(Onze heures seize minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour,
tout le monde. À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission de l'économie et du travail ouverte.
Je vous souhaite la bienvenue et je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de
leurs appareils électroniques.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi n° 17, Loi modifiant diverses dispositions principalement
aux fins d'allègement du fardeau réglementaire et administratif.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Remarques préliminaires
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous débutons, ce... nous débuterons, pardon, ce matin, par des remarques préliminaires puis nous entendrons, par
la suite, les témoins suivants : l'Union des municipalités du Québec, en
visioconférence, et l'Association des restaurateurs du Québec.
J'invite
maintenant le ministre délégué à l'Économie à faire ses remarques
préliminaires. M. le ministre, vous disposez de six minutes. La parole
est à vous.
M. Christopher
Skeete
M. Skeete : Merci beaucoup, Mme la Présidente.
C'est toujours un plaisir de vous retrouver. J'ai très hâte de poursuivre ces
travaux-là avec vous et votre grande expérience. Collègues de l'opposition
officielle, bonjour. Ça me fait plaisir de
partager cette scène avec vous aujourd'hui, parce qu'on va entamer des beaux
projets ensemble et, surtout, on va
être dans ma passion personnelle, qui est l'allègement réglementaire. C'est
quelque chose qui est... je le dis souvent, tu sais, ce n'est pas sexy, là, tu sais, on ne vend pas des tee-shirts avec
ça, là, mais c'est tellement important. C'est tellement important et c'est quelque chose qu'on fait qui aide, non
seulement nos entreprises, mais qui rend l'appareil gouvernemental plus
efficace.
Alors, sur
ce, je voulais vraiment prendre un moment, là, de dire que ça me plaît
énormément d'être ici. Ça fait longtemps que j'attends ce moment et ça
me fait plaisir d'être ici avec vous.
Notre gouvernement a fait de l'allègement
réglementaire une priorité. On s'est dotés d'un plan ambitieux pour aider les entreprises et les PME à se
développer et à stimuler aussi le développement économique de ces
entreprises-là. Notre plan d'action qu'on a créé en matière d'allègement
réglementaire et administratif vise à réduire le fardeau réglementaire et la...
la paperasse, pardon, gouvernementale, qui, bien souvent, inonde nos
entreprises.
Depuis des années, on a fait du chemin. Je pense
au principe du un pour un qui a été instauré. Je pense aussi aux analyses
d'impact réglementaire que les ministères doivent régler... rédiger, pardon,
lors de la présentation des différents projets de loi. Ces impacts
réglementaires là, ces analyses-là forcent le gouvernement à se poser des
questions importantes. La lutte contre la paperasse, c'est aussi une lutte de
tous instants. Ça force la machine gouvernementale à se poser des questions
qu'elle n'a pas souvent le goût de se poser. Ça me force à poser des questions à mes collègues qu'ils n'ont peut-être
pas le goût de se poser et ça force aussi l'appareil à être redevable envers ses
citoyens corporatifs, mais aussi ses citoyens proprement dits.
On a... dans le projet de loi, on vise
41 mesures qui vont intervenir dans différents secteurs, que ce soient les
boissons alcooliques, les courses et jeux, la construction, la sécurité des
bâtiments, la publicité légale des entreprises, l'emploi, les mines, la foresterie, l'acériculture, les affaires
municipales, les droits des personnes et réels et immobiliers, le
travail et les marchés publics. Les mesures, dans le projet de loi n° 17, vont
être appliquées et mises en oeuvre par les ministères et organismes
responsables dans les secteurs concernés, mais ça va aussi les aider à voir
que, quand on veut, bien, on est capable de faire atterrir des belles choses.
Puis il faut se le dire, on doit améliorer les choses. On se doit d'avoir cette
philosophie-là qui nous permet d'être plus efficaces en général, tu sais.
• (11 h 20) •
Puis je veux juste être clair pour ceux qui sont
inquiets, l'allègement réglementaire, ce n'est pas de passer la hache, là, puis
de dire : Bien, on déréglemente tout puis c'est le «free-for-all», là,
puis de couper un peu bêtement partout. L'allègement réglementaire, c'est de
rendre plus efficace, c'est de se poser des questions. Est-ce que cette formalité-là est encore nécessaire? Et, si elle
n'est pas nécessaire, bien, d'en faire fi, mais aussi de se dire, s'il y a
d'autres affaires à regarder, bien, il ne faut pas
avoir peur de se poser ces questions-là. Et je pense que ça prend un courage
aussi, ministériel, de se dire : Oui, tu sais, on va se questionner sur
ces façons de faire là pour faire autrement.
Juste
un petit rappel, le projet de loi, dès son adoption, va permettre des économies
d'à peu près 5 millions de dollars. On anticipe des retombées futures
à 7 millions de dollars, et ça, c'est un petit montant, je le concède, quand on se compare à ce que la
FCEI. Les entreprises québécoises, ils nous disent, juste en 2020, bien,
c'est près de 8,2 milliards de dollars pour se conformer à
différentes réglementations.
Alors, c'est sûr
qu'on fait des petits pas aujourd'hui, mais c'est des petits pas qu'on continue
de faire. On s'est donné comme objectif 2020 à 2025 de réduire de
200 millions la paperasse. On va dépasser les 50 millions avec l'initiative aujourd'hui, et je compte continuer
dans ce bon travail-là qui s'est fait avant mon arrivée comme délégué... ministre
délégué à l'Économie.
Bref,
c'est quelque chose qui me passionne, c'est quelque chose qui me stimule, Mme
la Présidente, et, vraiment, j'ai hâte d'échanger avec les collègues pour voir
comment on peut bonifier, le cas échéant, mais surtout avancer pour
donner ces économies-là à nos entreprises qui en ont vraiment besoin. Alors,
merci beaucoup.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le ministre. J'invite maintenant le porte-parole
de l'opposition officielle et député de Marguerite-Bourgeoys à faire ses
remarques préliminaires pour une durée de 4 min 30 s. La parole
est à vous.
M. Frédéric Beauchemin
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci à vous tous
d'être ici ce matin pour qu'on puisse effectivement discuter de quelque chose
qui est extrêmement important pour la productivité de l'ensemble de nos
entreprises au Québec. C'est sûr et certain que, pour moi, c'est un enjeu que
je trouve qui est essentiel puis je suis bien content de pouvoir faire partie
de ça en tant que porte-parole officiel de l'opposition en économie.
Je suis heureux de
voir que le gouvernement prend ça au sérieux au niveau de l'allègement
administratif, mais vous savez, on va faire notre travail pareil de
parlementaire puis on va s'assurer qu'on ne laisse pas personne derrière ou
dans le trouble. C'est notre responsabilité, donc on doit regarder les deux
côtés aussi.
Je ne prendrai pas
beaucoup de votre temps, mais je vais être clair sur une chose avec le ministre
délégué, le plus grand absent du projet de loi, c'est l'abolition du timbre de
droit. Pourtant, la CAQ, en 2018, a voté en faveur de ce... de l'opposition...
avec l'opposition pour justement éliminer cette méthode archaïque qui date
vraiment, là, d'une autre époque. Je vous dis, Mme la Présidente, là, à la fin
de l'étude détaillée, si le ministre délégué ne l'a pas inclus dans le projet
de loi, il va être tanné d'en entendre parler, c'est sûr et certain, parce que
je vais l'amener tout le temps. Donc, c'est la seule... et c'est le seul
commentaire que j'ai. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le député. J'invite maintenant le porte-parole
du deuxième groupe d'opposition et député de Maurice-Richard à faire ses
remarques préliminaires pour une durée de 1 min 30 s. La parole
est à vous.
M. Haroun Bouazzi
M. Bouazzi : Merci,
Mme la Présidente. Je vais aller très vite. Je suis très heureux d'être ici et
de pouvoir collaborer et j'espère améliorer un certain nombre de points. Le
timbre en fait partie. On nous en parle beaucoup, que ce soit au niveau des
restaurateurs ou des microbrasseries, donc j'espère vraiment une collaboration
de la part du gouvernement pour pouvoir améliorer ces points-là.
Je note aussi
l'absence de la SAQ dans les consultations. J'ai compris qu'ils ont été invités
et qu'ils auraient refusé. Je me demande pourquoi et je ne peux qu'être triste
qu'une société d'État ne vienne pas s'exprimer devant les Québécoises et les
Québécois et devant les caméras. Peut-être qu'il y a eu des conversations
derrière des portes closes avec le gouvernement, mais on ne pense pas que, d'un
point de vue démocratique, ce soit suffisant. Merci, Mme la Présidente.
Auditions
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le député. Nous allons maintenant débuter nos
auditions. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Union des municipalités du
Québec. Je vous rappelle, messieurs, que vous disposez de 10 minutes pour
votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de
la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre
exposé, s'il vous plaît.
Union des municipalités du Québec (UMQ)
M. Damphousse
(Martin) : Bonjour à tous. Martin Damphousse, maire de Varennes et
président de l'Union des municipalités du Québec. Donc, M. le ministre délégué
à l'Économie du Québec, M. Christopher Skeete, content d'entendre que ce
soit votre passion.
Mme la
Présidente de la Commission de l'économie et du travail, Mmes et MM. les membres de la commission, je vous remercie de nous donner
l'occasion aujourd'hui de vous faire part de nos commentaires sur le dossier du
fardeau réglementaire et administratif.
Je suis accompagné aujourd'hui
par M. Yves Létourneau, conseiller stratégique aux politiques de l'UMQ.
Le projet de loi n° 17 actuellement à
l'étude a pour objectif très louable de réduire la lourdeur réglementaire et
administrative pour les organisations du Québec. Ce thème est une préoccupation
pour les membres de l'UMQ depuis de
nombreuses années. D'ailleurs, déjà en 2015, dans le but d'alléger le fardeau
des municipalités, le gouvernement du Québec déposait le Plan
d'action gouvernemental pour alléger le fardeau administratif des municipalités,
mais aujourd'hui les municipalités ont de plus en plus de responsabilités et
d'interactions avec différents ministères pour des demandes de subventions,
pour des questions réglementaires, des redditions de comptes ou pour le partage
d'informations qui impliquent des efforts et des coûts importants dans un
environnement de rareté de ressources. L'environnement administratif évolue
rapidement, faisant en sorte que les gains qui ont pu être réalisés grâce au
plan d'action gouvernemental ont été rapidement effacés par des nouvelles
demandes administratives.
La recherche d'allègement réglementaire devient
encore plus cruciale lorsque celle-ci s'inscrit dans un contexte de pénurie de
main-d'oeuvre tel que nous la vivons présentement. Toutes les organisations
sont confrontées à de graves pénuries de
main-d'oeuvre. La situation n'est pas meilleure dans le secteur public où tant
les administrations municipales que
l'administration québécoise ont de la difficulté à recruter du personnel qualifié
ou à remplacer temporairement des départs en maladie ou en congé.
L'enjeu est d'autant plus important dans un
contexte où les municipalités offrent plusieurs services de proximité considérés comme essentiels, tels le
traitement des eaux usées, d'aqueducs, de collecte des matières résiduelles, de
l'entretien des routes et voiries, de l'insécurité publique, incendie,
environnement et, dernièrement, l'itinérance.
À cet effet,
afin d'identifier des mesures concrètes d'allègement, l'Union des municipalités
du Québec a mandaté la firme Raymond
Chabot Grant Thornton pour réaliser une étude visant à identifier les impacts
des exigences administratives du gouvernement du Québec sur les
municipalités. Cette étude, récemment terminée, a révélé que les exigences de la part du gouvernement génèrent des
coûts, pour les municipalités, estimés à 328 millions de dollars. On
évalue aussi qu'il y a au minimum
4 100 salariés municipaux qui travaillent à plein temps afin de
répondre aux différentes demandes du gouvernement du Québec.
Bien que l'étude n'ait pas inclus l'analyse des
impacts de ces exigences sur le travail des fonctionnaires du gouvernement du
Québec, nous pouvons facilement croire que l'intensité du travail demandé à ces
derniers pour traiter les réponses des
municipalités est somme toute équivalente. On parlerait donc de plus de
8 000 personnes entièrement occupées
par les demandes gouvernementales aux municipalités. L'étude demandée par l'UMQ
identifie des allègements dont la mise en place pourrait rapidement entraîner
des économies de 21 millions de dollars aux municipalités sans
conséquence pour le bon fonctionnement de celles-ci.
Nous comprenons que les solutions proposées dans
l'étude ne peuvent être intégrées au présent projet de loi. Cependant, nous
croyons qu'il est urgent que le gouvernement du Québec dépose rapidement un
projet de loi spécifique aux organismes municipaux visant la réduction de leur
fardeau réglementaire administratif. Nous recommandons donc que le gouvernement
élabore un projet de loi visant la réduction de la lourdeur administrative et
de la reddition de comptes auxquelles sont soumises les municipalités, les MRC,
les communautés métropolitaines pour favoriser leur efficacité.
Le second enjeu de ce projet de loi qui
préoccupe les municipalités concerne les modifications législatives visant
l'application et la surveillance des codes de construction et de sécurité. Un
des objectifs importants est de permettre l'harmonisation des codes de
construction et de sécurité au niveau national et de réduire ou éliminer les
différences entre les codes modèles et les codes adoptés par les municipalités.
L'UMQ est entièrement favorable à cet objectif et en accord avec la proposition
de modifier la Loi sur le bâtiment, notamment pour garantir que seules des
normes les plus exigeantes puissent être adoptées par les municipalités afin
d'uniformiser l'application de certaines dispositions portant sur la sécurité
publique.
• (11 h 30) •
Toutefois, le projet de loi n° 17 propose
également des mesures qui débordent largement cette volonté d'harmonisation. Il
confère notamment à la Régie du bâtiment du Québec, RBQ, un pouvoir réglementaire
de déterminer et fixer les obligations des
municipalités en matière de vérification de l'application du Code de
construction et du Code de sécurité. Nous comprenons que la RBQ pourrait
imposer des normes de construction ou de sécurité particulières à certaines
municipalités et leur demander d'assurer la vérification de leurs applications.
Alors que l'actuelle délégation de pouvoir à une
municipalité se fait sur la base d'une entente commune entre cette dernière et
la RBQ, les modifications proposées laissent entrevoir que la délégation de
pouvoir pourrait se faire par un règlement édicté par la RBQ. Si l'objectif de
ces modifications est de favoriser la conciliation réglementaire pour
l'harmonisation des codes et de permettre de répondre plus rapidement aux
demandes des municipalités, nous croyons que ces dernières doivent être
consultées et qu'elles doivent avoir les ressources nécessaires pour répondre à
leurs obligations.
Nous comprenons que la RBQ va s'assurer de
recenser les besoins des municipalités, en matière de soutien à l'application
des codes, et participera au développement d'outils tels que les guides, des
grilles d'inspection, des activités de formation. Mais, malgré les bonnes
intentions, les municipalités et les services incendie ne disposent pas des
ressources nécessaires pour assurer la vérification des normes de sécurité. Ce
manque de ressources n'est pas le propre uniquement des plus petites
municipalités, mais c'est une réalité qui touche l'ensemble d'entre elles.
L'accroissement des inspections implique des coûts considérables. Nous
craignons que ces mesures ne constituent un autre
exemple de transfert des obligations gouvernementales vers les municipalités
sans compensation financière adéquate.
Pour l'UMQ, le transfert de la responsabilité
d'inspection de la RBQ vers une municipalité ne peut se faire uniquement après
discussion avec celle-ci et à sa demande. Nous croyons donc que le règlement
édicté par la RBQ doit être élaboré après consultation de
la municipalité, en s'assurant qu'elle est bien informée et qu'elle est
d'accord avec cette délégation de pouvoirs. Nous recommandons donc de modifier
l'article 108 du projet de loi n° 17 afin de préciser que la Régie du
bâtiment peut, à la demande d'une municipalité, déterminer dans quels cas des
normes plus sévères s'appliquent et que la vérification est de la
responsabilité de la municipalité.
En ce qui concerne les nouvelles exigences pour
la délivrance des permis de construction, l'UMQ croit qu'il y a un besoin
urgent de mieux documenter le mécanisme actuel et d'identifier de nouvelles
façons de faire permettant de mieux optimiser le transfert d'informations entre
la RBQ et les municipalités. Bien que des émissions de permis plus rapides ne
suffiront pas à elles seules à renverser la tendance du nombre de mises en
chantier, l'UMQ est en action et travaille à
accompagner ses membres dans l'amélioration continue, l'efficacité des
processus d'émission des permis, pour aller encore plus loin dans ce
domaine.
Enfin, le projet de loi n° 17 vise à
permettre aux municipalités régionales de comté, MRC, lors d'années d'élections
générales, d'adopter leur budget lors d'une séance postérieure à la séance
ordinaire de novembre. Selon nous, cette
mesure risque d'entraîner des retards dans l'adoption des budgets des
municipalités, qui devront possiblement attendre un mois supplémentaire
avant de recevoir leur quote-part à verser à leur MRC. Dans les circonstances,
nous croyons que ce délai accordé aux MRC n'est pas justifié.
Nous sommes
maintenant disponibles pour répondre à vos questions. Nous vous remercions de
votre attention.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vous remercie pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M.
Skeete : Merci beaucoup pour cette présentation. C'est très
intéressant. J'ai quelques questions. En tout cas, je suis très content
d'entendre que vous avez la même passion que moi sur l'allègement
réglementaire. Pouvez-vous me faire un énoncé sur ce que l'UMQ fait
directement pour l'amélioration et la réduction du fardeau administratif?
Avez-vous un comité où est-ce que vous... où est-ce que vous présentez ces
idées-là? Est-ce que vous arrivez à faire l'élaboration de ce que vous désirez en
termes d'allègement réglementaire? Comment vous êtes organisés pour ces
dossiers-là d'allègement?
M. Damphousse (Martin) : En fait, je
vais me permettre une réponse, mais je vais inviter M. Létourneau à bonifier le
détail de votre question. En fait, il est clair que ce qu'on observe, M.
Skeete, depuis quelques années, cette
fameuse lourdeur administrative là représente des sommes colossales, puis plus,
malheureusement, la municipalité est petite, moins elle a de moyens. Et
malheureusement, il y en a qui vont même se restreindre à faire des demandes de
subvention parce qu'ils ne sont pas capables d'administrer la lourdeur
administrative. Mais il est clair que l'UMQ a mis en place un comité non
seulement là-dessus, mais a aussi commandé la fameuse étude de Raymond Chabot
Grant Thornton, qui vient nous donner des précisions sur l'impact réel que ça
représente.
Puis honnêtement, même si on a pris le même
nombre d'employés chez vous que chez nous, sur cette lourdeur administrative
là, je pense sincèrement qu'on le voit dans des demandes... par exemple, en
environnement, on avait l'obligation... vous aviez l'obligation de répondre
dans un délai prescrit, mais, aujourd'hui, on apprend que, malgré ce délai-là,
souvent, la réponse n'est même pas faisable parce que vous n'avez même plus le
nombre d'employés nécessaires pour y répondre. Ça fait que, dans ce
contexte-là, je vais inviter M. Létourneau, en ouvrant son micro, en ajoutant
un complément... Merci.
M. Létourneau (Yves) : Bien,
écoutez, je ne vais que rajouter à ce que M. Damphousse a déjà dit. Dans un
contexte de pénurie de main-d'oeuvre, c'est une préoccupation. Oui, il y a un
comité qui en parle, mais je peux vous dire
qu'à chaque instance de l'UMQ on discute des façons de mieux travailler. On
parlait des permis... M. Damphousse parlait de l'émission des permis. On
est actuellement en train d'enquêter, on fait des sondages, auprès de nos
membres, sur comment être plus efficaces. Donc, c'est un travail qui se fait à
plusieurs niveaux, et il y a plusieurs... L'étude est un exemple, là, on vient
à peine de la recevoir, c'est de trouver des façons d'être plus efficaces.
Puis, comme je dis, le contexte du... de la
pénurie, de la rareté de main-d'oeuvre fait en sorte que les villes n'ont pas
le choix de trouver des façons d'optimiser leurs ressources, donc, d'être plus
efficaces et de réduire la lourdeur administrative.
M. Skeete : Bien, je vous répondrais
que vous avez en moi un allié important, là, puis ces comités-là que vous avez, ça me ferait plaisir de venir
participer et de contribuer à vos travaux. On travaille déjà la prochaine
mouture du projet de loi pour l'année 2024, donc, je pense qu'il
serait opportun qu'on vienne se voir avant Noël. Donc, je vous lance ainsi
l'invitation de poursuivre notre bon travail ensemble.
J'aimerais vous demander, dans... Là, je
comprends que vous avez répondu un peu sur ce qui a été présenté, mais est-ce
que votre comité arrive à produire des recommandations précises, là? Je comprends,
dans votre recommandation, vous dites :
«Afin de réduire les coûts estimés de 330 millions de dollars par
année, que le gouvernement élabore un projet de loi visant la réduction de la
lourdeur administrative, la reddition des comptes auxquels sont soumises
les municipalités, les MRC et les communautés métropolitaines pour favoriser
leur efficacité.»
Ça fait que, là, vous arrivez avec des principes
où est-ce que, tu sais, vous êtes d'accord à réduire le fardeau, vous êtes d'accord qu'il y a des enjeux, mais
avez-vous, là, fait l'élaboration précise de : Cet article de loi là,
vraiment, mène à plein d'effets pervers, donc, on voudrait... Est-ce que
vous avez cet inventaire-là de lois que vous voudrez qu'on fasse le ménage?
M. Damphousse
(Martin) : En fait, je vais me permettre une introduction, mais je
suis convaincu... Je vois le visage de M.
Létourneau qui me dit : Oui, on a de l'information, parce que, dans le
rapport qu'on a, on a assurément des éléments très précis. Mais ce que
moi, j'entends, parce que je viens de faire la tournée du Québec, M. Skeete... M. le ministre, vous le savez très bien, puis,
quand on parle de lourdeur administrative, c'est souvent dans la reddition
de comptes. Pour avoir une subvention, pour avoir accès à des nouveaux outils
de service, il y a des villes qui n'arrivent pas,
ils ne sont juste pas capables. Puis, quand ils remettent le document au
gouvernement, bien là, il y a des compléments d'information, de réponse,
puis souvent il se passe 60 jours, 75 jours avant d'avoir juste un
accusé de réception. Ça fait qu'on perd un délai monumental, puis je convaincu
qu'on pourrait vous donner des pistes très, très précises.
Au-delà de ce que M. Létourneau vous dira, on
pourra vous envoyer des énoncés très clairs de vers où on pourrait alléger sans
avoir d'effet pervers et négatif sur les programmes en soi. M. Létourneau.
• (11 h 40) •
M.
Létourneau (Yves) : Écoutez, dans... bien, dans le mémoire qu'on vous
a transmis, en annexe, on a identifié, suite
à l'étude, parce qu'on voulait avoir des mesures très concrètes, des exemples
précis, puis là on parle uniquement de reddition de comptes, en
annexe I, avec des mesures recommandées qui sortent du rapport de RCGT
qu'on pourra vous transmettre, des mesures très... je pense qu'il y a
11 mesures très précises de comment changer un programme qui ferait que ce
serait plus rapide, plus efficace, sans rien affecter au niveau du processus
des programmes d'aide.
Par ailleurs, dans l'enquête que RCGT a faite...
et j'ai assisté à certaines des séances, on a eu plusieurs séances avec des municipalités de différentes
tailles pour identifier des mesures concrètes. Là, on s'est surtout penché
sur les redditions de comptes, mais il y a beaucoup d'éléments, puis l'enquête
s'est faite au niveau de la sécurité publique, au niveau des finances, au
niveau de la gestion contractuelle, donc, sur l'ensemble des éléments des
municipalités. Puis les participants, puis ça a été une enquête qui a duré
quand même plusieurs mois, avec plusieurs rencontres,
ont identifié des points très précis. Dans le mémoire, on a insisté sur la
reddition de comptes, mais effectivement, on a des exemples, mais qu'on veut documenter davantage avant de les
rendre publics, là, sur d'autres façons de faire qui pourraient
améliorer l'efficacité, tant des municipalités, que du gouvernement du Québec.
M. Skeete : Il me reste deux petites
questions. Vous avez mis, dans vos recommandations, d'enlever le délai, suite
aux élections, aux MRC, de produire leur budget plus tard. Je serais curieux de
savoir pourquoi vous... parce que l'esprit du gouvernement, c'est de donner le
temps à ces gens-là, qui venaient juste d'être élus, d'arriver pour produire un
budget. Pourquoi vous êtes contre cette mesure-là?
M. Damphousse (Martin) : Bien, pour
moi, la réponse est claire. Vous le savez, bon, j'étais préfet, puis on dépend
toujours de nos organismes régionaux pour être capables, les municipalités, de
finaliser nos budgets. Donc, si on accorde
des retards à des organismes, on n'y arrivera jamais. Nous, on sera toujours...
parce que ça a une incidence majeure quand on reçoit un budget, que ce
soit de la police, que ce soit de la régie des eaux, que ce soit de la MRC.
Puis en même temps, là, les membres de la MRC, ce sont les mêmes maires,
mairesses qui font partie de ceux qui attendent ces résultats-là. Ça fait que
c'est comme si on se faisait une jambette à nous-mêmes, comme municipalités, de
permettre que la MRC ait du retard. Honnêtement, on n'y arrivera juste pas.
Ça fait qu'on ne pense vraiment pas que c'est
nécessaire, parce qu'en même temps l'administratif d'une MRC restera là, ils
seront capables de prévoir et de planifier vers où on va, puis honnêtement, pour
nous, on ne voit pas de délai additionnel nécessaire.
M. Skeete : Et ma dernière question,
mes collègues de l'opposition m'ont fait valoir qu'on va vouloir parler de
timbrage sur l'alcool : Avez-vous, en tant que municipalité, une opinion
par rapport au timbrage sur l'alcool?
M. Damphousse (Martin) : Je pense
sincèrement que les restaurateurs qui vont venir après nous risquent de vous en parler pas mal plus. Moi, honnêtement,
moi, je n'en ai pas personnellement, là, mais M. Létourneau a sûrement
des éléments additionnels, s'il veut ajouter. Mais je ne pense pas que le
timbre est un enjeu pour nous.
M.
Létourneau (Yves) : Non. Puis, comme vous avez dit tantôt,
M. Damphousse, vous avez dû voir à mon visage que je n'avais pas
d'élément à rajouter sur cette question.
M. Skeete : Parfait. Je vais laisser
la parole. Je pense que mon collègue a une question.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Je vais donner la parole à votre collègue, M. le
ministre. Donc, je cède la... je vais céder la parole au député
d'Abitibi-Est.
M. Dufour : Bonjour, Martin,
bonjour, Yves. Vous avez, dans votre première recommandation, reddition de
comptes... vous dites que vous pourriez sauver 330 millions, ce qu'on voit
dans votre mémoire. Vous le savez quand même que c'est... on travaille avec de
l'argent public, je pense que tout le monde le sait. Ça prend une rigueur
comptable aussi au niveau municipal, c'est...
Le but exact, c'est-tu vraiment... La
problématique, au niveau de la reddition de comptes, c'est-tu de la faire, la
reddition de comptes, ou c'est le délai de réponse, souvent, du ministère...
des ministères avec lesquels vous travaillez, que vous trouvez qui est trop
long? Parce qu'en fin de compte on parle de deux éléments, là, différents, là,
sur cet aspect-là.
M. Damphousse
(Martin) : Bien, j'aurais une réponse, puis, encore une fois, si M.
Létourneau veut bonifier, avec plaisir, là.
En fait, c'est que ce qu'on observe... Puis qu'on s'entende bien, là, on ne
veut pas qu'il n'y ait plus de reddition de comptes, on comprend que
c'est de l'argent public. C'est la même chose pour nous, quand on donne de l'argent à des organismes communautaires
régionaux, bien, on s'attend à une reddition de comptes. Mais on sent, depuis
quelques années, une augmentation de la lourdeur administrative, les exigences
gouvernementales, les exigences pour les programmes provinciaux, puis, dans
certains cas, vous le savez très bien, c'est fédéraux et provinciaux. Donc, les
exigences pour être capable de finaliser nos dossiers ne font qu'augmenter.
Donc, dans un contexte de rareté de
main-d'oeuvre, pouvons-nous travailler ensemble pour s'assurer qu'on amincisse
les exigences tout en restant rigoureux pour qu'on puisse gagner collectivement,
autant chez vous que chez nous, gagner du temps, donc, de l'efficacité?
M. Dufour : Et si on suit la
logique, il y a des endroits où vous demandez simplement l'échantillon de
facture. Est-ce que, pour vous, vous jugez que c'est assez? Je vois, exemple,
d'un programme du PIQM, vous dites : Un échantillon de facture serait
assez pour valider les dépenses. Il reste quand même qu'un échantillon de
facture, si tu regardes ça, pour un fonctionnaire, ce n'est pas toujours
évident non plus de faire un lien direct avec la dépense.
M. Damphousse (Martin) : Yves, je
vais te laisser répondre sur le détail des factures.
M. Létourneau (Yves) : Oui, puis
peut-être je vais juste revenir un peu en arrière, de préciser que le 330... 328 millions, c'est le coût de la reddition
de comptes... bien, les coûts des mesures administratives. On ne dit pas qu'on
peut couper 330 millions, comme M. Damphousse disait, on ne veut pas
enlever totalement les mesures, au contraire. Par contre, on a identifié
21,4 millions de dollars qui pourraient être réduits.
Vous donnez l'exemple des factures, ces
mesures-là ont été proposées par le rapport RCGT, qui sont des comptables
chevronnés. Et c'est la façon qui peut se faire ailleurs, dans d'autres
secteurs qui sont fonctionnels. C'est pour ça qu'on les a mis, parce qu'on a un
appui d'un bureau de comptables qui nous dit : Non, ça fonctionne
ailleurs, pourquoi est-ce que les municipalités, ça doit être plus... Et je
répète que nous, ce qu'on a identifié dans l'étude, c'est
21,4 millions de dollars et non pas les 328 millions.
M. Dufour : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le ministre.
M. Skeete : Merci, Mme la
Présidente. Encore une fois, je suis désolé pour l'impair de tantôt.
La Présidente (Mme D'Amours) : Ah!
il n'y a pas de problème.
M. Skeete : Mais dans l'esprit
de la bonne entente et de collaboration, je serais prêt à céder le temps qu'il
reste au gouvernement à mes collègues de l'opposition.
La Présidente
(Mme D'Amours) : Merci. Maintenant, je cède la parole au député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Écoutez, je vais prendre la balle au bond. Quand vous
parliez tantôt, donc, du 21,4 millions de dollars qui a été
identifié, qui pourrait potentiellement être, donc, réduit, là, de ce 328
millions de dollars là, bien, la question... en reddition de comptes, là.
La question qui me vient à l'esprit, c'est
de savoir : Ces éléments-là additionnels que vous avez fait mention tout à
l'heure, des nouvelles questions à remplir, formulaires, et tout ça, là,
qui semblent s'être additionnés dans les dernières années, voyez-vous, dans
tout ça, donc, qu'il y a eu un dédoublement, puis c'est en éliminant ce
dédoublement-là de questions, de rapports, et tout, qui ferait qu'on économise
21,4 millions de dollars, ou est-ce que c'est juste parce que c'est une
façon différente de faire les choses?
J'aimerais
juste qu'on me clarifie comment vous en êtes arrivés à penser que l'économie va
être de 21,4 millions de dollars.
M. Damphousse
(Martin) : Bien, je pense que les données du rapport qu'on
vous enverra, avec les 21 points, dont
M. Létourneau vous parle... vous parlait tantôt, risquent de préciser ces
éléments-là. Mais, dans ma compréhension, là, encore une fois, je suis convaincu que ce n'est pas qu'on dédouble,
c'est qu'on augmente la lourdeur administrative avec de nouvelles
redditions de comptes que nous n'avions pas avant. Ça fait que c'est ça qui
fait qu'on prend plus de temps, que c'est plus complexe. Et les délais de
réponse, à cause de la rareté de la main-d'oeuvre des deux côtés, autant
gouvernemental, que municipal, bien, ces délais-là coûtent de l'argent. Parce
que, si on attend, par exemple, une subvention importante, puis souvent on
parle... on chiffre ça en millions de dollars, mais, quand on n'a pas cet argent-là, vous comprenez que c'est le financement
qu'on doit assumer, nous, financièrement, temporaire, transitoire. Ça
fait que c'est des coûts énormes. Chaque mois, chaque journée qui passe, c'est
des coûts additionnels.
Ça fait que quand, malheureusement, les
municipalités manquent de personnel, bien, elles étirent, des fois, des délais
additionnels pour des demandes additionnelles, pas un doublon, mais des
demandes plus exigeantes que nous avions avant. M. Létourneau.
M. Létourneau
(Yves) : Et l'étude est une étude comptable, donc, sur la réalité — excusez,
s'il y a du bruit, il y a une manifestation
à l'extérieur de nos bureaux — sur
des aspects comptables qui étaient présents dans les budgets des villes
en 2022. À ça va se rajouter des éléments, des nouvelles obligations. Comme on
parle dans notre mémoire, éventuellement, s'il y avait des obligations, pour
les municipalités, de surveillance de l'application, de vérification
d'application des codes de sécurité de bâtiment, ça alourdit énormément, encore
une fois, puis ça n'est pas tenu en compte dans l'étude.
Et il y a aussi
parfois des dédoublements, je pense, au niveau, par exemple, du Directeur
général des élections. Ça a été identifié que les dépenses, pour les
remboursements des élus après les élections, sont vérifiées à trois reprises,
par le greffier de la ville, par le vérificateur puis au niveau du DGEQ. Ça
fait qu'il y a... Ça, c'est un exemple, là, où il y a moyen aussi peut-être de
simplifier ou d'enlever certains dédoublements.
• (11 h 50) •
M. Beauchemin :
Bien, merci, en fait, parce que je pense qu'on va tous s'entendre sur une
chose, c'est sûr et certain, le fruit le plus bas de l'arbre, c'est justement
tout ce qui est justifiable, en termes de dédoublement, qui peut facilement,
donc, être éliminé, là, du processus, puis là-dessus, je le vois bien.
Ça m'amène cependant
à vous poser la question suivante : Qu'est-ce qui fait en sorte qu'on en
arrive à avoir des exigences additionnelles? C'est qu'on veut mesurer... Puis
je ne dis pas ça, que c'est la façon de faire tout le temps, là, mais souvent, plus souvent qu'autrement, c'est parce qu'on
veut mesurer, de façon plus précise, l'efficacité, le montant d'argent
mis dans tel ou tel programme. Et donc, initialement, on voulait juste savoir
c'était quoi, la grandeur, c'était quoi, la
largeur, là, maintenant, on veut avoir le poids, on veut avoir... tu sais, si
je prends un exemple médical, ton poids, masse, etc. Donc, on veut avoir
plus de précisions à savoir si l'argent est bel et bien utilisé.
Donc, est-ce que,
dans votre économie de 21,4 millions de dollars, ça fait en sorte qu'en
bout de piste la mesure d'efficacité de l'argent donné, bien, elle est juste
moins précise, selon vous?
M. Damphousse (Martin) : C'est une bonne question.
Honnêtement, si c'est pour aller chercher des données additionnelles,
plus de précisions, est-ce que ça ne peut pas être fait sous forme de sondage
après que le programme soit complètement terminé, les argents remis, au lieu de
sonder chacun des participants? Parce que, vous le savez, là, à partir du
moment où on a une masse critique de répondants, on a une tendance assez claire
de la qualité des réponses, mais de le faire systématiquement à tout le
monde... Je comprends qu'on souhaite avoir plus de précisions, c'est utile,
autant pour le milieu municipal que pour vous. On est dans le même bateau, mais
la réalité, c'est de le faire systématiquement à tout le monde, c'est ça qui
amène une lourdeur additionnelle.
Puis je pense qu'en
sondant, par la suite... On le fait souvent, à l'UMQ, puis on a, des fois,
60 répondants sur 400 membres, mais 60, c'est très significatif pour
avoir une tendance claire et c'est suffisant selon nous.
M.
Beauchemin : Bien, je dois, en fait, féliciter là-dessus, parce
qu'effectivement c'était la direction que j'allais, le sondage est l'élément
ultime pour faire améliorer les processus, généralement, là, par... dans le
monde des affaires. Est-ce que des nouveaux programmes pourraient, selon vous,
aussi faire augmenter la paperasse? On ajoute un nouveau programme d'aide
quelconque, x, y, z. Est-ce que ça aussi, selon vous, ça ferait augmenter la
paperasse ou il y aurait peut-être, justement, des économies d'échelle qui seraient
potentiellement possibles de faire?
M. Damphousse
(Martin) : Bien, malheureusement, ce qu'on observe, depuis quelques
années, chaque nouveau programme, on est
tout le temps content. Je regarde PRIMEAU, je regarde ailleurs, on est, tout le
temps heureux, enfin, un nouveau programme, souvent, qui est attendu.
Mais, quand on regarde la reddition de comptes qui vient avec... Puis je vous le dis, là, plus la
municipalité est petite... Ça va bien, là, j'ai 21 500, à Varennes, je me
débrouille bien, mais, quand on est à 5 000, 6 000, 1 000
employés, c'est ingérable pour eux. Puis ce qui est triste, là, c'est qu'ils passent à côté d'options, de subventions, de
support superimportant pour eux, mais ils ne sont juste pas capables, ça fait qu'ils
abandonnent de déposer le projet. Ça fait qu'honnêtement c'est un peu triste.
M.
Beauchemin : Je veux revenir sur la Régie du bâtiment. Si
l'article 108, là, il n'était comme pas modifié, selon vous, là, quelles
seraient les conséquences?
M. Damphousse (Martin) :
Bien, en fait, ce qu'on craint, c'est que le RBQ, ayant le pouvoir de
décréter la responsabilité de la surveillance des constructions à une
municipalité, soyons francs, là, le milieu municipal, on n'a pas cette
expertise-là. Nous n'avons pas ces employés-là capables de superviser des
chantiers pour s'assurer que les nouvelles normes RBQ soient bien suivies. Ça
n'a jamais été notre travail de le faire. Par contre, je pense à Montréal, puis
il y a peut-être d'autres grandes villes au Québec qui ont ce personnel-là.
Montréal, c'est la métropole, ils ont beaucoup, beaucoup, beaucoup plus
d'employés et d'expertise. Donc, si eux la souhaitent, bien, c'est parfait que
la RBQ leur transfère la responsabilité.
S'ils sont convaincus qu'ils seront plus efficaces, tant mieux, mais la grande
majorité des municipalités, et là je suis à 95 %, on n'a pas ces
expertises-là.
Et, s'il fallait que
la RBQ nous la transfère, là, honnêtement, là, on vient d'ajouter une lourdeur
de délais de construction qui sera ingérable. Et je suis convaincu que les
entrepreneurs n'accepteront pas ce délai-là additionnel, parce que ce délai-là va leur coûter trop
d'argent, et là on va créer un chaos encore plus grand avec la rareté de
logements qu'on connaît aujourd'hui.
M. Beauchemin : Je vous entends, je
comprends, évidemment. Écoutez, tantôt, vous parliez d'un chiffre, ça a quand
même frappé l'imaginaire, là, je n'étais pas au courant que c'était... Quand je
l'ai lu, là, le rapport, ça m'a quand même frappé, je
n'avais pas pensé que c'était autant, 4 100 employés municipaux
travaillent à temps plein à répondre aux
différentes demandes du gouvernement du Québec. Puis là vous avez fait une loi,
une loi pour déterminer... On assume
«therefore» qu'il y a 4 100 fonctionnaires à Québec, qui doivent être
de l'autre côté pour répondre. Peut-être c'est le cas, peut-être que ça
ne l'est pas, mais, en tout cas, j'espère que ce n'est pas le cas.
Ceci étant, si... supposons qu'on pouvait en
libérer, puis je ne sais pas exactement le chiffre que vous avez mentionné, qui
pourrait être atteignable en termes de nombre d'emplois... Est-ce que vous
l'aviez mentionné? Parce que je ne l'ai pas entendu?
M. Damphousse (Martin) : Non.
M. Beauchemin : OK. Si on
pouvait en libérer, je ne sais pas, disons, 5 % ou 10 %, tu sais,
c'est 200 à 400 employés de plus. Qu'est-ce qu'ils pourraient faire de
plus, ces employés-là, pour votre univers à vous?
M. Damphousse (Martin) : Ils
pourront... Ils pourraient mieux répondre aux besoins de la population. Et je
donne des exemples. Tantôt, j'ai rajouté le mot «itinérance». Honnêtement, je
suis maire depuis 15 ans. Si on m'avait dit, il y a 15 ans, un jour,
là, tu vas devoir gérer l'itinérance, la maladie mentale, les opioïdes,
l'alcool, le mal de vivre, je dis :
Non, non, non, c'est impossible. Ce n'est pas la responsabilité du milieu
municipal, mais on libérerait des employés pour être capables des plus
performants. Mais, dans les exemples... Puis c'est vrai que le nombre d'employés est choquant, puis, malheureusement, je
l'ai juste doublé, en prenant pour acquis que le nombre d'employés provinciaux serait le même. Je crains
malheureusement que ça soit beaucoup plus important que ça, malheureusement.
Mais je vais vous donner l'exemple de... parce
qu'on parle beaucoup d'adaptation aux changements climatiques, d'érosion des
berges. Je sais de quoi je parle, à Varennes, je suis pris avec ça. Mais on
demande à toutes les villes voisines qui veulent faire des études, parce qu'ils
veulent... ils doivent intervenir le long du fleuve, le long des rivières, et
là on demande des mêmes études. Ça vient d'une autre ville? Ah! non, non, non.
L'UMQ ne pourra pas chapeauter ces études-là pour l'ensemble d'une collectivité
qui ont les mêmes enjeux, c'est le même fleuve. Bien non, mais ces études-là
prennent trois ans, et ça représente des centaines de milliers de dollars
d'études juste pour avoir la permission d'intervenir pour endiguer l'érosion.
Imaginez ce que ça prend, puis là c'est le ministère de l'Environnement du
Québec, mais, en plus, dans le fleuve, il y a le fédéral qui est impliqué.
Ça fait que, quand on parle de lourdeur
administrative, là, honnêtement, le fleuve, c'est probablement le pire exemple,
ou le meilleur pour nous, pour démontrer à quel point on n'est pas capables
d'avancer efficacement. Puis, pendant ce temps là, bien, l'érosion fait son
oeuvre, puis on perd des infrastructures. Ça fait que c'est des exemples
simples, mais honnêtement, on gagnerait beaucoup, autant Québec, Canada, que le
milieu municipal.
M. Beauchemin : C'est un
exemple qui est, en fait, extrêmement frappant. Il y a moyen certainement de
pouvoir faire avancer ça, que ce soit donner des lettres de procuration, que ce
soit donner une acceptabilité d'avoir des
consentements dans un ensemble proche de Varennes, que ce soit Boucherville,
que ce soit Saint-Lambert, Longueuil. Donc, c'est sûr et certain qu'il y
aurait un avantage énorme là-dessus.
Écoutez, bien, je vous entends. C'est drôle,
moi, j'aurais conclu peut-être à l'inverse en souhaitant, j'espère, que la
machine à Québec est plus efficace d'une certaine façon. J'aurais cru que le
chiffre aurait peut-être été moins que 4 100, et non plus, comme vous le
sous-entendez, mais sait-on jamais.
M. Damphousse (Martin) : ...je
vous laisse avec vos illusions.
M. Beauchemin : On va aller
chercher puis on l'apprendra par soi-même. Merci beaucoup, monsieur et Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard... Maurice-Richard,
oui.
M. Bouazzi : Combien on a de
temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...11 secondes.
M. Bouazzi : Ah,
super! Merci beaucoup. C'était très intéressant. Avant peut-être de vous poser
des questions sur le mémoire, vous avez parlé des questions de pénurie
de main-d'oeuvre, évidemment, qui est un problème généralisé sur toutes sortes
de secteurs, et vous, vous en faites les frais. Je sais qu'il y a eu des voix
aussi qui disaient que vous traitiez spécialement bien vos fonctionnaires.
Est-ce que, si vous diminuez l'environnement, la
qualité de l'environnement de travail ou la rémunération de vos employés, ça
vous aiderait dans la pénurie de main-d'oeuvre?
• (12 heures) •
M. Damphousse
(Martin) : Assurément pas, parce qu'on va affecter la qualité
du service. Donc, honnêtement, là, ce n'est pas la solution. Puis de
prétendre qu'on paie... Bon, ce n'est pas du tout le sujet de l'heure, là, mais
de prétendre qu'on paie trop nos employés, disons que c'est probablement, à
notre avis, là, l'État qui ne paie pas assez pour s'assurer d'une fiabilité...
puis regardez les enseignants, mais je pense que c'est un autre débat, là. On
est en bas du secteur privé. Nos employés sont de
qualité. Ils reçoivent ce qu'ils doivent recevoir pour assurer le gouvernement
de proximité et l'ensemble des services, qui ne cessent d'augmenter, auxquels
la population s'attend.
M. Bouazzi :
On sera d'accord là-dessus. Mon autre question est sur la question... Je
vous avouerais, moi, j'ai travaillé 15 ans sur des questions
d'optimisation de processus avant de me rendre ici. Et j'entends beaucoup l'exemple des factures. Par exemple, pour avoir
moi-même travaillé sur... parmi les choses sur lesquelles je travaillais, c'était
sur des demandes où... qui demandaient beaucoup de factures. Là, ce n'était pas
un échantillonnage, mais c'était l'idée de
demander juste 90 % du montant d'argent. Et, en général, il y a quelques
factures qui sont spécialement énormes,
et plein de toutes petites factures, de boîtes à clous ou je ne sais pas quelle
affaire, dont on pourrait se débarrasser, qui ferait en sorte qu'on se
débarrasse de 90 % des factures en gardant 90 % du montant, si vous
comprenez mon raisonnement.
Mon
point, c'est que tous les processus sont différents et qu'ils méritent,
évidemment, une attention particulière pour trouver comment les
optimiser. Vous avez donné des très, très bons exemples sur les questions des
berges aussi, et évidemment, je ne pense pas que c'est ici qu'on pourra entrer
dans toutes les possibilités qui pourront améliorer la vie des 4 000 personnes qui travaillent sur tous ces
processus-là. Mais évidemment, on vous entend, et j'espère qu'il y aura
une attention particulière qui rentrera dans le détail de chacun de ces
processus.
Ceci étant dit, une
partie de la solution, de mon expérience, passe beaucoup par la question de la
technologie, la numérisation, le fait qu'on n'ait pas à rentrer 22 fois
les mêmes données dans 22 fichiers PDF différents, qu'il y a des données
que le gouvernement a déjà et qu'il pourrait préremplir toutes sortes de
choses. Est-ce que vous avez des réflexions,
en fait, qui touchent aussi à ça, au-delà de ce qu'on vous demande de remplir
comme conditions, mais aussi la rapidité à laquelle tout ce processus-là
pourrait être accéléré avec une numérisation des services?
M. Damphousse
(Martin) : Bien, je pense que le milieu municipal est particulièrement
bien avancé dans le contexte de numérisation. On a des logiciels qui sont
adaptés au milieu municipal, puis la grande majorité du milieu municipal les
utilise.
Vous allez me
permettre de revenir sur... même si ce n'était pas une question, parce que j'ai
aimé un bout de votre intervention préalable
qui disait : Peut-être que, dans le cadre du programme de subventions, si
le gouvernement octroyait rapidement 90 % des sommes pour alléger
l'impact financier d'assumer la transition des réponses... Puis souvent, vous
avez raison, il reste un 10 % que le gouvernement peut garder, ça ne me
dérange pas, jusqu'à tant qu'on ait clos le dossier des factures de boîtes à
clous puis tous les autres de l'exemple que vous avez donné. Et donc on viendrait alourdir l'impact financier, parce
que c'est souvent ça qui est le drame, chaque délai qu'on a de reddition
de compte, surtout pour des montants de
subventions, qui se chiffrent souvent à plusieurs millions de dollars, bien, ça
a des impacts financiers qui sont énormes. Votre idée d'avancer le
90 %, je la retiens, je l'aime beaucoup. Espérons qu'on réussisse à faire
gagner ce petit point-là dans les prochains mois.
M. Bouazzi : Excellent.
Elle était en contrepartie, évidemment, de factures qui représentent 90 %
des coûts aussi, évidemment, là, je veux dire. Mais je voulais juste mieux
comprendre votre point sur la question des régies du bâtiment du Québec. Donc,
on comprend, en plus, avec les différentes normes qui vont évoluer avec les
questions de lutte contre la crise climatique, dans les questions de bâtiments,
il va y avoir, évidemment, du... si vous m'excusez l'anglicisme, du «top-down»
aussi, donc, une approche par le haut pour pouvoir harmoniser toutes sortes de
choses qui touchent au bâtiment. Là, vous
parlez des questions de sécurité, mais ça peut bien être d'autres choses dans
le futur.
Et
je comprends que vous... Je voudrais juste être sûr que... Vous êtes d'accord,
donc, de ce que je comprends, avec une forme de centralisation, tout en
demandant une collaboration, pour comprendre les ressources dont vous avez
besoin pour pouvoir mettre en place, justement, les normes qui vont venir de la
Régie du bâtiment du Québec. C'est bien ça?
M. Damphousse
(Martin) : Yves voudra assurément compléter, là, mais dans ma
compréhension... Première des choses, de moderniser la Régie du bâtiment en
fonction des nouvelles normes de construction, on applaudit ça, c'est parfait.
Il y a des nouvelles façons de construire, il y a des nouveaux matériaux qui
sont entrés en fonction, et c'est excellent, ça. Il fallait aller là.
Maintenant, anciennement, la Régie du bâtiment était l'organisme gouvernemental
qui s'assurait que le constructeur fasse ce qu'il doit faire en fonction des
règles édictées par la Régie du bâtiment, et c'est parfait. Quand il y a un
projet qui est déposé dans une municipalité, il y a des ingénieurs, il y a des
architectes qui signent les plans. Ils assument leurs responsabilités, c'est
parfait. Nous, on a un urbaniste qui va émettre le permis, mais ce ne sera...
ce ne doit pas être à nous, si on ne le souhaite pas, de s'assurer de
superviser la construction et de faire appliquer les règles de la Régie du
bâtiment. On n'a pas les compétences, on n'a pas les ressources et on a encore
moins les moyens pour s'assurer de faire ça.
Par contre, ce que
j'ai précisé tantôt, si une ville comme Montréal, qui considère avoir les
moyens et les employés pour le faire, qu'ils sont convaincus d'être plus
efficaces mais... qu'ils souhaiteraient qu'on leur délègue cette
responsabilité-là, soit, c'est parfait, mais ne surtout pas prendre le risque
de la transférer à des municipalités, comme Varennes et plein d'autres, qui ne
sont surtout pas équipées pour ça, parce qu'on craint que l'argent ne vienne
pas avec.
M. Bouazzi : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : 50 secondes.
M.
Bouazzi : 50 secondes.
Bien, peut-être, en 50 secondes, un aspect aussi qui n'est pas abordé,
évidemment, dans ce projet de loi mais qui va être abordé dans les
prochaines semaines, c'est la question du financement aussi. Vous l'abordez
quand même sur les coûts que c'est. Il y a évidemment des problèmes de
financement plus profonds qui touchent aux municipalités, et, je pense...
malheureusement, on n'aura pas beaucoup de temps, mais je pense qu'un des
noeuds aussi du problème, c'est... en vous transférant des responsabilités, il
faut aussi vous transférer de l'argent qui vous permet de répondre à ces
responsabilités.
La Présidente (Mme D'Amours) : 10
secondes.
M. Damphousse (Martin) : Vous avez
raison. Il ne reste pas assez de temps, mais comme vous le savez, on en entend
parler. Le milieu municipal est dans sa négociation du renouvellement de notre
pacte fiscal, mais on en a une, entente,
aujourd'hui, jusqu'en décembre 2024. C'est amorcé, on amorce des discussions,
et j'ai la certitude qu'on trouvera des solutions ensemble.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci, M. Damphousse, M. Létourneau, pour
votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
que nos prochains invités prennent place. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 08)
(Reprise à 12 h 14)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association
des restaurateurs du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis
commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Association des
restaurateurs du Québec (ARQ)
M.
Philippin (Hugues) : Mme la Présidente de la commission, M. le ministre
de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, MM. et Mmes les députés,
bonjour. Je me nomme Hugues Philippin. Je suis le propriétaire du restaurant Chic Alors!, à Québec, et aussi
président du conseil d'administration de l'Association Restauration Québec,
aussi connue sous l'acronyme ARQ. L'association, qui célèbre son
85e anniversaire en juin dernier... qui a célébré, d'ailleurs, son 85e,
compte plus de 5 200 membres dans toutes les régions du Québec, ce
qui en fait le plus important regroupement de gestionnaires de la restauration
sous toutes ses formes. Je suis accompagné aujourd'hui du directeur général
adjoint de l'ARQ, M. Laurence-Olivier Malouin Trudel, ainsi que de la
directrice des affaires publiques et gouvernementales, Mme Dominique Tremblay.
Je tiens à remercier les membres de la commission de nous avoir invités aujourd'hui à présenter nos observations
sur les besoins d'allègement réglementaire et administratif au secteur
de la restauration.
Au cours de la dernière année, l'industrie de la
restauration a commencé à se relever progressivement de la commotion provoquée
par les années de pandémie et de mesures sanitaires. Ce défi historique a mis à
l'épreuve la ténacité des restaurateurs, qui ont dû redoubler d'efforts et
d'ingéniosité pour traverser cette crise. Malheureusement, en dépit des efforts
de nos exploitants, la pandémie s'est soldée par une victoire à la Pyrrhus pour
notre industrie. En effet, une fois les
restrictions sanitaires levées, la restauration s'est trouvée confrontée à une
pénurie de main-d'oeuvre chronique, à
l'endettement engendré par les vagues de fermetures, à l'inflation galopante et
à une menace récessionniste de plus en plus tangible. Notre industrie est donc
actuellement fragilisée par de nombreux facteurs externes extrêmement défavorables. Dans ce contexte, l'ARQ considère que
des allègements réglementaires et administratifs pourraient grandement
soulager notre secteur.
Plus précisément, nous allons nous concentrer
sur les préoccupations de la restauration en matière de vente, de distribution et de service des boissons
alcoolisées. Tout d'abord, c'est avec une joie que l'industrie de la
restauration a accueilli l'article 10 du projet de loi n° 44, qui
modifie l'article 37 de la Loi sur les permis d'alcool de sorte à autoriser
les restaurateurs titulaires de permis à vendre des boissons alcooliques à base
d'alcool de malt ou de spiritueux pour emporter ou aller en livraison. L'ARQ
tient aussi à saluer les récents progrès qui permettront la vente de cocktails
prêts à boire à base de spiritueux en livraison et avec des mets à emporter.
Ces boissons possèdent une meilleure... la meilleure croissance de popularité
auprès des consommateurs depuis 2018, et le format est idéal pour le transport. Elles représentent une opportunité
commerciale très intéressante pour les restaurateurs titulaires d'un permis
d'alcool. Par conséquent, l'ARQ recommande
que le PL n° 44, modifiant l'article 37 de la Loi sur les
permis d'alcool, soit adopté dans les plus brefs délais.
Parallèlement, au cours des deux dernières
années... décennies, la variété, la qualité et le volume des alcools québécois
ont explosé. Pour l'ensemble de ces produits, la restauration représente un
point de distribution essentiel. En effet,
les restaurateurs permettent aux consommateurs de découvrir ces alcools dans un
contexte privilégié de dégustation et d'accords avec les mets
diversifiés. De plus, l'offre croissante de cocktails à base de boissons
québécoises dans les restaurants représente également une vitrine avantageuse
pour ces produits. Inversement, malgré les efforts évidents des
dernières années, qui méritent quand même d'être soulignés, la distribution des
alcools artisanaux québécois par la Société des alcools du Québec est toujours
loin de satisfaire les producteurs. En effet, la politique de la SAQ dicte
quelles bouteilles auront accès aux tablettes de l'ensemble des succursales,
selon des critères de demande et de notoriété difficilement atteignables pour
des produits tentant de défricher des nouveaux marchés ou simplement de
satisfaire un besoin niche.
Alors, je vais laisser M. Malouin Trudel
poursuivre.
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : Merci,
Hugues. Donc, l'ARQ pense que la restauration pourrait jouer un rôle
complémentaire clé dans la commercialisation de nouveaux produits alcoolisés
québécois, notamment en permettant aux producteurs de distribuer facilement
leurs productions dans les restaurants. Ces derniers pourraient alors faire
découvrir leurs produits même s'ils ne sont pas encore aptes à répondre à
l'ensemble des critères de commercialisation imposés par la SAQ.
Par conséquent, l'ARQ recommande que les
producteurs québécois de boissons alcoolisées puissent vendre leurs productions
directement aux restaurants titulaires d'un permis d'alcool de consommation sur
place sans passer par le réseau de la SAQ. La majoration des prix serait quand
même perçue par la SAQ sur les bouteilles vendues dans les restaurants,
celle-ci n'aurait alors donc pas à s'inquiéter de voir ses profits chuter. Les
brasseries livrent déjà leurs bières directement aux établissements titulaires de
permis, alors pourquoi ne pas étendre ce droit aux autres producteurs d'alcool québécois, qui ont un besoin
criant de débouchés, particulièrement après ces années postpandémiques?
Dans la même optique, l'ARQ croit que l'adoption
des restaurants comme points de vente de bouteilles de vin ou de spiritueux
permettrait une meilleure couverture de la demande des consommateurs, qui ne
vivent pas tous à proximité d'une succursale de la SAQ, particulièrement en
région. Un tel réseau de distribution faciliterait l'accès des consommateurs à
des produits plus nichés, encore une fois, particulièrement dans les régions
éloignées des grands centres urbains, où la clientèle est normalement
contrainte de se rendre dans des agences SAQ, qui, elles, n'offrent qu'une sélection
souvent limitée de produits. Les restaurants, comme points de vente
complémentaires, pourraient donc permettre une meilleure distribution des
produits alcoolisés, complémentaire à celle de la SAQ.
L'ARQ est convaincue que l'État québécois n'en
sortirait que gagnant et répondrait également à une demande de la population,
parce que 71 % des consommateurs québécois souhaiteraient acheter du vin
au détail directement au restaurant, selon une étude de l'Institut économique
de Montréal produite en 2020. Par conséquent, l'ARQ recommande que l'État
québécois permette aux restaurateurs de vendre au détail, directement sur
place, les bouteilles de vin, voire de spiritueux, qu'ils tiennent en stock,
comme le font actuellement les cavistes en France et qui est un modèle éprouvé
qui fonctionne bien.
Je laisserais maintenant la parole à ma collègue
Mme Tremblay.
Mme Tremblay (Dominique) : Merci.
Dans une optique... dans une autre optique, le timbre de droit de la SAQ
représente clairement un obstacle administratif à la commercialisation des
alcools québécois et aux opérations courantes des restaurateurs. Pourtant, en
2018, le projet de loi n° 170 visant à moderniser la vente et le service
de boissons alcooliques devait marquer
l'abolition de ce dernier. Cependant, devant l'absence de solution de remplacement,
le timbre de droit a tout simplement été réhabilité par l'adoption du projet de
loi n° 41, en mars 2020, alors que son retrait avait été voté unanimement
à l'Assemblée nationale deux ans plus tôt.
• (12 h 20) •
L'ARQ est dépitée de voir qu'en 2023 aucune
alternative n'a été trouvée, alors que le Québec est pourtant la seule province
du Canada à fonctionner avec ce système vétuste. Ironiquement, le Québec est
aussi la seule province avec un outil
puissant de vérification des transactions, soit le module d'enregistrement des
ventes, le MEV, qui pourrait facilement être mis à contribution pour
faire des comparatifs achats-ventes. D'ailleurs, l'instauration prochaine du
nouveau système de MEV Web devrait encore renforcer la capacité de contrôle de
l'État en validant, en conservant et en transmettant les données de vente en
continu à Revenu Québec.
Concernant le timbre, il est important de
rappeler qu'un exploitant peut recevoir une amende ou même se voir suspendre
son permis d'alcool parce qu'un employé de la société d'État a oublié de
timbrer une ou plusieurs de ses bouteilles.
Devoir systématiquement demander à un employé de vérifier une par une les
200 bouteilles commandées pour s'assurer qu'un salarié de la SAQ
n'ait pas commis d'erreur est problématique dans le contexte de pénurie de
main-d'oeuvre historique qui frappe le Québec. Encore plus irritant, il est
simplement possible que le timbre se décolle avec le temps ou que le nettoyage
récurrent des bouteilles l'endommage. Les bouteilles de vin optant pour une
esthétique de bouteilles anciennes, comme celle du Châteauneuf-du-Pape,
représentent une autre problématique. Effectivement,
pour obtenir... leur patine, pardon, ces bouteilles sont recouvertes d'une sorte
de sable fin qui n'adhère pas solidement à la bouteille. Par conséquent,
les timbres collés sur ces bouteilles ne tiennent jamais bien longtemps
puisqu'ils sont appliqués sur une surface friable.
Dans une autre optique, à cause de ce système de
timbres, il est très difficile pour les restaurateurs de s'approvisionner
directement à la succursale la plus proche de leur établissement. En effet, les
bouteilles trouvées sur les tablettes des succursales qui n'offrent pas le
service de marquage ne peuvent pas être achetées par un titulaire de permis. Il
est aussi impossible de faire transférer ces produits d'une succursale à une
autre. Si un restaurateur cherche un millésime particulier et ne parvient pas à
le trouver... que dans le réseau dédié aux restaurateurs de la SAQ, sa seule
option est d'acheter cette bouteille à titre personnel, de l'amener lui-même à
une SAQ offrant le service de timbrage, de se faire rembourser ladite
bouteille, qui sera ensuite timbrée devant lui pour lui être vendue. Il est clair
que ce processus est inefficient.
Il
est également notable que la seule justification de l'existence de ce timbre
soit qu'il est censé prévenir l'évasion fiscale. Or, lors d'une récente demande
à l'accès de l'information, il a été porté à notre attention que le ministère
des Finances n'a aucun document lors des 10... n'a produit, pardon, aucun
document lors des 10 dernières années pour évaluer l'impact du timbre de droit
sur l'évasion fiscale au Québec. Cela signifie que, depuis au moins une
décennie, ce moyen de contrôle contraignant et coûteux n'a jamais été évalué de
sorte à s'assurer que les coûts du système de timbrage actuel ne soient pas
supérieurs à ceux de l'évasion fiscale supposément évitée par ce dernier.
Finalement, une
dernière situation témoigne de l'inefficience du timbre de droit de la SAQ,
soit celle du marché du cidre. En effet, les producteurs de cidre peuvent
vendre leurs produits inférieurs ou égals à 7 % d'alcool aux titulaires de
permis de restaurants pour vendre, de bars, de clubs et d'épicerie, sans passer
par l'intermédiaire de la SAQ ou du timbrage. En d'autres termes, ce produit,
dont le taux d'alcool et le processus de fermentation sont pratiquement
identiques à celui de la bière, bénéficie d'une exemption, alors que les produits
des brasseurs doivent être timbrés. Il est également intéressant de se demander
pourquoi le vin, les spiritueux et la bière sont considérés comme représentant
une menace d'évasion fiscale justifiant l'imposition d'un système de contrôle
invasif, mais pas le cidre.
Par conséquent,
considérant que le timbrage est un mécanisme de contrôle inefficace, archaïque,
arbitraire et dont les résultats ne sont même pas mesurés, l'ARQ recommande une
abolition rapide et complète du timbre de droit, qui représente une nuisance
importante pour les restaurateurs comme les producteurs d'alcool. Nous vous
remercions de votre écoute et espérons que vous serez sensibles à notre
argumentaire. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je suis maintenant rendue à la période
d'échange et je cède la parole au ministre. La parole est à vous.
M. Skeete : Merci,
Mme la Présidente. Bienvenue. Bienvenue chez vous. Ça me fait plaisir de vous
recevoir en présentiel. C'est important
de... on le disait tantôt entre nous, là, mais c'est important de s'approprier
cette enceinte. Alors, merci d'avoir pris le temps de vous déplacer,
c'est apprécié.
Je comprends aussi
par votre présence que... On attendait M. Vézina, mais j'ai pu comprendre qu'il
a eu une bonne nouvelle, alors... nouvellement papa. Félicitations!
Souhaitez-lui mes félicitations.
Je voulais jaser avec
vous par rapport au contexte, surtout alcool, mais... Je comprends que
l'essentiel de votre mémoire porte sur les dispositions alcool, puis ça me fait
plaisir d'échanger avec vous sur ça, mais, avant qu'on arrive à l'alcool... le projet de loi n° 17,
ce n'est pas une loi qui fait juste de l'allègement réglementaire sur l'alcool,
ça touche plein de secteurs. Avez-vous d'autres commentaires qui
toucheraient la restauration, qui pourraient être intéressants à regarder par
rapport à de l'allègement potentiel? Je comprends qu'il faut jaser d'alcool,
mais est-ce qu'il y a d'autres sujets? Avez-vous eu le temps de voir quoi
d'autre on pourrait regarder, côté restauration, pour l'allègement en général?
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Bien, c'est sûr qu'il y a d'autres éléments qu'on
pourrait regarder. De notre côté, si on a décidé, ce matin, ce midi, de vous
parler de ceux-ci, c'est parce qu'on juge que c'est les plus prioritaires, c'est certain. Il y a d'autres
éléments dont on pourrait parler, que ce soit au niveau des crédits d'impôt pour
le partage des pourboires, etc. Il y a plein de choses, mais je pense que, vraiment,
ce qu'on veut faire aujourd'hui, c'est focuser sur ces enjeux-là.
On ne veut pas se
dissiper, on veut être bien concentrés sur ceux-ci, particulièrement le point
dont ma collègue Mme Tremblay a parlé, au niveau du timbre, qui est un irritant
qui est là depuis longtemps. Vous savez, ça fait cinq ans que je suis à l'ARQ,
je suis arrivé, puis on en parlait déjà depuis au moins 10 ans. Donc, c'est un
gros enjeu qui date depuis longtemps. On
pensait avoir fait un gros gain, quand je venais tout juste de rentrer à l'ARQ,
en 2018, avec le changement de loi. Malheureusement, bon, on a eu des
mauvaises nouvelles en 2020, mais on voit l'opportunité d'aujourd'hui de
pouvoir remettre ça sur la table puis, peut-être, là, faire les changements
qu'on n'a pas été capables de faire, là, auparavant.
M. Skeete : Le
timbre, là, le fameux timbre, là, ça existe pourquoi, selon vous?
M. Philippin
(Hugues) : Ça date de la prohibition, presque, ce timbre-là. C'est sûr
que c'est un outil qui a servi... On ne sait pas s'il nous a servis dans le
temps, mais actuellement, je pense qu'en 2018, à l'unanimité, l'Assemblée
nationale a décidé que c'était inutile et qu'elle allait l'abolir. Il a été
réinstauré parce qu'ils n'ont pas trouvé d'équivalent, mais l'équivalent pour
faire quoi, exactement, on ne le sait pas. Alors, c'était plus pour surveiller
que la bouteille soit bien achetée en succursale de la SAQ, plutôt que
d'acheter en Ontario ou acheter sur une tablette d'épicerie pour être vendue en
restaurant, mais il n'y a pas... ça n'empêche pas le transvidage de bouteilles,
ça n'empêche pas un paquet de choses. Si jamais quelqu'un voulait le faire, il
pourrait le faire. Donc, ce n'est pas un système qui a fait ses preuves
comme...
M. Malouin-Trudel (Laurence-Olivier) :
...
M. Philippin
(Hugues) : ...mécanisme de contrôle, exactement.
Mme Tremblay
(Dominique) : C'est sûr que ça prend un mécanisme de contrôle, on le
comprend très bien. C'est juste que la façon de faire avec le timbre, ça ne
fonctionne juste plus. Nous, on a des membres qui nous ont appelés
au fil des ans... Moi, ça va faire 17 ans que je suis à l'ARQ, donc, c'est
un dossier récurrent qui revient, puis j'aimerais bien, pendant ma carrière,
peut-être, que ce dossier soit réglé à un moment donné, mais...
En fait, c'est que oui, ça prend un mécanisme de
contrôle, mais c'est ça, les gens nous appelaient, puis ils nous envoyaient des
photos, ils recevaient des bouteilles timbrées, les timbres à moitié décollés,
deux timbres sur la bouteille, des choses comme ça, donc. Puis le restaurateur,
il a le fardeau sur lui de faire cette vérification-là en plus, sinon, s'il y a
un contrôle policier, bien, c'est lui qui se fait pénaliser, qui a des amendes,
qui se fait saisir les bouteilles, qui doit aller défendre son dossier, etc.
Donc, on comprend qu'il y a un mécanisme de contrôle, on pense juste que le
mécanisme de contrôle, là, il est dû pour être changé.
Puis, avec le module d'enregistrement des
ventes, il y a une façon de passer par achats-ventes, puis ça va être direct
avec le MEV Web, les données vont se rendre directement dans les serveurs de
l'État. Donc, on pense qu'il faut que ça change, là. C'est juste que le timbre,
ce n'est pas efficace, là.
M. Skeete : Puis, tu sais, précisément,
là, mettons, moi, je suis un restaurateur... Là, vous avez parlé d'inspection,
là. Ça arrive comment, là? Un policier va rentrer dans l'établissement puis...
bien, comment que ça se passe, ça?
M. Philippin (Hugues) : Il arrive,
il vérifie si les bouteilles ont des timbres, puis, si elles ont les timbres,
tout est beau. Alors, c'est... Des timbres peuvent avoir 15 ans. Moi, j'ai
des bouteilles de crème de banane qui ont 15 ans, le timbre est encore
dessus. Même si on nettoie, il peut s'effacer. Il est capable de lire encore
les chiffres. Si, malheureusement, il ne peut plus lire les chiffres, on doit
détruire la bouteille. Alors, c'est aussi ça, ce côté-là, qui est un peu
tannant, parce qu'il y a certains produits qui sortent vite, il y a d'autres
produits qui ne sortent pas vite, mais il n'y a pas de contrôle plus que ça. Et
je pense que, théoriquement, il pourrait aller vérifier dans les registres si
la bouteille a bien été achetée par mon établissement et non par un autre
établissement, mais je ne peux pas dire qu'ils le font, là. Honnêtement, ils
regardent, il y a un timbre : Ah! c'est correct.
M. Skeete : Puis vous en faites une
grande priorité. Combien de fois par semaine un policier va venir à votre
restaurant vérifier les timbres? Ça arrive-tu à tous les jours? C'est-tu une
fois par semaine?
M. Philippin (Hugues) : Ah! tous les
jours, non. Bien, au Québec, oui, mais, dans chaque établissement, peut-être
deux fois par année, quelque chose comme ça, mais c'est le contrôle constant
pareil, parce que, tu sais, le timbre... Nous, évidemment, on respecte la loi
puis on achète nos bouteilles à la SAQ, mais le timbre, ça ne fait pas foi de
ça, nécessairement, voyez-vous?
De toute façon, la SAQ, elle a le contrôle, elle
a le monopole sur la vente d'alcool au Québec, et puis on n'ira pas acheter une
bouteille en Ontario pour sauver 5 $. Puis, même, je ne pense même pas que
c'est intéressant au niveau des prix, alors
il n'y a pas de... il n'y a pas d'avantage pour exploiter une entreprise de
cette façon-là, honnêtement.
Mme Tremblay (Dominique) : C'est
juste que ça ajoute des tâches aussi aux restaurateurs que... tu sais, dans un
contexte de pénurie de main-d'oeuvre, on... Je sais qu'on en parle beaucoup,
mais c'est une réalité. On la vivait avant la pandémie. C'est encore pire
depuis la pandémie, comme d'autres industries aussi, maintenant, la vivent,
mais il y a un manque de personnel. Vous le voyez peut-être, vous-mêmes, des
fois, en allant au restaurant, que vous
n'avez peut-être pas un service aussi rapide, aussi... comme vous le voudriez
ou... parce qu'il y a un manque de personnel.
Là, on prend du personnel pour vérifier les
bouteilles quand les... la commande arrive dans l'établissement pour voir...
puis avant de les mettre... même les caisses, parce que la police va vérifier
si vous avez des caisses fermées, il a accès à tout ça, là, donc, ils ont accès
à tout. Ils vont aller vérifier, donc, avant de les mettre dans votre frigo au
froid, avant de... Puis, des fois, le timbre, il va tomber, il va se décoller,
mais le nettoyage fréquent... parce que c'est juste du papier, là, ce n'est pas
plastifié. Donc, tu sais, on nettoie, parce qu'il y a une obligation d'avoir,
tu sais, un contrôle des mouches à fruits aussi, ça fait qu'on nettoie les
bouteilles, etc. Le timbre va s'altérer avec le temps, à force du nettoyage,
alors qu'on fait un bon contrôle de notre inventaire, et tout ça.
Ça fait que, tu sais, c'est des petits
irritants, mais que... au bout de la ligne, avec le manque de personnel, c'est
des irritants de trop que les restaurateurs ne devraient plus avoir à gérer,
là. Ça devrait être d'un automatisme, plutôt que : est-ce que mon timbre,
il est là? Est-ce qu'il faut que je retourne à la SAQ? J'ai-tu le temps de
retourner à la SAQ pour le refaire retimbrer? C'est juste ça qu'on ne veut
plus, là.
• (12 h 30) •
M. Skeete : Puis, tu sais, vos membres,
eux, quand ils... Mettons, le policier arrive, puis là, tu sais, ça a
décollé... Vous avez combien de situations devant un juge, actuellement, avec
des restaurateurs? C'est-tu quelque chose qui est commun, qui est fréquent?
M. Philippin (Hugues) : J'ai
beaucoup d'anecdotes, par exemple, un client qui amène une bouteille de vin
pour un anniversaire, elle est non timbrée, parce que c'est le client qui l'a
rentrée dans le restaurant. C'est arrivé déjà qu'il oublie sa bouteille sur la
banquette. Le lendemain, il y a une inspection, ils trouvent la bouteille de
vin, puis c'est le restaurateur qui est fautif, parce que c'est une bouteille
de vin non timbrée qui se trouve dans l'établissement, ou, des fois, les
employés, avant la fermeture des dépanneurs, vont vite acheter de la bière, ou
acheter du vin, ou quelque chose, un spiritueux, ils vont acheter quelque chose
au dépanneur, ils rentrent ça dans le restaurant parce qu'ils
ne veulent pas le laisser dans l'auto au froid. On se retrouve en
contravention, à ce moment-là, aussi. Donc, c'est juste la présence du timbre
qui fait... qui nous met dans une situation qui peut être délicate. Puis ça
arrive, des situations comme ça, oui.
M. Skeete : Puis
tout ça, ça fait quoi, en termes d'impact judiciaire, là? On...
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : Bien, ce qu'il faut comprendre, c'est que,
souvent, nos membres ont la chance de tomber
sur des policiers qui ne sont pas zélés, qui ont une compréhension, comme le
cas que M. Philippin vient de mentionner. Donc, dans la plupart des cas,
nos membres vont bien s'en tirer. Ils vont nous appeler, ils vont dire :
Aïe! j'ai été chanceux, il est arrivé telle situation. Bien, qu'est-ce que vous
faites? Parce que, concrètement, c'est vivre avec une épée de Damoclès
au-dessus de la tête. Le contrôle des clients qui amènent un cadeau, parce
qu'ils ont réservé une salle, puis il y a une bouteille de vin, puis là il faut
qu'il y ait un contrôle policier. Il suffit d'un policier un peu plus zélé qui
va appliquer la loi comme elle est écrite, sans faire... sans utiliser le gros
bon sens, puis il va se retrouver, à ce
moment-là, avec un constat d'infraction. Maintenant, le plus simple, souvent,
c'est que plutôt que d'aller perdre du temps, c'est juste de payer
l'amende. On s'entend que, dans ces cas-là, ce n'est pas des suspensions de
permis directes, là, non plus, qui arrivent, donc il y a une gradation. Ça fait
que...
M. Philippin (Hugues) : ...la situation, il y a
eu une journée de suspension de permis. Ils ont dû sceller les alcools
dans la salle de bain pour être sûrs, avec des «tapes» pour ne pas qu'il puisse
les prendre, il y a eu une suspension d'une journée. Il a dû se présenter à la
RACJ, il a dû plaider sa cause. Ça lui a pris du temps, deux jours de travail.
M. Skeete : Bien,
ma question, c'est : Tout ça, là, à cause du timbre, ça arrive à quel
intervalle? C'est-tu quelque chose qui arrive une fois de temps en temps?
C'est-tu quelque chose qui arrive une fois par semaine? C'est quoi,
l'intervalle de vos membres qui...
Mme Tremblay
(Dominique) : ... excusez-moi, on n'a pas de fréquence nécessairement.
Je n'ai pas les chiffres maintenant, mais nous, on a des appels, souvent, à
propos de ça. Tu sais, les problèmes, au niveau, tu sais, du permis d'alcool,
c'est les timbres qui reviennent souvent. Les mouches à fruits, le contrôle est
des fois difficile aussi, même s'il y a des bouchons, même s'il y a des
protections. On a tous des mouches à fruits dans notre cuisine, cette année,
beaucoup. Donc, c'est les sujets qui reviennent le plus pour nous...
M. Skeete : Je
comprends.
Mme Tremblay
(Dominique) : ...mais, tu sais, je n'aurais pas de chiffre à vous
dire, en ce moment, il y a combien de cas qui sont devant la régie, ou des
choses comme ça, mais c'est parmi les causes les plus fréquentes, d'avoir des
constats d'infraction à gérer, là.
M. Skeete :
C'est dans le top, là.
M. Tremblay
(Dominique) : C'est ça, oui.
M. Skeete : OK.
Vous avez dit, dans votre demande n° 2, que... là, je vais juste le sortir
vite, vite... «permettre aux producteurs québécois de boissons alcoolisées de
vendre leur production directement au restaurant titulaire d'un permis de
consommation sur place, sans passer par le réseau de la SAQ».
Mme Tremblay
(Dominique) : Bien, en fait, c'est que ces distributeurs-là, ces
producteurs-là pourraient vendre leurs produits aux restaurants qui, eux, le
vendent, mais la majoration SAQ... Tu sais, la SAQ ne perdrait pas de l'argent
là-dedans. Tu sais, c'est ça qu'on veut rassurer. C'est juste qu'on... les
restaurateurs pourraient offrir un service de plus, que les gens peuvent se
procurer ces alcools-là sur place, puis des alcools, peut-être, qu'ils n'ont
pas accès à la SAQ, parce qu'il n'y a pas assez de tablettes ou ils ne
répondent pas à tous les critères, et tout ça. Donc, le restaurateur, lui, pourrait faire office de... comme un caviste en
France, finalement, il vend les bouteilles aux clients sur place, mais la SAQ
ramasse, tu sais, quand même sa majoration. Il y a... C'est des... peut-être
des ventes additionnelles, avec des taxes additionnelles qui rentrent
dans les coffres de l'État aussi, qui se font à ce moment-là.
Puis on donne la
chance aux producteurs d'ici d'être capables de vendre et d'écouler leurs
produits. On l'a vu, il y a beaucoup
d'entreprises qui se sont... qui ont ouvert, les dernières années, au niveau
distilleries, les microbrasseries, etc. Donc, leur donner la chance
aussi de vendre leurs produits plus facilement, bien, je pense, ça peut juste être un plus. Puis c'est une offre de
plus, intéressante, pour les restaurateurs, d'aller chercher aussi peut-être
des revenus supplémentaires. Tu sais, après la pandémie, ça a changé beaucoup,
puis c'est un peu difficile encore économiquement. Donc, c'est une autre façon
aussi de diversifier, dans le fond, son offre de ventes et de revenus.
M. Skeete : OK.
Ce n'est pas comme ça que je l'avais compris. Donc, vous, ce que vous
souhaitez, en fait, vous souhaitez devenir
un peu comme une succursale ou une... pas une succursale, mais, comme
l'épicerie, là, de vendre d'autres produits.
Mme Tremblay (Dominique) : ...de
distribution, un point de vente, là, oui.
M.
Skeete : Un point de vente, carrément, d'alcool. OK. Parfait. Sinon,
je ne sais pas, Mme la Présidente, si mes collègues ont des questions. Oui?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui, j'ai... il y a une de vos collègues...
M. Skeete : ...
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...le temps. Oui, parfait. Je vais céder la parole à la
députée de Hull.
Mme Tremblay
(Hull) : Oui. Alors, bonjour. Vous avez parlé, là, justement, bien,
tout... du problème, là, de timbrage. Bon,
vous avez dit, effectivement, qu'il y a... bon, il y a certains inspecteurs qui
sont plus zélés, puis ça amène certaines situations. Ça, je... on l'a
entendu puis on sait que c'est important pour vous, on voit que c'est un
dossier qui est prioritaire, mais je veux vous entendre sur, bon... Bon, c'est
un système de contrôle. Si on souhaite maintenir un certain contrôle, puis vous
en avez... vous avez même effleuré un petit peu la question en parlant du
système, là, MEV, là, mécanisme d'enregistrement des ventes. C'est quoi, votre
solution, si on veut maintenir un contrôle? Est-ce que vous y avez pensé plus
largement avec des propositions concrètes?
Mme Tremblay
(Dominique) : Bien, c'est sûr qu'on a fait des évaluations au fil du
temps puis on a essayé d'aussi penser à d'autres solutions qui seraient avec
ça, mais nous, ce qui nous apparaît le plus évident, c'est le module
d'enregistrement des ventes. Donc, c'est que les ventes aux clients sont
enregistrées, sont envoyées... parce qu'il y a une obligation de remise de factures
depuis des années. Donc, la vente qu'on fait au client est enregistrée, et, à
ce moment-là, bien, il y aurait un enregistrement des bouteilles achetées aussi
à la SAQ. On peut coupler les données puis que ça... on a les sorties, puis les
entrées, puis les sorties, et tout ça. Le mécanisme, il est là, donc ce serait
la façon la plus facile. Puis c'est un... le MEV, c'est un outil du
gouvernement, là, un outil de vérification fiscale du gouvernement. Donc,
utilisons-le dans... à cet escient-là aussi pour faciliter les choses, tout
simplement, là.
M. Philippin
(Hugues) : ...donc, si vous... Il faut dire la sorte de soupe du jour,
là. Donc, si on vend une bouteille de Tommasi, ça va être écrit bouteille de
Tommasi sur la facture, et c'est facile de voir, on a acheté du Tommasi, on a
vendu du Tommasi. Au net, on est à 1-1. Donc, il n'y a pas d'alcool qui a été
acheté ailleurs que par le réseau de la SAQ.
Mme Tremblay
(Hull) : Donc, pour vous, d'utiliser ce... d'améliorer ce système-là
pourrait être une façon...
M. Philippin
(Hugues) : Juste de l'exploiter à son plein potentiel, en effet, là.
Mme Tremblay
(Hull) : Ça pourrait être une des solutions que vous proposez pour le
moment à cela. Je vais revenir sur... oups! sur votre recommandation n° 3.
Pour tous ceux et celles qui nous écoutent puis qui sont peut-être moins
familiers avec, justement, qu'est-ce qui se passe, là, du côté de la France, tu
sais, vous avez dit : Bon, bien, comme le font les cavistes en France...
donc, juste nous expliquer un peu ce modèle puis comment vous vouliez que ça se
reflète ici, au Québec.
Mme Tremblay
(Dominique) : ...bien, je ne sais pas si tu veux parler du fait de...
Je peux y aller? OK. En fait, bien, les cavistes, c'est juste, dans le fond,
sur place, les gens peuvent acheter, en France, les bouteilles de vin qui sont
disponibles, puis effectivement ça devient comme un peu un point de vente, une
succursale. Donc, les gens n'ont pas besoin d'acheter un repas pour emporter
avec, ils peuvent acheter juste la bouteille, comme ils le feraient, bien, ici
au dépanneur, ou, tu sais, à l'épicerie, ou à la SAQ. Les restaurateurs
deviendraient des points de vente des ces produits-là, aussi, alcoolisés.
Donc, on croit
beaucoup que, tu sais, ça devrait évoluer de ce côté-là puis que ça offrirait
une belle opportunité. C'est du
donnant-donnant. On veut mettre les produits du Québec de l'avant, aider les
gens qui se partent des entreprises là-dedans, ça fait que c'est une
belle solution, une belle occasion. Puis, comme mon collègue le disait dans sa
présentation, il y a des sondages qui ont été faits à propos de ça, puis les
gens, la population souhaite que ce soit possible de le faire, d'acheter, bien,
notamment du vin, là, directement auprès du restaurant. Des fois, ils ont des
produits de niche, ils ont des produits d'importation privée qu'il n'y a pas
nécessairement à la SAQ. Ça fait que c'est de pouvoir acheter ces produits-là
directement, sans que ce soit parce qu'on a mangé sur place ou parce qu'on
achète un repas pour emporter. Donc, c'est ça qu'on veut, qu'il y ait une
évolution, là, de ce côté-là.
M. Philippin (Hugues) : Si je peux
ajouter, c'est qu'en étant titulaire de permis on a déjà passé toutes les étapes de vérification de... pour être sûr qu'on
a... ce privilège-là nous est donné puis qu'il y ait quand même un contrôle.
Donc, en ayant ce permis-là, on est déjà... on vend déjà de l'alcool, mais on
le vend dans des... sur place, maintenant pour emporter, sur certains produits,
mais pas encore... Par exemple, on ne peut pas vendre de spiritueux, on ne peut
pas vendre de certains autres produits.
Donc, ce serait le fun d'extensionner ça pour qu'on puisse offrir un peu cet
éventail de produits là. Souvent,
c'est des produits plus nichés, des spécialisations, des... que le restaurateur
connaît particulièrement parce qu'il vient, disons, d'une région de la
France, puis il veut vendre des produits de son endroit. Donc, ça permet vraiment d'aller offrir un produit qui est particulier aux
consommateurs, tout en... en complément à la SAQ, qui aura plus le... donc un
éventail plus volumineux. Bien là, on aurait des produits de spécialité.
• (12 h 40) •
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je vais céder la parole au
député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bien, écoutez, votre première recommandation, je pense, ça va de
soi. Dans les plus brefs délais, c'est tout à fait normal. Je pense que ça fait
partie, effectivement, donc, d'une efficacité. La vente aux restaurateurs... de
vendre de la production directement aux restaurants titulaires de permis de
consommation sur place, sans passer par la SAQ, comme vous l'aviez expliqué, ça
se fait déjà ailleurs, dans d'autres juridictions, juste à côté, là. Donc, ça,
c'est une mise à jour qui serait tout à fait normale, selon moi. Sur votre recommandation n° 3, j'ai
une question. Selon vous, là, quelle est l'opinion de la Société des alcools
là-dessus?
M. Philippin (Hugues) : ...on sait
par... on le sait parce qu'on a eu des rencontres qu'ils sont en faveur, mais
ils se gardent une gêne, là, avant de se prononcer publiquement là-dessus, oui.
M. Malouin Trudel (Laurence-Olivier) : ...ce
qu'il faut comprendre, c'est qu'au niveau de la SAQ, c'est des énormes coûts
opérationnels, ça. On a des données, là, du passé prépandémique, là, qu'il y
avait un coût de 6 millions pour administrer ce programme-là de timbrage,
en opération, en manipulation, en timbres, etc. Donc, c'est sûr que c'est des
sommes qui pourraient être investies à bien meilleur escient, si on perdait ça.
Donc, c'est sûr que, pour eux, c'est une
bonne chose, c'est... Ma collègue le mentionnait, bien, la question de... la
bouteille n'est pas disponible dans la SAQ, qui timbre, donc je l'achète
ailleurs, je viens avec ma bouteille, je la retourne, on me rembourse, je la
réachète dans la... dans cette SAQ-là parce qu'ils timbrent, c'est d'une
inefficacité opérationnelle que la SAQ conçoit
également. Donc, je pense qu'eux aussi, là, ils trouveraient leur compte puis
auraient des gros avantages avec ça, là.
M. Beauchemin : ...c'est
intéressant, parce que ça me rappelle que j'ai eu une question à Mme Dagenais,
justement, à savoir combien coûtait l'opération timbrage pour la SAQ, et j'ai
eu une partielle de réponse et non la réponse complète. Elle m'a dit que
c'était 2 millions de dollars, mais...
Mme
Tremblay (Dominique) : Ça a peut-être changé, mais, dans le temps, il y a
quelques années, ça tournait autour de ça.
M. Beauchemin : Non, mais c'est
parce que... c'était vraiment la simple application du collant, OK?
Mme Tremblay (Dominique) : OK, oui.
Oui, il y a toute l'opération autour, là.
M. Beauchemin : Tout le reste coûte,
évidemment, beaucoup plus cher. Bien, écoutez, je suis content de voir les
questions du gouvernement, parce que je pense que vous prenez pouls du fait
comme quoi c'est important. Parce que le plus gros gorille dans la pièce, qui a
été totalement ignoré dans ce projet de loi là, bien, c'est effectivement le
timbrage. Puis c'est quelque chose qui date du Moyen-Âge, on en a parlé. Vous
avez un allié en moi, ça, c'est sûr et
certain, parce que l'époque de... justement, de la contrebande, puis toute
cette histoire-là, ça n'existe plus, comme, pour l'alcool, ça n'existe
pas, les gens ne font pas confiance à des produits qui ne sont pas avec un
sceau de qualité. Et donc il y a plusieurs façons de moderniser, tout en
conservant le sceau de qualité. Et donc c'est difficilement...
mais je ne veux pas vendre la mèche sur mes prochaines questions, mais c'est
difficilement comprenable pourquoi qu'on ne veut pas avancer là-dessus.
Bien, j'ai trouvé ça fascinant, votre
question... votre point, tantôt, quand vous aviez dit qu'il n'y a aucun
document qui a été fait au ministère du Revenu pour quantifier, dans les
10 dernières années, ce que potentiellement aurait pu être cela. Est-ce que vous pourriez me donner un petit peu
plus de couleurs? Parce que, ça, je prends des notes, là, c'est une
période de questions qui s'en vient, là.
Mme Tremblay (Dominique) : Bien,
c'est sûr que nous, tu sais, on voulait avoir les données, parce que c'est sûr
qu'on aime ça, avoir les justificatifs de pourquoi une méthode est utilisée. On
comprend s'ils disent : On sauve x millions en évasion fiscale, et tout
ça. OK, ça justifie peut-être, mais là on... tu sais, nous, on trouve que ces
données-là sont importantes à connaître pour justifier un système qui... ça ne
balance peut-être plus, puis qui occasionne une dépense supplémentaire au
gouvernement ou une dépense trop grande au gouvernement, puis qu'il pourrait y
avoir des changements significatifs à ce niveau-là, là, donc.
M. Beauchemin : Donc, ce que vous ne
dites pas mais que je comprends, c'est que, finalement, ce n'est peut-être pas ça, la vraie raison pour laquelle le
timbre du Moyen-Âge existe encore, là. Donc, quels seraient, selon vous, les autres éléments motivateurs qui pourraient
justifier qu'on garde encore une époque lointaine comme modèle d'affaires?
Mme Tremblay (Dominique) : C'est sûr
que, comme on disait, ça reste un mécanisme de contrôle que... Ils veulent... C'est sûr que le gouvernement veut un
mécanisme de contrôle. C'est sûr, un timbre, c'est visuel. Puis peut-être
aussi... C'est sûr que le but, notre but, nous, ce n'est pas que les
restaurateurs aillent s'approvisionner au dépanneur puis
à l'épicerie puis passent par d'autres réseaux. Les réseaux d'approvisionnement
vont rester les mêmes. Donc, il y a ça aussi, que c'est sûr que le timbre, ça
montre que c'est acheté auprès des réseaux dédiés à la restauration, à
l'hôtellerie, etc., mais, en passant par le MEV, les mêmes choses peuvent se
faire, et tout ça, puis ça va être très clair à
nos restaurateurs que le... vos points d'approvisionnement restent les mêmes.
C'est les... bien, les brasseries, les grands... les brasseurs, les
microbrasseries, la SAQ, les agences d'importation privée, ça va être les mêmes
points d'achat, là. Donc, ce n'est pas dans un but d'aller acheter à l'épicerie
ou au dépanneur, là.
M.
Beauchemin : Non, puis c'est clair pour plusieurs raisons, mais la
raison principale étant... ça revient encore au sceau de qualité puis de
contribuer de façon tout à fait équitable, comme l'ensemble des entrepreneurs
québécois, à l'essor de notre économie. Donc, en ayant une facture plus élevée
en l'achetant à la SAQ en tant que restaurateur, versus un individu, bien,
évidemment, vous contribuez... Puis c'est ça qui est incroyable, c'est que la
motivation d'agir ainsi, elle est présente. Donc, étant donné qu'il y a des
codes-barres, étant donné que le MEV existe, étant donné que la solution
apparaît tellement évidente, j'essaie de comprendre encore : Bien, qu'est-ce
qui bloque? Parce que, dans le fond, tu sais, tout est là pour que ça
fonctionne, puis, en plus, ça a été voté en 2018. Ça fait que pourquoi qu'il y
a eu ce recul-là, selon vous, en 2020?
M. Philippin
(Hugues) : En fait, nous, on a eu beaucoup de représentations,
justement, avec la RACJ, et puis les personnes, les entités qui s'opposent à
l'élimination du timbre sont la RACJ. Parce qu'ils n'ont pas d'inspecteurs, ils
financent la SQ pour faire les inspections. La SQ, elle ne veut pas commencer à
fouiller dans les MEV. Donc, ça permet à la SQ de continuer d'inspecter et
répondre aux... à la demande de la RACJ pour vérifier si les restaurants sont
conformes à la loi.
M. Beauchemin :
Ce que vous me dites, ça me
dépasse, parce qu'on parle de simplement faire un entraînement d'une
heure pour montrer aux inspecteurs que, voici, ça, c'est ton MEV, tu rentres
ton truc dedans, puis là tu vas avoir tout le data qui va être sur ton
cellulaire. Ça prend... C'est fait comme ça en Californie, donc je ne comprends
pas pourquoi qu'on n'est pas capables de le faire ici, c'est... Pour moi, ça me
dépasse, j'ai de la misère, mais ça me fait croire que c'est parce que,
finalement, il y a des chasses gardées dans plusieurs ministères qui font en
sorte que, bien, on ne veut juste peut-être pas se parler. C'est-tu ça, selon
vous?
M. Malouin Trudel
(Laurence-Olivier) : ...honnêtement, on ne sait pas. En 2018, on
n'était pas non plus au même endroit, on était avec le MEV. Donc, c'était la
version originale du MEV, qui était le MEV physique. Puis ce qui avait été
beaucoup discuté, c'était une méthode de remplacement qui demeurait mécanique,
donc, plutôt qu'un timbrage physique, une
gravure à la bouteille, etc., puis la technologie n'était pas disponible. Donc
là, dans les deux années qui ont suivi, on n'a pas été capables de
trouver... le gouvernement ou peu importe, là, personne n'a réussi à trouver
une solution qui allait pallier à ce mécanisme-là.
Par contre, là, on
est rendus en 2023, puis le MEV 2.0., donc le module qui va être Web,
arrive et, lui, va nous donner davantage de possibilités, je pense, pour aller
de l'avant avec ça. Donc, est-ce que ça, ça peut être une piste d'explication?
Peut-être, je ne sais pas, je ne suis pas dans le secret des dieux, mais peut-être
que c'est ça.
Mme Tremblay
(Dominique) : ...plus de raison de ne pas aller de l'avant puis de
changer, de rentrer dans l'ère de la modernité un peu. Tout est là pour passer
à autre chose. Donc, c'est important de ce côté-là.
Puis aussi je voudrais
ajouter un petit quelque chose. Si je ne me trompe pas, maintenant, les
microbrasseurs sont tenus responsables aussi
en cas de... s'il n'y a pas le timbre sur la bouteille. Avant, le restaurateur
était entièrement responsable, c'était à lui de se défendre. Et là on a
entendu... je pense que, dernièrement, les policiers commencent aussi à
vérifier puis à tenir responsables, là, les microbrasseurs, là. Donc, ça
s'étend à cause du timbre, là. Donc, c'est ça, le mécanisme de vérification, il
y a une belle solution qui est en place, il s'agit de l'adapter, changer. Oui,
c'est du changement, ça demande de l'analyse puis des efforts, de passer à une
autre méthode, mais c'est là. Donc, pourquoi ne pas le faire, tout simplement?
M.
Beauchemin : Puis étant donné la fragilisation de votre industrie dans
les dernières années... Puis je comprends les questions du ministre délégué, à
savoir, bon, OK, correct, la fréquence, combien de fois ça arrive que la police
débarque, etc., etc., mais on parle de, quand même, une valorisation du terroir
québécois. On parle à un employeur qui est
dans toutes les régions du Québec. Dans les 17 régions économiques du
Québec, il y a des restaurateurs. Donc, ça m'apparaît d'une évidence
claire que de simplifier la chose, dans un contexte où est-ce que, justement,
on veut alléger le fardeau administratif, passer à la version 2.0 devrait
être la solution tout à fait logique, mais des fois ce n'est pas tout le temps
comme ça.
Puis j'ai une
question pour vous, peut-être qui va être... qui va revenir un petit peu... un
facteur historique, pour ceux qui ont peut-être suivi le dossier, là :
Pourquoi, selon vous, il y a une exemption pour le cidre?
• (12 h 50) •
Mme Tremblay
(Dominique) : Je ne le sais pas.
M. Philippin
(Hugues) : ...le cidre, c'est une chose, il y a... les timbres de la
bière, c'est une autre, c'est un timbre
générique, il n'y a pas de numéro attitré à chaque restaurateur, donc, c'est un
numéro générique pour le producteur. Donc, il y a deux inventaires de
bière, un pour la vente au détail, un pour la restauration. Les vins, c'est une
autre chose. Alors, c'est un peu mêlé, tout
ça, là, il y a plein d'exceptions puis de particularités, là, qui se sont
rajoutées et...
Mme Tremblay (Dominique) : ...aussi,
c'est un produit qui est moins couru, moins vendu, il y a quelques années,
mais ça, c'est un autre beau produit qui
s'est développé aussi puis qui a une plus grande offre. Ça fait que, peut-être,
la méthode, à ce moment-là, d'assujettir ces produits-là, ça ne valait
pas le coup. Donc...
M. Beauchemin :
Bien, Mme Tremblay, je vais vous féliciter, parce que vous pointez
dans la direction de la réponse que je
savais, mais la réalité, c'est que c'est une erreur historique. Donc, il y a eu
un oubli, au Moyen-Âge, mais, de par
la suite, ça ne fait que... ça n'a été que répété de par projet de loi par
projet de loi par la suite. Et donc, malheureusement, on en est rendus
là, donc.
Bien, il y a quand
même une effervescence du cidre des glaces depuis plusieurs années, et donc
c'est un produit qui est en demande dans plusieurs restaurants à tendance
française. Avec un foie gras, il n'y a rien de tel qui peut bien aller avec ça. Donc, je peux comprendre que ça peut créer
problème, mais... Bien, on parle d'efficacité, c'est probablement le
gorille le plus énorme de la pièce, qui a été abandonné dans... oublié, si on
peut dire, dans ce projet de loi là.
Je
suis heureux de vous avoir entendus puis je suis heureux d'avoir entendu mes
collègues poser des questions sur le
timbre. Puis j'espère, ça va faire du chemin, parce que c'est essentiel pour
l'industrie, pour votre association, d'aller de l'avant avec cette
recommandation extrêmement importante. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole au député de
Maurice-Richard.
M. Bouazzi :
Merci, Mme la Présidente. Combien j'ai de temps? Excusez-moi.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Bouazzi :
Je vais aller vite. Merci beaucoup d'être ici pour participer à cet
exercice démocratique. C'est un exercice
important, et vous représentez des institutions économiques et, je dirais,
culturelles et sociales importantes de notre tissu social au Québec. Ça
fait que merci d'être là et de nous partager quelques-unes de vos
recommandations.
Je
vous ai entendus, évidemment, avec beaucoup d'attention. J'ai aussi eu la
chance de rencontrer des personnes représentantes de votre association,
et donc... auparavant, et d'être sensibilisé à ce que vous dites. Évidemment,
je pense que, pour les gens qui nous
écoutent, on ne peut que ne pas comprendre, en fait, pourquoi est-ce qu'il y a
encore ce timbre, hein? Une décision à l'unanimité de l'Assemblée
nationale, historiquement, toutes sortes de bonnes raisons d'avoir le timbre,
des taxations différentes, la prohibition, effectivement, toutes sortes de
choses qui ne sont plus du tout d'ordre
aujourd'hui. Une numérisation des systèmes de facturation, une obligation de
donner des factures, et donc la possibilité, de toute façon, de valider
toutes sortes de choses d'une manière beaucoup plus efficace.
Un coût exorbitant
pour toutes les petites PME que vous représentez et, évidemment, pour notre
société d'État à la SAQ. Ça fait que j'espère que le ministre ici présent a
pris des notes. Et puis j'espère peut-être qu'il a trouvé un groupe qu'il
aurait pu inviter pour défendre ce timbre, parce que j'ai l'impression qu'on va
ou avoir des gens qui n'ont pas d'avis,
parce que ça ne les touche pas, ou avoir des gens qui sont contre. Et j'espère
que cet exercice démocratique va être utile pour bonifier le projet de
loi.
Donc, c'est une
longue introduction pour vous dire que je ne vais pas répéter, évidemment, tous
vos arguments, mais peut-être aller dans un endroit... Je sais qu'il y a des...
parce qu'il y a des microbrasseries pour qui, effectivement, c'est beaucoup de
complexité pour pas grand-chose, qui, elles, vendent leur bière au même prix,
en fait, dans les dépanneurs, et puis à vos
restaurants, et donc... Mais je sais qu'il y a des grosses compagnies, en fait,
qui... des gros brasseurs qui ne vendent pas le même prix, en fait.
Est-ce que vous pensez qu'il y a peut-être une raison? Est-ce que vous pensez
que les grosses compagnies sont avantagées, peut-être, par ce... Pour elles,
c'est important? On essaie de trouver
quelqu'un pour qui c'est important. Est-ce que, pour elles, c'est important de
vous vendre de la bière plus chère, par exemple?
Mme Tremblay
(Dominique) : C'est sûr que les grands brasseurs, bon, ils ont le
timbrage des bouteilles automatique. C'est plus un code qui est mis sur la
bouteille, là, ce n'est pas un timbre papier. Dans ces cas-ci, c'est sûr qu'il
y a... Leur justification du prix différent de vente, c'est qu'il y a la
manipulation. Puis justement, le timbre, le
système de timbre, ça leur ajoute une étape, eux autres, dans leurs ventes, et
tout ça. Bien, c'est des caisses différentes, c'est un réseau de
distribution différent. C'est sûr, il y a la manutention. Souvent, ils vont à
l'établissement, le chauffeur va prendre et ramener des bouteilles vides, etc.,
donc. Bien oui, ça fait effectivement un prix de vente différent. Et une des
raisons évoquées par les grands brasseurs est ce... bien, le timbrage est une
étape de plus pour eux, là, dans le travail.
M. Bouazzi :
Ça fait que j'espère que le... encore une fois, que le ministre a trouvé
quelqu'un avec... qui serait d'accord avec ce timbre. Bien, moi, je résume.
Nous, on est un parti du parti pris, hein? On prend le parti pris des
locataires qui ont du mal à se loger, on prend le parti pris des PME, des
réseaux de restauration, des microbrasseries, de la société d'État, de la SAQ,
qui, j'espère, espère économiser le 7 millions, n'est vraiment pas à celui
d'énormes compagnies qui font des gains énormes et qui sont capables d'imposer
ou de profiter de cette législation qu'on a du mal à comprendre. Ça fait que
j'espère que le gouvernement n'a pas juste pris le parti pris d'énormes
brasseries, est contre, en fin de compte, parce que c'est ça que c'est, en fin
de compte, celui des petites PME que vous représentez ou des microbrasseries
qu'on aura la chance d'écouter bientôt. Ce sera tout pour moi, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Je vous remercie, chers invités, pour
votre contribution à nos travaux.
La commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures.
Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 12 h 57)
(Reprise à 15 h 01)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses
travaux. Je demande à toutes les personnes de la salle de bien vouloir éteindre
la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 17, Loi modifiant diverses
dispositions principalement aux fins d'allègement du fardeau réglementaire et
administratif.
Cet
après-midi, nous entendrons les témoins suivants, soit la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, Spiritueux Québec, l'Association des
microbrasseries du Québec et l'Union québécoise des microdistilleries.
Je souhaite
maintenant la bienvenue à la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante.
Je vous rappelle que vous avez 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Fédération canadienne
de l'entreprise indépendante (FCEI)
M. Vincent
(François) : Merci, Mme la Présidente. Mme la Présidente, M. le
ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour. Je suis François Vincent, je
suis vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l'entreprise
indépendante.
La FCEI, qui est le plus gros groupe de PME au
pays, compte 97 000 membres au Canada et 21 000 membres au
Québec. Nous vous remercions de nous recevoir aujourd'hui dans le cadre des
consultations du projet de loi n° 17, un projet de loi qui tient à coeur à
notre organisation et qui fera une grande différence pour les petites et
moyennes entreprises québécoises.
Vous savez, Mme la Présidente, cela fait
15 ans que nous avons priorisé l'allègement réglementaire à la FCEI. Le
poids de la paperasserie figurait toujours parmi la tête de liste des
préoccupations de nos membres. Donc, on a décidé dans... à l'époque, de
documenter, analyser, comparer les présentes... les provinces, dis-je. Depuis,
toutes les provinces ont pris des actions, comme la province de Québec, avec à
sa tête le ministre Skeete qui démontre un grand
leadership sur la question, notamment avec ce projet de loi n° 17. Puis,
au nom des PME du Québec, je le remercie. Notre implication est importante aussi au Québec. Je copréside, avec M.
le ministre, le comité-conseil sur l'allègement administratif et
réglementaire du gouvernement du Québec.
Maintenant, avant d'aller dans le détail des
dispositions, je tiens à décrire pourquoi diminuer le fardeau administratif et
réglementaire fait une différence pour les PME. D'abord, le temps pour remplir
les formulaires, faire les suivis est lourd à porter pour les petites
entreprises et, en plus, l'enjeu est inversement proportionnel à la grandeur de
l'entreprise.
Vous savez, les entreprises canadiennes de moins
de cinq employés consacrent annuellement, en moyenne, 165 heures par
employé pour se conformer à la réglementation, tandis que celles de
100 employés et plus consacrent 17 heures
en moyenne. Considérant que 53 % des entreprises ont moins de cinq
employés au Québec, c'est une donnée qui parle. La lourdeur de la paperasse a
aussi un impact sur le moral de nos entrepreneurs. Ce sont 87 % des chefs
de PME qui affirment que le fardeau administratif et réglementaire
engendre un stress significatif dans leur vie. Ce sont trois dirigeants sur
cinq qui vont même jusqu'à déconseiller à leurs enfants de se lancer en
entrepreneuriat en raison de la charge administrative et la paperasserie qui y
est associée.
L'enjeu prend de l'ampleur avec la pénurie de
main-d'oeuvre qui frappe particulièrement le Québec. Entre avril 2023 et avril
2019, c'est 50 % plus de postes vacants qu'on a au Québec. Selon les
données les plus récentes de la FCEI, c'est
60 % des PME québécoises qui sont en situation de pénurie de
main-d'oeuvre, plus précisément 43 % qui n'ont pas tous leurs
employés pour juste fonctionner et 17 % qui n'ont pas tous les employés
pour pouvoir prendre de l'expansion.
Les impacts, là-dedans... Bien, d'abord les
impacts financiers. On a fait une étude qui démontre qu'il y a
11 milliards de dollars de pertes pour les PME, en 2022, mais il y a
aussi le temps, le temps qu'on ajoute aux charges déjà lourdes des dirigeants
de PME. C'est le premier impact qu'ils nous disent, à 72 % des dirigeants,
en situation de pénurie de main-d'oeuvre, c'est : Je travaille plus
d'heures sur mon entreprise. Puis on a calculé cette charge de travail là, puis
ça représente 60 heures par semaine pour un dirigeant de PME au Québec.
Mme la Présidente, c'est l'équivalent d'une semaine de huit jours, puis une
semaine de huit jours, bien, ça existe dans les... dans le répertoire des
Beatles puis ça existe dans la fiction, mais ça n'existe pas dans la réalité.
Dans la réalité, c'est un frein majeur pour les
PME québécoises, comme le démontrent également, mois après mois, les données de... baromètre des affaires,
qui démontrent qu'au Québec les deux principaux facteurs qui entravent la
capacité d'augmenter des ventes et la production sont les pénuries de
main-d'oeuvre qualifiée et non qualifiée. Donc,
le projet de loi n° 17 améliorera la vie des propriétaires d'entreprise,
va favoriser la compétitivité, la croissance, l'innovation des PME et
générer des économies très attendues pour les entrepreneurs.
Mme la Présidente, le
projet de loi n° 17 comprend 41 mesures qui généreraient des
économies nettes, selon l'analyse d'impact
réglementaire, de près de 12 millions sur deux ans pour les
118 000 entreprises de 12 secteurs visés.
Plus spécifiquement, maintenant, sur le projet
de loi, la FCEI tient d'abord à saluer les mesures relatives au secteur de la
construction, notamment l'harmonisation des normes de construction et de
sécurité des bâtiments. C'est 63 % des PME du secteur de la construction,
selon nos données, qui vivent le manque d'employés. Donc, simplifier leur vie avec le code unique, c'est une bonne
voie, puis, en plus, c'était demandé depuis longtemps par les acteurs du milieu.
Nous accueillons favorablement aussi les
dispositions visant à simplifier la vie des producteurs d'alcool et la
distribution de leurs produits. Je cite particulièrement la suppression de
l'exigence, pour les détenteurs de permis de brasseur, de producteur artisanal
de bières de production, de marquer les contenants alcoolisés qu'ils fabriquent
lorsqu'ils vendent sur les lieux de fabrication, l'allègement par rapport à ça.
Sur un même ordre d'idée, la FCEI invite les
parlementaires à analyser la possibilité de réintégrer dans le projet de loi
les dispositions qui avaient été mises dans le projet de loi n° 170, en
2018, pour abolir les timbres pour l'alcool vendu dans les établissements, tels
les bars, les brasseries et les restaurants. C'est un changement qui n'a jamais
vu le jour. Malheureusement, ça n'a jamais vu le jour, puis c'était salué par
tous les acteurs économiques du milieu. La FCEI précise que d'autres provinces
ont déjà mis en place des systèmes codes barres, puis on ne voit pas pourquoi
ce ne serait pas possible d'intégrer une solution technologique, d'autant plus
que toutes les entreprises visées doivent se doter d'un module d'enregistrement
des ventes.
Nous soulignons aussi la réduction de la
bureaucratie associée à l'obligation de la formation des entreprises, grâce à
l'abolition de la déclaration de formation. C'est 71 % de nos membres qui
disent que la réduction des coûts des entreprises est le meilleur moyen de les
aider à investir en formation, donc alléger le fardeau administratif pour ces
entreprises visées là, ça va dans la bonne direction.
En somme, nous vous encourageons fortement à
adopter ce projet de loi. Maintenant, nous sommes très heureux d'avoir entendu le ministre être ouvert aux suggestions, pour le
prochain omnibus, en allègement réglementaire. Nous vous invitons à
prendre en considération nos recommandations dans notre mémoire, notamment
faire de la Politique gouvernementale sur l'allègement réglementaire et
administratif une loi, aussi de revoir la définition de la méthodologie pour
calculer le un pour un, c'est-à-dire la mesure pour réduire d'autant le coût ou
les formalités d'une nouvelle formalité administrative qui est créée. Mais
actuellement, si l'obligation n'est pas incluse dans une formalité faite par le
ministère, ce n'est pas considéré comme étant une formalité administrative,
mais, dans les faits, ça crée de la paperasserie pour les PME.
Puis aussi, bien, on vous invite à abolir la Loi
des décrets de convention collective, la LDCC. C'est une loi unique en Amérique du Nord qui ajoute une lourde
paperasserie mensuelle puis une taxe sur la masse salariale supplémentaire
pour certains secteurs puis certaines régions du Québec. Pour être plus précis,
ce sont 10 240 entreprises qui sont assujetties,
sur un total de 274 296 entreprises avec employés au Québec. C'est
3,7 % des entreprises qui sont assujetties. Cela pourrait faire
partie du prochain omnibus, certes, mais pourquoi attendre? Nous vous invitons
fortement à vous pencher dès maintenant sur la question.
• (15 h 10) •
Hier, on a dévoilé une étude, puis les résultats
sont choquants puis parlent d'eux-mêmes. La FCEI a sondé seulement les chefs de
PME du Québec qui sont assujettis à la loi... décrets de convention collective,
puis c'est 64 % qui demandent son
abolition. L'étude illustre aussi que 67 % déclarent qu'elle occasionne
une augmentation du fardeau administratif et réglementaire de leur
entreprise. Ce sont 75 % des propriétaires de PME assujettis qui ne voient
aucun avantage de cette loi, aucun.
Je profite de
cette tribune pour vous déposer 1 500 pétitions signées par des
dirigeants d'entreprises assujetties qui demandent de tenir un vote sur la
pertinence des comités paritaires ou tout simplement d'abolir la loi. Cela
représente 15 % des entreprises assujetties qui ont signé notre pétition,
15 %. Avec les résultats de notre étude et le nombre de pétitionnaires,
qu'on ne vienne pas me dire que cette loi et le lien de confiance entre le
régulateur et les assujettis ne sont pas
brisés. Saisissez l'occasion, dès maintenant, d'en parler et de faire des
changements significatifs pour nos PME.
Merci, Mme la Présidente. Je vais être prêt à
échanger avec vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M.
Skeete : Merci, Mme la Présidente. J'espère que tout le
monde a bien mangé. Je vous écoute, M. Vincent, puis on apprend à se
connaître, on fait des échanges souvent, on jase souvent. La FCEI est un
partenaire important pour la réduction du fardeau administratif pour le
gouvernement du Québec. Je vous applaudis pour ce travail-là.
J'aimerais... Bien, en fait, avant de poser mes
questions, je sais que le temps est limité, 10 minutes. Ce n'est pas
beaucoup pour exposer l'énoncé. Est-ce que vous vous souhaitez ajouter d'autres
choses par rapport à vos documents que vous
soumettez ici aujourd'hui? J'aimerais vous permettre l'occasion de le faire, si
c'est quelque chose que vous souhaitez faire. Je ne veux pas que vous
vous sentiez bousculé dans votre présentation.
M. Vincent (François) : Bien, on a
été assez clairs sur le mémoire. Tu sais, il y a plein de modifications qui
sont positives, notamment sur les concours aussi, on est encore uniques au
Canada, on allège ici. Il y en a pour le secteur
agricole, les marchés publics. Bon, on a vraiment détaillé l'ensemble des
dispositions puis on incite fortement les parlementaires à aller de
l'avant.
Puis l'exercice est
superimportant parce que... puis votre rôle aussi, en tant que ministre, parce
que l'allègement réglementaire, c'est aussi
assurer la meilleure gestion possible. Comment on peut faire mieux? Comment
on peut alléger? Est-ce que... Tu sais, souvent, on peut être... tendance à
avoir un problème, puis, ah, on va mettre une nouvelle loi, on va mettre un
nouveau règlement. Mais, après ça, ça s'accumule, ça s'accumule, ça s'accumule.
Mais là ça permet vraiment à l'appareil
d'État d'être agile puis d'apporter des changements positifs pour les
entrepreneurs. Puis ça, bien, je pense que c'est un projet de loi qui
est important puis qui doit être salué.
M.
Skeete : Puis, dans les discussions et les rencontres qu'on
a, la table qu'on partage, qu'on copréside, il y a combien de joueurs?
C'est qui qui est là, sur cette table-là, pour discuter des enjeux puis qui
nous aide à nourrir les réflexions sur l'allègement réglementaire?
M. Vincent (François) : Bien, le
comité-conseil est composé par moi puis vous. Il y a les organisations les plus
représentatives du secteur, il y a le Conseil du patronat, il y a la Fédération
des chambres de commerce, il y a les Manufacturiers Exportateurs, je pense, il
y a nous, il y a aussi le Conseil québécois du commerce de détail, parce que le
plan d'action précédent visait le commerce de détail, puis, après ça, il y a
des sous-ministres de différents secteurs, puis ça permet d'avoir un échange
constructif pour voir comment faire mieux, comment adapter.
Donc, ça, je pense que c'est un des comités qui
fonctionne bien pour voir comment on peut améliorer les choses puis fonctionner
de façon constructive. Je pense que c'est une bonne façon aussi d'aller
chercher le pouls des entrepreneurs parce que chaque association a leur
membership. Mais également vous aviez mis en place la boîte à suggestions qui permet à n'importe quel entrepreneur
ou groupe d'entrepreneurs de faire une suggestion live, pendant qu'on se parle,
puis c'est analysé par vos sous-ministres, puis, après ça, ça fonctionne, puis
ça travaille dans la machine, donc ouvert à l'amélioration continue.
Donc, vraiment, ça, c'est excellent.
M. Skeete : Une des premières choses
que j'ai faites, lorsque j'ai pris la présidence de ce comité-là avec vous,
c'était d'augmenter la fréquence à deux fois par année. On a eu des discussions
récemment, et c'est quoi, la... c'est quoi, l'élément que vous souhaitez
retrouver dans le projet omnibus? Si jamais on ne réussit pas à faire tous les
changements qui se retrouvent dans votre mémoire aujourd'hui, c'est quoi,
l'orientation qu'on devrait se donner pour les prochains projets de loi?
M. Vincent
(François) : Bien, si on considère que vous réglez la question
des comités paritaires dans celui-ci, en proposant tout de suite des
amendements pour abolir la loi ou plusieurs décrets ou, minimalement, pour les
assujettir à la loi de l'accès à l'information... On a demandé des
informations : Non, on n'est pas assujettis à la loi d'accès à
l'information. Heille! Tu prends des décisions pour des assujettis, tu as une
force de régulateur puis tu n'es même pas assujetti à la loi de l'accès à l'information?
C'est un non-sens, c'est complètement un non-sens.
Je pourrais continuer aussi là-dessus. Tu sais,
il y a certains secteurs, là, il y a neuf entreprises visées, sept... sept pour
les décrets de la... matériaux de construction, neuf pour décret... des déchets
solides. La plupart ont moins de 500 entreprises visées. Des compétiteurs
qui siègent sur un comité, qui décident des règles, qui font des enquêtes, il
me semble que ce n'est pas le meilleur modèle de gouvernance possible. Puis nos
membres disent qu'ils ne sont même pas consultés quand il y a des décisions qui
sont prises.
Donc, tu sais, il y a quelque chose qui est...
Je ne comprends juste pas pourquoi on n'a pas fait le ménage de cette loi-là.
Ça a pris combien d'années pour abolir le dernier décret sur les coiffeurs à
Gatineau? Ça a pris... C'est M. Boulet qui l'a fait en entrant, mais ça a
pris des années. Ils avaient tous été abolis, dans les années 80, 90, mais
il y en a un qui est resté, puis ça protégeait les faits qu'il n'y aurait pas
de coupe de cheveux à 10 $. Tu sais, ils donnaient
cet argument-là, au début. Moi, je me fais couper les cheveux, là, puis ça ne
me coûte pas 10 $, à Montréal, mais bon... Puis, je veux dire, ça
va très bien, là, dans le secteur, là, il n'y a pas eu des changements
significatifs.
Puis quand on regarde les décrets — je
suis parti, là — le
décret des services automobiles, ce n'est même pas toutes les régions, au
Québec, qui sont assujetties. Ça fait qu'ils vont dire : Ah! bien, ça va
protéger les citoyens, ça va améliorer la formation, ça va protéger les
employés. Pourquoi il n'y a pas d'autres régions qui sont assujetties? Est-ce
qu'il y a plus d'accidents? Est-ce que les autos vont moins bien là-bas? Est-ce
que les employés ont moins... des moins bons salaires? Ça fonctionne très bien,
au niveau du service automobile. Le décret de la menuiserie métallique, c'est
une centaine de kilomètres de Montréal, l'assujettissement. Pourquoi? Pourquoi
ça arrête après 161 kilomètres? Je ne me rappelle plus si c'est 260 ou
160. J'ai demandé au ministère du Travail, il n'y a personne qui a été capable
de me répondre. Ça fait que ça prend du courage politique pour passer au
XXIe siècle. Puis on ne me dira pas que les autres provinces... On regarde
l'Ontario, le salaire moyen en Ontario est mieux qu'ici, ils n'ont pas de
décret de convention collective. Ça fait que... J'ai réglé ça, maintenant.
Après ça, bien, moi, j'irais... Tu sais, on va
consulter l'ensemble de nos groupes membres, on va consulter l'ensemble de nos
membres aussi pour aller chercher des recommandations spécifiques sur des
changements à apporter, mais on va plus y aller sur du... tu sais, sur du
fondamental, d'une certaine façon. Admettons, prendre la politique qui existe
déjà puis adoptez-la en loi, en tant que parlementaires, dites :
L'allègement réglementaire, c'est quelque chose d'important. Bien, ça mettrait
aussi du poids au ministre, quand il arrive à des processus d'omnibus, à
alimenter ses autres collègues pour que l'omnibus soit tonifiant puis fasse un
impact significatif. Je pense que la méthodologie aussi, là, un pour un, va
être importante. On va y aller aussi sur des propositions plus fondamentales et
aussi des propositions plus sectorielles, mais ça, on va arriver en temps et
lieu, là, en janvier, pour vous faire plein de recommandations.
M.
Skeete : Puis la FCEI fait un bulletin annuel qui classe les
différentes provinces. Le Québec, il figure où dans ce...
M. Vincent
(François) : Il est en bonne position et il a une note de B plus. Je
l'ai ici avec moi. Vraiment, on analyse différents éléments, on analyse des
catégories, des sous-catégories. On a aussi des sondages par rapport à nos
membres, sur leurs perceptions sur l'allègement réglementaire. On va vous
revenir prochainement aussi pour une rencontre avec la méthodologie qui va être
utilisée, parce qu'il y a eu des changements récemment. Il y a le commerce
interprovincial aussi qui prenait une certaine part là-dedans. Mais le Québec
fait figure parmi les... non, je vois ici, A moins, ça fait que... figure parmi
les meilleures provinces puis figurerait encore plus haut, si on adoptait la
politique sous forme de loi.
• (15 h 20) •
M. Skeete : Parfait.
Mme la Présidente, c'est tout pour le moment pour moi.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Je vais céder la parole, maintenant, à la députée
de Hull.
Mme Tremblay
(Hull) : Oui, bonjour. Alors, bon, vous faites état, là, de la
paperasserie, là, dans... puis qu'il y a des coûts importants associés à ça,
des difficultés au niveau aussi, là, des PME qui vivent avec ça. Donc, dans
l'éventualité, là, possible, dans peut-être un autre projet ou... qu'est-ce que
vous souhaiteriez? Est-ce que vous l'avez évalué, là, ce que vous souhaiteriez
alléger au niveau de la paperasserie? Donc, est-ce que vous avez eu une
réflexion plus poussée, là, sur cet enjeu-là?
M. Vincent
(François) : Bien, pour le prochain omnibus, on va arriver avec des
recommandations plus spécifiques. Puis après ça, bien, aussi, il faudra mettre
dans le registre du lobby l'ensemble des recommandations spécifiques qu'on a.
Ça fait que, là, je n'en avancerai pas ici maintenant, mais je vous réfère
au... la dernière section de notre mémoire, où on parle de la politique
d'allègement réglementaire, qui tenait de la transformer en loi, de la notion
aussi des analyses d'impact réglementaire. Ça, on voit que c'est une autre
problématique, parce qu'il y a bien des
changements qui peuvent survenir, lors d'une étude détaillée, ce qui est normal
parce que c'est le rôle des députés de modifier une loi.
Maintenant,
il y a eu des modifications qui ont été portées, récemment, à la politique
d'allègement réglementaire pour faire en amont l'analyse d'impact
réglementaire. Parce que, dans le fond, chaque ministère doit analyser un
projet, une loi, etc., sur l'impact que ça a en termes de coûts, puis, ensuite
de ça, avant, il devait déposer un plan d'allègement, pour respecter le un pour
un, 12 mois après l'adoption d'une loi. Bien, ça fait trois ans que je
suis à la tête de la FCEI Québec, puis avant ça j'étais... de 2009 à 2016, puis
je n'ai jamais vu de plan déposé sur l'allègement réglementaire pour respecter
le un pour un. Puis je vais prendre le récent projet de loi sur la réforme de
la santé et sécurité au travail, qui a énormément de fardeaux administratifs et
réglementaires qui sont ajoutés aux PME, mais elles ne sont pas considérées
parce que ce n'est pas la CNESST qui va faire le formulaire, mais c'est
l'entrepreneur qui va devoir faire quelque chose.
Donc, deux éléments.
D'abord, réanalyser les analyses d'impact réglementaires suite à l'adoption
d'un projet de loi, c'est fait. Mais après ça, c'est quoi, l'impact sur le
respect du un pour un? Puis ensuite de de ça, bien, revoir la méthodologie.
Mme
Tremblay (Hull) : Merci. Je
vous amène sur la LDCC parce que, dans la recommandation, là, à la
page 20, la
recommandation 11, vous, vous parlez, là, d'abolir cette loi-là.
J'aimerais ça connaître c'est quoi, les difficultés, là, brièvement, là,
vécues, les plus grandes difficultés vécues sur le terrain en lien avec cette
loi-là.
M. Vincent
(François) : Bien, il y a un rapport mensuel qui doit être fait à
chaque mois pour chacun des employés. Donc, ça, c'est un pas supplémentaire en
termes... Tu sais, quand on parle de papier, là, il y en a, du papier. Ensuite de ça, il y a une taxe sur la
masse salariale supplémentaire. Ça peut aller jusqu'à 0,5 % pour le
travailleur puis pour l'employeur. Ce n'est pas tous les comités qui
vont aller jusqu'à 0,5 %, mais il y en a plusieurs qui le font pour
fonctionner par rapport... à faire fonctionner le comité paritaire. Les
cotisations ne sont même pas liées aux déductions automatiques de l'IDAS à la
source. Ça, c'est un coût supplémentaire. On avait demandé au ministère du Travail de nous envoyer, dans le fond, le nombre
d'entreprises assujetties puis les contributions... les cotisations totales
au... des comités paritaires, puis on parle
de 12 millions de taxes sur la masse salariale supplémentaire pour les
entreprises. Donc, vous dites : S'il y a un garage qui est dans une
place où il y a un comité paritaire, bien, lui, il va avoir une taxe supplémentaire à payer, puis l'employé aussi,
qu'un compétiteur n'aura pas ou qu'une même entreprise dans une autre
province canadienne n'aura pas.
Ensuite de ça, on
reçoit beaucoup de commentaires par rapport à l'inspection. Nos membres disent
que les inspecteurs sont rudes. Après ça, bien, c'est de l'information qui peut
même aller vers des compétiteurs. On a des membres
que le comité paritaire a appelé ses fournisseurs à Toronto. Ça envoie une
mauvaise image à l'entrepreneur. Tu sais, admettons, là, Revenu Québec
ou la CNESST, ils ont des guides d'enquête, ils ont une pratique pour... tu
sais, là, il y a un certain sentiment que l'entrepreneur est pris en charge
puis qu'il y a des droits. Ça, on ne le sent pas dans... la part de nos
entreprises qui sont assujetties. Puis après ça, bien, c'est des barrières à
l'entrée, là, une certaine convention collective qui est imposée pour une région
ou pour un secteur, puis, donc, bien, ils vont avoir des ratios apprentis compagnons, etc., que d'autres
entreprises n'auront pas, ou des obligations par rapport aux heures
supplémentaires, etc. Ça fait que ça, ça rajoute un casse-tête supplémentaire
aux dirigeants d'entreprise.
Mme Tremblay
(Hull) : Parfait. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Maintenant, nous sommes à la période d'échange avec l'opposition
officielle. Je cède la parole au député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Merci, M. Vincent, pour votre exposé. Je trouve ça
intéressant. J'ai vu votre mémoire, j'ai écouté aussi ce que vous avez dit.
165 heures versus 17 heures pour les plus petites entreprises... Le
chiffre, je pense, c'était cinq employés ou moins, c'est-tu ça?
M. Vincent (François) : ...
M. Beauchemin : Incroyable! Puis
j'essaie d'extrapoler, là, pour en arriver à quantifier peut-être le nombre
d'employés «overall» que ça peut peut-être représenter.
Quand vous disiez, là... C'est que, selon votre
analyse, les entreprises du Québec ont dépensé 8,2 milliards, en 2020,
pour se conformer aux réglementations fédérales, québécoises et municipales
puis qu'il serait possible de réduire le
fardeau réglementaire de 28 % sans nuire à l'intérêt public. Ce matin, on
a rencontré l'Union des municipalités
du Québec qui nous ont dit que, pour répondre à la demande
d'administratif du Québec, du gouvernement du Québec,
ça représente 4 100 emplois dans l'ensemble du réseau municipal, au
Québec, ce qui est énorme. C'est inconcevable, comment que c'est gros,
mais c'est un gros chiffre pareil.
Je me
demandais, pour vous, ça représente combien de postes dans l'ensemble de nos
270 000, approximativement, PME qu'on a au Québec? Combien de
postes que ça peut représenter? Puis est-ce que, s'il y a, justement, là, les allègements administratifs qui pourraient
permettre de réduire le fardeau réglementaire de 28 %... combien de postes
que ça pourrait représenter en ce temps de pénurie de main-d'oeuvre?
M. Vincent (François) : Là, la
question de postes, je ne l'ai pas directement. On pourrait la calculer, là, 160 heures divisées par 40 heures, pour
avoir un mois, etc. Je ne l'ai pas, là, je ne veux pas dire des faussetés, là.
C'est probablement dans l'étude qu'on a publiée en 2021.
Par rapport aux 28 %, c'est... nous, on a
demandé à nos membres : Est-ce que vous pensez... C'est quoi, le pourcentage que vous pensez qu'on pourrait réduire
sans nuire à l'intérêt public? Parce que, tu sais, les entrepreneurs, ils
le savent que ça prend des lois, que ça
prend des règlements, que ça prend des formulaires. Ils sont conscients de tout
ça. Ça fait que c'est basé là-dessus.
Maintenant, en termes de nombre d'employés, je
ne l'ai pas, mais on voit que la surcharge est beaucoup plus grande pour les
plus petites parce que tu as moins d'employés pour être capable de le faire,
puis donc ça va te prendre plus de temps. Puis les coûts aussi, là, tu sais,
les coûts pour les honoraires professionnels, puis etc., c'est beaucoup plus
grand pour le budget de l'entreprise. Puis on a mis les tableaux, là, aux pages...
aux pages 6 et 7, avec les références pour que vous puissiez aller voir la
recherche, la principale, sur laquelle on s'est basés là-dessus.
Mais un fait à noter que je n'ai pas dit sur les
entreprises de cinq et moins, par rapport aux postes vacants, nos données du
baromètre indiquent aussi que le taux des postes vacants est plus important
pour les plus petites par rapport aux plus
grandes. Mais, quand tu manques un employé dans ton entreprise, bien, la
proportion est plus importante sur ta force de production.
Donc, je n'ai pas répondu à votre question, mais
j'y réponds puis je note, là, pour l'UMQ, c'est quand même intéressant, s'ils
réduisent la paperasse, ils vont avoir moins d'employés, puis on va pouvoir
peut-être baisser les taxes municipales, là.
• (15 h 30) •
M. Beauchemin : Peut-être,
effectivement, mais je trouve ça intéressant, quand même. Parce qu'on parle souvent de la pénurie de main-d'oeuvre, on parle
souvent des solutions potentielles, innovation, travailleurs expérimentés,
immigration temporaire et permanente, etc.,
mais il y a là aussi une réponse claire à cet enjeu-là qui est significatif,
là, pour l'ensemble du Québec, évidemment, là, puis l'ensemble de nos
PME. Donc, ce serait vraiment, effectivement, intéressant d'avoir un estimé, ça
n'a pas besoin d'être précis, là, mais... un estimé, éventuellement, parce que
je pense que, bien, autant pour le ministre délégué que pour les oppositions,
c'est un chiffre qu'on aimerait pouvoir discuter puis mettre de la pression un
peu pour faire que ça avance plus, évidemment, dans ce sens. Parce que, bon,
c'est-tu 28 %, c'est-tu 10 %, je ne sais pas, mais c'est quand
même... Tu sais, si c'est 5 %, c'est quand même beaucoup de bras
additionnels qu'on pourrait...
M. Vincent
(François) : ...la paperasse, c'est fait par le dirigeant
d'entreprise puis c'est fait par leurs comptables.
M. Beauchemin : Oui, c'est des
heures qu'ils pourraient mettre ailleurs ou c'est la huitième journée qu'ils
n'auraient pas à faire.
M. Vincent (François) : Oui, bien,
c'est ça. Puis la pénurie de main-d'oeuvre, puis je vais être, demain, sur la consultation sur l'immigration, c'est tellement
aigu qu'il faut avoir une série de mesures. Il faut aider les entreprises à
s'automatiser, puis il y a des mesures, puis il y a des efforts qui sont faits.
Puis on va sortir bientôt là-dessus, sur l'impact que ça a sur les
petites entreprises ou comment on peut davantage les aider. Il faut augmenter
le seuil d'immigration, il faut aider les entreprises avec la formation, il
faut ramener les gens éloignés du marché du travail en
emploi. Mais il ne faut pas oublier que maintenant l'allègement réglementaire
est de plus en plus stratégique, comme il ne l'a jamais été. Puis j'ai signé
une lettre ouverte d'ailleurs là-dessus, sur ce... redonner du temps à nos
entrepreneurs, dans La Presse en mai, qui parlait de cet
enjeu-là.
Puis, par rapport aux
efforts, une des choses les plus importantes, c'est d'avoir une imputabilité
pour le faire, puis ça, le gouvernement du Québec le fait avec le plan de
l'allègement réglementaire. Puis ils ont fait quelque chose qui n'avait jamais été fait avant, c'est-à-dire
qu'ils ont dit : On va aussi réduire le nombre de formalités administratives.
Parce que, dans les plans précédents, on parlait du volume, de la baisse du
volume, l'impact au niveau du coût, les économies, mais il n'y avait jamais eu
le... une obligation de résultat sur les formalités. Puis ils se sont... bien,
ils l'ont mis, puis donc ça met de la pression pour livrer encore plus la
marchandise mais faire une différence pour les entrepreneurs.
Parce que qu'est-ce
qu'on a vu, c'est... oui, il y a eu une diminution du volume de façon
importante, une diminution du coût, mais il y a plus de formalités
administratives qu'avant, puis maintenant il y en a beaucoup qui sont, excusez-moi l'anglicisme, mais «outsourcées»
des organismes et ministères, mais c'est avec des plans d'action comme
le gouvernement fait, c'est avec des projets de loi omnibus pour encore aller
plus loin puis aller plus vite, puis c'est avec une contribution de l'ensemble
des élus qui pourrait être encore plus grande, si on faisait de la politique de
l'allègement réglementaire une loi.
M.
Beauchemin : Je vais céder mon temps de parole à ma collègue.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui? Ah! d'accord. Donc, je cède la parole à Mme la
députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci,
M. Vincent. Bonjour, M. le ministre et toute l'équipe. Bonjour,
chers collègues.
Je vais me
concentrer, avec la balance du temps qui m'est alloué, pour poser des
questions, moi aussi, sur la Loi sur les décrets de convention collective.
Donc, vous nous avez exposé, donc, une situation dont il semble, donc, assez...
qui semble préoccuper, donc, un grand membre... un grand nombre de vos membres.
Donc, ma collègue ici, donc, vous a posé, donc, des questions au niveau de
l'impact. C'est un peu la première question que j'avais. Donc, ça semble être
un cadre législatif extrêmement désuet, qui date de 1934, qui est bigarré, qui
n'est pas tout à fait... qui est un peu inégal sur le territoire. Quel est
l'impact sur la compétitivité des entreprises membres qui sont soumises à ces
décrets de convention collective?
M. Vincent
(François) : Je vais répondre. On l'a dans nos questions de sondage.
Bien, sur la compétitivité, bien, dans la figure 2 de notre étude, ça
augmente le fardeau administratif à 77 %, ça crée un stress important,
36 %; ça désavantage mon entreprise par rapport à celles qui ne sont pas
sur le décret, à 32 %; ça freine la productivité, à 21 %. Donc, on
voit vraiment que c'est des impacts assez majeurs.
Puis, par rapport aux
impacts concrets, bien, il y a des entrepreneurs... il y a un propriétaire
d'une PME de fabrication au Centre-du-Québec qui dit : «Injustice et
concurrence par des entreprises qui ne sont pas assujetties au décret, ont
moins de frais fixes que nous pour des salaires exigés. Nous payons déjà
au-dessus de ce qui est demandé par les comités paritaires.» Un propriétaire de
commerce de détail de la Mauricie : «Le rapport mensuel exige du temps, et, en raison de la pénurie de
main-d'oeuvre, il y a beaucoup de mouvement dans le personnel, et cela
nécessite donc encore plus de gestion et, au bout de compte, n'apporte pas grand-chose
pour l'employé.» Propriétaire d'un service personnel d'hiver,
Laurentides : «C'est une dépense inutile, autant pour les employés que
pour les employeurs.» Puis un propriétaire d'une PME en Estrie :
«Une loi qui remonte au temps des dinosaures, une antiquité qui favorise un
petit groupe d'individus. Cette loi devrait être enterrée vivante le plus
rapidement possible. Certaines régions ne sont pas soumises à un des décrets,
et personne ne s'en plaint.»
Mme Cadet : ...on
parlait que la loi, donc... qu'un petit groupe, donc, d'individus... est sous
le joug, donc, d'un petit groupe d'individus. Il y a eu quelques défis,
justement, donc, face à certains comités paritaires qui ont été médiatisés dans
les dernières années. Il y a eu une enquête qui avait été déclenchée par le
ministre du Travail d'une durée de deux ans. Est-ce que, vous, vous avez les
résultats de cette enquête?
M. Vincent
(François) : Non, on n'a pas de résultat de cette enquête. Il y en a
plus que... Il y a eu plus qu'une enquête là-dessus qui ont été faites. Il y a
eu plusieurs projets de loi qui ont été déposés aussi. Puis, tu sais, «fun fact», excusez-moi l'anglicisme encore, le
plan actuel d'allègement réglementaire reprend l'ancien plan d'allègement
réglementaire sur le commerce de détail, je pense que c'est la mesure 6...
proposait d'avoir des modifications par rapport au décret. Ça avait mené au
projet de loi n° 53. Ça n'a jamais été adopté. Il y a eu deux projets de
loi qui ont été déposés, puis un autre aussi qui transférait notamment le
pouvoir d'enquête à la commission de... la CNESST pour enlever ça des mains des
comités paritaires. Donc, bien, oui, il y a eu des enquêtes. Il y a eu un gros
reportage dans La Presse aussi là-dessus. Bien, tu sais, ça
devrait... Tu sais, on a envoyé une lettre pour demander à ce qu'on les
reçoive, là, cesdites enquêtes-là, mais...
Une voix : ...
M. Vincent
(François) : Bien, tu sais, j'imagine qu'il faut avoir une analyse par
rapport à ça.
Maintenant, c'est quoi que ces enquêtes-là disent?
Pourquoi il y en a eu? Pourquoi ça va mal? Est-ce qu'on règle ça juste par une
petite réformette réglementaire qu'on a faite? Puis je ne comprends juste pas
pourquoi ces organismes-là n'ont pas les mêmes responsabilités qu'un organisme
public. C'est... ou juste pourquoi...
Tu sais, quand ça a été mis en place, il n'y
avait pas de filet social comme aujourd'hui. Puis on a mis... on a essayé de
mettre en place un modèle qui est présent en Europe. Puis après ça, bien, il y
a eu l'arrêt Wagner, puis on a envoyé aux milieux de travail le droit de se
syndiquer. Puis, après ça, il y a eu l'adoption de la loi des normes, la loi
sur la santé, la loi sur l'équité, la loi sur le Régime québécois d'assurance
parentale, un paquet de protections pour le filet social. Puis les décrets sont
passés d'au-dessus de 100 dans les années 60, puis après ça, ça a diminué,
ça a diminué, ça a diminué. Ça a diminué pour être... La dernière réforme,
c'est le PQ, dans les années 90, puis là on est autour d'une quinzaine de décrets parce qu'on a scindé le décret de la
sécurité pour faire la sécurité des... sur la route.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Vincent (François) : En
terminant, si ça avait été un modèle qui fonctionne, bien, ça aurait vu le jour
dans les autres provinces.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup.
M. Vincent (François) : Puis il y en
aurait eu plus au Québec.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci, Mme la
Présidente. J'entends l'argument de : Si c'était bien, l'Ontario l'aurait
fait. Je pense quand même, pour notre
spécificité au Québec, qu'il est court un peu, cet argument-là. Mais il y en
avait d'autres qui étaient peut-être plus convaincants.
D'abord, vous en avez parlé très peu, mais, sur
les timbres, parce que c'est une question qui est revenue et qui va revenir
plus tard, on comprend que, vous, vous êtes pour vous en débarrasser une fois
pour toutes.
M. Vincent (François) : Bien, on
peut faire la... on peut faire... assurer qu'il y ait une conformité de la part
des bars, des restaurants, sans leur demander de mettre des timbres partout.
Puis il y a eu le débat en commission puis il y a eu l'adoption qui a été faite
en 2018.
Maintenant, il y a d'autres provinces... Bien,
peut-être que, là, pour les autres provinces, ça pourrait être un argument que vous pouvez utiliser durant l'étude
détaillée, comme j'ai utilisé pour les décrets de convention collective,
mais la technologie existe puis elle est là. Donc, tu sais, peut-être ne pas
confier ça à ceux qui ont fait le passeport, là, mais peut-être qu'il y a
quelque chose qui pourrait se faire assez facilement puis qui va décharger les
propriétaires de bar et de restaurant d'une formalité assez importante.
M. Bouazzi : Pour vous répondre, on
a largement assez d'arguments pour ne pas avoir à se demander ce que l'Ontario
fait sur la question du timbre.
Je vais faire peut-être du pouce sur les décrets
de convention collective. Donc, juste pour comprendre, vous voulez leur
abolition pure et simple. Vous pensez que ça n'a rien à faire.
• (15 h 40) •
M. Vincent (François) : Voilà.
M. Bouazzi : Et donc il n'y aurait
pas une réforme possible pour faire en sorte que ça soit peut-être bon pour les
travailleurs et travailleuses?
M. Vincent (François) : Bien, dans
les secteurs non assujettis, on n'a pas vu une diminution des salaires, là. Il
n'y a pas... Le salaire moyen au Québec, là, continue d'augmenter. Le taux de
syndicalisation est encore de 40 % au Québec. Donc, de mettre une certaine
barrière supplémentaire à l'entrée pour certains secteurs, pour certaines
régions, c'est un illogisme puis c'est juste, selon nous, le fait qu'on ne veut
pas brasser, puis que ça fonctionne bien, puis on va les laisser faire leurs
petites affaires. Mais, d'un point de vue théorique, je ne vois vraiment pas
qu'est-ce qu'il y a... une différence dans une région au niveau des services
automobiles. OK, dans cette région-là, ils ont décidé qu'ils voulaient
s'entendre entre eux autres puis d'imposer des barrières à l'entrée pour le
reste des secteurs. Ça ne marche pas, là.
M. Bouazzi : Donc, par exemple, dans
le ménage ou dans la sécurité, est-ce que vous voyez, peut-être juste quelque part, un exemple où un travailleur, ou une
travailleuse en l'occurrence, pourrait avoir une meilleure protection
avec que sans... juste une personne, peut-être?
M. Vincent
(François) : En 2012, j'ai fait une étude de cas puis j'ai parlé
avec... C'étaient quatre, cinq entrepreneurs par secteur, dont
l'entretien ménager, puis les entrepreneurs disaient : Bien, tu sais, si
on veut protéger le salaire de ces personnes-là parce qu'on juge que ça
pourrait être plus bas, bien, pourquoi l'État, il ne le décide pas puis il dit : OK, on décide que, certains secteurs, ils
vont avoir des plus gros salaires parce que c'est des jobs plus difficiles,
puis les gens ne le veulent pas. Mettez-les dans la loi des normes, puis
enlevez la paperasse, puis enlevez le fait
que le comité décide de mettre des certificats de conformité pour, ensuite de
ça, harceler les entreprises qui sont assujetties. Mettez-le dans les
normes puis enlevez la paperasse aux entreprises visées.
M. Bouazzi : Mais alors...
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La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Bouazzi : En
20 secondes. Comme vous le savez, moi, j'ai passé 15 ans à travailler
avec les PME. J'ai une affection particulière pour les entrepreneurs. Ceci
étant dit, je ne peux pas me baser sur leur avis à eux pour savoir si leurs
travailleuses et travailleurs se sentent mieux avec ou sans ce genre de
convention. Ça fait que je comprends que c'est vos membres, mais, encore une
fois, c'est un argument insuffisant.
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La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions. Je suis désolée.
Vous pourrez répondre à la question un peu plus tard à M. le député.
J'ai une question avant de terminer,
M. Vincent. La pétition que vous avez déposée sur le pupitre, si vous la
déposez ici, seulement les députés de la commission, législateurs qui sont ici,
pourront avoir une copie. Si vous voulez que ce soit à l'Assemblée nationale
qu'elle soit déposée, il faut qu'elle soit... que la pétition soit déposée au
salon bleu, où tout le monde va la recevoir.
Alors, on va vous poser la question maintenant,
si vous désirez que ce soit juste à la commission.
M. Vincent (François) : Je vous
offre ça pour l'analyse de l'étude détaillée. Si vous voulez la déposer à
l'Assemblée, soit, vous pouvez le faire, ou quelqu'un, le ministre veut le
faire ou un député. Maintenant, on va aussi la déposer au ministre du Travail,
là. Ça s'adresse aussi à lui.
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La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, ce que j'en comprends... D'accord.
M. Vincent (François) : Mais on
pensait que c'était important que les députés aillent cela.
La Présidente (Mme D'Amours) : Ce
que j'en comprends, c'est qu'on va prendre la pétition. Est-ce que vous l'avez
électronique? Sinon, bien, vous comprendrez que ça va prendre un certain temps
avant que les collègues l'aient ici, parce qu'on va devoir passer ça...
M. Vincent (François) : Vous
pouvez juste la laisser au ministre puis, si les députés veulent l'avoir, vous
ferez des photocopies. Mais, je veux dire, c'est...
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La Présidente (Mme
D'Amours) : On va s'organiser avec ça. Parfait.
M. Vincent (François) : C'est
ça. C'est un cadeau.
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La Présidente (Mme
D'Amours) : Je vous remercie infiniment pour votre contribution à nos
travaux, M. Vincent.
Et je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 44)
(Reprise à 15 h 49)
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
souhaite maintenant la bienvenue aux Spiritueux Québec. Je veux... Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à nous dire votre exposé, s'il vous plaît.
Spiritueux Québec
M. D'Astous (Hugo) : Parfait. Merci.
Merci pour l'invitation. Je m'appelle Hugo D'Astous. Je suis directeur général
de Patates Dolbec, copropriétaire de Ubald Distillerie et président de
Spiritueux Québec.
• (15 h 50) •
Spiritueux Québec, c'est un regroupement de...
je vais vous dire, de quatre distilleries et demie, donc des distilleries qui
fabriquent 100 % de leurs produits à partir des matières premières
agricoles et qui ont fait le choix de faire de vrais spiritueux, de vrais
produits au Québec, avec tous les défis que ça implique. Je dis quatre et demi
parce que, le cinquième membre, on ne sait pas s'il va réussir à passer
l'année. Il risque de fermer les portes d'ici à la fin de l'année parce qu'on
est dans une situation très, très, très difficile.
Si vous permettez, je vais
commencer par faire un petit retour sur le contexte de l'alcool au Québec parce
que tout part de là. Alors, je vous ai fait un petit... On va regarder si le
PowerPoint fonctionne. Et voilà. Alors, l'alcool au Québec. Vous êtes tous
consommateurs de... à la SAQ. La SAQ a fait trois identifiants :
l'Embouteillé, le Préparé et Origine Québec. Et tout ça, on est chanceux ici,
au Québec, ils ont fait ces identifiants-là, donc on est capables de
répertorier les produits.
Maintenant, ces trois modes de production là, on
a besoin de bien... et vous, les élus, vous avez besoin de bien comprendre ce
qu'il y a derrière ça. Tous les jours, on doit éduquer les consommateurs, puis
il y a beaucoup d'incompréhension. Alors, l'alcool, ça part d'une matière
première, OK, qu'on transforme en sucre, qu'on fermente. On crée l'alcool. On
distille pour concentrer l'alcool et les saveurs une fois, deux fois, et, suite
à ça, on a, pour faire un terme simple, on a
une vodka, un alcool de base, et cet alcool de base là, qui est souvent entre
95 % et 96 % d'alcool, on va le distiller une troisième fois
pour l'aromatiser. Et là on l'aromatise... On fait des gins, qui étaient
beaucoup à la mode. Et, suite à ça, il y a
d'autres méthodes où on peut aromatiser avec des arômes liquides, et on va embouteiller
tout ça. OK?
Je vous ai mis à l'écran un petit peu ce que ça
ressemble en termes de création d'emplois. Vous êtes des élus. Alors, on est
toujours intéressés par la création de jobs au Québec. Bien, chez nous, là,
j'ai regardé un petit peu qu'est-ce qu'il en était en termes d'emploi, parce
que nous, on fait toutes les opérations. J'ai deux emplois pour fabriquer
l'alcool, j'ai un demi-emploi pour aromatiser l'alcool et j'ai un demi-emploi
pour embouteiller ce que je fabrique. OK? Donc, vous voyez le rapport,
là : de un, donc deux jobs pour faire l'alcool, une job pour aromatiser et
embouteiller. Ça correspond au picto, là, bleu, là, qui est Origine Québec à la
SAQ.
Le Préparé au Québec. Le Préparé au Québec,
c'est 90 % des distilleries. OK? Ces distilleries-là achètent de l'alcool en importation, en Ontario ou à
l'extérieur du Canada. Donc, ils achètent l'alcool tout fait. Il reste à aromatiser
par distillation, par arômes liquides et il reste à embouteiller. Donc,
retenez, là, 90 % des distilleries.
Et on a l'Embouteillé, là, que, ça, je ne vous
ai pas amené les chiffres, là, mais c'est probablement 80 % des ventes,
les... on dit «produits du Québec». Ici, on est dans Romeo Gin, que l'alcool
arrive en millilitres. Il met les arômes puis il embouteille... ou la Pur
Vodka. En fait, l'alcool est acheté à 95 %. Il met de l'eau, il dilue à
40 % et il embouteille. OK? Donc, ça, c'est 80 % du volume, là, de...
soi-disant des produits du Québec.
Puis vous avez vu, en haut, j'ai mis les
investissements basés sur notre projet à nous. OK? Donc, 80 % des sous
investis sur un projet de 2 quelques millions est pour faire de l'alcool. Une
embouteilleuse, ça coûte 250 000 $ puis un petit alambic pour
aromatiser, distiller, hein, donc, c'est environ 250 000 $. Donc,
les... on a besoin de beaucoup d'équipements pour faire un alcool de base, une
vodka de qualité. OK? C'est ce qui fait qu'on peut avoir des produits qui sont
distinctifs.
Alors, je pense que l'élément clé là-dedans
qu'on doit comprendre, le Québec et vous, les élus, les acteurs du milieu, c'est d'où vient cet alcool-là. Et une
image vaut 1 000 mots. OK? J'ai mis à gauche la colonne chez nous,
OK, production artisanale. Les membres de Spiritueux Québec, on est en mesure
de produire entre 250 000 à 450 000 litres annuellement
d'alcool à 95 %, 450 000 litres avec quelques investissements
substantiels, mais c'est... on est capables de monter notre volume, là, avec un
petit peu d'investissement.
Les 80 % des distilleries achètent notamment,
là, de Chapman en Ontario, qui est le GreenField Ethanol, OK, ou importation,
mais comprenez que ça vient de raffineries. Il n'y a rien de sexy dans ce qu'on
voit là. C'est une usine comme Ultramar, l'autre côté du fleuve. Ce sont des
raffineries qui ont une grande, grande capacité à extraire les saveurs
d'alcool, et de concentré, et l'éthanol. Et ça fait des produits qui brûlent en
bouche, comparativement à des produits plus artisanaux. Donc, la filière de
l'alcool au Québec, c'est de l'alcool, comme ça, de raffinerie qui est
aromatisé ici. Et souvenez-vous des jobs que ça crée, versus peu de jobs,
versus les produits 100 % d'ici.
Donc, ce qu'on souhaite, Spiritueux Québec, et
pourquoi on se bat à tous les jours, on veut bâtir un patrimoine pour le Québec.
Ce qu'on veut léguer, là, ici, ce qu'on veut léguer aux générations futures,
c'est un savoir-faire. C'est un savoir-faire pour être capable de fermenter,
prendre des matières premières, les transformer en produits, parce que, quand on fermente, c'est là qu'on crée toute la
saveur dans les alcools, les concentrer. En concentrant, on concentre aussi les saveurs puis les textures
de nos alcools pour en faire des produits aromatisés ou pas, et embouteiller.
Alors, dans 20 ans, là, croyez-moi, ce
n'est pas les entreprises qui achètent de l'alcool de raffinerie, à
l'aromatiser qui vont percer sur les marchés internationaux. Ce n'est pas ça
que les acheteurs recherchent. J'étais avec des acheteurs internationaux depuis
deux... depuis lundi. Ils viennent d'Europe, des États-Unis. Ils cherchent
cette spécificité-là du Québec et ils questionnent : Oui, mais vous le
prenez où, votre alcool? Bien non, nous, on fait tout notre alcool chez nous. Et là les yeux deviennent comme ça parce
qu'ils disent : C'est un vrai produit du Québec.
Alors, c'est ces produits d'exception là qu'on
est capables de faire en partant de nos matières premières. Et ça prend...
c'est beaucoup d'investissements. Je vous ai parlé de 2 millions, chez Ubald,
pour faire de l'alcool. Faire de l'alcool, c'est facile, monter de l'alcool à
85 %, 90 %, c'est facile avec des petits alambics, mais, pour arriver
à 95 % ou 96 %, qui est le standard européen, ça prend beaucoup
d'investissements, ça prend des colonnes de distillation
pour vraiment, là, faire un produit de qualité. Et ça, on ne peut pas investir
là-dedans puis faire 20 000 bouteilles par année, on ne réussit pas
à rentabiliser les installations.
L'autre élément aussi, c'est... dans toute cette
pérennité-là, c'est l'agrotourisme. Chez nous, chez Ubald, on a peut-être des gens qui passent l'été... ce n'est
pas très touristique, mais on va aller vendre un 2 500, 3 000,
4 000 bouteilles. Les gens, ils viennent à la ferme, parce qu'on
est producteurs agricoles, on explique comment l'alcool se fait, donc c'est un
beau moteur régional puis aussi c'est un beau moteur pour sensibiliser les gens
et les former. Marcel, qui est derrière moi, Distillerie du Grand Dérangement,
qui est de Spiritueux Québec, c'est la même chose, qui est dans le coin de Joliette,
c'est une ferme, les gens passent dans son village puis ils viennent faire de
l'agrotourisme.
L'autre
élément, puis M. Legault nous en a beaucoup parlé dans son premier mandat,
créer des jobs payantes au Québec, bien, embaucher quelqu'un qui prend de l'alcool
puis qui met des arômes, ce n'est pas très compliqué comme job, mais fermenter,
c'est des gens qui ont des techniques, c'est des gens qui ont des bacs. Chez
nous, là, la job la moins chère en production, c'est 27 $ de l'heure. OK?
Donc, on crée des jobs en région, puis les gens gagnent bien leur vie parce que
c'est des emplois spécialisés. Et M. Girard n'est pas ici aujourd'hui,
j'aurais aimé ça, le voir, mais semble-t-il qu'il a dit, via mon député, que,
chez Ubald, on avait choisi le mauvais modèle d'affaires parce qu'on savait que
ce qui fonctionnait au Québec, c'était d'embouteiller. Ça fait que de faire des
produits 100 % d'ici, il nous a fait passer le message que ce n'était pas
le bon modèle d'affaires. Bien, moi, je n'y crois pas, parce que je crois qu'on
n'a pas besoin de seulement financer des usines de batteries puis des trucs
high-tech. Ces emplois-là sont quand même high-tech, puis il y a un beau
savoir-faire, puis c'est des belles jobs.
Alors... puis
finalement, l'autre élément, c'est la collaboration entre les distilleries. On
croit en créer une industrie qui va être
prospère, forte et fière. Nous, on est capables, chez Spiritueux Québec, dans
nos membres, de vendre de l'alcool à d'autres microdistilleries pour
qu'ils fassent des produits 100 % d'ici. Exemple, Distillerie St. Laurent
pourrait acheter son alcool de moi, il pourrait l'aromatiser chez lui puis il
aurait des produits qui viennent 100 % d'ici.
On a cette ouverture-là puis on croit qu'en collaborant comme ça on va arriver
à se distinguer en dehors du Québec. Donc... Oui?
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...monsieur.
M. D'Astous
(Hugo) : Implanter — je vais faire ça vite, madame — implanter
des distilleries, de la matière première à
la bouteille, donc prospères et rentables, c'est l'objectif. Retenons, il faut
augmenter le volume des produits 100 % d'ici au détail dans les
bars, dans les restaurants parce que, présentement, c'est l'enfer, ce qu'on vit
en SAQ. Il y a tellement de produits que nos produits, même s'ils se vendent,
ils se font mettre de côté le mois suivant pour mettre un autre produit.
Augmenter le volume de fabrication d'alcool de base pour amortir les coûts,
vous comprenez bien, il faut aller chercher du volume pour amortir nos
équipements coûteux. On veut faire de la collaboration, puis il faut aussi
garder des points de vente ouverts en région, là, dans nos boutiques qui sont
non rentables.
• (16 heures) •
Ce qui m'amène, avec
un petit dépassement de quelques minutes... Mme la Présidente, vous allez
voir, ça vaut la peine, alors, le PL n° 17, OK, il y avait la notion, dans le permis artisanal, d'exclure le
maltage comme opération exécutée sur les yeux... En fait, je recommence.
Le projet a été présenté avec l'obligation de malter sur les lieux de fabrication,
bon. Alors, je n'irai pas trop dans le détail, mon temps est court, je pourrais
vous expliquer ce qu'est le maltage et à quoi ça sert, mais sachez qu'on peut
faire un whisky avec de l'orge malté ou des enzymes qui viennent d'usines,
donc. Mais retenez que, sur la planète, là, le maltage n'est jamais fait dans
les distilleries. C'est exceptionnel. C'est
des filières à côté, des partenaires. On en a déjà au Québec. Regardez, je vous
ai mis Malterie Caux, Innomalt, il y a d'autres petites malteries. Donc,
ça, là, ça prend des équipements spécialisés avec des bons volumes de
production, et c'est beaucoup plus logique que ce soit fait par des
partenaires. Marcel, derrière moi, il cultive son orge, il l'envoie à la
malterie, ça va être malté puis ça revient chez lui. Donc, il y a toute une
traçabilité dans tout ça, ce qui m'amène au deuxième point du PL n° 17.
C'est que,
présentement, on a un choix à faire. Moi, présentement, je suis permis
industriel. Merci pour l'ouverture. Les
grains et les patates vont être ajoutés au permis artisanal. Mais, si je
choisis de passer d'un permis industriel à un permis artisanal, je
n'aurai plus le droit de vendre de l'alcool à d'autres microdistilleries.
Présentement, on est dans cette dualité. Donc, permis industriel, je dois payer
ma majoration sur les lieux... les ventes sur les lieux de fabrication à la SAQ, environ 52 %. Donc,
chaque bouteille génère une perte chez nous. La boutique n'est pas rentable.
Techniquement, elle devrait être fermée, si on était plus rationnels en
affaires. Et j'ai la possibilité de vendre de l'alcool
à d'autres microdistilleries. Si je m'en vais sur le permis artisanal, parce
que je voudrais conserver la boutique ouverte, mes ventes vont être rentables,
je vais rentabiliser, mais là je ne pourrai plus vendre ou je ne pourrai pas
vendre de l'alcool de base à d'autres microdistilleries.
Ce qui m'amène, Mme
la Présidente, à une grande question, donc : Quel bien avons-nous, comme
société, hein, qu'une distillerie sous permis artisanal vende de l'alcool de
base à une distillerie québécoise sous permis industriel? Qu'est-ce qu'on va
gagner de nous forcer à faire un choix entre Hugo, chez Ubald, ferme ta
boutique ou vends de l'alcool à une autre distillerie? Qu'allons-nous gagner à
forcer ce choix-là? Moi, je n'en vois aucune, raison, de forcer ce choix-là. Je
pense qu'on est assez créatifs, les Québécois, pour trouver une façon que, sous
permis artisanal, je puisse, vu que je suis un producteur agricole, avoir ne
pas de majoration à payer sur les ventes sur place, à Saint-Ubalde. On parle,
là, 2 500, 3 000, maximum, 5 000 bouteilles, ça va bien, puis
que je puisse vendre mon alcool à Distillerie St. Laurent, et qu'il puisse
faire son gin 100 % du Québec avec une collaboration.
Alors, ça, c'est
évidemment la deuxième modification qu'on demande. On dit : Dans le PL
n° 17, s'il vous plaît, soyons créatifs, autorisons les distilleries sous
permis artisanal à pouvoir vendre de l'alcool de base, à un taux d'alcool de
95 % et plus, à des distilleries sous permis industriel. Pourquoi? J'ai
presque terminé. Bien, on va encourager l'investissement dans des équipements
de qualité, coûteux, qui vont être encore là dans 20 ans, donc c'est la
pérennité du secteur. On va accélérer la rentabilité et le retour sur
l'investissement de ces investissements-là qui sont coûteux. On va augmenter
les produits 100 % du Québec sur le marché, hein, puis ça, comme ça, les
gens n'attendent que ça. On va contribuer à développer cette expertise-là,
fermentation, distillation, hein, et les emplois de qualité. Puis évidemment,
on va encourager l'agrotourisme et aussi la formation des consommateurs. Alors,
tout ça pour une chose importante, on veut créer une industrie des spiritueux
qui est prospère, qui est forte, et qui est fière, et, pour ça, on a besoin de
vous.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. D'Astous. Pour le bénéfice de mes autres invités
qui étaient passés, vous avez pris plus de temps, mais vous n'aurez pas plus de
temps avec le ministre, parce que j'ai coupé le temps du ministre de 4 min 7 s, que vous avez dépassé, et
qui a bien voulu vous laisser terminer. Alors, pour la justice pour tout le
monde, M. le ministre, il vous reste 12 min 22 s pour votre
période d'échange. La parole est à vous.
M. Skeete : Merci, Mme la
Présidente. Ça me fait plaisir de me donner votre temps, mais effectivement, ça
va écourter nos échanges. Ça fait que, si jamais j'interviens pour avoir une
réponse directe, ce n'est pas parce que je ne vous aime pas. Parfait.
Vous avez fait un témoignage important. Je pense
que c'est important, effectivement. Puis on se pose la question, au ministère
de l'Économie, tu sais, la valeur ultime de grain à la bouteille versus
aromatiser, dans le fond, l'alcool neutre qui arrive de n'importe où. Bon, ça
fait que ça, c'est un argument qui nous rejoint. Mais où est-ce que j'ai besoin
de clarifier un petit peu, c'est que là, en ce moment, vous êtes artisanal dans
votre permis...
M. D'Astous (Hugo) : ...
M. Skeete : Vous êtes industriel?
Bon. Parce que, selon vous... vous dites : Bien, je n'ai pas le choix
d'être industriel parce que, vraiment, je suis artisanal dans tout ce que je
fais, mais, si je veux pouvoir vendre mon alcool de 95 % à un autre, je
dois faire le choix d'aller vers l'industriel, ce qui me met dans une autre
catégorie, où est-ce que je perds mes privilèges artisanaux. Le permis
artisanal existe, par contre, pour favoriser les petits entrepreneurs, les
petits propriétaires de terrains qui veulent exploiter leurs terres.
Vous, ce que vous suggérez, en fait, c'est de
faire une exploitation industrielle. Alors, comment on fait pour concilier les
deux? Comment je fais pour concilier l'argument que vous faites, qui est très
vrai : Moi, je produis localement puis je veux être capable de vendre mon
alcool neutre... puis effectivement, c'est plus souhaitable, ça, que de le faire venir de l'Ontario, mais, en même
temps, ce que vous faites, c'est de l'exploitation industrielle... versus un
petit, qui, lui, fait une production locale, il fait 300, 400, peut-être
1 000 bouteilles, puis lui, il est bien content de faire ça, puis il y a
des avantages qui viennent avec ce permis-là? Comment qu'on fait pour expliquer
cette réalité-là? Comment qu'on fait pour naviguer dans ces deux mondes-là?
M. D'Astous (Hugo) : Bien, en fait,
il faut déjà se questionner sur ce qui est industriel, ce qui est artisanal, et
ce débat-là, il existe au sein de
l'industrie. En fait, vous êtes tous invités à venir chez Ubald. Nous avons une
production artisanale, OK. Oui, je comprends que, chez nous, on a choisi
de fermenter en 10 000 litres, mais on produit quelque 200 000...
on pourrait produire 200 000, 150 000, 200 000 litres
d'alcool à 95 % en poussant la machine. Mais là la game, là, c'est des
200 millions de litres, là. L'industrie des spiritueux, dans le monde, est
détenue par huit grands joueurs qui détiennent 80 % de toutes les marques.
Nous sommes une plus grosse distillerie artisanale. On est, avant tout, une
ferme, on cultive tous nos intrants. Oui, on est une grosse ferme, mais, quand
même, on est artisanal.
Alors là, ce débat-là d'artisanal, de
dire : Heille! moi, je suis très petit, puis je suis plus petit que toi,
puis toi, tu es trop gros, là, il faut se
lever la tête un petit peu, se serrer les coudes puis dire : Oui, mais le
vrai gros industriel, là, c'est la photo que vous avez vue, là, c'est
une raffinerie. Chez nous, là, c'est un «pot still», là, les étapes sont toutes
faites à la main, là. On coupe le début de la distillation, on coupe la fin à
la main puis on garde le centre, là, OK.
M. Skeete : ...c'est de dire que le
permis artisanal est trop limitatif.
M. D'Astous (Hugo) : Le permis... En
fait, on est... on a une vision un petit peu... c'est réducteur, OK. On voit
l'artisan qui fait 1 000 bouteilles avec ses mains. Si on va aux
États-Unis, là, la notion d'artisanal, là, ça va jusqu'à, je pense, je vais
dire, 400 000 bouteilles. Il faudrait que je ressorte les normes, là.
C'est normé dans les associations. On a une vision étroite, OK, au Québec, puis
on veut que le secteur reste très, très petit, OK. Donc, on est capables, on...
En fait, on a plus d'envergure que ça, les Québécois, hein, s'il vous plaît,
là. On est capables de dire que, si Ubald
fait 200 000 bouteilles puis en exporte sous une méthode qui est
artisanale, comme le petit va faire, bien, super, parce qu'on crée des
jobs puis on rayonne à travers le monde. Donc, élevons-nous un petit peu pour
donner un peu d'ampleur à notre secteur.
M. Skeete : ...est contagieuse. Je
vais vous poser une autre question, par rapport au maltage. Qu'est-ce qui
arrive, si on fait mal le maltage?
M. D'Astous (Hugo) : Si on fait
mal...
M. Skeete : Mettons, un artisan...
parce qu'en ce moment, un artisan doit faire son propre maltage pour être
artisan, il ne peut pas le sous-traiter à un tiers. C'est quoi, la
conséquence... C'est-tu difficile, faire du maltage? Pourquoi qu'ils ne le font
pas localement? Pourquoi que ce n'est pas quelque chose qui est plus répandu?
M.
D'Astous (Hugo) : J'aimerais donc vous expliquer ça en détail, si
Mme la présidente me donnait 15 minutes de plus.
M. Skeete : Non, ça va dépendre de
mes collègues de l'autre bord, s'ils veulent prendre leur temps.
M.
D'Astous (Hugo) : Le maltage, là, c'est tout simple, OK. Les grains ou
les patates ne fermentent pas, c'est de l'amidon, c'est des chaînes complexes
de glucose. Pour réussir à ce que ça fermente, il faut les couper en sucre simple, en un glucose. Le maltage, le grain
commence à pousser, puis, quand ça a commencé à germer, on arrête ça, puis, dans le grain, on a commencé à créer les
enzymes. Les enzymes, c'est ce qui coupe les longues chaînes moléculaires. Donc, si le maltage a été mal fait,
quand je vais venir pour faire ma fermentation, mon... ma conversion en
sucre va être trop basse. C'est le principal enjeu.
M. Skeete : ...un
enjeu de goût? C'est-tu un enjeu de santé? C'est quoi?
M. D'Astous
(Hugo) : Aucun enjeu de santé. C'est vraiment un enjeu de mauvais
goût. Effectivement, le produit va être plus ou moins bien fait. Donc, d'aller
le faire chez un partenaire qui maîtrise ça, c'est gage de succès, et de
constance, puis de rentabilité pour les entreprises.
M. Skeete : OK.
C'est que c'est clair. Puis on ne s'improvise pas un malteur, là. Tu sais, ce
n'est pas quelque chose qu'on se réveille le matin puis on dit : Moi, je
vais faire malter mes affaires puis ça va être bien fait.
M. D'Astous
(Hugo) : Bien, c'est parce que, si tu veux malter comme du monde, là,
tu vas encore... tu vas investir
50 000 $, 100 000 $, 150 000 $,
200 000 $, 300 000 $, tu comprends? Dans le temps, il y a
200 ans, ils mettaient ça sur le plancher, ils laissaient ça germer
puis ils allaient nus pieds virer ça. On n'est plus là, là, OK. Ça prend des équipements, maintenant, là, pour maîtriser le
procédé, sécher, etc., donner de la saveur. Donc, non, on ne s'improvise
pas malteur. C'est une filière.
• (16 h 10) •
M. Skeete : Alors,
même si le concept d'artisanat, c'est de dire : du grain à la bouteille,
ça devrait être fait sur le lieu de production, vous, vous êtes d'avis qu'on
devrait pouvoir sous-traiter cette partie-là de la production.
M. D'Astous
(Hugo) : Oui. Sous permis artisanal, tu fais pousser ton grain, tu
récoltes, on le met dans des sacs, on l'envoie à la malterie, ils maltent notre
grain, puis ils nous le remettent dans le sac, puis ça revient. Donc, c'est
notre grain qui a été malté, là, alors...
M. Skeete : Comment
on fait pour s'assurer, justement, que c'est mon grain, pas le grain d'un
autre, ou d'un tiers, ou de... Comment je fais pour contrôler ça, si c'est...
tu sais, pour garder... parce que, dans le fond, le permis artisanal est là pour assurer une équité entre les
producteurs. Comment qu'on fait pour s'assurer de ça, si on le sous-traite?
M. D'Astous
(Hugo) : Bien, c'est assez simple. Tu sais, si l'équipement de maltage
fonctionne, je ne sais pas, je vais dire, en
trois tonnes, puis j'envoie trois tonnes, il met trois tonnes dans sa machine,
il va le passer dans toutes les étapes, puis il va le sortir au bout. Ce
n'est pas tout mélangé, cette affaire-là. Puis quand on le livre, tout est bien
identifié, avec une traçabilité, et tout ça.
Donc, c'est des gens professionnels, là, ils sont capables d'assurer la
traçabilité.
M. Skeete : Ça
fait que vous, ce n'est pas un enjeu, là, de savoir qu'est-ce qui rentre puis
qu'est-ce qui sort.
M. D'Astous (Hugo) : Absolument pas. Non, tout
à fait. Ils sont déjà organisés comme ça, ces entreprises-là.
M. Skeete : Parfait.
Moi, je n'ai plus de question, Mme la Présidente. Je ne sais pas si mes
collègues en ont.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le député d'Abitibi-Est.
M. Dufour : Oui.
On a vu un peu, sur l'angle que vous amenez, la particularité. Vous n'êtes pas
seulement sur les allègements, vous êtes aussi sur tout l'aspect des spiritueux
versus le rendement qui est donné à la SAQ quand vous le vendez chez vous. Il reste, par contre... Je regardais, là,
dernièrement, chez nous, on a un distilleur qui a fait un rhum, avec une
promotion avec un chanteur bien connu présentement, puis il a quand même un
grand succès. C'est le troisième rhum le plus vendu, présentement, dans
les SAQ du Québec. Est-ce que ça, ce n'est pas quand même une orientation qui
pourrait être prise par les entreprises?
M. D'Astous
(Hugo) : Vous voulez dire, l'orientation de créer des partenaires...
M. Dufour : De
créer des partenariats, exactement.
M. D'Astous
(Hugo) : Bien, je pense que tout ça, c'est du marketing. Ce n'est pas
une mauvaise idée. Puis, soit dit en passant, je ne suis pas... je ne suis pas
contre les gens qui vont acheter du rhum des Caraïbes, puis ils vont
l'embouteiller ici. Puis c'est correct, là, je veux dire, la question, c'est un
équilibre dans tout ça. Du rhum, là, on ne peut pas en faire au Québec. La
canne à sucre, ça ne pousse pas. Par contre, des alcools, des vodkas, des gins,
il y a un paquet de produits, là, qu'on est capables de faire 100 % d'ici.
Soyons assez ouverts et créatifs pour encourager cette entreprise-là, parce que
les autres pays le font.
Il y a des provinces, comme la Colombie-Britannique,
au Canada qui ont été hypercréatives, puis ils ont investi, ils se sont donné
une vision pour la filière du spiritueux. Ils ont fait en sorte que les
entreprises ont triplé et quadruplé là-bas parce qu'ils
ont mis des conditions économiques pour que ces entreprises-là, du grain à la
bouteille, en Colombie-Britannique, puissent quand même opérer et à rendement,
pouvoir réinvestir dans leur entreprise. Donc, ce n'est pas un enjeu, en fait,
des produits comme ça.
M. Dufour : Parfait.
Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. M. le député de Dubuc.
M. Tremblay :
Il reste du temps?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Trois minutes.
M. Tremblay :
Précision. Est-ce que je me trompe? Corrigez-moi. Je prendrais l'exemple de
la Distillerie du Fjord, au Saguenay. Est-ce qu'on en est même rendus... vous
avez parlé de patrimoine, je fais un peu de millage sur ce que vous avez exposé
de façon très intense et passionnée. Est-ce qu'on n'est pas rendus aussi sur un
axe touristique? On parle d'agrotourisme, là, mais là-bas, où ils embauchent
des cueilleurs en périphérie du site, sur l'axe boréal, bien, on veut créer de l'emploi in situ pour que ça devienne un
moteur d'économie touristique, où, finalement, le produit lui-même, et
tout ce qu'on a parlé, va encore plus loin, avec des sous-segments d'emplois.
Je pense que c'est là où... quand vous parlez de patrimoine, c'est là où on
s'oriente.
M. D'Astous
(Hugo) : La Distillerie du Fjord, c'est un beau modèle, évidemment.
Jean-Philippe aimerait acheter de l'alcool du Québec puis faire les
conditions... qui'il y ait les conditions pour le faire. Puis ils ont un beau
modèle, ils ont des bons produits. Il fait de l'alcool aussi, il fait son
alcool à partir des bleuets. Tu sais, comprenez, là, l'enjeu... puis les
espaces tablettes qui sont pris en SAQ, là, le co-80 % d'espace qu'on n'a
pas, c'est du NGS. C'est des produits de qualité très moyenne, parce que c'est
de l'aromatisation avec des liquides, des arômes artificiels qui sont mis dans
les produits, puis les gens sortent des produits à répétition. Ça, il n'y a pas
de pérennité là-dedans, il n'y a pas de patrimoine. Ce n'est pas avec ça qu'on
va faire une industrie qui est prospère, forte et fière. Pas de fierté là-dedans.
C'est des produits qui ne seront pas là dans 20 ans, mais la Distillerie
du Fjord va y être. Ça, c'est quand même un beau modèle d'affaires. On est
fiers d'eux.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...je cède maintenant la parole au député de Marguerite-Bourgeoys.
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. J'ai... j'aime
beaucoup ce que j'entends, votre vision de générations futures, là. C'est une
industrie du terroir, finalement, qui permet l'agrotourisme en même temps.
Donc, oui... non, effectivement, je pense que de s'assurer que c'est possible
de pouvoir identifier notre produit, une certaine traçabilité, là, c'est
évidemment ça, là, qu'on a besoin d'avoir.
J'essaie
de comprendre, de votre point de vue à vous, puis peut-être qu'on peut revenir
rapidement là-dessus... Donc, il y a un chiffre à partir duquel ça a de
l'allure de faire ça en masse, la distillerie, comme, si j'ai bien compris, en
bas de... je pense que... est-ce que c'était...
M. D'Astous
(Hugo) : ...artisanal, là, qu'est-ce qui est artisanal, qu'est-ce qui
ne l'est pas, écoutez, il y a des données mondialement... les États-Unis ont
tracé des lignes, là. Puis écoutez, là, je n'ai pas... j'y vais de mémoire,
mais dans notre cas, c'est au moins une production, je pense, de
200 000 litres d'alcool, là. Ça, c'est normé. Si on fait des petites
recherches, là, c'est assez... Mais, vous comprenez, on est à des
années-lumière de la vision de... Je fais 3 000 bouteilles dans mon
garage chez nous, vous comprenez? Ça fait que là, le débat n'est pas là, là.
M.
Beauchemin : OK, mais il y a probablement aussi un enjeu de qualité,
quand c'est 3 000 bouteilles dans ton sous-sol, à la maison, versus
ce que vous faites, là, évidemment.
M. D'Astous
(Hugo) : Évidemment. Tu sais, nous, il y a plus de volume, mais on a
une chimiste qui travaille pour nous, on a des équipements de laboratoire qui
sont très coûteux pour tester la qualité de nos alcools. On ne se fie pas juste
qu'à la SAQ. Donc, avec des artisans un petit peu plus gros, il y a un gage de
qualité aussi.
M. Beauchemin :
...vous parliez tout à l'heure
que vous aviez quatre et demi partenaires, là, en tout et partout. Je
n'ai pas compris très bien, là. La demi-partenaire, il se passe quoi avec, là?
M. D'Astous
(Hugo) : Le cinquième membre de Spiritueux Québec, ils sont en
difficulté, puis on n'est pas certains qu'ils vont être encore là à la fin de
l'année. Pour dire, le membership coûte 100 $ puis il n'est pas payé encore. Donc là, ils grattent les fonds de
tiroirs, mises à pied. Il a fermé la boutique, il a fermé le bar, etc., donc...
C'était un des pionniers, puis c'est là qu'on est.
M.
Beauchemin : Puis la cause de cet enjeu-là, c'est...
M. D'Astous (Hugo) : Les ventes en
SAQ, perte d'espace tablette. On ne peut pas générer... on ne peut pas survivre
si on ne vend pas des... nos bouteilles à la SAQ. La SAQ, présentement... Puis
ils font ce qu'ils peuvent hein? Moi, je ne suis pas en
train de dire que c'est... Le problème, ce n'est pas la SAQ. C'est le
gouvernement qui donne les indications à la SAQ. C'est au gouvernement puis aux
élus à donner une direction claire de ce qu'on veut dans notre réseau de
distribution qui fait partie de l'État.
M.
Beauchemin : C'est une politique gouvernementale que la SAQ suit qui
fait en sorte que votre collègue en arrache.
M. D'Astous
(Hugo) : Vous êtes des élus. Moi, je me suis posé la question :
Quelle autre nation à travers le monde est assez créative pour inventer un
picto «Embouteillé au Québec» pour faire des jambettes aux produits qui sont
100 % d'ici? C'est vrai que les Québécois, on est créatifs, des fois, mais
on pousse peut-être un peu fort, hein? Tout le monde est fier d'avoir des
produits 100 %. L'Écosse fait des whiskys. Bien non, nous autres, on fait
des jambettes pour dire : Aïe! n'oubliez pas, consommateurs, là, je vais
tout te mêler entre un picto «Embouteillé», «Préparé» ou «Origine Québec»,
parce que ça, c'est embouteillé.
Bien là, le
consommateur, lui, il pense que, finalement, c'est tous des produits du Québec.
Puis quand ils exécutent leur promotion, des fois, c'est tellement mal exécuté
en SAQ qu'ils ne peuvent pas faire de promotions juste Origine parce que, quand
ça arrive à la caisse, les clients sont tous mêlés, ils ont pensé
qu'«Embouteillé» c'était dans la promotion
Origine Québec. Ça fait qu'ils ont tout mis ça dans l'Espace Québec maintenant.
Alors, «Embouteillé», «Préparé», «Origine Québec», c'est des produits
québécois. Bien, ça, messieurs, mesdames, vous avez les mains sur le volant
pour corriger la situation.
M.
Beauchemin : Donc, ça fait-tu partie du Panier bleu, tout ça?
J'extrapole.
M. D'Astous
(Hugo) : ...aux consommateurs avec le Panier bleu.
M. Beauchemin :
Bien, en fait, c'était un peu
l'autre point de ma question. Quand vous parliez, tout à l'heure, de
points de vente, là, au détail, qu'est-ce que vous aviez en tête, vous,
personnellement, pour votre gang?
M. D'Astous (Hugo) : Bien, pour les points de
vente, écoutez, la SAQ a certains programmes pour faire la promotion des produits Origine Québec. Ils font
des efforts, mais la SAQ est prise avec une patate chaude de beaucoup de
distilleries, beaucoup de produits. Comment vont-ils faire pour dire à une
distillerie que : Je ne prendrai plus tes produits, puis pourquoi toi, je
vais les prendre, puis même le «Embouteillé», là. Donc, ils sont un peu
contraints de prendre les produits de tout
le monde. Là, ils essaient d'arriver avec une gestion de l'offre, mais là ça va
faire mal, OK, parce qu'il y a des distilleries qui ne pourront pas,
finalement, continuer à opérer.
La
solution, elle est toute simple, mais vous n'aimerez pas ce que je vais vous
dire. La majorité de ces distilleries-là, même si elles achètent
l'alcool à l'extérieur, là, puis en Ontario, là, OK, puis c'est... si elles
pouvaient vendre sur place et avoir... ne pas payer la majoration à la SAQ,
elles arrêteraient de vendre à la SAQ, ça ferait de la place pour d'autres
produits. Ces gens-là seraient contents de juste faire de l'agrotourisme, créer
de l'emploi local puis avoir une rentabilité. Mais ça, c'est une fin de
non-recevoir au sein du gouvernement. On ne veut pas aller là, pour un paquet
de mauvaises raisons. C'est le statu quo, tout le monde se lance la balle, puis
personne ne veut prendre la pôle de trouver une réelle solution. En d'autres
mots, c'est gênant.
• (16 h 20) •
M.
Beauchemin : On est entre amis, là, il n'y a pas de gêne, là.
Qu'est-ce qui peut être une des... disons, les tops trois raisons, selon vous,
là?
M. D'Astous
(Hugo) : Ah! pour le... pour ça?
M.
Beauchemin : Oui?
M. D'Astous
(Hugo) : Je ne suis pas capable de répondre à cette question-là. En
fait, depuis deux ans, je gravite autour de ça, j'ai fait beaucoup de
représentations. En fait, je dirais, je pense que c'est un manque de courage
des décideurs, un manque de courage. Bien, en fait, on n'a pas de vision pour
l'industrie. Puis en réalité, là... puis c'est dur d'avoir du courage, comme, à
tous les niveaux. Il y a beaucoup d'intervenants, il n'y a pas de vision de
l'industrie. La journée où on va bâtir collectivement une vision de l'industrie
d'où on veut être dans 20 ans, bien, les actions vont suivre, ça va être
cohérent. Là, on ne peut pas avoir de cohérence, il n'y a pas de vision, il n'y
a pas d'objectif. Donc, chacun, tu sais, de son côté, dire : Heille! je
peux-tu vraiment changer quelque chose? Je veux dire, les morceaux du puzzle ne
sont pas tous reliés ensemble. Donc, la principale cause : manque de
vision claire, de cette industrie-là, d'où on veut être dans 20 ans. On
est capables, hein, de se donner une belle vision, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Bien sûr, monsieur.
M. D'Astous
(Hugo) : Merci.
M.
Beauchemin : Je vais céder la parole à ma collègue de Bourassa-Sauvé.
La Présidente (Mme D'Amours) : Mme
la députée de Bourassa-Sauvé, la parole est à vous.
Mme Cadet : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, M. D'Astous.
M. D'Astous (Hugo) : Bonjour.
Mme
Cadet : Merci pour votre plaidoyer passionné pour votre
industrie. Vous êtes manifestement... Un, vous connaissez ça, vous la
connaissez bien, votre industrie, puis vous l'aimez, donc, je pense qu'ils sont
chanceux de vous avoir. Puis vous nous avez prôné, donc, la... des éléments
extrêmement intéressants pour la diversification de notre économie, donc,
surtout au niveau régional.
Et ma première question, donc, porterait sur les
distinctions qui existent, donc, en ce moment, donc, entre le permis industriel
et le permis artisanal. Donc, je pense que le ministre a posé quelques
questions là-dessus initialement. J'aimerais savoir... Donc, on parle beaucoup,
donc, de comparaisons avec l'Ontario notamment, mais la réglementation ailleurs
au Canada, comment est-ce que ça fonctionne au niveau de cette distinction-là?
M. D'Astous (Hugo) : C'est une
grande question, puis je ne suis pas au fait de ce qui se passe dans chacune
des provinces. Je peux vous dire, par contre, que le Québec et l'Ontario, c'est
les deux provinces où il y a le plus de contraintes. Puis je pense que le plus
beau modèle au Canada, c'est la Colombie-Britannique, qui a vraiment choisi... ils ont regardé l'industrie des vins et ils se
sont dit, il y a plus de 10 ans : Bien, est-ce qu'on veut que cette
industrie-là se développe au niveau du spiritueux? Et là ils ont ouvert
jusqu'à, de mémoire, 50 000 ou 60 000 bouteilles. Donc, ils peuvent
vendre directement aux restaurateurs sans payer de majoration. Donc, ils ont
développé des forces de vente, les distilleries ont embauché des gens. Ils
peuvent aussi vendre par Internet, ils peuvent... Là-bas, le réseau est
semi-privé, semi-public. Donc, ils peuvent vendre directement aux gens, là,
dans le privé puis jusqu'à 50 000, 60 000 bouteilles. Puis les
distilleries ont quadruplé, là. Ça a été un beau, beau succès, puis c'est un
moteur.
Donc, la Colombie-Britannique s'est dotée d'une
vision pour les spiritueux et le secteur de l'alcool. C'est ce qui fait la
différence. Donc, c'est ce qu'il faut retenir. On a besoin d'une vision au
Québec, qu'il y ait quelqu'un, qu'il y ait un élu... que les gouvernements
veuillent porter cette vision-là avec les acteurs dans le milieu.
Mme Cadet : Merci. Puis vous parlez
du modèle de la Colombie-Britannique, donc, mon... Donc, ça semble aller, donc, beaucoup plus loin qu'en fait la
question, donc, de la distinction entre les différents types de permis. Donc,
est-ce que vous diriez que ce que vous nous avez exposé ici, dans votre
document, dans votre mémoire, est-ce que c'est
le plus grand frein réglementaire, donc, en termes, donc, de l'allègement
réglementaire, donc, au développement de l'industrie, ou il y en aurait
d'autres que vous ne nous avez pas encore exposés?
M. D'Astous (Hugo) : En fait, l'UQMD
va passer tantôt, après moi, puis on a quand même travaillé ça conjointement
avec l'UQMD. Donc, ils ont beaucoup d'éléments clés. Donc, tu sais, quand on
parle de vente sur place, qu'on... tu sais, qu'on puisse... Quand un visiteur
vient chez nous, puis il me demande... je fais la visite de la distillerie,
puis je lui ai parlé des cocktails, puis il me dit : Peux-tu me servir un
cocktail?, bien, je dis : Je n'ai pas le droit de te servir un cocktail.
Il ne comprend pas, il dit : Bien, voyons donc, je veux dire, je voudrais
juste que tu me fasses un martini avec ta vodka. Non, c'est impossible. Donc,
ça, ça fait partie des éléments clés.
En Colombie-Britannique, on a la possibilité de
vendre directement aux consommateurs, d'aller vendre aux restaurateurs, tout
ça. C'est sûr que c'est des choses qui amèneraient de la rentabilité à nos
installations puis qui fait en sorte qu'il y a une pérennité de l'industrie
là-bas.
Mme
Cadet : Autrement, donc, je reviens, donc, sur vos...
donc, en fait, votre vision pour bâtir un patrimoine pour le Québec. Donc, vous
nous parlez... donc, créer, donc, des emplois spécialisés en région. Donc, moi,
je connais peu votre industrie, donc, j'ai
été quand même assez surprise, donc, du taux horaire minimum qu'on y retrouve.
Donc, au niveau, donc, de l'employabilité, donc, à quoi ça ressemble,
donc, en termes de nombres, de chiffres?
M. D'Astous (Hugo) : Dans notre cas,
c'est quand même... on a un ingénieur en biotechnologie, c'est quelqu'un qui
est du Mexique, qui était à Montréal puis a choisi de venir travailler pour
nous. Il a pris sa famille puis il est déménagé à Saint-Ubalde. On est à...
quand même, entre Québec... On est en région, là, on va se le dire, là, tu sais, Portneuf puis Saint-Ubalde. Ça fait qu'il a
sauté avec nous, il s'est acheté une maison. Donc, on a cette personne clé là.
On a une autre personne qui travaillait chez Pepsi, à Montréal, puis il a décidé
de revenir en région. Donc, c'est nos
deux personnes clés au niveau, là, de la production, puis... En fait, on avait
trois personnes, mais on a dû congédier une des personnes, une autre
personne qui venait de Montréal aussi, qui avait fait une technique en... tout
ce qui touchait toute la distillation, là. On a dû couper, là, son poste par
manque de ventes, là. Maintenant, on fonctionne à deux personnes.
La Présidente (Mme D'Amours) : 50 secondes.
Mme Cadet : Ah! d'accord. Et donc,
si vous aviez, donc, un élément, là, un élément clé, donc, en terminant, donc,
pour nous, comme législateurs, donc, quel serait, donc... qu'est-ce qu'on doit
retenir de votre plaidoyer?
M. D'Astous (Hugo) : Bien, retenir
que, pour conserver des distilleries qui ont investi dans des capacités de
production d'alcool de base, là, que ce soit Grand Dérangement, que ce soit
Menaud, que ce soit nous, on a besoin de rentabiliser nos
boutiques, nos... en n'ayant pas de majoration sur les ventes sur place, et on
a besoin de faire en sorte qu'on puisse vendre notre alcool aussi à d'autres
microdistilleries, ce qui va venir nous aider. Puis je n'en ai pas parlé, par manque de temps, mais il y a tout le
PAPAQ aussi, qui doit arrêter de subventionner à 4 % l'alcool ontarien.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment, monsieur. Le temps étant écoulé pour l'opposition officielle, deuxième
groupe d'opposition, M. le député de Maurice-Richard, la
parole est à vous.
M. Bouazzi : Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup,
effectivement, pour votre passion. Vous êtes, évidemment, un personnage
coloré. On n'a pas toujours l'occasion, dans ces murs, de recevoir autant de
passion. Je remercie aussi le ministre d'avoir prêté son temps. Ce n'est pas un
exercice habituel.
D'abord, vous avez
parlé d'avoir deux employés pour les deux premières étapes, et ensuite, un
demi, un demi. Il y a combien... ça oscille entre combien et combien, la somme
des employés? Est-ce que ça, c'était comme le nombre de personnes qui
travaillent ou c'est...
M. D'Astous
(Hugo) : En fait, dans notre cas, on a quelqu'un... on a une graphiste
à temps partiel. On va bientôt embaucher deux représentants pour s'occuper
nous-mêmes de nos ventes. On a une maître distillatrice. On a quelqu'un qui
fait du marketing à demi-temps. Moi...
M. Bouazzi :
Ce n'est pas grave. Juste pour nous dire, c'est plutôt cinq...
M. D'Astous
(Hugo) : Il y a quand même beaucoup de monde, mais il faut retenir une
chose, chez Ubald, on a quand même automatisé certaines étapes. On est venus
joindre l'artisanat au contrôle de procédés. Donc, il y a des distilleries du
grain à la bouteille, comme nous, qui peuvent avoir plus de main-d'oeuvre,
parce c'est un petit peu moins automatisé.
M. Bouazzi : Mais
on parle de, plutôt, autour de 10 que... plutôt que 100?
M. D'Astous
(Hugo) : Oui, c'est ça. On ne crée pas... Effectivement, là, on n'est
pas une usine pour créer 300, 400 jobs.
M. Bouazzi : Parce
qu'une des questions... une des questions qui va se poser dans ce que vous nous
parlez, et je pense que le ministre réfléchissait aussi ce genre de question,
c'est qu'est-ce qui fait que c'est industriel ou artisana. Et puis, évidemment,
le nombre d'employés, ça ne peut pas être la seule chose, parce qu'il y a
beaucoup de choses qui s'automatisent de nos
jours, mais quand même, c'est une des questions. Et puis vous avez parlé de
volume, et je pense qu'il y a aussi un ordre de grandeur, de volume où
on peut se poser la question.
Je n'ai vraiment pas
beaucoup de temps, ça fait que je vais vous poser deux questions d'un coup, et
puis vous n'aurez pas un ministre pour vous donner plus de minutes. Ça fait que
la première, c'est... On a eu l'Association des restaurateurs, juste avant, qui
voulait avoir la possibilité d'avoir des accords, de pouvoir vendre un certain
nombre de spiritueux, etc., et je me demandais, donc, qu'est-ce que vous en
pensiez, d'un côté. Et l'autre, c'est : Est-ce que vous avez un avis sur
la question des timbres et de leur utilisation pour pouvoir... dans les
restaurants?
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
• (16 h 30) •
M. D'Astous
(Hugo) : Bon, d'accord. L'UQMD va probablement en parler, la game avec
les restaurateurs, et surtout, les bars à cocktail, c'est très, très difficile.
Les grands joueurs, mes fameux huit joueurs, 80 % du marché arrivent dans
les bars à cocktail puis ils vont donner deux à trois bouteilles caisses pour
lister les produits. Donc, nous, quand on arrive, il faut donner souvent, au
moins, une à deux bouteilles caisses. Ça, ça veut dire que je paie tout juste
la bouteille puis l'alcool qu'il y a dedans. Alors, de réussir à faire des
deals plus précis avec des restaurateurs, ce serait vraiment intéressant. Ce
serait des ventes rentables pour nous, ça permet de rayonner et d'éduquer le
consommateur à notre marque.
Pour ce qui est du...
des timbres, ce que les gens vivent, c'est complexe. Tu peux prendre quelqu'un
à Gaspé, puis il faut que ça aille à Montréal, des fois, se faire timbrer, et
tout ça. C'est hypercompliqué. Ça va avec tout le package de l'alcool au
Québec, là, tu sais. Personnellement, pour nous, Spiritueux Québec, il y a
d'autres enjeux plus importants que ça. Ce serait le fun d'avoir un allègement,
là, mais, avant tout...
M. Bouazzi : ...le
timbre? Parce qu'on essaie de trouver quelqu'un qui aime les timbres depuis
qu'on est...
M. D'Astous
(Hugo) : Ah! non, non.
M. Bouazzi :
Non? OK.
M. D'Astous
(Hugo) : Mais là c'est sûr qu'on n'aime pas les timbres, là. On a
beaucoup de choses qu'on n'aime pas. Avant tout, des espaces tablettes, pour
générer des ventes rentables...
M. Bouazzi : C'est bon. Merci, Mme
la Présidente.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci infiniment.
Merci beaucoup, M. D'Astous, d'avoir participé à notre commission.
La pétition transmise par le groupe précédent,
la FCEI, sera distribuée de façon électronique aux membres uniquement, et elle
ne fera pas l'objet d'un dépôt, et ne sera pas rendue publique.
Maintenant,
je suspends les travaux quelques instants afin de permettre à nos prochains
invités de s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 32)
(Reprise à 16 h 35)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association
des microbrasseries du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période
d'échange. Alors, je vous invite à vous présenter et à commencer votre exposé,
s'il vous plaît.
Association des
microbrasseries du Québec (AMBQ)
Mme Myrand (Marie-Eve) : Merci, Mme
la Présidente. Mmes, MM. les députés, bonjour. Il me fait plaisir d'être ici aujourd'hui pour vous partager
l'appréciation de l'Association des microbrasseries du Québec en lien avec le
projet de loi n° 17 et plus
particulièrement le chapitre III portant sur les dispositions concernant
les secteurs des boissons alcooliques et des concours publicitaires.
Je m'appelle Marie-Eve Myrand, et je suis
directrice générale de l'Association des microbrasseries du Québec, et je suis accompagnée par Jean-François
Nellis, qui est copropriétaire de la microbrasserie Pit Caribou et président
du conseil d'administration de l'AMBQ.
M. Nellis (Jean-François) : Bonjour.
Tout d'abord, merci de nous donner l'opportunité de nous exprimer sur ce projet
de loi. Notre mémoire s'intitule d'ailleurs Une opportunité de moderniser
l'environnement d'affaires des
microbrasseries du Québec. Avant
de vous partager nos recommandations relativement au projet de loi,
permettez-moi de camper brièvement ce qu'est l'Association des
microbrasseries du Québec et l'industrie que nous représentons.
L'AMBQ
représente les microbrasseries du Québec. Nous réunissons
250 microbrasseries sous les 330 permis de brasseur et artisan
brasseur à ce jour. On parle de 76 %. Au cours des 10 dernières
années, l'industrie a connu une croissance fulgurante. Aucune industrie
manufacturière n'a ouvert autant de lieux de production au Québec que les
microbrasseries. En termes d'occupation du territoire, les microbrasseries sont
réparties dans plus de 164 villes à travers le Québec,
106 circonscriptions et 17 régions administratives. Plus de 33 %
sont d'ailleurs implantées dans des villes de moins de 10 000 habitants.
Les microbrasseries du Québec contribuent directement à la revitalisation de
notre territoire, notamment à travers les 6 500 emplois directs qui
en découlent. Les microbrasseries investissent et opèrent ici, au Québec, et
leurs profits sont injectés dans notre économie.
L'AMBQ tient
à saluer la pertinence d'un projet de loi en allègement réglementaire. Notre
industrie est bien placée pour savoir que certains encadrements sont
désuets et plus d'actualité. Une simplification s'impose. Je laisserais maintenant la directrice générale,
Mme Myrand, vous partager comment le projet de loi peut répondre à
certains enjeux vécus par les microbrasseries.
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Le projet de loi offre l'occasion de modifier
certains irritants concrètement et de changer
positivement le quotidien de plusieurs centaines d'entreprises. Plus
précisément, nous avons quatre recommandations.
Le premier... la première vise les timbres de
droit. La question des timbres de droit est un enjeu, pour les microbrasseries,
qui s'apparente à un réel cauchemar duquel on ne peut pas se réveiller. Pour
les entrepreneurs de notre industrie, cet irritant figure au sommet de leur
liste. Ce constat est le même aux quatre coins du Québec, seule province
d'ailleurs à opérer avec un tel système. Dans la réglementation actuelle, les
bières qui sont destinées à une consommation sur place doivent présenter un
timbre de droit. Ce timbre a comme objectif un contrôle fiscal, un obstacle à
l'économie souterraine. Ce timbre doit être collé manuellement sur les bières
ou encore imprimé lors de l'embouteillage ou de l'encanettage.
Depuis 2014, le timbre ne présente plus aucune
justification pour le contrôle fiscal car les mêmes taxes sont fixées pour le producteur, tant en consommation à
domicile, c'est-à-dire en épicerie ou dépanneur, qu'en consommation sur place, dans les bars ou dans les restaurants.
Le timbre des microbrasseries n'a aucune incidence sur l'assiette fiscale
qui est versée au gouvernement.
Le Québec a
fait le choix de mettre en place les modules d'enregistrement des ventes
partout chez les titulaires de permis d'alcool. Cet outil technologique
offre la possibilité de vérification fiscale rigoureuse, il est largement
accessible et offre une alternative de choix au timbre sans les nombreuses
irritants.
D'ailleurs, parlons-en, des inconvénients de
celui-ci. Pour les microbrasseries, le timbre, il est synonyme de perte de
productivité, de perte de revenus, d'irritant opérationnel quotidien et de
menace constante de poursuite. Les microbrasseries
sont confrontées au choix de maintenir deux inventaires de produits ou encore
de timbrer manuellement les bières qui sont destinées aux bars et
restaurants en fonction des ventes. La vaste majorité opte pour cette deuxième
option pour éviter les pertes et favoriser une meilleure fraîcheur de la bière.
Un employé se voit ainsi la responsabilité de timbrer
manuellement les bières selon les commandes reçues. Un sondage réalisé en mai
par l'AMBQ estime l'impact financier direct
qui découle du timbre à plus de 1 million annuellement pour notre industrie.
À ça s'ajoutent évidemment les frais encourus en cas de poursuite, lesquels
peuvent rapidement se chiffrer à plusieurs milliers de dollars.
• (16 h 40) •
En 2018, dans le
cadre du projet de loi n° 170, les parlementaires de
tous les partis se sont prononcés unanimement en faveur du retrait du timbre.
Pour les microbrasseries du Québec, chaque jour qui passe à vivre encore avec le timbre est un jour de trop. Le
projet de loi n° 17 effleure l'enjeu du timbre, mais propose
essentiellement de soustraire les entreprises de l'obligation de timbrer
les bières produites et vendues à la microbrasserie. On reconnaît qu'il n'y a
aucun risque à ce qu'une microbrasserie achète sur le marché noir ses propres
bières. Il s'agit d'un pas dans la bonne direction, mais nous sommes très loin
d'aborder le coeur de l'irritant. L'AMBQ demande aux parlementaires de faire un
pas de plus et de profiter de ce véhicule législatif pour intégrer une
disposition visant à soustraire les microbrasseries de l'obligation de timbrer
leurs bières.
Gardons
en tête que les producteurs de cidres industriels, qui ne sont pas tenus de
timbrer leurs produits destinés aux bars et aux restaurants, ont démontré à
travers les années qu'un système alternatif à celui du timbre peut fonctionner.
Notre second enjeu
vise... notre seconde recommandation vise la vente directement à un détenteur
de permis de réunion. Le projet de loi
n° 17, qui s'inscrit dans un objectif d'allègement réglementaire... et cet
exemple de l'enjeu de la vente
directe est un excellent exemple de mécanisme qui peut être simplifié.
Actuellement, l'approvisionnement pour
un festival, une fête de quartier ou tout autre événement privé ou public
nécessitant un permis de réunion ne peut pas être effectué directement
auprès d'un détenteur de permis de brasseur. L'approvisionnement doit être fait
auprès d'un titulaire d'épicerie ou d'un brasseur artisan.
Dans la réalité, des
ententes doivent généralement être effectuées entre les brasseurs et les
détenteurs de permis de réunion dans un souci de gestion de
l'approvisionnement, du retour des contenants consignés et du matériel promotionnel. Le rôle du détenteur de
permis d'épicerie est purement administratif. Gardons en tête que, lors
de l'émission des permis de réunion, la RACJ procède à des validations poussées
concernant différents paramètres, dont notamment l'âge du détenteur.
Donc, avec le même
objectif d'allègement réglementaire que celui qui est visé par le projet de loi
n° 17, l'AMBQ invite les parlementaires à bonifier ce dernier et que soit
amendé le Règlement sur les permis d'alcool afin d'autoriser le titulaire de
permis de réunion à acheter directement d'un brasseur.
Notre troisième
recommandation vise la dégustation des bières et vente dans les marchés
publics. L'AMBQ salue l'allègement prévu au
projet de loi n° 17 permettant aux détenteurs de permis d'épicerie
d'effectuer eux-mêmes des dégustations. Cette mesure favorise la
découverte, ce qui est accueilli favorablement par les microbrasseries.
Dans
ce même esprit, l'AMBQ invite les parlementaires à profiter du PL n° 17 pour permettre aux microbrasseries de vendre leurs bières dans les marchés publics. Les marchés publics
sont des lieux incontournables pour la découverte, la promotion et la
valorisation des produits locaux et il est inconcevable pour nous qu'ils ne
puissent contribuer... que ces microbrasseries-là ne puissent contribuer aux
dynamiques locales. L'AMBQ demande donc à ce que les microbrasseries puissent
avoir la possibilité de vendre leurs bières dans les marchés publics.
Finalement, notre
dernière recommandation vise la vente en ligne et la distribution par un tiers.
Le projet de loi n° 17 prévoit une
disposition visant à s'assurer que les détenteurs de permis de production de
boissons alcooliques conservent leurs responsabilités dans l'éventualité où ces
entreprises délégueraient à un tiers certaines responsabilités.
L'AMBQ estime
raisonnable que, dans ce cas de figure, l'imputabilité demeure aux titulaires
de permis et salue cette ouverture préalable
à la sous-traitance de certaines activités. En ce sens, les habitudes de
consommation des citoyens se tournent de plus en plus vers les
plateformes numériques pour leurs achats et on observe une demande grandissante
pour l'achat de bières de microbrasseries à travers ce canal.
L'AMBQ demande
d'autoriser la vente de bières de microbrasseries et permettre la livraison
directement auprès des consommateurs et par un tiers.
M. Nellis (Jean-François) : Comme
vous pouvez voir, le projet de loi n° 17 aborde timidement certains
irritants rencontrés par les microbrasseries, mais représente surtout
l'opportunité d'un véhicule législatif pour aborder, dès maintenant, des enjeux qui représentent de
véritables entraves au développement des microbrasseries de notre économie.
Le gouvernement doit
reconnaître l'impact socioéconomique des microbrasseries et faire en sorte
d'offrir un environnement légal et réglementaire qui favorise non seulement la
poursuite du développement de notre industrie, mais le rayonnement de celle-ci.
À
travers des mesures, qui sont non financières pour le gouvernement, il est
possible de faire une réelle différence pour cette industrie dont le
cadre juridique est très étoffé, dont l'encadrement mériterait, depuis
longtemps, une modernisation en profondeur.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Nous sommes maintenant à la période d'échange. M. le ministre,
la parole est à vous.
M. Skeete : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Content de vous
revoir. Merci beaucoup de vous être déplacés. J'ai quelques questions pour
vous. Vous demandez un allègement pour que vous puissiez vendre vos produits dans
les marchés publics. Vous avez des permis industriels. Alors, si on vous
permettait de vendre dans les marchés publics, qu'est-ce qui empêcherait un
gros, Labatt, Molson, Sleeman, de venir faire pareil? Puis est-ce qu'on
n'enlève pas, justement, un avantage que vous souhaitez avoir, si on introduit
des joueurs comme ça sur ces lieux-là?
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Ça ne représente pas un enjeu, pour nous, de permettre
de manière large à tous les détenteurs de permis de brasseurs, industriels ou
artisans, d'avoir accès aux marchés publics. Pour nous, dans le fond, c'est une question de cohérence avec le
rôle, l'ancrage local que les microbrasseries ont dans leur territoire. Puis
ce sera une décision qui sera prise de gré à gré, entre le marché public, de
voir quels producteurs ils souhaitent présenter,
là, dans leurs marchés, de la même manière que les détenteurs de permis
d'épicerie, en ce moment, déterminent eux-mêmes qui ils décident de
mettre sur leurs tablettes. Donc, pour nous, ça ne représente absolument pas un
enjeu. On serait ouverts à ça.
M. Skeete : Puis vous n'êtes
pas du tout inquiets par rapport à la grande force économique que ces gros-là auraient pour contraindre un marché public :
Regarde, je te fais une subvention de X, puis c'est juste mes produits puis mes
sous-produits qu'on met là? Vous n'avez pas peur, un peu, comme les spiritueux
nous disaient, d'être exclus du marché par la grande puissance de ces gens-là?
Mme Myrand (Marie-Eve) : En
fait, il faut comprendre, je pense, le rôle... l'ancrage très... tu sais, les
racines profondes des microbrasseries dans leur territoire. Tout à l'heure,
M. Nellis mentionnait que 33 % sont dans des petites villes de moins
de 10 000 habitants. Ils contribuent à la vie, quotidiennement, de
leur communauté, à l'occupation du territoire. Ils sont là. Les
microbrasseries, souvent, on dit que c'est le nouveau parvis de l'église, les gens se réunissent là. Et, quand arrivent certains
marchés publics, certains événements, bien, les microbrasseries ne peuvent
pas s'y retrouver. Donc, c'est pour ça que, pour nous, c'est juste une
cohérence, une continuité et ça ne représente pas une crainte ou un obstacle
que tous, y compris les grands joueurs, puissent y participer.
M. Skeete : Et combien vous
chiffrez la croissance du nombre de licences et du nombre de joueurs dans
l'industrie de la microbrasserie, je dirais, dans les 10 dernières années?
Mme Myrand (Marie-Eve) : C'est
une croissance qui est extrêmement grande. On a connu des taux de croissance,
là, qui se résorbent un peu, là. On sait que, tu sais, le contexte économique
est actuellement plus difficile pour les entreprises. Bon, il y a différents
enjeux, là, mais on a passé de croissances soutenues de 10 %, 15 %,
on est même allés jusqu'à 20 %. Depuis
les 10 dernières années, c'est extraordinaire, le nombre de
microbrasseries. Puis vous devez l'avoir rencontré dans vos
circonscriptions respectives, les microbrasseries, là, prennent racine un peu
partout et font une réelle différence dans le paysage.
M. Nellis
(Jean-François) : Juste à titre de chiffres, Pit Caribou a été fondé
le 23 juin 2007, on était le permis numéro 54. On est en 2023,
on est rendus 330, donc, 280 en 16 ans.
M. Skeete : Ça fait que
280 nouveaux entrepreneurs issus des régions dans les petites villes qui
viennent compétitionner pour faire valoir leur produit local, là.
M. Nellis (Jean-François) : Et
voilà.
Mme Myrand (Marie-Eve) : On
soulignait tout à l'heure notre impact économique, 6 500 emplois qui
sont directs, un impact économique global de
près de trois quarts de milliard annuellement. Donc, tu sais, ça a un réel...
ça a une réelle empreinte, là, dans notre Québec, là, l'industrie des
microbrasseries.
M. Nellis (Jean-François) : Juste
à titre d'exemple, Pit Caribou, en Gaspésie, engage plus de personnes que
Molson, Labatt, Sleeman additionnés.
M. Skeete : Puis j'ai bien
compris 750 millions?
Mme Myrand (Marie-Eve) : Absolument.
M. Skeete : Parfait. Ça fait
que, là, vous demandez, comme plusieurs autres, un allègement sur le timbrage.
C'est un thème récurrent, mais, en fait, il y a déjà... il y a des allègements,
dans le projet de loi n° 17, sur le timbrage, notamment pour le fameux fusil à timbrage qui vous
enlève l'obligation de suivre des numéros séquentiels, puis il y a aussi
le fameux 1er janvier, là, qu'il fallait changer tous les rubans, là.
Est-ce que ça va aider ou c'est un coup d'épée dans l'eau, ça?
Mme Myrand
(Marie-Eve) : En fait, pour nous, ça ne nous vise pas, le
secteur de la bière, ces deux mesures-là. Ce qui nous touche par rapport au
timbre dans le projet de loi, c'est, comme on le soulignait tout à l'heure, la
possibilité, pour une microbrasserie,
pour la bière qui est produite et vendue sur place, de ne pas timbrer ces
produits-là. Mais sinon, pour tout le reste, c'est un paquet de troubles
pour nous, M. le ministre.
• (16 h 50) •
M. Nellis
(Jean-François) : Ça ne nous enlève pas nécessairement d'irritants,
les mesures qui sont proposées, dans le sens que nous, de notre côté, il
va quand même falloir timbrer manuellement. Chez Pit Caribou, c'est
1 000 heures par année qui est dépensé inutilement pour une valeur
qui n'est pas ajoutée. On est 300 microbrasseries dans la même situation. Donc, si on parle de
plusieurs mille heures, de plusieurs heures, on parle de 1 million de
dépenses inutiles en valeur non ajoutée en termes de main-d'oeuvre. On
est dans une pénurie de main-d'oeuvre, c'est quelque chose qui est quand même
très difficile pour nous de combler.
Puis
il y a aussi... des fois, on essaie de faire de l'inventaire d'avance, on fait
de la spéculation, ça peut être des inventaires qu'on peut perdre parce
qu'ils peuvent passer date. Donc, il y a un volet qui est quand même très
«prise de temps», qui n'a pas de valeur ajoutée au niveau des microbrasseries,
qu'on pourrait réinvestir ailleurs aussi, là.
M. Skeete : Quand
vous avez fait vos revendications, j'imagine, vous avez fait le tour de mes
collègues. Puis quand vous leur parlez,
mettons, de permettre... la demande 2, là, pour... de vendre de la bière
directement aux détenteurs de permis de réunion, qu'est-ce qu'ils vous
disent?
Mme Myrand (Marie-Eve) : Bien, je vous dirais
qu'on n'a pas eu de réponse ou d'accueil à cette question-là. Les gens à
la Sécurité publique, à la Régie des alcools, tu sais, qui sont directement
liés à ces mesures-là, tu sais, sont bien au fait de cette demande-là. On ne
sent pas qu'il y a un frein réel. Je vous dirais que c'est plus de profiter
d'un espace plus concret, là, pour enchâsser et changer... moderniser,
finalement, là, ces dispositions-là, mais on n'a pas entendu de freins ou, tu
sais, d'éléments qui sont réellement problématiques.
M. Skeete : Puis, dans vos membres actuellement, là, ceux qui
sont... qui gèrent le timbre, le fameux timbre, là, il y en a-tu
beaucoup qui se font donner des amendes? Est-ce que vous avez chiffré c'est
quoi, l'impact de cette réglementation-là sur vos membres?
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Bien, il y en a un certain nombre, et ce nombre-là
devient de plus en plus lourd, là, c'est-à-dire... Ce qu'on a de la difficulté
à comprendre, nous, c'est qu'on produit notre bière avec un permis dans les règles de l'art, avec toute la
traçabilité qui vient avec. On paie nos taxes, au gouvernement, comme il se
doit, de façon adéquate. Le propriétaire de bar ou de restaurant achète,
de manière légale, à travers les bons canaux, de la bonne manière, la bière
qu'on leur produit. Et ultimement, on peut considérer qu'on est en infraction
parce que la bière qui s'y retrouve, il lui
manque un petit timbre, un petit carré qui, des fois, a décollé, des fois,
c'est une erreur humaine.
Donc, toute cette
judiciarisation de l'erreur humaine, c'est là où ça pose problème. Parce que le
fait d'avoir des inspections, le fait, tu sais, qu'on puisse travailler en
collaboration avec les forces de l'ordre, qu'on puisse être dans un système qui
est rigoureux, on est amplement... on est à la même place, mais il existe, à
notre avis, d'autres mécanismes, aujourd'hui, qui peuvent être beaucoup plus
simples dans l'application et qui, pour nous, enlèvent un paquet d'irritants.
M. Skeete : Mais
vous reconnaissez, par exemple, je crois, par ce que vous venez de dire, la
différence entre l'alcool... qui n'est pas un produit comme un autre, là.
Mme Myrand
(Marie-Eve) : On la reconnaît assurément, cette différence-là. Et,
comme je vous dis, on partage les
préoccupations de la Sécurité publique, on partage... on est favorable aux
mesures d'enquête, aux inspections. On veut être des collaborateurs à
l'intérieur de ça, mais le Québec s'est doté de MEV, de modules
d'enregistrement des ventes, qui sont un outil qui vise le contrôle fiscal.
Actuellement, on sous-utilise cet outil-là, et ceux qui en font les frais, ceux
qui paient la facture, au final, d'un système qui est désuet et un peu confus
par moment, bien, ce sont les
microbrasseries. Parce que rappelons que... on le soulignait tout à l'heure,
mais il y a certains produits qui sont... qui n'ont pas l'obligation
d'être timbrés. Je réfère aussi aux cidres. Les «kegs», les barils de bière,
eux autres, n'ont pas besoin d'être timbrés.
Donc,
c'est comme si on était avec un système qui était... qui avait évolué à travers
le temps. En 2014, on a fait le choix de moderniser, puis, au niveau de
la fiscalité, ça s'est harmonisé. Donc, c'est là où, pour nous, le timbre n'a
plus sa raison d'être.
M. Nellis
(Jean-François) : Surtout que, tu sais, de notre côté, en termes de...
en tant que brasseurs, on est capables de démontrer hors de tout doute qu'on a
produit notre bière, qu'on a payé les taxes pour la production de celle-ci par
des déclarations de taxes mensuelles. Le détaillant, lui, le restaurateur, il a
un module d'enregistrement des ventes qui va
voir... qui va tracer ses ventes de son côté. Nous, on remet une facturation
dans laquelle les taxes vont être facturées, les gens sont capables
d'avoir une preuve. Donc, on a déjà des modules... des modèles qu'on pourrait
suivre sans nécessairement utiliser le timbre, parce qu'on voit que le
timbre...
Comme Marie-Eve vient
de mentionner, moi, je vends des barils, des barils de bière. Quand vous allez
au café... au restaurant Le Parlementaire, vous pouvez acheter de la Blonde de
l'Anse puis de la Bonaventure, mais elle est
en baril, cette bière-là. Il n'y a pas de timbre sur les barils, puis c'est
vendu à l'Assemblée nationale. Mais, par contre, si vous allez dans l'étage en
dessous, vous prenez des canettes, elles vont être timbrées. Mais pourtant, les
deux... ont payé leurs taxes, ont été déclarées.
Donc, on a déjà des
mécanismes en place qui démontrent qu'on paie nos taxes. Nous, ce qu'on veut,
c'est un allègement, parce qu'on sait qu'on est capables déjà de le démontrer
qu'on paie les taxes au gouvernement.
M. Skeete : Je
n'ai plus de question, mais merci beaucoup pour votre temps et vos réponses.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je cède maintenant la parole au député d'Abitibi-Est.
M.
Dufour : Simple petite information que vous pouvez
peut-être renchérir, c'est sur votre quatrième proposition, la vente en ligne et livraison, naturellement.
Vous parlez, naturellement, de l'Ontario, Colombie-Britannique et
l'Alberta qui font déjà ce service-là. Pouvez-vous nous en parler un
petit peu plus, s'il vous plaît?
Mme Myrand (Marie-Eve) : Absolument,
absolument. Alors, évidemment, chaque province a son propre encadrement
juridique, ses propres canaux de distribution, qui sont prévus par la loi. Au
Québec, nous, comme producteurs de boissons alcooliques, on n'a pas la
possibilité de livrer directement... en fait, les microbrasseries n'ont pas la
possibilité de livrer directement aux consommateurs ou encore d'utiliser le
service d'un transporteur, là, Postes Canada
ou autre, pour se rendre directement aux consommateurs. La SAQ, par exemple,
elle, a ce privilège-là, la SQDC, bon, il y a différents canaux qui
peuvent le faire, mais, comme producteurs de boissons alcooliques, pour nous,
ce n'est pas possible.
D'autres provinces, considérant, tu sais,
l'évolution des modes de consommation, ont fait d'autres choix et permettent ce
genre de commerce là. Donc, c'est ce qu'on souhaiterait éventuellement.
M. Dufour : Et est-ce que ça fait
plusieurs années que les autres provinces se sont adaptées?
Mme Myrand (Marie-Eve) : La pandémie
a été un élément changeant très, très important, là, dans la possibilité de le
faire. Donc, je pense que, tu sais, les dernières, là... puis il faudrait que
je regarde en détail, là, mais, tu sais, on parle de quelques années, là,
qui...
M. Nellis (Jean-François) : Si vous
voulez voir un modèle d'affaires où est-ce que les ventes par Internet est
vraiment fulgurante, vous pouvez aller voir le marché de l'Angleterre.
Actuellement, la bière qui est vendue en Angleterre, 11 % provient
d'Internet.
M. Dufour : OK. Donc, c'est aussi
une mode qui est... à plusieurs pays, qui est intégrée dans plusieurs pays.
M. Nellis (Jean-François) : C'est
une tendance qui est très lourde, puis donc on doit s'adapter pour pouvoir
conserver notre marché, conserver nos clients puis garder le contact avec
ceux-ci. C'est juste une question de temps avant que ça arrive, donc question
de s'adapter pour être prêts.
M. Dufour : OK. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. Maintenant, je cède la parole à Mme la députée de Hull pour quatre
minutes.
Mme Tremblay : Oui. Alors, au niveau
du système, là, tu sais, vous avez parlé... il y a d'autres moyens que le
timbrage. Bon, vous avez parlé du MEV, mais est-ce que ce... est-ce que ça,
toutes vos... ceux qui fabriquent la bière, est-ce qu'ils l'ont tous, ce
système-là, ou il y en a qui ne l'ont pas? Donc...
M. Nellis (Jean-François) : Le MEV,
ce seront les restaurateurs et les hôteliers qui vont vendre la bière qui vont
l'avoir. Le MEV, il faut considérer ça un peu comme la boîte noire d'un avion.
Donc, c'est là qu'est toute la base de
données de la facturation que vous allez avoir accès. Donc, en étant un agent
de la paix qui veut retirer les données, vous allez avoir accès à toute
cette base de données là, dont l'information que vous avez besoin.
Nous, de notre côté, en tant que brasseurs, on
est tenus par la loi de faire une déclaration de taxes mensuelle, donc, j'ai produit tant d'hectolitres, et, à
la fin de l'année, quand je fais mon rapport, je vais faire assermenter à la...
au conseil municipal pour faire signer mon document comme quoi j'ai
produit tant d'hectolitres dans l'année, voici les témoins, ainsi de suite. Donc, c'est fait sur une base mensuelle et
c'est rebouclé, à la fin de l'année, une 13e fois. Donc, tous les
documents sont là.
Par rapport à
la régie, nous, on est dans l'obligation d'émettre des numéros de lot pour
chaque lot de production pour faire
des rappels au niveau de l'assurance qualité. Donc, c'est un autre procédé
qu'on pourrait utiliser, cette façon-là. Donc, la base de données, elle
est là actuellement.
Mme Myrand (Marie-Eve) : Puis je
vous donnerais peut-être un autre exemple aussi d'un autre modèle alternatif.
Je partageais que les producteurs de cidre industriel ne sont pas tenus de
timbrer. Donc, dans le cas d'une inspection, évidemment, un policier va
constater qu'il n'y a pas de timbre sur la bouteille de cidre ou la canette. Donc, il y a... la régie émet des communiqués...
puis des communiqués, là, qu'il est possible d'avoir, pour dire : Bien,
effectivement, tu sais, les producteurs de cidre ne sont pas tenus de timbrer,
mais doivent démontrer, tu sais, sur demande,
une présentation de la facture. Donc, c'est un contrôle fiscal qui est fait sur
place au moment de la constatation. Ils doivent inscrire sur leurs
contenants leur numéro de producteur, mais, tu sais, ça, c'est des... je vous
dirais que c'est des voies de passage qui sont assurément envisageables pour
nous, là.
Ce qui est difficile, c'est de créer deux
catégories de produits, un produit qui est timbré et un produit qui n'est pas
timbré. C'est toute la manutention et l'erreur humaine qui découlent de ça, où,
comme producteurs, on a le sentiment de faire les choses dans les règles de
l'art, avec tout le contrôle qu'on peut y mettre, et il y a quelque chose qui
peut nous échapper à tout moment. Et on vit... ultimement, on vit avec une épée
de Damoclès.
Mme
Tremblay : Parfait. Puis, après ça... Je veux juste revenir,
là, pour mieux comprendre, là. Donc, au niveau du détenteur d'un permis de réunion, donc, quand on... quelqu'un, bon,
va se procurer un permis de réunion, à l'heure actuelle, ce que je
comprends, là, c'est que, si je me présente dans une microbrasserie, il n'est
pas supposé de me vendre d'alcool, si je lui dis que j'ai un permis de réunion
pour... Admettons que je veux acheter, je ne sais pas, moi, une vingtaine, trentaine, cinquantaine de
canettes, ça serait interdit, il faut vraiment que j'aille à l'épicerie ou à la
SAQ. Est-ce que j'ai bien compris l'esprit de ça?
• (17 heures) •
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Exactement. En fait, bien, pour 20,
50 canettes, c'est plus pour une consommation personnelle,
j'imagine, là. Si vous êtes promoteur d'un festival, par exemple, là, vous
allez avoir besoin de volumes qui sont un peu plus importants. Pour pouvoir
vous les procurer, bien là, vous allez téléphoner à la microbrasserie,
dire : Je voudrais avoir, tu sais, de la bière. Puis là il faut trouver un
détaillant qui va accepter de fournir une
facture. Donc, le détaillant arrive comme une troisième roue du carrosse pour
émettre une facture. Et puis là, bien,
s'il reste des bières après votre événement, bien là, on fait le chemin
inverse. Donc, le remboursement doit aussi passer par le détaillant
quand... Tu sais, dans les faits, tu sais, vous allez avoir un contact direct
pour dire : Je vais en avoir besoin de
tant, à telle heure. Est-ce que c'est possible de me fournir? Parce que, des
fois, il peut y avoir un système de bière en fût qui vient avec ça.
Donc, tu sais, vous vous parlez directement, mais là il y a comme un troisième
joueur qui arrive dans l'intervalle. Donc, c'est dans cet esprit-là que, pour
nous, tu sais, dans un esprit d'allègement réglementaire,
on le fait. Il y en a, des détaillants, qui sont prêts encore à jouer le jeu,
mais on trouve que la valeur ajoutée est questionnable.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup. C'est tout le temps que nous avions pour la partie gouvernementale.
Maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Merci à vous deux pour votre présentation extrêmement rigoureuse. Tout comme le ministre, moi aussi, ce
qui m'a frappée, donc, c'est la croissance de l'industrie. Donc, vous
nous avez mis de l'avant, donc, un portrait extrêmement, donc, optimiste, donc,
positif de la croissance au cours des 20 dernières années,
164 villes, 106 circonscriptions, une occupation du territoire,
6 500 employés, emplois directs, 280 nouveaux entrepreneurs
depuis 2005. C'est extrêmement impressionnant. Pour vous... Bien d'abord,
qu'est-ce qui motive, en fait, cette
croissance-là? Parce que ce n'est pas ce qu'on voit dans d'autres industries
comparables. Donc, qu'est-ce qui motive ça?
M. Nellis
(Jean-François) : Donc, on fait... C'est sûr, il y a beaucoup de
passion derrière ça. Tranquillement, l'industrie évolue. Donc, il y a de plus en plus un volet entrepreneurial qui
se développe, mais souvent, c'est beaucoup l'occupation du territoire.
C'est des gens qui venaient en région, qui avaient une fibre entrepreneuriale,
mais qui aimaient beaucoup le volet bière,
qui ont commencé en étant artisans, tranquillement pas vite. Nous, en tant
qu'association, on développe ces
artisans-là à devenir des professionnels, à devenir des entrepreneurs. Donc, à
la base, c'est souvent un passionné qui va commencer son entreprise,
qu'il va développer, puis ça va faire boule de neige par la suite.
Mme Cadet : C'est intéressant.
Puis j'imagine que le portrait est quand même assez jeune. Donc, ça doit être
une industrie où les entrepreneurs, donc, sont plutôt des entrepreneurs de la
relève.
Mme Myrand (Marie-Eve) : Effectivement,
on a environ 50 % de l'industrie qui a moins de cinq ans. Donc, c'est
vraiment des jeunes entreprises mais, tu sais, plus le temps passe, plus ces
racines-là deviennent de plus en plus
solides. Ceci dit, dans le contexte actuel puis... tu sais, j'en faisais
référence tout à l'heure, tu sais, la crise de la main-d'oeuvre, c'est des
choses qui les touchent, tu sais, l'inflation, je dirais, la capacité de payer
des consommateurs qui est affectée par
le contexte économique actuel, bien, c'est des choses qui touchent les
entreprises. Mais les microbrasseurs
sont des passionnés. Ce sont des gens qui, vraiment, se retroussent les
manches, qui sont ancrés dans leur milieu puis qui traversent tout ça.
Mme Cadet : Donc, avec un contexte
favorable, donc, vous anticipez quand même que cette tendance-là devrait se
maintenir ou croître à l'avenir?
Mme Myrand (Marie-Eve) : On
estime que les parts de marché des microbrasseries sont autour de 15 %. Certains États américains où les microbrasseries
sont vraiment bien implantées... puis souvent, on regarde les États-Unis parce qu'ils ont peut-être une dizaine d'années
d'avance en termes de tendances, d'émergence, de... bon, etc., certains États
se rendent jusqu'à 25 %, 30 %. Donc, pour nous, il n'y a pas de
raison pour que le Québec n'ait pas, tu sais, davantage de parts de marché en termes de microbrasseries puis que
l'impact qu'on a, tu sais, continue de se développer.
Mme Cadet : Donc, il y a de
l'espace dans le marché actuel pour que ça...
Mme Myrand (Marie-Eve) : C'est
ce qu'on croit.
Mme Cadet : ...puisse croître étant donné l'enthousiasme et
la ferveur qui subsiste autour de lui. Donc, vous avez parlé de la présence, donc, dans... parfois, dans
des très petites localités, on le sait, quand, donc, des entreprises, donc,
sont implantées dans des localités plus restreintes, plus tissées serrées,
bien, elles font... elles sont assez intrinsèques à l'écosystème. Donc, elles n'évoluent pas en
silo, donc, elles en font partie. Comment la réglementation peut constituer
un frein à la pleine participation des microbrasseries à leur écosystème local?
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Votre question est très bonne. Et l'encadrement
juridique des microbrasseries, parce que ce n'est pas un produit comme les
autres, il s'agit de boissons alcooliques, il est extrêmement robuste, très
rigoureux. Il y a un paquet d'irritants qui figurent parmi, tu sais, ce que les
microbrasseries vivent au quotidien. Et je le
réitère, le timbre, c'est celui qui est au sommet, c'est celui qui fait grincer
des dents. C'est le caillou dans le soulier qui demeure, et demeure, et
demeure. C'est celui pour lequel on a de la difficulté à trouver le sens pour
lequel on voit qu'il y aurait, tu sais, si
volonté il y avait, d'autres avenues à explorer. Donc, celui pour lequel il
pourrait y avoir une réelle différence, bien, le timbre, il est
important.
M. Nellis
(Jean-François) : Pour frapper sur le clou, le timbre, pour les
entreprises et microbrasseries, nous, c'est
un frein à notre développement parce que le marché de l'hôtellerie, de la
restauration et des institutions représente environ 35 % du marché
global au Québec. Donc, ce timbre-là, qui est un frein à... qui est un frein
par rapport au niveau du développement de la
main-d'oeuvre, mais aussi au niveau de la gestion de la vente, parce que nous,
de notre côté, il faut qu'on s'ajuste, qu'on soit en mesure de pouvoir
être compétitifs. Et ces coûts-là, reliés à la gestion de la main-d'oeuvre, à la gestion de peut-être avoir une
perte de mon timbre fait en sorte que je ne serai pas capable d'être aussi
compétitif que je pourrais l'être à long terme.
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Donc, ce qu'on souhaiterait, c'est que, tu sais, si le
système dans son entier de timbres souhaite être maintenu, pour toutes sortes
de raisons... on a vu, à travers la façon dont la loi est construite, que c'est
possible de soustraire certains groupes ou certains types de permis. Donc,
c'est là où est-ce qu'on souhaite que les microbrasseries puissent être
soustraites, elles aussi, de l'obligation de timbrer leurs bières.
Mme Cadet :
Puis justement, vous avez mentionné un de ces groupes, plus tôt. En
répondant à quelques questions, vous avez
dit, donc, que les producteurs de cidre ne sont pas tenus de timbrer. Est-ce
que vous savez pourquoi?
Mme Myrand
(Marie-Eve) : On pense que c'est un oubli à travers le temps, là.
M. Nellis
(Jean-François) : Dieu seul le sait, et le diable s'en doute
Mme Cadet :
Pardon?
M. Nellis (Jean-François) :
Dieu seul le sait, et le diable s'en doute.
Mme Cadet : OK. Donc, c'est à ce
point-là. Donc, quand on parle un peu, donc, d'incohérences dans le système, donc,
il n'y a pas de...
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Je pense qu'il faut garder en tête que c'est un outil,
rappelons-le, qui, au départ, était là pour s'assurer d'un contrôle fiscal,
pour s'assurer, tu sais... mais on a harmonisé les niveaux de taxes. La taxe
est payée. Il y a d'autres manières de s'assurer de ça. Donc, aujourd'hui,
c'est un outil qui est désuet et qui est confus à travers le temps, qui a amené
de la confusion puis des distorsions, là.
M. Nellis
(Jean-François) : Juste pour retaper un peu sur le clou, nous, de
notre côté, quand on vend en épicerie, quand on vend aux détaillants, les
dépanneurs, on n'est pas, là, dans l'obligation de timbrer, mais on paie nos
taxes quand même. C'est un gros volet de nos ventes. Après ça, on revient avec
les barils, comme j'expliquais tout à
l'heure, on ne timbre pas nos barils. Ça se passe super bien. Donc, dans la
vaste majorité des cas, au Québec, tout se passe bien sans le timbre.
Donc, nous, on demande de continuer dans cette optique-là. On a des preuves
concrètes, on le vit actuellement, que ça se passe bien sans le timbre.
Mme Cadet :
Puis le timbrage, donc, ici... Comment ça se passe à l'extérieur du Québec?
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Bien, il n'y a aucune autre province qui utilise ce
système-là.
Mme Cadet : Donc, ça, en plus... puis
la croissance de l'industrie, la croissance de l'industrie des microbrasseries,
donc, à l'extérieur, donc, du Québec, ça ressemble à quoi?
M. Nellis
(Jean-François) : Au Canada, actuellement... nous, on est membres de
l'association canadienne des microbrasseries. Dans l'association, il y a
1 160 membres. Le Québec, avec 330 microbrasseries, a quand même
une grosse part du lion. On voit quand même
qu'il y a quand même une très bonne croissance. Par contre, le Québec, au niveau
microbrassicole, on est un petit peu en avance sur les autres provinces. En
termes de développement de produits, en termes de développement d'entreprises,
on est un petit peu en avance, là, à cet effet-là.
Mme Myrand
(Marie-Eve) : On rayonne bien. On a développé une industrie qui
est sur des assises de qualité puis on a une réputation qui est
enviable.
Mme Cadet : Génial.
C'est vraiment inspirant. Bien, j'imagine aussi que, dans le contexte,
l'objectif aussi, c'est de s'assurer que
ce... que l'environnement réglementaire, donc, ne prenne pas, donc, cet
avantage concurrentiel là que le Québec dispose par rapport aux autres
provinces canadiennes dans le secteur.
Mme Myrand (Marie-Eve) : ...permettre
aux microbrasseries de se concentrer sur ce qu'elles font bien, c'est-à-dire de
la bière, de l'économie locale, puis enlever... tu sais, alléger, d'un point de
vue réglementaire, les irritants qui, selon nous, tu sais, sont dépassés.
Mme Cadet : Puis, puisque le
timbrage n'existe pas à l'extérieur du Québec, donc, dans aucune autre province canadienne, donc, quel est le système qui
leur permet de pouvoir, donc, répondre aux différentes obligations, là,
donc, de traçabilité puis d'obligations fiscales?
Mme Myrand (Marie-Eve) : Bien,
encore là, comme je l'identifiais tout à l'heure, tu sais, chaque province a
son encadrement juridique, ses canaux. Donc, quand on utilise, tu sais, les
services d'un «liquor board», là, tu sais, c'est sûr que, tu sais, il y a comme
un certain registre qui se fait. D'autres provinces ont d'autres manières ou,
tu sais, sont vraiment dans des factures qui sont présentées. Parce
qu'évidemment chaque province souhaite que les taxes soient payées, là. On n'est pas unique au Québec par rapport à ça, mais
rappelons que le module d'enregistrement des ventes permettrait de
pouvoir rencontrer cet objectif-là, ici.
• (17 h 10) •
Mme Cadet : Parce
que, là, l'exemple que vous avez donné, donc, c'est que, dans chaque
province... Chaque province, donc, dispose de son propre système. Donc,
il n'y a pas nécessairement, donc, d'outil technologique, donc, plus avancé ailleurs. En fait, avec ce que vous me
dites, c'est qu'en fait au Québec on aurait, donc, l'outil technologique
qui nous permettrait le mieux, là, de se substituer au timbrage.
Mme Myrand (Marie-Eve) : Le
module d'enregistrement des ventes Web qui s'en vient, qui va être en temps réel, là, ça constitue quand même quelque
chose qui est vastement accessible sur tout le territoire puis qui permet ce
contrôle fiscal là. À ça peut s'ajouter, comme c'est dans le cas des cidres
actuellement... bien, on peut montrer une facture
pour démontrer l'achat et démontrer que ça a été acquis conformément à la loi.
Et, rappelons-le, les microbrasseries souhaitent être des bons citoyens
corporatifs. On souhaite faire les choses dans les règles de l'art, payer nos
taxes, s'assurer d'une stabilité puis, tu
sais, qu'au niveau de la paix sociale, tout soit en place, mais le timbre,
bien, ce n'est pas le bon outil. On a
comme poursuivi avec cet outil-là à travers le temps quand peut-être que c'est
le temps de se dire qu'on est rendus ailleurs, là.
Mme Cadet : Oui, bien, c'est
ça, en fait, de ce que je comprends, c'est qu'avec le MEV, on est encore mieux en mesure au Québec, quand on se compare aux
autres environnements, aux autres juridictions canadiennes, de réaliser ces
objectifs fiscaux de traçabilité que ce qui se fait déjà ailleurs au pays.
M. Nellis (Jean-François) : Justement,
parce que le restaurant, lui, vous êtes en mesure de voir l'exactitude de
toutes les ventes qu'il a faites. Puis avec la facture qu'il a reçue de, par
exemple, Pit Caribou ou, peu importe, un autre
de nos membres, bien, il va avoir la facture de ses achats plus les factures de
ses ventes. Donc, on est capable de faire le suivi super rapidement. Le
timbre, rendu là, il y a... comme M. Bouazzi, si je cherchais quelqu'un
qui aime le timbre, moi, je le mettrais au Musée de la civilisation, je serais
très heureux, là.
Mme Cadet : Donc,
je vais y aller, donc, avec le... votre recommandation concernant la vente
directe à un détenteur de permis de réunion, donc... Bien, en fait,
pourquoi cette interdiction existe, à la base? Est-ce que vous savez?
Mme Myrand (Marie-Eve) : Il y a
un paquet de lois et de règlements, de dispositions pour lesquels on ne connaît pas trop l'origine, mais... On a besoin,
justement, d'allègements parce qu'on traîne ces dispositions-là, ça vient
s'empêtrer puis ça embête un peu le fonctionnement. Celui-là en est un bon
exemple.
Mme Cadet : Donc, il serait en
désuétude. Puis, encore une fois, au niveau coopératif, est-ce que vous savez
si cette interdiction-là, donc, existe pour des microbrasseurs ailleurs?
Mme Myrand (Marie-Eve) : Je
n'ai pas l'information, malheureusement.
M. Nellis (Jean-François) : On
n'a pas l'information, mais de passer via un intermédiaire, on ne considère pas que c'est quelque chose qui est vraiment
constructif pour tout le monde, dans le sens que le détenteur de permis viendrait
directement chez nous, surtout pour des événements comme les festivals. Je vais
donner un exemple rapide, le Festival de la
Musique du Bout du Monde, en Gaspésie, c'est un des plus gros. Moi, il va me
commander six palettes. Ça ne veut
pas dire que l'épicerie dans son petit village va être en mesure de recevoir
les six palettes puis les conserver 48 heures parce qu'ils ont un
problème d'espace dans la majorité des épiceries.
Donc, nous, pour faciliter le travail, si on
peut aller directement sur place, bien, on va offrir un meilleur service, on va enlever un facteur de stress à un
épicier puis on va faire sauver des charges aussi au festival qui doit payer
lui-même des frais que l'épicier va faire pour faire toute la gestion de la
vente, mais aussi des retours parce que, souvent, dans les festivals, quand le festival se
termine, bien, nous, on crédite les retours. Donc, c'est toute cette gestion-là
que l'épicier s'oblige à faire, mais qu'il ne fait pas de profits pour.
Donc, c'est pour ça qu'il charge des frais.
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Puis, tu sais, dans les faits, tu sais, questionnons
l'ensemble des festivals, que ce soit le Festival d'été de Québec, le Festival
de jazz, est-ce que toute cette bière-là transite par une épicerie ou s'en va direct? Tu sais, à quoi sert le rôle de
l'épicier ou du détenteur de permis d'épicerie dans un cas comme ça? C'est là
où, pour nous, il n'y a pas tant de valeur ajoutée.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Il reste 10 secondes.
Mme Cadet : ...je comprends que ça nous ramène un peu, donc,
à ma question antérieure quant à l'écosystème. C'est que, dans le fond, surtout à l'extérieur, donc, des grands
centres, donc, ça devient une valeur ajoutée non seulement pour vous,
mais également, donc, pour le client, donc, le festivalier. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi :
Merci, Mme la Présidente. Merci beaucoup d'être ici. Quel plaisir de vous
revoir. Comme vous le savez, Québec
solidaire a une affection particulière envers votre industrie. Déjà, à
l'époque, Émilise Lessard-Therrien avait été très vocale sur toutes
sortes de questions qui vous touchent directement, étant donné que c'est une
richesse, évidemment, économique mais aussi
culturelle, sociale pour les différentes régions du Québec. Et évidemment on
espère pouvoir faire avancer votre cause ici, surtout qu'à date, à peu
près tous les gens qu'on a reçus sont pas mal d'accord avec le principal point
de tension qui est la question du timbre.
Donc,
je me dis qu'il y a bien des gens qui profitent de ça, parce que je ne
comprends pas... le ministre nous a dit à quel point est-ce que c'est un fervent combattant contre la paperasse au
Québec, qu'il n'en veut pas, qu'il est vraiment le meilleur allié, et là on se
retrouve avec quelque chose où... il y a eu un vote à l'unanimité pour se
débarrasser de ce timbre et qu'à peu près tous les acteurs qu'on reçoit
ne l'aiment pas. Donc, je vais essayer de comprendre avec vous.
Bon, concrètement,
vous, la bière, quand vous vendez, que ce soit à un restaurant ou à une
épicerie, vous la vendez en général le même prix?
Mme Myrand
(Marie-Eve) : Absolument. Les microbrasseries, évidemment, là, ont une
structure de prix qui est basée sur leur
coût de revient, leur productivité et, parfois, tu sais, inclut les frais liés
à la livraison. Mais que ce soit dépanneur, épicerie ou bar, restaurant,
le prix demeure le même.
M. Bouazzi : Je vais vous demander de
rester brefs parce je n'ai pas beaucoup de minutes. Ma question suivante,
évidemment, c'est qu'on comprend qu'au
début, quand le timbre a été inventé, il y avait des systèmes de taxation
différents. Actuellement, c'est la même fiscalité.
Mme Myrand
(Marie-Eve) : ...2014.
M. Bouazzi :
C'est la même fiscalité. Est-ce que les grosses brasseries, elles, vendent
au même prix pour les restaurants ou pour les épiciers?
M. Nellis
(Jean-François) : Non.
M. Bouazzi :
Donc, on a... Est-ce qu'il arrive que des grosses compagnies qui, elles,
sont industrielles, immenses, évidemment,
ont peut-être plus l'oreille du gouvernement, se retrouvent à avoir des deals
d'exclusivité pour vendre moins cher un produit qu'elles vendraient plus
cher, quand il a, encore une fois, cet...
M. Nellis
(Jean-François) : Oui.
M. Bouazzi :
Et, à ce moment-là, vous êtes exclus de ces restaurants-là?
M. Nellis
(Jean-François) : En fait, même à certains endroits, ils vont nous
autoriser à vendre les produits, mais on n'a
pas le droit d'être sur le menu. Donc, il faut que tu demandes réellement. Je
vous parle de ça, par exemple, parce que ça nous arrive en Gaspésie,
même si on est très présents... mais oui, effectivement, avoir des ententes
d'exclusivité que les grands brasseurs vont faire, vont exclure les produits de
microbrasseries. Ils sont encore plus agressifs dans les festivals.
M. Bouazzi :
Donc, on comprend que vous êtes des porte-voix de la culture québécoise,
des spécificités locales, et qu'en face il y
a des grosses industries où il y a des milliardaires. Donc, parmi les
11 milliardaires, il y en a au moins un qui se retrouve... Je rappelle,
hein, donc une richesse de 1,5 milliard de dollars, si mes souvenirs sont bons.
Donc, ça prend à peu près 15 000 ans à mettre 100 000 $ de
côté tous les ans pour atteindre la richesse de cette personne-là... et qui, eux, profitent de ce système-là ou... pour vendre
plus cher leur bière aux restaurants, aux petites PME, ou offrir des deals qui leur permettent d'avoir
des exclusivités avec des parasols, de la publicité, des choses comme ça.
Évidemment, c'est des pratiques qui vous sont totalement impossibles de
concurrencer.
Mme Myrand
(Marie-Eve) : En fait, tu sais, outre...
La Présidente (Mme D'Amours) : ...secondes.
Mme Myrand (Marie-Eve) : ...outre
l'environnement commercial, pour les microbrasseries, le fait d'avoir un timbre, de gérer tous ces empêtrements-là est
un grand défi. Puis c'est vraiment, tu sais, sur cette question-là qu'on souhaiterait
pouvoir avoir un allègement réglementaire. Ce serait une grande différence pour
notre industrie.
M. Nellis (Jean-François) : Et
on serait plus compétitifs.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
de permettre à nos prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 17 h 19)
(Reprise à 17 h 27)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et je souhaite maintenant la bienvenue à l'Union
québécoise des microdistilleries.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous passerons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé, s'il vous plaît.
Union québécoise des
microdistilleries (UQMD)
M. Lambert (Vincent) : Merci,
Mme la Présidente. Bonjour, mesdames et messieurs, distingués membres de la
commission. Je m'appelle Vincent Lambert. J'occupe le poste de secrétaire
général de l'Union québécoise des microdistilleries, l'UQMD. Je suis accompagné
aujourd'hui par ma collègue Madeleine Dufour, vice-présidente du conseil d'administration de l'UQMD et également
distillatrice et codirectrice générale de la Famille Migneron de Charlevoix.
À toutes et à tous, merci de nous permettre de
vous présenter nos commentaires et propositions en lien avec le projet de loi n° 17 et des mesures qui en découlent. L'UQMD est le
principal regroupement d'entreprises oeuvrant dans
le secteur de la distillation au Québec. L'union agit en tant que représentant
des deux types de permis qui régulent l'activité de distillation, à
savoir le permis de distillateur industriel et le permis de production
artisanale. Avec plus de 50 membres, l'UQMD représente la masse critique
de l'industrie.
Dans le dossier qui nous occupe aujourd'hui,
nous représentons l'ensemble de nos membres, c'est-à-dire des entreprises
québécoises de très petite, petite et aussi moyenne taille. Nous accueillons
avec un sincère enthousiasme le projet de loi n° 17,
dont la vision semble être orientée notamment vers un cadre réglementaire plus
favorable à la croissance de notre secteur. Malheureusement, le projet de loi,
dans sa forme actuelle, ne permet à aucune distillerie québécoise de profiter
de ces mesures. À travers notre mémoire et notre intervention aujourd'hui, nous
souhaitons présenter des suggestions pour
bonifier l'applicabilité du projet de loi en amenant des idées que nous jugeons
mesurées et réalistes avec l'esprit de celui-ci. Notre objectif est de
s'assurer que les microdistilleries québécoises puissent prospérer tout en valorisant l'agriculture locale,
la vitalité régionale et le développement économique dans son ensemble.
Nous sommes conscients que le mémoire que nous
avons déposé contient beaucoup de propositions, mais rassurez-vous,
aujourd'hui, nous nous concentrons sur des propositions centrales, et je dirais
même cruciales, qui, à elles seules,
pourraient significativement changer le visage de l'industrie. Pour cela, je
cède la parole à ma collègue Madeleine qui va pouvoir développer... qui
va pouvoir élaborer plus en détail sur celle-ci. Merci beaucoup.
Mme Dufour
(Madeleine) : Merci, Vincent. Merci à tout le monde. Ça nous
fait plaisir d'être là aujourd'hui. Je commence en disant que chaque détail
dont on va parler aujourd'hui, ça peut paraître microscopique, ça peut paraître
être des virgules, ça peut paraître être cosmétique. Sachez, avec l'expertise
qu'on a du terrain, chaque virgule a le potentiel, finalement, de faire
une belle différence et une grande différence majeure au sein de notre
industrie. Donc, je vous invite à le garder en tête.
Juste un petit préambule pour vous rappeler
qu'au Québec, sous le permis artisanal, il y a cinq matières agricoles, donc, qui sont admises sous permis
artisanal. Je les répète. Si tu fais pousser du raisin, de la pomme, du miel,
de l'érable ou des petits fruits, tu as le droit d'avoir une licence artisanale
en tant que distillateur. Aujourd'hui, ce qu'on vient vous présenter, c'est
seulement pour rétablir la cohérence. On n'est pas dans le luxe, on n'est pas
dans le cosmétique. Vous allez le voir, on est assez... on parle avec
bienveillance puis de transparence pour notre industrie, puis on a l'humble
interprétation que, si ça s'était passé 15 ans plus tôt, l'industrie
n'aurait pas la face qu'elle a aujourd'hui. Ça fait que je vous invite à garder
ça en tête dans les prochaines minutes qu'on va vous présenter.
Aujourd'hui, on apporte des solutions. Encore
une fois, on est dans la zone du gros bon sens. On apprécie le travail que vous
avez fait avec le PL n° 17. On est exactement dans le
même carré de sable. On n'est pas allé dehors, on est resté dans la cohérence
puis dans la logique, donc. Et puis je réitère ce que mon collègue Vincent a
dit, c'est que, si les allègements qu'on vous propose en plus aujourd'hui, donc
l'expérience du terrain, si ça n'est pas considéré, bien,
ce sera un peu un coup d'épée dans l'eau, malheureusement, parce que ça sera de
ne pas prendre connaissance de ce qui se passe sur le terrain.
• (17 h 30) •
Je plonge dans
quelques recommandations, quelques propositions qui ont été faites au sein du
mémoire. Inquiétez-vous pas, on ne passera pas les 30 pages, on va y aller
à l'essentiel. Alors, le premier point, c'est vraiment de rétablir l'équité
entre les matières agricoles sous permis artisan. Une matière agricole
fermentescible, c'est une matière agricole que tu génères avec du sucre. Par
définition, sur la planète, c'est ça, la définition. Et donc on pense que toutes les matières agricoles devraient être
considérées sur ce même point d'égalité. Encore une fois, pas du luxe.
Le deuxième point,
c'est de permettre la production de plusieurs matières agricoles sur un même
permis artisanal. Je vous donne un exemple, encore une fois, très, très
rudimentaire. Un producteur de miel qui fait son gros possible, s'il y a des pommiers chez eux, il ne peut même pas valoriser
ses pommes. Alors, encore une fois, une belle ligne d'incohérence qu'on
souhaiterait rétablir parce que ce n'est pas... Voilà, c'est... On peut le...
On peut passer outre ça.
Le troisième petit
point, ce serait de permettre de compléter sa production en achetant de la
matière première québécoise. Pourquoi? Parce
que c'est déjà permis dans la filière des boissons alcooliques ailleurs au
Québec. Donc, je vous donne un exemple. Si un producteur de raisin génère
50 tonnes de raisin chez lui, il a le droit d'acheter 50 tonnes
de raisin au Québec. On juge que dans la
filière des boissons alcooliques, encore une fois, il devrait y avoir une
cohérence et une équité à travers toutes les matières agricoles.
Quatrième petit
point, qui est, à mon avis très, très important, c'est de faire l'effort
d'inclure les distilleries existantes, donc, ceux qui ont tapé le chemin dans
les 10 dernières années et puis qui travaillent de la matière agricole à la bouteille. Donc, je vous remets un
peu dans le contexte. Il y a certaines distilleries qui se sont vues obligées
de prendre une licence industrielle parce que leur matière n'était pas admise
comme artisanale. On demande, encore une fois
avec beaucoup de bienveillance, de rétablir cette iniquité-là et puis de les
considérer. Puis vous allez voir, dans le mémoire, il y a plusieurs points qui sont vraiment dans cette optique-là
de... les gens de cette gang-là, ils méritent d'avoir un permis artisan.
Alors, par la suite,
cinquième petit point, le point du maltage. Je vous fais un petit topo. La
céréale, l'alcool de céréales et le whisky, ce sont trois choses très
différentes. Ailleurs dans le monde, dans les régions où on est... productrices
de whisky, les malteries font toujours à 100 % partie de l'écosystème des
distilleries de whisky. C'est pour ça qu'on demande qu'une distillerie
artisanale qui fait pousser son propre grain soit autorisée à collaborer, aussi
simple que ça puisse être, avec la malterie de son choix parce qu'en ce moment
ce n'est pas permis.
Dernier petit point,
le point de vue lactosérum. On demande, dans le mémoire, que la notion de
cheptel laitier soit facultative au sein du projet de loi. On demande que ce
soit facultatif parce qu'encore une fois c'est un cas un peu à part. Je vous
explique. Un producteur de lait tout seul, tout nu dans la rue, ne peut pas
générer de lactosérum. Du lactosérum, c'est
seulement des fromagers qui le génèrent. Donc, ici, on parle de matières
premières fermentescibles. On ne parle pas de plusieurs couches de
transformation, on parle de générer une matière agricole fermentescible. Et
puis les producteurs laitiers ne sont pas, finalement, générateurs de cette
matière-là, donc c'est une matière première qui doit venir obligatoirement
d'une fromagerie.
En petite conclusion,
je vous invite à garder en tête aujourd'hui que chaque petite virgule qu'on est
en train d'écrire en ce moment, le travail qu'on est en train de faire... je
sais que vous avez une belle longue journée à gérer beaucoup de virgules, la virgule va peut-être avoir un potentiel assez
grand dans notre industrie. Notre étude sociologique et beaucoup
d'expertise terrain a fait en sorte qu'on s'est rendu compte que le dossier des
alcools est très épineux. On n'a pas la
prétention de dire qu'on va régler ça aujourd'hui, on n'est pas... on est
parfaitement lucides. Par contre, sachez que ce dont on parle dans le
mémoire, c'est un pas dans la bonne direction puis c'est vers là qu'on veut
s'en aller.
Donc, voilà, on est
bien ouverts à vos questions, puis merci de votre écoute.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci beaucoup. Donc, M. le ministre, la parole est à
vous.
M. Skeete : Merci beaucoup. Content de vous retrouver. Je suis
un grand amateur de votre fromage. Vous êtes des artistes manifestes. Content aussi de voir ma collègue la députée de
Charlevoix—Côte-de-Beaupré qui vous accompagne aujourd'hui en solidarité. Merci beaucoup.
Salutations à la collègue.
Vous savez, on a eu
la chance de jaser dernièrement sur comment vous voyez les allègements qu'on
pouvait peut-être proposer. Vous n'êtes pas
sans savoir qu'on ajoute trois nouvelles matières qui, avant, ne l'étaient pas,
possibles. Notamment, dans votre cas, ce qui concerne, vous,
personnellement mais en général votre membership, je pense que le lactosérum,
l'ajout de la patate et aussi les céréales, c'est une grande avancée.
Quand
vous dites, dans votre entrée... dans votre introduction, «tous les produits
qui sont fermentables», est-ce que vous voulez dire, dans le fond, que dans...
on devrait être agnostiques par rapport à les produits, peu importe, puis
juste laisser ça aller pour les permis artisanals? C'est-tu ça que vous dites?
Je ne suis pas sûr de comprendre.
Mme Dufour
(Madeleine) : Bien, je vous dirais, agnostique ou pas, un producteur
agricole ou quelqu'un qui génère sa matière comme c'est fait un peu ailleurs
dans le monde... quand tu as une licence artisanale, on n'est pas en train de calculer combien de pommiers, combien de
raisin puis combien de miel tu fabriques chez vous. Normalement, une
licence artisanale, c'est que, si tu es capable de la générer toi-même, tu es
en contrôle de ton permis.
M. Skeete : Ça
fait qu'ici vous parlez du... de la limitation du 400 hectolitres, dans le
fond, là?
Mme Dufour
(Madeleine) : Ah, je parle de... c'est un sujet qui peut englober
plusieurs, plusieurs éléments, mais je parle surtout, mettons, en lien avec
votre question... on parlerait peut-être un peu plus de... du fait de pouvoir produire
plusieurs matières agricoles sous un même permis. Donc, je parlerais plus de
cette nuance-là.
Le
400 hectolitres, ça, ça touche vraiment précisément le plafond de la vente
à la propriété. Donc, en ce moment, c'est un privilège qui est octroyé
aux distilleries artisanales. Ça, d'ailleurs, on en parle un petit peu dans le
mémoire, également, là. Je pense que ça, ça avait été accueilli avec beaucoup
de ferveur. On a apporté une petite nuance par rapport au litrage absolu parce qu'en tant que distillerie c'est comme
ça qu'on calcule notre alcool. On n'est pas comme dans la bière ou dans le vin, que le pourcentage
est à peu près toujours pareil, là. On peut avoir des spiritueux à 60 %
puis un prêt à boire à 5 %, ça fait que c'est important juste de
déclarer de la bonne façon. Mais voilà.
M. Skeete : Puis ça arrive-tu
souvent qu'un agriculteur va avoir multiples produits? Je pose la question
parce qu'avant de voir... Tu sais, vous dites que les virgules sont
importantes, là, mais, avant de voir la nécessité de créer un nouveau type de
permis qui inclut de multiproduits fermentables, c'est-tu quelque chose qui
arrive souvent, ça, des gens qui ont multiples permis? Je sais que pour les
plus grands, les plus établis, les plus matures, ça peut arriver, mais c'est-tu
quelque chose qui est fréquent dans l'industrie?
Mme Dufour (Madeleine) : Bien, je
vous dirais, peut-être même à l'inverse, dès qu'on touche à un permis artisan,
la polyculture est non seulement très populaire, parce que, pour faire une très
grande monoculture, il faut être équipé en presque industriel, je vous dirais,
là. Donc, ça, c'est une pratique qui est très courante, qu'on peut le voir à
travers la mode, à travers les vins. La majorité, maintenant, des producteurs
de vin ont aussi un permis de cidre. Donc, tout le monde aime... parce que tant
qu'à avoir un équipement, tant qu'à avoir une boutique, tant qu'à avoir l'amour
de la distillation et de la fermentation, bien, pourquoi ne pas toucher à
différentes matières.
Donc, oui, c'est une pratique qui est
relativement courante, puis ailleurs dans le monde aussi. Ce n'est pas parce
que tu fais une eau-de-vie de prune que tu n'es plus capable de faire de
l'eau-de-vie de poire. Quand ça pousse exactement
sur le même terrain, quand c'est des poiriers ancestraux puis une petite
culture par ci, par là, c'est ça qui fait un peu l'authenticité du
produit artisan, en effet.
M.
Skeete : Puis parlez-moi des bénéfices potentiels, là. Ça
fait que, là, vous dites : Là, en ce moment, ce n'est pas que ce
n'est pas possible, c'est que ça requière deux permis. C'est ça?
Mme Dufour (Madeleine) : ...en ce
moment, deux permis, c'est impossible. On est obligatoirement placés sous permis industriel. Le permis industriel, par
définition, chaque goutte d'alcool vendue au Québec passe par l'État.
Donc, le privilège de pouvoir vendre à la propriété sans majoration, c'est
seulement son permis artisanal.
M. Skeete : OK. Donc, juste pour
être clair, vous, ce que vous souhaitez, c'est des... un permis artisanal
polyculture?
Mme Dufour (Madeleine) : Oui, puis
qui inclut toutes les matières premières agricoles fermentescibles.
M. Skeete : Puis ça, ce n'est pas
possible actuellement.
Mme Dufour (Madeleine) : Ce n'est
pas possible actuellement.
M. Skeete : C'est seulement possible
avec le permis industriel. C'est ce que...
Mme Dufour (Madeleine) : Exactement,
exactement. Voilà 15 ans, si quelqu'un avait de la céréale chez lui, il
devait obligatoirement aller en permis industriel. Si quelqu'un avait du
lactosérum chez lui, parce qu'il est la première
fromagerie canadienne à avoir un projet d'écocircularité innovant, on est
obligés d'aller sous tutelle industrielle également.
M. Skeete : ...
Mme Dufour (Madeleine) :
Pardonnez-moi?
M. Skeete : Si on peut présumer du
passage du projet de loi n° 17, ce ne sera plus le cas.
Mme Dufour (Madeleine) : Oui. On est
d'accord. On est d'accord. On est d'accord.
M. Skeete : OK. On peut présumer...
Mme Dufour (Madeleine) : On peut
présumer de ce que vous voulez, si ça vous tente.
M.
Skeete : ...mais il ne faut pas présumer. C'est ça,
parfait. OK. Ça fait que, là, je comprends, mais ça soulève la question
suivante : À quel point une production... puis ce n'est plus artisanal
puis ça devient industriel? Puis je pose la question de
manière philosophique, sans arrière-pensée et sans vraiment avoir de réponse
moi-même, là. C'est que je pense que, si on
veut avoir un cadre législatif et réglementaire qui encourage les
agriculteurs... puis j'ai posé un peu la question tantôt au dernier
intervenant qui représentait Spiritueux Québec, c'est de dire : À quel
moment, vraiment, notre production devient-elle industrielle? Tu sais, j'ai
challengé le monsieur tantôt en disant : Bien, quand on vend à d'autres entreprises, il me semble qu'on
est rendu là, peut-être. Vous, vous me dites : Oui, mais la polyculture...
je veux faire plein de choses puis je veux vendre à plein de personnes,
mais on est au-delà d'une production locale pour...
il faut subvenir à une communauté locale ou de vendre des boissons à des... nos
voisins ou, tu sais, des passants en vélo, là. On est vraiment dans une affaire
sérieuse qui est commerciale puis plus vraiment artisanale, là. Ça fait que
comment vous nous suggérez d'évaluer ça, cette migration-là vers d'artisanal à
industriel? Comment qu'on fait pour balancer ça?
• (17 h 40) •
Mme Dufour (Madeleine) : ...je vous
dirais que la ségrégation, elle existe déjà. Dans le sens où les permis artisanaux, ce qui est au coeur de leur
motivation, c'est l'agrotourisme. Si quelqu'un ne veut pas faire
d'agrotourisme, il y a... il n'y a aucun privilège à aller dans le
permis artisan. Si quelqu'un veut être le best-seller à la SAQ, ou le best-seller à New York, ou à Paris, bien, il n'y a
aucun privilège à aller dans l'artisanal. Vous comprenez ce que je veux
dire? La seule motivation du permis artisan, c'est l'agrotourisme.
Ça fait que je vous dirais, la différence entre
les deux, c'est vraiment ça. Si un industriel veut avoir une boutique en
agrotourisme chez lui, j'ai envie de vous dire, normalement, ce n'est pas... Si
on regarde les autres filières en alimentaire, par exemple, si, moi, je me
compare à mon industrie, à... qui est le fromage, un industriel n'a aucun
avantage à vouloir essayer de faire de l'agrotourisme chez lui. Les sous ne
sont pas là, le volume n'est pas là, donc c'est pour ça que le plafond, s'il
vient sécuriser tout le monde, c'est sûr que tout ça va se faire en dessous du
plafond, tu sais. On ne parle jamais de volumes astronomiques en artisanal.
M. Skeete : Mais l'autre gros
avantage du permis artisanal, c'est le fait qu'on ne paie pas la majoration,
là, tu sais, puis...
Mme Dufour (Madeleine) : Absolument.
C'est vraiment relié à l'agrotourisme, en effet.
M. Skeete : Ça fait que, quand on
pense au bas de laine des Québécois, quand on pense au monopole de la SAQ, que personne ne remet en question, en
passant, là, comment on fait pour justement créer ces catégories-là, de
dire : Bien, lui, il est
industriel parce qu'il produit... puis là je vous... aidez-moi à compléter la
phrase. Il produit de cette manière, puis là, après ça, l'autre, lui,
parce qu'il est artisanal, on lui donne une... entre guillemets, là, ce n'est
pas ça du tout, mais une passe droite, là, pour ne pas payer les
majorations, justement, pour aider, pour rendre ça facile, pour faciliter
les ventes, pour, justement, donner une certaine part de marché. Mais à quel
point qu'on décide que, bien, on ne veut plus ça, là? Puis c'est ça que j'ai
besoin que vous m'aidiez à définir, selon votre vision, là.
Mme Dufour
(Madeleine) : Je vous dirais que... Pouvez-vous répéter juste la
première prémisse de la question, s'il vous plaît? Je suis désolée.
M. Skeete : Bien oui. Dans le fond,
là, dans le fond, on donne un avantage aux artisanaux, parce qu'on veut les
encourager, on veut leur donner une certaine part de marché. On fait ça en
disant : Bien, vous, vous n'allez pas payer
la majoration. Par contre, il n'y a pas de majoration, donc, on ne va pas vous
laisser vendre n'importe comment, n'importe où, parce que vous rentrez
en concurrence avec la SAQ. Puis on s'est dit, au Québec, les Québécois se sont donné la SAQ, le monopole de la SAQ, pour non
seulement contrôler la vente de... d'un produit qui n'est pas comme les autres,
mais aussi pour être sûrs qu'on collectait toutes les taxes.
Ma
question est de dire : À quel point cédons-nous à ça pour dire, bien, la
production, elle n'est plus artisanale, elle est rendue industrielle? Comment
qu'on fait pour définir ça précisément? Parce que je comprends, vous voulez
avancer, mais à quel point on est carrément dans une autre catégorie?
Mme Dufour (Madeleine) : Le point,
c'est que ça existe déjà. Il y a cinq matières qui travaillent sous tutelle
artisanale en ce moment, qui font de l'alcool de raisin, de l'alcool de pomme.
Le volume existe déjà. Les gens n'ont pas peur... n'en ont pas plus peur pour
autant. La ligne, nous autres, ce qu'on veut tracer, c'est... quand tu génères
ta matière première puis que tu es producteur agricole, la ligne, elle est là.
M.
Skeete : ...si je produis, on va dire, du grain à la
bouteille, mais dans votre cas, c'est de la vache à la bouteille...
Mme Dufour (Madeleine) : Oui, de
la... Oui, de la matière agricole. Il y a de la brebis aussi, hein?
M. Skeete : Bon, ça fait que, si on
fait ça, bien, automatiquement, je suis artisanal, donc pas de majoration. Donc, je vends à qui je veux, comment je veux,
pourvu que ça vient 100 % de chez nous. Ce serait ça, votre vision du permis
artisanal?
Mme Dufour
(Madeleine) : Bien, le privilège, en ce moment, c'est seulement
de vendre à la boutique, là, parce que sinon, l'autre goutte d'alcool
que tu veux vendre ailleurs, elle passe par l'État, elle passe par la SAQ.
M.
Skeete : Je comprends.
Mme Dufour
(Madeleine) : Ça fait qu'on reste quand même dans des barèmes qui sont
complètement déjà existants, là. Ça fait que... Puis, ceci dit, selon nos
calculs puis selon ce qu'on vit avec d'autres filières des boissons
alcooliques, je pense aux microbrasseries qui sont passées devant nous autres ou
n'importe quelle filière, les cidres, les vins, chaque bouteille vendue à la
propriété a autant... écoutez, je n'ai pas de chiffres ou d'études devant moi
qui me le prouvent, mais il va y avoir autant de retombées économiques pour
l'État, parce que la personne qui vient acheter une bouteille d'eau-de-vie de
pomme, bien, peut-être qu'elle va être à l'hôtel puis elle va être allée
prendre un café, elle va être allée au musée autour, alors que la bouteille qui
fait maison SAQ, la... le client qui fait maison SAQ, qui part avec sa
bouteille, bien, n'aura pas injecté tant que ça d'autre argent. Donc, c'est
pour ça que l'agrotourisme, on souligne que c'est vraiment au coeur de la
motivation.
M. Skeete : Puis
ma dernière question : Êtes-vous d'accord avec Spiritueux Québec, avec
l'idée du fait que c'est important de pouvoir faire la sous-traitance de la...
du maltage?
Mme Dufour
(Madeleine) : Par rapport au maltage, absolument.
M. Skeete : OK.
Puis, selon votre expérience, comme sous-question, là, est-ce que le maltage...
Là, tu sais, on dit que le permis artisanal, c'est que tout est fait chez nous.
Mais là, si on commence à faire de la sous-traitance du maltage, est-ce qu'on
ne commence pas à justement... à dire qu'on frôle plus industriel? Qu'est-ce
qui fait que le maltage, ça devrait être permis, cette sous-traitance-là?
Mme Dufour
(Madeleine) : Démarrer une malterie, des fois, c'est plus coûteux que
de démarrer une distillerie. Ça fait que c'est pour ça qu'il y en a trois au
Québec ou juste quelques-unes, là. Puis ça fait toujours partie de
l'écosystème.
Ce qu'il faut
comprendre, encore une fois, comme on l'a expliqué tout à l'heure, faire de
l'alcool de grain, c'est possible, mais dès
qu'on tombe dans la catégorie du whisky, c'est très niché. On est niché, là. Si
on s'en va ensemble en Irlande ou en Écosse demain matin, si on s'en va
au Japon, qui font des whiskys exceptionnels maintenant, les malteries sont
toujours, toujours, toujours dans l'équation. J'ai envie de vous dire :
Est-ce que j'ai la prétention de dire que je peux trancher au couteau?
Absolument pas. Ceci dit, c'est comme ça que c'est fait à travers le monde, ça fait que ce serait vraiment plate de pénaliser un
pan de notre industrie qui est en plein essor. À mon humble avis, je ne pense
pas, parce que les... ces distilleries-là existent, ça fait partie de notre
écosystème de... du paysage des distilleries québécoises. Puis, fiez-vous sur moi, on va être fiers d'avoir nos
bouteilles de whisky dans trois ans, 100 % québécoises, vendues à
la propriété. Puis en faire une force, comme un fleuron, comme les fromages le
sont devenus, comme les bières le sont devenues, parce qu'on a le potentiel de
faire ça au Québec, c'est magistral. Moi, je rêve du jour où on va boire notre
whisky québécois, et non autres. Voilà, ce n'est pas du protectionnisme, là,
rassurez-vous.
M. Skeete : Bien,
merci beaucoup. Mme la Présidente, moi, ça va, je n'ai pas d'autre question. Je
ne sais pas si les collègues ont des questions.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Donc, je cède la parole maintenant à la députée de
Hull. Il reste quatre minutes.
Mme Tremblay :
Quatre minutes. J'aimerais ça
vous réentendre sur la proposition n° 4, là, la clause dérogatoire, là,
qui soit effective pour permettre aux distilleries existantes de passer... de
changer, là, de permis, là, finalement, là. Donc,
juste pour bien comprendre, là, la situation, là, de...
Mme Dufour
(Madeleine) : Absolument. En fait, ce qu'on aimerait proposer entre
autres solutions, c'est peut-être l'existence, là, des clauses grand-père. On
sait qu'il y a des précédents dans l'industrie puis ça pourrait être possible.
Je cherche mon
mémoire. Où est-il? Je n'ai même pas besoin... Je suis «over this». C'est
surtout par rapport au fait qu'il y a des
distilleries, comme elles ne pouvaient pas avoir l'obtention d'un permis
artisanal, elles ont été obligées d'avoir un permis industriel. Permis
industriel, bien souvent, quand tu demandes une demande à l'urbanisme de ta ville, bien souvent, ils vont nous dire :
Allez vous placer dans un parc industriel, vous avez des besoins industriels.
Donc, il y a seulement quelques
distilleries au Québec qui ont fait un... qui ont eu leur tête de cochon, puis
qui sont vraiment allées sur une zone agricole, et qui vont finalement avoir
leurs terres à proximité. Vous comprenez ce que je veux dire? Donc,
c'est principalement dans le monde de la céréale, je vous dirais.
Donc, une des clauses
dérogatoires qu'on demanderait, ce serait que les distilleries existantes
puissent avoir une tolérance de kilométrage avec leurs terres agricoles
qu'elles cultivent. Je vous donne un exemple. Une distillerie qui a déjà été établie, on demanderait qu'avec le
projet de loi n° 17, si cette distillerie-là passe au permis artisan,
bien, que cette distillerie-là aie le privilège de pouvoir avoir
certains kilomètres entre son lieu de fabrication et ses terres en production
agricole.
Encore
une fois, c'est une virgule, sauf que, si ça, ça ne passe pas, on est en train
de balayer du revers de la main absolument toutes les distilleries qui
font de la céréale au Québec... pas toutes, mais beaucoup, malheureusement,
puis on veut les... On veut qu'ils traversent au permis artisan.
Mme Tremblay : Oui.
Alors, j'aurais... je vous amènerais à la proposition n° 10, donc... puis
au niveau, là, du cheptel. Donc, il faut exclure l'exigence du cheptel.
Qu'est-ce que vous voulez? Bien, m'expliquer puis cerner, là, la proposition
n° 10 : Pourquoi il faut l'exclure de l'exigence du cheptel?
Mme Dufour (Madeleine) : Parce que
l'exigence du cheptel, en fait, voudrait dire que le producteur de lait, la
fromagerie et la distillerie soient exactement à la même adresse. Dans le cas
actuel des fromageries au Québec, il n'y a
pas beaucoup... c'est très marginal, là, le nombre de fromageries qui vont
avoir des fromages qu'on appelle fermiers, donc qui vont générer
100 % de leur lait. La plupart du temps, pour la grande, grande, grande,
vaste majorité, les fromageries achètent leur lait des producteurs
environnants, ce qui veut dire qu'ils ne sont pas autosuffisants en lait.
Donc, la notion du cheptel laitier à la même
adresse, on désirerait qu'elle soit facultative, parce que, si on revient à
l'essence du projet, qui est sur la matière première fermentescible, la matière
première n'est pas le lait, la matière première est le lactosérum. Voilà.
Mme Tremblay : Est-ce qu'il me reste
encore du temps?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
Mme Tremblay : Une minute. Bien, me
dire votre... parce qu'il y en a plusieurs, des propositions. Est-ce qu'il y en
a une qui ressort plus, qui est plus importante pour vous, à l'heure actuelle?
Mme Dufour
(Madeleine) : Elles sont toutes très importantes. Les six
propositions que je vous ai un peu plus énumérées en introduction, ça, c'est
pas mal des piliers, je vous dirais. Les autres propositions, comme, par
exemple, les clauses dérogatoires, ce
genre de suggestions-là, c'est vraiment pour venir trouver des pistes de
réflexion, finalement.
• (17 h 50) •
Donc, elles sont toutes... on voit ça un peu
comme des pièces de casse-tête. On sait que ce n'est pas tout qui va passer, évidemment, mais on vous demande
vraiment de considérer, parce que, si on tranche la ligne en ce moment puis on ne regarde pas le passé, bien, encore une
fois, c'est un coup d'épée dans l'eau. Ça fait qu'on demande de tracer
la ligne, mais de regarder le passé en disant : Bon, bien, on va dans la
logique, on cultive sa matière première, OK, il va peut-être y avoir une
distillerie qui est à 10 kilomètres de sa terre, OK, ça va être correct,
tu sais. Ça fait que, finalement, on essaie juste d'y aller encore une fois
avec le gros bon sens, parce qu'à notre humble avis, au même titre que, par exemple, tous les producteurs
agricoles, ça arrive bien, bien, bien souvent qu'on est en location avec des
terres un peu... dans son village, un petit
peu ailleurs, et tout ça. C'est parfaitement normal, tu sais. Donc, c'est
vraiment le fait de rattacher ça à une adresse. Puis sachez-le, écoutez,
j'ai la chance de pouvoir...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme Dufour (Madeleine) : Ah! pardon.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Merci beaucoup, Mme
la Présidente.
Écoutez, j'aime beaucoup ce que j'entends. Je
dois avouer que l'amélioration d'un modèle d'affaires, c'est ce qu'on se doit tous de viser tout le temps, de
toute façon, pour faire en sorte qu'on puisse avoir des opportunités économiques
grandissantes pour l'ensemble du Québec. Donc, vous me considérez attentif à
vos besoins.
Mais en
parlant effectivement, donc, d'un environnement d'affaires, celui actuel, on
voit quand même qu'il y a une
croissance du secteur. Puis, dans vos propositions, là, vous parlez de faire en
sorte que toute la matière fermenticide... quel impact ça aurait, si
tout deviendrait comme ça au niveau de votre modèle d'affaires, si toutes les
matières pourraient l'être?
Mme Dufour (Madeleine) : Vous voulez
dire d'un point de vue général pour l'Union des microdistilleries?
M. Beauchemin : Exact.
Mme Dufour (Madeleine) : Ça voudrait
dire que... encore une fois, je réitère mon point qui est un petit peu
historique, c'est que faire de la céréale au Québec sous le permis artisan, ce
n'était même pas légal jusqu'à... au mois de mai, avec le PL n° 17, ce qui
veut dire que... alors que la céréale, c'est la matière la plus populaire à
travers le monde pour faire des spiritueux, ce qui veut dire que l'industrie
que vous connaissez en ce moment, avec tous ses revers, elle a poussé tout
croche, parce que ça, ce n'était pas accepté.
Donc, à mon humble avis, qui est vraiment
terrain, je pense que ça peut faire une différence qui est magistrale, parce
que ça va inciter les gens, non seulement ceux avec un modèle d'affaires qui ne
correspond pas, ceux qui vont acheter de l'alcool déjà fait. J'ose croire que
ceux qui achètent... qui fabriquent, qui ont une distillerie, par exemple,
industrielle et qui achètent de l'alcool déjà fait, c'est parce qu'ils ne
pouvaient pas faire l'autre affaire. J'ose croire que c'est peut-être par
rapport à ça puis parce que ce n'est pas viable de faire de la matière agricole
sous permis industriel. Ce n'est pas viable. Voilà.
M.
Beauchemin : Donc, les ramifications pourraient être significatives au
niveau de l'industrie, de votre secteur d'activité en tant que tel?
Mme Dufour
(Madeleine) : Absolument.
M.
Beauchemin : Mais, au niveau profitabilité, au niveau rentabilité, selon
vous, est-ce que vous voyez peut-être, étant donné que chacun a ses forces
quand on a un modèle en silo, là, qui semble être le cas actuellement, chacun a
ses forces... là, s'il n'y avait pas, justement, cette approche-là, voyez-vous
plus d'avantages financiers en bout de piste quelque part?
Mme Dufour
(Madeleine) : Je pense que financièrement, chaque entreprise est libre
de choisir son modèle d'affaires, tant et aussi longtemps qu'on le permet. Par
exemple, il y a des producteurs artisanaux, que ce soit sous tutelle, par
exemple, dans la filière des vins et des cidres, des hydromels, il y a des
producteurs artisanaux qui ont... qui font le choix de vendre en SAQ, qui font
le choix de faire de l'export. Tout le monde a droit à ça, mais, au moins, c'est
un privilège de pouvoir vendre à la propriété. Donc, si le tourisme fait partie
des missions de l'entreprise, oui, financièrement, ça peut être intéressant et
viable, et oui, ça va donner une claque dans le dos, et oui, ça va alléger
financièrement la plupart d'entre elles.
M.
Beauchemin : Dans la même lignée, quand on parle à... bien, à
l'ensemble de vos collègues, on parle... vous parlez, vous, spécifiquement,
bien, je pense, c'est votre proposition n° 14, de lever les restrictions
en matière d'élaboration de produits dérivés. Évidemment, c'est souvent des
produits à valeur encore plus ajoutée, si je peux me fier à l'historique, là.
Donc, vous, pour vous, est-ce que vous êtes capables de nous donner comme des
exemples plus spécifiques comme quoi, ça, ce serait vraiment aussi une valeur
ajoutée pour votre modèle d'affaires, disons?
Mme Dufour
(Madeleine) : Est-ce que tu as des réponses? Je laisse la parole à
Vincent.
M. Lambert
(Vincent) : En fait, ce point-là, c'est davantage un élément qui était...
En fait, c'est que le permis de production artisanal a été introduit avec le
projet de loi n° 88, il y a 15 ans. Puis, au moment de... que la loi
soit écrite sur l'autorisation d'élaborer des produits dérivés avec les
alcools, seulement le permis industriel existait. Et alors, de facto, mais a
contrario, le permis de production artisanale n'était pas compris là-dedans.
Donc, c'est vraiment plus une formulation dans la loi de ce côté-là. Donc, oui,
ça va être la création de produits, l'innovation qui va pouvoir être permis, si
on inclut également cette proposition-là, qui, comme je vous dis, est juste
un... même pas un oubli, qui était... qui a juste besoin d'une modification
textuelle pour pouvoir être permis, là, finalement.
M.
Beauchemin : J'ai deux petites questions puis, par la suite, je vais
passer la parole à ma collègue. Pourquoi
cibler la livraison par Postes Canada pour les achats en ligne? Je trouve ça curieux,
le choix du fournisseur, déjà.
M. Lambert
(Vincent) : Bien, en fait, cet élément-là, pour le transport, on parle
seulement des spiritueux artisanaux. Dans le
cas pour Postes Canada, c'est, bien, tout simplement un canal de distribution
qui est utilisé dans les autres provinces canadiennes. Et donc, juste
sur une base de compétitivité et d'équité, c'était proposé ici d'également
pouvoir, pour les spiritueux artisanaux, de livrer par la poste, parce que
présentement, au Québec, on peut se faire livrer des spiritueux artisanaux de
d'autres provinces, là, essentiellement.
Mme Dufour
(Madeleine) : Ça, puis, si je ne m'abuse aussi, c'est surtout parce
que Postes Canada a la garantie, des fois, d'avoir une signature et d'avoir la
confirmation que la personne est âgée de plus de 18 ans. Donc, c'est pour
ça que la SQDC et la SAQ transigent actuellement avec Postes Canada. Ça fait
qu'on fait juste utiliser le même canal parce que c'est parfaitement logique.
M.
Beauchemin : Oui. C'est parfaitement logique. OK. Puis pourquoi la
vente de cocktails est interdite sur les lieux de fabrication, selon vous?
Mme Dufour
(Madeleine) : Vous nous demandez : Selon nous, pourquoi elle est
interdite? Ah mon Dieu! C'est une bonne question, ça. J'ai envie de vous
dire : Parce que personne ne l'a jamais fait. Ça se peut-tu? C'est-tu une
réponse viable? Je pense que les dégustations ont été traitées un peu toujours
en plan B, comme si ça ne faisait pas partie
de notre agrotourisme, tu sais, alors qu'on fait des... on fait des spiritueux,
des fois, très nichés, je parle dans mon
cas, mais ça reste que les gens ont besoin d'avoir certains exemples,
également. Pourquoi, historiquement, les cocktails n'étaient pas permis? J'ai
envie de vous dire : Méchante bonne question.
M. Lambert (Vincent) : Puis j'ajouterais, si on
regarde les provinces similaires au Québec pour le développement de la
filière, puis je pense à la Colombie-Britannique et l'Ontario, c'est des choses
qui sont permises également, Nouvelle-Écosse, Alberta également. C'est permis
dans la majorité des provinces également, cette...
M.
Beauchemin : Intéressant. On va en prendre note. Je passe la parole à
ma collègue.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui. Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme
Cadet : Merci, Mme la Présidente. Merci pour votre échange
extrêmement engagé. C'est très motivant.
Puis d'entrée de jeu, sur votre introduction, je
vous dirais, donc, qu'en grammaire les virgules structurent nos phrases, donc ce sont ces outils qui encadrent nos
propositions syntaxiques. Donc, les virgules sont importantes et les virgules,
donc, elles sont porteuses de cohérence. Donc, oui, les virgules sont
importantes.
Ma première question pour vous. Un peu comme ce
qu'on a noté avec l'industrie des microbrasseries qui vous a précédés, moi
aussi, j'ai quand même été assez étonnée ou intriguée par la croissance de
l'industrie. Donc, vous dites, dans votre
mise en contexte, qu'en 2017 l'industrie comptait 14 membres, alors
qu'aujourd'hui... en fait, votre association, donc, compterait 14 membres
aujourd'hui, donc, en représente plus de 50. Donc, il y a quand même, donc, une
certaine perspective de croissance ici. Puis, en lisant vos propositions, la
cohérence... la ligne directrice, en fait, là, que je vois entre vos
propositions, donc, n° 5, à 13 ou 14, c'est tout le contexte de
distribution. Vous en avez parlé, puis ma question, donc : Au niveau de
propositions structurantes, donc, est-ce que votre avis ou ce que vous tentez
de nous communiquer avec votre mémoire, c'est que le plus grand défi de votre
industrie pour favoriser son essor et de poursuivre, donc, la croissance
qu'elle a déjà entamée, c'est d'être en mesure de pouvoir rejoindre le
consommateur directement? Est-ce que c'est... C'est un peu ma compréhension,
donc, en lisant, donc, brièvement, donc, votre mémoire. Donc, est-ce que c'est
un peu ce que vous souhaitez nous communiquer?
Mme Dufour (Madeleine) : J'ai envie
de vous dire que, par la bande, ce le sera. En ce moment, on est vraiment en train de parler de la première ligne
de la pyramide. On parle de mettre toutes les matières premières sur le même pied d'égalité. Ça fait que j'ai envie de
vous dire : Oui, c'est merveilleux, les gens qui produisent ces cinq
matières-là parlent à leurs clients à tous les jours. Les autres matières
artisanales qui ne sont pas reconnues, qui vont opérer sous permis industriel, par exemple... parce que je
tiens à le répéter, un permis industriel peut vendre à la propriété, mais doit
quand même donner la cote à la SAQ, ce qui veut dire que ça coûte plus cher,
vendre à la propriété parce qu'il faut gérer, évidemment, le plancher,
l'équipe, les analyses, tout le laboratoire, absolument tout.
• (18 heures) •
Donc, on perd
de l'argent à vendre à la propriété, ce qui veut dire que oui, par la bande, on
va parler aux consommateurs, puis,
oui, par la bande, on va faire de l'agrotourisme. Mais, encore une fois, on
vous répète, aujourd'hui, on est ici pour parler de la ligne de base de
la pyramide, qui est complètement le gros bon sens.
Donc, voilà, j'ai hâte de parler du jour où on
pourra parler de petits gains et de cosmétique. J'ai hâte à cette journée-là.
On sera vraiment, vraiment contents. On n'est vraiment pas là.
Mme Cadet : On n'est pas là, pour
une industrie qui est assez émergente, qui est en croissance, qui est jeune. Vous l'avez dit tantôt, donc, ça s'est développé
tout croche, et donc, là, donc, c'est d'être capable de refaire un peu les
fondations, là, littéralement, de la maison.
Mme Dufour (Madeleine) : Et de
mettre l'agriculture en plein centre. C'est vraiment ça.
Mme Cadet : On n'a pas eu
l'occasion... je pense que personne ne vous a posé de question sur le timbrage.
Peut-être, rapidement, donc, sur cet élément-ci, je sais que c'est dans... plus
dans vos remarques, plutôt que dans vos propositions.
Mme Dufour (Madeleine) : Oui, les
remarques, c'est parce qu'on soutient les requêtes qui ont été faites par
rapport au timbrage. Nous, on a hâte de se rendre au timbrage, si vous saviez.
On a bien, bien hâte de se rendre là. Voilà,
c'est pas mal ce que j'ai à dire, parce que, finalement, on ne peut même pas
vendre à la propriété, en ce moment, quand on fait du lactosérum, ça
fait que j'ai envie... j'ai hâte de timbrer, oui.
Mme Cadet : Vous avez hâte de ne
plus timbrer, en fait.
Mme Dufour
(Madeleine) : Ah! de timbrer puis de ne plus timbrer parce qu'on
l'aura allégé, avec grand bonheur.
Mme Cadet : C'est laquelle, la
virgule la plus importante?
Mme Dufour
(Madeleine) : L'acceptation de toutes les matières puis le fait
de considérer celles... les distilleries qui existent. Mais, je vous dirais, la
virgule, là, sur le projet de loi, en ce moment, c'est qu'il y a cinq matières
qui sont écrites. C'est juste de dire que
toutes les matières sont acceptées puis de considérer ce qui s'est fait dans le
passé, parce que, si on trace une
ligne au crayon rouge puis qu'après ça on ne regarde plus, ça n'aura pas servi
à grand-chose parce qu'on va en avoir tué une couple, malheureusement.
Mme
Cadet : Puis peut-être, en terminant, donc, comment est-ce
que vous voyez l'avenir de votre industrie, avec les différents
allègements réglementaires que vous demandez?
Mme Dufour
(Madeleine) : Bien, je la vois belle, je la vois... je la vois
centrée sur l'agriculture. Je la vois sur le même pied d'égalité que les
autres filières de boissons alcooliques. J'ai hâte qu'on jase avec le Conseil
des vins puis le conseil des cidres, puis que tout le
monde ait du fun, puis que leurs entreprises soient viables. En ce moment, ce n'est même pas le cas pour les distilleries
parce que les gens sont pognés à la gorge. Ça fait que j'ai hâte qu'on
puisse...
Mme Cadet : ...d'une entreprise dans
l'industrie?
Mme Dufour (Madeleine) : Pardonnez-moi.
Excusez, j'ai...
Mme Cadet : ...taux de viabilité
d'une entreprise dans le secteur?
Mme Dufour
(Madeleine) : Ah mon Dieu! En ce moment, c'est catastrophique,
là, oui. Je ne sais pas si vous avez besoin de chiffres, là, moi, je ne suis
pas la fille de chiffres, vous l'aurez bien compris, je suis la fille d'amour,
mais c'est catastrophique, oui, vraiment.
Mme Cadet : Peut-être, monsieur, sur
les chiffres.
M. Lambert
(Vincent) : Sur le taux de viabilité, je ne pourrais pas vous
dire, c'est des informations qu'on n'a pas sur les entreprises. Mais, comme
Madeleine a dit, c'est... ça ne regarde pas nécessairement bien, dans le futur.
Mme
Cadet : Bien, ce que je comprends, c'est que, donc, si
tout est mis en place pour qu'on puisse refaire les fondations, puis qu'on puisse s'assurer, donc, de
bien comprendre ce que vous faites, puis de la centrer sur l'agriculture, bien,
alors là, donc, il y a quand même une belle possibilité d'émergence, puis c'est
ce que vous entrevoyez avec amour.
Mme Dufour (Madeleine) : Absolument.
Mme Cadet : Merci beaucoup. Merci,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole au député de Maurice-Richard.
M.
Bouazzi : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci beaucoup
d'être là. C'était vraiment fort intéressant. Je dois avouer que c'est une industrie que je ne connais pas du tout et que
votre mémoire est, pour le moins qu'on puisse dire, quand même détaillé, avec beaucoup de propositions, effectivement.
Et merci d'en avoir gardé juste quelques-unes.
Je suis passé... Je vais souligner ce moment où
je vais poser la même question que le ministre, avec la même absence d'arrière-pensée, sur la limite qu'on se
donne. Je comprends tout à fait que, si on décide que de ne pas avoir un cheptel
ou qu'on va élargir la quantité de matières premières, ça ne changera pas
grand-chose, effectivement, mais si on fait la somme de toutes les propositions
et qu'on vend par Internet... j'ai vu que vous demandez de pouvoir avoir plus
qu'un point de vente, qu'en plus... enfin, il y ait un certain nombre de
choses.
À partir d'un moment, est-ce que... et je dois
avouer que je n'ai pas lu toutes les lignes de toutes les... enfin, qui
expliquent chacune des recommandations. On peut imaginer facilement que s'il
n'y a pas de limite dans chacune de ces
lignes-là... D'abord, on peut imaginer que quelqu'un de pur artisanal puisse
profiter de... ce n'est pas en restant artisanal, bien sûr, mais il y a
bien un moment où on peut se dire : Bien, quand est-ce que ça commence à
ne plus l'être du tout? Parce qu'en en vendant par Internet, parce qu'on a
plein de points de vente, on continue à ne pas payer la cote à la SAQ, des choses comme ça. Est-ce que c'est... c'est quoi
que vous voyez comme combinaison? Est-ce que...
Mme Dufour
(Madeleine) : ...que la ligne qui va rejoindre absolument tout
ça, c'est le plafond qui a été suggéré, parce que toutes ces activités-là sont
soumises à un plafond. Donc, si ce plafond-là, tout le monde est d'accord avec,
bien, bingo!
M. Bouazzi : Donc, c'est un plafond
par... pour chacune des propositions, oui?
Mme Dufour (Virginie) : Non,
c'est... non, nous...
M. Bouazzi : OK. Plafond de
production de spiritueux par... OK.
Mme Dufour (Madeleine) : Absolument.
Absolument, puis ça, c'est...
M. Bouazzi : Il est de combien?
Excusez-moi.
Mme Dufour (Madeleine) : Qui est
a... On a dit 400 hectolitres.
M. Bouazzi : Ah! c'est le 400 qu'il
y a. OK, oui.
Mme Dufour (Madeleine) : Sauf que
nous, on parle de 200 litres d'alcool absolu à la place, là. 250?
M. Bouazzi : Oui, j'ai...
Mme Dufour
(Madeleine) : 200 hectolitres d'alcool absolu.
M. Bouazzi : Bref, je comprends.
Mme Dufour (Madeleine) : Bref,
oui...
M. Bouazzi : Oui, on comprend le...
Mme Dufour (Madeleine) : Donc, ce
plafond-là, toutes les activités seraient régies par ce plafond-là.
M. Bouazzi : Donc, il y a... il y en
a une cinquantaine actuellement. C'est quoi, le... En moyenne, combien il y a
d'employés dans une distillerie?
M. Lambert (Vincent) : On est
environ à... avec les saisons hautes et basses, là, mais, en moyenne, on va se
retrouver à six employés à temps plein et deux à temps partiel.
M. Bouazzi : OK. Excellent. Bien,
moi, je n'aurais pas plus de questions. Vraiment, merci beaucoup. Je comprends
que vous ne tenez pas à avoir le timbre. Je tiens à le rappeler, même si, pour
l'instant, il ne vous touche pas du tout, le fameux timbre que d'autres ne
veulent pas, qu'on continue à chercher l'association ou l'institution qui va
nous demander et nous exprimer un amour pour le timbre. Ça ne sera pas vous
aujourd'hui.
Mme Dufour (Madeleine) : Bien, j'ai
envie de vous dire : On est dans le principe d'allègement aujourd'hui. Je
sais qu'on ne va pas déchirer les pages de ce qui s'est fait en alcool dans les
dernières années, on n'est pas là pour tout réécrire. Par contre, on en appelle
à la cohérence puis on en appelle à alléger des affaires.
J'ai eu mon inspection de taxes d'accise la semaine
dernière. Chaque goutte d'alcool, que ce soit dans un vignoble, dans une
cidrerie, dans une microbrasserie, tout ça est régi à la goutte près par le
gouvernement canadien, où il faut en faire
la démonstration et la preuve tangible parfaite. Puis, ensuite de ça, on est
régis par la RACJ, puis tout le monde fait très bien son travail. Puis,
des paliers de sécurité, il y en a énormément. Je pense que ce qu'il y a en
commun avec ici, ce qu'il y a en commun avec d'autres demandes... mais
évidemment je vous disais ça tantôt à la blague parce qu'on respecte énormément
leurs demandes, mais c'est d'en appeler à la cohérence, à l'équité, puis
d'enlever une couche qui n'est pas nécessaire, admettons. Voilà.
M. Bouazzi : C'est clair.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...beaucoup.
Je vous remercie d'avoir participé à nos travaux.
La commission
ajourne ses travaux jusqu'à demain, le jeudi 21 septembre, à
8 heures, où elle entreprendra un autre mandat. Merci, tout le
monde.
(Fin de la séance à 18 h 08)