Journal des débats de la Commission des finances publiques
Version préliminaire
43e législature, 2e session
(début : 30 septembre 2025)
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Le
mardi 10 février 2026
-
Vol. 48 N° 23
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 5, Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale
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9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-neuf minutes)
Le Président (M. Laframboise) : Bonjour
à tous. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des
finances publiques ouverte. Je vous souhaite la bienvenue.
La commission est réunie afin d'entreprendre
les consultations particulières et les auditions publiques sur le projet de loi
numéro cinq, Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la
réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Lemay (Masson) est remplacé par Mme Grondin
(Argenteuil); M. St-Louis (Joliette), par Mme Lachance (Bellechasse);
et Mme Setlakwe (Mont-Royal—Outremont), par Mme Dufour (Mille-Îles).
Le Président (M. Laframboise) : Merci.
Nous débuterons ce matin par les remarques préliminaires, puis nous entendrons
par la suite les organismes suivants : Manufacturiers et Exportateurs du
Québec, merci d'être là, l'Association minière du Québec et la Fédération des
chambres de commerce du Québec.
J'invite maintenant le ministre des
Finances à faire ses remarques préliminaires. M. le ministre, vous disposez de
six minutes, la parole est à vous.
M. Girard (Groulx) : On
transige à escompte parce qu'on m'avait dit sept minutes.
Le Président (M. Laframboise) : ...
• (9 h 50) •
M. Girard (Groulx) : OK.
Frédéric, il faut... il faut raccourcir nos interventions. C'est parti. Merci
beaucoup, M. le Président. Quel plaisir d'être avec vous aujourd'hui pour un
projet de loi aussi important pour l'intérêt supérieur du Québec!
Alors, le projet de loi cinq vise à
accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets
prioritaires et d'envergure nationale, que j'ai présentés il y a quelques
semaines. C'est un projet de loi important qui a pour objectif d'accroître la
résilience, la productivité et l'influence du Québec. Comment? En misant sur
ses atouts stratégiques dans un contexte de transformation rapide et d'incertitudes
géopolitiques à l'échelle internationale.
Nous traversions un contexte économique
difficile où les projets, les projets dont on parle, là, d'intérêts
stratégiques et nationaux, sont à la fois plus coûteux et plus longs à réaliser
et où la compétition pour attirer les investissements stratégiques, quelqu'un
avait écrit «structurant», M. le Président, mais «structurant», ça ne veut rien
dire, alors je vais changer ça pour «stratégique», s'intensifie. C'est dans ce
contexte que cette démarche prend tout son sens, je dirais même qu'elle est
essentielle.
Nous voulons mettre en place, avec ce
projet de loi, un processus d'approbation des grands projets simple et
transparent, qui respectera les plus hauts standards gouvernementaux. Ce
processus tiendra compte des particularités du Québec et du contexte économique
teinté...
M. Girard (Groulx) :
...incertitudes avec lequel nous devons composer. Il sera basé sur une
collaboration étroite entre les ministères et organismes publics concernés, les
municipalités et les Premières Nations. Le ministère des Finances agira comme
porte d'entrée gouvernementale et accompagnateur des promoteurs tout au long du
processus. En travaillant de cette manière, notre objectif est double :
une plus grande rapidité d'exécution pour nos projets, une meilleure
prévisibilité pour les promoteurs. En fait, M. le Président, ce qu'on fait,
c'est qu'on raccourcit les délais, on diminue les incertitudes, et ça, bien
sûr, ça augmente les perspectives de rendement, le ratio rendement/risque,
qu'on pousse à la hausse. J'essayais d'avoir une réaction de mon collègue de
l'opposition officielle, j'y parlais de «Sharpe ratio», je pensais que ça
allait le titiller ce matin, mais non. Mais non, ça va venir.
Concrètement, le projet de loi n° 5 propose un processus comportant deux étapes. On va
falloir... on va en reparler de ces deux étapes-là, la désignation par laquelle
le projet est reconnu officiellement comme prioritaire et d'envergure
nationale, et l'autorisation unique qui consiste en l'émission d'une
autorisation unique regroupant l'ensemble des autorisations et des conditions
requises pour la réalisation d'un projet désigné. Pour être considérés, les
projets publics et privés devront être prioritaires et d'envergure nationale.
Seront considérés les projets qui consolident l'autonomie et la résilience du
Québec en matière d'énergie, de minéraux critiques et stratégiques et
d'infrastructures les projets qui auront des retombées économiques majeures — on
ne parle pas de petits projets — pour le Québec, notamment en termes
de création d'emplois, de valeur ajoutée, d'investissements en capitaux, les
projets tenant compte des intérêts des communautés locales et autochtones, les
projets qui contribueront à l'atteinte des cibles gouvernementales pour la
transition énergétique, les projets dont la mise en œuvre peut se faire à court
terme.
Combien de temps qu'il me reste, M. le
Président?
Le Président (M. Laframboise) :
2 min 23 s.
M. Girard (Groulx) : Je file.
Un échéancier... Permettez-moi de vous dire qu'il fait un peu chaud, ici, dans
cette salle, là, puis on va être ici pendant deux jours, là, si on peut garder
la température basse, là, ça va aider à la concentration de tous et chacun. Sinon,
on va ouvrir les portes.
Un échéancier des différentes étapes pour
l'octroi de l'autorisation sera établi en concertation avec le promoteur et
l'ensemble des émetteurs d'autorisations de permis. Les secteurs ciblés :
production d'énergie renouvelable, minéraux critiques et stratégiques,
manufacturiers innovants, infrastructures de transport. M. le Président, le
Québec est la province qui a la plus grande proportion de son économie dans le
secteur manufacturier. Or, la proportion du secteur... 13 %, et en région,
c'est beaucoup plus, hein, plusieurs régions qui sont à 25 %... plus de
20 %. Et là ce qui se passe... Vous savez, on blâme beaucoup la guerre
tarifaire, mais le déclin du secteur manufacturier canadien, ça précède la
guerre tarifaire, et on a des responsabilités de renverser cette tendance.
Tout le processus sera mené de façon
transparente et responsable. L'information et les documents pertinents seront
d'ailleurs rendus publics par l'entremise du site Web gouvernemental, ministère
des Finances, etc.
En résumé, une fois adopté, le projet de
loi n° 5 permettra de mettre en place un processus optimisé, simplifié et
transparent qui accélérera la réalisation de grands projets stratégiques. Ces
projets seront choisis avec soin en fonction des priorités du Québec et en nous
assurant que leurs retombées seront importantes pour notre économie.
Je tiens à insister sur le fait que la
consultation et la participation des Premières Nations constitueront des
principes fondamentaux intégrés au processus. Nous respecterons leurs droits
ancestraux et ceux issus de traités. Nous respecterons également nos
obligations constitutionnelles en matière de consultation auprès des
communautés autochtones concernées.
Pour ce qui est de l'exercice que nous
entamons aujourd'hui, j'ai bien hâte d'entendre les différents points de vue
qui seront soulevés au cours des deux prochains jours. Soyez assurés que mon
équipe et moi... on a des légistes du ministère des Finances, mon cabinet, on
aborde ces consultations avec ouverture. Notre objectif est d'en arriver au
meilleur projet de loi une fois adopté pour permettre l'autonomie, la
résilience, la prospérité de l'économie du Québec.
Le temps presse, M. le Président, le monde
change. Le Québec a des atouts exceptionnels, à nous de les exploiter et de
devenir une superpuissance économique. En 2040, on prévoit que la population du
Québec sera 20 % de l'économie canadienne. Il faut absolument, M. le
Président, qu'on atteigne 25 % de l'économie canadienne, que notre poids
économique soit nettement supérieur à notre poids démographique pour qu'on ait
plus d'influence dans la fédération.
En terminant, je veux saluer mes collègues
qui participeront à cet exercice et aussi tous les collaborateurs qui nous
accompagnent, dont le travail nous facilite grandement la tâche. Et là il me
reste-tu 30 secondes...
Le Président (M. Laframboise) :
Vous êtes... vous avez déjà dépassé votre temps...
M. Girard (Groulx) : Ah! mais
il faut que vous me donniez 10 secondes, je suis sûr que vous êtes capable.
Le Président (M. Laframboise) :
Oui, 10, allons-y. Je vais le donner aux autres aussi.
M. Girard (Groulx) : OK, alors
je veux vous dire... Attendez, attendez... ah! là, vous n'êtes pas content avec
moi, là, je le sens, là. Je veux vous dire mes articles favoris...
M. Girard (Groulx) : ...OK.
L'article 1, l'article 2, 3, 4, 23, 26, 30, c'est là-dessus qu'on va discuter
M. le Président, ça va être un plaisir fou. Merci beaucoup.
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
M. le ministre et, évidemment, député de Groulx. J'invite maintenant le
porte-parole de l'opposition officielle et député de Marguerite-Bourgeoys à
faire ses remarques préliminaires pour une durée de, évidemment,
5 min 30 s, là, parce que vous avez une minute de plus que j'ai
donnée. Non... La parole est à vous, là. Je vous la donne, là, parce que c'est
4 min 30 s. Je vous donne la minute qui a été donnée à M. le...
M. Beauchemin : D'accord, d'accord.
M. Girard (Groulx) : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Oui, c'est ça.
M. Beauchemin : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci à tous, là, d'être ici ce matin. Merci au
groupe, là, qui est devant nous en ce moment, bien hâte de vous entendre. On
est d'accord avec l'objectif, là, évidemment, là, du... du projet de loi, sauf
que ce qui arrive, bon, bien, on va se le dire bien franchement, là, les sept
dernières années nous ont démontré que, même quand on part avec des belles
paroles du côté du gouvernement, on foire la majorité du temps, puis c'est ça,
le problème. Parce que, si on fait juste regarder... on a entendu le ministre
nous parler de productivité, que c'est important de l'améliorer, etc., vu,
justement, la guerre tarifaire que le Canada subit actuellement face aux
États-Unis, bien, force est de constater, puis ça, c'est des pages mêmes du
budget du ministre, là, que la productivité au Québec, là, avait fait du
surplace depuis les six dernières années. La guerre tarifaire, ça fait un an
qu'on la... qu'on la subit. Donc, ça aurait été quand même intéressant de voir
le gouvernement agir sur la... les... le manque de productivité du territoire
québécois, de l'économie québécoise, bien avant de réaliser qu'on fait face à
quelqu'un de spécial au sud de la frontière.
On parlait des «Sharpe ratios» tout à
l'heure. Bien, écoutez, je veux bien, là, c'est sûr et certain qu'on souhaite
que ce soit le cas. Mais pour qu'on puisse avoir, justement, de
l'investissement d'affaires, on a besoin d'avoir de la prévisibilité. Pour
qu'on puisse avoir de la prévisibilité, ça nous prend une feuille de route qui
démontre qu'on livre la marchandise. Ça nous prend un «track record», ça nous
prend un historique, prouver que ce qu'on a mis en place a donné des résultats.
Puis, à ce moment-là, en tant qu'investisseurs, en tant qu'entrepreneurs, on
investit dans l'économie québécoise. Malheureusement, du côté du gouvernement,
c'est tout le contraire.
On parle de retombées économiques
majeures. On a dit exactement la même chose lorsqu'on a été devant l'ensemble
de la population québécoise puis faire la grande annonce de Northvolt, que ça
allait être des retombées économiques majeures pour tout le Québec. Ça fait que
vous comprendrez, M. le Président, qu'on est un peu sceptiques, là, par rapport
à ce que... les objectifs du gouvernement, ici, même si nous, on voudrait
mettre de l'avant tout pour faire en sorte qu'on puisse accélérer l'investissement,
pour qu'on puisse créer un meilleur moyen... un meilleur environnement
d'affaires pour les entreprises québécoises, pour qu'on puisse donner une
chance, justement, à toutes nos PME de participer dans des projets majeurs,
structurants, comme n'aime pas dire le ministre, mais des projets qui vont
toucher toutes les sections du Québec qui devraient être touchés par,
justement, la construction d'infrastructures, la construction de projets qui
vont améliorer notre productivité, que ce soit en aéronautique, que ce soit
dans le naval, que ce soit en énergie, que ce soit en minéraux, que ce soit en
intelligence artificielle. On a besoin de ça parce qu'on veut léguer aux
prochaines générations une économie qui sera une économie de l'avenir, basée
sur la propriété intellectuelle et non juste être livreur de commodités. C'est
important, ça, M. le Président, parce que c'est là, la valeur ajoutée.
• (10 heures) •
Donc moi, j'entends de ministre, on est
d'accord avec l'objectif. Malheureusement, son gouvernement a été peu
reluisant, dans les sept dernières années, à livrer, justement, des projets
d'envergure où on a été capables d'améliorer la productivité du Québec, où
est-ce qu'on a eu des retombées économiques majeures. Puis je m'excuse, je
l'entends depuis plusieurs années, maintenant, nous dire qu'on s'est améliorés
par rapport à l'Ontario : on prend le mauvais benchmark là, on devrait se
comparer à l'OCDE tout le temps. Puis la réalité, c'est que, par rapport à
l'OCDE, on a pris encore plus de retard.
Donc, c'est important de considérer ça,
dans un contexte où est-ce qu'enfin, ce matin, j'entends notre collègue du
gouvernement nous parler de la démographie du Québec, qui, enfin, semble-t-il,
maintenant, va être acceptée comme quoi elle va réduire le poids démographique
du Québec, va... va se réduire par rapport à ce qu'il est actuellement. C'est
un enjeu majeur, ça, M. le Président, parce qu'on va être de plus en plus
vieux, dans la population québécoise, on va être de moins en moins nombreux par
rapport à ce qui se trouve à être... se trouvera à être le Canada dans
plusieurs années, et les coûts de service vont augmenter, tout va augmenter, ça
fait qu'on va être de moins en moins nombreux à avoir à payer, pour de plus en
plus de services dispendieux...
10 h (version non révisée)
M. Beauchemin : ...donc, oui,
il faut faire des changements majeurs, structurants pour l'économie québécoise.
On doit s'aligner vers, justement, des gains de productivité majeurs et on doit
accélérer la mise en place de projets qui vont avoir des répercussions
nationales, c'est sûr et certain, M. le Président, mais je doute qu'actuellement
le gouvernement en place a les capacités pour pouvoir bien exécuter ces projets
de loi. Merci.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, M. le député de Marguerite-Bourgeoys. Maintenant, la parole est à Mme
la députée de Verdun. Bonjour, Mme.
Mme Zaga Mendez : Merci, M.
le Président. Bonjour, M. le ministre. Je salue la banquette ministérielle
ainsi que l'opposition officielle. Je ne vais pas vous mentir, notre approche
pour ce projet de loi est remplie de préoccupations et de craintes, des
craintes surtout en ce qui concerne le pouvoir discrétionnaire qui va être
désigné pour les projets prioritaires, des craintes aussi, puis j'ai hâte d'entendre
les différents intervenants, sur les impacts pour l'environnement et pour la
protection des intérêts publics. Nous l'avons vu à multiples reprises, lorsqu'on
a voulu accélérer des projets... tout à l'heure, on parlait du projet de
Northvolt, ce n'est qu'un exemple, et les impacts qui sont laissés auprès des
populations.
Et j'ai le goût aussi de vous en parler,
de manque de voix, peut-être, en ce qui concerne la protection de l'environnement.
Malheureusement, nous n'allons pas pouvoir entendre divers groupes en
environnement qui ne seront pas là à cette commission. Donc, je réitère on a
quelques espaces de libres, on peut encore considérer la voix des groupes qui
sont dans la protection de la nature et pour lesquels... c'est central. On
parle ici de pouvoirs pour aller au-delà... sauter des étapes, que ce soit l'évaluation
environnementale, que ce soit autres dispositions. Donc, on a hâte d'entendre
les groupes, mais on demeure extrêmement craintifs du résultat de ce projet de
loi.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, Mme la députée. Maintenant, nous allons débuter les auditions. Je
souhaite donc la bienvenue aux représentantes de Manufacturiers exportateurs du
Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes, mesdames, pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé.
Merci.
Mme White (Julie) : Merci, M.
le Président. Julie White, PDG de Manufacturiers exportateurs du Québec.
Mme Gagné (Jolyanne) : Jolyanne
Gagné, conseillère principale aux affaires publiques et relations
gouvernementales chez Manufacturiers exportateurs du Québec. Bonjour.
Mme White (Julie) : Donc,
merci, M. le Président, Mme la secrétaire, de nous recevoir, M. le ministre,
qui semble, ma foi, dans une très grande forme ce matin, c'est toujours
agréable de vous voir, mesdames, messieurs les membres de la commission et
leurs équipes, c'est un plaisir pour nous de venir vous parler du projet de loi
n° 5, visant l'octroi des autorisations requises pour la réalisation de projets
prioritaires et d'envergure nationale. Manufacturiers exportateurs du Québec est
la voix unifiée du secteur manufacturier québécois. Nous représentons les
entreprises qui transforment, innovent et exportent et qui constituent l'un des
principaux moteurs de création de richesse et d'emplois au Québec. Notre
secteur occupe une place centrale dans notre économie, on est le plus grand
secteur en termes de contribution au PIB. On emploie plus de... personnes, excusez-moi,
on génère 86,1 % des exportations et on compte sur plus de 13 600
entreprises réparties sur l'ensemble du territoire québécois. Cette présence
dans toutes les régions fait du manufacturier un pilier de la prospérité, de la
résilience et de la compétitivité économique du Québec.
D'ailleurs, dans sa vision économique, le
gouvernement a écrit ce qui suit, à la page 9 : «Notre secteur
manufacturier doit être renforcé, car de sa bonne santé dépend celle de l'économie
dans son ensemble. Dans le secteur des services.» Je la sais par cœur, celle-là,
je suis capable de la répéter régulièrement si on l'oublie.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous
souhaitons saluer les propos tenus par le ministre des Finances lors de la
conférence de presse de présentation du projet de loi, le 9 décembre dernier.
Le ministre a rappelé avec justesse le contexte dans lequel s'inscrit ce projet
de loi, un contexte de forte compétition internationale pour l'attraction des
investissements, mais aussi une compétition bien réelle à l'intérieur même du
Canada pour accueillir des projets structurants. Nous partageons cette lecture.
Que l'on parle de minéraux critiques et stratégiques, du secteur de l'énergie,
de la défense ou du manufacturier innovant comme tel, le Québec évolue aujourd'hui
dans un environnement où la rapidité, la prévisibilité et la capacité d'exécution
sont devenues des facteurs déterminants. Cette réalité est d'autant plus
marquée, mais pas uniquement marquée, dans un contexte de transformation de
relations commerciales et économiques entre le Canada et les États-Unis.
Le ministre a également soulevé un élément
fondamental : si les inquiétudes liées au poids du secteur manufacturier
sont bien présentes aux États-Unis, elles le sont davantage au Canada. Le
Québec dispose pourtant d'atouts exceptionnels et de leviers importants. Encore
faut-il être en mesure de les utiliser pleinement.
À cet égard... excusez-moi, MEQ partage...
Mme White (Julie) : ...selon
lequel la longueur et la complexité des processus d'autorisation actuelle peuvent
nuire à la réalisation de projets majeurs et, ultimement, notre capacité
collective de tirer notre épingle du jeu. C'est donc avec beaucoup d'intérêt
que nous avons analysé le projet de loi n° 5.
D'entrée de jeu, je tiens à être très claire, MEQ appuie le principe du projet
de loi. La volonté du gouvernement de moderniser ses processus décisionnels
afin de réduire les délais administratifs associés aux projets d'envergure est
non seulement bienvenue, mais elle est nécessaire. La centralisation du processus
d'autorisation et le rôle de coordination confié au ministre des Finances
constituent des avancées importantes pour améliorer la cohérence, la
prévisibilité et l'efficacité de l'action gouvernementale.
Dans le contexte actuel, concurrence
internationale accrue, tensions sur les chaînes d'approvisionnement, transition
énergétique, le Québec ne peut plus se permettre que des projets structurants
soient ralentis, fragilisés ou abandonnés en raison de délais imprévisibles. Le
secteur manufacturier est au cœur des chaînes de valeur industrielle du Québec.
Au-delà de la production, il structure un vaste écosystème de fournisseurs, de
sous-traitants, de centres de recherche, d'entreprises de services spécialisés
et d'acteurs logistiques. Les projets d'envergure nationale agissent comme de
véritables catalyseurs pour ces chaînes de valeur.
Accélérer leur mise en œuvre permet de
renforcer et de densifier nos chaînes de valeur manufacturières, de stimuler
les investissements privés et publics à toutes les étapes de la production et
de soutenir des emplois de qualité dans les régions. Ça nous permet aussi de
consolider notre autonomie économique et industrielle et d'améliorer la
compétitivité de nos entreprises sur les marchés internationaux. Il est
d'ailleurs important de rappeler que, même si le secteur manufacturier
représente aujourd'hui entre 12,3 et 13 % du PIB, dépendamment de quand on
prend la mesure, son poids a diminué au cours des dernières décennies. Il y a
plus de 20 ans, c'était à peu près 20 % de notre PIB. Revaloriser et
renforcer le manufacturier est donc essentiel si l'on veut soutenir durablement
l'économie québécoise dans son ensemble.
Cela nous amène aux critères de
désignation des projets et plus particulièrement à la notion de retombées économiques
majeures prévues à l'article quatre du projet de loi. La manière dont ce
critère sera interprété orientera directement les projets qui bénéficieront du
régime accéléré. Le projet de loi évoque actuellement les retombées économiques
notamment, et là je cite ce qui est dans le projet de loi, «en fonction de la
valeur des investissements et du nombre d'emplois créés». Si la valeur des
investissements est un indicateur pertinent, pour nous, l'exemple du nombre
d'emplois créés pose un certain problème, particulièrement dans le contexte
actuel. Nous faisons toujours face à une importante pénurie de main-d'oeuvre
avec plus de 12 000 postes vacants dans le secteur manufacturier. Par
ailleurs, les projets d'automatisation, de robotisation, d'innovations technologiques
transforment profondément la dynamique de l'emploi.
• (10 h 10) •
Aujourd'hui, plusieurs projets
structurants créent de la richesse autrement, par des gains de productivité,
par l'augmentation de la valeur ajoutée et par le renforcement des capacités
industrielles locales, sans nécessairement créer un nombre important de
nouveaux emplois. Se limiter à la création d'emplois serait donc pour nous un
peu réducteur. La consolidation de ceux existants, l'augmentation de la
productivité, la création de valeur durable, la création de propriétés
intellectuelles aussi, devraient être reconnues dans ces impacts économiques
importants qui doivent être considérés. MEQ invite donc le gouvernement à
adopter une lecture plus qualitative et structurante des retombées économiques,
qu'il tienne compte de la solidité des chaînes de valeur, de l'intégration des
entreprises locales dans les grands chantiers, du développement du savoir-faire
manufacturier et de la résilience de notre économie face aux chocs externes.
Afin d'assurer la transparence et
l'équité, nous recommandons également que le ministère des Finances fournisse
aux promoteurs une grille d'analyse claire des critères recherchés. Par la
suite, nous souhaitons aborder la question de l'article 28, qui précise
que l'évaluation environnementale doit être faite avant... conformément à la
Loi sur les évaluations environnementales, doit être faite avant d'avoir
l'autorisation. On reconnaît pleinement la protection de l'environnement, son
importance et l'importance de l'acceptabilité sociale dans les projets.
Toutefois, il faut être lucide, actuellement, les processus d'évaluation
environnementale sont très longs, coûteux et complexes. On parle de délai
effectif de 13 à 18 mois. Le ministre va me dire qu'ils ont une promesse
de réduire à neuf mois, que beaucoup de gens sur le terrain doutent que ce soit
faisable, notamment compte tenu des ressources. Et les 13 à 18 mois, dont
on parle généralement au gouvernement, c'est pour des projets que je vais appeler
normaux. Ce ne sont pas nécessairement les grands...
Mme White (Julie) : ...projets,
les grands projets, c'est souvent beaucoup plus long. Pour qu'un... que le
projet de loi ait vraiment un effet d'accélération, il faut que ce délai des
processus d'évaluation environnementale soit plus court. Évidemment, on prend
acte de la volonté de réduction des délais pour le BAPE, mais il faut aussi
travailler sur les autres étapes en amont, notamment ceux... celles liées à
l'étude d'impact qui sont celles... excusez-moi, généralement celles qui
prennent le plus de temps. Soyons clairs : L'objectif, ici, n'est pas
d'enlever le processus de notre côté, mais de l'accélérer réellement. Il y a
différentes façons de le faire, notamment le séquencement, mais il faut qu'on
ait un effet réel sur cette période là, de 18 mois et plus, qu'un grand projet
doit vivre actuellement.
Enfin, MEQ souhaite insister sur
l'importance de la prévisibilité des délais. À la suite d'une demande formelle
déposée par un promoteur, le gouvernement devrait disposer d'un certain délai
maximal pour signifier son intention de donner... de désigner ou pas les
projets. Sans balises claires, l'incertitude se déplace simplement en amont du
processus, ce qui peut compromettre le financement des projets, retarder les
investissements, fragiliser la confiance des partenaires économiques. On a vu
ça beaucoup avec les zones d'innovation où les délais, les promoteurs ont
travaillé longtemps sur des projets sans nécessairement avoir de suivi, on ne
souhaiterait pas qu'on se retrouve dans une situation similaire. On salue
toutefois la transparence prévue par l'avis de désignation de l'article 5, qui
permettra à la population ou aux communautés de mieux comprendre les décisions
gouvernementales.
Un dernier mot sur les projets publics. Le
ministre a évoqué la possibilité que des projets d'Hydro-Québec soient désignés
comme projets d'intérêt national. Il y en aura peut-être d'autres, là, qui
émanent du public. Ces projets doivent être vus non seulement comme des dépenses
publiques, mais aussi comme des occasions d'investissements pour soutenir notre
tissu manufacturier. Il est donc primordial que le gouvernement favorise
concrètement l'utilisation de produits fabriqués au Québec et au Canada,
notamment par l'imposition de marges préférentielles dans les appels d'offres
et par la mise en place d'une véritable politique d'approvisionnement local
portée par le Conseil du trésor.
En conclusion, MEQ appuie le projet de loi
n°5, salue la volonté du gouvernement de se donner... de
se doter d'un outil structurant pour accélérer la réalisation des projets
prioritaires et d'envergure nationale. Au-delà de l'accélération
administrative, ce projet de loi représente une occasion stratégique de mieux
valoriser le savoir-faire manufacturier québécois. Nous encourageons le
gouvernement à s'assurer que la mise en œuvre repose sur des processus agiles
et prévisibles afin que les objectifs économiques poursuivis se traduisent par
des résultats concrets pour les entreprises, les travailleurs et l'économie du
Québec. Merci.
Le Président (M. Laframboise) : Merci.
Merci beaucoup, Mme White. Nous allons maintenant... commencer la période
d'échange, M. le ministre et député de Groulx, la parole est à vous pour 16
minutes.
M. Girard (Groulx) : 16?
Le Président (M. Laframboise) :
Oui.
M. Girard (Groulx) : Merci, M.
le Président. Merci beaucoup pour votre présentation. Merci aussi pour l'appui
au projet de loi, c'est apprécié. Peut-être un commentaire sur les emplois,
bien, c'est certain qu'on veut pousser les investissements en capitaux puis
augmenter la productivité puis le ratio capital/travailleur, mais je pense que
comme gouvernement, si on... on ne tient pas compte des emplois, on ne ferait
pas notre travail, là, puis c'est vrai qu'on peut avoir emploi constant avec
des salaires qui augmentent et donc une valeur ajoutée. Puis c'est certain
qu'on ne regarde plus les projets, aujourd'hui, comme on les a déjà regardés
dans le passé, dans le passé, lorsque le taux de chômage était plus élevé,
bien, il y a des projets qui ont été faits simplement pour créer des emplois
qui n'avaient pas nécessairement des taux de rendement intéressants, ça fait
qu'on est dans un autre monde, de quasi-plein emploi, malgré la conjoncture
difficile. Alors, j'accepte la critique, mais je veux être clair : On est
au service des citoyens, puis si le critère d'emploi n'était pas dans le projet
de loi, bien, je pense que ce serait une erreur.
Je m'en voudrais de ne pas profiter de
votre passage en commission pour vous demander : Ça fait quand même un an,
là, que nous sommes dans une guerre commerciale, puis certains n'aiment pas le
terme «guerre» parce qu'il y a des vraies guerres, puis c'est tragique, alors,
je vais dire «dans une période de tension commerciale», peut-être nous donner
un aperçu de l'état du secteur manufacturier, comment on s'en tire un an après,
comment ça se passe sur le terrain?
Mme White (Julie) : Merci, M.
le ministre. Je vais juste... Sur l'emploi, je suis d'accord qu'il faut qu'on
considère la notion d'emploi. Est-ce que c'est des emplois uniquement créés ou
c'est des emplois maintenus, créés, renforcés? Il y a différentes façons de le
voir, mais dans le projet de loi, on parle vraiment, uniquement de création d'emplois...
Mme White (Julie) : ...une
loi, ça reste longtemps dans le temps. Je veux juste m'assurer qu'on soit à la
bonne place pour la suite des choses.
Pour ce qui est de l'état du secteur
manufacturier, actuellement, bien, on a beaucoup de... de variabilité dans...
dans l'état des troupes, je vais dire ça comme ça. On a évidemment beaucoup de
gens dont les produits sont protégés, en ce moment, par l'accord de
libre-échange, qui font que leurs... les impacts sont... sont plus minimes sur
leurs... leurs activités. On a cependant des membres qui sont très, très
affectés actuellement et on en parle moins qu'on en parlait, hein, dans
l'espace public, mais ça ne veut pas dire que c'est parce que ça va mieux pour
ces entreprises-là. L'acier, l'aluminium, tout ce qui est bois, transformation
du bois, les meubles de cuisine et de salles de bain, les camions, c'est tous
des produits qui sont en... camion et autobus, là, qui sont en ce moment
affectés par des tarifs, des tarifs importants, mais c'est aussi beaucoup
des... des matériaux pour lesquels on a encore des contre tarifs. Il y a
beaucoup de gens qui sont affectés, notamment par les contre tarifs sur
l'acier. Le gouvernement fédéral a arrêté le processus de rémission pour la
majorité des produits de l'acier, va... devrait l'arrêter à l'été pour les
produits de l'aluminium notamment et de... excusez-moi, de l'aérospatiale. Ça
crée des pressions financières importantes. Donc, même s'il y a des
opportunités pour certaines entreprises, que les exportations continuent, les
marges de manœuvre sont beaucoup, beaucoup plus basses qu'elles l'étaient pour
des raisons financières, pour l'approvisionnement en matériaux, surtout quand
on est un deuxième, troisième transformateur ou qu'on utilise des... des
intrants qui sont en acier, en aluminium. Il y a toute une question aussi, là,
de ce qui est dans les quotas hors accord de libre-échange qu'on doit importer,
il y a vraiment une pression financière importante.
Maintenant, tout le monde attend de voir
un peu ce qui va se passer avec la révision de l'ACEUM, le processus de
révision qui va s'entamer cet été. Est-ce que ce processus-là sera une simple
révision comme c'est prévu actuellement, ou ce sera quelque chose d'autre? Tu
sais, je pense qu'on peut s'attendre un peu à... à tout avec le président
Trump. Mais quand on est dans une période où qu'on attend de voir quelque chose
comme ça, c'est de l'incertitude qui marque le tout. Donc, les investissements
sont vraiment au ralenti. Puis ça, c'est la chose qui nous inquiète le plus.
C'est peut-être moins visible, c'est peut-être moins sexy pour discuter dans
les médias, la question des investissements, ça attire peut-être moins
l'attention publique, mais c'est majeur quand on parle de consolidation du
secteur. Les projets d'investissement, que ce soit pour de la nouvelle
machinerie, pour des agrandissements, pour de la... la transformation de
production, se font très, très peu, actuellement. Même si on parle de... de
filières qui s'en viennent, comme la défense, toutes ces choses-là, il y a
tellement de choses, tellement d'impacts en ce moment. Et évidemment le
gouvernement américain met aussi beaucoup d'opportunités pour faire venir les
manufacturiers. Il y a le Buy America aussi qui s'applique encore en ce moment.
Donc, la... la question de maintenir nos
investissements ici à moyen, long terme, c'est ma plus grande crainte. Je vous
l'ai... je vous ai parlé du déclin du secteur manufacturier dans le PIB. Ce
n'est pas bon un pays qui se... qui perd son... ou une province qui perd son...
son secteur manufacturier, c'est sa capacité de fabrication. Donc, il faut
être... il faut qu'on s'y attarde à cette question des investissements.
• (10 h 20) •
M. Girard (Groulx) : Bien,
vous avez mentionné le secteur des camions, là, c'est... c'est certain que je
suis très sensible à ça. Comme vous le savez probablement, c'est dans ma
circonscription qu'on produit ces camions-là, et c'est certain que ça crée une
incertitude exceptionnelle, et que ça... déjà les chaînes de production sont
modifiées pour la... la destination, et ce sont des emplois extrêmement bien
rémunérés, et les employés sont extrêmement fiers de la qualité des camions
qu'ils produisent, mais ça prend des acheteurs. Et puis, évidemment, le marché
canadien est beaucoup plus petit que le marché nord-américain.
L'aluminium, mais c'est certain que...
Puis, on ne fera pas une commission parlementaire pour chialer contre le
gouvernement fédéral, là, je pense qu'on est capable de faire mieux que ça,
mais c'est certain qu'après un an de constater que les tarifs sont encore à
50 % sur l'aluminium, c'est extrêmement décevant, là. Dans le premier
mandat de cette administration, bien, les... les tarifs étaient à 25 qui ils
sont rapidement descendus à 10. Et ce n'est pas pour rien que le... le PDG
d'Alcoa, c'est le premier qui a parlé contre le président. Puis, on sait que
parler contre le président, c'est... c'est... ça peut être risqué. Puis, c'est
le premier, mais pourquoi? Parce qu'on produit de l'aluminium ici qui est...
M. Girard (Groulx) : ...exporté
à Pittsburgh, transformé, vendu partout dans le monde. Alors c'est dur à
comprendre en quoi des tarifs sur l'aluminium canadien produits par une
compagnie américaine au Québec, Alcoa, c'est dans l'intérêt des Américains.
Alors c'est extrêmement décevant qu'on en soit toujours à 50 % de tarifs
dans cette industrie-là, et j'en appelle au gouvernement fédéral à agir très
rapidement parce que, vraiment, on n'est pas du tout là où j'aurais cru que
nous serions un an plus tard.
Dernière question, puis je vais passer la
parole à ma collègue après, il nous reste combien de temps?
Le Président
(M. Laframboise) : 8 min 7 s.
M. Girard (Groulx) : OK,
bien, ça va être... ça va prendre une minute, puis je passe la parole à ma
collègue. Avez-vous des projets? Parce que lorsqu'on parle de projets
stratégiques majeurs, dans le fond, moi, moi, je vais... je vais donner un
seuil psychologique, ici, puis, si ce n'est pas le bon seuil, on pourra en
discuter, puis on pourra établir un autre seuil. Mais moi je dirais qu'un
projet stratégique d'envergure nationale, il y a au moins le chiffre de
1 milliard. C'est-à-dire qu'on ne parlera pas d'un projet stratégique
d'envergure nationale pour 250 millions, là, si on va... on va continuer à
utiliser nos procédures régulières qui doivent être améliorées, mais pour moi,
un projet d'envergure nationale stratégique, c'est un projet qui parle de
milliards d'investissements. Et ma question pour vous, c'est : Avez-vous
des projets pour nous?
Mme White (Julie) : C'est
une excellente question. Puis le milliard peut être un seuil, mais il faut
prendre l'ensemble des facteurs, hein? Donc, moi, je veux juste être prudente
sur déterminer. On a vu au fédéral, hein? Le fédéral a adopté une loi qui est
similaire, ou, en tout cas, qui ressemble dans les intentions à celle-ci. Il y
a eu des projets qui ont été désignés, que ce soit le projet de Contrecoeur à
Montréal... Donc, c'est des projets pour nous qui sont de très grande
importance, oui, en termes d'investissement, mais aussi en termes de vision à
long terme pour bâtir notre économie, hein? On a apprécié, par exemple, ces
projets-là qui sont très liés à la chaîne logistique, parce que, pour les
manufacturiers, la chaîne logistique est importante. Donc, un projet comme
Contrecoeur est important pour nous, parce qu'on peut participer, des
entreprises qui vont participer, mais il y a aussi des entreprises qui vont en
bénéficier. C'est ce genre d'éléments qu'on va en parler.
La réponse, c'est que je pense qu'on a des
projets, mais il y a des choses qui ne peuvent pas se discuter comme ça au
micro publiquement. Mais je pense qu'on va avoir de l'intérêt, surtout avec les
grands projets d'infrastructure, les grands investissements qui s'en viennent
aussi, qui sont publics, qu'il faut considérer. Puis vous avez parlé de
l'exemple de Paccar...
Une voix : ...
Mme White (Julie) : ...Un
instant. Ce qui me permet de faire un petit bond sur ce que j'ai dit sur la
question de l'approvisionnement public. J'en ai parlé pour les projets d'Hydro-Québec
notamment, mais dans l'ensemble du gouvernement, on a un enjeu majeur d'accès
aux contrats publics. Paccar est un des exemples qui a été dans les médias à
plusieurs reprises, donc, je peux en parler sur le fait qu'ils ont beaucoup de
difficultés à vendre leurs camions au ministère des Transports, notamment.
Donc, oui, regardons qu'est-ce que... Le
gouvernement fédéral doit régler la situation avec les États-Unis, on est
d'accord, mais il faut aussi regarder dans notre environnement d'affaires tout
ce qu'on est capables de faire. Et la question de l'accès aux contrats publics
pour les produits qui sont faits au Québec, même s'ils sont peut-être un petit
peu plus chers si on considère les retombées économiques qu'on a ici, c'est
important, il faut le regarder. Mais je sais que vous êtes sensibilisés à ça et
sûrement même par Paccar directement.
M. Girard (Groulx) : Bien,
c'est certain qu'on leur a envoyé la SAAQ, le ministère des Transports puis Hydro-Québec
faire des visites, mais, après ça, vous conviendrez, là, que, bien, ce n'est
pas le ministre des Finances qui va intervenir dans la politique d'achat, là, d'Hydro-Québec ,
mais la critique est entendue.
Je passerais la parole à ma collègue, si
vous permettez, M. le Président?
Le Président (M. Laframboise) :
La députée de Bellechasse.
Allez-y, madame.
Mme Lachance : Merci, M.
le Président. Merci, M. le ministre. Bonjour, mesdames. Merci d'être là.
Bonjour à tous les collègues. J'ai bien pris connaissance de votre mémoire. Je
trouve ça intéressant, mais j'ai peut-être des petits points que j'aimerais
éclaircir, parce qu'évidemment, on veut... on veut parfaire notre connaissance
et bien comprendre les situations que vous nous présentez. Et, dans la
section IV, où vous parlez des critères de désignation des projets et
l'analyse de la notion de retombées, en fait, ce n'est pas là que je veux
aller, c'est aux critères de retombées. Vous... bon, évidemment, on identifiait
de manière... de manière spécifique la valeur des investissements, mais aussi
les emplois créés. Vous manifestez un désir que des identifications de critères
qualitatifs soient ou seraient mises de l'avant pour parfaire l'analyse et
soient considérées. Certains des critères que vous avez avancés, comme le gain
de productivité, entre autres choses...
Mme Lachance : ...est un
critère qui malgré tout est quantifiable. On peut évaluer un gain de
productivité et ainsi avoir une norme ou un identificateur propre pour
l'évaluer. Maintenant, quand on parle de valeur ajoutée pour... ou encore de
renforcement de la capacité industrielle locale ou de consolidation d'emplois,
c'est très qualitatif ou, en fait, davantage qualitatif. Êtes-vous capable de
m'identifier quels seraient, selon vous, les critères ou les normes
d'identificateur, à titre d'exemple, pour la consolidation d'emplois?
Mme White (Julie) : C'est une
bonne question puis c'est clair que ces projets-là, qui seront des projets
particuliers, là, qui sont... ce n'est pas la norme dans les projets qu'on a au
Québec, vont nécessiter une certaine évaluation très, je vais dire très
rigoureuse, très, oui, quantitative, mais aussi qualitative. Si on se base
uniquement sur des chiffres... les chiffres, c'est bon, en passant, là, c'est
excellent, j'adore les chiffres. Tout est sous contrôles avec les chiffres,
mais il faut aussi regarder d'autres éléments. La question de la valeur
ajoutée, ça peut se calculer, on est capable de voir, les entreprises sont
capable de dire si j'investis tant dans telle machinerie, j'économise tant de
temps, je suis capable d'aller chercher une marge de X par rapport à comment je
le faisais avant. C'est quelque chose qui est qui est calculable. Le
gouvernement dans ces processus, quand, par exemple, Investissement Québec ou
le ministère de l'Économie analyse des projets actuellement, ils sont déjà
capables d'aller discuter avec les entreprises sur ces types de valeur, là.
Donc, c'est pour ça que c'est important pour nous.
La productivité, bien, on peut faire un
débat très long sur ce que c'est, mais les intrants versus les extrants puis le
ratio, je pense qu'on est capable d'aller trouver aussi quelque chose comme ça.
C'est quelque chose qu'on pousse aussi beaucoup le gouvernement a regarder au
ministère de l'Économie, à Investissement Québec pour se sortir du dogme
uniquement de la création d'emplois. Puis j'ai bien entendu le ministre, tu
sais, l'emploi, c'est important, mais ce n'est pas juste la création, il faut
être clair. Les... oui?
Mme Lachance : Parce qu'on
est tous d'accord qu'on doit regarder davantage une globalité, ça, ce n'est
pas... ce n'est pas là la question parce que je l'entends bien, je le comprends
bien, mais, vous savez, le gouvernement, en toute neutralité, évalue des
paramètres, puis il doit, à un moment donné, porter un jugement sur les
paramètres qui seront utilisés pour permettre ou non, parce que, tu sais, c'est
comme ça que ça fonctionne. Consolidation d'emplois, il faudrait comme avoir
quand même un critère ou une plus-value. Comment on pourrait l'évaluer? Un
exemple de norme qui pourrait être identifié.
Mme White (Julie) : Bien,
écoutez, la consolidation d'emplois va venir aussi en fonction de la situation
de l'entreprise, en fonction du type d'investissement. On nous parle beaucoup,
notamment, tu sais, si on met des chaînes de production très, très automatisées,
même si on ne crée pas de nouveaux emplois, ça nous permet peut-être d'aller
chercher un certain nombre d'emplois qui ne seraient peut-être pas capables de
consolider... les entreprises sont habituées de calculer ces choses-là. Je ne
pense pas que c'est c'est quelque chose qui sort de leur... de leur élément,
puis le ministère de l'Économie aussi est habitué de le calculer dans ses
projets. Donc ça fait du... tu sais, du ratio entre les investissements qu'on
fait, le nombre d'emplois qu'on a déjà. Souvent, c'est l'augmentation de la
production qui va être faite avec ce projet de loi là... ce projet-là, comment
cette augmentation-là va se comparer par rapport au projet actuel.
• (10 h 30) •
Mme Lachance : Donc ça va se
traduire en chiffres.
Mme White (Julie) : En
chiffres. Oui, oui, oui.
Le Président (M. Laframboise) : C'est
tout le temps que nous avions.
Mme Lachance : C'est tout.
Le Président (M. Laframboise) :
Bien, oui. Donc, M. le député de Marguerite-Bourgeoys, maintenant, pour une
période de 12 minutes.
M. Beauchemin : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci, mesdames, pour votre exposé. On a parlé
évidemment ici de la CPTAQ, puis des gouvernements municipaux, là, qui sont un
peu visés, là, par ce projet de loi là. Mais je pense que je lis entre les
lignes, là, que, vous, votre perception, c'est que pour accélérer les projets,
il faudrait aussi que le gouvernement du Québec, là, prenne ses propres
responsabilités. Avez-vous des exemples concrets? Vous avez parlé de quelques
exemples tout à l'heure, mais peut-être un exemple concret ou est-ce que, que
ce soit au niveau du ministère d'économie et/ou d'autres, là, que ça l'a comme
bloqué à cause que, justement, c'est le gouvernement qui fait de la procédurite
exagérée, si on peut dire ainsi, là?
Mme White (Julie) : Bien, il
y en a, mais il n'y en a pas que je ne peux pas parler publiquement aussi. Il y
a... il y a quand même des éléments. Ce que je peux dire, c'est qu'il y a des
façons de le faire qui sont... qui ne feront peut-être pas l'unanimité ici
autour de la table, là, j'en conviens, là, mais qui peuvent accélérer ces
processus-là, comme le séquencement des autorisations en fonction de certains
éléments environnementaux. Je vais tout de suite briser l'éléphant dans la
pièce, là, Northvolt, c'est dans l'esprit de tout le monde. On ne peut pas
juste...
10 h 30 (version non révisée)
Mme White (Julie) : ...c'est
un échec puis on le voit, là, puis c'est correct. Mais on ne peut pas se baser
juste sur cet exemple-là comme l'ensemble du secteur manufacturier. Chaque fois
qu'on parle uniquement de ce projet-là, quand on parle de grands projets, ça
dévalorise toute notre chaîne et tout notre secteur manufacturier, qui n'a pas
besoin d'être dévalorisé. Maintenant, est-ce que tout a été parfait dans ce
projet-là? Non. Mais il y a quelque chose qui n'était pas mauvais, c'était le
séquençage des autorisations environnementales en fonction de certains éléments
qui permettait d'avancer des travaux et d'aller beaucoup plus rapidement sur la
procédure sur le site. Est-ce que tout le monde est d'accord avec ça? Il n'y
aura jamais d'unanimité dans ces grands projets-là, hein? Il faut être clair,
il faut une acceptabilité sociale plus globale. Il y avait aussi beaucoup de
gens dans ce projet-là qui étaient contents de recevoir le projet, la
municipalité, les gens autour, il y avait des créations d'emplois, il y avait
un enjeu aussi de ce côté-là, ça fait que est-ce que Northvolt est notre
exemple parfait? Non, mais sur le séquençage, c'est une des solutions qu'on
peut faire.
Je pense qu'il y avait d'autres enjeux
avec Northvolt qui ne sont pas liés nécessairement au processus d'évaluation,
puis ça, on le laisse de côté. Mais il faut... tu sais, des projets qui ne se
réalisent pas, là, les entreprises ne courent pas les rues pour le crier, hein,
publiquement. Il y a comme un enjeu de compétitivité, de... ça fait que, oui,
on a des exemples de gens qui, en ce moment particulièrement, regardent le
contexte puis se disent : Bien, j'investis aux États-Unis, parce qu'avec
ce qui se passe, avec le Buy America, j'ai plus de facilité puis ça va aller
beaucoup plus vite construire mon usine aux États-Unis. Est-ce qu'il faut faire
pareil qu'aux États-Unis surtout? La réponse est non. Mais il faut le
considérer dans la façon dont on traite ces éléments-là.
M. Beauchemin : Tout à
l'heure, vous avez parlé de la grille d'analyse, qui doit être évidemment
beaucoup plus claire, là, que proposée. Puis je vous entendais parler de l'intégration
locale. Comment la définir, cette fameuse intégration-là, pour qu'elle soit
lucide, claire et évidente, dans la grille d'analyse?
Mme White (Julie) : C'est
une bonne question, mais je pense qu'il faut qu'on travaille avec les... Tu
sais, évidemment, ces projets d'envergure là se travaillent en amont, là. Ça
fait que les promoteurs... quand ils vont être déposés, vont avoir une bonne
idée de certains paramètres de leur projet, même avant d'avoir la désignation :
le nombre de fournisseurs, le pourcentage de fournisseurs qui sont établis ici,
hein, puis je parle, établis ici, pas juste à propriété québécoise. Idéalement,
on vit dans un monde où toutes nos entreprises seraient québécoises, mais ce
n'est pas ça la réalité. On a plein de gens qui soutiennent l'économie puis qui
sont des entreprises étrangères et qui font très bien ça. Donc, les entreprises
sont établies ici, établies au Canada. Il y a différentes façons de le voir, qu'on
y aille avec un nombre ou en un pourcentage. Hydro-Québec, même si on a
critiqué Hydro-Québec sur certains éléments, a quand même des pourcentages de
contenu local dans ses appels d'offres, notamment pour être capable d'aller
chercher un pourcentage intéressant. Donc, il faut être capable de le mettre
soit en pourcentage, soit en nombre.
Puis il faut aussi être réaliste par
rapport aux produits dont on a besoin, hein? Quand on parle d'approvisionnement
local, je vais être claire, c'est dans la mesure du possible. Si on ne produit
pas un type de produit au Québec, on ne peut pas exiger d'une entreprise qu'elle
le fasse ici, là, tu sais. Ça ne se peut pas, on ne l'a pas, bien, c'est normal
d'aller à l'extérieur. Maintenant, il faut aussi être sensibles,
particulièrement pour les projets publics, aux coûts. Si ça coûte trois,
quatre, cinq fois plus cher, bien, il faut le voir, là. Il faut le calculer
aussi avec les retombées économiques. Mais, encore une fois, le gouvernement
est capable de faire ça. Dans les processus d'appels d'offres du gouvernement,
il y a des grilles de critères déjà, sur ces éléments-là. Il y a des choses qui
existent déjà qui pourraient être répliquées et mises en place.
Maintenant, est-ce que c'est simple? Je ne
dis pas que c'est simple. Je donne un beau casse-tête aux gens du ministère des
Finances, quand même, quand je parle de ça. Désolé.
M. Beauchemin : Quand on
parle... quand on parlait de... tout à l'heure, de... d'accélération en termes
de temps, vous avez pris l'exemple séquentiel de Northvolt. Comment voyez-vous
ça pour que ce soit, effectivement, donc, clair, net et précis pour tous? Est-ce
que vous avez un nombre? Est-ce que les gouvernements devraient donc simplement
imposer : Vous avez trois mois pour faire votre analyse, merci, «that's
it, that's all»?
Mme White (Julie) : Oui.
Je pense qu'il faut être prudents, parce que, si on impose quelque chose qui
est trop court, qui ne permet pas d'aller regarder suffisamment bien les
critères environnementaux, on va rater aussi l'objectif, là, hein? Je suis
claire, tu sais, je vais le répéter, là : on ne veut pas enlever tous les
processus environnementaux, ce n'est pas notre demande. Il faut juste peut-être
mieux les séquencer pour permettre d'avancer certains travaux. Dans le projet
de loi, on parle que le ministre peut autoriser des travaux préliminaires, mais
c'est peu. Moi, ça... tu sais, c'est un pouvoir discrétionnaire. J'aime bien le
ministre des Finances, mais tu sais, de garder un pouvoir discrétionnaire, on
ne sait pas ça va être qui...
Mme White (Julie) : ...non
plus, on ne sait pas les orientations. Ça fait que, tu sais, je pense qu'on
peut trouver une façon de l'encadrer, de se donner peut-être de... de se garder
un pouvoir discrétionnaire peut être positif parce que ça peut laisser une
certaine agilité. Mais si on se dote de lignes directrices, par exemple, quelque
chose qui permettrait de donner un... un exemple aux promoteurs, un exemple au
gouvernement pour la suite des choses, je pense que c'est... c'est quelque
chose d'intéressant. Je sais que je ne suis pas populaire quand je donne
l'exemple de Northvolt, mais je pense qu'il y avait quand même des avantages
importants dans ce séquençage-là et il faut être capable de le considérer.
Maintenant, c'est... c'est sûr que ce n'est pas simple, mais des lignes
directrices sur quand est-ce qu'on pourrait y arriver pourrait donner...
pourrait faciliter le tout.
M. Beauchemin : Est-ce que...
parce que là, j'entends... on parlait du pouvoir discrétionnaire, là, est-ce
qu'on peut se donner un objectif? Est-ce qu'on a un objectif? Bon, on veut
réduire le temps d'autorisation de quelque chose, puis plus de 0 %
d'amélioration va être donc une amélioration, puis on va être contents de ça,
ou est-ce qu'on se donne un objectif?
Mme White (Julie) : Il faut
que ce soit significatif, l'objectif. Puis, c'est... c'est difficile un peu
parce qu'il y a beaucoup de variabilité dans ces projets-là. Quand on parle du
13 à 18 mois d'évaluation, d'évaluation environnementale, c'est pour les
projets réguliers. Tu sais, il y a plein de grands projets qui prennent deux,
trois ans. Tu sais, si on est capables de diminuer de façon significative
d'au moins la moitié ça nous amènerait à quelque chose d'intéressant. Mais
c'est sûr que si on diminue, tu sais, dans le projet de loi, comme il est là,
on diminue le BAPE un peu, c'est bien, mais le BAPE, c'est somme toute moins
long que d'autres étapes dans le processus environnemental. C'est vraiment le
premier volet d'études d'impact, tout ça, qui est beaucoup plus long et c'est
là qu'on peut peut-être, tu sais, trouver des façons de faire.
Je le répète, il faut quand même que, ces
processus-là, il y ait une consultation de la population, qu'on soit dans un
mode d'acceptabilité sociale, ce n'est pas simple, mais ce n'est jamais des
projets de loi qui... des projets, excusez, qui font l'unanimité, les très,
très grands projets. Il faut quand même faire cet effort-là et il faut
travailler avec la population pour l'informer.
M. Beauchemin : Combien de
temps qu'il me reste?
Le Président (M. Laframboise) :
3 min 35 s.
M. Beauchemin : Donc, on peut
quand même accepter un... si je comprends bien ce que vous dites, là, un
certain nombre de non-approbations sociales, là, il va y avoir... une partie.
Mme White (Julie) : Bien,
l'acceptabilité sociale, ce n'est jamais l'unanimité. L'acceptabilité sociale,
ce n'est pas l'unanimité. Il faut quand même prendre le temps, tu sais, il faut
le travailler. Est-ce que tous les promoteurs dans l'histoire du Québec ont été
excellents en termes d'acceptabilité sociale? Je ne dirais pas ça. Est-ce qu'il
faut qu'on sensibilise nos promoteurs à bien faire le travail en amont? Il y a
différents facteurs aussi, hein? Des fois, les gouvernements veulent... puis ce
n'est pas une critique au gouvernement actuel, c'est en général, là, veulent se
garder des annonces, là. Ça fait que là, on ne commence pas les processus parce
qu'on veut se garder la grosse annonce, le gros show, mais ça, ça mine aussi
l'acceptabilité sociale. Il faut... il faut être capable de le faire et il faut
continuer à sensibiliser aussi les promoteurs à le faire. Généralement, les
communautés sont plutôt... sont plutôt favorables quand on se met dans l'oeil
du... de l'ensemble de la population, ce n'est peut-être pas le cas, mais quand
on regarde dans les communautés où sont les projets, parfois c'est très, très
différent, l'acceptabilité sociale.
M. Beauchemin : J'ai une
dernière question, mais après ça je vais la passer à ma collègue pour qu'elle
puisse poser une question ou deux, là. Moi, ce qui compte beaucoup, j'aimerais
ça qu'on puisse avoir le plus de propriétés intellectuelles per capita au
Québec de tout le reste du Canada puis de l'univers même si on pourrait. Ce
serait intéressant, ce serait le fun. Comme vous disiez tantôt, on ne peut pas
construire quelque chose qu'on ne sait pas comment construire, n'est-ce pas, c
c'est... c'est quelque chose qui semble assez évident. Cependant, la propriété
intellectuelle, on peut exiger qu'elle puisse être présente au Québec dans tout
projet structurant, là. Comment vous, vous voyez ça comme ajout à la grille
d'analyse ou de sélection?
• (10 h 40) •
Mme White (Julie) : C'est sûr
que la propriété intellectuelle le fait qu'on... qu'on puisse avoir ça au
Québec, c'est une question de valeur ajoutée aussi dans ce qu'on va produire.
Hein, il y a beaucoup de ces projets-là qui vont être de la fabrication, donc
ça va venir avec cette valeur ajoutée là dans les projets, mais il ne faut pas
non plus se mettre la tête dans le sable. Tu sais, c'est sûr qu'on a des très
grandes entreprises étrangères ici qui sont des... qui participent beaucoup à
l'écosystème de la recherche, même fondamentale, appliquée, qui ne sont pas
ici, mais qui... qui créent un écosystème plus large, qui, après ça, fait des
petits dans nos entreprises, dans nos PME québécoises. Ça fait qu'il ne faut
pas non plus renier la plus-value de ces... de ces... cette... cette recherche
et développement là qui ne se passe pas nécessairement en propriété
intellectuelle pure au Québec, mais il faut continuer à alimenter des
écosystèmes manufacturiers de fabrication plus dans leur ensemble. Et c'est sûr
qu'il y a plein de... Moi, je le mettrais dans les critères de valeur ajoutée,
là, sur les produits.
M. Beauchemin : Donc, vous ne
voyez pas vraiment, là, une obligation d'avoir de la propriété intellectuelle.
Mme White (Julie) : Bien,
écoutez, si on fait ça, on peut éviter... Tu sais, il y a des grands projets
qui ne se passeront jamais puis qu'il y a... pour lequel il n'y aura pas de
propriété...
Mme White (Julie) : ...intellectuelles
au Québec, qui sont pourtant des projets structurants. Est-ce que dans un monde
idéal, ce serait un des critères obligatoires? La réponse est oui. Mais si on
pense à nos grands, tu sais, nos très grands manufacturiers, par exemple, qui
sont susceptibles d'avoir ces projets-là, ce n'est pas des propriétés
québécoises, mais ça ne veut pas dire qu'ils ne font pas de la recherche du
développement de l'innovation au Québec, par exemple, puis qu'ils ne stimulent
pas un environnement de chercheurs.
Le Président
(M. Laframboise) : Merci. M. le député de Marguerite-Bourgeoys,
c'est tout le temps que nous avions. Maintenant, nous allons...
M. Beauchemin : Désolé.
Le Président
(M. Laframboise) : ...Mme la députée de Verdun pour
4 minutes.
Mme Zaga Mendez : Merci,
M. le Président. Merci beaucoup pour votre présentation. Vous avez abordé une
question qui m'intéresse, qui nous intéresse concernant l'acceptabilité
sociale. J'aimerais ça vous amener sur le terrain de la prévisibilité, de
comment... En fait, vous l'avez dit, là, d'avoir cette prévisibilité permet
autant aux investissements qu'aux activités de continuer. Ceci étant dit, il y
a aussi une prévisibilité juridique, c'est-à-dire que lorsqu'on peut sauter,
soit sauter des étapes, ou avoir... contourner les processus habituels, que
soit le BAPE, ou la CPTAQ, et aller plus vite, il peut avoir plus vite, plus
tôt des processus juridiques importants, que ce soit de la part des citoyens,
des Premières Nations, etc. Comment vous voyez la prévisibilité en ce qui
concerne des processus juridiques qui peuvent arriver plus tôt dans le
processus?
Mme White (Julie) : Écoutez,
c'est une excellente question, hein? Je dirais qu'en ce moment, on a tellement
des longs délais globalement qu'il n'y en a aucune prévisibilité. Là, si on
réussit à trouver, par exemple, puis je parlais de peut-être lignes directrices
pour démontrer séquençage, qu'on puisse être capables de mieux travailler ces
choses-là en amont aussi avec les groupes, je pense que les promoteurs ne sont
pas insensibles, hein? Des fois, on a l'impression qu'ils sont insensibles à ce
que la population va penser, à comment ça va être accepté par les communautés.
Ce n'est pas le cas. Mais il faut bien faire le travail et correctement. Donc,
je pense que l'aspect d'amener peut-être des lignes directrices ou des
orientations globales permettrait aux promoteurs d'aller mieux travailler ces
éléments-là. Et je pense qu'il y a aussi une question de discours public global,
hein? On est dans une... Je ne veux pas...
Mme Zaga Mendez : ...
Mme White (Julie) :
...Parfait.
Mme Zaga Mendez : ...Juste
pour rebondir, parce que vous avez dit : En ce moment, les délais sont
assez longs. Ceci étant dit, un BAPE, même s'il prend du temps, permet
justement un dialogue social et permet d'accroître une acceptabilité sociale.
Et de toute façon, vous l'avez vu, il y a des projets dans lesquels on n'écoute
même pas la recommandation du BAPE et le projet continue, mais il a permis un
dialogue social, donc, de réduire les risques aussi d'imprévisibilité
juridique. Qu'est-ce que vous en pensez de ça?
Mme White (Julie) : Mais
l'acceptabilité sociale ne se passe pas uniquement au BAPE. Elle se passe avant
aussi. Elle se passe dans les séances d'information, dans les discussions avec
les communautés, et il y a du temps, tu sais. On a tellement de marges en ce
moment, c'est tellement long, là, qu'on est capables de le faire. Il y a aussi
des risques. Ça fait que pour les risques juridiques, je ne pense pas qu'on se
ramasse dans une situation différente. Je pense qu'il faut qu'on se concentre
sur l'acceptabilité sociale dans l'entièreté du processus et ne pas garder
uniquement le BAPE comme le seul élément d'acceptabilité sociale.
Mme Zaga Mendez : Ça
demeure quand même un garde-fou important au Québec. Puis, je vous ramène, il y
a un autre garde-fou, c'est la CPTAQ. Vous avez parlé qu'on est dans un
contexte actuel qui est difficile. On a eu un projet de loi similaire lorsqu'on
a vu une crise comme la pandémie. Je vais vous poser une question à deux...
deux aspects parce que je n'ai pas beaucoup de temps. Sentez-vous qu'on est
dans le même niveau d'urgence? Parce qu'à la pandémie, il y avait un arrêt
total, quand même, des activités économiques, on n'était pas du tout dans la
même... même le ministre l'a dit, là, on n'est pas... là, on est en plein
emploi, on est ailleurs, qui justifie justement cette intervention. Et
lorsque... et puis, on le sait, là, rien ne se crée, tout se transforme, en
économie également, c'est-à-dire, c'est qu'on vient accélérer un projet et
empiéter, par exemple, sur des terres agricoles. Il y a quand même des
activités économiques qui ont lieu sur ces terres-là qui, mettons, quand on va
contourner la CPTAQ, on va peut-être moins valoriser l'activité économique qui
a déjà eu lieu. Donc, qu'est-ce qui justifie en ce moment le fait qu'on doit
transformer déjà l'usage et les activités économiques dans certains secteurs?
Le Président (M. Laframboise) :
En 20 secondes.
Mme White (Julie) : Le
contexte avec les États-Unis n'est pas le seul moteur, pour moi, de ça. Je vous
ai parlé du déclin du secteur manufacturier depuis les 20 dernières
années. L'arrêt des investissements en ce moment, ça démontre que notre
environnement d'affaires n'est pas adapté à ça. Donc, c'est plus en ce sens-là.
Le contexte avec les États-Unis ajoute une couche à cet élément-là.
Le Président
(M. Laframboise) : Merci. Merci beaucoup, Mme la députée de Verdun.
Mmes White et Gagné, je vous remercie pour la contribution de
Manufacturiers et Exportateurs du Québec aux travaux de la commission. Je
suspends les travaux quelques instants afin de permettre aux prochains témoins
de prendre place.
Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 46)
(Reprise à 10 h 52)
Le Président (M. Laframboise) : Je
souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de l'Association minière du
Québec.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé. Merci.
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Bonjour,
Monsieur le président, monsieur le ministre, Mmes et MM. les membres de la
commission. Mon nom est Emmanuelle Toussaint, je suis la présidente directrice
générale de l'Association minière du Québec, et je suis accompagnée de mon
collègue Francis Bérubé, directeur Affaires publiques et environnement, et
également de Me Dominique Amyot-Bilodeau, de McCarthy Tétrault. Au nom de
l'Association minière du Québec, je vous remercie de nous donner l'occasion de
participer à cette commission parlementaire sur le projet de loi n° 5.
Notre association représente la
quasi-totalité de la production québécoise de métaux et de minéraux, ainsi que
de l'ensemble de la chaîne de valeur minière, de... de l'exploration à la
transformation. Depuis 90 ans, notre rôle est de promouvoir une industrie
minérale responsable, innovante et profondément enracinée dans les régions du
Québec.
D'entrée de jeu, je mentionne que l'AMQ
appuie les objectifs du projet de loi n° 5. Nous estimons que cette
initiative arrive à un moment charnière pour l'économie québécoise et pour la
compétitivité de notre secteur. L'industrie minière est un pilier économique
majeur pour le Québec. Selon notre plus récente étude sur les retombées
économiques, la contribution du secteur minier au PIB a augmenté de près de
57 % entre 2014 et 2022 pour dépasser les 12 milliards de
dollars. En 2022 seulement, nos membres ont généré plus de
15 000 emplois directs bien rémunérés, ainsi que de
51 000 emplois directs, indirects et induits. L'industrie contribue
également de façon significative aux finances publiques, on parle de
1,9 milliard de dollars qui ont été encaissés par le gouvernement du
Québec grâce aux activités minières en 2022 et 735 millions pour le
fédéral, sans compter l'impôt sur les... les sociétés. Ces retombées sont
particulièrement vitales pour plusieurs régions.
À cela s'ajoute un contexte stratégique
clair, le Québec dispose de minéraux essentiels à la transition énergétique et
à la sécurité économique du Québec et de ses partenaires commerciaux. La
concrétisation de ces ambitions repose aussi sur des infrastructures de
transport et d'énergie adéquates, notamment les routes, le rail, les ports et
une énergie fiable. À cet égard, les orientations du projet de loi n° 5,
qui vise à accélérer et mieux structurer la mise en œuvre de projets d'envergure,
s'inscrivent directement dans cette logique de développement intégré.
Il est également essentiel de rappeler que
le développement de notre filière minérale répond à un objectif plus
large : réduire notre dépendance envers certains pays pour l'approvisionnement
en minéraux et renforcer notre autonomie industrielle. Dans un environnement
géopolitique instable, la capacité du Québec et du Canada à produire et à
transformer localement ses ressources devient un enjeu de souveraineté
économique, de sécurité énergétique et de résilience de chaîne
d'approvisionnement. Malgré ces atouts, le Québec fait face aujourd'hui à un
paradoxe préoccupant. Nous avons les ressources, l'expertise, une énergie
propre ainsi qu'un savoir-faire reconnu, pourtant, la réalisation des projets
miniers demeure longue, complexe et imprévisible. Les délais d'autorisation, la
multiplicité des intervenants, les chevauchements entre régimes provinciaux et
fédéraux ainsi que l'absence de coordination réelle freinent la concrétisation
des projets. Le cycle d'un projet peut s'étendre... d'un projet minier peut
s'étendre de 10, 15 et même 20 ans. Cela démontre que l'enjeu dépasse un
seul secteur. Il s'agit d'un défi structurel pour l'efficacité et la
compétitivité du Québec. Le plus récent classement de l'Institut Fraser à cet
égard est éloquent. En un an, le Québec est passé de la cinquième place à la
22e place parmi les juridictions les plus attrayantes au monde pour les
investissements miniers. Depuis une dizaine d'années, nous étions dans les
10 meilleures juridictions. Ce recul traduit une perte de confiance des
investisseurs, notamment en raison de l'incertitude réglementaire, des délais
et du dédoublement des processus. D'ailleurs, jeter un regard sur d'autres
juridictions est approprié. À titre d'exemple, l'Union européenne a adopté le
règlement sur les matières critiques en 2024, qui vise à sécuriser l'accès aux
minéraux essentiels à la transition énergétique. Ce règlement prévoit notamment
l'identification de projets stratégiques, de procédures d'autorisation
accélérées ainsi qu'un objectif clair : réduire...
Mme Toussaint (Emmanuelle) : ...la
dépendance de l'Europe envers certains pays pour l'approvisionnement en
minéraux critiques. Par ailleurs, avec l'adoption de la loi de 2025 pour
protéger l'Ontario en libérant son économie, la province ontarienne a également
choisi d'agir rapidement. L'Ontario s'est par ailleurs doté d'outils permettant
de désigner des zones économiques spéciales et des projets prioritaires. Son
objectif est également clair : réduire les délais administratifs,
accélérer la mise en œuvre de projets majeurs tout en donnant davantage de
flexibilité réglementaire pour soutenir des initiatives jugées stratégiques
pour l'économie ontarienne. Au Canada, plusieurs initiatives fédérales vont
dans le même sens. On parle de simplification des processus, de coordination
accrue et un engagement clair à renforcer la capacité nationale de production
et de transformation. D'ailleurs, l'adoption, l'été dernier, de la loi visant à
bâtir le Canada, C-5, ainsi que la mise en place de bureaux des grands projets
constituent des signaux importants de cette orientation visant à accélérer la
réalisation de projets majeurs, qu'il s'agisse d'infrastructures, d'énergie ou
encore de projets dans le secteur minier. Ces quelques exemples démontrent que
plusieurs juridictions comparables au Québec se dotent aujourd'hui de
mécanismes concrets pour accélérer les projets stratégiques dans une
concurrence de... dans un contexte de concurrence mondiale accrue. Nous avons
l'opportunité d'apprendre de ces juridictions afin de mettre en place les
conditions gagnantes qui permettront d'accélérer véritablement les grands
projets au Québec. Le Québec doit demeurer dans cette course internationale, car
les investissements iront là où le cadre est prévisible et efficace. Et c'est
précisément dans ce contexte que le projet de loi n° 105 prend tout son
sens.
Pour l'Association minière du Québec, ce
projet de loi apporte trois avancées importantes. Premièrement, la désignation
de projets prioritaires et d'envergure nationale améliore la prévisibilité pour
les promoteurs et renforce l'imputabilité de l'ensemble des acteurs concernés.
L'établissement d'un échéancier des étapes pour l'octroi des autorisations avec
d'autres parties prenantes prévues à l'article 11 est également important.
Deuxièmement, la possibilité d'autoriser certains travaux préparatoires offre
également une flexibilité pragmatique. Elle permet de gagner du temps sans
compromettre les exigences environnementales ou sociales. Nous recommandons
toutefois que cette mesure puisse être élargie à l'ensemble des projets miniers
et pas seulement à ceux désignés d'envergure nationale, afin de générer un
effet structurant pour tout le secteur. Troisièmement, la centralisation des
démarches sous l'autorité du ministre constitue, selon nous, un élément
important du projet de loi. Réduire les silos, éviter les contradictions entre
ministères et assurer une ligne directrice claire sont des conditions essentielles
au succès de cette réforme. Mais nous souhaitons insister sur un point :
une loi ne suffit pas. Cette ambition ne pourra être pleinement réalisée que si
le ministre dispose d'une équipe dédiée capable d'assurer le suivi, la
coordination et l'imputabilité en étroite collaboration avec les autres
ministères. C'est une condition essentielle pour obtenir des résultats
concrets.
L'Association minière tient également à
réaffirmer que l'accélération des projets ne doit pas se faire au détriment de
l'environnement ni des communautés. L'industrie minière québécoise est déjà
engagée dans les meilleures pratiques en matière de développement durable. Nous
appuyons donc les dispositions du projet de loi qui maintiennent l'intégralité
des évaluations environnementales, notamment le rôle du BAPE, tout en
simplifiant les procédures et en évitant les consultations redondantes. En ce
qui concerne les territoires visés par la Convention de la Baie-James et du
Nord québécois, l'Association minière du Québec reconnaît pleinement le cadre
juridique en place. Nous croyons qu'il serait opportun, toutefois, d'engager
une réflexion conjointe avec les communautés autochtones afin d'identifier
ensemble des avenues permettant d'accélérer la réalisation de projets porteurs
dans le respect des droits, des attentes et de l'acceptabilité sociale.
• (11 heures) •
Le projet de loi numéro cinq est une
avancée importante. Toutefois, il ne reste... il ne règle pas l'ensemble des
enjeux auxquels font face les projets miniers. La majorité des projets ne
seront pas désignés comme étant d'envergure nationale, mais continueront de
subir les mêmes délais et incertitudes. Nous invitons donc le gouvernement à
poursuivre sa réflexion afin de mettre en place des mesures additionnelles
visant l'ensemble des projets miniers. De plus, la question du dédoublement
avec le gouvernement fédéral demeure entière. Une approche, un projet, une
évaluation permettrait de réduire considérablement les délais sans affaiblir
les standards environnementaux.
En conclusion, l'Association minière du
Québec appuie le projet de loi numéro cinq et salue la volonté du gouvernement
de s'attaquer à un problème bien réel. La lourdeur et la lenteur des processus
d'autorisation. Les projets miniers sont des investissements majeurs, porteurs
de retombées économiques durables pour le Québec et ses régions. Il en va aussi
de notre capacité collective à bâtir une économie plus autonome et résiliente,
capable de soutenir ici au Québec, toute la chaîne de valeur des minéraux
critiques et des minéraux de base et aurifères, de l'extraction jusqu'à la
transformation. Dans le contexte économique et géopolitique actuel...
11 h (version non révisée)
Mme Toussaint (Emmanuelle) : ...il
est essentiel de renforcer la prévisibilité, l'efficacité et la cohérence de
notre cadre réglementaire. Le Québec a tout ce qu'il faut pour être un leader,
mais il doit aussi offrir un cadre d'exécution à la hauteur de ses... des
ambitions internationales. En adoptant ce projet de loi et en allant plus loin,
par des mesures complémentaires et une meilleure coordination avec le fédéral,
le Québec se donnera les moyens de demeurer une juridiction minière
compétitive, responsable et attrayante. Sur ce, nous vous remercions de votre
attention et demeurons disponibles pour répondre à vos questions.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, Mme Toussaint. Nous allons maintenant commencer la période d'échange.
M. le ministre et, évidemment, député de Groulx, la parole est à vous pour 15 minutes.
M. Girard (Groulx) : Oui, merci,
M. le Président. Merci à l'association pour sa présentation, et, bien, certainement,
merci pour l'appui au projet de loi puis des pistes d'amélioration extrêmement
intéressantes.
Quelques commentaires. C'est certain que c'est
bon de rappeler aux gens qui nous écoutent que ce que nous voulons accomplir
avec le projet de loi n° 5, le gouvernement fédéral,
l'Ontario et la Colombie-Britannique l'ont déjà fait, là. Il y a donc urgence d'adopter
cette loi. Et je vais sursimplifier, M. le Président, mais le gouvernement
fédéral puis l'Ontario se donnent le droit de bulldozer les processus pour
faire avancer des projets de loi, et nous avons une approche, grâce à notre
excellente juriste, qui est à ma droite, un peu plus raffinée, mais je laisse
tout le monde évaluer ça, mais ça va me faire plaisir de discuter avec mes
collègues des oppositions. Mais je pense qu'on a pris... ils sont allés... ils
sont allés plus vite que nous. On a profité des enseignements du fait qu'ils
sont allés un peu vite. On sait qu'au fédéral ça a été adopté en 36 heures,
et ça, ça inclut le Sénat, je crois, là. Alors, nous, on... bien, oui, on peut
faire ça en 36 heures, mais avec les enseignements d'eux. Et... puis,
lorsque vous dites : un projet, une évaluation, bien, on est d'accord avec
ça, mais n'oubliez pas de dire au fédéral que ce sera l'évaluation du Québec.
Ça nous ferait plaisir qu'il l'entende de vous.
Bon, l'histoire des infrastructures, là.
Lorsqu'on regarde l'historique des projets minéraux... miniers au Québec, on a
plusieurs succès quand même, là, il faut... il faut le dire, puis on aimerait
ça en avoir plus. Mais dans l'ordre de nos problèmes, là, est-ce que la
réglementation, c'est le problème numéro un ou l'absence d'infrastructures, c'est
le problème numéro un?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Très
belle question, M. le ministre. C'est certain qu'une des choses c'est... il y a...
il y a le volet réglementaire, hein, puis c'est sûr que d'avoir une meilleure
efficacité, on mentionne toujours réglementaire, mais encore plus important, c'est
le côté administratif. Il y a beaucoup de processus qui peuvent être améliorés,
donc, que ce soit par voie réglementaire ou lorsque ce n'est pas prévu dans les
règlements, vraiment, de s'assurer qu'il y a une meilleure compréhension des
projets miniers. C'est quelque chose qui est vital pour l'industrie minière.
On a énormément d'exemples où il y a une
multitude de questions qui sont posées, il y a plusieurs allers-retours qui
sont faits entre le gouvernement et les sociétés concernées. Ce n'est pas rare
également d'avoir des questions qui sont répétitives, qui ont déjà été posées,
parce que ça peut être sur un cinq, six ans de processus, de différentes
autorisations, alors il y a le temps d'y avoir des changements d'analystes, et les
questions reviennent. Il y a également la compréhension de quelles poser, à
quel moment. Lorsqu'on est en amont d'un projet, on est au tout début, de poser
des questions qui sont un peu trop avancées, et même, souvent, qui sont très
avancées, qui vont pouvoir être répondues dans le cadre des... des études
détaillées, bien, ce n'est pas le bon moment.
Mais vous avez abordé le point sur les
infrastructures. C'est sûr que, et je vais me permettre de le dire en anglais, «build
it and they will come». S'il n'y a pas d'infrastructures, c'est difficile d'avoir
des projets. Alors, les deux sont, je dirais, tout autant importants, et il
faut qu'on ait des routes, qu'on ait également des ports qui soient dans un
état adéquat pour le transport des minéraux. Il faut également qu'on ait les
systèmes ferroviaires en place et qu'on ait accès à une énergie.
M. Girard (Groulx) : M. le
Président, on est absolument incapables d'avoir une séance de commission sans
une analogie sportive, alors c'est toujours un plaisir. Alors, effectivement,
dans Field of Dreams, «build it and they will come», et j'adore cette
analogie, surtout qu'on est en mode olympique.
L'Institut Fraser, là, ça, ça me choque,
cette histoire-là, là. Qu'est-ce qui s'est passé pour qu'on déboule 12 marches
du «ranking» de l'Institut Fraser?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Bien,
il y a...
Mme Toussaint (Emmanuelle) : ...différents
éléments qui ont déjà été identifiés, entre autres sur une période de deux ans,
tout le côté des processus d'évaluation environnementale, il y a eu quand même
une chute de points qui a été importante au niveau de la prévisibilité
notamment. Il y a... Dans le top trois, là, il y a également le régime fiscal
qui a été mentionné et il y a le fameux dédoublement avec le fédéral, dont j'ai
mentionné. Un des éléments toutefois qu'il faut garder en tête, c'est que
lorsque le sondage a été fait, c'était pendant la période où le projet de loi
modifiant la loi sur les mines était à l'étude, alors c'est sûr que c'est une
incertitude additionnelle qui est arrivée, mais il reste que si on regarde en
dehors du contexte, si on regarde vraiment le pointage, tout le côté de la
réglementation, des processus qui ne sont pas clairs ou qui ne sont pas
transparents et dans les temps, là... D'ailleurs, le système juridique, c'est
un des éléments qui étaient mentionnés également comme expliquant la chute de
points du Québec. C'est quelque chose. Lorsqu'on a vu les résultats du dernier
rapport de l'Institut Fraser, on ne peut pas dire que c'était une surprise.
Déjà depuis plusieurs mois, et même je dirais plusieurs années, dans
l'industrie minière, c'était des éléments qui étaient mentionnés à répétition
par nos membres. Alors, c'est un sondage comme ça. C'est quand même un son de
clash... un son de cloche, excusez-moi, qui est important et qui nous donne
l'occasion de se remettre en question, de regarder également dans les
juridictions qui ont le mieux performé dans le dernier sondage, bien, quelles
sont les initiatives et la réglementation qui a été mise en place afin qu'on
puisse s'en inspirer?
M. Girard (Groulx) : Mais je
ne comprends pas, là, la loi sur les mines, là, ça n'a pas été fait pour
compliquer les modifications, ça n'a pas été fait pour compliquer les processus
à ce que je sache, là, ça fait que j'aimerais comprendre le lien avec débouler
12 marches de l'Institut Fraser.
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Comme
je le disais, c'est le contexte, ça n'explique pas... ça n'explique pas en soi,
là, le fait qu'on ait perdu tous ces points-là. Mais le côté d'incertitude,
c'est que la loi n'était pas encore finalisée, lorsque ça a été fait, c'était
pendant les travaux qui ont mené à l'adoption de la loi. Et la deuxième chose,
c'est qu'il y a beaucoup de pouvoirs et de dispositions qui doivent être
clarifiées par règlement. Alors, les règlements n'étant pas connus au moment où
le sondage a été fait, et ça va prendre encore 1 à 2 ans avant que les
différentes dispositions réglementaires soient en place.
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : Peut-être,
M. le ministre, pour vous donner un ou deux exemples spécifiques par rapport à
ça. La loi est venue intégrer un régime de responsabilité sans égard à la faute
à l'égard de l'industrie minière pour certains actes qui ne sont pas encore
définis. Et ça, évidemment, c'est un régime qui est extrêmement différent du
régime de droit commun en matière de responsabilité civile. Plusieurs pouvoirs
discrétionnaires qui ont été octroyés au ministre ou à la ministre en matière
de conciliation des usages sur le territoire, qui sont purement
discrétionnaires. Et donc... l'ajout de ces différents éléments-là, il y en a
une dizaine dans le projet de loi, qui est la loi maintenant, qui sont venu
ajouter de l'incertitude au niveau du régime minier québécois.
• (11 h 10) •
M. Girard (Groulx) : OK, mais
je serais très intéressé parce que, d'habitude, lorsqu'on... Il y a quand même
eu... L'objectif de la loi, là, ce n'était pas de compliquer les autorisations
pour les projets, là, ça fait que s'il y a des critiques disponibles noir sur
blanc, là, j'aimerais ça les lire.
Et, bon, vous avez mentionné la fiscalité, mais la
fiscalité, je suis un peu, encore une fois, là, un peu sceptique de cette
critique-là parce qu'on élargit les dépenses admissibles puis on a décidé qu'on
prenait un focus sur les minéraux critiques et stratégiques, qui est un choix
gouvernemental, là, de bonifier ces crédits d'impôt là. Puis, évidemment, dans
le contexte budgétaire, on a fait ça à coût nul. Alors, il y aura peut-être
moins de crédits fiscaux pour l'exploration de l'or, par exemple. Mais l'or, il
se porte très bien sans nos crédits fiscaux, là, ça fait que je ne suis pas
convaincu que la fiscalité est un argument valide pour, je reviens, débouler
12 marches de l'Institut Fraser.
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Cet
aspect-là, vous savez, on... c'est vraiment les éléments qui sont directement dans
le rapport. Alors, le régime fiscal, là, ce n'est pas de notre propre lecture,
c'est vraiment une analyse qui a déjà été faite par l'Institut Fraser. Mais un
des éléments, je pense, qu'il faut garder en tête, ce n'est pas tant qu'est-ce
que nous, on a fait au Québec, peut-être ce que d'autres juridictions ont fait
davantage.
Et vous avez ouvert la porte pour parler
du secteur aurifère notamment, c'est certain que les minéraux critiques et
stratégiques, c'est essentiel, c'est important, c'est notre futur, mais il ne
faut pas oublier les minéraux et les métaux de base et aurifères. En ce moment,
les mines en opération sont principalement dans ces secteurs-là, alors c'est
vraiment important. Il y a une volatilité également des prix, il y a une
variabilité. En ce moment, le prix de l'or effectivement est très bon, qui fait
en sorte que c'est un secteur...
Mme Toussaint (Emmanuelle) : ...qui
va bien, mais il faut être conscient que les grandes sociétés internationales,
lorsqu'ils ont des investissements à faire, elles vont regarder dans plusieurs
juridictions où elles ont des activités, puis c'est une véritable compétition,
une compétition interne qui se déroule, donc les différentes filières sont en
compétition les unes envers les autres. Alors, oui, toute mesure qui est mise
de l'avant pour aider le secteur, c'est apprécié, et il y en a eu plusieurs qui
ont été mises de l'avant, qui sont très positives, mais il faut, encore une
fois, regarder le tout, là, dans son ensemble et avec les autres juridictions.
M. Girard (Groulx) : Il me
reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M. Laframboise) :
Cinq minutes.
M. Girard (Groulx) : OK. Bien,
j'aurais certainement une question philosophique, puis, après, s'il reste du
temps, je passerai la parole à mes collègues. Mais, vous savez, nous, on est le
législateur puis on est, évidemment... beaucoup d'intérêt envers le
développement économique du Québec, parce que ça nous donne des moyens,
notamment, de remplir nos missions de l'État en santé et en éducation, nos
principales missions du gouvernement du Québec. Mais les promoteurs, eux
autres, là, OK, lorsqu'on parle des promoteurs, eux, qu'est-ce qu'ils peuvent
faire de mieux pour que les projets, il y en ait plus, que ça aille plus vite
puis que les investissements soient plus importants?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Bien,
je pense que les promoteurs ont définitivement toute la volonté et veulent
vraiment contribuer de façon étroite. Il y a différents... Tout au long des
dossiers, ce qu'on voit beaucoup, c'est que les périodes de questions qui
reviennent sans cesse, c'est quelque chose qui est très difficile. Donc, les
promoteurs, même, on a pensé à différentes opportunités, notamment de mieux
expliquer c'est quoi les impacts, lorsqu'il y a un projet minier, donc, qui
suit son cycle, de vraiment comprendre quelle... quelle étape est importante
pour un promoteur. Alors, tout ça pour dire que le côté de la communication, de
mieux communiquer l'importance des différentes étapes d'un projet minier et les
réalités minières, c'est quelque chose qui peut être fait vraiment par les
promoteurs.
Il y a eu quelques... également, quelques
mentions qui ont été faites de communiquer avec les ministères concernés. Donc,
ça, c'est quelque chose que les promoteurs font davantage, et de les... de
contacter dès le début des projets. Il faut juste s'assurer qu'il y a quelqu'un
par exemple, qui fait un retour de l'autre côté, donc de la part des
ministères. Mais ce sont différentes initiatives qui ont été, entre autres,
mentionnées dans nos discussions avec les ministères, notamment avec le
ministère de l'Environnement, et il y a vraiment une ouverture de la part de
nos... de nos membres. Je laisserais peut-être mon collègue, s'il a des
éléments à ajouter.
M. Bérubé (Francis) : Bien,
je vous dirais, aussi, un des éléments, puis ce n'est pas dans le cadre du
projet de loi, mais c'est sûr que l'Association minière, pour rendre plus
tangibles les bénéfices économiques de l'activité minière dans les régions.
Alors, évidemment, on est favorable à ce qu'une meilleure meilleure
redistribution des redevances dans les milieux autres, là, qui accueillent des
projets miniers. Donc, un des… dans certaines études, dans certains sondages,
ce qu'on constate, c'est que c'est de rendre plus tangible ce retour-là,
notamment par l'outil des redevances minières. C'est quelque chose qu'on pense
qui serait porteur justement pour favoriser l'acceptabilité sociale des
projets.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la députée de Bellechasse, pour 2 min 20 s.
Mme Lachance : Merci, M. le
Président. Merci d'être là. C'est intéressant de vous entendre. Ce n'est pas un
domaine, évidemment qu'on maîtrise tous. Pour ma part, le domaine minier, j'en
suis… j'en suis fort loin. Mais de vous entendre, ça nous amène à un
questionnement parce que, quand on ne le connaît pas, puis vous le mentionnez,
dans certaines communautés, il y a peut-être des craintes associées à votre… à
votre domaine, si on veut, de... d'exploitation ou d'entreprise. Et vous avez
parlé, tout à l'heure, du retour, vous avez parlé des meilleurs échanges avec
les ministères et du retour de ceux-ci pour permettre de faire avancer, si je
comprends bien, l'ensemble des projets, puis pour qu'ils soient bien, bien
outillés pour pouvoir se réaliser.
Est-ce qu'il y aurait une procédure ou une
façon de faire? Puis, si on vous disait la meilleure… le meilleur enchaînement
des étapes, est-ce que vous auriez une recommandation à faire en ce sens-là?
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : Peut-être
un commentaire là-dessus. Un des objectifs du projet de loi qui est à l'étude
présentement est donc d'identifier certains projets, donc, d'envergure
nationale et de pouvoir les favoriser vers à la mise en œuvre. M. le ministre,
vous mentionnez tout à l'heure le fait que le fédéral adoptait un principe
similaire en disant on adopte le principe du projet dans un premier temps et
par la suite, la mise en œuvre, on va faire ça, c'est d'accélérer les choses.
C'est un peu ce qu'on voit que ce projet de loi, c'est comme étant capable de
réaliser, mais on pense qu'il y a probablement moyen d'aller un petit peu plus
loin également en facilitant cette… cette clarification-là.
À partir du moment où le principe d'un
projet… d'un projet minier est approuvé, il devrait y avoir moyen d'accélérer
la rédaction de certains travaux qui n'ont pas d'impact important sur le
milieu, mais qui permettraient d'accélérer vraiment de façon importante
l'échéancier de réalisation, puis je vais vous donner un ou deux exemples.
Lorsqu'on parle, par exemple, de la construction d'un chemin d'accès pour un
nouveau site…
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : ...minier,
ces travaux-là, c'est des travaux qui prennent beaucoup de temps, mais tant et
aussi longtemps que ce n'est pas fait, l'ensemble du développement minier est
suspendu, parce qu'évidemment, si on n'a pas l'accès, on ne peut pas se le
permettre. De pouvoir, comme, permettre la réalisation de ces travaux
préliminaires là dès le départ, en attendant que les détails techniques sur le
type de dépoussiéreur qui va être mis dans l'usine soient , plus tard, c'est le
type de mesure qui permet d'accélérer, des fois d'un an, des fois plus, la
réalisation d'un projet. Et ça a un impact significatif sur le processus.
Donc, le projet de loi à l'étude prévoit
la capacité de voir certains travaux préalables réalisés à l'avance. On salue
cet élément-là. On souligne par ailleurs que ça devrait être permis pour
l'ensemble des projets d'envergure, et non pas... même s'ils ne sont pas
désignés en vertu de ce projet-ci. Ça, ça pourrait faciliter les choses
grandement pour les investissements.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup. Merci. C'est tout le temps que nous avions.
Mme la députée de Mille-Îles, maintenant.
Vous avez une période d'échange de 10 min 24 s.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Alors, merci d'abord à vous trois d'être ici aujourd'hui. Je veux
peut-être rebondir sur les propos du ministre concernant, dans le fond, l'imprévisibilité
que le projet de loi n° 63 a créé, lors de son
adoption en 2024. Moi, j'étais sur l'étude du projet de loi. Votre association
est venue témoigner, vous avez fait des mémoires et vous n'étiez pas les seuls.
En fait, plusieurs groupes miniers ont mentionné que les éléments qui étaient
imprécis et qui allaient être, finalement, déterminés par la suite, créeraient
de l'incertitude. Et nous l'avons mentionné, moi... le député de Pontiac et
moi-même, on l'a mentionné, mon Dieu, si ce n'est pas une dizaine, une
quinzaine de fois que le projet de loi créerait plus d'incertitude que
précédemment, donc, qu'on n'atteignait pas les objectifs qui étaient visés.
Donc, là, ce que je comprends, c'est que
cette incertitude-là, elle persiste, parce que les règlements ne sont toujours
pas complètement adoptés, là. C'est ce que j'ai compris tout à l'heure.
Mme Toussaint (Emmanuelle) :
Il y a une incertitude, effectivement, qui va rester tant et aussi longtemps
que les règlements venant clarifier différentes dispositions ne seront pas
adoptés, mais encore une fois, le contexte dans lequel le sondage de l'Institut
Fraser a été fait, ce n'est qu'un élément, le fait que la Loi sur les mines
était sous étude, et on peut s'attendre également que ça va perdurer, là,
encore une fois, si ces deux projets de règlement... Si le deuxième est adopté
quelque part en 2027, bien, c'est sûr que si c'est quelque chose qui perdure,
mais, encore une fois, je pense que c'est important de souligner que ce
sondage-là, c'est vraiment la perception des investisseurs. Alors, il y a
différents éléments qui sont tenus en compte.
Mme Dufour : Non, tout à
fait, et les investissements sont critiques, pour ce genre de projet là, parce
qu'on parlait de projets qui pouvaient durer 15 ans, là, parfois, avant qu'ils
aboutissent. Donc, c'est très, très long, les processus, on parlait de 10, 15
ans.
Là, ce que j'entends, c'est que cette
incertitude-là, parmi les investisseurs, elle va perdurer encore au moins
jusqu'en 2026 parce que les règlements n'ont pas été adoptés ni peut-être même
publiés. Ça peut prendre combien d'années à retrouver la confiance? Parce que,
là, on voit que, tu sais, c'était en 2024, le sondage. C'est sûr que ça va
avoir des impacts encore pendant plusieurs années. Donc, combien... ça peut
prendre combien d'années avant que le... c'est ça, la perception s'améliore, si
les règlements sont considérés par les investisseurs comme, tu sais, clairs et
précis, là?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Oui.
Je pense que l'impact de la réglementation à venir est quand même moindre que
lorsque c'étaient les discussions sur la Loi modifiant la loi sur les mines.
Également, il suffit qu'il y ait justement une volonté démontrée, comme, par
ailleurs, avec l'adoption... bien, c'est-à-dire la présentation, plutôt, du
projet de loi n° 11 qui est sous étude, et également le projet de loi n° 5.
Ce sont des signaux forts qui sont envoyés aux investisseurs.
Alors, il faut également regarder encore
une fois le tout dans son ensemble, là, ce n'est pas un seul élément. Il y a
plusieurs éléments qui ont été mis en place au cours de la dernière année, et
nous sommes confiants que ces éléments-là vont continuer. Alors, toutes ces
mesures-là vont contribuer, là, également, à améliorer, si on va de l'avant, le
positionnement du Québec dans ce classement-là. Je ne sais pas si mes collègues
ont quelque chose à ajouter.
• (11 h 20) •
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) :
...une précision, là, sur le cadre réglementaire. Certains des règlements qu'il
reste à adopter visent des mesures très spécifiques. Je mentionnais tout à
l'heure le régime de responsabilité sans égard à la force, qui est un régime
qui évidemment fait... soulève beaucoup de préoccupations, mais l'essentiel de
la loi est en vigueur quand même pour la plupart des dispositions, dont les
dispositions qui venaient soustraire une partie du territoire québécois à
l'exploration minière. Et ça, cet impact-là, il a été ressenti par le secteur
minier de façon très fort, parce qu'on vient restreindre les découvertes
futures de gisement qui vont permettre à l'industrie de perdurer au cours des
décennies... des décennies qui s'en viennent. Donc, une partie de l'effet est
vraiment déjà en vigueur avec certains des éléments de la loi.
Mme Dufour : Donc, si je
comprends bien, c'est... la perception... pas nécessairement s'améliorer, parce
que ce qui...
Mme Dufour : ...l'entrée en
vigueur, finalement, n'est pas... n'est pas ce qui favorise le développement
minier, là.
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : C'est...
c'est un ensemble de considérations, puis l'aspect réglementaire en est un.
L'aspect des processus d'autorisation, il est critique et c'est là où le projet
de loi est... qui est présenté aujourd'hui est salué par l'association, parce
que ça vient réduire ou permettre, pour certains projets qui seraient désignés,
d'avoir un processus d'accélération pour la réalisation de ces projets-là. Et
ça, c'est... mesures qui permettent de réduire les délais d'approbation qui,
dans certains projets miniers, on passe de trois, quatre, cinq, on voit des
projets, on est rendus à huit ans, des fois pour des processus d'autorisation,
évidemment, dans une industrie qui est cyclique, des délais d'autorisation de
ce type-là, c'est... ça... c'est majeur, comme préoccupation.
Mme Dufour : Oui. Vous
mentionnez, dans votre mémoire, par contre, que... qu'il y ait une disposition,
l'article 20, qui vient dire, finalement, que le projet désigné devient
caduc deux ans après son octroi si la réalisation du projet désigné n'a pas
commencé. Et ça, ça ne semble pas adapté au domaine minier, là, de ce que je
comprends, là.
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : En
fait, ce qu'on... ce qu'on demande, c'est... On comprend que lorsqu'un projet
est désigné comme étant d'envergure nationale, il y a une volonté que le projet
progresse rapidement. Ça ne peut pas être un projet qui se fait 10 ans
plus tard, ça, il n'y a pas de problématique par rapport à ça. Ce qu'on
mentionne dans le mémoire, simplement, c'est que ça prend une certaine
flexibilité. Par exemple, si le gouvernement du Québec donne son autorisation à
un projet mais que les autorités fédérales continuent le processus d'autorisation,
bien, si l'autorisation provinciale devient caduque parce que le gouvernement
fédéral prend plus de temps à autoriser les choses, on revient à la case de
départ. Donc, nous, ce qu'on recommande et ce qu'on demande, c'est qu'il y ait
une flexibilité pour permettre une prolongation du délai de deux ans lorsque
les circonstances le justifient, et ça, ça serait au ministre de le déterminer
selon sa discrétion.
Mme Dufour : Oui, mais vous
voudriez, c'est ça, que ça soit indiqué dans la loi, là. Parce que là,
présentement, ça ne le permet pas, là, du tout. On a eu quelque chose de
similaire au niveau des logements, là, il y avait qu'après 18 mois, si les
projets n'étaient pas en vigueur... Puis finalement, c'est ça, ça s'est fait
par décret parce que la majorité des projets n'étaient pas en chantier. Et vous
mentionnez aussi le fait d'exiger une... que la demande d'autorisation soit
accompagnée de l'ensemble des... des documents requis. Et là, vous mentionnez,
là, que ça, tu sais, c'est nécessaire pour obtenir l'autorisation, mais vous
mentionnez que la plupart des documents requis ne sont disponibles qu'après
avoir progressé dans l'analyse des demandes d'autorisation auprès des
autorités. Donc...donc, ça, ça, ce que j'ai... en tout cas, on a eu une... il y
a un an, vous... votre groupe était aussi présent en commission, on a discuté
d'un... la... la loi sur l'environnement, là, en fait, c'était un omnibus en
environnement, projet de loi n° 81. Et il y avait aussi cette... cette
demande-là d'avoir un projet plus prêt avant de commencer le processus
environnemental. Et autant vos groupes que d'autres venaient nous dire: Bien,
c'est parce que ça ne marchera pas comme ça, sinon on ne va peut-être jamais
commencer l'étude. Donc, peut-être nous parler, là, de l'impact, pour vous, là,
d'une telle disposition?
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) : Certainement.
En pratique, lorsqu'on demande d'avoir une autorisation unique, évidemment, ça
vient avec le fait d'avoir l'ensemble des documents techniques sur un document,
et si on ne peut pas commencer ce processus-là tant que les documents ne sont
pas disponibles, bien, tout ce qu'on fait, c'est qu'on repousse le début du
projet, mais il n'y a aucun gain réel, c'est juste un gain en déplaçant la
computation des délais. Nous, ce qu'on dit, c'est : L'objectif, au départ,
c'est d'avoir une approbation sur le principe du projet et pour ça, on n'a pas
besoin d'avoir l'ensemble des documents techniques qui vont venir dans le cadre
de l'analyse avec les ministères, ça prend une description suffisante,
évidemment, pour que le ministre et les parties prenantes puissent se
positionner sur la validité ou l'opportunité du projet, mais la suite des
documents suivra, donc, dans son cours. Le projet de loi prévoit une certaine
flexibilité par rapport à certains types de documents où, par exemple, lorsque
des garanties financières ou d'autres, ça peut venir plus tard, ça, il y a une
certaine flexibilité. Ce qu'on aimerait, simplement, c'est que pour cet
article-là, il y ait un petit peu plus de flexibilité, que ça ne soit pas une
exigence que tous les documents soient déposés dès le... le début du processus,
mais davantage que les documents qui seront exigés par le ministre soient
déposés, et par la suite, il pourrait y avoir une flexibilité pour la suite des
choses.
Mme Dufour : Le groupe qui
vous a précédé, Manufacturiers et Exportateurs du Québec, mentionnait le
séquençage. Je ne sais pas si vous étiez dans la salle quand ils en ont parlé.
Votre opinion par rapport à cette suggestion?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Bien,
c'est sûr que si on parle de séquençage, entre autres, un des éléments qu'on...
qu'on est en train de regarder, c'est du côté de la Colombie-Britannique, ils
ont un processus, semble-t-il, qui permet de... d'aller par étape, vraiment, de
regarder, par exemple, tous les impacts au niveau de l'air, et une fois que, du
côté des impacts environnementaux pour l'air, c'est fait, on passe à une autre
étape. Donc, c'est vraiment... C'en est un, exemple de séquençage, là, qui est
à analyser et qui pourrait être pertinent, parce que ce qui heurte vraiment
l'industrie minière, ce sont les allers-retours et même des projets qui peuvent
avoir déjà eu... avoir déjà passé l'étape du BAPE, et lorsqu'il continue son
processus, il y a des questions qui reviennent, qui...
Mme Toussaint (Emmanuelle) :
...dans le fond, des questions qui auraient été... qui étaient pertinentes
avant... avant de passer devant le BAPE, donc, qui étaient en amont, et ces
questions-là reviennent continuellement.
Mme Dufour : Mais, justement,
le BAPE, là, ma compréhension, c'est qu'il va se faire plus tôt aussi dans le
processus. Est-ce que vous craignez que ça ait des enjeux sur l'acceptabilité
sociale, par exemple?
M. Bérubé (Francis) : Bien, peut-être
dire, c'est la même notion, en fait, là, la disponibilité des études,
justement, ou les... dans le cadre du processus. C'est sûr, si on est plus tôt,
on ne peut pas répondre nécessairement à l'ensemble des questions, parce qu'il
y a des questions qui... qui peuvent être répondues, par exemple, à l'étape de
l'ingénierie détaillée, par exemple. Donc, c'est de bien cadrer ce qui va être
demandé à cette étape-là, quel type d'information peut être rendu disponible
réalistement par les promoteurs de projets qui ne peuvent pas non plus aller à
l'ingénierie détaillée dès le départ du projet, là. Donc, c'est un peu ça,
l'idée.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci beaucoup. Merci, Mme la députée. C'est tout le temps que nous avions.
Donc, maintenant, je passe la parole à Mme la députée de Verdun pour
3 min 28 s.
Mme Zaga Mendez : Merci. Merci
pour la présentation. Je vais me permettre de faire un rappel ici, à la
commission, en même temps, sur des changements qu'il y a eu dans la Loi sur les
mines, vous les nommez tout à l'heure. Il y en a deux sur lesquels, quand même,
il y a eu un grand accueil au Québec, là. Le premier, vous avez parlé de
soustraire du territoire, mais c'était plutôt protéger la propriété privée, les
terres agricoles, la maison des gens, les chalets dans des lieux, où il n'y
avait pas du tout d'acceptabilité sociale, pour des activités d'exploration,
par exemple. C'est une avancée. Je ne pense pas qu'on va... on va aller
discuter. Mais c'est la deuxième qui m'intéresse de vous entendre, c'était le
fait qu'on allait... on allait avoir enfin le fait que tous les projets miniers
allaient... au BAPE, chose qu'auparavant, ce n'était pas fait au Québec, qui a
causé, dans diverses régions, quand même, des enjeux importants, pas pour
freiner des projets, mais pour mieux être accepté, pour mieux être... créer un
dialogue avec la population, que ce soit les municipalités ou les acteurs.
Avec ce projet de loi, tout à l'heure, le
ministre disait : On veut des projets de 1 milliard et plus. Si, de
votre côté, vous avez un projet, 1 milliard de plus, bien, vous allez
pouvoir contourner cette avancée. Est-ce que c'est ça que vous souhaitez?
M. Amyot-Bilodeau (Dominique) :
Juste pour être clair, il n'y a aucune disposition, dans le projet de loi qui
est présenté, tel qu'on le lit, qui vient contourner l'exigence de faire des...
environnementales, bien au contraire. Ce processus-là demeure, il demeure
intégralement. Ce qu'il y a, par contre, c'est une possibilité de bien aménager
une coordination interministérielle pour faciliter et accélérer la réalisation
des travaux. Je vous rappellerais également que, dans le cadre du projet de loi
n° 81, qui a été adopté l'an dernier, qui... prévoir une réforme... de la
qualité de l'environnement, l'objectif était le même, de venir faciliter et
accélérer certains délais pour que les projets puissent avancer plus
rapidement.
Mme Zaga Mendez : Je parle
plus... du BAPE. Je connais... On connaît les étapes, puis il y en a quand même
des déclarations qui sont faites par les entreprises, l'information que
l'entreprise donne. Le BAPE est quand même une tierce partie qui offre une
évaluation beaucoup plus approfondie par un organe qui se veut neutre, tierce
partie. Mais on parle de sauter cette étape-là, de contourner, est-ce que, pour
vous, c'est une... Nous, on le voit comme un enjeu d'acceptabilité sociale.
C'est pour ça, entre autres, que la loi a été réformée. Vous ne le voyez pas
comme un recul?
• (11 h 30) •
Mme Toussaint (Emmanuelle) :
Bien, si je peux ajouter, le processus du BAPE, ce n'est pas le seul processus
dans un contexte d'acceptabilité sociale. Dès le tout début, les promoteurs
vont initier des dialogues avec les communautés locales. Évidemment, on ne
choisit pas où sont les minéraux, ça arrive que ce sont... les minéraux vont
être présents dans une zone qui est plus de villégiature, où il n'y a pas
d'activité minière, que, donc, c'est inconnu à ce moment-là, c'est certain
qu'il va y avoir davantage de dialogue qui va être important. Mais, encore une
fois, le BAPE, c'est un des outils qui est en place, mais il y a une multitude
d'autres façons de faire qui sont complémentaires à l'étude du BAPE.
Mme Zaga Mendez : Pour...
rapidement. Vous avez parlé des travaux de déboisement et de construction des
routes nécessaires pour les autorisations. Si jamais un projet n'arrive pas au
bout, qui, qui paie pour la restauration de ces routes-là ou des travaux
préliminaires qui ont été faits sur le territoire, selon vous?
Mme Toussaint (Emmanuelle) :
Pour les routes, vous voulez dire? Bien, c'est sûr aussi que, lorsqu'il y a des
routes, habituellement, ce n'est pas... ce n'est pas une question d'être
seulement lié à un seul projet. Il va y avoir un avantage ou un bénéfice pour
les communautés aussi qui sont présentes sur le territoire.
Mme Zaga Mendez : ...
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. M. le député de
Jean-Talon, pour 2 min 38 s.
M. Paradis : Merci beaucoup.
Je ne peux m'empêcher de noter qu'à, au moins, cinq ou six reprises dans votre
mémoire, vous nous parlez du dédoublement avec le gouvernement fédéral et de
l'impact de la réglementation fédérale qui oblige à deux processus...
11 h 30 (version non révisée)
M. Paradis : ...je réitère ce
que je vous ai déjà dit il n'y a pas si longtemps dans une autre commission
parlementaire, qu'il y a une solution à ça. Parce que les ententes que vous
proposez, ça fait des décennies qu'on les essaie, ça ne fonctionne pas. La
solution, ça s'appelle l'indépendance du Québec et se débarrasser du
gouvernement de trop qui impose ces doublements, des coûts additionnels, des
délais additionnels pour nos entreprises minières ici, au Québec. Mais je ne vous
demande pas de réagir là-dessus, ou vous pouvez réagir si vous le voulez, si
vous êtes d'accord avec nous.
Si on vous offre le choix entre ce que
propose le projet de loi, c'est-à-dire un régime d'exception temporaire qui
donne des pouvoirs discrétionnaires importants au ministre, donc des pouvoirs d'exception,
et améliorer le processus pour le rendre plus efficace, plus rapide, plus clair
et plus transparent, laquelle des deux avenues vous pensez qui est la plus
structurante et la plus porteuse pour l'avenir?
Mme Toussaint (Emmanuelle) : ...pourquoi
pas les deux, dans le sens où le projet de loi n° 5 vise vraiment des
projets qui sont structurants, qui sont nationaux, pour des projets
stratégiques. Alors, ça, c'est essentiel, mais, comme on le mentionne à
différents endroits dans notre mémoire, le contexte plus global d'avoir une
meilleure efficacité administrative et réglementaire est également crucial.
Alors, je suis plutôt de la pensée que ce n'est pas nécessairement un ou l'autre,
mais vraiment les deux qui sont importants.
M. Paradis : Mais c'est quand
même temporaire ce qu'on propose ici. Puis là c'est le ministre qui va avoir un
droit de regard sur à peu près tous les projets. Pour structurer ça puis que ce
soit durable dans l'avenir, je comprends que vous pensez aussi qu'il faut
travailler sur l'efficacité du processus lui-même.
Mme Toussaint (Emmanuelle) : Il
faut travailler sur l'efficacité du processus. Encore une fois, lorsqu'on s'est
vus, il n'y a pas si longtemps, pour le projet de loi n° 11... c'est un
exemple. Il faut continuer d'avoir ce genre de projet de loi là et d'initiatives
qui ne sont pas nécessairement réglementaires, mais c'est important de regarder
vraiment ce que les autres juridictions font, l'accélération dont on parle pour
des projets qui sont structurants, qui sont des projets nationaux et qui sont
du côté des infrastructures ou du côté minier, notamment. Les autres
juridictions veulent avancer. C'est important de réduire notre dépendance, c'est
important de transformer localement. Alors oui, je pense que ce sont des... Les
deux éléments sont importants. Il faut travailler sur nos processus, sur notre
réglementation et également se donner l'occasion de voir si on peut accélérer
différents projets qui ne suivraient pas nécessairement toutes les étapes.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup. Merci, M. le député de Jean-Talon, c'est tout le temps que nous
avions. Merci, Mme Toussaint, M. Bérubé, Me Amyot-Bilodeau. Je vous remercie
pour la contribution de l'Association minière du Québec aux travaux de la
commission. Je suspends les travaux quelques instants afin de permettre aux
prochains témoins de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 34)
(Reprise à 11 h 39)
Le Président (M. Laframboise) : Merci.
Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la Fédération des
chambres de commerce du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter puis à
commencer votre exposé. Merci.
Mme Proulx
(Véronique) :Alors, bonjour à tous!
Véronique Proulx, présidente-directrice générale de la Fédération des chambres
de commerce du Québec, et je suis accompagnée.
M. Corbeil (Laurent) : Laurent Corbeil,
conseiller aux affaires économiques à la Fédération des chambres de commerce du
Québec.
Mme Proulx
(Véronique) :Alors, merci à la Commission
des finances publiques de nous permettre de prendre la parole aujourd'hui dans
le cadre de l'étude du projet de loi n° 5. Rapidement, la Fédération des
chambres de commerce du Québec, on représente 120 chambres de commerce et
1 000 entreprises, ce qui nous permet, à travers notre réseau, de
parler au nom de 40 000 entreprises, des PME, des grands industriels
qui sont présents partout dans toutes les régions du Québec et qui œuvrent dans
les différents secteurs d'activité. Alors, ce vaste réseau nous donne une
perspective très concrète et transversale sur les enjeux auxquels font face les
entreprises québécoises, et ce, dans les secteurs stratégiques comme l'énergie,
les ressources naturelles et le transport dont, il est question aujourd'hui,
notamment dans le projet de loi n° 5.
Notre intervention s'inscrit dans un
contexte économique qui est particulièrement difficile, la multiplication des
mesures protectionnistes, la guerre tarifaire avec les États-Unis,
l'instabilité géopolitique accentuent la pression sur la compétitivité de nos
entreprises. Et je le dis souvent, on a très peu de contrôle sur ce que
l'administration Trump va choisir de faire, mais nos gouvernements ont des
leviers sur lesquels ils peuvent et doivent agir, et c'est vrai notamment pour
permettre d'offrir un environnement d'affaires qui est prévisible, efficace et
attractif.
À la fédération, on a quatre grands enjeux
qui sont ceux des entreprises québécoises, quatre grandes priorités, donc la
main-d'œuvre, l'accès aux marchés, la... la compétitivité et le dynamisme
régional. Notre mémoire s'inscrit sur un enjeu de fond de compétitivité et,
quand on parle de compétitivité, je fais référence à notre… notre capacité à
attirer les investissements, qu'ils soient locaux ou étrangers. La lourdeur
administrative fait partie des leviers sur lesquels le gouvernement a du
pouvoir. Elle s'accentue au fil des années de par les délais d'obtention des
permis et la lourdeur administrative de faire affaire avec le gouvernement. Par
exemple, si on regarde le secteur minier, selon l'Institut Fraser, le Québec est
passé du cinquième au 22ᵉ rang des juridictions les plus attractives pour
les investissements du secteur…
Mme Proulx
(Véronique) :...minier en 2023 et 2024,
et d'ailleurs, le Québec est dorénavant déclassé par trois autres
provinces : La Saskatchewan, l'Alberta et l'Ontario. Nous étions
d'ailleurs en commission parlementaire la semaine dernière sur le projet de
loi 11. Selon le plan d'action en allègements réglementaires 2025, le
coût indu des formalités administratives pour les entreprises est d'au moins
1 milliard par année. C'est énorme et ce sont des sommes qui pourraient
être investies ailleurs. Alors, c'est pourquoi on accueille favorablement le
projet de loi 5 et son objectif global, qui est d'accélérer l'octroi des
autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et
d'envergure nationale. Cette orientation est non seulement pertinente, mais
elle est nécessaire dans le contexte actuel.
Alors, il y a plusieurs secteurs qui
seront et pourraient être concernés. Le premier, le secteur minier. Alors, vous
le savez, le Québec est engagé dans une course aux minéraux critiques et
stratégiques qui demandera d'énormes investissements. Dans un deuxième temps,
dans le secteur de l'énergie, Hydro-Québec fera face à des besoins importants
au cours des prochaines années, elle aura besoin de doubler son électricité
pour répondre à la demande d'ici 2050. On parle d'investissement de près de
185 milliards au cours des prochaines années. Du côté des infrastructures
de transport, on demande à nos entreprises de diversifier les marchés
d'exportation dans le contexte actuel, alors... Et ce sont des projets,
lorsqu'on parle d'infrastructures de transport, qui requièrent une coordination
importante entre le fédéral et le provincial et qui sera nécessaire pour
permettre de sécuriser nos chaînes d'approvisionnement. Alors, ces projets
seront nécessaires dans le contexte économique pour transformer notre économie
et augmenter sa résilience.
Alors, en prévision de ce projet de loi
là, on a consulté plusieurs entreprises, à travers le Québec, qui oeuvrent
essentiellement dans le secteur minier, de l'énergie et du transport, et
plusieurs nous ont partagé leurs constats respectifs à l'égard du projet de
loi. Ça nous amène, aujourd'hui, à présenter un mémoire avec quatre grands
objectifs, quatre recommandations, plutôt. Le premier, c'est d'avoir des
critères objectifs. La deuxième recommandation, la priorisation des projets. La
troisième, l'optimisation des processus d'autorisation ministérielle. Et la
quatrième, l'acceptabilité sociale. Il faut savoir que ces recommandations font
consensus auprès de la communauté d'affaires québécoise. Alors, je nous lance.
D'abord, sur la question du critère de
sélection de projets, notre première recommandation est que le gouvernement
devrait introduire des critères objectifs de sélection et qu'il applique les
mécanismes de reddition de comptes du ministre de manière identique à
l'ensemble des projets désignés comme étant stratégiques. Pourquoi? Le projet
de loi confère au gouvernement une grande latitude pour identifier les projets
qui seront désignés comme étant stratégiques. Cette souplesse, elle est utile,
mais elle comporte aussi des risques importants si elle n'est pas encadrée par
des objectifs transparents... par des objectifs... des critères objectifs et
transparents. La notion d'intérêt collectif, par exemple, est un critère qui
est flou. Un promoteur pourrait se voir refuser sa demande parce qu'il ne
répond pas à l'intérêt collectif aujourd'hui, mais son compétiteur pourrait
recevoir un avis favorable quelques mois ou années plus tard, sous le prétexte
que l'intérêt collectif est dorénavant justifié. Alors, il faut avoir de la
clarté sur les critères comme les retombées économiques, la consolidation d'emplois
et la consolidation d'une activité industrielle. Sans balises claires, cette
discrétion ministérielle et politique pourrait nuire à la prévisibilité tant
attendue par les promoteurs et sous-entendre une impression de partialité par
le gouvernement. On peut faire le parallèle avec l'attribution des blocs
énergétiques de plus de cinq mégawatts où le flou par rapport aux critères de
sélection a créé du mécontentement et de l'incompréhension chez les entreprises
porteuses de projets. Dans un environnement où les décisions liées aux
investissements se chiffrent en centaines de millions, voire de milliards de
dollars, la prévisibilité est un critère incontournable.
Notre deuxième recommandation concerne les
critères préférentiels qui doivent être accordés aux entreprises déjà établies
ici. Alors, on demande au gouvernement qu'il intègre dans les critères de
sélection une priorité aux projets menés par des entreprises déjà présentes au
Québec. Les projets portés par des entreprises enracinées au Québec contribuent
directement au maintien des emplois, au dynamisme régional et à la résilience
de notre économie. Le projet de loi 5 peut et doit favoriser l'attrait
d'investissements étrangers, on est d'accord, mais il doit aussi reconnaître la
contribution des entreprises qui sont déjà établies dans les différentes
régions du Québec. Celles-ci constituent des piliers du développement
économique régional, elles font vivre l'économie locale depuis de nombreuses
années et elles contribuent à son dynamisme et à la création de projets
innovants. Consolider la base industrielle permanente permet non seulement de
sécuriser les emplois, mais aussi de favoriser leur croissance, de renforcer
les chaînes d'approvisionnement régionales et d'accroître la compétitivité
globale du Québec.
Troisième recommandation : La FCCQ
recommande au gouvernement de profiter de l'étude et de la mise en œuvre du
projet de loi 5 pour engager une réforme plus large et transversale des
processus d'autorisation au Québec, en appliquant à l'ensemble des projets une
logique d'efficacité administrative inspirée des mécanismes prévus au projet de
loi. En effet, le projet de loi doit être vu comme une occasion d'aller au-delà
des projets prioritaires pour revoir nos processus administratifs. Depuis plusieurs
années, les entreprises dénoncent la lourdeur...
Mme Proulx
(Véronique) :...et la fragmentation des
étapes liées aux autorisations. Même après l'approbation d'une étude d'impact,
dont le gouvernement a présenté une réforme au début du mois de décembre
dernier, pour réduire les délais d'analyse de 18 à neuf mois... d'ailleurs,
c'est un règlement qu'on a salué, les promoteurs doivent tout de même composer
avec une succession d'autorisations ministérielles après l'émission du décret,
qui, elles, sont traitées de façon séquentielle, avec des délais variables et
imprévisibles. Cette façon de faire n'est tout simplement plus adaptée à la
réalisation des grands projets aujourd'hui.
À cet égard, certaines dispositions du
projet de loi n° 5 sembleraient aller dans la bonne direction. Par
exemple, la possibilité de recourir à des déclarations de conformité plutôt
qu'aux autorisations ministérielles est la bienvenue. Alors, la coordination
interministérielle et la logique d'optimisation des consultations démontrent
également qu'il est possible de gagner en efficacité sans affaiblir la rigueur
environnementale ni la participation citoyenne. C'est pourquoi on invite le
gouvernement à s'inspirer de certains éléments du projet de loi et de les
réappliquer à l'ensemble des projets.
Dernière recommandation, la recommandation
4, a trait à l'acceptabilité sociale. Alors, on demande au gouvernement de
s'engager à assumer un rôle plus actif et visible dans le dialogue avec les
comités locals... communautés locales et autochtones. Le gouvernement doit être
un acteur visible dans le dialogue avec les communautés, expliquer les
bénéfices collectifs des projets, clarifier les processus et contribuer à
rétablir les faits lorsque certains groupes d'opposition induisent les populations
locales en erreur. À défaut, même les projets les plus stratégiques risquent de
se heurter à une résistance abrupte entraînant retards et perte de confiance.
Force est d'admettre que l'accélération
des processus, si elle est mal comprise ou mal expliquée, risque d'alimenter la
méfiance et l'opposition locale. L'acceptabilité sociale se construit dans le
dialogue, dans la transparence et la reconnaissance des préoccupations
légitimes des communautés locales et autochtones. À cet égard, la fédération,
la FCCQ, considère que le rôle de l'État est fondamental. Actuellement, le
fardeau de l'acceptabilité sociale repose en très grande partie, en très grande
majorité, sur les promoteurs. Pourtant, lorsque le gouvernement désigne un
projet comme étant d'intérêt collectif, il devrait aussi en assumer
publiquement la défense.
Alors, en conclusion, je termine ici, le
projet de loi n° 5 est une initiative qui est nécessaire et la bienvenue
dans le contexte économique actuel. Toutefois, pour qu'il atteigne pleinement
ses objectifs, il doit se baser sur des critères objectifs, être accompagné
d'une logique d'efficacité administrative globale ainsi qu'un plus grand
engagement de l'État en matière d'acceptabilité sociale. Alors, je vous
remercie beaucoup et il me fera plaisir d'échanger avec vous sur l'ensemble du
mémoire.
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
Mme Proulx, pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la période
d'échange. M. le ministre et député de Groulx, la parole est à vous pour 16 min 30 s.
M. Girard (Groulx) : Bien,
merci, M. le Président. En gros, vous êtes en faveur du projet?
Mme Proulx
(Véronique) :...on l'avait demandé suite
au projet de loi C-5. Pour nous, c'était important qu'il y ait un projet de
cette nature-là au Québec.
M. Girard (Groulx) : Merci.
Je voulais juste le préciser, parce que votre intervention est très détaillée
puis documentée, mais je pense qu'on a peut-être... nos téléspectateurs avaient
manqué cet aspect fondamental, ou c'est ma faut, puis vous l'avez dit
clairement, puis je ne l'ai pas entendu, mais ça fait plaisir de le réentendre.
Mme Proulx
(Véronique) :On l'a dit clairement dans
le communiqué aussi, si je peux vous rassurer.
• (11 h 50) •
M. Girard (Groulx) : Oui, alors,
voilà, je suis rassuré, rassuré. La diversité, les critères objectifs, bien, si
on regarde les deux projets qui ont été désignés au Québec par le gouvernement
fédéral, c'est deux projets extrêmement différents, là, ça fait qu'on ne peut
pas avoir les mêmes critères pour deux projets comme ça. Alors, je prends la
critique que les critères pourraient être plus objectifs, mais la diversité des
projets stratégiques est... Étant donné l'ampleur des projets, je ne pense pas
qu'on pourra avoir les mêmes critères pour chacun des projets, mais j'entends
la critique. Bon. Puis là la question : Est-ce que, dans le fond, ce
qu'on veut faire avec le projet de loi n° 5, c'est-à-dire réduire
l'incertitude puis accélérer les processus d'autorisation... est-ce qu'on devrait
faire ça pour tous les projets, tout le temps? D'ailleurs, mon collègue de
Jean-Talon disait : Pourquoi cinq ans, pourquoi pas à perpétuité, par
exemple? Bien, je suis... je suis même... je suis intéressé, moi, à ce qu'on
fasse ça tout le temps, à tous les projets, mais je veux être clair, par souci
de transparence avec mes collègues de l'opposition, c'est certain qu'à
l'article 23, on se donne des pouvoirs extraordinaires...
M. Girard (Groulx) : ...pour
des situations particulières. Alors, je pense qu'on va trouver le bon degré. Je
ne suis pas convaincu que la société civile accueillerait que ce pouvoir
particulier, je vais le dire comme ça, puisse s'appliquer à l'ensemble des
projets en tout temps. On a... On a un contexte ici où on doit protéger, par
exemple, l'économie du Québec, sa résilience. Et donc je fais une adéquation
entre pouvoir particulier et situation exceptionnelle, et donc tempérisé dans
le temps, qu'on pourra toujours renouveler si... Et je pense que les projets
doivent avoir des retombées majeures. Je ne pense pas que ces pouvoirs-là
doivent s'appliquer à l'ensemble des projets.
Puis l'autre chose : c'est certain
qu'on veut aller plus vite, là. On se parle, puis on fait des commissions, puis
là on va discuter des articles, mais tout le monde a compris qu'on veut
accélérer l'autorisation de projets majeurs, là. S'il y a de nos
téléspectateurs qui n'ont pas saisi les... cette essence, là, ça me fait
plaisir de le souligner. Mais c'est certain que l'obligation qui vient avec ça,
c'est la transparence. Si on va plus vite, il va falloir être plus transparent
et entre autres sur les échéanciers. C'est-à-dire qu'une fois qu'on va
s'entendre avec le promoteur sur l'échéancier entre la désignation puis
l'autorisation, bien, l'échéancier, il va falloir qu'il soit public. Ça va être
connu, qu'on a l'intention d'autoriser le projet à telle date et qu'il y aura
un gain de réduction de temps puis d'incertitude si on rencontre nos objectifs.
Et donc que l'échéancier soit connu, public, pour moi, c'est un gain majeur
pour les... pour l'ensemble de la société québécoise.
Je... J'accueille favorablement le mémoire
et je n'ai pas de question particulière. Je pense que c'est... les points sont
clairs, je les ai lus. Alors, à moins que vous vouliez répondre à ce que je
viens de dire, je peux passer la parole à une de mes collègues. Alors, je
donnerais la parole d'abord à notre invitée.
Mme Proulx
(Véronique) :Peut-être juste sur les
critères, je veux y revenir, là, je comprends que... qu'on veut se donner de la
flexibilité puis de la latitude, mais je me permets de refaire le parallèle
avec les blocs d'énergie. Il y avait beaucoup de frustration puis d'incertitude
de la part des entreprises établies au Québec en région de ne pas savoir s'ils
allaient avoir accès aux blocs ou pas. Puis là on se rappelle que les blocs
d'énergie, c'est intimement lié à leurs projets d'investissement,
d'agrandissement, de décarbonation et autres. Ça fait que, un, la prévisibilité
par rapport : Je vais-tu y avoir accès ou non? Et, deux, quels sont les
critères qui seront en place? Donc, je pense que... peut-être qu'ils ne seront
pas très spécifiques, mais juste d'avoir des grandes lignes de ce à quoi on va
porter de l'attention et que ça soit communiqué et transparent, déjà ça va
donner plus de prévisibilité par rapport aux projets qui pourront être
considérés dans le cadre de cette analyse-là.
La deuxième, c'était par rapport à
l'efficacité. On comprend qu'on ne pourra pas étendre à l'ensemble des projets,
les... je ne sais pas combien de projets il y aura, là, les quatre, cinq, 10
projets qui seront considérés comme d'envergure nationale, mais je pense qu'il
y a quand même des principes d'efficacité qui devraient être repris pour les
appliquer au niveau de l'obtention des permis, que ça soit au niveau du
ministère de l'Environnement, des Transports, ou autre. Il y aura des bonnes
pratiques, certainement, qu'on pourra ramener dans l'appareil ministériel.
Donc, c'étaient les deux points que je
souhaitais faire.
M. Girard (Groulx) : OK.Puis
je pense que... dans le dossier des blocs d'énergie, je pense que notre enjeu
majeur, c'est que... puis c'est une bonne nouvelle, il y a plus de demandes
qu'il y a de blocs d'énergie, là. Alors, il faut travailler sur l'offre
d'énergie. Et je pense que le... l'incertitude à laquelle vous faites
référence, elle est réelle, là, mais, si on avait plus d'offres d'énergie,
bien, on aurait moins de ce problème.
Le Président (M. Laframboise) :
Mme la députée de Bellechasse.
Mme Lachance : Merci, M. le
ministre. Merci, M. le Président. Bonjour.
Mme Proulx
(Véronique) : Bonjour.
Mme Lachance : Merci d'être
là. Je voudrais peut-être revenir sur les recommandations. On a beaucoup
abordé, en fait, la question de la recommandation un et de la recommandation...
principalement de la recommandation un, mais je voudrais aller sur la
recommandation trois : «Que le gouvernement profite de l'étude du projet
de loi pour engager une réforme plus large et transversale des... processus
d'autorisation.» Bien évidemment, lu comme ça, c'est extrêmement intéressant,
et, de mon point de vue, bien qu'essentiel d'y...
Mme Lachance : …c'est très
large, et c'est une entreprise majeure que vous identifiez là, et qui dépasse
bien largement la mise en œuvre de ce projet de loi là, néanmoins, très
intéressant, et j'aimerais vous entendre sur des exemples ou des pistes de
solutions très concrètes et spécifiques que vous pourriez identifier et qui
sont à l'extérieur, évidemment, de la réflexion qu'on a déjà écrite ici.
Mme Proulx
(Véronique) :Absolument. Laurent, veux-tu
y aller? On a consulté plusieurs entreprises avec des exemples concrets.
M. Corbeil (Laurent) :
Exactement. Puis en fait, ce qu'on en fait déjà avec le projet de loi
n° 5, et ce qu'on se rend compte, c'est que c'est aussi un aveu du fait
que les projets en général, ça prend beaucoup de temps et on doit donc
accélérer le processus. Mais oui, il y a plusieurs éléments qui peuvent être
intéressants. Juste dans le projet de loi n° 5 lui-même, de pouvoir, par
exemple, inclure la période d'information dans l'audience publique, c'est des
choses qui peuvent être intéressantes, c'est pour ça qu'on utilise des mots
comme «s'inspirer de ça cette optimisation-là». Le fait que le ministre puisse
demander, bien, aux différents ministères, les organismes, municipalités, en
fait, certains… certains documents dans des délais en fait très prescrits. Et
également de pouvoir modifier, en fait, la nécessité d'avoir une autorisation
ministérielle puis, en fait, plutôt que ce soit une autorisation ministérielle,
que ça soit une déclaration de conformité. Donc, il y a plein de petits
éléments qui peuvent… qui peuvent être très intéressants, en fait, à appliquer
à différents projets. Et je voudrais même ajouter là-dessus, il y a aussi la
question après, donc comme Mme Proulx l'a mentionné, lorsqu'il y a la procédure
d'évaluation, d'examen d'impact est faite, puis il y a décret, il y a plusieurs
autorisations par la suite qui doivent être et être émises. Mais… donc, si
elles sont faites de façon séquencée et donc ça prend énormément de temps, on
peut penser à des projets miniers, énergétiques où on parle de centaines
d'autorisations… c'est juste une opportunité en fait pour pouvoir revoir le
processus général.
Mme Lachance : Quand on dit
que c'est… quand on dit que c'est séquencé, c'est souvent parce que ça réfère à
plusieurs types de demandes, puis parfois même plusieurs ministères sont… sont
mise en cause dans une demande. Donc, ce que vous réclamez, c'est un peu une
synergie dans ces… dans ces demandes-là.
M. Corbeil (Laurent) : Effectivement.
Mais il faut aussi dire qu'il y a beaucoup d'autorisations ministérielles qui
proviennent du ministère de l'Environnement, et malgré le fait que les
entreprises ont les informations et sont prêtes à recevoir également des
questions pour pouvoir utiliser davantage certains éléments. Mais si le
ministère évalue puis examine un permis à la fois, mais ça rend vraiment le
processus beaucoup trop long essentiellement.
Mme Lachance : Merci. Est-ce
qu'il me reste du temps, M. le Président?
Le Président (M. Laframboise) :
Six minutes.
Mme Lachance : Six minutes.
Bien, je passerais peut-être à la recommandation n° 4 : «Que le
gouvernement s'engage à assumer un rôle plus actif et visible dans le dialogue
avec les communautés locales et autochtones.» Si je comprends bien, que le
gouvernement s'affiche et affiche sa position. Je ne sais pas. Est-ce qu'il n'y
a pas là peut-être… Jusqu'où on doit aller? Parce qu'il n'y a pas là un petit,
un peu un terrain un peu glissant où… parce que le gouvernement doit quand même
agir dans une certaine neutralité envers les projets. Pouvez-vous m'en parler
un petit peu plus?
Mme Proulx
(Véronique) :Oui, absolument. Puis je me
permets de revenir deux secondes à votre question précédente sur la
recommandation n° 3. Il y a d'une part de ne pas séquencer les permis, de
pouvoir en faire plusieurs en même temps. Et pour avoir eu plusieurs
discussions avec le ministère de l'Environnement, ce qu'on comprend, c'est
qu'il y a un enjeu de ressources aussi, de disponibilité de ressources. Donc
ça, je l'amène parce que ça nuit à l'accélération des projets puis ça va être
problématique avec le PL n° 5 dans les projets qui sont jugés d'intérêt
national.
• (12 heures) •
Maintenant, pour la recommandation
n° 4, vous avez tout à fait raison et, en même temps, si vous choisissez des
projets d'intérêt national et que vous donnez une échéance qui est claire,
c'est vous... c'est qu'en quelque part le gouvernement cautionne ces
projets-là, et c'est dans ces projets-là où on dit le gouvernement est une
partie prenante, doit être capable de communiquer pourquoi, comment les impacts
dans ce qui lui appartient. Mais je pense que si on veut aller chercher la… si
le promoteur veut être capable d'aller chercher la légitimité puis
l'acceptabilité sociale, il doit avoir le gouvernement qui est capable d'être
transparent sur les choix puis les raisons qui l'ont amené à faire ces
choix-là.
Mme Lachance : Merci
beaucoup.
Le Président (M. Laframboise) : Donc
maintenant, nous allons passer la parole au député de… De Mille-Îles ou Marguerite-Bourgeoys?
Mille-Îles. À la députée de Mille-Îles. Vous disposez de
10 min 24 s.
Mme Dufour : Excellent. Merci
beaucoup, M. le Président. Alors, merci à vous deux pour votre présence. Encore
une fois, bon, vous nous avez mentionné quelque chose quand même d'inquiétant,
que la compétitivité du Québec prend du retard. Et là, on voit ce projet de
loi, mais il y a eu d'autres projets de loi dans le passé, l'an dernier,
notamment, on s'est vu pour le projet de loi n° 81, qui était un
omnibus environnemental qui avait pour but d'accélérer, notamment, les… les
études environnementales. Et là on constate que ce n'est pas tout à fait ce
qui… ce qui arrive sur le terrain.
12 h (version non révisée)
Mme Dufour : ...comment vous
expliquez le retard de compétitivité du Québec... que prend le Québec, en fait?
Mme Proulx (Véronique) :
Oui, c'est une grande question. Mais, si j'y vais... Parce qu'on pourrait
regarder les mesures fiscales, le ministre va déposer son budget bientôt, donc
on espère avoir des mesures ambitieuses pour stimuler l'investissement puis augmenter
notre productivité. Donc, il y a le volet fiscal. Je vous dirais qu'il y a tout
l'environnement d'affaires. Je reviens à ce que j'ai dit dans mon allocution, il
y a l'allègement administratif et réglementaire qui est nécessaire, et ça
touche beaucoup le ministère de l'Environnement quand on regarde les grands
projets. Pourquoi est-ce que ça s'accentue? Bien, je pense qu'on a peut-être
perdu de vue, au niveau du gouvernement, l'importance de la réalisation de ces
projets-là et l'impact économique. Et, encore une fois, l'objectif des
entreprises, ce n'est pas de réduire la... ce n'est pas que la réglementation
soit... soit réduite, ce n'est pas que ces exigences ne soient pas là, c'est
juste le processus par lequel on doit passer au travers, qui est excessivement
lourd et complexe et qui n'a pas toujours sa place.
Alors, c'est pourquoi mon collègue
expliquait tout juste avant... c'est le séquencement, c'est la coordination
interministérielle. Si on prend l'exemple d'un chantier éolien, il y a le
ministère de l'Environnement, il y a le ministère des Transports pour avoir les
routes nécessaires pour pouvoir transporter nos pales, transporter l'infrastructure
qui sera nécessaire ou les matériaux pour la construction des infrastructures.
Donc, c'est vraiment cette image-là qui est absente présentement et qui pèse
sur les entreprises, qui nuit à la compétitivité de nos entreprises. Parce que,
quand il y a des délais, bien, nécessairement, il y a une augmentation de
coûts, soit parce que les délais engendrent des pénalités importantes, puis c'est
vrai quand on travaille avec des fournisseurs comme Hydro-Québec, tout comme
des fournisseurs dans le secteur privé, soit parce qu'avec le temps, bien les
coûts de construction augmentent, la main-d'œuvre qui devait être disponible ne
l'est plus, on doit payer plus cher. Donc, il y a une... une perte de
productivité, ça a des coûts, puis, ultimement, ça nuit aux entreprises, mais
ça nuit aux consommateurs.
Mme Dufour : Tout à fait.
Vous mentionniez que... Parce que là, là, ce qu'on voit, comme projet de loi, c'est
pour des projets stratégiques. Moi, je comprends que vous aimeriez qu'on
accélère les procédures d'évaluation pour l'ensemble des projets. Mais revenons
à ces grands projets. Vous voudriez des critères spécifiques. Est-ce que vous y
avez réfléchi à quels critères devraient être établis?
Mme Proulx (Véronique) :Oui. Alors, dans le mémoire, on a fait référence à la
consolidation d'emplois, puis là notez que je n'ai pas marqué «création d'emplois»,
mais «consolidation d'emplois», parce que je pense que, dans les projets, tout
comme dans le financement du gouvernement, il faut changer ce... ce «mindset»-là,
là. On est frappés par une pénurie de main-d'œuvre qui touche beaucoup dans
les... nos régions puis qui va être un enjeu pour la réalisation de ces grands
projets là. On parle de consolidation d'activités. On parle également de?
M. Corbeil (Laurent) : Bien,
il y a... il y a... en fait, il y a des éléments qui sont intéressants puis qui
sont, somme toute, précis, là, quand on parle, justement, de l'atteinte de
cibles gouvernementales relatives aux objectifs de transition énergétique, par
exemple, on parle de création d'emplois, comme tu... comme tu l'as mentionné...
Mme Proulx (Véronique) :Consolidation...
M. Corbeil (Laurent) :
...consolidation. Mais, en fait, c'est aussi... en fait, de resserrer un petit
peu aussi ces critères-là. Quand on parle, un exemple, d'intérêt collectif, on
l'a mentionné tout à l'heure, c'est assez permissif. Donc, après ça, on se
demande si les décisions qui vont être prises sur les projets vont être arbitraires
et même contestables d'un point de vue de la population. Donc, pourquoi ces
choix-là ont été faits s'il n'y a pas une liste bien définie de critères? Même
si les critères, quand on les... quand on les définit, ils peuvent quand même...
donner quand même de la flexibilité au gouvernement, puis ça, on comprend tout
à fait cette nécessité-là.
Mme Proulx (Véronique) :...le dépolitiser le plus possible. Donc, est-ce que c'est
l'impact sur le PIB? Est-ce que c'est l'impact sur une région? C'est le genre
de critères économiques qui doivent être considérés.
Mme Dufour : Puis vous avez
fait le parallèle avec l'octroi des blocs d'énergie, qui semblait être
imprécis. Vous êtes venu mentionner qu'il faudrait qu'il y ait un critère de
sélection qui accorde une priorité aux projets menés par des entreprises déjà
présentes au Québec. Est-ce que, dans les blocs d'énergie, vous avez senti que
ce n'était pas le cas, qu'on... qu'on favorisait les entreprises étrangères?
Mme Proulx (Véronique) :Oui. En fait, on l'a dit publiquement à plusieurs reprises,
dans le cas des blocs d'énergie, dans ce qui s'est fait dans le passé, il y a
quelques années, effectivement, plusieurs entreprises bien établies en région
étaient frustrées de constater qu'on privilégiait surtout des entreprises
étrangères, au détriment de celles qui étaient déjà établies ici, je le
mentionnais, qui avaient des projets d'agrandissement, des projets de
décarbonation. Donc, ça nuisait à leur... à leur productivité. Puis,
ultimement, ce sont des... des investissements qui se sont faits à l'étranger,
au détriment de nos installations québécoises, qui, encore une fois, ont un
impact sur la productivité de nos entreprises à l'échelle québécoise. Alors, l'approche
a, somme toute, changé maintenant, et avec des critères plus objectifs, une
approche moins interventionniste, j'oserais dire, et je pense qu'on doit
utiliser cette expérience-là pour regarder dans le futur, ces projets d'intérêts
nationaux là, comment ils seront choisis.
Mme Dufour : Les... il y a...
il y a une... dans le projet de loi, là, on prévoit qu'après deux ans, si le
projet n'a pas décollé, bien finalement, l'autorisation deviendrait caduque. Il
y a... le groupe qui vous a précédés mentionnait, là, l'importance, peut-être,
d'avoir une certaine flexibilité sur ce délai-là. Est-ce que vous sentez
actuellement que le gouvernement... Tu sais, au...
Mme Dufour : ...qu'on a les
conditions gagnantes pour respecter ce deux ans-là qui est prévu. Et là, par
exemple, je pourrais vous parler du manque d'énergie, qu'est-ce qui arrive dans
un cas où le projet, tu sais, est autorisé mais il n'a pas eu, finalement, son
énergie qu'il avait besoin pour comme commencer. Donc, est-ce que vous sentez
que ces conditions gagnantes là sont là pour respecter le délai?
Mme Proulx
(Véronique) : Bien, il faut que le gouvernement soit capable de
respecter ses propres délais, puis c'est souvent l'enjeu qu'on a avec le
ministère de l'Environnement. Et là on parlait du 18 mois à neuf mois, au
niveau des autorisations, des permis, de... au niveau de l'autorisation
environnementale. C'est le bienvenu, mais il faut que le gouvernement soit
capable de le respecter. Donc, dans le même ordre d'idées, si l'échéancier est
deux ans, il faut que le gouvernement puisse s'assurer de livrer sur ce qui lui
appartient. Je ne sais pas, Laurent, si on a eu quelques commentaires à cet
égard-là.
M. Corbeil (Laurent) : Bien
non, mais, effectivement, c'est sûr que, dans certains secteurs, on peut penser
à l'énergie, on peut penser aux ressources naturelles, ça prend extrêmement de
temps pour démarrer un projet. Donc, si c'est deux ans, effectivement,
peut-être que c'est rapide. Donc, peut-être que'il y a manière aussi d'être
plus flexible sur ce volet-là. C'est quand même des recommandations qui sont
intéressantes sur ce point.
Mme Proulx
(Véronique) :Mais, a priori, il faudrait
que le gouvernement puisse respecter ses engagements. Je pense que ce serait la
priorité, là, avant de commencer à octroyer des délais.
Mme Dufour : Excellent, merci.Je vais passer...
Le Président (M. Laframboise) : M.
le député de Marguerite-Bourgeoys, pour 3min 28 s.
M. Beauchemin : Merci, c'est
ce que je regardais. Donc, quand on dit que le gouvernement ne participe pas
vraiment pour améliorer l'acceptabilité sociale, là, comment vous, vous voyez
ça, pour que le gouvernement puisse aider à être un joueur actif, à stimuler l'acceptabilité
sociale, là? Comment le gouvernement pourrait être plus présent dans le
processus, selon vous?
Mme Proulx
(Véronique) :Bien, en fait, je pense que,
dans ces projets-là qu'il aura choisis, comme je le disais... il les choisit,
donc il doit être capable de l'expliquer publiquement, pourquoi ces projets-là?
Puis là, tu sais, il y a le projet de loi qui est à l'étude présentement, mais,
par la suite, d'être capable d'expliquer aux citoyens pourquoi, comment, quels
critères, c'est quoi, les impacts, quels sont les mécanismes qui sont en place,
comment on s'assure de respecter l'ensemble de la réglementation du ministère
de l'Environnement malgré le fait qu'on veut accélérer la réalisation de
projets, parce qu'il pourrait y avoir beaucoup de scepticisme Et je pense que nos
élus, tant au niveau municipal que provincial, ont tout intérêt à travailler
ensemble pour être capables d'avoir une communication qui est cohérente, qui
est claire puis qui permet de rejoindre plusieurs parties prenantes, et de le
faire en collaboration avec le promoteur. Parce que je réitère, souvent, le
promoteur est seul pour défendre ses projets, et là ça peut donner l'impression
qu'il y a... qu'il n'y a pas eu d'impartialité, qu'on ne fait pas les choses
dans les règles de l'art. Alors, je pense qu'il faut être capable de travailler
ensemble avec les différents paliers pour avoir cette cohérence-là.
M. Beauchemin : OK. Puis,
justement, en termes de prévisibilité, une des choses qu'on remarque, là, dans
ce qu'on entend du projet de loi, c'est qu'il y a quand même place encore pour
certaines exceptions, là, en cours de route, si besoin il y a. Trouvez-vous,
selon vous, là, que, justement, si on met en place ces permissions d'avoir des
exceptions par rapport à ce qui semble être établi comme règle, là, OK, qu'on
va comme créer, justement, une certaine insécurité ou un certain manque de
prévisibilité, on va tout le temps dire : Bien là, ça se peut, peut-être,
que le gouvernement ne va pas m'autoriser ou va peut-être m'autoriser, il
faudrait que j'obtienne une exception, etc.? Voyez-vous ça comme positif,
d'avoir des exceptions, ou négatif, d'avoir des exceptions?
• (12 h 10) •
Mme Proulx
(Véronique) :Il peut y avoir des
exceptions parce qu'on veut de la flexibilité et tout n'est pas défini d'avance,
mais je vais prendre la règle... je vais dire 80-20, il faut que 80 %...
qu'il y ait de la prévisibilité sur au moins 80 % du processus pour qu'on
puisse savoir dans quoi qu'on s'embarque et éviter les surprises en cours de
route. Je pense que, déjà là, ce serait un pas, un bon pas de fait.
M. Beauchemin : Donc, dans le
fond, ce que vous dites, là, c'est que c'est important qu'on ait des règles
clairement bien établies tout de suite pour qu'on puisse avoir, justement, ce
genre d'intérêt là, c'est ça?
Mme Proulx
(Véronique) :Absolument.
M. Beauchemin : Est-ce qu'on a
des benchmarks? Est-ce qu'on a déjà comparé à d'autres juridictions proches de
nous qui ont mis en place ce genre de projet là, comme au Canada, par exemple?
Mme Proulx
(Véronique) :Non, pas à ma connaissance,
rien de...
M. Beauchemin : Bien, dans le
C-5? Dans le C-5, il y a peut-être...
Mme Proulx
(Véronique) :C'est encore très tôt, hein?
On a très peu de visibilité encore sur comment ce sera déployé, appliqué. C'est
certainement quelque chose qui pourrait être fait, là, mais ça n'a pas été fait
pour l'instant.
M. Beauchemin : OK, bien, je
vous remercie...
Le Président (M. Laframboise) :
...beaucoup. La parole est à la députée de Verdun pour
3 min 28 s. Mme la députée.
Mme Zaga Mendez : Merci, M.
le Président. Merci pour votre présentation. Je veux vous poser une question
que j'ai posée tout à l'heure au groupe précédent, c'est le risque de judiciarisation.
C'est quand même une crainte qu'on entend lorsque des délais sont raccourcis, qu'est-ce
qui va être le cas avec ce projet de loi. Est-ce que vous craignez que des
opposants au projet vont avoir recours aux tribunaux plus tôt et donc polariser
et aller gruger, voire même complètement s'opposer au projet...
M. Corbeil (Laurent) : Bien,
c'est sûr qu'il faut être prudent puis... quand même le remarquer, je crois,
avec le projet de loi C-5, du côté du fédéral, il y a plusieurs autres
communautés, justement, qui ont déjà élevé la voix pour dire qu'ils allaient...
qu'ils allaient aller en cour pour ce projet de loi là. Et donc, c'est...
M. Corbeil (Laurent) : ...et
donc c'est pour ça qu'on arrive aussi avec des éléments comme la transparence,
notamment, sur les informations des projets qui vont être déterminés, aussi du
support au niveau de l'acceptabilité sociale. Parce qu'on le sait très bien,
qu'au niveau d'un processus accéléré ça va justement être de plus en plus
difficile aussi, peut-être, à expliquer si on doit le faire rapidement. Donc,
voilà.
Mme Zaga Mendez : Dans la
même lignée, c'est les processus qui permettent, en fait, cette acceptabilité
sociale, en tout cas, c'est prouvé sur le long terme. Puis peut-être vous
amenez sur un aspect, sur le rôle de la CPAQ, parce que vous représentez aussi,
je pense, des chambres de commerce un peu partout au Québec, en région
également, donc le secteur agricole et agroalimentaire, qui est extrêmement
préoccupé. Si vous avez lu déjà les communications de l'UPA, que détourner ces
mécanismes-là, bien, c'est attaquer directement la protection des terres
agricoles puis un secteur au complet, comment vous voyez cette opposition?
Mme Proulx
(Véronique) :C'est une très bonne
question. Quand on parle de projets d'intérêt nationaux, je pense que... Tu
sais, l'idée, l'idée, c'est justement de pouvoir s'assurer d'avoir des projets
d'intérêt collectif. Et le défi qu'on a eu dans la dernière année... dans les
dernières années, avec les projets qu'ils demandent, qui... projets miniers
énergétiques dans le secteur des forêts aussi, c'est que, souvent, on se bute à
une opposition locale, très locale, il y a des projets qui ne se réalisent pas.
Alors, la ligne est très mince, on est d'accord, là, entre... entre les
différentes parties prenantes puis l'intérêt collectif. Mais je pense que c'est
nécessaire pour certains grands projets. D'ailleurs, on n'a pas demandé à ce
que ça soit appliqué à tous les projets, mais, pour certains grands projets,
pour s'assurer de leurs réalisations, encore une fois, dans le contexte
géopolitique économique actuel, il faut s'assurer de sécuriser notre secteur
énergétique puis notre secteur minier.
Mme Zaga Mendez : Mais, si je
prends l'exemple agricole, ce sont des entreprises qui créent de l'emploi, qui
créent de la richesse, ça fait que ce n'est pas juste une opposition locale,
là.
Mme Proulx
(Véronique) :Non, on est d'accord.
Mme Zaga Mendez : C'est des
visions différentes en termes de...
Mme Proulx (Véronique) :Oui, oui. Absolument, il y a un arbitrage qui est à faire.
On est d'accord et rapidement.
Mme Zaga Mendez : Rapidemment,
tout à l'heure, le ministre disait que lui, il souhaite, là, des
investissements de 1 milliard. De votre côté, est-ce que... Vous avez dit
des entreprises québécoises ou des entreprises qui sont déjà au Québec. Est-ce
qu'on nous... Est-ce qu'il y a des projets d'une hauteur de 1 milliard en
investissement, déjà, pour le ministre?
M. Corbeil (Laurent) : Bien,
à la hauteur de 1 milliard... Je ne pourrais pas nécessairement me
prononcer là-dessus, mais c'est sûr de plusieurs centaines de millions de
dollars. Du côté minier, il y a plusieurs entreprises qui sont déjà... ils ont
déjà entrepris des processus justement pour se développer, puis donc cette
logique de processus accéléré là pourrait vraiment donner un coup de main.
Mme Zaga Mendez : Puis, pour
ça, vous voyez, mettons, pour arriver à 1 milliard du ministre, de
l'investissement seulement privé, ou, là-dedans, il devrait y avoir aussi de
l'investissement public?
M. Corbeil (Laurent) : ...ça
va être de l'investissement... Moi, je pense, ça va être de l'investissement
privé en grande partie. On a plusieurs entreprises établies ici, mais les
entreprises étrangères qui souhaitent investir, notamment, dans le secteur
minier... et leur frein à l'investissement, c'est justement les délais
importants que connaît le Québec et le Canada. Moi, je pense qu'on va être
capable d'aller chercher davantage si on démontre qu'on est prêt à bien les
accompagner pour respecter leurs obligations, mais réaliser leurs projets...
plus rapidement aussi.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, Mme la députée de Verdun. M. le député de Jean-Talon, pour deux minutes
38 secondes.
M. Paradis : Ce qui est
intéressant, c'est que, dans votre mémoire, vous... vous êtes nuancés. Vous
dites : Oui, on est d'accord avec le principe, mais attention sur la
question de la prévisibilité, de la transparence. Vous dites : Qu'est-ce
qu'un projet stratégique de grande ampleur, qu'est-ce qui ne l'est pas? S'il y
a de l'opacité dans les choix de critères, ça peut créer une impression de
partialité par le gouvernement envers les entreprises qui seraient
sélectionnées et celles qui ne le seraient pas, écrivez-vous dans votre
mémoire. J'aimerais que vous développiez sur cette idée, parce que, oui, on
peut être en faveur d'une plus grande efficacité pour faire aboutir les
projets, mais se précipiter de manière discrétionnaire, bien, ça donne des
Northvolt, par exemple, où que ça nous ait coûté des centaines de millions du
précieux argent des Québécois.
Qu'est-ce qui pourrait être un projet?
Moi, je vous soumets par exemple que le gouvernement pourrait déterminer que le
troisième lien à Québec, c'est un projet d'infrastructure parce qu'il...
dit-il, le gouvernement, c'est un projet essentiel à la sécurité économique de
Québec. Il est le seul au Québec à dire ça, mais il pourrait désigner le
projet. Donc, vous, vous dites : On ne veut pas trop de discrétion. Vous
invitez le gouvernement à maintenir la reddition de comptes et à avoir des
critères clairs.
M. Corbeil (Laurent) : Dans
l'intérêt collectif. Alors là, j'y reviens, on parlait de l'impact économique,
l'impact sur le PIB, la consolidation d'emplois. Et je pense qu'il faut que
l'ensemble des projets soient considérés et qu'on comprenne les choix qui ont
été faits. Je ne me prononcerai pas spécifiquement sur le troisième lien, mais,
si on met tous les projets ensemble, bien, il faut être capable d'avoir les
critères qui permettront de comprendre les choix qui seront faits et de
dépolitiser encore une fois le choix de ces grands projets là qui seront
choisis.
Le Président (M. Laframboise) : Puis
c'est intéressant. Vous parlez notamment des critères de sélection des blocs
d'électricité comme exemple. Donc, actuellement, est-ce que vous pensez qu'on
est en état au Québec, dans l'état actuel des choses puis ce qui est proposé
dans le projet de loi n° 5...
M. Paradis : ...d'avoir cette
clarté-là où ce n'est pas suffisant?
Mme Proulx
(Véronique) :À l'égard des blocs
énergétiques?
M. Paradis : Des... bien,
vous donnez cet exemple-là, moi, je vous soumets que ce n'est pas un bon
exemple, malheureusement. Qu'est-ce que vous pensez de ce qui est proposé dans
le projet de loi 5 à la lumière de cet exemple-là?
M. Corbeil (Laurent) : En
fait, je ne suis pas certain de comprendre votre question sur ce volet.
Mme Proulx
(Véronique) :C'est à dire que, moi, je
vous dirais... je pense que le gouvernement peut donner plus de prévisibilité
qu'il n'y a présentement, et ça va passer par des critères objectifs, ça va
passer par est-ce qu'on priorise les projets qui sont ici versus des
investissements étrangers. Encore une fois, ça ne pourra pas être spécifique
dans le détail, mais des grandes orientations pour qu'on sache comment les
choix seront faits et savoir si, moi, comme entreprise, j'ai des chances d'être
choisie pour mon projet.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, M. le député de Jean-Talon. Mme Proulx, M. Corbeil, je vous remercie
pour la contribution de la Fédération des chambres de commerce du Québec à nos
travaux. La Commission suspend ses travaux jusqu'après les avis touchant les
travaux des commissions.
(Suspension de la séance à 12 h 17)
15 h (version non révisée)
(Reprise à 15 h 24)
Le Président (M. Laframboise) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des finances publiques reprend ses
travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous poursuivrons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 5, Loi visant
à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets
prioritaires et d'envergure nationale.
Là, j'aurais besoin d'un consentement. Est-ce
qu'il y a consentement pour que le député de Taschereau remplace la députée de Verdun?
M. Girard (Groulx) : Consentement.
Le Président (M. Laframboise) : Oui?
M. Girard (Groulx) : Avec
enthousiasme.
Le Président (M. Laframboise) : Enthousiasme.
Bon, c'est ça, c'est mieux de même.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants : la Fédération québécoise des municipalités — bonjour,
messieurs — la Commission de protection du territoire agricole du
Québec, le Comité consultatif sur les changements climatiques et le Syndicat de
la fonction publique et parapublique du Québec.
Je souhaite maintenant la bienvenue aux
représentants de la Fédération québécoise des municipalités. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à
la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter et à commencer votre exposé. M. Demers.
M. Demers
(Jacques) :Merci, M. le Président de la
commission. M. le ministre, Mmes, MM. les députés et membres de la commission,
je m'appelle Jacques Demers, je suis maire de Sainte-Catherine-de-Hatle, préfet
de la MRC Memphrémagog et président de la Fédération québécoise des
municipalités. Je suis accompagné aujourd'hui de M. Châteauvert, directeur des
politiques, et de Philippe Gagnon, aussi au niveau des politiques, directeur de
ce côté-là.
Aujourd'hui, on vient vous rencontrer à
titre de porte-parole des régions. On réunit, à la fédération, 1 050 membres,
dont l'ensemble des MRC du Québec, dont la totalité, évidemment, des MRC. La fédération
remercie aussi les membres de la Commission des finances publiques, de l'opportunité
qui lui est offerte de présenter ses commentaires dans le cadre du projet de
loi n° 5, la Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises
pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale. M.
Châteauvert.
M. Châteauvert
(Pierre) :Oui. Donc, merci. Le projet de
loi déposé par le ministre prévoit que le gouvernement pourra désigner, à titre
de projet prioritaire et d'envergure nationale, tout projet dont la réalisation
rapide est d'intérêt collectif et dont la mise en oeuvre est plausible. Ce
pouvoir de désignation sera effectif pour une période de cinq ans. Ainsi,
un promoteur pourra désormais soumettre son projet directement au ministre, qui
en fera l'évaluation, pour... et pourra ensuite délivrer une autorisation
unique. Cette autorisation remplacera l'ensemble des permissions habituellement
requises en vertu de plusieurs lois.
D'emblée, la FQM comprend les objectifs du
projet de loi, mais nous tenons à exprimer nos préoccupations quant aux
répercussions qu'aura celui-ci dans nos milieux, mais surtout sur le principe
de l'autonomie municipale. Le ministre... La ministre des Affaires municipales
disait en novembre dernier à la suite de l'adoption du projet 104 : Les
municipalités gagnent en efficacité lorsqu'elles évoluent dans un cadre qui
valorise leur autonomie. Or, force est... force est de constater que ce projet
de loi ne renforce pas ce principe, mais tend plutôt à l'affaiblir.
Il convient également de rappeler que les
délais et les pressions financières entourant...
M. Châteauvert
(Pierre) :...entourant la réalisation de
projet résulte largement de l'ajout progressif de multiples autorisations et
exigences normatives mises en place au fil des années avec l'appui des acteurs
politiques et administratifs. Si bien que l'on se retrouve aujourd'hui dans un
contexte où le gouvernement souhaite emboîter le pas à ce qui a été fait au
fédéral, en Colombie-Britannique, en Ontario, pour accélérer la réalisation de
grands projets.
Nos principales préoccupations à la
lecture de ce projet de loi portent sur le rôle que joueront les municipalités
dans tout le processus. La manière de procéder à la consultation des
municipalités locales et régionales reste à être définie. Il faut que ce
processus qui sera établi puisse permettre à la fois de tenir compte des
intérêts de la municipalité et d'assurer une compréhension des enjeux des
réalités locales de la part du gouvernement. La FQM estime ainsi qu'une concertation
préalable avec les associations municipales est indispensable afin de définir
clairement les objectifs et la marche à suivre.
L'un des éléments qui nous préoccupent
également est l'absence de mécanisme clair pour résoudre les divergences d'intérêts
entre le gouvernement et la communauté... les communautés d'accueil. Selon le
mémoire soumis au Conseil des ministres, le rôle des municipalités
consisterait, j'ouvre les guillemets, à vérifier si le projet respecte sa
réglementation, de délivrer les autorisations si la réglementation le permet et
si elle ne le permet pas, pourra modifier ces réglementations plus rapidement
sans devoir respecter la procédure prévue, ferme les guillemets. Le risque est
encore plus grand lorsque la municipalité refuse ou n'est pas en mesure de
délivrer les autorisations selon l'échéancier du ministre. Le projet de loi
prévoit alors que l'autorisation du ministre pourra remplacer les autorisations
municipales et, ouvrez les guillemets, prévoir les normes d'urbanisme applicables,
fermez les guillemets, ainsi que les conditions de l'autorisation. Cette
substitution nous apparaît problématique car le conseil municipal est
l'autorité élue pour représenter l'intérêt des citoyens et assurer la cohérence
des décisions locales sur le territoire. Bien que certains projets puissent
générer des retombées positives pour l'ensemble du Québec, ce sont les citoyens
des municipalités d'accueil qui subiront les inconvénients des travaux.
L'intérêt municipal peut diverger de
l'intérêt national tel que défini par le gouvernement ou le promoteur. Nous
n'avons qu'à penser à ce qui a mené à l'adoption du projet de loi n° 93
l'an dernier sur Stablex. De plus, la ministre des Affaires municipales mène en
ce moment un chantier qui visait à renforcer le processus de consultation
publique et d'approbation référendaire. L'adoption du projet de loi 5 et
les recommandations qui en découleront... et les recommandations qui
découleront du chantier auront des impacts... excusez-moi, significatifs pour
les municipalités. La FQM tient donc à rappeler que les conseils municipaux
sont des gouvernements de proximité, élus démocratiquement et responsables de
représenter les intérêts de leur population. On ne pourrait se permettre de
revivre un épisode semblable à celui de la construction de la ligne Hertel-des
Cantons. Nous considérons essentiel que le ministre tienne compte de la volonté
des municipalités... d'accueillir un projet sur leur territoire. Or, à la
lecture du projet, le ministre peut considérer que le projet prendrait en
compte les intérêts des communautés locales dans le cadre du processus de
désignation.
C'est pourquoi nous recommandons de
modifier l'article quatre du projet de loi pour que la prise en compte des
intérêts municipaux soit obligatoire et non facultative. Nous sommes d'avis que
cette modification contribuerait à renforcer la légitimité du processus tout en
favorisant une meilleure acceptabilité sociale. D'autant plus que tout porte à
croire que le développement et la réalisation des projets désignés exerceront
une pression considérable sur les infrastructures locales. Nous n'avons qu'à
penser aux passages répétés de camions lourds pour les travaux d'une mine qui
entraînerait une usure accélérée des routes locales nécessitant des travaux
d'entretien plus fréquents et coûteuses. Parallèlement, plusieurs régions
affichent des taux d'occupation d'inoccupation de moins de 2 % au niveau
des logements. On est en droit de se demander où... où pourrons-nous loger les
travailleurs? Alors que le projet identifie la création d'emplois comme facteur
à prendre en considération. Bien que le projet de loi vise uniquement les
autorisations liées aux projets désignés, il est indéniable que les
infrastructures municipales comme la voirie, les réseaux d'eau, les
infrastructures liés au logement sont essentielles à leur bon fonctionnement.
Si ces projets entraînent des coûts additionnels pour les municipalités sans
compensation adéquate, nous pensons qu'il pourrait y avoir un risque de...
compromettre l'adhésion et susciter des tensions locales.
• (15 h 30) •
Afin d'assurer l'engagement des
municipalités et de favoriser une véritable acceptabilité sociale, il devient
nécessaire de mettre en place des mécanismes de... compensation adaptée. Nos
recommandations visent précisément à répondre à ces enjeux, d'une part, en
prévoyant des redevances versées aux municipalités d'accueil pour qu'elles
puissent absorber les coûts liés aux impacts directs des projets, d'autre part,
en ajustant la part des programmes d'aide financière en fonction des
répercussions réelles sur leurs finances. Enfin, les MRC doivent composer avec
les nouvelles orientations gouvernementales en aménageant leur territoire dans
leur révision... la révision de leur schéma d'aménagement. Nous souhaitons
soulever que la réalisation d'un projet désigné d'envergure nationale pourrait
fragiliser et même entrer en contradiction avec l'atteinte des OGAT. C'est
pourquoi nous demandons que les projets désignés respectent à tout le moins les
OGAT et que le projet de loi prévoit...
15 h 30 (version non révisée)
M. Châteauvert (Pierre) :...prévoit un mécanisme de monitorage spécifique permettant
d'évaluer l'incidence des projets désignés sur l'atteinte des cibles et
indicateurs pour les MRC qui accueilleront et projets sur leur territoire. Je
vous remercie. Et nous sommes disponibles pour vos questions.
Le Président (M. Laframboise) : Parfait!
Merci beaucoup, M. Demers, M, Châteauvert, de votre exposé. Nous
allons maintenant commencer la période d'échange. M. le ministre et député de Groulx,
vous avez la parole pour 16 min 30 s. M. le ministre.
M. Girard (Groulx) : Oui.
Merci beaucoup. Très apprécié. J'accueille les recommandations avec ouverture.
Soyez certain qu'on va analyser ça en détail. C'est certain que, lorsqu'il y a
des propositions qui modifient le texte de loi, bien là, nos juristes entrent
en jeu, là. Je ne me prononcerai pas ici spécifiquement, mais, sincèrement,
merci pour les recommandations.
Là, c'est certain que des projets
stratégiques d'envergure nationale, bien, c'est pour l'ensemble de la société
québécoise, là, c'est l'intérêt supérieur du Québec. Puis ça, il va falloir qu'on
garde tous ça en vue, M. le Président, parce que c'est certain que si chacun y
va des raisons pourquoi ça ne marchera pas, mais ça ne marchera pas. D'où le
but de ce projet de loi qui est qu'on passe d'un mode où ça ne fonctionne pas,
ça prend trop de temps faire des projets et ça crée une incertitude pour les
promoteurs, ça fait qu'ils vont ailleurs où ça va plus vite, puis on se ramasse
avec une base manufacturière du Québec et... qui diminue puis des grands
projets mais qui préfèrent d'autres juridictions où c'est plus simple. Ça fait
que donc tout le monde va devoir faire un effort pour voir l'ensemble et non
juste les particularités qui pourraient être plus difficiles.
Et puis c'est certain aussi, M. le
Président, qu'on s'octroie, je le répète, et je le répète particulièrement, mes
collègues de l'opposition qui, ce matin, ont suggéré que le projet de loi
devrait avoir une durée infinie ou s'appliquer à tous les projets, bien, on s'octroie
des pouvoirs extraordinaires. Alors, si les oppositions veulent que ça s'applique
à tous les projets dans toutes les prochaines années, je suis ouvert à ça, mais,
étant un homme modéré de nature, les pouvoirs exceptionnels, je pense, devraient
être pour des situations exceptionnelles.
Alors, question. Puis, merci beaucoup pour
votre exposé. Là, vous savez, moi, je suis un gars de chiffres, puis là on a
une recommandation 3 que je résumerai ainsi «on veut des redevances». Est-ce
que je peux avoir un exemple concret d'un projet où il y a eu des redevances et
que c'est un ordre de grandeur qui, selon vous, est adéquat, puis qu'on puisse
faire l'éducation, là, pour qu'on aille au-delà des concepts, puis qu'on
descende dans les faits précis?
M. Demers (Jacques) :Évidemment, on pourrait prendre Hydro-Québec, on pourrait
prendre ce qu'ils ont eu comme entente avec... avec l'UPA, au niveau des terres
agricoles, les passages de lignes. Il y a des choses qui se font dans ce sens-là.
Il y a déjà plusieurs années, si on peut regarder au niveau des gravières,
les... les redevances de ce côté-là, qui sont basées sur le tonnage qui sort. Or,
donc, c'est un calcul qui est logique, c'est un calcul qui est basé sur le
tonnage qui sort, or, donc, qui passe sur ces routes-là, qui a un impact. Est-ce
que c'est suffisant? On pourrait en discuter peut-être longtemps, mais, du
moins, c'est des calculs qui sont faciles à expliquer. L'impact que ça a, c'est
très, très concret, tu as tel le tonnage qui sort du lieu, tu as telle somme à
payer. Ce qui aide les municipalités, entre autres au niveau de leur voirie
locale, à investir de façon plus importante. C'est des choses qu'on a réussi
avec des petites entreprises à avoir puis à régler. Il y en a que le tonnage
est très petit. Là, on est en train de parler de grands projets, on est en
train de parler de montants tellement plus... plus grands qui fait que c'est
difficile d'amener un pourcentage, il faudrait regarder le projet puis regarder
l'impact qu'il a. Sinon, vous allez me dire : c'est complètement
déraisonnable si vous me sortez des chiffres de milliards de dollars.
Évidemment, ce n'est pas ça qu'on est en train, on est en train de dire :
Sur le territoire, l'impact qui sera évalué sur ce territoire-là, il faut s'assurer
qu'il fait partie des gens, des... des endroits qu'on lui laisse aussi. Si on
le fait au niveau du Québec, c'est qu'on pense qu'il y a des retombées
économiques intéressantes. Bien, ça, on pense que c'est bon pour le Québec, ça
devrait être bon pour l'endroit d'où ça part, où ça passe aussi.
M. Girard (Groulx) : Est-ce
que vous voulez ça formellement écrit dans le projet de loi ou on a déjà ça de
toute façon...
M. Demers (Jacques) :
...bien, je ne sais pas de quels projets vous parlez, présentement. Vous me
parlez de grands projets nationaux. On ne me l'a pas encore défini. Si vous me
dites : Ce qu'on est en train de faire, ça existe déjà puis il y a des
redevances là-dessus, bien, peut-être qu'on vous dira : Bien oui, c'est
déjà compris dans ce dossier-là, mais, si on parle de d'autres dossiers, si on
parle de lignes, si on parle de choses qui ont un impact de différents niveaux
et à moyen terme, c'est de le regarder morceau par morceau puis de dire,
bien... projet par projet, je voulais dire, puis de regarder l'impact que ce
projet-là a localement. Moi, je pense que c'est plus judicieux que d'essayer de
régler des projets qu'on ignore encore, là.
M. Châteauvert
(Pierre) :En complément, l'éolien,
actuellement, les projets, il y a effectivement une redevance pour une
compensation et aussi une possibilité de participation de la communauté pour le
retour. Donc, ça, voilà un modèle où effectivement il y a... on tient compte de
tous ces éléments-là. Mais cette revendication-là vient aussi de l'historique,
les projets miniers, les grandes mines, où est ce que la municipalité, il faut
qu'elle aille commander, à Québec, dans les programmes d'infrastructures, pour
faire des travaux de logement, des travaux de la route, les routes locales.
Parce que le retour de l'activité minière ne paie pas. Et ce qu'on sait, c'est
que l'Association minière du Québec aussi est d'accord sur cet élément-là,
qu'il faut que la communauté d'accueil ait un retour sur l'activité pour
permettre d'entretenir et de... ses infrastructures.
M. Girard (Groulx) : OK, mais
juste pour être précis, là, le projet de loi n° 5 ne vient pas interdire
ce qu'on peut déjà faire, là.
M. Châteauvert
(Pierre) :Non, mais pourquoi ne pas l'inclure
pour que ce soit clair pour tout le monde? Puis ce qu'on va nous parler, dans
ce projet-là, d'acceptabilité sociale, si on en parle comme ça, bien, on vient
d'en faire déjà un bout en disant : L'acceptabilité sociale, c'est plus
facile quand on sait qu'on va avoir des redevances qui vont rester localement
que de dire aux gens : Vous allez subir les conséquences, on va vous
laisser des routes que vous allez devoir payer. Les gens, pendant cette
période-là, qui vont rester chez vous et qui vont faire du «fly-in/fly-out»
parce que, localement, on n'est pas capables de vous accueillir... Quelle sorte
de vie qu'on donne, pendant cette période-là, à ces gens-là? Pourquoi que, si
on veut approcher l'acceptabilité sociale puis inclure les gens dans l'équation,
ne pas déjà... Je ne demande pas d'avoir le chiffre aujourd'hui, mais de dire
que ça va faire partie des éléments. Pour moi, il me semble que c'est plausible
que ce soit à l'intérieur, oui.
M. Girard (Groulx) : OK.
Bien, je pense que le projet de loi... On a choisi volontairement de ne pas
désigner les projets avant l'adoption du projet de loi, parce que, dans le
projet de loi, il y a les critères de désignation. Alors, après ça, ça va être
du cas par cas, mais, dans notre corpus législatif actuel, il n'y a rien qui
empêche des redevances, puis le projet de loi n° 5 ne change rien à ça.
Alors, c'est certain que si c'est pertinent puis que ça aide à l'acceptation du
projet dans la communauté, bien, je ne vois pas pourquoi qu'il n'y aurait pas
de redevances, mais je ne veux pas faire d'un cas spécifique un élément du
projet de loi qui vise à être le plus flexible possible pour accélérer les
grands projets, mais, sur l'esprit, je comprends parfaitement ce que vous
dites.
Est-ce que vous en avez, vous, des
projets, là? Parce que, s'il y a quelqu'un qui connaît le terrain puis qui
connaît ses communautés... En avez-vous des grands projets stratégiques
nationaux, vous?
• (15 h 40) •
M. Demers
(Jacques) :La fédération n'a pas de
projet en ce sens-là. La fédération accompagne ses municipalités, accompagne
ses MRC. Certaines MRC, certaines municipalités, oui, elles ont des projets
d'importance, là, évidemment, vous avez parlé de l'éolien. On a des
spécialistes pour les accompagner là-dedans, pour pouvoir travailler avec eux,
pour pouvoir avancer, mais c'est pour ça que, quand on nous parle de
redevances, évidemment, c'est une des façons. Les endroits qui l'ont depuis des
années, on parlerait du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie, certains endroits qui...
sont très en faveur parce qu'ils voient aussi aujourd'hui les retombées qu'ils
ont. Si on parle de grands projets, puis on met de côté le côté redevances,
bien, il va falloir regarder le projet, de quelle façon ces gens-là pourraient
être intéressés d'avoir ça sur leurs territoires, là, tu sais, c'est...
M. Châteauvert
(Pierre) :Si vous permettez, à chaque
fois qu'il y en... là, je reviens à l'éolien, chaque fois qu'il y a un appel à
projets pour des projets énergétiques, il faut toujours refaire la même
démarche pour s'assurer qu'effectivement la redevance, la possibilité de
participation... parce que le sujet est toujours ouvert, parce que ce n'est pas
dans une loi. Il faut toujours le revendiquer parce que ce n'est pas encadré,
parce que ce n'est pas dans une loi ou un règlement... il faut aller à chaque
fois devant la Régie de l'énergie...
M. Châteauvert
(Pierre) :...moins avec les modifications
législatives, mais il faut toujours, à chaque fois, faire les démarches pour
s'assurer que les redevances, la possibilité de redevances et la possibilité
de... de participation... c'est à la... au choix, en fait, du promoteur, ce
qu'on aime moins. Parce qu'on veut avoir des assurances par rapport à ça.
M. Girard (Groulx) : Entendu.
Je répète ma question : Avez-vous des projets?
M. Châteauvert
(Pierre) :Je reste avec la même
réponse : La Fédération n'aura pas de projets, mais ses membres en ont,
évidemment, oui.
M. Girard (Groulx) : Ça
termine mes questions, M. le Président.
Une voix : ...
Le Président (M. Laframboise) : Oui.
Donc, Mme la députée de...
Mme Bourassa :
Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Le Président (M. Laframboise) :
Charlevoix—Côte-de-Beaupré, oui, c'est bon, excusez-moi.
Mme Bourassa : Bonjour. Moi,
je vous ai entendu, puis, bon, c'est sûr qu'on est un peu initiés, on parle
d'OGAT, on parle de... Mais quand vous avez parlé d'OGAT, puis que vous avez
dit : Il pourrait y avoir une problématique avec, justement, le projet de
loi. Qu'est-ce que vous avez en tête? Où est ce que ça pourrait faire des
frictions?
M. Demers
(Jacques) :Bien, oui, si...
Mme Bourassa : Puis peut-être
expliquer c'est quoi, des OGAT, juste pour s'il y a des gens qui nous écoutent.
M. Demers
(Jacques) :... des orientations
gouvernementales, dans le fond, qui sont déjà obligatoires aux municipalités,
aux MRC, à la base pour faire leur schéma d'aménagement. Tu fonctionnes avec
des OGAT, tu fonctionnes avec l'ensemble des ministères qui doivent te donner l'aval
dans l'avancement de ton dossier. Faire le schéma d'aménagement, chez nous, ça
a pris six ans, dans Memphrémagog, on vient de le terminer, on vient
d'apprendre qu'il faut le recommencer parce que, justement, il y a des
nouvelles orientations. Il faut la revoir, c'est très long. C'est des
consultations publiques, c'est des choses qu'on fait avec les gens. Après ça,
il y a un laps de temps pour que les municipalités le prennent puis le mettent
dans leur réglementation. Si je ne me trompe pas, ils ont deux ans pour les
inclure à l'intérieur de leur propre réglementation, puis c'est applicable aux
citoyens, à moins d'un RCI, en tout cas, ou de certains éléments, de façon
générale, seulement que rendus à cette étape-là.
Mais quand on arrive dans cette étape là
ou quand on décide de changer le zonage sur un territoire où ce que quelque
chose était permis, là, on décide qu'on veut faire des entreprises, quoi que ce
soit qu'on décide, ce n'est plus du résidentiel, ça devient du commercial. Mais
les gens ont droit de parole, les gens ont le droit de... On a l'obligation de
rouvrir le registre. Il peut y avoir des référendums, il y a toutes sortes...
Tu ne changes pas, en tant que municipalité ou de MRC, comme... de la façon que
tu veux, ton schéma d'aménagement ou tes règlements, il y a des étapes à ces
étapes-là, parce que je pourrais bien avoir l'air du gars qui dit au
gouvernement : Vous enlevez des pouvoirs aux municipalités, je ne suis pas
sûr à quel point le citoyen, ça doit bien le fatiguer. Mais quand on dit aux
citoyens : Bien, le pouvoir que vous avez au niveau du zonage, bien, vous
ne l'aurez plus, vous ne l'avez pas, votre droit de parole, vous n'avez pas le
droit de demander un référendum là-dessus parce qu'on décide qu'on écrase vos
règlements de schémas et ceux de la municipalité, parce que collectivement, on
a besoin de quelque chose à cet endroit-là. C'est de là où ce que je dis :
On a un devoir de travailler ça collectivement, puis ça se peut qu'on l'aille,
le besoin. Je ne suis pas en train de remettre en question le fait de faire ces
grands projets-là, mais je peux vous dire ce qui va se passer sur le terrain,
les réactions des gens, par exemple, si on a une approche qui est trop
cavalière de ce côté-là.
Mme Bourassa : Vous parlez
aussi de... Bon, je comprends la route, s'il y a des camions qui passent, les
infrastructures s'il y a plus de monde qui y habitent. Mais au niveau de
l'habitation, qu'est-ce que les MRC, municipalités... Tu sais, j'essaie de voir
le lien avec la demande, parce qu'on s'entend, construire des logements, ça
prend quand même du temps. Donc, à court terme, qu'est ce qu'on pourrait faire
pour régler la problématique que vous soulevez?
M. Demers
(Jacques) :Il y a plusieurs choses. Le
schéma, d'ailleurs, on sait qu'au Québec, présentement, on n'a même pas le
droit d'agrandir nos périmètres urbains, on n'a pas le droit de rajouter une
rue, mais on nous dit qu'on manque de logements. On s'est peut-être mis bien
des restrictions qui viennent du gouvernement, qui nous l'a imposé, ce n'est
pas une décision, c'est des orientations gouvernementales qui nous obligent ça.
Ça fait que quand on dit aux municipalités : Pourquoi vous ne construisez
pas plus vite? Je peux vous le dire : Il y a plein d'endroits qu'il y a
des gens qui voudraient se construire, mais on n'a pas le droit de rajouter une
rue, on n'a pas le droit de rallonger nos égouts à ces endroits-là. Les
périmètres urbains ne peuvent pas être agrandis. C'est... On a beau dire :
Oui, mais on va regarder dans les périmètres urbains, on fera de la hauteur, on
va faire de la densification. Il faut que les gens veuillent aller habiter à
cet endroit-là. Quand tu viens à Sainte-Catherine-de-Hatley, tu ne viens pas
Sainte-Catherine-de-Hatley pour habiter au 10 ᵉ étage. On n'en a pas, de
trois étages, ça fait que bonne chance, mais tu sais, c'est comme... il y a des
milieux de vie, il y a des endroits qu'il y a des gens qui voudraient plus
habiter, mais il faudrait avoir une ouverture pour le faire. Puis c'est...
c'est parmi les choses qu'on va avoir, dans ces projets-là, à régler, parce
qu'on a des réglementations qui nous empêchent d'avancer plus vite. Je ne sais
pas, quand on fait ces grands projets-là, si, en même temps, on va jouer sur
des orientations gouvernementales...
M. Demers
(Jacques) :...qui nous empêche de faire
des choses aujourd'hui. C'est là qu'est...
Le Président (M. Laframboise) : ...de
Charlevoix—Côte-de-Beaupré. Mme la députée de Bellechasse.
Mme Lachance : Merci, M. le
Président. Bonjour, messieurs.
M. Demers
(Jacques) : Bonjour.
Mme Lachance : Je veux un
petit peu poursuivre sur la question, parce que les orientations
gouvernementales ont été reçues par les municipalités, les municipalités les
ont utilisées pour bâtir leurs schémas d'aménagement, et ainsi de suite. On
arrive avec un certain zonage qui est cohérent avec tout ça. Et là, dans le
fond, ce que vous dites, c'est que les municipalités devraient être consultées
en amont pour respecter ces OGAT-là. Mais si on prend un projet... évidemment,
mon collègue le ministre parlait d'un projet d'intérêt supérieur du Québec,
donc de mettre l'intérêt supérieur du Québec dans le cadre d'un projet d'une
certaine envergure. Et là on dit... prenons un cas de... d'une... d'une ressource
non renouvelable qui serait sur un territoire, et, évidemment, c'est non
renouvelable et non transférable, on s'entend, elle est là, puis il faut faire
avec. Mais là, vous me dites... vous nous dites, en quelque sorte, que les OGAT
ou le zonage devraient avoir préséance sur le projet, même dans un cas comme
celui-là. C'est bien ça?
M. Demers
(Jacques) :Non, vraiment pas.
Mme Lachance : Non?
M. Demers
(Jacques) : Non. Les OGAT... on n'a jamais parlé que les
OGAT... On a dit : Ils vont être en conflit avec ce que vous faites. Vos
propres OGAT ne correspondront pas si on rentre sur ce territoire-là. Puis vous
nous avez obligés, par des OGAT, à inclure ça dans notre schéma d'aménagement,
par la suite, dans les règlements municipaux. Puis là vous dites : Sur ce
territoire-là, on modifie l'endroit. On n'a... on n'a pas le droit de le faire.
Tu sais, c'est pour ça qu'on dit lui... eux-mêmes vont être en conflit
ensemble. Évidemment, c'est pour ça. On peut parler du zonage, on peut parler
du schéma. Si on parle des OGAT, regardons de laquelle on parle. À ce
moment-là, on va voir la contradiction avec l'imposition sur un territoire
d'une… d'une entreprise selon les…
Le Président (M. Laframboise) : Merci.
Merci, Mme la députée de Bellechasse. Maintenant, je… Marguerite-Bourgeoys,
pour 10 min 24 s.
M. Beauchemin : Merci, M. le
Président. Je vais mettre mon horloge pour être sûr de ne pas trop dépasser.
Donc, juste pour qu'on soit clairs.
Tantôt, vous parliez, là, de mécanismes, là, de consultation, là, qui de la
façon, c'était écrit dans… dans le projet de loi, c'est facultatif, vous
voudriez faire ça de façon obligatoire. Vous le voyez comment, ça, l'aspect
obligatoire de la chose?
M. Châteauvert
(Pierre) :Mais en fait c'est… Oui, bon,
on disait tantôt… on parlait des OGAT par rapport à ça, un projet peut être
aussi conforme à un OGAT. Mais nous, c'est parce que l'acceptabilité sociale,
ceux qui ont à vivre avec les citoyens, ceux qui ont… qui vont devoir
collaborer, en fait évidemment ils entendent, ce sont les municipalités, ce
sont les MRC puis les municipalités… Donc, c'est d'essayer de travailler
ensemble pour arriver à quelque chose, parce qu'un projet d'intérêt national
peut être effectivement implanté sur un territoire avec l'accord des gens. On…
Tantôt on réfère à tout ce qui s'est fait en éolien et il y a des endroits où
il y a des projets actuellement, où est ce que les gens ont fait leur boulot,
ils ont consulté, il y a eu des rencontres, il y a eu des présentations, des
modes, des discussions avec les promoteurs pour implanter des projets éoliens
sur des territoires, puis des fois des territoires avec des territoires occupés
avec du monde dessus. Et les municipalités locales ont géré ces conflits
potentiels là. Bon, ce n'est jamais parfait à 100 %, mais ça fonctionne
bien. Tout ce qui se passe dans le Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie, tout ça,
c'est la plus belle des démonstrations. Ce sont des projets, c'est énorme,
c'est des milliards et des milliards d'investissements. C'est… c'est d'intérêt
national et tout ça, et les municipalités l'ont fait. Ce qu'on dit,
c'est : il faut tenir compte et rendre ce processus-là, de travailler avec
les gens, avec des gouvernements de proximité de façon obligatoire, et pas…
parce qu'on considère… on craint énormément le mur-à-mur puis la gestion
nationale dans bon nombre de dossiers, et on… quand c'est géré de façon
nationale, les messages… la gestion des messages et la gestion des relations
avec les citoyens, on… on se bute souvent à des… des problématiques qui peuvent
faire dérailler les projets.
• (15 h 50) •
Et ce qu'on comprend aussi, on n'a pas la
liste des projets, mais si, supposons, il y a des projets miniers, ça va être
particulièrement sensible. S'il y a des projets miniers qui sont identifiés de
type national, on le sait, les projets miniers, c'est sensible. Il y a une
amélioration ces dernières années au niveau de l'acceptabilité puis les projets
miniers et avec le comportement des compagnies minières sur le territoire, l'Association
minière a fait une belle job par rapport à... de la belle ouvrage avec… avec
leurs membres. Ce n'est pas parfait, il y a encore des problèmes, mais grosso
modo, ça s'est amélioré, mais ça s'est amélioré à des relations avec les
autorités locales, avec les MRC, avec les municipalités, puis ça a été discuté.
Il y a eu des rencontres, il y a eu même des fois des référendums, des fois…
des fois ça ne passe pas, puis des fois ça passe. C'est ça qu'on dit grosso
modo quand on…
M. Châteauvert (Pierre) :...on dit qu'il faut que le processus... il faut que... le
processus municipal de gestion de territoire soit obligatoire. C'est ça qu'on
dit. Il faut qu'il soit tenu compte.
M. Beauchemin : Donc, si je
comprends bien, quand vous dites «obligatoire», là, vous mettez, donc,
l'obligation, là, de par, j'imagine, le ministre des Finances, de s'assurer
qu'il va avoir une consultation des préfets et/ou des municipalités,
dépendamment de l'étendue du projet. Donc, ça, vous la voulez de façon obligatoire.
M. Châteauvert
(Pierre) :Et il est certain que si,
supposons, le projet est conforme aux... ce sera beaucoup plus facile.
M. Beauchemin : OK. Puis là,
en bout de piste, là, je veux dire, on en arrive à vouloir déterminer une
compensation, c'est ça? Ça fait que là, vous, vous vous êtes basé sur peut-être
ce qui s'est passé pour Hydro-Québec, pour déterminer un genre de prix ou une
variable prix. Mais, grosso modo, l'objectif, c'est d'en arriver à avoir
l'établissement d'une compensation. Vous voulez que ça, ce soit clair dans le
projet de loi, qu'il va avoir ce mécanisme-là de mise en place?
M. Demers
(Jacques) :Oui. Exact. Mais c'est dur de
le déterminer quand on ne sait pas de quoi on parle. Tu sais, on ne sait pas
l'étendue sur le territoire, on ne sait pas l'impact. Ce qu'on demande, c'est
que selon l'impact que ça l'a sur le territoire, décompenser... qu'il aille une
partie, si on a un besoin, c'est légitime de penser que collectivement, on peut
avoir des besoins qui se trouvent à un endroit spécifique de notre territoire
puis c'est correct. Trouvons la façon d'aller le chercher, mais en même temps,
ne laissons pas de traces à cet endroit-là. On n'a pas à défaire un territoire
pour cette raison-là. C'est ce qu'on veut protéger. Puis je pense qu'on
pourrait les aider en leur en laissant un. Il va y avoir des retombées pour
tout le monde, mais pensons au groupe d'où ça part.
M. Beauchemin : J'essayais de
voir au niveau de...
M. Châteauvert
(Pierre) : ...
M. Beauchemin : ...Pardon?
M. Châteauvert
(Pierre) :Je vais vous donner un exemple
très simple à comprendre.
M. Beauchemin : Oui.
M. Châteauvert
(Pierre) : OK. Il y a une municipalité... j'étais consultant à
mon compte, puis je travaillais pour les municipalités, et un poste Hydro-Québec,
OK, qui est à rénover, ce n'est pas juste d'intérêt national, c'est sur une
grande ligne. Les camions ont littéralement démoli le réseau routier local. Il
a fallu faire démarches, démarches, démarches pour demander une compensation.
En fait, ils n'ont jamais réussi à avoir la totalité des impacts et tout ça. Et
c'est de ça qu'on parle, juste au niveau de la voirie. On peut parler des
autres éléments, mais c'est toujours en train de quémander, de demander. Vous venez
de briser notre réseau, venez... nos citoyens, qui ne sont déjà pas les plus
riches, n'ont pas... ce n'est pas à eux de payer ça.
M. Beauchemin : Je comprends,
je comprends. Moi, ce que j'essaie juste d'établir ici, c'est parce que, dans
le fond, on n'est pas en train de réinventer la roue, là. Il en a eu des
projets à gauche et à droite dans l'histoire du Québec qui ont eu des
conséquences sur le territoire, que ce soit sur les infrastructures, etc., etc.
Donc, il me semble qu'on peut avoir une mémoire collective puis on peut être
capable de mettre un prix sur tels genres de projets, tels genres de
conséquences, tels genres de prix, de compensations qu'on devrait avoir, parce
qu'il me semble que, tu sais, ça ne devrait pas être si complexe que ça, là. On
ne réinvente pas le bouton à quatre trous, là, ici.
M. Châteauvert
(Pierre) :Le problème, c'est que nous
sommes toujours obligés de revendiquer à chaque fois.
M. Beauchemin : Je comprends,
mais le point que je veux dire, c'est est-ce que vous, est-ce que vous
souhaitez qu'on mette dans le projet de loi une grille tarifaire? Est-ce que
c'est... ou si...
M. Demers
(Jacques) :Pour moi, c'est très difficile
de trouver cet élément-là. On ne peut pas avoir une grille tarifaire selon ce
qu'on va chercher, selon l'ampleur que ça peut avoir. Je pense que localement,
c'est pour ça que tantôt je prenais l'exemple des carrières gravières, s'ils ne
l'utilisent pas leur carrière gravière, il n'y en a pas de redevances, mais
s'ils ont un impact, puis ça brise, bien, oui, il y a une compensation. Il faut
trouver une formule, selon le besoin, comme dans l'éolien, on se dit : OK,
ça a un impact, il y a des retombées là. Puis même là, dans ce cas-là même, on
investit dans certains cas à l'intérieur. Mais je ne pense pas qu'il peut y
avoir une grille en partant, à moins que vous connaissiez déjà tous les
projets, là, mais...
M. Beauchemin : Non, mais
j'imagine qu'il peut y avoir un certain historique, une mémoire collective sur
ce qui s'est passé, comment ça a été établi, etc. Je pense que peut-être je
suis trop dans le théorique en ce moment quand je dis ça. Mais d'un autre côté,
est-ce que vous, vous êtes prêts à aussi inclure dans cette approche-là le fait
qu'on compétitionne au Québec, contre d'autres juridictions potentiellement
pour les mêmes projets aussi, et donc de mettre dans le calculateur, si on
peut, d'une certaine façon, le genre de compensation que d'autres territoires
peuvent exiger pour le même genre de projet puis si, par exemple, je ne sais
pas moi, mais en Ontario, c'est X, puis au Québec, bien, on est à 50 % ou
un 50 % plus cher que X. Est ce que ça, si... vous êtes prêts à accepter
d'autres références de prix ou d'autres références de compensation qui sont
faites dans des législations proches de nous?
M. Demers
(Jacques) :La référence la plus
intéressante, à mon avis, c'est celle du coût le plus réel possible. L'impact
que ça a sur le territoire, ça devrait être celui-là plutôt que de dire le
produit qu'on va chercher, mais mettons, je ne veux pas nommer de produit, mais
plus un produit qu'un autre puis il y en a peut être un qui est très payant,
mais si l'impact est très négatif localement, je pense que lui devrait en
laisser plus que de...
M. Demers
(Jacques) :...que d'un impact qui est
quasi nul sur son territoire. C'est pour ça que de prendre ce qu'il y a
ailleurs, c'est une chose, mais il n'y a probablement pas deux territoires que
l'impact va être la même chose. Ça fait que c'est difficile. Puis ce n'est pas
pour se mettre de l'argent dans les poches pour dire : Non, non, non, nous
autres, on a trouvé la recette, puis c'est ça. Faisons-les dans l'autre sens,
faisons-les plutôt avec le besoin que de dire : Vous allez avoir un
revenu, là.
M. Beauchemin : Mais c'est
parce que... Ma question est vraiment spécifique par rapport au fait qu'on vit
dans un univers qui est différent, là, depuis quelques années par rapport à ce
que c'était avant. Donc, de rentrer des variables qui viennent d'autres
juridictions, qui ont été exposées à ça, c'est quelque chose dont vous êtes
ouverts, j'assume, à inclure dans les calculs.
M. Demers
(Jacques) :C'est... bien, c'est ce qu'on
fait déjà. Mettons qu'on regarde l'éolien, là, l'éolien, c'est un calcul
complètement différent. Puis, quand on regarde les ententes qu'Hydro-Québec a
sur les terres agricoles, ces choses-là, le livre est déjà écrit, là, tu sais,
il y a des données qu'on peut aller chercher, il y a plusieurs choses qu'on
peut faire. Puis... On va revenir encore avec les carrières, sablières, qui est
tellement tangible sur l'impact. Ça fait que oui, de regarder s'il existe,
pour... Parce que, si collectivement on a un besoin, il faut aussi qu'on en
fasse partie, de l'équation, puis qu'on aide aussi à ce que ça fonctionne, là.
Ce n'est pas pour empêcher les projets, notre chose, c'est de dire :
Faisons attention au local quand on avance dans ces grands projets là.
Le Président (M. Laframboise) : Mme
la députée de Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci. Combien
de temps?
Le Président (M. Laframboise) : 1
min 4 s.
Mme Dufour : OK, parfait.
Pour que les municipalités fassent partie de l'équation, vous demandez d'être
consultés. Donc là, on a parlé des consultations avec les citoyens, mais vous, vous
demandez d'être consultés également avant que les projets soient établis. Ce
n'est pas précisé dans le projet de loi, par contre. Vous parlez du mémoire au
Conseil des ministres qui en parle, mais ce n'est pas écrit dans le projet de
loi. Est-ce que c'est quelque chose que... c'est une crainte que vous avez que
vous... de ne pas être consultés?
M. Demers
(Jacques) :Bien... bien, je pense que
oui, parce que, quand on parle des citoyens, on parle de nous souvent, surtout
dans nos petits villages, dans nos communautés. On pense que, si... Il faut
consulter les citoyens, il faut leur laisser une porte. On est en train de
modifier, bien, on fait partie de cette équation-là. On est partie intégrante
du citoyen, on est des citoyens impliqués dans notre petite municipalité. Oui,
il faut... il faut être consultés. Parce qu'on a des règlements, on a des
choses à appliquer sur notre territoire, on ne peut pas juste envahir ce
territoire-là puis dire : On efface tout le reste, on va avoir de
l'adaptation à faire localement aussi.
Mme Dufour : ...
Le Président (M. Laframboise) : Merci,
Mme la députée de Mille-Îles. Merci beaucoup. M. le député de Taschereau, pour
trois minutes 28 secondes.
M. Grandmont : Oui. Merci
pour votre mémoire, votre présence, votre exposé. On a peu de temps, on va
essayer de faire deux questions, si vous permettez. Il y a plusieurs de vos
membres qui vivent de l'agriculture sur votre... sur vos territoires, puis
évidemment le PL n° 5 permet de soustraire les agricoles à la protection
du site de la CPTAQ par simple autorisation unique. Est-ce que vous ne croyez
pas que ce projet de loi là ouvre une porte à un dézonage important pour...
puis à une destruction de manière irréversible de nos meilleures terres au Québec
pour des projets industriels autorisés par PL n° 5?
M. Demers
(Jacques) :C'est de juger des projets
sans les connaître. Pour venir du milieu agricole puis de protéger les terres
agricoles, pour moi, c'est essentiel, ça, évidemment, mais il y a différentes
façons de le faire. On le réussit dans des carrières, des sablières, puis
maintenant on enlève la terre arable puis des... Souvent, c'est dans des
buttes, ces endroits-là. Il y a des endroits qu'on réussit à faire des
meilleures terres agricoles après avoir enlevé ce qu'il y avait là.
• (16 heures) •
Ça fait que ce n'est pas tout blanc ni
tout noir, ça va aller par dossier, mais, s'il y a une priorité au Québec, ça
doit bien être au moins de se nourrir, puis ça passe par les terres agricoles.
S'il y a quelque chose de plus important que ça, bien, on... j'imagine qu'il y
aura des discussions, parce qu'il faut aller le chercher, mais, de garder dans
les priorités de se nourrir et d'avoir de l'eau potable de qualité, je pense
que ça devrait aussi...
M. Grandmont : Je comprends
que vous le mettez sur le top de votre liste des choses à protéger, peu importe
ce qu'il arrive.
M. Demers
(Jacques) :Bien, c'est... c'est... C'est
clair, mais je pense qu'il y a moyen de le faire dans bien des cas.
M. Grandmont : Sur les
infrastructures locales, vous avez... vous avez parlé avec ça, mais je ne peux
pas m'empêcher de faire un parallèle avec le projet de port de Contrecoeur, qui
est un... qui est... qui est soumis, en fait, qui est sous le C-5, en fait, du
gouvernement, qui est... fédéral, qui est sensiblement la même chose qu'on veut
faire ici, au Québec. Puis on sait que Contrecoeur, c'est
1 200 camions par jour qui vont passer dans le village. Ça a un effet
sur les infrastructures. Est-ce que, pour vous, ce n'est pas un bon exemple de
ce qu'il faut éviter de faire, justement, comme impact, puis à la fois sur
l'impact, mais sur ce qu'on... ce qu'on doit avoir comme méthode ou mécanisme
de compensation pour maintenir ces infrastructures-là, donc à la fois sur la
qualité de vie, mais sur les... les infras, là. Qu'est-ce que vous avez à dire
là-dessus?
M. Châteauvert
(Pierre) :Le principe est le même
partout. C'est que les citoyens de la municipalité d'accueil ne doivent... ne
doivent pas payer pour quelque chose d'envergure nationale, ne doivent pas être
les seuls à payer les inconvénients. OK, tout le monde profite des avantages,
mais les inconvénients ne peuvent pas... ne doivent pas être concentrés à un
seul endroit. C'est le même principe partout. C'est le même exemple que je vous
contais tout à l'heure...
16 h (version non révisée)
M. Châteauvert
(Pierre) : ...et il a fallu aller quémander, et tout, puis ils n'ont
pas... Finalement, la municipalité a été obligée de payer une partie. Ça n'a
pas comblé l'ensemble... l'ensemble des inconvénients du projet qui était d'envergure
nationale.
M. Grandmont : Absolument. Excellent.
Peut-être, on a encore le temps pour une troisième, là. Les MRC puis les
municipalités... bien, surtout les MRC, en fait, ont investi beaucoup d'années
et de temps et de... et de discussions avec les citoyens pour les schémas d'aménagement.
Est-ce que, dans le fond, il n'y a pas un risque important de voir ces
documents-là devenir obsolètes? Évidemment, encore une fois, on fait de la
spéculation, parce qu'on ne sait pas où seront ces projets-là, mais il y a un
risque que ce travail-là devienne obsolète par la simple imposition de
priorités dans le projet de loi n° 5.
M. Demers
(Jacques) :Je suis embêté, parce qu'on
est dans quelque chose présentement, qu'on a tous beaucoup d'imagination, puis
de l'impact que ça pourrait avoir. Mais c'est pour ça que je pense qu'on a
vraiment besoin, dans ce genre de dossier là, de se parler puis de parler
localement, si on veut être capable de trouver des solutions et de bien protéger.
Mais s'il y a un bien collectif qu'il faut aller chercher à un endroit, on peut
le comprendre, mais est-ce qu'on peut protéger ce qu'il y a autour aussi? Tu
sais, c'est là qu'on en est, puis ce qu'on a l'impression que de la façon que
le projet de loi est monté, on pourrait nous imposer ça, sans qu'on ait un mot
à dire, puis il n'y a personne qui connaît mieux notre territoire que nous. Tu
sais, ça passe par les citoyens, ça passe par les municipalités. Ça fait que, si
on est dans l'équation, ce n'est peut-être pas pour le freiner, mais prendre
des meilleures décisions.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci. Merci beaucoup. Maintenant, la parole est au député de Jean-Talon pour 2 min 38 s.
M. Paradis : C'est
intéressant, vous commencez votre mémoire en nous rappelant que ce n'est pas la
première fois que le gouvernement de la CAQ s'essaie sur l'accélération des
projets. Vous nous rappelez le projet de loi n° 66 de 2020, et vous dites
qu'il y a finalement 59 projets terminés, qui ont bénéficié de ce projet
de loi là, dont 43 sont des maisons des aînés, mais qu'en réalité tout indique
que 42 projets se seraient réalisés sans la loi. Donc là, on nous refait
le coup, mais vous nous dites : Si on regarde les leçons apprises du
passé, ça n'a pas bien, bien fonctionné jusqu'à maintenant.
M. Châteauvert
(Pierre) :En fait, on a pris le rapport
qui a été déposé avec le projet de loi et on le reproduit. Ce sont...
M. Paradis : Ce sont les
chiffres du gouvernement.
M. Châteauvert (Pierre) :
...les chiffres du gouvernement. Nous, on dit, quand... On est là pour
discuter, pour réaliser, comme M. Demers vient de dire, on n'est pas là pour
bloquer, mais dans un cadre puis une façon de faire atterrir. Parce que, quand
il y a un besoin, quand il y a un projet, nous, on n'est pas là pour bloquer
les projets, on est là pour que ça fonctionne. Mais quand il y a des
problématiques qui sont trop importantes, bien, on lève des drapeaux.
M. Paradis : Vous terminez
votre mémoire en nous rappelant qu'accélérer ne peut se faire au détriment de
la capacité des municipalités à défendre les intérêts de leur population. Et
dans votre témoignage, vous avez utilisé l'affaire Stablex, avec la ville de
Blainville, où on a complètement écarté le monde municipal. On a dit : Il
n'y plus rien qui s'applique, et ça, c'est un projet qui a été présenté comme
tellement important qu'il fallait le faire en bulldozant les intérêts
municipaux. Vous, vous dites : Attention à ce genre de précédent, notre
démocratie municipale est importante.
M. Châteauvert
(Pierre) :Lorsqu'on est venu en
commission parlementaire, sur Stablex, le principal point, c'est qu'on ne comprenait
pas comment qu'on en était rendu là, pourquoi... comment on a pu se rendre à ce
point-là, qu'à quelque part il y a eu des problèmes de communication, de
discussions et tout, qu'on ne comprenait pas, et on calcule qu'on n'a pas eu
les réponses, on nous a expliqué comment on en était rendus là. Donc, c'est là-dessus,
c'est... Parce qu'il y a des projets sensibles qui se réalisent au Québec, là,
avec l'aide des autorités locales. En effet, l'éolien, c'est le plus beau des
exemples. Il s'en fait, des exemples. Il y a des endroits où ça ne marche pas
puis il y a des endroits où ça marche, puis tout ça. Donc...
M. Demers
(Jacques) : Puis l'agriculture, on en parle, mais quand on a
décidé de zoner le Québec puis de peinturer ça vert en grande partie, là,
c'était toute qu'une décision, là, au Québec, là, tu sais. C'est un projet de
société qu'on s'est dit : il faut se nourrir, il faut le protéger. Je
pense que c'est une chose extraordinaire qu'on a fait. On va toujours parler de
petits coins puis des choses, des ajustements là-dedans. Mais, collectivement,
on est capable de faire des grands projets qui ont un impact, mais, après ça, il
faut être sûr que, localement, on s'ajuste aussi, là.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci, M. Demers, M. Châteauvert, M. Gagnon. Je vous remercie pour la
contribution de la Fédération québécoise des municipalités aux travaux de la
commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à 16 h 06)
(Reprise à 16 h 10)
Le Président (M. Laframboise) :
Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la Commission de
protection du territoire agricole du Québec. Je vous rappelle que vous disposez
de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période
d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à présenter les personnes qui vous accompagnent, puis à commencer
votre exposé. Merci.
M. Nobert (Jean) : Merci, M.
le Président. Donc, effectivement, M. le ministre, merci de l'invitation. Mmes,
MM. les députés, merci de nous recevoir. Donc, je suis accompagné de Richard
Wieland, vice-président de la Commission, et de Me Émilie Pelletier, juriste à
la commission.
Donc, notre but aujourd'hui, c'est
vraiment de s'assurer que la commission parlementaire est bien au fait de
l'ensemble des pouvoirs de la commission et comment ça s'inscrit dans le cadre,
parfois, de grands projets gouvernementaux. Donc, la commission assure la
protection du territoire agricole et des activités agricoles depuis maintenant
47 ans. Les deux lois qui nous permettent de nous acquitter de notre
mission sont la Loi sur la protection du territoire agricole et des activités
agricoles et la Loi sur l'acquisition des terres agricoles par des
non-résidents. La commission est une petite organisation de 95 employés.
Notre mandat est principalement de décider de l'issue de diverses demandes
d'autorisation qui nous sont soumises. En parallèle, la commission surveille
l'application des lois en procédant aux enquêtes, aux inspections appropriées
et, s'il y a lieu, en sanctionnant les infractions. Au cours de l'exercice...
M. Nobert (Jean) : ...la
Commission a rendu 1776 décisions, a répondu à plus de 28 000 demandes
d'information, a autorisé l'exclusion de 84 hectares de la zone agricole
et en a inclus 454, elle a traité près de 700 dénonciations, dont la
moitié se sont révélées fondées avec infractions générant
355 interventions pour le suivi et la sanction de ces infractions. Par
ailleurs, 3 % de ces décisions ont été contestées devant le Tribunal
administratif du Québec et seulement six de ces décisions ont été infirmées en
totalité ou en partie. L'année 2024-2025 a été particulièrement marquée
par une réforme majeure de la loi sur la protection du territoire agricole
suivant l'entrée en vigueur de la loi visant à assurer la pérennité du
territoire agricole et sa vitalité en mars 2025. Après 47 ans d'existence,
le législateur a accordé à la Commission des pouvoirs renforcés lui permettant
d'agir avec plus de rigueur en cas de non-respect des lois et règlements et de
ses décisions dont elle assure la surveillance. Parmi les principaux
changements, la Commission dispose désormais de mécanismes de sanction plus efficaces
et elle doit autoriser certaines transactions qui, auparavant, échappaient à
son contrôle. La mise en œuvre de ces ajustements nécessite l'élaboration de
nouveaux outils, processus et cadre d'information adaptés aux nouvelles
exigences légales.
Plus précisément, sur le projet de loi, la
Commission a pris connaissance du projet de loi n° 5,
Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation
des projets prioritaires et d'envergure nationale, laquelle contient des
modifications qui touchent la Commission de protection du territoire agricole
et la zone agricole. Le chapitre deux de la partie deux sur les mesures
d'allègement particulières et autres aménagements du PL5 prévoit à
l'article 37 que lorsque l'autorisation octroyée par le gouvernement
remplace une permission requise pour réaliser un projet désigné ou les
activités nécessaires à sa réalisation en vertu de LPTAA ou de la LATANR, les
processus d'examen d'une demande par la Commission prévus par l'une de ces lois
ne s'appliquent pas. Afin de bien comprendre l'impact de ces modifications, la
Commission considère qu'il est important de bien saisir son rôle et ses
processus décisionnels. C'est pourquoi la Commission souhaite profiter de
l'invitation aux consultations particulières pour déposer le mémoire que vous
avez déjà en main et contextualiser les changements qui y sont contenus et qui
pourraient avoir pour effet de transformer les fonctions dont elle est chargée.
En résumé, la Commission traite trois
types particuliers de demandes. Alors, premièrement, des demandes
d'autorisation en vertu de l'article 58 de la loi. La loi est une loi de
zonage prohibitive et d'ordre public qui vise à assurer la pérennité d'une base
territoriale pour la pratique de l'agriculture selon une diversité de modèles.
Afin d'atteindre cet objectif, différentes interdictions sont prévues à la loi
dont l'interdiction générale d'ordre public d'utiliser un lot à une fin autre
que l'agriculture ainsi que de l'acquérir, de l'aliéner ou de le lotir à certaines
conditions. Ainsi, toute personne qui désire poser un acte pour lequel une
autorisation est requise à l'égard d'un lot situé en zone agricole ou faire
inclure un lot dans une zone agricole doit en faire la demande à la Commission.
Il en va de même pour une MRC ou la communauté qui désire demander l'exclusion
de l'eau de la zone agricole pour ses propres fins ou un projet dont elle se
fait le promoteur. Lorsqu'elle est saisie d'une demande, la Commission doit
examiner différents critères prévus à la loi afin de déterminer s'il y a lieu
d'accorder l'autorisation ou d'ordonner l'inclusion ou l'exclusion demandée.
C'est en se basant sur ses experts, ses connaissances et son système
d'information géomatique que la Commission est en mesure de cartographier des
interventions, d'analyser les impacts sur le milieu agricole et d'effectuer des
analyses à caractère régional. En vertu de la nouvelle loi, un nouveau pouvoir
est venu se greffer à la loi, soit celui de l'obligation de demander une
autorisation pour l'acquisition de certaines terres agricoles par des
non-producteurs. Les critères pour... que la Commission doit prendre en
considération sont différents pour ces éléments-là, tels que c'est indiqué aux
mémoires.
Et la dernière intervention, c'est en vertu
de l'article 12 de la Loi sur l'acquisition des terres par des
non-résidents. À ce moment-là, la Commission saisie d'une demande
d'autorisation produite en vertu de cette loi. Elle doit d'abord analyser si la
terre agricole qui fait l'objet d'une demande et propice à la culture du sol,
au pâturage des animaux ou à l'acériculture, et, dans l'affirmative, elle
évalue ensuite la demande en pondérant les huit critères prévus à cet effet,
toujours comme c'est indiqué à notre mémoire. Il y a aussi des décisions du
gouvernement. Donc, notre loi prévoit que le gouvernement peut se substituer à
la commission. Donc, la...
M. Nobert (Jean) :
...commission détient une compétence indéniable en matière d'autorisation,
d'inclusion et d'exclusion d'un lot de la zone agricole. Toutefois, cette
compétence n'est pas exclusive. En effet, pour des motifs d'intérêt public, le
législateur a également conféré au gouvernement des pouvoirs lui permettant
d'intervenir. Essentiellement, deux dispositions de la loi confèrent au gouvernement
la compétence d'agir, les articles 66 et 96 de la loi.
L'article 66 prévoit que le gouvernement
du Québec peut, après avoir pris l'avis de la commission, autoriser le
lotissement, l'aliénation, l'utilisation à des fins autres que l'agriculture
ainsi que l'exclusion d'un lot de la zone agricole, et ce, aux fins d'un
ministère ou d'un organisme public. À cet égard, l'exercice de ce pouvoir est
strictement circonscrit aux fins d'un ministère et d'un organisme public.
L'article 1 de la loi définit ce qu'il faut entendre par «organisme public».
Pour sa part, l'article 96 prévoit que le
gouvernement du Québec peut, par avis écrit à la commission, lui soustraire une
affaire relevant de sa compétence afin d'en décider elle-même. Contrairement au
pouvoir prévu à l'article 66 de la loi, celui conféré par l'article 96 peut
être exercé à des fins autres que celles d'un ministère ou d'un organisme
public.
Au cours des cinq dernières années, le
gouvernement s'est prévalu du pouvoir prévu à l'article 66 à sept reprises afin
d'autoriser lui-même l'utilisation à des fins autres que l'agriculture, le
lotissement, l'aliénation, l'inclusion ou l'exclusion d'un lot de la zone
agricole. Au cours de cette même période, il ne soustrait de la compétence de
la commission qu'une seule affaire afin d'en décider lui-même, conformément aux
pouvoirs que lui confère l'article 96 de la loi. Dans chacun de ces cas, la
commission avait préalablement donné un avis favorable ou partiellement
favorable au gouvernement.
Il ressort ainsi que ses pouvoirs
décisionnels sont exercés avec parcimonie. De plus, leur utilisation ne
s'inscrit pas nécessairement dans un contexte de décision ayant des impacts
négatifs sur le territoire ou les activités agricoles. En effet, parmi les
dossiers recensés au cours des cinq dernières années, trois concernaient
l'inclusion de superficies en zone agricole, totalisant environ 546 hectares,
alors que deux dossiers portaient sur l'inclusion de superficies totalisant approximativement
34 hectares.
Enfin, un pouvoir analogue à ceux prévus à
l'article... aux articles 66 et 96 est prévu dans la Loi sur l'acquisition des
terres par des non-résidents. Par contre, au cours des dernières années, il n'a
jamais été utilisé par le gouvernement.
Les impacts anticipés du projet de loi n°
5. Le projet de loi n° 5 a pour effet d'élargir les possibilités pour le
gouvernement d'agir en lieu et place de la commission. En effet, alors que le
pouvoir prévu à l'article 66 est expressément circonscrit aux fins d'un ministère
ou d'un organisme public, les dispositions du projet de loi font plutôt
référence à la notion de promoteur, soit toute personne qui demande la
désignation d'un projet ou une autorisation aux fins de la réalisation d'un
projet désigné ou des activités nécessaires à sa réalisation. Par ailleurs, il
convient de rappeler que les pouvoirs actuellement conférés au gouvernement par
les articles 66 et 96, de même que par l'article 20, ont jusqu'à présent été
exercés de manière limitée. Si l'article 66 encadre explicitement l'exercice de
ce pouvoir aux fins d'un ministère ou d'un organisme, les articles 96 et 20
prévoient déjà des mécanismes permettant au gouvernement d'intervenir sans que
l'exercice de ce pouvoir soit restreint à de telles fins.
Dans ce contexte, l'approche retenue par
le PL n° 5 s'inscrit dans une logique d'élargissement du champ des
situations dans lesquelles le gouvernement pourrait intervenir, notamment en
lien avec des projets portés par des promoteurs. Cette évolution pourrait, dans
les faits, se traduire par une utilisation plus fréquente de son pouvoir, ce
qui constitue en soi un impact à considérer...
• (16 h 20) •
Le Président (M. Laframboise) :
En terminant.
M. Nobert (Jean) : ...dans
l'analyse...(Interruption) oh! excusez, j'avais oublié...
Le Président (M. Laframboise) :
OK, le gouvernement voulait vous permettre de continuer.
M. Nobert (Jean) : Donc, je
conclus rapidement. Donc, dans ce contexte, l'utilisation des... Je vais
juste... Donc, je veux simplement souligner que, dans les cas de 96 et 66, la commission,
lorsqu'un avis lui est demandé, agit normalement dans une période de 30 jours.
Donc, il n'y a pas de délai supplémentaire.
Et, en conclusion, je dirais que dans ce
contexte, l'utilisation des terres agricoles à des fins autres que
l'agriculture doit demeurer une mesure d'exception, envisagée en dernier
recours. Il est ainsi souhaité que l'exercice des nouveaux pouvoirs conférés au
gouvernement du Québec par le PL n° 5 s'inscrive dans une approche soucieuse
de la protection du territoire agricole afin d'éviter que leur mise en œuvre
n'entraîne des impacts négatifs significatifs sur cette ressource limitée et
précieuse. Merci.
Le Président (M. Laframboise) :
...M. Nobert. Je vous remercie de votre exposé. Nous allons maintenant
commencer la période d'échange. M. le ministre et député de Groulx, la parole
est à vous pour 15 min 14 s.
M. Girard (Groulx) : Bien,
merci beaucoup. Puis je vais commencer avec un commentaire qui ne va probablement
intéresser personne sauf moi, mais mon père a siégé à la commission...
M. Girard (Groulx) : …protection
du territoire agricole du Québec pendant longtemps. Alors voilà, c'est dit.
Peut-être même qu'ils nous écoutent. Ça arrive, ça arrive, qu'ils… ils aiment
bien la Commission des finances publiques, monsieur.
Alors, c'est certain que je pense que
votre conclusion, puis je suis content qu'on vous ait donné le temps
supplémentaire, c'est certain que le gouvernement se donne des pouvoirs
exceptionnels, là, puis là je parle pour mes collègues, là.
Je veux dire, le projet de loi, là, il a
combien d'articles, Mme la juriste?
Une voix : ...
M. Girard (Groulx) : 55, 56
articles, mais tout ça passe à l'article 23, là. OK? Ça fait qu'on pourra
adopter les autres rapidement, puis on se parlera de 23, là. OK? Parce que, le…
l'article 23, bien, le gouvernement se donne le droit de modifier
certaines dispositions des lois qui sont en annexe, puis il y a beaucoup de
lois en annexe, dans des circonstances exceptionnelles. Ça fait qu'on parle
vraiment de pouvoirs particuliers dans des situations exceptionnelles. Donc là,
je trouve qu'au niveau de votre conclusion puis des pouvoirs qu'on se donne, on
est à la même place, là. On n'a pas l'intention d'utiliser ces pouvoirs-là pour
tous les projets tout le temps. On parle d'intérêts stratégiques, de… de
retombées majeures et… et on va commencer par un projet, là, puis après deux,
puis si on pouvait en faire cinq en deux ans, mais ce serait fantastique, là,
puis le Québec bénéficierait.
Ça fait que vous avez parlé de trois types
de décisions, puis j'ai même entendu l'échéancier 30 jours. Pouvez-vous
juste, pour ceux qui ne connaissent pas ça, là, qui doivent être
essentiellement tous ceux qui sont ici, là, nous… nous…
Une voix : ...
M. Girard (Groulx) : Excuse-moi,
j'ai… on a une députée qui connaît ça. Je parlais pour moi finalement.
Pouvez-vous nous dire les délais moyens,
là, pour chaque type de décision, c'est quoi les délais moyens?
M. Nobert (Jean) : Les
dossiers sont très différents à la commission, donc il peut arriver que des
dossiers contestés sont très longs parce que si on a des représentations du
milieu, de l'UPA, des municipalités puis des propriétaires, à ce moment-là, ça
prend beaucoup plus de temps. Grosso modo, si… si je parle des délais actuels,
un dossier qui est rendu à la commission, puis qui est complet, il y a un
premier 60 jours où il est réservé pour que l'UPA et la MRC ou la
municipalité donnent leur avis. Donc, pendant ce 60 jours-là, la
commission ne va pas… ne fait rien du dossier, elle n'attend que la réception
de l'avis de l'officier municipal, si c'est conforme au règlement de zonage et,
par la suite, des résolutions municipales ou l'avis de l'UPA.
Par la suite, en dedans de 60 jours,
je vous dirais, l'orientation préliminaire va être donnée, donc une première
orientation qui dit aux gens qu'est-ce que la commission devrait décider. C'est
prévu aussi par la Loi sur la justice administrative qu'il faut d'abord dire
si, oui ou non, leur demande sera accueillie. Et par la suite, bien là, ça
dépend si on nous demande de nous rencontrer ou si on peut aller à une décision
directe, puis là il y a 30 jours supplémentaires. Ça, c'est la majorité de
nos dossiers habituels à la commission suivent à peu près ce cheminement-là.
C'est sensiblement le même pour les… les dossiers, là, les deux autres dossiers
qu'on a, qui sont en moins grand nombre, là. Bon, les dossiers pour
l'acquisition des terres par des non-producteurs, c'est tout récent, donc on a peut-être
une dizaine de dossiers jusqu'à maintenant. Puis, pour la Loi sur l'acquisition
des terres par des non-résidents, il y a peu de dossiers à chaque année.
L'autre élément que je vous ai mentionné,
ce sont ce que la loi permet présentement et que le gouvernement peut déjà
faire à l'intérieur de notre loi, soit les articles 66 et 96, où
effectivement le gouvernement s'est gardé ce pouvoir-là à l'intérieur de la
loi, et l'a, comme je le disais, là, à quelques reprises au cours des cinq
dernières années, utilisé. Et dans ces cas-là, mais ça permet à la commission
de tout de même donner un avis au gouvernement, donc d'être au service du
gouvernement puis leur dire ce qu'on pense du projet qui est devant nous, puis
de l'impact sur l'agriculture, et ces avis-là sont généralement donnés en
dedans de 30 jours, là. C'est… c'est à peu près ce que je pourrais vous
répondre.
M. Girard (Groulx) : Mais
c'est fantastique, M. le Président, parce qu'à écouter ça on n'aura pas
grand-chose à accélérer, là. Ça fait que c'est parfait. Ça fait que, les
pouvoirs, on va appeler ça, là, les mesures d'allègement, là, au
chapitre II, parce que vous, évidemment, vous connaissez votre loi, là,
avec précision, ce qui n'est pas mon cas. Mais, si moi, je regarde les
articles 37, 38 et 39 du projet de loi n° 5, les allègements au
niveau…
M. Girard (Groulx) : ...de la
zone agricole. Vous en pensez quoi, de ces allègements-là, là?
M. Nobert (Jean) : Je vous le
dis très honnêtement, ce qui est surprenant, c'est qu'il ne semble pas y avoir
de place pour un avis de la commission à l'intérieur de ces articles-là, ce qui
est le cas de notre loi présentement, où est-ce que... et donc ça nous... on se
questionne par rapport à ça, c'est sûr, parce qu'on pense qu'on a une
plus-value à apporter comme information qu'on peut donner au gouvernement, ne
serait-ce que de bien l'informer sur la... le véritable impact sur le
territoire agricole que peut avoir un projet. Donc, c'est... c'est
essentiellement ce que je vois de différent. Sinon, il y a beaucoup de choses
qui sont... que vous reproduisez dans le projet de loi, qui sont grosso modo la
même chose que 66 et 96 de notre loi.
M. Girard (Groulx) : OK. Bien
là, j'ai... j'ai le privilège d'avoir une juriste exceptionnelle avec moi, puis
elle me dit que cet avis-là, il est à l'article 14, là. Alors, déjà, pour
mes collègues, on n'aura pas besoin de discuter de ça en commission parce que
l'article 14 prévoit que la commission donnera un avis... le ministre a obtenu
l'avis des organismes publics, des municipalités, notamment quant aux
conditions, modalités, exigences, restrictions. Alors, c'est dans...
Une voix : ...
M. Girard (Groulx) : La CPTAQ
est dans les organismes publics, ça fait que vous êtes inclus à l'article... au
deuxièmement de l'article 14, là. Je comprends que vous n'êtes pas nommés
spécifiquement, mais vous êtes définitivement un organisme public.
M. Nobert (Jean) : Non, ça,
je... ça, j'en suis. Ce que je n'avais pas compris, peut-être,
c'est est-ce que ces conditions-là sont sine qua non. C'est-à-dire que, si
on touche à notre territoire agricole, il y a nécessairement un avis, et les
avis vont être demandés selon le même processus que 66 ou 96?
M. Girard (Groulx) : Ma
juriste experte, qui a rédigé le projet de loi, dit que oui.
M. Nobert (Jean) : Ça va.
M. Girard (Groulx) : OK. Bien,
c'est bon. Là, j'avais une autre question. Il y a... Il y a un autre pouvoir
exceptionnel qu'on se donne : regrouper les consultations. Qu'est-ce que
vous pensez de ça?
M. Nobert (Jean) : Bien,
nous, notre préoccupation, c'est de s'assurer que le gouvernement, avant de
décider, va connaître les impacts sur le territoire agricole. C'est... C'est
ça, notre rôle. Donc, que ce soit dans des consultations, entre guillemets,
globales ou autrement, l'important, c'est que le gouvernement puisse nous
entendre.
M. Girard (Groulx) : Bien,
vous comptez... vous pouvez compter sur moi, vous allez être entendus.
M. Nobert (Jean) : Ça va.
Merci.
M. Girard (Groulx) : Ça va
pour moi, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) : D'autres
collègues du gouvernement qui voudraient intervenir? Ça va? Donc, maintenant,
la parole est au député de Marguerite-Bourgeoys pour 10 minutes cinq secondes. M.
le député.
M. Beauchemin : Merci. Merci,
M. le Président. Merci à vous de nous éclairer sur votre perspective là-dessus.
Trouvez-vous que c'est... ça devient... comme, la possibilité d'intervention de
la part du gouvernement devient un peu trop large? C'est-tu ça un petit peu que
je ressens, là, par vos commentaires?
• (16 h 30) •
M. Nobert (Jean) : ...pour
notre part, on souhaiterait avoir toujours le temps d'étudier chacun des
dossiers, c'est notre rôle. On ne viendra pas vous dire le contraire
aujourd'hui. Ceci étant dit, le gouvernement ne fait pas quelque chose de très,
très différent de ce qui lui est déjà permis par la loi. Donc, mis à part...
comme je vous disais, là, on avait une inquiétude sur les avis, ça semble être
correct. Mais donc, grosso modo, je vous dirais que le gouvernement, il a des
pouvoirs supplémentaires. Maintenant, on élargit la notion... Présentement,
c'étaient des projets... par le gouvernement ou ses organismes. On élargit à
des promoteurs. Donc, nécessairement qu'il y a une... il y a... il y a un plus
large pouvoir.
M. Beauchemin : Puis,
quand... quand on regarde ça de votre point de vue à vous, tout à l'heure, vous
parliez de, bon, lorsque ce n'est que de compétence de la commission, une
décision peut être rendue relativement rapidement, à l'intérieur de 30 jours,
là, que vous mentionnez, mais vous donniez l'exemple de si on a besoin d'avoir
l'opinion de l'UPA, des autres... ça fait que, là, ça s'accumule, il y a... Ça
fait que, donc, vous, vous attendez d'avoir ces autres intervenants là avant de
vous...
M. Nobert (Jean) : Bien, tu
sais, à partir du moment où le gouvernement a déjà les pouvoirs, en vertu de 66
et 96, de soustraire un dossier de la commission, on en prend acte toujours.
Donc, que ce soit par notre loi ou par le projet de loi n° 5, ça ne fait pas de
différence. Donc, si, pour le gouvernement, il souhaite aller plus rapidement,
ce qu'on dit, c'est qu'on est à même de donner nos avis rapidement pour
s'assurer que le gouvernement soit...
16 h 30 (version non révisée)
M. Nobert (Jean) : ...soit...
ait l'information nécessaire pour décider par la suite.
M. Beauchemin : Mais, de
votre point de vue de... du point de vue de la commission spécifiquement,
est-ce que vous pouvez émettre une opinion sans avoir, par exemple, consulté l'UPA?
M. Nobert (Jean) : Dans le
cadre des avis, oui.
M. Beauchemin : Oui?
M. Nobert (Jean) : Oui.
M. Beauchemin : Oui. OK.
Donc, dans le... dans le... ce qu'on envisage au gouvernement, là, pour ce qui
est du projet de loi, c'est des projets d'envergure nationale, là, donc c'est
sûr et certain, que les gens qui contribueraient normalement à votre réflexion
auraient à avoir à émettre leur opinion. Dans le cas présent, ça raccourcira
énormément leur implication, si on peut dire, d'une certaine façon.
M. Nobert (Jean) : Oui. Mais,
là-dessus, je peux vous rassurer, là, lorsqu'il arrive... lorsqu'on regarde les
dossiers dans leur ensemble à la commission, il y a nécessairement des dossiers
prioritaires qui peuvent... qui peuvent être mis, là, je... On l'a dans notre
mémoire, là, que le président a le pouvoir de traiter prioritairement des
dossiers. Donc, on est... on n'escamote pas le travail parce qu'on a moins de
temps, on tasse d'autres choses pour le faire plus vite.
M. Beauchemin : OK, je
comprends. Puis, dans le contexte où est-ce que vous aviez dit, là... de par le
passé, le gouvernement s'était déjà substitué à la commission, là, pour... à
faire des avis, donc, étant donné que vous, vous aviez donc émis des
recommandations qui étaient favorables finalement à ça, voyez-vous ça
nécessaire d'élargir le pouvoir, de votre point de vue à vous, quand vous
regardez ça?
M. Nobert (Jean) : C'est
certain qu'il peut y avoir des enjeux de délais dans certains projets ou de
simplification pour arriver à quelque chose. Je vous donne un exemple pour m'exprimer,
le projet qu'il y a eu sur les terres des Sœurs de la Charité à Québec. Donc,
il y a eu un avis de la commission favorable pour ce projet-là même si on nous demandait
d'exclure une... je pense, c'est 11 hectares, là, de terres agricoles,
parce que, de l'avis de la commission, le but ultime du projet valait la peine,
et, en conséquence, on a donné un avis favorable. Dans ce contexte-là, on
comprend qu'il y avait des négociations avec des privés, donc peut-être que le
cheminement d'une demande habituelle ne répondait pas à ce qui était nécessaire
pour faire aboutir un projet comme celui-là. C'est l'exemple que je pourrais
vous donner, là, pour expliquer ce qu'on... ce qu'on fait à la commission.
M. Beauchemin : OK. Puis,
peut-être mon dernier commentaire, là, donc, après avoir entendu que la madame...
notre juriste au ministère des Finances vous avait pointé vers l'article 14
qui... comme quoi, en tant qu'organisme public, là, vous allez avoir à... l'obligation,
là, d'émettre votre opinion dans un cas de projet national, international,
maintenant que vous avez ça, comment vous voyez ça, tout ça, ce... Votre...
votre mémoire change-t-il un peu, dans le sens être plus favorable envers le
projet de loi n° 5 maintenant?
M. Nobert (Jean) : Bien, c'est
certain que le fait que la commission... l'avis qu'elle peut donner soit
toujours là, c'est une bonne nouvelle. Ceci étant dit, c'est sûr qu'il y a un
élargissement. On fait simplement de le mentionner comme étant un pas de plus
où est-ce que la commission n'a pas à se prononcer, là, dans son... dans ses
activités habituelles.
M. Beauchemin : Mais elle va
pouvoir quand même se prononcer juste avec...
M. Nobert (Jean) : Oui,
exactement. Mais il faut bien comprendre que, dans le cadre d'un avis, comme on
ne reçoit pas les commentaires de l'UPA, des municipalités, ce n'est pas le
même travail du tout qui est fait, là, de la part de la commission. C'est correct,
puis c'est ça qui est prévu par la loi. C'est quand même deux choses
différentes.
M. Beauchemin : OK. T'avais-tu
des questions?
Le Président (M. Laframboise) : ...députée
de Mille-Îles, pour quatre minutes 12 secondes.
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. Merci d'être présents aujourd'hui. Première question. Dans le fond,
si je comprends bien, il y avait déjà des dispositions dans la loi qui
permettaient au gouvernement de soustraire... dans le fond, là, de... tu sais,
qui pouvaient se... finalement, se... remplacer la commission. Donc, ça, ça
avait été utilisé. Vous avez mentionné à sept reprises... puis que... puis que,
dans tous les cas, vous aviez déjà émis un avis favorable ou partiellement
favorable, donc c'est déjà... c'était exceptionnel. Est-ce que c'était
nécessaire, à ce moment-là, de soustraire, tu sais, dans ce projet de loi là,
les mécanismes déjà existants?
M. Nobert (Jean) : Bien, la
commission ne se prononce pas sur pourquoi le gouvernement choisit d'utiliser
ou non les articles 76 et 96. C'est un pouvoir qui est prévu par notre
loi. Nous, on est là pour appliquer la loi. Si on nous demande de faire un avis
en vertu de l'un de ces articles-là, on va le faire tout simplement. Donc, il n'y
a pas... On ne pose pas de jugement sur la nécessité ou pas, sauf que ce qu'on
peut voir...
M. Nobert (Jean) : ...c'est
qu'effectivement, mis à part le délai d'une demande ordinaire, entre
guillemets, là, le reste semble donner la même en bout de ligne, étant donné
qu'on donne un avis favorable dans plusieurs cas.
Mme Dufour : Oui, exact.
C'est quoi le cas, vous mentionnez qu'il y a une seule affaire que le
gouvernement a soustrait, là, «il n'a soustrait de la compétence de la
Commission qu'une seule affaire afin d'en décider lui-même», savez-vous c'était
quel projet? Au cours des cinq dernières années.
M. Nobert (Jean) : 96...
C'est... c'est lorsqu'il y a eu le retour de certaines terres de Rabaska et
certaines autres ont été exclues, là. C'est dans ce contexte-là que l'avis
avait été donné.
Mme Dufour : OK, parfait.
Donc, moi... moi, j'ai lu l'article 14 quand le... c'est bien ça, hein,
14? quand le ministre l'a mentionné. Je vous avoue que quand je disais
l'article 37 qui concerne la zone agricole, c'était moins clair. Quand on
lit cet article-là, on a plutôt l'impression que le gouvernement ne fera pas
appel à la commission, donc c'était votre lecture.
M. Nobert (Jean) : Oui.
Mme Dufour : Il faudra
vraiment bien baliser le 14, parce que... ça laissait place à l'interprétation,
disons. Mais, écoutez, on va... on va poser les questions lorsqu'on sera en
étude détaillée pour s'assurer que vous... vous émettez cet avis. Merci
beaucoup.
M. Nobert (Jean) : Merci.
Le Président (M. Laframboise) :
Merci beaucoup, Mme la députée de Mille-Îles. M. le député de Taschereau pour
trois minutes 22 secondes.
M. Grandmont : Merci, M. le
Président. J'en profite pour saluer M. Girard, qui nous écoute peut-être. Merci
pour votre mémoire, votre présence aussi. Dans votre mémoire, vous soulignez
que l'utilisation des terres... agricoles à des fins industrielles doit rester
mesure d'exception, de dernier recours. Est-ce que le PL5 tel que rédigé offre
des garanties assez grandes pour forcer les promoteurs à démontrer qu'aucune
alternative hors zone agricole n'existe avant d'obtenir une autorisation du
ministère des Finances?
M. Nobert (Jean) : Bien, à
partir du moment où la commission peut émettre un avis, c'est l'une des choses
qu'on va nécessairement analyser, tu sais. Est-ce que le projet doit
nécessairement se situer sur une terre agricole ou s'il peut être ailleurs?
Ceci étant dit, comme je le disais tout à l'heure à votre collègue, notre loi
prévoit déjà l'intervention du gouvernement et cette intervention-là étant
permise, bien, ce qu'on souhaite c'est, bien sûr, que ce soit utilisé avec
parcimonie, mais c'est un pouvoir qui existe.
M. Grandmont : Dans le cas où
l'autorisation unique serait donnée par le ministre et que vous seriez
consultés, donc dans le cas de figure que vous nommiez, est-ce que vous pensez
que votre avis ne devrait pas être rendu public par souci de transparence?
M. Nobert (Jean) : Je n'ai
pas d'opinion là-dessus. Le gouvernement gère ses lois à ce niveau-là. Si le
gouvernement souhaite que nos avis soient publics, on va les rendre publics,
là.
M. Grandmont : Et est-ce que
vous ne pensez pas que pour des questions d'acceptabilité sociale ou encore de
transparence et de confiance du public dans les décisions prises par le
ministre dans l'application de son PL5, on ne devrait pas user justement de
transparence pour être sûr que, dans le fond, les projets avancent de façon...
je veux dire, c'est des concepts avec lesquels vous jouez quand même beaucoup,
là, dans votre travail au jour le jour, là.
• (16 h 40) •
M. Nobert (Jean) : De notre
côté, là, lorsqu'on analyse un dossier, la loi prévoit des critères et il n'y a
pas de... et on ne peut pas s'écarter de ces critères-là, là, notre
article 62.1 de mémoire, empêche la Commission de prendre en compte
d'autres choses que des critères qui sont prévus à la loi. Donc, je comprends
votre question d'acceptabilité sociale, qui sont certainement des concepts
importants, mais ce ne sont pas des concepts qu'on prend en considération pour
rendre nos décisions compte tenu que nous devons, nous, nous pencher sur le
territoire agricole et les conséquences sur ce territoire-là avant de rendre
une décision.
M. Grandmont : Est ce que...
est-ce que la CPTAQ craint que le signal qui est envoyé par le PL5, à savoir
que la zone agricole est négociable pour des grands projets, encourage en
quelque sorte la spéculation foncière qui est déjà très présente en zone verte
particulièrement là et en quelque part ne décourage pas plus encore davantage
qu'elle l'est aujourd'hui la relève agricole qui verra de plus en plus,
potentiellement, ses agricoles convoités par le secteur industriel?
M. Nobert (Jean) : Sur ce
plan-là, je vous avoue que je ne suis pas particulièrement inquiet sur
l'ensemble, parce que, notamment avec les amendements à la loi, dire on est
venu ajouter des restrictions sur l'acquisition de terres agricoles par des
non-producteurs, lorsque les terres sont situées à moins de 1000 m d'un
périmètre urbain, donc c'est nécessairement...
M. Grandmont : On échappe un
peu à ça avec PL5.
M. Nobert (Jean) : Bien...
c'est-à-dire que la volonté du gouvernement exprimée dans les derniers
amendements à la loi...
M. Nobert (Jean) : ...nous
amène à penser que ce gouvernement-là souhaite faire attention à la... au
territoire agricole.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, M. le député de Taschereau. M. le député de Jean-Talon, pour 2 min 34
s.
M. Paradis : Très bien. Je
vais continuer dans la foulée de mon collègue de Taschereau, puis, en fait, je
vais essayer de nous résumer pour M. Girard père qui nous regarde et qui est,
lui aussi, un amoureux de la protection des terres agricoles. Donc, vous nous
dites... vous nous rappelez, à la fin de votre mémoire, que l'utilisation des
terres agricoles à des fins autres que l'agriculture doit demeurer une mesure
d'exception. Vous nous rappelez qu'il y a déjà des pouvoirs spéciaux qui sont
octroyés au gouvernement à même la Loi sur la protection du territoire
agricole, aux articles 66 et 96, vous nous rappelez que ça a déjà été utilisé à
sept reprises dans les cinq dernières années. Mais vous nous dites : Le
projet de loi 5 s'inscrit dans une logique d'élargissement du champ des
situations dans lesquelles le gouvernement pourrait intervenir. Donc, vous nous
dites : Du point de vue de la commission de protection du territoire
agricole, ça ne va pas nécessairement dans le sens que vous souhaitez.
M. Nobert (Jean) : Bien,
c'est sûr qu'au niveau de la commission, on souhaiterait qu'il y ait zéro
impact sur le territoire agricole à longueur d'année. C'est ça, notre travail.
Donc, à chaque fois que le gouvernement ou un promoteur ou une municipalité
souhaite empiéter sur le territoire agricole, bien, c'est sûr que nous, on le
regarde d'abord sous le sens de la protection du territoire agricole. Quoiqu'il
y a des autorisations qui sont données, donc, est-ce qu'il y a un
élargissement? Oui, je pense que le ministre va être d'accord avec moi, là,
c'est nécessairement un élargissement, mais c'est un choix gouvernemental.
M. Paradis : Est-ce que le
gouvernement pourrait arriver à ses fins, c'est-à-dire favoriser l'émergence de
projets de manière plus rapide, mais en ce qui concerne la protection du territoire
agricole, en se contentant du pouvoir qui existe déjà aux articles 66 et 96,
est-ce que c'est, en quelque sorte, un message que vous nous lancez
aujourd'hui?
M. Nobert (Jean) : Bien, ce
qu'on voit dans le projet de loi, c'est qu'on a voulu élargir la notion,
c'est-à-dire que les promoteurs sont maintenant... ont maintenant une
possibilité de faire reconnaître des projets qui, par le fait même, le
gouvernement pourrait se soustraire à la juridiction de la commission. Donc,
c'est la différence qu'il y a entre le pouvoir présent et le pouvoir prévu par
le p.l. 5.
M. Paradis : Bien, je pense
que je suis arrivé au bout de mon temps, merci.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, M. le député de Jean-Talon. Donc, merci, M. Nobert, M. Wieland, Me
Pelletier, je vous remercie pour la contribution de la Commission de la
protection du territoire agricole du Québec aux travaux de la commission. Je
suspends les travaux quelques instants afin de permettre au prochain groupe de
prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 44)
(Reprise à 16 h 49)
Le Président (M. Laframboise) : Bonjour!
Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants du Comité consultatif sur
les changements climatiques.
Je vous rappelle que vous disposez de
10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous présenter et à
commencer votre exposé. Merci.
M. Webster (Alain) : Bonjour,
je m'appelle Alain Webster. J'ai le bonheur d'être président de ce Comité
consultatif sur les changements climatiques et en même temps professeur en
économie de l'environnement à l'Université de Sherbrooke depuis des décennies.
Je suis accompagné de mon collègue Alain Bourque, que tout le monde connaît.
M. Bourque (Alain) : Qui est
membre du comité consultatif, membre de l'ex-groupe d'experts en adaptation et
directeur général du consortium Ouranos sur les changements climatiques.
M. Webster (Alain) : Donc,
merci beaucoup de cette invitation. La dernière fois qu'on a parlé, on n'était
pas dans cette salle, mais on était bien sûr en commission parlementaire,
c'était justement pour parler de l'ambition climatique du Québec lors de la
commission parlementaire de novembre. On reprend donc cette question
thématique, parce que qu'importe l'objectif qu'on se donne et le délai qu'on se
donne pour l'atteindre, cette question climatique ne disparaît pas, elle va
rester toujours aussi fondamentale, tant en termes de réduction des émissions
qu'en termes d'adaptation à ce climat qui va changer.
Donc, nous avons repris votre projet de
loi n° 5 en le regardant dans une perspective essentiellement de lutte aux
changements climatiques, en se disant, globalement, cette approche pourrait et
devrait faire une place plus grande, plus explicite, bien sûr, à cette lutte
aux changements climatiques, parce qu'on définit des projets comme étant des
projets à l'échelle nationale, des projets prioritaires. Il y en aura que
quelques-uns, que je ne connais pas encore, vous en avez une meilleure idée que
moi, j'imagine, ce que voulez faire, mais ces projets-là devraient, de façon
spécifique, intégrer adéquatement et être cohérents avec la lutte aux
changements climatiques et, bien sûr, intégrer l'adaptation aux changements
climatiques.
M. Bourque (Alain) : D'autant
plus qu'on peut présumer que ces projets stratégiques là, envisagés, vont être
très structurants à moyen et long terme. Et ça s'adonne justement que les
changements climatiques vont s'amplifier dans ces mêmes horizons de temps et
que l'atteinte de la carboneutralité deviendra de plus en plus nécessaire
pendant cet horizon de temps.
M. Webster (Alain) : Évidemment,
quand on vous dit ça, bien, ce n'est que deux membres du comité consultatif.
Vous connaissez ce comité-là, vraisemblablement, puisque c'est vous qui l'avez
créé par l'adoption de la loi 44, il y a déjà cinq ou six ans, comité
composé de 13 bénévoles qui conseillent le gouvernement dans la prise en
compte de la science en matière de lutte aux changements climatiques...
M. Webster (Alain) : ...mais,
comme on est dans une commission qui étudie un projet de loi porté par le
ministre des Finances, je me suis dit que, pour réfléchir à ces enjeux
climatiques, peut-être que l'opinion de l'Autorité des marchés financiers
serait aussi crédible dans la discussion. Donc, je vous rappelle une des
conclusions du document de l'AMF publié cet automne : «La mesure des
risques physiques et de transition est essentielle à une saine gestion du
risque et à la résilience financière.» Une fois que l'Autorité des marchés nous
dit ça pour le secteur financier qui investit dans des projets spécifiques,
bien, on se dit que ça devrait également être très présent dans l'opinion de
l'État, qui se dit : Voici mes priorités nationales, mes quelques
priorités. On présume que cette gestion du risque et de la résilience
financière est aussi fondamentale pour l'État que pour l'AMF. Ça va de soi, me
direz-vous. Donc, on s'est dit qu'il fallait intégrer cette dimension de façon
plus spécifique.
Je ne sais pas si vous avez reçu le bref
document qu'on vous a fait part, mais on vous a illustré pour vous montrer
l'ampleur de ces dommages, une petite publication, faite par le Bureau
d'assurance du Canada, qui illustre l'ampleur, bien sûr, de ces sinistres
assurés, à l'échelle canadienne et à l'échelle québécoise. On voit assez bien,
depuis le début du siècle, le fait qu'à chaque période de cinq ans le coût de
ces dommages assurables double à l'échelle québécoise. On voit le même
phénomène à l'échelle canadienne. Dit autrement, même si notre voisin du Sud
nous dit que tout ça est un canular, la réalité nous illustre le fait que ces
changements climatiques ont des impacts de plus en plus grands sur l'économie,
et on doit les intégrer adéquatement dans la planification pour faire une saine
gestion financière, parce qu'après tout c'est votre rôle de porter ce chapeau,
en matière de finances, au niveau de l'État québécois. Et donc la science nous
dit : Attention, ces enjeux, c'est essentiel à intégrer.
M. Bourque (Alain) : Alain...
mon collègue Alain va revenir un peu plus tard, là, sur la question de
l'atteinte de la carboneutralité. Moi, naturellement, je veux parler des enjeux
d'impact des changements climatiques, qui doivent absolument être considérés,
parce que les impacts des changements climatiques qu'on a vus à date c'est
vraiment la pointe de l'iceberg, et puis là c'est un jeu de mots un peu plate
que je fais. Puis je vais donner un exemple avec toutes sortes de projets qui
pourraient découler de l'ambiance actuelle.
Je veux dire, on pourrait imaginer, au
Québec, avoir un projet de train à grande vitesse qui se mettrait à ignorer les
nouvelles zones de plaines inondables, par exemple, ou encore, les zones
d'érosion des berges, puis ça nous donnerait des projets qui deviendraient
extrêmement coûteux, avec des impacts multiplicateurs par la suite. Des projets
de lignes de transport énergétique qui pourraient se mettre soudainement à
ignorer la fréquence, l'intensité des feux de forêt, de plus en plus
importants, ou des événements de vents violents. On sait déjà qu'Hydro-Québec a
des problèmes en lien avec... avec les... la fiabilité du service. Ou encore,
des projets d'infrastructures, ou encore, des projets miniers, qui,
malheureusement, encore aujourd'hui, intègrent des données climatiques
historiques pour anticiper pour la suite des choses. Alors, bon, pas besoin de
parler, là, de bassins de rétention de résidus miniers, qui pourraient
soudainement, à cause des changements climatiques, se mettre à créer des fuites
et contaminer des sources d'eau potable. Donc, ça, ce sont tous des exemples
assez concrets d'impacts des changements climatiques qui vont de plus en plus
produire, et pour lesquels il faut absolument les intégrer.
Naturellement, à la base, on se dit que
les décideurs peuvent vouloir accélérer des... des projets stratégiques, mais
il faut bien se rappeler que les lois et règlements qui sont en place ont
souvent une raison d'être, et c'est souvent cette raison d'être là qui est
importante, donc il faut se rappeler que de les ignorer peut générer des très
gros risques pour la suite des choses.
M. Webster (Alain) : Tu veux
lire un peu sur la prise en compte de ces... de ces enjeux de long terme, avec
le volet climat, ou...
M. Bourque (Alain) : Non.
M. Webster (Alain) : Non? OK,
on fera ça plus tard. Mais peut-être vous ramener rapidement sur un rapport
qu'on a fait il y a deux ans à la demande, M. le ministre, de votre collègue à
l'Environnement. Donc, on a créé ce groupe d'experts en adaptation pour
réfléchir à ce qui était prioritaire à l'échelle québécoise. On a réuni, là
aussi, un ensemble d'experts dans ce domaine. Et puis il y a des choses, dans
ça, qui sont fondamentales à travailler, sur ces enjeux, mais un élément qui...
qui me semble intéressant dans la logique financière : si on ne met pas de
mesures d'adaptation de façon systématique, et que ces aléas climatiques se
produisent... et ça, ça va se produire, c'est sûr, les feux de forêt, les
inondations, il n'y a aucun doute là-dessus... quand ces événements arrivent,
on va ensuite réagir à ces événements et on va débourser les sommes, les
millions, les centaines de millions, me direz-vous, pour prendre en compte ces
enjeux de feux de forêt, d'inondations, de tempêtes, on les voit bien.
Donc, cette...
M. Webster (Alain) : ...ça
peut paraître simple, mais elle n'est pas efficace d'un point de vue économique
évidemment, parce qu'on sait que ces événements vont se reproduire et de façon
plus fréquente et plus importante. D'où le message il faut au départ s'adapter
à ces enjeux climatiques, mettre en place un ensemble d'investissement de façon
proactive pour pouvoir faire face à ces événements qui deviennent de plus en
plus fréquents et de plus en plus violents. Au début, on se disait : On
n'est pas chanceux, ça arrive une fois tous les 100 ans, ça vient d'arriver.
Après, c'est : On n'est vraiment pas chanceux, ça vient d'arriver une
deuxième fois en moins de cinq ans. Mais ce n'est pas une question de chance,
c'est une question de science, on sait que ces événements deviennent plus
fréquents.
Donc, dans la réflexion financière de
l'État, vous avez soudainement, dans votre écran radar, quelque chose d'autre
qui apparaît, l'importance de planifier cette adaptation de façon systématique.
C'est le rapport fait par... par l'Institut climatique canadien cette semaine,
qui nous dit : S'adapter à ces changements climatiques, va nous permettre
d'économiser à peu près 9 milliards par année en réduction de coûts. Ça
s'appelle une saine gestion financière. Ce n'est pas de l'environnement au sens
physique, mais c'est une gestion financière qui prend en compte ces questions
d'adaptation. Donc, l'adaptation est fondamentale, ça se résume en quatre points,
notre thème, le premier, c'est l'adaptation; la deuxième, vous serez surpris si
je vous dis bien sûr qu'il ne faut pas faire plus de choses en matière de
réduction des émissions. Donc, ça va de soi. On comprend très, très bien l'idée
que des projets doivent être accélérés. Quelque part, il faut cette efficience
en matière de mise en œuvre des programmes. Ce n'est pas une question de
gauche, de droite, de parti politique, c'est de la gestion financière. On veut
que ça se passe correctement, de façon efficace, et ça n'a pas de sens de voir
que des projets peuvent être très, très longs.
Vous le savez mieux que moi, mais quoi,
30 ans, 35 ans, peut-être, pour réussir à prolonger une ligne de
métro à Montréal, la ligne bleue, enfin, c'est fait. Je n'oserais pas vous dire
le tramway de Québec, depuis le temps qu'on le travaille. Mais il y a des
projets qui sont extrêmement lents à mettre en œuvre. Et donc, tant mieux,
l'État se dit : Il y a là des priorités nationales et il faut se donner
les moyens de les mettre en œuvre de façon rapide. Ça fait que, sur le
principe, c'est intéressant, mais, en même temps, dans cette réflexion en
matière de gouvernance, pour quelques projets qui vont nous obliger à faire ou
nous permettre de faire des raccourcis, on se dit que c'est essentiel, bien sûr,
que ces projets viennent consolider la lutte aux changements climatiques et la
capacité de l'État d'atteindre ses cibles. On ne veut pas que ça les
affaiblisse. Et donc, globalement, l'idée, c'est de s'assurer que les projets
qu'on adopte comme prioritaires ne viennent pas faire un verrouillage
climatique, mais, au contraire, vont nous permettre d'accélérer cette lutte aux
changements climatiques, parce que ça va être essentiel, qu'importe ce que
notre voisin pense, à court terme.
Un autre point qui est essentiel en
matière d'adaptation, de réduction, c'est de s'assurer que ces projets sont
conformes, bien sûr, à la protection des écosystèmes, de la biodiversité et des
territoires agricoles, vous diraient les personnes juste avant nous, c'est ce
qu'on vous a écrit aussi. Ces enjeux-là sont essentiels, tant en matière de
puits de carbone, qu'en matière, bien sûr, de services écosystémiques qu'ils
livrent en matière d'adaptation au changement climatique pour des questions d'eau,
des questions d'accès de température à l'échelle des villes. Donc, on a un
actif naturel qu'il faut absolument protéger. Gardons en tête que ces projets
doivent être cohérents avec la préservation de cette richesse que constitue
notre patrimoine naturel.
• (17 heures) •
Et puis un dernier point, parce que vous
me direz que mon 10 minutes est presque écoulé, bien, il faut réfléchir,
bien sûr, à des enjeux de gouvernance importants dans ces enjeux, des questions
de transparence et de participation publique. Ce n'est pas mon opinion. C'est,
encore une fois, le bilan mondial qui a été fait aux Nations Unies il y a trois
ans. Et pour ceux qui étaient là, c'est un peu ce qu'on vous a dit, il y a deux
ans, dans cette petite discussion sur les changements climatiques à l'Assemblée
nationale, pour que ça fonctionne, il faut intégrer deux éléments majeurs, la
mobilisation de tous les acteurs et, bien sûr, la prise en compte de l'équité.
Il faut avoir une perception que ces projets sont équitables et que, quelque part,
on réussit à avoir une acceptabilité sociale de ces projets.
Donc, quand on va choisir quelques
dossiers spécifiques comme étant des dossiers prioritaires qui ont une
envergure nationale, il faut s'assurer qu'on réussisse à maximiser, bien sûr,
cette acceptabilité sociale pour ces projets, qu'on intègre adéquatement les
questions d'équité, peut-être que mes collègues de la FQM vous en ont parlé
tantôt aussi. Et donc, dans ces enjeux-là, maximiser la capacité des
communautés locales où ces projets vont se déployer pour les rendre
acceptables. Et ça, ça va permettre à la fois de faciliter la tâche que vous
avez pour déployer ces projets. Ils vont nous permettre aussi de travailler
mieux sur la question de l'adaptation et sur la question de la réduction des
émissions, parce qu'on va avoir une acceptabilité...
17 h (version non révisée)
M. Webster (Alain) : ...acceptabilité
et une prise en compte de l'ensemble des acteurs, et, en particulier, bien sûr,
du milieu municipal. Et avec tout ça, j'arrête, parce que ça fait presque 10 minutes
me direz-vous, M. le Président.
Le Président (M. Laframboise) :
Oui, ça fait... mettons que le gouvernement vous avait... m'a dit :
Laissez-leur du temps. Donc, il reste 14 minutes au ministre pour son
intervention. Il vous a donné 2 min 30 s, là. C'est bon.
M. Webster (Alain) : Trop
aimable.
M. Girard (Groulx) :
Bien, on est généreux aux Finances, puis je vous remercie beaucoup. C'était
vraiment... c'était vraiment le fun de vous avoir. Je pense que je vais m'inscrire
à votre cours à Sherbrooke, là. Ça a l'air dynamique. Puis il est quand même 5 heures,
puis on s'amuse à la Commission des finances publiques. Puis merci beaucoup
pour la science et le partage. J'ai quatre points, mais dans le quatrième, là, je
vais vraiment vouloir bénéficier de votre expertise en science, parce que je vais
vous amener sur un sujet où les scientifiques ne parlent pas assez, puis je m'en
voudrais de ne pas bénéficier de votre présence ici.
Les trois premiers. Les impacts, là, des
changements climatiques, pour tout le monde qui nous écoutent puis qui sont ici,
là, je veux être clair. En 2023, on a eu une sécheresse puis on a eu des feux
de forêt, OK? Puis, moi, je suis ministre des Finances, puis les... les feux de
forêt, c'est tragique, là. Il y a des communautés, puis... Puis, moi, je suis
en arrière de tout ça, puis je vois les finances publiques. Mais c'est vrai, ce
que vous dites là. Les coûts des changements climatiques, là, c'est réel puis
ces feux de forêt là, c'était... ça l'a amené cette sécheresse-là, elle a amené
un manque d'eau dans nos réservoirs chez Hydro-Québec. Bien, on est en 2026, puis
on a encore ces impacts-là de cet événement-là en 2023. Ça nous coûte 1 milliard
par année depuis 2023 parce qu'on a moins d'eau dans les réservoirs. Ça fait
que là, on est rendus autour de 5 milliards d'impacts pour des feux de
forêt de 2023. Et les impacts sont réels, là. Moi, je vous le dis, là : -5.
Moi, là, je suis en arrière, là, -5 milliards depuis 2023, puis ce n'est
pas fini. Puis c'était supposé d'être un événement une fois aux 100 ans, puis
toutes les modélisations qu'on a nous disent qu'on va avoir plus de
précipitations dans le nord du Québec avec les changements climatiques. Sauf
que, présentement, on en a moins. Et puis là, on est rendus à trois
observations consécutives. Je commence à me demander si notre distribution de
probabilités est correcte. Ça fait que ça, c'est mon premier commentaire qui
vous donne raison.
Deuxième commentaire. Bien, c'est certain que
dans l'article de désignation, là, qu'on va adopter avec honneur et enthousiasme
collectivement en commission, là : «4° le projet contribuerait à
l'atteinte des cibles gouvernementales relatives aux objectifs de la transition
énergétique», OK... ça fait que là, on est alignés, là, on en tient compte de
tout ça, les changements climatiques dans nos critères de désignation.
Troisième point. La divulgation de l'AMF.
Ça, c'est super intéressant, OK? Parce qu'en 2007, puis en 2008, on a eu une
crise financière, parce que les institutions financières n'avaient pas assez de
liquidités puis de capital, OK? Puis là, on a dit : À l'avenir, les
banques, vous allez être obligées de divulguer vos liquidités puis votre
capital. Et puis là, ce qu'on a vu, c'est, comme tout le monde divulguait ses
liquidités puis son capital, bien, ce n'était pas le fun d'être le dernier de
classe. Ça fait que là, soudainement, juste avec la divulgation, tout le monde
s'est mis à avoir plus de liquidités puis de capital. Alors, c'est la même
chose qu'on veut faire avec les changements climatiques. Le seul problème, c'est
en finances, l'AMF, ce n'est pas le gros joueur. Le gros joueur, c'est la SEC.
Puis on est un peu, on rame à contre-courant, là. À l'AMF, on a des bonnes
idées, des bons principes, puis on a le... notre.... notre institut
international à Montréal, avec les normes comptables, la divulgation des
changements climatiques. Mais c'est certain que si on oblige les entreprises
privées, les institutions financières, les gouvernements à divulguer leurs
risques climatiques, bien, tout le monde va vouloir en avoir moins pour ne pas
être le dernier de classe, ça fait que, bon. J'arrive... Il me reste combien de
temps, là?
Le Président (M. Laframboise) :
Il vous reste 9 min 30 s.
M. Girard (Groulx) : Bon,
bien, là, vous allez me donner trois avis scientifiques sur le même sujet, mais
je m'en...
M. Girard (Groulx) : ...pour
vous poser la question. La fameuse histoire, là, que le gaz naturel, c'est une
énergie de transition, là, vous pensez quoi de ça, vous, les deux
scientifiques?
M. Webster (Alain) : C'est
tout? C'est juste ça votre question?
M. Girard (Groulx) : Bien,
c'était la première. J'en ai deux autres.
M. Webster (Alain) : Ah! OK.
Bien, la réponse est non, mais avez-vous une vraie question compliquée à
répondre? Non, parce que l'objectif est simple : il faut, en... c'est ce
qu'on a recommandé cet automne... en 25 ans, c'est la position gouvernementale,
ramener l'ensemble de nos émissions de gaz à effet de serre sur la planète à zéro.
Et ça, ça inclut le gaz à effet de serre, donc... le gaz naturel.
Donc, globalement, ce qu'il faut, c'est
réussir à produire plus d'énergie renouvelable, plus d'efficacité énergétique,
travailler plus sur la sobriété, et non pas rajouter de nouveaux gisements
d'énergie fossile. Vous le savez aussi bien que moi, M. le ministre. D'abord le
charbon, le pétrole, ensuite le gaz naturel, en matière d'émissions globales,
en matière de GES, mais le gaz naturel n'est pas une énergie neutre du point de
vue climatique. Donc, peut-être qu'il y a 15 ans, 20 ans, pour se dire :
Je remplace le charbon par du gaz naturel, c'était intéressant, mais,
aujourd'hui, la façon la plus efficace de faire un kilowatt sur la planète,
c'est de le faire avec du solaire et de l'éolien.
Et donc, à l'échelle internationale,
lorsqu'on va ramener du gaz naturel, on va empêcher cette transition en matière
d'énergie renouvelable et on va la piéger dans une énergie fossile. Et on
parlait tantôt de comptabilisation à long terme et d'investissement. Lorsqu'on
aura fait ces infrastructures, on voudra les rentabiliser, que ce soit un port,
que ce soit une centrale thermique, on voudra les rentabiliser sur 20, 30 ou 40
ans et donc on va laisser cette infrastructure continuer à émettre des gaz à effet
de serre sur une période beaucoup trop longue.
Donc, c'est trop tard pour dire que le gaz
naturel est encore une énergie de transition. D'autant plus qu'au Québec, on a
développé une expertise unique à l'échelle mondiale, bien sûr, en matière de
gestion d'énergie renouvelable. Il faut ici maximiser ce volet énergie
renouvelable et travailler adéquatement en matière de décarbonation, un peu
comme la Californie, qui veut le faire en 20 ans. Donc, ma réponse est non,
mais je pourrais continuer à argumenter encore un peu, mais je pense que, là,
je vais dépasser mon temps.
M. Girard (Groulx) : ...c'est
apprécié. Deuxième question : Un des problèmes avec les gazoducs, c'est
les émissions de méthane. Est-ce qu'en 2026 on est équipés pour détecter les
émissions de méthane et est-ce que la législation qu'on a oblige adéquatement
les promoteurs à s'assurer qu'il n'y aura pas d'émission de méthane?
• (17 h 10) •
M. Webster (Alain) : À
l'échelle fédérale, on n'arrête pas de dire, depuis des années, que la gestion
du méthane est la façon la plus efficiente de réduire ses émissions de gaz à
effet de serre à l'échelle canadienne, parce qu'elle est étroitement associée,
vous l'avez bien dit, à ces gazoducs, au transport d'énergie fossile, à la
production de cette énergie fossile. On peut donc réduire à un coût faible
cette source de gaz à effet de serre à l'échelle canadienne et on est capables
de faire ça de façon efficiente. Mais je ne m'intéresse pas à ce qui se
passe... bien, je m'y intéresse, mais on a choisi de travailler avec l'État
québécois pour aligner cette réflexion sur ce qui se passe au Québec.
Donc, l'idée, au Québec, c'est de se
dire : On a déjà un réseau de gaz naturel qui émet une quantité,
effectivement, de méthane, beaucoup moins qu'à l'échelle canadienne, à cause de
l'ampleur de ce circuit qui est moindre, mais, globalement, il faut réussir à
les éliminer, ces émissions de méthane... mais il ne faut surtout pas
l'accroître, il ne faut surtout pas augmenter ce type de réseau. Ce n'est pas
ça qu'il faut faire. Ce qu'il faut faire, c'est plus d'énergie renouvelable.
Donc, oui, travailler sur cette réduction
de méthane, c'est, à l'échelle canadienne et probablement à l'échelle
québécoise, une façon efficiente de faire ça à un coût relativement acceptable,
mais il ne faut surtout pas ramener de nouvelles sources contribuant à émettre
aussi du méthane, dans laquelle on se dira après : Comment on fait pour le
réduire? Ça a été un peu long, comme réponse, là, mais vous voyez le principe.
M. Girard (Groulx) : Mais
est-ce que la détection par satellite des fuites, ça marche?
M. Webster (Alain) : Ah! ça,
c'est assez intéressant. Ce n'est pas du tout mon champ d'expertise, mais, dans
un avis passionnant qu'on vous a fait sur le marché du carbone il y a deux ans,
on vous a aussi dit : On développe une expertise de plus en plus grande
sur cette détection, et donc, on pourrait réfléchir à l'élargissement du marché
du carbone, commencer à traiter ça, notamment pour le méthane...
M. Webster (Alain) :
...associé au site d'enfouissement, parce que là c'est plus facile, c'est
localisé. Donc, vous avez tout à fait raison. On peut développer une expertise
plus grande dans ces enjeux. Et ça permettrait d'élargir un peu cette
dimension. Ça fait que je suis assez optimiste sur le fait qu'on va y arriver.
Mais avant de m'intéresser au méthane des gazoducs, je m'intéresserais
peut-être plus aux sites d'enfouissement qui sont très localisés et les
intégrer dans l'ensemble de ce système de plafonnement d'émission, d'échange.
C'était du moins la recommandation qu'on vous a faite il y a deux ans.
M. Girard (Groulx) : OK.
Pourquoi, selon vous, on n'est pas capables... On veut avoir une bourse du
carbone, puis une bourse, c'est simple, Comment ça marche, là. Plus il y a de
monde en Bourse, plus les prix sont efficients, plus les réductions de gaz à
effet de serre sont faites là où le coût marginal est le plus faible. Donc, qui
dit bourse dit multiparticipant, dit réduction marginale au coût minimal.
Pourquoi on n'est pas capables d'avoir plus de monde dans la bourse?
M. Webster (Alain) : Je ne
sais pas si vous parlez du marché canadien, mais globalement on a fait des
progrès. Vous connaissez comme moi la publication de la Banque mondiale, qui a
chaque année fait la synthèse des États qui mettent en place un prix, soit une
taxation, soit un marché du carbone. Donc, c'est ce marché du carbone qui a le
plus d'emphase, on... c'est à peu près le quart des émissions à l'échelle
mondiale maintenant, qui sont tarifés. On a fait des progrès par rapport à ce
qu'il y avait une dizaine d'années.
À l'échelle canadienne, c'est assez
décourageant. On a tenté de le faire, bien sûr, avec cette tarification sur une
base individuelle. Vous parliez de cours, tantôt, peut-être qu'un cours sur le
marketing environnemental aurait été utile pour réussir à rendre plus
acceptable cette mesure. Mais pour les grands émetteurs industriels canadiens,
c'est un peu le même système qu'ils ont présentement, un système de crédits
d'émission, qui a beaucoup de défauts à cause de la façon de le structurer et
de la mise en œuvre des provinces, qui, dans certains cas, sont littéralement
contre cette question de lutte aux changements climatiques et contre cette idée
de tarifer. Si vous partez avec l'idée que mon objectif de développement, c'est
de faire plus de pétrole et plus vite, bien, vous cherchez moins les mesures
efficientes pour décarboner. Ça fait que c'est vrai qu'à l'échelle canadienne, ce
n'est pas simple, mais on voit le clivage malheureusement politique qu'on a eu
sur cette idée de tarification du carbone, qui n'est pourtant pas un instrument
politique de droite ou de gauche. C'est un instrument efficace et essentiel,
recommandé par l'OCDE depuis... depuis au moins 50 ans. C'est le principe
du pollueur payeur. La taxe carbone, c'est une taxe... Vous connaissez la
finance mieux que moi, l'économie. Ça date de plus de 100 ans cette
logique-là d'économie du bien-être. Il faut mettre un prix sur ces enjeux qu'on
veut réduire pour amener une prise en compte efficiente de ces enjeux. Donc, on
a un enjeu d'acceptabilité, de capacité de vendre cette émission-là et
heureusement, au Québec, vous le savez là aussi mieux que moi, cette bourse du
carbone a été mise en œuvre de façon multipartite, adoptée par tous les partis
et je m'en sers souvent comme exemple en disant : Il n'y a pas beaucoup de
cas où, en matière d'approche, on a commencé à dessiner ça sous Jean Charest,
adopté plus formellement sous le gouvernement Marois, mise en œuvre sous le
gouvernement Couillard et ensuite sur les huit années du gouvernement Legault,
on a poursuit cette structure. Donc, avec quatre gouvernements différents, on a
maintenu le même genre d'outil. C'est extraordinaire.
En Ontario, la première décision du
gouvernement Ford a été de se retirer du marché du carbone. Ça leur a coûté
3 milliards et aujourd'hui, on n'a plus de structure de lutte efficace aux
changements climatiques. C'est une catastrophe en matière de vision économique
et de vision environnementale. Au Québec, on a réussi à préserver ça à cause de
la cohérence de... des parlementaires et probablement à cause de l'opinion
politique plus favorable à ces enjeux climatiques...
M. Girard (Groulx) : Oui. Là,
je vais vous décevoir, parce que c'est sûr que le retrait de l'Ontario nous a
fait mal, là, OK? Puis... puis moi, ça fait... c'est ma huitième année comme
ministre des Finances et c'est mon quatrième ministre des Finances de
l'Ontario. Alors, je ne vous dirai pas lequel, mais pas l'existant, là, mais
celui qui s'est retiré de la bourse, là, il m'a dit que c'est sa décision pour
lequel il a reçu le plus d'appels puis de lettres de félicitations. Ça fait que
ça, ça nous a fait mal, le retrait de l'Ontario, parce que soudainement, on est
tout seuls au Canada. Puis la même chose, la Californie, toute seule aux
États-Unis.
Alors, tantôt vous parliez de marketing,
bien, c'est sûr qu'on aurait besoin de quelques provinces supplémentaires,
ainsi que de quelques États. Mais je m'arrête ici, je n'ai plus de temps, M. le
Président.
Le Président (M. Laframboise) :
Oui, vous avez... je voulais donner...
M. Girard (Groulx) : ...je
pense, j'ai pris le temps de mon... j'ai pris le temps de mon collègue de Marguerite-Bourgeoys,
je m'en excuse.
Le Président (M. Laframboise) :
Non, non, mais on va... on va lui redonner 30 secondes de plus. On va lui
redonner 30 secondes de plus... au député de...
M. Girard (Groulx) : Merci...
Le Président (M. Laframboise) :
...Donc, vous aurez 10 min 55 s pour...
M. Beauchemin : Merci, M. le
Président. En fait, je vais peut-être juste continuer sur la lancée du ministre
là-dessus. Comment la rendre plus intéressante globalement, selon vous, cette
bourse du carbone?
M. Webster (Alain) : ...fait,
une petite note climatique au printemps pour dire : OK. On commence un
débat important sur la question de la tarification de l'essence et sur la
tarification du carbone, et ça nous semble fondamental de conserver ça, malgré
la position canadienne de retrait en matière de tarification du carbone, pour
une raison très simple. Et on a ramené encore une fois, un peu comme tantôt...
de l'AMF, la... l'opinion de l'OCDE cet été, qui a dit, à l'échelle canadienne,
le gouvernement fédéral a été mal avisé de retirer cette tarification du
carbone. Ça contribue, selon l'OCDE, à augmenter les émissions de gaz à effet
de serre et ce n'est pas efficace en matière de création de richesses et de
création d'emplois. Ce n'est pas la bonne vision en termes économiques. C'est
le message de la Banque mondiale, c'est le message de l'ONU au niveau finance,
c'est le message du Fonds monétaire international. Tous les organismes
internationaux traitent cette question-là de la même façon. Donc, il faut
réussir à rendre ça acceptable.
Et c'est pour ça que cet été, on s'est
dit : On ne parle pas assez des gains qu'on fait. Cette bourse du carbone
permet de générer un peu moins, vous me direz, M. le ministre des Finances,
qu'antérieurement 1,1 milliard à peu près par année, là, on est passé de
1,3, puis là le prix baisse. Mais globalement, on parlait... vous aviez tantôt
la Fédération québécoise des municipalités, bien, le 500 millions que vous
leur versez à travers ces fonds publics pour mettre en place des plans climat
pour s'adapter et réduire les émissions, ça provient de ce marché du carbone.
Et si vous ne faites plus ça, les municipalités perdent 500 millions pour
s'adapter et mettre en place des mesures efficientes. Donc, il y a
effectivement un message à porter comme étant... cette question de lutte aux
changements climatiques, elle peut et elle doit également être positive. On la
voit toujours sur le côté du fardeau financier. Si on avait toujours ramené la
question, je vais changer d'exemple, de la tarification que vous avez faite sur
les cigarettes comme étant un fardeau financier, bien, les gens fumeraient
encore peut-être autant aujourd'hui. On a ramené ça comme étant : C'est
essentiel en matière de santé publique, c'est essentiel en matière de gain et,
globalement, la société va faire des progrès. Et ça, on a de la misère
collectivement à tenir ce message positif. C'est vrai chez les groupes
environnementaux, c'est vrai chez les chercheurs. On ramène ces enjeux tout le temps
sur : Et il y a un problème, qu'est-ce qu'on y fait? Mais on ne porte
peut-être pas assez le message de s'adapter. Ça va nous permettre de faire des
gains positifs en matière de qualité de vie. Réduire nos émissions va améliorer
la qualité de l'air. Donc, il y a un message plus positif à faire, je pense. Je
m'emporte.
• (17 h 20) •
M. Beauchemin : Bien non,
c'est parfait, c'est beau. J'aime... j'aime votre... votre énergie
renouvelable.
M. Webster (Alain) : Oui, et
quasi inépuisable, me direz-vous.
M. Beauchemin : Exact. En
fait, c'est parce qu'il y a une piste de solution dans ce que vous dites. Je
pense qu'il y a une fédération canadienne des municipalités. Je pense que
d'aller les lobbyer puis leur dire à eux qu'elle pourrait donc trouver une
source de financement de la part de leurs gouvernements provinciaux respectifs
s'ils participaient, donc, dans la bourse du carbone pour les aider à
l'adaptation climatique au niveau municipal dans chacune des provinces du
Canada. Je pense qu'il y a peut-être un lobbying qui pourrait être fait là.
Vous parliez tout à l'heure
d'acceptabilité sociale. Évidemment, on parle ici au niveau de groupes
d'intérêts qui veulent protéger l'environnement dans le sens-là, ici,
spécifiquement, par rapport à ce que vous dites, mais pour les gens qui
parlent, disons, de sécurité énergétique, vous leur dites quoi? Comment qu'on
pourrait aborder le sujet de sécurité énergétique? Je pense que je connais
votre piste de solution, là, l'éolien puis... puis le solaire, OK, mais il y
a... il y a cet aspect-là de la chose : Comment qu'on peut amener
l'acceptabilité sociale pour les gens qui vivent d'une certaine insécurité
énergétique?
M. Webster (Alain) : ...
M. Bourque (Alain) : Bien, je
veux juste revenir sur le dossier... Vous avez mentionné Fédération canadienne
des municipalités, parce que je...
M. Beauchemin : Bien... Non,
mais... Moi, je veux...
M. Webster (Alain) : ...
M. Beauchemin : Exact.
M. Webster (Alain) : Mais...
mais là je vais faire une parenthèse là-dessus rapidement en disant que quand,
la semaine passée, nos collègues canadiens nous ont appelés en disant :
Voulez-vous, parce qu'on était deux à être interpelés, travailler sur le Comité
fédéral pour la divulgation financière? Je leur ai répondu «non, merci». Mon...
M. Webster (Alain) : ...bénévole
trois ou quatre jours par semaine, j'ai choisi de le consacrer à l'État
québécois pour travailler sur la question climatique. Trouvez-en d'autres pour
travailler à l'échelle... à l'échelle de l'Ontario ou de l'Alberta. J'ai fait
ça il y a 20 ans, puis ça m'intéresse moins aujourd'hui. Donc, le choix
que je fais, parce que vous m'interpellez sur les autres, c'est-à-dire,
comment, à l'État québécois, on peut réfléchir à mettre en place les stratégies
les plus efficientes et le Québec est capable d'avoir une autonomie dans ça, au
même titre qu'on a mis en place un ensemble de régimes. Mais là, vas-y...
M. Bourque (Alain) : Non,
mais j'étais pour rajouter qu'un des défis qu'il y a en matière d'adaptation,
puis notamment, en lien à financer des initiatives d'adaptation, c'est que
présentement, malheureusement, les paliers, les différents paliers de
gouvernement ne travaillent pas nécessairement très bien ensemble. Le
gouvernement fédéral a décidé de financer de façon assez importante la
Fédération canadienne des municipalités pour, essentiellement, générer un
programme qui ressemble drôlement au programme ATCL du gouvernement du Québec,
et ces programmes-là ne se parlent pas. Alors là, ça crée quand même beaucoup
de confusion dans le domaine de l'adaptation et des financements, des
initiatives d'adaptation, puis nous, ce qu'on dit souvent à Ouranos, c'est que
l'idéal, c'est vraiment d'avoir le palier municipal, provincial et fédéral qui
co-investissent dans des projets qui ont une vision assez cohérente de
l'adaptation, puis ce n'est pas nécessairement ce qu'on voit présentement, là,
puis ça, c'est malheureux.
M. Beauchemin : En une
minute, parce que je vais passer la parole à ma collègue, votre vision sur
comment adéquatement rentrer la lutte aux changements climatiques dans le
projet de loi actuel, selon vous?
M. Webster (Alain) : Vous
allez choisir, à travers ce projet de loi là, quelques projets pour lequel vous
allez choisir de faire un raccourci par rapport à l'ensemble du cadre
réglementaire habituel pour accélérer sa mise en œuvre. Du moins, j'espère que
je l'ai compris adéquatement. Et donc, dans cet enjeu-là, les projets que vous
allez prioriser, parce qu'ils ont une envergure nationale, bien, le message
qu'on vous dit, essentiellement, c'est : Ils sont fondamentaux, ces
projets, mais en même temps, ils vont se déployer sur du long terme. Ils vont
avoir des impacts sur les prochaines années, décennies et les prochaines
générations. Et dans ces enjeux-là, quand vous allez structurer ces projets,
c'est fondamental de faire deux choses : S'assurer que ce projet qui va se
déployer sur le long terme va être résilient avec ce climat qui va changer,
vous avez parlé, M. le ministre, de l'augmentation, bien sûr, de ces coûts,
malheureusement, ça ne va que s'amplifier parce que la température va continuer
à augmenter. Donc, s'assurer qu'on met en place des projets en intégrant
adéquatement la température du climat futur et, en même temps, on ne peut pas
mettre en place une tarification du carbone et mettre en place des enjeux de
projets spécifiques qui vont venir augmenter ces émissions. On va faire un
verrouillage carbone, donc, on se dit : Assurons-nous que ces projets ne
contribuent pas à augmenter les émissions de gaz à effet de serre, mais au
contraire, contribuent à une réduction des émissions de GES. Ça nous semble
faisable.
Le Président (M. Laframboise) : Merci.
Mme la députée de Mille-Îles pour 2 min 48 s
Mme Dufour : Merci, M. le
Président. D'abord, merci d'être ici avec nous. On s'est vu à maintes reprises
dans les dernières années. Il y a eu les consultations récentes sur, justement,
la cible climatique, et je veux juste rappeler que tous les groupes, incluant
les groupes économiques, étaient pour le maintien de la cible et pour des
raisons économiques qu'ils étaient. Donc, on n'en reparlera pas, mais c'est...
c'est clairement établi qu'il y a des gains économiques à maintenir nos
réductions de GES. Maintenant, j'ai une question fondamentale à vous poser.
Vous voulez des projets, tu sais, vous voulez qu'on... que... bien, en fait, le
gouvernement devrait soutenir des projets qui vont décarboner le Québec, mais
comment on balance ça avec le fait que certains de ces projets-là vont détruire
des milieux naturels, vont détruire des milieux humides, par exemple? Et là, on
parle de l'intérêt national, je vais donner l'exemple, tu sais, il y a des
lignes de haute tension Hydro-Québec, mais une usine de batteries, par exemple,
qui vient détruire un paquet de milieux naturels à un endroit où il y avait des
inondations, il n'y a pas si longtemps. Comment on balance ça? Comment le
gouvernement devrait le faire entre, tu sais, les impacts pour réduire ou
plutôt faire l'adaptation aux changements climatiques, puis, en même temps,
réduire les émissions de GES?
M. Webster (Alain) : Ce qu'on
essaie de faire, c'est de ne pas rentrer dans chacun de ces projets parce
que... bien, parce que l'appareil gouvernemental a une expertise et une tâche
spécifique pour se dire comment on intègre ces projets-là en fonction des
directives qu'on obtient et des grandes orientations de l'État. Donc le message
qu'on fait est assez simple : Si vous accélérez ces projets, assurez-vous
que ces projets sont conciliants avec les questions d'adaptation et bien sûr,
contribuent à une réduction des émissions...
M. Webster (Alain) : ...en
même temps, attention au volet destruction du volet biodiversité patrimoine.
Mais c'est vrai que c'est difficile à faire et c'est pour ça que vous avez une
fonction publique compétente, efficace, capable de mettre en place des projets
qui vont maximiser ce bénéfice et c'est pour ça qu'en consultant l'ensemble des
parties prenantes, notamment les populations, les municipalités, les Premières
Nations, dans ces cas spécifiques qui vont être interpellés par ces
dossiers-là, on réussira éventuellement à se dire ce projet prioritaire,
comment on le fait? En minimisant ces contraintes. Mais si on n'a pas intégré
au départ ces enjeux, c'est embêtant. Je reviens avec ce qu'on disait tantôt on
parle d'une transition énergétique, mais, moi, je n'ai pas vu le message
spécifique d'adaptation au climat dans ces enjeux, je n'ai pas vu un message
sur le fait qu'il faut prendre en compte le fait que le climat va changer et
qu'il faut les intégrer. Donc c'est ça que vous êtes en train de dessiner, les
grandes lignes qui vont permettre à vos experts, ensuite, dans le dialogue
sociétal qui va amener des projets plus efficients à intégrer adéquatement
cette lutte aux changements climatiques.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, Mme la députée de Mille-Îles. Maintenant, M. le député de Taschereau
pour trois minutes 43 secondes, on a ajusté un petit peu en plus, là, pour...
faire un équilibre avec les autres collègues.
M. Grandmont : Parfait. Merci
beaucoup, M. le Président. Merci à vous deux, là, pour votre présentation,
toujours très pertinent. Tantôt, M. le ministre des Finances a parlé de... a
commencé à élaborer un peu sur des critères de projets qui pourraient être ceux
qui seraient utilisés pour désigner des projets d'intérêt nationaux. Il a une
espèce de barre, là, on verra si ça se prolonge ou si ça se confirme, une barre
de 1 milliard de dollars pour des projets. Puis tout à l'heure, je
n'ai pas pu m'empêcher de faire un lien avec ce qu'il a dit tantôt aussi, il
dit : À l'État québécois, il en coûte 5 milliards de dollars
depuis 2023 à cause des feux de forêt, de l'eau qui n'a pas dans nos
réservoirs. Vous avez parlé des assureurs, vous avez parlé du coût économique
important pour le Québec. Est-ce qu'on n'a pas, à travers la lutte au
changement climatique, des projets à plus de 1 milliard qui pourraient
nous permettre de réduire nos émissions de gaz à effet de serre puis avoir un
impact positif sur le climat ici au Québec.
M. Webster (Alain) : On
commence avec adaptation ou réduction?
M. Bourque (Alain) : Bien, on
peut commencer avec adaptation, là. Un des gros défis de l'adaptation, c'est
que les impacts sont souvent locaux et régionaux. Ça fait qu'il y a... c'est
comme si on accumulait une multitude de factures qui, en bout de ligne,
aboutissent avec un 5-7 milliards. Et donc ça devient difficile d'avoir un
bon grand projet unificateur et ce qu'il faut plutôt penser, c'est de changer
des codes de construction, des cartographies de zones inondables, etc. Donc,
c'est... c'est de la réglementation ou c'est des façons de faire qui vont venir
transformer la façon de dealer avec la météo et le climat et qui vont permettre
d'économiser tout ces fonds qui ont été décrits dans le rapport, là, de
l'Institut climatique qui a été publié lundi, par exemple, qui montre qu'au
final, toutes ces hausses de facture d'assurance que les Québécois n'auront pas
au cours des prochaines années parce qu'on va avoir investi dans des
infrastructures résilientes et etc., bien on va avoir économisé ces
montants-là.
Alors que la réduction, c'est un peu
l'inverse. Là, on peut réussir à faire des gros projets importants qui vont être
des projets d'infrastructure avec des enveloppes très significatives qui vont
venir, elles, réduire les émissions de gaz à effet de serre à l'échelle du
Québec.
• (17 h 30) •
M. Webster (Alain) : Et c'est
pour ça qu'on dit deux choses dans les avis qu'on a faits notamment en
décembre, bien... en novembre. Il faudrait, au niveau de l'État, parce qu'on a
un ensemble de projets présentement, définir des feuilles de route spécifiques
par secteur pour se dire comment on les travaille, ces enjeux-là? Qu'est-ce
qu'on fait en matière agricole? Qu'est-ce qu'on fait en matière industrielle?
Qu'est-ce qu'on fait dans chacun de ces secteurs spécifiques? Intégrer le tout
dans un vrai budget climatique, M. le ministre, vous voyez très bien ce que
c'est préparer un budget financier, vous discutez de ça fréquemment, il nous
faudrait la même chose en matière climatique pour faire ce scénario, un budget
carbone, des feuilles de route et mettre en place des projets. Et parmi ces
projets-là, bien évidemment, vous le savez aussi bien que moi, 97 % de
l'énergie... de l'électricité au Québec, elle est déjà renouvelable, mais dans
le bilan énergétique, on a encore 50 % d'énergie fossile. Il nous faut
donc un ensemble de projets permettant de sortir le fossile de l'économie québécoise
et ça va nous permettre de faire des gains parce que l'économie va devenir de
plus en plus renouvelable.
M. Grandmont : Est-ce que
vous avez des exemples de projets qu'il ne faudrait pas faire avec PL5 qui nous
feraient reculer sur les changements climatiques?
M. Webster (Alain) : Bien,
tous les projets qui sont à connotation augmentation du volet énergie fossile
sont exactement dans ce scénario. On retrouve des scénarios assez étonnants
présentement, là, alors qu'on est encore en 2025 à la troisième année la plus
chaude de l'histoire de l'humanité, on entend encore comme message à l'échelle
canadienne : Bonne nouvelle, il nous faudrait plus de pipelines, plus
d'oléoduc, plus de...
17 h 30 (version non révisée)
M. Webster (Alain) : ...d'énergie
fossile pour avoir accès à des marchés qui sont de plus en plus décarbonés. Et
donc, si on est en train de réfléchir à ces enjeux-là pour faire des
infrastructures fossiles qui vont verrouiller le secteur énergétique pour 30 ou
40 ans, on fait fausse route.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup. Merci, M. le député de Tashereau, c'est terminé. M. le député de
Jean-Talon, pour deux minutes 53 s.
M. Paradis : Vous nous
rappelez avec beaucoup d'à propos que la lutte aux changements climatiques
reste une priorité, en fait, plus que jamais, elle est importante, et vous
venez de mentionner dans vos échanges avec mes collègues que c'est un plus dans
l'intérêt économique du Québec, qu'il y a des opportunités pour nous.
Maintenant, nous avons devant nous ce projet de loi numéro 11 qui prévoit
toute une série de mesures pour l'accélération de grands projets. Qu'est-ce que
vous voyez de bon, sous ce prisme des changements climatiques, dans ce projet
de loi que nous avons devant nous et quelles sont vos inquiétudes là où vous
nous dites : Attention? J'aimerais avoir vos recommandations particulières
sur ce projet de loi.
M. Webster (Alain) : L'idée
de pouvoir dire : Certains projets doivent être accélérés parce qu'ils
sont fondamentaux à mettre en œuvre le plus rapidement possible, on pense que,
oui, oui, c'est utile en matière de transition. On l'entend présentement, on n'a
pas assez d'énergie renouvelable. Je ne peux pas vraiment réduire ma
consommation d'énergie fossile. Catastrophique. Ça fait qu'il faut je trouve
une façon de faire plus de renouvelable ou plus d'efficacité énergétique, mais
il faut que je réussisse à dédouaner ça pour pouvoir réduire ma consommation d'énergie
fossile. Ça presse. Ça fait un petit bout de temps, on commence à dire :
On n'a pas de marge de manœuvre. Donc, globalement, il faut pouvoir travailler
sur ces enjeux, ça nous semble essentiel.
Ça fait que l'idée de se dire :
Certains projets doivent être priorisés et se faire plus rapidement, ça nous
semble, dans certains cas, possiblement utiles, mais en même temps, on fait
attention, il faut que ces projets-là possèdent une acceptabilité sociale
importante pour qu'ils puissent être mis en œuvre adéquatement, pour qu'on
puisse, on revient toujours à l'aspect marketing, les présenter comme étant :
Avec ça, on va faire des gains, pas seulement des gains économiques en matière
d'augmentation à court terme, des profits qu'on va faire ou du nombre d'emplois,
mais les gains à long terme en matière notamment des coûts d'adaptation,
notamment en matière de décarbonation.
Ça fait que, là, on a l'impression que,
ça, il y a peut-être quelque chose qui n'est pas assez présent dans votre
projet de loi. Comment intégrer davantage cette question climatique pour
orienter le choix que vous allez faire collectivement comme partenaire sur les
projets que vous allez mettre en œuvre? Ce n'était pas tellement plus présent
non plus lorsque vous avez fait cet exercice après la COVID en se disant :
On va accélérer certains projets. Là, vous nous invitez pour en discuter avec
vous, puis on fait l'occasion de réfléchir à ces enjeux pour faire des gains en
matière climatique quand vous allez les intégrer, et on a l'impression qu'on
pourrait aller un peu plus loin pour montrer la volonté de l'État québécois d'intégrer
cette question climatique adéquatement, conformément à la motion que vous avez
adoptée unanimement cet automne.
Le Président (M. Laframboise) : Merci...
Merci...
M. Bourque (Alain) : ...pour
le volet impact des changements climatiques. Naturellement, moi, ma grande
crainte, c'est qu'on fasse des projets majeurs qui vont être extrêmement
théoriquement structurants, mais qui vont être extrêmement vulnérables aux
impacts des changements climatiques. Puis un truc que j'aimerais rappeler par
rapport aux impacts des changements climatiques, c'est que ce n'est pas «more
of the same», ça va s'amplifier sérieusement. Puis je vais vous donner l'exemple
de la Colombie-Britannique en 2023, qui a vécu une canicule suivie d'une...
suivie d'une sécheresse pendant la période estivale, qui a généré des feux de
forêt qui ont brûlé des villages entiers, qui ont contribué à des factures d'assurances
importantes, et c'est... par la suite, l'automne qui a suivi, il y a eu des
pluies abondantes qui tombaient sur des forêts qui n'étaient plus là et qui
avaient brûlé et qui ont généré des apports en eau dans les vallées qui ont
généré des inondations massives. Bon, mon... Le point, c'est que cet
événement-là en Colombie-Britannique, qui a duré à peu près six mois, est un
petit peu plus ce à quoi on devrait s'inquiéter pour la suite des choses. Donc,
on a tendance à réfléchir aux changements climatiques en se disant : Ah!
on va avoir plus de ce qu'on a eu en deux ans en 2020, ou en 2017, ou etc. Non,
ça va s'accélérer, et ça, il faut trouver un moyen pour l'anticiper.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup. Merci, M. le député de Jean-Talon. Merci, professeur Webste, M. Bourque.
Je vous remercie pour la contribution du Comité consultatif sur les changements
climatiques aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants
afin de permettre au prochain groupe de prendre place. Merci, messieurs.
(Suspension de la séance à 17 h 37)
(Reprise à 17 h 41)
Le Président (M. Laframboise) : Nous
reprenons nos travaux. Je souhaite maintenant la bienvenue aux représentants du
Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec. Je vous rappelle
que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, puis nous procéderons à la
période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à vous
présenter et à débuter votre exposé. Merci.
M. Daigle
(Christian) : Merci beaucoup. Je m'appelle Christian Daigle, le
président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du
Québec. Je suis accompagné, à ma gauche, de M. Pierre-Alexandre Caron,
conseiller politique au bureau de la présidence, ainsi qu'à ma droite de M.
Louis-Joseph Saucier, conseiller à la recherche au SFPQ.
M. le Président, M. le ministre, Mesdames
et Messieurs les députés, le Syndicat de la...
M. Daigle
(Christian) :...publique et parapublique
du Québec représente plus de 27 000 fonctionnaires et plus de 4 000
ouvriers dans les différents ministères et organismes publics. Notre mission
consiste à défendre les droits de nos membres et à promouvoir un projet de
société axé sur la démocratie, le développement durable, le partage, l'équité,
la solidarité et le progrès de la société.
Avant de débuter notre présentation, le
CFPQ tient d'abord à déplorer qu'à l'exception du Centre québécois du droit de
l'environnement et du Comité consultatif sur les changements climatiques, deux
organismes indépendants qui ont des mandats particuliers, aucun des grands
groupes environnementaux du Québec, comme Nature Québec, la Fondation David
Suzuki, Équiterre ou le Regroupement national des conseils régionaux de
l'environnement du Québec n'ont été invités à cette consultation.
Ainsi, à l'image de la loi fédérale C-5,
le PL n° 5 viserait à presser la réalisation de certains projets qui
seraient désignés comme prioritaires et d'envergure nationale. Pour ce faire,
il est proposé de concentrer entre les mains du ministre des Finances et du gouvernement
plusieurs pouvoirs qui leur permettraient de faire fi des grands pans de notre
cadre législatif.
Avant d'examiner les possibilités de
contournement des lois existantes et des... pour des mégaprojets,
attardons-nous à ce qui est proposé comme mécanisme de désignation de ces
projets. Il est indiqué qu'aux fins de cette désignation le ministre peut
notamment considérer les éléments suivants... et là on énonce cinq critères qui
vont des retombées économiques majeures, à une mise en œuvre à court terme, en
passant par les intérêts des communautés locales et autochtones ou par les
cibles de transition énergétique. Or, non seulement ces critères sont très
généraux, mais ils sont aussi clairement spécifiés un peu... mais il est aussi
clairement qu'ils sont facultatifs. Quels autres motifs pourraient conduire à
la désignation des projets? Nous ne le savons pas. Et non seulement la demande
initiale du promoteur pour obtenir le statut de projet désigné n'aurait pas à
être connue publiquement pendant que le gouvernement l'étudie mais il n'y
aurait aucun processus de consultation publique prévu pendant cette période
d'évaluation pour une possible désignation. Entre la demande du promoteur et un
avis de désignation projeté, il n'y aurait peut-être que le jeu de coulisses de
lobbyiste cherchant à convaincre le ministre des Finances et des personnes
d'influence au sein du gouvernement.
En annexe du projet de loi se trouve une
liste de 32 lois québécoises. Par ce projet de loi, on instaurerait un régime
où, pour tout projet désigné, une autorisation gouvernementale unique viendrait
remplacer les permissions qui pourraient être requises par le promoteur du
projet en vertu de ces lois. Voici la séquence prévue : Premièrement, une
fois un projet désigné, le promoteur devrait faire une demande pour l'octroi de
l'autorisation unique. Deuxièmement, après avoir établi un échéancier d'octroi
de l'autorisation avec le promoteur, le ministre des Finances pourrait déjà
autoriser, aux conditions qu'il fixe et malgré toute disposition contraire, les
travaux préparatoires qu'il détermine et qui peuvent être réalisés avant
l'octroi de l'autorisation, au risque, évidemment, de dommages irréversibles
dans les milieux si le projet ne va pas de l'avant. Troisièmement, aux fins de
l'octroi d'autorisation, le ministre des Finances devrait minimalement avoir
obtenu l'avis des ministères, organismes publics, municipalités ou communautés
métropolitaines concernées, mais ces avis ne seraient qu'à titre consultatif.
Finalement, il serait même prévu que le gouvernement puisse, tel que cité, dans
le but d'accélérer la réalisation d'un projet désigné ou afin de permettre
l'exercice d'activités qui découlent d'un projet désigné à la suite de sa
réalisation et qui ne peuvent être conformes aux normes applicables, modifier
l'application de toute disposition d'une loi visée à l'annexe 1 ou d'un
règlement pris pour son application.
Dans le même ordre d'idées, on ajoute que,
non seulement le pouvoir exécutif se doterait de la capacité de modifier à sa
guise l'application de toutes les dispositions des 32 lois en annexe, mais, à
l'exception des 19 lois protégées, le gouvernement pourrait même ajouter ou
retirer de cette annexe toute autre loi du Québec ou l'une de ses dispositions.
Si nous comprenons bien la portée de ces
articles, les lois et règlements du Québec pourraient donc, dans les faits,
devenir simplement facultatifs. Même si le gouvernement se doterait d'une telle
latitude pour l'octroi d'autorisations, des affaiblissements du régime d'autorisation
sont d'office déjà prévus sur différents plans. Au Québec, quelques dizaines de
grands projets par année sont assujettis à la procédure d'évaluation et
d'examen des impacts sur l'environnement, avec un mandat confié au BAPE et qui
peut remettre en question la raison d'être du projet et en recommander le
rejet. Avec ce projet de loi, même après une audience publique, le BAPE ne
pourrait plus remettre en cause ou recommander le rejet d'un projet désigné,
tandis que le travail d'analyse au ministère de l'Environnement ne devrait
servir qu'aux fins de l'octroi de l'autorisation, le rejet n'étant,
semble-t-il, plus une option.
Or, sur les avis donnés par le BAPE, 85,9
ont été autorisés par le passé, alors que.
M. Daigle
(Christian) : …seulement5,7 ont été refusés et 7,6 ont été abandonnés par le promoteur.
Pourquoi vouloir alors les court-circuiter? Aussi, comme autres
affaiblissements soulignés dans notre mémoire, il y aurait le contournement des
interdictions prévues pour les habitats fauniques, protéger les espèces
menacées ou vulnérables. L'obligation pour les municipalités d'autoriser un
projet désigné et la mise à l'écart de la Commission de protection du
territoire agricole et de la Régie de l'énergie.
Voici maintenant des cas de figure de projets
qui, nous le craignons, pourraient être autorisés par un régime tel que celui
proposé dans ce projet de loi. Par exemple, en escamotant complètement la loi
sur les parcs. Un projet de loi pourrait permettre le passage d'un pipeline
dans un parc national, un projet minier pourrait aussi y être autorisé. Il en
va de même pour la construction de barrages hydroélectriques. En permettant de
ne pas tenir compte de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la
faune, le PL n° 5 pourrait permettre d'autoriser à toute allure la
construction d'une ligne électrique à haute tension dans les environs de
Sept-Îles ou même d'un gazoduc jusqu'à Baie-Comeau, sans tenir compte
d'habitats fauniques protégés. De plus, si on faisait fi des dispositions de la
Loi sur les espèces menacées ou vulnérables, un projet de loi pourrait
permettre d'autoriser, en toute hâte, un projet minier ou une infrastructure de
transport des minerais aux fins de transbordement sur la rivière Saguenay, sans
tenir compte des risques pour les bélugas déjà menacés dans le fjord du
Saguenay.
Malgré toutes les dispositions des lois
mises de côté pour l'autorisation unique, il est prévu que le ministère… les
ministères et que les ministères et organismes publics conserveraient des
pouvoirs d'inspection, d'enquête et d'imposition de sanctions à l'égard des
projets désignés. Toutefois, les pratiques de surveillance et de sanction ne
pourraient simplement pas être reconduites à l'identique pour les projets
désignés. L'inspection, comme l'enquête, vise à surveiller l'application d'un
cadre légal et réglementaire. Mais que vaut une telle surveillance si les
conditions d'une autorisation ne tiennent plus suivant le retrait des
dispositions des lois et règlements en vigueur? Il pourrait donc toujours y
avoir des inspections réalisées, des enquêtes menées et des sanctions imposées,
mais seulement sur la base d'un régime d'autorisation affaiblie. De plus, pour
pouvoir faire des inspections, il faut avoir suffisamment de personnel et leur
permettre de se déplacer, ce qui n'est malheureusement plus le cas
présentement. Faute d'inspecteurs au ministère de l'Environnement, non
seulement les inspections de conformité ne sont pas toutes réalisées un suivi
des autorisations, mais elles ont même fortement baissé sur le terrain depuis
2018. Leur total annuel est passé de 1 380 en 2018‑2019, à 701 en 2023‑2024.
Pendant ce temps, le nombre des inspectrices et inspecteurs en environnement
travaillant dans ce ministère est passé de 350 en juillet 2024, à 241 en
février 2026.
S'il veut accélérer les actions des
projets, le gouvernement devrait plutôt cesser de sabrer dans le personnel de
ses ministères et organismes publics. Des autorisations pourraient alors être
émises plus rapidement qu'en contexte de sous-effectifs, mais elles le seraient
surtout dans le plein respect de nos règles d'intérêt public pour
l'autorisation et la conduite de projets. C'est d'ailleurs ce que nous avons
aussi défendu la semaine dernière lors de notre passage en commission pour le
PL n° 11.
Enfin, ce projet de loi s'inscrit dans un
corpus de lois récemment adopté ou déposé par le gouvernement, qui sont perçues
comme affaiblissant l'État de droit. On peut penser au projet de loi n° 1
sur la Constitution, projet de loi n° 3 sur les syndicats, le projet de
loi n° 7 sur l'imputabilité, projet de loi n° 11 sur l'allègement
réglementaire. En venant soit marginaliser la participation de la société
civile, réduire les mécanismes de reddition de comptes du gouvernement et
affaiblir les contre-pouvoirs, ces projets de loi viennent concentrer les
pouvoirs au sein de l'Exécutif.
À la démocratie représentative, un
principe absolument fondamental est la séparation des pouvoirs entre le
législatif, l'exécutif et le judiciaire. C'est une question d'équilibre des
pouvoirs afin d'éviter une concentration qui pourrait conduire à des abus. Par
contre, le PL n° 5, en concentrant des pouvoirs au sein de l'Exécutif et
en permanent… et en permettant de contourner des lois votées par les
parlementaires et appliquées par les tribunaux, n'a rien de rassurant pour
notre démocratie. Le SFPQ recommande donc d'abandonner ce projet de loi. Merci.
• (17 h 50) •
Le Président (M. Laframboise) :
Merci pour votre présentation, M. Daigle. Nous allons maintenant commencer la
période d'échange, M. le ministre, et député de Groulx, la parole est à vous
pour 16 min 30 s.
M. Girard (Groulx) : Juste
pour clarifier, là, vous êtes contre le projet de loi, là.
M. Daigle
(Christian) : Actuel, effectivement.
M. Girard (Groulx) : Dans
quelle forme vous le supporteriez?
M. Daigle
(Christian) : Où est-ce qu'on pourrait respecter les lois, où
est-ce qu'on pourrait permettre aux ministères de réaliser leurs mandats, de
pouvoir avoir les inspecteurs qui pourraient faire les inspections nécessaires,
de pouvoir avoir l'application de toutes les autorisations nécessaires qui
sont... qui sont… qui sont dues lorsqu'on fait, là, des grands projets aussi.
Ce serait la seule façon, mais il faudrait remanier l'entièreté du projet…
M. Daigle
(Christian) : ...loi, ce qui n'est pas tout à fait
envisageable.
M. Girard (Groulx) : Là, vous
référez spécifiquement au ministère de l'Environnement?
M. Daigle
(Christian) :Spécifiquement au ministère
de l'Environnement, mais également à travers d'autres ministères ou organismes
qui ont également pour but de vouloir, justement, faire le contrôle, de valider
et de s'assurer que les projets de loi respectent les lois que nous nous sommes
données au Québec et qui, malheureusement, par ce projet de loi, pourraient
être contournées ou pourraient être... pourraient être omises.
M. Girard (Groulx) : Oui,mais
c'est parce que ces organismes-là ne s'opposent au projet de loi, là, ça fait
que... Combien de ressources, selon vous, il manque au ministère de
l'Environnement?
M. Daigle
(Christian) :Bien, présentement,
minimalement, de rétablir le nombre d'inspecteurs que nous avions en 2018-2019
serait la base, leur permettre de pouvoir se déplacer...
M. Girard (Groulx) : Combien?
M. Daigle
(Christian) : Une centaine devrait normalement pouvoir
permettre de revenir à des bases d'inspection comme nous les avions, mais
surtout de leur donner les budgets pour pouvoir se déplacer, de pouvoir leur
donner les budgets pour pouvoir réaliser leur mission, qui est d'aller sur le
terrain. Parce que, présentement, le seul... les seuls cas où est-ce que les
personnes peuvent se déplacer, c'est uniquement lorsqu'il y a des dénonciations
et que l'autorisation est octroyée par le sous-ministre ou la personne qui en
fait office. Donc, de recevoir ou d'avoir à faire des suivis... Les suivis ne
sont faits uniquement que sur dénonciation ou que sur des cas où est-ce que
c'est une autodéclaration. Donc, l'autodéclaration, on ne dit pas qu'elle est
fausse, mais, lorsqu'un inspecteur se déplace et peut à ce moment-là constater
de visu, il peut également aviser l'organisme, le fermier, la personne de
choses qu'il devrait corriger également pour être encore plus conforme ou pour
respecter. Parce que les personnes qui ont à faire de l'autovérification n'ont
pas toutes les compétences que nos inspecteurs font à ce niveau-là.
M. Girard (Groulx) : OK. Puis
votre base, là, votre dénominateur, c'est combien d'inspecteurs, là? C'est
100... 100 inspecteurs sur combien d'inspecteurs?
M. Daigle
(Christian) :Présentement, ce que nous
avons, ce que j'ai indiqué tout à l'heure, si vous le permettez... on avait 350
inspecteurs en juillet 2024 seulement et on est rendus à 241, en deux ans
seulement, que nous avons perdus. Donc, si on pouvait minimalement rétablir ce
que nous avions à l'époque, il y a deux ans seulement, peut-être même plus un
peu avant, et leur donner l'autorisation de pouvoir se déplacer, de pouvoir
réaliser les mandats pour lesquels ils ont été embauchés, on pense qu'on serait
en mesure d'avoir plus d'inspections, d'avoir une plus grande conformité,
justement, de ce que le ministère doit faire pour respecter l'ensemble des
mandats qui sont dévolus aux différents organismes ou groupes qui ont des
projets en cours.
Je pense que mon collègue voudrait
rajouter une information.
M. Girard (Groulx) : Vous
estimez le coût de ça à combien, là? 100 inspecteurs, avec les moyens pour se
déplacer, ça coûte combien, ça?
M. Daigle (Christian) :Si on prend les inspecteurs qui peuvent émettre des
contraventions, donc, il y a une certaine récupération, mais quel est le coût
de laisser aller des projets qui...
M. Girard (Groulx) : Non,
mais ce n'est pas ça, ma question.
M. Daigle
(Christian) :Bien, je vais vous donner un
exemple très probant.
M. Girard (Groulx) : Non,
mais je vous ai posé une question.
M. Daigle
(Christian) :Oui. Le coût, je n'ai pas le
salaire des inspecteurs exactement, mais il y a...
Une voix : ...
M. Daigle
(Christian) : Pardon?
Une voix : ...
M. Daigle
(Christian) : Ah! environ 10 millions, qu'on on me dit. Donc...
M. Girard (Groulx) : OK.
M. Daigle
(Christian) : Mais le coût de laisser aller des choses et
d'avoir à se réveiller plusieurs décennies plus tard et d'avoir à corriger des
choses au niveau de l'environnement est d'autant plus grand. On peut penser
seulement aux mines dans le Grand Nord québécois qui nous coûtent des centaines
de millions par année pour restaurer des projets qui ont été laissés à
l'abandon, malheureusement.
M. Girard
(Groulx) :
OK.
Mais... Parce que l'objectif du projet de loi, c'est de faire des
projets d'importance stratégique qui vont avoir des retombées économiques
majeures qui nous permettent d'assumer nos missions de l'État, dont les deux
principales sont la santé et l'éducation. Alors, c'est pour ça que je vous pose
des questions. Puis c'est certain que 10 millions de coûts par rapport aux
retombées d'un seul de ces projets de loi là, ce n'est rien. Alors, ma
question, c'est : Si on faisait cet investissement-là de 10 millions,
est-ce que vous supporteriez le projet de loi?
M. Daigle
(Christian) :La difficulté n'est pas
l'investissement de 10 millions, puis on ne cherche pas d'une manière
corporatiste à ravoir des membres de notre côté. Ce qu'on cherche, c'est à
défendre un projet de société axé pour le développement de tous et chacun. Et,
si on fait fi des lois, si on fait fi des autorisations qui sont nécessaires,
de l'évaluation du BAPE également aussi, on se retrouve à ce moment-là avec des
autorisations qui n'auront pas été données, des évaluations qui n'auront pas
été faites et qu'on pourrait avoir des difficultés plus tard. Même si j'avais
plus d'inspecteurs, si on a contourné des lois ou si on n'a pas eu besoin de
regarder à travers ces lois-là, comment que les inspecteurs se présenteront là
par la suite, les autorisations ont déjà été données. Donc, même les personnes
ou les groupes qui seraient en contravention, on ne pourrait rien faire parce
que les autorisations auraient déjà été émises à ce moment-là.
M. Girard
(Groulx) : OK. Mais... Mais juste pour
être...
Une voix : D'ailleurs, si je
peux me permettre, pour les...
M. Girard (Groulx) : Bien, je
veux juste clarifier, là, pour être clair, là, il n'est pas question de faire
fi des avis du BAPE ou de la Commission de protection territoire agricole, là.
Les lois, elles restent, là. C'est... Tout ce qu'on veut, c'est accélérer les
processus.
M. Daigle (Christian) :Mais, dans le projet de loi, présentement, ce qui est... ce
qui est mentionné, c'est que l'avis du BAPE serait demandé, mais il ne serait
que...
M. Daigle
(Christian) :...consultatif, à ce
moment-là, il ne pourrait pas interdire les projets, parce que la désignation
aurait déjà été donnée et les...
M. Girard (Groulx) : Mais
un BAPE, c'est déjà consultatif.
M. Daigle
(Christian) :...à ce moment-là, les
projets auraient déjà été même entamés. Les projets auraient déjà été mis sur...
en place, ou certaines étapes du projet auraient déjà été réalisées. Donc, on
aurait de la difficulté à pouvoir renverser la vapeur. Comme, on peut prendre
l'exemple de Northvolt, où est-ce que l'ensemble de la base a été faite, les
milieux humides ont été saccagés à ce niveau-là, et on ne peut plus reculer à
ce moment-ci.
M. Girard (Groulx) : OK,
mais je veux être clair, là, le but ce n'est pas de ne pas respecter nos
obligations. Le but, c'est qu'une fois qu'un projet est désigné, on s'entend
sur un échéancier qui va accélérer les projets, OK? Puis on fait ça après avoir
consulté municipalités, Premières Nations, le promoteur, bien sûr, puis les
ministères et organismes. Après ça, bien, on veut accélérer. Il n'est pas
question de ne pas respecter nos lois ou de... Vous avez utilisé plusieurs fois
le verbe «contourner», là, puis là, ce n'est pas mon rôle de contredire les
gens qui présentent, là, mais on n'a pas l'intention de contourner les lois,
là. Ce n'est pas ça. Par contre, c'est certain, puis là je le dis à mes
collègues des oppositions, qu'à l'article 23, on se donne des pouvoirs
extraordinaires pour des situations exceptionnelles, pour des projets
d'importance majeure et stratégique qui vont bénéficier à qui? Au Québec. C'est
ça qui est important.
M. Daigle
(Christian) :Je comprends ce que vous
nous indiquez, puis je suis content de savoir que c'est votre intention. Mais
un ministre peut changer éventuellement, un gouvernement peut changer aussi, ce
projet de loi là est là pour les cinq prochaines années, minimalement. Quelle
sera l'intention du prochain ministre des Finances, si ce n'est pas vous? Quel
sera le prochain... l'intention du prochain gouvernement si ce n'est pas vous?
Et à ce moment-là, on ne peut pas la définir, et c'est là que les dérives
pourraient se passer. Si vous respectez l'ensemble de ce que vous nous dites
aujourd'hui, la situation peut être différente, mais pour l'instant, le projet
de loi permet une trop grande latitude pour permettre ça, et pour nous, pour ne
pas demander son retrait.
M. Girard (Groulx) : OK,
bien, personnellement, je fais confiance aux Québécois, là, puis je suis sûr
qu'ils éliront un bon gouvernement puis qu'il n'y aura pas de dérives, quel que
soit le ministre des Finances. Mais je comprends votre point, là. C'est une loi
qui a une durée de vie : cinq ans. Et puis, évidemment, ce n'est pas
garanti que je serai en poste cinq ans. Alors, moi, M. le Président, ça répond
à mes questions, puis je vous remercie énormément. C'était très clair. Puis je
vous remercie pour votre franchise, puis en même temps, je pense que ça va être
important qu'on continue à travailler ensemble, parce que ces projets-là sont
extrêmement importants pour le Québec. Et, en fait, c'est des projets que
toutes les juridictions veulent dans le monde. Et, nous, si on veut en avoir
quelques-uns, il va falloir être agiles.
• (18 heures) •
Le Président
(M. Laframboise) : Parfait. Donc, merci, M. le ministre.
Nous passons maintenant au député de Marguerite-Bourgeoys
pour 10 min 24 s.
M. Beauchemin : Merci,
M. le Président. Je vais partir mon horloge. Alors... Donc, je pense que ce qui
est important ici, c'était d'essayer d'établir de votre perspective à vous les
critères qui pourraient être ajoutés, peut-être, parce que je pense que c'est
ça l'enjeu, de votre perspective, il manque certains critères pour ajouter à la
désignation de projets d'importance nationale. Parce que si je comprends bien,
vous n'êtes pas contre le concept en tant que tel de faire avancer l'économie
du Québec puis qu'on veut tous... qu'on puisse avoir plus de revenus pour payer
les missions de l'État, etc. Mais où je pense que vous avez un questionnement,
en fait, c'est sur les critères à être utilisés, là, pour désigner ce qui pourrait
être, là, un projet d'importance nationale. Ça fait que, selon vous, c'est quoi
ces ajouts-là de critères qui seraient essentiels?
M. Daigle
(Christian) :Ce n'est pas tant les ajouts
que la mouture dans laquelle le projet de loi est fait présentement. La
difficulté qu'on rencontre dans le projet de loi, c'est qu'il y a trop de
facilité à ne pas avoir à, je dirais, rendre des comptes sur les lois et
règlements qui existent présentement au Québec. Ce qu'on veut, puis on l'a
annoncé la semaine passée lorsqu'on est venus pour le projet de loi n° 11, les allègements fiscaux, les allègements
réglementaires, pas réglementaires, les ajustements administratifs, on est tout
à fait d'accord avec ça. Puis même que si on pouvait avoir plus de gens pour
aider à alléger et à accélérer ces allègements-là, nous serions tout à fait
d'accord d'avoir plus d'allègement administratif pour aller plus vite dans la
réalisation, dans l'octroi d'autorisations, dans l'octroi des formulaires
nécessaires également, aussi en octroyant plus de temps pour les permis, ainsi
de suite. La difficulté que nous avons avec ça, c'est la possibilité qu'une...
que le Conseil exécutif puisse...
18 h (version non révisée)
M. Daigle (Christian) :
...court-circuiter certaines situations, certaines lois pour octroyer des
projets, alors que ce ne sera pas dans l'intérêt à long terme,
environnementalement, du Québec ou dans l'intérêt économique même du Québec, éventuellement,
si ce projet-là ne va pas dans les intérêts du Québec, ça pourrait nous coûter
plus cher, en bout de ligne, que ce qu'on va pouvoir récolter d'un tel projet à
ce moment-là.
M. Beauchemin : OK. Bien, je
vais poser ma question différemment, d'abord. Pour que ça puisse l'être
justement, dans des intérêts supérieurs du Québec à long terme, quels seraient,
d'abord, les critères qu'il faudrait ajouter à la définition de désignations de
projets pour qu'ils deviennent d'une importance nationale, selon vous?
M. Daigle
(Christian) :Il faudrait qu'on puisse, à
ce moment-là, la voir sous le respect de l'ensemble des lois et règlements du
Québec, quitte, justement, à peut être avoir un allègement administratif de
certains domaines, mais de ne pas passer outre celle-ci, de ne pas pouvoir
passer par-dessus d'autres aspects nécessaires au niveau des études à faire. Et
là je pense que je vais laisser mon collègue continuer, je pense qu'il voulait
en ajouter un petit peu aussi.
M. Saucier (Louis-Joseph) : Par
exemple, parce que nos critiques ne portent pas que sur le jeu de critères qui
sont avancés, mais sur le processus même de désignation, d'emblée où, à partir
du moment qu'une demande sera faite par un promoteur, la demande ne serait même
pas connue du public, ni aucun processus de consultation. Les critères d'ailleurs
qui sont avancés dans le projet de loi, non seulement il y en a un jeu
seulement de cinq, mais, comme M. Daigle l'a souligné, ne sont que facultatifs.
Quels autres motifs peuvent présider au choix, de façon opaque, de certains
projets désignés? Nous n'en avons aucune idée. Ça, c'est pour le processus de
désignation, pour le reste, tout ce qui est autour de l'octroi et pour... puis
ensuite pour la réalisation d'un projet, il en va du respect de nos lois et
règlements.
Ensuite, voyons à les... à pouvoir les
améliorer avec les ministères et organismes compétents, quelles améliorations
sont possibles. Mais là ce n'est pas ce qui est proposé du tout dans ce projet
de loi là, là c'est carrément de les court-circuiter. Tout à fait.
M. Beauchemin : Donc, si je
vous entends bien, là, les critères d'évaluation pour désigner un projet d'importance
nationale, c'est que, grosso modo, ce que vous dites, c'est qu'on doit se fier...
se fier au corpus actuel pour le désigner dans son ensemble. Il n'y a pas de...
il n'y a pas une ouverture pour voir s'il y aurait moyen d'accélérer ou d'optimiser
la chose. Parce que vous parlez des règlements, ça, je le comprends. OK, mais
dans le corpus actuel, qu'est-ce que vous voyez qui pourrait être amélioré en
termes de désignation?
M. Daigle
(Christian) :Bien, il faudrait pouvoir
travailler sur le corpus actuel. On n'est pas contre le fait de bonifier le
corpus, de l'alléger, de voir ce qu'on peut faire. Mais il ne faut pas court-circuiter
ce corpus-là et de n'avoir que des critères qui sont facultatifs. Il faut qu'on
puisse avoir la possibilité de pouvoir savoir qu'est-ce qui s'en vient comme
projet, de pouvoir questionner qu'est-ce qui s'en vient, de ne pas avoir un
projet qui chemine sans que nous sachions quel est ce projet, et de pouvoir
questionner, dès le départ, afin de pouvoir arriver à la fin avec un consensus
qui va venir au niveau de la population, va venir au sein de l'ensemble des
parlementaires, peut être même pour pouvoir faire avancer ce projet-là le plus
rapidement. Mais, pour l'instant, le fait de ne pas savoir ce qui se passe,
que ce soit derrière des portes closes, de ne voir que le projet qui une fois
qu'il est désigné seulement, et de voir peut-être à ne pas à... à ne pas avoir
à regarder les critères, bien, nous on pense qu'on fait fausse route en le
faisant ainsi. Il faudrait, si on veut en designer, de nouveaux critères, en
ajouter ou, si on veut alléger certains critères, qu'on puisse en discuter.
Mais ce n'est pas ce que le projet de loi présente présentement. Le projet de
loi, ce qu'il amène, c'est la possibilité de simplement les avoir de manière
facultative.
M. Beauchemin : Mais là, ici, on
est en train d'essayer de... On vous écoute puis on essaie d'amener des
propositions d'amendement pour aider le gouvernement à avoir un projet de loi
qui serait plus socialement acceptable pour tous, puis que votre recommandation
puisse peut-être être changée éventuellement. L'objectif, donc, c'est de
comprendre... Donc, on recommence à zéro. De votre perspective à vous, là, quelles
seraient les choses qu'il faudrait qu'il soit inclus dans ce projet de loi là, pour
que ça puisse être acceptable pour vous, à part de dire qu'on prend toute la
réglementation actuelle, puis on la laisse telle quelle?
M. Daigle
(Christian) :Il faudrait qu'on puisse
vous revenir là-dessus, parce que, dans le passé, lorsqu'on a donné notre
opinion, malheureusement, très peu ou jamais nous avons été écoutés de la part
du gouvernement. Donc, il faudrait qu'on puisse se pencher... Donc, c'est pour
ça qu'on est arrivé avec ce style de réponse là au projet de loi qui était
déposé. Parce que savoir qu'on aurait eu... pu être écoutés, qu'on aurait pu, à
ce moment-là, avoir un impact, on nous aurait peut-être amené des propositions
différentes, mais ce n'est pas le cas. À toutes les fois que nous avons voulu
intervenir auprès du gouvernement dans différents dossiers, malheureusement,
notre opinion a été...
M. Daigle
(Christian) :...toujours été ignoré, la
plupart du temps.
M. Beauchemin : OK. Si on le
pense... si on le prend d'un autre d'abord, de votre point de vue à vous, là,
voyez-vous dans la société québécoise, dans un contexte, là, global,
nord-américain, là, je parle, des projets qui pourraient être bénéfiques pour
l'économie plus... pour tous les citoyens du Québec, incluant évidemment le
gouvernement du Québec qui lui pourrait donc générer plus de revenus, là. Il y
en-tu dans votre façon de voir les choses, là, des projets qui pourraient être
dans cette catégorie-là?
M. Daigle
(Christian) :Il y a une multitude de
projets qui peuvent être dans cette catégorie-là, nos prédécesseurs en ont fait
par, minimalement en environnement, où est-ce qu'il y a des projets qui vont
amener une injection d'argent, qui vont amener des retombées, qui vont amener
le Québec à se décarboner, qui vont aider la planète à se décarboner également
aussi. Minimalement, ce type de projet là est très parlant, mais il faut qu'on
puisse, justement, s'assurer que l'ensemble des règles sont suivies si on...
met un projet pour justement aider l'environnement, mais que ce projet-là a
besoin d'autorisation, qui va faire... qui va faire en soit que des... milieux
humides vont être asséchés, qu'on va avoir à passer sur des milieux naturels,
qu'on va avoir à passer à travers des, je ne sais pas, des parcs naturels, des
réserves fauniques que nous avons au Québec. Donc le coût pour avoir ces
projets-là, pour avoir ces mégas projets-là qui sont bénéfiques, serait plus
grand et serait irréversible aussi. Donc, oui, il peut y avoir des projets
puis, des projets, ça peut être des projets industriels également aussi, qui
vont amener une économie... qui va amener un développement économique aussi
pour le Québec, qui vont aller dans la bonne direction. Ça, on n'a aucun
problème de ce côté-là, on sait qu'il peut y avoir des projets qui sont
porteurs. Il faut juste le faire dans le respect des règles, mais on peut
trouver des manières d'accélérer les choses en ayant également des
fonctionnaires qui vont être là dans les différents ministères qui vont pouvoir
accélérer le traitement de ces demandes-là. On n'a aucun problème à mettre sur
la «fast track», en bon français.
M. Beauchemin : Justement sur
ça, sur ce point-là, comment donc proposez-vous de trouver un moyen de faire
accélérer, de les mettre sur le «fast track»? Quelle est votre proposition pour
mettre sur le «fast track»?
M. Daigle
(Christian) :Bien, pour ça, il peut y
avoir minimalement le bon nombre de personnes pour pouvoir justement rendre des
comptes, de pouvoir faire les suivis nécessaires aussi. Présentement, lorsqu'on
coupe, on coupe des employés qui, lorsque la personne quitte, elle n'est pas
remplacée. Alors, on devrait minimalement avoir à regarder l'impact de cette
coupure-là et de pouvoir remplacer si le ministère le... en fait le choix, et
de pouvoir remplacer les bonnes personnes au bon poste, parce que ce n'est pas
ce qui se passe présentement. Lorsqu'on perd un effectif, il n'est pas remplacé
purement et simplement à moins d'avoir une autorisation de la part du Conseil
du trésor, là. C'est beaucoup demander présentement, sauf exception, pour
pouvoir remplacer chaque poste. Alors, on ne demande pas de remplacer chaque
poste, mais de minimalement les postes qui ont un besoin ou qui seraient dans
cette lignée-là, il faudrait pouvoir justement arriver et trouver des solutions
aux postes qui sont coupées parce qu'on ne fait qu'allonger les délais
présentement. Et la semaine passée, j'avais expliqué à l'un de vos collègues de
votre parti également que la situation ne fait qu'empirer en morcelant les
tâches et en ajoutant des délais supplémentaires parce que les personnes qui
viennent ou les compagnies qui viennent demander des autorisations, on...
doivent s'adresser à plusieurs personnes alors que c'est pour un seul et même
dossier. Alors si la personne pouvait minimalement s'occuper du dossier de A
jusqu'à Z, elle serait capable de donner les autorisations et de faire le
suivi, quitte à vouloir rappeler la compagnie... pour lui dire : Heille!
avant qu'on soit rendu dans deux, trois semaines, je vais avoir besoin d'un tel
formulaire, prépare les choses, je vais avoir besoin qu'il soit prêt. Plutôt
que d'attendre que le collègue appelle au bout de trois semaines et là de
retarder encore plusieurs semaines l'octroi d'un permis ou d'une autorisation.
• (18 h 10) •
Le Président (M. Laframboise) :
Merci beaucoup, M. le député de Marguerite-Bourgeoys, c'est tout le temps que
nous avions. M. le député de Taschereau, pour trois minutes 28 secondes.
M. Grandmont : Merci
beaucoup. Merci à vous trois. Merci pour votre mémoire. Je veux revenir sur le
BAPE. Le fait que l'autorisation unique peut être donnée ou, en fait, que les
travaux préparatoires peuvent être lancés avant la tenue d'un BAPE qui peut...
qui peut avoir lieu, évidemment, là. Est-ce que ça ne vient pas, dans le fond,
périmé d'avance, la consultation sur un projet qui est d'emblée irréversible,
dans le fond? Est-ce qu'on ne vient pas, dans le fond, rendre cette... de facto
rendre cette consultation-là caduque, là, parce que le projet avance de toute
façon?
M. Daigle
(Christian) :Effectivement, c'est un peu
ce qu'on indiquait à travers notre mémoire, ou à travers la présentation que
j'ai faite, ou est-ce qu'on met la charrue devant les bœufs. Donc, en ayant un
BAPE qui se fait après le début des travaux, puis on vient irrémédiablement
changer le milieu, changer la situation écologique d'un endroit. Alors qu'une
fois que le BAPE aura passé, s'il dit : Bien, ce n'était pas correct de
faire ça. Bien c'est trop tard, c'est déjà fait, ça fait que là qu'est ce qu'on
va faire? Bien on va juste le permettre et de continuer à ce moment-là. Pour
nous, oui, il y a un impact négatif à ce niveau-là. Puis tu voulais rajouter...
M. Saucier (Louis-Joseph) : Oui.
Par rapport au BAPE, là, justement, tu sais, puis de façon aussi plus... un peu
plus générale, bien, les bons projets pour le Québec se doivent aussi d'être
exemplaires avant leur mise en œuvre et ensuite pour la réalisation. Et ce
n'est malheureusement pas en tentant d'imposer...
M. Saucier (Louis-Joseph) : ...avec
autorité des projets qu'on va améliorer les perspectives d'acceptabilité
sociale. Au contraire, ça ne pourrait qu'attiser la contestation peut-être, à
juste titre. Alors que, par exemple, pour le BAPE, il a été... il a été
démontré, même, par des chercheurs... et je vais vous donner, même, la citation
à l'instant, disant que, justement, en forçant les promoteurs à améliorer leurs
projets, «les promoteurs développent des nouveaux outils pour rendre leur
projet plus acceptable pour la population». Donc, c'est... c'est pourtant ce
qu'on cherche à court-circuiter.
M. Grandmont : Donc, le BAPE
est vraiment... le BAPE est vraiment un moment important, justement, qui joue
sur l'acceptabilité sociale, mais aussi sur l'amélioration des projets...
M. Saucier (Louis-Joseph) : Sur
l'amélioration des projets aussi.
M. Grandmont : Peut-être, sur
l'opacité du lobbying, est-ce qu'à votre avis le projet de loi offre des
balises de transparence suffisantes au regard environnemental, d'une part, mais
aussi au regard des intérêts des multinationales versus des projets qui
auraient une saveur plus locale, des PME locales ou des projets communautaires?
M. Daigle
(Christian) :Non. On pense, justement,
qu'il manque de transparence à ce niveau-là, puis qu'on aurait besoin de
changer ce qui est inscrit dans le projet de loi pour permettre plus de
transparence.
M. Grandmont : Oui? Parfait.
Le fait que des lois peuvent être rajoutées par décret à ce projet de loi là,
dans le fond, est-ce que, pour vous, ça vous semble quelque chose d'assez
démocratique, dans le sens de l'État de droit?
M. Daigle
(Christian) :Pas du tout. C'est plutôt le
contraire. Alors, nous, on pense que ces lois-là qui devraient être ajoutées ne
doivent pas être dans l'intérêt seulement d'un projet, seulement d'une
compagnie ou d'un intérêt corporatif, mais devraient se faire sous... avec
l'ensemble des parlementaires, en débat, et de pouvoir, justement, voir le
bien-fondé. Peut-être qu'une loi serait nécessaire. On ne sait pas qu'est-ce
qui va se passer dans cinq ans, dans 10 ans ou dans 20 ans, puis ça se peut que
des projets de loi... on apprenne quelque chose puis qu'on doive faire un
projet de loi. Mais si on le fait, puis on le fait de manière connue de tous et
chacun, bien, l'ensemble des gens seront d'accord avec ce projet de loi là, et
nous aurons une plus grande acceptabilité, et même, le gouvernement aura une
plus grande....
M. Grandmont : Une plus
grande légitimité, à tout le moins, là.
M. Daigle
(Christian) :Une plus grande légitimité,
effectivement, je vais changer mon mot, une plus grande légitimité de pouvoir
faire ça, et d'avoir la valeur ajoutée, à ce moment-là, d'avoir été à
l'avant-scène de la mise en place d'un projet de loi qui va amener encore plus
de retombées sur le Québec.
M. Grandmont : Merci beaucoup.
Le Président (M. Laframboise) :
...député de Taschereau. M. le député de Jean-Talon, pour
2 min 38 s.
M. Paradis : Bon, très bien.
Vous vous opposez à l'ensemble du projet de loi, mais, en fait, ce qui vous...
ce que vous calculez de point le plus ahurissant du projet de loi, c'est le
fait que le gouvernement s'octroie la possibilité, à l'encontre de l'ensemble
du processus législatif normalement prévu ici, de modifier toute loi et tout
règlement qui est prévu à l'annexe I, ça, c'est l'article 23 du projet de loi,
mais qu'ensuite à l'article 22, on dit : Vous pouvez rajouter n'importe
quelle loi dans cette annexe-là, et que, par ailleurs, il s'octroie aussi le
pouvoir de prendre les décisions, les permissions habituelles, à l'article 17,
là, du projet de loi, de dire : Bien, quand... quand on est dans ce
cadre... de ce projet de loi là, c'est moi qui, finalement, qui... octroie les
permissions. C'est ça qui vous paraît le plus difficilement acceptable dans le
projet de loi, n'est-ce pas?
M. Daigle
(Christian) :...on n'est pas pour l'essor
économique du Québec, on n'est pas pour avoir de grands projets de société,
avoir de grands projets économiques au Québec. On est contre la manière dont on
veut l'apporter via ce projet de loi là. Ce qu'on souhaite, c'est qu'on ait une
nouvelle mouture du projet de loi pour permettre plus de clarté, plus de
clarifications, et de permettre une plus grande transparence à travers tout le
processus qui est apporté.
M. Paradis : Puis, en fait,
ce que vous dites, c'est que, par décret, le gouvernement pourrait faire passer
l'ensemble du corpus législatif québécois, ou à peu près, dans l'annexe I, sauf
ceux qui sont expressément mentionnés, il y en a 19. Mais, à part de ça, tu
pourrais... le gouvernement pourrait mettre tout là-dedans, et là il n'a
plus... il n'a plus l'obligation de venir, finalement, avec les députés ici,
faire passer des projets de loi ou des modifications, tout est dans l'annexe,
puis là il peut tout faire. C'est... c'est ça, là, le problème.
M. Daigle
(Christian) :Bien, c'est la possibilité
présente, elle est là dans le projet de loi. On ne dit pas que c'est
l'intention du ministre présentement, mais on dit que, présentement, le projet
de loi permet ça, et c'est ça qui nous pose problème.
M. Paradis : Puis ça,
qu'est-ce que ça voudrait dire, là, pour les membres du gouvernement, là, qui
sont chargés de l'application des lois?
M. Daigle
(Christian) :Bien, ça veut dire qu'on
ferait du travail qui serait juste de la paperasse parce qu'il n'y aurait plus
aucune possibilité de vouloir contraindre quoi que ce soit si les projets sont
déjà autorisés. Si, à partir de la désignation qui est faite, on arrive et
qu'on permet d'avoir des choses qui sont contraires aux lois, même si j'ai un
inspecteur qui passe après, l'autorisation a déjà été donnée. Alors, ça sert à
quoi de vouloir faire un constat d'une infraction, de vouloir émettre une
amende, à ce moment-là, s'il n'y a pas de possibilité contraignante pour la
compagnie, étant donné que la désignation ou l'autorisation a déjà été donnée
au niveau de celle-ci?
M. Paradis : Donc, de la
paperasse, mais, comme vous le dites dans votre mémoire, ils seraient
dépouillés de leurs pouvoirs et responsabilités et devraient dégager du chemin.
M. Daigle
(Christian) :Tout à fait.
M. Paradis : Très bien.
Merci.
Le Président (M. Laframboise) : Merci
beaucoup, M. le député de Jean-Talon. Merci, M. Daigle, M. Caron, M. Saucier,
je vous remercie pour la contribution du Syndicat de la fonction publique et
parapublique du Québec à nos travaux.
La commission ajourne ses travaux à
demain, après les...
Le Président (M. Laframboise) : ...touchant
les travaux des commissions. Merci beaucoup.
(Fin de la séance à 18 h 17)