(Onze heures dix-sept minutes)
Le Président
(M. Simard) :
Alors, chers collègues, bonjour à tous. Je
constate que nous avons quorum. Nous sommes en mesure d'entreprendre nos
travaux.
Avant d'aller
plus loin, puisque nous avons à peine 2 min 30 s de retard, y
aurait-il consentement afin de poursuivre, ce matin, au-delà de l'heure
initialement prévue? Il y a consentement? Consentement.
Comme vous le
savez, notre commission est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 62.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements ce
matin?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Mallette (Huntingdon) est remplacée par M. Thouin
(Rousseau); M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys), par M. Derraji
(Nelligan); Mme Rizqy (Saint-Laurent), par Mme Rotiroti (Jeanne-Mance—Viger); et M. Bouazzi
(Maurice-Richard), par Mme Zaga Mendez (Verdun).
Auditions (suite)
Le Président (M. Simard) : Merci.
Bienvenue à ces nouveaux collègues. Sans plus tarder, je cède la parole à
Me Martine Valois, qui nous fait l'honneur d'être parmi nous ce matin.
Mme Valois, la parole est à vous, et vous disposez de 10 minutes afin
de faire votre présentation.
Mme Martine Valois
Mme Valois
(Martine) : Merci beaucoup, M. le Président. M. le ministre,
Mmes et MM. les députés, je vous remercie pour cette invitation à commenter le
projet de loi n° 62, Loi visant
principalement à diversifier les stratégies d'acquisition des organismes publics et à leur offrir davantage
d'agilité dans la réalisation de leurs projets d'infrastructure.
Certains d'entre vous ont pu prendre
connaissance à l'avance de ma position en lisant l'article du Devoir ce matin, rédigé par la journaliste Isabelle Porter.
Mon intervention portera uniquement sur les articles du projet de loi
n° 62 qui modifient la Loi sur les contrats des organismes publics.
Alors, d'entrée de jeu, mes inquiétudes
concernent l'introduction, au chapitre V, de la loi des contrats de
partenariat et la possibilité de conclure des contrats de gré à gré dans le cas
d'appels d'offres infructueux, c'est-à-dire la modification de
l'article 13.1 de la LCOP. À mon avis, ces modifications vont dans le sens
contraire des principes directeurs de la LCOP, soit la saine concurrence entre
les cocontractants, l'équité entre les cocontractants et la transparence dans l'octroi et la gestion des
contrats publics. Dans l'état actuel des choses, ces modifications vont aussi
à contre-courant de l'ensemble des meilleures pratiques pour contrer la
collusion et la corruption, telles que définies notamment par l'OCDE. Elles
sont susceptibles, à mon avis, d'augmenter la vulnérabilité des organismes
publics, qui sont en manque, toujours,
d'expertise pour évaluer les propositions des acteurs de l'industrie, et de
s'assurer des... que les conditions proposées sont acceptables, et que
les coûts sont raisonnables et réalistes. Ces meilleures pratiques ont été soulignées par la commission Charbonneau après une étude approfondie des stratèges de
collusion et de corruption dans l'industrie de la corruption.
Ces modifications pourraient aussi avoir pour
conséquence d'augmenter la concertation de nature collusive entre les acteurs privés, diminuant ainsi la
concurrence dans l'octroi des marchés publics. Ces meilleures pratiques sont
aussi celles développées par l'OCDE, qui a publié plusieurs documents sur la
prévention de la collusion, notamment la recommandation du conseil sur la lutte
contre les commissions concertées dans les marchés publics et les lignes
directrices pour lutter contre les soumissions concertées dans les marchés
publics.
• (11 h 20) •
Quelles sont ces meilleures pratiques? Dans le
cas de la conception des appels d'offres, favoriser la concurrence,
c'est-à-dire élargir le nombre de participants potentiels, diversifier les
types de marchés et utiliser des procédures d'appel d'offres ouvertes et
transparentes. Spécifier clairement les besoins. Des spécifications techniques
détaillées et précises rendent la collusion plus difficile. Varier la taille et
la nature des marchés, éviter les marchés de valeurs identiques et répartir les
projets en lots pour limiter les opportunités de collusion. Concernant la
gestion des appels d'offres, la rotation du personnel. Il faut changer
régulièrement les agents responsables des appels d'offres pour réduire les risques de collusion avec les
entreprises. Il faut former le personnel et le sensibiliser aux agents de
risque de collusion et aux moyens de la détecter. La transparence,
c'est-à-dire publier les critères d'attribution des marchés, les résultats des appels d'offres et les sanctions
en cas de collusion, ainsi que de mettre en place des outils pour
détecter les schémas de soumission suspects.
L'OCDE recommande des
mesures spécifiques destinées à rendre les procédures de passation des marchés
compétitives et exemptes de toute collusion. Il faut évaluer les législations
et les pratiques en matière de marchés publics ainsi que leur impact sur la
probabilité de collusion entre soumissionnaires. Il faut prendre des mesures
qui sont destinées à prévenir les soumissions
concertées dès l'entame des procédures d'adjudication, et non après, élaborer
des cadres pour ces procédures et concevoir différents appels d'offres, veiller
à ce que les responsables des marchés publics aient les connaissances des
structures de marchés, des schémas concernant les offres de prix ou les
pratiques de soumissionnaires qui peuvent indiquer la présence d'une forme de
collusion.
L'OCDE reconnaît par ailleurs l'importance du
secteur privé dans l'élaboration des marchés publics, mais met l'accent sur un
rôle consultatif, plutôt que décisionnel. Alors, l'OCDE ouvre la porte à
l'implication précoce du secteur privé dès les premières phases de
planification des projets d'infrastructure afin de partager son expertise et
ses connaissances de marchés, mais non dans le but de conclure un projet... un
marché public. Et des mécanismes de dialogue
formels doivent être mis en place pour favoriser les échanges entre les
autorités publiques et les acteurs privés, mais ces consultations
doivent être menées de manière transparente, avec une communication claire des
objectifs et des critères de décision. Il faut prévoir des règles claires
concernant les conflits d'intérêts et garantir l'intégrité des processus de
passation des marchés. Et les relations entre les acteurs publics et privés
doivent être transparentes et soumises à un contrôle public.
En résumé, même si l'OCDE encourage la
participation du secteur privé dans l'élaboration des marchés publics, elle
insiste sur la nécessité de préserver l'intérêt général et de garantir une
concurrence équitable. Le rôle du privé doit être consultatif et complémentaire
à celui des autorités publiques, qui restent responsables des décisions
finales. Alors, le problème, ce n'est pas d'encourager le dialogue entre les donneurs
d'ouvrage publics et les acteurs privés, mais bien de s'assurer que les deux
intervenants parlent le même langage et bénéficient du même niveau de
connaissance du marché. C'est là que le bât blesse, à mon avis, car la perte
d'expertise au sein des donneurs d'ouvrage
publics les rend vulnérables aux pratiques de collusion et les empêche
d'évaluer correctement les propositions des acteurs privés. Ce danger
est bien réel, notamment dans le cadre de la négociation des contrats de
partenariat.
Sur le manque d'expertise des donneurs d'ouvrage
publics, l'OCDE considère que cette expertise est cruciale à tout processus intègre et équitable d'octroi de
marchés publics, et afin de développer, dans la durée, les connaissances
et l'expérience chez les professionnels des marchés publics, des nombreux pays
membres de l'OCDE ont mis sur pied les centrales d'achats, qui fonctionnent
comme des plaques tournantes professionnelles en matière de marchés publics. 61 % des membres de l'OCDE l'ont
fait, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie, l'Irlande, la
France, la Belgique... la Belgique, mais pas le Canada.
La commission Charbonneau aussi avait
témoigné... en fait, avait rapporté que plusieurs témoignages avaient fait
l'état d'une perte d'expertise importante à l'échelle de la fonction publique
provinciale et municipale. Plusieurs rapports avaient souligné notamment que le
ministère des Transports du Québec ne possédait pas les ressources humaines et
financières requises pour assurer une contre-vérification serrée des estimés de
coûts et des réclamations de paiement. Des
firmes de génie avaient participé à la planification de certains travaux, une
situation qui ouvre la porte à une surestimation des besoins et,
conséquemment, de l'envergure et du coût des infrastructures. La délégation de
fonctions stratégiques à des firmes de génie, telles la planification des
travaux, la préparation des estimés, la contre-vérification des réclamations de
paiement, est une source potentielle d'abus, dans la mesure où les acteurs
privés peuvent être portés à satisfaire leurs intérêts au détriment de
l'intérêt public.
Dans l'état actuel des choses, les contrats de
partenariat rendent donc les donneurs d'ouvrage publics vulnérables à la
collusion. Quelles sont les solutions pour renforcer l'expertise des donneurs
d'ouvrage publics et la surveillance des organismes externes, dont l'AMP, en
particulier sur ces nouvelles formes de contrats publics qui sont introduites
par ce projet de loi, qui dérogent, à mon avis, de manière importante, aux
principes visant à favoriser l'équité, la concurrence et la transparence des
contrats publics...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
Mme Valois
(Martine) : ...pour plus d'agilité? Et je vais terminer, juste
une phrase, comme le souligne l'Autorité
des marchés publics dans son mémoire : «Peu importe les
modifications qui seront apportées au cadre normatif par ce projet de loi, tant et aussi longtemps que les donneurs
d'ouvrage ne consacreront pas le temps nécessaire à l'application des
projets d'infrastructure, l'explosion des coûts et des délais de réalisation de
ces projets continuera de survenir.» Je vous remercie de votre attention.
Le
Président (M. Simard) : Merci. Merci, chère maître. Et je cède la parole
au ministre, qui dispose d'un peu plus de 16 minutes.
M. Julien : Oui, merci, M. le
Président. Merci, Me Valois, pour votre allocution et votre intervention
aujourd'hui, là, dans le cadre de cette étude qu'on a pour le projet de
loi 62. Naturellement, j'ai lu... j'ai lu l'article ce matin, là, du Devoir, donc on avait un
peu en primeur, là, ce que vous aviez à nous énoncer, ça nous a permis de se
préparer, également, puis de voir qu'est-ce qu'il en était.
Vous avez mentionné, d'entrée de jeu, qu'il y
avait deux enjeux plus particuliers là, à l'intérieur du projet de loi
n° 62, là, qui vous interpellaient, en termes des principes reconnus à la
fois dans la LCOP puis, naturellement, ailleurs.
Il y avait tout le volet que je qualifie de mode collaboratif, partenariat et,
après ça, l'article 13.1, gré à gré. Moi, je distingue assez bien
ces deux éléments là, je suis certain que vous le faites également. Mais je
veux bien concevoir le volet plus mode collaboratif,
puisqu'on a reçu plusieurs groupes... À la fois, oui, il y a l'industrie, mais
il ne faut pas... il n'y a pas juste
l'industrie, il y a les meilleures pratiques aussi, avec PMI. On a l'Autorité des marchés publics qui, sur ce volet-là, pour lui, convenait,
là, que ça ouvrait le marché, ça favorisait la concurrence.
Et le processus qu'on y met... Puis là, juste
être certain que vous n'êtes pas mal citée, là, mais c'est marqué dans l'article : «Les contrats de partenariat
remplaceraient les systèmes d'appel d'offres dans le cadre de certains projets plus
complexes et plus d'envergure.» Puis là, sur cette phrase-là, si elle est
vraiment de vous, le processus d'appel d'offres public prévu dans les modes
collaboratifs existe avec la même rigueur, un comité indépendant qui vient qualifier non seulement sur le prix le plus bas
uniquement, c'est-à-dire comme le mode traditionnel, mais sur l'expérience,
l'expertise, les réalisations passées, donc plus de facteurs qualité, donc.
• (11 h 30) •
Et ce qu'on observe ailleurs, pour ceux qui
l'utilisent, parce qu'on a quand même fait l'Australie, l'Ontario, augmentation
de la concurrence, donc plus de joueurs qui viennent... alors, l'industrie nous
dit ça, mais on l'observe aussi dans les
appels d'offres qui ont utilisé ce mode-là, et réduction des prix et réduction
des délais. Donc, plus de
concurrence, réduction des prix, réduction des délais, avec un mode d'appel
d'offres quand même très rigoureux, spécifique, avec un comité de
sélection. Donc, les résultats sont probants, et ça augmente la concurrence.
Et là je terminerais ma question, parce qu'elle
est assez large, mais je vais m'attendre à une réponse assez large aussi. Pour moi, la collusion, c'est une
entente illicite, le plus souvent secrète, entre deux ou plusieurs personnes pour
nuire, de manière illégale, au tiers, qui serait le donneur d'ouvrage. Donc,
comment ce mode d'attribution, qui respecte les principes d'appel d'offres
public très rigoureux et qui augmente la concurrence, pour vous, favorise la
collusion? Et, considérant le passé, là, que vous avez bien connu, là... mais,
pourtant, c'est des modes traditionnels, et
il y avait beaucoup de collusion... donc, j'essaie juste de voir en quoi ce
mode-là, qui ne semble pas, pour l'Autorité
des marchés publics, être un enjeu, pour vous, vous dites : Ce
mode-là entraînerait... et le... entraînerait beaucoup plus de
possibilités de collusion.
Mme Valois
(Martine) : Bien, en fait, dans la... dans la... votre
commentaire, vous dites : Ça favorise la concurrence, ces
contrats-là. Alors, d'entrée de jeu, ma question, c'est : Comment ça
favorise? C'est ce qu'on dit. Alors, bien,
moi, j'aimerais savoir comment ça favorise la concurrence. Le problème, comme
je l'ai dit, c'est sur le plan de l'expertise et l'intérêt public
général. C'est-à-dire que le marché, les acteurs privés vivent des difficultés
en ce moment, ils ont une pénurie de main-d'oeuvre, les suites de la pandémie,
bon, les accords de libéralisation, qui sont toujours présents. Tous ces problèmes-là,
je vois mal comment ils seraient corrigés par les contrats de partenariat et
l'approche collaborative, alors... C'est parce que ces défis resteraient
présents.
Maintenant,
pour les acteurs privés, évidemment que de pouvoir imposer, d'une certaine façon, les
conditions qui leur sont les plus favorables ne va pas aller, si on
veut, en faveur, nécessairement, de l'intérêt public. Alors, ici, dans le... Les donneurs d'ouvrage publics veulent
réaliser des projets d'infrastructures, veulent les réaliser à des coûts
moins élevés, mais que la qualité soit présente et que les délais de
réalisation soient aussi respectés.
Alors, en
quoi l'approche collaborative et l'attribution de contrats de partenariat où,
entre autres, les firmes de génie s'associeraient aux entrepreneurs pour
la conception et la gestion des contrats publics, alors que c'est, notamment, une pratique qui a mené, selon la
conclusion... la commission
Charbonneau, à des pratiques de
collusion où les décisions seraient prises en fonction des intérêts des
acteurs privés et non pas de l'intérêt public général...
M. Julien : Parfait, mais...
Mme Valois (Martine) : Donc...
M. Julien : Oui,
mais juste là-dessus, parce que, pour moi, quand même, pour connaître un peu, à
l'époque, là... La collusion qui se fait de manière secrète, entendue a
priori par des acteurs, en réalité, là, versus un comité de sélection qui vient... qui vient sur la base de
compétences, d'expertises, avec ateliers, indépendants, fixer le partenaire
qui soit le plus apte, non pas seulement sur le prix, mais sur tous ces
éléments-là, à venir collaborer...
Deux choses
que je vois, bien honnêtement, Me Valois, en termes d'efficience, on le nomme,
puis là, l'efficience, c'est de venir dire : On va pouvoir travailler à
bénéficier de l'expertise à la fois des professionnels, de l'entrepreneur,
oui, du donneur d'ouvrage pour bonifier, à livre ouvert, en réalité, le projet.
Ça, c'est le volet efficience, purement dire : Bien, heille! ça va aller
mieux puisque tout le monde collabore, mais sur le volet concurrence, ce qu'on
a obtenu des marchés et des différents intervenants, à la fois institutionnels
et à la fois, naturellement, là, des entreprises, c'est de dire : Dans des projets majeurs, envergure
complexe, les joueurs, actuellement... on l'a vu, dans certains projets :
pas de soumissionnaire, un soumissionnaire, parfois deux, toujours à peu
près les mêmes. Puis tous ceux qui n'y étaient pas, qui étaient assez majeurs,
ils disaient : Nous, là, on ne peut pas aborder ces projets-là parce qu'il
n'y a pas de partage de risques, tout le
risque est à l'entrepreneur, la structure de financement est beaucoup plus
complexe, donc vous tuez la concurrence par le modèle, mais vous
permettez, en fin de compte, par un modèle forfaitaire, d'avoir un ou deux
joueurs. Donc, c'est l'effet pervers.
Et le mode de gestion collaboratif, où on vient
qualifier plus de bonne heure, selon un appel d'offres public... L'ouverture à
la concurrence, c'est la barrière à l'entrée des entreprises qui disent :
On ne fait pas affaire avec vous, parce
qu'en termes de structure de financement, ça nous met beaucoup trop à risque et
ce n'est pas... ce n'est pas intéressant.
Alors, pour moi, ce n'est pas tant le volet...
c'est le volet de : on met une barrière à l'entrée. Et on l'observe, hein,
on a regardé, dans les cinq dernières années, le nombre de soumissionnaires par
appel d'offres public a baissé de plus de 13 %, au Québec. Donc, moi, je pense que le risque est
couvert par le processus d'appel d'offres. Et l'augmentation de la concurrence vient, justement, dans un partage à
livre ouvert de risques, mais... Puis c'est le marché qui nous dit ça,
mais peut-être que le marché... Je voudrais vous entendre sur cette vision-là
du marché.
Mme Valois
(Martine) : Bon. Je ne peux pas avoir une connaissance globale du
marché. Ce qui soulève des interrogations, pour moi, c'est, d'abord, comme je
le disais, l'OCDE favorise le dialogue, mais il faut que ce soit un dialogue qui est formel, pas un dialogue qui est
fait une fois qu'un cocontractant est choisi. Alors, si l'industrie critique les
appels d'offres et que ses critiques sont valables, les donneurs d'ouvrage
publics peuvent modifier leurs façons de fonctionner, mais en quoi la façon
actuelle, sans l'introduction du projet de loi, ne pouvait pas être modifiée
pour favoriser la concurrence? J'ai l'impression que le modèle qui est choisi,
de choisir, en fait, un collaborateur et de lui donner, plutôt, plus de pouvoir sur les conditions contractuelles, je ne
vois pas en quoi ça favorise la concurrence avec les autres acteurs du
marché. Et aussi, je veux juste... en parlant des appels d'offres, là, vous
avez une disposition qui... une modification à l'article 13.1, où on
dit : Bien, s'il n'y a pas personne qui répond à l'appel d'offres dans les
90 jours, on pourra conclure un contrat
avec quelqu'un. Et donc, ça, à mon avis, c'est clairement une invitation à ne
pas soumissionner sur l'appel d'offres pour, par la suite, être choisi.
Alors, si l'appel d'offres n'était pas satisfaisant, au point où personne ne voulait déposer des soumissions, comment on peut,
dans les 90 jours, trouver un soumissionnaire qui, lui, serait
d'accord pour soumissionner? Alors, ça, c'est une...
M. Julien :
Me Valois, sur l'article 13.1, ce que vous nommez, comme
préoccupation, sur ces éléments-là, pour
moi, ça fait écho, et les commentaires qu'on a reçus font écho également. Donc,
on aura des discussions parce que l'intention n'était pas celle nommée,
mais, effectivement, elle peut amener, en fin de compte, celle qui est nommée.
Donc, on verra comment on peut l'améliorer, mais quand même, je fais la grande
distinction entre les deux éléments, parce que je reviens sur les modes
collaboratifs. Parce qu'on sait que l'Australie les prend, l'Ontario les prend,
on voit que plusieurs donneurs d'ouvrage
publics se tournent vers ces éléments-là. Je pense qu'il y en a eu 130 quelques,
modes collaboratifs utilisés à travers le Canada. Il y a eu un recensement sur
le respect budgétaire, le respect des échéanciers et, naturellement,
l'augmentation de la concurrence comparativement à l'autre modèle. Alors, ça
semble assez probant.
• (11 h 40) •
Alors, là, je vous
poserais la question : Considérant que ça se fait beaucoup ailleurs, puis
qu'on a un certain volume qui disent, eux, le bénéfice en termes de coûts
d'échéance et d'augmentation de la concurrence, a contrario, vous, avez-vous
des données qui démontrent que les modes collaboratifs utilisés dans ces
fonctions publiques là qui les utilisent ont fait en sorte d'augmenter la
perspective de collusion? Parce que, pour moi, c'est... on vient les
sélectionner encore sur base d'appels d'offres publics avec des critères très
rigoureux, mais plus sur la qualité que sur le prix uniquement, mais je ne vois
pas en quoi, ce faisant, puisque le consortium va être composé de
professionnels, d'entrepreneurs distincts des autres... donc, si, par exemple,
il y a cinq consortiums qui déposent, puis on vient les sélectionner sur des
critères rigoureux avec un comité indépendant, je ne vois pas comment ça
augmente la collusion qui ferait en sorte qu'on essaie, en fin de compte, de
bafouer le droit du tiers plus que le mode traditionnel. Alors, ces
observations-là, est-ce que vous les avez, vous, en termes de données sur le
marché?
Mme Valois
(Martine) : En fait, là, le mot «collusion», je l'utilise
principalement pour la modification à l'article 13.1 de la Loi sur les
contrats des organismes publics.
M. Julien :
OK, je comprends mieux. Je comprends mieux, oui.
Mme Valois
(Martine) : Là, donc, dans les contrats de partenariat, le problème,
il vient du manque d'expertise des donneurs d'ouvrage publics qui ne peuvent pas
vérifier les données qui sont... en fait, qui sont communiquées par les acteurs
de l'industrie, qui disent qu'ils sont dans l'incapacité de réaliser les
projets selon les termes qui sont, finalement, donnés par les donneurs
d'ouvrage publics. Alors, l'OCDE, elle prévoit ces approches collaboratives là, sauf qu'elle dit : Il faut
qu'il y ait un dialogue formel, pas d'attribuer un contrat et que, là, la
collaboration se fait après.
Évidemment, la collaboration, elle se fait dans la gestion des contrats publics.
Le problème, c'est que l'approche collaborative, elle doit être faite en
amont. Et on va...
M. Julien :
Parfait, parfaitement, puis, Me Valois... parce que c'est sûr que vous
avez parfaitement raison que le mode collaboratif doit faire état d'un dialogue
formel et bien encadré. Et naturellement, je vous dirais que si, dans la
dernière année... parce que, tu sais, on a travaillé, avec ma collègue
présidente du Conseil du trésor, avec les marchés publics pour dire comment
qu'on préserve intégrité, équité et, naturellement, transparence, et tout le
monde a convenu qu'on allait le plus loin
qu'on pouvait sans mettre en cause ces éléments-là. Je suis heureux de vous
entendre me dire que le 13.1 amène,
peut-être, d'autres enjeux qui ne sont pas celles du mode collaboratif, mais,
naturellement, pour moi, l'appréciation qu'on en fait, c'est que des
grands donneurs d'ouvrage comme la SQI, comme le ministère des Transports, ont
dit qu'on doit y aller, naturellement, progressivement avec les donneurs d'ouvrage
qui sont les plus habilités en termes de compétences, d'expérience et de
robustesse pour implanter ces modes de collaboration là pour... Après ça, on verra à les élargir, mais c'est quand même deux
grands donneurs d'ouvrage avec beaucoup d'expertise, le ministère des Transports et la SQI. Donc, c'est
sûr que ça prend une approche à petits pas sur les donneurs d'ouvrage pour...
pour venir s'assurer qu'ils ont toutes les compétences et l'expertise
nécessaires pour embarquer dans ces modes-là. C'est des préoccupations
que vous avez?
Mme Valois
(Martine) : Bien, les préoccupations que j'ai, c'est l'expertise des
donneurs d'ouvrage publics, c'est-à-dire, à l'intérieur des organismes publics.
Est-ce que, concernant la fuite des cerveaux, des ingénieurs... cette perte
d'expertise a été décriée par la commission Charbonneau et elle ne semble pas
s'être résorbée, pas du tout.
Le Président
(M. Simard) : En 30 secondes.
Mme Valois
(Martine) : Donc, il y a... Ce n'est pas la question de la
collaboration, c'est que... Est-ce qu'il n'y a pas une espèce d'action
concertée de la part des acteurs de l'industrie qui veulent forcer la main aux
donneurs d'ouvrage publics pour être plus conciliants à l'égard de leurs... de
leurs préoccupations puis de leurs risques? Bien, moi, je ne pense pas qu'en ce moment, là, les... les acteurs de
l'industrie de la construction, là, sont en voie de disparaître.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci. Merci beaucoup, maître. Nous allons poursuivre notre échange avec
le député de Nelligan.
M. Derraji :
Merci, M. le Président. Bonjour, Me Valois. C'est toujours très intéressant
de vous écouter en commission parlementaire.
Écoutez, aujourd'hui, j'ai lu avec grand intérêt votre déclaration. Je vais
la... vous la relire. Ce qui...
«C'est ce qui fait dire qu'on va légaliser une situation qui favoriserait la
collusion entre les firmes d'entrepreneurs et causer les hausses de prix. On va la légaliser, donc on ne pourra pas
dire que c'est de la collusion. On va appeler ça des contrats de
partenariat».
Deux éléments. Une
revue de littérature nous démontre clairement, en Australie, une augmentation
de coûts de 45 % à 55 % plus
élevée que les coûts estimés à l'étape du dossier d'affaires. Ça, c'est une
étude recensée de 2019 qui a analysé 46 projets. Donc, sur
l'augmentation des coûts, vous êtes... Vous frappez dans le mille. Maintenant,
est-ce que vous êtes en train de dire que le législateur est en train de
légaliser une procédure illégale dans un projet de loi?
Mme Valois
(Martine) : En fait, ce n'est pas moi qui a rédigé l'article de la
journaliste. Ce que j'ai... Ce que je
voulais dire, l'idée que je voulais communiquer, c'est qu'en particulier, pour
l'article 13.1 de la loi, c'est de prévoir que, s'il n'y a pas de
soumission qui est déposée, eh bien, là, on a le choix, dans les 90 jours,
de choisir un cocontractant qui... qui
va... qui va faire... qui va faire notre affaire, en fait, là, qui... tout en
respectant les conditions de l'appel d'offres. Alors, moi, je vois une
contradiction, là-dedans, parce que si les conditions de l'appel d'offres
n'étaient pas satisfaisantes au point où personne n'a déposé de soumission,
comment 90 jours... dans les 90 jours, elle deviendrait
satisfaisante?
M. Derraji :
Oui. Bien, vous soulevez un excellent point. Et je pense, même hier, et il
peut me corriger, le ministre, mais nous avons eu cet échange avec un autre
groupe. Maintenant, concrètement, mode solution, parce qu'on frappe le mur, il
y a des appels d'offres, il y a des contrats de collaboration, ça fonctionne
ailleurs, selon vous, comment on peut se doter d'antidotes pour, justement, ne
pas tomber dans le piège qu'on va laisser l'appel d'offres mourir, on sait que maintenant, il va y avoir des
contrats de collaboration et on va attendre qu'on nous appelle pour des
contrats de gré à gré?
Mme Valois (Martine) : Bien,
c'est le risque. C'est le risque que je vois clairement avec ces
modifications-là. Dans... Durant la... Je pense que le gouvernement, depuis...
depuis 2018 et avec l'arrivée de la pandémie, s'est habitué à l'octroi des contrats de gré à gré, il y a... Je
voyais, je pense que c'est dans le mémoire de l'Ordre des ingénieurs du Québec,
il y a eu une augmentation des contrats de gré à gré au Québec qui est
notable depuis 2018.
M. Derraji :
Oui, oui, je me rappelle, Me Valois, qu'avec vous, on s'est beaucoup parlé
pendant la pandémie sur les contrats gré à gré, et ça a été comme une façon de
faire du gouvernement. Maintenant, le gouvernement, Me Valois, veut accélérer les projets, et il compte réaliser une
économie sur les projets, que ça nous coûte moins cher et qu'ils
respectent un délai. Donc, baisser le délai de 25 % et baisser le coût à
15 %. Selon vous, est-ce qu'on s'y prend de la bonne manière? Au-delà des
contrats de collaboration, il y a l'historique de la commission Charbonneau,
vous l'avez même mentionné, les ingénieurs et les entrepreneurs décidaient de
ce qu'il allait y avoir dans les appels d'offres, sans contrôle. Et c'est l'un
des problèmes encore au coeur de la commission Charbonneau et, justement, que
les ingénieurs et les entrepreneurs décidaient de ce qu'il allait y avoir dans
les appels d'offres sans contrôle, c'est ce que vous avez cité dans l'article
de ce matin.
Maintenant, nous
avons eu des représentants, des sous-traitants qui aimeraient être impliqués au
départ, donc, dans l'étape de la... de la planification. Les gens, la plupart
des intervenants disent : Écoute, si on est impliqués au départ au niveau
de la planification, on va réussir le projet, on va s'entendre et on va
atteindre les résultats escomptés. Il n'y a personne qui est content au Québec
maintenant de nos infrastructures, on les perd. Les coûts sont très élevés. Parfois, on perd plusieurs années
dans l'étape de la planification, rendus à la réalisation, c'est autre chose.
On a un problème. Mais, si je comprends ce que vous dites, c'est qu'il ne faut
pas avec... face à ce problème, qu'on en crée un autre, mais, en tant
qu'experte, est-ce qu'aujourd'hui vous êtes venue nous dire : Attention
à... au lien qu'on essaie de faire entre l'appel d'offres et la suite? Est-ce
que c'est ça que vous êtes en train de nous dire en commission parlementaire?
• (11 h 50) •
Mme Valois (Martine) : Oui, en
fait, d'abord, je devrais... je voulais souligner le fait que ce qui est... En
fait, ce qui pèse très lourd, en ce moment, dans la situation actuelle, et qui
pourrait être accentué avec les... ces nouvelles
approches collaboratives, c'est le manque d'expertise des donneurs d'ouvrage
publics pour évaluer les propositions des acteurs de l'industrie. Donc, on
parle, dans le projet de loi...
M. Derraji : OK. Excellent. Me Valois,
arrêtons là. Manque d'expertise, ça a été démontré. Votre proposition :
Est-ce que, si on se dote d'un comité pour, justement, éviter ce manque
d'expertise... est-ce que ça serait une bonne proposition comme antidote? Si,
c'est oui, quelles personnes on mettrait dans ces comités d'évaluation pour
éviter, justement, ce manque d'expertise? Et qui doit le faire?
Mme Valois
(Martine) : En fait, il n'y a pas de solution magique à court terme
pour le manque d'expertise. Par contre, il y a des solutions qui ont été
adoptées dans certains pays, dont l'Irlande, où on... Et j'en ai parlé dans ma présentation à la commission, ce qu'on appelle des
«procurement offices», où il y a cette expertise. Il peut, justement, aider tous les donneurs d'ouvrage publics. Et
d'ailleurs c'était la... dans la conclusion des contrats. Et c'était, d'ailleurs,
la proposition, en fait, de la commission Charbonneau, en disant : Toute
l'expertise est dans les ministères, dans les organismes publics, on va les
déplacer et on va les mettre dans l'AMP, et l'AMP pourra gérer les contrats
publics. Alors, le problème, c'est que
l'AMP, on ne lui a jamais donné... — et ça, ça a été critiqué par le comité de
suivi — ne
lui a jamais donné le... un pouvoir
d'intervention sur les normes contractuelles, sur les conditions des contrats
publics. Mais l'idée de la commission Charbonneau, c'était de transférer cette
expertise, qui, à l'interne — et ça, c'est souligné par l'OCDE — a parfois des craintes d'intervenir pour
souligner qu'on ne respecte pas des conditions de transparence et d'équité et de bonne gestion, les meilleures
pratiques en matière de contrats publics. Parce que pour savoir si ce que... les
acteurs du privé vérifient les informations qu'ils communiquent, il faut que
les acteurs du public soient aussi bien informés sur le marché. Or, ils ne le
sont pas. Donc, l'information vient d'un seul côté, avec le risque d'augmenter,
si on veut, les coûts, et de favoriser l'intérêt privé et non pas l'intérêt
général.
Donc, juste dire,
l'approche collaborative, la collaboration... tout le monde est pour la
collaboration, comme tout le monde est pour
la tarte aux pommes, mais il faut voir comment ça va se manifester, cette
approche collaborative. Si l'approche
collaborative, c'est de permettre aux acteurs de l'industrie de dicter leurs
conditions, là, il y a un problème.
M. Derraji :
Oui, donc, vous, vous n'êtes pas contre l'approche collaborative, mais vous
êtes contre, si j'ose dire, le conflit d'intérêts qui risque d'arriver, que les
acteurs privés puissent eux-mêmes rédiger les conditions, la composition,
orienter l'appel, orienter la commande de l'ouvrage vers un sens ou vers un
autre. Est-ce que j'ai bien compris ce que vous êtes en train de nous dire?
Mme Valois
(Martine) : Oui, tout à fait.
M. Derraji : Vous avez fait mention,
tout à l'heure, à l'Irlande. L'Irlande, à cette étape-ci, parce que, désolé,
j'ai lu d'autres modèles, je ne suis
pas familier avec l'Irlande, vous avez aussi mentionné l'OCDE, on va faire nos
vérifications, mais au niveau de l'Irlande, ils font quoi pour éviter,
justement, qu'on y arrive, là?
Mme Valois
(Martine) : Bien, ils ont créé un bureau qui... Là, on l'a mis à
l'extérieur du gouvernement, mais c'est ce
que la commission Charbonneau favorisait, un bureau qui... presque volant, qui
contient l'expertise que doivent avoir les... ceux qui gèrent les
contrats publics. Et cette expertise-là peut être prêtée à l'ensemble des
organismes publics. Donc, c'est... on a
centralisé dans ce «procurement office», on peut dire «le bureau des appels
d'offres ou des contrats publics»...
Le Président
(M. Simard) : Très bien.
Mme Valois
(Martine) : ...qui contient l'expertise.
M. Derraji : OK. Merci beaucoup, on
fera un suivi avec vous. Merci beaucoup pour votre passage, Me Valois.
Le Président
(M. Simard) : Alors, maître, nous poursuivons, et je cède la
parole à la députée de Verdun.
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Merci beaucoup, Mme Valois, pour
votre exposé. J'ai des questions qui vont
dans le sens de vos recommandations pour prévoir toute situation qui peut
instaurer... vous l'avez dit très bien, là, accroît la vulnérabilité, en termes
de pratiques de collusion, voire de... une situation qui est préférentielle pour
d'autres et pas pour certains.
Vous
avez parlé de deux moyens. Le premier : d'accroître l'expertise à
l'interne. Là, vous parlez d'un bureau. Si vous voulez développer un peu
plus des exemples qu'on pourrait mettre dans la loi afin de réduire cette
vulnérabilité, en termes de, comme vous le disiez, d'expertise, mais aussi de
surveillance...
Mme Valois
(Martine) : Oui. Bien, c'est parce que dans la loi, la façon dont elle
fonctionne, elle est rédigée, et là, ça prendrait probablement une modification
majeure, c'est que la conclusion des contrats relève des organismes publics eux-mêmes. Et donc, les organismes publics
ne peuvent posséder l'expertise et le personnel nécessaire pour gérer
ces... en fait, efficacement les contrats publics.
Donc,
au ministère des Transports, c'est un des ministères qui... un des organismes
publics qui donne beaucoup, beaucoup
de contrats. Malgré tout, la commission Charbonneau a souligné, et ça ne semble
pas s'être... avoir été corrigé, que
des ingénieurs... il n'y avait pas suffisamment d'ingénieurs capables de
connaître les conditions du marché pour bien évaluer les propositions de
l'industrie. Alors, il faut qu'il y ait... il faut qu'il y ait négociation à
parts égales. C'est ce que je voulais souligner.
Donc, les acteurs de l'industrie connaissent
bien leurs coûts, connaissent bien le secteur, connaissent ce qu'ils ont à satisfaire, mais la même connaissance
n'existe pas de l'autre côté, c'est-à-dire du côté des donneurs d'ouvrage
publics. Et s'il y avait un bureau centralisé qui gère... pourrait gérer les
contrats publics de... de tous les ministères et de tous les organismes, ça pourrait, justement, créer une certaine
distance. Parce que la commission Charbonneau l'a dit, un problème, c'est les liens proximité avec les acteurs
de l'industrie et les donneurs d'ouvrage publics. Il faut qu'il y ait une
distance entre les deux.
Mme Zaga Mendez : Je vous
remercie. Je pense, je n'ai plus de temps...
Le Président (M. Simard) : Il
vous reste 30 secondes, chère collègue.
Mme Zaga Mendez : 30 secondes.
En ce qui concerne le bureau, ce bureau-là, selon vous, pourrait gérer les
contrats, mais aussi, mettons, si on se penche seulement sur l'expertise, être
une sorte de firme de génie-conseil interne, c'est bien ça?
Mme Valois (Martine) : Exactement,
exactement.
Mme Zaga Mendez : Ça répond à
ma question.
Le
Président (M. Simard) : Merci à vous. Alors, comme dernier intervenant,
j'appelle le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci. Alors,
c'est une sortie remarquée que vous avez faite ce matin, et moi, je retiens une
phrase importante, en tout cas, c'est de ne pas oublier la commission
Charbonneau. Il me semble que c'est un de vos premiers appels, qu'on devrait
avoir les recommandations, M. le ministre et tous les collègues, très proches
de nous quand on étudie ce projet de loi.
Voyons voir si je vous ai bien suivie. Vous nous
dites : Oui, approche collaborative, mais vraiment en amont et dans un
rôle consultatif. Et lorsqu'il s'agit de l'octroi des contrats, il faut
protéger l'intégrité, l'équitabilité, la transparence du processus en
maintenant des règles strictes. C'est bien ça?
Mme Valois (Martine) : Oui.
M. Paradis : Je comprends que vous
attirez notre attention, particulièrement sur l'article 2 du projet de
loi, qui ajoute l'article 13.1 à la Loi sur les contrats des organismes
publics. Vous nous dites : Attention! Et d'autres nous ont aussi levés des drapeaux rouges là-dessus.
Est-ce qu'il y a d'autres éléments dans le projet de loi sur lesquels, vous pensez,
on devrait apporter... on devrait avoir une attention particulière, d'autres
drapeaux rouges que vous voyez ou d'autres choses qu'il faut absolument ajouter
au projet de loi?
• (12 heures) •
Mme Valois (Martine) : Je me
suis concentrée sur celles-ci, étant donné le peu de temps que j'ai eu pour me
préparer. Mais ce sont les deux... les deux modifications qui m'apparaissent
problématiques, et qui m'apparaissent problématiques, juste pour résumer ma
pensée, pour les contrats de partenariat. Bon, il y en a eu, des contrats de consortium qui ont été accordés. Vous savez, la
réalisation des contrats, les coûts, c'est des choses qui, oui, il peut y avoir
des aléas, il peut y avoir des changements, mais je ne vois pas en quoi
l'approche collaborative dans la gestion du contrat va améliorer ça. Les
délais, il va toujours y en avoir, et les coûts... En fait, la commission
Charbonneau a dit : Peut-être que c'est
mieux d'évaluer les coûts de manière plus réaliste au départ et ne pas prendre
le coût le moins élevé et favoriser la qualité. Ça aussi, c'était une
recommandation de la commission Charbonneau.
Alors, il y a
beaucoup de choses qui auraient pu être faites en modifiant la Loi sur les
contrats des organismes pour favoriser ces bonnes pratiques. Je ne vois
pas ici, malheureusement, que ces modifications-là vont dans le sens des
meilleures pratiques.
M. Paradis : Très bien. Il me
reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Simard) : En
fait, c'est terminé, cher collègue. Vous l'aviez pif.
M. Paradis : Bon. Merci. Merci
beaucoup à vous.
Le Président (M. Simard) : Alors,
chère maître, merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Sur ce, nous allons suspendre nos travaux quelques
instants.
(Suspension de la séance à 12 h 02)
(Reprise
à 12 h 04)
Le Président (M.
Simard) :
Alors, chers amis, nous sommes de retour. Nous avons
quorum, nous pouvons poursuivre nos travaux.
Et
nous avons l'honneur ce matin de recevoir des représentants de la Fédération québécoise des municipalités.
Messieurs, soyez les bienvenus. Auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il vous
plaît, de vous présenter?
Fédération québécoise des municipalités (FQM)
M. St-Pierre
(Guy) : Oui. Bonjour, M. le Président. M. le ministre responsable des
Infrastructures, Mmes, MM. les députés,
donc, je suis Guy St-Pierre, maire de Manseau, membre du comité exécutif de la
Fédération québécoise des municipalités. Pour ceux qui ne savent pas
c'est où, Manseau, c'est dans la MRC de Bécancour, dans la région Centre-du-Québec.
Donc, je suis accompagné de Sylvain Lepage, directeur général de la Fédération
québécoise des municipalités.
Je
remercie tout d'abord les membres de la commission pour l'opportunité donnée à
la FQM à titre de porte-parole des régions, représentant plus de
1 000 municipalités locales et régionales, de vous présenter nos
commentaires sur le projet de loi n° 62, qui ont... qui font suite aux
discussions menées à l'interne de notre... de notre organisation.
La FQM a développé
une expertise importante en gestion contractuelle au cours des dernières
années, que ce soit au niveau de son service d'assistance juridique qui
accompagne ses membres en lien avec la passation et la gestion de contrats municipaux, via son service d'approvisionnement
qui... via aussi son service d'approvisionnement qui permet aux
municipalités de se procurer une multitude de produits et de services à prix
avantageux ou par son service d'ingénierie,
infrastructure et adaptation aux changements climatiques, qui offre également
un accompagnement professionnel et technique pour l'élaboration de
documents d'appels d'offres et de contrats, l'analyse de soumissions ou pour l'élaboration, la mise en oeuvre et la
gestion de stratégies d'investissement, des plans d'immobilisation et des
plans d'entretien préventif.
Au cours des
dernières années, et encore aujourd'hui, la FQM constate que plusieurs de ses
membres sont saisis avec des enjeux de plus
en plus fréquents en matière de gestion contractuelle. Ceux-ci rejoignent
les... les principaux objectifs du présent projet de loi. Les
municipalités locales et régionales voient régulièrement le processus d'appel d'offres avorter à la suite d'absence de
soumissionnaire ou de coûts de soumission largement supérieurs à ceux
anticipés. Ces enjeux ralentissent le développement... le déploiement de
projets locaux et régionaux et ont un impact sur les finances publiques.
La Fédération est
donc favorable aux deux principes... aux deux principaux objectifs du projet de
loi, soit la diminution des délais et la réduction des coûts pour la
construction d'infrastructures publiques. Toutefois, certaines modifications
nous apparaissent nécessaires pour une meilleure prise en compte des défis et
enjeux auxquels sont confrontées les municipalités. Par ailleurs, la lecture du
projet de loi soulève plusieurs questions quant aux effets collatéraux de
nouveaux pouvoirs que s'octroie le gouvernement.
Premièrement, au
niveau des contrats de partenariat, nous sommes d'avis que ce type de contrats
exigera d'importantes expertises, tant juridiques, professionnelles que
techniques chez l'adjudicateur. Nous sommes d'avis que ce type de contrats
demandera que les équipes des différentes parties prenantes puissent échanger
sur une base de connaissances similaire sur tous les points. Il nous apparaît
que les municipalités de moins grande taille auraient peut-être de la
difficulté à mettre en oeuvre un tel modèle d'attribution de contrats. Ainsi,
dans l'optique où le gouvernement voudrait intégrer ce mode d'octroi de
contrats au Code municipal ou à la loi des cités et villes, nous recommandons
que les municipalités soient consultées en amont de cette décision.
En second lieu, la
fédération juge que les contrats de partenariat attireront et feront bénéficier
davantage des grandes firmes que les entreprises locales et régionales. Ce
nouveau processus d'octroi de contrats vient contraindre les entreprises en
liste à compter sur d'importantes équipes internes en termes d'expertise et de
nombre de ressources requises. Nos entreprises locales auront ainsi de la
difficulté à se classer et à se conformer à... pour un tel processus.
La fédération note
aussi un risque que la grande... que les grandes firmes se dégagent des
contrats municipaux dans le but de se
concentrer sur les contrats de partenariat des organismes publics où le
risque... ou les risques seront moindres et les bénéfices potentiels plus
élevés, ce qui aurait pour effet d'exacerber l'enjeu du soumissionnaire unique et/ou d'absence de soumissionnaire pour le
milieu municipal. Cette problématique entraîne déjà des problématiques
chez nos membres en ralentissant le projet planifié, forçant le report et
parfois même l'annulation de certains projets. Nos demandes sont donc au
gouvernement d'analyser les impacts potentiels de l'octroi de ce nouveau
pouvoir d'attribution aux organismes publics
sur la réalisation des projets municipaux et de partager cette analyse aux
municipalités.
Troisièmement, le
projet de loi prévoit modifier la Loi sur les contrats des organismes publics
pour permettre aux organismes publics d'adjuger un contrat de gré à gré, plus
simplement, sans avis d'intention, lorsqu'aucune soumission conforme ne sera
présentée dans le cadre d'un appel d'offres public. Dans un tel cas,
l'attributaire devra satisfaire aux exigences établies dans le document d'appel
d'offres et selon certaines conditions. Les exemples d'appels d'offres publics
qui se sont soldés sans soumission conforme déposée à la date limite de dépôt
se sont multipliés au cours des dernières années. Pour cette raison, nous
sommes d'avis que cette possibilité de contracter de gré à gré sans avis d'intention dans le cas où aucune soumission
conforme n'a été reçue devrait également être offerte aux municipalités
et aux MRC. Nous sommes d'avis que son intégration au Code municipal et à la
loi des cités et villes constituerait une opportunité de régler en partie la
problématique du manque de soumissionnaires aux appels d'offres publics, qui
est d'autant, voire plus important pour les municipalités et MRC que nous
représentons.
• (12 h 10) •
Quatrièmement, le projet
de loi apporte une modification à la Loi sur les infrastructures publiques pour
permettre à la Société québécoise des... infrastructures, pardon, d'acquérir
par expropriation tout immeuble, partie d'immeuble ou droit réel. Devant ce
pouvoir additionnel majeur dont bénéficiera la SQI en matière d'acquisition, la
FQM demande au législateur de s'assurer que la SQI respecte et se conforme aux
schémas d'aménagement et de développement des MRC ainsi qu'aux règlements
d'urbanisme des municipalités. Le développement, le maintien, la gestion du
parc immobilier des organismes publics doit se faire en concertation avec le
milieu municipal.
Enfin, nous sommes d'avis que le projet de loi
constitue une opportunité de modifier la Loi sur les contrats des organismes publics afin de préciser qu'un organisme public peut
conclure un contrat de gré à gré avec un organisme assujetti aux règles
d'appel d'offres municipales ou assujetti à la Loi sur l'accès aux documents
des organismes publics et sur la protection
des renseignements personnels. Cette
modification permettrait d'optimiser, dans plusieurs cas, l'utilisation
des ressources et l'expertise disponible.
En conclusion, dans un contexte de surchauffe
des coûts de construction des infrastructures publiques partout au Québec et
devant l'importance de réduire le déficit de maintien d'actifs, la volonté du
ministre responsable des Infrastructures de vouloir construire plus rapidement
à moindre coût est louable. La fédération demande cependant au ministre de bien analyser les effets
collatéraux potentiels du projet de loi sur le palier municipal. Le projet de
loi ne doit pas venir freiner le développement de nouveaux projets
d'infrastructures municipales.
Enfin, en cohérence avec la volonté
gouvernementale, il nous apparaît nécessaire, avec la collaboration du ministère des Affaires municipales, de revoir
également certains aspects de la gestion contractuelle au niveau municipal
afin de faciliter la gestion des projets et d'actifs locaux et régionaux.
Je vous remercie et nous sommes disposés pour
vos questions. Est-ce qu'on a un petit peu de temps encore? M. Lepage
aurait peut-être à rajouter...
Le Président (M. Simard) : Oui, vous
avez plus de 2 min 30 s.
M. Lepage
(Sylvain) : Si vous me... si vous me permettez, je vous dirais
quelques mots, là. J'ai bien entendu, en arrière, la présentation ou les
commentaires de Me Valois, notamment sur le suivi de la commission
Charbonneau. Et je vais prendre deux minutes, les deux minutes
qu'il nous reste pour vous parler, là, justement, de notre dernière
recommandation, qui est la possibilité de conclure de gré à gré des contrats
avec un organisme régit par la loi sur l'accès à l'information ou les règles
municipales.
Dans la commission Charbonneau, il y avait
notamment des recommandations à l'effet que le ministère des Affaires
municipales ou le gouvernement aide les deux associations municipales que
sont la FTQ et l'UMQ à mettre sur pied un
centre d'expertise en matière contractuelle. Alors, je dois vous dire que,
quand Mme Valois vous parle, puis elle nous écoute peut-être, là,
de la mise en place d'un bureau centralisé, c'est exactement ce que la FQM a
fait avec l'argent du ministère des Affaires
municipales. Et, au moment où je vous parle, on a un service d'ingénierie et d'infrastructure qui compte plus de
70 employés, plus de 20 ingénieurs qui font exactement ça auprès des
municipalités, mais, c'est important, sur une base volontaire.
Alors, puisque les municipalités ne sont pas
obligées de faire affaire avec la FQM, mais ont le droit de faire des contrats de gré à gré avec la FQM, compte tenu
de son statut, ça amène un élément concurrence qui est permanent. Et on
a vécu la même situation en matière d'évaluation foncière, où les municipalités — puis
il y avait même eu une étude, là, de l'UMQ, sur cette question-là — avaient
découvert qu'il n'y avait aucune concurrence en matière d'évaluation foncière.
Et ce que mes patrons m'ont demandé de faire, c'est trouver une solution, et
nous avons mis sur pied notre propre service d'évaluation foncière, qui compte
maintenant, lui aussi, plus de 70 personnes.
Et ce qui se passe en pratique, c'est que les
entreprises privées ne savent jamais quand la FQM pourra être dans un dossier, puisque nous avons le droit au
gré à gré, et ce que je vous demande, c'est qu'on ait le même droit avec le
gouvernement du Québec, parce que parfois certains ministères nous approchent
pour réaliser des... des partielles... des parcelles, pardon, de
contrats qu'on pourrait faire en conjonction des contrats municipaux. Mais ce
que ça amène, c'est de la véritable
concurrence parce que le... donneur d'ouvrage, pardon, ou l'entrepreneur qui
veut soumissionner se dit : Oh! si la FQM est là, je ne connais pas
leur prix, je suis peut-être mieux d'aiguiser mon crayon parce que, dans le
pire des cas, la municipalité va appeler la FQM, puis ils vont le faire, eux
autres, le contrat, parce qu'il y a... ils ont recours justement, ils ont la
possibilité de faire affaire avec ce nouveau pôle d'expertise.
Le Président (M. Simard) : Merci,
maître. Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, nous allons débuter la
période d'échange. M. le ministre.
M. Julien : Oui, merci. Merci,
merci, M. St-Pierre, M. Lepage. M. Lepage, on se connaît de
longues dates, un plaisir de vous revoir. C'est une bonne présentation, mais le
dernier point de M. Lepage m'interpelle un peu, pas mal même, puisque tantôt... Sans revenir sur...
sur l'autre avant, mais, tu sais, l'expertise et... l'expertise pour les donneurs
d'ouvrage, là, la SQI, Société québécoise des infrastructures, c'est 350... c'est 1 500 personnes,
mais 350 professionnels, ingénieurs, architectes, et de
prétendre... parce que c'est quand même de l'expertise centralisée pour tout ce
qui est bâtiment, alors... moi, je les
trouve très solides, personnellement. Même chose au ministère des Transports,
il y a beaucoup d'expertise, et
effectivement, on gagne à mettre une expertise en commun pour justement être
en... pas être en infériorité numérique ou d'expertise par rapport au
marché. Donc, ça, c'est important.
Je suis content de vous entendre. J'ai
quatre éléments, là, que j'ai relevés, M. St-Pierre. Parce qu'on
avait des échos que les municipalités souhaitaient vraiment obtenir
copier-coller un peu de ce qu'on y mettait dans le... en tout cas, j'ai eu beaucoup
d'échos à cet effet-là, nous aussi, on en veut, puis j'avais toujours un peu la
notion de dire : Oui, mais on a des grands donneurs d'ouvrage, nous
autres, qui est le ministère des Transports et la SQI, où ces modes
collaboratifs là, qui nécessitent beaucoup d'expertise, on est... on ne sera pas
désavantagé autour de la table de la collaboration. Puis vous l'avez nommé, là,
les petites municipalités, probablement qu'on a des enjeux d'expertise qui
peuvent être peut-être palliés par la FQM, mais... mais c'est un enjeu que vous
voyez potentiellement si on... si on décidait... et je ne vous dis pas que
c'est le cas, mais on va regarder qu'est-ce qu'on fait pour les municipalités,
mais, si on décidait d'aller dans ces
modes-là, il faudrait vraiment en tenir compte et avoir des bonnes discussions
avec vous.
M. St-Pierre (Guy) : Absolument. Et
c'est sûr qu'au niveau des petites municipalités, des besoins de partenariat
dans la réalisation de projets ça risque d'être rare parce que, tu sais, on...
Si on s'en tient aux bâtiments municipaux,
tu sais, on n'ira pas en partenariat dans les petites municipalités, à moins de
construire de quoi d'épouvantable, là,
mais... puis, au niveau des aqueducs, égouts, ça restera toujours municipal,
mais on a besoin, effectivement, avec la FQM, d'appuis et de services pour...
pour nos... pour nous aider dans l'accomplissement de nos tâches. Et de savoir qu'on rencontre des firmes d'ingénieurs, bien, ça
nous prend quelqu'un... Tu sais, notre personnel chez nous, mettons,
dans une petite municipalité où tu quatre personnes plus les élus
municipaux, qui n'ont... pas supposés de parler aux entrepreneurs, bien, ce
n'est pas là qu'on a l'expertise, là. Donc, avec la FQM, ça donne l'appui qu'on
a besoin pour aller de l'avant. Je ne sais pas si tu veux rajouter.
M. Lepage (Sylvain) : Bien, je pense
que ce qu'on dit, c'est que le monde municipal, parce que, vous le savez, il y a 1 108 municipalités au
Québec, dont probablement 900 qui ont moins de 10 000 habitants, peut
être intéressé à ce mode-là. Il faut cependant le réserver à des projets
d'envergures. Si on construit un centre communautaire, puis ça existe, là, de
90 millions, probablement que ça vaudrait la peine de mettre en place un
genre de mode collaboratif, justement, pour éviter des coûts, parce que,
souvent, les coûts... il y a toutes sortes de circonstances.
Mais, vous savez, pour l'avoir... travaillé avec
moi, que j'ai fait beaucoup de droit de construction dans ma vie, même en mode collaboratif, il peut y en
avoir, des problèmes. Ce qu'on souhaite éviter avec le mode collaboratif, c'est
que quelqu'un allume les lumières jaunes ou les lumières rouges avant en
regardant le projet puis en disant : Écoutez, ce que vous voulez
faire là, ça va coûter trois fois le prix. Si vous le faisiez de telle
façon, on sauverait probablement x pourcentage. C'est ça qui est visé.
Il faut simplement trouver, comme Me Valois
l'a souligné, la bonne façon de le faire en transparence et que ça ne soit pas
réservé à quelques joueurs bien précis qui ont cette expertise-là. C'est la
difficulté à laquelle vous faites face comme décideurs. Mais l'objectif est
très louable puis devrait même être offert dans une loi sur les contrats
municipaux — parce
que, dans notre cas, on est régis par une loi indépendante — à
certains projets, mais oui, ça devrait être prévu.
M. Julien : Parfait. Donc... Puis
j'entends bien ça. Puis, effectivement, depuis la deuxième journée, on
dit : Entre le mode traditionnel et le
mode collaboratif, qu'on appelle RPI, dans des projets très d'envergure, très
complexes, tu sais, il y a un éventail de modes collaboratifs pour,
certainement, tu sais, un centre de glaces, un centre aquatique, où on gagne à
aller chercher l'expertise et l'expérience pour éviter de faire un mauvais
choix a priori, puis qu'on met ça dans une
chape de plomb après ça sur le marché, puis qu'on paie trop cher. Donc, ça a un
niveau assez variable, mais, dans
plusieurs projets municipaux, ça serait... ça serait intéressant de
l'implanter. Donc, on va regarder avec le MAMH.
L'autre élément où, là, vous disiez des choses,
puis, je me disais, je pense, c'est peut-être le contraire qu'on va provoquer, mais je comprends la crainte, c'est
de venir dire : Bien, si ces modes-là... les grands... les grands
donneurs... les grandes firmes d'ingénierie vont... vont faire ça, puis
les petits... Mais c'est-à-dire qu'actuellement, ce qu'on vit, c'est que, quand
on a un projet complexe et d'envergure, on ne favorise pas la concurrence,
parce que c'est... parce qu'il y a beaucoup
l'enjeu de financement. Les firmes qui soumissionnent, il y en a plein qui
disent : Nous autres, on aurait soumissionné si ça avait été en
mode collaboratif, parce qu'il y aurait eu moins de barrières à l'entrée. Ça ne
permet pas à des firmes moyennes de devenir grandes, parce qu'on vient concentrer
auprès de peu de joueurs.
• (12 h 20) •
Donc, j'ai l'impression que le mode
collaboratif, versus le statu quo — parce que c'est... les
projets, il faut qu'ils se réalisent — va amener plus de concurrence
puis, justement, plus de firmes qui vont... qui vont être aptes. Donc, j'ai comme l'impression que l'enjeu par
rapport aux firmes, par rapport aux firmes puis la réduction, là, des petites
firmes, je pense, c'est le contraire que ça va provoquer, puis ça va permettre
à un marché d'être plus concurrentiel et avoir plus de joueurs qui vont pouvoir
soumissionner sur les projets, mais à moins que je n'aie pas la bonne lecture.
M. Lepage (Sylvain) : Bien, moi,
je... En toute honnêteté, ce que j'ignore, puis vous avez peut-être ces
renseignements-là, peut-être que les études ont été faites, c'est quoi, le
nombre optimal d'entrepreneurs d'importance que le marché du Québec peut
supporter? À mon humble avis, pour avoir fait du droit de la construction avant
mon arrivée à la FQM pendant presque 25 ans, on a quand même assisté à une
réduction, notamment à cause de la commission Charbonneau, du nombre
d'entrepreneurs d'importance sur le marché. Il faudrait donc qu'il y ait des
mécanismes mis en place, un peu... je vais... vous allez rire, ça va dénoter
mon âge, mais un peu comme on l'a fait dans les années 60, pour favoriser
la montée de firmes d'ingénierie et de construction québécoises.
Il faudrait probablement qu'il y ait une
réflexion pour faire en sorte... Comment on fait pour que certains... certaines
entreprises de construction puissent prendre de l'ampleur sans devenir des
mammouths? Aujourd'hui, on se retrouve avec deux, trois mammouths qui fonctionnent
en consortium, vous le savez. Alors, à partir du moment où il y a
trois entrepreneurs qui ont la capacité de réaliser les projets très
importants qui font un consortium, bien, il n'y en a pas, de concurrence. Alors, je pense que vous avez
probablement raison, mais ça devrait s'accompagner d'une réflexion pour
favoriser l'augmentation du nombre d'entreprises de construction en mesure
de...
M. Julien : De soumissionner.
M. Lepage (Sylvain) : ...de
soumissionner.
M. Julien : Parce que vous avez...
vous avez parfaitement raison, puis c'est... un des objectifs qu'on a, c'est...
Puis hier, l'Autorité des marchés publics, quand on... quand on le questionnait
sur le mode collaboratif, il est revenu sur le 13.1, avec... comme
Me Valois, là, avec certains éléments, puis on les entend bien. Mais, sur
le mode collaboratif, ils disaient : Non, non, on est très favorables. Par
rapport à la perspective de collusion, ça augmente la concurrence. Donc, ce
n'est pas une approche qui va entraîner plus de collusion, au contraire, mais
ça favorise aussi l'émergence, à mon avis... parce que, là, on a de moins en
moins de joueurs, puis c'est très restrictif.
Sur les avis
d'intention, le 13.1, vous dites, hein : Nous autres, on lève la main, on
aimerait ça. Mais il y a quand même eu des doléances qui ont été
nommées, là, qui nous appellent à réflexion.
M. Lepage
(Sylvain) : Oui. Mais, en ce qui me concerne, le 13.1 est...
Je pense que ce qui vous a été dit est vrai, puis je pense que c'est facile de
trouver, d'ajuster le texte de 13.1 pour prévoir un mécanisme justement pour
éviter ça...
M. Julien : Pour arriver à nos
intentions propres, et non... et non pour...
M. Lepage (Sylvain) : Effectivement.
Ou, si vous vous dites, par exemple : Bien, écoutez, avant de donner le
contrat, il y aura un avis de 15 jours, puis on va regarder s'il y en a,
des gens qui lèvent la main. Si, comme par magie, il y a trois joueurs qui
lèvent la main, bien, ça veut dire, écoutez, finalement, il y en a trois, ça
fait qu'on vous invite à déposer un prix. Et là, si, encore une fois, il n'y en
a pas après un processus comme celui-là, bien, ça montre que soit il y a de la
collusion ou soit il y a un problème dans le texte de l'appel d'offres, tu
sais, c'est... c'est...
M. Julien : Parfait. Donc, il
faudrait... il faudrait être en mesure d'atteindre l'objectif qui est visé,
parce que l'objectif qui était visé, c'est : à un moment donné, il faut
que ça se réalise, mais en évitant les pièges ou le potentiel, en fin de compte,
du risque qui est nommé.
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
l'objectif est louable. Je pense que c'est ce que j'ai entendu de leur part
aussi. Sauf qu'évidemment ce qu'on veut
éviter, c'est : vous êtes mon ami, je suis votre ami, ça fait que,
finalement, personne n'a soumissionné, puis vous soumissionnez un contrat avec
moi. Puis comme l'AMP, là — j'ai
lu le mémoire de l'AMP — l'a soulevé avec raison, on se retrouve à
une situation, après... Puis, quand on dit : Il va falloir s'assurer que
les conditions sont rencontrées, qui va faire ça? On va... Est-ce qu'on va
aller à la Cour supérieure pour... bon, puis... ou l'AMP va... bon. Ça pose un
paquet de problèmes qu'il est facile d'éviter en mettant un deux semaines,
trois semaines de délais de plus pour dire : Écoutez, comme il n'y
avait pas de soumissionnaire, on s'apprête à le donner, là. S'il y en a qui
changent d'idée, décidez-vous, là, parce qu'après ça il va être trop tard, tu
sais.
M. Julien : J'aime ça. L'autre
élément, puis lui, je l'ai moins capté, mais... M. St-Pierre, bon, le
potentiel que la SQI puisse acquérir par
expropriation, tu sais. On veut se donner de la marge et de l'efficience. Puis,
a contrario, c'est... je pense, vous l'avez mentionné, mais que cela soit dans
le respect, schéma d'aménagement et... bon. Alors là, je suis en train
de me dire : OK, c'est une crainte que vous avez et puis... Comment... comment
elle se matérialise? Parce que... parce que
je n'avais pas l'impression que ce pouvoir-là venait à l'encontre «de». Alors,
expliquez-moi ça.
M. Lepage (Sylvain) : L'enjeu, c'est
que la SQI est une entreprise mandataire de l'État. Vous le savez probablement,
les entreprises mandataires de l'État, strictement légalement, ne sont pas
liées par la réglementation municipale, et même, techniquement, ont le droit de
ne pas payer de taxes. Alors, quand la SQI va agir, par exemple, pour le ministère de l'Éducation ou une agence
scolaire, techniquement, si elle agit pour elle-même, elle peut décider :
Bien, moi, il y a une école qui va être là, mais le schéma d'aménagement ne
prévoit pas d'école dans ce secteur-là.
M. Julien : Mais ce n'est pas déjà
le cas, actuellement? Ce n'est pas déjà le cas, actuellement?
M. Lepage
(Sylvain) : Bien, notre question... C'est le cas pour la SQI,
mais ce n'est pas toujours le cas pour les organismes, selon ma
compréhension, pour lesquels elle serait habilitée à agir.
M. Julien : OK, à le faire. Mais
est-ce que...
M. Lepage (Sylvain) : C'est le cas
pour elle-même, mais il y a des organismes publics...
M. Julien : Est-ce que, pour
elle-même... Est-ce que, pour elle-même, elle respecte... au-delà du droit, là,
dites-moi-les.
M. Lepage
(Sylvain) : On pourrait... on pourrait en... on pourrait en discuter
beaucoup, OK?
M. Julien : OK.
Bien, je vais être attentif à ça.
M. Lepage
(Sylvain) : Il y a toutes sortes de cas de figure, mais je pense que
c'est important que vous sachiez que ma compréhension, là... que des personnes
pour qui elle pourrait agir ne sont pas toutes mandataires de l'État et donc pourraient, elles, être régies par
les règles municipales, et là ça pourrait être... on pourrait y voir là une
façon de passer à côté des règles municipales.
Alors,
nous, évidemment, nos membres adoptent des schémas d'aménagement, adoptent de
la réglementation. C'est important pour nous que ce soit respecté.
M. St-Pierre
(Guy) : Et nos schémas d'aménagement... nos schémas d'aménagement,
bien, ils sont comme acceptés par les
différents ministères, et là arrive un... arrive un organisme, ou etc., qui
pourrait dire : On va s'installer
là, sans tenir compte du schéma ou de la réglementation municipale. C'est là
qu'on dit de... le respect du monde municipal dans les règles qu'ils ont
mis en place et dans les schémas qu'ils ont adoptés, bien, c'est le strict
minimum qu'on s'attend.
M. Julien : C'est
ça, mais honnêtement, bien... merci pour ramener cet élément-là, parce que
soyez assurés que, dans les discussions
qu'on a menées pour pouvoir amener ces mesures-là, qu'on considère
d'efficience, là, jamais on n'a... on ne s'est dit : Et, en plus, ça va nous
permettre de faire ça, là. Alors, vous comprenez que c'est un collatéral
non souhaité. Donc, on va s'assurer que celui-là, en fin de compte...
Une voix :
Soit réglé.
M. Julien : Soit bien packagé, excusez-moi le terme, parce que
ce n'est pas... on n'avait pas ces ambitions-là.
Votre
constat, par rapport à la concurrence, là, peut-être plus M. Lepage, là,
que ça fait... que ça fait un certain temps,
là, sans vous vieillir, là, mais le marché actuel de la construction des
infrastructures, à la fois, là, les professionnels et les entrepreneurs, des 10 dernières années
ou bien... Comment vous percevez la tendance de ce marché-là et pourquoi vous pensez qu'agir sur... avec le projet loi
n° 62 et la stratégie est nécessaire ou non par rapport à cette
perspective-là?
M. St-Pierre
(Guy) : Bien, je pense que la stratégie est nécessaire, dans ce sens
où je pense que tout le monde convient qu'on fait... on réussit rarement à
faire des projets dans les coûts estimés, là. Puis il y a vraiment un problème
de fond, là. Puis ce n'est pas seulement dans les très grands projets,
malheureusement, c'est dans d'autres projets. Alors, ça, je pense qu'il y a une
intervention qui est nécessaire.
Ceci dit, je pense
que le phénomène de la rareté de la main-d'oeuvre, comme dans tous les
secteurs, si je compare au début de ma pratique, quand j'étais jeune avocat,
puis aujourd'hui, il y a clairement moins d'entreprises dans le secteur de la construction puis il y a vraiment moins de
concurrence. D'où mon commentaire précédent à l'effet qu'il devrait
probablement y avoir une réflexion pour comment on fait pour que des
entrepreneurs qui existent soient en mesure de réaliser les plus grands
contrats mais... puis prennent de l'envergure.
Ceci dit, ça ne
donnera pas plus de travailleurs dans l'industrie de la construction, peu
importe les mesures législatives qui pourraient être adoptées. Ça, c'est un
autre enjeu sur lequel on n'a pas... on a peu d'effet, à part faire des
enfants, et là, ça va donner des résultats dans 30 ans. Ça fait que,
donc... Mais je pense qu'il doit y avoir une révision
de ces règles-là, effectivement, puis trouver des mécanismes pour favoriser la
concurrence puis l'abaissement des coûts. Parce que, dans ma carrière
comme avocat qui faisait du droit à la construction, j'en ai vu souvent, des projets où les professionnels nous disaient :
Écoute, ils ont comme tout fait dans le devis pour être sûrs, ou les
entrepreneurs, que ça coûte cher, tu sais, ça fait qu'ils l'auraient
tassé de 300 pieds, l'immeuble, on aurait sauvé le dynamitage. Bon, bien,
c'est ce genre de choses là.
M. Julien : Puis ces situations-là ne font pas référence à des
pratiques collusoires. Mais essentiellement, quand on est dans la chape de
plomb puis on ne peut pas amener à cette bonification-là, de l'expérience et de
l'expertise, bien, on fait comme c'est prévu, en sachant que ce n'est
pas ça qu'on devrait faire, là.
• (12 h 30) •
M. Lepage
(Sylvain) : C'est là que le mode collaboratif prend tout son sens.
Parce que, si l'entrepreneur avait été là au début, il aurait pu dire :
Bien, écoutez, vous, réalisez-vous que, si vous faites plutôt telle chose, ça
va coûter x montants de moins. Puis là, ça
devient une question d'opportunité politique, si la société d'État ou l'organisme
gouvernemental tient à ce qu'il soit à la même place. Mais j'en ai vu plusieurs
dans ma carrière, des situations comme celle-là, où on se faisait dire :
Pourquoi ils n'ont pas fait ça plutôt de telle façon? Bon. Puis là, tu poses la
question, puis, des fois, tu aimes la
réponse, des fois, tu ne l'aimes pas. Tu sais, c'est... Parce qu'encore là, ce
n'est pas toujours... c'est rarement de la mauvaise foi. Collusion puis les...
l'augmentation des coûts, ça me semble assez différent, en tout cas de
ce que moi, j'ai vécu. Puis on le voit, à la FQM, je vous en ai parlé beaucoup,
là, on donne des centaines de contrats municipaux par année aux municipalités,
puis on a parfois à retourner en appel d'offres parce qu'effectivement il n'y a
pas de soumissionnaire. Mais on devient un peu des spécialistes parce qu'on
donne les contrats pour les municipalités puis on opère les contrats pour les
municipalités. Ça fait que comprenez-vous qu'on devient... qu'on connaît notre
monde en fonction des régions où on est présents. On n'est pas présents partout
non plus, là.
M. Julien : Parfait.
Merci infiniment, messieurs. Ça fait le tour pour moi.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Je cède maintenant la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le Président.
Bonjour à vous deux. Excellente... Excellent mémoire, présentation. J'ai aimé
aussi l'échange avec M. le ministre. Mais il y a deux choses que j'ai
remarquées. Recommandation 1, vous dites
que... d'ailleurs, moi, je l'ai beaucoup entendu avec... en préconsultations de
ce projet de loi : «Que les municipalités soient consultées dans
l'optique où le gouvernement voudrait intégrer le concept de contrat de
partenariat dans le Code municipal du Québec et la Loi sur les cités et villes
afin de considérer les défis vécus sur le terrain.» Est-ce que je dois
comprendre que vous voulez aller de l'avant avec les contrats de partenariat?
Est-ce que c'est quelque chose que vous souhaitez ou non?
M. Lepage (Sylvain) : La réponse...
Si je peux me permettre, la réponse à ça, c'est oui, avec un seuil, comme je
l'ai dit. Puis on veut être consultés sur le seuil, de quoi parle-t-on. Je ne
pense pas que ce type de... On veut le mode collaboratif pour les bons projets,
puis on ne veut pas... donc, des projets qui ont une certaine envergure, de façon à ce que ça s'applique puis que
ça vaille la peine. Puis on ne veut pas que ça devienne un passe-droit, excusez
l'expression, pour donner... Et pour nous, c'est extrêmement important. Vous le
savez, les règles d'appel d'offres municipales sont différentes de
celles du gouvernement. Et ça... c'est extrêmement important que ça demeure de
même, parce qu'il y a vraiment des raisons puis il y a vraiment... tu sais,
c'est deux mondes, malgré tout, plus différents que ce que les gens
peuvent penser, là, tu sais, on est... Mais oui, on souhaite bénéficier
éventuellement de ça à l'intérieur de règles sur lesquelles on sera consultés,
puis de normes sur lesquelles on sera consultés.
M. Derraji : Mais vous ne voyez pas
l'urgence de le faire dans le cadre de ce projet de loi, éventuellement, une
demande que vous avez sur la table?
M. Lepage (Sylvain) : Non, non.
M. Derraji : Mais, si on veut le
régler aujourd'hui, et vous dites que c'est une bonne idée : Nous sommes
convaincus, on veut aller de l'avant, est-ce que c'est quelque chose qui
pourrait intéresser vos membres?
M. Lepage (Sylvain) : Bien, suite à
l'adoption puis en fonction évidemment des... de la loi finale, telle qu'elle
sera adoptée, vous pouvez compter sur nous pour parler aux autorités du MAMH,
notamment à la ministre, à Mme Laforest, pour lui dire : Écoutez,
maintenant que le gouvernement a mis ça en place, est-ce qu'on peut travailler
ensemble, puis avec nos partenaires, là, des autres associations puis des
grandes villes, pour voir comment ça peut être intégré dans les lois
municipales.
M. Derraji : Mais, si ce n'est
pas changé, je fais l'avocat du diable, si ce n'est pas... dans le cas actuel,
dans le cadre, on change les... le type de
contrat, les villes, dès demain, ne peuvent pas. Je pense juste aux sociétés de
transport. Il y a des sociétés de transport qui gèrent un actif de
plusieurs milliards de dollars. S'il n'y a pas... S'ils n'ont pas de levier...
et je sais que vos membres, c'est autre chose, mais, s'il n'y a pas de levier,
ils ne peuvent pas le faire. Donc, à quoi sert la loi pour eux?
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
vous avez raison, mais il y a un omnibus municipal. En tout cas, depuis que je
suis à la FQM, ça fait neuf ans, il doit y avoir au moins eu entre neuf et
12 omnibus municipals en neuf ans. Ça fait que je pense que le temps que vous terminiez vos travaux, qu'on prenne
le temps de réfléchir sur qu'est-ce qu'on veut dans le monde municipal... parce
que, je pense, vous allez avoir la même préoccupation de faire en sorte que ça
ne devienne pas un passe-droit. Puis, évidemment, je viens de l'expliquer, là,
dans le monde municipal... Le monde municipal
est très fragmenté. Vous avez, à un bout du spectre, la ville de Montréal, qui
a une fonction publique, qui, si je peux
m'exprimer ainsi, se compare à celle du gouvernement du Québec, puis j'ai des
membres qui ont trois fonctionnaires, puis des fois c'est deux
fonctionnaires et demi. Alors, je pense qu'il faut se poser la question. Dans
leur cas à eux, je le répète, je pense qu'on
doit viser, puis vous allez probablement vouloir viser, à l'occasion de l'étude
de ce secteur-là, des projets qui ont une certaine envergure, qui font
en sorte que ça mérite de mettre en place un mode collaboratif. Mais, quand on
refait le rang 4 à Barraute, pour mon village natal, je pense que poser
l'asphalte dans le rang, ce n'est pas un gros mode collaboratif qui est
nécessaire.
M. St-Pierre (Guy) : ...
M. Derraji : Bien, vous voulez ajouter
quelque chose?
M. St-Pierre
(Guy) : ...qu'à Barraute il n'y aurait pas besoin de
partenariat pour faire un trois kilomètres d'asphalte, là. Même chose un peu
partout dans les petites municipalités, là, ce n'est pas là qu'on... qu'on va
s'enfarger.
M. Derraji : Mais... Mais c'est
très... c'est très intéressant, et je vous remercie, parce que ça a été quand
même une... votre première recommandation. Mais je note, d'ailleurs, il y a un
omnibus aujourd'hui, là, au moment où on se parle, qui touche
à plusieurs choses. Je pense que vous avez l'habitude de travailler avec des
omnibus. Mais ce qui est très bien, c'est que, sur la table, vous nous dites
aujourd'hui : On lève la main, on veut être consultés avant d'aller de
l'avant par rapport à ça. J'ai bien résumé?
Une voix : ...
M. Derraji :
Excellent. Passons au deuxième point. Vous avez écouté Me Valois tout à
l'heure. Il y a du non-dit, hein, qu'on s'arrange... vous l'avez très bien
dit : On s'arrange entre nous, ne soumissionnez pas, on ne va pas répondre
à l'appel d'offres. Vous avez vu l'avis d'intention, l'article... sur l'avis
d'intention, l'article 2, c'est... qui...
l'article 13.1. J'ai... j'ai entendu ce que vous avez dit tout à l'heure
au ministre. Aux gens qui disent : Écoutez, ça risque de nous... de nous ramener à l'époque de la
commission Charbonneau... Il n'y a personne autour de la table, aucun
élu qui veut jouer dans ce film. Tu sais, je
ne dis pas que quelqu'un autour de la table veut légiférer une loi qui va
laisser une faille, moi le premier.
Vous, votre lecture,
hein, vous êtes dans... sur le terrain, vous faites affaire avec ça, vous
entendez vos membres, quand vous avez lu le projet de loi, vous avez vu des
failles dans ce projet de loi en lien avec le risque qui existe. Est-ce que vous confirmez qu'aujourd'hui
il y a des failles, un, dans le projet de loi? Deux, je vous ai entendus
émettre quelques propositions au début.
Pensez-vous que ce que vous avez dit, c'est les meilleurs antidotes à ces
failles?
M. Lepage
(Sylvain) : Bien, essentiellement, je vous dirais que je n'ai pas vu
les correctifs que vous allez décider
d'appliquer puis les amendements qui vont être apportés au projet de loi. J'ai
entendu Me Valois. Je vais vous répéter la même chose. Je pense
qu'en ce qui concerne l'article 13.1 il y a une solution relativement
facile à mettre en place. Puis il est clair
qu'où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie, OK? Ça fait que ce n'est pas
différent dans ce qu'on voit. Je pense qu'il faut éviter le texte tel
qu'il est, oui, en ce sens-là, vous avez raison, puis je pense que ce serait
entendu, le ministre ne semble pas contredire ça non plus, qu'il faut améliorer
la rédaction de cet article-là de façon à éviter ce genre de situation là.
Ceci dit, je le
répète, quant à moi... puis je sais que ce n'est pas prévu au projet de loi,
mais une partie de votre solution, c'est de créer de la concurrence, c'est la
possibilité. Même si, évidemment, ce que la FQM et d'autres organismes du même
genre vont pouvoir appliquer, c'est minime, il y a quand même régulièrement des
situations où le ministère des Transports, le ministère de l'Environnement
ou... nous approchent pour dire : On vous donnerait un bout de contrat.
Des commissions scolaires, on a ça dans... dans une région très particulière,
où ils nous ont... Légalement, ils n'ont pas
le droit de nous donner de contrat, OK? Ils doivent nous donner une subvention.
Puis, bon, là, il y a toutes sortes de problèmes que ça apporte. Je
pense que vous pourriez facilement corriger cette situation-là.
Puis, même si, à
l'échelle de l'ensemble des contrats gouvernementaux, c'est probablement une
goutte dans l'océan, ce sera un début de
concurrence dans nos régions, parce que les gens vont dire : Vous savez,
le rang 3, là, la FQM, elle le
fait pour la municipalité. Si le ministère des Transports va en appel d'offres
puis que le prix... il faut finir le bout qui tombe dans la compétence du ministère des Transports, parce que vous
savez comment les routes sont faites, il y a une route provinciale puis il y a les rangs, qui sont municipaux. Bon, bien,
l'intersection, là, puis changer les trois calvettes du coin... Ça pourra être une petite mesure qui
favorisera la concurrence, très, très simple, en disant : Écoutez, s'il y
a un organisme régi par les règles d'appel d'offres municipales ou régi
par la loi sur l'accès, dans les deux cas, c'est ce qui s'applique à la FQM. On
a les deux, dans notre cas. Je ne connais pas tous les cas de figure, mais
c'est certain que c'est une petite solution à ce problème-là. Puis c'est
arrivé, là, j'ai eu des appels de mes... des gens à l'ingénierie qui m'ont
dit : Écoute, telle agence de... scolaire voudrait nous donner un contrat
à notre architecte pour finir tel... Je ne
peux pas de gré à gré si c'est en haut des seuils, tu sais. Ça fait que, donc,
je pense que c'est une belle façon de régler un problème puis... comme
on est régis puis on est encadrés par l'AMP comme les donneurs d'ouvrage, là.
M. Derraji : L'AMP.
Non, mais il reste encore du temps, hein?
Le Président (M.
Simard) :
Totalement. Il vous reste 3 min 30 s.
M. Lepage
(Sylvain) : Ça va? C'est... C'est clair?
M. Derraji : Non,
non, mais... Non, non, mais continuez, continuez...
M. Lepage
(Sylvain) : Bien, tout ce que je voulais dire... Et on est assujettis
nous aussi, là, quand on donne des... C'est parce qu'on doit donner parfois des
sous-contrats, on doit faire des règles d'appel d'offres puis on doit
assujettir les contrats que la FQM donne aux règles, là, de... qui sont prévues
dans la loi pour s'assurer que nous donnons
des contrats à des gens qui sont intègres. Donc, on est équivalents au secteur
public quand on est dans le secteur municipal, mais on ne l'est pas
quand on parle aux organismes du gouvernement. On vous demande de corriger
cette chose-là.
Puis évidemment,
quand la loi a été écrite, la commission Charbonneau n'avait pas recommandé de
nous aider à créer ce centre d'expertise là.
Donc, on vous dit : Écoutez, pourquoi vous ne nous donnez pas ce droit-là?
Ça va vous aider un peu. Puis il y a
des régions où on a, justement, des ingénieurs, on va prendre l'exemple, là, de
la... on en a dans la région de
Matane, où on pourrait peut-être fournir de l'expertise complémentaire,
justement, à des petits organismes gouvernementaux.
• (12 h 40) •
M.
Derraji : Mais, parlant d'expertise, hier, des organismes et des
experts demandaient à être impliqués dans la
phase initiale, la phase de la rédaction de... je dirais, de l'appel d'offres,
ou même avant. Si je... Si je décode ce que vous êtes en train de dire,
ça donne des résultats, parce que, quand vous recevez un appel, c'est que vous
êtes impliqués en amont, ça donne... ça donne une opportunité pour la région
pour qu'ils puissent bénéficier d'un futur changement.
Vous avez donné l'exemple rang versus route provinciale. Voulez-vous que ce
soit statutaire, obligatoire?
M. Lepage
(Sylvain) : Obligatoire, je pense que non. Je vais vous dire
honnêtement, je pense que la formule que
vous avez... que, j'oserais dire, nous avons mise en place, là, parce qu'on l'a
fait avec le gouvernement, on l'a fait suite aux recommandations de la
commission Charbonneau, c'est le meilleur des deux mondes, parce que la FQM est
en concurrence avec le secteur privé. Puis d'ailleurs certains joueurs du
secteur privé se sont plaints qu'on les concurrençait.
Le Président (M.
Simard) : En conclusion.
M. Lepage
(Sylvain) : Et je vous dis bien... bien candidement que je leur ai dit
que ça n'arrêterait pas...
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Lepage
(Sylvain) : Mais, en même temps, ça nous oblige aussi, nous, à être
performants, parce que mon concurrent, c'est le secteur privé.
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Lepage
(Sylvain) : Ça fait que je ne peux pas payer mes employés trois fois
le prix du secteur privé.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup, Me Lepage.
M. Derraji : Merci
à vous deux. Merci. Merci.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup. Et nous poursuivons avec la députée de
Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le Président.
Merci, M. St-Pierre et M. Lepage, pour votre exposé. J'aimerais ça
revenir sur votre recommandation 2, qui invite le gouvernement de partager
avec les municipalités l'impact potentiel de l'octroi des contrats en
partenariat. Tout à l'heure, on parlait rapidement des sociétés de transport,
on le sait très bien, ce n'est pas votre cas, mais il y a quand même des
projets intéressants, en termes de développement de transport collectif, transport actif, autopartage, qui se
fait au niveau des MRC. Moi, je voulais savoir comment élargir ou même
essayer des projets pilotes avec les municipalités pourrait être bénéfique dans
ce type de projets.
M. Lepage
(Sylvain) : Écoutez, nous, ce qu'on souhaite, c'est que...
Normalement, surtout dans un dossier comme celui-là, l'AMP va faire un suivi,
probablement que la SQI va faire un suivi, probablement que le Conseil du trésor va
faire un suivi. Ce qu'on souhaite, c'est que l'on partage avec nous... parce
que ce n'est pas automatique, puis c'est normal, mais que ce soit prévu
qu'on doit avoir accès à ces résultats-là pour pouvoir voir dans quelle mesure
ça donne, effectivement, des résultats
concrets. Parce que, parfois, on a des solutions qui donnent des résultats
puis, parfois, on a des solutions qui, malheureusement, ne donnent pas
de résultat.
Je viens de vous
parler de l'expérience de la FQM qui, je pense, donne d'excellents résultats
sur le plan de la concurrence. Je suis obligé d'admettre que moi-même, au
début, je n'avais pas prévu que ça donnerait ce résultat-là. Donc, ce qu'on
veut, c'est... ce qu'on veut éviter, c'est qu'un jour quelqu'un nous
dise : Le... C'est... L'expérience est négative ou l'expérience est
positive, sans qu'on ait eu la chance de suivre l'expérience puis de voir...
puis de suggérer, parfois, des ajustements.
Parce que, honnêtement, on travaille sur une base régulière avec les fonctionnaires,
peu importe les ministères, pour être honnête moins souvent avec la SQI, un peu
avec le Conseil du trésor, beaucoup avec le MAMH, et c'est... c'est souvent un
échange, on discute avec eux des problèmes qu'on rencontre, puis eux discutent avec... C'est ensemble qu'on trouve des
solutions. Puis on pense qu'en matière contractuelle, ce que vous êtes
en train d'imaginer est tellement important que le monde municipal devrait être
associé à évaluer le résultat, là, ou le succès
ou le non-succès de... puis les bons coups puis les mauvais coups, pour qu'on
puisse, nous aussi, s'ajuster au fur et à mesure.
Mme Zaga
Mendez : J'entends. Merci. Puis j'imagine, aussi, c'est une question
d'échelle que...
M. Lepage
(Sylvain) : C'est une question d'échelle.
Mme Zaga
Mendez : Exactement.
M. Lepage
(Sylvain) : Vous avez tout à fait raison.
Mme Zaga Mendez : Puis,
rapidement, avec les quelques secondes, sur la recommandation 4, qui parle
d'avoir une meilleure harmonie entre ce que demande la SQI puis les plans
d'aménagement, là, je résume rapidement.
M.
Lepage (Sylvain) : Bien, ça
revient à ce que je vous ai dit. Notre crainte, c'est évidemment que
certains... Puis j'ai bien entendu le ministre, puis je ne pensais pas le
contraire, pour être honnête, mais, ayant été payé pendant des années pour
trouver des solutions plutôt que des problèmes, bien, quand tu es avocat puis
tu te rends compte que ton client est mandataire de l'État, ça ouvre beaucoup,
beaucoup de possibilités, là, je vais être honnête avec vous, en termes de
solutions potentielles. Là, il y a des conséquences politiques,
entendons-nous, qu'un décideur est prêt ou n'est pas prêt à vivre.
Nous, ce qu'on veut
éviter... On comprend que la SQI, c'est... c'est un mandataire de l'État, puis
c'est une volonté du gouvernement que ça le demeure, mais ce qu'on veut, c'est
que, quand elle agit pour un autre organisme, ça
ne devienne pas un «pass-through», finalement. Puis je pense que j'ai entendu
le ministre dans ses commentaires...
Le Président (M.
Simard) : Merci.
Mme Zaga
Mendez : Merci beaucoup.
Le Président (M.
Simard) : Merci à vous. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci
beaucoup. Bonjour. Alors, j'ai bien entendu, en réponse à une question de mon
collègue le député de Nelligan, vous avez dit : Oui, on aimerait que les
dispositions prévues par le projet de loi s'appliquent de manière générale au
monde municipal. Dans votre mémoire, cependant, vous insistez surtout sur
l'article 2. L'article 2, c'est celui par lequel on insère un article 13.1
à la loi sur les contrats des organisations publiques, qui permet d'aller
par... en gré à gré lorsqu'il n'y a pas de soumissionnaire. J'aimerais que vous
nous disiez pourquoi à la lumière de vos autres commentaires, dans votre
mémoire, où vous exprimez quand même des préoccupations pour le monde local et
régional. Vous dites : Bien, ce type de contrat là, ça demande beaucoup
d'expertise, peut-être que les petites municipalités n'auront pas accès à cette
expertise-là. Puis l'autre aussi, là, qu'il pourrait y avoir un risque
d'exacerber le manque de soumissionnaires parce que les grands cabinets puis
les grandes entreprises ne vont pas vouloir faire les contrats municipaux pour
aller vers les grands contrats en partenariat.
M. Lepage
(Sylvain) : Bien, comme je vous l'ai dit, je pense que, un, il doit y
avoir une préoccupation de régionalisation des contrats, OK? Puis, évidemment,
dans une petite municipalité, généralement, on parle de petits travaux, OK?
Alors, un des enjeux qu'on a... puis, l'enjeu, vous l'avez, puis nous l'avons,
c'est l'absence de soumissionnaires. Alors, nous, ce qu'on dit, c'est :
Écoutez, il faut s'assurer que, dans ça, on ne se retrouve pas avec... puis là... puis je n'ai rien contre la
ville de Montréal, mais... je vais changer l'expression, là, parce que c'est
une expression à la mode, j'étais pour dire la montréalisation, là,
de... des contrats en région. Nous, notre préoccupation, c'est de faire en
sorte que ce mode de fonctionnement là ne se fasse pas au détriment des régions.
Et une des solutions, je l'ai déjà exprimé,
quant à moi, c'est qu'il y ait une réflexion puis des mécanismes mis en place
pour susciter la naissance de plusieurs entreprises de construction en
mesure de prendre des projets davantage d'envergure. Je ne vous parle pas d'un
barrage à la Baie-James, mais entre : Je ne fais que de l'asphalte dans le
rang 4 où je suis né, puis : Je
suis en mesure de faire le tramway de Québec, il y a de l'espace beaucoup entre
les deux. Puis je pense qu'un des problèmes qu'on a vus, puis je peux en
parler d'expérience, c'est une diminution du nombre d'entreprises d'envergure en construction capables de se concurrencer.
Alors, il devrait, quant à moi, y avoir une réflexion, peut-être du côté
du MEI, sur comment on fait pour naître... faire naître, au Québec et en
région, des joueurs plus importants.
M. Paradis : Mais,
s'il n'y a pas ça, est-ce qu'on va de l'avant avec la mise en oeuvre des
dispositions pour le monde municipal?
M. Lepage
(Sylvain) : Je pense que ça devrait aller avec ça. Il devrait y avoir,
puis là je vous laisse juger sur le comment, vraiment une affirmation ferme du
gouvernement du Québec à l'effet qu'avec ça on va mettre en place des mesures,
des mécanismes pour favoriser...
Le Président (M.
Simard) : ...
M. Lepage (Sylvain) : ...je vais vous dire la
consolidation, mais consolidation... si ça finit qu'il y a un joueur, on n'a
pas de concurrence...
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
M. Lepage
(Sylvain) : ...mais la création d'entreprises de taille suffisante
pour se concurrencer.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Alors, M. le maire, M. Lepage, un énorme merci pour votre plus que précieuse
collaboration à nos travaux, et au plaisir de vous retrouver.
Sur ce, compte tenu
de l'heure, nous allons suspendre jusqu'à 15 heures. Au revoir.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
(Reprise à 15 heures)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, bienvenue à tous. Je constate que
nous avons quorum, nous sommes en mesure de poursuivre nos travaux.
Et, à ce stade-ci,
nous avons l'honneur de recevoir parmi nous le Vérificateur général du Québec.
Alors, madame, soyez la bienvenue. Je vous ai présentée au masculin. Ai-je fait
une erreur?
Vérificateur général
Mme Roy
(Christine) : Ça va très bien. Merci. C'est...
Le Président (M.
Simard) : Vous pouvez me corriger, vous savez.
Mme Roy
(Christine) : Madame, c'est correct.
Le Président (M.
Simard) : Et vous êtes accompagnée.
Mme Roy
(Christine) : De M. Fortin.
Le Président (M. Simard) :
Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous présenter?
Mme Roy
(Christine) : Oui, absolument. Christine Roy, sous-vérificatrice
générale. Je suis accompagnée de M. Fortin, vérificateur général adjoint,
et de M. Dubreuil, qui est notre secrétaire général.
Le Président (M. Simard) : Soyez
les bienvenus. Vous disposez de 10 minutes afin de faire votre
présentation.
Mme Roy (Christine) : Parfait. Merci. Donc, M. le
Président, Mme la vice-présidente, M. le ministre responsable des Infrastructures, Mmes et MM.
les membres de la commission, en tant que sous-vérificatrice générale, je
vous remercie d'offrir au Vérificateur général du Québec l'occasion de
s'exprimer sur le projet de loi n° 62 et de répondre à vos questions.
Les commentaires dont
je vais vous faire part aujourd'hui sont basés sur les travaux d'audits que
nous avons effectués au fil des ans ainsi que sur nos connaissances d'auditeurs
législatifs. Ces commentaires s'appuient également sur les six principes
fondamentaux, dont la Loi sur les contrats des organismes publics fait la
promotion, soit la confiance du public dans les marchés publics en attestant
l'intégrité des concurrents, la transparence des processus contractuels, le
traitement intègre et équitable des concurrents, la possibilité pour les
concurrents qualifiés de participer aux appels d'offres des organismes publics,
la mise en place de procédures efficaces et efficientes et une reddition de
comptes fondée sur l'imputabilité des dirigeants d'organismes publics et sur la
bonne utilisation des fonds publics.
Premièrement, selon
nous, l'actuel projet de loi présente un risque de limitation du contrôle
parlementaire à l'égard des contrats de partenariat. Ainsi, nous souhaiterions
nous assurer que le Vérificateur général pourra exercer pleinement sa mission,
qui est de favoriser, par la vérification, le contrôle parlementaire sur les
fonds et autres biens publics, et ce, sans
entrave. En effet, puisque les projets réalisés en partenariat impliqueront normalement
un financement direct ou indirect de l'État pour répondre aux besoins de
la population, il est important que le Vérificateur général puisse effectuer
les travaux de vérification qu'il juge nécessaires, comme il peut d'ailleurs
actuellement le faire notamment pour les projets qui sont financés par le
gouvernement au moyen de subventions. Or, l'article 1 du projet de loi
définit les contrats de partenariat comme des contrats conclus dans le cadre
d'un projet d'infrastructure et à l'égard duquel un organisme public associe un
contractant à la conception et à la réalisation de l'infrastructure ainsi qu'à
l'exercice d'autres responsabilités telles que le financement, l'entretien ou
l'exploitation de l'infrastructure. Ces contrats impliquent une approche
collaborative entre un organisme public et un contractant pendant ou après le
processus d'adjudication. Pour sa part, la Loi sur le vérificateur général nous
autorise à effectuer un audit à l'égard des entités recevant des subventions et
des organismes dont 50 % des revenus proviennent des fonds publics et dont
la majorité des membres du conseil d'administration sont nommés par le
gouvernement ou par une entité publique. Ainsi, j'ai de grandes préoccupations
quant à notre capacité à obtenir des contractants toutes les informations et
les renseignements nécessaires pour informer
adéquatement les parlementaires sur la réalisation
de ces projets d'infrastructure. Mes préoccupations sont d'autant plus
importantes que plusieurs projets d'infrastructure d'envergure pourraient voir
le jour grâce à des contrats de partenariat au cours des prochaines années.
Nous avons d'ailleurs
soulevé un enjeu similaire de limitation du contrôle parlementaire lors de
notre audition sur le projet de loi n° 15 intitulé
Loi visant à rendre le système de santé et de services sociaux plus efficace,
puisque nous avons rencontré par le passé des difficultés d'accès à des
documents auprès d'entités privées utilisant des fonds publics. En effet, trois
entreprises ambulancières n'avaient pas accédé à nos demandes d'information, et
le motif évoqué par l'une de ces entreprises était que les sommes qu'elle avait
reçues du gouvernement n'étaient pas des subventions, mais plutôt un achat de
services. De notre point de vue, cette position allait à l'encontre de
l'intérêt public et du contrôle
parlementaire sur l'utilisation des fonds publics. À la suite de notre
audition, le projet de loi n° 15 a été amendé à notre satisfaction pour
nous permettre dorénavant d'obtenir l'information souhaitée auprès des
entreprises privées qui oeuvrent dans le réseau de la santé et profitent d'un
financement de l'État.
J'estime
qu'il est tout aussi important de s'assurer que, dans le cadre des contrats de
partenariat, le Vérificateur général aura
la possibilité de vérifier adéquatement l'utilisation directe ou indirecte des
fonds publics par les contractants, le respect des clauses aux contrats
conclus ainsi que les risques encourus par le gouvernement, et qu'il pourra la
faire tout au long de l'exécution des contrats, soit lors de la conception, de
la réalisation, de l'exploitation, de l'entretien de l'infrastructure ou de
l'exercice de toute autre responsabilité qui pourrait être confiée au
contractant. C'est seulement ainsi que nous pourrons jouer pleinement notre
rôle de favoriser le contrôle parlementaire sur l'utilisation des fonds
publics. Je demande donc que le projet de loi soit ajusté. Par exemple,
certaines dispositions pourraient être ajoutées pour faire en sorte que le
contractant soit tenu de fournir sur demande au Vérificateur général tout
document ou renseignement que ce dernier jugera nécessaire en lien avec le
contrat de partenariat, et ce, tout au long de l'exécution de ce contrat.
Le deuxième élément sur lequel je veux attirer
votre attention concerne certaines lacunes que nous avons fréquemment observées
en matière de gestion contractuelle lors de nos travaux d'audit. Si la loi est
adoptée, il sera important de s'assurer que les lacunes observées ne se
répètent pas afin de favoriser une bonne gestion des fonds publics. Tout
d'abord, pour chaque projet d'infrastructure, les différents modes de
réalisation possibles doivent être analysés
et comparés afin de s'assurer que le meilleur mode de réalisation a été retenu.
Cette analyse doit, entre autres, comprendre les aspects suivants pour
chacun des modes de réalisation possibles : L'identification de l'ensemble
des risques potentiels, une estimation rigoureuse des coûts du projet, incluant
les pertes et les gains potentiels, des hypothèses raisonnables dont le choix
est adéquatement documenté, des analyses de sensibilité suffisantes à l'égard
des principales hypothèses utilisées ainsi que l'évaluation de l'incidence de
chacun des modes de réalisation sur les finances publiques. Cette analyse doit
également tenir compte du degré de dépendance envers le contractant auquel sera soumis le gouvernement. Nous avons d'ailleurs
soulevé un enjeu similaire, en mai 2023, dans un de nos rapports. De
plus, il est nécessaire de faire une évaluation juste et équitable des
soumissionnaires au cours du processus d'adjudication. Enfin, et ce, de façon
encore plus particulière pour les contrats de partenariat, il sera important
d'assurer un suivi régulier et suffisant de la performance des contractants et
des risques assumés par le gouvernement tout
au long de la réalisation des contrats. Ainsi, il sera essentiel que les
contrats et les ententes prévoient que l'organisme public qui en sera partie prenante pourra obtenir
toute l'information nécessaire pour évaluer la performance du contractant
et pour évaluer ses propres risques.
Le troisième élément concerne le recours à un
contrat de gré à gré lorsqu'un appel d'offres public est infructueux. Lorsqu'un appel d'offres public est
infructueux, et sous certaines conditions, le projet de loi permet de conclure un
contrat de gré à gré sans qu'il soit nécessaire de publier au préalable un avis
d'intention. Il est précisé que les conditions et les exigences prévues dans
l'appel d'offres public doivent alors être les mêmes, à une légère exception
près concernant les délais de réalisation. Or, si l'entreprise retenue pour le
contrat de gré à gré doit être en mesure de remplir les conditions et exigences
de l'appel d'offres, il y a lieu de se questionner sur la raison pour laquelle
l'appel d'offres a été infructueux au départ. Il est essentiel de se poser
cette question avant de permettre un autre mode d'adjudication, et ce, tout
particulièrement parce que l'appel d'offres public est un rempart important qui
favorise la concurrence, l'équité et le traitement intègre des concurrents. Par
ailleurs, je souligne que, si le processus d'octroi de contrats de gré à gré
est utilisé selon les conditions prévues dans le projet de loi, l'organisme
public concerné devra s'assurer que le choix du concurrent est effectué de
façon à respecter les principes fondamentaux de la loi sur les contrats des
organismes publics.
En terminant, le quatrième élément que je désire
soulever concerne la reddition de comptes. L'utilisation de fonds publics doit être assujettie à une reddition
de comptes et à une surveillance exemplaire. Or, le projet de loi utilise
tantôt le terme «dépense», tantôt le terme «montant», et il laisse au président
du Conseil du trésor le loisir de définir ces termes, notamment aux fins de la reddition
de compte. Dans un souci de transparence de la reddition de comptes qui sera effectuée, il sera nécessaire que la
terminologie utilisée permette de tenir compte de l'ensemble des coûts directs
et indirects relatifs au projet. Il sera
aussi important que le gouvernement effectue une reddition de comptes suffisante
à l'égard des principaux paramètres des ententes ou des contrats, étant donné
les particularités des contrats de partenariat
qui pourraient, par exemple, octroyer des pouvoirs de tarification à un
tiers.Par ailleurs, le projet de loi prévoit que le montant total payé
pendant toute la durée du contrat de partenariat doit être divulgué au plus
tard 120 jours après la fin du contrat dans le système électronique
d'appels d'offres du gouvernement, le SEAO. Toutefois, parce qu'il n'est pas
impossible que des contrats de partenariat aient une durée relativement longue,
par exemple 30 ans, il est possible que cette disposition du projet de loi
ne permette pas que la reddition de comptes soit faite en temps opportun. Une
divulgation plus fréquente pourrait être plus pertinente à cet égard. Nous
avons également soulevé plusieurs fois par le passé des problèmes de qualité ou
de délais de publication à l'égard des informations fournies dans le SEAO. Pour
que l'information prévue dans le projet de loi soit utile, celle-ci devra être
fiable, complète et publiée en temps opportun. Enfin, le projet de loi devrait
aussi prévoir que toute modification ou tout avenant au contrat initial seront
rendus publics, le cas échéant, et ce, en temps opportun.
Je vous remercie de votre attention et c'est
maintenant avec plaisir que je répondrai à vos questions.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci à vous, Mme Roy. M. le ministre.
M. Julien : Merci.
Merci beaucoup pour la présentation. Puis on avait commencé la discussion tout
à l'heure. Bon, maintenant, on va la regarder. Alors, grand plaisir de
vous voir tous les trois, des ex-collègues, vous ne vieillissez pas. Vous êtes chanceux. J'étais surpris de voir certains
éléments, et puis là, je ne pense pas qu'on va gagner à les préciser.
Donc, merci pour votre temps. Merci pour le travail qui est fait.
Juste pour être... pour
être certain, j'aimerais ça que vous me disiez c'est quoi, la distinction que vous
faites entre le rôle potentiel ou souhaité
du Vérificateur général ou de la Vérificatrice
générale du Québec et de l'Autorité des marchés publics par rapport,
justement, à ce pouvoir de s'assurer du caractère adéquat des ententes
contractuelles?
• (15 h 10) •
Mme Roy (Christine) : Dans le
fond, le Vérificateur général va regarder la saine gestion publique beaucoup
sous l'angle de l'économie, l'efficience et l'efficacité, donc... tandis que
l'autorité va sûrement... va travailler sur plusieurs aspects aussi, mais
beaucoup, dans le fond, sur la conformité. Donc, nous, ce qu'on dit, c'est
qu'on veut simplement continuer à faire ce qu'on fait déjà avec des projets
d'infrastructures publiques qui sont faits sur un autre mode, soit que le gouvernement le fait lui-même, soit qu'il
subventionne. Donc là, c'est un nouveau mode, mais considérant qu'il y a
des fonds publics qui vont être investis, on veut s'assurer d'avoir accès à
l'information nécessaire pour vérifier de quelle façon cet argent-là va être
utilisé, est-ce qu'elle va être utilisée aux meilleures fins possible.
M. Julien : Parfait.
Parce que j'essayais de voir aussi la distinction... puis peut-être que...
peut-être que c'est là la voie de distinction que j'ai conçue, dans les
modes traditionnels, en réalité, on s'en va sur un appel d'offres public et les
soumissionnaires soumissionnent. Puis ce qui fait foi habituellement, là, c'est
le plus bas soumissionnaire puis il y a une
réalisation du projet avec les enjeux que ça amène. Puis, à la fin, bien, il y
a livraison du produit, puis, bon... Alors,
le Vérificateur général a son rôle par rapport à ces éléments-là sur base
d'audit, probablement, aller voir la gestion contractuelle. Puis là,
ici, je m'en vais sur un mode de gestion contractuelle, qu'on appelle un mode
collaboratif, qui est un éventail assez large, qui dit : Bien, on va
continuer de faire des appels d'offres publics. Probablement que l'appel d'offres
public, l'entente qui va être mise sur le marché, qui va être publiée, va
préciser certains éléments. On va demander, en fin de compte, à des gens de
soumissionner, probablement en consortium. Et là, soudainement, on va venir
mesurer l'expertise, la compétence, l'expérience beaucoup plus qualitative que
le plus bas soumissionnaire, pour éventuellement accorder le contrat, puis qui
va nous livrer éventuellement un projet d'infrastructure sur une base plus
collaborative, puisqu'on va pouvoir les rentrer plus tôt puisqu'on n'est pas
sur la base du prix. Puis là, soudainement, on pense... et on observe
qu'ailleurs il y a des gains, puis on a fait des projets pilotes qui ont montré
des gains.
Puis là, je me dis : Bien, cette
distinction entre les deux, là, tu sais, on a, ici, des tiers privés, puis là,
j'essaie de voir pourquoi le vérificateur, lui, ferait une distinction dans
l'intervention, puis là je vais terminer, puis qu'on a eu une petite discussion
tout à l'heure... bien, vous avez parlé beaucoup d'exploitation ou bien «durée
de 30 ans». Donc, est-ce que c'est le volet dans l'article 1 qui vous
amène plus largement à dire : Là, là, il y a un volet où est-ce que tu
pourrais aller jusqu'à l'exploitation en bons termes, puis, soudainement le
pont que vous avez fait avec le secteur de la
santé, c'est ce volet-là qui vous amène à dire : Notre rôle, si c'est une
entente long terme avec exploitation, est plus large que si c'est une
entente contractuelle pour livraison d'infrastructure, puis, après ça, c'est
terminé. Est-ce que c'est ça que je dois comprendre?
Mme Roy (Christine) : Bien,
effectivement, il y a deux choses, parce que, pour le mode d'adjudication du contrat, il va y avoir plus de discussions, puis
tout ça, puis on s'attend à pouvoir regarder comment a été fait la gestion
contractuelle, probablement avec ce qu'on va obtenir de l'organisme public, là,
mais un coup que le projet est parti, bien, même pour la
conception-réalisation, si jamais il y avait un partage de risques, donc un
partage de pertes ou de profits potentiels, bien là, c'est là qu'on se
demande : Est-ce que... c'est différent, un peu, dans le mode
traditionnel, on va dire : Bien là, je te donne un certain montant, puis tu
me réalises telle immobilisation. Donc, c'est là où il peut y avoir certaines
particularités compte tenu de ce type de contrat là, qui pourrait faire en
sorte qu'on n'obtient pas toute
l'information pour vous donner notre point de vue, puis particulièrement,
effectivement, s'il y a une exploitation après. Tu sais, c'est un peu un
mode qui est... Oui, on discute avant, mais, après ça, on laisse le partenaire
exploiter. Bien, il va peut-être y avoir un
contrat avec lui pour lequel on va exiger une certaine qualité de services qui
vont être donnés en retour de certains autres éléments, ça peut être un
pouvoir de tarification, ça peut être d'autre chose, ça peut être de l'argent public, mais là, comme on s'assure
qu'effectivement, ça, ça a été, dans le fond, réalisé avec les critères qu'on
a donnés.
Donc, à la fois, tu sais, ce qu'on a, c'est que
le projet de loi, il permet ça. Il permet ça, puis, dans le cas de certains
PPP, c'est... des fois, c'était sur 30 ans. Donc, ce qu'on a vu quand on a
fait, nous, des audits au niveau de certains PPP, c'est que c'était nécessaire
d'avoir de l'information additionnelle pour pouvoir juger correctement :
Est-ce que la... on en a pour notre argent avec les fonds publics qui sont
utilisés?
M. Julien : Mais juste pour revenir,
parce que, pour avoir déjà travaillé un peu dans ce domaine-là, vous êtes dans
du contrôle pas a posteriori d'audit, mais pour dire... puis je reviens
toujours sur le volet exploitation, qui est un volet qui est, en tout cas, plus
complexe certainement que même un mode collaboratif avec livraison, la durée,
les tarifications, etc. Si j'enlève ce volet-là d'exploitation, là, en quoi le Vérificateur
général, quand il vient intervenir, pas a
posteriori, lors d'un audit, pour voir comment ça va puis de venir apporter des
recommandations, mais comme en temps réel, qu'est-ce que vous faites que
l'AMP ne ferait pas? Oublions le volet exploitation.
Mme Roy (Christine) : Bien, dans le
fond, par exemple, on construirait un CHUM ou un CUSM sur ce mode-là, bien,
dépendamment s'il y a un partage de risque ou même de certains avantages, bien,
il va falloir obtenir de l'information pour s'assurer que le gouvernement paie
pour, excusez-moi l'expression, les pépins qui peuvent arriver au cours de la
construction s'il y a un partage de risques, etc. Donc, est-ce que l'organisme
public va obtenir toute
l'information nécessaire? Si elle l'a, on n'aura pas besoin d'aller auprès du
partenaire privé, hein? Parce que, là, je parle toujours d'aller voir ce
qui nous intéresse en fonction des fonds qui ont été donnés ou des conditions
du contrat. Puis ma compréhension des
contrats de partenariat... puis, si ce n'est pas le cas, vous nous le direz,
mais ma compréhension des contrats de partenariat, c'est
qu'effectivement l'idée c'est de partager ces risques-là puis de trouver des avantages communs, puis des risques
communs, puis que les deux travaillent dans le même sens, mais ça, ça
amène à savoir : Bien, est-ce que... bien, finalement, quand le partenaire
construit puis que j'accepte de prendre une
partie, mettons des problèmes qui peuvent arriver dans la construction, bien,
est-ce que je me fais dire : C'est correct? Est-ce que c'est les
bons coups? Est-ce que ça a été correct?
Donc, si le partenaire fournit à l'organisme
public tout ce qu'il a besoin d'avoir, on n'en aura pas, de problème, mais
l'expérience nous démontre que, des fois, l'organisme public n'obtient pas
cette information-là. Et, pour nous, donner l'heure juste aux parlementaires,
bien, ça nous prend ce droit d'accès là, comme on a le droit d'aller pour les
entreprises privées qui reçoivent des subventions du gouvernement.
M. Julien : Mais je comprends, mais
il y a... pour moi, il y a même une distinction entre ceux qui reçoivent des
subventions puis ceux qui sont en entente contractuelle momentanée pour livrer,
mais c'est quoi, les limitations de vos
pouvoirs actuels au VGQ qui ne vous permettraient pas, le cas échéant, de faire
ce que vous souhaitez potentiellement pour les PPP ou exploitation, puis,
après ça, on reviendra un pas en arrière, mais c'est quoi, vos limitations
actuellement que vous avez? Parce que... parce qu'on en fait, des modes
collaboratifs sur base de dérogations
actuellement. C'est vrai que vous exprimez, là, que le partage de risques,
c'est le RPI, c'est le mode collaboratif très, très évolué, puis il y a des modes alternatifs et évolutifs, mais
on en fait déjà sur dérogation, on en réalise. Alors, c'est quoi, les
limitations que vous avez à votre loi?
Mme Roy (Christine) : Présentement,
on est tributaires de la bonne volonté quand même ou de l'interprétation que le
vis-à-vis va avoir. Des fois, on a toute l'information auprès de l'organisme
public, mais des fois non. Donc, par
exemple, puis là ce n'est pas... ce n'est peut-être pas l'exemple le plus
précis, mais on est allé à la Caisse de dépôt parce qu'on avait, dans le
fond, une vérification particulière qui nous a été octroyée, parce que la Caisse
de dépôt, pour ce type de travaux là, n'est pas dans notre champ de
compétences. Donc, on a été à faire une revue du montage financier du REM pour,
dans le fond, mettre en lumière les risques auxquels s'exposait le
gouvernement, c'est quoi, dans le fond, le degré de financement que le
gouvernement va mettre dans ce projet-là, puis on est en train d'en faire un
suivi.
Mais, dans le
fond, on a eu par le passé des gens qui nous ont dit : Bien, écoutez,
c'est des contrats de fournisseurs, ce n'est pas des subventions. Oui,
on reçoit du financement, ce n'est pas nécessairement des prêts et avances,
parce qu'il y a toutes sortes de particularités dans notre loi. On n'est pas
nécessairement toujours d'accord avec eux sur leur position, mais, oui, on se fait dire ça. Donc, on anticipe qu'on
pourrait avoir des limitations. Et, dans le fond, pour rassurer les partenaires
privés, on ne veut pas y aller, voir tous ces contrats-là tout le temps, puis
aller voir leurs finances dans leur entièreté. Ce qu'on veut, c'est obtenir de
l'information par rapport à la gestion d'un contrat particulier
lorsqu'on va juger nécessaire.
M. Julien : Mais vous ne pensez
pas... vous ne pouvez pas exiger ça aux donneurs d'ordre publics, parce que je vous le dis, là, pour moi, là, mon enjeu que
j'y vois, puis l'enjeu, là... il y a plusieurs enjeux que j'y vois, mais j'ai
déjà l'Autorité des marchés publics, là, qui a un rôle d'enquête assez formel. J'ai
déjà le Vérificateur général... la Vérificatrice générale... Est-ce qu'on
dit Vérificateur général pour l'institution?
Mme Roy (Christine) : Oui.
M. Julien : Bon, qui fait des
interventions a posteriori, puis il y a des rapports d'optimisation de
ressources, là, assez éloquents, de
dire : Écoutez, là, améliorez... améliorez-vous, les amis. Puis
actuellement, là, quand je regarde le modèle traditionnel, où le donneur
d'ouvrage assume tous les risques, là... Parce que, tu sais, quand on parle de
partage de risques, actuellement, bien, l'entrepreneur soumet, il additionne
des contingences, puis veux, veux pas, tu vas payer... tu vas payer la totale,
parce que ces gens-là ne sont pas là pour perdre des sous, puis on dit que le
mode collaboratif, soudainement, on va être à livre ouvert. Donc, qu'est-ce qui
vous empêcherait, avec votre capacité actuelle, d'exiger ces démonstrations-là
a posteriori, si ce n'est pour le volet exploitation PPP, où là je me
dis : OK... parce qu'il est inscrit ici, mais je l'ai bien mentionné,
notre volonté, ce n'est pas d'aller vers des exploitations long terme, mais des ententes collaboratives
contractuelles. Je vois cette distinction-là entre les deux. Mais imaginons-nous
qu'on ne transfère pas l'exploitation, là, qu'est-ce qui vous manquerait
actuellement pour que le donneur d'ouvrage public vous ne fournirait pas, au
prix d'un effort raisonnable... sans que vous ayez à intervenir auprès du
tiers, qui, somme toute... je ne sais pas,
mais, mettons, je suis un privé, puis je dis : Le VG peut venir voir... tu
sais, hein, ça reste quand même une petite contrainte perceptuelle.
• (15 h 20) •
Mme Roy (Christine) : Bien,
présentement, ça arrive souvent que les organismes publics ne l'obtiennent pas.
Nous, on a un pouvoir de recommandation, on n'a pas un pouvoir de les obliger à
obtenir le document. Donc, c'est certain que,
quand c'est le Vérificateur général qui a le pouvoir de le demander, ça peut augmenter
les chances qu'on obtienne l'information désirée. Ça peut être de
demander que leur auditeur privé nous donne aussi une attestation sur certains éléments. Donc, présentement, on n'a pas
ces pouvoirs-là, puis c'est sûr que ça prend vraiment son importance encore... elle est très
décuplée dans le cas où là on irait à long terme dans l'exploitation, là. Parce
que, là, il y a quand même des fonds publics en jeu. Nous, on n'est pas
là pour mettre sur la place publique les secrets des entreprises privées sur la
place publique, mais il y a quand même une gestion de fonds publics. Puis, dans
ce temps-là, bien, c'est nécessaire qu'il y ait une certaine reddition de
comptes de la part des entreprises, si jamais il y a lieu de l'avoir. Et, si on s'en va en exploitation, en plus, il peut y
avoir aussi une qualité de service qui est rattachée à ça. Puis je comprends
que, là, c'est que vous dites : Ce n'est pas l'intention, mais le projet
de loi le permet.
M. Julien : Oui, je le vois.
Mme Roy (Christine) : Puis le projet
loi le permet, puis, dans 10 ans, on peut décider de faire autre chose
avec ça. Donc, mettons qu'on exploite des maisons des aînés puis qu'on garantit
que les gens vont avoir trois repas par jour, bien, ils vont-tu l'avoir, hein?
Donc, c'est un peu ça.
M. Julien : D'un autre côté, la loi
le permettait déjà, hein? Puis pourtant, ces pouvoirs-là n'étaient pas
attribués au Vérificateur général.
M. Fortin
(Alain) : Bien, moi, je dirais, en complément, là, de...
quand vous demandez c'est quoi qui nous limite, là... Parce que, présentement,
sans être pointu, mais... notre article 25 nous dit qu'on peut aller
n'importe où quand c'est un organisme public. Après ça,
l'article 30, lui, il parle de subventions. Alors là, on pourrait se faire
dire, si on irait dans un partenariat comme
vous l'appelez, là... l'organisme pourrait dire : Heille, ici, ce n'est
pas une subvention, ici, que j'ai, c'est un contrat de service, c'est...
en tout cas, il pourrait l'interpréter autrement. Puis là, mettons que c'est
un...
M. Julien : Si c'est de
l'exploitation à long terme, vous dites, là?
M. Fortin (Alain) : Non, même pour
la réalisation, là. La réalisation... Parce que, mettons, si c'est un pont qui
dure cinq ans, puis, pour x raisons, bon, il y a un... pas x raisons, on
comprend qu'il va y avoir un partage de risques, un partage de gains, il
pourrait y avoir une tarification, il pourrait y avoir tout ça, puis là on
pourrait dire : Bien, on veut y aller après quatre ans parce que, pour x
raisons, il y a de l'information... Parce qu'on n'ira pas dans tout, là, on veut aller dans ce projet-là. Alors,
cet organisme... cette entité-là, qui a 28 projets, il y en a 27 avec le
privé, nous autres, on va aller rien
que voir celui qui est avec le public, là. C'est ça qu'on veut aller voir,
comment va ce projet.
M. Julien : Mais c'est-à-dire que le
donneur d'ouvrage public, quelle information... Parce qu'à mettons que je suis
le donneur d'ouvrage public puis je fais affaire, là... tu sais, je vais avoir
intérêt à avoir toute l'information que vous souhaitez avoir personnellement,
là, là.
M. Fortin (Alain) : Bien, ça, c'est
fort possible, mais c'est fort possible aussi que vous ne l'ayez pas, parce
que, quand on va constater, souvent, quand on va dans les organisations, ils
n'ont pas toute l'information, que ce soit sur les coûts, l'information est
partielle sur les coûts, l'information... En tout cas, sur les risques que le
gouvernement assume, bien là, y a-tu toute l'information nécessaire du
partenaire? Ça fait que, tu sais, c'est pour ça qu'on veut avoir tout accès,
comme ça, on va pouvoir donner le portrait exact.
M. Julien : Parfait. Il me reste peu
de temps, puis je sais que les collègues... tu sais...
M. Fortin (Alain) : Oui,
excusez-moi, c'est...
M. Julien : Mais comment ça se fait
que, puisque c'est déjà permis à l'intérieur de la loi, vous ne l'ayez pas déjà
obtenu?
Mme Roy
(Christine) : Bien, comme disait Alain, c'est sujet à
interprétation, qu'est-ce que veut dire notre loi.
M. Julien : Non, mais je veux
dire...
Mme Roy (Christine) : Donc, c'est
pour ça que ça a été clarifié dans le cadre du projet de loi n° 15.
M. Julien : Mais, je veux dire, ce
potentiel-là est déjà prévu à l'intérieur de la loi.
Mme Roy (Christine) : Oui.
M. Julien : Et vous n'avez pas
obtenu ce que vous demandez aujourd'hui à l'époque.
Mme Roy (Christine) : À l'époque, on
ne l'a pas demandé parce qu'il n'y avait pas énormément de contrats dans des
modes autres que traditionnels. Il y a eu quelques PPP, puis, souvent, on s'est
fait confier des vérifications particulières, donc on a été capables d'aller
les voir pareil. Mais là, ce qu'on entend, c'est que c'est un nouveau mode qui
est mis en place pour tenter de... d'avoir plus d'agilité. Il y a des grands
projets structurants qui s'en viennent au Québec, donc des projets d'envergure. Donc
là, on se dit : Si la part de l'État, elle est importante là-dedans,
ce serait important que le Vérificateur général puisse continuer d'aller voir
comment sont utilisés les fonds publics, peu importe le mode de financement.
M. Julien : Le
13.1, alors vous avez le même avis que bien des gens qu'on a entendus, donc on
va le regarder attentivement.
Dernier petit point,
parce qu'il me reste moins d'une minute, mode collaboratif, au-delà de ce
qui... de ce qu'on nomme ici comme capacité... appels d'offres publics,
augmentation de la concurrence. Vous faites de la VOR, vous faites... vous
regardez un peu ce qui se fait ailleurs. Vous y croyez?
Mme Roy
(Christine) : Bien, c'est ça qu'on avait recommandé à la Société
québécoise des infrastructures, en 2021, de diversifier ses modes de
réalisation parce qu'on se rend compte qu'il y a quand même une certaine
surchauffe du marché. Donc, on ne peut pas être contre la diversification des
modes, tout dépend comment qu'elle est appliquée. Il faut qu'elle soit bien
encadrée puis il faut qu'avant, quand on décide de faire un projet selon ce
mode-là, on se pose la question : Est-ce que c'est le meilleur mode pour
ce projet-là? Donc, c'est pour ça qu'on parle des lacunes passées au niveau des
analyses à cet égard-là, je pense que... toutes être là. Après ça, bien, je
pense que ça va nécessiter un post-mortem...
Le Président (M.
Simard) : En conclusion.
Mme Roy
(Christine) : ...pour voir si, dans le fond, l'arbre donne les fruits
escomptés dans le futur.
M. Julien : Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Simard) : Alors, merci à vous, M. le ministre. M. le député de
Nelligan.
M. Derraji : Merci,
M. le Président. Merci pour votre présence. Et surtout, vous savez, c'est très
important, vous écouter. Vous jouez un rôle
extrêmement important. Et ce n'est pas un exercice banal, c'est un exercice
extrêmement sérieux, et vous êtes responsable de contrôler la façon avec
laquelle l'État opère les contrats. Donc, je tiens à vous remercier
sincèrement. On va s'inspirer de pas mal de vos recommandations pour essayer
d'amender le plus que possible le projet de
loi et que vous ayez toujours accès à des éléments, surtout si vous devez
continuer à jouer votre rôle.
Ceci étant dit, je
vais commencer par un aspect beaucoup plus général. La raison de ce projet de
loi, vous l'avez constaté sur l'espace public... Et là j'interpelle les
experts, hein, j'interpelle l'institution qui règle ce qui se passe en termes contrats au Québec. L'énoncé est
le suivant : Le gouvernement aimerait atteindre 15 % de diminution
de coûts et 25 % en termes de délais. Sincèrement, croyez-vous que c'est
raisonnable avec ce que vous avez sur la table maintenant, avec le changement
contractuel des contrats?
Mme Roy
(Christine) : Honnêtement, on n'est pas en mesure de répondre à ça
parce qu'on n'a pas fait de travaux là-dessus. C'est sûr que, quand le Vérificateur
général parle, c'est parce qu'il a étudié la question de long en large puis il
est appuyé sur des faits. Donc, on ne le sait pas si ça va donner ces
résultats-là. Puis c'est pour ça qu'on dit
que ce serait important qu'il y ait un genre de post-mortem après un certain
nombre d'années, je pense qu'il y a eu des projets pilotes, mais un plus
grand nombre de projets pour être capable d'évaluer si, effectivement, c'est un
mode qui répond aux objectifs ou pas dans le futur.
M. Derraji : Et
c'est toujours bon avec vous. Juste un mot, ça nous donne des idées. J'aime
beaucoup déjà le post-mortem. Ça veut dire qu'on ne peut pas laisser ça à vie.
Si on peut avoir... Après un an, deux ans, trois ans, quatre ans, il faut se
poser la question : Est-ce qu'on a atteint les résultats qu'on s'est
donnés? Parce que vous avez vu un peu les résultats du tableau de bord sur
l'accélération des projets, le fameux... le fameux projet de loi n° 66.
Aujourd'hui, on est à 23 %... 23 % en termes de réalisation.
Je ne sais pas si
vous avez vu la présentation aujourd'hui de Me Valois. Est-ce qu'il y a
une apparence de collusion à la lumière de la première lecture de ce projet de
loi?
Mme Roy
(Christine) : Nous, on est préoccupés pour les contrats de gré à gré,
mais la collusion, ça peut arriver n'importe quand, sur n'importe quel mode
d'adjudication. Parce que, même en appels d'offres publics, quelqu'un pourrait
s'entendre pour décider qui soumissionne puis à quel prix ils soumissionnent.
Donc, c'est certain que ça peut arriver
n'importe quand. On a quand même certaines préoccupations sur les contrats de
gré à gré, parce que, dans le fond, à partir du moment où quelqu'un ne
soumissionne pas ou que c'est tout infructueux, il faut se poser la question
pourquoi avant de passer à une autre étape. Parfois, en jasant avec les gens,
on va se rendre compte qu'il y a certains éléments dans l'appel d'offres qui
sont une barrière, puis de réémettre un appel d'offres, ça peut aussi être utile, même si ce n'est pas nécessairement ça qui
était prévu dans les bonnes pratiques. Donc, je pense que tout dépend de
comment c'est encadré. Le mode collaboratif,
le fait que les gens discutent à l'avance, bien, il faut que ça soit encadré
par... c'est là aussi que ça va être nécessaire.
M.
Derraji : Oui, c'est excellent. Commençons par ça, parce que
ça a été dit hier. Nous avons eu les économistes... est-ce que c'est certifiés? Agréés? J'ai bien
prononcé les économistes certifiés, agréés? Les évaluateurs, les estimateurs...
les estimateurs
et d'autres partenaires qui voulaient être impliqués en amont, ils disent que,
si on veut atteindre les résultats, bien,
essayons de mettre tout le monde autour de la table avant d'aller de l'avant.
Vous, vous dites aujourd'hui : Encadrer. Moi, je vous repose la
question : Comment encadrer? Est-ce qu'un bureau indépendant... Me Valois
aujourd'hui parlait du modèle irlandais, un bureau indépendant qui va avoir un
droit de regard, comment le rendre opérationnel sans tomber dans la
bureaucratie, encore une fois? Ce qu'on veut, c'est vraiment faire les choses
correctement, mais comment encadrer le départ avant l'appel d'offres?
• (15 h 30) •
Mme Roy (Christine) : Le Vérificateur
général, il ne donne jamais les moyens, mais je peux vous donner des choses à
éviter comme problématique, là. La première chose, c'est que c'est... Ou des
choses à porter attention. Lorsqu'on va aller en mode de discussion avec les
contractants potentiels pour définir les besoins, bien, ça va être important
que ces contractants-là soient tous traités de façon équitable, que s'il y a un
deuxième volet où on fait un tri puis on sélectionne un plus petit groupe pour
continuer la suite, ça soit fondé sur des éléments objectifs par des personnes
indépendantes, etc. Donc, c'est toujours les mêmes principes qui arrivent par
rapport à ça.
C'est certain qu'on a vu dans le passé qu'il
manquait des fois de rigueur dans les étapes au préalable pour déterminer c'est
quoi, le mode de réalisation qu'on va utiliser, c'est lequel le meilleur. Des
fois, on a vu qu'un des modes de réalisation avait été déclaré comme étant
celui qui va apporter le plus de valeur ajoutée, mais quand on se mettait à creuser les hypothèses, etc., bien, ce
n'était pas là. Donc l'expertise, qu'elle soit interne ou externe, peu importe,
elle est quand même importante à l'étape initiale pour bien définir les
hypothèses puis prendre les bonnes décisions. Ça fait que ça, c'est certain
qu'il va falloir aussi qu'on retrouve cette expertise-là en quelque part, peu
importe où elle est, mais pourvu qu'elle soit là pour accompagner les équipes.
M. Fortin
(Alain) : En complément, juste... parce que vous avez parlé
des coûts, vous avez parlé d'estimateurs, c'est sûr que nous autres, qui que ce soit qui fait l'estimation des
coûts, ce n'est pas important, comme elle a mentionné, si on ne donne pas le moyen, mais c'est important de
savoir les coûts. Parce que, tantôt, en négociation ou en discussion avec le partenaire, ça va être important que nous,
on ait fait une bonne évaluation, comme ça on va pouvoir challenger adéquatement
avec le partenaire ou les partenaires potentiels.
M. Derraji : Bien, surtout que moi,
quand on essaie de me vendre le projet de loi et dire qu'on va atteindre
15 % de moins, et 25 %, en termes de délais de livraison, si on ne
fait pas bien les choses au départ, c'est sûr qu'on n'atteindra pas les
résultats. Donc, je comprends que vous ne donnez pas les moyens, mais vous,
vous contrôlez les contrats, vous avez vu des choses. Est-ce que... La question
que j'ai le goût de vous poser : Est-ce que vous avez vu, dans ce projet
de loi, des choses qui vont... Est-ce que ce projet de loi vient corriger des
lacunes que votre institution aurait observées déjà?
Mme Roy
(Christine) : Bien, dans le fond, ce qu'on a observé, c'est
beaucoup des lacunes dans l'application. Peu importe le mode de
réalisation ou le mode d'adjudication, ça ne change pas. Ça fait que ça, ces
principes là, il faut qu'ils soient appliqués, peu importe les modes.
Ce que j'ajouterais, c'est que c'est certain
qu'en mode de collaboration, tout dépendant si on rend avec des partages de
risques ou des partages de profits, bien, ça amène une dimension additionnelle
qu'il faut aussi, donc ça va demander des suivis plus serrés par l'organisme
public de ces éléments-là. Donc, ça, c'est certain. Ça fait que, donc... Puis
c'est pour ça que je pense que c'est intéressant de faire un post-mortem pour
voir si les avantages qu'on pense avoir, de dire : Bien, le fait que les
gens vont jaser ensemble, on va moins avoir de problèmes après quand on va
arriver en réalisation, parce qu'on va avoir déjà identifié les problèmes au
départ ou on va avoir identifié des façons plus novatrices d'agir. Bien, est-ce
que ça, ça en vaut la chandelle? Est-ce que ça donne les résultats escomptés
par rapport à peut-être la prise de risque additionnel que le gouvernement peut
prendre? Ça fait que c'est pour ça que je
dis, après un certain temps, ce serait intéressant de faire cet examen-là.
Mais, quant à moi, des... il y a des risques. Il y en a pour tous les modes de
réalisation ou d'adjudication. Il s'agit de mettre en place, après les
procédures...
M. Derraji : Oui. Est-ce que j'ai
bien compris que ce que vous proposez aujourd'hui, c'est une sorte d'évaluation de ce que nous sommes en train de
faire au bout de, je ne sais pas, trois ou quatre, cinq ans? Ce serait juste?
Mme Roy (Christine) : Je sais que...
Je crois qu'il y a un rapport qui doit être prévu sur l'application de la loi
après une certaine période, donc ça peut être une occasion, je pense, de faire
une analyse à cet égard-là.
M. Derraji : Oui. OK. C'est un bon
point. Dans votre présentation, à la page 11, vous avez dit la chose suivante : «Cette analyse doit également
tenir compte du degré de dépendance envers le contractant auquel sera soumis
le gouvernement. Nous avons d'ailleurs soulevé un enjeu similaire en 2023 dans
un de nos rapports.» Désolé, je ne l'ai pas,
le rapport, devant... devant moi, vous allez m'excuser, je vais aller le
chercher, mais j'aimerais bien que vous nous clarifiiez quel enjeu que
vous avez soulevé.
Mme Roy (Christine) : L'enjeu, il
peut être à deux endroits. Dans le fond, on a parlé tout à l'heure que, par
exemple, on pourrait octroyer... ça pourrait arriver, même si ce n'est
peut-être pas ce qui est prévu qu'il y ait un contrat à long terme à un moment
donné, incluant l'exploitation. Donc, si ça, ça arrive, est-ce qu'on peut se
ramasser avec un contractant qui va pouvoir établir la tarification un peu
comme il veut ou... vouloir renégocier la tarification, puis
que, dans le fond, si jamais il n'est pas satisfait... un peu comme on s'est
ramassés avec les aires de service? À un moment donné, on s'est ramassés... le
gouvernement s'est ramassé à devoir reprendre des aires de service. Donc, ça
peut entraîner des problématiques. Puis, dans le fond, c'est un peu ça qu'on
parle par rapport à ça.
Il pourrait y avoir d'autres problématiques. On
l'a déjà vu pour des projets de technologies de l'information, qu'il y avait
des dépendances envers des firmes. Si on développe un projet, bien, à un moment
donné, elle a développé le projet, donc c'est difficile de ne pas vouloir
donner les avenants pour faire des modifications à la même firme. Donc, c'est
un peu dans ce sens-là qu'on dit... de faire attention, parce qu'on... on ne
sait pas qu'est-ce qui va être mis dans les contrats de partenariat encore.
Donc, dépendamment du contenu de ça, c'est une question à se poser. Peut-être
qu'il n'y en a pas, de risque, mais, s'il y en a un, il faut qu'il soit
identifié puis il faut identifier les mesures de mitigation pour contrôler ce
risque-là.
M. Derraji : Oui. Vous soulevez un
bon point par rapport aux avenants.
La page 13,
vous parlez de l'avis d'intention. Comment... J'essaie de faire attention,
parce que... de vous demander des choses. Comment... Comment faire pour
ne pas tomber dans le piège de... le passage entre l'appel d'offres public
infructueux, contrat gré à gré? Là, on est en train de faire un changement
législatif, mais comment avoir un antidote dans la loi qui va nous permettre de
by-passer, entre guillemets, les intentions de quelques personnes qui vont s'arranger entre eux de ne pas répondre à l'appel
d'offres? Parce que ça risque d'être le cas. Me Valois l'a dit, c'est une
apparence de collusion, il risque d'y avoir des cas pareils. Comment on peut...
Mme Roy (Christine) : Bien, en fait,
j'ai entendu que l'intention, ce n'était pas de... que cette clause-là soit
utilisée fréquemment. Mais, de la manière dont la loi est libellée, c'est assez
large. Puis, ce qu'on a remarqué dans le passé, dans nos travaux d'audit, c'est
que même d'autres dérogations qui sont contenues dans la Loi sur les contrats
des organismes publics comme une situation d'urgence, bien...
Une voix : ...
Mme Roy (Christine) : Est-ce que
c'est...
Le
Président (M. Simard) : Non, non. C'est beau. Oui. Terminez votre phrase,
s'il vous plaît, madame. Désolé.
Mme Roy (Christine) : C'est utilisé
à mauvais escient parfois ou sans justification suffisante.
Le Président (M. Simard) : Je suis
parfois un gestionnaire du temps qui s'évade, et là, on vous avait laissé
quelques secondes de plus, pas mal, même. Alors, Mme la députée de Verdun, à
vous la parole.
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le
Président. Merci encore pour les discussions puis la présentation.
J'aimerais ça revenir... Tout à l'heure, on
parlait des risques dans... qu'il pourrait y avoir dans l'octroi des contrats en partenariat, surtout des freins à
l'exercice de votre travail de vérification, on parle peut-être des enjeux plus
de transparence. Vous avez dit, par
exemple, aussi de... ça dépend aussi de contenus dans le contrat. D'autres
intervenants nous parlaient... nous parlaient également du partage de
savoir-faire, qui détient... où se trouve le savoir-faire finalement pour la
réalisation du projet. Ma question, c'est de vous entendre un peu sur des
mesures préventives qu'on pourrait mettre en oeuvre déjà dans le cadre du
projet de loi pour vous permettre de faire votre travail de vérification.
Mme Roy (Christine) : Bien, dans le
fond, c'est d'inclure une disposition qui nous permettrait de recueillir des
documents ou des renseignements, si on le juge nécessaire, spécifiquement sur
les contrats de partenariat. On ne veut pas aller voir les livres comptables de
l'entité privée. Ce n'est pas ça qu'on veut. Mais ce qu'on... Puis on se
dit : Bien, pourquoi qu'ils ne pourraient pas nous le donner? Parce qu'en théorie
il faut qu'ils le donnent à l'organisme public, sinon l'organisme public ne
pourra pas juger si les fonds publics sont utilisés à bon escient. Donc, à
partir du moment où ça va de soi qu'il devrait y avoir une reddition de
comptes, pourquoi que nous, on ne pourrait pas la recueillir, si l'organisme
public ne l'a pas demandée? Donc, c'est dans ce sens-là qu'on pense qu'il
pourrait y avoir une disposition. Puis, si jamais ce principe-là vous agrée,
bien, à ce moment-là, on pourra travailler avec les juristes du projet de loi
pour proposer quelque chose.
Mme Zaga Mendez : Super. Merci
beaucoup. Dans le même... Dans le même sens, tout à l'heure, vous disiez de
s'assurer que le meilleur... c'est le meilleur mode de réalisation qui est
retenu. À cet égard, est-ce qu'il y a d'autres mesures préventives qu'on
pourrait avoir dans le projet de loi pour s'assurer de cela?
Mme Roy (Christine) : Je ne pense
pas que c'est dans le projet de loi. C'est juste un commentaire pour
dire : Je crois que, dans la pratique, il va falloir s'assurer de ça parce
qu'on a souvent trouvé des lacunes dans le passé. Donc là, on ajoute un mode,
ce qui peut être bien, de diversifier les modes, mais il faut s'assurer qu'on
l'utilise à bon escient. Donc, il va falloir s'assurer que les analyses qui
sont faites sont rigoureuses.
Mme Zaga Mendez : Je pense qu'il me
reste quelques secondes si vous voulez compléter.
Le Président (M.
Simard) : ...
Mme Zaga Mendez : Ah! bien, je vous
donne la minute pour compléter peut-être la discussion qu'on... qu'il y avait
tout à l'heure. Je ne sais pas si vous voulez ajouter.
• (15 h 40) •
Mme Roy (Christine) : Donc, bien,
tout à l'heure, la... la question était, bien, des fois, les organismes
utilisent la mesure d'urgence un peu vite pour justifier l'octroi de contrats
de gré à gré. Donc, le danger dans la... dans la clause qui est là, c'est que
les gens l'interprètent de façon libérale et l'utilisent à très grand escient.
Donc, je pense que, si on veut favoriser la concurrence, il faut commencer à se
poser la question pourquoi il y a peu de soumissionnaires
puis essayer de voir s'il n'y a pas d'autres mécanismes avant d'aller
directement au contrat de gré à gré.
Le Président (M. Simard) : ...
Mme Roy (Christine) : Si on va au
contrat de gré à gré, à ce moment-là, il va falloir s'assurer que c'est encadré puis s'assurer qu'il y a eu une recherche
comme il faut des gens qui pouvaient postuler là-dessus. Ça fait que,
l'avis d'intention, c'est un minimum, souvent on va retourner à un deuxième
appel d'offres, mais c'est un minimum qui ne prend pas beaucoup de temps puis
qui, à mon avis, aurait pu rester là. Les seuls cas où je vois que... Ah!
Le Président (M. Simard) : ...en
conclusions.
Mme Roy (Christine) : À part pour
des manquements administratifs très mineurs, je vois mal en quoi ça peut être
intéressant.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup, madame. Merci beaucoup. Nous poursuivons avec le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup pour vos
commentaires très importants et intéressants.
Vous nous dites dans votre témoignage que
«l'appel d'offres public est un rempart important qui favorise la concurrence, l'équité et le traitement intègre des
concurrents, qui est un principe fondamental de la Loi sur les contrats des organismes publics».
Le ministre a montré une certaine ouverture, là, à discuter de l'insertion de
l'article 13.1. Mais est-ce que... est-ce que vous visez uniquement cet
article-là, là, qui permet de faire des contrats de gré à gré quand il y a une absence de soumissionnaires ou ça
s'applique aussi à l'article 7 du projet de loi n° 62, qui vise
l'article 21 de la Loi sur les contrats des organismes publics, là,
c'est-à-dire qui permet de commencer à négocier avec le ou les concurrents choisis? Parce que, là aussi, là, ça
vient jouer dans le processus d'appel d'offres. Est-ce que vos commentaires
s'appliquent à ce processus-là aussi?
Mme Roy
(Christine) : Nos commentaires ne s'appliquent pas à
l'article 7. L'article 7, c'est... effectivement, on peut commencer à
négocier plus tôt. Ça va demander un encadrement particulier, s'assurer que
c'est fait correctement. Mais notre commentaire est vraiment sur l'article où
il y a une permission d'aller avec les contrats de gré à gré.
M. Paradis : C'est 13.1
principalement.
Mme Roy (Christine) : Oui.
M. Paradis : Puis les articles à la
fin, j'imagine, là, qui visent les règlements similaires, là, 45, 46, 47 et 48?
Mme Roy (Christine) : C'est ça.
Exactement. Tout à fait.
M. Paradis : Très bien. Est-ce que
vous pourriez, dans les secondes qui nous restent... M. le Président, combien
de temps?
Le Président (M. Simard) : ...
M. Paradis : Une minute. Nous parler
des risques de limitation du contrôle parlementaire, là. Ça a attiré beaucoup
mon attention. Vous nous demandez, là, de modifier le projet de loi. Est-ce que
vous avez des propositions précises? Là, vous dites : Les contractants
devront être tenus de fournir tout document. Est-ce que vous avez analysé un
petit peu ce qu'on pourrait faire de manière plus précise?
Mme Roy (Christine) : On en a
commencé à parler avec nos juristes, mais c'est sûr que c'est quelque chose
qu'on va se rendre disponibles, si jamais il y a un intérêt à aller de l'avant
avec une modification. On a déjà des modifications assez similaires, dans la
Loi du vérificateur général, qui peuvent être utilisées pour bâtir quelque
chose qui pourrait s'appliquer à ces contrats-là.
M. Paradis : Bien,
en tout cas, si vous voulez nous inspirer, inspirez-nous, parce que ce sont des
dispositions importantes. Même chose, là, sur la question des lacunes en
matière de gestion contractuelle.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Paradis : Si vous avez des
propositions plus précises, de propositions pour le projet de loi, on va être
preneurs. Je m'arrête là.
Mme Roy (Christine) : Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, cher collègue. Mme Roy, M. Fortin, merci beaucoup pour votre
présence aujourd'hui. Vous nous avez amplement éclairés par vos propos.
Sur ce, nous allons suspendre momentanément, le
temps de faire place à nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 15 h 44)
(Reprise à 15 h 46)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers amis, nous sommes en mesure de reprendre nos travaux. Et nous avons
l'honneur de recevoir des représentants de la Fédération des chambres de
commerce du Québec. Messieurs, soyez les bienvenus parmi nous. Auriez-vous d'abord
l'amabilité, s'il vous plaît, de vous présenter?
Fédération des chambres
de commerce du Québec (FCCQ)
M. Noël (Philippe) : Oui. Bonjour. Je me présente, Philippe Noël, vice-président
aux affaires publiques et économiques à la
FCCQ. Et je suis accompagné aujourd'hui par Laurent Corbeil, qui est mon
collègue, conseiller aux affaires publiques et économiques chez nous.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Vous disposez de 10 minutes afin de faire votre présentation.
M. Noël (Philippe) : Parfait. Merci. Bien, d'abord, bonjour. Merci de nous
donner l'occasion d'être devant vous aujourd'hui virtuellement afin de
commenter le projet de loi 62. Habituellement, on essaie d'être présents,
mais ce n'était juste pas possible aujourd'hui. Donc, merci pour ça.
Un mot sur nous. Nous représentons, à la
Fédération des chambres de commerce du Québec, un vaste réseau de
120 chambres de commerce et plus de 1 000 membres corporatifs
pour un total de plus de 45 000 entreprises représentées exerçant
leurs activités dans tous les secteurs de l'économie et sur l'ensemble du
territoire québécois, dans les
17 régions. Au sein de notre réseau, nous bénéficions de l'expertise
d'entreprises qui soumissionnent dans les différents marchés publics de
la planète pour des projets en biens et services, que ce soit dans le secteur
de la construction, du génie civil, des TI, en éducation, en santé et en... et
sciences de la vie, etc.
Dans son ensemble, la FCCQ appuie les
orientations et les mesures présentées dans le projet de loi 62. Depuis longtemps, nous pressons le gouvernement à
revoir ses pratiques afin de sortir du cadre traditionnel dans les marchés
publics. Les entreprises nous ont dit qu'elles étaient prêtes à davantage
d'agilité, moins de silos, plus de responsabilités et même
d'imputabilité dans les contrats publics. Elles veulent avoir les leviers afin
que les projets se concrétisent plus rapidement, avec une place importante
portée vers l'innovation.
En se dotant d'une définition entourant les
modes collaboratifs pour la réalisation de contrats de construction
d'infrastructures, le gouvernement se donne les coudées franches pour
réellement former des partenariats prêts à partager les risques et les
bénéfices, ce qui réduirait sans aucun doute les coûts et les délais des grands
projets complexes. Il s'agissait là d'une
demande de plusieurs entreprises que l'on représente chez nous. Les risques
difficilement appréhendables avant l'appel d'offres seront évités par ce
nouveau cadre, et cet aspect va considérablement améliorer le processus
d'évaluation des coûts et des délais, selon nous, en plus d'ouvrir la porte à
d'autres modes de réalisation de projets collaboratifs.
La FCCQ se réjouit également de l'objectif de se
doter au Québec d'une plus grande agilité pour réaliser les contrats publics.
Actuellement, l'un des principaux défis auxquels le gouvernement fait face est
la déconnexion entre les besoins initiaux
présentés par les donneurs d'ouvrage et la capacité des entreprises à répondre
à ceux-ci dans les délais et les coûts
impartis. Les contrats traditionnels impliquent plus de risques financiers, des
délais de paiement supplémentaires, des clauses abusives, sans compter
les aléas du marché actuel, qui complexifient la présentation d'une soumission compétitive. Ces éléments et le désintérêt qu'ils
apportent ont ralenti considérablement la cadence de la construction de
grands projets d'infrastructure dans les dernières années au Québec. Sur ce
front, nous croyons que le projet de loi 62 et la Stratégie québécoise en
infrastructures publiques tendent à répondre à cet enjeu qui nous a privés
depuis trop longtemps d'une expertise entrepreneuriale innovante, prête à faire
le saut dans un nouveau cadre réglementaire.
Cette nouvelle flexibilité amène cependant des
questions du côté du milieu d'affaires. Quels seront les projets les plus prioritaires et qui nécessiteront
une plus grande souplesse de la part du gouvernement en mode collaboratif?
• (15 h 50) •
Selon la FCCQ, le
gouvernement devrait établir une liste des critères neutres et objectifs pour
la sélection des projets publics ainsi qu'une liste à jour des projets
d'infrastructure prioritaires. Le gouvernement réitère dans sa nouvelle
stratégie son désir de poursuivre une gestion par programme de projets, et nous
soutenons cette approche, considérant la
commande importante qui attend le gouvernement dans les prochaines années pour
combler les besoins, en plus de résorber le déficit en maintien d'actif.
Depuis plusieurs années, le portefeuille de
projets du gouvernement ne fait que croître, ainsi que les dépenses associées à celui-ci. Considérant que le PQI a
connu une forte croissance entre 2018 et 2024, atteignant désormais les
153 milliards de dollars sur 10 ans, les projets de grande
ampleur demandent une plus grande agilité entre les donneurs d'ouvrage et les
entrepreneurs, d'où l'attrait des modes collaboratifs. Parmi les modes dont on
a entendu d'ailleurs parler dans la
commission jusqu'à présent et abordés aussi en détail dans notre mémoire, il y
a les modes CCF, CCP, qui font partie
de certaines réalisations gérées par la SQI, mais il y a aussi la réalisation
de projets intégrés, RPI, qui représente également une avenue que le
gouvernement devrait considérer plus clairement dans sa stratégie de mode
collaboratif. Sur ce point, nous croyons qu'un amendement pourrait être déposé
pour que le paragraphe 6° de l'article 14.10
de la LCOP, la Loi sur des contrats des organismes publics, puisse identifier
clairement des possibilités pour les organismes publics de recourir à
ces différents modes bien précis.
Dans un autre ordre d'idée, le projet de loi
n° 62 ouvre également la porte aux contrats de gré à gré lors des appels
d'offres infructueux et pas uniquement aux projets de construction. Ce
changement a une portée salutaire car il fait appel à plus de flexibilité de
l'appareil gouvernemental dans une période où les contrats publics ne trouvent pas toujours preneurs. Les contrats
d'approvisionnement et de services, par exemple, ne seraient également pas
assujettis à la publication d'un avis d'intention sur le service
électronique d'appel d'offres, le SEAO, si aucune soumission conforme n'a été présentée. Cette agilité soulève
néanmoins un enjeu de transparence. Les organismes publics qui auront recours à ce type d'entente doivent avoir des
critères clairs de sélection pour ne pas laisser une impression discrétionnaire
qui favoriserait une entreprise au détriment
d'une autre. La FCCQ est d'avis que cet élément est central pour le maintien
d'un climat d'affaires compétitif et sain.
Au détriment du dépôt d'un avis d'intention qui
ne sera plus nécessaire dans le cas d'un appel d'offres infructueux, la FCCQ
recommande que le gouvernement modifie l'article 2 du projet de loi
n° 62 afin de prévoir un mécanisme pour que les organismes publics soient
tenus d'indiquer les modalités entourant l'entente contractuelle entre le
donneur d'ouvrage et l'entreprise retenue. À la suite de l'adoption éventuelle
du texte législatif, destiné aux donneurs d'ouvrage principalement, il s'agira
également de l'occasion de réviser les critères d'octroi des contrats publics par voie réglementaire. Dans notre
mémoire, on explique pourquoi il est essentiel de procéder à cette révision,
autant pour la longévité des projets publics que pour le contribuable, qui se retrouverait
moins souvent à repayer pour la même
infrastructure, que pour faire bénéficier l'État québécois de notre expertise
et de nos innovations. Actuellement, ce sont davantage les autres États autour de nous qui en bénéficient, étant
donné qu'ils misent, pour la plupart, dans leurs contrats d'octroi, sur
des critères de valeur.
Ultimement, nous croyons, à la FCCQ, que la
réflexion du gouvernement à l'égard de ces critères d'octroi de contrats
publics ne doit pas se faire sans réviser ultimement la règle du plus bas
soumissionnaire conforme dans son modèle actuel afin de faire une réelle place
à des critères de qualité, d'innovation, d'expertise, de durabilité et de
performance environnementale, en plus du prix. L'État ne peut se permettre de
se priver de l'expertise québécoise davantage et devrait, par ses actions,
stimuler la participation de nos entreprises aux contrats publics plutôt que de
compter uniquement sur les ententes de gré à
gré pour les appels d'offres qui ne trouvent pas preneurs. Le gouvernement doit
penser... repenser son processus pour attirer les soumissionnaires à participer
davantage aux marchés publics et, ultimement, à construire des
infrastructures au bénéfice de tous les Québécois, et ce, au sein de l'appareil
actuel d'appel d'offres.
Finalement, nous réitérons notre appui au projet
de loi 62. Dans notre mémoire déposé à la commission, nous proposons huit
recommandations pour bonifier et préciser certains éléments. Nous vous invitons
à tenir compte de ces propositions. Nous
sommes optimistes que les présents travaux des consultations particulières
permettront de prendre en considération les préoccupations de nos
membres et qu'il en résultera que... ce que nous souhaitons tous, un texte de
loi qui est au bénéfice d'un climat d'affaires compétitif et sain.
Je vous remercie. Et nous serons heureux
d'échanger avec vous.
Le Président (M. Simard) : Eh bien,
merci, cher monsieur. Et, d'entrée de jeu, je cède la parole au ministre.
M.
Julien : Oui, merci, M. le Président. Bien, merci pour
votre... pour votre présence virtuelle, messieurs. Merci pour le
travail, à la fois votre mémoire, là, puis les recommandations. J'ai... j'ai
bien pris connaissance.
On va tout de suite évacuer le 13.1, là. Quand
c'est unanime à la fois, en réalité, des agents contrôleurs, que ce soit l'AMP
ou le VGQ, que ce soit de l'industrie, que ce soit de l'institutionnel, ce
n'est pas que l'objectif qui est visé dans le 13.1 n'est pas... n'est pas bon,
mais, clairement, le moyen qu'on utilise va... va devoir être adapté, parce que tout le monde y voit des risques que nous, on
ne présumait pas dans l'interprétation qu'on avait de son utilisation.
Donc, on va le revoir, naturellement, avec les collègues.
Ici, j'ai marqué : Non, pas question. OK.
On a quand même 600 projets de plus de 20 millions à l'intérieur du PQI. Et c'est vrai que la SQI, pour ses
projets, elle publie deux fois l'an, en fin de compte, la prévisibilité des
projets justement parce qu'on veut donner de la prévisibilité aux
marchés. Je pense qu'une de vos recommandations... Puis c'est... c'est celle-là
que je pense que j'ai marqué : Non, pas question, mais peut-être que je
pourrais dire : Non, on ne croit pas. Puisqu'on veut ouvrir dans... dans
des modes collaboratifs, puis vous l'avez mentionné, jusqu'au RPI, CCF, tous les modes, un inventaire assez... assez large, et
puisque ces modes-là, si on retournait cinq ans en arrière, il y en... il y en
a qui n'existaient même pas à l'époque, parce que c'est... c'est quelque chose
qui est évolutif, on ne viendra pas s'encarcaner ou... pour nommer ces
éléments-là. Peut-être qu'on peut venir nommer les critères qui... qui sont
possibles, tu sais, en termes de partage de risque, de financement, etc., mais
on va faire attention de ne pas se menotter d'éventuelles innovations qui
pourraient venir. On doit ouvrir sur les modes collaboratifs.
Et actuellement, le mode le plus audacieux à cet
effet-là, c'est le RPI. Mais on ne sait pas trop ce que l'avenir nous réserve.
Puis je pense qu'on gagnerait peut-être à venir identifier certains projets
plus complexes, plus majeurs, à l'intérieur du portefeuille, qui seraient...
qui seraient assujettis ou qu'on souhaiterait aller pour... pour le nommer aux
marchés, mais... mais il ne faudrait pas penser que ça va être exhaustif parce
que chaque projet doit prendre le bon mode. Et je ne pourrais pas prétendre
qu'à un moment donné on sait exactement quel mode qui va être pris parce que ça
nécessite des analyses par le donneur d'ouvrage.
Maintenant, si je reviens par rapport à vos
membres, là, les gains d'efficience en temps et en coûts qu'on nomme, là, jusqu'à... puis nous, on a... on a de
l'étalonnage comparatif pour dire ça, est-ce que vos membres y adhèrent,
et y croient, et souhaitent aller vers ça?
M. Noël (Philippe) : Oui, absolument, vraiment. Puis, tu sais, on s'entend qu'il
n'y a pas de solution miracle dans les modes qu'on propose. C'est simplement
que c'est supérieur aux modes traditionnels actuels. Puis c'est pour ça qu'on
appuie projet de loi n° 62, parce qu'on fait vraiment
un pas en avant dans la bonne direction vers les modes collaboratifs, et ça
permet vraiment une amélioration significative par rapport aux autres modes qui
étaient retenus. En Ontario, les constats
sont vraiment clairs, là : il y a un meilleur alignement des intérêts de
chacun, il y a une baisse de risque de réclamations supplémentaires, il y a un
respect plus adéquat des coûts et des délais. Ce qu'on entend, en fait, de nos membres, c'est qu'on parle beaucoup
d'efficience avec le projet de loi, c'est-à-dire de réaliser plus à moindre
coût.
Là, ce qu'il faut davantage peut-être miser puis
qu'on entend un petit peu moins, c'est l'aspect peut-être qualité. Puis c'est
pour ça qu'on revient à la charge avec, évidemment, notre... notre demande de
révision des critères d'octroi de contrats vers le plus bas soumissionnaire
conforme, qui est... qui a lieu beaucoup en ce moment, encore aujourd'hui. Plutôt miser vers des critères de
valeur et de qualité, c'est ce qu'on souhaite vraiment, nous, de notre côté,
puis ça fait des années qu'on le dit aussi.
M. Julien : Mais justement... mais
justement, parce que, tu sais, quand vous dites ça, je pense que votre
recommandation, de mémoire, n° 8... Est-ce que je
suis à la bonne place?
M. Noël (Philippe) : Oui, exact.
M. Julien : Oui, 8.
M. Noël (Philippe) : C'est celle-là.
M. Julien : Bien, en tout cas, c'est
la dernière que j'ai sur ma feuille. C'est-à-dire que, pour moi, un mode collaboratif... Quand... quand on dit : On veut
intégrer les partenaires, que ce soient les professionnels et les
entrepreneurs, le plus tôt possible, puis naturellement, bien, ce ne
sera pas sur le... le plus bas soumissionnaire, puisque la fixation d'un prix est, à cette étape-là... n'est pas appropriée,
on va la regarder sur les compétences, l'expertise, l'expérience, la capacité
de collaborer. Puis c'est un... c'est un processus d'appel d'offres public,
avec critères et comités indépendants. Mais
clairement, quand on ouvre sur les modes collaboratifs, pour moi, ça va de soi
que c'est... l'utilisation de ces modes-là ne priorise plus le plus bas
soumissionnaire.
Mais je fais quand même la distinction entre les
modes traditionnels. Si je veux faire 3 km d'asphalte puis c'est un 15 cm d'épaisseur, dans... dans une
région, je pense encore que le mode traditionnel, c'est le bon mode, là, il y a
suffisamment de concurrence, ce n'est pas hypercomplexe, on sait à quoi
s'attendre, mais... mais définitivement. Puis,
si on s'en va vers du RPI ou d'autres modes plus collaboratifs, je ne vois pas
comment on peut... on doit... on peut utiliser le critère du plus bas a
priori, là. Mais... Alors, j'essaie juste de comprendre votre... votre
recommandation, qui va de soi pour moi, en mode collaboratif.
• (16 heures) •
M. Noël (Philippe) : Bien, encore aujourd'hui, on... on entend des craintes des
entreprises qu'on n'aille pas dans la
direction de contrat qui va être octroyé en fonction de la qualité, de la
durabilité, de l'expertise, de l'innovation. Et on pense qu'évidemment
les modes collaboratifs n'auront pas lieu pour l'ensemble des contrats, donc ça
va être certains contrats pour des projets sûrement très importants.
Maintenant, tu sais, nous, ce qu'on dit,
c'est : Projetons... Si on discute justement de la révision des marchés
publics, profitons de l'occasion pour présenter les règlements, par la suite,
qui découleront pour finalement, une fois pour
toutes, lever toute ambiguïté là-dessus et cesser le réflexe d'octroyer les
contrats sur le plus bas prix conforme pour des projets, surtout des projets
qui sont d'importance, des projets qui peuvent faire place à de l'innovation,
et à l'expertise, et à la durabilité,
pour ne pas qu'ils soient faits le plus rapidement... qu'ils soient faits plus
rapidement qu'ils ne pourraient l'être, avec des matériaux notamment de
qualité supérieure.
M.
Julien : Parfait. Alors, naturellement, là, les
modifications réglementaires, certaines ont déjà été apportées. Puis
naturellement l'espace innovation, auquel plusieurs de vos membres participent
également, vise à apporter ces modifications-là. Je vois
qu'on a déjà mis des choses en vigueur, la qualité-prix, là, dans les
modifications réglementaires. Je sais aussi
qu'il y a d'autres mises à jour qui s'en viennent. Donc, naturellement, on va
considérer de manière assez active vos recommandations, qu'on... qu'on
entend ailleurs.
On a entendu... Puis là... Puis je la pose
toujours à chaque fois, je pense que je la pose à tout le monde, la question,
en tout cas elle vient à tout le monde, à la fois des régulateurs, à la fois
des institutionnels, puis à la fois des entreprises, là. Donnez-moi votre
perspective. Certains ont dit que les pratiques de collaboration — peu
l'ont dit, mais ceux qui l'ont dit l'ont dit beaucoup — favorisaient
les pratiques collusoires. Moi... moi, je pense que c'est... Personnellement, je vous... je vous donne ma
réponse, je pense que ce n'est pas le cas, là. Mais... Parce que, pour moi, c'est
tout l'encadrement puis l'appel d'offres public qui vient certifier ou donner
l'assurance. Mais, pour vous, c'est quoi, votre perception par rapport à ça,
par rapport aux modes traditionnels — parce qu'on... on a vu des
pratiques collusoires dans le mode traditionnel à une certaine époque, beaucoup — puis
versus les modes collaboratifs? Est-ce que
vous voyez une distinction qui fait en sorte qu'un par rapport à l'autre
favoriserait vraiment les pratiques collusoires? Moi, je n'y crois pas,
mais je veux vous entendre, votre perception ou votre appréciation.
M. Noël (Philippe) : Oui, on est... on est à la même place que vous, là-dessus.
Nous aussi, on remet en doute cette pratique-là avec les modes collaboratifs,
spécialement parce que ça fait place à plus de transparence dans les processus.
Et là on n'est pas du tout revenus à l'époque de la commission Charbonneau et
ce qui a précédé, là. Là, depuis, on a l'Autorité des marchés publics qui agit,
qui vient rassurer aussi, de par son appui au projet de loi, tu sais, que...
comme quoi il n'y aurait pas de pratique... qu'il n'y aurait pas... en fait,
qu'il y aurait une façon de vérifier qu'il
n'y aurait pas de pratique collusoire de leur côté. Déjà, je pense qu'ils
regardent, en moyenne, trois cas par jour, de leur côté, pour des
contrats de gré à gré et ils interviennent, là, donc... Donc, le fait qu'il y
ait l'Autorité des marchés publics vient un peu rassurer puis vient un peu
contrebalancer cet argument-là, selon nous.
M. Julien : C'est ça. Puis, quand on
regarde les pratiques, en réalité, là, de mode collaboratif, là, si on prend
encore le RPI, où il y a un partage de risques, bien, c'est à livre ouvert,
avec les pièces justificatives à l'appui, sur chacun des risques qui se
matérialise, les coûts des matériaux, le financement. Donc, si c'est à livre
ouvert, la pratique collusoire devient, à
mon avis... les tiers versus le donneur d'ouvrage, devient assez complexe, là,
n'est-ce pas?
M. Noël (Philippe) : Bien, en fait, tu sais... Puis on a mis en lumière
récemment aussi une étude avec UBC, entre autres, qui a été réalisée en 2022,
qui a analysé trois cas en mode collaboratif, puis ça donnait non seulement une meilleure collaboration entre les parties
prenantes, une efficacité supérieure, mais plus de transparence également
dans les coûts réalisés. Donc, ça se passe
ailleurs, ça fonctionne ailleurs, ça se passe en Ontario, ça se passe en
Alberta, ça se passe en Colombie-Britannique. Donc, nous, on estime qu'il est
temps que ça se passe davantage au Québec, dans nos marchés publics.
Puis peut-être que mon collègue Laurent peut
renchérir sur les RPI. De son côté, il a passé quand même pas mal de temps à
analyser, justement, ce modèle-là.
M. Corbeil (Laurent) : Tout à fait.
Puis on suit aussi la direction que vous nous amenez vis-à-vis... Cette
pratique-là à livre ouvert, justement, va à l'encontre un petit peu de tout
l'élément collusoire qu'on pourrait prêter à ces modes-là. Puis évidemment
toute la collaboration, qui va du concept jusqu'à la réalisation, empêche, en
fait, ce type de pratique là, donc. Donc, au
final, on arrive à des meilleurs coûts, des meilleurs délais. Donc, voilà. Tu
sais, pour reconfirmer ce que vous dites, ça va un petit peu à
l'encontre un peu des éléments qu'on chercherait à éviter, d'une part. Donc,
oui, notamment dans plusieurs cas qu'on a eus au Canada, qu'on a vu de RPI,
quand il y a un respect des délais, des
coûts, ce qui a été mis de l'avant par le donneur d'ouvrage, de prime abord,
bien, on s'assure d'une certaine façon
que les règles sont respectées, puis les objectifs sont respectés, puis qu'il
n'y a pas eu une imposition d'objectifs l'un sur l'autre, là, donc.
M. Julien : Parfait. Puis,
naturellement, on a déposé une stratégie qui est plus large... qui est plus
large que le projet de loi, mais... mais le
projet de loi est un élément fondamental de la stratégie. Puis les gens parlent
beaucoup de la concurrence et de la capacité du marché. Puis, oui, il y
a des enjeux de main-d'oeuvre, puis on pose des gestes autrement pour la
formation, pour le décloisonnement aussi, là, de la main-d'oeuvre avec mon
collègue. Mais, si on regarde spécifiquement
sur le projet de loi, nous, ce qu'on souhaite faire, c'est d'augmenter la
concurrence, puis on veut permettre à plus de joueurs d'embarquer sur le
marché. En quoi les modes traditionnels sur des projets complexes et
d'envergure fait en sorte de... d'empêcher l'entrée sur le marché de certains
joueurs dans la concurrence?
M. Noël (Philippe) : Bien, la preuve, c'est qu'il y a beaucoup de contrats qui
finissent en gré à gré parce qu'il manque de soumissionnaires. Les projets...
Ce qu'on entend, c'est que les projets sont mal définis, mauvais plans et
devis. Il y a des risques qui sont assumés totalement du côté des entreprises.
Il y a des délais, des fois, ce qu'on entend, qui ont... qui ont moins de bon
sens, si je peux me permettre. Donc, les modes collaboratifs, on travaille
moins en silo, hein? Dans un mode collaboratif, on travaille vraiment à
s'assurer que le projet, tu sais, puisse répondre non seulement aux aspirations
du donneur d'ouvrage...
M. Julien : Mais, si je prends un
exemple concret, puis excusez-moi, parce que je vais manquer de temps, là, mais, si je prends un exemple concret comme un
réseau structurant dans une ville comme Québec, où, en réalité, on est dans un mode où on envoie, sur le marché, un projet, puis
les risques sont assumés, là, par le soumissionnaire potentiel. Et les
échos qu'on en a... bien, il n'y a pas eu de soumissionnaire, mais les échos
qu'on en a, c'est... plusieurs ont dit :
Nous, si ça avait été sur un mode collaboratif à livre ouvert, bien,
soudainement, là, tant en termes de financement et de capacité d'aller
chercher, justement, du financement, parce qu'il faut que tu montes de la
contingence, on se serait qualifié beaucoup plus facilement puis on serait allé
de l'avant. Donc, des projets majeurs, là, c'est plusieurs milliards, et
complexes. Il y a même une barrière à l'entrée pour le financement. Est-ce que
vos membres vous disent ça ou ils disent : Non, non, c'est correct?
M.
Noël (Philippe) : Non, non, c'est exactement ça. Puis actuellement,
ce qu'on entend, c'est que les contrats publics québécois ne sont pas
suffisamment attrayants par rapport à ce qu'on retrouve dans les autres
juridictions. Mais le mode collaboratif qui est mis de l'avant va inciter
davantage d'entreprises à y aller. En tout cas, c'est ce qu'on croit, nous, de
notre côté, vraiment, puis même à la lumière, en fait, de nos échos avec les
membres du secteur des infrastructures et de la construction chez nous, entre
autres.
M. Julien : Est-ce que vous
pouvez me dire combien de temps qu'il me reste?
Le Président (M. Simard) : Alors,
trois minutes, cher collègue, trois minutes.
M. Julien : Parfait.
À la lumière... Parce que j'ai regardé, naturellement, vos recommandations. A
contrario, là, vos... vos membres, le projet de loi et la stratégie, sur
quels éléments... Est-ce qu'il y a des éléments qu'ils trouvent qu'on ne va pas
assez loin, au-delà de vos recommandations?
M. Noël
(Philippe) : Bien, en fait, il y a... il y a peut-être un
élément qu'on aurait pu rajouter, qui a été discuté, sur
l'article 13 du projet de loi, sur le tiers décideur, en fait, le donneur
d'ouvrage qui vient contester la décision rendue par un intervenant. Il y a des
craintes que le donneur d'ouvrage trouve une raison de plus de ne pas payer ses
membres. Et si ce n'est pas abolir l'article 13, à tout le moins, le
modifier pour l'atténuer, pour éviter ce type de situation là. Dans les dernières heures, évidemment, on l'a entendu, au
sein de la commission, des intervenants parler de ça, mais aussi, de
notre côté, on a eu des appels puis des rencontres avec des membres dans les
dernières heures, aujourd'hui même,
là-dessus, en prévision de notre passage. Et l'article 13 soulève quand
même quelques questionnements, pour ne pas dire un mécontentement par
rapport au projet de loi. Ça serait peut-être une des principales critiques
qu'on retrouverait dans notre positionnement également.
M. Julien : Parfait. Dernière
question. L'adoption du projet de loi, éventuel, 62, ça, le temps qui court, le
temps qui file, c'est du temps perdu pour vous?
• (16 h 10) •
M. Noël (Philippe) : Bien, il faut... il faut que le projet de loi soit adopté
le plus rapidement possible. Il y a... On a un retard en ce moment dans les
projets d'infrastructure. On a un déficit d'entretien dans le maintien des
actifs. D'ailleurs, nous, on s'engage à... On fait une étude cette année, on
l'a annoncé publiquement, là, qu'on ferait une étude sur le déficit d'entretien
dans les infrastructures de transport. Et là on touche autant le routier, que
la mobilité durable, que les infrastructures
intermodales, parce qu'on sent qu'il y a un effort à donner davantage là-dessus
et il y a des opportunités à saisir. Donc, on veut les modes
collaboratifs pour des projets en maintien des actifs qui pourraient être d'importance,
pourraient vraiment constituer peut-être des meilleurs projets qui pourraient
durer plus longtemps, ultimement. En fait, c'est ce qu'on souhaite, nous, de
notre côté, donc, évidemment, une adoption le plus rapide et, par la suite,
peut-être des règlements qui iraient selon notre recommandation 8.
M. Julien : Parfait.
Les règlements... Naturellement, on ne brûlera pas d'étapes, puis, tu sais, je
pense qu'on doit... on doit l'analyser. Mais je vous remercie pour votre
présentation, et merci pour vos commentaires et votre mémoire.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, M. le ministre. M. le député de Nelligan, le leader de l'opposition
officielle.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous deux. Merci pour le rapport. Je vais commencer là où
le ministre s'est arrêté par rapport à votre
mémoire, parce que vous soulevez quand même pas mal de points. Mais j'aimerais
bien que vous expliquez aux membres, surtout qu'on est dedans, les sociétés de
transport, les grandes oubliées. Le ministre a flirté avec la question, mais
vous êtes très clairs. La recommandation : Modifier la Loi sur les
sociétés de transport en commun pour
accorder à celles-ci un accès au mode collaboratif et aux assouplissements
prévus du projet de loi n° 62, pourquoi vous
formulez cette recommandation?
M. Corbeil (Laurent) : Oui.
Bien, si je peux me permettre, Philippe, je vais y aller. Bien, donc,
essentiellement, on voit qu'il y a une ouverture au mode collaboratif pour les
grands projets d'infrastructure, pour les organismes publics. Cependant, les
sociétés de transport sont régies sous la Loi sur les sociétés de transport en
commun, ce qui fait essentiellement qu'ils n'ont pas accès à ce type de contrat
de partenariat. Et puis ce qu'on craint puis
ce qu'on parle avec nos membres, essentiellement, c'est qu'on se rend compte
que ça va peut-être rendre les contrats moins attrayants puis peut-être
moins... un petit peu plus coûteux aussi s'il n'y a pas beaucoup de
soumissionnaires. D'autant plus qu'on sait que,
parallèlement, il y a le projet de loi 61, qui veut créer Mobilité Infra
Québec. Sans rentrer en profondeur à l'intérieur de ça, on sait qu'il va y
avoir... on va léguer les grands projets d'infrastructure à Mobilité Infra
Québec. Cependant, il y a quand même des projets de grande, moyenne envergure
des sociétés de transport en commun qui
mériteraient d'avoir accès à ce type de partenariat là pour faire... étudier
les modes collaboratifs.
M. Derraji : Bien, écoutez, je
pense que beaucoup de gens sur la place publique vont vous donner raison, parce
que le gouvernement, dans sa démarche marketing de vendre les deux projets de
loi, disait qu'il faut baisser le délai de
25 % et le coût de 15 %. Or, si on voit ce qui est sorti cette
semaine, la plupart des projets non initiés, c'est en transport. Sachant
que le même gouvernement a tout mis dans le même projet de loi pour accélérer,
le bilan, après trois ans, écoutez, il est
presque nul en matière de transport collectif. Donc, pour vous, aujourd'hui,
c'est une occasion ratée de ne pas mettre le mode collaboratif pour les
sociétés de transport.
M.
Noël (Philippe) : En fait, je ne dirais pas que c'est une occasion
ratée. Nous, on espère que ça va être ajouté dans notre recommandation,
seulement, ça fait écho aussi à ce que les sociétés de transport nous disent
également.
M. Derraji : Bien, être ajouté, être
ajouté, ça veut dire, on doit amender le projet de loi. Si le ministre
n'accepte pas et la majorité gouvernementale n'accepte pas, c'est quand même
une déception pour vous et pour vos membres, parce que vous insistez qu'il faut
absolument modifier la Loi sur les sociétés de transport en commun pour
accorder à celles-ci un accès en mode collaboratif. Ils n'ont pas accès
présentement à ce mode de contrat.
M. Noël (Philippe) : Bien, c'est certain que, si on ne va pas dans cette
direction-là, pour nous, ça va être une déception, parce que ça fait écho, en
fait, à ce qu'on... parce qu'on a des sociétés de transport qui sont
directement chez nous, qui nous ont parlé de ce souhait d'être aussi agiles
dans leurs projets. Donc, de ce côté-là, c'est certain que nous, on est dans
une perspective de bonification du projet de loi. On pense que ça pourrait être
inclus dans les... dans les amendements.
M.
Derraji : Je pense que... je pense que l'horaire
d'aujourd'hui nous permet de double-vérifier votre proposition. J'en
suis sûr et certain que vous l'avez bien fait. Mais nous aurons l'occasion,
donc, d'entendre la ville de Montréal, la Société de transport de Montréal. Et,
écoutez, on peut vous assurer qu'on va tout faire pour essayer de faire avancer
l'idée avec M. le ministre.
Un autre point que j'ai aimé... parce que là
vous soulevez vraiment, là... c'est un excellent moment, et je tiens vraiment à
vous le dire et à vous féliciter, c'est toujours à l'image de la FCCQ et la
rigueur de la FCCQ. Je déclare un conflit, que j'ai plein de connaissances à
l'intérieur de la FCCQ. J'ai été sur le même étage que la FCCQ pendant quatre
ans et je sais la rigueur avec laquelle le comité de la FCCQ travaille. Un
autre point qui m'a beaucoup, vraiment, je dirais, touché, c'est la règle du plus
bas soumissionnaire. Vous êtes le premier groupe qui le touche. Et, par la
suite, ce qui est très bien, vous avez donné deux exemples, transport aérien
régional, et je suis à 100 % d'accord avec... ce qui se passe dans ce
secteur est alarmant, et l'approvisionnement matériel scolaire, ça, ça revient
à un autre projet de loi, voté lors de la dernière législation, le 42. Mais,
maintenant, parlons du plus bas soumissionnaire, au-delà de ce que le
gouvernement est en train de faire avec les modes de contrat collaboratifs,
vous, vous dites : Écoutez, peu importe ce qu'on va faire, la règle du
plus bas soumissionnaire demeure l'obstacle principal aux contrats publics
durables et innovants.
M. Noël (Philippe) : Oui, absolument. Puis c'est un frein, en fait, à l'accès
aux marchés publics pour les entreprises, d'abord, parce que ça ne les incite
pas à soumissionner. Deuxièmement, parce qu'elles ne peuvent arriver avec des
innovations dans... dans les appels d'offres, dans les contrats qu'elles
soumissionnent, parce qu'on vise, la plupart
du temps, à octroyer le contrat au plus bas prix. Et, lorsqu'elles le font,
elles se trouvent en position de présenter des dépassements de coûts,
mais ne peuvent utiliser encore des matériaux autant... aussi innovants
qu'elles le souhaiteraient. Donc, c'est un frein. C'est un frein pour les
entreprises. C'est un frein pour nos projets publics. Et nous, on croit que
l'État a la responsabilité de faire de ses marchés publics une vitrine à
l'innovation, plutôt que laisser les autres juridictions autour bénéficier de
nos innovations retrouvées au Québec, parce que nos entreprises sont davantage
intéressées à soumissionner ailleurs.
Ça se passe ailleurs puis ça fonctionne bien. Il
y a des modèles sur... avec le prix médian notamment, qui existent, qui
pourraient représenter, je pense, un bon compromis. Mais ce n'est pas le cas et
c'est pour ça qu'on souhaite les règlements après le projet de loi.
M. Derraji : Oui, malheureusement.
Et sérieux, moi, j'ai eu l'occasion de rencontrer des entreprises qui me parlaient, justement, en matière de route, et Dieu
sait l'état de nos routes. D'ailleurs, le rapport de la VG a été vraiment accablant
par rapport à ça. Le gouvernement doit prendre acte. Et ce qu'ils nous ont dit,
c'est que, contrairement aux autres
provinces canadiennes... Je ne sais pas si un de vos membres vous a parlé sur
la façon avec laquelle on voit les chantiers de routes, la réfection des
routes, l'ajout de matériaux, le fait de permettre du matériel... matériel
recyclé, etc. Est-ce que dans ce qu'on fait présentement... Parce qu'on
sait très bien le coût, le délai, c'est deux éléments que les gens surveillent. Les Québécois ont délégué un
pouvoir au gouvernement pour bien gérer leur argent. Ils ne veulent pas
s'attendre à avoir des déficits annuels de moins 11 milliards de
dollars. Ils veulent que le gouvernement gère bien les finances publiques.
Maintenant, on donne des
contrats, et même, dans les contrats qu'on donne, il y a toujours un
dépassement de coûts. Mais, au-delà des
dépassements de coûts, il y a une absence sur nos nouvelles technologies et
même de façons de faire. Est-ce que vos membres vous parlent ou vous
partagent ces préoccupations? Si c'est oui, partagez avec nous des exemples.
M. Noël (Philippe) : Oui, oui, beaucoup, beaucoup. Dans les routes, on peut
parler des routes, on peut parler des infrastructures de transport...
M. Derraji : Oui, oui, allez-y sur
les routes, ça m'intéresse. Allez-y sur les routes.
M. Noël (Philippe) : ...bien, on pourrait parler aussi dans les services en TI,
en sciences de la vie, puis là, dans... évidemment, on en parle dans notre
mémoire, en approvisionnement aussi pour les services scolaires. Mais, pour les
routes, assurément on... L'entreprise ne peut pas arriver avec la meilleure
solution, des fois, la solution de plus
qualité, la solution innovante si le contrat est octroyé au plus bas
soumissionnaire conforme, parce qu'il n'obtiendra pas le contrat. Donc, plutôt que de miser puis de
mettre des énergies à essayer d'obtenir le contrat, il va probablement
passer à côté ou probablement utiliser une solution qui va durer dans le temps
beaucoup moins longtemps. Et le contribuable, peut-être, va faire des économies
à court terme, mais la route va être... va se retrouver à être... à devoir être
faite plus rapidement dans le temps, elle va durer moins longtemps. Et le
contribuable, à moyen, long terme, autant que l'État, va se... va être plus
perdant dans l'état actuel des choses, plutôt que de miser sur un matériel de
qualité innovant qui va durer plus longtemps, et c'est ce qu'on déplore.
Et les entreprises nous en parlent beaucoup, là,
ça fait partie des principaux sujets des dernières années dont on nous parle,
un point un peu de récrimination envers le gouvernement à cet effet-là. Et
c'est de valeur qu'on soit encore, disons, à la traîne par rapport aux autres
juridictions autour de nous, qui misent davantage sur des critères de qualité
et de valeur.
• (16 h 20) •
M. Derraji : Oui. Mais, du moment
que vous êtes en contact avec... avec vos membres. Et, vous avez dit tout à
l'heure, vos... vos membres parlent beaucoup de l'approche collaborative. Quand
on vous dit que... Avec ce qu'on a présentement, hein, oubliez les amendements,
avec ce qu'on a, le projet de loi tel qu'il est, le gouvernement essaie de
dire, sur la place publique, il veut baisser de 15 % et améliorer le délai
de 25 %. Quand vous entendez ça...
Une voix : ...
M. Derraji : Pardon?
Une voix : ...
M. Derraji : Oui, la stratégie au complet,
la stratégie au complet. Ce n'est pas grave. Vous, ça vous dit quoi?
M.
Noël (Philippe) : Bien, ça rencontre les objectifs qu'on
souhaiterait, là, évidemment. Plus d'efficience, donc, des coûts... des
coûts moins élevés, mais des projets qui sont réalisés plus rapides.
M. Derraji : Mais, M. Noël, il n'y a
personne au Québec qui va dire que ça ne rend... ça ne nous convient pas. Ce
n'est pas ça ma question. Vos membres croient, avec ce qu'on a présentement,
qu'on va y arriver? Si c'est oui, comment? Si vous avez des inquiétudes,
partagez-les. C'est le bon moment de les partager. On veut tout savoir...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion, en conclusion.
M. Derraji : ...on veut tout savoir,
moins 15 % et 25 %, rapidement, 15 secondes.
M. Noël (Philippe) : Bien, déjà, le fait d'aller vers les modes collaboratifs va
nous aider à... dont respecter davantage les délais et à avoir des prix plus
compétitifs pour les projets publics. Mais maintenant, évidemment, ça concerne
certains projets. Donc, voilà.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Derraji : Merci à vous deux.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci beaucoup. Et nous poursuivons avec notre collègue de Verdun.
Mme Zaga
Mendez : Merci beaucoup. Merci aux membres de la FCCQ de la
présentation. J'ai peu de temps. Alors, j'ai deux, trois questions. La
première, c'est concernant votre positionnement par rapport à comment l'octroi des contrats en mode collaboratif pourrait venir
favoriser le plus gros joueur, avec plus d'expérience ou qui... peut-être,
qui ont déjà travaillé auparavant avec le
gouvernement. Bref, j'aimerais ça vous entendre sur des mesures préventives
pour créer une diversification justement, entre des joueurs de plus petite
échelle mais aussi plus locaux.
M. Noël (Philippe) : Oui,
mais c'est certain que, pour nous, c'est important que les entreprises de
partout, dans toutes les régions, s'intéressent aux marchés publics québécois.
Puis, pour s'y intéresser, il ne faut pas rester avec des critères simplistes.
Donc, c'est pour ça qu'on revient à la charge avec le plus bas soumissionnaire.
Nous, on estime qu'évidemment le projet de loi 62, qui fait une place au
mode collaboratif, bien, c'est un outil supplémentaire dans le coffre à outils
pour l'État québécois, pour livrer des projets qui sont plus innovants, qui
sont plus de qualité. C'est certain que les firmes de génie veulent garder un
lien direct avec le donneur d'ouvrage, mais les constructeurs veulent aussi
plus d'agilité. C'est ce qu'ils nous disent de leur côté. Ça fait longtemps
qu'ils nous en parlent. Donc, s'assurer qu'il n'y ait plus de silo entre les
parties prenantes et que tout le monde rentre dans le même sens. C'est ce qu'on
nous a communiqué beaucoup de notre côté dans notre réseau.
Mme Zaga
Mendez : Parfait. Merci. Peut-être vous entendre un peu plus sur votre
recommandation 7, je crois bien, qui parle des rôles des sociétés de
transport. Si vous voulez ajouter quelque chose là-dessus.
M. Corbeil
(Laurent) : Bien, évidemment, comme on l'a dit tout à l'heure, on est
dans un point de vue de bonification. Évidemment, le projet de loi 62,
bien qu'on le salue, on croit que les éléments reliés au partenariat et au mode
collaboratif, qui sont présents dans le projet de loi 62, devraient être
établis aussi dans la Loi sur les sociétés de transport
en commun pour permettre aux sociétés de transport en commun d'avoir recours à
ce type de mode collaboratif pour l'exécution de projets
d'infrastructure, là, de petite, moyenne, grande importance. Donc...
Mme Zaga Mendez : Parfait. Merci beaucoup.
Puis je pense que ça va être ma dernière avec le temps que j'ai...
Le Président (M.
Simard) : Il vous reste...
Mme Zaga
Mendez : Merci. Donc, on y va. Il y a une volonté, dans le cadre de ce
projet de loi, d'accélérer les processus, d'éliminer les coûts, bien sûr, nous
sommes d'accord. Mais, des fois, on peut... il peut y avoir des compromis qui
sont faits au niveau de la qualité ou voire d'autres critères qualitatifs, par
exemple, la solution environnementale ou les cotes de durabilité. Ça fait que
j'aimerais entendre votre avis à ce sujet-là.
M.
Noël (Philippe) : Oui. Bien, en fait, c'est
pour ça qu'on croit que, si on met de l'avant une pondération, notamment sur la
performance environnementale, sans venir nuire à nos accords commerciaux à
l'étranger, ça favoriserait nos entreprises
québécoises parce qu'évidemment elles ont des modes opératoires qui sont moins
polluants. Il y a de... aussi, des fois, pour transporter des marchandises ou
les matériaux qui sont moins longs. Donc, on pense que ça favoriserait,
en plus d'aider l'environnement, ça favoriserait aussi nos entreprises
québécoises. Donc, c'est pour ça qu'on parle beaucoup de performance
environnementale dans les critères et dans la pondération. C'est ce qu'on
souhaite pour la suite des choses.
Le Président (M.
Simard) : Merci beaucoup. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci
beaucoup. Dans ses commentaires ou dans ses questions, M. le ministre est
rapidement passé sur vos commentaires relativement à l'ajout de
l'article 13.1, proposé à la Loi sur les contrats des organismes publics, proposé par l'article 2 du projet de
loi. Mais, à la lecture de votre mémoire, je me demande si c'est votre posture,
vous, de demander son retrait, parce que j'ai l'impression que vous
dites que vous tenez à la modification pour sa portée générale, mais c'est les
modalités dans laquelle c'est prévu que ça vous dérange, que c'est peut-être
trop large. Est-ce que vous pourriez nous
préciser un petit peu votre pensée là-dessus, là, puis la nature de votre
recommandation relativement... c'est votre recommandation n° 4?
M.
Noël (Philippe) : Oui oui. Bien, en fait,
nous, ce qu'on souhaitait, avec cette recommandation-là, c'était de préciser
davantage, qu'il y ait de la transparence, en fait, sur les modalités dans
l'entente contractuelle entre le donneur d'ouvrage et l'entreprise retenue. Ça,
c'est au bénéfice de tout le monde. Évidemment, on ne veut pas aller dans les
informations qui pourraient compromettre la compétitivité des entreprises qui
soumissionnent, s'ils ont des idées ou ils
ont des solutions. Mais, simplement, par souci de transparence, pourquoi, en
fait, ces contrats-là, sous la forme, disons, collaborative, sont octroyés? Puis c'est la raison pour laquelle on
propose cette recommandation-là de notre côté.
M. Paradis : Ce
que le ministre vous mentionnait aussi, là, je ne sais pas si vous avez suivi
les consultations jusqu'à maintenant, mais
il y a quand même plusieurs intervenants qui nous ont recommandé, en fait, de
le reconsidérer entièrement, cet
article-là. Si c'était le cas, si on l'enlevait, qu'est ce que vous en diriez,
ou si on le modifiait assez... de manière assez importante?
M. Noël (Philippe) : Bien, nous, on amène la modification comme demande. Le retrait, ça
demanderait peut-être d'en discuter avec nos membres, nos entreprises,
mais, à tout le moins, ce qu'on amène dans notre mémoire, c'est de modifier l'article 2 pour s'assurer que ça
soit... En fait, c'est au bénéfice de tous, au niveau de la transparence, là,
c'est ce qu'on croit, et c'est pour ça qu'on amène cette
recommandation-là.
M.
Paradis : Très bien, il nous reste à peu près
30 secondes. Moi aussi, je reviens sur votre recommandation n° 8, les critères qu'on pourrait ajouter. Vous lui faites un petit
peu allusion sans le mentionner dans votre liste, là, mais est-ce
que le fait de faire appel à des sous-traitants locaux puis d'acheter des
produits locaux quand on fait affaire, est-ce que ça vous apparaît aussi
important, éventuellement, d'ajouter ça dans les critères de considération?
M.
Noël (Philippe) : Nous, on le
souhaiterait, mais ça viendrait à l'encontre des accords commerciaux. Puis on a déjà réfléchi à cette question-là, tu sais,
une préférence un peu nationale. Mais, en discutant avec des spécialistes,
des juristes, c'est... il y a une façon, en fait, vraiment d'avantager nos
entreprises, c'est les critères de performance environnementale et de
durabilité, entre autres. Nous, on y croit et on a de très bonnes entreprises
pour contribuer au marché québécois.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci. Messieurs, un énorme merci pour votre contribution à nos travaux.
Ce fut fort apprécié. Au plaisir de vous retrouver.
Sur ce, nous allons
suspendre momentanément.
(Suspension de la séance à
16 h 28)
(Reprise à 16 h 40)
Le Président (M. Simard) :
Alors, chers collègues, il est 14 heures... 16 h 40. Nous
sommes en mesure de reprendre nos travaux tel que stipulé à notre agenda.
Nous
recevons des représentantes du Conseil
du patronat du Québec. Alors,
mesdames, bienvenue à vous deux. Auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il
vous plaît, de vous présenter?
Conseil du patronat du Québec (CPQ)
Mme
Kozhaya (Norma) : Oui. Bonjour. Norma
Kozhaya, vice-présidente à la recherche et économiste en chef au Conseil
du patronat du Québec. Je suis accompagnée
de ma collègue, Mme Lyne Laperrière, qui est directrice, Relations
de travail et santé-sécurité.
Le Président (M.
Simard) : Bienvenue à vous deux. Et vous disposez d'une période de
10 minutes.
Mme Kozhaya (Norma) : Merci. Bonjour. Tout d'abord, le CPQ remercie la Commission des finances publiques de lui permettre de présenter ses
commentaires et recommandations dans le cadre de l'étude du projet de loi
n° 62.
Pour ceux qui ne nous
connaissent pas, le CPQ représente des entreprises et des associations
sectorielles dans tous les secteurs, dans
toutes les régions du Québec, les entreprises de toutes tailles, petites et
grandes. Nous représentons près de 70 000 employeurs privés et
parapublics.
Le CPQ salue de prime
abord les efforts du gouvernement pour moderniser les marchés publics et la
gestion des infrastructures publiques au
Québec. Ceci est essentiel dans un contexte où les besoins en projets
d'infrastructures publiques sont plus importants que jamais et où ceux-ci
subissent d'importantes pressions.
Le projet de loi
n° 62 fait partie de ces efforts gouvernementaux. Il permettrait
d'introduire plus d'agilité, de flexibilité et d'efficacité pour réduire les
coûts et les délais de construction de grands projets. Le CPQ souscrit évidemment à ces objectifs et voit d'un bon oeil
l'introduction d'un nouveau type de contrat, soit le mode de partenariat
dans la Loi sur les contrats des organismes publics, la LCOP.
Des
changements dans le domaine de la construction, comme l'émergence de modes de
construction collaboratifs, nécessitent une adaptation de l'environnement
législatif pour permettre aux organismes publics de tirer profit de telles
nouvelles méthodes. Les projets devenant de
plus en plus complexes, la collaboration entre les parties prenantes est plus
importante que jamais.
Les modes
collaboratifs représentent déjà, d'ailleurs, des options dans d'autres
juridictions, que ça soit au Canada, dans les autres provinces ou ailleurs dans
d'autres pays. Et je crois qu'il y a eu des exemples au cours des deux journées
d'audiences. Ces modes complètent les différentes variantes des contrats qui
existent déjà, dont ceux en PPP, par
exemple, qui peuvent parfois être la solution optimale à la réalisation d'un
projet et au financement également. Donc,
chaque mode de réalisation de projet peut comporter des avantages et des
inconvénients selon le type de projet, et il est important de choisir les modes
de réalisation appropriés en fonction des caractéristiques des différents projets.
Depuis des années, le
CPQ attire l'attention sur l'importance pour le gouvernement d'adopter des
modes d'attribution et de réalisation de contrats publics qui soient plus
propices à des projets qui peuvent se réaliser plus rapidement, à meilleurs
coûts et avec une meilleure qualité.
Le CPQ a prôné aussi,
à plusieurs reprises, le recours à un mode d'octroi de contrat public qui soit
ouvert à l'innovation et qui évite le
recours à des processus qui favorisent quasi systématiquement le plus bas
soumissionnaire.
Au cours des
dernières années, une diminution de l'intérêt des fournisseurs à répondre aux
appels d'offres publics, avec les méthodes traditionnelles d'adjudication, a
été observée, et je crois que vous en êtes bien conscients. Certaines entreprises
ont carrément abandonné l'idée de participer aux appels d'offres du
gouvernement. Cela est dû, selon nous, à
plusieurs raisons, parfois interdépendantes, problèmes de disponibilité de la
main-d'oeuvre, évidemment, formule
contractuelle décourageante, dont une mauvaise répartition des risques, besoins
et conditions souvent irréalistes.
Les problèmes plus récents de chaîne
d'approvisionnement et l'inflation ont exacerbé ces problèmes et sans oublier les délais de paiement qui demeurent longs
et qui représentent toujours un irritant important pour les fournisseurs
de l'État. Donc, il est crucial de changer la donne en
investissant dans des outils compétitifs pour mener à bien les projets
d'infrastructure publique, en particulier les projets majeurs. Il est également
essentiel pour nous d'accroître le nombre de soumissionnaires aux appels
d'offres publics, favoriser la participation des PME et la concurrence sur les
marchés publics.
Le PL 62, comme je l'ai mentionné, apporte
plusieurs améliorations bénéfiques alignées avec les objectifs que nous
partageons. Il comporte toutefois certaines dispositions qui risquent d'avoir
des effets indésirables, et je crois que vous en avez entendu parler également.
La pièce maîtresse, donc, du PL 62, qui est l'introduction d'un nouveau
type de contrat de partenariat offrant une plus grande flexibilité aux
organismes publics, représente, selon nous, bien sûr, une avancée très
intéressante et qui était d'ailleurs attendue, depuis des années qu'on en
parle. Un dialogue tôt dans le processus qui va être permis par ces modes fait
partie des facteurs de succès et de projets. Et d'ailleurs l'OCDE, également,
prône en ce sens. Ce dialogue pourrait notamment contribuer à mettre en
évidence tout potentiel d'amélioration ou à signaler surtout des problèmes et
éviter des erreurs.
Donc, si le CPQ voit d'un bon oeil l'ouverture
au mode collaboratif, il estime que certains éléments devraient être gardés à l'esprit pour assurer la réussite de la mise en
oeuvre et la contribution à l'atteinte des objectifs. Ainsi, une bonne
planification en amont est essentielle, entre autres, par la qualité des plans
et devis produits à l'étape de conception. Cette planification
favoriserait, dès le départ, un meilleur alignement du projet et permet de limiter
les changements par la suite et une exécution plus rapide à l'étape de la
construction.
Comme le souligne, par exemple, l'expert de HEC
Montréal, Jacques Roy, et je m'excuse pour l'anglais, l'idée, c'est de «think slow, act fast», donc prendre le temps de
planifier pour, par la suite, passer à une exécution rapide du projet.
Le genre de réforme proposée exige de l'adaptation, évidemment, tant de la part
des entreprises privées que de l'appareil
gouvernemental. Et, pour ce faire, pour nous, l'information, la formation et la
concertation sont essentielles.
Pour le CPQ, il est important que les organismes
publics communiquent en amont leur intention d'utiliser des contrats de
partenariat, ce qui permettra aux entrepreneurs de se préparer efficacement et
de se former. En favorisant la communication en amont du processus d'appel
d'offres même, on pourrait maximiser les chances de succès des projets en
s'assurant que les besoins soient bien compris et que les solutions proposées
répondent réellement aux attentes, ce qui permettra aussi de favoriser
l'innovation et la créativité. L'utilisation d'un mode de... d'un contrat de
partenariat serait recommandée pour des projets complexes où l'organisme public
ne peut pas définir précisément ses besoins ou qui représentent des défis
particuliers.
Donc, lorsque, par exemple, la réalisation de
l'ouvrage implique des défis importants, le CPQ propose d'ailleurs d'aller
encore plus loin et de prévoir, par exemple, un cadre pour encourager le dépôt
de propositions volontaires non sollicitées, ce qui permettrait de favoriser
encore l'innovation. Il propose également de prévoir une procédure permettant
aux organismes publics de recevoir des variantes aux documents d'appels
d'offres. On pourra y revenir plus tard là-dessus.
Pour ce qui est des contrats gré à gré, je crois
que vous en avez entendu parler, nous nous voyons mal soutenir une mesure qui
autorise un organisme public à conclure un contrat gré à gré suite à un appel
d'offres infructueux, sans publier un avis
d'intention au système électronique d'appel d'offres. Donc, on voit... plusieurs
disent ce que d'autres ont également mentionné.
Par ailleurs, l'article 13 du projet de
loi 62 peut prévoit que, pour certains motifs, une partie peut demander au
tribunal l'annulation d'une décision rendue par un tiers décideur. Cette
disposition-là est problématique, bien sûr, vous en avez également entendu
parler, parce que, selon nous, ça crée de l'incertitude, ça peut entraîner des
coûts et des délais supplémentaires et va à l'encontre d'un règlement rapide
des différends.
Le CPQ estime aussi que ce mode de réalisation
collaboratif, que nous trouvons très intéressant, devrait pouvoir être utilisé
également par d'autres organismes qui ne sont pas visés par l'actuel projet de
loi et par la LCOP, comme les villes et municipalités et les sociétés de
transport. On sait que ces dernières gèrent de grands projets d'infrastructures qui peuvent être complexes. Je
comprends que ça... que ça sort peut-être du cadre de ce projet de loi, mais, pour nous, c'est important d'en parler pour
des raisons de compétitivité également de ces marchés et pour des raisons,
donc, de réalisations plus rapides et moins coûteuses de ces projets.
Finalement, je crois que ce projet de
loi 62 fait partie d'une série d'autres projets de lois et d'autres
réglementations, et c'est toujours important de les regarder dans leur
ensemble. Il y a, par d'exemple, le projet de règlement modifiant le règlement
sur la construction, qui prévoit certaines dispositions qui sont problématiques.
Donc, pour nous, c'est un ensemble dans tout.
Il y a également le règlement sur les délais de
paiement qui est encore attendu. Donc, c'est important aussi de regarder l'ensemble pour la compétitivité de nos
entreprises et des marchés publics et pour des projets d'infrastructures
qui peuvent se réaliser à bon coût, à... de bonne qualité et...
• (16 h 50) •
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
Mme Kozhaya (Norma) : Ça conclut. Je vous remercie.
Le Président
(M. Simard) : C'est moi qui vous remercie, mesdames. Je cède
maintenant la parole à M. le ministre.
M. Julien : Merci. Merci,
mesdames, pour, premièrement, la préparation et vos commentaires sur... sur le projet de loi 62. Puis effectivement on entend
de plus en plus — là,
je vais faire un petit aparté — les
grandes municipalités... en tout cas, on va rencontrer la ville de
Montréal tantôt et la société de transport, donc c'est toujours bon signe quand certains veulent vouloir se prévaloir de ce
qu'on est en train de travailler dans la Loi sur les contrats d'organismes
publics. Naturellement, c'est des lois différentes, mais je vais discuter
certainement avec mes collègues Transports et MAMH de cette volonté-là. Donc,
c'est bon signe, puisque les gens en veulent pour d'autres éléments.
Naturellement, ça va
nécessiter des analyses supplémentaires en termes de capacité et d'expertise.
Et je ne prétends pas qu'ils ne l'ont pas, mais le projet de loi que j'ai...
que j'amène ici avec mes équipes, c'est parce qu'on sait déjà qu'on a analysé la capacité et l'expertise des grands donneurs
d'ouvrage qui sont représentés par la Loi sur les contrats d'organismes
publics. Mais j'aime bien voir que d'autres voudraient se prévaloir de ces...
de ces éléments-là. Donc, on va le regarder attentivement.
Vous avez mentionné
beaucoup, là, puis ça fait plusieurs fois qu'on le mentionne aussi, le prix
médian, qualité-prix. Tu sais, on a le règlement sur les services
professionnels qui est en vigueur déjà, qui permet l'utilisation du prix
médian, donc, oui, c'est par voie réglementaire, mais ça le permet déjà. Et,
naturellement, il y a aussi le Règlement sur les contrats de travaux de
construction qui est en cours, là, qui a déjà été publié, donc, qui favorise
aussi qualité-prix. Alors, par voie réglementaire, je pense qu'on est sur la
bonne voie. Et naturellement, quand on regarde la stratégie qu'on a déposée, on
a le projet de loi, mais il y a beaucoup les règlements et les directives des
projets majeurs qui, dans leur ensemble, vont permettre d'optimiser les gains
qu'on veut en termes d'efficience.
Quand... quand on
s'en va vers... Là... mais là j'ai des questions plus précises. Vous avez
mentionné : Le plus tôt lors de la planification, là, le mieux c'est.
Puis, pour moi, c'est, à l'évidence, là, ce qu'on cherche à faire dans les
modes collaboratifs. Puis, comme je dis, c'est un éventail qu'on a entre le
traditionnel, puis le RPI, puis différents modes. Mais plus je vais aller loin
dans mes modes collaboratifs, c'est pour des projets complexes et d'envergure
où on est capables de dire le besoin et les critères minimaux pour respecter le
besoin, mais on a de la misère à identifier la solution optimisée qui va nous
permettre de répondre à ce besoin-là. Puis là on veut... on veut être en mesure
de s'asseoir avec les concepteurs, les professionnels, ingénieurs, architectes,
les entrepreneurs puis peut-être des... des sous-traitants majeurs, le cas
échéant, pour dire : Venez vous asseoir avec nous, on va vous qualifier
sur expertise, expériences, compétences, capacité de collaboration. Donc, ça va
être un appel d'offres public avec un comité indépendant
qui va venir sélectionner les meilleurs partenaires, justement, pour qu'ils
viennent s'asseoir avec nous dès la
phase de planification pour trouver la solution. Alors, c'est un peu l'objectif
qu'on a pour ces projets complexes là. Sinon, de vouloir lancer sur un
marché en mode traditionnel, quand on connaît mal ou de manière peu... mal
définie, la meilleure solution, c'est hasardeux.
Mais là vous dites...
alors, ma question, vous semblez être favorables à cette approche-là, mais je
veux comprendre pourquoi vous l'êtes et la distinction que vous faites quand
vous faites une proposition volontaire non sollicitée. Proposition volontaire
non sollicitée, j'espère que c'est pour un besoin qu'on a nommé. Sinon, ça
pourrait ressembler à quoi? Et cette distinction-là, que vous faites
avec : Bien, on vient qualifier rapidement des gens pour venir s'asseoir à
la phase planification, cette distinction-là, donc, je vous... je vous lance
une grande question puis je vous laisse du temps pour une grande réponse.
Mme
Kozhaya (Norma) : Oui. Merci beaucoup pour
la question. Effectivement, tout d'abord, tout ce qui a été mentionné en lien
avec l'intérêt de pouvoir avoir ces échanges et ce dialogue tôt dans le
processus — même
nous, on propose que ça soit même en amont de l'appel d'offres — est...
est très bénéfique. Pourquoi? Parce que ça va permettre, tout d'abord, à des
proposants éventuels de comprendre le vrai besoin du gouvernement et de
s'assurer de pouvoir répondre à ses besoins. En même temps, ça peut permettre
aux donneurs d'ouvrage de... de comprendre les capacités du marché et de... de
regarder un peu ce qui est faisable, ce qui est possible, ce qui est réalisable,
donc, de part et d'autre.En plus, par la suite, la réalisation en mode
collaboratif permet d'éviter des erreurs, permet de réduire le risque pour
toutes les parties prenantes, et... et donc elle va dans le sens d'augmenter la
valeur et de donner de meilleurs projets, encore une fois, à moindre coût.
Maintenant, l'appel
de... pardon, ce n'est pas un appel parce que c'est des propositions non
sollicitées, c'est un peu différent, et, là-dessus, on propose un projet
pilote. On sait qu'en Ontario et au fédéral, c'est quelque chose qui... qui se
produit. Effectivement, il y a un besoin, il y a un problème, mettons, et c'est
donc proposer une solution carrément de... à partir de zéro, sans qu'il y ait
eu un appel d'offres nécessairement.
Et peut-être sur...
aussi, je vais... je peux... ma collègue pourra compléter également certains
éléments par rapport à... à la notion, donc,
de... de ce dialogue qui est en amont, qui est, encore une fois, selon nous,
très bénéfique, et qui est prôné par différents pays et puis par l'OCDE
également.
M. Julien : Allez-y.
Allez-y pour des commentaires supplémentaires, Mme Laperrière, je crois,
hein?
Mme Laperrière
(Lyne) : Oui, bien sûr. Exactement. Donc, si on invite des parties
additionnelles à la planification des projets, on a l'opportunité de mettre en
contexte toute l'expertise, tous les niveaux de connaissances spécifiques que
nos entreprises ont et nos professionnels. Au sein des donneurs d'ouvrage, on
sait qu'il y a une certaine problématique au niveau de l'expertise. Certaines
organisations publiques ont des niveaux plus avancés que d'autres, et il y a quand même des risques pour le
bénéfice des projets porteurs du Québec.Donc, si on invite en amont des
processus d'appel d'offres des gens qui ont ces systèmes-là, d'échanges, qu'on
met en place des ateliers techniques pour
qu'ils posent des questions qui approfondissent les besoins, qui clarifient les
attentes et les exigences, nous serons dans des positions idéales
d'obtenir des propositions adaptées aux besoins réels des... du marché de
l'infrastructure.
Au niveau des
appels d'offres, de permettre, nécessairement, d'ajouter des documents
additionnels pour donner des... des solutions qui n'ont peut-être pas été
réfléchies au départ. Si je prends un exemple, on veut construire un pont, il va falloir le faire en plusieurs phases et dans une période
très longue. Si on propose des solutions de voie de contournement, ça pourrait
servir à réduire les coûts et bien sûr la réalisation des projets de façon plus
efficace et efficiente. C'est des choses qui, actuellement, ne sont pas
possibles, mais qui permettraient, éventuellement, de trouver des moyens
innovants pour être plus efficaces, plus efficients, à moindre coût, sans
négliger la qualité.
M. Julien : Mais... mais... puis,
encore là, je pense qu'on... je pense qu'on dit la même chose, mais on a peut-être une incompréhension, là, puis qu'on va
gagner à clarifier. Ce qu'on souhaite faire dans des projets complexes
et d'envergure, c'est de faire l'appel d'offres pour trouver, en fin de compte,
les partenaires en termes d'expertise, d'expériences, de compétences, de
capacité de collaboration, et le faire tellement tôt qu'après ça, ces
partenaires-là viennent à la planification.
Donc, quand vous dites : Même avant l'appel
d'offres, mais moi, je voulais plus de dire : Non, non, moi, je vais
devancer l'appel d'offres pour, après ça, être certain qu'ils peuvent cheminer
avec moi à la planification. Parce que je vois difficilement comment je peux
asseoir des gens avant le processus d'appel d'offres sans venir tarir mon... mon défi de saine concurrence, équité et
transparence. Mais ce qu'on vient dire, c'est : On a un besoin qu'on nomme,
et rapidement on vient qualifier, sur la base de ce qu'on vient de dire, les
partenaires qui vont travailler avec nous dès la phase de planification, innovation, idéation, meilleure solution,
réalisation, mais... Parce que, le besoin, on le connaît, à titre
d'exemple, on veut traverser le fleuve, à titre d'exemple, on connaît les
enjeux environnementaux, Pêches et Océans Canada, on connaît déjà les critères,
mais on ne connaît pas la solution optimisée en termes de matériaux. Puis là, soudainement, on a suffisamment
d'information pour venir qualifier un consortium professionnels, entrepreneurs,
architectes, ingénieurs plus les sous-traitants et, là, on optimise la
solution, mais je vois difficilement comment on peut avoir des discussions a priori de l'appel d'offres pour maintenir
la notion d'intégrité, de transparence et d'équité. Alors, j'aimerais
vous entendre.
• (17 heures) •
Mme Kozhaya (Norma) : Oui, effectivement, c'est des... c'est des rencontres, ce
n'est pas des discussions un à un, c'est des rencontres, par exemple, comme ce
qui est proposé, des... donc des rencontres de groupe pour pouvoir présenter le
besoin. Et donc c'est vraiment... c'est proposer des ateliers, par exemple,
de... d'information et d'échange. C'est ce genre d'ateliers là qu'on a à
l'esprit. Je ne sais pas, Lyne, si tu voulais compléter?
Mme Laperrière (Lyne) : Oui.
M.
Julien : Si je comprends bien, c'est plus une salle... une
salle d'information mutualisée où tout le monde a accès à la même
information et ces échanges-là.
Mme Kozhaya (Norma) : Exact. Tout à fait.
M. Julien : Oui, ça se voit, ça
existe. Donc, on gagnerait toujours à faire ça. Mais naturellement, après ça,
si on veut venir de manière plus... plus agressive ou plus... plus impliquée,
moi, je souhaiterais que les partenaires puissent,
après ça, s'asseoir avec nous à la phase planification et qu'ils aient déjà été
qualifiés par un processus d'appel d'offres rigoureux, là. OK.
Mme Kozhaya (Norma) : Oui, tout à fait.
Mme Laperrière (Lyne) : Exact. Si je
peux me permettre, pour compléter...
M. Julien : Oui, allez-y.
Mme Laperrière (Lyne) : ...en fait,
si on fait... on invite des gens en amont, c'est que ça permet de valider
l'appel d'offres avant de le lancer officiellement. Parce que ce qu'on voit
actuellement, le désintérêt des entreprises, c'est parce qu'au niveau des
appels d'offres, au niveau des exigences et des attentes, des fois, il y a des
choses qui sont un peu irréalisables ou inatteignables, où les risques sont
trop élevés, ce qui fait en sorte que les entreprises sont moins intéressées à
s'asseoir avec les parties puis investir du temps et de l'argent sans savoir
s'il y a des chances de réalisation et de succès probant pour eux.
M. Julien : Parfait. Donc, c'est...
Mme Laperrière (Lyne) : Donc, ça
permettrait de rassurer les entreprises.
M. Julien : ...c'est rassurer...
Oui, excusez-moi. Donc, c'est plus que l'appel d'offres soit adéquat pour les joueurs du marché pour pouvoir contribuer
activement à la meilleure solution. Et c'est peut-être ça, l'enjeu qu'on y
voit. Donc, peut-être que ça vaut la
peine d'avoir, justement, ces salles partagées là où tout le monde peut aller
voir, a priori, sans dénaturer, naturellement, le besoin. Donc, j'en
prends bonne note.
Quand vous parlez... Je suppose que c'est vos...
vous avez des membres au Conseil du patronat ou... en tout
cas, quand vous parlez à vos parties prenantes — et on l'a entendu,
dans les dernières journées, pas tant que ça, mais on l'a entendu, je réitère,
là, il y a une personne qui l'a beaucoup mentionné — comment vous voyez la
perspective des modes
collaboratifs versus les modes traditionnels en termes d'augmentation de risque
de collusion ou, a contrario, de diminution de risque de collusion? Alors, ceux
qui prétendent que ça augmente le risque de collusion, vous répondez
quoi à ça?
Mme Kozhaya (Norma) : Au fait, notre compréhension, c'est que ça ne devrait pas
augmenter les risques de collusion. Au
contraire, si c'est fait... parce que toutes les étapes vont se faire de façon
transparente, ça va favoriser, au contraire, un dialogue qui est sain.
Et, encore une fois, évidemment, si c'est... On ne peut pas toujours juste se
comparer à ce qui se fait ailleurs, mais je crois que si on regarde
l'expérience de l'Ontario, qui est notre voisin avec qui on veut... on aime toujours se comparer, ce n'est pas un risque qui
a été identifié, au contraire, si... les marchés publics vont être plus
attractifs, parce que cette possibilité-là, qui n'était pas là en ce... qui
n'est pas là en ce moment, va être offerte, je crois que ça va attirer davantage
de joueurs, et donc ça va favoriser aussi la concurrence. Maintenant, on
comprend qu'on parle, à cette étape, de projets majeurs aussi. Ce ne sera pas
pour tous les projets, mais ça va augmenter
l'attractivité de... du marché public et de... des projets publics, qu'on a
moins en ce moment. Donc, en ce sens-là, si toutes les étapes sont
faites, il va y avoir un processus de qualification, un processus... un comité
de sélection, donc toutes les démarches.
Et d'ailleurs
on propose également... C'est sûr que ça va arriver après coup, mais qu'il y
ait cette évaluation-là on peut
imaginer qu'on ne va pas avoir 10 projets de partenariat l'année...
l'année un, mais qu'on va apprendre également. Mais, pour nous... et,
honnêtement, je crois... bon, on a lu l'article dans Le Devoir, ça m'a un peu surprise, au contraire, tout ce qu'on a lu là-dessus, qu'on a vu de l'expérience d'autres
endroits ce n'est pas quelque chose qui a été soulevé.
M. Julien : Moi aussi, ça m'a un peu
surpris, bien honnêtement, parce que c'est... c'est comme une note qui est un
peu discordante par rapport à, même, ce qu'on a attendu là, de la... de l'Autorité
des marchés publics...
Mme Kozhaya (Norma) :
De l'AMP, exact.
M. Julien : ...l'Autorité des
marchés publics qui nous dit : Écoutez, ça permet une ouverture aux
marchés, plus de concurrence. Donc,
potentiellement, le corollaire, c'est... c'est moins de collusion. Mais, après
ça, chacun a le droit à son point de vue.
Mme Laperrière (Lyne) : Si je peux
me permettre, peut-être, de bonifier...
M. Julien : Certainement.
Mme Laperrière (Lyne) : ...en fait,
si on y va avec la transparence, puis qu'on donne accès aux organismes de
surveillance, comme l'AMP, les pouvoirs de vérifier en temps continu et en
temps réel, et non ajouter des délais, comme
c'est prévu, notamment, au niveau de l'article 13, il faut leur donner le
pouvoir d'agir dès qu'il y a connaissance d'une information par rapport
à un contrat qui est accordé. On n'est plus à la même place, en 2024,
qu'auparavant. Plusieurs organisations sont composées de missions de
surveillance. On a qu'à penser, oui, à l'AMP, mais nous avons l'UPAC, nous
avons le BIM... le BIG. Donc, il y a plusieurs organismes qui sont là pour
veiller à la saine gestion des fonds
publics. Et on ne peut pas non plus passer à côté de cet élément de saine
gouvernance, de transparence. Nos
donneurs d'ordres, d'ouvrage publics doivent devenir exemplaires et des
leaders, pour que nos projets d'infrastructures soient porteurs pour nos
entreprises du Québec.
M. Julien : ...parce que, quand
j'entends ce que vous me dites, c'est... à partir du moment où est-ce qu'on a
un partenariat de collaboration avec le donneur d'ordres, les professionnels,
l'entrepreneur, qui sait, le sous-traitant majeur
puis on dit : Bien, on fait ça à livre ouvert, est-ce que vous avez
l'impression que les entreprises qui vont y participer vont être
parfaitement confortables avec cette pleine transparence à des tiers de
surveillance, comme... comme l'Autorité des
marchés publics, en temps réel, parce
que... Alors, vous sentez que vos... les entreprises sont ouvertes à ça, oui?
Mme Kozhaya (Norma) : Je dirais, oui, nos entreprises sont ouvertes. C'est clair
que c'est un nouveau paradigme, un changement de paradigme, quand même, qui est
important...
M. Julien : Oui?
Mme Kozhaya (Norma) : Oui, pardon, je vous ai perdu pendant quelques secondes.
Donc, effectivement, et il va y avoir certains défis, mais nous, nos membres,
ce que... ce qu'ils nous disent, c'est que c'est des modes que certains, déjà,
utilisent ailleurs, et puis ils aimeraient bien pouvoir commencer au Québec.
Le
Président (M. Simard) :
Très bien. Alors, merci à vous, mesdames. Sur ce,
je cède la parole au seul et unique leader de l'opposition officielle du
Québec et député de Nelligan.
M. Derraji : Wo, wo! quelle annonce,
quelle annonce! Écoute, je n'ai jamais eu cette introduction.
Le Président (M. Simard) : Non,
mais...
M. Derraji : Il
ne faut pas lancer des rumeurs. Je l'apprécie bien, c'est un bon joueur
d'échecs, «that's it», je l'aime. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Bienvenue.
M. Derraji : Mesdames, merci
beaucoup pour votre présence en commission parlementaire. Pas mal d'éléments
très importants, et j'aime... et j'aime le cadre d'analyse que vous avez
ramené. Je vais aller directement à la page 5. Vous avez évoqué une série
de conditions de succès, et c'est... et c'est très important. Donc, vous parlez
de la planification, de l'information et la communication, formation et
accompagnement, le libre choix, et, par la suite, vous parlez... vous parlez même... même de la reddition de comptes. Et
vous avez vu... vous avez aussi parlé de l'avis d'intention. Maintenant,
il y a beaucoup de groupes, et j'en suis sûr et certain que vous avez entendu
ce qui a été dit hier, qui aimeraient... qui faisaient ... et qui ont fait la
demande : Écoutez, on aimerait être impliqués en amont. Pourquoi être impliqués en amont? C'est parce que,
justement, s'ils sont impliqués en amont, on va avoir plus de conditions
de succès, hein? On parle de... les estimateurs, on parle... avoir autour de la
table même des sous-contractants.
Vous, au Conseil du patronat... D'ailleurs, je vous salue, parce que je sais
que le Conseil du patronat, maintenant, est en mission dans mon pays
natal pour la rencontre avec l'alliance. Et vous savez la chance? Ils sont dans
la... ils visitent la... ma ville natale, en plus. Donc, mes félicitations à
l'ensemble de la délégation. C'est une délégation extrêmement importante, où il
y a pas mal d'entrepreneurs québécois. Donc, je vous souhaite le grand succès.
Revenons au projet de loi n° 62. Vos
membres, quand ils vous parlent des contrats collaboratifs, et ça se voit que
vous avez fait de la bonne recherche, quand on parle clés de succès, au départ,
c'est quoi, les éléments nécessaires au succès, selon vous, qu'on doit ajouter
dans le projet de loi, les choses que vous n'avez pas vues dans le projet de
loi?
Mme Kozhaya (Norma) : Ce n'est pas... comme conditions de succès, ce n'est pas
nécessairement des ajouts au projet de loi. C'est, bien, peut-être, la question
de la planification. Peut-être qu'elle est latente, mais il faut que ce soit
clair, et ça, je crois que tout le monde s'entend là-dessus, parce que, si on
prend le temps de bien planifier en amont, c'est sûr que ça va nous éviter
beaucoup de problèmes en aval. Donc, ça, c'est un élément qui est crucial.
• (17 h 10) •
Il y a un
élément également qu'on n'a pas abordé nécessairement, tout ce qui concerne la
technologie, le BIM. C'est clair qu'aussi nos entreprises ne sont pas
toutes à la même place. Il y a une feuille de route pour le BIM, et les
organismes publics, ils ne sont pas non plus tous à la même place en termes
d'adoption de cette technologie et de partage de données. Donc, encore là, ce
n'est pas le projet de loi en tant que tel, mais c'est des... c'est des
pratiques. Donc, ça fait partie d'ailleurs
de la stratégie sur les infrastructures publiques, la stratégie des marchés
publics. Donc, tous ces éléments-là
sont importants pour que... pour que les projets puissent aller de l'avant plus
rapidement et fonctionner.
M. Derraji : Oui, mais, je ne vous
apprends rien, c'est des souhaits. C'est comme le souhait d'avoir 15 % de moins dans... au niveau des coûts du projet,
25 % en termes de délais. C'est comme... Vous avez... vous étiez témoins,
le gouvernement a accéléré des projets.
Trois ans plus tard, on est à 23 %. Donc, en tant que législateur, je peux
bien rêver, comme on dit, mais si je n'ai pas des choses dans la loi, on
laisse ça à l'arbitraire.
Mais vous avez dit quelque chose qui m'a touché,
vous avez dit : Au niveau de la planification, bien entendu, il faut
prendre le temps de réfléchir, et puis agir, le fameux «think slow, act fast».
Cette étape, elle est cruciale, beaucoup de
gens, ils l'ont mentionnée. Mais comment? Comment on peut l'opérationnaliser?
Parce que, si on laisse ça au bon vouloir de chaque... de chaque appel
d'offres, ou chaque comité, ou chaque groupe, est-ce qu'on va vraiment
atteindre les résultats escomptés?
Mme Kozhaya (Norma) : Je crois que l'idée, ce n'est pas de laisser ça au gré de
chaque groupe. C'est que le... Et il faut effectivement s'assurer que, dans le
mode collaboratif, ou même dans les autres modes également... Je crois que
c'est un changement de culture, parce que, des fois, on va chercher la
facilité, on va chercher l'annonce rapide,
ou autres, sans avoir pris le temps. C'est tout un défi. Et ce n'est pas juste
le Québec, c'est... dans d'autres endroits, c'est pareil. Donc, il faut vraiment, peut-être, s'assurer qu'il n'y ait
pas d'annonces avant que ce soit bien attaché ou... Donc, c'est
vraiment... c'est vraiment un enjeu important. Je ne sais pas, Lyne, si tu veux
compléter?
Mme Laperrière (Lyne) : Oui,
certainement. En fait, pour bonifier ce qui est déjà fait, c'est d'améliorer
les processus. Il faut identifier les
meilleures pratiques à adopter. Il faut aussi être capables d'avoir un peu de
recul, prendre les pas de recul avec les initiatives qui vont être mises
de l'avant, avec la reddition de comptes que nous pouvons... que nous
proposons, pour pouvoir faire apprendre à toute l'industrie les meilleures
façons de faire. Quels sont les meilleurs
modèles de contrats? Est-ce que ce sera toujours des contrats collaboratifs?
Qu'est-ce qui a bien fonctionné, qu'est-ce qui a moins bien fonctionné?
La lourdeur
de la gestion contractuelle est un enjeu majeur de réussite du projet. Si les
niveaux d'approbation, si des
quantités excessives de documents sont demandées, nous n'atteindrons pas
l'objectif de concurrence et d'augmenter le plus grand nombre de
soumissionnaires. Il faut que les modalités de contraires... de contrats et
d'exécution, modalités de paiement incluses, soient simples, claires, qu'elles
soient prévues à un calendrier et que les mécanismes soient identifiés. Pour cela, ça doit se faire en amont. Pendant que
l'appel d'offres se fait, il faut réfléchir ensemble aux meilleures
façons de faire.
Ensuite,
c'est d'éviter des clauses abusives dans les notions contractuelles, pour que
ce soit équitable pour l'ensemble des parties. On a vécu des exemples types
avec les prix du marché, qui ont fluctué énormément. Si on veut attirer des
entreprises, il faut permettre des clauses d'ajustement de prix pour garder les
protections que nos entreprises ont besoin
pour réaliser ces défis. Les contrats de cautionnement, qui sont en parallèle
avec le règlement sur les contrats
dans l'industrie de la construction, sont également nécessaires pour maintenir
des protections que nous avons déjà, advenant le cas où le scénario ne
se passe pas aussi bien. En cas de faillite, par exemple...
M. Derraji : Je
dois, malheureusement...
Mme Laperrière
(Lyne) : ...comment les fournisseurs seraient protégés?
M. Derraji : C'est
très apprécié, mais je dois un peu utiliser le temps que j'ai, parce que je
trouve intéressant l'échange. Mais vous avez fait une revue de ce qui se passe
ailleurs, mais moi, je vais vous ramener à la notion du coût, et vous allez comprendre pourquoi l'étape de planification,
j'insiste beaucoup. Je vais juste vous partager l'étude, en Australie,
hein, si vous avez suivi le modèle des contrats par alliance, l'étude, réalisée
en 2009 sur 46 projets d'alliance en Australie, rapporte que les
estimations des coûts sont peu précises. En moyenne, les coûts réels des
projets étaient de 45 % à 55 % plus élevés que les coûts estimés à
l'étape du dossier d'affaires. Et là, nous, on dit : Le gouvernement, ce
qu'il veut, c'est 15 %. Parce qu'aujourd'hui c'est le troisième projet de
loi du gouvernement. Il y avait le 61, échec, ça a été changé en 66. Là,
quelques années plus tard, on change les contrats, parce qu'on s'est rendu
compte que ça ne marche pas, ça ne fonctionne pas. Mais ça ne tient plus la
route. On ne peut pas juste, à chaque fois qu'il y a un problème revenir avec
un projet de loi. Surtout, ce qu'on veut maintenant, c'est atteindre les
15 % de diminution, c'est le souhait avec la stratégie. Mais les études
nous démontrent le contraire. En Australie, c'est le contraire qui a été
démontré. On ne parle plus du même coût, on parle d'une augmentation de 45 %
à 55 %. Vous, en fonction de votre lecture, comment on peut s'assurer qu'à
l'adoption de ce projet de loi les outils qu'on va donner ou qu'on va mettre vont nous aider à atteindre le chiffre
annoncé... annoncé par le gouvernement, de 15 % de moins?
Mme
Kozhaya (Norma) : Effectivement, bon,
c'est difficile de dire : Est-ce qu'on va atteindre le 15 %? Et je crois que, quand on compare des comparables,
c'est important... Les économistes disent : De toutes choses égales par ailleurs. Donc, l'exemple de l'Australie n'est pas
nécessairement représentatif de l'ensemble. Il y a d'autres endroits que...
qui ont recours à ce mode-là. Mais... Pardon?
M. Derraji : ...
Mme
Kozhaya (Norma) : Mais, de toute façon,
lorsqu'il y a cette collaboration-là, vous savez, des fois, ce qui coûte plus
cher dans les contrats, c'est les erreurs, c'est les imprévus. Avec le mode
collaboratif, il y a moins de risques d'erreurs, moins d'imprévus. C'est sûr
qu'il y a toujours des éléments qu'on ne peut pas contrôler, mais il y a une action qui peut être faite sur les éléments
qui peuvent être contrôlés par les parties prenantes, et cette discussion-là va
éviter, justement, des erreurs et des répétitions, faire, défaire, refaire
ou... donc, utiliser le bon matériau, utiliser la bonne... la bonne technique.
Donc, c'est ces éléments-là qui sont intéressants dans le mode collaboratif,
qui vont permettre des coûts plus bas.
Est-ce que ça va être 15 %, 12 %, 17 %? Évidemment, c'est difficile... On peut faire une
cible, on peut souhaiter, mais c'est clair que c'est un mode qui a des...
M. Derraji : Il
reste...
Mme
Kozhaya (Norma) : Si on regarde
l'Ontario...
M. Derraji : Il
reste 40 secondes.
Mme
Kozhaya (Norma) : ...on a...
M. Derraji : Il
reste 40 secondes.
Mme Kozhaya
(Norma) : Voilà.
M. Derraji : Vous avez une autre recommandation, que les modes
collaboratifs puissent aussi s'appliquer dans le cas des sociétés de
transport des villes et des municipalités, avec les adaptations nécessaires.
Est-ce que vous jugez nécessaire d'amender le projet de loi et de leur
permettre dès maintenant?
Mme Kozhaya (Norma) : Pas nécessairement dans le cadre de... J'imagine qu'il faut discuter
avec les parties prenantes. Nous, nos
membres nous ont encore exprimé ce souhait-là de pouvoir bénéficier de cet
outil supplémentaire. Est-ce que c'est dans le cadre de ce projet de
loi, ou d'autres projets de loi omnibus, ou autres? Ce serait à voir.
M. Derraji : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous. Mme la députée de Verdun.
Mme
Zaga Mendez : Merci beaucoup. Je salue les membres du Conseil
du patronat de venir nous exposer leur vision. Il y avait une
proposition qui a attiré mon attention. Rapidement, en ce qui concerne les
propositions non sollicitées, vous avez peu développé votre idée. J'aimerais ça
vous entendre un peu là-dessus. Comment et pourquoi on devrait ouvrir
l'approvisionnement public à des propositions non sollicitées?
Mme
Kozhaya (Norma) : Oui, encore une fois,
c'est en faveur de solutions innovantes et créatives, et de répondre, des
fois... Parce que, des fois, un appel d'offres... évidemment, ce mode de
collaboration va changer un peu la donne, mais, des fois, il y a un appel
d'offres qui n'est pas représentatif, que, sur le terrain, on voit que ça ne
donne pas nécessairement... et d'ailleurs c'est peut-être, des fois, la raison
pourquoi il n'y a pas de soumissionnaire : que ça ne répond pas à l'enjeu
de façon réaliste. L'appel... les propositions volontaires non sollicitées,
c'est... on voit qu'il y a un problème, il y a un enjeu. Il y a une proposition
qui peut répondre à cet enjeu. Encore une fois, en Ontario, au fédéral, il y a
eu des projets pilotes en ce sens. Donc, nous, à cette étape-ci, pour ce
volet-là... En Australie également, c'est un... c'est une possibilité. Donc,
c'est en faveur d'une plus grande innovation et d'une plus grande flexibilité
pour des solutions qui peuvent être adaptées à certaines circonstances.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Peut-être, pour revenir... Tout à l'heure, vous avez
parlé aussi des modalités de partage d'information. Des fois, il peut arriver que
les donneurs d'ouvrage, versus les entreprises ou consortiums, n'ont pas les mêmes... vous avez utilisé un mot,
là... n'ont pas les mêmes pratiques, les mêmes logiciels, bref, en termes de
partage de données. Comment croyez-vous qu'on peut surmonter ceci sans éroder
du savoir-faire du giron public?
Mme
Kozhaya (Norma) : Ce qu'on faisait
allusion, c'était davantage au niveau, mettons, de l'intégration du BIM, la
modélisation des données. C'est quelque chose qui est déjà en train de se
travailler, donc, mais c'est loin d'être répandu pour l'ensemble, donc on
aimerait que ce soit répandu à l'ensemble. Je ne pense pas qu'il y ait des enjeux de confidentialité ou bien d'autres enjeux.
C'est vraiment que tout le monde puisse travailler avec ces outils-là,
qui ont une grande valeur ajoutée.
• (17 h 20) •
Mme Zaga
Mendez : Merci. Puis vous avez dit... parlé des différentes pratiques
qui sont en lien avec une culture de travail en équipe. Est-ce que vous sentez
que cette culture du milieu va être facile à modifier? Est-ce que vous pensez
qu'il peut y avoir des résistances? Comment vous voyez la mise en oeuvre des
contrats collaboratifs?
Mme
Kozhaya (Norma) : Bien, je crois que je
mentirais si je dis qu'il n'y aurait pas certaines réticences ou s'il n'y
aurait pas certains défis, mais je crois que c'est des défis qui ne sont pas
insurmontables. C'est des défis auxquels... Je crois que s'il y a une volonté,
et qu'il y a des directives claires et que tout le monde embarque, c'est des défis qui vont être surmontés. Et en... C'est
pour ça qu'aussi... l'importance de la communication et de l'information pour
rassurer les gens, pour qu'ils puissent voir les bénéfices et puis espérer que
tout le monde va être gagnant ultimement, dans cette aventure-là. Je crois
que c'est la meilleure façon de surmonter... Mais c'est clair que c'est un défi
de changer de culture, ça prend un peu de temps.
Le Président (M.
Simard) : Merci. Merci à vous, chère madame. Je cède la parole au
député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup. Dans votre mémoire, vous nous dites, évidemment, que
vous êtes favorables, là, à l'adoption de ce mode collaboratif, mais
vous nous dites aussi qu'on devrait garder à l'esprit certains éléments pour
assurer la réussite de la mise en oeuvre et la contribution à l'atteinte des
objectifs poursuivis. Est-ce que vous pouvez être un petit peu plus précises
sur ce que ça signifie, ce que nous, comme législateur, on devrait considérer,
là, au moment de procéder à l'étude article par article du projet de loi?
Mme
Kozhaya (Norma) : Oui. Un exemple... un
exemple en lien avec l'information et la communication, c'est, par exemple,
pouvoir avoir une liste de projets qui pourraient être faits par... en mode
partenariat. Ça, c'est un exemple. Donc,
encore là, toutes nos recommandations ont davantage rapport avec l'importance
de la bonne communication, la transparence, la bonne information et la
formation. Éventuellement, il faut commencer quelque part. On ne peut pas non plus tout changer d'un jour à l'autre. Et c'est
pour ça que, pour nous, cette nouvelle possibilité là, elle est
importante, qu'il faut savoir l'apprivoiser. Mais c'est vraiment au niveau, par
exemple, de l'intention, de communiquer
l'intention, de communiquer le plus d'informations, et d'avoir ces forums
d'échange et de communication. Je ne sais pas, Lyne, si tu avais un
ajout aussi?
Mme Laperrière
(Lyne) : Oui, effectivement, lorsqu'on parle de gestion de changement
de culture en termes de grande industrie qu'est l'industrie de la construction,
on doit donner les moyens et les outils à toutes les parties concernées d'apprendre de ces nouveaux modes, de pouvoir en
déduire des nouvelles façons de faire qui seraient optimales selon les
moyens que... qui seront mis à notre disposition. Donc, si on fait des
plateformes d'information, avec des projets
pilotes, et qu'on puisse faire un retour auprès de toute l'industrie et des
joueurs pour pouvoir identifier les pistes d'amélioration en temps
continu ça nous permet d'assurer la vigilance que nous avons besoin pour nos
projets porteurs.
M. Paradis : Très
bien. «Permettre aux organismes publics de recevoir des variantes aux documents
d'appels d'offres», est-ce que vous pouvez préciser un peu ce que ça
signifie?
Mme Kozhaya
(Norma) : Oui. Je crois qu'il y a d'autres
groupes également qui l'ont soulevé. C'est qu'encore là c'est dans le sens que
peut-être qu'il y a des solutions avec des délais...
Le Président (M. Simard) : ...
Mme Kozhaya (Norma) : Oui, avec d'autres bénéfices qui n'avaient pas été
identifiés dans l'appel d'offres, qui pourraient être considérés. Ça peut être
fait par règlement, par exemple.
Le
Président (M. Simard) : Alors, merci à vous tous, à vous toutes, plus
particulièrement, ce fut fort intéressant que de vous recevoir parmi
nous cet après-midi.
Sur ce, nous allons suspendre nos travaux
quelques instants, le temps de faire place à nos prochains invités. Au plaisir,
mesdames.
(Suspension de la séance à 17 h 24)
(Reprise à 17 h 31)
Le Président
(M. Simard) : Alors, nous sommes en ondes, nous sommes de
retour. À l'ordre, s'il vous plaît! Et, qu'à cela ne tienne, nous avons demandé
à ce que la salle soit un peu plus... un peu plus réchauffée, parce que j'en vois
plusieurs geler.
Donc, bienvenue
aux représentants de l'Association des architectes en pratique privée du
Québec. Mesdames, soyez les bienvenues. Auriez-vous d'abord l'amabilité,
s'il vous plaît, de vous présenter?
Association des
architectes en pratique privée du Québec (AAPPQ)
Mme Parent
(Lyne) : ...des architectes en pratique privée du Québec, et
je suis accompagnée par Mme Anne Lafontaine, architecte et
vice-présidente de l'association.
Le Président (M. Simard) : Merci
d'être là. Vous disposez de 10 minutes afin de faire votre présentation.
Mme Parent (Lyne) : Merci. Alors,
M. Simard, M. Julien, Mmes et MM. membres de la commission,
merci de nous recevoir en consultations particulières.
L'Association
des architectes en pratique privée du Québec représente et défend les firmes
privées d'architectes, lesquelles participent au développement
économique, social et culturel de la société québécoise en favorisant la
qualité de notre environnement bâti. L'AAPPQ représente 420 firmes
d'architectes membres, toutes des petites et moyennes entreprises, et elle
fédère ainsi 860 dirigeants d'entreprises de services professionnels en
architecture. Ces entreprises se retrouvent dans toutes les régions, à
l'exception du Nord-du-Québec. L'expertise est ainsi déployée sur l'ensemble du territoire et contribue au développement
local et régional. Je mentionne également que 96 % du marché des firmes se situe au Québec, et que le secteur
de l'architecture contribue à créer et à maintenir plus de
7 000 emplois à temps plein.
Notamment, l'association agit pour promouvoir le
rôle de l'architecte et l'importance d'une architecture de qualité, développer
et entretenir des relations de collaboration avec les parties prenantes
gouvernementales, privées et associatives, favoriser l'accès de ses membres aux
marchés publics en architecture, représenter les intérêts des architectes en
pratique privée et influencer les politiques publiques, lois, règlements et processus
qui impactent la qualité de l'environnement bâti au Québec. Nous sommes
satisfaits de constater la mise en place d'une stratégie visant à améliorer
l'agilité et la collaboration dans le développement des infrastructures
publiques et nous saluons les efforts du gouvernement. Cependant, nos
commentaires d'aujourd'hui porteront essentiellement sur le projet de loi et
sur nos propositions de modifications. Nous pourrons bien sûr aborder la
stratégie lors de la période de questions.
Nous avons effectué notre lecture du projet de
loi n° 62 sous deux angles. D'abord, en tenant compte
des impacts probables sur le marché des services professionnels en
architecture, sur la saine concurrence souhaitée et l'accès aux marchés
publics. Ensuite, nous avons examiné les dispositions en adéquation avec les
objectifs de la Politique nationale de l'architecture et de l'aménagement du
territoire déposée par votre gouvernement, que nous endossons totalement et qui
dote le Québec d'une vision commune de la qualité architecturale au bénéfice
des Québécoises et des Québécois. Pour y arriver, la politique mise sur les
meilleures pratiques et l'instauration des principes directeurs de la qualité
architecturale, reproduits à la page 7 de notre mémoire. Nous avons ainsi
porté à votre attention... notre attention sur les dispositions modifiant la Loi
sur les contrats des organismes publics et, plus précisément, sur
l'introduction d'un nouveau type de contrat, soit un contrat de partenariat,
dans le cadre duquel un organisme public peut octroyer un contrat mixte de
travaux de construction et de services professionnels au moyen d'une approche
collaborative entre les concepteurs, architectes, ingénieurs et le
constructeur. Ce type de contrat repose sur un partage consensuel des risques
et, selon le cas, des économies générées ou des gains réalisés et des pertes
subies.
Les firmes d'architectes du Québec sont des
acteurs incontournables pour réaliser près de 100 % du volet Bâtiment du Plan
québécois des infrastructures. Les PME québécoises en architecture peuvent
réaliser des projets de complexité et d'envergures
diverses avec de petites équipes de professionnels, pourvu qu'elles possèdent
les expertises et les compétences requises par le type d'ouvrage. Contrairement
au service de... au secteur des services professionnels en architecture, les
entreprises de construction qui soumissionnent pour des projets d'envergure
et/ou complexes ont besoin d'une
main-d'oeuvre importante, de machinerie et d'une structure organisationnelle et
financière plus imposante à tous les égards. Ces entreprises sont
souvent de grande taille et sont moins nombreuses au Québec que les firmes
d'architecture qui possèdent les compétences et l'expérience requises pour
soumissionner dans des projets publics d'envergure. De même, les firmes de
génie-conseil oeuvrant dans le domaine du bâtiment public d'envergure, dans notre expérience, sont également
moins nombreuses que les firmes d'architectes dans ce même type de
marché. Donc, en demandant des équipes multidisciplinaires, incluant une
entreprise générale de construction, des firmes de génie-conseil et une firme
d'architectes de proposer ensemble leurs services, les organismes publics
pourraient limiter l'accès à certains types de marchés pour les services
d'architectes sans en avoir l'intention. Qui plus est, une équipe ainsi formée
pour présenter une offre de services groupés risque fort de devenir une équipe
récurrente soumissionnant pour une série de projets similaires. Les ententes
commerciales basées sur la collaboration et le partage de risques pourraient se
faire en toute bonne foi. Elles pourraient cependant avoir un impact sur la
concurrence dans certains types de marchés publics.
Pour maintenir une saine concurrence et ne pas
restreindre l'accès à l'entrée de certains types de marchés, nous proposons de
prévoir plus de souplesse dans la manière de rassembler les parties prenantes
au sein d'un même contrat. Les organismes
publics pourraient ainsi agir en tenant compte des spécificités du marché pour
un projet donné. Nous proposons donc de modifier l'article 1,
alinéa deux, premier paragraphe du projet de loi n° 62,
qui modifie l'article 3 de la LCOP, afin de prévoir plusieurs options,
soit que l'appel de qualification dans le cadre de contrats de partenariat
consiste, dans certains cas, en fonction du marché, à choisir individuellement
chacune des entreprises de conception et de construction dans une première
étape; que les équipes d'entreprises ne soient constituées, dans certains cas, en fonction du marché; que lors de
la deuxième phase du processus, et ce, afin de ne pas créer d'obstacles
à l'entrée pour les firmes d'architectes, de modifier cette disposition afin de
prévoir que, dans le recours à l'approche collaborative, après le processus
initial de qualification individuelle et pendant le processus d'adjudication,
une entreprise choisie ait l'option de se
retirer d'une équipe constituée par l'organisme public pendant le processus
d'adjudication; de maintenir la possibilité au choix de l'organisme public et,
en fonction du marché, de lancer un appel d'offres pour recevoir des
propositions d'équipes formées par des entreprises distinctes et indépendantes
de conception et de construction dès la première phase du processus
d'adjudication.
Nous ajoutons qu'il est important que les
différentes parties au contrat de partenariat soient des entreprises indépendantes d'architectes, d'ingénieurs et
d'entrepreneurs généraux en construction, et ce, pour respecter l'exigence
déontologique de l'indépendance des services professionnels. Le projet de loi
no 62 et la stratégie dont il découle s'intéressent
aux processus qui permettront de réaliser des projets résilients, harmonieux et
durables, au meilleur coût et dans les meilleurs délais. Il propose de
concilier tous ces enjeux notamment par l'introduction de modes de réalisation
collaboratifs. Nous réitérons que ces approches reposent sur la signature d'un
contrat unique, qui prévoit un partage des bénéfices, des risques et des pertes
en fonction des résultats obtenus et d'un coût cible. Les parties prenantes participent à une gestion conjointe et intégrée du
projet. Le processus est collaboratif et les décisions sont prises
collectivement. Avec cette approche, lors des différentes phases de
réalisation d'un projet d'infrastructure, soit la planification, la conception, la préparation des plans et devis, la
construction, la surveillance et la livraison finale, des centaines de
décisions devront être prises en équipe. Ces décisions, surtout celles prises
lors de la conception de l'ouvrage, auront
des impacts sur la qualité à long terme, les coûts de réalisation,
d'exploitation, d'entretien et l'échéancier de réalisation. Elles présenteront divers degrés de risque et elles
impacteront les profits de l'ensemble des parties au contrat.
L'AAPPQ s'intéresse à l'enjeu de l'innovation et
de la qualité dans ce contexte où la prise de décision est collective et où les
résultats à court terme sont liés à un coût cible impactant les profits. Le
rôle des architectes est de proposer des solutions optimisées afin que le
bâtiment soit durable, fonctionnel et harmonieux. Cela est d'ailleurs balisé
dans la Loi sur les architectes, à l'article 15. Donc, à notre avis, les
processus collaboratifs reposants sur le partage
de risques, inscrits à l'intérieur d'un contrat unique et axés sur un coût
cible, doivent prévoir, sans équivoque, les objectifs spécifiques et
obligatoires de performance attendus pour l'ouvrage à concevoir et à
construire.
• (17 h 40) •
En ce sens, nous croyons que l'article 6 du
projet de loi n° 62 modifiant l'article 20 de la LCOP est incomplet.
Il s'intéresse aux exigences contractuelles à venir dans le cadre d'une entente
collaborative de partenariat. Ce type d'entente va, à notre avis, être clair
quant à l'intégration des trois grands objectifs interdépendants et bien
énoncés dans le cadre de la stratégie gouvernementale : améliorer l'état
de nos infrastructures publiques en misant sur des constructions durables,
résilientes et qui s'insèrent... s'intègrent harmonieusement au milieu de vie,
accélérer la livraison des projets, obtenir les meilleurs coûts. La qualité de
nos infrastructures publiques est au coeur de la stratégie, mais elle
n'apparaît pas dans les exigences contractuelles à prévoir dès la phase d'appel
d'offres. Pour être en phase avec la stratégie gouvernementale et avec la Politique
nationale de l'architecture et de l'aménagement du territoire, nous proposons
de modifier cette disposition afin d'intégrer la qualité des ouvrages et
l'innovation au coeur des exigences contractuelles annoncées dans les documents
d'appel d'offres.
Ainsi, nous proposons de prévoir que des
objectifs obligatoires de performance qualitative à atteindre doivent être
convenus entre les parties et précisés dans le contrat de partenariat. Ce type
d'exigence convenu... contenu dans un devis de performance est déjà une pratique
existante dans certains contrats publics. Ce levier est essentiel pour
optimiser les investissements publics sur le cycle de vie des ouvrages et
assurer l'intégration des 11 principes
directeurs de la qualité architecturale, reproduits à la page 7 de la
mémoire. Nous recommandons de prévoir ces exigences dans la loi, au même titre que les
notions de partage des risques, des gains ou des pertes, qui sont inscrites
à l'article 6, afin que la qualité soit, elle aussi, au coeur des ententes
de partenariat.
Je vous remercie pour l'invitation à participer
à cet exercice de consultation.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, madame. Nous allons donc entreprendre la période d'échange et, pour ce
faire, je laisse la parole au ministre.
M. Julien : Oui, bonjour. Merci
beaucoup pour votre temps et également le travail qui est fait à l'intérieur de
votre mémoire.
Ça m'a amené certaines... certaines
interrogations que je n'ai pas eues avec les autres groupes, puis... parce que
vous avez des spécificités intéressantes. Bon, c'est sûr que les modes
collaboratifs, vous avez peut-être eu l'occasion, même, d'entendre, là, ce
qu'on a discuté ici dans les dernières journées, quand vous mentionnez,
surtout, celui, là... le RPI, là, qui est
l'extrême avec les prix cibles. Alors, tu sais, c'est un modèle qu'on va
utiliser pour des projets d'envergure, très complexes. Je ne pense pas
qu'on va en avoir des dizaines et des dizaines, puis, naturellement, on veut
aller sur des modes alternatifs et collaboratifs dans l'éventail. Et
celui-là... c'est celui-là, en fait, qui nécessite la plus grande mobilisation
d'une triade, là : entrepreneur général, firme d'ingénierie et architecte.
Alors, est-ce
que je comprends bien ce que vous nous dites? C'est : Écoutez, là, le
nombre de firmes d'architectes qui peuvent contribuer à cette triade-là
est beaucoup plus élevé que le nombre de firmes de génie et encore plus élevé
que le nombre d'entrepreneurs généraux par rapport à la capacité de ces projets
d'envergure et complexes. Et l'enjeu, c'est
peut-être qu'on ne pourra pas bénéficier, de manière optimale, des firmes
d'architectes qui pourraient y contribuer dans un processus
collaboratif. C'est ça que je dois comprendre, a priori?
Mme Parent (Lyne) : Effectivement,
c'est nos prétentions. Maintenant, ce qu'on propose, c'est de... dans ce type de projet là, de laisser le choix, en fait,
de donner l'opportunité aux organismes publics, hein, c'est un... c'est un autre
moyen de faire des projets collaboratifs. On leur donne un nouvel outil. Par
exemple, si on parle du RPI, donc c'est laisser
la possibilité aux organismes publics de constituer les équipes, peut-être
après une étape d'appel de qualification, où, là, toutes les entreprises qui ont les compétences, les qualités nécessaires,
qui pourraient se qualifier, ont l'occasion de présenter une offre de services.
Et, après ça, on crée des équipes. Bien sûr qu'il faut trouver des mécanismes
pour le faire. J'ai entendu dire qu'il y avait des mécanismes pour le faire. On
pourra peut-être en discuter, mais, si on fait ça, c'est sûr que, là, on... on
octroie le contrat à une entité qui ne s'est peut-être pas choisie, les membres
de l'équipe ne se sont peut-être pas choisis, mais, dans le cadre, par exemple,
d'ateliers collaboratifs, on peut mieux évaluer les compétences de ces
joueurs-là à travailler ensemble et à travailler en équipe...
M. Julien : Mais je ne suis pas
fermé à l'idée, mais... mais, encore là, intellectuellement, elle peut faire
sens. Mais je m'interroge beaucoup sur... pratiquement, si elle fait sens.
Parce que je pense que le mode collaboratif, c'est de trouver des joueurs qui ont... qui ont le goût de travailler
ensemble. Puis, quand je dis : Le goût, là, c'est-à-dire qui ont
des affinités de collaboration et c'est-à-dire qu'on doit avoir les
compétences, l'expertise, donc, oui, la qualification de la triade peut être considérée à cet effet-là, mais, après ça, il
faut que cette triade-là, essentiellement, puis c'est encore plus
important, ait l'intérêt commun de travailler ensemble. Parce que la
collaboration, c'est... il y a l'expertise, la compétence, puis il y a une
espèce de savoir-être ou de capacité d'être assis à la même table. C'est pour
ça que, souvent, dans les regroupements, on retrouve les mêmes joueurs, mais je
conçois quand même l'enjeu que vous amenez,
comme par rapport aux firmes d'architecture, qui nécessitent peut-être... qui
ont plus de capacités d'être sur des projets
d'envergure avec des plus petites équipes que les firmes de génie et encore
plus les entrepreneurs généraux, là.
Alors, on va essayer de voir comment qu'on
peut... qu'on peut l'adapter, mais je réitère que le mode collaboratif n'est
pas la norme, mais la spécificité, et que ce mode-là doit nécessiter un tissage
serré entre cette triade-là et le donneur d'ouvrage et les sous-traitants,
mais... Alors, je vois quand même qu'il y a une espèce d'enjeu qu'on va essayer
de voir comment qu'on peut y arriver.
Au-delà de tout ça, on a une stratégie, vous
avez parlé, naturellement, de la stratégie qui est plus large que le projet de
loi, avec... avec 17 mesures. Est-ce que... est-ce que vos membres...
Quand on mentionne que, par un mode collaboratif puis une modification de nos
pratiques, en faisant jouer l'expertise, la compétence dans la solution, dès la
planification, de nos professionnels et des entrepreneurs généraux avec le
donneur d'ouvrage... Parce que, nous autres,
on l'a mesuré sur certains projets, mais est-ce que l'objectif de dire :
Jusqu'à 15 % de réduction de coûts et 25 % d'amélioration des
délais, qu'on additionne l'ensemble des mesures qui sont ici, qui ne sont pas
toutes applicables dans tous les projets, est-ce que, pour vous, ça vous
apparaît farfelu ou ça vous apparaît plutôt plausible par rapport à
l'expérience de vos membres?
Mme Parent (Lyne) : Peut-être
qu'Anne Lafontaine, tu voudrais répondre?
Mme Lafontaine (Anne) : Oui. Bien,
c'est une question intéressante, et on y a pensé en lisant la stratégie
québécoise que vous avez proposée. Il y a des éléments là-dedans... c'est
certain que, pour nous, les architectes, c'est difficile de nous positionner
sur le coût sur l'ensemble du projet. Je pense que des entrepreneurs généraux
seraient plus placés pour vous parler vraiment directement des coûts de
construction, mais, en ce qui a trait aux coûts reliés, notamment, à l'embauche des professionnels dans l'avant-projet, les
mesures que vous voulez mettre en place, notamment, entre autres, de
rendre l'État plus agile, de prendre des décisions plus rapidement, d'avoir...
d'éviter les pertes de temps
pendant les projets, c'est toutes des mesures qui peuvent être très, très
bénéfiques. Et je crois qu'il peut y avoir, effectivement, une
diminution du temps si on se met en mode collaboratif, mais, aussi, s'il y a
quand même aussi un travail du côté de l'État pour réduire les processus pour
la prise de décisions et toutes les choses que vous proposez dans la mesure
trois.
M. Julien : Parfait.
Mme Lafontaine (Anne) : Et, en fait,
je vais en profiter pour ajouter que je trouve que c'est très intéressant,
aussi, même si je ne suis pas entrepreneure générale, que vous fassiez une
vigie sur les marchés de construction pour lancer
les projets au bon moment, parce qu'on peut le constater, dans les derniers
temps, trop de projets en même temps, ça
a vraiment eu une incidence sur les coûts de construction. Et donc, évidemment,
ça aussi, ça peut être assez intéressant pour réduire les coûts, à mon
avis.
M. Julien : Ça, c'est certain, parce
que, tu sais, qu'on ait appliqué, en fin de compte, ces mesures-là, de gain de temps et d'efficience, bien, naturellement, on
a la capacité régionalisée qu'on a observée, la gestion par programme,
par portefeuille, le préfabriqué, puis, oui, l'approche collaborative, qui est
un des éléments qui est très, très porteur, mais il y a plein d'autres
éléments, en planification, qui est porteur.
Je voyais, puis je voulais bien concevoir ce que
ça signifiait, «prévoir que, dans le cas de recours à l'approche collaborative
après un processus initial de qualification individuelle, une entreprise
choisie ait l'option de se retirer d'une équipe constituée par l'organisme
public pendant le processus d'adjudication». Là, j'essaie juste de voir, là... Racontez-moi l'histoire, comment ça
arrive, là, puis pourquoi, là, tu sais, parce que j'essaie de dire... Tu sais,
nous autres, on vient... on vient identifier, potentiellement, un consortium
avec trois... une triade, puis là, quelqu'un voudrait
se retirer avant l'adjudication. Bien, expliquez-moi, c'est quoi l'enjeu que
vous nommez. Puis j'ai de la misère, même, à le concevoir, donc je
veux... Alors, probablement que je ne suis pas assez expert dans votre domaine,
là, pour savoir ce que... la préoccupation que vous avez et que vous nommez.
• (17 h 50) •
Mme Lafontaine (Anne) : On la... On
comprend que la proposition qui est faite ici est difficile à mettre en...
C'est une proposition qu'on fait en ne sachant pas nécessairement comment ça va
se dérouler. L'enjeu qui est nommé, premièrement, c'est vraiment d'ouvrir les
firmes... d'ouvrir le marché à plusieurs firmes pour éviter que ça soit tout le
temps les mêmes firmes qui se... qui soient... qui aient accès à ces
projets-là. Cependant, oui, on est d'accord qu'il faut qu'il y ait une
synergie, aussi, entre les parties prenantes au contrat. Peut-être que ce n'est
pas nécessairement dans le cadre d'ateliers collaboratifs, après, qu'on ferait
la sélection, mais c'est certain que le résultat de ça, ça ne peut pas être
qu'on soit mis en entreprise ou en contrat ensemble sans qu'il y ait cette
synergie-là. Donc, je suis plutôt d'accord de votre côté, là, qu'il y a... il y
a du raffinement à faire dans cette approche-là pour trouver exactement la
bonne méthode pour arriver à ces deux objectifs-là.
M. Julien : Mais habituellement, là,
puis, encore là, parce que ça existe quand même des projets de RPI ailleurs, où on a la triade des professionnels
avec l'entrepreneur général, j'ai l'impression que ça fonctionne beaucoup
par accointance, quand même. On se connaît, on travaille bien ensemble, on sait
comment qu'on fonctionne, puis on s'en va
ensemble comme... comme regroupement, architecte, ingénieur et entrepreneur
général, on fait équipe pour faire une proposition. Ce n'est pas ce
qu'on observe ailleurs, comme fonctionnement?
Mme Parent (Lyne) : Bien, c'est tout
à fait logique que les équipes se mettent ensemble, se choisissent parce que
c'est des liens de confiance qu'on veut... qu'on veut tisser entre les
différents collaborateurs. Il y a une logique qui se tient tout à fait là-dedans,
mais notre préoccupation, c'est de fermer l'accès au marché à des firmes
d'architectes.
On peut donner un exemple. Il y a certains types
de marchés, là, des projets majeurs, complexes, où il y a deux, trois firmes
d'entrepreneurs en construction qui sont capables de soumissionner dans ces
marchés-là, alors qu'il y a peut-être une vingtaine de firmes en architecture.
Alors, déjà là, un coup que les trois entrepreneurs vont s'être associés à des
firmes d'architectes, bien, les autres qui pourraient se qualifier, qui ont les
compétences pour, ne pourront pas accéder à ces marchés-là. Donc, on dit :
Il faut trouver des solutions. On a entendu parler de cette solution où on
soigne les processus, c'est-à-dire qu'on permet une préqualification. Ensuite,
le donneur d'ouvrage fait un processus assez soigné pour mettre les équipes
ensemble. Mais c'est sûr que ça demande l'option de sortir de ce contrat-là si on est... si on pense qu'on est
incapable de travailler en collaboration avec une entreprise de construction.
M. Julien : Clairement. Donc...
Mme Parent (Lyne) : Il faudrait que
ça soit l'exception, bien sûr.
M. Julien : ...donc, votre point que
vous amenez ici, c'est pour pallier à la solution que vous souhaitez, qui n'est
pas celle, en fin de compte, qui est habituelle. Donc, on dit : Le donneur
d'ouvrage fait, en fin de compte, la triade, puis si on n'aime pas la triade,
on peut s'en sortir. Tandis que moi, je dis : Bien, ça serait le fun que
la triade s'entende déjà entre elles, que
c'est... que c'est bien. Mais je comprends bien que, par rapport au mode
conventionnel, c'est un enjeu pour les firmes d'architecture.
Mais on s'est déjà
rencontrés, de mémoire, et... mais les firmes d'architecture ne manquent pas
d'ouvrage au Québec actuellement, là, toutes choses étant égales par ailleurs,
ou bien vous me dites : Bien non, ce n'est pas si simple que ça, Jonatan?
Mme Parent (Lyne) : Non, elles ne
manquent pas... elles ne manquent pas de travail, mais on souhaite qu'il y ait
une saine concurrence, c'est-à-dire que quand je peux me qualifier, j'ai le
droit, je me lance puis j'y vais. Les projets sont motivants. Si on voit un
projet majeur passer... Il n'en passe pas tant par année, des projets majeurs
puis des projets complexes. Puis, en plus, c'est bien qu'il y ait une saine
concurrence puis une compétition, puis une émulation, parce que ça, ça suscite
l'innovation, la créativité, puis c'est ça... c'est ce que vous voulez, aussi,
dans les marchés publics.
Je peux peut-être laisser continuer...
M. Julien : Parfait. Donc, si je
récapitule l'enjeu que vous nommez, bien, vous êtes en faveur du mode collaboratif qui donne plus d'efficience. Le plus
tôt possible que les professionnels peuvent participer à la planification des
projets, le mieux... mieux ce sera, puis là vous me dites : Bien là, on a
un enjeu, nous, par rapport... S'il y avait une préqualification,
comment on pourrait préqualifier des firmes d'architecture, des firmes de
génie, après ça des entrepreneurs généraux,
puis après ça, trouver un modèle où, oui, ils se choisissent, mais, en même
temps, on favorise que le choix ne soit pas toujours la même triade pour
assurer le maintien de l'expertise des firmes d'architecture pour des projets
d'envergure et complexes?
Mme Lafontaine (Anne) : C'est un bon
résumé, oui.
Mme Parent
(Lyne)
: ...que ce processus-là existe ailleurs.
M. Julien : OK.
Mme Parent (Lyne) : On nous en a
parlé. Des représentants de la SQI nous ont dit que ça existait ailleurs, comme
processus.
M. Julien : Parfait. Donc, on va le
regarder attentivement. Je peux croire que ça existe, mais il faut aussi
garder... garder l'efficience par rapport à ça.
La capacité du marché, vous l'avez... vous
l'avez abordée aussi. La capacité régionalisée, est-ce que... est-ce qu'on vit
la même chose par rapport aux firmes d'architecture ou c'est... il y a plus de
plus de facilité de mobilité par rapport à la capacité régionalisée?
Mme Lafontaine (Anne) : Par exemple,
comme... l'exemple que je venais de nommer par rapport à trop de projets en
même temps et puis que ça hausse les coûts de construction, je pense que c'est
moins vrai pour les firmes d'architecture. Je pense que... La hausse des
coûts... en tout cas, la hausse du travail en architecture n'est pas
proportionnelle à la hausse des coûts de construction qu'on a connue depuis la
COVID, définitivement pas. Mais, en effet, je crois qu'il y a peut-être
beaucoup de projets qui ont été lancés en même temps depuis les dernières
années, puis ça a eu beaucoup d'incidences sur les coûts et le contrôle des
coûts, qu'on a été obligés de faire aussi.
M. Julien : Parfait. Alors, il me
reste deux, trois minutes maximum. Bien, en même temps, des firmes d'architectes, des firmes de génie et,
naturellement, les entrepreneurs généraux... Dans le regard des firmes
d'architectes, un mode collaboratif comme celui qui est préconisé — puis
on regarde après ça comment qu'on peut sélectionner la triade — versus
un mode traditionnel, dans la perspective des firmes d'architecture, est-ce que
ça entraîne, selon vous, plus de risque de collusion qu'un mode traditionnel,
moins de risque de collusion qu'un mode traditionnel ou, de manière assez
indifférente, la collusion, c'est quand le monde est malveillant, puis un ou
l'autre, ça peut arriver?
Mme Parent (Lyne) : Je ne pense
pas... Je...
Mme
Lafontaine (Anne) : Bien, j'allais dire que ça dépend de comment le
contrat est rédigé, définitivement. C'est là qu'il faut mettre les
efforts. Le mode conventionnel pourrait... On pourrait dire que le mode
conventionnel est moins propice à ça, mais ça dépend encore si vous avez un
contrat qui... tu sais, les objectifs, le contrat et la manière que vous voulez
l'implanter au Québec est bien monté. D'après moi, il y aurait possibilité que
ça soit aussi peu à risque qu'un mode conventionnel.
M. Julien : C'est à dire que la...
la collusion fait en sorte que des parties s'entendent pour défavoriser le
tiers, qui est le donneur d'ouvrage. Donc, s'il y a un encadrement, un appel
d'offres rigoureux, puis l'Autorité des marchés
publics qui est là, de toute façon,
ça ne devrait pas changer grand... la perspective. C'est encore une question
d'encadrement puis de surveillance d'un mode à l'autre pour vous. C'est ça?
Mme Parent (Lyne) : Oui, je suis
assez d'accord. Par contre, peut-être que j'ajouterais que c'est important de trouver des mécanismes pour s'assurer que les
professionnels conservent leur indépendance. Parce que les professionnels sont des conseillers,
conseillent le propriétaire, conseillent le donneur d'ouvrage sur les
meilleures solutions à choisir, donc ils doivent pouvoir le faire sans
pression indue de choisir...
M. Julien : Parfait.
Mme Parent
(Lyne) : ...une solution plus économique, par exemple...
M. Julien : Parfait.
Mme Parent
(Lyne) : ...mais moins durable.
M. Julien : Bien,
un dernier point, c'est-à-dire que j'ai quand même l'impression qu'à partir du
moment où est-ce qu'on a un consortium,
triade génie, architectes, entrepreneurs généraux, conjointement, mis dans un
consortium à livre ouvert avec un donneur d'ouvrage, ça commence à faire
pas mal de monde, là, pour s'organiser pour faire un système collusoire.
Mme Lafontaine
(Anne) : C'est vrai.
M. Julien : Parfait.
Je vous remercie.
Mme Lafontaine (Anne) : Du moment que les...
Encore une fois, c'est une question de contrat. Si les... le contrat
fait que cette transparence-là est vraiment mise en place, bien, normalement,
ça devrait se passer correctement.
M. Julien : Merci.
Le Président (M.
Simard) : Merci. Je cède la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le Président. Bonjour à vous deux. Merci
pour votre mémoire et, surtout, des propositions que... qui vont
clairement et certainement aider à améliorer le projet de loi. Je vais aller à
la page 9, et vous parlez du... qu'à votre avis, «les processus
collaboratifs reposent... reposant sur le partage de risques inscrit à
l'intérieur d'un contrat unique et axé sur
un coût cible, doivent prévoir sans équivoque des
objectifs obligatoires de performance attendus
pour l'ouvrage à concevoir et à construire». Bon, c'est une demande très
claire. Je pense que c'est la première fois,
corrigez-moi si je me trompe, les collègues qui suivent la commission depuis le
début, c'est quand même une demande très claire de votre part d'avoir des
objectifs de performance. Je sais qu'un peu plus tard, vous... vous expliquez
d'une manière concrète, mais je n'ai pas beaucoup de temps comme le ministre,
mais expliquez-nous : Si on veut mettre ces critères, lesquels? Et
pourquoi vous insistez sur les mettre dans la loi?
Mme Parent
(Lyne) : ...
Mme Lafontaine
(Anne) : Ton micro, Lyne.
Mme Parent (Lyne) : Merci. Parce que l'article
dont il est question — je ne l'ai pas sous les yeux, je m'excuse — mentionne
l'importance...
M. Derraji :
C'est la page 9 de votre mémoire, c'est la page 9 de votre
mémoire.
Mme Parent
(Lyne) : Alors, il mentionne l'importance... Voilà. Oui. Alors c'est
l'article qui dit que pour l'application de la présente loi, qu'il est
important, là, qu'il y ait un partage consensuel des risques, et selon le cas,
des économies générées ou des gains réalisés, et des pertes subies pendant la
durée du contrat. Donc, on prévoit que, dans
le contrat, on partagera les risques, on partagera les économies, les gains ou
les pertes. Mais il n'y a rien qui est dit sur la qualité attendue de
l'ouvrage. Et pour nous, c'est essentiel de le mentionner. Parce que si on
prend une décision seulement en fonction que de faire des économies, il nous
manque un facteur important à considérer dans l'équation. Quand on veut
optimiser les coûts, il faut toujours le faire en fonction d'une durabilité
puis d'une qualité sur le long terme du bâtiment. Donc ça nous semblait
important de l'ajouter dans cet article-là.
• (18 heures) •
M. Derraji :
C'est un excellent point. Sérieux, je vous le dis, je dois vous avouer que
je ne l'ai pas vu. Ça fait que... Regardez l'importance des consultations. Et
je tiens à vous remercier. Je n'ai pas honte de le déclarer, je ne l'ai pas vu
de même. Et sérieux, merci de nous expliquer les objectifs obligatoires de
performance. Donc, selon vous, le fait de ne
pas les mettre dans la loi — c'est juste pour le bénéfice de l'ensemble
des collègues autour de la table — ne pas les... ne pas mettre ça dans
la loi, on laisse la porte à ce qu'au détriment de la qualité, on risque
d'avoir... de ne pas atteindre le résultat escompté. On risque d'aller très
vite, on risque d'avoir un coût qui... qui... le coût statué ou entendu au
début, mais ça... mais sur la qualité ou sur la performance, bien, il risque
d'avoir des risques.
Mme Parent (Lyne) : Bien, oui,
c'est important de déclarer tout de suite, dans la loi, que c'est comme ça
qu'on veut faire les ententes de partenariat, les contrats de partenariat.
Évidemment, ça pourrait se retrouver dans les contrats,
dans les ententes, dans les appels d'offres, dans le règlement, mais ça nous
semblait tout à fait pertinent et en phase
avec la politique nationale d'architecture, d'aménagement du territoire et de
la stratégie, aussi, qui affirme, là, qu'on
veut faire des... des constructions, des ouvrages de qualité, durables, résilients.
Donc, ça nous semblait absolument
pertinent que ce soit inscrit dans la loi, puisqu'une loi, c'est... c'est là
pour longtemps, c'est... c'est durable et c'est rare qu'on la change.
Alors, c'est important que ça soit inscrit.
M. Derraji :
Ça, c'est un bon point. Je vais aller à la synthèse des recommandations.
Donc, à part les objectifs obligatoires de performance qualitative à atteindre,
ça, ça a été une de vos propositions, il y a aussi... vous parlez... vous
demandez qu'en... de modifier l'article 1, alinéa deux, premier paragraphe
du projet de loi n° 62, qui modifie l'article 3 de la loi pour qu'il
offre différentes options aux organismes publics et se lise ainsi. Donc, vous
parlez de «pendant le processus d'adjudication, après un processus initial de
qualification individuelle en prévision d'une entente de partenariat ou après
le processus d'adjudication à une équipe soumissionnaire».
Une voix : ...
M. Derraji :
Pardon? C'est bon?
Une voix : ...
M. Derraji :
Pouvez-vous juste clarifier?
Mme Parent (Lyne) :
Oui,
avec... avec plaisir. C'est ce dont on parlait tout à l'heure, avec... avec le
ministre, c'est-à-dire de laisser la possibilité aux donneurs d'ouvrage,
aux organismes publics de faire un appel pour une équipe complète ou de faire un appel de préqualification et que l'équipe
soit constituée après pour ne pas fermer l'accès aux marchés dans certains
types de projets, puisque dans certains types de marchés, il y a plus
d'entreprises de construction que
d'entreprises en architecture. Donc, on ne veut pas... Si on fait un appel
d'offres pour une équipe complète, bien,
il y a des architectes qui ne trouveront pas d'autres joueurs dans leur équipe.
Alors, ils ne pourront pas faire une offre de services.
M. Derraji :
OK. Je ne veux pas vous mettre des mots...
Mme Parent
(Lyne) : Et préserver une saine concurrence.
M. Derraji : Je ne veux pas vous mettre des mots dans la bouche, mais votre
crainte... est-ce que votre crainte, elle est que... c'est le fait de ne
pas avoir des architectes en pratique privée autour de la table?
Mme Parent
(Lyne) : Bien, il doit y avoir des architectes, normalement, dans les
projets. Quand on parle de conception, si on est dans des projets de bâtiments,
on n'est pas inquiets, il doit y avoir des architectes. C'est prévu à la Loi
sur les architectes. Par contre, si on demande des équipes complètes dès la première
étape de l'appel d'offres, on risque de
fermer la porte à certaines firmes qui ont les compétences et les expériences
pour se qualifier, mais qui ne trouveront pas de joueur pour faire
équipe avec eux.
M. Derraji : OK.
Donc, vous...
Mme Parent
(Lyne) : Donc, c'est tout simplement pour assurer une saine
concurrence.
M. Derraji : Oui.
Vous précisez, dans tel cas l'architecte doit être là. Pas mal de groupes ont
parlé qu'autour de la table on doit avoir aussi les sous-traitants. Est-ce
que... quelque chose que vous voyez d'un bon oeil?
Mme Lafontaine
(Anne) : Bien, de mon côté, je ne suis pas certaine de penser que
c'est nécessairement en valeur ajoutée que les sous-traitants seraient là
pendant la conception du projet ou le développement du projet. Il me semble que
ça pourrait peut-être rajouter une lourdeur. Généralement, un entrepreneur
général a quand même déjà une... pourrait assurer une bonne présence sur
qu'est-ce que... qu'est-ce que... pourrait avoir une voix par rapport aux
sous-traitants, et j'ai l'impression aussi que ça pourrait avoir une incidence
sur les coûts dans ce contrat-là et les faire hausser pour la période qui
est... qui est préalable à la construction du projet. Donc, je ne suis pas
certaine que c'est nécessairement un avantage.
M. Derraji : OK,
mais vous répondez quoi aux groupes qui disaient qu'un entrepreneur général qui
fait affaire avec pas mal de sous-traitants,
à hauteur de 50 % ou 60 %, 40 %, ces gens ne sont pas impliqués
de l'étape de... dans l'étape de la planification, je parle planification,
vraiment, au départ, et que, par la suite, c'est là où les problèmes
arrivent, c'est que, parce qu'ils ne sont pas autour de la table, impliqués au
début... au début, en amont, et c'est là où on risque d'avoir des surprises par
la suite. Donc, peu importe la place des sous-traitants avec l'entrepreneur
général, qu'il détienne, 10 % ou 30 %, ou 40 %, ou 60 %,
vous, vous nous disiez aujourd'hui que ce n'est pas nécessaire.
Mme Lafontaine (Anne) : Bien, c'est...
il faudrait... Oui, vas-y, Lyne.
Mme
Parent (Lyne) : Dans certains cas, ce l'est peut-être, mais, à ce
moment-là, je pense qu'on pourrait s'appuyer sur l'expertise des entreprises de
construction pour décider à quel moment c'est pertinent. C'est peut-être moins
dans notre expertise à nous, là, de décider à quel moment ils devraient être
autour de la table, mais il faut certainement se questionner. Plus il y a de
joueurs autour de la table, là, pendant toutes les phases du projet, si on veut devenir plus agiles, peut-être que, là, ça va
ajouter une lourdeur, là, ça va ajouter beaucoup de... beaucoup de parties au contrat puis ça va devenir un contrat de plus
en plus complexe. Donc, il y a quand même cette préoccupation-là que
nous avons.
M. Derraji : OK, bon, je comprends... je comprends votre
logique, mais on parle de contrats de collaboration. Donc, s'il y a,
autour de la table, l'ensemble des joueurs, normalement, ça devrait aller, que
ce soit via l'entrepreneur général ou les partenaires avec qui ils travaillent.
Il y a un point qui a été soulevé tout à l'heure par M. le ministre en parlant
de collusion. Vous avez vu quelques groupes et quelques personnes qui parlaient
de risque de collusion. Pensez-vous que ce changement au niveau de l'avis
d'intention risque de ramener sur la table un risque de collusion?
Mme Parent
(Lyne) : Est-ce que vous parlez du changement pour l'article 13,
là, qui permet de donner des mandats de gré à gré? Est-ce que c'est de ça dont
vous parlez?
M. Derraji : Oui,
absolument, c'est par rapport à l'article 13.
Mme Parent (Lyne) : Bien, on partage beaucoup les opinions qui ont été données au cours de
la commission. C'est-à-dire que, s'il n'y a pas de soumissionnaire,
c'est peut-être parce qu'il y avait un problème avec les documents d'appels
d'offres. On voit... on le voit souvent, là, si le projet, les documents
d'appels d'offres n'ont pas intéressé le soumissionnaire, il faut se poser la
question pourquoi, et effectivement le fait de donner des contrats de gré à
gré, c'est probablement... ça devrait être exceptionnel, à notre avis.
M. Derraji : Donc,
je vais résumer. Ça veut dire que, s'il n'y a pas de répondant aux appels
d'offres, le problème, c'est vraiment dans
l'appel d'offres. Donc, il ne faut pas aller directement au gré à gré, si j'ai
bien compris ce que vous venez de dire.
Mme Parent (Lyne) : Bien, écoutez, peut-être que, dans un... dans un
marché effervescent, il n'y a pas d'entreprise qui est capable de répondre à
l'appel d'offres, mais c'est plutôt rare. Moi, je pense que, s'il n'y a pas de
soumissionnaire, c'est souvent parce qu'il y a une problématique avec
l'appel d'offres, puis, souvent, de toute façon, les donneurs d'ouvrage le voient avec le nombre de questions
qu'ils reçoivent aussi en cours... en cours d'appel d'offres. Donc, je pense
qu'il faut se préoccuper de faire de bons documents d'appel d'offres, puis là
on l'a dit, hein, tous les intervenants le disent, la phase de planification puis d'avant-projet, soigner cette
phase-là, une bonne définition de besoins, des bons documents d'appels
d'offres, une bonne... c'est essentiel pour avoir une bonne collaboration dans
les projets.
M. Derraji : Non,
mais je pense que vous... la plupart des groupes insistent depuis le début sur
l'étape de la planification. Vous avez
raison. Donc, appel d'offres, avant d'aller au gré à gré et pour éviter tout
risque de collusion, il faut
absolument se poser la question suivante : Est-ce que, vraiment, le
problème, c'est l'appel d'offres ou bien il n'y a pas d'intérêt par
rapport à l'appel d'offres? Est-ce que c'est ça, votre conclusion?
Mme Parent
(Lyne) : Oui, en effet.
M. Derraji : OK.
Bien, merci beaucoup. Merci pour votre passage, très apprécié.
Le Président (M.
Simard) : Merci à vous, cher collègue. Et je cède, avant de terminer,
la parole à la députée de Verdun.
Mme Zaga
Mendez : Merci. J'ai combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Simard) : Vous avez 5 min 36 s...
Mme Zaga Mendez :
Ah! on a du temps.
Le Président (M.
Simard) : ...le temps du Parti québécois ayant été réparti
équitablement.
Mme Zaga
Mendez : Super! Merci beaucoup. Merci beaucoup à nos présentatrices.
J'ai beaucoup aimé également le passage sur les objectifs de performance afin
de ne pas sacrifier la qualité en ayant à la fois des objectifs de réalisation
et de coût. Je voulais aussi vous entendre un peu plus sur... excusez-moi, le
droit de retrait. Vous avez parlé de ça un peu rapidement, puis c'est aussi
dans votre mémoire, d'avoir le droit de se retirer au cours du processus.
Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples dans les cas où ceci serait
nécessaire?
• (18 h 10) •
Mme Parent (Lyne) : Oui, c'est un
peu ce qu'on expliquait tout à l'heure, c'est dans le cas où une équipe, elle
n'est... elle n'est pas formée par les joueurs, mais bien par le donneur
d'ouvrage public, qui dit : Bon, bien, vous avez
fait un appel de préqualification, vous êtes qualifié, maintenant, j'ai un
processus pour décider qui on va mettre en équipe pour signer un contrat de
partenariat. Bien, si une firme, dans cette équipe-là, dit : Moi, je ne
suis pas capable, je n'ai pas senti que j'étais en confiance pour travailler
avec tel partenaire, bien, de conserver cette option de se retirer du contrat
parce que, souvent, quand on offre nos services dans le cadre d'un appel
d'offres, c'est qu'on s'engage à signer le contrat par la suite. Donc, dans un
cas comme celui-là, donc, ça prendrait une exception puis une clause d'«opting
out», autrement dit, une option de sortie.
Mme Zaga
Mendez : Je comprends. Est-ce qu'en termes de partage d'information,
si cette clause-là est appliquée... est-ce que vous voyez des risques? Il me
semble, vous avez fait un peu de travail de conseil ou de planification. Comment vous voyez le partage
d'information avec les donneurs d'ouvrage si cette clause-là s'applique?
Mme Parent
(Lyne) : Je pense que ce serait une clause qui s'appliquerait très
rapidement dans le processus, là, au moment où on est en train de sélectionner
l'équipe et avant qu'il y ait des discussions, là, sur le partage comme tel
puis qu'est-ce qu'on va mettre dans le contrat.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Puis peut-être juste pour aller plus loin, est-ce
qu'il y a des critères? Parce que vous avez dit de voir si... Dans la
gouvernance ou les relations avec les autres acteurs, dans le cadre où c'est
les donneurs d'ouvrage qui forment l'équipe,
est-ce que vous sentez qu'il y a certains critères qu'il faudrait baliser si
cette clause-là a lieu?
Mme Parent
(Lyne) : Bien, certainement que ça prendrait des critères d'évaluation
et de pondération pour que le donneur d'ouvrage prenne une décision sur la
meilleure équipe, et ça prendrait un comité de sélection, comme on fait dans les appels d'offres publics, de toute
façon, qualitatif parce que c'est un appel qualitatif. Donc, ça prendrait
un comité de sélection pour décider de qui forme la meilleure équipe.
Mme Zaga Mendez :
Merci. Peut-être, rapidement, pour revenir sur les objectifs de
performance, vous étiez superclairs, la façon d'y réfléchir. Je comprends que
c'est de bien définir l'objectif du projet. Quel autre critère de performance,
selon vous, on pourrait... on pourrait ajouter? Je pense, entre autres, à des
objectifs de développement durable. Est-ce que c'est là qu'on viendrait
encadrer ce type de critère?
Mme Lafontaine
(Anne) : C'est un excellent exemple. Pour nous, vraiment, tous les
critères de performance d'un bâtiment, là, devraient être établis au préalable
pour que les acteurs, dans n'importe quel type de contrat de collaboration,
soient... connaissent les objectifs avant même... puis qu'ils ne soient pas
négociés ou amoindris pendant la phase du projet. Donc, on veut avoir... On
veut livrer des ouvrages de qualité, puis c'est comme ça... c'est comme ça
qu'on peut les intégrer. Les objectifs de développement durable... Il y a déjà
beaucoup de critères de qualité qui sont
intégrés dans des processus de développement durable comme les certifications
LEED et ces choses-là. Donc, c'est évident que c'est un des items qui
pourrait être ajouté comme critère de performance au préalable.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Je prends le temps?
Le Président (M. Simard) :
...
Mme Zaga Mendez : 1 min 30 s.
Dans les constructions, vu qu'on est là-dessus, puis dans le bâtiment, est-ce que,
même, on pourrait avoir des critères de durabilité des matériaux? Je sais que,
des fois, c'est un enjeu, là, pour diversifier les matériaux de construction
dans le... dans le domaine public, là, dans les façons qu'on va faire une
école, un hôpital, etc. Est-ce qu'on
pourrait aller aussi loin que mettre la durabilité des matériaux?
Mme Lafontaine
(Anne) : Bien, il y a souvent déjà ces critères-là dans... dans les
appels d'offres, mais on pense que c'est d'autant plus important de réappliquer
ces critères-là dans un contrat en mode collaboratif pour qu'encore une fois
tous les acteurs soient au courant de leurs objectifs de... pour livrer un
bâtiment qui respecte ces critères-là et que
ces critères-là ne soient pas changés en cours de route pour amoindrir la
qualité juste au profit des coûts.
Mme Zaga
Mendez : Bien, je vous remercie pour vos réponses.
Le Président (M.
Simard) : Alors, Mme Parent, Mme Lafontaine, merci beaucoup
d'avoir contribué à nos travaux en étant présentes avec nous cet après-midi. Au
plaisir de vous recevoir parmi nous sous peu.
Sur ce, nous allons
suspendre nos travaux et nous serons de retour à 19 h 30. À bientôt.
(Suspension de la séance à
18 h 14)
(Reprise à 19 h 30)
Le Président (M. Simard) :
Alors,
oui, chers collègues, là, c'est très vrai, nous sommes en ondes. Nous avons
quorum. Nous pouvons reprendre nos travaux.
Comme
vous le savez, nous poursuivons les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi 62, Loi visant principalement à
diversifier les stratégies d'acquisition des organismes publics et à leur
offrir davantage d'agilité dans la réalisation de leurs projets
d'infrastructure.
Alors, Mme Zhouri, soyez la bienvenue parmi
nous. Vous êtes notre première invitée ce soir. Et pour le bénéfice de nos auditeurs, auriez-vous d'abord
l'amabilité, s'il vous plaît, de vous présenter en vos titres et fonctions?
Mme Mariama Zhouri
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
merci beaucoup pour l'aimable invitation. Je suis particulièrement excitée
d'être parmi vous ce soir sur ce projet qui est un projet très porteur. Dans la
vie de tous les jours, moi, je suis associée directrice chez HammerSmith
Consulting Group. C'est une boutique en gestion de risques, projets majeurs. J'ai une carrière de 23 ans dans... dans les
Big Four, les trois Big Four pour ne pas les nommer. Mes champs d'expertise
sont principalement en gestion des risques, gestion de projets majeurs et les
projets qui ont une portée de conformité, mais qui ont des... des impacts
d'implantation multidimensionnels. Je suis certifiée PMP, donc tout ce qui est
gestion de projets, je suis certifiée en
gestion de projets, en gestion des risques de projets, en sécurité de
l'information et aussi, il y a quelques années, sur la loi... lutte au
blanchiment d'argent et financement d'activités terroristes.
Le Président (M. Simard) : ...bienvenue.
Mme Zhouri (Mariama) : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Vous
disposez de 10 minutes afin de faire votre présentation.
Mme Zhouri (Mariama) : Merci
beaucoup. Bien, écoutez, comme je l'ai dit, c'est avec beaucoup d'intérêt que
nous avons reçu l'invitation pour suivre un peu la réflexion avec le
gouvernement sur ce projet porteur et très important,
parce que le secteur d'infrastructure... à la fois ça portait sur les citoyens
et immédiat... tout le monde prend les routes, va à l'hôpital et... et
conduit... et aussi son impact financier sur le budget gouvernemental. Donc,
c'est la continuité des discussions qu'on avait amorcées il y a
quelques... déjà quelques années, mais je pense qu'il était temps de...
d'accélérer le processus.
Et donc, dans cette perspective-là, je ne
voudrais pas revenir sur les faits saillants, parce que, je pense, la
commission a eu assez de présentations sur les grands chantiers de cette loi.
Je voudrais, en fait, aller au fond de notre
mémoire... mémoire de recommandations, et de partage de réflexions, et de
meilleures pratiques que nous, dans notre... HammerSmith, nous, dans
notre pratique d'affaires, on voit l'impact de ces mesures-là et comment elles
peuvent faire atterrir, justement, la portée
de cette loi de façon pragmatique, efficace et ramener des résultats, tels
qu'exprimés, souhaités dans cette loi, agiles, efficaces et simples.
Et donc je commencerai à la page 6 sur les
points de vigilance. Et donc, encore là, ces points de vigilance veulent
attirer votre attention sur un peu les angles morts qui ont rapport à certains
contextes. Mais je voudrais saisir cette
opportunité d'avoir votre attention pour dire que, généralement, lorsqu'on est
dans des envergures de... de ce genre de... de projets majeurs et qu'on
est en train de... d'écrire une loi, ce qu'on avait, de façon pratique, vécu
sur les lois précédentes dans les autres secteurs, principalement le secteur
financier, où j'ai beaucoup opéré, et le secteur manufacturier, c'est qu'il
faut avoir un cadre de gouvernance cohérent. Et ce cadre de... de gouvernance,
en fait, il structure tout le puzzle à l'intérieur duquel les différentes
dispositions de la loi... ça veut dire des politiques, la mise à jour de directives, des processus qu'on souhaite
simples, accélérés, mais tout de même structurés, qui permettent une certaine
reddition de comptes et suivi un peu des dossiers et des initiatives majeures,
notamment dans l'infrastructure. Et donc ça fait référence au bloc de
recommandations n° 1.
Le deuxième bloc de recommandations, il est
vraiment par rapport à toute la préparation, en fait, de l'atterrissage de la
loi, dans le sens... Puis on en a eu quelques échanges avec M. Jonatan
Julien là-dessus, c'est qu'en fait il y a
plusieurs parties prenantes autour de la table dans ce secteur-là, et, au
niveau de la préparation, on se propose, si ce n'est pas déjà existant à
l'AMP, d'avoir une banque de... une banque, en fait, de ces partenaires, qu'on
va relayer dans le bloc 3 de
recommandations, d'avoir une certaine préqualification, en fait, parce que,
lorsqu'on veut être agiles, rapides et simples, bien, il faudrait que
l'information soit disponible, et la meilleure façon d'avoir cette information
disponible sur nos partenaires, c'est que ce soit répertorié quelque part de
façon centralisée, à jour, et que la mise à jour soit, en fait, faite de façon
déclenchée. Ça veut dire qu'un partenaire, il pourrait postuler sur plusieurs
offres... appels d'offres. Il n'a pas besoin de produire la même information
quatre, cinq fois. Ça peut être centralisé dans la base de données et que,
seulement lorsqu'il y a un changement majeur à sa situation, qu'elle soit
financière ou en termes de ressources...
pardon, en termes de ressources ou sa situation juridique, qu'il y a une mise à
jour de cette base de données. Et
donc retenez, avec moi, un processus de préqualification des partenaires, mais
aussi une base de données, qu'ils sont tous encore cadrés par ce qu'on
appelle en anglais un «framework», mais un cadre de gouvernance de gestion de projets
majeurs.
J'arrive où... en fait, le fond du sujet, qui
est l'approche collaborative... collaborative que le... en fait, que ramène ce
projet de loi de façon importante pour un peu changer... de dire «un
partenariat», et ce qu'on aime beaucoup...
En tout cas, moi, personnellement, et dans l'analyse que mon équipe a faite par
rapport à cette approche, beaucoup, dans le système financier, on parle
de KYC, «know your client», connaître son client, en cybersécurité, on dit
«know your enemy», connaître son ennemi, mais, je pense, dans le contexte
d'infrastructures, c'est «know your partner», connaître ses partenaires. Et donc je
fais référence justement à cette base de données, à cette
préqualification et de pouvoir qualifier ces partenaires-là sur la base de leur
fiabilité financière, leur géographie, la portée des projets qu'ils proposent.
Mais je vous rappelle qu'aussi, dans mon cursus,
la gestion de risque est très affectueuse, et dans le sens que cet exercice au
complet devrait être articulé sur la base d'un esprit de gestion de risque.
Donc, ces partenaires-là... On pourrait même pousser la réflexion d'avoir une
cote de risque dans cette base de données et que, lorsqu'on se prévalait à
certains appels d'offres, alors il y a certains joueurs qui sont déjà
préqualifiés, si on veut dire, justement, par rapport à cette cote de risque
qui pourrait être étayée en termes de critères, comme je l'ai dit, selon les
critères qui pourraient être définis
ultérieurement, mais majoritairement sur leur posture, leur fiabilité à livrer
des projets, leur assise financière, parce qu'aussi, lorsqu'on parle de
partenaires, le projet de loi, il étaye un peu est-ce que c'est en mode
délégation, puis, pour moi, c'est de l'«outsourcing», puis, quand il y a
l'«outsourcing», ce n'est vraiment pas des
partenaires à partage de risque. On délègue le risque à ces entités-là, mais,
quand on est en relation de partenariat, il faut se connaître assez pour
accepter le risque de part et d'autre puis pouvoir suivre les risques qui nous
incombent, parce qu'il y a la notion, en gestion de risque, de la propriété,
qui est propriétaire du risque, et ce propriétaire du risque doit avoir en
mesure... doit avoir les mesures pour pouvoir le mitiger et le suivre.
Et un quatrième sujet, qui est l'alignement un
peu des pratiques de gestion d'affaires en termes de livraison de projets. Vous
l'aurez compris, chers députés, que les projets d'envergure d'infrastructure,
ils se font déjà sur les trois paliers gouvernementaux, mais aussi, autour de
la table, plusieurs entrepreneurs qui n'ont pas la même maturité par rapport à
la gestion de risque de projets. Disons que le secteur privé, il a une certaine
maturité en termes de la mise en place des
meilleures pratiques de gestion de projets majeurs. Et donc il y a... Nous
avons constaté un décalage entre les pratiques d'affaires, et de là
qu'on recommande que... qu'il y ait un alignement un peu de ces pratiques pour
qu'on puisse travailler de la même façon.
Le meilleur exemple à ça, c'est que, par
exemple, le gouvernement fédéral, il a une politique transversale de gestion de
projets. Au Québec, on n'en a pas encore une. Je peux comprendre qu'une fois la
directive au niveau infrastructures va être mise à jour... mais encore, pour
moi, elle a une portée sectorielle, alors que, généralement, pour harmoniser la pratique de gestion de projets
à l'ensemble... Parce que, généralement, le secteur d'infrastructures,
il ne livre pas ses initiatives. Il a besoin
des finances. Il a besoin de partenaires en transformation, des fois,
technologique. Il a besoin de d'autres partenaires du portefeuille
gouvernemental pour livrer ces projets-là.
Je pense qu'une politique transversale dans
l'ensemble des portefeuilles du gouvernement pourrait être un facteur accélérateur, mais surtout un levier
d'économie majeur, puisqu'on permettrait une certaine... On va casser les
silos. Il y aurait les... aller
chercher des synergies possibles entre les différents portefeuilles et
réduire... que dirais-je, réduire les disparités entre les niveaux de
compréhension de livraison, de maturité des équipes à livrer les projets.
• (19 h 40) •
Un sujet, et je suis à la page 8,
simplifier, expliquer, responsabiliser les processus... Il n'y a pas mal de
processus qui ont été nommés dans cette loi, je ne ferai pas l'inventaire,
mais, notamment, le processus d'octroi gré à gré, qu'on voit d'un bon oeil,
sauf que le risque ou, en tout cas, l'apparence de risques là-dedans, c'est que
ça a été critiqué par le passé, pendant le COVID, et donc, de façon à protéger
à la fois l'image du gouvernement mais aussi le public, de structurer ce
processus-là, même qu'il soit de gré à gré, d'avoir un minimum de structures et
de critères qui permettraient de cadrer
l'octroi, justement, parce que, pour les gens qui ont fait un peu de finances,
on peut très bien octroyer plusieurs mandats de gré à gré en bas du seuil. Le
cumul peut faire un montant important. Et donc, dans ce sens-là, on dit
que, ces processus-là, on voudrait les simplifier, qu'il y ait une
imputabilité, mais des rôles très clairs, parce qu'encore, pour chaque
processus, il faut qu'on soit très clairs, c'est qui est le propriétaire de ce
processus-là, les mécanismes de communication, encore là, la disponibilité de
l'information, sa pertinence au moment où on veut simplifier l'information.
Écoute, j'étais rendue là. Je sauterais à la
page... à la page 9, avec mon... ma dernière recommandation, avec laquelle j'aurais aimé commencer, qui est avoir un
bureau de projet pour le secteur infrastructures. Toute organisation qui
gère des projets d'envergure se doit d'avoir un bureau de projet central qui
arrime les façons de faire, qui... qui donne le ton et les meilleures pratiques
pour pouvoir livrer des projets sur lesquels on pourrait réaliser certaines
synergies, certaines économies, qui pourraient servir d'un levier... comme
levier à l'autre, et c'est avec ça, donc, un bureau de projet digital pour
l'infrastructure, dans un premier temps, qui, éventuellement, pourrait être un
bureau de projet transversal au gouvernement.
Le Président (M. Simard) : Merci à
vous, Mme Zhouri. Et nous passons donc à la période d'échange. M. le
ministre responsable des Infrastructures, à vous la parole.
M. Julien : Oui, merci beaucoup.
Merci beaucoup pour le document et la présentation. Pour moi, c'est un document
qui va... qui vient concrétiser... qui vient exprimer de manière concrète des
éléments... Pour moi, le cadre, c'est la
stratégie. La loi, les directives, les règlements, c'est le volet réglementaire
et légal qui nous permet d'atteindre la stratégie. Puis là on descend
encore un peu plus... un peu plus bas dans des... je dirais, dans des saines
pratiques et des recommandations qui sont assez appliquées. Alors, je vous
remercie, puis on va les regarder attentivement.
Je pense qu'il y en a plusieurs que... Par
exemple, pour moi, le bureau de projet où il y a de l'expertise centralisée,
bon, bien, je reviens toujours avec la Société québécoise des infrastructures,
qui était anciennement... anciennement la Société immobilière du Québec, qui,
par fusion, en 2012, avec Infrastructure Québec, qui était la boîte
d'expertise, est devenue la... bon, puis il y a 350 professionnels,
architectes et ingénieurs, qui sont là et qui... qui sont
un noyau assez fondamental d'expertise. Donc, pour moi, c'est peut-être le
modèle qu'on a comme bureau de projet, bien que ce n'est pas exactement la même
définition, mais où l'expertise est centralisée pour pouvoir aider tout le
monde.
Et, si on se relève d'un pas... Parce que, comme
je vous dis, quand vous nous présentez ça, bien, je trouve qu'il y a plein de
pistes opérationnelles et des pièges à éviter que je pense qu'on couvre
quand... quand on va l'opérationnaliser, mais c'est... mais c'est bien de s'en souvenir
et de se le rappeler. C'est bien structuré, mais, si on s'élève d'un pas...
vous entendre sur le caractère adéquat des modes collaboratifs dans une
perspective de gestion de projets d'infrastructures publiques avec certaines
allusions qu'on a peu attendues, mais une fois est trop...
Alors, je veux
vous entendre sur... oui, mais ça favorise ces modes collaboratifs où on vient
asseoir les professionnels, les
entrepreneurs, les parties prenantes, le donneur d'ouvrage. Par un appel
d'offres public, on qualifie ces gens-là, puis là on travaille ensemble
à amener un projet à terme en bénéficiant des compétences et de l'expertise dès
la planification. En quoi cette approche-là, selon vous, favoriserait plus la
pratique collusoire qu'une pratique d'appels
d'offres traditionnels, au plus bas soumissionnaire? Moi, je... moi, je pense
que ce n'est pas le cas, mais vous connaissez bien ça. Est-ce que...
C'est quoi, votre estimation par rapport à ça?
Mme Zhouri
(Mariama) : Écoutez, c'est une bonne question. D'abord, je
vous remercie pour votre commentaire par rapport à la qualité du
document. Je pense, ça fait écho à un échange qu'on a eu il y a plusieurs mois,
de dire : Bien, c'est ça qui est ça, mais j'ai besoin de solutions
concrètes pour le faire atterrir.
Et donc, pour revenir à votre question, je pense
que c'est plus une façon de gérer le risque qu'il y ait une apparence de
collusion ou des problèmes de transparence que l'éventualité d'en avoir. Moi,
je pense à un exercice, comme je l'ai signifié tout à l'heure, KYP, «know you
partner». C'est un des éléments clés qui a fait ses preuves dans plusieurs
autres industries, que cette connaissance, cette proximité documentée et ces
préqualifications. Puis le mot que j'utiliserais dans ce sens-là, c'est revue
diligente, c'est d'exercer une certaine revue diligente, documentée, disponible
sur des plateformes digitales, parce qu'aussi, des fois, les contraintes
physiques pourraient être un enjeu, mais, moi, ça me rassure d'avoir un espace
collaboratif où les parties prenantes sont autour de la table.
Les
conditions gagnantes pour qu'ils soient autour de la table, il faut que ce soit
clair, en mode préqualification. Il faut que chacun autour de la table
sache son rôle et responsabilité, mais aussi, ce qui revient souvent, c'est au
niveau de la gestion de risque, quel risque moi, j'ai, comme entrepreneur, à
être autour de la table puis comment je le mitige, ou c'est : Moi, bien,
on me pitche ça dans ma cour, puis je dois vivre avec, puis c'est moi qui
assume les conséquences. Je pense, la notion de gestion de risque là-dedans
prend toute son importance dans la considération.
M.
Julien : C'est ça, puis je veux vous amener... Bien, parce
que, pendant que vous parliez, ces deux éléments, j'avais mis des petits
astérisques. Bon, la préqualification, je ne suis pas contre, mais je vois
toujours des aspects dans la préqualification... Ça dépend toujours quand
est-ce que... quand est-ce qu'on le fait et quand est-ce qu'on doit la mettre à
jour. Pour vous, une préqualification c'est-tu d'avoir une banque de
préqualifiée, mais là ça m'obligerait continuellement à m'assurer que ces
qualifications-là sont toujours pertinentes, ou de préqualifier, momentanément,
contrat d'envergure et complexe qu'on veut faire en RPI le plus tôt possible?
J'essaie juste de voir... C'est-tu de former une banque ou c'est d'être quand
même à la pièce... parce que ces pièces-là sont assez... vont être assez rares.
Je veux dire, on n'en aura pas... on n'en aura pas 13 à la douzaine, là.
Mme Zhouri (Mariama) : OK, mais
c'est une bonne question, et la perspective que je vois à cet exercice-là,
c'est d'abord une phase I, de préparation, et de peupler cette base de
données, et de la préparer, mais surtout de la penser dans un esprit de
qualification, qui sont les leaders, qui sont les moyens, qui sont les plus
bas.
Puis j'avais poussé un peu la proposition à
avoir même une cote de risque comme on a une cote de crédit ou une cote de
fiabilité, d'avoir une cote de risque déjà associée, sur des bases que le
gouvernement aurait décidées, notamment la fiabilité financière, la qualité de
l'ouvrage une fois livré, les ressources, parce que, souvent... qui pourrait
arriver, et là, encore là, je ne suis pas la spécialiste d'infrastructures,
mais on promet, promet, et, finalement, ce qu'on livre, parce qu'on manque de
ressources qualifiées, ce n'est pas ça, ou, dans l'autre sens, ce qu'on dit souvent, c'est que, lorsqu'il y a un appel
d'offres, bien, c'est deux, trois «bullets», puis ce n'est pas très clair, le
«scope», puis, une fois qu'on
commence la phase I, bien, on se rend compte que... est pas mal plus que
ça, et le risque là-dedans incombe toujours à l'entrepreneur.
Donc, pour moi, il y a une phase I, de
monter cette base de données et de la peupler sur cette base, justement, de
gestion de risque pour le donneur d'ouvrage, mais aussi pour l'écosystème
d'infrastructure, et, ponctuellement, lorsqu'il y a des projets majeurs, il y a
une mise à jour quand il y a changement, et on appelle ça, dans le jargon, un
«trigger» qui ferait que quelqu'un, sa cote de risque changerait, soit qu'il a
changé d'emploi, ses revenus ont changé, il a quitté ses fonctions.
Donc, il y a cette logique un peu de
préqualification en jour 1, de monter la base de données sur des bases
très... des critères bien précis puis pouvoir déterminer les déclencheurs qui
feraient qu'on les met à jour, puis le déclencheur pourrait être justement
l'appel d'offres ou pourrait être éventuellement... puis il y aurait un niveau
de responsabilité que je verrais là-dedans de la part du contractant, que, s'il
y a un changement dans sa posture financière ou de livraison, bien, il va dans
la base de données puis qu'il met à jour l'information.
M. Julien : C'est bien. C'est sûr
qu'après ça, quand nous, on le réfléchit intellectuellement puis qu'on
s'interroge comment ça va procéder, il y a beaucoup, beaucoup d'informations
qui vont être à l'intérieur du... de la documentation
d'appels d'offres où ça va être très névralgique puisqu'on va vouloir
qualifier... Alors, peut-être une préqualification, ce serait plausible sur
certains aspects, mais la notion de partage de risque, des attendus entre les
partenaires et le donneur d'ouvrage, ça va être bâti beaucoup dans le processus
d'appel d'offres, dans cette documentation-là, pour éviter...
On veut donner la
même information à tous ceux qui voudraient être tentés par l'exercice, et
chaque projet étant assez spécifique, complexe et non nécessairement
reproductible, je pense que c'est la documentation... l'effort doit être mis à
l'intérieur de ce document-là. Alors, comme vous dites, bien, l'appétit au
risque ou le partage de risque, moi, je vois
difficilement comment qu'il peut être, a priori, de la nature du projet
spécifique qui, lui, va amener cette réflexion-là puis de dire :
Bien, voici comment on voit ce partage de risque là, qui ne serait pas la même
chose dans le projet B, C que le A, puis c'est là qu'on va le définir.
• (19 h 50) •
Mme Zhouri (Mariama) : Vous avez la bonne
analyse. Justement, c'est comme un processus de qualification aux
crédits. A priori, on te préqualifie pour un crédit entre tel montant et tel
montant. Maintenant, quand tu vas vouloir acheter la maison qui coûte
450 000 $, l'analyse va être plus étoffée et va être contextuelle au
projet, dans le cas où on parle, contextuel à l'appel d'offres en particulier,
à ses attributs ou à son envergure et ses particularités, mais qui... à un premier temps de préqualification
qui permet d'accélérer le processus, parce qu'on l'a vécu sur plusieurs dossiers,
c'est que, lorsqu'il arrive le temps de lancer les appels d'offres, bien,
généralement, c'est les mêmes documents de base. Maintenant, la particularité
de l'offre, elle est différente, mais les documents de base... Et là je fais,
en fait, réponse à cette agilité qu'on veut avoir dans le processus, cette
simplicité, mais cette rapidité d'agir pourrait être adressée par cette
préqualification puis cette base de données qui devrait être tenue à jour.
M. Julien : Souvent,
on a entendu aussi des commentaires, de dire : Bien, si ça fait... si ça
fait l'affaire de l'industrie, est-ce que c'est au détriment du donneur... du
donneur d'ouvrage, et, a contrario, si ça fait l'affaire du donneur d'ouvrage,
est-ce que c'est... a contrario, c'est aux dépens de l'industrie? Puis moi, je
dis : Non, non, je crois que c'est une approche vraiment gagnant-gagnant,
puis pour deux motifs. C'est-à-dire que, comme donneur d'ouvrage, je vais pouvoir bénéficier de l'expertise, des compétences,
des connaissances, l'expérience et la valeur ajoutée de cette triade-là,
là, architecte, ingénieur, entrepreneur général, et potentiellement d'autres
intervenants, pour qu'ils viennent bonifier la solution à mes besoins bien
définis, et, a contrario, bien, l'industrie nous dit : Bien, si on est en
mode collaboratif, en partage de risque, c'est-à-dire que je n'assume pas tous
les risques et je vais être plus apte à soumissionner parce que j'ai moins
d'enjeux de financement, a priori, du projet. Est-ce que vous voyez que c'est
vraiment gagnant-gagnant ou ça dépend de d'autres... de d'autres motifs?
Mme Zhouri
(Mariama) : Écoutez, je pense que la lecture, encore, que vous faites,
puis elle est partagée dans l'industrie dans ce sens-là, ça renvoie à mon
document à la section «Se préparer et être prêt». C'est toute la différence,
et, dans le projet de loi, il y avait une phase de négociation, puis, dans
cette négociation-là, ce que je prévalerais, c'était vraiment cet échange entre
les parties prenantes, de dire : «What's in it for me», tout un chacun,
puis qu'il y ait une acceptation, chacun, du risque encouru, puis les... et
qu'il y ait une lecture des mesures de mitigation de part et d'autre, et la
seule façon de le faire, c'est le KYP encore, «know your partner», de part et
d'autre, parce que, souvent, on pourrait se pitcher la balle d'un bord ou de
l'autre, mais la seule façon, c'est de s'asseoir, jour 1, clarifier les
attentes, clarifier le «scope», puis revenir sur cette gestion de risque, dans
quelle mesure c'est... et je suis en mode
délégation totale, de livrer le projet, comme presque en mode «outsource». Ça
veut dire que, moi, en tant que donneur d'ordre, je n'ai pas de... je
n'ai pas de risque, à part le risque de livraison, sur lequel je dois m'assurer
que, tout au long du processus, c'est réglé.
M. Julien : C'est
des choses qui peuvent se définir au prix d'un effort raisonnable et avec une
franche discussion, parce que, naturellement, il y a des risques qui sont
hors... hors portée du soumissionnaire, de dire : Bien, écoutez, moi, c'est le prix que je soumets.
Naturellement, il y a des aléas qui sont vérifiables, et, s'ils se produisent,
bien, ils seront facturés et vice versa. Ça se fait assez bien, somme
toute.
Mme Zhouri
(Mariama) : Non, M. le ministre, dans ce contexte-là, en gestion de
projet, on appelle... contingence et une acceptation d'un risque, dans le
registre de risque, et, là-dedans, si le «scope» est clair, et aguerri, et
accepté, chacun, il vit avec le scénario qu'il a accepté.
M. Julien : Parfait,
puis chacun pourrait assumer un risque qu'il provoque. Pour moi...
Mme Zhouri
(Mariama) : Parce qu'on l'a... Là, encore, en gestion de risque, il y
a le propriétaire du risque. Il faut qu'il mette en place de quoi le mitiger,
puis c'est toujours très facile de dire : Je n'en prends pas soin, et le
transférer.
M. Julien : Clairement,
mais on a quand même mentionné qu'il y avait un éventail de potentiels modes
alternatifs, modes collaboratifs, puis le bon mode pour le bon projet,
naturellement. Il y a un élément que vous ramenez, mais vous le ramenez de
manière plus polie que... bien, pas plus, moins directe que d'autres, je
dirais, pas plus polie, mais moins directe. L'article 13.1, là, vous dites :
«Cette simplification de gré à gré n'est pas de bien définir les règles de
conclusion...» Puis je pense que vous faites référence, dans une autre partie
de votre texte, à des enjeux qui ont été vécus dans le passé, mais, bref, là,
c'est...
Mme Zhouri
(Mariama) : Moi, je mets ma casquette de gouvernance là-dedans.
M. Julien : C'est ça, c'est poli,
mais vous nous dites : Drapeau rouge.
Mme Zhouri (Mariama) : Faites
attention.
M. Julien : Vous nous le dites
poliment.
Mme Zhouri (Mariama) : Non, c'est ça,
exactement, oui, bien, je... C'est comme des points de vigilance, dans le sens
où, quand il y a ce genre de contexte où il y a possibilité d'opacité ou...
Est-ce qu'on peut structurer ça, minimiser les risques qu'il y ait dérapage?
Puis, je pense, c'est une...
M. Julien : Mais... Bref, mais,
naturellement, vous ne seriez pas allée là si vous étiez nous?
Mme Zhouri (Mariama) : Naturellement?
M. Julien : Oui.
Mme Zhouri (Mariama) : Je
mettrais... Alors, comme bon gestionnaire de risque, j'aurais mis des points de
mitigation et de contrôle pour minimiser les possibilités qu'il y ait dérapage
si c'est une option qui est favorable dans l'industrie,
puis, des fois, on est obligés d'avoir certaines options additionnelles au menu
pour pouvoir attirer des contracteurs, encourager l'entrepreneuriat au
Québec dans ce secteur-là. C'est très, très louable. Maintenant, dans ma
casquette de gestion de risque, moi, j'aimerais mitiger ce qu'il y a à mitiger.
M. Julien : Il me reste peu de
temps, 1 min 15 s, 1 min 20 s. Vous regardez ces
dossiers-là, gestion de projet, ce qu'on s'apprête à faire de manière très
encadrée, puis je pense qu'on est à la bonne place, bien, ça se fait également
ailleurs, est-ce que vous avez des histoires qui disent que ceux qui l'ont fait
de manière bien encadrée ont regretté le choix de le donner en mode
collaboratif pour des organisations publiques?
Mme Zhouri (Mariama) : «Regretter»,
je pense, c'est un mot fort. Je pense qu'il n'y a rien qui... qui est mieux que l'expérience, puis chaque contexte et
chaque situation est particulière. Moi, je pense que ça vaut l'expérience
et ça vaut pour les avantages que ça peut ramener à ce secteur névralgique pour
le Québec, ça vaut l'expérience. Maintenant, encore là, dans ma casquette de
bonne gouvernance puis gestion de risque, qu'est-ce que je pourrais éviter? Puis c'est... ça, ça serait toujours mon
réflexe, parce que gestion de projet, on peut avoir d'excellents gestionnaires
de projet, mais, quand il s'agit de voir les
angles morts puis avoir la casquette d'éviter des problèmes de gouvernance,
gestion de risque, ça prend des yeux aguerris, et, pour moi, c'est quoi,
l'angle mort quand tout va bien, qu'est-ce qui ne va pas bien que je ne vois
pas?
M. Julien : Je vous remercie
infiniment.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup, M. le ministre. M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le Président.
Premièrement, merci pour votre mémoire très bien fait, et prenez-le, le
compliment du ministre. Je suis avec lui depuis hier. Je pense, c'est la
première fois qu'il prononce le mot «poli». Je ne sais pas comment les autres
groupes vont interpréter son commentaire. À sa place, je dois être très
prudent, parce qu'après votre passage il doit utiliser le mot «poli» jusqu'à la
fin de la soirée. Sinon, je vais le soulever, mais je le seconde, parce que
vous avez mis le doigt sur quelque chose d'extrêmement important au niveau de
la cote de risque. Notre équipe, depuis tout
à l'heure, cherche un élément important, mais, à la lumière de ce que vous avez
dit, maintenant, vous l'avez dit d'une manière très prudente, l'approche
collaborative, c'est une bonne voie, mais, attention, et ça se voit parce que
vous êtes quelqu'un qui travaille dans le domaine, attention au risque, parce
que, si on ne le fait pas de balise...
corrigez-moi si je me trompe, si on ne fait pas de balise, l'effet souhaité risque
d'être le contraire de la démarche. Est-ce que j'ai bien saisi votre
réponse par rapport à l'approche collaborative?
Mme Zhouri (Mariama) : Absolument,
puis, encore là, dans toute bonne initiative, il y a une bonne intention, et, je pense, c'est toujours de base
d'avoir les facteurs clés de succès définis à la base, de pouvoir les suivre, parce
que ce qui pourrait éventuellement arriver, c'est que, quand ça démarre bien,
puis il y a une certaine latitude, c'est pour ça que c'est très important
d'avoir toujours un cadre où tous les puzzles sont là, mais il y a les
processus, les directives, la politique, il y a les mesures de reddition, puis,
tu sais, on l'appelle affectueusement le KYP, mais les indicateurs de
performance, que ça soit suivi, puis c'est ça que... que mon expérience, en
fait, en gestion de risque et gestion de projets majeurs vient confirmer.
M. Derraji : Bien, c'est très
important, je vous le dis, parce qu'il y a beaucoup de personnes qui nous ont parlé de d'autres aspects, mais ce que vous, vous
ramenez sur la table, notamment la préqualification, et j'aimerais bien vous
entendre, parce que c'est la première personne qui nous parle de cet aspect, au
niveau de la préqualification, que ce soient des donneurs
de... pas des donneurs d'ouvrage, mais des sous-traitants, des
contractants : Avez-vous quelque chose en tête? Est-ce qu'on doit passer
par un organisme pour préqualifier ceux et celles qui vont travailler dans ce
domaine, dans ce type de contrat?
• (20 heures) •
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
la question est vraiment judicieuse, dans le sens où, pour moi, encore, je me
réfère à l'essence du projet de loi, de cette agilité puis cette volonté
d'aller réduire les coûts, simplifier les choses. Mais simplifier les choses à
quel prix? La réflexion par rapport à cette préqualification, ça revient
vraiment à cette notion, puis je pense que je peux me faire prévaloir un
copyright sur le KYP, «know your partner», prend toute son essence. Dans toute
relation d'affaires réussie, la connaissance de la personne, du vis-à-vis, des
personnes qui composent le dossier, est d'une importance qui peut faire toute
la différence, sur la base duquel on peut accélérer des chantiers, on peut
faire avancer des situations, on peut gérer des crises, parce que c'est ça
aussi, la gestion de projets majeurs, c'est
gérer des crises, et cette préqualification, en fait, qui pourrait se faire
déjà dans les structures existantes... On parle de SQI, l'AMP qui a...
qui a écopé d'un bon mandat.
M. Derraji : L'AMP, par
exemple, l'Autorité des marchés publics.
Mme Zhouri
(Mariama) : Je parlais de l'AMP, mais dans le sens où son
mandat élargi de surveillance pourrait probablement prendre...
M. Derraji : On l'a... on
l'a... Le ministre a une bonne mémoire. On l'a déjà fait par amendement dans le
cadre du projet de loi n° 66.
Ce que Mme Zhouri ramène, qui est très important, ça me donne une bonne
idée d'amendement. D'ailleurs, c'est pour cela qu'on a voté pour le
projet de loi n° 66. Je saisis l'occasion parce que
vous venez d'ouvrir une très bonne porte par rapport à la préqualification.
Regardez le sourire du ministre. Donc, moi, je pense que c'est quelque chose à explorer. J'ai une autre question,
mais ce que vous m'avez... Vous avez très bien répondu à ma question sur
la préqualification.
Vous avez déjà demandé une politique de gestion
de projets à la lumière de ce qui se fait au niveau fédéral. J'ai devant moi
beaucoup d'éléments que vous avez déjà rédigés dans le passé. À la lumière de
ce que vous avez vu aujourd'hui dans le cadre de ce projet de loi, quand vous
avez commencé à l'analyser, pensez-vous réellement... Parce que, là, quand vous
dites : Relation de partenariat, de collaboration, il y a une partie qui
est extrêmement importante, c'est la partie gouvernementale. Est-ce
qu'aujourd'hui on peut dire que les balises qu'on demande au secteur privé ou
avec les personnes qu'on va collaborer, est-ce qu'on peut dire que le
gouvernement est prêt? Est-ce que, au niveau de la structure qu'on a, ils sont
prêts à passer à cette approche de collaboration rapidement?
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
dans notre mémoire, il y a deux éléments qui peuvent répondre à cette question.
C'est l'élément... Lorsqu'on parle... se préparer, être prêt, je pense qu'il y
a un investissement dans une phase de
préparation dans laquelle on ne pourrait pas générer des bénéfices immédiats,
puis, là-dedans, on pourrait avoir ce processus de préqualification puis
monter cette base de données.
Et il y a la deuxième partie à ça, c'est
vraiment l'alignement des pratiques d'affaires, c'est qu'on ne peut pas exiger,
par exemple, à moins que le gouvernement décide qu'on ne voudrait pas aller
dans ce domaine et puis se prévaloir, dans un rôle de gestionnaire... mais de
demander des compétences. Sachant que, dans certains contextes, on est
conjoints sur le projet, il faut se prévaloir de ces mêmes compétences et de...
À juste titre, M. Derraji, vous l'avez mentionné, par le passé, j'avais
fait une lettre ouverte, justement, pour faire presque un cri de coeur, de
dire : Bien, gouvernement provincial, s'il vous plaît, mettez en place une
politique transversale, déjà, à travers tous les portefeuilles de gestion de
projets, qui permet, dans les projets majeurs dans lesquels on travaille avec
le fédéral, par exemple, et le provincial... Je sais qu'il y a... j'ai... On a
fait, mon équipe et moi, une petite recherche sur... au niveau des... des
villes, est-ce qu'ils ont des politiques, à part des politiques d'approvisionnement.
On n'a pas vu de politique de gestion de projet. Mais ça pourrait être un
facteur accélérateur. Mais surtout les synergies qu'on a... qu'on voit,
lorsqu'il y a un alignement des pratiques d'affaires sur les bénéfices puis
surtout les gains en temps, en ressources et en dollars dans le contexte où on
est, je pense que ça... ça devrait être quelque chose à considérer.
M. Derraji : Je lis encore votre
lettre. Et, en fait, le ministre parle beaucoup de 15 % d'économie. Ce que
vous avez dit dans votre étude, c'est que... 21 % plus de chance de
réussir lorsque les bonnes pratiques sont employées, et des économies allant
jusqu'à 10 % du coût total du projet peuvent être réalisées. Donc, vous
avez vu que, lors de l'annonce de ce projet de loi, le gouvernement a essayé de
mettre sur la place publique : Écoutez, on veut faire ce projet de loi, on
veut l'adopter, parce qu'on veut 15 % d'économie, 25 % en termes de
respect de délai de livraison. Mais là ce que vous dites aujourd'hui, c'est :
Si on n'adopte pas les meilleures pratiques en gestion de projet, si on
n'adopte pas une politique de gestion de projet, est-ce qu'on va y arriver?
Mme Zhouri (Mariama) : Alors, moi,
ce que je peux dire déjà, a priori, dans ma pratique d'affaires, je suis
toujours contente de voir des chiffres parce qu'au moins ça nous donne une
cible. Si jamais on ne l'atteint pas, on est quelque part en bas, bien, au
moins, ça nous donne une cible à aller chercher. Comme on dit, «no no
management», en bon... en bon anglicisme. Mais certainement, les gains qu'on
voit et depuis... ce n'est pas nouveau, on le voit dans tous les secteurs, il y
a des gains importants lorsqu'on travaille avec les mêmes méthodologies, avec
les mêmes compétences, les gens se comprennent. C'est comme si on dit à un
chirurgien qui opère à Québec avec un chirurgien québécois,
sur un patient québécois, il est de l'Ontario ou de l'UK, que, sur le même
problème, on utilise des outils différents puis on utilise une méthode, alors
qu'on fait le même... on est sur le même patient. C'est un peu l'idée
simplifiée, si vous voulez, de dire : Dotons-nous des mêmes pratiques
d'affaires, des mêmes cadres de référence, de meilleures pratiques lorsqu'on
gère des projets majeurs. Et ça devient un des critères importants de qualification.
Ça veut dire : Si vous n'avez pas ça,
même le gouvernement, donc... Et ça renvoie, dans notre rapport, au volet
formation et utiliser les infrastructures qui sont déjà là. Vous faites
référence, M. Julien, à la SQI qui ont 300 professionnels hautement
qualifiés. C'est quoi? Comment on peut faire un «revamp» de ces expériences-là,
de ces expertises-là?
M. Derraji : Et ce qui est
important, c'est que vous dites, qu'il est temps... je vous cite, il est temps
de doter le Secrétariat du Conseil du trésor,
comme ça a été fait au gouvernement fédéral depuis... depuis... il y a
plusieurs années, d'une politique
de... en gestion de projet. Donc, à part ce qu'on fait présentement dans le
cadre de ce projet de loi, si on n'a pas une politique de gestion de
projet, est-ce qu'on est sur la bonne voie?
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez, on
est sur une voie... une voie parallèle. Parce qu'encore là, ce que j'ai dit a priori, d'entrée de jeu, dans le rapport,
c'est qu'on a besoin d'un cadre de référence. Et le cadre de référence, il a
plusieurs composantes, notamment une politique. Je verrais par secteurs,
notamment en infrastructures, une mise à jour de la directive. Bien, au
niveau de l'ensemble des portefeuilles, qu'il y ait une politique transversale.
Des voix : ...
Le Président (M. Simard) :
Non...
M. Derraji : Non, non, mais ce n'est
pas grave. Non, non, mais je lui donne 30 secondes rapidement. Non, je
n'ai aucun problème, non, non. Oui, oui, je le fais souvent, je n'ai aucun
problème, allez-y.
M. Julien : Parce que c'est certain
qu'on a la directive des projets majeurs, qui est un fondamental, au
gouvernement du Québec, qui va être modifiée, qui fait partie de la stratégie,
mais qui n'est pas à l'intérieur des lois. Naturellement,
le fédéral ne gère pas beaucoup de projets, c'est-à-dire, c'est des projets de
défense ou leurs immeubles propres. Au Québec, comme... comme nation, au
niveau où on est, centres hospitaliers, scolaire, enseignement, tu sais, ça n'a aucune commune mesure, tu sais. Le
fédéral ne gère pas beaucoup d'infrastructures à son nom propre, sauf pour
loger ses employés et pour la défense, essentiellement. Alors, la directive des
projets majeurs qu'on a, elle est robuste. Mais c'est vrai qu'il faut bien
regarder ce que vous nommez pour s'assurer que ça y est bien.
Mme Zhouri (Mariama) : Bien, en
fait, l'idée, c'est que, même si le fédéral ne l'utilise pas, ça devient la
référence dans l'industrie, et tout le monde doit s'y conformer. Et ça règle un
des problèmes majeurs, de dire... Une directive, elle a une portée de
directive, mais une politique, elle a une posture plus imposante, à mon avis.
M. Derraji : Oui, mais ça nous
pousse à aller chercher davantage. Parce que ce que vous avez dit, c'est vrai. Par contre, se doter d'une politique de... en
gestion de projets surtout, je pense qu'on est plus obligés que le gouvernement
fédéral, justement parce qu'on gère beaucoup de projets majeurs.
Merci pour l'intervention. Gardez en tête que
j'ai été généreux.
M. Julien : ...
M. Derraji : Je le fais... Je le
fais souvent en étude, surtout quand on a des experts, on en profite tous. Je
ne peux pas avoir toujours les bonnes questions, et c'est très bien qu'on
s'enrichisse ensemble.
Un autre point que j'ai aimé, je ne sais pas
s'il y a un autre groupe qui a parlé de ça : bureau de projet digital. Vous avez proposé, dans la recommandation 7,
de mettre en place... d'un bureau de projet digital, dans une première phase,
et par la suite transversal. Pourquoi vous insistez sur un bureau de projet
digital?
Mme Zhouri (Mariama) : Bien,
écoutez, parce que, je pense, on est à l'ère du digital et, la disponibilité de
l'information là où on est géographiquement, il y a plein de partenaires d'affaires
qui sont en région et qui sont à Montréal.
Je pense, le levier digital, avec tous les chantiers, justement, de
transformation numérique du gouvernement, ne peut être qu'un outil
formidable dans ce contexte-là.
M. Derraji : Et je sais qu'autour de
la table une experte... vous faites allusion à notre collègue. Vous avez
raison. Parlons de ce bureau de projet. Est-ce que vous le voyez comme un
bureau de projet ou une structure de gouvernance qui va aider dans la
préqualification, par exemple? Comment vous le voyez, ce projet?
• (20 h 10) •
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
c'est une structure de gouvernance. Je pense, c'est l'un des mots appropriés. Parce que, souvent, M. le
ministre, on parle beaucoup de gestion de projets, mais, dans le jargon de la
gestion de projets, on parle de gestion de programmes, gestion de
portefeuilles...
Le Président (M. Montigny) :
Merci.
Merci. Je suis désolé...
Mme
Zhouri (Mariama) : ...gestion de portefeuilles qui a une portée
stratégique...
Le Président (M.
Montigny) : Je suis désolé de vous couper, le temps est maintenant
révolu, et maintenant je dois donner la parole à la députée de Verdun.
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Merci, Mme Zhouri, pour toutes
vos explications. Vous avez répondu à une partie de mes questions. J'en ai deux
principales, deux questions. La première, c'est concernant la préqualification,
quand vous dites de bien connaître le partenaire puis avoir soit une cote de
risque, ou autres, ou de... Vous avez parlé beaucoup de l'expertise aussi.
Comment utiliser ce type d'évaluation des cotes en prenant aussi en considération que les... créer des partenariats,
ça veut aussi ouvrir la porte à des nouveaux joueurs, à des nouveaux acteurs, des
personnes qui... peut-être qui n'ont pas fait toutes leurs preuves, entre
guillemets, mais qui amènent certaines
innovations? Comment vous voyez l'application de cette préqualification à des
nouveaux acteurs dans les marchés publics?
Mme Zhouri
(Mariama) : Bien, c'est clair, pour moi, et encore là je fais
référence à... je pense, pour simplifier la compréhension de tout le monde, à
la cote de risque crédit, il y a des gens qui sont superqualifiés qui ont des
cotes incroyables puis il y a des gens... Par exemple, les immigrants, quand
ils arrivent, ils n'ont pas d'historique de crédit, ils ont de la difficulté à
avoir un logement parce qu'ils n'ont pas de cote de crédit, donc il faut la
bâtir.
Dans le cas qu'on
parle de l'infrastructure, ces partenaires-là, d'abord, lorsqu'on va faire ce
débroussaillage d'avoir cette préqualification, on va savoir d'abord c'est qui,
nos champions, c'est qui, nos... les moyens, c'est qui, la tendance dans ce
marché-là, on a-tu des grands joueurs, on a-tu des moyens, c'est quoi, leur
taille, c'est quoi, leurs particularités, leurs forces aussi et là où ils se
distinguent.
Et je pense qu'il
faudrait se donner la latitude de mesures d'accompagnement lorsqu'il s'agit
d'ouvrir l'opportunité pour de nouveaux joueurs. Et dans ce contexte-là, de
façon légale, on peut avoir des cautions, on peut avoir des cosignataires ou
des... en tout cas, vraiment, dans le même concept de ce qu'on fait en gestion
de crédit, je pense que le même concept pourrait s'appliquer avec beaucoup plus
de facilité, notamment. Mais je suis d'accord avec vous qu'il faut faire de la
place, il faut laisser aussi de la place aux nouveaux joueurs et aussi aux
petits joueurs au Québec. Je suis d'accord avec vous là-dessus.
Mme Zaga Mendez : Merci. Bien, je trouve ça
intéressant, parce que c'est aussi la... l'objectif, c'est l'innovation,
puis des fois l'innovation peut arriver, dans ce cas, des nouveaux joueurs.
Et il y a deux termes
que vous utilisez dans vos recommandations que... je ne les comprends pas tout
à fait. Peut-être que vous pouvez nous aider. Vous parlez des modes de
délégation totale puis modes de délégation partielle, selon les outils de
travail qui sont développés. Si vous pouvez juste nous aider avec la
distinction.
Mme Zhouri
(Mariama) : Bien, en fait, c'est ça, pour revenir, lorsqu'on dit
«délégation totale», ça veut dire qu'on est en mode «outsource», on donne le
projet à une entreprise ou à un contracteur puis on... il s'occupe... clés en
main. Et, lorsque c'est partagé... Puis c'est là où... l'importance de la notion
de gestion de risque : Moi, je m'occupe de quoi, vous, vous vous occupez
de quoi; en termes budget, moi, j'assume quoi, vous, vous assumez quoi, et se mettre d'accord. Puis ça, c'est ce qui
fait toute la différence, dans cette notion de gestion de risque, de se mettre
d'accord sur les mesures de mitigation. Moi, en tant que donneur d'ouvrage, je
suis à l'aise avec ce qu'on me dit comme mesure de mitigation, puis, de l'autre
côté, celui qui va livrer, bien, il est confortable avec le risque qu'on lui transfère
ou qu'il accepte de... en fait, de mitiger et de prendre.
Mme Zaga
Mendez : Donc, pour utiliser les mêmes termes, des contrats en
partenariat seraient en délégation partielle des responsabilités. Dans ce
cas-là, vous suggérez d'avoir... de développer des technologies de pointe. Puis
on avait cette discussion-là, en termes de partage de l'information, quand
c'est les donneurs d'ouvrages publics, peut-être ils n'ont pas toute la
capacité de développer cette technologie-là. Donc, j'aimerais ça vous entendre
un peu là-dessus.
Mme Zhouri
(Mariama) : Bien, peut-être... je ne me fais pas des amis dans ce
secteur-là, lorsque j'essaie de virer digital, mais, je pense, aujourd'hui dans
le monde de l'intelligence artificielle puis la disponibilité des données, ce qui peut être un facteur différenciateur et accélérateur,
justement, c'est cette digitalisation de certains aspects ou certains
processus autour de ce projet de loi.
Le Président (M.
Montigny) : Bien, merci, merci beaucoup, Mme Zhouri, pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Bien, nous allons
maintenant suspendre quelques instants, le temps d'accueillir le prochain
groupe. Merci.
(Suspension de la séance à
20 h 15)
(Reprise à 20 h 19)
Le Président (M.
Simard) : Alors, chers collègues, nous sommes de retour, et cette fois-ci
nous sommes en présence et avons l'honneur de recevoir des représentants à la
fois de la ville de Montréal et de la Société de transport
de Montréal. Alors, mesdames, messieurs, soyez les bienvenus. Auriez-vous
d'abord l'amabilité de vous présenter, s'il vous plaît?
Ville de Montréal et
Société de transport de Montréal (STM)
Mme Thuillier (Émilie) : Oui.
Bonsoir. Donc, je suis Émilie Thuillier, mairesse d'Ahuntsic-Cartierville,
membre du comité exécutif responsable des infrastructures.
M.
Caldwell (Éric
Alan)
: Éric Alan
Caldwell, conseiller municipal à la ville de Montréal et président du conseil
d'administration de la STM.
Mme Léonard (Marie-Claude) :
Mme Marie-Claude Léonard, directrice générale de la Société de transport
de Montréal.
M. Carette (Claude) : Claude
Carette, directeur général adjoint au niveau de l'urbanisme, de la mobilité et
de l'infrastructure.
Le Président (M. Simard) : Vous
savez que vous disposez d'une période de 10 minutes afin de faire votre
présentation.
• (20 h 20) •
Mme
Thuillier (Émilie) : Tout à fait. Merci beaucoup. Bonsoir, tout le
monde, M. le ministre, M. le Président, Mmes et M. les députés. Donc,
c'est avec plaisir qu'on est ensemble ce soir pour vous présenter la position à
la fois de la ville de Montréal et de la STM, là, sur le projet de loi n° 62.
Vous savez, la ville de Montréal et la STM, on
est à peu près les cinquièmes ou sixièmes donneurs d'ouvrage au Québec et nous
accueillons vraiment avec beaucoup d'intérêt le projet de loi n° 62,
parce que le gouvernement reconnaît, en fait, les défis des administrations
publiques dans la réalisation des grands projets d'infrastructure, donc, vous
le savez, je ne m'étendrai pas, les marchés saturés, le manque de concurrence,
la hausse de prix, le dépassement des
enveloppes prévues, évidemment, la pénurie de main-d'oeuvre aussi. Et, à
l'instar, là, de tous les organismes publics qui sont visés par la loi,
la ville de Montréal est aux prises avec des défis similaires, en fait, des
défis probablement identiques. Et on a aussi les mêmes objectifs qui sont
d'accroître la concurrence, de réduire les délais de livraison des projets et
de diminuer les coûts afin que chaque dollar qu'on investit dans les projets
d'infrastructure, là, puisse en bénéficier le plus possible aux citoyens et
citoyennes.
Et c'est pour ça qu'aujourd'hui nous sommes là
pour vous partager notre appréhension quant à la possibilité que Montréal soit
exclue, en fait, du nouveau cadre contractuel qui va être mis en place par le
PL n° 62. À notre avis, là, en réservant aux
organismes du gouvernement provincial ce nouveau cadre, le gouvernement se
place en position privilégiée face aux autres grands donneurs d'ouvrage publics
que sont, par exemple, la ville et la STM, et crée, en fait, une espèce de
système à deux vitesses. Et on pense qu'une telle décision pourrait faire en
sorte que le climat contractuel de la métropole, qui n'est déjà pas facile,
sera encore plus difficile, notamment en réduisant le bassin de fournisseurs
potentiels et peut-être même une hausse des coûts des contrats municipaux.
Je tiens à souligner que la ville est membre du
comité des grands donneurs d'ouvrage en infrastructures, un comité qui est là
pour réfléchir et répondre collectivement aux principaux défis de réalisation des
grands projets d'infrastructure. Notamment, on travaille tous ensemble,
Montréal travaille à la feuille de route du BIM, hein, de «building information modeling», et donc on
cherche des nouvelles façons d'avoir des méthodes d'approvisionnement
avec... en optimisant, finalement, les processus de construction. Et le
PL n° 62, bien, c'est un peu la même logique,
c'est-à-dire qu'on vient ici essayer de rendre des modalités d'appel d'offres
plus flexibles et surtout adaptées aux spécificités de certains grands projets
et contexte du marché. On s'inscrit aussi, c'est important de le dire, dans la
déclaration de réciprocité concernant le nouveau partenariat entre le
gouvernement du Québec et les gouvernements de proximité, notamment aussi la
Table Québec-Municipalités en habitation.
Donc, à Montréal, il y a des grands projets
d'infrastructure qui sont déjà en cours, mais il y en a d'autres qui s'en viennent dans les prochaines années. Je
mentionnerai seulement, là, l'usine d'ozonation... en fait, l'usine d'épuration
Jean-R.-Marcotte, où on a des programmes d'ozonation et aussi de remplacement
des incinérateurs. Juste pour ces projets-là, c'est 2 milliards
d'investissements dans les prochaines années. On a aussi 500 millions qui
sont prévus, là, dans nos actifs d'eau
potable, et ça, c'est sans compter les grands projets de réseau routier,
notamment le complexe Turcot. On rappelle aussi que beaucoup de ces
projets, en fait, bénéficient de subventions provinciales ou fédérales, donc on
est vraiment dans de l'argent public, l'argent public municipal, mais aussi
provincial-fédéral, donc on souhaite vraiment que ce soit le plus rigoureux
possible. On vit avec des délais administratifs, quand il y a des appels
d'offres successifs pour des grands projets, là, qui sont faits, par exemple,
en plusieurs lots, où chaque annulation, parfois, d'appel d'offres, parce qu'il n'y a pas de soumissionnaire, bien, ça
crée des délais encore et ça crée, ça aussi, des surcoûts, et c'est ce
qu'on essaie d'éviter.
Donc, aujourd'hui, la ville de Montréal arrive
avec cette recommandation qui est à l'effet que des adaptations à la législation soient apportées afin de
permettre à la métropole du Québec de se prévaloir des modalités contractuelles
rendues disponibles par l'adoption du projet de loi n° 62. Et, à notre
avis, il n'y a aucune raison logique qui pourrait expliquer que la métropole
québécoise, qui doit vraiment composer avec la même réalité que les organismes
qui sont visés par le projet de loi, ne pourrait bénéficier des avantages qui sont
documentés du mode contractuel collaboratif. Et on
souhaite vraiment travailler main dans la main avec le gouvernement pour qu'on
puisse garantir que nos projets d'infrastructure se réalisent dans les
meilleures conditions possibles, dans l'intérêt... l'intérêt, évidemment, là,
supérieur de la population.
Et sur ce, je passe
tout de suite la parole à mon collègue, M. Caldwell, pour la section plus Société
de transport de Montréal.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Merci
beaucoup, Mme Thuillier. Et, à mon tour, je veux saluer, justement,
l'arrivée de ce projet de loi, le PL 62, qui introduit dans la Loi sur les
contrats des organismes publics le concept de partenariat
qui ouvre la... la porte au mode collaboratif. On applaudit... À la STM, on
applaudit vraiment cette modification-là. Le mode collaboratif, on le
constate dans notre industrie en transport collectif, pour les grands projets
de développement ou les grands projets de maintien d'actifs ailleurs dans le
monde, c'est un mode qui est efficace, qui est prisé, justement, tant par les
donneurs d'ouvrage que par le marché pour arriver à réaliser ces grands projets
complexes pour lesquels il n'y a souvent... il n'y a souvent, comme M. le
ministre a eu la chance de l'expliquer, pas tant de concurrence. Alors, on le
salue, on est d'accord avec le diagnostic, on est d'accord avec la solution
proposée et les modifications que ça amène dans la LCOP.
Ceci étant dit, un
peu comme le disait ma collègue Thuillier, nous, à la STM, on a des grands
projets, au cours des 20 prochaines années, on a pour plus de
12 milliards de grands projets de maintien d'actifs, un portefeuille de
réalisations de 21... 21 milliards au cours des 10 prochaines années. Et à
50 ans, bien, le métro nécessite des gros travaux d'infrastructure. On
doit redonner une deuxième vie au métro de Montréal. C'est des grands ouvrages
de génie civil qui ont le même niveau de complexité. Redonner une nouvelle vie,
moderniser le métro, amène un niveau de complexité parfois similaire à
l'élaboration de nouveaux réseaux.
Donc,
justement, pour ces raisons... Et aussi j'en rajoute une autre. Comme c'est le
gouvernement qui finance la majorité des sommes de ces projets de
maintien d'actif, comme à l'échelle de nos programmes, avec les constats qu'a
faits M. le ministre, si on peut générer des économies de 15 % à
25 %, comme on a beaucoup de grands projets majeurs qui pourraient se qualifier... Par exemple, dans notre passé
récent, il y a eu le prolongement de la ligne bleue, le garage Côte-Vertu, le complexe Crémazie, et des
projets à venir, il y a le complexe Beaugrand, l'arrière-gare Angrignon,
un nouveau centre de transport dans l'est, le maintien d'actif, des grands
projets d'accessibilité universelle pour mettre des ascenseurs dans le métro.
Donc, on croit vraiment que les dispositions qui seront mises sur la table pour
la LCOP devraient bénéficier à cet autre
grand donneur d'ouvrage qu'est la STM, justement, pour l'ensemble de nos
projets.
Comme l'a dit ma
collègue Thuillier, le fait que la ville et la STM sont les... parmi les plus
grands donneurs d'ouvrage au Québec, on ne veut pas qu'il y ait un système à
deux vitesses, justement, qui serait au détriment des donneurs d'ouvrage qui ne
disposent pas des mêmes dispositions. En transport collectif, là, on nous
demande d'optimiser les coûts. Il y a là un levier important, contributif, qui
est sur la table, on souhaite en bénéficier puisque c'est dans l'intérêt de
tous, les... de tous les niveaux. Pour répondre aux défis de financement du
transport collectif, une des pistes importantes est l'optimisation de nos
ressources.
On répète, le métro a
besoin vraiment de beaucoup d'investissement en maintien d'actif. Il y a des
sommes au PQI, vous le savez, la STM est en demande pour des sommes
supplémentaires. Il y aura des grands chantiers, puisque notre métro a été... a
été fait, comme beaucoup des ouvrages de génie civil, entre autres dans le
système routier, dans les années 60-70, et il faut, après 40, 50,
60 ans, lui redonner un cycle de vie avec des travaux majeurs, comme je le
disais.
C'est pour ça que
nous arrivons, nous aussi, avec une recommandation, qui est la suivante. Par
souci d'équité et de saine gestion des fonds publics, nous demandons de
modifier la Loi sur les sociétés de transport en commun pour y introduire le
concept de contrat de partenariat, avec l'ensemble des adaptations nécessaires
pour réduire les coûts et délais des projets majeurs de la STM. Merci.
Le Président
(M. Simard) : Merci à vous. Et nous allons, de ce pas, passer à
nos échanges avec les députés ici présents. Et on commence avec le ministre
responsable des Infrastructures.
M. Julien : Merci beaucoup, M. le
Président. Écoutez, c'est... c'est très intéressant, ce que vous dites.
Premièrement, je vous remercie de vos
commentaires et des documents que vous nous avez remis. Et ce que je trouve
très intéressant, c'est que vous en voulez, donc ça veut dire qu'on est
à la bonne place, à tout le moins, par rapport à l'approche.
Puis vous avez parlé
de... Parce que, là, on va revenir spécifiquement, à la fois pour la Loi sur
les sociétés de transport en commun puis la loi sur la Charte de la Ville de
Montréal, probablement, où s'appliquent les éléments de gestion contractuelle.
Mais quand vous dites : Si vous ne nous incluez pas, vous... on n'aura pas
les gains, puis c'est à deux vitesses. Donc, vous estimez qu'il y a des gains
importants au projet de loi 62 pour la gestion contractuelle dans des grands
donneurs d'ouvrage. Et vous les qualifiez de comment, ces gains-là?
• (20 h 30) •
Mme Thuillier
(Émilie) : En fait, la ville de Montréal est en discussion sur une
base continuelle avec des associations d'entrepreneurs, notamment L'AQEI ou
l'ACRGTQ. Et donc ce sont des gens avec qui on discute. Et les entrepreneurs
nous demandent vraiment d'avoir un cadre un peu plus flexible pour des projets
majeurs ou des projets complexes. Parce qu'on arrive avec tous les détails dans
un projet. On a un appel d'offres, mais, quand c'est des projets qui sont
majeurs puis il y a des modifications qui doivent se faire en cours de route,
c'est extrêmement complexe à faire comme gestion contractuelle.
Et c'est pour ça que, depuis plusieurs
années, si on regarde ce qui se fait ailleurs dans le monde, aux États-Unis
et même ailleurs au Canada, ce sont des modes collaboratifs — il y
en a plusieurs, là, mais notamment le partenariat — qui permettent
vraiment plus de souplesse puis d'avoir des meilleurs projets, même au niveau
de la qualité, hein, parce qu'on peut
bénéficier... C'est sûr que nous, comme ville ou comme STM, on a beaucoup d'expertise
dans la fonction publique, mais on fait des projets comme, par exemple l'usine
d'ozonation. Bien, tu sais, ça va être la plus grande au monde. Bien,
clairement, là, il n'y a aucun fonctionnaire municipal qui a déjà fait une
usine d'ozonation la plus grande au monde. Alors, on a besoin de s'appuyer sur
l'expertise du privé, qui en a fait ailleurs dans le monde, justement, puis pas
d'aller les chercher, en bout de course, après avoir réfléchi pendant des
années sur le projet.
Donc, ces modes de
partenariat, pour ne donner que cet exemple-là, fait en sorte qu'on peut
bénéficier de l'expertise, puis toujours en faisant jouer la concurrence, hein,
on n'enlève pas la concurrence dans ces modes-là. C'est juste qu'on transfère
la concurrence en amont des décisions plutôt qu'en bout de course. Et donc ça
permet vraiment, à notre avis, d'aller
chercher une meilleure qualité, un meilleur partage de risque aussi,
public-privé et, au bout du compte, des coûts qui sont moindres. Parce
qu'on le sait, si on transfère tous les risques au privé, bien, clairement, ils vont nous les faire payer, même si ces risques
ne vont pas se réaliser. Donc, c'est un des principaux bénéfices qu'on...
qu'on voit, là.
M. Julien :
Parfait. Naturellement, ça nous a pris un certain temps avant d'arriver
avec le projet de loi, pas tant parce que
les idées sont... sont si complexes à imaginer, mais c'est beaucoup plus de
dire jusqu'où on va aller dans l'application. Alors, j'ai travaillé avec
ma collègue présidente du Conseil du trésor, là. Le Trésor, c'est comme... c'est comme une bête à deux têtes, là : moi,
je m'occupe du PQI et des infrastructures, Sonia s'occupe... la présidente du
Conseil du trésor s'occupe plus du volet autorité des marchés... marchés
publics. Et là c'était comment on réussit à balancer ce compromis-là...
Pas... pas «compromis». Comment on peut aller le plus loin possible sans mettre
en péril l'intégrité, l'équité et la transparence, qui sont les fondements de
la... de la LCOP. Et puis je pense... Je pense qu'à la fin, Sonia... la présidente du Conseil du trésor et moi... qu'on dit...
on est allés le plus loin qu'on pouvait, et pour nous, c'est achevé.
C'est-à-dire, par la stratégie, là, comme fonction publique, c'est achevé.
Mais, quand on l'a fait, on l'a fait avec la perspective de nos donneurs
d'ouvrage, c'est-à-dire la SQI et le ministère des Transports surtout, là, en
termes de volume, de capacité et d'expertise. Alors, c'est... c'est... Parce
qu'on se dit : Eux, on les connaît bien puis on a travaillé pendant...
pendant un an, là, à bien définir ça.
Donc, je comprends
très bien que la ville de Montréal ou la Société de transport de Montréal, qui
relèvent de la loi sur les sociétés de transport dans un cas et de la Charte de
la Ville de Montréal, pourraient être intéressées et interpelées et souhaiter
l'avoir, mais, je dirais, je ne peux pas le faire à l'intérieur du projet de
loi n° 62. Puis, pour arriver à ça, bien, il faudrait qu'il y ait des
discussions, là, avec ma collègue du MAMH, avec ma collègue du Transport, pour qu'on conçoive bien mutuellement
quels sont vos enjeux spécifiques, quels sont les éléments plus précis, à
la fois sur la société de transport et la ville de Montréal, pour l'adaptation
de ces approches-là en mode collaboratif.
Donc,
je réitère, je suis très heureux que vous disiez : Eh! c'est tellement bon
qu'on en veut, mais... mais il y a quand même des spécificités, je
pense, qui gagneraient à être discutées avec les... avec les ministres, les
ministres responsables, pour s'assurer, là, le cas échéant, qu'on veuille aller
vers ça. Puis on a déjà discuté, là, on... Il n'y a pas de fermeture. Mais
comment ça peut être adapté concrètement à vos réalités et vos besoins?
Puis après ça, une
question sous-jacente. Moi, je suis un ancien de la ville de Québec, là.
J'avais... Il y avait une centaine
d'ingénieurs qui travaillaient pour la ville de Québec, une trentaine de
personnes aux finances, comptables et
financiers, une capacité, en termes d'expertise, suffisante avec la charte de
la ville, comme à Montréal, c'est encore plus important, pour
dire : On peut envisager ça, mais ce n'est pas bon pour toutes... pour
toutes les municipalités. Le niveau d'expertise pour être en mode collaboratif,
il faut qu'il soit suffisant, là. Donc, comment vous voyez cette
transposition-là de la loi 62, oui, à la fois pour Montréal et à la STM,
mais potentiellement pour les... pour les autres municipalités du Québec?
Mme Thuillier (Émilie) :
Bien, ça, je vais d'abord parler pour la ville, puis ensuite, là, mon
collègue pourra parler pour la STM. Bien, c'est sûr que nous, on prend la
parole en ce moment, justement, comme ville de Montréal, et non pour représenter peut-être toutes les
municipalités. Tu sais, à la ville de Montréal, bien, on a beaucoup d'expertise,
on a un service des affaires juridiques qui est quand même très costaud, on a
un contrôleur général, on a un vérificateur général. Donc, il y a quand même
beaucoup d'instances de contrôle qui ont été mises en place, là, dans la
dernière décennie. Et on pense vraiment qu'on a la capacité de pouvoir le
faire. Et c'est surtout qu'on pense justement, en étant un des... le cinquième
donneur d'ouvrage, on est plus gros, hein, que beaucoup de ministères qui vont
avoir le droit de faire ces projets collaboratifs, ces appels d'offres
collaboratifs, on pense vraiment qu'on peut développer l'expertise. Puis il y a
des tables, aussi, de discussion entre, évidemment, le gouvernement et la ville.
Donc, c'est... on le
voit vraiment pour des projets majeurs, pour des projets qui sont plus
complexes, bien sûr, pas pour des projets
qu'on a l'habitude de faire, là, comme du pavage ou refaire des rues. Là, on
est vraiment plus dans des projets d'ordre de métropole, que
probablement d'autres plus petites municipalités, là, n'auraient pas, quoique,
hein, ça pourrait être des projets, aussi, de bibliothèque, par exemple, ou, en
tout cas, on peut penser à d'autres projets.
Mais honnêtement, nous, la ville de Montréal, on lève la main, peut-être
justement pour faire le... si vous voulez faire un projet pilote avec
les municipalités, bien, on lève la main pour être le projet pilote municipal.
Ça fait que je vais
passer la... ma... voyons, la parole à mon collègue.
M. Caldwell (Éric Alan) :
Merci. M.
le ministre, effectivement, c'est une observation intéressante. Quant aux
spécificités, justement, pour les grands
ouvrages, en termes de transport collectif, que ce soit pour leur développement
ou pour leur maintien, comme vous le savez,
l'ensemble des infrastructures de transport collectif relèvent de programmes,
quant à leur financement, qui sont au ministère de la Mobilité et... ministère
des Transports et de la Mobilité durable, donc qui a un portefeuille de projets
qui va bénéficier justement des... du PL 62 via les modifications à LCOP
et qui a un autre portefeuille de projets qui va aussi en bénéficier, si j'ai
bien compris, avec l'arrivée de l'agence qui sera née du projet de loi
n° 61.
Alors, quand on fait
le portrait de l'ensemble des investissements du ministère du Transport et de
la Mobilité, selon ma compréhension, avec les mêmes mécanismes, avec la même
reddition de comptes, il y aura la filière des travaux qui relèvent des
organismes publics et du gouvernement, pour des ouvrages routiers, des projets
qui vont relever de l'agence, qui vont,
comme pour la première catégorie, être assujettis à la PL 62, et restera,
donc, au sein de ce même ministère, avec les mêmes mécanismes de
reddition de comptes et le même ministère qui les financent, que les projets
qui ne sont ni à l'agence ni dans le réseau routier, dont nos grands projets de
maintien d'actifs.
Alors, comme on
s'inscrit déjà dans la filière de financement et de reddition de comptes des ministères
à la directive des grands projets, comme ces projets sont encadrés par vos
programmes de financement, c'est là justement que,
quand vous parlez de spécificités liées au monde du transport, bien, on salue
le fait que ces pouvoirs-là seront disponibles pour l'agence qui aura à
faire des grands projets d'infrastructure en transport collectif. Bien, nous
aussi, on en fait à la STM. Donc, voilà pourquoi, vous comprenez, qu'on... on
croit qu'il serait bénéfique pour tous qu'on en bénéficie.
M. Julien : Parfait.
Et naturellement, quand vous mentionnez... puis là je suis peut-être moins
d'accord, mais encore là, c'est une vue de l'esprit, là, pour moi, c'est... Je
pense que vous avez mentionné dans votre allocution d'introduction que, ce
faisant, la concurrence allait... bien, c'est-à-dire que les entrepreneurs
allaient être moins présents puisque plus intéressés par les projets, mais,
pour nous, si on veut augmenter la concurrence au net, là, on a tous de la
difficulté, actuellement, dans les processus d'appel d'offres. On ne va pas
plus en occuper, mais on va peut-être les occuper... les occuper mieux en mode
collaboratif, de manière plus efficiente. Mais je comprends très bien que, je l'ai toujours dit, il faut être plus
attractif, puis, pour être plus attractif, il faut être en mode collaboratif
avec un partage de risques. Puis, comme vous l'avez mentionné, puis je
le répète continuellement, si vous pensez qu'on ne paie pas le risque
actuellement, non seulement on le paie, mais on le paie même s'il ne se
matérialise pas.
• (20 h 40) •
Mais
vous, quand vous le regardez dans la perspective, là, de la métropole, à la
fois par la société de transport et par la ville de Montréal, c'est
quoi, vos constats par rapport à la concurrence sur les appels d'offres publics
en infrastructures? La tendance que vous observez chez vous, depuis les 10...
cinq, 10 dernières années, est-ce que vous voyez quelque chose qui est
remarquable? Parce que moi, je le fais pour l'ensemble du Québec et je le fais
région par région, mais je ne suis pas le
même émetteur de gestion contractuelle. Est-ce que... Est-ce que c'est le même
portrait que vous avez chez vous? Puis parlez... parlez-moi-z-en.
Mme Thuillier
(Émilie) : Oui, mais j'aurais peut-être trois points. Le premier,
il y a une étude, hein, faite par l'UMQ, ou commandée par l'UMQ, là, qui a été
déposée, je pense que c'est l'année dernière, là, qu'on a vu au sommet sur la
fiscalité qui avait été organisé, où, clairement, le marché privé nous
dit : Bien, vous savez, organismes municipaux, on est de moins en moins,
peut-être... ou, en tout cas, on a vu... on a sondé nos membres. Leurs membres
étaient donc les entrepreneurs privés, puis ils sont de moins en moins
intéressés, ou ils sont un peu frileux à venir chercher des contrats publics,
parce que c'est compliqué puis parce que, comme le marché de la construction fonctionne superbien, bien, leurs membres
préfèrent aller chercher des contrats dans le privé, où la gestion
contractuelle est différente, peut-être un peu plus souple et flexible, que
d'aller chercher des contrats municipaux et publics.
La deuxième chose
qu'on voit, c'est qu'on a... pour encore là certains projets ou majeurs ou plus
complexes, on a une tendance où on voit un
peu moins de soumissionnaires et on voit certains coûts qui sont à la hausse.
Et surtout, ce qui nous dérange, puis c'est là où on voit vraiment la
part du mode collaboratif, c'est que, pour certains appels d'offres de
chantiers qui sont vraiment compliqués, bien, il n'y a juste pas de soumissionnaire,
puis il n'y a pas de soumissionnaire parce que, justement, le risque est trop
lourd à porter. Puis les gens voudraient... Et c'est arrivé à plusieurs
reprises, où des entrepreneurs nous ont... ont dit à la ville : Bien,
nous, on veut bien soumissionner, mais, justement, dans un cadre collaboratif,
parce qu'on veut travailler avec vous sur comment le chantier va se réaliser,
comment on va être capables de faire peut-être ces prouesses technologiques,
puis la ville de répondre : Bien, je suis désolée, nous, on ne peut pas
avoir ce mode de contrat là, donc pas de soumissionnaire. Puis, quand on n'a
pas de soumissionnaire pendant un certain temps, l'usine d'ozonation en
construction depuis déjà plusieurs années en est un, bon exemple, bien, chaque appel d'offres sans soumissionnaire fait
retarder le projet de quelques mois, sinon plus. Donc, c'est vraiment, vraiment
important de trouver une façon d'attirer les soumissionnaires, évidemment, tout
en respectant toutes les autres... toutes les autres lois, et tout en
respectant évidemment l'intérêt public, là.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Complément
de réponse, si vous permettez, madame...
Mme Thuillier
(Émilie) : Mme Léonard.
Mme Léonard (Marie-Claude) : Oui.
Merci, Mme Thuillier. Effectivement, la loi sur les sociétés de transport
a été montée dans un objectif de mettre la concurrence sur le marché pour
obtenir des meilleurs prix. Dans le domaine de la construction, présentement, on n'est pas là. On a très,
très peu de soumissionnaires, avec des soumissionnaires... qui sort
beaucoup plus élevé que les estimés, quand on a un soumissionnaire. Donc, ça
engendre des délais, ça engendre des coûts. Donc, on ne met pas le marché en
compétition nécessairement. C'est souvent les mêmes joueurs. Et ça nous coûte beaucoup
plus cher, parce que, justement, on n'a pas pu, en amont, développer des plans et devis, partager des enjeux, on n'est pas
capable de partager les risques, et on se ramasse aussi à la fin avec beaucoup plus
de litiges que si on était en mode collaboratif.
Donc, l'objectif de la loi des sociétés de
transport, on ne l'atteint plus dans les projets de construction d'envergure, et ça ne permet pas d'aller chercher
nécessairement le plus bas soumissionnaire, d'avoir des meilleurs coûts.
Et c'est l'inverse, on est plus élevé que
les estimés. On l'a vu, l'inflation dans le marché de la construction, le
manque de main-d'oeuvre, l'expertise
spécifique, faire des projets de transport collectif, c'est complexe et c'est
d'une envergure importante. Et l'expertise doit être au rendez-vous et
on doit pouvoir aller chercher ça en amont d'avoir défini un projet
complètement.
M. Julien : Il me reste
une minute, puis je voudrais vous... bon, parce que j'entends ce que vous
me dites, puis moi, je le vis ici, bien, je l'ai vécu à la ville de Québec,
puis je parle encore, en fin de compte, avec des intervenants à la ville de
Québec. Dans des projets d'envergure de transport collectif, vous connaissez un
peu le dossier de la ville de Québec ici,
des entrepreneurs, des intervenants du marché nous disent... Dans le processus
actuel, avec les réglementations, pas de soumissionnaires, ils nous
disent : Bien, vous en auriez eu cinq, six dans un mode collaboratif. Pour vous, c'est-tu réaliste puis
c'est-tu ce que vous voyez comme échos en termes de concurrence dans des
projets de cette envergure-là, avec des modes qui seraient peut-être plus
innovants de collaboration?
Mme Léonard (Marie-Claude) : Bien,
c'est difficile à dire quand on ne l'a jamais fait, mais c'est clair que, quand
on regarde partout à Toronto ou Vancouver, ça ouvre des marchés qu'on n'a pas
accès actuellement. Ça fait que je pense qu'il faut se donner accès à cette
cette loi-là de pouvoir faire du mode de partenariat pour accéder à des
contrats en mode collaboratif. Mais c'est certain qu'on pense que les
soumissionnaires vont être davantage au rendez-vous
parce qu'on partage le risque, on discute ensemble, on a une expertise. Et plus
aussi on aura une prévisibilité dans les projets d'envergure au Québec, bien,
plus il y aura de l'expertise qui va se former...
Le Président (M. Simard) :
En
conclusion.
Mme Léonard (Marie-Claude) : ...pour
être au rendez-vous sur le marché.
M. Julien : Merci.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci à vous. Je cède maintenant la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le Président.
Bonjour à vous quatre. Merci. C'est très, très important que la ville de
Montréal soit là aujourd'hui. Mais j'ai bien saisi l'ampleur parce que j'ai eu
l'occasion de visiter la STM il y a quelques mois. Pour le bénéfice des membres
de la commission, est-ce que vous pouvez partager l'ampleur des projets que
vous gérez en termes de milliards de dollars? Est-ce qu'on parle d'un
20 milliards, 30 milliards?
M.
Caldwell (Éric
Alan)
: On parle sur
un cycle de 10 ans, c'est-à-dire notre plan d'investissement est sur
10 ans de sommes de 21 milliards. La majorité, la presque totalité de
ces sommes, je le répète, sont en totalité ou en partie financées par le
ministère des Transports et de la Mobilité durable, et aussi par la ville,
donc... mais dans une... souvent dans une part très majoritaire par le
ministère des Transports et de la Mobilité durable. Donc, ce sont des
investissements qu'on doit faire pour notre réseau. Oui, il y a le prolongement
de la ligne bleue, mais il y a aussi un 13 milliards d'investissements sur
10 ans qui est essentiellement pour le maintien d'actifs, la modernisation
de nos garages, l'électrification des
transports qui sont beaucoup de projets majeurs à venir dans un horizon. Et on
le répète, là, ce sont des projets qui ne sont pas nécessairement des
projets de développement qui feront l'objet d'une attention spécifique par
l'agence qui vient d'être... qui est en train d'être créée via le projet de loi
n° 61. Ce sont des projets pour lesquels on pourrait générer les mêmes économies qui sont anticipés
pour les projets de développement, pour nos projets de maintien
d'actifs.
M. Derraji : C'est très, très clair
et ça fait beaucoup de sens, ce que vous êtes en train de dire. Je vais poser
une question très directe. Est-ce que la ville de Montréal et la STM sentent
aujourd'hui que c'est les grands oubliés de ce projet de loi?
Mme Thuillier (Émilie) : Bien, je ne
sais pas s'il y a d'autres oubliés, mais nous, notre prétention est à l'effet
qu'on devrait être inclus dans le projet de loi. Et puis, en fait, quand on dit
«inclus dans le projet de loi», c'est que ça
serait différent, hein? Parce que nous, on n'est pas exactement sous le même
régime, pas la même loi. Ça fait que c'est pour ça qu'on demande des
choses un peu différentes d'un côté, là, de modifier la loi sur les transports
collectifs puis, de l'autre côté, d'insérer dans une législation au municipal
ou la charte de la ville le droit... qu'on ait le droit, là, de faire des projets de partenariat aussi, parce qu'on est
des aussi grands donneurs d'ouvrage, en fait, que les ministres... les
ministères, pardon, qui sont concernés par le projet de loi.
M. Derraji : Oui,
mais vous avez raison, vous avez raison parce que, déjà... et désolé si je vous
coupe, parce que vous avez bien répondu, et je veux vraiment maximiser le temps
que j'ai avec vous. Déjà, dire que vous gérez un parc de quoi, un portefeuille de 20 milliards sur... disons, on
situe déjà, on connaît... on sait maintenant l'ampleur de ce que vous gérez. La question qui se pose, c'est
que, lors de ce dépôt de ce projet de loi sur la place publique, ce qu'on a vu,
c'est principalement la ministre du Transport qui disait qu'elle avait
besoin de ce projet de loi pour permettre la réalisation des projets et aller
vite et réaliser des économies. C'est ça, ce qu'on a entendu. Ce qu'on a
aujourd'hui, en face de nous, c'est probablement la plus importante société de
transport au Québec, la STM, qui sent l'obligation de venir en commission
parlementaire nous dire : Attention, c'est que le projet de loi, ce qu'il
ramène, il n'y a aucun impact sur les projets de la STM, que ce soit le
maintien d'actifs ou autres. Est-ce que j'ai raison de conclure ça?
M.
Caldwell (Éric
Alan)
: Mais, M. le
député, si on est là, c'est parce qu'on a confiance aux institutions.
Justement, on pense que, par la force de notre représentation, la démonstration
de nos arguments et de notre compréhension des choses, ce comité est là
justement pour proposer des amendements et des bonifications au projet de loi.
Donc, clairement, on croit que c'est bénéfice pour tous, pour le MTMD, pour le
Conseil du trésor, justement, qui a déboursé ces sommes-là pour le maintien des
actifs. Je vous confirme qu'on est la plus grosse société de transport au
Québec, que le métro de Montréal est le plus grand ouvrage de transport
collectif au Québec, le deuxième plus grand
en Amérique du Nord. Donc, on veut faire bénéficier... on veut que
l'ensemble de nos institutions, nos organisations bénéficient d'un modèle qui
est testé et prouvé en transport, ailleurs à travers le monde, et qui
serait utile, oui, pour la STM et le métro de Montréal.
• (20 h 50) •
M.
Derraji : Je vais vous reposer la question autrement :
Est-ce que Mme Thuillier, ou M. Carette, ou M. Caldwell, ou
Mme Léonard, on vous a consultés, si vous voulez, oui ou non, en amont, ce
projet de contrat collaboratif?
M. Carette (Claude) : Non, pas à
notre niveau, non.
M. Derraji : Donc, vous êtes en
train de me dire, vous gérez un énorme portefeuille de 20 milliards, ni le
ministre, en face de moi, ni la ministre du
Transport ne vous ont contactés pour vous dire : Est-ce que c'est quelque
chose qui pourrait vous intéresser?
M.
Caldwell (Éric
Alan)
: M. le député,
on a eu des discussions avec la ministre, comme quoi on le souhaitait et on le voulait, ce mode collaboratif
là. Elle a eu la chance de visiter Toronto, qui en a bénéficié, elle en fait
la promotion dans son projet de loi. Et on
est d'accord, on met en valeur ici le travail. On dit que ça doit être au
bénéfice de notre organisation.
M. Derraji : Je vais répéter ma
question. Vous gérez 21 milliards, c'est de l'argent des contribuables, et
qu'aujourd'hui, en votant ce projet de loi, le gouvernement, je vais dire... ne
pas dire d'une manière délibérée, entre guillemets, oublie d'appliquer les mêmes
règles sur le même portefeuille, sur le même argent des contribuables, les mêmes règles qu'il va appliquer sur les autres
contrats. On ne parle pas avec n'importe quelle société de transport, on ne parle
pas de la... On parle de la ville de Montréal.
Je tiens à rappeler, le Réflexe Montréal. Il y a
Réflexe Montréal qui a été développé depuis plusieurs années. C'est très
important ce que vous ramenez aujourd'hui en commission parlementaire. Ce n'est
pas un petit montant, c'est énorme. Et ce que j'aime avec votre présentation,
si on applique la même règle, vous êtes en mesure d'agir sur le délai, mais aussi sur les coûts, parce que ça
va vous permettre de faire une économie. Et Dieu sait que vous passez par
des moments extrêmement difficiles, et on vous demande aussi de faire des
sacrifices financiers.
M.
Caldwell (Éric
Alan)
: Agir sur nos
coûts devient une obsession, à la STM, justement, d'avoir un meilleur rendement
sur l'efficacité de l'investissement collectif en transport collectif, tant
pour nos opérations, tant pour notre maintien d'actifs. Alors, oui, c'est pour
ça qu'à la STM on avait déjà fait un balisage, on avait déjà des collaborations
avec les autres sociétés de transport pour voir justement les modes
d'approvisionnement qui fonctionnent dans les grands projets d'envergure,
complexes comme les nôtres. Et c'est pour ça, je le répète d'une autre façon,
nous trouvons que la formule qui est proposée ici est à l'avantage des projets,
des grands projets comme les nôtres, et
l'avantage des autres grands projets de gouvernement. Et on considère que tous
doivent en bénéficier, bien sûr, la STM le veut.
M. Derraji : M. Caldwell, c'est
très, très précis. Merci. C'est très clair. J'ai un autre point. Vous avez vu
le projet de loi n° 791, que vous avez déjà commenté publiquement, cette
Loi permettant à des organismes publics de transport en commun de développer
des projets immobiliers aux abords ou au-dessus de leurs infrastructures de
transport en commun. L'exemple frappant, c'est l'exemple de Vancouver avec
TransLink. Il y a ce... il y a ce projet de loi que j'ai déposé et il y a aussi
des modes collaboratifs ailleurs qu'au Québec. Vous, si j'ai bien compris, vous
l'avez... vous avez mentionné ça tout à
l'heure. Donc, aujourd'hui, vous vivez une pression sur vos finances, là, je
parle de la STM, on vous demande des
compressions. J'ai vu votre dernière annonce, pour les cinq prochaines
années, c'est la ceinture serrée. Là, vous avez deux leviers. On ne vous
donne pas la possibilité de faire des contrats collaboratifs. Vous avez vu le projet de loi, on ne vous permet
pas de construire aux abords des infrastructures. Est-ce que, vraiment,
vous sentez qu'il y a de l'écoute de la part du gouvernement du Québec pour
vous aider à mieux gérer vos projets?
M.
Caldwell (Éric Alan)
: Devant les défis qu'on a au transport
collectif, devant la mobilisation qu'il y a pour
trouver des solutions de tout acabit, la STM est un proposeur. Lorsqu'on a fait
nos représentations sur le PL n° 22, l'automne dernier, on
avait demandé l'ensemble de ces ajustements à la Loi sur les sociétés de
transport pour justement permettre de faire
du développement immobilier, pour lesquels... qui aura un développement, qui
auront des retombées sur le financement des mêmes projets de transport
collectif qui les supportent.
Donc, clairement,
encore là, c'est un modèle éprouvé, là. Ce n'est pas réinventer la roue, c'est
un modèle éprouvé à travers le monde, à travers le Canada. Alors, oui, on veut
le principe, là, que vous avez cité dans... avec le projet de loi que vous avez
cité, le principe de faire du développement immobilier au bénéfice du transport
collectif sur les infrastructures, c'est clairement quelque chose qu'on
souhaite à la STM. C'est une part de notre contribution dans la génération de
revenus pour financer le transport collectif. On veut contribuer à tous les
niveaux dans le contrôle des coûts, avec
justement nos stratégies budgétaires, avec des modèles d'approvisionnement plus
performants, avec la génération de
revenus, oui, pour les infrastructures de transport collectif, puis il y a le
développement immobilier.
M. Derraji :
Merci beaucoup, M. Caldwell. La question se pose à vous deux,
M. Caldwell et Mme Léonard. J'ai
deux minutes. On risque de commencer l'étude détaillée dans les prochains
jours. Votre demande est très claire. On risque de déposer cet amendement pour mettre dans la loi ce que vous
avez demandé. Je vous donne deux minutes pour convaincre le
ministre, si jamais il me dit non, il refuse d'accepter cet amendement.
Un, donnez-lui un
exemple, un exemple d'un projet de transport collectif réalisé en mode
collaboratif ailleurs qu'au Québec, où vous avez vu des solutions, un; deux, si
je dépose l'amendement et il le refuse, vous essayez de contre argumenter avec
le ministre. Qu'allez-vous lui dire?
Mme Léonard
(Marie-Claude) : Bien, je vais y aller avec l'exemple. C'est sûr qu'on
a Toronto qui n'est pas si loin de nous, là. Ils sont en train de faire un
modèle présentement, c'est un modèle qu'on appelle un «process building»... «a
progressive design-build», excusez. Donc, eux, pour eux, la station, c'est
Bloor-Yonge. C'est comme si notre station Berri-UQAM, on devait l'agrandir par
en dessous. Donc, le modèle qui a été choisi, c'est un modèle de design
progressif. Donc, on fait un 30 % de plan et, après, on s'assoit avec le
marché, avec l'expertise pour définir les plans globaux, définir les enjeux du
projet et définir les risques. C'est un projet de 1,5 milliard. Et, oui,
on est convaincus, de la façon qu'ils fonctionnent, ils vont diminuer les
délais et les coûts de ce projet-là de cette façon-là de le faire puis ils diminuent énormément les risques. Donc, c'est des
projets d'envergure qui sont choisis, qui permettent ce partage-là en
amont d'un projet final où, là, les risques deviennent à notre charge.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Donc,
M. le député, on peut tous aller voir, M. le ministre, vous, nous, à Toronto la
TTC, Toronto Transit Corporation, a ces dispositions-là qui permettent ce mode
d'approvisionnement...
Le Président
(M. Simard) : En conclusion.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: ...et
qui est bénéfique au TTC, qui le serait à la STM.
M. Derraji : M. Caldwell, moi, je
vais rajouter que le premier ministre aime se comparer à l'Ontario. Moi, je
vais dire au ministre : On va dépasser l'Ontario. Il faut ajouter votre demande
dans le projet de loi. Merci à vous quatre. Merci.
Le Président
(M. Simard) : Merci à vous, cher collègue. Et je cède la parole à
la députée de Verdun.
Mme Zaga
Mendez : Merci, M. le Président. Je vous remercie, tous les
représentants de la ville ce Montréal et de
la STM, d'être avec nous. Tout à l'heure, vous avez dit quelque chose qui m'a
marqué, là, vous êtes le cinquième plus gros donneur d'ouvrage et vous êtes
même plus gros que certains ministères qui vont être... qui vont bénéficier
des avancées de la loi. Est-ce que... Pouvez-vous nous donner des exemples
d'autres ministères, de ce ministère-là? Vous êtes les cinquièmes.
Mme Thuillier (Émilie) : Mais, en fait, presque tous
les autres ministères, à part la SQI et le ministère des Transports.
Mme Zaga
Mendez : Donc, au ministère de l'Éducation...
Mme Thuillier
(Émilie) : Oui, on est plus gros que le ministère de l'Éducation.
Mme Zaga
Mendez : Ministère de la Santé?
Mme Thuillier
(Émilie) : Je ne pourrais pas vous le dire, peut-être pas.
Mme Zaga
Mendez : OK. C'est juste pour... c'est juste pour avoir quelques
exemples d'ouvrages. Quand on parle, par exemple, du ministère de l'Éducation,
quand on parle des écoles versus des projets de transport en commun.
Mme
Thuillier (Émilie) : De transport, oui.
Mme Zaga
Mendez : Merci. On a parlé de retards dans des projets de transport en
commun. Je pense que ce qu'on souhaite avec ce type de projet de loi, c'est
faire en sorte qu'on va avoir plus et plus vite un réseau structurant, des réseaux structurants de transport en commun un
peu partout. Il y avait quand même des graphiques assez alarmants, là, préoccupants sur le maintien des actifs en
transports en commun en ce qui concerne la STM. Puis rapidement, moi,
j'imagine que plus on laisse détériorer un actif et on ne peut pas aller
chercher des outils en termes d'appel d'offres collaboratif, plus on risque de
se tourner vers Québec puis demander plus d'argent, n'est-ce pas?
• (21 heures) •
M.
Caldwell
(Éric Alan)
: Bien,
il y a... Tout à fait. Il y a une interdépendance entre les sommes consacrées
au maintien d'actifs et après, lorsqu'on a des actifs qui se dégradent, une
hausse des budgets d'exploitation pour un entretien non capitalisable, là.
Alors, on le sait tous, là, on le sait tous que, si, justement, des réparations
d'urgence qu'on a à faire, quand une
infrastructure est négligée plutôt que bien entretenue, il y a une répercussion
sur les budgets d'exploitation. Et c'est ce qu'on commence à vivre à la
STM, là, c'est-à-dire, vu le niveau de criticité de nos infrastructures, on est
obligé de faire plus de curatif que de préventif, là, et alors... Donc, on
revient à l'équation de base : Comment
est-ce qu'on maximise l'investissement qu'on a besoin... Comment est-ce qu'on
maximise l'investissement en maintien d'actifs? On répète qu'on a besoin
de plus d'investissements en maintien d'actifs, mais là, une fois avec les sommes qui sont amenées, comment est-ce qu'on
arrive à maximiser l'investissement, et dans un monde justement où on
voit, au PQI du gouvernement, une certaine érosion des sommes en maintien
d'actifs du transport collectif? Bien, ça devient d'autant plus criant.
Je répète encore,
comme j'ai le privilège de m'adresser à un groupe sélect de parlementaires
comme vous aujourd'hui, l'importance critique de l'investissement public en
maintien d'actifs de notre réseau de métro. À Montréal,
on le fait pour le réseau routier, bien entendu, parce que ces ouvrages de
génie civil ont... de 40, 50 ans comme l'échangeur Turcot, la
Métropolitaine ou le pont Louis-H.-La Fontaine, le pont de l'Île-aux-Tourtes
ont besoin d'investissements massifs. Il en va de même pour le métro si on veut
qu'il reste fiable et performant et si on veut lui donner un deuxième cycle de
vie.
Mme Zaga
Mendez : Merci. Donc, de ce que je comprends, ça serait avantageux pas
seulement pour le développement de nouveaux
projets, pour le maintien d'actifs et ainsi de ne pas augmenter l'apport du
Québec, là, qui... qui... Parce qu'on le voit, là, nous, on le voit, les
débats, là, on a besoin de plus d'argent de transport en commun, on le sait que ça peut reposer aussi par des méthodes
de développement, des contrats collaboratifs comme celui qui est là.
Moi, je ne sais pas si vous voulez ajouter quelque chose, je sais qu'il me
reste peut-être...
Le Président (M.
Simard) : À peine 10 secondes, chère collègue, à peine
10 secondes.
Mme Zaga
Mendez : Ah! 10 secondes. Bien, je vous remercie.
Mme Thuillier (Émilie) : Bien, peut-être juste
dire qu'avec la même enveloppe on fera plus de projets dans le mode
collaboratif que si on reste dans ce mode-là. Et ce qui risque d'arriver, c'est
qu'il n'y aura plus d'entrepreneurs sur le marché qui vont vouloir faire des
projets de transport collectif qui sont complexes et qui nécessite...
Le Président (M.
Simard) : Très bien.
Mme Thuillier
(Émilie) : ...une expertise spécifique.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, Mme la mairesse, à travers vous, je salue tous vos collaborateurs.
Je vous remercie infiniment d'avoir participé à nos travaux ce soir et d'avoir
enrichi notre réflexion, au plaisir de vous retrouver. Soit dit en
passant, vous avez une très, très belle photo derrière vous.
Mme Thuillier
(Émilie) : Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Simard) : À bientôt, au revoir. Conséquemment, nous allons suspendre
momentanément, le temps de faire place à nos prochains invités.
(Suspension de la séance à
21 h 03)
(Reprise à 21 h 09)
Le Président (M.
Simard) :
Alors, chers collègues, nous terminons, comment dire,
cette consultation en force en recevant nos collègues de la FTQ-Construction,
qui nous font l'honneur de leur présence ce soir, malgré l'heure tardive.
Alors, chers messieurs, bienvenue parmi nous. Auriez-vous d'abord l'amabilité,
s'il vous plaît, de vous présenter?
Fédération des travailleurs et
travailleuses du
Québec-Construction (FTQ-Construction)
M. Boisjoly
(Éric) : Oui. Éric Boisjoly, directeur général de la FTQ-Construction.
M. Lapointe
(Philippe) : Et Philippe Lapointe, conseiller aux relations de travail
à la FTQ-Construction.
Le Président (M.
Simard) : Alors, messieurs, nous vous écoutons. Vous savez que vous
disposez d'une période de 10 minutes.
M. Lapointe
(Philippe) : Oui. Bien, bonjour, messieurs, dames les députés,
alors... et M. le ministre. C'est vraiment un honneur pour nous d'être
présents. On... La FTQ-Construction a senti l'importance d'intervenir parce que
la gestion des projets d'infrastructure publique, c'est... a un impact direct
sur nos conditions de travail puis nos relations de travail. En fait, le
gouvernement est le plus grand donneur d'ouvrage au Québec. Près de la moitié
des heures travaillées sont des heures travaillées pour des projets publics,
municipaux, provinciaux ou fédéraux. Et c'est pour
ça qu'on sent que, dans la question des appels d'offres, mais aussi dans la
question de la gestion des programmes d'infrastructure, eh bien, c'est
important qu'on ait un mot à dire, ou du moins qu'on vous fasse part, là, de
notre expérience.
• (21 h 10) •
La principale chose
qui nous vient à l'idée, c'est l'importance, dans le fond, de planifier les
travaux publics en fonction de la présence de la main-d'oeuvre. Étant donné le
poids de la... du gouvernement dans les... dans les... l'attribution des contrats, ce que ça fait, c'est que vous... le
gouvernement peut avoir un impact direct sur la conjoncture, la présence et, dans le fond, créer des pénuries
de main-d'oeuvre. Il existe des moyens que nous voulons vous proposer,
soit celle de planifier en demandant les courbes de main-d'oeuvre aux
répondants à vos appels d'offres, de planifier les besoins de main-d'oeuvre
pour l'exécution des travaux. En planifiant les... la main-d'oeuvre nécessaire,
vous pouvez étaler sur le calendrier de façon à ne pas créer des immenses
«peaks» de demande de main-d'oeuvre et ainsi créer
des pénuries qui soient artificielles, c'est-à-dire ponctuelles, alors qu'il y
a une main-d'oeuvre qui est disponible pour le reste du temps.
Vous savez, on dit
toujours qu'on est en pénurie de main-d'oeuvre dans la construction, mais le
nombre d'heures travaillées présentement est de 1 000 heures par
année, en moyenne, par travailleur de la construction, 1 000 heures,
c'est-à-dire une moitié d'année. Alors, si les donneurs d'ouvrage,
principalement le gouvernement, se concertaient
et voyaient, par exemple : On va avoir besoin d'une... tant de quantité
d'électriciens à tel moment, tant de quantité
de manoeuvres à un autre, et qu'il y avait un étalement des travaux, une
planification de cela, bien, on pourrait avoir un meilleur équilibre
puis peut-être baisser la pression et la surchauffe qu'on a dans l'industrie.
Je vais laisser plus tard Éric vous expliquer certains exemples.
Je
passerais tout de suite à notre recommandation n° 2,
qui est celle de revoir la règle du plus bas soumissionnaire. En fait,
la règle du plus bas soumissionnaire a un immense impact sur la façon que les
soumissionnaires prévoient et estiment les coûts, et, parfois, cette
estimation-là se fait au détriment des conventions collectives et au détriment
de la santé-sécurité des travailleurs, travailleuses. Ce qu'on a vu à plusieurs
reprises, c'est que, dans le fond, afin de... afin
de gagner l'offre... l'appel d'offres, les soumissionnaires vont avoir tendance
à sous-estimer des étapes, par exemple la planification, ou même
certains des sous-contractants qu'il va y avoir et la valeur que ça va prendre.
Ce que ça fait, c'est que la pression se
fait en bas de l'échelle, va aller se faire, par exemple, sur les poseurs de
systèmes intérieurs, là, le gypse,
qui va... plutôt que facturer à l'heure à ces travailleurs, va plutôt les payer
au pied carré, puis ça va avoir un impact direct sur leur capacité de
rémunération.
On
pense aussi que ça a un immense impact sur la présence de travail au noir dans
l'industrie de la construction puis
que, si on revoyait cette règle-là, bien, peut-être qu'on serait capables... la
règle du plus bas soumissionnaire, peut-être qu'on serait capables non seulement d'enrayer le travail au noir, mais
aussi d'équilibrer, dans le fond, les conditions de travail dans le
milieu de la construction et de baisser la pression que ça a sur nos conditions
de travail.
Mais, enfin, la
partie la plus importante qu'on veut vous amener aussi, c'est la question des
programmes d'accès à l'égalité puis des programmes d'obligation contractuelle.
Présentement, les travailleuses ne représentent que 3,8 % des travailleuses dans l'industrie de la construction,
et, malgré les efforts qui sont faits année après année pour recruter
des travailleuses, les inciter à rentrer dans l'industrie, lutter contre la discrimination, lutter contre le harcèlement sexuel et psychologique, on voit quand même qu'il y a près
de 50 % des femmes qui abandonnent l'industrie de la construction à
l'intérieur de cinq ans. Nos efforts sont minés par l'absence d'emplois de
qualité, de stabilité d'emploi puis la présence, trop souvent, de
discrimination à l'embauche que l'on voit sur les chantiers.
Et, dans le fond,
juste l'année passée, en 2023, ce qu'on a remarqué, c'est que 83 % des
entrées de travailleuses qui ont voulu joindre l'industrie de la construction a
été remplacé par des... les femmes qui sont parties. Ça, ça veut dire, là,
qu'on est en train d'essayer de rendre notre industrie mixte, mais on le fait à
travers une... un seau percé. Puis là ce que
je veux... ce qui arrive, c'est que le gouvernement... il y a... il y a de ça
de nombreuses années, ce n'est pas votre faute, mais, dans le fond, a...
n'a pas inclus l'industrie de la construction dans les programmes d'accès à
l'égalité pour atteindre les services... bien, les contrats d'ordre public. Et
ce que ça crée, ça crée cette distorsion-là
où est-ce qu'il n'y a pas de programme de lutte à la discrimination à
l'embauche, il n'y a pas de programme de cibles à atteindre pour les
populations qui sont discriminées.
Le Conseil du statut de la femme vient de vous
déposer un avis en ce sens sur le fait qu'il faudrait avoir des programmes
d'obligation contractuelle pour les entreprises de 50 employés et plus. Et
ça va avoir un impact majeur sur la présence de femmes
sur les chantiers, principalement parce que les emplois publics sont
généralement des emplois qui sont mieux payés que ceux dans le privé, sont des
emplois qui ont une meilleure stabilité, et, en pouvant garantir ce type
d'emploi là pour les femmes qui veulent rentrer dans l'industrie, on va leur
faire avoir davantage d'heures, d'avoir...
et ces heures-là vont leur permettre d'atteindre le statut de compagnon, de
poursuivre leur apprentissage et de les maintenir et d'avoir une
meilleure rétention pour les travailleuses qui font le choix d'entrer dans
l'industrie de la construction.
Alors, ça va nous faire plaisir de répondre, là,
à vos questions là-dessus. Je vais laisser mon collègue et directeur, Éric
Boisjoly, vous parler, là, d'exemples qu'on a pour la planification des
travaux.
M. Boisjoly (Éric) : Oui. Bien, la
planification des travaux, une chose qu'il ne faut pas oublier, qui n'a pas été prise en considération dans le PL n° 51, loi... modernisation de la loi R-20, c'est de s'assurer d'avoir
la main-d'oeuvre compétente. Il ne faut pas écarter la qualification des
gens qui rentrent dans l'industrie de la construction. On a passé outre dans le PL n° 51.
Je pense que, dans la planification des travaux, il faudrait s'assurer qu'avec
la Commission de la
construction... La courbe de main-d'oeuvre, les gens qui quittent, la nouvelle
entrée de la main-d'oeuvre, on l'a vu depuis les 10 dernières années, on a
une carence en compétence et en formation initiale. Puis je pense que, dans les
octrois de contrats publics, il faudrait s'assurer qu'on a une main-d'oeuvre
qualifiée qui sort des centres de formation et
non pas avec des AEP, mais bien des diplômes d'études professionnelles. Pour
nous, c'est d'une importance cruciale si on veut s'assurer de la qualité
des travaux qu'on va faire dans le futur, avec, justement, tous les milliards
que le gouvernement veut injecter dans l'industrie la construction.
Philippe l'a
dit tantôt, le gouvernement, dans l'institutionnel et dans le génie civil, est
donneur d'ouvrage au-delà de 80 %. Ça fait que je pense qu'il est une
responsabilité cruciale du gouvernement de s'assurer de la compétence des
travailleurs, des travailleuses de l'industrie de la construction. Puis la
concurrence déloyale avec l'octroi des contrats au plus bas soumissionnaire, je pense que c'est... c'est vraiment la
porte d'entrée au travail au noir dans l'industrie de la construction.
Il y a deux industries au Québec où ce qu'il y a vraiment le travail au
noir : la restauration, l'industrie de la construction. On l'a dénoncé.
Nous, ce
qu'on demandait, avant même la tenue du PL n° 51,
c'était justement d'avoir un forum sur l'industrie de la construction
incluant tous les acteurs autour de la même table : patronal, syndical, le
Trésor pour le travail au noir, les Infrastructures, l'Éducation et, justement,
le ministère du Travail. Je pense qu'on aurait pu vraiment tous se parler dans
le blanc des yeux puis d'arriver à des solutions, et non pas aller de projet de
loi en projet de loi pour essayer d'améliorer
l'industrie de la construction mais en scindant différentes sphères d'activité
qui regroupent toute l'industrie de la construction. On parle tous de la
même chose, mais là on va le faire en plusieurs projets de loi. C'est anormal,
on aurait dû tous se parler en même temps.
On est prêts à répondre à vos questions.
Le
Président (M. Montigny) :
Alors, merci beaucoup,
M. Boisjoly, M. Lapointe. On va passer à la période d'échange.
Maintenant, je vais passer la parole à M. le ministre.
M. Julien : Merci, M. le Président.
Bien, bonjour, messieurs. Un plaisir de vous rencontrer. C'est sûr qu'on est à
l'étude du projet de loi n° 62. Vous avez amené
plusieurs éléments qui sont... qui sont corollaires, mais pas directement. Je
vais vous poser quand même une question spécifiquement sur le projet de loi n° 62.
C'est sûr qu'au coeur de ce projet de loi là on
veut favoriser les modes collaboratifs, là, dans des appels d'offres. Ce n'est pas quelque chose que vous avez... que vous avez abordé dans vos
préoccupations, puis je vais y aller après ça sur vos préoccupations,
mais est-ce que pour vous ça amène des enjeux spécifiques par rapport à vos
responsabilités, un mode où on est plus en collaboration avec à la fois les
entrepreneurs généraux, les professionnels et les joueurs que par un mode
traditionnel au plus bas soumissionnaire?
M. Boisjoly (Éric) : Bien, je pense
que, dans les appels d'offres initials... on l'a vu dans le... dans différents secteurs privés, si on... si on peut le nommer, la
filière batterie, là, il y a des consortiums d'ingénierie qui nous rencontrent des fois une année, deux années à l'avance,
même... l'octroi des contrats pour s'assurer de la courbe de main-d'oeuvre,
les gens qu'on va avoir besoin dans une région x, pour ne pas nommer le secteur
de la Mauricie présentement, mais ça s'est fait dans le passé au Saguenay—Lac-Saint-Jean,
sur la Côte-Nord avec les gros projets d'alumineries ou même les mises en arrêt de chantiers dans les raffineries. Mais on se
parle, justement, avec ces donneurs d'ouvrage là, pour s'assurer qu'on a une bonne courbe de
main-d'oeuvre puis de s'assurer qu'avant même la soumission est-ce qu'on
a les gens de disponibles de différents corps de métier dans les régions là ou
on va aller à l'extérieur dans la planification des coûts, aussi, des travaux.
Mais ça, je pense que ça se fait en amont, puis je pense que ça, c'est des
bonnes nouvelles si on s'en va vers là, puis je pense que la FTQ-Construction,
on va être coopératifs à mettre ces choses-là en place pour s'assurer que, dans
le fond, les deniers publics, hein... parce que, là, on s'en va dans les... dans les deniers publics, mais qu'on participe à
s'assurer qu'on ait une belle courbe de main-d'oeuvre puis de s'assurer
aussi que l'échéance des travaux soit faite en conformité puis qu'il n'y ait
pas de dépassement de coût. Je pense qu'on est tous gagnants à ça.
• (21 h 20) •
M. Julien : Parfait. Puis...
M. Lapointe (Philippe) : Et, si je
peux me permettre...
M. Julien : Oui,
allez-y.
M. Lapointe (Philippe) : ...oui,
c'est... excusez, M. le ministre, mais, si je peux me permettre, mais... par
exemple, quand on a eu le chantier de La Romaine, d'être capables de voir à
l'avance les besoins qu'il y a, ça nous a permis d'avoir des projets pilotes,
entre autres avec les communautés innues qui étaient aux alentours, de former
la main-d'oeuvre pour qu'elle soit capable
d'être... de créer des opérateurs et opératrices de machinerie lourde, qui ont
été embauchés par la suite sur le chantier puis qui ont eu assez
d'heures pour devenir des compagnons puis être autonomes dans leur métier par
la suite. C'est le genre de projet qu'on pourrait monter, là.
M. Julien : Parfait. Puis... Puis,
je vous le dis, là, sur ce volet-là, ce n'est pas dans le projet de loi, mais
c'est dans la stratégie, là, la stratégie qui intègre le projet de loi, mais
d'autres éléments de planification.
Moi, j'accorde une très, très grande importance
à la capacité régionale. D'ailleurs, on fait maintenant... à tous les six mois,
c'est mis à jour. Mais on a fait, pour chacune des régions, tous les métiers de
la construction en termes de pénurie faible, élevée ou à la bonne hauteur par
région pour justement venir voir c'est quoi, la capacité régionale qu'on a, au
Québec, de toutes les régions pour s'assurer, par exemple, que, quand on
ordonnance nos travaux, si, par exemple, le
ministre de la Santé dit : Je vais aller bâtir un centre hospitalier, le
ministre de l'Éducation dit : Deux écoles secondaires, puis le ministre...
la ministre des Transports dit : On va faire en même temps un pont,
ponceau, puis, en plus, j'ai l'industrie, Hydro-Québec puis les
municipalités... Donc, on a pris... Tu sais, parce que le PQI, c'est 36 %
des investissements, à peu près, en infrastructures. Les villes, c'est
peut-être 18 %. Le privé, Hydro-Québec... Alors, on a pris tous les grands
donneurs d'ouvrage puis on a regardé, là, la perspective cinq ans en avant de
nous pour dire : C'est quoi, la capacité régionale?
Donc, vous pensez... Parce que nous autres, on
pense que c'est un outil de priorisation de nos projets. Maintenant, on met des
cotes de capacité par région avec le projet. Vous pensez que c'est la bonne
avenue, ça, pour s'assurer, justement, de réduire les coûts des projets, de le
considérer en termes de main-d'oeuvre?
M. Boisjoly (Éric) : Bien, moi,
je... assurément que oui, parce que, si on s'assure d'avoir la main-d'oeuvre
puis après ça, si on est capables aussi de planifier, exemple, la main-d'oeuvre
qui va venir d'ailleurs, justement, qui a un coût supplémentaire avec les
conventions collectives, ça, je pense que, si on est capables de prévoir ça
quelques coudées d'avance, bien, je pense que tout le monde va être gagnant
dans ces... de cette planification-là, en tout cas, si on peut l'appeler la
préplanification ou la précourbe de main-d'oeuvre, c'est certain.
M. Julien : Parfait.
M. Lapointe (Philippe) : Mais...
M. Julien : Oui.
M. Lapointe (Philippe) : Puis le...
c'est... l'important puis une des choses qu'on veut mettre claire, c'est qu'il
faut mettre cette capacité-là en lien avec le ministère de l'Éducation puis les
formations qui vont être données, les
cohortes qui sont ouvertes en DEP, parce que, présentement, on est en déficit
de compétence, c'est-à-dire qu'il y a près de 80 % des gens qui
sont rentrés sans formation initiale dans l'industrie puis seulement 20 %
qui ont les connaissances de pointe. Puis on pense que les gens peuvent
apprendre leur métier entièrement sur le chantier, mais, si on veut construire
un hôpital, il va falloir avoir des tuyauteurs qui sont spécialisés pour
certains gaz, il va falloir avoir des électriciens qui sont capables de faire
des systèmes qui sont plus de pointe. Et ça, ça demande un DEP. On ne peut pas juste l'apprendre sur le chantier.
C'est peut-être des mauvais exemples parce que ces gens-là ne rentrent pas par
bassin, mais ça va être la même chose pour les gens qui font l'isolation, ça va
être la même chose pour les gens qui font les vitres. Il va falloir que ce
soient des gens qui...
M. Julien : Mais... Mais, juste
là-dessus, là, parce que c'est certain que les données qu'on a récupérées, là, parce qu'on a commencé à faire ça il y a plus
que... il y a un peu plus qu'un an, ça visait quand même à nourrir la réflexion
de la ministre de l'Emploi... Emploi et du ministre de l'Éducation pour les
formations accélérées. Je comprends que ce n'est peut-être pas le modèle que...
à vos yeux, mais c'est venu nourrir cette réflexion-là pour dire :
Regardez la capacité régionalisée, et spécifiquement par les différents métiers
qui ont le plus d'enjeux, pour pouvoir faire de la formation accélérée. Donc,
le modèle servait à ça, mais là vous semblez dire que ce n'est pas... ce n'est
pas le bon geste qu'on pose.
M. Boisjoly (Éric) : Bien, c'est
parce qu'il y a un... parce qu'il y a un danger aussi de créer l'inverse, tu
sais. Je vais juste prendre la région de la Gaspésie. Vous avez mentionné les
AEP, mais les AEP... on avait déjà pratiquement plusieurs dizaines de
préparateurs et préparatrices d'équipements lourds qui avaient suivi des DEP
puis on a parti quatre cohortes d'AEP dans la région de la Gaspésie. Ça fait
que c'est... Là, on a... on a surformé dans la capacité des opérateurs et opératrices d'équipements lourds, mais on n'a
pas été cerner le vrai besoin de main-d'oeuvre. C'est ça, on a donné les
cartes sans s'assurer de la main-d'oeuvre qu'on avait de besoin. Mais, si on
aurait mis dans la boucle les associations syndicales, à parler à notre monde
de terrain, bien, peut-être qu'on aurait évité d'investir l'argent du public
dans des formations qui ne seront pas utilisées, malheureusement.
M. Julien : OK.
Tantôt...
M. Lapointe (Philippe) : Puis, à
l'inverse...
M. Julien : Oui, allez-y, oui.
M. Lapointe (Philippe) : Puis, à
l'inverse, il y a des métiers, par exemple ferblanterie, où est-ce qu'il n'y a
pas eu d'AEP qui a été créée, puis les cours... les cohortes de DEP ont fermé
parce qu'il n'y a plus de gens qui s'inscrivent, parce qu'il n'y a pas
d'incitatif à y aller. C'est-à-dire qu'il y a tellement de bassins qui ouvrent
que, finalement, les jeunes ne veulent pas s'inscrire au DEP, ils vont
directement travailler sur les chantiers. Puis ça fait en sorte qu'on est en train
de perdre complètement l'expertise de la ferblanterie. Puis ça, ça peut être
important, là, entre autres pour la ventilation dans les hôpitaux puis dans les
grands édifices publics.
M. Julien : Parfait. Je vois ces
enjeux-là que vous nommez. L'autre élément... Tu sais, vous avez parlé, en fin
de compte, de l'employé qui arrive des fois en bas de course dans le processus,
quand on a un processus d'appel d'offres au
plus bas soumissionnaire, avec les effets corollaires que ça peut avoir, puis
vous sembliez dire : Bien, à la fin, celui qui écope, c'est
peut-être l'employé.
D'un autre côté, moi, quand je regarde la
rémunération globale au Québec, de mémoire, elle a augmenté d'à peu près
23,6 %, là, dans les quatre, cinq dernières années, puis mes coûts de
projet, en moyenne, ont monté de 40 %. Donc, l'argent doit bien aller
quelque part, là.
Alors, exprimez-moi, en fin de compte, comment
ça se fait qu'elle ne se rend pas au... en bout de la course, parce que ça me coûte beaucoup plus cher que l'augmentation
de la rémunération, donc je pensais que les travailleurs de la
construction s'en étaient bien tirés dans les dernières années.
M. Boisjoly (Éric) : Bien, je
pense que pas vraiment. Mais, là-dessus, je peux vous dire, on vient de
finir... on a fait quelques régions dans une tournée provinciale, puis on a
fait, justement, un centre hospitalier dans la région de Sherbrooke, puis,
justement, la planification des travaux, bien, ça a été vraiment amené sur le
terrain, là. Tu sais, on a lancé le projet, on amène les plans, puis après ça,
bien, on décolle les travaux conjointement avec tous les corps et métiers, mais
on n'a pas planifié. Ça fait que, souvent, on installe un «duct» de
ventilation, mais, après ça, on arrive avec de la tuyauterie, le «duct» de
ventilation est là, on est obligés de débarquer le «duct» de ventilation, passer la tuyauterie, faire des amalgames pour
repasser la ventilation ailleurs. Mais ça, ce n'est pas le travailleur, ça, qui
mène ça, c'est la planification, c'est l'ingénierie, c'est les donneurs
d'ouvrage. Mais ça, qu'est-ce qui arrive dans ce temps-là? Mais le tuyauteur, mais qu'il est obligé de refaire ses
travaux, bien, lui, il a une surcharge d'extra au contrat. C'est comme
ça que ça fonctionne dans l'industrie de la construction. On octroie un
contrat...
M. Julien : Donc... Donc, les
surcoûts sont plus liés à de l'inefficience qu'à de l'enrichissement
d'employés.
M. Boisjoly (Éric) : Bien, faites
juste regarder la couleur des pickups puis les bateaux des employés de la
construction ou des entrepreneurs, on va voir la différence tout de suite.
M. Julien : Je n'ai pas... Je ne les
ai pas regardés. Je n'ai pas le droit de regarder ça parce que ça me donne...
ça me donne le goût d'en avoir.
M.
Lapointe (Philippe) : Mais... Mais, en parallèle, nous, nos conditions
de travail sont régies par convention collective, puis les dernières
augmentations salariales de la construction n'ont pas été de 23 %, là.
Peut-être qu'après la prochaine négociation
on va se reparler puis vous allez devoir revoir vos appels d'offres, mais
présentement on a eu une augmentation moyenne de 2 % de salaire.
Donc, ces... cette hausse de coûts là ne se retrouve pas sur notre
rémunération. Elle va peut-être se retrouver, par exemple, sur les matériaux.
Il y a eu... Pendant la pandémie puis après, il y a eu... il y a une explosion
du coût, entre autres, du deux-par-quatre puis certains matériaux.
Puis l'autre
chose qu'il y a d'important de dire, c'est que ce que ça... quand je disais que
ça a un impact sur le bas, c'est que, disons que vous avez un
entrepreneur général x qui applique mais qui a appliqué au plus bas, bien,
après ça, il fait la pression sur tous ses sous-contractants, puis on va se
retrouver, nous, avec presque six niveaux, des fois, de sous-contractants.
C'est-à-dire que, là, il va y avoir un sous-contractant qui va dire :
Bien, moi, je vais faire tel volet, disons la finition, puis il va aller voir
ensuite : Bien, je vais aller prendre un sous-contractant qui va aller
faire les murs, après ça je vais aller prendre un sous-contractant qui va aller
prendre les fils électriques, et ça se découle, ils sont tous spécialisés. Puis,
à la fin, bien, disons, le poseur de gypse, là, qui est le dernier qui passe,
bien, lui, il est payé au pied carré plutôt
qu'être payé à l'heure. Puis ça, sa rémunération, elle ne va pas être celle qui
est recommandée dans la convention collective, je peux vous le dire.
M. Julien : Parfait. Messieurs,
c'est sûr que ce que vous m'amenez comme sujets ce soir est beaucoup moins lié
à mon... au projet de loi n° 62, mais... mais il est lié à la stratégie
quand même. Puis, pour moi, là, c'est... c'est l'écosystème de la construction,
là, que j'ai en tête, là. Alors, je suis curieux, là, de bien concevoir... puis
vous l'avez nommé, là, mais par rapport à
l'enjeu, là, des femmes qui quittent l'industrie, là, puis... puis ce que vous
avez nommé, là, parce que... Écoutez, j'essaie de voir à qui la faute et
pourquoi. Vous avez... vous avez focalisé sur l'intégration par
rapport à certaines règles, mais j'essaie de voir, ça ne peut... ça ne peut pas
être juste ça quand on regarde les données, là, parce qu'honnêtement c'est...
c'est assez probant que ce n'est pas attractif, là.
• (21 h 30) •
M. Lapointe (Philippe) : Bien,
il y a plusieurs éléments par rapport à la présence des travailleuses dans
l'industrie. Puis vous avez raison, c'est... je ne pourrais pas pointer du
doigt un responsable pour l'absence de présence de femmes dans l'industrie de
la construction, là, c'est une responsabilité qui est partagée.
Tout d'abord, on s'entend que c'est un milieu
qui... pour tout le monde, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes,
c'est un milieu qui est... qui est hostile, entre autres à cause de la très
grande précarité d'emploi. Tu sais, les travailleurs de la construction n'ont
pas de sécurité d'emploi. On travaille de chantier en chantier, on bouge sans arrêt. Puis, à la fin d'un chantier ou d'un
contrat, qui peut durer deux mois, trois ans ou même deux jours, bien, il
faut... c'est la quête du nouvel emploi.
Alors, les travailleuses, qui sont déjà... dans
le fond, elles partent toujours avec une strike, c'est-à-dire qu'on va
embaucher un jeune homme plutôt que d'embaucher une femme, généralement par
discrimination, là. Je vais... On va... on va le nommer, là, il y a comme un
sexisme ambiant. Puis je ne veux pas dire tous les entrepreneurs de
construction, mais il y a 25 000 employeurs dans la construction, il
y en a quelques-uns qui le sont. Et on remarque que la proportion des
travailleurs... des entrepreneurs et entrepreneuses qui embauchent des femmes
est quand même assez minime. C'est presque 16 %. Ça fait que ce que ça
fait en sorte, bien, c'est que les travailleuses, elles sont toujours à la
remorque pour essayer de trouver ce type d'emploi là.
Ça fait que, nous, ce qu'on dit, c'est que, si
le gouvernement, dans ses appels d'offres puis dans son... ses partenariats,
inclut des cibles puis des programmes d'accès à l'égalité qui luttent vers la
discrimination, ce qu'on va créer, c'est...
on va créer un environnement de bonnes pratiques. Puis, en créant cet
environnement de bonnes pratiques là, vous seriez, dans le fond,
l'exemple qui va éduquer les entrepreneurs de la construction... puis peut-être
même créer un nouveau climat plus serein pour tout le monde, et ce serait
bénéfique.
Puis vous avez raison, ce n'est peut-être pas le
sujet sur lequel vous vouliez amener votre projet de loi, M. le ministre, mais
vous ouvrez les règlements et vous ouvrez les lois sur lesquels nous pouvons
toucher. Par exemple, le Conseil du statut de la femme, il réfère au règlement
des contrats de travaux de construction des organismes publics. C'est un des
règlements sur lesquels vous touchez avec le PL n° 62.
Puis, en même temps, sur ce qui est des appels d'offres puis tout ça, sur le reste, bien, vous êtes dans ces cordes-là.
Vous avez raison, on n'est pas exactement sur le projet, disons, que
vous vouliez amener avec les contrats en partenariat, mais, tant qu'à les
ouvrir, aussi bien commencer à parler de choses qui peuvent être
croustillantes, comme ce que nous essayons de vous sensibiliser.
M. Boisjoly (Éric) : Juste pour
faire un retour sur...
M. Julien : Mais il y a quand
même pas mal de choses croustillantes, mais... mais il n'en demeure pas moins
que ces éléments-là sont importants pour moi. Donc, je voulais vous entendre
puis voir les gestes les plus probants qu'on pourrait éventuellement poser
pour... pour...
M. Boisjoly (Éric) : Bien, un
geste que vous pouvez poser... juste dans les octrois des contrats publics,
avec l'embauche des femmes, on l'a essayé avec la commission, juste sur la
référence de main-d'oeuvre, ça a été quelque chose qui n'a pas fonctionné, là.
Les femmes sont en avant-plan dans la référence de main-d'oeuvre puis elles ne sont pas employables plus. Ça fait qu'il y a un
problème à quelque part, puis ce n'est pas la commission, puis ce n'est pas les parties syndicales qui les embauchent,
c'est les entrepreneurs. Et ils étaient sur la plateforme, et ils le sont
encore.
Dans les contrats publics, si on fait juste...
si on... il faudrait juste s'assurer d'avoir des blocs sanitaires salubres, juste pour les femmes, dans l'industrie
de la construction. On fait des sourires, M. le ministre, mais c'est quand même
quelque chose. On est en 2024 puis les femmes ne sont pas capables d'aller aux
toilettes puis de se laver les mains correctement. C'est inadmissible.
M. Julien : Non. Je fais un
sourire parce que... Je fais un sourire parce que vous avez raison.
M. Boisjoly (Éric) : Non, c'est
ça, c'est inadmissible. Tu sais, si, au moins, on mettrait ça de l'avant dans
les contrats publics, bien, on donnerait,
déjà là, une belle porte d'entrée à nos femmes dans l'industrie puis on
s'assurerait de pouvoir leur démontrer qu'on veut les maintenir dans
l'industrie parce qu'on leur donne quelque chose de... un point d'attache que
ça fait longtemps que les femmes se battent dans l'industrie, là.
M. Lapointe (Philippe) : ...tu
sais, on ne vous demande pas non plus de révolutionner le... le monde. On vous
demande juste d'étendre les programmes d'obligations contractuelles qui
existent déjà dans... dans la loi puis de... d'enlever l'exception de la
construction. Puis ce qu'on nous a dit, c'est qu'à l'origine la raison pourquoi
la construction était exclue, c'est qu'il n'y avait pas de femmes sur les
chantiers. Mais ce qu'il y a de drôle, c'est qu'aujourd'hui on se retrouve avec
encore très peu de femmes sur les chantiers, et on... on se dit que, si ça
avait été implanté dans les années 80, bien, on n'aurait peut-être pas
cette situation-là en ce moment.
M. Julien : Merci, messieurs.
M. Boisjoly (Éric) : Merci.
Le
Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. Ça termine
l'échange avec M. le ministre. Maintenant, c'est le temps de l'échange avec le
député de Nelligan. Je vous laisse la parole pour 12 min 22 s.
M. Derraji :
Merci, M. le Président. Bonjour à vous deux. Très intéressant, parce que
vous ramenez quelque chose d'autre dans ce projet de loi. Il y avait un projet
de loi qui modernisait l'industrie de la construction, le projet de loi 51. Est-ce que les représentations que
vous avez faites aujourd'hui, vous avez essayé de les faire passer dans le 51
ou pas? Désolé, je n'ai pas suivi toute l'étude. Est-ce que vous êtes au
courant? Est-ce que ça a donné quelque chose ou bien vous sentez
l'obligation... que ça n'a pas été fructueux pour vous dans le cadre du 51 et
vous voulez que nous, on insiste aujourd'hui à rajouter ces éléments dans le
cadre de ce projet de loi?
M. Boisjoly (Éric) : Bien, si je peux me
permettre, juste pour la formation professionnelle, je pense qu'initialement
on a essayé de l'apporter juste dans les consultations préalables au
PL 51, puis ça a été un refus catégorique de la part du ministre Boulet de
nous entendre sur la formation professionnelle. Ça fait que je pense que, si on
parle d'octroi de contrats publics, je pense que c'est les... c'est l'argent,
dans le fond, des contribuables, je pense, qu'on... les contribuables vont demander d'avoir des gens qualifiés et compétents
pour exécuter les travaux à lesquels on va faire ou... puis qu'on...
puis à lesquels on va payer.
Je pense qu'on essaie
de... de l'amener partout où est-ce qu'on peut pousser, dans le fond, pour
s'assurer d'une formation adéquate. Philippe l'a dit tantôt : On a une
carence en formation. On a passé de 30 %... de 70 % de diplomation, voilà 10 ans, à 30 % de
diplomation. On est complètement à l'inverse aujourd'hui. On a 30 % de
diplomation versus 70 % d'entrées sans diplôme dans l'industrie, ça
fait que ça va avoir un impact directement dans les... dans les années à venir,
puis ça, c'est dans un avenir assez rapproché dans l'industrie de la
construction.
Puis pour... des
femmes, bien, je vais laisser... je vais laisser Philippe aller, mais c'est des
choses qu'on n'a pas été capables d'amener non plus dans le PL 51.
M. Lapointe
(Philippe) : Puis, tu sais... ce n'est pas ce que vous dites, mais je
veux juste rassurer qu'on n'est pas en train d'essayer de refaire le débat du
PL 51 dans... dans un autre...
M. Derraji :
Non, non, non.
M. Lapointe
(Philippe) : ...projet de loi.
M. Derraji :
Non, non, non. Non, non, écoutez, c'est juste...
M. Lapointe
(Philippe) : Non, je comprends que ce n'était pas là que vous alliez.
M. Derraji : Non, non, non. Au
contraire, je vous écoute, je veux juste m'assurer... Comme je n'ai pas assisté
aux consultations... De mon rôle, je suis tout ce qui se passe dans les projets
de loi, mais je ne peux pas aller dans les détails, donc je ne peux pas aller
voir tout ce qui a été dit dans n'importe quelle commission. Mais j'ai aimé ce
que vous avez ramené, et vous avez le droit de dire : Écoutez, le
gouvernement donne de l'ouvrage, c'est des contrats publics, c'est beaucoup, beaucoup, beaucoup d'argent. Donc, est-ce qu'il
peut, dans le cadre de ce qu'il contrôle en termes d'appels d'offres, exiger
un minimum de... Donc, moi, je voulais juste vérifier, mais je vous écoute et
après on va passer à la deuxième étape. Je ne fais aucun jugement...
M. Lapointe (Philippe) : Non,
non, mais... mais c'était pour vous dire qu'on s'est vraiment assis avec le
PL 62 à voir... parce que c'est... La façon que le gouvernement
donne les... les contrats a un impact direct sur la façon qu'on va s'organiser
par la suite. Puis quand je dis «on», je parle des travailleurs, travailleuses,
parce que c'est... les travailleurs, travailleuses veulent avoir accès à ces
chantiers-là. Et donc un chantier, lorsque l'appel d'offres, la planification et l'organisation du travail, elle
est bien pensée, ça devient un emploi de qualité. Et dans une... dans une
industrie qui est aussi précaire que la nôtre...
D'ailleurs, il y
avait des... des études, là, qui nous comparent, là, à la compétition qui peut
exister, disons, entre le monde de... du
taxi puis les Uber, là, tellement c'est... c'est volatile, nos... nos emplois,
là, on est quasiment à la pièce. Et donc, lorsqu'on peut tomber sur un
emploi public, d'un contrat public qui est long, eh bien, pour nous, c'est une stabilité d'emploi et de revenus. Et on a beau
avoir un salaire horaire élevé, mais si on n'est pas capables de travailler
à temps plein, eh bien, on finit sur le chômage tout de même. Et le salaire
moyen d'un travailleur de la construction, cette
année, c'est environ 42 000 $ sur... alors que le salaire horaire,
c'est 45 $ de l'heure pour un compagnon. Donc, ça veut dire que la
personne ne travaille pas à temps plein.
M. Derraji :
Écoutez, ce que vous ramenez nous interpelle, parce que parfois on parle
beaucoup, beaucoup du réseau de la... de... de la construction, avec raison, et
il y a probablement de... beaucoup de légendes urbaines qui circulent sur ce
domaine, malheureusement. Mais, au début de votre présentation, vous m'avez
parlé beaucoup de la planification. Il y a beaucoup de groupes qui nous ont
parlé que... s'il vous plaît, mettez des experts autour de la table. Il faut absolument agir, parce que, si on
n'a pas une bonne planification au départ, c'est de là où tout part, et le
risque, il est très élevé.
Ce que j'ai aimé dans
votre présentation, vous avez parlé de l'ingénierie, vous avez parlé de la
précarisation, vous avez parlé des extras, hein, le fameux extra. Donc, de
l'autre côté, vous êtes des gens qui travaillent sur le terrain. Si aujourd'hui
vous êtes responsables de la partie planification — il y a beaucoup de
groupes qui ont parlé de la planification avant vous — c'est
quoi, les choses que vous suggérez aux membres de la commission qu'on doit prendre en considération? Parce que je suis très
sensible à ce que vous... vous venez de dire. Tu sais, la précarisation...
Je suis sur le cas présentement dans le dossier de chauffeurs de taxi qui
comparent leur travail à Uber, et on parle... on
me parle beaucoup de la précarisation, beaucoup, beaucoup. Le salaire de ces
gens, il est très, très, très bas, malgré ce qu'on peut penser de
l'industrie de taxi ou d'Uber.
Nous, ce
qu'on veut, c'est éviter la précarisation. Ça, c'est sûr et certain. Je parle
de la... au niveau de la... de la construction. Vous avez beaucoup parlé
de la planification. Mais ce que j'ai aimé avec vous, vous êtes le premier groupe qui parle de l'autre côté, qui voit les
effets de l'absence de planification, et vous avez même donné des exemples :
Écoutez, si on ne planifie pas très bien, bien, on tombe dans les fameux
extras, et c'est là où l'augmentation de coûts, elle est... elle est
importante, n'est plus contrôlable.
Il me reste quand même cinq minutes. Essayez de
résumer, de votre côté, côté terrain, les choses qu'on doit faire. Mais là j'ai
besoin de vous, pas dans l'exécution, j'ai besoin de vous dans la
planification. Je vous écoute.
• (21 h 40) •
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
écoutez, je pense que... Vous avez parlé des contrats publics. Je pense qu'on a
une expertise des contrats publics d'avant. Ça fait que, si on ressortirait
tous les contrats publics, exemple, la phase du métro... tu sais, la phase du métro qui s'est... qui a été la
prolongation vers Laval, juste le REM présentement, qui est... qui est
partenariat, les ponts, on est capables de voir les... les contrats initiaux
qui ont été donnés et la finalité du coût de contrat. Puis, après ça, si on a
appris ça, c'est de mettre vos experts à vous, là, et non pas à nous. Mais
nous, on le voit sur le terrain, avec nos salariés qui exécutent ces travaux-là
puis qui ont les embûches de dire : OK, bien, on est rendus là, mais il
faut faire un pas de recul, parce que justement l'ingénierie et la
planification n'avaient pas planifié l'enjeu qu'on a aujourd'hui ou le «duct»
de ventilation que je parlais tantôt, qui vient en... en interaction avec la
tuyauterie qui est... qui est à poser.
Mais ça, je pense qu'il faut faire une expertise
des contrats qui ont été donnés avant pour s'assurer de... des extras qui ont
été donnés. Mais pourquoi qu'ils ont été donnés, ces extras-là? Bien, c'est là
qu'il faut aller creuser puis qu'il faut aller piger, puis ça, l'entrepreneur,
bien, il n'a pas le choix d'aller là, là. Puis on ne jette pas le blâme à
personne, là, mais l'entrepreneur, quand il a... il a soumissionné son contrat,
puis qu'il arrive une... un extra, puis on pourrait les nommer, ça peut être
dans une phase d'excavation, ça peut être dans... dans une phase de coffrage,
ça peut être dans une phase d'installation
d'équipements mécaniques... Il y a un paquet de phases de construction où
est-ce que, quand la planification
puis l'ingénierie ne se parlent pas, bien, il arrive ça, puis c'est de l'argent
du public, qui coûte plus cher.
Je pense
qu'il y a un... il y a un beau travail d'exercice à faire de regarder
rétroactivement ce qui a été fait dans les contrats des dernières années, puis
de regarder où est-ce qu'il y a eu les extras, puis de ne pas faire les mêmes
erreurs.
M. Lapointe (Philippe) : Puis
une des choses qui pourraient... Nous, tu sais, dans... dans la planification qu'on parle, c'est surtout les... la planification
de la... la pointe de main-d'oeuvre puis des demandes de main-d'oeuvre. Donc,
si on est capables d'avoir un arrimage... Puis je pense que la Société
québécoise des infrastructures aurait cette capacité-là
de dire : On a une région donnée, disons, on est au Saguenay—Lac-Saint-Jean, et puis il y a quatre chantiers d'importance qui sont en train
de se construire pour le gouvernement, bien, dans le fond, on va s'arranger
pour que la phase de finition ne soit pas en même temps pour chacun des... des
éléments.
M. Derraji : C'est très
important, parce que, je ne sais pas c'est qui qui l'a dit, il a dit la même
chose : Ne lancez pas... avant de lancer un appel d'offres, faites
attention à ce que ça coïncide avec une phase où il y a trop... Je ne sais pas c'est quel groupe, mais il y a
quelqu'un aujourd'hui qui a parlé de la même chose. C'est très, très intéressant.
Donc, vous le confirmez, d'un point de vue travailleur que, même là, on vous
rajoute une charge supplémentaire... C'est une charge sur... sur le coût total,
vers la fin?
M. Boisjoly (Éric) : Bien...
M. Lapointe (Philippe) : ...
M. Boisjoly (Éric) : Mais juste
l'influence des annonces des contrats, juste... Excusez. Juste l'influence des
annonces du gouvernement sur les contrats, juste ce qu'on annonce d'Hydro-Québec
présentement... On annonce des milliards en investissements d'Hydro-Québec. Ça
fait que là, déjà, là, on met une pression sur la main-d'oeuvre, qui vont
peut-être choisir des... d'aller sur des chantiers. Puis là ils nous appellent,
nous, la partie syndicale, de pouvoir aller
sur les chantiers d'Hydro-Québec, parce que, des fois, ils sont peut-être plus
payants qu'un chantier institutionnel.
M. Lapointe (Philippe) : Qui ne
sont pas lancés encore.
M. Boisjoly
(Éric) : Ça fait qu'en annonçant des chantiers en amont,
bien, vous mettez une... ou une pression sur les salariés de dire :
Bien, on aime mieux aller dans ce secteur-là que dans l'autre secteur. Ça fait
que vous vous mettez vous-mêmes des... des barrières.
M. Derraji : Oui,
oui. Non, mais c'est intéressant. Je vais vous arrêter là. Donc, est-ce que
vous croyez le ministre quand il dit qu'avec le projet de loi on va réussir à
baisser le prix de 15 % et le... améliorer le délai de 25 %? Si on ne
prend pas en considération ce que vous venez de dire.
M. Boisjoly (Éric) : C'est sûr
qu'on n'y arrivera pas.
M. Derraji : J'espère qu'il
écoute, le ministre, et j'en suis sûr et certain qu'il écoute. Non, mais c'est
très important ce que vous dites. Parce que
là, à part qu'on a un problème d'éloignement dans certaines régions, M. le
Président, il connaît très bien la région de la Côte-Nord, si on lance
des appels d'offres, Hydro-Québec, elle est là, on a une pression sur la main-d'oeuvre. Donc, l'objectif
souhaité par le projet de loi de réduire les coûts, pas sûr qu'on va y arriver.
M. Lapointe (Philippe) : Bien,
c'est que le bassin de main-d'oeuvre disponible est fini. Je veux dire, il
n'est pas infini. Donc, si on a une... Je
vous donne un exemple, là, mais sur la Côte-Nord, si on a 200 électriciens, électriciennes
puis qu'ils sont déjà tous à l'emploi, bien,
nécessairement, il faut faire venir des électriciens, électriciennes d'ailleurs.
Mais, si on est capables de les prendre puis
d'étaler les... les moments entre différents chantiers puis s'assurer de donner
à ces électriciens, électriciennes-là de l'emploi sur la totalité de l'année,
en planifiant le moment où est-ce que ces travaux-là se fait, et de les faire
en... en étalement, là, eh bien, dans le fond, ce qu'on... ce qu'on fait, c'est
qu'on s'assure qu'il y a des personnes qui
vont travailler au plein potentiel de leur disponibilité à l'emploi. Puis, en
parallèle, bien, on va réduire l'importance des heures supplémentaires,
puis on va réduire aussi les... les coûts de déplacement ou autres de main-d'oeuvre. Puis, dans le fond, on
va faire travailler les gens dans leur région. Puis, ça, c'est ce qu'il y a...
ce qu'il y a de plus bénéfique.
M. Derraji : Ce que j'aime avec
votre présentation, vous parlez beaucoup de la précarisation, mais vous ramenez
de très bonnes solutions. C'est qu'au lieu de se cannibaliser avec des appels
d'offres et on... on cherche toujours le même bassin dans la même place avec le
donneur d'ouvrage... Et vous l'avez très bien dit : Écoutez, on voit ce qui se passe avec Hydro-Québec, on a devant nous une bonne dizaine d'années d'investissements, sinon
on va fermer la boutique de l'énergie. Donc, il y a déjà la pression
d'un donneur d'ouvrage extrêmement important et des régions où il y a un manque de main-d'oeuvre. Donc, ce que vous dites
aujourd'hui : Attention sur les appels d'offres, de prendre en
considération le nombre de projets lancés dans chaque région. Est-ce que j'ai
bien résumé?
M. Boisjoly (Éric) : Bien...
bien, plus que ça, de se faire du capital politique sur les annonces de
projets. Là, vous parlez... là, on parle des projets d'Hydro-Québec, mais on
parle aussi de la crise du logement. Bien, c'est qui, qui va bâtir les
barrages? C'est qui, qui va... qui va bâtir les... les logements? Qui va bâtir
les hôpitaux? Qui va rafraîchir les écoles? C'est tout le temps la même... les
mêmes travailleurs et travailleuses de l'industrie.
M. Derraji : Merci à vous deux,
très... très rafraîchissant, et merci pour votre présence.
Le Président (M. Montigny) : Merci
beaucoup.
M. Boisjoly (Éric) : Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Alors, merci. Maintenant, c'est le temps du tour de parole de la députée de Verdun.
Vous avez 4 min 8 s.
Mme Zaga Mendez : Merci, M. le
Président. Je salue M. Lapointe et Boisjoly d'être avec nous ce soir,
malgré l'heure. Une question très précise par rapport au projet de loi. Il y a
un nouveau régime de représentation syndicale au sein de la SQI. Je ne sais pas
si vous avez jeté un coup d'oeil à l'article 33, dans la loi... juste nous
dire si tout va bien ou s'il y a des enjeux, rapidement.
M. Lapointe (Philippe) : Je
vais... je vais être bien sincère, nous sommes dans un autre code du travail,
donc ça n'aura pas d'impact sur nous, puis je... je n'ai vraiment pas étudié la
question.
Mme Zaga Mendez : Aucun
problème, puis, si jamais vous avez un avis, vous pouvez quand même nous le
fournir par écrit.
Lors de votre présentation... puis faire un lien
aussi avec la discussion précédente, il y a des objectifs de réduire des coûts, d'aller plus vite. Et là il y a
quelque chose qui m'a frappée dans votre présentation, c'est que, quand on essaie de faire ça, on peut compromettre
certains aspects, surtout la santé et sécurité. J'aimerais ça vous entendre
là-dessus, des exemples que... qu'on essaie d'aller trop vite ou que ça
coûte moins cher et qu'il y a des implications au niveau de la santé et
sécurité pour nos travailleurs.
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
écoutez, ce n'est pas compliqué, la loi du soumissionnaire le plus bas, pour
arriver à... bien, à décrocher un contrat quand il faut baisser au maximum nos
coûts pour pouvoir avoir droit à faire ce contrat
de travail là... Puis ça, bien, je pense que l'homme est ce qui est l'homme,
mais on ne coupera jamais dans notre... dans notre gagne-pain à nous, ça veut dire qu'on... qu'on ne coupera
jamais dans nos profits si on est un entrepreneur. Mais
on va couper où? On va couper dans ce qui est... dans le fond, Philippe l'a dit
tantôt, la sécurité d'emploi des travailleurs, des travailleuses de l'industrie
de la construction, mais ils n'ont rien pour se rattacher, pour faire valoir leurs conventions collectives, ça fait qu'on va
couper dans l'octroi des... des primes ou des frais de transport qui sont liés
à la convention collective des travailleurs,
des travailleuses. Puis la santé et sécurité au travail, ça, c'est...
malheureusement, c'est toujours à
recommencer, mais, dès qu'on arrive sur un chantier de construction, bien,
on... les entrepreneurs nous disent toujours : Bien, la santé et
sécurité au travail, ça coûte trop cher. Mais c'est... c'est quoi, le prix d'un
décès ou d'une mutilation? Puis on... tu
sais, on n'a pas de gloire à prendre dans l'industrie, là, hein, 33 % de
la main-d'oeuvre, 8 % des décès. C'est... c'est inacceptable
présentement, ce qu'on vit là, là.
M. Lapointe (Philippe) : On...
on parlait tout à l'heure des installations sanitaires, là. Tu sais, juste...
un des plus gros combats qu'on a eu à faire sur la question des installations
sanitaires, c'étaient des... des épargnes de coûts qu'avait essayé de faire
les... sur les... le chantier de l'échangeur Turcot, en mettant juste des
toilettes style toilettes bleues de festival un petit peu partout plutôt que des
installations sanitaires telles que... que prévues. Puis là ça faisait en sorte que des travailleuses qui, disons,
avaient leurs règles ou devaient aller se nettoyer, bien, se retrouvaient sans
eau, se retrouvaient sans... avec des
endroits qui étaient insalubres, des toilettes qui n'étaient jamais changées.
Puis ça, bien, c'est un entrepreneur qui essayait de couper des frais
sur des affaires qui sont de base.
Mme Zaga Mendez : Donc, si je
comprends bien... Parce que l'objectif d'avoir des contrats en partenariat,
c'est avoir une phase de coconstruction avec... entre le donneur d'ouvrage et
l'entreprise ou le consortium. Mais ce qu'il
faudrait avoir là, c'est aussi des critères en termes de santé et sécurité, de
planification, en termes de la main-d'oeuvre, de sécurité au travail, et
ça, en tout cas, moi, j'ai l'impression que c'est la voix syndicale qui a...
qui devrait être écoutée ou au moins s'assurer qu'ils sont consultés dans ce
processus.
• (21 h 50) •
M. Boisjoly (Éric) : Bien, je
pense que oui. C'est la voix des travailleurs, des travailleuses, parce qu'à
quelque part on a de besoin de... de ces gens-là. On a besoin de nos
travailleurs, nos travailleuses pour exécuter les travaux. Et je pense que le
gouvernement devrait... puis Philippe l'a dit tantôt, devrait donner
l'exemple...
Le Président (M. Simard) :
Très
bien.
M. Boisjoly
(Éric) : ...dans tout ce qui est application des
conventions collectives et de loi en santé et sécurité au travail, là.
M. Lapointe (Philippe) : Puis...
puis l'affaire qu'on demande, là...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Lapointe (Philippe) : ...ce
n'est pas inusité, c'est le règlement, ça existe déjà. Ce serait de simplement
respecter les règlements puis les conventions collectives.
Mme Zaga Mendez : Bien, merci.
Le Président (M. Simard) : Alors,
messieurs, merci beaucoup pour votre présence parmi nous ce soir.
M. Boisjoly (Éric) : Merci.
Le Président
(M. Simard) : Votre
intervention venait clore nos auditions. Je tiens à remercier tous nos
participants, tous les collègues députés, tous les membres du personnel,
bien sûr, notre secrétariat.
Mémoires déposés
Je dépose les mémoires des organismes et des
personnes que nous n'avons pas pu entendre en commission.
Et, comme nous avons bien sûr accompli notre
mandat, j'ajourne nos travaux, mais, mais, mais ne partez pas trop loin, parce
qu'on se retrouve demain matin à 8 h 30. Au plaisir.
(Fin de la séance à 21 h 51)