(Dix
heures)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, bienvenue à toutes et à tous. Nous
sommes en mesure de pouvoir entreprendre nos travaux, car je constate que nous
avons le quorum nécessaire pour ce faire.
Comme vous le savez,
notre commission est aujourd'hui réunie afin de procéder aux consultations
particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi n° 62,
Loi visant principalement à diversifier les stratégies d'acquisition des organismes publics et à leur offrir davantage
d'agilité dans la réalisation de leurs projets d'infrastructure.
Alors, Mme la
secrétaire, bonjour, bienvenue parmi nous. Y a-t-il des remplacements ce matin?
La Secrétaire :
Oui, M. le Président. M. Bélanger (Orford) est remplacé par M. Thouin (Rousseau); M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys) est remplacé par M. Derraji (Nelligan); et
M. Bouazzi (Maurice-Richard) est remplacé par Mme Zaga Mendez
(Verdun).
Remarques préliminaires
Le Président (M.
Simard) : Donc, bienvenue à nos nouveaux collègues. Et, comme vous le
savez, avant d'entreprendre, comme tel, les
auditions, nous procédons à des remarques préliminaires. Et, sans plus tarder,
je cède la parole à M. le ministre.
M. Jonatan Julien
M. Julien :
Oui. Merci, M. le Président. Bien, bonjour, tout le monde. Chers collègues,
grand plaisir d'être ici avec vous, aujourd'hui et dans les prochains jours,
pour qu'on puisse passer ensemble à la prochaine étape du cheminement du projet
de loi n° 62, loi visant principalement à diversifier
les stratégies d'acquisition des organismes publics, à leur offrir davantage
d'agilité lors de la réalisation de leurs projets d'infrastructure.
Ce
projet de loi, M. le Président, cadre avec la stratégie... la Stratégie québécoise
en infrastructures publiques : Des infrastructures de qualité,
réalisées plus rapidement et à meilleur coût, c'est l'objectif du gouvernement,
que j'ai présentée... on l'a présentée le
9 mai dernier, et qui fait suite aux initiatives entreprises par notre
gouvernement, entre autres, relativement aux marchés publics, là, alors
étroitement travaillée avec ma collègue présidente du Conseil du trésor.
Il s'agit d'une
stratégie, M. le Président, ambitieuse, dont les effets vont être durables, qui
vise, justement, à accélérer la réalisation
des projets publics, à obtenir des meilleurs coûts et à assurer davantage
d'efficience, surtout au moment de la planification et de la réalisation
des projets, parce qu'on souhaite améliorer l'état de nos infrastructures
publiques au Québec.
Notre
vision est de doter les infrastructures... le Québec d'infrastructures de
qualité puisque ces infrastructures-là sont le reflet de notre identité,
et on est encore plus fiers quand elles sont de qualité. Le parc d'infrastructures
doit être en bon état pour répondre aux besoins de la population, aux besoins
des missions de l'État. Chaque dollar qu'on investit
dans nos infrastructures doit en donner le plus possible, et, pour optimiser
l'efficience, le coût marginal qui est rajouté en infrastructures, on doit
procéder à des modifications qu'on amène à l'intérieur de la stratégie et à
l'intérieur du projet de loi n° 62, dans le
cadre législatif.
Notre stratégie
propose des mesures qui vont permettre d'améliorer, dès le processus d'idéation
jusqu'à la mise en service des projets, la réalisation des projets
d'infrastructures, tout en assurant la qualité et la pérennité de nos infrastructures. Donc, on fait un et l'autre.
Pour moi, c'est clair que cette stratégie-là, qui a... qui a 17 mesures,
dont plusieurs sont à l'intérieur du projet de loi n° 62...
On a l'ambition de pouvoir réaliser des projets d'infrastructure d'envergure
25 % plus rapidement avec une réduction de 15 % du coût.
Quatre axes dans la
stratégie, M. le Président : une planification optimisée, bien planifiée,
bien connaître nos besoins pour pouvoir lancer sur le marché... un
environnement d'affaires plus compétitif, justement, augmenter la concurrence
sans jamais mettre en doute l'intégrité, l'équité, la transparence, qui sont
des valeurs phares de la LCOP, la loi sur
les contrats d'organismes publics, et qui... le marché... l'Autorité des marchés publics veille au grain là-dessus. On veut avoir un
État plus agile dans nos relations interministérielles, comment qu'on peut
faire plus rapidement et mieux. On veut un meilleur suivi de la performance et
des investissements par rapport à leurs extrants et leurs effets.
Alors, dans ce
contexte, la stratégie québécoise récupère ces quatre axes-là, plusieurs
mesures qui sont structurantes, et on est
actuellement ensemble ici pour travailler sur la base de cette stratégie-là, le
projet de loi n° 62, qui
vient modifier la loi sur les contrats d'organismes publics, principalement, et
la Loi sur les infrastructures publiques.
Alors,
je suis très heureux d'avoir plusieurs groupes qui vont venir discuter avec
nous justement de leur vision, de leur appréciation. On est ouverts aux
bonifications puisque je suis certain qu'on a le même objectif. On veut faire mieux. On veut assurer ensemble une pérennité de
nos infrastructures publiques, qui sont au coeur de notre mission étatique.
Donc, merci à tous les groupes qui se
présentent, merci aux collègues qui y participent et merci, naturellement,
à toute l'équipe administrative qui nous
supporte dans ce beau projet de loi là. Je pense que ça va cheminer rondement parce
qu'on a tout intérêt à pouvoir améliorer l'efficience dans nos réalisations de
projets d'infrastructures publiques au Québec. Merci.
Le Président (M.
Simard) : Alors, merci à vous, M. le ministre. Je cède maintenant la
parole au leader de l'opposition officielle et député de Nelligan. Cher
collègue.
M. Monsef Derraji
M. Derraji : Merci, M. le Président. Bien, bonjour. Bonjour à
tous les membres de la commission, M. le ministre, son équipe du
ministère de la SQI. C'est le premier projet de loi du ministre depuis qu'il
est titulaire du portefeuille des infrastructures. C'est un projet de loi qui
modifie cinq lois, quatre règlements et qui a comme objectif de donner plus
d'agilité dans les projets d'infrastructure.
Le ministre se fixe
des cibles ambitieuses. Il dit qu'avec ce projet de loi les projets
d'infrastructure vont coûter jusqu'à 15 % de moins et réduire les délais
jusqu'à 25 %. M. le Président, évidemment, il n'y a personne, personne au
Québec qui ne va pas... qui peut... qui peut... ou qui va espérer, ou qui va
être contre que ça coûte moins cher et que ça se fasse plus vite, mais
l'histoire, malheureusement, l'histoire et les chiffres, l'histoire récente du
gouvernement caquiste en matière de construction nous laisse un peu perplexes.
Je veux juste faire un petit résumé, parce que sinon... Je n'ai pas... je n'ai
pas, malheureusement, une heure pour en parler, j'ai quatre minutes.
Maisons des aînés,
les coûts ont explosé, on est rendus à 1 million de dollars par
porte, pas pour un condo au centre-ville de Montréal, pas pour une pour une
belle grosse maison en banlieue, on parle... 1 million de dollars pour une
chambre. Les délais de construction sont interminables, et, quand elles sont
finalement livrées, elles ont des problèmes.
Le ministre m'a entendu déjà parler de ça lors de l'étude des crédits,
Chicoutimi, Alma, Roberval, problèmes de fissures, infiltrations d'eau,
moisissures. À Mirabel, on a acheté un terrain à l'entreprise de proches d'un
membre de la pègre irlandaise et on l'a payé
plus cher que ce qu'il valait vraiment. Pire encore, on a dû complètement
démolir une aile de la maison des aînés avant même son ouverture en
raison des problèmes de construction. Ça, c'est juste ce qui se passe au niveau
des maisons des aînés.
Espaces bleus, ça
vous dit quelque chose, M. le Président? Le gouvernement avait annoncé un
projet il y a trois ans, un nouveau type de
musée qui devrait être déployé dans les 17 régions du Québec. C'était le
legs culturel de la CAQ. Ça devait coûter 260 millions de dollars. En
trois ans, on est passé de 260 millions de dollars à
1 milliard de dollars.
On pense évidemment
au troisième lien. Honnêtement, je n'aurai pas assez de temps pour refaire
l'histoire de ce projet. Le troisième lien
n'existe toujours pas... et qu'il n'existera probablement jamais. On pense au pont de l'Île-d'Orléans. Le précédent ministre caquiste des Transports
avait dit que ça coûterait quelques centaines de millions, et,
finalement, la nouvelle ministre a dit que ça sera 2,7 milliards pour
l'instant.
Je peux passer
quelques minutes sur le préfabriqué dans les projets d'infrastructure, mais, M.
le Président, gardons en tête tout cela tout au long du projet... de l'étude du
projet de loi, parce que c'est ce qu'on veut, c'est vraiment que ça coûte moins
cher aux Québécois et qu'on respecte les délais.
Je ne peux pas ne pas
parler du projet de loi n° 66, dans l'ancienne législature, la 42. Le
gouvernement voulait accélérer des projets
d'infrastructure, ça pressait. Je me rappelle, M. le Président, une campagne
de... sur Twitter, une
pression médiatique. Il y avait même un changement de ministre par la suite
pour redéposer un autre projet de loi, et la
loi cible 180 projets d'infrastructure urgents, urgents, urgents. Bien,
vous savez où nous sommes aujourd'hui, quatre ans plus tard, sachant que
le ministre lui-même, et le ministère lui-même, s'est donné l'ensemble des outils
pour accélérer l'ensemble des projets, 23,
23 des projets sont terminés. C'est moins du quart, mais vous allez me
dire : Et concernant les projets
qui sont sous la responsabilité du ministre responsable de l'Infrastructure,
combien de projets terminés? Pas un, pas deux, pas trois, c'est zéro,
quatre ans plus tard.
Donc,
alors, quand le ministre nous dit qu'il va faire plus vite et que ça va coûter
moins cher, vous comprendrez, M. le Président, que je suis sceptique,
mais on va se donner le temps d'écouter les groupes. Très heureux de participer
dans cette commission. On va écouter les groupes, mais vous allez m'entendre,
M. le Président. Je veux absolument une assurance que ça va coûter moins cher
aux Québécois et qu'on va réaliser les projets très rapidement parce que,
malheureusement, en date d'aujourd'hui, le bilan caquiste en matière
d'infrastructures, il n'est pas si... comme... comme on le souhaite tous.
Alors, M. le
Président, hâte à commencer cette étude des consultations et merci encore une
fois.
Le Président (M.
Simard) : Merci à vous, cher collègue. Et je cède maintenant la parole
à notre collègue de Verdun.
Mme Alejandra Zaga Mendez
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Je tiens à mon tour de saluer tous
les collègues de la banquette ministérielle,
M. le ministre, M. le député de Nelligan également. Salut à toutes les
personnes qui vont venir aujourd'hui, demain, dans les prochains jours,
aux différentes consultations et qui vont nous... bon, enrichir le débat autour
du projet de loi n° 62.
Nous
abordons l'étude de ce projet de loi, mais d'abord les consultations, avec un
souhait, un souhait qu'on partage, de diversification et, oui, d'agilité dans
le processus d'octroi des contrats publics. Puis je pense qu'il faut se rappeler l'objectif, d'abord et avant tout,
avancer les projets d'infrastructure qui sont attendus. On parle de nos
services publics, mais il faut parler également des infrastructures nécessaires
pour une transition, une transition écologique.
À
cet égard, je pense qu'il est important de considérer comment ces processus-là
vont pouvoir éventuellement, suite à nos discussions, bénéficier
également au développement du transport collectif, du transport... de la
mobilité durable partout au Québec, qui est un chantier important à accélérer,
à entreprendre pour la... dans la lutte aux changements climatiques.
• (10 h 10) •
Le deuxième souhait,
c'est qu'on sorte de l'incertitude. C'est-à-dire, on sait que l'incertitude
dans la réalisation des contrats publics fait en sorte qu'on n'amène pas
seulement des retards, on excède dans les coûts, et ça crée des confusions dans
la réalisation de projets. Et, finalement, nous allons poser différentes
questions et discuter concernant l'attribution... une attribution équitable des
contrats publics.
Le Président (M.
Simard) : Merci, chère collègue.
Mme Zaga
Mendez : Merci.
Le Président (M.
Simard) : Votre temps étant révolu, je cède maintenant la parole aux
représentants de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du
Québec.
Mme Zaga
Mendez : Non. On a un collègue de plus.
Le Président (M.
Simard) : Non, non. Nos règlements font en sorte qu'il y a un
président qui préside, et, malheureusement,
notre député étant considéré comme indépendant, il n'a pas de droit de parole
durant les remarques préliminaires, à
moins... à moins qu'il y ait un consentement. Exceptionnellement, s'il y a
consentement, avec un consentement, on peut tout faire, mais c'était
prévu comme ça. Désolé, collègue.
M. Paradis : Bien,
pourtant, M. le Président, je suis membre indépendant de plusieurs autres
commissions, et on a toujours eu une minute de commentaire introductif. Alors,
je vous... je vous invite à me céder la parole pour une minute, alors, si mes
collègues sont d'accord, d'ailleurs.
Le Président (M. Simard) : Je
comprends ça, mais j'ai besoin, selon le règlement, d'un consentement. Je ne
peux pas vous le donner de facto. Est-ce qu'il y a consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M.
Simard) : Consentement aussi du côté de Québec solidaire? Je ne le
vois pas encore.
Une voix : ...
Le Président (M.
Simard) : Il y a consentement. Alors, cher collègue de Jean-Talon, à
vous la parole.
M. Pascal Paradis
M. Paradis : Merci
beaucoup, M. le Président.
Le Président (M.
Simard) : Bienvenue.
M. Paradis : M.
le ministre, chers collègues...
Le Président (M.
Simard) : J'ai une tâche ingrate, vous savez, c'est de faire respecter
des règlements, mais à vous la parole, cher ami.
M. Paradis : Merci. De nouveau, merci
beaucoup, M. le Président. Chers collègues des banquettes gouvernementales,
de l'opposition, membres de l'Assemblée nationale, personnes qui participent,
salutations.
Les objectifs, les
intentions visées par ce projet de loi sont intéressantes. Donner de l'agilité
à la façon dont on passe des contrats, partenariats, approche collaborative,
c'est intéressant. On a très hâte d'entendre les gens qui vont venir nous en parler. Ces objectifs-là, on
espère que ça va augmenter la productivité, réduire les coûts, mais il faut aussi
s'assurer que la confiance du public dans les marchés publics demeure, que la
transparence et le traitement intégré,
équitable de tous les participants soient assurés. On va être vigilants et on a
hâte de vous écouter. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. D'autres remarques, cher collègue de Jean-Talon?
Ça va?
Auditions
Alors, nous allons donc procéder à nos auditions
comme telles, et je cède la parole à l'Association des constructeurs de routes
et grands travaux du Québec. Madame messieurs, soyez les bienvenus. Auriez-vous
d'abord l'amabilité de vous présenter, après quoi vous aurez 10 minutes
d'auditions.
Association des constructeurs
de routes et
grands travaux du Québec (ACRGTQ)
M. Turgeon
(Jean-François) : Oui, bonjour, Jean-François Turgeon. Je suis le
premier vice-président à l'ACRGTQ.
Mme
Bourque (Gisèle) : Mon nom est Gisèle Bourque. Je suis avocate et directrice
générale de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux
du Québec.
M. Joncas (Marc) : Bonjour à tous,
Marc Joncas, président du conseil d'administration de l'ACRGTQ.
M. Tremblay (Pierre) : Bonjour,
Pierre Tremblay, je suis directeur des services science, technologie à
l'ACRGTQ. Merci.
Mme Bourque (Gisèle) : On y va?
Le Président (M. Simard) : Vous avez
la parole.
Mme
Bourque (Gisèle) : Alors, M. le Président, M. le ministre des
Infrastructures, Mmes et MM. les députés, nous vous remercions de l'occasion
qui nous est offerte aujourd'hui de vous présenter le point de vue de
l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec à
l'égard du projet de loi n° 62. Alors, comme je me suis présentée tout à
l'heure, donc je ne le referai pas deux fois... accompagnée des gens qui se
sont identifiés également.
Alors, je vous... je me permets de vous
présenter brièvement notre association. L'ACRGTQ a été incorporée en 1944 et
représente la majorité des principaux entrepreneurs et fournisseurs oeuvrant
dans la construction de routes, d'ouvrages
de génie civil et de grands travaux. À ce titre, elle représente plus de
2600 employeurs actifs au sein de l'industrie de la construction de
routes, d'ouvrages de génie civil et de grands travaux, lesquels emploient plus
de 44 500 salariés ayant travaillé 39,6 millions d'heures, estimé par
la Commission de la construction en 2023.
À titre introductif, l'ACRGTQ salue la volonté
du gouvernement d'introduire dans la loi la possibilité pour les organismes
publics d'avoir recours à des contrats de partenariat. La possibilité pour les
donneurs d'ouvrage d'utiliser des approches collaboratives dans le cadre des
contrats publics est souhaitable et demandée, d'ailleurs, par l'association depuis de nombreuses années déjà.
Nous sommes persuadés que l'introduction de tels modes contractuels
contribueront à rendre les organismes publics attrayants pour les entrepreneurs
et que la collaboration découlant de ces
contrats permettra d'améliorer l'efficience et la productivité des chantiers
tout en réduisant les coûts de réalisation de ceux-ci.
Ceci dit, bien que notre accueil du projet de
loi n° 62 soit favorable, l'association désire tout de même adresser quelques
commentaires et suggestions à la commission.
Tout d'abord, la liberté contractuelle dans le
cadre des contrats de partenariat. D'entrée de jeu, l'ACRGTQ constate qu'il
n'est pas prévu de dispositions, dans les contrats de partenariat, visant les
sous-traitants. Or, il est essentiel, dans
l'esprit d'un contrat de partenariat, que les sous-contrats en découlant soient
assujettis au libre marché. Il serait inconciliable, avec l'application
de telles dispositions, toute clause de stipulation pour autrui ou imposition
de sous-traitant aux parties, alors que les contrats collaboratifs sont basés
sur le principe de la confiance entre les cocontractants et leur capacité de
travailler ensemble.
De ce fait, l'ajout d'un sous-contractant non
choisi par l'ensemble des parties constituerait un risque majeur pouvant nuire à la bonne exécution des travaux. À
cette fin, l'association propose qu'il soit prévu que les sous-contrats
octroyés dans le cadre des contrats de partenariat soient soumis à
l'approbation de toutes les parties, considérant que chaque partie au contrat
initial partage les risques, de même que les gains ou pertes, et que l'ajout
d'un sous-traitant constituera un élément incontournable dans l'analyse des
risques de chaque partie. Une procédure de sélection pour tous les sous-contractants
devrait donc être déterminée à même le contrat de partenariat à être conclu.
L'instauration des contrats de partenariat.
L'introduction de contrats de partenariat s'inscrit, selon nous, dans le contexte de la modernisation de l'industrie de
la construction, qui a fait l'objet d'une accélération dans les dernières années.
Bien que l'association se réjouisse de ce tournant essentiel pour l'industrie,
celle-ci est toutefois soucieuse que le secteur génie civil et voirie puisse
être en mesure de bien s'adapter au changement de paradigme.
C'est pourquoi nous recommandons que le
gouvernement se dote d'une feuille de route permettant de connaître en amont
les projets qui sont réalisés en contrats de partenariat. Nous demandons qu'une
liste détaillée des projets d'infrastructure soit publiée par le gouvernement à
chaque année. Une telle liste pourrait être prévue dans le Plan québécois des
infrastructures.
De plus, nous croyons qu'il serait utile que les
parties à un contrat de partenariat fournissent un bilan une fois les projets
terminés. Ce bilan aurait plusieurs avantages, soit de déterminer les obstacles
et les meilleures pratiques dans les contrats publics
afin de pouvoir bonifier les contrats en fonction des expériences passées qui
pourraient servir à tous les organismes publics.
Finalement, cette information pourrait permettre
au Conseil du trésor de formuler une directive en matière de gouvernance et de gestion des infrastructures
publiques orientée vers les contrats collaboratifs, qui pourrait bénéficier
à toutes les parties concernées.
La collaboration de l'industrie avec l'État.
L'ACRGTQ soutient que les travaux qui seront effectués en contrats de
partenariat constituent cependant un pourcentage restreint de l'ensemble des
contrats qui seront octroyés par le gouvernement.
Or, pour
l'association, les contrats liés à la réfection des infrastructures routières
au Québec devraient pouvoir bénéficier des connaissances de l'industrie
afin de trouver des solutions innovantes pour remédier au déficit de maintien d'actifs dans ce domaine, et ce,
en respectant les objectifs du gouvernement, soit d'effectuer des travaux plus
vite, à moindre coût et étant plus respectueux de l'environnement.
Concrètement, concernant la réfection et
l'entretien des routes, plusieurs membres de l'association possèdent des
connaissances et techniques de réalisation qui pourraient permettre à l'État de
faire ce type de travaux à moindre coût, en
moins de temps et en émettant considérablement moins d'émissions de gaz à effet
de serre et de matières résiduelles.
Nous considérons qu'il serait ainsi dans
l'intérêt de la société que ces entrepreneurs puissent proposer à un organisme
public, lorsque possible, des techniques ou méthodes d'exécution visant à
favoriser l'économie circulaire, comme le recyclage en place d'enrobés
bitumineux ou des techniques permettant d'augmenter le pourcentage de recyclage
de ces enrobés.
Or, les
règles strictes encadrant l'octroi des contrats prévues actuellement ne
permettent pas aux entrepreneurs de proposer des variantes à la conception
prévue dans les documents d'appels d'offres, ce qui constitue une opportunité
manquée, à notre avis, et est également un obstacle à l'innovation dans le
secteur du génie civil et de la voirie.
L'ACRGTQ demande donc au gouvernement de prévoir
une procédure permettant aux organismes publics de recevoir, dans le cadre des appels d'offres publics, une procédure
leur permettant des offres différentes des dispositions contractuelles
prévues, à condition que celles-ci aient une valeur ajoutée, basée sur certains
critères, comme le prix, la durée des travaux ou l'impact environnemental.
• (10 h 20) •
La possibilité d'annuler la décision du tiers
décideur et les recommandations de la Coalition contre les retards de paiement
dans la construction, dont l'ACRGTQ fait partie. Alors, nous vous rappelons que
nous faisons partie de la Coalition contre
les retards de paiement dans la construction depuis sa création il y a plus de
10 ans. Nous faisons nôtres les commentaires et recommandations de la
coalition qui ont été communiqués dans son mémoire.
À cet égard, nous demandons donc le retrait de
l'article 13 du projet de loi n° 62, qui prévoit une
procédure permettant l'annulation d'une décision du tiers décideur, car
celle-ci introduit un nouveau niveau de complication dans le processus de
règlement des différends qui ne mèneront pas au règlement définitif du
règlement. Cette procédure est superflue car les parties conservent le recours
suivant une telle décision, contrairement à une décision arbitrale.
Concernant le désir d'attractivité de l'État,
nous devons toutefois porter à votre attention qu'un projet de règlement
prévoit le retrait de l'obligation pour les donneurs d'ouvrage publics d'exiger
des garanties de soumission pour les contrats de plus de 500 000 $. Nous
devons soulever qu'un tel retrait risque de créer un sérieux désintérêt pour
ces contrats de la part des entrepreneurs et des sous-traitants compétents.
Nous tenons donc à indiquer que les garanties de soumission sont un élément
essentiel à l'industrie et qu'il s'agit d'une mesure attractive déjà en place
qu'il est nécessaire de garder.
En terminant, l'ACRGTQ salue le projet de loi n°
62 et les démarches de l'État visant à devenir un donneur d'ouvrage plus attractif.
Nous considérons que l'introduction de contrats de partenariat est un excellent
moyen pour y parvenir. Nous encourageons même le gouvernement à aller plus loin
sur cette voie afin de permettre à l'État de collaborer avec l'industrie afin
d'obtenir des ouvrages réalisés plus rapidement, à meilleur coût et de
meilleure qualité. Nous vous remercions de votre attention.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, chère dame. Donc, nous allons aborder notre période d'échange. Sans plus
tarder, je laisse la parole au ministre, et votre groupe parlementaire dispose
de 16 min 30 s.
M. Julien : Oui, merci, M. le
Président. Écoutez, merci beaucoup pour le document, pour votre allocution, qui amène plusieurs éléments hyperintéressants
qu'on va certainement considérer à certains égards. Aussi, les règlements
qui s'en viennent devraient répondre à certaines préoccupations. Alors, on
verra la suite des choses.
Ma première question. Vous semblez être assez
ouverts sur les modes collaboratifs. Selon vous, c'est quoi, les facteurs de
succès clés, là, pour réussir ces modes de collaboration? Et comment vous
pouvez exprimer si votre industrie est apte
justement à participer de manière positive à ces modes collaboratifs? Comment
vous évaluez le positionnement de votre industrie?
M. Tremblay (Pierre) : Bien,
évidemment, en ce qui nous concerne, on croit sincèrement que l'application du mode collaboratif va mettre en cohérence, je
dirai, les gens qui sont en connaissance des projets. Actuellement, on a de la
conception d'un côté, on a de l'architecture d'un côté, puis on a un
entrepreneur exécutant de l'autre côté, puis on des sous-traitants
fournisseurs comme tels qui sont là. Chaque partie prenante fait en sorte de
son... de sa façon de faire les choses, je dirai, un vase clos.
L'objectif du
collaboratif, dans notre cas à nous, c'est de mettre en commun ces
connaissances-là, parce que, exemple, une
conception basée sur une manière de faire, exemple, en acier pourrait, à la
limite, être différemment faite si, demain matin, l'entrepreneur suggère
autrement. Donc, cette collaboration-là de connaissance doit être mise, je dirai, en... comment est-ce qu'on pourrait dire
ça, donc, en lien, à la base, à la conception. C'est à la conception que tout
ça doit se passer.
Donc, théoriquement, la mise en commun des
connaissances de chacune des parties va faire en sorte d'éviter les erreurs
puis de proposer des choses beaucoup plus innovantes et améliorées pour,
évidemment, un projet de qualité, des coûts,
je dirai, beaucoup plus diminués, et évidemment des échéanciers qui vont être
beaucoup plus, je dirai, aménagés, dans le sens où tout le monde va y
avoir participé et collaboré en amont. Ça, c'est... à notre sens à nous, ce
sont les trois éléments qui sont les plus adaptés à ça, donc l'optimisation des
ressources à la base, au niveau de la préparation du projet.
M. Joncas (Marc) : Marc Joncas,
président de l'ACRGTQ et représentant des 800 membres de l'ACRGTQ.
J'ajouterais qu'on salue vraiment cette nouvelle
façon de faire là. D'ailleurs, ça existe dans plusieurs pays, Australie,
Nouvelle-Zélande. Ça existe même dans... en Ontario et dans l'est du Canada et
ça se passe plutôt bien. Ça fait que, vraiment, on est pour travailler en
équipe. On veut travailler en équipe. Les membres ont tous levé la main sur ce
type de contrat à notre dernier congrès. Ça fait que les membres sont prêts à
ça. Ça fait longtemps qu'on le demande. On est prêts, on est vraiment prêts, et
on bénéficie également... bon, ça a été à retardement, mais de l'expérience des
autres provinces et du meilleur mode de contrat qu'on peut travailler ensemble.
ça fait que je pense que c'est... On salue vraiment cette alternative-là.
M. Julien : Parfait.
M. Turgeon (Jean-François) : ...de
succès que vous parlez, je pense, la collaboration, le travail d'équipe. Je
pense que les gens sont prêts à aller vers là. Les nouvelles générations sont
prêtes à aller vers là. La planification des projets, c'est un élément clé pour
réduire les coûts et les délais. Actuellement, de la façon que ça fonctionne au
Québec, on arrive avec des plans et devis qui ont été réfléchis par certaines
personnes puis d'autres gens qui vont les construire. Donc, évidemment, ce
n'est pas optimal, puis on est en retard sur le processus. On n'est plus
capables d'intervenir pour la... d'un point de vue réalisation parce que les
règles... les dés sont joués. Donc, l'idée de ça, c'est de mettre tout le monde
à contribution, qui vont travailler ensemble, en amont, dès le début, pour
trouver les meilleures solutions, puis c'est ces approches-là qui permettent de
faire ça. Actuellement, on n'est pas capables de faire ça dans le marché de la
façon que les appels d'offres sont octroyés.
M. Julien : Tantôt, il y a des
choses qui ont été nommées, puis je voulais avoir... être certain d'avoir une
compréhension adéquate, là. Dans le mode collaboratif où on viendrait
éventuellement, là... tout dépendant... parce que c'est un éventail, les modes
alternatifs, collaboratifs. On peut aller jusqu'au RPI, comme le pont de
Kingston, que vous connaissez bien certainement, mais prenons, par exemple, un
mode collaboratif où on viendrait qualifier un consortium... Vous avez mentionné, après ça, les enjeux de
sous-traitants. Là, je me disais, je veux être certain de bien les concevoir, parce que l'entente contractuelle
est entre le donneur d'ouvrage public et, éventuellement, un consortium,
avec l'approbation, la démarche, etc. Puis, par la suite, bon, les
sous-traitants de ce consortium-là, je n'ai pas bien saisi, là, vos enjeux par
rapport à ça parce que, pour moi... pour moi, c'est un marché qui appartient au
consortium et dans lequel, bien, vous faites... le consortium fait ce qu'il a à
faire.
M. Tremblay (Pierre) : Bien,
effectivement, le consortium, il est composé de l'entrepreneur général, de l'ingénieur-conseil, de l'architecte et du donneur
d'ouvrage, je dirai, et s'attachent, exemple, à l'entrepreneur et autres
parties prenantes, différents fournisseurs et sous-traitants qui sont
spécialisés dans la conception ou dans la fabrication de différentes pièces, je dirai, un peu... plutôt
techniques. Ce qu'on mentionne, c'est que ces personnes-là, ces sous-traitants-là ou ces fournisseurs-là doivent
aussi être, je dirai, choisis par le groupe pour être encore les meilleurs,
parce que le groupe, l'important, c'est d'avoir les meilleures personnes, pour
le meilleur projet possible, bien installées.
Ça fait que, si on oblige, par les règles
actuelles, dans certains contextes, d'avoir des sous-traitants qui sont, je
dirai, dirigés par le fait que le règlement doit, exemple, aller... là, je
pense au bureau... le bureau... le BSDQ, en bon
français, est-ce que c'est vraiment le bon sous-traitant puis le bon
fournisseur qui va être associé au meilleur groupe possible? On n'en est
pas convaincus. Donc, le fournisseur et le sous-traitant, dans certains
contextes, ont autant d'importance que l'entrepreneur général. Donc, si on
sélectionne le meilleur groupe pour pouvoir faire le meilleur projet, on doit
aussi être conséquents puis avoir les meilleurs sous-traitants possibles qui
sont associés, je dirai, à la conception du produit lui-même, autant au niveau
des fournisseurs qu'au niveau des sous-traitants.
M. Julien : On va clarifier, mais on
me dit, en fin de compte, que ces projets-là de cette nature-là ne sont pas
soumis à la réglementation que vous mentionnez, mais on va le valider.
M. Tremblay (Pierre) : C'est ça
qu'on voulait soulever comme tel, donc.
M. Julien : Le cas échéant, donc cet
élément-là serait clarifié.
M. Tremblay
(Pierre) : C'est la cohérence de la sélection.
M. Julien : On va le clarifier. On
entend parfois, peut-être par méconnaissance ou parce que... bien, c'est ça, par méconnaissance probablement, que les modes
collaboratifs amènent plus de risques à la fois de pratiques collusoires
ou de risques d'augmentation des coûts pour le donneur d'ouvrage public.
Pouvez-vous me donner votre point de vue là-dessus?
M. Joncas (Marc) : Écoutez, nous, on
ne le croit pas. On ne le croit pas parce que, déjà, ça existe déjà ailleurs. Et je pense qu'il peut y avoir des
règles, des règles de base contractuelles, où chacun, chaque soumissionnaire
a la possibilité d'avoir le meilleur prix et le meilleur projet possible. Ça
existe déjà un peu partout. Ça fait qu'il n'y a pas de raison que ça soit fait
en transparence et avec énormément... le plus éthiquement possible. C'est des
choses qui existent déjà. Ça fait que nous, on n'est pas inquiets du tout de ce
côté-là. Je ne sais pas si mes collègues veulent rajouter quelque chose.
M. Turgeon
(Jean-François) : Nous, on a... Moi, personnellement, j'ai participé
à plusieurs projets collaboratifs au Québec... ailleurs au Québec. La
collaboration, c'est une question de confiance. Il faut avoir confiance en...
aux individus en qui on travaille. Il y a plusieurs façons. Là, je comprends
qu'on est dans des institutions publiques. Il y a plusieurs mécanismes de
vérification, de préqualification en amont pour s'assurer... Il y a des... il y
a l'AMP qui existe. Il y a plusieurs mécanismes au Québec qui sont déjà
en place pour s'assurer de ça, mais, à la base, une fois que les
qualifications... les gens sont sélectionnés, il faut avoir confiance en le
processus, que c'est les bonnes personnes
pour réaliser le bon projet. Si ça ne l'est pas, bien, regardez, il va falloir
qu'il y ait des... un post-mortem de ça pour s'assurer de ne pas répéter
ces erreurs-là, mais, nous, pour avoir participé à plusieurs projets
collaboratifs dans différents mécanismes, je vous dirais que ça n'a jamais été
un enjeu.
• (10 h 30) •
Mme Bourque (Gisèle) : Pour
renchérir sur ce que vient de dire Jean-François, l'Autorité des marchés
publics est également très, très, très présente. Elle est omniprésente. Alors,
c'est justement un des rôles qu'elle doit... desquels elle doit s'acquitter.
Alors, il y a cette sécurité-là qui existe en permanence.
M. Julien : Parfait, parfait. Vous
représentez quand même plusieurs... 46 000 employés, de mémoire, de ce que
j'ai vu. Alors, c'est un vaste éventail de votre industrie. En quoi un projet
loi comme celui... comme celui-ci... et je
reviens aussi sur le mode collaboratif, qui est un élément important du projet
de loi, comment on peut prétendre que ça
va augmenter la concurrence du secteur privé, puis pourquoi ça le ferait, dans
les projets d'infrastructures publiques?
M. Joncas
(Marc) : ...je pense, vous l'avez vu avec le tramway de
Québec et tous les derniers projets, le transfert de risque était
essentiellement transféré à l'entrepreneur... bien, un peu... un peu au donneur
d'ouvrage aussi parce que c'est lui le
payeur, mais, entre les deux, il y avait... bon, il y avait les firmes
d'ingénieurs, qui avaient... qui n'avaient à peu près pas de risque.
Donc, les contrats collaboratifs, dépendant comment qu'ils sont faits, en
général, le transfert de risque se fait à chacun, et tout le monde travaille
pour le meilleur projet et le meilleur prix. Donc, moi, je pense que ça va
amener plus d'entrepreneurs, parce qu'aujourd'hui ça fait fuir les
entrepreneurs, ça prend des énormes garanties financières que pas toutes les
entreprises peuvent donner. Donc, ça... nous, on est convaincus que ça va
amener plus de gens à la porte pour faire ces projets-là, parce que le risque
est partagé, et c'est fait dans un mode collaboratif, où on peut... on
travaille ensemble pour le meilleur projet.
M. Julien : Parfait. Mais, quand on
mentionne ça, quelqu'un pourrait venir dire également : Bien, si le risque
est partagé, tandis que, dans l'ancien
modèle, le risque était pour l'entrepreneur, quel est l'intérêt, en fin de
compte, du donneur d'ouvrage public de partager le risque? Mais j'avais
quand même l'impression qu'aussi pour l'entrepreneur ou pour le concepteur ou
en tout cas pour le marché privé, quand c'est des projets complexes, il devient
difficile de définir de manière précise quels sont les risques qui vont se
matérialiser. Donc, on s'ajoutait des facteurs de risque qui faisaient en sorte
que certains joueurs du marché, vous avez parlé de la structure financière de
ces joueurs-là, ça nécessitait en réalité une complexité financière puisqu'il y
a beaucoup d'inconnus qui étaient sur les épaules du secteur privé, a priori,
même, de la réalisation. Parce que... J'essaie de concevoir pourquoi c'est
gagnant-gagnant.
M. Joncas
(Marc) : Bien, exactement, à un moment donné, la plupart
des projets des PPP ou des «design-build», on basait notre offre sur des plans
à 20 %, 30 %, ce qui... dans le fond, qui amène possiblement beaucoup
de changements dans le futur. Donc, ces changements-là, ils sont palliés
par un gros montant de risques. Donc, le donneur d'ouvrage se trouve à payer
pour des risques qui ne vont peut-être pas arriver. Et en plus, nous, ce qu'on
croit vraiment, ce qu'on croit vraiment, c'est qu'on met... on met tout en
oeuvre pour avoir le meilleur prix possible puis les meilleures solutions. Ça fait que déjà, en travaillant
ensemble, avec l'ingénieur, avec le client, on va arriver avec un projet au
départ qui est beaucoup moins coûteux, qui aurait été, dans un mode normal,
avec un gros pool de risques. Ça fait que ça, c'est une grosse
différence.
M. Tremblay
(Pierre) : Les risques, en fin de compte, sont beaucoup au niveau de
la planification puis de la conception des choses. Donc, dans la mesure où on
est dans un mode traditionnel, où on doit obéir à ce qu'on nous demande de
faire, même si on voit le risque, par exemple au niveau d'un délai de
fourniture et de compagnie, on ne peut pas réagir. Dans
le mode collaboratif, c'est justement ça qu'on va éviter. Donc, la
collaboration, la discussion puis la vision du projet avec l'ensemble du groupe
va permettre justement de diminuer ces risques-là, qui va mener à des
échéanciers ou des délais qui coûtent de l'argent, évidemment. Si on les
prévoit d'avance, on va être capables de trouver des solutions pour justement
pallier à tous ces risques-là. Donc, quand on parle de diminution des risques
puis de partage des risques, on le voit comme étant partage des risques financiers,
mais le risque, il est calculé par rapport au fait que la conception va nous
permettre de les éviter. C'est là, le noeud est là, puis le gros gain est là.
M. Julien : Parfait. Il nous reste à peu près trois minutes.
Dans des projets, en réalité, je dirais, d'infrastructures routières...
Parce que moi, je suis de l'école que le bon mode pour le bon projet, puis
naturellement il y a un éventail, quels seraient, selon vous, les bons projets
d'infrastructures, dans leur nature, qui bénéficieraient, en infrastructures
routières, de ces modes collaboratifs? Et lesquels, qui, selon vous, un mode
traditionnel serait toujours pertinent?
M. Joncas
(Marc) : Ça, c'est vraiment une bonne question. On l'attendait,
celle-là, parce que c'est un point important de notre mémoire. Nous, on est...
bien, vous le savez, on est complètement d'accord avec les contrats collaboratifs et on pense que c'est vraiment fait
pour des contrats complexes, qui peuvent être plus petits mais complexes, mais aussi les gros... les gros contrats qu'on
connaît de... que ça soit de transport collectif, ou tout ça. Ça fait que ça,
on pense... on pense, nous, que c'est
peut-être 15 % à 20 % en montant de la tarte totale des donneurs
d'ordre public au Québec.
Après ça, où on est
plutôt déçu qu'il n'y est pas rien dans le projet de loi, c'est pour le
80 % des autres projets que vous
parlez, contrats normaux de pose d'enrobés ou quoi que ce soit au Québec. Nous,
on est convaincus que ce... dans ce
80 % là, aujourd'hui, on se retrouve dans un système trop rigide d'appels
d'offres du plus bas soumissionnaire qui brime l'innovation et empêche
des grosses économies que l'État pourrait faire en changeant ces modes
contractuelles là.
Aujourd'hui, je peux
vous expliquer comment ça fonctionne rapidement, on en dépose des dizaines par
jour, des contrats du ministère des Transports ou de la SQI. Et, en période
d'appels d'offres, on propose des solutions où on est automatiquement redirigés
vers le contrat, donc on ne veut pas savoir qu'est-ce qu'on peut modifier pour
sauver de l'argent. En période d'appel d'offres, on est pratiquement à
100 % renvoyés au contrat.
Après, quand on a le
contrat, le plus bas soumissionnaire a le contrat, on propose des innovations,
on propose du recyclage, on propose des façons d'économiser avec des montants
d'économie en face. Et malheureusement le système est fait qu'ils doivent
refuser toutes ces propositions-là. Ça, on le comprend, le système est comme ça,
mais on ne voit rien dans le projet de loi aujourd'hui qui permettrait à une
portion de ces contrats-là de proposer...
Nous, ce qu'on
propose, c'est d'avoir un système qui permettrait de proposer des variantes au
moment de l'appel d'offres, que le soumissionnaire puisse proposer une variante
où on pourrait donner un crédit sur un certain item, et, bon, le donneur
d'ordres pourrait, avec ces variantes-là, décider du meilleur soumissionnaire
et le plus bas soumissionnaire, même dans certains cas.
Le Président (M.
Simard) : ...10 secondes
M. Julien : Mais
j'entends ce que vous dites, mais, pour moi, quand on dit que ça ne le comprend
pas, je persiste à croire que le mode
collaboratif, il est très... il est très variable, on pourrait aller vers ces
éléments-là, tu sais, se tasser du traditionnel pour permettre ça.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup. Alors, je cède maintenant la parole à notre collègue de Nelligan, qui
dispose de 10 min 24 s.
M. Derraji : Merci,
M. le Président. M. Tremblay, Me Bourque, M. Turgeon et
M. Joncas, bienvenue en commission parlementaire. Je n'ai pas beaucoup de
temps, mais j'ai vraiment aimé ce que vous avez dit vers la fin,
M. Joncas. Et j'ai 13 minutes, moi, je veux vraiment aller au fond du
sujet avec vous. Tout ce qui est... tout ce que... ce que vous dites sur le projet de loi, je l'ai lu, notamment retrait de
l'article 13, on va en parler plus tard, mais vous avez dit,
corrigez-moi si je me trompe : Il n'y a rien dans le projet de loi qui attaque
les 80 %. Et là, on est invités à parler du 20 %. Je ne dis pas que
les 20 %, ce n'est pas important. Les Québécois veulent que ça ne leur
coûte pas cher, ils veulent que les projets se réalisent et ne pas toujours
être renvoyés dans les calendriers grecs. Mais moi, ce qui m'intéresse
aujourd'hui, c'est les 80 %. Bien, vous le savez, ils ne sont pas là, vous
venez de le dire. Mais comment on peut
rectifier le tir? Parce que 80 %, c'est beaucoup aussi d'appels, beaucoup
de projets. Je ne sais pas si vous chiffrez. Vous avez déjà une idée sur ces
80 %?
M. Joncas
(Marc) : Une idée de montant?
M. Derraji : Oui.
M. Joncas (Marc) : Bien, je pense que le
budget annuel, c'est 2 milliards, ça, c'est MTQ. Après, le SQI, je connais
moins.
M. Derraji : Mais MTQ, parlons de MTQ, parce que je sais... Ma
deuxième sous-question, c'est le cheminement de l'innovation, mais
restons sur les 80 %.
• (10 h 40) •
M.
Turgeon (Jean-François) : Au niveau... au niveau des variantes, c'est
sûr que d'avoir une possibilité d'apporter
des modifications à l'appel d'offres, c'est sûr qu'il y aurait des opportunités
d'échéancier et de diminution de coûts.
À chiffrer, il faudrait faire l'exercice. Par contre, là devient le principe
d'égalité des soumissionnaires. Comment qu'on juge bien la variante par
rapport au document d'appel d'offres? Là est l'enjeu.
Je vous réfère
peut-être à Hydro-Québec, elle l'a fait beaucoup il y a une dizaine d'années,
dans les projets de La Romaine, la baie... la dernière phase de la Baie-James,
il y avait la possibilité de mettre des variantes. Vous pourrez vérifier avec
Hydro-Québec la conclusion de ça, dans certains contrats, ont appliqué ces
mécanismes-là.
Ça peut être des
variantes également qui n'ont pas nécessairement... qui vont apporter des
modifications techniques, mais il y a des
variantes, par exemple au niveau du phasage des travaux, au niveau... à des
dates à respecter qui, en finalité,
ne vont pas affecter l'usage. C'est comme si vous achetez une maison, mais vous
dites, à telle date, il faut que les armoires soient installées puis la
peinture à telle date, mais la finalité, c'est que la maison soit terminée pour
telle date, pour qu'on puisse y habiter. Mais, souvent, dans les contrats, il y
a beaucoup de restrictions qui font que ça
rend improductifs nos travaux, mal planifiés, puis on est obligés de mettre des
coûts associés à ça. Donc, si on avait des façons de faire, dans les
mécanismes, pour proposer des suggestions dont le ministère... dont les
gouvernements pourraient tenir compte pour
évaluer... Là, l'enjeu, c'est comment qu'on fait pour avoir un traitement
équitable du prix et des propositions. C'est ça, l'enjeu.
M. Derraji : Oui.
Bien, vous soulevez pas mal d'enjeux extrêmement importants, mais je vais
revenir à la question de départ, parce que M. Jonquas l'a très bien
mentionné, là, on parle de 20 %, mais il y a un risque encore sur la
table, vous l'avez très bien dit, c'est trop rigide. Ce sont vos propos. Le
plus bas soumissionnaire, ce n'est pas quelque chose qui vous aide. Vous dites
qu'on ne peut pas savoir ce qui est modifié, vous parlez du système. Tout ça
n'existe pas dans ce projet de loi, là, donc on a beau étudier ce projet de
loi, l'adopter, au moins d'accélérer, ça reste que, sur la table, le problème va demeurer, au Québec, par rapport à
l'autre partie qu'on ne traite pas dans le projet de loi. Est-ce que
j'ai bien résumé ce que vous avez dit?
M. Tremblay
(Pierre) : Bien, le projet de loi parle de mode collaboratif. On
définit le mode collaboratif au sens large
du terme. Il y a différentes façons de collaborer dans un contexte où on s'en
va dans IPD, passez-moi l'expression, on est dans un mode... on
collabore, il y a des équipes qui sont sélectionnées, il y a des gens qui sont
là pour travailler, comme tel, mais il y a
d'autres types de modes collaboratifs. Puis, si on va jusqu'à la fin, un mode
traditionnel, plus bas soumissionnaire conforme, mais, entre les deux,
on parle de collaboration, là.
Quand on parle,
effectivement qu'un entrepreneur peut mettre une variante, quand on parle d'une
discussion à faire avec un donneur d'ouvrage sur, je dirais, un projet aussi
simple qu'on fait une réfection de structure... de structure de viaduc, en bon
français, il y a toutes sortes de choses là-dedans qui peuvent être mises en
collaboration entre le concepteur, le propriétaire et l'entrepreneur, pour, je
dirais, accepter des méthodes de construction, par exemple, qui ne sont pas
nécessairement claires dans le devis.
Donc, pour nous,
c'est de la collaboration, ça fait partie un peu de ce que le projet de
loi 62 propose.
M. Derraji : Oui?
M. Joncas
(Marc) : Ce que je voudrais dire, c'est, dans la modification du
règlement, le RCTC, c'est clairement mentionné que le soumissionnaire, ou
plutôt le donneur d'ouvrage ne pourra pas modifier les règles contractuelles ou
l'appel d'offres, comme tel, lorsqu'il aura trouvé le plus bas soumissionnaire.
Ça, c'est là qu'on dit qu'il y a un problème, parce que c'est là que ça devient
trop rigide. C'est que les donneurs d'ouvrage n'auront pas de choix... ils ne
pourront pas être ouverts aux innovations, aux méthodes où on peut donner des
crédits parce qu'on fait différemment. Ils ne pourront pas le faire.
M. Derraji : Oui.
Donnez-nous... donnez-nous des exemples, parce que c'est abstrait pour la tête
de beaucoup de personnes. Moi, j'ai rencontré beaucoup de groupes, qui m'ont
parlé du cheminement d'innovation. Vous voyez l'état de nos routes, si on se
compare avec l'Ontario, vous voyez le... vous avez vu le rapport de la VG en matière de routes. Est-ce qu'il n'y a pas un
lien à faire entre la façon avec laquelle on gère nos gros projets, petits ou
grands, et le cheminement des innovations que, par exemple, vos membres
proposent? Est-ce que vous ne voyez pas cela?
M. Joncas
(Marc) : Bien oui, effectivement, comme je l'ai dit, de l'innovation,
il y en a en construction, et il y a les entrepreneurs, ils ont des... ils ont
des innovations à proposer et ils ont des façons de faire... ils ont des façons
de faire différentes qui pourraient améliorer ce fameux 80 %.
Malheureusement,
c'est ce qu'on dit aujourd'hui, on aurait dû profiter de ces changements de
règlement là ou ce projet de loi là pour venir... peut-être pas les 80 %,
total, mais venir apporter un peu plus de flexibilité aux donneurs d'ordres
dans ce domaine-là.
Nous, ce qu'on
propose, c'est qu'il y ait une option de variantes, en appel d'offres, tous les
soumissionnaires auraient droit, et qu'on puisse chiffrer cette variante-là, et
le donneur d'ordres, lui donner la possibilité de l'accepter, cette variante-là.
M. Derraji : Est-ce
que c'est ce que M. Turgeon disait tout à l'heure par rapport aux variantes?
M. Joncas
(Marc) : Oui.
M.
Derraji : Avez-vous des exemples de variantes? Et, si vous me dites
que les variantes... désolé, je... oui, un,
exemples de variante, deux, vous m'avez... vous avez parlé d'Hydro-Québec...
Qui définit les variantes? Est-ce que, dans
le cadre des contrats de collaboration, est-ce que c'est le donneur d'ouvrage,
est-ce que l'entrepreneur... Qui définit les variantes?
M. Turgeon (Jean-François) : Bien,
je peux donner un exemple très facile, là. C'est que, dans les
contraintes contractuelles... Disons qu'actuellement, nous, on est en train de
faire un pont, on reconstruit un pont en deux phases, donc, on démolit la
moitié du pont puis on reconstruit une moitié du pont, l'année prochaine, on va
démolir l'autre moitié puis refaire la moitié. C'est très coûteux, de faire ça
comme ça, en gardant le trafic actif, avec du phasage, des batardeaux,
différents ouvrages très compliqués à faire en génie civil. Si on avait fait
une voie de contournement, par exemple... mais là ce n'est pas permis parce que
l'appel d'offres n'était pas fait comme ça. C'est un exemple. On aurait pu
proposer une variante. Nous, on va faire le pont dans une seule saison, en une
seule phase, puis on va construire une route de contournement qui va être moins
coûteuse. C'est un exemple de variante, par exemple, qui aurait pu...
M. Derraji : Oui,
oui. Je suis très sensible à ce que vous venez de dire.
M. Turgeon
(Jean-François) : Oui.
M. Derraji : Je
vais vous demander un devoir de nous envoyer vos suggestions par rapport aux
variantes. On commence le projet de loi, là. C'est sûr qu'on va avoir des
discussions avec le ministre, mais je trouve ça très innovateur de le demander,
parce que c'est ça, l'agilité. J'en suis sûr et certain que le ministre, il
a... Je ne veux pas lui faire des mots dans la bouche, là, mais je pense que
lui aussi a une volonté d'être agile, mais, s'il vous plaît, envoyez-nous des
suggestions de variantes. Parce que moi, je ne suis pas un expert dans votre
domaine, mais ça fait beaucoup de sens ce que vous venez de dire... de dire par
rapport au 80 %. Surtout, ce qu'on veut, c'est que ça coûte moins cher aux Québécois, et qu'on respecte les
délais. Donc, envoyez-nous ce que vous avez... vous venez de nous dire.
M. Joncas
(Marc) : Écoutez, excusez-moi...
M. Derraji : Oui.
M. Joncas
(Marc) : Dans le fond, ce qu'on est après dire, c'est que ce qui se passe
dans le cas d'un contrat collaboratif, où tout le monde se parle et trouve les
meilleures solutions, nous, ce qu'on veut, c'est de l'avoir dans les contrats
traditionnels. C'est un peu la même chose, parce qu'aujourd'hui on ne peut pas
se parler en période d'appels d'offres, puis après c'est fermé, on ne peut plus
rien changer. Ça fait que le problème, c'est que les mandataires, qui sont
souvent les ingénieurs-conseils qui font le projet, ils travaillent en silo,
ils ne parlent pas à l'entrepreneur, ils ne parlent pas au... bien, ils parlent
au client, mais ils ne parlent pas à l'entrepreneur. Ça fait que la solution,
elle reste, pour eux, celle-là. Mais nous,
les entrepreneurs, des fois, on a d'autres, mais on ne peut pas s'en parler.
C'est là que le problème démarre, et
c'est pour ça qu'on propose... on aimerait être capables de proposer des
innovations, des changements aux contrats...
M. Derraji : C'est
un bon point. Il me reste une minute et je ne peux pas ne pas vous poser cette
question. Vous proposez de retirer l'article 13 du projet de loi.
Pourquoi?
Mme Bourque (Gisèle) : Le projet de loi prévoit
une procédure permettant l'annulation d'une décision du tiers décideur,
alors ça introduit un niveau de complication dans le processus de règlement des
différends qui ne mènerait pas, de toute façon, au règlement du différend.
Alors, on s'éloigne carrément de l'objectif initial de l'intervention du tiers
décideur. Alors, c'est complètement... pour nous et selon la Coalition sur les
retards de paiement également, c'est complètement superflu, ça alourdit le
processus, ça ne permet pas d'atteindre l'objectif recherché a priori.
M. Derraji : J'ai,
devant moi, l'étude de l'Australie, et l'étude indique que les différends ont
été résolus selon les modalités de
l'entente. Aucune poursuite entre les parties n'a été recensée. Il y a d'autres
aspects au niveau de... sur les coûts, mais pensez-vous réellement que,
si on maintient le libellé tel qu'il est à l'article 13, ça va juste
alourdir, ça va...
Le Président (M.
Simard) : En conclusion.
Mme Bourque
(Gisèle) : C'est le temps, ça ajoute du temps. Alors, on veut
justement l'intervention d'un tiers décideur
pour accélérer le processus, et là, on rallonge le délai. Alors, c'est
complètement incohérent, selon nous.
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Derraji : OK,
c'est très clair. Merci beaucoup à vous quatre. Merci.
Le
Président (M. Simard) : Merci à vous tous. Je cède la parole à la députée
de Verdun, qui dispose de 3 min 28 s.
Mme
Zaga Mendez : Merci, M. le Président. Je remercie
M. Joncas, M. Turgeon, Mme Bourque, M. Tremblay pour
votre présentation puis les échanges. Tout à l'heure vous avez répondu à une
partie de ma question. Peut-être pour approfondir, dans vos propositions, vous
prévoyez... vous proposez, en fait, de prévoir chaque année une liste détaillée
des projets d'infrastructure qui seraient selon des contrats collaboratifs et
d'autres des contrats plus dans la méthode traditionnelle. Vous avez nommé
comme exemple les projets des transports collectifs, qui pourraient être un bon
modèle pour ce type de contrat collaboratif. Malheureusement, dans le... de la
façon dont on comprend le projet de loi, ils
ne sont pas assujettis à ce type de contrat là, à moins que je me trompe, à
moins que vous avez une autre lecture, puis je vous invite juste à
discuter là-dessus.
• (10 h 50) •
M. Tremblay (Pierre) : Étant donné
qu'il n'y a pas, justement, de définition, ça fait qu'on imagine que le donneur
d'ouvrage va imaginer les projets qu'il veut bien faire dans ces modes-là.
Donc, théoriquement, nous, on ne l'a pas compris comme étant exclu, je dirais,
de tous les projets qui pourraient être utilisés en mode collaboratif.
Mme Zaga Mendez : Et ce que vous
suggérez, c'est des projets qu'il faudrait que ça soit dans un modèle
collaboratif?
M. Joncas (Marc) : C'est des gros projets
complexes.
Mme Zaga
Mendez : OK, merci. Peut-être pour aller là-dedans...
là-dessus, vous avez discuté tout à l'heure... on parlait des
connaissances... des partages de connaissances de l'industrie : Comment
avoir des bonnes pratiques qui permettent, oui, le partage des connaissances
tout en sauvegardant aussi une expertise au sein de nos organismes publics
basés sur vos différentes expériences?
M. Tremblay (Pierre) : Notre opinion
ou notre proposition fait en sorte que... on comprend que, quand c'est nouveau,
il y a différents joueurs, on veut en avoir le plus possible. On veut que ce
soit le plus accessible possible pour tout le monde. Donc, on peut comprendre
que les premiers projets, il y a un petit groupe, je dirais, d'intérêt par rapport aux propositions qui vont être faites. Le
fait de l'annoncer, le fait de le mettre dans le PQI, par exemple, le fait de
dire qu'en 2027 il va y avoir tel projet qui va se faire en ce mode-là, ça peut
permettre à des gens qui actuellement ne
sont peut-être pas équipés, passez-moi l'expression, pour être partenaires de
ce type de projet là, de se préparer pour. Donc, ça va permettre à ces
gens-là d'embarquer dans la démarche, d'ajouter de la compétition puis
d'ajouter aussi de l'intérêt pour des
groupes qui, des fois, semblent plus petits, parce qu'on ne voit que les
gros... à avoir accessibilité à ça, alors que ce n'est pas toujours le
cas. Donc, le fait de le mettre dans un... dans une prévision va permettre à
ces gens-là de se préparer, de faire en sorte de ce qu'ils ont à faire par
rapport à tout ce qui... le numérique, par exemple, pour être accessible au
moment où le projet va se présenter, et évidemment avoir des groupes d'intérêts
qui vont être efficaces et agile.
Mme Zaga Mendez : Intéressant...
M. Turgeon
(Jean-François) : ...Il y a plusieurs projets, on a parlé
d'envergure, mais on a parlé de complexité. C'est sûr qu'il y a des
projets comme l'île d'Orléans, l'Île-aux-Tourtes, le REM, Champlain, c'est sûr
que c'est des projets qui vont pour
certaines entreprises d'une grande envergure, mais il y a des projets plus
petits. Je pourrais vous donner des exemples, des projets qui seraient
très applicables à ça, des projets de réfection dans l'existant. Il y a plusieurs usines à Montréal, dans la région de
Montréal, qui vont se réfectionner avec des travaux importants qui sont
de beaucoup moindre envergure, en milliards, en millions, mais qui vont
intéresser d'autres joueurs. Mais ça, il faut se planifier, le savoir en
avance, puis se préparer, puis bâtir des équipes qui vont être capables de
faire face à ces projets-là... pas faire face, mais...
Le Président (M. Simard) : ...
M. Turgeon (Jean-François) : Oui,
oui. Allez-y.
Mme Zaga Mendez : Il me reste...
Le Président (M. Simard) : 15.
Mme Zaga Mendez : 15 secondes.
Bien, écoutez, merci beaucoup pour votre participation. Je... on n'aura pas le
temps de discuter ma prochaine question. Merci.
Le
Président (M. Simard) : Merci à vous, chère collègue. Je cède la parole au
député de Jean-Talon, qui dispose de 2 min 38 s.
M. Paradis : Bonjour. Ce qui veut dire essentiellement une
question et une réponse. Et moi, je serais dans la foulée du ministre,
tout à l'heure, qui vous disait : Bien, il y a des croyances par rapport à
ce mode-là, que c'est moins de transparence, puis c'est plus de risques pour
l'intégrité, etc. Vous avez dit que vous n'en voyez pas. Moi, j'aimerais vous amener un pas plus
loin. Dans quelle mesure cette nouvelle forme de contrat, ce nouveau mécanisme
favoriserait, donc, la confiance du public, la transparence et l'équité
dans les processus? Puis, pour être un peu plus précis, je vous amènerais
notamment, là, aux pages 7 et 8 de votre mémoire, où vous parlez de la
publication en amont des projets qui seront
réalisés par les organismes et la reddition de comptes par la suite. Ça me
semble être des mesures, mais j'aimerais que vous me parliez de ça, dans quelle
mesure ça favorise l'équité des processus, la transparence puis la
confiance du public.
M. Turgeon
(Jean-François) : Au niveau de la confiance... La reddition de
comptes, en réalité, c'est pour avoir une
amélioration du processus. L'idée, c'est de toujours que le processus soit en
constante amélioration puis que le gouvernement puis les partenaires puissent
bénéficier des expériences passées. Par rapport à la... votre première
question, c'était par rapport à la confiance en le système, la confiance en le
système, il y a plusieurs principes de qualification,
comme je vous ai dit, en amont, de préqualification, de vérification, il y a
des mécanismes déjà qui sont en place.
Moi, de mon côté,
pour avoir participé à plusieurs, je ne vois pas... Je pense que ce qui va nous
donner le vrai résultat, là, c'est quand on
va voir la finalité d'un projet, d'être capable de le livrer pour vrai plus
vite, dans un meilleur coût, puis dans un... dans le 25 % plus
rapide, puis 15 % à l'intérieur des délais, je pense que c'est là qui va
être la conclusion puis qui va démontrer à tout le monde que c'est... ça
fonctionne. Tu sais, parce que ça fonctionne ailleurs, pourquoi ça ne
fonctionnerait pas ici? Tu sais, je pense qu'il faut avoir confiance au
système, il faut travailler en équipe, puis c'est comme ça qu'on va réussir à
aller... à bâtir plus d'infrastructures durables. Puis je pense que c'est ça
qui est l'objectif, là.
Mme Bourque
(Gisèle) : Et les citoyens vont être ravis de voir que ça va plus vite
et que ça coûte moins cher, c'est aussi simple que ça.
M. Paradis : Très
bien. Mais je comprends de votre réponse... Vous dites : Il y a déjà des
clauses puis des mécanismes qui permettent d'assurer ça. Mais est-ce que vous
pensez que ce projet de loi est une contribution positive aussi, que ce qu'il prévoit permet d'augmenter la confiance ou
c'est grâce aux autres mécanismes seulement?
M. Turgeon
(Jean-François) : Moi, je pense qu'avec ce qu'on voit, depuis les
dernières années... je pense que la confiance avec les prix qu'on voit sur les
projets qui se sont réalisés, d'infrastructures, je pense déjà qu'il y a une
perte de confiance, hein? Pourquoi que le projet du pont de tel endroit, tel
endroit coûte tel prix? Donc, c'est sûr que
c'est un... c'est un grand pas, je pense, pour améliorer la confiance des
citoyens vers la capacité, on est capables de bâtir mieux qu'on le fait
là, puis il faut mettre les efforts ensemble pour réussir à bâtir mieux. Oui,
ça va aider pour la confiance.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Alors, madame, messieurs, merci pour votre
participation très constructive, sans mauvais jeu de mots, à nos travaux.
Sur ce, nous allons
suspendre momentanément le temps de faire place à nos prochains invités.
(Suspension de la séance à
10 h 56)
(Reprise à 11 h 03)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, nous sommes en mesure de reprendre
nos travaux. Nous sommes en présence de représentants de l'Association
canadienne du ciment et nous avons, cette fois-ci, des personnes qui sont en présentiel et d'autres qui sont en virtuel. Alors,
mesdames, messieurs, soyez les bienvenus. Auriez-vous d'abord
l'amabilité de vous présenter?
Association canadienne du
ciment (ACC), Association Béton Québec,
Tubécon, Institut d'acier d'armature du Québec (IAAQ) et
Association des entrepreneurs en coffrage
structural du Québec (AECSQ)
M. Bédard (Luc) : Je débute par moi, Luc
Bédard, je suis le directeur général de l'Association Béton Québec. Donc,
nous représentons les producteurs de béton prêt à l'emploi, plus communément
appelé les gars de Ready Mix. Ça fait que merci de nous accueillir aujourd'hui.
Le Président (M.
Simard) : Vous avez dit : Les gars de?
M. Bédard (Luc) :
Ready Mix.
Le Président (M.
Simard) : Ah bon! Alors, bienvenue aux boys.
M. Bédard (Luc) : Pour parler en
chinois, bien entendu.
Mme
Lasnier (Nathalie) : Bonjour, tout le monde. Mon nom est Nathalie
Lasnier. Je suis la directrice de Tubécon, qui est l'association des fabricants
de tuyaux et d'éléments en béton préfabriqués du Québec.
Le Président (M.
Simard) : Bienvenue.
M. Drolet
(René) : Bonjour à tous. René Drolet, je suis le directeur des
affaires publiques pour la région du Québec à l'Association canadienne du
ciment. Donc, on représente les cimenteries à travers le Canada.
Mme Huot (Marie-Josée) : Marie-Josée Huot,
directrice générale de l'Institut
d'acier d'armature du Québec.
M. La Haye (Lester) : Pour ma part, je suis le
directeur général de l'Association
des entrepreneurs en coffrage structural du Québec, ceux qui font les
moules.
Le Président (M.
Simard) : Très bien. Bienvenue à vous tous. Alors, nous vous écoutons.
Mme Lasnier (Nathalie) : Parfait. Premièrement,
merci à la commission et ses membres. Merci, M. le ministre, de nous recevoir aujourd'hui. Comme mentionné,
nous sommes un regroupement de cinq associations du grand secteur du
béton armé et nous avons rédigé conjointement ce mémoire qui a été déposé. Donc,
nous aussi, on a vécu plusieurs lectures et relectures, donc on vous comprend.
Comme présentées, nos
cinq associations illustrent le grand secteur du béton armé. On a donc les
coffreurs, donc les moules qui sont fabriqués en chantier ou en usine, l'acier
d'armature qui va être placé à l'intérieur de ces moules-là, le béton qui va
être coulé en chantier, le béton prêt à l'emploi, ou qui sera fait en usine, dans
les usines de préfabrication de béton. Le lien qui nous unit tous, bien,
évidemment, c'est le ciment. Donc l'Association canadienne du ciment est avec
nous aujourd'hui.
Donc, à partir de là,
vous avez un portrait quand même global du grand secteur du béton armé au
Québec, et le mémoire d'aujourd'hui fait suite à des journées de rayonnement
que nous avons faites les 7 et 8 mai dernier, sur la colline Parlementaire. Nous avons fait près d'une
trentaine de rencontres avec tous les partis de l'Assemblée nationale. Merci
de nous avoir accueillis à cette époque-là. Et nous avons été chanceux que ça
tombe la semaine où le ministre Julien déposait son projet de loi. Donc,
encore une fois, merci de nous recevoir aujourd'hui.
Le
secteur du béton armé occupe une place importante dans le monde de la
construction au Québec et ailleurs dans le monde. En effet, peu de
constructions se font sans béton. Avec plus de 35 000 emplois directs
et indirects, l'industrie du béton armé
assure une présence tant dans les grands centres urbains que dans l'ensemble
des régions de la province. Ça aussi, c'est important, le béton, c'est
partout. Les entreprises membres de nos associations respectives sont dynamiques et
misent sur les innovations, les investissements, tant dans le capital humain
que dans les technologies et les équipements. Et, en tant que
sous-traitants — on
vient d'en parler avec le groupe précédent — sous-traitants, entreprises
spécialisées ou fournisseurs, l'industrie du béton armé remercie à nouveau la
commission d'entendre notre point de vue sur
le projet de loi n° 62 et, aussi, sur la stratégie québécoise des
infrastructures publiques. D'emblée, l'industrie du béton armé est
favorable au projet de loi n° 62 et à la Stratégie québécoise en
infrastructures publiques. Notre mémoire commente sept articles du projet de
loi et fait sept propositions sur la stratégie. Et nous tenterons de faire le lien entre nos commentaires sur le projet
de loi et la stratégie, sachant que le projet de loi est un outil pour réaliser
la stratégie en infrastructures publiques.
Donc, d'entrée de
jeu, le premier commentaire sur le projet de loi n° 62 touche le chapitre
I, donc la Loi sur les contrats des organismes publics, aux articles 1, 5
et 6, qui traitent des approches collaboratives et des contrats de partenariat
pour réaliser des projets de construction. Ces approches collaboratives sont,
en effet, un élément clé que l'on retrouve dans la Stratégie québécoise en
infrastructures publiques. Elles sont fort intéressantes, mais l'industrie du
béton armé souhaite que les sous-traitants, les entreprises spécialisées ou les
fournisseurs puissent faire partie de ces échanges-là, de ces collaborations-là
dès le début de ce type de projet. Notre industrie a de nombreuses solutions à proposer qui contribueraient à atteindre les
objectifs de la stratégie. Par conséquent, il serait souhaitable que les
projets en mode collaboratif aillent au-delà des entrepreneurs généraux,
la notion du contractant, comme ça a été mentionné dans le projet de loi, et englobent
les autres groupes d'intervenants qui seront présents sur le chantier. Ce
premier commentaire est lié à la proposition 3, sur la stratégie, qui se
retrouve dans notre mémoire.
Notre second
commentaire sur le projet de loi n° 62 porte sur les articles 45 à 48
inclusivement. Ces articles proposent des
modifications aux règlements suivants, donc : le Règlement sur certains
contrats d'approvisionnement des organismes publics, le Règlement sur
certains contrats de services des organismes publics, le Règlement sur les contrats de travaux de construction des organismes
publics et le Règlement sur les contrats des organismes publics en matière de technologies de l'information. Ces
quatre modifications proposées ont un point en commun, soit l'élargissement
des pouvoirs du gouvernement lorsqu'aucune soumission conforme n'a été reçue.
Lorsque l'on revient au texte de la stratégie,
qui vise à accélérer la livraison des projets, à obtenir de meilleurs coûts et
d'améliorer l'état des infrastructures publiques, il est difficile de
comprendre l'établissement de raccourcis pour l'octroi de contrats. Si un
contrat public n'a pas réussi à être suffisamment attrayant pour que des
entreprises déposent des soumissions, c'est qu'il y a possiblement des
problèmes liés aux conditions et spécifications de l'appel d'offres. Donc, il
deviendrait donc important d'identifier ces problématiques-là, de les
solutionner pour ainsi réaliser des projets en concordance avec la stratégie.
Nous sommes d'accord avec le principe d'augmenter l'agilité et la flexibilité
de l'appareil gouvernemental, mais le tout doit se faire dans le respect des
orientations, des axes et mesures qui se retrouvent dans la stratégie.
• (11 h 10) •
Donc, quant à la stratégie
comme telle, nos propositions identifient certains éléments qui sont dans le
texte de la stratégie, mais peu ou pas attachés à ces quatre axes et
17 mesures. Par exemple, on parle de constructions durables, je mettrais
des guillemets, des «constructions durables», mais la durée de vie des ouvrages
n'est pas définie, et c'est un élément clé. De plus, cette donnée est
importante comme élément de conception — on en a parlé beaucoup, là,
on a entendu parler de la conception des ouvrages, c'est une information clé à
définir — mais
aussi pour réaliser les évaluations environnementales, l'efficacité
énergétique, le bilan d'émissions de gaz à effet de serre ou toutes autres
analyses qui devraient se faire sur l'ensemble du cycle de vie de l'ouvrage.
Mais quelle vie? Il faut la définir.
La stratégie identifie d'ailleurs qu'une
meilleure gestion de ses actifs publics doit être faite. On parle, entre
autres, ici, d'entretien des ouvrages, et ceci implique une approche sur tout
le cycle de vie de l'ouvrage. C'est un beau
paragraphe, c'est des belles phrases, mais il faut que ce soit enchâssé
clairement dans des mesures et dans les axes.
La stratégie parle aussi de l'importance de la
résilience des ouvrages. En effet, face aux changements climatiques et leurs
conséquences de plus en plus dommageables et coûteuses — vous
avez probablement tous reçu les deux alertes AMBER d'hier sur les tornades, une
tornade, semble-t-il, ne connaît pas les frontières entre les provinces ou les
régions, donc on vit avec ces événements-là maintenant, de plus en plus — donc,
des analyses de résilience doivent être intégrées aux conceptions des ouvrages.
Ça n'arrive pas par magie, la résilience. Il faut la... Il faut la demander, il
faut que les études soient faites. Malheureusement, on ne retrouve pas de geste
concret dans la stratégie à cet effet-là.
La stratégie identifie également que la
provenance locale des solutions et matériaux constitue un élément important. On
est d'accord avec ça. Il faudrait que le gouvernement définisse clairement les
moyens qui seront intégrés lors des appels d'offres ou lors d'adjudication des
contrats pour valoriser la provenance québécoise des produits et des solutions.
Nous avons aussi commenté la stratégie sur
l'importance d'améliorer l'accès aux formations déjà existantes dans le secteur
du béton armé et nous suggérons que l'industrie puisse travailler de concert
avec les divers ministères pour faciliter l'accès aux formations ainsi que d'en
développer de nouvelles.
Notre dernière proposition sur la stratégie
identifie un moyen pour intégrer les propositions de notre mémoire. En effet,
les programmes de projets ou encore la gestion par portefeuille de projets, qui
se retrouvent dans la stratégie, ou encore toute autre formulation liée au
financement des projets pourraient et devraient inclure les propositions
présentées dans ce mémoire. Donc, on vous a identifié quoi, on vous a identifié
le pourquoi, et on va même vous identifier le comment.
En conclusion, le gouvernement met de l'avant
une stratégie ambitieuse, et on dirait même nécessaire, pour améliorer le grand secteur de la construction.
Nous y croyons et nous devons donc travailler tous ensemble pour y arriver.
En particulier, les approches collaboratives améliorent la communication entre
les intervenants et favorisent le développement de projets mieux conçus et qui
s'aligneront avec la stratégie québécoise en infrastructures publiques. Pour ce
faire, l'industrie du béton armé souhaite être en mesure de contribuer à ces
échanges pour construire des ouvrages résilients, sécuritaires, documentés et
intégrés dans des pratiques de saine gestion des actifs publics. Donc, merci de
votre attention, et on va être heureux de répondre à vos questions.
Le Président (M. Simard) : Mme
Lasnier, pile-poil dans votre temps. Vous êtes une vraie professionnelle. C'est
extraordinaire. Je cède la parole à M. le ministre, qui dispose de
16 min 30 s.
M.
Julien : Oui, merci, M. le Président. Merci à vous tous,
là, pour la préparation puis le temps que vous y passez. Puis on
s'est... on s'était rencontrés, là, comme vous avez mentionné, là. Vous avez
rencontré plusieurs personnes au début mai. D'entrée de jeu, quand vous
dites... je pense que vous avez dit... ici, j'ai noté : On... C'est une
chance, on en a besoin. Donc, je vois que vous êtes favorables globalement, et
le plus tôt sera le mieux. Puis, naturellement, vous amenez des éléments
spécifiques intéressants, à la fois pour votre secteur et plus largement. Vous
mentionnez que certains entrepreneurs spécialisés craignent une trop grande
concentration du pouvoir du côté de l'entrepreneur général, dans le cas des
projets majeurs, là. J'espère que c'est bien vous qui mentionniez ça, il me
semble l'avoir lu. J'essayais de voir... C'est quoi, votre perception, par rapport
au changement de mode, justement? Puis, après ça, on viendra sur les
sous-traitants en sous-question, mais le mode collaboratif, j'ai l'impression
qu'on vient démocratiser, justement, ce pouvoir-là, justement, avec le donneur
d'ouvrage et un groupe avec un objectif commun. Est-ce que c'est votre
perception? Ou sinon, exprimez-moi qu'est-ce qu'on devrait faire de plus.
Mme Lasnier (Nathalie) : Bien, je
vous dirais, à prime abord, le mode collaboratif, dans tout projet de
construction, l'importance, c'est la communication, le partage des informations
le plus rapidement possible. Donc, ça, on y
croit beaucoup. La crainte qu'on a — puis on... face au changement, on est
toujours un petit peu... on a toujours des craintes, c'est normal — c'est la qualification des entrepreneurs,
le... de rendre ça attrayant, qu'il y ait une bonne compétitivité. Je
pense, ça a été discuté tout à l'heure. Donc, ça, oui, c'est une forme de
crainte. Et c'est qu'on ne... on n'est pas... à l'heure actuelle, on n'est pas
partie prenante dès le départ. Donc, comme on disait tantôt, du béton, il y en
a dans... sur presque tous les chantiers, ça serait important. Puis des
solutions innovantes, moins chères, plus rapides, on en a plein. Donc, c'est
d'amener ces joueurs-là, dès le départ, dans les
discussions avec les concepteurs, avec les entrepreneurs. Donc, c'est une
crainte. J'imagine que ça va être évolutif, ce projet de loi là et ces
pratiques-là. On va s'y faire, on va participer. Je pense que ça va bien aller
en bout de ligne, mais, a priori, je pense que ça serait important, les modes
de qualification, définir c'est qui, le contractant. Est-ce que c'est juste l'entrepreneur général ou c'est son équipe? Ça, ça pourrait
être des pistes de bonification et d'inclure toutes les parties prenantes dans
un projet. Mais là, à l'heure actuelle, ça a été mentionné tout à l'heure, on
parle de projets complexes, on parle de projets vraiment, là, d'envergure,
importants, stratégiques, c'est un peu normal que ce soit compliqué, puis que
ce n'est pas nécessairement tous les entrepreneurs qui pourraient se qualifier.
Ça, on comprend ça. Le 20 % puis le 80 %, bien, je pense que ça va
suivre son cours dans les... une fois que ça va être implanté.
M. Julien : Oui,
mais, juste là-dessus, parce que, pour éviter... je veux être certain qu'on
évite, en fin de compte, de répéter des choses qui ne sont pas claires. Tantôt,
la mention de 20-80, c'est dans une perspective, en tout cas... Puis on a des
discussions a posteriori, c'est vrai que les projets hyper... plus complexes,
avec un potentiel de collaboratif à la RPI, là, qui est à l'extrême de la
collaboration, ça ne touche pas tous les projets, puis le mode conventionnel va
toujours être bon pour certains projets. Mais, pour moi, là, l'ouverture, dans
le projet de loi, au mode de collaboratif, c'est une ouverture du bon mode de
collaboration selon le bon projet, et on peut venir toucher tout le 80 %,
là, selon différents niveaux, pour permettre ces innovations-là. Le donneur
d'ouvrage a la possibilité de, dans la loi, et le privé peut le demander
puisqu'il a la possibilité, donc la discussion va être ouverte pour un éventail
très large.
Mais, si on revient
sur les parties prenantes, bon, tu sais, si on va dans un modèle très
collaboratif où on a une espèce de consortium entrepreneurs-professionnels, la
notion d'intégrer les sous-traitants de... c'est-à-dire, il va y avoir des centaines de sous-traitants. Mais, si
je fais un projet, par exemple, de pont en béton, bien, naturellement, là, je
serais bien fou de pas asseoir — excusez-moi le terme — de ne
pas asseoir le sous-traitant autour de la table, parce que, là, le besoin est
tellement important, par rapport à cette collaboration-là, que, pour moi, ça va
aller de soi. Mais sinon, comment obliger l'intégration de sous-traitants, sur
quels critères, si ce n'est du besoin de l'avoir autour de la table? Parce que,
tu sais, le sous-traitant qui fournit les rivets, tu sais... Alors, j'essaie de
voir comment ça se ferait qu'un mode collaboratif où l'importance du béton armé
est primordiale, en toute logique, le consortium avec le donneur d'ouvrage va
vouloir avoir ces gens-là autour de la table.
Mme Lasnier
(Nathalie) : Vas-y, vas-y.
M. Bédard
(Luc) : Au sens que ce qu'on a entendu, M. le ministre, de la part de
nos membres et puis de certains membres... d'entrepreneurs spécialisés, c'est
qu'à l'heure actuelle, comme vous l'avez très bien mentionné, c'est le
consortium. Le consortium qui est composé de qui? D'un entrepreneur général,
des concepteurs, des équipes de conception et, bien entendu, du donneur
d'ouvrage. C'est ce qui est visé par, justement, l'approche collaborative.
• (11 h 20) •
Par contre, bien, ce
groupe-là... puis dans le contexte québécois de la multitude, vous l'avez bien
dit, hein, souvent de la centaine
d'entrepreneurs spécialisés, bien, il y en a beaucoup, d'entrepreneurs
spécialisés, puis souvent, les
généraux, bien, ils ont un champ... au sens qu'ils gèrent le projet. Ils gèrent
le projet, puis c'est souvent les entrepreneurs spécialisés qui
réalisent une bonne partie, pour ne pas dire la majeure partie des travaux.
Et puis, bien
entendu, quand on parle des travaux collaboratifs, combien de joueurs seront
appelés dans ces modes collaboratifs là? À l'heure actuelle, plusieurs nous
disent : Bien, ils vont être peut-être moins que cinq. Donc, si moins que
cinq grands consortiums, c'est ce qu'on voit dans les dernières années, il y a
très peu de grands consortiums qui soumissionnent sur les projets d'envergure.
Donc, ça fait en sorte que les entrepreneurs spécialisés se sentent à risque
d'avoir une concentration, justement, de ces entrepreneurs-là, puis d'avoir une
limitation de la concurrence. Est-ce que c'est réel ou pas? Bien, c'est une
perception que ces gens-là vivent présentement parce qu'ils ne seront pas
inclus dans, justement, les appels d'offres.
D'un autre côté, ce
que mentionnait l'ACRGTQ juste avant nous, c'est qu'ils disaient : Oui,
mais, si on est pris avec un sous-traitant, un entrepreneur spécialisé qui a
passé par le BSDQ, bien là, nous autres, on ne le veut pas, lui. Donc, vous
voyez un petit peu l'imbroglio que ça génère, au sens que, si on a un faible
groupe d'entrepreneurs généraux qui peuvent
appliquer ou soumissionner sur ces travaux-là, bien, en bout de ligne, est-ce
qu'il y aura suffisamment de soumissionnaires, encore une fois, pour
engendrer, chez les spécialisés, vraiment, une saine concurrence? C'est le
doute que certains entrepreneurs émettent.
M. Julien : Mais j'entends le doute, mais il me surprend un
peu, dans le sens que ce qu'on observe actuellement... Encore là, les
modes alternatifs et collaboratifs, c'est un éventail très large, et, je vous
le dis, là, on peut aller jusqu'au très faible pourcentage. Ce n'est pas juste
sur base de complexité et d'envergure. Alors, chaque mode est le bon pour différents projets, puis des projets
moins complexes bénéficieraient de modes collaboratifs, surtout en termes
d'idéation initiale. Donc, pour moi, c'est un éventail qu'on offre, et la loi,
le projet de loi prévoit cette possibilité là, et sans contrainte.
Maintenant,
sur la concurrence, ce qu'on observe dans le marché, dans les projets complexes
et dispendieux... Parce qu'il y a l'enjeu de : mon Dieu, je ne sais pas
trop comment ça va fonctionner, j'additionne des risques, je ne sais pas
comment ça va finir, puis il coûte cher, puis j'ai de la misère à me financer.
Puis là les gens regardent ça, puis ça devient un frein à la concurrence. Et
tous les intervenants qu'on a rencontrés, à la fois institutionnels, de
l'industrie, des ordres professionnels, nous
ont tous dit : Pour augmenter la concurrence, il faut que tu sois en mode
plus collaboratif, justement pour avoir une discussion initiale, pour
pouvoir mitiger les risques et les identifier. Donc, entre le statu quo et ce
qui est proposé au projet de loi, bien, c'est... pour moi, c'est clairement une
augmentation de concurrence, parce qu'ils
nous ont tous dit : Tel projet, où il n'y a pas eu de soumissionnaire, ou
il y en a eu un, ou il y en a eu deux, il y en aurait eu cinq, il y en
aurait eu sept.
Alors, toutes choses étant
égales, par ailleurs, la modification, bien que vous ayez des préoccupations,
va amener plus de concurrence, selon tous ceux avec qui on discute. Peut-être
que ce ne sera pas suffisant pour... mais, au net, c'est plus de concurrence. À
moins que vous ayez une lecture différente.
M. Bédard (Luc) : Bien, soyez
clairs. Au départ, on veut plus de concurrence, notre mémoire le mentionne, et
puis, nous, on le plaide depuis plusieurs années. Cependant, bien, dans la
structure, à l'heure actuelle, souvent, ce qu'on se fait dire, au ministère des
Transports, entre autres, c'est qu'on n'a pas de relation contractuelle avec
vous. La relation contractuelle est avec le général, c'est lui qui a décroché
le contrat. Donc, on aimerait, comme industrie, au niveau du béton armé, parce
qu'on est souvent des entrepreneurs spécialisés ou des fournisseurs de
matériaux, mais être inclus, justement, plus tôt dans cette chaîne-là, et non
pas lors de l'adjudication de contrats, ou quand le consortium a décroché le
contrat. Donc, si on est en mesure d'être impliqués plus tôt, ça va rassurer,
bien entendu, les gens, et puis ça va favoriser, justement, l'implantation et
l'utilisation d'innovations.
M. Julien : Mais sans mettre
d'obligation d'être impliqués plus tôt, parce qu'on parlait, tantôt, de
certains cas de figure, je reviens sur un projet complexe et d'envergure,
dispendieux, qui nécessite beaucoup de béton armé. Et, puisque le processus
n'est plus sur un mode traditionnel, mais un mode collaboratif, où on vient,
dès l'idéation, concepteur, entrepreneur... et, soudainement, on s'aperçoit que
le principal élément à l'intérieur de ce dossier... de ce projet-là, en termes
de coûts et de complexité, est lié à l'industrie du béton armé, mais ils vont
avoir tout intérêt à vous asseoir autour de
la table, ce qui n'était pas le cas dans des modes traditionnels, parce que
c'est difficile, le mode traditionnel, le plus bas soumissionnaire. Je
ne vois pas... Je vois plus difficilement comment qu'on peut déjà convenir de votre contribution à un échange
collaboratif sur une solution, mais j'ai l'impression que le mode collaboratif,
sans être parfait par rapport à votre industrie, va amener, naturellement,
cette discussion-là avec les joueurs.
Mme Lasnier (Nathalie) : Bien,
forcément, on l'espère, M. le ministre, et c'est peut-être dans la définition
du contractant. C'est peut-être l'équipe de contractants, c'est peut-être le
contractant et ses principaux collaborateurs dans son projet. Donc, ne pas être
limitatifs dans la définition du contractant. La perception, elle est peut-être
là. Donc, évidemment, bien, qu'on soit un peu à la remorque de peut-être qu'on
va être invités à participer, peut-être pas — ça dépend des projets — on
aimerait, évidemment, des lignes plus claires là-dessus.
La stratégie parle de développement durable,
parle de résilience, parle de durée de vie, parle d'entretien. C'est toutes des
choses qui peuvent être chiffrées, et, avec le béton, on a l'information, on a
les données et on est capables de collaborer. Donc, quand on parle du meilleur
coût, évidemment, il y a les coûts initiaux, puis il y a les coûts sur le cycle
de vie de l'ouvrage, donc plus vite, moins cher, plus rapide, meilleur. Il faut
peut-être ramener un peu les pendules à l'heure. On veut des projets durables,
qui vont avoir un retour sur l'investissement de ces actifs-là pour la
population du Québec. On gère des actifs. Ce n'est pas des dépenses. Un actif,
on veut, idéalement, que, dans le temps, il va prendre de la valeur, et non pas
qu'il va en perdre. Donc, on salue beaucoup le volet gestion d'actifs et
entretien qu'on voit dans le projet de loi. C'est un peu l'enfant
pauvre de la construction, l'entretien. Donc, bravo pour ce geste-là.
Et, côté
industrie, on a parlé de chaussée tantôt, on a parlé beaucoup de d'autres
matériaux, l'industrie du béton peut contribuer à rendre ces
structures-là, ces infrastructures-là durables et rentables à long terme.
Donc, la
notion du coût, ce n'est pas nécessairement seulement les coûts initiaux. Il
faut vraiment mettre dans la balance
aussi la vie de l'ouvrage puis combien qu'elle va... qu'elle va coûter, cet
ouvrage-là, dans le temps, également.
M. Julien : Bien, justement, pour
compléter, parce qu'il me reste quelques minutes, durée de vie... puis on en avait déjà discuté ensemble, de mémoire. C'est
certain que, quand on va en processus d'attribution pour un ouvrage
d'infrastructures publiques, on souhaite avoir la pérennité, puis les critères
qu'on se donne pour, éventuellement, être en mesure de conclure une entente
avec un tiers externe, c'est considéré. Mais, pour vous, ça serait de venir
dire... par exemple, c'est considéré, par
exemple, que l'infrastructure soit bonne pour 50 ans, minimalement, puis
dire : Oui, mais moi, je vous en offre une à 80. Vous devriez
accepter, en fin de compte, que le 30 ans, en valeur nette actualisée, soit bonifié dans l'offre initiale de
manière plus agressive, parce que... parce que votre prétention, qui est réelle,
c'est que vos matériaux durent plus longtemps que d'autres. Durée de vie...
J'amène à votre industrie comme ça?
M. Drolet (René) : Bien, peut-être
un point pour... à ce sujet-là, c'est la la durabilité, oui, mais les coûts sont... peuvent être aussi beaucoup plus faibles
si on le prend sur une période plus grande. Par exemple, pour reprendre
l'exemple de la chaussée, une chaussée en béton va durer plus longtemps. On
avait une étude qui avait été faite par un économiste indépendant qui
démontrait des économies potentielles de plusieurs millions de dollars par
année, pour le gouvernement du Québec, pour faire un peu plus de chaussées de
béton, là où c'est pertinent, évidemment. Et donc, c'est la durabilité, mais
c'est les coûts à long terme. On n'a pas besoin de refaire la chaussée à tous
les sept ans ou à tous les trois ans quand c'est fait en béton. Donc, en bout
de ligne, c'est des coûts... c'est d'aller plus loin que le coût initial.
M. Julien : Donc, sur la valeur
nette actuelle, qu'on considère ces éléments-là.
Mme
Lasnier (Nathalie) : Exactement. Juste que ce soit clair. Il y a
certaines normes au niveau des ouvrages d'art, donc les ponts et autres,
on... la norme spécifie une durabilité minimale de 75 ans. Là, au moins,
c'est chiffré. Malgré ça, on a eu le pont Champlain, dans
un autre mode d'octroi, où là, la durabilité, c'était 125 ans. Ils sont
allés au-delà de la norme, qui dit bien : minimum 75 ans. Mais quand
vous construisez une école, un hôpital, un bâtiment institutionnel, est-ce que
la durée de vie de ce bâtiment-là est clairement identifiée en partant? Et ça,
on trouve que c'est un peu ésotérique de faire la recherche puis trouver ces
chiffres-là. Ça devrait être dans une... dans une nouvelle stratégie, avec des
nouveaux modes d'octroi de contrats, que ce soit clarifié. Et, par la suite, là
on peut faire vivre ce bâtiment-là virtuellement, mais simuler combien qu'elle
va coûter... qu'elle va coûter de climatisation, de chauffage, la sécurité
incendie, etc., et là, avoir conçu un meilleur projet. Et là, en mode collaboratif,
bien, ces informations-là sont partagées avec les parties prenantes, comme on
disait tantôt : concepteurs, entrepreneurs, donneurs d'ouvrage. Et là,
nous, on arrive à la remorque de ces gens-là aussi pour faire les propositions.
Donc...
• (11 h 30) •
M. Julien : Je comprends bien ça.
Mme Lasnier (Nathalie) : Voilà.
M. Julien : Mais naturellement... il
ne doit plus me rester beaucoup temps, M. le Président, mais c'est vrai qu'est considéré, à l'intérieur de
l'évaluation — en tout
cas à la SQI, pour ce que je connais — le cycle de vie, et c'est un des éléments qui est évalué avec...
multicritères pour faire les... le choix. Donc, on... pour moi, il est déjà
bien considéré, mais peut-être qu'on gagnerait à regarder ça
attentivement, à tous égards, pour tous les donneurs d'ouvrage.
Mme Lasnier (Nathalie) : Oui, puis
là on pourrait extensionner au 80 % qu'on parlait tout à l'heure, quand
c'est les municipalités qui sont les donneurs d'ouvrage. Là, woups! on... ça se
perd peut-être un petit peu plus. Donc, la stratégie est quand même un
excellent document chapeau, là, qui chapeaute toutes ces belles
orientations-là...
Le Président (M. Simard) : Merci,
Mme Lasnier.
Mme Lasnier (Nathalie) : ...que les
municipalités devraient utiliser.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, M. le ministre. Je cède la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le Président.
Je tiens à vous remercier, parce que j'ai lu avec grand intérêt votre mémoire, très, très direct. Je peux vous dire,
même, vous nous avez facilité la tâche des amendements. Bien, ça dépend du ministre, par la suite, s'il va les accepter ou
pas. Mais, écoutez, profitez, j'ai 10 minutes. Vous allez juste me donner
les arguments, parce que mon premier amendement, il est presque rédigé.
Parlons des sous-traitants. J'ai vu l'échange
avec le ministre, vous êtes le deuxième groupe qui parle de ça et vous voulez être impliqués en amont. Je pense que
la problématique est très bien cernée. Vous avez même dit, article...
chapitre I, loi sur les contrats, l'article 156, qui a trait à des approches
collaboratives, vous, votre industrie considère les approches collaboratives
intéressantes, mais. Mais. C'est ce «mais» qui est très important. Parce que,
si on ne le règle pas, même l'approche collaborative, je ne veux pas vous
mettre des mots dans la bouche, est vouée à l'échec. Pourquoi? Parce que le projet de loi parle du contractant, mais, il
oublie, les sous-traitants et les fournisseurs doivent être... faire
partie de ces approches collaboratives.
Bon, il y a deux niveaux : les ajouter dans
l'article dans la loi, mais... j'ai entendu ce que vous avez dit tout à
l'heure, vous voulez être impliqué même en amont. C'est que... autour de la
table, pas uniquement le... d'ouvrage. Parce
qu'une fois tout est scellé, tout est fait, terminé, bien, le sous-traitant va
faire quoi? Subir. Il n'a pas été impliqué en amont.
Donc, au bout de la ligne, les objectifs
escomptés de cette loi risquent d'être annihilés parce que ça risque d'engendrer des délais, des coûts supplémentaires
parce que le sous-traitant n'a pas été impliqué en amont, corrigez-moi
si je me trompe, un, par rapport à l'ajout de sous-traitants et par rapport au
risque de ne pas impliquer en amont le sous-traitant.
Mme Lasnier (Nathalie) : Bien, je
pense que vous reprenez un peu ce qu'on disait. C'est la notion du contractant.
Puis on comprend, là, qu'une institution publique va entrer dans un contrat
avec un contractant. Alors, c'est ce qu'on
vit, à l'heure actuelle, dans les modes traditionnels. C'est peut-être une
occasion, avec le projet de loi n° 62, d'élargir
un peu la notion de contractant, qui serait modulable selon les projets. C'est
sûr qu'il n'y aura pas une centaine de
sous-traitants qui vont participer aux discussions, mais qu'il y ait cette
souplesse-là, cette agilité-là, d'inclure les principaux sous-traitants,
les principaux fournisseurs pour un projet donné.
Parce qu'après ça on parle de partage de
risques, on parle de délais de paiement, on parle de plein de choses. Bien,
évidemment, comme sous-traitants ou fournisseurs, on est touchés par ces
choses-là. Tant que l'entrepreneur n'est pas payé, on n'est pas payés. Donc, on
fait partie de cette chaîne-là, mais on n'est pas au coeur des discussions.
M. Derraji : Pour le bénéfice des
gens... Ah oui! Allez-y, allez-y.
M. Bédard (Luc) : Si je peux me
permettre, surtout dans le monde actuel, à l'heure actuelle, on est dans une
lutte aux changements climatiques. Et puis vous avez sûrement entendu parler
des bétons verts ou des bétons bas carbone. Donc, ces bétons verts là ou des
bétons bas carbone, si on se met... les concepteurs se mettent à les spécifier à outrance, et puis je le souhaite parce qu'on va réduire
notre empreinte, justement, carbone, notre empreinte, nos gaz à effet de serre émis... par contre, bien, ces
bétons-là ont souvent des comportements qui sont différents. Donc, si les
producteurs de béton ne sont pas impliqués à la base, bien, les échéanciers, il
y a de fortes chances qu'ils ne tiennent plus la route. Donc, on veut des
bâtiments ou des ouvrages bas carbone. Par contre, bien, il faut vivre aussi
avec le comportement de ces matériaux-là qui seront différents des
comportements qui sont souvent utilisés présentement.
M. Derraji : OK. J'aime ce que vous
venez de dire, et ça me pousse à vous poser la question suivante pour le
bénéfice des gens qui nous écoutent : Pour des projets où vous étiez
témoins, c'est quoi, la moyenne de sous-traitants impliqués en nombre?
Mme Lasnier (Nathalie) : En mode
traditionnel, très peu, parce que, comme ça a été mentionné tout à l'heure, on
vit avec un devis, une conception prescriptive, un contrat vraiment fermé, et
les discussions, par la suite, sont très, très, très ardues. C'est plus des
confrontations que des discussions.
Là, le mode collaboratif change la donne
complètement, puis on l'espère, de ce côté-là. Il faut juste trouver le modus operandi pour que les sous-traitants, les
fournisseurs, lorsque requis, lorsque c'est important, puissent être au coeur, main
dans la main avec leur entrepreneur général.
M. Bédard (Luc) : ...Nathalie, tu
parles maintenant pour le génie civil. Quand on est du côté bâtiment, bien, au
côté bâtiment, c'est totalement autre chose, au sens que, juste pour la
coquille, si on peut dire, la charpente du bâtiment,
bien, ce n'est pas rare d'avoir jusqu'à huit à 10 corps de métiers différents.
Donc, c'est huit à 10 sous-traitants différents.
M. Derraji : Oui. C'est excellent
parce que vous faites le lien. Et je ne sais pas si je me trompe, parce que je vais faire le lien avec l'article 13, si je
n'inclus pas mes sous-traitants au départ, c'est que, mon article 13,
j'augmente les chances qu'on va y aller... on va y arriver, désolé, on
va y arriver. Donc, est-ce que, pour vous, les clés du succès, c'est vraiment définir et permettre une marge de
manoeuvre, d'asseoir sur la même table les sous-traitants, peu importe le
projet, du début jusqu'à la fin, pour que, justement, qu'on s'évite les
problèmes liés à l'article 13?
M. Bédard
(Luc) : Bien, l'article 13, je ne commenterai pas
spécifiquement, mais je ne peux pas m'empêcher de dire...
M. Derraji : Mais pourquoi vous ne
voulez pas? Pourquoi vous ne voulez pas? Vous êtes en commission, vous avez le
droit de tout commenter. À votre place, je le ferais.
M. Bédard (Luc) : Non, mais je vais
revenir plus sur le mode collaboratif puis ce qu'on plaide depuis le début. Nous, à l'Association Béton, on a ce qu'on
appelle une fameuse fiche prébétonnage et puis on prône les rencontres
prébétonnage avec l'ensemble, justement, des intervenants en chantier pour
s'assurer de ne pas avoir de problème. Donc... Et puis, quand on le fait, on
n'en a pas, de problème. Puis, quand on ne le fait pas, bien, on a des problèmes.
Donc, on voit que l'approche collaborative, ça fonctionne, mais on n'est pas
dans un cadre contractuel, on est dans un cadre opérationnel. On est dans du
génie, donc souvent dans la réalisation.
Mme
Lasnier (Nathalie) : Une piste de solution, c'est peut-être que,
justement, quand on définit le contractant, en mode projet, que les parties prenantes traditionnelles, donneur
d'ouvrage, concepteur, entrepreneur général, s'entendent sur l'élargissement de la consultation des
participants. Et là... Parce que, oui, c'est à géométrie variable. Ça dépend
des projets. Mais, en ce moment, en mode traditionnel, on n'est pas là.
Donc, quels seraient les moyens pour être là
quand c'est requis, quand c'est important? Bien, évidemment, notre secteur
d'activité, qui est le béton armé, bien, on pense qu'on risque d'être assez
présents pas mal souvent sur vos projets, et c'est ce qu'on veut.
M. Derraji : Oui. Mais l'exemple
parfait des rencontres pré...
Mme Lasnier (Nathalie) : Prébétonnage.
M. Derraji : ...bétonnage, là, moi,
je pense que c'est un exemple flagrant, là. C'est... Vous venez de faire la
démonstration que, si c'est la démarche, vraiment, et de collaboration, on
devrait mettre tout le monde autour de la table.
Ça va nous éviter, en tant que donneur d'ouvrage, si j'ose dire, d'aller
utiliser l'article 13, qui... personne ne le souhaite. D'ailleurs,
moi, je vais avoir des questions sur l'article 13. Mais je ne pense pas
que l'intention de législateur, c'est aller à l'article 13. On ne veut pas
se rendre à l'article 13.
Un peu plus loin, vous parlez... 45, 46, 47, 48,
ça vous dit quelque chose. Mais ce qui est très intéressant avec vous, vous
faites le lien avec la stratégie gouvernementale. Vous dites que l'octroi de
contrats... «Il est plutôt difficile de comprendre l'établissement de
raccourcis pour l'octroi de contrats.» Pourquoi vous parlez de raccourcis?
Mme Lasnier
(Nathalie) : De contrats qui n'ont pas reçu de soumissions conformes.
C'est notre point. Ces quatre articles-là adressent une façon de faire pour
procéder quand même quand tu n'as pas reçu d'appel d'offres conforme.
Nous, ce qu'on dit pour ces quatre articles-là, c'est : Un instant! Comme
donneur public, si ton projet n'a pas été suffisamment attrayant pour attirer
des soumissions conformes, il y a un problème, il y a quelque chose qui
achoppe. Donc, au lieu de se créer un raccourci qui est... probablement existe — je ne
suis pas juriste — mais
qui... il y a sûrement une façon de faire, mais ça serait préférable de revenir
aux orientations de la stratégie, d'identifier qu'est-ce qui a achoppé :
Est-ce que c'est la conception?
Est-ce que c'est le partage de risques?, les raisons peuvent être multiples,
et de dire : OK, on va prendre un petit pas par en arrière, bonifier notre
projet. Peut-être, aller en mode collaboratif, c'est peut-être une avenue si on
n'a pas reçu de soumission conforme, au lieu de dire : OK, on va y aller pareil. Donc... Parce qu'il y a une courbe
d'apprentissage pour le secteur privé là-dedans, mais aussi pour le secteur
public. Donc, il faut peut-être se...
forcer la donne aussi, de dire : OK, on va y aller en collaboratif puis on
va voir qu'est-ce que ça va donner.
• (11 h 40) •
M. Derraji : ...un
point important, une courbe d'apprentissage pour le secteur public et aussi
pour le secteur privé. C'est un bon point.
Sanction
de la loi. Pensez-vous que, dès que la loi est adoptée, doit être... on doit
commencer à aller de l'avant avec l'approche collaborative le plus tôt
possible?
Mme Lasnier
(Nathalie) : Bien, pourquoi pas?
M. Derraji : OK.
Donc...
Mme Lasnier
(Nathalie) : Pourquoi pas? Et que ces premiers projets-là... Je ne
veux pas utiliser le terme «projet pilote» parce que, «projet pilote», on se
donne la chance que ça ne fonctionne pas. Donc, on veut vraiment que ça fonctionne, mais que ces projets-là fassent
l'objet, vraiment, d'un suivi, d'une analyse. J'espère, M. Julien, que vous
allez vous tenir au courant très, très étroitement de ces projets-là.
M. Derraji : Il
va y avoir un tableau de bord. C'est à l'image du gouvernement.
Mme Lasnier
(Nathalie) : Il va y avoir... Oui, oui, oui, les tableaux de bord.
Ça... Vous venez de m'allumer beaucoup sur
les tableaux de bord. On les aime beaucoup. C'est «user-friendly». Mais un
tableau de bord va gérer les données que tu lui rentres. Et ces
données-là doivent être valables, doivent être vraiment bien estimées, parce
que, sinon, excusez l'expression en chinois,
mais «garbage in, garbage out». Donc, j'aime bien les tableaux de bord, mais
encore.
Et ça revient à notre
point au niveau de la gestion d'actifs. Je pense que c'est au coeur des
finances publiques. Vous investissez pour créer des actifs qui doivent être
gérés, qui doivent être connus sur l'entièreté de leur cycle de vie, et ça va être la solution pour que ces actifs-là
maintiennent leur valeur et qu'on arrête de parler de déficit
d'entretien et de vieillissement prématuré. Ça, je pense qu'en 2024, il faut...
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
Mme Lasnier
(Nathalie) : ...revirer la machine là-dessus.
M. Derraji : Je vous remercie et je remercie les gens qui nous
suivent à distance pour votre excellent passage en commission. Merci.
Mme Lasnier
(Nathalie) : Merci.
Le Président (M.
Simard) : Merci à vous, cher collègue. Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga
Mendez : Merci beaucoup, M. le Président. Je remercie Mme Huot
pour la présentation. Puis déjà on a entamé certaines discussions. Merci à
toutes les personnes présentes. Tout à l'heure, j'ai eu une discussion avec le groupe précédemment. Ils proposaient de
faire une distinction entre certains projets qui pourraient être d'abord
octroyés par des contrats de partenariat puis d'autres qui pourraient être
faits de façon plus traditionnelle. Quelle est votre opinion là-dessus? Est-ce
que c'est quelque chose qui devrait être publié à l'avance, d'avoir une
certaine prévisibilité?
M. Bédard
(Luc) : Bien, la prévisibilité, ça fait des années, au sens que,
depuis que... depuis que je suis dans le monde de la construction, c'est une
requête ou une demande traditionnelle de pouvoir assurer une prévisibilité, qui
plus est. Mais, quand on est en mesure, justement, de mieux prévoir, on est en
mesure de mieux s'équiper, puis on est en mesure de mieux s'équiper tant en
termes de ressources humaines que matérielles, donc on est en mesure de mieux
voir venir, et puis d'avoir de meilleures solutions, et puis d'accélérer l'innovation.
Qui plus est, vous
vous souvenez, on a vécu une certaine pandémie, mais la prévisibilité permet
aussi d'aplanir la courbe, hein? C'est... Je ne pensais jamais la ressortir un
jour, mais...
Mme Zaga
Mendez : Bien sûr.
M.
Bédard (Luc) : Donc, bien entendu, la courbe au Québec, hein, on a
l'automne et on a l'hiver, on a l'été. Donc, l'été, bien, on est à pleine
capacité, au sens... je ne pense pas que personne va nous dire que le secteur
de la construction n'est pas à pleine capacité l'été, il l'est, par contre,
mais est-ce qu'on est à pleine capacité à l'année? Puis est-ce qu'on se doit de
l'être? Donc, on sait qu'on a un gain à faire en termes de productivité, là,
pour aplanir la courbe sur 12 mois.
Donc, ça, c'est une belle proposition qui est en lien direct avec la
prévisibilité, puis la liste, là, comme disaient nos prédécesseurs, la
liste de projets au préalable.
Mme Zaga Mendez : Parfait. Je n'ai pas beaucoup
de temps. Super. Donc, de savoir, au préalable, quels seront en contrat
de partenariat puis lesquels iront en contrat traditionnel par appel d'offres.
Rapidement, sur
l'attribution équitable des contrats, c'est une crainte. C'est-à-dire, est-ce
que vous voyez des exemples, peut-être dans
notre juridiction, où c'est... peut-être... peut-être ce n'est pas une, là,
mais de nous dire comment ce type de
contrats par partenariat vont à la fois assurer le bon déroulement puis à la
fois on va avoir une transparence puis une attribution équitable des
contrats publics?
Mme Lasnier
(Nathalie) : ...la définition du contractant et son équipe pourrait
peut-être rentrer en ligne de jeu. Pour les projets complexes, on sait très
bien que le bassin d'entrepreneurs est quand même plus limité de par la
complexité de l'ouvrage, le besoin en machinerie, en équipe technique, etc.
Donc, ça, c'est connu.
Pour le 80 % en
mode plus traditionnel, la plupart de ces projets-là vont très bien et
alimentent les autres entrepreneurs — je ne veux pas le dire comme
ça, mais l'entièreté des entrepreneurs qu'on a au Québec, de leurs
sous-traitants et de leurs fournisseurs. Ce n'est pas parce qu'on est en mode
traditionnel que ça ne fonctionne pas non plus. Je pense qu'aujourd'hui, avec
toutes les déclarations que les entrepreneurs doivent faire, les vérifications
qui sont faites, il y a moyen de bien qualifier, bien suivre l'intégrité de
tous ces projets-là. On a eu l'occasion de lire le mémoire de l'Ordre des ingénieurs, qui a été déposé voilà pas longtemps,
qui adresse. Donc, je vous invite peut-être à relire le mémoire de l'OIQ
là-dessus, là, qui est très complet.
Mme Zaga
Mendez : Je vous remercie.
Mme Lasnier
(Nathalie) : Merci.
Le Président (M.
Simard) : Alors, merci à vous. Cher collègue de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup pour votre mémoire, vraiment très
intéressant. J'en retiens notamment quatre choses : vous nous invitez à
faire le lien avec la Stratégie québécoise en infrastructures publiques, à
inclure les sous-traitants dans les mécanismes de collaboration, à
inclure la notion de durée de vie au centre de toute la stratégie et aussi à
inclure des critères pour valoriser la provenance québécoise des produits, M.
le ministre.
Mais
j'aimerais, moi aussi, revenir à votre commentaire extrêmement intéressant, qui
est à l'effet que... puis là je ne veux pas vous mettre des mots dans la
bouche, mais j'ai l'impression que vous nous disent... vous nous... vous nous
dites qu'aller tout de suite de gré à gré, quand il n'y a aucun
soumissionnaire, ce n'est pas la bonne solution parce qu'il faut d'abord se
poser des questions et voir c'est quoi, le problème, puis évaluer ensuite
l'ensemble des options. Et là vous nous dites que, là, on est en train,
peut-être, d'adopter un raccourci qui va aller à l'encontre... et peut-être des
objectifs de la stratégie. Est-ce que vous êtes en train de nous inciter à ne
pas adopter les articles qui prévoient cette possibilité-là dans le projet de
loi?
Une voix : Bien,
je vous dirais pratiquement oui.
Mme Lasnier
(Nathalie) : Définitivement, d'en débattre entre vous, ça, c'est...
ça, c'est clair. Mais je pense que la stratégie puis le projet de loi
n° 62, puis on pourrait même dire 61, amène un vent de fraîcheur dans le
secteur de la construction, une lucidité qui
est grandement appréciée. Donc, avec ces bases-là, on n'aurait probablement pas
besoin de raccourci.
M. Bédard (Luc) : Je peux même
ajouter : au sens qu'on dit toujours «le plus bas soumissionnaire
conforme». Donc, si on enlève le mot «conforme», qu'est-ce qu'il reste?
M. Paradis : Donc,
pour vous, l'important, à ce moment-là, c'est de faire un diagnostic, qu'est-ce
qui s'est passé, pour réévaluer les solutions plutôt que de se dépêcher d'aller
en gré à gré, alors que, peut-être, dans l'appel d'offres, dans la... dans la
conception des travaux, a un problème?
M. Bédard
(Luc) : Tout à fait.
Mme Lasnier (Nathalie) : Et le gouvernement a ces
informations-là. Je veux dire, les associations d'entrepreneurs, et
autres, et autres, au niveau de l'attrayance des projets publics et le manque
d'attrait, c'est connu. Ça a été déposé, ces informations-là ont été partagées.
Donc, à partir de là, en effet, ces raccourcis-là, je pense qu'ils ne seraient
pas nécessaires.
M.
Paradis : Et, là-dessus, vous vous êtes concentrés aux modifications
proposées à différents règlements, aux articles 45 à 48, mais j'imagine
que vos commentaires visent aussi l'article 2, qui lui-même vise à l'inclusion d'un article 13.1 sur les contrats des
organisations publiques. C'est la... C'est parce que c'est le même
principe : si pas de soumission... pas de soumissionnaire, on va en
gré à gré.
Mme Lasnier
(Nathalie) : Oui. Ça, c'est... ça peut être une pente glissante,
disons.
Le Président (M.
Simard) : ...
M. Paradis : Merci.
Le Président (M.
Simard) : Alors, sur ce, Mme Lasnier, merci bien sûr à vous et aux
collègues qui vous accompagnaient.
Sur ce, nous allons
suspendre nos travaux et nous nous donnons rendez-vous après la période des
questions. Au revoir.
(Suspension de la séance à
11 h 48)
(Reprise à 15 h 30)
Le Président (M. Simard) : Chers
collègues, quel bonheur que de reprendre nos travaux ensemble cet après-midi.
Nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 62, Loi visant principalement à diversifier les stratégies
d'acquisition des organismes publics et à leur offrir davantage d'agilité dans
la réalisation de leurs projets d'infrastructure.
Alors, nous allons
sans plus tarder recevoir... nous allons plutôt recevoir sans plus tarder l'Association
des estimateurs et économistes de la construction du Québec. Messieurs, soyez
les bienvenus.
Une voix : Merci.
Le Président (M.
Simard) : Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous présenter?
Association des estimateurs et économistes
de la construction du Québec (AEECQ)
M. Vallerand
(Patrick) : Oui. Patrick Vallerand, donc, président de l'association.
M.
Lavoie (André) : Ah! bonjour. André
Lavoie, secrétaire de l'association.
Le Président (M.
Simard) : Alors, vous disposez de 10 minutes.
M. Vallerand
(Patrick) : Bon. M. le Président, Mmes et MM. les membres de la
commission, merci de nous recevoir. Donc,
comme j'ai dit, mon nom est Patrick Vallerand. Je suis président élu de
l'association. Je suis ingénieur de formation et conseiller expert en
projets d'infrastructure. Je travaille comme professionnel dans la construction
depuis plus de 30 ans. J'ai été impliqué dans plusieurs centaines de
projets de toutes sortes au Québec et ailleurs au Canada. J'ai fondé mon propre cabinet-conseil pour accompagner les
donneurs d'ouvrage et les entreprises de l'industrie dans la
planification et la gestion de leurs projets ainsi que dans le règlement des
différends, entre autres, pour aider les organisations à mener leurs projets
plus rapidement et au juste coût.
Donc, je suis
accompagné du secrétaire de l'association. André.
M. Lavoie (André) : Bonjour. Mon nom est André Lavoie, ex-président et maintenant secrétaire
de l'association, retraité de la SQI depuis novembre 2023. J'occupais le
poste de directeur général de l'estimation. J'ai travaillé plus de 30 ans dans le secteur public dans la
planification des coûts et de la gestion de projet. J'agis maintenant comme
expert stratégique en planification de coûts de projets, et je suis
aussi administrateur de sociétés certifiées et accessoirement formateur en
estimation et en planification budgétaire de projets.
M. Vallerand
(Patrick) : ...vous remercier de l'opportunité de contribuer à cette
commission parlementaire. À titre de
président de l'association, je m'exprime au nom de tous les membres pour
applaudir le dépôt du projet de loi et
saluer le changement de cap amorcé par le gouvernement du Québec avec sa
Stratégie québécoise en infrastructures publiques.
Avant de sauter dans
les recommandations concernant le projet de loi, je crois qu'il est pertinent
de bien présenter notre association, qui demeure relativement peu connue du
grand public et même, je dirais, dans l'industrie de la construction.
Comme son nom l'indique, l'association regroupe
des estimateurs et des économistes de la construction. Nous nous désignons
généralement en tant que spécialistes des coûts de projets de construction.
Donc, la mission de l'association
est de faire reconnaître les spécialistes en coûts de construction et de
favoriser leur avancement professionnel par, premièrement, la
certification du niveau de compétence de ses membres, la diffusion des
meilleures pratiques, tant après... tant
auprès des membres et des divers intervenants de la construction et des
décideurs publics, l'obtention d'un titre réservé aux spécialistes en
coûts et l'encadrement déontologique de la pratique.
Les spécialistes membres de notre association
sont certifiés. Ils travaillent, par exemple, au sein de firmes de
génie-conseil, firmes d'architecture, chez les donneurs d'ouvrage et chez les
entrepreneurs généraux et spécialisés. L'association
administre des examens pour valider leurs connaissances en matière de
planification et contrôle de coûts. À cela s'ajoute un examen de
déontologie inspiré d'ordres professionnels de l'industrie de la construction.
En fait, l'association se gouverne comme si elle était un ordre professionnel
davantage qu'une simple association.
C'est donc au
nom de tous les membres de notre profession que nous prenons la parole sur le
projet de loi n° 62 aujourd'hui.
La Stratégie québécoise en infrastructures
publiques et le projet de loi n° 62 sont, selon nous, une rupture avec la
culture de méfiance qui règne au Québec depuis trop longtemps dans l'industrie,
culture qui, à notre avis, est contre-productive, donc désuète, si on veut se
donner, au Québec, les moyens de nos ambitions. Mais surtout, la stratégie et
le projet de loi n° 62 sont une rupture et à tout le moins un message
clair que le gouvernement du Québec souhaite changer la façon de planifier et
de réaliser ses projets en tirant profit de l'expertise et en collaborant avec l'industrie, soit avec les entrepreneurs et
certains fournisseurs clés, dans certains cas, pour trouver des solutions
innovantes, concevoir et réaliser des ouvrages différemment, et ce, au
meilleur coût possible.
En fait,
qu'ils soient publics ou privés, tous les projets d'investissement représentent
les mêmes enjeux : bien définir les besoins, trouver les meilleures
solutions qui permettent de répondre à ces besoins et, troisièmement, réaliser
les projets au meilleur coût possible.
Dans le cas
des ministères et organismes, une composante s'ajoute au problème, la volonté
de réaliser des projets plus rapidement que ce que l'on fait
habituellement. André.
M. Lavoie (André) : Effectivement, la stratégie présentée par le gouvernement
vise à réaliser des projets 25 % plus rapidement et 15 % moins chers.
De l'avis de l'association, pour réaliser les projets au meilleur coût, il faut
d'abord se donner une solide prévisibilité des coûts en présentant des
estimations budgétaires précises dès la phase d'avant-projet pour tous les
projets d'infrastructures publiques. C'est une condition de succès
incontournable pour permettre aux parties prenantes de mieux planifier le
projet en amont et en réduire le niveau d'incertitude et prendre les bonnes
décisions à chacune des étapes de projet.
Pour ce faire, et sur tout projet, un, on
souhaite... on veut impliquer les spécialistes en... ou certifiés dès l'étape
d'avant-projet, je le répète, c'est très important parce que tout... les gens
doivent être présents tout au long d'un cycle de vie de tous les projets;
définir les contingences et les réserves de risque adéquates pour tenir compte
du niveau de maturité, de complexité et de la définition des projets; avoir de
bons mécanismes de contrôle et de suivi des coûts; être en phase avec le
marché, vous savez que nous, les spécialistes en coûts, hein, on a une
connaissance du marché, on ne se base pas uniquement sur des données
historiques pour être capables de faire nos prévisions ou être capables un peu
d'expliquer qu'est-ce qui se passe dans le marché; contrôler en faisant le
suivi des échéanciers, vous savez que tout
prolongement implique des coûts, ne serait-ce qu'en raison de l'inflation, les
frais des entrepreneurs et aussi
certains frais de financement; contrôler la portée des besoins et des travaux
afin d'éviter les impacts sur les coûts, éviter les «tant qu'à y être», par exemple; partager plus équitablement
les risques en participant aux ateliers sur les risques; surtout, il
faut bien comprendre et bien maîtriser les facteurs économiques qui influencent
les coûts, entre autres, le nombre de projets lancés simultanément par les
ministères et organismes et municipalités, le niveau de concurrence du marché
local et régional, dans le fond, bien connaître la région dans laquelle on va
travailler, hein, vous savez, la pénurie de
main-d'oeuvre, on est... qui est encore très présente, c'est important de
connaître, dans le fond, les bassins de main-d'oeuvre, connaître la
disponibilité dans chacune des régions; ensuite, les délais de réalisation, le
type de projets, la taille de ceux-ci et leurs particularités; et le transfert
de risque parfois indu aux entrepreneurs, notamment en ce qui a trait aux
obligations contractuelles imposées.
Les spécialistes en coûts de projets de
construction ont constamment toutes ces variables à l'esprit lorsqu'ils
travaillent sur un projet d'infrastructure. Quand on le... Quand on leur donne
les moyens de bien faire leur travail, on évite de prendre la surchauffe du
marché comme excuse pour justifier les dépassements de coûts. Bien souvent, la
surchauffe du marché découle d'une conjoncture économique particulière, mais ça
ne veut pas dire qu'elle était imprévisible ni ingérable. Autrement dit, quand
les experts en coûts sont impliqués, on prévient les mauvaises surprises. On
pourrait comparer ce travail à celui de l'utilisation de la météo pour un
agriculteur. Ce n'est pas parfait, mais avoir une bonne idée du moment auquel
le dégel aura lieu permet de mieux planifier l'ensemencement.
Bref, nous
sommes d'avis que les cibles de la stratégie sont atteignables, mais, pour y
arriver, il faudra surtout s'assurer
d'impliquer les spécialistes en coûts certifiés de façon systématique dans les
projets d'infrastructures publiques.
M.
Vallerand (Patrick) : Donc, pour nous ramener au coeur de l'étude du
projet de loi n° 62 plus spécifiquement, l'association
recommande ce qui suit.
En marge des politiques présentées dernièrement,
les ministères, les organismes publics s'assurent que tous les projets lancés impliquent
l'expertise d'un spécialiste en coûts certifié permettant de vérifier que les
enveloppes budgétaires autorisées sont adéquates dès la phase d'avant-projet.
En cours de
phase de planification et de réalisation des projets, les spécialistes en coûts
de construction doivent être activement impliqués pour, un, donner le
portrait juste de l'état des coûts des projets. Vous savez que je fais toujours le comparatif avec un CFO. Quand on est dans une
entreprise, on fait des états financiers et on fait souvent des états
financiers intérimaires. Alors, à ce moment-là, c'est un peu le parallèle, un
projet, c'est une entreprise temporaire, donc c'est... il faut avoir les mêmes
suivis rigoureux.
Deuxièmement, suggérer des pistes
d'optimisation. On n'est pas juste là à compter les coûts, mais aussi à
proposer des solutions innovantes, assurer une vigie des changements à la
portée des travaux. Donc, on parlait tantôt des fameux «tant qu'à y être» qui
sont souvent la cause des dépassements de coûts, contribuer activement à
trouver des solutions innovantes pour optimiser les coûts de projets.
Troisièmement, on recommande aussi, et ça, c'est
un point très important, que la profession soit reconnue comme telle au Québec. Considérant que la gestion
des coûts de projets d'infrastructure est une priorité pour le gouvernement,
nous recommandons d'accorder à la profession l'espace qu'elle mérite en
l'intégrant dans le système professionnel québécois. Nous avons d'ailleurs très
bien collaboré avec l'Ordre des évaluateurs agréés du Québec dans cette
démarche dans les derniers mois. L'encadrement de notre profession est
incontournable et un garde-fou indispensable pour protéger le public devant les
dépassements de coûts.
• (15 h 40) •
Soulignons finalement que les spécialistes en
coûts, et là je ne ferai pas mon professeur d'histoire, datent de plusieurs décennies, vous avez vu que
l'association a 50 ans, mais que la profession découle d'une longue
tradition du XVIIe siècle. Les spécialistes en coûts certifiés — j'ai
presque fini — à
travers le monde, notamment dans le monde anglo-saxon et dans le reste de la
francophonie, contribuent activement au succès des projets.
Donc, en bref, en bref...
Le Président (M. Simard) : Oui, en
bref... en bref, bref.
M. Vallerand (Patrick) : ...le
gouvernement souhaite... si le gouvernement souhaite atteindre ses objectifs de
réduction des délais et des coûts, ce sont là des initiatives simples que l'on
doit bien à la population, qui, rappelons-le, paie toujours la facture finale
des grands projets. Merci.
Le
Président (M. Simard) : Merci, cher monsieur. Malheureusement, je suis
l'arbitre du temps. Vous qui êtes féru d'histoire, vous savez à quel point,
pour un historien, le temps est important. M. le ministre, à vous la parole.
M. Julien : Oui, merci, M. le
Président. Merci, messieurs, pour votre présentation, pour le document que vous avez transmis. Je vais y aller sur deux
éléments. On va commencer par le projet de loi puis, après ça, on reviendra
sur ce que vous avez mentionné. Parce que, pour moi, ce n'est pas le projet de
loi, mais c'est important.
Alors, si on revient sur la nature du projet de
loi, là, puis admettons que tout le monde est compétent puis qu'on travaille bien, c'est quoi, votre
appréciation à la fois du projet de loi et de la Stratégie québécoise en
infrastructures, naturellement sur tout le volet, vous l'avez nommé,
là... mais tout le volet mode collaboratif?
Puis j'insisterais sur un élément, là, puis ça
fait deux, trois fois que les gens disent ça, là, puis ce n'est pas faux, mais
transfert de risque à l'entrepreneur. Je pense qu'il y a quelqu'un qui a dit
ça. Puis, pour moi, c'est... oui, c'est transfert de risque à l'entrepreneur,
mais ton entrepreneur, en fin de compte, met ça dans ses contingences. Ça fait
qu'en fin de compte c'est... le gouvernement paie tous les risques, qu'ils se
matérialisent ou non. C'est-à-dire que c'est
un faux transfert de risque pour moi. C'est... Parce que c'est le donneur
d'ouvrage qui va finir par le payer, le risque.
Alors, en
quoi vous estimez que le mode collaboratif, c'est... on mitige les risques? Et
en quoi cette méthode-là n'amène pas, justement, des risques
supplémentaires et ne diminue pas la concurrence?
M. Lavoie
(André) : Bien, écoutez, je vais vous parler... Vous avez...
Vous savez un petit peu d'où je proviens. Évidemment, moi, j'ai eu la
chance de travailler sur les premiers projets collaboratifs au Québec, dont le
dernier sur lequel j'ai activement
collaboré, qui est le projet de remplacement du toit du Parc olympique, qui a été un des premiers au Québec... annoncé officiellement
comme étant le projet collaboratif. Et, je vous dirais, lorsque je suis arrivé,
moi, dans ce dossier-là, on a travaillé à mettre en place, justement, une
culture et une approche collaborative, ne serait-ce que par le travail en estimation, là. On a commencé avec l'estimation,
où est-ce que, dans le fond, on a travaillé, à tout le monde, de
s'asseoir autour de la table, d'ouvrir ses livres et effectivement de pouvoir
échanger.
Ça fait qu'évidemment ça nous a même permis
d'aller jusqu'à voir quelles étaient les marges bénéficiaires de chacun des grands sous-entrepreneurs. Puis, en
même temps, eux ont pu nous partager leurs préoccupations par rapport aux
risques dans le projet. Ça, je vous dirais, ça a été vraiment très enrichissant
pour tout le monde, de comprendre leurs préoccupations. Puis ça, bien ça...
justement, ça permet justement d'avoir un meilleur partage. Tantôt, vous l'avez
mentionné, effectivement, lorsqu'on est dans une approche traditionnelle,
l'entrepreneur devait figurer 100 % des risques puis il le mettait dans
son prix. Tandis qu'en approche collaborative, on identifie les risques
ensemble, ça devient un portefeuille de risques, évidemment, puis là, ensemble,
on travaille à en faire de la gestion. Ça devient beaucoup plus intéressant pour tout le monde. Puis je pense que l'État
ou, en fait, le donneur d'ouvrage est gagnant avec cette approche
collaborative là.
M. Julien : Parfait. Le
deuxième élément sur lequel vous avez beaucoup insisté, puis c'est... puis
c'est bien correct puisque vous les représentez, c'est de venir dire : Les
estimateurs de coûts que... bien, en réalité, c'est à la fois l'estimateur de la construction puis les
économistes de la construction, les gens que vous représentez, vous dites :
Bien, il faut vraiment que ces gens-là soient au coeur de ça. Puis moi, bien,
je conviens que la qualité que vous décrivez, de ces
gens-là, c'est sûr que, des gens comme ça, ça doit être au coeur de nos
éléments. Mais j'essaie de concevoir, vos
membres, là, ils font quoi dans la vie par rapport... dans la... des donneurs
d'ouvrage publics? Ils sont où? Ils sont distribués comment? On en a
certainement plusieurs, de vos membres, à l'intérieur, en fin de compte, des
donneurs d'ouvrage publics. Non?
M. Vallerand (Patrick) : Je
peux répondre rapidement. André pourra embarquer. Mais il y a des estimateurs
dans tous les... dans tout le domaine de la construction, chez les
entrepreneurs, entrepreneurs spécialisés, chez les fournisseurs, chez les firmes de génie-conseil, chez les firmes
d'architecture. Il y en a partout qui font de l'estimation, mais ce
n'est pas tout le monde qui est certifié, ça veut dire qui a passé un examen,
premièrement de déontologie, un examen technique qui permet de démontrer qu'ils
ont les compétences pour faire le travail. C'est la seule nuance qu'on dit.
Donc, ce qu'on dit, c'est qu'elles devraient avoir sur les projets des gens qui
ont cette certification-là et qui permet de
s'assurer que, quand les estimations, par exemple, à des moments où on prend un
portrait d'un projet, c'est fait de façon rigoureuse et selon les bonnes
pratiques, selon les règles... selon les règles de l'art.
M. Julien : Parfait.
Avez-vous des exemples où, sans la certification que vous nommez, un projet en
a... a été mal servi par l'estimateur de coûts?
M. Lavoie (André) : Bien, si vous me permettez, peut-être que je vous amènerais
peut-être la petite nuance. Dans le fond, la différence... Un projet, il n'y a
qu'un estimateur qui va faire un excellent travail. Mais l'élément qui est
important dans un projet, un grand projet d'infrastructure, c'est, dans le
fond... l'économiste de la construction va avoir une vision beaucoup plus large
du projet que juste les coûts de construction eux-mêmes. Parce que les coûts de
construction, c'est un élément important,
mais il y a aussi une série de coûts indirects qu'on doit considérer, comme les
effets du temps, le calendrier, l'inflation, le financement, les risques, les
niveaux de contingence. Tous ces éléments-là doivent être évalués. Puis
évidemment ça prend une notion d'économie pour être capable de bien baliser, ou
bien doser, ou bien conseiller, si on veut, là, nos clients par rapport
à ça.
M. Julien : Puis vous ne voyez
pas... Mes questions... Parce que je sais que les compétences en cette matière
sont primordiales pour mener à bien les projets. Mais, ailleurs au Canada, quel
modèle qui pourrait ressembler à votre
souhait puis par rapport à l'intégration de ces normes-là ou de ces
certifications-là à l'intérieur des projets en mode collaboratif?
M. Vallerand (Patrick) : ...je
pourrais parler du reste du Canada, je pourrais parler de la France aussi.
Pour commencer, avec le reste du Canada, en
fait, on demande d'être intégrés dans le système professionnel parce qu'on juge
qu'il n'y a pas suffisamment de reconnaissance de cette profession-là, qui est
une profession en soi. Je suis ingénieur de
formation, j'ai fait quatre ans d'université, j'ai fait un cours en estimation.
Puis, souvent, on demande à des gens qui ont pris peut-être un cours de
faire des estimations de coûts. Tantôt, vous posiez la question avez-vous des
exemples de projets qui... où il y a eu un problème. Bien, si on regarde tout
projet qui a eu... Quand on part en appel d'offres, puis il faut relancer
l'appel d'offres parce que les coûts sont plus élevés que ce qu'on avait
estimé, on est dans une situation que quelqu'un n'a pas bien évalué le marché.
On est dans cette situation-là. Si je reviens, pour le reste du Canada, je pense que, dans la culture anglo-saxonne, il y a
une reconnaissance de cette spécialité-là, qui sont... Il y a des entreprises
qui sont créées alentour de cette spécialité-là, qui offrent ce service-là.
Puis c'est une reconnaissance qu'à chaque fois qu'il y a un projet,
bien, il faut avoir quelqu'un comme un économiste. On appelle ça des «quantity
surveillors» en anglais.
Et, en France, on appelle ça un économiste de la
construction. Et d'ailleurs, en France, il y a des... tout projet public d'une certaine... d'un certain niveau doit
avoir, en plus, dans l'équipe de conception, en plus du concepteur, architecte,
ingénieur... d'avoir un économiste de la construction qui accompagne ces
gens-là, qui ne fait pas la conception, il est juste là pour garder un oeil sur
les finances du projet.
M. Lavoie (André) : ...
M. Vallerand (Patrick) : Qui a la
responsabilité des coûts. Oui.
M.
Julien : À partir du moment où est-ce qu'on... sur des
dossiers... puis ce n'est pas uniquement ceux-là, mais, tu sais, on a toujours un éventail de modes
alternatifs et collaboratifs puis, après ça, on pense toujours, là,
l'hypercomplexe, vous avez parlé du toit du stade, là, bien, tu sais,
qui peut être... ressembler à un RPI, bon, mais qu'est-ce qu'on veut venir faire? Puis c'est un peu l'élément
important. Le plus rapidement possible, les concepteurs, les entrepreneurs, le
donneur d'ouvrage, les estimateurs, tous ceux, en réalité, qui peuvent
contribuer, à livre ouvert, à regarder un projet, avoir les meilleures
solutions, bon... alors, tout le monde a intérêt à avoir la meilleure
estimation, à partir du moment qu'on est collaborateur. Donc, j'essaie juste de
concevoir, l'entrepreneur ou le donneur d'ouvrage, puisqu'ils sont à livre ouvert et partagent un objectif commun, ils ont
intérêt à voir l'estimateur de coûts, c'est-à-dire cette personne-là qui fait
ces estimations-là, qui est la plus performante. Donc, j'essaie juste de
voir, entre l'imposition ou dire c'est tellement nécessaire, pour moi, ça va de
soi que c'est nécessaire. Alors...
Puis, après ça, est-ce que vos membres... est-ce
que vos membres manquent d'ouvrage? Je suis pas mal sûr qu'ils sont fortement
en demande malgré la certification.
M.
Vallerand (Patrick) : Bien, on ne demande pas toujours qu'il y ait un
estimateur, un économiste de la construction certifié. En fait, dans la plupart
des projets, ce n'est jamais évoqué. On a un estimateur. Et le terme
«économiste» n'existe pas, d'ailleurs. Et la seule façon qu'il existe, c'est en
mettant le mot «certifié» à côté parce que ce n'est pas reconnu comme une
profession en soi dans l'industrie. Donc, nous, on veut la faire reconnaître,
cette profession-là.
• (15 h 50) •
Et, si je reviens sur
la question des modes collaboratifs, je suis d'accord que toutes les parties se
mettent ensemble pour déterminer le juste partage des... l'évaluation ou le bon
portrait du projet et aussi le partage des coûts. Ça, c'est... Ça, je vous l'admets. Mais on regarde un petit peu plus
large, parce que nous, on se dit : Ce n'est pas tous les projets au Québec
qui vont se faire en mode collaboratif. C'est des projets complexes. Il va y en
avoir une petite tranche de projets qu'on va dire : OK, on va
partir en mode collaboratif, mais il faut s'entendre que la grande majorité, au
Québec, des projets vont continuer à se faire dans des modes... probablement de
modes traditionnels, je pense.
M. Julien : ...mais ce n'est pas ce que je retiens, bien
honnêtement. C'est-à-dire, je réitère qu'il y a un éventail, là, puis, tu sais, on les a tous qualifiés, CC, CCF...
jusqu'à RPI, là, il y a... il y en a sept, huit, modes alternatifs ou
collaboratifs. Oui, il y aura toujours du traditionnel pur, mais je
pense que c'est beaucoup plus que des pourcentages énoncés qui vont être en
modes alternatifs et collaboratifs, que le 20 % énoncé, parce que, oui,
des projets complexes et majeurs vont de soi, mais des projets de 2,
3 millions, qu'on a vus ailleurs, en mode collaboratif, très, très
pertinents.
Donc, on ouvre sur un
éventail. Mais, encore là, pour moi, cette contribution-là, mutuelle, avec les
gens qui ont ces certifications-là, la valeur ajoutée est claire. Donc ici, le
message que vous nous dites, c'est : La certification devrait être
intégrée ou demandée d'office? Vous voulez aller jusqu'où?
M. Vallerand
(Patrick) : Bien, tu sais, je veux dire, je ferais le parallèle avec
les ordres professionnels de la construction, un ingénieur, un architecte. Ce
qu'on dit, c'est que... Je fais toujours le parallèle avec... Bien, je ne vous donnerai pas mon exemple. Il y a les
professionnels, ingénieurs, architectes, qui font... qui sont des concepteurs,
il y a l'entrepreneur, mais on pense
que, comme économistes... Si on parle du mode collaboratif, c'est sûr que tout
le monde va amener son savoir-faire, on est en mode solution collaborative, ça,
je le comprends. Est-ce qu'on a... Mais je pense que, dans... D'abord, en amont
des projets, quand on lance des projets, avant même de décider qu'on va en
mode... En fait, avant de dire qu'on établit le bon budget du projet, on parle
aussi d'être impliqués en avant-projet. Donc, il nous... Là, là, vous avez la
directive, vous avez un dossier d'opportunité, il y a un chiffre qui est lancé,
une estimation qui est faite. Donc,
nous, notre prétention, c'est qu'on devrait, à ce moment-là, en amont, avoir un
membre certifié de l'association.
Une voix : ...
M. Vallerand
(Patrick) : ...ça à la fiche d'avant-projet. Je ne sais pas si la
directive a changé dans ses termes, mais,
dans la fiche d'avant-projet, tu sais, s'assurer que les contingences, les
réserves pour risques sont suffisamment pour tenir compte des projets,
les...
M. Julien : Il
reste deux minutes, puis je voudrais vous entendre sur quelque chose.
Nous, on dit qu'on peut aller jusqu'à 15 % de réduction de coûts et
25 % de réduction de temps. On a fait naturellement des projets pilotes à
étalonnage puis on est plutôt conservateurs dans cette mesure-là. Certains nous
disent : Vous êtes très conservateurs, d'autres
nous disent : Bien, vous êtes plutôt audacieux. Quelle est votre lecture
par rapport à votre expérience d'utilisation de modes comme on préconise
à l'intérieur de la stratégie du projet de loi versus les modes traditionnels
par rapport à ces données-là?
M. Lavoie (André) : ...si vous le permettez, je vais me lancer. En fait, j'ai fait, en début
d'année, une conférence justement sur les modes collaboratifs en ce qui
a trait... en lien... en intégration la... en intégrant la préfabrication. Puis
la conférence que j'ai faite avec les gens de l'industrie était justement sur
le fait que, lorsqu'on était capables de superposer
une série d'activités ensemble, cela nous permettait justement d'économiser du
temps. Puis, lorsque j'économise du temps, j'économise de l'argent, mais
j'optimise également les ressources.
Puis, un des éléments
qui est important aussi, que l'industrie devra peut-être voir, c'est
repositionner sa courbe d'effort. Autrement
dit, quand je vous dis, on parle, exemple, de la préfabrication, bien, pourquoi
je n'ai pas des entrepreneurs qui ne travaillent pas à préparer à
recevoir mon élément qui est en train de se fabriquer ailleurs et qui va arriver? Donc, il y a un gain important en
termes d'économie de temps, d'économie d'argent, parce qu'effectivement je
réduis le temps, donc je réduis les frais financiers, je réduis tous les
éléments liés à l'inflation. Donc, il y a un élément intéressant là-dessus
qu'on peut regarder. Puis je pense que oui, effectivement, en regardant les
nouvelles façons d'approvisionner et de préfabriquer dans des projets, je pense
qu'il y a des gains intéressants qu'on peut aller chercher dans plusieurs
projets.
M. Julien : Naturellement,
ces gains-là, qu'on nomme, c'est l'ensemble des mesures de la stratégie, là, superposées, le préfab, entre autres. Ce n'est pas
seulement le changement de la loi et le mode collaboratif, mais c'est
tous ces éléments-là qui sont mis sur les quatre axes. Donc, c'est plausible.
C'est plus que plausible.
M. Vallerand (Patrick) : ...le mode
collaboratif est un mode innovant en soi au Québec, mais ça amène de
l'innovation.
M. Julien : ...
Le
Président (M. Simard) : ...à vous. Et, sans plus tarder, je cède la parole
au député de Nelligan, dont le temps a été légèrement prolongé,
étant donné l'absence de Québec solidaire.
M. Derraji : Oui, merci. Bonjour.
Merci pour votre rapport et votre présence. J'ai écouté avec grand intérêt
votre échange avec le ministre.
Avant d'aller
dans le fond des recommandations, je pense que... Pourquoi vous avez senti le
besoin de venir en commission parlementaire parler des économistes,
estimateurs certifiés?
M. Vallerand (Patrick) : Bien, c'est
une bonne question. En fait, c'est notre... On croit que, puis je pense qu'on l'a dit dans notre mémoire... que c'est...
que les... cette profession-là est peu connue, mal connue, même à même
l'industrie de la construction. On a des concepteurs, donc des gens qui font la
conception, on s'assure qu'on répond à des besoins de clients, on s'assure
qu'on respecte les codes, mais on pense qu'il y a un maillon manquant dans la chaîne. C'est d'avoir des gens qui sont reconnus
pour que leur seul... leur seul but, c'est de s'assurer qu'on respecte les enveloppes
budgétaires des projets. Puis on ne réinvente pas la roue, là, on s'inspire
aussi de d'autres juridictions, je parlais de la France tout à l'heure. Donc,
on pense fortement que... bien, nos membres en tout cas, on croit qu'on veut avoir... on veut avoir cette reconnaissance-là.
Et on pense qu'au Québec, puis avec tout ce qu'on veut faire, on est mûrs,
là, pour avoir cette... professionnelle des membres.
M. Derraji : Bien, écoutez, moi, je
pense que vous soulevez un point extrêmement important. Parce que votre lecture
des marchés publics, et des contrats publics, et des projets d'infrastructure,
je pense qu'il n'y a personne aujourd'hui... Surtout, je pense que vous allez
aider le ministre à réduire les coûts et à respecter le temps. Parce que la
base... J'ai lu votre mémoire. Quand vous dites «intégrer au projet de loi une
exigence visant à ce que tous les contrats d'infrastructures publiques
impliquent, dès la phase d'avant-projet de tout projet majeur, le spécialiste
en coûts de projets de construction certifié», est-ce que vous êtes en train de
nous dire que le fait qu'on l'échappe avec des coûts faramineux au Québec,
c'est de là où ça commence, c'est de là où on perd le contrôle des projets? On
les annonce à 400 millions, je dis
n'importe quoi comme chiffre... C'est le chiffre que j'ai parce qu'on m'a
informé d'un projet qui traîne dans la SQI depuis plusieurs années. Le
projet, au départ, c'était de 400 millions, c'est rendu 800 millions.
Est-ce que vous pensez que le fait de vous inclure au début, ça va diminuer le
coût, on va... ou bien on va se donner juste... le vrai coût, hein, si je peux
dire, le vrai coût?
M. Vallerand (Patrick) : Disons
qu'on va... on donnerait, si on avait l'occasion de le faire... on donnerait
notre opinion sur le juste coût. Et le juste coût est basé sur une évaluation.
C'est une projection des coûts dans trois, quatre, cinq ans, dépendamment de la
complexité du projet, premièrement, mais ça implique aussi des erreurs ou des
marges d'estimation. Parce que, quand on estime un projet au tout début, le
projet peut évoluer. Puis on sait que ça a évolué,
on parlait des «tant qu'à y être», mais souvent, c'est ça, simplement que le
projet évolue, on définit mieux le projet. Donc, au tout départ, on peut
estimer un projet selon des comparables, mais on doit avoir, avec ça...
accompagner des marges, des contingences ou des marges pour des risques. Et
c'est ce type de nuances là qu'on pense qu'on peut apporter : Oui, un
projet peut coûter 400 millions, mais sachez, public, que ça peut varier
plus ou moins 30 %, ça peut varier plus ou moins 50 %, dépendamment
du type de projet, de la nature, puis de sa complexité, et aussi de la durée
dans le temps. Un projet de 10 ans, avec l'inflation, ou un projet de cinq
ans peut varier considérablement. Donc, c'est ce type de nuances là qu'on...
qu'on peut apporter comme économistes de la construction quand on est impliqués
dans les avant-projets.
M. Derraji : Est-ce que vous pensez
que, la plupart des projets annoncés, on n'annonce pas le juste coût?
M. Vallerand (Patrick) : Je dirais
que je pense qu'on est très optimistes.
M. Derraji : Et optimistes par
rapport à quoi? Je n'ai rien compris. Désolé. Optimistes par rapport à quoi?
M. Vallerand (Patrick) : Bien,
en fait, on peut avoir... Il y a plusieurs façons d'estimer un projet, et on
peut le regarder avec des lunettes très
optimistes, parce que c'est toute une gestion de risque, en fait. Si on fait
une analyse Monte Carlo, par exemple, sur un projet qui s'en vient, on
peut dire que le projet a une probabilité de réalisation de 30 %. Et on peut utiliser ce budget-là, mais
sans savoir si ça vaut 30 %, s'il y a une probabilité 30 % de
respecter le budget ou non. Mais on sait que ça pourrait dépasser de
70 %. Donc, on peut avoir une vision très optimiste, et peut-être ça peut se réaliser dans votre 400 000 $...
400 000 $, c'est possible, mais il y a probablement de forts risques,
dépendamment comment le projet va évoluer dans le temps et le temps que
ça va prendre, que ce soit plus élevé.
• (16 heures) •
M. Lavoie (André) :
...un petit complément d'information. Vous savez, le temps qu'on prend au
Québec à prendre des décisions pour
autoriser nos projets, bien, ça peut faire en sorte aussi que le besoin ait évolué
entre la pensée et l'étape d'avant-projet puis le moment où on va l'autoriser.
Bien, le besoin peut avoir changé, les technologies peuvent avoir
évolué. Donc, il peut y avoir plusieurs facteurs qui vont faire en sorte qu'à
un moment donné les coûts peuvent exploser ou peuvent changer. Ne serait-ce que
je m'en vais travailler dans une région X, dans le moment où j'ai
fait mon avant-projet, j'avais de la capacité dans le marché pour pouvoir
réaliser, j'arrive trois ans, quatre ans, cinq ans plus tard, je n'ai plus un
projet, mais j'ai 25 projets qui arrivent en même temps. Donc, je viens de
créer une congestion dans la région où je viens faire mon projet, donc je peux
m'attendre effectivement à une explosion des coûts importante pour le délai, la
congestion, tu sais, l'occupation du territoire, qui fait en sorte que je n'ai
pas les capacités de pouvoir venir faire ça.
Tu sais, je vous
donne... je vous donne un exemple assez simple. Voyez-vous, il y a le nouveau
projet de l'Hôpital de Vaudreuil-Soulanges. Parce que j'ai travaillé dans ce
dossier-là. Puis une partie des coûts de ce projet-là est au niveau de la
main-d'oeuvre, est considérée en condition d'éloignement parce que la
main-d'oeuvre est à plus de tant de
kilomètres distance du site. Ce qui fait que, pour l'entrepreneur, il doit
considérer des coûts de déplacement puis des coûts de pension pour ses
ouvriers qui viennent travailler dans ce... dans le cadre de ce projet-là. Ça,
c'en est un facteur qui n'était peut-être pas... qui n'avait peut-être pas été
évalué au départ. Mais, quand on a travaillé avec le partenaire dans ce
dossier-là, bien, on a pu apprendre ces choses-là, ça fait que ça nous a permis
de réajuster notre tir en conséquence. C'est un exemple que je vous donne.
M. Derraji : Oui.
Pour convaincre les gens autour de la commission, parce que tout ce que vous
êtes en train de dire, ça fait beaucoup de sens, c'est du grand bon sens, comme
on dit, si je peux utiliser l'expression qu'on utilise récemment, donnez-nous
un exemple que, si le fait de ne pas travailler avec vous, de ne pas avoir des
économistes estimateurs certifiés autour de la table, surtout dans l'approche
collaborative, donnez-nous des exemples où le fait de ne pas utiliser vos
services risque de coûter cher.
M.
Lavoie (André) : Combien de projets au
Québec ont été faits sur un napperon, où est-ce qu'on s'entend sur... on s'en va au restaurant... je vous fais
une caricature, là, on s'en va au restaurant, là, puis qu'on a le napperon du
restaurant, puis on se donne une enveloppe budgétaire, puis on dit : Voici
le budget qu'on donne pour faire des projets...
M. Derraji : Avez-vous
un exemple en tête?
M.
Lavoie (André) : Non, je n'en ai pas, mais
je... parce que tantôt...
M. Derraji : Bien,
le troisième lien, moi, c'est à ça que je pense.
M.
Lavoie (André) : Je ne me...
M. Derraji : Non,
non, mais vous avez le droit...
M.
Lavoie (André) : Je ne connais pas le
dossier, là. Bien, je n'ai pas travaillé ça.
M. Derraji : Bien,
nommez-moi un dossier que vous connaissez très bien, que ça a été fait sur un
napperon, et ça vous donne... Bien, vous êtes un expert.
M. Lavoie (André) : Oui, c'est un exemple que je vous donne, OK, que, souvent, on a fait
cette approche-là, mais ce n'est pas la...
M. Derraji : Mais
il ne faut pas être dans l'image. Là, vous dites qu'il y a des projets faits
sur des napperons.
M.
Lavoie (André) : Oui, ça s'est fait.
M. Derraji : Lesquels?
M.
Lavoie (André) : Je n'en ai pas, d'exemple
à vous donner, mais, je peux vous dire, moi, j'en ai dans ma formation que je donne. J'explique les exemples
qui ont été faits comme ça parce que ça s'est fait beaucoup dans le passé.
M. Derraji : OK.
Ça fait que c'est très... non, mais ça fait... c'est très intéressant,
l'échange avec vous, parce que, sérieux, je l'ai lu... parce que je viens de le
lire, j'ai... j'ai la mémoire fraîche de tout ce que vous avez dit, mais, dans
le cas contraire, que le ministre refuse, dans l'approche collaborative, de
vous avoir autour de la table, ça serait quoi, votre réaction?
M. Vallerand
(Patrick) : Je dirais que les modes collaboratifs, en soi, c'est un
antidote à toutes sortes de maux qu'on a présentement en mode traditionnel, OK?
En soi, le mode traditionnel... non seulement d'être innovant, mais il permet
d'avoir un dialogue entre les parties... entre les parties prenantes d'un
projet, donc, les entrepreneurs. Donc, déjà,
là, ça... les risques dont on parle en mode traditionnel sont atténués par le
fait qu'on se parle, on atténue, qui prend un tel risque. Donc, notre
rôle, je dirais, qui est atténué, en disant qu'il y a peut-être moins de... je
vois moins... on voit moins d'implication,
mais il pourrait y en avoir quand même dans des modes collaboratifs parce que
les gens se parlent, c'est ça.
M. Derraji : Je
ne sais pas si vous avez vu ou assisté à l'émission Dans l'oeil du dragon.
Moi, vous m'avez convaincu. Je n'ai pas de
cash à mettre, là, mais vous m'avez convaincu. Je ne sais pas si vous suivez un
peu ce qui se passe. On termine avec vous. On commence l'étude
détaillée. C'est sûr que moi, je suis convaincu. J'irai avec un amendement.
Vous êtes à ma place, le ministre vous dit non, il n'est pas convaincu, vous
allez lui répondre quoi? Je fais deux, trois
coups avec vous. On s'en va. Le projet de loi est très important. Il faut
l'adopter. Moi, je suis convaincu de vous avoir autour de la table. Je
dépose un amendement. Le ministre me dit : Hé! M. le député, pas
convaincu. Il risque de le défaire, parce qu'ils ont la majorité. Je vais
saisir... que vous êtes là. Je veux saisir votre présence. Vous allez lui dire
quoi?
M. Vallerand (Patrick) : Donc, ça,
c'est quoi, l'amendement, pour être plus précis?
M.
Derraji : L'amendement, c'est ce que vous demandez. Ce que
vous demandez, c'est avoir des économistes estimateurs certifiés autour
de la table si on veut aller de l'avant avec l'approche collaborative.
Justement, être impliqué en amont des
projets, c'est ce que vous êtes en train de demander aujourd'hui en commission parlementaire.
M. Lavoie (André) : C'est un petit... un petit peu plus que l'approche
collaborative, c'est notre implication dans l'ensemble des grands projets
d'infrastructure dès l'étape d'avant-projet parce que, vous savez, il y a le
projet... en avant-projet, il y a le mode...
le choix du mode de réalisation n'est pas encore déterminé. Il va être
déterminé un peu plus tard. Donc, ce qu'on dit, c'est :
Impliquez-nous aussi à l'étape d'avant-projet, par la suite, impliquez-nous
dans la suite des projets en... dans les projets dans les modes collaboratifs,
OK? Il y a une petite... une petite nuance entre les deux, là.
M.
Derraji : Oui, j'ai... non, non, j'ai compris. Vous voulez
être impliqués dans la phase avant... d'avant-projet.
M. Lavoie (André) : Oui, tout à fait.
M. Derraji : Oui, c'est ça, votre
demande aujourd'hui en commission parlementaire.
M. Lavoie (André) : C'est un élément important pour nous.
M. Vallerand (Patrick) : ...et tout
le cycle de vie des projets, bien, et surtout en amont, en amont, mais...
M.
Derraji : Oui, oui, mais en amont... être impliqués en amont
et, bien sûr, suivre le projet, OK, mais vous ne m'avez pas répondu. Ce
n'est pas à moi, là, c'est le ministre...
M. Vallerand (Patrick) : OK, de ce
qu'on comprend du mode collaboratif, c'est que... et il y a toute une section
sur... de publier des... de publier des estimations budgétaires du projet,
hein? C'est ce que je comprends du projet. Donc, contrairement aux modes...
sans le nommer, le mode PPP, qui est un mode partenariat public-privé où c'était un contrat forfaitaire donné à une entité,
là, on n'est pas là. On est dans des... On fait un projet ensemble. On va
le concevoir et le réaliser ensemble avec
une cible budgétaire. On n'est pas dans un contrat ferme, signé,
1 milliard de dollars, go,
exécutez. On est dans un contrat où on se donne une cible avec des partages de
risque. Donc, on considère que, dans cet esprit-là, on a utilisé le mot
«garde-fou», d'avoir... pour le côté du gouvernement, du moins, avoir des
estimateurs économistes certifiés qui s'assurent que c'est le juste coût qui
est publié, et c'est le juste coût du projet, et non pas sous-évalué ou
surévalué.
M. Derraji : Mais, je vous ai dit,
j'achète ça depuis le début, là. Je maintiens que je suis d'accord. C'est très clair, c'est par rapport à la phase
d'avant-projet, mais je ne sais pas, le ministre, où il loge. Je vous ai dit...
Il ne me reste pas beaucoup de minutes. À part cette demande où vous
insistez, demain, il n'est pas accepté, ça va être quoi, votre réaction?
M. Vallerand (Patrick) : On va
revenir à la prochaine commission parlementaire et on va répéter le même
message.
M. Derraji : Bon, en tout cas...
M. Vallerand (Patrick) : Je veux dire,
l'association existe depuis 50 ans. On le répète, mais là on sort un petit peu
de l'ombre, hein? On se dit... On veut que les gens nous entendent, que le
public nous entende, que le gouvernement nous entende. Alors, on va continuer à
marteler notre message.
M. Derraji : Oui, c'est très clair.
Vous parlez aussi des risques que vous voulez que... Vous voulez qu'on précise
dans le projet de loi que le partage des risques, des économies aux gains
réalisés et des pertes subies, doit être fait
sur la base des recommandations de spécialistes en coût de projets de
construction. J'imagine que vous faites allusion à...
M. Vallerand (Patrick) : Bien, en
fait...
M.
Derraji : Vous ne voulez pas que ce soit... précisez, parce que ce
n'est pas clair.
M. Vallerand
(Patrick) : Oui, en fait, en fait, notre vision de la chose, c'est que
tout le monde va arriver à la table dans un mode collaboratif et va : OK,
ça, c'est mon risque, ça, je le prends, ça, je ne le prends pas. Ça se pourrait
qu'il y ait des mésententes dans qui va prendre le risque pour telle affaire.
Alors, nous, ce qu'on propose, c'est que, si l'économiste est là, certifié, il
est peut-être capable d'arbitrer dans cette chose-là puis dire : Bien, ce
n'est pas vrai que ce risque-là t'appartient ou ne t'appartient pas, peu
importe, tu dois le prendre pour x raisons. Donc,
on pense qu'on peut jouer un rôle un peu de médiateur, si on peut dire, dans ce
processus-là quand il va y avoir des petits accrochages par rapport au
partage de risque, par exemple.
M. Derraji : Oui.
Donc, deux volets que vous voulez. Vous voulez être impliqués dans la phase
avant-projet et faire de l'arbitrage même en cas de litige de personnes autour
de la table.
M. Vallerand (Patrick) : De l'accompagnement, oui.
Arbitrage, je ne le sais pas, mais de l'accompagnement, oui.
M. Derraji :
Merci.
Le Président (M.
Simard) : Merci. Alors, nous allons poursuivre avec le député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Ce
livre-là est maintenant bien connu au Québec, How Big Things Get Done.
Le ministre l'aime beaucoup. Ce qui est intéressant dans ce livre-là, c'est que
ça fait une revue de l'ensemble des grands projets d'infrastructure à travers
le monde, et une des conclusions, page 104, M. le ministre, c'est que, souvent,
le problème de dépassement des coûts n'est pas un problème de dépassement des
coûts. C'est un problème de planification des coûts et d'estimations.
Et là voyons voir si
je vous ai bien suivi dans votre mémoire et dans votre présentation. La
première chose que vous nous dites : Il
y a un problème institutionnel, législatif au Québec. Il n'y a aucune règle,
actuellement, qui encadre l'estimation des coûts rattachés à des
contrats d'infrastructure. C'est bien ça? Premier problème.
La deuxième chose,
vous nous dites : Il y a un triumvirat de gens qui sont nécessaires pour
qu'on réalise un projet dans des coûts raisonnables ou même à des meilleurs
coûts, c'est les architectes et les ingénieurs, les avocats et les notaires, mais ensuite les spécialistes en
estimation des coûts. Puis là vous dites : Nous, on n'est nulle part dans
le portrait. Est-ce que j'ai bien
compris aussi que vous nous invitez à faire... à profiter de ce projet-là pour
institutionnaliser la présence des... la présence des estimateurs de
coûts, mais pas seulement pour ces projets-là? Vous nous dites : Ça
devrait être global, ça devrait être pour les projets, aussi, qui procèdent de
manière traditionnelle. C'est bien ça?
• (16 h 10) •
M. Vallerand
(Patrick) : Traditionnelle, exact, oui.
M. Paradis : Ça
va changer quoi, qu'on l'institutionnalise dans la loi?
M. Vallerand
(Patrick) : Bien, ça va changer que... Je pense que le message va
être... va être clair qu'il y a des spécialistes ou des professionnels en coûts
qui sont sur chacun des projets, qu'on leur donne cet espace-là ou ce temps-là
pour faire des analyses appropriées puis bien conseiller les donneurs d'ouvrage
dans le projet, et surtout en amont. Tantôt,
vous... parce que c'est un réel dépassement de coûts, peut-être, puisqu'on
compare toujours l'estimation de coûts au départ avec le coût final,
mais peut-être que c'est... le problème, c'est que le coût initial était
peut-être sous-évalué, ou, du moins, ce que je dis toujours... Puis j'ai fait
une entrevue à Radio-Canada, il n'y a pas longtemps, avec Alain Gravel. J'expliquais qu'il y a des marges d'estimation. Je
veux dire, un projet, quand on fait des comparatifs, peut coûter x, mais
il peut être plus ou moins 30 %, 50 %, selon la complexité et le
risque qui vont avec le projet.
M. Paradis : Puis, si on ne fait pas ça, là, si on ne suit pas
vos recommandations puis on n'institutionnalise pas, quels risques vous
voyez poindre à l'horizon?
M. Vallerand
(Patrick) : Bien, si on parle des... Comme je disais tantôt, quand on
parle des modes collaboratifs, il y a une forme de... C'est quoi, le mot que
j'ai utilisé tantôt? Ça va... c'est comme un antidote à tous ces maux-là, des
mauvaises estimations, parce que les professionnels et les entrepreneurs qui
sont alentour de la table vont s'entendre sur le partage de risques et un
budget.
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Vallerand
(Patrick) : Nous, ce qu'on dit, c'est : En amont, tu sais, il
faut s'assurer que le budget...
Le Président (M.
Simard) : Merci, cher monsieur. Merci beaucoup. Malheureusement, le
temps est révolu. Nous avons grandement
apprécié votre présence parmi nous cet après-midi. Alors, au plaisir de vous
retrouver. Comme on dit, vous ne passez pas assez souvent.
Alors, nous allons
suspendre nos travaux momentanément, le temps de faire place à nos prochains
invités.
(Suspension de la séance à 16 h 12)
(Reprise à 16 h 15)
Le
Président (M. Simard) : Alors, très chers collègues, nous reprenons nos
travaux. Merci pour votre habituelle ponctualité. M. Nadeau, soyez
le bienvenu parmi nous. Auriez-vous donc l'amabilité de vous présenter en vos
titres et fonctions? Par la suite, vous aurez 10 minutes.
Project Management
Institute Montréal (PMI-Montréal)
M. Nadeau (Robert) : Effectivement.
Donc, je commence. Donc, Robert Nadeau. Je suis ambassadeur du Project Management Institute, le PMI-Montréal, le
chapitre de Montréal. J'étais administrateur et vice-président il y a quatre ans, et là, maintenant, je suis ici à titre
de représentant du PMI avec mes deux collègues qui sont en ligne au bout.
Vas-y, Annie, allez, Eric.
Mme Thibodeau (Annie) : Oui, enchantée. Donc, Annie Thibodeau, présidente du
conseil d'administration du PMI-Montréal. Merci de nous recevoir.
M. Chiniara (Eric) : Bonjour. Eric
Chiniara, administrateur du PMI-Montréal. Puis désolé de ne pas être avec vous
en présentiel, question de logistique, mais merci quand même de nous recevoir
en ligne.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous d'être là. M. Nadeau.
M. Nadeau
(Robert) : Je vais céder la parole à ma collègue Annie pour
l'introduction, après ça Eric, et je vais... avec le gros de l'action.
Mme Thibodeau (Annie) : Bien, bonjour à tous, M. le ministre Julien, Mmes et MM.
les députés, là. Merci de recevoir aujourd'hui l'association des gestionnaires
de projets du Québec, le PMI-Montréal. Donc, on est très, très heureux de participer à cette commission
parlementaire, qui va directement au coeur de la mission de notre association
professionnelle.
Donc, avec mes deux collègues aujourd'hui, on
veut vous parler de bonnes pratiques de gestion de projets internationalement reconnues, plus
particulièrement, là, vous faire une brève présentation de qui est le Project
Management Institute, le PMI, et son chapitre local du PMI-Montréal,
également vous présenter quelques constats et observations générales, là, quant
à la stratégie et au projet de loi, là, pour le bénéfice de l'Assemblée
nationale, mais aussi de tous les citoyens du Québec.
Donc, pour ce qui est de notre association,
PMI-Montréal fait la promotion de l'innovation et de l'excellence dans les pratiques de gestion de projets à travers
le Québec. Donc, il s'agit d'une organisation, là, internationale, PMI, une
organisation à but non lucratif très crédible et réputée, là, qui s'adresse à
tous les praticiens de la gestion de projets. Sa mission est vraiment de
diffuser les meilleures pratiques reconnues en gestion de projets. On parle de
plus de 700 000 membres dans le monde. À travers le Québec, PMI-Montréal
est le chapitre francophone le plus important du réseau international PMI, et
nous regroupons, là, près de 6 000 membres au Québec, dont plusieurs dans
l'industrie de l'infrastructure. C'est donc un grand plaisir, là, d'être avec
vous aujourd'hui.
M. Chiniara (Eric) : Excellent.
Bonjour. Donc, juste un bref historique de notre participation dans les
consultations publiques. Donc, le PMI-Montréal est un partenaire de longue date
du gouvernement provincial. Elle a participé
à de nombreuses consultations avec différents ministères et aussi à celles
durant la commission Charbonneau en
2016, et, depuis 2022, le PMI-Montréal participe à la tournée des partenaires
dans le cadre de l'élaboration de cette nouvelle stratégie.
En tant qu'organisme neutre et crédible dans
l'écosystème de la gestion de projets au Québec, notre mission est de promouvoir les meilleures pratiques en
gestion de projets, et notre seul et unique souhait, à travers cette
consultation, est de partager notre
expertise et savoir au bénéfice du gouvernement pour des projets de qualité
réalisés plus rapidement, à meilleur
coût et bien gérés, et c'est pour cette raison que notre opinion compte, et les
retombées potentielles sont majeures.
Robert, j'imagine, à l'écran, on voit les
statistiques. Une enquête effectuée en 2020 par le PMI a résulté en... un
résultat qu'en moyenne, pour chaque milliard de dollars dépensés, on estime que
123 millions sont gaspillés en raison de mauvaises performances de
projets, et, en contraste, les projets connaissent plus de 21 % de chance
de succès... a plus de succès lorsque les pratiques de gestion de projets
éprouvées sont utilisées.
Et, avant de passer la parole à mon collègue, je
vous laisse avec une citation de M. Clément Demers, officier de l'Ordre
national du Québec, qui est gestionnaire de projets de renom au Québec :
«La gestion de projets n'est pas une fin en soi, c'est à la fois un art et une
science qui doit être au service des projets.» Robert, je te cède la parole.
• (16 h 20) •
M. Nadeau
(Robert) : Merci, Eric, merci, Annie. Merci à tous de nous
accueillir. On vous a soumis un mémoire dans lequel il y a plusieurs recommandations et observations. La
présentation qu'on vous fait va faire un bref résumé en quelques minutes
des principaux observations... principales observations qu'on a eues.
Dans les constats généraux, on est agréablement
surpris que plusieurs de nos recommandations lors de la tournée des partenaires se retrouvent dans la stratégie, et même dans le
projet de loi. On est... Notre voix a été entendue. Donc, merci. On propose même d'ajouter au titre de
la stratégie «des projets de qualité, mieux gérés, mieux... à meilleur coût et dans les temps»,
mettre «bien gérer» aussi parce que, si on gère bien les projets, à ce
moment-là, on se retrouve à avoir tous un meilleur... un meilleur
équilibre des forces.
On met un
petit bémol toutefois sur les attentes qui ont été soulevées dans la stratégie
au niveau des pourcentages. Ce
qu'Eric a mentionné est plus crédible. Je ne dis pas que vous n'êtes pas
crédibles, mais on a quand même un répertoire de plusieurs centaines de
projets qui a mené à nos pourcentages.
Sur les axes, sur l'axe 1, oui, la coordination
entre les parties prenantes, c'est superimportant quand on réapprend à se
parler, mais ce qui est la cause de la plupart des projets qui vont mal, c'est
une mauvaise définition des besoins des usagers, et une mauvaise investigation
des conditions des sites existantes, et une mauvaise validation des paramètres
du projet. Si on réussit ça, on va y arriver d'une façon plus efficace.
Dans le côté de l'axe 2, au niveau des projets
plus compétitifs, oui, l'allègement administratif est important pour la
souplesse des modes. On accueille favorablement les modes collaboratifs qui
ajoutent au coffre d'outils des donneurs d'ouvrage pour les meilleurs modes...
mais important que tous les modes soient améliorés. Ce n'est pas, présentement, l'objet du projet de loi, mais, dans
la réglementation, on pense qu'il y a possibilité de faire quelque chose.
En ce qui concerne l'État plus agile, facilité,
agilité dans la décision et puis des autorisations, assurons-nous que l'arrimage des décisions, au niveau des
dossiers d'opportunité, dossiers d'affaires, concorde avec le choix du mode
pour ne pas retarder l'approche des équipes
et ne pas non plus empêcher les autres donneurs d'ordres publics qui n'ont
pas les expertises, comme le ministère du Transport et la SQI, d'avoir accès à
des experts du marché.
Finalement,
au niveau des tableaux de bord, on va en parler au niveau de la... des axes un
peu plus loin, des bonnes données puis des données basées sur des indicateurs
connus, surtout sur le... de la valeur acquise, on y croit fermement.
Maintenant, au niveau de... Là, j'aurais dû
changer ma «slide», désolé. Donc, premier axe, un, au niveau de la capacité de l'État, oui, c'est important de
suivre la capacité des mains-d'oeuvre... de la main-d'oeuvre dans les États, mais
c'est important de suivre la capacité de l'ensemble de l'écosystème, les
fournisseurs, les sous-traitants, les entrepreneurs, et, avec ça, on va avoir
une meilleure idée de comment notre capacité d'État est capable, et tant en ce
qui concerne la capacité au niveau de la région, d'avoir le courage de morceler
les projets pour que les entrepreneurs locaux
aient la capacité de les réaliser. Sinon, ça devient des trop gros projets. À
Matane, mes petits entrepreneurs là-bas n'ont pas la capacité de prendre
des gros projets de multimillions de dollars comme on a ici, à Montréal.
La troisième mesure et la quatrième mesure,
c'est plutôt en lien avec la gestion. On accueille favorablement l'approche de
gestion de programme et la gestion de portefeuille. Encore faut-il que les
gestionnaires qui l'utilisent soient bien formés, et ça, c'est important, et,
en ce qui concerne la gestion de programme, d'aller... le plein potentiel de la
gestion de programme et non pas simplement un regroupement de projets, de faire
attention à ça.
Du côté de la gestion de portefeuille, il faut
que chacun des projets... qu'on fasse les bons projets et s'assurer que ces projets-là soient définis selon les
besoins essentiels des clients, de prioriser les projets sans utiliser
l'approche... je ne veux pas le dire, là, mais l'approche politique. On
va s'assurer de faire les bons projets en temps et lieu.
Pour ce qui est de l'autre approche, au niveau
des modes collaboratifs, oui, les modes collaboratifs, c'est important, d'avoir
un autre choix de contrat dans notre coffre d'outils. Encore faut-il qu'on
utilise le plein potentiel des modes collaboratifs, c'est-à-dire la
transparence, que tous les membres de l'équipe prennent le projet en priorité,
et non pas des intérêts individuels. Les renonciations des fautes, les
transparences et que les usagers soient à la table lors des projets, ça, ça va
faire un succès, mais, encore là, les modes collaboratifs, ce n'est pas la
panacée. Il ne faudrait pas que ce soit au détriment des modes traditionnels.
Donc, il y a un effort à mettre aussi pour améliorer les modes traditionnels.
Pour ce qui
est des contrats publics, ayons le courage de nos ambitions, d'aller chercher
des bons... des bonnes firmes,
ingénieurs, architectes, mais tous les autres membres de l'écosystème. Ayons le
courage d'augmenter le pourcentage de
qualité dans les appels d'offres et de mettre moins de pourcentage sur le coût.
On va être mieux servis, tout le monde.
Puis, pour
les deux autres axes, si je peux dire, qui sont importants, l'axe 15 et 16, au
niveau des tableaux de bord, c'est important, des tableaux de bord.
Encore faut-il qu'il y ait les données qui les supportent et que ces données-là
soient à jour. Puis, si je regarde au niveau du «mapping», de la cartographie
qui est demandée, si on y va seulement avec les projets de la SQI, les projets
du MTQ, on va manquer de temps.
Oui, il reste une minute, oui, c'est ça?
La Présidente (Mme Mallette) : 30
secondes.
M. Nadeau
(Robert) : Ah! OK. Donc, pour ce qui est de... donc, ayons tous
les donneurs d'ordres, autant publics que les sociétés d'État fédérales.
En conclusion, on a quatre axes ou quatre
conclusions, essentiellement. On est votre partenaire de choix. On va vous accompagner dans cette transformation-là.
On applaudit vos efforts. On veut, par contre, que tous les donneurs
d'ouvrage adoptent des bonnes pratiques de gestion de projets. On veut une
reconnaissance de la profession de gestionnaire de projets parce que plusieurs
s'improvisent gestionnaires.
La Présidente (Mme Mallette) : Merci
beaucoup, M. Nadeau.
M. Nadeau (Robert) : On veut que la
communauté de pratique... qu'on soit accueillis chez nous, et on veut que tout
le monde soit sur... prêts à réaliser les bons projets. Merci.
La Présidente (Mme Mallette) : Merci
beaucoup. Ce serait à vous, M. le ministre.
M.
Julien : Oui, merci, Mme la Présidente. Bien, merci. Merci
pour votre travail puis ce que vous avez amené. Naturellement, là, on avait
déjà eu l'occasion d'en discuter, alors, et, comme vous l'avez mentionné, on a
fait plusieurs éléments, là, en...
avec nos discussions, on a pu améliorer plusieurs éléments puis qu'on est allés
chercher aussi ailleurs, mais c'est certain que votre groupe est
assez orienté sur ces améliorations-là, puis, dans les suggestions, on en a
bien tenu compte. Je voulais juste... Je ne
veux pas faire un débat de chiffres, là. Nous autres, on a pris des cas
étalons, en fin de compte, des écoles secondaires de même nature.
Une voix : ...
M. Julien : Non, quatre, mais pas
juste ça. C'est à cause que je vois, dans votre... mais, si vous voulez qu'on y
aille, on va y aller, par exemple, si vous me... C'est-à-dire qu'ici...
M. Nadeau (Robert) : C'est juste que
vous avez un... Tant mieux, tant mieux si ça fonctionne, là.
M. Julien : Si vous permettez...
M. Nadeau (Robert) : Oui, allez-y.
M. Julien : Vous parlez du
9,7 % puis vous marquez ici clairement : Quant à l'analyse effectuée,
bon, les gains... Vous mentionnez les résultats, initiatives de regroupement,
certaines références de résultats par rapport aux modes. Naturellement, nous,
c'est toutes les mesures, là, tu sais, qu'on essaie d'intégrer, là, le préfab,
le programme, la gestion par portefeuille,
la capacité régionale par rapport, justement, à l'augmentation de la
concurrence et le mode aussi, le mode... Alors, le mode collaboratif, ce
n'est pas lui qui va faire tout, là, hein? Il y a plusieurs autres mesures qui
vont améliorer l'efficience. On va le mesurer au fur et à mesure. Sur le temps,
c'est assez clair, parce que, sur le temps,
on voit où on peut agir sur le «timeline» d'un projet, puis, sur les coûts,
bien, on pense... d'une quinzaine... mais on le verra à l'usage, mais je
pense qu'au net on va gagner. J'espère que c'est plus que moins, bien
honnêtement.
M. Nadeau (Robert) : Exactement, je
suis d'accord avec vous, M. le ministre, au minimum, c'est 10 %. Si ça
peut aller à 15 %, 20 % tous ensemble, tant mieux.
M. Julien : Tant mieux, ne boudons
pas notre plaisir. Quels sont les facteurs de succès pour la gestion de projets
en mode collaboratif? Puis on a eu ces discussions-là, puis je veux vous
réentendre, là, c'est quoi, le principal facteur de succès de ce mode de
collaboration qu'on veut... qu'on veut faire entre les partenaires?
M. Nadeau (Robert) : C'est que, un,
l'approche contractuelle est différente. On travaille tous, entrepreneurs,
professionnels, clients, usagers, quelques sous-traitants des fois spécialisés,
tous autour d'une table avec un objectif, le projet, et non pas des objectifs
individuels. Puis, pour le projet, chacun est prêt à partager les risques,
chacun est prêt à mettre une portion de son profit à risque pour assurer le
succès, et tout le monde travaille à essayer de trouver des options les plus avantageuses pour le projet. Donc, pour moi, je le
vois comme un avantage gagnant parce... et qu'on soit capables de tirer
avantage du bénéfice de toutes les parties autour de la table, d'avoir les
meilleures équipes avec nous tout autour de la table.
M. Julien : Puis je ne sais pas...
Je ne présume pas de votre réponse, ça fait que j'y vais quand même assez ad lib, là. Je pense que c'est avec vous qu'on
avait eu cette discussion-là il y a plusieurs mois. Tu sais, il y a beaucoup...
Il y a de l'humain là-dedans, il y a de l'expertise, il y a de la compétence,
puis, dépendant, naturellement, de la compétence
et de l'expertise des joueurs autour de la table... Alors, bon, au gouvernement
du Québec, il y a le ministère des Transports qui est un gros donneur
d'ouvrage, il y a la SQI qui... en termes de nombre de contrats, c'est le plus
gros, mais, tu sais, il y a beaucoup de monde qui disent : Bien, nous
aussi, on aimerait ça en faire. Mais c'est souvent des petites organisations qui n'ont peut-être pas toute l'expertise
nécessaire. Est-ce que ce n'est pas... ce n'est pas un risque? C'est-à-dire, il y a un apprentissage dans la
courbe du mode collaboratif, parce que, si on veut... si on veut collaborer, ça
prend aussi une capacité d'avoir cette discussion-là de manière assez
égalitaire.
• (16 h 30) •
M. Nadeau
(Robert) : Et c'était la quatrième conclusion qu'on avait.
Donc, merci de me donner l'opportunité de
le dire. C'est qu'il existe cette capacité-là et cette expertise-là au Québec,
que ce soit dans les sociétés d'État... Certaines n'ont pas la capacité
au niveau effort, grosseur, mais il existe des firmes et des individus qui sont
capables d'aider. Je l'ai fait dans certains des mandats, avec ma... mon autre
vie, des projets comme la Société des alcools, leur centre d'entreposage. Ils
s'en allaient vers une approche forfaitaire sans avoir bien attaché toutes les
conditions du projet. On les a reguidés vers une approche en gérance, et le
projet, maintenant, il est sur ses ailes et il vole adéquatement, gérance
s'apparente à la... à un mode collaboratif. Donc, avant même le projet de loi,
on a réussi à amener... à guider, justement, là, une société d'État moins bien
équipée dans les bonnes... dans les bonnes voies. Donc, tout le monde peut en
bénéficier puis tout le monde est capable parce que l'écosystème est là pour
les soutenir.
M. Julien : J'ai pris votre
commentaire sur le... bien gérer, je l'ai mis... je l'ai mis au crayon parce
que je ne veux pas réimprimer, mais, pour moi, ça va de soi que bien gérer, ça
fait partie des mesures qu'on veut prendre pour y
arriver, mais on parle beaucoup d'un éventail de modes de réalisation, parce
que, tu sais, souvent, les gens simplifient un peu la chose, collaboratif ou
traditionnel, bon, puis j'ai toujours dit : Bien, écoute, il y a
alternatif... qui amène des CC, des CCF. Après ça, on a sept, huit modes distinctifs,
puis même qu'on pourrait même les redécouper, dépendant où est-ce qu'on veut
les mettre. Alors, c'est beaucoup plus large que ces deux notions-là, là.
Comment qu'on devrait faire l'évaluation du bon mode à utiliser dans des cas de
projet?
M. Nadeau (Robert) : Bien, ce
qu'on prêche, nous, au niveau du PMI, c'est que le donneur d'ouvrage doit
prendre la décision en fonction de la réalité de son projet. Il y a des projets
qui ne s'appliquent pas, qui ne sont pas applicables au mode collaboratif. Il y
a les donneurs d'ouvrage qui veulent à tout prix transférer le risque vers
l'entrepreneur. Il y en a d'autres qui veulent justement une approche plus
soutenue au niveau de l'entretien, de l'opération et du «life cycle», excusez
l'anglicisme, et donc les modes plus alternatifs seraient encore en
application. Puis il y a des projets qui sont encore en train de... Pensez
juste au port de Montréal. Il veut faire sa deuxième portion en mode
alternatif. Donc, ce n'est pas mort, les fameux PPP.
Le principe, par contre, M. le ministre, c'est
qu'on doit réapprendre à se parler entre des individus qui sont capables de
gérer des situations et non pas à tout prix de se pointer du doigt pour
dire : Ça, c'était ton contrat. Non, ça, c'était ton contrat. Et c'est ça,
l'enjeu des modes traditionnels actuels, c'est le transfert à tout prix d'un
risque d'un vers l'autre. Si on est capables de trouver une façon tous ensemble
d'arriver à se reparler, à ce moment-là, les modes traditionnels, pour les
appeler entre guillemets, vont de redevenir plus attractifs. Puis là, bien, je
n'embarque pas dans les dossiers des délais de paiement, puis des escalades des
différends. L'approche... rappelez-vous, on s'était vus à Québec... on est à
Québec, on s'était vus dans nos bureaux, justement, avec la question d'avoir
des facilitateurs auprès des projets plutôt que d'avoir des arbitres plus tard,
trop tard. Je le fais dans un des projets pour justement éviter la chicane,
puis ça marche.
Donc, si on se donne l'ambition de nos moyens,
d'avoir à aider tous les modes équitablement, bien, le mode collaboratif va
être encore meilleur et les autres vont être encore meilleurs aussi.
M. Julien : C'est ça, mais...
Puis on vient distinguer le traditionnel, collaboratif, puis, je vous dis, il y
a tout un spectre. Mais, à partir du moment
où est-ce qu'on se parle et où on profite de l'expertise mutuelle et des
compétences de l'autre, et dans la solution, pas dans le besoin, le
besoin, c'est le donneur d'ouvrage, il doit connaître son besoin, il peut être
clarifié, mais... alors c'est toute... c'est toute la distinction. Alors, ça
devrait être... Je sais que le monde, ils disent : Oui, mais le mode
traditionnel va être encore très, très omniprésent, mais, quand les besoins
sont à ce point qu'ils ne nécessitent pas beaucoup de collaboration parce
qu'ils sont connus, ils sont récurrents, mais est-ce que c'est comme ça qu'on
doit le voir?
M. Nadeau (Robert) : Dans les
modes traditionnels, encore là, je vous l'ai dit, il y a des études. Tu sais,
les avocats viennent donner des conférences aux entrepreneurs généraux à chaque
année pour les causes principales des litiges dans les projets. Puis les top
cinq, c'est mauvaise définition des besoins du client, conditions du site
existantes mal définies, des plans et devis
tout croches, des... pas des bons interlocuteurs de part et d'autre puis des
changements de programme parce que les clients changent d'idées au fur
de... au fur et à mesure. Si on est capables de capter ça comme il faut dans
les étapes, de ce que mes collègues disaient tantôt au préalable au niveau des
estimations, si on est capables de bien
«packager» ça au départ puis avoir les bons plans et devis, les entrepreneurs
vont faire des bonnes soumissions puis ils vont faire des bons travaux.
On n'aura pas le problème des...
L'enjeu des projets, des projets forfaitaires
qu'on voit aujourd'hui, ça me donne de la job, tant mieux, mais ça donne de la
job à mes collègues aussi, c'est qu'il manque ces morceaux-là du début, puis
là, bien, la chicane pogne, puis on est
obligé d'intervenir plus tard. Puis ce n'est pas toujours la règle, ça reste
l'exception, mais c'est important de le prendre en charge.
M. Julien : C'est ça. Donc,
l'axe 1 de la stratégie, la meilleure planification, c'est primordial,
mais il y a quand même l'axe 2, où on est en mode aussi collaboratif,
aussi bien qu'on aurait planifié puis avoir le bon projet avec une maturité assez intéressante pour la
mettre sur le marché pour éviter justement, là, les dérives non considérées
à la planification, mais, quand je rentre dans l'axe 2 d'un mode
collaboratif, c'est que, malgré ça, l'entrepreneur ou le concepteur pourrait
amener de la valeur ajoutée en disant : J'ai bien compris, ta
planification est adéquate, mais je peux aller plus loin avec toi dans la
solution. Parce que, pour moi, quand je dis : On doit les superposer, je
pense que c'est le bénéfice des deux.
M. Nadeau (Robert) : On le vit.
Un de mes mandats, c'est un... André, on a travaillé ensemble sur le projet du
Parc olympique, on est là-dedans, OK, on subit les premiers soubresauts du
projet et, tous ensemble, avec l'entrepreneur, les concepteurs, on trouve des
solutions justement à l'intérieur des enveloppes qu'on s'était données. Et ces
solutions-là, bien, étant donné qu'on est en mode collaboratif, on cherche la
meilleure solution pour le projet, pas pour
le portefeuille d'un ou l'autre. Donc, déjà, au Québec, ça marche, on a à
intérêt le projet. Donc, c'est pour ça que c'est important de «surfer»
sur cette vague-là pour y arriver.
M. Julien : Un élément qu'on
n'a pas eu l'occasion de discuter avec les autres groupes encore, mais, pour moi, ce qui m'apparaît important, puis je veux
vous entendre là-dessus, depuis à peu près un an, on est venu mesurer la capacité
régionale... malgré qu'il y a un groupe qui en a parlé tout à l'heure, là,
M. André... l'estimateur, André...
Une voix : ...
M.
Julien : Pour nous, c'est des données importantes, cette
capacité régionale, parce que, quand on voit qu'il y a plusieurs projets
qui s'en vont dans une région puis on les superpose... Parce que, si chacun des
secteurs amène des projets d'infrastructures publiques plus d'autres projets
privés, est-ce que vous estimez, ça, que c'est une valeur importante ou que non, la mobilité de la
main-d'oeuvre puis la mobilité des entrepreneurs devrait pallier à ça? C'est
quoi, votre lecture de ça?
M. Nadeau (Robert) : On est... Personnellement,
là, là, on parle au niveau du PMI, mais en même temps aussi au niveau personnel, le projet de... la loi, maintenant, que M.
Boulet a fait adopter pour, justement, la fluctuation de la
main-d'oeuvre ou la migration de la main-d'oeuvre, c'est bien. Là où je vois un
enjeu, c'est, à trop concentrer de projets dans des secteurs en même temps, ça
crée une surchauffe locale. Et, excusez l'expression, mais on ne peut pas la
générer, la main-d'oeuvre, et les sous-traitants, ils ne peuvent pas venir de
n'importe où, parce qu'à ce moment-là, les coûts augmentent, parce qu'il y a
les pensions, il y a les déplacements, il y a la... les gens travaillent quatre
jours parce qu'ils retournent à leur famille. Donc, il y a une réflexion.
C'est pour ça qu'on aime bien votre idée du
fameux tableau de bord ou de la carte interactive. Ça fait que, si on
s'aperçoit... On ne peut pas empêcher l'industrie d'avancer, tu sais, tu ne
peux pas dire aux industries de Bécancour : Bien, arrêtez de construire un
petit peu, parce que, là, il y a trop d'action. Bien, les clients privés qui sont là savent qu'il y a un coût associé à ça.
Mais ça ne serait pas brillant pour le gouvernement de dire : Bien, tiens,
on va aller rénover ou faire un hôpital à Bécancour maintenant. Donc, si
on arrive à avoir ce raisonnement-là...
M. Julien : Ordonnancer.
M. Nadeau
(Robert) : ...bien, à ce moment-là, on vient de gérer la
pointe régionale. On va la faire au Saguenay, peut-être, à la place.
Donc, c'est là, dans ce qu'on appelle la gestion de portefeuille et la gestion
de programmes, où il existe, par le PMI, des outils de gestion de cette
capacité-là qui nous permettent, avec les chefs que vous allez nommer au niveau
de la gestion de programmes et de portefeuille, d'établir : Ah! ici, on va
plutôt aller là, on va prioriser, dans le PQI, ces projets-là cette année. Ça
ne veut pas dire que cette région-là ne l'aura pas un jour, mais pas
maintenant, on va payer trop cher pour ça. Et ça, c'est démontré dans
l'industrie, on le voit.
M. Julien : Parfait. S'il me reste
un petit peu de temps, prévisibilité...
Le Président (M. Simard) : 40 secondes.
M. Julien : Parce qu'on publie quand
même... bien, on peut peut-être l'améliorer, mais la SQI publie, aux six mois,
là, la liste des projets avec un... pour donner, justement, de la
prévisibilité. Transports, je vais regarder ce que fait Transports, parce que c'est quand même deux gestions
différenciées. Je sais qu'on a même suggéré d'amener, là, ceux qu'on voulait aller en mode plus
collaboratif, mais ça, pour le marché, c'est important, là, de voir cette
prévisibilité-là, à tout le moins à long terme.
M. Nadeau (Robert) : C'est
important. C'est très discret encore, là, je la consulte régulièrement, là. Tu
sais, présentement, il y a un projet
collaboratif d'annoncé, IPD, c'est le projet de l'ETS au campus Dow. Il y a
quatre autres projets CCP qui sont
des hybrides collaboratifs, mais ça ne démontre pas la vraie intention du
gouvernement, ça représente la vision que la SQI a le droit de dire
aujourd'hui avec les projets pilotes.
• (16 h 40) •
M. Julien : Adoptons le projet de
loi puis on l'aura.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Merci. Je cède la parole au député de Nelligan.
Des voix : ...
M. Derraji : Bien, vous avez le
droit d'avoir des messages.
Le Président (M. Simard) : M. le
député de Nelligan, la parole vous appartient.
M. Derraji : Merci. Merci, M. le
Président. Bonjour à vous. Bonjour aux gens qui nous suivent à distance. Merci
pour votre présence.
Écoutez, je n'ai pas le même nombre de minutes
que M. le ministre, mais je vais aller à la page 8 avec vous. Et vous mentionnez que «le recours aux contrats de
gré à gré par les donneurs d'ouvrage doit continuer d'être justifié en assurant que l'objet initial de l'appel d'offres
reste pertinent». Donc, vous, votre remarque par rapport à ce projet de loi,
c'est en lien avec le gré à gré.
M. Nadeau
(Robert) : Avec le gré à gré. Donc, le gré à gré, ce qu'on
dit, c'est qu'il est toujours possible en autant qu'il soit justifié. Donc, si, pour l'intérêt public, dans une
soumission x, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de soumissionnaire ou qu'un seul soumissionnaire, bien, si on regarde le cadre
du projet et qu'on négocie gré à gré avec l'entrepreneur, plutôt
qu'annuler l'appel d'offres et de recommencer pour arriver au même résultat qui
arriverait dans quelque temps, ne soyons pas niaiseux puis allons-y en
négociant les termes.
Là où on a un bémol,
c'est que... puis ça arrive trop souvent, c'est qu'on annule l'appel d'offres,
on change les termes du contrat et on négocie gré à gré sous des termes
différents. Si l'industrie avait pu soumissionner sur les termes différents du
départ, à ce moment-là, il y aurait eu plus de compétition. Donc, ayons la
transparence, nous, comme État, de dire qu'on veut, exemple, le projet... je
prends le projet du Parc olympique... d'avoir... on a dit... si on était allés du départ avec une approche
collaborative, il n'y aurait pas eu seulement un soumissionnaire, il y en
aurait eu d'autres. Donc, c'est un peu ça que je veux dire, c'est que,
oui, la justification, on veut qu'elle reste puis, si le donneur d'ordre et le
donneur d'ouvrage est capable de justifier pourquoi on va en gré à gré, à ce
moment-là, le gouvernement peut...
M. Derraji : Non,
c'est très clair, c'est très clair. Ce matin, beaucoup d'intervenants, ils ont
beaucoup insisté sur la présence des sous-traitants autour de la table. Vous
étiez là avant le dernier groupe des économistes certifiés, qu'eux ils
demandent d'être impliqués en amont du... des projets. Vous, comment vous voyez
tout cela?
M. Nadeau
(Robert) : Bien, dans... autant dans les projets collaboratifs que
dans les projets traditionnels, lorsque
c'est le temps de faire la définition des besoins du client et du projet
lui-même, tous les intervenants devraient être autour de la table. Qu'ils s'appellent économistes, qu'ils
s'appellent gestionnaires, qu'ils s'appellent entrepreneurs,
sous-traitants, pourquoi on se priverait de l'expertise qui existe sur le
marché? Or, vous le savez, des fois, les règles d'approvisionnement empêchent
un sous-traitant de venir donner son avis parce que ça le barrait de la
soumission. À ce moment-là, allons chercher des experts en... je vous donne un
exemple, en maçonnerie, puis on l'a fait justement sur un projet avec le New
Vic, le client était un peu perdu sur comment aller pouvoir rénover tous les
bâtiments historiques du Nouveau Vic de
l'hôpital, l'ancien Royal Victoria. En utilisant les experts externes, on a pu
aller chercher l'expertise au niveau
des sous-traitants spécialisés pour mieux guider la définition du projet, et,
quand le projet est allé en appel d'offres, à ce moment-là, ces
morceaux-là étaient bien attachés.
Donc, ce qu'on
prêche, nous, c'est que, qu'ils s'appellent économistes, gestionnaires ou
quelconques autres membres de l'industrie,
lorsqu'arrive le temps de bien définir les projets, assoyons-les tous autour de
la table. Et, dans le cadre d'un projet collaboratif, de facto, ils sont
là.
M. Derraji : Oui,
mais dans la demande des économistes certifiés, tout à l'heure... c'est... on
parle de la notion du coût. Parce que le
projet, le fond du projet, c'est quoi? C'est que, ce qu'on veut, c'est que...
arriver à avoir des projets à moindre coût, d'ailleurs le ministre s'est
donné un pourcentage, et respecter le délai. Sinon, ça va être juste un énoncé
philosophique, qu'on veut atteindre une réduction de coûts et livrer les
projets aux dates souhaitées. Si on n'agit pas en amont, ça va être juste
une... encore une fois, une réplique de ce qu'on a jusqu'à maintenant.
M. Nadeau
(Robert) : Permettez-moi d'être en désaccord. Encore là, je l'ai vécu
pendant un an et demi avec le projet du Parc olympique et je vous assure que,
lorsqu'on a discuté avec l'entrepreneur, les sous-traitants et les
professionnels, tout le monde autour de la table, lorsqu'on a changé notre
chapeau pour le mettre en approche collaborative,
on s'est dit les vraies affaires. André l'a mentionné tout à l'heure, on a
commencé à avoir la transparence. On est allés voir les soumissions, les
feuilles de temps, les salaires des travailleurs de l'entrepreneur, qui nous a permis de démontrer que, dans le fond, on payait
le vrai prix. On s'est donné des opportunités de mettre des enveloppes
de risque, qu'on a travaillé tous ensemble, et, aujourd'hui, je suis très
confortable avec le chiffre qui a été annoncé et avec l'échéancier qui a été
annoncé.
M. Derraji : Mais
je ne suis pas en désaccord avec vous, en fait, on dit presque la même chose.
Ce que les économistes avant vous disaient, c'est qu'ils voulaient être
impliqués avant. C'est juste ça que je veux confirmer avec vous, un.
M. Nadeau
(Robert) : On est 100 % d'accord que tout le monde doit l'être.
M. Derraji : OK.
Là, vous êtes d'accord.
M. Nadeau
(Robert) : Oui.
M. Derraji : Là,
vous êtes d'accord. Deuxième chose, parce que ce n'est pas dans le projet de
loi, les sous-traitants, vous voulez qu'ils siègent ou pas, vous voulez qu'ils
soient là ou pas? Parce que vous venez de dire que ça a marché avec le Parc
olympique. Partagez avec nous l'expérience du Parc olympique. Autour de la
table, il y avait qui? Il y avait des sous-traitants?
M. Nadeau
(Robert) : Il y avait des sous-traitants, parce que c'était... parce
que c'était...
M. Derraji : Excellent.
Bien... Mais vous avez lu... permettez-moi, s'il vous plaît.
M. Nadeau (Robert) : Oui.
M. Derraji : Vous
avez lu le projet de loi. Les sous-traitants ne sont pas là.
M. Nadeau (Robert) : Là, dans un...
dans un mode collaboratif...
M. Derraji : Oui.
M. Nadeau (Robert) : ...puis, encore
là, je spécifie mode traditionnel de mode collaboratif, dans un mode
collaboratif, l'équipe qui est autour de la table, si elle juge que c'est
pertinent d'aller chercher le sous-traitant spécialisé en structure d'acier
pour avoir la meilleure expertise de savoir comment que je règle ce
problème-là, ce joueur-là, on va même peut-être proposer de l'embarquer dans
l'équipe puis de lui demander : Es-tu prêt à mettre ton profit à risque?
Donc, le mode collaboratif de facto va amener l'inclusion des sous-traitants.
M. Derraji : Oui, OK. Mais, on
s'entend, il faut le... Dans un texte, il faut absolument que ça figure, que le
sous-traitant doit être... doit être là. L'article 13, puis je n'ai pas
beaucoup de temps, je comprends ce que vous voulez dire...
M. Nadeau (Robert) : OK, allez-y,
oui.
M. Derraji : ...l'article 13,
vous en pensez quoi?
M. Nadeau (Robert) : Ça, c'est la...
les différends... Pour ce qui est de l'article 13, au niveau de la gestion
des différends, ce que je disais tout à l'heure, c'est que, si on fait affaire
avec des intervenants experts, pour aider à éviter
l'escalade des débats qui amènerait à surcharger les tribunaux, respectons les
orientations que l'intervenant expert donne, en autant que c'est sur le
sujet fondé. Nous, on va un peu plus loin que ça, le PMI, on dit : Plutôt
qu'aller vers les intervenants experts, il y a des possibilités de revenir en
amont avec des sessions de «partnering», en ayant des facilitateurs autour de
la table, puis ça, c'est des bonnes pratiques qui sont générées dans
l'industrie. Mais moi, l'article 13,
l'écho qu'on a eu par les avocats du PMI, c'est qu'il fait juste arrimer à ce
qui se passe ailleurs au pays au niveau des différentes juridictions,
donc...
M. Derraji : Donc, vous ne voyez pas
d'enjeu à ce que le projet de loi garde l'article 13?
M. Nadeau (Robert) : L'intention de
faire affaire avec des intervenants experts est maintenue, et le seul élément qu'on a vu avec la présence des avocats du
PMI, c'est que c'est un arrimage avec ce qui se passe ailleurs pour avoir
une unicité et non pas de détruire l'approche, de dire : Bien, les
intervenants experts, quand ils prennent une décision, les donneurs d'ouvrage
disent : Écoute, c'était cute, ce que tu as fait, mais ça ne me tente pas
de suivre tes recommandations, je vais faire
à ma tête. Puis là le dossier monte en arbitrage et risque d'escalader devant
les tribunaux.
Donc, si
l'intention du projet de loi n'est pas de scrapper l'apport aux intervenants
experts, bien, à ce moment-là, nous, on n'a pas d'objection majeure avec
ça.
M. Derraji : OK.
La Présidente (Mme Cadet) : ...M. le
député.
M. Derraji : Ah! c'est bon. OK.
Bien, merci, merci pour votre présence.
La Présidente
(Mme Cadet) : Merci beaucoup, M. le député de Nelligan. Donc, je
cède maintenant la parole à la députée de Verdun. Vous disposez de
2 min 50 s.
Mme Zaga Mendez : Merci beaucoup. Je
remercie les représentants de PMI-Montréal pour la présentation. J'ai quelques
minutes. Donc, rapidement, on parlait, tout à l'heure, des objectifs en
amont de réduction des coûts. J'aimerais ça
vous entendre un peu plus là-dessus. Est-ce que vous croyez qu'avoir des
objectifs d'économies en amont, par exemple de réduire de 15 %, est
une bonne façon de mener la conception des projets qui se font par des ententes
de partenariat?
M. Nadeau (Robert) : Je pense que,
ce qui se passe ailleurs au Canada... il ne faut pas être aveugle à ce qui se
passe au Canada. Donc, si c'est bon ailleurs, pourquoi ça ne serait pas bon
ici? Là où on a... je ne veux pas dire une
inquiétude, c'est qu'il ne faudrait pas qu'on... notre saveur québécoise vienne
invalider la plus-value des approches collaboratives, puis je ne pense
pas que c'est l'intention du projet de loi non plus. J'ai entendu l'approche de
la Société québécoise d'infrastructure sur l'approche de choisir les membres
des équipes en disant : Bien, on va choisir le meilleur architecte, le
meilleur ingénieur, le meilleur entrepreneur puis travailler ensemble en
collaboration. Nous, ce qu'on dit, c'est : Il y a des équipes déjà formées
qui sont... qui ont de la chimie entre eux autres. Utilisons cette approche-là
ou ne nous privons pas de cette approche-là. Mais oui, c'est démontré
qu'ailleurs les approches collaboratives génèrent des économies de coûts et des
économies d'argent.
• (16 h 50) •
Donc, le prétexte d'utiliser les
pourcentages d'économie pour dire qu'on en a besoin, on ne sauverait même pas d'argent. Ça vaudrait la peine parce qu'on sauve
les chicanes puis on sauve les différends parce qu'on travaille tous ensemble.
Mme Zaga
Mendez : J'entends. Bien, peut-être... Est-ce que vous sentez qu'il
faudrait ne pas voir ça comme un seul impératif? Est-ce que vous voyez que,
dans les approches collaboratives, l'objectif ce n'est pas seulement de réduire des coûts, mais aussi avoir
l'innovation puis aller chercher de nouvelles façons... donc, peut-être
voir l'arbitrage entre ces objectifs-là?
M. Nadeau
(Robert) : L'approche collaborative, encore là démontrée, c'est que
c'est un éventail de gains, OK? Encore là, juste la clause de renonciation à se
chicaner entre les membres de l'équipe multipartite, c'est déjà un gain par
rapport à tous les autres modes. Le fait d'avoir la transparence, c'est déjà un
gain. Le fait d'avoir tout le monde, travailler à quelle façon la plus
innovante nous permettrait de faire le projet à meilleur coût puis à un meilleur
échéancier, c'est déjà un gain. Donc, on y croit. Ce qu'on dit aussi, c'est
qu'on ne peut pas tous les faire en approche collaborative.
Mme Zaga
Mendez : C'est ça.
M. Nadeau
(Robert) : Tu sais, ça va être un autre outil, ça va être le Westcott
dans le coffre d'outils, mais, des fois, ça va être le marteau, puis, des fois,
ça va être l'égoïne qui va être dans le coffre d'outils.
Mme Zaga
Mendez : Combien de temps...
La Présidente (Mme
Cadet) : 7 secondes.
Mme Zaga Mendez :
7 secondes. Je vous remercie pour votre...
La Présidente (Mme
Cadet) : Merci beaucoup, Mme la députée de Verdun. Maintenant, je cède
la parole au député de Jean-Talon. Vous avez 2 min 9 s.
M. Paradis : Merci
beaucoup. Donc, on comprend que vous valorisez l'approche collaborative, mais
vous nous rappelez aussi que, pour
l'ensemble des projets, l'importance de la planification, c'est fondamental.
Plus on planifie, moins ça coûte cher dans la livraison de projets de
manière plus efficace.
On a entendu beaucoup
vos commentaires sur la stratégie, qui est, de fait, vraiment liée à ce projet
de loi, mais, sur le projet de loi, là,
quand vous pensez justement à cette importance de la gestion, de regarder la
raison ultime pour laquelle on fait les projets, qu'est-ce que vous nous
suggérez, là, qu'est-ce qui manque dans le projet de loi ou qu'est-ce qui...
sur quoi on devrait réfléchir le plus, là, sur le projet de loi lui-même?
M. Nadeau
(Robert) : En toute transparence, on n'a pas fait une revue article
par article du projet de loi, parce que,
clairement, ça... c'est là pour amener ce nouvel outil là dans notre coffre. Ce
qu'on a confiance, c'est plutôt avec
la stratégie, qui est l'autre document, qui va permettre, avec les
réglementations, de mettre en place ces mécanismes-là. On n'a plus le
luxe de se donner... d'avoir des donneurs d'ouvrage qui... alors que tout le
monde leur dit : Tu devrais aller faire des forages sur ton site pour
savoir s'il n'y a pas de la contamination ou s'il n'y a pas un cimetière, ou
bien donc s'il n'y a pas du plomb dans tes... dans ta structure, puis il
dit : Non, non, ça va être l'entrepreneur qui va le faire en arrivant. Maudite marde! Donnons-nous la
capacité, dans le temps, d'aller faire ces vérifications préalables, puis, peu importe le mode, l'entrepreneur, les
professionnels sauront à quoi qu'ils s'embarquent. Donc, on ne se retrouvera pas
avec quelqu'un qui arrive : Oh! mon Dieu! Mon pont est tout croche, je
suis obligé de tout le recommencer, mais on avait deux ans pour le vérifier au
préalable puis on ne l'a pas fait, on a été un peu négligents.
M. Paradis : Implicitement,
les articles qu'on suggère d'ajouter pour prévoir justement cette approche
collaborative parlent de cette nécessaire planification. Mais est-ce que vous
pensez que, si on l'inscrivait de manière encore plus explicite, ça pourrait
aider?
M. Nadeau (Robert) : Moi, je fais confiance à
vous tous pour que le texte de la loi vous donnera le luxe pour aller
chercher le plein bénéfice de cette approche collaborative là parce que...
La Présidente (Mme
Cadet) : C'est tout le temps...
M. Nadeau
(Robert) : Et d'aller... le besoin, parce que, sinon, on va manquer le
bateau.
La Présidente (Mme
Cadet) : Merci beaucoup. Merci beaucoup, M. Nadeau. C'est tout le
temps dont nous disposions. Donc, merci à
vous d'avoir pris part à ces travaux, également, à Mme Thibodeau et
M. Chiniara, qui étaient avec nous en visioconférence.
Donc, on va suspendre
quelques instants pour permettre à l'autre groupe de s'installer. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 54)
(Reprise à 16 h 58)
La Présidente (Mme Cadet) : Bonjour,
tout le monde! Donc, je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de l'Association
de la construction du Québec. Nous avons avec nous Me Pierre Hamel,
Me Gabrielle Darveau-Breton et M. Martin Laurendeau.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé.
Association
de la construction du Québec (ACQ)
M.
Laurendeau (Martin) : Bonjour. Alors, je me nomme Martin Laurendeau de
la firme Comco Construction en Estrie puis je suis trésorier de l'Association
de la construction du Québec.
Mme la Présidente, M. le ministre, membres de la
commission, je me nomme Martin Laurendeau, trésorier de l'Association de la
construction du Québec et coprésident de la firme comme Comco Construction, une
entreprise d'environ 45 employés en
Estrie. Nous sommes basés dans la région de l'Estrie et nous oeuvrons
principalement dans le secteur institutionnel et commercial.
Je suis accompagné aujourd'hui de Me Pierre
Hamel, directeur des affaires publiques et gouvernementales de l'ACQ, et Me
Gabrielle Darveau-Breton, directrice des affaires juridiques, également de
l'ACQ.
En premier lieu, je vous remercie de
l'opportunité qui nous est offerte aujourd'hui de partager notre vision et
notre engagement envers un avenir prometteur pour notre secteur et pour
l'ensemble de notre société.
Pour le
bénéfice des membres de la commission, je voudrais rappeler que l'ACQ est une
fédération d'associations d'entrepreneurs en construction qui oeuvrent partout
au Québec, servant au quotidien plus de 20 000 entreprises oeuvrant
dans tous les secteurs de l'industrie.
En vertu de
la loi R-20, nous sommes l'agent patronal négociateur pour les employeurs
du secteur institutionnel, commercial et industriel, donc l'ICI. Nos
membres génèrent plus de 62 % des heures totales travaillées et déclarées
dans notre industrie.
En d'autres mots, nous construisons les maisons
des aînés, les écoles, les hôpitaux, les logements abordables, les tours à
condos et les usines. Nous sommes donc concernés au premier chef par cette
réforme.
Par ailleurs, l'ACQ accueille favorablement le
projet de loi. Il permet d'ouvrir les discussions sur les enjeux importants
pour notre industrie, soit l'innovation et la collaboration.
L'élément
central du projet de loi, en l'occurrence le virage résolu vers les contrats en
partenariat, est nécessaire et
bienvenu. Cette initiative, déjà adoptée par plusieurs autres juridictions
canadiennes, établit les fondations d'un nouveau modèle qui repose sur
la collaboration et, avant tout, la confiance.
• (17 heures)
•
Bien sûr, toute nouveauté amène son lot
d'incertitudes. Quels projets seront réalisés en mode partenariat? Quelles
entreprises pourront y avoir accès? Quel type de changement ou fardeau
supplémentaire cela représente-t-il sur le
plan administratif pour les entreprises qui souhaitent s'ouvrir à ce nouveau
mode de réalisation? Est-ce que les plus petites entreprises y auront
accès et seront accompagnées?
Je souligne au passage que 80 % des
entreprises du secteur de la construction ont moins de cinq employés, cinq employés ou moins, alors que seulement cinq
entreprises au Québec possèdent plus de 500 employés. Bref, l'ensemble
de ces questions trouveront réponse dans un avenir plus ou moins rapproché.
À court
terme, c'est une bonne nouvelle pour nos grandes entreprises. Leur développement
passe nécessairement par la réalisation de grands projets leur
permettant de compétitionner avec les grandes entreprises canadiennes et
étrangères qui soumissionnent sur ce type de contrat.
Pour les autres entreprises, les PME qui
oeuvrent dans le domaine institutionnel et réalisent des projets publics. Il appartiendra aux donneurs d'ouvrage
d'oser et de proposer le mode de réalisation en partenariat pour des projets de plus petite envergure. Chose certaine, ces
mesures n'augmenteront pas le nombre de soumissionnaires à court terme, mais elles permettront assurément de donner un peu
d'air aux donneurs d'ouvrage en diminuant les coûts et les délais de
réalisation des différents projets.
J'inviterais
maintenant notre directeur des affaires publiques et gouvernementales à vous
faire part des enjeux auxquels nous faisons face et qui ont guidé nos
recommandations.
M. Hamel (Pierre) : Merci, Martin. Alors, comme on peut le constater, nous
sommes confrontés, en 2024, à une industrie de construction qui, bien que
prospère, nécessite une modernisation. Le projet de loi n° 51,
qui s'est attaqué à la productivité, la
flexibilité des métiers et la mobilité des travailleurs, vient à peine d'être
adopté que nous nous retrouvons en commission parlementaire pour proposer
une plus grande flexibilité administrative à la faveur des donneurs d'ouvrage
publics leur permettant d'aller encore plus de l'avant et d'innover...
(Interruption)
M. Hamel (Pierre) : Merci. Il s'agit d'une excellente nouvelle et nous souhaitons
que ces mêmes donneurs d'ouvrage publics exercent pleinement le leadership
nécessaire pour faire de ces changements un succès collectif.
Cependant, pour un très grand nombre
d'entrepreneurs, cette nouvelle est occultée par les modifications réglementaires
qui sont proposées au projet de règlement modifiant le règlement sur les
contrats de construction, pour lequel la période de
consultation se terminait le 24 mai dernier, et qui mettent en péril les
garanties financières qui ont toujours
protégé les entrepreneurs lors de la réalisation de projets publics, ainsi que
les enjeux de paiement qui continuent
de miner l'intérêt de plusieurs entrepreneurs face aux marchés publics. Les
donneurs d'ouvrage sont réfractaires à l'adoption de mesures visant à
réduire le délai de paiement, et la proposition de recours en annulation d'une
décision d'un tiers décideur, prévue à l'article 13 du projet de loi, en
constitue un exemple.
Les dispositions adoptées en 2022 via le projet
de loi 12 en matière de délais de paiement ne sont toujours pas en vigueur, et le règlement d'application
n'est toujours pas adopté que déjà on en limite significativement la portée,
voire même l'intérêt. Qui plus est, les municipalités, qui constituent une
partie très importante des marchés publics, ne sont toujours pas sous le radar
du gouvernement en matière de délais de paiement.
Sur le plan réglementaire, pour faire sauver on
ne sait véritablement combien aux donneurs d'ouvrage, on propose de rendre
facultatif l'obtention de ce cautionnement de soumission, d'exécution ou de
gages main-d'oeuvre et matériaux. Bien que
la garantie de soumission et d'exécution vise à protéger les donneurs
d'ouvrage, le cautionnement pour le paiement des gages main-d'oeuvre et
matériaux, dont on prévoit la disparition, vise spécifiquement à
garantir le paiement des entrepreneurs spécialisés et les fournisseurs qui ont
travaillé sur le projet et qui n'ont aucun lien contractuel avec les donneurs
d'ouvrage.
Bref, simplifier les choses pour les donneurs
d'ouvrage ne signifie pas toujours rendre les marchés publics attractifs ou
sécuritaires financièrement pour les intervenants. C'est parfois tout le
contraire. L'ACQ demande au gouvernement
d'être vigilant et également de ne pas sous-estimer l'impact significatif et positif
qu'aurait l'assujettissement des municipalités à la Loi sur les contrats
des organismes publics.
Maintenant, je cède la parole à Me Darveau.
Mme Darveau-Breton (Gabrielle) : Merci,
Me Hamel. Alors, pour poursuivre dans la même veine, en matière de délais de
paiement, nous proposons dans notre mémoire que des mesures transitoires soient
prévues d'ici l'adoption d'un règlement concernant les délais de paiement,
mesures qui appliqueraient des dispositions similaires à celles prévues à
l'arrêté ministériel 2018-01 aux nouveaux projets de constructions
publiques.
Comme l'a mentionné Me Hamel, les dispositions
adoptées en 2022 ne sont toujours pas en vigueur, et les projets qui voient
actuellement jour ne peuvent bénéficier des dispositions qui ont été appliquées
à plusieurs projets pilotes ainsi qu'aux
181 projets dont le gouvernement a demandé l'accélération via le projet de
loi 66. Le projet de loi 62 comprend également une disposition
concernant les pouvoirs additionnels de vérification conférés à l'Autorité des
marchés publics.
Peut-être
est-ce mes réflexes de juriste qui ressortent, mais je pense qu'à cet égard une
mise en garde s'impose. Cette disposition vient permettre à l'AMP d'exiger tout
document ou tout renseignement à toute personne ayant déjà été
administrateur, associé, dirigeant, actionnaire ou encore à toute autre
personne ou entité liée ou ayant été liée directement ou indirectement par
contrat à cette entreprise, afin de vérifier si cette entreprise satisfait aux
exigences d'intégrité.
Il est également prévu que les documents et/ou
renseignements doivent être divulgués malgré toute restriction de communication
prévue par une loi ou toute obligation de confidentialité ou de loyauté pouvant
lier une personne. L'Autorité des marchés publics pourra, si elle le souhaite
dans ce cadre, exiger une déclaration sous serment. On comprend donc que ses
pouvoirs sont très larges et similaires à ceux chargés d'un organisme chargé
d'une enquête.
Comme nous le mentionnons dans notre mémoire,
nous sommes en faveur de l'intégrité. Cependant, les renseignements recueillis
peuvent être inexacts ou faux et ainsi nuire à l'entreprise visée. Nous pouvons
penser, par exemple, à une relation qui se serait mal terminée ou à une
personne qui souhaiterait nuire à l'entreprise visée par la vérification pour
des motifs autres que l'intégrité. En ce sens, l'exigence de la déclaration
sous serment, bien qu'elle puisse avoir une portée limitée, constitue quand
même une mesure qui fait réfléchir les signataires et qui devrait toujours être
requise selon nous.
En terminant, nous tenons à souligner
l'importance de maintenir le dialogue entre l'ensemble des acteurs de
l'industrie. Comme nous le mentionnons dans notre mémoire, les enjeux reliés
aux marchés publics sont nombreux et sont vivants. Les enjeux d'aujourd'hui ne
sont pas les enjeux de demain et ce qui peut paraître une bonne solution
pourrait devenir un problème dans le futur. Une nouvelle réglementation
signifie nouvelle mise en oeuvre, nouvelle application,
bref une adaptation pour l'industrie. Les lieux de rencontre et de discussion
en amont de ces changements ne sont pas légion. Tout comme le
gouvernement l'a fait dans le cadre du projet de loi 51 en mettant sur
pied un comité spécifiquement dédié aux discussions visant les enjeux de
relations du travail, une initiative similaire en matière de marchés publics
serait de mise, et nous sommes d'opinion que le ministère des Infrastructures pourrait
piloter un tel forum. Bien que cette
recommandation puisse sembler anodine, elle s'avère particulièrement importante
pour l'industrie de la construction au Québec. Merci pour votre attention.
La Présidente (Mme Cadet) : Merci
beaucoup à tous les trois pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer
la période d'échange. M. le ministre, donc, la parole est à vous pour
15 min 30 s.
M. Julien : Oui, merci
beaucoup, Mme la Présidente. Écoutez, premièrement, merci de votre présence.
Merci pour les documents. Merci pour vos doléances. Malheureusement, je vais
dire qu'on est un peu hors cadre par rapport...
sur certains... par rapport au projet de loi. Je comprends que le règlement sur
les paiements, on l'attend avec beaucoup d'intérêt. Je sais que vous
avez déjà vu des ébauches. Je pense que la consultation se termine au 1er juin.
Alors, elle n'est pas encore complétée. Naturellement,
là, c'est le volet réglementaire, ce n'est pas le volet de la loi, mais vous avez parfaitement raison de vous en
préoccuper par rapport à vos organisations. C'est le volet réglementaire,
alors on verra la suite.
Je vois quand même... il y a... Je vais aller
plus sur les éléments où on n'est pas d'accord, parce qu'ils sont peu nombreux,
puis ça vaut la peine de les clarifier. Alors, tout la notion, là... je pense
que c'est après un appel d'offres infructueux... puis on en a eu plusieurs qui
sont venus nous en parler, là. Alors, je veux juste recadrer puis je vais le
voir avec vous. Après un appel d'offres infructueux, on dit : Sans avis
d'intention, à l'intérieur du projet de loi,
on pourrait aller sur gré à gré. Naturellement, ça cautionne... ou ça mentionne
clairement : selon les mêmes termes et conditions, je ne peux
pas... tu sais, je ne peux pas rien modifier. Donc, j'irais, en réalité, de gré
à gré avec les mêmes, mêmes, mêmes éléments dans lesquels je suis allé sur le
marché. Parce qu'ici, je voyais dans votre texte, là, on pourrait changer des
dates, changer des échéances. Le risque qui est mentionné là, bien, il serait
aussi vrai dans une entente contractuelle formalisée, mais l'entente vérifiée
par l'AMP serait la même exactement. Puis encore là, pour moi, c'est une mesure
d'exception, sous certaines considérations. Par exemple, on est arrivés dans une
région, puis il n'y a pas le soumissionnaire, puis on dit : Bien, on va
relancer de gré à gré, on va aller voir pourquoi.
Alors, vous, votre réticence par rapport à ces
cas d'exception, où on viendrait dire : Oui, mais c'est les mêmes termes
et conditions exactement que celles qu'on a lancées au marché qui a été
infructueux... qu'est-ce qui vous rend inconfortables?
• (17 h 10) •
M. Hamel (Pierre) : Vous l'avez dit, monsieur le... Mme la Présidente, vous
l'avez dit, et on l'a bien écrit comme tel, de façon théorique, l'existence de
ce projet-là ou d'avoir un gré à gré éventuel dans les mêmes termes et mêmes
conditions, ça ne crée aucun problème. Ce que nous dit nos entrepreneurs
d'expérience, c'est que c'est susceptible... Parce que, quand tu veux aller de
gré à gré et que tu n'as aucun soumissionnaire et que tu dois faire ton travail, tu vas le chercher, ton gré à gré, tu vas
le chercher, ton soumissionnaire ou l'entrepreneur comme tel. Et peut-être que
certains donneurs d'ouvrage vont être très... comment je dirais, donc,
respectent la lettre et l'esprit de la loi. D'autres vont juste
respecter peut-être l'esprit de la loi, pas nécessairement la lettre.
En d'autres termes, un contrat, quand vous le
signez, il est identique, mais c'est vivant, un contrat. Et, si le donneur
d'ouvrage veut avoir quelqu'un à tout prix, il va dire : Signe-le, le
contrat, comme ça, mais les pénalités, on va
s'entendre après, ou le délai, bien, on va vous donner un peu plus de délais,
on ne regardera pas... En d'autres termes, l'application finale du... de
l'élément en premier qu'on signe, là, c'est... Même dans un contrat qu'on signe
plus bas soumissionnaire conforme, c'est vivant.
Alors, ce que nous disent nos gens, c'est :
Écoutez, là, ce ne sera pas les mêmes termes et conditions dans lesquels ça va
se réaliser, il y a un risque comme tel qui est important, et c'est ça qu'on
veut amener à l'attention du gouvernement, c'est important.
M. Julien : Donc,
il y a un risque. Puis j'entends ce que vous dites, puis, moi, je suis un
ancien vérificateur, là, je comprends ce risque-là. D'un autre côté, pour
moi... puis, ce matin, on avait des intervenants qui disaient également :
Tu sais, si tu es allé en appel d'offres
public puis il n'y a personne qui... Le problème, c'est peut-être, en fin de
compte, ton projet puis la nature, puis tu as peut-être des
modifications à apporter pour retourner au marché... Alors, j'entends bien ça,
puis on aura l'occasion d'en discuter.
L'autre élément où... Rappelez-moi votre nom...
Mme Darveau-Breton (Gabrielle) : Gabrielle
Darveau-Breton.
M. Julien : Oui. C'est tout sur
le volet vérification... l'AMP, vérification sur non seulement les actuelles, mais sur le passé... mais c'est toujours sur le
volet intégrité et, toujours, en fin de compte... Parce que j'ai vu dans votre
texte, puis j'ai entendu ça aussi d'autres intervenants : Oui, mais là ça
pourrait être quelqu'un qui est amer puis qui essaie
en fin de compte de... Puis là vous avez parlé, naturellement, de la preuve, là,
sur... sous serment, mais ce ne sera jamais juste ça, là. L'AMP, puis on
les reçoit après vous, je pense, l'AMP, c'est sur des faits démontrables,
vérifiables qu'ils interviennent, là, ce n'est pas sur des ouï-dire.
Alors, j'entends ce que vous me dites, mais
l'AMP, est-ce que vous avez, dans votre perspective, déjà observé que l'AMP, quand il fait des
vérifications, il allait sur des ouï-dire et uniquement sur une déclaration
sous-serment? C'est votre crainte?
Mme Darveau-Breton (Gabrielle) : En
fait, c'est que l'AMP, bien, c'est un nouveau pouvoir qui est octroyé, de
pouvoir vérifier auprès... dans ses actionnaires, dans ses administrateurs,
bref toute personne liée, et ce qui lui est permis, c'est de demander des...
tout renseignement ou tout document. Donc, ce qu'on comprend, c'est que ça...
Là, je comprends, là, vous dites : Pas de ouï-dire, mais qu'est-ce qui
nous dit que ce n'en sera pas? Il est prévu tout renseignement, tout document,
donc...
Puis c'est sûr qu'il y a une personne qui va
transmettre soit des documents ou des renseignements. Si elle a une déclaration
sous serment à signer, elle va y penser deux fois avant de le faire. Donc, pour
nous, c'est une mesure de protection. C'est
un pouvoir qui est déjà octroyé à l'AMP, c'est prévu dans le projet de
loi 62, qu'elle pourra demander une déclaration sous serment. Pour
nous, c'est une protection supplémentaire pour nous assurer évidemment qu'il
n'y aura pas de déclaration mensongère, parce qu'autrement on n'aura aucun
moyen de le valider, là, du moins avec la modification qui est prévue, on...
M. Julien : Parfait.
Parce que, pour moi, j'y vois une valeur ajoutée en termes de... parce qu'ils
ont déjà le pouvoir d'enquête, d'aller sur ces éléments-là pour la
démonstration de l'intégrité. J'entends les craintes qui sont nommées, là,
parce que, des fois, là, il y a des choses qui se terminent mal dans la
passation. Donc, on en discutera avec l'AMP lors de leur visite, naturellement.
Globalement, par rapport à votre association,
les modes collaboratifs, comment c'est reçu par vos membres, et est-ce que vous
estimez que les gains pour les donneurs d'ouvrage et pour l'industrie sont
partagés et c'est une situation gagnant-gagnant d'aller vers ces modes-là,
comparativement à ce qu'on vit actuellement?
M. Laurendeau (Martin) : Moi,
personnellement, je considère que tout mode de réalisation qui permet aux gens
de se parler, de travailler dans l'objectif commun du projet, va apporter des
gains significatifs. Présentement, moi,
j'opère quand même beaucoup dans le mode traditionnel, on s'entend, puis ce que
je me rends compte, c'est que les gens sont souvent polarisés en
fonction de leurs propres intérêts. Je trouve très dommage, d'ailleurs, d'avoir
vu évoluer les projets dans les dernières
années, où chacun est vraiment en protection de sa partie et non du projet. Et ça
amène toutes sortes d'enjeux en cours de route.
M. Julien : Quand
on faisait notre tournée, on a observé aussi... dépendant, là, que... bien,
peut-être plus avec certains
entrepreneurs généraux, mais peut-être aussi avec vos membres, mais on nous
disait : Ce n'est pas intéressant, même, c'est tellement rendu
complexe, ce n'est pas intéressant de travailler avec les donneurs d'ouvrage
publics. Est-ce que vous entendez ça auprès de vos membres?
M. Laurendeau
(Martin) : Effectivement, moi, j'ai vu la qualité des
projets... En fait, pour vous dire, moi, je suis un passionné de la construction, c'est ce que je fais à tous les
jours. Puis je vous dirais que ce qui va éventuellement précipiter ma
sortie, là, qui n'est pas pour demain, on s'entend, mais c'est le climat de
travail dans lequel on opère. C'est vraiment rendu désagréable. Puis je vous
dirais que, si vous regardez les projets qui s'opèrent au niveau... au niveau public présentement, du moment qu'on
dépasse un an, 12 mois, il y a un nombre significatif d'intervenants qui
sont remplacés en cours de route, puis ça témoigne d'un malaise, là, qui est
assez profond.
M. Julien : Parfait. C'est sûr,
le projet de loi touche les organismes assujettis à la Loi sur les contrats des
organismes publics, puis sur... Là, on ne va pas dans le milieu... dans le
milieu municipal, puisque c'est d'autres cadres
juridiques qui... naturellement, on n'est pas fermés... je pense qu'on n'est
pas fermés à l'idée éventuellement de le regarder avec ma collègue des
Affaires municipales, mais puisque c'est... puisque vous voyez que c'est bon
pour les donneurs d'ouvrage de la fonction... en tout cas, du gouvernement, de
la SIQ, la SQI et le ministère des Transports, vous voyez la même chose pour
tous les donneurs d'ouvrage publics pour vous?
M. Laurendeau (Martin) : En
fait, qu'ils soient assujettis à la même réglementation, pour ma part, n'est
peut-être pas l'enjeu principal. Ce que j'ai vu... une amélioration, là, au
cours des dernières années, mais qui est encore
à parfaire, c'est l'uniformité des processus puis des documents. Moi, j'ai vu
le cadre, là, administratif s'alourdir considérablement au cours des
15 dernières années, et pas nécessairement pour des mauvaises raisons. Le
problème, c'est qu'on demande à une industrie, qui est à la base des
entrepreneurs, des innovants, de se structurer, mais se structurer sur quoi? On
travaille avec la SQI, qui est un bon donneur d'ouvrage, à ma lecture, on
travaille avec le ministère de la Santé, on
travaille avec les écoles, qui ont adopté Edilex depuis quelques années, mais
on est constamment à revoir le processus. Puis n'importe quelle
industrie qui veut devenir productive, performante, mesurer sa qualité, mesurer
son efficacité, à la base, ça part par une uniformité, puis c'est absent
présentement dans le marché.
M. Julien : Parfait.
On se donne, à l'intérieur... Vous avez certainement pris connaissance aussi de
la stratégie. Parce que, tu sais, le projet de loi, en réalité, c'est
les bases d'une stratégie. On a les règlements, que vous avez mentionnés, sur
la rapidité de paiement, qu'on y travaille, il y a la directive des projets
majeurs, puis on se fixe des objectifs. Et, encore là, je vais toujours revenir
là-dessus, tu sais, bon, on déduit jusqu'à 15 % de réduction de coûts et 25 % de réduction des délais, et, quand je
parle avec certains secteurs, le monde, ils disent : Ça va être... ça va
être plus que 15 % de réduction de coûts, d'autres me disent...
Mais est-ce que, pour vous, à l'évidence, ce qu'on a dans la stratégie et dans
le projet de loi, là, puisqu'il y a quand même les modes collaboratifs, est-ce
que les gens que vous représentez vous
disent : Écoute, clairement, on va être en mesure de sauver mutuellement
temps et argent ou, pour eux, ce n'est pas si clair que ça?
M. Hamel (Pierre) : Essentiellement, ce qu'on nous dit, c'est qu'il faut se
parler puis qu'on ne se parle plus. On ne communique plus. Le projet de loi
permet de communiquer puis de parler. Puis ça met en évidence les lacunes du projet régulier, qui... auxquelles... on ne se
parle pas, puis on est rendus qu'on est obligés d'avoir une loi pour se faire
payer. Vous comprenez, là? C'est quand même particulier, là, tellement les
tensions sont difficiles.
Alors, effectivement, nous, ce qu'on demande,
c'est : trouvons des forums, mettons sur pied un forum pour se parler, pour pouvoir baisser la tension. Puis
que ce soit dans les contrats réguliers, la somme forfaitaire ou les appels
d'offres régulières, ou que ce soient les contrats en mode partenariat ou les
anciens contrats mixtes qui deviennent des
contrats... peu importe, trouvons une façon de se parler. C'est payant. Vous en
avez vous-même fait la démonstration, M. le ministre. C'est dans ce
sens-là qu'on veut dire. C'est que ça va être payant. Si on se parle, ça va
être payant sur tous les types de contrats.
M. Julien :
Mais moi, je résume ça... Se parler, pour moi, ça permet deux choses qui
sont assez distinctes. Ça permet de ne pas se chicaner. Parce que, tu sais...
puis je ne veux pas être simpliste, là, mais des contentieux... le contentieux de la SQI puis des contentieux des
entrepreneurs ou des différents intervenants, là, ça, ça n'amène pas de brique et
puis pas de mortier, là, hein? Alors, ça, c'est... peu importe l'argent qu'on
met là-dedans, là, ce n'est pas... ce n'est pas productif quand c'est sur
confrontation.
Puis l'autre élément,
c'est de bénéficier de l'expertise, l'expérience, parce que, quand on se
parle... c'est dire : Écoute, je
connais ton objectif, mais as-tu pensé que, si on faisait ça de même, on
l'atteindrait? Alors, tu sais, il y a un gain, parce qu'on partage nos
compétences et nos expériences au bénéfice d'un projet commun, puis il y a un
gain, parce que... Alors, vous les voyez, ces deux gains-là? Puis est-ce que
vos membres sont... se disent : Heille! Moi,
là, j'ai le goût de contribuer à la solution, puis on me... on ne me laisse pas
embarquer, ou ils vous disent : Non non, ce n'est pas ça que je
vis?
• (17 h 20) •
M. Laurendeau
(Martin) : Je vous dirais que j'ai la chance d'évoluer dans un petit
milieu en Estrie, où on a la chance de se
parler, en fait. Puis, dans les dernières années, où c'est devenu très intense,
qu'il y avait beaucoup de... en fait,
d'appels d'offres qui n'avaient pas du tout de soumissionnaire, ou très peu,
j'ai eu la chance, à plusieurs reprises, de parler avec des donneurs
d'ouvrage publics, puis... des fois, parce que leur premier appel d'offres n'a
pas été fructueux ou, des fois, parce qu'ils
ne voulaient pas arriver face à un mur. Puis, souvent, on trouvait des
solutions. Ils nous disaient :
Qu'est-ce que... Est-ce que tu penses avoir le temps de soumissionner pour ce
projet-là puis le réaliser? Oui, le problème, c'est votre calendrier.
Je vais vous donner
un autre exemple qui est arrivé dans notre région. On a eu quelques maisons des
aînés qui ont poussé en même temps... en
même temps que l'industriel est devenu très fort, qui était peut-être un peu
moins sur votre radar. Il y avait une pénurie d'électriciens. Quand on
peut se parler en amont... Puis ça ne veut pas dire de faire un projet
100 % collaboratif, là. Un projet peut être collaboratif à 100 % sur
un projet d'une école secondaire de 150,
200 millions, mais, sur de plus petits projets, c'est peut-être des
éléments de collaboration, avant le moment d'appel d'offres, comment le réaliser, de permettre une
fenêtre de temps aussi pour la réalisation, au lieu d'imposer un calendrier
qui est à ce point serré qui fait qu'on
n'est pas capables de trouver les équipes de travail pour réaliser le mandat.
Des fois, juste en changeant un petit peu les termes, on est capables
d'aménager une capacité de production.
M. Julien :
Merci.
La Présidente
(Mme Cadet) : ...
M. Julien :
Ça fait le tour pour moi. Merci.
La Présidente (Mme Cadet) : ...Parfait.
Merci. Donc, je passe la parole alors au député de Nelligan.
Vous disposez de 9 min 46 s.
M. Derraji :
...Bonjour. Merci pour votre présence. Je vais aller droit au but :
l'article 13. On va commencer avec
l'article 13, parce que vous avez eu un excellent échange avec le
ministre, je n'ai rien à ajouter par rapport au mode collaboratif. Mais
l'article 13, c'est quoi, votre interprétation? Pourquoi il est ajouté
dans ces... dans ce projet de loi? Quel message vous avez reçu quand vous avez
vu l'article 13, hein? Dites-nous qu'est-ce que vous en pensez.
M. Hamel
(Pierre) : Écoutez, essentiellement, le...
on travaille sur les délais de paiement depuis presque... plus de 10 ans, maintenant, pour essayer de
mettre en place un mode simple, facile, rapide, non judiciarisé, sans avocat,
pour régler rapidement les demandes de paiements puis les règles reliées à des
sommes d'argent qui sont reliées aux contrats.
Il
y a des projets pilotes qui ont été faits. Il y a les 180 projets aussi
qui ont été accélérés et qui ont dû être accélérés en fonction des règles de délais de paiement comme
telles. Et il y a des décisions qui ont été rendues, qui sont satisfaisantes
pour les donneurs d'ouvrage ou qui ne le
sont pas, et qui sont satisfaisantes pour les entrepreneurs ou qui ne le sont
pas.
En
mettant... en mettant cette décision-là, qui, d'ailleurs, n'est pas finale...
ce n'est pas une décision finale, c'est comme un processus pour déterminer qui doit payer qui, quand, dans le
cadre du projet. C'est un peu comme l'architecte qui détermine :
Bien, les travaux sont rendus à tel point, on va payer tel point. À la fin, là,
ce n'est pas l'architecte qui décide, c'est le juge, puis c'est la même chose
pour les paiements qui sont dus ou qui ne sont pas dus.
Alors ici, ce qu'on
fait, c'est qu'on... en mettant l'article 13, on permet d'annuler cette
décision-là. Et ce qu'on fait, c'est qu'on donne cette permission d'annuler
cette décision-là dans les 30 jours de la décision. Alors, si on regarde
pourquoi, là, on dit... Les motifs, c'est : «une partie n'avait pas la
capacité de participer au processus de règlement du différend...» Est-ce qu'il
faut attendre 30 jours de la décision pour déterminer si elle avait la
capacité ou pas? C'est vraiment... c'est
ridicule. «Le différend découle d'un contrat public ou d'un sous-contrat public
qui n'est pas valide;». On le sait ou
on ne le sait pas immédiatement, pas besoin d'attendre une décision qui va
prendre 30 à 45 jours, rajouter 30 jours, aller à la Cour
supérieure, attendre la décision de la Cour supérieure, aller en Cour d'appel,
puis dire : Ah! vous avez raison, on
annule la décision et là on revient. On parle d'un an, de l'argent d'avocats,
ce qu'on ne voulait pas initialement. C'est ça qu'on ne veut pas.
La décision... «Le processus de règlement [est]
mené par une personne qui n'était pas accréditée...» L'IMAQ accrédite, on le
sait ou on ne le sait pas, s'ils sont accrédités d'entrée de jeu, derechef,
sans coup férir, ipso facto. Écoutez, c'est... Pas besoin d'attendre
60 jours sans... pour dire : Bien, écoute, je vais le contester.
Les processus, ils n'ont
pas été suivis. Imaginez-vous, là, moi j'ai un... j'ai... je demande un
paiement, j'ai... le décideur a 30 jours, plus 15 jours,
45 jours, il prend 48 jours, ou 52 jours pour... ou
120 jours, et là on reçoit la décision.
Si on est favorables, on n'ira pas en annulation, mais, si elle est
défavorable, bien là, on a un recours en annulation.
Tout ça, là, ce que ça fait... plutôt que de
dire : On arrête les... on n'est pas d'accord avec la décision, on la
subit, mais on a nos recours en Cour supérieure puis on va y aller, en Cour
supérieure, chercher l'argent qu'on a payé en
trop, comme c'est prévu actuellement. Là, ce que ça fait, ça fait que, si les
donneurs d'ouvrage ne sont pas satisfaits de la décision, ils vont
obliger les entrepreneurs à prendre des recours en Cour supérieure pour faire
valoir la décision. Sinon, bien là, les entrepreneurs vont être obligés de
faire une réclamation, comme ils peuvent le faire actuellement.
Alors, ce que ça fait, ça, ça soutire
possiblement une des parties à l'obligation d'aller devant les tribunaux en Cour supérieure pour faire valoir la vraie raison et le vrai motif pourquoi tout ça est
mis en place : pour se faire payer. Alors, l'annulation de la décision n'a aucun impact sur le paiement. On
ne règle pas qui doit payer qui ou quoi, on fait juste dire que la
décision qui était rapide, qui était faite pour être rapide, pour être... pour
pouvoir servir l'industrie, pouvoir servir le développement, bien là, elle est
annulée. Ça fait qu'on prend une autre décision. On ne va nulle part avec ça. Ce n'est pas... Ça ne crée pas de la...
ça ne crée pas de valeur, ça ne crée pas de richesse, ça fait juste créer des
problèmes. Et, si les entrepreneurs se trouvent dans ces situations-là, obligés
d'engager des avocats pour ça, bien, ça va décourager l'utilisation du système.
C'est ça qu'on veut dire.
M. Derraji : Oui. Bien, je... À
moins que, si... Vous voulez ajouter quelque chose d'autre?
M. Hamel (Pierre) : Non, non, non. Bien, écoutez...
M. Derraji : Non, mais écoutez,
écoutez, vous m'avez...
M. Hamel (Pierre) : Je pense j'ai pas mal tout dit.
M. Derraji : Non, non, mais
vous m'avez impressionné. Écoute, moi, je vous ai oublié, je regardais juste le
ministre. J'espère qu'il a bien pris des
notes, parce que, sérieux, c'est très intéressant. Là, moi, je n'ai aucun
problème, si vous voulez seconder, je
peux vous donner mon temps et dire qu'il a fait un excellent exposé. Parce que,
si on ne vous écoute pas aujourd'hui... Écoutez, M. le ministre,
franchement, écoute, je n'ai jamais... et c'est rarement vu, une si bonne
implication en commission parlementaire. Je vous remercie, ça démontre que vous
étiez prêt.
Mais moi, j'ai une sous-question. J'ai une
sous-question. Qui avait besoin de ça? Pourquoi? On dit... depuis le début, on
parle de la collaboration. Un esprit de collaboration, c'est que... Je ne vais
pas penser que ça ne va pas marcher. C'est
vrai, on doit toujours mettre en place des mécanismes pour s'en sortir. Mais
une approche où on se dit, dès le
départ, on veut collaborer, est-ce que ça envoie un message négatif? En fait,
le but qu'on cherche avec ce projet de loi, on le perd.
M. Hamel (Pierre) : À l'égard de l'article 13 spécifiquement, je dirais,
là, parce que c'est lui qui parle de paiement comme tel, effectivement, comme
on dit, la loi dans l'industrie de la construction, c'est celui qui a l'argent
dans ses poches.
M. Derraji : Oui.
M. Hamel
(Pierre) : Alors, quand il y a un risque qu'elle sorte de tes
poches, bien là, tu négocies mieux, tu es plus collaboratif, si on veut.
On s'entend. Mais, si tu as des possibilités de te soutirer de ça puis de le
faire autrement, tu ne paieras pas. Essentiellement, c'est ça. Malheureusement,
c'est ça. Et tous ces processus-là font en sorte que ça rend... ce serait encore plus compliqué de se faire payer alors qu'on
voulait trouver une solution simple pour que ça se règle rapidement sans
brimer les droits des parties une fois le projet réalisé.
M. Derraji : Mais,
M. Hamel, vous êtes très convaincant. Avec votre permission, Mme la
Présidente, moi, ça ne me dérange pas... Est-ce qu'ils vous ont convaincu, M.
le... Je sais que je n'ai pas le droit de vous le dire, mais, sérieux, moi, je
n'ai pas... Je suis généreux.
M. Julien : Vous pouvez me dire
ce que vous voulez.
M. Derraji : Vous pouvez leur
poser la question par rapport à l'article 13, sur le fond. Moi, je vais
arrêter de poser des questions sur
l'article 13. Vous avez vu les anciens groupes, qu'est-ce qu'ils ont dit.
Mais, sérieux : le premier groupe qui nous a expliqué clairement
les enjeux avec l'article 13. Je sais que votre volonté c'est de la
collaboration. Moi, je n'ai aucun problème. Vous voulez utiliser mon temps,
leur poser la question sur le fond du 13? Parce que je veux qu'on règle cette
question. Moi, je n'ai pas de problème. Dans un esprit de collaboration, je
vous offre quelques secondes par rapport à l'article 13.
M. Julien : Bien, merci, merci.
• (17 h 30) •
M. Derraji : Ce qu'ils
ramènent, c'est très important. Moi...
M. Julien :
Alors, merci. Alors, je vais prendre ce temps-là. Alors, j'entends bien ce
que... ce qui est mentionné. Naturellement, là, quand on ira dans l'article par
article, on verra la teneur de l'article 13, parce que vous mentionnez des
choses qui peuvent laisser présager que c'est beaucoup plus en termes de
processus... non-respect du processus, bien
que vous ayez nommé plusieurs éléments, en fin de compte, qui pourraient nous
amener à l'utilisation, de part et
d'autre, hein? Ce n'est pas juste le donneur d'ouvrage public, mais c'est aussi
l'autre partie qui pourrait l'utiliser.
Mais j'entends bien
ce que vous me dites. Puis c'est vrai qu'en apparence c'est comme si on
alourdit quelque chose qu'on veut régler, alors on verra si on peut le
circonscrire et comment on peut le faire, de manière plus spécifique, sur le non-respect du processus de cet
indépendant-là. On le regardera attentivement, parce que vous n'êtes pas
le premier à le mentionner. Mais vous êtes celui qui l'a fait avec une verve
assez convaincante.
M. Derraji :
En termes de jeu d'échecs, vous venez de faire un échec et mat. Parce que,
sérieux, il vient d'avouer son ouverture. Moi, j'adore ce genre de
collaboration. D'ailleurs, c'est mon attitude. C'est une...
Des voix : ...
M. Derraji :
Ah! oui... C'est une bonne... c'est une...
Une voix : ...
M. Derraji : Oui. C'est une bonne
ouverture. Mais, sérieux, parce que vous êtes le premier qui l'explique très
bien. Moi, j'aime ce que le ministre vient de dire, parce que, de part et
d'autre, on peut l'interpréter, mais je ne pense pas que l'idée du législateur,
c'est rendre la chose beaucoup plus complexe. Ce qu'on vous suggère :
prenez le temps. Moi, je ne sais pas à quel moment on va commencer à l'étude
détaillée, mais, si vous avez des commentaires pour soit... Je sais que vous,
votre demande, elle est très claire. Vous recommandez au gouvernement le
retrait tout simplement de l'article 13. Mais, à la lumière de ce qui a
été expliqué, mentionné par le ministre maintenant, proposez-nous des
amendements par rapport à l'article 13. Dans un monde idéal,
écoutez, on va l'amender, on va l'enlever, mais il faut se donner quand même...
si j'ai bien compris la présentation du ministre, d'aller vraiment dans le
détail de l'article 13. Merci...
La Présidente (Mme
Cadet) : C'est tout le temps... Merci beaucoup, M. le député de
Nelligan...
M. Derraji :
Merci...
La
Présidente (Mme Cadet) :
...c'est tout le temps dont vous disposez. À vous maintenant la parole, Mme la députée
de Verdun. Vous avez 3 min 15 s.
Mme Zaga
Mendez : Merci beaucoup. Merci, encore une fois, pour votre
présentation. Étant donné qu'on n'a pas
beaucoup de temps, je vais aller directement à ma question, c'est par rapport à
votre recommandation 8, ce qui concerne
d'étendre l'application de la LCOP et les règlements qui découlent ainsi, la
juridiction... excusez-moi, l'ensemble des municipalités. J'aimerais ça
vous entendre un peu plus là-dessus, pourquoi c'est important que ça touche
aussi les municipalités puis les contrats octroyés par les municipalités.
M. Laurendeau
(Martin) : En fait, moi, j'opère régulièrement des projets avec les
municipalités. Puis je comprends que c'est un peu différent des organismes
publics, mais nous, ce qui est important, c'est l'uniformité des processus puis
l'uniformité du règlement des différends, du cadre de gestion. On n'est pas
toujours en confrontation, mais c'est
important que les entrepreneurs aient un processus uniforme pour qui
travailler. Puis je peux vous dire que, depuis presque 20 ans, mon implication, au niveau de l'ACQ, ça a
toujours été un enjeu que les municipalités étaient, ce que je pourrais dire, une bibitte à part du reste
du gouvernement, ça a toujours causé des problèmes. Puis, aujourd'hui,
ce qu'on voit de plus en plus, c'est que les municipalités ont de plus en plus
de gros projets, elles ne bénéficient pas nécessairement d'infrastructures,
surtout quand on parle de petites municipalités, des fois, vous seriez surpris
de voir qu'ils n'ont à peu près pas de services techniques.
Donc,
la protection d'une loi, d'une réglementation qui est uniforme nous aide à
conduire les projets, puis il y a beaucoup moins... ça donne beaucoup
moins de confrontations puis de litiges.
Mme Zaga Mendez :
...intéressant. Est-ce qu'il y aurait d'autres conséquences de ne pas le
faire, de ne pas étendre aux municipalités? Là, vous avez parlé d'uniformité,
est-ce que vous sentez que ça crée aussi deux types... des chantiers, des
scénarios, là, pour les appels d'offres?
M. Laurendeau
(Martin) : Je ne suis pas sûr de bien répondre... de comprendre,
mais... Vas-y.
M.
Hamel (Pierre) : Il y a différentes
approches. Les municipalités peuvent faire à peu près ce qu'ils veulent dans leur contrat. Évidemment, il y a la Loi sur
les cités et villes, la loi sur... mais... Puis il y a une partie... ils sont
déjà assujettis par une partie au niveau des contrats, là, en matière de
l'Autorité des marchés publics puis... Alors, ils sont à cheval entre la Loi
sur les contrats des organismes publics, mais ils ont aussi leur loi. Mais ils
veulent que, dans leur loi... parce que c'est à cause de l'autonomie
municipale, ils veulent avoir les mêmes dispositions que dans la Loi sur les
contrats des organismes publics, mais, des fois, il y a des petites variantes.
Ce
qu'on explique, ce qu'on essaie de faire depuis des années, on a réussi à le
faire avec... en 2008, avec la création de la Loi sur les contrats des
organismes publics, c'est d'avoir de l'uniformité dans le cadre administratif,
législatif et réglementaire pour les entrepreneurs, pour les ingénieurs, pour
les architectes, pour les estimateurs, pour tous ceux qui travaillent dans les
municipalités, dans les commissions scolaires, dans les universités, qui
partagent le même type de gestion, comme on
dit, et qui favorisent tout simplement une uniformité pour construire de la
jurisprudence, développer des processus, etc.
La Présidente (Mme
Cadet) : Merci beaucoup, Me Hamel...
M.
Hamel (Pierre) : Merci.
Mme Zaga
Mendez : Merci...
La Présidente (Mme Cadet) : ...c'est
terminé. Donc, merci. Donc, à vous maintenant la parole, M. le député de Jean-Talon,
pour 2 min 29 s.
M. Paradis : Merci
beaucoup. Vous avez des recommandations fort claires, bien, notamment sur
l'article 13 dont vous avez discuté avec mon collègue le député de
Nelligan. Je vois que vous recommandez aussi le retrait de l'article 7, et
vous recommandez également le retrait, je pense, complet de l'article 2,
celui qui permet d'octroyer de gré à gré des
contrats au terme d'un appel infructueux quand il n'y a pas de... aucune
soumission conforme. J'imagine que
cette recommandation-là s'applique aussi aux dispositions corollaires plus loin
dans le projet de loi, les articles 45, 46, 47, 48, là, qui
prévoient la même chose pour les...
Des voix : ...
M. Paradis : Oui, très bien. Dans les angles morts du projet de
loi... du projet de loi 62, j'ai bien noté aussi que vous parlez du
problème qu'il y a peu d'entreprises qui vont pouvoir se qualifier pour ce
nouveau processus là, et donc il y a un risque de réduction de la concurrence
si on l'utilise. Vous nous parlez de formation, de l'importance de la formation
pour que plus d'entreprises puissent se qualifier, mais, aux fins du projet de
loi, est-ce que vous avez des recommandations
particulières sur les dispositions que vous allez... que nous allons étudier,
compte tenu de cette crainte que vous exprimez?
M.
Hamel (Pierre) : Sur le plan législatif,
je ne sais pas jusqu'où il serait opportun d'aller, mais ce qu'on veut
expliquer, c'est que l'outil qu'on donne aux donneurs d'ouvrage publics, là,
c'est eux qui doivent le développer. C'est eux qui doivent exercer un
leadership puis aller chercher la concurrence, aller chercher... s'assurer que
les entreprises grandissent avec le phénomène et puissent faire quelques projets
pour apprendre à fonctionner, avoir du personnel, être capable de développer de
la gestion. Parce que c'est beaucoup de gestion, ça, c'est... on est ailleurs,
et pour les donneurs d'ouvrage, et pour les entrepreneurs.
Alors, c'est ça qu'on
veut dire. On veut permettre aux donneurs d'ouvrage d'avoir une espèce
d'obligation de développer ou d'exercer le leadership pour amener l'industrie
avec eux, parce que les entrepreneurs, ils répondent à l'industrie. Quand même
qu'on serait capables d'aller sur la Lune, si les donneurs d'ouvrage ne veulent
pas aller sur la Lune, ça ne sert à rien. Ça fait qu'on répond aux donneurs
d'ouvrage, puis ce qu'ils veulent, si c'est clair, si c'est précis, on va
s'organiser tranquillement, puis on va se rendre là, mais on a besoin que tout
le monde embarque.
La Présidente (Mme
Cadet) : 10 secondes.
M. Paradis : Est-ce
que la... une meilleure définition des projets visés, parce que vous en parlez
dans votre mémoire, c'est aussi une partie de la solution peut-être?
La Présidente (Mme
Cadet) : En une seconde, allez-y.
M.
Hamel (Pierre) : Oui, une partie.
La Présidente (Mme
Cadet) : Merci beaucoup. Donc, cette période d'échange, donc, est
terminée. Donc, Me Hamel, M. Laurendeau, Me Darveau-Breton,
merci pour votre contribution à ces travaux.
Je suspends cette
commission jusqu'à 19 heures. Merci.
(Suspension de la séance à
17 h 38)
(Reprise à 19 heures)
La Présidente (Mme
Cadet) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des finances
publiques reprend ses travaux. Donc, je
demande, donc, à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques, c'est le cas de le dire.
Donc,
je souhaite maintenant la bienvenue à nos prochains intervenants, donc, de l'Autorité des marchés publics, M. Bouchard,
Mme Marcoux, M. Trudel et M. Vézina. Donc, à vous la parole.
Mais, bien,
avant ça, donc, aujourd'hui, nous poursuivons les consultations particulières
et auditions publiques sur le projet de loi n° 62,
Loi visant principalement à diversifier les stratégies d'acquisition des
organismes publics et à leur offrir davantage d'agilité dans la réalisation de
leurs projets d'infrastructure.
Donc, comme,
bon, la séance a commencé à 19 heures, donc, je n'ai pas besoin, donc, de
demander votre consentement pour
poursuivre au-delà de l'heure prévue. Donc, vous pouvez commencer votre exposé d'une
durée de 10 minutes. Merci.
Autorité des marchés publics (AMP)
M. Trudel (Yves) : Merci. Alors, Mme
la Présidente, M. le ministre responsable des Infrastructures, Mmes, MM. les députés, j'ai le plaisir de m'adresser à
vous dans le cadre des consultations particulières sur le projet de
loi 62.
D'emblée, je vous rappelle brièvement le rôle de
l'Autorité des marchés publics. Depuis cinq ans, l'AMP a le mandat d'assurer la
surveillance des marchés publics au Québec. Nous agissons auprès des organismes
publics et municipaux afin qu'ils respectent le cadre normatif de gestion
contractuelle auquel ils sont assujettis, notamment la Loi sur les contrats des
organismes publics. Notre travail s'effectue également en matière de
vérification d'intégrité des entreprises afin de nous assurer que seules les
entreprises intègres aient accès aux marchés publics et obtiennent les
contrats, et ce, afin de favoriser une plus grande concurrence.
Dans l'optique où nous souhaitons voir un
changement de culture en gestion contractuelle, depuis 2020, nous innovons par
notre approche d'intervention qui se veut une manière proactive d'identifier
les manquements avant que le préjudice ne
soit causé et, donc, de permettre à la concurrence de s'exercer. Cette approche
d'intervention auprès des organismes publics et des municipalités aura
permis l'apport de correctifs pendant le processus d'appel d'offres. Au cours des deux dernières années, nous sommes intervenus
dans environ 1 500 processus d'appels d'offres ou lors de publications d'un avis d'intention afin de
conclure un contrat de gré à gré, ce qui représente une moyenne de trois fois
par jour.
Le succès des interventions de l'AMP se
caractérise par sa présence sur le terrain. Nous intervenons dans les bureaux
des entreprises, visitons les chantiers, rencontrons des donneurs d'ouvrage et
des entrepreneurs directement où les travaux
s'effectuent. Ces visites nous procurent énormément d'informations sur la façon
dont le marché se comporte, sur les problématiques rencontrées, les
facteurs qui affectent la concurrence, la transparence et l'équité au sein des marchés publics, notamment le peu de
soumissionnaires répondant aux appels d'offres. C'est donc sur la base de notre
expertise développée au fil des ans et la connaissance du marché et des
échanges que nous avons avec nos différents partenaires que nous formulons nos
constats au regard de ce projet de loi.
Nous tenons d'abord à vous mentionner que l'AMP
souscrit aux objectifs et aux orientations visés par ce projet de loi. D'ailleurs, l'AMP salue tout changement législatif
permettant une plus grande agilité aux marchés publics tant que ces changements n'ont pas pour objectif
d'exclure les organisations publiques des règles, et que les changements ne
restreignent pas la concurrence, l'équité et la transparence. Ce projet de loi
confère notamment à l'AMP des pouvoirs additionnels
lui permettant d'exiger de toute personne de lui remettre des documents et des
renseignements pertinents nécessaires aux fins de vérifier si une entreprise
satisfait aux exigences d'intégrité. Cette disposition permettra à l'AMP de
compléter ses vérifications auprès des tiers concernés.
Finalement,
cette disposition est d'autant plus importante que nous constatons, à
l'intérieur de nos mécanismes de surveillance, de plus en plus la
présence du crime organisé, de la collusion et le partage de territoire. Bien
que les objectifs de ce projet de loi soient
louables, il est important pour l'AMP de soulever quelques dispositions qui, à
notre avis, constituent des risques pour les marchés publics, d'une part, sur
la capacité de l'AMP d'exercer la surveillance... sa surveillance, et, d'autre part, sur les brèches
qui pourraient s'ouvrir quant à l'absence de concurrence dans certains appels
d'offres et à la transparence du processus contractuel.
Actuellement, lors de l'attribution d'un contrat
de gré à gré pour motif qui ne servirait pas l'intérêt public, un avis
d'intention de 15 jours est publié au service électronique... au système
électronique d'appel d'offres avant la conclusion du contrat. Ceci permet à
l'organisme public de signifier son intérêt à travailler avec un fournisseur
potentiel. Suivant la publication, d'autres fournisseurs peuvent faire part de
leur intérêt en fonction de leur capacité à réaliser le contrat. Avec le
PL 62, cet avis d'intention ne serait plus requis, notamment lorsqu'aucune
soumission conforme n'a été présentée dans le cadre d'un appel d'offres avec certaines
conditions, dont celles prévues à l'appel d'offres demeurant les mêmes, à
l'exception du délai de réalisation.
Pour l'AMP, cela pose certains enjeux, d'abord,
un enjeu de transparence puisque l'on ne connaîtrait le fournisseur ciblé
qu'une fois le contrat conclu, ce qui va à l'encontre des principes de
transparence de la LCOP. Cela empêcherait l'AMP de jouer son rôle de
surveillance avant l'octroi du contrat, puisque... puisqu'elle pourrait agir de
façon plus limitée uniquement qu'au terme de la conclusion du contrat, alors
que, présentement, nous intervenons en amont. Il n'y avait pas non plus de
possibilité pour une entreprise qui s'estimerait lésée de porter plainte
pendant le processus d'attribution.
De plus, cette façon de faire pourrait avoir le caractère
insidieux où des entreprises ne soumissionneraient pas sur les contrats, en
attendant de recevoir une invitation à conclure un contrat de gré à gré, et ce,
particulièrement dans les régions où il y a peu de concurrence. Les coûts de
réalisation pourraient ainsi être plus élevés qu'anticipés lors du lancement de
l'appel d'offres, f'autant plus qu'en matière de contrats de gré à gré, nous
sommes à même de constater une tendance à la hausse du recours à ce type de
sollicitation.
Selon les données produites
par le Secrétariat du Conseil du trésor, le recours au gré à gré a augmenté de
30 % dans les trois dernières années. En comparaison, le recours à l'appel
d'offres public n'a augmenté que de 8 % pendant la même période. Nous
avons déjà de l'information d'entrepreneurs qui soulignent de ne pas vouloir
participer aux appels d'offres, car les besoins y sont mal définis. Les
donneurs d'ouvrage veulent aller trop vite, causant ainsi des problématiques
lors de l'exécution. Comme mentionné précédemment, l'objectif de réaliser les
projets plus rapidement et à moindre coût ne doit pas se faire au détriment des
bonnes pratiques et de la qualité. Nous désirons ici citer en exemple le
travail de surveillance de l'AMP réalisé dans le cadre des 180 projets visés
par la loi sur l'accélération de certains projets d'infrastructure,
particulièrement pour la construction des maisons des aînés, de même que celui
réalisé dans le cadre de l'examen de la gestion contractuelle du ministère des
Transports et de la Mobilité durable durant... dont le rapport de notre
surveillance a été déposé en novembre dernier.
Les témoignages recueillis auprès des
entrepreneurs et des donneurs d'ouvrage nous indiquent clairement que la
plupart des manquements sont liés à un manque de planification qui se veut
l'étape la plus importante, puisqu'en découlent l'analyse des besoins,
l'estimation des coûts et l'analyse du marché. Il ne faudrait pas qu'un projet,
aussi pertinent soit-il, réalisé dans un laps de temps trop court et à moindre
coût, finisse par coûter plus cher à long terme aux contribuables québécois en
raison d'étapes sacrifiées au nom des délais et des coûts. Une étude récente
des HEC Montréal à propos des coûts des projets de transport collectif au
Québec apporte d'ailleurs un éclairage sur les impacts d'un manque de
planification par la CDPQ Infra pour le projet du REM, qui a entraîné des
retards de trois ans et une augmentation des coûts de 45 %. Une étude
souligne également l'importance de l'étape de planification sous la formule
«think slow, act fast», donc prendre plus de temps à l'étape de la
planification et, une fois celle-ci bien complétée, on pourra agir plus vite.
Nous
proposons quatre amendements qui nous apparaissent importants : que
l'autorisation ministérielle permettant à un organisme public de
conclure un contrat de partenariat puisse être accompagnée de conditions
déterminées par ce ministre s'il le juge opportun; que l'AMP puisse émettre des
recommandations au ministre responsable, à l'instar de ce que sa loi constitutive
lui permet de faire à l'égard du président du Conseil du trésor et du ministre
responsable des Affaires municipales; que l'AMP ait accès aux renseignements et
aux documents disponibles dans la salle de documentation électronique, non
seulement dans le cas d'une plainte, mais, en tout temps, en lien avec sa
mission de surveillance. Concernant l'article 2 du PL 62 faisant
référence à l'article 13.1 de la LCOP, nous recommandons que les détails du contrat conclu sans publication
d'avis d'intention soient inscrits lors de la conclusion du contrat au SEAO.
De plus, nous remarquons qu'à l'article 9
une différence de traitement, quant au moment de la détention de
l'autorisation... de l'autorisation de contracter entre un contrat de
partenariat et les autres catégories de contrat, tel qu'il a été adopté en
2022, dans le cadre de la loi 18.
• (19 h 10) •
En conclusion, vous aurez donc compris que l'AMP
doit pouvoir continuer à exercer son rôle de surveillance des marchés publics et s'assurer que les fonds
publics sont bien investis. Il en va du maintien de la confiance des contribuables
québécois à l'égard des organisations publiques qui investissent l'argent de
nos taxes et de nos impôts pour bâtir et maintenir en état des infrastructures
dont ils ont besoin.
Je termine en mentionnant que l'avis de... que,
de l'avis de l'AMP, peu importe les modifications qui seront apportées au cadre
normatif par ce projet de loi, tant et aussi longtemps que les donneurs
d'ouvrage ne consacreront pas le temps
nécessaire à la planification des projets d'infrastructure, à la définition des
besoins et à la qualité des devis, l'explosion des coûts et des délais
de réalisation dans les projets d'infrastructure continueront de survenir.
Soyez assurés que tout notre personnel est
investi, mobilisé et déterminé à réaliser la mission de surveillance de l'AMP,
tel que vous nous l'avez confié.
La Présidente (Mme Cadet) : Merci.
M. Trudel (Yves) : Merci beaucoup.
La
Présidente (Mme Cadet) : Merci beaucoup à vous. Donc, M. le ministre, la
parole est à vous pour 16 min 30 s, pour la période
d'échange.
M. Julien : Merci, Mme la
Présidente. Bien, merci beaucoup pour votre présentation. J'anticipais celle-là
avec un peu fébrilité, parce que vous êtes un peu notre caution morale dans ce
dossier-là, hein, toute la crédibilité quand l'Autorité des marchés publics
vient ici. Tu sais, l'industrie souhaite des choses, puis, bien, la crédibilité
est beaucoup axée sur votre point de vue par
rapport aux enjeux de concurrence, aux enjeux d'équité, d'intégrité. Alors, je
suis... je ne suis pas agréablement surpris, parce que je ne suis pas surpris,
je pense qu'on est à la bonne place, mais je suis heureux et satisfait
de voir votre appréciation générale et les éléments que vous pointez de manière
spécifique.
Vous avez
parfaitement raison, pour nous, la planification, c'est l'élément fondamental,
en termes de maturité et de préparation, pour permettre l'efficience dans un
processus de réalisation de projets. C'est sûr que la loi, ce n'est pas... tu sais, la stratégie prévoit des mesures
très robustes, à la fois en termes de capacité de marché et de maturité des
avant-projets, via différents règlements et directives. Alors, pour nous, c'est
essentiel, puis on joint complètement vos commentaires à cet effet-là. Puis ce
n'est pas nécessairement à l'intérieur de la loi qu'on y arrive, mais à travers
différents... différents gestes réglementaires.
Vous avez aussi des
recommandations. Puis, d'entrée de jeu, là, la 3 et la 4, là, c'est celles où
est-ce que vous dites : On aimerait ça qu'à l'AMP... avoir accès aux
documents disponibles, là, dans la salle de documentation, bien honnêtement, je ne vois pas d'enjeu, donc, on va voir
comment qu'on peut s'assurer de ça. Et la 4, je comprends bien que ce qu'on souhaite, c'est que, si on s'en va
dans une... dans le 13.1, sans avis d'intention, qu'il n'y ait pas de délai
entre l'autorisation du contrat et sa publication pour que vous l'ayez
séance tenante, pour pouvoir agir, en tout cas, plus au moment opportun, le cas
échéant, que ça arrive... c'est bien ma compréhension de votre
recommandation 4?
M. Trudel
(Yves) : Tout à fait.
M. Julien : Parfait.
M. Trudel
(Yves) : C'est exactement ça.
M. Julien : Parfait.
M. Trudel
(Yves) : Il faut comprendre, Mme la Présidente, il faut comprendre,
ici, ce qu'on veut dire, c'est qu'on comprend qu'après un appel d'offres
infructueux, parfois deux, à un moment donné, le ministère doit livrer ce qui est prévu pour le besoin du citoyen en
fonction d'une infrastructure quelconque. Donc, on est capables de comprendre
qu'en faire trois ou quatre, ça ne donnera pas grand-chose. Ceci dit, avec
notre modèle d'intervention, avec l'avis d'intention,
on est capable d'agir quand on voit la publication de l'avis d'intention et, à
ce moment-là, bien, on suit le projet.
Présentement, dans la
loi actuelle, c'est 30 jours après la conclusion d'un contrat qu'on doit
l'inscrire au SEAO. Dans ce 30 jours
là, c'est trop long pour nous parce qu'on ne sera pas capable de faire notre
travail efficacement. Et ce qui va
arriver, en principe, les travaux vont avoir débuté, puis là on va devoir
prendre une décision, ou on résilie, ou on suspend, ou on dit à
l'organisme public : Recommence. Donc, au tout début, lors de la
conclusion du contrat, si vous gardez cet article-là dans le projet de loi, ça
nous permettra d'agir avant que les travaux commencent, et là on rendra la
décision qu'on a à rendre.
Ce qui est important
de retenir ici, c'est qu'à date, en cinq ans, on n'a jamais, jamais mis fin à un
contrat de gré à gré d'importance, ce n'est pas arrivé. On a agi en amont, on
est intervenus en amont souvent. Là, on pourrait probablement, si la loi est
adoptée telle quelle, puis cet article-là, il serait possible qu'on résilie des
contrats, qu'on suspende des contrats comme les pouvoirs qu'on a pour le faire.
M. Julien : Parfait. Donc, ce délai-là, en fin de compte, de
publication, plus il est long, moins, en fin de compte, ça vous permet d'agir. Vous n'avez pas
l'information, donc... Alors, si, au moins, c'était séance tenante... bien,
c'est-à-dire, le moment de le saisir, là, mais une journée, là, mais...
M. Trudel
(Yves) : Oui, oui.
M. Julien : ...mais
pas 30 jours, comme...
M. Trudel
(Yves) : Exactement.
M. Julien : OK,
parfait. Mais il y a plusieurs choses. On observe... on a sorti des
statistiques, là, pour préparer la stratégie sur le... Pour moi, un des
indicateurs que ça va bien ou moins bien, c'est, on a sorti, pour tous les appels d'offres publics à travers le Québec, le
nombre de soumissionnaires moyen entre 2018 puis 2022-2023, 2018-2019,
2022-2023. Ce qu'on a observé, là, c'est passé, sur les milliers de contrats
qui ont été donnés, de 3,78 soumissionnaires, en moyenne, à 3,29 en
moyenne. Alors, quelqu'un va dire : Bien, c'est encore au-dessus de trois,
mais c'est une réduction de 13 % sur un volume de plus... de milliers de
contrats au Québec. Alors, c'est une réduction du nombre de soumissionnaires
moyen par appel d'offres public. Comment vous expliquez cette réduction-là?
M. Trudel
(Yves) : Cette déduction-là?
M. Julien : Cette
réduction-là.
M. Trudel
(Yves) : Présentement, on est en train d'analyser ce facteur-là, parce
que c'est préoccupant qu'on augmente les contrats en gré à gré et qu'on diminue
les soumissions dans les appels d'offres publics. C'est préoccupant pour nous,
et on est en train d'analyser cette situation-là. On en a encore pour plusieurs
mois d'analyse.
M. Julien : Mais,
moi, ma préoccupation, c'est-à-dire que, quand je m'en vais en appel d'offres
public, puis j'ai moins de soumissionnaires... Puis ce que j'entends, dans le
marché, parce que, tu sais, le marché peut dire des choses, l'industrie peut me dire des choses, moi, bien, je dois valider
ça. On me dit souvent : Bien, c'est moins intéressant de faire
affaire avec le public parce que c'est compliqué, parce que c'est lourd, parce
que...
Puis, en réalité, on
observe une réduction du nombre de soumissionnaires, appels d'offres publics
par appels d'offres publics, sur une base de cinq ans, de 13 % sur un
volume de plus de 5 000 contrats par année. Donc, ce n'est pas une
marge d'erreur, là, c'est clairement une réduction assez importante. Est-ce que
le mode collaboratif qu'on préconise... Puis
vous n'êtes pas contre, bien au contraire, là, vous dites «plus d'agilité».
Nous, on pense que c'est un mode qui
va rendre plus intéressant la relation, la relation entre le secteur public, le
donneur d'ouvrage et l'industrie, justement, pour faire en sorte que les
gens soient plus intéressés de faire affaire avec nous.
Alors,
est-ce que vous croyez que c'est le cas, quand vous observez ce qui se passe
ailleurs? Et est-ce que, pour vous, ça amène des risques supplémentaires dans
ce mode d'adjudication, là, au-delà des éléments que vous avez mentionnés? Mais vous n'êtes pas sur le mode
collaboratif dans vos critiques. Alors, est-ce que vous estimez que ça
amène des risques supplémentaires, cette attribution... ce mode de
collaboration dans l'entente contractuelle?
M. Trudel (Yves) : Non, je ne crois pas que
ça amène des risques supplémentaires, au contraire, on y souscrit, parce
que l'objectif de cette loi-là, si je la comprends... si je les comprends bien,
c'est ouvrir à la concurrence. Évidemment, vous comprendrez qu'ouvrir à la
concurrence, c'est doux à notre oreille, bien entendu. Donc, moi, je n'y vois
pas de problématique et de risque additionnel, non.
M. Julien : Parfait. On a eu des discussions avec des
intervenants préalables, puis alors j'ai dit : Bien, on — j'allais
prendre une expression — on
va parler avec la personne concernée... j'allais prendre une autre expression,
parce que... On vient ajouter, à l'intérieur d'un article, la
possibilité — vous
avez le pouvoir d'enquête à l'Autorité des marchés publics — la
possibilité d'aller voir, en fin de compte, sur des administrateurs précédents,
actionnaires précédents... Là, naturellement,
là, certains commentaires qu'on a reçus de l'industrie, c'est : Oui, mais,
vous savez, des fois, ça s'est mal terminé, règlements de compte, et
moi, je leur ai dit, comme étant un ancien vérificateur moi-même du Vérificateur général, dire : Mais, écoutez,
habituellement, c'est ça, on se base sur des faits, sur des éléments probants.
Il n'y a pas des ouï-dire là-dedans, bon, mais ils ont persisté dans leur...
dans leur perception.
Alors, rassurez-moi,
comment vous, par votre voix, vous pouvez rassurer ces gens-là que ces
motifs-là, de pouvoir d'enquête
supplémentaires sur des administrateurs passés, qu'ils ne devraient pas le voir
comme ils le perçoivent potentiellement, comme, tu sais, ça pourrait
être une vendetta, en réalité, d'un ancien déçu?
M. Trudel
(Yves) : En fait, bien, je comprends peut-être leur inquiétude, mais
ça ne peut pas arriver. Je veux dire, en
équité procédurale, on doit... Et là, le pouvoir que vous nous donnez nous
permettra justement de bonifier nos enquêtes,
de... nos vérifications d'intégrité, parce qu'on aura la possibilité... Là, on
pense aux administrateurs, et tout, mais il y a des tiers concernés qui
sont, par exemple, les institutions bancaires, les cautionneurs, les assureurs.
On a des exemples où
on aurait pu avoir une information qui nous aurait été très pertinente, mais
qu'on n'a pas pu obtenir, parce que l'entreprise, auprès de laquelle on aurait
pu avoir ces informations-là, souhaitait qu'on la contraigne pour sa clientèle, donc. Mais, après coup, on a su pourquoi,
parce qu'il y a une poursuite en ce moment, donc, on... L'information
qu'on aurait obtenue, elle aurait été extrêmement pertinente.
Donc, ce n'est pas
juste les anciens administrateurs, et ça, c'est important, parce qu'on doit
aussi valider ce qu'ils nous disent. On va
le voir tout de suite, si c'est une question de vengeance, vous comprendrez
qu'on n'en tiendra pas compte beaucoup, on va s'en rendre compte
rapidement.
• (19 h 20) •
M. Julien : Mais,
actuellement, vous n'avez pas ce pouvoir-là. Est-ce que vous êtes en train de
me dire qu'actuellement, quand vous faites des démarches, vous êtes restreints,
et l'information que vous obtenez ne vous permet pas de prendre les décisions
les plus éclairées?
M. Trudel
(Yves) : Actuellement, on a... on peut rencontrer des anciens
administrateurs, mais parfois ils souhaitent être contraints pour le faire. On
peut rencontrer des employés. Ils peuvent refuser de nous parler, mais ils
peuvent aussi souhaiter nous parler. On peut penser aux sonneurs d'alerte dans
certains cas, où ils souhaiteraient nous
parler, mais ils voudraient qu'on les contraigne pour le faire, pour être
capables de dire à leur employeur : Je n'avais pas le choix de
répondre à leurs questions, j'étais obligé.
À ce titre-là, on est
un peu restreints dans nos démarches de vérification et on n'a pas toute
l'information qu'on doit avoir. Mais même, actuellement, un dirigeant pourrait
vouloir se venger contre un collègue dans la même entreprise, parce qu'ils ont
eu une petite dispute un peu avant, on le verrait tout de suite. On ne peut pas
aller juste sur : Bien, moi, je vous
dis que c'est de même, faites ça. Il faudrait corroborer les dires de la
personne, il faut... On s'assure de tout, en fait. Et ils doivent
émettre leurs observations. Une fois qu'on les informe d'un avis que... d'un
avis et qu'on envoie un préavis, bien, ils
nous donnent leurs observations. En fonction des observations, on verrait bien
que ce que le témoin nous a déclaré n'est peut-être pas tout à fait la
vérité. On creuserait davantage.
M. Julien : OK.
Tantôt, là, j'essayais de capter tout ce que vous disiez, puis je pense avoir
compris ça. Vous avez mentionné tantôt certains risques par rapport... quand on
va conclure de gré à gré, sans avis d'intention, après un appel d'offres
infructueux. Puis, comme je vous dis, pour moi, c'est quelque chose qui nous
permet de faire des choses, mais que je ne souhaite pas qu'on utilise à
outrance. Parce que, souvent, quand l'appel d'offres n'est pas fructueux, il faut
que tu t'interroges sur : Coudon, qu'est-ce que tu as lancé dans le
marché? Mais, des fois, tu sais, on doit
faire un projet absolument, puis, dans le marché, on n'est pas capables d'y
répondre, puis il n'y a pas 56 solutions, il faut aller de l'avant,
puis c'est le modèle qu'on utilise. Mais vous avez dit : On aime moins ça,
là, de mémoire, là, parce que l'entente qui
va être conclue, bien, le fournisseur, bien...
Puis
la question que j'ai eue avec ma collègue ici, c'est, ce fournisseur-là, dans
l'entente conclue de gré à gré, selon les seuils, quand même, il aurait
fallu... il faut qu'il obtienne son autorisation de contracter qui est émis par
vous de toute façon, là. Ça, ça ne lui enlève pas cette obligation-là et
l'assurance que ça nous donne, naturellement, selon les seuils. Donc, j'essaie
de voir le risque que vous avez nommé par rapport à ça, là, j'essaie d'y
toucher.
M. Trudel (Yves) : Si
je comprends bien votre question, c'est eu égard à nos propos concernant le
moment de l'autorisation. C'est ça, votre question, au moment de
l'autorisation?
M. Julien : Oui,
oui, par rapport au fait que vous ne pouvez pas intervenir, puis j'essaie de
dire : Oui, mais quel risque que vous souhaitez couvrir par rapport aux
contractants, là... en tout cas, à l'autre partie? J'essaie de voir quel risque
que vous ne couvrez pas.
M. Trudel
(Yves) : Si votre question tourne autour du gré à gré, donc, il doit
correspondre... Ce n'est pas l'autorisation,
là, c'est autre chose, donc, je ne vois pas de risque en autorisation dans ce
cas-là. Si votre question c'est autour du gré à gré, la première question qu'on
doit se poser, c'est : Pourquoi il ne soumissionne pas sur l'appel
d'offres? Pourquoi il n'y a pas de soumissionnaire? Il y a des groupes,
avant nous, qui vous ont exprimé aussi qu'il y a des entrepreneurs qui
considèrent... ils nous l'ont exprimé, des entrepreneurs nous l'expriment
aussi, que le projet est mal ficelé, c'est
trop précis, on n'embarque pas là-dedans. De toute façon, quand on va
soumissionner, ça va être le prix le plus bas. Puis, si c'est le prix le plus
bas, on sait déjà qu'on va être obligé d'arriver avec des avenants, on
n'arrivera pas dans les échéanciers, les pénalités sont trop sévères.
Donc, ils attendent puis ils ne soumissionnent pas.
La
vraie question, c'est : Pourquoi ils ne soumissionnent pas sur un appel
d'offres? Et là, avec la proposition qui est faite actuellement, c'est, après un appel d'offres infructueux,
bien, on va signer un gré à gré avec quelqu'un qui devra respecter les
termes de l'appel d'offres.
M. Julien : C'est-à-dire qu'on peut signer, c'est-à-dire que
je ne pense pas qu'on souhaite l'utiliser à outrance, mais c'est une
possibilité qu'on se donne.
M. Trudel
(Yves) : Je comprends, mais admettons que vous vous donnez cette
possibilité-là, bien, il y a donc cette
possibilité-là qui peut arriver. La question première, c'est : Pourquoi
vous ne soumissionnez pas? Et c'est ce que
je vous dis qu'on est en train de faire. On a encore quelques mois à comprendre
un peu partout en région, au Québec, pourquoi vous acceptez un gré à
gré, mais vous n'avez pas soumissionné sur l'appel d'offres. Les réponses qu'on
a jusqu'à présent, c'est un peu comme une des personnes qui est passée avant
nous, bien, c'est tout croche, c'est mal ficelé,
c'est mal planifié. Je vais gérer le risque au complet, je les connais. Je suis
habitué de travailler avec ce donneur d'ouvrage là. C'est toujours
problématique. Donc, je vais attendre l'appel, je vais négocier mon prix, puis
je ferai en fonction de ce qui est écrit là-dedans, mais je vais négocier mon
prix.
M. Julien : C'est
ça, donc, le prix va être négocié. D'un autre côté, s'il n'y avait pas eu de
soumissionnaire, il aurait pu déposer ce prix-là puis il l'aurait eu, bien
honnêtement, s'il se qualifiait. Mais il ne viendra pas modifier, comme certains ont prétendu, potentiellement, la
nature et les délais. Parce que l'ajout de délais, c'est seulement sur le temps,
le temps du processus, mais on ne rajoute pas des délais, des années, on
rajoute le temps du processus.
M. Trudel (Yves) : Non. Oui, oui, tout à
fait. Puis ce qui est changé dans... ce qui est ajouté dans l'article de loi,
sauf ce qui est prévu à l'appel d'offres, c'est le moment de la réalisation.
M. Julien : C'est
ça.
M. Trudel (Yves) : C'est qu'on comprend
aussi que, surtout en région, probablement, il y a des entrepreneurs qui
sont déjà en train de contracter. Quand l'appel d'offres sort, bien, il n'a pas
la capacité parce qu'il est déjà en contrat.
Donc, à un moment donné, c'est possible qu'à un moment donné il puisse exécuter
le contrat. Donc, on comprend ce volet-là. La question qui se pose,
c'est... Et ça, ce sera ma job. Le hic, s'il y a un hic là-dedans, c'est que,
si je fais ma job, puis que j'identifie les
manquements, puis que ce n'est pas... ce n'est pas en respect de l'appel
d'offres qui était prévu, donc, ce qu'il fait n'est pas en respect, là
je vais intervenir.
Je pense qu'il y a un
grand risque pour le donneur d'ouvrage aussi, parce que mon intervention va
aller en fonction de ce qu'on aura constaté,
et j'aurai une décision à prendre en fonction de ce que je vais faire avec les
manquements et la décision que j'aurai à rendre eu égard aux
manquements.
M. Julien : Parfait.
Mais, tu sais, il peut arriver, selon certaines conditions, peut-être pas
celles qui sont prévues, que ça reste la
meilleure alternative. Puis, pour moi, ça doit demeurer une exception, mais,
parfois, tu sais, il y a une espèce d'obligation de faire le projet, et
là les appels d'offres sont infructueux. Donc, je vais être curieux, en fin de
compte, on va prendre en considération ce que vous mentionnez, parce que j'ai
également ces préoccupations-là. Je pensais
qu'il était bien, bien capitulé. Je comprends également que, le plus rapidement
possible, de pouvoir donner une information, rendre disponible au moment
de l'entente contractuelle, pour vous permettre d'agir plus rapidement avec la
donnée publique, ça aussi, c'est un enjeu qui est important, ne pas attendre
30 jours, mais le plus rapidement possible, donc...
M. Trudel
(Yves) : En fait, c'est une question de...
La Présidente
(Mme Cadet) : En 10 secondes.
M. Trudel (Yves) : ...surveillance
pour l'AMP et de transparence pour le processus, tel que prévu dans la loi,
c'est... ll y a deux enjeux majeurs là-dedans.
M. Julien :
Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Cadet) : Merci.
Merci beaucoup. Donc, à vous la parole, M. le député de Nelligan, pour 10 min 24 s.
M. Derraji :
Combien?
La Présidente
(Mme Cadet) : 10 min 24 s.
M. Derraji :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour. Merci d'être là. C'est très rassurant de
voir votre présence, surtout que le ministre, je partage ce qu'il a dit par
rapport à cette caution, par rapport à un projet de loi important, et surtout
quand on parle gestion de contrats, mode collaboratif.
Moi,
j'ai pas mal de questions, mais je vais vous interpeller par rapport à
l'article 13. Il y a beaucoup de groupes... pas beaucoup de
groupes, je vais enlever le mot «beaucoup», il y a des groupes, trois groupes.
Le mot «beaucoup», ça suppose qu'il y a une majorité significative pour que...
Je ne peux pas faire ça aujourd'hui. Il y a des groupes qui demandent à ce qu'on
l'enlève. Vous, à la lecture de ce projet, de cet article, c'était quoi, votre
constat, c'était quoi, votre lecture?
M. Trudel
(Yves) : Est-ce que vous parlez de l'article 13 du PL 62 ou
l'article 13 de la LCOP?
M. Derraji :
Non, non, non, 62, de... le projet de loi n° 62.
M. Trudel
(Yves) : ...
Mme Marcoux
(Nathaly) : Ça ne relève pas de... L'article 13 du projet de
loi 62 a trait...
M. Derraji :
Sur le tiers décideur.
Mme Marcoux
(Nathaly) : Pardon?
M. Derraji :
Sur le tiers décideur.
Mme Marcoux
(Nathaly) : Oui, c'est ça. Là, on n'a pas de difficulté avec cette
disposition-là.
M. Derraji :
OK. Excellent. Je vais vous lire un... je vais vous lire...
(Interruption)
M. Derraji :
Oui, c'est la deuxième fois. Moi aussi, j'ai dit : Écoute, qu'est-ce
qui se passe?
Je
vais vous lire le premier paragraphe... en fait : L'article 13.1 de
cette loi est modifié par l'insertion, après le premier alinéa, du
suivant :
«"Malgré le
premier alinéa, la publication d'un avis d'intention n'est pas requise lorsque
les conditions suivantes sont satisfaites:"».
Mme Marcoux
(Nathaly) : OK. Alors, vous êtes...
M. Derraji :
Je ne veux pas...
Mme Marcoux
(Nathaly) : Non, vous êtes dans l'article 13 de la loi.
M. Trudel
(Yves) : Là on est dans la LCOP.
M. Derraji :
Oui, oui, de la loi. De la loi, oui, oui.
Mme Marcoux
(Nathaly) : Oui, OK. D'accord.
M. Derraji :
Je ne vais pas reprendre les discussions sur l'avis d'intention, je pense
que vous avez bien répondu à la question.
Maintenant, ce qui m'intéresse, c'est l'après, «l'objet du contrat vise
uniquement à répondre au besoin exprimé dans le cadre d'un appel
d'offres public pour lequel aucune soumission conforme n'a été présentée». Moi,
quand j'ai... Vous, à l'AMP, quand vous voyez un tel paragraphe, dans un projet
de loi, «aucune soumission conforme n'a été présentée», est-ce que ça ne lève
pas des... ça ne soulève pas des questions?
• (19 h 30) •
M. Trudel
(Yves) : Tout à fait. C'est pour ça que je disais qu'on travaille déjà
sur ce phénomène-là, je vais le dire comme
ça. Je vais vous donner un exemple. Encore hier on avait de l'information de
l'industrie à l'effet qu'il y a encore présentement des soumissions de
complaisance. Donc, on est capables de comprendre que, dans des endroits, ils
ne soumissionnent pas, point. Ils attendent le téléphone. Donc, bien sûr que ça
soulève...
M. Derraji :
Oh mon Dieu! Que vous êtes plus rapide que moi. Moi, j'ai cru que ça va
prendre beaucoup de temps avant d'aller directement dans le vif du sujet. Mais
comment on peut éviter, dans le cadre du projet de loi qu'on étudie, des choses
pareilles, de la complaisance?
M. Trudel
(Yves) : Bien, il y a différentes choses. Donc, comme ça a été dit
précédemment par d'autres groupes, et on dit la même chose, donc, c'est une
question évidemment de planification, la planification en découle l'estimation
des coûts, l'analyse du marché. Puis ce volet-là, il est superimportant, puis
l'analyse du besoin. Donc, si c'est mal défini dans l'appel d'offres, et les
entrepreneurs sont habitués à lire des appels d'offre mal définis, ce qui fait qu'ils ne soumissionnent plus. Ça, c'en est
une, raison, là, celle-là, on l'entend régulièrement. C'en est une, raison.
Donc, ils ne soumissionnent plus, ils attendent un téléphone qui va faire en
sorte qu'ils vont négocier.
Je comprends qu'avec
l'article proposé, bien, ce sera aux mêmes conditions de l'appel d'offres. Ça,
c'est assez clair, là, donc, aux mêmes
conditions. Mais je reviens à ce que je disais tantôt au ministre, pourquoi il
n'y en a pas qui soumissionnait? C'est ça, la vraie question. Alors,
pourquoi un contrat serait accordé en gré à gré à quelqu'un qui n'a pas
soumissionné lors de l'appel d'offres? C'est ça, la vraie question. Personne
n'a soumissionné, pourquoi? Mais c'est ça qu'on est en train de faire. Donc,
vous comprenez qu'on est là-dedans.
Je vous donne des
réponses qu'on reçoit présentement de l'industrie. Donc, ça fait partie des
raisons. Il y a des régions que c'est plus
dur que d'autres, il y a moins de concurrence que d'autres. Ça fait longtemps
qu'eux autres se sont dit : Ça sera ton tour cette année. Tu ne
soumissionnes sur rien, je ne soumissionne sur rien, ça sera à toi cette année
puis ce sera moi l'année prochaine. On a toutes sortes de réponses de
l'industrie.
M. Derraji : Non,
non, mais c'est très intéressant, ce que vous êtes en train de nous partager,
parce que c'est le portrait de ce qu'on voit, d'ailleurs, et on le voit, les
coûts qui explosent et les délais. Mais, si ça se fait déjà, pourquoi,
pourquoi, en ce moment, dans ce projet de loi?
M. Trudel
(Yves) : Je n'ai pas compris, je m'excuse.
M. Derraji : Bien, ça se fait déjà, ça se fait déjà que les
gens ne se soumissionnent pas, ils attendent l'appel...
M. Trudel
(Yves) : Oui, ça se fait...
M. Derraji : ...et
qu'il y a un contrat de gré à gré par la suite. Donc, le modus operandi est le
suivant : on appelle un... on lance un
appel d'offres, les gens se concertent, si j'ai bien compris ou j'ai bien
décodé entre les lignes, et après, bien, ils attendent l'appel pour
passer au gré à gré. Donc, ça se fait déjà. Donc, ce n'est pas... ce n'est pas
nouveau qu'on... Cet ajout, dans le projet de loi, ça va changer quoi?
M. Trudel
(Yves) : Non. Ce qu'on comprend dans l'article qui est prévu, c'est...
considérant la situation, considérant le
besoin d'une infrastructure quelconque, considérant la situation, donc, cet
article-là prévoirait la possibilité de conclure un gré à gré avec les
conditions d'un appel d'offres. C'est ça que ça prévoit.
M. Derraji : OK.
Donc...
M. Trudel
(Yves) : Donc, vous avez raison, ça existe, puis, parce que ça existe,
il y a une espèce d'article qui vient
pallier un peu à ça, on va le dire comme ça. C'est sûr que notre travail à
l'AMP, ça va être de le surveiller. Ce qu'on dit, c'est : S'ils
vont de l'avant avec cet article-là, il faut le surveiller à la conclusion du
contrat, pas après.
M. Derraji : OK. Comment le législateur peut... je cherche le
mot, mais donner plus de mordant à la loi pour que, justement, on ne
tombe pas dans des situations pareilles?
M. Trudel (Yves) : Bien, c'est... puis vous
pouvez y aller si ça vous tente, aidez-moi, vas-y, c'est la planification. Je
le répète, c'est plate, là, mais c'est comme ça. C'est ça, la réponse, c'est
que les donneurs d'ouvrage, au fil du temps, des années, n'ont pas mis beaucoup
de temps là-dessus. Donc, le volet planification, il est majeur dans un projet,
ce qui fait que, culturellement, il s'est installé, dans l'industrie, le
fait que certains donneurs d'ouvrage, bien, ils ne prennent pas la peine de les monter correctement :
Alors, je veux plus travailler avec eux autres, je ne soumissionne plus. Ça se
peut que j'aie un appel, mais je ne soumissionne pas, c'est trop demandant,
soumissionner sur un appel d'offres, plutôt que d'attendre un téléphone
puis de négocier un contrat de gré à gré.
Le Président (M.
Simard) : Vous voulez venir à l'aide de M. Trudel?
Mme Marcoux (Nathaly) : M. le Président, il y
aura toujours des mauvaises pratiques qui vont se développer. Il y aura
toujours... C'est comme le crime, ça, il y en aura toujours, des crimes. Il y
aura toujours des acteurs du marché qui vont essayer d'en
contourner les règles. L'idée, c'est de voir qu'est-ce qu'on met dans le cadre
normatif qui permet d'intervenir sur ces situations-là. Et je peux répéter ce
que M. Trudel a dit, ce qu'on constate, le... un... une chose qui nous est dite
et qu'on constate, par le biais de nos vérifications et enquêtes, c'est que les
bons joueurs, les acteurs, se désintéressent parfois des marchés publics, parce
que l'offre qui leur est faite est ainsi faite qu'elle place l'acteur dans une
situation, c'est celui qui pourrait soumissionner, dans une situation où les
conditions qui sont proposées ne sont pas favorables à un succès du projet. Il
va être difficile de réaliser le projet tel qu'il est proposé. Alors... Et ce
que ce qu'on nomme particulièrement, c'est l'importance de la planification du
temps qu'on met à réfléchir le projet, puis aux conditions facteurs de succès
du projet avant de le proposer.
M. Derraji : Donc,
l'antidote, c'est agir au niveau du départ avec la planification. Des acteurs
nous ont dit : Écoutez, les sous-traitants doivent être autour de la
table. Est-ce que vous partagez ce constat?
M.
Vézina (Mario) : Oui, par rapport à ça,
c'est... Pour nous, ce qu'on constate, c'est que, pour des joueurs importants
au niveau des sous-traitants, leur présence est importante parce qu'ils peuvent
optimiser les projets par leur expérience, par leurs connaissances. Donc, pour
des sous-traitants importants, pour un projet particulier, oui, leur présence est très importante. Nous l'avons
entendu à de multiples reprises, ces gens-là veulent contribuer, veulent
nourrir par leurs expertises, leurs expériences, le projet en question et
puis... sauf que, cette opportunité-là, ils ne l'ont pas, donc.
M. Derraji : ...par
des groupes qui veulent être... même appliquer en amont.
M.
Vézina (Mario) : Oui.
M. Derraji : Les
économistes, estimateurs agréés, eux, ils voulaient aussi être impliqués.
Pensez-vous que c'est juste, dans l'étape de planification, d'avoir des
estimateurs certifiés autour de la table? Justement par rapport à la notion du
coût, est-ce que c'est quelque chose que vous avez vu dans des projets de
contrats de collaboration?
M.
Vézina (Mario) : Bien, évidemment, la
présence de ces gens-là qui ont une très grande connaissance de l'industrie de
la construction, des matériaux, des coûts de production. Souvent on voit des
écarts entre les estimations et les prix
soumissionnés, donc, si ces gens-là sont présents dans le processus pour
participer au processus d'estimation, oui, ça peut être très
intéressant.
M. Derraji : Parfait.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup.
M. Derraji : Bien...
Le Président (M.
Simard) : Malheureusement, cher collègue, je suis sûr que vous
aurez...
M. Derraji : Merci à vous quatre. Je... Écoutez, on peut les
entendre des heures et des heures. Merci pour votre passage. Merci.
Le Président (M.
Simard) : Bien sûr. En effet, vous avez bien raison, cher collègue. Je
cède maintenant la parole à la députée de Verdun, qui dispose de 3 min
28 s.
Mme Zaga
Mendez : Bien, merci, M. le Président. Merci à tous les représentants
des... de l'Autorité des marchés publics d'être avec nous. Je voulais vous poser une
question justement. Dans le... Vous avez dit : Il faut avoir les bons
outils, les bonnes normes pour exercer votre rôle de surveillance et de
transparence en ce qui concerne l'octroi des contrats publics. Avec
cette méthode, la méthode collaborative, est-ce que vous sentez que les bonnes
balises sont dans le projet de loi pour avoir... pour exercer votre rôle, dans
le fond?
M. Trudel
(Yves) : Oui, oui.
Mme Marcoux
(Nathaly) : Le mode collaboratif, là, pour rejoindre les objectifs
dont on a parlé, de mieux travailler sur la
planification, la définition du besoin, tout ça est favorable à ça. Il n'y a
pas de souci avec ça. Les éléments de vigilance, on les a nommés. Alors,
eu égard au gré à gré, on l'a nommé.
Mme Zaga
Mendez : Oui, ça, ça va.
Mme Marcoux (Nathaly) : Alors, oui, ça va
favoriser, effectivement, nous le pensons. Les objectifs poursuivis, là, on pense que ça peut favoriser, ça peut... Bien
sûr, il va falloir voir l'applicabilité de tout ça puis le succès qu'aura cette
méthode-là, mais on ne peut être que favorable à des objectifs qui visent
l'ouverture des marchés. C'est un constat que nous faisons, qu'il y a un nombre
de concurrents limité pour le type de projet qui est visé par ces mesures-là.
• (19 h 40) •
Mme Zaga Mendez : Est-ce
qu'il existe des projets qu'on devrait favoriser, selon vous, avec cette
approche-là puis des projets qu'on devrait favoriser avec une approche
plus traditionnelle, selon vous?
Mme Marcoux
(Nathaly) : Il est certain que c'est un investissement, là, hein?
Donc, que, de contribuer à un projet en mode collaboratif, il va avoir une
implication beaucoup plus tôt, et il est certain qu'on parle d'une certaine
envergure de projet. Et là, franchement, le gouvernement est plus à même
d'estimer la quantité de projets qui pourraient
être visés par ces mesures-là. Alors... Mais maintenant, le mode traditionnel
va demeurer, là, et les... toutes les autres formes de réalisation de
projets, il y a tout un portefeuille d'offres qui est à la disposition des
donneurs d'ouvrage pour répondre aux besoins qu'ils ont, et il est important
qu'ils puissent encore disposer de l'ensemble de ce portefeuille-là, parce
qu'il est clair que le... ce qui va encadrer ce type de contrat là ne sera pas
adapté à n'importe quel marché, c'est...
Mme Zaga
Mendez : Je comprends.
Mme Marcoux
(Nathaly) : Absolument.
Mme Zaga Mendez :
Je ne sais pas combien de temps il me reste.
Le Président (M.
Simard) : Alors, deux minutes... 50 secondes, pardon.
Mme Zaga Mendez : Ça fait que, rapidement,
tout à l'heure, on avait... vous donnez l'exemple sur comment... on a
parlé des contrats de gré à gré. Est-ce que vous avez un exemple plus précis
dans lequel vous... une situation dans laquelle l'AMP ne pourrait pas jouer son
rôle en ce qui concerne... suite à l'adoption du PL n° 62?
M. Trudel
(Yves) : Si... On ne pourrait pas jouer notre rôle s'il était adopté
tel quel.
Mme Zaga
Mendez : Tel quel.
M. Trudel
(Yves) : Notre rôle de surveillance, on ne pourrait pas le... on ne
pourrait pas parce que, présentement, il serait inscrit au SEAO 30 jours
plus tard. Ça, c'est quand ils les inscrivent dans les délais en plus. Donc, on
ne pourrait pas jouer notre rôle de surveillance.
Mme Zaga
Mendez : OK. Ça répond à ma question. Merci.
Le Président (M.
Simard) : Chère collègue, il vous restait 10 secondes, mais
donc...
Mme Zaga
Mendez : Je vous remercie beaucoup pour vos...
M. Trudel
(Yves) : Merci.
Le Président (M.
Simard) : Alors, M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci. Bonsoir. Je voulais vous remercier, d'abord, comme l'a fait le
ministre, pour votre mémoire, parce que vous êtes un joueur très important, vu
votre posture dans le domaine. Et vous ne vous êtes pas contenté de
généralités, vous nous parlez de drapeaux rouges et vous parlez de l'importance
de la planification. Vous nous dites que le recours au gré à gré a augmenté de
30 % dans les dernières années. Puis là, vous nous dites, en citant les HEC
Montréal, que, bien, aller plus vite, ce n'est pas nécessairement un signe
d'efficacité. Là, vous nous parlez notamment de la question de
l'article 2 du projet de loi, qui est lié aussi aux articles 45 et 48
sur la possibilité d'aller en gré à gré quand il n'y a pas de soumissionnaire.
Est-ce que j'interprète bien ce que vous nous dites, c'est que... je veux faire
attention de ne pas vous mettre des mots dans la bouche, mais vous nous
dites : N'allez pas là, ou vous nous dites : Soyez extrêmement
prudents si vous allez là?
M. Trudel
(Yves) : Ce qu'on dit, c'est que, tel qu'il est rédigé, l'article,
actuellement, si vous décidez de conserver cet article-là, il faut nous donnez
la capacité d'agir le plus rapidement possible s'il y a des manquements au
cadre normatif eu égard à l'octroi de ce contrat-là. C'est ça qu'on dit.
Présentement, libellé tel quel, on comprend l'objectif derrière ça, je le
répète, là, c'est... après un ou deux appels d'offres infructueux, il faut
qu'à un moment donné l'infrastructure se
livre. Présentement, on ne pourrait pas agir, sauf qu'on le saurait
30 jours plus tard à moins d'une dénonciation. C'est toujours
possible qu'il y ait une dénonciation. Sinon, il faut attendre la publication
au SEAO. On fait une vigie au SEAO quotidienne. Donc, on le verrait passer à un
moment donné. Là, il est trop tard parce que le contrat est conclu. Les travaux
sont commencés. Là, on a toujours l'intérêt public à coeur. Ça fait que, là, on
se dit : Il y a des fonds publics
d'investis. On résilie-tu... Est-ce qu'on met fin à ce contrat-là? On suspend
ce contrat-là? Il faut avoir ça, nous autres, en tête tout le temps.
M. Paradis : Et
donc, ne pas avoir d'avis d'intention et donc ne pas permettre à l'Autorité des
marchés publics d'agir, s'il n'y a pas d'avis d'intention, ça ne
permettra pas nécessairement de répondre à la question pourquoi donner un contrat de gré à gré alors que personne n'a
soumissionné, qui est la question très pertinente que vous avez posée tout à
l'heure.
M. Trudel
(Yves) : Exactement. La question se pose. Pourquoi
l'entrepreneur qui accepte de signer un gré à gré n'a pas répondu à l'appel d'offres? La question
qui se pose. Des réponses, dans ce cas-là, on en a plusieurs de différents
intervenants dans l'industrie. Je l'ai dit à quelques reprises, vous avez les
réponses.
Le
Président (M. Simard) : Très bien. Alors, merci à vous, M. Trudel et
merci aux collaborateurs, collaboratrices pour ce bel énoncé, cette
belle présentation.
Alors, sur ce, nous allons devoir suspendre nos
travaux, le temps de faire place à nos prochains invités. C'est toujours un
grand plaisir que de vous recevoir, sachez-le.
(Suspension de la séance à 19 h 45)
(Reprise à 19 h 51)
Le Président (M. Simard) : Bien,
chers amis, nous sommes en mesure de poursuivre nos travaux.
Et nous avons l'honneur de terminer cette
journée en recevant des représentants de l'Association des firmes de
génie-conseil du Québec.
Alors, messieurs, soyez les bienvenus.
Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous présenter, s'il vous plaît?
Association des firmes
de génie-conseil
du Québec (AFG-Québec)
M. Bigras
(Bernard) : Ah! bien sûr. Merci, M. le Président. Donc,
Bernard Bigras, président-directeur général de l'Association des firmes de
génie-conseil du Québec. Donc, je suis accompagné de mon collègue de gauche,
tu sais, commençons par mon collègue Jonathan.
M. Duguay (Jonathan) : Jonathan
Duguay, administrateur à l'AFG.
M. Fecteau (Sébastien) : Sébastien
Fecteau, administrateur à l'AFG aussi.
Le Président (M. Simard) : Messieurs,
soyez les bienvenus. Et vous disposez de 10 minutes afin de faire votre
présentation.
M. Bigras (Bernard) : Bien, merci
beaucoup, M. le Président. D'abord, merci de nous recevoir dans le cadre de cette commission parlementaire
particulière. D'abord, l'Association des firmes de génie-conseil est heureuse
de participer aux travaux aujourd'hui.
Rappeler d'abord que les firmes de génie-conseil
est un acteur important du développement économique du Québec. C'est près de 4 milliards de dollars en retombées
économiques directes pour le Québec. Plus de 28 000 personnes travaillent
dans les firmes de génie-conseil, des ingénieurs, mais aussi des techniciens,
des technologues.
Rappeler aussi que notre association regroupe
70 firmes de génie-conseil au Québec, l'ensemble des grandes firmes de
génie sont membres chez nous, mais aussi des plus petites firmes et des firmes
de taille moyenne.
On est heureux de dire qu'on a collaboré, dans
les dernières années, de façon très étroite, avec le gouvernement, à travers différentes tables d'échange, que l'on pense au Secrétariat du Conseil du trésor, au ministère des Transports et de la
Mobilité durable, la Société québécoise des transports... Société québécoise
des infrastructures, pardon. Et on doit dire que ces tables-là nous ont permis
de grandes avancées.
Maintenant, passons directement à l'objet de
notre rencontre aujourd'hui. Les nouveaux contrats de partenariat sont définis
dans le projet de loi, bien sûr, le projet de loi n° 62, comme ayant
recours à une approche collaborative, qui peut notamment comprendre la tenue
d'ateliers, on le rappelle, bilatéraux, une mise en commun des ressources et des informations liées aux
projets d'infrastructures ainsi qu'un partage consensuel des risques et, selon
le cas, des économies générées ou des gains réalisés et des pertes subies
pendant la durée d'un mandat et d'un contrat.
Cette définition laisse beaucoup de place pour
nous à l'interprétation. Les fournisseurs intéressés par des mandats en mode collaboratif devront donc
particulièrement être attentifs aux éléments qui soutiendront cette
dénomination dans les appels d'offres publics.
En particulier, le partage des risques et la
renonciation partielle ou complète au recours entre les parties seront les
éléments déterminants pour susciter l'intérêt des fournisseurs et entreprendre
un projet avec une véritable volonté de
collaboration. Lorsque des problèmes surviennent durant un projet, ce qui est
fréquemment le cas, disons-le, dans les projets d'envergure, ce genre de
mode évite, nous le rappelons, des discussions contre-productives sur la
responsabilité de l'une ou l'autre des parties pour laisser toute la place à la
recherche de solutions.
La réalisation de projets intégrés correspond à
cette approche. Ce mode de réalisation permet d'optimiser les ressources en
utilisant les forces de chaque membre de l'équipe, soit le client, le
concepteur, l'entrepreneur, les fournisseurs clés et les intervenants clés.
Parmi les avantages,
mentionnons une efficacité maximisée, des résultats bonifiés sur des projets
complexes où il y a de nombreux intervenants et davantage de soumissionnaires
intéressés.
Recommandation
n° 1 : favoriser l'utilisation des modes collaboratifs, comme la
réalisation des projets intégrés.
L'utilisation des modes collaboratifs implique
l'établissement d'une véritable culture de collaboration entre les
représentants des organismes publics et les fournisseurs de l'industrie. Ces
modes nécessitent un engagement important
des donneurs d'ouvrage et en termes de temps et en termes de ressources
expérimentées, ainsi qu'une ouverture et une transparence à toutes les
étapes du projet.
Actuellement, ces éléments ne sont pas toujours
observés, alors que rien n'empêche la collaboration de se manifester dans les
projets réalisés en mode conventionnel ou en mode alternatif. Il faut donc
prévoir une période d'adaptation et un certain temps pour établir cette culture
de collaboration chez les donneurs d'ouvrage publics et les partenaires de
l'industrie. Des messages clairs de la part des ministres responsables et de la
haute direction des organismes publics pourraient envoyer un signal positif face
aux modes collaboratifs et leurs bénéfices potentiels.
De plus, il
serait judicieux d'offrir une formation, autant à l'interne qu'à l'externe, sur
les objectifs et la portée des nouveaux contrats de partenariat.
Ailleurs au Canada, les variantes dans les
approches collaboratives sont très nombreuses, ce qui fait en sorte qu'il
devient difficile de s'y retrouver. Des orientations bien définies et des
informations disponibles dès le début de l'implantation
des contrats de partenariat au Québec pourraient certainement contribuer à
augmenter l'intérêt de tous les partenaires et à accélérer leur
adhésion.
Dans le même
ordre d'idées, l'article 6, d'ailleurs, du projet de loi modifie
l'article 20 de la Loi sur les
contrats des organismes publics par l'ajout du paragraphe suivant, ce
que des appels d'offres doivent prévoir, c'est-à-dire
alinéa 4° :«lorsque l'approche collaborative retenue comprend un
partage des risques, des économies générées ou des gains réalisés et des pertes
subies, une mention — je
souligne, une mention — indiquant
que les conditions et les modalités de ces partages seront convenues entre les
parties...»
Cet ajout soulève des questionnements qui
pourraient être clarifiés, dans un projet de règlement, quant aux informations
contenues dans les appels d'offres en lien avec l'approche collaborative.
En effet, il semble évident que les conditions
et les modalités mentionnées ci-dessus seront incluses dans un contrat.
Cependant, ces éléments sont importants et ils devraient faire l'objet d'indications
les plus claires possible dès l'appel d'offres, afin de permettre aux
soumissionnaires potentiels de bien évaluer leur intérêt.
Recommandation n° 2 : donner des
orientations claires et offrir la formation sur les contrats de partenariat.
Dans les projets d'infrastructures publiques
comme dans la plupart des projets, les économies les plus importantes sont
souvent réalisées aux étapes préliminaires, lors de la définition des besoins,
de la planification et de la conception. L'implication des entrepreneurs en
amont des projets aura certainement des bénéfices significatifs à cet égard.
La volonté du gouvernement d'accélérer les
projets et de réduire les coûts est légitime, et l'AFG est d'avis que les modes
collaboratifs offrent le potentiel de générer les bénéfices escomptés pour
certains projets.
Cela dit, en gestion de projet, il est bien
connu que les réductions de coûts et les échéanciers affectent habituellement
la qualité. Ce serait évidemment néfaste de sacrifier la qualité et la durabilité
des infrastructures pour des économies à court terme, et ce n'est certainement
pas le but du projet de loi.
L'implication
des professionnels du génie-conseil dès les étapes préliminaires sera donc
essentielle afin d'être en mesure de proposer, dès le départ, des
solutions qui assurent la qualité et la durabilité.
Recommandation n° 3 : impliquer les
professionnels du génie-conseil dès les étapes préliminaires pour optimiser la
qualité et la durabilité des infrastructures.
Le rôle des professionnels du génie-conseil est
de conseiller les clients sur les meilleures décisions à prendre.
Avec
l'implantation à grande échelle des contrats de partenariat, il sera crucial de
préserver le rôle stratégique du génie-conseil auprès des donneurs d'ouvrage
dès les premières étapes des projets et durant toute la réalisation.
Dans certaines variantes des contrats de
partenariat, les firmes de génie-conseil pourraient être davantage appelées à
jouer un rôle de sous-traitant des entrepreneurs en construction. Cette
situation change la dynamique et fait en
sorte que les professionnels du génie-conseil ne seraient plus en mesure de
jouer pleinement leur rôle de conseillers stratégiques auprès des
organismes publics.
Afin de maintenir la valeur ajoutée de ce rôle stratégique,
il serait fort avisé de privilégier des ententes qui permettent de conserver un
lien contractuel direct entre les professionnels du génie-conseil et les
organismes publics.
Le libellé du premier alinéa ajouté à
l'article 3 de la LCOP pourrait, par exemple, être modifié.
• (20 heures) •
Recommandation n° 4 : privilégier un
lien contractuel direct entre les professionnels du génie-conseil et des
organismes publics.
Les firmes de génie-conseil seront certainement
avisées de ne pas voir, dans la collaboration envisagée, une réduction de leurs obligations professionnelles.
En fait, les limites de la collaboration se situeront vraisemblablement là où les obligations des ingénieurs débuteront — or,
cette dualité entre les obligations est susceptible d'entraîner
certaines frictions.
Nous pouvons
anticiper certaines situations où la responsabilité professionnelle d'une firme
pourrait être accrue ou davantage à risque en raison du contrat de
partenariat, notamment :
Un, si une mise en commun des informations liées
au projet est effectuée, le défaut de procéder à une consultation complète de documents rendus accessibles pourrait placer le
fardeau de se renseigner sur les firmes, libérant les organismes de leur
traditionnel devoir d'informer;
Deux,
une mise en commun des ressources liées au projet est effectuée, l'indépendance
de l'ingénieur pourrait, pourrait, je dis bien, être mise à l'épreuve
par l'organisme.
Le principe de
partenariat est souhaitable. Cependant, celui-ci ne doit pas avoir pour effet
d'accroître la responsabilité.
Finalement, sur les appels d'offres
infructueux...
Une voix : ...
M. Bigras (Bernard) : ...bien sûr,
on estime que le projet de loi... notamment une exigence voulant que les
conditions du contrat accordé de gré à gré soient les mêmes sur cet énoncé. On
aura peut-être la chance d'en discuter lors de la période de questions.
Le
Président (M. Simard) : ...pour votre collaboration, M. Bigras. C'est fort
apprécié. Alors, je cède la parole à M. le ministre.
M. Julien : Oui. Merci. Merci
beaucoup de votre présence. C'est toujours un plaisir de pouvoir discuter avec
vous de ces dossiers-là. Donc, on s'est déjà rencontrés, a priori. Vous avez
amené quand même des éléments que je vais vouloir discuter avec vous.
Vous avez mentionné que ça prenait une période
d'adaptation, que ça prenait de l'expertise, de l'expérience. J'ai aimé ça
entendre ça parce que c'est ce que j'en pense. Puis j'ai entendu certains
groupes prétendre que ce n'était pas nécessaire, mais moi, je crois beaucoup
que le mode de collaboration nécessite une modification de paradigmes, c'est un terme qu'on utilise peut-être de
manière... en tout cas, à tout le moins une culture, nécessite une adaptation
puis une capacité de le faire. Puis c'est sûr que les grands donneurs
d'ouvrage de la SQI, du ministère des Transports, ont une capacité, mais ce
n'est pas de la magie, là, cette recette-là n'est pas bonne pour tous,
n'importe quand, n'importe comment.
Alors... Puis il faut faire de la formation,
vous l'avez mentionné aussi. Alors, marchés publics, la SQI vont contribuer à
faire de la formation. Mais, alors, d'après... selon vous, ça prend quand même
une certaine maturité, une expérience pour
pouvoir oeuvrer dans ces modes-là de manière constructive, à la fois dans le
marché et dans le donneur d'ouvrage.
M. Bigras
(Bernard) : Ah! tout à fait, tout à fait. Ce n'est pas juste
d'un côté de la clôture, là. Le changement de paradigmes, il se fait
autant de notre côté que du côté du donneur d'ouvrage. Donc, c'est un
changement de dynamique complet qui exige une implication de la part du donneur
d'ouvrage, et ça, il faut le comprendre.
Ce qu'on recherche, au fond, là, dans ces
modes-là, là, pour reprendre une expression bien connue, hein, c'est des «top
guns», on veut avoir les meilleurs en place avec les meilleurs projets. C'est
ça, l'objectif. Et, lorsqu'on voit, là, à
l'étranger, en Australie, ou dans le Metrolinx, ou autres, d'autres projets qui
ont utilisé des modes collaboratifs... Parce qu'il y a des études qui
sont sorties puis qui ont démontré que ces modes-là permettent, dans 80 %
des cas, d'arriver dans l'échéancier de travail. Mais ce n'est pas vrai qu'avec
une approche très traditionnelle on va être en mesure d'atteindre ces objectifs-là. Donc, oui, ça prend les meilleurs,
puis on voit même, dans certaines juridictions, là, puis entre vous et moi, là,
même des tests psychométriques, hein... être passé auprès des professionnels
des équipes.
Alors, ce qui compte, c'est que tout le monde
est axé sur le projet, puis c'est ça qui est fondamental. Donc, tout le monde
travaille en fonction du projet. On croit, là, vraiment, qu'il y a beaucoup,
beaucoup d'opportunités qui sont appelées à se dégager, et aussi, je vous
dirais, enfin, une synergie entre l'ensemble des intervenants.
M. Julien : Parfait. Tantôt, vous
avez mentionné aussi... Bien, tu sais, vous avez beaucoup insisté, dans votre
première recommandation, sur le RPI, en fin de compte, pour moi, qui est le
mode collaboratif, là, tu sais... c'est la Cadillac des modes collaboratifs ou
c'est l'extrême du mode collaboratif. Naturellement, le projet de loi ouvre sur
des modes alternatifs collaboratifs, c'est-à-dire conventionnel-conventionnel,
CC, CCF, CCPP, jusqu'à RPI. Tu sais, nous autres, on veut offrir un éventail,
là, pour le bon mode, pour le bon projet, alors... Puis, naturellement, plus le
mode devient raffiné ou complexe, bien, plus cette culture-là est nécessaire.
Mais, si je reviens avec votre côté de la
clôture, là, les firmes de génie-conseil, est-ce que les petites firmes de
génie-conseil vont pouvoir participer autant que les grandes firmes de
génie-conseil à une approche de nature collaborative? Parce que, le monde, ils
disent que c'est souvent des grands projets complexes. Moi, je pense que la
complexité est plus importante, même, que la valeur, parce que c'est souvent la
complexité qui fait qu'on ne sait pas trop où on va aboutir. Parce qu'il y a
des projets de quelques millions de dollars qui gagnent à être en mode
collaboratif, s'ils sont hypercomplexes et difficilement prévisibles. Donc,
comment les firmes de génie-conseil qui sont
plus petites vont pouvoir bénéficier autant de cette démarche-là que celles qui
sont... qui sont internationales puis...
M. Bigras (Bernard) : Bien, d'abord,
il faut démêler le tout, hein? On parle d'approches collaboratives, on parle d'approches alternatives, on parle... Donc,
définissons d'abord les modes. D'abord, il y a les modes conventionnels
puis les modes traditionnels, hein, pour lesquels on fait les plans et devis
jusqu'à 100 %, on se lance par la suite en appel d'offres puis on trouve
un entrepreneur. Je veux être clair aujourd'hui, là, il faut être prudents, là,
il n'est pas question, pour nous, de rejeter
ce mode-là. Ce mode-là a encore sa place et il doit être utilisé à bon escient
pour des projets. On le dit, ça dépend de l'envergure du projet, ça
dépend de sa complexité. Donc, premièrement, il y a ce mode-là.
Deuxièmement, il y a le
mode alternatif, où là, encore une fois, là, il y a un paquet de modes, là, qui
sont existants, des conception-construction progressifs, des
conception-construction-financement. Et là on pourrait... on pourrait même
inclure à ça des gérance-construction. Alors, ces modes-là sont une autre
opportunité. Mais cependant il faut s'assurer que les firmes de génie-conseil
ont une place dans les modes alternatifs.
On a de moins en moins de doutes, quand on
regarde les contrats types en vigueur à l'étranger et, même là, ce qui est en train de se développer, là, au
Canada, là. On parle du CCDC 30, n'est-ce pas, qui est en vigueur depuis 2018 et,
actuellement, en révision. Quand on regarde les contrats types, on se rend
compte qu'au bas du contrat, bien, le consultant est là puis il signe. Est-ce
qu'on aura ces mêmes garanties là lorsqu'on sera en mode alternatif? Ça, c'est une préoccupation pour nous. On veut être là au
début du projet et s'assurer qu'on soit un véritable partenaire. Donc, les contrats
de partenariat, ça doit être un contrat de partenariat. Donc...
Et finalement, comme vous le dites, on a les
projets de réalisation intégrés pour lesquels, je pense, bien sûr... L'enjeu n'est pas de savoir si les petites firmes
vont être présentes ou pas présentes. C'est que je crois fondamentalement
que ce type de mode de réalisation là, dans un premier temps, doit s'appliquer
sur des projets d'envergure. Donc, il serait
extrêmement risqué, à ce stade-ci, d'utiliser ce mode-là, hein, dans le cadre
de projets qui sont plus, je vous dirais... de moindre envergure. Donc,
chaque mode adapté à chaque projet, je pense que c'est ça, la formule gagnante.
Et je vous dirais que c'est ça, l'avantage de la stratégie que vous avez
déposée et c'est ça, l'avantage du projet de loi, c'est qu'il donne des outils aux donneurs d'ouvrage pour adapter et utiliser,
dans la boîte d'outils, un mode de réalisation qui sera adapté au
projet.
M. Julien : C'est-à-dire qu'à mon
avis il donne des possibilités, d'emblée, et tout le monde sait que ces
possibilités-là existent, donc on va souhaiter qu'elles soient utilisées, puis
je pense que les gens vont l'utiliser, tandis que ce n'était pas d'emblée,
avant.
Mais encore là je ne suis pas capable de vous
prendre au mot, parce que vous avez dit plein de choses, dans votre introduction, mais, à un moment donné, vous
avez dit, de mémoire : Il faudrait être en mesure de fixer le partage
de risques avant de... Vous avez parlé de
partage de risques RPI, les gains potentiels, les économies, comme... puis être
en mesure de préciser ça avant de... Puis là je me disais : Comment...
L'objectif, c'est de qualifier un consortium puis, après ça, travailler
à l'avancement. Puis le qualifier, en réalité, c'est sur des bases plus
qualitatives, avec des ateliers, vous avez
parlé même de tests psychométriques. Puis, une fois qu'on sait qu'on fait
affaire avec le... la bonne gang, par rapport à ce mode collaboratif là,
bien là, on chemine ensemble puis on vient définir ces éléments-là. Là, vous semblez dire : Il faudrait définir ces
éléments-là a priori, même, là, de les qualifier. Je me dis : Bien, s'il
faut faire tout le travail a priori,
je comprends mal, en fin de compte, le potentiel gain de la collaboration, qui
vise justement à déterminer ça ensemble.
• (20 h 10) •
M. Bigras (Bernard) : Bien, à notre
avis, le projet de loi ou, peut-être, un projet de règlement éventuel devrait
établir les principes, hein? Il y a des principes, là. Par exemple : à
livre ouvert. On ne voit pas ça, là, dans le projet de loi qui nous a été
déposé actuellement. Pourtant, c'est un principe qui est fondamental dans le
cadre de la gestion de projet. Donc, on pense que ce principe-là devrait être
introduit soit dans le projet de... soit dans le projet de loi, directement, ou
ailleurs. La gestion du risque, il ne s'agit pas ici d'avoir une précision,
puisque, naturellement, il y aura une négociation, mais on pense que l'objectif
d'un projet de loi, en tout cas, devrait... au moins d'établir les grands
principes qui vont venir guider, au fond, le mode.
M. Julien : ...prétention, par
rapport à cet égard-là, c'est à partir du moment où est-ce qu'on introduit à
l'intérieur de la loi, puis là on rentre dans le comment éventuel, ces
possibilités-là. Quand on va vouloir aller sur le marché, ça va être dans le processus
d'appel d'offres qu'on va venir déterminer ces éléments-là qui vont être
ouverts à tous puis qui vont être concrets. Donc, le principe n'a pas besoin
d'être à l'intérieur d'un règlement, puisqu'on veut de l'agilité dans la
solution. Il faudra qu'il soit inclus à l'intérieur de l'appel d'offres, avec
précision, pour permettre aux joueurs de concevoir spécifiquement. Parce qu'il
y a autant de recettes qu'il y a de gâteaux, là, hein, mais...
M. Bigras (Bernard) : On s'entend,
on dit la même chose.
M. Julien : OK.
M. Bigras (Bernard) : Ce qu'on dit,
cependant, c'est qu'il y a des principes associés à ces modes de réalisation là
qui doivent se retrouver soit dans le projet de règlement ou soit dans le
projet de loi. On ne parle pas d'une détermination des paramètres, là, très
exhaustifs.
M. Julien : OK. Les grands
principes.
M. Bigras (Bernard) : Mais il faut
les définir, ces modes-là, ce qui, à notre avis, est absent, actuellement, dans
la... dans le cadre législatif présenté.
M. Julien : Mais je veux... Mais je
veux revenir juste là-dessus parce que, pour moi, il y a encore autant... Parce
que ce qu'on se disait, quand on élaborait le projet de loi, c'est : La
connaissance qu'on en a aujourd'hui n'est peut-être pas celle de demain, tu
sais. Parce ça a beaucoup évolué. Ça fait qu'on veut ouvrir sur des modes collaboratifs alternatifs. Et de vouloir prescrire des
principes, aujourd'hui, quand on ne sait pas ce que demain nous réserve...
Alors, pourquoi ce ne serait pas à l'intérieur de l'appel d'offres, puisque
c'est permis de faire ces modes-là, que serait défini, projet par projet... qui
nécessitent, en fin de compte, des mesures particulières? Quelles sont ces...
Vous dites «les principes», mais, tu sais...
M. Bigras (Bernard) : Oui, mais...
M.
Julien : ...le principe de partage de risques, et on le
conçoit assez bien. Mais comme... comment on va le fixer? Pourquoi on ne
le ferait pas appel d'offres, par appel d'offres, puisque chacun des projets
complexes et d'envergure va avoir une recette particulière dans notre approche
au marché?
M. Bigras (Bernard) : Bien, c'est ce
qu'on comprend par le projet de loi. On comprend, c'est ça, votre... votre
intention, votre intention, c'est de faire en sorte que les modes de
réalisation puissent suivre l'évolution du marché. Si vous voulez... Si vous
lisez notre mémoire, c'est la seule raison pour laquelle on croit que vous
n'avez pas été aussi précis dans les principes directeurs. Puis
j'insiste : les principes directeurs. C'est le rôle du législateur, à mon avis, d'au moins venir préciser un certain
nombre de principes directeurs. On ne vous demande pas d'aller dans le détail, bien sûr, c'est l'appel d'offres qui va
venir préciser. Mais, si le législateur n'est pas en mesure de venir préciser
les principes directeurs qui encadrent un mode de réalisation, alors là, on est
dans le flou, on est dans le mou puis on est dans l'insuffisant. Alors, on
pense qu'il doit y avoir un leadership qui soit assumé par le gouvernement, et ça,
pour nous, c'est fondamental.
M. Julien : On va réfléchir à ça.
Parce que, pour nous, il y a tellement de possibilités que de venir l'inscrire,
c'est comme si on... Ce ne sera jamais exhaustif, alors... Tandis qu'il y a
certains principes du mode collaboratif, tu sais,
pour moi, c'est comme... c'est comme je pourrais faire un inventaire puis
dire : c'est du pas, pas du tout, à total; puis le total, ça veut dire qu'il y a ça, ça, ça,
dedans; puis, pas du tout, il y a ça; puis, dans l'intervalle, il y a plein de
choses. Mais c'est comme... c'est comme des principes généraux. Mais après ça
je vais vouloir vraiment avoir ma recette pour chacun des éléments...
bien, pas moi, mais le donneur d'ouvrage, par rapport... par rapport à son
risque.
Il me reste
peu de temps, mais il y a quelque chose... Là, je veux comprendre. Je comprends
que vous représentez les firmes de génie-conseil ou...
M. Bigras (Bernard) : Oui, c'est ça.
Vous ne vous êtes pas trompé.
M. Julien : Non, mais je me
demandais si c'est les professionnels ou les firmes, mais c'est les firmes en
génie-conseil.
M. Bigras (Bernard) : Ce sont des
firmes qui regroupent des professionnels.
M. Julien : Parfait. C'est ça. Je me
demandais à quelle hauteur vous étiez. Là, vous dites : «...privilégié
d'un lien contractuel direct.» Là, là, j'essaie de voir ce que vous voulez me
dire, là. Puis je pense que je le vois, mais j'essaie juste... L'objectif,
c'est : le donneur d'ouvrage s'en va, potentiellement, avec un partenariat
consortium, professionnels, entrepreneurs, consortium adéquat, parties
prenantes, puis on participe ensemble, puis c'est la grande farandole pour
arriver à l'objectif commun. Puis là, naturellement, là, le donneur d'ouvrage,
il signe probablement avec des partenaires qui sont en consortium puis qui,
eux, se sont entendus. J'espère bien, parce que je ne sais pas ce qu'ils
feraient ensemble, sinon. Alors, c'est quoi, le lien direct supplémentaire que
vous voulez, qui n'est pas inclus là-dedans?
M. Bigras (Bernard) : Qu'on se
comprenne bien, nous on... nous, la question fondamentale en affaires,
c'est : Qui est notre client? Hein, c'est ça, la question : Qui est
notre client? À l'heure actuelle...
M.
Julien : Oui, mais, si vous faites partie d'un
consortium... si vous faites partie d'un consortium, votre trio, vous
avez un client puis vous vous êtes mutuellement... puis vous êtes... vous avez
convenu, mais...
M. Bigras (Bernard) : Contractuellement.
M.
Julien : Ce n'est pas du... Ce n'est pas du un-à-un, mais
ça vous protège quand même. Votre client, ça reste le donneur d'ouvrage. Je
veux juste être certain que ce n'est pas un lien contractuel supplémentaire au
consortium.
M. Fecteau (Sébastien) : Effectivement,
je pense que l'important, ce qu'on veut, nous autres, c'est faire partie prenante de l'équipe, de l'équipe de
réalisation collaborative. Ce que l'on veut s'assurer, c'est qu'il y ait...
Comme on dit, tantôt, il y a
plusieurs teintes de gris, hein, dans la collaboration, dans les types de...
dans les différents modèles de réalisation. Puis on ne veut pas se
retrouver dans une situation où on n'est pas dans... on n'est pas dans... les
éléments ne sont pas... ne sont pas là...
M. Julien : Mais, juste pour être
certain, là... Parce qu'on va manquer de temps.
M. Fecteau
(Sébastien) : Oui.
M.
Julien : Mais ce n'est pas un lien direct entre le... la
firme de génie-conseil et l'organisme public, «one-and-one», c'est... Il faut que vous fassiez partie d'un
consortium avec un lien direct puis que vous ayez votre... que vous ne soyez
pas, en fin de compte, un sous du lien direct.
M. Fecteau (Sébastien) : Exactement.
M. Julien : Donc, un consortium dans
lequel vous faites partie, vous avez convenu puis vous faites affaire avec un
donneur d'ouvrage public, la firme de génie-conseil est contente.
M. Fecteau (Sébastien) : On est
partie prenante du consortium. Effectivement.
M. Julien : Parfait. Merci beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Pas
d'autre commentaire, cher collègue?
M. Julien : Merci.
Le Président (M. Simard) : Sans quoi
je cède immédiatement la parole au député de Nelligan et leader de l'opposition
officielle. Cher ami, vous disposez de 10 min 24 s.
M. Derraji : Merci, cher collègue.
Bonjour à vous trois. Merci pour votre rapport. Je vais aller directement à la
page 7, et vous n'êtes pas le premier groupe qui nous parle de cette
recommandation, et je vais vous lire : «Dans les projets d'infrastructures
publiques, comme dans la plupart des projets, les économies les plus
importantes sont souvent réalisées aux étapes préliminaires — ça,
c'est votre mémoire — lors
de la définition des besoins, de la planification et de la conception.
L'implication des entrepreneurs en amont des projets aura certainement des bénéfices significatifs à cet égard.» En fait,
s'il y a un consensus de cette première journée, c'est ici, lors de cette
étape.
Ce que vous dites, dans la recommandation :
«Impliquer les professionnels du génie-conseil dès les étapes préliminaires
pour optimiser la qualité et la durabilité des infrastructures.» Je ne sais pas
si vous avez suivi la commission,
aujourd'hui, les intervenants, mais je peux vous dire que tout le monde veut
être à cette place. Vous, pourquoi vous sentez le besoin d'être là?
M. Bigras (Bernard) : D'être là dans
le...
M. Derraji : À cette étape, pas en
commission, commission...
M. Bigras (Bernard) : À la
commission ou à la table... aux étapes?
M. Derraji : À l'étape préliminaire.
M. Bigras (Bernard) : À l'étape
préliminaire. Bien, écoutez, nous, on croit qu'il y a un certain nombre
d'éléments qui sont des prérequis, appelons ça comme ça, des prérequis à la
bonne gestion de projet. Premièrement, une bonne gestion de projet, c'est une
capacité, de la part du donneur d'ouvrage, de bien évaluer ses besoins. Premier
élément.
M. Derraji : Bien, les définir,
déjà.
M. Bigras (Bernard) : Ça, c'est la
deuxième étape, donc, bien définir son projet aussi, en même temps. Et, un coup qu'on a une bonne définition des projets,
une bonne définition des besoins... Parce qu'entre vous et moi c'est ce
qui fait, c'est... c'est l'élément pauvre, là, dans l'ensemble des étapes de
réalisation. C'est que, bien souvent, on se retrouve avec une mauvaise
évaluation des besoins, une mauvaise définition du projet, et on laisse, au
fond, au concepteur le soin... Et surtout dans une approche où on tente de forfaitiser
extrêmement rapidement dans le processus, alors que le concept n'est même pas
défini. Bien là, je vous dirais, c'est là, la problématique. Ça nous crée deux
problématiques : ça nous crée une problématique de délai puis
d'échéancier, puisque, bien souvent, il y a des allers et retours, donc, ce
n'est pas toujours clair; et deuxièmement, il y a des coûts qui y sont
associés.
• (20 h 20) •
Retenons une chose, en gestion de projet, là,
c'est un peu comme un triangle équilatéral, vous avez, à son sommet... Ce qu'on appelle... ce qu'on appelle au
fond le triangle d'or, hein? Donc, vous avez à son sommet la qualité,
puis vous avez, aux deux bouts, l'échéancier puis vous avez les coûts. Si vous
jouez sur les coûts, vous réduisez les coûts,
bien, vous vous ramassez avec un triangle isocèle, ou, à l'inverse, si un
enjeu, c'est les délais, bien, c'est la qualité qui paie. Donc, comment on s'y prend pour maintenir la qualité...
c'est-à-dire de... Parce que l'objectif du gouvernement, il est clair,
là, hein : réduire les échéanciers puis de réduire les coûts. Puis moi, je
l'ai dit à plusieurs reprises, là, c'est légitime, c'est légitime...
M.
Derraji : Oui, mais c'est justement parce que... C'est justement.
Quand vous avez vu que le projet de loi et l'intention du ministre, c'est
diminuer les coûts de 15 % et diminuer le délai de construction de
25 %... Vous avez lu le projet de loi.
M. Bigras
(Bernard) : Oui, j'ai lu le projet de loi.
M. Derraji : Ah!
Ça se voit très bien.
M. Bigras
(Bernard) : Et la stratégie aussi, parce que ça va ensemble.
M. Derraji : Oui, oui, je sais, il y a pas mal de groupes qui
ont fait... ils ont saisi le projet de loi pour parler de la stratégie,
on l'a vu, on l'a constaté.
M. Bigras
(Bernard) : Oui, j'ai vu ça.
M. Derraji : Mais
concrètement, aujourd'hui, avec les éléments que vous avez entre vos mains...
Parce qu'on n'a pas encore gagné que vous
êtes là, hein, dans l'étape préliminaire, hein. C'est un combat qu'on va avoir
par la suite. Je ne sais pas si on va l'avoir ou pas, mais pensez-vous
réellement qu'on va atteindre les 15 %, les 25 %?
M. Bigras
(Bernard) : Écoutez, moi... nous, on croit que...
M. Derraji : Préliminaire... Préliminaire, ils sont là? Désolé,
juste une seconde. Ils sont là, dans l'étape préliminaire?
M. Julien : Bien,
c'est-à-dire que, les professionnels, on souhaite qu'ils soient inclus dans le
consortium, là...
Le Président (M.
Simard) : On va éviter le dialogue...
M. Derraji : Non,
non, mais... Non, mais, ce n'est pas grave, c'est juste... Je saisis
l'occasion.
Le Président (M.
Simard) : Oui, c'est ça, mais on reprend nos échanges bilatéraux.
M. Bigras (Bernard) : Désolé. Pouvez-vous
répéter la question? Parce que, là, j'ai... il y avait comme un tumulte
entre les deux parties.
M. Derraji : Oui,
oui. Non, non, c'est juste... j'étais tenté... Oui, oui, c'est mon erreur,
j'étais tenté parce que... J'ai entendu que
vous étiez là, ça me rassure. Quand vous avez vu 15 % de diminution des
coûts, 25 % diminution des
délais de construction, à la lumière de la lecture du projet de loi,
pensez-vous réalistiquement qu'on va l'atteindre?
M. Bigras
(Bernard) : Je pense qu'on peut l'atteindre, moi, je... On est
confiants qu'on peut atteindre les objectifs
visés par la stratégie québécoise des infrastructures, de deux façons. Si on
joue sur les délais, d'une part, il faut réduire la lourdeur
administrative. Donc, ça, c'est, pour nous, fondamental, réduire la lourdeur
administrative. Puis comprenons-nous bien, on ne demande pas, là, que la
réglementation soit nécessairement assouplie. Mais réduire la lourdeur
administrative contribuerait à réduire les délais. Et aussi, si l'approche
collaborative... Parce que je pense que
c'est ça, le défi du gouvernement, pour maintenir la qualité, tout en réduisant
les coûts et les échéanciers : au centre du triangle, c'est
l'approche collaborative. Si cette approche-là nous permet d'avoir, je vous
dirais, beaucoup plus de dynamique au plan de la réalisation de projet, on
pense que c'est faisable.
M. Derraji : Bien,
parlons de l'approche...
M. Bigras (Bernard) : Mais il y a beaucoup...
Je viens d'énoncer beaucoup de prérequis puis de conditions, là. Ça
demande de la maturité du côté des professionnels, ça demande de la maturité du
côté des donneurs d'ouvrage, ça demande de
la maturité du côté des entrepreneurs. Ça, c'est des conditions préalables à la
réussite de la collaboration. Maintenant, oui, on pense que c'est
possible.
M. Derraji : Oui.
Les prérequis, c'est ce qu'on va s'assurer, de les avoir. Parce que le but,
c'est qu'on ne va pas voter une loi où, ce qui a été annoncé, on ne va pas
l'atteindre. Mais je ne pense pas qu'aucun Québécois ne va être contre le fait
que... On va lui dire : Écoute, on va diminuer le coût de 15 % et les
délais de construction de 25 %, il va dire : Je n'applaudis pas ça.
Par contre, ce que vous êtes en train de nous dire, c'est qu'il y a des
prérequis...
M. Bigras
(Bernard) : Il y a des prérequis.
M. Derraji : ...et
il faut les mettre en place. Mais parlons des prérequis. Vous, l'approche
collaborative, vous la voyez pour quel type de projets? Est-ce qu'on est en
fonction de niveaux de complexité? C'est pour tout?
M.
Bigras (Bernard) : Bien oui... Bien, on peut donner quelques exemples
de projets collaboratifs qui ont fait leurs preuves aussi...
M. Fecteau (Sébastien) : Bien, je
dirais les... moi, les projets qui sont complexes, qui ont un certain niveau de
complexité, les projets où les besoins sont plus ou moins bien définis, les
projets où le propriétaire a une grande valeur ajoutée, une bonne connaissance
de l'historique d'opération de l'infrastructure ou de... ou une grande valeur
ajoutée au niveau de l'opération future de l'infrastructure. Bien entendu, ça
prend une certaine envergure parce que c'est...
il y a une certaine gouvernance à mettre en place pour ces projets
collaboratifs là. Donc, c'est ce genre de projets... de projets là.
Naturellement, comme on le disait puis comme aussi des intervenants avant nous
disaient, les autres modes de réalisation vont avoir encore leur place pour des
projets qui sont... qui ne respectent pas nécessairement ces critères... ces
critères-là.
M. Derraji : Quand on parle de la
complexité, avez-vous en tête... est-ce que c'est par coût du projet ou...
Est-ce que vous voulez qu'on précise la complexité dans le projet de loi ou
laisser ça aux donneurs d'ordres?
M. Fecteau (Sébastien) : Moi,
j'aurais tendance à le laisser aux donneurs d'ordres. Parce que, si on veut essayer de définir ça dans un projet de loi, ça va
être... Je pense, c'est différent pour chacune des... chacune des
infrastructures, là.
M. Derraji : Je ne sais pas si vous
avez vu d'autres mémoires, mais j'ai le goût de vous poser cette question. Le Conseil canadien des marchés publics, dans leur
mémoire, ils parlaient de la mise en oeuvre : «La mise en oeuvre des modalités
associées à ce projet de loi est fondamentale dans le succès de cette démarche.
Une mise en oeuvre faite trop rapidement comportera des risques pour les
organismes publics.» Vous en pensez quoi?
M. Bigras (Bernard) : Bien, c'est un
peu ce qu'on dit dans notre mémoire. Ce qu'on dit, c'est que ça va demander une
phase préparatoire, autant... On a parlé de la formation, tout à l'heure, c'est
un exemple. Mais on doit aller, là, je vous
dirais, de façon soutenue, mais en même temps essayer, là — sans
parler de projets pilotes, parce que, de projets pilotes, on est tous un
peu tannés d'en entendre parler, n'est-ce pas, des projets pilotes — mais
essayer, là, de trouver le bon projet.
Déjà, là... On a beaucoup d'espoir, entre
autres, je vous le dis comme ça, là, dans l'espace innovation qui a été créé
par le projet de loi 12, la ministre LeBel, qui donne cette possibilité au
donneur d'ouvrage, là, de pouvoir expérimenter, disons ça ainsi, des modes de
réalisation du type IPD. Donc, je pense que le meilleur conseil, c'est de peut-être... de prendre deux grands donneurs
d'ouvrage, là, publics, là, j'en nomme deux comme ça, mais le ministère des
Transports et de la Mobilité durable puis la Société québécoise des
infrastructures, et de leur demander de réaliser des projets.
Puis il faut
avoir le droit à l'erreur aussi. C'est aussi fondamental. Parce qu'on est dans
un contexte québécois. Et ça, j'insiste là-dessus. On va trouver des contrats,
des contrats type, que ce soient des CCDC 30 ou des CCDC 15,
il va être important, pour le gouvernement du Québec, de prendre en compte la
réalité québécoise dans l'application ou l'utilisation de ces contrats types
là. Et j'invite le gouvernement à travailler avec l'industrie dans la
conception de ces contrats types là. On le
voit beaucoup... J'ai un collègue qui disait, pas plus tard que la semaine
dernière... qui me parlait de
l'Ontario et qui me disait : On travaille en collaboration avec l'Ontario
pour définir un peu le cadre d'intervention.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Bigras (Bernard) : Donc, ça,
c'est une voie prometteuse.
M. Derraji : OK.
Le
Président (M. Simard) : Alors, merci à vous, cher collègue. Alors, je cède
la parole à la députée de Verdun, qui dispose de
3 min 28 s.
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le
Président. Merci encore une fois pour votre présence et la présentation. Tout à l'heure, on avait une discussion sur les
cibles de réduction des délais et des coûts. Je veux m'attarder un peu sur la...
celle des délais, peut-être faire appel à votre expertise dans la réalisation
de ce type de projets. Est-ce que vous sentez
que les cibles qui sont annoncées sont... pas... je ne veux pas aller sur le
réalisme, mais plus est-ce qu'elles sont arbitraires? Est-ce qu'on peut
fixer ce type de cibles comme ça? Ou est-ce que, dans votre expertise, vous
avez vu des types de délais qui sont semblables ou basés sur une étude de
réalisation de projet?
M. Bigras (Bernard) : Moi, je pense
qu'il serait très audacieux et très risqué d'essayer de définir des cibles par mode de réalisation. Je vous donne... Je vous
donne un exemple d'un mode de réalisation : conception-construction-financement.
Si on prend des projets qui ont été réalisés en 2019 pour lesquels je regarde
le taux d'escompte de la Banque du Canada,
en 2019, qui tournait autour de 2 %, hein, et que je prends le même
projet, hein, puis je le réalise aujourd'hui avec un taux d'escompte de la
Banque du Canada qui tourne, quoi, autour de 5 %, j'ai vu les
derniers chiffres, je ne suis pas sûr... je ne suis pas sûr qu'il y ait un
donneur... je ne suis pas sûr qu'il y ait un donneur
d'ouvrage qui prendrait le risque d'aller sur le marché avec ce type de projet associé
à ce type de mode de réalisation, je ne suis pas sûr qu'on réussirait à avoir
des coûts réduits. Des échéanciers, c'est autre chose.
Mais donc c'est ça
qui est fondamental, d'essayer de définir en amont un type... l'utilisation
d'un mode de réalisation en fonction d'un
type de projet ou d'envergure, comme votre collègue le disait, d'envergure de
projet, c'est extrêmement complexe parce que le contexte peut être
différent. Je vous donne l'exemple de la construction...
construction-financement, mais ça pourrait être bien d'autres.
• (20 h 30) •
Mme Zaga
Mendez : Merci. J'ai une dernière question. Tout à l'heure, vous avez
parlé de la mise en commun de ressources et
comment ceci allait avoir un effet sur les responsabilités. J'aimerais ça vous
entendre un peu plus là-dessus, vous allez... si vous avez un exemple de
comment les situations de mise en commun des ressources a un effet ou... Vous
avez parlé d'accroître la responsabilité des firmes de génie-conseil.
M. Bigras (Bernard) : Bien, je vous dirais que
c'est peut-être plutôt un enjeu de, comment dire... de protection de la
responsabilité professionnelle des ingénieurs. Alors, il faut se rappeler, là,
que, et je l'ai dit, actuellement, nous, notre devoir, c'est de conseiller
notre client, alors il faut s'assurer de bien protéger notre client. Alors, qui
est notre client? Alors, il faut éviter d'être dans une situation où un
professionnel, pour toutes sortes de raisons, là, pourrait être amené à prendre
ou recommander certaines avenues de solution...
Le Président (M.
Simard) : En conclusion.
M. Bigras
(Bernard) : ...qui seraient liées à des étapes de réalisation de
projet.
Le Président (M.
Simard) : Merci...
M. Bigras (Bernard) : Alors, je résumerais ça
ainsi. Donc, il faut protéger le professionnel, ça, c'est fondamental.
Le Président (M.
Simard) : Merci. Je cède la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci.
Bonsoir. J'aimerais discuter avec vous de votre recommandation n° 3
sur l'implication des professionnels du génie-conseil dès les étapes
préliminaires. Et c'est un principe de gestion évident, vous l'avez mentionné,
donc il faut réfléchir longuement, il faut planifier, il faut que les joueurs
importants soient là dès le départ.
D'ailleurs, les estimateurs et économistes nous ont dit la même chose tout à
l'heure, même chose pour les spécialistes de la gestion. Je le comprends
bien.
Maintenant, en ce qui
concerne surtout, je dirais, les grands cabinets de génie-conseil, d'aucuns
pourraient prétendre qu'ils sont déjà très
présents dans ces projets-là, y compris dans la conception, et qu'on a des
leçons apprises. Notamment, je suis obligé de parler de la commission Charbonneau, hein, sur la proximité, parfois, avec aussi des employés
des uns et des autres qui changent d'un côté.
Alors,
est-ce que vous pourriez mettre en lumière et rassurer les gens? Parce qu'on
est là aussi pour parler de la confiance du public, de la transparence puis le
traitement équitable et intègre des processus. Donc, cette proposition-là,
comment on l'arrime aussi avec ce besoin-là, de rassurer le public que tous les
joueurs sont là pour la conception, mais ça ne veut pas dire qu'on nuit?
Comment on favorise ces processus-là, finalement?
M. Bigras (Bernard) : Bien, écoutez, lorsque je
lis la recommandation n° 3, c'est «d'impliquer les professionnels du
génie-conseil dès les étapes préliminaires pour optimiser la qualité et la
durabilité des infrastructures».
Revenons
sur la qualité et la durabilité des infrastructures. Prenons l'exemple des
coûts, hein? Il y a deux façons de voir les choses. On peut voir les
coûts comme étant une dépense à très court terme ou on peut essayer de faire
une analyse qui tient compte du cycle de vie du projet. Donc, nous, on est de
ceux qui croient qu'on doit investir dans l'innovation.
On croit qu'on ne doit pas lésiner sur les coûts s'ils nous permettent des
économies sur une période de plus long
terme. Il y a un risque. Il y a un risque de lésiner sur la conception. Il y a
un risque de ne pas prévoir des éléments qui... dans la prise de
décision gouvernementale.
Et on va jusqu'aux
appels d'offres, hein? On va jusque... Nous, on est de ceux qui croient, là,
que, dans les appels d'offres publics, on
devrait tenir compte, dans les solutions proposées, de l'impact sur le cycle de
vie. Donc, ça, ça nous permet d'optimiser la qualité puis la durabilité
des infrastructures. C'est dans cette perspective-là qu'il faut voir les choses. Parce qu'une infrastructure... il
y a un élément qui doit être associé à l'infrastructure, c'est sa pérennité.
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Bigras
(Bernard) : La pérennité.
Le
Président (M. Simard) :
Voilà. La pérennité. C'est un beau mot pour conclure, M. Bigras. Vous qui avez
une si longue expérience parlementaire à la Chambre des communes, c'est
un plaisir que de vous retrouver.
Messieurs, merci
d'avoir contribué à nos travaux.
Et, sur ce, j'ajourne
nos séances. Au revoir.
(Fin de la séance à 20 h 34)