(Quatorze heures une minute)
La
Présidente (Mme Dufour) : Alors, bonjour. Nous allons commencer. Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de l'économie
et du travail ouverte. Je vous souhaite à tous la bienvenue, vous êtes
nombreux. Et je demande à toutes les personnes dans la salle, là, de bien
vouloir éteindre la sonnerie des appareils électroniques. Je vous demanderais
également, là, de ne pas prendre de photos pendant les séances à... lorsqu'on
sera à l'arrêt, ce sera possible, mais pas pendant les séances.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 51, la Loi modernisant
l'industrie de la construction.
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des
remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. Mme Tremblay (Hull) est
remplacée par Mme Mallette (Huntingdon).
Auditions (suite)
La
Présidente (Mme Dufour) : Merci. Alors, nous entendrons aujourd'hui les
témoins suivants : l'Association de la construction du Québec,
l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du
Québec ainsi que l'Association des entrepreneurs en construction du Québec.
Alors, nous avons commencé à l'heure, là, il n'y
a pas d'enjeu. Est-ce que je dois... Je ne donne pas les droits de parole pour
l'instant? Non. Parfait. Alors, je souhaite maintenant la bienvenue à
l'Association de la construction du Québec.
Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, et
ensuite nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé.
Merci.
Association de la
construction du Québec (ACQ)
M. Arbour
(Jean-François) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, MM. et Mmes les députés, membres de la commission, je me présente,
Jean-François Arbour, président de l'Association de la construction du Québec
et entrepreneur. Je suis accompagné de
Francine Sabourin, directrice générale; Pierre Hamel, directeur des affaires
publiques et gouvernementales; et
Jonathan Plamondon, directeur des relations du travail. En tout premier lieu,
je vous remercie de l'opportunité qui nous est offerte de partager notre
vision. Je salue le... je tiens à saluer le gouvernement du Québec de bien
vouloir moderniser l'industrie de la construction.
Pour le bénéfice des membres de la commission,
je voudrais rappeler que l'ACQ est une fédération d'associations représentant
plus de 20 000 entrepreneurs qui oeuvrent dans toutes les régions du
Québec. Nous sommes l'agent patronal
négociateur pour les secteurs institutionnel, commercial et industriel. Nos
membres génèrent plus de 62 % de toutes les heures déclarées dans notre
industrie. En d'autres mots, nous construisons les écoles, les hôpitaux,
les logements abordables, les tours à condos et à bureaux ainsi que les usines.
Nous sommes donc concernés au premier chef par cette réforme.
Pour l'ACQ, ce projet de loi est un premier pas
dans la bonne direction. Il permet d'ouvrir les discussions sur les enjeux les
plus importants pour notre industrie, soit la productivité et la main-d'oeuvre.
C'est dans un état d'esprit de collaboration sincère que nous souhaitons
contribuer de manière proactive à toutes les initiatives visant à améliorer le
secteur de la construction. Nous ne devons jamais perdre de vue que les
entrepreneurs sont les experts aux yeux de la loi. C'est à nous qu'incombe la
responsabilité de livrer aux propriétaires des immeubles respectant les plus
hauts standards de qualité. C'est nous qui garantissons la qualité des travaux.
L'ACQ est d'avis que ce projet de loi fournit
aux entrepreneurs des outils additionnels pour faire face à leurs obligations.
Bref, aucune disposition du projet de loi ne met en péril la qualité des
travaux ni la santé et sécurité de nos employés. Il ouvre plutôt la voie à
l'exercice véritable de notre droit de gérance, nous permettant d'améliorer la
productivité.
Je vais maintenant céder la parole à Francine.
Mme
Sabourin (Francine) : Merci, Jean-François. Comme on peut tous le
constater, nous sommes confrontés à une industrie de la construction qui, bien
que prospère, nécessite une modernisation importante. Cette réforme
représente une opportunité inestimable de réviser, mais surtout de simplifier
nos règles.
Nous faisons face à de nombreux défis, soit une
pénurie de main-d'oeuvre qui se poursuivra, des besoins croissants en
infrastructures de toutes sortes, une pénurie de logements qui sévit dans
toutes les régions du Québec et des jeunes qui ont des attentes bien différentes
par rapport au marché du travail. La nécessité pour notre industrie d'innover
n'aura jamais été aussi criante.
Pourtant, le secteur de la
construction québécois peine à rivaliser avec celui des autres provinces en
termes de productivité. Nous tous, comme Québécois, on ne peut pas en être bien
fiers. Avec un retard de 10 % par rapport à l'Ontario, nous constatons que
nous avons beaucoup de travail à faire. Parmi les principaux facteurs qui
expliquent ce retard, la lourdeur réglementaire et la complexité de notre
industrie trône au premier rang.
Les solutions
qui s'offrent à nous sont les suivantes. Premièrement, augmenter la
productivité sur les chantiers passe par des règles de polyvalence ouvertes à
toutes et à tous et par une mobilité complète. Deuxièmement, il faut
favoriser l'accès à notre industrie. Comment on fait ça? En faciliter
l'intégration des travailleuses et des travailleurs qualifiés et en offrant des
opportunités équitables à tous, en valorisant l'apport des groupes sous
représentés dans l'industrie et en élargissant les choix offerts aux employés
pour diversifier leurs compétences et maximiser leur employabilité. Bref, une
polyvalence ouverte à tous, avec le moins de limites possible, accompagnée
d'une mobilité complète permettrait au projet de loi d'atteindre ses objectifs.
Maintenant, je laisse Pierre aller plus en
détail avec nos recommandations.
M.
Hamel (Pierre) : Merci, Francine. Alors, nos recommandations se
regroupent principalement en quatre familles : la polyvalence, la mobilité, le fonctionnement du
régime de négociation puis une série de recommandations supplémentaires qui
visent l'inclusion, la formation et l'innovation. Rapidement, sur la
polyvalence, ce qu'on retient des dispositions du projet de loi, c'est que le
principe de polyvalence se définit comme étant l'exécution de tâches qui
s'inscrivent dans une même séquence de travail et permettent l'avancement ainsi
que la continuité des travaux, et elles sont à la fois de courte durée et effectuées lors d'une même journée de travail.
On y ajoute le principe de polyvalence. L'étape n'est pas applicable aux
travaux de structure ou à l'opération de grues de tous genres.
Selon nous,
la définition prudente que propose le gouvernement ne permettra pas d'augmenter
significativement la productivité pour deux raisons. En premier lieu,
parce qu'elle se limite aux détenteurs de cartes de compagnon, et, en ne
reconnaissant pas le droit à la polyvalence à plus de 60 000 apprentis et plus
de 30 000 occupations, on prive presque 50 % de l'industrie au droit
à la polyvalence. En second lieu, parce que l'exception visant les travaux de
structure est trop large et risque d'amener les parties devant les tribunaux à
tout moment.
Construire, c'est monter des structures,
ossature de bois, structures métalliques, structures de béton. Le type de travaux permis à la définition de polyvalence
est très limité en termes de portée et il nous apparaît inutile de limiter
encore plus son application. C'est pourquoi nous proposons de retirer la notion
de structure au chapitre des exceptions. Mais, en permettant à tous les
travailleurs d'être plus polyvalents, on favorise une meilleure fluidité dans
l'exécution des tâches sur le chantier et on
donne plus d'options aux entrepreneurs dans la gestion du travail pour lequel,
rappelons-le, il est l'unique responsable.
Nous considérons que, si plus de travailleurs
peuvent effectuer leurs tâches tout en bénéficiant de la notion de polyvalence,
on peut espérer plus de productivité. Mais, si les tâches apparaissent à la
définition de... même si les tâches, pardon, apparaissant à la définition de
polyvalence sont relativement réduites. Sinon, on limite la portée du concept,
on complexifie la loi et ses règlements et on prête flanc à des recours
judiciaires pour déterminer si les travaux étaient ou non autorisés.
• (14 h 10) •
En matière de mobilité, il faut préciser
d'entrée de jeu que ce n'est pas un droit qui appartient à l'entrepreneur, mais
bien un droit qui appartient aux travailleurs et qui est protégé par la
Constitution canadienne en vertu d'une décision de la Cour suprême du Canada.
Or, la proposition du gouvernement est intéressante, mais, encore là, pour
qu'elle atteigne véritablement ses objectifs, elle doit être ouverte à tous. En
2024, selon nous, il n'est pas normal d'empêcher un travailleur d'aller
travailler où il le souhaite sans avoir à déménager. Les enjeux de mobilité ne
s'arrêtent pas là. Les iniquités en matière de mobilité interprovinciale, dont
celle Québec-Ontario, vécues par la région de l'Outaouais entre autres, doivent
être réglées. Nos propositions visent spécifiquement ces enjeux.
Maintenant,
le fonctionnement du régime de négociation... À cet égard, nous saluons
plusieurs des propositions du gouvernement et souhaitons leur implantation le
plus rapidement possible. C'est le cas pour l'introduction de la notion
de bonne foi et l'obligation de déposer des demandes patronales et syndicales.
Pour ce qui est de la rétroactivité, maintenant,
nous sommes contre ces dispositions. Les salaires négociés ont toujours tenu
compte du délai requis pour les négocier. Le processus proposé par le
gouvernement pour permettre d'introduire la rétroactivité dans le système de
relations de travail, soit le fonds de rétroactivité, témoigne, par sa complexité,
des difficultés, voire de l'impossibilité d'introduire un tel concept dans le
régime actuel. Le fonds de rétroactivité
viendrait complexifier la loi actuelle au-delà de tout gain que pourrait
proposer le projet de loi en termes de simplification et même de
productivité.
Pour les autres recommandations, disons
simplement que l'industrie a besoin d'un changement de culture dans
l'organisation du travail et le comportement sur les chantiers afin de devenir
plus productive, plus attractive et plus inclusive.
En terminant, le projet de loi n° 51
représente donc une opportunité unique de simplifier notre industrie, de
relever les défis actuels et de façonner un avenir prospère pour tous les
Québécois. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Dufour) : Je vous
remercie. Vous avez été dans les temps. Je vous remercie, donc, pour votre
exposé. Nous allons maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre,
la parole est à vous.
M.
Boulet : Merci, Mme la Présidente. D'abord, remercier l'ACQ
pour sa contribution, pour la préparation d'un mémoire qui contient un
certain nombre de recommandations. Et, si je vous résume très, très, très
simplement, c'est plus de polyvalence que dans le projet
de loi, plus de mobilité que dans le projet de loi, moins d'entraves en matière
de négociation, et pas de rétroactivité, même convenue entre les parties. Je
pense que ça résume assez simplement votre mémoire.
Ceci dit, je veux
profiter de l'occasion pour redire l'importance de l'étude, rapport ou sondage
que vous avez commandé, du groupe AppEco,
que j'ai eu l'opportunité de lire et qui confirme le lien de causalité entre la
polyvalence et la réduction des heures travaillées dans le secteur de la
construction. Et les économistes chevronnés qui ont préparé ce document confirment dans les conclusions que la polyvalence
peut entraîner une diminution de 10 % des heures travaillées. Si on se replace en 2022, où on a
travaillé à peu près 210 millions d'heures, dans l'industrie de la
construction, c'est une économie de 21 millions d'heures et ça représente
l'équivalent d'un potentiel accru de construction considérable, sans
négliger l'impact que ça peut avoir sur les délais et sur les coûts. Puis je
pense même que, dans le rapport, on réfère à
l'équivalent de la construction de 25 ou 26 écoles primaires. Donc, je
pense que c'est une direction qui est inéluctable.
Ceci dit, la
polyvalence, je voulais m'assurer que ce soit quand même équilibré. La santé et
sécurité des travailleurs me préoccupe, la
compétence des travailleurs nous préoccupe et aussi la qualité des travaux de
construction, puis je pense que vous
avez les mêmes impératifs. C'est pour ça que la définition est relativement
prudente, Me Hamel. Et je vous entends puis je pense que la polyvalence, pour
les occupations, parce qu'il y a à peu près 30 000 détenteurs de
certificat compétence occupation puis il y a à peu près 60 000 détenteurs
de certificat compétence apprenti, ça peut
s'anticiper. Évidemment, on va faire une étude détaillée, puis je vais discuter
avec mes collègues de l'opposition, mais il ne faudra jamais perdre de
vue la santé-sécurité, le respect des compétences puis la qualité des travaux.
Puis je vous vois hocher de la tête, mais je
trouve que c'est une recommandation intéressante, puis vous n'êtes pas les
seuls à nous faire ce type de recommandation là.
De retirer
l'exception des travaux de structure, je veux que ce soit clair... puis là,
encore une fois, on était guidés par la santé et sécurité, puis les travaux de
structure, c'est véritablement les éléments qui assurent l'intégrité structurale de la bâtisse. Puis souvent, on réfère
à la structure, l'ossature ou la charpente, c'est interprété comme étant
des synonymes puis ça réfère à l'assemblage des pièces qui constituent, là, ce
qui est fondamental pour la stabilité de la bâtisse.
Donc, c'est
véritablement dans cet état d'esprit là que les travaux de structure... En
fait, ces travaux de structure, c'est de
même nature que ce qui est dans les exceptions, là, l'électricité, la
plomberie, les mécaniciens d'ascenseur, les opérateurs de grue. Tout ça vise à diminuer les risques. Il ne faut
pas que la polyvalence mette à risque la santé-sécurité des travailleurs
ni la qualité des travaux. Ceci dit, comme la définition... Me Hamel, vous la
qualifiez de prudente, puis j'aime ce terme-là. Moi, j'ai souvent dit : Il
ne faut pas que ça devienne un bar ouvert, d'où l'importance d'avoir les trois
conditions cumulatives. Moi, je suis ouvert à la discussion puis je trouve que
c'est une belle contribution de l'ACQ pour le début de l'étude détaillée de ce
projet de loi là.
À
ceux qui vous mentionnent ou qui pourraient vous mentionner que permettre la
polyvalence aux occupations et aux apprentis, ça pourrait avoir un
impact sur la qualification requise pour l'exercice d'un métier, qu'est-ce que
vous répondez à ça, Me Hamel?
M.
Hamel (Pierre) : Écoutez, essentiellement,
la notion de polyvalence est tellement limitée, et dans le type de travaux qui
peuvent être réalisés, la période dans laquelle elle doit être faite et les
conditions qui doivent être rencontrées pour que ça puisse être considéré comme
étant permis, elle est tellement limitée que, selon moi, ça n'a aucun impact
sur les compétences. Il ne s'agit pas de faire des travaux qui sont reliés
entièrement à la compétence d'un métier. C'est vraiment des travaux accessoires
qui sont... qui permettent... qui doivent être réalisés rapidement, dans une courte période de temps. Vous comprenez?
Et dans ce contexte-là, on ne peut pas faire en sorte de dire : Bien, c'est
juste les compagnons qui doivent le faire. Les compagnons travaillent avec
leurs apprentis ou les apprentis ont besoin de compagnons, donc ils doivent
travailler ensemble. Ils doivent apprendre à travailler maintenant, non seulement dans leur métier, mais dans leur métier
avec la notion de polyvalence. Ça doit être démontré, ça doit être appris, ça,
également, la notion de polyvalence et les occupations.
Ils travaillent en
collaboration avec ces gens là pour avoir une fluidité, pour, exemple, changer
un morceau de tapis, dans le fond, qui
est... Est-ce qu'on ne pourrait pas avoir un manoeuvre qui le fasse à la place
d'un compagnon? Est-ce qu'on ne pourrait pas avoir un apprenti parce que
c'est lui qui est disponible à ce moment-là? C'est ça être productif, c'est ça être polyvalent et permettre
de faire rapidement des choses sans remplacer le carrelage, sans remplacer
le... C'est vraiment... C'est tellement limité qu'on n'y voit pas de danger.
M. Boulet : Donc,
si je vous résume, puis là je rejoins le propos de Francine, polyvalence à tous
et le moins de limites possible. Moins il y a de limites, plus il y a un impact
positif sur la productivité, donc, réduction des délais, des coûts et une augmentation de la capacité québécoise de
construire des écoles, des hôpitaux, vous le dites, des logements
sociaux, des infrastructures puis des entreprises un peu partout dans les
régions. C'est votre thèse.
• (14 h 20) •
M.
Hamel (Pierre) : Sans même changer la
définition de la notion de polyvalence.
M. Boulet : La
laisser telle quelle.
M.
Hamel (Pierre) : Elle demeure telle quelle.
M. Boulet :
Donc, la définition telle quelle, mais la rendre accessible aux détenteurs
d'occupation et de certificat compétence apprenti.
M. Hamel (Pierre) : Voilà.
M. Boulet : OK. Je vous comprends
bien. La mobilité... Donc, vous avez vu que, dans la loi actuelle, il y a des seuils pour être considéré comme un
travailleur préférentiel. Quand il y a un travailleur préférentiel qui peut
suivre ton employeur un peu partout au Québec, donc, tu as la mobilité, mais
pour ton employeur. On a fait passer les seuils de 1 500 à 750 pour
les hommes, de 500 à 400 pour les femmes, et on permet l'accès aux personnes
issues de la diversité, donc les minorités visibles, les personnes immigrantes
et les personnes en situation de handicap, de même que les communautés
autochtones à ce seuil préférentiel là. Cependant, ce que vous nous dites, par
exemple, pour la mobilité, peu importe
l'identité de l'employeur, si elle est limitée à 15 000, ça, ça affecte un
droit fondamental des salariés de
décider où ils vont aller travailler. Et donc, ce que vous dites, c'est qu'il
ne devrait y avoir aucune entrave à la mobilité. Est-ce que...
M. Arbour (Jean-François) : Si je
peux me permettre, je donnerais un exemple très simple. On prendrait un carreleur de la région de la Gaspésie, qui est un
petit employeur de cinq... avec, exemple, trois compagnons et deux apprentis,
et ils ont le bonheur de pouvoir remporter un contrat, je ne sais pas, en
Beauce, et, pour eux, ça leur permet d'avoir
une croissance, ça leur permet d'avoir de l'ouvrage. Mais là, lorsqu'ils vont
se déplacer en Beauce, selon les règles actuelles de la mobilité, il ne peut
pas amener ses apprentis. Donc, les deux apprentis vont rester en Gaspésie
et vont devoir être sur le chômage le temps
que les compagnons pourront aller, eux, travailler en Beauce, ce qui fait que,
pour nous, ça fait vraiment partie d'un
ensemble où est-ce qu'on dit que et compagnons et apprentis doivent pouvoir se
suivre et peu importe l'expérience.
Et deuxièmement, il ne faut pas oublier non
plus, il y a un coût monétaire à l'entrepreneur au niveau de la mobilité. On
parle de 150 quelques dollars par jour que ça nous coûte comme entrepreneur.
Donc, on revient... la mobilité est utilisée à juste escient par les
entrepreneurs.
M. Boulet : C'est bien que vous le
précisiez. Donc, un entrepreneur qui veut amener un travailleur dans une autre
région doit assumer des frais de déplacement et de séjour qui représentent...
souvent, on me réfère à 26 %, là, des coûts salariaux. Donc, il y a un
impact sur sa compétitivité, donc il va amener avec lui les personnes dont il a
véritablement besoin.
Actuellement, juste à titre d'information, parce
que je me sers aussi de cette période-là pour partager de l'information, avec
le 15 000 heures pour les compagnons, ça fait en sorte que 50 %
des compagnons sont complètement mobiles,
peu importe l'identité de l'employeur, puis les seuils préférentiels pour les
hommes, ça fait en sorte que 70 % des compagnons... et les occupations
sont concernées aussi par le concept de travailleur préférentiel, et 75 % des femmes, puis les autres groupes
issus de la diversité, c'est à peu près 75 %. Donc, vous nous dites
simplement : On élimine ça, il
n'y a plus d'obstacle. Et ce qui est un obstacle dans la convention collective,
c'est le même raisonnement.
M. Arbour (Jean-François) : Exactement.
M. Boulet : OK. Ça a l'avantage
d'être clair.
M. Arbour (Jean-François) : Nous
aimons la simplicité.
M. Boulet : OK. Je vous amènerais
aussi sur Québec-Ontario, en quelques mots. Donc, ce que vous dites sur Québec-Ontario, il devrait y avoir... parce que, là,
il y a des ententes aussi Québec-Ontario, mais qu'il devrait y avoir la même
possibilité de déplacements. Puis, en même temps, exprimez-vous sur la région
de l'Outaouais, de sa particularité.
M.
Plamondon (Jonathan) : Merci pour cette question, M. le ministre.
Effectivement, la région de l'Outaouais vit une particularité
singulière, si on peut dire, parce qu'ils sont près d'une grande région qui est
l'Ontario, avec la capitale nationale à Ottawa. Donc, c'est très facile, pour
un travailleur québécois qui a entamé sa carrière dans l'industrie de la construction, d'aller travailler en Ontario. Il y a
une proximité géographique qui est là, qui crée de la pression sur notre
industrie dans cette région-là.
Donc, on voit, dans le projet de loi n° 51, une opportunité
pour parfaire l'entente Québec-Ontario qui est déjà en place, pour s'assurer que notre industrie devienne davantage
attractive pour les travailleurs québécois de l'industrie qui décident
d'aller travailler en Ontario. Il y en a plusieurs, et ces travailleurs-là et
ces travailleuses-là font de l'expérience, gagnent de l'expérience, ont des
formations, des fois, continues en Ontario, et il y a présentement une certaine
voie de passage pour reconnaître cela, mais cette voie de passage là n'est pas assez
attractive actuellement.
La CCQ nous souligne, avec raison, qu'il y a
16 000 postes vacants dans l'industrie. C'est donc important qu'on puisse attirer ces travailleurs québécois là
qui demeurent au Québec... qu'on puisse les attirer dans notre industrie
pour les rapatrier.
M.
Boulet : Puis je présume, Jonathan, que c'est la même
dynamique pour la région de l'Abitibi-Témiscamingue avec le nord de
l'Ontario. Je vois beaucoup de têtes...
M. Plamondon
(Jonathan) : Absolument.
M. Boulet : Il me reste tellement
peu de temps. Mme la Présidente va me limiter, mais il me reste au moins une
minute?
La Présidente (Mme Dufour) : Ah! il
vous reste 3 min 30 s, M. le ministre.
M. Boulet : Ah! trois minutes. OK.
Désolé, désolé. La négociation, c'est aussi un volet important. Vous avez vu qu'on a devancé la période de maraudage, le
dépôt des offres. Il y a une obligation de négocier avec diligence et bonne foi,
l'obligation de déposer des offres et des propositions. Ce que vous nous dites,
c'est que ça, ça devrait s'appliquer immédiatement plutôt que d'attendre après
l'expiration des conventions collectives qui sont actuellement en vigueur.
Est-ce que je vous résume bien, Me Hamel ou Jonathan?
M. Plamondon (Jonathan) : Oui,
absolument, vous résumez très, très bien notre position. Pour nous, c'est des
mesures qui peuvent s'implanter facilement et qui ont pour but d'améliorer les
relations de travail, qui se sont améliorées mais qui peuvent être encore
meilleures, et c'est à l'avantage de tout le monde au Québec.
M. Boulet : OK. Dernier point,
rétroactivité. Bon, je vous entends bien. En même temps, il y a un article dans
la loi actuelle qui empêche la liberté de négocier, de convenir une forme de
rétroactivité. Puis je comprends l'origine, la motivation, mais juste me
rappeler, là, parce que je n'ai pas lu ligne après ligne votre rapport, là...
mais, sur la rétroactivité, donc, votre position, c'est : on revient au
statu quo de la loi actuelle, Jonathan.
M.
Plamondon (Jonathan) : Effectivement, on laisse cette limitation-là dans
la loi puisque cette limitation-là n'empêche pas les parties de négocier
des compensations importantes. On a vu le pouvoir d'achat des travailleurs et des travailleuses de la construction croître de
façon significative, dans les 20 dernières années, de plus de 10 %,
malgré les taux d'inflation
importants qu'on a eus dans les dernières années. Donc, il n'y a pas de
problème à régler de ce côté-là.
Et l'industrie, il faut le rappeler, est
particulière. C'est un secteur privé dont la négociation recoupe près de
28 000 employeurs, 200 000 salariés. C'est unique au Québec, mais au
Canada... donc on comprend que c'est une particularité
qui n'existe pas dans d'autres secteurs, et cette particularité n'existe pas
parce que nous avons une structure en régime de négociation de relations
de travail qui est différent aussi des autres secteurs.
M. Boulet : Totalement. Je vais
conclure en disant que, dans vos propos préliminaires, le respect du droit de gérance, la responsabilité de livrer dans les
meilleurs délais, au meilleur coût possible, pour le bénéfice des Québécois, dans
toutes les missions essentielles de l'État... Évidemment, ce n'est pas une
finalité, la loi R-20. Il y a la planification des travaux, il y a
l'intégration des nouvelles technologies, il y a la formation, il y a plein de
chantiers qui sont en cours. Le ministère de l'Éducation, la Commission de la
construction du Québec, les syndicats sont présents, les associations
d'employeurs sont présentes. Il faut voir ça dans une globalité, et la
modernisation, comme l'innovation, ce n'est pas une idée, ce n'est pas un
événement qui est statique dans le temps. C'est un processus et c'est un
ensemble d'éléments...
La Présidente (Mme Dufour) : 15
secondes.
M. Boulet : ...qui vont nous aider à
faire de l'industrie de la construction du Québec une qui est inclusive,
diversifiée et performante. Merci beaucoup pour votre mémoire, votre présence
et votre collaboration. Merci.
La
Présidente (Mme Dufour) : Merci, M. le ministre. Maintenant, je cède la
parole à la députée de Bourassa-Sauvé. Vous avez 10 min 24 s.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour. Ma première question, donc, porterait sur... bien, sur la
question de la polyvalence, au niveau de la définition. Donc, je vous ai bien
entendus sur le libellé actuel, donc, vous avez répondu à la question du
ministre, donc, le libellé, donc, vous l'adopteriez tel quel, avec, donc, des
aménagements, donc, qu'on verra plus tard, là, pour les apprentis, les titres
occupationnels... entendu certaines parties,
au cours des deux dernières journées, donc, nous dire que la notion de
polyvalence n'était peut-être pas suffisamment définie. Et dans le contexte... advenant, donc, l'adoption du projet de
loi tel quel, est-ce que vous craignez une certaine judiciarisation qui,
en fait, émettrait, donc, un frein à l'efficacité et à la productivité dans le
secteur, advenant, donc, des conflits de litige dans la définition de la
polyvalence?
• (14 h 30) •
M. Hamel (Pierre) : Bien oui, assurément. Actuellement, tel qu'il est présenté,
ce qui est intéressant dans la définition,
c'est qu'elle est suffisamment claire pour permettre à un entrepreneur
d'autoriser certains travaux, d'autoriser ses travailleurs à faire
certains travaux.
Là où il y a un problème de judiciarisation,
c'est lorsqu'on parle de structure. Dès qu'on explique que, ah, là, il y a une
exception à la structure... et là la structure, ça peut prendre différentes
formes. Alors, je me retrouve, moi... je
suis un entrepreneur, je me retrouve dans une situation où j'ai une coulée de
béton à faire, il manque un morceau d'acier pour le renforcement, et
c'est un manoeuvre qui fait les coulées de béton, là, ce n'est pas... Alors, ce
manoeuvre-là, parce que c'est une structure, il ne
pourrait pas mettre le morceau de renforcement structural qui est... Il
faudrait attendre un ferrailleur qui vienne sur place pour mettre ce morceau-là
manquant, tout simplement. Parce qu'il n'est pas
question de tout refaire la structure, la fondation, etc. C'est juste...
Lorsque c'est dans les étapes de travail, on se retrouve dans une
situation où il y a un élément qui est simple, qui est... Vous comprenez?
Alors, ce n'est pas... a n'a pas pour objet de faire en sorte que les gens qui
ne... généralement, ne font pas ces travaux-là puissent les faire. C'est juste que ceux qui les font généralement puissent aller
un peu plus loin pour que la séquence se fasse bien. Mais, s'il n'y a pas
de... il n'y a pas d'armature, bien là, ça prend quelqu'un pour les faire,
mais, s'il manque un petit bout...
Alors donc, que ce soit une fondation, que ce
soit une structure, quelle qu'elle soit... parce que l'ossature de bois, là, ça prend des charges. Est-ce que la
poutre que je vais toucher... prendre des charges, va faire en sorte que je ne
peux pas y toucher? Est-ce que... Si c'est
pour me prendre un rapport d'ingénieur pour déterminer si je peux faire de la polyvalence,
bien, je n'en ferai juste pas. Comprenez-vous? Puis là on n'atteindra pas
vraiment...
Mme Cadet : L'objectif.
M. Hamel (Pierre) : ...ce qu'on veut atteindre. Parce que, oui, je comprends
qu'on est prudent dans la santé et sécurité, mais, comme on dit, la façon dont
c'est déterminé, on ne peut pas aller loin avec ça. On ne peut pas faire
d'éléments majeurs, on ne peut pas faire de dommages significatifs.
Mme Cadet : Je comprends, Me Hamel,
vous êtes, donc, au-delà... outre ces aspects-là, donc, pour le reste, donc, la définition telle quelle, étant donné,
donc, la jurisprudence du TAT, donc, vous permettrait, donc, de bien saisir
ce qu'elle... de polyvalence, sauf pour des éléments de structure.
Vous avez
parlé, M. Arbour, donc, au début, donc, de la notion, donc, de droit de
gestion, c'est donc l'assignation des tâches, donc... donc, relève du
droit de gestion. Je voudrais peut-être vous laisser, donc, élaborer là-dessus
puis demander, bien, en fait, comment est-ce
qu'il est appliqué, dans les faits, dans l'industrie. Est-ce que, dans votre
mémoire, donc, vous dites, donc, qu'il est... donc, l'idée, pardon, que
la mise en place, donc, du principe, donc, souvent, est appliqué différemment, donc, dans l'industrie de la construction. Et
quelles seraient les conséquences de ne pas suivre votre première
recommandation au niveau du droit de gestion?
M. Arbour (Jean-François) : Détenir
le droit de gestion ou le droit de travail, pour les employeurs, c'est
simplement de pouvoir nous permettre d'optimiser les travaux. Et, je reviens,
d'optimiser les travaux, ce n'est pas sur le dos de personnes ou sur le dos des
gens, mais c'est plutôt de faire de l'optimisation des travaux, de faire de l'efficience.
Et vraiment, ce droit de gérance là, on doit le donner au maximum aux
employeurs. Actuellement, on a des contraintes dans lesquelles on... avec
lesquelles on doit travailler, qui fait que, plus souvent qu'autrement, les
employeurs ne sentent pas d'avoir le droit de gérance. Ils se sentent plus
comme des outils qui doivent appliquer une convention,
mais sans avoir le droit de gérance, qui ne nous permettent pas de pouvoir
innover, qui ne nous permettent pas de pouvoir progresser.
Alors, c'est
vraiment... C'est très simple pour nous, la notion de gérance. C'est simplement
de pouvoir reprendre le droit de
pouvoir bien céduler nos travaux. Parce que, justement, il y a des intervenants
qui sont passés hier, justement, qui parlaient beaucoup au niveau de la
planification des travaux. Parfaitement d'accord, ça doit être amélioré,
et en donnant, justement, un droit de
gérance au niveau des entrepreneurs, on va être capable d'avoir une meilleure
planification.
Mme Cadet : OK. Merci. Ensuite,
donc, la notion de polyvalence au titre occupationnel et apprenti, pour vous, ce serait quoi, l'impact, donc, d'ajouter,
donc, les apprentis, les titres occupationnels pour la santé et sécurité des
travailleurs et la qualité de la construction?
M. Arbour (Jean-François) : Pierre?
M. Hamel (Pierre) : Il n'y en a pas.
Mme Cadet : Il n'y en a pas?
M. Hamel (Pierre) : Il n'y en a pas. Essentiellement, c'est permettre, comme on
disait, des travaux mineurs dans une séquence limitée juste pour avoir une
meilleure efficacité, productivité, fluidité sur les chantiers. Il ne s'agit
pas de remplacer des métiers, il ne s'agit pas de remplacer, il ne s'agit pas
de mettre en péril qui que ce soit. Et je rappellerai
que le maître d'oeuvre, c'est l'entrepreneur. Celui qui est responsable en
vertu de la loi, c'est l'entrepreneur. Celui qui est responsable en vertu des
contrats, c'est l'entrepreneur. Et, si ces ouvrages sont mal faits, ils vont
être refusés.
On parlait récemment, là... je comprends que
c'est en génie civil, mais on a eu souvent des viaducs entièrement complets qui
ont été détruits parce qu'ils ne rencontraient pas les normes requises par les
plans et devis. Alors donc, on a des comptes
à rendre, essentiellement, à tous les niveaux, et cette... cette polyvalence-là
ne vient pas révolutionner l'industrie de la construction, elle vient
juste lui donner un coup de main pour être plus agile.
Mme
Cadet : Merci. Maintenant, sur la mobilité, donc, je pense
que les... vous avez répondu de façon très claire aux questions du
ministre sur votre proposition. Ma question ici, je me demande pourquoi vous
jugez important de légiférer
maintenant, donc, dans le cadre du projet de loi n° 51, sur la question de la
mobilité alors que, bon, la question se trouve encore, donc, devant les
tribunaux.
M. Plamondon (Jonathan) : C'est
important parce que... on peut en parler, effectivement, parce qu'on prend part à ce recours-là devant les tribunaux et
c'est un recours qui est un recours de longue durée, il a passé plusieurs
étapes. Mais il faut se rappeler que la question fondamentale derrière ce
recours-là, c'est que le lieu de domicile vient déterminer qui travaille et qui
ne travaille pas. Et ça, ça pose problème, et, pour nous, ça touche... comme
mon collègue, Pierre, l'a mentionné, ça touche un droit qui est prévu à la
Constitution. C'est une question fondamentale et c'est pour ça qu'on salue
cette intervention-là, pas qu'au niveau réglementaire, mais aussi au niveau des
conventions collectives, parce que c'est un droit fondamental, et c'est la
responsabilité du gouvernement d'intervenir, à notre sens, sur des questions de
droits fondamentaux comme celle-là.
Mme Cadet : Merci, Me Plamondon.
Votre recommandation 7, sur la question des provinces limitrophes... le
ministre, donc, a parlé de l'entente Québec-Ontario, donc c'est une situation
qu'on voit un peu partout. J'aimerais, à mon
tour, donc, vous entendre là-dessus, puis je pense que, dans votre mémoire, en
fait, donc, vous dites que, bon, vous êtes favorables, donc, au libellé
sur la reconnaissance des formations, mais vous dites, donc, peut-être que le
libellé actuel ne nous permet pas, en fait,
n'apporte pas assez de clarté, là, pour nous assurer que la reconnaissance,
donc, des travailleurs, donc, qui sont au Québec, qui auraient suivi, donc,
leur formation en Ontario, qui ne sont pas couverts par l'entente
Québec-Ontario soient compris, là, si on adoptait le projet de loi n° 51 tel quel. C'est bien ça?
M.
Plamondon (Jonathan) : Oui, effectivement. Dans la délivrance des cartes
de compétence pour quelqu'un qui, par
exemple, aurait perdu sa carte de compétence depuis un certain temps, parce que
ça fait trois, quatre, cinq ans qu'il oeuvre en Ontario... On veut l'attirer, on veut qu'il revienne travailler
au Québec, donc, je crois qu'on doit améliorer notre attractivité avec moins de fardeau réglementaire, parce que, plus il
y a de réglementation, plus la CCQ, aussi bonne intentionnée qu'elle est, doit
appliquer vraiment une administration de cela, qui prend du temps, et ça ne
répond pas à la pénurie de main-d'oeuvre. Et on a cette situation-là en
Outaouais, en Abitibi et, dans une moindre mesure, aussi dans des... dans la Baie-des-Chaleurs, près du Nouveau-Brunswick.
Donc, c'est vraiment une question qui touche les régions limitrophes du
Québec.
Mme Cadet : Oui. Et donc, à cet
égard, donc, qu'est-ce que vous proposez exactement?
M. Plamondon (Jonathan) : On propose
certains éléments qui visent... notamment, je pense, entre autres, à l'émission d'une carte de compétence à quelqu'un
qui a déjà fait des heures dans l'industrie, donc d'alléger le fardeau
de démonstration, de preuve, soit avec les acquis scolaires, la reconnaissance
d'expérience, de pouvoir recevoir cette carte de compétence là renouvelée
lorsque la personne veut revenir. Aussi, ce qu'on met de l'avant, c'est que la
reconnaissance des acquis pédagogiques soit allégée pour les personnes qui,
visiblement, travaillent sans aucun problème en Ontario, qu'ils ont débuté leur
carrière au Québec, qu'ils demeurent au Québec, qui exercent leur métier en Ontario...
et qu'on veut qu'ils reviennent ici, des fois, dans certains cas.
Mme Cadet : J'imagine, en plus, que
ça créerait une certaine attractivité pour les jeunes.
M. Plamondon (Jonathan) : Absolument.
Mme
Cadet : Et justement, qu'est-ce que vous proposez pour
l'attractivité des jeunes travailleurs dans l'industrie?
Mme Sabourin (Francine) : Bien, pour
l'attractivité des jeunes, c'est sûr que l'industrie est, comme on peut dire,
rigide et complexe, actuellement. Toutes les études montrent que les jeunes
veulent avoir des milieux de travail respectueux, des tâches diversifiées,
contribuer dans leur environnement de travail, tout ce que la polyvalence peut amener. Ils veulent être stimulés par leur
travail. Donc, il faut quand même se rappeler qu'on est en compétition avec les
autres industries, où il y a un petit peu moins de cases à remplir, un peu,
parfois.
La
Présidente (Mme Dufour) : En terminant. Je m'excuse, le temps est écoulé. Je
suis vraiment désolée. Je vais maintenant...
Mme Cadet : D'accord. Merci
beaucoup.
La
Présidente (Mme Dufour) : Merci. Je vais maintenant céder la parole au
député d'Hochelaga-Maisonneuve. Vous avez 3 min 28 s.
M. Leduc : Merci beaucoup. Bonjour à
vous quatre. Content de vous rencontrer. On s'est déjà rencontrés, en fait, à quelques reprises. J'ai encore, dans mon
bureau, votre beau petit casque de construction. D'ailleurs, la photo qu'on
avait prise a fait jaser beaucoup dans les milieux syndicaux dans les jours qui
avaient suivi. Ça fait que j'ai reçu d'autres casques après, de la part
d'autres groupes. J'ai une petite collection. Tout ça pour vous dire que j'ai
lu votre mémoire. Il va solide, votre mémoire, quand même. J'ai été un peu
surpris sur le régime du travail, pas de loi antiscab,
pas le droit de faire de grief sur le salaire, pas... Bien, bref, je trouvais
qu'il y avait une certaine, peut-être, rigidité à ce niveau-là, parce que, sur
le reste et sur la polyvalence, etc., moi, je suis toujours prêt à discuter.
• (14 h 40) •
Mais je veux surtout
vous amener sur la mobilité. Ça, j'en ai entendu parler beaucoup, puis là vous
dites : Nous, on voudrait la mobilité
totale. Donc, même la réduction du nombre d'heures proposée par le ministre,
pour vous, ce n'est pas suffisant, il faut l'abolir complètement. C'est
ça, votre idéal, si je comprends bien. J'ai émis la crainte suivante à la période de questions, mardi dernier,
avec le ministre. Je me rappelle de l'épisode de la Côte-Nord, je me rappelle
du blocage de route avec le fameux Rambo Gauthier, qui n'est pas mon
syndicaliste préféré, vous l'aurez compris. Vous n'avez pas la crainte
que, si on va trop loin, si on va plus loin, la frustration... Au-delà du
personnage Rambo Gauthier, on pouvait la
comprendre, quand même, une certaine frustration des gens des régions, de la
Côte-Nord, qui voient un immense chantier à côté de chez eux puis qui ne
sont pas capables d'aller y travailler parce que c'est des grosses entreprises de Montréal puis de Québec qui réussissent à
gagner les gros contrats. Vous n'avez pas la crainte qu'avec la mesure du ministre ou, même pire, si on
va plus loin puis qu'on écoute votre recommandation, qu'on va en générer
plus, des Rambo, dans les prochains mois, dans les prochaines années?
M. Plamondon (Jonathan) : Bien, en fait, non, on
n'a pas cette crainte-là. D'abord, il faut rappeler que, dans l'industrie,
80 % des entreprises ont moins de cinq employés. C'est moins de 2 %
des entreprises qui ont plus de 50 employés. Il n'y en a pas, de
très grandes entreprises qui va venir vider un marché régional.
Ce
qu'on constate, puis on prend l'exemple de la Côte-Nord, présentement,
90 % des salariés de la Côte-Nord travaillent en Côte-Nord, mais ne
représentent que 45 % des heures qui sont faites en Côte-Nord. Donc, ce
qu'on voit, avec la mobilité, on
n'est plus dans une réalité que l'on... comme on a connu dans les
années 80, début 90. On est dans une réalité où on a des besoins, des
grandes... une grande pénurie de main-d'oeuvre en région et ça va aider au développement
économique régional. Ce qu'on entend aussi,
c'est qu'on... il y a un besoin de vouloir bouger, d'aller travailler ailleurs.
Ça, cette volonté, elle est là.
Alors,
on ne croit pas que ça va créer ces effets-là, mais assurément, il faut avoir
un discours rassurant par rapport à ça et souligner les effets bénéfiques de la
mobilité, de ne pas qu'avoir un discours sombre par rapport à la mobilité,
parce qu'il y a des effets bénéfiques pour
le respect des droits fondamentaux, pour le développement économique régional
et pour l'amélioration des chantiers.
M. Leduc : Vous
me parlez d'une conjoncture économique de plein emploi, c'est une évidence,
mais ce n'est pas éternel, ça, ça va changer. Ça a des risques de changer dans
le futur. Ça fluctue, l'économie. Si on retombe dans une section de chômage, dans les prochaines années, puis qu'on ait
tout changer la loi, dans une conjoncture de plein emploi, on va se
retrouver avec le même problème que dans le passé, non? Vous n'avez pas cette
crainte-là?
M. Arbour
(Jean-François) : Disons que les planifications de main-d'oeuvre pour
les 10 prochaines années disent qu'on
est vraiment en déficit, et, soyons bien francs, j'ai l'impression que la
grande majorité d'entre nous autour de
la table, avant de connaître ces périodes-là, on risque d'être dans une maison
des aînés ou quelque chose comme ça.
M. Leduc : Si
elles sont construites.
La Présidente (Mme
Dufour) : 10 secondes.
M. Arbour
(Jean-François) : Elles le sont, mais tout ça pour vous dire...
La Présidente (Mme
Dufour) : Cinq secondes.
M. Arbour (Jean-François) : Tout
ça quand même pour vous dire que... tu sais, je viens de la région de Montréal,
et on a de la difficulté à amener un employé de Laval vers la Rive-Sud
de Montréal. Donc...
La Présidente (Mme
Dufour) : Merci.
M. Leduc : Merci
beaucoup.
La Présidente (Mme Dufour) : Merci
beaucoup. Je cède maintenant la parole au député de Jean-Talon. Vous avez
2 min 38 s.
M. Paradis : Merci
beaucoup. Merci beaucoup d'être là. Merci pour votre témoignage et merci pour
votre mémoire. Je dois dire qu'il était
vraiment remarquable, pédagogique, très bien écrit, très bien présenté, et ça
montrait clairement où est-ce que... d'où est-ce que vous venez et où
est-ce que vous voulez aller.
Maintenant, je pense
qu'il y a des enjeux très clairs qui se dessinent, notamment sur les intérêts
régionaux face à l'intérêt des villes. Et je comprends que nous avons devant
nous un des joueurs majeurs dans l'industrie de la construction, 20 000
entreprises qui génèrent 60 % des heures totales. Vous avez quelle
proportion de vos membres qui sont des régions, donc, disons hors de la zone
métropolitaine de Montréal et de Québec, mettons?
M.
Arbour (Jean-François) : Je vous dirais sur... mon Dieu, c'est un
drôle de chiffre à donner...
Une voix :
...
M. Arbour
(Jean-François) : ...au moins 80 %, 90 % de nos membres sont
à l'extérieur des grandes régions, des grands centres. Je reviens, on a des
membres qui sont dans toutes les régions. On a 10 régions, et vraiment,
les membres des grands centres, si on veut, Montréal et Québec, ne sont pas
majoritaires au niveau de l'influence ou quoi que ce soit par rapport à ça.
M. Paradis : Donc,
est-ce qu'on peut dire... parce qu'une des choses qu'on entend, c'est ça, puis
vous l'avez un petit peu évoqué, hein, c'est de dire : Oui, mais là, cette
réforme-là, puis vous, vous demandez d'aller plus loin, elle pourrait avoir
pour effet qu'il y a des grands entrepreneurs des grands centres urbains qui
viennent prendre le travail dans les régions. Mais là ce que vous me dites, si
je comprends bien votre membership, c'est que, vous, vous avez beaucoup de
membres actuellement qui viennent des régions, qui sont des petits
entrepreneurs puis qui disent : Nous, c'est ça qu'on veut.
M. Arbour (Jean-François) : Je
vous dirais même qu'en toute honnêteté, sur les membres payants de l'ACQ, qui
sont environ autour de 8 000, je vous dirais, qui sont les cinq employés
les moins, on doit en avoir là-dessus 7 500. C'est vraiment la très, très,
très grande majorité, ce sont des petits employeurs qui sont de régions, et,
quand on dit «régions», qui sont de partout au Québec.
M. Plamondon
(Jonathan) : Et puis, si je peux me permettre, moi, j'ai rencontré
plusieurs entrepreneurs de plusieurs régions dans les travaux préparatifs à la
présentation de notre mémoire. J'entendais des entrepreneurs... entre autres, je pense à une entrepreneure en
Abitibi qui me disait : Je suis très content si on va là, parce que, là,
je suis confiné à l'Abitibi sur plusieurs aspects, là, je vais pouvoir
commencer à appliquer sur des contrats au Mont-Tremblant, dans les Laurentides. Je vais pouvoir commencer à
développer davantage mon entreprise. Elle voyait des opportunités avec
cela.
M. Paradis : Très
bien. Il me reste combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Dufour) : 10 secondes.
M. Paradis : 10 secondes.
Vous avez participé, vous, à la base, si je me souviens bien, à la négociation
de la question du... ce qu'on appelle le cloisonnement territorial. Vous avez
participé à ça?
M. Plamondon
(Jonathan) : Bien, participé... Il y a des règles qui limitent la
mobilité dans nos conventions collectives, oui.
La Présidente (Mme
Dufour) : Je vous remercie. Je vous remercie pour votre contribution
aux travaux de la commission. Je suspends les travaux quelques instants, vous
pourrez vous parler... (panne de son) ...afin de permettre aux prochains
invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à
14 h 46)
(Reprise à 14 h 53)
La Présidente (Mme
Dufour) : Bonjour. Alors, je souhaite maintenant la bienvenue à
l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du
Québec, l'APCHQ. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis ensuite nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc
à commencer votre exposé, merci, et à vous présenter aussi.
Association des professionnels de la construction et
de l'habitation du Québec (APCHQ)
M. Rodrigue
(Maxime) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, chers
parlementaires, je me présente. Mon nom est
Maxime Rodrigue, je suis président-directeur général de l'Association des
professionnels de la construction et de l'habitation du Québec,
communément appelée l'APCHQ. Je suis heureux d'être avec vous aujourd'hui.
C'est un privilège pour nous que vous nous invitiez à cette commission
parlementaire. Alors, merci beaucoup. Pour l'occasion,
je suis accompagné d'Isabelle Demers, qui est vice-présidente développement
stratégique, affaires publiques et innovation, et d'aussi Francis Montmigny,
conseiller expert en relations de travail à l'APCHQ. Donc, là... Ah oui!
pardon, Michel. Michel, aussi, Lessard, qui est chez nous comme vice-président
services aux membres et aux entrepreneurs.
Donc, tout d'abord, l'APCHQ a été fondée en 1961
et est un organisme à but non lucratif qui regroupe plus de
21 000 entreprises membres au sein de 13 associations régionales,
en faisant la plus grande association de ce type au
Québec et au Canada. Spécialiste de l'habitation de la rénovation, elle est,
depuis 1995, la représentante patronale ayant le mandat de négocier la
convention collective au nom de plus de 16 000 employeurs du secteur
résidentiel. Elle a pour mission d'être un acteur de changement rassembleur au
bénéfice de la société québécoise, en représentant et soutenant les
professionnels de l'industrie de la construction résidentielle et de la
rénovation. Compte tenu de l'importance du rôle économique, social et
environnemental que joue la construction et la rénovation résidentielle, de son
rôle auprès de ses membres, de sa position et de son expertise dans le secteur
de l'habitation, l'APCHQ est heureuse de vous présenter ses recommandations
portant sur le projet de loi n° 51.
D'emblée, l'APCHQ salue l'esprit du projet de
loi, qui est une assise importante pour moderniser l'industrie de la
construction et salue tout autant l'ouverture du ministre qui affirme qu'il est
perfectible. Notre association est en faveur d'une modernisation de l'industrie
qui vise d'abord et avant tout une meilleure productivité, agilité et flexibilité qui sera nécessaire dans les prochaines
années étant donné l'ampleur et le nombre de projets de construction qui
se profilent à l'horizon sur l'ensemble du territoire québécois.
Nous aurions souhaité que l'on s'attaque à la
structure de la réglementation. Nous aurions aussi pu faire une longue liste de demandes. Nous avons plutôt choisi
d'être pragmatiques, d'aller à l'essentiel. Notre intention générale est la suivante : favoriser les mesures qui
simplifient les façons de faire souvent complexes de l'industrie et qui
améliorent sa productivité, principalement pour notre secteur. La
modernisation de la loi R-20 offre l'occasion de bien définir le secteur
résidentiel pour que l'ensemble des entrepreneurs du milieu de l'habitation
soient représentés par une seule et même voix experte et au fait des enjeux
propres à cette tranche unique de l'industrie. Dans ce cadre, l'APCHQ désire
mettre de l'avant une analyse du projet de loi qui est basée sur le contexte et
les enjeux propres au secteur résidentiel, créateur de milieu de vie et du
point d'ancrage du tissu socioéconomique de la société.
Dans cette perspective, voici donc la synthèse
de nos recommandations suggérées. Permettre la pleine mobilité dans les régions
limitrophes pour le secteur résidentiel; créer une polyvalence ouverte à
tout... pour tous les travaux de finition dans le secteur résidentiel, encore
une fois; ne pas aller de l'avant avec la disposition sur la rétroactivité afin
de poursuivre l'analyse quant à l'application de celle-ci; favoriser toute
mesure qui mène à la diplomation, dont l'alternance travail-études et la
reconnaissance d'acquis en chantier; et définir le secteur résidentiel afin qu'il couvre les travaux réalisés sur
l'ensemble des bâtiments ayant une finalité majoritairement destinée à
l'habitation.
J'inviterais maintenant ma collègue Isabelle à
vous présenter davantage les spécificités liées à la construction résidentielle
et à l'uniformisation du secteur.
Mme Demers
(Isabelle) : Merci, Maxime, M. le ministre, parlementaires. En
effet, nos entrepreneurs et leurs travailleurs du secteur de la construction
résidentielle ont de grands défis devant eux. Toute chose étant relative,
le secteur du résidentiel est un petit
secteur, 40 millions d'heures travaillées, soit 20 % de toutes les heures
de l'industrie de la construction, un petit secteur, mais non moins
important. C'est le secteur qui loge les gens. Sans logement, il n'y a rien,
pas de croissance, pas de productivité, au contraire, un appauvrissement
collectif, une explosion des coûts, d'occasions
ratées car les projets économiques seront mis à l'arrêt ou retardés par manque
de logements. Si on veut loger le
Québec, les entrepreneurs du secteur résidentiel devront construire pas moins
de 1,2 million de logements d'ici 2030, une tâche titanesque. C'est
tripler le nombre actuel de mises en chantier, et ce, alors que, de façon
concomitante, des investissements de milliards de dollars de travaux de
construction sont annoncés dans le domaine institutionnel, commerciaux, industriel, génie civil. Tout ça
causera inévitablement une pression sur la chaîne d'approvisionnement, sur les terrains disponibles, sur les infrastructures
actuelles, mais aussi sur la main-d'oeuvre de travailleurs qui sera
insuffisante pour répondre aux besoins.
Construire et
rénover pour loger les gens demande une sensibilité et une compréhension fine
des enjeux, surtout dans un contexte
d'acceptabilité sociale souvent ardu, des enjeux qui ne cadrent pas toujours
avec les logiques purement commerciales. Bâtir des milieux de vie, c'est
travailler avec les gens pour des gens. Je rappelle que le secteur résidentiel
est d'ailleurs le seul qui vise directement le citoyen, qui paie lui-même sa
résidence avec de l'argent imposé, des produits taxés. Dans un contexte de
pression sur l'abordabilité, de pénurie en matière d'habitation et de
main-d'oeuvre, ce sont tous les aspects qui impactent directement ou
indirectement la construction qui doivent être considérés dans la solution. Il faut construire plus d'habitations plus
rapidement tout en maintenant la qualité des travaux et leur durabilité.
Nous sommes d'avis que le secteur résidentiel
doit ressortir de ce processus réglementaire avec des leviers qui lui seront favorables. Pour cela, il faut
faire en sorte que le secteur demeure attractif. Permettre une plus grande
agilité facilite le travail. Pour cela, il faut plus de polyvalence dans
les métiers de finition qui ne menacent pas l'intégrité du bâtiment. Il faut la pleine mobilité dans les
régions limitrophes. Je rappelle que 90 % des travailleurs du secteur
résidentiel oeuvrent à moins de 100 kilomètres de leur lieu de
résidence, mais qu'encore aujourd'hui, pour des raisons de découpage
territorial, un travailleur qui se trouve à Berthier ne peut travailler à
Trois-Rivières mais pourrait aller travailler à Brossard, par exemple. Il faut
faciliter la formation sous toutes ses formes, qui est un facteur de rétention,
de qualité et ultimement de productivité. Il
faut privilégier une organisation du travail qui favorise l'accélération des
mises en chantier et qui limite les risques de conflits de travail. Dans
notre secteur, 25 ans sans conflit de travail, avec des ententes négociées,
entre autres à cause d'une convention collective plus simple, ça parle.
Maintenant, laissez-moi ou laissez-nous vous
parler de ceux qui forment le secteur résidentiel et de leur contexte de
travail. D'abord, les entrepreneurs du secteur résidentiel sont, pour la grande
majorité, des entreprises de cinq employés
et moins, qui naviguent entre divers secteurs de l'industrie aux contraintes et
obligations très distinctes. C'est
dans le secteur résidentiel que les membres de la diversité sont le plus
présents. En effet, le secteur est une porte d'entrée importante pour
les personnes qui sont sous-représentées. Toutes proportions gardées, on
retrouve 1,8 % plus
de femmes et de membres des Premières Nations que dans les autres secteurs. Ça
s'explique, entre autres, par des conditions qui permettent un meilleur
équilibre travail-famille, des environnements plus agiles, un travail qui se
fait à proximité du lieu de résidence.
• (15 heures) •
Il faut savoir que les entrepreneurs du... et
les travailleurs du secteur résidentiel oeuvrent sur toutes sortes et types de
chantiers : le résidentiel, le résidentiel lourd, bien évidemment, le
commercial aussi. Plus de 13 000 de nos entrepreneurs possèdent aussi la
licence RBQ 1.3, qui est nécessaire à la réalisation de travaux de tout type de
bâtiments, dont ceux en hauteur. Ils travaillent aussi dans le domaine de la
rénovation assujettie et la rénovation non assujettie.
Ce que cela fait, c'est que cette réalité-là,
elle est unique au secteur résidentiel. Ce que ça veut dire, c'est que, dans
une même période, un entrepreneur peut passer par toutes ces réalités, aux
obligations différentes, avec une organisation du travail différente aussi, ce
qui complexifie le travail. La grande majorité des PME du secteur passent
25 % de leur temps, parfois même davantage, à remplir de très nombreuses
obligations administratives. Selon nous, toute modification de la loi qui fera
en sorte de faciliter la vie des entrepreneurs, qui permettra plus d'agilité,
qui fera en sorte qu'ils seront sur les chantiers au lieu de faire du travail
administratif à faible valeur ajoutée, doivent être mis en place. Les enjeux du
secteur de la construction résidentielle vont au-delà des questions des
relations de travail. Ils touchent les ménages québécois, la qualité des
travaux, la capacité de payer des particuliers, l'accès à la propriété, la
transition énergétique, le développement du territoire pour ne nommer que
ceux-ci.
Je terminerais en disant que l'occasion unique,
oui, historique d'aller chercher des gains d'efficacité et de productivité dans
l'industrie ne peut être manquée. L'APCHQ appelle ainsi le législateur à faire
de ce projet de loi non seulement une occasion de moderniser l'industrie, mais
de privilégier une approche qui permettra de garder le secteur résidentiel
compétitif et attrayant au bénéfice de tous, travailleurs, entrepreneurs et
surtout au bénéfice de la société québécoise.
Merci d'avoir lu le document préparé par notre
association. Merci de votre considération. Nous sommes heureux de répondre à
vos questions et commentaires.
La Présidente (Mme Dufour) : Merci
beaucoup pour votre exposé. Donc, nous allons maintenant, là, commencer la
période d'échange, et, M. le ministre, je vous cède la parole.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. D'abord, vous remercier de votre présence, de votre collaboration
puis de la qualité de votre mémoire. Puis, vous le mentionnez bien, même si
c'est un plus petit secteur, c'est un secteur qui a des répercussions humaines
et sociales vraiment fondamentales. Puis c'est ce qui nous motive dans la rédaction d'un projet de loi de cette nature-là,
c'est d'aider, c'est de permettre de mieux en faire pour qu'il y ait plus de maisons,
plus de logements sociaux, plus de logements abordables.
Puis je vous félicite, là, pour, effectivement,
l'intégration d'un nombre de plus en plus important de femmes et de personnes issues des Premières Nations.
C'est d'ailleurs un des volets importants de notre projet de loi. Puis merci de
votre support à l'objet puis à ce que vous appelez être une assise importante
dans un processus de modernisation.
Puis je lisais de la littérature spécialisée...
puis je fais la même analogie pour une modernisation, mais là c'était sur
l'innovation. L'innovation, souvent, on a l'impression que c'est une idée ou un
concept, mais c'est un processus, souvent,
et je vois la modernisation exactement de la même manière. Il y a eu les
allègements réglementaires, il y a le
grand plan en construction. On est en travail avec d'autres ministères pour la
formation, revenir à l'importance de la diplomation, l'alternance travail-études,
parce qu'il y a plein de modes alternatifs pour faire en sorte que nos
travailleurs, travailleuses aient les bonnes compétences, l'intégration des
nouvelles technologies, parce que vous n'êtes pas à l'abri de ça. Même si c'est
des petits entrepreneurs, les technologies numériques et autres qui réduisent souvent le travail répétitif, qui diminuent le
nombre d'accidents de travail et de maladies professionnelles, vous y contribuez
de façon exceptionnelle. Donc, c'est un
projet de loi, c'est une étape et c'est un des morceaux de l'ensemble global de
ce qu'on appelle la modernisation.
Sur la polyvalence, je comprends que... si je
vous résume, vous en voulez plus, particulièrement pour les travaux de
finition. Pour la mobilité, vous en voulez plus, particulièrement pour les
régions limitrophes. Pour l'accès, vous êtes
en plein en action pour aller de plus en plus loin. Puis, pour la
rétroactivité, vous n'êtes pas favorables. Donc, on va y aller étape par
étape... non, mais quand vous hochez de la tête, pour moi, ça confirme que
c'est clair.
Pour la polyvalence, donc, pour les travaux de
finition, vous souhaiteriez qu'il y ait de la polyvalence accrue. J'aimerais ça, peut-être Maxime, vous entendre
là-dessus pour confirmer que c'est bien ça, hein, tout ce qui est finition
dans la construction d'une maison ou d'un
logement, là, parce que c'est les logements sociaux et abordables. Je vous
écoute.
M. Rodrigue (Maxime) : Oui, bien,
effectivement, on est dans... nos entrepreneurs souvent chevauchent la
rénovation résidentielle et aussi... bien, le résidentiel assujetti, le neuf,
ou la construction, ou la rénovation aussi assujettie, donc, ce qui fait que
lorsqu'ils font de la rénovation, bien, ils peuvent faire... en fait, un
salarié peut faire plusieurs activités de métier sans souci. Aussi, bien, nos
entrepreneurs sont aussi confrontés à un règlement, le règlement sur le travail
bénévole, qui permet aussi... tous ces travaux de finition là, là, ils peuvent
être faits par un peu n'importe qui, si on veut, là, sans aucun problème. Il y
a aussi la loi sur la qualification des entrepreneurs en construction qui fait
en sorte que, pour tous ces travaux de finition là, ils n'ont pas d'examen en
exécution de travaux. Leurs compétences ne sont pas évaluées par la Régie du
bâtiment, parce que ces travaux-là sont jugés non à risque, ils font partie de
l'annexe III de cette... de ce règlement-là.
Alors, on s'est dit, bien,
étant donné qu'on peut le faire dans la rénovation résidentielle, étant donné
qu'on peut faire les mêmes travaux, des travaux bénévoles sur tout type de
travaux, des travaux de finition dans... en vertu de ce règlement-là, puis étant donné que les... il n'y a pas de
compétences qui sont évaluées par la Régie du bâtiment, on s'est dit,
bien, pourquoi pas amener cette flexibilité-là dans la construction
résidentielle.
M.
Boulet : Si je peux vous rassurer, c'est dans cet état
d'esprit là qu'on a rédigé l'article 72. Donc, les travaux de finition,
dans la mesure où il y a un lien entre les tâches, ça s'inscrit dans la même
séquence, ça permet donc de faire évoluer
les travaux... puis que c'est dans la même journée. Là, je comprends que vous
avez un bémol pour la courte durée, mais on voyait beaucoup la
polyvalence comme un incitatif à la planification. Parce que, quand la culture
de polyvalence va s'intégrer graduellement
dans le monde de la construction, ça va inciter les entrepreneurs, même si
c'est des petits entrepreneurs, dans
votre secteur aussi, à se dire : aujourd'hui, on va réaliser tel et tel
travaux et on va pouvoir, en
respectant les critères de polyvalence qui sont là, bien, avancer plus
rapidement puis réduire des délais et conséquemment des coûts.
Donc, si je
peux vous rassurer... mais je comprends votre bémol sur la courte durée. Évidemment,
courte durée, dans mon esprit, ce n'est pas une partie importante de la
journée. Il ne faut pas que quelqu'un se transforme et ne fasse qu'un
autre métier que celui qui apparaît à son certificat compétence compagnon pour
une majeure partie de la journée. Mais si
c'est une heure et demie, si c'est deux heures, si c'est pour compléter, pour
moi, c'est de courte durée, mais
c'est simplement pour qu'il y ait une polyvalence contrôlée, prudente, comme
vos prédécesseurs ont dit, et que ça ne devienne pas un bar ouvert.
Maintenant,
sur la mobilité, les régions limitrophes, on l'a analysé, mais, tu sais, chaque
région a tellement de régions limitrophes que ça revient quasiment à la pleine
mobilité. Mais, tu sais, c'est sûr que l'Abitibi-Témiscamingue, l'Outaouais, la Gaspésie aussi... mais il y a le Saguenay—Lac-Saint-Jean, qui a des régions limitrophes. Mais est-ce que ça ne serait pas une recommandation que vous
auriez pensé plus simple, de dire «pleine mobilité», sans limiter à des régions
limitrophes ou, bon, vous dites... vous référez à ce concept-là, peut-être
donner quelques précisions.
• (15 h 10) •
Mme Demers
(Isabelle) : Merci pour la question. C'est une bonne question.
En fait, la question de la mobilité dans le cas du secteur résidentiel, elle
nous interpelle en ce sens que les travailleurs aiment travailler à proximité
de chez eux. Ils ne souhaitent pas aller
nécessairement dans des régions éloignées de leur lieu de résidence. C'est le
propre, entre autres, du secteur résidentiel, où 90 % des travailleurs
disent travailler à moins de 100 kilomètres de leur lieu de résidence.
Dans ce contexte-là, l'idée des zones
limitrophes permet à ces travailleurs-là de travailler dans un rayon qui est
censé pour eux, mais qui fait en sorte que, dans bien des cas, ça touche
d'autres régions de par la carte de la CCQ. Quand
on le regarde puis qu'on regarde le découpage, effectivement, il y a beaucoup
de régions au Québec, mais, si on fait en sorte, par exemple, qu'une
personne qui est à Magog peut travailler à Eastman, à Sherbrooke aussi
facilement, bien, on aide son travail, on
l'aide à pouvoir travailler dans un secteur qui est raisonnable pour lui. Cette
personne-là il n'ira pas travailler à Gaspé. Elle veut revenir chez elle
le soir.
M. Boulet : Là-dessus, on se
rejoint, parce que la mobilité, c'est un droit, ce n'est pas une obligation,
puis les personnes ont le droit de se déplacer. Ceci dit, c'est le seul
secteur, dans le domaine privé, au Québec où il y a des obstacles à la mobilité, alors qu'on a des besoins immenses, dans le
secteur des logements particulièrement. Et nous, on a mis les balises, là. Est-ce que je vous
comprendrais bien, si vous disiez que, pour les travailleurs préférentiels,
vous êtes à l'aise, pour les travailleurs qualifiés, pour la pleine
mobilité, 15 000, mais, pour les régions limitrophes, pas de ces
limites-là? Est-ce que ça résume votre approche?
M. Rodrigue (Maxime) : ...ça résume
notre approche. Oui, exactement.
M. Boulet : OK, parfait. La rétroactivité,
je ne peux pas ne pas vous permettre... Je sais que certains de mes collègues
vont vous en parler. Qu'est-ce que vous avez à dire? Vous souhaiteriez que nous
conservions l'article de la loi actuelle qui prohibe de négocier une
rétroactivité salariale qui s'applique, évidemment, à la date d'expiration des
conventions collectives de travail. Je ne sais pas qui est le spécialiste en
relations de travail.
M. Montmigny (Francis) : Je vais
répondre à votre question avec grande joie. Vous posez des bons points, M. le
ministre, c'est-à-dire que la rétroactivité, c'est un concept qui est très
large à la base. Donc, dans la proposition du projet de loi n° 51, il y a
d'abord le fond de rétroactivité, qui est une chose en soi, et, comme vous avez
pu le lire dans notre mémoire, on a beaucoup
de questionnements par rapport à l'applicabilité de ce fonds-là, donc, entre
autres, des questions à savoir qui va cotiser dans le fonds. On a
beaucoup de petites entreprises, des fois, que c'est juste les employeurs qui
sont là, donc ils n'ont pas de travailleurs. Est-ce qu'ils vont cotiser
là-dedans?
On a un seul fonds également qui est instauré
par le projet de loi. Donc, est-ce que... S'il y a une grève dans un secteur,
mais pas dans un autre, est-ce qu'on va aller piger de l'argent qui est... qui
appartient, entre guillemets, à un autre secteur? Donc, c'est beaucoup de
questions d'applicabilité, et la gestion des fonds, la rétroactivité, à la
base, c'est du salaire dû. Donc, si les
employeurs créent une cagnotte, ou une caisse, ou un fonds avec de l'argent dû
pour les salaires et que la Commission de la construction du Québec se
retrouve à venir administrer la gestion de son fonds dans... aller chercher, pardon, l'argent dans le fonds pour
l'administration, la gestion du fonds, bien, on se trouve à venir gruger
des parts de salaire qui est dû aux travailleurs. Donc, il y a tout ce volet-là
qui nous posait beaucoup de questionnements
sur l'applicabilité. Et, même au niveau de la construction du Québec, c'est de
dire : Bien, si ça devient du salaire qui est dans
un fonds, est-ce que la commission devient elle-même un peu un employeur
détourné, va devoir faire des T4, relevé 1. Et la gestion des
heures aussi, peut-être un concept qui n'a pas été assez poussé, de dire :
Si j'ai une grève qui dure une semaine ou deux semaines... J'ai entendu
beaucoup d'intervenants mentionner que la commission avait les données. Oui et
non. Elle a les données sur une base mensuelle, elle ne les a pas sur une base
hebdomadaire ni à la journée, donc... et c'est là qu'on trouvait des
propositions pour venir essayer de bonifier le projet de loi.
Mais, sur le
fond de la rétroactivité, est-ce que c'est une bonne chose? La réponse, vous
l'avez bien mentionné, M. le ministre, c'est non, mais non avec un bémol, avec
un bémol, en disant : Premièrement, on aimerait que, si jamais on
doit aller là... que ce soit les conventions collectives... parce qu'on se
retrouve dans une situation, actuellement, où on
crée un fonds par le projet de loi, mais, après ça, on laisse la liberté de le
négocier ou pas dans les conventions. Mais, quand l'argent est déjà tout
là, dans le fondd, ça devient difficile, je pense, avec beaucoup d'égards, de
dire avec une autre partie où est-ce qu'on s'en va avec ça. Si l'argent est
déjà là, ça met une pression, et il y a beaucoup d'impacts.
La rétroactivité vient du Code du travail. On
est... La loi R-20 qui nous régit, qui régit l'industrie de la
construction, a été créée parce que le Code du travail avait ses lacunes. Donc,
on veut importer des concepts du code, j'ai entendu beaucoup d'intervenants
dire ça aussi, mais est-ce qu'on s'assure que c'est applicable à notre
industrie? Puis le fameux rapport de force, en termes de négociation, de
mentionner que c'est les employeurs qui ont avantage à étirer, les derniers...
dernières négos des 10 dernières années, je suis porté à dire, moi, qu'on
était prêts à signer, dans le secteur résidentiel, à bien des égards, mais
qu'on a été entraînés par plein d'autres motifs. Donc, il y a tout ça puis il y a une réflexion à y avoir. Puis c'est un peu
ça qu'on voulait laisser aussi, c'est qu'il faut aller plus loin dans la
réflexion, de se dire : Faites... Faisons, comme industrie,
attention à où est-ce qu'on va avec ça.
M. Boulet : Ah! tout à fait. Puis je
l'ai vécu, le secteur résidentiel réglait parfois avant la date d'expiration
des conventions collectives de travail. Mais, si je vous soumettais
l'hypothèse... puis peut-être rapidement, Francis, j'ai peut-être deux autres
points après, là, mais où on abrogeait simplement l'article qui prohibe et
qu'on laissait aux parties sans fonds de rétroactivité salariale la possibilité
de négocier, quel serait le principal irritant, un irritant, le plus important
pour vous?
M. Montmigny (Francis) : ...si on a
à négocier le fonds de formation directement?
M. Boulet : Non. On dit :
L'article qui interdit la négociation d'une rétroactivité, on ne l'abroge pas,
on ne crée pas de fonds, on laisse les parties négocier. Quel serait le
principal irritant à ce que ce soit une hypothèse acceptable?
M. Montmigny (Francis) : Il n'y en a
pas. Il n'y en a pas vraiment, c'est-à-dire que c'est la situation actuelle,
que vous précisez, M. le ministre.
M. Boulet : Non. Actuellement...
M. Rodrigue (Maxime) : Bien, je vais
répondre, si vous me permettez. Bien, je pense que c'est toute l'administration
de ça, là, c'est de s'assurer que c'est fait convenablement. C'est ça qui est
le plus... On a fait des... on a essayé de trouver des conventions collectives
qui avaient des... multisectorielles, multi-employeurs, qui avaient des
articles de... en rétroactivité, on n'en a pas trouvé. On n'en a pas trouvé.
C'est comme une première.
M. Boulet : Ah! c'est intéressant.
M. Rodrigue (Maxime) : On n'en a pas
trouvé, puis la raison pour laquelle ce n'est pas fait... c'est compliqué.
C'est compliqué, cette histoire-là, à gérer. On change de secteur, on change
d'employeur, c'est difficile de tracer la ligne puis d'être précis sur tout ça.
M. Boulet : Qui va payer, quand ça
va être payé puis qui va bénéficier de la rétroactivité, ultimement, dans ses
poches. C'est ce que vous dites.
M. Rodrigue (Maxime) : Oui, c'est
ça. C'est ça, oui.
M. Boulet : Je veux juste, avant de
finir, dire que l'alternance travail-études, c'est vraiment un parcours qui
nous intéresse, et le ministère de l'Éducation travaille fort avec la
Commission de la construction du Québec. Vous êtes
impliqués, d'ailleurs, de même que les syndicats, et ça avance, et c'est une
avenue qu'il faut emprunter pour accroître les compétences des travailleurs, s'assurer d'une meilleure qualité,
d'un bilan lésionnel amélioré. Il reste une minute?
La Présidente (Mme Dufour) : 30
secondes.
M.
Boulet : 30 secondes. Je veux vous remercier, parce que
c'est un mémoire qui est constructif, qui est intéressant. Puis en se redisant que c'est un élément parmi le
grand processus de modernisation... puis je vous remercie, l'APCHQ aura
été un partenaire qui aura été créatif et nous aura soumis des recommandations
raisonnées. Merci beaucoup.
La
Présidente (Mme Dufour) : Merci, M. le ministre. Alors, maintenant, je vais
céder la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme
Cadet : Merci, Mme la Présidente. Merci à vous d'être avec
nous cet après-midi. Merci également pour votre mémoire, en effet, donc,
très étoffé.
Mme Demers, je vous écoutais tantôt, et puis
vous disiez avec passion : Sans logement, il n'y a rien, et, pour répondre à la demande actuelle, donc, on va devoir
réaliser, donc, une tâche titanesque. Ma première question... Bien, vous
le savez, vous l'avez nommé, donc, on se trouve dans une crise de l'habitation,
et moi, quand j'ai reçu le projet loi n° 51, la
première question que je me suis posée... parce qu'on l'a souvent évoqué, hein,
quand on questionnait le gouvernement, on nous disait, bien, le projet de loi n° 51 va s'attaquer à la crise de l'habitation. Vous,
est-ce que vous trouvez que le projet de loi, en ce moment, tel que rédigé,
s'attaque à la crise de l'habitation?
Mme Demers
(Isabelle) : C'est... la crise de l'habitation, c'est quelque
chose qui est éminemment transversal. Il n'y a pas une seule mesure qui
va permettre de régler la crise de l'habitation, c'est malheureux. Si c'était
le cas, ça serait déjà probablement réglé, c'est... Il faut un bouquet de
mesures pour la crise de l'habitation. Définitivement, l'organisation du
travail en est une, quelque chose qui va favoriser... Le projet de loi est un
effort qui va dans le bon sens. Ça va favoriser, bien évidemment, mais est-ce
que, demain, on va avoir plus de chantiers? Il va falloir le voir à l'usage
aussi.
• (15 h 20) •
Et, entre autres, c'est pour ça qu'il y a
plusieurs des demandes que l'on fait qui vont dans le sens de donner des outils
pour une meilleure organisation du travail. Ça a été mentionné, il faut aider
les entrepreneurs et les petits entrepreneurs à être en mesure d'avoir des
approches plus modernes, en termes de gestion de l'organisation du travail, de la technologie, de l'innovation, mais
il faut aussi leur permettre de travailler plus aisément dans un contexte
où la réalité de petits entrepreneurs est distincte, est différente que la
réalité de grands entrepreneurs. Le fait qu'ils travaillent dans plusieurs
secteurs, dans les mêmes périodes, le fait qu'ils travaillent sur différents
types de chantiers, il faut faciliter ça. On s'entend que, dans bien des cas,
c'est des entrepreneurs qui ont aussi le marteau dans la main, qui travaillent
dans les chantiers. Il faut leur donner, le plus possible, la latitude pour
être en mesure, justement, que tous les
usages de flexibilité souhaitée, d'agilité souhaitée, de polyvalence souhaitée,
puissent permettre de construire plus rapidement, toujours en qualité.
Mme
Cadet : Et quelles sont les autres mesures qui nous
permettraient, justement, donc, de faire ça, outre que ce qu'on voit
dans le projet de loi?
Mme Demers (Isabelle) : Est-ce que
tu veux répondre à ça? Bien... ou je peux poursuivre, effectivement. Bien, c'est sûr que le projet de loi ne mentionne
pas directement de mesure liée à la formation, mais c'est un élément qui est
important. Quand on sait que la formation... que les gens formés ont... quand
on sait, en fait, qu'il y a une diminution du nombre de gens formés sur les
chantiers depuis plusieurs années, on le sait, et on sait aussi, parallèlement,
que les gens qui sont formés ou qui passent par la diplomation ont 40 %
plus de chances de rester dans l'industrie, et c'est encore plus vrai de... si on veut aller chercher et
augmenter le pourcentage de femmes ou de personnes issues de l'immigration,
d'autochtones dans le milieu, il faut faire
tout en oeuvre pour que ces gens-là soient compétents, soient formés, jour un,
compétents sur un chantier et donc qu'ils puissent contribuer à plus de
productivité.
La
productivité, c'est un résultat. C'est un résultat de gens qui travaillent de
façon... dans une structure logique, efficace, qui sont compétents, qui sont
formés et qui arrivent à ne... à être en mesure d'avoir une fluidité du
travail.
Donc, ça fait
partie des mesures, entre autres, que l'on souhaite, qui vont permettre
d'aider, entre autres... en plus de toutes les autres mesures qui touchent le
contexte économique, bien évidemment, mais je ne vais pas là aujourd'hui.
Mme
Cadet : Merci. Bien, vous l'avez nommé, donc, la formation
est vectrice de productivité, la productivité d'ailleurs... donc, l'un
des autres objectifs de ce projet de loi, donc, outre, donc... donc,
construire, donc, plus dans le secteur de l'habitation. D'ailleurs, est-ce que
vous trouvez que le projet de loi, il permet vraiment d'améliorer la
productivité et l'efficacité dans le secteur résidentiel?
M. Rodrigue (Maxime) : Bien, le
projet de loi, là, il est bienvenu, hein? Comme on disait tout à l'heure, là,
cette crise de l'habitation là, elle ne va pas se résorber avec... d'un coup de
baguette magique, là. On passe notre... la plus grande partie de notre temps à
rencontrer toutes sortes de ministères, l'Éducation, les Affaires municipales,
les Finances, l'Habitation, les Infrastructures, l'Économie, c'est
excessivement transversal. Alors, chaque jalon qu'on pose pour s'en aller dans
le bon sens, on le prend, puis assurément que le projet de loi n° 51, il arrive
avec des solutions qui sont les bienvenues dans l'industrie, assurément.
Mme Demers (Isabelle) : Pour le
secteur résidentiel, bien évidemment, plus de polyvalence, puis on en a parlé,
puis le ministre a expliqué effectivement certains aspects, et effectivement, à
l'usage, on va pouvoir voir, tout à fait, mais la polyvalence qui est dans le
secteur résidentiel est une... En fait, je pourrais... on pourrait résumer ça
que le secteur résidentiel est un secteur qui est bien distinct et qui a ses
préoccupations, ses particularités qui sont bien
distinctes, de par le type de travailleurs et de par le type de travaux qui sont
faits. Il y a beaucoup plus de travaux de finition dans le secteur
résidentiel que dans d'autres secteurs, par exemple, et donc ça impacte
directement. 80 %, ou à peu près, des travailleurs
du secteur résidentiel touchent les charpentiers-menuisiers. Forcément, si on
est en mesure de faire en sorte qu'ils peuvent plus aisément travailler, bien,
c'est... ça va être bienvenu, évidemment. Donc, pour nous, la définition de la
polyvalence, là, la plus large possible est quelque chose de souhaité.
Mme Cadet : Vous
avez parlé avec fierté plus tôt que le secteur résidentiel, c'était la porte
d'entrée, là, pour bien des gens dans
l'industrie, notamment des femmes. Est-ce que vous avez des bonnes pratiques à
nous partager pour l'ensemble des secteurs, qui pourraient être incluses, donc,
dans le projet de loi, donc, pour nous, comme législateurs?
Mme Demers
(Isabelle) : Je trouve ça intéressant que vous dites ça. Est-ce qu'il
y a des meilleures pratiques dans le secteur
résidentiel? En fait, il y a peut-être une convention collective qui est plus
simple. Maxime dirait 100 pages de plus de simplicité.
M. Rodrigue
(Maxime) : 113.
Mme Demers
(Isabelle) : 113 pages de plus de simplicité.
M. Rodrigue
(Maxime) : ...de la complexification.
Mme Demers
(Isabelle) : Et peut-être que c'est un des aspects qui fait en
sorte... et qui permet, comme on disait,
simplement un meilleur équilibre travail-famille, quelque chose d'important,
une... de travailler à proximité. Mais c'est sûr qu'un des enjeux, puis
vous le savez, c'est la rétention. Ce n'est pas juste de les attirer, il faut
les garder. Donc, il faut travailler, de façon générale, à faire en sorte que
tous les biais cognitifs qu'on peut avoir contre certains types de travailleurs
sur des chantiers soient amoindris. Donc, alors, on travaille, on a de la
formation qu'il faut faire, il faut interpeler les entrepreneurs et les
travailleurs dans toute l'industrie.
M. Montmigny
(Francis) : Et, si je peux compléter ce que ma collègue dit, c'est
qu'on a une hypothèse mais qu'on n'est pas capables de vérifier,
malheureusement, actuellement, c'est de se dire... On dit souvent que les
petites entreprises sont moins bien organisées ou peu importe, sont plus
petites, ont les moyens plus difficiles, mais l'avantage des petites
entreprises, surtout dans le secteur résidentiel, c'est la proximité, la
proximité avec le patron ou la patronne, travailleur, travailleuse, qu'on
intègre...
Mme Cadet : Avec
le client aussi, là.
M. Montmigny
(Francis) : Oui, c'est des entreprises familiales. Donc, j'ai une
entreprise de couvreurs en tête, que je vois dans ma tête, qui ont des
travailleurs mexicains qui viennent à toutes les années. Ils reviennent à
toutes les années, ils font partie de la famille, ils habitent chez eux. Donc,
c'est quelque chose aussi qui... Je ne peux pas vous le chiffrer, mais je crois
sincèrement que...
Mme Cadet : Que
ça a un impact, oui.
M. Montmigny
(Francis) : Que ça a un impact.
Mme Cadet : Vous
avez parlé de chez soi puis plus tôt, donc, on parlait de la notion de région
connexe, là, vous... vous l'avez abondamment abordée avec le ministre. Vous
avez parlé, donc, l'ensemble des travailleurs, donc, du... une grande partie des travailleurs du secteur, donc, travaillent,
donc, dans un rayon de 100 kilomètres de chez eux. Je comprends
donc le libellé que vous nous avez amené dans votre mémoire. Donc, est-ce que,
donc, une notion de périmètre de rayon, donc, ce serait quelque chose que vous
suggéreriez d'introduire dans le projet de loi?
M. Rodrigue
(Maxime) : Oui, bien, effectivement, c'est... Puis le chiffre, là,
vraiment, c'est 90 % de moins de
60 kilomètres. Alors, l'important, c'est que c'est... un travailleur
puisse aller travailler sur un chantier, peu importe... peu importe, une
zone quelconque. Tu sais, un matin... puis là je parle de... je pense à
quelqu'un qui travaille en Gaspésie, il peut faire 350 kilomètres d'un
côté pour aller travailler sur la pointe de la Gaspésie, mais il ne peut pas
faire 45 kilomètres de l'autre côté pour aller travailler sur un chantier,
un petit chantier résidentiel.
Alors, ce qu'on veut,
c'est éviter ce genre de choses là. Évidemment que la mesure que le ministre
propose, elle est facilitatrice beaucoup, mais, dans notre secteur, étant donné
que c'est rare que quelqu'un va construire une maison à 300 kilomètres de
chez lui, là, ça n'arrive pratiquement jamais, là, ce n'est pas... ce n'est pas
des choses qui arrivent. Alors, laissons les
gens aller travailler dans un rayon qui fait du sens, là, indépendamment des
zones frontalières.
Mme Cadet : D'accord,
je vous entends là-dessus. Donc, plus tôt, donc, vous disiez, donc, les... ce
qui est proposé dans le projet de loi, l'impact, il est peut-être moindre dans
le secteur résidentiel, mais il est facilitant quand même, donc, pour vous, mais donc de transférer ça, donc, à un concept de
rayon, il y aurait donc quand même, donc, un certain enjeu étant donné
le concept de région.
Rapidement,
je n'ai pas beaucoup de temps, donc, la rétroactivité, je vous ai entendus.
Plus tôt, vous disiez : 25 ans sans conflit de travail. Est-ce
que vous pensez que la modification de l'équilibre par l'introduction de clause
de rétroactivité viendrait peut-être introduire des conflits de travail?
M. Montmigny
(Francis) : De là à dire que ça va introduire des conflits de travail,
c'est... je n'irais pas jusque-là, parce que je ne peux pas parler de
l'intention de la partie syndicale qui ont leurs propres choses à regarder. Donc,
je ne veux pas aller dans les prédictions. Par contre, où est-ce qu'on a des
doutes, c'est vraiment que ça peut créer un déséquilibre au niveau de la
gestion des pouvoirs. Je pourrais vous l'expliquer plus longuement, mais on en
parle dans le mémoire... parce que je regarde devant moi que... on me dit que
le temps s'achève, donc.
M. Rodrigue (Maxime) : Non, mais
c'est assurément une clause de plus à négocier, ça, c'est certain.
La Présidente (Mme Dufour) : Je vous
remercie pour votre temps. Je cède maintenant la parole au député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : ...Mme la Présidente,
bonjour à vous quatre. On s'est vus à mon bureau la semaine dernière ou la
semaine d'avant. C'était une conversation agréable.
Restons un peu sur le sujet de la rétro,
justement, parce que je trouvais ça intéressant, ce que le ministre vient de
dire. Tu sais, moi, je suis assez d'accord avec vous, puis d'autres
associations, même patronales, qui disaient : Ouh là, là, c'est compliqué, ce qui est dans le projet de loi. Là où,
des fois, je décrochais, c'était que c'était compliqué, l'existence même
d'une rétro, parce que ce n'est pas... ce n'est pas dans le Code du travail,
l'existence d'une rétroactivité, c'est un concept qui s'est construit à travers
le temps. C'est juste que c'est le seul secteur de tous les secteurs économiques du Québec, que c'est écrit
noir sur blanc : Vous ne pouvez pas avoir de rétro, ce qui est, à mon avis,
une injustice.
Mais, si on
disait... le ministre a comme laissé une porte ouverte, tantôt, il a dit :
Si on fait juste retirer l'interdiction puis qu'après ça les parties
syndicales, patronales, voient si c'est une priorité ou pas, puis qu'ils
trouvent une entente ou pas dans leur
négociation syndicale... Est-ce que ce n'est pas une solution intéressante par
rapport à ce qui est proposé aujourd'hui dans le projet de loi?
• (15 h 30) •
M. Rodrigue (Maxime) : Dans ça... de
toute façon, tout ça, là, c'est de l'innovation. Alors, on crée quelque chose
parce que ça n'existe pas ailleurs. On l'a cherché, là, vraiment, on s'est
dit : Est-ce qu'on va trouver quelque chose,
là, qui fait du sens, là, qui va nous orienter puis de voir... nous donner des
idées, justement, pour mettre dans notre mémoire, pour collaborer puis faire
avancer les choses? Alors là, on n'a pas trouvé ça. Nous, de notre point de
vue, bien, il faut... il faut poursuivre les discussions, il faut
regarder dans quoi on s'embarque puis il faut que ce soit... il faut que ce soit le plus simple possible, là. On veut
décomplexifier, on veut simplifier les façons de faire. Quand on voit ça, on
voit de la complexification plus que de la facilitation.
M. Leduc : Vous ne vous prononcez
pas, sauf erreur, dans votre mémoire, sur le droit de faire des griefs sur les
salaires et la question de la loi anti-scabs, qui sont les deux autres
irritants du régime général du travail, qui, à mon avis, est rétrograde par
rapport au reste des salariés du Québec. Avez-vous une opinion là-dessus?
M. Montmigny (Francis) : Bien oui,
je peux vous en discuter un petit peu. Bon, le régime anti-scabs, c'est qu'il faut... bon, vous le savez, M. le député, on
a des conventions collectives indépendantes. Normalement, les droits de grève
doivent se donner par convention collective. Malheureusement, on est entraîné
souvent un secteur avec l'autre lors
des dernières négociations, c'est-à-dire que, parce qu'il y avait un problème
dans un secteur, on traînait tout le monde en grève, des choses comme
ça.
La loi anti-scabs est durement applicable dans
cette réalité-là. Pourquoi? Parce que, si le secteur résidentiel est en grève, les travailleurs peuvent aller
travailler dans les autres secteurs, ils ont une mobilité sectorielle. Donc, le
rapport de force n'est plus balancé,
mais plus du tout. L'employeur subit quasiment seul les impacts. Les
travailleurs peuvent aller ailleurs, peuvent aller dans le secteur, dans
la partie non assujettie du résidentiel, si on prend juste notre cas. Donc,
c'est pour ça qu'on a de la difficulté avec cette réalité-là très factuelle,
c'est pour ça.
Le droit de grief, écoutez, on représente des
petites entreprises de cinq salariés et moins. On a un milieu qui est
multisyndical, donc, on a cinq associations syndicales. Prenons une entreprise
de... on en a parlé souvent, de cinq salariés et moins. Si, demain matin, il y
a le moindre accroc à la convention collective... et souvent, que ce soit la
loi, le règlement, les conventions collectives, je vous dirais, 90 % de ce
qui se passe, c'est des erreurs, des fois, qui sont commises de bonne foi. Et là on se retrouverait avec cinq réclamations
soumis par cinq syndicats différents, avec les griefs qui doivent être
gérés en même temps. Ça fait beaucoup dans la réalité de notre secteur. Donc,
c'est un peu pour... la réponse à votre question, M. le député.
La
Présidente (Mme Dufour) : Merci. Ça complète votre temps. Donc, je
cède maintenant la parole au député de Jean-Talon.
M.
Paradis : Merci beaucoup pour votre mémoire et votre présence.
J'avais très hâte de vous entendre et de vous lire parce que, comme vous le
disiez, vous construisez les maisons des Québécoises et des Québécois. On a
2 min 38 s.
J'ai deux questions, justement, à cause de la
nature de votre association. À la page 18, il y a le sondage que vous avez réalisé en 2020, qui est un peu à la
base de votre demande, là, de mobilité dans les régions limitrophes, hein?
Vous, vous avez comme une voie de passage. Mais ce qu'on lit là-dedans, c'est
qu'il y a 37 % des répondants qui travaillent à moins de
25 kilomètres et 82 % à moins de 50 kilomètres. J'aimerais
comprendre comment ça se fait que, pour vous, c'est encore un enjeu, la mobilité. Est-ce que c'est
parce que ça arrive bien souvent que l'entrepreneur, il est juste sur le bord
de la zone, un? Deuxièmement, j'aurais aimé ça vous entendre, vous
particulièrement, parler de travail
au noir. Parce que moi, j'imagine le nombre d'heures qu'on pourrait récupérer
en légitime pour gagner en efficience puis moderniser notre secteur,
puis on le sait qu'il y en a dans le secteur du résidentiel. Voilà.
Mme Demers (Isabelle) : Rapidement,
à votre première question, pourquoi est-ce que ça nous préoccupe, en fait, à cause... étant donné que nos entrepreneurs
travaillent dans tous les secteurs, résidentiel, non résidentiel, assujetti,
commercial, non assujetti, rénovation, etc., ce que ça fait en sorte, c'est que
la mesure qui est proposée, malgré qu'elle
simplifie, met encore des jalons, des balises, ce qui fait en sorte qu'un
entrepreneur pourrait avoir des travailleurs qui ont travaillé, qui ont
fait toutes leurs heures dans la rénovation, mais qui n'ont pas fait
suffisamment d'heures qui ont été CCQ, par
exemple, donc, assujettis, ce qui fait en sorte qu'ils ne pourraient pas
changer de région à cause de ça, parce qu'il n'y aurait pas la limite
qui est demandée.
Est-ce que ça arrive souvent? Bien, lorsque ça
arrive, c'est un problème pour un entrepreneur qui ne peut pas, donc, amener
son équipe travailler dans la région, qui est peut-être parfois tout de suite à
côté de chez elle, pour pouvoir travailler. Donc, c'est dans ce contexte-là.
C'est spécifique à un secteur qui travaille dans toutes sortes de secteurs
assujettis ou non assujettis.
Rapidement, Maxime, deuxième question.
M. Rodrigue (Maxime) : Bien oui,
pour le travail au noir, je vous entends, là, puis soyez assuré que ça nous
préoccupe tout autant que vous. On est absolument disposés à s'asseoir avec les
parlementaires pour que... pour ouvrir la discussion dans ce sens-là.
Effectivement, c'est un... principalement dans la rénovation résidentielle non
assujettie, à vrai dire, c'est un peu le, là... c'est n'importe quoi, là, entre
vous et moi. Et évidemment qu'on va vous... on va devoir amorcer des
discussions sérieuses, là, sur ce secteur-là assez rapidement.
La Présidente (Mme Dufour) : Je vous
remercie pour votre contribution aux travaux de la commission.
Donc, je
suspends maintenant les travaux quelques instants avant de... afin de permettre
aux prochains invités de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 15 h 36)
(Reprise à 15 h 41)
La Présidente (Mme Dufour) : Alors,
merci à tous. À l'ordre, s'il vous plaît! On reprend les travaux.
Alors, je souhaite maintenant la bienvenue à
l'association des professionnels de la construction... Pardon, je n'ai pas la
bonne phrase. Ah! et voilà, c'est en bas, je m'excuse, je ne veux pas me
tromper. Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Association des entrepreneurs
en construction du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
faire votre exposé. Merci.
Association des
entrepreneurs en construction du Québec (AECQ)
M. Carré (Daniel) : Merci beaucoup.
Bonjour, Mme la Présidente, M. le ministre, les députés, l'opposition et tout le personnel. Merci de nous recevoir
aujourd'hui. Je me présente, Daniel Carré, entrepreneur électricien, président
de l'Association des entrepreneurs de la construction du Québec depuis un an.
Je suis accompagné aujourd'hui de M. Dominic... de Me Dominic Robert.
Un petit mot sur notre organisation. En 76...
1976, bien sûr, c'est une association patronale qui regroupe tous les entrepreneurs en construction assujettis à la
Loi sur les relations de travail, la formation professionnelle et la gestion
de la main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction. De plus, le conseil
d'administration est composé de toutes les associations patronales reconnues
par la loi R-20. Donc, tous ceux que vous avez entendus aujourd'hui font partie
de notre conseil d'administration. Je cède
maintenant la parole à Me Dominic Robert pour émettre les commentaires sur
votre projet de loi. Merci. Dominic.
M. Robert (Dominic) : Bonjour, tout
le monde, bon après-midi. M. le ministre, MM., Mmes les députés, Mme la
Présidente, à la lumière... à l'image de nos commentaires, on va essayer d'être
brefs. Vous avez déjà... il y a plusieurs aspects qui ont déjà été couverts,
puis on va essayer de ne pas trop répéter puis d'être un peu... un petit peu
originaux.
Je serais tenté de faire un commentaire
introductif, je vous dirais, sur les propos que j'ai entendus jusqu'à
maintenant, certains propos que j'ai entendus jusqu'à maintenant. En 1968, le
législateur québécois a décidé que l'industrie de la construction devait être
régie par un régime particulier. On a pris certains éléments de la Loi sur les
décrets de conventions collectives, on a pris certains éléments du Code du
travail puis on a évalué, on a apprécié que notre
industrie devait être une industrie qui avait son propre, entre guillemets,
code du travail. Et c'est une industrie... Et je suis content parce que je remarque une sensibilité chez vous, M.
le ministre, dans les propos que vous avez tenus jusqu'à maintenant et
dans le projet de loi, une intention de conserver un certain équilibre. Puis,
pour moi, ça, c'est extrêmement
important, parce que c'est effectivement... la pierre d'assise du régime, c'est
l'équilibre. Et ça a été, d'ailleurs... ça a été, d'ailleurs, longuement, longuement expliqué dans des décisions
de la Cour suprême, notamment dans une décision sur la liberté
d'association, dans laquelle la Cour suprême a dit : C'est un régime où ça
demande beaucoup de doigté d'intervenir dans
le régime de relations de travail dans la construction, et je pense que c'est
vrai. Et, quand j'entendais certains
propos où on parlait d'importer des concepts qui sont dans le Code du travail
ainsi que dans d'autres juridictions, je pense que ce n'est peut-être pas
mauvais d'y réfléchir, mais il faut y aller avec beaucoup, beaucoup de
prudence.
Alors, cette
notion-là d'équilibre, pour moi, elle est extrêmement importante, et c'est un
peu ce qui m'a guidé, un peu, dans la rédaction des brefs commentaires que j'ai
déposés à la commission. Et j'ai structuré le tout un peu en... justement, avec... en tenant compte de cette recherche
d'équilibre dans la modernisation de notre industrie et des objectifs
qui avaient été annoncés par par le ministre, c'est-à-dire, d'abord et avant
tout, d'améliorer ou d'augmenter la productivité de notre industrie. Il y a des
points plutôt accessoires, sur lesquels je ne vais pas revenir, mais je vais
essayer de me concentrer sur ce qui est le plus important pour nous.
D'abord, la
productivité, ça se mesure comment? Bien, ça se mesure, d'abord et avant tout,
par un allègement réglementaire, et je pense que, dans le projet de loi, il y a
ce qu'on pourrait appeler de l'allègement réglementaire, en matière de
polyvalence, parce qu'il y a un décloisonnement, puis, pour moi, c'est
extrêmement important. Deuxième élément, l'organisation optimale du travail.
Quand on parle du principe de polyvalence, on parle d'améliorer, dans le
fond... si j'ai bien saisi les idées, on parle d'améliorer les instants de
transition dans l'exécution du travail, on
parle de finition, on parle d'avancement, de continuité, alors... puis c'est, à
mon avis, extrêmement précis dans l'intention.
Ce que j'aime moins
ou ce que je pense qui devrait peut-être être amélioré, c'est la notion de...
en termes de polyvalence, la journée même. Courte durée, journée même, ça
m'apparaît pas mal des synonymes, puis ma crainte, c'est que la journée même, bien, ça donne lieu à beaucoup, beaucoup
d'interventions sur des chantiers, qui vont générer autant d'arrêts de
travaux et donc de perte de productivité, donc on est un petit peu à
contresens.
Autre élément sur la
polyvalence, je pense que d'autres l'ont mentionné, là, mais il ne faudrait pas
qu'on retombe non plus dans un exercice de partage de compétences au CFP. C'est
pour ça que je disais... je me demandais qu'est-ce que le mot «tâche» venait
faire à l'article 123.1. Je vous le soumets. Un autre élément qui n'a pas été
invoqué, sur la productivité, et puis en lien, je vous dirais, avec la
mobilité, c'est la gestion des ressources humaines.
Moi, quand je suis
arrivé dans l'industrie, il y avait vraiment un bout de chemin incroyable à
faire en gestion des ressources humaines dans les entreprises de construction,
puis il y a effectivement un bout de chemin incroyable qui a été fait en termes
de professionnalisation des entreprises dans la gestion des ressources
humaines. Il y a une multiplication de politiques d'entreprise, on parle des
programmes de prévention que vous connaissez bien, vous venez d'intervenir sur
le contenu des politiques pour contrer le harcèlement en milieu de travail.
Tout ça, ça fait partie de l'entreprise, et,
si une entreprise ne peut pas avoir la pleine mobilité de ses salariés, qui
sont... qui connaissent les politiques de l'entreprise, qui connaissent
la manière de fonctionner de l'entreprise, bien, je pense que, là, encore une
fois, on perd un peu de productivité, parce qu'une saine gestion des ressources
humaines, pour moi, c'est de la productivité.
La polyvalence, bien
oui, effectivement, la polyvalence en lien avec la... la polyvalence, c'est un
vecteur d'innovation, hein, puis c'est un vecteur important aussi de... Quand
on parle de polyvalence, encore, je fais un lien avec la mobilité, les
entrepreneurs qui auront développé, chez leur main-d'oeuvre, une certaine
polyvalence, bien, ça serait quand même important qu'ils puissent aussi les
amener sur les chantiers partout au Québec. Encore là, c'est un vecteur
d'innovation puis de productivité.
Bon, la question de
la rétroactivité, évidemment, vous en avez entendu parler beaucoup. Le problème
principal de la rétroactivité, c'est que c'est un... ça déséquilibre le rapport
de force. Ça déséquilibre le rapport de force en négociation. C'est ça, le
point principal, puis le problème, avec la rétroactivité, c'est qu'on veut
replacer les parties dans l'état où elles auraient été, n'eût été un délai dans
la négociation, mais on oublie que, pour replacer les parties dans l'État, il
n'y a pas... Les parties disposent déjà de certains outils. Il y a un juge,
d'ailleurs... Hier, ça a été mentionné, il
n'y a rien qui empêche les parties actuellement de négocier une prestation
compensatoire ou un montant compensatoire. Puis remettre les états... les
parties en état, ce n'est pas seulement salarial. C'est comme si on oubliait
qu'une négociation, on traite d'un ensemble de facteurs puis que, lors de
l'entente de principe, on pourrait dire : écoute, je peux avancer là-dessus, je peux peut-être avancer là-dessus
pour tenir compte du fait qu'on a perdu un peu de temps. Alors, il y a
déjà des outils qui existent.
Puis la
rétroactivité, évidemment, on cherche, dans le projet de loi, à accélérer,
avoir une certaine célérité dans le
processus. On modifie les dates, on voudrait que les parties avancent plus
rapidement. Bien, moi, je pense que la rétroactivité, si elle devait être
intégrée, bien, ça fait perdre un peu cette célérité qu'on cherche par ailleurs
à obtenir.
Autre élément qui est
bien, bien, bien important pour moi, je pense que les gens de l'APCHQ, les
collègues en ont parlé, c'est le principe de la négociation sectorielle. Ça
aussi, si jamais on devait aller vers une rétroactivité, je verrais mal des...
un secteur de l'industrie, où il y aurait eu une possibilité d'entente de
principe avant la fin de... avant l'échéance
de la convention collective, être obligé de payer un paiement en rétroactivité,
alors qu'ils auraient bien pu signer, parce que, pour nos... nos partenaires
syndicaux, la négociation commence à une date et elle se termine à une date. Et je le comprends, parce que pour obtenir
un meilleur rapport de force, c'est plus facile d'avoir une négociation
sur une base industrielle que secteur par secteur, alors qu'un des piliers
importants de la loi R-20, c'est la négociation sectorielle.
• (15 h 50) •
Donc, comité de relations de travail, moi,
évidemment, je suis un... je suis un optimiste de nature, je crois beaucoup à
la concertation, je crois beaucoup à la discussion, surtout en relations de
travail, puis je pense que c'est important de bien
ficeler les dossiers par la concertation. Dans notre industrie, il y a des
aspects qui sont négociés, il y a des aspects qui ne le sont pas, qui sont
couverts par des règlements. Dans les aspects qui sont couverts par des règlements, il y a des comités qui existent, sur
lesquels les gens qui... c'est des gens qui sont désignés par les associations,
donc c'est des gens qui ont une bonne
connaissance de l'exécution des travaux et de la pratique des métiers sur les
chantiers. On le fait pour les avantages sociaux, on le fait pour la
formation professionnelle, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire
non plus en relations de travail. Le comité de relations de travail, le mandat
est un petit peu, peut-être, à resserrer, mais je pense que le conseil
d'administration de la CCQ gagnerait à profiter de l'apport des représentants
patronaux et syndicaux dans certains dossiers.
Combien il me reste de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Dufour) : En
terminant, il vous reste cinq secondes.
M. Robert (Dominic) : En terminant.
En terminant, je vous dirais qu'il y a peut-être effectivement un oubli majeur dans le projet de loi, certains l'ont souligné,
je vous parle de la formation professionnelle. Il y a quatre éléments
importants, pour nous, en formation professionnelle, ils ont déjà été
mentionnés : révision rapide des devis, meilleure offre régionale, augmentation des places dans les programmes
contingentés et peut-être aussi le processus de sélection qui mériterait
d'être revu.
La Présidente (Mme Dufour) : OK.
Merci beaucoup. Je vous remercie pour votre exposé. Donc, avant de débuter les échanges, est-ce qu'il y a
consentement pour poursuivre nos travaux quelques minutes au-delà de l'heure
prévue? Consentement. Parfait. Merci. Alors, maintenant, je vais
commencer... nous allons commencer la période d'échange. M. le ministre, donc,
la parole est à vous.
M.
Boulet : Oui, merci, Mme la Présidente. Merci à l'AECQ,
l'Association des entrepreneurs en construction du Québec, M. Carré, Me
Robert, pour votre présence, votre collaboration, la qualité de votre mémoire,
l'intérêt de vos recommandations. Puis
j'apprécie vos commentaires, Me Robert, sur le projet de loi qui imprime une
intention de maintenir un équilibre, un équilibre qui est délicat dans un
secteur qui est névralgique. Et évidemment, si je résume aussi vos
recommandations, c'est plus de polyvalence, plus de mobilité. L'accès, on en a
moins parlé, mais pas de rétroactivité. Et je vais y aller peut-être de façon à
respecter ces thématiques-là.
Sur la polyvalence, évidemment, les conditions
qui sont cumulatives visent à préserver la qualité, la santé, sécurité des
travailleurs. Il ne faut pas que ça devienne ce qu'on appelle un bar ouvert. Je
pense qu'elle doit être contrôlée. Ceci dit, vous voudriez qu'elle soit élargie
pour éliminer, par exemple, la même journée de travail ou la courte durée, puis je le comprends, je respecte ça
beaucoup. En même temps, je voyais beaucoup la polyvalence comme un incitatif à la planification. Puis, tu sais,
quand c'est dans la même journée, de courte durée, il ne faut pas que ça prenne
la partie... une partie importante de la journée, là. Si c'est deux heures,
trois heures, ce n'est pas problématique, mais il ne faut pas que quelqu'un qui
a un métier x se transforme en détenteur d'un certificat du métier y. C'est
dans cet état d'esprit là... puis il faut s'assurer que, si une séquence recommence
le lendemain, que ça puisse s'exécuter. Je voudrais que ça s'applique d'une
manière quand même assez souple, mais je comprends cette recommandation-là.
Est-ce que vous avez des cas ou un exemple
spécifique, M. Carré ou Me Robert, qui démontrerait que, dans la même
journée, ça pourrait être un irritant?
M. Robert
(Dominic) : Bien, en fait,moi... puis, comme je vous
dis, moi, que ce soit de courte durée, ça ne me dérange pas. C'est la
notion de même journée parce que je trouve que c'est un peu redondant, les
deux.
M. Boulet : Oui, je comprends.
M. Robert
(Dominic) : Mais moi, c'est plus l'aspect sur lequel... Je
n'ai pas d'exemple. Je n'ai pas d'exemple, mais ma crainte c'est qu'il y
ait une multiplication d'inspections pour justement vérifier si les travaux...
M. Boulet : C'est dans la même
journée.
M. Robert (Dominic) : Oui, puis ça,
à chaque intervention, c'est un arrêt sur le chantier. Puis donc c'est autant
de perte de productivité alors qu'on veut atteindre une certaine augmentation
de la productivité.
M.
Boulet : Bien compris. Mobilité, en fait, ce que vous
mentionnez, c'est que la mobilité, partout au Québec, c'est un vecteur
d'innovation et de productivité. Je reprends votre propos, Me Robert. Vous avez
constaté qu'on a abaissé les seuils pour être reconnu comme travailleur
préférentiel, c'est-à-dire pour un même employeur, puis on a mis un
seuil, un nombre d'heures pour être considéré comme un travailleur qui
bénéficie de la pleine mobilité.
Est-ce que vous considérez que la mobilité ne
devrait avoir aucune entrave, que donc c'est la pleine mobilité au Québec en
fonction des besoins, en fonction de la volonté des parties et de la demande
qui s'exprime sur le territoire québécois,
que ce soit pour les hôpitaux, les écoles, les infrastructures, les projets
industriels et autres? Est-ce que c'est votre point de vue?
M. Robert (Dominic) : Absolument.
C'est mon point de vue...
M.
Carré (Daniel) : C'est notre point de vue.
M. Robert
(Dominic) : ...oui, tout à fait. Oui, tout à fait, puis j'ajouterais
une chose sur... effectivement, le 1 500 heures a été abaissé, mais on a
beaucoup parlé... puis d'ailleurs il y avait convergence de tout le monde sur
l'alternance travail-études, ce qui est une très bonne chose. Ça fait longtemps
qu'on en... que nous, à l'association et avec nos partenaires patronaux, on
pousse pour l'alternance travail-études. Mais quand... je vous donne l'exemple,
il y a... Le directeur de l'École des métiers de la construction de Montréal
était venu rencontrer... est venu rencontrer le conseil d'administration de la AECQ, puis un des éléments sur lequel il
a insisté pour présenter l'alternance travail-études, c'est de
dire : Écoutez, pour vous autres, les entrepreneurs, ça peut être aussi un
excellent moment de recrutement. Ça peut...
Tantôt, on parlait de culture d'entreprise puis de manière de fonctionner selon
le secteur dans lequel on travaille, ainsi de suite, mais un...
quelqu'un, un jeune qui acquiert sa formation initiale via l'alternance
travail-études, s'il n'a pas les heures, un
entrepreneur ne pourra pas l'amener sur un chantier à l'extérieur de son...
Alors, on perd, là, un bénéfice, encore
une fois, d'augmentation de la productivité. C'est pour ça que je dis, moi, la
pleine mobilité pour tout le monde, indépendamment des heures.
M. Boulet : Bien compris. Puis la formation, moi aussi, je
suis un partisan. Vous m'avez vu, dans les dernières années, mettre en
place des programmes d'alternance travail-études, et souvent référés aux
presque 200 000 jeunes au Québec de 18
à 29 ans qui sont ni en emploi, ni aux études, ni en formation. Et il y a
un comité consultatif des jeunes qui
relève de la Commission des partenaires du marché du travail. Et, à chaque fois
qu'on met en place des programmes en alternance, ça intéresse, parce que
tu gagnes de l'argent, et tu apprends sur le terrain, puis tu apprends à
l'école. Ça fait qu'il y a une symbiose
entre les deux, qui accroît l'attractivité et qui augmente le taux de rétention.
Et ce qu'on a fait comme allègement réglementaire, je vous rappellerai,
Me Robert, il y a à peu près deux ans, un petit peu moins que deux ans, pour permettre aux étudiants qui
font un parcours DEP d'aller travailler sur les chantiers pendant les périodes d'été,
de congé puis les semaines de relâche, ça connaît un succès phénoménal. Et, à
chaque fois, ça bénéficie aussi à l'industrie de la construction, parce que
chaque heure de formation est l'équivalent de 1,5 heure dans le régime
d'apprentissage.
Ça
fait que vous ne me convaincrez pas là-dessus, sauf qu'il faut que... le comité
de formation professionnelle, ce que vous appelez le CFP, la Commission
de la construction du Québec puis le ministère de l'Éducation, ils sont en
train de travailler, puis vous êtes impliqués dans ces travaux-là. Et
l'alternance travail-études, c'est définitivement une avenue qui va nous aider à aborder nos problèmes de main-d'oeuvre et
de productivité de façon plus efficace. Les devis, les places, les
processus de sélection, évidemment, ça ne relève pas de la loi R-20, là,
vous... on s'entend, là. Puis vous m'avez
entendu tout à l'heure, la loi R-20, c'est l'organisation de travail, les
relations de travail, la gestion de la
main-d'oeuvre. Nous, on s'intéresse aux leviers qui font partie d'un guide,
d'un ensemble, là, dans la vaste modernisation.
Il y a deux autres
sujets. Rétroactivité, donc, est-ce que je comprends bien que vous
maintiendriez l'article actuel de la
loi R-20 qui prohibe ou qui interdit la négociation d'une rétroactivité
salariale? Est-ce que c'est votre position?
M. Roberge
(Dominic) : C'est tout à fait ma position.
• (16 heures) •
M. Boulet : Pour
les deux raisons : rapports de force et négociations sectorielles.
M. Robert
(Dominic) : Exact. Puis aussi le fait que c'est une des pièces du
régime. Tu sais, je parlais de l'équilibre... Le régime, en soi, c'est un
régime qui est global et c'est une pièce du régime importante. Puis donc, si on
bouge cette pièce-là, bien évidemment, on bouge ailleurs. Il y a quelque
chose... c'est pour ça que maintenir l'équilibre, c'est important, puis, comme
je l'ai dit, ça n'empêche pas la négociation d'une compensation pour tenir
compte... avec les outils dont disposent les négociateurs, pour tenir compte d'une
perte de temps ou d'un délai entre l'échéance de la convention puis la nouvelle
convention.
M. Boulet : Donc,
si c'est une compensation qui est équivalente à une rétroactivité salariale,
l'article actuel, c'est 46... 48, ne le
permettrait pas, parce qu'à partir du moment où une convention collective de
travail expire, ce qui est... Donc, ce que vous dites, ce serait une
compensation ou un montant forfaitaire qui ne serait pas l'équivalent d'une
rétroactivité salariale?
M. Robert (Dominic) : Non, ce que je dis, c'est
que s'il y a... si on est capable d'établir un... le délai qu'il y a entre
l'échéance de la convention collective puis l'entrée en vigueur de l'autre...
mettons qu'on perd deux semaines, on dit :
Bien, on doit deux semaines. Bon, bien, on est à l'étape de... de l'entente de
principe, on peut dire : Bien, tu peux-tu faire un bout de chemin de plus sur ci? Tu peux-tu faire un bout de
chemin de plus sur ça? Puis la compensation, elle se fait comme ça. Ce
n'est pas une rétroactivité salariale, mais...
M. Boulet : Ce
n'est pas un montant, oui.
M. Robert (Dominic) : ...mais on peut quand
même ajouter quelques points de pourcentage sur une augmentation... tu sais, je veux dire, il y a moyen, comme
négociateur, de trouver des solutions pour compenser. C'est ce que je pense.
Puis, de cette façon-là, ça n'a pas d'impact sur le rapport de force en
négociation.
M.
Boulet : C'est quand même une ouverture intéressante et
c'est la pertinence des consultations particulières qu'on puisse avoir
ce type de discussion là, là, Me Robert.
Vous êtes un partisan de la concertation. Le
paritarisme est la pierre d'assise du fonctionnement, notamment, de la Commission de la construction du Québec, et
on instaure, dans le projet de loi, un comité paritaire de relations de
travail, et on dit : Ce comité-là ne s'intéressera pas à la formation
professionnelle, parce que ça relève du comité de formation professionnelle, à juste titre. Il ne s'intéressera pas aux
avantages sociaux puis aux régimes de retraite, parce que ça relève du comité sur les avantages sociaux,
ce que vous appelez le CASIC, et non plus de matières qui relèvent de la
juridiction du conseil d'administration.
Moi, j'y
voyais un forum pour permettre aux cinq représentants patronaux et aux cinq
représentants syndicaux de discuter, de prévenir, de chercher des
solutions. Vous semblez dire qu'il faudrait que ça aille au-delà de ça. Est-ce
que je vous comprends bien? Puis j'aimerais ça que vous précisiez votre pensée
sur le mandat qui pourrait être confié à un tel comité de relations de travail
qu'on retrouve dans beaucoup d'entreprises puis dans beaucoup de secteurs.
M. Robert (Dominic) : Il y a...
J'entendais hier des gens qui disaient que quand on... en négociation, quand on
ne sait pas quoi faire, on crée un comité. On a créé, dans la dernière
négociation, un comité de travail, justement, parce qu'en matière d'avantages
sociaux, on voulait continuer les discussions entre deux périodes de
négociations, puis ça a donné... ça a donné
des fruits. C'est des représentants patronaux et syndicaux avec des experts qui
travaillent... on travaille...
travaillons des dossiers de... pour faire, dans le fond, la révision, si je
peux m'exprimer ainsi, des régimes d'avantages sociaux, puis ça
fonctionne bien.
Alors, un comité de relations de travail, je le
vois un peu comme ça. Dans un premier temps, est-ce qu'on peut, dans un tel comité, peut-être continuer
certaines discussions, avancer, conclure certains autres sujets qu'on n'a pas eu
le temps de conclure en négociation peut-être.
Là où j'ai une autre, peut-être, vision des
choses, c'est que dans le mandat de collaboration... moi, j'appelle ça le mandat de collaboration qui est ajouté par
le projet de loi dans les mandats de la Commission de la construction, on
parle que la commission doit collaborer avec les organismes, ministères et...
dans les orientations ou dans des mesures gouvernementales qui sont
susceptibles d'impliquer l'industrie de la construction. Bien, c'est dans ça, à
mon avis, que le conseil d'administration
serait avisé d'obtenir des... l'apport d'un comité de relations de travail,
dans la mesure où les sujets, comme vous l'avez mentionné tout à
l'heure, n'appartiennent pas à un comité statutaire existant ou au conseil d'administration. C'était ça plus
mon point, parce que je pense que les dossiers, quand ils ont été travaillés
puis quand les gens... quand les gens ont l'impression d'avoir été... quand les
gens ont été consultés puis quand ils ont
l'impression d'avoir participé, bien, je pense qu'il y a une meilleure adhésion
après, surtout en relations de travail.
M. Boulet : Totalement. On se
comprend bien. L'obligation de transmettre des offres, j'aimerais ça que vous donniez des précisions additionnelles. Vous
souhaitez de retirer cette obligation alors qu'on le voyait comme un élément
facilitateur permettant une négociation et un processus de discussion le plus
rapide possible. Oui, et je vous vois, vous êtes prêt à répondre.
M. Robert (Dominic) : Oui, c'est un
peu accessoire. C'est un peu accessoire, M. le ministre, comme recommandation,
parce que, je me souviens, lors de certaines négociations, que nos vis-à-vis
syndicaux nous répétaient, puis je le dis un petit peu avec un sourire en coin,
là, nos vis-à-vis syndicaux nous disaient : Oui, la partie patronale, vous
ne faites pas de demande, c'est la partie syndicale qui fait des demandes.
Vous, vous ne faites pas de demande, vous faites des offres. Ça fait que, tu
sais, c'est pour ça que je dis, dans le libellé, ça laisse...
M. Boulet : Je comprends.
M. Robert (Dominic) : Bon, c'est ça.
M. Boulet : Ce n'est pas accessoire.
Donc, ce que vous dites, c'est que les demandes relèvent du syndicat puis les
offres relèvent des employeurs.
M. Robert (Dominic) : Bien, ce n'est
pas ce que je dis. Je pense...
M. Boulet : Non, c'est ce que vous
vous faisiez dire. C'est ce que vous vous faisiez dire.
M. Robert (Dominic) : Avec un
sourire en coin, je dois dire, tu sais.
M. Boulet : Je comprends.
M. Robert (Dominic) : Mais être
précis, parfois, ça peut être utile.
M. Boulet : Je comprends très bien.
C'est un bon commentaire. Enfin, vous parlez de renforcer le principe de la
négociation sectorielle. J'aimerais aussi vous entendre là-dessus, là, parce
qu'il y a des matières monétaires, là, qui relèvent du tronc commun.
M.
Robert (Dominic) : Oui. En fait, ça, c'est un point qui est important
parce que, ça aussi, c'est un pilier de la loi R-20, la négociation
sectorielle. Et puis la négociation des clauses communes, de par leur nature,
ça se fait sur une base industrielle, hein,
tout le monde ensemble puis on avance de façon parallèle aux négociations
sectorielles. Mais du côté sectoriel,
pour l'avoir vécu... tout à l'heure, nos amis de l'APCHQ en ont parlé un petit
peu, pour l'avoir vécu, il y a des négociations où il aurait été possible, dans
un secteur, d'obtenir une entente de principe avant, avant que la convention collective vienne à échéance. Cependant, les
négociations ont plutôt perduré en attendant que d'autres secteurs avancent de
façon parallèle à la négociation, ce qui fait en sorte qu'on se retrouve dans
une situation où tout le monde arrive au même point en même temps, alors
que ce n'est pas nécessairement requis que tout le monde arrive au même point
en même temps. Puis moi, je faisais le lien
avec... si jamais il y avait une rétroactivité salariale qui était introduite
dans la loi...
La Présidente (Mme
Dufour) : En terminant.
M. Robert
(Dominic) : ...merci, Mme la Présidente, bien, on se retrouvait dans
une situation un petit peu inéquitable. Si les entrepreneurs d'un secteur ont
donné un mandat suffisant à leur équipe de négociation pour régler rapidement, alors que la négociation traîne parce
qu'on la fait sur une base industrielle, bien, c'est un peu inéquitable, ensuite,
de leur demander de payer un paiement rétroactif.
La Présidente (Mme
Dufour) : Je vous remercie.
M. Boulet : Merci
beaucoup, Me Robert, M. Carré, très clair.
M. Robert
(Dominic) : Merci à vous.
La Présidente (Mme Dufour) : Je
vous remercie. Alors, maintenant, je cède la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la Présidente. Merci de votre
présentation, M. Carré, Me Robert. Merci également pour le rappel
historique que vous avez fait au départ. Tout comme le ministre, je pense que
moi, j'ai également... ce qui a attiré à mon attention, donc, c'est la
notion d'équilibre que vous avez mis de l'avant, donc, qui semblait être très importante pour vous ainsi que dans votre...
dans la trame narrative qui sous-tend le régime particulier du secteur de la construction.
Justement, donc, dans
ce cadre-là, j'aimerais savoir, donc, selon vous, est-ce que le projet de loi,
donc, crée des déséquilibres importants.
Puis je pense que vous l'avez mentionné aussi, là, en répondant, donc, à
quelques questions, mais, de façon
générale, donc, avant, donc... de points précis, comme celui de la
rétroactivité, que vous allez certainement aborder, est-ce qu'on se retrouve,
avec le projet de loi tel quel libellé, avec un secteur, une industrie qui est
déséquilibrée?
• (16 h 10) •
M. Robert (Dominic) : Non. Bien, en fait, le
déséquilibre, là où je le voyais le plus, c'était dans la rétroactivité.
Je vous ai parlé du déséquilibre dans le rapport de force. Je trouve qu'il y a
une... il y a quelque chose d'intéressant en termes d'intégration des groupes
sous représentés dans notre industrie. Ça, je pense que c'est une belle
initiative pour aller chercher justement... qui pourrait peut-être introduire
davantage d'équilibre dans le régime sans justement que... introduire trop de
turbulence. Mais je vous dirais que l'équilibre dont je parlais puis
l'équilibre qui a été... donc, par les décisions des tribunaux, c'est beaucoup
un équilibre politique, puis je trouve qu'il y a dans le projet de loi une volonté d'établir un équilibre politique.
Je dirais ça comme ça. Cependant, dans les objectifs de productivité, bien là,
la question de la rétroactivité, à mon avis, ça introduit un déséquilibre dans
le rapport de force en négociation.
Mme Cadet :
Merci. Justement, donc, sur la question de rétroactivité... puis encore là
dessus, vous avez répondu à quelques
questions du ministre, donc c'est très clair, donc, vous, votre position sur
ces dispositions-là du projet de loi, donc, ce serait, donc, de maintenir le
statu quo. Vous avez parlé de la possibilité de négocier une prestation
compensatoire, donc, qui donne une certaine, donc, liberté aux parties à cet
égard. Maintenant, nous, comme législateurs, donc, on a la responsabilité de
faire des arbitrages, et, au final, donc, dans la version... dans les... donc,
dans les différents, donc, scénarios qui vont se présenter devant nous,
j'aimerais savoir, donc, si le statu quo n'était pas maintenu, donc, vous, quel
mécanisme vous verriez qui pourrait, donc, par exemple, donc, conserver, donc,
une certaine forme, donc, de rétroactivité, mais sans le fonds, là, qui a été
décrié, donc, de part et d'autre? Donc, comment
est-ce que vous voyez un mécanisme? Est-ce qu'il en faut même un dans le
contexte où, comme vos prédécesseurs
l'ont mentionné, il n'y a pas de précédent dans aucune autre industrie où,
donc, l'un existe sans l'autre?
M. Robert
(Dominic) : Je trouve que vous êtes devant une tâche extrêmement
difficile. La rétroactivité, c'est quelque chose... D'ailleurs, il n'y a pas
de... le projet de loi le prévoit expressément, il n'y a pas de rétroactivité sur les avantages sociaux, et c'est une très bonne
chose, parce que c'est extrêmement complexe. Bon, là, je ne réponds pas
à votre question, mais... Il y a un problème fondamental avec, je dirais,
l'administration puis les opérations qui sont
requises pour atteindre l'objectif qu'on cherche, c'est-à-dire, dans le fond,
que les salariés ne perdent pas en raison du délai de la négociation.
Maintenant,
quelle mécanique, moi, je pense que la... de laisser la pleine liberté aux
parties négociatrices, ça fait le travail. Ça fait le travail.
Mme Cadet : Est-ce
que c'est même possible? Dans le fond... parce que je vous écoute, puis, j'ai
entendu, donc, toutes les parties, donc, nous mentionner à quel point
c'était... c'était complexe puis... lorsque tout le monde s'entend là-dessus,
donc, qui va payer, qui va cotiser au fonds, comment est-ce que ça va se
dérouler. Ça risque de créer, donc, un certain sentiment d'injustice de part et
d'autre.
Donc, est-ce que c'est même possible, selon
vous, d'introduire le concept de rétroactivité sans un mécanisme comme le fonds? Donc, c'est soit... soit qu'on y
va, donc, avec l'ensemble qui nous a été présenté, soit, tout simplement,
donc, on maintient le statu quo parce que c'est ce qui serait le plus simple.
M. Robert (Dominic) : Mais ce n'est
pas parce que c'est plus simple, c'est parce que... je serais tenté de vous
dire, c'est parce que le régime fonctionne comme ça. Puis, s'il n'y a pas de
rétroactivité, bien, il y a des raisons qui
font en sorte qu'il n'y a... Je n'ai pas fait une étude sur l'historique du... je
ne suis pas allé voir pourquoi il n'y avait pas de rétroactivité, hein,
d'ailleurs, je l'ignore, en fait, par... autrement que l'aspect administratif
des choses, qui est évident, là, compte tenu des caractéristiques de
l'industrie, plus de 150 000 salariés, 26 000 employeurs, des
secteurs différents, des taux de salaires
différents, des conditions de travail qui sont... tu sais, qui ne sont pas
nécessairement les mêmes selon que tu travailles le jour ou la nuit, le
paiement de certaines primes. Ça devient extrêmement complexe. Comme je vous
dis, moi, le statu quo me sied très bien.
Mme
Cadet : Merci. Donc, vous, la définition à
l'article 72, donc, vous avez parlé, bon, donc, de courte durée dans la
même journée. Donc, pour vous, c'est un peu un pléonasme ici. J'ai posé la
question à quelques reprises, donc... des risques. L'objectif ici, donc, qui
est partagé, donc, c'est d'améliorer, donc, la productivité dans le secteur.
Est-ce
qu'avec la définition qu'on a devant nous, donc, s'il fallait l'adopter tel
quel comme législateurs, est-ce que,
donc, vous y verriez, donc, un risque, donc, de perte de productivité? Donc,
vous avez parlé de la multiplication des inspections, vous le mentionnez dans votre mémoire, la possibilité
que... donc, que certaines personnes ne s'entendent pas sur certaines
définitions. Si c'est le cas, est-ce que vous auriez quelque chose, donc, à
proposer pour qu'on ne soit pas dans ce scénario-là qui vous fait peur?
M. Robert (Dominic) : Je trouverais
dommage qu'on... parce qu'initialement la théorie des associations
patronales... Je remarque d'ailleurs que la notion d'efficience de
l'organisation du travail est disparue, est dispareu de la loi dans... par une
modification au projet de loi. C'est certain qu'on souhaitait, nous, une
flexibilité beaucoup plus grande que ce qui est prévu au projet de loi, mais le
projet de loi, c'est un pas dans la bonne direction. Comme je vous dis, moi, le
seul élément sur lequel j'invite les gens à réfléchir, c'est la question de
dans la journée même, parce que ça introduit
peut-être un problème bien plus de vérification et de contrôle que... mais
comme... Tu sais, si le projet de loi
devait être adopté incluant la notion de journée même, je vivrais très bien
avec. C'est une recommandation, en fait.
Mme
Cadet : Merci. Vous êtes... Me Robert, vous avez... vous
êtes un optimiste dans la vie, on va s'entendre, moi aussi. Donc, vous,
vous croyez à la concertation puis vous avez mentionné, donc, vous êtes en
accord avec la proposition de la création d'un comité de relations de travail.
Donc, juste pour être certaine, parce que vous l'avez également abordé avec le
ministre dans votre échange, donc, vous, donc, vous souhaiteriez, donc, que le
comité de relations de travail, donc,
s'intéresse, donc, oui, donc, aux relations, mais également aux conditions de
travail des salariés.
M. Robert
(Dominic) : Bien, en fait, c'est qu'un comité de relations de
travail, j'imagine qu'il faut qu'il y ait un certain contenu de
relations de travail. Moi, ce que je disais, c'est que... pourquoi ne pas
profiter d'un tel comité pour se parler entre deux négociations sur certains
éléments qui pourraient peut-être permettre d'avancer? C'est ça que je voulais
dire. Et ça, c'est le volet, pour moi, qui est important, parce que, par
analogie, je me réfère à ce qu'on fait en avantages sociaux, on a eu, je pense,
cinq rencontres par année, durant la durée de vie de la convention collective
actuelle, pour régler des problèmes d'avantage sociaux puis pour faire avancer
le régime, pour réviser le régime, notamment
à la lumière de modifications législatives, puis ça mène à quelque chose. Ça
porte des fruits, ça a établi des liens qui n'étaient pas là auparavant,
ça permet aussi de discuter de sujets qu'on n'aurait... Tu sais, de le faire
aux quatre ans, ce n'est pas la même chose que de le faire cinq fois par année
pendant quatre ans.
Ça fait que je me dis, il y a peut-être un
élément là, sur le régime de négociation, qui appartient aux parties, donc qui
pourrait, sous l'égide de la CCQ... parce que c'est organisé, c'est structuré,
ça nous force à travailler, puis il y a toujours des suivis qui doivent être
effectués.
Là où c'est un petit peu plus, à mon avis... où
il peut y avoir un débat de structure, disons ça comme ça, entre les
prérogatives du CA puis un éventuel comité de relations de travail, c'est sur
les mandats de collaboration qui sont introduits à la loi, où je pense que le
conseil d'administration, encore une fois, serait avisé... On a parlé tantôt de
modifications de certains éléments de formation professionnelle qui
appartiennent au ministère de l'Éducation, mais, dans une collaboration avec le
ministère, je pense que ce ne serait pas mauvais que tout le monde, toutes les
parties prenantes soient invitées à participer à la réflexion, à la demande du
conseil d'administration. C'est pour ça que dans mes... Vous verrez la nuance dans les recommandations, le comité peut,
de plein droit, étudier des questions, mais il peut aussi, à la demande
du conseil d'administration, donner son avis.
Mme Cadet : Rapidement, j'ai le
temps pour une dernière question. L'article 81, le service de référence de
main-d'oeuvre, on a moins abordé ce sujet...
La Présidente (Mme
Dufour) : 15 secondes.
Mme Cadet : ...donc peut-être me
détailler votre recommandation ici.
M. Robert (Dominic) : Bien, en fait,
c'est une recommandation patronale qui existe depuis la création du carnet
référence. C'est qu'uniquement les salariés disponibles puissent faire l'objet
de référence, parce que... non disponibles, je veux dire, parce que les
entrepreneurs qui font appel au service de référence, bien, évidemment, dans la
liste qui va être fournie, il y a des salariés dans ça qui sont déjà en emploi.
La Présidente (Mme Dufour) : En
terminant.
M. Robert (Dominic) : Donc, c'est
plus facile pour un entrepreneur et beaucoup plus efficace et rapide d'avoir
une liste de salariés qui sont disponibles au travail.
La
Présidente (Mme Dufour) : OK. Merci. Je cède maintenant la parole au député
d'Hochelaga-Maisonneuve.
• (16 h 20) •
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Bonjour à vous deux. Content de vous avoir ici avec nous.
Parlons
encore de la question de la rétroactivité. C'est un gros morceau, quand même,
de ce projet de loi là. Tout le monde a son opinion. Moi, je vous
rejoins, vous m'avez peut-être entendu, plus tôt aujourd'hui, sur le fait que
ce qui est proposé dans le projet de loi me
semble assez complexe. Je ne suis pas sûr... je pense que ça partait d'une bonne
intention, mais je ne suis pas sûr que ça atterrit à la bonne place. Mais je
pense qu'on devrait laisser aux parties la possibilité
de négocier ça. Ce n'est pas obligé... À ma connaissance, par exemple, sur la
mobilité de la main-d'oeuvre, ce n'est pas dans toutes les conventions
qu'il y a ça, la mobilité de main-d'oeuvre. C'est aux parties de décider s'ils négocient ou pas, en échange d'autres affaires.
Donc, ce n'est pas parce qu'on permettrait qu'il y ait de la rétroactivité qu'il
y en aurait automatiquement dans toutes les conventions collectives. On
s'entend là-dessus.
Là où je décroche un peu, en tout respect, c'est
quand vous dites : C'est compliqué, la célérité, etc. Chez nous, là, dans
l'Est de Montréal, il y a le CIUSSS de l'Est. Là, là-dedans, là, il y a des
dizaines de titres d'emplois, quatre
conventions collectives, des milliers de travailleurs, une cinquantaine de
sites. Bientôt, ça va devenir Santé Québec, ça va être à la grandeur de la
province. Ça ne doit pas être simple, faire de la rétroactivité dans ce
secteur-là. Ça fait que, s'ils sont capables de faire ça, eux autres,
puis dans plein d'autres secteurs, je ne peux pas croire qu'avec un peu
d'imagination puis un peu de créativité, vous puis la partie syndicale ne
seriez pas en mesure, si c'est quelque chose qui est revendiqué, dans les
faits, dans ce secteur-là, de trouver un moyen de le faire.
M. Robert (Dominic) : Mais est-ce
qu'il n'y a pas une volonté, en ce moment... je ne veux pas aller trop loin
là-dedans, mais est-ce que la création de Santé Québec, ça ne fait pas en sorte
qu'il va y avoir un seul employeur pour régler quelques problèmes de cette
nature?
M. Carré (Daniel) : Un seul
employeur est beaucoup plus facile à gérer que nous autres... Un employé, dans
la même année, peut avoir sept employeurs, là, ça fait que là, ça devient...
M.
Leduc : Oui, oui. Mais pour l'applicabilité de la
rétroactivité, il va falloir les trouver, les «slips» de paie, puis ça
ne sera pas simple.
M. Carré (Daniel) : Ça va être
compliqué, les sept, là.
M. Leduc : On verra à l'usage, si
Santé Québec, c'est une bonne idée ou pas. Vous connaissez notre opinion sur le sujet puis l'opinion des autres personnes.
Vous comprenez l'exemple que je voulais utiliser. C'est qu'un endroit où
c'est complexe, ça existe déjà, puis la rétroactivité fonctionne déjà.
Changeons de sujet, si vous préférez. J'ai bien
compris votre position sur la rétroactivité. Ils sont passés plus tôt cette semaine, le CIAFT, qui proposait quelque
chose pour avoir un plus... une grande présence des femmes, notamment,
des personnes issues de la diversité. Il proposait les programmes obligatoires
contractuels. On n'est pas revenus nécessairement beaucoup sur ce dossier-là.
Est-ce que... Si j'ai compris, c'est une espèce de forme de quota ou d'obligation d'en embaucher un certain nombre de
femmes sur les chantiers. C'est-tu quelque chose qui serait une bonne idée et qui serait donc applicable, selon vous,
pour atteindre des meilleurs objectifs d'embauche de femmes sur les chantiers?
M. Robert (Dominic) : En principe,
ce n'est pas une mauvaise idée, mais en pratique, je vais... je préférerais que
cette réponse-là vous vienne des associations sectorielles d'employeurs, parce
que les réalités dans chacun des secteurs sont différentes, puis je ne voudrais
pas me prononcer sur quelque chose qui n'est pas d'application générale dans
l'industrie.
Il y a des...
Bon, d'abord, il y a une différence entre les projets privés puis les projets
publics. Il y a une distinction à faire aussi dans des projets qui
sont... qui se déroulent dans certaines régions où c'est peut-être plus facile
en raison du bassin de main-d'oeuvre disponible, mais je me bornerais à cette
réponse-là...
La Présidente (Mme Dufour) : En
terminant.
M. Robert
(Dominic) : ...parce que je préférerais que mes collègues des
associations sectorielles prennent une position plus ferme là-dessus, si vous
permettez. Merci.
La Présidente (Mme Dufour) : Merci.
Alors, maintenant, je cède la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup pour
votre présence et votre témoignage. Vous avez mentionné tout à l'heure, en réponse
à une autre question, que notre tâche était ardue. Vous parliez d'un autre
sujet, mais moi, je vous dirais aussi, sur
la question de la mobilité, notre tâche est ardue. Nous avons des gens qui nous
disent : Il faut aller beaucoup plus loin que le projet de loi. Il y a des
gens qui nous disent: Attention, il ne faut pas aller là du tout. Le ministre
va probablement dire qu'il a mis, quelque part, le curseur au bon
endroit. Mais donc l'intérêt des régions du Québec est vraiment important
aussi, et on a eu beaucoup de préoccupations là-dessus. Vous avez parlé
d'équilibre. J'aimerais vous entendre un peu
sur votre proposition de permettre la pleine mobilité, à travers tout le
Québec, à tous les salariés, donc
d'abroger l'article 38 de l'embauche... sur l'embauche et la mobilité sous cet
angle de l'équilibre dont vous parlez. Est-ce que vous trouvez qu'on
arrive à l'équilibre avec cette proposition-là?
M. Robert (Dominic) : Bien, on a
mesuré que, selon la proposition, il y avait, quoi, 75 % des salariés qui
étaient maintenant... qui seraient maintenant mobiles, qui auraient accès...
Moi, mon point sur... Moi, là, je suis extrêmement sensible, je vais vous... je
vais vous surprendre un peu avec ma réponse, mais je suis extrêmement sensible
à certains piliers importants de la loi, je l'ai mentionné tantôt, notamment,
je sais que je ne me ferai pas d'ami, là, la
liberté syndicale. Puis, dans certaines régions, il faut faire attention avec
l'argumentaire développé autour de la mobilité, à mon avis. À mon avis,
avec respect pour mes collègues, il y a des régions où il y a des monopoles syndicaux, c'est-à-dire qu'indépendamment des
métiers, tout le monde est dans la même association. Alors, l'argumentaire,
est-ce que c'est vraiment un argumentaire de permettre à tout le monde ou c'est
simplement un argumentaire de dire que, dans certaines régions, il y a... tu as
un petit peu plus de chances de travailler, si tu es membre d'une association.
Alors, je pense qu'il faut être prudent un petit
peu, parce que la mobilité, ça touche... Comme je vous dis, moi, je suis très
très, très sensible sur... puis le législateur l'a toujours été, les tribunaux
l'ont été aussi sur la question de la liberté syndicale. Ça ne me regarde pas,
je vais m'arrêter ici, ça regarde mes collègues, mais les entrepreneurs ont
quand même un intérêt à ce qu'ils puissent librement assigner tous leurs
salariés, dans chacune des régions du Québec, sans se faire dire...
La Présidente (Mme Dufour) : En terminant.
M. Robert (Dominic) : ...pas une
bonne idée d'amener ce gars-là ici.
La
Présidente (Mme Dufour) : Merci. Merci beaucoup. Alors, écoutez, je vous
remercie, Me Robert et M. Carré, pour votre contribution à nos travaux.
La commission ajourne ses travaux jusqu'au
mardi 19 mars, à 9 h 45, où elle poursuivra son mandat.
(Fin de la séance à 16 h 27)