent que vous êtes la ligne 1 800 éducation. Est-ce que je me
trompe?
M. Roy
(Kévin) : Vous ne vous trompez pas. On a... Heureusement, on
a une belle... une bonne équipe au bureau de la fédération. Puis on a
une ligne 1 800 parents, 1 800 aidez-moi, je ne
connais pas le numéro par coeur, mais on a une ligne, on a un chat aussi. Puis,
oui, effectivement, il y a beaucoup de parents qui nous appellent en pensant
qu'on est le protecteur de l'élève, en pensant qu'on est capables de les aider.
On les aide. On les redirige le mieux qu'on peut. Mais, oui, effectivement.
Mme Rizqy : Je le dis, parce que
j'ai des cas de figure, et je veux en parler parce que... Lorsqu'on s'est
assis tous ensemble pour la dernière réforme, qui date de moins de trois ans,
en matière de gouvernance scolaire, on s'est dit : On va se rapprocher de
ceux qui connaissent le nom et prénom des enfants. Les parents vont avoir leur
mot à dire.
Moi, ce que j'ai entendu dans le réseau, et
d'ailleurs, dans votre mémoire, vous en faites état, des prises de décision où est-ce que les parents sont invités au
conseil d'administration à voter, mais ils n'ont pas tous les documents,
et qui... Écoutez, ce n'est pas des farces, il y a un parent qui a demandé un
document, et on lui a répondu de faire une demande d'accès à l'information. Et
finalement l'avocat était un petit peu... l'avocat... pardon, le parent est
aussi avocat, donc il était un petit peu
plus outillé pour répondre au centre de services scolaire, au conseil... à ceux
qui dirigent le conseil d'administration. Finalement, ils lui ont donné,
mais après le vote. Bien, il me semble que ça, ça nuit, justement, à une pleine
participation. C'est... Ça démobilise les troupes, mais aussi c'est que c'est
une atteinte directe à avoir un vote qui est basé sur un consentement qui est
libre et éclairé, là.
M. Roy (Kévin) : Avant de produire
ce mémoire-là, en fait, depuis un an, nous, on travaille sur notre bilan du
projet de loi n° 40 avant de pouvoir dire qu'est-ce qui ne va pas bien,
comment on peut... quel bouton on doit peser, quels leviers on doit changer
pour ajuster le projet de loi n° 40 pour qu'il soit le meilleur pour les
enfants sur le terrain, parce qu'on a
tendance, des fois, à les oublier, pour l'implication des parents aussi. Puis
effectivement c'est des cas qui arrivent. C'est les cas qui...
Les gens nous
appellent souvent, à la fédération. On a même un service de médiation entre
les... pour les directions, parfois, puis les élèves. Puis on travaille avec
les autres fédérations qui sont passées avant nous aujourd'hui, les directions
d'école, la Fédération des centres de services scolaires, pour déléguer des
médiateurs sur le terrain pour résoudre les problèmes
dans le meilleur intérêt des élèves toujours. On a l'élève en tête. Nous, les
parents, on est les seuls que, dans le réseau de l'éducation, nos boss, c'est
nos enfants, c'est les élèves. Les autres, ils ont tous un boss en haut d'eux.
Il faut qu'ils répondent à eux. Nous, on est chanceux, on... nos boss, c'est
les enfants.
Donc... donc, pour
revenir à votre commentaire, oui, on a fait notre bilan, nous, puis on aimerait
laisser une chance à ce qui est là présentement,
avec qu'est-ce qu'on vit. On a vu, on a eu... On a vécu la pandémie. On a eu
deux années. Donc, on pense qu'il est trop tôt pour encore rejouer dans
la gouvernance. On pense qu'il y aurait d'autres priorités. Le réseau de
l'éducation a d'autres enjeux plus prioritaires qu'un changement de gouvernance
à l'heure actuelle, puis je pense que ça prend des ajustements sur ce qui a été
fait avec le projet de loi n° 40, la remise des documents, le rôle...
prendre au sérieux le rôle des parents, hein?
Autour d'une table du
conseil d'administration, là, on a cinq... cinq employés qui proviennent
réellement du terrain, qui voient les élèves tous les jours, on a cinq parents
qui sont des experts de leurs enfants, qui sont les premiers responsables de
l'éducation, ils ont aussi l'expertise de parent, tu sais, puis ils ont
l'expertise aussi communautaire, ils ont
leur expertise qui est propre, puis on a aussi cinq membres de la communauté
qui, eux aussi, apportent leur expertise. Donc, laissons... Donnons... donnons les... Ajustons tout ce qui se fait
présentement pour que ça fonctionne mieux avant de dire : Bien, si ça ne marche pas, le ministre
va venir puis lui, il va arranger les choses. C'est ce qu'on perçoit un peu
avec le projet de loi. Puis ce qu'on entend,
c'est que... par certains parents, c'est : Je n'irai plus au CA, parce
que... au conseil d'administration, parce qu'il y a quelqu'un d'autre
qui peut changer ma décision que je viens de prendre, pourtant, on est 15
autour de la table, avec des expertises complémentaires différentes, puis on
pensait que, pour notre milieu à nous, ça, c'était la meilleure décision.
Donc, ce qu'on
demande, c'est de laisser le temps de faire un réel bilan du projet de loi
n° 40, de la gouvernance actuelle, pour pouvoir proposer des améliorations
ensemble à ce projet de loi là, pour s'assurer que nos centres de services
scolaires, nos écoles fonctionnent le mieux possible pour nos élèves, encore
une fois.
Mme Rizqy : En
parlant...
La Présidente (Mme
Dionne) : ...
Mme Rizqy : Oh
mon Dieu! En parlant de priorité, je vais y aller en rafale. J'imagine que vous
êtes d'accord que ça prend plus qu'un secondaire V pour être un
enseignant.
M. Roy
(Kévin) : Absolument.
Mme Rizqy : Merci.
J'imagine aussi que vous êtes d'accord que la violence dans les écoles, c'est
réel. Vous avez commenté... Même la fin de semaine, vous avez été appelés à
commenter des cas de violence graves et l'intensité. J'imagine que, pour vous,
ça, c'est une priorité.
M. Roy (Kévin) :
Oui. Puis d'ailleurs on appuie... La voix des jeunes compte, le
regroupement d'élèves, hein? C'est les élèves qui viennent nous le dire. Ça
fait qu'il faut les écouter, les élèves. En tant que parents, c'est... c'est
nos enfants. Donc, il faut les écouter. Puis, oui, on appuie... on les appuie,
effectivement.
Mme Rizqy : D'accord.
Merci beaucoup. Écoutez, en terminant, je veux juste vous dire un sincère merci
pour votre engagement. On sous-estime le nombre d'heures que les gens mettent
bénévolement le soir. Et, par respect, j'imagine qu'on devrait s'assurer que
leurs voix comptent, Mme la Présidente. Nous, on déposera des amendements pour
faire suite à votre mémoire, car, effectivement, quand on a un emploi à temps
plein, plus qu'on est un parent... Ça aussi,
c'est un emploi à temps plein. Je viens de le découvrir. Mais, le soir, vos
réunions de 7 à 9, 7 à 10, et les fins de semaine, vous mettez beaucoup
de temps. Alors, vous avez produit, je tiens à le souligner, un mémoire très
long, très fouillé. Et, oui, vous êtes les seuls à avoir fait le bilan de la
loi n° 40. Merci sincèrement.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Merci, Mme la députée. Mme la députée de Mercier, deuxième
groupe d'opposition.
Mme Ghazal : Merci,
merci. Merci beaucoup. Moi aussi, à mon tour, je vous remercie pour votre
travail. C'est vraiment impressionnant. Puis je suis très contente aussi, je
vous ai... je vous ai entendus le faire il y a quelques semaines sur la
loi-cadre, là, sur les violences sexuelles, vous avez parlé de... la voix des
jeunes compte. La voix des parents aussi doit compter. Et c'était vraiment
important, là, que les voix s'ajoutent une à une pour dire que ça prend un
milieu sécuritaire. Moi, c'est une loi que j'ai déposée... Québec solidaire, ça
fait deux fois qu'on la dépose. On a des
discussions avec le ministre pour... et on espère qu'on va pouvoir le faire
changer d'idée pour qu'il fasse en sorte que cette loi-là, une loi, que
ce soit la nôtre ou une autre, soit déposée, parce que c'est vraiment la base,
là, que ce soit un milieu sécuritaire pour la réussite des élèves.
J'ai regardé votre
mémoire, je vous ai écoutés, je l'ai lu, et il y a beaucoup, beaucoup de
recommandations. Si je résume un petit peu votre pensée, puis vous me direz si
j'ai raison, vous ne voulez pas qu'il y ait autant... en fait, vous êtes contre
le fait que, dans la loi, le projet de loi n° 23, il y ait autant de
dispositions qui donnent du pouvoir au ministre,
puis vous voulez qu'il y en ait un peu plus, en fait, pour les parents, que
leurs décisions soient réellement prises en compte pour aussi engager la
mobilisation des parents, là, comme vous. Donc, est-ce que je résume bien, de
ne pas donner autant au ministre mais de vous en donner plus, de pouvoirs
décisionnels dans les écoles?
M. Roy (Kévin) : Mélanie,
tu pourras me compléter... Mme Laviolette.
Mme Laviolette (Mélanie) : Oui.
Vas-y, Kévin.
M. Roy (Kévin) : Bien oui,
effectivement, parce qu'on pense qu'on dévalorise l'engagement des parents.
Vous le mentionnez, les parents mettent des
heures et des heures. Puis c'est beau, les présences de 7 à 9, 10, 11, des
fois, plus tard que ça, mais ça prend de la préparation aussi à ces
rencontres-là, la lecture de documents, plusieurs heures de lecture de documents pour chacune des rencontres
auxquelles on va... on va siéger, en plus de notre vie... en plus de
notre vie de tous les jours. Donc, on a l'impression un peu qu'en centralisant,
parce que, pour nous, on voit une centralisation dans ça, ça dévalorise le
travail des parents qu'ils font sur le terrain, qui connaissent leurs élèves,
qui connaissent leurs milieux, surtout le milieu, la communauté dans laquelle
leurs enfants évoluent.
Donc, pour nous, on pense aussi que c'est
beaucoup de pouvoirs à donner entre les mains d'une seule personne. Comme ma
collègue l'a dit un peu plus tôt, on sait qui... qui est là présentement, mais,
dans deux ans, trois ans, 10 ans, on ne
sait pas ça va être quoi, les intentions, ça va être quoi, les préférences de
cette personne-là, les orientations politiques. Je dois ajouter aussi
que, le projet de loi n° 40, on a voulu dépolitiser l'éducation. On dirait
qu'on revient en arrière un petit peu avec ça. Donc, pour nous, ça nous...
Mme Ghazal : Exact, oui. Bien, c'est
bien dit. Puis...
La Présidente (Mme Dionne) : Il
reste 30 secondes.
Mme Ghazal : Mon Dieu! Je vais aller
vite. Le cas du CSSMI, où il y a eu comme des conflits entre le centre de
services scolaire par rapport aux frais de service de garde, et les parents...
Puis souvent on a interpelé le ministre. On
nous interpelle, nous, pour changer ça. Vous avez parlé de cas de médiation,
mais là, par exemple, dans ce cas-là, on interpelle quand même le ministre. Peut-être, ça prend des ajustements,
plus que lui donner tout le pouvoir pour renverser ça. Qu'est-ce qu'il
faudrait qui soit fait? Est-ce que le projet de loi n° 23 répond à ça
ou... J'ai pris un exemple précis, là, pour aller vite.
• (20 h 10) •
Mme Payne
(Corinne) : Bien, je pense, ça prendre un mécanisme, on avait
demandé avec le projet de loi n° 40, ça prend
un mécanisme d'arbitration, recours, je ne sais pas c'est quoi, que, quand ça
ne va pas, il y ait une place que les parents, les enseignants, les
directions...
Mme Ghazal : Ce n'est pas dans la
loi, oui.
La Présidente (Mme Dionne) : ...mettre
fin aux discussions. Le temps est maintenant écoulé. Je suis désolée. Je cède
maintenant la parole à M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Votre engagement, depuis des décennies, est essentiel au Québec pour
l'éducation. Je veux vous en féliciter. Bravo pour votre engagement et votre
travail, votre mémoire.
Question très
directe : Quel impact aura ce projet de loi sur l'engagement des parents
dans le réseau de l'éducation?
Mme Laviolette (Mélanie) : Présentement,
on tend à oublier qu'un parent qui va siéger sur les instances, donc, qui se
rend jusqu'au conseil d'administration, sera élu trois fois. Donc, on met quand
même une pression sur le parent. Et présentement, au niveau des comités de
parents, principalement, et avec ce qui s'en vient au niveau des changements à
la gouvernance dans les conseils d'administration, on devient un peu
consultatif et peut-être moins décisionnel.
C'est déjà le cas dans les comités de parents. Donc, on est un comité
consultatif. On aimerait être considérés, au niveau des projets
particuliers, du transport scolaire, des services offerts aux élèves dans les
services de garde également, au niveau décisionnel. Mais, si on enlève
également ce pouvoir de décision là au conseil d'administration, les gens ne
cumuleront plus trois réunions, quatre réunions pour s'y rendre.
M. Bérubé : Nous savions ce que le
ministre gagne en termes de pouvoirs. Maintenant, on sait ce qu'on perd en
termes d'engagement avec les parents, et c'est majeur.
Mme Laviolette (Mélanie) : Tout à
fait.
M.
Bérubé : J'invite
le ministre à tenir compte de ça. La priorité qu'on accorde, au plan
législatif, à ce projet, parce que ça
mobilise le gouvernement, ça mobilise les parlementaires, c'est un choix. Ça
dit quelque chose. Il faut que la somme
des avantages soit bien supérieure. Ce que vous me dites, c'est que vous
craignez un impact négatif sur l'engagement. Et, déjà, dans toutes les
sphères d'activité au Québec, des bénévoles, c'est très précieux. Donc, vous
considérez que, pour les parents, ça ne va pas les inciter à s'engager
davantage.
Mme Laviolette (Mélanie) : Difficile,
pour un parent, de s'engager s'il n'a pas l'impression de changer quelque
chose.
M. Bérubé : Et
vous ne sentez pas que ça va dans ce sens-là. Très bien. Je vous remercie
d'avoir fait le bilan du projet... de la loi n° 40.
Je pose la question depuis le début des audiences. Avant de s'engager dans une
nouvelle réforme de structure, il faut être capable d'évaluer la dernière.
Qu'est-ce que vous retenez, essentiellement? Ça a été positif ou... En quelques
termes, en quelques mots.
M. Roy (Kévin) : ...pourra
compléter, mais... Vas-y.
Mme Payne
(Corinne) : Bien, je pense que, le projet de loi n° 40,
il faut le... laisser le temps. C'est comme une nouvelle paire de
souliers. Ça prend du temps avant qu'ils soient confortables, là. Alors, je
pense, c'est la même chose. On a adopté une loi. On a tombé en pandémie. On a
passé deux ans, les parents étaient complètement écartés, portes barrées, à ne
pas rentrer dans une école. Ils ne sont pas... À encore des places, ils ne sont
pas retournés à l'école. Alors, je pense, il
faut laisser encore du temps avant de toucher à la gouvernance, avant qu'on
commence à changer des choses. Ça, ça n'empêche pas le... puis qu'est-ce
qu'il y a besoin de faire, peut-être, pour les ressources humaines. Mais, pour
la gouvernance, ça, ce n'est peut-être pas le bon moment.
M. Bérubé : Malheureusement,
manifestement, ils veulent procéder. Alors, nous, on doit agir en conséquence
et poser des questions aux groupes. Mais on va suivre ça de près.
Et, les
enjeux quotidiens, on pose des gestes pendant ce temps-là, hein? Les
oppositions ont fait des propositions. J'en soumets une, de ces
propositions. Cellulaires à l'école, qu'est-ce que les parents en pensent...
cellulaires dans la classe, en fait?
La Présidente (Mme Dionne) : Il
reste 10 secondes.
M. Roy (Kévin) : Les cellulaires
dans la classe...
M.
Bérubé : Oui, non?
M. Roy
(Kévin) : ...c'est un... Nous, on pense que ça relève des
conseils d'établissement. Chaque parent, chaque personne qui sont dans les conseils d'établissement adopte un code de
vie. Donc, c'est les meilleurs... mieux placés pour...
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Merci. C'est tout le temps qu'on avait. Je suis désolée. Donc, merci
beaucoup pour votre contribution.
La commission suspend ses travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 20 h 14)
(Reprise à 20 h 17)
La Présidente (Mme Dionne) : La
commission reprend maintenant ses travaux. Donc, nous accueillons maintenant le Regroupement des comités de parents
autonomes du Québec, donc, M. Sylvain Martel et M. Steve
Trachy. Donc, vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé. Et,
d'entrée de jeu, je vous demanderais de vous présenter, puis par la suite nous
allons poursuivre les échanges.
Regroupement des
comités de parents autonomes du Québec (RCPAQ)
M. Martel
(Sylvain) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonsoir, M. le
ministre, membres de la commission, députés. Je suis Sylvain Martel,
conseiller stratégique et porte-parole du RCPAQ, et je suis accompagné, ce
soir, de M. Steve Trachy, qui est membre de l'exécutif et conseiller au sein du
regroupement.
Merci d'entendre les parents aujourd'hui. Comme
partenaires de première ligne dans la réussite de nos enfants et aussi
participants actifs de la gouvernance scolaire, notre point de vue est important
dans le cadre de ces travaux. Le RCPAQ,
c'est 1500 parents engagés dans la gouvernance scolaire, à la fois
francophones et anglophones, qui, par leur rôle de représentants dûment
élus dans les conseils d'établissement et comités de parents, parlent au nom
des parents d'environ
200 000 élèves québécois. Nous connaissons bien le réseau de
l'éducation. Nous sommes pragmatiques. Nous savons séparer le possible
de l'improbable, tout comme nous savons bien évaluer la portée et les effets
des mesures politiques ou administratives
dans la réalité quotidienne de nos enfants. Nous sommes particulièrement fiers
d'avoir intégré dans notre structure un respect pour les différences de
contextes sociaux et culturels et les enjeux locaux qui définissent nos comités
de parents membres.
Et donc je débuterais la présentation d'extraits
de notre mémoire en vous exprimant l'avis de nos membres parents d'élèves qui fréquentent le réseau
anglophone. Notre position est assez simple. On ne comprend pas pourquoi
des modifications de gouvernance scolaire, que nos collègues anglophones
considèrent comme une atteinte supplémentaire à
leurs droits constitutionnels, s'appliqueraient à leur réseau, alors qu'il y a
encore un litige non réglé sur les modifications de gouvernance d'il y a
trois ans. Est-ce qu'on va réellement forcer le milieu scolaire anglophone à
engager des sommes pour faire valoir ses droits devant les tribunaux? Encore
une fois, nous, on recommande de suspendre l'application du projet
de loi n° 23 en attendant que la question de fond sur le droit
constitutionnel de contrôler et gérer leur système scolaire soit réglée.
Une autre incompréhension qui nous vient du projet
de loi n° 23, c'est pourquoi, en créant l'Institut national d'excellence
en éducation, on tasse le Conseil supérieur de l'éducation et surtout pourquoi
les séparer selon les ordres d'enseignement. Mon père, Jean-Claude Martel,
disait que, même si tu as deux échelles de 20 pieds, tu ne peux pas monter à 40 pieds. Donc, ça... Dans le même
ordre d'idées, là, il faut que chacune des institutions ait une vision sur le
parcours potentiel complet d'un élève, du
préscolaire aux études supérieures. On met présentement deux institutions dans
deux carrés de sable différents. Alors, pourquoi ne pas, dans une
complémentarité, les mettre dans le même carré de sable et leur donner des
mandats et des outils différents?
• (20 h 20) •
Les comités
de parents sont tenus par la loi de soutenir l'engagement des parents et de
promouvoir la participation des parents aux activités de l'école et du
centre de services. Ça peut être un défi dans le contexte actuel. La
conciliation travail-école-famille n'est pas évidente, et, pour qu'un parent
choisisse de s'engager activement, il faut qu'il ait le sentiment que ça vaille la peine. Nous croyons sincèrement que certaines
mesures amenées par le projet de loi n° 23 effritent le potentiel d'engagement parental dans la
gouvernance. Les parents perdent des leviers et une garantie de couleur
locale des décisions. Par exemple, les parents siègent au sein des conseils
d'administration. Ces conseils d'administration perdront le pouvoir de nomination et d'évaluation, et donc du choix de
la direction générale. La première chose que les conseils
d'administration ont faite lors de leur création en 2020, c'est de déléguer la
très grande majorité des pouvoirs à la
direction générale, une pratique courante qui assure une fluidité d'un
fonctionnement quotidien d'une telle organisation.
C'est... Les délégations de pouvoirs sont
différentes d'un centre de services scolaire à l'autre, et ils ont établi un
lien de confiance et de collaboration entre les directions générales et les
conseils d'administration dans une balance de reddition de comptes et
évaluation des performances. Le lien disparaît si la direction générale est
choisie à Québec, et les parents craignent que ça mène vers une perte de
contexte et de considération locale dans l'organisation.
Mais la mesure qui inquiète le plus les parents,
c'est la possibilité, pour le ministre de l'Éducation, de venir modifier ou infirmer des décisions des centres de
services scolaires lorsqu'il pense qu'il devrait le faire. Le langage du
projet de loi n° 23 laisse beaucoup de place à un état d'esprit, des
impressions, des perceptions, sentiments, émotions, voire même un conflit de
personnalités d'une seule personne pour venir infirmer ou modifier des
décisions locales des centres de services scolaires. Quand on est un parent sur
un conseil d'établissement, on est élu par l'assemblée générale des parents de
notre école. On les représente en toute légitimité. Si on décide de prendre
cette responsabilité-là et que quelqu'un
peut repasser sur notre travail et venir changer nos décisions, ce rôle de
représentation est moins intéressant, surtout qu'on reste redevable à
ceux qu'on représente. On est loin du principe de subsidiarité où les décisions
doivent revenir au niveau le plus adéquat de l'autorité ou alors on prétend que
c'est le détenteur du titre de ministre de l'Éducation qui est le plus apte à
décider comment répondre aux besoins de l'élève et qu'il vaille mieux soumettre
toute la hiérarchie de gouvernance et d'administration du réseau scolaire
québécois à son appréciation.
D'ailleurs,
j'en profite pour poser une question soulevée par un de nos membres qui
aimerait bien savoir si le ministre compte se servir de son pouvoir
exceptionnel que lui conférerait le projet de loi n° 23 pour imposer aux
commissions scolaires et centres de services
scolaires les recommandations du Protecteur
national de l'élève, qui n'a
malheureusement pas ce pouvoir. On comprend que c'est des mesures d'exception,
mais les parents qui s'engagent dans les instances de gouvernance scolaire
perçoivent une dévalorisation de leur apport, de leur avis, de leur
contribution aux débats, aux décisions puis aux recherches de solution. On
pourrait argumenter longtemps si c'est le cas ou non, mais seulement l'apparence de cette possibilité est suffisante
pour décourager les parents d'un engagement dans la gouvernance
scolaire.
Donc, au RCPAQ, on ne peut pas approuver ces
nouveaux pouvoirs, mais, en même temps, parce qu'on est réalistes, parce qu'on
est pragmatiques, on le sait, que ça va se faire, on l'a entendu aujourd'hui,
donc, on recommande, comme seuil minimum, de
protéger les décisions des conseils d'établissement, d'abord, parce que c'est
la porte d'entrée de l'engagement parental dans la gouvernance scolaire,
mais aussi parce que c'est les conseils d'établissement qui savent mieux que
quiconque ce qui convient à leur milieu.
Le projet de
loi n° 23 permet aussi au ministre de l'Éducation de nommer des membres
d'un conseil d'administration à des postes vacants. Dans le cas des
membres parents du conseil d'administration, la désignation par le ministre se
substitue, là aussi, à un choix fait par des parents dûment élus en tant que
représentants des parents de leur école. Selon les chiffres obtenus du
ministère de l'Éducation, au 1er août dernier, il manquait très peu de
membres des CA. 91 % des sièges d'administrateur étaient comblés. Il
manquait des parents sur seulement 14 des 60 CA, et, sur 13 de ces 14 là,
c'était un ou deux parents. Donc, on a une solution à un problème qui n'existe
pas. En plus, le projet de loi n° 23 vient modifier la façon de calculer
le quorum d'un CA. Donc, l'imposition de désignation de membre est inutile pour
assurer un CA fonctionnel.
Si on veut favoriser l'engagement des parents au
sein des CA, bouger le calendrier de désignation pourrait aider, parce que, présentement, ça arrive à un
moment où il y a beaucoup de consultations au niveau des comités de
parents, des conseils d'établissement et
dans l'essoufflement de la fin de l'année scolaire, où la mobilisation parentale
est plus difficile.
Bien entendu, si on veut recruter des parents,
ça nous prend aussi un groupe de candidats potentiels assez grand. Ce n'est pas toujours le cas. Alors, on
suggère d'élargir aux parents membres des conseils d'établissement d'un
centre de services scolaire la possibilité de se porter candidats comme membres
du CA lorsqu'aucune candidature n'est reçue après les deux premiers appels du
processus de désignation.
Mais, dans tous les
cas, la désignation des membres parents au CA et les modalités du processus de
désignation doivent rester des responsabilités des comités de parents.
J'aimerais ici souligner le fait que les parents qui s'engagent dans la
gouvernance scolaire le font comme bénévoles et qu'il faut porter une attention
particulière à leur don de temps et d'expertise qu'ils
offrent à notre système scolaire. Ce soir, on a choisi certains points pour
cette allocution, alors on vous invite à consulter le mémoire complet.
Et, en terminant, je
tiens à souligner qu'il est dommage que les parents disparaissent
tranquillement du discours en éducation. Je
pense qu'on a parlé plus des parents ce soir en 10 minutes qu'on a entendu
depuis que notre ministre est en poste. Il y a beaucoup de conjugaisons
à la première personne du singulier dans tout ce qui entoure le projet de loi,
puis nous, on suggère de tendre plutôt vers une conjugaison à la première
personne du pluriel, parce qu'après tout c'est notre système d'éducation à nous
tous. Merci.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup, M. Martel. Je... Nous allons maintenant
commencer les échanges. Donc, je cède la parole à M. le ministre de
l'Éducation.
M.
Drainville : Oui. Bonsoir. Merci pour votre témoignage. Êtes-vous pour
ou contre la création d'un institut national d'excellence en éducation?
M. Trachy
(Steve) : Par rapport à l'institut national en éducation, on est pour
un... la création, mais, par rapport au CSE,
au Conseil supérieur de l'éducation, c'est un organe vital qui est quand même
efficace puis qui est rapide dans son exécution.
On prend juste pendant le temps de la pandémie, quand il a été... quand il a
été consulté sur deux bulletins au lieu de trois. Il a dû donner son rapport à l'intérieur d'un laps de temps de
sept jours. Il s'est réuni... a réuni tous ses membres, tu sais, les membres sur ce point-là précis puis
il a pondu un rapport d'environ huit pages, là, de recommandations, là,
par rapport au bulletin. Ça fait qu'on a un organe, présentement, vital, qui
est efficace, efficient dans sa fonction, puis là, c'est ça, l'institut, il ne
faut pas non plus qu'il vienne comme passer cette expertise-là qu'on a
présentement, là, qui est bonne, tu sais. C'est juste ça, là, dans le fond.
M. Martel
(Sylvain) : On pense que les deux peuvent coexister. Par contre, il
faut, comme on... je le disais tantôt, il faut absolument que les deux aient
une vision globale d'un parcours scolaire. Et donc je pense que, bien, on est
arrivés aux conclusions qu'on ne devrait peut-être pas les séparer selon les
ordres d'enseignement mais selon l'ordre des responsabilités qu'on leur
octroie.
M.
Drainville : OK. Donc, vous êtes pour, mais vous voulez maintenir le
Conseil supérieur.
M. Martel
(Sylvain) : On est pour, oui, pas au détriment de la perte du Conseil
supérieur de l'éducation au niveau du secteur jeunes.
M.
Drainville : D'accord. Les ententes d'imputabilité avec les directions
des centres de services scolaires sur des orientations, sur des objectifs,
est-ce que vous êtes favorables à des ententes d'imputabilité ou pas?
M. Martel
(Sylvain) : Bien, on considère qu'il y en a déjà, des ententes
d'imputabilité, parce que les centres de
services établissent des PEVR, des... voyons... des plans d'engagement vers la
réussite. On ne le dit jamais au complet. Et donc ce PEVR là doit suivre
la planification stratégique du ministère, et ensuite, dans les écoles, on doit
suivre le PEVR pour faire les projets éducatifs.
M. Trachy
(Steve) : Le résultat annuel aussi, le bilan annuel des centres de
services scolaires ne doit pas être une finalité. Tu sais, dans le fond, si la
cible du ministre sur un tel point est de 80 %, si le centre de services
scolaire a 79 % ou qu'il ait 81 %, il ne faut pas que ce soit vu
comme une finalité. Il faut que le résultat final soit une photo, soit un
bilan, dans le fond, qui va nous servir à identifier ce qui a fonctionné, et le
bonifier, et identifier les problématiques, et
s'organiser pour les faire cheminer du côté de la réussite. Tu sais, il ne faut
pas non plus voir le 79 % comme étant un échec, mais plutôt être
capables de cibler ce qui n'a pas fonctionné et pouvoir améliorer le système.
Tu sais, c'est là, là, où est-ce que... Dans le fond, c'est bien, les cibles
sont bonnes, c'est bien de vouloir s'améliorer, mais, pour pouvoir s'améliorer,
le chiffre, en tant que tel, ne parle pas. Il faut pouvoir identifier le
problème et les réussites, et pouvoir plancher sur ces deux aspects-là.
• (20 h 30) •
M.
Drainville : OK.
M. Martel (Sylvain) :
Au niveau logistique, ça semble aussi... ça semble assez lourd aussi, hein?
Il y en a quand même beaucoup, des centres
de services, et puis... Et puis je pense que, dans l'état actuel, où est-ce que
la direction générale est redevable à son conseil d'administration,
c'est... ça m'apparaît plus efficace.
M.
Drainville : OK. Mais l'idée qu'on ait une direction gouvernementale,
des orientations ministérielles et qu'on...
et qu'on dise : Bon, bien, ces orientations-là, maintenant, on veut s'assurer
qu'elles se traduisent par des actions concrètes
dans les centres de services, dans les écoles, dans les classes, et qu'on
s'assure, dans le fond, que les orientations, l'espèce de direction
générale qui est donnée soit mise en oeuvre sur le terrain auprès des élèves,
ça, je pense que vous devez être d'accord avec ça. Vous êtes d'accord avec...
M. Trachy (Steve) : Ça, dans le
fond... Oui, on est d'accord avec le... dans le fond, un but à atteindre. Par contre, le moyen de l'atteindre, le 79 %,
exemple, en Beauce-Etchemin versus le 79 % à Laval, ne peut pas se
produire par une direction nationale. Exemple, la
problématique qui va être observée en Chaudière-Appalaches ne sera pas la même
problématique observée à Laval. Tu sais, c'est... c'est là où est-ce que, dans
le fond, la direction de... Si le but n'est pas
atteint, la direction ne peut pas venir d'un point de vue national. Il faut
qu'elle soit vue d'un point de vue régional. Tu sais, c'est... Dans le fond, la problématique ne peut pas être partout
la même, parce qu'on ne vit pas tous la même chose, là. C'est pour ça
que, présentement, les cibles qu'on a dans les PEVR, les plans de réussite
vers... plans d'action vers la réussite,
bien, on a toutes les mêmes cibles, parce que les cibles viennent du ministère.
Par contre, les moyens d'y arriver, c'est des moyens régionaux. Tu sais,
c'est... c'est là, là.
M. Drainville : ... on prononce
Trachy, c'est ça?
M. Trachy (Steve) : Oui, c'est ça,
Trachy, oui.
M. Drainville : M. Trachy, je
veux juste vous rassurer, là, c'est... c'est possible qu'il y ait des cibles
communes à l'ensemble des 72 centres de services, mais il va y avoir aussi
des... des cibles qui vont être propres, qui vont être spécifiques à certains centres de services, dépendamment de la réalité
régionale, dépendamment de la composition des classes, des... de la
composition sociodémographique, dans le fond, de la population qui est
desservie par le centre de services scolaire, et qui se traduit par une
composition sociodémographique par école et par classe.
Donc, la... l'idée, ce n'est pas d'avoir les
mêmes cibles pour les 72 puis de dire : Vous avez tous les mêmes cibles puis là... Non, non. L'idée, c'est de
regarder la réalité de chaque centre de services avec ses propres défis, et
après ça de voir : Bien, voici quelles
devraient être les priorités pour la prochaine année, voici les cibles sur
lesquelles on s'engage à travailler
ensemble. Parce que l'idée, ce n'est pas juste de dire au centre de
services : Je te donne des cibles, puis après ça c'est ton problème. L'idée, c'est de travailler
avec le centre de services pour atteindre ces cibles-là au bénéfice des
élèves.
Puis là c'est un travail d'équipe à ce
moment-là, parce que c'est sûr que nous, on a des ressources, on a... on transfère des sous pour un certain nombre de
choses. Alors, dans certains cas, bien, on pourrait avoir des programmes
qui vont nous permettre d'aider certains centres de services à atteindre leurs
objectifs en fonction des mesures budgétaires qu'on
s'est données, en fonction des enveloppes, tu sais, qu'on s'est... Il y a des
enveloppes pour aider les élèves à besoins particuliers. Il y a des
enveloppes pour créer des projets particuliers. Il y a des enveloppes pour
créer des maternelles quatre ans. Il y a
des... Enfin, il y a des enveloppes pour créer des classes spéciales. Il y a...
Alors l'idée, après ça, c'est un travail
de partenariat, je dirais, entre le ministère, le ministre et les gens sur le
terrain, dans les différents centres de services, pour essayer d'arriver
à des bons résultats qui vont aider les enfants, en bout de ligne, à mieux
réussir à l'école. Donc, ce n'est pas... L'idée, ce n'est pas d'uniformiser.
C'est...
M. Trachy (Steve) : Bien, en parlant
d'enveloppes en tant que telles, plusieurs de ces enveloppes sont des
enveloppes fermées et non pas adaptables aux milieux, tu sais. Ça fait que,
déjà là, c'est incongruité, là. Plusieurs des enveloppes, mettons, exemple,
pour les enfants HDAA, c'est au prorata des élèves et non pas à ce qu'ils
vivent dans leurs propres milieux, là. Ça
fait qu'en parlant d'enveloppes, bien, c'est... c'est un exemple de direction
du ministère vers la base en enveloppes fermées et en... tu sais,
sans... sans ouverture et sans... sans adaptation aux milieux. Mais...
M. Drainville : Oui, bien, ça, ça,
on peut ajuster ça d'une année à l'autre, là, dépendamment, justement, des
discussions qu'il va y avoir autour de l'entente d'imputabilité. Si on se rend
compte, dans les discussions qu'on a avec les directions des centres de
services, qu'il y a... dans le cadre des discussions autour de l'entente
d'imputabilité, qu'il y a des choses à ajuster, bien, ça peut être une très
belle occasion, justement, d'engager le dialogue puis de procéder à des
ajustements.
Autre question : Sur l'accès aux données,
est-ce que vous trouvez que c'est une bonne idée qu'on ait davantage accès aux données plus rapidement, qu'il y ait
plus de transparence, plus d'efficacité, qu'on puisse prendre des
meilleures décisions parce qu'on va avoir de la meilleure information?
M. Martel (Sylvain) : Oui, tout à
fait. Là-dessus, bon, c'est sûr, il y a toujours le souci de la
confidentialité, que les parents nous ont exprimé, que... qui est... qui est
toujours présent, c'est-à-dire que c'est quand même le dossier scolaire de
leurs enfants qu'on... qui consiste... dont on parle, et donc... et donc il y a
un... il y a là un certain souci de confidentialité. En fait, aussitôt qu'on
parle de données, il y a un souci de confidentialité. Mais, au-delà de ça, oui,
le partage des données, c'est bien.
Nous, on est un petit peu inquiets d'entendre
beaucoup, beaucoup parler de prendre des décisions sur les données probantes.
On se... on se pose la question : Est-ce que ça vient aussi écarter
l'expérience terrain, l'expérience dans les classes et l'expérience parentale,
qui est plus... qui est plus concrète, qui est plus... Donc, on... Le discours
est beaucoup orienté sur la donnée probante. Il faut juste... C'est... c'est un
bon outil, on est... on est entièrement d'accord sur la fluidité des données,
on est entièrement d'accord, mais il faut faire attention aussi à ne pas
écarter le côté plus qualitatif, le côté terrain, le côté réel. Donc...
M. Drainville : ...les deux, M.
Martel.
M. Martel (Sylvain) : Oui, mais il
faut faire attention. En fait, nous, c'était un commentaire qu'on avait, qui
était : Il faut faire attention. Et aussi on a une proposition dans notre
mémoire, où on dit que la donnée, elle serait intéressante aussi pour
l'écosystème des organismes qui s'occupent de la réussite éducative autour du
système scolaire, parce
que c'est souvent des organismes qui ont des moyens précaires. Et puis, si on
arrivait à cibler mieux, avec, justement, la donnée, leurs actions et
leurs moyens, bien, on... tout le monde en profiterait, là, c'est-à-dire qu'ils
ne poseraient pas des actions qui, finalement, ne donnent pas des résultats...
M.
Drainville : Bien, si je peux vous rassurer ou ajouter à la...
à la dernière intervention que vous venez de faire, l'idée de créer des
tableaux de bord, parce que c'est bien notre intention de créer des tableaux de
bord, c'est dans le prolongement, justement,
de cette volonté de... d'utiliser les données pour les rendre disponibles, puis
pour faire preuve de transparence, puis aider, justement, là, je dirais,
la société civile, là, toutes les personnes qui s'intéressent à l'éducation,
mettons, de pouvoir avoir accès, donc, à de l'information précise, validée, et
qui sera rendue publique, là. Évidemment, on
ne pourra pas rendre publique toute l'information, parce qu'il y a des
informations, justement, qui sont plus délicates. Il faut faire attention. Il y a... il y a tout...
tout l'enjeu de la protection des renseignements, comme vous l'avez dit, mais
il y a beaucoup d'informations qu'on aurait
intérêt, honnêtement, à connaître puis à rendre publiques. Puis on aurait
une... je dirais, une... En tout cas, il y aurait des données que tout le
monde, je pense, aurait... serait intéressé à connaître. Je pense que c'est...
M. Martel
(Sylvain) : Certainement. Et il y aurait des données aussi,
probablement, qui sont très... très pointues, et que certains organismes
aussi pourraient tirer profit de connaître ces données-là pour pouvoir ajuster,
justement, les... leurs ressources vers une réussite éducative.
M. Drainville : Exactement. Très
bien, Mme la Présidente. Merci.
• (20 h 40) •
La Présidente (Mme Dionne) : Merci,
M. le ministre. M. le député de Côte-du-Sud.
M. Rivest : Allons-y. Écoutez, je
vais faire ça simplement pour laisser ma collègue pouvoir aussi vous poser une
question. Dans votre recommandation n° 7... Puis, tu sais, j'écoute depuis
tantôt puis je me dis : Entre obtenir des données, et les partager, et
être capables d'aussi partager les réussites, et partager les bons coups,
disons, qu'on fait en éducation, et ne rien pouvoir partager, il y a aussi...
Je vois votre ouverture, quand même, de se dire qu'à l'intérieur de l'institut, bien, ce partage-là... Vous semblez
quand même ouverts, si je ne me trompe pas, là, à pouvoir avoir les deux,
là, le conseil qui jouerait ce... ce rôle-là. Puis, peut-être, justement, sur
ces responsabilités-là, vous en parlez dans votre recommandation n° 7,
pouvez-vous en dire un peu plus? Comment vous, vous voyez ce partage de
responsabilités là entre le conseil puis l'institut?
M. Martel (Sylvain) : Bien, écoutez,
c'est sûr qu'il... Il ne faut pas qu'on ait deux... deux organisations qui
font... qui ont exactement le même mandat. Mais je pense que la nature du Conseil
supérieur de l'éducation et de la... l'institut qui est... qui est proposé font
qu'ils auront, je dirais, naturellement, deux... deux côtés d'une même
médaille, là. Maintenant, ce serait à... certainement à décider, à savoir où
est-ce qu'on trace la ligne.
Nous, on a donné un exemple dans notre mémoire.
Ce n'est pas... Ce n'est qu'un exemple, là. Ce n'était pas... On ne l'a pas mis
dans une proposition. Mais il pourrait y avoir un côté que c'est plus la
recherche, la théorie, et l'autre côté qui
serait plus la mise en oeuvre et les... donc, les... la mise en oeuvre
concrète, sur le plancher, là, des classes, là. Ça... Donc, ça pourrait
être une façon de le diviser, mais... Tu sais, ça prendrait des gens pour
s'asseoir et y réfléchir, naturellement. Nous, comme parents, on regarde ça d'un peu loin, mais...
C'est une question d'efficacité, surtout, hein,
c'est... De les mettre de... chacun dans leur ordre d'enseignement, il y a...
il n'y a plus de continuum sur tout le parcours. Et donc, là, on se retrouve
avec deux organisations qui s'occupent de la moitié d'un parcours, et qu'ils
n'ont pas tout à fait le même mandat... bien, enfin, on ne sait pas, parce que,
peut-être, le mandat du conseil changerait, mais donc, c'est ça, au lieu
d'avoir deux organisations dans... dans deux moitiés de parcours scolaire
potentiel, là, parce qu'il y a des parcours scolaires qui sont... qui sont
finis, donc, avec des diplômes au niveau secondaire, mais... Le parcours
potentiel d'un élève, c'est important de le voir, parce que comment on peut, justement, orienter les secondaires IV, V et
puis penser à réfléchir à qu'est-ce qui serait le mieux pour eux, ceux qui
vont vouloir aller au cégep, donc, si on...
nous, on arrête là, là, notre... notre réflexion? C'est un peu... c'est un peu
particulier, là, de le diviser comme ça. Donc, si on y va de l'avant puis on a
les deux organisations...
La Présidente (Mme Dionne) : ...en
terminant, M. Martel. Il reste 10 secondes, même pas.
M. Martel (Sylvain) : Oui. Bien,
moi...
M. Trachy (Steve) : En terminant, le
Conseil supérieur de l'éducation, ce qu'il a fait pendant la pandémie, c'est
prouver sa rapidité puis son excellence dans l'exécution de ses fonctions.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Merci à vous. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle.
Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Merci, bonsoir, vous aussi, parents bénévoles. Et il est déjà
20 h 45. Ça fait des grandes journées pour vous. Alors, merci
beaucoup de prendre le temps de participer à nos travaux.
Pour ceux qui nous écoutent, vous, vous
représentez des parents de quels territoires?
M.
Martel (Sylvain) : Nous, on représente des... cinq centres de services
scolaires, des comités de parents des centres de services scolaires, donc,
Montréal, Laval, Chemin-du-Roy à Trois-Rivières, des Chênes à Drummondville et
Beauce-Etchemin à... en Beauce. Et puis... et puis on représente aussi les
parents des... de deux commissions scolaires anglophones, Central Québec et
Eastern Townships.
Mme Rizqy : OK.
Dernièrement, j'ai eu plusieurs parents de Laval qui ont communiqué avec moi,
je me suis levée en Chambre, des parents qui ont été appelés à voter sur une
décision par rapport au service de dîneurs. Et ils m'ont acheminé les documents qu'ils ont eus avant le vote, que j'ai pris
le temps de lire, plusieurs pages, mais nulle part ce n'était marqué le
montant. Alors, ils ont voté de bonne foi, mais ils n'avaient pas l'information
qui disait qu'on passait, par exemple, de la
formule actuelle, disons que ça coûte 230 $ par élève, et qu'en plus il y
a une formule familiale, parce qu'on
prenait en considération qu'il y avait des familles qui avaient plus de trois
enfants, et que pour eux, effectivement, bien, ça commençait à être très cher... Alors, maintenant, ça a été
aboli, la formule familiale, et c'est après le coup qu'ils ont su
qu'effectivement voici les montants. Des parents avaient demandé au conseil...
bien, des parents membres du conseil
d'administration ont même demandé d'avoir accès au calculateur, ce qui leur a
été refusé. On leur a dit : Bien, passez par la... par la demande
d'accès à l'information. Assez inusité. Alors, moi, je veux savoir, parce que
ces mêmes parents me parlent à moi mais parlent aussi à vous : Ça mobilise
les troupes, ça?
M. Martel
(Sylvain) : Vous voulez dire : Ça mobilise les troupes dans...
dans l'engagement parental?
Mme Rizqy : Oui,
ou ça démobilise, lorsqu'on essaie de nous passer... quand on a l'impression
de... que notre voix, un, n'est pas entendue, mais, pire, c'est qu'on essaie,
en fait, d'obtenir notre consentement, mais de façon viciée?
M. Martel (Sylvain) : Écoutez, le non-respect
de la procédure, le non-respect de la loi, le non-respect des rôles,
c'est courant dans les... dans les conseils d'établissement. C'est courant. C'est
très répandu. C'est probablement une des
choses sur lesquelles on est interpelés le plus. Et malheureusement, puis je...
je vais rejoindre mes collègues qui nous ont... qui nous ont précédés
là-dessus, il n'y a pas de moyen... On est obligés de dire aux parents :
Bien, écoute, essaie de négocier quelque chose, essaie de... mais tu ne peux
pas te plaindre nulle part, tu ne peux pas... tu n'as aucun recours.
Tu
sais, la loi n'est pas respectée, le rôle n'est pas respecté, et pourtant on
l'a, l'information. La formation obligatoire, elle est là, elle est disponible, elle est bien faite, elle est issue
d'un consensus. Ça, c'est important. Ça veut dire : Tout le monde est d'accord avec ça. Et puis nous, on y
réfère beaucoup. On réfère les parents à ça. C'est... c'est une bonne
façon. Référer les parents à la loi,
c'est... ça peut être très, très difficile, mais, référer les parents à ce
document-là, qui l'explique, en fait, ce que c'est, le rôle, et ce que
c'est, la... les droits et les responsabilités de chacun, bien, après ça, il
n'y a plus rien. On est obligés de dire : Bien oui, c'est vrai, ça n'a pas
été respecté, oui, c'est vrai, ça... mais on ne peut rien faire.
Mme Rizqy : Bien,
c'est quand même particulier, M. Martel, parce que, dans la dernière réforme,
on nous a promis que les parents allaient
être véritablement consultés, que, les parents, on va prendre en compte leur
position puis qu'ils auront voix au chapitre. Est-ce qu'ils ont vraiment
voix au chapitre?
M. Martel
(Sylvain) : Bien, si... si tout était respecté, déjà...
Mme Rizqy : Bien,
ce n'est pas garanti, ça, hein?
M. Martel
(Sylvain) : Bien, c'est un... C'est parce qu'il y a... il n'y a pas
de... Il n'y a rien sur lequel on peut l'appuyer, le... Donc...
Mme Rizqy : Bien,
justement, on est en train d'ouvrir la Loi sur l'instruction publique. Il me
semble qu'il faudrait corriger certaines lacunes, parce que, si vous me dites
qu'en ce moment vous, les parents, vous avez fait la formation, en majorité,
là, la formation a été suivie par les parents, puis les parents respectent la
Loi sur l'instruction publique et ils veulent la faire respecter pour les
enfants, pas... je ne dis pas «leurs enfants», les enfants...
M. Martel
(Sylvain) : Les enfants, oui.
Mme Rizqy : ...parce
que vous représentez tous les enfants, et vous vous retrouvez devant aucun
outil, aucun levier lorsque la loi n'est pas respectée... Puis, ici, j'ajoute
le Code civil, hein, parce que, quand on vote, là, on est régi par le Code
civil, parce que notre consentement ne peut pas être vicié, hein? Alors, je
tiens à le souligner. Alors, vous, vous vous retrouvez avec aucun levier pour
essayer de revenir sur une décision ou de faire respecter, en fait, la Loi sur
l'instruction publique ou les principes de bonne foi qui régit notre droit
civil.
M. Martel (Sylvain) : Tout à fait. Le portrait
que vous dressez est très juste. Et ça fait partie... Nous, dans notre accompagnement de parents, c'est une grosse partie
de ce qu'on fait. C'est... c'est d'essayer de trouver des façons, mais
on n'a pas autre moyen que la négociation.
Et, s'il y a des parties impliquées qui ne sont pas prêtes à s'entendre, bien,
ça ne se fait pas. Puis on a vu... on a vu... On a vu toutes sortes de
scénarios qui est arrivé. On a vu des conseils d'établissement être dissous. On
a vu des conseils d'établissement changer de membres. On a vu... On a vu tout.
On a... on a... vraiment. Puis malheureusement, on regarde, on dit : Bien,
on ne peut pas faire ça, et voilà. Tu sais, c'est... c'est là qu'on arrête.
Parce qu'on ne peut pas faire ça, mais on va le dire à qui? Puis c'est qui qui
va venir? Donc...
Mme Rizqy : Bien,
je sais que vous le dites souvent. En tout cas, moi, je reçois beaucoup
d'appels. Moi, je me lève en Chambre, parce qu'évidemment on n'a plus
d'élu scolaire, donc on se tourne vers nous, les élus. Nous, notre téléphone
n'arrête jamais, alors... Mais on est là pour ça. C'est... c'est bien correct.
J'aimerais
savoir une chose. Vous, comme parents, puis avec les autres voix des parents
que vous entendez, est-ce que c'était une
demande des parents, cette deuxième réforme en trois ans, ou est-ce que vous
avez d'autres priorités pour le réseau de l'éducation?
• (20 h 50) •
M. Martel
(Sylvain) : C'est... Ce n'était pas haut dans la liste des priorités.
Mme Rizqy : OK.
D'accord. Je pense que ma collègue a peut-être...
M. Martel
(Sylvain) : Il y a... Des ajustements, des ajustements à la
gouvernance, c'est normal. C'est normal qu'il y en ait, je veux dire, ça fait
trois ans. En même temps, bon, il y en a eu deux, là-dessus, qui étaient
particulières. Donc, qu'on fasse des
ajustements, qu'on bonifie, bien sûr, bien entendu. Ce n'est pas tout à fait ce
qu'on a devant nous. Là, on a vraiment un changement de direction. Donc,
non, ce n'était pas...
M. Trachy (Steve) : Par contre, tu sais, pour
revenir au service des dîneurs, tu sais, c'est les frais chargés aux
parents. Puis on ne peut pas dire que rien n'a été fait dans les cinq dernières
années. Tu sais, on a quand même eu une politique-cadre, voilà deux ans ou
trois ans, qui encadrait les frais demandés aux parents, de par M. Roberge,
votre prédécesseur. Tu sais, ça fait qu'il y
a quand même eu un cheminement de fait. Est-ce qu'il y a de la place à
l'amélioration? Il y en aura toujours, tu sais, mais l'important, c'est
de cheminer, tu sais, faire avec ce qu'on a, ce qui... ce qui se présente à
nous, puis essayer de corriger, puis s'en
aller comme ça, puis essayer de s'organiser pour pouvoir aider puis diriger le
mieux possible les parents faisant partie de ces conseils
d'administration là, où eux, à cet endroit-là, au conseil d'administration, ils
votent les frais chargés aux parents, tu sais. Ça fait que, dans le fond,
c'est... c'est de les aider, les encadrer.
Mais, déjà là, avec
la politique-cadre d'il y a deux ou trois ans, là, on a vu un bon bout de
chemin être fait, là. Il y a eu des choses qui n'étaient pas nécessairement
encadrées, qui étaient dans le flou, puis que, bon, bien, il y avait peut-être
de l'excès qui se faisait de ce côté-là, étant donné que c'était une zone
grise, puis là, bien, woup! à partir du moment que ça a été encadré, ça a été
encadré. On... Juste à voir, là, les nouvelles de cette semaine, là, par
rapport aux projets particuliers, qu'on souhaite encadrer les frais chargés
pour ces projets particuliers là, tu sais, c'est des pas dans la bonne
direction. Tu sais, c'est...
Mme Rizqy : ...un projet de loi, justement, parce que... pour
que ce soit gratuit, parce que sinon... Vous comprendrez que, quand la moyenne des projets pédagogiques
particuliers au Québec sont quand même assez élevés, ce n'est pas... ce
n'est pas un crédit de 200 $ qui aide celui qui doit faire le hockey à
3 000 $ ou 4 000 $, ou le basketball. Et ça fait aussi une
ségrégation. Ça fait en sorte que les enfants qui ont peut-être plein de talent
mais qui n'ont pas les parents avec de l'argent, ils ne peuvent pas participer.
Bien, c'est ça, aussi, qui crée une inégalité dans le réseau public. Ça fait un
système à deux vitesses.
M. Martel
(Sylvain) : Si je peux compléter sur ce qu'on disait juste... juste
avant...
La Présidente (Mme
Dionne) : ...20 secondes.
M. Martel
(Sylvain) : ...bien, en fait, il ne faut jamais oublier que les
parents, c'est des bénévoles dans la gouvernance. Il faut respecter le temps
puis l'expertise qu'ils donnent, parce que, si on ne respecte pas
l'encadrement, bien, ils vont juste arrêter de le faire.
Mme Rizqy : Merci.
La Présidente (Mme
Dionne) : ...beaucoup. Je cède maintenant la parole à Mme la députée
de Mercier.
Mme Ghazal : Merci.
Merci beaucoup, messieurs, pour votre présence, votre mémoire, votre engagement
aussi pour l'éducation. C'est très précieux et très important.
Écoutez, ça fait...
Vous êtes peut-être, je pense, le huitième groupe qu'on rencontre et vous êtes
le huitième à dire que l'INEE, l'institut, n'a pas besoin de remplacer le Conseil
supérieur de l'éducation, puis que les deux peuvent exister, puis que c'est important que le conseil existe. Puis, dans
votre mémoire, vous dites : Pourquoi ne pas rénover plutôt que de démolir et reconstruire? C'est vraiment
très bien dit. C'est efficace puis aussi c'est écologique. Puis j'ai
beaucoup aimé aussi quand vous dites — ça, c'est un argument que je
n'avais pas entendu — qu'ils
sont efficaces. Ils ont produit un mémoire vite. Ça, c'est quelque chose que...
C'est la première fois que je l'entends. C'est un autre argument de plus pour
peut-être convaincre le ministre.
J'ai
une question. Vous en avez parlé un peu. C'est votre recommandation n° 5,
le fait... votre inquiétude de tout baser
sur les données probantes puis qu'il faut aussi s'assurer, là, de l'expérience.
Est-ce que c'est comme l'effet de mode que vous avez peur? Tu sais, des
fois, il y a des façons pédagogiques parce qu'il y a une étude de... je ne sais
pas, aux États-Unis, par des chercheurs, qui a démontré que, quand on fait
telle chose, ça a tel résultat, puis là on arrive ici puis on dit : Bien,
à la grandeur du Québec, on va utiliser ici les résultats de recherche puis on
va appliquer telle mesure, par exemple. Est-ce que c'est le genre de choses
auxquelles vous pensez ou... plus particulièrement, peut-être?
M. Martel
(Sylvain) : Bien, je vais faire... je vais faire un parallèle. Dans
notre mémoire et dans ce qu'on a dit tantôt, c'est beaucoup centralisation
versus le local. Et puis là c'est un peu la même chose, c'est-à-dire que c'est
beaucoup la donnée, donc, la recherche et le... et aussi le pratique. Oui, il y
a... il y a une transition qui se fait entre la recherche, et la donnée, et le côté pratico-pratique de qu'est-ce qui se
passe dans une classe, mais il y a aussi tout un côté plus... bon, je dis qualitatif, là, tu sais, c'est...
ce n'est pas... peut-être pas le bon terme, mais... mais il y a un côté
humain, là, là-dessus, puis que... qui va au-delà de la donnée, là. Et cette
expérience-là qualitative, humaine, en classe, qui vient à la fois de
l'enseignant, le personnel scolaire et aussi du parent, parce que, vous savez,
les enfants, quand ils reviennent de l'école, c'est dans nos bras, là, qu'ils
viennent, là, quand... Quand ils reviennent en braillant, c'est... ils
reviennent en braillant chez nous, puis, quand ils reviennent en riant parce
que ça a bien été, ils reviennent aussi chez nous. Ça fait que, tu sais, on est
capables, nous, de...
M. Trachy (Steve) : D'un autre côté
aussi, la... les données sont importantes, puis c'est... c'est important aussi que le Québec devienne proactif, devienne un
leader dans l'éducation nationale, tu sais, du français en Amérique puis
même du français au travers du globe, là, tu sais, ne pas être seulement à la
remorque de ce qui peut se décider en France mais être proactif puis même en
avance de ce qui peut se faire ailleurs, tu sais.
Mme Ghazal : Ici dans la pédagogie.
OK.
M. Trachy (Steve) : Oui, oui. Puis,
tu sais, ça ne se fait pas seulement avec ce qui peut se passer dans le milieu. C'est aussi avec l'aide de données
probantes. Par contre, l'un ne va pas sans l'autre et l'un n'élimine pas
l'autre, là.
M. Martel (Sylvain) : Bien, la
crainte, c'était surtout que la donnée prenne toute la place puis qu'on oublie
l'expérience humaine de l'enseignement.
Mme Ghazal : OK. Parfait.
Rapidement, comme le regroupement des... pas... La Fédération des comités de
parents, tantôt, ils ont...
La Présidente (Mme Dionne) : Je suis
désolée. Je suis...
Mme
Ghazal : Bien, voyons donc! J'ai de la misère. Pourquoi ils
n'ont pas négocié cinq minutes? En tout cas...
La
Présidente (Mme Dionne) : Vous irez voir vos leaders. Je cède maintenant la
parole au député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci, Mme la
Présidente. Bienvenue, messieurs, à l'Assemblée nationale. Je vais aller droit
au but. La participation des parents est souhaitable pour vous, puis on est
bien d'accord avec vous. Est-ce que ce projet de loi va favoriser la
participation des parents ou pas?
M. Martel (Sylvain) : Non, non,
parce que, tantôt, je le disais, pour qu'un parent donne de son temps... Parce que, par définition, étant parent, tu es déjà pas
mal occupé. Pour que tu décides d'en donner, il faut qu'il ait
l'impression, minimum, l'impression que ça vaille la peine.
M. Bérubé : Très bien. Merci. Vous
avez compris que je n'avais pas beaucoup de temps. Très bien.
Dans votre mémoire, vous dites que le projet de
loi n° 23, effectivement, pourrait décourager l'implication des parents.
Je vous cite au sujet de la diminution de l'autonomie et du pouvoir d'influence
des parents. Vous dites : «Ça pourrait décourager, vraiment, à ce
point-là.» C'est grave. Donc, ce n'est pas juste diminuer. C'est décourager
ceux qui sont déjà là. Qu'est-ce qu'on pourrait faire dans le sens inverse pour
donner ce pouvoir-là? Parce que, tout à l'heure, vous avez... vous avez indiqué
que les directions générales en mènent large dans les centres de services
scolaires, ont compensé vraiment, là, ont pris de la place. Si vous aviez une contre-proposition
à faire au ministre pour la participation des parents — tantôt,
vous avez dit qu'on n'a pas entendu beaucoup parler des comités de parents
depuis le début du mandat — qu'est-ce
que ce serait, pendant qu'on a l'attention, là, du ministre?
M. Martel (Sylvain) : Bien, comme je
disais, il faut... il faut que ça... qu'on puisse changer les choses. On ne s'implique pas juste pour aller dire : Oui,
OK, puis on va mettre notre signature là-dessus, puis on le passe, puis... Il
faut... il faut absolument qu'il y ait
une... qu'on aille chercher... Chaque parent a une expertise. Chaque parent a
une expérience avec son enfant, avec... dans une école, dans un centre
de services, et donc il faut pouvoir aller miner ça, là... «miner», ce n'est
pas le bon terme, je m'excuse, c'est...
M. Bérubé : Mettre à profit.
M. Martel (Sylvain) : ...mettre à
profit. Et donc il faut... il faut en profiter. Il faut profiter. C'est... Les
parents l'offrent. C'est du bénévolat. On le donne, notre temps.
M. Bérubé : C'est précieux.
M. Martel
(Sylvain) : Puis on le donne, notre expertise. C'est précieux. Il
faut... il faut la mettre en valeur. Il faut l'écouter. Il faut pouvoir s'en
servir.
M. Bérubé : Vous utilisez des termes
quand même assez durs, «occasions de dérapage», «microgestion». Avez-vous des
exemples en tête?
M. Martel (Sylvain) : Bien, c'est
parce que... C'est sûr que, si quelqu'un a toutes les clés en main, bien oui,
ça peut... ça peut causer des dérapages. On ne remet pas en question les intentions
du ministre actuel, mais, un jour, il y aura quelqu'un d'autre qui sera
ministre de l'Éducation.
M.
Bérubé : Ou le ministre lui-même pourra les utiliser, là.
Ne prenez pas pour acquis que ce ne sera pas fait, là.
M. Martel (Sylvain) : Bien... Mais
je... Donc, oui, on craint un dérapage.
M. Bérubé : OK. Vous appelez ça une
repolitisation. C'est le terme que vous avez utilisé.
M. Martel (Sylvain) : Oui, oui.
M. Bérubé : Dans quel sens?
M. Martel (Sylvain) : Bien, dans le sens
que le projet de loi n° 40 est venu dépolitiser, semble-t-il, le système
scolaire, et là les nominations vont se faire... et ça vaut aussi pour
l'institut, en fait, donc, les nominations se font par le ministre.
La Présidente (Mme Dionne) : ...c'est
tout le temps qu'on avait.
M. Bérubé : Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Dionne) : Alors,
merci infiniment pour votre contribution.
Je suspends maintenant les travaux pour
accueillir le prochain groupe.
(Suspension de la séance à 21 heures)
(Reprise à 21 h 04)
La Présidente (Mme Dionne) : La
commission est maintenant prête à reprendre ses travaux. Donc, notre dernier
groupe, la CSN, donc, Mmes Caroline Senneville, Caroline Quesnel,
M. Frédéric Brun et Mme Nancy Poirier, merci d'être là. Donc, vous disposez de 10 minutes pour faire votre
exposé. Donc, d'entrée de jeu, je vous demanderais de vous présenter
puis de nous faire votre exposé par la suite. Ensuite, nous procéderons aux
échanges avec les membres de la commission.
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Mme
Senneville (Caroline) : Oui. Bonjour. Merci de nous accueillir après cette
longue journée. Oui, on est votre dessert. Alors, on se présente.
Caroline Senneville. Je suis présidente de la Confédération des syndicats
nationaux. Je suis accompagnée des représentants de deux fédérations qui
représentent des salariés, des travailleurs, des travailleuses dans le domaine
de l'éducation, Mme Caroline Quesnel, qui est présidente de la Fédération
nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, et M. Frédéric
Brun, vice-président de la fédération des employés des services publics, donc,
plus le personnel de soutien, et je suis accompagnée de Nancy Poirier, qui est
conseillère politique à la CSN, au sein du comité exécutif.
D'entrée de jeu, je dois vous dire qu'à la CSN
on a été surpris du projet de loi n° 23 et de son contenu pour, je vous
dirais, trois raisons, essentiellement. La première, c'est que ça ne fait... le
contenu du projet de loi ne faisait pas partie des priorités du ministre de
l'Éducation, là, M. Drainville lui-même, il y a quelques mois seulement,
en début d'année 2023.
L'autre raison pour laquelle on est surpris,
bien, on est comme... comme organisation, c'est qu'on lit les mêmes journaux que
tout le monde, on écoute les mêmes nouvelles que tout le monde, et les
manchettes, bien, nous parlent de quoi, nous
parlent de pénurie de main-d'oeuvre, d'enseignants, d'enseignantes, mais
ailleurs aussi, d'élèves en difficulté, de problèmes de santé mentale et
chez le personnel et chez les élèves, de la vétusté des écoles, et, pour nous,
vraiment, le projet de loi n° 23 n'a aucun élément concret à l'intérieur
duquel on sent qu'il va y avoir des effets sur le terrain à court ou à moyen
terme.
Et, de plus, et ça a été mentionné par d'autres
personnes que nous, la création des centres de service scolaires à la place des
commissions scolaires, ça vient du gouvernement... bien, du gouvernement qui
était au pouvoir aussi la dernière fois. Ça a été adopté sous bâillon en 2020,
donc il y a à peine plus de trois ans. On n'a pas eu le temps de faire un bilan. Et, si, même,
on avait eu le temps de faire un bilan, je vous dirais, n'importe qui qui siège
n'importe où sait que l'année 2020, ce n'est pas une année à contenir
dans les bilans de n'importe quoi, parce que, bon, c'est une année extraordinaire. Donc, vraiment, on... quand on met
ces trois éléments-là ensemble, on a vraiment été pris par surprise par
le contenu du projet de loi.
Donc, parlons du contenu. Pour nous, ce qui
saute aux yeux, c'est vraiment la centralisation des pouvoirs, centralisation
auprès du ministre lui-même. Alors, imaginez, le ministre va nommer directement
chacun des directeurs ou des directrices générales de chaque centre de services
scolaire, qui, eux-mêmes, vont nommer les directions d'école. Donc, c'est vraiment une ligne directe de... une
ligne hiérarchique directe entre le politique et les gens sur le terrain.
Puis c'est une chaîne de commande qui va être renforcée aussi par l'article 20,
qui stipule que les DG vont exercer aussi tout mandat que le ministre va lui
confier, et par l'article 7, qui mentionne, de manière similaire, que le
directeur de l'école exerce également toute fonction que lui confie le DG. On
rajoute à ça l'article 4, qui donne au pouvoir... qui donne le pouvoir au ministre d'annuler en tout ou
en... l'article 40, pas 4, 40, qui donne au ministre le pouvoir d'annuler
en tout ou en partie une décision du
centre de services scolaire. On ajoute les articles 36, 37 et 60, qui
permettent au ministre d'intervenir
dans l'organisation des services et même dans les mesures à prendre pour la
réussite scolaire de certains élèves.
Alors, on se
demande quand le ministre aura le temps de dormir. Mais, blague à part, on
craint la microgestion et on craint
la politisation de cette gestion-là vraiment. Et il y a aussi l'article 25
qui est dans la même lignée, l'article qui prévoit une entente annuelle de gestion et d'imputabilité entre le
ministère et le conseil... et les centres de services scolaires. C'est
vraiment, pour nous, une prise supplémentaire que le ministre exercera déjà sur
tout le système scolaire.
Pourtant, le
ministre, il n'est pas sans pouvoir. À la fin de notre mémoire, vous avez trois
pages pleines de la Loi sur l'instruction publique qui donnent les
responsabilités ministérielles. Donc, vraiment, trop, c'est comme pas assez,
comme diraient certains. On pense qu'il y a beaucoup de pouvoirs qui sont
donnés au ministre.
Et, je vous
dirais, même, on en est venus à se poser la question... Parce qu'on parle
d'imputabilité des centres de services
scolaires, mais, s'il y a une mauvaise décision qui est prise, qui sera
vraiment imputable? Est-ce que sera le centre de services scolaire ou le ministre, qui a le pouvoir d'annuler une
décision du centre de services scolaire? Alors, pour nous, il y a comme un paradoxe, je vous dirais, entre
l'imputabilité qui semble être souhaitée et ce qui va se passer sur le
terrain.
En ce qui nous concerne, le bout le plus positif
du projet de loi, c'est vraiment tout ce qui a trait à la collecte de données et au transfert d'information. On n'a
jamais trop de données. Les tableaux de bord, c'est fort intéressant. On
souhaite... Le projet de loi prévoit, évidemment, qu'on préserve la confidentialité,
mais on... puis ça a été dit tout à l'heure, une espèce d'équilibre entre... si
on a les données que les gens qui en ont besoin, pour qui ce soit utile,
qu'elles soient accessibles. Et on est aussi, bien sûr, favorables au fait
qu'il y ait un transfert de renseignements lorsqu'un enfant change d'école ou
même lorsqu'un enfant nous arrive d'un CPE.
• (21 h 10) •
Donc, on représente du personnel scolaire. On
sera peut-être les seuls ou les premiers à parler d'enseignement à distance.
Alors, oui, l'enseignement à distance a été un plan B pendant la pandémie, mais
il nous a aussi... la pandémie a aussi montré les limites de cet enseignement à
distance là. Qu'arrive-t-il de la relation pédagogique entre l'enseignant et le
jeune, et même pour l'ensemble des services éducatifs qu'on donne à ce
jeune-là? Ça crée des problèmes de concentration. Ça crée des problèmes de socialisation.
Le jeune, il est à l'école pas juste pour être en relation avec l'enseignant ou
de l'aide pédagogique. Il est aussi en relation avec d'autres jeunes. Alors,
ça, c'est complètement coupé quand on est derrière un écran.
Qu'advient-il du temps d'écran? Temps d'écran
pour les loisirs, temps d'écran pour l'école, ça fait beaucoup de temps d'écran
et ça met aussi en exergue les inégalités sociales. Ce n'est pas tout le monde
qui a la technologie ni le réseau. Ce n'est pas tout le monde qui a l'espace.
Il y en a qui ont leurs salles... leurs chambres superbien aménagées. Il y en a
d'autres qui vont faire ça dans la cuisine. Et la même chose pour le soutien
familial, y compris technologique.
Alors, pour nous, l'article 33 qui accorde
l'autorisation pour un élève ou un groupe d'élèves de recevoir des services
éducatifs à distance, bien, c'est quelque chose que nous craignons beaucoup, et
on... c'est ça, on aimerait que ce soit vraiment pour des cas de force majeure
seulement.
Le projet de loi nous parle de formation
continue pour les enseignants et les autres types de personnel. C'est quelque
chose qui est extrêmement important, quelque chose avec lequel on est en
accord. Mais la problématique qu'on voit, c'est que la formation continue,
telle qu'elle est inscrite dans le projet de loi, ça vient un peu à l'encontre
de l'autonomie professionnelle des enseignantes et enseignants, parce que les
articles 1 et 55 du projet de loi vont venir limiter, voire contredire
cette autonomie-là en mentionnant que la formation va s'appliquer sous réserve
des conditions et des modalités d'un nouveau règlement. La portée de ce futur
règlement est très large. Ça peut confier des fonctions en cette matière à une personne, un organisme, un directeur d'école,
directeur de centre, un directeur d'établissement prévu par la Loi de
l'enseignement privé ou même l'INEE, le fameux Institut national d'excellence
en éducation. Bref, nous cherchons encore l'autonomie professionnelle en ce qui
a trait à la formation continue.
Je pèse mes mots, mais on a été jetés en bas de
notre chaise à l'effet d'abolir le Conseil supérieur de l'éducation, vraiment.
Le Conseil supérieur de l'éducation a été créé au Québec en même temps que le
ministère de l'Éducation. Tout le monde s'entend pour dire que c'est la
formation du Québec moderne. C'est un institut qui a... C'est un conseil qui a
de l'expertise et qui a de l'indépendance. Oui, il a produit des tonnes d'avis
avec qui plein de gens n'étaient pas d'accord, peut-être des gens au ministère
mais des gens dans les syndicats aussi. On n'a pas toujours été d'accord avec
les avis du Conseil supérieur de l'éducation. Mais, justement, ça démontre
l'indépendance de ce Conseil supérieur là. Et effectivement on craint aussi le
fait de scinder. On ne verra plus tout le continuum... voyons, scolaire.
On s'interroge...
Effectivement, quand on parle du Conseil supérieur, qui a su démontrer son
indépendance au fil des ans, on s'interroge sur celle de l'institut national
d'éducation, parce qu'on voit que le premier... le premier alinéa de l'article 5
indique que la mission de l'institut consistera à identifier, en concertation
avec le ministre et les intervenants du système scolaire, les sujets
prioritaires qui... des travaux qu'il ferait. Donc, encore une fois, disons
qu'on craint pour l'indépendance. Sera-t-il possible d'avoir des mandats
d'initiative aussi? Et on se pose aussi la question, parce qu'il y a plein de recherche qui se fait. Il y a
plein d'organismes qui en font. Je pourrais tous vous les nommer : le
CTREQ, Périscope, le CRIRES, le CRIFPE. Il y a de la recherche qui se fait.
Comment on fait pour... Que va-t-il advenir de ces organismes-là? Pourquoi on
n'a pas tout simplement créé une plateforme pour que ce qui se fait soit connu
et partagé? En tout cas, c'est des questions qu'on se pose vraiment par rapport
à l'Institut national d'excellence en éducation.
La Présidente (Mme
Dionne) : ...
Mme Senneville
(Caroline) : Oui. Alors, je termine en disant que, pour nous, le
projet de loi n'est ni nécessaire ni utile, et on préférerait de beaucoup que
le ministre se concentre sur les priorités qu'il a lui-même énoncées au début
d'année puis avec lesquelles on était en accord.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup pour vos interventions. Donc, nous sommes
maintenant prêts à débuter les échanges. Je cède la parole au ministre de
l'Éducation.
M.
Drainville : Oui. Merci pour votre témoignage. Juste un point d'information.
D'abord, là, quand vous dites que vous
souhaitez que je me concentre sur mes sept priorités de janvier, parmi mes sept
priorités en janvier, il y avait rendre le réseau de l'éducation plus
performant, et je cite : «Le gouvernement veut également compléter la
réforme de la gouvernance scolaire afin que le réseau de l'éducation soit plus
efficace et plus responsable en matière de reddition de comptes. Cela passe notamment par l'amélioration de l'accès aux données,
puisqu'une bonne information est nécessaire pour que soient prises les meilleures décisions possible. La modernisation du
réseau scolaire doit se traduire par une meilleure communication entre
le ministère et les centres de services scolaires ainsi que les commissions
scolaires. Le partage de données fiables obtenues de manière rapide et souple
est un incontournable pour atteindre cet objectif.» Donc, vous comprenez que ça
fait partie de mes priorités de janvier.
Mme Senneville
(Caroline) : ...dans le projet de loi, tout ce qui concerne l'accès
aux données. Sur «plus performant», on pourrait avoir une discussion.
M.
Drainville : Non, mais, Mme Senneville, Mme Senneville,
donnez-moi au moins celle-là, là.
Mme Senneville
(Caroline) : Oui, je vous la donne. Je vous la donne. Je vous la
donne.
M.
Drainville : Vous m'avez dit... Vous avez commencé et vous avez conclu
en disant : Qu'il se concentre donc sur
ses sept. Je vous dis... Je viens de vous la lire, là. C'était la... c'était la
sixième, l'efficacité, là. Puis ils ne sont pas en ordre d'importance. Ça fait que ce que je vous dis, c'est que 23,
c'est la priorité efficacité, puis je vous ai donné une description. Je voulais juste qu'on s'entende
là-dessus, là, parce qu'on ne s'entendra pas sur beaucoup de choses,
malheureusement, mais, là-dessus, au moins, qu'on s'entende. Je pense que ce
serait un bon départ dans le dialogue qu'on va avoir dans les prochaines
minutes.
Maintenant, bon, il y
a beaucoup de choses que vous avez soulevées. Quand vous dites :
J'aimerais ça qu'il se concentre sur la pénurie de main-d'oeuvre, la santé
mentale, et tout ça, je sais que vous m'avez entendu le dire aujourd'hui, là, mais, quand je propose des aides
à la classe, c'est pour venir en aide aux élèves en difficulté,
notamment, pour venir en aide aux
enseignantes. Quand je propose une voie rapide vers le brevet, c'est pour
breveter des enseignants, des enseignantes non légalement qualifiés.
Quand on augmente d'une manière très importante les investissements dans nos
écoles, ça fait partie aussi de l'enjeu des belles écoles. On souhaite qu'elles
soient belles, puis on veut investir le plus
possible, puis malheureusement on ne fournit pas. Alors, je veux juste que
vous... Je veux juste énoncer que ce n'est pas parce que je travaille
sur un projet de loi que je ne peux pas faire d'autres choses. Ça fait qu'on
fait... On mène plusieurs choses en même temps, comme vous, Mme la présidente
de la CSN, vous menez plusieurs batailles en même temps. Alors, nous, on a
plusieurs fers au feu, plusieurs chantiers, puis on les fait avancer
simultanément.
Maintenant, sur la
question de l'INEE, si je vous comprends bien, vous êtes favorables à la
création de l'institut, mais vous avez une inquiétude par rapport à son
indépendance. Vous savez que... La présidente — dans ce cas-ci, c'est une
présidente — du
Conseil supérieur de l'éducation, vous savez qu'elle est nommée par le
ministre, elle aussi. C'est le même... c'est le même processus. C'est ça que je
veux dire.
Mme Senneville
(Caroline) : ...des commissions, pas les participants qui participent
aux commissions. À la commission de l'enseignement primaire sur le... ils
consultent le milieu. D'ailleurs, comme CSN, comme fédération des enseignants,
comme fédération, on est consultés régulièrement sur qui compose les
commissions.
M. Drainville : L'institut va travailler
avec les experts, l'institut va travailler avec les chercheurs, l'institut va
travailler avec les enseignants, va
aller voir ce qui fonctionne dans les salles de classe. L'institut d'excellence
ne va pas fonctionner en vase clos, là. C'est... Il va fonctionner avec
le milieu de l'éducation d'une manière différente, parce que leur mission leur
est propre. Bon...
Mme Senneville (Caroline) : Mme Quesnel
a quelque chose à dire là-dessus.
Mme
Quesnel (Caroline) : Peut-être là-dessus, si vous permettez,
M. Drainville, là, la question... Nous ne sommes pas en faveur de
l'Institut national d'excellence. L'Institut national d'excellence, il est
calqué sur celui de l'INESSS en santé. On
parle d'excellence, de performance, de rentabilité. On parle d'éléments qui
sont beaucoup plus étroits, comme mandats.
En ce moment, cet Institut national d'excellence, tel qu'il est décrit, ou on
le perçoit, ou il était dans un prochain... un précédent projet de loi
ou, enfin, intention, vise à donner une façon, une recette de fonctionner pour
faire en sorte qu'on dirige bien les enseignantes et les enseignants.
M. Drainville : Pourquoi vous
dites : On est contre parce que ça parle d'excellence et de performance?
Vous n'aimez pas les mots «excellence» et «performance»? Vous êtes...
• (21 h 20) •
Mme Senneville (Caroline) : En fait,
là, il n'y a pas de recette pédagogique miracle. Je vais paraphraser une publicité : Si ça existait, on le saurait. Et
d'ailleurs je vous dirais qu'un des problèmes du système d'éducation, c'est des
gens qui pensent qu'il y a une seule solution pour tout le système d'éducation.
On est dans les sciences humaines, et il faut
des études aussi qualitatives et pas juste quantitatives. On n'est pas dans le
crois ou meurs. On est dans, oui, des données, oui, qui nous guident,
mais ce n'est pas... ce n'est pas une parole d'évangile. Il faut que ce soit
contextualisé.
Puis moi, je
vais vous dire, si on veut un réseau performant, là, bien, il faut travailler
sur la pauvreté, il faut s'assurer que les enfants ont mangé, il faut
régler les problèmes qu'on a avec la DPJ, il faut régler la pénurie de
logements, parce que ça, ça va faire en sorte que les gens vont être à l'école
puis qu'on va avoir un système plus performant. Ce n'est pas des recettes
pédagogiques qui vont nous amener l'Institut national d'excellence.
Puis, quand Mme Quesnel dit que c'est collé
sur la santé, en santé, il y a beaucoup de données probantes, en termes de science, plus exactes. Alors, un cancer,
c'est un cancer. Un jeune qui a de la difficulté, ce n'est pas la même
chose qu'un autre jeune qui a de la difficulté, qui n'est pas la même chose
qu'un autre jeune qui a de la difficulté, qui n'est pas la même chose qu'un
autre jeune qui a de la difficulté.
M. Drainville : Oui.
Mme Senneville, il y a quand même des connaissances, en matière
d'éducation, qui sont bien appuyées sur la science et qui sont bien appuyées
sur des validations empiriques, et vous avez l'air...
Mme Quesnel (Caroline) : Si vous me
permettez, je pense qu'elles existent. La science est déjà au jeu, là. Il n'y a pas un désert de scientifiques et de
chercheurs au Québec en éducation. Il y en a un grand nombre qui inspire
déjà les enseignantes et les enseignants. Je
reçois l'infolettre du CTREQ très régulièrement. Je vois ce qui se passe par
rapport à l'intelligence artificielle, par rapport à la santé mentale,
par rapport aux services de garde. Cette diversité-là, elle existe.
M. Drainville : Mais
pourquoi vous êtes contre un institut d'excellence en éducation,
Mme Quesnel? Pourquoi vous êtes...
Comment on peut être... on peut dire : Ah! bien là, je souhaiterais que le
conseil marche autrement, je souhaiterais que... peu importe?
Mme Quesnel (Caroline) : Bien, vous
le dites, le conseil... le conseil...
M. Drainville : Mais comment on peut
être contre? Comment on peut être contre l'excellence en éducation?
Mme Quesnel
(Caroline) : Je vais vous donner un exemple. Comment définir
l'excellence, hein? Et je reprends la métaphore de la recette. Si on
cherche une recette de gâteau au chocolat, vous allez en avoir 5 000.
Laquelle est la meilleure? Laquelle est
excellente? Est-ce que c'est celle de Ricardo? Est-ce que c'est celle de
grand-maman? Comment un institut va-t-il être capable de dire aux
enseignants : Voici la recette de gâteau au chocolat que vous devez tous
suivre dans votre classe parce que c'est la plus populaire, parce qu'elle coûte
moins cher, parce que...
M. Drainville : Il va s'appuyer
sur...
Mme Quesnel (Caroline) : En ce
moment, il y en a, de la recherche, et elle est vaste. Et les enseignants...
M. Drainville : Il va
s'appuyer...
Mme Quesnel (Caroline) : ... — je
vais me permettre de finir ma phrase — ont fait des études
universitaires qui leur permettent...
La Présidente (Mme Dionne) : ...important,
les échanges, ce soir, donc je vous demanderais de parler un à la fois. Merci.
Mme Quesnel (Caroline) : Je peux
continuer?
La Présidente (Mme Dionne) : Allez-y.
Mme Quesnel
(Caroline) : Merci. Les enseignants sortent avec un baccalauréat
universitaire. Ils ont des connaissances. Ils ont cette possibilité-là de
réfléchir à l'excellence en fonction de leurs classes, en fonction de ce qu'ils vivent. Il faut se
soucier de ce choix des enseignants, qui peuvent... Et il y a des choses à
améliorer, très certainement, mais l'Institut national d'excellence, un,
aurait essentiellement un mandat très similaire à celui du Conseil supérieur de
l'éducation en ce moment, qui est, justement, de conseiller le ministre. Alors,
pourquoi le remplacer?
M. Drainville :
Mme Quesnel, je m'excuse, là, mais le mandat de l'institut
d'excellence, c'est de faire l'état des connaissances scientifiques en matière
d'éducation et d'aller vérifier si elles se confirment dans les salles de
classe, d'aller les valider dans les salles
de classe. Et, si ça se valide, on les diffuse dans les salles de classe, on
s'assure que les enseignantes et les enseignants y aient accès. Et, si
elles ne sont pas validées, à ce moment-là, on ne les enseigne pas, on ne les diffuse pas. Bon, alors, c'est... Ce que
vous venez de dire est malheureusement inexact. Maintenant, on va
changer de sujet, parce que ce que j'ai compris, c'est que la CSN est contre
l'institut. J'en suis un peu surpris.
Maintenant, sur la
formation continue, Mme Quesnel, êtes-vous d'accord pour ça, la formation
continue, ou est-ce que vous êtes contre ça aussi?
Mme Senneville
(Caroline) : Tout à fait. Puis, je vous dirais, les...
M. Drainville :
Vous êtes pour ça.
Mme Senneville
(Caroline) : Tout à fait, la formation continue.
M. Drainville :
Bon, OK.
Mme Senneville
(Caroline) : Puis, je vais vous dire, je vais rajouter, ce que les
professeurs veulent sur la formation
continue, ils veulent d'abord avoir le temps de le faire. Ils veulent aussi une
communauté de pratique. Ce qu'ils veulent
savoir, c'est : Moi, j'enseigne les maths en secondaire IV, là, puis
je veux parler à un autre prof qui enseigne les maths en secondaire IV pour qu'il me dise : Moi, j'ai fait ça,
ça a marché, ça, ça a moins marché, mais, quand je l'ai changé comme
ça... Et il n'y a pas de temps, il n'y a rien de prévu pour ça. Et, je vous dirais,
les profs, là, entre se parler entre profs, avoir du temps pour faire ça puis
un institut national, le choix est vite fait.
Puis ça prend aussi,
je vous dirais, une formation disciplinaire. Vous savez que les sciences
évoluent, surtout quand on est au secondaire
puis qu'on enseigne, par exemple, la chimie ou la physique. Bien, ça vaut la
peine aussi d'avoir une formation continue sur la discipline qu'on
enseigne. Mais il faut aussi que l'autonomie professionnelle soit respectée
là-dedans. Les autres professionnels ont le choix de leurs formations. Alors,
ça, c'est important.
M. Drainville :
Et, les deux, madame, vous ne pensez pas qu'on peut concilier l'autonomie
professionnelle avec la formation continue?
Il me semble que c'est... Il y a beaucoup d'autres professions qui le font, en
tout cas, et ça ne semble pas trop mal fonctionner. Il y a sans doute
des ajustements dans certains cas, il y a sans doute des rééquilibrages à faire, mais l'idée qu'une fois qu'on a obtenu
une certaine formation, une diplomation, que, pour les années
subséquentes, on continue de s'abreuver aux
dernières connaissances, aux derniers savoirs et qu'on prenne, dans le cas de
la profession enseignante, 30 heures aux deux ans pour aller,
justement, se perfectionner... Le perfectionnement professionnel, c'est une
bonne chose, madame...
Mme Senneville (Caroline) : Oui,
si on est capable de choisir ce en quoi on veut se perfectionner et que ça
ne nous est pas imposé en... Et c'est de ça
dont les profs se plaignent souvent aussi, là, dans les journées pédagogiques.
Ils disent : Je passe une journée où on me montre des affaires que
je sens qui ne me seront pas utiles, que je n'ai jamais demandées.
M.
Drainville : ...si vous m'avez écouté dans les entrevues que j'ai pu
donner, puis, si vous ne m'avez pas écouté,
ce n'est pas grave, là, mais ce que j'ai dit, c'est que, sur les 30 heures...
Oui, c'est vrai que, selon le projet de loi, je pourrais dire : Sur les 30 heures, je voudrais qu'il y en ait
trois... cette année, là, mettons, là, ou dans les deux prochaines
années, sur les 30 heures, je voudrais qu'il y en ait trois sur, par
exemple, l'enseignement du français, parce que c'est une priorité nationale, ou
je voudrais qu'il y en ait trois, par exemple, sur la gestion de la classe,
parce qu'effectivement la composition de la classe est devenue extrême. C'est
devenu, probablement, le plus grand défi auquel les enseignantes et les
enseignants sont confrontés. Mais la balance, là, mettons, là, je dis :
Deux fois trois, là, bon, bien, ça en laisse 24 sur 30 où c'est l'enseignante
ou l'enseignant qui va décider, à l'intérieur d'une panoplie de formations
continues, dont certaines auront été accréditées par l'institut, qui choisira
les formations qui répondent à ses besoins. Puis ce sera à l'enseignante de
dire : Bien, moi, je suis bonne là-dedans, je suis bonne là-dedans, mais,
là-dessus, je pense que j'ai des choses à travailler — c'est
normal, on a toujours des petites choses à travailler — et
puis je vais aller me perfectionner, je vais aller prendre une formation
continue dans ce domaine-là. C'est de ça dont il est question. Est-ce que ça,
vous... Est-ce que ça, vous êtes d'accord? Si c'est ça qui arrive, là, est-ce
que vous allez être d'accord?
Mme Senneville
(Caroline) : Mme Quesnel.
M.
Drainville : Dites-moi pas non encore, Mme Quesnel, s'il vous
plaît. Dites-vous...
Mme Quesnel
(Caroline) : Bien, je ne suis pas ici pour dire non.
M.
Drainville : Non, non, mais est-ce que vous dites oui, des
fois? Dites-moi oui une fois de temps en temps, là.
Mme Quesnel
(Caroline) : Ce que... On a dit oui pour les données, je pense, au
début, là. Donc, c'était un oui pour les
données. La question des trois heures, du nombre d'heures, il faut vraiment
partir de ce que les enseignants souhaitent et veulent. Il faut qu'il y ait... Le problème, c'est qu'il faut qu'il y
ait vraiment cette panoplie-là. Le projet de loi n'écrit pas ce que vous
êtes en train de dire, M. Drainville. Si on lit bien le projet de loi,
cette liberté-là sur les 30 heures, ce n'est pas ce qu'on lit. Ce qu'on
lit, c'est que vous pouvez faire jusqu'à 30 heures pour nous dire...
Alors, ça, ce n'est pas clair dans votre projet de loi. Ça, ça fait en sorte
qu'il y a des réactions très fortes. Donc, vous avez parlé dans les médias,
mais ce n'est pas ce qu'on lit dans votre projet de loi.
M. Drainville : ...déjà dans la loi
sur les 30 heures. Mais je vais laisser mon collègue de Côte-du-Sud...
Une voix : ...
M.
Drainville : Bon, alors on va... Non? Alors, on va... Ah! tu y
vas? OK. Excuse, je pensais que... Excusez-moi.
La Présidente (Mme Dionne) : Oui.
Alors, bon, je vais vous donner la parole. M. le député de Côte-du-Sud, il vous
reste deux minutes.
M. Rivest : Deux minutes. Écoutez,
moi, il y a quelques éléments auxquels j'ai envie de dire que je me réjouis en
vous entendant puis qu'en même temps je suis content de prendre une petite
place de mon ministre. Parce que je lis, là,
ce que vous avez dit dans les médias, là, puis qu'on parle d'une énième
réforme, vous venez de parler des médias, puis d'entendre M. le ministre de l'Éducation... Donc, la énième réforme
qui va venir régler d'importants problèmes que vivent les élèves, bien, votre réponse à ça, c'est non, puis que ça sent
l'improvisation, que ce n'est pas une bonne idée de mettre fin au Conseil supérieur de l'éducation. Puis on s'entend qu'on est ici, en commission, pour parler, pour peut-être
adoucir certains angles du projet de loi puis de vous entendre et de travailler
par vos actions et par vos mémoires. Puis je pense que c'est tout à l'honneur
de la commission et aussi du ministre de l'Éducation de se dire qu'il est
capable de travailler à deux angles à la fois. Il nous a parlé, là, tout à
l'heure, de rendre le réseau scolaire plus performant et il vous a défini
lui-même qu'est-ce que le projet de loi allait faire dans ça. Moi, j'ai vu
notre ministre parler de revaloriser l'enseignement
du français, de rétablir une voie rapide pour le brevet d'enseignement,
d'offrir du renfort aux enseignants — on
s'entend que ça prend du monde pour ça, mais ça va venir, et on a la foi
qu'on y arrive — de
développer des projets pédagogiques dans notre milieu.
Moi, j'aimerais vous amener, là, peut-être pour
terminer, parce que je crois qu'il ne me reste pas beaucoup de temps... J'ai enseigné au cégep. Je donnais un
cours de musique, trois heures de temps. Et rappelons-nous, en mars
2020, qu'est-ce qui s'est passé. Imaginez-vous, comme l'ensemble des
enseignants au Québec qui ont eu à vivre la pandémie, et qu'on sait, probablement vous, comme syndicat aussi puis comme... de
voir à ce travail-là, comment on a réussi quand même à réaliser les
actions pour les étudiants puis transformer certaines affaires. Moi, je peux
vous dire que j'ai vécu des belles réussites à l'intérieur de cette expérience
pédagogique là que j'ai vécue.
Maintenant,
dans le contexte du projet de loi qui est présenté, dites-moi, au niveau des
services éducatifs à distance...
• (21 h 30) •
La Présidente (Mme Dionne) : M. le
député, il vous reste 10 secondes.
M. Rivest : ...voyez-vous quelque
chose de positif? Deux éléments.
Mme
Senneville (Caroline) : Il faut l'encadrer. L'enseignement à distance,
c'est comme une génératrice quand il y a une panne d'électricité. Même
quand on en a une, on a très hâte que l'électricité revienne.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
beaucoup. Merci. C'est tout le temps qu'on avait. Je cède maintenant la parole
à la Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy : Bonsoir. Bienvenue parmi
nous. Très heureuse de vous avoir. J'aimerais juste rappeler... Parce que, souvent, j'entends le ministre, même le
premier ministre, dire «les syndicats», comme si vous étiez désincarnés
de votre rôle principal quand vous
représentez, oui, d'autres de vos membres, mais qui sont enseignants, TES,
professionnels de soutien. Donc, vous ne perdez pas votre formation de base
tout à coup parce que vous êtes les porte-voix des autres, n'est-ce pas? Et
vous cumulez, ensemble, combien d'années dans le réseau de l'éducation?
Mme Senneville (Caroline) : Ah mon
doux! Moi, j'ai été embauchée en 1990.
Mme Quesnel (Caroline) : 1991.
Mme Rizqy : Oh!
M. Brun (Frédéric) : 1998.
Mme Rizqy : Bien, écoutez, merci
beaucoup, parce que c'est important. Et tantôt on a parlé beaucoup des données
probantes, à quel point c'est important. Moi, j'aimerais savoir, si le passé
est garant de l'avenir, faites-vous confiance que, cette
fois-ci, ça va être différent? Parce que, lorsqu'il a été question d'avoir des
demi-classes durant la pandémie, il y avait des données probantes puis de la
recherche là-dessus, mais on n'a pas suivi. Lorsqu'il a été question des
données et de la recherche scientifique, et j'ai déposé toutes les études
scientifiques sur la qualité de l'air, et, même dans le document du gouvernement, c'était indiqué noir sur blanc que la
qualité de l'air, et je cite de mémoire, avait un impact direct sur la
réussite éducative et sur la concentration des élèves en classe, on n'a pas
suivi. On a même changé le seuil, hein, on se rappelle. Le Conseil supérieur de
l'éducation, qui avait fait plein d'avis, mais notamment sur un système à trois
vitesses, basés sur la recherche, on n'a pas suivi non plus ça. Alors, pourquoi
que, cette fois-ci, ce serait différent? Avez-vous espoir que, maintenant, avec
un institut où le ministre peut dire sur quoi se pencher, on va vraiment suivre
les données probantes?
Mme Senneville (Caroline) : Bien, je
pense que vous répondez à votre propre question.
Mme
Rizqy : J'ai plaidé ma propre cause. Non, mais c'est ce
qu'on... Moi, ça me fascine, quand même, tout ça, parce que, tantôt, on
parlait... Vous avez fait mention de l'INESSS. Moi, je suis allée voir la loi
habilitante de l'INESSS en santé, et, clairement, ils peuvent faire, eux autres
mêmes, leurs recherches. Tantôt, on a parlé du Conseil supérieur de l'éducation. Je regardais, le Conseil supérieur
de l'éducation peuvent faire les recherches qu'ils veulent, sans
concertation avec le ministre, peuvent décider. Et, oui, effectivement le
ministre pourrait, à n'importe quel moment, leur dire : Bien, j'aimerais ça, peut-être, que tu te concentres
sur est-ce qu'il y a un impact, lorsque l'enfant est en milieu
socioéconomique défavorisé, sur sa réussite éducative. Ça, oui, il peut le
faire, mais ils ont les coudées franches pour choisir les domaines de
recherche. Alors, c'est peut-être ça, la différence que, tantôt, le ministre
n'a pas mentionnée lorsqu'il vous a interrompue pour pouvoir reposer sa
question.
Mme
Senneville (Caroline) : Mais c'est correct que le ministre donne des
mandats. Il est ministre de l'Éducation.
Mme Rizqy : Oui, oui, absolument.
Mme Senneville (Caroline) : Mais
effectivement l'indépendance, ça veut dire que je peux travailler sur autre
chose, si je le souhaite, et je n'aurai pas de bâton dans les roues.
Mme Rizqy : Oui.
M. Brun (Frédéric) : Peut-être de
voir aussi qu'est-ce qui se passe dans les classes, d'aller chercher des données à ce niveau-là. On peut sortir des
moyennes, des notes pour ces élèves-là dans ces groupes-là. Tout à l'heure,
le ministre a parlé de la composition de la classe. D'une classe à l'autre, ça
joue, d'un établissement scolaire à l'autre, ça joue, mais, à ça, ce qu'il faut
garder en tête, c'est : Au-delà des notes, quels services ont été donnés à
ces élèves-là? Puis là je parle de services,
entre autres, en adaptation scolaire. J'ai, je crois, une qualité, pour
certains, un défaut, je suis un éducateur
spécialisé de formation dans un centre de services scolaire au nord de Laval.
Donc, j'étais sur le plancher, voilà pas
beaucoup d'années. J'ai une conjointe qui est éducatrice spécialisée, qui
pratique quotidiennement dans une polyvalente avec des jeunes qui
souffrent du spectre de l'autisme. Donc, je crois qu'on ne peut pas juste
s'arrêter sur les notes, les objectifs qu'on donne à ces élèves-là, mais aussi
les services qui sont là.
Moi, je suis curieux de savoir comment ça va
être géré à partir du moment où est-ce qu'on va exiger certains seuils de réussite, à voir quels services qu'on va
obliger les centres de services scolaires à donner, puis, on le sait, on
a décentralisé, on a ramené ça dans les écoles, de voir comment ça s'articule.
Il y a certains établissements qui fonctionnaient bien et qui fonctionnent
encore bien, puis il y a certains établissements où est-ce que c'est plus
difficile, et ça n'annonce pas le fait que ça risque d'aller mieux. C'est une
crainte qu'on a.
Mme Rizqy : Ah! écoutez, je suis
contente que vous dites que vous êtes un éducateur spécialisé, parce que moi, là, j'accueille favorablement l'aide à la
classe. Je trouve que c'est une bonne nouvelle. Par contre, dans le discours
du ministre, j'entends souvent dire : Ça venir aider un enfant HDAA ou
quelqu'un qui a... un élève qui a un trouble de comportement. Pouvez-vous, s'il
vous plaît, expliquer en langage simple la différence entre une aide à la
classe et un éducateur spécialisé?
M. Brun (Frédéric) : Bien, pour
commencer, il faudrait être capable de savoir qu'est-ce que va englober
exactement, l'aide à la classe. Je sais que le ministre a donné des exemples.
Il y a plusieurs choses qui ont été avancées à
ce niveau-là. Il ne faut pas oublier que le but de l'implantation de l'aide à
la classe, là, depuis le début, ce qu'on entend, c'est d'appuyer l'enseignante en classe pour donner des services, pour
qu'elle puisse se concentrer sur le gros de sa tâche, qui est
d'enseigner. Par contre, les services qui sont déjà en place... Présentement,
il y a déjà des services d'adaptation scolaire et les services d'aide à la
classe. Les aides à la classe, à l'implantation, ne doivent pas remplacer les
services en adaptation scolaire. On l'a vu dans certains centres de services
qui avaient des projets pilotes avec l'aide à la classe, de vouloir couper des
postes en adaptation scolaire en disant : Il va y avoir une autre
personne. Ce n'est pas les mêmes qualifications. Il ne faut pas rien enlever.
Puis pourtant, depuis
2003, la CSN le revendique, des services de garde éducatifs, on a poussé à ce
niveau-là pour que les éducatrices en service de garde soient reconnues. C'est
des choses qui peuvent être faites pour compléter leur horaire de travail, on
le sait, qui n'est pas très attrayant et qui fait en sorte que, souvent, la
plupart ont moins de 20 heures-semaine sur trois
plages horaires durant la journée, sur un espace de 12 heures. Il y a
quelque chose à faire, mais il faut l'encadrer comme il faut, puis ça ne doit
pas être au choix du chef puis dépendamment de l'établissement scolaire, du
centre de services, ou de la région au Québec, ou même de l'indice de
défavorisation, dans certains milieux, parce que le besoin va être plus grand.
Mme Rizqy : Si
je peux me permettre, j'irais tout de suite sur la formation continue, parce
que, dans le discours que moi, j'entends, il
y a, oui, le projet de loi, mais aussi ce que j'entends... On a parlé beaucoup
du français. Vous savez, il y a 52 % d'élèves qui ont échoué en
orthographe, et on dit : Ah! on va dire aux professeurs de se former en
français. C'est comme si on attribuait l'échec en français par manque de
formation des enseignants. Mais aussi, du même souffle, on dit : Bien, on va tolérer des enseignants avec un
secondaire V. Est-ce qu'il y a une incohérence ou c'est moi?
Mme Senneville
(Caroline) : Moi, je vous dirais, le problème avec la formation
continue, tel que c'est décrit dans le
projet de loi... Puis je vais être d'accord avec ma collègue. Moi, j'étais
contente d'entendre le ministre, parce que ce n'était pas ça qu'on avait lu. On vit une pénurie de main-d'oeuvre. Il
faut rendre le métier plus attractif. Puis une façon de rendre le métier plus attractif, c'est de
renforcer l'aide... l'autonomie professionnelle des enseignantes et des
enseignants. Et tous les enseignants à qui
on a parlé nous disent que, tous ceux qui ont de l'expérience, là, ils en ont
perdu. Et ça, ce sont des professionnels. Ils sont allés à l'université
autant qu'un avocat, autant qu'un ingénieur. Et on pense qu'il faut... il faut,
dans tout l'aspect du travail, et notamment dans la formation continue, leur
donner les clés, à eux, et ne pas avoir une... en disant : Bien, nous, on
sait ce qui est bon pour vous.
Mme Rizqy : Bien,
je vais continuer là-dessus, parce qu'il y a des constats assez clairs qui ont
été émis par la Vérificatrice générale dans son dernier rapport. Elle dit
clairement que, la formation continue, en ce moment, vous n'êtes pas en mesure
de la faire parce qu'on vous enlève vos libérations tellement qu'il manque,
justement, de la main-d'oeuvre. Mais elle parle aussi du fait que des
enseignants, en moyenne... maintenant, là, ça peut prendre, en moyenne, sept ans avant d'obtenir un poste régulier.
Tantôt, vous parliez, justement, du personnel de soutien avec des horaires
coupés de 15, 20 heures, mais il y a aussi
des professionnels de soutien qui, eux aussi, ont des horaires coupés et qui,
eux autres aussi, avant d'avoir une permanence, là, c'est plusieurs
années avant que ça arrive. Et, dans son rapport, elle indique que c'est
justement une des raisons pourquoi qu'on perdait des enseignants qui sont
légalement qualifiés. Donc, après quatre
années de baccalauréat, quand ça fait cinq, six ans, sept ans qu'ils n'ont
toujours pas un poste régulier, ils quittent la profession. Alors, ça,
il me semble que c'est quelque chose qu'on est capables de régler assez
rapidement. On connaît les besoins. Mais ce n'est pas répondu dans le projet de
loi.
Mme Senneville
(Caroline) : En fait, le projet de loi... Il y a une dichotomie. Le
projet de loi... Quand on lit le projet de
loi, là, moi, je ne vois pas ce qu'on voyait dans les priorités. Dans les
priorités, on se disait : Ah! il y a des problèmes puis... Là,
c'est comme : On rebrasse les cartes, on joue avec la gouvernance, le
ministre va nommer des DG, puis ça, ça va rendre le système plus performant. À
notre avis, c'est l'inverse. C'est ça.
• (21 h 40) •
Mme Quesnel
(Caroline) : Je vais ajouter que le projet de loi, tel qu'il est
rédigé, il n'est pas attrayant pour les
enseignants. Il ne rendra pas la profession enseignante encore plus attrayante,
c'est clair, parce que le ministre se donne des pouvoirs d'intervention,
hein, pratiquement jusque dans la classe de l'enseignante ou de l'enseignant,
en fonction des cibles qui ne seront pas atteintes. Alors, ça, cette épée de
Damoclès là n'est pas propice à dire : Ah! bien, tiens, je vais aller dans une profession où je peux exercer
mon autonomie, mon jugement, en sentant que cette surveillance est là.
Puis, la formation
continue aussi, si on ne peut pas la choisir, si on nous dicte quoi faire...
La Présidente (Mme
Dionne) : En terminant, Mme Quesnel.
Mme Quesnel
(Caroline) : ...oui, bien, c'est ça, ça fait en sorte que ce projet de
loi là ne fera pas en sorte de créer de nouvelles vocations, au contraire.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci beaucoup. C'est tout le temps qu'on avait. Je cède maintenant
la parole à Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci.
Merci beaucoup pour votre mémoire, votre présentation. C'est drôle, parce que,
tout à l'heure, je me faisais la remarque, avec tous les groupes qui
passaient... Je trouvais que le ministre ne posait pas tant de questions que ça, mais là je sentais qu'avec
vous, là, il avait comme repris de la vigueur, même s'il est presque
21 h 30, là. Tout d'un coup, là, le party a levé, là. Ah! les
syndicats sont là. Ça fait que merci de votre présence à une heure tardive. Ça
nous a comme réveillés.
Moi,
il y a une question, là. Depuis tantôt, beaucoup de gens parlent de
l'indépendance de l'institut. Et la question, en fait, à 1 million de dollars ou... en tout cas, je sais qu'on
n'est pas à la période des questions, j'aurai peut-être l'occasion de poser la question au ministre, c'est : Est-ce
que l'INEE pourra émettre des avis de sa propre initiative? Tu sais, tout le
monde parle de l'indépendance pour qu'il
puisse se prononcer sur... ou faire de la recherche sur des sujets de sa propre
initiative, par exemple l'école à trois vitesses. Est-ce que l'INEE aurait pu
le faire ou est-ce qu'il pourrait le faire? Puis est-ce que ce serait rendu
public? Moi, c'est la question aussi que je me pose.
Vous avez pris
position que, l'INEE, bien, vous êtes... vous trouvez que ce n'est pas une
bonne chose, mais j'ai quand même une question. Si, par exemple, l'INEE ou son
mandat, avec la question des données probantes, tout en n'en faisant pas une obsession, on a
l'impression que c'est une obsession, était chapeauté sous le Conseil supérieur
de l'éducation, c'est-à-dire que, si, par exemple, on gardait le Conseil
supérieur de l'éducation, puis il y avait comme une branche, on pourra... de ce
que l'INEE, là, fait, dans le projet de loi n° 23, est-ce que, là, vous
trouvez que ça a plus d'allure, par exemple?
Mme Senneville (Caroline) : Savez-vous...
Puis ce n'est pas la première... J'en ai fait, des commissions parlementaires,
pas juste sur l'éducation, puis le syndrome
de «pour faire des changements, on va jeter le bébé avec l'eau du bain»...
Le Conseil supérieur de l'éducation, là, je vous le dis, c'est un joyau. Puis
je n'ai pas été payée par personne pour dire ça. Et peut-être que, oui, on
pourrait regarder la mission du Conseil supérieur de l'éducation. Puis on l'a
dit aussi. C'est à la page 16. Il y a
une demi-douzaine d'organismes qui font de la recherche. Est-ce qu'ils peuvent
être encadrés? Est-ce qu'ils peuvent être fusionnés? Est-ce... Comment
on fait pour rendre cette recherche-là plus accessible? Comment... Alors,
pourquoi ne pas travailler avec ce qui existe puis se dire : Comment on
solidarise tout ça pour pouvoir donner de la bonne information rapidement à du
monde qui en ont besoin?
Mme Ghazal : Puis moi, je trouvais que c'était important de
vous entendre là-dessus, pour ne pas qu'après ça le ministre
parte : Ah mon Dieu! ils sont contre la science, ils ne veulent même pas
qu'on ait les données probantes. Parce que c'est un petit peu ça que
j'entendais dans l'échange. Vous n'êtes pas fermés à ça. Ça pourrait... On
pourrait, par exemple, améliorer ça puis le garder dans le Conseil supérieur de
l'éducation. Puis je voulais vous entendre là-dessus.
Puis
le ministre nous dit qu'il faut que ce soit efficace, système d'éducation
efficace. Et c'est ça, l'objectif de son projet de loi, là. Mais un
système d'éducation efficace qui ne crée pas de vocation, qui ne fait pas que
les enseignants et enseignantes se sentent
valorisés, qu'ils puissent avoir leurs formations... choisir leurs formations,
bien, ce n'est pas très efficace. Donc,
moi, j'entends ce que vous dites. C'est que ce projet de loi ne rendra pas
notre système efficace, parce qu'il n'attirera
pas plus d'enseignants puis il ne gardera pas plus ceux qu'on a en ce moment
puis qui quittent en grand nombre.
Mme Senneville (Caroline) :
C'est notre avis, effectivement.
La Présidente (Mme
Dionne) : Merci. C'est tout le temps qu'on avait. Je cède maintenant
la parole au député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Merci, Mme la Présidente. Bienvenue à l'Assemblée
nationale. Est-ce qu'il y a un enjeu que vous n'avez pas abordé que vous aimeriez aborder? Je vous
laisse la possibilité de le faire maintenant, avec le peu de temps que
j'ai.
Mme Quesnel
(Caroline) : Enseignement à distance. Ça a été très rapidement évoqué
par monsieur. L'enseignement à distance...
Et on parlait aussi de contradictions. Sur le site du Scientifique en chef, on indique : Est-ce l'enseignement
à distance au primaire et au secondaire nuit à l'apprentissage? La réponse,
c'est oui. C'est le Scientifique en
chef qui le dit, en fonction de données de recherche. Et ça, c'est des
recherches qui sont prépandémie, la pandémie également.
L'enseignement à
distance, d'ouvrir cette porte, c'est d'ouvrir la porte aux pires conditions
d'apprentissage et aux pires conditions
d'enseignement. C'est une erreur de le faire. Il ne peut être fait qu'en des
cas humanitaires exceptionnels. Mais d'ouvrir cette porte plus grande,
c'est vraiment nuire à l'éducation primaire et secondaire.
M. Brun (Frédéric) : Puis, peut-être pour
renchérir, là, sur Caroline, là, à ce niveau-là, on le sait, ça a des
impacts directement sur les élèves et les services de ces élèves-là. Ça a été
placé, d'entrée de jeu, là, par...
Mme Senneville
(Caroline) : Par l'autre Caroline.
M. Brun
(Frédéric) : ...l'autre Caroline, c'est ça, bien, par rapport au fait
que ce n'est pas tous les élèves, les étudiants
qui ont les mêmes services, qui ont accès aux mêmes choses, qu'on soit dans les
Hautes-Laurentides, en Abitibi. Le réseau Internet, on le sait, pendant
la pandémie, on a dû donner des clés Internet à ces élèves-là pour être
capables d'être fonctionnels. Le milieu familial n'est peut-être pas adapté. Il
y a plusieurs choses à voir, à mettre en place.
Et les situations
exceptionnelles posent un grand questionnement, à savoir : Qu'est-ce qui
deviendra exceptionnel? Un élève qui n'est pas fonctionnel à l'école, qui a
besoin d'un temps d'arrêt? Un élève pour qui on n'a pas de services quand on a besoin de services? Je viens quand même
retoucher, par rapport, tantôt... On parle, les enseignantes,
enseignants n'ont pas le temps d'aller faire de la formation parce que, bon,
pénurie d'enseignants, d'enseignantes. On prend
du personnel de soutien pour remplacer, qu'on ne remplace pas, ce personnel de
soutien là, en classe. Oui, il y a un enseignant dans la classe, mais,
s'il y avait, à la base, une éducatrice spécialisée dans ce groupe-là, c'est
parce qu'il y avait un besoin. Mais la
pénurie de personnel amène une pénurie de services. C'est au-delà de la pénurie
de personnel. Je pense qu'il faut le voir d'un oeil plus grand, qu'on
forme des élèves, des citoyens de demain, puis on ne leur donne pas les
services pour réussir. Puis réussir ne veut pas juste dire d'avoir des bonnes
notes mais veut dire aussi d'être un bon citoyen et d'être capable d'être
fonctionnel dans la société.
M. Bérubé : Vous
avez encore du temps.
M. Brun
(Frédéric) : Comment?
M. Bérubé : Vous avez encore du
temps.
Mme Senneville
(Caroline) : Bien, moi, je peux renchérir sur qu'est-ce que ça veut
dire, réussir, qu'est-ce que ça veut dire,
un système efficace aussi. C'est une relation d'aide, hein, enseigner. On
travaille avec des humains. Ce n'est pas une usine de petits pois, il en
rentre tant, il faut qu'il en sorte tant. C'est...
M. Bérubé : Ce sera le mot de la
fin. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Dionne) : Merci
infiniment pour votre contribution.
Donc, compte
tenu de l'heure, la commission ajourne ses travaux au
vendredi 2 juin, après les avis touchant les travaux des
commissions, où elle poursuivra ses travaux. Merci beaucoup à tous. Bonne fin
de soirée.
(Fin de la séance à 21 h 48)