Journal des débats de la Commission des finances publiques
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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Le
mercredi 29 mai 2024
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Vol. 47 N° 51
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 62, Loi visant principalement à diversifier les stratégies d’acquisition des organismes publics et à leur offrir davantage d’agilité dans la réalisation de leurs projets d’infrastructure
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Intervenants par tranches d'heure
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Simard, Jean-François
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Julien, Jonatan
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Julien, Jonatan
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Simard, Jean-François
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Derraji, Monsef
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Zaga Mendez, Alejandra
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Paradis, Pascal
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Simard, Jean-François
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Julien, Jonatan
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Simard, Jean-François
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Zaga Mendez, Alejandra
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Paradis, Pascal
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Simard, Jean-François
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Julien, Jonatan
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Simard, Jean-François
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Zaga Mendez, Alejandra
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Paradis, Pascal
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Julien, Jonatan
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Julien, Jonatan
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Simard, Jean-François
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Derraji, Monsef
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Zaga Mendez, Alejandra
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Paradis, Pascal
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Simard, Jean-François
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Julien, Jonatan
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Julien, Jonatan
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Simard, Jean-François
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Derraji, Monsef
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Zaga Mendez, Alejandra
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Paradis, Pascal
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Simard, Jean-François
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Julien, Jonatan
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Simard, Jean-François
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Zaga Mendez, Alejandra
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Simard, Jean-François
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Julien, Jonatan
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Derraji, Monsef
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Derraji, Monsef
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Simard, Jean-François
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Julien, Jonatan
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Montigny, Yves
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Zaga Mendez, Alejandra
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Julien, Jonatan
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Simard, Jean-François
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Derraji, Monsef
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Zaga Mendez, Alejandra
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Simard, Jean-François
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Montigny, Yves
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Julien, Jonatan
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Julien, Jonatan
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Montigny, Yves
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Derraji, Monsef
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Zaga Mendez, Alejandra
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Simard, Jean-François
11 h (version révisée)
(Onze heures dix-sept minutes)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, bonjour à tous. Je constate que nous avons quorum. Nous sommes
en mesure d'entreprendre nos travaux.
Avant d'aller plus loin, puisque nous
avons à peine 2 min 30 s de retard, y aurait-il consentement
afin de poursuivre, ce matin, au-delà de l'heure initialement prévue? Il y a
consentement?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Simard) : Consentement.
Comme vous le savez, notre commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 62.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements ce matin?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Mallette (Huntingdon) est remplacée par M. Thouin
(Rousseau); M. Beauchemin (Marguerite-Bourgeoys), par M. Derraji
(Nelligan); Mme Rizqy (Saint-Laurent), par MmeRotiroti (Jeanne-Mance—Viger); et M. Bouazzi
(Maurice-Richard), par Mme Zaga Mendez (Verdun).
Le Président (M. Simard) : Merci.
Bienvenue à ces nouveaux collègues. Sans plus tarder, je cède la parole à Me
Martine Valois, qui nous fait l'honneur d'être parmi nous ce matin. Mme Valois,
la parole est à vous, et vous disposez de 10 minutes afin de faire votre <présentation...
Le Président (M. Simard) :
...disposez
de 10 minutes afin de faire votre >présentation.
Mme Valois (Martine) : Merci
beaucoup, M. le Président. M. le ministre, Mmes et MM. les députés, je vous
remercie pour cette invitation à commenter le projet de loi n° 62, Loi
visant principalement à diversifier les stratégies d'acquisition des organismes
publics et à leur offrir davantage d'agilité dans la réalisation de leurs
projets d'infrastructure. Certains d'entre vous ont pu prendre connaissance à
l'avance de ma position en lisant l'article du Devoir ce matin, rédigé
par la journaliste Isabelle Porter. Mon intervention portera uniquement sur les
articles du projet de loi n° 62 qui modifient la Loi sur les contrats des
organismes publics.
Alors, d'entrée de jeu, mes inquiétudes
concernent l'introduction, au chapitre V, de la loi des contrats de partenariat
et la possibilité de conclure des contrats de gré à gré dans le cas d'appels
d'offres infructueux, c'est-à-dire la modification de l'article 13.1 de la
LCOP. À mon avis, ces modifications vont dans le sens contraire des principes
directeurs de la LCOP, soit la saine concurrence entre les cocontractants,
l'équité entre les cocontractants et la transparence dans l'octroi et la
gestion des contrats publics. Dans l'état actuel des choses, ces modifications
vont aussi à contre-courant de l'ensemble des meilleures pratiques pour contrer
la collusion et la corruption, telles que définies notamment par l'OCDE. Elles
sont susceptibles, à mon avis, d'augmenter la vulnérabilité des organismes
publics, qui sont en manque toujours d'expertise pour évaluer les propositions
des acteurs de l'industrie, et de s'assurer des... que les conditions proposées
sont acceptables, et que les coûts sont raisonnables et réalistes. Ces
meilleures pratiques ont été soulignées par la commission Charbonneau après une
étude approfondie des stratèges de collusion et de corruption dans l'industrie
de la corruption.
Ces modifications pourraient aussi avoir
pour conséquence d'augmenter la concertation de nature collusive entre les
acteurs privés, diminuant ainsi la concurrence dans l'octroi des marchés
publics. Ces meilleures pratiques sont aussi celles développées par l'OCDE, qui
a publié plusieurs documents sur la prévention de la collusion, notamment la
recommandation du conseil sur la lutte contre les commissions concertées dans
les marchés publics et les lignes directrices pour lutter contre les
soumissions concertées dans les marchés publics.
• (11 h 20) •
Quelles sont ces meilleures pratiques? Dans
le cas de la conception des appels d'offres, favoriser la concurrence,
c'est-à-dire élargir le nombre de participants potentiels, diversifier les
types de marchés et utiliser des procédures d'appel d'offres ouvertes et
transparentes. Spécifier clairement les besoins. Des spécifications techniques
détaillées et précises rendent la collusion plus difficile. Varier la taille et
la nature des marchés, éviter les marchés de valeurs identiques et répartir les
projets en lots pour limiter les opportunités de collusion. Concernant la
gestion des appels d'offres, la rotation du personnel. Il faut changer
régulièrement les agents responsables des appels d'offres pour réduire les risques
de collusion avec les entreprises. Il faut former le personnel et le
sensibiliser aux agents de risque de collusion et aux moyens de la détecter. La
transparence, c'est-à-dire publier les critères d'attribution des marchés, les
résultats des appels d'offres et les sanctions en cas de collusion. Ainsi que
de mettre en place des outils pour détecter les schémas de soumission suspects.
L'OCDE recommande des mesures spécifiques
destinées à rendre les procédures de passation des marchés compétitives et exemptes
de toute collusion. Il faut évaluer les législations et les pratiques en
matière de marchés publics ainsi que leur impact sur la probabilité de
collusion entre soumissionnaires. Il faut prendre des mesures qui sont
destinées à prévenir les soumissions concertées dès l'entame des procédures
d'adjudication, et non après, élaborer des cadres pour ces procédures et
concevoir différents appels d'offres. Veiller à ce que les responsables des
marchés publics aient les connaissances des structures de marchés, des schémas
concernant les offres de prix ou les pratiques de soumissionnaires qui peuvent
indiquer la présence d'une forme de collusion.
L'OCDE reconnaît, par ailleurs,
l'importance du secteur privé dans l'élaboration des marchés <publics...
Mme Valois (Martine) :
...L'OCDE
reconnaît, par ailleurs, l'importance du secteur privé dans l'élaboration des
marchés >publics, mais met l'accent sur un rôle consultatif, plutôt que
décisionnel. Alors, l'OCDE ouvre la porte à l'implication précoce du secteur
privé dès les premières phases de planification des projets d'infrastructure
afin de partager son expertise et ses connaissances de marchés, mais non dans
le but de conclure un projet... un marché public. Et des mécanismes de dialogue
formels doivent être mis en place pour favoriser les échanges entre les
autorités publiques et les acteurs privés, mais ces consultations doivent être
menées de manière transparente, avec une communication claire des objectifs et
des critères de décision. Il faut prévoir des règles claires concernant les
conflits d'intérêts et garantir l'intégrité des processus de passation des
marchés. Et les relations entre les acteurs publics et privés doivent être
transparentes et soumises à un contrôle public.
En résumé, même si l'OCDE encourage la
participation du secteur privé dans l'élaboration des marchés publics, elle
insiste sur la nécessité de préserver l'intérêt général et de garantir une concurrence
équitable. Le rôle du privé doit être consultatif et complémentaire à celui des
autorités publiques, qui restent responsables des décisions finales. Alors, le
problème, ce n'est pas d'encourager le dialogue entre les donneurs d'ouvrage
publics et les acteurs privés, mais bien de s'assurer que les deux intervenants
parlent le même langage et bénéficient du même niveau de connaissance du
marché. C'est là que le bât blesse, à mon avis, car la perte d'expertise au
sein des donneurs d'ouvrage publics les rend vulnérables aux pratiques de
collusion et les empêche d'évaluer correctement les propositions des acteurs
privés. Ce danger est bien réel, notamment dans le cadre de la négociation des
contrats de partenariat.
Sur le manque d'expertise des donneurs
d'ouvrage publics, l'OCDE considère que cette expertise est cruciale à tout
processus intègre et équitable d'octroi de marchés publics, et afin de
développer, dans la durée, les connaissances et l'expérience chez les
professionnels des marchés publics, des nombreux pays membres de l'OCDE ont mis
sur pied les centrales d'achats, qui fonctionnent comme des plaques tournantes
professionnelles en matière de marchés publics. 61 % des membres de l'OCDE
l'ont fait, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie, l'Irlande, la
France, la Belgique... la Belgique, mais pas le Canada.
La commission Charbonneau aussi avait
témoigné... en fait, avait rapporté que plusieurs témoignages avaient fait
l'état d'une perte d'expertise importante à l'échelle de la fonction publique
provinciale et municipale. Plusieurs rapports avaient souligné notamment que le
ministère des Transports du Québec ne possédait pas les ressources humaines et
financières requises pour assurer une contre-vérification serrée des estimés de
coûts et des réclamations de paiement. Des firmes de génie avaient participé à
la planification de certains travaux, une situation qui ouvre la porte à une
surestimation des besoins et, conséquemment, de l'envergure et du coût des
infrastructures. La délégation de fonctions stratégiques à des firmes de génie,
telles la planification des travaux, la préparation des estimés, la
contre-vérification des réclamations de paiement, est une source potentielle
d'abus, dans la mesure où les acteurs privés peuvent être portés à satisfaire
leurs intérêts au détriment de l'intérêt public.
Dans l'état actuel des choses, les
contrats de partenariat rendent donc les donneurs d'ouvrage publics vulnérables
à la collusion. Quelles sont les solutions pour renforcer l'expertise des donneurs
d'ouvrage publics et la surveillance des organismes externes, dont l'AMP, en
particulier sur ces nouvelles formes de contrats publics qui sont introduites
par ce projet de loi, qui dérogent, à mon avis, de manière importante, aux
principes visant à favoriser l'équité, la concurrence et la transparence des
contrats publics...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
Mme Valois (Martine) : ...pour
plus d'agilité? Et je vais terminer, juste une phrase, comme le souligne l'Autorité
des marchés publics dans son mémoire : «Peu importe les modifications qui
seront apportées au cadre normatif par ce projet de loi, tant et aussi
longtemps que les donneurs d'ouvrage ne <consacreront...
Mme Valois (Martine) :
...normatif
par ce projet de loi, tant et aussi longtemps que les donneurs d'ouvrage ne >consacreront
pas le temps nécessaire à l'application des projets d'infrastructure,
l'explosion des coûts et des délais de réalisation de ces projets continuera de
survenir.» Je vous remercie de votre attention.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Merci, chère maître. Et je cède la parole au ministre, qui dispose d'un peu
plus de 16 minutes.
M. Julien : Oui, merci, M. le
Président. Merci, Me Valois, pour votre allocution et votre intervention
aujourd'hui, là, dans le cadre de cette étude qu'on a pour le projet de loi 62.
Naturellement, j'ai lu... j'ai lu l'article ce matin, là, du Devoir,
donc on avait un peu en primeur, là, ce que vous aviez à nous énoncer, ça nous
a permis de se préparer, également, puis de voir qu'est-ce qu'il en était.
Vous avez mentionné, d'entrée de jeu,
qu'il y avait deux enjeux plus particuliers là, à l'intérieur du projet de loi
n° 62, là, qui vous interpellaient, en termes des principes reconnus à la
fois dans la LCOP puis, naturellement, ailleurs. Il y avait tout le volet que
je qualifie de mode collaboratif partenariat et, après ça, l'article 13.1,
gré à gré. Moi, je distingue assez bien ces deux éléments là, je suis certain
que vous le faites également. Mais je veux bien concevoir le volet plus mode
collaboratif, puisqu'on a reçu plusieurs groupes... À la fois, oui, il y a
l'industrie, mais il ne faut pas... il n'y a pas juste l'industrie, il y a les
meilleures pratiques aussi, avec PMI. On a l'Autorité des marchés publics qui,
sur ce volet-là, pour lui, convenait, là, que ça ouvrait le marché, ça
favorisait la concurrence.
Et le processus qu'on y met... Puis là,
juste être certain que vous n'êtes pas mal citée, là, mais c'est marqué dans
l'article : «Les contrats de partenariat remplaceraient les systèmes
d'appel d'offres dans le cadre de certains projets plus complexes et plus
d'envergure.» Puis là, sur cette phrase-là, si elle est vraiment de vous, le
processus d'appel d'offres public prévu dans les modes collaboratifs existe
avec la même rigueur, un comité indépendant qui vient qualifier... non
seulement sur le prix le plus bas uniquement, c'est-à-dire comme le mode
traditionnel, mais sur l'expérience, l'expertise, les réalisations passées,
donc plus de facteurs qualité, donc.
• (11 h 30) •
Et ce qu'on observe ailleurs, pour ceux
qui l'utilisent, parce qu'on a quand même fait l'Australie, l'Ontario,
augmentation de la concurrence, donc plus de joueurs qui viennent... alors,
l'industrie nous dit ça, mais on l'observe aussi dans les appels d'offres qui
ont utilisé ce mode-là... et réduction des prix, et réduction des délais. Donc,
plus de concurrence, réduction des prix, réduction des délais, avec un mode
d'appel d'offres quand même très rigoureux, spécifique, avec un comité de
sélection. Donc, les résultats sont probants, et ça augmente la concurrence.
Et là je terminerais ma question, parce
qu'elle est assez large, mais je vais m'attendre à une réponse assez large aussi.
Pour moi, la collusion, c'est une entente illicite, le plus souvent, secrète,
entre deux ou plusieurs personnes pour nuire, de manière illégale, au tiers,
qui serait le donneur d'ouvrage. Donc, comment ce mode d'attribution, qui
respecte les principes d'appel d'offres public très rigoureux et qui augmente
la concurrence, pour vous, favorise la collusion? Et, considérant le passé, là,
que vous avez bien connu, là... mais, pourtant, c'est des modes traditionnels,
et il y avait beaucoup de collusion... donc, j'essaie juste de voir en quoi ce
mode-là, qui ne semble pas, pour l'Autorité des marchés publics, être un enjeu,
pour vous, vous dites : Ce mode-là entraînerait... et le... entraînerait
beaucoup plus de possibilités de collusion.
Mme Valois (Martine) : Bien,
en fait, dans la... dans la... votre commentaire, vous dites : Ça favorise
la concurrence, ces contrats-là. Alors, d'entrée de jeu, ma question, c'est :
Comment ça favorise? C'est ce qu'on dit. Alors, bien, moi, j'aimerais savoir
comment ça favorise la concurrence. Le problème, comme je l'ai dit, c'est sur
le plan de l'expertise et l'intérêt public général. C'est-à-dire que le marché,
les acteurs privés vivent des difficultés en ce moment, ils ont une pénurie de
main-d'œuvre, les suites de la pandémie, bon, les accords de libéralisation,
qui sont toujours présents. Tous ces problèmes-là, je vois mal comment ils
seraient corrigés par les contrats de partenariat et l'approche collaborative,
alors... C'est parce que ces défis resteraient présents.
Maintenant, pour les acteurs privés, évidemment,
que de pouvoir imposer, d'une certaine façon, les conditions qui leur sont les
plus favorables ne va pas aller, si on veut...
11 h 30 (version révisée)
Mme Valois (Martine) : ...acteurs
privés, évidemment que de pouvoir imposer, d'une certaine façon, les conditions
qui leur sont les plus favorables ne va pas aller, si on veut, en faveur,
nécessairement, de l'intérêt public. Alors, ici, dans le... Les donneurs d'ouvrage
publics veulent réaliser des projets d'infrastructures, veulent les réaliser à
des coûts moins élevés, mais que la qualité soit présente et que les délais de
réalisation soient aussi respectés.
Alors, en quoi l'approche collaborative et
l'attribution de contrats de partenariat où, entre autres, les firmes de génie
s'associeraient aux entrepreneurs pour la conception et la gestion des contrats
publics... alors que c'est, notamment, une pratique qui a mené, selon la
conclusion... la commission Charbonneau, à des pratiques de collusion où les
décisions seraient prises en fonction des intérêts des acteurs privés et non
pas de l'intérêt public général.
M. Julien : Parfait,
mais...
Mme Valois (Martine) : Donc...
M. Julien : Oui, mais
juste là-dessus, parce que, pour moi, quand même, pour connaître un peu, à l'époque,
là... La collusion qui se fait de manière secrète, entendue a priori par des
acteurs, en réalité, là, versus un comité de sélection qui vient... qui vient
sur la base de compétences, d'expertises, avec ateliers, indépendants, fixer le
partenaire qui soit le plus apte, non pas seulement sur le prix, mais sur tous
ces éléments-là, à venir collaborer...
Deux choses, que je vois, bien
honnêtement, Me Valois, en termes d'efficience, on le nomme, puis là, l'efficience,
c'est de venir dire : On va pouvoir travailler à bénéficier de l'expertise
à la fois des professionnels, de l'entrepreneur, oui, du donneur d'ouvrage pour
bonifier, à livre ouvert, en réalité, le projet. Ça, c'est le volet efficience,
purement dire : Bien, heille! ça va aller mieux puisque tout le monde
collabore, mais sur le volet concurrence, ce qu'on a obtenu des marchés et des
différents intervenants, à la fois institutionnels et à la fois, naturellement,
là, des entreprises, c'est de dire : Dans des projets majeurs, envergure
complexe, les joueurs, actuellement... on l'a vu, dans certains projets :
pas de soumissionnaire, un soumissionnaire, parfois deux, toujours à peu près
les mêmes. Puis tous ceux qui n'y étaient pas, qui étaient assez majeurs, ils
disaient : Nous, là, on ne peut pas aborder ces projets-là parce qu'il n'y
a pas de partage de risques, tout le risque est à l'entrepreneur, la structure
de financement est beaucoup plus complexe, donc vous tuez la concurrence par le
modèle, mais vous permettez, en fin de compte, par un modèle forfaitaire, d'avoir
un ou deux joueurs. Donc, c'est l'effet pervers.
Et le mode de gestion collaboratif, où on
vient qualifier plus de bonne heure, selon un appel d'offres public.... L'ouverture
à la concurrence, c'est la barrière à l'entrée des entreprises qui disent :
On ne fait pas affaire avec vous, parce qu'en termes de structure de
financement, ça nous met beaucoup trop à risque et ce n'est pas... ce n'est pas
intéressant.
Alors, pour moi, ce n'est pas tant le
volet... c'est le volet de : on met une barrière à l'entrée. Et on l'observe,
hein, on a regardé, dans les cinq dernières années, le nombre de
soumissionnaires par appel d'offres public a baissé de plus de 13 %, au
Québec. Donc, moi, je pense que le risque est couvert par le processus d'appel
d'offres. Et l'augmentation de la concurrence vient, justement, dans un partage
à livre ouvert de risques, mais... Puis c'est le marché qui nous dit ça, mais
peut-être que le marché... Je voudrais vous entendre sur cette vision-là du
marché.
Mme Valois (Martine) : Bon.
Je ne peux pas avoir une connaissance globale du marché. Ce qui soulève des
interrogations, pour moi, c'est, d'abord, comme je le disais, l'OCDE favorise
le dialogue, mais il faut que ce soit un dialogue qui est formel, pas un
dialogue qui est fait une fois qu'un cocontractant est choisi. Alors, si l'industrie
critique les appels d'offres et que ses critiques sont valables, les donneurs d'ouvrage
publics peuvent modifier leurs façons de fonctionner, mais en quoi la façon
actuelle, sans l'introduction du projet de loi, ne pouvait pas être modifiée
pour favoriser la concurrence? J'ai l'impression que le modèle qui est choisi,
de choisir, en fait, un collaborateur et de lui donner, plutôt, plus de pouvoir
sur les conditions contractuelles, je ne vois pas en quoi ça favorise la
concurrence avec les autres <acteurs...
Mme Valois (Martine)T :
...plus
de pouvoir sur les conditions contractuelles, je ne vois pas en quoi ça favorise
la concurrence avec les autres >acteurs du marché. Et aussi, je veux
juste... en parlant des appels d'offres, là, vous avez une disposition qui...
une modification à l'article 13.1, où on dit : Bien, s'il n'y a pas
personne qui répond à l'appel d'offres dans les 90 jours, on pourra
conclure un contrat avec quelqu'un. Et donc, ça, à mon avis, c'est clairement
une invitation à ne pas soumissionner sur l'appel d'offres pour, par la suite,
être choisi. Alors, si l'appel d'offres n'était pas satisfaisant, au point où
personne ne voulait déposer des soumissions, comment on peut, dans les
90 jours, trouver un soumissionnaire qui, lui, serait d'accord pour
soumissionner? Alors, ça, c'est une...
M. Julien : Me Valois,
sur l'article 13.1, ce que vous nommez, comme préoccupation, sur ces
éléments-là, pour moi, ça fait écho, et les commentaires qu'on a reçus font
écho également. Donc, on aura des discussions parce que l'intention n'était pas
celle nommée, mais, effectivement, elle peut amener, en fin de compte, celle
qui est nommée. Donc, on verra comment qu'on peut l'améliorer, mais quand même,
je fais la grande distinction entre les deux éléments, parce que je reviens sur
les modes collaboratifs. Parce qu'on sait que l'Australie les prend, l'Ontario
les prend, on voit que plusieurs donneurs d'ouvrage publics se tournent vers
ces éléments-là. Je pense qu'il y en a eu 130 quelques, modes collaboratifs
utilisés à travers le Canada. Il y a eu un recensement sur le respect
budgétaire, le respect des échéanciers et, naturellement, l'augmentation de la
concurrence comparativement à l'autre modèle. Alors, ça semble assez probant.
• (11 h 40) •
Alors, là, je vous poserais la question :
Considérant que ça se fait beaucoup ailleurs, puis qu'on a un certain volume
qui disent, eux, le bénéfice en termes de coûts d'échéance et d'augmentation de
la concurrence, a contrario, vous, avez-vous des données qui démontrent que les
modes collaboratifs utilisés dans ces fonctions publiques là qui les utilisent
ont fait en sorte d'augmenter la perspective de collusion? Parce que, pour moi,
c'est... on vient les sélectionner encore sur base d'appels d'offres publics
avec des critères très rigoureux, mais plus sur la qualité que sur le prix
uniquement, mais je ne vois pas en quoi, ce faisant, puisque le consortium va
être composé de professionnels, d'entrepreneurs distincts des autres... donc,
si, par exemple, il y a cinq consortiums qui déposent, puis on vient les
sélectionner sur des critères rigoureux avec un comité indépendant, je ne vois
pas comment ça augmente la collusion qui ferait en sorte qu'on essaie, en fin
de compte, de bafouer le droit du tiers plus que le mode traditionnel. Alors,
ces observations-là, est-ce que vous les avez, vous, en termes de données sur
le marché?
Mme Valois (Martine) : En
fait, là, le mot «collusion», je l'utilise principalement pour la modification
à l'article 13.1 de la Loi sur les contrats des organismes publics.
M. Julien : OK, je
comprends mieux. Je comprends mieux, oui.
Mme Valois (Martine) : Là,
donc, dans les contrats de partenariat, le problème, il vient du manque
d'expertise des donneurs d'ouvrage publics qui ne peuvent pas vérifier les
données qui sont... en fait, qui sont communiquées par les acteurs de
l'industrie, qui disent qu'ils sont dans l'incapacité de réaliser les projets
selon les termes qui sont, finalement, donnés par les donneurs d'ouvrage
publics. Alors, l'OCDE, elle prévoit ces approches collaboratives là, sauf
qu'elle dit : Il faut qu'il y ait un dialogue formel, pas d'attribuer un
contrat et que, là, la collaboration se fait après. Évidemment, la
collaboration, elle se fait dans la gestion des contrats publics. Le problème,
c'est que l'approche collaborative, elle doit être faite en amont. Et on va...
M. Julien : Parfait,
parfaitement, puis, Me Valois... parce que c'est sûr que vous avez
parfaitement raison que le mode collaboratif doit faire état d'un dialogue
formel et bien encadré. Et naturellement, je vous dirais que si, dans la
dernière année... parce que, tu sais, on a travaillé, avec ma collègue
présidente du Conseil du trésor, avec les marchés publics pour dire comment
qu'on préserve intégrité, équité et, naturellement, transparence, et tout le
monde a convenu qu'on allait le plus loin qu'on pouvait sans mettre en cause
ces éléments-là. Je suis heureux de vous <entendre...
M. Julien :
...transparence,
et tout le monde a convenu qu'on allait le plus loin qu'on pouvait sans mettre
en cause ces éléments-là. Je suis heureux de vous >entendre me dire que
le 13.1 amène, peut-être, d'autres enjeux qui ne sont pas celles du mode
collaboratif, mais, naturellement, pour moi, l'appréciation qu'on en fait,
c'est que des grands donneurs d'ouvrage comme la SQI, comme le ministère des
Transports, ont dit qu'on doit y aller, naturellement, progressivement avec les
donneurs d'ouvrage qui sont les plus habilités en termes de compétences,
d'expérience et de robustesse pour implanter ces modes de collaboration là
pour... Après ça, on verra à les élargir, mais c'est quand même deux grands
donneurs d'ouvrage avec beaucoup d'expertise, le ministère des Transports et la
SQI. Donc, c'est sûr que ça prend une approche à petits pas sur les donneurs
d'ouvrage pour... pour venir s'assurer qu'ils ont toutes les compétences et
l'expertise nécessaires pour embarquer dans ces modes-là. C'est des
préoccupations que vous avez?
Mme Valois (Martine) : Bien,
les préoccupations que j'ai, c'est l'expertise des donneurs d'ouvrage publics,
c'est-à-dire, à l'intérieur des organismes publics. Est-ce que, concernant la
fuite des cerveaux, des ingénieurs... cette perte d'expertise a été décriée par
la commission Charbonneau et elle ne semble pas s'être résorbée, pas du tout.
Le Président (M. Simard) : En
30 secondes.
Mme Valois (Martine) : Donc,
il y a... Ce n'est pas la question de la collaboration, c'est que... Est-ce
qu'il n'y a pas une espèce d'action concertée de la part des acteurs de
l'industrie qui veulent forcer la main aux donneurs d'ouvrage publics pour être
plus conciliants à l'égard de leurs... de leurs préoccupations puis de leurs
risques? Bien, moi, je ne pense pas qu'en ce moment, là, les... les acteurs de
l'industrie de la construction, là, sont en voie de disparaître.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci. Merci beaucoup, maître. Nous allons poursuivre notre échange avec le
député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Bonjour, Me Valois. C'est toujours très intéressant de vous
écouter en commission parlementaire. Écoutez, aujourd'hui, j'ai lu avec grand
intérêt votre déclaration. Je vais la... vous la relire. Ce qui... «C'est ce
qui fait dire qu'on va légaliser une situation qui favoriserait la collusion
entre les firmes d'entrepreneurs et causer les hausses de prix. On va la
légaliser, donc on ne pourra pas dire que c'est de la collusion. On va appeler
ça des contrats de partenariat».
Deux éléments. Une revue de littérature
nous démontre clairement, en Australie, une augmentation de coûts de 45 %
à 55 % plus élevée que les coûts estimés à l'étape du dossier d'affaires.
Ça, c'est une étude recensée de 2019 qui a analysé 46 projets. Donc, sur
l'augmentation des coûts, vous êtes... Vous frappez dans le mille. Maintenant,
est-ce que vous êtes en train de dire que le législateur est en train de
légaliser une procédure illégale dans un projet de loi?
Mme Valois (Martine) : En
fait, ce n'est pas moi qui a rédigé l'article de la journaliste. Ce que j'ai...
Ce que je voulais dire, l'idée que je voulais communiquer, c'est qu'en
particulier, pour l'article 13.1 de la loi, c'est de prévoir que s'il n'y
a pas de soumission qui est déposée, eh bien, là, on a le choix, dans les
90 jours, de choisir un cocontractant qui... qui va... qui va faire... qui
va faire notre affaire, en fait, là, qui... tout en respectant les conditions
de l'appel d'offres. Alors, moi, je vois une contradiction, là-dedans, parce
que si les conditions de l'appel d'offres n'étaient pas satisfaisantes au point
où personne n'a déposé de soumission, comment 90 jours... dans les
90 jours, elle deviendrait satisfaisante?
M. Derraji : Oui. Bien,
vous soulevez un excellent point. Et je pense, même hier, et il peut me
corriger, le ministre, mais nous avons eu cet échange avec un autre groupe.
Maintenant, concrètement, mode solution, parce qu'on frappe le mur, il y a des
appels d'offres, il y a des contrats de collaboration, ça fonctionne ailleurs,
selon vous, comment on peut se doter d'antidotes pour, justement, ne pas tomber
dans le piège qu'on va laisser l'appel d'offres mourir, on sait que maintenant,
il va y avoir des contrats de collaboration et on va attendre qu'on nous
appelle pour des contrats de gré à gré?
Mme Valois (Martine) : Bien,
c'est le risque. C'est le risque que je vois clairement avec ces
modifications-là. Dans... Durant la... Je pense que le gouvernement, depuis...
depuis 2018 et avec l'arrivée de la pandémie, s'est habitué à l'octroi des
contrats de gré à gré, il y a.... Je voyais, je pense que c'est dans le <mémoire...
Mme Valois (Martine)T :
...des
contrats de gré à gré, il y a.... Je voyais, je pense que c'est dans le >mémoire
de l'Ordre des ingénieurs du Québec, il y a eu une augmentation des contrats de
gré à gré au Québec, qui est notable, depuis 2018.
M. Derraji : Oui, oui,
je me rappelle, Me Valois, qu'avec vous, on s'est beaucoup parlé pendant la
pandémie sur les contrats gré à gré, et ça a été comme une façon de faire du
gouvernement. Maintenant, le gouvernement, Me Valois, veut accélérer les
projets, et il compte réaliser une économie sur les projets, que ça nous coûte
moins cher et qu'ils respectent un délai. Donc, baisser le délai de 25 %
et baisser le coût à 15 %. Selon vous, est-ce qu'on s'y prend de la bonne
manière? Au-delà des contrats de collaboration, il y a l'historique de la
commission Charbonneau, vous l'avez même mentionné, les ingénieurs et les
entrepreneurs décidaient de ce qu'il allait y avoir dans les appels d'offres,
sans contrôle. Et c'est l'un des problèmes encore au coeur de la commission
Charbonneau et, justement, que les ingénieurs et les entrepreneurs décidaient
de ce qu'il allait y avoir dans les appels d'offres sans contrôle, c'est ce que
vous avez cité dans l'article de ce matin.
Maintenant, nous avons eu des
représentants, des sous-traitants qui aimeraient être impliqués au départ,
donc, dans l'étape de la... de la planification. Les gens... la plupart des
intervenants disent : Écoute, si on est impliqués au départ au niveau de
la planification, on va réussir le projet, on va s'entendre et on va atteindre
les résultats escomptés. Il n'y a personne qui est content au Québec maintenant
de nos infrastructures, on les perd. Les coûts sont très élevés. Parfois, on
perd plusieurs années dans l'étape de la planification, rendus à la
réalisation, c'est autre chose. On a un problème. Mais, si je comprends ce que
vous dites, c'est qu'il ne faut pas avec... face à ce problème, qu'on en crée
un autre, mais en tant qu'experte, est-ce qu'aujourd'hui, vous êtes venue nous
dire : Attention à... au lien qu'on essaie de faire entre l'appel d'offres
et la suite? Est-ce que c'est ça que vous êtes en train de nous dire en
commission parlementaire?
• (11 h 50) •
Mme Valois (Martine) : Oui,
en fait, d'abord, je devrais... je voulais souligner le fait que ce qui est...
En fait, ce qui pèse très lourd, en ce moment, dans la situation actuelle, et
qui pourrait être accentué avec les... ces nouvelles approches collaboratives,
c'est le manque d'expertise des donneurs d'ouvrage publics pour évaluer les
propositions des acteurs de l'industrie. Donc, on parle, dans le projet de
loi...
M. Derraji : OK.
Excellent. Me Valois, arrêtons là. Manque d'expertise, ça a été démontré. Votre
proposition : Est-ce que si on se dote d'un comité pour, justement, éviter
ce manque d'expertise... Est-ce que ça serait une bonne proposition comme
antidote? Si, c'est oui, quelles personnes on mettrait dans ces comités
d'évaluation pour éviter, justement, ce manque d'expertise? Et qui doit le
faire?
Mme Valois (Martine) : En
fait, il n'y a pas de solution magique à court terme pour le manque
d'expertise. Par contre, il y a des solutions qui ont été adoptées dans
certains pays, dont l'Irlande, où on... Et j'en ai parlé dans ma présentation à
la commission, où... ce qu'on appelle des. «procurement offices», où il y a
cette expertise. Il peut, justement, aider tous les donneurs d'ouvrage publics.
Et d'ailleurs c'était la... dans la conclusion des contrats. Et c'était,
d'ailleurs, la proposition, en fait, de la commission Charbonneau, en disant :
Toute l'expertise est dans les ministères, dans les organismes publics, on va
les déplacer et on va les mettre dans l'AMP, et l'AMP pourra gérer les contrats
publics. Alors, le problème, c'est que l'AMP, on ne lui a jamais donné... — et
ça, ça a été critiqué par le comité de suivi — ne lui a jamais donné
le... un pouvoir d'intervention sur les normes contractuelles, sur les
conditions des contrats publics. Mais l'idée de la commission Charbonneau,
c'était de transférer cette expertise, qui, à l'interne — et ça,
c'est souligné par l'OCDE — a parfois des craintes d'intervenir pour
souligner qu'on ne respecte pas des conditions de transparence et d'équité et
de bonne gestion, les meilleures pratiques en matière de contrats publics.
Parce que pour savoir si ce que... les acteurs du privé vérifient les
informations qu'ils communiquent, il faut que les acteurs du public soient
aussi bien informés sur le marché. Or, ils ne le sont pas. Donc, l'information
vient d'un seul <côté...
Mme Valois (Martine)T :
...soient
aussi bien informés sur le marché. Or, ils ne le sont pas. Donc, l'information
vient d'un seul >côté, avec le risque d'augmenter, si on veut, les coûts,
et de favoriser l'intérêt privé et non pas l'intérêt général.
Donc, juste dire, l'approche
collaborative, la collaboration... tout le monde est pour la collaboration,
comme tout le monde est pour la tarte aux pommes, mais il faut voir comment ça
va se manifester, cette approche collaborative. Si l'approche collaborative,
c'est de permettre aux acteurs de l'industrie de dicter leurs conditions, là,
il y a un problème.
M. Derraji : Oui, donc,
vous, vous n'êtes pas contre l'approche collaborative, mais vous êtes contre,
si j'ose dire, le conflit d'intérêts qui risque d'arriver, que les acteurs
privés puissent eux-mêmes rédiger les conditions, la composition, orienter
l'appel, orienter la commande de l'ouvrage vers un sens ou vers un autre.
Est-ce que j'ai bien compris ce que vous êtes en train de nous dire?
Mme Valois (Martine) : Oui,
tout à fait.
M. Derraji : Vous avez
fait mention, tout à l'heure, à l'Irlande. L'Irlande, à cette étape-ci, parce
que, désolé, j'ai lu d'autres modèles, je ne suis pas familier avec l'Irlande,
vous avez aussi mentionné l'OCDE, on va faire nos vérifications, mais au niveau
de l'Irlande, ils font quoi pour éviter, justement, qu'on y arrive là?
Mme Valois (Martine) : Bien,
ils ont créé un bureau qui... Là, on l'a mis à l'extérieur du gouvernement,
mais c'est ce que la commission Charbonneau favorisait, un bureau qui...
presque volant, qui contient l'expertise que doivent avoir les... ceux qui
gèrent les contrats publics.
Le Président (M. Simard) : ...
Mme Valois (Martine) : Et
cette expertise-là peut être prêtée à l'ensemble des organismes publics. Donc,
c'est... on a centralisé dans ce «procurement office», on peut dire «le bureau
des appels d'offres ou des contrats publics»...
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
Mme Valois (Martine) : ...qui
contient l'expertise.
M. Derraji : OK. Merci
beaucoup, on fera un suivi avec vous. Merci beaucoup pour votre passage, Me
Valois.
Le Président (M. Simard) : Alors,
maître, nous poursuivons, et je cède la parole à la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup, Mme Valois, pour votre exposé. J'ai des
questions qui vont dans le sens de vos recommandations pour prévoir toute
situation qui peut instaurer... vous l'avez dit très bien, là, accroît la
vulnérabilité, en termes de pratiques de collusion, voire de... une situation
qui est préférentielle pour d'autres et pas pour certains.
Vous avez parlé de deux moyens. Le premier :
d'accroître l'expertise à l'interne. Là, vous parlez d'un bureau. Si vous
voulez développer un peu plus des exemples qu'on pourrait mettre dans la loi
afin de réduire cette vulnérabilité, en termes de, comme vous le disiez,
d'expertise, mais aussi de surveillance.
Mme Valois (Martine) : Oui.
Bien, c'est parce que dans la loi, la façon dont elle fonctionne, elle est
rédigée, et là, ça prendrait probablement une modification majeure, c'est que
la conclusion des contrats relève des organismes publics eux-mêmes. Et donc,
les organismes publics ne peuvent posséder l'expertise et le personnel
nécessaire pour gérer ces... en fait, efficacement les contrats publics.
Donc, au ministère des Transports, c'est
un des ministères qui... un des organismes publics qui donne beaucoup, beaucoup
de contrats. Malgré tout, la commission Charbonneau a souligné, et ça ne semble
pas s'être... avoir été corrigé, que des ingénieurs... il n'y avait pas
suffisamment d'ingénieurs capables de connaître les conditions du marché pour
bien évaluer les propositions de l'industrie. Alors, il faut qu'il y ait... il
faut qu'il y ait négociation à parts égales. C'est ce que je voulais souligner.
Donc, les acteurs de l'industrie
connaissent bien leurs coûts, connaissent bien le secteur, connaissent ce
qu'ils ont à satisfaire, mais la même connaissance n'existe pas de l'autre
côté, c'est-à-dire du côté des donneurs d'ouvrage publics. Et s'il y avait un
bureau centralisé qui gère... pourrait gérer les contrats publics de... de tous
les ministères et de tous les organismes, ça pourrait, justement, créer une
certaine distance. Parce que la <commission...
Mme Valois (Martine)T :
...de
tous les ministères et de tous les organismes, ça pourrait, justement, créer
une certaine distance. Parce que la >commission Charbonneau l'a dit, un
problème, c'est les liens proximité avec les acteurs de l'industrie et les
donneurs d'ouvrage publics. Il faut qu'il y ait une distance entre les deux.
Mme Zaga Mendez : Je
vous remercie. Je pense, je n'ai plus de temps...
Le Président (M. Simard) : Il
vous reste 30 secondes, chère collègue.
Mme Zaga Mendez : 30
secondes. En ce qui concerne le bureau, ce bureau-là, selon vous, pourrait
gérer les contrats, mais aussi, mettons, si on se penche seulement sur
l'expertise, être une sorte de firme de génie-conseil interne, c'est bien ça?
Mme Valois (Martine) : Exactement,
exactement.
Mme Zaga Mendez : Ça
répond à ma question.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous. Alors, comme dernier intervenant, j'appelle le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci.
Alors, c'est une sortie remarquée que vous avez faite ce matin, et moi, je
retiens une phrase importante, en tout cas, c'est de ne pas oublier la
commission Charbonneau. Il me semble que c'est un de vos premiers appels, qu'on
devrait avoir les recommandations, M. le ministre, et tous les collègues très
proches de nous, quand on étudie ce projet de loi.
Voyons voir si je vous ai bien suivie.
Vous nous dites : Oui, approche collaborative, mais vraiment en amont et
dans un rôle consultatif. Et lorsqu'il s'agit de l'octroi des contrats, il faut
protéger l'intégrité, l'équitabilité, la transparence du processus en
maintenant des règles strictes. C'est bien ça?
Mme Valois (Martine) : Oui.
M. Paradis : Je comprends que
vous attirez notre attention, particulièrement sur l'article 2 du projet
de loi, qui ajoute l'article 13.1 à la Loi sur les contrats des organismes
publics. Vous nous dites : Attention! Et d'autres nous ont aussi levés des
drapeaux rouges là-dessus. Est-ce qu'il y a d'autres éléments, dans le projet
de loi, sur lesquels vous pensez, on devrait apporter... on devrait avoir une
attention particulière, d'autres drapeaux rouges que vous voyez ou d'autres
choses qu'il faut absolument ajouter au projet de loi?
• (12 heures) •
Mme Valois (Martine) : Je
me suis concentrée sur celles-ci, étant donné le peu de temps que j'ai eu pour
me préparer. Mais ce sont les deux... les deux modifications qui m'apparaissent
problématiques. Et qui m'apparaissent problématiques, juste pour résumer ma
pensée, pour les contrats de partenariat. Bon, il y en a eu, des contrats de
consortium qui ont été accordés. Vous savez, la réalisation des contrats, les
coûts, c'est des choses qui, oui, il peut y avoir des aléas, il peut y avoir
des changements, mais je ne vois pas en quoi l'approche collaborative dans la
gestion du contrat va améliorer ça. Les délais, il va toujours y en avoir, et
les coûts... En fait, la commission Charbonneau a dit : Peut-être que
c'est mieux d'évaluer les coûts de manière plus réaliste au départ et ne pas
prendre le coût le moins élevé et favoriser la qualité. Ça aussi, c'était une
recommandation de la commission Charbonneau.
Alors, il y a beaucoup de choses qui
auraient pu être faites en modifiant la Loi sur les contrats des organismes<i>
pour favoriser ces bonnes pratiques. Je ne vois pas, ici, malheureusement, que
ces modifications-là vont dans le sens des meilleures pratiques.
M. Paradis : Très bien.
Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Simard) : En
fait, c'est terminé, cher collègue. Vous l'aviez pif.
M. Paradis : Bon. Merci.
Merci beaucoup à vous.
Le Président (M. Simard) : Alors,
cher maître, merci beaucoup pour votre contribution à nos travaux.
Sur ce, nous allons suspendre nos travaux
quelques instants.
(Suspension de la séance à 12 h 02)
12 h (version révisée)
(Reprise à 12 h 04)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers amis, nous sommes de retour. Nous avons quorum, nous pouvons poursuivre
nos travaux.
Et nous avons l'honneur ce matin de
recevoir des représentants de la Fédération québécoise des municipalités.
Messieurs, soyez les bienvenus.
Auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il vous plaît, de vous présenter?
M. St-Pierre (Guy) : Oui. Bonjour,
M. le Président. M. le ministre responsable des Infrastructures, Mmes, MM. les
députés, donc, je suis Guy St-Pierre, maire de Manseau, membre du comité
exécutif de la Fédération québécoise des municipalités. Pour ceux qui ne savent
pas c'est où, Manseau, c'est dans la MRC de Bécancour, dans la région Centre-du-Québec.
Donc, je suis accompagné de Sylvain Lepage, directeur général de la Fédération
québécoise des municipalités.
Je remercie tout d'abord les membres de la
commission pour l'opportunité donnée à la FQM à titre de porte-parole des
régions, représentant plus de 1 000 municipalités locales et
régionales, de vous présenter nos commentaires sur le projet de loi n° 62,
qui ont... qui font suite aux discussions menées à l'interne de notre... de
notre organisation.
La FQM a développé une expertise
importante en gestion contractuelle au cours des dernières années, que ce soit
au niveau de son service d'assistance juridique qui accompagne ses membres en
lien avec la passation et la gestion de contrats municipaux, via son service d'approvisionnement
qui... via aussi son service d'approvisionnement qui permet aux municipalités
de se procurer une multitude de produits et de services à prix avantageux ou
par son service d'ingénierie, infrastructure et adaptation aux changements
climatiques qui offre également un accompagnement professionnel et technique
pour l'élaboration de documents d'appels d'offres et de contrats, l'analyse de
soumissions ou pour l'élaboration, la mise en oeuvre et la gestion de
stratégies d'investissement, des plans d'immobilisation et des plans d'entretien
préventif.
Au cours des dernières années, et encore
aujourd'hui, la FQM constate que plusieurs de ses membres sont saisis avec des
enjeux de plus en plus fréquents en matière de gestion contractuelle. Ceux-ci
rejoignent les... les principaux objectifs du présent projet de loi. Les
municipalités locales et régionales voient régulièrement le processus d'appel d'offres
avorter à la suite d'absence de soumissionnaire ou de coûts de soumission
largement supérieurs à ceux anticipés. Ces enjeux ralentissent le
développement... le déploiement de projets locaux et régionaux et ont un impact
sur les finances publiques.
La Fédération est donc favorable aux deux
principes... aux deux principaux objectifs du projet de loi, soit la diminution
des délais et la réduction des coûts pour la construction d'infrastructures
publiques. Toutefois, certaines modifications nous apparaissent nécessaires
pour une meilleure prise en compte des défis et enjeux auxquels sont
confrontées les municipalités. Par ailleurs, la lecture du projet de loi
soulève plusieurs questions quant aux effets collatéraux de nouveaux pouvoirs
que s'octroie le gouvernement.
Premièrement, au niveau des contrats de
partenariat, nous sommes d'avis que ce type de contrats exigera d'importantes expertises,
tant juridiques, professionnelles que techniques chez l'adjudicateur. Nous
sommes d'avis que ce type de contrats demandera que les équipes des différentes
parties prenantes puissent échanger sur une base de connaissances similaire sur
tous les points.
Il nous apparaît que les municipalités de
moins grande taille auraient peut-être de la difficulté à mettre en oeuvre un
tel modèle d'attribution de contrats.
Ainsi, dans l'optique où le gouvernement
voudrait intégrer ce mode d'octroi de contrats au Code municipal<i> ou à
la <i>loi des cités et villes, nous recommandons que les municipalités
soient consultées en amont de cette décision.
En second lieu, la fédération juge que les
contrats de partenariat attireront et feront bénéficier davantage des grandes
firmes que les entreprises locales et régionales. Ce nouveau processus d'octroi
de contrats vient contraindre les entreprises en liste à compter sur d'importantes
équipes internes en termes d'expertise et de nombre de ressources requises. Nos
entreprises locales auront ainsi de la difficulté à se classer et à se
conformer <à...
M. St-Pierre (Guy) :
...requises.
Nos entreprises locales auront ainsi de la difficulté à se classer et à se
conformer >à... pour un tel processus.
La fédération note aussi un risque que la
grande... que les grandes firmes se dégagent des contrats municipaux dans le
but de se concentrer sur les contrats de partenariat des organismes publics où
le risque... ou les risques seront moindres et les bénéfices potentiels plus élevés,
ce qui aurait pour effet d'exacerber l'enjeu du soumissionnaire unique et/ou
d'absence de soumissionnaire pour le milieu municipal.
Cette problématique entraîne déjà des
problématiques chez nos membres en ralentissant le projet planifié, forçant le
report et parfois même l'annulation de certains projets.
Nos demandes sont donc au gouvernement
d'analyser les impacts potentiels de l'octroi de ce nouveau pouvoir
d'attribution aux organismes publics sur la réalisation des projets municipaux
et de partager cette analyse aux municipalités.
Troisièmement, le projet de loi prévoit
modifier la Loi sur les contrats des organismes publics pour permettre aux
organismes publics d'adjuger un contrat de gré à gré, plus simplement, sans
avis d'intention, lorsqu'aucune soumission conforme ne sera présentée dans le
cadre d'un appel d'offres public.
Dans un tel cas, l'attributaire devra
satisfaire aux exigences établies dans le document d'appel d'offres et selon
certaines conditions.
Les exemples d'appels d'offres publics qui
se sont soldés sans soumission conforme déposée à la date limite de dépôt se
sont multipliés au cours des dernières années. Pour cette raison, nous sommes
d'avis que cette possibilité de contracter de gré à gré sans avis d'intention
dans le cas où aucune soumission conforme n'a été reçue devrait également être
offerte aux municipalités et aux MRC.
Nous sommes d'avis que son intégration au Code
municipal<i> et à la loi des cités et villes constituerait une
opportunité de régler en partie la problématique du manque de soumissionnaires
aux appels d'offres publics, qui est d'autant, voire plus important pour les
municipalités et MRC que nous représentons.
• (12 h 10) •
Quatrièmement, le projet de loi apporte
une modification à la Loi sur les infrastructures publiques pour permettre à la
Société québécoise des... infrastructures, pardon, d'acquérir par expropriation
tout immeuble, partie d'immeuble ou droit réel.
Devant ce pouvoir additionnel majeur dont
bénéficiera la SQI en matière d'acquisition, la FQM demande au législateur de
s'assurer que la SQI respecte et se conforme aux schémas d'aménagement et de
développement des MRC ainsi qu'aux règlements d'urbanisme des municipalités.
Le développement, le maintien, la gestion
du parc immobilier des organismes publics doit se faire en concertation avec le
milieu municipal.
Enfin, nous sommes d'avis que le projet de
loi constitue une opportunité de modifier la Loi sur les contrats des
organismes publics afin de préciser qu'un organisme public peut conclure un
contrat de gré à gré avec un organisme assujetti aux règles d'appel d'offres
municipales ou assujetti à la Loi sur l'accès aux documents des organismes
publics et sur la protection des renseignements personnels. Cette modification
permettrait d'optimiser, dans plusieurs cas, l'utilisation des ressources et
l'expertise disponible.
En conclusion, dans un contexte de
surchauffe des coûts de construction des infrastructures publiques partout au
Québec et devant l'importance de réduire le déficit de maintien d'actifs, la
volonté du ministre responsable des Infrastructures de vouloir construire plus
rapidement à moindre coût est louable.
La fédération demande cependant au
ministre de bien analyser les effets collatéraux potentiels du projet de loi sur
le palier municipal. Le projet de loi ne doit pas venir freiner le
développement de nouveaux projets d'infrastructures municipales.
Enfin, en cohérence avec la volonté
gouvernementale, il nous apparaît nécessaire, avec la collaboration du
ministère des Affaires municipales, de revoir également certains aspects de la
gestion contractuelle au niveau municipal afin de faciliter la gestion des
projets et d'actifs locaux et régionaux.
Je vous remercie et nous sommes disposés
pour vos questions. Est-ce qu'on a un petit peu de temps encore? M. Lepage
aurait peut-être à rajouter...
Le Président (M. Simard) : Oui,
vous avez plus de 2 min 30 s.
M. Lepage (Sylvain) : Si vous
me... si vous me permettez, je vous dirais quelques mots, là. J'ai bien entendu,
en arrière, la présentation, ou les commentaires de <i>Me Valois,
notamment sur le suivi de la commission Charbonneau. Et je vais prendre deux minutes,
les deux minutes qu'il nous reste pour vous parler, là, justement, de
notre dernière recommandation, qui est la possibilité de conclure de gré à gré
des contrats avec un organisme régit par la loi sur l'accès à l'information ou
les règles municipales.
Dans la commission Charbonneau, il y avait
notamment des recommandations à l'effet que le ministère des Affaires
municipales ou le gouvernement aide les deux associations municipales que
sont la FTQ et l'UMQ à mettre sur pied un centre d'expertise en matière
contractuelle. Alors, je dois vous dire que, quand Mme Valois vous parle, puis
elle nous écoute peut-être, là, de la mise en place d'un bureau centralisé,
c'est exactement ce que la FQM a fait avec l'argent du ministère des Affaires
municipales. Et, au moment où je vous parle, on a un service d'ingénierie et
d'infrastructure qui compte plus de 70 employés, plus de
20 ingénieurs qui font exactement ça auprès des <municipalités...
M. Lepage (Sylvain) :
...qui
compte plus de 70 employés, plus de 20 ingénieurs qui font exactement
ça auprès des >municipalités, mais c'est important, sur une base
volontaire.
Alors, puisque les municipalités ne sont
pas obligées de faire affaire avec la FQM, mais ont le droit de faire des
contrats de gré à gré avec la FQM, compte tenu de son statut, ça amène un
élément concurrence qui est permanent. Et on a vécu la même situation en
matière d'évaluation foncière, où les municipalités... puis il y avait même eu
une étude, là, de l'UMQ sur cette question-là, avaient découvert qu'il n'y
avait aucune concurrence en matière d'évaluation foncière. Et ce que mes
patrons m'ont demandé de faire, c'est trouver une solution, et nous avons mis
sur pied notre propre service d'évaluation foncière, qui compte maintenant, lui
aussi, plus de 70 personnes.
Et ce qui se passe en pratique, c'est que
les entreprises privées ne savent jamais quand la FQM pourra être dans un
dossier, puisque nous avons le droit au gré à gré, et ce que je vous demande,
c'est qu'on ait le même droit avec le gouvernement du Québec, parce que parfois
certains ministères nous approchent pour réaliser des... des partielles... des
parcelles, pardon, de contrats qu'on pourrait faire en conjonction des contrats
municipaux. Mais ce que ça amène, c'est de la véritable concurrence parce que
le donneur d'ouvrage... pardon, ou l'entrepreneur qui veut soumissionner se dit :
Oh! si la FQM est là, je ne connais pas leur prix, je suis peut-être mieux
d'aiguiser mon crayon parce que, dans le pire des cas, la municipalité va
appeler la FQM, puis ils vont le faire, eux autres, le contrat, parce qu'il y
a... ils ont recours justement, ils ont la possibilité de faire affaire avec ce
nouveau pôle d'expertise.
Le Président (M. Simard) : Merci,
maître. Merci beaucoup pour cette présentation. Alors, nous allons débuter la
période d'échange. M. le ministre.
M. Julien : Oui, merci.
Merci, merci, M. St-Pierre, M. Lepage. M. Lepage, on se connaît de longues
dates, un plaisir de vous revoir. C'est une bonne présentation, mais le dernier
point de M. Lepage m'interpelle un peu, pas mal même, puisque tantôt... Sans
revenir sur... sur l'autre avant, mais, tu sais, l'expertise et l'expertise
pour les donneurs d'ouvrage, là, la SQI, Société québécoise des infrastructures,
c'est 350... c'est 1 500 personnes, mais 350 professionnels,
ingénieurs, architectes, et de prétendre... parce que c'est quand même de
l'expertise centralisée pour tout ce qui est bâtiment, alors... moi, je les
trouve très solides, personnellement. Même chose au ministère des Transports,
il y a beaucoup d'expertise, et effectivement, on gagne à mettre une expertise
en commun pour justement être en... pas être en infériorité numérique ou
d'expertise par rapport au marché. Donc, ça, c'est important.
Je suis content de vous entendre. J'ai
quatre éléments, là, que j'ai relevés, M. St-Pierre. Parce qu'on avait des
échos que les municipalités souhaitaient vraiment obtenir copier-coller un peu
de ce qu'on y mettait dans le... en tout cas, j'ai eu beaucoup d'échos à cet
effet-là, nous aussi, on en veut, puis j'avais toujours un peu la notion de
dire : Oui, mais on a des grands donneurs d'ouvrage, nous autres, qui est
le ministère des Transports et la SQI, où, ces modes collaboratifs là qui
nécessitent beaucoup d'expertise, on est... on ne sera pas désavantagé autour
de la table de la collaboration. Puis vous l'avez nommé, là, les petites
municipalités, probablement qu'on a des enjeux d'expertise qui peuvent être
peut-être palliés par la FQM, mais... mais c'est un enjeu que vous voyez
potentiellement si on... si on décidait... et je ne vous dis pas que c'est le
cas, mais on va regarder qu'est-ce qu'on fait pour les municipalités, mais, si
on décidait d'aller dans ces modes-là, il faudrait vraiment en tenir compte et
avoir des bonnes discussions avec vous.
M. St-Pierre (Guy) : Absolument.
Et c'est sûr qu'au niveau des petites municipalités, des besoins de partenariat
dans la réalisation de projets ça risque d'être rare parce que, tu sais, on...
Si on s'en tient aux bâtiments municipaux, tu sais, on n'ira pas en partenariat
dans les petites municipalités, à moins de construire de quoi d'épouvantable,
là, mais... puis, au niveau des aqueducs, égouts, ça restera toujours
municipal, mais on a besoin, effectivement, avec la FQM, d'appuis et de
services pour... pour nos... pour nous aider dans l'accomplissement de nos
tâches. Et de savoir qu'on rencontre des firmes d'ingénieurs, bien, ça nous
prend quelqu'un... Tu sais, notre personnel chez nous, mettons, dans une petite
municipalité où tu quatre personnes plus les élus municipaux, qui n'ont...
pas supposés de parler aux entrepreneurs, bien, ce n'est pas là qu'on a
l'expertise, là. Donc, avec la FQM, ça donne l'appui qu'on a besoin pour aller
de l'avant. Je ne sais pas si tu veux rajouter.
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
je pense que ce qu'on dit, c'est que le monde municipal, parce que, vous le
savez, il y a 1 108 municipalités au Québec, dont probablement 900
qui ont moins de 10 000 habitants, peut être intéressé à ce mode-là.
Il faut cependant le réserver à des projets d'envergures. Si on construit un
centre communautaire, puis ça existe, là, de <90 millions...
M. Lepage (Sylvain) :
...un
centre communautaire, puis ça existe, là, de >90 millions,
probablement que ça vaudrait la peine de mettre en place un genre de mode
collaboratif justement pour éviter des coûts, parce que, souvent, les coûts... il
y a toutes sortes de circonstances.
Mais vous savez, pour l'avoir... travaillé
avec moi, que j'ai fait beaucoup de droit de construction dans ma vie, même en
mode collaboratif, il peut y en avoir, des problèmes. Ce qu'on souhaite éviter
avec le mode collaboratif, c'est que quelqu'un allume les lumières jaunes ou
les lumières rouges avant en regardant le projet puis en disant : Écoutez,
ce que vous voulez faire là, ça va coûter trois fois le prix. Si vous le
faisiez de telle façon, on sauverait probablement x pourcentage. C'est ça
qui est visé.
Il faut simplement trouver, comme Me Valois
l'a souligné, la bonne façon de le faire en transparence et que ça ne soit pas
réservé à quelques joueurs bien précis qui ont cette expertise-là. C'est la
difficulté à laquelle vous faites face comme décideurs. Mais l'objectif est
très louable puis devrait même être offert dans une loi sur les contrats
municipaux — parce que, dans notre cas, on est régis par une loi
indépendante — à certains projets, mais oui, ça devrait être prévu.
M. Julien : Parfait. Donc... Puis
j'entends bien ça. Puis, effectivement, depuis la deuxième journée, on dit :
Entre le mode traditionnel et le mode collaboratif, qu'on appelle RPI, dans des
projets très d'envergure, très complexes, tu sais, il y a un éventail de modes
collaboratifs pour, certainement, tu sais, un centre de glaces, un centre
aquatique, où on gagne à aller chercher l'expertise et l'expérience pour éviter
de faire un mauvais choix a priori, puis qu'on met ça dans une chape de plomb
après ça sur le marché, puis qu'on paie trop cher. Donc, ça a un niveau assez
variable, mais, dans plusieurs projets municipaux, ça serait... ça serait intéressant
de l'implanter. Donc, on va regarder avec le MAMH.
L'autre élément où, là, vous disiez des
choses, puis, je me disais, je pense, c'est peut-être le contraire qu'on va
provoquer, mais je comprends la crainte, c'est de venir dire : Bien, si
ces modes-là... les grands... les grands donneurs... les grandes firmes
d'ingénierie vont... vont faire ça, puis les petits... Mais c'est-à-dire
qu'actuellement, ce qu'on vit, c'est que, quand on a un projet complexe et
d'envergure, on ne favorise pas la concurrence, parce que c'est... parce qu'il
y a beaucoup l'enjeu de financement. Les firmes qui soumissionnent, il y en a
plein qui disent : Nous autres, on aurait soumissionné si ça avait été en
mode collaboratif, parce qu'il y aurait eu moins de barrières à l'entrée. Ça ne
permet pas à des firmes moyennes de devenir grandes, parce qu'on vient
concentrer auprès de peu de joueurs.
• (12 h 20) •
Donc, j'ai l'impression que le mode
collaboratif, versus le statu quo — parce que c'est... les projets,
il faut qu'ils se réalisent — va amener plus de concurrence puis,
justement, plus de firmes qui vont... qui vont être aptes. Donc, j'ai comme
l'impression que l'enjeu par rapport aux firmes, par rapport aux firmes puis la
réduction, là, des petites firmes, je pense, c'est le contraire que ça va
provoquer, puis ça va permettre à un marché d'être plus concurrentiel et avoir
plus de joueurs qui vont pouvoir soumissionner sur les projets, mais à moins
que je n'aie pas la bonne lecture.
M. Lepage (Sylvain) : Bien, moi,
je... En toute honnêteté, ce que j'ignore, puis vous avez peut-être ces
renseignements-là, peut-être que les études ont été faites, c'est quoi, le
nombre optimal d'entrepreneurs d'importance que le marché du Québec peut
supporter? À mon humble avis, pour avoir fait du droit de la construction avant
mon arrivée à la FQM pendant presque 25 ans, on a quand même assisté à une
réduction, notamment à cause de la commission Charbonneau, du nombre
d'entrepreneurs d'importance sur le marché. Il faudrait donc qu'il y ait des
mécanismes mis en place, un peu... je vais... vous allez rire, ça va dénoter
mon âge, mais un peu comme on l'a fait dans les années 60, pour favoriser
la montée de firmes d'ingénierie et de construction québécoises.
Il faudrait probablement qu'il y ait une
réflexion pour faire en sorte... Comment on fait pour que certains... certaines
entreprises de construction puissent prendre de l'ampleur sans devenir des
mammouths? Aujourd'hui, on se retrouve avec deux, trois mammouths qui
fonctionnent en consortium, vous le savez. Alors, à partir du moment où il y a
trois entrepreneurs qui ont la capacité de réaliser les projets très
importants qui font un consortium, bien, il n'y en a pas, de concurrence.
Alors, je pense que vous avez probablement raison, mais ça devrait
s'accompagner d'une réflexion pour favoriser l'augmentation du nombre
d'entreprises de construction en mesure de...
M. Julien : De soumissionner.
M. Lepage (Sylvain) : ...de
soumissionner.
M. Julien : Parce que vous
avez... vous avez parfaitement raison, puis c'est... un des objectifs qu'on a,
c'est... Puis hier, l'Autorité des marchés publics, quand on... quand on le
questionnait sur le mode collaboratif, il est revenu sur le 13.1, avec... comme
Me Valois, là, avec certains éléments, puis on les entend bien. Mais, sur
le mode collaboratif, il disait : Non, non, on est très favorables. Par
rapport à la perspective de collusion, ça augmente la concurrence. Donc, ce
n'est pas une approche qui va entraîner plus de collusion, au contraire, mais
ça favorise aussi l'émergence, à mon avis... parce que, là, on a de moins en
moins de joueurs, puis c'est très restrictif.
Sur les avis d'intention, le 13.1, vous
dites, hein : Nous autres, on lève la main, on aimerait ça. Mais il y a
quand même eu des doléances qui ont été nommées, là, qui nous appellent à
réflexion.
M. Lepage (Sylvain) : Oui.
Mais, en ce qui me concerne, le 13.1 est... Je pense que ce qui vous a été dit
est vrai, puis je pense que c'est facile de trouver, d'ajuster le texte de 13.1
pour prévoir un mécanisme justement pour éviter ça....
M. Julien : Pour arriver à
nos intentions propres, et non... et non <pour...
M. Lepage (Sylvain) :
...pour
éviter ça.
M. Julien :
Pour
arriver à nos intentions propres, et non... et non >pour...
M. Lepage (Sylvain) : Effectivement.
Ou, si vous vous dites, par exemple : Bien, écoutez, avant de donner le
contrat, il y aura un avis de 15 jours, puis on va regarder s'il y en a,
des gens qui lèvent la main. Si, comme par magie, il y a trois joueurs qui
lèvent la main, bien, ça veut dire, écoutez, finalement, il y en a trois, ça
fait qu'on vous invite à déposer un prix. Et là, si, encore une fois, il n'y en
a pas après un processus comme celui-là, bien, ça montre que soit il y a de la
collusion ou soit il y a un problème dans le texte de l'appel d'offres, tu
sais, c'est... c'est...
M. Julien : Parfait. Donc, il
faudrait... il faudrait être en mesure d'atteindre l'objectif qui est visé, parce
que l'objectif qui était visé, c'est : à un moment donné, il faut que ça
se réalise, mais en évitant les pièges ou le potentiel, en fin de compte, du
risque qui est nommé.
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
l'objectif est louable. Je pense que c'est ce que j'ai entendu de leur part
aussi. Sauf qu'évidemment, ce qu'on veut éviter, c'est : vous êtes mon ami,
je suis votre ami, ça fait que, finalement, personne n'a soumissionné, puis
vous soumissionnez un contrat avec moi. Puis comme l'AMP, là, j'ai lu le
mémoire de l'AMP, l'a soulevé avec raison, on se retrouve à une situation
après. Puis, quand on dit : Il va falloir s'assurer que les conditions
sont rencontrées, qui va faire ça? On va... Est-ce qu'on va aller à la Cour
supérieure<i> pour... bon, puis... ou l'AMP va... bon. Ça pose un paquet
de problèmes qu'il est facile d'éviter en mettant un deux semaines, trois semaines
de délais de plus pour dire : Écoutez, comme il n'y avait pas de
soumissionnaire, on s'apprête à le donner, là. S'il y en a qui changent d'idée,
décidez-vous, là, parce qu'après ça il va être trop tard, tu sais.
M. Julien : J'aime ça.
L'autre élément, puis lui, je l'ai moins capté, mais... M. St-Pierre, bon, le
potentiel que la SQI puisse acquérir par expropriation, tu sais. On veut se
donner de la marge et de l'efficience. Puis, a contrario, c'est... je pense,
vous avez mentionné, mais que cela soit dans le respect, schéma d'aménagement
et... bon. Alors là, je suis en train de me dire : OK, c'est une crainte
que vous avez et puis... Comment... comment elle se matérialise? Parce que...
parce que je n'avais pas l'impression que ce pouvoir-là venait à l'encontre de.
Alors, expliquez-moi ça.
M. Lepage (Sylvain) : L'enjeu,
c'est que la SQI est une entreprise mandataire de l'État. Vous le savez
probablement, les entreprises mandataires de l'État, strictement légalement, ne
sont pas liées par la réglementation municipale, et même, techniquement, ont le
droit de ne pas payer de taxes. Alors, quand la SQI va agir, par exemple, pour
le ministère de l'Éducation ou une agence scolaire, techniquement, si elle agit
pour elle-même, elle peut décider : Bien, moi, il y a une école qui va
être là, mais le schéma d'aménagement ne prévoit pas d'école dans ce
secteur-là.
M. Julien : Mais ce n'est pas
déjà le cas, actuellement? Ce n'est pas déjà le cas, actuellement?
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
notre question... C'est le cas pour la SQI, mais ce n'est pas toujours le cas
pour les organismes, selon ma compréhension, pour lesquels elle serait
habilitée à agir.
M. Julien : OK, à le faire.
Mais est-ce que...
M. Lepage (Sylvain) : C'est
le cas pour elle-même, mais il y a des organismes publics...
M. Julien : Est-ce que, pour
elle-même... Est-ce que, pour elle-même, elle respecte... au-delà du droit, là,
dites-moi-les.
M. Lepage (Sylvain) : On
pourrait... on pourrait en... on pourrait en discuter beaucoup, OK?
M. Julien : OK. Bien, je vais
être attentif à ça.
M. Lepage (Sylvain) : Il y a
toutes sortes de cas de figure, mais je pense que c'est important que vous
sachiez que ma compréhension, là... que des personnes pour qui elle pourrait
agir ne sont pas toutes mandataires de l'État et donc pourraient, elles, être
régies par les règles municipales, et là ça pourrait être... on pourrait y voir
là une façon de passer à côté des règles municipales.
Alors, nous, évidemment, nos membres
adoptent des schémas d'aménagement, adoptent de la réglementation. C'est
important pour nous que ce soit respecté.
M. St-Pierre (Guy) : Et nos
schémas d'aménagement... nos schémas d'aménagement, bien, ils sont comme
acceptés par les différents ministères, et là arrive un... arrive un organisme,
ou etc., qui pourrait dire : On va s'installer là, sans tenir compte du
schéma ou de la réglementation municipale. C'est là qu'on dit de... le respect
du monde municipal dans les règles qu'ils ont mis en place et dans les schémas
qu'ils ont adoptés, bien, c'est le strict minimum qu'on s'attend.
M. Julien : C'est ça, mais honnêtement,
bien... merci pour ramener cet élément-là, parce que soyez assurés que, dans
les discussions qu'on a menées pour pouvoir amener ces mesures-là, qu'on
considère d'efficience, là, jamais on n'a... on ne s'est dit : Et, en
plus, ça va nous permettre de faire ça, là. Alors, vous comprenez que c'est un
collatéral non souhaité. Donc, on va s'assurer que celui-là, en fin de
compte...
Une voix : Soit réglé.
M. Julien : Soit bien
packagé, excusez-moi le terme, parce que ce n'est pas... on n'avait pas ces
ambitions-là.
Votre constat, par rapport à la
concurrence, là, peut-être plus M. Lepage, là, que ça fait... que ça fait un
certain temps, là, sans vous vieillir, là, mais le marché actuel de la
construction des infrastructures, à la fois, là, les professionnels et les
entrepreneurs, des 10 dernières années ou bien... Comment vous percevez la
tendance de ce marché-là et pourquoi vous pensez qu'agir sur... avec le projet
loi n° 62 et la stratégie est nécessaire ou non par rapport à cette
perspective-là?
M. St-Pierre (Guy) : Bien, je
pense que la stratégie est nécessaire, dans ce sens où je pense que tout le
monde convient qu'on fait... on réussit rarement à faire des projets dans les
coûts estimés, là. Puis il y a vraiment un <problème...
M. Lepage (Sylvain) :
...projets
dans les coûts estimés, là. Puis il y a vraiment un >problème de fond,
là. Puis ce n'est pas seulement dans les très grands projets, malheureusement,
c'est dans d'autres projets. Alors, ça, je pense qu'il y a une intervention qui
est nécessaire.
Ceci dit, je pense que le phénomène de la
rareté de la main-d'oeuvre, comme dans tous les secteurs, si je compare au
début de ma pratique, quand j'étais jeune avocat, puis aujourd'hui, il y a
clairement moins d'entreprises dans le secteur de la construction puis il y a
vraiment moins de concurrence. D'où mon commentaire précédent à l'effet qu'il
devrait probablement y avoir une réflexion pour comment on fait pour que des
entrepreneurs qui existent soient en mesure de réaliser les plus grands
contrats mais... puis prennent de l'envergure.
Ceci dit, ça ne donnera pas plus de
travailleurs dans l'industrie de la construction, peu importe les mesures
législatives qui pourraient être adoptées. Ça, c'est un autre enjeu sur lequel
on n'a pas... on a peu d'effet, à part faire des enfants, et là, ça va donner
des résultats dans 30 ans. Ça fait que, donc... Mais je pense qu'il doit y
avoir une révision de ces règles-là, effectivement, puis trouver des mécanismes
pour favoriser la concurrence puis l'abaissement des coûts. Parce que, dans ma
carrière, comme avocat qui faisait du droit à la construction, j'en ai vu
souvent, des projets où les professionnels nous disaient : Écoute, ils ont
comme tout fait dans le devis pour être sûrs, ou les entrepreneurs, que ça
coûte cher, tu sais, ça fait qu'ils l'auraient tassé de 300 pieds,
l'immeuble, on aurait sauvé le dynamitage. Bon, bien, c'est ce genre de choses
là.
M. Julien : Puis ces
situations-là ne font pas référence à des pratiques collusoires. Mais
essentiellement, quand on est dans la chape de plomb puis on ne peut pas amener
à cette bonification-là, de l'expérience et de l'expertise, bien, on fait comme
c'est prévu, en sachant que ce n'est pas ça qu'on devrait faire, là.
• (12 h 30) •
M. Lepage (Sylvain) : C'est
là que le mode collaboratif prend tout son sens. Parce que, si l'entrepreneur
avait été là au début, aurait pu dire : Bien, écoutez, vous, réalisez-vous
que, si vous faites plutôt telle chose, ça va coûter x montants de moins. Puis
là, ça devient une question d'opportunité politique, si la société d'État ou
l'organisme gouvernemental tient à ce qu'il soit à la même place. Mais j'en ai
vu plusieurs dans ma carrière, des situations comme celle-là, où on se faisait
dire : Pourquoi ils n'ont pas fait ça plutôt de telle façon? Bon. Puis là,
tu poses la question, puis, des fois, tu aimes la réponse, des fois, tu ne
l'aimes pas. Tu sais, c'est... Parce qu'encore là, ce n'est pas toujours...
c'est rarement de la mauvaise foi. Collusion puis les... l'augmentation des
coûts, ça me semble assez différent, en tout cas de ce que moi, j'ai vécu. Puis
on le voit, à FQM, je vous en ai parlé beaucoup, là, on donne des centaines de
contrats municipaux par année aux municipalités, puis on a parfois à retourner
en appel d'offres parce qu'effectivement il n'y a pas de soumissionnaire. Mais
on devient un peu des spécialistes parce qu'on donne les contrats pour les
municipalités puis on opère les contrats pour les municipalités. Ça fait que
comprenez-vous qu'on devient... qu'on connaît notre monde en fonction des
régions où on est présents. On n'est pas présents partout non plus, là.
M. Julien : Parfait. Merci
infiniment, messieurs. Ça fait le tour pour moi.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Je cède maintenant la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous deux. Excellente... Excellent mémoire, présentation.
J'ai aimé aussi l'échange avec M. le ministre. Mais il y a deux choses que
j'ai remarquées. Recommandation 1, vous dites que... d'ailleurs, moi, je
l'ai beaucoup entendu avec... en préconsultations de ce projet de loi : «Que
les municipalités soient consultées dans l'optique où le gouvernement voudrait
intégrer le concept de contrat de partenariat dans le Code municipal du Québec
et la Loi sur les cités et villes afin de considérer les défis vécus sur le
terrain.» Est-ce que je dois comprendre que vous voulez aller de l'avant avec
les contrats de partenariat? Est-ce que c'est quelque chose que vous souhaitez
ou non?
M. Lepage (Sylvain) : La
réponse... Si je peux me permettre, la réponse à ça, c'est oui, avec un seuil,
comme je l'ai dit. Puis on veut être consultés sur le seuil, de quoi
parle-t-on. Je ne pense pas que ce type de... On veut le mode collaboratif pour
les bons projets, puis on ne veut pas... donc, des projets qui ont une certaine
envergure, de façon à ce que ça s'applique puis que ça vaille la peine. Puis on
ne veut pas que ça devienne un passe-droit, excusez l'expression, pour donner...
Et pour nous, c'est extrêmement important. Vous le savez, les règles d'appel
d'offres municipales sont différentes de celles du gouvernement. Et ça... c'est
extrêmement important que ça demeure de même, parce qu'il y a vraiment des
raisons puis il y a vraiment... tu sais, c'est deux mondes, malgré tout,
plus différents que ce que les gens peuvent penser, là, tu sais, on est... Mais
oui, on souhaite bénéficier éventuellement de ça à l'intérieur de règles sur
lesquelles on sera consultés, puis de normes sur lesquelles on sera consultés.
M. Derraji : Mais vous ne
voyez pas l'urgence de le faire dans le cadre de ce projet de loi,
éventuellement, une demande que vous avez sur la table?
M. Lepage (Sylvain) : Non,
non.
M. Derraji : Mais, si on veut
le régler aujourd'hui, et vous dites que c'est une bonne idée, «nous sommes
convaincus, on veut aller de l'avant», est-ce que c'est quelque chose qui
pourrait intéresser vos membres?
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
suite à l'adoption puis en fonction évidemment des... de la loi finale, telle
qu'elle sera adoptée, vous pouvez compter sur nous pour parler aux autorités du
MAMH, notamment à la ministre, à Mme Laforest, pour lui dire : Écoutez,
maintenant que le gouvernement a mis ça en place, est-ce qu'on peut travailler
ensemble, puis avec nos partenaires, là, des autres associations puis des
grandes villes, pour voir comment ça peut être intégré dans les lois
municipales...
12 h 30 (version révisée)
M. Lepage (Sylvain) : ...voir
comment ça peut être intégré dans les lois municipales.
M. Derraji : Mais, si ce
n'est pas changé, je fais l'avocat du diable, si ce n'est pas... dans le cas
actuel, dans le cadre, on change les... le type de contrat, les villes, dès
demain, ne peuvent pas. Je pense juste aux sociétés de transport. Il y a des
sociétés de transport qui gèrent un actif de plusieurs milliards de dollars. S'il
n'y a pas... S'ils n'ont pas de levier... et je sais que vos membres, c'est
autre chose, mais, s'il n'y a pas de levier, ils ne peuvent pas le faire. Donc,
à quoi sert la loi pour eux?
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
vous avez raison, mais il y a un omnibus municipal. En tout cas, depuis que je
suis à la FQM, ça fait neuf ans, il doit y avoir au moins eu entre neuf et 12 omnibus
municipals en neuf ans. Ça fait que je pense que le temps que vous terminiez
vos travaux, qu'on prenne le temps de réfléchir sur qu'est-ce qu'on veut dans
le monde municipal... parce que, je pense, vous allez avoir la même
préoccupation de faire en sorte que ça ne devienne pas un passe-droit. Puis,
évidemment, je viens de l'expliquer, là, dans le monde municipal... le monde
municipal est très fragmenté. Vous avez, à un bout du spectre, la ville de
Montréal, qui a une fonction publique, qui, si je peux m'exprimer ainsi, se
compare à celle du gouvernement du Québec, puis j'ai des membres qui ont trois
fonctionnaires, puis des fois c'est deux fonctionnaires et demi. Alors, je
pense qu'il faut se poser la question. Dans leur cas à eux, je le répète, je
pense qu'on doit viser, puis vous allez probablement vouloir viser, à l'occasion
de l'étude de ce secteur-là, des projets qui ont une certaine envergure, qui
font en sorte que ça mérite de mettre en place un mode collaboratif. Mais,
quand on refait le rang 4 à Barraute, pour mon village natal, je pense que
poser l'asphalte dans le rang, ce n'est pas un gros mode collaboratif qui est
nécessaire.
M. St-Pierre (Guy) : ...
M. Derraji : Bien, vous
voulez ajouter quelque chose?
M. St-Pierre (Guy) : ...qu'à
Barraute il n'y aurait pas besoin de partenariat pour faire un trois kilomètres
d'asphalte, là. Même chose un peu partout dans les petites municipalités, là,
ce n'est pas là qu'on... qu'on va s'enfarger.
M. Derraji : Mais...
Mais c'est très... c'est très intéressant, et je vous remercie, parce que ça a
été quand même une... votre première recommandation. Mais je note, d'ailleurs,
il y a un omnibus aujourd'hui, là, au moment où on se parle, qui touche à
plusieurs choses. Je pense que vous avez l'habitude de travailler avec des
omnibus. Mais ce qui est très bien, c'est que, sur la table, vous nous dites
aujourd'hui : On lève la main, on veut être consultés avant d'aller de l'avant
par rapport à ça. J'ai bien résumé?
Une voix : ...
M. Derraji : Excellent.
Passons au deuxième point. Vous avez écouté Me Valois tout à l'heure. Il y a du
non-dit, hein, qu'on s'arrange... vous l'avez très bien dit : On s'arrange
entre nous, ne soumissionnez pas, on ne va pas répondre à l'appel d'offres.
Vous avez vu l'avis d'intention, l'article... sur l'avis d'intention, l'article 2,
c'est... qui... l'article 13.1. J'ai... J'ai entendu ce que vous avez dit
tout à l'heure au ministre. Aux gens qui disent : Écoutez, ça risque de
nous... de nous ramener à l'époque de la commission Charbonneau... Il n'y a
personne autour de la table, aucun élu qui veut jouer dans ce film. Tu sais, je
ne dis pas que quelqu'un autour de la table veut légiférer une loi qui va
laisser une faille, moi le premier.
Vous, votre lecture... Hein, vous êtes dans...
sur le terrain, vous faites affaire avec ça, vous entendez vos membres. Quand
vous avez lu le projet de loi, vous avez vu des failles dans ce projet de loi
en lien avec le risque qui existe. Est-ce que vous confirmez qu'aujourd'hui il
y a des failles, un, dans le projet de loi? Deux, je vous ai entendus émettre
quelques propositions au début. Pensez-vous que ce que vous avez dit, c'est les
meilleurs antidotes à ces failles?
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
essentiellement, je vous dirais que je n'ai pas vu les correctifs que vous
allez décider d'appliquer puis les amendements qui vont être apportés au projet
de loi. J'ai entendu Me Valois. Je vais vous répéter la même chose. Je
pense qu'en ce qui concerne l'article 13.1 il y a une solution
relativement facile à mettre en place. Puis il est clair qu'où il y a de l'homme,
il y a de l'hommerie, OK? Ça fait que ce n'est pas différent dans ce qu'on
voit. Je pense qu'il faut éviter le texte tel qu'il est, oui, en ce sens-là,
vous avez raison, puis je pense que ce serait entendu, le ministre ne semble
pas contredire ça non plus, qu'il faut améliorer la rédaction de cet article-là
de façon à éviter ce genre de situation là.
Ceci dit, je le répète, quant à moi...
puis je sais que ce n'est pas prévu au projet de loi, mais une partie de votre
solution, c'est de créer de la concurrence, c'est la possibilité. Même si,
évidemment, ce que la FQM et d'autres organismes du même genre vont pouvoir
appliquer, c'est minime, il y a quand même régulièrement des situations où le
ministère des Transports, le ministère de l'Environnement ou... nous approchent
pour dire : On vous donnerait un bout de contrat. Des commissions
scolaires, on a ça dans... dans une région très particulière, où ils nous
ont... Légalement, ils n'ont pas le droit de nous donner de contrat, OK? Ils
doivent nous donner une subvention. Puis, bon, là, il y a toutes sortes de
problèmes que ça apporte. Je pense que vous pourriez facilement corriger cette
situation-là.
Puis, même si, à l'échelle de l'ensemble
des contrats gouvernementaux, c'est probablement une goutte dans l'océan, ce
sera un début de concurrence dans nos régions, parce que les gens vont dire :
Vous savez, le rang 3, là, la FQM, elle le fait pour la municipalité. Si
le ministère des <Transports...
M. Lepage (Sylvain) :
...le
rang 3, là, la FQM, elle le fait pour la municipalité. Si le ministère des
>Transports va en appel d'offres puis que le prix... il faut finir le
bout qui tombe dans la compétence du ministère des Transports, parce que vous
savez comment les routes sont faites, il y a une route provinciale puis il y a
les rangs, qui sont municipaux. Bon, bien, l'intersection, là, puis changer les
trois calvettes du coin... Ça pourra être une petite mesure qui favorisera la
concurrence, très, très simple, en disant : Écoutez, s'il y a un organisme
régi par les règles d'appel d'offres municipales ou régi par la <i>loi
sur l'accès, dans les deux cas, c'est ce qui s'applique à la FQM. On a les deux,
dans notre cas. Je ne connais pas tous les cas de figure, mais c'est certain
que c'est une petite solution à ce problème-là. Puis c'est arrivé, là, j'ai eu
des appels de mes... des gens à l'ingénierie qui m'ont dit : Écoute, telle
agence de... scolaire voudrait nous donner un contrat à notre architecte pour
finir tel... Je ne peux pas de gré à gré si c'est en haut des seuils, tu sais.
Ça fait que, donc, je pense que c'est une belle façon de régler un problème
puis... comme on est régis puis on est encadrés par l'AMP comme les donneurs
d'ouvrage, là.
M. Derraji : L'AMP. Non, mais
il reste encore du temps, hein?
Le Président (M. Simard) : Totalement.
Il vous reste 3 min 30 s.
M. Lepage (Sylvain) : Ça va?
C'est... C'est clair?
M. Derraji : Non, non, mais...
Non, non, mais continuez, continuez...
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
tout ce que je voulais dire... Et on est assujettis nous aussi, là, quand on
donne des... C'est parce qu'on doit donner parfois des sous-contrats, on doit
faire des règles d'appel d'offres puis on doit assujettir les contrats que la
FQM donne aux règles, là, de... qui sont prévues dans la loi pour s'assurer que
nous donnons des contrats à des gens qui sont intègres. Donc, on est équivalents
au secteur public quand on est dans le secteur municipal, mais on ne l'est pas
quand on parle aux organismes du gouvernement. On vous demande de corriger
cette chose-là.
Puis évidemment, quand la loi a été
écrite, la commission Charbonneau n'avait pas recommandé de nous aider à créer
ce centre d'expertise là. Donc, on vous dit : Écoutez, pourquoi vous ne
nous donnez pas ce droit-là? Ça va vous aider un peu. Puis il y a des régions
où on a, justement, des ingénieurs, on va prendre l'exemple, là, de la... on en
a dans la région de Matane, où on pourrait peut-être fournir de l'expertise
complémentaire, justement, à des petits organismes gouvernementaux.
• (12 h 40) •
M. Derraji : Mais, parlant
d'expertise, hier, des organismes et des experts demandaient à être impliqués
dans la phase initiale, la phase de la rédaction de... je dirais, de l'appel
d'offres, ou même avant. Si je... Si je décode ce que vous êtes en train de
dire, ça donne des résultats, parce que, quand vous recevez un appel, c'est que
vous êtes impliqués en amont, ça donne... ça donne une opportunité pour la
région pour qu'ils puissent bénéficier d'un futur changement. Vous avez donné
l'exemple rang versus route provinciale. Voulez-vous que ce soit statutaire,
obligatoire?
M. Lepage (Sylvain) : Obligatoire,
je pense que non. Je vais vous dire honnêtement, je pense que la formule que
vous avez... que, j'oserais dire, nous avons mise en place, là, parce qu'on l'a
fait avec le gouvernement, on l'a fait suite aux recommandations de la
commission Charbonneau, c'est le meilleur des deux mondes, parce que la FQM est
en concurrence avec le secteur privé. Puis d'ailleurs certains joueurs du
secteur privé se sont plaints qu'on les concurrençait.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Lepage (Sylvain) : Et je
vous dis bien... bien candidement que je leur ai dit que ça n'arrêterait pas...
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Lepage (Sylvain) : Mais, en
même temps, ça nous oblige aussi, nous, à être performants, parce que mon
concurrent, c'est le secteur privé.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Lepage (Sylvain) : Ça fait
que je ne peux pas payer mes employés trois fois le prix du secteur privé.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup, Me Lepage.
M. Derraji : Merci à vous
deux. Merci. Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup. Et nous poursuivons avec la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, M.
le Président. Merci, M. St-Pierre et M. Lepage, pour votre exposé. J'aimerais
ça revenir sur votre recommandation 2, qui invite le gouvernement de
partager avec les municipalités l'impact potentiel de l'octroi des contrats en
partenariat. Tout à l'heure, on parlait rapidement des sociétés de transport,
on le sait très bien, ce n'est pas votre cas, mais il y a quand même des
projets intéressants, en termes de développement de transport collectif,
transport actif, autopartage, qui se fait au niveau des MRC. Moi, je voulais
savoir comment élargir ou même essayer des projets pilotes avec les
municipalités pourrait être bénéfique dans ce type de projets.
M. Lepage (Sylvain) : Écoutez,
nous, ce qu'on souhaite, c'est que... Normalement, surtout dans un dossier
comme celui-là, l'AMP va faire un suivi, probablement que la SQI va faire un
suivi, probablement que le Conseil du trésor va faire un suivi. Ce qu'on
souhaite, c'est que l'on partage avec nous... parce que ce n'est pas
automatique, puis c'est normal, mais que ce soit prévu qu'on doit avoir accès à
ces résultats-là pour pouvoir voir dans quelle mesure ça donne, effectivement,
des résultats concrets. Parce que, parfois, on a des solutions qui donnent des
résultats puis, parfois, on a des solutions qui, malheureusement, ne donnent
pas de résultat.
Je viens de vous parler de l'expérience de
la FQM qui, je pense, donne d'excellents résultats sur le plan de la
concurrence. Je suis obligé d'admettre que moi-même, au début, je n'avais pas
prévu que ça donnerait ce résultat-là. Donc, ce qu'on veut, c'est... ce qu'on
veut éviter, c'est qu'un jour quelqu'un nous dise : Le... C'est... L'expérience
est négative ou l'expérience est positive, sans qu'on ait eu la chance de
suivre l'expérience puis de voir... puis de <suggérer...
M. Lepage (Sylvain) :
...sans
qu'on ait eu la chance de suivre l'expérience puis de voir... puis de >suggérer,
parfois, des ajustements. Parce que, honnêtement, on travaille sur une base
régulière avec les fonctionnaires, peu importe les ministères, pour être
honnête moins souvent avec la SQI, un peu avec le Conseil du trésor, beaucoup
avec le MAMH, et c'est... c'est souvent un échange, on discute avec eux des
problèmes qu'on rencontre, puis eux discutent avec... C'est ensemble qu'on
trouve des solutions. Puis on pense qu'en matière contractuelle, ce que vous
êtes en train d'imaginer est tellement important que le monde municipal devrait
être associé à évaluer le résultat, là, ou le succès ou le non-succès de...
puis les bons coups puis les mauvais coups, pour qu'on puisse, nous aussi,
s'ajuster au fur et à mesure.
Mme Zaga Mendez : J'entends.
Merci. Puis j'imagine, aussi, c'est une question d'échelle que...
M. Lepage (Sylvain) : C'est
une question d'échelle.
Mme Zaga Mendez : Exactement.
M. Lepage (Sylvain) : Vous
avez tout à fait raison.
Mme Zaga Mendez : Puis,
rapidement, avec les quelques secondes, sur la recommandation 4, qui parle
d'avoir une meilleure harmonie entre ce que demande la SQI puis les plans
d'aménagement, là, je résume rapidement.
M. Lepage (Sylvain) : Bien, ça
revient à ce que je vous ai dit. Notre crainte, c'est évidemment que
certains... Puis j'ai bien entendu le ministre, puis je ne pensais pas le
contraire, pour être honnête, mais, ayant été payé pendant des années pour
trouver des solutions plutôt que des problèmes, bien, quand tu es avocat puis
tu te rends compte que ton client est mandataire de l'État, ça ouvre beaucoup,
beaucoup de possibilités, là, je vais être honnête avec vous, en termes de
solutions potentielles. Là, il y a des conséquences politiques, entendons-nous,
qu'un décideur est prêt ou n'est pas prêt à vivre.
Nous, ce qu'on veut éviter... On comprend
que la SQI, c'est... c'est un mandataire de l'État, puis c'est une volonté du
gouvernement que ça demeure, mais ce qu'on veut, c'est que, quand elle agit
pour un autre organisme, ça ne devienne pas un «pass-through», finalement. Puis
je pense que j'ai entendu le ministre dans ses commentaires...
Le Président (M. Simard) : Merci.
Mme Zaga Mendez : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup.
Bonjour. Alors, j'ai bien entendu, en réponse à une question de mon collègue le
député de Nelligan, vous avez dit : Oui, on aimerait que les dispositions
prévues par le projet de loi s'appliquent de manière générale au monde
municipal. Dans votre mémoire, cependant, vous insistez surtout sur l'article 2.
L'article 2, c'est celui par lequel on insère un article 13.1 à la <i>loi
sur les contrats des organisations publiques, qui permet d'aller par... en gré
à gré lorsqu'il n'y a pas de soumissionnaire. J'aimerais que vous nous disiez
pourquoi à la lumière de vos autres commentaires, dans votre mémoire, où vous
exprimez quand même des préoccupations pour le monde local et régional. Vous
dites : Bien, ce type de contrat là, ça demande beaucoup d'expertise,
peut-être que les petites municipalités n'auront pas accès à cette
expertise-là. Puis l'autre aussi, là, qu'il pourrait y avoir un risque
d'exacerber le manque de soumissionnaires parce que les grands cabinets puis
les grandes entreprises ne vont pas vouloir faire les contrats municipaux pour
aller vers les grands contrats en partenariat.
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
comme je vous l'ai dit, je pense que, un, il doit y avoir une préoccupation de
régionalisation des contrats, OK? Puis, évidemment, dans une petite
municipalité, généralement, on parle de petits travaux, OK? Alors, un des
enjeux qu'on a... puis, l'enjeu, vous l'avez, puis nous l'avons, c'est
l'absence de soumissionnaires. Alors, nous, ce qu'on dit, c'est : Écoutez,
il faut s'assurer que, dans ça, on ne se retrouve pas avec... puis là... puis
je n'ai rien contre la ville de Montréal, mais... je vais changer l'expression,
là, parce que c'est une expression à la mode, j'étais pour dire la
montréalisation, là, de... des contrats en région. Nous, notre préoccupation,
c'est de faire en sorte que ce mode de fonctionnement là ne se fasse pas au
détriment des régions. Et une des solutions, je l'ai déjà exprimé, quant à moi,
c'est qu'il y ait une réflexion puis des mécanismes mis en place pour susciter
la naissance de plusieurs entreprises de construction en mesure de prendre des
projets davantage d'envergure. Je ne vous parle pas d'un barrage à la Baie-James,
mais entre : Je ne fais que de l'asphalte dans le rang 4 où je suis
né, puis : Je suis en mesure de faire le tramway de Québec, il y a de
l'espace beaucoup entre les deux. Puis je pense qu'un des problèmes qu'on a
vus, puis je peux en parler d'expérience, c'est une diminution du nombre
d'entreprises d'envergure en construction capables de se concurrencer. Alors,
il devrait, quant à moi, y avoir une réflexion, peut-être du côté du MEI, sur
comment on fait pour naître... faire naître, au Québec et en région, des
joueurs plus importants.
M. Paradis : Mais, s'il n'y a
pas ça, est-ce qu'on va de l'avant avec la mise en œuvre des dispositions pour
le monde municipal?
M. Lepage (Sylvain) : Je
pense que ça devrait aller avec ça. Il devrait y avoir, puis là je vous laisse
juger sur le comment, vraiment une affirmation ferme du gouvernement du Québec
à l'effet qu'avec ça on va mettre en place des mesures, des mécanismes pour
favoriser...
Le Président (M. Simard) : ...
M. Lepage (Sylvain) : ...je
vais vous dire la consolidation, mais consolidation... si ça finit qu'il y a un
joueur, on n'a pas de concurrence...
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Lepage (Sylvain) : ...mais
la création d'entreprises de taille suffisante pour se concurrencer.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Alors, M. le maire, M. Lepage, un énorme merci pour votre plus que précieuse
collaboration à nos travaux, et au plaisir de vous retrouver.
Sur ce, compte tenu de l'heure, nous
allons suspendre jusqu'à 15 heures. <Au revoir...
Le Président (M. Simard) :
...suspendre
jusqu'à 15 heures. >Au revoir.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
14 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 heures)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, bienvenue à tous. Je constate que nous avons quorum, nous
sommes en mesure de poursuivre nos travaux.
Et, à ce stade-ci, nous avons l'honneur de
recevoir parmi nous le Vérificateur général du Québec. Alors, madame, soyez la
bienvenue. Je vous ai présentée au masculin. Ai-je fait une erreur?
Mme Roy (Christine) : Ça va
très bien. Merci. C'est...
Le Président (M. Simard) : Vous
pouvez me corriger, vous savez.
Mme Roy (Christine) : Madame,
c'est correct.
Le Président (M. Simard) : Et
vous êtes accompagnée.
Mme Roy (Christine) : De M.
Fortin.
Le Président (M. Simard) : Auriez-vous
d'abord l'amabilité de vous présenter?
Mme Roy (Christine) : Oui,
absolument. Christine Roy, sous-vérificatrice générale. Je suis accompagnée de M.
Fortin, vérificateur général adjoint, et de M. Dubreuil, qui est notre
secrétaire général.
Le Président (M. Simard) : Soyez
les bienvenus. Vous disposez de 10 minutes afin de faire votre présentation.
Mme Roy (Christine) : Parfait.
Merci. Donc, M. le Président, Mme la vice-présidente, M. le... ministre
responsable des Infrastructures, Mmes et MM. les membres de la commission, en
tant que sous-vérificatrice générale, je vous remercie d'offrir au... au
Vérificateur général du Québec l'occasion de s'exprimer sur le projet de loi n° 62
et de répondre à vos questions.
Les commentaires dont je vais vous faire
part aujourd'hui sont basés sur les travaux d'audits que nous avons effectués
au fil des ans ainsi que sur nos connaissances d'auditeurs législatifs. Ces
commentaires s'appuient également sur les six principes fondamentaux, dont la Loi
sur les contrats des organismes publics fait la promotion, soit la confiance du
public dans les marchés publics en attestant l'intégrité des concurrents, la
transparence des processus contractuels, le traitement intègre et équitable des
concurrents, la possibilité pour les concurrents qualifiés de participer aux
appels d'offres des organismes publics, la mise en place de procédures
efficaces et efficientes et une reddition de comptes fondée sur l'imputabilité
des dirigeants d'organismes publics et sur la bonne utilisation des fonds
publics.
Premièrement, selon nous, l'actuel projet
de loi présente un risque de limitation du contrôle parlementaire à l'égard des
contrats de partenariat. Ainsi, nous souhaiterions nous assurer que le Vérificateur
général<i> pourra exercer pleinement sa mission, qui est de favoriser,
par la vérification, le contrôle parlementaire sur les fonds et autres biens
publics, et ce, sans entrave. En effet, puisque les projets réalisés en
partenariat impliqueront normalement un financement direct ou indirect de l'État
pour répondre aux besoins de la population, il est important que le
Vérificateur général puisse effectuer les travaux de vérification qu'il juge
nécessaires, comme il peut d'ailleurs actuellement le faire notamment pour les
projets qui sont financés par le gouvernement au moyen de subventions.
Or, l'article 1 du projet de loi
définit les contrats de partenariat comme des contrats conclus dans le cadre d'un
projet d'infrastructure et à l'égard duquel un organisme public associe un
contractant à la conception et à la réalisation de l'infrastructure ainsi qu'à
l'exercice d'autres responsabilités telles que le financement, l'entretien ou l'exploitation
de l'infrastructure. Ces contrats impliquent une approche collaborative entre
un organisme public et un contractant pendant ou après le processus d'adjudication.
Pour sa part, la Loi sur le vérificateur
général nous autorise à effectuer un audit à l'égard des entités recevant des
subventions et des organismes dont 50 % des revenus proviennent des fonds
publics et dont la majorité des membres du conseil d'administration sont nommés
par le gouvernement ou par une entité publique. Ainsi, j'ai de grandes
préoccupations quant à notre capacité à obtenir des contractants toutes les
informations et les renseignements...
15 h (version révisée)
Mme Roy (Christine) : ...toutes
les informations et les renseignements nécessaires pour informer adéquatement
les parlementaires sur la réalisation de ces projets d'infrastructure. Mes
préoccupations sont d'autant plus importantes que plusieurs projets d'infrastructure
d'envergure pourraient voir le jour grâce à des contrats de partenariat au
cours des prochaines années.
Nous avons d'ailleurs soulevé un enjeu
similaire de limitation du contrôle parlementaire lors de notre audition sur le
projet de loi n° 15 intitulé Loi visant à rendre le
système de santé et de services sociaux plus efficace, puisque nous avons
rencontré par le passé des difficultés d'accès à des documents auprès d'entités
privées utilisant des fonds publics. En effet, trois entreprises ambulancières
n'avaient pas accédé à nos demandes d'information, et le motif évoqué par l'une
de ces entreprises était que les sommes qu'elle avait reçues du gouvernement n'étaient
pas des subventions, mais plutôt un achat de services. De notre point de vue,
cette position allait à l'encontre de l'intérêt public et du contrôle
parlementaire sur l'utilisation des fonds publics.
À la suite de notre audition, le projet de
loi n° 15 a été amendé à notre satisfaction pour nous
permettre dorénavant d'obtenir l'information souhaitée auprès des entreprises
privées qui oeuvrent dans le réseau de la santé et profitent d'un financement
de l'État.
J'estime qu'il est tout aussi important de
s'assurer que, dans le cadre des contrats de partenariat, le Vérificateur
général<i> aura la possibilité de vérifier adéquatement l'utilisation
directe ou indirecte des fonds publics par les contractants, le respect des
clauses aux contrats conclus ainsi que les risques encourus par le
gouvernement, et qu'il pourra la faire tout au long de l'exécution des
contrats, soit lors de la conception, de la réalisation, de l'exploitation, de
l'entretien de l'infrastructure ou de l'exercice de toute autre responsabilité
qui pourrait être confiée au contractant. C'est seulement ainsi que nous
pourrons jouer pleinement notre rôle de favoriser le contrôle parlementaire sur
l'utilisation des fonds publics.
Je demande donc que le projet de loi soit
ajusté. Par exemple, certaines dispositions pourraient être ajoutées pour faire
en sorte que le contractant soit tenu de fournir sur demande au Vérificateur
général<i> tout document ou renseignement que ce dernier jugera
nécessaire en lien avec le contrat de partenariat, et ce, tout au long de l'exécution
de ce contrat.
Le deuxième élément sur lequel je veux
attirer votre attention concerne certaines lacunes que nous avons fréquemment
observées en matière de gestion contractuelle lors de nos travaux d'audit. Si
la loi est adoptée, il sera important de s'assurer que les lacunes observées ne
se répètent pas afin de favoriser une bonne gestion des fonds publics.
Tout d'abord, pour chaque projet d'infrastructure,
les différents modes de réalisation possibles doivent être analysés et comparés
afin de s'assurer que le meilleur mode de réalisation a été retenu. Cette
analyse doit, entre autres, comprendre les aspects suivants pour chacun des
modes de réalisation possibles : L'identification de l'ensemble des
risques potentiels, une estimation rigoureuse des coûts du projet, incluant les
pertes et les gains potentiels, des hypothèses raisonnables dont le choix est
adéquatement documenté, des analyses de sensibilité suffisantes à l'égard des
principales hypothèses utilisées ainsi que l'évaluation de l'incidence de
chacun des modes de réalisation sur les finances publiques. Cette analyse doit
également tenir compte du degré de dépendance envers le contractant auquel sera
soumis le gouvernement. Nous avons d'ailleurs soulevé un enjeu similaire, en
mai 2023, dans un de nos rapports.
De plus, il est nécessaire de faire une
évaluation juste et équitable des soumissionnaires au cours du processus d'adjudication.
Enfin, et ce, de façon encore plus particulière pour les contrats de
partenariat, il sera important d'assurer un suivi régulier et suffisant de la
performance des contractants et des risques assumés par le gouvernement tout au
long de la réalisation des contrats. Ainsi, il sera essentiel que les contrats
et les ententes prévoient que l'organisme public qui en sera partie prenante
pourra obtenir toute l'information nécessaire pour évaluer la performance du
contractant et pour évaluer ses propres risques.
Le troisième élément concerne le recours à
un contrat de gré à gré lorsqu'un appel d'offres public est infructueux. Lorsqu'un
appel d'offres public est infructueux, et sous certaines conditions, le projet
de loi permet de conclure un contrat de gré à gré sans qu'il soit nécessaire de
publier au préalable un avis d'intention. Il est précisé que les conditions et
les exigences prévues dans l'appel d'offres public doivent alors être les
mêmes, à une légère exception près concernant les délais de réalisation. Or, si
l'entreprise retenue pour le contrat de gré à gré doit être en mesure de
remplir les conditions et exigences de l'appel d'offres, il y a lieu de se
questionner sur la raison pour laquelle l'appel d'offres a été infructueux au
départ. Il est essentiel de se poser cette question avant de permettre un autre
mode d'adjudication, et ce, tout particulièrement parce que l'appel d'offres
public est un rempart important qui favorise la concurrence, l'équité et le
traitement intègre des concurrents.
Par ailleurs, je souligne que, si le
processus d'octroi de contrats de gré à gré est utilisé selon les conditions
prévues dans le projet de loi, l'organisme public concerné devra s'assurer que
le choix du concurrent est effectué de façon à respecter les principes
fondamentaux de la loi sur les contrats des organismes publics.
En terminant, le quatrième élément que je
désire soulever concerne la reddition de comptes. L'utilisation de fonds
publics doit être assujettie à une reddition de comptes et à une surveillance
exemplaire. Or, le projet de loi utilise tantôt le terme «dépense», tantôt le
terme «montant», et il laisse au président du Conseil du trésor le loisir de
définir ces termes, notamment aux fins de la reddition de compte. Dans un souci
de transparence de la reddition de comptes qui sera effectuée, il sera
nécessaire que la terminologie utilisée <permette de tenir compte de
l'ensemble...
Mme Roy (Christine) :
...de
la reddition de comptes qui sera effectuée, il sera nécessaire que la
terminologie utilisée >permette de tenir compte de l'ensemble des coûts
directs et indirects relatifs au projet.
Il sera aussi important que le
gouvernement effectue une reddition de comptes suffisante à l'égard des
principaux paramètres des ententes ou des contrats, étant donné les
particularités des contrats de partenariat qui pourraient, par exemple,
octroyer des pouvoirs de tarification à un tiers.
Par ailleurs, le projet de loi prévoit que
le montant total payé pendant toute la durée du contrat de partenariat doit
être divulgué au plus tard 120 jours après la fin du contrat dans le
système électronique d'appels d'offres du gouvernement, le SEAO. Toutefois,
parce qu'il n'est pas impossible que des contrats de partenariat aient une
durée relativement longue, par exemple 30 ans, il est possible que cette
disposition du projet de loi ne permette pas que la reddition de comptes soit
faite en temps opportun. Une divulgation plus fréquente pourrait être plus
pertinente à cet égard.
Nous avons également soulevé plusieurs
fois par le passé des problèmes de qualité ou de délais de publication à
l'égard des informations fournies dans le SEAO. Pour que l'information prévue
dans le projet de loi soit utile, celle-ci devra être fiable, complète et
publiée en temps opportun.
Enfin, le projet de loi devrait aussi
prévoir que toute modification ou tout avenant au contrat initial seront rendus
publics, le cas échéant, et ce, en temps opportun. Je vous remercie de votre
attention et c'est maintenant avec plaisir que je répondrai à vos questions.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci à vous, Mme Roy. M. le ministre.
M. Julien : Merci. Merci
beaucoup pour la présentation. Puis on avait commencé la discussion tout à
l'heure. Bon, maintenant, on va la regarder. Alors, grand plaisir de vous voir
tous les trois, des ex-collègues, vous ne vieillissez pas. Vous êtes chanceux.
J'étais surpris de voir certains éléments, et puis là, je ne pense pas qu'on va
gagner à les préciser. Donc, merci pour votre temps. Merci pour le travail qui
est fait.
Juste pour être... pour être certain... J'aimerais
ça que vous me disiez c'est quoi, la distinction que vous faites entre le rôle
potentiel ou souhaité du Vérificateur général<i> ou de la Vérificatrice
générale du Québec et de l'Autorité des marchés publics par rapport, justement,
à ce pouvoir de s'assurer du caractère adéquat des ententes contractuelles?
• (15 h 10) •
Mme Roy (Christine) : Dans
le fond, le Vérificateur général<i> va regarder la saine gestion publique
beaucoup sous l'angle de l'économie, l'efficience et l'efficacité, donc...
tandis que l'autorité va sûrement... va travailler sur plusieurs aspects aussi,
mais beaucoup, dans le fond, sur la conformité. Donc, nous, ce qu'on dit, c'est
qu'on veut simplement continuer à faire ce qu'on fait déjà avec des projets
d'infrastructures publiques qui sont faits sur un autre mode, soit que le
gouvernement le fait lui-même, soit qu'il subventionne. Donc là, c'est un
nouveau mode, mais considérant qu'il y a des fonds publics qui vont être
investis, on veut s'assurer d'avoir accès à l'information nécessaire pour
vérifier de quelle façon cet argent-là va être utilisé, est-ce qu'elle va être
utilisée aux meilleures fins possible.
M. Julien : Parfait.
Parce que j'essayais de voir aussi la distinction... puis peut-être que... peut-être
que c'est là la voie de distinction que j'ai conçue, dans les modes
traditionnels, en réalité, on s'en va sur un appel d'offres public et les
soumissionnaires soumissionnent. Puis ce qui fait foi habituellement, là, c'est
le plus bas soumissionnaire puis il y a une réalisation du projet avec les
enjeux que ça amène. Puis, à la fin, bien, il y a livraison du produit, puis,
bon... Alors, le Vérificateur général<i> a son rôle par rapport à ces
éléments-là sur base d'audit, probablement, aller voir la gestion
contractuelle. Puis là, ici, je m'en vais sur un mode de gestion contractuelle,
qu'on appelle un mode collaboratif, qui est un éventail assez large, qui dit :
Bien, on va continuer de faire des appels d'offres publics. Probablement que
l'appel d'offres public, l'entente qui va être mise sur le marché, qui va être
publiée, va préciser certains éléments. On va demander, en fin de compte, à des
gens de soumissionner, probablement en consortium. Et là, soudainement, on va
venir mesurer l'expertise, la compétence, l'expérience beaucoup plus qualitative
que le plus bas soumissionnaire, pour éventuellement accorder le contrat, puis
qui va nous livrer éventuellement un projet d'infrastructure sur une base plus
collaborative, puisqu'on va pouvoir les rentrer plus tôt puisqu'on n'est pas
sur la base du prix. Puis là, soudainement, on pense... et on observe
qu'ailleurs il y a des gains, puis on a fait des projets pilotes qui ont montré
des gains.
Puis là, je me dis : Bien, cette
distinction entre les deux, là, tu sais, on a, ici, des tiers privés, puis là,
j'essaie de voir pourquoi le vérificateur, lui, ferait une distinction dans
l'intervention, puis là je vais terminer, puis qu'on a eu une petite discussion
tout à l'heure... bien, vous avez parlé beaucoup d'exploitation ou bien durée
de 30 ans. Donc, est-ce que c'est le volet dans l'article 1 qui vous
amène plus largement à dire : Là, là, il y a un volet où est-ce que tu
pourrais aller jusqu'à l'exploitation en bons termes, puis, soudainement le
pont que vous avez fait <avec le secteur de la santé...
M. Julien :
...en
bons termes, puis, soudainement le pont que vous avez fait >avec le
secteur de la santé, c'est ce volet-là qui vous amène à dire : Notre rôle,
si c'est une entente long terme avec exploitation, est plus large que si c'est
une entente contractuelle pour livraison d'infrastructure, puis, après ça,
c'est terminé. Est-ce que c'est ça que je dois comprendre?
Mme Roy (Christine) : Bien,
effectivement, il y a deux choses, parce que, pour le mode d'adjudication du
contrat, il va y avoir plus de discussions, puis tout ça, puis on s'attend à
pouvoir regarder comment a été fait la gestion contractuelle, probablement avec
ce qu'on va obtenir de l'organisme public, là, mais un coup que le projet est
parti, bien, même pour la conception-réalisation, si jamais il y avait un
partage de risques, donc un partage de pertes ou de profits potentiels, bien
là, c'est là qu'on se demande : Est-ce que... c'est diffèrent un peu dans
le mode traditionnel, on va dire : Bien là, je te donne un certain
montant, puis tu me réalises telle immobilisation. Donc, c'est là où il peut y
avoir certaines particularités compte tenu de ce type de contrat là, qui
pourrait faire en sorte qu'on n'obtient pas toute l'information pour vous
donner notre point de vue, puis particulièrement, effectivement, s'il y a une
exploitation après. Tu sais, c'est un peu un mode qui est... Oui, on discute
avant, mais, après ça, on laisse le partenaire exploiter. Bien, il va peut-être
avoir un contrat avec lui pour lequel on va exiger une certaine qualité de services
qui vont être donnés en retour de certains autres éléments, ça peut être un
pouvoir de tarification, ça peut être d'autre chose, ça peut être de l'argent
public, mais là, comme on s'assure qu'effectivement, ça, ça a été, dans le
fond, réalisé avec les critères qu'on a donnés.
Donc, à la fois, tu sais, ce qu'on a,
c'est que le projet de loi, il permet ça. Il permet ça, puis, dans le cas de
certains PPP, c'est... des fois, c'était sur 30 ans. Donc, ce qu'on a vu
quand on a fait, nous, des audits au niveau de certains PPP, c'est que c'était
nécessaire d'avoir de l'information additionnelle pour pouvoir juger
correctement : Est-ce que la... on en a pour notre argent avec les fonds
publics qui sont utilisés?
M. Julien : Mais juste pour
revenir, parce que, pour avoir déjà travaillé un peu dans ce domaine-là, vous
êtes dans du contrôle pas a posteriori d'audit, mais pour dire... puis je
reviens toujours sur le volet exploitation, qui est un volet qui est, en tout
cas, plus complexe certainement que même un mode collaboratif avec livraison,
la durée, les tarifications, etc. Si j'enlève ce volet-là d'exploitation, là,
en quoi le Vérificateur général<i>, quand il vient intervenir, pas a
posteriori, lors d'un audit pour voir comment ça va puis de venir apporter des
recommandations, mais comme en temps réel, qu'est-ce que vous faites que l'AMP
ne ferait pas? Oublions le volet exploitation.
Mme Roy (Christine) : Bien,
dans le fond, par exemple, on construirait un CHUM ou un CUSM sur ce mode-là,
bien... dépendamment s'il y a un partage de risque ou même de certains
avantages, bien, il va falloir obtenir de l'information pour s'assurer que le
gouvernement paie pour les... excusez-moi l'expression, les pépins qui peuvent
arriver au cours de la construction s'il y a un partage de risques, etc. Donc,
est-ce que l'organisme public va obtenir toute l'information nécessaire? Si
elle l'a, on n'aura pas besoin d'aller auprès du partenaire privé, hein? Parce
que, là, je parle toujours d'aller voir ce qui nous intéresse en fonction des
fonds qui ont été donnés ou des conditions du contrat. Puis ma compréhension
des contrats de partenariat... puis, si ce n'est pas le cas, vous nous le
direz, mais ma compréhension des contrats de partenariat, c'est
qu'effectivement l'idée c'est de partager ces risques-là puis de trouver des
avantages communs, puis des risques communs, puis que les deux travaillent dans
le même sens, mais ça, ça amène à savoir : Bien, est-ce que... bien,
finalement, quand le partenaire construit puis que j'accepte de prendre une
partie, mettons des problèmes qui peuvent arriver dans la construction, bien,
est-ce que je me fais dire : C'est correct? Est-ce que c'est les bons
coups? Est-ce que ça a été correct?
Donc, si le partenaire fournit à
l'organisme public tout ce qu'il a besoin d'avoir, on n'en aura pas, de
problème, mais l'expérience nous démontre que, des fois, l'organisme public
n'obtient pas cette information-là. Et, pour nous, donner l'heure juste aux
parlementaires, bien, ça nous prend ce droit d'accès là, comme on a le droit
d'aller pour les entreprises privées qui reçoivent des subventions du
gouvernement.
M. Julien : Mais je
comprends, mais il y a... pour moi, il y a même une distinction entre ceux qui
reçoivent des subventions puis ceux qui sont en entente contractuelle
momentanée pour livrer, mais c'est quoi, les limitations de vos pouvoirs
actuels au VGQ qui ne vous permettraient pas, le cas échéant, de faire ce que
vous souhaitez potentiellement pour les PPP ou exploitation, puis, après ça, on
reviendra un pas en arrière, mais c'est quoi, vos limitations actuellement que
vous avez? Parce que... parce qu'on en fait, des modes collaboratifs sur base
de dérogations actuellement. C'est vrai que vous exprimez, là, que le partage
de risques, c'est le RPI, c'est le mode collaboratif très, très évolué, puis il
y a des modes alternatifs et évolutifs, mais on en fait déjà sur dérogation, on
en réalise. Alors, c'est quoi, les limitations que vous avez à votre loi?
Mme Roy (Christine) : Présentement,
on est tributaires de la bonne volonté quand même ou de l'interprétation que le
vis-à-vis va avoir. Des fois, on a toute l'information auprès de l'organisme
public, mais des fois non. Donc, par exemple, puis là ce n'est pas... ce n'est
peut-être pas <l'exemple le plus précis...
Mme Roy (Christine) :
...donc,
par exemple, puis là ce n'est pas... ce n'est peut-être pas >l'exemple
le plus précis, mais on est allé à la Caisse de dépôt<i> parce qu'on
avait, dans le fond, une vérification particulière qui nous a été octroyée, parce
que la Caisse de dépôt<i>, pour ce type de travaux là, n'est pas dans
notre champ de compétences. Donc, on a été à faire une revue du montage
financier du REM pour, dans le fond, mettre en lumière les risques auxquels
s'exposait le gouvernement, c'est quoi, dans le fond, le degré de financement
que le gouvernement va mettre dans ce projet-là, puis on est en train d'en
faire un suivi.
Mais, dans le fond, on a eu par le passé
des gens qui nous ont dit : Bien, écoutez, c'est des contrats de
fournisseurs, ce n'est pas des subventions. Oui, on reçoit du financement, ce
n'est pas nécessairement des prêts et avances, parce qu'il y a toutes sortes de
particularités dans notre loi. On n'est pas nécessairement toujours d'accord
avec eux sur leur position, mais, oui, on se fait dire ça. Donc, on anticipe
qu'on pourrait avoir des limitations. Et, dans le fond, pour rassurer les
partenaires privés, on ne veut pas y aller, voir tous ces contrats-là tout le
temps, puis aller voir leurs finances dans leur entièreté. Ce qu'on veut, c'est
obtenir de l'information par rapport à la gestion d'un contrat particulier
lorsqu'on va juger nécessaire.
M. Julien : Mais vous ne
pensez pas... vous ne pouvez pas exiger ça aux donneurs d'ordre publics, parce
que je vous le dis, là, pour moi, là, mon enjeu que j'y vois, puis l'enjeu,
là... il y a plusieurs enjeux que j'y vois, mais j'ai déjà l'Autorité des
marchés publics, là, qui a un rôle d'enquête assez formel. J'ai déjà le Vérificateur
général<i>... la Vérificatrice générale<i>... est-ce qu'on dit Vérificateur
général<i> pour l'institution?
Mme Roy (Christine) : Oui.
M. Julien : Bon, qui fait des
interventions a posteriori, puis il y a des rapports d'optimisation de
ressources, là, assez éloquents, de dire : Écoutez, là, améliorez...
améliorez-vous, les amis. Puis actuellement, là, quand je regarde le modèle
traditionnel, où le donneur d'ouvrage assume tous les risques, là... Parce que,
tu sais, quand on parle de partage de risques, actuellement, bien,
l'entrepreneur soumet, il additionne des contingences, puis veux veux pas, tu
vas payer... tu vas payer la totale, parce que ces gens-là ne sont pas là pour
perdre des sous, puis on dit que le mode collaboratif, soudainement, on va être
à livre ouvert.
• (15 h 20) •
Donc, qu'est-ce qui vous empêcherait, avec
votre capacité actuelle, d'exiger ces démonstrations-là a posteriori, si ce
n'est pour le volet exploitation PPP, où là je me dis : OK... parce qu'il
est inscrit ici, mais je l'ai bien mentionné, notre volonté, ce n'est pas
d'aller vers des exploitations long terme, mais des ententes collaboratives
contractuelles. Je vois cette distinction-là entre les deux. Mais
imaginons-nous qu'on ne transfère pas l'exploitation, là, qu'est-ce qui vous
manquerait actuellement pour que le donneur d'ouvrage public vous ne fournirait
pas, au prix d'un effort raisonnable... sans que vous ayez à intervenir auprès
du tiers, qui, somme toute... je ne sais pas, mais, mettons, je suis un privé,
puis je dis : Le VG peut venir voir... tu sais, hein, ça reste quand même
une petite contrainte perceptuelle.
Mme Roy (Christine) : Bien,
présentement, ça arrive souvent que les organismes publics ne l'obtiennent pas.
Nous, on a un pouvoir de recommandation, on n'a pas un pouvoir de les obliger à
obtenir le document. Donc, c'est certain que, quand c'est le Vérificateur
général<i> qui a le pouvoir de le demander, ça peut augmenter les chances
qu'on obtienne l'information désirée. Ça peut être de demander que leur
auditeur privé nous donne aussi une attestation sur certains éléments. Donc,
présentement, on n'a pas ces pouvoirs-là, puis c'est sûr que ça prend vraiment
son importance encore... elle est très décuplée dans le cas où là on irait à
long terme dans l'exploitation, là. Parce que, là, il y a quand même des fonds
publics en jeu. Nous, on n'est pas là pour mettre sur la place publique les
secrets des entreprises privées sur la place publique, mais il y a quand même
une gestion de fonds publics. Puis, dans ce temps-là, bien, c'est nécessaire
qu'il y ait une certaine reddition de comptes de la part des entreprises, si
jamais il y a lieu de l'avoir.
Et, si on s'en va en exploitation, en
plus, il peut y avoir aussi une qualité de service qui est rattachée à ça. Puis
je comprends que, là, c'est que vous dites : Ce n'est pas l'intention,
mais le projet de loi le permet.
M. Julien : Oui, je le vois.
Mme Roy (Christine) : Puis le
projet loi le permet, puis, dans 10 ans, on peut décider de faire autre
chose avec ça. Donc, mettons qu'on exploite des maisons des aînés puis qu'on
garantit que les gens vont avoir trois repas par jour, bien, ils vont-tu
l'avoir, hein? Donc, c'est un peu ça.
M. Julien : D'un autre côté,
la loi le permettait déjà, hein? Puis pourtant, ces pouvoirs-là n'étaient pas
attribués au Vérificateur général<i>.
M. Fortin (Alain) : Bien,
moi, je dirais, en complément, là, de... quand vous demandez c'est quoi qui
nous limite, là... Parce que, présentement, sans être pointu, mais notre
article 25 nous dit qu'on peut aller n'importe où quand c'est un organisme
public. Après ça, l'article 30, lui, il parle de subventions. Alors là, on
pourrait se faire dire, si on irait dans un partenariat comme vous l'appelez,
là... l'organisme pourrait dire : Heille, ici, ce n'est pas une
subvention, ici, que j'ai, c'est un contrat de service, c'est... en tout cas,
il pourrait l'interpréter autrement. Puis là, mettons que c'est un...
M. Julien : Si c'est de
l'exploitation à long terme, vous dites, là?
M. Fortin (Alain) : Non, même
pour la réalisation, là. La réalisation... Parce que, mettons, si c'est un pont
qui dure cinq ans, puis, pour x raisons, bon, il y a un... pas x raisons, on
comprend qu'il va y avoir un partage de risques, un partage de gains, il
pourrait y avoir une tarification, il pourrait y avoir tout ça, puis là on
pourrait dire : Bien, on veut y aller après quatre ans parce que, pour x
raisons, il y a de l'information... Parce qu'on n'ira pas dans tout, là, on veut
aller dans ce projet-là. Alors, cet organisme... cette entité-là, qui a
28 projets, il y en a 27 avec le privé, nous autres, on va aller rien que
voir celui qui est avec le public, là. C'est ça qu'on veut aller voir, <comment
va ce projet...
M. Fortin (Alain) :
...celui
qui est avec le public, là. C'est ça qu'on veut aller voir, >comment va
ce projet.
M. Julien : Mais c'est-à-dire
que le donneur d'ouvrage public, quelle information... Parce qu'à mettons que
je suis le donneur d'ouvrage public puis je fais affaire, là... tu sais, je
vais avoir intérêt à avoir toute l'information que vous souhaitez avoir
personnellement, là, là.
M. Fortin (Alain) : Bien, ça,
c'est fort possible, mais c'est fort possible aussi que vous ne l'ayez pas,
parce que, quand on va constater, souvent, quand on va dans les organisations,
ils n'ont pas toute l'information, que ce soit sur les coûts, l'information est
partielle sur les coûts, l'information... En tout cas, sur les risques que le
gouvernement assume, bien là, y a-tu toute l'information nécessaire du
partenaire? Ça fait que, tu sais, c'est pour ça qu'on veut avoir tout accès, comme
ça, on va pouvoir donner le portrait exact.
M. Julien : Parfait. Il me
reste peu de temps, puis je sais que les collègues... tu sais...
M. Fortin (Alain) : Oui,
excusez-moi, c'est...
M. Julien : Mais comment ça
se fait que, puisque c'est déjà permis à l'intérieur de la loi, vous ne l'ayez
pas déjà obtenu?
Mme Roy (Christine) : Bien, comme
disait Alain, c'est sujet à interprétation, qu'est-ce que veut dire notre loi.
M. Julien : Non, mais je veux
dire...
Mme Roy (Christine) : Donc,
c'est pour ça que ça a été clarifié dans le cadre du projet de loi n° 15.
M. Julien : Mais, je veux
dire, ce potentiel-là est déjà prévu à l'intérieur de la loi.
Mme Roy (Christine) : Oui.
M. Julien : Et vous n'avez
pas obtenu ce que vous demandez aujourd'hui à l'époque.
Mme Roy (Christine) : À
l'époque, on ne l'a pas demandé parce qu'il n'y avait pas énormément de
contrats dans des modes autres que traditionnels. Il y a eu quelques PPP, puis,
souvent, on s'est fait confier des vérifications particulières, donc on a été
capables d'aller les voir pareil. Mais là, ce qu'on entend, c'est que c'est un
nouveau mode qui est mis en place pour tenter de... d'avoir plus d'agilité. Il
y a des grands projets structurants qui s'en viennent au Québec, donc des
projets d'envergure. Donc là, on se dit : Si la part de l'État, elle est
importante là-dedans, ce serait important que le Vérificateur général<i> puisse
continuer d'aller voir comment sont utilisés les fonds publics, peu importe le
mode de financement.
M. Julien : Le 13.1, alors
vous avez le même avis que bien des gens qu'on a entendus, donc on va le
regarder attentivement.
Dernier petit point, parce qu'il me reste
moins d'une minute, mode collaboratif, au-delà de ce qui... de ce qu'on nomme
ici comme capacité... appels d'offres publics, augmentation de la concurrence.
Vous faites de la VOR, vous faites... vous regardez un peu ce qui se fait
ailleurs. Vous y croyez?
Mme Roy (Christine) : Bien,
c'est ça qu'on avait recommandé à la Société québécoise des infrastructures, en
2021, de diversifier ses modes de réalisation parce qu'on se rend compte qu'il
y a quand même une certaine surchauffe du marché. Donc, on ne peut pas être contre
la diversification des modes, tout dépend comment qu'elle est appliquée. Il
faut qu'elle soit bien encadrée puis il faut qu'avant, quand on décide de faire
un projet selon ce mode-là, on se pose la question : Est-ce que c'est le
meilleur mode pour ce projet-là? Donc, c'est pour ça qu'on parle des lacunes
passées au niveau des analyses à cet égard-là, je pense que... toutes être là.
Après ça, bien, je pense que ça va nécessiter un post-mortem...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
Mme Roy (Christine) : ...pour
voir si, dans le fond, l'arbre donne les fruits escomptés dans le futur.
M. Julien : Merci beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci à vous, M. le ministre. M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Merci pour votre présence. Et surtout, vous savez, c'est très
important, vous écouter. Vous jouez un rôle extrêmement important. Et ce n'est
pas un exercice banal, c'est un exercice extrêmement sérieux, et vous êtes
responsable de contrôler la façon avec laquelle l'État opère les contrats.
Donc, je tiens à vous remercier sincèrement. On va s'inspirer de pas mal de vos
recommandations pour essayer d'amender le plus que possible le projet de loi et
que vous ayez toujours accès à des éléments, surtout si vous devez continuer à
jouer votre rôle.
Ceci étant dit, je vais commencer par un
aspect beaucoup plus général. La raison de ce projet de loi, vous l'avez
constaté sur l'espace public... et là j'interpelle les experts, hein, j'interpelle
l'institution qui règle ce qui se passe en termes contrats au Québec. L'énoncé
est le suivant : Le gouvernement aimerait atteindre 15 % de
diminution de coûts et 25 % en termes de délais. Sincèrement, croyez-vous
que c'est raisonnable avec ce que vous avez sur la table maintenant, avec le
changement contractuel des contrats?
Mme Roy (Christine) : Honnêtement,
on n'est pas en mesure de répondre à ça parce qu'on n'a pas fait de travaux
là-dessus. C'est sûr que, quand le Vérificateur général<i> parle, c'est
parce qu'il a étudié la question de long en large puis il est appuyé sur des
faits. Donc, on ne le sait pas si ça va donner ces résultats-là. Puis c'est
pour ça qu'on dit que ce serait important qu'il y ait un genre de post-mortem
après un certain nombre d'années, je pense qu'il y a eu des projets pilotes,
mais un plus grand nombre de projets pour être capable d'évaluer si, effectivement,
c'est un mode qui répond aux objectifs ou pas dans le futur.
M. Derraji : Et c'est
toujours bon avec vous. Juste un mot, ça nous donne des idées. J'aime beaucoup
déjà le post-mortem. Ça veut dire qu'on ne peut pas laisser ça à vie. Si on
peut avoir... Après un an, deux ans, trois ans, quatre ans, il faut se poser la
question : Est-ce qu'on a atteint les résultats qu'on s'est donnés? Parce
que vous avez vu un peu les résultats du tableau de bord sur l'accélération des
projets, le fameux... le fameux projet de loi n° 66.
Aujourd'hui, on est à 23 %... 23 % en termes de réalisation.
Je ne sais pas si vous avez vu la
présentation aujourd'hui de Me Valois. Est-ce qu'elle a une apparence de
collision <à la lumière de la première lecture...
M. Derraji :
...aujourd'hui
de Me Valois. Est-ce qu'elle a une apparence de collision >à la
lumière de la première lecture de ce projet de loi?
Mme Roy (Christine) : Nous,
on est préoccupés pour les contrats de gré à gré, mais la collusion, ça peut
arriver n'importe quand, sur n'importe quel mode d'adjudication. Parce que,
même en appels d'offres publics, quelqu'un pourrait s'entendre pour décider qui
soumissionne puis à quel prix ils soumissionnent. Donc, c'est certain que ça
peut arriver n'importe quand. On a quand même certaines préoccupations sur les
contrats de gré à gré, parce que, dans le fond, à partir du moment où quelqu'un
ne soumissionne pas ou que c'est tout infructueux, il faut se poser la question
pourquoi avant de passer à une autre étape. Parfois, en jasant avec les gens,
on va se rendre compte qu'il y a certains éléments dans l'appel d'offres qui
sont une barrière, puis de réémettre un appel d'offres, ça peut aussi être
utile, même si ce n'est pas nécessairement ça qui était prévu dans les bonnes
pratiques. Donc, je pense que tout dépend de comment c'est encadré. Le mode
collaboratif, le fait que les gens discutent à l'avance, bien, il faut que ça
soit encadré par... c'est là aussi que ça va être nécessaire.
M. Derraji : Oui, c'est
excellent. Commençons par ça, parce que ça a été dit hier. Nous avons eu les
économistes... est-ce que c'est certifié agréé? J'ai bien prononcé les
économistes, certifié, agréé? Les évaluateurs, les estimateurs... les
estimateurs et d'autres partenaires qui voulaient être impliqués en amont, ils
disent que, si on veut atteindre les résultats, bien, essayons de mettre tout
le monde autour de la table avant d'aller de l'avant. Vous, vous dites
aujourd'hui : Encadrer. Moi, je vous repose la question : Comment
encadrer? Est-ce qu'un bureau indépendant... Me Valois aujourd'hui parlait du
modèle irlandais, un bureau indépendant qui va avoir un droit de regard,
comment le rendre opérationnel sans tomber dans la bureaucratie, encore une
fois? Ce qu'on veut, c'est vraiment faire les choses correctement, mais comment
encadrer le départ avant l'appel d'offres?
• (15 h 30) •
Mme Roy (Christine) : Le Vérificateur
général<i>, il ne donne jamais les moyens, mais je peux vous donner des
choses à éviter comme problématique, là. La première chose, c'est que c'est...
ou des choses à porter attention. Lorsqu'on va aller en mode de discussion avec
les contractants potentiels pour définir les besoins, bien, ça va être
important que ces contractants-là soient tous traités de façon équitable, que
s'il y a un deuxième volet où on fait un tri puis on sélectionne un plus petit
groupe pour continuer la suite, ça soit fondé sur des éléments objectifs par
des personnes indépendantes, etc. Donc, c'est toujours les mêmes principes qui
arrivent par rapport à ça.
C'est certain qu'on a vu dans le passé qu'il
manquait des fois de rigueur dans les étapes au préalable pour déterminer c'est
quoi, le mode de réalisation qu'on va utiliser, c'est lequel le meilleur. Des
fois, on a vu qu'un des modes de réalisation avait été déclaré comme étant
celui qui va apporter le plus de valeur ajoutée, mais quand on se mettait à
creuser les hypothèses, etc., bien, ce n'était pas là.
Donc l'expertise, qu'elle soit interne ou
externe, peu importe, elle est quand même importante à l'étape initiale pour
bien définir les hypothèses puis prendre les bonnes décisions. Ça fait que ça,
c'est certain qu'il va falloir aussi qu'on retrouve cette expertise-là en
quelque part, peu importe où elle est, mais pourvu qu'elle soit là pour
accompagner les équipes.
M. Fortin (Alain) : En
complément, juste... parce que vous avez parlé des coûts, vous avez parlé
d'estimateurs, c'est sûr que nous autres, qui que ce soit qui fait l'estimation
des coûts, ce n'est pas important, comme elle a mentionné, si on ne donne pas
le moyen, mais c'est important de savoir les coûts. Parce que, tantôt, en
négociation ou en discussion avec le partenaire, ça va être important que nous,
on ait fait une bonne évaluation, comme ça on va pouvoir challenger
adéquatement avec le partenaire ou les partenaires potentiels.
M. Derraji : Bien, surtout
que moi, quand on essaie de me vendre le projet de loi et dire qu'on va
atteindre 15 % de moins et 25 % en termes de délais de livraison, si
on ne fait pas bien les choses au départ, c'est sûr qu'on n'atteindra pas les
résultats. Donc, je comprends que vous ne donnez pas les moyens, mais vous,
vous contrôlez les contrats, vous avez vu des choses. Est-ce que... la question
que j'ai le goût de vous poser, est-ce que vous avez vu, dans ce projet de loi,
des choses qui vont... Est-ce que ce projet de loi vient corriger des lacunes
que votre institution aurait observées déjà?
Mme Roy (Christine) : Bien,
dans le fond, ce qu'on a observé, c'est beaucoup des lacunes dans
l'application. Peu importe le mode de réalisation ou le mode d'adjudication, ça
ne change pas. Ça fait que ça, ces principes là, il faut qu'ils soient
appliqués, peu importe les modes.
Ce que j'ajouterais, c'est que, c'est
certain qu'en mode de collaboration, tout dépendant si on rend avec des
partages de risques ou des partages de profits, bien, ça amène une dimension
additionnelle qu'il faut aussi. Donc, ça va demander des suivis plus serrés par
l'organisme public de ces éléments-là. Donc, ça, c'est certain. Ça fait que,
donc... puis c'est pour ça que je pense que c'est intéressant de faire un
post-mortem pour voir si les avantages qu'on pense avoir, de dire : Bien,
le fait que les gens vont jaser ensemble, on va moins avoir de problèmes après
quand on va arriver en réalisation...
15 h 30 (version révisée)
Mme Roy (Christine) : ...moins
avoir de problèmes après, quand on va arriver en réalisation, parce qu'on va
avoir déjà identifié les problèmes au départ ou on va avoir identifié des
façons plus novatrices d'agir. Bien, est-ce que ça, ça en vaut la chandelle?
Est-ce que ça donne les résultats escomptés par rapport à peut-être la prise de
risque additionnel que le gouvernement peut prendre? Ça fait que c'est pour ça
que je dis, après un certain temps, ce serait intéressant de faire cet
examen-là. Mais, quant à moi, des... il y a des risques. Il y en a pour tous
les modes de réalisation ou d'adjudication. Il s'agit de mettre en place après
les procédures...
M. Derraji : Oui. Est-ce que
j'ai bien compris que ce que vous proposez aujourd'hui, c'est une sorte d'évaluation
de ce que nous sommes en train de faire au bout de, je ne sais pas, trois ou
quatre, cinq ans? Ce serait juste?
Mme Roy (Christine) : Je sais
que... Je crois qu'il y a un rapport qui doit être prévu sur l'application de
la loi après une certaine période, donc ça peut être une occasion, je pense, de
faire une analyse à cet égard-là.
M. Derraji : Oui. OK. C'est
un bon point. Dans votre présentation, à la page 11, vous avez dit la
chose suivante : «Cette analyse doit également tenir compte du degré de
dépendance envers le contractant auquel sera soumis le gouvernement. Nous avons
d'ailleurs soulevé un enjeu similaire en 2023 dans un de nos rapports.» Désolé,
je ne l'ai pas, le rapport, devant... devant moi, vous allez m'excuser, je vais
aller le chercher, mais j'aimerais bien que vous nous clarifiiez quel enjeu que
vous avez soulevé.
Mme Roy (Christine) : L'enjeu,
il peut être à deux endroits. Dans le fond, on a parlé tout à l'heure que, par
exemple, on pourrait octroyer, ça pourrait arriver, même si ce n'est peut-être
pas ce qui est prévu, qu'il y ait un contrat à long terme à un moment donné,
incluant l'exploitation. Donc, si ça, ça arrive, est-ce qu'on peut se ramasser
avec un contractant qui va pouvoir établir la tarification un peu comme il veut
ou... vouloir renégocier la tarification, puis que, dans le fond, si jamais il
n'est pas satisfait... un peu comme on s'est ramassés avec les aires de service?
À un moment donné, on s'est ramassés... le gouvernement s'est ramassé à devoir
reprendre des aires de service. Donc, ça peut entraîner des problématiques.
Puis, dans le fond, c'est un peu ça qu'on parle par rapport à ça.
Il pourrait y avoir d'autres
problématiques. On l'a déjà vu pour des projets de technologies de l'information,
qu'il y avait des dépendances envers des firmes. Si on développe un projet,
bien, à un moment donné, elle a développé le projet, donc c'est difficile de ne
pas vouloir donner les avenants pour faire des modifications à la même firme.
Donc, c'est un peu dans ce sens-là qu'on dit... de faire attention, parce qu'on...
on ne sait pas qu'est-ce qui va être mis dans les contrats de partenariat
encore. Donc, dépendamment du contenu de ça, c'est une question à se poser.
Peut-être qu'il n'y en a pas, de risque, mais s'il y en a un, il faut qu'il
soit identifié puis il faut... identifier les mesures de mitigation pour
contrôler ce risque-là.
M. Derraji : Oui. Vous
soulevez un bon point par rapport aux avenants.
La page 13, vous parlez de l'avis
d'intention. Comment... J'essaie de faire attention parce que... de vous
demander des choses. Comment... Comment faire pour ne pas tomber dans le piège
de... le passage entre l'appel d'offres public infructueux, contrat gré à gré?
Là, on est en train de faire un changement législatif, mais comment avoir un
antidote dans la loi qui va nous permettre de by-passer, entre guillemets, les
intentions de quelques personnes qui vont s'arranger entre eux de ne pas
répondre à l'appel d'offres? Parce que ça risque d'être le cas. Me Valois
l'a dit, c'est une apparence de collusion, il risque d'y avoir des cas pareils.
Comment on peut...
Mme Roy (Christine) : Bien,
en fait, j'ai entendu que l'intention, ce n'était pas de... que cette clause-là
soit utilisée fréquemment. Mais, de la manière dont la loi est libellée, c'est
assez large. Puis, ce qu'on a remarqué dans le passé, dans nos travaux d'audit,
c'est que même d'autres dérogations qui sont contenues dans la Loi sur les
contrats des organismes publics comme une situation d'urgence, bien...
Une voix : ...
Mme Roy (Christine) : Est-ce
que c'est...
Le Président (M. Simard) : Non,
non. C'est beau. Oui. Terminez votre phrase, s'il vous plaît, madame. Désolé.
Mme Roy (Christine) : C'est
utilisé à mauvais escient parfois ou sans justification suffisante.
Le Président (M. Simard) : Je
suis parfois un gestionnaire du temps qui s'évade, et là, on vous avait laissé
quelques secondes de plus, pas mal, même. Alors, Mme la députée de Verdun, à
vous la parole.
Mme Zaga Mendez : Merci, M.
le Président. Merci encore pour les discussions puis la présentation.
J'aimerais ça revenir. Tout à l'heure, on
parlait des risques dans... qu'il pourrait y avoir dans l'octroi des contrats
en partenariat, surtout des freins à l'exercice de votre travail de
vérification, on parle peut-être des enjeux plus de transparence. Vous avez
dit, par exemple, aussi de... ça dépend aussi de contenus dans le contrat. D'autres
intervenants nous parlaient... nous parlaient également du partage de
savoir-faire, qui détient... où se trouve le savoir-faire finalement pour la
réalisation du projet. Ma question, c'est de vous entendre un peu sur des
mesures préventives qu'on pourrait mettre en oeuvre déjà dans le cadre du
projet de loi pour vous permettre de faire votre travail de <vérification...
Mme Zaga Mendez :
...faire
votre travail de >vérification.
Mme Roy (Christine) : Bien,
dans le fond, c'est d'inclure une disposition qui nous permettrait de
recueillir des documents ou des renseignements, si on le juge nécessaire, spécifiquement
sur les contrats de partenariat. On ne veut pas aller voir les livres
comptables de l'entité privée. Ce n'est pas ça qu'on veut. Mais ce qu'on...
Puis on se dit : Bien, pourquoi qu'ils ne pourraient pas nous le donner?
Parce qu'en théorie il faut qu'ils le donnent à l'organisme public, sinon
l'organisme public ne pourra pas juger si les fonds publics sont utilisés à bon
escient. Donc, à partir du moment où ça va de soi qu'il devrait y avoir une
reddition de comptes, pourquoi que nous, on ne pourrait pas la recueillir, si
l'organisme public ne l'a pas demandée? Donc, c'est dans ce sens-là qu'on pense
qu'il pourrait y avoir une disposition. Puis, si jamais ce principe-là vous
agrée, bien, à ce moment-là, on pourra travailler avec les juristes du projet
de loi pour proposer quelque chose.
Mme Zaga Mendez : Super.
Merci beaucoup. Dans le même... Dans le même sens, tout à l'heure, vous disiez
de s'assurer que le meilleur... c'est le meilleur mode de réalisation qui est
retenu. À cet égard, est-ce qu'il y a d'autres mesures préventives qu'on
pourrait avoir dans le projet de loi pour s'assurer de cela?
Mme Roy (Christine) : Je ne
pense pas que c'est dans le projet de loi. C'est juste un commentaire pour dire :
Je crois que, dans la pratique, il va falloir s'assurer de ça parce qu'on a
souvent trouvé des lacunes dans le passé. Donc là, on ajoute un mode, ce qui
peut être bien, de diversifier les modes, mais il faut s'assurer qu'on
l'utilise à bon escient. Donc, il va falloir s'assurer que les analyses qui
sont faites sont rigoureuses.
Mme Zaga Mendez : Je pense
qu'il me reste quelques secondes si vous voulez compléter.
Le Président (M. Simard) : ...
Mme Zaga Mendez : Ah! bien,
je vous donne la minute pour compléter peut-être la discussion qu'on... qu'il y
avait tout à l'heure. Je ne sais pas si vous voulez ajouter.
• (15 h 40) •
Mme Roy (Christine) : Donc, bien,
tout à l'heure, la... la question était, bien, des fois, les organismes
utilisent la mesure d'urgence un peu vite pour justifier l'octroi de contrats
de gré à gré. Donc, le danger dans la... dans la clause qui est là, c'est que
les gens l'interprètent de façon libérale et l'utilisent à très grand escient.
Donc, je pense que, si on veut favoriser la concurrence, il faut commencer à se
poser la question pourquoi il y a peu de soumissionnaires puis essayer de voir
s'il n'y a pas d'autres mécanismes avant d'aller directement au contrat de gré
à gré.
Le Président (M. Simard) : ...
Mme Roy (Christine) : Si on
va au contrat de gré à gré, à ce moment-là, il va falloir s'assurer que c'est
encadré puis s'assurer qu'il y a eu une recherche comme il faut des gens qui
pouvaient postuler là-dessus. Ça fait que, l'avis d'intention, c'est un minimum,
souvent on va retourner à un deuxième appel d'offres, mais c'est un minimum qui
ne prend pas beaucoup de temps puis qui, à mon avis, aurait pu rester là. Les seuls
cas où je vois que... Ah!
Le Président (M. Simard) : ...
Mme Roy (Christine) : À part
pour des manquements administratifs très mineurs, je vois mal en quoi ça peut
être intéressant.
Mme Zaga Mendez : Puis merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup, madame. Merci beaucoup. Nous poursuivons avec le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup
pour vos commentaires très importants et intéressants.
Vous nous dites dans votre témoignage que «l'appel
d'offres public est un rempart important qui favorise la concurrence, l'équité
et le traitement intègre des concurrents, qui est un principe fondamental de la
Loi sur les contrats des organismes publics». Le ministre a montré une certaine
ouverture, là, à discuter de l'insertion de l'article 13.1. Mais est-ce
que... est-ce que vous visez uniquement cet article-là, là, qui permet de faire
des contrats de gré à gré quand il y a une absence de soumissionnaires ou ça
s'applique aussi à l'article 7 du projet de loi n° 62, qui vise
l'article 21 de la Loi sur les contrats des organismes publics, là,
c'est-à-dire qui permet de commencer à négocier avec le ou les concurrents
choisis? Parce que, là aussi, là, ça vient jouer dans le processus d'appel
d'offres. Est-ce que vos commentaires s'appliquent à ce processus-là aussi?
Mme Roy (Christine) : Nos
commentaires ne s'appliquent pas à l'article 7. L'article 7, c'est effectivement...
on peut commencer à négocier plus tôt. Ça va demander un encadrement particulier,
s'assurer que c'est fait correctement. Mais notre commentaire est vraiment sur
l'article où il y a une permission d'aller avec les contrats de gré à gré.
M. Paradis : C'est 13.1
principalement.
Mme Roy (Christine) : Oui.
M. Paradis : Puis les
articles à la fin, j'imagine, là, qui visent les règlements similaires, là, 45,
46, 47 et 48?
Mme Roy (Christine) : C'est
ça. Exactement. Tout à fait.
M. Paradis : Très bien.
Est-ce que vous pourriez, dans les secondes qui nous restent... M. le
Président, combien de temps?
Le Président (M. Simard) : ...
M. Paradis : Une minute. Nous
parler des risques de limitation du contrôle parlementaire, là. Ça a attiré
beaucoup mon attention. Vous nous demandez, là, de modifier le projet de loi.
Est-ce que vous avez des propositions précises? Là, vous dites : Les
contractants devront être tenus de fournir tout document. Est-ce que vous avez
analysé un petit peu ce qu'on pourrait faire de manière plus... plus précise?
Mme Roy (Christine) : On en a
commencé à parler avec nos juristes, mais c'est sûr que c'est quelque chose
qu'on va se rendre disponibles, si jamais il y a un intérêt à aller de l'avant
avec une modification. On a déjà des modifications assez similaires, dans la <i>Loi
du vérificateur général, qui peuvent être utilisées pour bâtir quelque chose
qui <pourrait...
Mme Roy (Christine) :
...bâtir
quelque chose qui >pourrait s'appliquer à ces contrats-là.
M. Paradis : Bien, en
tout cas, si vous voulez nous inspirer, inspirez-nous parce que ce sont des
dispositions importantes. Même chose, là, sur la question des lacunes en
matière de gestion... contractuelle.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Paradis : Si vous
avez des propositions plus précises, de propositions pour le projet de loi, on
va être preneurs. Je m'arrête là.
Mme Roy (Christine) : Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, cher collègue. Mme Roy, M. Fortin, merci beaucoup pour votre
présence aujourd'hui. Vous nous avez amplement éclairés par vos propos.
Sur ce, nous allons suspendre
momentanément, le temps de faire place à nos prochains invités.
(Suspension de la séance à 15 h 44)
(Reprise à 15 h 46)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers amis, nous sommes en mesure de reprendre nos travaux. Et nous avons
l'honneur de recevoir des représentants de la Fédération des chambres de
commerce du Québec. Messieurs, soyez les bienvenus parmi nous. Auriez-vous
d'abord l'amabilité, s'il vous plaît, de vous présenter?
M. Noël (Philippe) :Oui. Bonjour. Je me présente, Philippe Noël, vice-président
aux affaires publiques et économiques à la FCCQ. Et je suis accompagné
aujourd'hui par Laurent Corbeil, qui est mon collègue, conseiller aux affaires
publiques et économiques chez nous.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Vous disposez de 10 minutes afin de faire votre présentation.
M. Noël (Philippe) :Parfait. Merci. Bien, d'abord, bonjour. Merci de nous
donner l'occasion d'être devant vous aujourd'hui virtuellement afin de
commenter le projet de loi 62. Habituellement, on essaie d'être présents,
mais ce n'était juste pas possible aujourd'hui. Donc, merci pour ça.
Un mot sur nous. Nous représentons, à la
Fédération des chambres de commerce du Québec, un vaste réseau de
120 chambres de commerce et plus de 1 000 membres corporatifs
pour un total de plus de 45 000 entreprises représentées exerçant
leurs activités dans tous les secteurs de l'économie et sur l'ensemble du
territoire québécois, dans les 17 régions. Au sein de notre réseau, nous
bénéficions de l'expertise d'entreprises qui soumissionnent dans les différents
marchés publics de la planète pour des projets en biens et services, que ce
soit dans le secteur de la construction, du génie civil, des TI, en éducation,
en santé et en... et sciences de la vie, etc.
Dans son ensemble, la FCCQ appuie les
orientations et les mesures présentées dans le projet de loi 62. Depuis
longtemps, nous pressons le gouvernement à revoir ses pratiques afin de sortir
du cadre traditionnel dans les marchés publics. Les entreprises nous ont dit
qu'elles étaient prêtes à davantage d'agilité, moins de silos, plus de
responsabilités et même... d'imputabilité dans les contrats publics. Elles
veulent avoir les leviers afin que les projets se concrétisent plus rapidement,
avec une place <importante...
M. Noël (Philippe) :
...plus rapidement, avec une place >importante
portée vers l'innovation.
En se dotant d'une définition entourant
les modes collaboratifs pour la réalisation de contrats de construction
d'infrastructures, le gouvernement se donne les coudées franches pour
réellement former des partenariats prêts à partager les risques et les
bénéfices, ce qui réduirait sans aucun doute les coûts et les délais des grands
projets complexes. Il s'agissait là d'une demande de plusieurs entreprises que
l'on représente chez nous. Les risques difficilement appréhendables avant
l'appel d'offres seront évités par ce nouveau cadre, et cet aspect va
considérablement améliorer le processus d'évaluation des coûts et des délais,
selon nous, en plus d'ouvrir la porte à d'autres modes de réalisation de
projets collaboratifs.
La FCCQ se réjouit également de l'objectif
de se doter au Québec d'une plus grande agilité pour réaliser les contrats
publics. Actuellement, l'un des principaux défis auxquels le gouvernement fait
face est la déconnexion entre les besoins initiaux présentés par les donneurs
d'ouvrage et la capacité des entreprises à répondre à ceux-ci dans les délais
et les coûts impartis. Les contrats traditionnels impliquent plus de risques
financiers, des délais de paiement supplémentaires, des clauses abusives, sans
compter les aléas du marché actuel, qui complexifient la présentation d'une
soumission compétitive. Ces éléments et le désintérêt qu'ils apportent ont
ralenti considérablement la cadence de la construction de grands projets
d'infrastructure dans les dernières années au Québec. Sur ce front, nous
croyons que le projet de loi 62 et la Stratégie québécoise en
infrastructures publiques tendent à répondre à cet enjeu qui nous a privés
depuis trop longtemps d'une expertise entrepreneuriale innovante, prête à faire
le saut dans un nouveau cadre réglementaire.
Cette nouvelle flexibilité amène cependant
des questions du côté du milieu d'affaires. Quels seront les projets les plus
prioritaires et qui nécessiteront une plus grande souplesse de la part du
gouvernement en mode collaboratif?
• (15 h 50) •
Selon la FCCQ, le gouvernement devrait
établir une liste des critères neutres et objectifs pour la sélection des
projets publics ainsi qu'une liste à jour des projets d'infrastructure
prioritaires. Le gouvernement réitère dans sa nouvelle stratégie son désir de
poursuivre une gestion par programme de projets, et nous soutenons cette
approche, considérant la commande importante qui attend le gouvernement dans
les prochaines années pour combler les besoins, en plus de résorber le déficit
en maintien d'actif.
Depuis plusieurs années, le portefeuille
de projets du gouvernement ne fait que croître, ainsi que les dépenses
associées à celui-ci. Considérant que le PQI a connu une forte croissance entre
2018 et 2024, atteignant désormais les 153 milliards de dollars sur
10 ans, les projets de grande ampleur demandent une plus grande agilité
entre les donneurs d'ouvrage et les entrepreneurs, d'où l'attrait des modes
collaboratifs. Parmi les modes dont on a entendu d'ailleurs parler dans la
commission jusqu'à présent et abordés aussi en détail dans notre mémoire, il y
a les modes CCF, CCP, qui font partie de certaines réalisations gérées par la
SQI, mais il y a aussi la réalisation de projets intégrés, RPI, qui représente
également une avenue que le gouvernement devrait considérer plus clairement
dans sa stratégie de mode collaboratif. Sur ce point, nous croyons qu'un
amendement pourrait être déposé pour que le paragraphe 6° l'article 14.10
de la LCOP, la Loi sur des contrats des organismes publics, puisse identifier
clairement des possibilités pour les organismes publics de recourir à ces
différents modes bien précis.
Dans un autre ordre d'idée, le projet de
loi n° 62 ouvre également la porte aux contrats de gré à gré lors des
appels d'offres infructueux et pas uniquement aux projets de construction.
Ce... Ce changement a une portée salutaire car il fait appel à plus de
flexibilité de l'appareil gouvernemental dans une période où les contrats
publics ne trouvent pas toujours preneurs. Les contrats d'approvisionnement et
de services, par exemple, ne seraient également pas assujettis à la publication
d'un avis d'intention sur le service électronique d'appel d'offres, le SEAO, si
aucune soumission conforme n'a été présentée. Cette agilité soulève néanmoins
un enjeu de transparence. Les organismes publics qui auront recours à ce type
d'entente doivent avoir des critères clairs de sélection pour ne pas laisser
une impression discrétionnaire qui favoriserait une entreprise au détriment
d'une autre. La FCCQ est d'avis que cet élément est central pour le maintien
d'un climat d'affaires compétitif et sain.
Au détriment du dépôt d'un avis
d'intention qui ne sera plus nécessaire dans le cas d'un appel d'offres
infructueux, la FCCQ recommande que le gouvernement modifie l'article 2 du
projet de loi n° 62 afin de prévoir un mécanisme pour que les organismes
publics soient tenus d'indiquer les modalités entourant l'entente contractuelle
entre le donneur d'ouvrage et l'entreprise retenue. À la suite de l'adoption
éventuelle du texte législatif, destiné aux donneurs d'ouvrage principalement, il
s'agira également de l'occasion de réviser les critères d'octroi des contrats
publics par voie réglementaire. Dans notre mémoire, on explique pourquoi il est
essentiel de procéder à cette révision, autant pour la longévité des projets
publics que pour le contribuable, qui se retrouverait moins souvent à repayer
pour la <même...
M. Noël (Philippe) :
...souvent à repayer pour la >même
infrastructure, que pour faire bénéficier l'État québécois de notre expertise
et de nos innovations. Actuellement, ce sont davantage les autres États autour
de nous qui en bénéficient, étant donné qu'ils misent, pour la plupart, dans
leurs contrats d'octroi, sur des critères de valeur.
Ultimement, nous croyons, à la FCCQ, que
la réflexion du gouvernement à l'égard de ces critères d'octroi de contrats
publics ne doit pas se faire sans réviser ultimement la règle du plus bas
soumissionnaire conforme dans son modèle actuel afin de faire une réelle place
à des critères de qualité, d'innovation, d'expertise, de durabilité et de
performance environnementale, en plus du prix. L'État ne peut se permettre de
se priver de l'expertise québécoise davantage et devrait, par ses actions,
stimuler la participation de nos entreprises aux contrats publics plutôt que de
compter uniquement sur les ententes de gré à gré pour les appels d'offres qui
ne trouvent pas preneurs. Le gouvernement doit penser... repenser son processus
pour attirer les soumissionnaires à participer davantage aux marchés publics
et, ultimement, à construire des infrastructures au bénéfice de tous les
Québécois, et ce, au sein de l'appareil actuel d'appel d'offres.
Finalement, nous réitérons notre appui au
projet de loi 62. Dans notre mémoire déposé à la commission, nous
proposons huit recommandations pour bonifier et préciser certains éléments.
Nous vous invitons à tenir compte de ces propositions. Nous sommes optimistes
que les présents travaux des consultations particulières permettront de prendre
en considération les préoccupations de nos membres et qu'il en résultera que...
ce que nous souhaitons tous, un texte de loi qui est au bénéfice d'un climat
d'affaires compétitif et sain.
Je vous remercie. Et nous serons heureux
d'échanger avec vous.
Le Président (M. Simard) : Eh
bien, merci, cher monsieur. Et, d'entrée de jeu, je cède la parole au ministre.
M. Julien : Oui, merci, M. le
Président. Bien, merci pour votre... pour votre présence virtuelle, messieurs.
Merci pour le travail, à la fois votre mémoire, là, puis les recommandations. J'ai...
J'ai bien pris connaissance.
On va tout de suite évacuer le 13.1, là.
Quand c'est unanime à la fois, en réalité, des agents contrôleurs, que ce soit
l'AMP ou le VGQ, que ce soit de l'industrie, que ce soit de l'institutionnel,
ce n'est pas que l'objectif qui est visé dans le 13.1 n'est pas... n'est pas bon,
mais clairement, le moyen qu'on utilise va... va devoir être adapté, parce que
tout le monde y voit des risques que nous, on ne présumait pas dans
l'interprétation qu'on avait de son utilisation. Donc, on va le revoir,
naturellement... avec les collègues.
Ici, j'ai marqué : Non, pas question.
OK. On a quand même 600 projets de plus de 20 millions à l'intérieur
du PQI. Et c'est vrai que la SQI, pour ses projets, elle publie deux fois l'an,
en fin de compte, la prévisibilité des projets justement parce qu'on veut
donner de la prévisibilité aux marchés. Je pense qu'une de vos recommandations...
Puis c'est... c'est celle-là que je pense que j'ai marqué : Non, pas
question, mais peut-être que je pourrais dire : Non, on ne croit pas. Puisqu'on
veut ouvrir dans... dans des modes collaboratifs, puis vous l'avez mentionné,
jusqu'au RPI, CCF, tous les modes, un inventaire assez... assez large, et
puisque ces modes-là, si on retournait cinq ans en arrière, il y en... il y en a
qui n'existaient même pas à l'époque, parce que c'est... c'est quelque chose
qui est évolutif, on ne viendra pas s'encarcaner ou... pour nommer ces
éléments-là. Peut-être qu'on peut venir nommer les critères qui... qui sont
possibles, tu sais, en termes de partage de risque, de financement, etc., mais
on va faire attention de ne pas se menotter d'éventuelles innovations qui pourraient
venir. On doit ouvrir sur les modes collaboratifs.
Et actuellement, le mode le plus audacieux
à cet effet-là, c'est le RPI. Mais on ne sait pas trop ce que l'avenir nous
réserve. Puis je pense qu'on gagnerait peut-être à venir identifier certains projets
plus complexes, plus majeurs, à l'intérieur du portefeuille, qui seraient...
qui seraient assujettis ou qu'on souhaiterait aller pour... pour le nommer aux
marchés, mais... mais il ne faudrait pas penser que ça va être exhaustif parce
que chaque projet doit prendre le bon mode. Et je ne pourrais pas prétendre
qu'à un moment donné on sait exactement quel mode qui va être pris parce que ça
nécessite des analyses par le donneur d'ouvrage.
Maintenant, si je reviens par rapport à
vos membres, là. Les gains d'efficience en temps et en coûts qu'on nomme, là,
jusqu'à, puis nous, on a... on a de l'étalonnage comparatif pour dire ça,
est-ce que vos membres y adhèrent, et y croient, et... souhaitent aller vers
ça?
M. Noël (Philippe) :Oui, absolument, vraiment. Puis, tu sais, on s'entend qu'il
n'y a pas de solution miracle dans les modes qu'on propose. C'est simplement
que c'est supérieur aux modes traditionnels actuels. Puis c'est pour ça qu'on
appuie projet de loi n° 62, parce qu'on fait vraiment
un pas en avant dans la bonne direction vers les modes collaboratifs, et ça
permet vraiment une amélioration significative par rapport aux autres modes qui
étaient retenus. En Ontario, les constats sont vraiment clairs, là : il y
a un meilleur alignement des intérêts de chacun, il y a une baisse de risque de
réclamations supplémentaires, il y a un respect plus adéquat des coûts et des
délais. Ce qu'on entend, en fait, de <nos...
M. Noël (Philippe) :
...délais. Ce qu'on entend, en fait, de >nos
membres, c'est qu'on parle beaucoup d'efficience avec le projet de loi,
c'est-à-dire de réaliser plus à moindre coût.
Là, ce qu'il faut davantage peut-être
miser puis qu'on entend un petit peu moins, c'est l'aspect peut-être qualité. Puis
c'est pour ça qu'on revient à la charge avec, évidemment, notre... notre
demande de révision des critères d'octroi de contrats vers le plus bas
soumissionnaire conforme, qui est... qui a lieu beaucoup en ce moment, encore
aujourd'hui. Plutôt miser vers des critères de valeur et de qualité, c'est ce
qu'on souhaite vraiment, nous, de notre côté, puis ça fait des années qu'on le
dit aussi.
M. Julien : Mais justement...
Mais justement, parce que, tu sais, quand vous dites ça, je pense que votre
recommandation, de mémoire, numéro 8... Est-ce que je suis à la bonne
place?
M. Noël (Philippe) :Oui, exact.
M. Julien : Oui, 8.
M. Noël (Philippe) :C'est celle-là.
M. Julien : Bien, en tout
cas, c'est la dernière que j'ai sur ma feuille. C'est-à-dire que, pour moi, un
mode collaboratif... Quand... Quand on dit : On veut intégrer les
partenaires, que ce soient les professionnels et les entrepreneurs, le plus tôt
possible, puis naturellement, bien, ce ne sera pas sur le... le plus bas
soumissionnaire, puisque la fixation d'un prix est, à cette étape-là... n'est
pas appropriée. On va la regarder sur les compétences, l'expertise,
l'expérience, la capacité de collaborer. Puis c'est un... c'est un processus
d'appel d'offres public, avec critères et comités indépendants. Mais clairement,
quand on ouvre sur les modes collaboratifs, pour moi, ça va de soi que c'est...
l'utilisation de ces modes-là ne priorise plus le plus bas soumissionnaire.
Mais je fais quand même la distinction
entre les modes traditionnels. Si je veux faire 3 km d'asphalte puis c'est un
15 cm d'épaisseur, dans... dans une région, je pense encore que le mode
traditionnel, c'est le bon mode, là, il y a suffisamment de concurrence, ce
n'est pas hypercomplexe, on sait à quoi s'attendre, mais... mais définitivement.
Puis, si on s'en va vers du RPI ou d'autres modes... plus collaboratifs, je ne
vois pas comment on peut... on doit... on peut utiliser le critère du plus bas
a priori, là. Mais...
Alors, j'essaie juste de comprendre
votre... votre recommandation, qui va de soi pour moi, en mode collaboratif.
• (16 heures) •
M. Noël (Philippe) :Bien, encore aujourd'hui, on... on entend des craintes des
entreprises qu'on n'aille pas dans la direction de contrat qui va être octroyé
en fonction de la qualité, de la durabilité, de l'expertise, de l'innovation. Et
on pense qu'évidemment les modes collaboratifs n'auront pas lieu pour
l'ensemble des contrats, donc ça va être certains contrats pour des projets
sûrement très importants.
Maintenant, tu sais, nous, ce qu'on dit,
c'est : Projetons... Si on discute justement de la révision des marchés
publics, profitons de l'occasion pour présenter les règlements, par la suite,
qui découleront pour finalement, une fois pour toutes, lever toute ambiguïté
là-dessus et cesser le réflexe d'octroyer les contrats sur le plus bas prix
conforme pour des projets, surtout des projets qui sont d'importance, des
projets qui peuvent faire place à de l'innovation, et à l'expertise, et à la
durabilité, pour ne pas qu'ils soient faits le plus rapidement... qu'ils soient
faits plus rapidement qu'ils ne pourraient l'être, avec des matériaux notamment
de qualité supérieure.
M. Julien : Parfait. Alors,
naturellement, là, les modifications réglementaires, certaines ont déjà été
apportées. Puis naturellement l'espace innovation, auquel plusieurs de vos
membres participent également, vise à apporter ces modifications-là. Je vois
qu'on a déjà mis des choses en vigueur, la qualité-prix, là, dans les
modifications réglementaires. Je sais aussi qu'il y a d'autres mises à jour qui
s'en viennent. Donc, naturellement, on va considérer de manière assez active
vos recommandations, qu'on... qu'on entend ailleurs.
On a entendu... Puis là... Puis je pose
toujours à chaque fois, je pense que je la pose à tout le monde, la question,
en tout cas elle vient à tout le monde, à la fois des régulateurs, à la fois
des institutionnels, puis à la fois des entreprises, là. Donnez-moi votre
perspective. Certains ont dit que les pratiques de collaboration — peu
l'ont dit, mais ceux qui l'ont dit l'ont dit beaucoup — favorisaient
les pratiques collusoires. Moi... Moi, je pense que c'est... Personnellement,
je vous... je vous donne ma réponse, je pense que ce n'est pas le cas, là. Mais...
Parce que, pour moi, c'est tout l'encadrement puis l'appel d'offres public qui
vient certifier ou donner l'assurance. Mais, pour vous, c'est quoi, votre
perception par rapport à ça, par rapport aux modes traditionnels — parce
qu'on... on a vu des pratiques collusoires dans le mode traditionnel à une
certaine époque, beaucoup — puis versus les modes collaboratifs? Est-ce
que vous voyez une distinction qui fait en sorte qu'un par rapport à l'autre
favoriserait vraiment les pratiques collusoires? Moi, je n'y crois pas, mais je
veux vous entendre, votre perception ou votre appréciation.
M. Noël (Philippe) :Oui, on est... on est à la même place que vous, là-dessus.
Nous aussi, on remet en doute cette pratique-là avec les modes collaboratifs,
spécialement parce que ça fait place à plus de transparence dans les processus.
Et là on n'est pas du tout revenus à l'époque de la commission Charbonneau et
ce qui a précédé, là. Là, depuis, on a l'Autorité des marchés publics qui agit,
qui vient rassurer aussi, de par son appui au projet de loi, tu sais, que...
comme quoi il n'y aurait pas de pratique... qu'il n'y aurait pas...
16 h (version révisée)
M. Noël (Philippe) :...comme quoi il n'y aurait pas de pratique... qu'il n'y
aurait pas... en fait, qu'il y aurait une façon de vérifier qu'il n'y aurait
pas de pratique collusoire de leur côté. Déjà, je pense qu'ils regardent, en
moyenne, trois cas par jour, de leur côté, pour des contrats de gré à gré et
ils interviennent, là, donc. Donc, le fait qu'il y ait l'Autorité des marchés
publics vient un peu rassurer puis vient un peu contrebalancer cet argument-là,
selon nous.
M. Julien : C'est ça. Puis,
quand on regarde les pratiques, en réalité, là, de mode collaboratif, là, si on
prend encore le RPI, où il y a un partage de risques, bien, c'est à livre
ouvert, avec les pièces justificatives à l'appui, sur chacun des risques qui se
matérialise, les coûts des matériaux, le financement. Donc, si c'est à livre
ouvert, la pratique collusoire devient, à mon avis... les tiers versus le
donneur d'ouvrage, devient assez complexe, là, n'est-ce pas?
M. Noël (Philippe) :Bien, en fait, tu sais... Puis on a mis en lumière
récemment aussi une étude avec UBC, entre autres, qui a été réalisée en 2022,
qui a analysé trois cas en mode collaboratif, puis ça donnait non seulement une
meilleure collaboration entre les parties prenantes, une efficacité supérieure,
mais plus de transparence également dans les coûts réalisés. Donc, ça se passe
ailleurs, ça fonctionne ailleurs, ça se passe en Ontario, ça se passe en
Alberta, ça se passe en Colombie-Britannique. Donc, nous, on estime qu'il est
temps que ça se passe davantage au Québec, dans nos marchés publics.
Puis peut-être que mon collègue Laurent
peut renchérir sur les RPI. De son côté, il a passé quand même pas mal de temps
à analyser, justement, ce modèle-là.
M. Corbeil (Laurent) : Tout à
fait. Puis on suit aussi la direction que vous nous amenez vis-à-vis... Cette
pratique-là à livre ouvert, justement, va à l'encontre un petit peu de tout l'élément
collusoire qu'on pourrait prêter à ces modes-là. Puis évidemment toute la
collaboration, qui va du concept jusqu'à la réalisation, empêche, en fait, ce
type de pratique là, donc. Donc, au final, on arrive à des meilleurs coûts,
des meilleurs délais. Donc, voilà. Tu sais, pour reconfirmer ce que vous dites,
ça va un petit peu à l'encontre un peu des éléments qu'on chercherait à éviter
d'une part. Donc, oui, notamment dans plusieurs cas qu'on a eus au Canada, qu'on
a vu de RPI, quand il y a un respect des délais, des coûts, ce qui a été mis de
l'avant par le donneur d'ouvrage, de prime abord, bien, on s'assure d'une
certaine façon que les règles sont respectées, puis les objectifs sont
respectés, puis qu'il n'y a pas eu une imposition d'objectifs l'un sur l'autre,
là, donc.
M. Julien : Parfait. Puis, naturellement,
on a déposé une stratégie qui est plus large... qui est plus large que le
projet de loi, mais... mais le projet de loi est un élément fondamental de la
stratégie. Puis les gens parlent beaucoup de la concurrence et de la capacité
du marché. Puis, oui, il y a des enjeux de main-d'œuvre, puis on pose des
gestes autrement pour la formation, pour le décloisonnement aussi, là, de la
main-d'œuvre avec mon collègue. Mais, si on regarde spécifiquement sur le
projet de loi, nous, ce qu'on souhaite faire, c'est d'augmenter la concurrence,
puis on veut permettre à plus de joueurs d'embarquer sur le marché. En quoi les
modes traditionnels sur des projets complexes et d'envergure fait en sorte
de... d'empêcher l'entrée sur le marché de certains joueurs dans la concurrence?
M. Noël (Philippe) :Bien, la preuve, c'est qu'il y a beaucoup de contrats qui
finissent en gré à gré parce qu'il manque de soumissionnaires. Les projets...
Ce qu'on entend, c'est que les projets sont mal définis, mauvais plans et
devis. Il y a des risques qui sont assumés totalement du côté des entreprises.
Il y a des délais, des fois, ce qu'on entend, qui ont... qui ont moins de bon
sens, si je peux me permettre. Donc, les modes collaboratifs, on travaille
moins en silo, hein? Dans un mode collaboratif, on travaille vraiment à s'assurer
que le projet, tu sais, puisse répondre non seulement aux aspirations du
donneur d'ouvrage...
M. Julien : Mais, si je
prends un exemple concret, puis excusez-moi, parce que je vais manquer de
temps, là, mais, si je prends un exemple concret comme un réseau structurant
dans une ville comme Québec, où, en réalité, on est dans un mode où on envoie,
sur le marché, un projet, puis les risques sont assumés, là, par le
soumissionnaire potentiel. Et les échos qu'on en a... bien, il n'y a pas eu de
soumissionnaire, mais les échos qu'on en a, c'est... plusieurs ont dit :
Nous, si ça avait été sur un mode collaboratif à livre ouvert, bien,
soudainement, là, tant en termes de financement et de capacité d'aller
chercher, justement, du financement, parce qu'il faut que tu montes de la
contingence, on se serait qualifié beaucoup plus facilement puis on serait allé
de l'avant. Donc, des projets majeurs, là, c'est plusieurs milliards et
complexes. Il y a même une barrière à l'entrée pour le financement. Est-ce que
vos membres vous disent ça ou ils disent : Non, non, c'est correct?
M. Noël (Philippe) :Non, non, c'est exactement ça. Puis actuellement, ce qu'on
entend, c'est que les contrats publics québécois ne sont pas suffisamment
attrayants par rapport à ce qu'on retrouve dans les autres juridictions. Mais
le mode collaboratif qui est mis de l'avant va inciter davantage d'entreprises
à y aller. En tout cas, c'est ce qu'on croit, nous, de notre côté, vraiment, puis
même à la lumière, en fait, de nos échos avec les membres du secteur des
infrastructures et de la construction chez nous, entre autres.
M. Julien : Est-ce que
vous pouvez me dire combien de temps qu'il me reste?
Le Président (M. Simard) : Alors,
trois minutes, <cher collègue...
M. Noël
(Philippe) :
...chez nous, entre
autres.
M. Julien :
Est-ce
que vous pouvez me dire combien de temps qu'il me reste?
RLe Président (M. Simard) :
Alors, trois minutes, >cher collègue, trois minutes.
M. Julien : Parfait. À
la lumière... Parce que j'ai regardé naturellement vos recommandations. A
contrario, là, vos... vos membres, le projet de loi et la stratégie, sur quels
éléments... Est-ce qu'il y a des éléments qu'ils trouvent qu'on ne va pas assez
loin, au-delà de vos recommandations?
M. Noël (Philippe) :Bien, en fait, il y a... il y a peut-être un élément qu'on
aurait pu rajouter, qui a été discuté, sur l'article 13 du projet de loi,
sur le tiers décideur, en fait, le donneur d'ouvrage qui vient contester la
décision rendue par un intervenant. Il y a des craintes que le donneur
d'ouvrage trouve une raison de plus de ne pas payer ses membres. Et si ce n'est
pas abolir l'article 13, à tout le moins, le modifier pour l'atténuer, pour
éviter ce type de situation là. Dans les dernières heures, évidemment, on l'a
entendu, au sein de la commission, des intervenants parler de ça, mais aussi,
de notre côté, on a eu des appels puis des rencontres avec des membres dans les
dernières heures, aujourd'hui, même, là-dessus, en prévision de notre passage.
Et l'article 13 soulève quand même quelques questionnements, pour ne pas
dire un mécontentement par rapport au projet de loi. Ça serait peut-être une
des principales critiques qu'on retrouverait dans notre positionnement
également.
M. Julien : Parfait. Dernière
question. L'adoption du projet de loi, éventuel, 62, ça, le temps qui court, le
temps qui file, c'est du temps perdu pour vous?
• (16 h 10) •
M. Noël (Philippe) :Bien, il faut... il faut que le projet de loi soit adopté
le plus rapidement possible. Il y a... On a un retard en ce moment dans les
projets d'infrastructure. On a un déficit d'entretien dans le maintien des
actifs. D'ailleurs, nous, on s'engage à... On fait une étude cette année, on
l'a annoncé publiquement, là, qu'on ferait une étude sur le déficit d'entretien
dans les infrastructures de transport. Et là on touche autant le routier, que
la mobilité durable, que les infrastructures intermodales, parce qu'on sent
qu'il y a un effort à donner davantage là-dessus et il y a des opportunités à
saisir. Donc, on veut les modes collaboratifs pour des projets en maintien des
actifs qui pourraient être d'importance, pourraient vraiment constituer
peut-être des meilleurs projets qui pourraient durer plus longtemps,
ultimement. En fait, c'est ce qu'on souhaite, nous, de notre côté, donc,
évidemment, une adoption le plus rapide et, par la suite, peut-être des
règlements qui iraient selon notre recommandation 8.
M. Julien : Parfait. Les
règlements... Naturellement, on ne brûlera pas d'étapes, puis, tu sais, je pense
qu'on doit... on doit l'analyser. Mais je vous remercie pour votre
présentation, et merci pour vos commentaires et votre mémoire.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, M. le ministre. M. le député de Nelligan, le leader de l'opposition
officielle.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Bonjour à vous deux. Merci pour le rapport. Je vais commencer là
où le ministre s'est arrêté par rapport à votre mémoire, parce que vous
soulevez quand même pas mal de points. Mais j'aimerais bien que vous expliquez
aux membres, surtout qu'on est dedans, les sociétés de transport, les grandes
oubliées. Le ministre a flirté avec la question, mais vous êtes très clairs. La
recommandation : Modifier la Loi sur les sociétés de transport en commun
pour accorder à celles-ci un accès au mode collaboratif et aux assouplissements
prévus du projet de loi n° 62, pourquoi vous formulez
cette recommandation?
M. Corbeil (Laurent) : Oui.
Bien, si je peux me permettre, Philippe, je vais y aller. Bien, donc,
essentiellement, on voit qu'il y a une ouverture au mode collaboratif pour les
grands projets d'infrastructure, pour les organismes publics. Cependant, les
sociétés de transport sont régies sous la Loi sur les sociétés de transport en
commun, ce qui fait essentiellement qu'ils n'ont pas accès à ce type de contrat
de partenariat. Et puis ce qu'on craint puis ce qu'on parle avec nos membres,
essentiellement, c'est qu'on se rend compte que ça va peut-être rendre les
contrats moins attrayants puis peut-être moins... un petit peu plus coûteux
aussi s'il n'y a pas beaucoup de soumissionnaires. D'autant plus qu'on sait
que, parallèlement, il y a le projet de loi 61, qui veut créer Mobilité
Infra Québec. Sans rentrer en profondeur à l'intérieur de ça, on sait qu'il va
y avoir... on va léguer les grands projets d'infrastructure à Mobilité Infra
Québec. Cependant, il y a quand même des projets de grande, moyenne envergure
des sociétés de transport en commun qui mériteraient d'avoir accès à ce type de
partenariat là pour faire... étudier les modes collaboratifs.
M. Derraji : Bien,
écoutez, je pense que beaucoup de gens sur la place publique vont vous donner
raison, parce que le gouvernement, dans sa démarche marketing de vendre les
deux projets de loi, disait qu'il faut baisser le délai de 25 % et le coût
de 15 %. Or, si on voit ce qui est sorti cette semaine, la plupart des
projets non initiés, c'est en transport. Sachant que le même gouvernement a
tout mis dans le même projet de loi pour accélérer, le bilan, après trois ans,
écoutez, il est presque nul en matière de transport collectif. Donc, pour vous,
aujourd'hui, c'est une occasion ratée de ne pas mettre le mode collaboratif
pour <les sociétés de transport...
M. Derraji :
...il est
presque nul en matière de transport collectif. Donc, pour vous, aujourd'hui,
c'est une occasion ratée de ne pas mettre le mode collaboratif pour >les
sociétés de transport.
M. Noël (Philippe) :En fait, je ne dirais pas que c'est une occasion ratée.
Nous, on espère que ça va être ajouté dans notre recommandation, seulement, ça
fait écho aussi à ce que les sociétés de transport nous disent également.
M. Derraji : Bien, être
ajouté, être ajouté, ça veut dire, on doit amender le projet de loi. Si le
ministre n'accepte pas et la majorité gouvernementale n'accepte pas, c'est
quand même une déception pour vous et pour vos membres, parce que vous insistez
qu'il faut absolument modifier la Loi sur les sociétés de transport en commun
pour accorder à celles-ci un accès en mode collaboratif. Ils n'ont pas accès
présentement à ce mode de contrat.
M. Noël (Philippe) :Bien, c'est certain que, si on ne va pas dans cette
direction-là, pour nous, ça va être une déception, parce que ça fait écho, en
fait, à ce qu'on... parce qu'on a des sociétés de transport qui sont
directement chez nous, qui nous ont parlé de ce souhait d'être aussi agiles
dans leurs projets. Donc, de ce côté-là, c'est certain que nous, on est dans
une perspective de bonification du projet de loi. On pense que ça pourrait être
inclus dans les... dans les amendements.
M. Derraji : Je pense que...
je pense que l'horaire d'aujourd'hui nous permet de double- vérifier votre
proposition. J'en suis sûr et certain que vous l'avez bien fait. Mais nous aurons
l'occasion, donc, d'entendre la ville de Montréal, la Société de transport de
Montréal. Et, écoutez, on peut vous assurer qu'on va tout faire pour essayer de
faire avancer l'idée avec M. le ministre.
Un autre point que j'ai aimé, parce que là
vous soulevez vraiment, là, c'est un excellent moment, et je tiens vraiment à
vous le dire et à vous féliciter, c'est toujours à l'image de la FCCQ et la
rigueur de la FCCQ. Je déclare un conflit, que j'ai plein de connaissances à
l'intérieur de la FCCQ. J'ai été sur le même étage que la FCCQ pendant quatre
ans et je sais la rigueur avec laquelle le comité de la FCCQ travaille. Un
autre point qui m'a beaucoup, vraiment, je dirais, touché, c'est la règle du
plus bas soumissionnaire. Vous êtes le premier groupe qui le touche. Et, par la
suite, ce qui est très bien, vous avez donné deux exemples, transport aérien
régional, et je suis à 100 % d'accord avec... ce qui se passe dans ce
secteur est alarmant, et l'approvisionnement matériel scolaire, ça, ça revient
à un autre projet de loi, voté lors de la dernière législation, la 42.
Mais, maintenant, parlons du plus bas
soumissionnaire, au-delà de ce que le gouvernement est en train de faire avec
les modes de contrat collaboratifs, vous, vous dites : Écoutez, peu
importe ce qu'on va faire, la règle du plus bas soumissionnaire demeure
l'obstacle principal aux contrats publics durables et innovants.
M. Noël (Philippe) :Oui, absolument. Puis c'est un frein, en fait, à l'accès
aux marchés publics pour les entreprises, d'abord, parce que ça ne les incite
pas à soumissionner. Deuxièmement, parce qu'elles ne peuvent arriver avec des
innovations dans... dans les appels d'offres, dans les contrats qu'elles
soumissionnent, parce qu'on vise, la plupart du temps, à octroyer le contrat au
plus bas prix. Et, lorsqu'elles le font, elles se trouvent en position de
présenter des dépassements de coûts, mais ne peuvent utiliser encore des
matériaux autant... aussi innovants qu'elles le souhaiteraient. Donc, c'est un
frein. C'est un frein pour les entreprises. C'est un frein pour nos projets
publics. Et nous, on croit que l'État a la responsabilité de faire de ses
marchés publics une vitrine à l'innovation, plutôt que laisser les autres
juridictions autour bénéficier de nos innovations retrouvées au Québec, parce
que nos entreprises sont davantage intéressées à soumissionner ailleurs.
Ça se passe ailleurs puis ça fonctionne
bien. Il y a des modèles sur... avec le prix médian notamment, qui existent,
qui pourraient représenter, je pense, un bon compromis. Mais ce n'est pas le
cas et c'est pour ça qu'on souhaite les règlements après le projet de loi.
M. Derraji : Oui,
malheureusement. Et sérieux, moi, j'ai eu l'occasion de rencontrer des
entreprises qui me parlaient justement en matière de route, et Dieu sait l'état
de nos routes. D'ailleurs, le rapport de la VG a été vraiment accablant par
rapport à ça. Le gouvernement doit prendre acte. Et ce qu'ils nous ont dit,
c'est que, contrairement aux autres provinces canadiennes... Je ne sais pas si
un de vos membres vous a parlé sur la façon avec laquelle on voit les chantiers
de routes, la réfection des routes, l'ajout de matériaux, le fait de permettre
du matériel... matériel recyclé, etc. Est-ce que dans ce qu'on fait
présentement... Parce qu'on sait très bien le coût, le délai, c'est deux
éléments que les gens surveillent. Les Québécois ont délégué un pouvoir au
gouvernement pour bien gérer leur argent. Ils ne veulent pas s'attendre à avoir
des déficits annuels de moins 11 milliards de dollars. Ils veulent
que le gouvernement gère bien les finances publiques.
Maintenant, on donne des contrats, et même,
dans les contrats, qu'on donne, il y a toujours un dépassement de coûts. Mais,
au-delà des dépassements de coûts, il y a une absence... sur nos nouvelles
technologies et même de façons de faire. Est-ce que vos membres vous parlent <ou
vous partagent...
M. Derraji :
...de
coûts. Mais, au-delà des dépassements de coûts, il y a une absence... sur nos
nouvelles technologies et même de façons de faire. Est-ce que vos membres vous
parlent >ou vous partagent ces préoccupations? Si c'est oui, partagez
avec nous des exemples.
M. Noël (Philippe) :Oui, oui, beaucoup, beaucoup. Dans les routes, on peut
parler des routes, on peut parler des infrastructures de transport...
M. Derraji : Oui, oui,
allez-y sur les routes, ça m'intéresse. Allez-y sur les routes.
M. Noël (Philippe) :...bien, on pourrait parler aussi dans les services en TI,
en sciences de la vie, puis là, dans... évidemment, on en parle dans notre
mémoire, en approvisionnement aussi pour les services scolaires. Mais, pour les
routes, assurément on... L'entreprise ne peut pas arriver avec la meilleure
solution, des fois, la solution de plus qualité, la solution innovante si le
contrat est octroyé au plus bas soumissionnaire conforme, parce qu'il
n'obtiendra pas le contrat. Donc, plutôt que de miser puis de mettre des énergies
à essayer d'obtenir le contrat, il va probablement passer à côté ou
probablement utiliser une solution qui va durer dans le temps beaucoup moins
longtemps. Et le contribuable, peut-être, va faire des économies à court terme,
mais la route va être... va se retrouver à être... à devoir être faite plus
rapidement dans le temps, elle va durer moins longtemps. Et le contribuable, à
moyen, long terme, autant que l'État, va se... va être plus perdant dans l'état
actuel des choses, plutôt que de miser sur un matériel de qualité innovant qui
va durer plus longtemps, et c'est ce qu'on déplore.
Et les entreprises nous en parlent
beaucoup, là, ça fait partie des principaux sujets des dernières années, dont
on nous parle, un point un peu de récrimination envers le gouvernement à cet
effet-là. Et c'est de valeur qu'on soit encore, disons, à la traîne par rapport
aux autres juridictions autour de nous, qui misent davantage sur des critères
de qualité et de valeur.
• (16 h 20) •
M. Derraji : Oui. Mais, du
moment que vous êtes en contact avec... avec vos membres. Et, vous avez dit
tout à l'heure, vos...vos membres parlent beaucoup de l'approche collaborative.
Quand on vous dit que... Avec ce qu'on a présentement, hein, oubliez les
amendements, avec ce qu'on a, le projet de loi tel qu'il est, le gouvernement
essaie de dire, sur la place publique, il veut baisser de 15 % et
améliorer le délai de 25 %. Quand vous entendez ça...
Une voix : ...
M. Derraji : Pardon?
Une voix : ...
M. Derraji : Oui, la
stratégie au complet, la stratégie au complet. Ce n'est pas grave. Vous, ça
vous dit quoi?
M. Noël (Philippe) :Bien, ça rencontre les objectifs qu'on souhaiterait, là,
évidemment. Plus d'efficience, donc, des coûts... des coûts moins élevés, mais
des projets qui sont réalisés plus rapides.
M. Derraji : Mais, M. Noël,
il n'y a personne au Québec qui va dire que ça ne rend... ça ne nous convient
pas. Ce n'est pas ça ma question. Vos membres croient, avec ce qu'on a
présentement, qu'on va y arriver. Si c'est oui, comment? Si vous avez des
inquiétudes, partagez-les. C'est le bon moment de les partager. On veut tout
savoir...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion, en conclusion.
M. Derraji : ...on veut tout
savoir, moins 15 % et 25 %, rapidement, 15 secondes.
M. Noël (Philippe) :Bien, déjà, le fait d'aller vers les modes collaboratifs va
nous aider à... dont respecter davantage les délais et à avoir des prix plus
compétitifs pour les projets publics. Mais maintenant, évidemment, ça concerne
certains projets. Donc, voilà.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Derraji : Merci à vous
deux.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci beaucoup. Et nous poursuivons avec notre collègue de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci
beaucoup. Merci aux membres de la FCCQ de la présentation. J'ai peu de temps. Alors,
j'ai deux, trois questions. La première, c'est concernant votre positionnement
par rapport à comment l'octroi des contrats en mode collaboratif pourrait venir
favoriser le plus gros joueur, avec plus d'expérience ou qui... peut-être, qui
ont déjà travaillé auparavant avec le gouvernement. Bref, j'aimerais ça vous
entendre sur des mesures préventives pour créer une diversification justement,
entre des joueurs de plus petite échelle, mais aussi plus locaux.
M. Noël (Philippe) :Oui, mais c'est certain que, pour nous, c'est important que
les entreprises de partout, dans toutes les régions, s'intéressent aux marchés
publics québécois. Puis, pour s'y intéresser, il ne faut pas rester avec des
critères simplistes. Donc, c'est pour ça qu'on revient à la charge avec le plus
bas soumissionnaire. Nous, on estime qu'évidemment le projet de loi 62,
qui fait une place au mode collaboratif, bien, c'est un outil supplémentaire
dans le coffre à outils pour l'État québécois, pour livrer des projets qui sont
plus innovants, qui sont plus de qualité. C'est certain que les firmes de génie
veulent garder un lien direct avec le donneur d'ouvrage, mais les constructeurs
veulent aussi plus d'agilité. C'est ce qu'ils nous disent de leur côté. Ça fait
longtemps qu'ils nous en parlent. Donc, s'assurer qu'il n'y ait plus de silo
entre les parties prenantes et que tout le monde rentre dans le même sens.
C'est ce qu'on nous a communiqué beaucoup de notre côté dans notre réseau.
Mme Zaga Mendez : Parfait.
Merci. Peut-être vous entendre un peu plus sur votre recommandation 7, je
crois bien, qui parle des rôles des sociétés de transport. Si vous voulez
ajouter quelque chose là-dessus.
M. Corbeil (Laurent) : Bien,
évidemment, comme on l'a dit tout à l'heure, on est dans un point de vue de
bonification. Évidemment, le projet de loi 62, bien qu'on le salue, on
croit <que les éléments...
Mme Zaga Mendez :
...quelque
chose là-dessus.
M. Corbeil (Laurent) :
Bien,
évidemment, comme on l'a dit tout à l'heure, on est dans un point de vue de
bonification. Évidemment, le projet de loi 62, bien qu'on le salue, on
croit >que les éléments reliés au partenariat et au mode collaboratif,
qui sont présents dans le projet de loi 62, devraient être établis aussi
dans la Loi sur les sociétés de transport en commun pour permettre aux sociétés
de transport en commun d'avoir recours à ce type de mode collaboratif pour
l'exécution de projets d'infrastructure, là, de petite, moyenne, grande
importance. Donc...
Mme Zaga Mendez : Parfait.
Merci beaucoup. Puis je pense que ça va être ma dernière avec le temps que j'ai...
Le Président (M. Simard) : Il
vous reste...
Mme Zaga Mendez : Merci. Donc,
on y va. Il y a une volonté, dans le cadre de ce projet de loi, d'accélérer les
processus, d'éliminer les coûts, bien sûr, nous sommes d'accord. Mais, des
fois, on peut... il peut avoir des compromis qui sont faits au niveau de la
qualité ou voire d'autres critères qualitatifs, par exemple, la solution
environnementale ou les cotes de durabilité. Ça fait que j'aimerais entendre
votre avis à ce sujet-là.
M. Noël (Philippe) :Oui. Bien, en fait, c'est pour ça qu'on croit que, si on
met de l'avant une pondération, notamment sur la performance environnementale,
sans venir nuire à nos accords commerciaux à l'étranger, ça favoriserait nos
entreprises québécoises parce qu'évidemment elles ont des modes opératoires qui
sont moins polluants. Il y a de... aussi, des fois, pour transporter des
marchandises ou les matériaux qui sont moins longs. Donc, on pense que ça
favoriserait, en plus d'aider l'environnement, ça favoriserait aussi nos
entreprises québécoises. Donc, c'est pour ça qu'on parle beaucoup de
performance environnementale dans les critères et dans la pondération. C'est ce
qu'on souhaite pour la suite des choses.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup. M. le député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup.
Dans ses commentaires ou dans ses questions, M. le ministre est rapidement
passé sur vos commentaires relativement à l'ajout de l'article 13.1,
proposé à la Loi sur les contrats des organismes publics, proposé par
l'article 2 du projet de loi. Mais, à la lecture de votre mémoire, je me
demande si c'est votre posture, vous, de demander son retrait, parce que j'ai
l'impression que vous dites que vous tenez la modification pour sa portée
générale, mais c'est les modalités dans laquelle c'est prévu, que ça vous
dérange, que c'est peut-être trop large.
Est-ce que vous pourriez nous préciser un
petit peu votre pensée là-dessus, là, puis la nature de votre recommandation
relativement... c'est votre recommandation n° 4?
M. Noël (Philippe) :Oui oui. Bien, en fait, nous, ce qu'on souhaitait, avec
cette recommandation-là, c'était de préciser davantage... qu'il y ait de la
transparence, en fait, sur les modalités dans l'entente contractuelle entre le
donneur d'ouvrage et l'entreprise retenue. Ça, c'est au bénéfice de tout le
monde. Évidemment, on ne veut pas aller dans les informations qui pourraient
compromettre la compétitivité des entreprises qui soumissionnent, s'ils ont des
idées ou ils ont des solutions. Mais, simplement, par souci de transparence, pourquoi,
en fait, ces contrats-là, sous la forme, disons, collaborative, sont octroyés?
Puis c'est la raison pour laquelle on propose cette recommandation-là de notre
côté.
M. Paradis : Ce que le
ministre vous mentionnait aussi, là, je ne sais pas si vous avez suivi les
consultations jusqu'à maintenant, mais il y a quand même plusieurs intervenants
qui nous ont recommandé, en fait, de le reconsidérer entièrement, cet
article-là. Si c'était le cas, si on l'enlevait, qu'est ce que vous en diriez,
ou si on le modifiait assez... de manière assez importante?
M. Noël (Philippe) :Bien, nous, on amène la modification comme demande. Le
retrait, ça demanderait peut-être d'en discuter avec nos membres, nos
entreprises, mais, à tout le moins, ce qu'on amène dans notre mémoire, c'est de
modifier l'article 2 pour s'assurer que ça soit... En fait, c'est au
bénéfice de tous, au niveau de la transparence, là, c'est ce qu'on croit, et
c'est pour ça qu'on amène cette recommandation-là.
M. Paradis : Très bien, il
nous reste à peu près 30 secondes. Moi aussi, je reviens sur votre
recommandation n° 8, les critères qu'on pourrait
ajouter. Vous lui faites un petit peu allusion sans le mentionner dans votre
liste, là, mais est-ce que le fait de faire appel à des sous-traitants locaux
puis d'acheter des produits locaux quand on fait affaire, est-ce que ça vous
apparaît aussi important, éventuellement, d'ajouter ça dans les critères de
considération?
M. Noël (Philippe) :Nous, on le souhaiterait, mais ça viendrait à l'encontre
des accords commerciaux. Puis on a déjà réfléchi à cette question-là, tu sais...
une préférence un peu nationale. Mais, en discutant avec des spécialistes, des
juristes, c'est... il y a une façon, en fait, vraiment d'avantager nos entreprises,
c'est les critères de performance environnementale et de durabilité, entre
autres. Nous, on y croit et on a de très bonnes entreprises pour contribuer au
marché québécois.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci. Messieurs, un énorme merci pour votre contribution à nos travaux. Ce fut
fort apprécié. Au plaisir de vous retrouver.
Sur ce, nous allons suspendre
momentanément.
(Suspension de la séance à 16 h 28)
16 h 30 (version révisée)
(Reprise à 16 h 40)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, il est 14 heures... 16 h 40. Nous sommes en
mesure de reprendre nos travaux tel que stipulé à notre agenda. Nous recevons
des représentantes du Conseil du patronat du Québec. Alors, mesdames, bienvenue
à vous deux. Auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il vous plaît, de vous
présenter?
Mme Kozhaya (Norma) :Oui. Bonjour. Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche
et économiste en chef au Conseil du patronat du Québec. Je suis accompagnée de
ma collègue, Mme Lyne Laperrière, qui est directrice, Relations de travail et
santé-sécurité.
Le Président (M. Simard) : Bienvenue
à vous deux. Et vous disposez d'une période de 10 minutes.
Mme Kozhaya (Norma) :Merci. Bonjour. Tout d'abord, le CPQ remercie la Commission
des finances publiques de lui permettre de présenter ses commentaires et
recommandations dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 62.
Pour ceux qui ne nous connaissent pas, le
CPQ représente des entreprises et des associations sectorielles dans tous les
secteurs, dans toutes les régions du Québec, les entreprises de toutes tailles,
petites et grandes. Nous représentons près de 70 000 employeurs
privés et parapublics.
Le CPQ salue de prime abord les efforts du
gouvernement pour moderniser les marchés publics et la gestion des
infrastructures publiques au Québec. Ceci est essentiel dans un contexte où les
besoins en projets d'infrastructures publiques sont plus importants que jamais
et où ceux-ci subissent d'importantes pressions.
Le projet de loi n° 62 fait partie de ces
efforts gouvernementaux. Il permettrait d'introduire plus d'agilité, de
flexibilité et d'efficacité pour réduire les coûts et les délais de
construction de grands projets. Le CPQ souscrit évidemment à ces objectifs et
voit d'un bon oeil l'introduction d'un nouveau type de contrat, soit le mode de
partenariat dans la Loi sur les contrats des organismes publics, la LCOP.
Des changements dans le domaine de la
construction, comme l'émergence de modes de construction collaboratifs,
nécessitent une adaptation de l'environnement législatif pour permettre aux
organismes publics de tirer profit de telles nouvelles méthodes. Les projets
devenant de plus en plus complexes, la collaboration entre les parties
prenantes est plus importante que jamais.
Les modes collaboratifs représentent déjà,
d'ailleurs, des options dans d'autres juridictions, que ça soit au Canada, dans
les autres provinces ou ailleurs dans d'autres pays. Et je crois qu'il y a eu
des exemples au cours des deux journées d'audiences. Ces modes complètent les
différentes variantes des contrats qui existent déjà, dont ceux en PPP, par
exemple, qui peuvent parfois être la solution optimale à la réalisation d'un
projet et au financement également. Donc, chaque mode de réalisation de projet
peut comporter des avantages et des inconvénients selon le type de projet, et
il est important de choisir les modes de réalisation appropriés en fonction des
caractéristiques des différents projets.
Depuis des années, le CPQ attire l'attention
sur l'importance pour le gouvernement d'adopter des modes d'attribution et de
réalisation de contrats publics qui soient plus propices à des projets qui
peuvent se réaliser plus rapidement, à meilleurs coûts et avec une meilleure
qualité.
Le CPQ a prôné aussi, à plusieurs <reprises...
Mme Kozhaya (Norma) :
...rapidement, à meilleurs coûts et avec une
meilleure qualité.
Le CPQ a prôné aussi, à plusieurs >reprises,
le recours à un mode d'octroi de contrat public qui soit ouvert à l'innovation
et qui évite le recours à des processus qui favorisent quasi systématiquement
le plus bas soumissionnaire.
Au cours des dernières années, une
diminution de l'intérêt des fournisseurs à répondre aux appels d'offres
publics, avec les méthodes traditionnelles d'adjudication, a été observée, et
je crois que vous en êtes bien conscients. Certaines entreprises ont carrément
abandonné l'idée de participer aux appels d'offres du gouvernement. Cela est
dû, selon nous, à plusieurs raisons, parfois interdépendantes, problèmes de
disponibilité de la main-d'œuvre, évidemment, formule contractuelle
décourageante, dont une mauvaise répartition des risques, besoins et conditions
souvent irréalistes.
Les problèmes plus récents de chaîne d'approvisionnement
et l'inflation ont exacerbé ces problèmes et sans oublier les délais de
paiement qui demeurent longs et qui représentent toujours un irritant important
pour les fournisseurs de l'État. Donc, il est crucial de changer la donne en
investissant dans des outils compétitifs pour mener à bien les projets
d'infrastructure publique, en particulier les projets majeurs. Il est également
essentiel pour nous d'accroître le nombre de soumissionnaires aux appels
d'offres publics, favoriser la participation des PME et la concurrence sur les
marchés publics.
Le PL 62, comme je l'ai mentionné, apporte
plusieurs améliorations bénéfiques alignées avec les objectifs que nous
partageons. Il comporte toutefois certaines dispositions qui risquent d'avoir
des effets indésirables, et je crois que vous en avez entendu parler également.
La pièce maîtresse, donc, du PL 62, qui est l'introduction d'un nouveau type de
contrat de partenariat offrant une plus grande flexibilité aux organismes
publics, représente, selon nous, bien sûr, une avancée très intéressante et qui
était d'ailleurs attendue, depuis des années qu'on en parle. Un dialogue tôt
dans le processus qui va être permis par ces modes fait partie des facteurs de
succès et de projets. Et d'ailleurs l'OCDE, également, prône en ce sens. Ce
dialogue pourrait notamment contribuer à mettre en évidence tout potentiel
d'amélioration ou à signaler surtout des problèmes et éviter des erreurs.
Donc, si le CPQ voit d'un bon oeil
l'ouverture au mode collaboratif, il estime que certains éléments devraient
être gardés à l'esprit pour assurer la réussite de la mise en œuvre et la
contribution à l'atteinte des objectifs. Ainsi, une bonne planification en
amont est essentielle, entre autres, par la qualité des plans et devis produits
à l'étape de conception. Cette planification favoriserait, dès le départ, un
meilleur alignement du projet et permet de limiter les changements par la suite
et une exécution plus rapide à l'étape de la construction.
Comme le souligne, par exemple, l'expert
de HEC Montréal, Jacques Roy, et je m'excuse pour l'anglais, l'idée, c'est de
«think slow, act fast», donc prendre le temps de planifier pour, par la suite,
passer à une exécution rapide du projet. Le genre de réforme proposée exige de
l'adaptation, évidemment, tant de la part des entreprises privées que de
l'appareil gouvernemental. Et, pour ce faire, pour nous, l'information, la
formation et la concertation sont essentielles.
Pour le CPQ, il est important que les
organismes publics communiquent en amont leur intention d'utiliser des contrats
de partenariat, ce qui permettra aux entrepreneurs de se préparer efficacement
et de se former. En favorisant la communication en amont du processus d'appel
d'offres même, on pourrait maximiser les chances de succès des projets en
s'assurant que les besoins soient bien compris et que les solutions proposées
répondent réellement aux attentes, ce qui permettra aussi de favoriser
l'innovation et la créativité. L'utilisation d'un mode de... d'un contrat de
partenariat serait recommandée pour des projets complexes où l'organisme public
ne peut pas définir précisément ses besoins ou qui représentent des défis
particuliers.
Donc, lorsque, par exemple, la réalisation
de l'ouvrage implique des défis importants, le CPQ propose d'ailleurs d'aller
encore plus loin et de prévoir, par exemple, un cadre pour encourager le dépôt
de propositions volontaires non sollicitées, ce qui permettrait de favoriser
encore l'innovation. Il propose également de prévoir une procédure permettant
aux organismes publics de recevoir des variantes aux documents d'appels
d'offres. On pourra y revenir plus tard là-dessus.
Pour ce qui est des contrats gré à gré, je
crois que vous en avez entendu parler, nous nous voyons mal soutenir une mesure
qui autorise un organisme public à conclure un contrat gré à gré suite à un
appel d'offres infructueux, sans publier un avis d'intention au système
électronique d'appel <d'offres...
Mme Kozhaya
(Norma) :
...suite à un appel
d'offres infructueux, sans publier un avis d'intention au système électronique
d'appel >d'offres. Donc, on voit... plusieurs disent ce que d'autres ont
également mentionné.
Par ailleurs, l'article 13 du projet
de loi 62 peut prévoit que, pour certains motifs, une partie peut demander au
tribunal l'annulation d'une décision rendue par un tiers décideur. Cette
disposition-là est problématique, bien sûr, vous en avez également entendu
parler, parce que, selon nous, ça crée de l'incertitude, ça peut entraîner des
coûts et des délais supplémentaires et va à l'encontre d'un règlement rapide
des différends.
Le CPQ estime aussi que ce mode de
réalisation collaboratif, que nous trouvons très intéressant, devrait pouvoir
être utilisé également par d'autres organismes qui ne sont pas visés par
l'actuel projet de loi et par la LCOP, comme les villes et municipalités et les
sociétés de transport. On sait que ces dernières gèrent de grands projets
d'infrastructures qui peuvent être complexes. Je comprends que ça... que ça
sort peut-être du cadre de ce projet de loi, mais, pour nous, c'est important
d'en parler pour des raisons de compétitivité également de ces marchés et pour
des raisons, donc, de réalisations plus rapides et moins coûteuses de ces projets.
Finalement, je crois que ce projet de loi
62 fait partie d'une série d'autres projets de lois et d'autres
réglementations, et c'est toujours important de les regarder dans leur
ensemble. Il y a, par d'exemple, le projet de règlement modifiant le règlement
sur la construction, qui prévoit certaines dispositions qui sont
problématiques. Donc, pour nous, c'est un ensemble dans tout.
Il y a également le règlement sur les
délais de paiement qui est encore attendu. Donc, c'est important aussi de
regarder l'ensemble pour la compétitivité de nos entreprises et des marchés
publics et pour des projets d'infrastructures qui peuvent se réaliser à bon
coût, à... de bonne qualité et...
• (16 h 50) •
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
Mme Kozhaya (Norma) :Ça conclut. Je vous remercie.
Le Président (M. Simard) : C'est
moi qui vous remercie, mesdames. Je cède maintenant la parole à M. le ministre.
M. Julien : Merci.
Merci, mesdames, pour, premièrement, la préparation et vos commentaires sur...
sur le projet de loi 62. Puis effectivement on entend de plus en plus — là,
je vais faire un petit aparté — les grandes municipalités... en tout
cas, on va rencontrer la ville de Montréal tantôt et la société de transport, donc
c'est toujours bon signe quand certains veulent vouloir se prévaloir de ce
qu'on est en train de travailler dans la Loi sur les contrats d'organismes
publics. Naturellement, c'est des lois différentes, mais je vais discuter
certainement avec mes collègues Transports et MAMH de cette volonté-là. Donc,
c'est bon signe, puisque les gens en veulent pour d'autres éléments.
Naturellement, ça va nécessiter des
analyses supplémentaires en termes de capacité et d'expertise. Et je ne
prétends pas qu'ils ne l'ont pas, mais le projet de loi que j'ai... que j'amène
ici avec mes équipes, c'est parce qu'on sait déjà qu'on a analysé la capacité
et l'expertise des grands donneurs d'ouvrage qui sont représentés par la Loi
sur les contrats d'organismes publics. Mais j'aime bien voir que d'autres
voudraient se prévaloir de ces... de ces éléments-là. Donc, on va le regarder
attentivement.
Vous avez mentionné beaucoup, là, puis ça
fait plusieurs fois qu'on le mentionne aussi, le prix médian, qualité-prix. Tu
sais, on a le règlement sur les services professionnels qui est en vigueur
déjà, qui permet l'utilisation du prix médian, donc, oui, c'est par voie
réglementaire, mais ça le permet déjà. Et, naturellement, il y a aussi le <i>Règlement
sur les contrats de travaux de construction qui est en cours, là, qui a déjà
été publié, donc, qui favorise aussi qualité-prix. Alors, par voie
réglementaire, je pense qu'on est sur la bonne voie. Et naturellement, quand on
regarde la stratégie qu'on a déposée, on a le projet de loi, mais il y a
beaucoup les règlements et les directives des projets majeurs qui, dans leur
ensemble, vont permettre d'optimiser les gains qu'on veut en termes
d'efficience.
Quand... Quand on s'en va vers... Là...
Mais là j'ai des questions plus précises. Vous avez mentionné : Le plus
tôt lors de la planification, là, le mieux c'est. Puis, pour moi, c'est... à
l'évidence, là, ce qu'on cherche à faire dans les modes collaboratifs... Puis,
comme je dis, c'est un éventail qu'on a entre le traditionnel, puis le RPI,
puis différents modes. Mais plus je vais aller loin dans mes modes
collaboratifs, c'est pour des projets complexes et d'envergure où on est
capables de dire le besoin et les critères minimaux pour respecter le besoin,
mais on a de la misère à identifier la solution optimisée qui va nous permettre
de répondre à ce besoin-là. Puis là on veut... on veut être en mesure de
s'asseoir avec les concepteurs, les professionnels, ingénieurs, architectes,
les entrepreneurs puis peut-être des... des sous-traitants majeurs, le cas
échéant, pour dire : Venez vous asseoir avec <nous...
M. Julien :
...entrepreneurs
puis peut-être des... des sous-traitants majeurs, le cas échéant, pour dire :
Venez vous asseoir avec >nous, on va vous qualifier sur expertise,
expériences, compétences, capacité de collaboration. Donc, ça va être un appel
d'offres public avec un comité indépendant qui va venir sélectionner les
meilleurs partenaires, justement, pour qu'ils viennent s'asseoir avec nous dès
la phase de planification pour trouver la solution. Alors, c'est un peu
l'objectif qu'on a pour ces projets complexes là. Sinon, de vouloir lancer sur
un marché en mode traditionnel, quand on connaît mal ou de manière peu... mal
définie, la meilleure solution, c'est hasardeux.
Mais là vous dites... alors, ma question,
vous semblez être favorables à cette approche-là, mais je veux comprendre
pourquoi vous l'êtes et la distinction que vous faites quand vous faites une
proposition volontaire non sollicitée. Proposition volontaire non sollicitée,
j'espère que c'est pour un besoin qu'on a nommé. Sinon, ça pourrait ressembler
à quoi? Et cette distinction-là, que vous faites avec : Bien, on vient
qualifier rapidement des gens pour venir s'asseoir à la phase planification, cette
distinction-là, donc, je vous... je vous lance une grande question puis je vous
laisse du temps pour une grande réponse.
Mme Kozhaya (Norma) :Oui. Merci beaucoup pour la question. Effectivement, tout
d'abord, tout ce qui a été mentionné en lien avec l'intérêt de pouvoir avoir
ces échanges et ce dialogue tôt dans le processus — même nous, on
propose que ça soit même en amont de l'appel d'offres — est... est
très bénéfique. Pourquoi? Parce que ça va permettre, tout d'abord, à des
proposants éventuels de comprendre le vrai besoin du gouvernement et de
s'assurer de pouvoir répondre à ses besoins. En même temps, ça peut permettre
aux donneurs d'ouvrage de... de comprendre les capacités du marché et de... de
regarder un peu ce qui est faisable, ce qui est possible, ce qui est
réalisable, donc, de part et d'autre.
En plus, par la suite, la réalisation en
mode collaboratif permet d'éviter des erreurs, permet de réduire le risque pour
toutes les parties prenantes, et... et donc elle va dans le sens d'augmenter la
valeur et de donner de meilleurs projets, encore une fois, à moindre coût.
Maintenant, l'appel de... pardon, ce n'est
pas un appel parce que c'est des propositions non sollicitées, c'est un peu
différent, et, là-dessus, on propose un projet pilote. On sait qu'en Ontario et
au fédéral, c'est quelque chose qui... qui se produit. Effectivement, il y a un
besoin, il y a un problème, mettons, et c'est donc proposer une solution
carrément de... à partir de zéro, sans qu'il y ait eu un appel d'offres,
nécessairement.
Et peut-être sur... aussi, je vais... je
peux... ma collègue pourra compléter également certains éléments par rapport
à... à la notion, donc, de... de ce dialogue qui est en amont, qui est, encore
une fois, selon nous, très bénéfique, et qui est prôné par différents pays et
puis par l'OCDE également.
M. Julien : Allez-y. Allez-y
pour des commentaires supplémentaires, Mme Laperrière, je crois, hein?
Mme Laperrière (Lyne) : Oui, bien
sûr. Exactement. Donc, si on invite des parties additionnelles à la
planification des projets, on a l'opportunité de mettre en contexte toute
l'expertise, tous les niveaux de connaissances spécifiques que nos entreprises
ont et nos professionnels. Au sein des donneurs d'ouvrage, on sait qu'il y a une
certaine problématique au niveau de l'expertise. Certaines organisations
publiques ont des niveaux plus avancés que d'autres, et il y a quand même des
risques pour le bénéfice des projets porteurs du Québec.
Donc, si on invite en amont des processus
d'appel d'offres des gens qui ont ces systèmes-là, d'échanges, qu'on met en
place des ateliers techniques pour qu'ils posent des questions qui
approfondissent les besoins, qui clarifient les attentes et les exigences, nous
serons dans des positions idéales d'obtenir des propositions adaptées aux
besoins réels des... du marché de l'infrastructure.
Au niveau des appels d'offres, de
permettre, nécessairement, d'ajouter des documents additionnels pour donner
des... des solutions qui n'ont peut-être pas été réfléchies au départ. Si je
prends un exemple, on veut construire un pont, il va falloir le faire en
plusieurs phases et dans une période très longue. Si on propose des solutions
de voie de contournement, ça pourrait servir à réduire les coûts et bien sûr la
réalisation des projets de façon plus efficace et efficiente. C'est des choses
qui actuellement ne sont pas possibles, mais qui permettraient, éventuellement,
de trouver des moyens innovants pour être plus efficaces, plus efficients, à
moindre coût, sans négliger la qualité.
M. Julien : Mais... Mais...
puis, encore là, je pense qu'on... je pense qu'on dit la même chose, mais on a
peut-être une incompréhension, là, puis qu'on va gagner à clarifier. Ce qu'on
souhaite faire dans des projets complexes et d'envergure, c'est de faire
l'appel d'offres pour trouver, en fin de compte, les <partenaires...
M. Julien :
...complexes
et d'envergure, c'est de faire l'appel d'offres pour trouver, en fin de compte,
les >partenaires en termes d'expertise, d'expériences, de compétences,
de capacité de collaboration, et le faire tellement tôt qu'après ça, ces
partenaires-là viennent à la planification.
Donc, quand vous dites : Même avant
l'appel d'offres, mais moi, je... plus de dire : Non, non, moi, je vais
devancer l'appel d'offres pour, après ça, être certain qu'ils peuvent cheminer
avec moi à la planification. Parce que je vois difficilement comment je peux
asseoir des gens avant le processus d'appel d'offres sans venir tarir mon...
mon défi de saine concurrence, équité et transparence. Mais ce qu'on vient
dire, c'est : On a un besoin qu'on nomme et rapidement on vient qualifier,
sur la base de ce qu'on vient de dire, les partenaires qui vont travailler avec
nous dès la phase de planification, innovation, idéation, meilleure solution,
réalisation, mais... Parce que, le besoin, on le connaît, à titre d'exemple, on
veut traverser le fleuve, à titre d'exemple, on connaît les enjeux
environnementaux, Pêches et Océans Canada, on connaît déjà les critères, mais
on ne connaît pas la solution optimisée en termes de matériaux. Puis là,
soudainement, on a suffisamment d'information pour venir qualifier un
consortium professionnels, entrepreneurs, architectes, ingénieurs plus les
sous-traitants et, là, on optimise la solution, mais je vois difficilement
comment on peut avoir des discussions a priori de l'appel d'offres pour
maintenir la notion d'intégrité, de transparence et d'équité. Alors, j'aimerais
vous entendre.
• (17 heures) •
Mme Kozhaya (Norma) :Oui, effectivement, c'est des... c'est des rencontres, ce
n'est pas des discussions un à un, c'est des rencontres, par exemple, comme ce
qui est proposé, des... donc des rencontres de groupe pour pouvoir présenter le
besoin. Et donc c'est vraiment... c'est proposer des ateliers, par exemple,
de... d'information et d'échange. C'est ce genre d'ateliers là qu'on a à
l'esprit. Je ne sais pas, Lyne, si tu voulais compléter?
Mme Laperrière (Lyne) : Oui.
M. Julien : Si je comprends
bien, c'est plus une salle... une salle d'information mutualisée où tout le
monde a accès à la même information et ces échanges-là.
Mme Kozhaya (Norma) :Exact. Tout à fait.
M. Julien : Oui, ça se voit,
ça existe. Donc, on gagnerait toujours à faire ça. Mais naturellement, après
ça, si on veut venir de manière plus... plus agressive ou plus... plus
impliquée, moi, je souhaiterais que les partenaires puissent, après ça,
s'asseoir avec nous à la phase planification et qu'ils aient déjà été qualifiés
par un processus d'appel d'offres rigoureux, là. OK.
Mme Kozhaya (Norma) :Oui, tout à fait.
Mme Laperrière (Lyne) : Exact.
Si je peux me permettre, pour compléter...
M. Julien : Oui, allez-y.
Mme Laperrière (Lyne) : ...en
fait, si on fait... on invite des gens en amont, c'est que ça permet de valider
l'appel d'offres avant de le lancer officiellement. Parce que ce qu'on voit
actuellement, le désintérêt des entreprises, c'est parce qu'au niveau des
appels d'offres, au niveau des exigences et des attentes, des fois, il y a des
choses qui sont un peu irréalisables ou inatteignables, où les risques sont
trop élevés, ce qui fait en sorte que les entreprises sont moins intéressées à
s'asseoir avec les parties puis investir du temps et de l'argent sans savoir
s'il y a des chances de réalisation et de succès probant pour eux.
M. Julien : Parfait. Donc,
c'est...
Mme Laperrière (Lyne) : Donc,
ça permettrait de rassurer les entreprises.
M. Julien : ...c'est
rassurer... Oui, excusez-moi. Donc, c'est plus que l'appel d'offres soit
adéquat pour les joueurs du marché pour pouvoir contribuer activement à la meilleure
solution. Et c'est peut-être ça, l'enjeu qu'on y voit. Donc, peut-être que ça
vaut la peine d'avoir, justement, ces salles partagées là où tout le monde peut
aller voir a priori, sans dénaturer, naturellement, le besoin. Donc, j'en
prends bonne note.
Quand vous parlez... Je suppose que c'est
vos... vous avez des membres au Conseil du patronat<i>
ou... en tout cas. Quand vous parlez à vos parties prenantes — et on
a entendu, dans les dernières journées, pas tant que ça, mais on l'a entendu,
je réitère, là, il y a une personne qui l'a beaucoup mentionné — comment
vous voyez la perspective des modes collaboratifs versus les modes
traditionnels en termes d'augmentation de risque de collusion ou, a contrario,
de diminution de risque de collusion? Alors, ceux qui prétendent que ça
augmente le risque de collusion, vous répondez quoi à ça?
Mme Kozhaya (Norma) :Au fait, notre compréhension, c'est que ça ne devrait pas
augmenter les risques de collusion. Au contraire, si c'est fait... parce que
toutes les étapes vont se faire de façon transparente, ça va favoriser, au
contraire, un dialogue qui est sain. Et, encore une fois, évidemment, si
c'est... On ne peut pas toujours juste se comparer à ce qui se fait ailleurs,
mais je crois que si on regarde l'expérience de l'Ontario, qui est notre voisin
avec qui on veut... on aime toujours se comparer, ce n'est pas un risque qui a
été identifié, au contraire, si les marchés publics vont être plus attractifs...
17 h (version révisée)
Mme Kozhaya (Norma) :...un risque qui a été identifié, au contraire, si... les
marchés publics vont être plus attractifs, parce que cette possibilité-là, qui
n'était pas là en ce... qui n'est pas là en ce moment, va être offerte, je
crois que ça va attirer davantage de joueurs, et donc ça va favoriser aussi la
concurrence. Maintenant, on comprend qu'on parle à cette étape, de projets
majeurs aussi. Ce ne sera pas pour tous les projets, mais ça va augmenter l'attractivité
de... du marché public et de... des projets publics, qu'on a moins en ce
moment. Donc, en ce sens-là, si toutes les étapes sont faites, il va y avoir un
processus de qualification, un processus... un comité de sélection, donc toutes
les démarches.
Et d'ailleurs on propose également... C'est
sûr que ça va arriver après coup, mais qu'il y ait cette évaluation-là on peut
imaginer qu'on ne va pas avoir 10 projets de partenariat l'année... l'année un,
mais qu'on va apprendre également. Mais, pour nous... et, honnêtement, je crois...
bon, on a lu l'article dans Le Devoir, ça m'a un peu surprise... au
contraire, tout ce qu'on a lu là-dessus, qu'on a vu de l'expérience d'autres
endroits ce n'est pas quelque chose qui a été soulevé.
M. Julien : Moi aussi, ça m'a
un peu surpris, bien honnêtement, parce que c'est... c'est comme une note qui
est un peu discordante par rapport à, même, ce qu'on a attendu là, de la... de l'Autorité
des marchés publics...
Mme Kozhaya
(Norma) : De l'AMP, exact.
M. Julien : ...l'Autorité des
marchés publics qui nous dit : Écoutez, ça permet une ouverture aux
marchés, plus de concurrence. Donc, potentiellement, le corollaire, c'est... c'est
moins de collusion. Mais, après ça, chacun a le droit à son point de vue.
Mme Laperrière (Lyne) : Si je
peux me permettre, peut-être, de bonifier...
M. Julien : Certainement.
Mme Laperrière (Lyne) : ...en
fait, si on y va avec la transparence, puis qu'on donne accès aux organismes de
surveillance, comme l'AMP, les pouvoirs de vérifier en temps continu et en
temps réel, et non ajouter des délais, comme c'est prévu, notamment, au niveau
de l'article 13, il faut leur donner le pouvoir d'agir dès qu'il y a
connaissance d'une information par rapport à un contrat qui est accordé. On n'est
plus à la même place, en 2024, qu'auparavant. Plusieurs organisations sont
composées de missions de surveillance. On a qu'à penser, oui, à l'AMP, mais
nous avons l'UPAC, nous avons le BIM... le BIG. Donc, il y a plusieurs
organismes qui sont là pour veiller à la saine gestion des fonds publics. Et on
ne peut pas non plus passer à côté de cet élément de saine gouvernance, de
transparence. Nos donneurs d'ordres, d'ouvrage publics doivent devenir
exemplaires et des leaders, pour que nos projets d'infrastructures soient
porteurs pour nos entreprises du Québec.
M. Julien : ...parce que,
quand j'entends ce que vous me dites... c'est, à partir du moment où est-ce qu'on
a un partenariat de collaboration avec le donneur d'ordres, les professionnels,
l'entrepreneur, qui sait, le sous-traitant majeur... puis on dit : Bien, on
fait ça à livre ouvert, est-ce que vous avez l'impression que les entreprises
qui vont y participer vont être parfaitement confortables avec cette pleine
transparence à des tiers de surveillance, comme... comme l'Autorité des marchés
publics, en temps réel, parce que... Alors, vous sentez que vos... les
entreprises sont ouvertes à ça, oui?
Mme Kozhaya (Norma) :Je dirais, oui, nos entreprises sont ouvertes. C'est clair
que c'est un nouveau paradigme, un changement de paradigme, quand même, qui est
important...
M. Julien : Oui?
Mme Kozhaya (Norma) :Oui, pardon, je vous ai perdu pendant quelques secondes.
Donc, effectivement, et il va y avoir certains défis, mais nous, nos membres,
ce que... ce qu'ils nous disent, c'est que c'est des modes que certains déjà,
utilisent ailleurs, et puis ils aimeraient bien pouvoir commencer au Québec.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, merci à vous, mesdames. Sur ce, je cède la parole au seul et
unique leader de l'opposition officielle du Québec et député de Nelligan.
M. Derraji : Wo, wo! quelle
annonce, quelle annonce! Écoute, je n'ai jamais eu cette introduction.
Le Président (M. Simard) : Non,
mais...
M. Derraji : Il ne faut pas
lancer des rumeurs. Je l'apprécie bien, c'est un bon joueur d'échecs, that's it,
je l'aime. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Simard) : Bienvenue.
M. Derraji : Mesdames, merci
beaucoup pour votre présence en commission parlementaire. Pas mal d'éléments
très importants, et j'aime... et j'aime le cadre d'analyse que vous avez
ramené. Je vais aller directement à la page 5. Vous avez évoqué une série de
conditions de succès, et c'est... et c'est très important. Donc, vous parlez de
la planification, de l'information et la communication, formation et
accompagnement, le libre choix, et, par la suite, vous parlez... vous parlez
même... même de la reddition de comptes. Et vous avez vu... vous avez aussi
parlé de l'avis d'intention. Maintenant, il y a beaucoup de groupes, et j'en
suis sûr et certain que vous avez entendu ce qui a été dit hier, qui
aimeraient... qui ... ... et qui ont fait la <demande...
M. Derraji :
...sûr
et certain que vous avez entendu ce qui a été dit hier, qui aimeraient... qui
faisaient... et qui ont fait la >demande : Écoutez, on aimerait
être impliqués en amont. Pourquoi être impliqués en amont? C'est parce que,
justement, s'ils sont impliqués en amont, on va avoir plus de conditions de
succès, hein? On parle de... les estimateurs, on parle... avoir autour de la
table, même, des sous-contractants.
Vous, au Conseil du
patronat<i>... D'ailleurs, je vous salue, parce que je sais que le
Conseil du patronat, maintenant, est en mission dans mon pays natal pour la
rencontre avec l'alliance. Et vous savez la chance? Ils sont dans la... ils
visitent la... ma ville natale, en plus. Donc, mes félicitations à l'ensemble de
la délégation. C'est une délégation extrêmement importante, où il y a pas mal
d'entrepreneurs québécois. Donc, je vous souhaite le grand succès.
Revenons au projet de loi n° 62. Vos
membres, quand ils vous parlent des contrats collaboratifs... et ça se voit que
vous avez fait de la bonne recherche... quand on parle clés de succès, au
départ, c'est quoi, les éléments nécessaires au succès, selon vous, qu'on doit
ajouter dans le projet de loi, les choses que vous n'avez pas vues dans le
projet de loi?
Mme Kozhaya (Norma) :Ce n'est pas... comme conditions de succès, ce n'est pas
nécessairement des ajouts au projet de loi. C'est, bien, peut-être, la question
de la planification. Peut-être qu'elle est latente, mais il faut que ce soit
clair, et ça, je crois que tout le monde s'entend là-dessus, parce que, si on
prend le temps de bien planifier en amont, c'est sûr que ça va nous éviter
beaucoup de problèmes en aval. Donc, ça, c'est un élément qui est crucial.
• (17 h 10) •
Il y a un élément également qu'on n'a pas
abordé nécessairement, tout ce qui concerne la technologie, le BIM. C'est clair
qu'aussi nos entreprises ne sont pas toutes à la même place. Il y a une feuille
de route pour le BIM, et les organismes publics, ils ne sont pas non plus tous
à la même place en termes d'adoption de cette technologie et de partage de
données. Donc, encore là, ce n'est pas le projet de loi en tant que tel, mais
c'est des... c'est des pratiques. Donc, ça fait partie d'ailleurs de la
stratégie sur les infrastructures publiques, la stratégie des marchés publics.
Donc, tous ces éléments-là sont importants pour que... pour que les projets
puissent aller de l'avant plus rapidement et fonctionner.
M. Derraji : Oui, mais, je ne
vous apprends rien, c'est des souhaits. C'est comme le souhait d'avoir
15 % de moins dans... au niveau des coûts du projet, 25 % en termes
de délais. C'est comme... Vous avez... vous étiez témoins, le gouvernement a
accéléré des projets. Trois ans plus tard, on est à 23 %. Donc, en tant
que législateur, je peux bien rêver, comme on dit, mais si je n'ai pas des
choses dans la loi, on laisse ça à l'arbitraire.
Mais vous avez dit quelque chose qui m'a
touché, vous avez dit : Au niveau de la planification, bien entendu, il
faut prendre le temps de réfléchir, et puis agir, le fameux «think slow, act fast».
Cette étape, elle est cruciale, beaucoup de gens, ils l'ont mentionnée. Mais
comment? Comment on peut l'opérationnaliser? Parce que, si on laisse ça au bon
vouloir de chaque... de chaque appel d'offres, ou chaque comité, ou chaque
groupe, est-ce qu'on va vraiment atteindre les résultats escomptés?
Mme Kozhaya (Norma) :Je crois que l'idée, ce n'est pas de laisser ça au gré de
chaque groupe. C'est que le... Et il faut, effectivement, s'assurer que, dans
le mode collaboratif, ou même, dans les autres modes également... Je crois que
c'est un changement de culture, parce que, des fois, on va chercher la
facilité, on va chercher l'annonce rapide, ou autres, sans avoir pris le temps.
C'est tout un défi. Et ce n'est pas juste le Québec, c'est... dans d'autres
endroits, c'est pareil. Donc, il faut vraiment, peut-être, s'assurer qu'il n'y
ait pas d'annonces avant que ce soit bien attaché ou... Donc, c'est vraiment...
c'est vraiment un enjeu important. Je ne sais pas, Lyne, si tu veux compléter?
Mme Laperrière (Lyne) : Oui,
certainement. En fait, pour bonifier ce qui est déjà fait, c'est d'améliorer
les processus. Il faut identifier les meilleures pratiques à adopter. Il faut
aussi être capables d'avoir un peu de recul, prendre les pas de recul avec les
initiatives qui vont être mises de l'avant, avec la reddition de comptes que
nous pouvons... que nous proposons, pour pouvoir faire apprendre à toute
l'industrie les meilleures façons de faire. Quels sont les meilleurs modèles de
contrats? Est-ce que ce sera toujours des contrats collaboratifs? Qu'est-ce qui
a bien fonctionné, qu'est-ce qui a moins bien fonctionné?
La lourdeur de la gestion contractuelle
est un enjeu majeur de réussite du projet. Si les niveaux d'approbation, si des
quantités excessives de documents sont demandées, nous n'atteindrons pas
l'objectif de concurrence et d'augmenter le plus grand nombre de soumissionnaires.
Il faut que les modalités de contraires... de contrats et d'exécution,
modalités de paiement incluses, soient simples, claires, qu'elles soient
prévues à un calendrier et que les mécanismes soient identifiés. Pour cela, ça
doit se faire en amont. Pendant que l'appel d'offres se <fait...
Mme Laperrière (Lyne) :
...soient
identifiés. Pour cela, ça doit se faire en amont. Pendant que l'appel d'offres
se >fait, il faut réfléchir ensemble aux meilleures façons de faire.
Ensuite, c'est d'éviter des clauses
abusives dans les notions contractuelles, pour que ce soit équitable pour
l'ensemble des parties. On a vécu des exemples types avec les prix du marché,
qui ont fluctué énormément. Si on veut attirer des entreprises, il faut
permettre des clauses d'ajustement de prix pour garder les protections que nos
entreprises ont besoin pour réaliser ces défis. Les contrats de cautionnement,
qui sont en parallèle avec le règlement sur les contrats dans l'industrie de la
construction, sont également nécessaires pour maintenir des protections que
nous avons déjà, advenant le cas où le scénario ne se passe pas aussi bien. Un
cas de faillite, par exemple...
M. Derraji : Je dois,
malheureusement...
Mme Laperrière (Lyne) : ...comment
les fournisseurs seraient protégés?
M. Derraji : C'est très
apprécié, mais je dois un peu utiliser le temps que j'ai, parce que je trouve
intéressant l'échange. Mais vous avez fait une revue de ce qui se passe
ailleurs, mais moi, je vais vous ramener à la notion du coût, et vous allez
comprendre pourquoi l'étape de planification, j'insiste beaucoup. Je vais juste
vous partager l'étude... en Australie, hein, si vous avez suivi le modèle des
contrats par alliance. L'étude, réalisée en 2009 sur 46 projets d'alliance
en Australie, rapporte que les estimations des coûts sont peu précises. En
moyenne, les coûts réels des projets étaient de 45 % à 55 % plus
élevés que les coûts estimés à l'étape du dossier d'affaires.
Et là, nous, on dit... le gouvernement, ce
qu'il veut, c'est 15 %. Parce qu'aujourd'hui c'est le troisième projet de
loi du gouvernement. Il y avait le 61, échec, ça a été changé en 66. Là,
quelques années plus tard, on change les contrats, parce qu'on s'est rendu
compte que ça ne marche pas, ça ne fonctionne pas. Mais ça ne tient plus la
route. On ne peut pas juste, à chaque fois qu'il y a un problème revenir avec
un projet de loi. Surtout, ce qu'on veut maintenant, c'est atteindre les
15 % de diminution, c'est le souhait avec la stratégie. Mais les études
nous démontrent le contraire. En Australie, c'est le contraire qui a été
démontré. On ne parle plus du même coût, on parle d'une augmentation de 45 %
à 55 %. Vous, en fonction de votre lecture, comment on peut s'assurer qu'à
l'adoption de ce projet de loi les outils qu'on va donner ou qu'on va mettre
vont nous aider à atteindre le chiffre annoncé... annoncé par le gouvernement,
de 15 % de moins?
Mme Kozhaya (Norma) :Effectivement, bon, c'est difficile de dire : Est-ce
qu'on va atteindre le 15 %? Et je crois que, quand on compare des
comparables, c'est important... Les économistes disent : De toutes choses
égales par ailleurs. Donc, l'exemple de l'Australie n'est pas nécessairement
représentatif de l'ensemble. Il y a d'autres endroits que... qui ont recours à
ce mode-là. Mais...
M. Derraji : ...
Mme Kozhaya (Norma) :Pardon? Mais, de toute façon, lorsqu'il y a cette
collaboration-là, vous savez, des fois, ce qui coûte plus cher dans les
contrats, c'est les erreurs, c'est les imprévus. Avec le mode collaboratif, il
y a moins de risques d'erreurs, moins d'imprévus. C'est sûr qu'il y a toujours
des éléments qu'on ne peut pas contrôler mais il y a une action qui peut être
faite sur les éléments qui peuvent être contrôlés par les parties prenantes, et
cette discussion-là va éviter, justement, des erreurs et des répétitions,
faire, défaire, refaire ou... donc, utiliser le bon matériau, utiliser la
bonne... la bonne technique. Donc, c'est ces éléments-là qui sont intéressants
dans le mode collaboratif, qui vont permettre des coûts plus bas. Est-ce que ça
va être 15 %, 12 %, 17 %? Évidemment, c'est difficile... On peut
faire une cible, on peut souhaiter, mais c'est clair que c'est un mode qui a
des...
M. Derraji : Il reste...
Mme Kozhaya (Norma) :Si on regarde l'Ontario...
M. Derraji : Il reste
40 secondes.
Mme Kozhaya (Norma) :...on a...
M. Derraji : Il reste
40 secondes.
Mme Kozhaya (Norma) :Voilà.
M. Derraji : Vous avez une
autre recommandation, que les modes collaboratifs puissent aussi s'appliquer
dans le cas des sociétés de transport des villes et des municipalités, avec les
adaptations nécessaires. Est-ce que vous jugez nécessaire d'amender le projet
de loi et de leur permettre dès maintenant?
Mme Kozhaya (Norma) :Pas nécessairement dans le cas de... J'imagine qu'il faut
discuter avec les parties prenantes. Nous, nos membres nous ont encore exprimé
ce souhait-là de pouvoir bénéficier de cet outil supplémentaire. Est-ce que
c'est dans le cadre de ce projet de loi, ou d'autres projets de loi omnibus, ou
autres? Ce serait à voir.
M. Derraji : Merci beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous. Mme la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci
beaucoup. Je salue les membres du Conseil du patronat<i>
de venir nous exposer leur vision. Il y avait une proposition qui a attiré mon
attention. Rapidement, en ce qui concerne les propositions non sollicitées,
vous avez peu développé votre idée. J'aimerais ça vous entendre un peu
là-dessus. Comment et pourquoi on devrait ouvrir l'approvisionnement public à
des propositions non sollicitées?
Mme Kozhaya (Norma) :Oui, encore une fois, c'est en faveur de solutions innovantes
et créatives, et de répondre, des fois... Parce que, des fois, un appel <d'offres...
Mme Kozhaya (Norma) :
...innovantes et créatives, et de répondre, des fois...
Parce que, des fois, un appel >d'offres... évidemment, ce mode de
collaboration va changer un peu la donne, mais, des fois, il y a un appel
d'offres qui n'est pas représentatif, que, sur le terrain, on voit que ça ne
donne pas nécessairement... et d'ailleurs c'est peut-être, des fois, la raison
pourquoi il n'y a pas de soumissionnaire... que ça ne répond pas à l'enjeu de
façon réaliste. L'appel... les propositions volontaires non sollicitées,
c'est... on voit qu'il y a un problème, il y a un enjeu. Il y a une proposition
qui peut répondre à cet enjeu. Encore une fois, en Ontario, au fédéral, il y a
eu des projets pilotes en ce sens. Donc, nous, à cette étape-ci, pour ce
volet-là... En Australie également, c'est un... c'est une possibilité. Donc,
c'est en faveur d'une plus grande innovation et d'une plus grande flexibilité
pour des solutions qui peuvent être adaptées à certaines circonstances.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Peut-être, pour revenir... Tout à l'heure, vous avez parlé aussi des modalités
de partage d'information. Des fois, il peut arriver que les donneurs d'ouvrage,
versus les entreprises ou consortiums, n'ont pas les mêmes... vous avez utilisé
un mot, là... n'ont pas les mêmes pratiques, les mêmes logiciels, bref, en
termes de partage de données. Comment croyez-vous qu'on peut surmonter ceci
sans éroder du savoir-faire du giron public?
Mme Kozhaya (Norma) :Ce qu'on faisait allusion, c'était davantage au niveau,
mettons, de l'intégration du BIM, la modélisation des données. C'est quelque
chose qui est déjà en train de se travailler, donc, mais c'est loin d'être
répandu pour l'ensemble, donc on aimerait que ce soit répandu à l'ensemble. Je
ne pense pas qu'il y ait des enjeux de confidentialité ou bien, d'autres
enjeux. C'est vraiment que tout le monde puisse travailler avec ces outils-là,
qui ont une grande valeur ajoutée.
• (17 h 20) •
Mme Zaga Mendez : Merci. Puis
vous avez dit... parlé des différentes pratiques qui sont en lien avec une
culture de travail en équipe. Est-ce que vous sentez que cette culture du milieu
va être facile à modifier? Est-ce que vous pensez qu'il peut y avoir des
résistances? Comment vous voyez la mise en œuvre des contrats collaboratifs?
Mme Kozhaya (Norma) :Bien, je crois que je mentirais si je dis qu'il n'y aurait
pas certaines réticences ou s'il n'y aurait pas certains défis, mais je crois
que c'est des défis qui ne sont pas insurmontables. C'est des défis auxquels...
Je crois que s'il y a une volonté, et qu'il y a des directives claires et que
tout le monde embarque, c'est des défis qui vont être surmontés. Et en... C'est
pour ça qu'aussi... l'importance de la communication et de l'information pour
rassurer les gens, pour qu'ils puissent voir les bénéfices et puis espérer que
tout le monde va être gagnant ultimement, dans cette aventure-là. Je crois que
c'est la meilleure façon de surmonter... Mais c'est clair que c'est un défi de
changer de culture, ça prend un peu de temps.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Merci à vous, chère madame. Je cède la parole au député de Jean-Talon.
M. Paradis : Merci beaucoup.
Dans votre mémoire, vous nous dites, évidemment, que vous êtes favorables, là,
à l'adoption de ce mode collaboratif, mais vous nous dites aussi qu'on devrait
garder à l'esprit certains éléments pour assurer la réussite de la mise en
œuvre et la contribution à l'atteinte des objectifs poursuivis. Est-ce que vous
pouvez être un petit peu plus précises sur ce que ça signifie, ce que nous,
comme législateur, on devrait considérer, là, au moment de procéder à l'article...
article... à l'étude article par article du projet de loi?
Mme Kozhaya (Norma) :Oui. Un exemple... un exemple en lien avec l'information et
la communication, c'est, par exemple, pouvoir avoir une liste de projets qui
pourraient être faits par... en mode partenariat. Ça, c'est un exemple. Donc,
encore là, toutes nos recommandations ont davantage rapport avec l'importance
de la bonne communication, la transparence, la bonne information et la
formation. Éventuellement, il faut commencer quelque part. On ne peut pas non
plus tout changer d'un jour à l'autre. Et c'est pour ça que, pour nous, cette
nouvelle possibilité là, elle est importante, qu'il faut savoir l'apprivoiser.
Mais c'est vraiment au niveau, par exemple, de l'intention, de communiquer
l'intention, de communiquer le plus d'informations, et d'avoir ces forums
d'échange et de communication. Je ne sais pas, Lyne, si tu avais un ajout
aussi?
Mme Laperrière (Lyne) : Oui,
effectivement, lorsqu'on parle de gestion de changement de culture en termes de
grande industrie qu'est l'industrie de la construction, on doit donner les
moyens et les outils à toutes les parties concernées d'apprendre de ces
nouveaux modes, de pouvoir en déduire des nouvelles façons de faire qui
seraient optimales selon les moyens que... qui seront mis à notre disposition.
Donc, si on fait des plateformes d'information, avec des projets pilotes, et
qu'on puisse faire un retour auprès de toute l'industrie et des joueurs pour
pouvoir identifier les pistes d'amélioration en temps continu ça nous permet d'assurer
la vigilance que nous avons besoin pour nos projets <porteurs...
Mme Laperrière (Lyne) :
...d'assurer
la vigilance que nous avons besoin pour nos projets >porteurs.
M. Paradis : Très bien. «Permettre
aux organismes publics de recevoir des variantes aux documents d'appels
d'offres», est-ce que vous pouvez préciser un peu ce que ça signifie?
Mme Kozhaya (Norma) :Oui. Je crois qu'il y a d'autres groupes également qui
l'ont soulevé. C'est qu'encore là c'est dans le sens que peut-être qu'il y a
des solutions avec des délais...
Le Président (M. Simard) : ...
Mme Kozhaya (Norma) :Oui, avec d'autres bénéfices qui n'avaient pas été
identifiés dans l'appel d'offres, qui pourraient être considérés. Ça peut être
fait par règlement, par exemple.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci à vous tous, à vous toutes, plus particulièrement, ce fut fort
intéressant que de vous recevoir parmi nous cet après-midi.
Sur ce, nous allons suspendre nos travaux
quelques instants, le temps de faire place à nos prochains invités. Au plaisir,
mesdames.
(Suspension de la séance à 17 h 24)
(Reprise à 17 h 31)
Le Président (M. Simard) : Alors,
nous sommes en ondes, nous sommes de retour. À l'ordre, s'il vous plaît! Et,
qu'à cela ne tienne, nous avons demandé à ce que la salle soit un peu plus...
un peu plus réchauffée, parce que j'en vois plusieurs geler. Donc, bienvenue
aux représentants de l'Association des architectes en pratique privée du
Québec. Mesdames, soyez les bienvenues. Auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il
vous plaît, de vous présenter?
Mme Parent (Lyne) : ...des
architectes en pratique privée du Québec, et je suis accompagnée par Mme Anne
Lafontaine, architecte et vice-présidente de l'association.
Le Président (M. Simard) : Merci
d'être là. Vous disposez de 10 minutes afin de faire votre présentation.
Mme Parent (Lyne) : Merci.
Alors, M. Simard, M. Julien, Mmes et MM. membres de la commission, merci de
nous recevoir en consultations particulières.
L'Association des architectes en pratique
privée du Québec représente et défend les firmes privées d'architectes,
lesquelles participent au développement économique, social et culturel de la
société québécoise en favorisant la qualité de notre environnement bâti. L'AAPPQ
représente 420 firmes d'architectes membres, toutes des petites et
moyennes entreprises, et elle fédère ainsi 860 dirigeants d'entreprises de
services professionnels en architecture. Ces entreprises se retrouvent dans
toutes les régions, à l'exception du Nord-du-Québec. L'expertise est ainsi
déployée sur l'ensemble du territoire et contribue au développement local et
régional. Je mentionne également que 96 % du marché des firmes se situe au
Québec, et que le secteur de l'architecture contribue à créer et à maintenir
plus de 7 000 emplois à temps plein.
Notamment, l'association agit pour
promouvoir le rôle de l'architecte et l'importance d'une architecture de qualité,
développer et entretenir des relations de collaboration avec les parties
prenantes gouvernementales, privées et associatives, favoriser l'accès de ses
membres aux marchés publics en architecture, représenter les intérêts des
architectes en pratique privée et influencer les politiques publiques, lois,
règlements et processus qui impactent la qualité de l'environnement bâti au
Québec.
Nous sommes satisfaits de constater la mise
en place d'une stratégie visant...
17 h 30 (version révisée)
Mme Parent (Lyne) : ...processus
qui impacte la qualité de l'environnement bâti au Québec. Nous sommes
satisfaits de constater la mise en place d'une stratégie visant à améliorer l'agilité
et la collaboration dans le développement des infrastructures publiques et nous
saluons les efforts du gouvernement. Cependant, nos commentaires d'aujourd'hui
porteront essentiellement sur le projet de loi et sur nos propositions de
modifications. Nous pourrons bien sûr aborder la stratégie lors de la période
de questions. Nous avons effectué notre lecture du projet de loi n° 62
sous deux angles.
D'abord, en tenant compte des impacts
probables sur le marché des services professionnels en architecture, sur la
saine concurrence souhaitée et l'accès aux marchés publics. Ensuite, nous avons
examiné les dispositions en adéquation avec les objectifs de la Politique
nationale de l'architecture et de l'aménagement du territoire, déposée par
votre gouvernement, que nous endossons totalement et qui dote le Québec d'une
vision commune de la qualité architecturale au bénéfice des Québécoises et des
Québécois. Pour y arriver, la politique mise sur les meilleures pratiques et l'instauration
des principes directeurs de la qualité architecturale, reproduits à la page 7
de notre mémoire.
Nous avons ainsi porté à votre
attention... notre attention sur les dispositions modifiant la Loi sur les
contrats des organismes publics et, plus précisément, sur l'introduction d'un
nouveau type de contrat, soit un contrat de partenariat, dans le cadre duquel
un organisme public peut octroyer un contrat mixte de travaux de construction
et de services professionnels au moyen d'une approche collaborative entre les
concepteurs, architectes, ingénieurs et le constructeur. Ce type de contrat repose
sur un partage consensuel des risques et, selon le cas, des économies générées
ou des gains réalisés et des pertes subies.
Les firmes d'architectes du Québec sont
des acteurs incontournables pour réaliser près de 100 % du volet Bâtiment du
Plan québécois des infrastructures. Les PME québécoises en architecture peuvent
réaliser des projets de complexité et d'envergures diverses avec de petites
équipes de professionnels, pourvu qu'elles possèdent les expertises et les
compétences requises par le type d'ouvrage. Contrairement au service de... au
secteur des services professionnels en architecture, les entreprises de
construction qui soumissionnent pour des projets d'envergure et/ou complexes
ont besoin d'une main-d'œuvre importante, de machinerie et d'une structure
organisationnelle et financière plus imposante à tous les égards. Ces
entreprises sont souvent de grande taille et sont moins nombreuses au Québec
que les firmes d'architecture qui possèdent les compétences et l'expérience
requises pour soumissionner dans des projets publics d'envergure.
De même, les firmes de génie-conseil
œuvrant dans le domaine du bâtiment public d'envergure, dans notre expérience,
sont également moins nombreuses que les firmes d'architectes dans ce même type
de marché. Donc, en demandant des équipes multidisciplinaires, incluant une
entreprise générale de construction, des firmes de génie-conseil et une firme d'architectes
de proposer ensemble leurs services, les organismes publics pourraient limiter
l'accès à certains types de marchés pour les services d'architectes sans en
avoir l'intention. Qui plus est, une équipe ainsi formée pour présenter une
offre de services groupés risque fort de devenir une équipe récurrente
soumissionnant pour une série de projets similaires. Les ententes commerciales
basées sur la collaboration et le partage de risques pourraient se faire en
toute bonne foi. Elles pourraient cependant avoir un impact sur la concurrence
dans certains types de marchés publics.
Pour maintenir une saine concurrence et ne
pas restreindre l'accès à l'entrée de certains types de marchés, nous proposons
de prévoir plus de souplesse dans la manière de rassembler les parties
prenantes au sein d'un même contrat. Les organismes... publics pourraient ainsi
agir en tenant compte des spécificités du marché pour un projet donné. Nous
proposons donc de modifier l'article 1, alinéa deux, premier paragraphe du
projet de loi n° 62, qui modifie l'article 3 de
la LCOP, afin de prévoir plusieurs options, soit que l'appel de qualification dans
le cadre de contrats de partenariat consiste, dans certains cas, en fonction du
marché, à choisir individuellement chacune des entreprises de conception et de
construction dans une première étape, que les équipes d'entreprises ne soient
constituées, dans certains cas,en fonction du marché, que lors de la deuxième
phase du processus, et ce, afin de ne pas créer d'obstacles à l'entrée pour les
firmes d'architectes. De modifier cette disposition afin de prévoir que, dans
le recours à l'approche collaborative, après le processus initial de
qualification individuelle et pendant le processus d'adjudication, une
entreprise choisie ait l'option de se retirer d'une équipe constituée par l'organisme
public pendant le processus d'adjudication. De maintenir la possibilité au
choix de l'organisme public et, en fonction du marché, de lancer un appel d'offres
pour recevoir des propositions d'équipes formées par des entreprises distinctes
et indépendantes de conception et de construction dès la première phase du
processus d'adjudication.
Nous ajoutons qu'il est important que les
différentes parties au contrat de partenariat soient des entreprises
indépendantes d'architectes, d'ingénieurs et d'entrepreneurs généraux en
construction, et ce, pour respecter l'exigence déontologique de l'indépendance
des services professionnels. Le projet de loi no 62 et la stratégie dont
il découle s'intéressent aux processus qui permettront de réaliser des projets
résilients, harmonieux et durables, au meilleur coût et dans les meilleurs
délais. Il propose de concilier tous ces enjeux, notamment par l'introduction
de modes de réalisation collaboratifs. Nous réitérons que ces approches
reposent sur la signature d'un contrat <unique...
Mme Parent (Lyne)T :
...modes
de réalisation collaboratifs. Nous réitérons que ces approches reposent sur la
signature d'un contrat >unique, qui prévoit un partage des bénéfices,
des risques et des pertes en fonction des résultats obtenus et d'un coût cible.
Les parties prenantes participent à une gestion conjointe et intégrée du
projet. Le processus est collaboratif et les décisions sont prises
collectivement. Avec cette approche, lors des différentes phases de réalisation
d'un projet d'infrastructure, soit la planification, la conception, la
préparation des plans et devis, la construction, la surveillance et la
livraison finale, des centaines de décisions devront être prises en équipe. Ces
décisions, surtout celles prises lors de la conception de l'ouvrage, auront des
impacts sur la qualité à long terme, les coûts de réalisation, d'exploitation,
d'entretien et l'échéancier de réalisation. Elles présenteront divers degrés de
risque et elles impacteront les profits de l'ensemble des parties au contrat.
L'AAPPQ s'intéresse à l'enjeu de l'innovation
et de la qualité dans ce contexte où la prise de décision est collective et où
les résultats à court terme sont liés à un coût cible impactant les profits. Le
rôle des architectes est de proposer des solutions optimisées afin que le
bâtiment soit durable, fonctionnel et harmonieux. Cela est d'ailleurs balisé
dans la Loi sur les architectes, à l'article 15. Donc, à notre avis, les
processus collaboratifs reposants sur le partage de risques, inscrits à
l'intérieur d'un contrat unique et axés sur un coût cible, doivent prévoir,
sans équivoque, les objectifs spécifiques et obligatoires de performance
attendus pour l'ouvrage à concevoir et à construire.
• (17 h 40) •
En ce sens, nous croyons que l'article 6
du projet de loi n° 62 modifiant l'article 20 de la LCOP est
incomplet. Il s'intéresse aux exigences contractuelles à venir dans le cadre
d'une entente collaborative de partenariat. Ce type d'entente va, à notre avis,
être clair quant à l'intégration des trois grands objectifs interdépendants et bien
énoncés dans le cadre de la stratégie gouvernementale : améliorer l'état
de nos infrastructures publiques en misant sur des constructions durables,
résilientes et qui s'insèrent... s'intègrent harmonieusement au milieu de vie,
accélérer la livraison des projets, obtenir les meilleurs coûts. La qualité de
nos infrastructures publiques est au cœur de la stratégie, mais elle n'apparaît
pas dans les exigences contractuelles à prévoir dès la phase d'appel d'offres.
Pour être en phase avec la stratégie gouvernementale et avec la Politique
nationale de l'architecture et de l'aménagement du territoire, nous proposons
de modifier cette disposition afin d'intégrer la qualité des ouvrages et
l'innovation au cœur des exigences contractuelles annoncées dans les documents
d'appel d'offres.
Ainsi, nous proposons de prévoir que des
objectifs obligatoires de performance qualitative à atteindre doivent être
convenus entre les parties et précisés dans le contrat de partenariat. Ce type
d'exigence convenu... contenu dans un devis de performance est déjà une
pratique existante dans certains contrats publics. Ce levier est essentiel pour
optimiser les investissements publics sur le cycle de vie des ouvrages et
assurer l'intégration des 11 principes directeurs de la qualité architecturale,
reproduits à la page 7 de la mémoire. Nous recommandons de prévoir ces
exigences dans la loi, au même titre que les notions de partage des risques,
des gains ou des pertes, qui sont inscrites à l'article 6, afin que la
qualité soit, elle aussi, au cœur des ententes de partenariat.
Je vous remercie pour l'invitation à
participer à cet exercice de consultation.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, madame. Nous allons donc entreprendre la période d'échange et, pour ce
faire, je laisse la parole au ministre.
M. Julien : Oui, bonjour.
Merci beaucoup pour votre temps et également le travail qui est fait à
l'intérieur de votre mémoire. Ça m'a amené certaines... certaines
interrogations que je n'ai pas eues avec les autres groupes, puis... parce que
vous avez des spécificités intéressantes. Bon, c'est sûr que les modes
collaboratifs, vous avez peut-être eu l'occasion, même, d'entendre, là, ce
qu'on a discuté ici dans les dernières journées, quand vous mentionnez, surtout,
celui, là... le RPI, là, qui est l'extrême avec les prix cibles. Alors, tu
sais, c'est un modèle qu'on va utiliser pour des projets d'envergure, très
complexes. Je ne pense pas qu'on va en avoir des dizaines et des dizaines,
puis, naturellement, on veut aller sur des modes alternatifs et collaboratifs
dans l'éventail. Et celui-là... c'est celui-là, en fait, qui nécessite la plus
grande mobilisation d'une triade, là : entrepreneur général, firme
d'ingénierie et architecte.
Alors, est-ce que je comprends bien ce que
vous nous dites? C'est : Écoutez, là, le nombre de firmes d'architectes
qui peuvent contribuer à cette triade-là est beaucoup plus élevé que le nombre
de firmes de génie et encore plus élevé que le nombre d'entrepreneurs généraux
par rapport à la capacité de ces projets d'envergure et complexes. Et l'enjeu,
c'est peut-être qu'on ne pourra pas bénéficier, de manière optimale, des firmes
d'architectes qui pourraient y contribuer dans un processus collaboratif. C'est
ça que je <dois...
M. Julien :
...optimale,
des firmes d'architectes qui pourraient y contribuer dans un processus
collaboratif. C'est ça que je >dois comprendre, a priori?
Mme Parent (Lyne) : Effectivement,
c'est nos prétentions. Maintenant, ce qu'on propose, c'est de... dans ce type
de projet là, de laisser le choix, en fait, de donner l'opportunité aux
organismes publics, hein, c'est un... c'est un autre moyen de faire des projets
collaboratifs. On leur donne un nouvel outil. Par exemple, si on parle du RPI,
donc c'est laisser la possibilité aux organismes publics de constituer les
équipes, peut-être après une étape d'appel de qualification, où, là, toutes les
entreprises qui ont les compétences, les qualités nécessaires, qui pourraient se
qualifier, ont l'occasion de présenter une offre de services. Et, après ça, on
crée des équipes. Bien sûr qu'il faut trouver des mécanismes pour le faire. J'ai
entendu dire qu'il y avait des mécanismes pour le faire. On pourra peut-être en
discuter, mais, si on fait ça, c'est sûr que, là, on... on octroie le contrat à
une entité qui ne s'est peut-être pas choisie, les membres de l'équipe ne se
sont peut-être pas choisis, mais, dans le cadre, par exemple, d'ateliers
collaboratifs, on peut mieux évaluer les compétences de ces joueurs-là à
travailler ensemble et à travailler en équipe...
M. Julien : Mais je ne suis
pas fermé à l'idée, mais... mais, encore là, intellectuellement, elle peut
faire sens. Mais je m'interroge beaucoup sur... pratiquement, si elle fait
sens. Parce que je pense que le mode collaboratif, c'est de trouver des joueurs
qui ont... qui ont le goût de travailler ensemble. Puis, quand je dis : Le
goût, là, c'est-à-dire qui ont des affinités de collaboration et c'est-à-dire
qu'on doit avoir les compétences, l'expertise, donc, oui, la qualification de
la triade peut être considérée à cet effet-là, mais, après ça, il faut que
cette triade-là, essentiellement, puis c'est encore plus important, ait
l'intérêt commun de travailler ensemble. Parce que la collaboration, c'est...
il y a l'expertise, la compétence, puis il y a une espèce de savoir-être ou de
capacité d'être assis à la même table. C'est pour ça que, souvent, dans les regroupements,
on retrouve les mêmes joueurs, mais je conçois quand même l'enjeu que vous
amenez, comme par rapport aux firmes d'architecture, qui nécessitent,
peut-être... qui ont plus de capacités d'être sur des projets d'envergure avec
des plus petites équipes que les firmes de génie et encore plus les
entrepreneurs généraux, là.
Alors, on va essayer de voir comment qu'on
peut... qu'on peut l'adapter, mais je réitère que le mode collaboratif n'est
pas la norme, mais la spécificité, et que ce mode-là doit nécessiter un tissage
serré entre cette triade-là et le donneur d'ouvrage et les sous-traitants,
mais... Alors, je vois quand même qu'il y a une espèce d'enjeu qu'on va essayer
de voir comment qu'on peut y arriver.
Au-delà de tout ça, on a une stratégie,
vous avez parlé naturellement de la stratégie qui est plus large que le projet
de loi, avec... avec 17 mesures. Est-ce que... est-ce que vos membres...
Quand on mentionne que, par un mode collaboratif puis une modification de nos
pratiques, en faisant jouer l'expertise, la compétence dans la solution, dès la
planification, de nos professionnels et des entrepreneurs généraux avec le
donneur d'ouvrage... Parce que, nous autres, on l'a mesuré sur certains
projets, mais est-ce que l'objectif de dire : Jusqu'à 15 % de
réduction de coûts et 25 % d'amélioration des délais, qu'on additionne
l'ensemble des mesures qui sont ici, qui ne sont pas toutes applicables dans
tous les projets... Est-ce que, pour vous, ça vous apparaît farfelu ou ça vous
apparaît plutôt plausible par rapport à l'expérience de vos membres?
Mme Parent (Lyne) : Peut-être
qu'Anne Lafontaine, tu voudrais répondre?
Mme Lafontaine (Anne) : Oui.
Bien, c'est une question intéressante, et on y a pensé en lisant la stratégie
québécoise que vous avez proposée. Il y a des éléments là-dedans... c'est
certain que, pour nous, les architectes, c'est difficile de nous positionner
sur le coût sur l'ensemble du projet. Je pense que des entrepreneurs généraux
seraient plus placés pour vous parler vraiment directement des coûts de
construction, mais en ce qui a trait aux coûts reliés, notamment, à l'embauche
des professionnels dans l'avant-projet, les mesures que vous voulez mettre en
place, notamment, entre autres, de rendre l'État plus agile, de prendre des
décisions plus rapidement, d'avoir... d'éviter les pertes de temps pendant les
projets, c'est toutes des mesures qui peuvent être très, très bénéfiques. Et je
crois qu'il peut y avoir, effectivement, une diminution du temps si on se met
en mode collaboratif, mais, aussi, s'il y a quand même aussi un travail du côté
de l'État pour réduire les processus pour la prise de décisions et toutes les
choses que vous proposez dans la mesure trois.
M. Julien : Parfait.
Mme Lafontaine (Anne) : Et,
en fait, je vais en profiter pour ajouter que je trouve que c'est très
intéressant, aussi, même si je ne suis pas entrepreneure générale, que vous
fassiez une vigie sur les marchés de construction pour lancer les projets au
bon moment, parce qu'on peut le constater, dans les derniers temps, trop de
projets en même temps, ça a vraiment eu une incidence sur les coûts de
construction. Et donc, évidemment, ça aussi, ça peut être assez intéressant
pour réduire les coûts, à mon avis.
M. Julien : Ça, c'est
certain, parce que, tu sais, qu'on ait appliqué, en fin de compte, ces
mesures-là, de gain de <temps...
Mme Lafontaine (Anne)T :
...pour
réduire les coûts, à mon avis.
M. Julien :
Ça,
c'est certain, parce que, tu sais, qu'on ait appliqué, en fin de compte, ces
mesures-là, de gain de >temps et d'efficience, bien, naturellement, on a
la capacité régionalisée qu'on a observée, la gestion par programme, par
portefeuille, le préfabriqué, puis, oui, l'approche collaborative, qui est un
des éléments qui est très, très porteur, mais il y a plein d'autres éléments,
en planification, qui est porteur.
Je voyais, puis je voulais bien concevoir
ce que ça signifiait, «prévoir que, dans le cas de recours à l'approche
collaborative après un processus initial de qualification individuelle, une
entreprise choisie ait l'option de se retirer d'une équipe constituée par
l'organisme public pendant le processus d'adjudication». Là, j'essaie juste de
voir, là... Racontez-moi l'histoire, comment ça arrive, là, puis pourquoi, là,
tu sais, parce que j'essaie de dire... Tu sais, nous autres, on vient... on
vient identifier, potentiellement, un consortium avec trois... une triade, puis
là, quelqu'un voudrait se retirer avant l'adjudication, bien, expliquez-moi,
c'est quoi l'enjeu que vous nommez. Puis j'ai de la misère, même, à le
concevoir, dont je veux... Alors, probablement que je ne suis pas assez expert
dans votre domaine, là, pour savoir ce que... la préoccupation que vous avez et
que vous nommez.
• (17 h 50) •
Mme Lafontaine (Anne) : On
la... On comprend que la proposition qui est faite ici est difficile à mettre
en... C'est une proposition qu'on fait en ne sachant pas nécessairement comment
ça va se dérouler. L'enjeu qui est nommé, premièrement, c'est vraiment d'ouvrir
les firmes... d'ouvrir le marché à plusieurs firmes pour éviter que ça soit
tout le temps les mêmes firmes qui se... qui soient... qui aient accès à ces
projets-là. Cependant, oui, on est d'accord qu'il faut qu'il y ait une synergie,
aussi, entre les parties prenantes au contrat. Peut-être que ce n'est pas
nécessairement dans le cadre d'ateliers collaboratifs, après, qu'on ferait la
sélection, mais c'est certain que le résultat de ça, ça ne peut pas être qu'on
soit mis en entreprise ou en contrat ensemble sans qu'il y ait cette
synergie-là. Donc, je suis plutôt d'accord de votre côté, là, qu'il y a... il y
a du raffinement à faire dans cette approche-là pour trouver exactement la
bonne méthode pour arriver à ces deux objectifs-là.
M. Julien : Mais
habituellement, là, puis... encore là, parce que ça existe quand même des
projets de RPI ailleurs, où on a la triade des professionnels avec
l'entrepreneur général, j'ai l'impression que ça fonctionne beaucoup par
accointance, quand même. On se connaît, on travaille bien ensemble, on sait
comment qu'on fonctionne, puis on s'en va ensemble comme... comme regroupement,
architecte, ingénieur et entrepreneur général, on fait équipe pour faire une
proposition. Ce n'est pas ce qu'on observe ailleurs, comme fonctionnement?
Mme Parent (Lyne) : Bien,
c'est tout à fait logique que les équipes se mettent ensemble... se choisissent
parce que c'est des liens de confiance qu'on veut... qu'on veut tisser entre
les différents collaborateurs. Il y a une logique qui se tient tout à fait
là-dedans, mais notre préoccupation, c'est de fermer l'accès au marché à des
firmes d'architectes.
On peut donner un exemple. Il y a certains
types de marchés, là, des projets majeurs, complexes, où il y a deux, trois
firmes d'entrepreneurs en construction qui sont capables de soumissionner dans
ces marchés-là, alors qu'il y a peut-être une vingtaine de firmes en
architecture. Alors, déjà là, un coup que les trois entrepreneurs vont s'être
associés à des firmes d'architectes, bien, les autres qui pourraient se
qualifier, qui ont les compétences pour, ne pourront pas accéder à ces
marchés-là.
Donc, on dit : Il faut trouver des
solutions. On a entendu parler de cette solution où on soigne les processus,
c'est-à-dire qu'on permet une préqualification. Ensuite, le donneur d'ouvrage
fait un processus assez soigné pour mettre les équipes ensemble. Mais c'est sûr
que ça demande l'option de sortir de ce contrat-là si on est... si on pense
qu'on est incapable de travailler en collaboration avec une entreprise de
construction.
M. Julien : Clairement. Donc...
Mme Parent (Lyne) : Il
faudrait que ça soit l'exception, bien sûr.
M. Julien : ...donc, votre
point que vous amenez ici, c'est pour pallier à la solution que vous souhaitez,
qui n'est pas celle, en fin de compte, qui est habituelle. Donc, on dit :
Le donneur d'ouvrage fait, en fin de compte, la triade, puis si on n'aime pas
la triade, on peut s'en sortir. Tandis que moi, je dis : Bien, ça serait
le fun que la triade s'entende déjà entre elles, que c'est... que c'est bien.
Mais je comprends bien que, par rapport au mode conventionnel, c'est un enjeu
pour les firmes d'architecture.
Mais on s'est déjà rencontrés, de mémoire,
et... mais les firmes d'architecture ne manquent pas d'ouvrage au Québec
actuellement, là, toutes choses étant égales par ailleurs, ou bien vous me
dites : Bien non, ce n'est pas si simple que ça, Jonatan?
Mme Parent (Lyne) : Non,
elles ne manquent pas... elles ne manquent pas de travail, mais on souhaite
qu'il y ait une saine concurrence, c'est-à-dire que quand je peux me qualifier,
j'ai le droit, je me lance puis j'y vais. Les projets sont motivants. Si on
voit un projet majeur passer... Il n'en passe pas tant par année, des projets
majeurs puis des projets complexes. Puis, en plus, c'est bien qu'il y ait une
saine concurrence puis une compétition, puis une émulation, parce que ça, ça
suscite l'innovation, la créativité, puis c'est ça... c'est ce que vous voulez,
aussi, dans les marchés publics.
Je peux peut-être laisser continuer...
M. Julien : Parfait. Donc, si
je récapitule l'enjeu que vous nommez, bien, vous êtes en faveur du mode
collaboratif qui donne plus d'efficience. Le plus tôt <possible...
M. Julien :
...que
vous nommez, bien, vous êtes en faveur du mode collaboratif qui donne plus
d'efficience. Le plus tôt >possible que les professionnels peuvent
participer à la planification des projets, le mieux... mieux ce sera, puis là
vous me dites : Bien là, on a un enjeu, nous, par rapport... S'il y avait
une préqualification, comment on pourrait préqualifier des firmes
d'architecture, des firmes de génie, après ça, des entrepreneurs généraux, puis
après ça, trouver un modèle où, oui, ils se choisissent, mais en même temps, on
favorise que le choix ne soit pas toujours la même triade pour assurer le
maintien de l'expertise des firmes d'architecture pour des projets d'envergure
et complexes?
Mme Lafontaine (Anne) : C'est
un bon résumé, oui.
Mme Parent
(Lyne)
: ...que ce processus-là existe ailleurs.
M. Julien : OK.
Mme Parent (Lyne) : On nous
en a parlé. Des représentants de la SQI nous ont dit que ça existait ailleurs,
comme processus.
M. Julien : Parfait. Donc, on
va le regarder attentivement. Je peux croire que ça existe, mais il faut aussi
garder... garder l'efficience par rapport à ça.
La capacité du marché, vous l'avez... vous
l'avez abordée aussi. La capacité régionalisée, est-ce que... est-ce qu'on vit
la même chose par rapport aux firmes d'architecture ou c'est... il y a plus de
plus de facilité de mobilité par rapport à la capacité régionalisée?
Mme Lafontaine (Anne) : Par
exemple, comme... l'exemple que je venais de nommer par rapport à trop de
projets en même temps et puis que ça hausse les coûts de construction, je pense
que c'est moins vrai pour les firmes d'architecture. Je pense que... La hausse
des coûts... en tout cas, la hausse du travail en architecture n'est pas
proportionnelle à la hausse des coûts de construction qu'on a connue depuis la
COVID, définitivement pas. Mais, en effet, je crois qu'il y a peut-être
beaucoup de projets qui ont été lancés en même temps depuis les dernières
années, puis ça a eu beaucoup d'incidences sur les coûts et le contrôle des
coûts, qu'on a été obligés de faire aussi.
M. Julien : Parfait. Alors,
il me reste deux, trois minutes maximum. Bien, en même temps, des firmes
d'architectes, des firmes de génie et, naturellement, les entrepreneurs
généraux... Dans le regard des firmes d'architectes, un mode collaboratif comme
celui qui est préconisé — puis on regarde après ça comment qu'on peut
sélectionner la triade — versus un mode traditionnel, dans la
perspective des firmes d'architecture, est-ce que ça entraîne, selon vous, plus
de risque de collusion qu'un mode traditionnel, moins de risque de collision
qu'un mode traditionnel ou, de manière assez indifférente, la collusion, c'est
quand le monde est malveillant, puis un ou l'autre, ça peut arriver?
Mme Parent (Lyne) : Je ne
pense pas... Je...
Mme Lafontaine (Anne) : Bien,
j'allais dire que ça dépend de comment le contrat est rédigé, définitivement.
C'est là qu'il faut mettre les efforts. Le mode conventionnel pourrait... On
pourrait dire que le mode conventionnel est moins propice à ça, mais ça dépend
encore si vous avez un contrat qui... tu sais, les objectifs, le contrat et la
manière que vous voulez l'implanter au Québec est bien monté. D'après moi, il y
aurait possibilité que ça soit aussi peu à risque qu'un mode conventionnel.
M. Julien : C'est à dire que
la... la collusion fait en sorte que des parties s'entendent pour défavoriser
le tiers, qui est le donneur d'ouvrage. Donc, s'il y a un encadrement, un appel
d'offres rigoureux, puis l'Autorité des marchés publics qui est là, de toute
façon, ça ne devrait pas changer grand... la perspective. C'est encore une
question d'encadrement puis de surveillance d'un mode à l'autre pour vous.
C'est ça?
Mme Parent (Lyne) : Oui, je
suis assez d'accord. Par contre, peut-être que j'ajouterais que c'est important
de trouver des mécanismes pour s'assurer que les professionnels conservent leur
indépendance. Parce que les professionnels sont des conseillers, conseillent le
propriétaire, conseillent le donneur d'ouvrage sur les meilleures solutions à
choisir, donc ils doivent pouvoir le faire sans pression indue de choisir...
M. Julien : Parfait.
Mme Parent (Lyne) : ...une
solution plus économique, par exemple...
M. Julien : Parfait.
Mme Parent (Lyne) : ...mais
moins durable.
M. Julien : Bien, un dernier point,
c'est-à-dire que j'ai quand même l'impression qu'à partir du moment où est-ce
qu'on a un consortium, triade génie, architectes, entrepreneurs généraux,
conjointement, mis dans un consortium à livre ouvert avec un donneur d'ouvrage,
ça commence à faire pas mal de monde, là, pour s'organiser pour faire un
système collusoire.
Mme Lafontaine (Anne) : C'est
vrai.
M. Julien : Parfait. Je vous
remercie.
Mme Lafontaine (Anne) : Du
moment que les... Encore une fois, c'est une question de contrat. Si les... le
contrat fait que cette transparence-là est vraiment mise en place, bien,
normalement, ça devrait se passer correctement.
M. Julien : Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci.
Je cède la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous deux. Merci pour votre mémoire et, surtout, des
propositions que... qui vont clairement et certainement aider à améliorer le
projet de loi. Je vais aller à la page 9 et vous parlez du... qu'à votre
avis, «les processus collaboratifs reposent... reposant sur le partage de
risques inscrit à l'intérieur d'un contrat unique et axé sur un coût cible,
doivent prévoir sans <équivoque...
M. Derraji :
...partage de risques inscrit à l'intérieur d'un contrat
unique et axé sur un coût cible, doivent prévoir sans >équivoque des
objectifs obligatoires de performance attendus pour l'ouvrage à concevoir et à
construire». Bon, c'est une demande très claire. Je pense que c'est la première
fois, corrigez-moi si je me trompe, les collègues qui suivent la commission
depuis le début, c'est quand même une demande très claire de votre part d'avoir
des objectifs de performance. Je sais qu'un peu plus tard, vous... vous expliquez
d'une manière concrète, mais je n'ai pas beaucoup de temps comme le ministre,
mais expliquez-nous : Si on veut mettre ces critères, lesquels? Et
pourquoi vous insistez sur les mettre dans la loi?
Mme Parent (Lyne) : ...
Mme Lafontaine (Anne) : Ton
micro, Lyne.
Mme Parent (Lyne) : Merci.
Parce que l'article dont il est question — je ne l'ai pas sous les
yeux, je m'excuse — mentionne l'importance...
M. Derraji : C'est la
page 9 de votre mémoire, c'est la page 9 de votre mémoire.
Mme Parent (Lyne) : Alors,
il mentionne l'importance... Voilà. Oui. Alors c'est l'article qui dit que pour
l'application de la présente loi, qu'il est important, là, qu'il y ait un
partage consensuel des risques, et selon le cas, des économies générées ou des
gains réalisés, et des pertes subies pendant la durée du contrat. Donc, on
prévoit que, dans le contrat, on partagera les risques, on partagera les
économies, les gains ou les pertes. Mais il n'y a rien qui est dit sur la
qualité attendue de l'ouvrage. Et pour nous, c'est essentiel de le mentionner.
Parce que si on prend une décision seulement en fonction que de faire des
économies, il nous manque un facteur important à considérer dans l'équation.
Quand on veut optimiser les coûts, il faut toujours le faire en fonction d'une
durabilité puis d'une qualité sur le long terme du bâtiment. Donc ça nous
semblait important de l'ajouter dans cet article-là.
• (18 heures) •
M. Derraji : C'est un
excellent point. Sérieux, je vous le dis, je dois vous avouer que je ne l'ai
pas vu. Ça fait que... Regardez l'importance des consultations. Et je tiens à
vous remercier. Je n'ai pas honte de le déclarer, je ne l'ai pas vu de même. Et
sérieux, merci de nous expliquer les objectifs obligatoires de performance.
Donc, selon vous, le fait de ne pas les mettre dans la loi... — c'est
juste pour le bénéfice de l'ensemble des collègues autour de la table — ne
pas les... ne pas mettre ça dans la loi, on laisse la porte à ce qu'au
détriment de la qualité, on risque d'avoir... de ne pas atteindre le résultat
escompté. On risque d'aller très vite, on risque d'avoir un coût qui... qui... le
coût statué ou entendu au début, mais ça... mais sur la qualité ou sur la
performance, bien, il risque d'avoir des risques.
Mme Parent (Lyne) : Bien,
oui, c'est important de déclarer tout de suite, dans la loi, que c'est comme ça
qu'on veut faire les ententes de partenariat, les contrats de partenariat.
Évidemment, ça pourrait se retrouver dans les contrats, dans les ententes, dans
les appels d'offres, dans le règlement, mais ça nous semblait tout à fait
pertinent et en phase avec la politique nationale d'architecture, d'aménagement
du territoire et de la stratégie, aussi, qui affirme, là, qu'on veut faire
des... des constructions, des ouvrages de qualité, durables, résilients. Donc,
ça nous semblait absolument pertinent que ce soit inscrit dans la loi,
puisqu'une loi, c'est... c'est là pour longtemps, c'est... c'est durable et
c'est rare qu'on la change. Alors, c'est important que ça soit inscrit.
M. Derraji : Ça, c'est
un bon point. Je vais aller à la synthèse des recommandations. Donc, à part les
objectifs obligatoires de performance qualitative à atteindre, ça, ça a été une
de vos propositions, il y a aussi... vous parlez... vous demandez qu'en... de
modifier l'article 1, alinéa deux, premier paragraphe du projet de loi
no 62, qui modifie l'article 3 de la loi pour qu'il offre
différentes options aux organismes publics et se lise ainsi. Donc, vous parlez
de «pendant le processus d'adjudication, après un processus initial de
qualification individuelle en prévision d'une entente de partenariat ou après
le processus d'adjudication à une équipe soumissionnaire».
Une voix : ...
M. Derraji : Pardon?
C'est bon?
Une voix : ...
M. Derraji : Pouvez-vous
juste clarifier?
Mme Parent
(Lyne) :
Oui, avec... avec plaisir. C'est ce dont on parlait tout
à l'heure, avec... avec le ministre, c'est-à-dire de laisser la possibilité aux
donneurs d'ouvrage, aux organismes publics de faire un appel pour une équipe
complète ou de faire un appel de préqualification et que l'équipe soit
constituée après pour ne pas fermer l'accès aux marchés dans certains types de
projets, puisque dans certains types de marchés, il y a plus d'entreprises de
construction que d'entreprises en architecture. Donc, on ne veut pas... Si on
fait un appel d'offres pour une équipe complète, bien, il y a des architectes
qui ne trouveront pas d'autres joueurs dans leur équipe. Alors, ils ne pourront
pas faire une offre de services.
M. Derraji : OK. Je ne vais
pas vous mettre des mots...
Mme Parent (Lyne) : ...
la concurrence.
M. Derraji : Je ne vais pas
vous mettre des mots dans la bouche, mais...
18 h (version révisée)
M. Derraji : ...je ne veux pas
vous mettre des mots...
Mme Parent (Lyne) : Et
préserver une saine concurrence.
M. Derraji : Je ne veux pas
vous mettre des mots dans la bouche, mais votre crainte... est-ce que votre
crainte, elle est que... c'est le fait de ne pas avoir des architectes en
pratique privée autour de la table?
Mme Parent (Lyne) : Bien, il
doit y avoir des architectes, normalement, dans les projets. Quand on parle de
conception, si on est dans des projets de bâtiments, on n'est pas inquiets, il
doit y avoir des architectes. C'est prévu à la Loi sur les architectes. Par
contre, si on demande des équipes complètes dès la première étape de l'appel d'offres,
on risque de fermer la porte à certaines firmes qui ont les compétences et les
expériences pour se qualifier, mais qui ne trouveront pas de joueur pour faire
équipe avec eux.
M. Derraji : OK. Donc,
vous...
Mme Parent (Lyne) : Donc, c'est
tout simplement pour assurer une saine concurrence.
M. Derraji : Oui. Vous
précisez dans tel cas l'architecte doit être là. Pas mal de groupes ont parlé
qu'autour de la table on doit avoir aussi les sous-traitants. Est-ce que...
quelque chose que vous voyez d'un bon œil?
Mme Lafontaine (Anne) : Bien,
de mon côté, je ne suis pas certaine de penser que c'est nécessairement en
valeur ajoutée que les sous-traitants seraient là pendant la conception du
projet ou le développement du projet. Il me semble que ça pourrait peut-être
rajouter une lourdeur. Généralement, un entrepreneur général a quand même déjà
une... pourrait assurer une bonne présence sur qu'est-ce que... qu'est-ce
que... pourrait avoir une voix par rapport aux sous-traitants, et j'ai l'impression
aussi que ça pourrait avoir une incidence sur les coûts dans ce contrat-là et
les faire hausser pour la période qui est... qui est préalable à la
construction du projet. Donc, je ne suis pas certaine que c'est nécessairement
un avantage.
M. Derraji : OK, mais vous
répondez quoi aux groupes qui disaient qu'un entrepreneur général qui fait
affaire avec pas mal de sous-traitants, à hauteur de 50 % ou 60 %,
40 %, ces gens ne sont pas impliqués de l'étape de... dans l'étape de la
planification, je parle planification, vraiment, au départ, et que, par la
suite, c'est là où les problèmes arrivent, c'est que, parce qu'ils ne sont pas
autour de la table, impliqués au début... au début, en amont, et c'est là où on
risque d'avoir des surprises par la suite. Donc, peu importe la place des
sous-traitants avec l'entrepreneur général, qu'il détienne, 10 % ou 30 %,
ou 40 %, ou 60 %, vous, vous nous disiez aujourd'hui que ce n'est pas
nécessaire.
Mme Lafontaine (Anne) : Bien,
c'est... il faudrait... Oui, vas-y, Lyne.
Mme Parent (Lyne) : Dans
certains cas, ce l'est peut-être, mais, à ce moment-là, je pense qu'on pourrait
s'appuyer sur l'expertise des entreprises de construction pour décider à quel
moment c'est pertinent. C'est peut-être moins dans notre expertise à nous, là,
de décider à quel moment ils devraient être autour de la table, mais il faut
certainement se questionner. Plus il y a de joueurs autour de la table, là,
pendant toutes les phases du projet, si on veut devenir plus agiles, peut-être
que, là, ça va ajouter une lourdeur, là, ça va ajouter beaucoup de... beaucoup
de parties au contrat puis ça va devenir un contrat de plus en plus complexe.
Donc, il y a quand même cette préoccupation-là que nous avons.
M. Derraji : OK, bon, je
comprends... je comprends votre logique, mais on parle de contrats de
collaboration. Donc, s'il y a, autour de la table, l'ensemble des joueurs,
normalement, ça devrait aller, que ce soit via l'entrepreneur général ou les
partenaires avec qui ils travaillent. Il y a un point qui a été soulevé tout à
l'heure par M. le ministre en parlant de collusion. Vous avez vu quelques
groupes et quelques personnes qui parlaient de risque de collusion. Pensez-vous
que ce changement au niveau de l'avis d'intention risque de ramener sur la
table un risque de collusion?
Mme Parent (Lyne) : Est-ce
que vous parlez du changement pour l'article 13, là, qui permet de donner des
mandats de gré à gré? Est-ce que c'est de ça dont vous parlez?
M. Derraji : Oui, absolument,
c'est par rapport à l'article 13.
Mme Parent (Lyne) : Bien, on
partage beaucoup les opinions qui ont été données au cours de la commission. C'est-à-dire
que, s'il n'y a pas de soumissionnaire, c'est peut-être parce qu'il y avait un
problème avec les documents d'appels d'offres. On voit... on le voit souvent,
là, si le projet, les documents d'appels d'offres n'ont pas intéressé le
soumissionnaire, il faut se poser la question pourquoi, et effectivement le
fait de donner des contrats de gré à gré, c'est probablement... ça devrait être
exceptionnel, à notre avis.
M. Derraji : Donc, je vais
résumer. Ça veut dire que, s'il n'y a pas de répondant aux appels d'offres, le
problème, c'est vraiment dans l'appel d'offres. Donc, il ne faut pas aller
directement au gré à gré, si j'ai bien compris ce que vous venez de dire.
Mme Parent (Lyne) : Bien,
écoutez, peut-être que, dans un... dans un marché effervescent, il n'y a pas
d'entreprise qui est capable de répondre à l'appel d'offres, mais c'est plutôt
rare. Moi, je pense que, s'il n'y a pas de soumissionnaire, c'est souvent parce
qu'il y a une problématique avec l'appel d'offres, puis, souvent, de toute
façon, les donneurs d'ouvrage le voient avec le nombre de questions qu'ils
reçoivent aussi en cours... en cours d'appel d'offres. Donc, je pense qu'il
faut se préoccuper de faire de bons documents d'appel d'offres, puis là on l'a
dit, hein, tous les intervenants le disent, la phase de planification puis
d'avant-projet, soigner cette phase-là, une bonne définition de besoins, des
bons documents d'appels d'offres, une bonne... c'est essentiel pour avoir une
bonne collaboration <dans les projets...
Mme Parent (Lyne) :
...c'est
essentiel pour avoir une bonne collaboration >dans les projets.
M. Derraji : Non, mais je
pense que vous... la plupart des groupes insistent depuis le début sur l'étape
de la planification. Vous avez raison. Donc, appel d'offres, avant d'aller au
gré à gré et pour éviter tout risque de collusion, il faut absolument se poser
la question suivante : Est-ce que, vraiment, le problème, c'est l'appel
d'offres ou bien il n'y a pas d'intérêt par rapport à l'appel d'offres? Est-ce
que c'est ça, votre conclusion?
Mme Parent (Lyne) : Oui, en
effet.
M. Derraji : OK. Bien, merci
beaucoup. Merci pour votre passage, très apprécié.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, cher collègue. Et je cède, avant de terminer, la parole à la députée de
Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci. J'ai
combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Simard) : Vous
avez 5 min 36 s...
Mme Zaga Mendez : Ah! on a du
temps.
Le Président (M. Simard) : ...le
temps du Parti québécois ayant été réparti équitablement.
Mme Zaga Mendez : Super!
Merci beaucoup. Merci beaucoup à nos présentatrices. J'ai beaucoup aimé
également le passage sur les objectifs de performance afin de ne pas sacrifier
la qualité en ayant à la fois des objectifs de réalisation et de coût. Je
voulais aussi vous entendre un peu plus sur, excusez-moi, le droit de retrait.
Vous avez parlé de ça un peu rapidement, puis c'est aussi dans votre mémoire,
d'avoir le droit de se retirer au cours du processus. Est-ce que vous pouvez
nous donner des exemples dans les cas où ceci serait nécessaire?
• (18 h 10) •
Mme Parent (Lyne) : Oui,
c'est un peu ce qu'on expliquait tout à l'heure, c'est dans le cas où une
équipe, elle n'est... elle n'est pas formée par les joueurs, mais bien par le
donneur d'ouvrage public, qui dit : Bon, bien, vous avez fait un appel de
préqualification, vous êtes qualifié, maintenant, j'ai un processus pour
décider qui on va mettre en équipe pour signer un contrat de partenariat, bien,
si une firme, dans cette équipe-là, dit : Moi, je ne suis pas capable, je
n'ai pas senti que j'étais en confiance pour travailler avec tel partenaire,
bien, de conserver cette option de se retirer du contrat parce que, souvent,
quand on offre nos services dans le cadre d'un appel d'offres, c'est qu'on
s'engage à signer le contrat par la suite. Donc, dans un cas comme celui-là,
donc, ça prendrait une exception puis une clause d'«opting out», autrement dit,
une option de sortie.
Mme Zaga Mendez : Je
comprends. Est-ce qu'en termes de partage d'information, si cette clause-là est
appliquée... est-ce que vous voyez des risques? Il me semble, vous avez fait un
peu de travail de conseil ou de planification. Comment vous voyez le partage
d'information avec les donneurs d'ouvrage si cette clause-là s'applique?
Mme Parent (Lyne) : Je pense
que ce serait une clause qui s'appliquerait très rapidement dans le processus,
là, au moment où on est en train de sélectionner l'équipe et avant qu'il y ait
des discussions, là, sur le partage comme tel puis qu'est-ce qu'on va mettre
dans le contrat.
Mme Zaga Mendez : Merci. Puis
peut-être juste pour aller plus loin, est-ce qu'il y a des critères? Parce que
vous avez dit de voir si... Dans la gouvernance ou les relations avec les
autres acteurs, dans le cadre où c'est les donneurs d'ouvrage qui forment
l'équipe, est-ce que vous sentez qu'il y a certains critères qu'il faudrait
baliser si cette clause-là a lieu?
Mme Parent (Lyne) : Bien,
certainement que ça prendrait des critères d'évaluation et de pondération pour
que le donneur d'ouvrage prenne une décision sur la meilleure équipe, et ça
prendrait un comité de sélection, comme on fait dans les appels d'offres
publics, de toute façon, qualitatif parce que c'est un appel qualitatif. Donc,
ça prendrait un comité de sélection pour décider de qui forme la meilleure
équipe.
Mme Zaga Mendez : Merci. Peut-être,
rapidement, pour revenir sur les objectifs de performance, vous étiez
superclairs, la façon d'y réfléchir. Je comprends que c'est de bien définir
l'objectif du projet. Quel autre critère de performance, selon vous, on
pourrait... on pourrait ajouter? Je pense, entre autres, à des objectifs de
développement durable. Est-ce que c'est là qu'on viendrait encadrer ce type de
critère?
Mme Lafontaine (Anne) : C'est
un excellent exemple. Pour nous, vraiment, tous les critères de performance
d'un bâtiment, là, devraient être établis au préalable pour que les acteurs
dans n'importe quel type de contrat de collaboration soient... connaissent les
objectifs avant même... puis qu'ils ne soient pas négociés ou amoindris pendant
la phase du projet. Donc, on veut avoir... On veut livrer des ouvrages de
qualité, puis c'est comme ça... c'est comme ça qu'on peut les intégrer. Les
objectifs de développement durable... Il y a déjà beaucoup de critères de
qualité qui sont intégrés dans des processus de développement durable comme les
certifications LEED et ces choses-là. Donc, c'est évident que c'est un des
items qui pourrait être ajouté comme critère de performance au préalable.
Mme Zaga Mendez : Merci. Je
prends le temps?
Le Président (M. Simard) : ...
Mme Zaga Mendez : 1 min 30 s.
Dans les constructions, vu qu'on est là-dessus, puis dans le bâtiment, est-ce
que, même, on pourrait avoir des critères de durabilité des matériaux? Je sais
que, des fois, c'est un enjeu, là, pour diversifier les matériaux de <construction
dans le...
Mme Zaga Mendez :
...que,
des fois c'est un enjeu, là, pour diversifier les matériaux de >construction
dans le... dans le domaine public, là, dans les façons qu'on va... faire une
école, un hôpital, etc. Est-ce qu'on pourrait aller aussi loin que mettre la
durabilité des matériaux?
Mme Lafontaine (Anne) : Bien,
il y a souvent déjà ces critères-là dans... dans les appels d'offres, mais on
pense que c'est d'autant plus important de réappliquer ces critères-là dans un
contrat en mode collaboratif pour qu'encore une fois tous les acteurs soient au
courant de leurs objectifs de... pour livrer un bâtiment qui respecte ces
critères-là et que ces critères-là ne soient pas changés en cours de route pour
amoindrir la qualité juste au profit des coûts.
Mme Zaga Mendez : Bien, je
vous remercie pour vos réponses.
Le Président (M. Simard) : Alors,
Mme Parent, Mme Lafontaine, merci beaucoup d'avoir contribué à nos
travaux en étant présentes avec nous cet après-midi. Au plaisir de vous
recevoir parmi nous sous peu.
Sur ce, nous allons suspendre nos travaux
et nous serons de retour à 19 h 30. À bientôt.
(Suspension de la séance à 18 h 14)
19 h (version révisée)
(Reprise à 19 h 30)
Le Président (M. Simard) : Alors,
oui, chers collègues, là, c'est très vrai, nous sommes en ondes. Nous avons
quorum. Nous pouvons reprendre nos travaux.
Comme vous le savez, nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi 62,
Loi visant principalement à diversifier les stratégies d'acquisition des
organismes publics et à leur offrir davantage d'agilité dans la réalisation de
leurs projets d'infrastructure.
Alors, Mme Zhouri, soyez la bienvenue
parmi nous. Vous êtes notre première invitée ce soir. Et pour le bénéfice de
nos auditeurs, auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il vous plaît, de vous
présenter en vos titres et fonctions?
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
merci beaucoup pour l'aimable invitation. Je suis particulièrement excitée d'être
parmi vous ce soir sur ce projet qui est un projet très porteur. Dans la vie de
tous les jours, moi, je suis associée directrice chez HammerSmith Consulting Group.
C'est une boutique en gestion de risques, projets majeurs. J'ai une carrière de
23 ans dans... dans les «Big Four», les trois «Big Four» pour ne pas les
nommer. Mes champs d'expertise sont principalement en gestion des risques,
gestion de projets majeurs et les projets qui ont une portée de conformité mais
qui ont des... des impacts d'implantation multidimensionnels. Je suis certifiée
PMP, donc tout ce qui est gestion de projets, je suis certifiée en gestion de
projets, en gestion des risques de projets, en sécurité de l'information et
aussi, il y a quelques années, sur la loi... lutte au blanchiment d'argent et
financement d'activités terroristes.
Le Président (M. Simard) : ...bienvenue.
Mme Zhouri (Mariama) : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Simard) : Vous
disposez de 10 minutes afin de faire votre présentation.
Mme Zhouri (Mariama) : Merci
beaucoup. Bien, écoutez, comme je l'ai dit, c'est avec beaucoup d'intérêt que
nous avons reçu l'invitation pour suivre un peu la réflexion avec le
gouvernement sur ce projet porteur et très important, parce que le secteur d'infrastructure...
à la fois ça portait sur les citoyens et immédiat... tout le monde prend les
routes, va à l'hôpital et... et conduit... et aussi son impact financier sur le
budget gouvernemental. Donc, c'est la continuité des discussions qu'on avait
amorcées il y a quelques... déjà quelques années, mais je pense qu'il était
temps de... d'accélérer le processus.
Et donc, dans cette perspective-là, je ne
voudrais pas revenir sur les faits saillants, parce que, je pense, la
commission a eu assez de présentations sur les grands chantiers de cette loi.
Je voudrais, en fait, aller au fond de notre mémoire... mémoire de
recommandations, et de partage de réflexions, et de meilleures pratiques que
nous, dans notre... HammerSmith, nous, dans notre pratique d'affaires, on voit
l'impact de ces mesures-là et comment elles peuvent faire atterrir, justement,
la portée de cette loi de façon pragmatique, efficace et ramener des résultats,
tels qu'exprimés, souhaités dans cette loi, agiles, efficaces et simples.
Et donc je commencerai à la page 6
sur les points de vigilance. Et donc, encore là, ces points de vigilance se
veulent attirer votre attention sur un peu les angles morts qui ont rapport à
certains contextes. Mais je voudrais saisir cette opportunité d'avoir votre
attention pour dire que, généralement, lorsqu'on est dans des envergures de...
de ce genre de... de projets majeurs et qu'on est en train de... d'écrire une
loi, ce qu'on avait, de façon pratique, vécu sur les lois précédentes dans les
autres secteurs, principalement le secteur financier, où j'ai beaucoup opéré,
et le secteur manufacturier, c'est qu'il faut avoir un cadre de gouvernance
cohérent. Et ce cadre de... de gouvernance, en fait, il structure tout le puzzle
à l'intérieur duquel les différentes dispositions de la loi... ça veut dire des
politiques, la mise à jour de directives, des processus qu'on souhaite...
19 h 30 (version révisée)
Mme Zhouri (Mariama) : ...disposition
de la loi. Ça veut dire des politiques, la mise à jour de directives, des
processus qu'on souhaite simples, accélérés, mais tout de même structurés, qui
permettent une certaine reddition de comptes et suivi un peu des dossiers et
des initiatives majeures, notamment dans l'infrastructure. Et donc ça fait
référence au bloc de recommandations n° 1.
Le deuxième bloc de recommandations, il
est vraiment par rapport à toute la préparation, en fait, de l'atterrissage de
la loi, dans le sens... Puis on en a eu quelques échanges avec M. Jonatan
Julien là-dessus, c'est qu'en fait il y a plusieurs parties prenantes autour de
la table dans ce secteur-là, et, au niveau de la préparation, on se propose, si
ce n'est pas déjà existant à l'AMP, d'avoir une banque de... une banque, en
fait, de ces partenaires, qu'on va relayer dans le bloc 3 de recommandations, d'avoir
une certaine préqualification, en fait, parce que, lorsqu'on veut être agiles,
rapides et simples, bien, il faudrait que l'information soit disponible, et la
meilleure façon d'avoir cette information disponible sur nos partenaires, c'est
que ce soit répertorié quelque part de façon centralisée, à jour, et que la
mise à jour soit, en fait, faite de façon déclenchée.
Ça veut dire qu'un partenaire, il pourrait
postuler sur plusieurs offres... appels d'offres. Il n'a pas besoin de produire
la même information quatre, cinq fois. Ça peut être centralisé dans la base de
données et que, seulement lorsqu'il y a un changement majeur à sa situation, qu'elle
soit financière ou en termes de ressources... pardon, en termes de ressources
ou sa situation juridique, qu'il y a une mise à jour de cette base de données.
Et donc retenez, avec moi, un processus de préqualification des partenaires,
mais aussi une base de données, qu'ils sont tous encore cadrés par ce qu'on
appelle en anglais un «framework», mais un cadre de gouvernance de gestion de
projets majeurs.
J'arrive où... en fait, le fond du sujet,
qui est l'approche collaborative... collaborative que le... en fait, que ramène
ce projet de loi de façon importante pour un peu changer... de dire «un partenariat»,
et ce qu'on aime beaucoup... En tout cas, moi, personnellement, et dans l'analyse
que mon équipe a faite par rapport à cette approche, beaucoup, dans le système
financier, on parle de KYC, «know your client», connaître son client, en
cybersécurité, on dit «know your enemy», connaître son ennemi, mais, je pense,
dans le contexte d'infrastructures, c'est «know your partner», connaître ses
partenaires. Et donc je fais référence justement à cette base de données, à
cette préqualification et de pouvoir qualifier ces partenaires-là sur la base
de leur fiabilité financière, leur géographie, la portée des projets qu'ils
proposent.
Mais je vous rappelle qu'aussi, dans mon
cursus, la gestion de risque est très affectueuse, et dans le sens que cet
exercice au complet devrait être articulé sur la base d'un esprit de gestion de
risque. Donc, ces partenaires-là... On pourrait même pousser la réflexion d'avoir
une cote de risque dans cette base de données et que, lorsqu'on se prévaloit à
certains appels d'offres, alors il y a certains joueurs qui sont déjà
préqualifiés, si on veut dire, justement, par rapport à cette cote de risque
qui pourrait être étayée en termes de critères, comme je l'ai dit, selon les
critères qui pourraient être définis ultérieurement, mais majoritairement sur
leur posture, leur fiabilité à livrer des projets, leur assise financière, parce
qu'aussi, lorsqu'on parle de partenaires, le projet de loi, il étaye un peu
est-ce que c'est en mode délégation, puis, pour moi, c'est de l'«outsourcing»,
puis, quand il y a l'«outsourcing», ce n'est vraiment pas des partenaires à
partage de risque. On délègue le risque à ces entités-là, mais, quand on est en
relation de partenariat, il faut se connaître assez pour accepter le risque de
part et d'autre puis pouvoir suivre les risques qui nous incombent, parce qu'il
y a la notion, en gestion de risque, de la propriété, qui est propriétaire du
risque, et ce propriétaire du risque doit avoir en mesure... doit avoir les
mesures pour pouvoir le mitiger et le suivre.
Et un quatrième sujet qui est l'alignement
un peu des pratiques de gestion d'affaires en termes de livraison de projets. Vous
l'aurez compris, chers députés, que les projets d'envergure d'infrastructure,
ils se font déjà sur les trois paliers gouvernementaux, mais aussi, autour de
la table, plusieurs entrepreneurs qui n'ont pas la même maturité par rapport à
la gestion de risque... de projets. Disons que le secteur privé, il a une
certaine maturité en termes de la mise en place des meilleures pratiques de
gestion de projets majeurs. Et donc il y a... Nous avons constaté un décalage
entre les pratiques d'affaires, et de là qu'on <recommande que... qu'il y
ait un alignement...
Mme Zhouri (Mariama) :
...un
décalage entre les pratiques d'affaires et de là qu'on >recommande
que... qu'il y ait un alignement un peu de ces pratiques pour qu'on puisse
travailler de la même façon.
Le meilleur exemple à ça, c'est que, par
exemple, le gouvernement fédéral, il a une politique transversale de gestion de
projets. Au Québec, on n'en a pas encore une. Je peux comprendre qu'une fois la
directive au niveau infrastructures va être mise à jour... mais encore, pour
moi, elle a une portée sectorielle, alors que, généralement, pour harmoniser la
pratique de gestion de projets à l'ensemble... Parce que, généralement, le
secteur d'infrastructures, il ne livre pas ses initiatives. Il a besoin des
finances. Il a besoin de partenaires en transformation, des fois, technologique.
Il a besoin de d'autres partenaires du portefeuille gouvernemental pour livrer
ces projets-là.
Je pense qu'une politique transversale
dans l'ensemble des portefeuilles du gouvernement pourrait être un facteur
accélérateur, mais surtout un levier d'économie majeur, puisqu'on permettrait
une certaine... On va casser les silos. Il y aurait les... aller chercher des
synergies possibles entre les différents portefeuilles et réduire... que dirais-je,
réduire les disparités entre les niveaux de compréhension de livraison, de
maturité des équipes à livrer les projets.
• (19 h 40) •
Un sujet, et je suis à la page 8, simplifier,
expliquer, responsabiliser les processus... Il n'y a pas mal de processus qui
ont été nommés dans cette loi, je ne ferai pas l'inventaire, mais, notamment,
le processus d'octroi gré à gré, qu'on voit d'un bon œil, sauf que le risque ou,
en tout cas, l'apparence de risques là-dedans, c'est que ça a été critiqué par
le passé, pendant le COVID. Et donc, de façon à protéger à la fois l'image du
gouvernement, mais aussi le public... de structurer ce processus-là, même qu'il
soit de gré à gré, d'avoir un minimum de structures et de critères qui
permettraient de cadrer l'octroi, justement, parce que, pour les gens qui ont
fait un peu de finances, on peut très bien octroyer plusieurs mandats de gré à
gré en bas du seuil. Le cumul peut faire un montant important.
Et donc, dans ce sens-là, on dit que, ces
processus-là, on voudrait les simplifier, qu'il y ait une imputabilité, mais
des rôles très clairs, parce qu'encore, pour chaque processus, il faut qu'on
soit très clairs, c'est qui est le propriétaire de ce processus-là, les
mécanismes de communication, encore là, la disponibilité de l'information, sa
pertinence au moment où on veut simplifier l'information.
Écoute, j'étais rendue là. Je sauterais à
la page... à la page 9, avec mon... ma dernière recommandation, avec laquelle
j'aurais aimé commencer, qui est avoir un bureau de projet pour le secteur
infrastructures. Toute organisation qui gère des projets d'envergure se doit
d'avoir un bureau de projet central qui arrime les façons de faire, qui... qui
donne le ton et les meilleures pratiques pour pouvoir livrer des projets sur
lesquels on pourrait réaliser certaines synergies, certaines économies, qui
pourraient servir d'un levier... comme levier à l'autre, et c'est avec ça,
donc, un bureau de projet digital pour l'infrastructure, dans un premier temps,
qui, éventuellement, pourrait être un bureau de projet transversal au
gouvernement.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, Mme Zhouri. Et nous passons donc à la période d'échange. M. le
ministre responsable des Infrastructures, à vous la parole.
M. Julien : Oui, merci
beaucoup. Merci beaucoup pour le document et la présentation. Pour moi, c'est
un document qui va... qui vient concrétiser... qui vient exprimer de manière
concrète des éléments... Pour moi, le cadre, c'est la stratégie. La loi, les
directives, les règlements, c'est le volet réglementaire et légal qui nous
permet d'atteindre la stratégie. Puis là on descend encore un peu plus... un
peu plus bas dans des... je dirais, dans des saines pratiques et des
recommandations qui sont assez appliquées. Alors, je vous remercie, puis on va
les regarder attentivement. Je pense qu'il y en a plusieurs que...
Par exemple, pour moi, le bureau de projet
où il y a de l'expertise centralisée, bon, bien, je reviens toujours avec la Société
québécoise des infrastructures, qui était anciennement... anciennement la Société
immobilière du Québec, qui, par fusion, en 2012, avec Infrastructure Québec...
qui était la boîte d'expertise, est devenue la... bon, puis il y a 350
professionnels, architectes et ingénieurs, qui sont là et qui... qui sont un
noyau assez fondamental d'expertise. Donc, pour moi, c'est peut-être le modèle
qu'on a comme bureau de projet, bien que ce n'est pas exactement la même
définition, mais où l'expertise est <centralisée pour pouvoir aider...
M. Julien :
...bien
que ce n'est pas exactement la même définition, mais où l'expertise est >centralisée
pour pouvoir aider tout le monde.
Et, si on se relève d'un pas... Parce que,
comme je vous dis, quand vous nous présentez ça, bien, je trouve qu'il y a
plein de pistes opérationnelles et des pièges à éviter que je pense qu'on
couvre quand... quand on va l'opérationnaliser, mais c'est... mais c'est bien
de s'en souvenir et de se le rappeler. C'est bien structuré, mais, si on
s'élève d'un pas... vous entendre sur le caractère adéquat des modes
collaboratifs dans une perspective de gestion de projets d'infrastructures
publiques avec certaines allusions qu'on a peu attendues, mais une fois est
trop...
Alors, je veux vous entendre sur... oui,
mais ça favorise ces modes collaboratifs où on vient asseoir les
professionnels, les entrepreneurs, les parties prenantes, le donneur d'ouvrage.
Par un appel d'offres public, on qualifie ces gens-là, puis là on travaille
ensemble à amener un projet à terme en bénéficiant des compétences et de
l'expertise dès la planification. En quoi cette approche-là, selon vous,
favoriserait plus la pratique collusoire qu'une pratique d'appels d'offres
traditionnels, au plus bas soumissionnaire? Moi, je... moi, je pense que ce
n'est pas le cas, mais vous connaissez bien ça. Est-ce que... C'est quoi, votre
estimation par rapport à ça?
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
c'est une bonne question. D'abord, je vous remercie pour votre commentaire par
rapport à la qualité du document. Je pense, ça fait écho à un échange qu'on a
eu il y a plusieurs mois, de dire : Bien, c'est ça qui est ça, mais j'ai
besoin de solutions concrètes pour le faire atterrir.
Et donc, pour revenir à votre question, je
pense que c'est plus une façon de gérer le risque qu'il y ait une apparence de
collusion ou des problèmes de transparence que l'éventualité d'en avoir. Moi,
je pense à un exercice, comme je l'ai signifié tout à l'heure, KYP, «know you partner».
C'est un des éléments clés qui a fait ses preuves dans plusieurs autres
industries, que cette connaissance, cette proximité documentée et ces
préqualifications... Puis le mot que j'utiliserais dans ce sens-là, c'est revue
diligente, c'est d'exercer une certaine revue diligente, documentée, disponible
sur des plateformes digitales, parce qu'aussi, des fois, les contraintes
physiques pourraient être un enjeu, mais, moi, ça me rassure d'avoir un espace
collaboratif où les parties prenantes sont autour de la table.
Les conditions gagnantes pour qu'ils
soient autour de la table, il faut que ce soit clair, en mode préqualification.
Il faut que chacun autour de la table sache son rôle et responsabilité, mais
aussi ce qui revient souvent, c'est au niveau de la gestion de risque, quel
risque moi, j'ai comme entrepreneur à être autour de la table puis comment je
le mitige, ou c'est : Moi, bien, on me pitche ça dans ma cour, puis je
dois vivre avec, puis c'est moi qui assume les conséquences. Je pense, la
notion de gestion de risque là-dedans prend toute son importance dans la
considération.
M. Julien : C'est ça, puis je
veux vous amener... Bien, parce que, pendant que vous parliez, ces deux
éléments, j'avais mis des petits astérisques. Bon, la préqualification, je ne
suis pas contre, mais je vois toujours des aspects dans la préqualification... Ça
dépend toujours quand est-ce que... quand est-ce qu'on le fait et quand est-ce
qu'on doit la mettre à jour. Pour vous, une préqualification c'est-tu d'avoir
une banque de préqualifiée, mais là ça m'obligerait continuellement à m'assurer
que ces qualifications-là sont toujours pertinentes, ou de préqualifier,
momentanément, contrat d'envergure et complexe qu'on veut faire en RPI le plus
tôt possible? J'essaie juste de voir... C'est-tu de former une banque ou c'est
d'être quand même à la pièce... parce que ces pièces-là sont assez... vont être
assez rares. Je veux dire, on n'en aura pas... on n'en aura pas 13 à la
douzaine, là.
Mme Zhouri (Mariama) : OK,
mais c'est une bonne question, et la perspective que je vois à cet exercice-là,
c'est d'abord une phase 1, de préparation, et de peupler cette base de données,
et de la préparer, mais surtout de la penser dans un esprit de qualification, qui
sont les leaders, qui sont les moyens, qui sont les plus bas.
Puis j'avais poussé un peu la proposition
à avoir même une cote de risque comme on a une cote de crédit ou une cote de
fiabilité, d'avoir une cote de risque déjà associée, sur des bases que le
gouvernement aurait décidées, notamment la fiabilité financière, la qualité de
l'ouvrage une fois livré, les ressources, parce que, souvent... qui pourrait
arriver, et là, encore là, je ne suis pas la spécialiste d'infrastructures,
mais on promet, promet, et, finalement, ce qu'on livre, parce qu'on manque de
ressources qualifiées, ce n'est pas ça, ou, dans l'autre sens, ce qu'on dit
souvent, c'est que, lorsqu'il y a un appel d'offres, bien, c'est deux, trois
«bullets», puis ce n'est pas très clair, le «scope», puis, une fois qu'on
commence la phase 1, bien, on se rend compte que... est pas mal plus que ça, et
le risque là-dedans incombe toujours à l'entrepreneur.
Donc, pour moi, il y a une phase 1, de
monter cette base de données et de la peupler sur cette base, justement, de
gestion de risque pour le donneur d'ouvrage, mais aussi pour l'écosystème
d'infrastructure, et, ponctuellement, lorsqu'il y a des projets majeurs, il y a
une mise à jour quand il y a changement, et on appelle ça, dans le jargon, un
«trigger» qui ferait que quelqu'un, sa cote de risque <changerait, soit
qu'il a changé d'emploi...
Mme Zhouri (Mariama) :
...un
«trigger» qui ferait que quelqu'un, sa cote de risque >changerait, soit
qu'il a changé d'emploi, ses revenus ont changé, il a quitté ses fonctions.
Donc, il y a cette logique un peu de
préqualification en jour 1, de monter la base de données sur des bases très...
des critères bien précis puis pouvoir déterminer les déclencheurs qui feraient
qu'on les met à jour, puis le déclencheur pourrait être justement l'appel
d'offres ou pourrait être éventuellement... puis il y aurait un niveau de
responsabilité que je verrais là-dedans de la part du contractant, que, s'il y
a un changement dans sa posture financière ou de livraison, bien, qu'il va dans
la base de données puis qu'il met à jour l'information.
M. Julien : C'est bien. C'est
sûr qu'après ça, quand nous, on le réfléchit intellectuellement puis qu'on
s'interroge comment ça va procéder, il y a beaucoup, beaucoup d'informations
qui vont être à l'intérieur du... de la documentation d'appels d'offres où ça
va être très névralgique puisqu'on va vouloir qualifier... Alors, peut-être une
préqualification, ce serait plausible sur certains aspects, mais la notion de
partage de risque, des attendus entre les partenaires et le donneur d'ouvrage,
ça va être bâti beaucoup dans le processus d'appel d'offres, dans cette
documentation-là, pour éviter...
On veut donner la même information à tous
ceux qui voudraient être tentés par l'exercice, et chaque projet étant assez
spécifique, complexe et non nécessairement reproductible, je pense que c'est la
documentation... l'effort doit être mis à l'intérieur de ce document-là. Alors,
comme vous dites, bien, l'appétit au risque ou le partage de risque, moi, je
vois difficilement comment qu'il peut être, a priori, de la nature du projet
spécifique qui, lui, va amener cette réflexion-là puis de dire : Bien,
voici comment on voit ce partage de risque là, qui ne serait pas la même chose
dans le projet BC que le A, puis c'est là qu'on va le définir.
• (19 h 50) •
Mme Zhouri (Mariama) : Vous
avez la bonne analyse. Justement, c'est comme un processus de qualification aux
crédits. A priori, on te préqualifie pour un crédit entre tel montant et tel
montant. Maintenant, quand tu vas vouloir acheter la maison qui coûte
450 000 $, l'analyse va être plus étoffée et va être contextuelle au
projet, dans le cas où on parle, contextuel à l'appel d'offres en particulier,
à ses attributs ou à son envergure et ses particularités, mais qui... à un
premier temps de préqualification qui permet d'accélérer le processus, parce qu'on
l'a vécu sur plusieurs dossiers, c'est que, lorsqu'il arrive le temps de lancer
les appels d'offres, bien, généralement, c'est les mêmes documents de base.
Maintenant, la particularité de l'offre, elle est différente, mais les
documents de base... Et là je fais, en fait, réponse à cette agilité qu'on veut
avoir dans le processus, cette simplicité, mais cette rapidité d'agir pourrait
être adressée par cette préqualification puis cette base de données qui devrait
être tenue à jour.
M. Julien : Souvent, on a entendu
aussi des commentaires, de dire : Bien, si ça fait... si ça fait l'affaire
de l'industrie, est-ce que c'est au détriment du donneur... du donneur
d'ouvrage, et, a contrario, si ça fait l'affaire du donneur d'ouvrage, est-ce
que c'est... a contrario, c'est aux dépens de l'industrie? Puis moi, je dis :
Non, non, je crois que c'est une approche vraiment gagnant-gagnant, puis pour
deux motifs. C'est-à-dire que, comme donneur d'ouvrage, je vais pouvoir
bénéficier de l'expertise, des compétences, des connaissances, l'expérience et
la valeur ajoutée de cette triade-là, là, architecte, ingénieur, entrepreneur
général, et potentiellement d'autres intervenants, pour qu'ils viennent
bonifier la solution à mes besoins bien définis, et, a contrario, bien, l'industrie
nous dit : Bien, si on est en mode collaboratif, en partage de risque,
c'est-à-dire que je n'assume pas tous les risques et je vais être plus apte à
soumissionner parce que j'ai moins d'enjeux de financement, a priori, du projet.
Est-ce que vous voyez que c'est vraiment gagnant-gagnant ou ça dépend de
d'autres... de d'autres motifs?
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
je pense que la lecture, encore, que vous faites, puis elle est partagée dans
l'industrie dans ce sens-là, ça renvoie à mon document à la section «Se
préparer et être prêt». C'est toute la différence, et, dans le projet de loi,
il y avait une phase de négociation, puis, dans cette négociation-là, ce que je
prévalerais, c'était vraiment cet échange entre les parties prenantes, de dire :
«What's in it for me», tout un chacun, puis qu'il y ait une acceptation,
chacun, du risque encouru, puis les... et qu'il y ait une lecture des mesures
de mitigation de part et d'autre, et la seule façon de le faire, c'est le KYP
encore, «know your partner», de part et d'autre, parce que, souvent, on
pourrait se pitcher la balle d'un bord ou de l'autre, mais la seule façon,
c'est de s'asseoir jour 1, clarifier les attentes, clarifier le «scope», puis
revenir sur cette gestion de risque, dans quelle <mesure c'est... et je
suis en mode...
Mme Zhouri (Mariama) :
...puis revenir sur cette gestion de risque, dans quelle >mesure c'est...
et je suis en mode délégation totale, de livrer le projet, comme presque en
mode «outsource». Ça veut dire que, moi, en tant que donneur d'ordre, je n'ai
pas de... je n'ai pas de risque, à part le risque de livraison, sur lequel je
dois m'assurer que, tout au long du processus, c'est réglé.
M. Julien : C'est des choses
qui peuvent se définir au prix d'un effort raisonnable et avec une franche
discussion, parce que, naturellement, il y a des risques qui sont hors... hors
portée du soumissionnaire, de dire : Bien, écoutez, moi, c'est le prix que
je soumets. Naturellement, il y a des aléas qui sont vérifiables, et, s'ils se
produisent, bien, ils seront facturés et vice versa. Ça se fait assez bien,
somme toute.
Mme Zhouri (Mariama) : Non,
M. le ministre, dans ce contexte-là, en gestion de projet, on appelle... contingence
et une acceptation d'un risque, dans le registre de risque, et, là-dedans, si
le «scope» est clair, et aguerri, et accepté, chacun, il vit avec le scénario
qu'il a accepté.
M. Julien : Parfait, puis
chacun pourrait assumer un risque qu'il provoque. Pour moi...
Mme Zhouri (Mariama) : Parce
qu'on l'a... Là, encore, en gestion de risque, il y a le propriétaire du
risque. Il faut qu'il mette en place de quoi le mitiger, puis c'est toujours
très facile de dire : Je n'en prends pas soin, et le transférer.
M. Julien : Clairement, mais
on a quand même mentionné qu'il y avait un éventail de potentiels modes
alternatifs, modes collaboratifs, puis le bon mode pour le bon projet,
naturellement. Il y a un élément que vous ramenez, mais vous le ramenez de
manière plus polie que... bien, pas plus, moins directe que d'autres, je dirais,
pas plus polie, mais moins directe. L'article 13.1, là, vous dites : «Cette
simplification de gré à gré n'est pas de bien définir les règles de conclusion...»
Puis je pense que vous faites référence, dans une autre partie de votre texte,
à des enjeux qui ont été vécus dans le passé, mais, bref, là, c'est...
Mme Zhouri (Mariama) : Moi,
je mets ma casquette de gouvernance là-dedans.
M. Julien : C'est ça, c'est
poli, mais vous nous dites : Drapeau rouge.
Mme Zhouri (Mariama) : Faites
attention.
M. Julien : Vous nous le
dites poliment.
Mme Zhouri (Mariama) : Non, c'est
ça, exactement, oui, bien, je... C'est comme des points de vigilance, dans le
sens où, quand il y a ce genre de contexte où il y a possibilité d'opacité
ou... Est-ce qu'on peut structurer ça, minimiser les risques qu'il y ait
dérapage? Puis, je pense, c'est une...
M. Julien : Mais, bref, mais,
naturellement, vous ne seriez pas allée là si vous étiez nous?
Mme Zhouri (Mariama) : Naturellement?
M. Julien : Oui.
Mme Zhouri (Mariama) : Je
mettrais... Alors, comme bon gestionnaire de risque, j'aurais mis des points de
mitigation et de contrôle pour minimiser les possibilités qu'il y ait dérapage
si c'est une option qui est favorable dans l'industrie, puis, des fois, on est
obligés d'avoir certaines options additionnelles au menu pour pouvoir attirer
des contracteurs, encourager l'entrepreneuriat au Québec dans ce secteur-là. C'est
très, très louable. Maintenant, dans ma casquette de gestion de risque, moi,
j'aimerais mitiger ce qu'il y a à mitiger.
M. Julien : Il me reste peu
de temps, 1 min 15 s, 1 min 20 s. Vous regardez ces dossiers-là, gestion de
projet, ce qu'on s'apprête à faire de manière très encadrée, puis je pense
qu'on est à la bonne place, bien, ça se fait également ailleurs, est-ce que
vous avez des histoires qui disent que ceux qui l'ont fait de manière bien
encadrée ont regretté le choix de le donner en mode collaboratif pour des
organisations publiques?
Mme Zhouri (Mariama) : «Regretter»,
je pense, c'est un mot fort. Je pense qu'il n'y a rien qui... qui est mieux que
l'expérience, puis chaque contexte et chaque situation est particulière. Moi,
je pense que ça vaut l'expérience et ça vaut... pour les avantages que ça peut
ramener à ce secteur névralgique pour le Québec, ça vaut l'expérience.
Maintenant, encore là, dans ma casquette de bonne gouvernance puis gestion de
risque, qu'est-ce que je pourrais éviter? Puis c'est... ça, ça serait toujours
mon réflexe, parce que gestion de projet, on peut avoir d'excellents
gestionnaires de projet, mais, quand il s'agit de voir les angles morts puis
avoir la casquette d'éviter des problèmes de gouvernance, gestion de risque, ça
prend des yeux aguerris, et, pour moi, c'est quoi, l'angle mort quand tout va
bien, qu'est-ce qui ne va pas bien que je ne vois pas?
M. Julien : Je vous remercie
infiniment.
Le Président (M. Simard) : Merci
beaucoup, M. le ministre. M. le député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Premièrement, merci pour votre mémoire très bien fait, et prenez-le,
le compliment du ministre. Je suis avec lui depuis hier. Je pense, c'est la
première fois qu'il prononce le mot «poli». Je ne sais pas comment les autres
groupes vont interpréter son commentaire. À sa place, je dois être très
prudent, parce qu'après votre passage il doit utiliser le mot «poli» jusqu'à la
fin de la soirée. Sinon, je vais le soulever, mais je le seconde, parce que
vous avez mis le doigt sur quelque chose d'extrêmement important au niveau de
la cote de risque. Notre équipe, depuis tout à l'heure, cherche un élément
important, mais, à la <lumière de ce que vous avez dit...
M. Derraji :
...notre
équipe, depuis tout à l'heure, cherche un élément important, mais, à la >lumière
de ce que vous avez dit, maintenant, vous l'avez dit d'une manière très
prudente, l'approche collaborative, c'est une bonne voie, mais, attention, et
ça se voit parce que vous êtes quelqu'un qui travaille dans le domaine,
attention au risque, parce que, si on ne le fait pas de balise... corrigez-moi
si je me trompe, si on ne fait pas de balise, l'effet souhaité risque d'être le
contraire de la démarche. Est-ce que j'ai bien saisi votre réponse par rapport
à l'approche collaborative?
Mme Zhouri (Mariama) : Absolument,
puis, encore là, dans toute bonne initiative, il y a une bonne intention, et,
je pense, c'est toujours de base d'avoir les facteurs clés de succès définis à
la base, de pouvoir les suivre, parce que ce qui pourrait éventuellement
arriver, c'est que, quand ça démarre bien, puis il y a une certaine latitude,
c'est pour ça que c'est très important d'avoir toujours un cadre où tous les
puzzles sont là, mais il y a les processus, les directives, la politique, il y
a les mesures de reddition, puis, tu sais, on l'appelle affectueusement le KPY,
mais les indicateurs de performance, que ça soit suivi, puis c'est ça que...
que mon expérience, en fait, en gestion de risque et gestion de projets majeurs
vient confirmer.
M. Derraji : Bien, c'est
très important, je vous le dis, parce qu'il y a beaucoup de personnes qui nous
ont parlé de d'autres aspects, mais ce que vous, vous ramenez sur la table,
notamment la préqualification... et j'aimerais bien vous entendre, parce que
c'est la première personne qui nous parle de cet aspect, au niveau de la
préqualification, que ce soient des donneurs de... pas des donneurs d'ouvrage,
mais des sous-traitants, des contractants. Avez-vous quelque chose en tête?
Est-ce qu'on doit passer par un organisme pour préqualifier ceux et celles qui
vont travailler dans ce domaine, dans ce type de contrat?
• (20 heures) •
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
la question est vraiment judicieuse, dans le sens où, pour moi, encore, je me
réfère à l'essence du projet de loi, de cette agilité puis cette volonté
d'aller réduire les coûts, simplifier les choses, mais simplifier les choses à
quel prix. La réflexion par rapport à cette préqualification, ça revient
vraiment à cette notion, puis je pense que je peux me faire prévaloir un
copyright sur le KYP, «know your partner»... prend toute son essence. Dans
toute relation d'affaires réussie, la connaissance de la personne, du
vis-à-vis, des personnes qui composent le dossier, est d'une importance qui
peut faire toute la différence, sur la base duquel on peut accélérer des
chantiers, on peut faire avancer des situations, on peut gérer des crises,
parce que c'est ça aussi, la gestion de projets majeurs, c'est gérer des crises,
et cette préqualification, en fait, qui pourrait se faire déjà dans les
structures existantes... On parle de SQI, l'AMP qui a... qui a écopé d'un bon
mandat.
M. Derraji : L'AMP, par
exemple, l'Autorité des marchés publics.
Mme Zhouri (Mariama) : Je
parlais de l'AMP, mais dans le sens où son mandat élargi de surveillance
pourrait probablement prendre...
M. Derraji : On l'a... on
l'a... Le ministre a une bonne mémoire. On l'a déjà fait par amendement dans le
cadre du projet de loi n° 66. Ce que Mme Zhouri
ramène, qui est très important, ça me donne une bonne idée d'amendement.
D'ailleurs, c'est pour cela qu'on a voté pour le projet de loi n° 66.
Je saisis l'occasion parce que vous venez d'ouvrir une très bonne porte par
rapport à la préqualification. Regardez le sourire du ministre. Donc, moi, je
pense que c'est quelque chose à explorer. J'ai une autre question, mais ce que
vous m'avez.... Vous avez très bien répondu à ma question sur la
préqualification.
Vous avez déjà demandé une politique de
gestion de projets à la lumière de ce qui se fait au niveau fédéral. J'ai
devant moi beaucoup d'éléments que vous avez déjà rédigés dans le passé. À la
lumière de ce que vous avez vu aujourd'hui dans le cadre de ce projet de loi,
quand vous avez commencé à l'analyser, pensez-vous réellement... Parce que, là,
quand vous dites : Relation de partenariat, de collaboration, il y a une
partie qui est extrêmement importante, c'est la partie gouvernementale. Est-ce
qu'aujourd'hui on peut dire que les balises qu'on demande au secteur privé ou
avec les personnes qu'on va collaborer... est-ce qu'on peut dire que le
gouvernement est prêt? Est-ce que, au niveau de la structure qu'on a, ils sont
prêts à passer à cette approche de collaboration rapidement?
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
dans notre mémoire, il y a deux éléments qui peuvent répondre à cette question.
C'est l'élément... Lorsqu'on parle... se préparer, être prêt, je pense qu'il y
a un investissement dans une phase de préparation dans laquelle on ne pourrait
pas générer des bénéfices immédiats, puis, là-dedans, on pourrait avoir ce
processus de préqualification puis monter cette base de données.
Et il y a la deuxième partie à ça, c'est
vraiment l'alignement des pratiques d'affaires, c'est qu'on ne peut pas exiger,
par exemple, à moins que le gouvernement décide qu'on ne voudrait pas aller
dans ce domaine et puis se prévaloir dans un rôle de gestionnaire... mais de
demander des compétences. Sachant que, dans certains contextes, on est conjoints
sur le projet, il faut se prévaloir de ces mêmes compétences et de... À juste
titre, M. Derraji, vous l'avez mentionné, par le passé, j'avais fait une lettre
ouverte justement pour faire un...
20 h (version révisée)
Mme Zhouri (Mariama) : ...à
juste titre, M. Derraji, vous l'avez mentionné par le passé, j'avais fait une
lettre ouverte, justement, pour faire presque un cri de cœur, de dire :
Bien, gouvernement provincial, s'il vous plaît, mettez en place une politique
transversale, déjà, à travers tous les portefeuilles de gestion de projets, qui
permet, dans les projets majeurs dans lesquels on travaille avec le fédéral,
par exemple, et le provincial... Je sais qu'il y a... j'ai... On a fait, mon
équipe et moi, une petite recherche sur... au niveau des... des villes, est-ce
qu'ils ont des politiques, à part des politiques d'approvisionnement. On n'a
pas vu de politique de gestion de projet. Mais ça pourrait être un facteur
accélérateur. Mais surtout les synergies qu'on a... qu'on voit, lorsqu'il y a
un alignement des pratiques d'affaires sur les bénéfices puis surtout les gains
en temps, en ressources et en dollars dans le contexte où on est, je pense que
ça... ça devrait être quelque chose à considérer.
M. Derraji : Je lis encore
votre lettre. Et, en fait, le ministre parle beaucoup de 15 % d'économie.
Ce que vous avez dit dans votre étude, c'est que... 21 % plus de chance de
réussir lorsque les bonnes pratiques sont employées, et des économies allant
jusqu'à 10 % du coût total du projet peuvent être réalisées. Donc, vous
avez vu que, lors de l'annonce de ce projet de loi, le gouvernement a essayé de
mettre sur la place publique : Écoutez, on veut faire ce projet de loi, on
veut l'adopter, parce qu'on veut 15 % d'économie, 25 % en termes de
respect de délai de livraison. Mais là ce que vous dites aujourd'hui, c'est :
Si on n'adopte pas les meilleures pratiques en gestion de projet, si on n'adopte
pas une politique de gestion de projet, est-ce qu'on va y arriver?
Mme Zhouri (Mariama) : Alors,
moi, ce que je peux dire déjà, a priori, dans ma pratique d'affaires, je suis
toujours contente de voir des chiffres parce qu'au moins ça nous donne une
cible. Si jamais on ne l'atteint pas, on est quelque part en bas, bien, au
moins, ça nous donne une cible à aller chercher. Comme on dit, «no... no
management», en bon... en bon anglicisme. Mais certainement, les gains qu'on
voit et depuis... ce n'est pas nouveau, on le voit dans tous les secteurs, il y
a des gains importants lorsqu'on travaille avec les mêmes méthodologies, avec
les mêmes compétences, les gens se comprennent. C'est comme si on dit à un
chirurgien qui opère à Québec avec un chirurgien québécois, sur un patient
québécois, il est de l'Ontario ou de l'UK, que, sur le même problème, on
utilise des outils différents puis on utilise une méthode, alors qu'on fait le
même... on est sur le même patient. C'est un peu l'idée simplifiée, si vous
voulez, de dire : Dotons-nous des mêmes pratiques d'affaires, des mêmes
cadres de référence, de meilleures pratiques lorsqu'on gère des projets
majeurs. Et ça devient un des critères importants de qualification. Ça veut
dire : Si vous n'avez pas ça, même le gouvernement, donc... Et ça renvoie,
dans notre rapport, au volet formation et utiliser les infrastructures qui sont
déjà là. Vous faites référence, M. Julien, à la SQI qui ont 300 professionnels
hautement qualifiés. C'est quoi? Comment on peut faire un «revamp» de ces
expériences-là, de ces expertises-là?
M. Derraji : Et ce qui est
important, c'est que vous dites qu'il est temps... je vous cite, il est temps
de doter le Secrétariat du Conseil du trésor, comme ça a été fait au
gouvernement fédéral depuis... depuis... il y a plusieurs années, d'une
politique de... en gestion de projet. Donc, à part ce qu'on fait présentement
dans le cadre de ce projet de loi, si on n'a pas une politique de gestion de
projet, est-ce qu'on est sur la bonne voie?
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
on est sur une voie... une voie parallèle. Parce qu'encore là, ce que j'ai dit
a priori, d'entrée de jeu, dans le rapport, c'est qu'on a besoin d'un cadre de
référence. Et le cadre de référence, il a plusieurs composantes, notamment une
politique. Je verrais par secteurs, notamment en infrastructures, une mise à
jour de la directive. Bien, au niveau de l'ensemble des portefeuilles, qu'il y
ait une politique transversale.
Des voix : ...
Le Président (M. Simard) : Non...
M. Derraji : Non, non, mais
ce n'est pas grave. Non, non, mais je lui donne 30 secondes rapidement. Non,
je n'ai aucun problème, non, non. Oui, oui, je le fais souvent, je n'ai aucun
problème, allez-y.
M. Julien : Parce que c'est
certain qu'on a la directive des projets majeurs, qui est un fondamental, au
gouvernement du Québec, qui va être modifiée, qui fait partie de la stratégie,
mais qui n'est pas à l'intérieur des lois. Naturellement, le fédéral ne gère
pas beaucoup de projets, c'est-à-dire, c'est des projets de défense ou leurs
immeubles propres. Au Québec, comme... comme nation, au niveau où on est,
centres hospitaliers, scolaire, enseignement, tu sais, ça n'a aucune commune
mesure, tu sais. Le fédéral ne gère pas beaucoup d'infrastructures à son nom
propre, sauf pour loger ses employés et pour la défense, essentiellement.
Alors, la directive des projets majeurs qu'on a, elle est robuste. Mais c'est
vrai qu'il faut bien regarder ce que vous nommez pour s'assurer que ça y est
bien.
Mme Zhouri (Mariama) : Bien,
en fait, l'idée, c'est que, même si le fédéral ne l'utilise pas, ça devient la
référence dans l'industrie, et tout le monde doit s'y conformer. Et ça règle un
des problèmes majeurs, de dire... Une directive, elle a une portée de
directive, mais une politique, elle a une posture plus imposante, à mon avis.
M. Derraji : Oui, mais ça
nous pousse à aller chercher <davantage...
Mme Zhouri (Mariama) :
...imposante, à mon avis.
M. Derraji :
Oui,
mais ça nous pousse à aller chercher >davantage. Parce que ce que vous
avez dit, c'est vrai. Par contre, se doter d'une politique de... en gestion de
projets surtout, je pense qu'on est plus obligés que le gouvernement fédéral,
justement, parce qu'on gère beaucoup de projets majeurs.
Merci pour l'intervention. Gardez en tête
que j'ai été généreux.
M. Julien : ...
M. Derraji : Je fais... Je le
fais souvent en étude, surtout quand on a des experts, on en profite tous. Je
ne peux pas avoir toujours les bonnes questions, et c'est très bien qu'on s'enrichisse
ensemble.
Un autre point que j'ai aimé, je ne sais
pas s'il y a un autre groupe qui a parlé de ça : bureau de projet digital.
Vous avez proposé, dans la recommandation 7, de mettre en place... d'un
bureau de projet digital, dans une première phase, et par la suite transversal.
Pourquoi vous insistez sur un bureau de projet digital?
Mme Zhouri (Mariama) : Bien,
écoutez, parce que, je pense, on est à l'ère du digital, et, la disponibilité
de l'information là où on est géographiquement, il y a plein de partenaires
d'affaires qui sont en région et qui sont à Montréal. Je pense, le levier
digital, avec tous les chantiers, justement, de transformation numérique du
gouvernement, ne peut être qu'un outil formidable dans ce contexte-là.
M. Derraji : Et je sais
qu'autour de la table une experte... vous faites allusion à notre collègue.
Vous avez raison. Parlons de ce bureau de projet. Est-ce que vous le voyez
comme un bureau de projet ou une structure de gouvernance qui va aider dans la
préqualification, par exemple? Comment vous le voyez, ce projet?
• (20 h 10) •
Mme Zhouri (Mariama) : Écoutez,
c'est une structure de gouvernance. Je pense, c'est l'un des mots appropriés. Parce
que, souvent, M. le ministre, on parle beaucoup de gestion de projets, mais,
dans le jargon de la gestion de projets, on parle de gestion de programmes,
gestion de portefeuilles...
Le Président (M. Montigny) : Merci.
Merci. Je suis désolé...
Mme Zhouri (Mariama) : ...gestion
de portefeuilles qui a une portée stratégique...
Le Président (M. Montigny) : Je
suis désolé de vous couper, le temps est maintenant révolu, et maintenant je
dois donner la parole à la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci, M.
le Président. Merci, Mme Zhouri, pour toutes vos explications. Vous avez
répondu à une partie de mes questions. J'en ai deux principales, deux
questions. La première, c'est concernant la préqualification, quand vous dites
de bien connaître le partenaire puis avoir soit une cote de risque, ou autres,
ou de... Vous avez parlé beaucoup de l'expertise aussi. Comment utiliser ce
type d'évaluation des cotes en prenant aussi en considération que les... créer
des partenariats, ça veut aussi ouvrir la porte à des nouveaux joueurs, à des
nouveaux acteurs, des personnes qui... peut-être qui n'ont pas fait toutes
leurs preuves, entre guillemets, mais qui amènent certaines innovations?
Comment vous voyez l'application de cette préqualification à des nouveaux
acteurs dans les marchés publics?
Mme Zhouri (Mariama) : Bien,
c'est clair, pour moi, et encore là je fais référence à... je pense, pour
simplifier la compréhension de tout le monde, à la cote de risque crédit, il y
a des gens qui sont superqualifiés qui ont des cotes incroyables puis il y a
des gens... Par exemple, les immigrants, quand ils arrivent, ils n'ont pas
d'historique de crédit, ils ont de la difficulté à avoir un logement parce
qu'ils n'ont pas de cote de crédit, donc il faut la bâtir.
Dans le cas qu'on parle de
l'infrastructure, ces partenaires-là, d'abord, lorsqu'on va faire ce
débroussaillage d'avoir cette préqualification, on va savoir d'abord c'est qui,
nos champions, c'est qui, nos... les moyens, c'est qui, la tendance dans ce
marché-là, on a-tu des grands joueurs, on a-tu des moyens, c'est quoi, leur
taille, c'est quoi, leurs particularités, leurs forces aussi et là où ils se
distinguent.
Et je pense qu'il faudrait se donner la
latitude de mesures d'accompagnement lorsqu'il s'agit d'ouvrir l'opportunité
pour de nouveaux joueurs. Et dans ce contexte-là, de façon légale, on peut
avoir des cautions, on peut avoir des cosignataires ou des... en tout cas,
vraiment, dans le même concept de ce qu'on fait en gestion de crédit, je pense
que le même concept pourrait s'appliquer avec beaucoup plus de facilité,
notamment. Mais je suis d'accord avec vous qu'il faut faire de la place, il
faut laisser aussi de la place aux nouveaux joueurs et aussi aux petits joueurs
au Québec. Je suis d'accord avec vous là-dessus.
Mme Zaga Mendez : Merci. Bien,
je trouve ça intéressant, parce que c'est aussi la... l'objectif, c'est
l'innovation, puis des fois l'innovation peut arriver, dans ce cas, des
nouveaux joueurs.
Et il y a deux termes que vous utilisez
dans vos recommandations que... je ne les comprends pas tout à fait. Peut-être
que vous pouvez nous aider. Vous parlez des modes de délégation totale puis
modes de délégation partielle, selon les outils de travail qui sont développés.
Si vous pouvez juste nous aider avec la distinction.
Mme Zhouri (Mariama) : Bien,
en fait, c'est ça, pour revenir, lorsqu'on dit «délégation totale», ça veut
dire qu'on est en mode «outsource», on donne le projet à une entreprise ou à un
contracteur puis on... il s'occupe... clés en main. Et, lorsque c'est partagé...
Puis c'est là où... l'importance de la notion de gestion de risque : Moi,
je m'occupe de quoi, vous, vous vous occupez de quoi; en termes budget, moi,
j'assume quoi, vous, vous assumez quoi, et se mettre d'accord. Puis ça, c'est ce
qui fait toute la différence, dans cette notion de gestion de risque, de se
mettre d'accord sur les <mesures de mitigation...
Mme Zhouri (Mariama) :
...
dans cette notion de gestion de risque, de se mettre d'accord sur les >mesures
de mitigation. Moi, en tant que donneur d'ouvrage, je suis à l'aise avec ce
qu'on me dit comme mesure de mitigation, puis, de l'autre côté, celui qui va
livrer, bien, il est confortable avec le risque qu'on lui transfère ou qu'il
accepte de... en fait, de mitiger et de prendre.
Mme Zaga Mendez : Donc, pour
utiliser les mêmes termes, des contrats en partenariat seraient en délégation
partielle des responsabilités. Dans ce cas-là, vous suggérez d'avoir... de
développer des technologies de pointe. Puis on avait cette discussion-là, en
termes de partage de l'information, quand c'est les donneurs d'ouvrages publics,
peut-être ils n'ont pas toute la capacité de développer cette technologie-là.
Donc, j'aimerais ça vous entendre un peu là-dessus.
Mme Zhouri (Mariama) : Bien,
peut-être... je ne me fais pas des amis dans ce secteur-là, lorsque j'essaie de
virer digital, mais, je pense, aujourd'hui dans le monde de l'intelligence
artificielle puis la disponibilité des données, ce qui peut être un facteur
différenciateur et accélérateur, justement, c'est cette digitalisation de
certains aspects ou certains processus autour de ce projet de loi.
Le Président (M. Montigny) : Bien,
merci, merci beaucoup, Mme Zhouri, pour votre contribution aux travaux de
la commission.
Bien, nous allons maintenant suspendre
quelques instants, le temps d'accueillir le prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 20 h 15)
(Reprise à 20 h 19)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, nous sommes de retour, et cette fois-ci nous sommes en
présence et avons l'honneur de recevoir des représentants à la fois de la ville
de Montréal et de la Société de transport de Montréal. Alors, mesdames,
messieurs, soyez les bienvenus. Auriez-vous d'abord l'amabilité de vous
présenter, s'il vous plaît?
Mme Thuillier (Émilie) : Oui.
Bonsoir. Donc, je suis Émilie Thuillier, mairesse d'Ahuntsic-Cartierville,
membre du comité exécutif responsable des infrastructures.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Éric
Alan Caldwell, conseiller municipal à la ville de Montréal et président du
conseil d'administration de la STM.
Mme Léonard (Marie-Claude) :
Mme Marie-Claude Léonard, directrice générale de la Société de transport
de Montréal.
M. Carette (Claude) : Claude
Carette, directeur général adjoint au niveau de l'urbanisme, de la mobilité et
de l'infrastructure.
Le Président (M. Simard) : Vous
savez que vous disposez d'une période de 10 minutes afin de faire votre
présentation.
Mme Thuillier (Émilie) : Tout
à fait.
Le Président (M. Simard) : ...écoute.
• (20 h 20) •
Mme Thuillier (Émilie) : Merci
beaucoup. Bonsoir, tout le monde, M. le ministre, M. le Président, Mmes et M.
les députés. Donc, c'est avec plaisir qu'on est ensemble ce soir pour vous
présenter la position à la fois de la ville de Montréal et de la STM, là, sur
le projet de loi n° 62.
Vous savez, la ville de Montréal et la
STM, on est à peu près les cinquièmes ou sixièmes donneurs d'ouvrage au Québec
et nous accueillons vraiment avec beaucoup d'intérêt le projet de loi n° 62, parce que le gouvernement reconnaît, en fait, les
défis des administrations publiques dans la réalisation des grands projets
d'infrastructure, donc, vous le savez, je ne m'étendrai pas, les marchés
saturés, le manque de concurrence, la hausse de prix, le dépassement des
enveloppes prévues, évidemment, la pénurie de main-d'œuvre aussi. Et, à
l'instar, là, de tous les organismes publics qui sont visés par la loi, la ville
de Montréal est aux prises avec des défis similaires, en fait, des défis
probablement identiques. Et on a aussi les mêmes objectifs qui sont d'accroître
la concurrence, de réduire les délais de livraison des projets et de diminuer
les coûts afin que chaque dollar qu'on investit dans les projets
d'infrastructure, là, puisse en bénéficier le plus possible aux citoyens et
citoyennes.
Et c'est pour ça qu'aujourd'hui nous
sommes là pour vous partager notre appréhension quant à la possibilité que
Montréal soit exclue, en fait, du nouveau cadre contractuel qui va être mis en
place par le PL n° 62. À notre avis, là, en réservant
aux organismes du gouvernement provincial ce nouveau cadre, le gouvernement se
place en position privilégiée face aux autres grands donneurs d'ouvrage publics
que sont, par exemple, la ville et la STM, et crée, en fait, une espèce de
système à deux vitesses. Et on pense qu'une telle décision pourrait faire en
sorte que le climat contractuel de la métropole, qui n'est déjà pas facile,
sera encore plus difficile, notamment en réduisant le bassin de fournisseurs
potentiels et peut-être même une hausse des coûts des contrats municipaux.
Je tiens à souligner que la ville est
membre du comité des grands donneurs d'ouvrage en infrastructures, un comité
qui est là pour réfléchir et répondre collectivement aux principaux défis de
réalisation des grands projets d'infrastructure. Notamment, on travaille tous
ensemble, Montréal travaille à la feuille de route du BIM, hein, de «building
information modeling», et donc on cherche des nouvelles façons d'avoir des
méthodes d'approvisionnement avec... en optimisant, finalement, les processus
de construction. Et le PL n° 62, bien, c'est un
peu la même logique, c'est-à-dire qu'on vient ici essayer de rendre des
modalités d'appel d'offres plus flexibles et surtout adaptées aux spécificités
de certains grands projets et contexte du marché. On s'inscrit aussi, c'est
important de le dire, dans la déclaration de réciprocité concernant le nouveau
partenariat entre le gouvernement du Québec et les gouvernements de proximité,
notamment aussi la Table Québec-Municipalités en habitation.
Donc, à Montréal, il y a des grands
projets d'infrastructure qui sont déjà en cours, mais il y en a d'autres qui
s'en viennent dans les prochaines années. Je mentionnerai seulement, là,
l'usine d'ozonation... en fait, l'usine d'épuration Jean-R.-Marcotte, où on a
des programmes d'ozonation et aussi de remplacement des incinérateurs. Juste
pour ces projets-là, c'est 2 milliards d'investissements dans les
prochaines années. On a aussi 500 millions qui sont prévus, là, dans nos
actifs d'eau <potable, et ça, c'est...
Mme Thuillier (Émilie) :
...
années. On a aussi 500 millions qui sont prévus, là, dans nos actifs d'eau
>potable, et ça, c'est sans compter les grands projets de réseau
routier, notamment le complexe Turcot. On rappelle aussi que beaucoup de ces
projets, en fait, bénéficient de subventions provinciales ou fédérales, donc on
est vraiment dans de l'argent public, l'argent public municipal, mais aussi
provincial-fédéral, donc on souhaite vraiment que ce soit le plus rigoureux possible.
On vit avec des délais administratifs, quand il y a des appels d'offres
successifs pour des grands projets, là, qui sont faits, par exemple, en
plusieurs lots, où chaque annulation, parfois, d'appel d'offres, parce qu'il
n'y a pas de soumissionnaire, bien, ça crée des délais encore et ça crée, ça
aussi, des surcoûts, et c'est ce qu'on essaie d'éviter.
Donc, aujourd'hui, la ville de Montréal
arrive avec cette recommandation qui est à l'effet que des adaptations à la
législation soient apportées afin de permettre à la métropole du Québec de se
prévaloir des modalités contractuelles rendues disponibles par l'adoption du
projet de loi n° 62. Et, à notre avis, il n'y a aucune raison logique qui
pourrait expliquer que la métropole québécoise, qui doit vraiment composer avec
la même réalité que les organismes qui sont visés par le projet de loi, ne
pourrait bénéficier des avantages qui sont documentés du mode contractuel
collaboratif. Et on souhaite vraiment travailler main dans la main avec le
gouvernement pour qu'on puisse garantir que nos projets d'infrastructure se
réalisent dans les meilleures conditions possibles, dans l'intérêt...
l'intérêt, évidemment, là, supérieur de la population.
Et sur ce, je passe tout de suite la
parole à mon collègue, M. Caldwell, pour la section plus Société de
transport de Montréal.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Merci
beaucoup, Mme Thuillier. Et, à mon tour, je veux saluer, justement,
l'arrivée de ce projet de loi, le PL 62, qui introduit dans la Loi sur les
contrats des organismes publics le concept de partenariat qui ouvre la... la
porte au mode collaboratif. On applaudit... À la STM, on applaudit vraiment
cette modification-là. Le mode collaboratif, on le constate dans notre
industrie en transport collectif, pour les grands projets de développement ou
les grands projets de maintien d'actifs ailleurs dans le monde, c'est un mode
qui est efficace, qui est prisé, justement, tant par les donneurs d'ouvrage que
par le marché pour arriver à réaliser ces grands projets complexes pour
lesquels il n'y a souvent... il n'y a souvent, comme M. le ministre a eu la
chance de l'expliquer, pas tant de concurrence. Alors, on le salue, on est
d'accord avec le diagnostic, on est d'accord avec la solution proposée et les
modifications que ça amène dans la LCOP.
Ceci étant dit, un peu comme le disait ma
collègue Thuillier, nous, à la STM, on a des grands projets, au cours des
20 prochaines années, on a pour plus de 12 milliards de grands
projets de maintien d'actifs, un portefeuille de réalisations de 21... 21
milliards au cours des 10 prochaines années. Et à 50 ans, bien, le
métro nécessite des gros travaux d'infrastructure. On doit redonner une
deuxième vie au métro de Montréal. C'est des grands ouvrages de génie civil qui
ont le même niveau de complexité. Redonner une nouvelle vie, moderniser le
métro, amène un niveau de complexité parfois similaire à l'élaboration de
nouveaux réseaux.
Donc, justement, pour ces raisons... Et
aussi j'en rajoute une autre. Comme c'est le gouvernement qui finance la
majorité des sommes de ces projets de maintien d'actif, comme à l'échelle de
nos programmes, avec les constats qu'a faits M. le ministre, si on peut générer
des économies de 15 % à 25 %, comme on a beaucoup de grands projets
majeurs qui pourraient se qualifier... Par exemple, dans notre passé récent, il
y a eu le prolongement de la ligne bleue, le garage Côte-Vertu, le complexe
Crémazie, et des projets à venir, il y a le complexe Beaugrand, l'arrière-gare
Angrignon, un nouveau centre de transport dans l'est, le maintien d'actif, des
grands projets d'accessibilité universelle pour mettre des ascenseurs dans le
métro. Donc, on croit vraiment que les dispositions qui seront mises sur la
table pour la LCOP devraient bénéficier à cet autre grand donneur d'ouvrage
qu'est la STM, justement, pour l'ensemble de nos projets.
Comme l'a dit ma collègue Thuillier, le
fait que la ville et la STM sont les... parmi les plus grands donneurs
d'ouvrage au Québec, on ne veut pas qu'il y ait un système à deux vitesses, justement,
qui serait au détriment des donneurs d'ouvrage qui ne disposent pas des mêmes
dispositions. En transport collectif, là, on nous demande d'optimiser les
coûts. Il y a là un levier important, contributif, qui est sur la table, on
souhaite en bénéficier puisque c'est dans l'intérêt de tous, les... de tous les
niveaux. Pour répondre aux défis de financement du transport collectif, une des
pistes importantes est l'optimisation de nos ressources.
On répète, le métro a besoin vraiment de
beaucoup d'investissement en maintien d'actif. Il y a des sommes au PQI, vous
le savez, la STM est en demande pour des sommes supplémentaires. Il y aura des
grands chantiers, puisque notre métro a été... a été fait, comme beaucoup des
ouvrages de génie civil, entre autres dans le système routier, dans les
années 60-70, et il <faut, après 40...
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:
...
de génie civil, entre autres dans le système routier, dans les
années 60-70, et il >faut, après 40, 50, 60 ans, lui redonner
un cycle de vie avec des travaux majeurs, comme je le disais.
C'est pour ça que nous arrivons, nous
aussi, avec une recommandation, qui est la suivante. Par souci d'équité et de
saine gestion des fonds publics, nous demandons de modifier la Loi sur les
sociétés de transport en commun pour y introduire le concept de contrat de
partenariat, avec l'ensemble des adaptations nécessaires pour réduire les coûts
et délais des projets majeurs de la STM. Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous. Et nous allons, de ce pas, passer à nos échanges avec les députés ici
présents. Et on commence avec le ministre responsable des Infrastructures.
M. Julien : Merci
beaucoup, M. le Président. Écoutez, c'est... c'est très intéressant, ce que
vous dites. Premièrement, je vous remercie de vos commentaires et des documents
que vous nous avez remis. Et ce que je trouve très intéressant, c'est que vous
en voulez, donc ça veut dire qu'on est à la bonne place, à tout le moins, par
rapport à l'approche.
Puis vous avez parlé de... Parce que, là,
on va revenir spécifiquement, à la fois pour la Loi sur les sociétés de
transport en commun puis la loi sur la <i>Charte de la Ville de Montréal,
probablement, où s'appliquent les éléments de gestion contractuelle. Mais quand
vous dites : Si vous ne nous incluez pas, vous... on n'aura pas les gains,
puis c'est à deux vitesses. Donc, vous estimez qu'il y a des gains importants
au projet de loi 62 pour la gestion contractuelle dans des grands donneurs
d'ouvrage. Et vous les qualifiez de comment, ces gains-là?
Mme Thuillier (Émilie) : En
fait, la ville de Montréal est en discussion sur une base continuelle avec des
associations d'entrepreneurs, notamment L'AQEI ou l'ACRGTQ. Et donc ce sont des
gens avec qui on discute. Et les entrepreneurs nous demandent vraiment d'avoir
un cadre un peu plus flexible pour des projets majeurs ou des projets complexes.
Parce qu'on arrive avec tous les détails dans un projet. On a un appel
d'offres, mais, quand c'est des projets qui sont majeurs puis il y a des modifications
qui doivent se faire en cours de route, c'est extrêmement complexe à faire
comme gestion contractuelle.
Et c'est pour ça que, depuis plusieurs
années, si on regarde ce qui se fait ailleurs dans le monde, aux États-Unis et
même ailleurs au Canada, ce sont des modes collaboratifs — il y en a
plusieurs, là, mais notamment le partenariat — qui permettent
vraiment plus de souplesse puis d'avoir des meilleurs projets, même au niveau
de la qualité, hein, parce qu'on peut bénéficier... C'est sûr que nous, comme
ville ou comme STM, on a beaucoup d'expertise dans la fonction publique, mais
on fait des projets comme, par exemple l'usine d'ozonation. Bien, tu sais, ça
va être la plus grande au monde. Bien, clairement, là, il n'y a aucun
fonctionnaire municipal qui a déjà fait une usine d'ozonation la plus grande au
monde. Alors, on a besoin de s'appuyer sur l'expertise du privé, qui en a fait
ailleurs dans le monde, justement, puis pas d'aller les chercher, en bout de
course, après avoir réfléchi pendant des années sur le projet.
Donc, ces modes de partenariat, pour ne
donner que cet exemple-là, fait en sorte qu'on peut bénéficier de l'expertise,
puis toujours en faisant jouer la concurrence, hein, on n'enlève pas la
concurrence dans ces modes-là. C'est juste qu'on transfère la concurrence en
amont des décisions plutôt qu'en bout de course. Et donc ça permet vraiment, à
notre avis, d'aller chercher une meilleure qualité, un meilleur partage de
risque aussi, public-privé et, au bout du compte, des coûts qui sont moindres.
Parce qu'on le sait, si on transfère tous les risques au privé, bien,
clairement, ils vont nous les faire payer, même si ces risques ne vont pas se
réaliser. Donc, c'est un des principaux bénéfices qu'on... qu'on voit, là.
M. Julien : Parfait.
Naturellement, ça nous a pris un certain temps avant d'arriver avec le projet
de loi, pas tant parce que les idées sont... sont si complexes à imaginer, mais
c'est beaucoup plus de dire jusqu'où on va aller dans l'application. Alors,
j'ai travaillé avec ma collègue présidente du Conseil du trésor, là. Le Trésor,
c'est comme... c'est comme une bête à deux têtes, là : moi, je m'occupe du
PQI et des infrastructures, Sonia s'occupe... la présidente du Conseil du
trésor s'occupe plus du volet autorité des marchés... marchés publics. Et là
c'était comment on réussit à balancer ce compromis-là... Pas... pas «compromis».
Comment on peut aller le plus loin possible sans mettre en péril l'intégrité,
l'équité et la transparence, qui sont les fondements de la... de la LCOP. Et
puis je pense... Je pense qu'à la fin, Sonia... la présidente du Conseil du
trésor et moi... qu'on dit... on est allés le plus loin qu'on pouvait, et pour
nous, c'est achevé. C'est-à-dire, par la stratégie, là, comme fonction
publique, c'est achevé. Mais quand on l'a fait, on l'a fait avec la perspective
de nos donneurs d'ouvrage, c'est-à-dire la SQI et le ministère des Transports
surtout, là, en termes de volume, de capacité...
20 h 30 (version révisée)
M. Julien : ...c'est-à-dire la
SQI et le ministère des Transports, surtout, là, en termes de volume, de
capacité et d'expertise. Alors, c'est... c'est... Parce qu'on se dit :
Eux, on les connaît bien puis on a travaillé pendant... pendant un an, là,
à bien définir ça.
Donc, je comprends très bien que la ville
de Montréal ou la Société de transport de Montréal, qui relèvent de la <i>loi
sur les sociétés de transport dans un cas et de la Charte de la Ville de
Montréal, pourraient être intéressées et interpelées et souhaiter l'avoir,
mais, je dirais, je ne peux pas le faire à l'intérieur du projet de loi n° 62.
Puis, pour arriver à ça, bien, il faudrait qu'il y ait des discussions, là,
avec ma collègue du MAMH, avec ma collègue du Transport, pour qu'on conçoive
bien mutuellement quels sont vos enjeux spécifiques, quels sont les éléments
plus précis, à la fois sur la société de transport et la ville de Montréal,
pour l'adaptation de ces approches-là en mode collaboratif.
Donc, je réitère, je suis très heureux que
vous disiez : Eh! c'est tellement bon qu'on en veut, mais... mais il y a
quand même des spécificités, je pense, qui gagneraient à être discutées avec
les... avec les ministres, les ministres responsables, pour s'assurer, là, le
cas échéant, qu'on veule... qu'on veuille aller vers ça. Puis on a déjà
discuté, là, on... Il n'y a pas de fermeture. Mais comment ça peut être adapté
concrètement à vos réalités et vos besoins?
Puis après ça, une question sous-jacente.
Moi, je suis un ancien de la ville de Québec, là. J'avais... Il y avait une
centaine d'ingénieurs qui travaillaient pour la ville de Québec, une trentaine
de personnes aux finances, comptables et financiers, une capacité en termes d'expertise
suffisante avec la charte de la ville, comme à Montréal, c'est encore plus
important, pour dire : On peut envisager ça, mais ce n'est pas bon pour
toutes... pour toutes les municipalités. Le niveau d'expertise pour être en
mode collaboratif, il faut qu'il soit suffisant, là. Donc, comment vous voyez
cette transposition-là de la loi 62, oui, à la fois pour Montréal et à la
STM, mais potentiellement pour les... pour les autres municipalités du Québec?
Mme Thuillier (Émilie) : Bien,
ça, je vais d'abord parler pour la ville, puis ensuite, là, mon collègue pourra
parler pour la STM.
Bien, c'est sûr que nous, on prend la
parole en ce moment, justement, comme ville de Montréal, et non pour
représenter peut-être toutes les municipalités. Tu sais, à la ville de
Montréal, bien, on a beaucoup d'expertise, on a un service des affaires
juridiques qui est quand même très costaud, on a un contrôleur général, on a un
vérificateur général. Donc, il y a quand même beaucoup d'instances de contrôle
qui ont été mises en place, là, dans la dernière décennie. Et on pense vraiment
qu'on a la capacité de pouvoir le faire. Et c'est surtout qu'on pense justement,
en étant un des... le cinquième donneur d'ouvrage, on est plus gros, hein, que
beaucoup de ministères qui vont avoir le droit de faire ces projets collaboratifs,
ces appels d'offres collaboratifs, on pense vraiment qu'on peut développer l'expertise.
Puis il y a des tables, aussi, de discussion entre, évidemment, le gouvernement
et la ville.
Donc, c'est... on le voit vraiment pour
des projets majeurs, pour des projets qui sont plus complexes, bien sûr, pas
pour des projets qu'on a l'habitude de faire, là, comme du pavage ou refaire
des rues. Là, on est vraiment plus dans des projets d'ordre de métropole, que
probablement d'autres plus petites municipalités, là, n'auraient pas, quoique.
Hein, ça pourrait être des projets, aussi, de bibliothèque, par exemple, ou, en
tout cas, on peut penser à d'autres projets. Mais honnêtement, nous, la ville
de Montréal, on lève la main, peut-être justement pour faire le... si vous
voulez faire un projet pilote avec les municipalités, bien, on lève la main
pour être le projet pilote municipal.
Ça fait que je vais passer la... ma...
voyons, la parole à mon collègue.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Merci. M.
le ministre, effectivement, c'est une observation intéressante. Quant aux
spécificités, justement, pour les grands ouvrages en termes de transport
collectif, que ce soit pour leur développement ou pour leur maintien, comme
vous le savez, l'ensemble des infrastructures de transport collectif relèvent
de programmes, quant à leur financement, qui sont au ministère de la Mobilité
et... ministère des Transports et de la Mobilité durable, donc qui a un
portefeuille de projets qui va bénéficier justement des... du PL 62 via les
modifications à LCOP et qui a un autre portefeuille de projets qui va aussi en
bénéficier, si j'ai bien compris, avec l'arrivée de l'agence qui sera née du projet
de loi n° 61.
Alors, quand on fait le portrait de l'ensemble
des investissements du ministère du Transport et de la Mobilité, selon ma
compréhension, avec les mêmes mécanismes, avec la même reddition de comptes, il
y aura la filière des travaux qui relèvent des organismes publics et du
gouvernement, pour des ouvrages routiers, des projets qui vont relever de l'agence,
qui vont, comme pour la première catégorie, être assujettis à la PL 62, et
restera, donc, au sein de ce même ministère, avec les mêmes mécanismes de
reddition de comptes et le même ministère qui les financent, que les <projets...
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:
...et
le même ministère qui les financent, que les >projets qui ne sont ni à
l'agence ni dans le réseau routier, dont nos grands projets de maintien
d'actifs.
Alors, comme on s'inscrit déjà dans la
filière de financement et de reddition de comptes des ministères à la directive
des grands projets, comme ces projets sont encadrés par vos programmes de
financement, c'est là justement que, quand vous parlez de spécificités liées au
monde du transport, bien, on salue le fait que ces pouvoirs-là seront
disponibles pour l'agence qui aura à faire des grands projets d'infrastructure
en transport collectif. Bien, nous aussi, on en fait à la STM. Donc, voilà
pourquoi, vous comprenez, qu'on... on croit qu'il serait bénéfique pour tous
qu'on en bénéficie.
M. Julien : Parfait. Et
naturellement, quand vous mentionnez... puis là je suis peut-être moins
d'accord, mais encore là, c'est une vue de l'esprit, là, pour moi, c'est... Je
pense que vous avez mentionné dans votre allocution d'introduction que, ce
faisant, la concurrence allait... bien, c'est-à-dire que les entrepreneurs
allaient être moins présents puisque plus intéressés par les projets, mais,
pour nous, si on veut augmenter la concurrence au net, là, on a tous de la
difficulté, actuellement, dans les processus d'appel d'offres. On ne va pas
plus en occuper, mais on va peut-être les occuper... les occuper mieux en mode
collaboratif, de manière plus efficiente. Mais je comprends très bien que, je
l'ai toujours dit, il faut être plus attractif, puis, pour être plus attractif,
il faut être en mode collaboratif avec un partage de risques. Puis, comme vous
l'avez mentionné, puis je le répète continuellement, si vous pensez qu'on ne
paie pas le risque actuellement, non seulement on le paie, mais on le paie,
même s'il ne se matérialise pas.
• (20 h 40) •
Mais vous, quand vous le regardez dans la
perspective, là, de la métropole, à la fois par la société de transport et par
la ville de Montréal, c'est quoi, vos constats par rapport à la concurrence sur
les appels d'offres publics en infrastructures? La tendance que vous observez
chez vous, depuis les 10... cinq, 10 dernières années, est-ce que vous
voyez quelque chose qui est remarquable? Parce que moi, je le fais pour
l'ensemble du Québec et je le fais région par région, mais je ne suis pas le
même émetteur de gestion contractuelle. Est-ce que... Est-ce que c'est le même
portrait que vous avez chez vous? Puis parlez... parlez-moi-z-en.
Mme Thuillier (Émilie) : Oui,
mais j'aurais peut-être trois points. Le premier, il y a une étude, hein,
faite par l'UMQ, ou commandée par l'UMQ, là, qui a été déposée, je pense que
c'est l'année dernière, là, qu'on a vu au sommet sur la fiscalité qui avait été
organisé, où, clairement, le marché privé nous dit : Bien, vous savez,
organismes municipaux, on est de moins en moins, peut-être... ou, en tout cas,
on a vu... on a sondé nos membres. Leurs membres étaient donc les entrepreneurs
privés, puis ils sont de moins en moins intéressés, ou ils sont un peu frileux
à venir chercher des contrats publics, parce que c'est compliqué puis parce que,
comme le marché de la construction fonctionne superbien, bien, leurs membres
préfèrent aller chercher des contrats dans le privé, où la gestion
contractuelle est différente, peut-être un peu plus souple et flexible, que
d'aller chercher des contrats municipaux et publics.
La deuxième chose qu'on voit, c'est qu'on
a... pour encore là certains projets ou majeurs ou plus complexes, on a une
tendance où on voit un peu moins de soumissionnaires et on voit certains coûts
qui sont à la hausse. Et surtout, ce qui nous dérange, puis c'est là où on voit
vraiment la part du mode collaboratif, c'est que, pour certains appels d'offres
de chantiers qui sont vraiment compliqués, bien, il n'y a juste pas de
soumissionnaire, puis il n'y a pas de soumissionnaire parce que, justement, le
risque est trop lourd à porter. Puis les gens voudraient... Et c'est arrivé à
plusieurs reprises, où des entrepreneurs nous ont... ont dit à la ville :
Bien, nous, on veut bien soumissionner, mais justement dans un cadre
collaboratif, parce qu'on veut travailler avec vous sur comment le chantier va
se réaliser, comment on va être capables de faire peut-être ces prouesses
technologiques, puis la ville de répondre : Bien, je suis désolée, nous,
on ne peut pas avoir ce mode de contrat là, donc pas de soumissionnaire. Puis,
quand on n'a pas de soumissionnaire pendant un certain temps, l'usine
d'ozonation en construction depuis déjà plusieurs années en est un, bon
exemple, bien, chaque appel d'offres sans soumissionnaire fait retarder le
projet de quelques mois, sinon plus. Donc, c'est vraiment, vraiment important
de trouver une façon d'attirer les soumissionnaires, évidemment, tout en
respectant toutes les autres... toutes les autres lois, et tout en respectant
évidemment l'intérêt public, là.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Complément
de réponse, si vous permettez, Mme la...
Mme Thuillier (Émilie) : Mme
Léonard.
Mme Léonard (Marie-Claude) : Oui.
Merci, Mme Thuillier. Effectivement, la loi sur les sociétés de transport a été
montée dans un objectif de mettre la concurrence sur le marché pour obtenir des
meilleurs prix. Dans le domaine de la construction, présentement, on n'est pas
là. On a très, très peu de soumissionnaires, avec des soumissionnaires... qui
sort beaucoup plus élevé que les estimés, quand on a un soumissionnaire. Donc,
ça engendre des délais, ça engendre des <coûts...
Mme Léonard (Marie-Claude) :
...Donc,
ça engendre des délais, ça engendre des coûts>. Donc, on ne met pas le
marché en compétition nécessairement. C'est souvent les mêmes joueurs. Et ça
nous coûte beaucoup plus cher, parce que, justement, on n'a pas pu en amont
développer des plans et devis, partager des enjeux, on n'est pas capable de
partager les risques, et on se ramasse aussi à la fin avec beaucoup plus de
litiges que si on était en mode collaboratif.
Donc, l'objectif de la loi des sociétés de
transport, on ne l'atteint plus dans les projets de construction d'envergure,
et ça ne permet pas d'aller chercher nécessairement le plus bas
soumissionnaire, d'avoir des meilleurs coûts. Et c'est l'inverse, on est plus
élevé que les estimés. On l'a vu, l'inflation dans le marché de la
construction, le manque de main-d'oeuvre, l'expertise spécifique, faire des
projets de transport collectif, c'est complexe et c'est d'une envergure
importante. Et l'expertise doit être au rendez-vous et on doit pouvoir aller
chercher ça en amont d'avoir défini un projet complètement.
M. Julien : Il me reste une minute,
puis je voudrais vous... bon, parce que j'entends ce que vous me dites, puis
moi, je le vis ici, bien, je l'ai vécu à la ville de Québec, puis je parle
encore, en fin de compte, avec des intervenants à la ville de Québec. Dans des
projets d'envergure de transport collectif, vous connaissez un peu le dossier
de la ville de Québec ici, des entrepreneurs, des intervenants du marché nous
disent... Dans le processus actuel, avec les réglementations, pas de
soumissionnaires, ils nous disent : Bien, vous en auriez eu cinq, six dans
un mode collaboratif. Pour vous, c'est-tu réaliste puis c'est-tu ce que vous
voyez comme échos en termes de concurrence dans des projets de cette
envergure-là, avec des modes qui seraient peut-être plus innovants de
collaboration?
Mme Léonard (Marie-Claude) : Bien,
c'est difficile à dire quand on ne l'a jamais fait, mais c'est clair que, quand
on regarde partout à Toronto ou Vancouver, ça ouvre des marchés qu'on n'a pas
accès actuellement. Ça fait que je pense qu'il faut se donner accès à cette
cette loi-là de pouvoir faire du mode de partenariat pour accéder à des
contrats en mode collaboratif. Mais c'est certain qu'on pense que les
soumissionnaires vont être davantage au rendez-vous parce qu'on partage le
risque, on discute ensemble, on a une expertise. Et plus aussi on aura une
prévisibilité dans les projets d'envergure au Québec, bien, plus il y aura de
l'expertise qui va se former...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
Mme Léonard (Marie-Claude) : ...pour
être au rendez-vous sur le marché.
M. Julien : Merci.
Le Président (M. Simard) : Alors,
merci à vous. Je cède maintenant la parole au député de Nelligan.
M. Derraji : Merci, M. le
Président. Bonjour à vous quatre. Merci. C'est très, très important que la ville
de Montréal soit là aujourd'hui. Mais j'ai bien saisi l'ampleur parce que j'ai
eu l'occasion de visiter la STM il y a quelques mois. Pour le bénéfice des
membres de la commission, est-ce que vous pouvez partager l'ampleur des projets
que vous gérez en termes de milliards de dollars? Est-ce qu'on parle d'un
20 milliards, 30 milliards?
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:On
parle sur un cycle de 10 ans, c'est-à-dire notre plan d'investissement est
sur 10 ans de sommes de 21 milliards. La majorité, la presque
totalité de ces sommes, je le répète, sont en totalité ou en partie financées
par le ministère des Transports et de la Mobilité durable, et aussi par la ville,
donc... mais dans une... souvent dans une part très majoritaire par le
ministère des Transports et de la Mobilité durable. Donc, ce sont des
investissements qu'on doit faire pour notre réseau. Oui, il y a le prolongement
de la ligne bleue, mais il y a aussi un 13 milliards d'investissements sur
10 ans qui est essentiellement pour le maintien d'actifs, la modernisation
de nos garages, l'électrification des transports qui sont beaucoup de projets
majeurs à venir dans un horizon. Et on le répète, là, ce sont des projets qui
ne sont pas nécessairement des projets de développement qui feront l'objet
d'une attention spécifique par l'agence qui vient d'être... qui est en train d'être
créée via le projet de loi n° 61. Ce sont des projets
pour lesquels on pourrait générer les mêmes économies qui sont anticipés pour
les projets de développement, pour nos projets de maintien d'actifs.
M. Derraji : C'est très, très
clair et ça fait beaucoup de sens, ce que vous êtes en train de dire. Je vais
poser une question très directe. Est-ce que la ville de Montréal et la STM
sentent aujourd'hui que c'est les grands oubliés de ce projet de loi?
Mme Thuillier (Émilie) : Bien,
je ne sais pas s'il y a d'autres oubliés, mais nous, notre prétention est à
l'effet qu'on devrait être inclus dans le projet de loi. Et puis, en fait,
quand on dit «inclus dans le projet de loi», c'est que ça serait différent,
hein? Parce que nous, on n'est pas exactement sous le même régime, pas la même
loi. Ça fait que c'est pour ça qu'on demande des choses un peu différentes d'un
côté, là, de modifier la loi sur les transports collectifs puis, de l'autre
côté, d'insérer dans une législation au municipal ou la charte de la ville le
droit... qu'on ait le droit, là, de faire des projets de partenariat aussi,
parce qu'on est des aussi grands donneurs d'ouvrage, en fait, que les
ministres... les ministères, pardon, qui sont concernés par le projet de loi.
M. Derraji : Oui, mais vous
avez raison, vous avez raison parce que, déjà... et désolé si je vous coupe,
parce que vous avez bien répondu, et je veux vraiment maximiser le <temps...
M. Derraji :
...je
veux vraiment maximiser le >temps que j'ai avec vous. Déjà, dire que
vous gérez un parc de quoi, un portefeuille de 20 milliards sur... disons,
on situe déjà, on connaît... on sait maintenant l'ampleur de ce que vous gérez.
La question qui se pose, c'est que, lors de ce dépôt de ce projet de loi sur la
place publique, ce qu'on a vu, c'est principalement la ministre du Transport
qui disait qu'elle avait besoin de ce projet de loi pour permettre la
réalisation des projets et aller vite et réaliser des économies. C'est ça, ce
qu'on a entendu. Ce qu'on a aujourd'hui, en face de nous, c'est probablement la
plus importante société de transport au Québec, la STM, qui sent l'obligation
de venir en commission parlementaire nous dire : Attention, c'est que le
projet de loi, ce qu'il ramène, il n'y a aucun impact sur les projets de la
STM, que ce soit le maintien d'actifs ou autres. Est-ce que j'ai raison de
conclure ça?
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Mais,
M. le député, si on est là, c'est parce qu'on a confiance aux institutions.
Justement, on pense que, par la force de notre représentation, la démonstration
de nos arguments et de notre compréhension des choses, ce comité est là
justement pour proposer des amendements et des bonifications au projet de loi.
Donc, clairement, on croit que c'est bénéfice pour tous, pour le MTMD, pour le
Conseil du trésor, justement, qui a déboursé ces sommes-là pour le maintien des
actifs. Je vous confirme qu'on est la plus grosse société de transport au
Québec, que le métro de Montréal est le plus grand ouvrage de transport
collectif au Québec, le deuxième plus grand en Amérique du Nord. Donc, on veut
faire bénéficier... on veut que l'ensemble de nos institutions, nos
organisations bénéficient d'un modèle qui est testé et prouvé en transport,
ailleurs à travers le monde, et qui serait utile, oui, pour la STM et le métro
de Montréal.
• (20 h 50) •
M. Derraji : Je vais vous
reposer la question autrement : Est-ce que Mme Thuillier, ou M. Carette,
ou M. Caldwell, ou Mme Léonard, on vous a consultés, si vous voulez, oui ou
non, en amont, ce projet de contrat collaboratif?
M. Carette (Claude) : Non,
pas à notre niveau, non.
M. Derraji : Donc, vous êtes
en train de me dire, vous gérez un énorme portefeuille de 20 milliards, ni
le ministre, en face de moi, ni la ministre du Transport ne vous ont contactés
pour vous dire : Est-ce que c'est quelque chose qui pourrait vous
intéresser?
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:M. le
député, on a eu des discussions avec la ministre, comme quoi on le souhaitait
et on le voulait, ce mode collaboratif là. Elle a eu la chance de visiter
Toronto, qui en a bénéficié, elle en fait la promotion dans son projet de loi.
Et on est d'accord, on met en valeur ici le travail. On dit que ça doit être au
bénéfice de notre organisation.
M. Derraji : Je vais répéter
ma question. Vous gérez 21 milliards, c'est de l'argent des contribuables,
et qu'aujourd'hui, en votant ce projet de loi, le gouvernement, je vais dire...
ne pas dire d'une manière délibérée, entre guillemets, oublie d'appliquer les
mêmes règles sur le même portefeuille, sur la même argent des contribuables,
les mêmes règles qu'il va appliquer sur les autres contrats. On ne parle pas
avec n'importe quelle société de transport, on ne parle pas de la... On parle
de la ville de Montréal.
Je tiens à rappeler, le Réflexe Montréal.
Il y a Réflexe Montréal qui a été développé depuis plusieurs années. C'est très
important ce que vous ramenez aujourd'hui en commission parlementaire. Ce n'est
pas un petit montant, c'est énorme. Et ce que j'aime avec votre présentation,
si on applique la même règle, vous êtes en mesure d'agir sur le délai, mais
aussi sur les coûts, parce que ça va vous permettre de faire une économie. Et
Dieu sait que vous passez par des moments extrêmement difficiles, et on vous
demande aussi de faire des sacrifices financiers.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Agir
sur nos coûts devient une obsession, à la STM, justement, d'avoir un meilleur
rendement sur l'efficacité de l'investissement collectif en transport
collectif, tant pour nos opérations, tant pour notre maintien d'actifs. Alors,
oui, c'est pour ça qu'à la STM on avait déjà fait un balisage, on avait déjà
des collaborations avec les autres sociétés de transport pour voir justement
les modes d'approvisionnement qui fonctionnent dans les grands projets
d'envergure, complexes comme les nôtres. Et c'est pour ça, je le répète, d'une
autre façon, nous trouvons que la formule qui est proposée ici est à l'avantage
des projets, des grands projets comme les nôtres, et l'avantage des autres
grands projets de gouvernement. Et on considère que tous doivent en bénéficier,
bien sûr, la STM le veut.
M. Derraji : M. Caldwell,
c'est très, très précis. Merci. C'est très clair. J'ai un autre point. Vous
avez vu le projet de loi n° 791, que vous avez déjà commenté publiquement,
cette Loi permettant à des organismes publics de transport en commun de
développer des projets immobiliers aux abords ou au-dessus de leurs
infrastructures de transport en <commun...
M. Derraji :
...Loi
permettant des organismes publics de transport en commun, de développer des
projets immobiliers aux abords, au-dessus de leurs infrastructures de transport
en >commun. L'exemple frappant, c'est l'exemple de Vancouver avec
TransLink. Il y a ce... Il y a ce projet de loi que j'ai déposé et il y a aussi
des modes collaboratifs ailleurs qu'au Québec. Vous... si j'ai bien compris,
vous l'avez... vous avez mentionné ça tout à l'heure. Donc, aujourd'hui, vous
vivez une pression sur vos finances, là, je parle de la STM, on vous demande
des compressions. J'ai vu votre dernière annonce, pour les cinq prochaines
années, c'est la ceinture serrée. Là, vous avez deux leviers. On ne vous
donne pas la possibilité de faire des contrats collaboratifs. Vous avez vu le
projet de loi, on ne vous permet pas de construire aux abords des
infrastructures. Est-ce que, vraiment, vous sentez qu'il y a de l'écoute de la
part du gouvernement du Québec pour vous aider à mieux gérer vos projets?
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Devant
les défis qu'on a au transport collectif, devant la mobilisation qu'il y a pour
trouver des solutions de tout acabit, la STM est un proposeur. Lorsqu'on a fait
nos représentations sur le PL n° 22, l'automne dernier, on avait
demandé l'ensemble de ces ajustements à la loi sur les sociétés de transport
pour justement permettre de faire du développement immobilier, pour lesquels...
qui aura... un développement, qui auront des retombées sur le financement des
mêmes projets de transport collectif qui les supportent.
Donc, clairement, encore là, c'est un
modèle éprouvé, là. Ce n'est pas réinventer la roue, c'est un modèle éprouvé à
travers le monde, à travers le Canada. Alors, oui, on veut le principe, là, que
vous avez cité dans... avec le projet de loi que vous avez cité, le principe de
faire du développement immobilier au bénéfice du transport collectif sur les
infrastructures, c'est clairement quelque chose qu'on souhaite à la STM. C'est
une part de notre contribution dans la génération de revenus pour financer le
transport collectif. On veut contribuer à tous les niveaux dans le contrôle des
coûts, avec justement nos stratégies budgétaires, avec des modèles
d'approvisionnement plus performants, avec la génération de revenus, oui, pour
les infrastructures de transport collectif, puis il y a le développement
immobilier.
M. Derraji : Merci
beaucoup, M. Caldwell. La question se pose à vous deux, M. Caldwell
et Mme Léonard. J'ai deux minutes. On risque de commencer l'étude
détaillée dans les prochains jours. Votre demande est très claire. On risque de
déposer cet amendement pour mettre dans la loi ce que vous avez demandé. Je
vous donne deux minutes pour convaincre le ministre, si jamais il me dit
non, il refuse d'accepter cet amendement.
Un, donnez-lui un exemple, un exemple d'un
projet de transport collectif réalisé en mode collaboratif ailleurs qu'au
Québec, où vous avez vu des solutions, un.
Deux. Si je dépose l'amendement et il le
refuse, vous essayez de contre argumenter avec le ministre. Qu'allez-vous lui
dire?
Mme Léonard (Marie-Claude) :
Bien, je vais y aller avec l'exemple. C'est sûr qu'on a Toronto qui n'est
pas si loin de nous, là. Ils sont en train de faire un modèle présentement,
c'est un modèle qu'on appelle un «process building»... «a progressive design-build»,
excusez. Donc, eux, pour eux, la station, c'est Bloor-Yonge. C'est comme si
notre station Berri-UQAM, on devait l'agrandir par en dessous. Donc, le modèle
qui a été choisi, c'est un modèle de design progressif. Donc, on fait un
30 % de plan et, après, on s'assoit avec le marché, avec l'expertise pour
définir les plans globaux, définir les enjeux du projet et définir les risques.
C'est un projet de 1,5 milliard. Et, oui, on est convaincus, de la façon
qu'ils fonctionnent, ils vont diminuer les délais et les coûts de ce projet-là
de cette façon-là de le faire puis ils diminuent énormément les risques. Donc,
c'est des projets d'envergure qui sont choisis, qui permettent ce partage-là en
amont d'un projet final où, là, les risques deviennent à notre charge.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Donc,
M. le député, on peut tous aller voir, M. le ministre, vous, nous, à Toronto la
TTC, <i>Toronto Transit Corporation a ces dispositions-là qui permettent
ce mode d'approvisionnement...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:...et
qui est bénéfique au TTC, qui le serait à la STM.
M. Derraji : M. Caldwell,
moi, je vais rajouter que le premier ministre aime se comparer à l'Ontario.
Moi, je vais dire au ministre : On va dépasser l'Ontario. Il faut ajouter
votre demande dans le projet de loi. Merci à vous quatre. Merci.
Des voix :
Merci.
Le Président (M. Simard) : Merci
à vous, cher collègue. Et je cède la parole à la députée de Verdun.
Mme Zaga Mendez : Merci,
M. le Président. Je vous remercie, tous les représentants de la ville ce
Montréal et de la STM, d'être avec nous. Tout à l'heure, vous avez dit quelque
chose qui m'a marqué, là, vous êtes le cinquième plus gros donneur d'ouvrage et
vous êtes même plus gros que certains ministères qui vont être... qui vont
bénéficier des avancées de la loi. Est-ce que... Pouvez-vous nous donner des
exemples d'autres ministères, de ce ministère-là? Vous êtes les <cinquièmes...
Mme Zaga Mendez :
...
Pouvez-vous nous donner des exemples d'autres ministères, de ce ministère-là? Vous
êtes les >cinquièmes.
Mme Thuillier (Émilie) : Mais,
en fait, presque tous les autres ministères, à part la SQI et le ministère des
Transports.
Mme Zaga Mendez : Donc, au
ministère de l'Éducation...
Mme Thuillier (Émilie) : Oui,
on est plus gros que le ministère de l'Éducation.
Mme Zaga Mendez : Ministère
de la Santé?
Mme Thuillier (Émilie) : Je
ne pourrais pas vous le dire, peut-être pas.
Mme Zaga Mendez : OK. C'est
juste pour... c'est juste pour avoir quelques exemples d'ouvrages. Quand on
parle, par exemple, du ministère de l'Éducation, quand on parle des écoles
versus des projets de transport en commun.
Mme Thuillier (Émilie) : De
transport, oui.
Mme Zaga Mendez : Merci. On a
parlé de retards dans des projets de transport en commun. Je pense que ce qu'on
souhaite avec ce type de projet de loi, c'est faire en sorte qu'on va avoir
plus et plus vite un réseau structurant, des réseaux structurants de transport
en commun un peu partout. Il y avait quand même des graphiques assez alarmants,
là, préoccupants sur le maintien des actifs en transports en commun en ce qui
concerne la STM. Puis rapidement, moi, j'imagine que plus on laisse détériorer
un actif... et on ne peut pas aller chercher des outils en termes d'appel
d'offres collaboratif, plus on risque de se tourner vers Québec puis demander
plus d'argent, n'est-ce pas?
• (21 heures) •
M.
Caldwell
(Éric Alan)
:Bien,
il y a... Tout à fait. Il y a une interdépendance entre les sommes consacrées
au maintien d'actifs et après, lorsqu'on a des actifs qui se dégradent, une
hausse des budgets d'exploitation pour un entretien non capitalisable, là.
Alors, on le sait tous, là, on le sait tous que, si, justement, des réparations
d'urgence qu'on a à faire, quand une infrastructure est négligée plutôt que
bien entretenue... qu'il y a une répercussion sur les budgets d'exploitation.
Et c'est ce qu'on commence à vivre à la STM, là, c'est-à-dire, vu le niveau de
criticité de nos infrastructures, on est obligé de faire plus de curatif que de
préventif, là, et alors... Donc, on revient à l'équation de base : Comment
est-ce qu'on maximise l'investissement qu'on a besoin... Comment est-ce qu'on
maximise l'investissement en maintien d'actifs? On répète qu'on a besoin de
plus d'investissements en maintien d'actifs, mais là, une fois avec les sommes
qui sont amenées, comment est-ce qu'on arrive à maximiser l'investissement, et
dans un monde justement où on voit, au PQI du gouvernement, une certaine
érosion des sommes en maintien d'actifs du transport collectif? Bien, ça
devient d'autant plus criant.
Je répète encore, comme j'ai le privilège
de m'adresser à un groupe sélect de parlementaires comme vous aujourd'hui,
l'importance critique de l'investissement public en maintien d'actifs de notre
réseau de métro. À Montréal, on le fait pour le réseau routier, bien entendu,
parce que ces ouvrages de génie civil ont... de 40, 50 ans comme l'échangeur
Turcot, la Métropolitaine ou le <i>pont Louis-H.-La Fontaine, le pont de
l'Île-aux-Tourtes ont besoin d'investissements massifs. Il en va de même pour
le métro si on veut qu'il reste fiable et performant et si on veut lui donner
un deuxième cycle de vie.
Mme Zaga Mendez : Merci.
Donc, de ce que je comprends, ça serait avantageux pas seulement pour le
développement de nouveaux projets, pour le maintien d'actifs et ainsi de ne pas
augmenter l'apport du Québec, là, qui... qui... Parce qu'on le voit, là, nous,
on le voit, les débats, là, on a besoin de plus d'argent de transport en
commun, on le sait que ça peut reposer aussi par des méthodes de développement,
des contrats collaboratifs comme celui qui est là. Moi, je ne sais pas si vous
voulez ajouter quelque chose, je sais qu'il me reste peut-être...
Le Président (M. Simard) : À
peine 10 secondes, chère collègue, à peine 10 secondes.
Mme Zaga Mendez : Ah!
10 secondes. Bien, je vous remercie.
Mme Thuillier (Émilie) : Bien,
peut-être juste dire qu'avec la même enveloppe on fera plus de projets dans le
mode collaboratif que si on reste dans ce mode-là. Et ce qui risque d'arriver,
c'est qu'il n'y aura plus d'entrepreneurs sur le marché qui vont vouloir faire
des projets de transport collectif qui sont complexes et qui nécessite...
Le Président (M. Simard) :
Très bien.
Mme Thuillier (Émilie) : ...une
expertise spécifique.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Alors, Mme la mairesse, à travers vous, je salue tous vos collaborateurs.
Je vous remercie infiniment d'avoir participé à nos travaux ce soir et d'avoir
enrichi notre réflexion, au plaisir de vous retrouver. Soit dit en passant,
vous avez une très, très belle photo derrière vous.
Mme Thuillier (Émilie) : Merci,
M. le Président.
Le Président (M. Simard) : À
bientôt, au revoir.
Des voix : ...
Le Président (M. Simard) : Conséquemment,
nous allons suspendre momentanément, le temps de faire place à nos prochains
invités.
(Suspension de la séance à 21 h 03)
21 h (version révisée)
(Reprise à 21 h 09)
Le Président (M. Simard) : Alors,
chers collègues, nous terminons, comment dire, cette consultation en force en
recevant nos collègues de la FTQ-Construction, qui nous font l'honneur de leur
présence ce soir, malgré l'heure tardive. Alors, chers messieurs, bienvenue
parmi nous. Auriez-vous d'abord l'amabilité, s'il vous plaît, de vous
présenter?
M. Boisjoly (Éric) : Oui.
Éric Boisjoly, directeur général de la FTQ-Construction.
M. Lapointe (Philippe) : Et
Philippe Lapointe, conseiller aux relations de travail à la FTQ-Construction.
Le Président (M. Simard) : Alors,
messieurs, nous vous écoutons. Vous savez que vous disposez d'une période de 10 minutes.
M. Lapointe (Philippe) : Oui.
Bien, bonjour, messieurs, dames les députés, alors... et M. le ministre. C'est
vraiment un honneur pour nous d'être présents. On... La FTQ-Construction a
senti l'importance d'intervenir parce que la gestion des projets d'infrastructure
publique, c'est... a un impact direct sur nos conditions de travail puis nos
relations de travail. En fait, le gouvernement est le plus grand donneur d'ouvrage
au Québec. Près de la moitié des heures travaillées sont des heures travaillées
pour des projets publics, municipaux, provinciaux ou fédéraux. Et c'est pour ça
qu'on sent que, dans la question des appels d'offres, mais aussi dans la
question de la gestion des programmes d'infrastructure, eh bien, c'est
important qu'on ait un mot à dire, ou du moins qu'on vous fasse part, là, de
notre expérience.
• (21 h 10) •
La principale chose qui nous vient à l'idée,
c'est l'importance, dans le fond, de planifier les travaux publics en fonction
de la présence de la main-d'oeuvre. Étant donné le poids de la... du
gouvernement dans les... dans les... l'attribution des contrats, ce que ça
fait, c'est que vous... le gouvernement peut avoir un impact direct sur la
conjoncture, la présence et, dans le fond, créer des pénuries de main-d'œuvre.
Il existe des moyens que nous voulons vous proposer, soit celle de planifier...
en demandant les courbes de main-d'œuvre aux répondants à vos appels d'offres,
de planifier les besoins de main-d'œuvre pour l'exécution des travaux. En
planifiant les... la main-d'œuvre nécessaire, vous pouvez étaler sur le
calendrier de façon à ne pas créer des immenses «peaks» de demande de main-d'œuvre
et ainsi créer des pénuries qui soient artificielles, c'est-à-dire ponctuelles,
alors qu'il y a une main-d'œuvre qui est disponible pour le reste du temps.
Vous savez, on dit toujours qu'on est en
pénurie de main-d'œuvre dans la construction, mais le nombre d'heures
travaillées présentement est de 1 000 heures par année, en moyenne,
par travailleur de la construction, 1 000 heures, c'est-à-dire une
moitié d'année. Alors, si les donneurs d'ouvrage, principalement le
gouvernement, se concertaient et voyaient, par exemple : On va avoir
besoin d'une... tant de quantité d'électriciens à tel moment, tant de quantité
de manœuvres à un autre, et qu'il y avait un étalement des travaux, une
planification de cela, bien, on pourrait avoir un meilleur équilibre puis
peut-être baisser la pression et la surchauffe qu'on a dans l'industrie. Je
vais laisser plus tard Éric vous expliquer certains exemples.
Je passerais tout de suite à notre
recommandation n° 2, qui est celle de revoir la règle
du plus bas soumissionnaire. En fait, la règle du plus bas soumissionnaire a un
immense impact sur la façon que les soumissionnaires prévoient et estiment les
coûts, et, parfois, cette estimation-là se fait au détriment des conventions
collectives et au détriment de la santé-sécurité des travailleurs,
travailleuses. Ce qu'on a vu à plusieurs reprises, c'est que, dans le fond,
afin de... afin de gagner l'offre... l'appel d'offres, les soumissionnaires
vont avoir tendance à sous-estimer des étapes, par exemple la planification, ou
même certains des sous-contractants qu'il va y avoir et la valeur que ça va
prendre. Ce que ça fait, c'est que la pression se fait en bas de l'échelle, va
aller se faire, par exemple, sur les poseurs de systèmes intérieurs, là, le
gypse, qui va... plutôt que facturer à l'heure à ces travailleurs, va plutôt
les payer au pied carré, puis ça va avoir un impact direct sur leur capacité de
rémunération.
On pense aussi que ça a un immense impact
sur la présence de travail au noir dans l'industrie de la construction puis
que, si on revoyait cette règle-là, bien, peut-être qu'on serait capables... la
règle du plus bas soumissionnaire, peut-être qu'on serait capables non
seulement d'enrayer le travail au noir, mais aussi d'équilibrer, dans le fond,
les conditions de travail dans le milieu de la construction et de baisser la
pression que ça a sur nos conditions de travail.
Mais, enfin, la partie la plus importante
qu'on veut vous amener aussi, c'est la question des programmes d'accès à l'égalité
puis des programmes d'obligation contractuelle. Présentement, les travailleuses
ne représentent que 3,8 % des travailleuses dans l'industrie de la
construction, et, malgré les efforts qui sont faits année après année pour recruter
des travailleuses, les inciter à rentrer dans l'industrie, lutter contre la discrimination, lutter contre le
harcèlement sexuel et <psychologique...
M. Lapointe (Philippe) :
...lutter
contre la discrimination, lutter contre le harcèlement sexuel et >psychologique,
on voit quand même qu'il y a près de 50 % des femmes qui abandonnent
l'industrie de la construction à l'intérieur de cinq ans. Nos efforts sont
minés par l'absence d'emplois de qualité, de stabilité d'emploi puis la
présence, trop souvent, de discrimination à l'embauche que l'on voit sur les
chantiers.
Et, dans le fond, juste l'année passée, en
2023, ce qu'on a remarqué, c'est que 83 % des entrées de travailleuses qui
ont voulu joindre l'industrie de la construction a été remplacé par des... les
femmes qui sont parties. Ça, ça veut dire, là, qu'on est en train d'essayer de
rendre notre industrie mixte, mais on le fait à travers une... un seau percé.
Puis là ce que je veux... ce qui arrive, c'est que le gouvernement... il y a...
il y a de ça de nombreuses années, ce n'est pas votre faute, mais, dans le
fond, a... n'a pas inclus l'industrie de la construction dans les programmes
d'accès à l'égalité pour atteindre les services... bien, les contrats d'ordre
public. Et ce que ça crée, ça crée cette distorsion-là où est-ce qu'il n'y a
pas de programme de lutte à la discrimination à l'embauche, il n'y a pas de
programme de cibles à atteindre pour les populations qui sont discriminées.
Le Conseil du statut de la femme vient de
vous déposer un avis en ce sens sur le fait qu'il faudrait avoir des programmes
d'obligation contractuelle pour les entreprises de 50 employés et plus. Et
ça va avoir un impact majeur sur la présence de femmes sur les chantiers,
principalement parce que les emplois publics sont généralement des emplois qui
sont mieux payés que ceux dans le privé, sont des emplois qui ont une meilleure
stabilité, et, en pouvant garantir ce type d'emploi là pour les femmes qui
veulent rentrer dans l'industrie, on va leur faire avoir davantage d'heures,
d'avoir... et ces heures-là vont leur permettre d'atteindre le statut de
compagnon, de poursuivre leur apprentissage et de les maintenir et d'avoir une
meilleure rétention pour les travailleuses qui font le choix d'entrer dans
l'industrie de la construction.
Alors, ça va nous faire plaisir de
répondre, là, à vos questions là-dessus. Je vais laisser mon collègue et
directeur, Éric Boisjoly, vous parler, là, d'exemples qu'on a pour la
planification des travaux.
M. Boisjoly (Éric) : Oui.
Bien, la planification des travaux, une chose qu'il ne faut pas oublier, qui n'a
pas été prise en considération dans le PL n° 51,
loi... modernisation de la loi R-20, c'est de s'assurer d'avoir la
main-d'œuvre compétente. Il ne faut pas écarter la qualification des gens qui
rentrent dans l'industrie de la construction. On a passé outre dans le PL n° 51. Je pense que, dans la planification des travaux, il
faudrait s'assurer qu'avec la Commission de la construction<i>... la
courbe de main-d'oeuvre, les gens qui quittent, la nouvelle entrée de la
main-d'oeuvre, on l'a vu depuis les 10 dernières années, on a une carence
en compétence et en formation initiale. Puis je pense que, dans les octrois de
contrats publics, il faudrait s'assurer qu'on a une main-d'oeuvre qualifiée qui
sort des centres de formation et non pas avec des AEP, mais bien des diplômes
d'études professionnelles. Pour nous, c'est d'une importance cruciale si on
veut s'assurer de la qualité des travaux qu'on va faire dans le futur, avec,
justement, tous les milliards que le gouvernement veut injecter dans
l'industrie la construction.
Philippe l'a dit tantôt, le gouvernement,
dans l'institutionnel et dans le génie civil, est donneur d'ouvrage au-delà de
80 %. Ça fait que je pense qu'il est une responsabilité cruciale du
gouvernement de s'assurer de la compétence des travailleurs, des travailleuses
de l'industrie de la construction. Puis la concurrence déloyale avec l'octroi
des contrats au plus bas soumissionnaire, je pense que c'est... c'est vraiment
la porte d'entrée au travail au noir dans l'industrie de la construction. Il y
a deux industries au Québec où ce qu'il y a vraiment le travail au noir :
la restauration, l'industrie de la construction. On l'a dénoncé.
Nous, ce qu'on demandait, avant même la
tenue du PL n° 51, c'était justement d'avoir un forum
sur l'industrie de la construction incluant tous les acteurs autour de la même
table : patronal, syndical, le Trésor pour le travail au noir, les Infrastructures,
l'Éducation et, justement, le ministère du Travail. Je pense qu'on aurait pu
vraiment tous se parler dans le blanc des yeux puis d'arriver à des solutions,
et non pas aller de projet de loi en projet de loi pour essayer d'améliorer
l'industrie de la construction mais en scindant différentes sphères d'activité
qui regroupent toute l'industrie de la construction. On parle tous de la même
chose, mais là on va le faire en plusieurs projets de loi. C'est anormal, on
aurait dû tous se parler en même temps.
On est prêts à répondre à vos questions.
Le Président (M. Montigny) : Alors,
merci beaucoup, M. Boisjoly, M. Lapointe. On va passer à la période
d'échange. Maintenant, je vais passer la parole à M. le ministre.
M. Julien : Merci, M. le
Président. Bien, bonjour, messieurs. Un plaisir de vous rencontrer. C'est sûr
qu'on est à l'étude du projet de loi n° 62. Vous avez
amené plusieurs éléments qui sont... qui sont corollaires, mais pas
directement. Je vais vous poser quand même une question spécifiquement sur le
projet de loi n° 62.
C'est sûr qu'au cœur de ce projet de loi
là on veut favoriser les modes collaboratifs, là, dans des appels d'offres. Ce
n'est pas quelque <chose...
M. Julien :
...les modes collaboratifs, là, dans des appels
d'offres. Ce n'est pas quelque >chose que vous avez... que vous avez
abordé dans vos préoccupations, puis je vais y aller après ça sur vos
préoccupations, mais est-ce que pour vous ça amène des enjeux spécifiques par
rapport à vos responsabilités, un mode où on est plus en collaboration avec à
la fois les entrepreneurs généraux, les professionnels et les joueurs que par
un mode traditionnel au plus bas soumissionnaire?
M. Boisjoly (Éric) : Bien, je
pense que, dans les appels d'offres initials... on l'a vu dans le... dans
différents secteurs privés, si on... si on peut le nommer, la filière batterie,
là, il y a des consortiums d'ingénierie qui nous rencontrent des fois une
année, deux années à l'avance, même... l'octroi des contrats pour s'assurer de
la courbe de main-d'œuvre, les gens qu'on va avoir besoin dans une région x,
pour ne pas nommer le secteur de la Mauricie présentement, mais ça s'est fait
dans le passé au Saguenay—Lac-Saint-Jean, sur la Côte-Nord avec les gros
projets d'alumineries ou même les mises en arrêt de chantiers dans les
raffineries. Mais on se parle, justement, avec ces donneurs d'ouvrage là, pour
s'assurer qu'on a une bonne courbe de main-d'oeuvre puis de s'assurer qu'avant
même la soumission... est-ce qu'on a les gens de disponibles de différents
corps de métier dans les régions là ou on va aller à l'extérieur dans la
planification des coûts, aussi, des travaux. Mais ça, je pense que ça se fait
en amont, puis je pense que ça, c'est des bonnes nouvelles si on s'en va vers là,
puis je pense que la FTQ-Construction, on va être coopératifs à mettre ces
choses-là en place pour s'assurer que, dans le fond, les deniers publics,
hein... parce que, là, on s'en va dans les... dans les deniers publics, mais
qu'on participe à s'assurer qu'on ait une belle courbe de main-d'oeuvre puis de
s'assurer aussi que l'échéance des travaux soit faite en conformité puis qu'il
n'y ait pas de dépassement de coût. Je pense qu'on est tous gagnants à ça.
• (21 h 20) •
M. Julien : Parfait. Puis...
M. Lapointe (Philippe) : Et,
si je peux me permettre...
M. Julien : Oui, allez-y.
M. Lapointe (Philippe) : ...oui,
c'est... excusez, M. le ministre, mais, si je peux me permettre, mais... par
exemple, quand on a eu le chantier de La Romaine, d'être capables de voir à
l'avance les besoins qu'il y a, ça nous a permis d'avoir des projets pilotes,
entre autres avec les communautés innues qui étaient aux alentours, de former
la main-d'œuvre pour qu'elle soit capable d'être... de créer des opérateurs et
opératrices de machinerie lourde, qui ont été embauchés par la suite sur le
chantier puis qui ont eu assez d'heures pour devenir des compagnons puis être
autonomes dans leur métier par la suite. C'est le genre de projet qu'on
pourrait monter, là.
M. Julien : Parfait. Puis... Puis,
je vous le dis, là, sur ce volet-là, ce n'est pas dans le projet de loi, mais
c'est dans la stratégie, là, la stratégie qui intègre le projet de loi, mais
d'autres éléments de planification.
Moi, j'accorde une très, très grande
importance à la capacité régionale. D'ailleurs, on fait maintenant... à tous
les six mois, c'est mis à jour. Mais on a fait, pour chacune des régions, tous
les métiers de la construction en termes de pénurie faible, élevée ou à la
bonne hauteur par région pour justement venir voir c'est quoi, la capacité
régionale qu'on a, au Québec, de toutes les régions pour s'assurer, par
exemple, que, quand on ordonnance nos travaux, si, par exemple, le ministre de
la Santé dit : Je vais aller bâtir un centre hospitalier, le ministre de
l'Éducation dit : Deux écoles secondaires, puis le ministre... la ministre
des Transports dit : On va faire en même temps un pont ponceau, puis, en
plus, j'ai l'industrie, Hydro-Québec puis les municipalités... Donc, on a pris...
Tu sais, parce que le PQI, c'est 36 % des investissements, à peu près, en
infrastructures. Les villes, c'est peut-être 18 %. Le privé,
Hydro-Québec... Alors, on a pris tous les grands donneurs d'ouvrage puis on a
regardé, là, la perspective cinq ans en avant de nous pour dire : C'est
quoi, la capacité régionale?
Donc, vous pensez... Parce que nous
autres, on pense que c'est un outil de priorisation de nos projets. Maintenant,
on met des cotes de capacité par région avec le projet. Vous pensez que c'est
la bonne avenue, ça, pour s'assurer, justement, de réduire les coûts des
projets, de le considérer en termes de main-d'oeuvre?
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
moi, je... assurément que oui, parce que, si on s'assure d'avoir la
main-d'oeuvre puis après ça... Si on est capables aussi de planifier, exemple,
la main-d'oeuvre qui va venir d'ailleurs, justement, qui a un coût
supplémentaire avec les conventions collectives, ça, je pense que, si on est
capables de prévoir ça quelques coudées d'avance... mais je pense que tout le
monde va être gagnant dans ces... dans ces... de cette planification-là, en
tout cas, si on peut l'appeler la préplanification ou la précourbe de
main-d'oeuvre, c'est certain.
M. Julien : Parfait.
M. Lapointe (Philippe) : Mais...
M. Julien : Oui.
M. Lapointe (Philippe) : Puis
le... c'est... l'important puis une des choses qu'on veut mettre claire, c'est
qu'il faut mettre cette capacité-là en lien avec le ministère de l'Éducation
puis les formations qui vont être données, les cohortes qui sont ouvertes en DEP,
parce que, présentement, on est en déficit de compétence, c'est-à-dire qu'il y
a près de 80 % des gens qui sont rentrés sans formation initiale dans
l'industrie puis seulement 20 % qui ont les connaissances de pointe. Puis
on pense que les gens peuvent apprendre leur métier entièrement sur le
chantier, mais, si on veut construire un hôpital, il va falloir avoir des
tuyauteurs qui sont spécialisés pour certains gaz, il va falloir avoir des
électriciens qui sont capables de faire des systèmes qui sont plus de pointe.
Et ça, ça demande un DEP. On ne peut pas juste l'apprendre sur le chantier.
C'est peut-être des mauvais exemples parce que ces gens-là ne rentrent pas par
bassin, mais ça va être la même chose pour les gens qui font <l'isolation....
M. Lapointe (Philippe) :
...mais
ça va être la même chose pour les gens qui font >l'isolation, ça va être
la même chose pour les gens qui font les vitres. Il va falloir que ce soient
des gens qui...
M. Julien : Mais... Mais,
juste là-dessus, là, parce que c'est certain que les données qu'on a
récupérées, là, parce qu'on a commencé à faire ça il y a plus que... il y a un
peu plus qu'un an, ça visait quand même à nourrir la réflexion de la ministre
de l'Emploi... Emploi et du ministre de l'Éducation pour les formations
accélérées. Je comprends que ce n'est peut-être pas le modèle que... à vos
yeux, mais c'est venu nourrir cette réflexion-là pour dire : Regardez la
capacité régionalisée, et spécifiquement par les différents métiers qui ont le
plus d'enjeux, pour pouvoir faire de la formation accélérée. Donc, le modèle
servait à ça, mais là vous semblez dire que ce n'est pas... ce n'est pas le bon
geste qu'on pose.
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
c'est parce qu'il y a un... parce qu'il y a un danger aussi de créer l'inverse,
tu sais. Je vais juste prendre la région de la Gaspésie. Vous avez mentionné
les AEP, mais les AEP... on avait déjà pratiquement plusieurs dizaines de
préparateurs et préparatrices d'équipements lourds qui avaient suivi des DEP puis
on a parti quatre cohortes d'AEP dans la région de la Gaspésie. Ça fait que
c'est... Là, on a... on a surformé dans la capacité des opérateurs et
opératrices d'équipements lourds, mais on n'a pas été cerner le vrai besoin de
main-d'œuvre. C'est ça, on a donné les cartes sans s'assurer de la
main-d'oeuvre qu'on avait de besoin. Mais, si on aurait mis dans la boucle les
associations syndicales, à parler à notre monde de terrain... mais peut-être qu'on
aurait évité d'investir l'argent du public dans des formations qui ne seront
pas utilisées, malheureusement.
M. Julien : OK. Tantôt...
M. Lapointe (Philippe) : Puis,
à l'inverse...
M. Julien : Oui, allez-y, oui.
M. Lapointe (Philippe) : Puis,
à l'inverse, il y a des métiers, par exemple ferblanterie, où est-ce qu'il n'y
a pas eu d'AEP qui a été créée, puis les cours... les cohortes de DEP ont fermé
parce qu'il n'y a plus de gens qui s'inscrivent, parce qu'il n'y a pas d'incitatif
à y aller. C'est-à-dire qu'il y a tellement de bassins qui ouvrent que,
finalement, les jeunes ne veulent pas s'inscrire au DEP, ils vont directement
travailler sur les chantiers. Puis ça fait en sorte qu'on est en train de
perdre complètement l'expertise de la ferblanterie. Puis ça, ça peut être
important, là, entre autres pour la ventilation dans les hôpitaux puis dans les
grands édifices publics.
M. Julien : Parfait. Je vois
ces enjeux-là que vous nommez. L'autre élément... Tu sais, vous avez parlé, en
fin de compte, de l'employé qui arrive des fois en bas de course dans le
processus, quand on a un processus d'appel d'offres au plus bas
soumissionnaire, avec les effets corollaires que ça peut avoir, puis vous sembliez
dire : Bien, à la fin, celui qui écope, c'est peut-être l'employé.
D'un autre côté, moi, quand je regarde la
rémunération globale au Québec, de mémoire, elle a augmenté d'à peu près
23,6 %, là, dans les quatre, cinq dernières années, puis mes coûts de
projet, en moyenne, ont monté de 40 %. Donc, l'argent doit bien aller
quelque part, là.
Alors, exprimez-moi, en fin de compte,
comment ça se fait qu'elle ne se rend pas au... en bout de la course, parce que
ça me coûte beaucoup plus cher que l'augmentation de la rémunération, donc je
pensais que les travailleurs de la construction s'en étaient bien tirés dans
les dernières années.
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
je pense que pas vraiment. Mais, là-dessus, je peux vous dire, on vient de
finir... on a fait quelques régions dans une tournée provinciale, puis on a
fait, justement, un centre hospitalier dans la région de Sherbrooke, puis,
justement, la planification des travaux, bien, ça a été vraiment amené sur le
terrain, là. Tu sais, on a lancé le projet, on amène les plans, puis après ça,
bien, on décolle les travaux conjointement avec tous les corps et métiers, mais
on n'a pas planifié. Ça fait que, souvent, on installe un «duct» de
ventilation, mais après ça on arrive avec de la tuyauterie, le «duct» de
ventilation est là, on est obligés de débarquer le «duct» de ventilation,
passer la tuyauterie, faire des amalgames pour repasser la ventilation
ailleurs. Mais ça, ce n'est pas le travailleur, ça, qui mène ça, c'est la
planification, c'est l'ingénierie, c'est les donneurs d'ouvrage. Mais ça,
qu'est-ce qui arrive dans ce temps-là? Mais le tuyauteur, mais qu'il est obligé
de refaire ses travaux, bien, lui, il a une surcharge d'extra au contrat. C'est
comme ça que ça fonctionne dans l'industrie de la construction. On octroie un
contrat...
M. Julien : Donc... Donc, les
surcoûts sont plus liés à de l'inefficience qu'à de l'enrichissement
d'employés.
M. Boisjoly (Éric) : Bien, faites
juste regarder la couleur des pickups puis les bateaux des employés de la
construction ou des entrepreneurs, on va voir la différence tout de suite.
M. Julien : Je n'ai pas... Je
ne les ai pas regardés. Je n'ai pas le droit de regarder ça parce que ça me
donne... ça me donne le goût d'en avoir.
M. Lapointe (Philippe) : Mais...
Mais, en parallèle, nous, nos conditions de travail sont régies par convention
collective, puis les dernières augmentations salariales de la construction
n'ont pas été de 23 %, là. Peut-être qu'après la prochaine négociation on
va se reparler puis vous allez devoir revoir vos appels d'offres, mais
présentement on a eu une augmentation moyenne de 2 % de salaire. Donc, ces...
cette hausse de coûts là ne se retrouve pas sur notre rémunération. Elle va
peut-être se retrouver, par exemple, sur les matériaux. Il y a eu... Pendant la
pandémie puis après, il y a eu... il y a une explosion du coût, entre autres,
du deux-par-quatre puis certains matériaux.
Puis l'autre chose qu'il y a d'important
de dire, c'est que ce que ça... quand je disais que ça a un impact sur le bas,
c'est que, disons que vous avez un entrepreneur général x qui applique mais qui
a appliqué au plus bas, bien, après ça, il fait la pression sur tous ses sous-contractants,
puis on va se retrouver, nous, avec presque six niveaux, des fois, de
sous-contractants. C'est-à-dire que, là, il va y <avoir...
M. Lapointe (Philippe) :
...presque
six niveaux, des fois, de sous-contractants. C'est-à-dire que, là, il va y >avoir
un sous-contractant qui va dire : Bien, moi, je vais faire tel volet,
disons la finition, puis il va aller voir ensuite : Bien, je vais aller
prendre un sous-contractant qui va aller faire les murs, après ça je vais aller
prendre un sous-contractant qui va aller prendre les fils électriques, et ça se
découle, ils sont tous spécialisés. Puis, à la fin, bien, disons, le poseur de
gypse, là, qui est le dernier qui passe, bien, lui, il est payé au pied carré
plutôt qu'être payé à l'heure. Puis ça, sa rémunération, elle ne va pas être
celle qui est recommandée dans la convention collective, je peux vous le dire.
M. Julien : Parfait. Messieurs,
c'est sûr que ce que vous m'amenez comme sujets ce soir est beaucoup moins lié
à mon... au projet de loi n° 62, mais... mais il est lié à la stratégie
quand même. Puis, pour moi, là, c'est... c'est l'écosystème de la construction,
là, que j'ai en tête, là. Alors, je suis curieux, là, de bien concevoir... puis
vous l'avez nommé, là, mais par rapport à l'enjeu, là, des femmes qui quittent
l'industrie, là, puis... puis ce que vous avez nommé, là, parce que... Écoutez,
j'essaie de voir à qui la faute et pourquoi. Vous avez... Vous avez focalisé
sur l'intégration par rapport à certaines règles, mais j'essaie de voir, ça
peut... ça ne peut pas être juste ça quand on regarde les données, là, parce
qu'honnêtement c'est... c'est assez probant que ce n'est pas attractif, là.
• (21 h 30) •
M. Lapointe (Philippe) : Bien,
il y a plusieurs éléments par rapport à la présence des travailleuses dans
l'industrie. Puis vous avez raison, c'est... je ne pourrais pas pointer du
doigt un responsable pour l'absence de présence de femmes dans l'industrie de
la construction, là, c'est une responsabilité qui est partagée.
Tout d'abord, on s'entend que c'est un
milieu qui... pour tout le monde, que ce soit pour les hommes ou pour les
femmes, c'est un milieu qui est... qui est hostile, entre autres à cause de la
très grande précarité d'emploi. Tu sais, les travailleurs de la construction
n'ont pas de sécurité d'emploi. On travaille de chantier en chantier, on bouge
sans arrêt. Puis, à la fin d'un chantier ou d'un contrat, qui peut durer deux
mois, trois ans ou même deux jours, bien, il faut... c'est la quête du nouvel
emploi.
Alors, les travailleuses, qui sont déjà...
dans le fond, elles partent toujours avec une strike, c'est-à-dire qu'on va
embaucher un jeune homme plutôt que d'embaucher une femme, généralement par
discrimination, là. Je vais... On va... On va le nommer, là, il y a comme un
sexisme ambiant. Puis je ne veux pas dire tous les entrepreneurs de
construction, mais il y a 25 000 employeurs dans la construction, il
y en a quelques-uns qui le sont. Et on remarque que la proportion des
travailleurs... des entrepreneurs et entrepreneuses qui embauchent des femmes
est quand même assez minime. C'est presque 16 %. Ça fait que ce que ça
fait en sorte, bien, c'est que les travailleuses, elles sont toujours à la
remorque pour essayer de trouver ce type d'emploi là.
Ça fait que, nous, ce qu'on dit, c'est que,
si le gouvernement, dans ses appels d'offres puis dans son... ses partenariats,
inclut des cibles puis des programmes d'accès à l'égalité qui luttent vers la
discrimination, ce qu'on va créer, c'est... on va créer un environnement de
bonnes pratiques. Puis, en créant cet environnement de bonnes pratiques là,
vous seriez, dans le fond, l'exemple qui va éduquer les entrepreneurs de la
construction... puis peut-être même créer un nouveau climat plus serein pour
tout le monde, et ce serait bénéfique.
Puis vous avez raison, ce n'est peut-être pas
le sujet sur lequel vous vouliez amener votre projet de loi, M. le ministre,
mais vous ouvrez les règlements et vous ouvrez les lois sur lesquels nous
pouvons toucher. Par exemple, le Conseil du statut de la femme, il réfère au <i>règlement
des contrats de travaux de construction des organismes publics. C'est un des
règlements sur lesquels vous touchez avec le PL n° 62.
Puis, en même temps, sur ce qui est des appels d'offres puis tout ça, sur le
reste, bien, vous êtes dans ces cordes-là. Vous avez raison, on n'est pas
exactement sur le projet, disons, que vous vouliez amener avec les contrats en
partenariat, mais, tant qu'à les ouvrir, aussi bien commencer à parler de
choses qui peuvent être croustillantes, comme ce que nous essayons de vous
sensibiliser.
M. Boisjoly (Éric) :
Juste pour faire un retour sur...
M. Julien : Mais il y a quand
même pas mal de choses croustillantes, mais... mais il n'en demeure pas moins
que ces éléments-là sont importants pour moi. Donc, je voulais vous entendre
puis voir les gestes les plus probants qu'on pourrait éventuellement poser
pour... pour...
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
un geste que vous pouvez poser... juste dans les octrois des contrats publics,
avec l'embauche des femmes, on l'a essayé avec la commission, juste sur la
référence de main-d'oeuvre, ça a été quelque chose qui n'a pas fonctionné, là.
Les femmes sont en avant-plan dans la référence de main-d'oeuvre puis elles ne
sont pas employables plus. Ça fait qu'il y a un problème à quelque part, puis
ce n'est pas la commission, puis ce n'est pas les parties syndicales qui les
embauchent, c'est les entrepreneurs. Et ils étaient sur la plateforme, et ils
le sont encore.
Dans les contrats publics, si on fait
juste... si on... il faudrait juste s'assurer d'avoir des blocs sanitaires
salubres, juste pour les femmes, dans l'industrie de la construction. On fait
des sourires, M. le ministre, mais c'est quand même quelque chose. On est en
2024 puis les femmes ne sont pas capables d'aller aux toilettes puis de se
laver les mains correctement. C'est inadmissible.
M. Julien : Non. Je fais
un sourire parce que... Je fais un sourire parce que vous avez raison.
M. Boisjoly (Éric) : Non,
c'est ça, c'est inadmissible. Tu sais, si, au moins, on mettrait ça de l'avant
dans les contrats publics, bien, on donnerait, déjà là, une belle porte
d'entrée à nos femmes dans l'industrie puis on s'assurerait de pouvoir leur
démontrer qu'on veut les maintenir dans l'industrie parce qu'on leur donne
quelque chose de... un point d'attache que ça fait longtemps que les femmes se battent
dans l'industrie...
21 h 30 (version révisée)
M. Boisjoly (Éric) : ...parce
que ça fait longtemps que les femmes se battent dans l'industrie, là.
M. Lapointe (Philippe) : ...tu
sais, on ne vous demande pas non plus de révolutionner le... le monde. On vous
demande juste d'étendre les programmes d'obligations contractuelles qui
existent déjà dans... dans la loi puis de... d'enlever l'exception de la
construction. Puis ce qu'on nous a dit, c'est qu'à l'origine la raison pourquoi
la construction était exclue, c'est qu'il n'y avait pas de femmes sur les
chantiers. Mais ce qu'il y a de drôle, c'est qu'aujourd'hui on se retrouve avec
encore très peu de femmes sur les chantiers, et on... on se dit que, si ça
avait été implanté dans les années 80, bien, on n'aurait peut-être pas
cette situation-là en ce moment.
M. Julien : Merci,
messieurs.
M. Boisjoly (Éric) : Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup. Ça termine l'échange avec M. le ministre. Maintenant, c'est
le temps de l'échange avec le député de Nelligan. Je vous laisse la parole pour
12 min 22 s.
M. Derraji : Merci, M.
le Président. Bonjour à vous deux. Très intéressant, parce que vous ramenez
quelque chose d'autre dans ce projet de loi. Il y avait un projet de loi qui
modernisait l'industrie de la construction, le projet de loi 51. Est-ce
que les représentations que vous avez faits aujourd'hui, vous avez essayé de
les faire passer dans le 51 ou pas? Désolé, je n'ai pas suivi toute l'étude.
Est-ce que vous êtes au courant? Est-ce que ça a donné quelque chose, ou bien
vous sentez l'obligation que ça n'a pas été fructueux pour vous dans le cadre
du 51 et vous voulez que nous, on insiste aujourd'hui à rajouter ces éléments
dans le cadre de ce projet de loi?
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
si je peux me permettre, juste pour la formation professionnelle, je pense qu'initialement
on a essayé de l'apporter juste dans les consultations préalables au PL 51,
puis ça a été un refus catégorique de la part du ministre Boulet de nous
entendre sur la formation professionnelle. Ça fait que je pense que, si on
parle d'octroi de contrats publics, je pense que c'est les... les... c'est l'argent,
dans le fond, des contribuables, je pense, qu'on... les contribuables vont
demander d'avoir des gens qualifiés et compétents pour exécuter les travaux à
lesquels on va faire ou... puis qu'on... puis à lesquels on va payer.
Je pense qu'on essaie de... de l'amener
partout où est-ce qu'on peut pousser, dans le fond, pour s'assurer d'une
formation adéquate. Philippe l'a dit tantôt : On a une carence en
formation. On a passé de 30... de 70 % de diplomation, voilà 10 ans,
à 30 % de diplomation. On est complètement à l'inverse aujourd'hui. On a
30 % de diplomation versus 70 % d'entrées sans diplôme dans l'industrie,
ça fait que ça va avoir un impact directement dans les... dans les années à
venir, puis ça, c'est dans un avenir assez rapproché dans l'industrie de la
construction.
Puis pour... des femmes, bien, je vais
laisser... je vais laisser Philippe aller, mais c'est des choses qu'on n'a pas
été capables d'amener non plus dans le PL 51.
M. Lapointe (Philippe) : Puis,
tu sais... ce n'est pas ce que vous dites, mais je veux juste rassurer qu'on
n'est pas en train d'essayer de refaire le débat du PL 51 dans... dans un
autre...
M. Derraji : Non, non,
non.
M. Lapointe (Philippe) : ...projet
de loi.
M. Derraji : Non, non,
non. Non, non, écoutez, c'est juste...
M. Lapointe (Philippe) : Non,
je comprends que ce n'était pas là que vous alliez.
M. Derraji : Non, non,
non. Au contraire, je vous écoute, je veux juste m'assurer... Comme je n'ai pas
assisté aux consultations... De mon rôle, je suis tout ce qui se passe dans les
projets de loi, mais je ne peux pas aller dans les détails, donc je ne peux pas
aller voir tout ce qui a été dit dans n'importe quelle commission. Mais j'ai
aimé ce que vous avez ramené, et vous avez le droit de dire : Écoutez, le
gouvernement donne de l'ouvrage, c'est des contrats publics, c'est beaucoup,
beaucoup, beaucoup d'argent. Donc, est-ce qu'il peut, dans le cadre de ce qu'il
contrôle en termes d'appels d'offres, exiger un minimum de... Donc, moi, je
voulais juste vérifier, mais je vous écoute et après on va passer à la deuxième
étape. Je ne fais aucun jugement...
M. Lapointe (Philippe) : Non,
non, mais... mais c'était pour vous dire qu'on s'est vraiment assis avec le PL 62
à voir... parce que c'est... La façon que le gouvernement donne les... les
contrats a un impact direct sur la façon qu'on va s'organiser par la suite.
Puis quand je dis «on», je parle des travailleurs, travailleuses, parce que c'est...
les travailleurs, travailleuses veulent avoir accès à ces chantiers-là. Et donc
un chantier, lorsque l'appel d'offres, la planification et l'organisation du
travail, elle est bien pensée, ça devient un emploi de qualité. Et dans une...
dans une industrie qui est aussi précaire que la nôtre...
D'ailleurs, il y avait des... des études,
là, qui nous comparent, là, à la compétition qui peut exister, disons, entre le
monde de... du taxi puis les Uber, là, tellement c'est... c'est volatile, nos...
nos emplois, là, on est quasiment à la pièce. Et donc, lorsqu'on peut tomber
sur un emploi public, d'un contrat public qui est long, eh bien, pour nous, c'est
une stabilité d'emploi et de revenus. Et on a beau avoir un salaire horaire
élevé, mais si on n'est pas capables de travailler à temps plein, eh bien, on
finit sur le chômage tout de même. Et le salaire moyen d'un travailleur de la
construction, cette année, c'est environ 42 000 $ sur... alors que le
salaire horaire, c'est 45 $ de l'heure pour un compagnon. Donc, ça veut
dire que la personne ne travaille pas à temps plein.
M. Derraji : Écoutez, ce
que vous ramenez nous interpelle, parce que parfois on parle beaucoup, beaucoup
du réseau de la... de... de la construction, avec raison, et il y a
probablement de... beaucoup de légendes urbaines qui circulent sur ce domaine, <malheureusement...
M. Derraji :
...avec
raison, et il y a probablement de... beaucoup de légendes urbaines qui
circulent sur ce domaine, >malheureusement. Mais, au début de votre
présentation, vous m'avez parlé beaucoup de la planification. Il y a beaucoup
de groupes qui nous ont parlé que... : S'il vous plaît, mettez des experts
autour de la table. Il faut absolument agir, parce que, si on n'a pas une bonne
planification au départ, c'est de là où tout part, et le risque, il est très
élevé.
Ce que j'ai aimé dans votre présentation,
vous avez parlé de l'ingénierie, vous avez parlé de la précarisation, vous avez
parlé des extras, hein, le fameux extra. Donc, de l'autre côté, vous êtes des
gens qui travaillent sur le terrain. Si aujourd'hui vous êtes responsables de
la partie planification — il y a beaucoup de groupes qui ont parlé de
la planification avant vous — c'est quoi, les choses que vous
suggérez aux membres de la commission qu'on doit prendre en considération?
Parce que je suis très sensible à ce que vous... vous venez de dire. Tu sais,
la précarisation... Je suis sur le cas présentement dans le dossier de
chauffeurs de taxi qui comparent leur travail à Uber, et on parle... on me
parle beaucoup de la précarisation, beaucoup, beaucoup. Le salaire de ces gens,
il est très, très, très bas, malgré ce qu'on peut penser de l'industrie de taxi
ou d'Uber.
Nous, ce qu'on veut, c'est éviter la
précarisation. Ça, c'est sûr et certain. Je parle de la... au niveau de la...
de la construction. Vous avez beaucoup parlé de la planification. Mais, ce que
j'ai aimé avec vous, vous êtes le premier groupe qui parle de l'autre côté, qui
voit les effets de l'absence de planification, et vous avez même donné des
exemples : Écoutez, si on ne planifie pas très bien, bien, on tombe dans
les fameux extras, et c'est là où l'augmentation de coûts, elle est... elle est
importante, n'est plus contrôlable.
• (21 h 40) •
Il me reste quand même cinq minutes.
Essayez de résumer, de votre côté, côté terrain, les choses qu'on doit faire.
Mais là j'ai besoin de vous, pas dans l'exécution, j'ai besoin de vous dans la
planification. Je vous écoute.
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
écoutez, je pense que... Vous avez parlé des contrats publics. Je pense qu'on a
une expertise des contrats publics d'avant. Ça fait que, si on ressortirait
tous les contrats publics, exemple, la phase du métro... tu sais, la phase du
métro qui s'est... qui a été la prolongation vers Laval, juste le REM
présentement, qui est... qui est partenariat... les ponts, on est capables de
voir les... les contrats initiaux qui ont été donnés et la finalité du coût de
contrat. Puis, après ça, si on a appris ça, c'est de mettre vos experts à vous,
là, et non pas à nous. Mais nous, on le voit sur le terrain, avec nos salariés
qui exécutent ces travaux-là puis qui ont les embûches de dire : OK, bien,
on est rendus là, mais il faut faire un pas de recul, parce que justement
l'ingénierie et la planification n'avaient pas planifié l'enjeu qu'on a
aujourd'hui ou le duct de ventilation que je parlais tantôt, qui vient en... en...
avec la tuyauterie qui est... qui est à poser.
Mais ça, je pense qu'il faut faire une
expertise des contrats qui ont été donnés avant pour s'assurer de... des extras
qui ont été donnés. Mais pourquoi qu'ils ont été donnés, ces extras-là? Bien,
c'est là qu'il faut aller creuser puis qu'il faut aller piger, puis ça,
l'entrepreneur, bien, il n'a pas le choix d'aller là, là. Puis on ne jette pas
le blâme à personne, là, mais l'entrepreneur, quand il a... il a soumissionné
son contrat, puis qu'il arrive une... un extra, puis on pourrait les nommer, ça
peut être dans une phase d'excavation, ça peut être dans... dans une phase de
coffrage, ça peut être dans une phase d'installation d'équipements
mécaniques... Il y a un paquet de phases de construction où est-ce que, quand
la planification puis l'ingénierie ne se parlent pas, bien, il arrive ça, puis
c'est de l'argent du public, qui coûte plus cher.
Je pense qu'il y a un... il y a. un beau
travail d'exercice à faire de regarder rétroactivement ce qui a été fait dans
les contrats des dernières années, puis de regarder où est-ce qu'il y a eu les
extras, puis de ne pas faire les mêmes erreurs.
M. Lapointe (Philippe) : Puis
une des choses qui pourraient... Nous, tu sais, dans... dans la planification
qu'on parle, c'est surtout les... la planification de la... la pointe de
main-d'oeuvre puis des demandes de main-d'oeuvre. Donc, si on est capables
d'avoir un arrimage... Puis je pense que la Société québécoise des
infrastructures aurait cette capacité-là de dire : On a une région donnée,
disons, on est au Saguenay—Lac-Saint-Jean, et puis il y a quatre chantiers
d'importance qui sont en train de se construire pour le gouvernement, bien,
dans le fond, on va s'arranger pour que la phase de finition ne soit pas en
même temps pour chacun des... des éléments.
M. Derraji : C'est très
important, parce que, je ne sais pas c'est qui qui l'a dit... il a dit la même
chose : Ne lancez pas... Avant de lancer un appel d'offres, faites
attention à ce que ça coïncide avec une phase où il y a trop... Je ne sais pas
c'est quel groupe, mais il y a quelqu'un aujourd'hui qui a parlé de la même
chose. C'est très, très intéressant. Donc, vous le confirmez, d'un point de vue
travailleur que, même là, on vous rajoute une charge supplémentaire... C'est
une charge sur... sur le coût total, vers la fin?
M. Boisjoly (Éric) : Bien...
M. Lapointe (Philippe) :
...
M. Boisjoly (Éric) : ...Mais
juste l'influence des annonces des contrats, juste... Excusez. Juste
l'influence des annonces du gouvernement sur les contrats, juste ce qu'on
annonce d'Hydro-Québec présentement... On annonce des milliards en
investissements d'Hydro-Québec. Ça fait que là, déjà, là, on met une pression
sur la main-d'oeuvre, qui vont peut-être choisir des... d'aller sur des <chantiers...
M. Boisjoly (Éric) :
...là,
on met une pression sur la main-d'oeuvre, qui vont peut-être choisir des...
d'aller sur des >chantiers. Puis là ils nous appellent, nous, la partie
syndicale... de pouvoir aller sur les chantiers d'Hydro-Québec, parce que, des
fois, ils sont peut-être plus payants qu'un chantier institutionnel.
M. Lapointe (Philippe) : Qui
ne sont pas lancés encore.
M. Boisjoly (Éric) : Ça
fait qu'en annonçant des chantiers en amont, bien, vous mettez une... ou une
pression sur les salariés de dire : Bien, on aime mieux aller dans ce
secteur-là que dans l'autre secteur. Ça fait que vous vous mettez vous-mêmes
des... des barrières.
M. Derraji : Oui, oui. Non,
mais c'est intéressant. Je vais vous arrêter là. Donc, est-ce que vous croyez
le ministre quand il dit qu'avec le projet de loi on va réussir à baisser le
prix de 15 % et le... améliorer le délai de 25 %? Si on ne prend pas
en considération ce que vous venez de dire.
M. Boisjoly (Éric) : C'est
sûr qu'on n'y arrivera pas.
M. Derraji : J'espère
qu'il écoute, le ministre, et j'en suis sûr et certain qu'il écoute. Non, mais
c'est très important ce que vous dites. Parce que là, à part qu'on a un
problème d'éloignement dans certaines régions, M. le Président, il connaît très
bien la région de la Côte-Nord, si on lance des appels d'offres, Hydro-Québec,
elle est là, on a une pression sur la main-d'oeuvre. Donc, l'objectif souhaité
par le projet de loi de réduire les coûts, pas sûr qu'on va y arriver.
M. Lapointe (Philippe) : Bien,
c'est que le bassin de main-d'œuvre disponible est fini. Je veux dire, il n'est
pas infini. Donc, si on a une... Je vous donne un exemple, là, mais sur la Côte-Nord,
si on a 200 électriciens, électriciennes puis qu'ils sont déjà tous à
l'emploi, bien, nécessairement, il faut faire venir des électriciens,
électriciennes d'ailleurs. Mais, si on est capables de les prendre puis
d'étaler les... les moments entre différents chantiers puis s'assurer de donner
à ces électriciens, électriciennes là de l'emploi sur la totalité de l'année,
en planifiant le moment où est-ce que ces travaux-là se fait, et de les faire
en... en étalement, là, eh bien, dans le fond, ce qu'on... ce qu'on fait, c'est
qu'on s'assure qu'il y a des personnes qui vont travailler au plein potentiel
de leur disponibilité à l'emploi. Puis, en parallèle, bien, on va réduire
l'importance des heures supplémentaires, puis on va réduire aussi les... les
coûts de déplacement ou autres de main-d'oeuvre. Puis, dans le fond, on va
faire travailler les gens dans leur région. Puis, ça, c'est ce qu'il y a... ce
qu'il y a de plus bénéfique.
M. Derraji : Ce que
j'aime avec votre présentation, vous parlez beaucoup de la précarisation, mais
vous ramenez de très bonnes solutions. C'est qu'au lieu de se cannibaliser avec
des appels d'offres et on... on cherche toujours le même bassin dans la même
place avec le donneur d'ouvrage... Et vous l'avez très bien dit : Écoutez,
on voit ce qui se passe avec Hydro-Québec, on a devant nous une bonne dizaine
d'années d'investissements, sinon on va fermer la boutique de l'énergie. Donc,
il y a déjà la pression d'un donneur d'ouvrage extrêmement important et des
régions où il y a un manque de main-d'oeuvre. Donc, ce que vous dites
aujourd'hui : Attention sur les appels d'offres, de prendre en
considération le nombre de projets lancés dans chaque région. Est-ce que j'ai
bien résumé?
M. Boisjoly (Éric) : Bien...
bien, plus que ça, de se faire du capital politique sur les annonces de projets.
Là, vous parlez... là, on parle des projets d'Hydro-Québec, mais on parle aussi
de la crise du logement. Bien, c'est qui, qui va bâtir les barrages? C'est qui,
qui va... qui va bâtir les... les logements? Qui va bâtir les hôpitaux? Qui va
rafraîchir les écoles? C'est tout le temps la même... les mêmes travailleurs et
travailleuses de l'industrie.
Des voix : ...
M. Derraji : Merci à vous
deux, très... très rafraîchissant, et merci pour votre présence.
Le Président (M. Montigny) :
Merci beaucoup.
M. Boisjoly (Éric) :
Merci.
Le Président (M. Montigny) :
Alors, merci. Maintenant, c'est le temps du tour de parole de la députée de Verdun.
Vous avez 4 min 8 s.
Mme Zaga Mendez : Merci,
M. le Président. Je salue M. Lapointe et Boisjoly d'être avec nous ce
soir, malgré l'heure. Une question très précise par rapport au projet de loi.
Il y a un nouveau régime de représentation syndicale au sein de la SQI. Je ne
sais pas si vous avez jeté un coup d'oeil à l'article 33, dans la loi...
juste nous dire si tout va bien ou s'il y a des enjeux, rapidement.
M. Lapointe (Philippe) : Je
vais... je vais être bien sincère, nous sommes dans un autre code du travail,
donc ça n'aura pas d'impact sur nous, puis je... je n'ai vraiment pas étudié la
question.
Mme Zaga Mendez : Aucun
problème, puis, si jamais vous avez un avis, vous pouvez quand même nous le
fournir par écrit.
Lors de votre présentation... puis faire
un lien aussi avec la discussion précédente, il y a des objectifs de réduire
des coûts, d'aller plus vite. Et là il y a quelque chose qui m'a frappée dans
votre présentation, c'est que, quand on essaie de faire ça, on peut
compromettre certains aspects, surtout la santé et sécurité. J'aimerais ça vous
entendre là-dessus, des exemples que... qu'on essaie d'aller trop vite ou que
ça coûte moins cher et qu'il y a des implications au niveau de la santé et sécurité
pour nos travailleurs.
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
écoutez, ce n'est pas compliqué, la loi du soumissionnaire le plus bas, pour
arriver à... bien, à décrocher un contrat quand il faut baisser au maximum nos
coûts pour pouvoir avoir droit à faire ce contrat de travail là... Puis ça,
bien, je pense que l'homme est ce qui est l'homme, mais on ne coupera jamais
dans notre... dans notre gagne-pain à nous, ça veut dire qu'on... qu'on ne
coupera jamais dans nos profits si on est un entrepreneur. Mais on va couper
où? On va couper dans ce qui est... dans le fond, Philippe l'a dit tantôt, la
sécurité d'emploi des travailleurs, des travailleuses de l'industrie de la
construction, mais ils n'ont rien pour se rattacher, pour faire valoir leurs
conventions collectives, ça fait qu'on va couper dans l'octroi des... des
primes ou des frais de transport qui sont liés à la convention collective des
travailleurs, des travailleuses. <Puis...
M. Boisjoly (Éric). :
...des
primes ou des frais de transport qui sont liés à la convention collective des
travailleurs, des travailleuses. >Puis la santé et sécurité au travail,
ça, c'est... malheureusement, c'est toujours à recommencer, mais, dès qu'on
arrive sur un chantier de construction... mais on... les entrepreneurs nous
disent toujours : Bien, la santé et sécurité au travail, ça coûte trop
cher. Mais c'est... c'est quoi, le prix d'un décès ou d'une mutilation? Puis
on... tu sais, on n'a pas de gloire à prendre dans l'industrie, là, hein,
33 % de la main-d'oeuvre, 8 % des décès. C'est... c'est inacceptable
présentement, ce qu'on vit là, là.
M. Lapointe (Philippe) : On...
on parlait tout à l'heure des installations sanitaires, là. Tu sais, juste...
un des plus gros combats qu'on a eu à faire sur la question des installations
sanitaires, c'étaient des... des épargnes de coûts qu'avait essayé de faire les...
sur les... le chantier de l'échangeur Turcot, en mettant juste des toilettes
style toilettes bleues de festival un petit peu partout plutôt que des
installations sanitaires telles que... que prévues. Puis là ça faisait en sorte
que des travailleuses qui, disons, avaient leurs règles ou devaient aller se
nettoyer, bien, se retrouvaient sans eau, se retrouvaient sans... avec des
endroits qui étaient insalubres, des toilettes qui n'étaient jamais changées.
Puis ça, bien, c'est un entrepreneur qui essayait de couper des frais sur des
affaires qui sont de base.
Mme Zaga Mendez : Donc,
si je comprends bien... Parce que l'objectif d'avoir des contrats en
partenariat, c'est avoir une phase de coconstruction avec... entre le donneur
d'ouvrage et l'entreprise ou le consortium. Mais ce qu'il faudrait avoir là,
c'est aussi des critères en termes de santé et sécurité, de planification, en
termes de la main-d'oeuvre, de sécurité au travail, et ça, en tout cas, moi,
j'ai l'impression que c'est la voix syndicale qui a... qui devrait être écoutée
ou au moins s'assurer qu'ils sont consultés dans ce processus.
• (21 h 50) •
M. Boisjoly (Éric) : Bien,
je pense que oui. C'est la voix des travailleurs, des travailleuses, parce qu'à
quelque part on a de besoin de... de ces gens-là. On a besoin de nos
travailleurs, nos travailleuses pour exécuter les travaux. Et je pense que le
gouvernement devrait... puis Philippe l'a dit tantôt, devrait donner
l'exemple...
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Boisjoly (Éric) : ...dans
tout ce qui est application des conventions collectives et de loi en santé et sécurité
au travail, là.
M. Lapointe (Philippe) : Puis...
puis l'affaire qu'on demande, là...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Lapointe (Philippe) : ...ce
n'est pas inusité, c'est le règlement, ça existe déjà. Ce serait de simplement
respecter les règlements puis les conventions collectives.
Mme Zaga Mendez : Bien,
merci.
Le Président (M. Simard) : Alors,
messieurs, merci beaucoup pour votre présence parmi nous ce soir.
M. Boisjoly (Éric) :
Merci.
Le Président (M. Simard) :
Votre intervention venait clore nos auditions. Je tiens à remercier tous nos
participants, tous les collègues députés, tous les membres du personnel, bien
sûr, notre secrétariat.
Je dépose les mémoires des organismes et
des personnes que nous n'avons pas pu entendre en commission.
Et, comme nous avons bien sûr accompli
notre mandat, j'ajourne nos travaux, mais, mais, mais ne partez pas trop loin,
parce qu'on se retrouve demain matin à 8 h 30. Au plaisir.
(Fin de la séance à 21 h 51)