(Onze
heures vingt minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : Bonjour,
chers collègues. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission
de l'économie et du travail ouverte.
La commission est
réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de... projet de loi
n° 42, Loi visant à prévenir et à combattre le harcèlement psychologique
et la violence à caractère sexuel en milieu de travail.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire :
Oui, Mme la Présidente. Mme Tremblay (Hull) est remplacée par Mme Mallette (Huntingdon); Mme Cadet (Bourassa-Sauvé)
est remplacée par M. Morin (Acadie); et Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey)
est remplacée par Mme Caron (La Pinière).
Document déposé
La Présidente (Mme
D'Amours) : Avant de poursuivre, je dépose la correspondance reçue de
la part de la Fédération du personnel de soutien scolaire — Centrale
des syndicats du Québec.
Étude détaillée (suite)
Lors de l'ajournement
de nos travaux de jeudi dernier, selon notre plan de travail, nous étions au
sujet 2, portant sur le code civil du
travail. Plus précisément, nous en étions à l'étude... à l'étude de l'article
1. Y a-t-il d'autres interventions sur cet article? M. le ministre, la
parole est à vous.
M. Boulet : Oui,
merci, Mme la Présidente. Donc, à notre dernière rencontre...
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Leduc : Je
voulais juste signifier à lui que je voulais parler après.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Boulet : Ah!
OK. Parfait.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Boulet :
Donc, on parlait d'un article et on a eu des échanges à quatre, et ça
concernait les conditions de la formation déterminées par le ministre. Et le
collègue du Parti libéral soumettait un amendement, que nous avions discuté à micro fermé, et donc j'ai demandé à mon
équipe d'écrire un libellé qui était compatible avec le corpus
législatif québécois et je vous le
présenterais pour que nous puissions faire en sorte que ce soit plus clair.
Parce que l'objectif était, évidemment, de s'assurer que la formation soit
donnée par des personnes autorisées à le faire. Alors, on l'a détaillé un peu
plus, et je le lirais avec votre permission, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...votre amendement, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Boulet : Oui :
Modifier l'article 100.0.0...
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le ministre, désolée, je vais devoir suspendre les
travaux quelques instants pour que le secrétariat puisse l'avoir et le déposer
sur...
M. Boulet : Comment
ça se fait que...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Ça a été envoyé, mais ce n'est pas encore sur Greffier.
Je suspends les
travaux quelques minutes.
(Suspension de la séance à
11 h 23)
(Reprise
à 11 h 31)
La Présidente (Mme
D'Amours) : Nous reprenons nos travaux. Maintenant, M. le ministre, si
vous voulez bien faire la lecture de votre amendement, s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci,
Mme la Présidente. Article 1.
Modifier l'article
100.0.0.1 du Code du travail, proposé par l'article 1 du projet de loi :
1° par la suppression
de «dont les conditions sont déterminées par le ministre»;
2° par l'ajout, à la
fin, de l'alinéa suivant :
«Le ministre
détermine, après consultation du Comité consultatif du travail et de la
main-d'oeuvre visé à l'article 12.1 de
la Loi sur le ministère du Travail, les conditions de cette formation, telles
que le contenu, la durée et les personnes ou les organismes autorisés à
l'offrir.»
Explication.
Bien, ça vient préciser, là, que les conditions seront déterminées par le
ministre, mais après consultation des associations patronales et des
centrales syndicales qui se réunissent au Comité consultatif du travail et de
la main-d'oeuvre, et donc pour le contenu, la durée puis les personnes qui
seront autorisés. Est-ce que je dois lire l'article tel que modifié, Mme la
Présidente?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Non. On va travailler sur l'amendement, présentement.
M. Boulet :
OK. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Est-ce qu'il y a des... Oui, M. le député, allez-y.
M. Morin :
Merci... merci, Mme la Présidente. Alors, merci, M. le ministre, pour cette
modification. Comme M. le ministre l'a
souligné un peu plus tôt, effectivement, lors de notre dernière séance, j'ai...
on a discuté, et j'avais envoyé, en
fait, sur Greffier, mais elle n'a pas été déposée officiellement, une
modification parce qu'à la lecture de la modification du Code du travail,
ma collègue et moi, la députée de La Pinière et moi, nous voulions nous
assurer, compte tenu de l'importance, évidemment, de la formation, que ce
soient des personnes autorisées, compétentes à l'offrir puis que ce soit fait également en consultation. Alors, M. le
ministre nous a offert de revenir avec un amendement qui allait préciser
ces différents éléments-là, et je suis satisfait de la proposition de M. le
ministre quant à l'amendement à apporter, qui va venir préciser, finalement,
mieux encadrer, mais aussi parler d'une consultation. Et ça, je pense que
c'est... c'est toujours important. On ne peut pas se tromper quand on consulte
les gens. Ça permet d'en arriver plus facilement à des ententes puis, après ça,
bien, donner une formation qui est appropriée.
Alors, je vous
remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le député. D'autres interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas...
M. le député, oui, allez-y.
M. Leduc :
Oui. Bien, je n'ai pas de problème avec l'amendement. Merci au ministre
pour le suivi.
Je veux juste prendre
la parole rapidement pour mentionner que les travaux aujourd'hui n'étaient pas
à l'horaire et qu'il y avait une entente
avec le bureau du leader du gouvernement pour me permettre de faire mon
travail de leader dans la Commission de l'Assemblée nationale, qui est en train
de réviser la carte électorale. Et le bureau du leader est revenu sur sa
parole. Il a convoqué les travaux aujourd'hui. Et ce qui m'oblige à m'absenter
à l'autre place et à venir ici. C'est la vie. C'est la prérogative du
gouvernement. C'est juste plate, quand il y a parole donnée, qu'on revienne sur
sa parole. Alors, je tenais à le souligner à micro ouvert. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas d'intervention,
je vais mettre aux voix l'amendement. Est-ce que l'amendement est adopté?
Adopté? Il faut le dire fort, pas faire un signe de tête.
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Donc, nous revenons à l'article 1 tel qu'amendé. Est-ce qu'il y a
des commentaires? S'il n'y a pas de commentaire, nous allons...
M. Morin :
...
La Présidente (Mme D'Amours) : Pas
de commentaire. Nous allons mettre aux voix l'article 1 tel
qu'amendé. Est-ce qu'il est adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Parfait. M. le ministre. L'article 2.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Article 2. L'article 100.2 de ce code
est modifié par l'insertion, dans le troisième alinéa et après «il peut aussi»,
de «, d'office ou sur demande de l'une des parties,».
L'article 100.2,
tel que modifié, se lirait comme suit :
«100.2. L'arbitre
doit procéder en toute diligence à l'instruction du grief et, sauf disposition
contraire de la convention collective, selon la procédure et le mode de preuve
qu'il juge appropriés.
«À cette fin, il
peut, d'office, convoquer les parties pour procéder à l'audition du grief.
«Aux fins prévues à
l'article 27 de la Loi instituant le Tribunal administratif du travail, il
peut aussi, d'office ou sur demande de l'une des parties, tenir avec elles une
conférence préparatoire à l'audition du grief.»
Commentaire. Cette
modification prévoit la possibilité pour l'une des parties de demander à
l'arbitre la tenue d'une conférence
préparatoire, tout en laissant la discrétion à ce dernier d'en tenir une
d'office, parce qu'il est évidemment maître de sa procédure. Alors,
voilà, c'est tout.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Y a-t-il des commentaires sur l'article 2? M. le
député de l'Acadie.
M. Morin :
Merci, Mme la Présidente. Alors,
je comprends, M. le ministre, dans votre... dans vos modifications, vous n'avez pas l'intention... ou vous ne vouliez
pas rendre la conférence préparatoire obligatoire, vous préférez laisser
une discrétion à toutes les parties. Est-ce qu'il y a eu une réflexion à cet
effet-là? Et je comprends qu'on est dans un système de grief. Maintenant dans
les modifications, ici, dans le Code du travail, évidemment, puisque l'arbitre
aura à suivre éventuellement de la formation
sur le harcèlement psychologique, je comprends qu'il pourra
éventuellement... aussi, il devra entendre des griefs sur ce sujet-là.
Quand
on parle d'une conférence préparatoire, donc, est-ce que, dans tous les cas, à
ce moment-là, parce qu'on est dans le Code du travail, la victime, celle
qui dépose le grief, sera toujours représentée par un délégué syndical? Et je veux simplement m'assurer, et que ce soit
clair, que, dans un cas de harcèlement psychologique, s'il y a une
conférence préparatoire, la victime ne sera
pas seule, sans représentation, à la conférence préparatoire, compte tenu,
évidemment, du grief qui est soulevé.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le ministre.
M. Boulet :
Non, non, la personne ne sera pas seule. Elle a, évidemment, le droit
d'être accompagnée, d'être représentée. Dans
un environnement syndiqué, le grief appartient au syndicat, qui a le monopole
de la représentation, donc la personne sera, bien sûr, accompagnée. Et,
souvenez-vous, il y avait une recommandation des expertes, 41, elles souhaitaient qu'il y ait des conférences
préparatoires systématiques. Mais dans les cas de violences à caractère
sexuel, ici, on vient amender pour prévoir
la possibilité que ce soit dans tous les cas de grief, donc qu'il n'y ait pas
deux catégories de grief, et pour respecter ce que je mentionnais un peu
plus tôt, que l'arbitre est bien maître de sa procédure.
Évidemment, on a
consulté la Conférence des arbitres du Québec, et ils vont... ils sont en train
d'élaborer... je ne sais pas s'il est déjà
publié, là, mais un guide sur les bonnes pratiques en matière d'arbitrage, ils
en ont déjà un, mais incluant la conférence préparatoire. Et donc ça
va... Quand tu fais une conférence préparatoire puis tu es un arbitre, tu
t'assures aussi de la compréhension des deux parties. La victime qui fait
une... qui fait un recours, qui fait un grief, dans le cas présent, elle est,
bien sûr, accompagnée par son représentant... son représentant au conseiller
syndical.
M. Morin :
...je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres interventions? Oui, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc :
Moi, j'essaie juste de comprendre qu'est-ce que ça change par rapport à la
situation actuelle.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Boulet :
C'est clairement prévu que ça peut être à la demande d'une des parties. Et
ce n'était pas connu, ça, puis ça a été discuté avec plusieurs parties puis,
notamment, là, dans les consultations avec la Conférence des arbitres.
L'arbitre pouvait, mais vous savez très bien, parce que vous avez pratiqué en
relations de travail. Il y a peu d'arbitres qui font des conférences
préparatoires, ce n'est pas connu. Alors là, maintenant, on dit à l'une ou
l'autre des parties : Tu peux demander une conférence préparatoire. Et
c'est un forum qui va être extrêmement approprié, particulièrement dans les cas de violence à caractère sexuel, pour
éviter des dérapages, pour s'assurer que ce soit bien préparé, le terme
le dit. Donc, c'est dans cette perspective-là.
• (11 h 40) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le député.
M. Leduc :
Il y avait une recommandation, je
pense, dans le rapport de la... Mme Corte, sur le 41 ou 42,
même : «S'assurer que les enquêteurs spécialisés en matière d'agression
sexuelle et de violence conjugale soient en nombre suffisant pour accomplir
leurs enquêtes dans des délais raisonnables pour effectuer des suivis escomptés
auprès des victimes.» Est-ce que c'est concordant avec cet article-là?
M. Boulet : Oui, mais c'est une
façon pratique de mettre en oeuvre la recommandation. Puis, quand j'avais
rencontré les trois expertes, il y a des recommandations qu'on n'a pas suivies
dans leur intégralité. Il y en a qu'on a tenu compte de leur impact pratique. Dans certains
cas, ce n'est pas opportun, nécessairement, d'avoir une conférence
préparatoire, puis on ne veut pas que ce soit systématiquement dans tous les
cas. Il y a des parties, des fois, qui ne souhaitent pas de conférence
préparatoire. Et donc, pour éviter que les délais soient trop longs puis aussi
respecter la maîtrise de la procédure qui
appartient à l'arbitre, on a été dans cette direction-là, en collaboration,
encore une fois, avec la Conférence
des arbitres du Québec, qui va tenir compte, dans son guide des meilleures
pratiques en matière d'arbitrage, des conférences préparatoires, comment
on le fait, là. Parce que, moi, puis ça fait déjà quelques années, là, mais
j'en voyais très rarement, des conférences préparatoires suggérées ou proposées
par des arbitres.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député.
M. Leduc : Ça reste une option,
là, ce que vous proposez. Il peut convoquer.
M. Boulet : ...Alors...
M. Leduc : Mais il pouvait
déjà?
M. Boulet : Non.
À la demande d'une des parties, ce n'étaient pas les parties, c'était l'arbitre
qui décidait. C'était la pure discrétion de l'arbitre, alors que, là,
les parties, une ou les parties pourront le demander.
M. Leduc : ...l'arbitre décide
de ne pas convoquer, pour x, y raison, une des deux parties dit : Je
convoque.
M. Boulet : Il pourrait le
demander, tout à fait.
M. Leduc : OK, mais ça n'amène
pas automatiquement à la conférence.
M. Boulet : Non, pas
systématiquement.
M. Leduc : Mais ils pouvaient
déjà le demander, d'abord, les autres parties.
M. Boulet : Il pouvait, mais de
sa propre initiative seulement, et en...
M. Leduc : Non,
non, je reviens aux parties. Vous dites : C'était l'arbitre qui le
demandait ou pas. D'accord...
La
Présidente (Mme D'Amours) : S'il vous plaît, prenez un temps pour répondre ou
pour réagir, pour la régie, s'il vous plaît. Ça fait que, donc...
M. Leduc : ...qu'on
est comme ça, Mme la Présidente. Je pense que... On peut faire attention, on va
faire attention.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Oui, mais j'ai eu des... j'ai eu des directives
puis je veux qu'on fasse attention...
M. Leduc : Pas de problème.
La
Présidente (Mme D'Amours) : ...à ceux qui nous suivent à l'extérieur puis qui
font les verbatim. S'il vous plaît, prenez un temps avant de répondre,
puis qu'on puisse avoir la chance de dire qui parle.
M. Leduc : Tour à qui, donc?
La Présidente (Mme D'Amours) : Pardon?
M. Leduc : C'est au tour à qui,
là? Mais, pour vrai, c'est qui qui y va?
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
au ministre à répondre, s'il vous plaît.
M. Leduc : Parfait.
M. Boulet : Donc, l'arbitre
pouvait. C'était purement discrétionnaire, c'était une discrétion qui était
exercée en de rares occasions. Et là, maintenant, ça pourra se faire à la
demande de l'une ou l'autre des parties, et ça peut toujours se faire d'office
aussi.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député.
M. Leduc : OK.
Allô? Le micro n'est pas... le micro est ouvert, parfait. Moi, ce que je
comprends, c'est qu'avant le... l'arbitre pouvait convoquer, puis là on
dit, maintenant, les parties peuvent demander à l'arbitre de convoquer, c'est
bien ça?
M. Boulet : ...
M. Leduc : Mais,
dans l'ancien système, les parties pouvaient aussi demander à l'arbitre de
convoquer, même si ce n'était pas écrit dans la loi.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Boulet : C'était l'arbitre,
c'était... Le libellé, c'était : Il peut, il peut aussi tenir avec elle
une conférence préparatoire. Est-ce qu'il y a eu des cas, en pratique, où une
partie a fait une requête spéciale pour qu'il y ait une conférence
préparatoire? C'est possible. Je ne pense pas que le libellé antérieur
prohibait ça. Mais ce que le libellé antérieur ou le libellé actuel dit, c'est
l'arbitre qui peut tenir une conférence préparatoire. Donc là, on ajoute la
possibilité qu'elle puisse se tenir à la demande de l'une ou l'autre des
parties, et c'était ce que nous recommandaient les expertes. Le seul élément de discordance, c'est qu'elles
souhaitaient que ce soit systématique, alors que nous, on le fait pour
tous les cas de grief et pas systématiquement, parce qu'il y a dans des cas où
ce n'est pas nécessairement requis.
M. Leduc : ...de l'arbitre.
M. Boulet : Avec le projet de
loi, ce sera à la demande de l'une ou l'autre des parties, et l'arbitre pourra.
M. Leduc : ...décision...
M. Boulet : Effectivement.
M. Leduc : Le débat qu'on a en
ce moment, c'est à savoir qui peut décider de convoquer. Vous, vous
dites : Les parties peuvent demander à l'arbitre de convoquer, mais ça
demeure la discrétion de l'arbitre de décider, in fine, s'il convoque ou pas.
On se comprend bien?
M. Boulet : Absolument. Il est
maître de sa procédure. Et ça, c'est un principe qui est bien reconnu, que vous connaissez bien aussi. Ce qui est important,
ce sera aussi de s'assurer qu'il soit en mesure de bien connaître la
façon de faire et comment on procède à une bonne conférence préparatoire, là,
particulièrement dans des cas comme ça. Et là on me confirme que le guide de la
Conférence des arbitres du Québec est publié et spécifie, parle spécifiquement
de la conférence préparatoire.
M. Leduc : Et quel serait un
motif, à votre avis, raisonnable, pour un arbitre, de refuser une demande que vous introduisez avec cet article-là, une
possibilité de demande... Qu'est-ce qu'il pourrait dire... qu'un arbitre
dit : Oui, j'ai entendu votre demande, vous avez utilisé 100.2,
mais, pour x raison, je refuse? C'est quoi? Ce serait quoi, un exemple de
raison, qu'un arbitre pourrait refuser?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Boulet : Selon moi, il y a
des cas, probablement, où la plaignante ou le plaignant subit énormément de
victimisation secondaire, il y a des cas où le plaignant ou la plaignante est
en absence pour des raisons de dommages de nature psychologique. Il pourrait y
avoir des cas. C'est évidemment laissé à son appréciation. Évidemment, il est,
comme dans toutes ses décisions, soumis à un exercice non abusif, un exercice
équitable et sans discrimination de son
pouvoir décisionnel. Mais il y a des cas où, peut-être, l'arbitre pourrait
juger... puis on peut imaginer un certain nombre de cas où l'arbitre
pourrait dire : Ce n'est vraiment pas requis, ou c'est un cas qui est
tellement clair puis où la conférence préparatoire peut être demandée pour des
motifs futiles ou dilatoires, là. Mais je ne veux pas essayer de...
d'identifier des situations, là, pour affecter une personne ou une autre, là.
Puis, pour moi, je pense que la conférence préparatoire, de façon générale,
elle est utile, elle est opportune et elle est pertinente dans tous les griefs.
On sait maintenant... on sait maintenant...
Souvenez-vous des décisions mêmes de la Cour suprême du Canada, qui
disait que la justice... voulait
expéditive, elle l'est de moins en moins, parce qu'il n'y a pas la culture de
la conférence préparatoire. Mais je pense surtout, là, que je vous
dirais que c'est des dossiers très simples et des dossiers où la victime est
très vulnérable et où ça ne s'impose pas.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Leduc : Puis,
pour bien comprendre, dans le fond, Me Cox et ses collègues disaient :
Nous, on pense que ça devrait être
automatique, dès qu'une partie le demande, ça a lieu. Puis qu'est-ce qui a fait
en sorte que vous, vous avez décidé de ne pas aller jusque-là, vous avez
décidé de laisser le libre arbitre à l'arbitre?
M. Boulet : J'en ai déjà discuté avec
la conférence des arbitres, puis, avec les expertes, je pense que j'en ai
discuté. Mais dire qu'il y a une conférence préparatoire systématique, c'est
s'exposer à des effets qui sont contre-productifs parfois au plan humain et au
plan social, parce qu'encore une fois, dans des dossiers simples ou dans des
dossiers où il y a une vulnérabilité importante de la victime, il n'y a pas de
conférence préparatoire. Et là on reviendrait toujours au principe de base que l'arbitre est maître de sa
procédure, puis là on lui imposerait le fardeau de démontrer pourquoi la
conférence préparatoire n'est pas nécessaire. Et, dans le corpus législatif en
droit du travail, c'est à la demande d'une partie, puis ça, je pense qu'on
répond convenablement, de façon efficace et pratique, à la
recommandation 41 et je pense que c'est
dans la culture des relations de travail puis de la justice arbitrale d'y aller
de cette manière-là plutôt que de dire systématiquement : C'est ce
que tu dois faire.
• (11 h 50) •
M. Leduc :
J'imagine qu'il n'existe pas de
statistiques à votre ministère sur un éventuel taux d'acceptation ou de
refus de demandes de rencontre préparatoire de ce genre-là.
M. Boulet :
Non. Je pense que la vaste majorité des cas actuels, qui sont plus rares
parce que c'est moins connu, l'arbitre en
tient une, conférence préparatoire. En tout cas, moi, c'est mon souhait que...
Dans tous les cas qui sont compatibles avec la tenue d'une conférence
préparatoire, pour que l'audience devant l'arbitre, l'audience sur le fond puisse se dérouler de façon humaine, de façon
convenable, juste et diligente, il faut développer cette culture-là, bien
sûr.
M. Leduc :
OK.
La Présidente (Mme
D'Amours) : D'autres interventions, M. le député?
M. Leduc :
Ça va. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. M. le député de l'Acadie, la parole est à vous.
M. Morin :
...merci, Mme la Présidente. Vous l'avez souligné, M. le ministre, et à
juste titre, une conférence préparatoire, ça
ne s'improvise pas puis ce n'est pas nécessairement, à ce que je comprends,
une... en fait, une habitude qui est très répandue chez les arbitres.
Est-ce que, compte tenu du fait que, là, normalement, avec l'amendement, il
devrait y en avoir plus, est-ce qu'il y'aura une formation particulière qui va
être prévue? Est-ce que la conférence va faire en sorte que les arbitres vont
être mieux formés pour que ce soit effectivement efficace puis dans le respect
de... dans le respect de toutes les parties?
M. Boulet : Oui, bien, on a vu la
formation, dans l'article précédent que nous avons adopté, et on va
travailler sur le contenu de la formation après consultation du Comité
consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, et... Mais, dans la mise en application, le partenaire qui...
auquel je réfère souvent, c'est la Conférence des arbitres du Québec. Et,
comme j'ai mentionné, guide des pratiques puis guide des façons de faire va
inclure aussi la conférence préparatoire. Puis c'est des arbitres quand même
qui ont une formation, qui savent comment organiser une conférence préparatoire
et qui savent quel est le but de la conférence préparatoire. Mais, oui, c'est
des personnes.
D'ailleurs,
c'est important de préciser que les arbitres sont nommés par le ministre, mais
après recommandation du Comité
consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, et les, je pense,
75 arbitres qui sont dans la liste, ou à peu près, là, du comité
consultatif ont tous fait un consensus. En fait, ils sont tous recommandés. Ils
ont une formation, ils ont des stages, il y
a tout un processus à suivre, ils ont un nombre d'années d'expérience. Mais
c'est un... c'est quand même des candidatures qui sont analysées de
façon extrêmement rigoureuse.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le député...
M. Morin :
Non, ça me convient. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur
l'article 2? Nous allons mettre aux voix l'article 2. Est-ce qu'il
est adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Nous entamons maintenant le sujet n° 3,
portant sur la Loi sur les normes du travail, et je vous demande de vous
diriger vers l'article 18, toujours selon le plan de travail accepté.
L'article 18. M. le ministre, si vous voulez bien en faire la lecture,
s'il vous plaît.
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. L'article 81.19 de cette loi est
modifié :
1° dans le deuxième
alinéa :
a) par l'insertion,
après «pour prévenir le harcèlement psychologique», de «provenant de toute
personne»;
b) par le
remplacement de «du harcèlement psychologique et de traitement des plaintes,
incluant entre autres un volet concernant les conduites qui se manifestent par
des paroles, des actes ou des gestes à caractère sexuel» par «et de prise en
charge des situations de harcèlement psychologique»;
2° par l'ajout, à la
fin, des alinéas suivants :
«Cette politique doit
entre autres prévoir :
«1° les méthodes et
les techniques utilisées pour identifier, contrôler et éliminer les risques de
harcèlement psychologique, incluant un volet concernant les conduites qui se
manifestent par des paroles, des actes ou des gestes à caractère sexuel;
«2°
les programmes d'information et de formation spécifiques en matière de
prévention du harcèlement psychologique qui sont offerts aux personnes
salariées;
«3° les recommandations concernant les conduites
à adopter lors de la participation aux activités sociales liées au travail;
«4° les modalités applicables pour faire une
plainte ou un signalement à l'employeur ou pour lui fournir un renseignement ou
un document ainsi que l'information sur le suivi qui doit être donné par
l'employeur;
«5° les mesures visant à protéger les personnes
concernées par une situation de harcèlement psychologique et celles qui ont
collaboré au traitement d'une plainte ou d'un signalement portant sur une telle
situation;
«6° le
processus de prise en charge d'une situation de harcèlement psychologique,
incluant le processus applicable lors de la tenue d'une enquête par
l'employeur;
«7° les
mesures visant à assurer la confidentialité d'une plainte, d'un signalement,
d'un renseignement ou d'un document reçu ainsi que le délai de
conservation des documents faits ou obtenus dans le cadre de la prise en charge
d'une situation de harcèlement psychologique, lequel doit être d'au moins deux
ans.
«Cette politique fait partie intégrante du
programme de prévention ou du plan d'action, selon le cas, visé à
l'article 59, 61.2 ou 199 de la Loi sur la santé et la sécurité du
travail.»
Article 81.19, tel que modifié, se lirait
comme suit :
«81.19. Toute personne salariée a droit à un
milieu de travail exempt de harcèlement psychologique.
«L'employeur doit prendre les moyens
raisonnables pour prévenir le harcèlement psychologique provenant de toute
personne et, lorsque telle conduite est portée à sa connaissance, pour la faire
cesser. Il doit notamment adopter et rendre disponible à ses personnes
salariées une politique de prévention du harcèlement psychologique et de prise
en charge des situations de harcèlement psychologique.
«Cette politique doit entre autres
prévoir :
«1° les méthodes et les techniques utilisées
pour identifier, contrôler et éliminer les risques de harcèlement
psychologique, incluant un volet concernant les conduites qui se manifestent
par des paroles, des actes ou des gestes à caractère sexuel;
«2° les programmes d'information et de formation
spécifiques en matière de prévention du harcèlement psychologique qui sont
offerts aux personnes salariées;
«3° les recommandations concernant les conduites
à adopter lors de la participation aux activités sociales liées au travail;
«4° les modalités applicables pour faire une
plainte ou un signalement à l'employeur ou pour lui fournir un renseignement ou
un document ainsi que l'information sur le suivi qui doit être donné par
l'employeur;
«5° les mesures visant à protéger les personnes
concernées par une situation de harcèlement psychologique et celles qui ont
collaboré au traitement d'une plainte ou d'un signalement portant sur une telle
situation;
«6° le processus de prise en charge d'une
situation de harcèlement psychologique, incluant le processus applicable lors
de la tenue d'une enquête par l'employeur;
«7° les mesures visant à assurer la
confidentialité d'une plainte, d'un signalement, d'un renseignement ou d'un
document reçu ainsi que le délai de conservation des documents faits ou obtenus
dans le cadre de la prise en charge d'une situation de harcèlement
psychologique, lequel doit être d'au moins deux ans.
«Cette politique fait partie intégrante du
programme de prévention ou du plan d'action, selon le cas, visé à
l'article 59, 61.2 ou 199 de la Loi sur la santé et la sécurité du
travail.»
Il y avait...
Bon, il y avait un amendement aussi. Est-ce qu'on... Je l'avais présenté. Je
peux le lire tout de suite.
La
Présidente (Mme D'Amours) : On va le mettre sur... sur écran pour Greffier.
Tout le monde en avait pris connaissance?
Est-ce que... Voilà. Oui. Tout le monde en avait pris connaissance. Donc, M. le
ministre, vous pouvez en...
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Donc, article 18. Insérer, dans le paragraphe 4° du troisième
alinéa de l'article 81.19 de la Loi sur les normes du travail, proposé par
le paragraphe 2° de l'article 18 du projet de loi, et après «un document»,
«[incluant] la personne désignée pour en prendre charge».
Commentaire.
Bon, l'amendement, comme j'avais bien expliqué, vise à préciser que l'employeur
doit aussi, dans sa politique, indiquer la personne désignée pour
prendre en charge une plainte ou un signalement dans la politique de prévention
et de prise en charge des situations de harcèlement psychologique.
La
Présidente (Mme D'Amours) : ...rajouté le mot «incluant» devant «la personne
désignée». Ce n'est pas ce qu'on a comme document. Est-ce que vous avez
rajouté le mot?
M. Boulet : Donc, il ne l'est
pas. Et effectivement c'est une... On m'avait remis une copie qui mentionnait
«incluant» mais...
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc...
M. Boulet : ...ce n'est
effectivement pas... C'est «, la personne désignée pour en prendre charge».
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Est-ce qu'il y a des commentaires ou des interventions? Oui, Mme la députée de La Pinière,
s'il vous plaît.
Mme Caron : Merci,
Mme la Présidente. Alors, sur, justement, le... les modifications, les
premières modifications qui sont apportées, on dit que «l'employeur doit
prendre les moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement psychologique
provenant de toute personne». Est-ce que vous pourriez nous expliquer qui sont
toutes ces personnes? Parce que c'est un point qui avait été soulevé durant les
consultations où on trouvait... certains groupes trouvaient que c'était trop
large. Alors, si vous pouviez...
• (12 heures) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Boulet :
Merci, Mme la Présidente. Ça, c'est pour donner suite à la
recommandation 24. Ça peut être un client, ça peut être un fournisseur, ça
peut être le personnel d'un autre employeur, ça peut être les étudiants d'un établissement scolaire. Donc, ce n'est pas
limitatif. L'important, c'est de démontrer... évidemment, il y aura les présomptions, mais de démontrer le lien entre
l'agissement et le préjudice causé. Mais ça, c'est clairement en lien
avec la recommandation 24 du comité des expertes.
Mme Caron :
Le...
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
Mme Caron :
Merci. Alors, vous parlez de la recommandation 24 du rapport Cox, là, ce
qu'on appelle le rapport Cox.
M. Boulet : Tout
à fait.
Mme Caron : Et
est-ce que... parce que ce vous dites, c'est... c'est large, c'est pour inclure
tout le monde. Est-ce que ça peut
comprendre, par exemple, un passant, je dirais, entre guillemets, désaxé qui
passe devant... devant un commerce,
qui entre, qui va... qui commet une violence sur un employé? Est-ce que ça
comprend une telle personne aussi?
M. Boulet : C'est provenant de toute personne. Évidemment,
c'est compatible avec l'état de la jurisprudence. D'ailleurs, tu sais, il y en a qui
plaidaient : Non, c'est un employé d'un sous-traitant, non, c'est un
employé d'un fournisseur, non, c'est une personne qui est venue sur les
lieux sans... à notre insu. Mais, oui, ça comprend toute personne, là.
Évidemment, il n'y a
rien qui est totalement à l'abri des discussions d'interprétation ou
d'application, il n'y a aucune loi qui est à l'abri d'un débat, d'une
discussion, mais moi, j'ai voulu que ce concept-là soit le plus large possible.
Puis c'est de droit nouveau aussi que la politique soit aussi précise. Il y a
une valeur pédagogique profonde puis, tu
sais, quand on met en place une politique de prévention, il faut identifier...
ce qui est le plus fondamental, c'est d'identifier pour contrôler et
éliminer les risques. Donc, c'est dans un endroit qui est accessible à des
passants qui, potentiellement, pourraient agresser ou être violents, ça fait
partie des... des hypothèses qui pourraient être visées par le concept de
personne.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Mme la députée, d'autres interventions?
Mme Caron : Non,
ça va sur ce point-là, je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres interventions? Nous allons mettre aux voix l'amendement. Est-ce
que l'amendement est adopté?
Des voix :
Adopté.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Adopté. Nous revenons à l'article 18 tel qu'amendé.
Est-ce qu'il y a des interventions? Oui, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : ...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Le micro ne fonctionne pas?
M. Leduc :
...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Allez-y.
M. Leduc : OK,
j'allais demander un temps de rédaction, s'il vous plaît, de suspendre pour un
amendement.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Parfait. Je suspends les travaux quelques minutes.
(Suspension de la séance à
12 h 04)
(Reprise à 12 h 37)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Nous avons reçu un amendement du député
d'Hochelaga-Maisonneuve. M. le député, si vous voulez bien nous en faire la
lecture, s'il vous plaît.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Ça va comme suit : L'article 18. Insérer, dans le paragraphe 2° du
troisième alinéa de l'article 81.19 de la Loi sur les normes du travail,
proposé par le paragraphe 2° de l'article 18 du projet de loi, et après
«salariées», «incluant un volet concernant les conduites qui se manifestent par
des paroles, des actes ou des gestes à caractère sexuel»;
Insérer, dans le paragraphe 4° du troisième
alinéa de l'article... 5°, pardon, paragraphe 5° du troisième alinéa de
l'article 81.19 de la Loi sur les normes du travail, proposé par le
paragraphe 2° de l'article 18 du projet de loi, et après «sur une telle
situation», «ainsi que les mesures de soutien disponibles»;
Insérer, dans
le paragraphe 6° du troisième alinéa de l'article 81.19 de la Loi sur les
normes du travail, proposé par le
paragraphe 2° de l'article 18 du projet de loi, et après «employeur», «.
Les personnes désignées par l'employeur pour recevoir et traiter les
plaintes et [le signalement] doivent avoir les connaissances nécessaires pour
[le] faire.»
Je vais aller vous lire un peu ce que ça donne.
Je ne lis pas l'article au complet, puis c'est trois interventions différentes,
mais qu'on ramasse dans un même amendement. Le premier, ça donne, le nouveau
paragraphe 2° :
«2° les
programmes d'information et de formation spécifiques en matière de prévention
du harcèlement psychologique qui sont offerts aux personnes salariées
incluant un volet concernant les conduites qui se manifestent par des paroles,
des actes, des gestes à caractère sexuel.»
Le but de ça,
c'est de préciser. On avait eu un échange là-dessus, le ministre et moi, là,
sur qu'est-ce qui était inclus ou pas dans violences à caractère sexuel,
harcèlement psychologique, mais, bon, un peu par cohérence, j'imagine, je m'attends peut-être à la même réponse qu'il
m'avait donnée l'autre jour, mais, par cohérence, moi je le dépose pour
que ce soit clair, là, que ça comprend conduite à caractère sexuel dans les
programmes de formation et d'information.
Ensuite, au paragraphe 5° :
«5° [...]mesures visant à protéger les personnes
concernées par une situation de harcèlement psychologique et celles qui ont
collaboré au traitement d'une plainte ou d'un signalement portant sur une telle
situation ainsi que les mesures de soutien disponibles.» C'est pour préciser
qu'il y a différentes ressources qui peuvent être disponibles pour le soutien psychologique, mais elles sont
parfois méconnues. Alors, comme, dans le débat précédent, on avait une
espèce d'effort pédagogique, dans la loi, d'annoncer aux personnes qu'elles
pouvaient demander une conférence préparatoire aux arbitres, c'est un peu la
même logique, donc, d'utilité pédagogique de le préciser dans la loi et que ce
soit énuméré, alinéa... au cinquième paragraphe.
Et, en terminant, au sixième paragraphe :
«6° le processus de prise en charge d'une
situation de harcèlement psychologique, incluant le processus applicable lors
de la tenue d'une enquête par l'employeur. Les personnes désignées par
l'employeur pour recevoir et traiter les plaintes et les signalements doivent
avoir les connaissances nécessaires pour ce faire.» Je vous dirais que c'est
peut-être le plus important des trois, là, qui est indiqué ici, le plus
significatif rajout.
Je réitère, là : «Les personnes désignées
par l'employeur pour recevoir et traiter les plaintes et les signalements
doivent avoir les connaissances nécessaires pour ce faire.» On l'a lu en long
et en large, à quel point le processus de plainte est un processus difficile,
émotif, chargé, que souvent la notion même de porter plainte est suffisamment lourde et terrorisante pour la
victime pour juste ne pas y aller, faire un processus de plainte,
finalement. Alors, il faut s'assurer que la personne qui soit désignée pour
recevoir la plainte, bien, elle ait les connaissances pour ce faire. Alors, ça implique, bien sûr, un degré
supplémentaire de préparation et de diligence de la part des employeurs,
mais je pense que c'est tout à fait justifié dans le contexte. Merci, Mme la
Présidente.
• (12 h 40) •
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Avant de débuter nos échanges sur votre
amendement, M. le député, vous avez mentionné... vous avez lu, au
début : «Insérer dans le paragraphe 4°», et vous avez repris en disant «le
paragraphe 5°». Je comprends qu'il y a une
correction de forme et que c'est bien paragraphe 5° que vous
vouliez mentionner.
M. Leduc : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. Leduc : ...le bon libellé en nous
autocorrigeant.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Merci. Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a des interventions sur l'amendement du
député d'Hochelaga-Maisonneuve? M. le ministre.
M. Boulet : Oui,
rapidement. Je comprends bien les objectifs visés par les amendements. Le
premier, insérer, dans le paragraphe 2°, «[le]
volet concernant les conduites qui se manifestent par», bon, qu'on inclut le
caractère sexuel, c'est déjà prévu au paragraphe 1° quand on dit :
«[...]qui se manifestent par des paroles, des actes ou des gestes à caractère
sexuel.» Donc, on ne le reprendra pas dans tous les paragraphes ou alinéas, là.
Je pense que le paragraphe est plus facile à comprendre. Mais c'est inclus dans
la définition et ça se répète systématiquement dans chacun des paragraphes, donc on ne l'inclura pas. Puis en plus, bien,
vous connaissez la définition de la... 81.18 de la Loi sur les normes du
travail, ce qui est harcèlement psychologique, ça inclut ce qui est à
connotation sexuelle.
Quant à votre
deuxième amendement, pour le cinquième paragraphe, quand vous ajoutez «ainsi
que les mesures de soutien disponibles», selon nous, c'est inclus quand on dit
«les mesures visant à protéger», donc, c'est beaucoup
plus large et ça comprend les mesures de soutien. Puis, dans le guide de la
CNESST, évidemment, dans le soutien, il
y a toutes les personnes qui sont des intervenantes et qui vont faire de
l'aide, de l'accompagnement, de l'information aux personnes qui sont
victimes. Évidemment, il y aura aussi le partenariat que nous anticipons faire
avec Juripop.
Et, quant au sixième
paragraphe, votre amendement, moi, je pense que ça va plus dans 2°, qui réfère
aux programmes d'information et de formation qui sont offerts aux personnes
salariées. Là, il y a une compatibilité, là, avec l'amendement que vous
proposez, et, tenant compte de l'amendement que nous vous avons soumis, là,
pour ajouter «la personne désignée pour en prendre charge», moi, je serais
désireux de vous soumettre un texte pour rajouter...
pour le... les programmes d'information et de formation spécifiques en matière
de prévention en harcèlement qui sont
offerts aux personnes salariées pour rajouter aussi «les personnes désignées
pour en prendre charge». Et donc, ça, ce serait tout à fait pertinent
puis ça ajouterait un élément de clarté. Ça fait que ce serait ma réponse à vos
trois propositions d'amendement.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Si
je comprends bien votre position, M. le ministre, le troisième... la troisième
proposition qu'on proposait d'insérer au
paragraphe 6°, vous dites : Ça m'intéresse, je la prends,
je la modifie un peu puis je la mets au 2°.
M. Boulet : Exact.
M. Leduc : OK.
Ça nécessitera, j'imagine, qu'on retire notre amendement et que vous en déposez
un autre. Pas de problème. On le fera tantôt.
Je voudrais juste
avoir un échange bref sur le... la deuxième proposition, sur le paragraphe 5°.
Quand on dit «ainsi que les mesures de soutien disponibles», c'est qu'on est en
train, ici, puis vous me corrigerez si j'ai mal compris, de dire ce que doit
contenir une politique. Donc, on a une obligation qu'on donne aux employeurs de
se doter d'une politique, on fait souvent ça
dans le droit du travail ou dans d'autres domaines aussi, c'est bien correct,
puis là on leur dit : Cette politique,
vous avez une certaine liberté pour la construire, mais elle devra contenir x,
y, z éléments.
M. Boulet : Ah!
totalement. Ça, c'est...
M. Leduc : Très
typique.
M. Boulet : Ça, c'est une avancée extrêmement importante,
hein? Parce qu'avant une politique... Là, on précise le contenu de la
politique, puis c'est un contenu minimal, bien sûr, puis il y a un guide que la
CNESST va mettre à la disposition des parties pour élaborer, pour écrire la
politique, pour s'assurer que toutes les mesures visant à protéger... Et ça peut se décliner de plusieurs
manières, mais, pour moi, c'est inclus. Puis je pense que vous
souhaitiez m'entendre le dire. Alors, pour moi, c'est inclus.
M. Leduc : Parce que, dans 5°, ça dit : «5° les
mesures visant à protéger les personnes...» Ça, on imagine que c'est
comme du préventif, «protéger», préventif. Puis là on dit : «mesures de
soutien disponibles». Ce n'est pas tout à fait la même chose, quand même.
M. Boulet : Non,
mais le terme «protection» dans une politique de prévention, c'est beaucoup
plus large, puis ça inclut le soutien, puis
ça inclut aussi l'accompagnement, ça inclut l'aide. Parce que, vous le dites
souvent, il y a des victimes qui sont... puis c'est important de le
souligner, on fait cette loi-là d'abord et avant tout pour soutenir les
personnes qui sont victimes de violence.
M. Leduc : Si je comprends bien, moi, je suis en train de vous
dire : On devrait mettre ceinture et bretelles, mais vous, vous me
dites que le mot «protéger», c'est déjà ceinture, bretelles.
M. Boulet : Absolument.
M. Leduc : Bon.
On va y aller comme ça.
Donc là, ce que je
comprends, Mme la ministre, c'est que je retire mon amendement pour...
M. Boulet : Oui.
Je pourrais vous soumettre un... Voulez-vous que je...
M. Leduc : Bien,
s'il est déjà prêt, on peut procéder comme ça, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, je comprends que vous retirez votre amendement.
M. Leduc : S'il vous plaît.
La Présidente (Mme
D'Amours) : J'ai besoin du consentement. Donc, est-ce que j'ai le
consentement pour que le député retire son amendement, le député d'Hochelaga-Maisonneuve
retire son amendement? Consentement, tout le monde?
Des voix : Consentement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Donc...
M. Boulet : Est-ce qu'on peut
suspendre deux minutes? On va préparer un amendement.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suspends les travaux quelques minutes.
M. Boulet : Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 46)
(Reprise à 12 h 59)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux, et, compte tenu de l'heure, je suspends les travaux
jusqu'à 14 heures. Merci.
(Suspension de la séance à 13 heures)
(Reprise à 14 h 03)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux.
Donc, la Commission de l'économie et du travail
qui reprend ses travaux, qui... et qui poursuit l'étude détaillée du projet de loi n° 42, Loi visant à prévenir et à combattre le harcèlement psychologique et la
violence à caractère sexuel en milieu de travail.
Nous étions rendus à une lecture d'amendement du
ministre. M. le ministre, si vous voulez bien nous en faire la lecture, s'il
vous plaît.
M.
Boulet : Merci. Donc, simplement, l'amendement à
l'article 18 avait été adopté. Il y a eu un amendement, présenté
par mon collègue de Québec solidaire, qui a été retiré, et je soumets un nouvel
amendement à l'article 18, qui se lit comme suit :
Insérer, à la fin du paragraphe 2° du
troisième alinéa de l'article 81.19 de la Loi sur les normes du travail,
proposé par le paragraphe 2° de l'article 18 du projet de loi, «ainsi
qu'aux personnes désignées par l'employeur pour la prise en charge d'une
plainte ou d'un signalement».
Commentaire.
Bien, c'est le paragraphe qui réfère, en fait, plus spécifiquement aux
programmes d'information ou de formation
spécifiques en matière de prévention qui sont offerts aux salariés. Maintenant,
c'est aussi aux personnes qui sont désignées pour prendre en charge.
Voilà. C'est tout. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le ministre. Je dois m'assurer... Je sais que vous avez eu des discussions qui étaient hors micro, hors caméra.
Je veux simplement regarder les oppositions, les députés de
l'opposition, et m'assurer que vous êtes conscients de l'objet de l'amendement.
Je dois vous poser cette question. Est-ce que vous avez... Est-ce que c'est
clair pour vous?
M. Leduc : ...un piège.
La Présidente (Mme D'Amours) : Non,
non, il n'y a pas de piège.
Des voix : ...
M. Boulet : ...après ça, Alexandre a
soumis un amendement sur trois paragraphes. Il l'a retiré, puis là on soumet un
nouvel amendement. Elle veut juste que tout le monde soit conscient qu'on
est... qu'on s'entend à cette procédure-là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Conscient
que... C'est ça, où est-ce qu'on est rendus, puis si c'est clair.
Des voix : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : Bien
sûr. Bien sûr, bien sûr. Il y a des interventions?
M. Boulet : Oui,
oui, mais... Pour la procédure, on y est allé le plus simplement possible.
M. Paradis : Là, c'est sur l'objet,
ce qu'on est en train de faire? C'est bon. OK.
M. Boulet : C'est parce qu'il y
avait un enjeu entre deux secrétariats, là, puis, bon, on est allés...
M. Leduc : ...
M. Boulet : Vous vous...
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
êtes... vous êtes juste en train de dire que vous comprenez l'objet de l'amendement et que vous savez où est-ce qu'on
est rendus, parce qu'il y avait eu énormément de va-et-vient, là, de...
M. Boulet : Si vous dites non, on
va... on va...
M. Leduc : ...
La
Présidente (Mme D'Amours) : Donc, nous reprenons avec... avec sérieux. Est-ce
qu'il y a des interventions? M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, suivi
de M. le député de...
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...de...
pardon... de l'Acadie, pardon.
M.
Leduc : Merci, Mme la Présidente. Là, je me demande si je
n'ai pas un peu retiré mon amendement un peu tôt ou peut-être... parce c'est... On s'est mal compris. Parce que, moi,
le rajout que je faisais au paragraphe 6° puis que vous m'avez dit
être ouvert à réintégrer maintenant, donc, au paragraphe 2° faisait
référence à des personnes, mais qui doivent
avoir les connaissances nécessaires, c'était ça le... je dirais, l'essence de
l'amendement. Je ne suis pas sûr que je le retrouve dans ce que vous
nous dites ici, au paragraphe 2°, là. «Aux personnes désignées par
l'employeur», oui, je sais, mais, moi, ce que je voulais préciser, c'est que
ces personnes-là doivent avoir des connaissances nécessaires.
M.
Boulet : Absolument. Et l'objectif que vous avez en tête,
c'est que ces personnes-là aient les connaissances, et c'est exactement
le sens de l'amendement. Je relis : «Cette politique doit entre autres
prévoir :
«2° les programmes d'information et de formation
spécifiques en matière de prévention du harcèlement psychologique qui sont
offerts aux personnes salariées — et, avec l'amendement, c'est : ainsi
qu'aux personnes désignées par l'employeur
pour la prise en charge d'une plainte ou d'un signalement.» Donc, ça complète
la boucle, là.
M.
Leduc : Donc, comme elles sont tenues d'avoir ces
programmes-là, elles ont, par définition, les connaissances nécessaires.
M. Boulet : Oui, tout à fait.
M. Leduc : Je comprends votre
logique. Parfait, merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Je vais y aller avec le député de l'Acadie
et ensuite avec vous, M. le député. Allez-y, M. le député.
M.
Morin : Bien, en fait, pour... Merci, Mme la Présidente.
Donc, pour revenir à votre question de tout à l'heure, oui, je comprends
très bien où on en est rendus, n'est-ce pas, avec cet amendement qui a été
déposé par le ministre, mais là on parle toujours de cet amendement, ça, il n'y
a pas de souci. Je comprends que l'article 18, lui, il reste ouvert, et
j'aurai d'autres questions ou commentaires plus tard, là, sur d'autres
dispositions de l'article 18.
La Présidente (Mme D'Amours) : Sur
l'amendement, tout va bien?
M. Morin : Non, sur l'amendement,
tout va bien, tout va bien.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci, Mme la
Présidente. Puisque nous parlons d'un amendement, donc, au paragraphe 2°
de cet alinéa de l'article 81.19, j'aimerais aussi faire état, là, de
discussions que j'ai eues avec le ministre tout à l'heure. Et c'est un peu...
c'est un peu à l'inspiration de mon collègue le député d'Hochelaga-Maisonneuve,
c'était, lui, une proposition qu'il faisait au paragraphe 5°, où il
parlait des mesures de soutien disponibles.
Moi, j'aimerais vous parler des ressources
disponibles, M. le ministre, parce que le paragraphe 2°, donc, c'est
celui qui traite des programmes d'information et de formation spécifiques en
matière de prévention du harcèlement psychologique.
L'amendement qui est proposé, je suis entièrement d'accord avec cet
amendement-là, je me demande si on ne devrait pas aller un pas plus loin aussi
en ce qui concerne l'information et la formation.
Une des meilleures pratiques qui est en train de
se développer dans à peu près tous les secteurs, c'est de faire en sorte que ce
soit le plus facile possible pour la personne victime de harcèlement ou victime
de toute forme de violence psychologique ou
de nature sexuelle... que ce soit la plus facile possible de savoir quelles
sont les ressources à la disposition de cette personne, surtout si elle
veut exercer un recours, si elle veut déposer une plainte. De plus en plus, on dit dans les médias sociaux et dans le... sur
le site Internet de l'entreprise ou de l'organisme... un bouton presque
en haut à droite qui dit : Vous vivez
une situation comme ça, cliquez ici. Mais surtout que toutes les politiques
permettent d'identifier très facilement les ressources disponibles, autant
internes, surtout internes, en fait, qui sont les personnes responsables, qui prend... qui est chargée de la
réception des plaintes ou des observations, et aussi les ressources
externes.
Est-ce que ce
ne serait pas le moment, dans cet article qui parle du contenu minimal des
politiques, qu'on fasse état de cette
pratique qui, vraiment, est de plus en plus répandue et qui est un élément
contributif important à la sécurisation des personnes, là, qui sont en
situation de vulnérabilité lorsqu'elles veulent déposer, par exemple, une
plainte et que, là, il faut fouiller au
paragraphe 12° de l'article 23.8 de la politique à la
page... Ce n'est pas ça qu'on veut. On veut donc que ce soit très clair,
les ressources qui sont disponibles. Et donc, est-ce qu'on ne devrait pas en
profiter, maintenant qu'on modifie ce paragraphe 2°, d'ajouter ça dans la
liste des choses à faire, c'est-à-dire que ça soit... qu'il y ait un répertoire
des ressources disponibles en cette matière-là?
• (14 h 10) •
M. Boulet : Bon, oui, effectivement,
on en a parlé, puis, je vous rassure, c'est assurément compris dans les programmes de formation et d'information, parce
que le but visé, c'est de prévenir. Donc, quand on prévient, ça requiert
aussi de l'accompagnement, de l'aide, de la sensibilisation, et les parties
sont responsables, par cette politique de prévention là, de répondre à
l'objectif que vous recherchez.
Puis, au-delà de ça, c'est intéressant comme
question, parce qu'il y a la CNESST qui va avoir son guide, puis il va y avoir tous les sites Web, tous les numéros
de téléphone, il va y avoir plein d'informations pour aider les
personnes. Tu sais, si une dame est victime ou un homme est victime, bien, il
va savoir, par le contenu minimal de la politique de prévention, à qui il peut
s'adresser. Absolument, c'est tout à fait compris dans les libellés des
paragraphes, là, de la contenu... du contenu minimal.
M.
Paradis : C'est compris, puis je suis content que vous le
mentionniez, parce que, là, maintenant, on va savoir aussi que c'est l'intention du législateur, mais
là ce n'est pas explicité dans cet article, qui, par ailleurs, est quand
même assez... je le dirais assez costaud. Même, il y en a certains qui nous ont
dit que ça plaçait un fardeau trop lourd sur les employeurs. Moi, je pense
qu'un employeur qui fait ce qui est mentionné à cet article est un bon
employeur, puis c'est ça qu'il faut viser.
Mais
vraiment, ça a été tellement souligné à plusieurs reprises qu'il faut que ce
soit facile pour une personne qui se retrouve dans une situation
complexe, qui est souvent en situation de vulnérabilité, et là qui se demande
quoi faire, que l'employeur devrait avoir cette obligation minimale d'indiquer
vraiment très clairement et d'avoir dans sa politique ce répertoire des
ressources internes. Parce que je sais que vous mentionnez les ressources
externes et je sais que la CNESST nous a dit
aussi, là, qu'elle travaillait sur cet enjeu-là, mais je voudrais bien
mentionner ici qu'il s'agit aussi des
ressources internes, c'est-à-dire de spécifier dans sa propre politique :
voici ce qu'une personne qui allègue avoir été victime de cette forme de
violence ou de cette forme de harcèlement... voici, très rapidement et très
clairement, voici là où vous pouvez aller et ce que vous pouvez faire et
quelles ressources sont disponibles pour vous.
M. Boulet : Tout à fait, et c'est ce
que recommandent les expertes, qu'il y ait une personne désignée pour la prise en charge. Évidemment, ça se fait dans un
contexte de confidentialité puis il ne faut pas éparpiller les
ressources internes qui sont susceptibles d'aider ou d'accompagner, mais la
personne qui est désignée, qui aura été formée, qui sait comment le faire, va
pouvoir aussi s'assurer de faire comprendre que...
Puis il faut que je le dise aussi, là, la CNESST
fait des suivis auprès des personnes qui sont en situation... qui ont dénoncé, fait des activités de sensibilisation
auprès des salariés concernant le harcèlement et les violences, fait des
vérifications pour que les politiques soient compatibles avec ce qu'il va y
avoir dans la loi et que les procédures mises en place sont bien appliquées,
bien comprises et répondent aux besoins. Puis, bon, il y a beaucoup
d'outils : les formations, des webinaires, des capsules, des vidéos, des
lignes téléphoniques pour ceux qui ont besoin.
Mais, tout à fait, il y a, je pense, un bel
écosystème, là, d'accompagnement, puis d'aide, puis de connexion des personnes
qui en ont besoin à des ressources externes et internes aussi.
M. Paradis : Je suis rassuré par
votre réponse, mais je me demande toujours si ce n'est pas quelque chose qu'on
devrait rendre explicite, particulièrement à cet article-là qui indique... qui
donne des indications par ailleurs très
claires et très détaillées aux employeurs sur ce qu'ils doivent faire. Est-ce
que... Est-ce que je comprends que, sur cette possibilité de le rendre
explicite ou de rendre cette obligation de renseignements sur les ressources
disponibles, notamment à l'intérieur de l'organisation, vous préférez ne pas
aller là?
M. Boulet : Non, je pense qu'avec
vos questions on s'est exprimé suffisamment clairement. Puis, pour moi,
c'est... ça fait partie de... Bon, il y a évidemment beaucoup d'obligations de
prévention, puis on sait que cette politique de prévention là fait partie
intégrante du programme de prévention qui est fait en vertu de la Loi santé et sécurité du travail. Évidemment, aux
articles 49 et 51 de la Loi santé et sécurité, il y a beaucoup de ce type
d'informations là puis d'accompagnement, puis je pense
qu'on va avoir, en ayant identifié les risques puis fait la formation puis l'information qui s'impose... avoir... je ne veux
pas inonder d'informations. Puis là de dire les ressources, est-ce que
ça peut... je ne veux pas en exclure, plutôt,
il y en a... C'est... Les ressources sont concentrées, notamment à la
CNESST, mais il faut que l'employeur s'assure que la connexion se fasse bien.
M.
Paradis : Très bien, je vais terminer là-dessus, mais, juste
pour préciser, je ne suggère pas que la politique... qu'ici dans cet
article, dans cette modification à l'article, on aille jusqu'à dire qu'on va
identifier les ressources. Ce que je proposais, c'était plutôt qu'on indique
que la politique doit, elle, indiquer quelles sont les ressources.
M. Boulet : C'est important ici de
préciser que la CNESST a une liste d'organismes, puis il y en a... ce n'est pas limitatif, là, mais d'aide, de ressources
spécialisées en santé psychologique, là, parce qu'il y a des cas qui
génèrent des préjudices de nature
psychologique, mais, pour aider, pour accompagner, que ce soit pour protéger
les travailleuses, les travailleurs, n'hésitez pas à faire appel à ces
ressources, aux services qu'elles peuvent offrir, puis la majorité de ces services-là... mais il y en a qui sont gratuits,
il y en a qui sont rémunérés, mais la majorité sont gratuits puis ils sont
répartis, là, dans toutes les régions du Québec, là. Mais, oui, ça fait partie
des programmes de prévention en vertu de la Loi santé et sécurité.
La Présidente (Mme D'Amours) : Terminé,
M. le député de Jean-Talon? Je laisse la parole à M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci, merci, Mme la
Présidente. Alors, pour enchaîner un peu avec ce que mon collègue le député de Jean-Talon demandait, puis j'aimerais vous entendre
là-dessus, M. le ministre, et... On est en train de modifier la Loi sur
les normes du travail. 81.19 oblige l'employeur à prendre des moyens
raisonnables, puis là, bien, on parle d'une politique. Ma compréhension, c'est
que la Loi sur les normes du travail s'applique à toute personne salariée.
J'écoutais
mon collègue de Jean-Talon, évidemment, sa recommandation, ce qu'il
demandait, c'est bien, mais c'est sûr que, si vous avez une grande
entreprise qui ont 100-150 employés, avec une structure, un bureau, des ressources humaines, un site Web, vous allez avoir
tout ça à portée de la main, mais, pendant que j'écoutais mon collègue,
je pensais... parce qu'au Québec on en a des milliers, de petits entrepreneurs
qui ont un ou deux salariés ou trois, ils vont être régis par la loi, ils vont
avoir ces obligations-là. Alors, est-ce qu'il y a... est-ce que vous avez prévu
un mécanisme pour les aider? Parce que je comprends que, dans bien des cas, ils
vont... bon, ils vont développer une politique, ils n'auront pas le choix, ils
pourront en donner une copie à leurs employés, ils pourront en parler, mais, au-delà de ça, comment vont-ils faire pour
s'assurer qu'ils vont remplir toutes les obligations? Et quels sont les
moyens que vous avez en tête pour leur venir en appui, pour éviter... bien
qu'on ne veut surtout pas qu'il y ait un milieu de travail avec du harcèlement, mais, par ailleurs, pour les aider dans ces
nouvelles obligations qu'ils auront à rencontrer?
M.
Boulet : Bien, encore une fois, de ressources, outre la
CNESST, avec la panoplie de ses outils d'accompagnement, il y a les associations sectorielles paritaires,
qui font énormément de formations pour le bénéfice des petites et
moyennes entreprises, il y a les mutuelles de prévention qui sont réparties
dans à peu près tous les secteurs d'activité, et ils font aussi des activités
de formation, puis il y a les organismes d'aide aussi.
Mais un coup
de téléphone... Un entrepreneur, même s'il a quatre employés, il n'est pas
soustrait à l'obligation de prévention qu'on a dans nos lois santé et
sécurité, il n'est pas soustrait du régime d'indemnisation de la Loi sur les
accidents de travail puis il n'est pas soustrait du devoir de respecter tout ce
qui s'impose en matière de prévention, ici particulièrement en matière de
violences à caractère sexuel, et il est à un coup de téléphone ou à un courriel
près d'une ressource pour l'aider.
• (14 h 20) •
M. Morin : D'accord. Alors, bien,
écoutez, je vous remercie, on a la même... on a la même compréhension d'à qui
la loi va s'appliquer.
M. Boulet : Oui, oui, tout à fait.
M. Morin : Puis vous comprendrez
que, dans un souci aussi d'aide à ces entrepreneurs-là, aux propriétaires qui ont des salariés, bien, il faudrait
effectivement s'assurer que les ressources seront également connues, autant...
pour moi, c'est important pour l'employé de
le savoir, autant c'est important, je pense, pour l'employeur d'être capable
d'avoir l'information puis, après ça, bien, d'être capable, évidemment, de la
partager avec ses employés.
M. Boulet : Totalement d'accord.
M. Morin : Merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci,
Mme la Présidente. M. le ministre, l'article 18, qui insère la nouvelle
obligation, a fait réagir quand même beaucoup les intervenants, là,
puis, à défaut de déposer des amendements comme tels, j'aimerais ça vous faire
réagir sur quelques propositions ou éléments que des groupes ont faits...
d'abord, en fait, pas tellement un groupe, mais le rapport de Me Cox et les consorts
fait référence à la politique et dit que, notamment, le paragraphe qu'on
est en train d'amender, là, avec votre proposition, devrait avoir plus de
substance, ça devrait dire que ça doit tenir compte des personnes plus à risque
de subir des violences à caractère sexuel telles que les personnes issues des minorités sexuelles ou de genre, des communautés
culturelles, des communautés autochtones, des travailleurs étrangers,
ainsi que les personnes en situation de handicap. Me Cox dit : Il faudrait
le rajouter dans le texte de la loi pour des vertus...
comment je dirais ça, au-delà de la pédagogie, là, mais de s'assurer d'être bien
sûr que les fameuses formations, informations soient faites, soient
préparées avec des volets particuliers pour ces groupes-là.
M.
Boulet : Je comprends, je respecte, mais ça fait partie
intégrante de la nature des formations. Bon, le Comité consultatif du
travail et de la main-d'oeuvre est consulté pour le contenu, la formation qui a
été dispensée aux juges et aux conciliateurs du Tribunal administratif du
travail, le titre, c'est Les mythes et les stéréotypes, et on sait que les
victimes sont majoritairement des femmes, sont majoritairement des femmes de 18
à 34 ans, sont aussi beaucoup des femmes
issues des groupes LGBTQ+. Donc, ça, ça fait partie des mythes et stéréotypes,
mais on n'écrira pas dans une loi le contenu spécifique de la formation
puis de ne pas négliger de faire de la formation sur des mythes et stéréotypes.
Puis je pense que toute formation, puis là je ne suis pas un spécialiste en
formation, collègue, mais c'est sûr que ça commence
par c'est quoi, la prévalence, c'est quoi, la raison d'être, puis il y a des
statistiques issues d'une enquête sur les inconduites sexuelles, il y a Statistique
Canada, il y a le ministère du Travail, il y a Léger aussi, pour le bénéfice de
la Commission de la construction du Québec, mais on ne pourra pas inclure dans
une loi tous les groupes. On ne peut pas aussi risquer d'exclure des personnes,
là, mais je comprends très bien le but visé par la remarque.
M.
Leduc : Bien, pourtant, Me Cox et compagnie nous disent se
baser sur une autre loi. Dans le mémoire, ça dit : «Remarquant un
certain parallélisme entre le projet de loi et la Loi visant à prévenir et à
combattre les violences à caractère sexuel
dans les établissements d'enseignement supérieur, ci-après, la loi P-22.1, nous proposons», etc., de rajouter ce truc-là. Ça fait qu'eux se disent : Bien,
justement, ce rajout-là, ce genre de rajout là est déjà dans une autre loi
qu'on pourrait dire similaire, alors pourquoi ne pas le faire dans celle-ci?
M.
Boulet : Oui, mais, collègue, je répète, ici, là, c'est du
droit nouveau, c'est une politique qui va faire partie intégrante du programme de prévention puis du plan
d'action. On a collaboré à moderniser complètement le régime de santé et sécurité, et les risques sont au coeur,
notamment les risques concernant la santé psychologique, de ce que doit être la
prévention prise en charge par les parties
pour bien identifier, pour éliminer... en fait identifier, contrôler et
éliminer les risques.
Donc, tout ça
fait partie intégrante, et c'est manifestement... puis je pense que vous voulez
me le faire dire, mais, oui,
c'est compris, puis, si, dans un milieu de travail... puis là je peux donner...
tu sais, si c'est à forte prépondérance féminine, avec une structure
hiérarchique qui fait en sorte que la supervision est à forte prépondérance
masculine, il y a un risque. Il y a des risques, parfois, mais ça, ça dépend de
chaque milieu de travail, de chaque cas et de chaque circonstance, et ça, ça
fait partie de ce qui doit être inclus.
Souvenez-vous de 49 et 51, de tout ce que
doivent contenir les programmes de prévention puis les plans d'action, même dans les petites entreprises, même
si c'est moins lourd. Mais, oui, tout à fait. Mais, encore une fois, on
ne pourra pas aller dans tous les aspects pratiques de ce que la formation peut
engendrer. Moi, je me fie beaucoup, excusez-moi
d'utiliser l'acronyme, là, mais au CCTM, le Comité consultatif travail et
main-d'oeuvre, à la Conférence des arbitres du Québec, aux conseillers
en prévention en santé psychologique de la CNESST, des associations
sectorielles paritaires, des mutuelles de prévention, des organismes d'aide
communautaires. Il y en a énormément et chacun
aborde en fonction des besoins spécifiques qui varient d'une entreprise à
l'autre. En fait, c'est ce que je peux dire.
M. Leduc : Je suis allé vérifier,
là, la loi à laquelle je faisais référence, là, la Loi visant à prévenir et à
combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements
d'enseignement supérieur, P-22.1, au chapitre II, article 3, ça se
lit comme suit : «Tout établissement d'enseignement doit établir une
politique qui a pour objectif de prévenir et de combattre les violences à
caractère sexuel.» Puis, avant de commencer dans les paragraphes, ça dit :
«La politique doit tenir compte des personnes plus à risque de subir des
violences à caractère sexuel, telles que les personnes
issues des minorités sexuelles ou de genre, des communautés culturelles [...]
des communautés autochtones, les étudiants étrangers, ainsi que les
personnes en situation de handicap.» Elles ont littéralement fait un
copier-coller de cet extrait-là qui vise à ce que l'établissement se dote d'une
politique pour dire : On devrait faire la même chose en se dotant d'une
politique. Vous comprenez leur logique, là.
M. Boulet : Non, je pense que
j'ai répondu.
M. Leduc : OK.
M. Boulet : Nous, ici, c'est
complètement différent. La politique de prévention fait partie du programme de
prévention. Ça fait que c'est un tout beaucoup plus large. En fait, s'il y
avait à reviser cette loi-là, à mon avis, il revendiquerait que la politique
fasse partie du programme de prévention. Tu sais, chaque loi a son objet qui
lui est propre, là, mais... Bon, j'ai fait mes commentaires.
M. Leduc : Moi, je n'ai plus
rien pour le paragraphe 2°, mais je vais avoir des... autre chose sur le reste
de l'article. Donc, j'attends qu'on ait fini le paragraphe?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui, exact. Exact. M. le député de l'Acadie.
M. Morin : Merci,
Mme la Présidente. Écoutez, quand je vous posais la question, M. le ministre, à
propos des ressources, bon, vous
m'avez... vous m'avez répondu, entre autres, que les comités paritaires
pouvaient aider les employeurs. Et on me faisait remarquer que,
récemment, en tout cas, il y a plusieurs propriétaires de PME qui n'en peuvent
plus des comités paritaires. Vous avez été interpelé là-dessus, donc peut-être
qu'il faudra penser à d'autres moyens ou ressources pour aider les PME et les
petites entreprises.
Maintenant, puisqu'on est toujours dans
l'article 18, un peu plus tôt ce matin, ma collègue la députée de La Pinière vous a posé une question quant à l'insertion de «provenant de toute
personne» et vous avez... vous avez répondu enfin, bref, que ça pouvait inclure vraiment à peu près n'importe qui.
Je comprends l'objet de la loi, mais j'aimerais simplement rappeler qu'il y a plusieurs groupes qui ont
soulevé la difficulté, finalement, d'application de cette... de cette
disposition.
On est toujours... Bien, on est encore sur
l'amendement?
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
M. Morin : Ah bon! Bien, on va
attendre.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
m'en allais vous...
M. Morin : On va attendre.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
m'en allais, M. le député, vous...
M. Morin : Je
pensais qu'on avait fini sur l'amendement. mais je m'en suis aperçu. Donc, on
va attendre, mais je vais revenir. Je vais revenir.
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
vous en êtes aperçu. Parfait. Donc, je demanderais aux collègues s'il n'y a pas
d'autres interventions pour l'amendement.
M. Boulet : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
ministre.
M. Boulet : Oui, peut-être un
commentaire. Les comités paritaires, ce n'est pas ce à quoi je faisais
référence. Les comités paritaires, c'est en
vertu de la Loi sur les décrets de conventions collectives. Ce n'est pas la
même affaire. C'est les associations sectorielles paritaires qui
dispensent de la formation. Les comités paritaires ne font pas de formation,
elles voient à appliquer un décret de convention dans un secteur comme
l'entretien des édifices publics à Montréal ou le secteur automobile. Ça fait
que c'était simplement... Mais c'est complet. Merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. S'il n'y a pas d'autre commentaire, je vais
mettre aux voix l'amendement du ministre. Est-ce que l'amendement est
adopté?
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Adopté. Nous revenons maintenant à
l'article 18 tel qu'amendé. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve. On
poursuivra avec vous, M. le député d'Acadie. M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
• (14 h 30) •
M. Leduc : Oui, merci. Je vous amène
au mémoire de la CSQ, la Centrale des syndicats du Québec, à la
recommandation 8. Eux, ils disent... ils demandent de retirer le troisième
paragraphe, qui vise à intégrer dans la politique des recommandations
concernant les conduites à adopter lors des participations aux activités
scolaires. Là, le paragraphe 3°...
Une voix : ...
M.
Leduc : Activités sociales
liées au travail, excusez. C'est ça, le paragraphe 3°
dit : «Les recommandations concernant les conduites à adopter lors
de la participation aux activités sociales liées au travail.» C'est ça.
Je vous lis
le paragraphe qui dit pourquoi ils sont mal à l'aise avec ça : «Bémol,
toutefois, pour le paragraphe 3° de cette politique. Une tendance est observée quant à la banalisation de la
violence à caractère sexuel, et ce, tant de la part des personnes ayant commis une agression, des
victimes que des témoins ou des personnes qui reçoivent la dénonciation.
Face à cette culture, que l'on doit changer, il serait faux de croire que
l'énonciation des comportements à adopter et de
ceux à proscrire serait suffisante pour les enrayer dans les activités sociales
liées au travail. C'est par la sensibilisation et la prévention de la violence
à caractère sexuel que doit se faire le travail. Et l'ajout de ce paragraphe à
la politique pourrait laisser penser que cette seule énonciation est suffisante
pour ce type d'activités. Nous proposons donc de retirer l'alinéa 3° de cette
modification.» Qu'est-ce que vous avez à répondre à la CSQ?
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le ministre.
M. Boulet : C'est sûr je ne pourrais
pas répondre à toutes les recommandations de tous les mémoires, mais c'est fortement suggéré que les employeurs, les
syndicats et les travailleurs se prennent en charge pour prévenir. On en
a parlé beaucoup, ça a été médiatisé, dans les partys de Noël, par exemple, il
y a des cas de violence ou il y a des cas de harcèlement qui surviennent. C'est
important de faire des recommandations sur les conduites à adopter dans des activités sociales. Et, pour moi, c'est évident
que ça doit s'inscrire dans une politique de prévention de cette nature-là,
ne pas donner accès à un bar ouvert, ne pas
donner accès à une reconduite par soi-même, avoir des paramètres de
contrôle de l'activité avec des personnes
qui vont s'occuper de celles qui ont des besoins particuliers. C'est vraiment
ça, la substance de ça. Moi, ça m'apparaît être vraiment un
incontournable, il y a assez de cas de jurisprudence sur des situations malencontreuses qui surviennent lors d'activités
sociales, qu'une politique, moi, ne contienne pas des recommandations
sur un code d'éthique ou un code de comportement à adopter lors d'activités
sociales, c'est la réponse que je peux donner à la CSQ.
M.
Leduc : ...ce que je comprends de leur argument, c'est
qu'eux, ils... ils pensent nécessairement qu'une liste serait incomplète
par définition, hein? C'est comme si on dit : Bien là, faire la liste des
comportements à éviter, par définition, sera incomplète et ne couvrira pas tout
et pourrait donner l'impression qu'on a fait ça, et, après ça, c'est aux gens
de se gouverner, puis ça suffit, tu sais.
M.
Boulet : Ah! Non, non, c'est un... c'est un bon point, mais
il ne faut pas aller trop loin, justement, pour donner la flexibilité nécessaire aux parties d'adapter
leurs recommandations à leurs spécificités. Puis d'ailleurs on me
rappelle que le comité d'expertes disait que c'était un des exemples qu'il
fallait... auquel il fallait s'attarder, les conduites à adopter lors de la
participation aux activités sociales liées au travail. C'était clair. Mais ce
n'est pas d'aller dans le menu détail, fais ci ou fais ça, ce n'est pas d'être
contrôlant, mais c'est d'assurer un environnement qui prévient, ou qui diminue,
ou qui élimine les risques qu'il y ait des situations malencontreuses, là.
M.
Leduc : OK. L'autre élément sur lequel je voulais vous
amener, M. le ministre, c'est la recommandation n° 1
du mémoire, cette fois-ci, de la FTQ, Fédération des travailleurs,
travailleuses du Québec, qui dit que, dans le fond, cette politique-là, là,
qu'on contraint les employeurs à développer et à adopter, devrait faire partie
intégrante des conventions collectives. La recommandation 1, elle dit que
«l'article 18 du projet de loi soit modifié afin que la politique pour
prévenir le harcèlement psychologique fasse partie intégrante des conventions
collectives ainsi qu'aux programmes de prévention ou aux plans d'action.» Eux,
ils disent, là, dans l'argumentaire, que ça va augmenter les bénéfices. «Afin
d'augmenter ces bénéfices, la FTQ recommande également d'intégrer la politique
pour prévenir le harcèlement psychologique dans les conventions collectives.
L'intégration de cette dernière permettra une meilleure connaissance de celle-ci de la part des travailleurs, travailleuses,
ainsi qu'une garantie supplémentaire que la politique sera appliquée et
utilisée.» Des fois, ce n'est pas nécessaire, parce qu'il y a des éléments qui
sont d'ordre public.
M. Boulet : Pardon, excusez-moi. Que
la politique devrait faire partie intégrante, mais il y a déjà des dispositions
qui en font partie intégrante, c'est des articles d'ordre public qui sont dans
une loi impérative, et il y en a plusieurs. Puis il y a ce groupe-là, la FTQ,
mais il n'y a pas d'autres groupes qui ont requis ça. Je pense que la prise en
charge par les parties n'impose pas d'alourdir le contenu des conventions
collectives de travail, sinon il faudrait intégrer les articles d'ordre public
qui sont dans toutes nos lois du travail impératives, là, il y a...
M. Leduc : ...
M.
Boulet : Ça ferait des
conventions comme ça, ici, et ça ajouterait un nouveau forum pour interpréter
tout ce qu'il y a dans nos lois. Tu
sais, puis moi, je me souviens d'en avoir déjà parlé à la Conférence des
arbitres du Québec, on ne peut pas transférer des parties de lois dans
les conventions collectives, parce qu'un grief, comme vous savez, c'est défini
dans le Code du travail, comme tout ce qui concerne l'interprétation ou
l'application de la convention, mais il y a des forums qui peuvent varier
dépendamment d'une loi à l'autre, là.
M. Leduc : Mais, si la loi est
d'ordre public, M. le ministre, on peut... peut être l'objet d'un grief.
M. Boulet : Tout à fait. Exact.
M. Leduc : Mais, dans le... pourquoi
vous faites référence à un autre forum? Je ne comprends pas.
M. Boulet : Bien, c'est parce que tu
ne peux pas dire : Chaque article peut faire l'objet d'un grief. La loi
s'impose aux parties, mais tu ne peux pas faire une réclamation en vertu de la
LATMP à un arbitre de grief non plus, là, ça va devant la CNESST, c'est un
régime d'indemnisation, c'est... ça dépend du... de la loi. Tu sais, même si la
Loi sur les accidents de travail est impérative, ce n'est pas... ce n'est pas
la loi ou le contenu de la loi qui peut faire l'objet d'un grief non plus, là.
M. Leduc : Ce qui est d'ordre
public, c'est l'obligation de se doter d'une politique...
M. Boulet : Totalement,
totalement.
M. Leduc : ...mais le résultat, donc
la politique, elle n'est pas d'ordre public, la politique rédigée et discutée.
M.
Boulet : Dans la mesure où elle est dans une... elle est
dans une loi, oui, elle est d'ordre public. C'est une loi d'ordre
public.
M.
Leduc : On se comprend mal. L'obligation, là, 18, là,
l'article 18, qui crée 81.19, vous donne obligation de vous doter
d'une politique. Ça, c'est une obligation...
M. Boulet : Oui.
M. Leduc : ...c'est d'ordre public,
c'est dans les normes, pas de problème.
M. Boulet : Bien oui.
M.
Leduc : Mais son produit, une fois que la nouvelle
politique, elle est discutée puis elle est appliquée, est-ce qu'à votre
sens cette politique-là est nécessairement une partie intégrante de la
convention collective?
M. Boulet : Non, non, pas
nécessairement. S'il y a un défaut à respecter la Loi sur les normes du travail,
il peut y avoir une plainte ou un recours à la CNESST. Ce n'est pas par un
grief que tu vas demander à l'arbitre de sanctionner le non-respect d'une loi.
M. Leduc : Non, mais, si... si la
politique n'a pas été appliquée correctement...
M. Boulet : Bien...
M. Leduc : ...là,
si elle était d'ordre public, elle pourrait faire... est donc intégrée dans la
convention collective, elle pourrait faire l'objet d'une... d'un grief?
M.
Boulet : Oui, c'est une nuance, mais, tu sais, dans la
mesure où le harcèlement psychologique ainsi que le sexuel est dans la
convention, que ça peut faire l'objet d'un grief, le non-respect de la
politique peut faire en sorte que l'arbitre, si c'est soumis en preuve, va rendre une décision en tenant compte de... du
défaut de l'employeur de respecter sa politique.
M. Leduc : ... vous dites qu'on
pourrait le plaider quand même, à défaut qu'il soit de facto intégré dans les
conventions collectives?
M. Boulet : Oui. Oui, parce que
l'employeur, en plus, il a l'obligation de prévenir puis il a l'obligation de corriger aussi, là, puis, s'il y a un grief qui
s'intéresse au harcèlement, ça va faire partie de la preuve qui va être
soumise à l'arbitre, puis l'arbitre va
rendre une décision en en tenant compte. Puis, s'il y a des dommages... puis,
bon, vous connaissez les pouvoirs de
l'arbitre, là, d'imposer des décisions en tenant compte de l'ensemble des
circonstances. Oui, je réponds oui.
M. Leduc : La différence entre une
politique puis une politique intégrée à la convention collective, c'est qu'on
ne peut pas la changer unilatéralement si elle est intégrée à la convention
collective.
M.
Boulet : On ne peut pas la changer non plus. Bien, en fait,
c'est intéressant. Souvent, vous me dites : Est-ce que ça ne devrait pas être adapté? Mais, tu sais,
c'est adapté en continu. Il ne faut pas que ça soit coulé dans le
ciment, parce que, sinon, ils vont dire, pendant quatre ans, cinq ans : On
n'y touche pas, alors qu'il y a des situations qui surviennent qui requièrent
qu'on amende notre politique.
M.
Leduc : Bien sûr, mais qu'on l'amende si elle est dans une
convention collective de concert, de bonne entente.
M. Boulet : Mais là... mais, si la
convention était à renégocier à tous les quatre ans, cinq ans, six ans.
M.
Leduc : Vous savez aussi bien que moi, M. le ministre,
qu'on peut toujours, d'un commun accord, ouvrir la convention, la mettre
à jour.
M. Boulet : Faire des lettres
d'entente, mais ça prend le consentement des deux parties.
M. Leduc : Tout à fait.
M.
Boulet : Mais je pense que, sur le fond, on s'entend, là.
Je comprends... on comprend que la politique, dans la mesure où elle
n'est pas respectée, bien, le non-respect, s'il découle d'une faute de
l'employeur, bien, ça va faire l'objet d'une sanction.
M. Leduc : Je
peux vous confirmer que, même si vous n'avez pas donné droit à la demande de la
FTQ de faire que le résultat de la politique soit partie intégrante de la
convention collective...
• (14 h 40) •
M. Boulet : Absolument.
M. Leduc : ...ça peut se négocier
quand même.
M. Boulet : Ah! bien oui.
M. Leduc : Moi, je suis un syndicat,
je peux, avec ou sans... Mettons que l'employeur discute avec moi, on s'entend
d'une politique, puis je peux, à ma prochaine négo, dire : Cher employeur,
je voudrais que cette politique-là soit partie intégrante de ma convention.
M. Boulet : Je souhaite même que ça
puisse se faire. Je souhaite même que ces politiques-là puissent être adaptées
puis revues de façon épisodique, que ce soit en contexte syndiqué ou non
syndiqué. Une petite entreprise, collègue,
où il y a deux employés, que l'employeur discute avec ses deux employés, les
risques sont constamment évolutifs. Il ne faut pas que ce soit coulé
dans le béton, puis je pense que ces politiques-là imposent un dialogue
constant, puis l'objectif, c'est qu'il n'y en ait plus, de violences, puis... à
caractère sexuel, là, notamment, il faut éliminer ça. La prévalence est trop
étouffante au Québec puis partout, là.
M. Leduc : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Acadie, la parole est à vous.
M. Morin : Oui. Merci, Mme la
Présidente. En fait, pour reprendre un peu où mon collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve était, M. le ministre, simplement pour que ce soit
bien, bien clair, à 18 du projet de loi, quand on parle de la politique et qu'on fait référence à la participation aux activités
sociales liées au travail, je voudrais vous entendre là-dessus, parce
que moi, je veux m'assurer qu'avec la politique l'employeur va être capable
d'établir des normes de conduite lorsque les employés sont... par exemple,
participent à une activité, mais que ça peut être en dehors du lieu de travail,
que ce soit une fête ou autre, et non pas uniquement aux activités sociales,
parce qu'il y a des entreprises où ils ont
ce qu'on appelle, bon, un fonds social, ils font des activités pour les
employés, mais, des fois, c'est sur le lieu du travail uniquement. Donc, je voudrais m'assurer que ça couvre aussi des
endroits en dehors des lieux de travail, que ce soit dans le cadre de dîners, de festivités ou autres, parce que c'est
malheureusement parfois là qu'il y a des événements très malheureux qui
se produisent, puis j'aimerais ça que ce soit clair, sinon, bien, je vous
suggérerais de clarifier davantage cette disposition-là.
M. Boulet : Alors, je clarifie, ça
peut être sur les lieux de travail comme à l'extérieur des lieux de travail, ça
peut être dans un hôtel, dans un restaurant,
dans un... dans un sous-sol, sur un terrain de camping, peu importe
l'endroit.
M.
Morin : Comme ça peut être, évidemment, pendant les heures
de travail ou à l'extérieur des heures de travail.
M. Boulet : Absolument.
M.
Morin : D'accord. Je vous... je vous remercie. Bon, là,
maintenant, on est dans 18, général, n'est-ce pas? Alors...
La Présidente (Mme D'Amours) : Tel
qu'amendé.
M. Morin : Oui, tel qu'amendé,
merci. Un peu plus tôt, aujourd'hui, vous nous avez donné votre définition de
«provenant de toute personne», qui est au début de la disposition, puis
finalement, si j'ai bien compris, ça peut être
à peu près n'importe qui, mais j'aimerais simplement rappeler qu'il y a
plusieurs groupes qui ont émis, en fait, des réserves quant à une définition aussi... aussi large. Puis il y en a
qui... évidemment, qui craignaient que ça place l'employeur dans une
position où il ne pourrait pas nécessairement avoir de contrôle sur des gens
qui... qui pourraient poser des gestes répréhensibles. Je pense, entre autres,
à l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, qui disait : Écoutez, le texte du projet de loi est trop large,
on... en référence à «toute personne», pour refléter l'intention du
législateur d'étendre l'application à la clientèle et aux fournisseurs des
organisations, il mériterait d'être précisé, comme dans le communiqué qui a été
diffusé par le cabinet du ministre lors du dépôt du projet de loi. Cette
précision permettrait d'exclure la responsabilité de l'employeur à l'égard de
personnes sur lesquelles il n'a absolument aucun contrôle. Ça, c'est un...
c'est un élément.
Il y a aussi dans le mémoire de la Fédération
des chambres de commerce du Québec où on nous disait : «La formulation
suggérée par le projet de loi a une vaste portée, alors que, dans les faits,
l'employeur ne peut qu'assurer un environnement de travail sain et sécuritaire
s'il a des interactions entre collègues, fournisseurs et gestionnaires.» On
parlait d'une agression commise par un voisin.
Et également,
dans le mémoire de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, on
donnait également l'exemple du
télétravail, et, là-dessus, j'aimerais vous entendre, M. le ministre, parce
qu'on sait, maintenant, c'est une réalité dans le
monde du travail, il y a de plus en plus de gens qui font du télétravail. Il y
a sept ou huit ans, on n'en aurait probablement pas parlé, c'était un très
faible pourcentage. Maintenant, ce pourcentage-là est plus élevé, puis on sait qu'il y a même plusieurs employés qui ne
veulent pas nécessairement retourner sur les lieux du travail, puis il y
a des employeurs, pour avoir une main-d'oeuvre qualifiée, qui comprennent ça
très bien. Et donc jusqu'où... jusqu'où ira, finalement,
cette... cette obligation-là? Et là on peut penser à différents exemples,
quelqu'un qui fait du télétravail, donc, c'est... son lieu de travail, c'est sa résidence, il y a des gens qui ne
vont à peu près plus jamais dans un bureau ou au lieu de travail qui appartient à l'employeur. Bon,
cette personne-là est chez elle, il y a un livreur qui passe, qui,
malheureusement, l'agresse. Alors, jusqu'où ça va aller? Et est-ce qu'il
ne serait pas opportun de peut-être mettre quelques balises pour clarifier la
situation?
M. Boulet : Je vais essayer d'être
bref, là, parce que je ne pourrai pas répondre à tous les mémoires.
Dans un premier temps, le concept de «toute
personne» est bien établi en jurisprudence. Il est un concept plus large que la notion de tiers. Il y a beaucoup
de groupes qui ont exprimé de la satisfaction à l'égard de l'utilisation
de «toute personne», et donc, ça peut être un sous-traitant, un fournisseur, un
client, et c'est tout à fait bénéfique, et ça s'applique aussi aux
télétravailleurs.
Puis ce qu'il
faut rappeler constamment, c'est que le régime d'indemnisation établi par la
Loi sur les accidents de travail est
sans égard à la faute, il y a une immunité à cet égard-là et, donc les
personnes bénéficient d'une indemnisation. Si tu es en télétravail,
c'est la même réalité, puis on l'a modernisée, cette loi-là, puis on a inclus
l'environnement du télétravailleur, puis le concept de «toute personne»
s'applique à tout salarié, donc, et le télétravailleur est un salarié, donc ça
s'applique à lui. Et là il y a une multitude d'exemples, là.
Puis c'est sûr qu'on n'éliminera pas, collègue,
les risques d'interprétation, puis est-ce que la présomption s'applique, là, parce que c'est souvent des
réclamations en indemnisation, mais en matière de prévention, c'est sûr
qu'il faut qu'un employeur soit soucieux de la réalité des télétravailleurs.
Puis, s'il y a des personnes qui vont livrer du
matériel, bien oui, s'il y a une agression ou une violence à caractère sexuel,
la personne, ultimement, pourrait dire : Je fais une réclamation à la
CNESST pour être indemnisé et bénéficier de l'analyse qui est requise de la
part d'un agent d'indemnisation.
Ça fait que moi, je vous rassure, «toute
personne», c'est un concept qui est bien établi en jurisprudence, qui n'est pas
limitatif, puis ça s'applique aux télétravailleurs et télétravailleuses aussi.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : D'autres
interventions sur l'article 18 tel qu'amendé? Je vais la mettre aux voix.
Est-ce que l'article 18, tel qu'amendé, est adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
L'article 19, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. 19. L'article 81.20 de cette loi est modifié :
1° dans le premier alinéa :
a) par la suppression de «123.7,»;
b) par l'ajout, à la fin, de la phrase suivante :
«Le délai visé à l'article 123.7 s'applique à ces recours et les parties sont tenues d'indiquer
celui-ci à la convention collective.»;
2° par le remplacement, dans le troisième alinéa, de «sont aussi» par
«, incluant celles de l'article 123.7, sont».
La Présidente (Mme D'Amours) : Commentaires?
M. Boulet : Commentaire. En fait,
bien, il y a un amendement qui a été présenté.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que vous voulez déposer l'amendement?
M. Boulet : Tout de suite? Oui.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que l'amendement a été sur Greffier et que les collègues de l'opposition l'ont
reçu?
M. Boulet : Oui, et je l'ai
expliqué.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait...
M. Boulet : Donc...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...pouvez-vous nous en faire la lecture, s'il vous plaît M. le ministre?
• (14 h 50) •
M.
Boulet : Bien sûr, donc :
Remplacer le
sous-paragraphe a) du paragraphe 1 ° de l'article 19 du projet de loi par le
suivant :
a) par le remplacement
de «123.7, 123.15 et 123.16» par «123.15, 123.16 et 123.17»;
Explication. Bien là,
la modification, au départ, ça créait l'obligation spécifique de reproduire
explicitement, dans les conventions, le délai
de deux ans pour porter plainte en cas de harcèlement psychologique puis ça
prévoit également une modification de concordance concernant
l'application de ce délai aux recours prévus en vertu de la Loi sur la fonction
publique.
Et l'amendement,
c'était pour intégrer les articles concernant les ententes pour régler une
plainte relative à une conduite de harcèlement dans la convention collective
aussi. Et c'est tout, c'est aussi simple que ça.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je vais demander une suspension quelques minutes, s'il
vous plaît.
(Suspension de la séance à
14 h 51)
(Reprise à 15 h 01)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Le ministre ayant lu son amendement, est-ce qu'il
y a des interventions sur l'amendement? S'il n'y a pas d'intervention, je vais
mettre aux voix l'amendement. Est-ce que l'amendement est adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
Nous revenons, M. le ministre, à l'article 19 tel qu'amendé. Oui,
allez-y, M. le ministre.
M. Boulet : Non,
j'allais dire «adopté».
La Présidente (Mme
D'Amours) : Parfait, merci. Non, je croyais que vous aviez une
intervention à faire avant, mais, M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve, s'il
vous plaît...
M. Leduc : Ce
ne sera pas trop long, je vous le promets. Mémoire de la CSD. J'aime toutes les
centrales syndicales, vous le savez, M. le
ministre, toutes égales. Même si je suis un ancien conseiller de la FTQ, je les
aime toutes égales. Je vous lis un
extrait, c'est à la page 12, du mémoire de la CSD, qui salue les
modifications, là, pour renforcer le harcèlement psychologique, mais,
par contre, ils disent : «Là où nous nous inquiétons est la bonne...» «Là
où nous nous...» «Là où nous nous inquiétons est la bonne vérification du
respect de ces obligations. La recommandation 42 du rapport Se donner
les moyens pour agir comportait un élément que le PL n° 42
n'a pas retenu, soit que, si la convention
collective ne contient pas les dispositions pertinentes de la LNT concernant le
harcèlement psychologique, il est
alors présumé que l'employeur n'a pas rendu disponible aux personnes qu'il
emploie la politique de prévention du harcèlement
prévue par la LNT. Nous défendons cette recommandation car nous jugeons qu'elle
traduit bien, dans le cadre du milieu de travail où une convention
collective est présente, l'obligation de l'employeur de mettre en place une telle politique. Dit à la négative, une convention
collective ne devrait pas différer la mise en place d'une telle politique.»
M. Boulet : Sincèrement,
je ne comprends pas très bien, là, mais je ne sais pas si vous pouviez résumer
en deux mots ce que vous venez de m'expliquer.
M. Leduc : Bien,
la CS dit... la CSD dit : En reprenant... La CS dit, Jean dit...
M. Boulet : Le
français, collègue.
M. Leduc : La
CSD dit qu'elle reprend une recommandation du rapport Se donner les moyens
pour agir. Elle dit : C'est bien
qu'il y ait une convention collective, mais, si elle n'est pas partie prenante
de la convention collective, un peu
en lien avec le débat qu'on avait tantôt, on présume que la politique n'a pas
été rendue publique. Je pense que c'est une espèce de façon de forcer
l'employeur à diffuser et rendre public, parce qu'à ma connaissance, vous me corrigerez
si j'ai tort, il n'y a pas de disposition dans votre loi qui précise la manière
ou l'obligation de l'employeur de rendre disponible sa politique.
M. Boulet : Ah
mon Dieu! Bien, il y a de la formation, il y a de l'information. Évidemment, la
loi, on la rendra... on va la rendre publique aussi, là. Elle est accessible à
tout le monde, mais ne serait-ce que via la formation, l'information, les techniques de... puis qui... la personne responsable
de la prise en charge, comment tu fais ton signalement, les obligations
de confidentialité, etc., mais, oui, moi, je pense, ça passe par la formation,
information, là. Ça fait que, si c'est
l'appréhension ou l'inquiétude de la CSD, je tiens à les rassurer, centrale
syndicale pour qui j'ai beaucoup de respect, comme vous aussi.
M.
Leduc : Quand il y a un nouvel employé qui arrive,
souvent, il y a une rencontre avec un délégué syndical. Souvent, on lui
remet une copie de la convention collective. Là, je parle pour la partie
syndicale, puis là ce que je devinais, puis ça fait écho à l'échange qu'on
avait il y a quelques instants, c'est qu'il y avait une vertu pédagogique à
rajouter dans la convention collective le contenu de la politique ou, du moins,
l'évocation que la politique fait partie intégrante de la convention collective
en disant : Bienvenue dans telle entreprise, bienvenue dans tel syndicat,
nous avons le contenu de la politique ici avec tout le reste de tes droits,
bien sûr. Et là eux autres disent : Si ce n'est pas partie intégrante de la
convention collective, on n'a pas de garantie que l'employeur va l'avoir
diffusé.
M.
Boulet : C'est un bon point, puis, je répète, formation,
information, puis je vous rappellerai qu'à 81.19, au début, là, on dit,
à la deuxième phrase du premier paragraphe... du deuxième paragraphe : «Il
doit notamment — il
doit — adopter
et rendre disponible à ses propres salariés une politique de prévention...»
Alors, oui, donc, il ferait défaut si... Donc, si ça peut rassurer nos amis de
la CSD...
M. Leduc : On les salue, et tous
ceux qui nous écoutent. Merci.
M. Boulet : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Acadie.
M.
Morin : Oui, merci. Alors, écoutez, j'aimerais savoir
dans... À l'article 19, 81.20, on en a parlé, on parle d'un délai
de deux ans, mais ce délai de deux ans, si ma compréhension est bonne, c'est
dans les deux ans de la dernière manifestation de cette conduite, donc la
dernière manifestation d'une conduite qui a donné lieu à, évidemment, un non-respect
de la politique ou à un acte indésirable. La personne aurait donc deux ans pour
porter plainte ou pour faire un grief, et je voulais savoir avec vous pourquoi
vous n'avez pas retenu, notamment pour... dans le cas du harcèlement
psychologique ou de violence à caractère sexuel, un délai de deux ans du
préjudice qui découle du harcèlement psychologique, et je vous explique
pourquoi.
Je vois... je vois votre réaction, mais, vous
savez, dans certains cas de harcèlement psychologique ou de violence à caractère
sexuel, il y a des gens qui sont tellement affectés par ce qu'ils ont subi
qu'ils sont d'abord incapables, dans un
premier temps, d'en parler, deuxièmement, de porter plainte, puis il y a des
gens aussi qui doivent suivre un
suivi psychologique, puis ça peut même prendre du temps avant qu'ils aient un
diagnostic, puis certains ont des diagnostics de syndrome
post-traumatique, et ça prend du temps, et ces gens-là sont vulnérables, sont
profondément affectés puis ils ne peuvent
pas travailler, puis, des fois, bien, ça peut prendre plus que deux ans. Je
voudrais juste m'assurer que ces gens-là, on ne les laissera pas pour
compte, parce que c'est souvent les plus traumatisés, et ça peut prendre des
années avant que ça revienne et puis qu'ils puissent regagner le marché du
travail.
Donc, je peux comprendre qu'avec ma question,
évidemment, là, on peut couvrir une période de plus que deux ans, mais je voudrais simplement m'assurer qu'avec ce que vous
proposez on n'aura pas quelqu'un qui va arriver à deux ans, trois mois, deux ans, quatre mois, puis
qu'on va lui dire : Non, finalement, vous n'avez plus de recours
parce que vous étiez... vous étiez tellement poqué que, finalement, le délai
s'est écoulé. Puis j'aimerais ça... j'aimerais ça que vous nous expliquiez pourquoi vous avez opté pour une définition
plutôt que celle dont je vous parle présentement, M. le ministre.
M. Boulet : Bon, rapidement, deux
ans, ça a fait l'objet d'un consensus. Souvenez-vous, c'est vous qui avez
amendé... en fait, le gouvernement qui nous a précédés. Le 12 juin 2018
est entrée en vigueur une réforme importante de la Loi sur les normes du
travail, et, avant, c'était un délai de 90 jours de la dernière
manifestation, et, pour les raisons que vous avez mentionnées, ça a été repoussé
à deux ans justement pour assurer la sécurité des droits des personnes dont les
préjudices pouvaient les empêcher de faire des griefs en temps opportun, ou des
réclamations, ou des plaintes.
Et là vous
m'amenez dans une autre loi, la loi sur les accidents de travail, maladies
professionnelles. Ce deux ans-là est considéré comme étant suffisant, et
ce qu'on a fait aussi dans la modernisation du régime de santé et sécurité, on
a intégré à la liste des maladies professionnelles présumées, qui font maintenant
partie d'un règlement plutôt qu'une annexe, les troubles de stress
post-traumatique.
Donc, une personne qui serait victime et, en
raison de ce TSPT, incapable de continuer à travailler, elle pourrait
bénéficier d'une indemnisation. Elle bénéficierait d'une présomption qui lui
permettrait d'obtenir une indemnisation puis, bon, si elle a besoin de faire un
grief, elle pourrait aussi bénéficier de ce droit-là pendant une période de
deux ans suivant la dernière manifestation. Donc, c'est un délai qui... qui est
quand même assez récent et qui répond à vos préoccupations.
• (15 h 10) •
M. Morin : Si vous me permettez, je
vous dirai, la société évolue. C'est vrai qu'avant c'était un délai de
90 jours. C'est vrai qu'un gouvernement libéral précédent l'a amené à une
durée plus longue. Maintenant, la société change aussi, puis on a de plus en
plus de cas, puis c'est de plus en plus documenté. Ma préoccupation, c'est
qu'on ait des gens qui soient vraiment affectés puis qu'à un moment donné le
délai soit passé.
M. Boulet : Je
dois m'incliner... Peut-être qu'il y a des cas... En même temps, je pense
qu'une personne qui est en mesure de démontrer un motif raisonnable justifiant
son défaut de respecter le délai, elle pourrait quand même faire un recours, là, dépendamment du corpus qui
s'applique. Est-ce que c'est la convention, ou la Loi sur les normes, ou
la loi sur les accidents de travail? Mais, dans le cas de la loi sur les
accidents de travail, maladies professionnelles, quelqu'un qui a un motif
raisonnable pour être relevé de son défaut de respecter le délai pourrait le
faire. Ça fait que c'est vraiment du cas par cas puis c'est vraiment des cas
moins... beaucoup moins nombreux.
M.
Morin : Je suis
d'accord avec vous, il n'y a probablement pas beaucoup de ces cas-là. Bien, en
fait, j'espère, j'espère qu'il n'y en
a pas beaucoup. Je n'ai pas de statistique là-dessus, mais j'espère. Mais, en
fait, mon point, M. le ministre,
c'est qu'il faut les considérer puis il ne faut pas les laisser pour compte,
ces gens-là, qui sont les plus affectés.
M. Boulet :
Absolument, tout à fait.
M.
Morin : Donc, je veux juste m'assurer qu'on n'en
laissera pas tomber.
M. Boulet : Tout
à fait, d'accord avec vous.
M. Morin : Mais
vous ne changerez pas la définition du délai?
M. Boulet : Non.
Le délai, c'est deux ans, puis c'est un délai qui est jugé relativement
consensuel et qui, dans la pratique, n'a pas mené à aucune aberration ou aucune
négation de droit qui a été portée à notre attention ou, en tout cas, à
l'attention des partenaires du marché du travail.
M. Morin : D'accord.
Je vous remercie.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. D'autres interventions sur l'article 19 tel
qu'amendé? Est-ce que l'article 19, tel qu'amendé, est adopté?
M. Morin : ...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oh! pardon, attendez, j'ai...
M. Morin : ...parce que, là, dans 19, bien, évidemment, on va
en parler aussi plus tard, de la... toute la question de la
confidentialité qui... qui va se retrouver plus tard à l'article 25, là...
M. Boulet : ...plus
loin, oui, oui, tout à fait.
M. Morin : ...mais
je veux juste m'assurer qu'on pourra en discuter éventuellement.
M. Boulet : Tout
à fait.
M. Morin : Très
bien. Je vous remercie.
M. Boulet : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Je vois qu'il n'y a pas d'autre intervention sur l'article
19 tel qu'amendé. Je vais le mettre aux voix. L'article 19, tel qu'amendé, est
adopté?
Des voix :
Adopté.
La Présidente (Mme
D'Amours) : L'article 20, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Boulet : Oui,
merci, Mme la Présidente.
Cette loi est
modifiée par l'ajout, après l'article 97, du chapitre suivant :
«Chapitre IV.1.
«Disposition
particulière applicable aux situations de violence en milieu de travail.
«97.1. Afin
d'assurer la protection de toute personne en milieu de travail, une disposition
d'une convention ou d'un décret ne peut avoir pour effet d'empêcher un
employeur, lorsqu'il impose une mesure disciplinaire à une personne salariée en raison d'une inconduite
relative à [...] la violence physique ou psychologique, incluant la
violence à caractère sexuel au sens de l'article 1 de la Loi sur la santé et la
sécurité du travail, de tenir compte d'une mesure disciplinaire qui a
précédemment été imposée à cette personne en raison d'une inconduite relative à
l'une de ces formes de violence.»
Commentaire.
Cette disposition a pour objet d'assurer la protection de toute personne en
milieu de travail. Elle prévoit qu'un
contrat de travail ne peut avoir pour effet d'empêcher un employeur de tenir
compte d'une mesure disciplinaire
précédemment imposée à une personne salariée en raison d'une inconduite
relative à de la violence physique ou
psychologique qu'elle a commise antérieurement, incluant la violence à
caractère sexuel, lors de l'imposition d'une mesure disciplinaire concernant
une nouvelle inconduite relative à l'une de ces formes de violence.
Merci. C'est complet. Merci, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Commentaires sur l'article 20? M. le député
d'Acadie, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, Mme la
Présidente. Alors, écoutez, M. le ministre, je comprends que, par cette disposition-là, vous voulez vous assurer que, si
quelqu'un a une mesure disciplinaire ou autrement, à cause qu'il a
été... qu'il aurait été reconnu responsable d'une inconduite relative à de la
violence physique, psychologique ou de la violence à caractère sexuel, au fond,
son dossier va pouvoir le suivre, et un nouvel employeur pourrait avoir accès
ou pourrait poser des questions là-dessus,
obtenir des informations pour éviter justement que ces gens-là changent
d'emploi et puissent continuer à commettre des actes répréhensibles. Est-ce que
je comprends bien?
M. Boulet : En fait, le but, là,
c'est essentiellement de protéger la personne à l'encontre de récidivistes ou
de personnes violentes soit au plan physique ou psychologique, incluant la
violence familiale, conjugale ou à caractère sexuel, simplement de les
protéger. Les parties peuvent négocier, convenir de clauses d'amnistie, moi,
j'aime mieux dire des clauses de pardon, là,
et c'est juste que, dans l'application du principe de gradation des sanctions,
la clause ne peut pas empêcher un employeur de tenir compte d'un
événement qui s'est passé il y a quatre ans ou il y a huit ans.
Évidemment, quand il impose une mesure
disciplinaire, il tient compte de circonstances aggravantes puis circonstances
atténuantes, parce que je sais qu'il y en a qui disent : Oui, mais, Jean,
quelqu'un qui se réhabilite... Mais,
justement, la personne qui se réhabilite sera une circonstance atténuante qui
sera considérée par l'employeur avant d'imposer une sanction, mais, au
moins, il saura qu'il y a eu un comportement violent, physique ou psychologique
dans le passé. C'est simplement pour permettre à l'employeur de mettre en application
le principe de gradation ou de progressivité dans les sanctions, simplement,
puis je pense que le degré d'acceptabilité sociale de cet article-là est
particulièrement élevé, les associations étudiantes et beaucoup d'autres
groupes l'ont requis, et moi, je trouve que c'est un article fondamental de
notre projet de loi.
M. Morin : Et, là-dessus,
comprenez-moi bien, là, je trouve également que c'est essentiel. Dans certaines
conventions collectives, par exemple, il y
a... il y a une obligation, par exemple, de détruire des dossiers
disciplinaires après un nombre d'années, puis là, à un moment donné, woups! ça
disparaît, plus personne n'en a... en a la trace, effectivement.
Donc, ce que
je veux m'assurer, c'est que non seulement ces dossiers-là ne disparaîtront
pas, là, et donc l'employeur... si jamais la personne commet un autre
acte répréhensible de même nature, le décideur aura accès à ces
informations-là, comme vous l'avez mentionné, pour faire en sorte qu'il puisse
imposer une mesure appropriée puis, vous
l'avez dit vous-même, là, en tenant compte de circonstances aggravantes ou
atténuantes dans les circonstances, mais, si l'employé change
d'employeur, est-ce que le nouvel employeur pourrait avoir accès à ça? Est-ce
qu'il pourrait poser des questions et en être avisé? Parce que, sinon, tu sais,
je vous donne un exemple, là, il y a quelqu'un qui se ramasse avec différents
employeurs, ces employeurs-là, par exemple, ont des... ont des entreprises qui
s'occupent de personnes vulnérables, puis là, bien, la personne continue à
commettre des actes, est-ce qu'il y a un moyen de faire en sorte qu'on va
pouvoir arrêter ça?
M. Boulet : C'est malheureusement
le... j'allais dire le «scope», là, mais l'objet de la Loi sur les normes du travail,
c'est de régir une relation d'un salarié avec son employeur et, s'il
démissionne puis il s'en va ailleurs, bien là c'est une autre loi qui
s'applique, c'est la Loi sur la protection des renseignements personnels dans
le secteur privé, puis l'employeur ne pourrait
pas... L'employeur A ne pourrait pas dire : Moi, je shoote son dossier
disciplinaire à l'employeur B. Il pourrait le faire si l'employeur B
fait signer un formulaire de consentement au salarié, et aujourd'hui la plupart
des employeurs, ils font signer des
formulaires de consentement aux personnes avant de les embaucher pour obtenir
accès à un dossier antérieur, mais ce n'est pas le sens de la loi sur... La Loi
sur les normes du travail, c'est le salarié avec son employeur. Donc, c'est
essentiellement pour protéger les salariés qui sont en relation d'emploi avec
leur employeur.
• (15 h 20) •
M.
Morin : En fait, je vous... je vous suis. C'est-à-dire
que, quand un employé change d'employeur, très souvent, l'ancien
employeur ne sait pas nécessairement où l'employé est allé. Donc, s'il... ce
serait très difficile pour lui d'envoyer le dossier. Il ne le saura pas. Mais
je veux juste m'assurer que, pour le nouvel employeur, par exemple, lui pourra demander à l'employé, et puis, là,
l'employé est tenu évidemment de lui dire la vérité, et qu'il pourra avoir
accès aux renseignements de l'ancien
employeur pour éviter que des personnes avec un comportement totalement
inacceptable puissent continuer à propager des actes répréhensibles à gauche et
à droite.
M. Boulet : C'est tellement
intéressant, puis je n'avais pas anticipé une remarque de cette nature-là, mais
il faut que notre projet de loi soit un
message fort pour les employeurs québécois. Il faut lutter, tout le monde
ensemble, contre ces violences à caractère sexuel, et ici on fait en sorte que
les clauses d'amnistie, notamment, ne protègent pas les récidivistes qui font
du mal à la société, qui ont des comportements qui ont des effets corrosifs non
seulement pour la victime, mais pour la famille puis les proches, puis il faut
être soucieux de cette réalité-là, qu'il y a de ces personnes-là qui peuvent se
promener d'un employeur à l'autre.
Il faut donc que les employeurs soient
conscients de cette réalité-là et s'assurent d'obtenir les informations pas
seulement quand il y a un motif raisonnable, mais, si tu veux t'assurer
d'embaucher les bonnes personnes qui ont des
comportements respectueux de ton environnement de travail, je pense que c'est
tout à fait normal et acceptable qu'un employeur demande à un candidat à un
poste son consentement pour lui permettre d'avoir accès à un dossier
disciplinaire antérieur.
Moi, je
trouve que, si notre projet de loi peut servir à conscientiser puis... bon, à
conscientiser à l'importance de ce fléau-là, là... Ça n'a pas de bon
sens que 49 % des personnes, dans une année, en 2020, aient eu
connaissance ou aient subi un comportement
sexualisé inapproprié ou discriminatoire dans leur milieu de travail. Il y a
des coûts importants aussi pour la société québécoise, des coûts
humains, des coûts sociaux puis des coûts économiques, mais je trouve... moi,
je suis d'accord avec ce que vous dites.
M. Morin : Et c'est
effectivement une statistique qui fait peur quand on la lit, on la regarde puis
qu'on pense à l'impact que ça peut avoir, et
effectivement vous avez... vous avez raison, il y a... il y a des personnes, il
y a des vies qui sont totalement affectées. Il y a un aspect tellement
humain dans tout ça, mais il y a aussi... il y a aussi un facteur... (panne de son) ...parce que, quand vos employés ne sont pas capables de travailler à
cause de comportements inappropriés, bien, évidemment, l'entreprise perd
également. Donc, il y a tous... il y a tous ces volets-là, je vous entends très
bien, M. le ministre, mais, dans le cadre de
votre projet de loi, ne serait-il pas approprié de mettre une disposition qui
rappellerait, finalement, cet aspect, cette importance-là, pour les employeurs,
de s'assurer qu'ils vont aller chercher les bons renseignements pour éviter que
ces personnes-là se promènent d'un endroit à l'autre?
M. Boulet : On
le fait par tellement de moyens. Je ne sais pas, est-ce qu'on vous avait envoyé — j'avais
demandé qu'on vous l'envoie — la campagne sociétale de la CNESST?
Est-ce que vous l'avez regardée? C'est quand même assez percutant. Parce que ces violences-là, là, ce n'est pas qu'avec un
supérieur immédiat, c'est souvent entre collègues de travail, c'est
souvent dans des environnements où il y a une justice organisationnelle qui est
déficiente, c'est dans des endroits où tout peut se passer, et je pense que
c'est la diversité des moyens d'information, de formation et de sensibilisation
qui vont nous permettre de faire comprendre à tout le monde... Puis, tu sais,
dans la loi, il y en a plein, d'obligations,
là, tu sais, quand même qu'on dirait... puis, tu sais, nul n'est censé ignorer
la loi, mais je pense que c'est par des
moyens de diffusion à grand déploiement au sein de la population québécoise
qu'on va atteindre les meilleurs résultats puis, avec ce projet de loi là, dans la mesure où ça devient une loi, je
pense qu'on va faire un grand pas en avant, là, mais...
M. Morin : En
fait, en résumé, cette disposition-là vise uniquement le cas où il y a une
relation entre un employeur et un employé, et, dans ce milieu de travail
là, si un individu est reconnu responsable d'une conduite totalement
inappropriée, son dossier disciplinaire va demeurer.
M. Boulet : En fait, il y a une
clause d'amnistie qui a été négociée par les parties, mais elle ne s'appliquera
pas. L'employeur ne sera pas tenu de respecter... ne peut empêcher un employeur
de tenir compte d'une violence antérieure avant d'imposer sa sanction pour un
nouveau comportement violent, qu'il soit physique ou psychologique. Moi, je pense que c'est... On ne peut pas avoir
peur d'avoir peur, mais on peut certainement avoir peur des
récidivistes, puis, dans le cas présent, ça ne vise qu'à protéger les victimes
réelles et potentielles à l'égard des récidivistes ou ceux qui ont un potentiel
de violence physique ou psychologique en milieu de travail. Voilà.
M. Morin : Je vous remercie.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Je cède maintenant la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Boulet : ...si vous
permettez, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
allez-y, M. le ministre.
M. Boulet : Ça s'applique aussi
dans les environnements non syndiqués, là, c'est partout.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. C'est tout un débat, là, la question des clauses d'amnistie. Moi,
je me rappelle avoir été contacté par des assos étudiantes, il y a presque deux
ans de cela, qui commençaient à réfléchir, qui menaient campagne... On en avait
eu, des échanges informels, le ministre et moi, sur le sujet, parce que, moi,
ça me prenait un peu de court, puis je n'avais jamais réfléchi à ça, puis, quand
j'avais vu que le ministre consultait des organismes, là, quelque part en
octobre... septembre, octobre, puis qu'il y avait une référence à... que
pensez-vous des clauses d'amnistie,
blablabla... OK, il va peut-être y avoir quelque chose qui va bouger en ce
sens-là, et c'est l'article, donc, en question qui est devant nous
aujourd'hui.
J'ai quelques éléments avec lesquels je veux
jongler avec le ministre. La première... Dans tout ce débat-là, il s'est écrit
beaucoup de choses, puis moi, je regrette qu'il y ait eu un mélange des genres,
peut-être, puis je serais curieux d'entendre le ministre là-dessus. Quand je
discutais avec les assos étudiantes puis avec des gens avec qui... ça
intéresse, ce dossier-là, je leur disais : Tu sais, s'il y a une violence
qui est faite, à caractère sexuel, puis qui est... qui est, selon toute bonne
conscience, là, quelque chose de complètement inacceptable, on devrait procéder
au renvoi de la personne, à la mise à pied de cette personne-là : Vous
êtes renvoyé. Ça serait la bonne pratique de gestionnaire.
Puis, pour un paquet de
mauvaises raisons, trop souvent, j'ai vu des gestionnaires de ressources
humaines avoir peur de la contestation qui
viendrait suite à un renvoi, à travers un grief, bien sûr, puis dire : Ah
bien! On va juste se faire une petite tape sur les doigts, dépendamment,
évidemment, de la hauteur de l'offense. Et là, éventuellement, cette tape sur
les doigts là pourrait faire l'objet d'une clause d'amnistie. Souvent, c'est
six mois, un an, ça disparaît du dossier
puis, souvent, ça ne disparaît pas physiquement du dossier, là, c'est...
surtout qu'on ne peut plus l'évoquer dans une éventuelle gradation de
moyens... pas de moyens de pression, ça, c'est un autre domaine, mais une
gradation de sanctions. Mais j'aimerais ça entendre le ministre, d'abord,
sur... selon lui, peut-il me faire une espèce de séparation d'éléments de
violence à caractère sexuel qui feraient, selon lui, l'objet d'un renvoi
immédiat ou qui feraient l'objet d'une sanction?
Puis, je termine en disant cet élément-là,
rappelez-vous, quand j'ai questionné Me Cox là-dessus en toute fin d'intervention, lors des études détaillées... des
audiences, pardon, je lui ai dit : Qu'est-ce que vous pensez de cette
clause-là dans le... dans le mémoire... dans le projet de loi du ministre? Et
elle dit : Ah! bien, nous, on n'avait pas tellement réfléchi à ça, on
était plus sur les normes de travail. Je dis : Oui, d'accord, mais là vous
l'avez vu, le projet de loi, qu'est-ce que
vous en pensez? Puis elle nous avait dit : Bien, si l'offense produite
n'est pas suffisante pour briser le lien de confiance entre l'employeur
et son salarié, c'est donc qu'elle est comme très mineure, on assume, pourquoi
on la ferait sauter, la clause d'amnistie?
Ça fait que j'aimerais ça entendre le ministre,
qu'il me fasse peut-être une typologie de qu'est-ce qui mériterait d'être un
renvoi immédiat puis qu'est-ce qui mériterait d'être une offense mineure et
d'avoir absolument une simple sanction.
• (15 h 30) •
M.
Boulet : Bon, dans un premier temps, quand on réfère à une
gradation des sanctions, ça part d'un avertissement oral, un avertissement écrit ou une réprimande. Ça
peut être une suspension d'une journée, trois jours, trois semaines,
trois mois. Ça peut être une suspension d'un an. Ça peut être un congédiement.
Et il y a
aussi une gradation dans les comportements sexualisés inappropriés, puis tout
n'est pas nécessairement inapproprié, ça dépend du contexte, mais il y a
tellement de comportements sexualisés inappropriés qui ne justifient pas le congédiement. Puis vous n'êtes pas le
premier qui me dit : Pourquoi ne pas les congédier?, mais tout ne mérite
pas le châtiment ultime qu'est le congédiement. Puis, si on disait aux
employeurs : Congédiez dès qu'il y a une violence à caractère sexuel, on
s'exposerait à une vague de congédiements pour des raisons qui ne sont pas
suffisantes.
C'est la raison pour laquelle les arbitres qui
se mettent dans la bottine ou dans les bottines des employeurs analysent l'ensemble des circonstances : ça
fait combien d'années, quelle est la relation, quelle est la parole, quel est
le geste, quel est le comportement, est-ce
que ça peut être une tape à un mauvais endroit, est-ce que ça peut être une
accolade, est-ce que ça peut être des
commentaires? Parfois, ça va beaucoup plus loin. Parfois, c'est des actes sans
consentement.
Il y a une gradation, puis je ne suis pas un
spécialiste en actes à connotation sexuelle, mais il y a une... il y a évidemment une échelle de gravité, et, tu sais, le
congédiement est toujours consécutif à de quoi de grave, et tout n'est
pas grave. Puis, tu sais, je me suis assez
souvent fait dire : Tout est en crescendo, que ce soit une violence à
caractère sexuel en milieu de travail, ou une violence conjugale, ou une
violence familiale, ça commence en bas de la montagne puis, graduellement,
c'est toléré, graduellement, il y a des impacts qui sont plus importants,
graduellement, ça devient beaucoup plus physique, ce n'est jamais avec
consentement. Parfois, ça peut être avec consentement.
Mais moi, je le répète souvent, là, même si
ça... Puis, si ça fait 12 ans puis que c'est un événement sexualisé,
inapproprié, de moins de gravité, parce que, pour moi, tout est grave, là, mais
admettons ça, bien, l'employeur, il va le
considérer. C'est juste que la clause d'amnistie ne pourra pas l'empêcher d'en
tenir compte. Mais, comme ça fait 12 ans, ce n'est pas la même
conséquence qu'un événement qui est survenu un an et demi d'avance. Puis il y
en a, des clauses d'amnistie que c'est un an. J'ai vu des neuf mois, des
12 mois, des 15 mois. Vous le savez autant que moi, ça ne marche pas
dans des cas de violence. Puis je le répète, ça ne veut pas dire que... C'est
juste dans l'application du principe de gradation des sanctions. Puis, oui,
l'UEQ puis la FECQ, ils sont totalement derrière ça.
Puis on a travaillé, d'ailleurs, la loi sur la
protection des stagiaires, là, dans le milieu étudiant, combien de stagiaires
étaient victimes de ce type puis maintenant ils sont protégés. Mais il ne faut
pas, puis que ce soit... Peu importe la
nature de l'environnement de travail, on ne peut pas permettre de pardonner.
Puis c'est une violence physique ou
psychologique. C'est ce que, simplement, on vient dire. On protège les victimes
puis on ne protège pas les agresseurs.
M. Leduc : Vous avez répondu un
petit peu, mais pas tant que ça, à ma question. Vous avez énuméré des exemples.
Moi, je cherchais à avoir des exemples pointus et précis d'actes qui
tomberaient dans la catégorie des actes mineurs faisant l'objet d'une sanction
ou des actes qui tomberaient dans la catégorie des renvois immédiats.
M. Boulet : Oh, mon Dieu! Bien là,
encore une fois, ça va dépendre de la relation, de l'environnement, mais, tu sais, ça peut être un regard déplacé, ça peut
être un toucher, ça peut être un compliment inapproprié, ça peut être
une accolade inappropriée qui ne justifie
peut-être pas un congédiement, dépendamment du rapport entre les deux
personnes, dépendamment de l'aveu, dépendamment des excuses. En fait, chaque
cas en est un d'espèce. Mais il y a des cas... bien, il y a des cas graves.
Puis d'ailleurs, dans notre projet de loi, ce
qui est important, pour moi, aussi, c'est de développer une culture de
signalement en milieu de travail. Tu sais, quand 79 %, selon Léger, dans
le secteur de la construction, voient ou subissent
soit de la menace, de l'intimidation ou de la discrimination puis qu'ils ne
signalent pas par peur de représailles ou par peur d'un congédiement...
Ce n'est pas toujours un congédiement. Parfois c'est une représaille, parfois,
c'est une sanction différente. Mais il faut intégrer ça dans les milieux de
travail.
Mais je ne suis pas
capable finement, collègue, parce que ça m'ennuie de parler de ça, je trouve ça
tellement intolérable. Et, même si c'est anodin, je ne pense pas qu'il y ait
des comportements sexualisés inappropriés qui puissent
être tolérés. Mais je sais qu'il y a une panoplie, quand même, de comportements
inappropriés qui ne justifient pas le châtiment ultime. Ça, j'en suis
convaincu. Puis vous le savez autant que moi.
M.
Leduc : Vous avez quand même évoqué quelques exemples
pointus, vous avez parlé de regards, d'accolades. Là où je vous amène,
M. le ministre, c'est que, dans tout le droit du travail qu'on a construit,
historiquement... puis cette logique de gradation des sanctions, vous le savez
aussi bien que moi que ce n'est pas nécessairement sur le même sujet que se
construit une gradation des sanctions. Puis là, en faisant disparaître les
clauses amnistie ou la façon dont vous l'avez formulé... On a eu notre débat
là-dessus, sur si c'était de la justice naturelle ou pas, on n'a pas la même
lecture, passons.
Je vous donne un exemple. Quelqu'un fait un
regard qu'on a considéré comme une infraction, on va dire, mineure, pas en train de vouloir dire que c'est
banal, mais mineure par rapport à autre chose, reçoit une sanction.
Vous, vous dites : Maintenant, cette sanction-là, elle peut devenir
permanente, malgré une clause d'amnistie. Elle peut ne pas être considérée. On dit la même chose. Si la personne, en effet,
réalise que ce n'était pas volontaire, c'était mal... ce n'était pas ça qu'il voulait faire, c'était tout
croche, il s'en excuse, il fait une formation, et il se réforme, et on n'en
entend plus jamais parler, puis, dans 10 ans, 15 ans, il se brouille
un peu avec son employeur, puis il arrive 15 minutes en retard, puis
l'employeur décide de serrer la vis puis de dire : Je te sanctionne pour
ton 15 minutes en retard, bien là la logique
de la gradation pourrait faire en sorte qu'on le congédie en disant : Il y
a 15 ans, tu as fait ton regard, on n'en a jamais rentendu parler,
puis tu t'es réformé, tu t'es excusé, puis, pour tout le monde, c'est un
dossier clos, mais moi, je peux m'en resservir, puis le rajouter, puis
construire le fait que tu es arrivé 15 minutes en retard puis que, là,
finalement, ta face ne me revient plus, 15 ans plus tard, puis procéder à
un renvoi.
M. Boulet : Non, on va se replacer,
là. C'est une inconduite. Il faut que, là, arrive une inconduite relative à de
la violence physique ou psychologique, ce n'est pas un retard de
15 minutes, ça ne s'appliquerait pas.
M. Leduc : ...ça s'applique, bien
sûr, à ça.
M. Boulet : Bien, vous dites :
Il a commis de quoi il y a 20 ans, puis là il est en retard de
15 minutes, il s'est réhabilité entre les deux.
M. Leduc : ...gradation des
sanctions, ce n'est pas nécessairement sur le même sujet.
M. Boulet : Bien, généralement, dans
les conventions, les clauses d'amnistie, c'est des infractions de même nature.
Quand ce n'est pas des infractions de même nature, il faut que, dans le principe
de gradation, tu tiennes compte de l'élément atténuant, là. Si ce n'est pas
dans la même famille d'infractions, il y a un impact, assurément.
Et je veux juste revenir à votre exemple. Il y a
20 ans, il commet même une inconduite et il s'amende, il se réhabilite.
Ceci dit en passant, la réhabilitation, moi, il y a beaucoup d'experts qui me
disent qu'il y a des profils de personnes
violentes, physique et psychologique, c'est dans la nature de cette réalité-là
de récidiver, puis la réhabilitation...
M. Leduc : Ah! ce n'est pas une
garantie.
M. Boulet : ...c'est loin d'être...
M. Leduc : On s'entend là-dessus.
M. Boulet : Puis, s'il y a une
effective réhabilitation, bien, ce sera considéré comme un élément atténuant. Mais je reviens à votre exemple. Si, là, il est en
retard de 15 minutes, ce n'est pas une inconduite, parce que ça
empêche... ça permet à l'employeur de ne pas tenir compte de la clause
d'amnistie dans le cas où, là, survient une inconduite de violence physique ou
psychologique.
M. Leduc : Donc, il n'y aura pas de
mélange de sujets ou de dossiers?
M. Boulet : Absolument pas.
M. Leduc : Bon, il y a déjà ça de
réglé. Autre chose que je veux vous entendre, M. le ministre, c'est la concordance
entre cet article-là et les articles similaires qui sont dans le projet de loi
de votre collègue, du ministre de l'Éducation. Pouvez-vous nous expliquer
comment ils vont coexister et se parler ou pas? Parce qu'il est à l'étude, en
ce moment, un projet de loi sur le milieu de l'éducation...
M.
Boulet : ...lui, c'est une clause... mon collègue à
l'Éducation, c'est une clause de même nature. Évidemment, on s'est
assurés d'une cohésion. Nous, on a préparé notre article avant, mon collègue
s'en est inspiré. Et eux... Nous, c'est les inconduites à caractère... les
violences, alors que lui, c'est la protection de l'élève. Et, au sein d'un
centre de services scolaire, sa clause
prévoit notamment que l'école, l'établissement peut vérifier l'existence de
comportements inadéquats dans un emploi antérieur dans un
centre de services scolaire pour assurer la protection de l'élève. Donc, ce
n'est véritablement pas le même motif. Et, eux, bien évidemment, comme c'est un
centre de services scolaire avec des écoles, ce n'est pas appliqué de la même
manière. Nous, on régit la relation employeur-employé et... et c'est dans des conventions collectives qu'on retrouve des
clauses d'amnistie. Mais, même en milieu non syndiqué, là, il n'y en a
pas, de ces types de clauses là. Mais ce n'est pas de même nature, mais c'est
libellé selon la même... tu sais, de même nature, là, quand même.
• (15 h 40) •
M.
Leduc : ...le personnel enseignant ou le personnel
scolaire en général, syndiqué, du réseau public autant que privé, sera
assujetti aux deux articles, celui qu'on est en train de discuter et celui du
projet de loi de votre collègue?
M. Boulet : Totalement. Le
professeur de telle école, dans sa relation avec son employeur... L'école va
pouvoir tenir compte d'une inconduite antérieure pour déterminer la sanction
appropriée pour une inconduite, pour une
violence actuelle. Et c'est sûr que ce professeur-là, s'il se promène, s'il va
dans une autre école, si on tient compte de la disposition dans le
projet de loi de mon collègue, bien là c'est des comportements violents qui
pourraient avoir un impact sur la protection de l'élève. C'est tout à fait
cohérent, les deux, là.
M.
Leduc : Ça faisait référence à des articles que je me
rappelle, là, d'une personne qui avait... un enseignant, je pense, qui
était à Montréal, qui avait commis des infractions, qui avait été sanctionné et
même renvoyé, si je ne me trompe pas, mais qui avait traversé le pont puis qui
était allé travailler à Laval, puis que, là, tout allait bien... bien, tout allait bien, en tout cas, ils ne le savaient
pas, eux autres, ils ne pouvaient pas le savoir. On est dans ce genre de
situation?
M. Boulet : Exact.
M.
Leduc : OK. Une autre question, M. le ministre. Quand je
vous parlais, tantôt, des discussions que j'avais avec les mouvements étudiants, donc la Fédération étudiante collégiale, l'Union des étudiants du Québec, la discussion
sur les clauses d'amnistie tournait toujours alentour du domaine bien pointu
des violences à caractère sexuel. Or, votre article
ouvre plus large que ça. Vous dites «violence à caractère sexuel», mais on
ajoute, dans le lot, deux autres sujets, deux autres thèmes qu'est la violence physique puis la violence
psychologique. J'aimerais ça comprendre votre cheminement. Pourquoi vous avez décidé d'aller un peu plus large que ce
que réclamaient les propres associations étudiantes?
M. Boulet : ...de la définition
qu'on a dans la loi santé et sécurité du travail, puis vous savez qu'on a
travaillé longtemps là-dessus. Quand on parlait des risques psychosociaux ou de
la santé psychologique, on a les violences physiques ou psychologiques puis on
dit tout le temps «incluant la violence familiale, conjugale ou à caractère sexuel». Donc, ces comportements-là, ils sont de
même nature, c'est des comportements de violence, et il nous
apparaissait très approprié de le considérer comme ça. Parce que c'est difficile
aussi, parfois, de départager, hein, le physique... Tu sais, on le disait, pour
le harcèlement psychologique, c'est souvent plus tard qu'on réalise qu'une
connotation sexuelle... Ça fait que, pour ces clauses-là, c'est important de
s'assurer que le concept comprend tout ce qui peut potentiellement être à
caractère sexuel, puis je pense que vous me comprenez, là. Mais c'était ça, le
raisonnement.
M. Leduc : ...vous avez envisagé
d'ouvrir à d'autres thèmes, mais que, finalement, vous vous êtes restreints à
ceux-là?
M.
Boulet : Tout à fait. Puis d'ailleurs c'était le mandat que
j'avais donné au comité d'expertes, c'était d'abord et avant tout les
violences à caractère sexuel, mais tenant compte de la cohésion avec les
concepts, harcèlement psychologique et sexuel, et de ce que nous avions dans la
Loi santé et sécurité du travail. Oui, on s'est limités à ça parce que je ne voulais pas... Tu sais, c'eût pu
être plus complexe, là, d'aller à d'autres types de comportements. C'est
une loi dont le titre est clair, qui vise à
lutter puis combattre le harcèlement psychologique et les violences à caractère
sexuel.
M.
Leduc : Est-ce que vous pouvez me donner un exemple d'un
élément supplémentaire que vous avez évalué à ajouter mais que vous n'avez
pas retenu, finalement?
M. Boulet : Non, moi je n'en ai pas
considéré. Personnellement, là, je n'y ai pas pensé. J'y ai pensé, que ça
pouvait être plus large que ça, mais je n'ai jamais identifié un type d'autres
comportements fautifs, là, parce qu'on réfère à une faute commise par un
salarié qui pourrait justifier que l'employeur puisse ne pas tenir compte de la
clause d'amnistie. Non.
M.
Leduc : OK. Et, à votre avis, la définition et le
périmètre «violences à caractère sexuel», «violences physiques»,
«violences psychologiques» est assez bien délimité et défini pour éviter de la
confusion entre ces trois thèmes-là?
M. Boulet : Ah
mon Dieu! Oui, totalement convaincu. D'ailleurs, tout ce qui concerne la
prévention qui doit être incluse dans les
programmes et les... les programmes de prévention et le plan d'action, oui, ça
s'articule autour de ce concept-là. Évidemment, je le répéterai tout le
temps, je ne suis pas naïf, c'est du droit nouveau, c'est du droit qui va
requérir de la pédagogie. Est-ce qu'il y aura des risques d'interprétation ou
d'application? J'en douterais. Je pense que
l'article... On a jonglé, puis je trouvais que c'était ça qui était la
formulation la plus respectueuse que nous pouvions avoir et qui est compatible avec nos objectifs. On
ne va pas au-delà de ce qui est nécessaire pour respecter les objectifs
de la loi de lutter et de combattre. Puis il
reste que le mot clé là-dedans, collègue, là, c'est «violence physique,
psychologique», «that's it». Excusez-moi.
M. Leduc : Les
groupes qui sont venus nous parler de ça, en particulier les groupes syndicaux
qui ont à jongler avec des clauses d'amnistie, par définition, avaient
différentes suggestions. Il y en a qui disaient : Il ne faut pas toucher à
ça du tout. Peut-être un peu moins bien reçu. Certains disaient : C'est
bien beau tel quel. D'autres disaient :
Il faut peut-être trouver un genre de terrain milieu entre l'abolition totale
ou ce qu'ils considèrent, eux, comme l'abolition
totale des clauses d'amnistie — je
sais que ce n'est pas la lecture que vous nous présentez aujourd'hui — et les
clauses actuelles, vous l'avez évoqué vous-même, qui sont souvent à l'ordre de
six mois, neuf mois, un an, un an et demi,
donc des délais qu'on pourrait qualifier de courts. En conséquence, il y a des
groupes qui nous ont dit : OK, c'est vrai qu'il faut serrer un peu
la vis, mais qui étaient inconfortables à l'idée de les abolir complètement et
qui disaient : Est-ce qu'un compromis ne pourrait pas être de mettre une
espèce de minimum, que les clauses d'amnistie d'ordre public ne peuvent pas
être de moins de... il y en a qui disaient deux ans ou cinq ans, par exemple.
Est-ce que ça ne peut pas être... Est-ce que vous avez considéré ça quand vous
avez vu les mémoires?
M. Boulet : Oui,
je l'ai considéré. Mais ce n'est pas parce que ça a été commis il y a cinq ans
que ça n'a pas le même impact. Puis, tu
sais, je réfère à notre collègue libéral, les violences psychologiques, là, ou
à caractère sexuel, j'ai vu des cas, puis je ne référerai pas à des cas
précis parce que vous les connaissez, c'est 10 ans, 12 ans après.
Parfois, il y a des cas qui génèrent des répercussions psychologiques pendant
le reste d'une vie. Moi, là, de mettre une limite, là, à cinq ans... Si c'est survenu, je le répète, il y a huit ans, puis
il ne s'est rien passé, l'employeur va le considérer comme un élément
atténuant, et ça fait partie des facteurs à considérer par l'employeur. Puis
l'arbitre, vous le savez, il rend une décision d'opportunité, il peut rendre
toute décision qui aurait dû être rendue par l'employeur en tenant compte des
circonstances.
Ça
fait que je comprends ce point-là, cinq ans, huit ans, 10 ans, mais on ne
les élimine pas, on fait simplement dire : Ça ne peut pas empêcher
un employeur d'en tenir compte, tout simplement, mais... Puis ça peut être un,
ça peut être deux, ça peut être trois comportements puis... Mais, oui, je l'ai
considéré puis je pense qu'inéluctablement on doit aboutir là. Il faut, le
mieux possible protéger les victimes puis il faut le moins possible protéger
les agresseurs.
M. Leduc : ...M.
le ministre, on ne les élimine pas, puis le texte de loi que vous nous
soumettez, c'est ça que ça dit, je suis d'accord. Par contre, dans l'effet réel
que ça va produire, ça risque, 99 % du temps, de les rendre inopérantes,
je... Qui vivra verra, là. Mais c'est quoi, l'intérêt, une fois cette loi-là
adoptée, pour une partie syndicale d'aller négocier des clauses d'amnistie
encore?
M. Boulet : Sur
tous les autres types de comportements fautifs en milieu de travail...
M. Leduc : ...
M. Boulet : Sur
la violence, non, on ne pardonne pas la violence. On s'assure que la violence
antérieure soit considérée dans le contexte
de l'imposition d'une sanction en ce qui concerne une inconduite violente
contemporaine.
M. Leduc : Je
me suis mal exprimé, M. le ministre, je reformule. D'après vous et d'après
votre ministère, quel sera l'effet de l'adoption de cet article-là sur les
conventions collectives du Québec dans leurs renégociations des prochaines
années?
M. Boulet : Les
conventions collectives vont tenir compte, comme l'ensemble des normes qu'il y
a dans la Loi sur les normes, comme l'ensemble des obligations et des droits
qu'il y a dans nos lois santé et sécurité, accidents de travail... Ils vont
s'assurer que les conventions respectent. Moi, j'aurais une clause d'amnistie,
sous réserve de l'application de l'article 97.1 de la loi.
M. Leduc : ...d'après vous, une conséquence où certains
employeurs pourraient en profiter pour dire : On flush toutes les
clauses d'amnistie, incluant celles pour les retards, mettons?
M. Boulet : Non.
Non, parce qu'il y a des employeurs... Évidemment, chez les partenaires, il n'y
avait pas d'unanimité. Je pense qu'il y a quand même un assez bon consensus en
faveur de la disposition telle qu'elle est, mais il y a des employeurs qui
revenaient à la liberté contractuelle, il y a des employeurs... Mais ça fait
partie du pouvoir de négociation. Mais je ne pense pas que le corridor étroit
des violences dans les clauses d'amnistie ait un impact sérieux sur le rapport
de force des parties à une table de négociation. Au contraire, moi, je pense
que ça va les inciter peut-être à négocier des articles dans les conventions
collectives pour éviter que ça survienne, pour faciliter la détection des
personnes qui ont des comportements comme celui-là.
• (15 h 50) •
M. Leduc : Sauf
erreur, il y a une analyse d'impact, là, qui va être adoptée à la fin du projet
de loi, si je ne me trompe pas, ou on en
discutera plus tard, là. Mais est-ce que ça va regarder... Par curiosité,
j'oserais dire, intellectuelle, je suis curieux de voir ce qui va
arriver dans le futur avec ces clauses-là dans les conventions actuelles du
Québec. Est-ce que c'est quelque chose qui va être observé à votre ministère?
M. Boulet : Absolument.
Moi, je suis convaincu qu'on fera le suivi des impacts. Comme vous savez, les
conventions collectives de travail sont toutes déposées chez nous, à mon ministère,
puis, oui, on aura certainement un regard attentif sur l'impact que ça peut
avoir sur le libellé des clauses de conventions collectives. Puis vous savez qu'il y a un rapport d'application de la loi au
bout de cinq ans, et ça, c'est un des éléments, j'aime ça que vous
attiriez mon attention là-dessus, ce sera un
des éléments qui fera partie du rapport de mise en application au bout de cinq
ans.
M.
Leduc : Il y a un dernier sujet, Mme la Présidente, que
j'aborderais avec le ministre sur ce dossier important des clauses d'amnistie. On a eu un échange, la
semaine dernière, sur une proposition que j'ai mise en jeu, le 47.2,
47.3, l'obligation de représentation syndicale, qui n'a, à mon avis,
malheureusement pas été retenue par le ministre. Mais, dans le cadre de cet
échange-là, il y avait tout un débat sur la justice naturelle, le droit à une
justice naturelle puis le fait que, selon le ministre, ma proposition ébranlait
un peu les fondements de cette justice naturelle là. Et moi, je lui répliquais :
Oui, mais votre proposition sur les clauses d'amnistie aussi. Il n'était pas
d'accord avec mon analyse, et c'est son droit, bien sûr.
Je veux juste lui poser la question. Sur cet
article de votre projet, l'article n° 20, est-ce
que... Si d'aventure, ça me surprendrait que ça arrive, mais c'est possible, si
d'aventure une organisation ou un individu décide d'apporter votre article et votre loi, en particulier
celle-là, devant les tribunaux, en disant : Ça ne devrait pas être permis,
ça, parce qu'on alléguerait que ça brime ma justice naturelle, est-ce
que vos juristes qui ont travaillé là-dessus sont convaincus que ça résisterait
au test des tribunaux?
M. Boulet : C'est une bonne
question. En fait, ce qu'on a analysé, c'est ce qu'on appelle un risque
constitutionnel. Comme vous savez, depuis 2015, le droit de négociation
collective, la liberté d'association, ça fait partie intégrante de nos chartes,
ça ne peut être limité que de façon très, très prudente. Et il y en a... Bien,
il n'y a pas... il n'y a pas une centrale
syndicale ou un syndicat qui va s'attaquer, mais on a analysé le risque
constitutionnel et on en est venus à la conclusion que le risque était
faible, même en tenant compte de l'intérêt public puis des motifs justifiant
cette clause-là, que les chances de gain à la cour, le cas échéant, seraient
élevées.
M.
Leduc : On parle bien d'un risque faible que quelqu'un le
conteste ou risque faible si quelqu'un le conteste?
M. Boulet : Non, un risque faible de
défaite devant un tribunal.
M. Leduc : Parce que, je veux dire,
je partage votre analyse qu'il y a peu de chances que ça arrive, au même titre qu'il
y a peu de chances...
M. Boulet : ...dans l'hypothèse où
quelqu'un disait : Cette clause-là est à l'encontre de la liberté
d'association parce que ça brime le droit des parties de négocier
collectivement, leur liberté contractuelle, les chances de succès d'un tel
recours sont faibles.
M.
Leduc : OK. Parce que c'est intéressant parce qu'on est
vraiment à la frontière entre le droit et la politique, puis c'est un
débat...
M. Boulet : Bien oui. Tellement.
M. Leduc : ...similaire à celui
qu'on avait sur le serment au roi, qu'on est allés modifier la Constitution
canadienne avec une loi de l'Assemblée nationale.
M. Boulet : Oui. Bien oui.
M. Leduc : Beaucoup de juristes
auraient plaidé que ça ne se fait pas puis qu'on n'a pas le droit de toucher à ça,
et... Mais qui l'a contesté à ce jour? Personne. Qui le contestera un jour?
Peut-être personne non plus, et c'est une bonne nouvelle. Donc, merci pour
l'échange, M. le ministre, c'est apprécié.
M. Boulet : C'est bien, bien
apprécié. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Maintenant, je cède la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. J'ai... Dans un échange précédent avec vous, M. le ministre, puis avec des gens qui sont venus en audience,
j'ai parlé de l'importance de bien connaître l'état actuel du droit pour
bien comprendre ce qu'on est en train de faire, et je vous dis tout de suite où
je m'en vais avec mes questions, mais j'ai
l'impression, puis c'est un petit peu ça sur lequel j'aimerais avoir vos
commentaires, j'ai l'impression que l'article 97.1 cherche en
quelque sorte à cristalliser l'état actuel du droit, en fait, établi par la
jurisprudence. Et donc c'est pour ça que... Parce qu'il y a des gens qui nous
demandent d'aller plus loin, il y a des gens qui nous demandent d'aller moins
loin, mais, en réalité, j'ai l'impression, M. le ministre, qu'ici c'est l'état
actuel du droit.
Donc, vous l'avez bien mentionné, cet article-là
vise principalement la récidive. Parce que ce que l'article dit, il n'interdit
pas les clauses d'amnistie, il vient dire qu'elles ne peuvent en aucun cas
avoir pour effet d'empêcher un employeur de tenir compte
d'une infraction ou d'une faute du même genre qui aurait été commise
précédemment par une personne, donc, qui est rendue à l'imposition de la
sanction. Donc, on a déterminé que cette personne-là, elle avait soit posé un
geste de harcèlement ou encore de violence physique ou psychologique, incluant
la violence à caractère sexuel. Donc, en quelque sorte, cette personne-là est
une récidiviste, et la loi vise clairement à faire en sorte qu'il n'y ait pas
de récidive.
Donc, est-ce que j'ai raison de penser que cet
article-là est inspiré notamment de la jurisprudence qui suit la décision de la
Cour d'appel du Québec dans l'affaire Centre de réadaptation en déficience
intellectuelle du Saguenay—Lac-Saint-Jean,
CRDI, contre Fortier et que c'est ça que l'article cherche à cristalliser?
Est-ce que c'est bien l'intention du législateur, M. le ministre?
M. Boulet : Je ne peux pas
m'exprimer mieux que vous, collègue, sur le fond, sur la façon de faire, sur la
possibilité d'avoir des clauses d'amnistie, mais de ne pas empêcher l'employeur
d'en tenir compte dans les cas de violence. Puis, oui, j'ai cette décision-là,
puis effectivement ça confirme ce que la Cour d'appel nous mentionne. Moi, je pense qu'on va tous être fiers de cet
article-là, les quatre... bien, en fait, nos équipes aussi, nos cinq, là, en
fait.
M.
Paradis : Donc, cette jurisprudence-là ne s'applique pas
seulement à la violence à caractère sexuel, mais, de fait, comme l'article 97.1 cherche à le
faire, elle s'applique aux... à toutes les formes de violence physique et
psychologique, incluant la violence à caractère sexuel?
M. Boulet : Totalement.
M. Paradis : C'est l'état du droit
actuellement.
M. Boulet : C'est la décision de la
Cour d'appel. Puis je ne l'ai pas relue récemment, mais la cour précise, en
terminant, qu'un avis disciplinaire, là, en 2007, ne pouvait pas, en soi,
justifier un congédiement, mais il s'agissait là d'un fait à considérer dans le
cadre d'une preuve où le continuum était un facteur essentiel et où il était
important d'apprécier la crédibilité de l'intimé, peu importe
l'article 5.07 de la convention, compte tenu de l'article 93 de la LNT. Est-ce que j'irais jusqu'à dire que ça
cristallise l'état du droit? Ce n'est, en fait, pas incompatible avec une
décision de la Cour d'appel du Québec, puis vous le soulignez de façon
parfaite, là, puis...
M.
Paradis : Très bien. Donc, je le dis parce que, là, ici, on
est en train de parler de l'intention du législateur, et c'est parce
qu'il y a des gens qui nous invitent, par exemple, à prévoir des limitations
temporelles, hein, donc du temps que tu peux aller chercher en arrière. Mais
ça, ce serait, en réalité, un recul par rapport à ce qui existe déjà dans la jurisprudence. Certains nous disent que ça
devrait s'appliquer seulement à la violence à caractère sexuel, mais ça
pourrait être un recul par rapport à ce qu'il y a actuellement. Puis ce qu'on
ne veut pas, nous, actuellement, comme législateurs, c'est de faire des reculs,
mais plutôt d'assurer d'au moins clarifier que c'est ça qu'on veut, comme état
du droit, et qu'au contraire on veut aller de l'avant. Je comprends bien?
M. Boulet : Vous avez parfaitement
raison, et je suis d'accord avec tout ce que vous venez de dire.
M. Paradis : Très bien. J'oserais
aussi... puis je vais vous demander de réagir à ça, mais plusieurs parlent de l'importance de la réhabilitation, et ça, c'est
une valeur très importante au Québec. Et, dans un mémoire d'une centrale
syndicale, on dit : Bien, si on interdit
les clauses d'amnistie, bien là on va comme décourager les gens de s'engager
sur le chemin de la réhabilitation parce
qu'ils vont dire : Bien, ça sert à quoi, de toute façon? Tu sais, je vais
avoir une tache sur mon dossier toute
ma vie. Mais, en réalité, la loi n'empêche pas, donc, de dire, bien, qu'on veut
amnistie, mais elle dit : Si tu récidives, si tu es un récidiviste,
si tu es une personne récidiviste, bien là on va tenir compte de tes
antécédents. Et donc je pense qu'on... Est-ce que le législateur, donc, a voulu
obtenir cet équilibre-là en disant : Bien oui, on veut lancer le bon
message sur la réhabilitation, mais, en même temps, on veut dire : Pour la
récidive, c'est tolérance zéro, puis là l'employeur, bien sûr, va pouvoir tenir
compte de ce qui s'est passé avant, parce qu'on ne veut pas créer des
situations de récidive?
• (16 heures) •
M.
Boulet : Totalement d'accord avec tout ce que vous venez de
dire. Et la meilleure réhabilitation, dans mon esprit, là, c'est de ne
pas récidiver. C'est point final.
M. Paradis : Très bien. Bon,
certains nous ont dit, par contre, qu'il y a des situations sur lesquelles on
aimerait agir, puis c'est celles où il y a une démission ou quelqu'un qui est
congédié avant qu'on se rende à l'étape de la
sanction, donc il n'y a rien dans son dossier, ou encore la difficulté, entre
les employeurs, de pouvoir communiquer les
antécédents sur des questions de violence physique ou physique... ou
psychologique, incluant la violence à caractère sexuel, puis ça, c'est un problème. Donc, ça fait en sorte qu'on ne se
rend pas, si vous voulez, à la situation de 97.1. Juripop, par exemple,
nous dit : Pourriez-vous considérer, comme législateurs, une facilitation,
donc, de la communication des antécédents justement pour être dans le domaine
de la prévention?
Je le sais, je vous
vois, là, réagir, je sais que c'est quelque chose de très délicat, parce qu'il
y a des droits constitutionnels, il y a le
droit à la confidentialité, etc. Mais c'est vrai que c'est une difficulté
réelle dans la prévention de la récidive. Est-ce que vous avez réfléchi
à cette question-là? Est-ce que vous avez considéré des possibilités dont vous voudriez nous parler
aujourd'hui, donc, qui auraient pu être un autre pas en avant en matière de
prévention, notamment de la violence à caractère sexuel, là, puis
d'éviter des récidives, là, finalement, des personnes qui passent d'un
département à un autre ou d'un employeur à un autre, d'une entreprise à une
autre?
M. Boulet : Oui,
mais oui, la réflexion, je l'ai faite à plusieurs reprises. Ceci dit, la règle
cardinale en matière de droit de la
protection des renseignements personnels au Québec, c'est le consentement. Et
là on se retrouve, nous, dans une loi
dont l'objet est de régir la relation entre un employeur a et un employé b ou
un salarié b. Et là c'est une relation triangulaire, le salarié b s'en
va travailler pour l'employeur c. Ça fait que, là, c'est une autre loi dont
l'objet est complètement différent et dont l'essence s'articule autour du
consentement, à l'exception de, puis... Mais je me suis fait la réflexion, mais je pense que, juridiquement, c'est beaucoup plus
solide d'y aller de cette manière-là puis de ne pas affecter les droits individuels au point de
dire : Tout va se transférer d'un employeur à un autre, puis comment ça va
se faire, puis comment ça va être géré, puis comment ça va être traité, puis
comment il va y avoir des recours à la Commission
des droits de la personne parce qu'il y aura des plaintes de discrimination
fondées sur un dossier antérieur. Ça fait qu'il y a... il y a beaucoup
d'enjeux.
Ce
que vous soulevez impliquera peut-être une analyse plus approfondie, mais ça
commence à être complexe, puis je ne suis pas certain que le Québec est
à ce stade-là, là, de requérir... mais, encore une fois, notre loi, dans la
mesure où ça impose la prévention, je pense qu'implicitement, quand tu
embauches, tu dois t'assurer que la personne ne soit pas à risque ou qu'elle
n'est pas... puis c'est pour ça que les employeurs... puis c'est des cinq, six
lignes, là, ils font signer des formulaires de consentement, puis ce
formulaire-là, dès qu'il est signé par le candidat, candidate, comme
j'expliquais tout à l'heure, permet à l'employeur c d'appeler l'employeur a et
d'obtenir l'information qui est dans son dossier et... Mais c'est du travail
pour l'avenir.
M. Paradis : Très bien. Donc, je comprends que vous l'avez
analysé, puis vous... vous avez dit : Il n'y a pas de moyens, là,
qui permettraient d'aller là. Et donc on revient au principe de base,
c'est-à-dire que 97.1, en réalité, là, il va...
il va confirmer, là, permettez-moi de le dire comme ça, mais il va confirmer la
jurisprudence actuelle qui dit que, s'il
y avait une convention qui faisait en sorte que... qui empêchait un employeur
de tenir compte d'une sanction imposée précédemment pour le même type de
violence à caractère sexuel, notamment, ça viendrait contrevenir, en fait, au
caractère d'ordre public des dispositions de la Loi sur les normes du travail,
dont il y en a une qui dit : De la violence physique, de la violence psychologique, incluant la violence à caractère
sexuel, on n'en veut pas, puis, si tu en as déjà fait dans le passé, il faut qu'on en tienne compte dans
la sanction pour empêcher les récidives. C'est ça, le principe de base.
M. Boulet : Absolument.
Totalement d'accord.
M. Paradis : Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Terminé, M. le député de Jean-Talon? M. le député
d'Acadie, la parole est à vous.
M. Morin : Merci,
Mme la Présidente. Pour... pour revenir à la discussion qu'on a eue
antérieurement, M. le ministre, quand je
vous disais ou je vous demandais : Est ce que... est ce que ce serait
possible, par exemple, pour... pour un
nouvel employeur, d'avoir une obligation légale de vérifier si une personne a
déjà eu une conduite qui a amené à des sanctions
en matière de violence, notamment à caractère sexuel?, je voulais simplement
attirer votre attention sur le projet de loi de votre collègue le ministre de l'Éducation, le projet de loi
n° 47, qui, à son article 5, indique : Avant l'embauche
de personnes appelées à oeuvrer — bon, évidemment, dans ce cas-ci, c'est
dans le domaine de l'éducation — auprès d'élèves mineurs ou être en
contact avec eux, le centre doit s'assurer qu'elles n'ont pas eu un
comportement pouvant raisonnablement faire craindre pour la sécurité physique
ou psychologique. Ici, évidemment, c'est des élèves. Alors, c'est... c'est sûr que ça peut devenir difficile,
vous l'avez évoqué, pour un employeur de transmettre certains
renseignements à un nouvel employeur, ils ne le savent pas toujours, mais ne
serait-il pas approprié d'imposer au nouvel employeur, comme le gouvernement veut le faire dans son projet de loi, donc
d'imposer, avant l'embauche de personnes, de vérifier si le candidat ou
la candidate n'aurait pas eu, justement, des sanctions éventuelles...
postérieurement en matière de violence à caractère sexuel ou autrement? C'est
un projet de loi qui est à l'étude présentement.
M. Boulet : Je
pense que j'ai répondu amplement, merci pour la question. Évidemment, l'objet
du projet de loi de mon collègue vise
essentiellement la protection de l'élève et vise la situation de professeurs
qui se promènent d'une école à
l'autre au sein d'un même centre de services scolaire, alors que, nous, ça
régit une relation employeur-employé. Pour
l'instant, il n'est pas question de remettre en question la règle cardinale du
consentement qui prévaut dans la Loi sur la protection des renseignements personnels, mais c'est matière à
discussion future, là, je suis assez d'accord avec vous.
M. Morin : Remarquez
qu'avec... avec la question, avec ma proposition, je ne remets pas en question
la règle du consentement. D'ailleurs, d'ailleurs, ça, Juripop en parlait dans
leur... dans leur mémoire. Évidemment, la personne peut toujours refuser de
répondre, mais moi, si j'étais l'employeur, puis je posais une telle question
dans un contexte d'embauche, puis que la personne dit : Ah non, moi, je ne
veux pas parler de ça, peut-être que j'aurais des questions qui remonteraient, n'est-ce pas, à la surface. Donc, le
consentement, il est là, je vous entends bien, mais... Enfin, bref, je
voulais le soumettre parce que c'est un élément sûr qui rappellerait, s'il
était dans la loi, aux employeurs, bien, qu'ils doivent faire diligence à ce
sujet-là.
M. Boulet : Totalement.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme la députée de... La Pinière, la parole est à vous, pardon.
Mme
Caron : Merci, Mme la Présidente. Alors, comme mon
collègue député de l'Acadie faisait référence au projet de loi qui est à l'étude, actuellement dans une autre commission,
pour protéger les élèves dans les écoles primaires, la question que je
me pose, c'est... bon, évidemment, l'autre projet de loi, c'est parce que ce
sont des... des jeunes qui sont vulnérables devant... devant des adultes. Puis
peut-être que, M. le ministre, vous allez voir venir ma question : Est-ce que les personnes vulnérables en CHSLD, par
exemple, sont... vont être bien protégées par l'article de loi tel...
tel qu'il existe? Parce que je ne voudrais
pas que, comme je l'ai déjà dit par le passé dans d'autres remarques... qu'un
préposé qui a été violent à l'égard de...
soit de collègues de travail ou à l'égard de... de la clientèle d'un CHSLD, par
exemple, se retrouve un emploi dans un autre CHSLD et récidive sans que
personne ne sache qu'il était ou qu'elle était fautif dans un autre contexte de
travail.
M. Boulet : La réponse est oui, en
lettres majuscules.
Mme Caron : Donc, il n'y a pas... on
n'a pas...
M.
Boulet : Ça s'applique dans tous les milieux de travail,
particulièrement... je n'oserais pas dire particulièrement, mais
notamment dans les CHSLD.
Mme Caron : D'accord, je vous
remercie.
M. Boulet : Merci.
• (16 h 10) •
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. D'autres commentaires sur
l'article 20? Je vais le mettre aux voix. Est-ce que
l'article 20 est adopté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
Selon le plan, nous serions rendus à l'article 17. M. le ministre.
M.
Boulet : Merci, Mme la Présidente. L'article 17 :
L'article 3.1 de la Loi sur les normes du travail est modifié par l'insertion, dans le premier alinéa et après «du chapitre IV,», de «l'article 97.1 du chapitre IV.1,».
Commentaire.
Bon, évidemment, c'est de la concordance, là, c'est en lien avec l'article 20
proposé, s'applique à toute personne salariée et à tout employeur et
inclut les salariés exclus, bon, en vertu de l'article 3. Alors, voilà,
c'est de la concordance.
La Présidente (Mme D'Amours) : De la
concordance. Merci. L'article 17. Est-ce qu'il y a des... Oui, M. le
député de Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Bien, c'est de la...
c'est de la concordance en quel sens?
M. Boulet : Bien, les ententes qui
prévoient des conditions de travail, telles que les conventions collectives
dans le milieu de la construction, régies par R-20, des ententes qui concernent
les cadres supérieurs, bien, vont être visées par 97.1. C'est de la concordance
d'ajustement, là.
M. Leduc : C'est pour... c'est pour
que ça touche plus de personnes, donc, la... ce qu'on vient de relire?
M. Boulet : Bien, des personnes
exclues du champ d'application de la loi, notamment les cadres supérieurs.
M. Leduc : Bien, ils n'ont pas de
convention collective, les cadres supérieurs.
M. Boulet : Non, mais ils sont visés
aussi par l'application. Il y a certaines dispositions de la loi qui s'appliquent aux cadres supérieurs, notamment en
matière de harcèlement, et pour... c'est pour s'assurer que
l'article 20 s'applique aussi. Essentiellement, c'est ce que je comprends.
M. Leduc : Bien, je réitère ma
question, là. Si ça... les cadres supérieurs... il n'y a pas de clause
d'amnistie, il n'y a pas de convention collective.
M. Boulet : OK, donc, elle me
rappelle effectivement... Parce que les clauses d'amnistie, ce n'est pas juste
dans les conventions collectives, il y en a dans des conventions individuelles
de travail et il y en a dans des contrats impliquant des cadres supérieurs. Ça
fait qu'il y en a dans tous types de contrats de travail, qu'ils soient de
nature individuelle ou collective. Ça fait que c'est super important de le
mentionner.
M.
Leduc : Donc, un cadre supérieur qui négocie un contrat de travail...
M. Boulet : Oui.
Oui.
M. Leduc : ...peut
ajouter une clause...
M. Boulet : Ah,
mon Dieu! Oui, il y en a.
M. Leduc : Je
n'étais pas au courant de ça...
M. Boulet : Oui,
oui, tout à fait.
M. Leduc : ...je
n'ai jamais été un cadre supérieur.
M. Boulet : Moi
non plus, moi non plus. Mais j'en ai négocié, des contrats.
M. Leduc : Non?
Dans votre firme d'avocats, vous n'étiez pas un cadre supérieur?
M. Boulet : Je
n'ai pas à répondre à ça, Mme la Présidente?
M. Leduc : ...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Non, M. le ministre.
M. Leduc : Vous
n'étiez pas obligé de répondre, non.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Ça ne fait pas partie... Ça ne fait pas...
M. Leduc : Merci
de la précision. Merci de la précision, M. le ministre.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Donc, d'autres commentaires sur l'article 17? Est-ce que
l'article 17 est adopté?
M. Leduc : Juste
une question.
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oh! pardon. Oui, M. le député.
M. Leduc : Vous
avez fait référence à... est-ce que vous avez fait référence à la
loi R-20? Est-ce que ça s'applique à la construction, ça aussi?
M. Boulet : Oui,
tout à fait.
M. Leduc : Est-ce
que ça veut dire — parce
que je n'ai pas eu le temps de le lire de... d'un couvert à l'autre — que
dans votre projet de loi n° 51 sur la réforme de la construction, où on
est en train de... on va rouvrir R-20, on n'aura pas besoin de parler de
clauses d'amnistie?
M. Boulet : Non,
parce que ça s'applique dans tous les secteurs, incluant la construction. Et,
dans la R-20, notamment, il y en a qui me disaient : Jean, il y a des
problématiques de non-signalement, mais on les adresse ici. Mais il y a... il y
a des syndicats qui m'ont posé la question, puis là ils disaient : Ah! OK,
on comprend, c'est dans le PL n° 42. Ça fait qu'évidemment il y a une
conjonction entre les deux lois, là.
M. Leduc : OK.
Donc, à cause de l'article 17, on inclut tout le secteur de la...
M. Boulet : Exact.
M. Leduc : ...construction, parce qu'on fait référence... là,
je n'ai pas le libellé, mais on fait référence à R-20.
M. Boulet : Exact.
M. Leduc : Puis
on leur dit : Vous ne pourrez pas, dans les conventions collectives de la
construction...
M. Boulet : En fait, moi... on ne
s'exprime pas de la même façon. Ils peuvent, mais ils ne peuvent pas empêcher
l'employeur d'en tenir compte. C'est mon approche.
M. Leduc : On
parle de la même chose, mais avec notre lecture différente de la même chose.
M. Boulet : Tout à fait.
M. Leduc : Parfait.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres interventions? Est-ce que l'article 17 est adopté?
Des voix : Adopté.
M. Leduc : Mme la Présidente,
j'avais un 17.1, si vous me le permettez, avant qu'on saute au 21.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Bien sûr. Est-ce que tout le monde a eu
connaissance du document, du 17.1 du député Hochelaga-Maisonneuve ou si
vous aimeriez qu'on suspende quelques instants?
Des voix : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : On va
suspendre, s'il vous plaît, quelques minutes.
M. Leduc : Pas de problème.
(Suspension de la séance à 16 h 15)
(Reprise à 16 h 20)
La
Présidente (Mme D'Amours) : Nous reprenons nos travaux. Nous étions à
l'article 17.1 déposé par le député d'Hochelaga-Maisonneuve. S'il
vous plaît, si vous voulez bien nous en faire la lecture.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Alors, ça va comme suit : Insérer, après l'article 17 du
projet de loi, le suivant :
17.1 L'article 79.7 de cette loi est
modifié par l'ajout, à la fin, de l'alinéa suivant :
«En cas d'absence à la suite d'une situation de
violence conjugale ou de violence à caractère sexuel au sens de la Loi sur la
santé et la sécurité du travail (chapitre S-2.1), les dix premières
journées sont rémunérées, sans égard à la durée du service continu.»
Et c'est un rajout qu'on fait à un article déjà
existant, bien sûr, Mme la Présidente, qui est à 79.7 de la loi des normes du
travail. C'est un article qui avait fait l'objet de beaucoup de discussions
dans la précédente réforme des normes du travail auquel faisait référence le
ministre y a quelques instants. Ça avait été des grosses campagnes à l'époque,
tout le monde disait : Il faut plus de congés, il n'y a pas assez de
congés dans les normes du travail. Puis, après beaucoup de débats, bien, le
gouvernement s'était arrêté à une augmentation du nombre de congés à 10, et, à
l'intérieur de ces 10 congés-là, il y en avait deux qui sont rémunérés.
Donc, moi et
plusieurs, je n'étais pas là à l'époque, j'étais un conseiller syndical, comme
je vous le disais tantôt, mais plusieurs organisations progressistes,
Québec solidaire, réclamaient qu'il y ait plus de congés payés, bien sûr, c'est toujours notre demande à chaque fois qu'on
peut en parler, mais là la... l'angle que j'utilise aujourd'hui, Mme la Présidente, n'est pas, telle quelle, notre demande
générale sur les 10 journées payées à l'ensemble des salariés. Je
pense que ça ne serait pas de trop, mais là, aujourd'hui, on parle de la
question des violences à caractère sexuel, la violence conjugale. Je le sais
que, si j'arrivais avec un amendement pour dire : 10 congés payés pour
tout le monde, ça ne passerait pas avec le... avec le ministre, on a nos
désaccords là-dessus, c'est correct.
Par contre, sur le dossier, on n'arrête pas de
dire que, là, il faut un peu adapter notre droit du travail, il faut un peu donner de l'air, donner un coup de pouce aux
personnes qui sont victimes, faciliter les recours, donner plus de dents
pour... serrer la vis aux agresseurs. Bien
là, on a une façon de donner de l'air aux victimes, et, nous, ce qu'on dit,
c'est : Bon, ils ont déjà droit à 10 journées de congé, ça, c'est
clair puis ça touche tout le monde, incluant les victimes, mais, pour vrai, juste deux congés payés sur 10,
si vous êtes dans une situation de précarité financière, ça va être
difficile de vous permettre de prendre ces 10 journées là au total, parce
que vous avez des bills à payer. On sait à quel point le logement explose, le
coût de la vie explose, l'épicerie explose. Alors, de se dire : J'ai subi
une agression, je suis sens dessus dessous, je porte plainte, je ne porte pas
plainte, je... je dois démêler tout ça, je me remets en question, je suis
ébranlé, de dire : OK, tu peux aller te reposer chez vous deux jours,
puis, si tu as besoin de plus que ça, c'est à tes frais, bien, pour beaucoup de
gens qu'on appelle la classe populaire, qu'on appelle parfois les petits
salariés, les salariés précaires, ça ne sera pas possible, malheureusement. Pas
parce qu'ils ne veulent pas puis pas parce qu'ils n'en ont pas besoin, parce
qu'ils n'ont pas les moyens.
Et je pense que ce n'est pas très cher payé
qu'on demande, donc, aux employeurs, à certains employeurs qui ne sont pas
syndiqués, parce qu'on s'entend que ça s'applique aux non-syndiqués, cette
clause-là, de fournir jusqu'à 10 journées rémunérées à des personnes qui seraient victimes de
violence conjugale et de violence à caractère sexuel au sens de la loi. Je pense que ça serait une
contribution à la hauteur de la volonté du ministre d'intervenir sur ce
dossier-là, que je constate dans le reste de son projet de loi.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Avant de poursuivre nos échanges, vous avez lu votre... votre
article 17.1, vous avez dit, à la deuxième ligne, bon...
M. Leduc : Au sens de la loi, il
manque un «de». Oui, c'est bien ça.
La Présidente (Mme D'Amours) : Au
sens de la loi, le «de» n'est pas sur le document qui est sur...
M. Leduc : Bien sûr.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Donc, je vous demande, il y a une correction de
forme que l'on va faire...
M. Leduc : Il n'y a pas de problème.
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
n'y a pas de problème. Donc, M. le ministre, vos commentaires.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. D'abord, dire qu'on partage tous la même sensibilité à l'égard des victimes et des impacts que la violence peut
engendrer, peu importe sa nature, mais... qu'elle soit physique,
psychologique. Et vous y avez fait référence, on en a parlé plus tôt, le
12 juin 2018, nos prédécesseurs ont quand même fait un grand pas en avant, les 10 jours, dont deux
rémunérés. Il y a aussi, il ne faut pas oublier, les 26 jours d'absence
qui sont possibles suite à une
conséquence qui engendre une maladie. Donc, l'absentéisme du travailleur ou de
la travailleuse est protégé pendant cette période-là.
Puis mon
collègue... vous savez, en 2021, mon collègue ministre de la Justice a réformé
la Loi sur l'indemnisation des victimes d'actes criminels, et il y a un
régime social qui est vraiment à l'avant-garde au Québec, il y a... je pense
que le Manitoba et le Nouveau-Brunswick qui ont à peu près l'équivalent, mais
où on confère de l'aide financière, une
indemnité pour remplacer le revenu, pour compenser la perte de capacité de
gain, puis il y a des interventions, aussi, de soutien psychologique
pour les victimes de violence conjugale et sexuelle. Donc, c'est tout récent,
il y a même un fonds d'urgence qui a été consenti pour venir à l'aide de nos
victimes. Ça, c'est mon grand point.
Puis, deux,
ce n'est pas une des recommandations du rapport du comité d'expertes. Puis,
enfin, je le mentionne au cas où ça intéresse certaines personnes. Je
sais que, pour d'autres, c'est peut-être moins opportun, mais, pour les
employeurs, parce que, là, on viendrait dire aux employeurs : Vous allez
supporter la compensation, ça représente 227,4 millions annuellement pour
les employeurs. Ce n'est pas peu, quand même, c'est énorme. Alors qu'on a un
régime d'indemnisation en vertu de la loi d'indemnisation des victimes d'actes
criminels, puis on a la loi sur les accidents
de travail, maladies professionnelles, et vous savez ce qu'on a fait pour
contribuer à permettre une indemnisation...
Bon, les personnes qui ont un trouble de stress post-traumatique ou qui sont
victimes d'une... d'un accident de travail ou d'une maladie
professionnelle, puis là, en plus, il y a les présomptions pour faciliter la
preuve. Ces personnes-là sont indemnisées convenablement, et c'est sans égard à
ce que peuvent comporter des conventions collectives,
là, en termes de compensation pendant un certain nombre de jours avec les
régimes d'assurance collective.
Mais il y a quand même, je le répète, là, un
écosystème qui protège bien, parce que, je reviens à mon mot initial, on est tous sensibles, là, puis il faut
non seulement les compenser financièrement, parce que c'est le but de
votre amendement, mais il faut aussi les soutenir avec de la thérapie, puis de
l'accompagnement, puis faire ce qui s'impose pour diminuer les risques de
victimisation secondaire. Puis, un des objectifs qu'avaient les expertes,
c'était de s'assurer que le régime législatif québécois compensait bien les
torts causés par les agresseurs. Et ce n'était pas non plus une de leurs
recommandations. Donc, c'est les points que je pouvais soulever, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Moi, je veux juste clarifier une chose, parce que, des fois, le
ministre utilise des arguments en
disant : Oui, mais ce n'est pas dans plusieurs mémoires ou ce n'est pas
dans tel ou tel mémoire. Il y a quand même une certaine limite, là, à
cet argument-là, dans le sens où il y en a beaucoup, des mémoires, puis ils
parlent de plein de sujets, des fois des sujets qui sont dans votre PL, des
sujets qui ne sont pas dans votre PL. Ça fait que, tu sais, je ne sais pas, ce
n'est pas parce que ce n'est pas dans l'entièreté des mémoires que ce n'est pas
tout le monde qui n'a pas une opinion sur le sujet. Je suis pas mal certain
que, si on appelait, à l'instant, Me Cox puis on lui demandait : Pensez-vous que c'est une bonne idée de rajouter
10 congés payés pour l'ensemble des personnes victimes de violence
conjugale?, je mettrais un petit 2 $ qu'elle pencherait d'un bord plus que
d'un autre puis je pense que vous êtes d'accord avec moi sur mon analyse. Ça
fait que je veux juste qu'on fasse attention avec cet argument-là parce que je
trouve ça limite, le débat plus que... que ça l'ouvre.
Vous faites référence à l'IVAC. C'est intéressant,
il y a une réforme de l'IVAC, mais, vous l'avez vu dans les journaux comme moi,
elle est contestée aussi, là. Il y en a beaucoup qui la jugent incomplète,
cette réforme-là.
M. Boulet : ...
M. Leduc : Bien,
ce n'est pas... Ce n'est pas la fin des haricots, là, une fois qu'il y a une
réforme de l'IVAC, ce n'est pas
terminé. Les normes du travail, leur avantage, c'est que ça touche tout le
monde, tout le temps, qu'il n'y a pas besoin d'avoir tant que ça de
justification de telle définition de tel crime. C'est-tu appliqué, pas
appliqué? C'est-tu faute lourde, c'est-tu pas faute lourde? Je fais référence à
l'IVAC. Ça, c'est... Ce n'est pas du tout considéré dans les lois des normes du
travail, c'est 10 jours pour tout le monde, puis c'est la fin de la
discussion. Nous, ce qu'on dit, c'est que ça serait pas mal plus simple si on
rajoutait les 10 journées payées pour les victimes de violence conjugale
et de violence à caractère sexuel et que ça s'applique pour tout le monde, tout
de suite.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions pour cet après-midi. Donc, je vous remercie pour
votre collaboration.
Compte tenu de l'heure, la commission ajourne
ses travaux au mardi 20 février, à 9 h 45, où elle
poursuivra son mandat. Merci beaucoup, tout le monde.
(Fin de la séance à 16 h 30)