Journal des débats de la Commission des institutions
Version préliminaire
43e législature, 1re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
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Le
jeudi 23 novembre 2023
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Vol. 47 N° 50
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 40, Loi visant notamment à réformer les cours municipales et à améliorer l’efficacité, l’accessibilité et la performance du système de justice
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Intervenants par tranches d'heure
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Morin, André Albert
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Nichols, Marie-Claude
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Jolin-Barrette, Simon
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Bachand, André
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Bourassa, Kariane
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Morin, André Albert
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Labrie, Christine
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Nichols, Marie-Claude
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Jolin-Barrette, Simon
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Bachand, André
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Bourassa, Kariane
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Lemieux, Louis
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Morin, André Albert
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Labrie, Christine
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Nichols, Marie-Claude
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Bachand, André
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Jolin-Barrette, Simon
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Boivin Roy, Karine
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Morin, André Albert
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Morin, André Albert
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Bachand, André
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Labrie, Christine
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Nichols, Marie-Claude
11 h 30 (version révisée)
(Onze heures quarante minutes)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour à tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte. Je vous souhaite, bien sûr, la bienvenue.
La commission est réunie afin de procéder
aux consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 40,
Loi visant notamment à réformer les cours municipales et à améliorer
l'efficacité, l'accessibilité et la performance du système de justice.
Avant de débuter, M. le secrétaire, y a-t-il
des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Zanetti (de Jean-Lesage) est remplacé par Mme Labrie
(Sherbrooke).
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, nous
allons débuter ce matin par les remarques préliminaires puis nous entendrons
par la suite les organismes suivants : la Fédération québécoise des
municipalités et l'Union des municipalités du Québec.
Remarques préliminaires
Donc, en remarques préliminaires, M. le
ministre, pour une période de six minutes, s'il vous plaît.
M. Simon Jolin-Barrette
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. Donc, on est réunis aujourd'hui pour les consultations
particulières sur le projet de loi n° 40, Loi visant notamment à réformer
les cours municipales et à améliorer l'efficacité, l'accessibilité et la
performance du système de justice. Et je tiens particulièrement, M. le
Président, à insister sur les mots, dans le titre du projet de loi... sur
«améliorer l'efficacité, l'accessibilité et la performance du système de
justice».
Vous savez, M. le Président, c'est un des
défis qu'on a dans le domaine de la justice, d'avoir un système de justice qui
répond aux besoins des justiciables, un système de justice qui est efficace,
qui est accessible, qui est humain, mais surtout qui répond aux besoins des
justiciables en termes de temps, de délai, de disponibilité. Les citoyens s'attendent
à ce qu'on ait un système de justice qui soit performant, et il faut prendre
les moyens pour agir en ce sens-là.
Et, lorsqu'on parle de performance, ce n'est
pas un mot, M. le Président, qui doit être vu d'une façon péjorative. On
travaille... Moi, comme ministre de la Justice... puis je le sais également que
les cours municipales travaillent dans cette direction-là, les membres de la
magistrature également travaillent dans cette direction-là, les procureurs, les
greffiers, on veut que ça fonctionne, le système de justice. Mais il faut
donner des outils aux différents acteurs du système de justice, M. le Président,
pour que ce soit efficace, pour que ce soit performant. Puis la performance, M.
le Président, ça se traduit notamment... et l'efficacité, dans la transparence.
On doit être en mesure, M. le Président, désormais, dans le cadre de nos
tribunaux, de faire en sorte de pouvoir mesurer.
Vous savez, on parle souvent de tableaux
de bord. Bien, ça, je pense que plus on aura d'informations, plus on va être en
mesure de savoir où on doit agir, où on doit mettre des ressources ou comment
est-ce qu'on doit changer nos façons de travailler pour s'assurer que les
délais pour les citoyens soient le plus court possible, lorsqu'on est en
matière d'infractions criminelles, que les personnes victimes puissent passer
rapidement à autre chose un coup qu'ils ont raconté leur histoire. Et ça, ça
fait partie de l'aspect humain du système de justice. On ne peut plus tolérer
des délais qui durent des mois et des mois dans tous les niveaux du système de
justice.
Je dois dire qu'au niveau des cours
municipales, M. le Président, on a une structure, avec le projet de loi, qui va
devenir beaucoup plus agile et beaucoup plus efficace. On fait en sorte de
transformer, conformément aux recommandations du rapport sur la rémunération
des juges qui a été entériné par l'Assemblée nationale... de faire en sorte que
les juges à la séance vont devenir des juges à titre exclusif, donc à temps
plein, et compétents sur l'ensemble du territoire québécois. Ça, ça va
permettre, M. le Président, au juge municipal en chef et aux juges
coordonnateurs, parce qu'on crée quatre postes de juges coordonnateurs, d'avoir
la flexibilité d'assigner les juges pour être le plus optimal possible, pour
répondre aux besoins des justiciables et des municipalités en fonction des
horaires. Vous savez, les justiciables, là, c'est 12 mois par <année
qu'ils ont...
M. Jolin-Barrette :
...
des horaires. Vous savez, les justiciables, là, c'est 12 mois par >année
qu'ils ont des besoins. On ne peut pas fermer des cours municipales pendant
trois, quatre mois, M. le Président, parce que les citoyens québécois doivent
pouvoir avoir un service public qui est la justice.
M. le Président, vous le savez, vous
connaissez notre gouvernement, on est dans une optique d'améliorer les choses,
de les rendre plus efficaces, mais aussi plus accessibles. Et ça rime ensemble.
M. le Président, d'avoir une justice du XXIe siècle, l'utilisation des
moyens technologiques, le fait d'avoir plus de flexibilité, le tout, M. le
Président, en préservant le fait d'avoir des tribunaux qui sont neutres, qui
sont indépendants, où l'indépendance judiciaire est respectée.
Mais ça ne signifie pas, M. le Président,
que le fait d'avoir davantage de transparence, d'efficacité, de performance...
que ça porte atteinte à l'indépendance judiciaire, M. le Président. Et il faut
avoir de la souplesse et surtout il faut faire en sorte que la justice soit une
justice de qualité qui est rendue de façon neutre et impartiale, mais que le
citoyen y trouve son compte. Donc, que le citoyen soit condamné sur une
infraction de nature pénale qui est entendue par une cour municipale, qu'il
gagne ou qu'il perde, l'important c'est qu'il ait un procès juste et équitable,
en toute impartialité. Mais le procès, il ne doit pas se dérouler des années
plus tard. On doit faire en sorte d'organiser le travail de façon à faire en
sorte que les citoyens n'auront pas à attendre des mois et n'auront pas à
attendre des journées, aussi, avant de pouvoir passer à la cour. Quoi de plus
frustrant pour un citoyen, M. le Président, que lorsqu'il est convoqué à
9 h 30 le matin, puis qu'il est rendu 16 h 30, puis qu'il
n'est pas passé? Alors, il faut changer nos façons de travailler.
Et notamment, dans le cadre du projet de
loi, on réforme la structure des cours municipales, mais on fait aussi en sorte
de permettre de transformer les infractions de nature pénale, notamment de
stationnement pour les municipalités, en sanctions administratives pécuniaires
avec un régime qui va faire en sorte d'avoir un réviseur administratif et, par
la suite, un décideur administratif, si jamais le citoyen conteste, pour faire
en sorte de libérer, notamment, la cour municipale de Montréal dans le cadre
des... dans une gestion efficace des ressources judiciaires, notamment des
juges, et d'économiser du temps de juges de cinq à six juges, parce que
72 % du volume de la cour municipale de Montréal, ce sont des
contraventions de stationnement, et ces juges-là pourront traiter d'autres
dossiers d'une gravité objective plus importante, dans le souci, notamment,
d'être plus efficaces. Et surtout, ça va permettre, par la sanction pécuniaire,
d'avoir une structure qui va permettre aux citoyens d'avoir davantage une
justice sur rendez-vous, flexible, moins formelle et accessible, tout en
garantissant les droits de tous et chacun. Je vous remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. M. le député d'Acadie,
pour 3 min 36 s, s'il vous plaît.
M. André Albert Morin
M. Morin : Merci. Merci,
M. le Président. Alors, très heureux de vous retrouver, avec ma collègue la
députée de Westmount—Saint-Louis, pour l'étude d'un autre projet de loi qu'a
déposé le ministre de la Justice en ce qui a trait, évidemment, à la réforme
des cours municipales.
J'ai écouté attentivement M. le ministre
qui vient de nous parler d'accessibilité et d'efficacité. Évidemment, on ne
peut pas être contre l'accessibilité et l'efficacité. On veut que tous les organes
de l'État soient efficaces et accessibles, à commencer par, évidemment, les
tribunaux. Mais, avec l'accessibilité et l'efficacité, il y a d'autres notions
qui s'y rattachent, notamment celle de l'indépendance de la magistrature. Et je
dois avouer qu'avec le projet de loi, puis j'ai très, très hâte d'entendre des
groupes s'exprimer là-dessus, ma lecture fait en sorte que je pense qu'à ce
niveau-là le ministre rate la cible complètement, même chose pour
l'indépendance des procureurs poursuivants.
En fait, je vous dirais que, si le
ministre avait voulu, à mon avis, véritablement avoir un système judiciaire
performant et accessible, il aurait intégré les cours municipales au sein de la
Cour du Québec pour unifier les cours de première instance au Québec plutôt que
de les multiplier. Et ça, je pense que ça aurait été véritablement une réforme
qui aurait permis, entre autres, bien sûr, d'unifier les cours municipales,
mais d'avoir une autonomie des tribunaux et faire en sorte qu'il y ait,
évidemment, non pas une espèce de, comment dirais-je... de tribunaux qui vont
être multipliés au niveau des tribunaux de première instance, mais d'avoir
véritablement une consolidation, comme ça a été fait, il y a bien des années,
avec la Cour du Québec, avec la création de la Cour du Québec. Parce que,
rappelez-vous, à une certaine époque, il y avait la Cour des sessions de la
paix, il y avait la Cour provinciale, etc., le <Tribunal...
M. Morin :
...
époque, il y avait la Cour des sessions de la paix, il y avait la Cour
provinciale, etc., le >Tribunal de la jeunesse. Donc là, je pense que le
ministre avait une occasion, et malheureusement ce n'est pas ce qui est
présenté dans le projet de loi.
J'ai hâte d'entendre les groupes parce
qu'on dit, évidemment, que le fonctionnement de ces cours-là vont être à la
charge des municipalités. Il ne semble pas y avoir de fonds supplémentaires qui
ont été... qui vont être donnés aux villes. Et, quand je lis certains des
articles, évidemment, on n'est pas contre l'accessibilité et la performance,
mais, quand on dit que le juge en chef, par exemple, doit répondre à des
objectifs de performance et aux besoins des municipalités, bien, écoutez, moi,
en ce qui a trait à l'indépendance judiciaire, ça permet de me questionner. Même
chose avec les procureurs, le projet de loi pourrait inclure les procureurs
municipaux au sein du DPCP. Ça ne semble pas être le cas. Plutôt, on va avoir
une espèce de système hybride où le DPCP pourra donner des directives, mais les
procureurs resteront indépendants lors des poursuites devant les cours
municipales.
Donc, très hâte d'entendre les groupes
parce que je pense que le ministre avait là une opportunité importante de créer
un système unifié, efficace, accessible et non pas de multiplier les tribunaux
de première instance. Ce n'est pas ce qui est fait avec le projet de loi. Et
donc j'ai très hâte, comme je le disais, d'entendre les différents groupes qui
vont venir nous livrer leurs impressions sur ce projet de loi. Je vous
remercie.
• (11 h 50) •
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Vaudreuil, pour 1 min 12 s.
Mme Marie-Claude Nichols
Mme Nichols : Oui. Je
vais être très courte, succincte comme... Aller droit au but, M. le Président,
c'est toujours mon objectif. Alors, voilà.
Merci, merci, M. le ministre, de déposer
un projet de loi. C'est important. On l'entend souvent dans nos bureaux de
comté, les citoyens ne sont pas contents, c'est long, aller à la cour
municipale, ils manquent des rendez-vous, c'est vrai. On comprend l'objectif de
l'efficacité puis de l'accessibilité.
Cependant, il y a des... il y a tout de
même, là, des... des points qui sont très importants dans ce projet de loi là.
Puis je suis contente parce qu'on va entendre d'emblée la FQM, l'UMQ, on va
entendre nos municipalités. Parce que, moi, ma grande inquiétude, comme
ancienne élue municipale, c'est certainement l'impact financier qu'on va... tu
sais, qu'on va jeter comme ça, là, dans la cour de nos municipalités. C'est une
préoccupation importante, très importante. Donc, voilà, ce sera certainement
une des priorités sur lesquelles je mettrai l'accent.
Et évidemment je vais aussi porter une
attention particulière au principe de l'indépendance judiciaire. Comme le
disait mon collègue, c'est un principe à lequel il ne faut pas déroger. Et,
bien que le ministre a travaillé longtemps dans la cour municipale de Montréal,
M. le ministre, on pourra, évidemment, profiter de cette expertise-là, mais on
apportera aussi nos points pour... pour améliorer le présent projet de loi.
Auditions
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, nous
allons débuter nos auditions et on commence avec la Fédération québécoise des
municipalités. Merci beaucoup d'être avec nous. Alors, comme vous savez, vous
avez 10 minutes de présentation, mais je débuterai en demandant de vous
présenter et de débuter votre exposé. Merci beaucoup d'être avec nous.
Fédération québécoise des municipalités (FQM)
M. Lefrançois (Pierre) : Merci,
M. le Président de la commission. M. le ministre, Mmes, MM. les membres de la
commission, mon nom est Pierre Lefrançois, je suis le maire de la municipalité
de L'Ange-Gardien, je suis le préfet de la MRC de La Côte-de-Beaupré et membre
du conseil d'administration de la Fédération québécoise des municipalités. Je
suis accompagné de Me Sylvain Lepage, directeur général de la FQM, que
plusieurs d'entre vous connaissent déjà.
La FQM réunit sur une base volontaire plus
de 1 000 membres, dont la totalité des MRC. La FQM est le
porte-parole des régions, et nous vous remercions pour votre invitation à venir
vous présenter nos commentaires et recommandations sur le projet de loi
n° 40, loi visant notamment à la réforme des cours municipales et à
améliorer l'efficacité, l'accessibilité et la performance du système
judiciaire.
D'entrée de jeu, la FQM est d'avis que les
cours municipales jouent un rôle clé dans notre système de justice et que par...
le projet de loi n° 40 offre une opportunité d'élargir leurs compétences.
La FQM remercie d'ailleurs le ministre de permettre la réflexion et la
discussion sur ce sujet avec le dépôt de ce projet de loi.
Comme dans toute réforme, nous croyons
qu'il est important de préserver ce qui fonctionne efficacement. En tant que
représentante des municipalités et des régions, la FQM cherche aussi à éviter
que certains changements viennent alourdir le fonctionnement des cours
municipales. Rappelons que ce service de proximité, financé entièrement par les
municipalités, est déjà reconnu pour son accessibilité, son agilité et sa
souplesse.
Notre mémoire fait donc état de nos
questionnements et de nos <inquiétudes quant...
M. Lefrançois (Pierre) :
...
souplesse.
Notre mémoire fait donc état de nos
questionnements et de nos >inquiétudes quant au projet de loi n° 40,
mémoire que vous présentera plus en détail Me Lepage dans quelques minutes,
comme, notamment, le fardeau financier additionnel qui pourrait résulter de
cette réforme pour les municipalités. J'espère donc que vous porterez une
attention particulière aux recommandations faites par la FQM.
Je vous remercie et laisse maintenant la
parole à Me Lepage, qui fera la présentation de nos recommandations.
M. Lepage (Sylvain) : Alors,
merci beaucoup, M. Lefrançois. M. le ministre, MM., Mmes les députés, je
vous remercie beaucoup de nous entendre aujourd'hui. Comme M. Lefrançois
vient de vous dire... le dire, pardon, d'abord, c'est important de souligner
que la FQM est satisfaite du projet de loi. De façon générale, nous pensons que
c'est une occasion de se poser la question sur l'étendue de la compétence des
cours municipales.
Comme ça a été souligné abondamment par
plusieurs intervenants, là, au cours des dernières années, les cours
municipales offrent vraiment... vraiment un service et une — je
cherche le bon mot, je m'excuse — une accessibilité, pardon, exemplaire
à cet égard-là. Et c'est une chose qui non seulement doit être encouragée, mais
élargie à d'autres types de recours, comme on va le voir un peu plus tard. Donc,
pour nous, nous espérons que c'est... il s'agit là d'une première étape vers un
élargissement graduel de la compétence des cours municipales et qui pourrait
contribuer largement à désengorger davantage nos tribunaux judiciaires, qui,
comme vous le savez... Un des reproches principaux que les citoyens leur
adressent, c'est le coût et le temps que ça prend avant de finir par rencontrer
un juge.
Alors, nous sommes également satisfaits,
et je tiens à le souligner, là... le fait que l'on retrouve, au projet de loi,
certains commentaires que nous avions faits directement à M. le ministre dans
le cadre, là, de consultations que le ministère de la Justice avait organisées
et avec... On a été très satisfaits, c'est le moins qu'on puisse dire, de voir
que ça n'avait pas été des consultations factices, mais qu'on retrouvait au
projet de loi vraiment des items qui reprenaient les positions que nous avons
défendues.
Alors, nos commentaires vont être
relativement brefs, elles vont porter sur les sujets suivants : d'abord, le
partage du territoire du Québec en territoires, là, de coordination;
deuxièmement, le coût et les aspects financiers de la réforme proposée;
troisièmement, la compétence des cours municipales; et finalement
l'incompatibilité de fonction pour les personnes oeuvrant en poursuite.
Alors, en ce qui concerne, d'abord, le
partage du territoire du Québec en régions de coordination, nous sommes tout à
fait d'accord sur le principe. Ceci dit, pour nous n'apparaît pas suffisamment
clairement la possibilité pour le juge en chef de prendre des juges d'une
région de coordination vers une autre région de coordination. Et on peut
imaginer facilement des situations où le juge en chef, pour toutes sortes de
raisons d'efficacité, pourrait souhaiter emprunter, si je peux m'exprimer
ainsi, là, un juge d'un côté pour le faire siéger ne serait-ce que
temporairement, par exemple en cas de maladie ou en cas d'urgence, dans une
autre région de coordination. Alors, il devrait y avoir un mécanisme qui permet
justement au juge en chef de répartir ses effectifs sans, évidemment, faire en
sorte — parce qu'on sait qu'en vertu de la loi vous êtes nommé, là,
rattaché à une cour — sans demander à quelqu'un qui siège à Sept-Îles
d'aller siéger à Gatineau mais quand même de pouvoir répartir et d'agir dans
les situations qui pourraient le mériter.
Alors, évidemment, on suggère également de
prévoir un mécanisme pour revoir, là, ces... ce partage-là, puisqu'à l'usage il
est possible qu'on se rende compte que le partage n'est pas optimal et qu'il
aurait lieu d'y apporter certains ajustements. Le fait que ce soit fixe dans
une loi... Vous connaissez la lourdeur, là, de modifications potentielles à ce
type de dispositions législatives là. Alors, il devrait y avoir un mécanisme
qui permet peut-être au ministre d'ajuster, justement, là, de façon plus simple
le territoire, là, des... territoire de coordination en cause.
Deuxièmement, les aspects financiers. Le
projet de loi prévoit qu'il y aura un règlement qui va régler les questions
financières. C'est important que vous sachiez qu'il y a certaines cours
municipales qui sont déjà déficitaires une année sur deux ou même quelques
années, puis c'est le cas, par exemple, de la cour municipale de la
Côte-de-Beaupré. Alors, il est extrêmement important qu'il y ait une analyse
approfondie. Puis évidemment on va participer, là, aux consultations qui auront
lieu relativement à la réglementation. Mais les cours municipales ne doivent
pas devenir un fardeau financier, puisqu'au bout de la ligne vous savez ce qui
va se passer, les MRC, qui gèrent, évidemment, des deniers publics puis des
taxes municipales, vont se mettre à revendiquer la fermeture de leurs cours
municipales.
Alors, on pense que c'est <extrêmement...
M. Lepage (Sylvain) :
...
à revendiquer la fermeture de leurs cours municipales.
Alors, on pense que c'est >extrêmement
important de protéger les cours municipales, alors donc de prévoir un mécanisme
qui va faire en sorte que la nouvelle structure qui est proposée, où les...
toutes les cours municipales vont se partager le coût, là, du nouveau juge en
chef puis des juges coordonnateurs, ne donne pas comme résultat, là, des effets
pervers. De la même façon, on pense que le gouvernement du Québec devrait
prévoir une période de... de transition, pardon, justement pour voir ça,
période où il pourrait assumer, d'abord, entièrement les coûts, puis ensuite
que les coûts puissent diminuer graduellement. Et, de cette façon-là, il va
pouvoir faire, excusez l'expression anglophone, un peu de «fine-tuning»,
justement, pour faire les bons ajustements, et ne pas se retrouver, je le
répète, avec des cours municipales déficitaires dans certaines régions et
pouvoir ajuster de façon très correcte sa réglementation.
Sur la compétence des cours municipales,
on vous a mis des exemples concrets, là, où on pense que les cours municipales
pourraient jouer un plus grand rôle. Dans certains des exemples qu'on vous a
soulignés, j'entends déjà le commentaire : Oui, mais vous parlez de
recours, là, qui actuellement sont à la Cour supérieure. À mon humble avis,
puis évidemment tout le monde voit les problèmes constitutionnels qui peuvent
venir avec une modification, là, de compétences, mais, à ma connaissance, et je
vous le dis que, même si je suis avocat, je ne suis pas un expert en droit
constitutionnel, selon nous, c'est relativement facile à régler dans la mesure
où il n'y a pas de clause privative, puis certains d'entre vous vont comprendre
ce que je veux dire, sur ces décisions-là. Mais le fait d'avoir accès à une
cour de proximité, par exemple en matière environnementale ou dans toutes
sortes de recours du même genre, va faire en sorte que le citoyen va se sentir
plus près, va avoir accès beaucoup plus facilement à sa cour et, en même temps,
va faire jouer un rôle accru aux juges municipaux. Donc, on pense qu'il devrait
vraiment y avoir un exercice assez systématique d'identification des recours
ou... qui pourraient... ou des dossiers, du type de dossiers qui pourraient
être confiés aux cours municipales.
• (12 heures) •
Finalement, l'article 69.1 de la loi
prévoit que le ministre ou le ministère peut édicter un règlement pour prévoir,
là, des fonctions ou des emplois qui sont incompatibles avec la fonction
d'avocat poursuivant. On comprend bien le principe, et effectivement il peut
arriver que ce soit un problème. Toutefois, pour nous, c'est extrêmement
important que cette disposition-là ne s'applique qu'aux poursuivants qui ne
sont pas des fonctionnaires à l'emploi des municipalités. En effet, souvent,
pour les cours municipales, les poursuivants, ce n'est pas un emploi à temps
plein, souvent c'est une greffière ou un greffier qui occupe aussi cet
emploi-là. Et, encore là, les directeurs généraux des municipalités
répartissent le travail parmi leurs effectifs. Alors, c'est important qu'on ne
se retrouve pas dans une situation où on devrait, entre guillemets... où on ne
pourrait plus confier certaines tâches à des salariés.
Alors, là-dessus, j'ai terminé. Je vous
remercie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. Donc, je me
tourne vers le gouvernement. M. le ministre, pour 11 min 30 s.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Merci, M. le Président. M. Pierre Lefrançois, membre du conseil
administration, maire de L'Ange-Gardien, avec un l, vous me l'avez bien dit, et
préfet de la MRC de Côte-de-Beaupré, Me Sylvain Lepage, directeur général à la
FQM, un grand merci pour votre présence aujourd'hui. J'ai quelques questions
puis, par la suite, je vais poser... je vais passer la parole à mes collègues.
Écoutez, d'entrée de jeu, j'aimerais vous
entendre sur pourquoi l'importance de maintenir les cours municipales et pas
d'aller dans la direction d'une quatrième chambre tel que proposé par mon
estimé collègue de l'Acadie. C'est quoi, l'avantage d'avoir des cours
municipales pour les municipalités puis pour les citoyens?
M. Lepage (Sylvain) : Alors,
M. le ministre, comme vous le savez, lorsque vous avez fait des consultations
particulières, c'est le point de vue que nous avons défendu, nous nous sommes
même opposés à ce que les cours municipales soient intégrées à la Cour du
Québec tout simplement parce que les hommes sont des humains et que, si on
intègre les cours municipales dans la Cour du Québec, il va arriver rapidement
un moment où le juge municipal va se comparer avec son collègue de la Cour du
Québec et il va demander à son collègue de la Cour du Québec pourquoi lui ne
travaille pas le soir, ne travaille pas le vendredi, ne travaille pas le samedi
matin. Alors, il va... et ils vont... ces juges-là vont se mettre à
revendiquer, entre guillemets, un statut équivalent aux juges de la Cour du
Québec. Or, ce qui fait la caractéristique et le succès des cours municipales,
c'est justement cette accessibilité-là et cette flexibilité-là qui fait que les
citoyens peuvent être entendus un jeudi soir, peuvent être entendus un samedi
matin. Alors, c'est extrêmement important que ce soit préservé.
Et, en toute honnêteté, d'intégrer ça dans
les tribunaux judiciaires comme la Cour du Québec, on est convaincus qu'à
court, moyen, long terme ça va entraîner la disposition de ça. Et là je ne vous
parle pas non plus des conditions financières. La nature humaine étant faite
comme elle est faite, je suis juge, vous êtes juge, je veux le même salaire que
vous. Et, nous, il est important que les cours municipales aient encore les
moyens de se payer une justice municipale, et les municipalités, généralement,
n'ont pas les moyens de se payer des juges à 350 000 $ par <année...
>
12 h (version révisée)
< M. Lepage (Sylvain) :
...et
les municipalités, généralement, n'ont pas les moyens de se payer des juges à
350 000 $ par >année, si je peux m'exprimer ainsi.
M. Jolin-Barrette : Donc,
vous, vous y... vous y voyez un frein à l'accessibilité parce que les cours
municipales, actuellement, vous avez raison, siègent soir et fin de semaine
parfois, réparties dans 89 cours sur l'ensemble du territoire québécois.
En réponse à votre question sur le fait des régions de coordination puis le
fait que les juges puissent être assignés à travers différentes régions de
coordination, ça, c'est permis, le juge en chef va pouvoir le faire, mais je
comprends que vous, vous trouvez que ce n'est pas assez explicite dans le
projet de loi. Mais, quand on l'a rédigé, c'est permis de faire en sorte...
oui, les juges sont assignés à une cour municipale principalement.
Qu'est-ce que vous pensez de ça,
justement, du fait qu'on maintient le juge, qu'il soit principalement affecté à
sa cour municipale d'origine, mais qu'il puisse bouger pour combler les trous?
Mais est-ce que vous êtes d'accord avec le principe que, de base, le juge
municipal soit nommé dans sa municipalité, qu'il siège principalement sur ce
territoire-là?
M. Lepage (Sylvain) : Tout à
fait, parce qu'essentiellement, pour ceux qui ont fréquenté un peu les cours
municipales, les citoyens d'une région viennent, excusez l'expression, à
connaître leur juge et considèrent que c'est une caractéristique, justement, de
l'accessibilité, le fait que c'est quelqu'un qui est généralement connu dans
son milieu. Alors, d'en faire des juges itinérants, si je peux m'exprimer
ainsi, en ne les rattachant pas à une cour, fort probablement que ça va amener
une perte à ce niveau-là. Évidemment, comme on souhaite faire des tâches complètes,
ça nous apparaissait une bonne solution de dire : Vous êtes d'abord là,
mais vous complétez, si je peux m'exprimer ainsi, votre tâche ailleurs.
M. Jolin-Barrette : Puis il y
a une question de coût aussi pour les municipalités, parce qu'il faut savoir
que ce sont, dans ce cas-ci, les municipalités qui rémunèrent les juges. Donc,
dans le projet de loi, on s'est assuré aussi d'avoir, dans les indications,
toute indépendance judiciaire, mais que les assignations soient faites en
fonction d'une saine administration des fonds publics, parce qu'ultimement c'est
les citoyens, les municipalités qui assument les coûts de la cour municipale. C'est
un service de proximité qui est fait, mais les deniers publics, dans chacune
des municipalités ou des MRC... bien, l'argent ne tombe pas du ciel, puis c'est
important que ça soit géré efficacement.
Pour la question des juges, là, vos
recommandations 1 et 2, notamment, sur le fait de quelles municipalités
sont dans quelles régions de coordination, c'est une annexe qui peut être
modifiée. Donc, on s'est laissé la flexibilité pour faire en sorte que, si
jamais il y a une municipalité qui est à cheval, ou tout ça, puis qu'elle doit
aller dans l'autre région de coordination, on va pouvoir l'ajuster en modifiant
l'annexe sur décision du ministre en lien avec les partenaires municipaux, eu
égard aux commentaires.
Sur la question, là, des champs de
compétence des cours municipales, vous nous demandez d'élargir le champ de
compétence des cours municipales, notamment en matière d'aménagement et d'urbanisme.
Écoutez, je vous dirais, il y a une ouverture à ce niveau-là. Le souci de ça, c'est,
j'imagine, que les dossiers puissent procéder plus rondement, plus
efficacement. Est-ce que je me trompe?
M. Lepage (Sylvain) : Oui,
absolument, M. le ministre. Là, je pense que le grand reproche qui est fait aux
tribunaux judiciaires, c'est la difficulté d'y avoir accès et d'y être entendu,
alors que les cours municipales sont beaucoup plus flexibles et beaucoup plus
adaptées à la réalité des citoyens. Pour avoir pratiqué le droit, quand même,
en litige pendant environ 30 ans, il m'est arrivé souvent d'arriver au
palais de justice puis de repartir bredouille avec un client qui avait pris une
journée de congé. S'il avait été entendu le samedi matin, bien, évidemment, ça
aurait été beaucoup plus simple, beaucoup moins d'effets négatifs sur les
citoyens.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que, de la part de la FQM, là, vous avez plusieurs municipalités qui ont des
cours municipales, le message que vous entendez des citoyens dans les
municipalités... Est-ce qu'ils sont satisfaits des services qui sont donnés
dans les cours municipales?
M. Lepage (Sylvain) : Je vais
vous... M. Lefrançois, je vais vous laisser, vous êtes la meilleure personne
pour répondre à la question.
M. Lefrançois (Pierre) : Vous
savez, dans le monde municipal, on fait beaucoup avec peu. Donc, si on prend l'exemple
de notre cour municipale, qu'on est regroupés pour trois MRC, on donne les
services, on se déplace. Donc, oui, on a un bon service de proximité. Puis ce
que mon collègue amenait comme, justement, élargissement des pouvoirs qu'on a,
bien, honnêtement, personnellement, pour ma propre municipalité, on aurait
gagné du temps et de l'efficacité, justement, dans ce domaine-là. Donc, oui,
puis c'est important. Puis aussi on revendique que le gouvernement de proximité...
Depuis des années, on le met en place, on l'exerce très bien, ça fait que je n'ai
aucun... aucun souci là-dessus, et la population non plus.
M. Jolin-Barrette : OK.
Peut-être une dernière question à vous poser avant de passer la parole à mes...
à mes collègues. Sur la question de la compatibilité des fonctions, pour bien
comprendre, tout à l'heure, Me Lepage, vous avez dit : Dans certaines
municipalités où est-ce qu'il y a moins de citoyens, ça arrive que c'est le
greffier de la municipalité qui agit à titre de poursuivant. Vous souhaitez qu'on
continue de permettre ça dans un souci de coût. Mais le greffier de la <municipalité...
M. Jolin-Barrette :
...de
la >municipalité, ce n'est pas le greffier de la cour municipale, là. C'est
bien clair?
M. Lepage (Sylvain) : Oui,
oui, on se comprend, monsieur... M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : OK.
Mais vous souhaitez avoir cette flexibilité-là.
M. Lepage (Sylvain) : Pour
nous, ce qui est important, c'est que la direction générale de la municipalité
ait la même flexibilité qu'elle a aujourd'hui. On comprend bien la question de
l'incompatibilité de fonctions, mais, en ce qui nous concerne, en tout cas, les
cas qui ont été portés à notre connaissance visaient davantage les situations
où les cours municipales ont recours à des procureurs en entreprise privée qui
peuvent parfois se placer dans des situations, mettons, que j'oserais dire un
peu discutables, là, tu sais.
M. Jolin-Barrette : Deux dernières
questions en rafale, rapides. Est-ce que vous trouvez pertinent que les juges
coordonnateurs continuent de siéger? Et je vous la pose en rafale aussi, le fait
d'inscrire que les... On vise à ce que le juge en chef s'assure des objectifs
de performance pour les municipalités, est-ce que c'est une bonne chose?
M. Lepage (Sylvain) : En
ce qui nous concerne, la réponse à vos deux questions, c'est oui. Ce qui est
important pour nous, c'est que les gens aient des tâches complètes. On les paie
de façon complète, les gens doivent avoir des tâches complètes. Alors, si, pour
occuper un juge coordonnateur, on doit y adjoindre qu'il siège comme juge, nous
sommes tout à fait d'accord.
Deuxièmement, sur la question de la... votre
deuxième question, c'est... C'est vrai que, lorsque j'ai lu votre paragraphe,
coordonner, répartir et surveiller le travail, je me suis dit : Qu'est-ce
qu'on veut dire? J'ai compris qu'on ne parlait pas de surveiller le contenu de
«si j'étais juge de mon jugement», mais beaucoup plus mon horaire de travail
puis ma performance. Un peu comme quand j'étais avocat en cabinet privé, si
j'avais une opinion, je signais l'opinion comme avocat. C'était ma... C'était
mon acte professionnel. Je n'ai jamais... à un de mes patrons, puis, quand
j'étais associé, je n'ai jamais dit à un avocat plus jeune : Tu vas dire
le contraire de ce que tu penses. Mais je surveillais ses heures facturables,
par exemple. Alors, j'ai compris que ce qu'on visait, c'est justement la
prestation de travail ou le volume de travail, si je peux m'exprimer ainsi, et
non pas l'acte professionnel, le jugement lui-même.
M. Jolin-Barrette : Bien,
merci beaucoup pour votre présence en commission.
Le Président
(M. Bachand) :Merci. Mme la députée
de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, il reste 2 min 20 s.
• (12 h 10) •
Mme Bourassa : Parfait. Alors,
je vais faire vite. Bonjour. Vous êtes les représentants des citoyens. Je dis
bonjour à mon préfet qui est le préfet de l'une de mes MRC. J'aimerais savoir,
les nouvelles structures, l'objectif est que ça soit beaucoup plus facile pour
le citoyen, notamment avec la première étape après le constat qui serait le
réviseur. Donc, si, par exemple, on a... L'agent n'a pas vu notre... notre
stationnement pour personnes handicapées, bien, on peut demander au réviseur
d'annuler la contravention, sinon ça va être devant un décideur administratif.
Et là c'est beaucoup plus flexible, on a... À terme, on espère que la personne
va pouvoir être entendue par visioconférence. Il va avoir des horaires plus
flexibles, possiblement le soir, fin de semaine. Donc, vous gérez le
mécontentement des villes, qu'est-ce que ça, ça pourrait changer au niveau de
l'accessibilité et de la meilleure expérience pour vos citoyens?
M. Lepage (Sylvain) : Bien,
essentiellement, on pense que c'est... ça, c'est une excellente idée, mais ça
va libérer, encore là, du temps des juges, parce que pourquoi il y a des juges,
c'est notamment en raison de l'indépendance judiciaire puis de la possibilité
d'une condamnation. Alors, ça devrait donner une plus grande flexibilité
administrative, un règlement plus rapide des dossiers. Et ce qui devrait aller
avec ça, je le répète, c'est un élargissement des compétences de la cour,
puisqu'on peut parier que les citoyens vont favoriser, entre guillemets, le
règlement de leur dossier avec un décideur administratif, ce qui va libérer du
temps de cour. Alors, d'où l'importance d'élargir les compétences pour que ces
juges-là soient aussi occupés à temps plein.
Mme Bourassa : ...l'estimation,
à Montréal, c'est environ cinq juges, jusqu'à cinq juges qu'on
pourrait... du temps de juges qu'on pourrait sauver. Vous parlez, justement,
d'élargir les compétences de la cour municipale. Il y a 14 cours,
présentement, qui peuvent entendre criminel et pénal. Est-ce que ça, selon
vous, c'est quelque chose qui devrait être étendu à plus de cours?
Le Président
(M. Bachand) :...s'il vous plaît.
M. Lepage (Sylvain) : Je
vous dirais que chaque cas est un cas d'espèce. Là, il faut se poser la
question pour chaque territoire, là, de... Parce qu'on parle quand même de
droit pénal. Alors, il faut regarder si le volume est suffisant pour permettre
ça. Mais, en principe, on est favorable à tout ce qui est un élargissement des
cours municipales de façon à ce que nos juges soient... aient des tâches
pleines et que les citoyens aient accès plus rapidement à la justice.
Le Président
(M. Bachand) :Merci beaucoup. M. le
député de l'Acadie, pour 6 min 54 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci,
M. le Président. Alors, merci d'être là, merci pour votre mémoire. Est-ce que
vous avez fait une évaluation? Parce qu'évidemment, bon, le projet de loi, il
est... il est public, on... vous voyez un peu ce qui s'en vient. Est-ce que
vous avez fait une évaluation de ce que ça va coûter, de ce qui va être
nécessaire pour la mise en oeuvre du projet de loi pour vos villes et pour
payer les juges avec leur nouveau statut?
M. Lepage (Sylvain) : En
toute honnêteté, M. le député, la réponse, c'est non. On n'a pas suffisamment
de données dans le délai imparti pour mesurer ça, mais il est clair qu'il va y
avoir des coûts associés à ça. Ça, c'est certain, là.
M. Morin : Puis, quand
vous dites «dans le délai imparti», est-ce que c'est parce que ça va trop vite
ou...
M. Lepage (Sylvain) : Je ne
dirais <pas que ça...
M. Lepage (Sylvain) :
...Je
ne dirais >pas que ça... je ne dirais pas que ça va trop vite. Ça dépend
évidemment à la vitesse à laquelle la réforme va être mise en place, mais ce
qui est important pour nous, c'est qu'on soit en mesure de bien mesurer, cour
par cour, c'est quoi, les effets du nouveau système et qu'on ne se retrouve
pas, je le répète, avec des cours déficitaires qui vont faire en sorte que les
gens, avec raison, vont réclamer l'abolition d'un service déficitaire. Il faut
qu'idéalement, à terme, chaque cour fasse au moins ses frais.
M. Morin : Donc, quand vous
dites : Chaque cour va faire ses frais, comment allez-vous financer les
cours? Est-ce que les cours vont se... D'après votre exemple, là, que vous
donnez, est-ce que vous allez demander aux cours de financer elles-mêmes à
partir des amendes qu'elles vont récolter?
M. Lepage (Sylvain) : ...actuellement,
c'est le... c'est le fonctionnement qui existe, sauf qu'on ajoute des coûts.
Avec un juge en chef et des juges coordonnateurs, il y a des coûts qui vont se
répartir dans toutes les cours municipales du Québec. Ce que nous disons, c'est
qu'il faut regarder ces coûts-là pour s'assurer que certaines cours municipales
ne soient pas désavantagées par rapport à d'autres. Autrement dit, si j'ai une
cour qui... puis je prends l'exemple de la Côte-de-Beaupré, là, qui est
déficitaire puis qu'on lui envoie une facture de... je vais dire un chiffre en
l'air, 50 000 $ par année, puis elle est déjà déficitaire de 50000 $, bien, c'est
la MRC puis les municipalités qui vont prendre la facture de 100 000 $.
Alors, nous, ce qu'on pense, c'est qu'il
est important qu'on mette en place un système où chaque cour, au moins, fait
ses frais. Tu sais, personne n'aime opérer un système qui perd de l'argent.
Puis vous connaissez, là, la... le fait qu'il faut financer par des taxes
municipales, là, les opérations générales des cours quand il y a déficits, des
cours et de tous services municipaux. Donc, ce qu'on dit, c'est qu'on devrait
prévoir un mécanisme puis d'y aller graduellement pour qu'on puisse mesurer ça.
M. Morin : Parfait.
Maintenant, vous y avez fait référence, il y a une disposition du projet de loi
qui va venir donner comme mandat au juge municipal en chef de coordonner, de
répartir, de surveiller le travail des juges. Les juges vont devoir se
soumettre à ses ordres, directives, et répondre aux objectifs de performance et
aux besoins des municipalités. Comment vous conciliez ça, en ce qui a trait à
l'indépendance judiciaire, avec ce que la Cour suprême nous a dit dans Valente,
l'arrêt Valente, à l'effet que le degré de contrôle, le pouvoir judiciaire
qu'il doit «exercer sur l'administration des tribunaux est un point majeur de
l'indépendance judiciaire aujourd'hui»? Alors, avec cette disposition-là,
comment allez-vous garantir l'indépendance judiciaire?
M. Lepage (Sylvain) : M.
le... M. le député, avec égard, la citation que vous m'avez citée dit
expressément que c'est un contrôle du judiciaire sur le judiciaire. On parle
d'un juge en chef qui, lui-même... fait lui-même partie de l'ordre judiciaire.
C'est... Ma compréhension, c'est que ce n'est pas le ministre ou... qui va
contrôler, entre guillemets, le travail des juges, c'est un autre juge. Et,
pour avoir connu, au cours de ma carrière, qui commence quand même à être assez
longue, plusieurs juges en chef à tous les niveaux, j'ai même déjà représenté
le juge en chef responsable, là, de la cour... des cours municipales il y a
environ 20 ans, c'est un travail extrêmement difficile. Alors, dans la
mesure où la loi est claire pour dire... puis je l'ai souligné dans... je ne
suis pas certain que l'expression «surveiller le travail» est tout à fait
adéquate. Ce qu'on vise, en tout cas, c'est ma compréhension, c'est surveiller
la prestation de travail ou le volume de travail. Alors, dans la mesure où
c'est ça, c'est le rôle de tous les juges en chef de s'assurer que...
M. Morin : Mais... oui. Ça,
je suis... Ça, je suis... je suis bien conscient de ça. Puis, dans ma question,
parce qu'évidemment vous comprendrez que l'indépendance judiciaire, c'est
hyperimportant, je n'ai pas mentionné que ça pouvait être le ministre. On parle
ici du rôle du juge en chef. Ma crainte, c'est qu'on dit que le juge municipal
en chef va devoir, dans des objectifs de performance, entre autres, répondre
aux besoins des villes. Alors, comment vous interprétez ça? Si la ville est
obligée de financer sa cour, si la ville a une cour déficitaire, ça va être
quoi, le besoin des villes? De s'assurer qu'elle ne le sera plus? Est-ce que
vous allez donner, à ce moment-là dans des objectifs de performance au juge en
chef, le fait que la cour ne doit plus être déficitaire? Comprenez-vous? Mais
il y a... Je vois là un risque. Puis, évidemment, moi, mon rôle de législateur,
c'est d'empêcher ces risques-là.
M. Lepage (Sylvain) : Je
comprends très bien, mais c'est un risque que je ne vois pas personnellement, tu
sais. Ce qui est important, là, ce que le... Un, on fait ça avec égards pour
les citoyens. Ce dont les citoyens se plaignent, là, c'est qu'il n'y en a pas,
d'accessibilité à la justice. Il faut avoir été un peu... Quand tu as fait...
tu as été avocat de litige, là, puis ça prend trois ans à attendre une
cause de 50 000 $, là, ce n'est pas... ce n'est vraiment pas
fantastique. Puis ici on parle de la justice de base, base, base. Alors, c'est
la responsabilité des juges et non pas du ministre ni du législateur de
s'organiser pour que sa cour fonctionne. Et c'est la responsabilité du juge en
chef de faire en sorte qu'il y ait suffisamment d'heures de <disponibilités...
M. Lepage (Sylvain) :
...suffisamment
d'heures de >disponibilités de juges pour que ça ne prenne pas quatre heures
d'être entendu sur un billet d'infraction si vous souhaitez le plaider devant
le juge puis que vous ne l'avez pas réglé de façon administrative.
Alors, en termes de rédaction, je le
répète, j'aurais tendance à vous suggérer une rédaction un petit peu
différente. Mais, sur l'objectif, je pense que l'objectif est louable et
correspond exactement à ce dont se plaignent les citoyens. En général, ils se
plaignent, nos citoyens, auprès de nos... de mes patrons, si je peux m'exprimer
ainsi.
M. Morin : Et je vous entends
bien. Comme je le disais d'emblée avec mes remarques préliminaires, je n'ai
jamais été contre l'accessibilité à la justice, bien... bien au contraire,
mais... Et j'apprécie, j'apprécie votre évaluation. Donc, quand vous dites que vous
auriez probablement suggéré une rédaction différente, donc ça laisse... ça
laisse une porte pour les... en fait, pour une réflexion future là-dessus.
Maintenant...
Le Président (M.
Bachand) :...
M. Morin : Bon, eh bien, dans
ce cas-là, merci.
Le Président (M.
Bachand) :Désolé, désolé. Mme la députée
de Sherbrooke, pour 2 min 18 s, s'il vous plaît.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Vous avez été consultés en amont du projet de loi. Je vous posais
une question par rapport au territoire. Est-ce que quatre régions,
c'est... ça correspond à une... aux besoins pour atteindre les objectifs
d'agilité? Est-ce que c'est une recommandation que vous aviez faite?
M. Lepage (Sylvain) : On
n'est pas allés dans ce genre de détails là, pour être honnête avec vous. On
pense qu'au départ quatre... quatre territoires, compte tenu de l'étendue
du Québec, c'est bien. M. le ministre a précisé tantôt, puis je n'avais pas
compris ça, en toute honnêteté, du projet de loi, là, je n'avais pas fait
toutes les... les coupures puis les césures nécessaires, mais, dans la mesure
où on pourra plus tard rajuster ces territoires-là à l'usage, ça nous semble un
bon départ.
Mme Labrie : OK, donc vous
êtes à l'aise avec ça. Dans votre recommandation sur l'élargissement de champs
de compétence, j'aimerais ça vous entendre un peu plus élaborer sur les
exemples. Par où on devrait commencer pour élargir ces champs de compétence là?
M. Lepage (Sylvain) : ...il y
a beaucoup de recours qui existent en vertu de la loi sur l'aménagement du
territoire, c'est tout... c'est des recours, puis vous... ou sur la Loi sur les
compétences municipales, c'est des recours qui sont intrinsèquement liés avec
la fonction municipale. Et évidemment, à chaque fois que tu dois aller à la
Cour supérieure, là, pour avoir, comme je le répète, pratiqué quand même
pendant longtemps, on n'a pas la même accessibilité. Les procédures sont... Le
système est très judiciarisé, très long, peu accessible pour toutes sortes de
bonnes ou de mauvaises raisons. Alors, de descendre ce type de recours là
auprès d'un tribunal qui... où l'accessibilité est plus facile, c'est
assurément une bonne idée, tu sais, pour le citoyen. Parce que l'objectif au
bout de la ligne, ce n'est pas seulement la rentabilité des cours municipales.
Une cour municipale, ça ne doit pas perdre d'argent, mais ça ne devrait pas
être une machine à faire des profits non plus. J'entends déjà certains de mes
collègues DG me dire : Tu n'aurais peut-être pas dû dire ça. Mais, au bout
de la ligne, ce qui est important, c'est que les citoyens aient accès à une
justice de proximité qui fonctionne. Alors, c'est l'objectif qu'on défend.
• (12 h 20) •
Le Président (M. Bachand) :Il reste une vingtaine de secondes, Mme la députée
Sherbrooke.
Mme Labrie : ...des
compétences là, est-ce que ça ne viendrait pas créer un risque, justement, de...
de surcharger puis de créer des délais supplémentaires en cour municipale?
M. Lepage (Sylvain) : On
pense que non, notamment parce qu'avec les nouvelles mesures administratives ça
devrait décharger en partie les juges puis qu'on a à coeur que les juges aient
des tâches à temps plein.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Députée de
Vaudreuil, s'il vous plaît, pour 2 min 18 s aussi.
Mme Nichols : Merci, M. le
Président. M. Lefrançois, on parlait... ou... en fait, je ne me souviens pas,
un des deux parlait tantôt des cours... des cours municipales déficitaires,
puis je pense que votre cour municipale est, entre autres, une cour... une cour
municipale déficitaire. Qu'est-ce que vous faites pour arriver?
M. Lefrançois (Pierre) : Bien,
on était... on est habitués, depuis quelques années, à avoir une courbe
déficitaire, donc on s'était prévu, même, une réserve, parce que, voilà une
dizaine d'années, ça nous est arrivé, et on ne trouve pas ça drôle, en tant que
cour, d'envoyer une facture aux municipalités, alors qu'habituellement on
retournait des surplus, même s'ils sont minimes. Donc, on s'est créé une
réserve et... pour assumer les coûts. Mais, après trois ou quatre ans, on n'est
plus capable d'assumer. Donc, à chaque bilan financier à la fin d'année, bien,
on doit envoyer une facture aux municipalités...
Mme Nichols : ...
M. Lefrançois (Pierre) : Oui.
Mme Nichols : J'imagine, vous
parlez de la quote-part, là, vous redistribuez le...
M. Lefrançois (Pierre) : Oui.
Oui, bien, on disait une quote-part supplémentaire, donc, qu'on envoie.
Mme Nichols : Oui. Les villes
aiment ça recevoir ça.
M. Lefrançois (Pierre) : C'est
ça, oui.
Mme Nichols : Mais je veux
savoir pourquoi vous êtes déficitaire. Qu'est-ce qui fait que vous êtes
déficitaire? Il n'y a pas assez de contraventions qui ont été émises? Les coûts
sont trop élevés? Le... Pourquoi vous êtes déficitaire?
M. Lefrançois (Pierre) : ...vit
des moyens de pression, justement, avec un manque d'émissions de constats
d'infraction, c'est ça, c'est le principal. Donc, les sources de revenus
n'étaient pas là parce que la cour municipale est financée avec les frais
d'administration des contraventions. Donc, la période qu'ils ont... qu'il y a
eu un manque de revenus, bien, la cour, elle continue de rouler quand même,
mais c'est là, le déficit est assumé par ça. Donc, on fait une... C'est ça que
je disais, on fait une bonne gestion, une saine gestion, mais on est à la
limite. On ne dégage <pas...
M. Lefrançois (Pierre) :
...On
ne dégage >pas... Même quand on dégage les surplus, ce n'est pas énorme.
Donc, c'est pour ça qu'il faut être prudent sur les frais futurs qui pourraient
arriver aux cours municipales.
Le Président (M.
Bachand) :Une trentaine de secondes, vous
aviez un commentaire, peut-être, oui.
Mme Nichols : Oui. Aucun
doute sur la bonne gestion qui est faite de la cour, là, ce n'est pas... ce n'est
pas ça, mais je me demandais vraiment, tu sais, qu'est-ce que vous faites pour
pouvoir arriver. Est-ce que vous appelez... je ne sais pas si c'est la Sûreté
du Québec, mais vous appelez puis vous leur dites : Il faudrait émettre
plus de contraventions?
M. Lefrançois (Pierre) : On
leur parle souvent. Écoutez...
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Sur ce, M. le Maire et
préfet, Me Lepage, merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui.
Sur ce, je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir notre prochain groupe. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 24)
(Reprise à 12 h 26)
Le Président (M.
Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux.
Il me fait plaisir d'accueillir les
représentants de l'Union des municipalités du Québec. Merci beaucoup d'être
avec nous ce matin. Vous connaissez les règles, un 10 minutes de
présentation. Mais, d'abord, s'il vous plaît vous présenter et débuter votre
exposé. Merci beaucoup d'être avec nous.
Union des municipalités du Québec (UMQ)
M. Damphousse (Martin) : M.
le ministre de la Justice, M. le Président de la commission, Mmes et MM. les
membres de la commission, je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui dans le
cadre des consultations sur le projet de loi n° 40.
Je suis accompagné aujourd'hui de
M. Yves Létourneau, conseiller stratégique aux politiques de l'UMQ. Je
suis Martin Damphousse, maire de Varennes et président de l'UMQ.
D'emblée, l'UMQ salue le dépôt de ce
projet de loi. Une réforme des cours municipales est attendue depuis des années.
Et, d'entrée de jeu, l'UMQ, qui représente près de 90 % des municipalités
administrant une cour municipale, tient à souligner le travail important du
ministre de la Justice. De manière générale, nous appuyons la démarche du
ministère et sa volonté de proposer une réforme des cours municipales. Cette
réforme pourrait améliorer l'efficacité, la performance et l'accessibilité du
système de justice dans un objectif clair de mieux répondre aux besoins des
localités qu'elles desservent. Mais, pour les municipalités, la prise en compte
des impacts financiers est un enjeu incontournable qui doit considérer le
ministère... que doit considérer le ministère de la Justice. La réforme suscite
des inquiétudes, notamment en regard des coûts qui seront assumés par les
municipalités. Nous souhaitons donc soumettre des recommandations en ce sens.
Il est important de rappeler que, bien que
la rémunération des juges municipaux soit décrétée par le gouvernement, elle
est assumée entièrement par les municipalités. À l'instar de tout gouvernement,
les municipalités perçoivent des taxes et des tarifs afin de financer les
services qu'elles doivent offrir à ceux qui sont demandés par les citoyens. Un
ajustement de la rémunération des juges a donc un impact direct sur les
finances municipales et sur les services que les municipalités peuvent offrir à
la population.
Toutefois, tous les coûts inhérents à
l'assignation et à la gestion des juges municipaux dans leur cour municipale
seront désormais à la charge des municipalités.
Présentement dans les municipalités où les
juges relèvent de la Cour du <Québec...
M. Damphousse (Martin) :
...
Cour du >Québec, une partie de ces coûts sont assumés par le ministère
de la Justice. Avec cette modification des structures, nous n'avons aucune
information sur les impacts financiers pour les municipalités ni sur le modèle
que le gouvernement utilisera afin de répartir ces coûts entre les
municipalités.
Pour cette raison, nous demandons que le
ministère de la Justice compense financièrement les municipalités qui devront
assumer les coûts de la gestion des juges municipaux actuellement assumés par
la Cour du Québec.
Deuxièmement, le projet de loi prévoit que
les juges municipaux devront dorénavant tous exercer à titre exclusif et
bénéficieront du même traitement. Ce changement est important, car le recours à
la rémunération des juges municipaux à la séance est répandu dans la grande
majorité des cours municipales.
Afin que les coûts demeurent stables, nous
devons nous assurer que les juges municipaux siègent à temps plein, soit
l'équivalent de 250 séances par année. Une meilleure coordination dans
l'affectation des juges dans les différentes cours devient donc un prérequis à
l'optimisation des ressources et au contrôle des coûts. Il ne faudrait pas que
les municipalités qui ont déjà des juges à titre exclusif se retrouvent à
financer une mauvaise coordination des assignations des juges.
L'UMQ recommande donc de préciser si les
instances locales auront un rôle déterminant à jouer en collaboration avec le
juge en chef et les juges coordonnateurs dans l'affectation et l'assignation
des juges municipaux.
Finalement, nous souhaitons traiter de la
nouvelle Loi sur les sanctions administratives pécuniaires en matière
municipale, les SAP, dont l'objectif est d'abord de permettre aux citoyennes et
aux citoyens de bénéficier d'une procédure simplifiée, plus rapide et plus
flexible. Cette nouvelle approche administrative pourrait permettre aux
municipalités de réduire les coûts de gestion de leurs cours municipales. L'UMQ
croit donc que les SAP en matière municipale peuvent devenir un instrument
important pour les municipalités.
• (12 h 30) •
Cependant, l'adoption de la Loi sur les
sanctions administratives et pécuniaires en matière municipale ne permettra pas
de connaître les modalités d'application d'un tel régime. Le règlement du
gouvernement qui suivra l'adoption de la loi précisera quels organismes
municipaux seront visés, quelles catégories de manquements pourront faire
l'objet d'un régime SAP, le montant des sanctions, les délais de prescription,
etc. Il est par conséquent difficile à l'heure actuelle de mesurer les impacts de
cette proposition sans connaître tous les détails de son application.
Bien que le projet de loi ne précise pas
les catégories de sanctions qui pourraient être éligibles aux SAP, l'exemple
qui est donné est celui des contraventions de stationnement. Peu de
municipalités ont suffisamment de contraventions contestées pour justifier la
mise en place d'un régime de SAP. Par exemple, nous croyons qu'éventuellement
le règlement pourrait viser des causes en matière d'urbanisme ou des
contraventions délivrées par... sur son territoire par le biais de
photoradars... puissent être visées par le règlement. C'est pourquoi l'UMQ
recommande que toutes les municipalités souhaitant mettre en place un régime de
sanctions administratives pécuniaires en matière municipale puissent y avoir
accès.
En conclusion, cette réforme pourrait
améliorer l'efficacité, la performance et l'accessibilité du système de
justice. Cependant, il est important de prendre en compte l'expertise
développée par les municipalités dans la gestion des cours municipales.
Nous sommes maintenant disposés à répondre
à vos questions. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci infiniment. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. M.
Damphousse, président de l'UMQ et maire de Varennes, bonjour. M. Yves
Létourneau, conseiller stratégique aux politiques à l'Union des municipalités
du Québec. Merci d'être présents à la commission.
Écoutez, d'entrée de jeu, j'entends bien
vos questions sur l'aspect financier, qui a un intérêt certain chez vos
membres. Donc, vous souhaitez vous assurer que les coûts soient les plus bas
possible au niveau des cours municipales parce que chacune des cours
municipales assume les coûts pour les juges, pour le traitement des dossiers.
C'est un service de proximité qui est offert par les municipalités ou par les
MRC, et nous en sommes bien conscients. Donc, on travaille le plus possible à
réduire les coûts. C'est pour ça notamment que, dans le cadre du projet de loi,
on s'est assuré de faire en sorte de permettre que les cours municipales, ça
réponde aux <besoins...
>
12 h 30 (version révisée)
<15359
M.
Jolin-Barrette :
...que les cours municipales, ça réponde aux >besoins,
qu'il y ait des obligations de performance aussi. J'en suis également, du fait
que les juges à temps plein doivent siéger à titre exclusif, 250 séances, le
maximum, qu'il n'y ait pas de temps perdu. Même chose... les juges
coordonnateurs également, on vise à faire en sorte qu'ils siègent également à
leurs cours.
Sur l'organisation du travail aussi, on a
fait en sorte, dans le cadre du projet de loi, que le juge affecté à la cour
municipale principalement, ce soit lui qui fasse les rôles et que ce ne soit
pas géré au niveau de la coordination ou au niveau du juge en chef justement
pour garder une proximité, une efficacité, une connaissance de la cour aussi,
le tout dans le souci de diminuer le plus possible les coûts, de faire en sorte,
également, que la saine gestion des fonds publics soit là. Puis on comprend qu'il
y a des coûts notamment pour... les coûts de déplacement des juges, les coûts
de tenir des séances également. Puis les municipalités, oui, décident de l'offrir
à leurs citoyens, mais il faut s'assurer que ça se fasse de la façon la plus
efficace possible, et je suis extrêmement sensible à cet élément-là.
Je veux vous poser une question sur... On
a entendu, certains militeraient en faveur de regrouper ça à la Cour du Québec.
Les cours municipales... Pourquoi les maintenir, les cours municipales?
Pourquoi s'assurer, comme on le fait, d'avoir une structure séparée puis de
maintenir les cours municipales, c'est important pour vos membres?
M. Damphousse (Martin) : Bien,
je vous dirai, M. le ministre... j'aurai ma réponse, mais je vais inviter Yves,
qui est assurément notre expert dans ce projet de loi là, de commenter, je vous
dirais que le milieu municipal, que je connais, qui ont leurs cours, ou les
MRC, comme pour chez nous, c'est une question d'indépendance, c'est une
question d'efficacité, surtout. La proximité que nous avons avec les citoyens
nous permet davantage d'agilité. Ça fait que c'est sûr que moi, j'y vois un
avantage, qu'on puisse assurément garder nos cours, mais je vais inviter Yves à
commenter davantage.
M. Létourneau (Yves) : C'est
tout à fait la bonne réponse. Et d'ailleurs le fait que le juge en chef et les
coordonnateurs soient des juges qui proviennent... qui sont des juges
municipaux qui seront nommés, pour nous, c'était un élément très positif parce
qu'ils connaissent la réalité du monde municipal. Ça fait que, tu sais, pour
nous, c'est un avantage, et ce n'est pas... un avantage... c'est un prérequis.
Donc, nous sommes très satisfaits que ce soient les cours municipales... de l'intérieur,
des juges des cours... municipaux qui auront à coordonner et qui seront juges
en chef. C'est un élément important.
M. Jolin-Barrette : OK. Sur
la question des sanctions administratives pécuniaires, dans le fond, vous, vous
avez dit : Écoutez, ce n'est pas toutes les municipalités qui ont un
volume d'infractions de stationnement, et vous nous invitez à faire en sorte d'élargir
éventuellement, lors de l'adoption du règlement, les sanctions administratives
pécuniaires à d'autres types de manquements, notamment en matière d'urbanisme.
Je suis d'accord avec vous, puis c'est pour ça qu'on a inscrit la disposition
de cette façon-là, donc, la disposition habilitante dans la loi, il n'y a rien
qui empêche d'aller vers l'urbanisme.
L'objectif avoué du gouvernement dès le
départ, c'est notamment de répondre aux questions de contraventions de
stationnement, notamment pour la ville de Montréal, ville de Québec. 72 %
des dossiers à la cour municipale de Montréal, ce sont des infractions de
nature... de stationnement. Donc, ça nous permet de les sortir, d'envoyer ça
vers un régime beaucoup plus allégé en termes de preuve, notamment, à la fois
pour la municipalité et le poursuivant, mais à la fois également pour le
citoyen, donc réviseur administratif, décideur administratif.
Éventuellement, nous, on est extrêmement
ouverts à faire en sorte que les infractions en matière d'urbanisme, ça
devienne des sanctions administratives pécuniaires, l'objectif étant surtout de
faire en sorte que le citoyen, oui, puisse être entendu, mais que ce soit
efficace, et que les coûts soient le moindre possible, et que l'objectif
recherché soit atteint, notamment en matière d'urbanisme, que la contravention,
supposons, à la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme ou au règlement municipal
cesse, et de faire en sorte que le citoyen puisse s'amender et faire en sorte
de répondre à la directive de la municipalité. Alors, sur ce point-là, je tiens
à vous rassurer, la loi nous permet d'aller dans ce sens-là. Il va falloir
travailler avec vous, avec les municipalités pour définir à quel moment les
municipalités seront prêtes, mais j'entends très bien votre message que c'est
votre désir.
Pour Montréal, je pense que c'est une
avancée significative, on parle de 4 millions d'économies en faisant le
changement qu'on fait, ça, en libérant cinq juges. Ville de Québec, c'est
62 % du volume à la Cour municipale de Québec. Donc, ça permettra
justement aussi de travailler encore d'une façon... avec davantage de proximité
avec les municipalités. Notamment, il y a certaines cours municipales qui ont
du droit criminel, donc, la partie 27. Ça va permettre d'aider le système
de justice aussi.
Alors, je veux vous affirmer que vous êtes
des partenaires, là-dedans, puis vous féliciter aussi, parce que, dans vos
cours municipales souvent, les délais sont beaucoup plus rapprochés que dans
certaines autres... dans certains autres tribunaux. C'est efficace, les
citoyens peuvent y aller le soir, la fin de semaine, vous avez vraiment de la
proximité avec les citoyens. Alors, j'entends bien votre message à ce
niveau-là, sur la <flexibilité...
M. Jolin-Barrette :
...de
semaine, vous avez vraiment de la proximité avec les citoyens. Alors, j'entends
bien votre message à ce niveau-là, sur la >flexibilité à avoir avec les
sanctions administratives pécuniaires.
Peut-être une question sur l'indépendance
judiciaire. Certains disent : Parce qu'on inscrit la performance, parce
qu'on inscrit que ça doit répondre aux besoins des municipalités, ça porte
atteinte à l'indépendance judiciaire. Je voudrais savoir si l'Union des
municipalités a une opinion par rapport à ça.
M. Damphousse (Martin) : Vous
allez me permettre, M. le ministre, de revenir sur votre explication, juste
avant, sur le SAP par rapport au stationnement. En fait, on comprend très, très
bien la nécessité pour Montréal et Québec. Juste le phénomène des parcomètres,
ça doit être... Avec une permission de stationner deux heures, tu arrives...
2 h 5 min, ça fait que le nombre de contraventions, ça doit être
hallucinant, là. Puis je suis d'accord, je ne veux surtout pas leur enlever ce
privilège-là, mais la réalité, c'est que toutes les autres municipalités qui
n'ont pas de parcomètres, ces situations-là sont rarissimes, c'est plus parce
qu'on est trop près d'un stop, trop près d'une borne fontaine. Ça fait que
c'est pour ça que le volume diffère énormément.
Puis le principe des SAP d'aller davantage
vers l'urbanisme... Ou même les photoradars, on sent qu'il y a une ouverture du
gouvernement de mettre en place davantage de photoradars, et là on se croise
les doigts qu'on puisse avoir, dans le milieu municipal, accès à des photoradars
à notre avantage, parce qu'au fond c'est un élément qui est superintéressant...
Maintenant... Et là, parce que j'ai voulu tellement axer ma réponse sur votre
préambule que j'oublie...
M. Jolin-Barrette : Sur la
question de la performance, le fait de répondre aux besoins des municipalités,
est-ce que vous pensez que ça affecte l'indépendance judiciaire, considérant
que c'est le juge municipal en chef qui est le responsable des juges
municipaux, puis c'est à lui que sont confiés ces pouvoirs-là, et non pas au
ministre?
• (12 h 40) •
M. Damphousse (Martin) : Honnêtement,
encore une fois, j'aurai ma réponse, mais je vais surtout souhaiter qu'Yves ait
son commentaire, on n'y voit aucun risque face à l'indépendance judiciaire. On
comprend que le juge en chef aura son rôle. Je ne sais pas il est où, le
risque, ça fait que... Honnêtement, je n'en vois pas puis je pense que c'est
vraiment, surtout, une bonne chose, mais, Yves, je t'invite à bonifier.
M. Létourneau (Yves) : Oui.
Puis nous ne sommes pas juristes, ça fait qu'on ne va pas aller dans ce
volet-là, mais, au niveau administratif, l'obligation du juge en chef et des
coordonnateurs d'assurer une saine gestion, pour nous, on en parlait tantôt, un
élément important, c'est qu'il n'y a plus de rémunération à la séance. Donc, la
coordination des juges, il y a une obligation de résultat. La performance, le
fait qu'ils soient disponibles, pour nous, c'est des éléments qui vont être
déterminants dans le fait... bien, on revient tout le temps aux coûts, mais
c'est un élément qui préoccupe nos membres énormément. Si on veut que ce soit
un succès, il va falloir qu'il y ait une coordination et une
responsabilisation, puis on voit que ce seraient le juge en chef et les
coordonnateurs qui auraient ce volet-là. Et ce qu'on parle, c'est de répondre
aux besoins des municipalités, mais des citoyens aussi, là. C'est un peu ça
qu'on voit quand on parle d'obligation de résultat, c'est de s'assurer que le
service aux citoyens soit au moins pareil, sinon s'améliore.
M. Jolin-Barrette : Excellent.
Écoutez, je vais céder la parole à mes collègues, mais je vous remercie
grandement pour votre passage en commission parlementaire. C'est apprécié.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, s'il vous plaît.
Mme Bourassa : Oui. En fait,
je suis... Bonjour. Je suis curieuse, puis je ne sais pas si vous avez les
statistiques, mais on parlait, à Montréal, de... 72 % des dossiers, ce
sont des contraventions qui sont contestées, 62 %, du côté de Québec. Les
autres municipalités, ça ressemble à quoi? Est-ce que c'est vraiment variable?
Est-ce que c'est... Est-ce qu'il y a une tendance qui se dessine?
M. Damphousse (Martin) : En
fait, une chose est sûre, les données que nous avons par rapport au
stationnement, c'est incroyablement faible, le taux de contestations. Par
contre, est-ce que, sur la vitesse, sur d'autres éléments, il y en a? Bien sûr,
qu'il y en a, mais ça reste passablement raisonnable. Parce que, très souvent,
vous le savez, quand on conteste, on doit se déplacer, on perd, des fois, une
demi-journée de travail ou une journée de travail, ça fait qu'on veut avoir
davantage de flexibilité. Mais, honnêtement, je pense que le taux... je ne sais
pas si, Yves, tu as des données sur les statistiques, mais je pense que ça
reste très raisonnable, là.
M. Létourneau (Yves) : Je
n'ai pas les données sur les statistiques de contestation au niveau du
stationnement puis je ne veux pas parler au nom de toutes les villes, mais il
semblerait qu'à part Montréal et Québec il n'y a pas de municipalités qui
auraient un nombre suffisamment important. Puis, comme je dis, je ne veux pas
parler au nom de toutes les villes, mais ça semble être qu'il y aurait un
nombre... suffisamment de contestations de stationnement pour mettre en place
un système de SAP.
Mme Bourassa : Et on a vu,
bon, avec Montréal et Québec, qu'il y aurait possibilité, justement, pour les
municipalités, même, de sauver de l'argent. De quelle manière est-ce que ce qui
est proposé là pourrait être moins coûteux, peut-être, pour les municipalités?
M. Létourneau (Yves) : Bien,
d'emblée, notamment à Montréal, de désengorger les cours municipales. Si on
pouvait désengorger, ça permettrait, puis oublions les coûts, pour une fois,
mais d'être plus efficace, la cour. Donc, on pourrait rendre des services aux citoyens
de façon plus ciblée, et ne serait-ce que ça, ce serait un <élément...
M. Létourneau (Yves) :
...on
pourrait rendre des services aux citoyens de façon plus ciblée, et ne serait-ce
que ça, ce serait un >élément, et, bon, les coûts également.
Ça fait que le premier élément, c'est de
désengorger les cours municipales, qui, en ce moment... certaines qui ont des
problèmes de répondre à la demande des citoyens. Et, s'il y a moins de causes
qui s'en vont en cour municipale, bien... Puis, encore une fois, on l'a dit
dans notre mémoire, on l'indique dans le mémoire, on a peu d'information sur le
règlement qui va venir concernant le SAP. Donc, c'est impossible de faire des
évaluations de coûts, incluant pour Montréal et Québec, mais même pour les
autres villes. Ça fait que ce qu'on souhaite, c'est, quand on va voir le
règlement, qu'il y ait une évaluation de coûts qui soit faite de façon précise
pour les stationnements, mais peut-être, éventuellement, pour d'autres types de
pénalités, d'amendes. Mais, pour l'instant, c'est, pour nous, très difficile de
voir quelles seraient les économies, ne sachant pas les coûts associés au
système SAP, qui va être défini davantage par règlement.
Mme Bourassa : Merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Autres questions du côté
gouvernemental? M. le député de Saint-Jean.
M. Lemieux : Avec combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M.
Bachand) :Trois minutes.
M. Lemieux : Merci beaucoup.
Bonjour, messieurs. Merci d'être là. En parlant d'autres causes... d'autres
compétences pour les cours municipales, à l'heure actuelle, il y a
14 cours municipales qui ont compétence en matière criminelle, pensez-vous
que ce serait une bonne idée que davantage de municipalités traitent de ces
infractions et s'occupent de ce champ-là aussi ou élargissent leurs champs?
M. Damphousse (Martin) : Bonne
question. Je vais prendre mon miroir.
M. Létourneau (Yves) : Je
vais commencer par dire qu'habituellement on est prudents avec les réponses qui
visent tout le monde. Donc, si les municipalités le souhaitent, elles
pourraient élargir à des aspects qui sont davantage criminels. Il y en a déjà, vous
parlez de 14 cours, qui le font, et on avait parlé de la possibilité aussi
d'élargir ça, mais, bien sûr, là, il va y avoir... Je parlais de désengorger
des cours tantôt, il faut s'assurer que la cour puisse répondre aux besoins, et
donc c'est criminel, il faut voir aussi, financièrement, quels seront les
impacts.
Ça fait qu'on ne peut pas, donc, répondre
oui ou non, il y a beaucoup de conditions, puis probablement que, dans les
différentes cours du Québec, la situation va être différente d'une à l'autre, mais
les éléments importants, c'est de savoir est-ce que la cour, en ce moment, a le
temps, est désengorgée, puis là peut être que la réorganisation va permettre de
désengorger, qui va permettre éventuellement d'élargir les causes qui seront
amenées en cour municipale.
M. Lemieux : Une des grandes
qualités des régionalistes, dont je suis, c'est une bonne dose de chauvin... de
chauvinisme. Ce n'est pas un défaut dans les circonstances, c'est une qualité,
d'être local. Comment vous voyez ça, l'avenir avec quatre juges coordonnateurs,
les greffiers qui sont responsables et l'organisation? Est-ce qu'on va gagner
au change, en termes de localisme, régionalisme, pour le dire comme ça, on va
sentir qu'on est plus en contrôle, qu'on est mieux servi, au final, que... en
mutualisant nos efforts plutôt que d'être très local, mais peut être trop local?
Est-ce que, de ce côté-là, on fait des gains aussi?
M. Damphousse (Martin) : Je
vous dirais que j'ai entendu un questionnement qui était similaire, tantôt, des
quatre grandes régions administratives. On est aussi tout à fait favorables. On
pense qu'on va améliorer l'efficience de la cour municipale. Yves, je ne sais
pas si tu as un commentaire additionnel là-dessus.
M. Létourneau (Yves) : Je
rajouterais simplement, puis on l'a mentionné dans le mémoire, là, on a un
projet de loi, dans les faits, des relations entre les coordonnateurs et les
cours municipales. Je pense qu'il va falloir que les cours, chacune des cours
municipales, les instances, actuellement, soient impliquées dans la
coordination. Ça fait que, oui, il y a un coordonnateur, mais il ne faut pas
que ça se fasse... Puis je le disais tantôt, le fait que le coordonnateur et le
juge en chef proviennent des cours municipales devrait aider.
M. Lemieux : Mon président
m'a envoyé le couteau pas le miroir...
Le Président (M.
Bachand) :Merci, M. le député de
Saint-Jean. M. le député de l'Acadie pour 9 min 9 s, s'il vous
plaît.
M.
Morin :Oui, merci. Merci, M. le Président. Alors, bonjour.
Merci d'être là. Merci pour votre mémoire très, très intéressant. Vous le
soulevez, d'ailleurs, dans le mémoire, vous en avez parlé, vous semblez
démontrer, éprouver une inquiétude financière quant à la mise en œuvre du
projet de loi. Est-ce que vous avez fait une étude d'impact? Est-ce que vous
avez une idée des coûts que ça représente pour vos municipalités? Parce que,
dans le projet de loi, le projet de loi est clair, ça va être aux municipalités
de payer ces cours-là.
M. Damphousse (Martin) : Bien,
en fait, on l'a mentionné, puis je l'ai répété tantôt dans mon introduction,
c'est qu'il y a une portion qui est assumée par la Cour du Québec. Le jour où ce
sera transféré au milieu municipal, on veut s'assurer... Puis le projet de loi
ne rentre pas dans l'ensemble de ces détails-là, ça fait que c'est important
pour nous de mentionner au ministre, mentionner à tout le monde qu'on veut <s'assurer...
M. Damphousse (Martin) :
...
ça
fait que c'est important pour nous de mentionner au ministre, mentionner à tout
le monde qu'on veut >s'assurer qu'on n'ait pas à assumer des frais
additionnels, parce qu'honnêtement on en a assez dans le milieu municipal. Mais
ces détails-là ne sont pas connus, c'est à nous de le soulever, c'est ce qu'on
fait aujourd'hui puis c'est ce qu'on refait en répondant à votre question. On
veut s'assurer que ça se fasse. Puis je ne dis pas de faire des économies, mais
pas de coûts additionnels.
M.
Morin :Bien. Maintenant, vous avez parlé aussi de
l'accessibilité, mais, en même temps, vous parlez d'accroître la compétence de
la cour municipale. Comment? Puis d'ailleurs, dans le projet de loi, il y a une
disposition qui va permettre aux juges municipaux d'être juges de paix, et donc
d'entendre des causes, et le ministre y faisait référence, en vertu de la
partie 27 du Code criminel, donc des infractions sommaires.
Est-ce que, présentement dans vos cours
municipales, vous entendez plusieurs de ces causes-là? Bon, Montréal, Laval,
Québec, c'est clair, là, mais vous êtes là pour l'ensemble des municipalités.
Et est-ce que c'est quelque chose qui va être fait davantage? Avez-vous fait
une analyse de ça? Parce que, si le ministre veut désengorger la Cour du Québec,
bien, à un moment donné, il va falloir qu'il y ait des causes qui se promènent
d'une cour à l'autre.
M. Damphousse (Martin) : En
fait, ma réponse, ce sera davantage en fonction de ce que je connais beaucoup
mieux, à Marguerite-D'Youville, dans ma MRC. Bien sûr, Yves aura son
commentaire. Puis, à partir du moment où un des objectifs est de désengorger
les grandes cours du Québec, il est clair que le milieu municipal, les délais
sont beaucoup, beaucoup plus courts. Est-ce qu'on est en mesure d'en prendre
davantage pour répondre au nombre d'heures et au nombre de causes des juges
municipaux? Assurément. Donc, si tout le monde a réussi à mieux coordonner,
honnêtement, j'ai la certitude que le Québec au complet aura des gains.
M. Létourneau (Yves) : C'est
complet.
• (12 h 50) •
M.
Morin :J'ai soulevé une inquiétude tout à l'heure, vous l'avez
entendue, et c'est dans le projet de loi, l'article... c'est l'article 192, en
fait, qui va être modifié, mais c'est l'article 9 du projet de loi n° 40,
en ce qui a trait à l'indépendance du juge municipal en chef quand on dit :
«...répondre aux objectifs de performance et aux besoins des municipalités.» Que
le juge municipal en chef soit responsable de répartir et de coordonner le
travail, c'est normal, ça fait partie de son rôle, mais quand on est rendu dans
des «objectifs de performance et aux besoins des municipalités»... D'ailleurs,
l'alinéa 2° dit la même chose : «...s'assurer de répondre aux besoins des
municipalités...» Comment allez-vous garantir l'indépendance des juges
municipaux? Parce que, et c'est ce que je mentionnais à vos collègues
précédemment, la Cour suprême a été très claire là-dessus : le degré de
contrôle que le pouvoir judiciaire doit exercer sur l'administration des
tribunaux est un point majeur de l'indépendance judiciaire aujourd'hui.
M. Damphousse (Martin) : En
fait, on a entendu votre question tantôt, on s'est regardés puis on a eu, dans
nos têtes, la même réponse qu'on vous a donnée. Donc, je vais la verbaliser,
parce que, là, maintenant, c'est enregistré : On n'y voit aucun risque,
d'aucune façon. Probablement qu'à l'usage on explorera des failles, mais,
honnêtement, on essaie de voir où on pourrait en voir et on n'en voit nulle
part.
On voit, par contre, davantage d'efficience,
et ça, là, il n'y a rien de plus important. Quand on parle de milieu
judiciarisé, on parle à la population, est-ce qu'ils ont l'impression que c'est
lourd? Tout le monde va vous répondre oui. Est-ce qu'on a davantage
d'efficience avec la cour municipale? Assurément. Donc, je ne vois aucun risque
là-dessus.
M.
Morin :D'accord. Et je comprends que, présentement, les
procureurs municipaux sont souvent des procureurs à temps partiel. Parfois, ils
sont procureurs dans un cabinet d'avocats, ils remplissent d'autres dossiers.
Comment allez-vous vous assurer de leur indépendance? Parce que, maintenant, je
comprends qu'ils ne pourront plus agir de cette façon-là puis ils vont être
consacrés à leur travail de procureurs municipaux. Est-ce que je comprends
bien?
M. Damphousse (Martin) : En
fait, ce qu'on observe encore, puis ça, c'est très local, comme réponse... Notre
greffière fait un travail absolument remarquable. Ça fait que c'est sûr que
nous, on y voit un avantage énorme. C'est sûr qu'on ne souhaitera pas qu'à
l'avenir elle ne puisse pas plaider nos causes, parce qu'on y gagne tellement
on est efficaces, mais, dans ce contexte-là, je vais me retourner vers Yves
pour voir : Y a-t-il un nouveau risque qu'on ne voit pas dans ça?
M. Létourneau (Yves) : Bien
là, on parle de greffiers qui seraient également procureurs. C'est déjà le cas.
Je ne crois pas que ça ait nécessairement fait de problème, mais il y a une
chose qui est certaine, c'est que, dans certaines cours municipales, certaines
MRC, si ce n'est pas ça, ça va encore une fois compliquer la vie des MRC,
question de disponibilité de gens qui peuvent le faire.
Donc, pour nous, est-ce qu'il y a un
problème, est-ce qu'en ce moment c'est un problème? Et, si on l'empêche, encore
une fois, <combien...
M. Létourneau (Yves) :
...problème,
est-ce qu'en ce moment c'est un problème? Et, si on l'empêche, encore une fois,
>combien ça... qu'est-ce que ça va avoir comme conséquences pour les
plus petites cours municipales, là? On s'entend que ce n'est pas généralisé au
Québec.
M.
Morin :Donc, je comprends que la réalité municipale,
présentement, c'est que vous avez un greffier ou une greffière qui peut
également intenter des poursuites au nom de la municipalité. Est-ce que, dans
certaines des cours municipales, le greffier intente des poursuites en vertu de
la partie 27 du Code criminel, donc, pour des infractions sommaires du Code
criminel?
M. Létourneau (Yves) : Pas à
ma connaissance. Pas chez vous, en tout cas. Là, il faudrait voir dans des...
celles... les municipalités, les cours qui jugent ça. Je ne pourrais pas
répondre.
M.
Morin :Puis votre greffier relève de qui au sein de votre
municipalité?
M. Damphousse (Martin) : Chez
nous, c'est la MRC. D'après moi, dans la majorité des cas, ça doit être ça.
M.
Morin :D'accord. Bien.
M. Damphousse (Martin) : Et,
si je peux me permettre un complément d'information, c'est drôle, parce qu'hier
j'avais une MRC, puis, justement, notre procureure-greffière nous a expliqué
une cause dans laquelle elle se sentait davantage en conflit d'intérêts, puis
ce qui est extraordinaire... Avec notre MRC voisine, ils se sont échangé des
causes pour assurer la totale indépendance. C'était extraordinaire. Donc, ça
aide les deux MRC dans des cas comme ça.
M.
Morin :Parfait. Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Sherbrooke, s'il vous plaît.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Votre mémoire met quand même beaucoup l'accent sur la question des
coûts supplémentaires que ça pourrait entraîner. Moi, je voudrais vous entendre
sur, s'il y en avait, des coûts supplémentaires, ce seraient quoi, les
conséquences directes?
M. Damphousse (Martin) : C'est
des charges administratives, financières additionnelles à ce qu'on a déjà de
plus dans le milieu municipal, ce qu'on ne souhaite pas. C'est pour ça que...
On le dit souvent : Le diable dans les détails, mais, quand on aura la
finalité, honnêtement, ce n'est pas ce qu'on souhaite. Puis je l'ai mentionné
tantôt, puis je veux être clair, là, je ne veux pas et je n'aspire pas à avoir
un crédit à ce que ça coûte moins cher. On ne veut surtout pas que ce soit une
lourdeur financière additionnelle. C'est principalement ça.
Mme Labrie : ...compris. Ce
que je cherche à savoir, c'est : advenant que vos attentes ne soient pas
comblées, est-ce qu'il y a un risque d'impact sur l'accès à la justice? Est-ce
que ça pourrait vous amener à prendre des décisions difficiles dans ce sens-là
s'il y avait des coûts supplémentaires?
M. Damphousse (Martin) : En
fait, le risque d'impact ne serait pas sur la justice. Le risque d'impact
serait sur... de devoir assumer des frais additionnels, comme on le fait dans
bien des nouvelles fonctions municipales que vous savez très bien. Ce qu'on ne
souhaite pas, mais c'est sûr qu'on a... on n'apportera jamais une... on ne
financera jamais moins pour être sûrs que le service soit moindre à la cour
municipale. C'est trop important, c'est essentiel. Donc, on va payer, tout
simplement, mais on ne le souhaite pas.
Mme Labrie : Puis, puisqu'il
me reste quelques instants, je pense, vos collègues qui sont passés
précédemment, vous les avez entendus, ont plaidé pour l'élargissement des
pouvoirs des cours municipales. J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Damphousse (Martin) : Bien,
je l'ai mentionné tantôt puis je pense qu'il y a un volet superintéressant.
Puis ce que je mentionnais aussi... c'est à la volonté de chaque MRC, parce
qu'on est autonomes. Il y a des MRC bien organisées, bien structurées qui
souhaiteraient davantage élargir, à partir du moment où on leur permet. On a
donné l'exemple de l'urbanisme parce qu'il y en a beaucoup, de petites causes,
de plaintes et d'amendes urbanistiques dans chacune des municipalités.
Et c'est la même chose pour les
photoradars, si je peux me permettre de plaider encore la cause, qu'on serait
tellement contents, nos régies de police... ce n'est pas ici que ça va se
décider, mais d'avoir accès à des photoradars, parce qu'on y voit l'efficacité
extraordinaire, puis on a tellement de plaintes dans le milieu municipal, puis
ça roule trop vite, c'est partout au Québec. Donc, si on était capables d'avoir
des unités mobiles, on serait très, très, très heureux.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Oui. Merci, M.
le Président. Merci de votre présence. Peut-être juste pour continuer sur les
photoradars, dans le fond, les municipalités aiment les photoradars parce que
les photoradars, le citoyen ne perd pas de points, il reçoit la facture, ça
fait qu'il dit : Bien, je ne perds pas de points, je vais payer la
facture, je n'ai pas besoin de me déplacer. Ça fait que les municipalités... Tout
le monde sauve des coûts.
M. Damphousse (Martin) : On
sauve des coûts, mais là ce qui restera à gérer avec, je pense, le ministère
des Transports, c'est de s'assurer que, si, admettons, on a accès à pouvoir
acheter des photoradars conformes au gouvernement, bien, que les revenus nous
restent aussi, là, bien sûr.
Mme Nichols : Oui, bien sûr.
Bien oui, bien sûr, ce serait évidemment un enjeu. Petite question rapide.
Montréal, Québec, Gatineau, évidemment, là, ce qu'on a compris, c'est que les
cours étaient engorgées parce qu'il y avait beaucoup de contestations pour les
frais... pour les infractions de stationnement... pour les stationnements.
Sinon, là, qu'est-ce que... outre ces villes-là, là, qu'est-ce qui engorge les
cours municipales? Est-ce que c'est juste du Code de la sécurité routière ou...
Quoi d'autre? Parce que, là, on veut l'élargir, on veut prendre l'urbanisme,
mais...
M. Damphousse (Martin) : Bien,
je ne sens pas que nos cours soient à ce point engorgées, justement à cause des
<contestations...
Mme Nichols :
...l'urbanisme,
mais...
M. Damphousse (Martin) :
Bien,
je ne sens pas que nos cours soient à ce point engorgées, justement à cause des
>contestations très minimes que nous avons dans le cas des
stationnements, parce qu'on n'a pas de parcomètres. La grande majorité des
grandes villes au Québec... pas des grandes villes, mais des villes,
municipalités, n'ont pas de parcomètres. Ça fait qu'on n'est pas engorgés. On
peut se permettre d'en faire davantage et de... si on peut dégager la Cour du
Québec, parce que les gros problèmes de délais sont là, bien, tant mieux, mais
on veut s'assurer que ça reste à coût nul, bien sûr.
Mme Nichols : Parfait. Je
n'avais pas d'autre question.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Alors, M.
Létourneau, M. Damphousse, merci beaucoup d'avoir été avec nous
aujourd'hui.
Sur ce, la commission suspend ses travaux
quelques instants avant de se réunir en séance de travail. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à 13 heures)
14 h (version révisée)
(Reprise à 14 h 06)
Le Président (M. Bachand) :À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des institutions reprend
ses travaux. On poursuit donc l'étude... les consultations, pardon,
particulières et auditions publiques sur le projet de loi no 40, Loi
visant notamment à réformer les cours municipales et à améliorer l'efficacité,
l'accessibilité et la performance du système de justice.
Cet après-midi, nous entendrons l'Association
des greffiers, greffières de cours municipales du Québec. Alors, bienvenue à la
commission. Alors, je vous invite à vous présenter et à débuter votre exposé.
Merci beaucoup.
Association des
greffiers de cours municipales du Québec (AGCMQ)
Mme Dufresne (Mélissa) : Mélissa
Dufresne, je suis présidente de l'Association des greffiers des cours
municipales du Québec et greffière de la Cour municipale de Repentigny. Je suis
accompagnée de Mme Brigitte Baron, de la Cour municipale de Lévis, et de
Mme Claudine Lacasse, de la Cour municipale de Gatineau.
Alors, bonjour. Merci de nous accueillir
en cette commission parlementaire afin de vous exposer nos commentaires,
préoccupations et propositions relatives au projet de loi n° 40.
Nous sommes ici en représentation de nos membres qui regroupent 88 des 89 cours
municipales du Québec. Les cours municipales au Québec sont à l'image du Québec,
certaines sont des cours de grandes métropoles, d'autres en périphérie de
grands centres, certaines de régions ou représentant une MRC. Elles se
détaillent en grandes, moyennes et petites cours municipales, mais se
distinguent toutes par les services de proximité qu'elles offrent aux
justiciables.
Maillon primordial du système de justice
québécois, les cours municipales sont solides, agiles, modernes et savent s'adapter
aux changements et aux besoins. Le greffier, ici, doit être vu comme un
administrateur de la justice indépendant qui veille quotidiennement à l'optimisation
des activités de la cour dans le respect de la séparation des pouvoirs
judiciaires. Notre allocution se scindera en... se scindera en quatre grands
thèmes soient l'assignation des juges et les impacts financiers, l'efficacité
et l'efficience, les sanctions administratives pécuniaires et les solutions
novatrices.
L'assignation des juges et impacts
financiers. D'entrée de jeu et de manière générale, les changements proposés,
notamment au niveau de l'assignation des juges, semblent positifs. En effet, le
fonctionnement actuel efficace par lequel l'acte de nomination des juges
détermine la cour où ils sont principalement affectés serait maintenu, ayant
pour effet que ceux-ci continueraient de siéger prioritairement dans les cours
où ils sont déjà nommés, assurant ainsi la continuité des opérations. Il en est
de même pour la compétence de chaque juge sur l'ensemble du territoire qui
amène des bienfaits et éviterait les missions de désignations temporaires. Les
changements proposés faciliteront les affectations aux différentes cours
municipales d'ailleurs où il y aurait pénurie de juges.
Cela dit, certaines préoccupations
demeurent relativement aux impacts financiers, notamment la méthode de
refacturation aux cours municipales que nous présumons basée sur le nombre de
séances tenues par juge qu'il reste à clarifier. Une reddition de comptes
serait d'ailleurs requise trimestriellement. Également, des coûts additionnels
sont à anticiper, soient ceux liés aux fonctions de juge en chef, de juge
coordonnateur qui <seraient...
Mme Dufresne (Mélissa) :
...ceux
liés aux fonctions de juge en chef, de juge coordonnateur qui >seraient
des charges supplémentaires pour les cours qui n'ont pas déjà un juge
responsable ou président.
Des questions demeurent aussi quant au
coût des services de secrétariat pour l'ensemble des juges, que nous vous
recommandons de centraliser au bureau du juge coordonnateur de la région. Il
sera également utile de clarifier les frais de déplacement. En ce sens, le
ministère de la Justice devrait mettre en place des mécanismes afin de
s'assurer de conserver l'efficacité et le haut taux de performance des cours
municipales, et ce, afin que tous les juges municipaux puissent siéger à temps
plein. Pour ce faire, et tel que le projet de loi le reconnaît en instaurant
les articles 192 et 193 de la Loi sur les tribunaux judiciaires, le
greffier de la Cour municipale demeure la meilleure personne pour identifier
les besoins de la cour relativement au nombre de séances requises annuellement
et au nombre de dossiers à fixer au rôle de cour, le tout, évidemment, de
concert avec le juge municipal et le juge coordonnateur.
• (14 h 10) •
Efficacité et efficience. L'énoncé du
projet de loi visant à réformer les cours municipales et à améliorer
l'efficacité, l'accessibilité et la performance du système de justice rejoint
parfaitement notre vision et s'inscrit dans la mission des cours municipales.
En ce sens, il est justifié de poursuivre la réflexion après le projet de loi
n° 40 afin d'identifier des pistes de solution permettant d'optimiser les
processus judiciaires. Nous y reviendrons plus loin. Cela dit, et sauf exception,
la justice municipale n'est pas en situation de crise. Les succès que nous y
constatons résultent de structures agiles et performantes mises en place dans
nombre de cours municipales au Québec. Celles-ci veillent à la gestion serrée
des deniers publics, le tout dans le respect des principes de justice
fondamentaux tels que l'indépendance judiciaire.
À la lecture du projet de loi, nous
constatons que le greffier de la cour municipale est identifié comme une
personne consultée et non responsable de certaines tâches et fonctions. Nous
vous soumettons que le calendrier des séances, par exemple, devrait être
préparé par le greffier, qui est à même d'identifier les réels besoins basés
sur des indicateurs de gestion précis, tant au niveau des pourcentages de
contestations que de la durée réelle des séances, le tout en étant soumis au
juge coordonnateur pour approbation. Cependant, pour les cours ayant plus d'un
juge, la gestion pourrait s'avérer plus complexe si le juge coordonnateur n'est
pas sur place, et, dans certains cas, des demandes devraient pouvoir être
adressées au juge municipal, sans systématiquement se référer au juge
coordonnateur, dans un esprit d'efficience.
Les SAP. D'emblée, nous reconnaissons le
besoin pour les cours, mais pour des cours municipales, de trouver une façon
innovante de traiter les constats d'infraction en matière de stationnement.
Toutefois, nous souhaitons vous partager nos grandes réserves relativement au
véhicule proposé pour décharger les salles d'audience de ces causes. Nous
comprenons que le règlement encadrant les SAP reste à produire et nous sommes
dans l'hypothétique. Cependant, nous croyons que, par exemple, de transformer
ce recours pénal en une réclamation civile n'est pas la solution optimale.
Celle-ci impliquerait d'importants développements informatiques tant au niveau
des billetteries actuelles émettrices de constats d'infractions qu'au niveau
des logiciels administratifs qui traiteront ces réclamations, leur contestation
ou leur recouvrement ainsi que les ponts avec les partenaires tiers tels que la
SAAQ.
Aussi, le fait de créer un organe de
révision administratif au sein même des municipalités nous semble un pas risqué
vers des accrocs dans la séparation des pouvoirs et l'indépendance judiciaire.
Transformer un recours pénal en une réclamation qui s'apparente à un recours
civil, mais en voulant conserver des procédures de perception en matière pénale,
viendrait... deviendrait confondant, selon nous, pour les justiciables.
Nous proposons une autre solution très
simple qui viendra rencontrer à la fois les besoins des cours municipales à
grand volume et ceux des petites cours municipales, mais qui éviterait des
chantiers de développement coûteux et fastidieux. Notre solution :
conserver des constats d'infraction en matière pénale de stationnement et
élargir les pouvoirs des juges de paix fonctionnaires CM2. Il faut savoir qu'en
matière de stationnement 80 % des constats sont payés dans les
30 jours. Du 20 % restant, 15 % à 18 % procèdent déjà par
défaut devant des juges de paix fonctionnaires CM2, conformément aux règles
établies par la loi n° 105 depuis 2007, reste un
maximum de 2 % à 5 % de contestation.
Nous proposons, pour les villes qui
souhaitent activer des SAP, que le premier niveau de révision soit fait par
écrit ou via un moyen technologique, comme c'est déjà le cas, auprès d'un juge
de paix fonctionnaire CM2 nommé à la Cour municipale. Un cadre législatif
pourrait encadrer les mandats et les pouvoirs des juges de paix fonctionnaire CM2
tout comme l'a fait la loi n° 105 en 2007.
Advenant une demande de révision de la décision rendue par le juge de paix, une
audition pourrait alors être fixée devant le juge municipal qui en apprécierait
les éléments de preuve. Nous croyons qu'à ce stade un très faible pourcentage
de dossiers seront réellement référés au <juge...
Mme Dufresne (Mélissa) :
...un
très faible pourcentage de dossiers seront réellement référés au >juge.
Cette solution miserait sur l'indépendance judiciaire de la cour municipale
tout en reconnaissant le besoin de décharger les cours municipales... les
salles d'audience, pardon, et constitue une solution réaliste et rapidement
applicable au sein de toutes les cours municipales. Nous déconseillons donc
d'adopter une solution qui ne conviendra qu'aux très grandes cours municipales
au détriment des petites et moyennes. Aussi, il est important de clarifier que
la mise en place d'un tel régime de sanctions pécuniaires doit être optionnelle
et ne s'appliquerait qu'aux villes qui en feraient spécifiquement la demande.
Vous savez, depuis plusieurs années et à
l'image des palais de justice, les cours municipales déploient énormément
d'efforts pour tendre vers des pratiques uniformes à travers la province, et
ce, à la demande même du ministère de la Justice. Le souhait demeure que le
processus judiciaire vécu par les justiciables soit uniformisé. Nous craignons
que d'activer un tel régime de sanctions en parallèle vienne créer deux classes
de citoyens et les confonde dans leur compréhension du système de justice, ce
que nous vivons d'ailleurs déjà avec les constats émis sur les routes
provinciales et les photoradars. Nous soulignons également qu'advenant le cas
où l'idée viendrait d'élargir le recours aux SAP à d'autres infractions nous
appelons à une grande prudence.
En terminant, les solutions novatrices.
Nous pensons qu'il est effectivement temps de réfléchir à des solutions
créatives pour améliorer l'efficacité et la performance du système de justice.
D'ailleurs, nous continuons de dire que les cours municipales font partie de la
solution et devraient être vues comme complémentaires à la Cour du Québec.
Notre champ... d'expertise, pardon, en matière statutaire est indéniable, et
nous croyons que la meilleure façon de réduire la pression dans les palais de
justice serait d'amener toutes les infractions statutaires dans les cours
municipales, incluant les routes numérotées, les constats délivrés via des
photoradars ainsi qu'en matière de lois provinciales telles que la loi sur la
faune ou la Régie des alcools, des courses et des jeux, pour ne nommer que
celles-là. Voilà une innovation qui provoquerait des gains réels dans
l'efficacité du système de justice.
Également, pour les cours municipales qui
ont la juridiction criminelle, nous vous soumettons notre volonté d'obtenir
davantage d'infractions mixtes et de la partie 27. Élargir les compétences
des juges municipaux ainsi que ceux des juges de paix fonctionnaires CM2 sur
différents actes améliorerait aussi l'expérience du justiciable et les services
aux citoyens.
Il ne s'agit que de quelques suggestions,
et notre mémoire écrit en conviendra davantage... en contiendra, pardon,
davantage. Mais nous croyons que les cours municipales font partie de la
solution et que nous pouvons, ensemble, améliorer le système de justice québécois.
Apprenez à nous connaître et travaillons ensemble. Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui,
merci, M. le Président. Mme Dufresne, Mme Baron, Mme Lacasse, merci d'être
présentes aujourd'hui au nom de l'Association des greffiers des cours
municipales du Québec. Manifestement, par votre allocution, on voit que vous
avez à cœur le bon fonctionnement des cours municipales, l'efficacité et les
services aux justiciables, alors, je tiens à vous remercier puis à vous
féliciter pour la rigueur de votre propos.
J'ai quelques questions. J'ai des
collègues qui vont poser des questions aussi. D'entrée de jeu, dans
l'article 30 de la loi, on est venus indiquer la fixation des séances, de
quelle façon ça allait se faire. Actuellement, la loi prévoit que c'est après
consultation du greffier. Là, nous, ce qu'on a indiqué, c'est que «les séances
de la cour sont fixées par le juge assigné à la cour municipale, lorsqu'un seul
juge y est affecté.
«Dans les cours municipales où plus d'un
juge est affecté, les séances sont fixées par le juge coordonnateur.
«Dans tous les cas, le greffier est
consulté lors de la fixation des séances et il collabore à celle-ci.»
Est-ce que le rôle que nous confions au greffier,
il est suffisant dans la fixation des rôles dans les séances de la cour?
Mme Dufresne (Mélissa) : Selon
nous, on devrait le préciser davantage pour la simple et bonne raison que le
greffier est la meilleure personne pour être capable d'évaluer les besoins
annuellement, et, présentement, c'est déjà comme ça que ça fonctionne. En tout
respect pour la magistrature, dans la grande majorité des cours municipales, le
greffier va préparer un calendrier de séances pour l'année à venir selon les
pourcentages de contestation, selon la durée des audiences, selon le nombre de
dossiers fixés. Le but, c'est que les séances durent autour de trois heures,
entre trois et quatre heures. C'est l'objectif. Donc, on essaie de fixer un
nombre de dossiers qui va rencontrer ces standards-là, et le calendrier est
soumis au juge municipal pour approbation. Il peut y avoir des dates qui vont
bouger un petit peu, mais c'est déjà comme ça que ça fonctionne.
Ce qu'on veut éviter en vous demandant
d'être plus précis, c'est des cas où est-ce que des juges vont indiquer qu'ils
vont faire 100 séances de cour à telle cour municipale sans avoir
nécessairement évalué les besoins réels de la cour municipale. On veut aussi
éviter des périodes de 14 semaines de vacances par année qui vont venir
donner un coup dans les opérations d'une cour municipale. On pense vraiment que
le greffier, évidemment pas avec des <œillères...
Mme Dufresne (Mélissa) : ...on
pense vraiment que le greffier, évidemment pas avec des >œillères, le
but, c'est que ce soit fait de concert avec le juge municipal.
M. Jolin-Barrette : Vous,
votre souci, c'est surtout d'avoir de la prévisibilité puis le fait que le
service aux justiciables soit là. Là, vous nous relatez une situation où je
comprends qu'il y a une certaine cour municipale qui a 14 semaines où il
n'y a pas de cour municipale parce que le juge ne se rend pas disponible. C'est
ce que vous me dites?
Mme Dufresne (Mélissa) : Tout
à fait.
M. Jolin-Barrette : Tout à
fait. OK. Donc, le libellé que je vous ai lu ne va pas assez loin, selon vous.
On va sûrement m'opposer que, si on allait plus loin dans votre sens, ça irait
à l'encontre de l'indépendance judiciaire. Qu'est-ce que vous en pensez?
• (14 h 20) •
Mme Dufresne (Mélissa) : À
nouveau, on n'est pas d'accord en ce sens que le greffier est un officier de
justice indépendant, le greffier de la cour municipale, au niveau de
l'indépendance judiciaire, le respecte dans tous les actes qu'il pose. La
hiérarchie qui se passe au sein de la municipalité s'arrête dès que le
judiciaire est impliqué. Donc, le fait que le greffier... Nous, on a des
logiciels informatiques puissants, on est en mesure de produire des indicateurs
de gestion très précis et d'identifier les besoins. Ce qu'on propose, c'est que
le greffier évalue tous ces besoins-là, soumette un calendrier au juge basé sur
un nombre de séances réaliste et que ce ne soit pas l'inverse. Puis, comme je
vous dis, dans la plupart des cours, ça fonctionne déjà comme ça et ça fonctionne
très bien. Donc, le but, c'est juste venir le clarifier pour éviter des
situations où est-ce que des cours municipales se font imposer un nombre de
séances et qui doivent réduire le nombre de dossiers fixés aux rôles pour
atteindre ce nombre de séances là, c'est de prendre les besoins à l'envers.
M. Jolin-Barrette : OK. Donc,
vous vous dites : C'est en fonction des besoins des justiciables qu'on
doit évaluer le nombre de séances que l'on fixe.
Mme Dufresne (Mélissa) :
Exactement. Puis c'est pour ça que nos délais sont aussi bons, d'ailleurs, dans
les cours municipales. Généralement, une personne qui conteste son billet
aujourd'hui dans une cour municipale, puis je fais abstraction de certaines
très grandes cours où est-ce que les délais sont plus longs, mais, en l'espace
de trois à cinq mois, le procès est entendu, la décision est rendue dans les
cours municipales au niveau statutaire. Je fais une parenthèse sur l'obtention
des preuves de la SAAQ depuis le mois de janvier, là, mais, sinon, les délais,
ça ressemblait à ça, là, c'était autour de trois à quatre mois de délai pour
avoir un procès et une décision.
M. Jolin-Barrette : OK. Est-ce
que vous croyez pertinent de prévoir que les juges doivent se soumettre à des
objectifs de performance afin de répondre aux besoins des municipalités,
objectifs de performance prévus par le juge en chef et notamment répondre aux
besoins des municipalités, donc des justiciables?
Mme Dufresne (Mélissa) : En
fait, en tout respect, je pense que c'est le phrasé du projet de loi qui
accroche. La municipalité n'a pas de besoin en termes de nombre de séances. La
municipalité délègue le pouvoir judiciaire à sa cour municipale. Là, elle ne le
délègue pas, mais elle se fie sur la cour municipale pour bien administrer le
tout. Et c'est la cour municipale qui a besoin de tenir des séances de cour
pour ces justiciables. Donc, peut-être que c'est dans la façon de... En fait,
partout dans le projet de loi où on parle de «municipalité», moi, j'irais plus
pour «cour municipale». Ça viendrait, je pense, clarifier, parce que, si on
prend tous pour acquis que la cour municipale est un électron libre à
l'intérieur de l'administration municipale, qui ne... pour lequel la direction
générale ou le côté politique n'a pas d'ascendant, on va comprendre que
l'indépendance judiciaire est respectée.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends que vous seriez à l'aise avec un libellé où on parle de «cour
municipale» plutôt que «municipalité».
Mme Dufresne (Mélissa) :
Absolument.
M. Jolin-Barrette : Mais vous
êtes d'accord avec la notion de performance, la notion de besoin, la notion
d'efficacité, de saine administration des fonds publics, saine gestion. Ça,
vous êtes d'accord avec ça?
Mme Dufresne (Mélissa) : C'est
une réalité qu'on vit dans les cours municipales, la saine gestion des deniers
publics. C'est pour ça qu'on fait des séances de cour pleines avec des... On
essaie de maximiser le temps de cour.
M. Jolin-Barrette : Est-ce
que vous êtes d'accord avec le fait que, dans la loi, on vient prévoir que les
juges coordonnateurs doivent continuer de siéger?
Mme Dufresne (Mélissa) : Oui.
En même temps, qui suis-je pour évaluer le temps que ça peut prendre à un juge
d'être coordonnateur? Ceci dit, l'objectif, c'est qu'il soit occupé à temps
plein. Si l'horaire du juge coordonnateur lui permet de faire 125 séances
dans son année, ce sera ça, mais, s'il est capable de siéger à temps plein, on
est d'avis que oui.
M. Jolin-Barrette : Puis vous
avez constaté la façon dont on a construit le projet de loi, c'est de faire en
sorte que, principalement, les juges sont désignés, sont affectés à une cour
municipale de façon à faire en sorte que... pour limiter notamment les coûts,
pour faire en sorte que les juges puînés — on dit «puînés» pour juges
réguliers, supposons — puissent connaître leur cour, puissent être
assignés. Puis, s'il n'y a qu'un seul juge, c'est lui qui va faire le rôle avec
le greffier. S'il y a plus d'un juge à une cour municipale, là, à ce moment-là,
ça devient le juge coordonnateur. Exemple, ville de Montréal, bien, c'est le
juge coordonnateur qui ferait le <rôle...
M. Jolin-Barrette : ...coordonnateur. Exemple,
ville de Montréal, là, c'est le juge coordonnateur qui ferait le >rôle
parce qu'il n'y a pas qu'un seul juge, puis il y a 31 juges. Mais est-ce
que vous êtes d'accord avec ce fait-là que, lorsqu'il y a un juge
principalement affecté à une cour, ça soit lui qui fasse le rôle? Ça ne veut
pas dire qu'il n'y aura pas d'autres juges qui vont être assignés à la cour
éventuellement, supposons sur des... il a atteint son maximum de séances par
année, 250 par année, mais que ça soit le juge qui... plus la cour qui puisse
faire le rôle avec le greffier.
Mme Dufresne (Mélissa) : Premièrement,
je clarifierais les termes. Il y a une différence entre faire le rôle et monter
un calendrier de séances de cour. Le rôle, c'est le nombre de dossiers qui
apparaît sur le rôle à une journée donnée versus le calendrier des séances. Le
calendrier des séances, ça, présentement, ça se fait déjà de concert avec le
juge. Quand il y a un seul juge, comme je vous disais, c'est le cas à
Repentigny, on a un juge régulier, d'autres juges qui viennent parfois en
remplacement, le calendrier est fait, soumis au juge pour approbation. Parfois,
il y a des déplacements à faire, mais le calendrier est connu un an d'avance.
Pour les cours où... puis le nombre de séances qui apparaît sur le calendrier,
il est déterminé par le greffier selon les besoins qu'on a en termes de volume.
J'ai une opinion sur tout. J'en ai une
pour les cours qui ont... qui ont plus d'un juge. En fait, ça ne change pas que
les besoins en termes de nombre de séances, c'est la cour municipale qui est la
mieux placée pour les identifier. Le juge coordonnateur sera responsable, quant
à nous, d'assigner les juges à ces séances-là. Mais, en termes de nombre de
séances, qui est mieux placé que ceux qui tiennent les dossiers au greffe pour
savoir on a besoin de combien de séances de cour? Si on veut en mettre 25, 30,
35 par séance de cour, on a besoin... tel pourcentage de contestations, le
nombre de constats, la durée des séances, le nombre de dossiers par séance,
c'est une règle de trois.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une dernière question avant de céder la parole à mes collègues. Êtes-vous en
accord avec le fait qu'on vienne doter les cours municipales d'un juge en chef
des cours municipales qui émane des cours municipales?
Mme Dufresne (Mélissa) : Tout
à fait.
M. Jolin-Barrette : Pourquoi?
Mme Dufresne (Mélissa) : Bien,
en fait, avoir une personne qui va venir chapeauter... On avait déjà... il y
avait déjà une juge en chef de la Cour du Québec, responsable des cours
municipales. D'avoir un autre juge en chef pour la nouvelle chambre de la cour
municipale, c'est une bonne chose. Ça permet d'avoir une gestion, en fait, de
l'ensemble, du groupe de juges. Ça permet d'orienter éventuellement des besoins
de formation, s'il y a des pratiques à uniformiser, parfois ça peut être bien aussi,
puis pour avoir une vue d'ensemble de l'assignation des juges, du travail des
juges coordonnateurs, d'avoir un certain levier.
M. Jolin-Barrette : Excellent.
Bien, je vous remercie grandement pour votre présence en commission
parlementaire.
Mme Dufresne (Mélissa) : Merci.
M. Jolin-Barrette : Je vais
céder la parole à mes collègues.
Le Président (M.
Bachand) :La députée d'Anjou—Louis-Riel
pour 2 min 50 s.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Merci, Mmes Dufresne, Baron et Lacasse.
Effectivement, vous nous offrez un plaidoyer très convaincu aujourd'hui. Vous nous
avez parlé de différentes infractions, les routes numérotées, photoradars, également
les infractions reliées à l'alcool, courses et jeux. Quel est... quels seraient
d'autres types d'infractions que vous pensez pourraient être entendues par les
cours municipales?
Mme Lacasse (Claudine) : En
fait, on pense que tout qu'est-ce qui touche les municipalités, donc, en
l'occurrence, les petites créances avec le chapeau municipal, donc entre la
ville et un citoyen, par exemple... Vous avez tout qu'est-ce qu'on a déjà
établi, mais le statutaire, en somme, je pense que, dans son ensemble, devrait
être entendu dans les cours municipales. Ça viendrait donc libérer les palais
de justice, qui, eux, pourraient attaquer, justement, leurs dossiers qui sont
déjà, là, en attente, là, d'une date.
Mme Dufresne (Mélissa) : J'ajouterais
que, pour le citoyen, ça serait en plus beaucoup plus facile de savoir que, dès
qu'on parle de constat d'infraction, ça se passe à la cour municipale.
Présentement, je vais parler pour Repentigny, on a l'autoroute 40 qui
passe au travers. Presque tous les jours, on a un citoyen de Repentigny qui se
présente au comptoir de la cour municipale avec son constat qu'il a attrapé sur
la 40, soit avec un photoradar ou via la Sûreté du Québec, et on doit
l'orienter vers le palais de justice de Joliette, par exemple. Donc, ça serait
beaucoup plus simple pour le citoyen. Ça libèrerait du temps de cour, du temps
d'audience dans les palais de justice, et on est déjà équipés en matière
statutaire au niveau informatique pour alimenter des nouvelles lois dans nos
systèmes. Nos délais existent... Nos délais sont alimentés, nos formulaires
existent autant pour les séances de cours que pour la perception des amendes.
On a des percepteurs d'amendes dans toutes les cours municipales. Donc, on est
prêts à accueillir ces infractions-là.
Mme Boivin Roy : Merci
beaucoup. Puis je vais vous poser une question plus générale : Est-ce... Qu'est-ce
que vous auriez comme autres suggestions? Vous nous avez fait deux, trois
suggestions à la fin, là, de votre <présentation...
Mme Boivin Roy :
...trois
suggestions à la fin, là, de votre >présentation. Mais, si vous vous
développez davantage sur les propositions que vous auriez à nous faire pour
améliorer l'efficacité du système de justice...
Mme Dufresne (Mélissa) : Bien
en fait, nous, comme disait Claudine, on pense que tout ce qui rentre dans la
justice de proximité... donc, les petites créances sont un bon exemple. On ne
peut pas être plus en justice de proximité qu'en matière de petites créances.
Les infractions en matière criminelle de la partie 27, on en a parlé très
rapidement, mais il y a quand même beaucoup d'infractions de la
partie 27 que les cours municipales pourraient gérer. D'ailleurs,
quand est arrivé le projet de loi C-75, on s'attendait à récupérer
beaucoup d'infractions en matière criminelle puisque beaucoup d'infractions
devenaient mixtes. Donc, on était prêts, on était enthousiastes à l'idée de, et
finalement ça a été négligeable, les nouvelles infractions que les cours
municipales ont pu... ont pu obtenir. C'est des ententes, hein, qui sont
convenues avec le ministère. Nous, on demande... D'ailleurs on est en période
de... on... ça fait deux ans environ qu'on a reçu une proposition pour une
nouvelle entente en matière criminelle. On est revenus avec une
contre-proposition. On est en attente, mais on est prêts à recevoir ces... Nos
délais en matière criminelle pour une date de procès, tu sais, on est à peu
près à trois mois, là, à Repentigny. Ça ressemble à la même chose à Lévis.
• (14 h 30) •
Mme Baron (Brigitte) : Du
côté de Lévis également, on est à trois mois pour fixer un procès.
Mme Dufresne (Mélissa) : Donc,
voilà.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie pour 8 min 24 s, s'il vous plaît.
M. Morin : Merci. Merci, M.
le Président. Alors, Mmes Dufresne, Baron, Lacasse, merci beaucoup d'être là.
J'ai compris, évidemment, que votre
mémoire va suivre éventuellement. Alors, je comprends que vous n'avez pas eu
beaucoup de temps, mais vous avez pu... vous avez pu consulter quand même vos
membres. Vous avez dit qu'il y avait... vous représentez 88 des 89 cours
municipales. Donc, celle qui vous échappe, c'est laquelle?
Mme Dufresne (Mélissa) : C'est
Val-des-Sources.
M. Morin : Val-des-Sources?
Mme Dufresne (Mélissa) : Oui.
Je ne peux pas vous dire plus.
M. Morin : D'accord.
Excellent.
Mme Dufresne (Mélissa) : Jusqu'à
ce matin, je ne le savais pas. Ça fait que c'est Val-des-Sources.
M. Morin : Très bien. Je vous
remercie... je vous remercie pour cette...
Mme Dufresne (Mélissa) : On
est prêts à les accueillir.
M. Morin : Merci pour cette
précision. Écoutez, vous m'avez entendu un peu plus tôt aujourd'hui, j'ai
évidemment le souci de l'indépendance de la magistrature. La magistrature,
c'est un pilier de l'État. Donc, évidemment, quand on a des citoyens qui
veulent contester les lois du gouvernement, bien, ils veulent s'assurer que le
décideur ou la décideuse qui va l'entendre va être totalement indépendant du
poursuivant.
L'article 9 fait référence à
l'article 192, et ça dit, entre autres, quant au rôle du juge municipal en
chef :
«1° de coordonner, [et] de répartir et de
surveiller le travail des juges dans un souci d'efficacité et d'assiduité de la
justice. Les juges doivent se soumettre à ses ordres et directives, répondre
aux objectifs de performance et aux besoins des municipalités.»
Vous m'avez entendu ce matin, j'ai posé
des questions là-dessus. Qu'est-ce que vous pensez du libellé suivant : Le
juge en chef, son rôle est de coordonner et de répartir le travail des juges
dans un souci d'efficacité et d'assiduité de la justice? Parce qu'évidemment on
ne peut pas être contre l'efficacité, hein, on ne peut pas être contre
l'assiduité. Je veux dire, on veut tous un système de justice qui fonctionne. Mais
je voulais vous entendre là-dessus.
Mme Dufresne (Mélissa) : En
fait, c'est déjà plus clair. Comme je disais tout à l'heure, moi, dès qu'on
parle de municipalités, on a une réserve, parce qu'on est tous à la même place,
la magistrature se doit d'être indépendante, il ne doit pas y avoir d'ascendant
de la municipalité envers des besoins x, envers la magistrature. Là-dessus, on
est pour, on est pour l'énoncé que vous présentez.
Ceci dit, nous, dans notre souci
d'efficience, c'est ce que j'expliquais tout à l'heure, c'est qu'on continue de
penser que le greffier est la meilleure personne pour identifier ces
besoins-là, que le juge coordonnateur, ensuite, puisse discuter avec ses juges
pour établir certains standards. Si, par exemple, le juge coordonnateur, avec
les statistiques qui lui sont soumises, parce qu'on en soumettait déjà à la
juge en chef, on va continuer à en soumettre, se rend compte que des séances de
cour durent en moyenne 1 h 30 dans une cour municipale, on a besoin
de croire qu'on va avoir l'écoute pour augmenter le nombre de dossiers par
séance pour avoir des séances plus efficientes.
Donc, c'est surtout dans... Je ne sais pas
si vous...
M. Morin : Oui.
Mme Dufresne (Mélissa) : C'est
dans cette optique-là qu'on dit que le greffier, avec toutes les données qu'on
peut sortir, et qu'on peut produire, et qu'on peut partager. Soit dit en
passant, le but, ce n'est pas de travailler en silo. Quand on dit :
Apprenez à nous connaître et travaillons ensemble, c'est exactement ça. On
pense qu'on est en mesure d'identifier vraiment une façon claire de maximiser
l'utilisation du temps de cour pour la magistrature et pour les salles
d'audience et pour les justiciables.
M. Morin : Merci, merci
beaucoup. Donc, au même article, l'article 9, qui va modifier l'article 192,
deuxième alinéa, on dit : «...s'assurer de répondre aux besoins des <municipalités...
>
14 h 30 (version révisée)
<19253
M.
Morin :
...l'article 192, deuxième alinéa, on dit : «S'assurer
de répondre aux besoins des >municipalités lors de l'assignation des
juges, de la confection des rôles et de la fixation des séances.» Donc, si je
vous comprends bien, au fond, pour vous, ce serait préférable d'enlever ça de
la responsabilité d'un juge municipal en chef et de faire en sorte qu'au fond
la confection des rôles et la fixation des séances soient réservées au
greffier, qui pourrait le faire en collaboration, mais donc de vous impliquer
davantage, de vous inclure davantage à ce niveau-là.
Mme Lacasse (Claudine) : En
fait, si je peux répondre, il doit le faire en collaboration avec le greffier
de la cour. Puis, si je peux me permettre, avec respect, là, comment c'est dit,
comment c'est phrasé, ce n'est pas les besoins de la municipalité, c'est les
besoins de la cour municipale qui doivent être regardés. La municipalité doit
être détachée, en fait, à ce niveau-là. Donc, c'était un petit peu en préambule
de qu'est-ce qu'on avait dit au départ, donc, mais c'est vraiment une
collaboration qu'on doit lire, non une consultation, dans notre optique à nous.
M. Morin : Eh bien, écoutez,
je suis très heureux de vous entendre, parce qu'effectivement, si on parle des
besoins de la magistrature, si on parle des besoins de la cour, là, on est
ailleurs, et, quant à moi, on vient de diminuer le risque d'une contestation
constitutionnelle du projet de loi, bien, le jour où il va probablement devenir
loi, mais, quand on parle du besoin des municipalités, là, je pense qu'il y a
une confusion totale des rôles, et c'est ce que je disais. C'est ce que je
disais ce matin, finalement.
Mme Dufresne (Mélissa) : Effectivement,
puis, là-dessus, on est à la même place, et j'irais même plus loin. Je dirais
que les besoins... Le greffier se voit comme étant le prolongement, si on veut,
du juge, là. On tient le dossier du juge. C'est nous qui tenons les dossiers du
juge. Donc, les besoins de la magistrature et les besoins des greffiers ne sont
pas supposés être à des opposés. C'est pour ça que, dans la majorité des cours
municipales, ça se passe déjà comme ça et ça va très bien.
M. Morin : Parfait. J'ai une
autre question pour vous, parce qu'on a entendu ce matin les représentants de l'Union
des municipalités. On a lu des mémoires. Dans certaines villes, le greffier
peut être aussi le poursuivant? Est-ce que j'ai mal compris ou il y a...
Mme Lacasse (Claudine) : En
fait, pour peut-être clarifier, là, il semblait y avoir effectivement, là, des
enjeux, là, d'où un guide a vu le jour, là, au courant de l'année, pour... au
niveau de l'indépendance, et tout, donc venant clarifier le rôle et
responsabilité de chaque différent intervenant judiciaire.
M. Morin : Parce que, si vous
me permettez, moi, là, quand vous me dites, là : Le greffier travaille
avec le juge pour la confection des rôles, il n'y a pas de souci, je vous
comprends entièrement, mais, si le même greffier, après avoir fait les rôles,
parle au juge, devient le poursuivant, là, j'ai un problème.
Mme Lacasse (Claudine) : Non,
ce n'est pas ça.
Mme Baron (Brigitte) : ...le
même problème.
Mme Dufresne (Mélissa) : Oui,
c'est une...
Mme Lacasse (Claudine) : On a
le même problème.
M. Morin : OK, vous avez le
même problème? OK, parfait, excellent.
Mme Dufresne (Mélissa) : En
fait, je veux aller plus loin que ça. J'ai une tribune pour le faire. C'est un
contexte qu'on condamne, en fait. On ne veut pas que ça se passe. Le guide du
Conseil de la magistrature vient le renforcer. Il y a un paragraphe également
dans le projet de loi qui vient parler de rendre incompatibles des tâches. On
va laisser l'Association des procureurs des cours municipales faire leurs
représentations par rapport à ça, mais on est d'accord avec une plus grande
uniformité au sein du traitement des dossiers par les procureurs de la
poursuite. Pour nous, le rôle de procureur de la poursuite et de greffier sont
des rôles incompatibles.
M. Morin : ...on s'entend, puis,
oui, c'est ça, le rôle de greffier puis de poursuivant en même temps, là, ça ne
peut pas fonctionner.
Mme Dufresne (Mélissa) : Et, là-dessus,
parce qu'on s'entend que, souvent dans les municipalités, on essaie de faire
plus avec des moyens financiers, ça fait que, des fois, il y a des chapeaux qui
se recoupent puis qui ne devraient pas se recouper, et, là-dessus, j'invite l'Union
des municipalités à parler avec leurs élus et leurs membres pour faire de l'éducation
sur la question.
M. Morin : Bien, écoutez, je
vous remercie beaucoup et je peux vous dire qu'ils vont aussi entendre le
porte-parole de l'opposition officielle en matière de justice, parce qu'écoutez,
là-dessus, on se rejoint totalement, là, ou bien on veut une véritable
indépendance judiciaire, donc on clarifie votre rôle, et vous jouez un rôle
judiciaire avec la magistrature, mais à ce moment-là, vous ne pouvez pas être
poursuivant. C'est un non-sens.
Mme Dufresne (Mélissa) : On
est à la même place.
M. Morin : Parfait. Excellent.
Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) :Merci. Mme la députée de
Sherbrooke, pour 2 min 48 s, s'il vous plaît.
Mme Labrie : Merci, M. le
Président. Ce matin, on a entendu des groupes qui avaient beaucoup d'appétit,
puis j'entends le même appétit de votre part, pour l'élargissement des
pouvoirs. J'aimerais quand même vous entendre sur les risques que ça comporte
pour augmenter les délais, parce qu'on entend que ça fonctionne très bien, les
délais d'accessibilité à la justice dans les cours municipales. D'élargir le
type de dossiers sur lesquels vous pouvez vous pencher, est-ce que ça ne risque
pas de retarder ça?
Mme Lacasse (Claudine) : En
fait, je ne penserais pas qu'il y aurait un enjeu à ce niveau-là, parce qu'il y
a déjà des juges qui ne font pas leurs 250 séances par année. Donc, de
revoir une redistribution, justement, des plages horaires, en fait, des <juges
à l'échelle des régions...
Mme Lacasse (Claudine) :
...redistribution,
justement, des plages horaires, en fait, des >juges à l'échelle des
régions, de concordance, viendrait pallier à ça aussi. Nos délais sont très
bons. Il y a un équilibre aussi au niveau du calendrier et du nombre de séances
siégées. Honnêtement, là, je ne vois pas d'enjeu à ce niveau-là.
Mme Labrie : Donc, même en
ajoutant des compétences à ce que vous pouvez faire, vous avez la capacité de
maintenir des délais aussi bas qu'en ce moment?
• (14 h 40) •
Mme Lacasse (Claudine) : Tout
à fait, bien, selon nous.
Mme Dufresne (Mélissa) : Évidemment,
si un projet comme ça va de l'avant, il y aura des analyses qui seront faites
pour savoir est-ce que des juges de la Cour du Québec seraient libérés,
auraient un intérêt à devenir plutôt juges municipals. Je l'ignore. Chose
certaine, nous sommes équipés pour avoir des séances efficaces. Nos délais sont
très bons. Nos juges sont... Les juges qui siègent dans les cours municipales
sont efficaces également. J'aurais tendance à croire qu'il y aura certainement
un impact, mais je ne pense pas qu'on va tomber dans des délais de 11 à
12 mois, passer de trois à quatre mois à 11 à 12 mois.
Mme Labrie : OK, je vous
remercie.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Mme la députée
de Vaudreuil.
Mme Nichols : Oui, merci, M.
le Président. Peut-être juste une petite question, parce que vous avez dit :
Le procureur de la poursuite et le greffier, c'était complètement incompatible,
mais je veux juste comprendre. Est-ce que vous faites référence au greffier de
la municipalité?
Mme Lacasse (Claudine) : Non,
non, non.
Mme Nichols : OK, c'est ça, parce
que, tu sais, il y a le greffier de la municipalité comme un trésorier à la
municipalité, ça fait que, là...
Mme Dufresne (Mélissa) : Ça,
c'est la première chose à clarifier. Je ne sais pas qui a inventé le
vocabulaire, mais il y a un greffier de la ville, puis il y a un greffier de la
cour municipale, et ce n'est pas supposé être la même personne. Le greffier de
la ville, c'est celui qui siège aux séances du conseil, produit les
résolutions, travaille très près du directeur général. Le greffier de la cour
municipale, son patron immédiat, c'est le juge municipal. Et, pour des fins
purement administratives, est-ce que les employés cols blancs respectent la
convention collective, là, notre patron, ça va être le directeur général, par
exemple, mais c'est...
Mme Nichols : ...ça arrive
que le greffier de la municipalité devienne le procureur de la poursuite,
devienne le...
Mme Dufresne (Mélissa) : À ma
connaissance, non. Dans les villes que je parle le plus régulièrement, non. Par
contre, on est au courant qu'il y a des endroits où est-ce que le greffier de
la ville est également greffier de la cour municipale, et c'est aussi quelque
chose qui ne devrait pas se produire.
Mme Nichols : OK, bien là c'est
là où il y a la problématique, qu'on dit que c'est...
Mme Dufresne (Mélissa) : Oui,
c'est là que ça devient incompatible.
Mme Nichols : Parfait.
Rapidement, sur les... le SAP, là, les... le SAP, oui, oui, bien oui, vous en
avez parlé tantôt, vous avez dit : J'ai une grande réserve. Avez-vous
d'autres choses à ajouter, là, sur la grande réserve? Là, on n'avait pas de
notes, mais c'était pas mal intéressant, ce que vous disiez sur le SAP.
Mme Dufresne (Mélissa) : Bien,
en fait, comme on disait, on comprend le besoin. C'est le véhicule pour s'y
rendre avec lequel on est mal à l'aise parce qu'on pense qu'on a déjà... Dans
nos systèmes informatiques, c'est déjà prévu d'être capables de prendre des
dossiers, les envoyer devant un juge de paix CM2 selon certains critères. Ce
seraient des développements qui seraient beaucoup moins importants puis ça
viendrait... De le décharger vers les juges de paix fonctionnaires en
l'encadrant, comme la loi n° 105 a encadré les
jugements par défaut devant les juges de paix, ça avait aussi comme un des
objectifs, ce n'était pas le seul, de décharger les juges municipaux de
jugements par défaut, qui étaient... C'était très, très, très lourd.
Maintenant, 80 % à 85 % des jugements par défaut dans les cours
municipales se font par des juges de paix fonctionnaires comme nous. Donc, on
est capables d'en faire davantage. Donc, ça aurait pour effet de décharger des
grandes cours qui en ont besoin, tout en ne changeant pas en entier la
structure puis en s'embarquant dans des développements informatiques qui
peuvent être des fois une belle surprise.
Mme Nichols : C'est noté.
Merci.
Le Président (M.
Bachand) :Merci beaucoup. Merci beaucoup
d'avoir été avec nous. Et, bien sûr, je vais m'enquérir de la situation à Val-des-Sources.
Cela dit, compte tenu de l'heure, la commission
ajourne ses travaux au mardi 28 novembre 2023, après les avis
touchant les travaux des commissions, où elle va poursuivre son mandat. Merci
beaucoup. Merci.
(Fin de la séance à 14 h 43)