(Onze heures trente-six minutes)
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Après
avoir constaté le quorum, alors nous déclarons la séance de la Commission de
l'économie et du travail ouverte.
La commission est réunie aujourd'hui afin
d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 42,
Loi visant à prévenir et à combattre le harcèlement psychologique et la
violence à caractère sexuel en milieu de travail.
Alors, Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements aujourd'hui?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme D'Amours (Mirabel) est remplacée par Mme Mallette (Huntingdon); M. Tremblay (Dubuc) est remplacé par Mme Poulet (Laporte); Mme Cadet (Bourassa-Sauvé) est remplacée par M. Morin (Acadie);
et Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) est remplacée par Mme Caron
(La Pinière).
Mémoire déposé
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup. Alors, avant de débuter les remarques préliminaires, je dépose le
mémoire reçu depuis la fin des auditions, soit celui du Syndicat québécois de
la construction, dont vous avez reçu l'avis Greffier à cet effet-là tout à
l'heure.
Remarques préliminaires
Donc, nous
débutons avec les remarques préliminaires. M. le ministre du Travail, vous
disposez de 20 minutes.
M. Jean Boulet
M. Boulet : 20 minutes. Merci,
Mme la Présidente. D'abord, vous remercier puis saluer l'ensemble des collègues
gouvernementaux, les collègues des partis d'opposition. Je pense qu'on amorce
l'étude détaillée d'un projet de loi qui est vraiment fondamental pour le
Québec parce que ça concerne un fléau qui est devenu endémique dans plusieurs
milieux de travail, c'est-à-dire le harcèlement psychologique et les violences
à caractère sexuel.
Le climat de travail d'une commission
parlementaire, pour moi, il est vraiment important. Je pense qu'on est tous ici
avec une volonté ferme d'entreprendre un dialogue qui est constructif. On a un
objectif commun, c'est-à-dire d'aider les
travailleuses et les travailleurs à oeuvrer dans un environnement qui est sain,
qui est sécuritaire, qui est exempt de harcèlement, quel qu'il soit.
Et on a évidemment entendu les groupes qui sont
venus en consultations particulières. C'est extrêmement crucial pour ces
groupes-là d'être convaincus d'être entendus. Moi, chaque fois, je leur dis
qu'on va le faire avec attention et considération. Et au-delà des groupes qui
ont été entendus ici, devant nous, tous les mémoires sont et seront analysés.
Là, je comprends qu'il y en a un nouveau, du Syndicat québécois de la
construction. On va faire l'analyse qui s'impose, on va étudier, on va
s'assurer que ces recommandations soumises par le Syndicat québécois de la
construction soient bien véhiculées.
• (11 h 40) •
Puis ça me tient à coeur d'aussi réitérer qu'à
chaque fois qu'on a eu des études détaillées, bon, j'en ai eu quand même un
certain nombre avec notre collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, à chaque fois, on
prend le temps de s'assurer que tout le monde comprend bien. S'il y a des
amendements, on les analyse. S'ils sont pertinents puis qu'ils s'imposent, on
s'assure aussi de les faire. Parce qu'un projet de loi, dans le cas qui nous
concerne, il est généralement précédé de beaucoup de consultations. Puis je
rappelle ici que les trois expertes sont... bénéficient d'une réputation extrêmement enviable non seulement au Québec, mais à
l'échelle internationale. Anne-Marie Laflamme, elle est doyenne de la Faculté de droit de l'Université Laval, Dalia Gesualdi-Fecteau, qui était en relations industrielles à
l'UQAM, est maintenant à l'Université de Montréal, et Rachel Cox, qui est en
relations industrielles à l'UQAM, c'est des personnes qui ont écrit beaucoup,
qui sont reconnues comme étant des personnes objectives, et elles ont fait un rapport qui a été honoré, qui a été louangé,
qui contenait 82 recommandations, et il y en a un certain nombre à saveur
administrative, puis, c'est important, au
cours de l'étude détaillée, je rappellerai les recommandations administratives,
qui, pour la vaste majorité, ont été mises
en application par la CNESST ou le Tribunal
administratif du travail. Et il faut
être en action parce que chaque cas en est un de trop. Il faut tendre vers
l'objectif qui est le moins possible de cas. On sait tous à quel point il y a des effets corrosifs non seulement dans
l'environnement de travail, mais au sein des familles et parmi les
proches des personnes qui sont victimes particulièrement de violence à
caractère sexuel.
Donc, on est tous ouverts à bonifier le projet
de loi, et, moi, pour la cohérence de nos discussions puis de nos travaux,
étant donné qu'on a eu très peu de temps — puis je suis un petit peu
désolé que vous ayez reçu la séquence hier, en fin
d'après-midi, j'en ai parlé avec le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve — ce
que je propose, c'est que nous y allions loi
par loi, les lois qui sont amendées par le projet de loi, et on finit par la
Loi sur les accidents de travail, maladies professionnelles, où il y
aura peut-être le plus de discussions et d'amendements potentiels. Et j'ai
divisé... Donc, on commencerait par la loi
santé et sécurité, le Code du travail, la Loi
sur les normes du travail, la loi
concernant la protection des
stagiaires et les articles de concordance, la Loi santé et sécurité du travail,
la loi sur les relations de travail, formation
professionnelle et gestion de la main-d'oeuvre dans le secteur de la construction — c'est
la loi R-20 — ensuite
la LATMP, la Loi sur les accidents de travail, maladies professionnelles, et
enfin les mesures transitoires et finales.
Il y a un certain nombre d'amendements — j'ai
toujours travaillé de cette manière-là — qui sont consécutifs aux
consultations particulières. Il y a certaines recommandations qu'on a
transformées en amendements, mais il y a un
certain nombre d'amendements, vous vous en doutez bien, que je dois présenter
au Conseil des ministres. Puis je n'ai pas eu le temps de le faire cette
semaine, ce sera fait la semaine prochaine. Mais il y a deux amendements que
j'aimerais vous soumettre ce matin,
après que les allocutions soient terminées, si on consent tous pour y aller de
cette manière-là, nos cahiers en
colonnes, qui sont partagés, je pense, par voie électronique avec vous autres,
je veux qu'on y aille rondement, qu'on soit le plus efficace possible,
et moi, je vais, après nos allocutions, vous présenter les deux amendements. Je
vais les présenter sommairement, on arrêtera quelques minutes, puis après ça ça
nous permettra d'amorcer nos discussions de la manière la plus diligente
possible.
Alors, Mme la Présidente, on est disposés à
débuter. Merci.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci, M. le ministre. Alors, j'invite maintenant
le porte-parole de l'opposition officielle, le député de l'Acadie, à
faire ses remarques préliminaires, pour une durée maximale de 20 minutes.
M. André Albert
Morin
M.
Morin : Merci. Merci, Mme la Présidente. J'apprécie. M. le
ministre, collègues parlementaires, je... en fait, c'est un... je me sens
privilégié d'être ici avec vous ce matin pour traiter d'un projet de loi qui...
qui est très important. On pourra... Évidemment, on aura des commentaires
constructifs à faire à M. le ministre au fur et à mesure qu'on... qu'on
étudiera le projet de loi article par article, mais j'aimerais, dans mes
remarques préliminaires, souligner que ce projet
de loi vise à réglementer, aider à la dénonciation, éventuellement enrayer
toute la question de la... de la violence, du harcèlement et des
violences à caractère sexuel dans le domaine du travail. Et c'est très
important, puis c'est très important aussi, comme parlementaires, qu'on puisse
traiter de ces questions-là parce que, dans notre quotidien, la majorité des
Québécois et des Québécoises vont consacrer des heures, et des heures, et des
heures de leur vie à travailler, et, je pense, une des choses qu'on doit leur
garantir, c'est d'être capables de travailler dans un milieu qui est sain, dans un milieu qui est accueillant, dans
un milieu qui est sûr, dans un milieu où la personne n'aura pas à vivre des
situations de harcèlement.
Il y a toute la question de la santé et de la
sécurité au travail. C'est fondamental. On veut que les travailleurs et
travailleuses du Québec aient accès à un milieu qui est sécuritaire. Mais, en
plus, il y a toute la question... il y a toute la question de la lutte contre
le harcèlement et de la lutte contre les violences sexuelles. Et c'est
malheureux, mais je pense qu'il faut en
faire le constat. Cette situation, elle existe, elle existe dans notre milieu
de travail, et c'est ce que M. le ministre tente de corriger avec son
projet de loi.
C'est important de traiter de ces questions-là et
de prendre le temps de le faire, parce que je me rappelle très bien, quand le document Rebâtir la confiance
a été déposé, divulgué et publié, avec toutes les recommandations, il y avait
plusieurs recommandations qui traitaient justement de toute la question du
harcèlement sexuel et des agressions sexuelles en milieu de travail, et
c'est fondamental de rebâtir la confiance de notre système de justice. Et, ça,
je peux vous en parler parce que j'y ai passé une grande partie de ma vie,
notamment à plaider des dossiers, et à plaider des dossiers et à déposer des accusations en matière
d'agression sexuelle, pas toujours dans un contexte de milieu de travail, mais,
quand même, des agressions... des accusations d'agression sexuelle à l'égard,
évidemment, d'agresseurs, mais tout en tenant compte et tout en essayant de
travailler, et d'encourager, et, évidemment, d'accompagner, le plus possible,
la victime. Et ça, c'est hyperimportant, à mon avis, parce que c'est déjà
difficile de dénoncer. Alors, une fois qu'on a dénoncé, et qu'il y a un volet
qui devient public, et donc il y a des procédures, il faut être capable
d'accompagner les victimes pour faire en sorte que le processus puisse se rende
jusqu'au bout. Et ça arrive, ça arrive assez souvent que, malheureusement, les
victimes vont se décourager. Il faut éviter ça, il faut être capables de leur
donner un milieu de travail où elles vont être capables, ces victimes, de
dénoncer, et faire en sorte que le processus puisse aller de l'avant.
Le
harcèlement sexuel, c'est une problématique importante dans les milieux de
travail. Puis, quand on regarde les
statistiques, le nombre est quand même important, on parle souvent, là, d'une
personne sur deux, presque une personne sur deux, 49 % des gens qui ont subi un comportement sexualisé,
inapproprié ou discriminatoire. Il y a un fort pourcentage de femmes, mais il y a aussi des hommes qui sont
victimes de ces comportements-là, et c'est totalement inacceptable. Puis il
faut savoir aussi, pour avoir accompagné, traité de ces dossiers-là, accompagné
des victimes... voir ce que ça fait chez
les gens. Et, croyez-moi, c'est loin d'être banal, à un point où des victimes
vont arrêter de travailler. Elles ne seront plus capables d'aller dans leur
milieu de travail, elles ne seront plus capables de dormir, vont être obligées
d'avoir recours à des ressources externes, médicales ou autres, parce qu'elles
ne fonctionnent plus. Et imaginez une personne qui doit retourner dans
son milieu de travail, mais qui sait ou qui anticipe qu'elle va devoir vivre ce
genre de situation là. C'est totalement
inacceptable. Donc, il est important de s'adresser... de s'attaquer au
problème. C'est ce que tente de faire M. le ministre.
• (11 h 50) •
Et donc il y a plusieurs
lois, et on va le voir éventuellement, qui... où il y a des modifications pour
essayer d'avoir un milieu de travail sécuritaire et sûr. Et il faudra aussi
s'assurer, puis, ça, bien, ça va être notre rôle, dans l'opposition officielle, à ma collègue députée de La Pinière et à moi, de faire en sorte que ce projet de loi, finalement,
pourra être le meilleur possible pour garantir un milieu de travail...non
seulement qui est sain et sécuritaire, mais de s'assurer également que des victimes qui déposent plainte ne seront pas l'objet
de représailles, c'est aussi fondamental, et de s'assurer qu'il y aura des mécanismes en place qui vont faire en
sorte que ce sont des gens totalement indépendants qui traiteront de ces
dossiers-là pour s'assurer qu'il n'y ait aucune apparence de partialité.
Alors, pour mes remarques préliminaires, Mme la
Présidente, je vais m'arrêter ici, mais je tenais quand même à brosser un tableau un peu global de la problématique, de la
difficulté. Et puis après ça, bien, on va voir, article après article,
comment on peut améliorer la situation. Je vous remercie.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci, M. le député. Alors, j'invite maintenant le
porte-parole du deuxième groupe
d'opposition et député d'Hochelaga-Maisonneuve à faire ses remarques préliminaires pour une durée
maximale de 20 minutes.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Bonjour, tout le monde. Très content de vous retrouver en étude détaillée. Je
faisais le décompte avec mon collègue de la recherche ici, Guillaume, de
combien de projets de loi, là, j'ai eu à échanger avec le ministre du Travail.
On en a compté huit. Je ne sais pas si vous voulez compter, vous aussi, M. le ministre, ce serait le huitième. Je pensais
neuf, mais c'est peut-être le huitième. Vous ferez votre calcul, puis on
s'en reparlera. Puis, il y aura la
construction qui viendra assez tôt aussi, on en aura certainement un neuvième
cette année.
Sinon, Mme la Présidente, bien, moi aussi, je
veux saluer tous les gens qui sont venus en commission nous parler dans la section des auditions. C'est
toujours important. C'est une partie essentielle de la démocratie, là, de pouvoir
entendre les gens à l'extérieur de notre enceinte, mais venir nous dire ce
qu'ils pensent de ce qu'on s'apprête à faire avec des lois qui les concernent
directement.
Sur le fond du projet de loi, je ne reprendrai
pas l'essentiel de la présentation de mon collègue, là, qui était fort... fort pertinente. Je pense, en effet, que
c'est une loi qui était attendue, une loi qui, grosso modo, se base, en effet,
sur les recommandations des trois expertes, là, citées par M. le ministre
aussi. Tu sais, vous allez voir, on a peut-être quelques amendements qu'on va
déposer de notre côté, mais, grosso modo, ça va, je pense, bien aller. Il y
aura des questions qu'on va poser au ministre sur comment il pense appliquer
tel ou tel article. Est-ce qu'il a entendu les arguments des groupes? Est-ce
qu'il penche plus vers telle lecture que l'autre? Comment il a éventuellement
évolué sur sa pensée? Donc, des fois, ce sera des amendements, des fois, ce
sera des échanges qui nous permettra de voir où est-ce qu'il loge. Qui laissera aussi des traces. Ça, on l'oublie trop
souvent, mais, des fois, quand une loi est contestée devant les
tribunaux pour en déterminer l'interprétation, quand il y a un conflit
d'interprétation, bien, les échanges ici, en
cette Chambre, en cette commission, peuvent être utilisés pour dégager
l'intention du législateur, comme on l'appelle.
Alors, moi, je prends ce rôle-là, d'opposition,
à coeur, de dégager le plus possible et de clarifier l'intention du législateur
dans plusieurs sections des différentes lois que j'ai travaillé avec le
ministre, alors je vais m'en tenir à ça pour l'instant. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente
(Mme Boivin Roy) : Merci, M. le député. Alors, est-ce qu'il y a
d'autres membres qui souhaiteraient faire des remarques préliminaires?
M. le député de Jean-Talon.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. J'aimerais me joindre d'abord à mes collègues pour remercier toutes
les personnes qui ont travaillé à la préparation de ce projet de loi qui est
vraiment très important. J'aimerais
remercier toutes les personnes qui ont transmis des mémoires, très informatifs,
très utiles pour nous, et toutes les personnes, également, qui sont
venues témoigner.
Je remercie particulièrement le ministre de sa
perspective ouverte. Je n'ai pas huit projets de loi, moi, de faits avec le ministre, ça va être mon... ma première
expérience avec le ministre, mais j'aime beaucoup le fait qu'il se montre
ouvert et je pense que c'est... c'est ce qui nous doit nous guider comme groupe
aujourd'hui.
Je l'ai mentionné hier au salon bleu, il y a...
les enjeux qu'on va devoir... qu'on va avoir à traiter, c'est des enjeux de
hauteur politique. On est là pour faire la meilleure chose possible, Mme la
Présidente. Il faut qu'on ait... Il faut qu'on ait le courage d'aller le plus
loin possible pour que le Québec soit un endroit innovant, un endroit à la fine
pointe des meilleures pratiques pour lutter contre le harcèlement psychologique
et la violence sexuelle en milieu de travail pour qu'on assainisse les
pratiques en milieu de travail, pour qu'on on prévienne ces formes de violence,
ces formes de harcèlement, qu'on crée un milieu de travail qui est... qui est
propice, en fait, à éviter les situations et qu'on les traite bien quand il y
en a, quand il y a des plaintes, quand il y a des enjeux réels qui se posent.
Je l'ai mentionné au début des audiences,
j'arrive de la perspective de quelqu'un qui, pendant 20 ans, a travaillé
dans une organisation qui cherchait à faciliter la représentation juridique des
personnes qui sont victimes de ce genre de violence, pas toujours en milieu de
travail, mais parfois en milieu de travail. Donc, j'arrive avec ce coeur d'avocat de droits humains. Mais, de l'autre côté
aussi, j'ai été gestionnaire d'une organisation, donc je suis conscient aussi
de ce que ça veut dire pour les employeurs de... de travailler dans ce
domaine-là.
Et
je suis conscient qu'il va y avoir des questions délicates à traiter, sur
lesquelles nous arrivons, pour certaines, sans a priori. L'idée est qu'on fasse
la meilleure chose. On en a nommé plusieurs hier, au salon bleu, de ces
enjeux-là. Donc, il va falloir s'assurer aussi qu'on tienne compte de
l'état existant du droit.
On a eu des discussions, notamment lors des
audiences, et, par bonheur, je l'ai mentionné, je le réitère encore aujourd'hui, par bonheur... quel bonheur de nous
appuyer sur le travail des trois expertes. Vous l'avez mentionné, M. le
ministre, c'est vraiment éclairant. Elles sont venues aussi nous... nous
rappeler leurs recommandations et ce qu'on peut faire de mieux aussi
pour améliorer le projet de loi en fonction de ces recommandations-là.
Mais d'autres
aussi nous ont incités à la prudence, à bien considérer l'état du droit. Et,
là-dessus, M. le ministre, je... on
en a parlé brièvement, mais le Barreau s'est montré disponible pour continuer à
nous éclairer sur l'état du droit, sur certaines dispositions, notamment
sur les fameuses clauses d'amnistie dont on va parler. Elles arrivent assez
rapidement dans le plan de travail, M. le ministre, et je vois la logique
d'aborder les modifications loi par loi.
Peut-être aussi qu'il y a certains enjeux qui
arrivent tôt. On a tous collaboré, je pense, pour traiter ce projet de loi-là
avec la... lui donner la priorité qu'il mérite, mais est-ce qu'il y a des
questions qui mériteront qu'on prenne le temps, peut-être, de recevoir de
l'information additionnelle? Je me le demande, notamment, donc, pour qu'on soit
vraiment éclairés sur l'état actuel de la situation et les tenants et
aboutissants des décisions qu'on pourrait prendre.
Alors, moi, très disposé, donc, à collaborer
avec tous les collègues et toutes les collègues ici présents et hâte d'aborder,
donc, les discussions sur ces enjeux-là. Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci,
M. le député. Alors, Mme la députée de La Pinière, pour vos remarques
préliminaires.
Mme Linda Caron
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, comme les collègues et... je partage le... le souci de bien faire le travail, non pas de perdre le temps,
mais, comme le ministre l'a dit, de... bien, en fait, je dis, de prendre le
temps pour, comme le ministre l'a
dit, de s'assurer que tout le monde comprend bien ce qu'on est en train de
faire, l'objectif du projet de loi de protéger les victimes, puis
évidemment on veut idéalement prévenir ce genre de comportement dans tous les
milieux de travail pour pouvoir protéger toutes les victimes, et on espère
réduire aussi le nombre de victimes.
Alors je pense que ça va être important qu'on
s'assure que c'est le plus... malgré que c'est très délicat, toutes ces questions-là,
que la mise en application de la loi sera le plus simple possible à faire.
Donc, que ce soit clair, par exemple, qu'on n'ait pas une victime dans...
dans... qui est dans un milieu comme l'enseignement supérieur et une victime
qui est dans un milieu comme le secteur de la construction, et qu'on ait des
définitions différentes qui fassent en sorte que, dans un tel milieu, la
victime va recevoir le traitement qu'on... que le... que la loi prévoit et que
l'autre victime, bien, aura aussi le
traitement de son dossier, mais avec un résultat peut-être différent parce que
la définition... il y a des éléments de la définition qui ne sont pas
dans une loi et qui sont dans l'autre. Alors, je pense qu'il va falloir
s'assurer que tous les angles sont couverts dans tous les milieux de travail
pour que ce soit équitable pour tous et pour toutes.
Je suis donc, à cet égard là, heureuse d'avoir
constaté, durant les consultations, l'ouverture dont le... le ministre faisait
preuve par rapport aux propositions qui étaient faites ou aux préoccupations
qui étaient soulevées. Alors, mon souhait,
évidemment, c'est que cette ouverture-là continue pendant l'étude détaillée
pour qu'on s'assure d'avoir le projet
de loi et, au bout... en bout de piste, la loi qui sera la plus utile possible
et dont la mise en application ne fera pas problème.
• (12 heures) •
Et, quand je
parle de la mise en application, c'est qu'on veut protéger toutes les personnes
dans tous les milieux de travail,
mais on comprend que les milieux de
travail ne sont pas tous égaux, dans
ce sens que certains milieux... dans certains milieux de travail, il y a
des conventions collectives, dans... il y a possibilité de faire des griefs.
Dans d'autres milieux de travail qui ne sont pas syndiqués, il peut y avoir de
très grandes entreprises où on a des directions de ressources humaines qui sont
bien dotées avec des personnes qui peuvent faire... qui ont les compétences et
les connaissances nécessaires pour mener à bien les enquêtes et bien traiter
les dossiers, alors qu'il y a de très petites entreprises où les ressources
sont moindres, les ressources ne sont pas présentes à l'interne. On peut dire
que ces entreprises-là paieront pour des
ressources externes. C'est certain que c'est faisable, mais, en même temps, on
ne veut pas que ça devienne un fardeau épouvantable sur les petites
entreprises, d'où l'importance de s'assurer que la mouture finale du
projet de loi fera en sorte que les processus qu'il faudra respecter seront
clairs et le plus... le plus simple, et je le mets
entre guillemets parce que, comme je l'ai dit tout à l'heure, ce sont des
questions délicates, il faut que ce soit bien fait puis il faut que ce
soit fait par des personnes qui ont... qui ont les compétences.
On a appris
durant les consultations que les membres du Barreau avaient droit à une
formation, pouvaient suivre une formation de 60 heures pour traiter ce
genre de cas parce que c'est très délicat. Il faut savoir... Surtout si on
est... Bien, évidemment, le Barreau offre des formations aux membres du
Barreau, mais d'autres personnes qui ne sont pas avocats ou avocates
spécialisés dans ce domaine ont besoin aussi de formation. Donc, comment...
comment ça va... ça va s'articuler, tout ça?
C'est important de bien... de bien faire le travail parce qu'on veut, encore
une fois, que toutes les victimes aient un traitement qui est équitable.
Et je reviens
sur un point, j'y reviendrai sûrement durant l'étude détaillée, un point qui
me... qui me préoccupe, à propos des utilisateurs, des personnes qui utilisent
le programme chèque emploi-service pour recevoir des services de soutien à domicile, par exemple. Alors, on parle
de personnes aînées qui ont peut-être des troubles cognitifs ou qui ont des...
qui sont en perte d'autonomie.
On parle de personnes en situation de handicap, qui ont besoin d'aide à
domicile et qui utilisent le
programme emploi-service, dans le cadre duquel... ce chèque emploi-service,
donc, dans le cadre duquel la personne qui reçoit les services est
considérée comme employeur.
Alors, cette personne-là, quant à moi, ne peut
pas mettre en place tout ce qui est prévu dans la loi. Par contre, on veut
quand même que la personne qui vient rendre le service, l'employé qui vient
rendre le service, préposé, par exemple, soit protégé, elle aussi ou lui aussi,
par ce qui est prévu dans la loi en cas de harcèlement ou de violence à caractère sexuel dans le cadre du travail, parce
que la personne qui reçoit le service, même si ce n'est fort probablement pas elle qui va faire... qui pourrait
commettre des violences à l'égard de l'employé, bien, il peut y avoir d'autres
personnes dans l'entourage, dans la famille ou dans les voisins, qui... qui
sont sur le milieu de travail de la préposée, par exemple.
Alors, ça, comment... comment ça va s'articuler?
C'est une... c'est une préoccupation, parce qu'il ne faudrait pas que les gens
décident de ne plus avoir recours au programme chèque emploi-service parce que
la... le fardeau qui leur serait amené par... par cette loi serait... serait
impossible à mettre... à mettre en place, à respecter. Alors, ça, c'est un de
mes grands... de mes grandes préoccupations.
Et, aussi, préoccupation qui... dont on pourra
parler, celle de s'assurer que les milieux de travail, qui sont aussi des
milieux de vie pour personnes vulnérables, soient protégés, dans le sens où on
ne soit pas... que les employeurs sachent si un candidat potentiel à travailler
dans leur milieu a déjà été reconnu fautif de violence à caractère sexuel, ou de harcèlement psychologique,
ou harcèlement sexuel, parce qu'on ne voudrait pas qu'on continue, parce
que ça s'est... ça s'est produit, on l'a vu dans certains mémoires qui nous ont
rapporté des cas.
Donc, on ne voudrait pas qu'une telle personne
vienne travailler dans un milieu où il y a des résidents qui sont très vulnérables et où il y a aussi des
employés, donc, les collègues de cette personne-là, qui sont des populations
très vulnérables, parce qu'on le sait, les femmes sont le plus souvent les
victimes de ces actes-là, et, dans des milieux de vie, comme CHSLD, comme maison des aînés, comme ressources
intermédiaires, comme RPA, bien, il y a beaucoup de femmes, beaucoup de
femmes immigrantes, et qui sont aussi des victimes... je ne sais pas si
j'oserais... j'ose utiliser le mot, des victimes, peut-être, faciles ou qui
n'oseront pas nécessairement porter plainte, et on veut que toutes ces femmes... que tous les employés, hommes
ou femmes, soient protégés par cette loi. C'est l'objectif, je pense, du
projet de loi.
Alors, ce
sont des questions fort importantes dont on aura à discuter, et, comme mon
collègue député de l'Acadie, c'est un honneur pour moi de pouvoir faire partie
des discussions des travaux sur ce projet-là. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci
beaucoup, Mme la députée.
Alors, nous
en sommes maintenant au bloc des motions préliminaires. M. le député
d'Hochelaga-Maisonneuve, vous nous
avez déjà annoncé avoir une motion, que vous avez dûment déposée et transmise à
la commission en vertu de l'article 190.
Maintenant, est-ce qu'il y aurait d'autres motions préliminaires? Très bien.
Alors, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, on va vous demander de lire
votre motion.
Motion proposant d'entendre divers organismes
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Ça va comme suit :
«Qu'en vertu de l'article 244 de nos règles
de procédure, la Commission de l'économie et du travail, avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi
n° 42, Loi visant à prévenir et
à combattre le harcèlement psychologique et la violence à caractère
sexuel en milieu de travail, tienne des consultations particulières et qu'à
cette fin elle entende les groupes suivants : Fédération autonome de
l'enseignement, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Alliance
du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux,
Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, Centrale des
syndicats démocratiques, ainsi que tout autre groupe jugé pertinent par la
commission.»
Est-ce que j'explique tout de suite, Mme la
Présidente? Est-ce que j'explique tout de suite la motion?
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Juste
un instant. On attend de voir la projection de la motion.
On va suspendre une petite minute.
(Suspension de la séance à 12 h 07)
(Reprise à 12 h 08)
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup. Donc, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, vous avez
30 minutes pour discuter de votre motion, et les représentants des chefs
des groupes parlementaires auront également la même durée, 10 minutes pour
les autres intervenants. Alors, la parole est à vous.
M. Alexandre Leduc
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
J'ai fait une longue intervention hier au salon bleu sur l'adoption du principe
et j'y ai fait un segment sur ma déception quant au nombre de groupes qui ont
été invités pendant la semaine dernière où on a fait les
audiences. Je souligne au passage que ce n'est pas toujours facile de négocier
avec le bureau du leader de mon estimé collègue le leader du gouvernement. Ce
n'est pas simple. Il faut toujours comme étirer, étirer, étirer, mais, bon,
c'est la vie, c'est la négociation, et ce n'est pas nous qui sommes
majoritaires.
Or, moi, j'ai
un principe de base. Lorsqu'on va aller toucher au droit du travail, le code,
la loi des normes, la loi de la santé et sécurité, la LATMP... C'est toutes des
lois qu'on modifie à travers ce projet de loi là, et bien d'autres,
d'ailleurs, loi de la protection du stagiaire, loi du statut professionnel des
arts visuels — j'en
ai-tu oublié? — loi
des relations de travail et la formation
professionnelle dans l'industrie de la construction. Lorsqu'on touche au droit
du travail, à mon avis, on ne peut pas
faire l'économie d'entendre tous les groupes qui représentent les travailleurs
et travailleuses.
• (12 h 10) •
Je serais ouvert aussi à ce qu'on inclut
évidemment les groupes qui représentent les patrons aussi pour les mêmes
raisons. Pourquoi? Parce que ce sont eux et elles qui vont avoir à appliquer ce
droit du travail que nous sommes en train de modifier, ce n'est pas moi, ce
n'est pas M. le ministre, c'est les groupes sur le terrain, à plus forte raison
des groupes représentant les travailleurs, travailleuses. Est-ce que, tel ou
tel universitaire, on aurait pu l'inviter ou pas? Il y a de la place pour en
débattre. Ils ont une... Je veux dire, ils peuvent émettre leur opinion, tout
ça, mais les gens qui auront à gérer les conventions collectives, l'application
de normes du travail, l'application de principes de santé et sécurité...
On ne peut pas dire : Ah! bien, il y a eu
deux, trois centrales syndicales, ils ont représenté le mouvement, en plus que,
dans le cas qui nous intéresse, le projet de loi n° 42,
si on fait l'examen des différents mémoires qui ont été déposés par les
centrales syndicales, c'est très éclaté. Souvent, les centrales syndicales...
bien, souvent... sur certains projets de loi, il y a le camp des travailleurs,
le camp des patrons. Bon, grosso modo, avec quelques nuances, ça reprend, grosso modo, les mêmes choses, mais, dans
ce cas-ci, les centrales syndicales avaient quand même beaucoup d'approches
distinctes, notamment sur les fameuses clauses d'amnistie. Je pense qu'il n'y
avait aucune centrale qui avait exactement
la même position sur les clauses d'amnistie. Il y avait des nuances, là, des
virgules, mais on avait un portrait très éclaté, ce qui n'est pas une
mauvaise chose.
Les centrales syndicales, c'est démocratique,
c'est des gens qui réfléchissent, puis ils ont tous des façons de voir différentes... le droit du travail, et ils
auraient dû être entendus, chacune d'entre elles. Là, je ne suis pas en train
de dire qu'on invite tous les
syndicats locaux de toutes les shops du Québec, hein, je ne suis pas là du
tout, mais, honnêtement, des regroupements syndicaux de la taille de la Fédération
autonome de l'enseignement, de la FIQ, de l'APTS, des gros syndicats... Ça, là, ce n'est pas petit, là, c'est des milliers de
personnes, c'est des conseillers syndicaux. Ils ont des départements de
recherche. Ils en ont produit, des mémoires. Ils nous les ont envoyés. Ils sont
dans le Greffier, là.
Moi, j'en ai rencontré quelques-uns, de ces
groupes-là, en parallèle. N'ayant pas été entendus, j'imagine qu'ils ont sollicité aussi mes collègues des
autres oppositions, mais moi, je les ai rencontrés aussi parce que je voulais
les entendre. J'aurais pu juste dire : Bah! Je vais juste lire votre
mémoire, puis merci de votre contribution, mais je voulais les entendre puis avoir un échange avec eux, hein? On a un
ancien premier ministre qui disait «audi alteram partem», d'entendre l'autre
partie. Bien, on ne l'a pas fait complètement, on ne l'a pas fait suffisamment
lors de cette commission.
Et, encore
une fois, moi je ne suis pas un... quelqu'un qui abuse de la procédure des
motions préliminaires, là, on a une négociation, on s'entend sur une liste puis
on procède, mais je réitère que, pour moi, le principe de base devrait
être le suivant, et je... peut-être que je m'en sers aussi pour les audiences
qui viendront sur le projet de loi sur la construction, quand on touche au
droit du travail, on devrait inviter ou, en tout cas, accepter la requête de se
faire entendre de chacune des organisations
syndicales qui le désirent parce qu'on touche à leur droit de travail. Ce n'est
pas juste à nous, le droit du travail, c'est aux gens qui l'appliquent,
c'est aux gens qui le traitent, qui se mettent les mains dans le pétrin, comme
on dit, pour moudre la pâte.
Alors, c'était ma déception, en plus qu'on avait
un après-midi de libre, jeudi dernier, qu'on aurait pu consacrer à ça, à
rajouter quelques groupes. Je comprends avec le recul que, finalement, c'était
la date qui avait été choisie pour présenter
le projet de loi de la construction du ministre. Je pense que ça aurait pu être
retardé un peu pour respecter ce principe du fait que tous les groupes
qui représentent des travailleurs et des travailleuses dûment accrédités par le
Code du travail devraient être entendus quand on touche au droit du travail.
Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci,
M. le député. Alors, est-ce qu'il y a d'autres commentaires sur la motion? M.
le député de l'Acadie.
M. André Albert Morin
M. Morin : Mme la Présidente, merci.
En fait, je trouve intéressante la motion de mon collègue. C'est vrai que ma
compréhension de nos travaux parlementaires, c'est que c'est le... Enfin,
l'expérience que j'ai eue dans des dossiers en justice, c'est que c'était le
bureau du leader, qui est aussi le ministre de la Justice, qui, bon,
finalement, après nos recommandations, envoyait des invitations.
Maintenant, je constate que c'est un projet de
loi qui... bien, je l'ai dit d'emblée, qui est important puis qui est
essentiel, je pense, pour toute la question du marché du travail au Québec, des
travailleurs, des travailleuses, mais aussi
des patrons, et, compte tenu de l'impact de ces dispositions-là, c'est
toujours, je pense, important de pouvoir écouter le plus grand nombre de
groupes possible, particulièrement quand on est dans l'opposition, parce que
non seulement ça nous permet de lire
les mémoires, mais ça nous permet aussi d'entrer dans un dialogue constructif
avec plusieurs groupes.
Et je
constate, entre autres, que, parmi certains groupes qu'on avait... qu'on avait
demandés, et moi, je n'ai pas eu le privilège d'entendre les groupes
précédemment, mais j'ai regardé les... j'ai lu les mémoires, on voulait
entendre la Commission des droits de la personne. Je
comprends qu'ils ont déposé un mémoire, et on a un peu l'essence de ce qu'ils
voulaient dire, mais lire un mémoire puis entrer dans un dialogue, poser des
questions à un groupe, ça permet parfois de
nous faire réaliser qu'il y a des éléments qu'on n'avait pas vus, et je vais
vous donner... je vais vous donner un exemple de ça.
Dans la session dernière, j'ai passé un grand
nombre d'heures dans le fameux projet de loi qui a modifié la Loi sur l'expropriation au Québec et je me
souviens, entre autres, d'une experte, Me Burelle, qui a déposé un mémoire,
mais, quand elle est venue nous parler, elle
a été capable, évidemment, non seulement de bonifier, mais de nous donner des
explications particulières puis de nous expliquer concrètement, sur le terrain,
ce qui allait donner... ce qui allait arriver de ces modifications.
Donc, tout ça pour vous dire que, pour moi,
c'est très important, et je constate que, bon, la Commission des droits de la
personne, on ne l'a pas entendue. On m'informe également que nous, on avait
demandé d'entendre le Regroupement des jeunes chambres de commerce, ça n'a pas
été accepté, ça n'a pas été retenu, puis également Force Jeunesse. Ce sont des groupes importants, qui,
quant à moi, représentent aussi, éventuellement, l'avenir du Québec. C'est
ces gens-là qui, éventuellement, auront un rôle à jouer dans le milieu du
travail, que ce soit comme propriétaires d'entreprises ou comme représentants
syndicaux, travailleurs ou travailleuses, etc., etc., et donc d'où
l'importance... d'où l'importance d'entendre
le plus de groupes possibles non pas pour retarder indûment les travaux, là, ce
n'est pas... ce n'est pas l'objectif, mais, quand on touche à des éléments qui
sont aussi importants... Je pense que nous, en tout cas, comme
législateurs, plus on a de groupes, plus on a d'opinions, plus on a de
recommandations, de conseils, plus ça permet éventuellement d'adopter des
projets de loi qui vont être très pertinents pour... pour la population
québécoise.
Donc, c'est
les remarques que je voulais partager avec les membres de la commission en ce
qui a trait ou en lien avec la motion que mon... en fait, collègue
parlementaire, député d'Hochelaga, a présentée. Je vous remercie.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci, M. le député de l'Acadie. Alors, est-ce
qu'il y a d'autres remarques préliminaires? Parfait, du côté de la
banquette du ministre.
M. Jean Boulet
M.
Boulet : Bien, rapidement, on a entendu 16 groupes, Mme la Présidente,
des groupes qui sont extrêmement représentatifs de la société québécoise, qui
ont été discutés entre les partis politiques, incluant le parti gouvernemental.
Et moi, j'ai énormément de respect pour l'APTS et la FIQ, qui n'étaient
pas, d'ailleurs, proposées ni par mon collègue du Parti libéral ou mon collègue
du Parti québécois, j'ai beaucoup de respect pour la Commission des droits de la personne, pour Force Jeunesse, mais, en même
temps, je vous rappellerai qu'on a entendu la CSN, la FTQ, la CSQ. On a entendu les trois expertes. On a entendu
Juripop. On a entendu la Fédération des chambres de commerce, le Conseil
du patronat.
Je pense qu'on a un échantillon qui est
extrêmement représentatif, encore une fois, mais moi, je sais que, les groupes
auxquels vous avez fait référence, on a analysé les mémoires, on a tenu compte
des recommandations, et, comme je
mentionnais lors de mes propos préliminaires, on l'a fait avec attention,
considération, puis on les remercie. Je profite de l'occasion pour les
remercier de leur intérêt et d'avoir préparé des mémoires à notre attention.
Merci, Mme la Présidente.
• (12 h 20) •
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci, M. le ministre. Alors, on comprend que, M.
le député de Jean-Talon, vous auriez des remarques à effectuer. Donc,
vous avez 10 minutes.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Oui, merci, puis j'ai
bien... j'ai bien entendu le ministre. J'aurais... Moi, je suis très intéressé
aussi par la motion de mon collègue le député d'Hochelaga-Maisonneuve. Dans sa
présentation, il a beaucoup insisté sur les syndicats et les gens qui
représentent les employés en matière d'emploi. Je pense que c'est sage, en
effet, de chercher à consulter le plus largement possible lorsqu'on vient
toucher des dispositions fondamentales du droit du travail. Il a une ouverture
aussi, il a dit : On pourrait en profiter aussi pour entendre d'autres
personnes. Je pense que, du côté patronal, du côté des employeurs, on n'a
peut-être pas non plus fait le tour de la question, M. le ministre.
Et, je reviens là-dessus, sur le plan juridique,
je pense que des avis objectifs aussi pourraient nous aider. Je pense qu'on n'a pas entendu, par exemple, la conférence
des arbitres de griefs, qui sont parmi les principaux concernés, sur la
mécanique, sur la façon dont on prend des décisions sur ces dispositions-là.
Et je comprends que la motion n'est pas
présentée, là, du tout, là, dans une optique, là, de ralentir les travaux ou de faire de la procédurite, mais bien dans une
perspective d'un éclairage le plus complet possible de nos travaux, et moi,
en tout cas, je l'ai mentionné hier, je serais très intéressé à prendre juste
un petit peu plus de temps pour entendre des personnes très compétentes, qui
vont nous donner des recommandations, des avis éclairés sur l'état de la
situation actuellement pour qu'on puisse vraiment mieux avancer, et je pense
que ce n'est pas une question, là, de retarder indûment, mais vraiment de
prendre un petit peu plus de temps pour, oui, nous alimenter avant de plonger
dans des questions très techniques.
Puis, je le
réitère. M. le ministre, on commence, notamment, avec la définition de violence
sexuelle, puis je pense qu'un des premiers éléments ensuite qu'on va voir,
c'est la fameuse question des clauses d'amnistie. Je pense qu'il faut
faire la bonne chose, et qu'on pourrait se donner un petit peu plus de temps et
un petit peu plus de matériel pour bien décider. Moi, je suis... je suis intéressé à ce
qu'on... à ce qu'on puisse réouvrir aux personnes mentionnées et peut-être à d'autres, M. le ministre. J'y pense encore, je les
mentionne, je ne veux pas les... leur mettre trop de pression sur les épaules, mais le Barreau
du Québec, notamment, s'est montré
ouvert à nous alimenter sur d'autres questions, et ça, ça pourrait être
très intéressant pour tout le monde.
La Présidente
(Mme Boivin Roy) : Merci, M. le député de Jean-Talon. Alors, M.
le député d'Hochelaga-Maisonneuve, j'ai vu votre petit doigt. Cependant, en
vertu de l'article 209 et 217 de notre règlement, vous n'avez droit qu'à
une seule intervention et aucune réplique. Alors, le débat, maintenant, étant
clos, nous allons mettre aux voix cette motion. Donc, les membres de la commission
qui sont pour la motion...
M. Leduc :
...demander un vote par appel nominal.
M. Boulet :
...un dernier commentaire?
La Présidente
(Mme Boivin Roy) : Malheureusement. M. le ministre...
M. Boulet :
Non? OK, parfait.
La Présidente
(Mme Boivin Roy) : Alors, du côté de la banquette
gouvernementale...
Une voix :
...
Mise aux voix
La Présidente
(Mme Boivin Roy) : ...très bien. Alors, la secrétaire va procéder
à la mise aux voix.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve)?
M. Leduc :
Pour.
La Secrétaire :
M. Boulet (Trois-Rivières)?
M. Boulet :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Tremblay (Hull)?
Mme Tremblay :
Contre.
La Secrétaire :
Mme Mallette (Huntingdon)?
Mme Mallette :
Contre.
La Secrétaire :
M. Dufour (Mille-Îles)?
M. Dufour :
Contre. Pas Mille-Îles, Abitibi-Est.
La
Secrétaire : Excusez-moi de l'erreur, oui. M. Dufour
(Abitibi-Est)?
M. Dufour :
Contre.
La Secrétaire :
Contre. Mme Poulet (Laporte)?
Mme Poulet :
Contre.
La Secrétaire :
M. Morin (Acadie)?
M. Morin :
Pour.
La Secrétaire :
Mme Caron (La Pinière)?
Mme Caron :
Pour.
La Secrétaire :
Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Abstention. Alors, la motion est rejetée. Merci beaucoup, Mme la
secrétaire.
Étude
détaillée
Donc, puisque nous avons terminé le bloc des
motions préliminaires, selon les discussions entre les groupes parlementaires,
il y a un plan de travail qui nous a été proposé par le ministre. Est-ce qu'il
y a consentement pour étudier le projet de
loi selon le plan de travail et la feuille de route qui est incluse?
Consentement. Merci beaucoup. Alors, M. le ministre, la parole est à
vous.
M. Boulet : Bien, je
demanderais une suspension, Mme la Présidente, de quelques minutes. Je vais
présenter deux amendements, puis juste pour me préparer puis m'assurer qu'ils
sont bien déposés... Ils sont bien déposés, les deux amendements? OK, quelques
minutes.
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Très bien, merci beaucoup.
Alors, suspension des travaux.
(Suspension de la séance à 12 h 24)
(Reprise à 12 h 31)
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci beaucoup. Alors, M. le ministre, on comprend que vous avez deux
amendements en vertu des articles 196 et 197. Est-ce qu'il y a
consentement pour que le ministre puisse lire les amendements?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Consentement.
Merci. M. le ministre.
M. Boulet : Oui, merci, Mme la
Présidente. Donc, le premier amendement, c'est l'article 18.
Insérer, dans
le paragraphe 4° du troisième alinéa de l'article 81.19 de la Loi sur
les normes du travail, proposé par le paragraphe 2° de l'article 18
du projet de loi, et après «un document», «, [incluant] la personne désignée
pour en prendre charge».
Donc, commentaires :
On a entendu plusieurs groupes. Donc, cet amendement-là vise à préciser que
l'employeur doit indiquer la personne désignée pour prendre en charge une
plainte ou un signalement dans la politique de prévention et de prise en
charge des situations de harcèlement psychologique.
Je pense que ça ne requiert pas d'explication
additionnelle. Et le deuxième amendement...
M. Leduc : ...
M. Boulet : Oui, vas-y.
M. Leduc : ...pour bien
comprendre, là.
M. Boulet : Bien, il y en a...
Il y a quelques groupes qui suggéraient que, pour bonifier le contenu minimal de la politique de prévention et de prise en
charge, on indique aussi la personne qui est désignée pour en prendre charge,
la personne qui s'en occupe de l'application et de l'effectivité de la
politique, là.
M. Leduc : Donc, on crée
l'obligation d'avoir une politique à travers le projet de loi.
M. Boulet : Oui, puis il y a le
contenu qui est déterminé par plusieurs alinéas. Et, dans le contenu, ce que
des groupes nous ont dit : Il faudrait aussi que vous mentionniez qui...
M. Leduc : Qui va s'en occuper
pour que... savoir à qui on...
M. Boulet : ...va s'en occuper
de... tu sais, la personne qui veut le signaler ou la personne qui veut faire
une plainte, qui est responsable de l'application de la politique.
M. Leduc : Que ce soit signalé
dans la politique, pas nécessairement, mettons, sur un babillard ou...
M. Boulet : Exact, que ce soit
écrit, dans la politique, qui est la personne désignée pour en prendre charge.
M. Leduc : Ça
fait que si moi, je suis victime d'une agression, je réfléchis à
potentiellement faire une plainte, je sais qu'il y a une politique, il
faut que je la trouve, d'abord, mais, bon...
M. Boulet : Bien,
la politique... Oui, mais en même temps, il y a de la formation, de
l'information, de la sensibilisation.
M. Leduc :
Oui, oui, oui, mais en théorie il y a une...
M. Boulet : Mais tu vas voir, dans la
politique, c'est à qui, qui est la personne qui est responsable de recevoir ton
signalement.
M. Leduc :
La politique de chaque employeur.
M. Boulet :
Exact.
La Présidente
(Mme Boivin Roy) : M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, pour une
prochaine fois, vous m'indiquerez que vous
souhaitez prendre la parole, s'il vous plaît, plutôt que d'interpeler le
ministre directement. M. le député de l'Acadie.
M. Morin :
Merci. Merci, Mme la Présidente. Merci pour le rappel. En fait, là, je
comprends, M. le ministre, que vous nous avez proposé un plan de travail, mais
que, dans votre plan de travail, finalement, on passe directement à la Loi
sur les normes du travail et que vous
vous intéressez à l'article 18 du projet de loi. Je... Non? Ce n'est pas
ça?
M. Boulet :
Non, non. En fait, c'est conformément à une habitude de travail que j'ai
développée avec le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve : avant d'entreprendre
des discussions, je dépose en amont les amendements et je fais un commentaire
explicatif, et après ça ça nous permet d'aller beaucoup plus rondement, puis ça
permet à vos conseillers, si jamais ils ont
des remarques à faire ou une modification de l'amendement, à bien se préparer.
C'est juste pour des raisons de planification, c'est une habitude de travail.
Je pense qu'elle est saine et elle est louée constamment par mon
collègue d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Morin :
Alors donc, je... je comprends que, dans le cadre de la planification des
travaux, nous pouvons faire des remarques,
finalement, préliminaires, avant qu'on se consacre, selon votre plan de
travail, à l'étude comme telle. Je n'y vois pas d'inconvénient, M. le
ministre, là.
M. Boulet :
Puis vraiment des remarques... Puis vraiment des remarques préliminaires
comme vient de le faire le collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve. Et moi, c'est mon habitude aussi. À chaque fois,
j'essaie le plus rapidement possible,
quand mes amendements sont disponibles, de les transmettre à la greffière pour
que ça puisse être disponible à vous autres.
M. Morin :
D'accord. Bien, en fait, je peux
vous dire que, dans un premier temps, je reçois bien cette proposition-là, M. le ministre, parce que, dans la préparation,
avec ma collègue la députée de La Pinière, en vue de l'étude article par
article, un questionnement que l'on avait en
regardant l'article 18 du projet de loi, et plus particulièrement le
paragraphe 4°, c'est de dire : Bien, à qui?
M. Boulet :
Exactement, c'est ça.
M. Morin :
Parce que... Parce que... Bon, puis on pourra reparler éventuellement de
toute la question de la politique, mais, un
des éléments qui m'apparaît hyperimportant, on a beau avoir une politique, si
elle n'est pas connue, si elle n'est pas diffusée, si elle n'est pas
expliquée puis si les employés ne savent pas à qui s'adresser, bien là, on
vient de diminuer d'une façon importante, à mon avis, l'efficacité de la
politique. Donc, je comprends qu'avec cette proposition-là
l'employeur ou la personne qui devra développer la politique devra clairement
identifier une personne pour en prendre charge?
M. Boulet :
Tout à fait, tout à fait.
M. Morin :
Bien.Parfait. Maintenant, puis on pourra aussi en reparler, mais
est-ce que vous voulez... Je vois que ce n'est pas le cas. On l'identifie.
Est-ce que vous voulez qualifier le statut de cette personne-là au sein de
l'organisation pour, évidemment, s'assurer que les gens qui auront à porter
plainte pourront s'adresser à quelqu'un, par exemple, qui... qui est assez
indépendant, qui a les coudées franches pour agir, compte tenu de la nature
même de la plainte?
M. Boulet :
Oui. Ça ne veut pas dire que c'est nécessairement la personne qui va faire
enquête, mais on ne nomme pas la personne, généralement, parce que ça peut être
par exemple le coordonnateur, ou le directeur en ressources humaines, ou la
directrice en ressources humaines, qui peut être une personne différente. Mais
il faut dire qui est la personne désignée, qui va recevoir les signalements, les
plaintes, et oui, tout à fait, il faut que ce soit clair, clairement énoncé. Et
c'était le but des représentations des groupes qui sont venus en consultations
particulières. Vous avez la même compréhension que j'ai.
M. Morin :
Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Mme
la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. Alors, est-ce que je... Est-ce que je comprends que, dans
votre méthode de travail que vous avez
développée avec le collègue, vous déposez les amendements parce que vous en
avez uniquement... Bon, j'ai entendu parler de deux amendements. Donc,
vous avez seulement deux amendements à déposer
sur l'ensemble du projet de loi, ou simplement deux aujourd'hui, ou deux qui
sont prêts maintenant, puis il y en aura d'autres, et vous fonctionnerez
de la même façon?
M. Boulet : C'est une bonne question.
Je pense qu'on va être prêts à passer au vote, là, tellement on en discute.
Alexandre... Le collègue me fait aller un peu plus loin dans nos discussions.
En fait, c'est les deux amendements que je pouvais préparer et déposer ce matin
qui ne requéraient pas une approbation par le Conseil des ministres. Oui, collègue de La Pinière, j'ai d'autres amendements
que je devrai présenter au Conseil des ministres mercredi, la semaine prochaine. Donc, à la poursuite de nos travaux,
j'aurai d'autres amendements, mais pour ce matin c'est les deux amendements que
j'étais en mesure de déposer. Mais les autres amendements qui requièrent une
approbation, ils concernent plus la Loi sur les accidents de travail, maladies
professionnelles, donc c'est un de nos derniers blocs et c'est une autre des
raisons qui me motivaient à y aller de cette manière-là.
Mme Caron :
Merci.
M. Boulet :
C'est une excellente question.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : M. le
ministre, on va vous inviter à lire rapidement votre deuxième amendement,
sur l'article 19.
• (12 h 40) •
M. Boulet : Merci, Mme la Présidente.
Article 19. Remplacer le sous-paragraphe a du paragraphe 1° de
l'article 19 du projet de loi par le suivant :
a) par le
remplacement de «123.7, 123.15 et 123.16» par «123.15, 123.16 et 123.17».
Explications :
Bon, en fait, c'est pour ajouter le nouvel article 123.17 qui concerne,
là, la possibilité pour les parties de convenir de la confidentialité, là, dans
une entente de confidentialité et de convenir de la levée de cette confidentialité-là,
donc énumérer cette disposition-là aussi comme devant faire partie intégrante
d'une convention collective. Donc, ça avait été omis, dans le projet de loi
initial, donc c'est une précision additionnelle. Ça devra aussi faire partie de la convention collective de
travail convenue entre les parties. Et ça, ça avait été... Est-ce que ça avait
été souligné? Mais ça avait été souligné dans l'analyse qui a été faite
suite à la réception de mémoires.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Merci, M. le ministre. Alors, juste en guise de rappel
pour la gouverne de nos travaux, les deux amendements ont été lus. Pour
l'instant, simplement, l'objectif du ministre était d'annoncer et de présenter ceux qui s'en venaient,
évidemment, question de courtoisie et question de bonne collaboration entre les
collègues. Mais évidemment les
amendements seront présentés en bonne et due forme selon le plan de travail. M.
le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Je
veux juste réitérer à quel point c'est apprécié, du côté des oppositions, en
tout cas de chez nous, à Québec solidaire,
parce que, bien que ce n'est pas des amendements, justement, fondamentalement
structurants ou déstructurants du
projet de loi, nous, ça nous permet de voir un peu où est-ce que le ministre
s'en va, aussi où est-ce que le ministre ne va pas, aussi s'il ne dépose
pas d'autres amendements. En tout cas, là, on sait qu'il y en aura d'autres sur
d'autres aspects d'une autre loi. Mais, en ce sens-là, nous, après ça, on se
retourne puis on dit : OK, bien, dans
ce cas-là, il bouge là-dessus ou il ne bouge pas là-dessus, on peut commencer
déjà à se faire une tête puis à écrire des choses. Donc, c'est une
pratique que j'apprécie, je voulais le souligner.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Merci pour vos commentaires. Je pense que c'est ce qui
fait que nous avons tous gaiement fait
entorse à la procédure. Alors, M. le ministre, votre plan de travail, vous
débutez avec l'article 33.
M. Boulet : Oui.
Merci. Article 33. L'article 1
de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, modifié par
l'article 122 du chapitre 27 des lois de 2021, est de nouveau modifié
par l'ajout, à la fin, de la définition suivante :
«"violence à
caractère sexuel" : toute forme de violence visant la sexualité ou toute
autre inconduite se manifestant notamment par des gestes, des pratiques, des
paroles, des comportements ou des attitudes à connotation sexuelle non désirés, qu'elles se produisent à une
seule occasion ou de manière répétée, ce qui inclut la violence relative
à la diversité sexuelle et de genre.»
L'article 1,
tel que modifié, se lit comme suit : «Dans la présente loi et les
règlements, à moins que le contexte n'indique un sens différent, on
entend par :
«"Tribunal
administratif du travail" : le Tribunal administratif du travail
institué par la Loi instituant le Tribunal administratif du travail;
«"violence à
caractère sexuel" : toute forme de violence visant la sexualité ou
toute autre inconduite se manifestant notamment par des gestes, des pratiques,
des paroles, des comportements ou des attitudes à connotation sexuelle non désirés, qu'elles se produisent à une
seule occasion ou de manière répétée, ce qui inclut la violence relative
à la diversité sexuelle et de genre.»
Commentaires :
Donc, ça introduit une définition, la définition qui est nécessaire à
l'application des dispositions de la Loi sur la santé et la sécurité du
travail. Merci.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci.
Merci, Mme la Présidente. Alors, M. le ministre, quand j'ai lu
l'article 33 et la définition, en fait, la première question qui m'est
venue à l'esprit, c'est : Est-ce qu'on retrouve des définitions semblables
ou qui veulent définir le même type de
comportement indésirable dans d'autres lois? Parce que, le collègue député
d'Hochelaga le mentionnait dans nos
travaux, évidemment, éventuellement, les tribunaux pourront s'en servir pour
interpréter l'esprit du législateur, il y aura évidemment un produit fini, mais
il y a une chose qui est sûre, c'est que, plus on a des définitions qui
sont cohérentes, se ressemblent, comportent les mêmes éléments, plus,
évidemment, ça va faciliter un travail d'interprétation
et, d'ailleurs, pour éviter, évidemment, éventuellement, des décisions qui
pourraient être contradictoires.
Et
le Barreau du Québec, dans son mémoire, soulevait cet enjeu, et permettez-moi
de citer le mémoire du Barreau à la
page 3, le Barreau disait : «Nous saluons la volonté du législateur
de mieux reconnaître et de faciliter l'indemnisation de ce type de lésions. Cependant, nous souhaitons
attirer l'attention sur l'enjeu que soulève l'ajout de cette... fonction — pardon.
«Rappelons d'abord
que la notion de violence à caractère sexuel a été introduite en 2018 à la Loi
sur les normes du travail. La Loi sur la santé et la sécurité du travail a
également été modifiée par l'ajout d'obligations pour l'employeur. Dans la Loi
sur les normes du travail, on a une définition de "harcèlement
psychologique".» Et le Barreau disait : «Nous sommes d'avis que la
coexistence de deux notions distinctes de harcèlement psychologique et de violence à caractère sexuel pourrait donner
lieu à des interprétations et à des décisions différentes basées sur les mêmes
faits. Plus précisément, nous souhaitons
porter à l'attention du législateur que la coexistence de ces deux définitions
distinctes peut poser une difficulté dans le contexte où deux divisions
du Tribunal administratif du travail sont en cause.»
D'autant que, quand
on regarde aussi dans l'ensemble du corpus législatif québécois, il y a
quelques années, le législateur québécois,
dans la loi sur l'enseignement supérieur, a aussi adopté une définition pour
lutter plus particulièrement sur les
campus d'établissements d'enseignement supérieur, donc, une définition visant à
lutter contre les violences,
évidemment à caractère sexuel.
Donc, est-ce que,
dans votre travail, M. le ministre, vous avez tenu compte de ces autres lois?
Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de mettre en application les recommandations
proposées par le Barreau du Québec et s'assurer que, finalement, autant pour les tribunaux que pour les gens qui veulent
porter plainte ou les employeurs qui vont devoir adopter des politiques
pour éviter ce genre de comportement, là, on ait une définition qui va... qui
va éviter des incohérences ou enfin qui vont
complexifier le travail de l'ensemble des intervenants dans ce... dans ce
domaine? C'est... c'est ma première question.
M. Boulet : Mme la Présidente, c'est pour des raisons de
stabilité et d'harmonie qu'on a retenu cette définition-là. Puis là je
veux tenter d'être le plus clair possible. C'est une loi qui vise à combattre,
à lutter contre les violences à caractère sexuel, et c'est une définition qui
est celle de l'Organisation internationale du travail, et c'est une définition qui est exactement la même de celle
qu'on retrouve dans la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à
caractère sexuel dans les établissements
d'enseignement supérieur. Dans cette loi-là, c'est cette définition-là qui
s'impose pour éviter de l'instabilité jurisprudentielle.
• (12 h 50) •
Puis là mon collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve était là pour le projet de loi n° 59 qui
modernisait le régime de santé et sécurité du travail, où on a ajouté la santé
psychologique. Bon, on a référé constamment à l'intégrité psychique au-delà de l'intégrité physique et on
obligeait, dans un programme de prévention ou un plan d'action, à identifier
pour mieux contrôler et éliminer les risques psychosociaux, donc, notamment, on
référait à la violence physique et à la
violence psychologique. Puis, souvenez-vous, collègue, la violence physique,
psychologique, ça incluait la violence conjugale,
familiale et sexuelle. Donc, il y a déjà une obligation d'identifier dans le
programme de prévention ou le plan d'action.
Ici, c'est une définition qui vise à ajouter des dispositions, mais pas à être
une définition qui est redondante. Et dans la Loi sur les normes du
travail, c'est différent.
Et vous faites
référence, collègue de l'Acadie... En 2018, la notion de harcèlement
psychologique, puis c'est entré en vigueur,
je pense, le 12 juin 2018, elle a été modifiée pour dire que le harcèlement
psychologique incluait... en fait, on
le disait en mentionnant : Le harcèlement psychologique comprend une telle
conduite, lorsqu'elle se manifeste, bon, pour des raisons à caractère... des paroles, tels actes ou de tels
gestes à caractère sexuel. Parce que, dans le harcèlement psychologique,
c'est difficile, quand la plainte est présentée, de savoir s'il va y avoir une
connotation sexuelle ou non. Et le corpus...
bien, la jurisprudence est bien établie, là, sur les cinq critères qui
s'appliquent, là, la répétitivité ou l'événement isolé, l'atteinte à
l'intégrité physique ou psychologique, bon, et c'est bien établi. Ça fait
que...
Et cette loi-là n'a
pas la même portée, et il y aurait un risque d'avoir un impact sur les
décisions de jurisprudence développées, parce que notre définition est plus
large que celle de la LNT, de la Loi sur les normes du travail. Ça fait qu'on
ne voulait pas la limiter. Parce que, dans la loi santé et sécurité, moi, ce
qui est important pour moi, c'est «sans
égard à la gravité», puis avant qu'une atteinte survienne. Ça fait que je
trouve que c'est avantageux pour les victimes, et c'est beaucoup plus
clair, parce que la violence à caractère sexuel, elle est définie de la façon
la plus libérale, entre guillemets, possible.
Puis, enfin, la
LATMP, il faut faire attention, parce que la LATMP, aussi, elle, c'est une loi
qui a une portée d'indemnisation. Puis là il ne faut pas avoir une définition
qui réduit la portée de l'indemnisation en vertu de la Loi sur les accidents de
travail et maladies professionnelles. On sait que, quand c'est un événement qui
survient sur les lieux de travail, par le fait ou à l'occasion du travail, tu
peux faire une réclamation à la CNESST puis recevoir une indemnité
de remplacement de revenu. Ça fait qu'on ne peut pas avoir non plus une
définition qui pourrait être interprétée comme réduisant la portée de la
définition de ce qu'est un accident de travail en vertu de la Loi sur les
accidents de travail et maladies professionnelles.
Donc, oui, j'ai
entendu les groupes, mais j'ai analysé, réanalysé puis je trouve que ça n'a
pas... je veux dire, ça ne tiendrait pas la route, et on créerait... au lieu
d'être en quête d'une meilleure harmonie, on créerait comme un chaos dans
l'interprétation. Puis je finirais en disant : L'OIT est là. On a une loi
qui le définit clairement et qui a exactement
la même portée dans le domaine de l'enseignement supérieur. Et donc cette
définition-là, elle est tout à fait compatible, elle est large, mais
elle vise à lutter puis à combattre contre les violences à caractère sexuel, et
c'est cette définition-là qui est nouvelle et qui est amenée grâce à ce projet
de loi là. Alors, voilà. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Merci, M. le ministre. Alors, Mme la députée de La
Pinière.
Mme Caron : Merci, Mme la Présidente. Alors, M. le ministre,
j'ai compris que vous disiez que cette définition-là était celle de la Loi visant à prévenir et
combattre les violences dans les établissements d'enseignement supérieur. Mais,
dans celle sur les établissements supérieurs, il y a la notion de moyens
technologiques, on dit... alors que la notion de moyens technologiques, on ne
la retrouve pas ici. Et je dirais qu'aussi la notion de moyens technologiques
répondrait à une préoccupation qui a été faite, durant les consultations, à
propos du télétravail, parce qu'il y a des employés qui sont en télétravail.
Alors, puisque la notion de moyens technologiques existe déjà dans la loi pour
les établissements supérieurs, je pense
qu'on ne viendrait pas réduire la portée de la définition ou de la loi si on
incluait cet aspect-là ici.
Et
une autre... un autre aspect, une phrase qui est incluse dans la Loi sur les
normes du travail, à l'article 81.18, c'est le fait qu'une seule
conduite grave peut aussi constituer du harcèlement psychologique, si elle
porte une telle atteinte et produit un effet
nocif continu pour la personne salariée. Et certains mémoires nous ont... et
certaines personnes qui sont venues
en consultation nous ont dit aussi être inquiètes du fait qu'on n'avait pas
cette notion de quand... d'un seul événement grave qui constitue aussi
du harcèlement. Alors, si on... Je ne pense pas qu'on viendrait réduire la
portée, encore là, de la définition ou de l'actuel projet de loi si on
s'assurait d'ajouter ce point-là qui existe déjà dans la Loi sur les normes du travail et qui, à mon sens, viendrait assurer
une cohérence avec la Loi sur les normes du travail.
M. Boulet : C'est un bon point. Je vais m'assurer qu'on
soit... C'est parce que c'est important, cette discussion-là sur la
définition, parce qu'elle va se retrouver aussi dans d'autres articles.
Des voix : ...
M. Boulet : Non,
mais j'attendais... Est-ce que... OK. Je l'ai entendu de certains groupes qui
disaient : Un seul événement, avec un
effet nocif. Mais, dans notre définition, on a «à une seule occasion», mais on
n'a pas l'effet nocif, d'où l'élargissement du concept. Ce n'est pas le
rétrécissement du concept, c'est une condition de moins. Donc, la violence à
caractère sexuel, telle que définie dans la loi santé et sécurité, qui vise à
prévenir, elle est plus large que dans la Loi sur les normes du travail. Puis
je comprends votre commentaire, mais c'est l'effet inverse. On l'a, «à une seule occasion», puis on n'a pas à prévenir, même
s'il n'y a pas d'effet nocif ou de dommage important qui se perpétue dans le temps, comme c'est prévu par la
jurisprudence qui interprète la définition dans la Loi sur les normes du
travail.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui.
Merci...
M. Boulet : ...juste
pour compléter. Le télétravail est couvert aussi, on l'avait couvert dans la
modernisation du régime de santé et
sécurité. Vous allez voir, je pense, c'est 5.1 de la loi santé et sécurité, le
concept de télétravail est couvert. On avait déjà demandé un avis au Comité
consultatif du travail et de la main-d'oeuvre qui nous confirmait, et c'était notre interprétation, que les lois du
travail s'appliquent au télétravailleur ou à la télétravailleuse. Puis il y a
même des dispositions, là, en matière d'inspection. Mais je vais juste
vous référer à 5.1 de la loi.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci,
M. le ministre. Alors, M. le député de l'Acadie, juste vous indiquer
qu'il reste deux minutes avant de devoir ajourner les travaux.
M. Morin : Merci.
Merci, Mme la Présidente. Alors, merci, M. le ministre. Vous avez répondu
d'emblée à une des questions que j'allais vous poser en ce qui a trait au
télétravail. Maintenant, maintenant, indépendamment du télétravail, moi, je veux simplement m'assurer que votre définition
couvre aussi toute l'utilisation de moyens technologiques qui peuvent entraîner, évidemment, des conduites,
des messages avec une violence à caractère sexuel et... et je ne vois
pas que c'est inclus dans votre définition.
Par contre, quand je
vous faisais référence à la loi qui traite de l'enseignement supérieur et des
violences, on a pris la peine de mentionner ou de faire référence à des moyens
technologiques, donc je veux juste m'assurer... Je comprends votre idée de
vouloir élargir la définition, mais je veux juste m'assurer que, même dans une
situation où on n'est pas en télétravail, un
travailleur pourrait très bien utiliser un moyen technologique pour commettre
des actes de violence à caractère sexuel auprès de d'autres
travailleurs.
M.
Boulet : La réponse : oui, totalement. Et contrairement à l'autre
loi que vous mentionnez, on ne fait pas référence au télétravail, alors que,
nous, c'est couvert. Donc, toute forme, indépendamment du moyen, de violence à
caractère sexuel, c'est inclus dans la définition que vous avez à
l'article 33.
M. Morin : Donc,
l'utilisation de moyens technologiques serait incluse dans «des pratiques»?
• (13 heures) •
M. Boulet : Oui,
oui, tout à fait. En fait, toute forme de violence visant la sexualité,
indépendamment du moyen utilisé, et on le dit assez clairement, «ou toute autre
inconduite se manifestant notamment par des gestes, des pratiques, des paroles,
des comportements ou des attitudes à connotation sexuelle non désirées, oui,
c'est couvert. Et c'est une définition que je considère large, ambitieuse, mais
tout à fait respectueuse de l'objet de notre projet de loi. Puis on va le retrouver dans les clauses... on va
le retrouver dans plusieurs articles qui vont suivre l'étude du projet de loi.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) :
Merci, M. le ministre. Alors, M. le député
de l'Acadie, sans inquiétude, vous pourrez poursuivre vos réflexions au retour
de l'heure du lunch. Merci à tous pour votre collaboration.
Nous devons
suspendre, et on se retrouve à 14 heures.
(Suspension de la séance à
13 h 01)
(Reprise à 14 h 05)
La Présidente (Mme
Boivin Roy) :
Merci beaucoup. Alors, rebonjour à tous. J'espère
que vous êtes bien rassasiés suite à l'heure du lunch. La Commission de
l'économie et du travail reprend ses travaux.
Nous poursuivons
l'étude détaillée du projet de loi n° 42, Loi visant à prévenir et à
combattre le harcèlement psychologique et la violence à caractère sexuel en
milieu de travail.
Alors,
nous étions, dans votre plan de travail d'étude détaillée, M. le ministre,
sur l'article 33, vous aviez terminé votre échange. Notre député de
l'Acadie avait peut-être des réflexions, je pense, lorsque nous avons conclu
pour le lunch.
M. Morin : Merci.
Merci, Mme la Présidente. Effectivement, vous avez tout à fait raison. Puis je
voudrais revenir... je voudrais revenir avec
la définition qui... qui est proposée et qui vise, évidemment, dans ce cas-ci,
la Loi sur la santé et la sécurité du travail. Mais, dans la définition qui est proposée à
l'article 33, on dirait... on dit, en fait, «des attitudes à
connotation sexuelle non désirés, qu'elles se produisent à une seule occasion
ou de manière répétée», et il n'y a pas de
qualification quand il s'agit d'une seule occasion. Donc, on ne dit pas, par
exemple... on ne qualifie pas la gravité du geste qui aurait pu se
produire à une seule occasion. Cette définition-là, on veut l'inclure dans la
Loi sur la santé et la sécurité du travail.
Maintenant,
je comprends que, dans la Loi sur les
normes du travail, à
l'article 81.18, le harcèlement psychologique est défini, et on
fait aussi référence à des paroles, des gestes, des actes à caractère sexuel,
mais là on dit : «Une seule conduite
grave peut aussi constituer du harcèlement psychologique si elle porte une
telle atteinte et produit un effet nocif continu pour la personne
salariée.»
Donc, je reviens à ce
que je disais précédemment, avant la pause pour le repas du midi. Donc, on va
se ramasser avec deux définitions qui, pour moi, sont un peu différentes. Donc,
quelqu'un qui porterait une plainte en vertu
de la Loi sur les normes du travail, ce qui est possible en vertu de la loi,
notamment aux articles 123 et suivants, si la personne a été
victime d'un seul geste, il va falloir que ça soit une seule conduite grave,
alors que, si la personne porte plainte en vertu de la Loi sur la santé et la
sécurité du travail, il n'y a pas... la personne n'aura pas à démontrer la gravité. Donc, c'est comme si on avait deux
standards, tout dépendant en vertu de quelle loi on se situe et on se plaint,
et comment la personne victime, elle...
bien, elle ne va peut-être pas nécessairement toujours consulter un avocat
avant d'intenter un recours. Comment va-t-elle savoir? Il y a une loi
qui semble être privilégiée ou plus facile à prouver que l'autre, à moins qu'il y ait quelque chose que je ne comprenne pas,
mais... mais, quand je regarde les définitions puis les deux lois, c'est
ce qu'il m'apparaît.
M. Boulet : Bon...
Est-ce que ça va, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Tout à fait.
M.
Boulet : Bon, comme j'ai
mentionné ce matin, notre définition s'inspire de celle provenant de l'Organisation internationale du travail et
de celle apparaissant dans la loi luttant et combattant les violences à
caractère sexuel dans le secteur de
l'enseignement public. Et, vous avez raison, c'est deux définitions
différentes. Il faut que ce soit deux définitions différentes pour ne pas créer d'instabilité et
pour ne pas réduire la portée de ce qu'est une violence à caractère sexuel.
Dans la Loi sur les
normes du travail, qui est une loi qui comporte des recours et qui vise à
corriger des situations, le harcèlement est défini, vous avez raison. Ça peut
être une seule conduite grave, et il faut que ça génère des effets nocifs. Dans la loi sur la santé et sécurité, qui a une
portée purement et strictement préventive, on veut avoir une définition la plus large possible. Donc, on
n'a pas à démontrer ni la gravité ni l'effet nocif, qui est la conséquence
d'une seule atteinte pour, bien sûr, faire de la prévention et s'assurer que le
concept de violence soit bien saisi dans les milieux de travail. On ne peut pas réduire le concept de violence. Là,
on viendrait diluer la portée de notre projet de loi n° 42.
• (14 h 10) •
Je ne sais pas si vous
me... Puis, je veux le répéter, là, c'est une loi purement préventive. Puis ce
n'est pas le mot «harcèlement», c'est le mot
«violence». Une violence, en soi, c'est grave, mais ça peut être, plus
subtilement, moins grave, mais c'est
important de rappeler que la définition est plus large dans la loi santé et
sécurité, et il n'y a pas d'obligation. On ne fait pas une plainte en
disant : C'est une violence à caractère sexuel au sens de la loi
santé-sécurité, si on veut avoir une
indemnité. Puis là je m'en vais à une autre loi, la Loi sur les accidents de
travail, maladies professionnelles, qui est une loi d'indemnité, tu n'as
pas à démontrer ce qui est dans la LNT. Puis je l'ai travaillé avec mon
collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, on a ajouté la santé psychologique, les
risques psychosociaux, la violence physique, psychologique.
Ça incluait la violence conjugale, familiale ou à caractère sexuel. C'est
beaucoup plus large puis ça fait partie
d'un programme de prévention — pour
les plus petites entreprises à moins de 20 salariés, c'est un plan d'action — mais
ce n'est pas pour être indemnisé. Pour être indemnisé en vertu de LATMP, tu
n'as rien qu'à démontrer que c'est relié à ton travail ou par le fait ou
à l'occasion du travail.
C'est pour ça que notre définition vise à
assurer l'harmonie, je dirais, dans la portée respective de chacune de ces
lois-là et puis pour ne pas rétrécir indûment ce qu'est une violence à
caractère sexuel. C'est ce qui nous... qui rend
ça impératif, là. Puis ça va être un des éléments conducteurs, là, d'autres
articles aussi de la loi, du projet de loi, plutôt.
M. Morin : Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Mme
la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, j'essaie de vous suivre, M. le ministre. Dans une autre vie,
j'ai déjà eu à siéger à un comité d'éthique
où on étudiait des plaintes, comité... je ne suis pas avocate, comité qui était
présidé par une avocate spécialisée dans les dossiers de harcèlement
psychologique, harcèlement sexuel, et tout ça. Et, quand venait le temps de statuer pour savoir si on
recevait la plainte ou si on ne la recevait pas, il y avait toujours la notion
de gravité dont il fallait... il fallait... qu'il fallait considérer.
Par exemple, est-ce que le harcèlement sexuel... c'est-à-dire que, pour que ce
soit considéré du harcèlement sexuel, bon, outre la crédibilité des
témoignages, et tout ça, il fallait que ce
soit répétitif ou que ce soit passé une seule fois, mais que ce soit
suffisamment grave que la personne... que la victime, admettons, ait eu
peur, tu sais, qu'elle ait été traumatisée par ça ou... Puis là ce n'était pas
dans un... ce n'était pas dans un régime
d'indemnisation ou quoi que ce soit. Alors donc, je comprends bien que, tu
sais, pour que ce soit reconnu comme
du harcèlement sexuel ou psychologique, il y a deux choses : ou bien c'est
répétitif sur une certaine période, ou bien c'est une... c'est arrivé
une seule fois, mais c'est très grave.
Alors, là où
j'essaie de vous suivre dans cette définition-là, je me dis : Bon, alors,
«toute forme de violence visant la
sexualité ou toute autre inconduite se manifestant notamment par des gestes,
des pratiques, des paroles, des comportements ou des attitudes à
connotation sexuelle non désirés, qu'elles se produisent à une seule occasion
ou de manière répétée, ce qui inclut la
violence relative à la diversité sexuelle et de genre», et je comprends très
bien que ça vient de l'Organisation internationale du travail, je suis
allée lire la définition, mais moi, quand je le lis, je comprends qu'une
personne qui aurait... mise en cause qui aurait commis une parole, un geste une
seule fois ou bien 50 fois, ça va être
considéré de la violence à caractère sexuel. Peu importe, même si c'est le même
geste ou la même parole qui a été fait une seule fois puis qui n'est
peut-être pas, entre guillemets, grave, là, mais ça a été fait une seule fois,
bien, la plainte va être reçue de la même
manière que quelqu'un qui a fait ce même geste-là pendant des semaines. C'est
comme ça que je le comprends.
Peut-être que je le comprends mal, mais c'est comme ça que je le comprends. Et
je me dis que d'autres vont peut-être
interpréter comme moi. Alors, c'est pour ça que j'essaie de vraiment préciser
votre pensée là-dessus.
M. Boulet : Oui, puis c'est une
bonne question. Puis la définition n'est pas pour emprunter le corridor d'une plainte comme ça l'est dans la Loi sur les normes.
Et ce n'est pas pour emprunter le corridor de l'indemnisation comme ça
l'est dans la Loi sur les accidents de travail, maladie professionnelle. Ce
n'est que le corridor. En fait, c'est le grand corridor de la prévention. Donc,
quand on dit : La violence à caractère sexuel, puis l'OIT fait ce
raisonnement-là, il faut que ce soit une définition suffisamment libérale pour
sensibiliser. Parce que, là, on met ça dans un programme de... dans une politique
de prévention qui va être intégrée, on va le voir plus tard dans le programme
de prévention, et c'est pour être attentif
aux symptômes où il y a des pratiques, des paroles, puis ça peut être une seule
occasion, et c'est à connotation sexuelle, ça vise la sexualité. Puis,
oui, tout à fait, la sexualité, c'est plus pointu, c'est plus aigu, puis c'est ce que les expertes nous disent, et c'est
plus pernicieux dans les milieux de travail. C'est pour ça que ça requiert une
définition qui est suffisamment englobante.
Puis, je le répète, comme je l'ai dit à votre
collègue de l'Acadie, moi, là, si vous me disiez : Bien, on va voter, là, de toute façon, ultimement, là... Mais
je ne voudrais pas dire : Il faut que ce soit grave puis il faut qu'il y
ait un effet nocif. Non. Les violences à caractère sexuel, là, ce n'est
pas nécessairement de quoi de grave puis ce n'est pas nécessairement de quoi
qui génère un effet nocif. Ça fait qu'on viendrait diluer, selon moi... je dis
le «scope», mais c'est plus la portée de
notre projet de loi si on incluait ou on essayait de l'harmoniser, alors qu'au
contraire on l'harmonise en la
définissant dans le respect de ce que vise la Loi santé et sécurité du travail.
Son objectif, c'est d'éliminer à la source, à la source les dangers pour la
santé, sécurité, intégrité physique et psychique. On l'a répété... j'ai dû le
dire quelques fois, hein, collègues. Mais, sérieusement, c'est comme ça
qu'on l'a réfléchi et pensé.
Mme Caron : D'accord. Maintenant,
est-ce qu'une personne qui... qui est victime, qui lit la nouvelle loi puis qui lit la définition dans la nouvelle loi, ça va
être au début, de la «violence à caractère sexuel», elle va... la
personne va lire ça puis elle va
dire : Bien, c'est arrivé juste une fois, mais, selon... selon la loi,
c'est de la violence à caractère sexuel?
M. Boulet : C'est
une forme de violence. Il faut définir le terme «violence» aussi, là. Tout
n'est pas violence, tout n'est pas violent. Puis je n'utiliserai pas des
exemples, de peur de faire des erreurs, là...
Mme Caron : Exactement.
M. Boulet : ...mais tout n'est pas
violent. On dit : «Toute forme de violence visant la sexualité», donc
c'est manifestement de quoi de... puis
violent, si... En soi, dans la définition, c'est inhérent au concept de
«violence», qu'il y a de quoi de brusque, il y a de quoi d'inacceptable,
là.
Mme Caron : Alors, je comprends ça,
mais là où je voulais en venir, c'est que la personne qui lit cette définition
peut juger qu'elle a été... qu'elle a subi une violence à caractère sexuel et
peut se dire : Bien, moi, je suis... admettons,
je suis... C'est une personne salariée qui est visée par le régime de la LNT
puis qui dirait : Bien, je vais... je vais... tu sais, puis là elle va se rendre compte que, woups! dans le
régime de la Loi sur les normes du
travail, ce n'est pas tout à fait la même chose. Ça fait que peut-être
qu'elle se... elle pensait qu'elle était... bien, tu sais, qu'elle avait
effectivement vécu de la violence à caractère sexuel, elle l'a senti
comme ça, elle l'a vécu comme ça, et puis elle va aller de l'avant avec des recours, peut-être, si elle est
évidemment visée par le régime de la Loi
sur les normes du travail, puis là
elle va se rendre compte que, non, elle ne l'est pas.
Ça fait que j'essaie juste de me mettre dans
la... dans la peau d'un citoyen ou d'une citoyenne qui doit comprendre ça. Puis la cohérence, donc, des lois
et des définitions, c'est important pour cette personne-là. Alors, j'essaie de
me mettre dans la peau de cette personne-là. Mais je comprends ce que vous
voulez faire, ne pas restreindre, que ce soit le plus large possible. Mais
comment le citoyen ou la citoyenne va s'y retrouver dans ça?
• (14 h 20) •
M.
Boulet : Ah mon Dieu! Vous allez voir, d'ailleurs, les
présomptions. Je disais qu'il va y avoir des adaptations dans des articles plus loin, puis ça, c'est la Loi
sur les accidents de travail, pour les fins d'application de présomptions,
qui ne plaisent pas nécessairement aux
employeurs. Comme vous savez, à chaque fois qu'on rajoute une présomption,
les employeurs sont moins confortables. Mais on retient cette définition-là, de
«violence à caractère sexuel». Ça fait que tout est fait de manière à ce que ce
soit cohérent et harmonieux.
Puis chaque loi en droit du travail a sa
spécificité puis a son objectif. Puis ce n'est pas du harcèlement sexuel, c'est de la violence sexuelle. Ce n'est pas la
même affaire. Dans la Loi sur les
normes du travail, que vous avez
amendée, puis je trouvais que c'était une belle loi, là, qui a été adoptée par
ma prédécesseure en 2018, on a modernisé ou actualisé la notion de
harcèlement psychologique, parce que, harcèlement psychologique, je me souviens
que votre réflexion, c'était que... Il y a
beaucoup de groupes qui disaient : Il faut qu'il y ait un bloc uniquement
pour le harcèlement sexuel. Puis, tu sais, le raisonnement que vous
teniez, c'était de dire : Le harcèlement psychologique, il comporte
souvent une connotation à caractère sexuel qu'on ne peut pas tout le temps
détecter en amont, qu'on détecte souvent lors de l'enquête. C'est la raison pour laquelle, quand vous avez amendé la
définition à 81.18, vous avez dit que le harcèlement psychologique, là,
les termes, là, c'est... ça inclut aussi le harcèlement sexuel. Puis là on en
revient à la seule... la seule conduite grave, si elle engendre des effets
nocifs. Mais ça, c'est la même définition pour le harcèlement psychologique,
qui est le grand concept qui contient aussi le harcèlement sexuel.
Ici, ce à quoi les expertes se sont attardées,
c'est la notion de violence à caractère sexuel en milieu de travail. Et c'est ça qu'on constate, où il y a une forte
prévalence dans les milieux de travail. Puis là je ne reviendrai pas avec les statistiques.
Et c'est pour ça, là, c'est une définition qui est suffisamment large pour
permettre de bien comprendre que, quand ça vise la sexualité et que c'est de la
violence, c'est visé par une loi qui vise à prévenir. Puis, dans les
présomptions ou dans la Loi sur les accidents de travail, qu'on va voir plus
tard, on ne fait pas des présomptions «at large», mais on fait des présomptions
pour s'appuyer aussi sur une définition comme celle-là.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Ça va? Alors, merci, M. le ministre. Est-ce qu'il
y a d'autres interventions sur l'article 33? M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Je veux faire parler le ministre sur la notion de «non désirés». Quand on dit,
dans la définition, là, «des attitudes à connotation sexuelle non désirés», je
pense que ça n'inclut pas ce que je vais
donner comme exemple, mais je veux clarifier. Si je me fais inviter par
quelqu'un au travail, une collègue de travail, à aller prendre un verre
après le travail, parce que, là, dans le fond, c'est comme à la frontière du
consentement aussi, est-ce que de se faire
inviter à aller prendre un verre, que ce soit à la maison de la personne ou
dans un bar, pour vous, ce n'est pas une attitude à connotation
sexuelle?
M. Boulet : Non. Si ça se résume à
ce que vous venez de me dire, non.
M. Leduc : C'est le «non désirés»,
dans ce cas-là, qui est ici en question.
M. Boulet : Effectivement. Mais «non
désirés», ça veut dire un comportement qui n'est pas souhaité, qui n'est pas
désiré par la personne. Ce n'est pas une invitation, mais ça peut être un
toucher, ça peut être un acte, ça peut être une parole aussi, sur un attribut.
M. Leduc : Bien, c'est ça. Les
paroles, c'est là où je veux aller.
M.
Boulet : Bien oui. Ça, ça peut être... ça pourrait. Il faut prévenir
ça. Il y a des milieux de travail, puis là je ne veux pas donner d'exemples,
là, pour ne pas banaliser ou cibler des milieux de travail, mais où c'est à
forte prépondérance masculine, il y a des
risques, puis vous le savez, puis il y a un passé. Il y a peut-être eu des
événements, il y a peut-être eu des
données empiriques qui démontrent qu'il y a des risques, dépendamment des types
d'environnement de travail, puis, ça, oui, il faut... Ça peut être un
toucher, ça peut être une parole, ça peut... Puis on l'a vu. Puis il y a des paroles qu'échangées entre nous deux, dans une
commission parlementaire, peuvent être considérées comme plus
acceptables, mais, dans un milieu de travail, puis en tenant compte de la
personnalité des deux personnes, ça peut être de la violence à connotation ou à
caractère sexuel, là, tu sais.
M.
Leduc : Bien sûr, bien sûr.
Parfait. Bien, c'est ça que je voulais vérifier. C'est que, dans le fond, la
question du consentement, elle vient un peu... parfois, les... ce n'est
pas des... ce n'est pas des catégories étanches, hein?
M. Boulet : Non.
M. Leduc : Les
situations peuvent se recouper et avoir plus qu'une connotation. Mais, de fait,
de demander à quelqu'un d'aller prendre un verre, toujours dans mon exemple,
pour vous, ça ne constitue pas un truc non désiré. Parce que, nécessairement, si on invite quelqu'un, on ne peut pas
présumer que c'était désiré. Il y a toujours des petits indices, bien
sûr, mais...
M. Boulet : Mais,
tu sais, tu sais, comme... collègue, si c'est un supérieur immédiat...
M. Leduc : Oui.
Ça, c'est différent.
M.
Boulet : ...qui invite une dame,
une collègue à répétition, ou même s'il l'invite une fois, dépendamment du
contexte, ça peut être... la lumière jaune doit s'allumer.
M. Leduc : Oui,
le ton utilisé, les mots utilisés, on s'entend.
M. Boulet : Oui.
M. Leduc : OK. Ça clarifie pour moi. J'avais une autre
question aussi. J'ai eu des discussions avec des groupes qui se demandaient pourquoi vous n'avez pas retenu
le mot «sexiste» dans votre définition. Parce que de dire quelque chose à connotation sexuelle, c'est une chose,
«des pratiques, des gestes, des paroles, des attitudes à connotation sexuelle»,
on pourrait... on pourrait considérer ça un peu limitatif par rapport aux
rajouts. «Sexuel», on peut le laisser là, mais on pourrait rajouter «sexiste»
aussi.
M. Boulet : Moi,
je pense que ça l'inclut. Moi, ma compréhension, c'est que c'est plus large.
Puis je sais que vous me le fait dire parce
que vous avez de saines raisons. Tu sais, on dit : «toute forme de
violence visant la sexualité», d'une part, «ou toute inconduite», bon, là il y
a des mots, «ou des attitudes à connotation», donc connotation sexuelle.
Selon moi, c'est extrêmement large. Puis c'est sûr que, dans l'application, ça
requiert un certain jugement, puis un examen de la valeur probante des personnes
qui s'expriment, puis le contexte de travail, mais moi, je pense que ça... en
fait, je dis, ça inclut.
M. Leduc :
Parce qu'on m'a fait état... je n'ai pas lu les jurisprudences, mais on m'a
fait état de, parfois, certaines
jurisprudences où on peut avoir des confusions sur... Parfois, s'il y a eu un
touché, bien sûr, sur la personne, là c'est clairement du harcèlement
sexuel. Mais, si c'est, par exemple, un patron qui dit à son employée femme de
davantage mettre en valeur sa poitrine pour satisfaire plus de clients ou
attirer plus de clients, là on est plus dans le harcèlement psychologique. Puis là, des fois, il y a une espèce de
frontière qui n'est pas tout le temps claire entre les deux.
M. Boulet : Moi,
je pense que notre définition est la plus large, et l'exemple que vous venez de
donner, ça fait partie de cette
définition-là, clairement, dans mon esprit. De demander à quelqu'un de mettre
en valeur des attributs physiques
pour des raisons d'affaires, c'est inacceptable, intolérable, puis c'est inclus
là-dedans. Puis ça peut être une, puis ça ne serait pas
nécessairement... là vous allez me suivre, c'est le fun que vous vous référiez
à des exemples, ça ne serait pas
nécessairement une seule conduite grave qui produit un effet nocif. Je pense
que vous m'avez bien compris.
M. Leduc :
Est-ce que Mme Cox et ses collègues avaient référé à ça dans leur rapport,
sur la notion sexiste versus sexuelle?
M. Boulet : Non.
Bien, pas à ma connaissance, non.
M. Leduc : OK.
Ça va être tout.
M. Boulet : OK.
Merci.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci, M. le député. Alors, M. le député de Jean-Talon
pour vos commentaires.
M. Paradis : Oui, merci. M. le
ministre, vous... vous avez indiqué à quelques reprises que la définition suggérée pour... à l'article 33, qui modifie
l'article 1 de la Loi sur la
santé et la sécurité du travail, est
inspirée du droit international. Je suis plutôt content d'entendre ça. Donc,
pour les fins de l'établissement de l'intention du législateur...
M. Boulet : ...
M. Paradis : Bien oui. Bien oui.
L'avocat de droit international est réjoui par cette mention.
M. Boulet : Pour qui j'ai beaucoup
de respect, d'ailleurs.
M.
Paradis : Je vous en remercie. Respect réciproque, M. le
ministre. Mais est-ce que j'ai raison de penser que vous faites
référence à la convention n° 190 de l'Organisation
internationale du travail?
M. Boulet : Oui, totalement. C'est
la Convention n° 190 sur la violence et
harcèlement. Puis ce n'est pas très vieux, collègue, hein? Ça date de 2019 puis
ça s'inspire de ça, oui, tout à fait.
M. Paradis : Oui, et qui est une
avancée, je le confirme, intéressante en droit international. Mais est-ce que j'ai raison de penser, en fait, que le libellé que
vous avez adopté n'est pas tout à fait celui de la convention elle-même?
• (14 h 30) •
M. Boulet : Tout à fait, ce que j'ai
mentionné : ça s'inspire. Ce n'est pas le libellé exact, mais on a
travaillé en équipe, on a consulté beaucoup
et on a fait unanimité autour d'une définition de cette nature-là pour qu'elle
soit la plus large, et la plus libérale, et qu'elle se détache,
notamment, collègue, de celle apparaissant notamment dans la Loi sur les normes, parce qu'on ne parle plus de
harcèlement, on parle de violence. Puis on l'a adaptée aussi à nos... avec
notre équipe de légistes, là, aux définitions qu'on a dans nos lois
aussi.
M. Paradis : Qui est un processus
que je comprends... que je comprends très bien, mais il me semble y avoir quand
même des différences assez... assez importantes entre la définition qui a été
choisie aux fins du projet de loi et celle
de la convention n° 190 de l'Organisation
internationale du travail. Et je pose
la question pas parce que, nécessairement, je suis en désaccord avec les
termes qui ont été choisis aux fins du projet de loi, mais parce que l'intérêt
de s'inspirer du droit international, et là on arrive à l'intention du
législateur, c'est de permettre, en quelque sorte, à nos tribunaux, aux
arbitres de griefs, à toute personne qui interprète cette définition de pouvoir
aussi s'inspirer de la jurisprudence ou de
décisions qui ont été rendues ailleurs en vertu des mêmes dispositions du droit
international, sans bien sûr être liés, je ne dis pas qu'on serait liés par ces définitions, mais l'intérêt,
c'est d'aller chercher, donc, les mêmes inspirations dans le droit
international.
Donc, est-ce que vous seriez en mesure de nous
parler un petit peu de ces choix que vous avez faits dans l'adaptation de la
définition québécoise, qui, comme vous le dites, s'inspire de cette source du
droit international?
M. Boulet : Évidemment, lors des
consultations, on veut s'assurer que la définition soit la plus compatible possible avec l'objet de la loi. Et, quand on
travaille avec la direction des affaires juridiques de mon ministère,
notamment, on veut s'inspirer des
meilleures définitions, notamment à l'échelle internationale, mais pas en
disant : Ça va impliquer nécessairement
que la décision de jurisprudence rendue ailleurs s'applique chez nous, comme
vous le dites superbien, puis vous connaissez ça mieux que moi, mais
pour s'assurer que notre définition soit la plus moderne et d'actualité. Et,
après ça, les avocats travaillent avec d'autres équipes d'autres ministères,
notamment en justice, pour s'assurer qu'il y
ait une cohésion dans notre corpus législatif et une définition qui soit
compatible aussi avec les concepts qui sont généralement étudiés par nos
tribunaux en matière de travail.
Ça fait que c'est un peu ça, mon raisonnement,
là. Ce n'est pas si sophistiqué que ça, là, mais c'est une définition qui est non seulement inspirante, mais
qui nous rapprochait de celle qu'on a dans la Loi visant à prévenir et combattre les violences à caractère sexuel, là,
dans les établissements d'enseignement supérieur, qui n'est pas la même
non plus...
M. Paradis : Non. C'est ça.
M.
Boulet : ...pas le même libellé, mais compatible avec les
mots qu'on utilise en droit du travail québécois. Puis, tu sais, les
mots comme les gestes, les paroles, les... on retrouve ça aussi, par ailleurs.
M.
Paradis : Je réitère, moi, une nouvelle fois, que je suis...
je me réjouis du fait qu'il y ait eu cette inspiration en droit
international, parce que la convention n° 190,
elle a vraiment été saluée comme une grande avancée en droit international.
Cependant, je le redis, il me semble que la
définition s'écarte quand même beaucoup. Et là je vais vous dire pourquoi je vous pose la question, c'est parce
qu'il y a probablement des choix, comme vous le dites, qui ont été indiqués
pour la rendre plus à même de cadrer avec le corpus...
M. Boulet : Plus
compatible avec le droit québécois.
M. Paradis : ...exactement, le
corpus québécois. Mais là, donc, on se retrouve avec une définition qui n'est
pas la même que celle d'autres lois, donc celle qu'on vient de nommer, là, la
loi pour prévenir... la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à
caractère sexuel dans les établissements d'enseignement supérieur, les autres définitions en droit du travail. Et là j'en arrive
en fait au risque, qui est quand même souligné, mon collègue l'a mentionné tout à l'heure, le risque qu'il y ait tellement de
définitions et tellement de sources que ce soit un enjeu d'interprétation et
qu'on commence à permettre, notamment au gré des dossiers, et du tribunal qui
entend les dossiers, et des avocats qui
plaident... qu'on aille chercher des éléments, des définitions qui nous
plaisent le plus dans une loi par rapport à l'autre. Et, encore une
fois, j'ai bien entendu vos explications sur la justesse des termes qui ont été
choisis ici. J'aimerais ça, vous entendre
sur ces risques-là, d'interprétations contradictoires, et surtout ces
risques-là par rapport à ce que plusieurs intervenants en audience nous
ont mentionné, c'est-à-dire que ce qu'on veut aussi, c'est simplifier
l'exercice des droits et recours dans ce domaine-là, où les gens nous
disent : Heille! Là, il y a tellement de lois, puis il y a tellement de
recours, puis il y a tellement de définitions, puis tellement de mécanismes que
ça devient complexe.
M. Boulet : Oui, puis je suis assez
d'accord avec vous. Ce qui me guide aussi, là, dans la rédaction finale, c'est
de m'assurer que les définitions soient les plus simples possibles pour éviter
les trop grandes périodes de transition ou instabilité jurisprudentielle, que
ce soit plus facile à interpréter et donc plus facile à appliquer. Et je pense
que cette définition-là... Bien, il y a beaucoup, quand même, de décisions de
jurisprudence, surtout les arbitres de grief,
puis en application de 81.18, parce que, les griefs de harcèlement
psychologique, il y en a beaucoup. La jurisprudence
est bien établie, là, sur les cinq critères qui vont inspirer, mais, encore une
fois, c'est deux mondes différents.
Et c'est nouveau, dans le corpus législatif
québécois, qu'on réfère, dans les milieux de travail — il
l'avait en enseignement supérieur, mais là c'est l'ensemble des milieux de
travail — à
la violence à caractère sexuel. Puis j'oserais
croire, mais nos juristes nous le confirment, on va être à la... tu sais, on va
être les premiers au Canada. C'est une loi qui va inspirer le reste du
Canada. Moi, je suis bien fier de ça. Puis que vous référiez à... à votre
confort qu'on utilise les règles de droit
international, notamment la convention n° 190,
moi, je suis tellement sur cette longueur d'onde là, là... Je comprends
ce que vous me dites, cependant, mais le plus vite ça va être adopté, le plus
vite ça va être mis en application. Et il y a aussi le TAT formé, les juges,
les conciliateurs formés sur les mythes et stéréotypes et avec cette
définition-là, le cas échéant, et, à la CNESST, qui va voir à l'application,
formation, sensibilisation, information, moi, je pense qu'on va déployer ça
comme on a réussi, comme on réussit actuellement à faire avec la vaste
modernisation du régime de santé et sécurité. Il y a des collègues qui avaient
des appréhensions, mais il y a des leaders
syndicaux qui, aujourd'hui, nous remercient pour ce que nous avons fait. Puis,
bon, moi, je suis dans le camp des confiants.
M. Paradis : Et... Puis je partage
certainement en partie votre confiance, M. le ministre. Et justement, parce que
vous dites qu'on est en train de montrer la voie, peut-être pour préciser,
peut-être, le mémoire du Barreau du Québec ne le dit pas comme ça, mais... mais,
vous savez, il y a ce bon vieil adage qui dit : Le législateur ne parle
pas pour rien dire. Et, s'il y a des
différences entre les définitions, c'est parce qu'on a voulu qu'il y ait de
telles différences. Et là, quand je vous entends, M. le ministre, j'ai
l'impression qu'il y a quand même une volonté de... d'unifier, mais de
permettre à chaque loi d'atteindre des objectifs qui peuvent être différents.
Mais est-ce qu'il n'y a pas un risque? Est-ce que les gens au ministère qui ont
travaillé avec vous ne voient pas ce risque, qu'en maintenant des différences
alors que nous sommes en train de créer le droit on lance un message clair
qu'on a voulu ces différences-là? Donc là, quand
on va voir une décision d'une division du Tribunal administratif du travail, on va avoir un type de décision x sur la définition de la
violence sexuelle, puis là, quand on va être devant l'autre division, on va
avoir un autre type de décision, puis ce n'est peut-être pas ça qu'on voulait
faire aujourd'hui.
M.
Boulet : Je suis extrêmement sensible à ce que vous venez
de dire, mais, je le répète, les lois ont des portées différentes.
Ici, c'est
une loi préventive. Il faut s'assurer que tous les milieux de travail se
prennent en main et comprennent bien ce qu'est une violence à caractère sexuel.
Ça va passer par beaucoup de pédagogie, puis les tribunaux vont avoir à
le faire aussi, là, il va y avoir une période évidemment d'adaptation, comme je
mentionnais un peu plus tôt, mais on s'est
assurés qu'il y ait la meilleure harmonisation possible. Ce n'est jamais
parfait, mais, avec cette définition-là, ça rentre bien dans les... les
compartiments qui appartiennent à chacune des lois.
Puis plus
tard, dans la LATMP, on va le voir pour l'application des présomptions
nouvelles, là, les deux nouvelles présomptions. Et les exemples que...
auxquels référait le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, il y a des situations
qui ne seraient pas du harcèlement parce que
le harcèlement, c'est répétitif en vertu de la LNT. Quand c'est un événement,
il faut que ce soit grave, un, puis, deux, il faut qu'il y ait un effet nocif.
Et là on est plus là-dedans et on peut être devant un événement... évidemment,
c'est de la violence, il y a forcément de la brusquerie aussi, mais tu n'as pas
à démontrer un effet nocif, là. Il faut que
tu préviennes puis il faut mettre la barre la plus haute possible. Et, ça, il y
a beaucoup de groupes qui nous l'ont mentionné. Puis les expertes
souhaitaient d'ailleurs qu'on développe, au Québec, dans les milieux de
travail, une sensibilité particulière à tout ce qui est à connotation sexuelle.
• (14 h 40) •
M.
Paradis : Donc... donc, je comprends que c'est cette...
c'est cette volonté de ratisser le plus largement possible, d'avoir la
définition la plus généreuse possible pour couvrir le plus de situations
possibles qui vous a guidé...
M.
Boulet : Exact.
M. Paradis : ...de même que les membres de votre équipe, et que
donc les risques qu'on vient de mentionner, d'interprétations
divergentes, ils ont été considérés et ils sont assumés, si je peux parler de
cette façon-là.
M. Boulet : Totalement d'accord. Puis je ne suis pas naïf, on
connaît le droit puis on sait c'est quoi, les relations de travail. Les
risques sont considérés, d'une part, et ils sont très faibles, selon notre
compréhension.
Puis juste vous
rappeler que ce que j'ai mentionné aussi, dans la Loi sur les accidents de
travail et maladies professionnelles, qui
est une autre loi qui vise à indemniser des travailleurs qui ont des lésions,
la définition est tellement différente,
là, c'est un événement imprévu et soudain, survenu par... C'est très, très
différent. Mais, pour répondre à votre question plus précisément, les
risques, oui, ont été considérés, et on s'est assurés de les éliminer.
M. Paradis : Je
termine là-dessus, Mme la Présidente : Est-ce que l'idée d'utiliser cette
nouvelle définition que vous proposez aux
fins de ce projet de loi, qui peut-être pourrait être qualifiée de plus
généreuse de l'ensemble des définitions qu'on a devant nous, là, dans
les différents projets de loi, que ce soit elle qui soit utilisée pour
peut-être modifier les autres lois et donc avoir une définition unifiée en bout
de ligne?
M. Boulet : Non. Il y aurait toute une levée de boucliers si
on utilisait une définition de cette... Non. La réponse, c'est non.
M. Paradis : C'est
non? OK. Très bien.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) :
Merci, M. le ministre. Alors, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Pendant que j'écoutais les autres échanges, je relisais un
peu des trucs sur le... l'échange précédent que nous avions, moi et le
ministre, là, par rapport à «sexuel» versus «sexiste». D'abord, je suis allé revérifier un peu le rapport Cox, là.
À la page 6, elles font un tableau où elles font référence à harcèlement
sexuel incluant le harcèlement sexiste, qui
regroupe agressions à caractère sexuel, qui ensemble forment des violences à
caractère sexuel. Ça fait que, là, je comprends que c'est en ligne droite avec
ce que vous disiez précédemment.
M. Boulet : Totalement.
M. Leduc : Et j'ai trouvé aussi la décision que, je pense,
dans le jargon, on appelle la décision Lippé du Tribunal du droit de la personne de 1998. Je veux juste en
lire quelques phrases pour encore être vraiment certain qu'on est à la
même place.
Le
paragraphe 167 de la décision Lippé de 1998 : «Le harcèlement sexuel
résultant d'un milieu hostile est donc une
manifestation plus subtile, plus insidieuse que le harcèlement à connotations
sexuelles. Ce type de situation ne comporte habituellement pas
d'éléments qui pourraient laisser croire à une démarche de séduction. Au
contraire, les paroles, les gestes ou les
axes... les actes — pardon — convergent
vers la démonstration de l'inadéquation de la personne face à son milieu de travail, généralement à
prédominance masculine, mais pas exclusivement non plus, et ce, simplement
parce qu'elle est caractérisée par l'un des motifs énumérés à l'article 10
de la Charte; en l'occurrence, parce qu'elle est
une femme. C'est pourquoi il est possible de qualifier ce type de harcèlement
sexuel de harcèlement sexiste : le genre plutôt que la sexualité est
l'objet du harcèlement.»
Paragraphe 168 :
«Le harcèlement sexiste est susceptible de revêtir diverses formes allant de
l'usage d'un langage cru, blagues grivoises,
remarques désobligeantes, rebuffades, brimades, injures et d'insultes aux
menaces, voies de fait ou autres agressions, en passant par des
caricatures, graffitis, dommages causés à la propriété de la victime ou aux
lieux et objets mis à sa disposition ; le tout en mettant particulièrement en
cause les caractéristiques proprement féminines. Essentiellement, ce type de
harcèlement cherche à isoler les femmes en leur rappelant soit qu'elles ne sont
pas à leur place dans ce milieu, soit
qu'elles sont fragiles et que c'est à leurs risques et périls qu'elles
intègrent le milieu. Le milieu
comporte ses codes et ses règles qui tendent à conforter les préjugés et les
stéréotypes en vertu desquels les abus de pouvoir s'exercent.»
Là, il y a d'autres
trucs, là, je m'arrête ici. Bon, je répète, c'est la décision Lippé, c'était le
Tribunal droit de la personne en 1998.
Est-ce que... Je comprends qu'il y a la jurisprudence qui est une chose, ça,
c'est là, ça reste, mais est-ce que, dans sa lecture et dans sa
proposition de définition, le ministre se rattache à ça?
M. Boulet : Je
me rattache aux propos que vous venez de citer. Évidemment, je n'ai pas la
décision devant moi, je ne connais pas
l'ensemble des éléments factuels qui ont été mis en preuve, mais, oui, sur le
fond de ce que vous venez de citer, c'est tout à fait compatible avec ce
qu'on vient de discuter.
M. Leduc : Est-ce que, dans ce sens, alors, ça ne pourrait
pas être intéressant de rajouter la référence à sexiste dans votre
définition?
M. Boulet : Elle est incluse, la
connotation, tout ce qui vise la sexualité. Donc, c'est large et — attends
minute — plus tard on répète «tout ce qui est à connotation
sexuelle». Non, c'est... Dans le corpus, en tout cas, moi, pour moi,
c'est inclus dedans, collègue, si c'est la réponse que vous souhaitez, là.
M.
Leduc : Ça fait que, mettons, de dire «violence à caractère sexuel
incluant un caractère sexiste» ou si on faisait référence à quelque chose, pour
vous, ce n'est pas nécessaire?
M. Boulet : Non.
M. Leduc : Parce
que c'est clairement, clairement, clairement implicite que c'est là et que ça
l'inclut.
M. Boulet : Oui,
tout à fait.
M. Leduc :
Je chercherais juste à... Parce qu'il y a des gens qui nous écoutent qui vont
pouvoir peut-être aller plaider, pourront se référer, bien sûr, à nos échanges.
Puis, si jamais il y a un juge, à quelque part...
M. Boulet : Mais
comment vous définissez «sexiste»? Sexiste, c'est une «attitude de
discrimination fondée sur le sexe.» C'est
exactement le libellé de la Charte
des droits et libertés de la personne.
Et ici, c'est encore plus large, c'est
«visant la sexualité». Donc, ce qui est sexiste, tel que défini dans nos
dictionnaires, oui, c'est compris dans cette définition-là.
M. Leduc : OK.
Je termine en vous resignifiant ma crainte, M. le ministre. Ça fait que, là, on
a un échange, puis c'est clair pour vous,
c'est clair pour moi, c'est clair pour ceux qui nous auront écoutés puis qui
auront l'occasion, peut-être, d'aller référer à notre échange, si jamais
un juge, en quelque part...
M. Boulet : Tellement.
Tellement.
M. Leduc : ...n'est pas d'accord ou n'a pas nécessairement
pensé à ça, mais qu'arrivera-t-il pour les personnes qui n'auront pas eu
connaissance de cet échange-là? On espère que le juge ou la juge, peut-être,
dans sa formation, éventuellement, aura compris que, «sexuelle», ça
inclut sexiste aussi.
M. Boulet : Oui.
Bien oui. Puis tout ça, là, ça réfère à ce que notre collègue de Jean-Talon
disait : Après ça, c'est de faire le pont entre ce qui est dans la loi
après son adoption et sa mise en application. Et, pour que ce soit une mise en
application compatible avec ce qui est écrit dans la loi, ça va requérir
formation, information, sensibilisation, retaper sur le clou, ce qu'on a fait
dans d'autres lois en matière du travail. Moi, je pense que c'est
l'incontournable, persistant : former, former, former.
M. Leduc : Parfait.
Merci.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Merci beaucoup. Alors, M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : On a tellement de plaisir à parler de droit
international, permettez-moi d'y revenir juste une minute. La définition
de la convention n° 190, dont on dit qu'elle est
l'inspiration, c'est... je vais me permettre de la lire, là, pour les fins du
débat : «l'expression "violence et harcèlement" dans le monde du
travail s'entend d'un ensemble de comportements et de pratiques inacceptables,
ou de menaces de tels comportements et pratiques, qu'ils se produisent à une seule occasion ou de manière répétée, qui
ont pour but de causer, causent ou sont susceptibles de causer un dommage
d'ordre physique, psychologique, sexuel ou économique, et comprend la violence
et le harcèlement fondés sur le genre», qui est défini tout de suite
après.
Ce
qui m'intéresse particulièrement, M. le ministre, là, je vais le dire très
clairement, c'est qu'ici il y a... alors que, dans la définition qui est
proposée dans le projet de loi, c'est le caractère non désiré, là, qui est la
clé, donc on se place du côté subjectif de
la personne qui en est l'objet puis on dit : Ce n'est pas désiré,
l'intérêt de la convention n° 190, c'est qu'on dit que c'est fait dans le
but de causer, ça cause ou c'est susceptible de causer un dommage d'ordre
physique. Et ça, cet élément de causalité qui est inclus dans la définition ne
se retrouve pas dans le projet de loi, et je voulais savoir si c'était voulu,
pour... encore une fois, pour les fins d'interprétation, ou si on avait voulu
atteindre cet objectif-là autrement. Parce qu'ici c'est intéressant, hein? Ça
peut couvrir... je reprends l'exemple qui était donné par mon collègue de la circonscription d'Hochelaga-Maisonneuve, là, tu sais, une invitation à souper. Mais une
invitation à souper qui revient le mardi, le jeudi, le mercredi suivant,
l'autre jeudi, le samedi suivant puis plusieurs fois, bien là on peut dire : Bien, ça, il y a comme un but
de causer, ça cause ou c'est susceptible de causer une forme de violence ou
un dommage.
• (14 h 50) •
M. Boulet : C'est
parce que la définition de la convention n° 190,
c'est une définition globale qui concerne la violence, le harcèlement, les
formes d'abus, puis là il y a un lien de causalité pour démontrer, donc, le
dommage, peu importe sa nature. Et ça revient à la discussion qu'on avait.
Nous, dans notre cas, on a une définition qui vise à permettre au milieu de
travail de faire de la prévention. Cette définition-là, elle s'apparente un peu
plus à celle qu'on a dans la Loi sur les normes du travail, qui est plus
restrictive, mais qui donne ouverture à des recours. Et cette définition-là est
différente aussi de celle de la Loi sur les accidents de travail et maladies
professionnelles, mais c'est comme si, nous, il y avait plusieurs morceaux qui
forment un casse-tête, parce qu'on a plusieurs lois, alors que la convention n° 190,
bien, vous le savez, c'est une définition qui sert de guide, qui nous a servi
d'inspiration pour l'objet spécifique de la loi santé-sécurité qui vise
à faire de la prévention.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Merci beaucoup. Alors, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Oui. Merci, Mme la
Présidente. Donc, juste brièvement, M. le ministre, pour que ce soit bien...
bien clair, dans la définition que vous proposez de violence à caractère
sexuel : «Toute forme de violence [et qui se manifeste] par des gestes,
des pratiques, des paroles, des comportements, des attitudes...» Je reviens à
ce que je disais précédemment, si une personne utilise un moyen technologique
pour utiliser une forme de violence, ce serait inclus dans quel élément de
votre définition?
M.
Boulet : Toute forme de violence, indépendamment du moyen
utilisé. Est-ce que c'est en présentiel? Est-ce que c'est virtuel? Est-ce que c'est électronique? Est-ce que c'est par
une autre technologie? Toute forme, indépendamment de l'utilisation ou
indépendamment de... du moyen qui est utilisé.
M. Morin : ...je vous remercie.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci beaucoup. Alors, est-ce qu'il y a d'autres
interventions sur l'article 33? Ça
va? Alors, s'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à la mise
aux voix. Est-ce que vous souhaitez un vote nominal? Ça va? Très bien.
Alors, est-ce que l'article 33 est adopté?
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Adopté. Parfait. Merci beaucoup. Ça vous va, Mme
la secrétaire? Très bien.
M. Leduc : ...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Oui?
M. Leduc : Là, si je comprends bien,
on entrerait dans la section du Code du travail?
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Exactement. Et on comprend que vous souhaitez
déposer un amendement qui rajouterait un article.
M. Leduc : Exact. On peut le faire à
ce moment-ci?
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Oui.
Juste vérifier avec la secrétaire si le document a bien été déposé sur Greffier. Alors donc, le document a été
déposé. Nous allons l'afficher à l'écran. Alors, l'article est affiché sur
l'écran. Il n'y aura pas de... de format papier qui va circuler, là.
Donc, M. le député d'Hochelaga...
M. Boulet : ...déposez tout de suite
pour qu'on l'étudie au rang... Vous voudriez qu'on le... qu'on l'étudie
immédiatement?
M. Leduc : Pourquoi? Oui.
M. Boulet : On va vous écouter.
M. Leduc : J'y vais?
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Allez-y,
oui.
M. Leduc : Parfait.
Amendement : Insérer, avant l'article 1 du projet de loi, le
suivant :
0.1 Le Code du... travail, pardon,
(chapitre C-27) est modifié par l'insertion, dans son article 47.3,
des mots «pour un motif autre que celui d'être l'auteur d'une violence à
caractère sexuel au sens de la Loi sur la santé et la sécurité du travail
(chapitre S-2.1) après le mot «disciplinaire».
Et ça se... ça se lirait comme suit, donc,
l'article 47.3 :
«Si un salarié qui a subi un renvoi ou une
mesure disciplinaire pour un motif autre que celui d'être l'auteur d'une
violence à caractère sexuel au sens de la Loi sur la santé et sécurité du
travail, ou qui croit avoir été victime de harcèlement
psychologique, selon les articles 81.18 à 81.20 de la Loi sur les normes
du travail, croit que l'association accréditée contrevient à cette occasion à
l'article 47.2, il doit, s'il désire se prévaloir de cet article, porter
plainte et demander par écrit au Tribunal d'ordonner que sa réclamation soit
déférée à l'arbitrage.»
Sur le fond maintenant, Mme la Présidente, quand
ce débat-là a commencé sur la façon de mieux protéger les potentielles victimes
et les, donc, réelles victimes sur les milieux de travail, les associations
étudiantes ont commencé à faire circuler la question des clauses d'amnistie,
dont nous discuterons un peu plus tard selon le plan déposé par le ministre.
Moi, je trouvais ça intéressant. J'avais des questionnements. On a échangé
beaucoup, les associations étudiantes et
moi, et aujourd'hui je suis assez ouvert à ça, puis on aura des questions
tantôt, mais ça devrait bien aller pour le... ce volet-là, sur les
clauses d'amnistie, qui viendront dans... peut-être cet après-midi ou, au plus tard, dans notre
prochaine séance. Moi, je me suis dit : Qu'est-ce que je... Qu'est-ce
qu'on peut faire aussi de supplémentaire, pas nécessairement en
remplacement, mais de supplémentaire à cette approche-là sur les clauses
d'amnistie? Et ayant moi-même pratiqué longtemps le droit du travail, j'ai été
un conseiller syndical avant mon élection en 2018, je me rappelle de cette
injonction et de cette crainte qu'ont développée les syndicats à l'égard de
l'article 47.2. Tous les conseillers syndicaux, je dirais, la plupart des
militants syndicaux connaissent l'article 47.2 parce que c'est un fléau,
c'est l'obligation de représentation. Et je dis «un fléau» pas parce que c'est
une obligation de représentation, mais parce qu'on l'utilise trop souvent pour
des raisons un peu farfelues. D'ailleurs, il y a des articles qui circulent,
là, c'est à 95 % ou... en tout cas, entre 9... en haut de 90 % de cas
de 47.2 qui sont finalement refusés. C'est le moment où un salarié considère
qu'il a été mal représenté par son syndicat, qui dépose une plainte et qui se
rend au tribunal. Et donc il dit : J'ai été mal représenté, je poursuis
mon syndicat.
Dans tous les cas où on a entendu des histoires,
là, telle personne s'est retrouvée à avoir une petite tape sur les doigts, il
est resté en place, chaque fois qu'une chronique écrit sur ce dossier-là ou sur
d'autres types de dossiers, d'ailleurs, mais
concentrons-nous sur les dossiers de violence à caractère sexuel, systématiquement
vient la question : Pourquoi le syndicat défend les pourris?
Systématiquement. C'est une grande question qui est soulevée de manière systématique dans ces textes-là, dans ces
opinions-là. Puis je le comprends, pourquoi : parce que lorsque, historiquement,
le mouvement syndical a demandé et obtenu la
cotisation obligatoire, ce qu'on appelle, dans le jargon, la formule Rand, qui fait en sorte que, si on négocie une hausse de
salaire dans une entreprise donnée, elle ne s'appliquera pas juste à ceux
qui ont signé leur carte de membre du
syndicat, elle va s'appliquer à tout le monde, forcément. Alors, en
contrepartie, logiquement, tout le monde de cette entreprise-là, qu'ils
aient signé leur carte de membre ou pas, cotise au syndicat. Éventuellement, s'il n'y a presque personne qui a
signé sa carte de membre, le syndicat peut être révoqué, mais, bon, ça, c'est
une autre partie du code.
En toute logique aussi, on a mis la formule
Rand, donc vient cette... ce monopole de représentation, qu'on appelle, cette obligation de représentation et qui
fait en sorte qu'en effet, si quelqu'un commet une violence à caractère
sexuel dans son milieu de travail, le syndicat est, à toutes fins pratiques,
tenu de le représenter. Il y a toute une jurisprudence qui s'est développée sur
quelle est la limite de cette obligation de représentation. Elle n'est pas
totale et absolue, hein? Une des limites très claires que la jurisprudence a
tracée, c'est le fait d'obliger de référer un grief à l'arbitrage. On n'est pas obligés de référer un grief à l'arbitrage,
comme... comme syndicat, si on fait l'examen conscient et rigoureux que
ce grief-là n'a à peu près aucune chance d'être gagné. Et là la jurisprudence a
dégagé qu'une bonne utilisation des
ressources, et des tribunaux, d'ailleurs, et des arbitres permettait au
syndicat de faire ce genre d'exercice là et de ne pas référer un grief à
l'arbitrage, même si c'était le désir du salarié.
Par contre, il s'est développé beaucoup cette
culture où, pour se protéger contre un éventuel 47.2, on dit : Dépose
un grief, fais une enquête, dépose un grief, plaide au moins une fois dans un
comité de relations de travail, un CRT, fais un genre de service de base, et
après ça, bien, on verra ce que ça donne. Mais il s'est développé, donc, cette
culture-là d'avoir peur, en quelque sorte, et de... d'avoir peur de cette
surenchère alentour du 47.2.
• (15 heures) •
J'ai écrit une lettre au ministre en octobre où
je lui soumettais cette idée-là : Pourquoi, dans le dossier spécifique des
violences à caractère sexuel... je ne suis pas en train de remettre en question
l'économie générale du projet de loi ni
l'économie générale du droit du travail, mais, dans les cas de 47.2... dans les
cas de violences à caractère sexuel,
pardon, pourquoi on ne lèverait pas partiellement cette obligation de
représentation là en disant... Bien sûr, il y a mille et une situations,
mille et une nuances. Le syndicat est à même d'apprécier ce qui est devant lui,
le cas qui est devant lui. Il pourrait
décider, en effet, de vouloir défendre l'agresseur quand même. Mais, si on veut
envoyer un signal très clair dans les... dans les milieux de travail pour
casser à la source, je dirais, l'intention ou les gestes de harcèlement, d'agression
sexuelle, pourquoi ne pas envoyer le signal très clair que ce n'est pas vrai
que, peu importe ce que tu fais, ton
syndicat va te défendre? Si tu fais une connerie à caractère sexuel, puis qu'à
sa face même tu es dans le tort, puis, après une enquête sommaire, tu es
dans le trouble, camarade, pourquoi le syndicat serait obligé de défendre cette
personne-là? Alors, c'est un peu l'esprit de l'amendement que je soumets aujourd'hui
pour la considération du ministre.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci, M. le député.
Est-ce qu'il y a d'autres commentaires? M. le ministre, est-ce que vous
souhaitez suspendre?
M. Boulet : Non. Je pense, je
pourrais faire des commentaires généraux. Évidemment, ça nous amène... Ce n'est
pas dans l'esprit du projet de loi, là. Je sais que c'est un sujet qui vous
intéresse. On en a déjà discuté. 47.2, c'est pour prévenir ou protéger les
syndiqués contre la mauvaise foi, l'abus, la négligence grave des syndicats,
parce qu'il n'y a pas, par ailleurs, une obligation des syndicats... Tu sais,
il faut toujours qu'ils trouvent un équilibre entre les droits des individus puis il faut qu'ils s'assurent qu'il y ait un
droit qui soit légitime en vertu de la convention collective qui les gouverne. Puis les statistiques que j'ai
en tête, c'est qu'il y a seulement 30 % des plaintes qui vont au Tribunal administratif du travail, puis
97 % des plaintes sont rejetées, mais je sais que ça peut ennuyer certains
syndicats, mais il y en a peu... Puis
l'étape qui suit le Tribunal administratif, c'est l'arbitre de griefs. Ça fait
qu'il n'y en a à peu près pas qui vont là s'il n'y va pas.
C'est sûr que c'est un ennui considérable pour
les employeurs, parce que, les employeurs, ils sont mis en cause au Tribunal
administratif du travail, ils ne savent pas s'ils doivent y aller ou faire des
représentations, puis le syndicat, bien, il est comme... bien, le syndiqué est
souvent représenté par un avocat ou un conseiller externe, puis le syndicat est
contraint de démontrer qu'il n'a pas agi avec négligence grave. Je sais que ça
peut être un ennui pour les syndicats.
Ceci
dit, au-delà de s'éloigner du principe du projet de loi, ça créerait, puis là
je vous le dis de façon très, très télégraphique, collègue, une disparité
importante entre les syndiqués puis les non-syndiqués. Il y a 40 % des
travailleurs qui sont syndiqués au Québec. Il y en a 60 %, donc, qui ne le
sont pas, qui peuvent faire une plainte à la CNESST, qui bénéficient d'une
enquête, une décision de la CNESST. Ils peuvent être accompagnés. Il peut y
avoir de la médiation. Puis, après ça, ils peuvent même demander la révision
administrative, puis ils peuvent même aller au Tribunal administratif du
travail, puis, s'ils ne sont pas accompagnés par le service juridique de la
CNESST parce que la décision a été rejetée, ils peuvent y aller avec leur
propre avocat. Ça fait que moi, je pense que ce serait une disparité de
traitement profonde entre les syndiqués puis les non-syndiqués puis ça
risquerait de viser, de facto, toutes les
plaintes, là, parce que les formulaires sont faits... Il faudrait comme adapter
des formulaires qui n'enverraient pas
nécessairement le bon message : Quand c'est du harcèlement, tu n'a pas...
tu ne peux pas avancer, puis, quand ce n'est pas du harcèlement, à la
limite, 47.2 puis 47.3. Puis, 47.3, il faut quand même s'assurer que le
syndicat a contrevenu à 47.2, qui réfère à la négligence, ou à l'abus, ou aux
mauvais traitements, puis ça serait un peu en contradiction avec la position...
Vous vous souvenez,
là, dans le cadre des modifications au Code du travail en 2019, les principes
de justice naturelle, le droit d'être entendu, le droit de s'assurer d'être
représenté de façon juste, sincère et adéquate, ça pourrait empêcher un
syndiqué, qui, de façon sommaire, est considéré comme l'auteur de violence ou
de harcèlement, là, parce que, là, vous
référez à... le harcèlement... Et puis, quand on réfère à au droit d'être
entendu, bien là il y a la liberté d'association.
À mon avis, il y aurait potentiellement, au-delà de l'enjeu d'équité
procédurale, un enjeu constitutionnel.
Puis, si je peux vous
rassurer, il y a, dans la loi, dans la LITAT, la loi sur le Tribunal
administratif du travail, un article qui permet au TAT de rejeter
sommairement... parce que je sais qu'un groupe, notamment la CSN, référait à la
possibilité de rejeter sur dossier. Il y en a d'autres qui ont différentes
formules, là. Si l'employeur a sanctionné, il ne pourrait pas... sauf que
l'employeur, des fois, il peut avoir sanctionné de façon abusive ou
inéquitable. Ça fait que le TAT a quand même le pouvoir de rejeter sommairement
une plainte de cette nature-là.
Ça fait que c'est sûr
qu'on pourrait en débattre pendant des heures, mais moi, j'ai beaucoup de
motivation, puis on va sûrement en rediscuter, peut-être, dans le cadre d'un
autre projet de loi, mais... puis je comprends très bien la légitimité de ce que vous avancez comme
amendement, mais, à ce stade-ci, pour les raisons que je viens de mentionner,
je ne suis pas confortable.
M. Leduc :
Je peux y aller?
La Présidente
(Mme Boivin Roy) : Oui, allez-y, M. le député.
M. Leduc :
D'accord. Vous m'avez dit tantôt d'attendre que vous me donniez la parole.
La Présidente
(Mme Boivin Roy) : Vous êtes un bon élève. Merci beaucoup.
M. Leduc :
J'essaie de... j'essaie. M. le ministre, vous faites référence à la
question du droit naturel, puis c'est drôle parce que je l'ai vu venir, cet
argument-là, parce que, pas plus tard qu'hier, dans mon intervention au salon bleu, j'ai parlé de ça précisément puis j'ai
émis la réflexion suivante, à deux volets. D'abord, plus tard, là, quand
on va commencer à non seulement faire sauter, mais interdire les clauses
d'amnistie, vous allez jouer un peu dans le droit naturel, là, hein? Vous allez
décider que ce n'est pas étanche à 100 %, là, votre définition du droit
naturel, en faisant sauter les clauses d'amnistie. Je ne suis pas en train de
dire que je suis contre. Je viens de dire, tantôt, que j'étais assez ouvert à
ça. Ça fait que moi, je trouve ça un peu particulier de me faire servir cet
argument-là quand, dans quelques instants,
on va parler... aux clauses d'amnistie, puis vous faites précisément la même
chose, c'est-à-dire que vous allez jouer dans la justice de droit
naturel.
M. Boulet :
Non, ceci dit, avec respect, on n'interdit pas les clauses d'amnistie. On
empêche... On permet à l'employeur de ne pas en tenir compte. C'est tout à fait
différent, puis les spécialistes en droit constitutionnel... Tu sais, parce que je sais qu'il risque... Il peut y
avoir des recours. Les risques sont faibles. On les a analysés. Puis, tu sais,
l'employeur, là, tu sais, quand on parlait... on va... puis ça, c'est un autre
débat, là, mais, tu sais, quand une personne est réhabilitée, ça fait partie
des circonstances atténuantes, là. Si le travailleur est capable de démontrer
qu'il s'est réhabilité, l'employeur, dans
l'exercice de son pouvoir de décision, si c'est disciplinaire ou administratif,
il va considérer la réhabilitation comme un élément atténuant, mais,
dans la vaste majorité des cas, le potentiel récidivant est extrêmement élevé.
Puis il y a des experts scientifiques et médicaux qui le confirment, là, en
matière de violence et de harcèlement sexuel, le risque est... mais c'est
différent. C'est pour ça que j'ai... j'ai retenu une approche différente pour
les clauses d'amnistie que... mon collègue, dans une autre loi, pour les fins
de protéger les élèves, a utilisé un libellé, aussi, qui est similaire.
M. Leduc :
Oui, au final, vous avez bien pu prendre un chemin différent ou alternatif,
ça revient au même. Si on dit : Un patron n'est pas obligé d'en prendre
compte, vous auriez tout... tout aussi pu les abolir, puis ça aurait été la
même affaire, là.
M. Boulet :
Ah bien! Les parties peuvent les négocier, les clauses d'amnistie...
M. Leduc : Oui,
mais, si elles sont inopérantes...
M. Boulet : ...sauf que, pour
ces fins-là, l'employeur, dans l'exercice, dans l'examen, dans l'analyse de la
situation d'un employé, ça ne pourra pas l'empêcher de tenir compte d'un
événement qui est survenu quatre ans ou huit ans avant.
M. Leduc : Elles n'existeront
que sur papier parce que, dans le réel, le patron aura toujours le choix de ne
pas s'en...
M. Boulet : Pour ces cas
spécifiques là, mais vous avez...
M. Leduc : Bien
oui, mais il n'aura plus d'intérêt bien, bien de les négocier. Dans tous les
cas, je suis d'accord avec vous sur
le fond. Je dis juste que, sur la forme, vous êtes en train de jouer dans le
droit naturel avec ça. Ce n'est pas vrai que c'est... que tout... que
c'est étanche.
M. Boulet : C'est bien pire, ça.
M.
Leduc : Puis là moi, je
dis : D'accord, faisons un peu la même logique puis allons jouer un peu
dans le droit naturel pour l'obligation de représentation. Vous avez
dit, dans un article du Devoir, la semaine dernière, là, lorsque vous
avez présenté votre projet de loi sur la construction au journaliste...
C'était-tu Le Devoir? Je ne me rappelle plus quel journal. Je pense,
c'était Le Devoir. On vous interrogeait là-dessus en lien avec un
élément que j'avais mis au jeu dans un point
de presse ici même, là, à l'Assemblée. Vous étiez ouvert à la situation, vous
avez même dit : Oui, oui, je regarde ça, je trouve ça intéressant. Je
comprends que c'était une ouverture intellectuelle, mais qu'après examen
la porte s'est refermée?
• (15 h 10) •
M. Boulet : ...ouvert
intellectuellement dans six mois, dans un an, tout le temps. Moi, j'aime ces
discussions-là qu'on fait en étude détaillée, puis c'est fait dans le plus
grand des respects, puis j'aime ça, faire ces discussions-là, mais je me
vois mal, en plus, nier à un salarié injustement accusé... lui nier le droit de
faire une plainte dans un cas comme celui-là parce que, là, on vient d'ouvrir
la porte pour permettre au syndicat de dire : Non, malheureusement... alors
qu'il y a quand même... le syndicat a quand même une protection
particulièrement efficace, là.
On va relire
47.2, là, excusez-moi, juste pour me remettre dedans : 47.2. Le
syndicat... l'association «accréditée ne doit pas agir de mauvaise foi
ou de manière arbitraire ou discriminatoire, ni faire preuve de négligence
grave...» Puis là, après ça, il faut quand
même que le salarié ait fait l'objet d'un renvoi ou d'une mesure disciplinaire,
là. Je te dis, heille! c'est 30 %, collègue, des plaintes qui se rendent
au Tribunal administratif du travail puis 97 % sont rejetées.
M. Leduc : Non, mais tout ce
temps-là...
M.
Boulet : Je sais qu'il y a une appréhension puis je sais — j'en
ai côtoyé, des représentants syndicaux — que
ça les ennuie, mais souvent ce n'est pas analysé nécessairement de manière
compatible avec ce qui est écrit à 47.2 et suivants, mais je comprends
votre point.
M. Leduc : Moi, j'ai... je vais
donner un exemple d'une situation que j'avais connue quand j'étais conseiller syndical. Un employé s'était mis à envoyer des
photos à des collègues de travail, photos, vous devinez, mettons, de quelle nature,
photos explicites, on va dire ça de même. Ça s'était su. Bon, le syndicat se
sentait obligé, de crainte du 47.2, de défendre cette personne, de déposer un
grief, d'aller... alors que les plaintes... pas les plaintes, mais la preuve,
elle était flagrante. Il n'y avait pas de...
il n'y avait absolument aucune forme de doute sur le fait que lesdites photos
avaient été envoyées par ladite
personne et que ça méritait une sanction, qui était, dans ce cas-là, un renvoi.
Vous, vous voulez continuer à obliger le syndicat à procéder à la
défense de cette personne-là?
M.
Boulet : Non, ce n'est pas ce que la loi dit, ce n'est pas
ce que le code dit. Il pourrait, dans un cas manifeste comme ça, mettre en application son devoir de
juste représentation, de représentation sans mauvaise foi, sans discrimination,
sans négligence.
Je vais vous donner le meilleur truc. Moi, je
recommanderais aux syndicats d'avoir des politiques en la matière, et
l'appliquer avec équité, et ça leur permettrait de dire, par exemple : On
ne va pas de l'avant parce qu'on a respecté
nos critères d'équité. Mais on ne peut pas nier à cette personne-là le droit d'être
entendue si le syndicat... Bien, dans un cas comme ça, là, selon moi, là, juste
à vol d'oiseau, là, parce que c'est très, très sommaire, il n'y aurait
pas de mauvaise foi. Il y a des syndicats qui interprètent 47.2 comme un
devoir, indépendamment des circonstances.
Non, les syndicats modernes auront ou doivent
avoir des politiques pour décrire clairement comment ces syndicats-là doivent se comporter devant des
auteurs de violence à caractère sexuel ou du harcèlement psychologique. Et,
pour les fins de la discussion, peu importe la nature de l'offense, si... tu ne
peux pas... il faut quand même que tu assures un équilibre entre les
intérêts des travailleurs, puis, à la limite, si tu n'es pas certain, puis que
ta politique te dit «tu dois le représenter», puis qu'il est en conflit avec la
victime, bien, tu fais une muraille de Chine, ce que la plupart des syndicats
font, mais ils n'ont pas systématiquement, ceci dit, avec respect pour les
syndicats qui nous écoutent, à faire des 47.2.
M. Leduc : Mais
ça, cette pratique-là, elle existe déjà. S'il y a deux salariés, un agresseur
et un agressé, c'est déjà souvent deux
conseillers syndicaux différents ou des élus différents d'un exécutif qui
s'occupent de ces dossiers-là, puis
c'est bien correct, puis c'est bien normal. La question n'est pas là. Puis,
quand on a des échanges dans nos... dans nos différents projets de loi, M. le ministre, on a toujours cette
différence-là, où vous, vous vous collez à une interprétation très, très stricte de la loi, puis moi, je vous
parle de la réalité du terrain, puis, des fois, on n'arrive pas à se
comprendre.
Bien sûr qu'en théorie le syndicat pourrait se
construire un argumentaire qui dit : Je ne le déposerai pas, ton grief,
mais qu'est-ce qui va arriver? Le salarié, là, l'agresseur, là, il le sait, là,
le 47.2, que ça existe. Il s'est peut-être déjà pogné un avocat privé, puis
qu'est-ce que tu penses qu'il a dit, l'avocat privé? Il a dit : Tu menaces
ton syndicat d'un 47.2 puis, tu vas voir,
ton syndicat va plier parce que ça coûte tellement cher, c'est tellement long,
c'est tellement pénible que, parfois, il fait le choix de t'écouter puis
de le déposer, ton grief ou ta référence à l'arbitrage, même s'il sait que tu es un tout croche, parce que c'est moins
pénible que de se taper un 47.2, et c'est ce... c'est ce côté-là qu'il faut
aller régler, M. le ministre, en retirant l'obligation.
M.
Boulet : Je le comprends. Je le comprends, puis c'est
intéressant, puis, tu sais, 47.2 vise à protéger un syndiqué contre les
abus d'un syndicat, puis là vous me dites : Il faudrait protéger les
syndicats contre les abus des salariés. Or,
les tribunaux sont là pour ça, ultimement. C'est la raison pour laquelle le
Tribunal administratif rejette le quasi 97 % des dossiers, et, en plus, il a le pouvoir, puis vous
me le faites dire en étude détaillée, il a ce pouvoir-là spécifique de rejeter
sommairement une plainte, puis c'est prévu dans la loi, puis ça devrait être
fait plus régulièrement dans des cas d'abus de syndicats par des
salariés syndiqués, mais on ne peut pas juste... en regardant puis en
disant : Il y a... il a autant de harcèlement ou de violence puis il n'a
pas droit à rien, là. Il a quand même droit d'aller dans un canal lui
permettant de s'exprimer.
Le droit d'être entendu, c'est ça, puis tout
non-syndiqué... Ce régime à deux vitesses là, il serait fantastique et du non-vu en droit du travail. Le non-syndiqué,
là, il aurait tout : la représentation, l'enquête, la décision initiale,
la révision administrative, la représentation, le cas échéant, par un
avocat de la CNESST ou un autre avocat puis une audience au TAT. C'est comme... Puis là on vient dire
ici : Toi, si tu es victime de négligence... en fait, si tu es renvoyé ou
tu es l'objet d'une mesure disciplinaire,
puis que, dans ce contexte-là, le syndicat a agi de mauvaise foi ou de manière
arbitraire ou discriminatoire, donc fait preuve de négligence, tu te
retrouves le bec à l'eau.
En tout cas... Mais je comprends ce que vous me
dites. Je sais puis j'espère que notre échange va contribuer à une meilleure
compréhension de ce que c'est, parce que vous étiez conseiller syndical, moi,
je ne faisais pas le même travail, mais il y
en a beaucoup, de syndicats, dans le cadre de mon travail, qui me
disaient : Nous, on a cette contrainte-là, on doit systématiquement les représenter. Puis moi, je n'argumentais pas
à ce moment-là, mais là je suis dans une position où je peux le dire.
M. Leduc : Cet article-là, là, M. le
ministre, 47.2, 47.3, de mémoire d'historien de formation que je suis, là, ça
avait été introduit pour éviter les effets de gang, hein, qu'il y a une...
parce que les syndicats aussi, c'est des petites bibittes politiques aussi,
hein? Il y a un exécutif, puis il peut y avoir des élections, puis, si tu as
une gang qui se présente à l'exécutif contre une autre gang, puis quelqu'un
dans l'autre gang qui subit un renvoi ou une mesure disciplinaire, bien, il
peut y avoir une espèce de côté revanchard, de dire : Bien, je ne te
défendrai pas parce que tu as voté contre moi à l'élection de l'année passée.
Tu sais, l'humain étant l'humain, il y a de tout partout, et ça peut se
retrouver, évidemment, dans le milieu syndical comme ailleurs.
Donc, ce genre d'article là est prévu pour ça,
est prévu pour éviter que tu gagnes ton élection avec ta gang puis que tu décides que ton appareil syndical ne
sert plus à défendre tout le monde, mais ne sert qu'à défendre ceux qui ont voté du bon bord. Ça fait que c'est une bonne
idée qu'on ait introduit ça à l'origine, mais, quand vous dites vous-même,
puis la statistique est pire que je pensais, là, 97 % des plaintes
rejetées, ça ne vous envoie pas un signal qu'il y a quelque chose qui ne va pas
dans le système, qu'il y a quelque chose de brisé si 97 % de vos plaintes
sont rejetées?
M. Boulet : Non, mais c'est...
M. Leduc : Ça ne veut pas dire que
ça fonctionne bien, là.
M. Boulet : Non, mais il n'y en a
que 30 %, il n'y en a pas beaucoup, il n'y en a que 30 % qui se
rendent au Tribunal administratif du travail, là. Donc, c'est peu. Je ne sais
pas combien il y a de plaintes en vertu de 47.2 au Québec par année. Je vous
donnerai le chiffre. Il y en a 465, c'est peu. 465 plaintes par année, ce n'est
pas le désastre qui nous est annoncé ou auquel on fait référence, c'est... sur
combien d'unités d'accréditation syndicale au Québec? Il y en a combien? Des
milliers...
M. Leduc : Bien, 465, ce n'est pas
banal.
M. Boulet : Mais il y en a combien,
d'accréditations syndicales?
M. Leduc : Il n'y a pas
150 personnes dans les services juridiques des centrales syndicales, là.
M. Boulet : 465, collègue.
• (15 h 20) •
M.
Leduc : Oui, mais il faut les préparer, ça, il faut monter le dossier,
il faut y aller...
M. Boulet : Il y en a 30 %, de ces plaintes-là, qui vont
au Tribunal administratif du travail, puis 97 % sont rejetées, et
là on ferait un amendement qui comporte des enjeux constitutionnels, qui crée
un régime à deux vitesses, qui nuit au
pouvoir, notamment, de rejeter sommairement du Tribunal administratif du
travail, avec les conséquences en matière d'équité procédurale. Moi, je
pense que, quand on fait la balance des avantages et des inconvénients, ça nous
fait réaliser que ce que ça nous impose,
comme parlementaires, c'est de mieux expliquer. Puis je sais que vous profitez
de cette discussion-là pour passer des messages, puis ça me fait plaisir d'y
contribuer, parce qu'il ne faut pas que 47.2 soit interprété comme
donnant un droit à n'importe qui, n'importe quand, indépendamment de ce qu'il a
pu faire ou de ce qu'elle a pu faire aussi.
M. Leduc : Bien, ce n'est pour ça que je dis du tout. Ce que
je dis, c'est que moi, je pense que 467 plaintes... 464, ce
n'est pas banal non plus. Ça nécessite du gros travail, qu'il y a des gens qui
passent quasiment du temps plein dans certaines centrales à gérer ce fardeau
que sont les plaintes, à 97 % du temps, frivoles ou, en tout cas, pas
basées, puis qu'au-delà de ça, au-delà de
ça, il faut envoyer un signal clair et il faut permettre aux syndicats... Puis
là je reviens à la base, là, pas en
train de dire que le syndicat devient «incommunicado» dès qu'il y a un moindre
soupçon, là. Le 47.3 dit «a subi un renvoi ou une mesure disciplinaire»,
puis, d'habitude, si le patron fait bien sa job, s'il y a un renvoi ou une mesure disciplinaire, c'est qu'il y a eu une
enquête sommaire ou une enquête en bonne et due forme. Ça fait que, le syndicat, on assume qu'il aura pris connaissance
du dossier, qu'il aura fait sa... son enquête aussi, et c'est suite à ça que, là,
moi, je dis : Pourquoi il serait obligé de procéder?
M. Boulet : C'est
intéressant qu'on me dise que le syndicat assume que l'employeur a bien fait son
enquête, et donc que la mesure est bien
fondée. Tu sais, je ne suis pas sûr que ça, c'est la réalité, mais vraiment
pas. Puis là j'ai les chiffres plus précis, là, c'est 489, mais il y en
a 226 de ces 489 qui ont été réglés ou il y a eu un désistement. Donc, ce n'est vraiment pas un phénomène important
au Québec. C'est vraiment très, très marginal. Ce n'est vraiment pas un
enjeu. Quand on le comprend bien, c'est beaucoup plus une protection, une
équité procédurale au bénéfice des salariés,
puis indépendamment de ce qui s'est passé, là, mais... pour les protéger contre
les abus syndicaux, contre les négligences dont ces personnes-là peuvent
faire l'objet.
M. Leduc : Incluant
l'auteur d'une violence à caractère sexuel?
M. Boulet : Oui,
là, vous parlez de harcèlement...
M. Leduc : C'est
important de protéger les droits de l'auteur d'une violence à caractère sexuel?
M. Boulet : C'est
important de donner une plateforme où la personne a le droit d'être entendue.
Le non...
M. Leduc : Bien,
personne ne dit qu'il n'a pas le droit d'être entendu ici.
M. Boulet : Oui,
mais, si un salarié qui a subi un renvoi pour un motif autre...
M. Leduc : Il
n'est plus obligé d'être entendu en lien avec un grief ou un arbitrage.
M. Boulet : Bien,
tu sais, 47.3... il faut quand même qu'il croie, à cette occasion-là, avoir été
victime d'abus, discrimination ou négligence
grave. Puis, je le répète, le régime à deux vitesses... On ne peut pas faire un
amendement à un article du Code du travail qui crée, oui, un régime à
deux vitesses.
M. Leduc : M. le ministre, vous le faites sur les violences...vous le faites sur les clauses d'amnistie. C'est précisément ça que
vous allez faire.
M. Boulet : Non,
parce qu'en milieu non syndiqué, là, l'employeur, il n'en a pas, de clause
d'amnistie. C'est négocié par les syndicats
et les employeurs. La convention, c'est la loi des parties. En milieu non
syndiqué, il n'y a pas de clause de pardon ou d'amnistie. Ça n'existe
pas. Ça fait que...
M. Leduc : Mais vous décidez que, sur certains sujets, il n'y
en aura plus, des clauses d'amnistie, ou elles ne seront pas considérées
par l'employeur?
M. Boulet : Oui,
tout à fait, mais...
M. Leduc : Bien,
c'est un peu la même chose que je fais ici.
M. Boulet : Non,
mais là, quand on parle du droit d'être entendu, ça serait créer vraiment un
régime distinct pour les non-syndiqués, parce que le non syndiqué, là, auquel
vous pensez, là, qui ne devrait pas avoir accès à tout le processus de 47.2 et suivants, lui, là, il
pourrait aller à la CNESST, en révision administrative, puis au tribunal. Ça,
pour moi, c'est un enjeu profond, puis je suis sûr qu'on se ferait
casser ça.
M.
Leduc : Moi, ce que je retiens, c'est que vous trouvez ça important de
maintenir cette possibilité-là pour l'auteur
d'une violence à caractère sexuel. Je suis un peu déçu parce que je trouvais
que c'était une façon supplémentaire de
serrer la vis envers les agresseurs sur les milieux de travail, d'envoyer le
message que ce n'est pas vrai que tu vas te faire défendre n'importe
quand, n'importe où, de donner davantage de liberté de jugement des dossiers à
la partie syndicale, d'envoyer le message
que ce n'est pas vrai que c'est le bar ouvert pour les agresseurs. Je sentais
un appétit de ce côté-là dans l'espace public.
Donc, je suis un peu
déçu de voir que cette porte-là se referme aujourd'hui. Puis j'insiste encore
une fois, hein? Quand je disais tantôt : Vous faites la même chose dans les
clauses d'amnistie, je vais être d'accord... tantôt, on va avoir des échanges,
je vais avoir des questions, mais, au final, je vais être d'accord d'avoir un
petit régime à deux vitesses sur les clauses d'amnistie pour serrer la vis. Ça
fait que je ne vois pas pourquoi on se permet de le faire là-bas puis on ne se
permet pas de le faire ici.
M. Boulet : Mais
en fait j'apprécie votre amendement. Je sais le sentiment qui vous habite.
Puis, on en a parlé, je pense que d'avoir une politique de représentation avec
des critères d'équité, des critères objectifs, de la part des syndicats, vous permettrait exactement
d'atteindre le même objectif sans nier un droit fondamental. Je suis
profondément convaincu que, si le syndicat avait une politique de représentation
pour baliser l'application de 47.2, il atteindrait le même objectif.
Puis moi, j'apprécie toutes les discussions, puis je trouve d'ailleurs que,
depuis le début de l'étude détaillée, c'est superintéressant, puis je comprends
très bien votre amendement, puis je le respecte, puis je respecte encore plus
les motivations que vous avez, collègue.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Alors, le député de Jean-Talon, la parole est à vous.
M. Paradis : J'ai écouté avec
attention cet échange. Je pense que mon collègue le député
d'Hochelaga-Maisonneuve apporte... arrive avec un enjeu qui est vraiment
important en droit du travail, là, celui des articles 47.2 et 47.3 du Code
du travail. Je suis heureux d'entendre que le ministre en prend bonne note
parce que c'est peut-être un débat qui
devrait avoir lieu de nouveau. Notamment, on a parlé tout à l'heure de
l'importance d'entendre les acteurs concernés. Ces changements-là proposés par mon collègue d'Hochelaga-Maisonneuve
sont des changements importants. Je pense que ce serait bien d'entendre les syndicats eux-mêmes, les représentants
des travailleurs et les représentants patronaux.
Et là un angle que je
n'ai pas entendu dans cette discussion, mais que, je pense... auquel il faut
faire attention, c'est que la création d'une exception, par exemple, à 47.3
est... peut être interprétée, en quelque sorte, comme une confirmation du
régime général, et peut-être qu'on veut faire attention à ça aussi, là. Si on
veut jouer dans ces articles-là, 47.2 et
47.3, il faut faire attention aux effets qu'une modification précise ici
pourrait avoir sur l'interprétation du régime général. Donc, en quelque
sorte, peut-être que cet échange entre le ministre et le député d'Hochelaga-Maisonneuve devrait mener à une initiative plus
large de révision de ces deux articles-là du Code du travail, sur lesquels
on pourrait entendre les parties concernées, parce que c'est un véritable enjeu
qui est discuté aujourd'hui.
M. Boulet : Moi,
je suis totalement d'accord avec ça, puis on va avoir d'autres opportunités. Il
y a d'autres projets de loi, éventuellement, sur lesquels nous travaillons,
puis moi, je suis prêt à avoir de nouveau une discussion, puis le Comité
consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, où sont les leaders patronaux et
les centrales syndicales, pourraient aussi
nous donner un éclairage, puis il y aura des... mais la porte n'est pas fermée
à jamais, là, à discuter puis à trouver des solutions différentes de
l'état actuel du droit, tout à fait d'accord.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Merci, M. le ministre. Il y avait M. le député de
l'Acadie...
• (15 h 30) •
M. Morin : Merci,
Mme la Présidente. Écoutez, je comprends et j'ai suivi avec attention les
explications du collègue député
d'Hochelaga-Maisonneuve, mais mon intervention ira sensiblement dans le même
sens que le collègue député de
Jean-Talon. C'est-à-dire qu'on a... J'ai dit précédemment, aujourd'hui, quand
on a commencé l'étude article par article, qu'il était important de consulter,
d'entendre différents groupes, et là je comprends ce qu'a à l'esprit le
collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, mais c'est quand même... On va se démarquer
du régime général qui existe présentement en droit du travail, et là on
n'a pas entendu personne, pas entendu de patrons, pas entendu de syndicats.
J'ai ce malaise, et c'est la raison pour laquelle...
Et là le
gouvernement, M. le ministre, décidera, mais, si jamais il y a une poursuite,
je pense qu'il faudrait que ce soit fait
dans un forum où on aura eu l'opportunité d'entendre plusieurs groupes pour ne
pas prendre une décision précipitée qui va avoir un impact sur le droit
du travail sans qu'on ait tous les tenants et aboutissant. Merci.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Merci beaucoup. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve,
pour votre information, il vous reste 5 min 15 s.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. Je prends la balle au bond que le ministre vient de lancer
au jeu, à savoir obtenir l'opinion de la CCTM, le Comité consultatif du travail
et de la main-d'oeuvre, qui est une instance intéressante, là, qui nous avait
guidés notamment sur les travaux de la santé et sécurité puis sur plusieurs
autres. Je veux juste l'entendre un peu plus clair, là : Est-ce que j'ai
bien compris que le ministre était intéressé à donner un mandat au CCTM
d'étudier cette question-là du 47.2?
M. Boulet : J'en
discuterai avec le CCTM. Est-ce qu'ils ont déjà fait des travaux sur 47.2 et
suivants? Je pense que oui. On pourra faire
l'inventaire des travaux. Et, s'il y a des opinions complémentaires ou des avis
complémentaires, plutôt, à obtenir, moi, je suis ouvert à les obtenir.
Et il y aura une discussion franche entre les syndicats puis les patrons, puis
on obtiendra l'avis, puis ça pourra nous guider dans un autre projet de loi qui
sera plus centré sur la simplification des procédures. Puis, oui, le CCTM est
le forum approprié pour faire la réflexion qui s'impose et la finaliser, cette
réflexion.
M. Leduc : Parce qu'on sait comment
ça marche, dans... la CCTM fait des travaux. Mais vous, vous pouvez donner des
mandats au CCTM.
M. Boulet : Tout
à fait. Alors, j'en discute, je vais obtenir l'inventaire des travaux qui ont
été effectués, et, si besoin en est, on obtiendra un avis
complémentaire.
M. Leduc : Ce serait quoi, un délai
raisonnable pour que je vous relance là-dessus?
M.
Boulet : Ah, mon Dieu! Moi, je pense que je leur mets
tellement de pression, au CCTM, ils savent que j'ai peu de patience.
Mais certainement quatre, cinq mois, six mois, là. Sûrement au début de
l'automne, collègue.
M. Leduc : Pour voir s'ils ont déjà
fait des travaux là-dessus?
M.
Boulet : Non, non, pour... Ah! non, non, non, l'inventaire
des travaux, ça, ça peut prendre quelques semaines, là, ce ne sera pas
long, là.
M. Leduc : OK. Au retour du congé
des... des... la relâche, vous aurez pu avoir cette information-là?
M. Boulet : Ah! bien oui, au retour
du congé de la relâche, oui, oui, je serai en mesure de dire : Il y a eu
des réflexions, il y a eu des échanges, il y a eu des rapports, il y a eu des
consultations...
M. Leduc : Oui, s'il n'y en a pas
eu, là... là, on pourrait... vous allez...
M. Boulet : Oui, exactement, tout à
fait. À ce moment-là, moi, je pourrais leur donner leur mandat de nous faire un
avis.
M. Leduc : OK. Intéressant. Je vous
tiens au mot. On se reparle rapidement sur ce sujet-là.
M. Boulet : Et ce sera fait.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup. Alors, si n'y a pas d'autre intervention, nous allons procéder à la
mise aux voix.
M. Leduc : Un vote par appel
nominal, s'il vous plaît, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Très bien. Alors, est-ce que la question... est-ce
que l'amendement introduisant le nouvel article 0.1 du Code du
travail est adopté? Mme la secrétaire, nous avons une demande de vote nominal.
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Pour, contre, abstention. M. Leduc (Hochelaga-Maisonneuve)?
M. Leduc : Pour.
La Secrétaire : M. Boulet
(Trois-Rivières)?
M. Boulet : Contre.
La Secrétaire : Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
La Secrétaire : Mme Mallette
(Huntingdon)?
Mme Mallette : Contre.
La Secrétaire : M. Dufour
(Abitibi-Est)?
M. Dufour : Contre.
La
Secrétaire : Mme Poulet (Laporte)?
Mme Poulet : Contre.
La
Secrétaire : M. Morin (Acadie)?
M. Morin : Contre.
La
Secrétaire : Mme Caron (La Pinière)?
Mme Caron : Contre.
La
Secrétaire : Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Abstention.
Alors, le nouvel article est rejeté. Donc, nous allons poursuivre l'étude
détaillée. M. le ministre, nous serions rendus, donc, au Code du travail, les
articles 1 et 2. Je rappelle à tous les
membres de la commission que vous avez 20 minutes par intervention pour
chacun des articles, évidemment, en une seule intervention ou morcelée
en plusieurs interventions, en vertu de l'article 245. Alors, je ne le
rementionnais pas, à défaut d'avoir un temps supplémentaire pour un article
donné. M. le ministre.
M. Boulet : ...
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Oui, effectivement.
M. Boulet : Ça fait que j'allais demander une pause, là,
mais... OK. Alors : 1. Le Code du travail est modifié par
l'insertion, après l'article 100, du suivant :
«L'arbitre
qui procède...» En fait : «100.0.0.1. L'arbitre qui procède à l'arbitrage
d'un grief relatif à une conduite de
harcèlement psychologique au sens de la Loi sur les normes du travail doit
avoir [subi] — suivi, excusez-moi — une
formation sur la violence à caractère sexuel dont les conditions sont
déterminées par le ministre.»
Commentaires :
Donc, c'est un nouvel article qui répond à une recommandation, c'est la
recommandation 39, là, du comité
d'expertes, donc l'obligation, pour un arbitre — puis là c'est large, dès que c'est un grief de
harcèlement psychologique, pourquoi?, parce qu'il peut y avoir, sans que
ce soit mentionné, une connotation sexuelle — de suivre — puis
là, ça fait référence, collègue de Jean-Talon, là, à l'harmonisation, là, tu
sais, plus que pas assez — donc,
de suivre une formation portant sur la
violence à caractère sexuel dont les conditions sont déterminées par le
ministre. Donc, le ministre va
prévoir, dans ces conditions, le contenu, la durée, les personnes, les
organismes autorisés à donner cette formation. Alors, ça complète.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Merci, M. le ministre. Alors, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, Mme la Présidente. Alors, j'ai... en fait,
j'ai quelques observations et une ou deux questions pour M. le ministre,
dans un premier temps.
Quand on regarde
l'article 18 du projet de loi, qui va modifier la Loi sur les normes du
travail, et qu'on fait référence à l'ajout d'une politique, vous prenez la
peine, M. le ministre, d'indiquer dans la loi plusieurs éléments pertinents qui
vont devoir être inclus dans la politique. Par ailleurs, ici, on parle de
formation, mais, plutôt que d'inclure dans
la loi certains éléments essentiels qui pourraient être inclus dans la
formation et donc qui, d'une certaine façon,
pourraient suivre la logique de l'article 18, vous vous réservez le droit
de les déterminer vous-même. J'imagine que ce sera éventuellement par
règlement ou un décret du gouvernement.
Et
puisqu'il s'agit d'un élément important, je comprends que... je comprends
qu'ici c'est un peu plus restreint, on parle de formation pour les arbitres,
mais il n'en demeure pas moins que, s'il y a des éléments qui sont éminemment
importants, je pense que ce serait intéressant de les mettre dans le projet de
loi, ce qui permettrait aux parlementaires d'en débattre ou de vous faire des
suggestions là-dessus. C'est mon... c'est ma première remarque, ma première...
ma première observation, puis qui est aussi
une question, donc M. le ministre pourra, évidemment, m'expliquer
davantage pourquoi il a choisi de décider... en fait, d'agir et de
prendre cette décision-là, ici.
L'autre élément que
j'aimerais soulever, parce qu'on en a parlé beaucoup depuis le début de l'étude
article par article, et je fais référence au
document... au mémoire du comité d'expertes, Mmes Cox, Gesualdi-Fecteau et
Laflamme, qui font une recommandation de modification spécifiquement pour
cet article, et je vous réfère, M. le ministre, à la page 16 de leur mémoire, et qui disent qu'en fait on devrait faire
une référence aux enjeux de violence à caractère sexuel qui sont plus
larges, et non pas en vertu de la Loi sur les normes du travail, mais plutôt en
vertu de la Loi sur la santé et la sécurité
du travail, et ce, pour qu'il y ait
une cohérence et pour que votre modification proposée soit vraiment efficace.
Et ça revient, finalement, à toute la discussion qu'on a eue, là, depuis le
début de la journée, sur les différentes définitions. Et je me demandais
pourquoi vous n'avez pas ici suivi la recommandation du comité d'experts.
Donc, ce sont mes
deux premières questions, M. le ministre.
M.
Boulet : OK. J'en ai discuté avec les expertes, puis
c'est... la formation, c'est bien sûr la violence à caractère sexuel, donc, telle que définie dans la loi santé
et sécurité du travail, mais c'est imposé à tous les arbitres qui entendent des griefs en matière de harcèlement psychologique, pour les
raisons que j'ai précisées un peu plus tôt. Souvent, ces griefs-là finissent
par se transformer en plaintes pour faire suite à des violences à caractère
sexuel. Donc, je pense que le but visé par les expertes était rencontré, puis
c'est comme ça qu'on l'a libellé.
• (15 h 40) •
Puis pour la
formation, bien, la formation, ce qui est souhaité, c'est que ce soit un
article, une... des activités de formation, conformément à la politique du
CCTM. Donc, ça va être déterminé par le CCTM, mais le ministre va consulter avant de déterminer le contenu de la
formation. Mais, déjà, la formation est amorcée. La conférence des arbitres
et le CCTM, qui nomme... En fait, moi... le ministre du Travail, en fait, nomme
les arbitres sur recommandation du CCTM. Et
le CCTM s'est engagé à modifier sa politique générale pour la confection puis
la liste des membres en y ajoutant l'obligation de formation. Donc, tout
est attaché.
C'est sûr que tout
n'est pas dans la loi, mais il y a... Puis c'est pour ça que je répétais
souvent, dans mes notes préliminaires :
Il y a tellement de recommandations à saveur administrative, on aurait eu
250 articles de loi. Puis ce qui est administratif, c'est CNESST,
c'est TAT, c'est CCTM, c'est la conférence des arbitres. Mais ce qui était...
ce qui est au coeur de la recommandation, c'est d'obliger les arbitres à être
formés sur les mythes et stéréotypes en... Est-ce que je comprends que le
collègue avait demandé... le collègue d'Hochelaga-Maisonneuve?
La Présidente (Mme Boivin Roy) : En
fait, ce n'était pas clair parce que... tout de suite, c'est ça, nous, on a
15 h 50; je pense qu'il est simplement allé à la chambre de
bain, peut-être.
M. Boulet : Ah!
OK. Parfait.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : M. le député de l'Acadie, poursuivez.
M. Morin : Donc,
je... Oui, parce que... parce que, compte tenu de votre réponse, M. le
ministre, et je vous en remercie, en ce qui a trait à la consultation,
j'aurais... j'aurais un amendement à proposer à cet article-là du projet de loi,
que nous pouvons envoyer sur Greffier, puis je pourrai expliquer pourquoi par
la suite. Merci.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Parfait.
Merci, M. le député. Alors, est-ce qu'il y a d'autres commentaires?
M. Leduc : En
attendant que ce soit envoyé? Oui, bien, je peux y aller.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Allez-y, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : J'ai
dit quelque chose de drôle?
M. Boulet : Non,
non...
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Non, on se demandait...
M. Boulet : Elle
vous offre l'opportunité d'être entendu.
M. Leduc : Bien
oui, bien, on y va, dans ce cas-là!
M. Boulet : Je
savais que vous alliez la saisir.
M. Leduc : Vous
connaissez mon tempérament, M. le ministre. J'ai des questions. Donc,
100.0.0.1, ça fait beaucoup de points, mais
bon, quand vous parlez de l'arbitre de griefs... en fait, l'arbitrage de
griefs, donc un arbitre de griefs, c'est bien... Est-ce que les juges,
est-ce que les médiateurs vont être formés aussi?
M. Boulet : Oui,
je vais répondre à ça tout de suite. La lettre du TAT, s'il vous plaît. Je l'ai
lue à quelque part, mais c'est important que
je la lise parce que ça, ça fait partie de ce qui est administratif. Je vais
lire de quoi, là, ça va prendre deux minutes. Veux-tu me la sortir?
Des voix : ...
M. Boulet : Ça
ne sera pas long, Mme la Présidente. Bon, ça va rassurer aussi ceux qui nous
écoutent. Je l'ai demandé, et j'ai obtenu la confirmation, puis je pourrai vous
transmettre la copie, là, mais ça vient de la secrétaire générale du Tribunal
administratif du travail. C'est pour donner suite à la recommandation pour
former et créer une division spécialisée et c'est... Mon Dieu! Que j'ai de la
misère avec ça!
Des voix : ...
M. Boulet : Bon,
le tribunal... Le 15 novembre dernier, Mme Catherine
Gareau-Blanchard, du ministère de la Justice, a dispensé une formation
intitulée Mythes et stéréotypes avec lesquels composent les personnes
victimes de harcèlement sexuel et d'agression à caractère sexuel à tous les
juges administratifs, les conciliateurs ainsi que les assesseurs. Puis cette formation a été adaptée aux
besoins du tribunal. Puis elle, Mme Gareau-Blanchard, du ministère de la Justice, elle dispense une formation aussi à
tous ceux qui vont intervenir avec le tribunal... spécialisé... Câline! Puis l'équipe
spécialisée est en fonction.
Donc, la formation
est déjà donnée, puis c'est des juges administratifs qui détiennent déjà
l'expertise. Ils sont dans la division santé
et sécurité, ils sont dans la division relations de travail. Puis les dossiers
vont être traités par des conciliateurs dûment formés aussi. Puis cette
équipe spécialisée là, bien, elle va atteindre les objectifs recherchés par nos trois expertes pour la création d'une division
spécialisée. Puis il y a des pouvoirs prévus, là, dans la loi constitutive du
tribunal. Il va y avoir une conférence préparatoire, il va y avoir des mesures
d'aide aux témoignages, des paravents, des témoignages à distance,
l'obtention d'une ordonnance pour remettre le nom de personnes impliquées, s'il
y a des préjudices, des ordonnances de
non-divulgation, non-publication non-diffusion, de l'accompagnement, puis... en
tout cas, il y a une série de mesures. Mais, pour répondre plus
spécifiquement à votre question, oui, c'est déjà fait.
M. Leduc : Donc,
mais pourquoi, dans la loi, on fait juste référence aux arbitres de grief?
M. Boulet : Bien,
parce que le code du... Il y a la loi, c'est une autre loi. C'était une
recommandation qui pouvait se mettre...
devenir effective par la voie administrative. Dans le Code du travail, ça
concerne les arbitres, pas les juges.
Il y a une autre loi, qui s'appelle la loi sur le Tribunal administratif du
travail, et on pouvait le mettre en oeuvre, comme j'avais expliqué à
Mmes Laflamme, Gesualdi-Fecteau puis...
M. Leduc :
Cox.
M. Boulet :
...Cox, oui, effectivement.
M. Leduc : Bien.
Donc, autre question : Pourquoi avoir choisi seulement cette loi-là et pas
les autres?
M. Boulet : Bien, parce que, le Code du travail, c'était la
recommandation que les arbitres qui étaient saisis de griefs en matière
de harcèlement psychologique aient une formation obligatoire, alors moi...
M. Leduc : D'accord,
donc, découlant de la recommandation du rapport Cox...
M. Boulet :
Tout à fait, exact.
M.
Leduc : ...vous avez
dit : Je vais le faire, mais, à défaut d'ouvrir les autres lois, ce qui
n'aurait pas nécessairement été plus long, j'imagine?
M. Boulet : Non, mais ça pouvait se faire administrativement,
puis ce qui pouvait se faire administrativement... beaucoup de
recommandations pouvaient se faire via la CNESST, et 90 % des
recommandations administratives qui concernent la CNESST sont déjà en
application, ça fait que...
M. Leduc : Mais
ce qui est administratif, ça peut aussi être arrêté n'importe quand.
M. Boulet : Ah!
tout à fait. Ça peut...
M. Leduc : Tandis
que, dans la loi, tu ne peux pas faire ça.
M. Boulet : Ce
n'est pas la même procédure. Ce qui est administratif peut être évolutif, donc
s'adapter. Tu sais, par exemple, on se parle, nous deux, à l'occasion, puis,
s'il y a des façons différentes de faire, on les change, on les adapte. Vous l'avez vu pour les travailleurs
étrangers temporaires, pour l'escouade de prévention, pour les services
d'aide personnalisée pour les entreprises. Ça, ça évolue. Mais pour ce qui est
des recommandations du rapport Cox, je pense qu'on va l'appeler comme ça, c'est
les arbitres qui étaient visés.
M. Leduc : Qui
étaient uniquement identifiés.
M. Boulet : Dans
le Code du travail, oui.
M. Leduc : Et
non les autres?
M. Boulet : Exact.
M. Leduc : Bon, quand vous dites : «Suivi une formation
sur la violence à caractère sexuel dont les conditions sont déterminées
par le ministre», de quelles conditions on parle?
M. Boulet : Les
conditions, bien, c'est ce que devra obligatoirement être...
M. Leduc : Le contenu?
M.
Boulet : ...le contenu de la formation. Mais c'est déjà
amorcé, puis, comme je mentionnais un peu plus tôt, le CCTM s'est déjà
engagé à modifier sa politique générale pour la confection puis la gestion de
la liste des membres arbitres. Comme vous savez, ils me font des
recommandations que j'entérine, on nomme des arbitres, puis ça va être autant les arbitres nommés par le ministre que les
arbitres convenus entre les parties, là. Souvent, dans les conventions
collectives, il y a des arbitres déjà identifiés. Quand ils ne sont pas
identifiés... C'est les arbitres qui décident, hein, c'est la particularité de la justice arbitrale. Mais ils vont ajouter
une... quand la loi va être adoptée, ils vont ajouter une obligation de
formation, et c'est l'organisme qui va déterminer ce que constituent les
conditions, là, de formation.
M. Leduc : OK, c'est ça, ça fait
qu'évidemment ce n'est pas vous...
M. Boulet : Puis, la conférence des
arbitres, on a eu des discussions avec eux autres, parce qu'ils font partie des
organismes qu'on a consultés, et eux aussi, ils en font déjà, de la formation
obligatoire, puis ils vont s'engager à l'adapter en fonction des besoins du
système.
M. Leduc : Ça fait que chacun des
groupes qu'on a parlé tantôt, là, les arbitres, les médiateurs, les juges, ils
vont s'autoréguler ou c'est en lien avec votre ministère? Parce que c'est...
• (15 h 50) •
M. Boulet : Bien, bon, le TAT, c'est
l'équipe spécialisée, des juges, relations de travail puis santé et sécurité,
les conciliateurs, les assesseurs, les intervenants formés. Les arbitres, c'est
prévu dans le Code du travail. Puis, la CNESST, collègue, on a annoncé, en
septembre à Montréal, un partenariat avec Me Sophie Gagnon puis l'équipe
de Juripop, puis la CNESST a déjà formé... bien, a engagé 18 conseillers
en santé psychologique pour l'identification des risques psychosociaux, donc la
violence physique, psychologique, incluant la conjugale, familiale et sexuelle.
Il y a déjà beaucoup d'ateliers de formation
qui ont été faits. Puis les intervenants, là, les conseillers en réadaptation,
vous connaissez ça, les agents d'indemnisation, ceux qui auront à gérer
des dossiers de violence à caractère sexuel, seront formés. Les dossiers vont être traités prioritaires. Il y a tout... je
n'aime pas utiliser ce mot-là, là, mais un écosystème qui va graviter
autour de notre tronc commun qui est notre projet de loi pour s'assurer que ce
soit... ça nous permette d'atteindre nos objectifs qu'il y en ait le moins
possible, évidemment.
M. Leduc : Pourquoi vous n'aimez pas
ça dire «écosystème»?
M. Boulet : Bien, je trouve que...
M. Leduc : Je suis curieux.
M. Boulet : Je trouve, c'est
surutilisé.
M. Leduc : Ah! c'est surutilisé. OK.
M. Boulet : Oui.
M.
Leduc : Dernière question, Mme la Présidente, on parle de
quel délai pour que cette formation-là soit construite, coordonnée et
livrée, surtout?
M. Boulet : Bien, elle est déjà
donnée dans plusieurs cas. Évidemment, quand l'obligation va être effective,
quand ça va entrer en vigueur, ça va devoir se faire, il va y avoir, je pense,
c'est un... C'est-tu un délai de six mois?
M. Boulet : On va en discuter...
M. Leduc : Dans les délais
d'application.
M. Boulet : ...dans les dispositions
d'entrée en vigueur, oui.
M.
Leduc : Mais j'ai entendu «un an», à peu près, pour avoir
complété l'ensemble des formations pour tout le monde.
M.
Boulet : Oui, exact. Mais il y a une bonne partie, sinon la
majorité des formations qui sont déjà complétées.
M. Leduc : Est-ce que ça va être une
formation d'une seule fois ou il y aura des mises à niveau?
M.
Boulet : Ah mon Dieu! Vous me le faites dire. Il y aura des
suivis puis il y aura des formations mises à jour, là, parce que ça
évolue tellement.
J'ai rencontré une dame qui a écrit un livre, je
ne sais pas si vous la connaissez, une dame qui est originaire de
l'Abitibi-Témiscamingue, elle vit dans la région de Montréal, elle a écrit un
livre sur les relations toxiques au travail puis en affaires, puis j'ai trouvé
ça tellement intéressant parce que... Bien, elle, elle s'intéresse beaucoup à
ce qu'elle appelle les pervers narcissiques, là, mais elle a beaucoup
d'exemples de symptômes, de comportements pour permettre
aux employeurs de détecter des signes. Puis, tu sais, je le disais souvent, les
risques psychosociaux, là, tu peux avoir une
dame qui travaille différemment, qui a des ecchymoses, qui va souvent à la
salle de bain, qui va souvent au téléphone, qui sort souvent dehors,
dont la qualité ou la quantité de travail se modifie. Il y a beaucoup d'indices
comportementaux ou de symptômes qui
permettent de détecter, hein? Puis, quand on parle de violence, ça va requérir
ça, là, ce réflexe-là, là, d'être attentif puis d'aider la personne. Mais ça va
faire partie de la formation — là,
je dévie un peu du sujet, là — de la formation des milieux
de travail.
M. Leduc : Peut-être encore une
petite dernière, Mme la Présidente. Tantôt, quand on a parlé des médiateurs ou
des conciliateurs, je veux être juste certain qu'on a couvert tout le monde,
parce que, si je ne me trompe pas, conciliateur, c'est au tribunal, puis
médiateur, c'est à la CNESST.
M. Boulet : Exact.
M. Leduc : Tout ce beau monde là va
avoir cette formation-là?
M. Boulet : Absolument.
M. Leduc : OK. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci
beaucoup, M. le député. Alors, nous allons suspendre les travaux. M. le député,
je pense que vous êtes attendu au salon bleu bientôt. Sous entente des leaders,
évidemment, nous allons pouvoir suspendre
et, au retour, il y aura intervention de Mme la députée de La Pinière.
Également, M. l'Acadie, vous aurez un amendement pour nous.
Alors, les travaux sont suspendus. Merci
beaucoup.
(Suspension de la séance à 15 h 54)
(Reprise à 16 h 03)
La Présidente (Mme Boivin Roy) :
Merci
à tous. Nous reprenons les travaux sur le projet de loi n° 42.
Donc, nous
étions sur l'article 1 du Code du travail. Nous avions des interventions à
venir. Donc, on commence avec la députée de l'Acadie.
Mme Caron : ...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : La
Pinière, excusez-moi, oui, c'est vrai, tout à fait.
Mme
Caron : Merci, Mme la Présidente. Alors, je voudrais...
j'aurais, en fait, deux questions pour le ministre. Tout à l'heure, mon
collègue de l'Acadie s'interrogeait sur les conditions qui seront déterminées
par le ministre pour la formation sur
la violence à caractère sexuel, s'interrogeait pourquoi on ne mettait pas... on
n'avait pas mis les conditions essentielles de cette formation-là dans
cet article-là, alors que, pour la politique, on met... on met les conditions qu'on souhaite y voir. J'ai cru comprendre, puis
vous me corrigerez si j'ai mal compris, que la formation était déjà existante et
qu'elle était... qu'elle avait été conçue par le CCTM. Est-ce que c'est bien
ça?
M.
Boulet : Oui. En fait, on n'a pas les compétences, nous,
pour déterminer ce que sera la formation. Quand on réfère aux conditions déterminées par le ministre,
c'est, un, le contenu, deux, la durée, trois, les personnes ou organismes
qui vont être autorisés à donner de la formation. Et, pour ça, ça prend des
consultations. Et les consultations, c'est le Comité
consultatif du travail et de la main-d'oeuvre qui s'est déjà engagé, puis j'ai déjà une lettre que je peux vous lire
aussi... qui s'est déjà engagé à rendre la formation obligatoire dans la
confection de la liste des membres qui sont des arbitres. Puis évidemment il y a la Conférence des arbitres de
griefs, qui regroupe tous les arbitres membres, qui a déjà de la formation pour
les arbitres en matière de harcèlement psychologique, là, qui est plus large
que la violence. Parce que, comme je
mentionnais tout à l'heure, souvent, le harcèlement a une connotation... pas
souvent, là, mais, dans des cas, là, une connotation sexuelle. Ça fait que c'est essentiellement ça, la
formation. Il faut une consultation additionnelle puis il faut s'assurer
que ceux qui sont membres soient bien formés, puis ça, c'est déjà fait.
Mme Caron : Et c'est pour... Là, on
parle uniquement des arbitres pour les griefs?
M. Boulet : Des arbitres. Oui, oui.
Mme Caron : Est-ce qu'on a quelque chose
pour les autres agents, santé et sécurité, et tout ça?
M. Boulet : Oui, au TAT, il y a une
équipe spécialisée qui est formée, c'est des juges, des conciliateurs, des
assesseurs puis des intervenants. Ils ont déjà eu la formation sur les mythes
et stéréotypes qui a été dispensée par une avocate du
ministère de la Justice. Et ça va être une équipe spécialisée qui va mettre en
place les paravents, l'aide au témoignage,
la conférence préparatoire individuelle, la possibilité de mettre fin, on va le
voir plus loin, à la médiation quand elle ne donne pas de résultats.
Puis, l'autre bout en amont, avec la CNESST, il y a 90 % des
recommandations administratives qui ont déjà
été mises en application. Donc, la formation est déjà dispensée aux agents d'indemnisation,
aux conseillers en réadaptation, ceux qui
ont à décider en révision administrative. En fait, tous les... puis, je pense,
je vais répondre en partie aussi au collègue d'Hochelaga-Maisonneuve,
tous ceux qui sont saisis de dossiers de harcèlement sont formés, et ça va être
une formation continue. Parce qu'on me disait : Est-ce que ça va être mis
à jour? On appelle ça de la formation
continue, donc adaptée aux besoins. Mais oui, oui, oui, tout est déployé,
collègue, je vous rassure, la formation,
si on veut que notre projet de loi donne des résultats, ça passe, un, par la
prévention puis, deux, la formation.
Mme Caron : Et, pour faire de la
prévention, il faut être formé aussi...
M. Boulet : Ah! totalement.
Mme Caron : ...c'est-à-dire que l'un
ne va pas sans l'autre.
M. Boulet : Totalement. Puis l'autre
affaire, collègue, la politique qu'on a, là, avec le contenu minimal dans la loi, ça, c'est les milieux de travail, parce
que ce n'est pas le législateur qui va tout faire puis ce n'est pas les juges,
puis les conciliateurs, puis les intervenants. En santé et sécurité, c'est...
le principe de base, c'est que c'est les milieux de travail qui se
prennent en charge. Qui est le mieux placé pour identifier un risque psychosocial?
L'employeur, les travailleurs, les travailleuses puis les syndicats, quand il y
a des syndicats. Ça fait que c'est pour ça que le contenu minimal a été raffermi considérablement, dans
notre projet de loi, pour s'assurer que les milieux de travail se prennent
bien en charge.
Mme Caron : D'accord. Puis, quand
vous avez fait allusion à 90 % des recommandations qui avaient été mises
en place, est-ce que...
M. Boulet : Oui, les recommandations
qui interpellaient la CNESST, on a annoncé à Montréal que 90 % avait été mis en place et on est allés au-delà de
ça, parce que Juripop, je ne sais pas si... moi, je trouve... En fait, s'ils
nous écoutent, moi, je trouve qu'ils font un travail remarquable
d'accompagnement, notamment des personnes victimes qui sont marginalisées, des personnes qui n'ont pas les moyens, puis je
dis les moyens financiers et d'autres moyens, de se représenter, de se
défendre. Donc, ça augmente considérablement les risques de victimisation
secondaire chez ces personnes-là qui sont seules, qui sont souvent exclues,
exclues du marché. Ça fait que Juripop va les accompagner, puis ils ont des
personnes, des avocats, des avocates, surtout des avocates, mais ils vont
accompagner, aider à travers tout le processus, là, parce qu'il y a des
dédales, mais pour leur permettre que leurs torts subis soient réparés de la
façon la plus humaine possible. Puis moi je suis fier de ce partenariat-là puis
je vais continuer de le répéter. Puis vous
avez vu que le deuxième groupe qui est venu devant nous, c'était Juripop. Dans
ce projet de loi là, ils jouent un rôle qui est vraiment fondamental... pas que dans ce projet de loi là, mais tout
ce qui concerne la santé, sécurité, intégrité physique et psychique des
travailleurs, travailleuses. C'est un organisme qui, selon moi, est vraiment
distinctif au Québec.
Mme Caron : Puis finalement, dans
ces recommandations qui ont été retenues, mises en oeuvre, est-ce qu'il y avait
celle sur la durée, comme que la formation soit d'au moins quatre heures,
que ce soit offert en présentiel, comme... comme le recommandait le rapport
Cox?
• (16 h 10) •
M. Boulet : Non, c'est plus de
consulter puis de s'assurer que les intervenants... Moi, je ne dirais
pas : Le conseiller en réadaptation X, il devrait suivre... Tu sais, on va
le déterminer pour les arbitres de grief, parce que ça, c'est dans notre périmètre d'action, mais ce n'est pas moi qui vais
dire, d'ailleurs... Puis les mythes et stéréotypes, là, la formation
donnée aux juges, conciliateurs et assesseurs du Tribunal administratif du
travail, le législateur ne pourra pas s'immiscer dans tous les processus
administratifs. Ce qui est important pour moi, c'est que, partout où il y a des
personnes qui ont à côtoyer ou à gérer des dossiers de harcèlement, violence à
caractère sexuel... soient dûment formées
pour ne pas que... Tu sais, il y a tellement de préjugés en cette matière, et
puis il y a tellement de mythes, puis il y a tellement de... de pensées
qui ne sont pas compatibles avec la réalité vécue par la personne victime. Ça
fait que, oui...
Mme Caron : Et ça va... ça va
comprendre aussi les tout petits employeurs?
M. Boulet : Ah! tout à fait.
Mme Caron : Tout le monde va avoir
accès?
M. Boulet : Mais les tout petits
employeurs, c'est intéressant, puis, dans la... la Loi modernisant le régime de
santé et sécurité, quand ils ont moins de 20 employés, au lieu d'avoir un
gros programme de prévention, ils ont ce qu'on appelle un plan d'action qui est
simplifié. Mais ils doivent, dans ces milieux de travail là, identifier les
risques pour mieux les contrôler et les éliminer. Mais ça s'applique à tout le
monde, oui, tout à fait. Puis il y a des violences à caractère sexuel dans tous les secteurs d'activité économique. Il y en
a plus dans certains secteurs, puis je ne vais pas les identifier. Puis parfois il y a huit
personnes, puis c'est... Il y a des risques, il faut faire de la prévention,
puis il faut former, puis ça... ça fait que... Mais il faut que ce soit adapté
à la réalité du milieu de travail. Si on va dans une entreprise manufacturière où il y a 600 travailleurs,
puis il y a plusieurs départements, la réalité n'est pas la même qu'un petit
atelier où les huit travailleurs sont ensemble. Donc, il faut que ce
soit adapté.
Mme Caron : Oui, tout à fait. Puis il peut y avoir... il peut
y avoir un... un très petit milieu de travail, une microentreprise où il
y a le patron et il y a deux employés aussi, et là... et là ils sont... ils
sont... ils doivent être formés également.
M. Boulet : Eh
mon Dieu!
Mme Caron : Et
ça m'amène à... au point que j'ai soulevé dans les remarques préliminaires :
Qu'en est-il des responsabilités des
personnes qui reçoivent... qui profitent du programme chèque emploi-service qui
sont considérées légalement comme l'employeur? Qu'est-ce que...
M. Boulet : On
peut... on pourra en parler, collègue. J'ai demandé à mon équipe de fouiller ce
point-là.
Mme Caron : D'accord.
M. Boulet : Mais
je vais revenir à l'employeur avec deux... ça peut-être un homme qui a deux
employés qui travaillent... deux femmes qui travaillent pour lui. C'est
important de... et on va le voir plus loin, puis c'est le fun, les premiers
articles d'un projet de loi, parce que souvent on... on finit par traiter de
tous les articles qui suivent, puis ça va beaucoup plus vite, après... mais de
développer, au Québec, une culture de signalement. Parce que les gens... Vous
avez vu le sondage Léger qui a été commandé par la Commission de la
construction du Québec : 79 % des personnes
qui sont témoins ou qui... ou qui subissent menaces, intimidation,
discrimination ne signalent pas. Pourquoi? Parce qu'ils ont peur à des
représailles ou ils ont peur de perdre leur emploi.
Il y a un article
dans notre projet de loi, j'espère qu'on va tous y adhérer rapidement, mais qui
protège les personnes qui signalent ou les personnes qui collaborent à un
signalement. Parce que ma voisine peut signaler, puis moi, je collabore pour témoigner ou... Mais il faut protéger les
travailleurs et travailleuses puis il faut que les personnes signalent,
parce que, quand on ne signale pas, c'est là que les risques de victimisation
secondaire s'accroissent et que les dommages
et les effets corrosifs sont les plus importants. Ça fait que, donc, ça, c'est
important pour moi de le signaler, là.
Puis le chèque
emploi-service, je suis assez sensible à ces... je comprends que c'est
prioritaire. Puis je vous ai entendue au
salon bleu, je vais faire fouiller ça, puis je ne vous dis pas que... mais je
veux voir, comprendre, là, comment on pourrait appliquer ça, là, pour
protéger le mieux possible.
Mme Caron : Parfait.
Merci.
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Alors, M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci,
Mme la Présidente. Alors, écoutez, à ce stade-ci, pour, je vous dirais,
encadrer un peu la... la discrétion du
ministre et puis pour reconnaître aussi l'importance de ce type de
formation-là, je comprends ici qu'on parle particulièrement des arbitres,
j'aurais un amendement à soumettre. Donc, je pense que vous l'avez reçu, madame,
sur Greffier. Alors, si on peut l'afficher, je pourrais le lire.
Donc, dans le cadre
du projet de loi n° 42, l'article 100.0.0.1, tel que proposé par
l'article 1 du projet de loi, est modifié :
1° par
l'insertion, à la fin, de la phrase suivante : «Le ministre doit consulter
des organismes ou professionnels compétents et dûment reconnus dans
l'élaboration des conditions de la formation.»; et
2° par
l'insertion, à la fin, de l'alinéa suivant: «Cette formation est délivrée par
des organismes ou professionnels compétents et dûment reconnus.»
L'article modifié se
lirait comme suit : «100.0.0.1. L'arbitre qui procède à l'arbitrage d'un
grief relatif à une conduite de harcèlement psychologique au sens de la Loi sur
les normes du travail (chapitre N-1.1) doit avoir suivi une formation sur
la violence à caractère sexuel dont les conditions sont déterminées par le
ministre. Le ministre doit consulter des organismes ou professionnels
compétents et dûment reconnus dans l'élaboration des conditions de la
formation.
«Cette formation est
délivrée par des organismes ou professionnels compétents et dûment reconnus».
Et cette
modification-là est proposée compte tenu de l'importance de la formation. Mais
effectivement parce que l'arbitre devra être formé parce qu'il aura à décider
et trancher des litiges qui impliquent, évidemment, du harcèlement
psychologique ou même sur la violence à caractère sexuel, donc de s'assurer que
ce sont effectivement des professionnels dûment reconnus qui pourront aider,
finalement, le ministre dans l'élaboration de la formation, puisque la
formation ou les conditions de formation seront déterminées par le ministre,
qui ne sont pas dans la loi, ils sont donc probablement inclus par règlement ou
par décret, et qu'effectivement cette formation sera donnée par des organismes
ou des professionnels compétents et dûment reconnus, compte tenu de
l'importance du sujet, de s'assurer que ce sont des personnes dûment
compétentes qui vont être capables de donner cette formation-là. Je vous
remercie.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Merci,
M. le député. Alors, est-ce qu'il y a des interventions sur l'amendement?
M. Boulet : ...suspendre
quelques minutes, s'il vous plaît, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Tout à fait, M. le ministre. Oui.
Alors, nous
suspendons.
(Suspension de la séance à
16 h 17)
(Reprise à 16 h 19)
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Vous pouvez y aller.
M. Boulet : Merci,
Mme la Présidente. En fait, je reçois bien l'objet de l'amendement et je suis
d'accord avec l'objectif. En même temps, je ne veux pas limiter le pouvoir du
ministre, qui est moi ou quelqu'un d'autre, de déterminer la durée, le contenu, les personnes ou organismes autorisés à
donner cette formation. Mais je ne veux pas être le seul, je veux... La consultation implique aussi que ce n'est pas que
le ministre. Le CCTM, la Conférence des arbitres ont un rôle à jouer. Le
CCTM s'occupe de la réinscription, mais, d'abord et avant tout, de l'admission
des arbitres et de me les recommander, puis la Conférence des arbitres s'assure
de dispenser des services de formation aux arbitres. Ça fait que je ne veux
pas, comme, me limiter ou dire «doit consulter des organismes ou professionnels
compétents et dûment reconnus».
• (16 h 20) •
Dans le fond, le CCTM
va en identifier, des organismes ou des personnes compétentes. Et, la
Conférence des arbitres, il y a beaucoup
d'arbitres qui ont des spécialisations, qui ont fait des études au Québec et à
l'étranger et qui font des ateliers de formation pour le bénéfice des
arbitres. Ça fait que je veux simplement vous rassurer qu'il n'y a rien qui ne
se fera sans consultation, mais, d'abord et avant tout, avec la collaboration
du Comité consultatif Travail et main-d'oeuvre.
Puis, bon, les
leaders, vous savez que le CPQ, la FCEI, les MEQ et la FCCQ sont là, la CSN, la
CSQ, la FTQ puis la CSD sont là et d'autres des acteurs patronaux et syndicaux.
C'est le forum où s'exerce le dialogue social au Québec. Puis je veux que ça évolue, puis je veux que l'obligation de
consultation, bien, dans ses fonctions inhérentes, le ministre consulte.
Ce n'est pas... c'est... Selon moi, la chose parle par elle-même. Mais je vais
m'asseoir beaucoup sur ces organismes-là qui
vont déterminer la compétence, puis... puis la capacité, puis les habiletés des
personnes qui vont dispenser la
formation. Mais je comprends très bien. Puis, si vous voulez me le faire dire,
bien, je l'ai dit, c'est certain qu'il y aura de la consultation et
c'est certain que la formation va être dispensée par les bonnes personnes.
M. Morin : Alors,
en fait, si vous... En fait, si vous permettez, c'est ça, c'est... je reprends
un peu la balle au bond, et l'amendement a été quand même rédigé dans un esprit
assez large qui vous donne ou qui donne au ministre une... en fait, une marge
de manoeuvre, mais qui rappelle l'importance de cette formation-là. Donc, au
fond, si vous nous dites, M. le ministre, que
vous consultez et que ça fait partie de votre travail, et je le conçois très
bien, donc, qu'on puisse l'ajouter
dans la loi ne fait, au fond, que venir exprimer l'intention du législateur, de
l'importance et démontrer l'importance
de la consultation, ce qui ne devrait pas, normalement, vous limiter dans vos
actions en tant que ministre.
M. Boulet : Est-ce
qu'on peut ajourner une minute? Moi, j'aimerais parler avec les collègues.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : On
va suspendre, M. le ministre. On va ajourner dans huit minutes, mais, pour
l'instant, on va suspendre.
(Suspension de la séance à
16 h 22)
(Reprise à 16 h 29)
La Présidente (Mme
Boivin Roy) : Alors, nous reprenons nos travaux. M. le député de
l'Acadie, donc, on vous cède la parole rapidement.
M. Morin : Merci,
Mme la Présidente. Alors, pendant la pause, j'ai eu la possibilité de discuter
avec mes collègues parlementaires et, suite aux discussions, et il reste très
peu de temps pour nos travaux aujourd'hui, donc, je vais retirer mon amendement
et j'en présenterai un autre lors de notre prochaine séance de travail.
La Présidente (Mme Boivin Roy) : Très
bien. Alors, est-ce qu'il y a consentement pour le retrait de l'amendement
proposé par le collègue de l'Acadie?
Des voix : Consentement.
La
Présidente (Mme Boivin Roy) : Il
y a consentement? Très bien. Donc, l'amendement est retiré. On attendra
la prochaine fois votre prochain amendement, mais, pour l'instant...
Une voix : ...
La Présidente (Mme Boivin Roy) : C'est
ça. Il est 16 h 30, chers collègues, alors nous devons ajourner les
travaux de la commission sine die. Merci.
(Fin de la séance à 16 h 30)