(Neuf
heures cinquante minutes)
La Présidente (Mme
D'Amours) : Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission de l'économie et du travail ouverte.
La
commission est réunie afin d'entreprendre l'étude détaillée du projet de loi n° 44, Loi modifiant principalement
la Loi sur le ministère de l'Économie et de l'Innovation en matière de
recherche.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Martel
(Nicolet-Bécancour) est remplacé par M. Ste-Croix (Gaspé); Mme Cadet (Bourassa-Sauvé) est remplacée par
M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys); et M. Leduc
(Hochelaga-Maisonneuve) est remplacé par M. Bouazzi (Maurice-Richard).
Mémoires déposés
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Avant de débuter les remarques préliminaires, je dépose les mémoires
reçus depuis la fin des auditions, soit celui de l'Association des collèges
privés du Québec.
Remarques préliminaires
Nous
débutons avec les remarques préliminaires. M. le ministre, vous disposez de
20 minutes. La parole est à vous.
M. Christopher Skeete
M. Skeete :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Salutations aux collègues de
l'opposition, salutations aux collègues de la partie gouvernementale et aussi à
toutes les équipes qui nous entourent, qui nous ont aidés à se rendre à ce beau
moment où est-ce qu'on va continuer notre progrès à l'intérieur du projet de
loi n° 44.
Bien, rapidement, Mme
la Présidente, on a entendu des groupes, puis il y a des gens qui ont exprimé
des... on dirait du feedback constructif, puis on va regarder le tout dans le
but d'améliorer le projet de loi. Je veux juste rassurer les collègues de l'opposition que je vais être à l'écoute, que
je souhaite recevoir le feedback. Je ne sais pas si on va toujours être
d'accord, mais je pense que c'est important qu'on continue l'esprit de
collaboration que je nous connais pour avoir.
Donc, c'est tout pour
moi, Mme la Présidente. J'ai hâte à poursuivre, mais surtout j'ai hâte à nous
donner un nouveau cadre législatif à l'intérieur de la recherche. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le ministre. J'invite maintenant le porte-parole
de l'opposition officielle et député de Marguerite-Bourgeoys à faire ses
remarques pour une durée maximale de 20 minutes.
M. Frédéric Beauchemin
M. Beauchemin :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci, M. le ministre, merci à tous
d'être ici ce matin. C'est un projet de loi qui est intéressant. Je pense
qu'évidemment, pour la société dans son ensemble, une des choses qui est vraiment importante pour assurer un
bel avenir pour l'ensemble des Québécois, bien, c'est effectivement de faire en sorte que la recherche soit au
rendez-vous. Évidemment, la genèse en arrière du projet de loi n'est pas
vraiment ça, spécifiquement, même si ça touche un peu ses conséquences. C'est
plus... on veut arrimer avec la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État. Donc, c'est bien de prendre
la balle au bond puis d'essayer d'améliorer le projet de loi, là, dans ce sens.
On
va avoir effectivement, donc, des amendements, là, à proposer. Mais peut-être
juste, pour conclure rapidement, c'est... Une des choses que j'ai
trouvées vraiment le plus intéressant dans tout ça, c'est que ça faisait un
bout de temps que j'avais vu le positionnement, à l'international, de notre
recherche au Québec, par rapport à nos pairs, que ce soit par rapport à l'Ontario, mais aussi par rapport au reste de
l'univers, puis je dois dire que la statistique qu'on a vue, d'avoir un
pourcentage de notre produit intérieur brut, j'avais trouvé ça, à l'époque,
intéressant, et de le revoir encore aussi...
encore pertinente, et de voir les conséquences économiques pour les pays qui
ont plus d'argent concentré dans la recherche, au niveau des
conséquences économiques, au niveau des conséquences sociales, et je trouvais
ça vraiment fort intéressant.
Donc,
j'espère qu'on va pouvoir s'en inspirer et améliorer notre positionnement dans
ce palmarès actuel, sur la planète. Donc, je vous remercie, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le député. Je cède maintenant la parole au deuxième groupe d'opposition et
au député de Maurice-Richard... à faire ses remarques préliminaires pour une
durée de 20 minutes.
M. Haroun
Bouazzi
M. Bouazzi : Merci, Mme la
Présidente. M. le ministre, chers collègues, je vous avoue que je commence
cette commission avec un certain degré d'inquiétude devant le projet de loi qui
est devant nous, surtout après avoir écouté
les différents intervenants, que ce soit dans le cadre de cette commission ou,
malheureusement, à l'extérieur de cette commission, parce qu'il y a beaucoup de
voix qui auraient probablement mérité de nous éclairer sur ce projet de loi.
Donc,
revenons d'abord sur les objectifs affirmés du projet de loi. L'objectif numéro
un, c'est de simplifier les questions administratives et répondre aux
obligations de gouvernance des sociétés d'État. Et les conséquences de ça,
c'est de dire : Bien, on va fusionner les trois fonds de recherche, à
savoir Nature et technologie, Santé, Société et culture, dans un seul... dans
un seul fonds. Et, d'ores et déjà, on peut s'étonner de cette procédure. Et je
dois avouer que mon étonnement a été total
quand j'ai compris, en fin de compte, que les chercheuses et chercheurs n'ont
pas été... n'ont pas été impliqués dans la réflexion qui entoure... les
réflexions préliminaires qui entouraient la création de ce projet de loi.
Donc, évidemment, les voix ont été nombreuses,
d'autant plus qu'en fait ces trois fonds-là ont été créés et ont été salués
comme une avancée, au début des années 2000, et qu'en 2011, si mes
souvenirs sont bons, il y avait déjà eu un projet de loi en ce sens pour
fusionner les trois fonds, et la fronde des universitaires, des chercheurs,
avait été telle que le gouvernement, à
l'époque, avait reculé sur cette idée qui était, en fait, mauvaise et mauvaise
pour toutes sortes de raisons.
Et les inquiétudes ont été nombreuses. Parmi
elles, le fait qu'il y a des garanties qui entourent, en fait, le fait d'avoir ces trois fonds-là séparés et qu'on sait
qu'il y a un certain nombre d'enfants pauvres de la recherche, quand il s'agit de financement, et je pense tout particulièrement
à la partie société et culture. De plus, en faisant ce changement, il y a,
donc, un seul CA plutôt que trois pour le fonds unifié et il y a la notion
d'indépendance qui est amenée ici, dans les personnes qui vont siéger sur ce CA
qui exclut, de fait, les chercheuses et chercheurs qui pourraient avoir accès à
ces fonds de recherche... qui ont eu accès à ces fonds de recherche, dans les
trois dernières années, ou qui voudraient peut-être y avoir accès, sachant
l'importance du Fonds de recherche du Québec qui est évidemment, au Québec, le fonds le plus important pour... délivré par le
gouvernement, par notre palier à nous. Il nous semble être une drôle d'idée
de voir quelle... la notion même
d'interdépendance, sachant que les gens qui sont sur ce CA là ne décident pas
des fonds qu'ils vont recevoir eux-mêmes, et les conflits d'intérêts,
donc, ne sont pas existants.
L'inquiétude
derrière ça, c'est de vouloir mettre... Et peut-être, avant de continuer sur ce
point, un des deuxièmes... une des deuxièmes choses que fait ce projet
de loi, c'est d'officialiser un transfert de la gestion de ces fonds du ministère
d'Éducation supérieure vers le ministère de l'Économie. Et donc la somme de ces
deux... de ces deux changements font en
sorte qu'on peut se poser des questions légitimes. Et les chercheuses et
chercheurs nous ont rappelé à maintes
reprises... si on était capables de garantir l'indépendance de la recherche, au
Québec, de la liberté académique et que si ce projet de loi ne visait pas, en
fait, plutôt qu'à améliorer la situation de la recherche, au Québec, de la
mettre sous le service du ministre de l'Économie, et de l'Innovation, et
de l'Énergie lui-même plutôt qu'au service du savoir et de la science.
Évidemment, nous avons été à l'écoute de tout ce
qui nous a été dit, et je vous avoue que je ne comprends pas comment est-ce
qu'on peut ouvrir un tel dossier sans avoir travaillé au préalable, consulté et
collaboré avec les personnes qui sont directement touchées par ces changements.
• (10 heures) •
Un autre changement qui est proposé par ce
projet de loi est le mandat du Scientifique en chef, qui a donc, maintenant...
qui aurait, donc, le mandat, si nous adoptons ce projet de loi tel quel, de
conseiller tout l'exécutif sur tous les
sujets, ce qui est, étant donné l'étendue du savoir, Mme la Présidente, un
mandat, on peut... on peut, je pense, être
tous d'accord, qui est pour le moins ambitieux. Et il faut, donc, des balises
qui entourent ce travail-là, et ces balises-là ne se trouvent pas à
l'intérieur de ce projet de loi.
Une des balises importantes est la sélection du
Scientifique en chef lui-même. La sélection du Scientifique en chef doit être faite par des pairs pour garantir,
évidemment, le respect de la personne choisie, mais aussi, étant donné le
nouveau mandat, il faudrait un processus démocratique et que ce ne soit pas
juste le bon vouloir d'un ministre qui avalise ce processus qui sera fait en
amont. Mais les deux tiers de l'Assemblée nationale, ça nous permettrait
d'éviter une apparence de mettre au pas, encore une fois, la science au service
du politique et ça nous permettrait de garder une apparence de neutralité.
Ensuite, évidemment, dans les conseils du Scientifique en chef, il faudrait que
lui-même se dote de processus pour pouvoir transmettre la diversité des
opinions scientifiques et qu'il ne soit pas lui-même, évidemment, détenteur d'un
savoir total sur toutes les questions que pourrait se poser l'exécutif du
gouvernement.
Les enseignants, les professeurs se sont
manifestés publiquement les uns après les autres. Il y a eu, entre autres, une lettre signée par plus de 2 000,
2 100 professeurs, chercheuses et chercheurs d'universités.
2 100 professeurs, chercheuses
et chercheurs d'université. Je ne sais pas si vous imaginez à quel point c'est
beaucoup. Et puis le gouvernement a
l'habitude de diviser, souvent, sur toutes sortes de critères, linguistiques,
d'origines, etc., et là on s'est retrouvés quand même à être capables de rallier les plus gros signataires de cette
lettre-là. Le plus gros nombre vient des deux institutions, à savoir
l'UQAM et McGill. Je dois avouer que c'est quand même impressionnant d'avoir
fait vraiment l'unanimité contre ce projet de loi.
Les lettres
qui appuient... de chercheuses et chercheurs qui appuient ce projet de loi sont
inexistantes. Et donc, encore une fois, on a l'impression qu'on se
retrouve à atteindre, à attaquer... de frontalement menacer l'avenir de la recherche libre et indépendante au Québec. Et ce
projet de loi crée beaucoup, beaucoup de problèmes et de questionnements
et, malheureusement, n'en règle pas beaucoup. Je ne pense pas qu'on soit prêts
actuellement à continuer à analyser ce projet de loi sans
avoir les diverses voix qui sont directement concernées, sans les entendre dans
le cadre de cette commission.
Plusieurs
nous ont écrit, vous l'avez probablement vu, Mme la Présidente, et, dans ce sens-là,
nous allons déposer des motions préliminaires pour inviter un certain nombre
d'intervenants qui ont manifesté des vives inquiétudes. Et on pense que ces inquiétudes-là devraient être
entendues par le ministre et la majorité pour pouvoir prendre les décisions qui
seraient salutaires pour l'avenir de la recherche.
Maintenant,
ce n'est pas comme s'il n'y avait pas de problème dans la recherche au Québec.
Il y a des problèmes de financement, évidemment. Les collègues ont, à
juste titre, parlé de la... pourcentage du PIB qui est alloué à la recherche
dans d'autres pays. Je me permettrai d'ailleurs une remarque, c'est que je
préfère qu'on prenne comme exemple la Corée du Sud plutôt qu'Israël, qui, elle,
alloue une grosse partie de sa recherche à faire de la recherche militaire qui, en ce moment, évidemment, contribue
à la destruction et à la mort. On préfère les gens qui contribuent à la
technologie et à l'avancement de la science. Il reste qu'il y a effectivement
des réussites sur ce point-là.
D'autres points qui
nous ont été apportés en commission consistent à parler de la question de
l'égalité des genres. L'extrême, extrême
majorité des fonds sont alloués à des hommes. On sait que c'est un problème en
soi, et ce projet de loi, pour l'instant, tel qu'il est, n'adresse pas les
questions d'inégalité structurelle entre les genres dans l'accès à
l'argent pour pouvoir faire de la recherche.
Finalement, il y a
tout simplement aussi les jeunes chercheurs, les étudiants qui voient leurs
revenus ne pas être indexés depuis des années. C'est un problème étant donné
toutes les augmentations qu'il y a eu dans le coût de la vie. Et, en fin de compte, ils se retrouvent à vivre, pour beaucoup
d'entre eux, dans une pauvreté évidente. Et on pense que, si on veut s'attaquer à la question de la
recherche et garder les meilleurs éléments pour faire avancer la science et le
savoir au Québec, il faut effectivement aussi s'assurer que les
étudiants à la recherche soient capables de subvenir à leurs besoins.
Bref, les problèmes de
recherche sont nombreux, et ce projet de loi ne s'attaque pas à ces
problèmes-là. Il a préféré, en fin de
compte, transférer la recherche et l'avancement de la recherche sous le
ministre de l'Économie, centraliser, évidemment, énormément de pouvoirs
au niveau du Scientifique en chef et affaiblir la place des chercheuses et
chercheurs au sein de la prise de décision des différents fonds de recherche
étant donné, encore une fois, qu'ils seront minoritaires dans leur place sur le
CA.
Si on exclut, Mme la
Présidente, les personnes qui ne sont pas... qui n'ont pas de... accès au
financement du FRQ ou qui ne comptent pas y faire appel, on se retrouve de
facto, si on veut quand même avoir des chercheurs et chercheuses... avoir des
chercheurs et chercheuses qui sont très loin du terrain, qui comprennent mal
les besoins de la recherche. Il y en a
quelques-uns qui sont... qui n'ont pas des problèmes de financement et qui
n'ont pas besoin d'aller chercher l'argent du FRQ, que ce soit parce qu'ils
sont... qu'ils reçoivent beaucoup plus d'argent du fédéral et... ou
qu'ils ont beaucoup d'argent qui vient de l'industrie. Dans les deux cas, ça
peut-être des chercheurs exceptionnels.
On ne voit pas pour
quoi est-ce que ces chercheurs-là viendraient sur le CA du FRQ, et donc ce ne
sera pas non plus ceux-là qui seront sur le CA du FRQ. Donc, évidemment, si ce
ne sont pas les chercheuses et chercheurs, on se
demande qui exactement le ministre de l'Économie veut voir sur ce CA. On est malheureux
aussi de ne pas voir une place particulière pour le ministère de l'Éducation
supérieure, qui est, lui, en charge, dans sa mission, de l'avancement de la recherche, et on espère aussi que ce
manquement va évidemment être corrigé dans les prochaines heures,
prochains jours.
Ça fait qu'en
conclusion, Mme la Présidente, le projet de loi n° 44 menace l'avenir de
la recherche libre et indépendante au
Québec. Et, pour l'instant, et d'après tout ce qu'on a entendu de la part des
chercheuses et chercheurs eux-mêmes,
il représente un affront pour eux. En fusionnant les trois fonds de recherche
actuels, Nature et technologies, Santé,
Société et culture, et en excluant les chercheurs, chercheuses actifs du CA de
la nouvelle entité, on prend le risque de sous-financer les recherches
en Société et culture et, plus largement, on prend le risque de sous-financer
la recherche fondamentale et d'aboutir avec des programmes qui seront nettement
moins bien adaptés aux besoins des chercheurs.
En transférant de
manière définitive le Fonds de recherche du Québec au ministère de... du
ministère de l'Enseignement supérieur à celui de l'Économie, on prend le risque
de mettre la recherche au service du ministre de l'Économie et des grandes
industries plutôt qu'au service du savoir. Et enfin, en donnant le mandat au Scientifique
en chef de conseiller tout l'exécutif sur tout sujet, en refusant que sa
candidature soit clairement sélectionnée par des pairs et entérinée par les deux tiers de l'Assemblée
nationale, on prend le risque d'avoir des avis scientifiques dont
l'indépendance du politique est
remise en doute. Bref, sous couvert de simplification administrative et de
collaboration intersectionnelle, le
projet de loi pour l'instant ne s'attaque pas sérieusement à aucun problème
existant et menace l'avenir de la recherche libre et indépendante au
Québec.
• (10 h 10) •
Donc, nous avons hâte
de collaborer, effectivement, avec le ministre et on espère qu'une des
premières collaborations, ça va être d'inviter un certain nombre de groupes qui
se sont manifestés dans l'espace public à venir nous éclairer pour qu'on
comprenne mieux leurs inquiétudes. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le député de Maurice-Richard.
Est-ce qu'il y a d'autres membres de la commission qui souhaiteraient faire ses
remarques préliminaires?
Nous
serions maintenant rendus à... je dois vous demander s'il y a des motions
préliminaires. Merci. M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : C'est déjà, donc...
Alors, vous allez m'aider parce que...
La Présidente (Mme
D'Amours) : C'est déjà sur Greffier.
M. Bouazzi : Exact.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
je vais vous demander de lire votre motion, s'il vous plaît.
Motion proposant
d'entendre divers organismes
M. Bouazzi : Alors, j'espère que
c'est la bonne. Oui.
«Que la Commission de l'économie et du travail, avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet
de loi n° 44, Loi modifiant principalement la Loi sur le ministère
de l'Économie et de l'Innovation en matière de recherche, tienne des consultations particulières et qu'à cette fin elle
entende les groupes suivants : la Fédération du personnel professionnel
des universités et de la recherche; le Syndicat des professeurs et professeures
de l'Université Laval; le Syndicat des professeures et professeurs de
l'Université de Sherbrooke; le Syndicat des professeurs de l'UQAM; le syndicat
des professeurs de [...] du Québec à Chicoutimi; ainsi que tout autre groupe
qu'elle jugera pertinent.»
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Donc, pour les motions préliminaires, celui
qui la dépose, vous avez 30 minutes,
et, par la suite, tous les autres groupes parlementaires, vous avez
10 minutes pour votre intervention. M. le député, je vous invite à
commencer votre... vos commentaires.
M. Haroun Bouazzi
M. Bouazzi : Merci, Mme la
Présidente. Comme je l'ai dit dans mes remarques préliminaires, je vous avoue
qu'on est un peu tombés de notre chaise quand on a compris à quel point est-ce
que la communauté scientifique n'a pas été consultée dans la préparation de ce
projet de loi. Il y a des groupes, d'ailleurs, que nous n'avons pas proposés pour
qu'ils soient écoutés et qui... vraiment, étonnamment, on ne s'y attendait pas,
là, qu'à ce point les scientifiques n'aient pas été consultés. Et donc nous
avons proposé un certain nombre de groupes qui pourraient être invités pour
nous éclairer.
Je vais
peut-être commencer par parler du SPUQ, donc le syndicat des professeurs et
professeures de l'Université... Non,
ce n'est pas ça, c'est... oui, c'est ça, du Québec à Montréal. Ils nous ont
écrit, aux membres de la commission, et ils ont proposé une lettre. Je
vais commencer peut-être par vous lire ce qu'ils nous ont transmis, donc, aux
membres de la commission :
«Des collègues nous ont contactés pour discuter
du projet de loi et plus concrètement pour connaître les principaux arguments
du comité exécutif du Syndicat des professeurs et professeures de l'Université
du Québec à Montréal justifiant notre appel à mobilisation. Durant ces derniers
jours, nous avons eu l'opportunité de discuter de divers aspects du projet de loi avec des collègues, et de multiples
disciplines et d'opinions diverses. On nous a demandé plus concrètement
d'expliquer les principales raisons qui justifient notre appel à mobilisation.
«Le projet de loi opère des changements profonds
derrière les apparences bureaucratiques d'une supposée régularisation de
décrets gouvernementaux datant de la pandémie. Il s'agit ici d'abord d'un
projet de centralisation et de concentration
des responsabilités en matière de politiques publiques et de recherche
scientifique sous prétexte d'agilité administrative. Il s'agit aussi
d'un abandon de la mission sociale, dont le ministère de l'Enseignement
supérieur imprègne la recherche, au profit de l'impératif de croissance
économique guidé par le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. Le projet de loi est un agencement de
trois éléments qu'il faut comprendre comme un tout sur fond d'autres
réformes du système éducatif et des services publics.
«La fusion
des trois fonds n'est pas une trivialité. Le ministre lui-même le voit comme
une réforme fondamentale, puisqu'il s'agit de promouvoir
l'intersectionnalité, donc, améliorer l'agilité et la réactivité
organisationnelle face aux défis de société en constante évolution, à l'image
de la pandémie et de ce qui en a découlé. Tout le monde a ses anecdotes sur la bureaucratie et la lourdeur de
l'appareil de soutien à la recherche, mais la promotion de l'interdisciplinarité
ne se fait pas en réduisant le nombre de
réunions et la longueur des formulaires. Que la complexité des défis
intersectoriels et l'intelligence artificielle, des changements
climatiques ou des pandémies à venir exigent avant tout d'éliminer l'autonomie
décisionnelle des grands domaines de recherche et essentiellement de mettre des
gens à la porte trahit une vision comptable,
impatiente et irréaliste de la recherche scientifique, surtout
interdisciplinaire. De la complexité des défis scientifiques intersectoriels à l'élimination des structures de
soutien de la recherche, il y a une multitude d'étapes d'un raisonnement
que l'on saisit très mal.»
Donc, ça, c'était pour les fusions des trois
fonds. Pour le transfert de la recherche au MEIE. Donc : «Le transfert de
la recherche au MEIE n'est pas non plus une trivialité. Que le MEIE ait déjà
assumé les fonctions du MES pour la recherche sur les bases de décrets
législatifs n'est pas une raison pour officialiser l'idée maîtresse que la
politique de recherche n'est qu'une sous-branche de la politique économique.
L'officialisation du statu quo n'est pas un argument, c'est simplement l'officialisation
du statu quo. Le plus important demeure que cette responsabilité du MES n'est
pas une mesure isolée, mais combinée à une concentration du pouvoir à tous les
niveaux du ministère de l'Économie, de
l'Innovation et de l'Énergie : un fonds au lieu de trois, trois directeurs
scientifiques au lieu de trois conseils d'administration, et le tout
sous un Scientifique en chef devenu employé de ministre de l'Économie.
L'argument de [l'agilisation] aboutit à moins de participation des professeurs,
moins de contrôle collégial, moins d'autonomie et de grands domaines de recherche à l'intérieur d'un ministère dédié à la
poursuite de la croissance selon les priorités et les préférences
changeantes. On est en droit de se demander qu'est-ce que le ministre
imagine quand il entend le mot "recherche".
«Finalement, le changement de politique de
l'Enseignement supérieur en jeu n'est pas plus trivial que le reste du projet.
De même que les mesures du projet ne doivent pas être lues de façon isolée, on
ne peut pas approcher le projet de loi
indépendamment du contexte de transformation de la formation et de
l'enseignement supérieur au Québec. Avec le projet de loi n° 44, nous
avons la notion de recherche scientifique au service de la politique économique
partisane du moment.
«Avec le nouveau plan récemment annoncé pour le
financement des universités, nous avons la notion du secteur de la formation
universitaire désigné comme prioritaire par le gouvernement, qui recevra plus
de fonds, plus d'appuis et plus d'attention.
À la suite des pressions pour la simplification, l'accélération et
l'agilisation des formations postsecondaires
et professionnelles, il s'agit là de la nouvelle version d'une même vision
productiviste de l'enseignement supérieur.
«Il y a un
projet de société émergeant de toutes ces mesures précipitées et supposément
agilisatrices et il mérite au moins des consultations dignes de ce nom.
Même si on le souhaite vivement, nous savons bien que le rôle des personnes à la direction des établissements
d'enseignement supérieur n'est pas de dénoncer les actions du gouvernement
en matière de financement de la recherche et création. Ce n'est pas parce
qu'elles en sont incapables, au contraire, mais
parce qu'elles ont, par leur fonction, le devoir de s'assurer d'obtenir un
financement décent pour leur institution. C'est par contre notre rôle de
dénoncer ce projet de loi [pour altérer nos...] pour alerter nos membres et les
autres professeurs d'institutions postsecondaires au Québec sur les effets
attentatoires à long terme qu'il pourrait produire sur le développement des
connaissances scientifiques et la création.»
Donc, ça, c'est le comité exécutif du Syndicat
des professeures et professeurs de l'Université du Québec à Montréal qui nous a
écrit pour nous alerter. Et effectivement, ils parlent d'une mobilisation,
parce qu'ils ont déposé... ils ont publié une lettre qui a été, Mme la
Présidente, signée par des milliers de professeurs d'université, oui, oui, des
milliers de professeurs d'université. Donc, on en a 2 039, et je pense que
la dernière version dépasse les 2 100, et que des professeurs, hein, que des chercheurs, c'est-à-dire qu'il n'y a pas
d'autres corps de métier qui ont signé cette lettre. On a du mal à voir comment est-ce que cette
commission pourrait bien faire son travail sans que ces personnes-là, qui sont directement concernées et qui nous alertent
sur des choses très, très sérieuses, Mme la Présidente, ne puissent venir nous
parler de ce projet de loi.
• (10 h 20) •
Je vais donc me permettre, et ça va être
important pour les archives de cette commission, de lire cette lettre, qui a donc été signée par plus de
2 000 professeures et professeurs des universités du Québec.
Donc : «Opposition majeure du milieu universitaire québécois au
projet de loi n° 44, un projet de loi déposé en catimini dans la
précipitation. En février dernier, le gouvernement
du Québec a déposé le projet de loi n° 44, intitulé Loi modifiant principalement la Loi sur le
ministère de l'Économie et de l'Innovation en matière de recherche. Rien dans
cette appellation bureaucratique ne devrait alarmer la société à première vue
ni remuer le monde universitaire.
«Pourtant, si on l'examine de plus près, on
réalise que ce projet de loi modifie non pas une loi mais 12 lois
différentes et abroge plus de 50 dispositions de l'actuelle Loi sur le
ministère de l'Enseignement supérieur. Entre autres changements, le projet de
loi n° 44 de la CAQ fusionne les trois fonds publics de subvention à la
recherche, Nature et technologies, Santé et
Société et culture, et en un fonds unique administré par un seul conseil
d'administration et présidé par le Scientifique en chef du Québec, qui,
lui, reçoit son mandat du ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. Le gouvernement retire par la
même occasion au ministère de l'Enseignement supérieur toute responsabilité
en matière de recherche scientifique, rien
de moins. Les raisons derrière ce projet précipité et furtif importent peu,
l'effet dévastateur pour l'avenir de la recherche scientifique au Québec
est ce qui doit nous préoccuper.
«Ce projet de
loi substitue la logique de croissance et de compétitivité du ministère de
l'Économie à la poursuite de la
connaissance pour l'émancipation de la société québécoise, le progrès du savoir
et le bien commun. Le gouvernement se
propose de faire des changements radicaux, et sous nos yeux s'opère un
détournement de la mission de la recherche universitaire. Il nie le rôle
crucial du ministère de l'Enseignement supérieur dans l'essor de la société
québécoise. Cette conception historique de
l'Enseignement supérieur est fondée sur l'intégration dans une même mission de
la formation, de la recherche, ainsi que sur une certaine autonomie des
sciences et des disciplines.
«Pourquoi respecter l'autonomie et la diversité
dans la recherche scientifique? C'est parce qu'il n'y a pas qu'une seule
science, il y a des sciences. Par exemple, des impératifs de la recherche et de
la formation de la relève concernant les
nouveaux matériaux synthétiques ou la dynamique de la pollution
environnementale dans le Saint-Laurent doivent
être pensés, évalués et financés d'une manière différente que ceux touchant
l'architecture juridique de l'intelligence artificielle, l'histoire
démographique des Premières Nations, l'apprentissage de la lecture écrite ou le
développement linguistique du français québécois. Qu'arrivera-t-il à la
diversité de la science et à l'autonomie des domaines de recherche avec un
fonds de recherche unique administré par un conseil d'administration au sein
d'un ministère de l'économie?
«Le projet de loi n° 44 n'est pas une
formalité administrative, c'est un projet de société que le gouvernement fait
sans transparence, sans consultation élargie et sans mandat. Dans cette
précipitation, deux jours d'audiences parlementaires
ont été planifiés pour entendre quelques groupes, mais pas d'appel public au
dépôt de mémoires [après des...] auprès des acteurs concernés. Seules quelques
organisations ont reçu une invitation à participer aux audiences, qui ont eu
lieu [du 20 au 27 mars...] le 20 et le 27 mars. Tout au plus, le site de
l'Assemblée nationale invite les personnes qui ont la curiosité de
s'informer à ces transformations majeures à inscrire un commentaire en ligne.
Plus qu'une simple question de gouvernance ou d'argent, une question de
société.
«Le peu de consultations
du milieu de la recherche universitaire a de quoi étonner. Le gouvernement
s'est voulu rassurant quand on l'a questionné. Le projet vise modestement à
rendre plus agile, entre guillemets, la gestion des trois fonds de recherche
financés par le gouvernement par leur fusion simplement administrative en un
seul, nous dit-on. La fusion des trois Fonds de recherche du Québec qui chacun s'occupe d'un grand secteur de la
recherche, est-elle nécessaire, alors que le fonctionnement actuel est
éprouvé et satisfaisant? L'agilité budgétaire et administrative justifie-t-elle
vraiment la concentration alarmante du pouvoir dans le poste de Scientifique en
chef, qui agira sous le regard d'un conseil d'administration unique, au sein
duquel la présence de personnes impliquées dans la recherche universitaire n'est
d'ailleurs pas prévue? Qu'est-ce qui explique, en fin de compte, dans cette
vision d'efficience administrative, que
l'enseignement de la recherche scientifique au Québec, dans tous les domaines
de la connaissance, soit du ressort du ministre de l'Économie? S'il est
un milieu dans lequel les transformations majeures doivent être réfléchies avec
minutie, c'est bien celui de la recherche scientifique et universitaire.
«Il y a un an, ce même gouvernement faisait
adopter une loi sur la liberté académique en milieu universitaire, clamant que
l'autonomie universitaire et la liberté académique universitaire constituent
des conditions essentielles à l'accomplissement de la mission de ces
établissements d'enseignement et qu'il y avait lieu "de veiller à ce que
ces établissements d'enseignement puissent accomplir leur mission sans
contrainte doctrinale, idéologique ou morale", Loi sur la liberté
académique en milieu universitaire, c'est le préambule.
«Le
gouvernement décide que la recherche scientifique doit être pilotée par la
personne responsable d'identifier les priorités économiques plutôt que par la
personne responsable du ministère de l'Enseignement supérieur, elle-même
chargée de la stratégie de formation de la
relève en recherche. Les décisions actuelles, en matière de stratégie de
recherche, vont orienter l'avenir de notre société tout entière sur des
générations. Pensons-y encore une fois, la stratégie de recherche sur
l'intelligence artificielle doit-elle être décidée dans une perspective de
croissance et de compétitivité économique? La recherche fondamentale sur les
maladies orphelines ou sur le changement climatique devrait-elle justifier son
existence en termes de revenus futurs? Quelle sera la place de recherches sur
l'histoire du Québec ou la création
artistique contemporaine dans l'image très personnelle que se fait de la
recherche le ministre de l'Économie?
«La
responsabilité actuelle du ministère de l'Enseignement supérieur consiste entre
autres à contribuer à l'essor de la recherche, notamment fondamentale et
appliquée, de la science et de l'innovation des technologies, entre autres dans
les milieux académiques, industriels et sociaux, dans une perspective de
développement durable, en favorisant particulièrement
l'accès au savoir, le développement économique, le progrès social et le respect
de l'environnement — donc,
ça, c'est la Loi sur le ministère de
l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie,
article 2.2.
«Cette vision globale de l'enseignement
supérieur est cohérente avec le rôle des universités, dans lesquelles
l'enseignement et la recherche scientifique sont deux fonctions indissociables,
interconnectées, s'enrichissant l'une et l'autre au contact des personnes
étudiantes, des collectivités et de la population que les universités
desservent. Les liens intimes entre la
recherche, la création, l'enseignement et la formation ne peuvent être ainsi
déliés sans remettre en question la mission du ministère de
l'Enseignement supérieur. La recherche de pointe au Québec devrait s'effectuer en considérant prioritairement, comme l'ont fait
les institutions d'enseignement supérieur jusqu'à maintenant, la formation de
la relève scientifique de nos générations futures, à savoir les personnes étudiantes
actuellement inscrites dans les cégeps et les universités du Québec.
«Le projet de loi n° 44 doit être retiré.
Par cette lettre, nous souhaitons exprimer notre vive inquiétude à l'idée que
la politique de recherche du gouvernement soit pensée de façon comptable,
qu'elle soit soumise au mandat du ministère de l'Économie et que la forte
concentration des pouvoirs décisionnels puisse a priori exclure du choix des orientations stratégiques majeures de la
recherche du Québec des personnes qui sont au coeur de la recherche
scientifique et des universités. La fusion des fonds de recherche, sans
aucune garantie d'autonomie, de gestion et de stratégie, laisse craindre des
répercussions négatives sur la diversité de la recherche et de la création,
ainsi que sur la recherche fondamentale. Elle fait surgir le spectre d'une
uniformisation des modèles de recherche, sous couvert d'un vague appel à l'interdisciplinarité. Après le
démantèlement des formations professionnelles et postsecondaires, le
gouvernement se propose de bricoler
un nouveau modèle québécois de recherche sans aucune justification
scientifique. Simplement, le gouvernement
continue de s'acharner à anéantir le chemin parcouru par les institutions
d'enseignement et de recherche du Québec depuis 50 ans.
«Pour ces raisons, nous demandons au
gouvernement du Québec de retirer son projet de loi n° 44.
«Le comité exécutif du SPUQ.»
• (10 h 30) •
Je me demande, Mme la Présidente... évidemment,
je ne vais pas vous lire les 2 000 signataires, vous aurez compris,
mais je me demande, à partir de... à partir de combien de signataires on
considère qu'il est très largement temps d'écouter ces voix. 2 000
signataires de professeurs, donc, d'université qui signent cette lettre du SPUQ
pour nous alerter sur les conséquences dramatiques de ce projet de loi.
Je pense
qu'il serait important, si le gouvernement veut le... effectivement le garder,
de les entendre en commission parlementaire pour comprendre quels sont
les coups de barre majeurs qu'il faudrait mettre en place pour pouvoir faire en sorte que les premières personnes
concernées, à savoir les chercheuses et les chercheurs du Québec, soient
derrière, en appui, en cohérence, en
convergence avec ce gouvernement quand il propose le principal projet de loi
qui va toucher au principal fonds de recherche qui relève du Québec.
Je ne vais pas vous lire tout ce qu'on a reçu,
mais je vais quand même vous lire quelques résolutions qui nous ont été
envoyées, justement, des différents syndicats, qu'on propose d'écouter dans le
cadre de cette commission. Donc, il y a le
Syndicat des professeures et professeurs de l'Université du Québec à Chicoutimi, par exemple. Là, ça aurait pu être n'importe lequel des autres.
Donc, ils ont la résolution CS-2024-01A-2 :
«Considérant
le rôle essentiel que joue la recherche fondamentale dans l'avancement des
connaissances;
«Considérant
l'importance des recherches d'orientation critique au regard de la santé
démocratique de la société et des institutions;
«Considérant que la
recherche qui est pertinente du point de vue de l'intérêt collectif et de la
quête du bien commun...» non, considérant... pardon. Donc : «Considérant
que la recherche qui est pertinente du point de vue de l'intérêt collectif et
de la quête du bien commun ne saura se réduire aux approches porteuses
d'innovations, qu'elles soient sociales,
technologiques ou autres, ou susceptibles de générer des retombées
économiques...» vous m'excuserez, Mme la Présidente. (Interruption)
«Considérant
l'importance de préserver et de garantir durablement un financement public de
la recherche dans chacun des grands secteurs actuels couverts par des Fonds de
recherche du Québec;
«Considérant qu'eu
égard à leurs objets d'étude et à leurs liens avec des sociétés particulières,
les disciplines financées par le secteur Société et culture partagent des
contraintes et des manières de faire spécifiques, différentes de celles qui
prévalent dans les autres secteurs, et vu l'importance de tenir compte de ses
spécificités pour assurer la vitalité et la pertinence de la recherche dans ce
secteur;
«Considérant que la
recherche et l'enseignement supérieur se nourrissent l'un de l'autre et sont
[en] fait inextricablement liés, tant dans le travail des professeures et
professeurs d'université qu'en regard de la formation des étudiants des cycles supérieurs et qu'il est dans l'intérêt
collectif que les deux soient de la responsabilité du même ministère;
«Considérant
que le Projet de loi modifiant principalement la Loi sur le ministère de
l'Économie et de l'Innovation en
matière de recherche, projet de loi n° 44, qui prévoit à la
fois le transfert des principales responsabilités en recherche du
ministère de l'Enseignement supérieur vers le ministère de l'Économie, de
l'Innovation et de l'Énergie et la fusion en un seul fonds de recherche des trois Fonds de
recherche du Québec que sont les Fonds Santé, Nature et technologie,
Société et culture;
«Considérant
l'absence de consultation du milieu universitaire dans l'élaboration de ce
projet de loi.»
Remarquez, Mme la
Présidente, que c'est un point qui revient dans absolument toutes les
communications des chercheurs qu'ils nous ont envoyées.
«Il est résolu que le
conseil syndical exprime ses plus vives inquiétudes face aux changements prévus
dans le projet de loi 44; dénonce le déficit démocratique de ce projet de
loi déposé sans aucune consultation préalable des professeures et professeurs
d'université et demande au gouvernement du Québec de retirer ce projet de loi
et de renoncer à retirer au ministère de l'Enseignement supérieur ses
responsabilités en recherche au profit du ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie et de préserver [l'inégalité...
l'intégralité] de chacun des Fonds de recherche du Québec.» Donc, ça,
c'est adopté à l'unanimité.
Il me reste combien
de temps, Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
D'Amours) : 6 min 30 s.
M. Bouazzi : Six
minutes. Vous comprendrez que la question de la délibération démocratique
revient à chaque fois dans chacun de ces... dans chacune de ses résolutions.
Je vais me permettre
de lire une dernière et puis je vais m'arrêter là. Donc, c'est celle du SPUL,
celle de l'Université Laval, ici, pas très loin. Donc, l'objet... donc, ça,
c'est une lettre qui nous est adressée à nous, les parlementaire.
«Résolution du comité
exécutif du SPUL appuyant les recommandations du FQPPU concernant le projet de
loi modifiant principalement la Loi sur le ministère de l'Économie et de
l'Innovation en matière de recherche.
«Mesdames
et Messieurs les membres du comité de l'économie et du travail — ça,
c'est nous, Mme la Présidente.
«Le comité exécutif
du Syndicat des professeurs et professeures de l'Université Laval a pris
connaissance du projet de loi n° 44, Loi modifiant
principalement la Loi sur le ministère de l'Économie et de l'Innovation en
matière de recherche, et souhaite vous faire parvenir les plus vives
inquiétudes face à ce projet de loi.
«Nous avons par
ailleurs examiné le mémoire produit par la Fédération québécoise des
professeures et professeurs d'université,
intitulé Protéger la recherche au Québec — toute
la recherche, qui a été présenté
le 20 mars 2024 devant la Commission de l'économie et du travail.
«Afin de soutenir les
recommandations formulées par le FQPPU, le comité exécutif du SPUL a adopté la
résolution suivante :»
Donc, résolution du
comité exécutif du SPUL va comme suit :
«Considérant le rôle
essentiel que joue la recherche fondamentale dans l'avancement des
connaissances;
«Considérant
l'importance des recherches d'orientation critique en égard de la santé
démocratique de la société et de ses institutions;
«Considérant que la
recherche qui est pertinente d'un point de vue de l'intérêt collectif et de la
quête du bien commun ne saurait se réduire
aux approches porteuses d'innovations, qu'elles soient sociales, technologiques
ou autres, ou susceptibles de générer des retombées économiques;
«Considérant
l'importance de préserver et de garantir durablement un financement public de
la recherche dans chacun des grands secteurs [actuels] couverts par les Fonds
de recherche du Québec;
«Considérant
que les disciplines financées par chacun des trois secteurs, Nature et
technologies, Société et culture, et Santé, sont soumises à des contraintes et
des manières de faire spécifiques, et vu l'importance de tenir compte de
ces spécificités pour assurer la vitalité et la pertinence de la recherche dans
chacun de ces secteurs;
«Considérant
que la recherche de l'enseignement supérieur se nourrissent l'un et l'autre et
sont de fait inextricablement liés,
tant [...] le travail des professeures et professeurs de l'université qu'en
regard de [l'information] des étudiantes et étudiants des cycles supérieurs et il est dans
l'intérêt collectif que les deux soient de la responsabilité du même
ministère;
«[...]le projet de
loi modifiant principalement la Loi sur le ministère de l'Économie et de
l'Innovation en matière de recherche, projet de loi 44, qui prévoit à la fois
le transfert des principales responsabilités en recherche au ministère de
l'Enseignement supérieur vers le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de
l'Énergie et la fusion en un seul fonds de
recherche des trois Fonds de recherche du Québec que sont les fonds Santé,
Nature et technologie, Société et culture;.
«Considérant
l'absence de consultation du milieu universitaire dans l'élaboration de ce
projet de loi.»
«Le comité exécutif
du SPUL :
«Exprime ses plus
vives inquiétudes face aux changements prévus dans le projet de loi[...];
«Dénonce
le déficit démocratique de ce projet de loi déposé sans aucune consultation
préalable des professeurs et professeurs d'université.»
Je
vous remercie, Mme la Présidente, d'avoir entendu toute cette lecture. Je dois
avouer que la... le dyslexique en moi lit plus vite la deuxième fois que
la première fois des résolutions qui se ressemblent toutes.
Mme la Présidente,
vous aurez remarqué... et qu'un des points parmi lesquels on peut... qui
revient, évidemment, c'est le manque de consultation des milieux scientifiques,
de la recherche, des universitaires. Et je dois vous dire que je suis moi-même, encore une fois, très étonné. Il y a des
groupes ici que nous n'avons pas proposés, nous, pour être écoutés, et on
croyait naïvement que le gouvernement, quand il prépare un projet de loi comme celui-là,
aurait entendu tous ces intervenants.
Donc, je soumets à
cette commission humblement la motion que nous avons déposée et qui demande, justement, que ces groupes-là soient entendus. On
pense que c'est la moindre des choses, au moins un de ces groupes-là, étant donné que vous aurez compris la convergence
de ces groupes-là. Et on pense que 2 000... plus de
2 000 professeurs d'université
qui signent un pamphlet comme celui-là méritent d'être entendus dans... ce
n'est pas les 2 000, évidemment, mais dans... au sein de cette
noble institution. Merci, Mme la Présidente.
• (10 h 40) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci, M. le député. Avant de poursuivre nos interventions
sur votre motion préliminaire, on a remarqué une coquille. Au dernier picot,
c'est inscrit «Syndicat des professeurs de Québec à Chicoutimi». Est-ce qu'il y
aurait lieu de dire que c'est plutôt «syndicat des professeurs de l'Université
du Québec à Chicoutimi»?
M. Bouazzi : ...je
vous remercie de votre vigilance.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, nous allons faire les corrections à propos. Et tout
à l'heure, je vous ai induit en erreur en
vous disant que, pour le temps des interventions, 30 minutes pour celui
qui dépose la motion préliminaire,
mais les chefs des groupes aussi, là, qui représentent les partis ont
30 minutes chacun, et ensuite tous les membres de la commission ont
10 minutes pour leurs interventions.
Alors,
je suis prête maintenant à entendre l'intervention, pour une durée de
30 minutes, au député de Marguerite-Bourgeoys. La parole est à
vous.
M. Frédéric Beauchemin
M.
Beauchemin : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Je ne pense pas que je
vais prendre un total de 30 minutes pour donner mon opinion sur la motion
préliminaire du député de Maurice-Richard, mais je vais
quand même revenir sur un peu ce que j'ai
dit tantôt en remarques préliminaires, mais dans le sens qu'on s'entend que,
pour l'avenir du Québec, la recherche, elle est importante.
C'est important qu'on
puisse investir en recherche pour que ce soit social, que ce soit fondamental,
que ce soit appliqué pour qu'on puisse garder un élément de compétitivité du
Québec par rapport à toutes les juridictions qui
sont alentour de nous. C'est important qu'on le fasse aussi avec une vision
globale. C'est important qu'on comprenne ce qui se passe ailleurs dans
le monde pour qu'on puisse... parce que c'est une game qui... c'est un jeu qui
est relatif, parce que, dans le fond, si
quelqu'un s'améliore de 1 %, puis nous, on s'est amélioré de 1,5 %,
bien, on a fait un gain. Mais si quelqu'un s'est amélioré de 3 %,
puis nous, on s'est amélioré de 2,5 %, bien, on a pris du retard. Donc,
c'est important de toujours considérer l'ensemble de ce genre de débat là de
façon relative sur une échelle mondiale.
Puis je dis ça parce
que, pour moi, ce qui est important dans tout ça, c'est qu'on puisse avoir les
bons éléments dans le projet de loi, qu'on puisse s'assurer qu'on a des bons
éléments dans le projet de loi pour s'assurer, justement, qu'on met l'argent et
qu'on fait dépenser notre énergie, là, dans la bonne direction pour s'assurer
qu'on n'est pas en train de faire du surplace
ou mettre un carcan qui fait en sorte qu'on va se trouver à perdre la productivité
qu'on essaie d'aller chercher.
C'est
pour ça que je veux revenir sur le rôle du Scientifique en chef. Je pense
que l'indépendance du Scientifique
en chef ça va être un argument que je vais discuter avec le ministre pour qu'on
puisse s'assurer que ce rôle-là reste totalement indépendant. Comment on va
structurer? Comment on va mettre tout ça en place pour s'assurer que le Scientifique en chef soit une personne qui reste indépendante, et qui
ne soit pas noyée dans un ensemble de tâches et de mandats, et qui fait en
sorte que ça va le retirer de l'objectif principal qui est de s'assurer qu'on
fasse une recherche qui fait avancer le Québec dans son ensemble? Bien,
je pense que ça, ça va être important.
Puis,
juste pour comme donner une idée, quand on... quand on essaie de comparer le
rôle du gouvernement par rapport à... disons, si on veut le simplifier par
rapport à une entreprise, bien, en recherche et développement, pour une
entreprise, c'est ce qui va permettre à l'entreprise de garder sa
compétitivité, de lui permettre de pouvoir avoir des parts de marché, de garder
ses parts de marché, d'améliorer ses parts de marché, de pouvoir se
diversifier, de pouvoir croître. Ça, c'est pour une entreprise. Bien, pour un
gouvernement, évidemment, c'est une combinaison de recherche et d'éducation qui
fait en sorte qu'on atteint cet objectif-là de façon sociétale pour nous, le
Québec dans son ensemble.
Alors, c'est
important de regarder l'importance, justement, de contribuer à ces deux
éléments-là. Ici, on parle que de la
recherche, de fonds de recherche. Donc, c'est important de contribuer dans le
Fonds de recherche pour s'assurer, justement, le bon développement de
l'ensemble du Québec, OK? Mais il n'y a pas que l'argent. C'est comme
n'importe quoi, dans le fond, dans la vie,
tu as besoin d'avoir un bon plan, mais il faut bien l'exécuter. Puis, pour bien
l'exécuter, ça prend une bonne vision des éléments qui sont importants
là-dedans. Puis je pense que l'indépendance du Scientifique en chef, selon moi,
elle est importante. Elle est primordiale, en fait.
On
a entendu plusieurs commentaires de la part des groupes qu'on a entendus, là,
qu'on a visités, qui sont venus nous voir, à propos de l'importance du
ministère de l'Enseignement supérieur et de son implication. Puis oui, je suis
d'accord que le ministère de l'Enseignement supérieur soit évidemment plus
impliqué dans le processus qui est présenté, là, dans le projet de loi. Puis je
pense que l'important, ici, c'est de s'assurer que, justement, on donne les
outils de représentativité aux gens qui sont un petit peu plus impliqués,
effectivement, peut-être dans le quotidien, au niveau de certains aspects, pour qu'ils puissent être mieux entendus.
Alors, c'est important que le projet de loi reflète ça, puis on va travailler
dans ce sens-là avec le ministre pour s'assurer que nous autres qu'on puisse
avoir ce qu'on a entendu d'un des
groupes, mais on a entendu aussi plusieurs autres groupes nous parler de la
façon d'essayer de faire fonctionner ça. Puis il y avait, je pense,
là-dedans, des bonnes idées qu'on pourrait peut-être voir comment on peut les
appliquer pour nous permettre de, justement,
faire que cette représentativité-là du ministère de l'Enseignement supérieur
soit plus structurante, constructive, là, pour le projet de loi, pour la
recherche pour l'avenir du Québec, tout ce que je dis depuis le début,
là.
Par
contre, je dois dire que, bon, la motion préliminaire, député... du député de Maurice-Richard... je veux dire, on ne peut pas être contre
l'idée de vouloir entendre plus de monde. Je pense qu'on doit être ouverts à
l'idée d'entendre les gens qui viennent d'autres circonscriptions,
d'autres horizons de la vie, de... pour qu'on puisse avoir un pouls qui ressemble plus, là, à l'ensemble des parties
prenantes, là, dans ce projet de loi là. Donc, vous ne serez pas surpris que, là-dessus,
on est... on n'est pas contre la motion préliminaire du député de Maurice-Richard, mais je pense que j'ai quand même mentionné les
éléments qui sont les plus importants, je pense, de notre point de vue à nous,
c'est-à-dire l'indépendance du Scientifique en chef, puis une implication plus encadrée, là, du ministère de l'Enseignement
supérieur, étant donné l'importance
de tout ce que le projet de loi peut représenter pour le Québec dans son
ensemble. Ça fait que pour nous, ça va se terminer là-dessus. Merci, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
M. le député de Marguerite-Bourgeoys. Maintenant, je vais céder la parole au
ministre. La parole est à vous pour 30 minutes.
M. Christopher Skeete
M. Skeete : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Merci aux collègues pour leurs interventions.
Écoutez, beaucoup de choses ont été dites. J'aimerais réagir rapidement.
J'ai écouté avec
intérêt l'intervention du collègue de Maurice-Richard
puis, quand il lisait certaines choses que
les syndicats ont dites dans leurs assemblées, je ne suis pas insensible à
l'inquiétude exprimée par les syndicats. J'avoue avoir été saisi par
certains termes, là, vous avez... avant que vous avez parlé du SPUL, vous avez
lu, dans une des motions, c'était un déficit
démocratique. Je dois avouer, ça me saisit, un terme comme ça, parce que quelle
ironie de dire ça dans un forum dans lequel on est assis aujourd'hui.
Pour moi, il n'y a rien de plus beau que l'exercice qu'on vit aujourd'hui, il
n'y a rien de plus beau que le travail qu'on fait. J'ai un problème avec ce
terme-là parce que, justement, le fait qu'il
faut qu'on se parle, le fait qu'il faut qu'on écoute, le fait qu'il faut qu'on
fasse toutes ces affaires-là, ces processus-là, en termes de... En tant
que législateur élu, représentant de mes commettants de Sainte-Rose, j'ai un problème avec ce terme-là, mais ce que j'entends
derrière ça, c'est l'inquiétude, alors je ne reste pas insensible à cette inquiétude-là.
J'aimerais réagir au
fait que... c'est revenu à plusieurs reprises, que les gens n'ont pas
l'impression, Mme la Présidente, d'avoir été consultés. Je veux juste rappeler
qu'on vit dans le monde qu'on tente de solidifier depuis 10 ans. Ça fait 10 ans que ces gens-là
vivent dans un monde où est-ce qu'on veut aller. Alors, pour moi, il n'y a pas
plus grosse consultation que de vivre dans le monde. Alors, ils connaissent
déjà le monde dans lequel on veut habiter.
Je veux juste
rappeler aussi que c'est une formalité administrative. On vient harmoniser des
processus de gouvernance, on vient enchâsser des choses qui se font déjà.
Puis, sur le fait
qu'on veut rencontrer d'autres syndicats, je rappellerais ici aux gens présents
et aux gens qui nous écoutent que, sur les neuf groupes qu'on a rencontrés,
bien, il y en avait cinq, syndicats, incluant un professeur. Alors, moi, je pense qu'on a fait le tour des
syndicats. Petite statistique intéressante, la fédération québécoise des
professeures et professeurs du Québec, bien, représente
19 syndicats et associations, et les mots mêmes dits par le collègue de Maurice-Richard... ils viennent de citer souvent le mémoire de
ce groupe-là. Donc, moi, je pense qu'on a fait le tour à ce niveau-là.
• (10 h 50) •
Puis, bien sûr, je dis ça, mais je ne
suis pas une personne fermée. Je suis conscient que le projet de loi peut être
amélioré. Je suis conscient qu'on peut faire plus de travail. Puis moi, j'ai
l'intention d'être à l'écoute au feedback de mes collègues députés puis aussi
aux choses qui ont été dites durant les consultations. Puis ce n'est pas parce
qu'on n'a pas reçu ces gens-là qu'on ne considère pas ce qu'ils ont à dire,
qu'on ne lit pas les mémoires, qu'on ne lit pas ce qui nous est dit dans les
médias, puis dans les journaux, dans les lettres ouvertes. Donc, on n'est pas
insensibles, Mme la Présidente. Donc, moi, je suis à l'aise avec les consultations
qu'on a faites, et moi, je serais prêt à passer au vote sur la motion, Mme la
Présidente.
Mise aux voix
La Présidente (Mme D'Amours) : Avant
de passer au vote à la... de la motion préliminaire, je dois m'assurer
s'il n'y a pas d'autre intervention des membres de la commission. S'il n'y a
pas d'autre intervention, nous allons mettre aux voix la motion préliminaire.
Est-ce que la motion est adoptée ou rejetée.
Une voix :
...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Rejeté. Pardon?
M. Bouazzi : ...Mme
la Présidente. Bien, moi, je vote pour ma motion.
M. Skeete : Bien,
il fallait y penser, hein?
M. Bouazzi : On
apprend. On apprend. On n'arrête jamais.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, nous serions maintenant rendus à l'article 1.
M. Bouazzi : Mme
la Présidente, j'ai une autre motion, si vous voulez bien, et je vous promets
de faire très, très vite.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Est-ce que nous avons reçu votre motion sur...
M. Bouazzi : Oui,
absolument.
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
ne l'avons pas. Donc, je vais suspendre les travaux quelques minutes,
s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à
10 h 51)
(Reprise à 10 h 54)
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
reprenons nos travaux. Et je demande maintenant au député de Maurice-Richard de bien nous faire la... de nous faire la
lecture de sa motion préliminaire, s'il vous plaît.
Motion proposant d'entendre les représentants des
directeurs de centres de
recherche signataires de la lettre intitulée La recherche scientifique
au Québec : Non à une dérive inquiétante
M. Bouazzi : Merci,
Mme la Présidente. Donc, la motion va comme suit :
«Que la Commission de
l'économie et du travail, avant d'entreprendre l'étude détaillée du projet de
loi 44, Loi modifiant principalement la Loi sur le ministère de l'Économie
et de l'Innovation en matière de recherche, tienne
des consultations particulières et qu'à cette fin elle entende les
représentants des directeurs de centres de recherche signataires de la lettre
intitulée La recherche scientifique au Québec : Non à une dérive inquiétante,
qui a été envoyée au ministre ainsi qu'aux porte-parole des
oppositions.»
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Vos commentaires.
M. Haroun Bouazzi
M. Bouazzi : ...merci,
Mme la Présidente. Je suis très heureux que le ministre ait expliqué son amour
pour le processus démocratique. Je pense que
c'est quelque chose que l'on partage, et on a la chance actuellement de pouvoir
montrer que, justement, nos instances démocratiques, et la commission, et les
consultations qui entourent un projet de loi peuvent effectivement être
améliorées substantiellement car c'est, encore une fois, impressionnant à quel
point est-ce que le projet de loi, tel qu'il
nous a été présenté, est capable de créer des coalitions larges et des
consensus contre un certain nombre de principes qui s'y trouvent, et les
chercheuses et chercheurs y trouvent des risques.
Donc, on a parlé, dans la
dernière motion, de plus de 2 000 professeurs de l'enseignement
supérieur qui ont cosigné, donc, une lettre,
ce qui, je le rappelle, est majeur. Ici, je vais vous parler des différents
directeurs et directrices des centres
de recherche qui sont évidemment les premiers concernés par ces changements et
qui sont, donc, directeurs et directrices d'institutions reconnues. Je
vais peut-être commencer par... juste pour que le ministre voie de qui on parle
exactement et de l'importance de cette coalition large qui est vraiment
impressionnante. Je dois avouer que ces chercheuses et chercheurs ont quand
même été très nombreuses et nombreux, et là on parle de toutes les
institutions, ou pratiquement, au Québec qui font de la recherche au niveau du
Québec.
Donc, il y a M. Michel Duchesneau,
directeur de l'Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en
musique; Dominique Leydet — j'espère
que je ne vais pas massacrer les noms, Mme la Présidente — directrice
du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité et la démocratie;
Sylvain A. Lefèvre, directeur du Centre de recherche
sur l'innovation sociale; Vivek Venkatesh, directeur du Centre d'études sur
l'apprentissage et la performance; Ryoa Chung, codirectrice du Centre de
recherche en éthique; Marie-Andrée Roy, codirectrice du Réseau québécois en
études féministes; Fabrice Marandola, directeur du Centre interdisciplinaire de
recherche en musique, médias et technologie; Francine Descarries, directrice du
Réseau québécois en études féministes; Florence Millerand, directrice du Centre
interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie; Marc André
Bernier, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur la première
modernité; Sofian Audry, codirecteur, Hexagram, réseau de recherche-création en arts et culture et
technologies; Gregor Murray, directeur du centre de recherche interuniversitaire
de la mondialisation et du... et le
travail... ah non, sur la mondialisation et le travail; Chantal Maillé,
codirectrice du Réseau québécois en études féministes; Sandra Breux,
directrice du Réseau Villes Régions Monde; Jean-François Gauvin, directeur du centre de recherche de culture, arts
et société; Kristin Voigt, directeur du Centre de recherche en éthique; Nicolas
Vermeys, directeur du Centre de recherche en droit public; Sophie Bergeron,
directrice du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes
conjugaux et les agressions sexuelles; Bertrand Gervais, directeur, Figura,
Centre de recherche sur les théories et les
pratiques de l'imaginaire; Geneviève Motard, directrice du Centre
interuniversitaire d'études et de recherches autochtones; Jean-Marc
Larrue, directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec; Frédérick
Bastien, directeur du Centre pour l'étude de la citoyenneté démocratique;
Thierry Nootens, directeur du Centre interuniversitaire d'études québécoises.
• (11 heures) •
Imaginez, Mme la Présidente, toutes ces
institutions et tous ces directeurs et directrices qui ont décidé de nous
adresser un message. Et on pense qu'il serait très important de recevoir des
représentants de ce groupe pour s'adresser à
nous et justement s'assurer de faire vivre l'exercice démocratique car ces
institutions-là, effectivement, elles méritent d'être défendues, et
c'est ce que nous faisons aujourd'hui pour nous assurer d'un processus
démocratique dans la prise de décision, et pour nous éclairer, nous, en tant
que législateurs, devant ce projet de loi qui, clairement, n'a pas fait toutes
les... tout le travail préliminaire de consultation de ces chercheurs pour...
dans sa conception.
Donc, voici le titre : La recherche
scientifique au Québec : Non à une dérive inquiétante :
«À l'heure où
le Québec doit faire face à d'importants défis liés à une conjonction de
phénomènes qui ébranlent à la fois les institutions et les esprits :
dérèglement climatique; développement mal maîtrisé de l'intelligence artificielle; adaptation aux flux migratoires;
transformations démographiques; prolifération des conflits militaires, etc., il
est paradoxal de voir le gouvernement du Québec déposer un projet de loi
qui risque d'affaiblir considérablement la recherche qui porte sur ces grands
défis de société.
«Directeurs et directrices de regroupements
stratégiques et centres de recherche financés par le Fonds de recherche du Québec, Société et Culture,
nous sommes à la tête des grands ensembles qui structurent la recherche au
Québec depuis deux décennies, à l'interface des milieux scientifiques et
de pratique. C'est à ce titre que nous souhaitons aujourd'hui exprimer notre
très vive inquiétude concernant le projet de loi n° 44
déposé le 7 février dernier par le gouvernement.
«Ce projet de
loi prévoit, en effet, l'abolition des trois Fonds de recherche du Québec
existant — santé;
nature et technologie; société et
culture — et
la création d'un seul fonds, dont la responsabilité ne relèverait plus du
ministère de l'Enseignement supérieur,
mais bien du ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie. Le
projet de loi évoque la recherche
libre, mais rien n'indique que cette liberté ne sera pas bridée par les
injonctions du ministère, notamment en matière de fléchage des fonds attribués
au FRQ.
«Nous craignons que la recherche fondamentale et
critique dans le secteur de la culture et de la société en général, laquelle
n'est pas d'emblée porteuse [et prometteuse] d'innovation technologique ou de
développement économique, redevienne le
parent pauvre du financement de la recherche au Québec. En effet, il n'y a rien
dans le projet de loi qui garantisse que le développement de la recherche dans
ce secteur sera considéré à partir d'une vision qui en respecte
l'intégrité. Cette inquiétude s'accroît lorsque l'on constate que le conseil
d'administration du nouveau fonds sera constitué pour les deux tiers de membres
choisis par le gouvernement et n'ayant aucun lien avec le monde de la recherche. À ce titre, pour être cohérent, si le
rôle du FRQ est de promouvoir et de financer la recherche et la diffusion
des connaissances dans tous les domaines, une représentation effective du monde
de la recherche doit être au coeur de tout projet de transformation.
«En bref, nous déplorons qu'un projet de loi
aussi important pour la recherche au Québec ne fasse [...] l'objet d'un plus
ample débat permettant à toutes les parties prenantes de s'exprimer et d'être
entendues». Je vais relire cette phrase, Mme
la Présidente, elle est importante. On comprend qu'on la retrouve, mais là,
étant donné l'importance des signataires : «...nous déplorons qu'un
projet de loi aussi important pour la recherche au Québec ne fasse pas l'objet
d'un plus ample débat permettant à toutes les parties prenantes de s'exprimer
et d'être entendues. Seules quelques organisations ont été invitées à
participer aux consultations particulières tenues en commission parlementaire
et réduites à deux courtes journées, les 20 et
27 mars. Cela est nettement insuffisant étant donné l'importance cruciale des enjeux soulevés par le projet de loi, enjeux
que l'on ne saura réduire à des simples questions d'efficacité administrative ou de "synergies".» Le
gouvernement mène ainsi... non. «Le gouvernement mène ainsi au pas de charge
une transformation majeure du milieu de recherche scientifique au Québec sans
un véritable processus de consultation.»
Dans le
contexte actuel, le Québec a besoin de ses chercheuses et chercheurs, dont les
travaux portent sur la société et le
monde de la culture... puissent le faire dans un écosystème qui valorise et
soutienne et... Excusez-moi, madame...
«Dans le contexte actuel, le Québec a besoin que
ses chercheurs et chercheuses dont les travaux portent sur la société et le
monde de la culture puissent le faire dans un écosystème qui valorise et
soutienne [au milieu de leurs efforts...] au mieux leurs efforts. La volonté du
gouvernement du Québec d'abolir le Fonds de recherche du Québec, Société et
culture pour le fondre dans un ensemble mal défini, sous la tutelle d'un ministère
voué essentiellement au développement économique, nous semble aller dans une
direction inquiétante.
«Voilà pourquoi il est impératif de redresser la
barre, de revoir au plus vite le processus de consultation et ainsi de reprendre sur de meilleures bases la
discussion cruciale sur l'avenir du financement de la recherche au Québec.»
Je suis très heureux, encore une fois, que le
ministre a montré un intérêt réel et certain au processus démocratique. Ces
communications, nous les avons justement reçues, et ils nous demandent
d'améliorer le processus démocratique en
élargissant la consultation pour s'assurer que l'indépendance et la liberté
académique des professeures et professeurs... de s'assurer que les
centres de recherche qui touchent à des choses cruciales dans notre identité
québécoise, tout ce qui touche à notre culture, ne soit pas l'enfant pauvre de
la recherche dans l'avenir et que, justement, ces changements ne visent pas à
mettre toute la recherche du Québec au service des ambitions du ministre de
l'Économie plutôt qu'à celle du savoir, tout simplement, et puis de la
transmission du savoir.
Il est impératif, on pense, pour pouvoir bien
réfléchir, de recevoir des représentants, des signataires de ce groupe qui sont
eux-mêmes directeurs et directrices d'institutions reconnues, financées par le
Québec, des centres de recherche québécois qui nous permettent justement de
mieux nous connaître et mieux avancer en tant que société d'un point de vue
culturel et social. C'est une chance que nous avons de corriger cette
situation. Ils ont utilisé effectivement les processus qui sont... les
processus qui sont les nôtres, à l'Assemblée nationale, et nous espérons que
ces processus-là ont un sens et que, quand il y a autant de signataires d'une
lettre et que c'est des institutions qui sont directement touchées par le
projet de loi, que, justement, l'exercice démocratique qui consiste à les
inviter à l'Assemblée nationale pour les entendre est important, surtout que
leurs craintes sont pour le moins inquiétantes, étant donné effectivement que,
dans la mouture actuelle du projet de loi, il se peut que les intérêts des
recherches qu'ils représentent soient très, très mal représentés dans l'avenir.
Un point d'ailleurs qui est ressorti dans tous
les différents documents qui ont été envoyés à notre commission a été le point qui touche à qu'est-ce que
l'indépendance d'une personne qui siège sur le CA de cette nouvelle instance.
On pense qu'il serait important d'approfondir les réflexions de cette
commission sur ce point-là, étant donné qu'il serait important de les entendre,
étant donné effectivement que les fonds de recherche ne sont pas équivalents à
d'autres institutions de... des sociétés d'État.
• (11 h 10) •
J'espère vraiment, et puis c'est probablement ma
naïveté en tant que nouvel élu, que cette motion sera analysée avec beaucoup de
sérieux. Je ne peux pas croire, encore une fois, que nous sommes devant un
projet de loi qui va chambouler, réorganiser la manière avec laquelle la
gouvernance du plus gros Fonds de recherche du Québec va être faite sans que des consultations démocratiques plus élargies
soient faites, étant donné, encore une fois, la fronde que nous avons pu
voir dans le débat public. Voilà. Merci beaucoup, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Est-ce qu'il y a des interventions sur la
motion préliminaire? M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Frédéric
Beauchemin
M. Beauchemin : Merci, Mme la
Présidente. Bien, tu sais, de façon résumée, je pense qu'encore une fois je...
on ne peut pas être contre l'idée d'entendre des gens qui voudraient être
écoutés sur ce sujet-là. Je pense que, bon,
il y a peut-être des points qui pourraient être représentés. On pourrait
peut-être les entendre, on pourrait peut-être voir une certaine valeur ajoutée à les écouter. Tu sais, si ces gens-là
sentent qu'ils n'ont pas été bien représentés de par un rassemblement de
plus grands syndicats ou par leur propre syndicat par la suite puis qu'ils
désirent se faire entendre maintenant, bien, je pense que je ne suis pas... on
n'est pas contre l'idée que le Québec puisse s'exprimer, au contraire. Donc,
moi je vais résumer mes commentaires à ça. Merci.
La Présidente
(Mme D'Amours) : Merci. D'autres commentaires sur la motion
préliminaire? M. le ministre.
M. Christopher
Skeete
M. Skeete : Merci beaucoup, Mme la
Présidente. Écoutez, le critère, pour moi, numéro un, avant de décider
d'élargir les consultations, ça serait : Est-ce qu'on apprendrait quelque
chose de nouveau? Or, je regarde la lettre qui a été envoyée, et puis il n'y a
pas du nouveau, Mme la Présidente. Tout ça, ça a été évoqué déjà.
Le premier paragraphe parle des grands défis.
Effectivement, il y a des grands défis, c'est une des raisons pour laquelle on
veut fusionner les fonds. Cette intersectionnalité-là, l'interdisciplinarité,
là, va être importante à l'intérieur de ce
regroupement-là du fonds consolidé. On parle aussi de l'importance de la
liberté de recherche, hein? On parle de... pour la première fois, on indique
dans la loi la recherche libre. En fait, c'est une avancée. Ils disent craindre
pour la recherche libre, or, pour la première fois, on vient l'inscrire dans la
loi. Ça, c'est une avancée importante. Donc... puis je conçois mal l'inquiétude
dans l'optique où est-ce qu'on vient le dire. En plus, on vient ici parler de
l'organisation, la structure et, encore une fois, la gouvernance.
Mme la Présidente, je
veux juste être très clair, là, les meilleures pratiques de gouvernance, ça,
c'est par des chercheurs dans la
gouvernance. Je pense que les chercheurs respecteraient les chercheurs en
matière de gouvernance. Les meilleures pratiques en gouvernance nous parlent
d'avoir... de l'importance d'avoir un conseil d'administration qui, lui,
a deux tiers d'indépendants. Ça va pour les grandes entreprises, ça va dans la
fonction publique aussi puis les sociétés d'État, ça va partout, Mme la
Présidente. Moi, je n'ai rien entendu, dans nos consultations, pour me faire
penser que les chercheurs sont différents. C'est bon pour la police, c'est bon
pour la SAQ, c'est bon pour tout le monde,
c'est bon pour les chercheurs. Puis je pense que c'est... à prime avoir, de ne
pas comprendre c'est quoi un CA... Le
CA n'est pas là pour décider du quotidien... bien sûr, qui va être financé,
comment, si ça a une portée scientifique... ce n'est pas le CA qui
décide ça tout seul. Il y a toute une machine d'accréditation et d'acceptation
à l'intérieur qui va juger, bon, d'un
programme. Alors, ce n'est pas le CA qui décide ces affaires-là, mais on
l'entend, là, comme si on veut être exempt. C'est sûr que les chercheurs sont
importants dans la société, ils apportent des grandes contributions,
mais, pour la composition d'un CA, Mme la Présidente, ils ne sont pas
différents des autres.
Bref,
toutes des choses qu'on a échangées, Mme la Présidente, une inquiétude... ils
sont inquiets qu'en changeant les choses, bien, on va diminuer. Mais, encore
une fois, l'expérience, les données sont têtues, Mme la Présidente. Ça fait
10 ans qu'on opère dans le régime qu'on propose. Pourtant, le montant
qu'on accroît... qu'on donne pour financer les fonds n'a pas diminué, il a
augmenté. Les gens en société et culture sont inquiets de se faire couper. Or,
la tendance est plutôt à l'inverse, on augmente les budgets parce qu'on
reconnaît l'importance de cette interdisciplinarité-là. On vit déjà dans
le monde qu'on propose de consolider. Alors, cette inquiétude-là, je m'explique
mal d'où elle vient.
Alors, Mme la
Présidente, pour cette raison-là, je ne vois pas la valeur ajoutée de
rencontrer ces groupes-là, puisque ça fait déjà 10 ans qu'on vit dans la vision
qu'on propose aujourd'hui, dans ce projet de loi là qui est, somme toute, un
projet de loi administratif. Donc, j'aimerais proposer le vote sur la motion,
Mme la Présidente.
Mise aux voix
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Avant de procéder au vote, je dois demander aux
autres membres de la commission s'ils
veulent intervenir sur la motion. S'il n'y a pas d'intervention, est-ce que la
motion préliminaire numéro 2 du député de Maurice-Richard est
adoptée ou rejetée?
M. Skeete : Rejeté.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Rejeté. Merci. D'autres motions préliminaires?
Une voix : ...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Est-ce qu'il est sur Greffier?
Des voix :
...
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc, je vais vous demander, M. le député de
Maurice-Richard, de nous faire la lecture de votre motion, s'il vous
plaît.
Motion proposant d'entendre M. Yves Gingras
M. Bouazzi : Que
la commission... Le suspense est à son comble.
«Que
la Commission de l'économie et du travail, avant d'entreprendre l'étude
détaillée du projet de loi n° 44, Loi
modifiant principalement la Loi sur le ministère de l'Économie et de
l'Innovation en matière de recherche, tienne
des consultations particulières et qu'à cette fin, elle entende Yves Gingras,
professeur d'histoire et de sociologie des sciences de l'UQAM.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Ce n'est pas ce que j'ai, moi. Attendez.
Des voix : ...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Parfait. Merci. Est-ce que vous avez des interventions, M.
le député de Maurice-Richard?
M. Haroun Bouazzi
M. Bouazzi : Absolument. Donc, Yves
Gingras fait partie des personnes que nous avons nous-mêmes proposé d'inviter.
Et pour cause, je vais me permettre un peu de vous parler de cet éminent
chercheur de l'Université du Québec à Montréal, et on
pense que sa participation à cette commission serait clairement éclairante. On
a été très déçus de voir que sa participation n'avait pas été retenue et on
espère que le gouvernement changera d'avis. On pense probablement qu'il n'avait
pas lu tout ce CV, donc je vais me faire un plaisir de vous le partager
rapidement.
Donc, Yves Gingras est professeur à l'Université
du Québec à Montréal depuis 1986, date qui marque aussi son arrivée au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et
la technologie. Il est d'abord attaché au département de sociologie,
puis au département d'histoire, où il enseigne depuis 1989. En 1997, il cofonde
l'Observatoire des sciences et des technologies, un organisme dédié à la mesure
de la science, de la technologie et de l'innovation, dont il est directeur
scientifique. Après 15 années passées au CIRST, il en devient le directeur
en 2001. Quatre années plus tard, il quitte
la direction de ce centre afin de se consacrer entièrement à sa chaire de
recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences.
Donc, après l'obtention d'une maîtrise en
physique de l'Université Laval il complète un doctorat en histoire et en
sociopolitique des sciences à l'Université de Montréal en 1984. Sa thèse,
intitulée Les physiciens canadiens : généalogie d'un groupe social,
1850-1950, est publiée en 1991 simultanément en anglais et en français sous
le titre suivant : Les origines de la recherche scientifique au Canada.
De 1984 à 1986, il est chercheur postdoctoral au département d'histoire des sciences de l'Université de Harvard. Ce
séjour aux États-Unis est suivi d'un autre, en 2000, au Dibner Institute
of the History of Science and Technology, au Massachusetts Institute of
Technology, le MIT, en tant que Dibner
Fellow. À plusieurs occasions, il est nommé professeur invité au CNRS, à
l'École des hautes études en sciences sociales, à l'Université
Louis-Pasteur, à l'Université de Toulouse-Le Mirail, à l'Université de Provence
Aix-Marseille I ainsi qu'à l'Université de Toronto
À son actif, il a près d'une dizaine de
monographies en tant qu'auteur, coauteur ou éditeur, plusieurs centaines
d'articles et près de 200 conférences. Il a dirigé une cinquantaine
d'étudiants au doctorat et à la maîtrise et a obtenu autant de subventions de
recherche et a mené à terme de nombreux contrats de recherche. Il participe à
plusieurs comités éditoriaux de revues savantes et évalue régulièrement des
articles, des manuscrits, des mémoires et des thèses. Il siège sur plusieurs
conseils d'administration en comité d'évaluation.
• (11 h 20) •
Chercheur prolifique, Yves Gingras est aussi un
communicateur reconnu que le public a le plaisir d'entendre régulièrement à la
radio de la Société Radio-Canada à l'émission Les années lumière, il
tient une chronique... où il tient une chronique depuis 1997. Il intervient
souvent comme commentateur lors d'émissions télévisées et il agit parfois en
tant que conseiller scientifique auprès de maisons d'édition, de maisons de
productions télévisuelles, etc.
Plusieurs prix ont souligné l'excellence de son
travail. En 1998, l'Institut d'histoire de l'Amérique française lui remet le
prix Michel-Brunet pour son livre Histoire des sciences au Québec,
coécrit avec Luc Chartrand et Raymond Duchesne, et dont il a supervisé la
seconde édition mise à jour en 2008. La British Society of the History of
Science lui a décerné le Ivan Slade Prize en 2001, qui couronne la meilleure
contribution critique en histoire des sciences, pour son essai What did
Mathematics do to Physics? En 2005, il se mérite le prix Gérard-Parizeau en
reconnaissance de son oeuvre exceptionnelle
et de son engagement social dans l'ouverture du vaste et difficile champ de l'histoire des sciences. En 2007, l'Association
francophone pour le savoir, ACFAS, lui remet le prix Jacques-Rousseau. Ce
prix est octroyé, depuis 1980, à un scientifique dont les réalisations ont
largement dépassé sa discipline et son domaine de spécialisation et qui a
établi des ponts novateurs entre différentes disciplines. Cet honneur témoigne
de la contribution originale d'Yves Gingras
au développement du champ STS au Québec et ailleurs. En 2018, Yves Gingras
reçoit le Prix du Québec Léon-Gérin en sciences humaines et sociales. Le prix
est la plus haute distinction accordée par
le gouvernement du Québec à un chercheur, pour l'ensemble de sa carrière, dans
l'une des disciplines des sciences humaines et sociales. En 2019, il est
nommé chevalier de l'Ordre national du Québec. Ce titre lui a été octroyé pour souligner l'importance de sa production savante et
son talent exceptionnel de vulgarisateur des connaissances scientifiques.
Il est
évident que le gouvernement reconnaît les qualités exceptionnelles de ce
chercheur, étant donné, en plus, les prix qu'il a reçus lui-même en 2019, alors
que ce gouvernement était déjà en place. M. Yves Gingras a d'ailleurs, entre
autres choses, exprimé... et je «quote» une de ses sorties au sujet du projet
de loi n° 44 : «On ne peut pas mettre dans le même panier la recherche contre le cancer et l'exploration des
exoplanètes», dénonce le professeur d'histoire, de sociologie et
sciences de l'UQAM, Yves Gingras.
Je dois dire qu'on a été très déçus de voir que
M. Gingras n'avait pas été retenu par le gouvernement pour venir commenter ce projet de loi, surtout qu'il a
un certain nombre de chapeaux qui auraient pu nous aider, un, dans la question
de l'interdisciplinarité, mais, deux, aussi et surtout sur la question de
l'évolution de la recherche au Québec, étant
donné les études exhaustives qu'il a faites sur, justement, l'évolution de la
recherche au Québec, et la reconnaissance, évidemment, des différentes
institutions de recherche, et puis, tout simplement aussi, de son parcours
universitaire absolument exceptionnel.
On comprend que le ministre ne pensait pas
apprendre grand-chose de plus en invitant des représentants des différents
syndicats d'un côté et des différents centres de recherche de l'autre, étant
donné qu'il faisait référence à un certain
nombre de documents qu'on savait déjà. Je pense qu'une compréhension de comment
s'insère son projet de loi dans la longue histoire de la recherche au Québec,
sur le temps long, nous permettrait aussi de comprendre exactement où est-ce
qu'on pourrait s'en aller. Je comprends que le ministre pense que c'est un
simple changement administratif, je...
et il est étonnant qu'un projet de loi qui touche à une vingtaine de lois et qui
vient créer autant de craintes est un simple changement administratif.
Si ça l'était, évidemment, on ne pense pas qu'on aurait eu besoin de tous ces
changements législatifs, justement.
Donc, étant
persuadé que l'analyse historique de la recherche au Québec est importante pour
nous, législateurs, de... pour comprendre comment est-ce que ce projet
de loi peut être amélioré, peut nous permettre d'éviter les erreurs du passé et nous intégrer
dans une histoire constructive, qui permet une meilleure recherche, plus de
liberté académique et un meilleur financement, on pense qu'inviter M. Yves
Gingras serait important. Et puis on espère, encore une fois, et c'est peut-être ma naïveté, Mme la Présidente, que
cette demande sera analysée par le gouvernement et qu'évidemment l'apport de M. Gingras sera reconnu comme
étant un apport qui ne paraît pas dans les différents mémoires que nous avons,
étant donné son parcours et son domaine de recherche.
Ça fait qu'humblement je fais la demande au
gouvernement, effectivement, d'analyser sérieusement cette demande et d'inviter
M. Gingras pour venir s'adresser à notre commission. Merci, Mme la
Présidente.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci, M. le député. Est-ce qu'il y a des
commentaires sur la motion préliminaire? M. le député de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Frédéric
Beauchemin
M. Beauchemin : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. Bien, vous ne serez pas surpris, évidemment, dans le contexte
actuel... Nous, l'idée, c'est qu'on puisse permettre à tous de pouvoir,
effectivement, donc, s'exprimer. M. Gingras
a une feuille de route qui est impressionnante, évidemment, quand on l'entend
sur son implication dans la société
aussi. Donc, oui, on supporterait la motion de notre collègue de
Maurice-Richard pour avoir plus de transparence, pour avoir plus
d'opinions de tous les gens qui pourraient rajouter un grain de sel dans le
projet de loi, qui feraient en sorte qu'on
pourrait s'assurer ainsi, là, d'avoir une meilleure représentativité et un
meilleur projet de loi possible. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres interventions sur la motion préliminaire? M. le ministre.
M. Christopher
Skeete
M.
Skeete : Oui, merci, Mme la Présidente. Bien, vous savez,
je suis d'accord avec le collègue de Maurice-Richard, M. Gingras est un
homme extraordinaire. D'ailleurs, j'ai lu avec intérêt sa lettre ouverte qu'il
a écrite notamment sur le projet de
loi n° 44. Après avoir lu sa lettre, j'étais très certain
de qu'est-ce qu'il pensait puis qu'est-ce qu'il allait faire. Alors, c'est la raison pour laquelle qu'on a
décidé d'inviter son homologue à l'Observatoire
des sciences et des technologies à
l'UQAM, qui était M. Vincent Larivière. Donc, moi, je pense qu'on a fait
le tour avec son mémoire, avec le témoignage de M. Larivière, de ce
que pense l'Observatoire des sciences et des technologies.
Puis, juste pour rassurer les gens qui nous
écoutent, Mme la Présidente, vous savez, les commissions, là, comment que ça
fonctionne, là, puis comment qu'on fait pour savoir qui va venir jaser avec
nous, bien, c'est des discussions. Tu sais, moi, je n'arrive pas à une table
puis je dis : Bien, on va entendre lui puis pas lui, là. C'est vraiment le
fruit des négociations avec tous les partis. Donc, on s'est assez avec le Parti
libéral, le Parti québécois, avec le... avec Québec solidaire, et même les
représentants indépendants sont consultés à savoir comment et qui on va inviter
dans nos consultations. Donc, si, en bout de ligne, on a fini où est-ce qu'on a
fini, c'est bien parce qu'on a eu consensus
à ce niveau-là. Donc, il n'y a personne qui a été rejeté. Nous aussi, on a fait
des compromis, le Parti libéral a fait
des compromis, Québec solidaire a fait des compromis, puis c'était le fruit.
Donc, ça peut avoir de l'air comme si, à cause que le gouvernement est
majoritaire, bien, on impose les personnes qu'on entend. En fait, c'est une
négociation.
Puis je reviens à ce que j'ai dit tantôt, compte
tenu de la lettre de M. Gingras, compte tenu du témoignage de M.
Larivière, compte tenu du fait qu'on a lu avec intérêt tout ce que ces gens-là
ont dit, j'arrive à la même place, Mme la
Présidente. Il n'y aura pas de nouveau, là. On est vraiment dans les mêmes
thèmes, dans les mêmes inquiétudes, puis je pense qu'on a fait le tour
de cette question-là par rapport à ce que ces gens-là ont à dire.
• (11 h 30) •
Par contre,
je réitère, j'entends l'inquiétude des gens, j'entends l'inquiétude du
collègue. On va demeurer ouverts. Si on peut arriver aux consultations... à
l'article par article, vous allez voir, on est prêt à faire certains mouvements
pour rassurer certaines des personnes qui sont venues nous parler. Donc, moi,
je suis prêt à y arriver puis, bien, j'aimerais demander le vote pour la
motion, Mme la Présidente.
Mise aux voix
La Présidente (Mme D'Amours) : Avant
de passer au vote, j'aimerais savoir s'il y a d'autres collègues qui veulent faire des commentaires sur la motion
préliminaire. Donc, est-ce que la motion préliminaire est adoptée ou rejetée?
M. Skeete : Rejeté.
Étude détaillée
La
Présidente (Mme D'Amours) : Rejeté. Nous serions maintenant rendus à
l'article 1. M. le ministre, si vous voulez bien nous en faire la
lecture, s'il vous plaît.
M. Skeete : C'est ça ici, hein? Ça
dit 3, mais c'est 1.
Des voix : ...
M.
Skeete : Chapitre I. Loi sur le ministère de l'Économie et de
l'Innovation
1.
L'article 3 de la Loi sur le ministère de l'Économie et de l'Innovation
(chapitre M-14.1) est modifié par l'ajout, à la fin, de l'alinéa
suivant:
«Il élabore et
propose au gouvernement une stratégie en matière de recherche et d'innovation.
Il coordonne la mise en oeuvre de cette stratégie et en assure le suivi.»
Commentaire :
L'article 1 du projet de loi modifie l'article 3 de la Loi sur le
ministère de l'Économie et de l'Innovation de façon à introduire, dans les
fonctions du ministère, la responsabilité d'élaborer, de mettre en oeuvre et d'assurer le suivi d'une stratégie
gouvernementale en matière de recherche et d'innovation. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Des
commentaires sur l'article 1? M. le député de Marguerite-Bourgeoys,
la parole est à vous.
M.
Beauchemin : Merci, Mme la Présidente. Merci. Merci, M. le ministre.
Est-ce que... bon, le deux... le premier verbe, là, «élabore», je pense qu'on
aurait besoin de vous entendre là-dessus pour savoir comment vous voyez ça, l'élaboration en tant que telle de
cette... la stratégie. Donc, comment vous la voyez? Comment ça serait
structuré? Comment vous en arrivez à mettre en place qui, dans
l'ensemble de l'exécutif ou pas, est impliqué? Juste pour nous donner un petit peu, là, la grande vue à
60 000 pieds puis peut-être descendre un peu, là. J'aimerais ça,
vraiment, en parler avec vous.
M. Skeete : Si
le collègue... C'est beau, Mme la Présidente? Excusez-moi, j'ai tendance à y
aller avant que vous me donniez la permission. Si le collègue cherche une
référence, je l'invite à voir le SQRI2 qu'on a proposé. On a donné une grande
orientation, qui est élaborée en partie avec l'Innovateur en chef du Québec, le
Scientifique en chef, pour arriver avec des solutions qui nous permettent
d'aider l'écosystème en général.
Donc, nous, on est
justement à 60 000 pieds. Le détail de comment c'est déployé par la
suite, ça relève des fonds de recherche.
Donc, nous, on veut avoir une orientation spécifique sur les priorités, mais, à
partir de ça, je réitère, c'est les chercheurs qui déterminent les
orientations. Rappel important, 80 % de la recherche qui se fait, c'est de
la recherche fondamentale, 20 %, c'est orienté ou dirigé. Donc, on est
vraiment dans cette logique-là de dire : On va élaborer la stratégie
gouvernementale, mais dans le détail... mais ça va être géré par les fonds.
M.
Beauchemin : Mais l'élaboration en tant que telle, spécifiquement,
comment vous la voyez? Dans le sens... est-ce que... bon, l'élaboration, en
haut, est-ce que c'est fait par le premier ministre, est-ce que c'est fait par
le Conseil des ministres, est-ce que c'est le ministre de l'Économie? Et
comment vous la voyez, l'élaboration, là, en haut complètement, là?
M. Skeete : C'est beaucoup plus dynamique que, tu sais, des
silos dont vous décrivez... C'est fait en collaboration avec le
Scientifique en chef, l'Innovateur en chef, la fonction publique, la machine
gouvernementale au ministère, mais aussi les
gens qui sont présents aux fonds. Je pense que, s'il y a une chose qu'on a
comprise dans les consultations, c'est qu'il n'y a pas une personne qui
décide de l'orientation scientifique. C'est tellement un organisme vivant, la
recherche et l'innovation, que ça ne se fait pas en dictat. On ne peut pas
arriver puis dire : Bien, vous allez faire ça. Ça ne marche pas, ça. Puis,
de toute façon, on ne veut pas ça, parce qu'il n'y a rien de pire pour tuer
l'innovation que d'imposer des thèmes.
Alors,
nous, on arrive avec une stratégie qui dit... Puis, comme je vous dis, là, si
vous voulez avoir une référence, là, c'est le SQRI2, là, qui vous donne
une idée de la stratégie...
Une voix :
...
M. Skeete : Ah!
la stratégie québécoise en innovation et de recherche et...
Des voix : ...
M. Skeete : Stratégie québécoise d'investissement et
d'innovation. Alors, c'est ça, les deux «i» à la fin. Puis ça, c'est quelque chose qui est à
60 000 pieds, une vision, mais c'est déployé après ça dans des programmes
normés, vérifiés et surtout chapeautés par différents
intervenants, et au ministère, et aussi dans les... Scientifique en chef,
l'Innovateur en chef, et tout ça.
Ça fait qu'on n'est
pas dans le «le ministre décide qu'on va faire ça» puis on fait ça. On est
vraiment dans un organisme vivant d'innovation, où est-ce que des gens ont la
chance de mettre de l'avant des projets porteurs pour l'avenir, qui touchent ou pas un thème, mais souvent... c'est comme j'ai
dit, là, 80-20, là. Souvent, ce n'est même pas orienté, c'est souvent de la recherche fondamentale, selon ce que les
fonds vont décider, qui sont acceptables ou intéressants à étudier.
M. Beauchemin :
...mon background de banquier,
là, qui refait surface, là, mais on a beau avoir comme l'idée de faire un plan,
c'est dans l'exécution, souvent, que c'est important que ça se fasse bien. Je
comprends ce que vous dites, c'est
plus collégial, comme approche. Je n'ai pas entendu parler du ministère de
l'Enseignement supérieur dans ceux qui pourraient avoir une influence
dans l'élaboration. Ça a été la critique qu'on a entendue beaucoup ce matin,
mais de par les autres personnes qui nous ont visités.
Donc, je reviens encore,
dans le sens que, bon, lundi matin... ça fait partie, maintenant, de l'agenda,
qu'est-ce qu'on fait, puis éventuellement il va falloir qu'on s'assoie puis
qu'on pense à élaborer de façon collégiale avec nos collègues, que ce soit l'Innovateur
en chef, Scientifique en chef. Il va falloir qu'on s'assoie, puis qu'on ait
tout ce beau monde là dans une pièce, puis que... il va y avoir un président de
la pièce qui va dire : Bon, bien, OK, temps de parole... Comment ça, ça se
fait, en tant que tel? C'est dans ce sens-là, dans le sens que... qui va, rendu
là... C'est-tu un vote à la main? C'est-tu
le premier ministre? C'est-tu le conseil des... Comment en arrivez-vous à
dire : Bon, bien, OK, ça, c'est
l'élaboration? Je comprends ce que vous me dites, mais, dans le granulaire, là,
comme, dans l'exécution, OK, on élabore 2024‑2025, comment vous faites?
M. Skeete : Bien, je pense que les
citoyens vont être rassurés de savoir que ce n'est pas le genre de choses qu'on fait sur le coin d'une table, sur une
napkin. Juste la SQRI2, bien, la préface est signée par le ministre, à
l'époque, Mme McCann, qui avait signé la préface avec le ministère de
l'Innovation et de l'Économie. Donc, c'est vraiment fait en partenariat avec les... Au début, ça commence avec les... tu
sais, dans le détail, là, c'est les professionnels dans les différents
ministères qui se parlent, c'est quoi, les orientations. Ils ramènent ça au
sous-ministre, et le sous-ministre regarde, voir comment qu'on peut
faire, comment qu'on va mesurer, c'est quoi, les KPI, comment qu'on fait pour
s'assurer qu'on peut mesurer le succès de nos initiatives, puis, après ça, ça
devient la stratégie gouvernementale qu'on redéploie dans l'orientation.
Alors, c'est
vraiment le fruit d'une grande discussion à l'intérieur des machines
gouvernementales, ce qui inclut aussi l'Innovateur en chef, le
Scientifique en chef, qui, lui aussi... à l'interne de sa machine, mais
consulte des différents fonds pour lesquels il est responsable, les
intervenants du domaine puis... parce que, n'oubliez pas, si le Scientifique en
chef et si l'Innovateur en chef n'ont pas la crédibilité de leurs pairs, il n'y
a rien de ça qui fonctionne. Alors, quand
ces gens-là disent : Oui, on a fait le tour puis, oui, on est sûr que ça
va être bien accueilli, c'est parce qu'ils ont fait le tour puis ils
savent que les gens vont bien recevoir.
Alors, c'est pour ça que beaucoup des
inquiétudes qu'on a entendues dans les derniers... dans les dernières semaines
à ce niveau-là, c'est un peu une inquiétude que je pense... je comprends
qu'elle est réelle pour eux, mais que je crois qu'elle est mal placée, parce
que la recherche ne marche pas comme ça. La recherche, elle est vivante, elle
est organique. Et il n'y a personne qui est... qui a du pouvoir dans ça pour
décider arbitrairement, sinon, bien, on a l'effet inverse, on tue l'innovation,
on tue la science.
M. Beauchemin : Donc, ce n'est pas
en vase clos, c'est sûr et certain, c'est... je comprends ce que vous nous dites. Encore une fois, cependant, tu sais, la
dynamique... Vous avez mentionné Mme McCann dans son ancien rôle. Ma
question reste à savoir comment vous voyez
cette dynamique-là, parce que vous avez quand même impliqué
deux ministères dans votre réponse. Est-ce que c'est encore une fois les
deux ministères?
Je reviens aux critiques qu'on entend depuis
beaucoup ce matin et ailleurs, à savoir, bon, bien, le ministère de
l'Enseignement supérieur, le rôle qu'il aura à jouer, et tout, là. Donc, dans
ce contexte-là, est-ce que c'est quelque chose
qui est fait dans l'élaboration initiale, dans les premiers balbutiements,
suite à toutes les aspirations vers le haut des commentaires que les gens qui travaillent dans chacun des ministères
reçoivent? Est-ce qu'effectivement, en bout de piste, il va y avoir
cette dynamique-là?
• (11 h 40) •
M. Skeete : Bien, la question me
donne l'occasion de clarifier une chose, puis, après ça, je pense que, dans le
détail de comment on le fait, peut-être, je passerais la parole au
sous-ministre. Mais vous savez, dans une des lettres qui a été écrite dans les
médias... je vais vous lire la première phrase : «Le gouvernement veut un
transfert de toutes les responsabilités, en
matière de recherche scientifique, du MES vers le MEIE.» C'est faux. Tu sais,
on ne parle pas de toute la recherche. Alors, le ministère de
l'Enseignement supérieur est quand même le plus gros joueur qui joue dans le domaine de la recherche. On parle ici des fonds
de recherche qu'on vient amener vers le MEIE. Donc, ce n'est pas toute
la recherche qui va venir chez le MEIE.
Alors, ça, c'est important, parce que, votre
question, je pense qu'elle touche un peu, bien là, c'est quoi, le rôle du MES à
l'intérieur de cette vision-là? Alors, premièrement, elle va avoir un rôle de
consultation. La preuve, c'est que, dans le SQRI, cette personne-là est
impliquée même si ça ne relève pas directement d'elle. Par contre, on ne parle
pas de toute la recherche. Alors, elle va maintenir... elle va le maintenir,
son contrôle sur la recherche dont elle est responsable. Puis, à l'intérieur de
la stratégie d'innovation, c'est une partie prenante importante.
Pour le
détail de comment on l'a fait la dernière fois puis c'était quoi, le niveau d'implication
du MES, peut-être, avec la permission de la présidente, le sous-ministre
pourrait prendre la parole.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
Je vais vous demander, monsieur, de vous présenter, de dire votre titre et
ensuite répondre à la question.
M. Gervais (Mathieu) : Oui, bonjour.
Mathieu Gervais, je suis sous-ministre adjoint Science, Innovation, au
ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie.
Donc, dans toute l'élaboration de la SQRI2,
donc, Stratégie québécoise de recherche et d'investissement en innovation,
bien, il y a eu quand même une... qui a été annoncée, là, en mai 2022.
Donc, la stratégie couvre la période 2022 à 2027. Il faut mentionner qu'il
y a eu quand même une mobilisation, là, assez importante, là, je dirais même sans précédent, là. Bon, j'y ai fait partie,
mais on a reçu plus de 230 mémoires, on a entendu... là, on a organisé
ce qu'on a appelé le Grand rendez-vous de l'innovation. Donc, on a reçu... on
était en période de pandémie, là, malheureusement, mais
on a eu, de mémoire, là, un peu plus de 200 personnes malgré tout, là, en
présence, mais plus de 2 000 personnes, là, qui ont pu suivre
l'événement en virtuel. L'événement regroupait six ministres, de mémoire, incluant le premier ministre, donc, oui, Mme McCann,
à ce moment-là, qui était ministre de l'Enseignement supérieur, mais
d'autres ministres dont le ministère est impliqué dans les différents travaux
de recherche et d'innovation.
On a
également... vous pouvez consulter, là, la SQRI 2, mais on a formé ce
qu'on a appelé le trio de l'innovation, donc, avec le Scientifique en
chef au niveau de la recherche, l'Innovateur en chef pour ce qui est de la
composante, davantage, innovation, puis on avait une personne d'Investissement
Québec pour la composante investissement en innovation, donc, pour vraiment
considérer les trois composantes. Donc, c'est à la suite de... puis il y a
eu une tournée régionale d'organisée, là, à ce moment-là, en virtuel, là,
malheureusement, parce qu'on était en pandémie, mais pour consulter les
différents acteurs, là, régionaux sur l'élaboration de la stratégie.
Ensuite, pour ce qui est de l'implication des
autres ministères, moi, je pilote, là, au niveau administratif, un comité
interministériel de recherche, d'innovation, là, pour consulter à peu près tous
les ministères et organismes, là. Plus de 25, là, ministères et
organismes, là, sont impliqués, pour consulter les collègues en matière de
recherche et d'innovation dans le cadre de
l'élaboration de la stratégie. Ensuite, et puis je termine avec ça, une fois
que la stratégie est élaborée,
déterminée, avec tout le cadre, là, de référence, incluant le cadre financier,
bien, la stratégie est présentée par le ministre responsable, à ce
moment-là, par délégation, là. C'est le ministre de l'Économie qui est
responsable de l'élaboration de la stratégie... a été déposée pour être
avalisée par le Conseil des ministres. Ensuite, bien, on peut déployer la
stratégie.
M. Beauchemin : Merci. Merci, Mme la
Présidente. Merci. Donc, j'entends qu'il y a effectivement ce genre de structure, là, que... c'était un petit peu le
questionnement que j'avais dès le début, OK, qui guide un peu, là, la façon
de faire. Donc, au niveau de la proposition
qui est faite au gouvernement en termes de stratégie en matière de recherche
et d'innovation, la proposition qui est faite, il y a des élaborations qui se
font, puis après ça, bien, on cumule le tout. Est-ce qu'on fait, généralement,
une proposition ou est-ce qu'on fait plusieurs propositions? Est-ce que chaque
élaboration résulte dans une proposition? Est-ce que... Je ne sais pas si...
M.
Skeete : ...peut-être M. Gervais pourrait répondre après.
Dans le fond, comme tout plan d'action, stratégie, c'est le fruit d'un
consensus. Il y a des discussions qui ont lieu, il y a des orientations qui
sont prises, puis le fruit de différentes
matières grises introduites, qui fait en sorte qu'on a quelque chose dont tout
le monde supporte, notamment aussi le ministère de l'Enseignement
supérieur. Alors, l'idéal, c'est qu'on a travaillé ça de partout, ça... par le
temps que c'est monté, il y a un consensus,
puis là on a une formalité qui est l'expression même du projet ou du plan
d'action.
M. Beauchemin : Dans ce contexte-là,
juste... Des fois, tu sais, les gens, c'est comme... c'est comme un peu le côté
artistique ou un peu le côté universitaire, on veut tout le temps voir,
comme... c'est moi qui est en arrière de cette
idée-là, c'est le ministère de l'Enseignement supérieur qui est en arrière de
cette idée-là. Est-ce qu'il y a un peu de cette paternité-là qui est
reflétée dans les propositions quand ça arrive?
M. Skeete : Bien, écoutez, dans la
réalité, collègue qui est membre de l'opposition, je pense que, vous, vous ne faites pas la part. Si ça va bien, vous n'allez
pas dire... si ça ne va pas bien, plutôt, vous n'allez pas dire que, ah, bien...
vous allez dire «le gouvernement», vous allez dire «le premier
ministre».
M. Beauchemin : C'est la CAQ.
M. Skeete : C'est la CAQ. Alors, tu
sais... Ça fait qu'on a, oui, la paternité de l'initiative, mais ça ne vous
empêche pas de dire que c'est tout l'ensemble de la machine.
M. Beauchemin : OK. Non, mais c'est
juste par curiosité, parce que, justement, encore une fois, c'est dans le
contexte où est-ce qu'on veut répondre aux critiques puis de comprendre un peu,
peut-être, le côté, peut-être, plus humain. Je ne sais pas si c'est de... la
bonne façon de le décrire, que le ministère de l'Enseignement supérieur ou les gens qui font la promotion de ce qu'on entend, là,
depuis ce matin et avant... Au niveau du ministère de l'Enseignement supérieur, est-ce que ça, c'est quelque chose qui
est... Est-ce que c'est un réflexe de l'appareil d'avoir ce genre de...
étendre... de paternité, ça vient d'ici...
M. Skeete : Je comprends.
M.
Beauchemin : Pour juste... tu sais, comme, de cette façon-là,
bien, ça va stimuler, de dire : Oui, il y a l'implication, on le
voit bien, c'est une idée qui vient d'ici, c'est une suggestion, là.
M. Skeete : J'ai deux... Ça fait
que, dans le pratico-pratique, on ne peut pas arriver avec une stratégie comme ça, si le ministère de l'Enseignement supérieur
n'est pas d'accord. Ça, ça inclut tous les fonctionnaires, toute la machine
gouvernementale derrière la ministre. Donc, on n'arrive pas à quelque chose
comme ça... Bien, ce n'est pas comme si on rentre avec nos gros sabots, le
MEIE, puis on enlève du ministère de l'Enseignement supérieur quelque chose qu'ils veulent garder, puis on gagne. La
dynamique, ce n'est pas ça. La dynamique, c'est qu'il y a des discussions sur
les meilleures façons de procéder, le ministère en question est
d'accord, puis c'est avalisé dans le Conseil des ministres, où est-ce que la ministre, elle est... elle siège.
Donc, c'est beaucoup plus collégial et organique comme façon de faire. Par le temps que ça arrive à la décision, tout le
monde est consulté et tout le monde est d'accord avec l'orientation, puis ça
devient la vision du gouvernement de faire ainsi.
M. Beauchemin :
OK. Je comprends. Donc, c'est
quand vous concluez la modification que vous... à l'ajout, là, de l'alinéa suivant, là, c'est de... quand il
coordonne la mise en oeuvre de cette stratégie en assurant le suivi. Je
comprends donc que ça, c'est la
résultante de tout le processus et que, donc, le ministère de l'Enseignement
supérieur, à ce moment-là, est bel et bien... fait partie de cet effort
de coordination, là.
M. Skeete : Bien
oui. Oui, parce que les décisions qui vont émaner de cette stratégie-là, qui
nécessitent une validation par le Conseil des ministres... mais, bien sûr, la
ministre, elle est concernée ou le ministère concerné à ce moment-là.
M. Beauchemin :
Mais vous comprenez le point que j'essaie de faire... refaire surface,
c'est de répondre aux inquiétudes.
M. Skeete : Je
comprends.
M.
Beauchemin : Puis en ayant... que ce soit la paternité, la
reconnaissance, la façon de faire en sorte qu'on puisse dire : Voilà, le
ministère de l'Enseignement supérieur est partie prenante dans cette
décision-là.
M. Skeete : Puis
c'est entendu... Ça fait que je comprends cette crainte-là, je comprends que
c'est... elle est importante pour vous, puis on peut travailler ensemble à ce
niveau-là pour vous rassurer. Mais, au-delà de tout ça, c'est également incomplet de penser que ces choses-là se font dans un
vase clos, où est-ce qu'elle n'est pas au courant, où le ministère ne
sait pas ce qui se passe dans le Fonds de recherche du gouvernement. Ça fait
que, tu sais, c'est des gens qui... bien, en grande majorité, relèvent, dans
leur quotidien, au ministère, donc c'est... Ça fait que j'entends la crainte.
Je comprends qu'on... peut-être, on va pouvoir travailler pour rassurer les
gens, mais, dans le quotidien, on ne brise pas ces liens-là. Mais je comprends
aussi que vous répondez avec votre questionnement aux craintes.
M.
Beauchemin : Bien, c'est l'objectif parce qu'en bout de piste, une meilleure
explication de comment la genèse de tout se fait, bien, n'importe qui va mieux
comprendre...
M. Skeete : Je
comprends.
M.
Beauchemin : ...l'objectif puis en arriver à dire : Bon, bien,
OK, correct, l'inquiétude est moins grande ou plus grande, dépendamment de
comment la réaction sera, là. Mais c'est l'objectif en tant que tel, là, de
clarifier le tout. Mais je vous remercie, c'est tout pour mes questions sur ce
point-là.
• (11 h 50) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci.D'autres interventions? M. le député, oui.
M. Bouazzi : ...Mme la Présidente. Ça fait que je vais... Juste
pour être sûr, sur l'article 1, on parle du rôle... c'est bien
celui où on parle du rôle du Scientifique en chef?
M. Skeete : ...
M. Bouazzi : Ah
non? C'est...
M. Skeete : On est dans le n° 1. Ça, c'est le n° 2,
qu'on... où est-ce qu'on parle du rôle du Scientifique en chef.
M. Bouazzi : OK.
C'est là?
M. Skeete : Page 5
de... du livre, puis là on est à la page 3.
M. Bouazzi : Bien,
moi, j'ai... À la page 5, j'ai l'article 2. Ça fait que c'est...
M. Skeete : Juste
avant, il y a... le chapitre I, article 1.
M. Bouazzi : Article 1,
c'est la page 3.
M. Skeete : C'est
ça, on est là.
M. Bouazzi : Je veux juste être sûr de comprendre parce que...
Donc, dans toute la partie qui dit que le gouvernement nomme, pour un
mandat de cinq ans, etc...
M. Skeete : On n'est pas rendus là.
M. Bouazzi : On
n'est pas rendus là. OK.
M. Skeete : Bien, si vous adoptez
rapidement le 1, on peut y arriver tout de suite.
M. Bouazzi : Bien, on a un
amendement sur celui-là. Non, c'est sur le prochain. OK, super.
Question pour vous, en fait : Pourquoi
je... pourquoi est-il si important pour le gouvernement de transférer cette
responsabilité du ministère de l'Éducation supérieure à celui de l'Économie?
M. Skeete : Bien, comme qu'il a été
dit à de nombreuses reprises, c'est le... c'est le fait actuel. On est déjà...
on vit déjà dans ce monde-là, et la preuve que ça fonctionne, c'est que les
gens sont heureux dans ce nouveau... dans cette façon de faire là. Donc, le
projet de loi vient pérenniser un état de fait qui était en vigueur et qui
satisfaisait tout le monde. Donc, l'objectif, c'est de continuer sur la piste
qu'on était déjà engagés.
M. Bouazzi : Je comprends. Et, pour
reprendre à mon compte un des arguments, garder le statu quo n'est pas vraiment
un argument. Et quel argument ferait que c'est mieux? Pourquoi est-ce que vous
ne transférez pas au... Qu'est-ce qui est
important? Pourquoi c'est important de ne pas le garder? Je comprends qu'il y a
eu des degrés année après année...
M. Skeete : C'est ça. Ça fait que
ça, c'est... Vous venez juste de mettre le doigt sur un aspect important. C'est qu'à toutes les années le gouvernement
devrait... devait faire un décret pour répliquer le modèle. Donc, c'est une
formalité administrative... puis vous me
connaissez sur les formalités administratives qui ne servent à rien. Donc, c'est
une formalité administrative qui est... qui était vidée de sens.
Deuxièmement,
un peu comme on disait avant, il y avait aussi l'entrée en vigueur de la Loi
sur la gouvernance des sociétés d'État qui nous forçait, de toute façon,
à revoir le fonctionnement du fonds et de corriger certaines aberrations de
gouvernance. Donc, on vient corriger le fait qu'on fait de la gouvernance,
les... pas qu'on fait, qu'on devait corriger la gouvernance et aussi, en même
temps, pérenniser ce décret-là, qui était une formalité qu'on faisait à toutes
les années.
M.
Bouazzi : Encore une fois, M. le... je comprends,
évidemment, et puis c'est... que vous dites que ce transfert-là ne fait
pas partie, évidemment, de la partie qui nous oblige à nous conformer à la Loi
sur la gouvernance. Le décret qui était fait à chaque année, quel but il avait?
Je veux juste... je veux juste vraiment, sincèrement, comprendre. Je comprends, là, que c'est le statu quo, mais le
statu quo, ce n'est pas un argument, là. Je veux dire, c'est quoi, l'argument
qui fait que c'est important de ne pas l'avoir au niveau de l'Enseignement
supérieur, qui est pourtant, évidemment, vous
le savez mieux que moi, le ministère où la question de la recherche se pose de
manière fondamentale? Et, de l'autre côté,
pourquoi est-ce que, si c'est si important, effectivement, de le transférer
et... puis ça a été important les autres années. J'aimerais bien
comprendre en quoi... qu'est-ce... pourquoi c'est important.
M. Skeete : Si je me permets de
percevoir un peu les interactions qu'on a eues dans ce dossier-là ensemble, collègue, vous avez beaucoup évoqué : Bien,
les gens sont heureux, pourquoi on change? Bien, une des raisons qu'ils
sont heureux, c'est parce qu'on fonctionne comme ça, et on fonctionne comme ça
depuis 10 ans, et donc le... ça marchait
bien. Alors, on a... notre souhait, c'est seulement de pérenniser ça. Si vous
cherchez plus la genèse de pourquoi on l'a fait il y a 10 ans,
peut-être le sous-ministre pourrait répondre, avec votre permission.
M. Gervais (Mathieu) : Oui. Bien,
pourquoi ça a été fait, il y a... il y a 10 ans, en fait, c'est ça, ça
demeure un choix de responsabilité, là, qui demeure responsable. À
l'article 3, on parle de stratégie en matière de recherche et d'innovation. Donc, c'est sûr que la composante
innovation, historiquement, est plus présente au ministère de l'Économie et
de l'Innovation. La composante recherche, les deux ministères, autant
Enseignement supérieur que l'Économie et Innovation, sont très impliqués. Donc,
dans sa globalité, il y a un choix qui a été fait de transférer la
responsabilité de l'élaboration de cette stratégie-là au ministère de
l'Économie. Le ministre mentionne plus de 10 ans. En fait, c'est depuis plus de 20 ans que c'est comme ça. Il
y a eu un... sauf à une courte période, là, 2012 et la période qui a suivi, là,
qu'il a été transféré à l'Enseignement supérieur. C'est à ce moment-là
que la loi avait été modifiée pour transférer cette
responsabilité à l'Enseignement supérieur. Après cette courte période là, bien,
ça s'est fait par décret, comme ça, mais c'est un choix, là, de
responsabilité.
M. Bouazzi : Bien, je comprends que
c'est un choix, mais qu'est-ce qui aurait comme... qu'est-ce qui n'a pas
marché? Alors, je comprends que, pendant un an et demi, c'était sous le
ministère de... donc, quand... du temps du gouvernement Marois, si je ne me
trompe pas. Qu'est-ce qui a... qu'est-ce qui ne marchait pas? Quels problèmes
on essaie de résoudre en transférant ces
responsabilités, au-delà de donner plus de responsabilités au ministère de
l'Économie?
M. Skeete : Dans le fond, c'est le
défi innovation, collègue. Il y a eu un éveil, il y a... il y a plus de
10 ans, sur l'importance d'innovation,
puis le ministère de l'Économie a porté le titre Innovation. Et donc, c'est à
ce moment-là qu'on a voulu faire ce changement-là. Ça a fonctionné, et
donc le modèle a été répété.
M. Bouazzi : Donc, on n'innovait pas
assez? On innove plus? On a-tu des chiffres dans ce sens-là?
M.
Skeete : Bien, en fait, c'est important de noter que le rôle d'innover
n'appartient pas au ministère de l'Enseignement supérieur. C'est un rôle qui,
surtout... qui appartient à l'Économie. Et puis on voyait, à l'époque, cette... l'importance de l'innovation pour tout ce
qui était les grands défis de société à venir et actuels, que ça soit, à l'époque,
le sous-emploi puis la... comment qu'on fait
pour assurer que les Québécois sont en piste pour les avancées technologiques du monde, et tout, comment qu'on fait pour
s'assurer qu'on produit de la recherche fondamentale importante pour ça. Alors,
c'était surtout ça, mais l'innovation n'a jamais appartenu vraiment en
exclusivité à ministère de l'Enseignement supérieur. Ça a toujours été
une vocation surtout du ministère de l'Économie.
Une voix : ...
M. Skeete : Bien,
vas-y. Vas-y, tu peux rajouter, si tu veux.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le sous-ministre, allez-y.
M. Gervais
(Mathieu) : Juste une précision factuelle. C'est ce que je
mentionnais, c'est que... La stratégie de recherche et d'innovation, vous
dites : Pourquoi ça ne marchait pas à l'Enseignement supérieur? En fait,
il y avait une politique, à ce moment-là, de
recherche et d'innovation qui avait été déposée, mais qui n'avait jamais été
adoptée, étant donné la courte
période, là, du gouvernement en place à ce moment-là. Donc, la politique n'a
jamais été déployée sous le ministère de l'Enseignement supérieur, ça a
toujours été sous l'Économie. La loi avait été modifiée, mais la politique n'avait pas eu le temps d'être adoptée,
donc ne s'est jamais déployée comme telle à l'Enseignement supérieur.
M. Skeete : On
parle de la période 2012-2014.
M. Bouazzi : C'est
ça, donc, du temps du gouvernement de Mme Marois. Donc, juste pour être
sûr, donc, ce qu'on... ce que vous dites,
c'est de dire : Bien, si on veut pleinement jouer la partie innovation, on
va la mettre du côté du ministère où il y a «innovation» dans le nom et
où, dedans, il y a la responsabilité plutôt que du côté du ministère où il y a
recherche dans son fondement même, là, dans sa mission.
M. Skeete : Bien,
comme le restant du monde entier, on commence, nous-mêmes, à l'intérieur des
machines gouvernementales, à voir l'importance de l'interdisciplinarité. Alors,
il y a le ministère de l'Enseignement supérieur, qui fait un travail
extraordinaire en matière de recherche, un travail fondamental, important en
matière de recherche. En matière
d'innovation, ce volet-là, comment mieux faire les choses qu'on fait, comment
améliorer les procédés, comment on fait pour revoir le monde... puis ça
peut être l'innovation sociale, d'où l'importance de financer aussi les
sciences sociales. Ça fait que tout ça
s'inscrit dans un cadre d'intersectionnalité importante qui appartient au
ministère de l'Économie.
Mais j'insiste, ce
n'est pas parce que le MEIE fait de l'innovation que, tout à coup, ça devient,
bien, une place où est-ce qu'on passe des commandes, puis on change
d'orientation, puis on devient dogmatique, puis on dit : On fait juste vous diriger. On n'est pas dans
cette logique-là. L'innovation, comme la recherche fondamentale, doit avoir
de l'oxygène pour vivre. Et, si on fait trop diriger, ce n'est comme pas assez,
ça ne fonctionne pas. Et le ratio qu'on s'est fixé, c'est 80-20.
M. Bouazzi : Ça fait que, pour vous... parce qu'on a lu, donc,
un certain nombre et puis entendu un certain nombre d'interventions
d'universitaires qui expliquaient le lien très, très fort entre le transfert du
savoir, l'enseignement et la recherche et
leur crainte du fait que... du fait que ça ne soit pas sous la même
responsabilité, sous le même ministère, la gestion du FRQ et la question
de la transmission du savoir et de l'enseignement supérieur. Vous, vous pensez
qu'ils ont tort, alors, en fait?
• (12 heures) •
M. Skeete : Mais
ce n'est pas qu'ils ont tort, c'est que ce qu'ils lui disent, c'est un peu contradictoire.
D'un bord, collègue, ils nous disent :
Ça va superbien. Puis, de l'autre côté, ils nous disent : Ne changez rien.
Bien, en fait, le changement que je propose, c'est de pérenniser ce
qu'on fait déjà.
M. Bouazzi : M.
le ministre, je n'ai entendu personne nous dire que ça va superbien. Ils nous
ont dit que les choses que vous essayez de régler dans ce projet de loi
n'étaient pas un problème. Il y a plein de problèmes en recherche, et j'espère que vous en êtes conscients. Ce n'est pas ce qu'on
trouve dans ce projet de loi là, là. Ça fait que vous pouvez dire que ça va superbien, c'est... ce n'est pas ça qu'ils
ont dit. Je veux juste... donc, avec ce changement-là, enfin... parce
qu'en gros ce qu'on ressent, là, c'est qu'avec ce changement-là...
D'abord, sur la
notion même d'innovation, on comprend que les chercheurs universitaires
innovent tout le temps, pas spécialement au sens de ce que c'est, l'innovation,
d'un point de vue économie, mais de ce que c'est d'un point de vue innovation
tout court, étant donné que, s'ils n'innovent pas dans la recherche, ils ne
publient pas. Donc, chaque nouvelle publication est une innovation en soi. Ça
fait que, si on décide que c'est ça, l'innovation, la question ne se pose pas vraiment. Là, ce qu'on est en train
de dire, c'est qu'on veut le transférer du côté économique à une notion très
particulière de l'innovation, qui est fondamentale d'un point de vue économie.
Ce n'est pas moi qui vais dire le contraire. Mais là on ne parle plus
exactement de la même parce qu'elle est au service d'une certaine vision de la
croissance, de la transformation économique.
Et eux, ce qu'ils disent, c'est que, pour eux,
c'est plus important, c'est essentiel que la partie recherche soit pensée, structurée, gouvernée main dans la main
avec la partie transfert des connaissances et enseignement supérieur. Et là, de l'autre côté,
avec ce transfert-là, c'est comme si, effectivement, vous dites : Bien,
oui, mais moi, je veux que ce soit main dans la main avec l'aspect
économie. J'imagine, il y a bien un objectif, là. Donc, l'idée...
M.
Skeete : ...ce n'est pas ça que je dis. En fait, ce que je
dis, puis c'est... l'avantage de nos procédés, Mme la Présidente, c'est que tout est enregistré. Il y a
des groupes, plus qu'un, qui est venu nous dire : Ça va bien. Ça ne veut pas
dire que toute la recherche va bien, mais que, dans les fonds de recherche, ça
va bien, ils sont satisfaits du statu quo. Mon objectif, dans le projet de loi,
est de rendre pérein le statu quo. Alors, juste pour qu'on soit clair sur ce
qu'on fait et ce qu'on ne fait pas, moi,
j'ai entendu des gens, les mêmes gens qui nous disent de ne pas rien toucher...
bien, une des choses que je touche, c'est de faire en sorte qu'on
pérennise la façon de faire actuelle. Donc, je m'explique mal l'inquiétude,
puis cette peur de l'orientation, puis où est-ce que ça va mener, puis... Je
m'explique mal, parce que ça fait déjà plus
d'une décennie qu'on opère comme ça, et toutes les craintes qu'ils évoquent,
bien, en fait, c'est le contraire qui s'avère.
Alors, si on
est scientifique et on se fie sur les données, les données sont claires, tout
ce qui leur fait peur, c'est le contraire qui se passe depuis que c'est
le MEIE qui est responsable des fonds de recherche.
M. Bouazzi : M. le ministre, je n'ai
entendu aucun groupe se féliciter que les Fonds de recherche sont gérés par le
ministère de l'Économie, aucun, là. La loi, aujourd'hui, ce n'est pas ça
qu'elle dit. Maintenant, effectivement, il y a des décisions, à travers des
décrets, qui ont transféré ça. C'est la somme de tous les changements qui font
en sorte que ça va changer. Si ça ne changeait rien, on ne ferait pas ce projet
de loi, M. le ministre, je suis persuadé, là, c'est évident, là. Et donc ce
qu'ils sont venus dire, c'est... tous, c'est que, un, ne changez pas la loi.
Ils n'ont pas dit : Faites des décrets tous les ans pour garder tel quel,
là, ils ont dit : Ne changez pas la loi, la loi est correcte.
Moi, je n'ai, encore une fois, entendu aucun
groupe, à moins que vous puissiez nous nommer un groupe qui dise... qui s'est
félicité des décrets actuels qui... des transferts de la responsabilité vers le
ministère de l'Économie, l'Innovation, l'Énergie. Moi, je n'en ai pas vu,
mais... Est-ce que vous avez des exemples?
M. Skeete : Moi, ce que j'ai
entendu, dans les gens les plus récalcitrants aux changements qu'on propose,
c'était : M. le ministre, ça va bien, je ne comprends pas pourquoi vous
faites ça. Moi, ce que je réponds à ça, c'est : Effectivement, c'est une
loi qui est vraiment administrative pour nous éviter de jouer dans le film de
faire des décrets à toutes les années. Pour
pérenniser le statu quo, on vient l'enchâsser. C'est la seule chose qu'on
propose aujourd'hui. La mécanique, je
pense, pour les chercheurs, importe peu. L'important pour eux, c'est de pouvoir
faire de la recherche libre et fondamentale, de pouvoir faire valoir
leurs idées et de faire avancer la science. C'est ce qu'on propose, c'est le
statu quo, à toutes fins pratiques, à part du fait qu'on enlève une formalité
administrative.
M. Bouazzi : OK. Donc, bref, je n'ai
pas entendu un nom de groupe qui se félicite de ces décrets qui transfèrent
cette responsabilité. Maintenant, eux, ils sont venus nous dire : Nous, on
veut que ça soit... ça reste au niveau de la
responsabilité du ministère de l'Éducation supérieure, parce que la... le lien
très, très fort entre transfert du savoir, et enseignement, et
recherche, pour eux, il est fondamental. Comment vous répondez à ça?
M. Skeete : Bien, les cégeps,
Synchronex et le Scientifique en chef sont venus nous dire qu'ils souhaitaient ce changement-là. Moi, je... écoutez, je cherche
par tous les moyens de redire autrement, pour fins de compréhension, ce que j'ai dit. Mais, en bout de ligne, la plus
grande inquiétude, le changement du MESS au MEIE, cette crainte-là, elle est
déjà factuellement en place, et, à toutes fins pratiques, les gens nous
disaient : On ne voit pas pourquoi vous voulez faire un changement, à quoi
je réponds : En fait, on veut juste pérenniser ce processus-là. Bien...
et, encore une fois, si j'étais
scientifique, et je me fie non pas sur mes émotions, mais sur les données, les
données démontrent qu'au contraire le
financement a augmenté, l'intérêt a augmenté, la liberté académique, elle a
augmenté. Alors, ces inquiétudes-là, du point de vue empirique, me
semblent mal fondées.
Par contre,
on est tous des humains. Je comprends qu'un changement peut être énervant,
donc, on prend le temps d'expliquer aux gens pourquoi on le fait. Puis
je reviens à ce que j'ai dit, on est dans une formalité administrative qui va
pérenniser le statu quo.
M. Bouazzi : M. le ministre, les
chercheurs... les 2 000 chercheurs qui ont signé la lettre, là, ce
n'était pas émotif, en tout respect. C'est quand même étonnant que vous jugiez
de l'émotion qu'ils vous disent, et surtout que ce changement-là n'arrive pas
seul, il arrive avec le fait qu'on passe de trois fonds à un seul et que, de
facto, ce que vous proposez, c'est qu'ils
soient minoritaires et dans le nouveau conseil d'administration. Donc, c'est
des changements majeurs, ils en sont bien conscients. Ce n'est pas un
aspect affectif, c'est un aspect factuel.
Effectivement, si la gouvernance n'avait pas
changé, les trois fonds, effectivement... Les choses changent beaucoup moins
que ce changement-là, plus les changements qui s'en viennent, et donc on ne
peut que comprendre leurs inquiétudes, minimiser les inquiétudes qu'ils ont
proposées en parlant d'aspect affectif de leur part, d'un côté, et puis même...
je ne sais pas quel mot, je ne veux pas utiliser des... bon, bref, comment
expliquer ça. C'est quand même les
sous-estimer, disons ça comme ça, en pensant sérieusement qu'ils ne sont pas
capables de se rendre compte que le
fait qu'ils soient minoritaires sur un nouveau CA, qu'on passe à un seul... à
un seul champ, et que, de l'autre côté, c'est si important pour vous de
transférer cette responsabilité au niveau du ministère de l'Économie, alors
qu'ils sont tous venus nous dire à quel point c'était important de garder la
recherche proche de l'enseignement supérieur et du transfert du savoir... bien,
si on l'enlève de ça pour le mettre ailleurs, bien, il est proche d'autre
chose, qui est la partie économie. Et puis évidemment,
eux, ce qu'ils disent, c'est que la prochaine étape, ce n'est pas le statu quo,
c'est une atteinte aux libertés académiques
et la mise au pas de notre recherche aux intérêts du ministère de l'Économie
et du ministère de l'Économie et de l'Innovation lui-même.
Donc, à date, honnêtement,
à part le fait que c'est le statu quo, donc, ce n'est pas grave, pour moi, il
n'y a pas encore... Si vous me dites que vous n'êtes pas en train d'améliorer
la collaboration avec les industries et la croissance économique...
M. Skeete : ...c'est
ce que je dis...
M. Bouazzi : Donc...
M. Skeete : Est-ce
que je peux intervenir? Est-ce que vous aviez...
M. Bouazzi : Allez-y,
allez-y.
M. Skeete : OK.
Je veux reculer un peu. Les 2 100 chercheurs, qui représentent à peu
près 11 % des chercheurs au Québec, ont effectivement signé une lettre
témoignant de leurs inquiétudes. Mais la première ligne... qu'ils ont signée, «le gouvernement veut un
transfert de toutes les responsabilités, en matière de recherche scientifique,
du MESS vers le MEIE», bien, c'est faux. Alors, moi, si j'étais confronté à une
lettre comme ça de mon syndicat, je serais tenté de le signer, parce que je ne
veux pas qu'on transfère l'ensemble de la recherche vers le MEIE. Ce n'est pas ça, mais... Alors, en partant, je me
questionne sur la manière dont on a présenté ces... cette lettre-là, parce que
ce n'est pas du tout ça qu'on fait. Puis je vous rappelle, pour reculer
un petit peu, la raison pour laquelle on fait ça, c'est pour pérenniser une
situation qui fonctionne bien.
• (12 h 10) •
Deuxièmement, vous
parlez des conseils d'administration, les conseils... Ce n'est pas le projet de
loi n° 44 qui vient dire que le fonds de recherche va avoir deux tiers
indépendants, c'est la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État qui vient dire ça. On a deux ans pour être
conformes à cette loi-là qui a été déjà votée par l'Assemblée nationale. Et
donc on veut créer une situation où est-ce qu'on est en règle avec la loi...
avec les lois du Québec. Donc, le projet de loi n° 44 ne fait pas ça. Il réagit
à la passation de la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État, où on doit se
conformer.
Alors, je veux juste
préciser les choses, là. On ne transfère pas toute la recherche du MESS vers le
MEIE, on transfère les fonds de recherche. On le fait maintenant parce qu'on
veut pérenniser une situation qui est bien en lien et bien en... qui fonctionne bien, par le dire même de certains
intervenants, et on doit le faire pour se conformer à la loi. Mais je
dis ça, je comprends, par exemple, que c'est source d'inquiétude. C'est pour ça
qu'on a posé des questions, puis le Scientifique en chef a l'idée de créer des
sous-comités. Moi, je suis à l'écoute de suggestions comme ça pour apaiser
cette inquiétude-là. Mais le projet de loi n° 44 ne vient pas dire aux scientifiques ou aux chercheurs qui
sont minoritaires... c'est la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État qui
dit ça.
M. Bouazzi : J'entends.
On y viendra dans les prochains articles. C'est quoi, le... des financements
que les différents ministères donnent aux chercheurs, c'est quoi, le
pourcentage du FRQ par rapport à ces financements-là?
M. Skeete : Je
ne suis pas sûr de comprendre la question. Est-ce que vous demandez...
M. Bouazzi : Donc,
de l'argent...
M. Skeete : ...la part du gâteau des Fonds de recherche du
Québec par rapport aux autres recherches qu'on fait au Québec?
M. Bouazzi : Par
rapport à l'argent public du gouvernement du... des ministères du Québec, de
notre palier à nous, qui est transféré aux... enfin, qui est proposé aux
différents chercheurs du Québec, c'est quoi, le pourcentage?
M. Skeete : Je
m'excuse, je ne comprends pas la question.
M. Bouazzi : Donc, il y a... il y a une quantité d'argent.
Est-ce qu'il y a juste le FRQ qui est le fonds qui permet à... au
Québec, à notre palier, de financer de la recherche universitaire?
M. Skeete : Non.
Il y a d'autres véhicules de financement pour la recherche au Québec. Il y en a
plusieurs.
M. Bouazzi : C'est
quoi, le pourcentage du FRQ par rapport à...
M. Skeete : Ça,
je ne l'ai pas. Je vais essayer de vous trouver ça, si vous me permettez un peu
de temps. Vous pouvez poursuivre avec vos questions, on va essayer de vous
trouver la réponse.
M. Bouazzi : Vous
avez peut-être une... Non.
M. Skeete : Non,
je ne pense pas qu'on ait ça.
M. Bouazzi : OK. Je serais vraiment
curieux.
M. Skeete : Bien, écoutez, Mme la
Présidente, si le collègue veut poursuivre ou s'il veut qu'on suspende, mais je
ne vais pas avoir la réponse à l'instant même.
M. Bouazzi : Je n'ai pas besoin de
suspendre. Je ne veux pas...
M. Skeete : OK, on va essayer de
vous trouver la réponse. On va vous revenir dès qu'on l'a.
M. Bouazzi : Il n'y a pas de... il
n'y a pas de problème. Parce qu'il est évident, quand même, je pense que vous serez d'accord... vous et moi que, pour le
Québec et les chercheurs qui ont accès au financement qui est proposé
par le Québec, évidemment, le FRQ, c'est quand même une bonne part du gâteau.
M. Skeete : Bien, alors, le FRQ
représente un pilier important. Ça donne des bourses qui nous... qui permettent
à un étudiant ou une étudiante de vivre de sa recherche. Alors, c'est
important, mais ce n'est pas la seule chose
qui existe dans l'écosystème. Il y a le public, il y a le FRQ, il y a
différentes bourses qui peuvent être disponibles pour d'autres projets.
En d'autres mots, un étudiant qui fait de la recherche va piger dans
différentes poches pour aller... pouvoir faire sa recherche. Le FRQ est
important dans cet écosystème-là, bien sûr, mais que ce soit le privé ou le
public, il y a d'autres acteurs qui existent dans l'écosystème de financement
de la recherche.
M. Bouazzi : Que je connais assez
bien, M. le ministre. J'ai fait de la recherche à Polytechnique quelques
années. Ceci étant dit, si on élimine les fonds qui viennent du fédéral et puis
ceux qui viennent du privé, si on se concentre sur ce qui vient du Québec, en
tant que gouvernement, en tant que ministère, je serais vraiment curieux de
voir quel pourcentage c'est. C'est, en tout cas, un des principaux leviers que
nous avons au Québec pour pouvoir financer notre recherche. Et, à ce titre là,
il est évident que les 2 000 universitaires qui signent la lettre
s'inquiètent très largement que le principal fonds de recherche de financement
soit transféré au ministère de l'Économie.
Donc, juste pour comprendre, maintenant, OK, le
transfert est fait. Je comprends le statu quo. Vous dites : Il n'y a pas
de... Comment vous voyez la synergie entre la gestion de ce fonds de recherche
et l'aspect innovation du ministère à côté? On comprend qu'il y a d'autres
instruments du ministère pour stimuler l'innovation dans notre société, comment
vous voyez la synergie entre les deux?
M. Skeete : Ça ressemble beaucoup à
la question du collègue de Marguerite-Bourgeoys. Une fois qu'on a élaboré une
stratégie gouvernementale, le gouvernement n'est pas impliqué dans le quotidien
de cette vision-là. Le quotidien de cette vision-là, elle est chapeautée par le
conseil d'administration du fonds en devenir, et les gens qui sont... les pairs qui vont choisir les projets qui
sont les plus porteurs. Mais ce n'est pas le gouvernement... une fois qu'on
a fait l'orientation générale, ce n'est pas le gouvernement qui gère le
quotidien de ces affaires-là.
M. Bouazzi : Est-ce que, sur le CA,
par exemple, il y a des... dans votre vision, il y a des représentants des
industries ou des... Comment vous voyez... je veux dire, il faut bien... Parce
que j'ai du mal à croire qu'il n'y a pas un
objectif de synergie plus que juste dire : Bien, il va falloir... J'ai du
mal... j'ai du mal à le voir, en fait, honnêtement. J'essaie de comprendre quel problème on essaie de
résoudre ou, si ce n'est pas un problème qu'on essaie de résoudre,
quelle chose on essaie d'améliorer.
M. Skeete : Avec le conseil
d'administration?
M. Bouazzi : Bien, avec ce
transfert-là, je veux dire, conceptuellement, ça ne peut pas être vide de sens,
là. Et puis, si c'est fait depuis
10 ans, c'est fait depuis 10 ans, mais, depuis 10 ans, qu'est-ce
que ça a amélioré par rapport au fait de l'avoir au niveau du
ministère...
M. Skeete : Bien, en fait, ça a
amélioré le fait que plusieurs personnes sont venues nous dire : Ne
changez rien. Alors, moi, ça m'indique que
ça fonctionne quand on me dit ça. Mais, écoutez, on pourra leur redemander, si
vous voulez, là, mais moi, ce que j'ai entendu, c'est : M. le
ministre, ce n'est pas parfait, mais ne faites pas votre projet de loi parce
que ça va bien. Mais moi... ce qu'il faut comprendre, c'est que j'essaie juste
de pérenniser ce qu'on fait actuellement. Puis, encore une fois, je suis lié
par la Loi de la gouvernance des sociétés d'État. Je dois intervenir pour
régler un problème de gouvernance grave, alors je le fais.
M. Bouazzi : M. le ministre, ce
transfert-là n'a rien à voir avec... vous le savez aussi bien que moi, ce
transfert-là n'a rien à voir avec la Loi sur la gouvernance des sociétés
d'État.
M. Skeete : Bien, il y a deux... il
y a plusieurs problèmes qu'on règle avec ce projet de loi là.
M. Bouazzi : Avec le projet de loi,
oui, mais, avec cet article-là, on s'entend que ça n'a rien à voir.
M.
Skeete : Mais, en fait, l'article fait juste parler de la stratégie.
Vous êtes partout, sauf sur la stratégie, mais... Ça fait que j'essaie juste de
répondre à vos questions. Ça fait que, si vous voulez parler de l'article, on
n'est pas sur le sujet.
M. Bouazzi : Donc,
ce n'est pas l'article qui définit le fait que, maintenant, c'est le ministère
de l'Économie qui va recevoir ça.
M. Skeete : On
ajoute, à l'alinéa 3 : «Il élabore et propose au gouvernement une
stratégie en matière de recherche et d'innovation. Il coordonne la mise en
oeuvre de cette stratégie et en assure le suivi.» On n'est pas là dans le
principe.
M. Bouazzi :
On n'est pas encore dans le FRQ... un peu quand même, M. le ministre.
M. Skeete : Bien,
en tout cas, je ne sais pas où est-ce que vous êtes, mais c'est... on est juste
là.
M. Bouazzi : Oui,
oui, je vous entends, mais ça n'a pas... ce n'est pas dénué de lien avec ce que
je viens... Je vous entends, là, on n'est
pas perdu... On n'est pas perdu, on est d'accord. Et puis ce n'est pas dénué de
lien avec le fait qu'effectivement ça participe au transfert des
responsabilités vers le ministre de l'Économie ou pas du tout.
M. Skeete : Là,
j'essaie de suivre, mais on est sûr : «Il élabore et propose au gouvernement
une stratégie en matière de recherche et d'innovation. Il coordonne la mise en
oeuvre de cette stratégie et en assure le suivi.» Le reste existe déjà.
M. Bouazzi : Exact.
Et dans... Et actuellement... alors, pour... ça va m'aider à comprendre. Actuellement,
dans la loi, si on ne change rien, cette responsabilité incombe au ministère de
l'Enseignement supérieur.
M. Skeete : Mais, en fait, ça, c'est déjà dans le décret.
Donc, on vient pérenniser... Cet article-là, il existe déjà dans le
décret, donc, on vient, encore une fois, pérenniser ce qu'on avait.
M. Bouazzi : Exact.
Donc, on est en plein dans le sujet, M. le ministre. On peut... Je ne vois pas
comment ça peut être hors sujet. Donc, cette chose-là vient pérenniser un décret
qui transfère cette responsabilité-là du ministère de l'Enseignement supérieur
vers le ministère de l'Économie et de l'Innovation. On est d'accord?
M. Skeete : Oui.
M. Bouazzi : Bon. Donc, toujours été dans le sujet, il n'y a
pas de problème. Moi, ce que j'essaie de comprendre, c'est de dire : OK, cette responsabilité-là
incombe au ministère, c'est vraiment important, ça améliore quelque chose,
quoi?
M. Skeete : Ah! bien, comme j'ai dit, là, je comprends la
question. C'est exactement ce que je dis depuis tantôt...
M. Bouazzi :
Ah! d'accord.
M.
Skeete : ...c'est que les
mêmes personnes qui nous ont dit : M. le ministre, ça fonctionne, ne
changez rien... l'état dont il se satisfait, c'est le monde où est-ce que
le décret existe à toutes les années, et moi, je réplique ça.
• (12 h 20) •
M. Bouazzi : Mais,
M. le ministre, je comprends... pour moi, ça ne me dit pas qu'est-ce que ça
améliore. En tout respect, aidez-moi à comprendre ce que ça améliore.
M. Skeete : Bien,
en fait... Non, non, mais je comprends que ça ne répond pas à... Je comprends
que vous n'avez pas la réponse à votre question.
M. Bouazzi : Exact.
M.
Skeete : Moi, je ne suis pas
chercheur, ça fait que je ne vis pas le quotidien de qu'est-ce que ces
chercheurs-là vivent. Par contre, ce qu'ils nous ont dit, c'est :
On aime le monde actuel, on aime comment que ça fonctionne actuellement, et, depuis plus de 10 ans, ça
fonctionne d'une certaine manière. Et moi, la seule chose que je fais, c'est...
je viens dire : Continuons avec ça.
M. Bouazzi : Donc, ça fait 10 ans que vous proposez un
décret à chaque année et vous ne savez pas qu'est-ce qu'il améliore.
M. Skeete : Le
décret, il y a 10 ans, comme le sous-ministre vous a dit, il y a eu des
gouvernements successifs qui ont voulu avoir le volet Innovation à l'intérieur
du ministère de l'Économie. Et, pour cette raison-là, on a fait le changement vers le MEIE, et force est de constater que les
gens se sont satisfaits de cette situation-là, et on vient le
pérenniser.
M.
Bouazzi : Mais, il y a 10 ans, ça a amélioré... Je
comprends, c'est un titre, OK, Innovation, il est dans le titre du ministère, on a ramené cette responsabilité.
Qu'est-ce que ça a fait au niveau du ministre? Qu'est-ce que ça a amélioré
d'un point de vue innovation dans l'autre
partie du ministère? Parce que, sinon, si c'est totalement déconnecté... et que
c'est juste pour avoir de l'innovation, on
aurait pu le garder au niveau du ministère de l'Éducation supérieure. J'essaie de
comprendre qu'est-ce que ça améliore.
M. Skeete : Mais moi, je pense qu'on
est dans le vif du sujet, Mme la Présidente, parce que, premièrement, à 30 000 pieds,
l'innovation, ce n'est pas la priorité numéro un du ministère de l'Enseignement
supérieur. Ça relève de l'Économie, donc, ça a du sens que l'innovation se
fasse au ministère de l'Économie. Mais je suis d'accord avec vous qu'en fait les grandes inquiétudes qu'on
entend, c'est un peu surprenant, parce qu'on opère comme ça, ça n'a pas... la
Terre, elle a continué de tourner depuis. L'innovation se fait au MEIE, puis on
n'est pas anti-innovation, on n'est pas antirecherche, on n'est pas antirecherche
fondamentale. Donc, le problème n'existe pas, il n'y a pas de problème.
Alors, vous dites : Quel problème qu'on
tente de régler? Le seul problème que je tente de régler ici en ce moment, c'est de cesser de faire des décrets pour
garder le statu quo. Alors, mon objectif, là, aujourd'hui, c'est de maintenir
le statu quo en matière de recherche, puis l'innovation, actuellement, est
faite par nous, et on veut juste pérenniser la situation qui semble, à entendre
les groupes qu'on a entendus, plaire.
M. Bouazzi : M. le ministre, les
groupes, ils nous ont dit : Vous ne touchez pas à la loi, ce qui fait en
sorte qu'il n'y a pas ce transfert-là. C'est ça qu'ils nous ont dit. Je pense
que vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu ce qu'ils nous ont dit. Ils nous
ont dit, à maintes et maintes reprises, qu'ils préféraient que ce soit sous le
ministre, parce que le fonds, il ne
s'appelle pas fonds de recherche et d'innovation, il s'appelle Fonds de
recherche. Le ministère s'occupe des
recherches. Ils nous disent que la recherche doit être connectée au transfert
de connaissances d'un côté, à l'enseignement de l'autre, que c'est
central dans le Fonds de recherche.
Je veux bien
que l'innovation est importante, ce n'est pas moi qui vais dire le contraire.
J'essaie de comprendre, au-delà... le fait de dire : Bien là, c'est
le statu quo. Eux, ils nous ont dit : Ne touchez pas à la loi. Ils ne nous
ont pas dit : Faites un décret à chaque année. Et puis ce changement-là
vient avec la somme de tous les autres changements qui fait en sorte que non,
M. le ministre, ce n'est pas un statu quo, c'est une évolution majeure. C'est
ce qu'ils nous ont dit mémoire après
mémoire, lettre après lettre, là. Et je comprends que vous pensez que les
2 000 universitaires n'étaient pas... ne comprenaient pas trop
ce qui se passe. Moi, je... au contraire...
La
Présidente (Mme D'Amours) : ...de faire attention, vous prêtez des intentions
sur ce que le ministre a dit. Je vous demande de faire une attention
particulière sur les propos que vous portez.
M. Bouazzi : Je vais faire très
attention, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci,
merci.
M.
Bouazzi : Et je vous le dis vraiment très sincèrement, je ne
voulais pas... Mais vous avez dit que... bon, je n'ai pas la lettre
devant moi, mais bref, ce n'est pas grave.
M.
Skeete : Mais je peux la lire, Mme la Présidente, parce que
c'est important, où est-ce que le collègue veut aller.
Cette fameuse lettre là, si je peux la
retrouver, elle disait, la première ligne, la première, pas dans le milieu caché, là, la chose que les personnes vont voir en
premier : «Le gouvernement veut un transfert de toutes les responsabilités
en matière de recherche scientifique du MESS vers le MEIE.»
C'est
choquant, mais ce n'est pas vrai. Ça fait que c'est sûr que ça l'inquiète.
C'est juste ça que j'ai dit, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député.
M. Bouazzi : Oui. Et donc je vais y
revenir après parce que je n'ai pas le texte devant moi, mais...
M. Skeete : Je peux...
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
déposez la lettre au secrétariat?
M. Skeete : Oui, je peux déposer.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. Skeete : Il est même surligné.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Est-ce que c'est pour un dépôt public ou
juste pour la commission?
M. Skeete : Bien, vous pouvez...
M. Bouazzi : Oui.
Est-ce que je peux y avoir accès? Ça va être...
M. Skeete : ...juste pour qu'il
puisse le lire, Mme la Présidente, juste pour qu'il puisse le lire.
M. Bouazzi : Bien, je salue le
fair-play du ministre.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que vous l'avez électronique, M. le ministre?
M. Skeete : Non. Ah! ça, c'est...
La Présidente (Mme D'Amours) : On va
lui remettre en main propre pour qu'il puisse avoir la lettre.
M. Skeete : Ça trahit l'âge de mon
directeur de cabinet, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Mais là, vous portez des intentions à votre chef
de cabinet, M. le ministre.
M. Skeete : Que j'adore, en passant,
Mme la Présidente.
M. Bouazzi : Donc, si je conclus,
imaginons qu'on le garde au niveau du ministère de l'Enseignement supérieur,
qu'est-ce qui ne marcherait pas en fait? Si on dit que, de toute façon, c'est
indépendant, etc., c'est quoi qui ne marcherait pas?
M. Skeete : Mais votre question, c'est :
Qu'est-ce qui ne marchait pas?
M. Bouazzi : OK. Oui, c'est-à-dire
que si le ministère de l'Éducation supérieure est responsable de... qui est responsable de l'avancement de la recherche au
Québec, de l'enseignement, du transfert de connaissances, soit responsable
et garde cette responsabilité au niveau de la loi, qu'est-ce qui ne marche
pas...
M. Skeete : Bien...
M. Bouazzi : ...qu'est-ce qui ne
marche plus?
M. Skeete : Bien, ce n'est pas que
ça ne marche pas, c'est qu'il y a différents chapeaux que tout... que les gens
portent. Il y a différents chapeaux que les gens vont porter. Nous, on est
responsable d'élaborer la stratégie sur l'innovation. Donc, en lien avec ça, on
a une vision d'innovation qui est élaborée. Mais je vais juste vous lire ce qui
existe encore dans le ministère de l'Enseignement supérieur, là : «Il a
également pour mission de contribuer à l'essor de la recherche, notamment
fondamentale et appliquée, de la science, de l'innovation, de la technologie,
entre autres dans les milieux académiques, industriels et sociaux...»
Alors, on n'enlève rien au ministère de
l'Enseignement supérieur. C'est qu'on ajoute de la cohérence aux orientations
d'innovation par rapport à ce que le gouvernement... le ministère de l'Économie
et de l'Innovation fait versus qu'est-ce que
le ministère de l'Enseignement supérieur fait. Ça fait qu'on n'enlève rien à
personne. On s'occupe de la vision de l'innovation, puis les Fonds de recherche,
c'est un vecteur pour ça.
M. Bouazzi : Je vais poser une
dernière question et puis... je vous promets. Quand... Donc, OK, imaginons,
donc, ce transfert-là a lieu actuellement. Là, je reviens à la question que
j'avais posée tout à l'heure, pour laquelle je n'ai pas encore reçu de réponse.
Est-ce que, vu qu'il y a une stratégie qui touche à la recherche, l'innovation
et qui serait la responsabilité du
ministère... comment se fait la synergie avec les autres innovations du côté
création de richesse dans le
ministère de l'Économie? Qu'est-ce qui se passe? Comment vous la voyez? Est-ce
qu'elle a lieu déjà aujourd'hui?
M. Skeete : Je ne suis pas sûr de
comprendre la question. Vous me demandez si...
M.
Bouazzi : Ce que vous dites, c'est indépendant, ce n'est
pas... il n'y a pas de... ce n'est pas... Eux, ils ont peur de se
dire : Bien, moi, je fais de la recherche en tant qu'universitaire, et
puis ce n'est pas à un industriel de décider pour moi quelle recherche je dois
faire. Bon, mais, par ailleurs, je veux dire, le ministère, lui, son point de
vue de l'innovation, c'est participer à la création de la richesse, j'imagine,
là.
M. Skeete : Non, parce que...
M. Bouazzi : Non. C'est quoi,
d'abord?
M. Skeete : Bien, c'est vrai que
l'innovation peut inclure ce que vous décrivez, mais ce n'est pas juste ça. Ça peut être... La recherche fondamentale mène aussi
à l'innovation. La preuve, c'est Moderna, c'est... Il y a eu une recherche
sur les RMNA, puis ça a mené à, ultimement, un vaccin qui a été fait par
Moderna, mais... Ça fait que les deux vont ensemble,
mais il n'y a pas de... ce n'est pas synonyme. En fait, comme je disais tantôt,
80 % de qu'est-ce qu'on finance, c'est de la
recherche fondamentale et pas appliquée. Il y a de l'appliqué qui se fait puis
qui doit se faire, mais ce n'est pas juste
ça. Puis ce n'est pas parce que ça existe au MEIE que ça va devenir ça. La
preuve, c'est que c'est actuellement sous décret du MEIE, et c'est le
contraire qui se passe. On met plus d'argent dans le social, plus d'argent dans
le fondamental qu'avant.
Alors, c'est pour ça que j'ai de la misère avec
ces inquiétudes-là, parce qu'ils ont déjà eu, à l'usure, à quoi ressemblerait
un monde où est-ce que le ministère de l'Économie et de l'Innovation était
chargé de la recherche, et regardez ce que
ça a donné : plus de sous, plus de recherche fondamentale, pas moins, plus
de recherche et plus d'argent donné pour les sciences sociales.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. C'est tout le temps que nous avions. Donc,
merci pour votre collaboration.
Compte tenu
de l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'après les affaires
courantes. Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 12 h 30)
(Reprise à 15 h 21)
La Présidente (Mme D'Amours) : La Commission
de l'économie et du travail reprend ses travaux.
Nous
poursuivons l'étude détaillée du projet de loi n° 44, Loi modifiant principalement la Loi sur le
ministère de l'Économie et de l'Innovation en matière de recherche.
Lors de notre suspension, nous étions à
l'article 1, et le ministre venait de terminer sa réponse. Alors, est-ce qu'il y a d'autres interventions? Avec un sourire,
vous n'avez pas d'intervention? Oui, M. le député de Marguerite-Bourgeoys, allez-y.
M. Beauchemin : Oui, OK, d'accord.
Merci. Je veux juste revenir sur la stratégie en matière de recherche et...
SQRI2.
Une voix : ...
M. Beauchemin : Au carré. Donc,
quand on regarde le document du SQRI2,
l'axe 1, c'est : «Exceller en recherche,
en science et en technologie» et la proportion de la recherche et développement
en enseignement supérieur financée par les entreprises, ensuite... Ça,
c'est comme la catégorie du thème. Ensuite, on s'en va dans quel est
l'objectif. L'objectif, ici, c'est atteindre le niveau ontarien et dépasser le
niveau canadien en haussant à 9 % le financement de... par les
entreprises, de la recherche et développement réalisée en enseignement
supérieur. Entre parenthèses, en 2019, il y avait 6 % au Québec et
9 % en Ontario, une moyenne canadienne de 8 %.
On peut-tu juste essayer de comprendre un peu,
là, la... comment en êtes-vous donc arrivés, là, à vouloir avoir ça comme... pas que je trouve que c'est un
mauvais objectif, mais je veux juste comprendre la genèse, pourquoi vous
êtes en... arrivés à ça, donc qu'est-ce qui a fait qu'on s'est dit : C'est
important, là, qu'on...
M. Skeete : ...ce matin, c'était,
dans le fond, le processus qu'on a suivi pour l'élaboration de la SQRI2.
C'est que les consultations à l'interne, qui
émanent d'un objectif de vouloir améliorer le niveau d'innovation au Québec,
de... qu'est-ce que les gens font à l'international, qu'est-ce que nous,
on peut faire. On fait un SWOT. Ça fait qu'on regarde
c'est quoi, nos faiblesses, on regarde qu'est-ce qu'on peut faire de mieux,
c'est quoi, l'écosystème actuel, puis là on arrive avec un plan qui est
cogité avec les différents ministères, avec les différents intervenants. Le Scientifique
en chef arrive pour dire : Je pense ci, je pense ça, l'Innovateur en chef
arrive avec le feedback de son équipe, il dit : Moi, je pense ci,
je pense ça, puis on élabore une politique qui est la SQRI2. La
raison, vous n'avez pas entendu crier de partout les gens par rapport à la
politique, c'est qu'elle a été bien reçue parce qu'elle a été travaillée avec
tous les intervenants.
M.
Beauchemin : Donc, l'objectif, ici, d'être un point... un
pourcentage de plus, là, que la moyenne canadienne, finalement, c'est quand même bien, j'imagine. Ça,
c'était ça qui était le benchmark qui était établi. Disons, le comparable, pour
nous, c'est la moyenne canadienne. On veut être au-dessus de ça.
M. Skeete : Puis ça, ça a été
confirmé par les budgets successifs, là, pour justement venir appuyer.
M.
Beauchemin : On en a parlé, en fait, un peu plus tôt ce matin.
Le financement de la recherche et développement en enseignement supérieur provient des administrations fédérales,
provinciales, entreprises commerciales, de l'Enseignement supérieur, des OBNL et de l'étranger. Je suis
juste un petit peu curieux : Qui de l'étranger pourrait aider de faire de
la recherche dans cet espace-là, ici, au Québec?
M.
Skeete : Ce serait... Là, je vais cogiter un exemple, là. Ça
pourrait être une entreprise que le Québec est allé recruter en termes
de FDI, là, «foreign direct investment», là, les investissements étrangers
directs, qu'Investissement Québec, entre autres, travaille très fort pour
attirer ces gens-là. Souvent, on va les attirer pour un... dans l'écosystème québécois, que ce soient nos
centres d'innovation. Je pense à Sherbrooke, là, quantique, des affaires
comme ça. Ça peut être des intervenants qui
viennent s'établir ici pour ajouter de la valeur dans un secteur technologique
spécifique. Ce serait... Ça pourrait ressembler à ça, l'investissement
étranger.
M. Beauchemin :
Je comprends qu'avoir du IP, là,
de la propriété intellectuelle, là, au Québec, c'est essentiel, là, ça,
si on veut se distinguer, là, à très long terme.
Je fais peut-être juste la parenthèse par rapport
au projet Northvolt qu'on a mentionné à plusieurs reprises depuis le
début, projet sur lequel nous, on est d'accord avec l'idée, là, du
développement de la filière batterie puis de l'arrivée de Northvolt. Mais le
bémol qu'on avait là-dedans, c'est qu'il n'y a pas, justement, de propriété
intellectuelle de ce projet-là. Donc, ça, c'est quand même intéressant, de voir
qu'au niveau de la recherche on va créer de la propriété intellectuelle ici,
mais ça aurait été intéressant de le voir aussi, là, évidemment, dans
Northvolt.
Puis dans les
dépenses de recherche et... Oui?
M. Skeete : Si
vous me permettez... Ce que vous dites, c'est important, puis c'est sûr que
c'est un critère qu'on regarde, mais il ne
faut vraiment pas faire l'erreur de penser que toute recherche doit être
dirigée, orientée avec un but économique en tête. Ça fait que c'est pour
ça que je prends la peine de le dire, parce qu'une des inquiétudes qu'on a
entendues, c'est que les chercheurs pensent qu'on va faire beaucoup plus de
recherche orientée et dirigée par le fait même que ça va être à l'Économie.
Mais ce n'est pas ça, l'objectif. La SQRI2 a ces objectifs-là, mais
ce n'est pas juste ça qu'on fait. Puis la SQRI2 n'est pas égale à
les efforts qu'on fait dans le Fonds de recherche du Québec. Ça fait qu'on a
une stratégie d'innovation qui est nourrie en partie par la SQRI2.
Mais le Fonds de recherche est distinct de ça et, des fois, se chevauche, là,
mais ce n'est pas du tout la même chose, là. Ce n'est pas égal.
M.
Beauchemin : OK. Dans le contexte ici, là, qu'on parle vraiment de
l'enseignement supérieur financé par les entreprises, là... Ça fait que c'est
pour ça que vous faites le point...
M. Skeete : Oui,
c'est ça. Mais mettons, quand on a reçu les... les CCTT, c'était souvent du
dirigé parce que c'est les entreprises directement qui font ça.
M. Beauchemin :
Puis des dépenses en recherche et
développement en enseignement supérieur, en pourcentage du PIB, l'augmenter, les activités en R&D en
enseignant... en enseignement supérieur, pour atteindre 0,9 % du PIB sur
cinq ans. Et c'était noté, là, qu'en 2019 c'était 0,87 %, donc 3/10 de...
3/100 de point de base, 3/100 de pourcentage, au Québec, plus bas, là, en 2019.
En Nouvelle-Écosse, c'était 0,916 %.
Donc,
l'objectif, ici, c'est de demeurer dans les trois meilleurs de l'OCDE, si j'ai
bien compris, là. Donc, ça, c'est pour les activités de recherche et
développement en enseignement supérieur, puis ça ne dit pas vraiment
spécifiquement, là, si ça, c'est
appliqué, ou social, ou fondamental. Donc, est-ce que je comprends que ça,
c'est l'objectif du gouvernement pour la recherche dans son ensemble en
termes de pourcentage du PIB?
M. Skeete : ...vais laisser le sous-ministre adjoint répondre,
parce que, là, on tombe dans les axes de la SQRI2, qui n'est pas exactement le Fonds de recherche du
Québec, là, juste pour être... juste pour le dire. Mais, si vous souhaitez avoir
de l'information là-dessus, ça va me faire plaisir répondre.
M.
Beauchemin : Oui, parfait. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...la parole est à vous.
M. Gervais
(Mathieu) : Je n'ai pas besoin de me présenter à vous?
La Présidente (Mme
D'Amours) : Non. Ça s'est fait ce matin.
M. Gervais
(Mathieu) : Excellent. Merci. Parfait. Merci bien.
Donc, oui, comme vous
l'avez dit, il y a deux cibles. Pourquoi on a deux cibles séparées comme ça?
C'est qu'on est assez bons. Quand on se compare, au Québec, pour la recherche
publique, donc, dans les indicateurs, on est déjà
assez bons, donc on veut minimalement se maintenir. Donc, de là la deuxième,
là, oui, on a une légère augmentation puis
on veut se maintenir dans les trois meilleures de l'OCDE. Puis ce qu'il
manque... Même dans la recherche publique, les entreprises y
contribuent, puis là, quand on se compare, on est moins bons.
Donc,
c'est pour ça qu'on a mis le premier, là, qui est atteindre le niveau ontarien
et dépasser le niveau canadien en haussant à 9 % les
investissements, là, des... le financement provenant des entreprises dans la
recherche effectuée dans nos établissements en enseignement supérieur.
M.
Beauchemin : Donc, c'est la contribution du secteur privé à la
recherche qui fait que, dans son ensemble, au Québec, on n'a pas autant
d'investissements en recherche de façon annuelle. C'est ça?
M. Gervais
(Mathieu) : C'est principalement la cause, effectivement.
L'investissement public est au rendez-vous... l'investissement des entreprises privées en recherche en général, mais
en recherche dans les établissements supérieurs plus spécifiquement, on
est moins bons, effectivement, quand on se compare.
M. Skeete :
Puis ça, c'est important, parce que, quand on parle souvent de l'écart de
richesse avec l'Ontario, beaucoup découle de
le sous-investissement du secteur privé. C'est une des raisons qu'Investissement Québec accompagne les entreprises, parle de
productivité, fait... a une action directe avec ces entreprises-là, pas parce
qu'on veut faire... enrichir les
entrepreneurs. C'est parce que, vraiment, il y a une lacune à ce niveau-là qui
est pas mal bien ancrée au Québec, qui nous... bien, qui nous retient,
là, alors il faut agir sur ce vecteur-là.
• (15 h 30) •
M. Beauchemin : Ça
s'explique comment selon vous? Est-ce que c'est conjoncturel? Je veux dire,
conjoncturel, économiquement parlant, ce serait la même... le même
réflexe un peu partout, là.
M. Skeete : Non, non. Bien là,
j'émets une opinion personnelle, ce n'est pas la position du gouvernement. Je
regarde ça comme Québécois, là, il y a plusieurs facteurs qui peuvent causer ce
retard-là. Je pense notamment au fait qu'on
est une économie de ressources naturelles. Quand on regarde, historiquement,
les pays de ressources naturelles ont souvent une tendance à avoir un
sous-investissement en productivité. Ça, on traîne ce legs-là, canadien. Il y a
aussi historiquement le fait qu'on n'avait pas des entreprises, au Québec, qui
étaient dans la première, deuxième, troisième transformation. On était souvent
dans l'exploitation primaire des biens. Ça, ça faisait en sorte qu'on n'avait
pas vraiment besoin d'investir. Alors, on traîne un peu ça. Le fait que le
dollar canadien est moins cher que le dollar américain
fait en sorte qu'on est épargnés d'être aussi compétitifs que nos voisins du
Sud, puis on peut quand même exporter à bon prix à cause de cet écart de
devises.
Alors, il y a
plein de raisons, là, individuelles qui font qu'à la somme on n'a pas cette
culture d'investissement au Québec.
Mais c'est un problème, surtout avec la maturité de l'économie canadienne,
québécoise et surtout dans le fait que les gens continuent d'investir en
ce sens.
Une voix : ...
M.
Beauchemin : Bien, c'est ça. Oui, effectivement. On me
souffle... La question qui me vient dans la tête, là, c'est le fun, je
l'entendais à deux places en même temps, là : Mais le Fonds de recherche a
donc un rôle à jouer pour stimuler ça, pour stimuler le développement de la
propriété intellectuelle créée même ici, là, au Québec, là?
M. Skeete : Ça devient une pierre
angulaire de toute cette stratégie-là, de savoir et de connaissance. Alors, si
on donne accès à nos chercheurs d'avoir... de pouvoir faire cette recherche,
que ce soit fondamentale ou que ce soit dirigée,
et que... de faire de la recherche, c'est ça qui va propulser l'innovation, qui
va propulser le savoir. Puis ça, c'est une clé importante, un ingrédient
important dans le gâteau, qui est de bouger cette aiguille-là.
M. Beauchemin : C'est
certain. Puis, dans le projet de loi n° 44 dans son ensemble, est-ce qu'on
bouge l'aiguille, donc, dans ce
sens-là, au niveau de l'amélioration de la productivité, en termes de propriété
intellectuelle établie même ici, au Québec?
M. Skeete : Bien, encore une fois,
je suis prudent à faire le lien entre propriété intellectuelle puis les Fonds
de recherche. 80 % des fonds qui... des sommes qui sont dépensées sont
faites en fondamentale. Donc, des fois, ce que
vous dites est vrai, mais pas tout le temps. Mais oui, ça va aider parce que...
Le meilleur exemple, c'est Moderna. Avec la technologie, c'est toute la
recherche fondamentale qu'on avait faite pour étudier les virus, étudier les
façons de faire des vaccins qui étaient
différentes, puis, du jour au lendemain, quand on avait besoin de cette
technologie-là, woups, ça a été rapidement opérationnalisé dans une
entreprise qui nous a permis de vacciner des Québécois, des Canadiens. Puis
aujourd'hui, à Laval, on a le siège social canadien. Alors, oui, ça peut mener
à ça, mais pas tout le temps.
Aussi, on peut parler d'innovation sociale. De
plus en plus, les enjeux qu'on a, sociétals, que ça soit l'éthique vis-à-vis
l'intelligence artificielle, que ça soit l'éthique en lien avec, bien, justement,
la COVID, est-ce qu'on devrait forcer la
vaccination... Il y a plein de sociologues qui étudient ces questions-là et qui
nous permettent de répondre à des politiques publiques qui sont
émergentes et qu'on doit répondre. Alors, c'est important, cette innovation
sociale là. Des fois, juste le savoir, en
soi, devient un outil important. Puis qui sait, par la suite, comment ça va
nous aider à prendre des bonnes décisions. Mais la recherche
fondamentale, le Fonds de recherche sert justement à cogiter ces idées-là, et à
terme, des fois, ça mène à quelque chose de beaucoup plus grand.
M.
Beauchemin : C'est certain que, dans le contexte de la fondamentale,
sociale... C'est plus dans l'appliqué, où est-ce qu'on va parler plus de
propriétés intellectuelles qui vont avoir, à long terme, un facteur
d'amélioration de notre productivité au Québec, là, mais...
M. Skeete : Puis ça aussi, on le fait.
Puis, tu sais, ce n'est pas juste pour la recherche, on le fait... on le fait avec les crédits d'impôt à la recherche, on a une
entreprise qui veut développer un nouveau procédé, faire des brevets, il
y a des crédits d'impôt qui sont appliqués, là. Ça fait qu'il y a plein de
véhicules pour faire la recherche puis... la recherche appliquée. Le fonds peut
être un de ces outils-là, les CCTT nous ont dit ça. Il y a 20 % des
sources qui sont dépensées à l'intérieur du fonds qui vont servir à ça, mais ce
n'est pas juste ça.
M.
Beauchemin : Mais le Fonds recherche, donc, c'est un outil pour
le 80-20, finalement, que vous mentionné pour se rendre...
M.
Skeete : Et voilà. Ça pourrait l'être, oui.
M. Beauchemin :
Mais... OK. Bien, je pense qu'on
va, de toute façon, retoucher à cette thématique-là un peu partout, là,
dans...
M. Skeete : On
n'est qu'au début.
M.
Beauchemin : Oui, exactement. Donc, bien, je vous remercie.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui, M. le député de Maurice-Richard.
Je vous rappelle qu'il vous reste trois minutes.
M. Bouazzi : ...ça va. Une question d'abord rapide pour le
ministre : Est-ce que le ministre de l'Économie, quand il doit proposer cette stratégie en matière de
recherche, devrait collaborer avec le ministre de l'Enseignement supérieur?
M. Skeete : La
prise de décision, dans une stratégie comme ça, comme j'ai évoqué ce matin, ça
ne se fait pas en vase clos, ça ne se fait
pas... ce n'est pas une affaire du MEIE, où est-ce qu'on parle entre nous, on
est bien d'accord avec quelque chose
puis on le... Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Notamment, dans le cas
du projet de loi qui nous occupe, c'est impossible de faire ça sans
l'accord des personnes qui travaillent au ministère, les fonctionnaires, les fonctionnaires de carrière, la ministre
elle-même. Alors, toutes ces affaires-là doivent être enlignées. Alors, non,
ça, ce n'est pas juste l'affaire du MEIE, là, c'est l'affaire du gouvernement.
Puis, en bout de ligne, tout ça, ça doit passer au Conseil des ministres
également.
M. Bouazzi : Mais
plus spécifiquement, quand même... du ministère qui est en charge de la
recherche beaucoup, de l'avancement de la
recherche. Je comprends les autres ministères. Est-ce que... parce que je vous
entends, OK, il y a de la collaboration, surtout que c'est un des
objectifs de ce projet de loi, c'est d'améliorer la collaboration entre les chercheurs. Je vais... Je ne sais pas si
tu es en train d'envoyer... Je vais vous proposer un amendement, M. le ministre, pour rajouter, justement, la
question de la collaboration avec le ministère de... avec le ou la ministre de l'Enseignement
supérieur.
M. Skeete : Puis
vous voulez le rajouter à l'article 1, c'est ça?
M. Bouazzi : Donc,
dans «il élabore», on va ajouter «en collaboration avec le ministre de
l'Enseignement supérieur», «et propose au gouvernement», etc.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...donc, je vais suspendre les travaux.
M. Bouazzi : Il
vient de partir.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Il vient de partir. Je suspends les travaux quelques
minutes.
(Suspension de la séance à
15 h 37)
(Reprise à 15 h 56)
La Présidente (Mme
D'Amours) : La commission reprend ses travaux. Et nous avions un
amendement qui avait été déposé par le député de Maurice-Richard.
Si vous voulez bien nous en faire la lecture, M. le député, s'il vous plaît.
M. Bouazzi : Merci, Mme la Présidente. Donc, l'amendement,
article 1 : À l'article 3 de la Loi sur le ministère de
l'Économie et de l'Innovation en matière de recherche, tel que modifié par
l'article 1 du projet de loi, ajouter, après les mots «propose au gouvernement»,
les mots «en collaboration avec [le ministère] de l'Enseignement supérieur».
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...M. le député, nous dit : Le ministère... «le ou la
ministre».
M. Bouazzi : Ah! pardon, «le ou la ministre», oui, pardon,
pardon, pardon. Ça, c'est encore ma dyslexie, je lis globalement, je
m'excuse, en général, pour toutes les erreurs que je vais faire. «Le ou la
ministre de l'Enseignement supérieur», effectivement.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Parfait. Est-ce qu'il y a des interventions concernant
l'amendement?
M. Bouazzi : Oui.
La Présidente (Mme D'Amours) : Allez-y.
M. Bouazzi : Bien,
l'idée, évidemment, vient ici pour répondre à un certain nombre de remarques
qui nous ont été faites en commission, et il est tout simplement logique que la
ministre ou le ministre de l'Enseignement supérieur
partage la responsabilité ou au moins ait une responsabilité pour mettre en...
pour réfléchir la stratégie en matière de
recherche et d'innovation. Étant donné que, si je lis ici la mission du
ministère, sur le site du gouvernement lui-même, je lis, «le ministère contribue à l'essor de la recherche et de la
science dans une perspective de développement durable en favorisant le
développement économique, le progrès social et le respect de l'environnement»,
je pense qu'il tombe sous le sens, Mme la
Présidente, qu'une telle modification serait tout à fait en cohérence avec les
rôles et responsabilités du ministre
ou de la ministre et puis du ministère en tant que tel. Donc, on verrait mal
comment une telle modification pourrait ne pas être... ne pas bonifier
le projet de loi actuel.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Commentaires sur l'amendement? M. le ministre.
M. Skeete : Oui. Bien, écoutez,
c'est... Il y a un moment pour inclure l'enseignement supérieur, je ne pense pas que c'est ici qu'on devrait le faire. C'est
une stratégie gouvernementale qu'on se donne avec les Fonds de recherche.
On viendrait ici rajouter un deuxième porteur de ballon. Je ne pense pas que ça
rajoute de la valeur ici d'inclure le ministère de l'Enseignement supérieur.
Ça ne veut pas dire, par exemple, que je suis
contre le principe qu'il soit informé. Je pense qu'on a entendu des témoignages qu'il devrait y avoir une
implication pour l'Enseignement supérieur. Je pense que je suis là, mais je ne
pense pas qu'on est à la bonne place ici de l'inclure.
Ça créerait un fardeau administratif important,
parce que, dès qu'on dit «en collaboration», bien, on vient juste de donner
l'essentiel ou une grosse partie du travail à l'Enseignement supérieur. Or,
depuis plus de 10 ans, ce pouvoir-là
est délégué sans problème au ministère de l'Économie, qui travaille avec son
homologue de l'Enseignement supérieur.
Donc, je ne pense pas que cet amendement-là a une valeur ajoutée pour bonifier
le projet de loi en tant que tel.
M. Bouazzi : Quand vous dites qu'il
travaille avec son homologue, ça, ça veut dire que c'est le statu quo actuellement. Est-ce qu'il pose autant problème
que ça? Est-ce que c'est le mot «collaboration» qui vous embête? Si on le...
• (16 heures) •
M.
Skeete : Non, c'est la formalité de la chose. C'est que ce
genre de travail là se fait, bien sûr, informellement. Si on le met dans
la loi, on vient créer une obligation formelle. Et à quoi va ressembler cette
obligation formelle là? Qui décide? Qui tranche? Qui est imputable? Ça pose
toutes sortes de questions à ce niveau-là. C'est pour ça que je ne suis pas
vraiment à l'aise, mais je suis... je comprends l'intention. L'intention, c'est
que l'Enseignement supérieur a un rôle important à jouer dans la recherche, j'y
suis, mais je ne vois pas l'utilité, à ce stade-ci, de partager la charge de
travail dans ce dossier-là avec l'Enseignement supérieur, surtout que, depuis
10 ans, ce n'est pas le cas.
M. Bouazzi : Donc, si je comprends
bien, je veux être sûr, c'est que le ministère qui contribue... dans sa
mission, qui contribue à l'essor de la recherche de la science, ne devrait pas
être clairement inscrit comme participant à une stratégie en matière de
recherche et d'innovation.
M. Skeete : Ce n'est pas ça que je
dis. C'est en fait le contraire de ce que je dis. Preuve : j'ai dit le
contraire. L'Enseignement supérieur a un rôle important à jouer et doit avoir
un rôle important à jouer. Et je pense, d'ici la fin de nos travaux, on va
avoir ajouté un rôle pour l'Enseignement supérieur dans nos discussions.
Je ne pense
pas, par exemple, qu'à l'article 1, c'est la place d'inclure le ministère
de l'Enseignement supérieur, ne serait-ce que pour faire en sorte qu'on va
avoir deux porteurs de ballon, deux personnes imputables pour un dossier
qui, dans le fond, gagnerait à être chapeauté par une personne.
Ceci étant, ça ne veut pas dire que, si on
n'accepte pas la modalité de l'amendement du collègue, que l'Enseignement
supérieur n'est pas impliqué. L'Enseignement supérieur est toujours impliqué
dans les orientations gouvernementales, a toujours son mot à dire et est
toujours consulté.
M. Bouazzi : Donc, c'est le mot...
parce que j'essaie de comprendre, si ce n'est pas ça, c'est... Parce que je comprends que c'est une obligation, c'est... Et
puis, s'il y a une collaboration, je pense que le ministre de l'Enseignement
supérieur ne portera pas plainte contre le ministre de l'Économie sur la base
de cette loi, là. On est correct, là.
Ça fait
que... ça fait que c'est quels mots vous diriez pour dire que ce n'est pas le
ministre de l'Économie tout seul qui élabore une stratégie en matière de
recherche, quand le ministre de l'Enseignement est censé être responsable de l'essor de la recherche? Comment on peut éviter
que, dans l'avenir, il n'y ait pas un ministre qui ne collabore pas du tout avec
le ministre de l'Enseignement supérieur en matière de recherche, sachant qu'ils
n'ont pas les mêmes missions?
Et je suis persuadé que vous êtes d'accord avec
moi pour dire qu'il y a toute la place, évidemment, à de la collaboration entre le ministère de l'Enseignement
supérieur et le ministère... enfin, le ministre de l'Enseignement supérieur
et le ministre de l'Économie en matière de stratégie en matière de recherche.
M. Skeete : Bien, je dirais que le
scénario que décrit le collègue n'est pas possible dans l'optique où est-ce que
l'Enseignement supérieur aurait quelque chose de tant important à dire... de ne
pas se faire écouter par un collègue... Je
pense au collègue lui-même. Dans son équipe, il y a plein de gens avec
différentes opinions. Je pense qu'en bout
de ligne, si jamais c'était à lui de prendre les décisions ou à son équipe de
prendre les décisions, il trouverait une façon de s'entendre avec son
collègue, peu importe le portefeuille qu'il pourrait avoir.
Puis je vais me permettre
d'avoir votre perspective aussi dans la question. C'est que, si tout le monde
est responsable de tout, personne n'est
responsable de rien. En tant qu'opposition, c'est qui que vous allez
questionner sur les FRQ, si tout le monde est responsable? C'est-tu le
ministre de l'Économie ou c'est le ministre de l'Enseignement supérieur? En
bout de ligne, c'est une question de saine d'imputabilité dont je parle, pas le
principe. Le principe, c'est... Oui, la
fonction publique va travailler de concert avec ses partenaires des différents
ministères, ça, ça se fait déjà, et ça se fait à tous les jours, et ça,
ça va continuer, mais ici on parle surtout d'imputabilité des Fonds de
recherche.
En bout de ligne, nous, on pense que ça prend un
porteur de ballon, pas plusieurs. Par contre, comme j'ai dit, moi, je pense qu'on va trouver un rôle pour
l'Enseignement supérieur. Je pense que c'est demandé par la... par les
intervenants qu'on a reçus, et on regarde une façon d'inclure
l'Enseignement supérieur davantage.
M. Bouazzi : Bien, pour moi, il est
évident que c'est le ministre de l'Économie dans... Ça, là, on n'a pas changé
la philosophie de votre proposition même si, vous le savez, évidemment, on
aurait préféré que ça reste sous la responsabilité du ministre de
l'Enseignement supérieur. Maintenant, est-ce que vous voulez... et puis le
ministre de l'Économie est responsable aussi de s'assurer qu'il y ait une
collaboration avec le ministre de l'Enseignement supérieur. Ça me paraît assez clair. Est-ce que vous voudriez qu'on
rajoute une phrase pour dire «même si la responsabilité incombe au
ministre de l'Économie»?
M. Skeete : Bien, si...
M.
Bouazzi : Je veux dire, comment on s'assure qu'il y a une collaboration,
si on dit : Attention, je ne peux pas mettre le mot «collaboration»
parce que, du coup, personne n'est responsable?
M.
Skeete : Bien, c'est parce que vous voulez légiférer
l'intention humaine puis le bon travail d'équipe. Je ne pense pas qu'on doit faire ça. Je pense qu'une loi
doit énoncer des principes, puis, dans le quotidien de bonne gouvernance
et de bon travail, on fait ça. Puis, si je
pousse l'exemple à l'extrême... du collègue, bien, pourquoi qu'on s'arrête à
l'Enseignement supérieur? On parle d'un fonds de recherche qui peut
toucher la science. Bien, pourquoi qu'on ne met
pas le ministre de la Santé là-dedans puis comment ça se fait on ne met pas
l'emploi du... le ministère de l'Emploi? Bien, il y a des gens qui travaillent. C'est des gens qui sont employés.
Pourquoi qu'on ne mettrait pas d'autres personnes aussi? Ça fait que je
comprends l'intention du collègue. Je pense qu'on est à la même place dans
l'intention. Je ne pense pas que c'est de bon augure de le rajouter ici.
M.
Bouazzi : Mme la Présidente, évidemment, ce ministère-là est
particulier car, dans sa mission, il contribue à l'essor de la recherche. On
parle du plus grand fonds de recherche public du Québec et d'élaboration d'une
stratégie. S'il y a un ministère qui est en charge de la... de l'essor de la
recherche et de la science, il me semble assez évident que la collaboration de
ce ministère-là est importante pour la stratégie en matière de recherche, et je
vous avouerai que je m'étonne de voir une
résistance... ou peut-être une autre manière de formuler, peut-être... Je ne le
sais pas, j'ai du mal à voir le
problème, de dire que le ministère qui est en charge de l'essor de la recherche
au Québec devrait, d'une manière ou d'une
autre, être impliqué dans la mise... dans la réflexion qui entoure une
stratégie en matière de recherche et d'innovation.
M.
Skeete : J'ai essayé, peut-être, de le dire... donc, je
vais essayer à nouveau. Dès qu'on met une autre personne imputable, je
pense qu'on réduit l'imputabilité des résultats. Je pense qu'on diminue la
portée et je pense qu'on sert mal le fonds en ayant ça. Ceci étant, je réitère,
l'Enseignement supérieur a un rôle important à jouer, doit... est un partenaire privilégié dans la démarche, mais,
depuis plusieurs années, lorsqu'ils décrètent au ministère de l'Économie
et de l'Innovation... ils ne se sentent pas
le besoin d'être impliqués dans le quotidien, et je ne vois pas pourquoi qu'on
le ferait ici.
M.
Bouazzi : Bien, on le ferait ici parce que c'est le
ministère en charge, M. le ministre. Je comprends, là, on est
en train de répéter tous les deux la même chose. Ce n'est pas très constructif,
mais je vous avouerai...
M. Skeete : J'avais remarqué.
M. Bouazzi : Oui, mais je vous avouerai
que je m'étonne quand même du fait que l'argument qui consiste à dire que le ministère qui est en charge de
l'histoire de la recherche... Si on regarde encore une fois dans les documents
publics du ministère en lui-même, c'est : La recherche fondamentale et
appliquée et l'innovation sont au coeur de la mission
des établissements d'enseignement supérieur. Plus de 3 000 programmes de formation universitaire
sont offerts sur le réseau, etc.,
etc. À la grandeur de la province, près de 700 centres de recherche
universitaire dans les secteurs de pointe.
Je
veux dire, le fait qu'un ministère qui a... où la recherche, évidemment, fait
partie d'un des fondements de ce
ministère-là, de son essor, ne soit pas clairement indiqué dans un projet de
loi pour dire, bien, qu'il a son mot à dire sur une stratégie en matière
de recherche... et avoir son mot à dire ne veut pas dire spécialement d'être
responsable. Vous voulez absolument que ce soit le ministre de l'Économie. On
accepte ce compromis-là, mais on ne comprend pas pourquoi autant de
résistance...
Je veux dire,
ce n'est pas vrai que la... Obliger une collaboration, c'est de ne plus
comprendre qui est responsable. C'est dans la section du... des responsabilités
du ministre de l'Économie, ça fait qu'il est évident que c'est le ministre de
l'Économie qui est responsable. Il est
responsable de s'assurer qu'il y a une collaboration aussi. Moi, je peux
facilement imaginer un ministre de l'Économie qui
décide de ne pas penser que l'avis de la ministre de l'Éducation supérieure est important, et que ça ne l'intéresse pas plus
que ça, et qu'il sait déjà, etc., mais ça n'aiderait pas le Québec, là, on
est... pour les prochaines... pour les prochaines générations de
ministres, évidemment, si je peux me permettre.
• (16 h 10) •
La Présidente (Mme D'Amours) : D'autres
interventions? M. le ministre?
M. Skeete : C'est beau, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
beau. M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Merci, Mme la
Présidente. Dans le même contexte, là, de cet amendement-là, je pense que...
Peut-être que, si, au lieu de parler d'une collaboration... Puis je ne me
souviens plus exactement du terme qu'on avait utilisé, mais on parlait plutôt
de, comme, après avoir consulté... «après consultation», notamment, au lieu
d'avoir «en collaboration avec le ministre ou la ministre de l'Enseignement
supérieur». Est-ce qu'une modification comme ça pourrait... parce que c'est a
posteriori puis ça donne le contrôle au ministre, mais c'est après
consultation.
La Présidente (Mme D'Amours) : Commentaires?
M. Skeete : Non, Mme la Présidente.
Je suis désolé, je n'ai absolument rien d'autre à dire, j'ai tout dit.
La
Présidente (Mme D'Amours) : M. le député de Marguerite-Bourgeoys, avez-vous
d'autres commentaires?
M.
Beauchemin : Bien, je comprends la situation du ministre. Je me
posais juste la question. Dans un contexte où est-ce que... Une fois qu'on
circonscit, donc, les responsabilités au ministre de l'Économie et de
l'Innovation... qu'«après
consultation soit faite», au lieu de dire «en collaboration», il me semble que
ça réglait le problème. C'était une suggestion positive.
M. Skeete : Je le reçois comme la
suggestion positive que c'était. Je vais me référer à l'expertise du collègue
dans son ancienne vie. Est-ce que ça rajoute de la valeur? Puis je ne pense pas
que... Oui, ça règle le problème de la discussion avec moi puis le député de
Maurice-Richard, mais je ne suis pas sûr que ça rajoute de la valeur dans le projet de loi. On dilue l'imputabilité. On réduit
la portée et l'impact de... les processus décisionnels, puis, en même temps,
on ne règle pas, en bout de ligne, l'inquiétude numéro un, qui est qu'est-ce
que devrait être le rôle de l'Enseignement supérieur.
Alors, moi,
je pense qu'une autre façon de voir le rôle de l'Enseignement supérieur, qui va
régler le problème, mais... Ça fait que c'est pour ça que je suis à
court d'explications. Je comprends que vous travaillez pour essayer de régler l'impasse, mais je ne vois pas la valeur
ajoutée de cet ajout-là, considérant l'objectif... c'est de dire : Est-ce
que l'Enseignement supérieur devrait être impliqué à quelque part? Je
suis d'accord avec ça.
M. Beauchemin : ...dans le cas où
est-ce que ce n'est pas ici, comment... et où alors?
M. Skeete : Bien, il y a
96 autres articles. Je pense qu'il y a plein de place pour avoir cette
discussion-là. Je ne pense pas qu'ici c'est la place pour l'avoir, puis, si
vous voulez, ça me ferait plaisir de vous dire... ça me ferait plaisir de vous
dire où est-ce qu'on pourrait faire ces ajouts-là et ces réflexions-là, mais je
ne pense pas que c'est la place pour faire ça, puis je... tout ça dans
l'optique où est-ce que ça se fait déjà de manière organique.
Là, je ne veux pas être têtu, là, mais ça se
fait déjà, ça. Alors, on vient légiférer la bonne pratique, tu sais, comme si
le ministère de l'Économie ne consulterait pas ses collègues, notamment le
ministre de l'Enseignement supérieur, en matière de recherche, comme si ces
ministères-là ne se parleraient pas. Ça fait que je comprends qu'on veut le légiférer, là. Moi, je ne pense pas que
c'est une bonne pratique. Je pense que ça alourdit le processus inutilement
puis, en bout de ligne, ça ne nous amène pas à plus de collaboration.
La Présidente (Mme D'Amours) : D'autres
interventions? M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : J'ai une question
technique et je dois, en tant que jeune élu encore... Est-ce que, si on veut modifier, justement... est-ce qu'on a le droit de
présenter un autre amendement, après celui-là, sur le même article ou on doit
amender cet amendement?
La Présidente (Mme D'Amours) : Il y
a deux choses qu'on peut faire, c'est voter cet amendement-là ou vous le
retirez avec le consentement et vous redéposez un autre amendement. C'est votre
choix.
M. Bouazzi : Mais, si on le vote,
j'ai le droit d'en déposer un autre sur le même article?
La Présidente (Mme D'Amours) : Bien
sûr.
M. Bouazzi : OK. C'est parfait.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Bien sûr.
M. Bouazzi : Non, bien, je vais le
garder avec grand plaisir.
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
gardez l'amendement?
M. Bouazzi : Exact.
La Présidente (Mme D'Amours) : Ça
fait que, donc, on continue la discussion sur l'amendement que nous avons ici. Donc, est-ce que vous avez d'autres
commentaires sur l'amendement qui est déjà établi... qui est déjà ici, sur... S'il
n'y a pas de commentaire, je vais passer aux voix l'amendement. Est-ce que
l'amendement est adopté ou rejeté?
Une voix : Rejeté.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Rejeté.
Une voix : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
suspendons quelques minutes.
(Suspension de la séance à 16 h 14)
(Reprise à 16 h 15)
La
Présidente (Mme D'Amours) : Nous reprenons nos travaux. Et maintenant je suis
prête... On m'a informée, M. le
député de Maurice-Richard, que vous aviez un amendement à l'article 1. Donc,
c'est sur Greffier. J'aimerais que vous nous en fassiez la lecture, s'il
vous plaît.
M.
Bouazzi : Merci, Mme la Présidente. J'ai écouté
attentivement et puis... les échanges qui ont précédé et je me permets,
donc, de trouver une solution qui, je pense, est de loin la meilleure.
Donc,
l'amendement va comme suit sur l'article 1 : À l'article 3 de la Loi sur
le ministère de l'Économie et de l'Innovation en matière de recherche,
tel que modifié par l'article 1 du projet de loi, ajouter, après les mots
«propose au gouvernement», les mots «après consultation du ministre de
l'Enseignement supérieur».
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Commentaires sur l'amendement?
M. Bouazzi : Oui, absolument. J'ai
entendu le ministre nous dire que, d'un côté, c'était trop contraignant de
donner trop de responsabilités aux deux ministres et qu'il voulait absolument
garder la responsabilité claire. Je pense que l'amendement que nous proposons vient
justement régler ce problème-là étant donné que la responsabilité est on ne peut plus claire avec cette formulation. De
l'autre côté, j'ai entendu aussi le ministre nous dire que c'était la bonne
pratique actuelle déjà en vigueur, et donc
codifier dans le droit une bonne pratique déjà en vigueur me semble être une
très bonne pratique de législateur, Mme la Présidente. J'ai hâte d'entendre les
commentaires du ministre.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. le ministre, commentaires?
M. Skeete : Idem. Merci, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : D'autres
commentaires?
M. Bouazzi : Oui, absolument. Mme la
Présidente, j'ose croire qu'avec un transfert comme celui-là, et après tout ce
qu'on a entendu comme inquiétudes de la part des chercheuses et chercheurs du
Québec sur, justement, le fait que le
transfert de la gestion du FRQ sous le ministre de l'Économie était, pour eux,
un risque sur la question de la liberté académique et de la liberté de
la recherche, et que le fait qu'il y avait un lien très, très fort entre les
recherches qui sont faites au Québec et ce qui se passe au niveau du ministère
de l'Éducation supérieure, qu'une simple consultation d'un ministre avant de
mettre en place... et je lis la... une stratégie en matière de recherche et
d'innovation ne devrait pas poser problème au ministre, sans quoi on a du mal à
comprendre, en fin de compte, sur quelle base ce serait si important de ne pas
codifier quelque chose d'aussi évident, sachant que le ministère de l'Éducation
supérieure a pour mission l'essor de la recherche au Québec. Ne pas consulter
de manière systématique, structurelle, dans nos lois, pour élaborer une stratégie sur la recherche, le ministère en charge sur
l'essor de recherche ne peut que continuer, augmenter même, peut-être,
les questionnements qu'on a sur les intentions de ce transfert-là. On pense que
c'est évident qu'une telle proposition ne devrait pas poser problème.
Ça fait que
je n'ai pas entendu d'argument de la part du ministre, pour l'instant,
concernant cette structuration, surtout
qu'évidemment, encore une fois, les préoccupations du ministre concernant la
responsabilité, à qui incombe la responsabilité,
sont réglées, et, de l'autre côté, c'est apparemment ce que fait déjà le ministre
quand il travaille sur ce genre de
stratégie. J'ajouterais aussi que le projet de loi en lui-même vise à améliorer
la collaboration entre les différents Fonds
de recherche, que c'est très important, la collaboration, et que, tout d'un
coup, alors qu'on propose le minimum de
collaboration possible entre deux ministères... Je suis persuadé que, dans
l'esprit même de cette collaboration qui est mise de l'avant dans ce
projet de loi, ce simple amendement devrait être accepté.
• (16 h 20) •
La Présidente
(Mme D'Amours) : Merci. D'autres commentaires sur l'amendement? M.
le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin :
Merci.
Merci, Mme la Présidente. Je pense que, dans l'objectif de... je ne veux pas
utiliser des gros mots, là, mais d'acceptabilité
sociale, si on peut... si on peut catégoriser la classe professorale dans une
classe qui aurait besoin d'une acceptabilité sociale, ils sont tous
acceptés socialement, c'est sûr et certain, là, mais, pour qu'ils puissent être
plus à l'aise, je pense que... Tu sais, on a une occasion, quand même, dans le
premier article, de mettre quelque chose qui fait référence au ministère de
l'Enseignement supérieur, et ça démontrerait... étant donné que c'est le premier article, bien, ça
démontrerait quand même une certaine ouverture pour pouvoir leur permettre
d'être considérés et répondre aux inquiétudes que les groupes... bien, le
groupe qui nous a mentionné... et les groupes semblent vouloir parler
sur la place publique.
Dans les mandats et missions, là, du ministère
de l'Économie et de l'Innovation, il y en a plusieurs, là, il y a appui au développement de l'entrepreneuriat
collectif, il y a appui au développement des différents secteurs économiques
dans toutes les régions du Québec, il y a la
coordination des activités visant à mettre fin à la recherche et à la
production d'hydrocarbures sur le territoire québécois puis il y a aussi
la conception et la mise en oeuvre, en collaboration avec les ministères et organismes concernés, de
politiques et de stratégies de développement économique et énergétique, de même que de programmes d'aide. Ça fait partie de
la mission. Tu sais, dans ce sens-là, c'est... Est-ce que c'est
l'article 1? Je trouverais que
ce serait un geste d'ouverture de le faire, mais je faisais juste pointer au
ministre que... comme quoi, bien,
dans la mission et mandat du ministère de l'Économie, ça fait partie de ça,
d'avoir cette collaboration-là avec les autres ministères.
Donc, ça,
c'est frontispice dans la définition même de ce qu'est le ministère de
l'Économie et de l'Innovation. On
peut peut-être penser que ce serait approprié, dans l'article 1 aussi,
d'avoir la mention du ministère de l'Enseignement supérieur, puis là, bien, il reste à voir comment
le construire, mais moi, je considère que ça pourrait tout de même juste
refléter la façon de faire, en fait, déjà, du ministère.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres commentaires sur l'article 1... l'amendement, pardon, à l'article 1? S'il n'y a pas d'autre commentaire,
je vais mettre aux voix l'amendement. Est-ce que l'amendement est adopté ou
rejeté?
Une voix : Rejeté.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Rejeté. Nous revenons maintenant à l'article 1. Est-ce qu'il y a des
commentaires à l'article 1? S'il n'y a pas de commentaire... M. le député, oui,
il vous reste 55 secondes.
M. Bouazzi : Je vais les prendre. À
la lumière des échanges que nous avons eus sur les amendements qui ont été rejetés, je vous avoue que je ne le lis plus
exactement de la même manière. J'ai l'impression qu'il est vrai qu'on veut
absolument transférer ce pouvoir-là au niveau du ministère, en fait, en donnant
la possibilité d'exclure la participation du ministre en charge de
l'essor de la recherche au Québec de la mise en place de cette stratégie-là, et
je trouve ça fort inquiétant, Mme la Présidente.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. D'autres commentaires sur l'article 1? S'il
n'y a pas de commentaire, je vais mettre aux voix l'article 1. Est-ce
que l'article 1 est adopté ou...
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme D'Amours) :
Adopté. Nous allons maintenant à l'article 2. Avant de commencer, j'aimerais...
Pardon, Mme la secrétaire?
Une voix : ...
La Présidente
(Mme D'Amours) : Sur division? Je n'avais pas compris, parfait, sur
division. Donc, l'article 1 est adopté sur division.
Maintenant, nous arrivons à l'article 2, et, à
l'article 2, je vous informe de la façon dont on va travailler. Le ministre va
lire les articles introduits un à la fois. Lorsque l'article sera discuté, s'il
y a des amendements qui sont reliés à cet...
à l'article introduit, je vous demanderais de les déposer à ce moment. Nous
allons voter les amendements de
l'article et, au fil du temps, s'il y a d'autres amendements à tous les
articles introduits... et, à la toute fin, nous voterons l'article 2 tel
qu'amendé. Est-ce que ça vous va? Donc, M. le ministre, je vous invite à nous
lire le premier article introduit de l'article 2.
M.
Skeete : Oui. Cette loi est modifiée par l'insertion, après
l'article 22, des chapitres suivants :
«Chapitre II.1.
«Scientifique en
chef.
«22.1.
Le gouvernement nomme, pour un mandat d'au plus cinq ans, une personne à titre
de scientifique en chef, laquelle exerce les fonctions qui lui sont
conférées par l'article 22.2 avec l'indépendance qu'elles requièrent.
«Le scientifique en
chef est choisi parmi au moins trois personnes ayant fait l'objet d'un avis
favorable de la part d'un comité, au terme d'un
processus de sélection établi par le gouvernement. Ce comité est composé d'au
moins trois membres nommés par le gouvernement.
«Le processus de
sélection ne s'applique pas au scientifique en chef dont le mandat est
renouvelé. Toutefois, dans les six mois précédant l'expiration de son mandat,
le conseil d'administration du Fonds de recherche du Québec institué en vertu de l'article 22.5 procède à
une évaluation du scientifique en chef à l'égard de l'exercice de ses fonctions
de président-directeur général du Fonds de recherche du Québec que lui confère
l'article 22.3 et la transmet au ministre,
accompagnée des recommandations qu'il juge pertinentes quant au renouvellement
du mandat du scientifique en chef.»
Une voix :
...
M.
Skeete : J'aimerais qu'on
propose un amendement, Mme la Présidente, à ce temps-ci. Merci beaucoup,
maître.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Est-ce que nous l'avons sur Greffier, l'amendement?
M. Skeete : Il
devrait être là.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vais vérifier avec ma secrétaire. Est-ce que c'est là? Il n'est pas encore
sur Greffier? Donc, le temps que le texte
soit sur écran, on m'annonce que c'est... Oui, voilà. Donc, M. le ministre, je
vous demande d'en faire la lecture, de votre amendement, s'il vous
plaît.
M. Skeete : Avec
plaisir, Mme la Présidente. Article 2 : Dans l'article 22.1 de la Loi
sur le ministère de l'Économie et de l'Innovation que l'article 2 du projet de
loi propose, ajouter, à la fin, l'alinéa suivant :
«La rémunération — tiret...
pas tiret, pardon, virgule — les
avantages sociaux et les autres conditions de travail du scientifique en chef
sont fixés par le gouvernement».
La
modification proposée vise à s'assurer que l'ensemble des conditions de travail
du Scientifique en chef, dans ses fonctions de Scientifique en chef et
de président-directeur du Fonds de recherche du Québec, soient déterminées par
le gouvernement lors de sa nomination.
La Présidente (Mme D'Amours) : Commentaires
sur l'amendement du ministre? S'il n'y a pas de commentaire...
M.
Beauchemin : Oui, excusez, oui, oui.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui, M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin :
Oui, c'est juste pour nous donner
un ordre de grandeur, le genre de rémunération, les avantages sociaux et
conditions de travail, là, que le Scientifique en chef se...
M. Skeete : Je
peux passer la parole à... au sous-ministre adjoint, avec la permission de Mme
la présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le sous-ministre, la parole est à vous.
M. Gervais (Mathieu) : Oui. Globalement, ça
respecte les règles de titulaires d'emplois supérieurs. Donc, c'est en
fonction des mêmes brackets que les titulaires d'emplois supérieurs.
M. Beauchemin :
OK. Puis, pour un ordre de
grandeur, est-ce que c'est quelque chose que vous pouvez nous mentionner
ici ou...
M. Gervais
(Mathieu) : C'est public, là. Je ne connais pas tous les chiffres par
coeur, là, mais, en fait, la rémunération,
là... en fait, il y a plusieurs niveaux en fonction du niveau de
responsabilité. Donc, en fait, ce qu'on vient dire ici, c'est que, dans le cadre de l'évaluation des responsabilités,
on doit évaluer non seulement celles à titre de PDG de la société
d'État, comme le prévoit la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État, mais
aussi celles du Scientifique en chef, qui
vient ajouter des responsabilités. Donc, le niveau dans les échelles de
titulaires d'emplois supérieurs, là, va prendre en compte ces deux
responsabilités-là.
M.
Beauchemin : OK. Puis est-ce qu'on a comme fait une comparaison par
rapport à, disons, ce que son équivalent ontarien a, ou l'équivalent canadien
peut avoir, ou... Est-ce qu'on a fait une étude de comparables?
M.
Skeete : Je voudrais juste rajouter... L'enjeu fait que le
benchmarking, c'est important, mais on doit aussi être équitables envers la
fonction publique québécoise. Donc, le critère numéro un, c'est d'être sûrs
qu'on est dans les barèmes normals pour des emplois de cadres supérieurs, pas
nécessairement le benchmarking avec les autres, mais il faut être dans la game,
là, mais l'enjeu, il est là, là.
M.
Beauchemin : Oui, oui, c'est sûr.
M. Skeete :
Ça fait qu'on est dans ce qu'il est permis par la loi d'offrir pour le
Scientifique un chef puis on vient, avec
l'amendement ici, rajouter justement le fait que ça doit inclure les avantages
sociaux et d'autres conditions de travail qui font... le fait qu'il y a
deux charges, il y a la charge de président-directeur général du fonds et aussi
de Scientifique en chef.
• (16 h 30) •
La Présidente (Mme
D'Amours) : D'autres commentaires? M. le député de...
M. Bouazzi : Maurice-Richard.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...Maurice-Richard, merci.
M. Bouazzi : Merci, Mme la Présidente. Je dois avouer que j'ai
un amour profond pour Maurice Richard. Je suis très heureux d'entendre
son nom à chaque fois qu'on m'interpelle.
Si cette phrase-là
n'était pas là, c'est quoi qui s'appliquerait au juste?
M. Skeete : Parce que ce qui est différent maintenant, c'est
qu'une des raisons... avec la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État, c'est
qu'il portait plusieurs chapeaux. C'était ça, l'enjeu de gouvernance qu'on
avait. Il était à la fois PDG du fonds
et à la fois président du conseil d'administration. Ça, c'est un drapeau rouge
en matière de gouvernance moderne. Par contre, maintenant, il va être le
Scientifique en chef et PDG. On voulait mettre les deux titres pour être sûrs qu'il serait rémunéré pour les deux titres
qu'il occupe désormais. Donc, c'est une précision qui permet justement de
prendre l'ensemble de sa charge de travail en considération.
M. Bouazzi : Mais actuellement sa rémunération, du coup, est
définie dans... donc elle... parce qu'il n'y a pas quelque chose qu'on
biffe, c'est juste un ajout. Ça fait qu'actuellement, la rémunération, elle est
comment?
M. Skeete : On rajoute la notion de ces différents chapeaux
qu'il va porter. Puis l'ensemble de sa rémunération, si vous voulez,
peut-être, maître, rajouter exactement...
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
monsieur, vous voulez bien vous présenter, dire votre titre et ensuite
répondre à la question, s'il vous plaît.
M. Hudon (Alain) : Absolument. Merci, Mme la
Présidente. Alors, Alain Hudon, légiste au ministère des Finances,
Économie, Tourisme.
Si on n'avait pas la
modification qui est proposée actuellement, la rémunération du Scientifique en
chef serait effectuée en vertu de la loi sur la gouvernance, essentiellement,
puis, en vertu de la loi sur la gouvernance, la rémunération ne vise que le
poste de PDG ou le poste de président du conseil d'administration, et le
Scientifique en chef, ici, a deux chapeaux. Il va avoir un chapeau de PDG du
fonds et un chapeau de Scientifique en chef, l'expert scientifique du
gouvernement. Donc, on ne pourrait pas, en vertu de la Loi sur la gouvernance
des sociétés d'État, rémunérer le scientifique pour son rôle de Scientifique en
chef, d'où l'inclusion par l'amendement ici.
M. Bouazzi : C'est
limpide, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres commentaires? Oui, M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin :
Oui, merci, Mme la Présidente.
Avant ça, le Scientifique en chef était rémunéré sous quelle gouverne?
Comment ça se faisait qu'il... parce que c'est intéressant, je comprends, là,
mais, nonobstant son rôle de président-directeur général du Fonds de recherche,
s'il n'a pas eu cette...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Monsieur, allez-y.
M. Hudon
(Alain) : Merci, Mme la Présidente. Avant d'être assujettie à la Loi
sur la gouvernance des sociétés d'État, la rémunération du Scientifique en chef
était prévue dans la Loi sur le ministère de l'Enseignement supérieur. C'est
l'article 31, de mémoire. Cet article-là a été modifié à la suite de
l'assujettissement à la loi sur la gouvernance,
où là, dans la loi sur la gouvernance, on prévoit qu'il est rémunéré en
fonction de son rôle de PDG ou de PCA, là. Il a les deux chapeaux. Actuellement, il est à la fois président du conseil d'administration et
président-directeur général, mais là, avec l'amendement qu'on fait, il
va pouvoir être rémunéré en tant que Scientifique en chef.
M. Beauchemin : Donc, actuellement,
on est dans un régime intérimaire, si on peut dire?
M. Hudon (Alain) :
On peut dire. Puis dans la loi sur la... quand on a assujetti les fonds à la
loi sur la gouvernance, on a reconduit le Scientifique en chef, qui était en
poste au moment de l'assujettissement à la loi sur la gouvernance, aux mêmes conditions qu'il avait à ce moment-là. Donc, il a
gardé toutes les conditions, il était rémunéré en vertu de la Loi sur le ministère de l'Enseignement supérieur en vertu
de son rôle de Scientifique en chef, et de PDG des fonds, et de PCA
également.
M. Beauchemin : OK. Je comprends.
Merci.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. S'il n'y a pas d'autre commentaire, je vais
mettre aux voix l'amendement du ministre. Est-ce que l'amendement est
adopté ou rejeté?
Des voix : Adopté.
La Présidente (Mme D'Amours) : Adopté.
L'amendement est... Oui, M. le...
M. Beauchemin : J'aurais un
amendement au projet de loi, à l'article actuel. C'est ça?
Une voix : ...
M. Beauchemin : C'est ça.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Donc, je vais terminer. Est-ce que l'amendement
est adopté? Tout le monde a dit oui.
Merci. Nous revenons à l'article 2, et j'entends que vous avez un
amendement à déposer. Est-ce qu'il est sur Greffier?
M. Beauchemin : Oui.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Alors, si vous voulez bien commencer la lecture,
M. le député, s'il vous plaît.
M.
Beauchemin : Dans l'article 22.1 de la Loi sur le
ministère de l'Économie et de l'Innovation que l'article 2 du projet de loi propose, insérer, dans le
deuxième alinéa et après «trois membres», la chose suivante, «dont la majorité
provient d'un établissement public de recherche ou d'enseignement supérieur».
Juste
pour, comme, qu'on clarifie la mathématique, là, ici, là, majorité, ça veut
dire que dans un CA de cinq personnes, bien, ce serait trois; si supposons que
c'est un total de quatre, bien là, on serait à l'équivalent de trois; si on
a... si supposons qu'il y aurait un
CA complet de sept... de huit personnes, il faudrait que ce soit cinq. Donc,
juste pour s'assurer que ce soit la majorité tout le temps qui soient
des gens qui proviennent, donc, de...
M. Skeete : ...suspende, s'il vous
plaît, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Skeete : Ah! je pensais qu'il
avait terminé. Excuse-moi.
M. Beauchemin : Bien, c'est correct,
on...
M. Skeete : Excuse-moi.
M. Beauchemin : Oui, oui, c'est
correct, c'est beau.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...donc
on suspend les travaux quelques minutes.
(Suspension de la séance à 16 h 36)
(Reprise à 16 h 40)
La
Présidente (Mme D'Amours) : Nous reprenons nos travaux. Et, après discussion,
M. le député, je comprends que vous aimeriez retirer l'amendement que
vous avez lu pour en déposer un nouveau?
M. Beauchemin : Oui, merci. Désolé,
Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
j'ai besoin du consentement de tout le monde. Merci. Donc, l'amendement... le premier amendement de
M. le député de... est retiré. Maintenant, vous déposez un autre amendement,
et j'aimerais que vous en fassiez la lecture, s'il vous plaît.
M. Beauchemin : Donc,
dans l'article 22.1 de la Loi sur le ministère de l'Économie et de
l'Innovation que l'article 2 du projet de loi propose, ajouter à la fin du
deuxième alinéa les mots «dont la majorité provient d'un établissement public
de recherche ou d'un établissement d'enseignement supérieur».
La Présidente (Mme D'Amours) : ...M.
le député?
M. Beauchemin : Bien, c'est vraiment
un contexte où est-ce qu'on veut s'assurer ici que, peu importe la... le nombre
de membres sur le CA, que la majorité soit tout le temps respectée pour des
gens qui viennent, donc, d'un background de
recherche, d'enseignement supérieur. Donc, pour moi, c'est ça qui...
l'important, c'était ça. L'exemple, 3 sur un chiffre de 5, ce serait 4
sur un chiffre de 6, ce serait 4 sur... ce serait 5 sur un chiffre de 8, etc.
Donc, juste s'assurer que cette règle-là soit maintenue.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Commentaires sur l'amendement du député? Oui, M. le ministre.
M.
Skeete : Bien, je vois d'un bon oeil l'amendement du
collègue. Je pense que ça s'inscrit dans notre intention de procéder.
Donc, moi, je n'ai pas d'objection à cet amendement-là, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
D'autres commentaires? M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Oui. À mon tour aussi
de trouver que cet amendement est important pour la suite des choses. Est-ce
que... Sur la procédure, est-ce que, si j'ai des questions à poser, je les pose
à la première opposition ou au ministre? Ça marche comment?
La Présidente (Mme D'Amours) : Ça
dépend de la question que vous avez, qui va pouvoir répondre.
M. Bouazzi : Sur l'amendement en
tant que tel.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
vous pouvez poser la question.
M. Bouazzi : Donc, est-ce qu'on a le
droit de se poser des questions?
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
pouvez poser des questions, oui.
M. Bouazzi : OK. Ça ne veut pas dire
que je vais le faire. J'étais vraiment curieux. Donc là, on parle, juste pour
être sûr, des personnes qui vont sélectionner le Scientifique en chef, c'est
bien ça? OK, oui, c'est très bien.
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
bien? S'il n'y a pas d'autre commentaire, je vais mettre aux voix l'amendement.
Est-ce que l'amendement est adopté ou rejeté?
Des voix : Adopté.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Adopté. Merci. Donc, nous revenons... (panne de
son) ...premier... attendez, comment le dire, article tel qu'amendé.
M.
Skeete : ...procédure, Mme la Présidente. Là, moi, j'avais
aussi un amendement. Donc, l'amendement a été rajouté à l'amendement du
collègue, puis là on arrive sur le... tel qu'amendé deux fois, n'est-ce pas? Je
veux juste être sûr que je comprends où est-ce qu'on est.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
M.
Skeete : Parfait. Alors, moi, je pense qu'on a fait le tour
de la question, alors je demanderais le vote sur le 22.1, s'il vous
plaît.
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
n'y aura pas de vote sur le 22.1. Ce que j'expliquais au début, je vais le redire pour tout le monde...À chaque
amendement que l'on dépose sur l'article qu'on travaille, nous devons passer
aux voix, mais nous allons procéder... aux
voix l'article complet, l'article 2 complet, avec les amendements déjà
votés.
M. Skeete : C'est beau. Je
comprends, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
on serait rendus au...
Une voix : ...
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui,
attendez un instant. Là, nous sommes toujours sur le 21.1.
Une voix : ...
La
Présidente (Mme D'Amours) : 22.1, pardon, excusez, oui, merci. Donc, est-ce
qu'il y a des commentaires encore sur le 22.1 tel qu'amendé?
M. Beauchemin : Oui.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député de Marguerite-Bourgeoys.
M.
Beauchemin : Merci. Merci beaucoup, Mme la Présidente. Puis
j'apprécie beaucoup votre main de fer, là, sur la façon d'ordonner la conversation là-dessus. Ça nous ramène à
l'ordre, puis c'est encore, en fait, un apprentissage, donc, pour moi.
Bien, ma question est relativement simple, mais,
en fait, je pense que ça peut être une occasion pour le ministre de nous expliquer un petit peu la perspective du gouvernement
là-dessus. Donc, dans le premier paragraphe : «Le gouvernement
nomme, pour un mandat d'au plus cinq ans, une personne à titre de scientifique
en chef, laquelle exerce les fonctions qui lui sont conférées par
l'article 22.2 avec l'indépendance qu'elles requièrent.» Est-ce que le ministre pourrait nous définir un peu ici, là,
quelle indépendance qu'elles requièrent? Comment vous le définissez, là,
l'indépendance requise?
M.
Skeete : Bien, c'est sûr que Scientifique en chef, c'est un
poste noble, c'est un poste d'importance capitale pour une société. De
pouvoir compter sur un scientifique en chef qui va nous aviser, nous
représenter, qui va nous parler, expliquer des concepts de fine pointe
scientifique, c'est tellement important que cette personne-là puisse le faire
d'une manière indépendante, puisse le faire sans peur de représailles et aussi
en phase avec la science. Alors, c'est tout ça, là, que ça veut dire quand on
dit qu'il doit avoir lieu de pouvoir faire son travail sans interférence, sans pression, sans... sur le fait même d'être la
science, là, tu sais, il faut vraiment être axé science. Alors, c'est ça,
l'intention de... les mots qu'on choisit.
M. Beauchemin : Bien, je vous
entends puis j'aime ça parce que c'est exactement ce que j'aurais souhaité voir. Mais la seule question que je me pose,
c'est : D'accord, mais est-ce que les mots qui sont écrits là suffisent
pour refléter ce que vous dites? Dans le sens que vous en avez rajouté
beaucoup, puis je trouve ça intéressant parce que c'était vraiment les points
que j'avais en tête. Donc, «qu'elles requièrent», bien, ça peut être à
définition variable. C'est pour ça que je me pose la question : Comment on
peut mieux l'encadrer, cette indépendance-là?
M. Skeete : Bien, moi, je dirais, on
a un comité de sélection par ses pairs qui va aboutir à la nomination d'un
scientifique en chef respecté par ses pairs, qui, après ça, va émettre une
opinion... ou d'aider le gouvernement dans les interprétations scientifiques et
dans la diplomatie scientifique. Puis là on vient dire, dans la loi, que c'est
souhaité que cette personne-là soit indépendante. Moi, je pense que le travail
est fait, je pense qu'on est clairs dans l'intention et... du rôle de cette
personne-là.
M. Beauchemin : Il n'y a pas de...
il n'y a pas de risque d'osmose qui pourrait se faire avec le gouvernement
éventuel puis que ça devienne plus une approche partisane? Bien, je pose la
question comme ça, là.
M. Skeete : Non, mais c'est... la
question qu'on doit se poser parce que c'est important. Je ne pense pas. Le
risque que vous évoquez serait possible, peu importe ce qu'on écrit. Alors, ce
qui n'a... qu'est-ce qu'on a dans nos institutions pour nous protéger, en bout
de ligne, c'est la bonne foi et aussi le fait qu'on vient exprimer le désir
souhaité dans la loi et que le processus de sélection d'une communauté aguerrie
et avisée devrait nous... faire en sorte qu'on se retrouve avec quelqu'un qui
est crédible et qui est capable d'avoir, avec sa prestance, l'autonomie
nécessaire pour dire ce qu'il pense vraiment.
La Présidente (Mme D'Amours) : D'autres
interventions, M. le député?
M. Beauchemin : Bien, l'évaluation
doit se faire, du Scientifique en chef, à l'égard de l'exercice de ses fonctions comme... Comment cette évaluation-là,
comment ce... Tu sais, est-ce que c'est semi-annuel, est-ce que c'est
annuel, c'est... Est-ce que c'est fait à...
M. Skeete : ...qu'on lui donne par
rapport à son travail effectué?
M. Beauchemin : Oui. Bien, dans le
troisième paragraphe, là, vers le milieu du paragraphe, vous parlez... un instant, là : «...le conseil d'administration
du Fonds de recherche du Québec institué en vertu de l'article 22.5
procède à une évaluation». Comment l'administration du fonds va-t-elle
effectivement, donc, procéder à l'administration... excusez, à l'évaluation du
Scientifique en chef?
M.
Skeete : Bien, il va y avoir, selon le comité de sélection,
des critères d'embauche, des objectifs déterminés, puis il va être... il ou elle va être jugé par sa
capacité de livrer sur ce qui a été dit. Peut-être, si le sous-ministre adjoint
pourrait nous
dire un peu comment ça se passe aujourd'hui, pour vous donner une idée comment
ça pourrait fonctionner à l'avenir, là.
M. Beauchemin : Oui, ce serait
intéressant, oui.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
sous-ministre.
M. Gervais (Mathieu) : Oui,
absolument. Donc, c'est une responsabilité du conseil d'administration. Donc,
c'est le conseil d'administration qui va aller établir, comme M. le ministre le
disait, non seulement les cibles, mais le processus d'évaluation. Donc, c'est
le conseil qui va évaluer, en fonction de ses critères, le Scientifique en
chef.
• (16 h 50) •
M. Beauchemin : OK. Comme un genre
de conseil de... Comme un genre de comité de ressources humaines à l'intérieur
du... bien, je mets un vieux chapeau, là, c'est de même qu'on avait fait ça,
là, dans un comité ressources humaines, compensation, par exemple, là?
M. Skeete : Exactement. Il pourrait
y avoir ça, mais d'où l'importance... puis ça, je veux nous ramener à la Loi
sur la gouvernance des sociétés d'État, c'est la raison pour laquelle il ne
doit pas siéger comme président du conseil
d'administration aussi. C'est une des raisons... une des aberrations qu'on
corrige avec la loi aussi, pour le rendre plus transparent, ce
processus-là, vu qu'il est imputable et redevable au conseil d'administration.
M. Beauchemin : Puis, dans le passé,
ça ne se passait pas comme ça?
M. Skeete : Bien, avant, c'est...
dans les vieilles façons de faire, puis tout le monde le faisait, là, ce
n'était pas malhonnête en soi, mais on avait un conflit inhérent qui était...
on avait un président, mettons, un CEO d'une entreprise puis on avait le CEO de
l'entreprise qui était aussi président du conseil d'administration. Ça, ce
n'est plus dans les bonnes pratiques de gouvernance. Toutes les grandes
sociétés privées et publiques ont tendance à tourner le dos à cette pratique-là.
M. Beauchemin : OK. C'est bon. Pas
d'autre question.
La Présidente (Mme D'Amours) : Pas
d'autre question? Avez-vous d'autres commentaires sur l'article
intitulé 22.1 tel qu'amendé?
M. Bouazzi : Oui, Mme la Présidente.
Déjà, pour comprendre, actuellement, le processus qui est décrit dans la
sélection du Scientifique en chef, si vous pouvez nous le décrire c'est quoi,
les étapes, exactement.
M.
Skeete : Bien, la façon que c'est écrit, c'est que le
gouvernement va donner le mandat à ces gens-là à créer un processus de
sélection. Ça va revenir à eux de décrire les critères du processus de
sélection, avec l'autonomie qui leur revient. Une fois qu'ils vont faire des
choix, des rencontres et rencontrer les candidats et candidates qui seraient viables au poste, ça va être présenté au conseil
d'administration qui lui, après ça, va soumettre au gouvernement les noms
des personnes qu'il considère qui seraient aptes au poste.
M. Bouazzi : Ça fait qu'il en... Je
comprends qu'il en propose au moins trois. C'est-tu ça?
M. Skeete : Au moins trois.
M. Bouazzi : Et ensuite c'est au
ministre de décider lequel des trois il veut?
M. Skeete : Oui, puis c'est le même
processus que pour les juges. Ça fait que c'est le gouvernement, pas le premier
ministre, là, c'est une décision du Conseil des ministres.
M. Bouazzi : Donc, ce n'est pas le
ministre de l'Économie?
M. Skeete : Non, c'est le Conseil
des ministres qui fait les nominations.
M. Bouazzi : OK. Et est-ce que le
gouvernement peut proposer des noms à ce comité?
M. Skeete : Ce ne serait pas dans
les meilleures pratiques.
M. Bouazzi : Parce que je vous ai
entendu dire... Sur la question de l'indépendance, je dois avouer que je partage quelques-unes des craintes de mon collègue
de Marguerite-Bourgeoys — c'est
ça? — de
Marguerite-Bourgeoys, étant donné surtout la quantité de responsabilités
qui maintenant sont associées au chapeau de Scientifique en chef.
Et l'importance d'avoir une voix indépendante...
c'est toujours important, mais évidemment, dans ce qui touche à la science,
particulièrement, ce serait assez dramatique, une démocratie et des processus
qui ne permettent pas, structurellement, d'empêcher,
justement... ou de s'assurer le plus possible d'avoir une voix scientifique qui
est indépendante de la voix politique et qui, donc, donne des conseils qui
sont, au vu de la société, comme étant dénués de
tout soupçon sur la question de la partisanerie ou la... ou tout simplement être
le plus professionnel possible, disons, d'un point de vue scientifique.
Et la bonne foi ne
suffit pas. Moi, je partage un défaut avec le ministre... le député de
Marguerite-Bourgeoys, c'est que j'ai passé
15 ans dans une banque, et puis les questions de gouvernance, évidemment,
sont très importantes... et puis la question structurelle sur comment
penser la loi pour que, structurellement, on mette un certain nombre de balises, une gouvernance qui mette un certain
nombre de balises qui évitent d'avoir des comportements qui ne seraient
pas, justement, conformes à l'esprit que vous avez ici. Est-ce que vous ne
pensez pas que, dans le cas du Scientifique en chef, particulièrement, ça ne
devrait pas être le gouvernement qui choisisse le Scientifique en chef, mais
plutôt l'Assemblée nationale aux deux tiers?
M. Skeete : Ça,
c'est une bonne question, puis ça... elle a été évoquée durant les
consultations particulières. La crainte, la
plus grosse crainte qu'on a entendue par rapport au processus de nomination,
c'était la crainte des scientifiques par rapport à... le fait que les
personnes choisies doivent être compétentes pour occuper le poste de
Scientifique en chef. Avec toutes les forces
qu'on peut avoir, comme députés de l'Assemblée nationale, on n'est pas tous des
scientifiques. Je pense que le processus qu'on met ici de l'avant a le
plus de chances de trouver un candidat ou une candidate qui est compétente à
exercer le poste de Scientifique en chef.
Ce serait, en fait,
ce que je dirais, une fausse bonne idée, parce qu'en voulant ratisser le plus
largement, démocratiquement, on viendrait peut-être politiser un processus
qu'on ne souhaite pas qu'il soit politique. Alors, en quelque part, je pense qu'on est mieux servis avec un processus avec des
pairs indépendants qui font des recommandations au conseil
d'administration, qui avalisent les noms qu'ils préfèrent, qui sont crédibles
dans la communauté et qui soumettent au Conseil des ministres les noms de
personnes qui pourraient occuper le poste. Je pense que c'est la meilleure
façon de procéder.
M. Bouazzi : Et je ne suis pas sûr de comprendre. Donc, de
toute façon, ce dont on parle, c'est... une fois que ce comité a proposé au CA
et que le CA propose les trois noms, à ce moment-là, on irait à l'Assemblée
nationale. Ce n'est pas... Donc, pourquoi ce serait plus politique? Je
ne comprends pas.
M. Skeete : Bien,
ça, ce n'était pas clair dans votre intervention. Là, maintenant, ça l'est.
Bien, je vous dirais... je vous dirais
qu'ultimement je ne vois pas en la capacité de l'Assemblée nationale, dans ce
cas-ci... et l'utilité aussi de
trancher dans cette recommandation-là. Je ne sais pas s'ils ont l'expertise
pour le faire et je ne le sais pas si c'est de bon aloi de le faire.
Ceci étant, on pourrait
se donner ce pouvoir-là, mais je pense que la meilleure façon de faire, c'est
de prendre... ce serait de prendre les noms qui sont donnés directement au
conseil d'administration, qui seraient donnés au gouvernement, et puis que, par
la suite, cette personne-là pourrait travailler avec le gouvernement. Je pense
que c'était M. Quirion qui nous avait dit qu'il préfère de loin un scénario où
est-ce qu'il est nommé par le ministre ou les ministres directement, ne
serait-ce que pour faciliter les échanges et l'accès qu'il pourrait avoir pour
faire avancer les dossiers. Le processus de nomination que vous évoquez,
collègue, est surtout pour les institutions qui doivent être neutres ou qui
doivent être exemplaires dans leur neutralité. Je pense ici au DGEQ, je pense
ici au chef de police, l'UPAC, Sûreté du Québec. On n'est pas dans ces genres
de nomination là, quand on parle du Scientifique en chef.
La Présidente (Mme
D'Amours) : D'autres interventions?
M. Bouazzi : Oui.
J'ai du mal à comprendre l'argument, d'ailleurs, du Scientifique en chef, qui
consiste à dire : Si c'est le ministre ou les ministres qui me
choisissent, bien, je vais mieux collaborer avec eux. De toute façon, c'est le
CA qui propose trois noms. L'idée, c'est que juste... ça le protège, lui, dans
son indépendance, d'avoir un processus qui soit à ce point... Je n'ai pas très
bien compris. Est-ce que vous seriez d'accord avec son affirmation? C'est ça
que je comprends?
M. Skeete : Bien,
je ne peux pas parler pour M. Quirion. C'était lui qui l'a dit, alors je...
M. Bouazzi : Mais
vous, vous en pensez quoi?
M. Skeete : Moi,
je suis d'accord avec lui. Je suis d'accord avec lui.
M. Bouazzi : OK,
que si l'Assemblée nationale, qui vote aux deux tiers quelqu'un qui nous est
proposé par le CA... la collaboration serait compromise avec le ministre?
M. Skeete : Non,
ce n'est pas ça que je dis. C'est qu'il y a deux enjeux. Le premier, c'est
celui qu'on décrit par rapport à la... qui est décrit par M. Quirion, par
rapport à la proximité et... des échanges, la facilité des échanges ensemble et
le travail qui se ferait dans l'opérationnalisation, là, du processus de
nomination. Il y a l'autre côté aussi, qui est la nomination par le deux tiers
de l'Assemblée nationale... est quelque chose qui est une récente invention qui
est en lien surtout avec, disons-le, les enjeux d'éthique que le Québec a
connus dernièrement et que... visait à donner cette impression-là que les
décisions n'étaient pas prises uniquement par le gouvernement.
J'ai un problème à élargir
ce concept-là au-delà de fonctions qui nécessitent la neutralité. Je pense,
encore une fois, au DGEQ, ça va de soi que ce soit le plus possible par
consensus, chef de police, l'UPAC, qui peut enquêter sur les politiciens, je pense que c'est de bon augure d'avoir quelqu'un
qui est nommé par les pairs de l'Assemblée nationale. Ceci étant, je ne
vois pas la nécessité du gouvernement de céder son droit de nominer des gens,
qui est son droit partout, dans tous les autres secteurs, dans tous les autres
départements, pour ce cas-ci. Alors, je suis partagé entre ces deux raisons-là.
• (17 heures) •
M. Bouazzi : Laissez-moi être
d'accord avec vous. Effectivement, on a vérifié, et puis il y a quand même un
certain nombre... Et puis on vote, de temps en temps, à l'Assemblée, sur les
deux tiers pour un certain nombre de postes,
et effectivement, là, je vois la liste devant moi, donc : présidentes et
présidents des membres de la Commission d'accès à l'information, la même chose pour la Commission de la fonction publique, Commission
de la représentation électorale, commission des droits de la personne et
de la jeunesse, l'Unité permanente anticorruption, l'Autorité des marchés financiers, Commissaire de la lutte contre la corruption, Sûreté du Québec, Directeur des poursuites
criminelles, et évidemment, plus
récemment, l'ajout de la... par exemple, de Commissaire à la langue française. Ça fait qu'effectivement ce que vous dites est... revient,
parce que, même au niveau du commissaire, il y a un certain nombre de pouvoirs
d'enquête, etc., pour le Commissaire à la langue française.
Mais, sur la question de l'indépendance en tant
que telle, et malheureusement aussi parce qu'on a une histoire, au Québec, qui fait qu'il y a toutes sortes de processus qui
ont été un peu malmenés, toutes sortes de nominations partisanes, etc.,
étant donné qu'ici on parle d'un scientifique, en tant que tel, vous ne pensez
pas que c'est une bonne idée de dire : Bien, au bout du processus, il
faudrait que je... Tu sais, je veux dire, je comprends que c'est le droit de
l'exécutif, là, qui est très, très politisé... Ce n'est pas une bonne idée de
politiser mais l'exécutif est, par définition, politisé, on s'entend...
M. Skeete : ...politisé dans
l'optique où est-ce que le politique le fait. Je ne suis pas d'accord avec le
fait que c'est toujours politique, mais c'est... Vous savez ce qu'on dit de la
démocratie, hein, c'est le pire système, à part tout le reste. Alors, on vit
avec les faiblesses de notre système. Oui, l'exécutif nomme, avec tous les
désavantages et avantages que ça peut avoir, mais c'est contrebalancé. Je vais
vous donner l'exemple des juges, c'est le même processus où est-ce qu'on
choisit des noms pour les juges. Est-ce qu'on est à l'abri de dérives à ce
niveau-là? L'histoire nous démontre que non.
Par contre, c'est quand même important d'avoir... de maintenir cette
prérogative-là. Puis ultimement, de dire le contraire, ce serait comme insinuer
que tout le monde qui est nommé n'est, un, pas neutre, deux, bien,
redevable politiquement, puis je ne suis pas sûr que je décrirais le système
actuel québécois comme ça. Alors, je comprends
ce que vous dites, je ne suis pas d'accord que... je ne suis pas d'accord avec
la conclusion que ça veut dire qu'il faudrait nommer le Scientifique en
chef pour ça.
M. Bouazzi : L'exemple des juges que
vous donnez, intéressant. On s'entend quand même que, la dernière fois, il y a
eu comme un débat public sur la nomination de juges qui étaient des amis
d'enfance, etc., qui respecte un processus,
mais qui pose des questions au niveau de la population, et c'est des questions
qu'on préfère que la population ne se pose pas sur... Et c'est justement
ça qu'on apporterait, c'est de s'assurer que, quand on parle du Scientifique en
chef,
qui a quand même la responsabilité de conseiller tout l'exécutif sur tout sujet
scientifique, ce qui n'est pas peu de choses, on s'entend, bien, que son
indépendance soit aussi garantie, à travers un processus qui va jusqu'au bout.
Ce n'est pas
par hasard que tous ceux qu'on choisit aux deux tiers de l'Assemblée nationale
ce soient ceux-là, parce qu'on ne
veut pas que les gens se questionnent. Ça ne veut pas dire que, si, demain, je
ne sais pas, moi, le président de la Commission des droits de la personne est choisi par le gouvernement, que c'est
absolument sûr que ce n'est pas une... que c'est une nomination
partisane. Au contraire, là, ce n'est pas... ce n'est pas ça, bon, mais...
M. Skeete : Je rappellerais au
collègue que ce n'est pas parce que ça a été nommé aux deux tiers ou même à
l'unanimité de l'Assemblée nationale que l'opposé est vrai aussi. Ça fait que je...
M. Bouazzi : C'est ça, mais c'est
une étape de plus.
M. Skeete : On n'est jamais à l'abri
de ce que vous décrivez.
M. Bouazzi : Mais c'est une étape...
on est d'accord que c'est une étape de plus.
M. Skeete : Je ne suis pas d'accord
que c'est une étape de plus. Je pense qu'on n'est pas plus ou moins à l'abri.
Puis je rappellerais aussi au collègue que le processus qu'on se donne ici est
beaucoup plus rigide et strict que les
nominations qu'on fait ailleurs au gouvernement. Donc, on se donne un cadre qui
est déjà un petit peu plus encadré, sérieux, pour être sûrs qu'on va
chercher la bonne personne. Donc, on a déjà en place un mécanisme qui est déjà
atypique de... les autres nominations que le gouvernement peut faire.
M. Bouazzi : Bien, on s'entend, mais
ce n'est pas par hasard, M. le ministre, c'est pour garantir la liberté
académique. Ce n'est pas peu de chose. On s'entend que la liberté académique,
pour être garantie, ce n'est pas le bon vouloir d'un exécutif qui devrait
intervenir. Et donc c'est pour... dans l'objectif de garantir la liberté
académique des chercheuses et chercheurs que
le processus est différent dans le cas du Scientifique en chef, qui,
vous l'avez dit vous-même, va cumuler le chapeau de
Scientifique en chef et de PDG du fonds. Ça fait que... ça fait qu'il me
semble... ce n'est pas peu de choses, là. Il
n'est pas au service... son indépendance doit être garantie. Puis si on a un
mécanisme, on en a un qui permet d'avoir une coche de plus qu'un exécutif qui
choisit dans un top 3, bien, ce serait important, là, de l'utiliser.
Je veux dire, c'est...
On a entendu le gouvernement, dans le passé,
expliquer à quel point la liberté académique, c'est important. Là, on a des
milliers de chercheurs qui nous disent : Attention, on a peur pour notre
liberté académique. Ce serait bien de leur donner des gages et puis de mettre,
dans la loi, un certain nombre de gouvernances structurelles qui vont dans le
sens d'assurer leur liberté académique. Et décider que ce n'est pas l'exécutif
qui choisit le Scientifique en chef, mais plutôt l'Assemblée nationale aux deux
tiers, sous la recommandation, donc, de ce CA, serait, évidemment, une étape.
Est-ce que
vous ne pensez pas qu'on devrait faire le maximum pour garantir la liberté
académique? Parce que c'est ça, l'enjeu, M. le ministre, un enjeu du
fond, là, on s'entend, là.
M. Skeete : Vous sous-entendez qu'on
ne fait pas le maximum et qu'en faisant le vote aux deux tiers, c'est le
maximum. Je ne suis pas sûr que je suis d'accord avec cette prémisse-là, un.
Deux, en utilisant votre même critère, suite à l'élection de 2022, on est plus
que deux tiers puis on pourrait faire ce qu'on veut...
M. Bouazzi : Donc, il n'y a pas de
problème.
M. Skeete : ...puis il n'y aurait
pas de problème. Alors, je ne suis pas sûr qu'on règle le problème que vous évoquez. Le problème que vous évoquez :
Est-ce que la personne va avoir la liberté de faire son travail?, nous, on pense
que, si on a des personnes qui sont de la communauté scientifique, qui font le
processus de sélection, qui présentent au
conseil d'administration qui, lui, choisit les personnes qu'il pense peuvent
faire le travail puis, après ça, après tout ça, le gouvernement vient
nommer, je pense qu'on a trouvé une bonne personne.
M. Bouazzi : Bon, alors, moi, je ne
dis pas qu'on fait tout... on me dit que c'est... moi, je dis que c'est plus.
Et je ne sous-entends rien du tout, M. le ministre, j'affirme... et je ne suis
pas le seul, il y a 2 000 enseignants qui s'inquiètent pour la liberté
académique. J'affirme que les gens sont inquiets pour la liberté académique et
que, donc, j'affirme aussi qu'avoir
l'Assemblée nationale qui décide aux deux tiers plutôt que l'exécutif, c'est
une coche de plus. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette affirmation?
M. Skeete : Je pense que l'élection
de 2022 vient prouver que ce n'est pas le cas. L'élection de 2022 fait en sorte
que la Coalition avenir Québec occupe plus que du deux tiers des sièges. Avec
cette logique-là, on est bénis de choisir qui on veut pour faire...
M. Bouazzi : Effectivement, effectivement.
M. Skeete : Bien, moi, je ne suis
pas d'accord avec ça. Je ne pense pas qu'on est plus...
M. Bouazzi : Donc, c'est une coche
de plus, mais ce n'est pas l'unanimité non plus, on s'entend.
M. Skeete : Je ne suis pas d'accord
que ça protège tout, parce qu'on arrive dans la même, entre guillemets, dérive que vous voulez prévenir. Moi, je pense que
le processus qu'on se donne aujourd'hui de dépolitiser l'affaire qui, avant que
ça devienne regardé par la politique et, après ça, par des personnes qui
comprennent ça, le gouvernement, par le corps de son exécutif, fait ce
qu'il a toujours fait avec son rôle d'exécutif, c'est de nommer les personnes
clés dans les différents ministères. Moi, je
pense que ça, c'est beaucoup plus... beaucoup plus rigoureux que ce que vous
proposez. Puis je pense qu'en bout de ligne on a plus de chances
d'aboutir à une meilleure candidature que ça. Mais tout ça est... Je comprends,
là, pourquoi le collègue veut ça, mais je ne suis pas sûr que ça fasse
ceinture, bretelles, comme il semble dire.
M. Bouazzi : Ça ne fait pas
ceinture, bretelles, mais ça fait ou bien ceinture, ou bien bretelles, ça
fait... Mais si ce n'est pas une coche de
plus, pourquoi est-ce que toutes ces Sûreté
du Québec, Directeur des poursuites criminelles et
pénales, etc., passeraient par les deux tiers? Bien sûr que c'est une coche de
plus. Je ne comprends pas...
• (17 h 10) •
M. Skeete : Non, ce n'est pas la
raison. La raison qu'on fait ça, c'est que ces gens-là ont un rôle important
dans la société, ils ont... ils exercent le pouvoir, entre autres, sur
l'Assemblée nationale et les membres qui vont être assujettis à... les lois. Je
pense ici, notamment, à l'UPAC, je pense à la VG, je pense à l'accès à
l'information. On est tous concernés par ces
personnes-là. Donc, on doit avoir un consensus, entre nous, sur la personne qui
peut, ultimement, avoir un mot à dire
sur notre vie. Alors, c'est pour ça que c'est d'autant plus délicat avec ces
rôles-là. Le DGEQ, est-ce qu'on veut avoir une nomination du deux tiers?
Même avec le deux tiers, on s'est donné comme objectif de s'assurer d'avoir au
moins un parti d'opposition, pour être sûrs que ce soit crédible et vérifiable.
Alors, moi, ce que je vous dis, c'est que, dans
cette optique-là, le deux tiers, en tant que tel, n'est pas garant. Même si on
rajoute d'autres critères pour dire que ça prend l'unanimité, je ne pense pas
qu'on arrive à l'objectif voulu. L'objectif voulu, c'est d'avoir une personne
qui est crédible, qui est capable d'exercer son travail.
M. Bouazzi : Et
vous ne pensez pas que, si l'exécutif choisit parmi les top trois, ça crée, en
tant que tel, un pouvoir de l'exécutif sur ce scientifique, et donc ça pourrait
porter atteinte à son indépendance?
M.
Skeete : Pas plus que la tyrannie de la majorité de
l'Assemblée nationale pourrait faire. On pourrait facilement être trois... deux
tiers de personnes qui seraient élues, de gens qui pensent que la COVID, c'est
par du 5G, puis ces gens-là décident
que... le Scientifique en chef, qui qu'il va être. On n'est pas plus avancés, si
on a un parlement rempli de gens comme ça. Alors, on n'est pas plus
protégés dans cette optique-là.
Je ne suis pas d'accord avec la prémisse de base
que c'est mieux. C'est différent, c'est acceptable également, peut-être, mais
je ne suis pas d'accord que c'est mieux, puis on arrive à la même place. Ce qui
compte, c'est ce qui arrive en amont, la sélection des personnes compétentes
par un comité de gens qui connaissent ça, suivi d'un conseil d'administration
deux tiers indépendants, un tiers de personnes dépendantes, qui connaissent le
domaine, qui ont à coeur l'institution, qui
vont faire un choix sur toutes les candidatures reçues, filtrer ces choix-là et
proposer trois candidatures intéressantes pour le gouvernement qui, lui,
avec sa prérogative de l'exécutif, va choisir la personne souhaitée. Moi, je
pense que tout est dans... Le processus est déjà bien défini et il fonctionne
bien.
M. Bouazzi : Vous avez dit que les
personnes qu'on choisit aux deux tiers ont un certain pouvoir sur les élus en
tant que tels, et je... vous excuserez mon manque de connaissances, mais
concernant le Commissaire à la langue française, par exemple, quel pouvoir il a
sur nous, en tant que députés?
M. Skeete : Il est là pour s'assurer
que la loi 101, et n° 96 maintenant, est bien en
place et que... pour s'assurer qu'on fait
les suivis nécessaires sur les recommandations faites par l'Office québécois de la langue française.
Historiquement, il y a eu un problème, dans les gouvernements successifs, que
ce soit le Parti québécois ou que ce soit le Parti libéral, où est-ce qu'un
parti avait intérêt à mettre de l'avant certaines données, et l'autre avait
intérêt à ne pas mettre de l'avant certaines
données. On s'est donné cette institution-là pour rétablir la confiance sur les
faits par rapport au statut de la langue française, actuellement, au Québec.
Voilà la raison pour le rendre... pourquoi on a rendu ça ouvert à
l'Assemblée nationale, parce qu'il y avait un enjeu de crédibilité sur le
dossier.
M. Bouazzi : Je comprends. Donc,
c'est une question de transparence par rapport aux données sur le suivi des
politiques publiques, mais ça n'a pas un pouvoir sur nous, en tant que
législateur, on s'entend-tu?
M. Skeete : Ça a un pouvoir de
sortir certains faits que certains partis pourraient avoir un intérêt à ce que
ça sorte ou pas. Donc, ça a...
M. Bouazzi : Ça lui permet d'être
indépendante.
M. Skeete : Je vais... bien, je vais
le dire autrement. Si je suis le Parti libéral, puis on note un déclin du
français à... sur l'île de Montréal, ça cause une pression politique,
peut-être, sur ce parti-là, à ne pas vouloir ce rapport-là sortir. Donc, le
commissaire, lui, a le pouvoir de le faire et de décider. De l'autre côté, si
on a un rapport qui dit : Bien, en
fait, le français se porte bien puis... pour ça, je vais partager le malheur,
là, je vais partager le malheur, collègue, faites-vous-en pas... si je
suis le Parti québécois, puis, au contraire, la situation du français s'est
stabilisée, bien, moi, je n'ai pas le goût que ça change mon narratif, alors
j'ai peut-être intérêt à ne pas en parler. C'est ça qu'on veut éviter avec le commissaire responsable de la
langue française, c'est qu'on dépolitise la démarche. Puis je dis ça sans...
M. Bouazzi : Non, c'est très bien.
M. Skeete : ...sans prétention des
intentions des collègues présents.
M. Bouazzi : Oui, et d'ailleurs, il
y a des rapports très intéressants qui sont sortis. L'étape suivante,
c'est : Est-ce que les chroniqueurs
s'en emparent ou pas en fonction de ce qui les arrange? Mais ça, c'est une
autre question.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...revenons
à notre projet de loi.
M. Bouazzi : C'est un très bon
point. Merci, Mme la Présidente. Donc, en fait, ce que ça garantit, dans le cas
du Commissaire
à la langue française, c'est aussi la
crédibilité et la transparence qui entourent ce poste-là. On est d'accord.
L'indépendance du politique, c'est de ça dont vous parliez aussi beaucoup.
M.
Skeete : Mais n'oubliez pas aussi que le Scientifique en chef a un rôle de diplomatie scientifique. Le
choisit... le Québec choisit ses diplomates aussi.
M. Bouazzi : Bien, c'était
d'ailleurs une de mes questions, et puis c'est... Qu'est-ce que c'est, la
diplomatie scientifique, exactement?
M. Skeete : Ça, c'est le fun, parce
que la diplomatie scientifique, ça, c'est... c'est de faire valoir la science,
la culture scientifique. Moi, le meilleur exemple de diplomatie scientifique,
pour moi, c'est le Scientifique en chef qui se présente dans une école secondaire pour parler
de la science, puis de l'importance de la science, puis les enjeux, et les
défis, et la beauté de la science. C'est de faire valoir la cause de la
science.
M. Bouazzi : Donc,
c'est comme un genre d'ambassadeur à... Donc, ce n'est pas... ce n'est pas par
rapport aux autres pays.
M. Skeete : Ça
pourrait être ça aussi.
M. Bouazzi : Ça
peut.
M. Skeete : Ça
pourrait être... on pourrait... en théorie, on pourrait envoyer notre Scientifique
en chef à la COP pour parler de comment le Québec se voit par rapport au... la
science qu'on fait, les technologies vertes, puis on pourrait l'envoyer là pour parler de science avec... puis échanger avec
d'autres scientifiques, pour ramener les meilleures pratiques et
partager les nôtres. Alors, ça pourrait être ça aussi.
M. Bouazzi : Mme
la Présidente, je vais déposer un amendement.
M. Skeete : Bien
oui.
La Présidente (Mme
D'Amours) : On va suspendre quelques minutes.
(Suspension de la séance à
17 h 16)
(Reprise à 17 h 43)
La
Présidente (Mme D'Amours) : La
commission reprend ses travaux au... et nous étions au dépôt de l'amendement
du député de Maurice-Richard.
M. le député, si vous
voulez bien nous en faire la lecture, s'il vous plaît.
M. Bouazzi :
Merci, Mme la Présidente. Donc, à l'article 22.1 de la Loi sur le
ministère de l'Économie et de l'Innovation, tel que nouvellement ajouté par
l'article 2 du projet de loi 44, faire les modifications
suivantes :
Au premier alinéa,
remplacer les mots «Le gouvernement nomme, pour un mandat de cinq ans» par «Sur
proposition du ministre et avec l'approbation des deux tiers des membres des
deux partis représentés...» Ah! non, ce n'est pas le bon. Donnez-nous une
seconde.
Bien, en fait, je
peux le lire là-bas.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Bouazzi :
«Sur proposition du ministre et avec l'approbation des deux tiers de ses
membres, l'Assemblée nationale nomme».
Et,
au troisième alinéa, ajouter, après les mots «transmet au ministre», les mots
«et au président de l'Assemblée nationale».
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...
M. Bouazzi :
Oui. Alors, ça tombe bien, nous allons pouvoir nous prononcer sur une
proposition qui améliore, donc, le processus
de sélection du Scientifique en chef et qui, je le souligne, permet d'ailleurs à
l'exécutif de choisir lequel des trois personnes proposées par le CA va
être présentée à l'Assemblée nationale. Donc, en soi, ça n'enlève pas tant de pouvoirs, mis à part que ça
assure une certaine, évidemment, transparence. D'ailleurs, je me souviens que,
même si actuellement le gouvernement détient plus des deux tiers des députés à
l'Assemblée nationale, sur quelques propositions qui ont été faites à
l'Assemblée, il y a quand même eu des pourparlers, de la négociation, des
rencontres avec les différentes personnes nominées, parfois, pour pouvoir,
justement, comprendre où est-ce que... qui est la personne et quels sont ses
objectifs. Et je pense que ce serait sain pour une démocratie que la science,
évidemment, suive un processus le plus rigoureux possible, et donc nous
soumettons cette proposition à nos chers collègues.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Commentaires sur l'amendement, M. le ministre?
M. Skeete : Bien, seulement pour dire
qu'on a déjà eu cette discussion-là, là. Je suis à la même place, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. M. le député de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin :
Bien, dans le contexte où est-ce que, bon, premièrement, que la démocratie
parle, je veux revenir un peu sur ce qui
nous a amenés à où est-ce qu'on est maintenant, là. Mais, dans le fond, on
souhaite renforcir le rôle du Scientifique
en chef. Je pense que ce n'est pas
une mauvaise idée que la démocratie puisse s'exprimer, mais je pense que ça devient extrêmement important si,
surtout dans le cas présent, on semble éliminer le mandat de cinq ans puis
c'est une... J'essaie de comprendre. Est-ce que c'est l'idée... ça devient,
comme, une nomination, comme... jusqu'à tant que...
M. Skeete :
Jusqu'à tant qu'il meure.
M. Beauchemin :
...le deux tiers de l'Assemblée nationale enlève le nominateur... le Scientifique
en chef?
M. Skeete :
Il va mourir en place.
M. Beauchemin :
Hein?
M. Skeete :
À vie.
M. Beauchemin :
OK. Mais, c'est parce que c'est une question que...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui, bien sûr. La volonté de votre amendement, M. le
député.
M. Bouazzi :
...un questionnement fort pertinent, cher collègue. Effectivement, ce
n'était pas l'objectif. Nous pouvons donc, si je comprends bien, soit amender
l'amendement, ou le retirer pour le représenter, ou alors, est-ce...
La Présidente (Mme
D'Amours) : Vous ne pouvez pas amender votre amendement vous-même.
M. Bouazzi :
Ah! OK. Peut-être...
La Présidente (Mme D'Amours) : Donc,
peut-être que le collègue peut amender l'amendement. Il ne le fera pas, je vois
un signe de tête. Alors, c'est à vous de décider si vous retirez votre
amendement ou si on continue les discussions.
M. Bouazzi : OK. Est-ce que... Bien,
on peut... Ce que je vous propose, juste pour ne pas prendre trop de temps, on
continue les discussions, à moins qu'on considère qu'elles soient closes? Oui?
M. Skeete :
...que j'ai, collègue, puis je ne veux pas faire allusion à vos intentions
futures, mais vous avez 20 minutes pour celui-là. Si on fait
20 minutes sur celui-là, puis vous me proposez votre version amendée, je
n'ai pas le goût de refaire un 20 minutes. Ça fait que moi, je...
M. Bouazzi :
Donc, on le retire. On en met un autre.
M. Skeete :
Je veux juste être sûr qu'on est à la même place, là.
M. Bouazzi : On est à la même place,
mais c'est comme vous voulez. On le retire pour en mettre un nouveau?
M. Skeete :
Tout est possible avec le consentement, mais je ne veux juste pas non plus
rejouer dans le film dans 20 minutes.
M. Bouazzi :
Non, non, non.
M. Skeete :
C'est juste ça.
M. Bouazzi :
Il n'y a pas de problème.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, si j'en comprends... si je comprends bien...
M. Bouazzi :
Bien, regardez, on va juste... Je pense que...
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...on retire...
M. Bouazzi :
Je pense que c'est facile à corriger. On va le faire tout de suite, comme
ça ce sera fait.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Donc, vous retirez?
M. Bouazzi : Et on
enlève aussi les trois minutes qu'on a déjà prises, comme ça, on prendra au
maximum 17 minutes.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député, vous retirez votre amendement?
M. Bouazzi : Oui.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
que j'ai le consentement pour retirer l'amendement du député?
M. Skeete : Consentement.
La
Présidente (Mme D'Amours) : D'accord. Je suspends les travaux quelques minutes
afin de rédiger à nouveau l'amendement.
(Suspension de la séance à 17 h 49)
(Reprise à 17 h 55
)
La Présidente (Mme D'Amours) : La
commission reprend ses travaux. Maintenant, nous en sommes à l'amendement
déposé de... du député, et je vous demanderais d'en faire la lecture, s'il vous
plaît.
M. Bouazzi : Merci, Mme la
Présidente. Donc, à l'article 22.1 de la Loi sur le ministère de
l'Économie et de l'Innovation, tel que nouvellement ajouté par l'article 2
du projet de loi n° 44, faire les modifications
suivantes :
Au premier alinéa, remplacer les mots «Le
gouvernement nomme, pour un mandat d'au plus cinq ans» par les mots «Sur proposition du [ministère] et avec
l'approbation des deux tiers, l'Assemblée nationale nomme une personne à
titre de scientifique en chef pour un mandat de cinq ans,».
Au troisième alinéa, ajouter après les mots
«transmet au ministre», les mots «et au président de l'Assemblée nationale».
La
Présidente (Mme D'Amours) : Vous avez dit «ministère», mais c'est écrit
«ministre». Le mot «ministre»...
M. Bouazzi : «Ministre».
Effectivement, j'ai dit «ministère». «Ministre».
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait.
Donc, commentaires sur votre amendement?
M. Bouazzi : Oui. D'abord, le Scientifique
en chef vient de revenir parmi les mortels...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Commentaires sur l'amendement, M. le ministre?
M. Skeete : Ravi qu'il y ait
maintenant une date d'expiration prévue. Mais non, Mme la Présidente, je pense
qu'on a déjà fait le débat.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...de
Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : ...revenir, les
consultations qu'on a eues... puis je ne sais pas si vous l'avez remarqué, j'ai
quand même demandé à tous les groupes qui ont passé leur vision sur le deux
tiers, juste pour voir quelles étaient leurs opinions là-dessus, puis je l'ai
fait de façon assidue pour m'assurer que tous les gens qui sont venus devant
nous, bien, ont pu s'exprimer sur le sujet. Puis de tous les groupes, il y en a
seulement un qui s'est montré, comme, en faveur, en fait, du deux tiers.
Bien, moi, ce que ça me dit, c'est que je pense
que, bon, l'idée est bonne. Est-ce que le fruit est mûr actuellement pour le
mettre là-dedans? Je suis moins certain, mais je pense que c'est quelque chose
qu'il va falloir qu'on garde tout de même sur le radar pour l'avenir, pour
s'assurer que, tu sais, si on voit que cette possibilité-là de réintroduire un
vote aux deux tiers... pourrait être requis pour s'assurer du bon
fonctionnement de la nomination en tant que telle... Évidemment, on aurait
peut-être manqué l'opportunité, actuellement, de le mettre dans le projet de loi, mais c'est sûr et certain, si Dieu le veut,
que je sois encore présent en train de refaire une refonte de ce système-là,
que ça va rester en tête pour s'assurer qu'on puisse modifier, le cas échéant,
la loi pour tenir compte du deux tiers de l'Assemblée nationale.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...commentaires
sur l'amendement?
M. Bouazzi : ...un
court commentaire. Effectivement, la question a été posée à toutes les
personnes présentes. Personne n'était vraiment contre. Il y avait un
groupe qui était vraiment pour. Évidemment, nous, encore une fois, on se pose
la question de comment garantir que le processus de sélection puisse permettre,
d'un point de vue... non seulement dans les faits, mais
aussi dans la perception que le Scientifique en chef soit indépendant du
politique. Et ce processus de nomination, qui n'enlève rien au gouvernement,
qui, lui-même, choisit les personnes qui vont... la personne qui va être
présentée à l'Assemblée nationale, mais qui permet à l'Assemblée nationale de
se prononcer est, pour nous, clairement, un meilleur processus.
La Présidente (Mme D'Amours) : Parfait,
merci. S'il n'y a pas d'autre commentaire sur l'amendement, je vais le mettre
aux voix. Est-ce que l'amendement est adopté ou rejeté?
Des voix : Rejeté.
La Présidente (Mme D'Amours) : Rejeté.
M. Bouazzi : ...ce genre de
procédure?
La Présidente (Mme D'Amours) : ...
M. Bouazzi : S'il vous plaît.
La Présidente (Mme D'Amours) : Mme
la secrétaire, un vote par appel nominal, s'il vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Bouazzi (Maurice-Richard)?
M. Bouazzi : Pour.
La Secrétaire : M. Skeete
(Sainte-Rose)?
M. Skeete : Contre.
La Secrétaire : Mme Boivin
Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
• (18 heures) •
La Secrétaire : M. Dufour
(Abitibi-Est)?
M. Dufour : Contre.
La Secrétaire : M. Sainte-Croix
(Gaspé)?
M. Sainte-Croix : Contre.
La Secrétaire : M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Abstention.
La Secrétaire : Mme D'Amours
(Mirabel)?
La Présidente (Mme D'Amours) : Abstention.
Donc, la motion... l'amendement, pardon, est rejeté.
Nous revenons à l'article introduit, 21.1, tel
qu'amendé. Est-ce qu'il y a des interventions? M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Oui,
Mme la Présidente. Nous proposons un autre amendement, que, j'espère, n'aura
aucune erreur.
La Présidente (Mme D'Amours) : Est-ce
qu'il est sur Greffier?
M. Bouazzi : Il devrait.
La Présidente (Mme D'Amours) : Nous
n'avons pas d'amendement sur Greffier encore. Je suspends les travaux quelques
minutes.
(Suspension de la séance à 18 h 01)
(Reprise
à 18 h 07)
La Présidente (Mme D'Amours) : La
commission reprend ses travaux. Et je demanderais au député de Maurice-Richard de bien nous lire son amendement, s'il vous
plaît.
M. Bouazzi : Merci,
Mme la Présidente. Donc, l'amendement se lit comme suit : À
l'article 22.1 de la Loi sur le
ministère de l'Économie et de l'Innovation, tel que nouvellement ajouté par
l'article 2 du projet de loi 44, faire les modifications
suivantes :
Au premier alinéa,
remplacer le mot «Le gouvernement nomme, pour un mandat d'au plus cinq ans» par
les mots «Sur proposition du ministre et
avec l'approbation des deux tiers et de deux partis représentés, l'Assemblée
nationale nomme une personne à titre de scientifique en chef pour un
mandat de cinq ans,».
Et
au troisième alinéa, ajouter après les mots «transmet au ministre», les mots
«et au président de l'Assemblée nationale».
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. L'amendement a été déposé, nous avons fait les
vérifications. À première vue, il semblerait
que c'est la même chose, mais avec vérification et consultation au secrétariat,
avec les ajouts des mots «et de deux partis représentés», la motion,
elle est acceptable... acceptée, pardon.
Donc,
commentaires sur l'amendement? Est-ce qu'il y a des commentaires, M. le député de Maurice-Richard?
M. Bouazzi : Oui.
Merci, Mme la Présidente. Cet amendement vient répondre aux inquiétudes du
ministre.
M. Skeete : C'est
les inquiétudes de François White.
M. Bouazzi : Parce
que, le ministre ayant peur de la tyrannie de la majorité et du fait
qu'effectivement il arrive que des partis puissent avoir plus de 80... plus des
deux tiers et... en ce moment, 80 députés, qu'il ne voulait pas que cette proposition fasse en sorte que ça ne
change rien. Et puis la proposition que nous faisons fait en sorte que ça change, quelle que soit la composition à
l'intérieur de l'Assemblée nationale. Donc, c'est et les deux tiers et deux
partis qui obligeraient un gouvernement qui a déjà les deux tiers à
avoir au moins l'aval d'un des autres partis présents à l'Assemblée nationale.
Ça permettrait, effectivement, de rassurer le ministre sur ce point et de faire
en sorte que la collaboration soit intrinsèque au projet de loi tel que
proposé.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Merci. Commentaires sur l'amendement? M. le ministre.
M. Skeete : Mme
la Présidente, je suis à la même place. Je pense que le comité de sélection,
combiné au fait d'avoir un conseil
d'administration rigoureux qui est prêt à nous proposer des personnes
qualifiées au Conseil exécutif, je pense que c'est la place où est-ce qu'on doit
s'arrêter, Mme la Présidente. Alors, je suis à la même place. Merci.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Commentaires? S'il n'y a pas d'autre commentaire... Oui,
M. le...
M. Bouazzi : Bien,
un commentaire rapide, Mme la Présidente. Ce qu'a dit le ministre, ce que... La
proposition qu'on fait vient s'ajouter à ce qu'a dit le ministre. Évidemment,
ça n'enlève rien... le fait qu'il y ait des propositions
qui sont faites par un comité de sélection, et qu'un CA choisisse trois
personnes, et que le gouvernement choisit la personne qui sera présentée à
l'Assemblée nationale. Tout ce qu'on fait ici, c'est... évidemment,
c'est de rajouter, là, pour le coup, les ceintures et les bretelles et non pas
juste un des deux. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
S'il n'y a pas d'autre commentaire, je vais mettre aux voix l'amendement.
Est-ce que l'amendement est adopté ou rejeté?
M. Bouazzi :
On demande un vote nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Par vote nominal. Mme la secrétaire, par vote nominal,
s'il vous plaît.
La
Secrétaire : Pour, contre, abstention. M. Bouazzi
(Maurice-Richard)?
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le député de Maurice-Richard?
M. Bouazzi : Pour.
La
Secrétaire : M. Skeete (Sainte-Rose)?
M. Skeete : Contre.
La
Secrétaire : Mme Boivin Roy (Anjou—Louis-Riel)?
Mme Boivin Roy : Contre.
La Secrétaire : Mme Tremblay
(Hull)?
Mme Tremblay : Contre.
La Secrétaire : M. Dufour
(Abitibi-Est)?
M. Dufour : Contre.
La Secrétaire : M. Sainte-Croix
(Gaspé)?
M. Sainte-Croix : Contre.
La Secrétaire : M. Beauchemin
(Marguerite-Bourgeoys)?
M. Beauchemin : Abstention.
La Secrétaire : Mme D'Amours
(Mirabel)?
La Présidente (Mme D'Amours) : Abstention.
Donc, l'amendement est rejeté. Nous revenons à
l'article introduit, 22.1, tel qu'amendé. Est-ce qu'il y a des commentaires?
Oui, M. le député de Maurice-Richard.
• (18 h 10) •
M.
Bouazzi : J'ai une question. En fait, comment est-ce que le Scientifique en chef est démis de ses fonctions, s'il ne fait pas l'affaire?
M. Skeete : Dans les règles de
l'emploi supérieur, il y a des critères qui vont venir élargir qu'est-ce qui
est... qu'est-ce qui n'est pas permis, des codes d'éthique, des violations de
la crédibilité. Il y a toutes sortes de critères énoncés dans les politiques de
pratique des emplois supérieurs. Alors, ce serait d'avoir une brèche à cela et
tout autre comportement répréhensible qui pourrait avoir lieu.
M. Bouazzi : Et donc, il peut... il
ne peut pas... juste pour comprendre le processus, parce que je vous avouerais
que je ne suis pas du tout familier avec ce processus-là. Et puis, évidemment,
le processus d'embauche est important, mais le... pour la question de l'indépendance,
quel est le pouvoir qui permet de mettre... de se départir de la personne en
poste? C'est qui qui a ce pouvoir-là, au juste?
M.
Skeete : Donc, si on regarde le contrat actuel du
Scientifique en chef, tu sais, le paragraphe 4.2 : «M. Quirion
consent également à ce que le gouvernement révoque en tout temps le présent
engagement, sans préavis ni indemnité, pour raisons de malversation, de
maladministration, faute lourde ou motifs de même gravité, la preuve étant à la
charge du gouvernement.»
Alors, on est
pas mal dans les grands... on n'est pas dans «émet un avis scientifique avec
lequel le gouvernement n'est pas d'accord».
M. Bouazzi : Ça, c'est pour les
fautes graves. Je comprends que...
M. Skeete : Ça, c'est pour la
destitution.
M. Bouazzi : OK. Et est-ce qu'il y a
une possibilité que ça ne soit pas ce genre de processus qui soit évoqué et
qu'il ait le droit à des indemnités, mais qu'on le remercie parce qu'on veut
quelqu'un d'autre?
M. Skeete : Je vais... Il y a 4.3,
résiliation : «Le présent engagement peut être résilié en tout temps par
le gouvernement, sous réserve d'un préavis de trois mois. En ce cas,
M. Quirion aura droit, le cas échéant, à une allocation de départ aux
conditions et suivant les modalités déterminées à la section 5 du chapitre II
des règles prévues au décret numéro 450-2007.»
Moi, ce que j'ajouterais à ce que je viens juste
de lire, c'est que, si le gouvernement est cavalier avec ses Scientifiques en
chef, on va avoir de la misère à combler le poste. Si c'est connu qu'on va
émettre un avis, puis le gouvernement va nous destituer ou résilier notre
contrat, on va... ça va être un poste qui va être impossible à prévoir. Alors,
moi, je... Il n'y a personne qui a intérêt à faire ça.
M. Bouazzi : Est-ce qu'on peut nous
partager le paragraphe?
M. Skeete : C'est public, collègue,
c'est dans les conditions du Scientifique en chef. C'est public, ces
contrats-là, c'est un décret qui est... tout ce qui passe par le Conseil des
ministres...
M. Bouazzi : Je comprends que c'est
public, mais...
M. Skeete : C'est
dans la Gazette officielle. C'est le décret 813-2021, le 16 juin 2021.
C'est public.
M. Bouazzi : Je comprends, mais je
suis persuadé qu'on a le droit de déposer des documents en commission qui sont
publics.
M. Skeete : Mais je fais juste dire,
tu fais une recherche : Rémi Quirion, décret 813...
M. Bouazzi : Parce que j'aimerais
bien l'avoir devant les yeux, M. le...
M. Skeete : Tu vas l'avoir sur
Google, si tu fais ça. C'est facile, là.
M. Bouazzi : C'est bon.
M. Skeete : Plus facile que de
mettre sur le Greffier, puis de loguer, puis...
M. Bouazzi : C'est bon.
M. Skeete : Pas que je critique les
institutions qu'on a ici, là, mais c'est beaucoup plus simple... c'est beaucoup
plus simple de faire un Google, croyez-moi.
La Présidente (Mme D'Amours) : On a
une équipe ici qui travaille très fort.
M. Skeete : Je les aime, je les aime
beaucoup. Je les aime beaucoup, oui, puis je les apprécie d'avance pour les
travails de nous accompagner aujourd'hui.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
M. Bouazzi : Ah! merci. Il y a
quelqu'un, que je remercie, qui vient de m'envoyer le lien.
M. Skeete : Ça, c'est ton allié.
M. Bouazzi : C'est la collaboration
non partisane. Et donc vous avez dit c'est quel? C'est le trois...
M. Skeete : 42... 4.2, 4.3.
M. Bouazzi : 4.2, 4.3. Donc, on
s'entend que le... qu'il peut être... que son contrat peut être résilié, si on
prend le 4.3, «en tout temps par le gouvernement sous réserve d'un préavis»,
mais là on est loin de la faute grave. Parce
que c'est des fonctionnements habituels pour des hauts cadres, où on peut se...
on peut décider qu'une personne va partir, et puis, effectivement, il y
a des allocations de départ, etc. Est-ce que vous pensez que ça pourrait avoir
une incidence sur l'indépendance, justement, du Scientifique en chef de savoir
qu'à tout moment son contrat peut être révoqué avec un préavis de trois mois?
M. Skeete : Il est protégé par le
fait qu'il va avoir droit à une indemnité, donc il n'y a pas de risque ainsi.
L'engagement qu'on prend, c'est de respecter le contrat. Le contrat dit qu'il
peut être résilié, mais je ne peux pas imaginer
qu'un contrat comme ça serait résilié sans une réaction des oppositions, sans
une réaction de la communauté scientifique, si jamais ce n'était pas
fondé. Puis c'est ça, la démocratie. La démocratie c'est... nous, on est élus
pour prendre des décisions. L'Exécutif a le
pouvoir de déterminer les nominations, et, après ça, on vit avec les
conséquences qui peuvent venir avec les décisions. C'est ça, la roue qui
tourne de la démocratie.
M. Bouazzi : M. le ministre,
j'apprécie votre cours sur la démocratie. Je signale que vous accordez trop de
pouvoir aux oppositions une fois que vous aurez pris la décision de mettre à
pied le Scientifique en chef car la loi nous ne donne aucun pouvoir, justement,
d'avoir notre mot à dire sur le fait qu'un scientifique en chef s'en aille.
Et donc on
peut quand même imaginer que, dans une gouvernance... et puis c'est même le
b.a.-ba, c'est-à-dire... des
fonctionnements hiérarchiques, c'est-à-dire que, quand tu as une instance qui a
un pouvoir de résiliation du contrat, évidemment, c'est un pouvoir, là,
et puis ce n'est pas parce qu'une fois qu'on a résilié le contrat, donc mis à
la porte quelqu'un... clairement, ce n'est
pas parce qu'il a le droit à une indemnité... qu'il a le droit à une indemnité,
que ça veut dire qu'il est libre et qu'il est tout à fait à l'aise avec
l'idée de perdre son contrat dans les trois mois et d'avoir une indemnité, là.
M. Skeete : Ce que je dirais comme
réponse au collègue... c'est un phénomène que les oppositions ont souvent
raison d'évoquer, c'est l'imputabilité ministérielle. L'imputabilité
ministérielle fait en sorte qu'ultimement les ministres sont responsables de
qu'est-ce qui se passe dans leurs ministères.
Et le droit de gérance est un droit important
pour suffire et de faire... de diriger le paquebot qui est le gouvernement.
Alors, c'est un droit qui nous revient, avec les conséquences qui viennent
avec, ce qui est de... une communauté scientifique qui
serait heurtée, si jamais ça se faisait pour des raisons ignobles, et je pense
qu'on aurait de la misère à pourvoir ce poste-là. Donc, on se ferait... on se
ferait aussi mal de traiter de manière cavalière les gens. La preuve, c'est
qu'on ne l'a jamais fait. M. Quirion a servi sous trois gouvernements.
M. Bouazzi : M. le ministre, il y a
quelque chose sur laquelle on ne sera jamais d'accord. Ce n'est pas parce que
quelque chose n'a jamais été fait que c'est suffisant comme gouvernance. Je
veux dire, vous avez le droit de le faire dans la loi, et la question,
c'est : Est-ce que ça a une incidence sur la question de l'indépendance de
la personne qui occupe cette fonction-là? La réponse, c'est évidemment oui.
Vous n'avez pas à le faire.
Imaginons, là, qu'il a tellement peur de perdre
son contrat qu'il va faire tout ce qu'on lui demande. Bien, oui, vous n'aurez
jamais à le faire, mais il n'est pas indépendant. Nous, ce qu'on veut, c'est
que vous n'ayez jamais à le faire, mais, par ailleurs, qu'il soit indépendant.
Et ce que je lis là, dans ce 4.3 et pas dans le 4.2... le 4.2, on peut
comprendre qu'il n'y a pas de problème. Est-ce que vous êtes ouvert à imaginer
un processus qui fasse en sorte que, OK, on l'embauche de manière... avec
l'exécutif choisi, etc., c'est bon, c'est l'Exécutif qui choisit, mais là, là,
s'il doit être résilié, bien, qu'il y ait un processus autre que juste le
ministre qui décide de le résilier dans les trois mois et de lui envoyer son
indemnité, là?
M. Skeete : Bien, dans ce cas-là, ce
n'est pas le ministre qui décide. Donc...
M. Bouazzi : C'est l'Exécutif,
mais...
M. Skeete : Non, je comprends. Non,
mais ce que je veux dire, c'est que vous dites... Vous êtes à l'aise avec le
processus où est-ce que le ministre décide de nommer, mais le ministre n'est
pas à... il n'a pas le choix, après ça, de comment on peut résilier. Alors...
M. Bouazzi : Je pense que tout le
monde a compris ici, M. le ministre, qu'on a proposé quand même des amendements
parce que ce processus-là nous semblait insuffisant. Mais je pense que la
question de la résiliation, c'est-à-dire qui
a le pouvoir d'arrêter, de couper le contrat d'un scientifique en chef, en soi,
est encore plus important que le fait d'avoir l'embauche une fois... une fois
qu'évidemment on a créé le groupe de scientifiques qui propose des noms.
Mais, je veux dire, le fait d'avoir un rapport
hiérarchique sur une personne, y compris le fait de couper son contrat sans
avoir plus d'explications que ça à donner, vous comprenez qu'évidemment ça
altère le rapport entre le Scientifique en chef et l'Exécutif qu'il est censé
conseiller.
• (18 h 20) •
M. Skeete : Moi, ce que je dirais,
c'est que, si on pousse, comme on doit se faire quand on réfléchit à des idées à l'extrême, il n'y a pas une personne sur
terre qui est libre de cette contrainte-là d'avoir... de penser que ses actions
peuvent avoir une conséquence. Il n'y a personne qui est libre de cette
pensée-là. Moi, je suis élu dans Sainte-Rose, je
n'ai pas la liberté de penser que je peux faire n'importe quoi sans être
redevable à les citoyens de Sainte-Rose. Il y a... J'ai un patron, je ne
peux pas décider que je peux dire un commentaire à mon patron et qu'un jour,
quand va venir le temps de renégocier mon contrat, qu'il risque de ne pas m'en
tenir rigueur. Il n'y a pas une personne sur terre qui ne vit pas avec cette
réalité-là.
Ceci étant, le rôle explicitement expliqué dans
la loi, c'est que cette personne-là ait l'autonomie. Ça serait malveillant de
congédier une personne pour une raison autre... parce qu'elle exerce son
indépendance à cause de la clause 4.3. Je ne vis pas dans le monde où
est-ce que je pense que ça, c'est quelque chose qui est praticable et qui va
arriver. Je comprends que le collègue essaie de prévoir chaque éventualité dans
le but de protéger l'indépendance de cette personne-là. Je comprends
l'intention. Moi, je ne pense pas que dans la pratique, c'est quelque chose qui
arriverait, ne serait-ce que pour décrédibiliser notre action. Essaie de
trouver un scientifique en chef après, ça va être impossible. Alors, juste pour
cette raison-là, on n'a pas intérêt à agir de la sorte. Alors, voilà.
M. Bouazzi : En tout respect, M. le
ministre, si c'est légal et que c'est un pouvoir qui appartient à l'Exécutif,
il est possible qu'un exécutif, peut-être pas le vôtre, en abuse. Et vous me
dites : Bien oui, mais je ne serai pas capable d'en embaucher un autre si,
celui-là, je le mets à la porte. Bien, je vous dirais : Bien, pourquoi?
Pourquoi vous ne seriez pas capable de ne pas en embaucher un autre? Puis ça
dépend de l'argent que vous mettez sur la table. Il y a bien des gens qui
peuvent être achetés, toutes sortes de choses.
Aujourd'hui,
on est en train de parler de gouvernance et de loi, et tout ce qui n'est pas
interdit est légal, et là ce que je vois, c'est que l'Exécutif a un
pouvoir évident de résilier un contrat n'importe quand sans même avoir un
processus qui apporte la moindre transparence et juste trois mois de préavis et
c'est réglé. Bon.
Est-ce que c'est parce que vous ne l'avez jamais
fait que c'est une preuve que ça ne va pas se faire? En tout respect, M. le
ministre, c'est vraiment... Et puis le fait qu'il y ait des gens qui soient
choqués, etc., moi, je vous avouerai que ça fait quand même six ans qu'on est
devant un gouvernement qui utilise des clauses dérogatoires à n'en plus finir et puis, évidemment, contraire à
toutes sortes de chartes, etc. Et puis, oui, il y a peut-être un coût politique,
mais reste que c'est légal et vous le faites.
Bon, ça fait
qu'à un moment les gouvernances sont importantes et il faut se donner, nous, en
tant que législateur, des balises pour pouvoir éviter...
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
député, c'est tout le temps que vous aviez.
M. Bouazzi : Je
vais déposer un amendement, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
ne pouvez pas déposer un amendement. C'est tout le temps que nous avions. Il
faut le faire au temps que vous avez comme droit de parole. Et, lorsque je vous
invite à arrêter de parler, c'est que ça fait quelques secondes que vous avez
dépassé votre temps. Donc, je suis désolée, mais vous ne pouvez déposer un
amendement en ce moment.
Donc, est-ce qu'il y a d'autres commentaires sur
le 22.1 tel qu'amendé? S'il n'y a pas d'autre commentaire, nous passerions au
22.2, article introduit. M. le ministre, est-ce que vous pouvez en faire la
lecture, s'il vous plaît?
M. Skeete : Oui, Mme la Présidente,
ça ne sera pas long.
Des voix : ...
M. Skeete : Merci. «Le scientifique
en chef conseille le ministre en matière de développement de la recherche et de
la science et de la diplomatie scientifique sur les plans local, régional,
national et international. Il conseille également les autres membres du Conseil
exécutif sur toute question scientifique susceptible d'éclairer les politiques
publiques et émet des opinions de nature scientifique. Il exerce ces fonctions
conformément au mandat que lui confie le ministre.
«Le scientifique en chef favorise le
rapprochement entre la science et la société ainsi que le maintien d'une
éthique et d'une conduite responsable en recherche. Il agit de manière à
assurer le positionnement et le rayonnement du Québec ailleurs au Canada et à
l'étranger.»
Commentaire : Le premier alinéa de
l'article 22.2 de la Loi sur le ministère de l'Économie, de l'Innovation
précise que les fonctions qu'est appelé à exercer le Scientifique en chef dans
son rôle de scientifique, en conformité avec le mandat que lui confie le
ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie... Ces fonctions
consistent à conseiller le ministre en matière de développement de la
recherche, de la science et de la diplomatie scientifique; à conseiller les
autres ministres du gouvernement sur les questions scientifiques en lien avec
les politiques publiques; à émettre des avis de nature scientifique.
Le deuxième alinéa de l'article 22.2 ajoute
que le Scientifique en chef doit notamment favoriser le rapprochement de la
science vers la société ainsi que le maintien d'une conduite responsable en recherche,
de façon à faire rayonner le Québec aux niveaux national et international.
La
Présidente (Mme D'Amours) : Merci. Est-ce qu'il y a des commentaires sur
l'article introduit, 22.2? M. le député de Maurice-Richard...
pardon, de Marguerite-Bourgeoys.
M. Beauchemin : Merci beaucoup, Mme
la Présidente. J'en ai quelques-uns. Je vais essayer d'y aller un à la fois,
puis on pourra par la suite... j'en ai peut-être cinq, six, ça fait que pour
avoir... un dialogue. On fait ça comment, le
conseiller, le ministre, en matière de développement de la recherche et de la
science? Le Scientifique en chef, donc, conseille le ministre, ça se
fait comment concrètement? Est-ce que c'est tout le temps par écrit, en
réunion, verbal? Ça se fait comment?
M. Skeete : ...la nomination?
M. Beauchemin : Non, non, le conseil
que le Scientifique en chef va donner. Ça se fait comment? Est-ce que c'est suite à des études, à un rapport? Est-ce
que c'est comme... J'essaie juste de comprendre en... dans le quotidien,
là, ça se voit comment.
M. Skeete : Oui. Bien, c'est... En
fait, il est autonome, donc il pourrait, comme il l'a fait durant la pandémie, dire : Heille! tu sais, c'est quoi, un virus?
Ça sert à quoi? Puis d'aviser un peu en lien avec la santé publique, d'être...
d'offrir une opinion scientifique sur
l'urgence qui occupait le gouvernement. À ce moment-là, Rémi, avec M. Arruda,
conseillait le gouvernement sur les meilleures pratiques scientifiques.
C'est un exemple.
Sinon, il pourrait recevoir une actualité
scientifique qui serait pertinente pour le gouvernement, une façon de faire qui
est différente pour le système public de santé, une façon de faire innovatrice
en éducation, quelque chose qui... un pays,
une meilleure pratique qui a été adoptée ailleurs, qui pourrait être
intéressante pour nous. Alors, il pourrait produire un travail pour
considération du gouvernement. Donc, ça peut venir de différentes sortes et
différentes places. Ça peut être le
gouvernement qui dit : Heille! on a une question, tu en penses quoi, de
ça? Puis il va faire le tour de la question avec ses experts dans son
entourage, connaissant les acteurs dans ce secteur-là, pour arriver avec une
opinion qui est utile pour le gouvernement.
M. Beauchemin : Puis juste pour que
je comprenne, ça ne sera jamais de la part du Scientifique en chef de demander
à des subalternes de répondre directement, ça va toujours passer par lui? Lui
ou elle, là.
M. Skeete : Bien, en fait, la façon
que ça fonctionne dans la hiérarchie gouvernementale, c'est qu'il se peut qu'on
reçoive un document qui vient de quelqu'un dans sa structure, mais ultimement,
il l'a vu avant de l'approuver, là, tu sais. Ça fait que, dans la mécanique,
c'est qu'il représente l'institution qui a pondu la demande d'information.
M.
Beauchemin : OK. Tantôt, on a discuté un petit peu, là, de la
diplomatie, là, de la diplomatie scientifique. Vous avez donné l'exemple local,
très local, là, d'aller dans une école, puis parler aux jeunes, et tout, là. À d'autres niveaux, un petit peu plus, genre, à
l'international, par exemple, cette diplomatie-là, elle est faite... elle est
faite comment? Est-ce que c'est unidirectionnel? Est-ce que c'est un échange?
Il y a-tu comme une façon d'agir, il y a-tu comme...
M. Skeete : Bien,
j'ai un texte ici, je vais vous le lire parce que je pense que ça va le dire de
manière plus éloquente que moi. «La diplomatie pour la science, qui regroupe
les efforts des gouvernements à promouvoir la coopération scientifique
internationale en développant des ententes de partenariat, exemple, groupe
d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le GIEC, et en
mutualisant les infrastructures de recherche, exemple, station spatiale
internationale, ou en mettant en commun des ressources, exemple,
programme-cadre de recherche européen Horizon. Au Québec, on peut notamment
penser au centre d'expertise international de Montréal pour l'avancement de
l'intelligence artificielle ou encore la création, en 2012, du Laboratoire
Nanotechnologies et Nanosystèmes (LN2), une
unité mixte recherche internationale associant l'Université Sherbrooke et le
Centre national de la recherche scientifique.» C'est des exemples, là, où
est-ce qu'on pourrait avoir de la diplomatie scientifique.
M.
Beauchemin : OK. Donc, dans le contexte... les exemples que vous avez
mentionnés, c'est où est-ce que nous, on se trouve à avoir une certaine
position de tête, là, de façon globale, si je peux dire, d'une certaine façon,
et on est en train de partager avec des juridictions étrangères.
Dans un contexte où
est-ce qu'on serait plus recevable, dans le sens... par exemple, le COVID, où
est-ce qu'on n'était pas à l'avant-garde, par exemple, OK, comment ça se...
comment ça se fait... comment cette relation-là peut être... comme, j'imagine, le Scentifique en chef... Bon, j'ai
besoin du data, qu'est-ce qui se passe, par exemple, là, aux États-Unis,
comment ils interprètent, là, le data? Comment, ça, ça se fait, concrètement?
Est-ce que... Parce que j'imagine qu'il y a plusieurs personnes à travers la
planète qui ont le même rôle ou un rôle similaire, qui vont aller tous vers les
premières éclosions puis essayer de comprendre de là-bas. Comment qu'on peut
s'assurer qu'on a le retour d'ascenseur équivalent?
• (18 h 30) •
M. Skeete : L'avantage
du Scientifique en chef, c'est... premièrement, il est une personne crédible
dans l'univers scientifique et, étant crédible, a accès et a des liens avec
différents scientifiques. Alors, oui, il a sa machine locale, mais il a aussi des liens avec des universités, des chercheurs
ailleurs. Donc, d'aller chercher cette information-là, c'est son rôle,
d'avoir ces liens-là, de tisser ces liens-là, de savoir... heille, c'est qui,
l'expert en nanotechnologie? Ah! c'est lui, c'est lui, c'est lui, puis qu'est-ce
qu'il a publié. Bien, d'être au fait de qu'est-ce que cette personne-là, elle a
publié.
Puis, si jamais on
cherche des questions concrètes comme... des réponses à des questions
concrètes, comme on l'avait durant la COVID, bien, c'est de dire : OK,
c'est qui l'expert? Qui qui peut nous accompagner? C'est quoi, les meilleures
décisions, c'est... Qu'est-ce qu'ils disent, les... parce que je n'ai pas à
vous dire que personne ne savait quoi faire. Donc, c'est quoi, les meilleures
pratiques à cette époque-là? Alors, c'est de même qu'on est arrivé avec des solutions qui, avec le recul, bien, étaient
les bonnes décisions à prendre, qui nous ont permis de prendre les bonnes
décisions.
Un exemple :
garder les écoles ouvertes. On est une des seules juridictions qui a gardé les
écoles ouvertes. Aujourd'hui, avec le recul, plusieurs juridictions qui ont
fermé les écoles regrettent de l'avoir fait. Une des choses qui avaient
avisé... les recommandations, et de la Santé publique et du Scientifique en
chef, c'était l'impact de la fermeture sur les jeunes. Alors, oui, il y a la
maladie, mais il y a aussi d'autres disciplines, qui est l'importance de socialiser, l'importance d'être ensemble. Ça fait
qu'il y avait d'autres choses qui ont averti la décision du gouvernement
en ce sens. Puis ça, c'est un exemple où
est-ce que l'expertise de quelqu'un qui est capable de nous donner différents
points de vue a été utilisée au Québec.
M.
Beauchemin : C'est un bon exemple, parce que, je comprends, dans le
contexte, là, du COVID et de la pandémie, ça a dû être quelque chose qui était,
en fait, en construction à l'échelle de la planète, là, pour en arriver à
prendre la décision de garder les écoles ouvertes. Mais j'essaie juste de
voir... c'est plus au niveau, tu sais, du retour de l'ascenseur, de notre
générosité à aller vers les étrangers et de leur donner... Comment le
voyez-vous, ce retour-là de l'ascenseur, nonobstant le COVID, qui est un
exemple, là, mais...
M. Skeete : Bien,
je ne suis... je ne suis pas d'accord sur la manière dont vous phrasez la
question, parce que l'objectif de la
science, c'est la connaissance et l'échange de connaissances. Alors, on est
toujours gagnants quand on a ces discussions-là. Alors, peut-être pas
dans l'immédiat, mais, quand que Rémi Quirion se promène, puis il rencontre des
différents chercheurs en Ontario, aux États-Unis, puis il participe à ces
colloques-là, il ramène de l'information pour
les Québécois, qui... Alors, on l'a, à ce moment-là, quand il ramène... puis
ça... quand on contribue à sa réflexion, à ses pensées, à sa façon de
voir le monde, bien, on contribue aussi à faire avancer la pensée.
Ça fait que ce n'est
pas... Le Scientifique en chef ne va pas nous amener à... Si on essaie de
quantifier sa contribution en termes transactionnels, je pense qu'on va rater
la... une opportunité d'apprendre, un peu comme si on fait juste de la science
dirigée. Je pense qu'on rate une occasion de voir des choses qu'on a... qu'on
ne s'attendait pas à voir au même titre. Alors, je pense que la recherche en...
sa présence en soi est bénéfique, son existence même, que d'autres juridictions nous envient, est aussi un
atout, parce qu'on favorise ces échanges-là qui, un jour, peuvent porter fruit,
mais qui n'existent pas pour cette raison-là.
M.
Beauchemin : Mais je me trompe-tu en disant que, quand vous dites ce
que vous venez de dire, c'est que vous supposez que cette ouverture de
diplomatie qu'on a, justement, pour la recherche envers les pays étrangers, par
exemple, elle est... elle est uniforme,
l'application du concept de la diplomatie est uniforme à travers tous les pays,
à travers...
M. Skeete : Non.
Non, elle est à...
M.
Beauchemin : Et donc, dans le contexte où est-ce que ça ne l'est pas,
parce que c'était...
M. Skeete : Elle
est à construire tout le temps, parce que la diplomatie, des fois, c'est
gagnant-gagnant, des fois, c'est
gagnant-perdant, des fois, c'est perdant-gagnant. Mais dans l'optique où est-ce
que notre Scientifique en chef
a le rôle, mettons, de la science en
français, bien, je pense que sa présence dans la Francophonie joue un rôle
important, pour non seulement donner accès à la recherche en français à la
Francophonie, mais de montrer aux gens : Heille! il y a de l'information ici, il y a des chercheurs ici,
il y a des opportunités de chercher en français ici. Juste ça, ça amène des
cerveaux ici. C'est un exemple.
M.
Beauchemin : Oui, je veux dire, c'est un bon exemple. C'est encore un
exemple où est-ce qu'on se trouve à être en
position de peloton, en avant, un peu dans le sens que, dans des endroits où
est-ce que c'est des angles morts pour nous, c'est là où est-ce qu'on
aurait de besoin, justement, de cette... je ne veux pas utiliser le terme,
parce que je comprends votre analyse, mais
d'avoir le même niveau de diplomatie internationale vers nous, nous permettant de,
justement... tiens, on ne savait pas qu'on
avait un angle mort ici, là. Ça fait que c'est juste ça, c'est comme... c'est
dans cet...
M. Skeete : Mais un n'exclut pas l'autre. Moi, je... Tu sais,
quand on regarde... Puis je comprends, ça se précise dans ma tête, ce
que vous voulez dire. Le «what's in it for us», c'est...
M.
Beauchemin : Un peu.
M. Skeete :
...on gagne... je pense, le Québec, en tant que nation, gagne à être vu à
l'international. Je pense que ce qui est important pour nous, c'est qu'on est
9 millions sur une Terre de 9 milliards. Le fait même qu'on soit
présents, avec la doctrine Gérin-Lajoie, fait en sorte qu'on... déjà, on a...
on est plus performants que même des États peuvent l'être. Ça, je pense qu'on
est gagnants quand on fait valoir le Québec en ce sens. Je pense que des gens
qui voient que la recherche en français, c'est possible au Québec... je pense
que, si on peut attirer ces cerveaux-là, non seulement c'est un bassin
intéressant pour l'immigration, mais c'est aussi une façon d'avoir, dans les
classes du Québec, des personnes qui pensent autrement. Donc, je pense que ça
nous enrichit collectivement, ces affaires-là.
Je pense aussi, quand
on partage nos façons de faire, les façons de faire typiquement québécoises,
qui ne sont pas toujours faites ailleurs, des leçons que nous, on a apprises,
que les autres gagneraient à apprendre... Je pense, entre autres, au mouvement
souverainiste, le choix que les Québécois ont fait dans les années 70. Au
lieu de faire ça par la violence, mais de faire ça de manière passive, je pense
que c'est un exemple à suivre dans toutes les terres, dans toutes les
juridictions du monde où est-ce qu'eux ils choisissent souvent les armes. Ça
fait que c'est le genre de choses que le Québec peut participer, à partager ses
façons de faire, puis aussi, en même temps, profiter de ce positionnement-là
pour amener ces réflexions-là ici, au Québec.
Ça fait que c'est bidirectionnel, mais, des fois, on est gagnants puis,
des fois, on est perdants, là, si on le regarde
d'une manière transactionnelle. Mais je pense... comme l'adage veut, on est
gagnants juste d'être là, je pense.
M.
Beauchemin : Oui. Plusieurs des exemples que vous avez mentionnés,
c'est dans la catégorie que ça nous fait sentir bien de pouvoir se considérer
dans le peloton de tête. On est fiers, on a une fierté... Et je partage, je suis d'accord, c'est un bon sentiment... c'est un
bon sentiment à avoir. Mais parfois, c'est dans, vraiment, un contexte, là,
des... puis ça va être ma dernière question sur ce sujet-là puis,
après ça, je veux passer à un autre, là... mais dans le contexte où
est-ce qu'on a probablement plus d'angles morts dans notre quotidien, OK, que
de certitudes... et c'est là où est-ce que l'aide ou la diplomatie des autres
envers nous pourrait nous aider. C'est juste cette... comment on pourrait dire,
donc... Est-ce que c'est l'ajout d'un mandat pour s'assurer que la quête des
angles morts soit couverte? Je ne le sais pas, là, je fais juste...
j'extrapole, là, mais c'est dans ce sens-là que... parce qu'il y en a, des
trucs qui...
M. Skeete : Les
angles morts, ce n'est pas... Je ne pense pas que les angles morts, c'est tant
qu'on ne les voit pas qu'on n'a peut-être pas de réponse à ces...
M.
Beauchemin : Exact, exact.
M. Skeete :
Je pense qu'on voit les défis mais... Ça fait que ce n'est pas une question de
voir qu'ils sont là. C'est choisir les batailles qu'on veut mener. Je pense
qu'on est plus là. L'exemple... puis c'est souvent... vous avez raison à dire que c'est souvent dans des choses où
est-ce qu'on est en avance, parce qu'on s'est donné, comme stratégie d'innovation,
de mettre l'emphase sur les secteurs où est-ce que le Québec peut gagner. On a
choisi l'aérospatiale, on a choisi le quantique, on a choisi des zones où
est-ce que... maintenant, la filière batterie, où est-ce que le Québec a une plus-value, compte tenu de notre poids, où
est-ce qu'on peut gagner dans une classe mondiale. Ça fait que je pense
que l'erreur, ce serait de s'éparpiller trop.
• (18 h 40) •
Mais, en même temps, je
pense qu'il faut documenter nos faiblesses, puis je pense qu'on le fait bien,
puis je pense que le Scientifique en chef, aussi, nous aide à avoir ça. Puis justement, cette
expertise-là qui règne en lui, bien, ça nous permet de dire : Oui,
mais ça, on n'est pas trop au courant, qu'est-ce qui se passe là-dedans,
notamment avec l'intelligence artificielle. On essaie de réfléchir à quoi
pourrait ressembler une politique sur l'intelligence artificielle. Je pense que vous avez posé des questions à ce
niveau-là en Chambre, mais c'est le Scientifique en chef qui nous aide à
comprendre vraiment, au-delà des experts qu'on peut avoir, qui nous aide à
cogiter à quoi pourrait ressembler cet encadrement-là puis est-ce qu'on devrait
puis comment. Alors, on est là.
M. Beauchemin : Oui, puis, tu sais,
on peut débattre, là, je pense que... tu sais, parce que tous les exemples que
vous avez mentionnés, au niveau intelligence artificielle, quantique,
aérospatiale, et tout, c'est quasiment plus dans
l'appliqué, là. Mais, en bout de piste, je pense qu'on est tous dans la même
catégorie. Ce qu'on veut, c'est... on veut plus de propriétés intellectuelles
au Québec, point. En bout de piste, c'est ce qu'on souhaite tous pour le
développement de notre société. On veut tous ça pour le développement de notre
économie, évidemment, là, mais ça revient à ça.
Spécifiquement,
par rapport aux fonctions que le Scientifique
en chef va exercer à tous les
ministères... il y en a quand même 23, ministères... je me dis, si jamais ils
avaient tous en même temps des questionnements scientifiques comme...
puis j'imagine que, durant le COVID, ça a dû être le cas, dans le sens que...
comment on peut appliquer ça dans mon
ministère de l'Enseignement supérieur, comment on peut appliquer ça dans mon
ministère des Services sociaux, comment... tu sais. Alors, rendus à regarder
ça de façon macro, comment cette gestion-là se fait? Y a-tu une équipe qui peut faire des comités? Je ne sais pas,
j'essaie de penser, là, à la gestion d'avoir à transiger, d'une certaine façon,
là, avec 23 institutions...
M. Skeete : La science, c'est très
décentralisé, puis les scientifiques aiment ça comme ça. Ils n'aiment pas se
faire dire quoi étudier, quoi chercher, où aller. C'est un secteur du monde qui
est très particulier. Alors, si... Le Scientifique en chef, sa job, ce n'est
pas de tout savoir, c'est de savoir où aller pour trouver les réponses puis
c'est qui, les experts pertinents qui peuvent avertir le gouvernement.
Donc, un ministère qui aurait une question x sur
une façon de faire... Je pense, notamment, la COVID, c'est un bon exemple, ça
pourrait être si on ferme les écoles ou pas. À ce moment-là, ça peut être les
écrans aux écoles. Est-ce qu'on devrait permettre ou bannir les... Qu'est-ce
que la science nous dit par rapport à ça? Alors, toutes ces questions-là, il y
a des experts qui, actuellement, font la recherche en ce sens, qui sont
capables de nous donner les meilleures informations disponibles à ce jour.
Le Scientifique en chef, il est utile pour nous
dire : Bien, si vous voulez décider de cette politique publique là, vous
devez parler à cette personne-là, cette personne-là, cette personne-là. Très
utile. Il n'a pas fait le travail, il n'a pas collecté toute l'information,
mais il nous a référés aux personnes crédibles dans leur domaine pour nous
aider et nous avertir dans nos décisions.
M. Beauchemin : Puis dans le
quotidien, là, avec les 23 ministères, est-ce que... les conseils qui sont
donnés sont-tu d'ordre public?
M.
Skeete : Je ne pense pas qu'il y a... puis là corrigez-moi
si j'ai tort, mais je pense qu'il y a certaines choses qui peuvent être
publiées qui le seraient. Mais donnez-moi une seconde, je vais juste vérifier.
(Consultation)
M. Skeete : ...c'est ce que je
pensais, c'est que, dans le fond, il y a certains mandats qui sont publics, d'autres qui sont privés. Un exemple, ça pourrait
être quelque chose qui toucherait la sécurité nationale. Tu sais, on est-tu
vulnérables à... par rapport aux intrusions de cyberattaque? Ce n'est pas le
genre de chose qu'on voudrait qui soit public. De l'autre côté, quelque chose
d'éducatif pourrait être utile. Bien, ça, souvent, c'est publié aussi, incluant
les politiques qui vont aboutir, parce que la consultation avec le Scientifique
en chef est surtout en amont de ce qui va nourrir une politique future. Alors,
il est là... il est toujours là, mais il n'est pas là dans ce qu'on voit à tous
les jours. Les politiques qu'on va proposer en ce moment, souvent, sont
nourries par les réflexions qui sont venues en amont avec le Scientifique en
chef.
M. Beauchemin : Mais je dis ça dans
le sens où est-ce que, si les conseils sont publics, bien, il y a une
transparence à... Donc, à partir de ce point-là, on est capables de mieux juger
de l'indépendance, évidemment, là, du Scientifique
en chef. Dans un contexte où est-ce
qu'elles ne le sont pas, est-ce qu'on
peut... on peut s'imaginer qu'il y aurait des gens qui pourraient
percevoir ça comme étant, donc, peut-être susceptible d'influencer
l'indépendance, là, du Scientifique en chef?
M. Skeete : ...plutôt que les grands
mandats. Tu sais, je pense, notamment, à l'université du futur. Ça, c'est des
affaires qui sont publiques. Les orientations rapides, ça, ce serait plus dans
l'informalité et quelque chose qui ne serait pas public. Ce serait un exemple
de choses qui seraient publiques versus pas.
Dans cette optique-là, avec la définition que je
vous donne, je vois mal comment qu'il pourrait y avoir une pression là, tu sais. Puis, encore une fois, ce
n'est pas comme si le Scientifique en
chef l'a dit, puis on le fait, puis
on y tient à rigueur. Parce que,
souvent, les questions qu'on pose, il n'y a personne qui a une réponse. Tu
sais, quand je pense à : On ferme-tu les
écoles durant la COVID?, tu avais autant de gens pour que contre à l'époque.
C'est l'histoire qui nous a enseigné c'était
quoi, la chose à faire. Puis, même aujourd'hui, il y a des gens qui diraient
qu'on n'a pas bien fait. Alors, c'est... la science est en mouvement.
Puis souvent, quand on est... on règle les
problèmes d'actualité sociétale, rares sont les moments où est-ce qu'on est...
on a un consensus. Puis la preuve, c'est... on a tous appris à l'école, vous le
premier, collègue, de... l'importance du libre-échange par rapport au
protectionnisme, puis les... à quel point le protectionnisme a causé, en
quelque sorte, la Grande Dépression. Mais la mouvance internationale, malgré
cette étude-là, a fait en sorte qu'il y a plein de gens qui prônent le
protectionnisme à outrance.
Alors, le pendule revient. Alors, c'est quoi,
les pensées scientifiques actuelles, puis c'est quoi, les choix? C'est souvent
à ce niveau-là que le Scientifique en chef va apporter de la valeur. Il y a ce
chercheur-là qui nous dit ça, mais attention, lui, il dit le contraire, puis là
on se base sur la meilleure décision qu'on peut avoir, c'est quoi le consensus.
Les changements climatiques, c'est un autre exemple. Bien là, il y a des gens
qui ne veulent pas qu'on légifère en... Oui,
mais, attends une seconde, c'est 90 % des scientifiques qui disent qu'il y
a vraiment du changement climatique.
Cet argument-là a été gagné grâce à ce genre d'analyse là. Oui, il y a
peut-être 10 % qui disent le contraire, mais ils sont 10 %, puis il y a 90 % qui disent que ça arrive.
Ça fait que c'est le genre de choses où est-ce qu'on peut être...
Ça fait que ce n'est pas vraiment un jeu de
somme nulle, où est-ce que le Scientifique en chef est placé dans un coin où est-ce qu'il est vraiment... il joue sa
job en nous donnant une recommandation, là. Souvent, c'est juste de nous
aider à comprendre le monde scientifique qui existe.
M. Beauchemin : Il n'y aurait
peut-être pas un gain de transparence qui serait fait, à savoir, justement,
quels sont les mandats qui sont donnés par les différents ministères au Scientifique
en chef?
M. Skeete : Je pense que c'est une
question qui se pose. Je ne sais pas si j'ai la réponse aujourd'hui. Je me
demande...
Une voix : ...
M. Skeete : Oui, c'est ça, c'est une
bonne question. Mon directeur de cabinet me dit... il se demande si ce n'est
pas dans le rapport annuel. J'avoue, je n'ai pas l'information, mais c'est
quelque chose que je peux vérifier pour vous. C'est sûr que, dans son budget annuel,
puis les crédits annuels qu'on va vivre prochainement, collègue, il doit
justifier ses dépenses, et ses revenus, et son existence. Alors, il doit y
avoir, à l'intérieur de ça, un récapitulatif de tout ce qui a été fait dans
l'année.
M. Beauchemin : Bien, oui. Dans le
contexte où est-ce que c'était juste le ministère de l'Économie, c'était plus
facile, mais là, étant donné que le mandat, il a été élargi à
23 ministères, c'est-tu dans...
M. Skeete : Il a toujours eu ce
rôle-là, il a toujours eu un rôle... il a toujours eu un rôle de conseiller le
gouvernement. Là, on vient rajouter l'importance de ce rôle-là, l'indépendance,
mais il y a... Dans l'université du futur,
c'est avant le changement de loi, puis on s'est quand même servi de son input
pour cogiter avec les... l'enseignement...
M. Beauchemin : Bien, comme le
ministère... comme pour le ministère de la Santé et Services sociaux, par
exemple?
M.
Skeete : Bien, il était... comme j'ai dit, il était présent
avec nous durant la pandémie, puis on n'avait pas ça.
M. Beauchemin : Donc, dans les
crédits, il y aurait là-dedans le mandat qui aurait été donné au scientifique?
M. Skeete : OK. Ça fait que, là,
vous demandez : Est-ce que chaque mandat est précisé puis... Ça, je ne
pourrais pas vous le dire. Je peux vous revenir avec la réponse.
M. Beauchemin : OK. Parce qu'il y a
quand même... C'est par rapport à ce que c'était avant, lorsque c'était sous la
responsabilité puis... du bureau ministériel, la demande allait ailleurs. Là,
maintenant, c'est vraiment... chaque ministère, c'est une ligne directe,
disons.
M. Skeete : Bien, on n'est pas dans
cette mécanique-là ici, là.
M. Beauchemin : Non?
• (18 h 50) •
M.
Skeete : Non. Avant, le rôle du Scientifique en chef a toujours inclus d'aviser et de faire des recommandations au
gouvernement sur les matières scientifiques. Ça, ça existait toujours. Donc, il
le faisait puis il va continuer de le faire. Ça fait que ça, c'est... il le
faisait avant, ce que vous décrivez.
M.
Beauchemin : Oui, mais là, maintenant, c'est... il est comme...
il y a une ligne directe avec les 23 ministères, versus avant, c'était
comme sur le... j'imagine, Conseil des ministres ou... non?
M. Skeete : Non,
ce bout-là ne change pas dans ce qu'on présente aujourd'hui.
M. Beauchemin : OK. Pour ce qui est
du rôle de faire un rapprochement entre la science et la société puis de... ou
comment je pense que c'est écrit, là, «et la société ainsi que le maintien
d'une éthique et d'une conduite responsables
en recherche», comment le Scientifique
en chef peut effectivement, donc,
favoriser, là, le rapprochement?
M.
Skeete : Oui, ça, là, je pense que c'est une des questions
fondamentales pour la science dans les 20 prochaines années. Je
n'arrive pas à croire qu'on parle encore du fait que la Terre pourrait être
plate. Bien, il y a des gens qui nient des
faits vérifiables, je... alors, c'est très inquiétant. C'est comme si on n'a
jamais eu autant accès à de l'information depuis le début des temps de
l'humanité puis on n'a jamais eu aussi peu la capacité d'interpréter cette information-là.
Puis le rôle du Scientifique en chef de
favoriser un rapprochement entre la science et à quel point ça nous affecte au
quotidien, je pense que c'est un rôle important, que ce soit pour enseigner à
nos jeunes la méthode scientifique, que ce soit pour rappeler aux gens qu'un
fait... la différence entre un fait, puis une hypothèse, puis une opinion, des
choses de base que j'ai apprises à l'école, qui... je pense, à l'usure, on
commence à le perdre. Je pense que ce
rapprochement-là est très important. Puis je vois ça aussi en lien avec la
diplomatie. Il a un rôle de représentant de la science pour nous aider à mieux
comprendre le monde qui nous entoure.
M. Beauchemin : Bien, c'est un petit
peu dans ce contexte-là où est-ce que je posais la question tantôt, dans le sens que, pour qu'on puisse justement, éliminer
ces théories du complot, on peut le dire ainsi, là, OK, la transparence
est de mise. Dans le sens que, bon, quand on a un mandat, voici le mandat, on
cherche à comprendre, a, b, c, dans tel phénomène,
pouvez-vous le mettre transparent pour que tous puissent le voir? Lorsque ça...
lorsqu'on joue un peu... bien, ce
n'est peut-être pas le bon terme, là... lorsqu'il y a un élément manquant dans
la transparence, c'est tout le temps de là que va naître la théorie ou
les théories du complot.
C'est pour ça que je posais la question
tantôt : Il n'y a pas moyen de rendre ça, en fait, plus, tu sais, comme, direct, dans le sens qu'on puisse avoir accès à
l'ensemble de ...tous les mandats qui ont été mentionnés, pour qu'on puisse avoir
une idée? Et ça, c'est très court terme, là. Je ne pense pas que, pour vous et
moi, là, ça va faire un changement dans notre quotidien, mais dans cinq ans, la
théorie du complot va avoir émergé sur quelque chose qui a peut-être été mis
accidentellement dans... ou pas mis accidentellement dans un rapport, qui fait
en sorte que...
M. Skeete : Écoute, là, tu vas me
partir, là, mais... je suis d'accord que la transparence, c'est important,
parce que, sans la transparence, bien, c'est sûr qu'on contribue à la méfiance.
Ceci étant, on peut vérifier que la Terre n'est pas plate, puis ça n'empêche
pas des gens à penser qu'elle est plate. On peut vérifier... Tu sais, on vit
dans un monde où est-ce qu'il y a... Tu peux bien avoir la transparence, là,
c'est surtout la capacité de recevoir l'information qui est importante. Ça fait que ce n'est pas tant l'information... puis
c'est important, l'information, là, mais c'est aussi la capacité de
recevoir et d'interpréter l'information.
C'est pour ça que la partie du rapprochement est
importante, de rendre accessible la science, de dire qu'on a tous un rôle à
jouer dans la méthode scientifique. La manière qu'on écoute les nouvelles...
Quand on écoute les nouvelles, est-ce qu'on écoute les nouvelles avec une
ouverture ou on se fait dire quoi croire puis on le croit? La pensée critique,
je pense que le Scientifique en chef a un rôle important à jouer à ce
niveau-là, puis c'est ça... dont on fait référence quand on parle de
rapprochement avec le citoyen. C'est de ramener certains thèmes que, je pense,
les médias sociaux nous ont fait oublier,
là, des choses de base, là, comme la pensée critique et le questionnement de
choses qu'on entend, qui n'ont pas toujours du sens.
M. Beauchemin : Dans l'erre d'aller,
je pense que c'est d'essayer, justement, de faire une approche neutre, qui est
véridique, qui est, comme, pour la science, de s'assurer que ça devienne la
référence. C'est dans ce sens-là que vous
parlez de rapprochement entre la science et la société, de s'assurer que le
«go-to», là, pour avoir l'heure juste, bien,
c'est tel médium, ou c'est telle plateforme, ou c'est telle façon de discuter
de la science, puis qu'il y a eu transparence dans tout ça? Est-ce que
c'est dans ce contexte-là que vous le voyez?
M.
Skeete : Moi, la science... Ce n'est pas le Scientifique en chef qui est la personne... le référent, la référence.
Lui, son travail, c'est de nous aiguiller
sur les choses véridiques et réelles qui peuvent nous aider à prendre les bonnes
décisions, et nous orienter en tant que peuple, et en tant que gouvernement.
Alors, le Scientifique en chef est... c'est une personne, alors elle n'a pas la
vérité infuse, elle a peut-être des biais, elle a peut-être des préjugés.
Alors, ultimement, ce qu'elle pense vaut ce qu'un autre scientifique pense. Par
contre, quand que le gouvernement se pose des grandes questions sur les
orientations, cette personne-là peut nous aider à bien identifier les bonnes
sources. Mais allez voir cette source-là.
Cette source-là, elle n'est pas reconnue, elle n'est pas crédible, elle n'a pas
l'appui des pairs.
Ça fait que c'est là, la valeur du Scientifique
en chef. Ce n'est pas la personne puis ce qu'elle dit autant que la ressource
et l'information qu'elle peut nous transmettre par rapport à l'état des lieux.
M. Beauchemin : Bien, on revient un
petit peu à ce qu'on disait tantôt puis on fait... on dit peut-être la même chose, dans le fond, mais c'est de... pour faire
ce rapprochement, c'est d'établir la crédibilité, que, justement, la source
recommandée par le Scientifique en
chef est la bonne source reconnue.
Donc, pour que le rapprochement soit réalisé, bien, il faut qu'il y ait
une reconnaissance que cette source-là est la bonne puis, pour que ça, ce soit
le cas, bien, il faut que la transparence soit au
rendez-vous pour, justement, qu'il n'y ait pas de doute sur la pureté, si on
peut dire, de l'information ou de la source en tant que telle. On revient à la
même chose, là, mais...
M. Skeete : Bien,
quand vous dites ça, est-ce que vous... est-ce que vous parlez du Scientifique
en chef?
M. Beauchemin :
Non, je dis que le rôle de... le
rôle du Scientifique en chef est de favoriser le rapprochement. Je parle comment en arrive-t-il à pouvoir... ou
arrive-t-elle à pouvoir faire ce rapprochement-là. Bien, ça va être, justement,
en ayant un élément indiscutable de
transparence par rapport à la source suggérée. Puis pour ce faire, bien, c'est
essentiel, selon moi, là, humblement,
qu'il n'y ait pas, justement, de doute et que donc la clarté, la transparence
soient accessibles à tous. C'est plus
dans... Tu sais, ça revient à ce qu'on disait depuis tantôt, mais... On dit à
peu près la même chose, mais on ne le dit peut-être pas de la... avec
les mêmes mots, mais c'est dans ce sens-là où est-ce que je trouve que le
rapprochement serait, bien, en fait, le rôle du Scientifique en chef, là.
M. Skeete : Je
n'ai pas entendu la question. Je ne pense pas qu'il y avait une question.
M. Beauchemin :
Non, bien, c'est qu'on conclut sur...
M. Skeete : OK.
Bien, je suis d'accord. Je suis d'accord avec le fait qu'on dit possiblement la
même chose.
M.
Beauchemin : Possiblement. D'accord, d'accord.
La Présidente (Mme
D'Amours) : ...commentaires sur l'article? Oui, M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci,
Mme la Présidente. Quand on dit... donc, la suite de la phrase, là : «Le
Scientifique en chef favorise le rapprochement entre la science et la société,
ainsi que le maintien d'une éthique et d'une conduite responsable en
recherche», il maintient cette éthique et cette conduite responsable dans quel
cadre, dans quelles recherches exactement?
M. Skeete : L'éthique
de la recherche regroupe l'ensemble des normes qui se préoccupent
principalement de l'agir des personnes qui mènent à des activités de recherche
d'un point de vue déontologique, en ce qui a trait au respect et la protection des participants à la recherche et des animaux.
Elle se définit comme une démarche rigoureuse de réflexion sur l'action
humaine, ayant pour but de susciter l'interrogation sur la finalité des gestes,
sur la raison et les valeurs qui motivent les choix et sur les conséquences prévisibles,
de manière à orienter des décisions qui soient respectueuses de la dignité
humaine.
M. Bouazzi : Et
donc, c'est toute la... Je veux dire, ça s'arrête où? Est-ce que c'est toutes
les universités, tous les cégeps, la recherche qui se passe chez Bombardier?
C'est... ça s'arrête où?
M. Skeete : Je
n'ai pas compris. Avec...
M. Bouazzi : Je
n'ai pas compris... Je comprends ce que vous dites, c'est très bien. Mais donc
c'est... est-ce que la recherche, c'est lui qui fait... Est-ce que c'est la
recherche... C'est quoi, le périmètre de toute cette éthique?
M. Skeete : Alors,
le Scientifique en chef... puis il faut séparer la personne de son... La
personne Scientifique en chef ne fait pas de... elle ne fait...
M. Bouazzi : De
la fonction.
M. Skeete : La
fonction. Mais la personne en tant que telle, ce n'est pas elle qui consolide
toutes les recherches qui se font puis qui est responsable de... Cette
personne-là représente un conseiller avisé, une personne qui peut nous aider à
mieux comprendre notre environnement scientifique. Il préside le Fonds de
recherche et agit à titre de Scientifique en chef, donc c'est ces deux rôles
qu'il peut jouer. Quand on parle de son rôle au quotidien par rapport à la
science, bien, il n'y en a pas. C'est le comité de sélection, dans les Fonds de
recherche, qui vont déterminer quels projets vont être financés. Puis lui, il
préside ça, mais il n'est pas dans le quotidien du détail de l'évaluation, donc
ce n'est pas la même chose.
• (19 heures) •
M. Bouazzi : Donc,
quand on dit : «Il favorise le maintien d'une éthique et d'une conduite
responsable en recherche», ça se matérialise comment?
M. Skeete : Ça
se matérialise, en fait, qu'il devient le gardien des meilleures pratiques.
M. Bouazzi :
Oui, je comprends, mais...
M.
Skeete : Alors, ce qu'on
souhaite, c'est que lui, dans le fond, il veille à ce que les projets qu'on va
financer respectent des normes déontologiques et éthiques et se font dans
la meilleure... dans les meilleures pratiques.
M. Bouazzi : Donc
là, on parle des fonds.
M. Skeete : Puis il y a une
politique aussi, là. Ça fait que moi, ce que je dirais, c'est qu'il est chargé
de s'assurer que la science se fait de la bonne manière, tu sais, largement,
là.
M. Bouazzi : Pour la science qui est
financée par le FRQ?
M. Skeete : Oui, bien sûr, à titre
de président...
M. Bouazzi : Je ne suis pas sûr.
J'ai l'impression qu'il y a un doute à côté de vous.
M.
Skeete : Bien, c'est parce que ça dépend de quoi on parle.
Si on parle du président des fonds, dans ce cas-là, oui. Si on parle du Scientifique
en chef, on parle de la science... de la recherche en général. Ça fait que ça
dépend.
M. Bouazzi : Exact.
M. Gervais (Mathieu) : ...
M. Skeete : Il pourrait peut-être
prendre la parole?
M. Bouazzi : Oui, peut-être.
Allez-y, oui.
La Présidente (Mme D'Amours) : M. le
sous-ministre.
M. Gervais (Mathieu) : Oui. Donc,
dans le passage que vous avez mentionné, de l'article, on parle du rôle du Scientifique
en chef, donc on dit qu'il favorise
le maintien d'une éthique et d'une conduite responsable en recherche.
Donc, c'est de par la promotion d'une conduite responsable en recherche, de par
ses avis qu'il... quand il conseille le ministre
ou les autres ministères. Donc, il va les conseiller en ayant en tête les
bonnes pratiques en la matière. Donc, à titre de Scientifique en chef, c'est ce qu'il va faire. En tant que PDG du
fonds, bien là, oui, il y a une politique, à même les fonds, qui... les
fonds sont octroyés selon cette politique de conduite responsable en recherche.
M. Bouazzi : Mais ce n'est pas là...
ce n'est pas de ça qu'on parle dans cet article.
M. Gervais
(Mathieu) : Ce n'est pas de ça qu'on parle ici. Ici, on parle
de son rôle en tant que Scientifique en chef.
M. Bouazzi : OK.
Donc, en fait, c'est un rôle... je comprends, d'un côté, c'est un rôle, disons,
de vulgarisation de ce que c'est que l'éthique dans... mais qui n'est
pas... qui n'est ni coercitif ni même un rôle de responsabilité, de dire : Bien, voici ce que c'est. Puis par
ailleurs, lui, dans son travail en tant que Scientifique en chef, quand il
conseille l'exécutif ou dans n'importe quelle action où il porte cette
responsabilité-là, bien, évidemment, il fait preuve d'une éthique dans sa
recherche, c'est ça, ou, en tout cas, dans son travail de scientifique.
M. Skeete : D'exemplarité, oui.
M. Bouazzi : Exact. Ça fait qu'il
n'a pas la responsabilité de... J'essayais de comprendre où est-ce que ça
s'arrêtait, là. Je comprends que les explications du sous-ministre,
effectivement, sont éclairantes. Par curiosité, parce que c'est sûr que c'est
un gros, gros mandat, est-ce que...
D'abord, combien il me reste de temps, Mme la
Présidente?
La Présidente (Mme D'Amours) : Ah!
je ne pourrais pas vous le dire présentement. Ça va me prendre quelques
secondes avant de vous le...
M. Bouazzi : OK. Mais, si vous
pouvez juste me dire, genre, cinq minutes avant que ce soit fini.
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous...
En fait, vous avez 20 minutes, mais c'est votre temps de parole. Ça
n'inclut pas les réponses du ministre.
M. Bouazzi : Ah! donc, c'est
compliqué.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Alors, moi, je n'ai aucun temps devant moi, mais je vais demander, là, au
secrétariat de nous le sortir.
M. Bouazzi : OK. C'est bon. Non,
mais il n'y a pas de... il n'y a pas de...
La Présidente (Mme D'Amours) : Vous
avez du temps.
M.
Bouazzi : Il n'y a pas de problème.
M. Skeete : Il
veut prévoir son amendement, Mme la Présidente.
M. Bouazzi : J'ai
mon amendement, à un moment, évidemment...
M. Skeete : Il
veut juste gérer son amendement, là. C'est ça. On est dans la gestion de
l'amendement, là.
La Présidente (Mme
D'Amours) : C'est ça. On est dans la gestion du temps. Je vais vous
dire aussitôt que je le sais, M. le député. Allez-y.
M. Bouazzi : C'est
parfait. Mais il n'y a pas de problème. Je comprends qu'on finit à et quart,
donc de toute façon, je vais rentrer dans mes 20 minutes.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Oui, oui.
M. Bouazzi :
Ça fait que vous... ne vous cassez pas la tête à me donner ces informations.
La Présidente (Mme
D'Amours) : Il vous reste 19 minutes.
M. Bouazzi : Ah,
bien, c'est du temps.
C'est
ça, donc, c'est un gros mandat, de conseiller tout l'exécutif, et puis c'est
beaucoup de monde, là, on s'entend, sur tout sujet. Comment... Il a...
Combien d'employés, concrètement, y travaillent?
M. Skeete : Le
FRQ a plus de... à peu près 100 employés, là, grosso modo, là.
M. Bouazzi : Et
donc c'est les employés du FRQ qui l'aideraient à répondre à toutes ses... à
ses conseils?
M. Skeete : Je
vais laisser... Dans le quotidien, là, je vais laisser le sous-ministre adjoint
répondre.
La Présidente (Mme
D'Amours) : M. le sous-ministre.
M. Gervais
(Mathieu) : Pour ce qui est des avis scientifiques, le Scientifique en
chef va s'appuyer sur la communauté de
recherche, donc ce n'est pas nécessairement les employés du fonds, qui sont là
pour gérer et administrer les fonds de recherche du Québec. Mais, dans
son rôle de Scientifique en chef, bien, évidemment... lui-même a des
compétences scientifiques qu'il peut se servir, mais il va consulter la
communauté de recherche pour être en mesure de fournir des avis scientifiques
dans les domaines... dans les différents domaines.
M. Bouazzi : Donc,
concrètement, je ne sais pas, moi, le ministère de la Famille veut savoir s'il
y a de la recherche sur... en tout cas, quel
avis avoir sur... je ne sais pas, bon, l'égalité des genres dans les places de
CPE, je ne sais quelle affaire, bon, et il contacte le Scientifique en
chef, et puis le Scientifique en chef... Ce serait quoi, le processus,
exactement?
M. Gervais
(Mathieu) : Il y a différentes façons de faire. Il y a
effectivement... On pourrait contacter le Scientifique en chef parce que, bon,
on lui donne le mandat de conseiller les différents ministres à ce sujet-là.
Donc, oui, il pourrait y avoir un contact de
fait auprès du Scientifique en chef qui se retourne vers la communauté de
recherche dans les domaines spécifiques dont vous faites référence. Il y
a aussi des partenariats, des initiatives, des actions concertées ou des
regroupements sectoriels de recherche qui existent, qui sont financés par les
fonds, qui émettent des avis et puis qui
peuvent être consultés au besoin. Donc, oui, par l'entremise du Scientifique en
chef, il peut y avoir des relations de faites avec ces regroupements-là.
M. Bouazzi : Et
donc c'est au Scientifique en chef de savoir. Il dit : Ah! moi, je connais
tel chercheur qui travaille sur telle affaire, je vais lui demander son avis?
M. Gervais (Mathieu) : Avec l'appui de ses
équipes, évidemment, là. Il y a plus de 100 personnes qui travaillent
au fonds, qui ont des liens avec les
directrices scientifiques, notamment, qui sont... Évidemment, les directions
scientifiques dans les trois secteurs de recherche ont une connaissance
beaucoup plus fine de leur secteur de recherche, donc plus facile de
mettre en relation avec les différents regroupements sectoriels de recherche,
notamment.
M. Bouazzi : Je
ne suis pas sûr de vous avoir suivi. Donc, en tant que conseiller, là, est-ce
qu'il utilise les ressources des... les ressources que... Je comprends qu'il y
a 100 personnes qui travaillent pour le FRQ. Est-ce que ça passe par ça ou
c'est en parallèle de ça?
M. Gervais (Mathieu) : Ça peut
passer en partie par les ressources du fonds, mais majoritairement, par des
chercheurs externes au fonds. Notamment pour, exemple, identifier les bonnes
ressources externes au fonds, il va se baser sur
l'expertise de son équipe, notamment les directions scientifiques, qui ont une
vue beaucoup plus claire dans leur secteur spécifique de recherche.
M. Bouazzi : OK. Est-ce que, dans ce
genre de mandat, il aurait la responsabilité de créer même des groupes de
réflexion de chercheurs pour pouvoir répondre à une question? Ça se passerait?
Parce qu'on a entendu... on a entendu des chercheurs nous dire : Bien, ce
qu'on s'attendrait à voir... Ils avaient une inquiétude sur le fait qu'il n'y a
pas une opinion scientifique, mais une diversité qui entoure un sujet. Et
l'idée est de se dire : Bien, c'est quoi, le processus qui permettrait...
Puis une des propositions, honnêtement, j'ai oublié les détails, c'était de
dire : Bien, il devrait y avoir un mécanisme qui lui permette de
dire : Bien, voici les avis qui cohabitent sur un sujet particulier.
M. Gervais (Mathieu) : Actuellement,
il pourrait très bien le faire. Il le fait à l'occasion d'ailleurs, de former
des groupes ou de consulter différents groupes, pour mettre les avis en commun
avant de lui-même exercer son conseil aux différents ministres.
M. Bouazzi : OK. Et actuellement, il
conseille... Son mandat de conseiller se limite à quoi par rapport à ce qu'on
s'apprête à faire? Est-ce qu'il conseille?
M. Gervais (Mathieu) : En fait, le
projet de loi, quand on spécifie ici le mandat du Scientifique en chef,
c'est... c'est pour représenter davantage l'usage actuel. Parce que, bon, le
Scientifique en chef a été nommé en 2011 pour une première fois avec un mandat
peut-être imprécis qui s'est précisé avec les années. Puis le projet de loi
vient ainsi préciser en fonction des tâches actuelles qui sont reconnues et
qu'on veut continuer d'appuyer. Donc, on vient le préciser dans le projet de
loi actuel, mais le Scientifique en chef, actuellement, conseille déjà
plusieurs membres du Conseil exécutif du gouvernement et puis fait déjà de la
diplomatie scientifique, fait déjà le rapprochement entre sciences, sociétés,
par différents mécanismes. Il le fait déjà. On vient le reconnaître dans le
projet de loi ici.
• (19 h 10) •
M. Bouazzi : Donc là... Mais
j'imagine qu'il y a quand même des... bien des membres de l'exécutif qui n'ont
jamais, jamais demandé... parce que vous comprenez que je m'inquiète un peu des
capacités de la personne de conseiller une vingtaine de ministres sur à peu
près tous les sujets. S'il reçoit juste une question par an, c'est déjà
beaucoup de job, là, par ministère, je veux dire. Et donc est-ce qu'on a une
idée, dans l'état actuel des choses, il émet combien de conseils scientifiques
annuellement aux ministères? Est-ce qu'on a une idée?
M. Gervais (Mathieu) : Sur le site
Web du Scientifique en chef, on retrouve le rapport de ses activités. Ça ne couvre pas l'ensemble de chacun des avis qu'il
fait, mais ça couvre globalement ses activités en cours de l'année. C'est
présenté par... de façon annuelle, là, en exercice financier. On voit, là, ses
mandats importants sont présentés à l'intérieur.
M.
Bouazzi : OK. Et là je comprends... Je vois que ma
recherchiste vient d'ouvrir le site Web, mais concrètement je comprends
les mandats, mais, genre, annuellement, ça fait combien de ministères... dans
l'état actuel des choses? Vous avez une idée? C'est plutôt quatre? Plutôt les
23?
M. Gervais
(Mathieu) : Évidemment, ça va être variable et puis ça va
dépendre de l'ampleur des mandats. Il y a certains mandats comme... M.
le ministre faisait référence à l'université du futur, qui avait été un mandat
donné par l'Enseignement supérieur, qui est un mandat extrêmement exigeant.
Donc, ce n'était qu'un mandat, mais qui a pris beaucoup de temps, alors qu'il y
a des mandats qui sont de plus petite envergure, qui peut prendre moins de
temps. Évidemment, je serais étonné, là, que chacun des 20 quelques
ministères, là, ou ministres consultent le Scientifique en chef de façon
importante à chaque année. Mais, encore une fois, le Scientifique en chef, son
rôle, ce n'est pas d'avoir les réponses à tout, mais bien d'aller consulter
toute la communauté de recherche dans les trois secteurs par l'entremise, entre
autres, des directions scientifiques, d'aller consulter les bonnes personnes,
de mettre les bons avis ensemble pour ensuite donner un conseil, là, aux
différents ministères, ministres.
M. Bouazzi : OK. Et donc il n'y a
pas de processus préétabli a priori. C'est ce que je comprends. Et puis ce
n'est pas du tout une critique, hein? J'essaie de comprendre. Donc,
concrètement, il reçoit un mandat. Ça peut être du ministère. Là, vous avez
donné la question du ministère de l'Éducation supérieure. J'imagine que le
mandat... que le travail qu'il y a eu sur
l'intelligence artificielle, par exemple, était aussi un mandat ou ça ne
comptait pas, qui a abouti il y a
quelques... il y a quelques semaines, là, c'était un mandat aussi au
Scientifique en chef? En tout cas, il en faisait partie, du processus,
là. Je ne sais pas à quel point c'était un mandat qui lui a été attribué.
M. Gervais (Mathieu) : Ça a été une
façon de faire un peu différente, effectivement... Le mandat, là, de produire un rapport avait été confié plutôt au
Conseil de l'innovation du Québec. M. Quirion est... siège, là, au conseil
d'administration du Conseil de l'innovation. Il y a eu un sous-groupe du
Conseil de l'innovation qui a été identifié pour
participer plus activement à ce mandat-là. M. Quirion en faisait partie.
Donc, c'est un peu dans ce contexte-là qu'un mandat de l'intelligence
artificielle a une participation active, là, de M. Quirion, à ce moment-là.
M. Bouazzi : OK. Et il est dans le
CA, juste pour moi, en tant que M. Quirion ou en tant que Scientifique en
chef? En tant que Scientifique en chef. Il a-tu une place réservée?
M. Gervais
(Mathieu) : Il n'y a pas de place réservée, habituellement, sur le CA.
On est là qu'en tant qu'individus, donc, à des fins personnelles, évidemment,
sans ses qualités de scientifique...
M. Bouazzi : OK. C'est bon pour moi,
pour l'instant, Mme la Présidente. Je vais déposer... Est-ce que vous allez
déposer votre... Oui, je vais laisser la première opposition.
La Présidente (Mme D'Amours) : Il
est presque 19 h 15. Moi, je vous suggère, à notre prochaine
rencontre, de déposer vos amendements pour qu'on puisse entendre vos
explications et ensuite avoir une discussion. Ça va être plus productif que les
déposer maintenant.
M. Beauchemin : Votre expérience...
La Présidente (Mme D'Amours) : D'accord.
Donc, si vous me le permettez, je vous remercie pour votre collaboration.
Compte tenu de l'heure, la commission ajourne
ses travaux, sine die. Merci, tout le monde.
(Fin de la séance à 19 h 14)